Relations, 1 décembre 1950, Décembre
[" LE PROJET DE LOI SUR LES COOPÉRATIVES -Albert PLANTE- LE CONFLIT ENTRE LE SOCIAL ET L\u2019ÉCONOMIQUE -André ROY- «CONSTITUTIONAL AMENDMENT IN CANADA» Richard ARÈS\t^ DIEU AVEC NOUS ¦ NOTRE BIENHEUREUSE S.EXC.MGR COURCHESNE LA COURSE AU NOMBRE Luigi d\u2019APOLLONIA ¦ Émile GERVAIS J.-P.ARCHAMBAULT ¦ Alexandre DUGRÉ SOMMAIRE DÉCEMBRE 1950 Éditoriaux.345 Les Nations Unies et l\u2019Asie.\u2014 La répartition DE L\u2019IMPÔT ENTRE LE FÉDÉRAL ET LES PROVINCES.\u2014 La tragédie du « Pèlerin canadien ».Articles S.EXC.MGR COUR- CHESNE.Joseph-Papin Archambault 346 LE PROJET DE LOI SUR LES COOPÉRATIVES.Albert Plante 348 « CONSTITUTIONAL AMENDMENT IN CANADA ».Richard Arès 351 LE CONFLIT ENTRE LE SOCIAL ET L\u2019ÉCONOMIQUE.André Roy 353 NOTRE BIENHEUREUSE MARGUERITE BOURGEOYS .Émile Gervais 356 LA LIGUE ANTITUBERCULEUSE DE MONTRÉAL.Guy Lafleur 358 Commentaires.360 S.Exc.Mgr Lafortune.\u2014 Orientation de notre agriculture.\u2014 Qu\u2019a dit le Saint-Père sur la cogestion économique, le 3 juin 1950 ?\u2014 Le clergé et la question sociale.\u2014 Les Noirs à l\u2019honneur.« Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) Au fil du mois.362 Noël pour vrai.\u2014 Jeunesse.\u2014 Unesco.\u2014 Un quotidien catholique américain.\u2014 Les Jésuites, adversaires du dogme de VAssomption ?Articles LA COURSE AU NOMBRE .Alexandre Dugré 363 DIEU AVEC NOUS.Luigi d\u2019Apollonia 365 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 366 Les livres .369 Les Jours du Seigneur.Pierre Drujon Le Mystère de Noël.Maurice H.-Beaulieu Itinéraires romains.Gérard Tremblay Le Grand Retour.) _\t.,\t/Richard Arès La Sicurezza sociale.) Histoire de VAgriculture au Canada français.Alexandre Dugré Dans l\u2019épouvante du Grand Nord .Jacques Ducharme En trois mots.372 TABLES DE L\u2019ANNÉE 1950\t 373 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs :\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019ANjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants s $2.00 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorité comma enroi postal da la deuxième classa, Ministère das Postas, Ottawa. Xème année, No 120 Montréal Décembre 1950 EDITORIAUX jÇeà -Nationà llnieâ et l\u2019cdâie UNE NOUVELLE du 18 novembre racontait l\u2019arrestation en Corée du Nord d\u2019une centaine de sudistes coréens et leur déportation parles autorités alliées au sud du 38e parallèle.Ces gens, membres du mouvement de jeunesse de la défense nationale, pillaient et terrorisaient leurs frères du Nord.Ce mouvement de jeunesse, disait la nouvelle, prétend agir selon l\u2019inspiration de Syngman Rhee, le président de la Corée du Sud.Que cette accointance soit fondée ou non, peu importe; tant d\u2019accusations ont été portées contre Syngman Rhee que les Nations Unies ont le devoir de se montrer réservées à son égard.Témoignage chrétien écrivait le 6 octobre: « La restauration de Syngman Rhee, après le succès militaire de MacArthur en Corée du Sud, serait un défi au bon sens! » Peut-être.Chose certaine, il faut que les Nations Unies démontrent sans ambiguïté qu\u2019elles ne font pas cause commune avec un homme incapable, selon toute apparence, de donner à la Corée la paix sociale et la stabilité économique.Le rôle international du Canada ne doit pas se limiter à une action militaire acceptée par fidélité à la charte des Nations Unies.Il y a une autre fidélité sans laquelle la première n\u2019est que cynisme: la fidélité à supprimer, dans un élan de charité bien vivante, des conditions de vie qui favorisent la contagion communiste que l\u2019on veut enrayer.De récentes déclarations de nos gouvernants laissent croire que notre pays saura, aux Nations Unies, proclamer « à temps et à contretemps », sans jamais se lasser, qu\u2019elles ont à travailler au bien-être de l\u2019Asie, si elles désirent sincèrement y instaurer la tranquillité.Parlant, à la mi-novembre, devant la Chambre de Commerce de Montréal, M.Saint-Laurent affirmait qu\u2019il fallait à tout prix éviter de donner aux peuples asiatiques l\u2019impression que les démocraties d\u2019Amérique ou d\u2019Europe cherchent à remplacer chez eux la domination politique par une domination économique tout aussi inacceptable.De son côté, M.Pearson disait presque simultanément, à l\u2019occasion d\u2019un dîner-causerie organisé conjointement par la Chambre de Commerce de Windsor et la section locale de l\u2019Association des Nations Unies: « Les Nations Unies doivent promouvoir le développement industriel de ces contrées et y introduire les techniques modernes de production.Car, un des moyens les plus sûrs de combattre et même d\u2019éliminer le communisme serait de faire disparaître l\u2019extrême pauvreté qui sévit en Asie et qu\u2019exploitent à fond les communistes.» La tâche n\u2019est pas facile.Mais il faut l\u2019entreprendre, sans quoi le discrédit risque de s\u2019attacher à la fonction pacificatrice des Nations Unies.jÇa répartition de l\u2019impôt entre le lêdéral et leâ provinceâ T A CONFÉRENCE de décembre sur les problèmes ^ de l\u2019impôt va amener des délibérations qu\u2019on peut ranger parmi les plus périlleuses des rencontres fédé-rales-provinciales.Il importe donc grandement que les délégués aient l\u2019esprit ouvert à toutes les données susceptibles de les aider à voir clair et à agir en hommes avertis.Ils ne peuvent négliger le mémoire présenté en octobre 1947 par la Chambre de Commerce du district de Montréal aux deux gouvernements provincial et fédéral.Subséquemment, ce mémoire reçut l\u2019appui de la Fédération des Chambres de Commerce de la province.(Voir « La Chambre de Commerce et les relations fédérales-provinciales », par François-Albert Angers, dans Relations de juillet 1950, p.190.) Cette unanimité d\u2019hommes habitués à bien peser le pour et le contre de toute démarche financière est une garantie de solidité.La position adoptée a résulté, selon M.Angers, « non pas à proprement parler de ce qu\u2019on appelle la solution de compromis, mais d\u2019un comité qui, tout en étant composé des éléments les plus divers, avait consenti à travailler dans un esprit scientifique d\u2019acceptation des faits ou données incontestables, et de construction d\u2019une politique appropriée aux faits, à tous les faits: de ceux qui touchent aux principes comme de ceux qu\u2019imposent les circonstances ».DECEMBRE 1950 345 Ces principes n\u2019ont rien de compliqué.Les gouvernements, fédéral et provinciaux, sont tous souverains dans leur domaine.Cette souveraineté a finalement pour but de sauvegarder des droits et de faciliter des devoirs, droits et devoirs ordonnés soit au bien commun canadien, soit au bien commun provincial.Pour assurer ce bien commun, les gouvernements \u2014 faut-il le dire ?\u2014 ont besoin d\u2019argent.Mais leur souveraineté respective exige qu\u2019ils puissent le percevoir eux-mêmes.Quand les provinces abandonnent, contre une compensation en argent, leur pouvoir de taxer revenus, profits et successions, l\u2019on est en présence, dit le mémoire, d\u2019 « une centralisation au moins partielle, non seulement de la perception, mais de l\u2019initiative législative en matière fiscale.A ce dernier titre, il affecte le libre exercice des droits garantis aux provinces dans la Constitution ».Il ne faut pas qu\u2019un vain pragmatisme pousse nos gouvernements, fédéral et provinciaux, à considérer ces principes comme démodés.D\u2019autant moins que la Chambre de Commerce sait, tout en sauvegardant les principes, tenir sagement compte de faits inéluctables.Ainsi, elle ne recommande pas d\u2019interdire absolument au fédéral la perception d\u2019une part d\u2019impôts directs et elle admet que des subventions à certaines provinces peuvent se révéler nécessaires.Il n\u2019est pas exagéré de dire que le moment est solennel.C\u2019est en demeurant fidèles aux principes de base de la Constitution que les gouvernements réunis à Ottawa vivront dans l\u2019harmonie et qu\u2019ils procureront au pays et aux provinces une existence normale.Une des formes les plus impérieuses de cette fidélité consiste à garantir à chaque gouvernement le moyen de percevoir par lui-même les revenus qui correspondent à tous ses besoins.J^a tragédie du \u201cPèlerin Canadien\u201d TE SOIR DU 13 NOVEMBRE, à la nouvelle que le -L' « Pèlerin Canadien », de la compagnie Curtiss-Reid, avait heurté une montagne de France, ce fut une stupeur.Tous les journaux du soir racontaient en grandes manchettes la glorification de la première bienheureuse de chez nous et l\u2019allégresse de 1,200 pèlerins canadiens.Et soudain l\u2019angoisse était entrée dans les familles qui veillèrent tard, ce soir-là, autour des appareils de radio.On redoutait le pire, et on savait qu\u2019on espérait contre toute espérance.A l\u2019aube, les chercheurs escaladèrent le flanc du mont Obiou; ils ne trouvèrent aucun survivant: 58 personnes à bord, tous des Canadiens français, sauf un prêtre italien, un Américain et les sept membres de l\u2019équipage.L\u2019avion lui-même était réduit en miettes.Pevant de pareilles tragédies, il n\u2019y a que la foi, l\u2019espérance et la charité qui comptent.Le reste: des mots.Ils avaient, à Rome, suivi les traces des martyrs, visité les grandes basiliques, reçu les sacrements de pénitence et d\u2019eucharistie, gagné l\u2019indulgence de l\u2019Année sainte.Dormez en paix, chers pèlerins.Nous ne doutons pas un seul instant que la miséricorde du Père ait choisi le moment où ses enfants étaient le mieux purifiés.Nous ne doutons pas un seul instant que la Vierge de l\u2019Assomption, toute éblouissante de beauté, et Marguerite Bourgeoys, sa bienheureuse servante, que vous étiez venus saluer à Rome, vous aient accueillis à leur tour au seuil du paradis.Nous ne doutons pas un seul instant que l\u2019Année sainte ait été pour vous l\u2019année du grand Pardon et du grand Retour à la Maison du Père.IN MEMO RI AM S.EXC.MGR COURCHESNE Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.C\u2019EST LE CŒUR SERRÉ que nous écrivons ces lignes.Brusquement une lumière s\u2019est éteinte qui éclairait nos vies; une force, vouée tout entière au service de notre foi et de notre nationalité, a soudain disparu.Le 15 novembre dernier, éclatait la triste nouvelle: l\u2019archevêque de Rimouski vient de mourir! A peine un mois plus tôt, dans cette cathédrale de Nicolet qui connut les débuts de sa jeunesse sacerdotale, le vénéré prélat participait au sacre d\u2019un de ses disciples les plus aimés.Vive alors était sa joie, alerte encore son allure malgré les ans qui s\u2019accumulaient, douce et rayonnante sa physionomie qu\u2019illuminait un fin sourire.Ainsi l\u2019a voulu la divine Providence.Vieilli, nous aurions peut-être conservé de lui un portrait diminué, mais disparu en pleine vigueur intellectuelle, les forces physiques assez bien conservées, toujours sur la brèche pour livrer les bons combats, tel il demeurera dans nos mémoires: incarnation lumineuse du chef intrépide, se dépensant sans compter au service de l\u2019Église et de ses compatriotes, de l\u2019homme d\u2019esprit et de cœur dont la conversation était un charme et l\u2019amitié, pour tant d\u2019âmes, un puissant réconfort.C\u2019est comme éducateur que Mgr Courchesne se fit d\u2019abord une renommée.Professeur au séminaire et à l\u2019université, puis principal d\u2019école normale, ses dons personnels lui gagnèrent vite l\u2019estime et la confiance de ses élèves.D\u2019autres conquêtes s\u2019ajoutèrent à celle-ci.Je me rappelle pour ma part un congrès de l\u2019A.C.J.C., dans les premières années de 1900, où ce jeune prêtre, à l\u2019allure modeste et distinguée, à la physionomie intelligente, à la parole sobre et posée, devint un centre de rayonnement.Sa collaboration à quelques revues révéla sa riche culture et son patriotisme éclairé.Vint ensuite la publication de son ouvrage magistral: Nos Humanités, où se manifestèrent ses qualités d\u2019érudit, de psychologue 346 RELATIONS et de penseur.C\u2019est alors que S.Ém.le cardinal Rouleau, qui l\u2019avait en haute estime, jeta les regards sur lui pour le siège vacant de Rimouski, suffragant de l\u2019archevêché de Québec et son diocèse d\u2019origine.Grande fut la joie de tous ceux qui connaissaient intimement le nouvel élu.Plus grande encore devint celle de ses ouailles quand elles purent apprécier la haute valeur de leur nouveau pasteur.Sans tarder il se mit à l\u2019œuvre.Héritier d\u2019un magnifique diocèse, que la sollicitude de deux grands évêques, Nosseigneurs Blais et Léonard, avait doté d\u2019institutions vitales, il voulut d\u2019abord consolider celles-ci.D\u2019où l\u2019intérêt qu\u2019il porta à son petit séminaire, sur lequel pesait une dette assez lourde.Pour lui venir en aide, il multiplia les initiatives, les démarches, les ministères spirituels.Puis les fondations se succédèrent rapidement: écoles de tout genre, institutions variées, communautés, etc.Mais l\u2019évêque n\u2019est pas seulement un administrateur et un bâtisseur; il doit être, en outre, un docteur, un guide, un père.Mgr Courchesne ne l\u2019ignorait pas.Il savait l\u2019importance de ces fonctions, et combien, de leur fidèle accomplissement, dépend la vie chrétienne d\u2019un diocèse.C\u2019est pourquoi il se fit un devoir d\u2019instruire, d\u2019éclairer, de conseiller ses ouailles.Peu d\u2019évêques ont écrit autant de lettres pastorales.Et quelles questions, quels problèmes n\u2019a-t-il pas traités! Il en est qui lui tenaient au cœur et sur lesquels il aimait à revenir: la famille, la tempérance, la confes-sionnalité, la presse catholique, la coopération et l\u2019organisation professionnelle, la formation de la jeunesse, l\u2019attachement à la terre, la fidélité à nos traditions nationales, nos raisons et nos moyens de survivre, l\u2019amour du Pape et de l\u2019Église, les grandes dévotions à la sainte Vierge et au Sacré Cœur.Mûries dans la réflexion et la prière, soumises habituellement à ses conseillers, ses directives étaient fermes et nettes.Il n\u2019hésitait pas à parler, lorsque sa conscience le lui demandait, dût son intervention heurter des préjugés ou blesser quelques susceptibilités.Qu\u2019il ne se soit jamais trompé, que le ton de ses déclarations n\u2019ait pas été parfois tranchant, nous n\u2019oserions l\u2019affirmer, mais invariablement elles procédaient de son zèle pour les âmes et s\u2019inspiraient des enseignements pontificaux.A la tête d\u2019un diocèse agricole, éloigné des grandes villes où plusieurs mouvements catholiques avaient leur centre, il n\u2019accueillit pas toujours favorablement leurs méthodes et leurs plans d\u2019action.Il préférait, quitte à passer pour « isolationniste », établir avec ses conseillers, prêtres et ecclésiastiques, des organisations soigneusement adaptées à la mentalité et aux besoins de ses diocésains.Intéressé par goût personnel et par devoir aux problèmes sociaux, la tension croissante des rapports entre patrons et ouvriers l\u2019inquiétait.Il craignait que la lutte des classes, dont ont souffert tant de pays, ne gagnât DÉCEMBRE 1950 peu à peu notre province et ne détruisît son unité.D\u2019où son souci de rappeler avant tout aux deux groupes la nécessité d\u2019une collaboration cordiale, basée sur la justice et la charité, et de leur faire éviter toute parole, tout geste qui pût paraître une provocation ou une revendication excessive.Ici encore la situation particulière de son diocèse a pu contribuer à lui faire prendre une attitude que d\u2019aucuns jugeaient trop conservatrice.Ce serait cependant une erreur de croire qu\u2019il s\u2019enlisait dans le passé, indifférent aux réformes sociales que réclame le bien de la classe ouvrière.J\u2019ai lu quelques notes où, appelé à donner son avis en une circonstance importante, il insistait, à la suite de Pie XI et de Pie XII, sur une réforme structurelle de la société, sur l\u2019établissement « d\u2019un corps d\u2019institutions professionnelles et interprofessionnelles, fondées sur des bases solidement chrétiennes ».Mais il réclamait, comme condition essentielle au succès de cette réforme, l\u2019éducation professionnelle, corporative, des patrons et des ouvriers, surtout de leurs chefs.Aussi tenait-il en haute estime et sut-il encourager les œuvres qui s\u2019efforçaient de répandre les enseignements sociaux des papes.Les Semaines sociales, entre autres, trouvèrent en lui un collaborateur des plus actifs.Membre de leur Commission générale, presque dès les débuts, il suivait d\u2019année en année leurs sessions.Pendant la dernière à laquelle il participa, non seulement écouta-t-il avec attention chaque cours, mais il voulut rencontrer personnellement plusieurs des auditeurs, ceux surtout qui étaient mêlés aux organisations patronales et ouvrières, les interrogeant, discutant leurs idées, exposant son point de vue.A plusieurs reprises il figura au programme pour une allocution, un cours, une conférence.Les deux Semaines qui eurent lieu dans sa ville épiscopale de Rimouski, en 1933 et en 1947, comptent parmi les mieux réussies, grâce à son précieux concours.C\u2019est durant la première qu\u2019il lança son fameux mot d\u2019ordre, si souvent répété depuis : « Cultivateurs, mêlez-vous de vos affaires, mais mêlez-vous-en! » Et que dire de son hospitalité, de son abord cordial, de ses conversations sérieuses et enjouées ?Aussi attira-t-il à l\u2019une et à l\u2019autre de ces Semaines les plus hauts personnages: le délégué apostolique, le cardinal de Québec, puis celui de Toronto, le lieutenant-gouverneur, des ministres.Fils du peuple, né, comme il aimait à le rappeler, d\u2019une humble famille agricole, il se trouvait à l\u2019aise tout naturellement avec les grands, dont il possédait la distinction innée et auxquels il savait rappeler leurs devoirs avec tact et fermeté.Conquis par son charme, lors d\u2019une rencontre qu\u2019il eut avec lui dans une réception officielle, le gouverneur général manifesta le désir de le revoir dans sa ville épiscopale, au milieu de son peuple.La date en était fixée.Seules des circonstances, qui ne dépendaient pas du gouverneur, empêchèrent la réalisation de ce désir.347 .Je ne voulais écrire que quelques lignes, déposer un modeste hommage sur cette tombe à peine refermée.Je me suis laissé entraîner.Et ces souvenirs rédigés à la hâte ne peuvent rendre justice au grand disparu.Il me le pardonnera sans doute et voudra continuer du haut du ciel cette condescendante collaboration qu\u2019il se plaisait, dans ses moments de taquinerie, à qualifier de « conscription », mais qu\u2019il accordait de bon cœur.Il a d\u2019ailleurs rejoint là-haut toute une phalange d\u2019apôtres sociaux, qu\u2019un même idéal avait rassemblés dans une œuvre commune, après la première guerre, et que le bon Dieu a peu à peu rappelés à lui: les Ville-neuve, les Ross, les Pâquet, les Perrier, les Eugène La-pointe, les Cyrille Gagnon, les Dorion, le juge et le journaliste.Ils sont notre avant-garde.Ils sont aussi nos protecteurs.Qu\u2019ils donnent à leurs anciens compagnons d\u2019armes et à ceux qui, plus jeunes, prennent vaillamment la relève, de poursuivre, avec le même esprit, le travail entrepris pour l\u2019unique gloire de Dieu et l\u2019établissement d\u2019un monde meilleur.LE PROJET DE LOI SUR LES COOPÉRATIVES Albert PLANTE, S J.VOICI le premier paragraphe d\u2019un article paru à la fin d\u2019octobre sous le titre: « Les coopérateurs présenteront leur projet de loi au gouvernement ».A l\u2019issue de leur dernier congrès général annuel, qui s\u2019est tenu à Québec les 12 et 13 octobre, les coopérateurs ont adopté à l\u2019unanimité une résolution priant le Conseil supérieur de la coopération de parachever le plus promptement possible, en tenant compte des suggestions formulées au cours des séances, le projet de législation coopérative qui leur avait été soumis pour discussion et critique.Ils ont également donné mission au Conseil supérieur de le présenter ensuite sans délai aux autorités gouvernementales de la province comme l\u2019expression des vues d\u2019ensemble du mouvement.Si paradoxale que l\u2019affirmation puisse paraître, on peut dire de ce texte qu\u2019il est à la fois exact et inexact.Ayant assisté attentivement au congrès et ayant fait des rencontres intéressantes, j\u2019emportai la conviction que la réalité profonde était beaucoup plus complexe que tout ce qui s\u2019était dit et fait dans les réunions publiques.L\u2019unanimité extérieure avait laissé intactes de substantielles divergences.On peut regretter que celles-ci ne se soient pas manifestées, car elles auraient aidé l\u2019ensemble des coopérateurs présents à prendre davantage conscience des difficultés.Quelles que soient les raisons qui ont motivé le silence des dissidents en réunion plénière, cette dissidence doit être enregistrée.Je ne le fais pas pour être déplaisant, \u2014 ce serait bien mal récompenser l\u2019amabilité des officiers du Conseil supérieur de la coopération, \u2014 mais uniquement parce qu\u2019il est indispensable d\u2019envisager de façon réaliste le problème coopératif dans notre province.UN PEU D\u2019HISTOIRE Le Conseil supérieur de la coopération naquit en avril 1939.Pour bien saisir comment on envisagea les rapports entre cet organisme et les coopératives, allons cueillir quelques formules dans les comptes rendus des deuxième et quatrième congrès généraux des coopérateurs tenus en 1941 et 1943.Le congrès de 1941 portait sur La coordination des forces coopératives dans le Québec, celui de 1943 sur U éducation dans le mouvement coopératif.«.Le Conseil était né, non pas pour tenter une monopolisation des organismes existants, mais tout simplement pour être le gardien, l\u2019interprète et l\u2019apôtre de l\u2019idée coopérative, marquant par là même sa place à la tête du mouvement coopératif » (1941, p.125).La mission du Conseil se résume en trois points: « établir d\u2019abord l\u2019unité dans la pensée coopérative, ensuite préciser la doctrine coopératiste dans ses lignes générales et dans ses applications, enfin la répandre » (1941, p.129).Voici un texte qui peut servir de commentaire au précédent: « .Au Conseil, nous ne devons pas cesser de travailler à l\u2019unification de l\u2019enseignement coopératif: il faut à tout prix que cercles d\u2019études, services de propagande et d\u2019éducation, écoles de coopération puisent aux mêmes sources doctrinales, aient le même credo coopératif » (1941, p.131).Le même conférencier parle du Conseil, « interprète des principes coopératifs et organe dispensateur de la doctrine » (1941, p.134).Des conférenciers rendirent un sincère hommage à l\u2019activité coopérative de divers groupes.L\u2019un d\u2019eux parla de l\u2019U.C.C.et de la Coopérative fédérée dans la coopération agricole, de la Familiale dans la coopération de consommation, de la Fédération des Caisses populaires dans la coopération d\u2019épargne et de crédit, comme « de magnifiques exemples d\u2019éducation coopérative spécialisée » (1943, p.125).Puis il ajouta : « L\u2019autorité centrale (celle du Conseil supérieur) doit être assez souple pour conserver sa suprématie tout en encourageant le développement de ces organismes inférieurs.» 348 RELATIONS Ces textes montrent l\u2019idée qu\u2019on se faisait alors du Conseil: un organisme doué d\u2019une autorité d\u2019ordre moral, puisqu\u2019il était constitué le pivot de l\u2019éducation coopérative.Les publications du temps détaillent ainsi ses buts: préciser et diffuser la doctrine coopérative; assurer la coordination des activités coopératives; conseiller les coopératives; tenir un congrès annuel; publier une revue; combattre les fausses coopératives; présenter un front uni dans toutes les interventions auprès des pouvoirs publics; travailler constamment pour assurer la victoire de l\u2019idéal coopératif.Notons que le rôle assigné au Conseil dans le domaine de l\u2019éducation était susceptible de prêter à des conflits avec des groupes plus évolués, plus jaloux donc de leur autonomie.Les années passèrent.Le congrès de 1948 porta sur la législation coopérative.On opta pour une refonte complète des lois existantes.Au congrès de 1949, fut soumise aux coopérateurs la première partie de l\u2019éventuel projet de loi; c\u2019était la partie concernant toutes les coopératives.Au congrès de cette année, les coopérateurs eurent en mains le projet de loi rédigé dans son intégrité, avec les corrections suggérées l\u2019an dernier pour la première partie.La deuxième partie concerne les fédérations de coopératives d\u2019une même catégorie; la troisième traite des dispositions particulières aux différentes espèces de coopératives: agricoles, de pêcheurs, d\u2019habitation, de consommation, de divertissement ou autres du même genre, d\u2019étudiants; la quatrième se rapporte à l\u2019Union des coopératives du Québec.(C\u2019est le nom que prendrait le Conseil supérieur de la coopération après adoption de la loi.) Une lecture attentive du projet montre que les attributions du Conseil supérieur de la coopération sont encore plus importantes que celles qui lui étaient assignées aux congrès de 1941 et de 1943.Voyons quelques articles.Le lecteur voudra bien excuser les nombreuses citations.Elles aident, je crois, mieux qu\u2019un développement personnel, à repérer la cause des substantielles divergences mentionnées au début.On lit à l\u2019article 3: Le lieutenant-gouverneur en conseil, après consultation auprès de l\u2019Union des coopératives du Québec, nomme un registraire.Une fois que la coopérative jouit de la personnalité civile, un avis.est transmis sans délai par le secrétaire de la société au protonotaire de la Cour Supérieure du district où est situé le siège de la société ainsi qu\u2019à l\u2019Union des coopératives du Québec (art.7, par.3).L\u2019emploi du mot « coopérative » est réglementé par l\u2019article 57 : Aucune personne, constituée en corporation ou non, ne peut employer le mot « coopérative » ou un dérivé d\u2019icelui dans sa raison sociale ou laisser faussement croire ou entendre, faire faussement présumer, soit par un titre ou un sous-titre, soit par une qualité qu\u2019elle assume, qu\u2019elle est une coopérative au sens de la présente loi; à moins d\u2019être régie par la présente loi.Le présent article ne s\u2019applique pas aux personnes constituées en corporation ou non se servant légalement du mot « coopérative » ou d\u2019un dérivé d\u2019icelui avant l\u2019entrée en vigueur de la présente loi ou qui ont reçu l\u2019autorisation expresse de s\u2019en servir, du registraire, sur recommandation de l\u2019Union des coopératives du Québec ou qui sont reconnues comme coopératives par ladite Union.Toute personne qui viole les dispositions du présent article est passible, sur conviction sommaire, d\u2019une amende ne dépassant pas cent dollars ($100) pour la première offense et n\u2019excédant pas cinq cents dollars ($500) pour toute offense ultérieure.Voici l\u2019article 59: Le lieutenant-gouverneur en conseil peut, sur la recommandation de l\u2019Union des coopératives du Québec, autoriser la majorité des coopératives d\u2019une même catégorie à se fédérer et constituer une société de même espèce pour l\u2019un ou plusieurs des objets suivants.A l\u2019article 102 qui énumère les buts de l\u2019Union des coopératives du Québec, il s\u2019en trouve un qu\u2019on ne rencontre pas dans l\u2019énumération donnée plus haut: Maintenir différents services de nature à promouvoir la fondation de nouvelles coopératives et à assurer l\u2019efficacité et l\u2019uniformité dans la gestion et la conduite des affaires des coopératives.L\u2019article 103 détaille les pouvoirs de la corporation de l\u2019Union des coopératives.On y lit: /) adopter tous règlements concernant la régie interne de la corporation, les conditions d\u2019admission, de démission, d\u2019exclusion des membres, la contribution de chacun d\u2019eux, les pouvoirs de l\u2019assemblée générale, du conseil d\u2019administration et de son exécutif, et sur tout autre sujet dans les limites des prescriptions de la présente partie; m) reconnaître comme coopérative toute association ou corporation non régie par la présente loi.Peuvent être membres de l\u2019Union, d\u2019après l\u2019article 104: a)\tLes coopératives ou fédérations de coopératives régies par la présente loi ; b)\tles coopératives, associations, sociétés, fédérations ou corporations reconnues comme coopératives par le conseil d\u2019administration de la corporation; c)\tcertaines institutions para-coopératives, invitées à cet effet par le conseil d\u2019administration de la corporation, telles que les institutions qui enseignent la coopération ou en diffusent l\u2019idée, les gouvernements provincial ou fédéral, les services administratifs s\u2019occupant de coopération ou les associations ou corporations qui s\u2019intéressent activement à l\u2019éducation coopérative.Sauf stipulations contraires des règlements, aucun individu ne peut être membre de la corporation, excepté ceux qui en font actuellement partie.Après la première assemblée générale qui suivra la date de l\u2019entrée en vigueur de la présente loi, les membres actuels ne pourront continuer d\u2019être membres de ladite corporation à moins d\u2019avoir été choisis à nouveau.Terminons notre incursion juridique par l\u2019article 107, où il est question des pouvoirs du Conseil d\u2019administration de l\u2019Union: Le Conseil de la corporation peut: a) Faire des règlements qui lient tous les membres, les modifier et les abroger, concernant l\u2019administration de la corporation, la réalisation de ses buts, la conduite et la gestion de ses affaires à tous égards, l\u2019admission, la sortie, la suspension et l\u2019expulsion de ses membres, les contributions exigibles de chacun d\u2019eux, les assemblées de la corporation, du conseil d\u2019administration et de l\u2019exécutif, les avis, le DECEMBRE 1950 349 quorum et la procédure générale de ces assemblées et la formation des comités que le conseil d\u2019administration juge nécessaires et désirables.Cependant, tout règlement nouveau, pour demeurer en vigueur, doit être ratifié par la prochaine assemblée générale, régulière ou spéciale, qui suit la date de sa passation; si ledit règlement n\u2019est pas ainsi ratifié, il cesse, mais à partir de ce moment seulement, d\u2019être en vigueur.b) Diviser la province en sections ou régions pour les fins de l\u2019application de la présente partie, créer pour chacune un conseil de section et déterminer, par règlements, la désignation, la juridiction territoriale, la composition, le mode d\u2019élection des officiers et généralement tous les pouvoirs, devoirs et attributions de ces conseils de sections.Ces articles du projet de loi, plus encore que les citations extraites des congrès de 1941 et de 1943, soulèvent la question de l\u2019autonomie des différents secteurs du mouvement coopératif.Parmi ces secteurs, deux, à ma connaissance, se montrent craintifs: la Fédération des Caisses populaires Desjardins et l\u2019Union catholique des cultivateurs.Les Caisses populaires n\u2019ont pas donné leur adhésion au Conseil supérieur de la coopération; l\u2019article 58 du projet de loi précise que ledit projet ne s\u2019applique pas aux syndicats coopératifs d\u2019épargne et de crédit.Quant à l\u2019U.C.C., elle a bien deux représentants au Conseil, mais elle est sur la réserve.On ne peut négliger ce double fait, puisque les Caisses populaires et les coopératives agricoles constituent, avec les mutuelles d\u2019assurance-vie les « trois Grands du mouvement coopératif québécois » (Ensemble, octobre 1950, p.4).L\u2019argumentation vaut même si les coopératives agricoles n\u2019ont pas toutes été inspirées par l\u2019U.C.C., certaines ayant été fondées par les agronomes, d\u2019autres par les coopérateurs eux-mêmes.LES OBJECTIONS FAITES AU PROJET DE LOI Je résumerais ainsi les réflexions recueillies de différentes sources: 1° le projet de loi accorde une trop grande autorité à l\u2019Union des coopératives du Québec; 2° chaque secteur devrait être parfaitement maître de son destin, ce qui ne signifie pas une marche au petit bonheur, car il doit voir à bien éduquer ses membres et à s\u2019organiser en unions et fédérations puissantes, avec les services techniques et économiques nécessaires; 3° un organisme central a pour fonction de faciliter l\u2019étude de certains problèmes communs et de jouer, au besoin, un rôle supplétif; 4° il paraît préférable de perfectionner les lois actuelles plutôt que de les refondre; d\u2019ailleurs, même si ces lois, une fois perfectionnées, laissaient subsister certaines imperfections administratives, il ne faudrait pas trop s\u2019en inquiéter, l\u2019aspect humain, social, moral de toute activité coopérative étant plus important qu\u2019un cadre juridique qui, s\u2019efforçant de tout prévoir dans le détail, se trouvera finalement, à cause de sa rigidité même, moins proche de la vie intime des coopérateurs.Ces considérations prennent, appliquées à l\u2019U.C.C., une tonalité particulière, car elles se trouvent à poser l\u2019important problème des rapports entre l\u2019association professionnelle agricole et l\u2019économie coopérative.Dans un article intitulé : « Syndicalisme et coopération », paru le 4 octobre dans la Terre de chez nous dont il est le directeur, M.Dominique Beaudin insistait sur le lien très étroit qui existe entre ces deux formes d\u2019activité, le syndicalisme ayant primauté sur la coopération qui est pour lui « un moyen de réaliser des fins économiques, sociales et morales ».Il terminait ainsi son article : « Il faudrait donc en arriver à des principes et à des formules qui permettent au syndicalisme et à la coopération d\u2019être pleinement efficaces et de toujours mieux servir ensemble la classe agricole.» Que la coopération soit pour le syndicalisme « un moyen de réaliser des fins économiques, sociales et morales », je pense que tout le monde l\u2019admet.Le point délicat, c\u2019est le choix des principes et des formules d\u2019action.L\u2019U.C.C., sans nier l\u2019opportunité de la collaboration, met fortement l\u2019accent sur ceci: chaque secteur coopératif doit être maître de son destin; le projet de loi, lui, sans nier ni le rôle ni les mérites de l\u2019éducation coopérative spécialisée, reconnus au congrès de 1943, laisse une impression de centralisation qui effraie les dirigeants de l\u2019association agricole.L\u2019U.C.C.ne refuse pas de collaborer.Mais elle tient à garder toute latitude pour marquer profondément les coopératives agricoles de tous les traits de la civilisation rurale, ce qui se concilie avec l\u2019indépendance juridique des coopératives fondées sous son inspiration.Elle pense que la nature même de l\u2019association professionnelle agricole lui permet de remplir plus efficacement ce rôle, vu qu\u2019à la campagne la famille et le milieu donnent un type bien caractérisé.Affirmer l\u2019existence de ce type n\u2019est aucunement poser un acte de « discrimination » envers les autres classes de la société; ce n\u2019est pas davantage nuire à l\u2019union des classes, l\u2019union restant possible, même dans l\u2019hypothèse d\u2019un secteur agricole franchement autonome.On ne nous en voudra pas de tirer les deux conclusions qui se dégagent de cet article : il est difficile de parler d\u2019unanimité chez les coopérateurs; adopté, le projet de loi, trop centralisateur, ne servirait pas la cause de la coopération dans la province.Le gouvernement fut bien inspiré en promettant, par l\u2019entremise de M.Antoine Rivard, la création d\u2019un comité d\u2019experts.Ceux-ci, guidés par l\u2019idée de l\u2019extrême importance du mouvement coopératif et renseignés à fond par des témoignages précis et exhaustifs, trouveront la formule qui assurera, à la fois, une véritable autonomie et une profitable collaboration.350 RELATIONS «CONSTITUTIONAL AMENDMENT IN CANADA» Richard ARÈS, S.J.POUR LE CANADA, 1950 aura été l\u2019année des grandes conférences constitutionnelles, l\u2019année du plus sérieux effort jamais tenté en vue de trouver un mode général d\u2019amendement à la Constitution canadienne, l\u2019année, pourrait-on ajouter, au cours de laquelle il se sera publié le plus d\u2019articles, de brochures et de volumes sur ces questions controversées.Au premier rang de toute cette production fort spécialisée qu\u2019a vue naître 1950, il faut sans contredit placer l\u2019ouvrage de Me Paul Gérin-Lajoie, jeune avocat de Montréal, ancien boursier Rhodes et docteur en philosophie d\u2019Oxford : Constitutional Amendment in Canada (University of Toronto Press).Par la richesse de la documentation, par la clarté du style et la logique de la pensée, \u2014 pensée bien française sous son revêtement anglais, \u2014 par le souci constant d\u2019objectivité et de réalisme, par le sérieux et l\u2019ampleur des recherches entreprises, par la grande actualité du sujet enfin, cet ouvrage mérite l\u2019attention et la considération de tous ceux qui s\u2019intéressent aux questions constitutionnelles canadiennes.Et, de fait, la critique l\u2019a accueilli avec faveur; il vient même de remporter le grand prix de la province de Québec pour les sciences morales et politiques, et je sais, pour l\u2019avoir vu de mes yeux, qu\u2019il s\u2019est trouvé sur le bureau de certains délégués à la récente conférence de Québec.Mon intention n\u2019est pas d\u2019en donner une analyse complète.Je voudrais plutôt signaler ici deux points, que l\u2019auteur a développés avec une grande maîtrise et qui me paraissent d\u2019une particulière importance pour le temps présent.I.\u2014 LES AMENDEMENTS À LA CONSTITUTION ET LE CONSENTEMENT DES PROVINCES Dans les circonstances actuelles, jusqu\u2019à quel point le consentement des provinces est-il requis en vue d\u2019un amendement à la Constitution canadienne ?Il n\u2019est pas possible, nous dit l\u2019auteur, de donner une réponse générale, qui couvre tous les aspects de la question, mais il faut dire qu\u2019il y a des cas où ce consentement est nécessaire: dans tous les cas où sont en cause les pouvoirs, les droits ou les privilèges des provinces comme corps politiques souverains.D\u2019après la Constitution, en effet, et d\u2019après l\u2019interprétation qu\u2019en a donnée le Conseil privé, État central et États provinciaux sont « suprêmes », chacun dans leur sphère, et n\u2019admettent aucune intervention dans leurs affaires respectives.Quant à la souveraineté provinciale, elle suffit à empêcher que l\u2019État central, de sa seule autorité, n\u2019obtienne de Westminster un amendement ayant pour résultat de restreindre les pouvoirs conférés aux provinces par l\u2019article 92.Essayer de DECEMBRE 1950 faire cela, ce serait pour Ottawa s\u2019arroger une autorité supérieure à celle des provinces, une autorité qui n\u2019a aucun fondement dans la Constitution et qui serait la négation de l\u2019autorité « plénière » et « exclusive » des législatures provinciales, telle qu\u2019affirmée par la loi constitutionnelle et le Conseil privé ; ce serait, par conséquent, détruire tout le régime fédératif de gouvernement établi par l\u2019Acte de 1867 {and would thereby destroy the whole federal scheme of government established by the act of 1867).Dans ces cas, le consentement des provinces est donc nécessaire.Cette nécessité, précise l\u2019auteur, ne se fonde ni sur des motifs historiques, ni sur les « intentions » des Pères de la Confédération, ni sur un pacte préalable, ni sur les précédents comme tels, mais bien sur ce fait juridique et constitutionnel que toute province forme un corps politique suprême dans sa sphère et libre de toute intervention fédérale.{Each province is thereby constituted as a body politic supreme within its own sphere and free from interference by the federal Houses of Parliament.) D\u2019autant plus qu\u2019une province n\u2019est en aucune manière subordonnée au Royaume-Uni ou à son parlement, et n\u2019est, en conséquence, sujette à aucune intervention de ce côté-là.Nul amendement de cette catégorie ne saurait donc être convenablement obtenu sans le consentement provincial.Mais quels sont ces cas où un tel consentement s\u2019impose ?Il s\u2019agit, évidemment, d\u2019abord de l\u2019article 92; mais le même raisonnement s\u2019applique à tous les articles de la Constitution qui confèrent à une province comme corps politique certains pouvoirs, droits ou privilèges.Il s\u2019applique, nous dit l\u2019auteur, non seulement à l\u2019article 93 concernant l\u2019éducation, mais aussi aux articles 91, 94, 96, 100, 101 et 132, qui définissent les pouvoirs de l\u2019État central, pouvoirs qui sont complémentaires de ceux des provinces et ne peuvent, en conséquence, être modifiés sans que ces derniers le soient par le fait même.Il faut en dire autant de l\u2019article 95, qui définit un pouvoir concurrent; des articles 56 et 90, qui concernent le pouvoir fédéral de désaveu ; des articles 109, 110, 113 et 117, qui délimitent les droits de propriété des provinces; de l\u2019article 118, qui fixe le montant des subsides à verser par le fédéral; enfin des articles 5, 6, 7, qui fixent les frontières des quatre provinces fondatrices de la Confédération.De plus, il est évident que le consentement provincial serait nécessaire pour toute revision totale de la Constitution et pour l\u2019adoption d\u2019un nouveau procédé d\u2019amendement.Comme on le voit, la théorie de la souveraineté provinciale mène fort loin, couvre un vaste terrain et offre, si elle est intégralement admise, une protection suffisante aux provinces contre les empiétements pos- 351 sibles d\u2019Ottawa.L\u2019auteur la complète par une revendication en faveur des provinces, lorsqu\u2019il s\u2019agit de modifier le caractère fédératif de l\u2019État dans l\u2019organisation du pouvoir central et que cela touche aux droits et privilèges conférés aux provinces, non plus comme corps politiques souverains, mais en tant qu\u2019unités géographiques et sociales dans la collectivité canadienne.II.\u2014 LA POSITION SPÉCIALE DU QUÉBEC Il importe, en deuxième lieu, de signaler aussi la franchise et la force avec lesquelles l\u2019auteur, dans un volume destiné surtout à un public de langue anglaise, expose la position spéciale du Québec dans la Confédération, et cela à propos de l\u2019adoption d\u2019une nouvelle manière de procéder à l\u2019amendement de la Constitution.Ce nouveau mode, écrit-il, doit tenir compte des réalités politiques, et tout d\u2019abord de la nature spéciale du fédéralisme canadien.C\u2019est le Québec qui, à l\u2019origine, a le plus insisté pour avoir un régime fédératif, accordant par conséquent une large autonomie aux provinces.Sans doute, par la suite, l\u2019Ontario s\u2019est rangé à ces vues; mais l\u2019autonomie provinciale a, pour le Québec, une justification autrement plus grande.De tous les particularismes \u2014 régionaux, culturels, ethniques, religieux \u2014 qui se rencontrent au Canada, c\u2019est celui du Québec qui est le plus frappant, le plus profondément enraciné.Non seulement la province de Québec possède des siècles d\u2019histoire qui lui sont propres, mais, seule de toutes les provinces, elle comprend une population en grande majorité de langue française et de religion catholique.Elle a consenti à s\u2019unir avec d\u2019autres provinces de langue et de confession religieuse différentes, mais elle l\u2019a fait sur une base fédérative.Elle a consenti à l\u2019établissement d\u2019un gouvernement central où ses représentants seraient en minorité, mais elle l\u2019a fait à la condition de jouir elle-même de l\u2019autonomie pour toutes les matières qu\u2019elle considérait comme affectant plus intimement son mode propre de vie.De plus, depuis 1867, la pratique gouvernementale et tout un corps de décisions judiciaires ont fermement établi son autonomie dans la Confédération.Comment alors pourrait-elle laisser aux autres provinces le soin de décider du sort de sa propre autonomie?(How could one expect her, to-day, to agree to a scheme under which a number of the other provinces of Canada which, despite their respective particularisms, are all predominantly English-speaking and non-Roman Catholic, could decide when and how provincial self-government should be abridged ?) On dira, continue l\u2019auteur, que c\u2019est là une attitude bien intransigeante.Ceux qui parlent ainsi devraient se souvenir que la Confédération actuelle est elle-même le résultat d\u2019un compromis auquel le Québec a donné son consentement.De plus, il n\u2019y a pas de raison de croire que la province s\u2019oppose à tout rajustement ou à toute revision de ce compromis, de temps à autre.Le prouve suffisamment l\u2019exemple de l\u2019amendement constitutionnel de 1940 concernant l\u2019assurance-chô-mage.Mais elle ne peut concéder qu\u2019une telle revision dépende entièrement de la volonté des autres provinces.(But she could not concede that such a revision affecting her own fundamental powers of self-government should be dependent only upon the will of a certain number of the other provinces which are so radically different from her.) Ce qu \u2019on a appelé le mouvement séparatiste québécois n\u2019a jamais compté un grand nombre d\u2019adhérents parce que la population du Québec juge en somme que le pacte de la Confédération comporte des avantages (.because the people of the province believe that their association with the other provinces under what is called the Pact of Confederation is workable and advantageous).Mais toute tentative de passer outre à un tel pacte sans le consentement du Québec pourrait créer une situation différente.La Confédération ne peut durer que si chacun des associés respecte la base constitutionnelle sur laquelle elle repose.Après avoir analysé le particularisme québécois, \u2014 ainsi que tous les autres particularismes canadiens d\u2019ailleurs, \u2014 l\u2019auteur propose les deux formules d\u2019amendement qui ont ses préférences.La première consisterait à diviser le Canada en quatre régions: les Maritimes, le Québec, l\u2019Ontario, les provinces de l\u2019Ouest, le consentement de chacune de ces régions étant requis pour toute modification importante dans la distribution de la juridiction législative; la seconde exigerait pour toute modification de cette nature le consentement des deux tiers \u2014 ou peut-être des trois quarts \u2014 des provinces, pourvu que ces provinces consentantes représentent les trois quarts de la population canadienne.Inutile de répéter que si l\u2019une ou l\u2019autre de ces formules était finalement adoptée, les intérêts du Québec seraient suffisamment protégés, du moins pour le moment (cf.Relations, février 1950).Je me permets plutôt de signaler l\u2019importance que l\u2019auteur attache à la question fiscale.Il écrit : L\u2019autonomie fiscale est actuellement la clé de toute véritable autonomie législative.C\u2019en est le test.Le fait de dépendre financièrement du gouvernement fédéral peut se concilier avec une large décentralisation législative en ce sens que les provinces peuvent se voir octroyer, sans condition, des subsides qui n\u2019entraveraient pas leurs pouvoirs de législation.Mais une telle situation dépendrait entièrement de la volonté du gouvernement à Ottawa.S\u2019il était possible de restreindre l\u2019autonomie fiscale des provinces plus facilement que leur autonomie législative sur les autres matières, les sauvegardes constitutionnelles additionnelles stipulées en ce dernier cas auraient bien peu de sens.Un gouvernement provincial, par exemple, qui refuserait d\u2019abandonner sa juridiction législative exclusive sur certains services sociaux pourrait \u2014 c\u2019est une possibilité \u2014 se voir privé de sa capacité financière de les supporter.On ne devrait pas, ajoute encore l\u2019auteur, restreindre à l\u2019article 92 la portée de la formule d\u2019amendement proposée.Agir ainsi et se contenter d\u2019une formule plus large pour les autres articles, ce serait offrir une bien pauvre protection aux populations de la plupart des provinces.Dans le cas du Québec, tout spécialement, 352 RELATIONS on oublie trop souvent qu\u2019une langue et une religion ne sont pas seulement une manière de parler et une façon d\u2019adorer Dieu.Elles sont un mode de vie.Ce qui est fondamental pour le peuple du Québec, ce n\u2019est pas seulement une langue et une religion, et, comme certains intellectuels veulent bien l\u2019admettre, un code civil.C\u2019est un mode de vie avec toutes ses implications.Et ce mode de vie ne peut pas, aux yeux du Québec, être confié à la garde du parlement ou des autres législatures provinciales qui représentent une population ayant un autre mode de vie.En 1867, le parlement fédéral s\u2019est vu attribuer une large compétence sur un bon nombre de matières, surtout économiques.En d\u2019autres cas déterminés, le Québec pourrait collaborer en vue d\u2019établir des plans d\u2019envergure nationale, mais il n\u2019est pas prêt à donner aux autres provinces toute liberté de toucher aux matières qu\u2019il considère comme vitales pour lui.{But she is unwilling to give, let us say, the two-thirds of the provinces generally a blank cheque for all time to come in respect of matters of vital concern to her which lie outside the immediate scope of items 12, 13, and 14 of section 92 of the Confederation Act.) Il ne serait pas suffisant, en conséquence, de considérer comme « fondamentales » les seules dispositions constitutionnelles qui déterminent les droits et les pouvoirs des provinces.Il faut y inclure celles qui attribuent à Ottawa sa propre juridiction législative et administrative.Autrement, il pourrait arriver que les pouvoirs des provinces subissent une modification indirecte par suite de changements dans les pouvoirs fédéraux, ce qui rendrait illusoire la garantie donnée aux premiers.\u2022 ¦¦¦\u2014 Le conflit entre le social et l\u2019économique André ROY LA QUESTION SOCIALE est de tous les temps et de tous les lieux.Les rapports entre les forts et 1 les faibles, les puissants et les humbles ont toujours donné lieu à des conflits.S\u2019ils étaient moins graves et plus circonscrits dans le passé qu\u2019à notre époque, c\u2019est qu\u2019ils se limitaient le plus souvent à des heurts entre des individus ou des familles.Tout le droit civil qui nous régit encore ne repose-t-il pas sur cette donnée ?La révolution industrielle, dont l\u2019ère d\u2019évolution n\u2019est pas encore fermée, en faisant de la grande majorité des travailleurs des salariés, a posé une double équation: d\u2019une part, les conflits naissent, non plus entre des individus, mais entre des groupements plus ou moins considérables, groupements d\u2019hommes ou de capitaux; d\u2019autre part, le travailleur, devenu salarié, Quelques-uns trouveront sans doute trop rigide cette nouvelle formule d\u2019amendement; elle découle pourtant de l\u2019histoire et du caractère spécial du fédéralisme canadien.Le respect du fédéralisme peut coûter cher, mais il est, semble-t-il, le prix qu\u2019il faut payer pour qu\u2019il y ait un Canada.{Federalism may be expensive, but it is the price to be paid to preserve \u2014 at least, not to disturb violently \u2014 the existing regional social orders in Canada.It seems to be the price to be paid to have a Canada at all.) Si dans certains milieux intellectuels, administratifs et politiques, l\u2019on prêchait moins la centralisation et, en conséquence, le recours aux amendements constitutionnels qu\u2019il faut pour l\u2019opérer, le Canada jouirait d\u2019une plus grande paix politique.{The state of political unrest in Canada at present may be largely attributed to the insistence of some scholarly, administrative and political circles in prescribing the simple but most unrealistic remedy : « Centralize fiscal and legislative powers ! Amend the Constitution so far as necessary for this purpose ! ») Ce qu\u2019il faut plutôt, c\u2019est un grand réalisme et une profonde compréhension réciproque.Alors apparaîtrait dans une lumière nouvelle le problème des amendements à notre Constitution.Voilà les deux points que je tenais à souligner dans l\u2019ouvrage de Me Paul Gérin-Lajoie, et je le répète en terminant : il est bon et nécessaire que de telles vérités soient dites, de temps à autre, dans la langue même de nos compatriotes anglo-canadiens, et quand elles le sont avec autant de science et de force que dans Constitutional Amendment in Canada, il faut reconnaître, en vérité, que l\u2019auteur a bien mérité des siens.M.André Roy, journaliste à l\u2019Action catholique, explique comment se pose dans les rapports patronaux-ouvriers le conflit entre le social et Véconomique.s\u2019est trouvé placé dans une perspective qui ne lui permet plus que de voir, que de toucher l\u2019aspect social des problèmes, tandis que le patron se trouve avoir un angle de vision qui ne lui permet que de voir et de toucher leur aspect économique.De là provient le conflit moderne, le divorce entre le social et l\u2019économique.Le monde moderne n\u2019en est pas responsable: il n\u2019est que le milieu dans lequel les passions humaines trouvent un terrain fertile, enrichi par les techniques nouvelles de diffusion des idées et d\u2019action collective.Le malheur est que l\u2019on n\u2019a pas pris une conscience assez aiguë de cet état de choses, et que l\u2019on a cru longtemps et que beaucoup estiment encore qu\u2019il suffit d\u2019apporter à la question sociale des remèdes individuels et moraux, sans songer à la recherche de réformes institutionnelles.Un sociologue français, le Père Desqueyrat, explique avec une grande netteté l\u2019insuffisance de cette doctrine et montre pourquoi elle n\u2019a pas donné les résultats DECEMBRE 1950 353 attendus.« Elle supposait d\u2019abord> écrit-il, que chaque patron pouvait, s\u2019il le voulait, payer le juste salaire, ne pas abuser de son personnel et fermer le dimanche.Or, rien n\u2019était plus faux.La libre concurrence ne laissait pas et ne laisse pas subsister de telles libertés: tout patron est obligé d\u2019adopter, sous peine de faillite, l\u2019attitude du voisin le plus antisocial, fût-il malhonnête.Si les patrons furent responsables, le système économique le fut plus encore, car il pesait sur tous, les bons et les mauvais.» Ce fait est facile à vérifier dans la pratique.Le patron bien disposé, qui manifeste la volonté de rompre ce cercle, se voit immédiatement désavantagé et il est bientôt forcé de rebrousser chemin ou de disparaître.L\u2019organisation des monopoles a permis de contrôler la difficulté dans une certaine mesure, mais on admet que l\u2019aboutissement d\u2019un semblable régime n\u2019a rien de bien réjouissant et qu\u2019il est tout aussi condamnable.Cette dernière constatation devient claire du moment qu\u2019on regarde l\u2019aspect ouvrier de la question.Car cette même doctrine « supposait aussi que chaque ouvrier pouvait, s\u2019il le voulait, faire des économies et, grâce à ces économies, sortir du salariat » (Id.).Cette hypothèse est fausse, d\u2019abord parce que la tendance actuelle à la concentration, servie par le capitalisme anonyme, bien loin de permettre aux ouvriers de trouver à échapper au salariat, les y entraîne de plus en plus et force nombre de patrons, incapables de tenir le coup, à y entrer.Elle est fausse aussi parce que le salarié est dans l\u2019impossibilité d\u2019amasser le minimum d\u2019économies qui lui fournissent le tremplin nécessaire à la réussite de ce saut, à moins qu\u2019il ne soit prêt à accepter un pis-aller dont, la plupart du temps, la valeur d\u2019utilité sociale est négligeable, ou qui parfois est purement parasitaire.En effet, à mettre les choses au mieux, c\u2019est-à-dire que le salarié désireux de sortir de sa situation épargne dix pour cent de ses gains, qu\u2019il ne soit victime ni du chômage, ni de la maladie, ni des accidents, ni de toute autre malchance naturelle qui le puisse frapper, lui ou sa famille, au bout de cinquante ans, ce qui constitue le maximum d\u2019années laborieuses qu\u2019il puisse atteindre, il aura tout simplement économisé cinq années de salaire.A ce moment, n\u2019en déplaise au vieillard de La Fontaine, il sera trop tard pour commencer à bâtir.Dans le domaine des faits, cette situation a poussé à des réformes diverses qui n\u2019ont manqué ni d\u2019audace ni de succès: législation ouvrière, assurance et assistance sociales.Mais ces réformes ne vont pas jusqu\u2019au cœur du problème.Telles que conçues et réalisées, elles ne le pouvaient pas d\u2019ailleurs.« Non seulement elles n\u2019ont pas supprimé le prolétariat, note encore le P.Des-queyrat, mais elles l\u2019ont, pour ainsi dire, consolidé.» Ainsi ramener le problème des relations du travail et la question ouvrière dans son ensemble au seul problème du mal individuel, voir là son unique cause, c\u2019est 354 tout simplement accepter le fait de la condition prolétarienne comme définitif.Il faut creuser davantage, pousser plus avant les investigations pour découvrir la cause dominante du conflit.Et, ici, l\u2019on peut se demander de nouveau si elle ne résiderait pas dans la séparation, la rupture des ponts entre le social et l\u2019économique.Tant que le travail et le capital relevèrent du même titulaire, le conflit entre le social et l\u2019économique pouvait se résoudre sans heurts, parce qu\u2019il y avait parfaite compénétration de l\u2019un par l\u2019autre.Ils n\u2019étaient pas dissociés et ils n\u2019étaient pas dissociables, si ce n\u2019est d\u2019une façon purement théorique.L\u2019exemple du cultivateur illustre merveilleusement ce phénomène.S\u2019il ne veut pas travailler, sa terre ne produit pas, mais il ne peut s\u2019en prendre qu\u2019à lui-même de sa mauvaise fortune.S\u2019il trime trop dur par amour du gain, il peut ruiner sa santé, mais alors, également, il restera l\u2019unique responsable de sa méprise, sauf si elle résulte des conditions économiques générales.Le même raisonnement vaut pour l\u2019artisan et l\u2019homme de profession libérale.On se rend compte qu\u2019il n\u2019en va plus de même sous le régime de la séparation du travail et du capital.Car, pour citer encore le P.Desqueyrat, « en séparant le travail et le capital, la révolution industrielle fit naître un redoutable conflit qui cherche encore sa solution, et que le capitalisme rendit plus redoutable encore ».Le P.Philippe de Soignie arrive à des conclusions identiques.Jugeant l\u2019amoralisme du système économique actuel, il affirme « qu\u2019il contribua à aggraver au sein des entreprises l\u2019opposition entre les représentants du capital et les masses laborieuses.L\u2019esprit de lucre l\u2019emportait sur l\u2019esprit de service.La société anonyme a largement contribué à ce désordre.Anonyme, elle n\u2019a pas de tradition humaine et ne fait aucun cas des personnes.Seuls les facteurs arithmétiques comptent ».Cet état d\u2019esprit, inhérent à la nature du système capitaliste, l\u2019a vicié.Pris dans cet engrenage, quelles que soient ses dispositions personnelles, l\u2019employeur ou, d\u2019une façon plus étendue, l\u2019agent de direction, ne voyant pas derrière les siennes propres, souvent loin d\u2019être négligeables, les difficultés quotidiennes du salarié, est porté à les minimiser parce que, quantitativement et économiquement, elles sont de peu d\u2019importance, ou même parfois à leur opposer une indifférence complète.A ce sujet, le témoignage des hygiénistes industriels, concernant les difficultés qu\u2019ils éprouvent à faire accepter par la direction certaines de leurs recommandations, est très révélateur.Au fond, le régime fait que l\u2019agent de direction est trop préoccupé par le résultat économique de l\u2019affaire qu\u2019il représente, par les embêtements de la concurrence toujours possible et par le souci du rendement.Du côté du travail, le phénomène joue en sens exactement contraire.On pourrait ici transposer légère- RELATIONS ment le texte du P.de Soignie et écrire: seuls les facteurs sociaux comptent.Or, même s\u2019il y a souvent erreur d\u2019interprétation touchant la valeur relative de ces multiples facteurs sociaux, erreur semée et entretenue par le régime capitaliste, \u2014 il suffit, par exemple, d\u2019observer le caractère anarchique des besoins humains et de voir comment l\u2019on procède à cette ordonnance pour s\u2019en convaincre, \u2014 les facteurs sociaux doivent l\u2019emporter sur les facteurs économiques, et ces derniers doivent normalement être déterminés par les premiers.Dans la réalité quotidienne, c\u2019est exactement le contraire qui se produit.Au surplus, le salarié, accaparé par les aspects sociaux que revêt son travail et ignorant tout des préoccupations de la direction, « considère fatalement que sa responsabilité professionnelle ne dépasse pas la tâche assignée.Aussi se considère-t-il dégagé de toute obligation et libre de toute préoccupation dès que sa tâche est achevée.» (P.Desqueyrat), sauf si un changement quelconque a des répercussions sociales qui le touchent directement.En résumé, l\u2019on peut dire que la direction aperçoit le social à travers le prisme de l\u2019économique, et que le salarié soupçonne l\u2019économique à travers le social.Cette disparité d\u2019intérêts, de buts et de pensée, incapable de s\u2019exprimer ouvertement lorsque les salariés se présentaient à la direction comme une poussière d\u2019individus isolés, a trouvé, par le syndicalisme, un excellent et puissant moyen d\u2019extériorisation dans la convention collective de travail et les négociations qui y conduisent.Il suffit d\u2019analyser les clauses normatives d\u2019une convention collective de travail et de suivre un peu les échanges de vues qui les précèdent pour bien s\u2019en rendre compte.Qu\u2019on les repasse l\u2019une après l\u2019autre et l\u2019on découvrira, malgré leur sécheresse et leur rigidité juridiques, une luxuriante expression de cette disparité.Sur quoi, en effet, portent les revendications des salariés?Sur les salaires, sur les conditions de travail à l\u2019atelier, sur la durée du travail et ses modalités, sur les vacances, et sur nombre de choses encore.Pourquoi le travailleur cherche-t-il à obtenir des augmentations de salaire?Parce qu\u2019il y voit le seul moyen d\u2019améliorer son sort et celui des siens, d\u2019élever son niveau de vie, d\u2019atteindre à un statut meilleur dans la société.Le salarié ne pense guère à l\u2019augmentation du prix de revient du produit qu\u2019il fabrique, aux risques accrus de mévente par suite de la concurrence ou de la résistance des clients, à la réorganisation du marché qu\u2019entraîne l\u2019accroissement du coût de la production.Il pense à ce qu\u2019il pourra s\u2019offrir d\u2019avantages et aux responsabilités nouvelles qu\u2019il pourra contracter avec les quelques dollars de plus qu\u2019il aura en poche à la fin de la semaine ou du mois, à la nourriture plus abondante ou mieux choisie qu\u2019il pourra mettre sur la table de famille, au complet neuf dont il a besoin, au logement moins exigu qui mettrait les siens plus à l\u2019aise, * au compte de combustible qu\u2019il faut solder, au nouveau membre de la famille qui s\u2019annonce, au bibelot, à la peinture qui siérait si bien dans le vivoir, aux quelques rosiers dont il songe à embellir son parterre, à une visite si désirée à ses vieux parents lointains.N\u2019empêche qu\u2019il peut penser aussi à un concert ou à un spectacle de théâtre, à une séance de cinéma supplémentaire, à quelques bouteilles de bière de plus, à une excursion de pêche ou de chasse, à une partie de hockey, à un week-end dispendieux.Il peut penser tout simplement à la valeur personnelle de son travail, à la restauration de son status professionnel, au classement de son métier.Peu importe la qualité bonne ou mauvaise de ses besoins ou de ses désirs, ceux-ci sont presque toujours d\u2019un ordre social évident, et c\u2019est toujours de ce point de vue qu\u2019il les considère.Le patron sera bien loin de songer à toutes ces choses.Et même s\u2019il proteste contre le gaspillage et le manque de talent de ses employés dans l\u2019administration de leur salaire, ce sera la plupart du temps dans le but de voiler l\u2019aspect réel des problèmes.Il pensera, en son for intérieur, que cette majoration de salaire, si elle est accordée, va le forcer à accroître ses prix de vente et à recevoir les contrecoups de sa clientèle, il pensera aux difficultés administratives que cette modification va provoquer, à la pression qu\u2019elle peut exercer sur la somme des profits, à l\u2019agrandissement de l\u2019atelier qu\u2019elle peut retarder.Quelle que soit la situation, c\u2019est sous un angle surtout économique et financier que la direction voit les choses, même dans le cas où elle ne recherche pas le profit.A quoi songe le salarié quand il demande une amélioration dans ses conditions de travail à l\u2019atelier?A protéger sa santé physique, à se préserver des accidents, à éloigner le danger de contracter quelque maladie industrielle, à se défendre contre le bruit qui abrutit, contre les vibrations qui détraquent les nerfs, contre le mauvais éclairage qui rend le travail plus pénible, contre la chaleur et l\u2019humidité qui épuisent.Ici encore, le salarié envisage les choses à peu près exclusivement sous un angle social.La direction admet son point de vue, sans doute; mais elle y mêle encore une arrière-pensée d\u2019ordre économique qui entre dans ses discussions sur le sujet.Elle verra dans ces améliorations une façon d\u2019alléger les cotisations aux caisses de compensation, le souci d\u2019accroître le rendement et d\u2019obtenir la fabrication d\u2019un produit d\u2019une qualité plus haute en fournissant un milieu de travail plus propre, plus aéré, mieux éclairé, en établissant des périodes de repos appropriées, en munissant les machines de dispositifs de protection.A quoi pense le salarié en réclamant la semaine de quarante heures et de cinq jours ?Sans doute à obtenir de plus longs loisirs qu\u2019il consacrera, selon ses goûts, ses aptitudes, sa formation et sa volonté, à s\u2019amuser futilement, à se promener, à se laisser vivre, à lire ou à bricoler, à travailler à l\u2019entretien et à l\u2019embellissement DECEMBRE 1950 355 de sa propriété, à régler ses affaires personnelles, pour lesquelles il lui faut trouver un minimum de temps.Comme on le voit, ces loisirs peuvent être consacrés au meilleur et au pire.Mais, pour le salarié, c\u2019est une fois de plus l\u2019angle social qui domine, qui donne de l\u2019importance à ses revendications, qui le fait tant insister pour les obtenir.Il en est ainsi des vacances et des congés.Le salarié y voit avant tout la possibilité de s\u2019accorder un répit relativement prolongé, d\u2019échapper pendant quelques jours au fardeau quotidien, d\u2019offrir à sa famille le plaisir d\u2019un voyage ou d\u2019un repos à la campagne ou tout simplement l\u2019avantage de vivre pendant une semaine ou deux une vie familiale plus intense.L\u2019agent de direction, qui ressent les mêmes besoins, qui aspire probablement à une situation semblable et qui, règle générale, peut se la procurer facilement, réagit ici encore différemment.Il voit surtout le coût de ces améliorations sociales et pense aussi au service qu\u2019il doit continuer à donner à ses clients, au réaménagement que nécessite une modification de la structure des heures de travail, à l\u2019abaissement possible de la production.Pour lui faire admettre le bien-fondé de ces conditions nouvelles, il faut lui vendre l\u2019idée que le rendement sera accru d\u2019autant, que le produit fabri- qué sera de meilleure qualité, toutes choses qui sont d\u2019ordre à peu près exclusivement économique.La convention collective et les pourparlers qui y conduisent font bien ressortir cette disparité, cette séparation, cette cloison étanche entre le social et l\u2019économique, le travail ne considérant que l\u2019angle social des rapports patronaux-ouvriers et le capital se cramponnant à leur aspect économique.Mais, dans le fatras des conflits actuels, la convention collective de travail, en amenant les deux parties à se rencontrer, en les forçant à échanger leurs points de vue, en les obligeant pour ainsi dire à se rapprocher, ouvre la voie, non seulement vers une solution moins belliqueuse des conflits, mais aussi vers une intégration de plus en plus grande des travailleurs dans l\u2019entreprise, en leur montrant d\u2019une façon plus aiguë les conséquences des améliorations sociales sur l\u2019économique considéré tant au niveau de l\u2019entreprise que de la profession ou de l\u2019industrie et de la nation, vers une compréhension plus large enfin par le capital et ses représentants du but premier de l\u2019économique qui est de servir le social.Envisagée de ce point de vue, la convention collective sera plus qu\u2019une trêve entre deux belligérants fatigués et momentanément à court d\u2019arguments, elle sera une œuvre constructive, progressive, un point de rencontre et un centre de ralliement.NOTRE BIENHEUREUSE MARGUERITE BOURGEOYS Émile GERVAIS, S.J.LA BÉATIFICATION de Marguerite Bourgeoys a soulevé de joie la terre canadienne.Ce grand 1 événement, attendu depuis de longues années, vient récompenser la confiance des saintes âmes qui, dans les cloîtres comme au dehors, ont assailli le ciel de leurs prières inlassables, pour qu\u2019enfin soit glorifiée la première institutrice de Ville-Marie et la Mère de nos mères.Cette béatification est de plus une faveur due à la grande affection du Saint Père pour le Canada.En effet, voyant que la cause de Pie X n\u2019aboutirait pas pour la fin de l\u2019Année sainte, le Pape, ayant devant lui plusieurs causes qui sollicitaient, pour ainsi dire, son auguste suffrage, a porté son choix sur celle de la vénérable Marguerite Bourgeoys.Rien d\u2019étonnant que nos chefs spirituels, NN.SS.les archevêques et évêques, aient insisté, selon le désir même du représentant du Pape parmi nous, pour que le Canada se choisisse une imposante délégation, afin de porter au Saint Père l\u2019hommage de notre reconnaissance et à Dieu le tribut de nos prières d\u2019actions de grâces.C\u2019est le moins qu\u2019il convenait de faire pour la glorification d\u2019une fille de chez nous, fondatrice de l\u2019Église canadienne, aimable et admirable entre toutes.On a pu compter que plus de mille pèlerins canadiens ont fait escorte à Mgr Léger et à la plupart de nos évêques, le 12 novembre, dans la basilique Saint-Pierre, pour acclamer la première bienheureuse canadienne ainsi que le Souverain Pontife qui nous l\u2019a donnée.Nos associations, nos communautés d\u2019éducation et de charité, nos institutions d\u2019enseignement primaire et supérieur ont tenu à se faire représenter à ce pèlerinage de la reconnaissance nationale.Le gouvernement de Québec y a délégué deux de ses ministres; la ville de Québec et Montréal, si intimement intéressé à la gloire de Mère Bourgeoys, ont choisi des personnages de marque qui portèrent l\u2019hommage de deux des plus vieux établissements du pays.Une seule ombre au tableau, \u2014 ombre tragique, il est vrai, \u2014 l\u2019épouvantable et pour longtemps inconsolable catastrophe du mont Obiou.Glorieux ancêtres dans la foi.\u2014 La béatification de Marguerite Bourgeoys vient couronner une campagne de prière et de propagande destinée à tirer de l\u2019oubli quelques-unes des plus augustes figures de notre histoire religieuse: Mgr de Laval, Marie de l\u2019Incarnation, Jeanne Mance, Catherine de Saint-Augustin et Marguerite Bourgeoys.En 1941, à l\u2019inspiration du regretté cardinal Villeneuve, NN.SS.les archevêques et évêques de la province lançaient cette campagne qui devait faire 356 RELATIONS connaître et aimer ces personnages admirables qui ont présidé à la naissance de l\u2019Église au Canada.L\u2019objectif de cette campagne, nos chefs spirituels l\u2019exposèrent avec autorité: « C\u2019est à nous surtout, Nos très chers frères, que devra profiter l\u2019exaltation de ces héros célestes qui sont nos frères par le sang.Nous avons besoin de leur gloire, car il n\u2019est pas sans profit pour nous de dire et de redire au monde, et de considérer nous-mêmes de quelle noblesse chrétienne nous sommes.Nous avons besoin qu\u2019ils nous soient proposés en modèles.Leur vie d\u2019abnégation nous enseignera que la vraie grandeur d\u2019un peuple, ce sont ses valeurs spirituelles; elle nous redira que le seul but digne d\u2019une vie chrétienne est de faire fructifier les trésors de vie spirituelle que Dieu offre aux âmes et dont il a comblé à profusion notre peuple.« Alors que tant de courants d\u2019idées matérialistes prônent la primauté de la chair sur l\u2019esprit, des valeurs de ce monde sur les valeurs de l\u2019éternité, nos saints nous ramènent à la pensée des choses du Ciel pour lesquelles nous avons été créés et marqués d\u2019appel divin.» La phalange de ces âmes saintes est dominée par une * figure auguste de chef et d\u2019évêque, de la taille des Charles Borromée, Mgr de Montmorency-Laval.On y admire des grandes mystiques comme Marie de l\u2019Incarnation, des victimes cachées comme Catherine de Saint-Augustin, des femmes de cœur et de commandement comme Jeanne Mance.Au milieu, une figure douce et attirante, auréolée désormais de la gloire des bienheureux, Marguerite du Canada, celle que nos pères se plaisaient à nommer Mère Bourgeoys.U œuvre de Mère Bourgeoys.\u2014 La première institutrice de Ville-Marie a fait une œuvre d\u2019éducation de première grandeur.La Congrégation de Notre-Dame, héritière de son zèle et de son esprit, prolonge parmi nous son fécond apostolat dans les petites écoles éparses sur les côtes de la Nouvelle-France.C\u2019est déjà un titre à notre reconnaissance.On a peut-être trop laissé dans l\u2019ombre l\u2019apostolat social exercé par elle auprès des premiers foyers de Ville-Marie.On ignore en bien des endroits son dévouement maternel auprès des Filles du Roi, amenées par elle de France, protégées par elle durant leur court stage de fiancées, aidées et soutenues par elle dans leurs pénibles devoirs d\u2019épouse et de mère.La reconnaissance des premiers couples a insisté auprès de Mère Bourgeoys pour qu\u2019elle apposât sa signature comme témoin au bas des actes de mariage.C\u2019est surtout dans cet apostolat social que le génie inventif de la bienheureuse fit des merveilles: trouvailles de son esprit pratique et surtout de son héroïque fidélité aux volonté-divines, au crucifiant quotidien qui, à cette heure pris mitive de la colonie, mettait à rude épreuve l\u2019ingéniosité et l\u2019héroïsme de tous.Une de ses biographes exalte cette ingéniosité surnaturelle d\u2019inspiration, en des termes que l\u2019historien ne trouve pas trop élogieux: « Quand elle va quérir au bord de l\u2019eau, pour les emmener dans la maison de la sainte Vierge, les jeunes personnes envoyées par le roi au Canada pour y devenir les premières femmes de la colonie naissante, elle inaugure, n\u2019est-il pas vrai ?l\u2019œuvre des gares et celle des foyers en vue de la préservation de la jeune fille.Et lorsqu\u2019elle se retire avec elles dans une maison particulière, où elle les prépare à leur rôle futur, en leur enseignant à tenir une maison, à filer et à tisser la laine, il semble bien qu\u2019elle prélude à l\u2019organisation de nos écoles d\u2019arts et métiers et d\u2019enseignement ménager.« L\u2019école normale est déjà en germe dans l\u2019humble étable où naît son institut, comme dans la cabane d\u2019écorce où elle reçoit les premiers enfants sauvages, puisque, dès lors, selon son désir, on y forme des maîtresses d\u2019école pour les endroits environnants.« Sur le modèle de ce qu\u2019elle avait vu à Troyes, Mère Bourgeoys commence une congrégation externe, le 2 juillet 1658, pour les jeunes filles qui ne sont plus en âge de fréquenter les classes.Les sociétés d\u2019Enfants de Marie, les associations d\u2019anciennes élèves ne sont que la réplique de cette première organisation postscolaire.« Sous son inspiration, en 1686, les élèves des sœurs s\u2019engagent à combattre le luxe et l\u2019inconvenance des ajustements féminins, et elles furent fidèles à leurs engagements.Ce fut sans doute la première ligue contre les modes inconvenantes.« Puis elle invite ses chères enfants à revenir, de temps à autre, se refaire pendant quelques jours sous son toit, près de l\u2019autel, dans la prière et la solitude: elle crée ainsi l\u2019œuvre des retraites fermées qui produit de si merveilleux fruits de grâce dans les âmes.» Lumineux exemple.\u2014 Un devoir urgent et délicat sollicite les apôtres sociaux aujourd\u2019hui plus que jamais: appliquer aux conditions nouvelles et changeantes du monde actuel les positions doctrinales de l\u2019Église et ses traditionnelles méthodes d\u2019apostolat.Adaptation semée d\u2019embûches.Seule la lumière divine et les directives de l\u2019Église, docilement acceptées et suivies, permettront de faire cette adaptation nécessaire.Les saints, dociles instruments de la Sagesse éternelle, parviennent comme sans effort à cette originalité de bon aloi qui sait trouver les solutions nouvelles et sûres aux problèmes de l\u2019heure.Au moment où nous nous trouvons, au Canada comme ailleurs, en face de troublants problèmes d\u2019adaptation, la Providence nous offre l\u2019exemple exaltant d\u2019une bienheureuse, saintement inventive par fidélité héroïque aux desseins de Dieu.C\u2019est une lumière et une inspiration pour tous ceux qui travaillent, souvent dans l\u2019incertitude et le doute, à bâtir la cité chrétienne de demain.DECEMBRE 1950 357 La Ligue antitubercu leuse de Montréal M.Guy Laflem a suivi de très près les activités de la Ligue antituberculeuse de Montréal.Celle-ci illustre bien ce que peut faire l'initiative privée quand elle est avisée et persévérante.Guy LAFLEUR AU COURS DE L\u2019ÉTÉ 1942, trois médecins, le premier, le docteur G.-J.Wherrett, secrétaire de la Canadian Tuberculosis Association, le deuxième, le docteur J.-A.Couillard, président du Comité provincial de défense contre la tuberculose, enfin le troisième, le docteur J.-A.Vidal, chef de service à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur, se rendant compte de la nécessité pour Montréal d\u2019un organisme antituberculeux qui prélèverait des fonds par la vente du timbre de Noël dans le district, et pourrait ainsi défrayer la propagande et l\u2019éducation antituberculeuses, décidèrent de promouvoir la fondation d\u2019une ligue.Après plusieurs démarches pour grouper des citoyens en vue qui s\u2019y dévoueraient, leurs yeux se tournèrent vers M.C.-O.Monat, ingénieur professionnel.Choix des plus judicieux: la Ligue devait connaître un essor merveilleux grâce à lui.M.Monat étudia le problème que posait le fléau et il comprit que la meilleure façon de l\u2019enrayer chez nous était de relancer le microbe où il se trouve et d\u2019en organiser le dépistage intensif.M.Monat révolutionnait ainsi les méthodes suivies dans le Québec, en reléguant au second plan la lutte par l\u2019éducation, pour faire primer l\u2019action pratique.Résolus à agir promptement et désireux de garder leurs coudées franches et leur indépendance de toute intervention, M.Monat et les collègues dont il s\u2019entoura décidèrent d\u2019affirmer juridiquement l\u2019entité bien définie de la Ligue et, le 1er mars 1943, la Ligue antituberculeuse de Montréal Inc.recevait les lettres patentes qui en faisaient une corporation distincte, sous l\u2019empire de la troisième partie de l\u2019Acte des Compagnies du Québec.Cette décision était prise à la suite du refus de la Ligue de transmettre au Comité de défense de la province de Québec et à la Canadian Tuberculosis Association une partie des fonds souscrits par les citoyens de Montréal.Dans une déclaration, lors du premier appel financier à la population métropolitaine, le président affirmait que les fonds souscrits se dépenseraient chez elle.Il a tenu parole.Récemment encore, il gardait sa ligne de conduite en étendant, à la demande des autorités provinciales, les cadres de la Ligue à vingt et un comtés, mais sans y consacrer un sou des fonds souscrits par les Montréalais.Grâce à l\u2019aide et à la coopération du ministre et du sous-ministre de la Santé, l\u2019hon.Henri Groulx et le docteur Jean Grégoire, six mois à peine après sa fondation, la Ligue abordait l\u2019action dans l\u2019examen massif des employés des usines de Saint-Paul-l\u2019Ermite.Le docteur Poupart, gracieusement prêté par le ministre de la Santé, inaugurait le premier dépistage massif au Québec: 25,000 examens aux rayons X en 1943.A la fin de 1943, la Ligue recevait son premier appareil photofluoro-graphique la commençait sur une grande échelle les examens massifs dans les industries de guerre et dans tous les milieux plus susceptibles de contamination.Voici un bilan du travail accompli entre le 1er janvier 1944 et le 31 décembre 1949: 1944 1945 1946 1947 1948 1949 Total.803,601\t» 60,170 examens 107,873\t» 109,739\t» 173,360\t» 165,172\t» 187,287\t» Le millionième examen aux rayons X a été pris au cours du mois d\u2019octobre à la Canadian Arsenals Limited, à Saint-Paul-l\u2019Ermite, là-même où, au printemps de 1943, la Ligue inaugurait les examens pulmonaires en masse dans les industries de guerre.Une coïncidence heureuse a voulu qu\u2019un des employés examinés en 1943, maintenant chef du personnel, soit la millionième personne à se faire radiographier.A partir de 1950, on croit que la Ligue examinera plus de 225,000 personnes par année.Un directeur médical, un adjoint à pleines journées, un autre à journées partielles, un radiologiste et quinze gardes-malades sont nécessaires pour ce travail.A ceux-là se joint évidemment tout un personnel d\u2019administration et d\u2019écritures.Afin d\u2019assurer la gratuité de l\u2019examen clinique, du traitement requis et du service social dans les familles affectées, la Ligue versa aux dispensaires Bruchési et Royal-Edward, et dans un ordre moindre à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur et à la clinique B C G, pendant plusieurs années, 40% des fonds recueillis de ses campagnes, les autres 60% étant dépensés pour les examens gratuits en faveur de la population.Les directeurs, en optant pour le dépistage massif comme le meilleur moyen d\u2019enrayer la tuberculose, ne prétendent pas à la découverte; ils ont bonnement compris que l\u2019arme la plus efficace était l\u2019emploi des rayons X.Ils n\u2019ont fait que pratiquer des principes fondamentaux, en suivant les directives de deux savants de réputation internationale, sir Robert Philip et le grand Calmette.Sir Robert Philip, fameux médecin écossais qui, voilà une cinquantaine d\u2019années, organisait le premier dispensaire antituberculeux au monde, déclarait peu avant sa mort récente: « Les résultats obtenus par les dispensaires n\u2019ont pas été ceux que nous attendions.» Et il continuait: « Il n\u2019existe qu\u2019un seul moyen de découvrir les cas de tuberculose au début, c\u2019est d\u2019aller à leur recherche.» De son côté, le grand Calmette, organisateur de dispensaires en France, se plaisait à répéter: « Le dispensaire antituberculeux ne peut apporter de bons résultats s\u2019il n\u2019existe pas un agent capable d\u2019aller à la recherche des cas.» C\u2019est donc la thèse préconisée par ces deux savants que suit notre Ligue dans sa lutte inlassable d\u2019action pratique.Récemment, encore, le docteur Jean-B.McDougall, chef de la Division de la tuberculose à l\u2019Organisation mondiale de la Santé, dans un ouvrage où il accumula des renseignements recueillis au cours de vingt années de recherches, écrivait: «.Nous voyons dans la radiographie massive un excellent moyen de propagande éducative qui peut amener les autorités publiques à agir.» Le docteur préconise aussi l\u2019enquête massive parmi les groupes particulièrement vulnérables et souligne, en rendant hommage aux organismes bénévoles, « qu\u2019ils ont fait plus que les gouvernements pour enrayer le fléau ».La Ligue de Montréal, après sept années de cette pratique, en arrive à plus de 225,000 examens annuellement.Ses services personnels aux tuberculeux qui s\u2019ignoraient sont innombrables, et il est impossible d\u2019apprécier à leur juste valeur les services rendus à la population en général, au point de vue économique.Tout en consacrant presque tous ses efforts au dépistage, la Ligue a contribué à l\u2019adoption de nombreuses mesures sociales par notre gouvernement provincial.Mesures préconisées et adoptées.\u2014 En 1945, le président, fort de l\u2019expérience acquise depuis 1943, adressait au premier 358 RELATIONS ministre et au ministre de la Santé un mémoire attirant leur attention sur les problèmes de la lutte antituberculeuse dans le district métropolitain.Il a constamment souligné le manque de lits pour hospitaliser les tuberculeux.Cet été, le nouveau sanatorium Saint-Joseph de Rosemont ouvre ses portes avec 500 lits de plus.Il demandait avec succès aux autorités d\u2019accorder une aide plus généreuse aux épouses de tuberculeux.Il insistait sur la nécessité du service gratuit des dispensaires, et aujourd\u2019hui tout individu peut en profiter sans délier sa bourse.Il attirait l\u2019attention sur la nécessité d\u2019un organisme de réhabilitation ou, si vous le préférez, de réadaptation des tuberculeux guéris.L\u2019hon.Antonio Barrette, ministre du Travail, a comblé cette lacune en fondant des bureaux de placement dont le but sera de leur obtenir un emploi approprié à leurs forces afin de diminuer le nombre des rechutes.Les directeurs de la Ligue ont toujours déploré la situation pénible dans laquelle travaillent les médecins de l\u2019Institut Bruchési, organisme qui ne peut recevoir et traiter dans son local actuel le très grand nombre de malades qui s\u2019y présentent.Le gouvernement a voté la construction d\u2019un édifice moderne, répondant aux besoins de l\u2019heure.Ils ont aussi demandé et obtenu une application plus rigide des lois provinciales et municipales obligeant les manipulateurs d\u2019aliments à subir des examens périodiques aux rayons X.Le rôle qu\u2019a joué la Ligue chez nous depuis sept ans a été celui du pionnier, du bâtisseur.En plus des mesures qu\u2019elle a préconisées et vu adopter, elle a lancé récemment une initiative qui a déjà eu, après quelques mois seulement d\u2019opération, d\u2019heureuses répercussions dans tous les milieux.Cette initiative, la première dans le Québec, sinon dans tout le pays, a consisté à retenir les services d\u2019un radiologiste, le docteur Louis-Philippe Bélisle, afin de rendre de plus grands services à la population.Depuis janvier 1950, la Ligue ne limite pas ses activités à dépister les cas de tuberculose pulmonaire, sous la direction du docteur Landry, aidé des docteurs Lavergne et Filia-trault; maintenant, avec les services éclairés du docteur Bélisle, son personnel médical dépistera certaines maladies du cœur, tumeur ou pneumoconiose, qui peuvent se manifester sur une radiographie des poumons.Cette initiative permettra d\u2019accélérer encore le travail de la Ligue, non seulement dans notre district, mais dans tous les milieux où elle travaillera.En 1949, la Ligue a été l\u2019objet de témoignages d\u2019éloges venus de toutes parts.Il en est un auquel la Ligue attache plus d\u2019importance.Le docteur Adélard Groulx, directeur du Service d\u2019hygiène à Montréal, attribue au travail de la Ligue une bonne part de mérite dans la baisse de la mortalité.Expansion de la Ligue.\u2014 Au cours de 1949, les autorités provinciales ont demandé aux directeurs d\u2019étendre leur organisation de dépistage dans vingt et un comtés voisins de l\u2019île, sur les deux rives du Saint-Laurent.La Ligue n\u2019a pas voulu entreprendre plus qu\u2019elle ne peut faire efficacement; avant d\u2019accepter ce travail, elle a vu à s\u2019y préparer en étudiant les besoins de ce nouveau territoire.A la suite d\u2019expériences, elle accepta, pour donner une nouvelle preuve de son désir de coopération et pour marquer sa reconnaissance de l\u2019encouragement accordé par les autorités provinciales.En 1945, les bureaux dans l\u2019immeuble Aldred devenaient trop exigus pour le personnel médical et administratif.M.le président Monat fit alors don d\u2019une propriété achetée de la succession Catelli, 3446, avenue de l\u2019Hôtel-de-Ville.Les bureaux possèdent un appareil à la disposition de ceux qui désirent une radiographie gratuite.Il se fait là environ 2,500 examens de préembauchage et autres par mois.La générosité de M.Monat permet d\u2019opérer le plus économiquement possible, puisqu\u2019on ne paye plus de loyer.La Ligue, depuis ses débuts, doit proportionner son travail à l\u2019appui financier apporté par l\u2019industrie et le public.L\u2019industrie défraie le coût des examens des employés; quant au public bénéficiaire de la gratuité, il est libre de souscrire d\u2019après son appréciation des services rendus.La Ligue n\u2019emploie aucun solliciteur; elle compte sur l\u2019appréciation de tous ceux qui sont conscients du problème médico-social qu\u2019est la tuberculose, et de la nécessité d\u2019aider une organisation qui protège les familles et tous les citoyens.Les directeurs ont toujours constaté que le meilleur moyen d\u2019obtenir la coopération des autorités est de s\u2019aider soi-même.L\u2019exemple donné par la Ligue a amené les autorités provinciales à dépenser des sommes jusqu\u2019ici inconnues pour assurer la gratuité de l\u2019hospitalisation, l\u2019aide à la famille, l\u2019augmentation du nombre de lits, la gratuité des dispensaires, le service de réadaptation, etc.La campagne annuelle de souscriptions de la Ligue est présentement en cours.La Ligue fait appel à l\u2019esprit de civisme de toute la population qui bénéficie directement ou indirectement de la protection accordée à tous les citoyens de la métropole et de tout le territoire où elle accomplit son œuvre.Nous avons tous une dette de reconnaissance envers la Ligue.noâ ptochainâ numêxoâ\t\tActes Pontificaux \t\tEncyclique \t\tHUMANI GENERIS \t\tsur certaines opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine chrétienne.Le crédit agricole du Québec\t\t15 sous Rodolphe Laplante\t\tExhortation Le problème scolaire en France Pierre Faure\t\tMENTI NOSTRAE \t\tsur la sainteté de la vie sacerdotale.Notre pain quotidien Françoise Gaudet-Smet\t\t25 sous INSTITUT SOCIAL POPULAIRE 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-14 DECEMBRE 1950 359 S.EXC.MGR LAFORTUNE AVEC OU SANS LE CLERGÉ ET LA QUESTION SOCIALE DANS la Vie nicolétaine (novembre 1950), M.l\u2019abbé Georges Dubuc, V.F., supérieur du Séminaire, résume admirablement l\u2019œuvre de S.Exc.Mgr Lafor-tune.Sa vie « riche en œuvres et en mérites » fut un don de soi à tous les besoins et à toutes les œuvres: organisations professionnelles, Action catholique, cercles Lacordaire et Jeanne-d\u2019Arc, retraites fermées, fondation de paroisses et d\u2019institutions, œuvre des vocations.« Toute cette vie si riche en œuvres et en mérites, S.Exc.Mgr Lafortune l\u2019a couronnée par l\u2019apostolat de la souffrance.A une vie entière consacrée au service de Dieu et des âmes, Dieu a voulu qu\u2019il ajoutât l\u2019exemple de la souffrance généreusement acceptée.Au retour de son voyage ad limina, il eut la douleur de ne pouvoir revenir dans son diocèse, pour transmettre à ses diocésains le message du Pape et remettre lui-même les décorations pontificales qu\u2019il rapportait de Rome.Si grandes que furent les douleurs de la maladie, plus grandes encore furent sa confiance et sa résignation.Toute sa vie d\u2019évêque aura été la réalisation de la devise qu\u2019il avait choisie: Fiat voluntas tua.» ORIENTATION DE NOTRE AGRICULTURE M.Letourneau termine sur une vue d'avenir son Histoire de l\u2019Agriculture, recensée plus loin.Voici un résumé du dernier chapitre de son ouvrage.ENTRE le passé, le présent et l\u2019avenir, il y a continuité, filiation.La religion, la famille, la paroisse, la terre et l\u2019agriculture famjliale sont nos grandes valeurs.Gar-dons-les, fortifions-les.Épousons le progrès en restant fidèles au passé.L\u2019organisation professionnelle s\u2019obtient par l\u2019association et la corporation.Celle-ci pourrait sortir des associations existantes, pour diriger la vie économique et sociale de la profession agricole.L\u2019exploitation rationnelle de la ferme est l\u2019art de tirer plein parti du sol, des plantes, des animaux, du travail et des machines.On prend soin du sol en l\u2019égouttant s\u2019il est trop humide, en le chaulant s\u2019il est trop acide, en le pourvoyant de matières organiques s\u2019il en manque, et en le fertilisant s\u2019il est épuisé.De bons réseaux de drainage sont aussi importants qu\u2019une bonne voirie.Le moyen d\u2019abaisser le coût de production est d\u2019augmenter le rendement des champs et des troupeaux.Les concours de fermes sont la grande école où cultivateurs et agronomes se prêtent un mutuel appui, pour doubler les revenus de la ferme.La coopération est un facteur de liberté, de personnalité, de solidarité et de prospérité.Développons-la.Les cultures spéciales qui s\u2019écoulent directement sur le marché ou dans l\u2019industrie ajoutent aux revenus.Multiplions-les.Les industries agricoles, où les cultivateurs transforment leurs produits bruts en produits finis, sont un avoir pour eux et pour toute la province.Les marchés du Québec sont nos meilleurs marchés.Con-quérons-les, gardons-les.L\u2019agriculture a besoin de recherches scientifiques pour n\u2019être pas déclassée.Au point de vue social et national, l\u2019établissement des jeunes dans la conquête du sol doit se continuer.L\u2019avenir de l\u2019agriculture est entre les mains des agronomes pour la théorie et des cultivateurs pour la pratique.Continuons à faire fructifier notre talent.360 COMMENTAIRES QU'A DIT LE SAINT PÈRE SUR LA COGESTION ÉCONOMIQUE LE 3 JUIN 1950?M.le chanoine Brys, aumônier général du Mouvement ouvrier chrétien de Belgique, vient de publier dans le Bulletin d\u2019information de VAssociation internationale sociale chrétienne un très intéressant commentaire sur le discours prononcé par le Pape, le 3 juin 1950.En voici quelques extraits.Commentant le passage suivant du discours pontifical: « Pareil danger se présente également lorsqu\u2019on exige que les salariés, appartenant à une entreprise, aient le droit de cogestion économique, notamment quand l\u2019exercice de ce droit relève en fait, directement ou indirectement, d\u2019organisations dirigées en dehors de l\u2019entreprise », l'auteur écrit : EN DEHORS des raisons que le Saint Père fera valoir tantôt pour dénier à la masse des ouvriers d\u2019une entreprise le droit à la cogestion économique, il y a une raison nouvelle qui intervient ici: les chefs syndicaux \u2014 car il est évident qu\u2019il s\u2019agit d\u2019eux \u2014 ne sont pas de cette communauté de travail que constitue l\u2019entreprise.De ce fait ils ne pourraient exercer des droits que seuls peuvent avoir ceux qui font partie de cette communauté, et ce, parce qu'ils en sont.Il n\u2019y a ici aucune pensée désobligeante vis-à-vis des syndicats.Le Saint Père n\u2019a pas manqué de dire expressément lui-même combien l\u2019organisation syndicale se justifie et est nécessaire.« Les syndicats (disait-il, le 11 septembre 1949, dans son allocution aux travailleurs chrétiens belges à l\u2019occasion de leur pèlerinage) ont surgi comme une conséquence spontanée et^nécessaire du capitalisme érigé en système économique.L\u2019Église leur a donné son approbation, à condition toutefois qu\u2019ils s\u2019efforcent de promouvoir l'ordre chrétien dans le monde ouvrier.C\u2019est bien cela que veut votre syndicat.C\u2019est à ce titre que Nous le bénissons.» Mais il faut qu\u2019il reste dans son rôle et à sa place et qu\u2019il respecte toujours la justice.« Il ne faut pas qu\u2019il abuse de sa force », disait-il dans le même discours.Pie XII aura pensé alors au désordre qui consiste à abuser des forces des organisations syndicales, pour faire du syndicat un élément de pression et de menace que les chefs font jouer, non plus dans le domaine professionnel, mais dans le domaine nettement politique, pour des questions politiques, faussant ainsi le jeu normal et ordonné des institutions politiques d\u2019un pays.On a vu en plusieurs pays, et à suffisance, la pratique de pareil abus.Il aura pensé au danger possible que les syndicats n\u2019abusent de leur puissance dans la vie économique pour prendre par la force ce qui n\u2019est pas selon le droit ou la justice.Dans le présent discours, il affirme que le droit de participation à la gestion d\u2019une entreprise ne doit pas être exercé par le syndicat.Que le syndicat ou d\u2019autres organisations éducatives ouvrières forment leurs membres à l\u2019exercice de ce droit, c\u2019est dans l\u2019ordre, et il faut absolument que cela soit fait.Mais que, de façon ouverte ou camouflée, il dicte du dehors les attitudes à prendre par les ouvriers là où ils ont droit de parole à l\u2019entreprise, cela n\u2019est plus dans l\u2019ordre.Les ouvriers formés ad hoc doivent personnellement prendre leurs responsabilités, faute de quoi on dénature le sens et le but de la participation des ouvriers à la gestion de l\u2019entreprise.RELATIONS L'auteur en vient ensuite à commenter la phrase suivante du même discours : « On ne méconnaît pas pour autant l\u2019utilité de ce qui a été jusqu\u2019ici réalisé en ce sens, de diverses manières, au commun avantage des ouvriers et des propriétaires.» Ce qui lui donne l'occasion de rappeler la déclaration de Pie XI sur Vopportunité de tempérer quelque peu le contrat de travail par des éléments empruntés au contrat de société.Il écrit alors : La position de pur salarié et de pur subordonné dans l\u2019entreprise donne par elle-même naissance chez les ouvriers à un complexe de pensées et de sentiments qui les oppose en permanence aux chefs d'entreprises.En salariat pur et simple, l'ouvrier se sent à l'usine un pur subordonné.Il n\u2019a rien à y dire.Il ne doit exécuter que des ordres et faire un travail commandé et surveillé.Il s'y sent étranger à tout ce qui concerne la marche de cette entreprise.De cela il ne sait rien.Cela ne le regarde pas.Il ne doit pas avoir la prétention de s\u2019en mêler.C\u2019est l\u2019affaire des chefs et des détenteurs de capitaux.Que cette entreprise soit un peu de lui et pour lui aussi, il ne peut le sentir d\u2019aucune façon.Le sentiment communautaire ne peut naître ainsi.Il se sent indifférent vis-à-vis de l\u2019entreprise.C\u2019est quand même l\u2019affaire d\u2019un autre.Les profits sont quand même pour les autres.Il y travaille parce qu\u2019il doit tout de même gagner son pain quelque part.Mais il ne s\u2019y attache pas.Il s'y sent un peu, souvent à tort, souvent à raison, un exploité.En lui vit cette obscure impression qu\u2019on gagne là beaucoup d\u2019argent, que les chefs deviennent d\u2019année en année plus riches, tandis que lui-même, après quarante ans de travail, ne sera pas beaucoup plus loin qu\u2019à son début.Tout ce complexe psychologique naît de sa position même de pur salarié et de pur subordonné.Il est et reste à la base de ce sentiment d\u2019aliénation, d\u2019hostilité et de lutte de classe, qui constitue une menace permanente dans le monde actuel.Voilà, in concreto, ces « conditions présentes de la vie sociale » qui ont fait dire à Pie XI, dans Quadragesimo anno, que le pur salariat, bien que n\u2019étant pas injuste en lui-même, devait être dépassé et tempéré dans la mesure du possible.Si donc une réforme du salariat dans le sens du contrat de société ne peut être ni réclamée ni due comme un droit, cependant elle est impérieusement recommandée par un ensemble de situations de fait, dont on ne pourrait sous-estimer la gravité et qui, par leur incidence sur le bien commun, peuvent, à certain moment, créer de vraies obligations.La justice sociale qui « impose aux membres de la communauté tout ce qui est nécessaire au bien commun » (Divini Redemptoris) peut créer ici des obligations sérieuses.Pie XI ne parle pas de « remplacer » le contrat de travail par le contrat de société.Toutes les expressions qu\u2019il emploie dans tout ce passage invitent à ne pas perdre le sens de la mesure.Il parle de « tempérer », non pas « d\u2019ajuster ».Il dit « quelque peu », « dans la mesure du possible », par des « éléments » empruntés au contrat de société.Il parle de participer « en quelque manière ».Soulignons ici que Pie XII, comme Pie XI, est heureux de voir le progrès s\u2019orienter dans le sens de pareille participation.DÉCEMBRE 1950 Dans son exhortation Menti Nostrae au clergé catholique, S.S.Pie XII expose les avantages de la doctrine sociale de l'Église : CERTAINS se montrent timides et incertains dans leur attitude envers le communisme, qui s\u2019emploie à arracher la foi à ceux mêmes auxquels il promet le bien-être matériel.Mais le Saint-Siège, dans de récents documents, a marqué clairement la voie à suivre, voie qu\u2019aucun prêtre ne saurait quitter sans manquer à son devoir.D\u2019autres manifestent la même timidité et la même incertitude en face du capitalisme, dont l\u2019Église n\u2019a pas manqué de dénoncer les graves conséquences.L\u2019Église ne s\u2019est d\u2019ailleurs pas bornée à condamner les abus du capitalisme et l\u2019abus du droit de propriété défendu par le capitalisme: elle a enseigné que le capital et la propriété doivent être des instruments de la production pour l\u2019avantage de toute la société, ainsi que des moyens de subsistance et de défense de la liberté et de la dignité humaine.Les erreurs du communisme et du capitalisme et leurs dangereuses conséquences doivent convaincre tout le monde et tout particulièrement le clergé de la nécessité de rester fidèle à la doctrine sociale de l\u2019Église, de la faire connaître et appliquer pratiquement.Seule cette doctrine peut porter remède aux maux dénoncés plus haut: elle unit et perfectionne les exigences de la justice et les devoirs de la charité.En même temps, elle préconise un ordre social qui, loin d\u2019opprimer les individus et de les isoler dans un égoïsme aveugle, unit tous les hommes dans l\u2019harmonie des relations sociales et par les liens d\u2019une fraternelle solidarité.A l\u2019exemple du divin Maître, le prêtre ira donc aux pauvres, aux travailleurs, à tous ceux qui se trouvent dans la misère.Parmi ces derniers il faut aussi ranger nombre de personnes des classes moyennes, ainsi que plusieurs membres du clergé.Mais pour autant le prêtre n\u2019en négligera pas les hommes qui, tout riches qu\u2019ils semblent des biens de cette terre, sont souvent les plus pauvres sous le rapport des biens spirituels et ont besoin d\u2019un renouveau spirituel pour pouvoir dire avec Zachée: « Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j\u2019ai fait tort de quelque chose à quelqu\u2019un, je lui rends le quadruple » {Luc, xix, 8).LES NOIRS À L'HONNEUR EN DEUX ANS, Hollywood a tourné quatre films sur le problème noir aux États-Unis: Lost Boundaries, Home of the Brave, Pinky et No Way Out.Mme Edith Sampson, avocate noire de Chicago, est membre de la délégation américaine à l\u2019Assemblée générale des Nations Unies.Mme Sampson n\u2019est pas catholique; elle est toutefois la seule femme qui ait jamais obtenu un degré de maîtrise en droit de l\u2019Université Loyola de Chicago, institution dirigée par les Jésuites.On sait, d\u2019autre part, que Ralph J.Bunche, qui est un noir, professeur éminent de science politique à l\u2019Université Howard de Washington, a occupé des postes importants dans les commissions internationales et a succédé au comte Berna-dotte comme médiateur des Nations Unies dans l\u2019affaire de Palestine.On lui a décerné récemment le prix Nobel pour la paix.Ce sont de tels actes, inspirés par la justice et par le respect de la seule aristocratie de l\u2019intelligence et du caractère, qui sabrent à blanc estoc la propagande des communistes.361 Au fil du mois Noël pour vrai Nous ne sommes pas les seuls à dénoncer la commercialisation de Noël et de Pâques, la profanation des Fêtes à, disons poliment, des légèretés, et l\u2019oubli total du héros de la fête, le Messie, au foyer et sur les cartes de souhaits.Les catholiques américains, sous la poussée des Chevaliers de Colomb, se réveillent; ils abandonnent les imageries de Santa Claus, de chandelles, de buis, de sapins, de poinsettias, de carrioles et de bancs de neige, pour revenir aux belles scènes de la Crèche, rajeunissantes et poétiques.A Montréal, un comité de laïcs s\u2019attaque aussi à remettre le Christ dans Christmas.L\u2019on veut des cartes de souhaits qui n\u2019ignorent pas l\u2019Enfant Jésus, et dans tous les foyers une crèche qui attire et inspire la prière en famille.Au dehors aussi, une ville chrétienne doit s\u2019afficher chrétienne en arborant son chef dans les décorations d\u2019édifices et de magasins, comme on fait pour un grand visiteur, chef d\u2019Êtat ou de parti, ou général victorieux.On propose même des crèches érigées en public, aux flancs de notre montagne, qui s\u2019y prête si bien.Ce sera plus qu\u2019une affirmation de la foi, ce sera une occasion d\u2019hommage et de prière ailleurs qu\u2019à l\u2019église.D\u2019avance on se prémunira contre la trahison de Pâques, alors que trop de braves gens sans méfiance tombent dans les œufs de bonbons, les poussins, lapins, cloches, lis, iris, bonnets et modes de printemps.Que reste-t-il pour le Christ ressuscité?La parade de modes?Le jambon et les œufs?Merci pour nous! Comme dans le cantique, Nous voulons Dieu : à Noël, à Pâques et tous les dimanches.Jeunesse Une revue américaine dénonce la fausse complaisance des chauvins qui se croient au faîte de l\u2019humanité parce que leur pays est au faîte de la prospérité.Les progrès industriels peuvent-ils remplacer le progrès spirituel?ou consoler de la décadence des âmes?Une nation riche n\u2019est pas nécessairement une nation bonne; forte matériellement, elle peut être faible spirituellement.En témoignage on cite le cri d\u2019alarme du grand chef Edgar Hoover, dont la police (F.B.I.) détient « plus de 6,000,000 d\u2019empreintes digitales de citoyens, arrêtés pour des offenses plus graves que des fautes de circulation.Plus de la moitié sont des récidivistes, et un million et demi n\u2019ont pas vingt et un ans.Le problème du crime est un problème de jeunes.Faillite du foyer: les clubs de bridge, les parties de cocktail et les salons de beauté supplantent les cercles de couture.Tout foyer devrait être une sentinelle contre le crime.» Et ce bon gros protestant conclut à la façon d\u2019un prêtre: « L\u2019espoir du monde repose sur un retour à la foi de nos pères et dans l\u2019acceptation universelle de l\u2019Être suprême qui conduit nos destinées.Foyers, écoles et églises sont inséparables pour bâtir un monde sans crime.» Les États-Unis devront installer Dieu dans les écoles publiques.Les luthériens se mettent à le réclamer, après les catholiques.Nous qui jouissons d\u2019écoles religieuses, ne sommes-nous pas censés produire une jeunesse supérieure, plus honnête, plus franche, plus distinguée ?Pourquoi faut-il que nos familles tiennent à des amusements \u2014 danse, intempérance, etc.\u2014 qui démolissent le beau travail de l\u2019école ?Nous en répondrons, car nous avons reçu dix talents, la meilleure part.UNESCO De curieux renseignements sur l\u2019Union Internationale des Étudiants peuvent se lire dans un Bulletin d\u2019information \u2014 VUnesco et les Jeunes \u2014 envoyé à 10,000 exemplaires dans tous les pays du monde par l\u2019Unesco, et de façon officielle aux Instituts d\u2019enseignement, aux directions de mouvements de jeunesse, aux comités nationaux de l\u2019Unesco, etc.Il s\u2019agit d\u2019un programme de secours pour « étudiants nécessiteux », qui fournit « depuis les crayons jusqu\u2019aux tubes_de pénicilline », organisé par cette Union Internationale des Étudiants, dont le siège international est à Prague, derrière le rideau de fer.L\u2019organisation recueille des fonds dans les divers pays.Elle entretient un « sanatorium » à Trebotov, à 20 kilomètres de Prague, où se trouvent 67 étudiants « tuberculeux » en provenance de Tchécoslovaquie, Bulgarie, Albanie, Trieste, Vénézuéla, Autriche, Grèce et Chypre; « on attend l\u2019arrivée prochaine d\u2019un certain nombre d\u2019étudiants britanniques ».On prépare un « sanatorium » de 500 lits, toujours en Tchécoslovaquie.Autre projet en cours: l\u2019octroi de bourses d\u2019études « à des étudiants des colonies ».Déjà, 70 bourses d\u2019études de ce genre ont été octroyées, et on ne dit pas où ces étudiants vont se former, ni pour quoi.L\u2019Union Internationale des Étudiants suit en tout la ligne communiste; elle est consacrée particulièrement à répandre le mouvement de Stockholm.On est très surpris de voir l\u2019Unesco se consacrer à cette propagande.Un quotidien catholique\tLe 10 octobre, paraissait, à américain\tKansas-City, le premier quo- tidien catholique de langue anglaise aux États-Unis.Le Sun Herald tire à huit pages; l\u2019abonnement coûte $12.50 par an, $14.00 par la poste; il est l\u2019œuvre d\u2019un groupe de laïcs dont le salaire moyen ne dépassera pas $25 par semaine; l\u2019édifice où il s\u2019imprime leur a été prêté gratis pour les premiers mois par B.F.Jordan, le frère du fameux comédien Fibber McGee qui aida le Père Patrick Peyton, c.s.c., à lancer la Croisade du Rosaire aux États-Unis.Robert Hoyt, le directeur, résume ainsi son idéal: «Le Sun Herald contiendra toutes les chroniques qui font que tous les autres journaux sont utiles (il ne donnera pas la chronique de Walter Winchell, de Canasta, des cotes de la Bourse).Mais le plus grand service qu\u2019il veut rendre, c\u2019est de replacer les événements dans leur contexte, c\u2019est-à-dire de reconnaître Dieu et le surnaturel comme des faits réels et pleins de sens.» Aussi la photo de Robert Hoyt la plus souvent reproduite montre, collés au mur derrière lui, des dessins liturgiques: multiplication des pains et conversion de l\u2019eau en vin; le symbolisme est clair et très riche.Pourvu que, travaillant dans la pauvreté, à des salaires de misère, et n\u2019acceptant pas d\u2019annonces, il ne faille pas une véritable multiplication des pains pour donner à manger à ces apôtres.Les Jésuites, adversaires du Un journaliste américain, dogme de l\u2019Assomption?George Wdler> du Chicago Daily News Foreign Office, pris sans doute d\u2019une lubie soudaine, s\u2019est permis, sur une prétendue opposition de la Compagnie de Jésus à la proclamation du dogme de l\u2019Assomption de Marie, un article sans queue ni tête.« La Compagnie de Jésus ou les Jésuites, qui petit à petit sont devenus les chefs de file du progressisme (!) dans l\u2019Église, ont tout fait pour empêcher que cette doctrine (de l\u2019Assomption) ne fût proclamée un dogme.» Des journaux ont reproduit cette insanité.Voici les faits.Les Jésuites, comme la grande majorité des théologiens, ont soutenu que la doctrine de l\u2019Assomption ne peut s\u2019appuyer sur une preuve historique solide remontant au delà du ve siècle.Il s\u2019agit uniquement de preuve historique et non de tradition dogmatique, celle-ci suffisant à fonder la définibilité d\u2019une doctrine.Et voilà à quoi se résumerait, sur 362 RELATIONS le seul plan de la science historique, l\u2019opposition « des chefs de file du progressisme (!) dans l\u2019Église » à la proclamation du dogme de l\u2019Assomption de Marie au ciel.Au contraire, la Compagnie de Jésus est hère, avec tant d\u2019autres ordres et communautés, de proclamer qu\u2019elle a tout fait pour que soit ajouté à la couronne de Marie \u2014 leur Mère, leur Reine, la femme aux douze étoiles \u2014 le joyau du dogme de l\u2019Assomption.De tout temps les théologiens de la Compagnie, de saint Pierre Canisius à saint Robert Bellarmin et de saint Robert Bellarmin aux Pères Duhr et Filograssi, dont les articles sur la définibilité de l\u2019Assomption, publiés dans la Civiltà, viennent de paraître en volume, ont enseigné, défendu, prôné et prêché une seule et même doctrine au sujet de l\u2019Assomption de Marie au ciel.Pas un seul d\u2019entre eux qui ait soulevé un doute.Et quand il s\u2019est agi de compiler les innombrables demandes en faveur de la proclamation imminente du dogme, ce sont deux Jésuites, les Pères Guillaume Hentrich et Rodolphe de Moos, qui, obtenant accès aux archives secrètes du Saint-Office, eurent l\u2019insigne honneur de préparer et publier le dossier géant: Petitiones de assumptione corporea B.V.Mariae in coelum definienda ad S.Sedem delatae.Et comment oublier que le jour choisi par saint Ignace et ses premiers compagnons pour vouer leur vie à la plus grande gloire de Dieu et jeter le fondement de la Compagnie de Jésus était le 15 août, fête de l\u2019Assomption de Marie ?LA COURSE AU NOMBRE Alexandre DUGRË, S.J.DANS SEPT MOIS le recensement décennal comptera les Canadiens de toute nuance, dans toutes les provinces.L\u2019addition décidera de l\u2019influence des groupes en notre pays parlementaire, où la majorité fait loi.Alors que nous nous soucions peu de nos surplus qui émigrent, nos voisins, qui regardent l\u2019avenir avec une longue-vue, s\u2019emploient à grossir leur nombre.En 1806, le journal Mercury de Québec publiait sans sourciller: « Cette province est encore trop française pour une colonie britannique.Il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l\u2019accroissement des Français et de leur influence.Depuis quarante-sept ans que nous la possédons, il est juste que la province devienne anglaise.» En 1810, le juge en chef Sewell, qui n\u2019aimait pas nos pères, écrivait dans un mémoire au gouverneur Craig, bien organisé pour le comprendre, quelques phrases d\u2019un rêve qui s\u2019applique aujourd\u2019hui au Canada tout entier: « Cette province doit devenir une colonie anglaise.Il faut noyer les Canadiens d\u2019Anglais protestants.Je ne prétends pas que le nombre de sujets nécessaires à cette fin doive être fourni par l\u2019Angleterre, mais il peut et doit être recruté aux États-Unis.De tels colons seraient des descendants d\u2019Anglais; ils pratiqueraient la même religion, parleraient la même langue, s\u2019assimileraient plus facilement et deviendraient de meilleurs sujets que ceux que nous possédons actuellement.» Depuis 1945, des cerveaux non moins puissants bouillonnent de calculs fantaisistes: ils prévoient au Canada une majorité française en 1971.Pour prévenir un tel malheur, eux aussi prônent l\u2019immigration à outrance, comme en 1810, comme en 1910, à même toute l\u2019Europe.M.Drew, encore premier ministre à Toronto, établissait à Londres, à côté de Y Ontario House, un bureau spécial pour attirer de purs Britanniques.Les papiers nécessaires passeraient en vitesse, et les avions transporteraient à Toronto les recrues désirées, bien accueillies à l\u2019Armée du Salut, et placées aux fermes ou ailleurs en un temps record.Ottawa étendit théoriquement aux Français les conditions réservées jusqu\u2019ici aux Britanniques, mais cette générosité ne donna pas grand-chose: les cribles de ses bureaux criblent fin, et Québec s\u2019est absolument désintéressé.Plusieurs milliers de Hollandais protestants, de grosses familles, et quantité de réfugiés anglicisables ont bénéficié des avances de M.Drew.On travaille l\u2019opinion pour ouvrir les portes et les budgets à 150,000 immigrants par année, sans paraître se douter que la plupart couleront aux États-Unis, à nos frais.Hier encore, un M.Smith, officier de l\u2019immigration fédérale, parlait de dix recruteurs armés de films, qui courent les marchés d\u2019hommes de l\u2019Europe.Et M.Drew, reconduisant à Londres M.le ministre Shinwell, faisait miroiter aux Anglais que le Canada pourrait se peupler de 100,000,000 d\u2019âmes \u2014 ce qui est un peu fort tout de même.L\u2019Hydro ontarienne se fait venir 2,000 hommes, non à cause de la rareté de main-d\u2019œuvre, \u2014 les unions ouvrières ont même protesté, \u2014 mais pour installer en Ontario des familles qui compteront au recensement de 1951.Voilà bien le grand motif.L\u2019Ontario n\u2019entend pas être déclassé par le Québec, perdre quelques députés ou nous voir en gagner quelques-uns.Peut-on blâmer son égoïsme sacré?.La bonne réaction de Québec n\u2019est pas de grincer des dents, mais d\u2019en faire autant: d\u2019établir son monde, puis d\u2019inviter, de rechercher du renfort, de bons immigrants francisables.Qu\u2019est-ce qui se fait ?Ouvre-t-on des bureaux en France ?en Belgique?en Italie?.Pourtant, le Pape demande asile pour les persécutés, les proscrits, les orphelins; il demande aux pays qui ont des surplus de terre de recevoir les malheureux qui n\u2019en ont pas, qui ne peuvent en avoir chez eux.Par exemple, DECEMBRE 1950 363 un gros million d\u2019Italiens devraient sortir d\u2019Italie pour leur bonheur et pour le bonheur des gouvernants, qui ne peuvent les accommoder.M.de Gasperi, lancé dans le partage des grands domaines, en trouvera-t-il pour un dixième des familles chercheuses de sol ?De même les Belges, Français, Hollandais, Ukrainiens, Polonais ou Lithuaniens, qui feraient si bien comme jardiniers dans nos Laurentides.Quant à notre jeunesse à nous, elle se rue encore aux villes, en Ontario, même aux États-Unis.Elle ne comptera pas pour nous au recensement.Elle chiffrera contre nous, et de bien des manières, jusqu\u2019au revirement total de langue et de religion.Sait-on que le recensement de 1941 donnait pour l\u2019Ontario-Sud \u2014 en tirant une ligne du comté de Dundas à la baie Géorgienne, moins Essex \u2014 une population encore française de 84,897, dont seulement 33,917 parlaient français, et dont plusieurs milliers n\u2019étaient plus catholiques ?N\u2019y a-t-il pas eu des responsables d\u2019omissions, de manque de direction de nos surplus ?Notre coulage y continue, aux villes industrielles, à Toronto, Brantford, Hamilton, Sarnia, London, jusqu\u2019à Vancouver, et aux « villes de papier », qu\u2019on n\u2019ouvre pas en Abitibi, mais qui s\u2019ouvrent là-bas pour consommer notre bois.C\u2019est encore la dispersion d\u2019une jeunesse qu\u2019on ne guide pas, d\u2019une jeunesse rurale qu\u2019on ne renseigne pas, qu\u2019on ne canalise pas vers les cantons à prendre, vers les foyers à créer chez nous.C\u2019est encore notre force qui se tourne contre nous, alors que nos ressources naturelles n\u2019attendent que des hommes pour les mettre en valeur, pour donner au Québec une richesse de sol et de population.M.le député Guy Dallaire a brillamment saisi la Chambre de la grandeur possible de l\u2019Ouest québécois.Ses courageuses paroles auront-elles des conclusions pratiques ?Obtiendront-elles un recrutement, un budget de conquête, un placement sur l\u2019avenir, sans mauvais risques, tout constructif de pays et productif à mille pour cent?Feront-elles surgir des usines de papier dans ce royaume des arbres et des rivières ?Nos gouvernants d?affaires décideront-ils enfin de continuer la marche conquérante des anciens, pourtant si dénués des avantages actuels ?Qui n\u2019avance pas recule.Notre histoire de l\u2019agriculture selon Létourneau est trop belle; il faut l\u2019amplifier, la lancer au pas accéléré pour prévenir les saignées qui la déparent, et qui sont la faute plutôt des gouvernants, du chômage et de la pauvreté.Aujourd\u2019hui que les moyens sont grands et que le sol est proche, reprenons la marche ancienne, la transplantation qui a permis à 4,000 familles-souches, venue's de France, de produire tout un peuple.Cinquante, cent mille jeunes gens, qu\u2019on laisse bûcher pour les autres ou vaguer stérilement, possèdent les mêmes qualités.« Les Français qui vinrent s\u2019établir dans la vallée du Saint-Laurent n\u2019étaient pas des proscrits, des affamés ou des aventuriers.Nos pères étaient pour la plupart des paysans, des artisans, des soldats ou des 364 fonctionnaires; ils venaient surtout des régions de la France au climat rude et au sol embroussaillé.Ils emportaient peu de chose : leurs hardes, quelques meubles, des outils pour travailler la terre, le bois et le fer.Ce qu\u2019ils apportaient de plus précieux, c\u2019était leur formation de défricheur et de laboureur en sol tenace, leurs habitudes de frugalité, de tempérance et de persévérance, leur amour de la famille et de la religion, leur respect de l\u2019ordre.Ces origines calmes et modestes, qui ont marqué la race canadienne-française, expliquent son acheminement à travers trois siècles d\u2019histoire » (Gérard Filion).En 1840, lord Durham écrivait dans son fameux rapport d\u2019enquête: « Les entraves de toutes sortes dressées contre l\u2019œuvre de la colonisation constituent l\u2019un des maux qu\u2019aucune société civilisée ne peut longtemps tolérer.» Nous n\u2019étions pas gros alors.Si ces mots sont encore vrais, si des spéculateurs en forêts nous écrasent, bien que nous soyons nos maîtres dans un Québec autonome depuis 1867, c\u2019est notre vilaine faute.Dès la Confédération, en 1869-70, sur un revenu total de $1,663,236, le patriote Chauveau en consacrait $178,412 aux seuls chemins de colonisation, soit 15%, six fois plus qu\u2019au-jourd\u2019hui.Nos lenteurs, nos insouciances, nos rationnements de munitions et de propagande colonisatrices ne sont attribuables qu\u2019à nos chefs, non à ceux de Toronto et d\u2019Ottawa.Notre ministère de la Colonisation vient d\u2019asser-menter un prêtre comme sous-ministre adjoint, M.l\u2019abbé Fortier, qui y dirigeait les « services sociaux » depuis quelques années.Les journaux ont à peine mentionné l\u2019événement, qui pourrait être grand.Un prêtre peut accomplir là une merveilleuse action catholique, s\u2019il crée de nombreuses paroisses et des diocèses.Au-dessus des Terres et Forêts, c\u2019est le ministère des Hommes, c\u2019est l\u2019Agriculture naissante.Le grand curé Labelle, qui eut l\u2019honneur de ce poste aux jours de Mercier, avait fait ses preuves contre vents et marées dans la trouée des farouches Laurentides, aujourd\u2019hui diocèse respectable et région pittoresque.Le territoire et les moyens de 1890 ne se comparent pas aux possibilités actuelles.Il fallait un puissant feu sacré pour contrebalancer l\u2019émigration qui nous mangeait au sud, en offrant ce nord rébarbatif, décourageant l\u2019héroïsme.Aujourd\u2019hui, nos bons surplus de ruraux nous imposent la profitable obligation de monter à des cantons plus fertiles, plus faciles d\u2019accès et de défrichement, surtout plus vite productifs si l\u2019on y emploie généreusement subsides et mécaniques.Le revenu total de la province, en 1890-91, était de $3,455,144.Or, les chemins de colonisation recevaient à eux seuls $151,000, 43^2% du budget, ce qui ferait aujourd\u2019hui, sur un budget de $230,000,000, un bon $10,000,000 seulement RELATIONS pour les chemins, sans parler des fonctionnaires et du reste.Ou bien, que la riche Voirie s\u2019en charge1 Les possibilités, l\u2019urgence, les facilités, la surabondance de jeunes qu\u2019on veut enrôler, mais qui veulent plutôt de la terre, ou qui en voudraient si on la leur présentait avec enthousiasme, et surtout la présence d\u2019un prêtre, qui évidemment sera prêtre avant d\u2019être fonctionnaire, et qui y sera apôtre, \u2014 autrement il n\u2019a pas d\u2019affaire là, à servir de couverture à l\u2019inertie, \u2014 tout cela nous fait espérer beaucoup.L\u2019abbé Fortier sera-t-il notre Pierre l\u2019Ermite?notre Jean Talon?Sera-t-il un chef de conquête \u2014 ou un argument électoral, une excuse de l\u2019inaction ?Curé de paroisse rurale, il aurait la responsabilité de 1,000 ou 2,000 âmes; chargé des surplus de 1,000 paroisses, il est curé de l\u2019Église en marche, de 20, 30, 50 paroisses à fonder par année, à jet continu, à la mesure de la recrue de jeunes qui, chaque année, atteint les vingt ans et qui cherche où s\u2019établir.Un sous-ministre prêtre n\u2019est pas un sous-ministre ordinaire, politicien, soumis au patronage : il est un super-missionnaire colonisateur.M.Fortier a l\u2019expérience des âmes et des bureaux, des besoins, des moyens, des procédés et des procédures, des buts à atteindre et des obstacles à vaincre.Il connaît la déchéance numérique de la classe agricole, réduite à une si faible minorité chez nous.Il sait que le salut est plus facile à la campagne; que la vigueur nationale y est plus assurée qu\u2019en ville bilingue et desséchante des vies; que la transplantation humaine aussi est un principe de fécondité; que le nombre est nécessaire, et la qualité rurale, l\u2019espace vital et le territoire à baptiser.La question de revenus, les grands mots et les belles paroles répugnent à sa vocation.La seule vue de sa soutane inspirera confiance aux faibles, aux courageux.L\u2019on serait scandalisé de la continuation d\u2019une lenteur, d\u2019une classique inertie de toutes les couleurs de politiciens, d\u2019un manque de zèle à donner à l\u2019Église les missions blanches que Dieu attend de nous, de lui.La promotion de l\u2019abbé Fortier engage tout le clergé, qui se sent un peu choisi, responsable.Elle résume sur une seule tête de prêtre un pouvoir social agrandi, formidable, pour le bien ou pour la critique.Elle nous donne l\u2019immense espoir que les déracinements se changeront en transplantations, l\u2019espoir de rendre jaloux et inutiles, en les décuplant et centuplant, les efforts patriotiques, sans cela nécessaires, de la Société d\u2019Établisse-ment rural.Nous attendons les actes, la belle croisade, la reprise en beaucoup plus grand des travaux, des fondations et de l\u2019erre d\u2019aller du curé Labelle, des abbés Marquis, Brassard, Hébert et de tous les apôtres obscurs et saints qui ont agrandi le royaume de Dieu sur la terre canadienne.SPIRITUALITÉ DIEU AVEC NOUS Luigi d'APOLLONIA, S.J.TOUT TENDAIT LÀ, \u2014 Adam, les prophètes et la maison royale de David, les siècles, les empires et l\u2019unité romaine, l\u2019espérance d\u2019Israël et l\u2019attente des nations, \u2014 vers cette mère penchée sur cet enfant.Désormais rien ne fera que Dieu n\u2019ait été « le petit Jésus » qui sourit et qui pleure et qui dort gorgé de lait.Est-ce vous le roi du monde ?Je n\u2019ai rien pour vous vêtir Que la douceur qui m\u2019inonde En vous regardant dormir.(H.Ghéon.) Agenouillons-nous un instant.* * * Si étonnante que la chose puisse paraître à ce siècle dur, concret, réaliste, « né du croisement de l\u2019homme et de la machine », c\u2019est l\u2019humanité du Sauveur que les premiers hérésiarques ont niée, et non sa divinité.Attirés par la nuit de l\u2019invisible, déroutés par le mystère du mal, ils ont dans leurs vastes élaborations gnostiques, nié qu\u2019il y avait un sens divin à la matière, cachot de l\u2019esprit, objet de honte, principe du mal, anathème.Le Christ, s\u2019il est Dieu, ne saurait avoir de corps réel.O vérité de la chair du Christ, je vous adore, « fait d\u2019une femme », dit saint Paul, « Marie, sa mère », précise saint Matthieu, « Verbe de vie » que « nous avons entendu, vu DÉCEMBRE 1950 de nos yeux, touché de nos mains », insiste saint Jean.Mais le paradoxe est trop énorme, folie pour tous les docètes honteux de leur corps.Deux évangiles, ceux de Matthieu et de Luc, donnent des généalogies qui établissent, quelles que soient les différences d\u2019exégèse, l\u2019appartenance de Jésus à une lignée humaine, voire pécheresse.Marcion les rejette: dans saint Marc, Jésus apparaît brusquement « en ces jours-là », sans qu\u2019il soit né et sans qu\u2019il ait grandi.Valentin soutient que le corps du Christ est d\u2019une autre nature qu\u2019humaine, né par Marie, non de Marie, le sein de la Vierge n\u2019ayant servi que de lieu de passage.Et ainsi de suite.Il ne faut pas sourire; l\u2019Église ne l\u2019a pas pris si à la légère.Elle a maintenu, avec toute l\u2019énergie d\u2019une épouse indignée, la réalité des faits historiques.Sans vrai corps, Jésus n\u2019a pas eu vraiment sommeil dans la barque, vraiment faim au désert, vraiment soif sur la croix.Sans vrai corps, pas d\u2019agonie, pas de mains clouées, pas de côté percé.Pas de rédemption.Bien plus, la chair assumée par le Verbe, le Verbe ne l\u2019a jamais abandonnée même dans la mort: ce corps, enseigne l\u2019Église, au risque de faire sourire la sagesse de ce siècle, n\u2019est pas un cadavre, mais le corps d\u2019un homme mort; au ciel, revêtu de lumière et de gloire et de majesté, il jouit de toutes les prérogatives qui lui revenaient de droit ici sur terre.Pour toute l\u2019éternité, la seconde Personne de la Sainte Trinité, Dieu de Dieu, est vraiment l\u2019un des nôtres.365 Oui, l\u2019un des nôtres.Et pleinement.Si l\u2019incroyable audace de langage « le Verbe s\u2019est fait chair » a donné le terme dogmatique d'incarnation, c\u2019est pour mieux souligner la profondeur des anéantissements du Christ, non pour nier que le Christ soit un homme complet.Tel est cependant le scandale de l\u2019Incarnation que, la vérité de la chair du Christ une fois affermie, c\u2019est dorénavant la perfection de son humanité que rejetteront les hérétiques.Apollinaire divise l\u2019homme en trois parties, le corps, l\u2019âme, l\u2019esprit, et refuse de donner au Christ un « intellect humain ».Nestorius veut deux personnes dans le Christ.Ne possède-t-il pas deux natures?Et comment penser à « un Dieu de deux ou trois mois ))J Eutychès raisonne en sens inverse: puisque le concile d\u2019Éphèse définit que, dans le Christ, seule subsiste la personne du Verbe, il ne saurait y avoir en lui qu\u2019une seule nature, mélange de chair et de divinité, « chose monstrueuse », dira le concile de Chalcédoine.Au fond, c\u2019est toujours la même erreur et le même refus de l\u2019Incarnation totale.Mais qu\u2019on ne se fasse pas d\u2019illusions sur la grandeur de ces luttes: voilà cinq siècles que l\u2019Eglise bataille, définit, excommunie.Et pourtant, le vieux rêve de l\u2019humanité, celui qui séduisit nos premiers parents et qui séduisit même les anges, innombrables comme leurs essences: « Vous serez comme Dieu », le voici réalisé par le Verbe incarné.Cet enfant qui voit le jour d\u2019une vierge et qui s\u2019insère dans l\u2019histoire \u2014 puisqu\u2019il naît sous « l\u2019empereur César Auguste, pendant que Quirinus commandait la Syrie » \u2014 déborde l\u2019histoire \u2014 puisqu\u2019il « était au commencement » et qu\u2019 « en lui était la vie ».Il est la vie.L\u2019histoire hors de lui n\u2019est que l\u2019écume des faits.Il est l\u2019océan infini.Il vient pour faire couler dans nos âmes des fleuves.« la vie en abondance ».L\u2019abîme est franchi, le double abîme de notre indignité comme créature et comme pécheur.Unique en son indépendance, impénétrable en son mystère, incomparable en son bras, roi des siècles devant qui toutes les créatures sont comme n\u2019étant pas, Dieu naît de sa créature, grandit, aime sa mère en enfant qui demande d\u2019être aimé.Dieu ne peut rien faire de plus, pour se montrer dans le temps, que de s\u2019anéantir ainsi.Par la création de l\u2019homme, il a comblé merveilleusement l\u2019écart entre la matière et l\u2019esprit; par son Incarnation il a comblé plus merveilleusement encore l\u2019écart insondable entre le Créateur et la créature.Il a résumé la création dans l\u2019homme; il la « récapitule » tout entière, visible et invisible, matière et esprit, corps et âme, dans l\u2019unité de la Personne du Verbe incarné.Du même coup, l\u2019œuvre de Dieu reçoit son accomplissement suprême, et le péché sa réparation.« Je suis venu pour qu\u2019ils aient la vie et qu\u2019ils l\u2019aient en abondance.» La vie de Dieu! La religion comporte plusieurs aspects: dogme, morale, législation, liturgie.Sacrifier une seule de ces valeurs serait impiété; en exagérer une serait pharisaïsme; les dépasser toutes en les orientant vers ce nouvel Etre, cette réalité de la vie divine en nous, est christianisme authentique.La religion est plus que dogme, morale, législation, liturgie; elle est Quelqu\u2019un, Quelqu\u2019un d\u2019ineffable que Jean a vu, entendu, touché, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, par qui et en qui nous recevons « la vie en abondance » dans le baptême qui prolonge sa naissance, en qui et par qui nous sommes nourris et assimilés à la Table de communion qui prolonge la crèche, en qui et par qui sans abolir notre destinée personnelle, il n\u2019y a plus, pour employer le langage si sûr de saint Augustin, « qu\u2019un Homme unique qui dure jusqu\u2019à la fin des temps ».Dieu devient homme pour que l\u2019homme devienne Dieu.Tout tendait là.Au printemps, à l\u2019Annonciation, la Colombe a frémi des ailes et couvert de son ombre la Rose toute belle de Saron; l\u2019Amour a veillé sur le lit virginal de son sein où le Verbe s\u2019est uni à une chair d\u2019homme.Voici Noël: au cœur de la nuit, la Lumière du monde naît de l\u2019étoile de Jacob, et au cœur de l\u2019hiver, la tige de Jessé donne sa fleur unique.Mais que cessent les figures! Au fond de la grotte, une mère est penchée sur son enfant qu\u2019elle adore.Adorons avec elle la Bonne Nouvelle, l\u2019Emmanuel, Dieu avec nous.#-\u2022 HORIZON INTERNATIONAL ANNÉE SAINTE TE CONTRASTE entre VAnnée 1 > sainte et l\u2019angoisse du monde devant la menace de guerre fait penser aux deux cités dont parle saint Augustin.Deux cités, deux mondes, deux planètes.D\u2019un côté, mobilisations, départs de soldats, batailles, débats internationaux dont l\u2019issue est imprévisible.On ne sait pas, le soir, si la guerre générale n\u2019aura pas éclaté avant le réveil du lendemain.Dans l\u2019autre monde, comme si la terre était ancrée dans la paix la plus assurée, les pèlerins quittent leurs foyers pour une semaine, deux mois, trois mois et viennent à Rome.Les paisibles manifestations de l\u2019Année sainte leur font oublier tout le reste.A la fin d\u2019août, dit-on, deux millions de pèlerins étaient déjà venus.Une correspondance du Times de Londres, reproduite dans V Osservatore Romano du 11 octobre, signale que ce furent, pour la plupart, de petites gens, qui firent un sacrifice considérable pour venir.Les journaux décrivirent l\u2019incomparable fête du 1er novembre: la procession d\u2019un million de personnes qui défilèrent, la veille, dans les rues de Rome; la définition elle-même du dogme de l\u2019Assomption, faite devant la basilique de Saint-Pierre, en présence d\u2019une foule qui occupa toute l\u2019étendue qui allait jusqu\u2019au Tibre.A cette occasion se réunit à Rome le premier Congrès Marial International, quelque chose de fabuleux, avec au moins 31 sections.La section canadienne, dirigée par son président, le P.Ferland, P.S.S., présenta sept rapports.D\u2019autres Canadiens firent partie des sections des divers ordres religieux.Ainsi, le P.Guindon présenta son rapport dans la réunion organisée par les Pères Montfortains.Puis, ce fut la béatification de Marguerite Bourgeoys, la grande joie canadienne au Vatican.Suivie de la catastrophe qui plongea le Canada dans le deuil.Il n\u2019y avait presque pas eu d\u2019accidents dans cet extraordinaire mouvement de foules.Revenant de leur jubilé, nos pèlerins étaient sans doute mieux préparés que jamais pour affronter l\u2019éternité.Le Requiem aeternam remplit le Canada pour la fin du mois des Morts.Que ces chers défunts reposent en paix! LES (( TRADITORES )) TE MÊME « OSSERVATORE J-j ROMANO » du 11 octobre se demande, sous ce titre et en première page, comment des ecclésiastiques, « en plus de seconder des Etats qui professent ouvertement l\u2019athéisme, oublient la foi qu\u2019ils furent appelés à servir » ?Le titre, traditores, rappelle la lâcheté des chré- 366 RELATIONS tiens qui livrèrent aux païens les vases sacrés et les livres liturgiques, en particulier sous les persécutions de Dèce et de Dioclétien.Il est surtout question des prêtres Balogh et Horvath (Hongrie) et du P.Plojhar (Tchécoslovaquie).Le paragraphe suivant a une portée plus générale: Qu\u2019il y ait, en Hongrie, un Balogh ou un Horvath qui subordonnent la foi religieuse à un « socialisme » antireligieux au point de se faire les fourriers des élections administratives du 22 octobre; qu\u2019ils exaltent le Congrès pour la « paix » communiste du 4-5 novembre \u2014 la paix des cimetières et des cachots (la pace dei cimiteri e degli ergastoli) \u2014 est un fait douloureux.A plusieurs reprises, l\u2019Osservatore Romano s\u2019est expliqué sur ce pacifisme communiste.Il en fut encore question dans l\u2019encyclique Summi Moeroris.L\u2019expression sur la paix des cimetières et des cachots est très sévère; elle fera réfléchir les catholiques qui signèrent l\u2019Appel de Stockholm dans un moment d\u2019ignorance ou de passion, et refusent de changer d\u2019avis par entêtement.L\u2019article parle encore de l\u2019abbé Jean Boulier; ce prêtre de l\u2019archidiocèse de Paris a encouru, « maintenant, de graves peines ecclésiastiques », qui ne l\u2019ont pas encore induit à méditer sur certaines réalités auxquelles « une âme catholique et sacerdotale devrait être sensible ».Il s\u2019agit d\u2019une polémique entre M.Emmanuel Mounier (décédé le 22 mars 1950) et M.Boulier, à propos de l\u2019Église derrière le rideau de fer.D\u2019après M.Boulier, de nouvelles réalités politico-sociales ont surgi en Europe orientale; et celles-ci^ ont changé radicalement Ja conception et la structure de l\u2019État.Il ne reste donc à l\u2019Église qu\u2019à prendre acte de la nouvelle réalité et à s\u2019y adapter.M.Mounier « dont les attitudes, en bien des cas, ne peuvent être accueillies sans réserve », se révolta pourtant (si ribellô) devant l\u2019affirmation de Boulier.Il répondit au prêtre que cette passivité n\u2019était pas admissible: « Boulier ne se demandait même pas si la vision sur laquelle il fondait sa nouvelle statolatrie orientale était ou non acceptable sous l\u2019aspect religieux, ni même si l\u2019adaptation à la nouvelle « réalité » dont il parlait ne signifiait pas la fin graduelle de la religion chrétienne et de la morale évangélique h » 1.L'Osservatore Romano ne donne pas la référence exacte au numéro à\u2019Esprit qu\u2019il cite; il doit s\u2019agir de la livraison de novembre 1949.En ce temps-là, l\u2019abbé Boulier était en règle avec l\u2019autorité ecclésiastique.Il avait été frappé de suspense au retour de son voyage en Tchécoslovaquie, durant l\u2019été de 1949, et avait promis de se soumettre et de s\u2019amender.Malgré de nombreux avertissements privés ou publics, le dernier sous forme canonique, l\u2019abbé Boulier reprit les activités qui lui avaient été défendues.Le 6 septembre 1950, l\u2019archevêque de Paris déclara: « A dater du 10 septembre, il n\u2019aura plus le pouvoir de célébrer la sainte messe, d\u2019administrer ou de recevoir les sacrements.» Voici les textes auxquels l\u2019Osservatore Romano parait faire allusion.Dans un article intitulé: « Il faut traiter » (Esprit, novembre 1949), M.Boulier avait écrit: .Les difficultés de VÉglise ne proviennent pas d\u2019une pensée de persécution directe chez les hommes d\u2019Étal tchécoslovaques, mais elles sont la conséquence de la révolution accomplie.Dans une république populaire, Vopposition, quelle qu\u2019elle soit, rejoint fatalement la résistance souterraine, c\u2019est-à-dire Vopposition illégale, la résistance armée, les liaisons occultes avec les ambassades étrangères.Ce chemin, qu'on le veuille ou non et à moins de précautions extraordinaires et que personne ne prend, mène tout droit à la trahison.Les Chouans ont compté des martyrs; VÉglise ne les placera jamais sur les autels.Le gouvernement tchécoslovaque ne veut pas faire de martyrs.Des prêtres souffrent cependant pour leur opposition courageuse.Cette souffrance n\u2019était pas nécessaire.Ils sont victimes pour leur foi.Ils sont victimes de la guerre froide (p.685-686).M.Mounier résume le débat dans ce paragraphe : Les régimes de démocratie populaire sont-ils des régimes semblables à d\u2019autres, que l\u2019Église devra reconnaître un jour ou l\u2019autre, et le plus tôt sera le meilleur; ou bien, sous leurs formes politiques, qu\u2019un chrétien comme tel n\u2019a pas à contester, se forme-t-il une immense entreprise de déchristianisation à laquelle dès maintenant, même au prix de malentendus politiques, V Église doit opposer un barrage immédiat et sans esprit de recul?C\u2019est ce que beaucoup pensent, dont les communistes croient à tort (erreur politique qui politiquement leur coûte cher) que leurs résistances sont des résistances de classe.L\u2019argumentation de M.Boulier, d\u2019ailleurs, est boiteuse.Il ne fut jamais question, à notre connaissance, de béatifier les Chouans.On présenta 213 candidats à la béatification.La Congrégation des Rites en rejeta 22 parce que la preuve de martyre in odium fidei n\u2019avait pas été suffisante.Les 191 autres furent béatifiés par le décret du 17 octobre 1926.Dans l\u2019éloge liturgique des martyrs parisiens de la Révolution française, on trouve des phrases comme: « il résista courageusement aux lois iniques », « il défendit sans peur les droits de l\u2019Église ».M.Boulier aurait-il voulu renouveler, en Tchécoslovaquie, les infamies de la Constitution civile du clergé ?DÉCEMBRE 1950 NATIONS UNIES TE DÉBARQUEMENT D'IN-JLu CHON et la décision militaire en Corée du Sud furent considérés comme la victoire de VOrganisation des Nations Unies sur un agresseur.G.L.B., écrivant dans VOsservatore Romano (Acta Diurna, 15 octobre 1950), se rallie implicitement à cette opinion, ce qui est d\u2019une gravité incontestable pour l\u2019évaluation morale de la guerre de Corée en particulier, pour l\u2019action de l\u2019O.N.U.en général.Résumons la pensée de G.L.B.\u2014 au risque de la défigurer en voulant être trop bref.La victoire de l\u2019O.N.U.en Corée peut devenir la promesse d\u2019un lendemain où personne ne misera plus sur le triomphe de la violence.Elle fut obtenue grâce à un concours de circonstances qui ne se répéteront sans doute plus: la présence au Japon de troupes immédiatement disponibles, l\u2019absence volontaire du délégué soviétique lorsque l\u2019O.N.U.prit la décision d\u2019intervenir en Corée.Le plan Acheson d\u2019action commune pour la paix, d\u2019après G.L.B., procède de cette double constatation.Il demande la création d\u2019un corps d\u2019armée au service des Nations Unies, ce à quoi la délégation soviétique ne s\u2019oppose pas.Quant au veto, il n\u2019existe d\u2019après la charte qu\u2019au Conseil de sécurité; il ne prévaut pas à l\u2019Assemblée générale, qui est l\u2019organe suprême des Nations Unies.Il serait inadmissible que le Conseil de sécurité soit supérieur à l\u2019Assemblée générale.De plus, le droit de veto suppose que ceux qui l\u2019utilisent restent fidèles aux principes fondamentaux de la charte de San-Francisco; il ne peut servir d\u2019arme à l\u2019agresseur pour entraver l\u2019action des autres nations en faveur de la paix.Il faut donc trouver la solution qui permette de transférer à l\u2019Assemblée générale le cas d\u2019agression au sujet duquel le Conseil de sécurité se trouverait bloqué par un veto.Une majorité de sept membres du Conseil de sécurité demanderait la convocation immédiate de l\u2019Assemblée générale pour lui soumettre le cas.Cette dernière trancherait le problème par diverses mesures.En cas d\u2019agression ouverte, elle pourrait autoriser l\u2019usage de la force.La délégation soviétique résista de toute son énergie; elle n\u2019empêcha pas la proposition des sept nations (le plan Acheson) d\u2019être acceptée par l\u2019Assemblée générale, le 18 octobre.Écrivant le 15, G.L.B.concluait son article comme suit: Au moment présent, la majorité des observateurs pense que le projet des sept nations finira par être approuvé.Personne n\u2019ignore les conséquences que cela peut avoir.Parmi celles-ci, observe le Yorkshire Post, si l\u2019on peut se permettre d\u2019ignorer les différences entre Orient et Occident, sous la pression de la nécessité, cela ne veut pas dire qu\u2019elles seront éliminées.Ce problème reste ouvert et appelle d\u2019autres solutions.Les accusations soviétiques réitérées, que l\u2019O.N.U.devient un instrument de politique occidentale, et particulièrement américaine, font qu\u2019on se demande si on n\u2019arrivera pas à une scission plus profonde, et si l\u2019U.R.S.S.n\u2019abandonnera pas pour cette raison les Nations Unies.Encore une fois s\u2019affirme la nécessité que les délibérations de l\u2019O.N.U.soient la manifestation de la volonté de nations souveraines, conscientes de la responsabilité de leur vote, libres de décider du juste et de l\u2019injuste non à la suite de pressions partisanes ou pour leur commodité particulière, mais en se basant sur la loi morale qui doit servir d\u2019ancre aux peuples, s\u2019ils veulent la paix.CHINE ROUGE TE JOURNAL RUSSE DE TORON-X-/ TO, Vestnik, donne une curieuse version sur la venue d'une délégation chinoise à Lake Success.Quand l\u2019armée chinoise attaqua en Corée du Nord les Nations Unies, le général MacArthur se plaignit à Lake Success, et le gouvernement américain exigea que la Chine fût immédiatement convoquée, en accusée, pour répondre aux preuves présentées par le commandant en chef des Nations Unies en 367 Corée.La délégation soviétique, affirme le journal russe, se récria et proposa que la Chine fût « invitée » pour discuter la « question coréenne », c\u2019est-à-dire les accusations formulées par le gouvernement de Mao Tse-Tong contre les Nations Unies.Cette proposition fut rejetée.Alors, d\u2019après la même source, le délégué britannique aurait soudainement proposé que la Chine rouge fût invitée pour le temps où le Conseil de sécurité étudierait la requête américaine.Le délégué américain aurait d\u2019abord tenté de faire changer le mot « invitée » par celui de « convoquée ».De plus, il aurait voulu que l\u2019invitation soit adressée aux « communistes chinois » et non au « gouvernement », car le gouvernement américain ne reconnaît pas le gouvernement de la Chine rouge.Il ne réussit pas dans ses efforts.L\u2019invitation de M.Trygve Lie, selon la motion présentée par la délégation britannique, fut donc envoyée le 8 novembre.Le 11 novembre, le général Tchou En-Lai notifia M.Trygve Lie que le gouvernement chinois déclinait cette invitation, mais que, le 14 novembre, une délégation chinoise se mettrait en route de Pékin pour Lake Success, en réponse à une invitation faite le 29 septembre, pour y traiter de Fomose.Le 16 novembre, les Nations Unies décidèrent de ne pas s\u2019occuper de Formose du tout, et tout le monde se demande ce que la délégation de neuf Chinois rouges vient faire.On se demande si ces explications entortillées sont autre chose qu\u2019une tentative de dissocier les États-Unis de l\u2019Angleterre.AMÉRIQUE LATINE AU DÉBUT DE NO VEMBRE, la presse annonça que le Département (T État de Washington avait recommandé une enquête sur les activités communistes en Amérique latine.Plusieurs commissions sénatoriales doivent se mettre en route pour visiter les divers pays.L\u2019inquiétude des États-Unis se comprend, même si l\u2019Amérique latine s\u2019est incomparablement calmée depuis deux ans.Le 8 avril 1950, après de longs débats, le Conseil de l\u2019Organisation des États américains régla le différend qui avait mis aux prises Cuba, Haïti et la République dominicaine.Il avait été question, alors, d\u2019une légion des Caraïbes, qui faisait songer aux « brigades internationales » rendues célèbres par la guerre civile espagnole.La transmission des pouvoirs, en Colombie, se fit paisiblement le 7 août; on ne semble plus craindre, au moins pour l\u2019instant, des excès comme ceux qui ensanglantèrent la conférence pan-américaine d\u2019avril 1948.Les récents désordres de Porto-Rico, accouplés à la tentative d\u2019assassiner le président Truman, s\u2019expliquent sans doute indépendamment de l\u2019activité communiste.Ils sont, du point de vue révolutionnaire, une gaffe, même s\u2019ils éveillèrent une considérable sympathie dans plusieurs républiques ibéro-américaines (Hoy, 11 novembre, p.8).D\u2019abord, la conjuration se révéla mesquine et avorta; de plus, elle rappela un principe qu\u2019on oublie trop facilement: depuis le VIe congrès du Komintern (1928), dans les colonies et « demi-colonies », le communisme exploite le nationalisme local contre l\u2019impérialisme étranger.Les nationalistes de plusieurs pays d\u2019Asie payent aujourd\u2019hui très cher leur collaboration avec le communisme durant les années qui précédèrent la récente guerre.L\u2019attentat du 1er novembre fixe l\u2019attention américaine sur les Caraïbes.Le Guatemala traversa une crise violente du 20 au 27 juillet.Le 18 juillet, la population observa par un éloquent silence l\u2019anniversaire du colonel Arana, que le parti au pouvoir, aujourd\u2019hui discrédité et méprisé, assassina l\u2019an dernier.Le gouvernement employa la manière forte; il y eut encore du sang versé.Depuis lors, l\u2019organe officiel du parti communiste, Octubre, se fit supprimer, ainsi que l\u2019hebdomadaire catholique, Acciôn Social Cristiana; on ne peut rien ôter aux sans-Dieu sans leur donner une compensation anticatholique ! Le secrétaire du parti communiste officiel, Fortuny, retira sa candidature aux élections de novembre.Place nette est faite au candidat du gouvernement, le colonel Arbenz, morose représentant de ce dilettantisme communisant, nébuleux et cruel, prêt aux excès les plus sanguinaires pour imposer une fantaisie d\u2019apparence intellectuelle.Le communisme a-t-il disparu du Guatemala ?L\u2019avenir le dira.La suppression de l\u2019organe communiste officiel marque un désir de ne pas s\u2019opposer trop ouvertement au courant qui domine aujourd\u2019hui en Amérique.Ces incidents mettent en relief la présente stabilité américaine, que d\u2019immenses efforts communistes n\u2019ont pas encore réussi à compromettre.On comprend cependant la vigilance des États-Unis sur la sécurité du continent.Dans sa livraison du 4 novembre, le grand hebdomadaire mexicain, Hoy, exprime la crainte que les visiteurs américains ne soient mal renseignés par des anticommunistes opportunistes.Durant la guerre, dit-il, dès qu\u2019un groupe de citoyens exigeait un peu de propreté dans les élections, on le traitait de fasciste et on l\u2019excommuniait.Si des ouvriers réclamaient de meilleures conditions de travail, on les dénonçait comme autant d\u2019agents d\u2019Hitler ou de Mussolini.Grâce à des calomnies de ce genre, remarque l\u2019hebdomadaire, des régimes reçurent l\u2019appui américain.Il y a dans notre pays des groupes anticommunistes qui lient leur ambition à la barque anticommuniste.Ils dénoncent tous les jours les machinations ténébreuses, ourdies par Stalin et Molotov et réalisées par des citoyens mexicains.Dans leur obsession, ils ont collé l\u2019étiquette de l\u2019étoile moscovite sur des fonctionnaires éminents du régime actuel et sur des figures du mouvement révolutionnaire qui ont bien démontré leur authentique patriotisme.Durant la dernière guerre, surtout en 1943, Hoy fit de brillantes campagnes contre la corruption politique.Personne ne l\u2019accusa de « fascisme », au contraire! Nous ne pensons pas que les sénateurs américains en tournée se laisseront persuader qu\u2019il y a communisme chaque fois qu\u2019un politicien intéressé viendra le leur dire à l\u2019oreille.Le vrai problème semble être ailleurs.Hoy parle d\u2019opportunistes.Depuis des années, les communistes en Amérique latine affirment sans se fatiguer que les politiciens locaux trahissent les intérêts de leur pays respectif en mettant les ressources nationales à la facile disposition du capitalisme américain; il y a une énorme bibliographie à ce sujet.Ils exagèrent sans doute; il peut être utile de retenir que les intérêts des États-Unis ne coïncident pas nécessairement avec ceux de quelques entreprises américaines.Les meilleurs politiciens ibéro-américains ne sont pas nécessairement, de même, ceux qui se laissent acheter.On peut estimer avoir conclu une bonne affaire en soutirant une concession d\u2019un politicien véreux.Puis, on sera scandalisé du climat de trahison, de pourriture et d\u2019hostilité qui se sera universalisé, et l\u2019on se demandera comment arrêter ces fanatiques de communistes en les achetant, en les réprimant ou en les mettant en prison.La franc-maçonnerie pose, en Amérique latine, un grave problème du fait qu\u2019elle a opéré le divorce entre la politique et le peuple.Celui-ci, dans une très large mesure, n\u2019a pas renoncé à la foi de ses ancêtres; la franc-maçonnerie, dans plusieurs de ces pays, et d\u2019une façon aussi secrète, sournoise et antidémocratique que possible, a accaparé le_ pouvoir; il y a donc un désaccord entre le gouvernement et l\u2019Église, que les missionnaires protestants, en général américains, n\u2019ont pas pris de temps à découvrir et à exploiter.Si l\u2019Amérique du Nord accorde son soutien à ceux que lui recommande la franc-maçonnerie, elle risquera de s\u2019aliéner une partie considérable de la population.368 RELATIONS Depuis environ trois ans qu\u2019elle y travaille, VAmerican Federation of Labor a arraché à peu près tout le mouvement ouvrier d\u2019Amérique latine à l\u2019emprise communiste.Le Noti-ciero de la C.T.A.L.(communisant) se vantait d\u2019avoir gardé la loyauté des ouvriers de Colombie, du Vénézuéla, de Costa-Rica, de Guatemala.C\u2019est inexact.Partout, sauf au Guatemala, la majorité ouvrière s\u2019est libérée du communisme; au Guatemala, l\u2019organisation syndicale est rudimentaire.A peu près partout ailleurs, les ouvriers se sont ralliés à la Confederaciôn Inter amer icana del Trabajo, qui est anticommuniste.Ce remarquable succès est dû, dans une très large mesure, à l\u2019énergie et au savoir-faire de Serafino Ro-mualdi, secrétaire de Y American Federation of Labor pour l\u2019Amérique latine.Un changement aussi rapide dans l\u2019orientation ouvrière d\u2019un continent suggère que les chefs ouvriers, plutôt que les masses plus lentes, ont changé.Souvent, en Amérique latine, un chef ouvrier est essentiellement un politicien.Pourquoi ces chefs lâchèrent-ils la C.T.A.L.pour la C.I.T.?Conviction ?Opportunisme ?Ce mot d\u2019opportunisme revient encore ?En applaudissant aux efforts et au brillant succès de Y American Federation of Labor en Amérique latine, on voudrait attirer l\u2019attention sur une faiblesse, qui fut la ruine de la C.T.A.L.communisante et (en Amérique latine) de son allié américain le C.I.O.Le chef ouvrier, en Amérique latine comme ailleurs, a le choix entre deux lignes de conduite: l\u2019action politique ou l\u2019action ouvrière.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, on avait l\u2019impression que ces Ibéro-Américains « ouvriers », hier dans la C.T.A.L., aujourd\u2019hui dans la C.I.T., apportent, d\u2019un camp à l\u2019autre, plutôt que la volonté de travailler au relèvement de la classe ouvrière par l\u2019action syndicale, celle de faire triompher une politique ou une idéologie.On a mobilisé l\u2019opinion publique en faveur du chef « ouvrier » Luis Negreiros, « assassiné par la police » du Pérou.Tout assassinat politique est évidemment un crime et doit être réprouvé.Les circonstances dans lesquelles mourut Negreiros ne nous laissent pas encore tirer des conclusions claires; autant et plus que chef ouvrier, Negreiros était apriste.Les apristes du Pérou avaient, autant que leurs adversaires ou davantage, du sang sur les mains.On serait inquiet de voir le mouvement ouvrier d\u2019Amérique latine se lancer à la politique.On constate cependant que le discours de Serafino Romualdi, au Congrès de Y American Federation of Labor (22 septembre), est un tour d\u2019horizon politique plutôt que social.Plus que tout autre, le vieux Samuel Gompers avait travaillé^de toute son énergie à détourner le mouvement ouvrier des États-Unis de la politique.Il serait peut-être utile de s\u2019inspirer encore une fois de son esprit, au sud du Rio Grande.15 novembre 1950.Joseph-H.Ledit.LES LIVRES VIE SPIRITUELLE Les Jours du Seigneur.Vol.I: Hiver.Liminaire de Jean Guit-ton.\u2014 Editions du Témoignage chrétien, Paris, 1950.316 pp., 17.5 cm.Prix : 350 fr.'C'N DEHORS MÊME DE L\u2019ÉCRITURE, que son caractère sacré invite à considérer à part, que de richesses de notre tradition religieuse demeurent, pour trop de croyants, un trésor caché! Peut-on admettre qu\u2019un fidèle, possédant quelque culture, ignore certaines pages impérissables: le brûlant appel au martyre dTgnace d\u2019Antioche dans sa lettre aux Romains, l\u2019extase de Monique et d\u2019Augustin à Ostie, le « Mystère de Jésus » de Pascal, ou cet hymne triomphal à l\u2019adresse du Christ, « le seul éternellement aimé », que Lacordaire, au siècle dernier, faisait monter dans la chaire de Notre-Dame ?Telle fut l\u2019idée qui mit une équipe de prêtres, de séminaristes et de laïcs en quête des textes dont une première sélection est aujourd\u2019hui offerte au lecteur.Pour grouper et ordonner la profusion résultant de la collecte, on avait songé d\u2019abord à s\u2019inspirer très largement des grands thèmes de l\u2019année liturgique.Mais en cours de route, ce schéma général a disparu devant un dessein plus précis et qui, pensons-nous, confère à cette anthologie une spéciale originalité.Dans son déroulement, dès l\u2019aube de l\u2019histoire, où la Création déjà soupire après son Rédempteur, jusqu\u2019au delà de la Parousie, où Dieu sera tout en tous, l\u2019année liturgique évoque un cycle immense, à l\u2019intérieur duquel peuvent assurément trouver place sans effort tous les chefs-d\u2019œuvre de la pensée chrétienne.Mais d\u2019un tel cycle, pourquoi ne pas serrer de plus près les étapes?Entre ces mystères dont l\u2019Église, chaque année, nous fait revivre l\u2019enchaînement, entre ces thèmes qu\u2019elle propose à notre méditation, et la prière, la pensée, la vie des meilleurs de ses fils, n\u2019y a-t-il pas de vitales correspondances?N\u2019est-ce pas le même Esprit qui, selon des modalités diverses, inspire tout le corps mystique et chacun de ses membres?De fait, entre les textes recueillis de toutes parts et ceux que nos messes, plus particulièrement, nous proposent, une attentive confrontation s\u2019est révélée extrêmement féconde.Des rapprochements se sont imposés.Telles les harmonies qui font se détacher, DÉCEMBRE 1950 plus riche, plus pénétrante, une phrase musicale, les textes des auteurs chrétiens, ainsi rapprochés des textes liturgiques, con fèrent à ceux-ci un relief nouveau.Ce faisant, ils rompent nos accoutumances, ils secouent la torpeur de nos oraisons.La parole de Dieu nous semble rajeunie.Et, à son contact, ces mêmes textes prennent toute leur valeur: ainsi les notes qui, pour former l\u2019accord parfait, ont besoin de s\u2019appuyer sur la tonique.Aussi bien, n\u2019est-ce plus d\u2019anthologie qu\u2019il faut parler; plutôt d\u2019un « livre d\u2019heures », ou, pour mieux en exprimer le rythme, d\u2019un « recueil des jours » consacrés à Dieu.Les Jours du Seigneur, voilà son titre.C\u2019est qu\u2019en effet ces pages, où, autour des thèmes de la prière officielle de l\u2019Église, s\u2019ordonnent les textes les plus beaux, les plus chargés de résonances religieuses, adressent à l\u2019âme une constante invitation à s\u2019ouvrir au Seigneur.Enveloppant de leurs commentaires la messe de chaque dimanche, voire de chaque jour, ils la préparent, l\u2019appellent et en prolongent jusqu\u2019au lendemain l\u2019influence.Soulignons enfin l\u2019analogie de structure que nous avons cru devoir établir entre les Jours du Seigneur et le livre d\u2019heures des prêtres.Dans l\u2019un et l\u2019autre, deux parties bien nettes, presque disparates: le « temporal » qui déroule la suite des mystères, le « sanctoral » qui évoque la longue théorie des saints.Le temporal, plus riche en doctrine; le sanctoral, se rattachant davantage à l\u2019histoire; encore que, pour faire revivre dans nos pages la figure des grands héros chrétiens, il nous ait paru préférable d\u2019insister moins sur les notices biographiques que sur les documents susceptibles de mettre en relief le trait caractéristique d\u2019une physionomie: la lettre de saint François Xavier appelant ses anciens collègues de Sorbonne à l\u2019évangélisation des Indes, des extraits de l\u2019interrogatoire de Jeanne d\u2019Arc, le testament de saint Louis.Deux autres volumes suivront: Printemps, Été-Automne; ils sortiront pour Pâques.Le dernier, qui s\u2019achève sur une « Prière » de Marcel Légaut, comportera une table générale des auteurs cités et deux index destinés à faciliter l\u2019utilisation des textes en vue de la prédication ou de la méditation.L\u2019ensemble constituera un recueil extrêmement riche d\u2019un millier de pages.Nombreux sont ceux qui ont collaboré aux Jours du Seigneur.Ils ont voulu demeurer anonymes, tels ces artisans du moyen âge dont l\u2019unique ambition était d\u2019embellir le sanctuaire en 369 K*W« i-,; fila.^JüggtRALEUftïlIgtjB vichy Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime « triste »> ?Inutile, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son aclion spécifique, bien connue, stimule les multiples fonctions du foie, exerce un effet des plus salutaires sur le système digestif en général, et constitue un excellent diurétique.Demandez l'avis de votre médecin.E LESTONS Pou4 P/%e ~SlêyftÀ CÈLES T EAU MINÉRALE NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez .1 CELESTINS .s\u2019effaçant eux-mêmes.Puisse une telle comparaison n\u2019être pas prétentieuse et puisse l\u2019ouvrage dont le présent volume commence la réalisation attirer par sa beauté et conduire l\u2019âme à la rencontre de Dieu! Pierre Drujon.Séminaire des Missions, Yzeure, France.Dom C.Flicoteaux, O.S.B.: Le Mystère de Noël.\u2014 Chante-cler, Montréal, 1950.138 pp., 19 cm.T A LITURGIE est une mine qu\u2019il faut savoir exploiter.Dom Flicoteaux, qui est bénédictin, s\u2019est attaché dans ce petit livre à nous révéler toutes les richesses que nous pouvons tirer de la liturgie de Noël, des textes des trois messes surtout, expliqués à l\u2019occasion par ceux du bréviaire.L\u2019étude s\u2019appuie sur les bases solides de la vérité révélée, sur l\u2019amour de l\u2019Église, seule capable de rendre à son Époux l\u2019hommage qui convient.Elle suggère aux chrétiens les sentiments d\u2019adoration, d\u2019humilité, d\u2019espérance et d\u2019amour que, selon l\u2019esprit de l\u2019Église, ils doivent, au temps de Noël, éprouver et s\u2019efforcer d\u2019accroître en eux.Quelques incursions dans l\u2019histoire aident à mieux fixer le sens de la liturgie splendide de Noël.Le livre de Dom Flicoteaux fournira à plusieurs les clefs d\u2019un trésor qui leur est offert et dont ils ne savent pas toujours profiter.Noël fut, après les persécutions, où presque seules étaient célébrées les fêtes de Pâques et de la Pentecôte, la première grande fête du culte chrétien.Pâques et la Pentecôte se célébraient selon l\u2019année lunaire, à la mode juive.Noël fut une fête de l\u2019année solaire, fixée à l\u2019équinoxe d\u2019hiver, où le soleil commence à refaire nos jours plus lumineux.Avec amour Dom Flicoteaux nous rappelle que Jésus est la lumière qui luit dans les ténèbres.Nous ne pouvons que louer la science avec laquelle le bénédictin étudie les textes liturgiques et l\u2019admiration, analogue à celle des bergers, que le religieux éprouve en les commentant.Si nous avions été capable d\u2019écrire ce petit livre, peut-être n\u2019aurions-nous pas exprimé de restriction sur la valeur de la liturgie propre à certaines fêtes plus récentes (p.37).Nous avouons pourtant que cet amour presque jaloux de l\u2019ancienne liturgie permet d\u2019en pénétrer le sens plus profondément.Maurice H.-Beaulieu.U Immaculée-Conception, Montréal.PÈLERINAGE DE ROME Jean Maury, René Percheron: Itinéraires romains.\u2014 P.Lethielleux, Paris, 1950.664 pp., 18 cm.Prix: 930 fr./'\"'ET OUVRAGE, malgré son étendue, ne vise pas à décrire tout ce qui peut se voir à Rome.Il veut servir utilement ceux qui y font un bref séjour.C\u2019est un guide qu\u2019on peut non seulement utiliser sur le terrain, mais aussi lire avec joie pour revivre les heures inoubliables passées dans la visite de la Ville éternelle.Les pèlerins de l\u2019Année sainte y retrouveront, enrichi, le souvenir de leur voyage et s\u2019y consoleront de ce qu\u2019ils ont.manqué.Les autres pourront parcourir cette ville prestigieuse sans quitter leur fauteuil.Les auteurs ont eu la bonne idée d\u2019adopter un plan qui facilite l\u2019étude des monuments de Rome.Dans cette ville où les époques successives, depuis celle des Étrusques jusqu\u2019aux temps modernes, se présentent à nous superposées dans les mêmes édifices, il convient de procéder chronologiquement.Le cycle antique, la chrétienté primitive, le moyen âge romain, la Renaissance, la contre-Réforme et le baroque, telles sont les têtes de chapitre.Ce système impose évidemment de brefs rappels des périodes précédentes.Une table alphabétique permet de reconstituer l\u2019histoire d\u2019un monument à travers les différentes périodes.Quelques plans, des cartes d\u2019Ostie au temps antique et du Forum romain guident la lecture de certains chapitres.Le livre se termine par une visite des musées, une étude de la région romaine (tous les proches environs de Rome) et un tour d\u2019horizon italien (les principales régions du pays).Le sujet est si vaste qu\u2019il était difficile de mieux condenser.Ayant suivi durant deux années M.Maury dans ses visites de Rome, véritables cours d\u2019art, d\u2019histoire et d\u2019archéologie, j\u2019ai 370 RELATIONS été en mesure d\u2019apprécier son talent, sa compétence et la modération de ses jugements.J\u2019y ai goûté un enchantement que ranime le texte, bref et complet à la fois, de ces Itinéraires romains.Gérard Tremblay.Maison Bellarmin.SCIENCES SOCIALES Marcel Clément: Le Grand Retour.\u2014 Institut littéraire de Québec, 1950.152 pp.NOUVEAU VOLUME de M.Clément constitue un appel adressé à tous les catholiques en vue de réaliser en eux et autour d\u2019eux les grandes intentions de l\u2019Année sainte.On pourrait aussi le définir: un vibrant acte de foi en la valeur et en la possibilité de réalisation terrestre du catholicisme social.Animé d\u2019un zèle communicatif et conquérant, l\u2019auteur fouaille sans merci les lâchetés, les égoïsmes, les respects humains qu\u2019il rencontre sur sa route.Il dénonce ces catholiques qui « se cachent pour ne pas avoir l\u2019air de donner de leçons aux autres », ou qui se montrent inquiets sur l\u2019avenir du monde, parlent d\u2019étroitesse d\u2019esprit, de jansénisme, de cléricalisme, parce que l\u2019on veut faire intervenir la grâce de Dieu, ou encore qui sont persuadés que « l\u2019ordre des décisions économiques échappe aux exigences de la justice ».M.Clément n\u2019est pas de ces écrivains « trop lâches ou trop superbes pour mettre leur plume au service du Christ ».Au contraire.Pour lui, « la disposition permanente à ne pas confesser notre foi et à ne pas condamner le péché, conjuguée avec la disposition permanente à nous entraîner à des activités et sur des terrains neutres où nbus puissions nous faire bien voir des incroyants », est une attitude fausse et arrogante.Il s\u2019en prend aux « neutres » et aux tièdes, à tous ceux qui souffrent de ce mal moderne qu\u2019est « l\u2019idolâtrie du fait » et qui croient avoir accompli leur devoir quand ils ont décrit le monde tel qu\u2019il est, sans se préoccuper de ce qu\u2019il devrait être: « La peur de ne pas suffisamment connaître le monde où nous vivons, écrit-il, finit par nous faire reléguer comme utopique celui qu\u2019il nous appartient d\u2019édifier.» Et pourtant il faut que le catholicisme redevienne un phénomène social, que l\u2019attitude chrétienne intérieure cesse d\u2019être une exception individuelle pour devenir une habitude collective, dans la famille, dans le travail, dans les affaires.Pour cela, une réforme des mœurs est nécessaire.Est-elle possible ?Oui, répond l\u2019auteur, mais elle « exige, non pas seulement une foi spéculative, mais une foi pratique, une foi vivante ».A ceux qui lui objectent qu\u2019une rénovation de la société est une utopie, il réplique: « Si l\u2019on met sa confiance dans l\u2019homme, sans doute.Mais avons-nous vraiment essayé de commencer par mettre notre confiance en Dieu et de faire, chacun en ce qui nous concerne, ce que nous savons être sa volonté ?Et le risque n\u2019est-il pas plus grand de la mépriser délibérément que de tenter loyalement et prudemment de la mettre en œuvre ?» L\u2019auteur, comme on le voit dans ce volume et comme on le savait déjà par ailleurs, a choisi la foi catholique pour son drapeau, et ce drapeau, il entend bien le porter droit et haut, claquant au vent, partout où il va et dans tout ce qu\u2019il écrit.Richard Arès.SETTIMANE SOCIALI DEI CATTOLICI ITALIANI.\u2014 La Sicurezza sociale, Bologna, 1949.\u2014 A cura dell\u2019L C.A.S., Edizioni dell\u2019Ateneo.319 pp., 24 cm.VOICI le compte rendu des cours et conférences de la Se-* maine sociale d\u2019Italie, tenue à Bologne, l\u2019an dernier.A signaler: parmi les conférences doctrinales, celle du P.de Marco, S.J., sur « La responsabilité de la société dans le développement de la personne humaine », et celle de Mgr P.Pavan sur « La sécurité sociale, moyen de mettre en valeur la personne humaine »; parmi les cours d\u2019allure technique, celui du professeur F.Vito sur « La sécurité sociale et le revenu national », celui du professeur M.Agosti sur « L\u2019école dans un système de sécurité sociale », ainsi que celui du professeur L.Rossi sur « Le plein emploi comme directive de la politique économique ».Enfin, à mettre tout à fait à part, à cause du grand intérêt qu\u2019elle présente, l\u2019étude du R.P.Agostino Gemelli, O.F.M., DÉCEMBRE 1950 sur « La défense de la santé dans un système de sécurité sociale ».L\u2019A.y expose ce qui se fait à l\u2019étranger ainsi qu\u2019en Italie; il montre la transformation que subit l\u2019exercice de la médecine dans un monde qui se transforme; il énonce les critères fondamentaux par lesquels doit se juger une défense efficace de la santé, et termine par un programme d\u2019une assurance médicale sur le plan de la sécurité sociale.Comme tous ces sujets sont actuellement à l\u2019ordre du jour et discutés un peu partout, ce volume des Semaines sociales d\u2019Italie pourra fournir de précieux renseignements en même temps que d\u2019intéressantes suggestions.Richard Arès.AGRICULTURE Firmin LÉTOURNEAU: Histoire de l\u2019Agriculture au Canada français.Préface du chanoine Groulx.\u2014 Chez l\u2019auteur, Institut agricole d\u2019Oka, 1950.324 pp., 22 cm.$2 franco.?'\"'ETTE HISTOIRE est à la fois grande, moyenne et petite histoire.Sans besoin de plaider, l\u2019A.fait conclure à la nécessité d\u2019accroître notre force de base.Un pays est terre et hommes ; il se fait non à coups de fusil, mais à coups de hache, de herse, de muscles et de cœur.Troquer ce genre de civilisation pour de la paresse ou par désir d\u2019une richesse desséchante, c\u2019est renoncer à la fidélité, à la vie paisible et féconde, à la vigueur historique.Le problème appelle l\u2019étude, le progrès, la conquête et la coopération.Continuer la terre, c\u2019est l\u2019embellir et la multiplier.Quatre parties: 65 pages aux premiers conquérants, 1605-1760; 50 aux survivants, 1760-1867; 120 aux résistants contre l\u2019émigration, 1867-1912; et 65 aux artisans du progrès actuel: agronomes, coopérateurs, U.C.C., crédit agricole, écoles moyennes.Livre de confiance et de fierté, qui évoque les souvenirs pour inspirer l\u2019avenir.On aimerait un peu de chiffres, même secs, pour mieux saisir les étapes, la stagnation, surtout la baisse réelle du groupe agricole, tombé au cinquième de notre population.On aimerait un chapitre sur le Canada français hors du Québec.Une remarque: l\u2019A.cite l\u2019édit de Marly, où Louis XV rabroue les spéculateurs en seigneuries, vu que « le régime seigneurial n\u2019est regardé comme utile que dans la mesure où il colonise ».Il aurait pu citer l\u2019édit de Versailles de 1732, réintégrant à la couronne les seigneuries qui ne seraient pas défrichées en 1734, donc presque toutes celles qu\u2019on rachète aujourd\u2019hui, telle Mingan, comme si elles n\u2019étaient pas disparues alors.L\u2019ouvrage de M.Létourneau est une mine et une lecture agréable.Les équipes d\u2019étude et les chefs studieux se donneront, non pas la peine, mais le plaisir de lire cette histoire d\u2019une vaillance qu\u2019on chante souvent, qu\u2019on aide rarement et qui souffre tellement de l\u2019individualisme traînard et de la politique bavarde.Alexandre Dugré.BIOGRAPHIE Pierre CROIDYS: Dans l\u2019épouvante du Grand Nord.\u2014Spes, Paris, 1950.191 pp., 18.5 cm.T A VIE ESQUIMAUDE et le martyre des PP.Rouvière et Le Roux, tels que relatés par l\u2019A., nous donnent, avec précision et clarté, un aperçu de l\u2019apostolat missionnaire des Oblats de Marie-Immaculée à la Baie d\u2019Hudson.L\u2019A.reprend pas à pas la route des deux missionnaires, nous en communique la réalité: silence, isolement, hospitalité et barbarie esquimaudes.On y revit les souffrances physiques et morales endurées par les deux Pères.Les mœurs esquimaudes et l\u2019effort constant d\u2019adaptation sont notamment mis en relief.C\u2019est l\u2019homme de Dieu au combat.La juste mesure de réalisme retient le lecteur et l\u2019initie à la vie du Grand Nord.La mort ou l\u2019oblation totale couronne enfin leur vie dure et fructueuse.Dans l'épouvante du Grand Nord vit pour nous les sentiments du missionnaire; mais surtout reproduit le milieu et la couleur locale de la vie esquimaude.L\u2019A.au cours du récit détaille le geste quotidien de l\u2019Esquimau tout en y opposant l\u2019effet produit chez le blanc civilisé.Le récit, vif et direct en général, s\u2019alourdit parfois dans le dialogue; les entretiens des deux Pères manquent un peu de naturel, quoiqu\u2019ils redisent avec succès la joie et la charité du cœur missionnaire.Jacques Ducharme.L\u2019Immaculée-Conceplion.371 AVOW* «AVl« DE IA CITÉ ET Dü,DISTRICT OE iliüili 262 RUE ST-JAÇQUfS OUEST, MQNTREAW PjU 3834^ gmmlgBigEg St® BKK89D MÏÏPSM J\\elationâ a maintenant 10 ANS Une table des matières des 10 ans paraîtra au début de 1951 Indispensable instrument de travail 25 sous Retenez-en un exemplaire dès aujourd'hui 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal - 14 CANADA Cn ttoiâ motâ 4 Un quotidien montréalais voulait récemment, en page éditoriale, s\u2019il vous plaît, nous convaincre qu\u2019il n\u2019y a pas plus de désordre moral ni de divorces parmi les acteurs et actrices à la mode que parmi le commun des mortels.Un autre quotidien de Montréal donnait, l\u2019an dernier, à un entrefilet le titre suivant: Une épidémie de divorces à Hollywood.Serait-ce une question d\u2019optique seulement ou de statistique comparée ?
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