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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1951-02, Collections de BAnQ.

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[" / / LA CELEBRATION DU MARIAGE \u2014 Louis C de LÉRy \u2014 LES ALLOCATIONS FAMILIALES AU CANADA Léon LEBEL AUX FORETS DU SAGUENAY Alexandre DUGRE DÉCENTRALISATION URBAINE Émile NADEAU \u2014\u2014\u2014 LE PROBLEME SCOLAIRE EN FRANCE ¦ ¦>¦¦¦ Pierre FAURE DANS LA MOUVANCE DE MÈRE BOURGEOYS ¦ Jacques TREMBLAY LA LOI SUR LES PUBLICATIONS ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ Paul-Émile GINGRAS OIS SOMMAIRE FÉVRIER 1951 Éditoriaux.29 Le message de paix du Souverain Pontife.\u2014 Mort DU MINISTRE DE LA GRANDE-BRETAGNE PRÈS LE Saint-Siège.\u2014 Des millions pour Tito.\u2014 Le rapport Hope.Articles LA CÉLÉBRATION DU MARIAGE .Louis C.de Léry 32 DÉCENTRALISATION URBAINE Émile Nadeau 34 LE PROBLÈME SCOLAIRE EN FRANCE .Pierre Faure 37 LA LOI SUR LES PUBLICATIONS .Paul-Émile Gingras 40 DANS LA MOUVANCE DE MÈRE BOURGEOYS .Jacques Tremblay 41 Commentaires.42 « Marée montante ».\u2014 La Chine et la situation internationale.\u2014 Sécurité collective.Correspondance.44 Papeterie officielle .Jacques La Roche La participation aux bénéfices .Maurice Mathieu « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom, sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Eglise et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) Articles AUX FORÊTS DU SAGUENAY Alexandre Dugré 45 LES ALLOCATIONS FAMILIALES AU CANADA.Léon Le,bel 47 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 51 Les livres .54 El Diablo.Jesus Romero El Communismo y la conspiracibn contra el orden cristiano.Joseph-H.Ledit Problèmes d\u2019adaptation dans la chrétienté actuelle.Richard Arès Arts et Pensée .Pierre\tAngers Supplications de toutes les mères du monde pour la paix.Albert\tPlante Mère Bourgeoys.Marie-Joseph d\u2019Anjou Cécile Chalifoux.Lucien Porcheron Un millionnaire chinois au service des gueux.Joseph-Louis\tLavoie En trois mots.56 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Albert Plante Rédacteurs :\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019ANjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.s VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIe année, N° 122 Montréal Février 1951 ÉDITORIAUX 4 meââage de paix du Souverain Pont lie POUR LA DOUZIÈME FOIS depuis son élévation au souverain pontificat, Sa Sainteté Pie XII a, la veille de Noël, adressé au monde son radiomessage.Après un regard en arrière sur l\u2019année écoulée, cette année prestigieuse du Jubilé au cours de laquelle sont accourus à Rome des millions de pèlerins, et après une ardente exhortation à faire croître et mûrir de par le monde entier les fruits de l\u2019Année sainte, le Pape, comme à son habitude chaque année depuis 1939, aborde le grand problème de la paix.De la paix intérieure des peuples tout d\u2019abord.Cette paix, constate-t-il, la menacent aujourd\u2019hui toutes ces divisions qui dressent les uns contre les autres les hommes d\u2019un même pays, le chômage, l\u2019insécurité sociale, les égoïsmes de groupes, ces organisations qui n\u2019ont que leur intérêt pour règle de conduite et la force comme principe d\u2019action, ces hommes: gouvernants et gouvernés, chefs ou subordonnés, qui, dans la défense de leurs propres intérêts particuliers et de leurs propres opinions, s\u2019obstinent mesquinement dans leurs vues, et sont cause du pessimisme des jeunes générations à l\u2019égard de la vie publique.Plus grave encore que ces difficultés économiques et politiques se révèle la misère spirituelle et morale des peuples, laquelle se manifeste par « le grand nombre d\u2019esprits étroits et de cœurs mesquins, d\u2019égoïstes et d\u2019arrivistes, de ceux qui courent avec le plus en vogue, qui se laissent impressionner \u2014 soit illusion, soit pusillanimité \u2014 par le spectacle des grandes masses, par les clameurs des opinions, par l\u2019ivresse de l\u2019excitation ».Voilà, conclut Pie XII, la vraie, l\u2019intime misère des peuples, celle qui les dévore intérieurement, et, avant d\u2019apparaître au dehors, les rend inférieurs à leur mission.Et pourtant, ajoute-t-il, les hommes devraient se souvenir de tous les liens qui les unissent, de tous les intérêts qu\u2019ils ont en commun, de leur solidarité dans fi les malheurs actuels: ne sont-ils pas tous les fils d\u2019une même patrie et les membres d\u2019un seul corps ?Pourquoi ne se laissent-ils pas guider dans leur action par les règles du droit et le souci du bien commun ?Pourquoi pas plus de solidarité entre ceux qui partagent actuellement la même incertitude et les mêmes dangers, entre patrons et ouvriers par exemple, entre producteurs industriels et producteurs agricoles ?« Pourquoi cet esprit de solidarité ne devrait-il pas être comme le soutien de l\u2019ordre social naturel dans ses trois formes essentielles: famille, propriété, État, pour les ramener à une collaboration organique, adaptée aux conditions présentes ?» Ce même esprit de solidarité, de dévouement au bien commun, de collaboration organique, qui pourrait faire tant pour assurer la paix intérieure, le Saint Père voudrait aussi qu\u2019il règne actuellement entre tous les peuples qui se disent les défenseurs sincères de la paix extérieure.Ceux-ci devraient se rendre compte que le manque interne de cohésion spirituelle et morale chez un peuple constitue, pour l\u2019agresseur du dehors, « une arme très puissante et comme ses troupes auxiliaires à l\u2019intérieur même du pays ».Qu\u2019ils prennent donc conscience du danger commun et travaillent tous dans le même sens, sans se laisser « entraîner par des motifs de prestige ou des idées vieillies à créer des difficultés politiques et économiques au renforcement intérieur des autres peuples ».Qu\u2019ils comprennent aussi que toute alliance ne leur est pas également bonne et utile, mais que « leurs alliés naturels et les plus fidèles sont là où la pensée chrétienne, ou au moins la foi en Dieu, ont encore leur valeur dans les affaires publiques, (et) qu\u2019ils ne prennent pas pour unique base un intérêt national ou politique supposé, négligeant ou ne prenant pas en considération les profondes différences qui existent dans la conception fondamentale du monde et de la vie ».De tels avertissements visent-ils l\u2019attitude différente adoptée par le monde occidental à l\u2019égard de l\u2019Espagne d\u2019une part, et de la Yougoslavie d\u2019autre part?C\u2019est possible et même probable.En tout cas, si Pie XII les a dictés, le motif en a été « la vue de l\u2019équivoque et de FEVRIER 1951 29 l\u2019irrésolution dans le front des amis sincères de la paix en face d\u2019un péril aussi grave ».Une telle attitude ne peut que desservir et compromettre la cause de la paix; voilà pourquoi le Pape lance un appel à l\u2019union, à la solidarité: « Nous estimons, déclare-t-il, que l\u2019étroite union de tous les peuples maîtres de leur destin, unis par des sentiments de confiance réciproque et d\u2019aide mutuelle, est le seul moyen de défendre la paix, ou la meilleure garantie pour son rétablissement.» Union, solidarité de guerre, dira-t-on.Non pas, car, dans la pensée du Souverain Pontife, il y a une solidarité plus haute que celle « des amis sincères de la paix », il y a la solidarité qui unit tous les peuples de la terre et l\u2019entière communauté humaine contre l\u2019horrible fléau de la guerre, laquelle, si elle éclatait, dévasterait tout, entraînerait toutes les nations et mettrait « en extrême péril toutes les institutions civiles et les valeurs spirituelles ».Le danger est si grand qu\u2019il faut utiliser toute circonstance favorable qui permettrait de préserver la paix dans la sagesse et la justice.Et comme preuves de la bonne volonté de chacun, qu\u2019on revienne à des sentiments de bonté et de pitié envers tous les peuples, « que règne de nouveau dans les organismes internationaux la confiance mutuelle, laquelle présuppose la sincérité des intentions et la loyauté dans les discussions; qu\u2019on ouvre les barrières, que l\u2019on brise les réseaux de barbelés, que l\u2019on donne à chaque peuple un libre regard sur la vie de tous les autres, que l\u2019on supprime la séparation qui existe, au grand dommage de la paix, entre certains pays et le reste du monde ».Quant à l\u2019Église, elle embrasse d\u2019un même amour maternel l\u2019Orient comme l\u2019Occident et ne demande pas mieux que de se dévouer entièrement à la cause de la paix.Aussi est-ce lui faire une suprême injure que de l\u2019accuser de vouloir la guerre, alors que, de la bouche et de la plume de son chef suprême, il n\u2019est jamais sorti, depuis douze années, autre chose que des exhortations à la paix, alors que c\u2019est lui qui, au mois d\u2019août 1939, lançait aux gouvernants l\u2019appel dramatique: « Rien n\u2019est perdu avec la paix, tout peut être perdu avec la guerre », alors que, aujourd\u2019hui encore, il n\u2019y a pas pour lui « de devoir plus saint ni de mission plus chère que d\u2019être infatigablement le défenseur de la paix ».Telle est, ramassée autour d\u2019une grande idée et rayonnant pour ainsi dire sur trois plans, la position actuelle du chef de l\u2019Église à l\u2019égard de la paix: il veut obtenir la paix intérieure par le rappel et la mise en pratique de la commune solidarité qui unit les fils d\u2019un même pays, et la paix extérieure par la collaboration franche et résolue de tous les peuples maîtres de leur destin et amis sincères de la paix, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, par la perspective de la terrible catastrophe que serait une nouvelle guerre pour tous les peuples de la terre, solidaires cette fois, qu\u2019ils le veuillent ou non, devant la destruction qui les menace.^Moït du miniâtte de la Qxande-(Kxetagne pxèâ le Saint-Siège SON EXC.sir John Victor T.Perowne, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne auprès du Saint-Siège, est mort le 8 janvier dernier, à l\u2019âge de 53 ans.Il avait présenté ses lettres de créance le 30 juin 1947 ; à cette occasion, le Saint Père lui avait adressé ces paroles: «.les relations cordiales qui existent entre le Saint-Siège et votre pays.seront maintenues par vous avec la même sollicitude, le même tact exquis, le même doigté qui ont marqué la durée en fonction de votre digne prédécesseur et lui ont fait honneur.» S.Exc.sir John Victor Perowne, successeur de sir d\u2019Arcy Godolphin Osborne, fut à son tour un diplomate de grande classe.Les relations diplomatiques de la Grande-Bretagne avec le Saint-Siège remontent au mois de novembre 1914 quand sir Edward Grey accrédita en mission spéciale auprès de Benoît XV, nouvellement élu, sir Henry Howard, ancien ministre britannique à La Haye, dans la carrière depuis 1865.Sa tâche était « de présenter (au Saint-Siège) les motifs qui ont contraint le gouvernement de Sa Majesté à intervenir dans le présent conflit, après qu\u2019il eut épuisé tous les moyens en son pouvoir pour préserver la paix en Europe, et de lui exposer l\u2019attitude du gouvernement de Sa Majesté devant les divers problèmes qui en ont surgi ».Mission spéciale, la mission britannique était par le fait même temporaire; Lloyd George, en janvier 1921, la transformait en mission officielle et permanente, alors que Briand en France se préparait à inaugurer la reprise des relations diplomatiques avec le Vatican, interrompues depuis seize ans.Sir Henry Howard était catholique; il était même, depuis le 17 juin de l\u2019année de sa nomination, grand-croix de l\u2019ordre de Saint-Grégoire; le comte Jean-François-Charles de Salis qui lui succéda en décembre 1916, était également catholique.Mais depuis, pour souligner aux yeux d\u2019une population en immense majorité protestante le caractère diplomatique et non religieux de cette légation, les ministres que la Grande-Bretagne a mandatés auprès du Vatican ont été des protestants.Si nous rappelons ces faits, c\u2019est pour trois raisons: la première, que beaucoup de nos compatriotes de langue anglaise ont appris avec surprise, à l\u2019occasion du décès de sir John Victor Perowne, que l\u2019ancien pays du No Popery! avait une mission permanente auprès du Saint-Siège; la deuxième, que Son Excellence sir John Victor Perowne, à cause de l\u2019absence officielle du Canada au Vatican, était indirectement notre chargé d\u2019affaires, comme beaucoup de pèlerins de l\u2019Année sainte ont pu s\u2019en rendre compte; la troisième enfin, que la seule attitude possible pour ceux qui ont l\u2019honneur 30 RELATIONS et la lourde responsabilité de partager le gouvernement de notre pays, de travailler à sa grandeur et à son prestige, c'est de nouer, à l\u2019exemple de presque toutes les nations du monde, des relations diplomatiques régulières, directes, officielles avec le Vatican.Jbeâ millionâ poux ZJito ONZE SEMAINES sans une goutte de pluie, les champs brûlés, les rivières asséchées! De mémoire d\u2019homme on n\u2019avait vu, dit-on, pareille sécheresse en Yougoslavie.Sans même attendre l\u2019autorisation de Washington, Y Economie Cooperation Administration (Plan Marshall) expédia pour 12 millions de dollars de vivres pris à même les stocks américains en Italie et en Allemagne.Le 19 décembre dernier, le Congrès votait un autre don de 38 millions.Il ne faudrait pas croire que le Congrès se soit jeté tête baissée dans cette politique d\u2019aide à Tito.Il posa ses conditions: la Yougoslavie assumerait les frais d\u2019administration, ferait connaître la provenance des secours, permettrait la surveillance de la répartition des vivres, organiserait la distribution sans parti pris, prendrait des mesures adéquates pour augmenter le rendement agricole, etc.Tous ceux qui prirent en Chambre la parole se dissocièrent de Tito.Le sénateur Brien McMahon, démocrate de Connecticut, ajouta même: « Rien dans ce bill ne devra être interprété comme une approbation des mesures prises par le gouvernement actuel de la Yougoslavie pour supprimer ou détruire la liberté religieuse, politique ou économique, et il faudra en avertir le gouvernement de Yougoslavie quand les secours lui seront fournis conformément à ce bill.» Si la Voix de l'Amérique avait radiodiffusé cette séance du Congrès, Tito eût sans doute envoyé aux travaux forcés, pour crime contre la sécurité de l\u2019État, tous ceux qui eussent été surpris aux écoutes.Et cependant nous ne sommes pas sans inquiétude.Voici pourquoi.Tito ne perd pas une occasion de proclamer son indéfectible attachement à la doctrine marxiste; bien mieux, à ses yeux, c\u2019est Staline qui est le schismatique.De plus, qui nous fera croire que Tito supprimera les 6,970 kolkhozes de la Yougoslavie, dont 5,650 ont été formés après sa querelle avec Staline?Nous ne sommes pas sans inquiétude, surtout parce que Tito ne cesse de mener sa campagne de presse immonde contre le Saint-Siège, de persécuter prêtres catholiques et orthodoxes, religieux et religieuses.Fermées les écoles, fermés les hospices et les orphelinats chrétiens, fermés les hôpitaux des sœurs! L'Osservatore Romano revient constamment sur ce point; le 11 décembre dernier, il écrivait: « La vérité est que la Yougoslavie, si rebelle soit-elle aux directives du Cominform, demeure fidèle à l\u2019idéologie communiste; la pierre de touche de cette loyauté * est la haine antireligieuse qui anime les propagandistes du gouvernement de Belgrade.» Tito acceptera le blé américain (et même les armes américaines, si on lui en fournit) mais d\u2019ores et déjà il a rejeté les garanties demandées.Nous ne sommes pas contre la charité, mais nous sommes contre les brigands.Pourquoi se mettre en peine d\u2019euphémismes pour qualifier le terrorisme de Tito?Tito est l\u2019assassin de Mihailovich comme il est l\u2019assassin de centaines de prêtres, comme il est le bourreau de Stepinac, et comme il est le garde-chiourme de tout un pays qui a perdu sa liberté.Teint bronzé, habillé impeccablement à l\u2019américaine, son chien Tigar à ses côtés, Tito demeure un tyran; or, il est dangereux de s\u2019associer à un tyran.Tito prône toujours le communisme; or il n\u2019est pas de « bon » communisme.Le croire, c\u2019est être plus que naïf; dans les circonstances, c\u2019est être même criminel.JÇe xappoxt J4ope EN 1945, le gouvernement de M.Drew nommait une Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019éducation en Ontario.On l\u2019appela la Commission Hope, du nom de son président.Elle comptait vingt et un membres, dont quatre catholiques, trois de langue anglaise et un de langue française.Le 21 décembre dernier, le premier ministre, M.Frost, recevait un volumineux rapport de plus de mille pages.Onze membres avaient signé le rapport majoritaire; les quatre commissaires catholiques avaient présenté un rapport minoritaire sur les écoles séparées, et quatre autres membres un rapport minoritaire sur l\u2019administration de ces mêmes écoles.Longtemps attendu, redouté par plusieurs, le rapport majoritaire a profondément déçu catholiques et Canadiens français.Au point de vue catholique, le rapport suggère de restreindre la juridiction des écoles séparées aux élèves de moins de douze ans; cette recommandation, déjà malheureuse, est empirée par une autre sur le partage de l\u2019impôt personnel et de l\u2019impôt des corporations.Au point de vue français, le rapport recommande une réglementation nouvelle pour l\u2019enseignement du français dans les classes inférieures et la suppression de l\u2019École normale de l\u2019Université d\u2019Ottawa, base du système scolaire bilingue.La déclaration définitive que fera, après un examen attentif du texte intégral, le Conseil ontarien d\u2019éducation catholique (comprenant des représentants de l\u2019épiscopat et des deux associations canadienne-fran-çaise et anglaise d\u2019éducation), ne pourra être que substantiellement semblable à celles déjà faites par S.Ém.le cardinal McGuigan et S.Exc.Mgr Vachon.L\u2019unanimité, on le sait, est absolue chez les catholiques ontariens: membres de la Commission Hope, archevêques et évêques, associations d\u2019éducation, députés conservateurs et libéraux.FEVRIER 1951 31 Quant aux droits du français, l\u2019Association d\u2019éducation canadienne-française sera fidèle à son passé.M.E.-C.Désormeaux, son président, déclarait le 23 décembre: « Quoi qu\u2019il en soit, ayons confiance.Nous savons que ce document ne reflète pas l\u2019opinion de la majorité de la province, et nous verrons, dans les mois qui vont suivre, à le prouver abondamment.Nous gardons nos positions et nous défendrons jusqu\u2019au bout notre système scolaire.» Le rapport Hope nous apporte une preuve du préjugé tenace d\u2019un groupe d\u2019intellectuels protestants \u2014 représentés ici par les signataires du rapport majoritaire \u2014 contre la doctrine, fondée sur la loi naturelle ainsi que sur la lettre et l\u2019esprit de la Confédération, du droit des parents à l\u2019éducation de leurs enfants.Il y a au SUR DEUX JUGEMENTS RÉCENTS La célébration du mariage Louis C.de LERY, S.J.1E 18 DÉCEMBRE 1950, M.le juge André Demers déclarait valide l\u2019union célébrée devant le révérend E.L.Lassegues, ministre protestant, entre Aurèle Lebrasseur, catholique, et Carmen Archambault, également catholique.Et le 8 janvier dernier, M.le juge Tyndale rendait une sentence similaire concernant le mariage d\u2019Henri Saint-Onge et d\u2019Edwilda Lamou-reux, tous deux catholiques, lequel mariage avait eu lieu devant le révérend H.Joliat, pasteur de la United Church of Canada.Les deux jugements s\u2019appuyaient sur l\u2019article 129 du Code civil : « Sont compétents à célébrer les mariages, tous prêtres, curés, ministres et autres fonctionnaires autorisés par la loi à tenir et garder registres de l\u2019état civil.» Cet article, prétend-on, reconnaît la compétence universelle de tous les prêtres et ministres autorisés, sans distinction de croyances, à l\u2019égard de toutes les personnes, si bien qu\u2019un prêtre peut marier deux protestants et un ministre, deux catholiques.Aucune réserve n\u2019est faite dans l\u2019article.« Où la loi ne distingue pas, nous ne devons pas distinguer: Ubi lex non distinguit, nec nos distinguere debemus.» Nous dirons brièvement pourquoi nous ne partageons pas l\u2019avis de MM.Tyndale et Demers.Nous ne parlons ici que du mariage de deux catholiques, lequel doit, selon nous, être célébré devant un prêtre dûment autorisé pour être valide d\u2019après le Code civil.Le mariage qu\u2019envisage le code est un mariage religieux, non un mariage civil.Il en a toujours été ainsi en cette province.Avant la codification (1866), le ma- moins une pointe de ridicule dans cette position au moment où le Canada revendique avec les nations libres les droits sacrés de l\u2019homme.Sans sortir de notre pays, quand donc les autres provinces du Canada auront-elles la largeur d\u2019esprit de Terre-Neuve et surtout du Québec ?Notre organisation scolaire est, pour la minorité protestante, « admirable », selon le mot de M.W.P.Percival, directeur de l\u2019enseignement protestant dans la province.Peut-être avons-nous trop insisté.Il semble bien que le rapport Hope aura courte vie.Un gouvernement qui oserait appliquer ces recommandations désappointerait l\u2019ensemble de la population d\u2019Ontario, travaillerait contre l\u2019unité canadienne et courrait à sa ruine politique.Deux catholiques, qui célèbrent leur union devant un ministre protestant, sont-ils, d'après le code civil, mariés validement?Le P.de Léry, professeur de droit canon au scolasticat de V Îmmaculêe-Conception, répond à cette importante question d'actualité.riage des catholiques était régi par les lois françaises d\u2019avant 1663, qui exigeaient, sous peine de nullité, la présence du prêtre; pour les protestants et les juifs, la Législature avait adopté des lois spéciales à mesure que des sectes protestantes ou des sociétés juives s\u2019établissaient dans le pays; ces lois ne concernaient que la secte qu\u2019elles mentionnaient.Les codificateurs n\u2019ont pas voulu changer cet état de choses: leur rapport le dit clairement.Ils n\u2019ont pas cherché à établir des règles uniformes, ni à civiliser \u2014 le mot est d\u2019eux \u2014 le mariage.Expressément ils déclarent qu\u2019ils ont voulu « conserver à chacun la jouissance de ses usages et pratiques, suivant lesquels la célébration du mariage est confiée aux ministres du culte auquel il appartient ».Mais, objecte-t-on, ce qui fait loi, ce n\u2019est pas l\u2019intention du législateur, mais le texte qu\u2019il a rédigé, et le texte est clair.Si les codificateurs voulaient que seul fût compétent le prêtre catholique à l\u2019égard de ses ouailles, le pasteur pour les protestants, le rabbin pour les juifs, etc., ils n\u2019avaient qu\u2019à le dire: « Quod legislator voluit, expressit : Ce que le législateur a voulu, il l\u2019a exprimé.» Il faut se défier des lois très générales qu\u2019on prétend être claires.Ainsi l\u2019article 1020 du code nous met en garde contre des affirmations trop universelles en matière de contrats.Et lord Sumner, dans la cause de Quebec Railway contre Vandry (1920), dit fort sagement: « Souvent la seule clarté des mots ne fait que masquer l\u2019obscurité de la loi ou bien conduit à des conséquences tellement absurdes, que, si clair que puisse être le texte écrit, la conclusion est encore plus claire 32 RELATIONS qu\u2019un tel sens ne peut avoir été voulu par la Législature.\u2014 T here is a point at which mere linguistic clearness only masks the obscurity of actual provisions or leads to such irrational results that, however clear the actual expression may be, the conclusion is still clearer that no such meaning could have been intended by the Legislature.» Si le texte est clair, comment s\u2019en est-on aperçu si tard ?Pourquoi jusqu\u2019à ces derniers temps était-ce l\u2019interprétation opposée qui prévalait ?Pourquoi existe-t-il tant de jugements en sens contraire ?Pourquoi nos juristes les plus éminents et les plus consciencieux \u2014 les Loranger, les Jetté, les Mignault, les Anglin, les Tellier, les Dorion \u2014 sont-ils d\u2019un autre avis ?La vérité est que l\u2019article 129 est obscur.Voici la raison de cette obscurité.Les codificateurs se trouvaient en présence d\u2019une grande diversité d\u2019usages et de lois.La Législature avait passé vingt-cinq statuts, de 1795 à 1859, pour autoriser les ministres des Églises dissidentes et juives à célébrer leurs mariages.Notons, en passant, ce respect pour les croyances religieuses de chacun.Les rédacteurs du code ont commis l\u2019erreur de vouloir formuler une seule et très courte disposition \u2014 l\u2019article 129 \u2014 censée reproduire toutes ces lois et tous ces usages.C\u2019était tenter l\u2019impossible: trop concise, une loi est obscure.Regrettons que le code ne nous ait pas laissé de normes d\u2019interprétation pour ses rapports avec la législation qu\u2019il a remplacée.A défaut de telles normes, c\u2019est une sage règle, croyons-nous, que dans le doute sur le désaccord d\u2019un article avec le droit précédent, il ne faut pas s\u2019écarter du droit antérieur, \u2014 à plus forte raison quand nous savons que telle fut la pensée des codificateurs.Ceux-ci avaient pour tâche de coordonner, non de bouleverser, la législation d\u2019avant le code.Du reste, l\u2019article 12 dit excellemment: « Lorsqu\u2019une loi présente du doute ou de l\u2019ambiguïté, elle doit être interprétée de manière à lui faire remplir l\u2019intention du législateur et atteindre l\u2019objet pour lequel elle a été passée.» Mais indépendamment de l\u2019intention du législateur et des rédacteurs du code, nous affirmons que l\u2019article 129, bien compris, ne permet le mariage de deux catholiques que devant un prêtre dûment autorisé.Encore faut-il ne pas se contenter d\u2019une lecture superficielle, mais soumettre cet article à une sérieuse analyse et, surtout, le replacer dans son contexte.Car chaque article ne doit pas être considéré isolément, mais en relation avec les autres articles qui lui donnent son véritable sens.Le code constitue une seule législation, et un article ne peut pas en contredire un autre, mais doit être éclairé par celui-ci et en tirer sa signification.Remarquons que l\u2019article 129 énumère les « prêtres, curés, ministres et autres fonctionnaires ».Par autres fonctionnaires, \u2014 mot fort mal choisi de l\u2019avis général, \u2014 il faut entendre exclusivement des ministres du culte, tels les rabbins et les quakers.L\u2019article envisage donc des religions particulières qui détermineront les cérémonies du mariage; et seul un mariage religieux est considéré.L\u2019article 129 déclare « compétents à célébrer les mariages, tous prêtres.autorisés par la loi à tenir.registres de l\u2019état civil ».Quels sont ces prêtres autorisés à tenir registres ?L\u2019article 44 nous le dit : Les registres «.sont tenus par tout prêtre autorisé par le pouvoir ecclésiastique compétent à célébrer le mariage ».Donc, selon le code, c\u2019est le pouvoir ecclésiastique qui autorise le prêtre à célébrer le mariage, et le pouvoir civil lui confie, moyennant cette autorisation, la tenue des registres civils (art.44), et le déclare compétent à célébrer le mariage (art.129).C\u2019est bien un mariage religieux que veut le code.L\u2019article 130 dit que « les publications.sont faites par le prêtre.dans l\u2019église à laquelle appartiennent les parties ».Si un rabbin juif ou un ministre protestant peut marier deux catholiques, cet article n\u2019a guère de sens, même en tenant compte de la licence qui protège légalement le ministre ou le rabbin.Et de nouveau nous constatons l\u2019intention du code, et non des seuls codificateurs, d\u2019avoir un mariage religieux.Une foule d\u2019articles du titre: Du mariage, spécialement ceux qui traitent des empêchements, de la clandestinité, des publications, des dispenses, et bon nombre d\u2019articles du titre: Des actes de l'état civil supposent nécessairement un mariage religieux.Or si tout prêtre, tout ministre, tout rabbin est compétent à l\u2019égard de tous indistinctement et peut marier n\u2019importe quel couple juif, protestant, catholique, nous n\u2019avons plus le mariage religieux, mais une caricature et une parodie de cérémonie religieuse.En faveur de l\u2019opinion des juges Tyndale et Demers, on allègue l\u2019autorité du Conseil privé et de la Cour suprême.Mais le Conseil privé n\u2019a donné sur le sujet qu\u2019un avis en passant, un obiter dictum.Et le Conseil privé lui-même ne se considère pas lié par ses propres décisions, note le juge Dorion dans la Semaine sociale de 1931 : « Il est un comité du Conseil privé du Roi qui donne ses avis au souverain, sans être tenu de suivre les précédents, ni de décider les cas qui lui sont soumis uniquement d\u2019après la loi; mais il peut, sans y être obligé, tenir compte des raisons d\u2019intérêt public et des considérations d\u2019ordre politique.\u2014 The Privy Council is a Committee advising the Sovereign, not bound to follow precedent nor to determine matters presented upon grounds of law alone, but entitled, if not obliged, to advise on grounds of public policy, and to take into account matters of political expediency.» Les cours d\u2019Angleterre elles-mêmes ne se considèrent pas liées d\u2019une manière absolue par les décisions du Conseil privé.{Ibidem.) Quant à la Cour suprême, elle fut loin de se prononcer à l\u2019unanimité; et nous ne savons pas ce qu\u2019elle déciderait en 1951.Nous sommes ici dans une cause de droit civil, non de common law, qui régit notre droit criminel et consti- FEVRIER 1951 33 tutionnel.Nous avons beaucoup de respect, de l\u2019admiration même \u2014 trop au gré de certains \u2014 pour la common law, avec ses coutumes, ses précédents, sa jurisprudence et son évolution sans secousse et sans heurt.Mais en droit civil, ce qui prévaut, c\u2019est le texte écrit.« Notre Code civil est intangible, remarque le juge Dorion, tant qu\u2019il n\u2019aura pas été amendé par la Législature de Québec, ou par le Parlement du Canada, selon la juridiction de chacune de ces autorités.» Beaucoup de nos légistes nous paraissent se laisser influencer en droit civil par la discipline qui vaut en matière de common law, et se référer trop facilement à des jugements précédents au lieu d\u2019étudier le texte légal.« Devant les tribunaux, il n\u2019est jamais trop tard pour obtenir justice », écrit le juge Dorion avec un respect égal de la cour et de la loi.« Nous invoquons une loi écrite, qui ne peut pas être abrogée par les tribunaux.La jurisprudence n\u2019est pas la loi.» DÉCENTRALISATION URBAINE Emile NADEAU N.D.L.R.\u2014 U abondance de la matière ne nous a pas permis de présenter plus tôt cet article que /\u2019auteur nous envoyait en septembre 1950.Entre temps, les journaux ont publié un long mémoire soumis au gouvernement provincial par la section québécoise de /\u2019Association canadienne d\u2019Urbanisme, dont le Dr Nadeau est le président.L'article a des idées communes avec le mémoire.Nous le publions à cause de V importance du problème du logement.J\u2019AVAIS D\u2019ABORD PENSÉ, pour former un diptyque nouveau genre, de décrire « La plus laide ville du monde » à côté de « La plus belle ville du monde », dont M.Jacques Gréber a tracé l\u2019esquisse dans votre numéro de septembre 1950.Mais, comme M.Gréber, j\u2019avoue qu\u2019il est difficile de porter jugement sur la laideur d\u2019une ville.En effet, il faut d\u2019abord s\u2019entendre sur la définition du beau et du laid.Au début du siècle, surtout aux États-Unis, il y a eu la crise de la City Beautiful, et seul le beau esthétique avait droit de cité, c\u2019est le cas de le dire.C\u2019était l\u2019époque des boulevards majestueux, mais bordés de taudis.Avec l\u2019évolution des idées et les conquêtes de l\u2019urbanisme moderne, nous avons maintenant non seulement le beau esthétique ou physique, mais aussi le beau moral, le beau social, le beau économique, le beau culturel, etc.Inversement, nous avons toutes les formes du laid, par la faute de l\u2019homme qui détruit l\u2019œuvre du Créateur; et la grande ville moderne est la plus laide du monde, non seulement au point de vue de son physique balafré, mais surtout aux points de vue moral, social, économique, humain et même culturel.C\u2019est à la mégalomanie et à la cupidité de l\u2019homme super-pratique que nous devons l\u2019absurdité des grandes villes, développées au petit bonheur, sans plan d\u2019ensemble, à la va-comme-je-te-pousse, au gré des spéculateurs sur immeubles et des jerry-builders.Heureusement que les réformateurs sociaux d\u2019Angleterre, ayant actuellement à leur tête le célèbre lord Beveridge, ont réussi après une lutte séculaire à réduire considérablement les ravages des cinq Géants installés en permanence dans leurs villes-monstres: la Pauvreté, la Maladie, le Chômage, l\u2019Ignorance et la Laideur.A quelque chose malheur est bon.Comme ils l\u2019admettent, les bombes d\u2019Hitler ont grandement contribué à amener enfin l\u2019opinion publique à accepter le principe essentiel de la limitation future des villes à 60,000 âmes, de la décentralisation des industries et de la population industrielle des grands centres, le tout promulgué légalement par le New Towns Act de 1946 et le Town and Country Planning Act de 1947, avec la création du ministère de l\u2019Urbanisme et du Central Land Board pour l\u2019utilisation rationnelle du sol, etc.La France et l\u2019Angleterre se tenant par la Manche, et celle-ci étant de plus en plus courte avec le progrès moderne, il est étonnant que les grands urbanistes de France semblent ne pas apprécier à leur pleine valeur les énormes progrès réalisés depuis cinquante ans en Angleterre, en fait d\u2019urbanisme et d\u2019habitation salubre à base coopérative, que la chose soit agréable ou non.Ayant étudié toutes ces réalisations pratiques depuis trente-cinq ans et ayant consacré (peut-être inutilement) plus de $10,000 de mes maigres économies de fonctionnaire, surtout pour aller sur place contrôler personnellement la véracité de mes renseignements théoriques, je puis affirmer sans crainte de contradiction que l\u2019Angleterre possède un nombre imposant de réalisations urbaines idéales, si nous tenons compte de la relativité de la perfection humaine.Les deux premiers villages-jardins industriels, à Port Sunlight, près de Liverpool (savons Sunlight de lord Leverhulme), et à Bournville, près de Birmingham (chocolats Cadbury), sont de vrais modèles, aux points de vue physique, social, économique, etc.Il en est de même de la célèbre banlieue-jardin d\u2019Hampstead, au nord de Londres, chef-d\u2019œuvre d\u2019architecture et d\u2019urbanisme de sir Raymond Unwin et œuvre admirable de deux réformateurs sociaux: le Canon et Mrs.Barnett.En outre, il faut noter la création de toutes pièces des deux célèbres cités-jardins de Letchworth et de Welwyn, dans le Hertfordshire, respectivement à trente-cinq et vingt milles de Londres, œuvre géniale de l\u2019humble sténographe officiel Ebenezer Howard (émule 34 RELATIONS et contemporain de notre Desjardins), devenu plus tard sir Ebenezer, titre bien mérité, pour une fois.Pour apprécier toute la valeur et la portée sociale de ces deux réalisations pratiques, il suffit de noter qu\u2019elles ont trouvé grâce même auprès du grand critique Bernard Shaw, au point qu\u2019il a aidé financièrement à leur développement.Il a refusé de féliciter Howard de son titre, en 1927, en déclarant « qu\u2019il aurait dû être fait baron pour son volume Garden Cities of To-morrow, comte pour sa création de la cité-jardin de Letch worth et duc pour celle de la cité-jardin de Welwyn ».Ce sont ces réalisations pratiques d\u2019initiative privée et d\u2019autres non moins intéressantes qui sont à l\u2019origine immédiate de la première Loi d\u2019urbanisme (1909) mise en vigueur par le célèbre John Burns, loi modifiée et codifiée de nouveau à plusieurs reprises jusqu\u2019à celle de 1947, la plus avancée de tous les pays du monde.Il est à remarquer qu\u2019à l\u2019exception de certaines réserves d\u2019ordre secondaire, toute cette législation salvatrice et de haute portée sociale a été adoptée du consentement unanime de tous les partis politiques, y compris le New Towns Act de 1946, par lequel des corporations de l\u2019État, relevant du ministère de l\u2019Urbanisme, sont maintenant chargées du développement complet des nouvelles villes, limitées à 60,000 âmes et construites selon tous les principes de l\u2019urbanisme moderne.Ceci s\u2019applique également à des petites villes existantes, dont la population sera portée à la limite prévue de 60,000, avec dans chaque cas une ceinture agricole protectrice permanente (greenbelt), afin de limiter leur croissance et d\u2019empêcher les tentacules (.sprawling) d\u2019une agglomération urbaine voisine de les rejoindre.La preuve que cette formule est la meilleure et la plus pratique, c\u2019est qu\u2019elle a été acceptée par les plus Écossais de l\u2019Écosse, ceux de Glasgow, la ville-monstre où 92% de la population du centre sont forcés de vivre dans des logements de deux pièces.En effet, pour recevoir le trop-plein de Glasgow, deux cités-jardins satellites sont en voie de développement: East Kilbride et Glenrothes.Les présidents des deux corporations chargées du développement sont respectivement sir Patrick Dollan et sir Hector McNeill, tous deux ayant été auparavant lord provost of Glasgow.Deux autres grandes villes anglaises ont maintenant chacune une cité-jardin satellite: Wythenshawe (siège de lord Simon) pour Manchester et Speke pour Liverpool, tout comme nous avons ici des banques et des magasins à succursales multiples.Quant au grave problème de Londres, le programme tracé, avec un budget initial de $200,000,000, comporte le développement de nouvelles villes ou l\u2019achèvement de petites villes existantes, pour former un premier groupe de 20 cités-jardins satellites de 60,000 âmes chacune, dans un rayon d\u2019environ trente milles de Londres, pour y installer des industries de la métropole et une population industrielle de 1,250,000 âmes, afin de pou-/ voir ensuite reconstruire Londres à densité moindre, conformément au fameux plan du Greater London du célèbre urbaniste anglais sir Patrick Abercrombie.Ces cités-jardins satellites en voie de développement, sous la direction immédiate d\u2019hommes éminents comme lord Beveridge, lord Reith, sir Theodore Chambers, sir Thomas Bennett, sir Ernest Gowers, Mrs.Monica Felton, etc., sont dans la région londonienne: Stevenage, Crawl ey-Three-Bridge, Harlow, Hemel-Hampstead, Newton-Ay cliff e, Basildon, Welwyn-Hatfield, Bracknell, Peterlee, etc.Il est convenu que tout cela est bien beau; mais il faut ajouter que ça n\u2019a pas surgi du soir au matin, « en écoutant chanter le rossignol ».C\u2019est le résultat de plus de cinquante années de luttes homériques de la part de patriotes éclairés ayant à cœur de réparer dans la mesure du possible les terribles résultats économiques et sociaux de la révolution industrielle.Malheureusement, ce beau programme est forcément au ralenti, à cause de la crise économique que traverse l\u2019Angleterre actuellement; mais, il n\u2019y a pas de doute, la ténacité anglo-saxonne triomphera en définitive.Ces cités-jardins comportent un plan d\u2019ensemble général très flexible, avec zones distinctes et permanentes pour l\u2019industrie, le commerce, l\u2019habitation, les loisirs, l\u2019éducation et la culture, etc.On y a adopté le système moderne du Neighborhood Unit des urbanistes anglais et américains, que l\u2019urbaniste français désigne sous le nom d\u2019unité de voisinage, et qui, avec certaines modifications, correspondrait bien à notre paroisse civile et religieuse.Une telle unité de voisinage, bien ordonnée, répond à tous les besoins essentiels de la famille: église, écoles, centre de loisirs, terrains de jeux, coopératives de consommation, d\u2019épargne et de crédit, etc., les besoins spéciaux étant pourvus par Y unité centrale de voisinage : grand commerce de détail, éducation supérieure, grands centres de culture, etc.Chaque unité de voisinage, de 5,000 âmes environ (1,000 à 1,200 familles), est séparée de sa voisine soit par un parc, soit par un boulevard bordé d\u2019arbres; l\u2019ensemble des dix à douze unités constitue la cité-jardin, dont la moitié ou les deux tiers de la superficie totale sont réservés en permanence pour la ceinture agricole protectrice (greenbelt) : petites fermes pour la culture maraîchère, parcs, champs de golf, etc.Il y a longtemps qu\u2019une expérience très coûteuse, « faisant partie des petites erreurs intentionnelles de3 grands hommes », a démontré à l\u2019évidence le résultat néfaste des voies élevées et des chemins de fer souterrains centralisateurs à Londres, Paris, Berlin, New-York, Boston, Chicago, Glasgow, etc.Il n\u2019était pas nécessaire d\u2019être un grand ingénieur ni même un petit prophète pour savoir qu\u2019en construisant, au coût de millions, des moyens rapides pour amener au centre et ramener du centre des millions de personnes, ce résultat serait obtenu au point qu\u2019après une décennie la situation du transport deviendrait pratiquement impossible.FEVRIER 1951 35 Il a fallu les bombes d\u2019Hitler et la perspective actuelle des bombes atomiques et à hydrogène sur les excellentes cibles que sont nos villes-monstres, pour faire admettre enfin la politique, rationnelle à tous les points de vue, de la décentralisation industrielle et commerciale par décantation dans des cités-jardins satellites bien ordonnées et limitées, en dehors de la ceinture agricole protectrice permanente de la métropole décantée.Nous serait-il permis de suggérer humblement à nos frères de Montréal qu\u2019avant d\u2019enfouir $300,000,000 au moins dans des expressways et un métro centralisateurs, ils feraient bien d\u2019aller sur place étudier à fond les résultats négatifs et nocifs obtenus ailleurs et actuellement réparés partiellement à coups de milliards ?Probablement qu\u2019ils en viendraient à la conclusion qu\u2019à tous les points de vue le système du bon sens s\u2019impose, c\u2019est-à-dire celui de la décentralisation industrielle et commerciale dans des modestes cités-jardins satellites sur le territoire non encore développé.Quant au reste de notre province, le problème est relativement moins compliqué, sauf dans notre bonne ville de Québec, car nos nombreuses petites et intéressantes villes sont en voie de développement, alors que notre province entre dans une ère d\u2019industrialisation intense.Malheureusement, notre urbanisation s\u2019est accomplie jusqu\u2019à présent au petit bonheur (à l\u2019exception de quelques villes dites fermées), vu que nous n\u2019avons pas encore même un petit modèle en fait d\u2019urbanisme et seulement quelques pouvoirs légaux bien limités, éparpillés dans notre code municipal et notre Loi des cités et villes.Il nous faudrait au moins la législation spéciale demandée par notre division provinciale de l\u2019Association canadienne d\u2019Urbanisme, lors de sa dernière réunion annuelle, tenue à Montréal.A moins d\u2019une législation appropriée, bien appliquée, nous allons continuer ici les erreurs coûteuses et quasi irréparables qui ont été faites ailleurs et qui doivent être réparées maintenant, dans la mesure du possible, au coût de millions de dollars.La famille étant la base de la société, il en résulte qu\u2019à cause de nos familles nombreuses (noblesse oblige) nous avons à résoudre des problèmes spéciaux quant à l\u2019habitation et à l\u2019urbanisme, surtout en ce qui concerne « l\u2019espace vital ».Notre population actuelle est de près de 4,000,000.Avec notre natalité de 30 par 1,000 de population, \u2014 notre poule aux œufs d\u2019or qu\u2019il ne faut pas tuer, \u2014 nous comptons actuellement 115,000 naissances par année.Notre taux de mortalité générale étant réduit, depuis vingt-cinq ans, de 14 à 9 par 1,000 de population (1 par 1,000 de moins qu\u2019Ontario!), il en résulte que notre accroissement naturel (notre home made immigration) dépasse 80,000 âmes par année.Nous avons donc incontestablement la quantité, mais pouvons-nous affirmer que nous avons aussi la qualité, au train où il nous faut bâtir des hôpitaux de 36 toutes sortes, toujours encombrés, des sanatoriums et des hôpitaux spéciaux pour maladies mentales, où l\u2019encombrement est de plus en plus un grave problème ?Il est évident que l\u2019habitation et surtout le milieu vital sont des facteurs très importants quant à la vitalité et à la vigueur physique de notre race.Pour nos 800,000 familles, les statistiques officielles nous démontrent qu\u2019au moins 300,000 sont mal logées dans des taudis ou des logements étroits (anticonceptionnels), encombrés et insalubres, dans des milieux qui laissent beaucoup à désirer, surtout dans nos poulaillers humains, nos tristes flats, qu\u2019il ne faut pas confondre avec les crevaisons, bien qu\u2019on y crève plus qu\u2019ailleurs.Si nous ajoutons au tableau nos 35,000 mariages par année, qui présument normalement au moins 30,000 nouveaux logements, on doit calculer que même sans immigration notre composition annuelle des familles nécessiterait au moins 25,000 logements nouveaux par année, pendant une longue période.Malheureusement, notre législation provinciale actuelle, jointe au coût élevé de la vie et au coût également très élevé des matériaux et de la main-d\u2019œuvre, est loin de permettre une telle réalisation.Il s\u2019ensuit donc un encombrement très inquiétant, non seulement au point de vue de la santé publique et de la vitalité de la race, mais aussi quant à la morale et à l\u2019épanouissement normal de la famille, que ruinent la criminalité et la délinquance juvénile.D\u2019autre part, il faut noter que le nouvel article 35 de la Loi nationale d\u2019habitation permettrait des réalisations pratiques, très désirables, d\u2019habitation et d\u2019urbanisme, si le pouvoir provincial en venait à la conclusion de faire avec le fédéral les ententes nécessaires.Par cet article, l\u2019autorité fédérale s\u2019engage à prêter à long terme et à bas taux d\u2019intérêt 75% du coût total de projets d\u2019habitation et d\u2019urbanisme, à certaines conditions, pourvu que de son côté la province intéressée s\u2019engage à prêter aux mêmes conditions le solde de 25%, soit seule ou avec la coopération de la municipalité en cause, chaque développement devant être exécuté conjointement par le fédéral, le provincial et un organisme local nommé par la municipalité et approuvé par l\u2019autorité provinciale.L\u2019article 35 stipule, en outre, qu\u2019en cas d\u2019un profit ou d\u2019une perte annuelle pour un projet quelconque, les parties intéressées partageront le profit ou la perte dans les mêmes proportions: 75-25%.En pratique, cela veut dire que nos familles nombreuses pourraient être logées décemment, d\u2019après un tel projet d\u2019habitation et d\u2019urbanisme, sans que leur loyer annuel dépasse le cinquième de leur revenu total.Un fonds de roulement de $50,000,000 a été voté pour ces projets, de sorte que, si le montant prêté par le fédéral au cours d\u2019une année est, disons, de $20,000,000, cette somme est remise au fonds de roulement par le fonds du revenu consolidé.D\u2019autre part, la législation habilitante nécessaire a été promulguée par RELATIONS notre Législature provinciale, au cours de la dernière session.Nous avons tout prêt depuis longtemps un projet conçu sur une modeste échelle, approuvé officiellement par la ville de Sainte-Foy, pour loger convenablement 500 familles, surtout les plus nombreuses, dans un site enchanteur, au voisinage de la cité universitaire de Laval, un accueil spécial devant être accordé aux familles des professeurs, à celles des employés et à un groupe choisi d\u2019étudiants.Cette démonstration pratique et permanente de l\u2019enseignement théorique de plusieurs facultés s\u2019appellerait la banlieue-jardin du Cardinal-Villeneuve (paroisse de Sainte-Marie-des-Anges), dans le but d\u2019honorer par un monument pratique et approprié la mémoire et l\u2019œuvre sociale de notre grand cardinal et citoyen canadien.Nous n\u2019attendons que le fiat du gouvernement provincial.La ville la plus laide du monde, c\u2019est la grande ville-monstre; la ville la plus belle du monde, c\u2019est la vraie ville-jardin.Le problème scolaire en France Pierre FAURE, S.J.A PREMIÈRE VUE, le problème de l\u2019école en France se pose en termes fort simples.Il existe * deux catégories d\u2019écoles légalement reconnues: les écoles publiques et les écoles libres.Les unes sont la chose de l\u2019État et elles sont à sa charge; les autres, sous réserve de déclaration d\u2019ouverture et de quelques garanties d\u2019hygiène, de moralité et de diplômes, peuvent être créées sans limitations ni de territoire ni de nombre.Elles organisent leurs programmes et horaires à leur guise, choisissent leurs méthodes pédagogiques.Ce sont des écoles libres.Mais cette liberté se paye.Si le directeur d\u2019une école privée ne doit plus, comme au temps de l\u2019Empire napoléonien, acheter à l\u2019État le droit d\u2019enseigner et lui verser redevance pour chaque élève, il s\u2019acquitte des impôts, sans exonération, subvient entièrement à l\u2019achat et à l\u2019entretien du bâtiment et du matériel scolaire, et paie le traitement des maîtres.Dans un monde où l\u2019évolution économique et sociale tend à niveler les moyens d\u2019existence du plus grand nombre, il est clair que les charges de l\u2019école libre sont redoutables.Pour la majorité des familles, notamment pour les familles nombreuses, et dans le monde rural, artisanal, et ouvrier, elles sont devenues \u2014 au sens propre \u2014 insupportables.Le problème de l\u2019école apparaît donc en premier lieu comme une question de financement.L\u2019école, service d\u2019intérêt public, ne peut être à la libre disposition de chacun qu\u2019avec l\u2019aide de tous.Il en est ainsi, depuis assez longtemps, pour les postes, les routes et les chemins de fer.Il faut aujourd\u2019hui que l\u2019État ou les collectivités publiques participent au financement de toutes les écoles.Malheureusement, le problème de l\u2019école en France n\u2019est pas aussi simple; il ne peut se réduire en syllo- Nos lecteurs apprécieront, bien sûr, Vinformation très au point que leur offre sur Vécole libre en France le R.P.Faure, membre du Comité national de Venseignement libre, professeur à l'Institut catholique de Paris, fondateur du Centre d'études pédagogiques (Paris), rédacteur en chef de^ la revue Pédagogie, auteur d'un ouvrage intitulé l\u2019École et la Cité.gismes budgétaires.Sans quoi, il serait sans doute depuis longtemps résolu.Depuis de longues années, l\u2019école est l\u2019enjeu de luttes idéologiques.Parler école fait infailliblement monter le sang à la tête des chicaneaux de la politique.Ils ont créé tout un vocabulaire guerrier qui déferle dès que l\u2019on aborde le problème de l\u2019école libre l.On comprend que les sages à la prudence courte préfèrent laisser ce brandon de division sous la cendre.Toutefois, l\u2019urgence des problèmes actuels d\u2019éducation, le nombre insuffisant des locaux et des maîtres, l\u2019augmentation de la population scolaire obligent aujourd\u2019hui à s\u2019occuper de la solution du problème de l\u2019école: l\u2019opinion et le gouvernement ne peuvent plus s\u2019en désintéresser.Pour entrevoir les solutions qui peuvent être envisagées, deux mots d\u2019histoire ne seront pas inutiles.QUELQUES MOTS D\u2019HISTOIRE Au début du xixe siècle, Napoléon réorganisa l\u2019enseignement sous l\u2019égide d\u2019une Université nationale qui jouissait du monopole absolu de l\u2019enseignement.Ce privilège odieux fut pieusement conservé sous la Restauration.Il fallut l\u2019obstination et le talent de Monta-lembert et de Lacordaire, bientôt soutenus par l\u2019épiscopat et par l\u2019opinion catholique, pour arracher à l\u2019Université quelques libertés: celles de l\u2019enseignement primaire, sous Louis-Philippe; puis, à la faveur de la deuxième République, en 1850, celles de l\u2019enseignement secondaire.Ce n\u2019est qu\u2019en 1875, après le désastre de 1870, que les Chambres, composées de représentants 1.Jusque dans les cantons, on trouvait naguère des « sections de défense laïque » et des « comités de défense scolaire ».Ils existent encore, mais tombent en léthargie.L\u2019agitation est aujourd\u2019hui le fait des partis politiques et surtout des syndicats; elle n\u2019intéresse plus le grand public.FEVRIER 1951 37 en majorité favorables à l\u2019enseignement libre, votèrent la loi sur l\u2019enseignement supérieur libre.Toutefois, ces lois \u2014 notamment la loi Falloux qui régissait l\u2019ensemble de l\u2019enseignement primaire et secondaire (elle ne régit plus aujourd\u2019hui que l\u2019enseignement secondaire libre) \u2014 n\u2019avaient été que le fruit d\u2019un compromis.Aucune n\u2019organisait de façon satisfaisante la coexistence pacifique des écoles publiques et des écoles privées.Aux premières était réservé l\u2019appui financier de l\u2019État, aux secondes était laissée une liberté presque excessive.A peu près aucune collaboration n\u2019était prévue entre leurs maîtres dans les conseils de l\u2019Université.D\u2019autre part, ces lois n\u2019avaient été votées que grâce à l\u2019appui d\u2019éléments réactionnaires qui espéraient faire de l\u2019enseignement privé confessionnel un rempart de l\u2019ordre contre l\u2019anarchie révolutionnaire et le socialisme naissant.Lorsque, en 1880, les élections républicaines balayèrent les éléments monarchistes, les nouveaux élus furent portés à confondre le sort de l\u2019Église avec celui de la monarchie.Il fut facile aux républicains de faire passer l\u2019école confessionnelle pour antirépublicaine.Ils considérèrent son existence comme une concession faite à l\u2019adversaire ou comme un anachronisme.Avec les deniers de l\u2019État et l\u2019appui de ses fonctionnaires, ils créèrent et remplirent, en face d\u2019elle, les écoles de la République: écoles théoriquement neutres, en fait résolument laïques, qui furent tentées de dépasser les bornes fixées par la législation pour se livrer à un anticléricalisme agressif.L\u2019école, notamment l\u2019école primaire, releva de plus en plus de la politique.Les instituteurs dépendirent des préfets, et les partis dits républicains, notamment les radicaux, puis les socialistes, cherchèrent, avec une remarquable continuité, à faire du maître d\u2019école, de yenu fonctionnaire public, un agent électoral.Vinrent l\u2019heure et le règne des syndicats.Ceux-ci s\u2019empressèrent d\u2019embrigader les membres de l\u2019enseignement public et de faire la loi, à ce point que le représentant du syndicat le plus considérable (c\u2019est-à-dire celui de la C.G.T., d\u2019un laïcisme nettement combattit) eut le droit de se faire communiquer la liste des nominations et des déplacements et qu\u2019il dut être consulté avant toute décision.Les excès et l\u2019intolérance marxistes ont cependant lassé nombre d\u2019instituteurs.L\u2019action des syndicats, de plus en plus politique, leurs oppositions au gouvernement en ont fait un état dans l\u2019État.Par suite, leur influence sur l\u2019opinion a notablement diminué, mais leur puissance au sein de l\u2019administration demeure.Rares sont cependant ceux qui croient aujourd\u2019hui que l\u2019école laïque peut être la seule à servir le vrai républicanisme, que seule elle doit être considérée comme l\u2019école authentiquement nationale.Le monopole de l\u2019enseignement ou la nationalisation des écoles, que les congrès laïcs continuent régulièrement à réclamer, ne soulève plus l\u2019enthousiasme et rencontre dans tous les milieux un scepticisme à peine voilé.Quelle que soit leur appartenance politique, beaucoup de maîtres de l\u2019enseignement officiel souhaitent au contraire que l\u2019école publique évacue tout laïcisme agressif pour ouvrir largement ses portes à tous les enfants du pays.Le sectarisme doit maintenant s\u2019exercer dans l\u2019ombre; dès qu\u2019il est trop apparent, il suscite le blâme.C\u2019est peut-être l\u2019indice qu\u2019à petits pas des temps nouveaux sont venus 1.Pendant la longue période d\u2019hostilité et d\u2019incompréhension officielles, qui s\u2019étend de 1880 jusqu\u2019à nos jours, il est intéressant de se demander ce qu\u2019est devenue l\u2019école libre.En 1880, une première fois, puis massivement de 1904 à 1907, l\u2019école libre perdit ses maîtres les plus nombreux: les congréganistes furent privés du droit d\u2019enseigner, puis expulsés.La majorité des écoles libres \u2022 furent confisquées par l\u2019État; il fallut les racheter ou les reconstruire l\u2019une après l\u2019autre, trouver de nouveaux maîtres, rappeler peu à peu, sous costume laïc, les religieux ou religieuses.Avec un dévouement admirable, laïcs et clergé donnèrent partout de leur personne.A grands frais, ils ont continué d\u2019instruire et d\u2019éduquer chrétiennement un nombre considérable de petits Français.C\u2019est, depuis un demi-siècle, le miracle permanent de l\u2019école libre.On peut dire que depuis 1880, depuis surtout 1904, chaque année, malgré les pressions administratives et les frais considérables, les familles catholiques françaises ont renouvelé leur plébiscite en faveur de l\u2019école libre.Encore aujourd\u2019hui, en pleine crise économique, après les destructions de la guerre, les écoles primaires libres reçoivent un million d\u2019enfants, les écoles secondaires près de 400,000, cinq instituts catholiques dispensent l\u2019enseignement universitaire.En outre, de nouveaux types d\u2019enseignement ont été créés, tels que les jardins d\u2019enfants, l\u2019enseignement agricole par correspondance, l\u2019enseignement ménager, l\u2019enseignement pour les débiles, les caractériels, les anormaux, et jusqu\u2019à des écoles de cadres d\u2019éducateurs et d\u2019éducatrices.Le tout revient aux catholiques de France à plus de 30 milliards par an, sans que leurs charges fiscales en soient atténuées.Certains départements, tels que la Vendée, aux ressources modestes, prélèvent plus d\u2019ar- 1.Après la libération, les écoles normales ont été à nouveau peuplées de laïcs convaincus.Leur recrutement est redevenu l\u2019objet de tous les soins des cadres administratifs.On veille soigneusement à ce que les
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