Relations, 1 mars 1951, mars
[" professionnelle \t\t et coopératives Albert PLANTE Le Dr Carrel et les lois de la vie Richard ARÈS Vaincu d\u2019avance Alexandre DUCRÉ Progrès scolaires à Terre-Neuve C.-Alain FRECKER LE CAS DE «CITÉ LIBRE» TABLES DES MATIÈRES DE DIX ANS Marie-Joseph d1 ANJOU Marcelle DUTHEIL Françoise GAUDET-SMET Luigi dAPOLLONIA DU MOIS 25e- SOMMAIRE MARS 1951 Éditoriaux.57 Service européen de Radio-Canada.\u2014 Défense DE NOTRE AUTONOMIE SCOLAIRE.\u2014 LA COMMISSION DES RELATIONS OUVRIÈRES.\u2014 AlDE À L\u2019ASIE.Articles ASSOCIATION PROFESSIONNELLE ET COOPÉRATIVES.Albert Plante 59 LE Dr CARREL ET LES LOIS DE LA VIE.Richard Arès 63 PROGRÈS SCOLAIRES À TERRE-NEUVE .G.-Alain Frecker 67 LE CAS DE « CITÉ LIBRE ».Marie-Joseph d\u2019Anjou 69 Au fil du mois.71 Notre système d\u2019éducation.\u2014 Légion de déshonneur.\u2014 Au Nouvel-Ontario.\u2014 Franco-Américanie à Québec.\u2014 Italiens et Polonais chez nous.Correspondance.72 Du Nouveau-Brunswick.Madawaskaïen Articles LA LÉGISLATION FRANÇAISE ET L\u2019HABITATION .Marcelle Dutheil 73 VAINCU D\u2019AVANCE.Alexandre Dugré 74 NOTRE PAIN QUOTIDIEN .Françoise Gaudet-Smet 77 JOURNAL D\u2019UNE CONFESSION .Luigi d\u2019Apollonia 78 Les livres .80 Pèlerinage à Rome.Philippe\tBélanger L\u2019Enfer .Paul\tBélanger Libération de la personne humaine .Richard Arès Restauration humaine.Napoléon\tRancourt Un psychiatre philosophe, Rudolf Allers ou VAnti-Freud .Jean-Paul Dallaire Un procès préfabriqué : l\u2019affaire ) Mindszenty .ijoseph-H.Ledit L\u2019Église derrière le rideau de fer j Partîmes.Julien Harvey En trois mots.84 FONDS DE PLACEMENT DES RESSOURCES DU CANADA LIMITÉE Une participation à Paccroissement des richesses naturelles du Canada.Prospectus sur demande SAVARD,\t& CIE, INC.276 OUEST, RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL SHERBROOKE \u2022 TROIS-RIVIERES \u2022 QUEBEC \u2022 SAINT-JEAN, P.Q.SAVARD & HART Membres du Montreal Stock Exchange et du Montreal Curb Market Siège social : 276, rue Saint-Jacques Ouest\tMontréal Succursales : 1181, rue Sainte-Catherine Ouest - PL.9501 QUÉBEC - TROIS-RIVIÈRES - SHERBROOKE SAINT-JEAN DE QUÉBEC - GENÈVE (SUISSE) Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.7954 XIe année, N° 123 Montréal Mars 1951 EDITORIAUX Set vice eutopêen de J^adio- Canada EN FÉVRIER 1945, la Société Radio-Canada inaugurait un service international dont la tribune est symbolisée par les puissants pylônes élevés dans les terres basses de Tantramar, à Sackville (N.-B.), près de la baie de Fundy, au coût de $5,000,000.Ce service international comprend aujourd\u2019hui quatre sections.Cachets, traitements, service de nouvelles, impressions, papeterie, etc., ont coûté, pour l\u2019exercice 1949-1950, $1,556,157.24.Des îles lointaines du Pacifique aux Antilles et des déserts de l\u2019Australie aux montagnes de l\u2019Oural (depuis le 4 février dernier), la voix du Canada vole à tous les vents en treize langues différentes.Mais sa voix n\u2019est pas la seule.Une tempête de paroles et de musique fait rage dans les airs où cinquante nations, toutes jalouses de leur prestige, ambitionnent autant que le Canada de « projeter une image honnête, objective, variée » de leur pays.Bien que l\u2019annuaire Canada 1949 puisse nous assurer que les transmetteurs de Sackville « émettent le signal le plus puissant entendu de l\u2019Amérique en Europe », écoute-t-on la Voix du Canada ?En deçà du rideau de fer, les Européens écoutent surtout les voix familières de leur pays; au delà, tant qu\u2019à risquer condamnation, tortures, prison, la mort peut-être,.ils choisissent la British Broadcasting Corporation, la Voice of America des États-Unis et surtout Radio-Madrid invariablement fidèle aux valeurs chrétiennes.Une Europe ruinée, exsangue, dangereusement désarmée devant un adversaire terrible, se tourne vers l\u2019Amérique.Or, qu\u2019est-ce qu\u2019elle entend au service européen de Radio-Canada ?Dans une causerie donnée au poste C.J.A.D.de Montréal, le 14 janvier dernier, l\u2019infatigable M.Robert W.Keyserlingk, jadis directeur général de la British United Press, aujourd\u2019hui directeur du clairvoyant et courageux hebdomadaire The Ensign, rapportait qu\u2019en plusieurs pays d\u2019Europe d\u2019où il rentrait, il n\u2019avait entendu parler que de la nullité politique des programmes de notre service international, « an amazing example of political ineffectiveness ».Durant les élections italiennes, au lieu d\u2019unir sa voix à la Voix de l\u2019Amérique et de prendre fait et cause dans une des plus grandes luttes politiques de l\u2019après-guerre, il fut pâle, détaché, lointain, neutre au point d\u2019en être ridicule.Le chef de la section européenne, le docteur Schmolka, et Mlle Sally Solomon « étaient, semble-t-il, extrêmement désireux de ne pas se susciter de fâcheux adversaires même parmi les communistes », de rapporter Y Ensign du 27 janvier 1951.Pendant le procès Mindszenty, même attitude.Toute allusion à la barbarie des méthodes, à la parodie de justice, à la persécution religieuse est rayée des textes.La section tchécoslovaque semble la plus atteinte par ce neutralisme qui ne peut faire le jeu que d\u2019une seule puissance.En 1948, contrairement à l\u2019avis de personnages tels que l\u2019ancien ambassadeur tchèque, M.Nemec, on invita au pays le chef de la radio communiste de Bohême, M.J.Hronek, qu\u2019on accueillit à bras ouverts à la section tchèque de Radio-Canada.Pendant la foire internationale du commerce tenue à Toronto en 1948 et en 1949, on invita les représentants de la Tchécoslovaquie à parler sur le même réseau.Et ce n\u2019est plus un secret pour personne que M.Martin Dudak, autrefois commentateur à cette section, est aujourd\u2019hui rédacteur au journal communiste slovaque Ludove Zvêsti.L\u2019Ensign du 24 janvier assure que des employés actuels de cette section ont des parents qui travaillent au consulat tchèque communiste de Montréal.Nous avons encore tout frais à la mémoire le scandale de l\u2019Office National du Film; nous n\u2019avons pas encore oublié que le nom de John Grierson, ancien directeur de cet office, apparaît dans les dossiers de l\u2019affaire Gouzenko et qu\u2019il se vit refuser l\u2019entrée aux États-Unis par le Federal Bureau of Investigation; nous nous souvenons également que Gordon Lunan, convaincu d\u2019espionnage dans la même affaire Gouzenko, était rédacteur au Military Journal et à Canadian Affairs.MARS 1951 57 Il peut nous arriver ici ce qui est arrivé aux États-Unis.Le 26 mars 1947, J.Edgar Hoover, directeur de la police secrète américaine, déposa personnellement devant un comité du Congrès que « le parti (communiste) ne se contente plus de la parole imprimée pour mener sa propagande, mais se sert de la radio.Membres et sympathisants ne se sont pas uniquement infiltrés sur les ondes, mais cherchent avec énergie des radio channels ».En juin 1950, la publication Red Channels révéla aux Américains étonnés jusqu\u2019à quel point les communistes avaient contaminé leur radio.Il s\u2019est déjà fait un triage à Radio-Canada.Mais bien naïf qui goberait que la propagande de nos jours est uniquement positive, directe, violente; elle sait se faire feutrée, subtile, chattemite; elle peut se contenter souvent d\u2019être négative.Les directeurs de Radio-Canada se doivent de toujours garder l\u2019œil ouvert et l\u2019oreille au guet.3)efjen*e de notre autonomie Scolaire AU CERCLE UNIVERSITAIRE de Montréal, le - 29 janvier dernier, Me Antoine Rivard, solliciteur général de la province, sous les auspices de la section Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste, a défendu avec éloquence et vigueur l\u2019autonomie scolaire du Québec.Il est essentiel, a-t-il déclaré, que nous demeurions dans le Québec maîtres de nos écoles, de l\u2019enseignement qu\u2019on y prodigue, des programmes qu\u2019on y impose.Et ce n\u2019est pas tout: la province doit également avoir à sa disposition les revenus nécessaires pour mettre ces programmes en pratique et assurer à ces institutions d\u2019enseignement toute l\u2019expansion nécessaire.Tout le monde au Canada français ne peut qu\u2019applaudir à une telle déclaration de principes, de la part d\u2019un ministre du gouvernement provincial.Mais M.Rivard a été plus loin.Des principes il est passé à la question concrète des subventions fédérales à l\u2019éducation: « Une politique suivant laquelle l\u2019État central subventionnerait, même indirectement, nos maisons d\u2019enseignement est une politique qui porte en elle-même des germes de mort.» Pourquoi ?Parce qu\u2019Ot-tawa voudra contrôler l\u2019usage de l\u2019argent versé, parce que ce sera lier le sort de nos maisons d\u2019enseignement à la bonne ou à la mauvaise volonté d\u2019une autorité qui n\u2019a pas et ne peut pas avoir nos préoccupations ethniques et nationales, parce que, enfin, ce sera renforcer grandement l\u2019action des partisans d\u2019une culture canadienne, instaurée au détriment et sur les ruines de la culture canadienne-française et qui ne sera autre que celle de la majorité, que « celle qui peut exister dans n\u2019importe quel État de la république américaine ».Nous croyons saine et juste cette prise de position.De par la Constitution, l\u2019éducation appartient exclusivement aux provinces.La province de Québec, moins que toute autre, ne peut céder sur ce point : elle a charge et mission de veiller à la survivance et à l\u2019épanouisse- ment de la culture canadienne-française, dont nos maisons d\u2019enseignement sont les premiers et les plus nécessaires piliers.*Ça Comm i** ion de* relation* ouvrière* T L EST DIFFICILE d\u2019applaudir à l\u2019adoption du bill soustrayant la Commission des relations ouvrières aux brefs de prérogatives, donc à la surveillance de la Cour supérieure.On doit souhaiter voir se constituer un organisme capable de régler rapidement les problèmes du travail.Ni les ouvriers, ni les patrons, ni le grand public n\u2019ont intérêt à voir se prolonger des différends.Mais on devine aisément toutes les garanties que doit offrir un organisme de dernière instance chargé de régler, à l\u2019année longue, des problèmes souvent complexes où peuvent se faire sentir des intérêts et des influences.Aussi, sans vouloir mettre en doute l\u2019honnêteté des commissaires on peut affirmer qu\u2019il aurait fallu, avant l\u2019adoption d\u2019une nouvelle législation, rendre la Commission plus représentative et moins exposée à subir l\u2019influence du gouvernement.« Cette Commission, a affirmé M.Gérard Picard, président général de la C.T.C.C., devrait d\u2019abord être réformée.Il devrait y avoir représentation paritaire des organisations syndicales et patronales les plus représentatives.De plus, l\u2019on devrait préciser la juridiction de cette Commission, notamment en ce qui a trait aux certificats de reconnaissance syndicale.» Organisme à juridiction insuffisamment précise à laquelle s\u2019ajoute la juridiction qu\u2019elle s\u2019est attribuée en nombre de cas, la Commission des relations ouvrières, devenue intouchable, reste exposée à rendre des décisions moins heureuses ou même malheureuses qui, cette fois, seront finales.c4ide à l\u2019c4*ie UNE DES NOUVELLES les plus réconfortantes du mois de février aura été l\u2019annonce, faite par M.Pearson, que le Canada allait expédier gratuitement du blé à l\u2019Inde ainsi que des matières premières et de la machinerie au Pakistan.Nouvelle réconfortante, car même si le geste reste timide en face des énormes dépenses militaires, il n\u2019en est pas moins marqué d\u2019un des signes de la vraie paix, indiqués par S.S.Pie XII dans son radiomessage de Noël 1948.« La volonté chrétienne de paix est pratique et réaliste.» Elle a comme but immédiat « d\u2019écarter ou au moins de diminuer les causes de tension qui aggravent moralement et matériellement le péril de guerre ».La principale de ces causes de tension, c\u2019est « la relative étroitesse du territoire national et la pénurie des matières premières ».Il y a trois façons, continuait 58 RELATIONS le Pape, de remédier à ce malaise: accueillir favorablement les personnes réfugiées qui émigrent; éviter de restreindre la production sans de justes motifs et « finalement, au lieu de dresser des barrières pour empêcher réciproquement l\u2019accès aux matières premières, pourquoi ne pas en rendre l\u2019usage et l\u2019échange libres de toutes les entraves non nécessaires, de celles surtout qui créent une dangereuse inégalité des conditions économiques » ?Les effets pratiques de la conférence de Colombo vont porter un premier coup à cette « dangereuse inégalité des conditions économiques », source de misère, de rancœur, de communisme et de conflits.Nous n\u2019avons pas manqué, dans notre éditorial de septembre dernier sur la situation internationale, de nous désolidariser de tout impérialisme, quel qu\u2019il soit, et d\u2019affirmer que les peuples d\u2019Occident n\u2019allaient pas en Asie « avec des mains pures et une conscience nette ».La situation internationale ne serait pas ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui si l\u2019Occident avait été plus charitable.Notre pays n\u2019a pas été exposé aux fautes d\u2019omission des grandes puissances.Mais il importait qu\u2019il posât lui aussi un acte de charité, qui est une façon « pratique et réaliste » de vouloir chrétiennement la paix.ASSOCIATION PROFESSIONNELLE ET COOPÉRATIVES Albert PLANTE, S.J.POUR LES INITIÉS, ce titre, d\u2019apparence banale, est très évocateur.Il groupe, en effet, les termes-gonds d\u2019une discussion qui va actuellement son chemin dans notre province.Les uns disent que l\u2019association professionnelle a primauté sur la coopération; de par sa fin même, rien de ce qui peut servir ses membres ne lui est étranger; il est donc normal qu\u2019elle reste en contact intime avec eux, une fois que des coopératives ont été fondées pour leur venir en aide.Les autres admettent que la création d\u2019un climat favorable à la coopération entre dans les attributions de l\u2019association professionnelle; celle-ci doit donc se préoccuper de propagande coopérative, d\u2019éducation précoopérative et paracoopérative, fonction qui lui est commune avec les organismes d\u2019éducation, les groupements d\u2019action catholique et sociale et les institutions publiques ou privées intéressées au progrès social ; mais l\u2019éducation coopérative proprement dite, ainsi que l\u2019administration financière et technique, relèvent de la coopérative elle-même sous l\u2019égide d\u2019un organisme supérieur, chargé de préciser la doctrine coopérative et de faire de l\u2019éducation coopérative pratique.Ce deuxième groupe veut-il simplement souligner l\u2019indépendance juridique des coopératives, indépendance découlant de notre loi des syndicats coopératifs ?Ou pousse-t-il cette indépendance juridique jusqu\u2019à établir comme une cloison étanche entre association professionnelle et coopératives ?A cette dernière question, je pense qu\u2019il faut répondre affirmativement.Quelqu\u2019un écrivait récemment au sujet du rôle \u2014 indispensable pour la diffusion de l\u2019idée coopérative \u2014 des institutions d\u2019enseignement à tous les degrés, des associations professionnelles et des mouvements d\u2019action catholique: « L\u2019important, c\u2019est que toutes ces institutions gardent toujours une attitude de service et bannissent de leur activité dans ce domaine toute intention de domination et d\u2019accaparement.» L\u2019association professionnelle est mise sur le même pied que les institutions d\u2019enseignement et les mouvements d\u2019action catholique.Voici une autre expression (elle est d\u2019un interlocuteur avec qui je discutais ce problème) : « Dire que le syndicalisme a primauté sur la coopération est contraire à une saine philosophie.» Cet article voudrait apporter sa modeste contribution à l\u2019étude d\u2019un problème qui, on le devine aisément, a d\u2019importantes conséquences pratiques.Il ne s\u2019agit pas tant de prendre position que d\u2019expliciter une position déjà amorcée (voir Relations, décembre 1950, fin de l\u2019article: « Le projet de loi sur les coopératives »).Il est sans doute inexact d\u2019affirmer de façon absolue que le syndicalisme a primauté sur la coopération, sur toute forme de coopération.Mais il est très vrai de dire qu\u2019il a primauté sur la coopération groupant des personnes d\u2019une même profession.Commençons par une brève incursion historique qui ne manque pas d\u2019être instructive.CAPACITÉ JURIDIQUE DE L\u2019ASSOCIATION PROFESSIONNELLE La fameuse loi Chapelier de juin 1791 décréta en France la mort de l\u2019association professionnelle.Une triple prohibition coupait toutes les avenues: 1° défense aux personnes d\u2019une même profession de s\u2019associer; 2° défense de passer des règlements sur leurs prétendus intérêts communs; 3° défense aux autorités de rencontrer des groupes qui prétendraient représenter les intérêts communs d\u2019une profession.Cette loi, que M.Eugène Duthoit qualifiait à la Semaine sociale de Bordeaux MARS 1951 59 (1909) d\u2019 « expression à la fois la plus énergique et la plus pleine de l\u2019individualisme économique », ne pouvait pas détruire la solidarité naturelle d\u2019hommes adonnés à la même occupation.Elle fut débordée par les exigences du réel.Si bien que les autorités, après avoir toléré l\u2019usage du droit d\u2019association, le consacrèrent légalement par la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels.Waldeck-Rousseau, le principal auteur de la loi, voyait dans le syndicat, affirme M.Duthoit, le moyen de faire accéder les ouvriers à la propriété industrielle; il ne songeait pas à le fortifier en tant qu\u2019organisme de tractation avec les patrons.Cette importante lacune explique sans doute que les ouvriers purent tenir longtemps en suspicion une loi, d\u2019ailleurs bienfaisante, qui mettait fin à la proscription de l\u2019association professionnelle.Étendue aux agriculteurs, grâce au sénateur Ou-det, cette loi reçut un meilleur accueil en un milieu où le problème du gagne-pain se posait différemment.En 1908, il y avait en France 4,000 syndicats groupant un million d\u2019agriculteurs, syndicats que Waldeck-Rousseau appelait « les âmes du peuple rural ».Ces syndicats s\u2019occupèrent de services économiques.Dans son cours sur « L\u2019association agricole » donné à la Semaine sociale de Rouen (1910), M.L.de Clermont-Tonnerre pouvait dire: Les services économiques qu\u2019il (le syndicat) rend à ses membres sont importants.Maître d\u2019acheter en leur nom les matières nécessaires à l\u2019exercice de la profession, il abaisse pour eux le coût de la vie et les aide à bien mener leurs affaires.Mais il n\u2019est pas seulement une boutique où l\u2019on s\u2019approvisionne, il est encore une école d\u2019enseignement et d\u2019exemple où chacun peut venir s\u2019instruire gratuitement de tout ce qui concerne les progrès de l\u2019agriculture: il est enfin la cellule d\u2019où germent successivement toutes les œuvres annexes:\tmutuelles-accidents, mutuelles-bétail, mutuelles-incendie, mutuelles-retraites, coopératives et caisses de crédit.A la même Semaine sociale, M.Duthoit parla des « Syndicats ou associations en quête du statut syndical ».C\u2019est un exposé intéressant qui aide à voir jusqu\u2019où peut s\u2019étendre la capacité juridique de l\u2019association professionnelle.En vertu de la loi de 1884, « le droit d\u2019association professionnelle était consacré par un pouvoir non encore totalement dégagé du point de vue individualiste, mais assez clairvoyant pour comprendre les leçons et les exigences de la réalité ».Cette loi constituait un statut privilégié en faveur des personnes d\u2019une même profession; toute association, à composition moins homogène, à fin moins précise, restait interdite.Cette restriction disparut avec la loi du 1er juillet 1901, dont l\u2019article 2 disait que « les associations de personnes pourront se former librement ».D\u2019où la question: la loi de 1884 demeurait-elle nécessaire?N\u2019était-il pas plus simple d\u2019unifier le régime des associations dans la loi générale de 1901 ?A cette tendance de certains milieux s\u2019opposait chez un grand nombre de syndiqués la volonté « d\u2019exercer, dans l\u2019ordre des intérêts profes- sionnels, non un droit d\u2019association quelconque, mais le droit syndical ».On comprend cette position des syndiqués, car la tendance à l\u2019unification du droit associa-tionnel comportait un grand danger: celui « d\u2019effacer juridiquement le concept du syndicat pour ne laisser subsister que celui d\u2019association en général, de soumettre l\u2019association professionnelle aux mêmes formalités, aux mêmes conditions de capacité, aux mêmes sanctions, aux mêmes responsabilités civiles et pénales que les associations d\u2019ordre intellectuel, artistique, moral ou simplement sportif ».M.Duthoit, on le conçoit, se prononça en faveur d\u2019un statut syndical distinct.Voici un passage dont l\u2019importance va facilement faire excuser la longueur: Le syndicat a besoin dans une certaine mesure d\u2019une charte privilégiée pour remplir sa mission; il lui faut des droits particuliers, comme seraient, par exemple, un droit de posséder très large, plus large même que celui qu\u2019il tient de la loi de 1884, la faculté d\u2019accomplir, à certaines conditions et sous certaines réserves, des actes de distribution, comme ceux que font habituellement les syndicats agricoles, voire même de faire des actes de commerce.Que les associations en général réclament les mêmes droits et qu\u2019on les leur accorde, cela pourrait se soutenir; mais il est à craindre que le législateur n\u2019hésite à en investir des associations quelconques, quel que soit le but qu\u2019elles se proposent.Au contraire, l\u2019association professionnelle, par cela même qu\u2019elle est légalement confinée dans un domaine dont elle ne peut pas sortir, qu\u2019elle renonce par son institution même à déployer son activité dans tous les sens, peut plus facilement obtenir de la loi ou de la jurisprudence des facultés spéciales, que certains appelleront peut-être des privilèges, mais qui n\u2019en seront pas moins nécessaires ou utiles à son fonctionnement.Mais cela suppose que l\u2019association professionnelle est, en quelque sorte, canalisée dans une réglementation faite pour elle, qui endigue les excès toujours possibles et les déviations de son activité.Un texte aussi clair et nuancé n\u2019a guère besoin de commentaire.Retenons-en le principe qu\u2019il est normal pour l\u2019association professionnelle d\u2019avoir une capacité juridique conforme aux exigences de sa fin.Soulignons également que certains exemples apportés par M.Duthoit se trouvent à inclure les coopératives.Nous entrevoyons déjà que l\u2019association professionnelle a primauté sur les coopératives, sur celles, j\u2019entends, qui groupent des personnes d\u2019une même profession.Cette vérité apparaîtra encore mieux si nous analysons, même sommairement, les concepts d\u2019association professionnelle et de coopérative.ASSOCIATION PROFESSIONNELLE Il existe entre personnes d\u2019une même profession une solidarité naturelle qui les pousse à s\u2019organiser.L\u2019association qu\u2019ils forment en se groupant a pour fin de coordonner les efforts de tous les membres en vue du bien commun de la profession.Bien commun.Expression à la fois mystérieuse et attirante.C\u2019est un bien, donc source d\u2019enrichissement, de perfectionnement.Il est commun, car il est le bien d\u2019un ensemble; en tout premier lieu, de la société civile, société parfaite dont tout homme, à quelque groupe qu\u2019il appartienne, a besoin pour conserver et épanouir 60 RELATIONS pleinement les richesses de sa nature.Vers ce bien commun général de la société civile convergent tous les bien communs particuliers, tels celui de la société familiale et celui des associations professionnelles.On travaille pour le bien commun en compagnie de frères, animés d\u2019un même idéal, prêts aux mêmes sacrifices, assurés des mêmes joies.Ajoutons: gratifiés de la même récompense, car le bien commun est, à la fois, fin et moyen.Sous ce dernier rapport, il est un don de la société à ses membres.D\u2019où la formule: le bien commun est immanent à l\u2019individu et à la fois le transcende.Ou encore, d\u2019après le P.Delos: le bien commun est un bien dont la nature est de se reverser sur les membres d\u2019une société.Dans la société civile, le bien commun est fait d\u2019une bonne législation, d\u2019institutions sociales sagement et harmonieusement coordonnées, de distribution équitable des charges et des biens, du trésor des traditions familiales, professionnelles, intellectuelles, artistiques, morales, spirituelles, de la fidélité au travail; dans la profession, « il est fait de solide apprentissage, de statuts bien établis, de collaboration loyale et de bonne entente, de disciplines judicieuses et justes, de traditions professionnelles et morales, d\u2019adaptation aux besoins de la clientèle, de patrimoine corporatif, d\u2019institutions sociales » (L.-J.Lebret, o.P.: Découverte du bien commun, Paris, Les Éditions Économie et Humanisme, 1947, pp.162 et 163).Ceux qui douteraient que les sacrifices faits par un syndiqué en faveur du bien commun de sa profession lui reviennent finalement en bienfaits très concrets n\u2019ont qu\u2019à se rappeler Rerum novarum, \u2014 repris par Quadragesimo anno, \u2014 assignant comme but aux groupements professionnels « l\u2019accroissement le plus grand possible, pour chacun (des membres), des biens du corps, de l\u2019esprit et du patrimoine familial ».But subordonné, ajoute Rerum novarum, à l\u2019objet principal, « qui est le perfectionnement moral et religieux.C\u2019est surtout cette fin qui doit régler l\u2019économie sociale ».L\u2019association professionnelle agricole a, nécessairement, ses traits particuliers.Pour elle, coordonner les efforts de tous ses membres en vue du bien commun de la profession, c\u2019est travailler à sauvegarder et à enrichir la civilisation rurale, décrite par S.S.Pie XII dans son allocution du 16 novembre 1946 aux membres du congrès de la Fédération nationale des cultivateurs d\u2019Italie.Civilisation rurale faite, affirmait-il, d\u2019esprit de travail, de simplicité de vie et de pureté des mœurs, du respect de l\u2019autorité, de la fidélité aux traditions fécondes et bienfaisantes, de l\u2019entraide prompte et enfin du fondement « sans lequel toutes ces valeurs n\u2019auraient aucune consistance et se perdraient en une âpreté au gain sans limite: le véritable esprit religieux ».La réalité ne correspond sans doute pas toujours à cette description; de plus, ces traits, qui représentent, en fait, les valeurs fondamentales de tout humanisme vrai, existent aussi dans d\u2019autres classes de la société.Mais qui nevoit que le cultivateur, dont la vie, remarque Pie XII, « se déroule loin des outrances d\u2019une civilisation artificielle », est dans une condition privilégiée pour mener une existence plus saine, mieux équilibrée ?Notons ici l\u2019article 5 des statuts de l\u2019Union catholique des cultivateurs du Québec : L\u2019Union a pour objet de sauvegarder et de promouvoir le bien commun de la profession, et notamment de défendre, informer et organiser les cultivateurs, de coordonner les activités des fédérations affiliées, de représenter l\u2019agriculture auprès des pouvoirs publics et auprès des autres groupements professionnels, chaque fois que l\u2019exige l\u2019intérêt général de la profession.Le bien commun de la profession, nous l\u2019avons vu, converge vers le bien commun général de la société civile.C\u2019est à la lumière de tous ces principes qu\u2019il faut juger les rapports des coopératives avec l\u2019association professionnelle.COOPÉRATIVES Sans entrer dans des discussions sur la définition de la coopération, prenons cette formule acceptable par tous: une association de personnes désireuses d\u2019améliorer leur situation économique.Comme il existe un très grand nombre de coopératives, aux fonctions variées, assez disparates même, il est difficile de les classer dans un ordre strict.On peut toutefois les ranger en gros sous trois titres, compte tenu de leur but immédiat et de leurs bénéficiaires: a)\tles coopératives de consommation, à formes multiples; b)\tles coopératives de production, entendues au sens de travailleurs qui assument les fonctions d\u2019entrepreneur; ils fournissent capital et travail, assurent la direction, se partagent le bénéfice qui remplace le salaire.Ces coopératives, surtout à cause de l\u2019insuffisance du capital et du défaut de compétence technique, n\u2019ont guère donné de résultats économiques appréciables.A signaler aussi chez la très grande majorité la disparition du type coopératif authentique; une enquête, menée il y a quelques années par le Bureau international du Travail, a révélé dans 392 entreprises l\u2019existence d\u2019un nombre imposant d\u2019actionnaires, soit 43 pour cent; dans 294, il y avait plus de salariés que de sociétaires, ceux-ci limitant leur nombre, en cas de prospérité, et convertissant ainsi la coopérative en petite entreprise capitaliste.Ajoutons que ces coopératives n\u2019ont pas la faveur des associations ouvrières.Il est clair que les différentes coopératives agricoles de production n\u2019entrent aucunement dans cette catégorie, mais dans la troisième; c)\tles coopératives auxiliaires d\u2019une activité professionnelle principale, à qui elles apportent: soit des avantages techniques, comme les coopératives d\u2019outillage, de transformation; soit des avantages commerciaux, comme les coopératives d\u2019achat, de vente; MARS 1951 61 soit des avantages financiers, comme les coopératives de crédit.(Voir André Arnou, Éléments d'économie politique, t.I, Paris, Éditions Spes, 1950, p.323.) Ni les coopératives de consommation, qui peuvent grouper des membres appartenant à diverses classes, ni les coopératives de production, telles que définies, ne se trouvent à avoir de lien étroit avec l\u2019association professionnelle.Il n\u2019en va pas de même des coopératives auxiliaires d'une activité professionnelle principale.Si on rapproche cette expression des considérations précédentes sur l\u2019association professionnelle en général et l\u2019association agricole en particulier, on comprendra qu\u2019il n\u2019est pas exact de parler, comme le faisait le texte cité au début de l\u2019article, d\u2019« attitude de service » de l\u2019association professionnelle à l\u2019égard des coopératives.C\u2019est le contraire qui est vrai.Et il est très juste d\u2019affirmer que le syndicalisme a primauté sur la coopération.La même conclusion ressort de deux passages de la Lettre pastorale de l\u2019épiscopat du Québec sur le problème rural (1937) : C\u2019est l\u2019association professionnelle, forte et appuyée par toutes les classes de la société, qui maintiendra le caractère agricole de l\u2019école rurale; qui, grâce à un système coopératif assez développé, émancipera la classe paysanne de la tutelle des puissances d\u2019argent, et fera de la campagne une saine force économique.A titre d\u2019œuvre de portée économique, l\u2019association professionnelle doit tendre à organiser, comme Nous l\u2019avons dit, la coopération sous toutes ses formes.Le fait que notre loi des syndicats coopératifs donne aux coopératives une entité juridique distincte ne détruit pas notre thèse.L\u2019association professionnelle doit sans doute respecter cette indépendance juridique et ne poser aucun acte qui lui soit contraire, mais elle peut prétendre, dans les cadres mêmes de la légalité, à une collaboration tout intime avec les coopératives; collaboration intime que ne semble pas sauvegarder une simple activité de propagande coopérative, d\u2019éducation précoopérative et paracoopérative.CONCLUSION Il est indispensable de souligner, en terminant, les implications de l\u2019article afin de montrer où il mène et où il ne mène pas.1.\tOn aura constaté que cette étude, tout en exposant des principes applicables aux associations ouvrières et agricoles, convergeait vers l\u2019U.C.C., pour qui se pose actuellement le problème des rapports précis entre coopératives agricoles et association professionnelle.2.\tEn revendiquant pour l\u2019U.C.C.une place importante et concrète dans l\u2019organisation de l\u2019économie coopérative agricole, je n\u2019ai aucunement l\u2019intention de diminuer l\u2019importance du rôle et les mérites des agronomes, non plus que l\u2019aide que peuvent apporter des diplômés de l\u2019Université.Quant à l\u2019organisme supérieur de coopération, l\u2019article de décembre dernier : « Le projet de loi sur les coopératives », a essayé d\u2019en marquer la fonction exacte et les limites.3.\tUn des meilleurs services qu\u2019est appelée à rendre une U.C.C.à laquelle on aura laissé une fonction concrète en coopération sera d\u2019empêcher que le progrès des techniques n\u2019amène, surtout pour les coopératives d\u2019achat, de vente ou de transformation, une concentration exagérée.« Si l\u2019on poussait à l\u2019extrême, on aboutirait, avec ces grandes coopératives à tendance monopoli-satrice, à la mainmise de quelques spécialistes sur l\u2019ensemble de la vie rurale.» (Plans d\u2019étude 1949-1950 de la Chronique sociale de France, pp.68-75, « La coopération en agriculture ».) Rapprochons de cette appréciation ce que disait M.Gérard Filion à la Semaine sociale de Saint-Hyacinthe (1937).Après avoir noté que la coopération de produits agricoles devrait s\u2019organiser sur le principe de coopérative régionale régie par les locales et de coopérative centrale régie par les régionales, il ajoutait: « C\u2019est la seule méthode logique, la seule qui, au surplus, respecte les principes de la coopération.Il y aurait place dans le Québec pour une bonne dizaine de centres coopératifs correspondant à autant de régions naturelles.J\u2019ignore ce qu\u2019il est possible de réaliser dans le moment; mais l\u2019idée vaut la peine d\u2019être creusée: elle est pleine d\u2019avenir.» A-t-on vraiment marché dans ce sens depuis 1937 ?Je ne le pense pas.Et pourtant, c\u2019est la seule façon d\u2019unir le minimum de centralisation nécessaire à un fonctionnement adéquat avec le maximum de participation de chaque coopérateur agricole.Cette coopération, pour être profondément imprégnée de tous les traits de la véritable civilisation rurale, doit insister sur la fin régulatrice de l\u2019économie sociale: « le perfectionnement moral et religieux ».L\u2019U.C.C.a ici un rôle de premier plan à jouer.4.\tIl est arrivé à des coopératives alertes de tuer les cercles de l\u2019U.C.C.qui leur avaient donné naissance.Le fait est anormal, l\u2019association professionnelle satisfaisant plus pleinement le besoin d\u2019union des membres d\u2019une profession.On dira que l\u2019U.C.C.groupe un tiers seulement des cultivateurs, que ses cercles ne sont pas partout vivants.Cette situation ne change rien aux principes.Elle prouve qu\u2019il doit y avoir, et à l\u2019U.C.C., et chez les cultivateurs qui n\u2019en font pas encore partie, et chez tous ceux qui se dévouent pour la classe agricole et veulent sa prospérité, un élan unanime pour faire de l\u2019association professionnelle agricole, selon les directives de la Lettre pastorale de 1937, le centre et le cœur de la vie rurale.Cet article veut être un acte de collaboration avec tous sans exception.Collaboration à la fois franche et fraternelle.Le problème est trop important pour qu\u2019on parle sans se faire comprendre.Et l\u2019union est tellement essentielle qu\u2019il faut allier à la sincérité l\u2019estime de ceux avec qui l\u2019on discute.62 RELATIONS LE Dr CARREL ET LES LOIS DE LA VIE Richard ARÈS, S.J.ON VIENT DE PUBLIER, chez Plon à Paris, sous le titre de Réflexions sur la conduite de la vie, l\u2019ouvrage que le docteur Alexis Carrel était à terminer quand la mort l\u2019a frappé.Bien qu\u2019inachevé et rempli de redites, ce dernier livre de Carrel \u2014 son testament, disent les éditeurs \u2014 renferme tant d\u2019aperçus originaux et profonds, tant de directives salutaires, il constitue une telle réaction contre les facilités de la vie moderne qu\u2019il ne tardera sans doute guère à s\u2019imposer à l\u2019attention du grand public, tout comme l\u2019a fait il y a quelques années VHomme, cet inconnu.La thèse de fond en est la suivante: la civilisation occidentale se meurt, parce qu\u2019elle refuse depuis quatre cents ans d\u2019obéir aux lois fondamentales de la vie; elle ne pourra se sauver et survivre qu\u2019en se soumettant humblement à la discipline que nous impose notre nature même d\u2019homme.Disons tout de suite, afin de prévenir autant que possible le scandale des faibles et des primaires, \u2014 primaires quant à la formation religieuse surtout, \u2014 que ce grand ouvrage se situe uniquement dans le plan scientifique et naturel.Mais il s\u2019agit d\u2019une science qui n\u2019entend délaisser aucun aspect de la réalité, et d\u2019une nature qui n\u2019est pas close sur elle-même, mais ouverte au divin et au surnaturel.Carrel veut faire œuvre de science positive, non de philosophie ni de théologie.Il s\u2019ensuit que, du point de vue de la vérité intégrale, laquelle ne peut se passer ni de la philosophie ni de la théologie, l\u2019ouvrage en question appelle des précisions, des compléments et même des réserves; le fond cependant ne s\u2019en révèle pas moins en plein accord avec les grands principes de la morale chrétienne, et c\u2019est là, me semble-t-il, un fait qui ne saurait laisser indifférent aucun catholique, surtout du Canada français.On parle beaucoup chez nous depuis quelque temps d\u2019une émancipation spirituelle et intellectuelle de notre peuple, d\u2019une libération de la pensée et de l\u2019esprit: « Que voulez-vous! s\u2019exclament certains intellectuels désabusés, nous vivons encore au moyen âge et nous n\u2019avons pas encore fait chez nous notre Révolution française! » Et de dire et d\u2019écrire alors combien le catholicisme du Québec est étroit, borné et autoritaire! En est-il bien ainsi?Par manière de réponse demandons au Dr Carrel de nous dire ce qu\u2019il pense de la civilisation moderne, de nous exposer l\u2019attitude scientifique à l\u2019égard des lois de la vie et des règles de la conduite.L\u2019on découvrira vite que cette attitude concorde dans l\u2019ensemble avec celle que défend traditionnellement chez nous l\u2019Église catholique.I.\u2014 LA CAUSE DE NOS MALHEURS: LA DÉSOBÉISSANCE AUX LOIS DE LA VIE La civilisation moderne, écrit le Dr Carrel, est principalement l\u2019œuvre de la science, mais celle-ci n\u2019a triomphé que dans le domaine de la matière inerte; dans le domaine de l\u2019humain, c\u2019est-à-dire de la conduite individuelle et sociale, elle a été vaincue.La science a libéré l\u2019homme des contraintes du milieu, mais aussi des règles traditionnelles qui donnaient de la consistance à la vie et en conditionnaient la réussite.Nous nous sommes émancipés de toute discipline morale, nous avons renoncé à toute discipline intérieure, nous avons fait s\u2019évanouir la frontière du bien et du mal au milieu du brouillard des idéologies, du caprice et des appétits.Le résultat, c\u2019est que « pour l\u2019homme moderne, il n\u2019y a guère d\u2019autre règle de conduite que le bon plaisir: chacun s\u2019enferme dans son égoïsme comme le crabe dans sa carapace et cherche comme lui à dévorer son voisin ».Ce qui a le plus manqué à l\u2019humanité, ce sont des règles scientifiques de conduite.Le malheur, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019est complue à suivre des principes abstraits, comme ceux de la Révolution française et du Manifeste communiste.De tels principes accordent la primauté à l\u2019économique, alors que la véritable connaissance scientifique « montre que la primauté appartient, non pas à l\u2019économique, mais à l\u2019humain ».Jamais l\u2019on n\u2019a tant parlé de liberté, et jamais les hommes n\u2019ont été moins libres.La liberté démocratique n\u2019existe que pour les possédants, les autres sont libres politiquement; économiquement ils sont des esclaves.Notre passion de la liberté nous a fait rejeter toute contrainte et nous complaire dans le désordre et l\u2019aveulissement; mais, au delà des disciplines traditionnelles, nous n\u2019avons pas trouvé le paradis promis par les pères du libéralisme matérialiste.L\u2019homme émancipé n\u2019est nullement comparable à un aigle planant dans l\u2019immensité du ciel.11 ressemble plutôt à un chien échappé de son domicile et errant au hasard, dans le tumulte des automobiles.Certes, il peut, comme le chien, se comporter suivant sa fantaisie.Il lui est loisible d\u2019aller où il lui plaît.Mais il n\u2019est pas moins perdu, car il ne sait où aller, ni comment se protéger contre les dangers qui l\u2019entourent.La civilisation moderne a cru aussi à l\u2019égalité des individus, et elle a inventé le suffrage universel.Mais l\u2019inégalité est un point de vue philosophique, non un concept scientifique.En réalité, « beaucoup d\u2019individus, soit en France, soit aux États-Unis, ne dépassent pas l\u2019âge psychologique de dix ans.La majorité n\u2019atteint jamais la maturité mentale ».MARS 1951 63 La médecine, l\u2019hygiène et la pédagogie ont eu beau faire des progrès, le niveau mental des individus, au lieu de s\u2019élever, a plutôt diminué.L\u2019abaissement général de l\u2019intelligence et du bon sens, précise Carrel, paraît être dû à l\u2019influence de l\u2019alcool, du vin, des excès de toutes sortes; finalement, à l\u2019indiscipline des mœurs.Il y a certainement une relation entre l\u2019alcoolisme d\u2019une collectivité et son affaiblissement intellectuel.Que veut aujourd\u2019hui l\u2019immense majorité des hommes, sinon vivre exclusivement selon sa fantaisie ?Et cela signifie en pratique glisser vers toutes les formes de la médiocrité et de la corruption, prendre pour règles de conduite la recherche du profit, la satisfaction des appétits et l\u2019amusement.L\u2019idée du profit a tout envahi de nos jours; la richesse apparaît comme le bien suprême, et le succès de la vie se mesure en unités monétaires.Cette poursuite de l\u2019intérêt se dissimule avec une hypocrisie subtile, sous une apparence altruiste, sous le voile des combinaisons les plus ingénieuses: patientes conspirations contre le rival dangereux, trahisons soigneusement camouflées, coup de poignard donné par derrière dans l\u2019ombre.La richesse permet de vivre, et « vivre consiste aujourd\u2019hui à satisfaire aveuglément ses appétits » : à s\u2019intoxiquer chaque jour de café, d\u2019alcool, de vin et de tabac; à se laisser diriger par l\u2019appétit sexuel, « dont les perversions sont si nuisibles aux jeunes et aux vieillards » ; à se laisser aller au dénigrement, au mensonge, à la duplicité, aux sophismes, aux méchancetés spirituelles.Et pour couronner le tout, l\u2019amusement, ce « marécage où se déverse naturellement la vie, quand elle n\u2019a ni discipline ni but », cet abîme où se volatilisent sans profit les loisirs si chèrement conquis par les travailleurs.Rien n\u2019est plus absurde qu\u2019une existence passée à s\u2019amuser.A quoi bon vivre, si vivre consiste à danser, à circuler follement en automobile, à aller au cinéma, à écouter la radio?.L\u2019amusement est opposé à la vie; car la vie est action.Cependant, s\u2019amuser constitue, pour la majorité de la jeunesse des écoles, des magasins, des bureaux, des usines, la seule raison d\u2019être.En somme, nous dit Carrel, entre les deux guerres, l\u2019humanité civilisée a rejeté toutes les règles ancestrales de la conduite; les hommes se sont crus indépendants de l\u2019ordre du monde et libres d\u2019agir suivant leur bon plaisir.Ils ne voulaient pas comprendre que « la conduite de la vie, de même que celle d\u2019une automobile, exige l\u2019obéissance à un certain code de la route ».Et voilà que tout s\u2019est détraqué.Au milieu du désordre universel, « seule l\u2019Église continue à combattre pour le maintien de strictes règles morales ».Tableau sévère sans doute, mais que seuls pourront désapprouver ceux qui ignorent les exigences de l\u2019idéal chrétien.il \u2014 le remède: l\u2019obéissance aux lois NATURELLES Le remède à cette crise de l\u2019humanité, c\u2019est, nous dit Carrel, l\u2019humble soumission aux lois inscrites dans la nature humaine elle-même, c\u2019est l\u2019obéissance aux lois naturelles.Il y a des lois naturelles de la vie et de la pensée, comme il y en a de la matière.Ces lois expriment la structure même des choses, elles en constituent l\u2019aspect fonctionnel, et « si l\u2019univers a pour substratum une intelligence créatrice, elles nous révèlent un aspect de cette intelligence ».Il ne s\u2019agit donc pas, comme c\u2019est le cas des lois humaines, de conventions sociales, extérieures à l\u2019objet, toujours transitoires, devant lesquelles tous ne sont pas égaux, puisque le riche et le puissant peuvent souvent s\u2019y soustraire, mais bien de lois immanentes aux êtres inanimés et vivants, et constitutives de tout ce qui existe autour de nous et en nous-mêmes, de lois universelles et inexorables, auxquelles, dans quelque pays que ce soit, nul ne peut désobéir impunément, de lois, enfin, immuables, car « elles ont existé dès l\u2019origine de l\u2019univers et dureront aussi longtemps que lui ».C\u2019est la connaissance de ces lois qui a donné à l\u2019homme la maîtrise de la terre.Malheureusement cette connaissance a porté surtout sur les lois physiques, et elle a négligé les lois biologiques, psychologiques et sociologiques, aussi réelles que les premières, de sorte que, de nos jours, « nous connaissons mieux les atomes et les étoiles que notre esprit ».Mais, « notre ignorance ne doit pas nous inciter à croire que l\u2019ordre ne s\u2019étend que sur une partie du monde ».Pour bien régler notre conduite, nous devons connaître l\u2019agencement naturel des choses, admettre notre dépendance à l\u2019égard de la nature et comprendre à la fois le monde de la matière et celui de l\u2019esprit.Nous sommes libres, il est vrai, mais nous n\u2019en sommes pas moins en même temps soumis à l\u2019ordre du monde, si bien que, « pour survivre, il faut nous comporter, non pas suivant notre fantaisie, mais de la manière exigée par la structure des choses et de nous-mêmes ».En un mot, « puisque nous faisons partie de la nature, nous devons vivre conformément à ses ordres; il nous faut être ce qu\u2019il est dans notre essence d\u2019être ».Une des erreurs tragiques de l\u2019homme moderne, ce fut de donner la primauté à la matière et de sacrifier le spirituel à l\u2019économique, violant ainsi, sans s\u2019en douter, toutes les lois de la vie.En limitant, par exemple, ses efforts à la poursuite exclusive d\u2019avantages matériels, il a rétréci sa personnalité.Ce sont le libéralisme et le marxisme qui ont inventé l\u2019homo oeconomicus, non la nature.L\u2019être humain n\u2019est pas construit uniquement pour produire et consommer.Depuis le début de son évolution, il fait preuve d\u2019amour de la beauté, de sens religieux, de curiosité intellectuelle, d\u2019imagination créatrice, d\u2019esprit de sacrifice, d\u2019héroïsme.Réduire l\u2019homme à son activité économique équivaut à l\u2019amputer d\u2019une partie de lui-même.64 RELATIONS La vie humaine, c\u2019est là un fait d\u2019expérience, ne peut se développer pleinement et harmonieusement que dans et par l\u2019effort, la discipline et le sacrifice.Se refuser à ces trois actes, c\u2019est désobéir aux lois naturelles.Muscles, organes, intelligence, volonté, toutes les parties de notre être, en effet, ne se fortifient qu\u2019en travaillant.A cet égard, il faut reconnaître que les règles de conduite établies par nos ancêtres étaient « l\u2019expression d\u2019intuitions profondes de l\u2019humanité », et que « la morale chrétienne impose des règles qui n\u2019étaient autres que celles voulues par la vie », alors que, de nos jours, « les enfants et les jeunes gens élevés dans l\u2019ignorance de l\u2019effort sont devenus des sous-hommes, trop faibles pour maintenir la civilisation ancestrale ».De même, une discipline s\u2019impose à la liberté humaine.Celle-ci ne peut s\u2019exercer sans péril que dans le domaine où elle ne viole aucune des lois de la vie : « Elle est, comme la dynamite, un instrument efficace, mais dangereux.» Il faut apprendre à la manier, sinon elle déclenche des malheurs.Dans la conduite de la vie, comme dans celle d\u2019une automobile, toute faute se paie.C\u2019est pourquoi les familles, les nations et les races, qui n\u2019ont pas su distinguer le défendu du permis, s\u2019abîment dans les catastrophes, la dégénérescence et la mort.Au lieu d\u2019errer, à notre gré, dans l\u2019immensité de la plaine, nous ne devons pas quitter la route; et cette route est étroite, incommode et mal tracée.L\u2019observance des lois naturelles demande donc la restriction volontaire de la liberté; sans discipline intérieure, la réussite de la vie est impossible.Et une telle discipline exige à son tour des sacrifices et rend nécessaire la pratique de l\u2019ascèse.Pour éviter des catastrophes, à nous-mêmes ou à nos descendants, nous devons résister à beaucoup de nos impulsions, de nos goûts et de nos désirs.Il est impossible de se conformer à l\u2019ordre du monde sans sacrifice: le sacrifice est une loi de la vie.Il n\u2019y a ni grandeur, ni beauté, ni sainteté sans le sacrifice.Notre ère a commencé sous le signe du sacrifice; mais le sacrifice n\u2019est pas une vertu réservée aux héros et aux saints; il doit être pratiqué par tous, car il est une nécessité spécifique de la vie humaine.En résumé, l\u2019homme tout entier est soumis aux lois naturelles; s\u2019il désobéit à ces lois en se servant de toute sa liberté, il est tôt ou tard durement puni, et la civilisation qu\u2019il a édifiée s\u2019écroule.Il ne peut se sauver qu\u2019en renonçant à une partie de sa liberté, qu\u2019en acceptant une discipline stricte et une humble soumission aux modes d\u2019être immuables des choses.III.\u2014 LES TROIS LOIS FONDAMENTALES DE LA VIE HUMAINE Il existe donc dans l\u2019univers un ordre dont l\u2019homme fait partie, et des lois auxquelles il doit obéir, s\u2019il veut réussir sa vie.Ces lois ne sont autre chose que les modes d\u2019être élémentaires, les tendances essentielles, les besoins primordiaux des humains à toutes les époques et dans tous les pays.On en distingue trois principales: la loi de la conservation de la vie, celle de la propagation de la race et la loi de l\u2019ascension de l\u2019esprit.Les deux premières sont facilement perçues: elles sont en fait inscrites dans la structure de notre corps.La seconde s\u2019impose surtout à la femme; quand celle-ci tente de s\u2019y soustraire, il en résulte chez elle un déséquilibre nerveux et mental.De nos jours, la pratique des techniques anticonceptionnelles et de l\u2019avortement montre que l\u2019homme et la femme ont cessé d\u2019obéir à la loi de la propagation de la race.Mais la nature est en train de venger d\u2019une façon terrible cette transgression de l\u2019une de ses lois: « La France a décliné, l\u2019Angleterre suit la même route, et une grande transformation qualitative se produit aux États-Unis.» La troisième loi fondamentale de la vie, celle de l\u2019ascension de l\u2019esprit, est propre à l\u2019homme; elle en constitue le caractère spécifique et distinctif.A un moment de l\u2019histoire, l\u2019esprit a fait « une immense envolée » : le jour où Jésus de Nazareth annonça à quelques pêcheurs ignorants une étonnante nouvelle: Nous sommes aimés par un Être immatériel et tout-puissant.Cet Etre est accessible à nos prières.Nous devons l\u2019aimer plus que tout être.Et, nous aussi, nous aimer les uns les autres.Une ère nouvelle commença.Le seul ciment assez puissant pour unir entre eux les hommes avait été trouvé.Mais l\u2019humanité est loin d\u2019avoir compris l\u2019importance de ce principe de l\u2019amour mutuel qui pourrait seul la sauver de la division, de la ruine et du chaos.Elle n\u2019a pas réalisé non plus qu\u2019aucune découverte scientifique ne fut jamais plus lourde de signification que celle, faite par Jésus le Crucifié, de la loi d\u2019amour.Car cette loi est en fait celle de la survie des sociétés humaines.A la vérité, notre civilisation a oublié qu\u2019elle est née du sang du Christ; elle a aussi oublié Dieu.Mais elle comprend encore la beauté des récits évangéliques et du Sermon sur la montagne; de ces paroles de pitié et d\u2019amour qui apportent la paix, parfois même la joie, aux vaincus, aux affligés, aux faibles, aux malades, aux mourants; à nous tous qui serons écrasés tôt ou tard par les mécanismes impitoyables de la vie.L\u2019ascension de l\u2019esprit dans l\u2019individu demande un effort continuel de volonté.De même que nul ne devient athlète sans entraînement, ainsi il faut peiner pour accroître en nous les forces de la conscience.Personne ne peut forger pour nous notre âme.La formation de la personnalité est équivalente, suivant l\u2019expression de Bergson, à la création de soi par soi.Et cette création de soi par soi consiste à tirer de notre corps et de notre conscience plus qu\u2019ils ne contiennent; à modeler notre vie intérieure suivant un idéal; à construire en nous, à l\u2019aide de matériaux même médiocres, une âme nouvelle et puissante.C\u2019est souvent d\u2019une humble origine que s\u2019élèvent les grands hommes.Mais tous.sont également capables, s\u2019ils le veulent obstinément, de faire jaillir du fond d\u2019eux-mêmes l\u2019énergie spirituelle qui y est cachée.Par malheur, la plupart des hommes ignorent qu\u2019ils sont les artisans de leur destin spirituel et ils ne se préoccupent nullement de ce destin: « Par une aberration étrange, les civilisés ne prennent aucun souci du progrès de leur âme.» Voilà pourquoi l\u2019évolution spirituelle ne s\u2019achève que chez très peu de gens.Mais ceux qui demeurent fidèles à cette loi fondamentale finissent par découvrir le secret de la vie.Quand l\u2019esprit s\u2019élève en nous sous l\u2019effort de la volonté, comme la sève dans l\u2019arbre sous l\u2019effort du printemps, il prend l\u2019aspect à la fois de l\u2019intelligence, du jugement, de la maîtrise de soi-même, de la beauté morale.Il devient la MARS 1951 65 lumière intellectuelle toute pleine d\u2019amour.Il est la sagesse.Ceux-là qui ne craignent pas le sacrifice, qui ont un grand idéal, le culte de la beauté et de la vérité, qui tendent de toutes leurs forces vers Dieu, qui donnent leur vie pour que la justice et l\u2019amour régnent sur la terre, ceux-là sont les véritables élus de l\u2019esprit, ceux-là atteignent au sommet de leur destinée.Et alors, à un certain moment du voyage, l\u2019esprit chez eux laisse derrière lui l\u2019intelligence et se réduit à l\u2019essence de l\u2019âme, qui est amour.Seul, au milieu de cette nuit de la raison, il s\u2019échappe du temps et de l\u2019espace; et, par un processus que les grands mystiques eux-mêmes n\u2019ont jamais été capables de décrire, il s\u2019unit au substratum ineffable de toutes choses.Peut-être cette union avec Dieu est-elle le but secret vers lequel tend l\u2019individu dès l\u2019instant où l\u2019ovule fécondé commence sa division et sa croissance dans la paroi de l\u2019utérus maternel.Quant à l\u2019humanité elle-même, elle ne grandit et ne progresse que par le sacrifice des héros et des martyrs, que par la soumission de ses plus nobles enfants à celle des lois de la vie qui est spécifique à l\u2019homme.IV.\u2014 LE BIEN ET LE MAL Les civilisés d\u2019Occident, continue le Dr Carrel, en sont rendus à ne plus savoir distinguer le bien du mal.La majorité a oublié le décalogue, prend l\u2019égoïsme comme règle de sa conduite et court ainsi à sa ruine.Et pourtant, il est nécessaire que tous les hommes acceptent une même définition du bien et du mal.Une telle définition est aujourd\u2019hui possible grâce à la connaissance des lois fondamentales de la vie humaine.Le bien consiste en ce qui est conforme aux tendances essentielles de notre nature: par conséquent, des choses, des pensées, des sentiments et des actes, qui, par leur association, tendent à conserver la vie, à propager la race, à promouvoir l\u2019ascension mentale de l\u2019individu et de l\u2019esprit.Au contraire, le mal est ce qui s\u2019oppose à la vie, à sa multiplication, ou à son essor spirituel.Il y a des choses évidemment mauvaises parce qu\u2019elles tuent, paralysent, corrompent ou diminuent l\u2019individu, et il y a des choses bonnes parce qu\u2019elles sont des facteurs de l\u2019agrandissement de la vie personnelle et sociale.Ce qu\u2019il faut dire en général, c\u2019est que « dans les institutions comme dans les individus, la ligne du bien est ce qui est conforme à la structure de notre corps et de notre esprit, et le mal, ce qui lui est opposé ».Ainsi considérés, le bien et le mal ne varient pas suivant les époques et suivant les pays.Ils sont aussi réels et aussi immuables que les tendances essentielles de la vie.Leur définition ne dépend ni de nos doctrines, ni de nos goûts.Elle est identique pour tous les êtres humains.De cette définition découle immédiatement la notion de péché et de vertu: « Le péché est le refus d\u2019obéir à l\u2019ordre des choses.Tout acte ou toute pensée qui tend à diminuer, à désintégrer, à ruiner la vie dans son expression spécifiquement humaine est un péché.» Par exemple, c\u2019est un péché de haïr son voisin, car la haine détruit à la fois le corps et l\u2019esprit.Tout péché produit des désordres organiques, mentaux ou sociaux; il amène tôt ou tard la déchéance ou la mort, soit du coupable lui-même, soit de sa nation et de sa race.Il est absurde de vouloir ignorer l\u2019existence du péché, car le péché est essentiellement nuisible.Il n\u2019est pas davantage une illusion que la tuberculose, le cancer ou la folie.Et c\u2019est pourquoi certains vices antisociaux, comme l\u2019incivilité, la médisance, la calomnie, la détestation mutuelle, l\u2019ivrognerie, etc., ne peuvent être tolérés.C\u2019est une erreur du libéralisme de croire que chacun est libre de diriger à sa guise sa conduite morale, que seules les attaques des voleurs,^des fraudeurs et des assassins doivent être réprimées par l\u2019État.Quiconque se permet l\u2019intempérance, la paresse, la calomnie, ou tout autre vice, doit être considéré comme un malfaiteur public.Il existe diverses classifications des péchés selon leur gravité.Mais l\u2019on doit reconnaître que « les sept péchés capitaux reconnus par l\u2019Église continuent à mériter la première place dans la hiérarchie des désordres humains ».C\u2019est qu\u2019il y a « une ressemblance frappante entre le concept du péché inspiré par la connaissance des lois de notre nature et le concept du christianisme », bien que ces deux concepts n\u2019aient pas la même origine: l\u2019une provenant d\u2019une opération purement intellectuelle, l\u2019autre d\u2019une révélation divine.Les résultats cependant sont, sous certains aspects, presque identiques: « Les deux codes de conduite qui en découlent prescrivent les mêmes vertus et s\u2019opposent aux mêmes vices: par exemple, la tempérance et l\u2019amour mutuel d\u2019une part; et d\u2019autre part, le mensonge et l\u2019envie.» Quant à la vertu, elle n\u2019est pas seulement connaissance du bien, mais soumission aux lois fondamentales de la vie, acte de volonté; elle est une habitude qui augmente la quantité, l\u2019intensité et la qualité de la vie, qui construit, fortifie et anime la personnalité.Notre milieu, créé par la science et la technologie, peuplé de machines et imprégné de matérialisme, affecte d\u2019ignorer la vertu; mais elle n\u2019en demeure pas moins aussi indispensable que la mécanique et la chimie: « Elle conduit toutes nos activités corporelles et mentales suivant l\u2019ordre imposé par leur structure.Un individu vertueux est semblable à un moteur en bon ordre de marche.» Les puritains ont fait à la vertu une mauvaise réputation: hypocrisie, intolérance, pruderie, tels seraient les principaux traits de son visage.En fait, elle est virilité, beauté, lumière.Elle a, pour la protection de la vie individuelle et sociale, la même valeur que l\u2019instinct chez les animaux sauvages.Elle est la condition même de notre survie.Car, sous son impulsion, l\u2019organisme fonctionne de la manière que demande sa structure anatomique et psychologique.C\u2019est donc une folie de ne pas être vertueux, de même que c\u2019est une folie de mettre dans un moteur à explosion de l\u2019eau au lieu de l\u2019essence, ou de mêler du sable à l\u2019huile d\u2019une machine.Sur ce terrain encore, remarque Carrel, les exigences de la morale biologique rencontrent celles de la morale évangélique, et un tel fait constitue une preuve de la vérité et de la nécessité de cette dernière.La morale évangélique, déclare-t-il, est loin d\u2019être le rêve d\u2019un illuminé.Elle n\u2019est pas non plus une simple pratique 66 RELATIONS pieuse, que chacun est libre d\u2019observer ou de ne pas observer.Elle n\u2019a pas pour fonction, comme le pensait Voltaire, d\u2019empêcher les pauvres de tuer les riches, et de permettre à ces derniers de dormir tranquillement dans leur lit.Elle représente, au contraire, une nécessité profonde de notre être.En fait, elle est, comme les règles de conduite déduites des lois fondamentales de la nature humaine, la condition indispensable à la survie de l\u2019individu et de sa lignée, et à son ascension spirituelle.J\u2019arrête ici \u2014 quitte à continuer le mois prochain \u2014 cet exposé de la pensée du Dr Carrel sur les lois fondamentales de la vie humaine.Se plaçant uniquement sur le plan scientifique, l\u2019auteur en arrive à élaborer une morale que l\u2019on peut dire naturelle, mais non naturaliste, c\u2019est-à-dire une morale qui, tout en se fondant sur les lois de la nature, ne se ferme pas à toute influence Progrès scolaires à Terre-Neuve G.-Alain FRECKER L\u2019ÉDUCATION n\u2019est pas une œuvre simple.Elle implique, comme on le sait, bien plus que l\u2019acqui-/ sition de connaissances, encore que l\u2019instruction en soit un important facteur.On s\u2019attend évidemment à ce qu\u2019une personne éduquée possède beaucoup de connaissances; mais les gens qu\u2019on appelle des encyclopédies ambulantes ne méritent pas pour autant d\u2019être considérés comme des gens bien éduqués.Pensons à l\u2019ironique définition qu\u2019on a donnée du spécialiste: celui qui scrute de plus en plus le détail pour finalement tout savoir du rien!.Il me semble qu\u2019à Terre-Neuve, malgré nos ressources matérielles insuffisantes, notre système d\u2019éducation a réussi à faire travailler en harmonie les divers corps sociaux intéressés à l\u2019éducation (parents, instituteurs, membres de l\u2019Église et de l\u2019État), et cela mieux que dans la plupart des pays.Certains dénonceront le caractère confessionnel de notre système d\u2019écoles publiques comme la cause des faiblesses de l\u2019éducation dans cette province.On pourrait bien attribuer aussi les misères actuelles de l\u2019Europe aux systèmes trop rigides de l\u2019enseignement public de France et d\u2019Allemagne.Les programmes d\u2019enseignement de Terre-Neuve souffrent de déficiences graves, mais celles-ci dépendent, en fait, beaucoup plus de condition économiques et géographiques que de toute autre cause.Quand on songe que la population totale de notre province est à peu près celle de la ville de Winnipeg et, qu\u2019avant la Confédération, cette petite population, qui s\u2019échelonne le long des côtes sur un mince ruban de 6,000 milles, a dû soutenir de ses seuls revenus, non seulement ses écoles, mais les services de la Santé et du Bien-Être, ceux des Communications postales et télé- divine et surnaturelle; morale ouverte par conséquent, non close.Du point de vue chrétien, une telle morale est incomplète et insuffisante, mais elle n\u2019en constitue pas moins un fondement sain, une condition prérequise à l\u2019épanouissement de la vie surnaturelle : « Seule, écrit l\u2019auteur, la mise en pratique des règles de conduite imposées par les lois de la vie rend possibles les vertus évangéliques.» Et c\u2019est vrai.Le mot juste à cet égard me semble celui de Pie XII: « La loi naturelle! voilà la base de la doctrine sociale de l\u2019Église.» Le grand mérite de l\u2019ouvrage du Dr Carrel, c\u2019est précisément de défendre passionnément la loi naturelle avec toutes les armes de la science moderne.Il est important que nous apprenions à mieux connaître la nouvelle province canadienne.Nos lecteurs liront donc avec plaisir cet article du sous-ministre de VEducation à Terre-Neuve.Ils aimeront aussi se reporter à un autre article de M.Frecker : « Notes sur Véducation à Terre-Neuve », paru dans Relations en février 1946.graphiques, ainsi que des Transports maritimes et ferroviaires, on imagine facilement les difficultés quasi insurmontables qu\u2019il a fallu surmonter pour fournir à cette population des services scolaires aussi appréciables que ceux dont nous avons bénéficié dans le passé et dont nous jouissons encore aujourd\u2019hui.En parlant ainsi, mon intention n\u2019est pas d\u2019atténuer les faiblesses de notre système d\u2019enseignement.Notre système scolaire est complexe: il reste un défi à l\u2019habileté des administrateurs.Mais nos problèmes d\u2019administration, si l\u2019on excepte les difficultés matérielles que je signalais plus haut, ressemblent en un sens à ceux que connaît le gouvernement fédéral.Ottawa est chargé de gouverner le Canada entier; mais, avant de prendre certaines décisions, Ottawa se doit de consulter les provinces et d\u2019obtenir leur consentement.Ainsi, le ministère de l\u2019Éducation de Terre-Neuve a des responsabilités provinciales; mais avant de prendre telle ou telle décision, il doit consulter les divers groupes religieux.L\u2019entente sur la ligne de conduite est parfois difficile à obtenir; mais une fois cette entente obtenue, le ministère de l\u2019Éducation a l\u2019immense avantage de pouvoir compter sur l\u2019active collaboration de tous ces groupements.Le dédoublement des services scolaires: voilà une autre faiblesse qui sert fréquemment de cible aux critiques.Il existe chez nous des endroits \u2014 et ils sont relativement nombreux \u2014 où l\u2019on trouve deux petites écoles, parfois trois et même quatre, là où, de toute évidence, une seule école assurerait un meilleur rendement.Du point de vue purement technique, l\u2019on ne peut pas ne pas souhaiter le règlement de cette situation: par l\u2019entente entre les divers groupes, la mise en commun des ressources qui seraient autrement profi- MARS 1951 67 tables avec une seule unité scolaire.D\u2019autre part, dans la majeure partie des localités où la multiplicité des écoles demeure un fait, la chose ne pose aucun problème.Une enquête des inspecteurs de districts, en 1944, démontre que le dédoublement n\u2019affecte qu\u2019environ 15% des localités.Et encore, dans ce pourcentage, a-t-on compté des villes comme Saint-Jean, Bell Island, Grand Falls et Corner Brook, où il faudra toujours, quel que soit le système scolaire, plus d\u2019une école.En outre, dans certains centres où se remarque le dédoublement, Holyrood et Placentia par exemple, les conditions topographiques et géographiques imposent à la population pourtant homogène la construction de plusieurs écoles.Tout cela loyalement considéré, il reste qu\u2019un assez bon nombre de nos enfants pourraient jouir d\u2019une meilleure éducation, si on trouvait le moyen de mettre en commun dans ces localités certains services scolaires.Quoi qu\u2019il en soit, la grande majorité de nos enfants reçoivent une formation scolaire de qualité égale, sinon supérieure, à celle que d\u2019autres systèmes pourraient offrir, dans les mêmes conditions financières.Il y aurait un moyen très efficace d\u2019améliorer nos services scolaires, ce serait d\u2019organiser un système d\u2019écoles supérieures régionales.Ces écoles, à mon sens, pourraient encore entrer dans notre système confessionnel.Il s\u2019agirait de pensionnats, ou tout au moins d\u2019écoles pourvues de dortoirs.L\u2019enseignement se donnerait selon la formule des high schools à sections multiples; c\u2019est-à-dire que le cours primaire supérieur ne serait pas seulement une préparation aux études universitaires, mais comporterait des cours de sciences ménagères, de commerce et de métiers; il serait l\u2019école du foyer, des affaires et de l\u2019industrie.De telles écoles pourraient offrir aux étudiants des localités isolées les même avantages culturels, matériels et sociaux que les meilleures maisons d\u2019enseignement de la capitale.Le grand obstacle à l\u2019établissement de telles écoles n\u2019est pas le système confessionnel, bien que celui-ci puisse prêter à certaines difficultés; le véritable obstacle, et il est pratiquement insurmontable, c\u2019est le manque de ressources.Construire de telles écoles est très coûteux; il l\u2019est davantage de les maintenir.Nous pourrions encore améliorer de beaucoup le rendement de nos écoles locales en limitant l\u2019enseignement de celles-ci au sixième ou au huitième degré, pour confier ensuite l\u2019enseignement supérieur, au moyen de cours par correspondance, à des professeurs hautement qualifiés.Assurer cette organisation de qualité supérieure signifierait, pour le ministère de l\u2019Éducation, la mise sur pied d\u2019un excellent service de cours par correspondance: encore un coup, ce n\u2019est pas le système, mais l\u2019argent qui fait défaut.Je pourrais poursuivre et souligner d\u2019autres faiblesses de nos services d\u2019éducation.On admettra, je pense, que le remède ne consiste pas à jeter le blâme sur tout le système.Il est [bon cependant d\u2019ajouter un discret avertissement: multiplier sans nécessité les écoles peut rendre impraticable notre système confessionnel.Si nous cherchons l\u2019intérêt de nos enfants, des ententes devraient s\u2019établir entre les divers groupements religieux et à l\u2019intérieur de chacun d\u2019eux, partout où la chose est possible, compte tenu de nos moyens.J\u2019ai signalé jusqu\u2019ici quelques initiatives réalisables avec de meilleurs revenus.J\u2019aimerais maintenant rappeler quelques réalisations méritoires.Après l\u2019enfant, le maître est à la base de tout système d\u2019éducation.Nous traversons des temps particulièrement pénibles, et il a été pratiquement impossible, dans bien des cas, de donner aux écoles des maîtres vraiment qualifiés.Ce problème, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas propre à Terre-Neuve; nous le retrouvons dans toute l\u2019Amérique.Les causes en sont diverses.Mentionnons la condition faite à la profession d\u2019instituteur et le taux des salaires.Mais c\u2019est loin d\u2019être le tout de la question.A Terre-Neuve, la formation des instituteurs a connu, au cours des quinze dernières années, deux remaniements complets.En 1935, la durée du stage a été portée de six mois à un an, et le Memorial University College a été chargé de la formation des maîtres.Depuis 1946, le cours dure quatre ans, et la Faculté d\u2019éducation de l\u2019université est devenue partie intégrante de la Faculté des arts et des sciences.Désormais, les instituteurs peuvent obtenir des « crédits » durant des cours d\u2019été; cette disposition a réellement stimulé l\u2019ambition.L\u2019an dernier, le ministère de l\u2019Éducation organisait un cours d\u2019été spécial pour les débutants dans la carrière.Le cours était préparé expressément pour eux.Enfin, le gouvernement provincial a sensiblement augmenté les octrois aux candidats à l\u2019enseignement et aux instituteurs désireux de parfaire leur préparation.De première importance encore est le programme d\u2019études des écoles primaires.Le ministère le reconnaît et n\u2019a cessé d\u2019y apporter son attention.Au cours des quatre dernières années, les inspecteurs du ministère ont révisé consciencieusement tous les manuels scolaires des six premiers degrés de l\u2019enseignement.Le cours d\u2019hygiène a été complètement refait; celui de l\u2019arithmétique a été révisé pour les quatre premières classes; des cahiers d\u2019exercices ont été composés pour les commençants; on a déjà donné beaucoup de temps à la réforme du cours d\u2019études sociales, et les recommandations des inspecteurs sont actuellement à l\u2019étude; les élèves des cinq premiers degrés ont en mains les meilleurs livres de lecture que l\u2019on puisse trouver.Enfin le ministère porte actuellement intérêt à l\u2019enseignement de la langue anglaise et projette de suivre la marche des études de façon sérieuse et continue.Avec le temps, nous espérons que le ministère pourra s\u2019adjoindre un comité chargé de voir à la marche des études; bien choisi, ce comité serait d\u2019un appoint précieux pour le ministère.On se rappelle, sans doute, la vieille histoire du Dr Whiteway et de son école, où maître et élèves « tiraient à la corde ».Ce temps est révolu: aujourd\u2019hui, 68 RELATIONS les dirigeants de l\u2019éducation doivent, après avoir mérité confiance auprès des parents et du gouvernement, mettre tout en œuvre pour procurer à la jeune génération, celle des citoyens de demain, les meilleures chances de se former.Il faut dire, à ce propos, que les Bureaux d\u2019éducation, les chefs des groupements religieux, le ministère de l\u2019Éducation et le gouvernement ont à leur crédit de remarquables réussites.En 1938, le gouvernement lançait ce qu\u2019on a convenu d\u2019appeler son programme de reconstruction.Depuis, plus de 500 nouvelles classes ont été ouvertes; 500 autres ont été transformées et modernisées; plusieurs centaines encore ont été rafraîchies.Enfin, presque tous ces locaux ont obtenu du matériel scolaire moderne.Cet extraordinaire programme de construction n\u2019a pu s\u2019exécuter que grâce à l\u2019initiative des Bureaux d\u2019éducation et des localités, avec l\u2019assistance généreuse du gouvernement; celui-ci a, pour sa part, assumé environ 50% de l\u2019ensemble des dépenses.Depuis 1938, cette contribution du gouvernement à la reconstruction se chiffre à $3,712,600.L\u2019inspection des écoles n\u2019est pas la dernière des responsabilités qui incombent au ministère de l\u2019Éducation.Nous avons 22 inspecteurs d\u2019écoles pour nos 2,300 classes.Et nos écoles, nous l\u2019avons dit, sont échelonnées sur 6,000 milles de côtes.A cause de cette situation géographique, notre système d\u2019inspection est fatalement moins parfait que nous le voudrions.Mais nous sommes loin de ce temps où trois inspecteurs se partageaient avec leurs adjoints la visite des écoles.Pour permettre aux inspecteurs déjà en service d\u2019acquérir une compréhension élargie de leur rôle et de parfaire leur compétence, nous avons inauguré un plan de perfectionnement qui prévoit des études d\u2019une année dans les meilleures universités du continent.Le temps me manque pour entrer en plus de détails.Je tiens toutefois à mentionner les efforts accomplis et poursuivis dans le domaine de l\u2019orientation professionnelle, dans l\u2019utilisation des techniques « audio-visuelles » et dans l\u2019éducation postscolaire.Si nous ajoutons aux points que nous avons touchés, la préparation de plans pour compléter notre Memorial University et le système de nos bibliothèques régionales, nous pouvons conclure que l\u2019éducation, sous ses divers aspects, reçoit à Terre-Neuve une parfaite attention des autorités tant locales que provinciales.Le succès de nos efforts dépend, naturellement, des ressources financières de la province et de la persévérance avec laquelle tous ceux qui s\u2019y intéressent, en particulier les Bureaux locaux d\u2019éducation, vont collaborer à l\u2019œuvre entreprise.LE CAS DE «CITE LIBRE » Marie-Joseph d'ANJOU, S.J.C\u2019EST AVEC UN GRAND ESPOIR, piqué, il est vrai, d\u2019une certaine inquiétude, que j\u2019attendais le deuxième numéro de Cité libre.Espoir et inquiétude sont maintenant.dois-je dire satisfaits ou justifiés ?Si j\u2019excepte le ton déplaisant de Gérard Pelletier et ses bourrades mille fois ressassées contre le conformisme réactionnaire de la religion et de l\u2019éducation dans le Québec, presque tout dans la première moitié de ce numéro plaît suffisamment, réjouit même au point qu\u2019on a le goût d\u2019applaudir.Modérément, d\u2019abord, pour la raison que je viens de dire, à la seconde présentation que Pelletier fait de la revue.Par lui Cité libre « confesse ses intentions » et expose l\u2019esprit de l\u2019équipe, sa méthode de travail, son désir de provoquer le dialogue et la collaboration avec le groupe restreint de ses lecteurs.Cela n\u2019est pas mauvais du tout.On sent bien que cette « confession d\u2019intentions » trahit un fond d\u2019incertitude et même un sentiment d\u2019insécurité, que le ton désinvolte, justement, s\u2019efforce de masquer.(« Nous rêvions d\u2019unité syndicale, nous bazardions la confessionnalité.Nous n\u2019en finissions plus de liquider certaine tradition nuisible de séparatisme spirituel et de ghetto chrétien.» Rien que cela!) Qu\u2019importe le ton pour l\u2019heure.Ce que je trouve bon, pour ma part, c\u2019est que Cité libre veuille demeurer, malgré (ou vu ?) l\u2019âge adulte et les expériences variées de son quasi-mentor (Pelletier), un instrument de recherche approximatif et tâtonnant; l\u2019esprit de recherche, en effet, qui ne se conçoit pas sans une prudente modestie, finira bien par exorciser la manie des déclamations fulminantes et des emportements amers.Il y a, d\u2019ailleurs, plus qu\u2019un tâtonnement déjà dans l\u2019article de Jean Le Moyne, qui fait suite à la « confession » de Pelletier.L\u2019ampleur et la perspective biblique du sujet excusent bien l\u2019inachèvement de l\u2019expression; et l\u2019on est saisi et contraint à une méditation sur la « Jeunesse de l\u2019homme », dont le fruit sera \u2014 si on a compris \u2014 une espérance incon-fusible, en même temps que la certitude, au sein du chaos d\u2019aujourd\u2019hui et à condition d\u2019en accepter la signification surnaturelle, transcendante, de pouvoir collaborer efficacement au « grand retour » de l\u2019homme vers la vie en Dieu, la seule qui soit apte à le sauver.Qu\u2019ensuite les réflexions de Pierre Juneau sur le cinéma apparaissent comme un intermède sans rigueur, offert à l\u2019esprit pour son repos, ce n\u2019est pas moi qui en ferai grief à l\u2019auteur, car il a su insérer dans le déroulement facile de son monologue des remarques personnelles et des statistiques précises qui nourrissent la pensée.On entre alors bien disposé dans le plaidoyer solide que dresse Pierre Trudeau en faveur d\u2019un autonomisme fondé sur autre chose que le sentimentalisme à la mode électorale et partisane.Pourquoi faut-il qu\u2019avant même la fin de ces considérations compétentes et claires sur l\u2019autonomie provinciale, on se voie soudain, et sans le moindre motif valable, jeté et maintenu, presque sans répit jusqu\u2019à la dernière page, dans les remous d\u2019âmes inquiètes, en proie à de lointains complexes et à une aveuglante agressivité?Le lecteur le moins MARS 1951 69 psychologue pourrait avoir l\u2019impression, pendant un gros quart d\u2019heure, qu\u2019on lui présente le dossier d\u2019un cas psychologique, n\u2019étaient les propos anodins de critique littéraire, d\u2019ailleurs alambiqués, que Maurice Blain consacre au roman de Robert Élie, la Fin des songes, et les jugements drus, mais justes et distingués, dont le même Robert Êlie accable la corruption chez nous de l\u2019art religieux : il est assez évident que le clergé n\u2019est pas.tout entier conquis aux leçons d\u2019art religieux répandues depuis des années par le bénédictin Dom Bellot, le dominicain M.-A.Couturier et le jésuite Paul Doncœur, pour ne nommer que ceux-là.Mais que viennent faire, je vous en prie, à la fin de l\u2019article de Pierre Trudeau, ces provocations de gamin à l\u2019adresse des « préfets de discipline » et des « agents de police », dont on voudrait réduire le rôle à celui de simples « domestiques » ?Il faut déplorer surtout l\u2019énormité de la bravade insensée (p.28), où l\u2019on mêle l\u2019origine humaine du pouvoir démocratique et celle, proprement divine, de l\u2019autorité épiscopale: « Il n\u2019y a pas de droit divin des premiers ministres, pas plus que des évêques: ils n\u2019ont d\u2019autorité sur nous que si nous le voulons bien.» Quel catholique ignore le sens dogmatique de ces paroles adressées par Jésus-Christ aux apôtres et à leurs successeurs: Comme le Père m\u2019a envoyé, moi aussi je vous envoie {Jn, xx: 21) ?Et de celles-ci: En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel {Mt., x vin : 18) ?Et de l\u2019exhortation prononcée par saint Paul, sous ^inspiration de Dieu, devant les évêques de l\u2019Église réunis à Êphèse: Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel l\u2019Esprit-Saint vous a établis évêques (je souligne), pour paître l\u2019Église de Dieu, qu\u2019il s\u2019est acquise par son propre sang {Actes, xx: 28)?Rétorquera-t-on qu\u2019il ne s\u2019agit pas de cela, mais uniquement de l\u2019autorité des évêques en matière profane ?Je le veux bien, mais pourquoi ne l\u2019avoir pas précisé ?Au reste, les papes et les théologiens ont depuis trop longtemps élucidé le problème de l\u2019autorité de l\u2019Église dans les domaines temporels connexes à la vie morale et religieuse pour que nous y revenions ici.Que de fois notre archevêque, S.Exc.Mgr Léger, a marqué les vraies positions catholiques sur ce point! Je ne serai pas seul à juger que Cité libre les interprète fort mal.Faut-il rappeler qu\u2019il est de foi définie, par la bulle JJnam Sanctam de Boniface VIII (18 novembre 1302), que le Pontife romain^est le souverain spirituel, non seulement de tous les chefs d\u2019Êtat chrétiens, mais de « toute créature humaine » (omni humanae creaturae), puisqu\u2019il gouverne à la place et au nom de Jésus-Christ, qui est le « Roi des rois et le Seigneur des Seigneurs » (Apoc., xix: 16); que les évêques tiennent directement du vicaire de Jésus-Christ le pouvoir qu\u2019ils exercent, en son nom et au nom de Jésus-Christ, dans les limites de leurs diocèses ?A un spécialiste en politique comme Pierre Trudeau je n\u2019aurai pas la prétention d\u2019apprendre\u2014c\u2019est matière courante en classe de philosophie morale \u2014 que même la désignation populaire du sujet de l\u2019autorité civile ne permet pas au peuple de se considérer comme le fondement absolu du pouvoir.Le moins qu\u2019on puisse affirmer, c\u2019est que la question, controversée depuis le xvie siècle, est loin d\u2019avoir été tranchée dans le sens impliqué par la boutade de Pierre Trudeau.Aussi inacceptables, hélas! quoique avec plus de retenue dans la forme, les notes inspirées à R.R.(Roger Rolland, je suppose) par les Projections libérantes de Borduas, et cette « Interview imaginaire avec François Hertel », à qui Roger Rolland cherche à faire gloire d\u2019avoir si bien formé les jeunes à un christianisme de liberté qu\u2019ils peuvent désormais aller à Dieu sans passer par ses représentants autorisés (p.38).Messieurs, je veux bien garder une fois de plus le silence sur les équivoques, le mensonge peut-être et sans doute le 70 scandale auxquels donne lieu votre usage indécent d\u2019un nom et d\u2019un homme, Hertel, que l\u2019amitié me commande de respecter plus que vous ne savez le faire vous-mêmes.Je vous inviterai seulement, puisque vous honorez la parole de Dieu, à méditer, au livre de la Genèse (ix: 20-27), l\u2019épisode de Noé et de ses fils.Après quoi, il faut bien que je vous demande: Comment pouvez-vous intelligemment prétendre redonner à vos frères dans le Christ le sens évangélique, au moment où vous contredisez avec une injuste violence un des mots clés, non seulement de l\u2019Évangile, mais de toute l\u2019Aventure chrétienne à travers l\u2019histoire: Qui vous écoute m\u2019écoute, et qui vous rejette me rejette {Le, x: 16) ?Comme s\u2019il était possible de renflouer une barque en la torpillant, ou de régénérer sa famille en bafouant sa mère.Ce n\u2019est pas Luther qui a contribué vraiment à la réforme de l\u2019Église, mais saint Pie V, saint Charles Borromée, saint Ignace de Loyola; et ils n\u2019ont pas eu, pour cela, besoin de sortir des cadres de leur vocation.Il est vrai que pour eux le sacerdoce ne fut jamais, n\u2019en déplaise à Roger Rolland (p.37), « une vocation à soi-même », mais un service de Dieu; et il n\u2019apparaît pas que leur personnalité en ait été diminuée, ni leur rayonnement.Cette portion de la chrétienté que Luther a séduite, il l\u2019a corrompue par la vulgarisation, entre autres erreurs, d\u2019une théorie de la liberté qui, livrant carrière aux aberrations des sincérités individuelles les plus diverses, des fidélités à soi-même les moins avouables, \u2014 libérées qu\u2019elles avaient été des entraves ou des certitudes gênantes (qu\u2019on dit) de l\u2019infaillibilité ecclésiale, \u2014 aboutirent tantôt à l\u2019anarchie, tantôt au despotisme, selon les fantaisies ou les intérêts que la liberté à la façon de Luther se plaisait à camoufler.Si encore vous aviez l\u2019excuse d\u2019ignorer que ceux de vos griefs qui sont légitimes, les clercs se les formulent entre eux avec une lucidité aiguisée par « le zèle de la maison de Dieu » et l\u2019intérêt personnel (puisque c\u2019est leur propre mode de vie qu\u2019ils défendent), en comparaison de laquelle vos observations « du dehors » auront toujours un petit air de naïveté.Mais non.Voudriez-vous alors faire de Cité libre un sous-produit du Haut-Parleur ?Je vous aurais crus, enfin, dans la discussion du problème religieux, aussi soucieux de compétence sur le terrain dogmatique et moral que vous l\u2019êtes dans l\u2019exercice de votre profession.Vous réclamez un art religieux digne de la louange divine, et vous avez raison.Vous protestez contre les incongruités \u2014 pour ne pas dire davantage \u2014 d\u2019une certaine littérature pseudo-pieuse décidément intolérable, et je vous approuve, même si dans la satire lancée par R.B.(Réginald Boisvert, probablement) contre l\u2019ouvrage du R.P.Georges Bélanger, C.SS.R., intitulé Sur le chemin du Roi, me paraît au moins douteuse l\u2019opportunité de citer les passages ridiculisés (je ne les ai pas vérifiés).Mais reconnaissez, de tête et de cœur, qu\u2019il est fou \u2014 au sens littéral de ce mot \u2014 pour des chrétiens, laïcs ou non, de se dresser en réformateurs de la Cité chrétienne, même d\u2019une portion particulière de cette Cité, en marge de la lettre et de l\u2019esprit de l\u2019Évangile, en marge du respect et de la piété filiale dus à la hiérarchie.J\u2019ajouterai que, face aux attitudes affichées par certains membres de l\u2019équipe de Cité libre, les clercs \u2014 à qui incombe, par profession, le devoir de rajeunir sans cesse la beauté séduisante de l\u2019épouse du Christ \u2014 auraient tort de hausser négligemment les épaules, comme s\u2019il n\u2019y avait pas là matière à réflexion, voire occasion de progrès.Au surplus, les commentaires utiles une fois exprimés, il serait injuste de refuser sa sympathie et même son attention à des esprits sincères, mais aigris faute d\u2019avoir été touchés, au moment propice, par l\u2019influence d\u2019une paternité (de l\u2019esprit comme de la chair) vraiment adulte et désintéressée.RELATIONS fil du mois Il y avait nombreuse assistance, le 14 janvier, à la salle des promotions de l\u2019Université Laval, pour la remise du doctorat en pédagogie, honoris causa, à M.Omer-Jules Desaulniers, surintendant de l\u2019Instruction publique, et à M.B.-O.Filteau, secrétaire du département de l\u2019Instruction publique.Dans son discours de remerciements, M.Desaulniers rappela une parole du Saint Père à qui il expliquait, à l\u2019automne de 1949, notre organisation scolaire: « Il faut faire connaître un tel système d\u2019éducation.» Parole qui est « devenue pour moi un mot d\u2019ordre ».Ce qu\u2019il faut surtout rappeler, c\u2019est la perfection avec laquelle notre système scolaire respecte les droits sacrés, trop souvent méconnus, de la famille et de l\u2019Église, et donne à l\u2019État son vrai rôle de soutien et de suppléant envers ces organismes qui ont la priorité sur lui.On n\u2019arriva pas du premier coup à cet équilibre.M.le surintendant passa rapidement en revue les premières tentatives de système d\u2019éducation au pays; toutes avortèrent parce qu\u2019elles ne respectaient pas assez les droits des parents ou de l\u2019Église.La réaction de notre population fut spontanée envers ces initiatives qui heurtaient ses sentiments profonds d\u2019amour de la famille et de la religion.En 1846, une loi plus respectueuse de ces valeurs fut enfin donnée à la province de Québec et jeta les bases d\u2019un système durable.« Le fait qu\u2019elle respecte, affirme M.Desaulniers, la liberté des parents de donner à leurs enfants l\u2019éducation qu\u2019ils désirent, qu\u2019elle établit le principe de l\u2019enseignement confessionnel et impose à l\u2019État le devoir de suppléance qui lui appartient, lui vaut de n\u2019être pas tombée en désuétude après un siècle.» Nous voulons simplement aujourd\u2019hui féliciter le surintendant de se faire l\u2019apôtre d\u2019un tel système d\u2019éducation.Sa parole autorisée est capable de ranimer la fierté et le courage dans bien des cœurs.C\u2019est un cri de ralliement autour d\u2019une organisation admirable et bienfaisante.Sa parole fera-t-elle réfléchir ceux qui travaillent à diminuer l\u2019autorité du Comité de l\u2019Instruction publique, la clef de voûte du système ?L\u2019action convaincue de M.le surintendant rend d\u2019éminents services à la cause de l\u2019éducation à laquelle il a voué sa vie.Légion de déshonneur Tout le monde se réjouit de l\u2019éclatant succès de la betteraverie de Saint-Hilaire.Tout le monde sensé admire le merveilleux travail de M.Louis Pasquier, l\u2019ingénieur agronome venu de France, prêté par la France pour nous aider à renflouer une très coûteuse entreprise qui faisait naufrage.M.Pasquier a réussi au delà de toute espérance, peut-être contre certains espoirs.La preuve?La récompense reçue: il est remercié de ses services.M.Barré le jette dehors.Avant M.Pasquier, en 1945, la raffinerie enregistrait $409,000 de perte; avec M.Pasquier, non seulement elle boucle, mais enregistre, au début de 1950, $31,000 de profit et, cette année, $900,000! C\u2019est que M.Pasquier, non seulement fabrique du sucre, mais produit le légume jusqu\u2019à louer des champs incultes pour y cultiver lui-même de la betterave et pouvoir dire: « Faites comme ça! » Le croiriez-vous?On lui reproche d\u2019avoir donné l\u2019exemple.On lui reproche de n\u2019avoir pas donné tout son temps.Quel ministre donne tout son temps à son ministère?Chacun voit à ses affaires de comptabilité, de garage, de ferme ou de vacances.Dans ses loisirs, au lieu de jouer aux cartes ou au golf, M.Pasquier a instruit nos compatriotes de la bordure ontarienne, qui veulent aussi une sucrerie; il les a fait profiter de son savoir pour une culture qui fait bien l\u2019affaire du sol, des grosses familles, du bétail et du porte-monnaie.Mieux eût valu pour lui de jouer à l\u2019argent, d\u2019aller pêcher, de voyager au Nord ou au Sud, \u2014il n\u2019est même pas retourné en France! \u2014 de faire n\u2019importe quoi hormis aider nos compatriotes d\u2019à côté.Pour mener à bien son affaire, notre affaire, M.Pasquier a dû avaler certaines couleuvres politicardes: soupçons, espionnage, jalousie d\u2019incompétents, tutelle d\u2019un faux bonhomme dans l\u2019embauchage des employés, quoi encore! Il s\u2019est soumis aux exigences raisonnables, acceptant tout ce que son honneur et sa volonté de succès pouvaient accepter, mais non les mesquineries de la petite politique.Il a refusé de laisser trahir l\u2019affaire au profit du trust du sucre, désireux de l\u2019acheter par les moyens d\u2019entremetteurs à commission.En France, M.Pasquier recevrait la Légion d\u2019honneur; ici, on le renvoie, et c\u2019est un déshonneur pour nous.Notre agriculture et notre peuple lui doivent des excuses.M.Pasquier et la France auront une jolie idée des mœurs politiciennes de nos parvenus.On espérait mieux du M.Barré d\u2019il y a vingt-cinq ans.Quant à l\u2019avenir de la betteraverie, on s\u2019inquiète, les producteurs s\u2019alarment.M.Pasquier se préparait un remplaçant pour dans cinq ans.Nul autre n\u2019est prêt, si ce n\u2019est par les convoitises et les services électoraux.Pauvres Canadiens! Au Nouvel-Ontario\tNos Canadiens, qui ont travaillé à la construction du chemin de fer, ont inauguré en 1885 le défrichement de ce qui est le diocèse du Sault-Sainte-Marie.Les missionnaires du rail sont venus bâtir les chapelles et encourager les hommes à faire venir leurs familles et leurs amis.Les régions d\u2019Ottawa, de Joliette et de Rimouski ont fourni bon nombre des fondateurs de paroisses.Les institutions religieuses ont suivi: écoles et hôpital des Sœurs Grises d\u2019Ottawa et de l\u2019Assomption de Nicolet, en attendant le collège des Jésuites qui fournit à la région une classe instruite et un clergé bilingues.Une belle vie sociale agrémente Sudbury, L\u2019Esturgeon et les villages.A Sudbury, trois et bientôt quatre paroisses françaises.Il est curieux d\u2019entendre les nouveaux venus les déclarer paroisses nationales, bien que nous soyons les premiers fondateurs un peu partout.Il est agaçant d\u2019obtenir ce renseignement de policier: This is the French church; the Catholic church is there.Ainsi, à L\u2019Esturgeon, la vieille paroisse, trois fois plus nombreuse que l\u2019autre, est déclarée nationale.Sudbury, avec un tiers de population française, possède nos meilleures organisations, un clergé remarquable qu\u2019on voudrait plus nombreux, une classe dirigeante éveillée, un club Richelieu, des Écoles de parents, une force politique et la Société d\u2019Histoire du Nouvel-Ontario, qui relève les efforts passés en vue des devoirs de continuation.Une vingtaine de plaquettes, y compris deux recueils de folklore remarqués en Europe, incrustent la région dans notre histoire de trois cents ans comme une partie dans le tout, comme un grand épisode conquérant.Le danger actuel réside dans l\u2019éparpillement, les mariages mixtes, la propagande communiste et dans la mesure où la langue seconde menace ici et là de détrôner la langue maternelle, chez les trop pauvres ou les snobs trop pratiques.Ne leur donnons pas le mauvais exemple de chanter le bilinguisme pour tous.Doublons plutôt leur nombre en capturant le nouveau Nord, l\u2019autre chemin de fer, la zone d\u2019argile, de Cochrane à Hearst.En démocratie le nombre est roi.Franco-Américanie Le 13 février dernier, un groupe d\u2019étu-a Quebec\tdiants franco-américains de l\u2019Uni- versité Laval, réunis à l\u2019hôtel Au Jardin du Gouverneur avec des membres du Comité de la Survivance française, fondait un cercle à l\u2019exemple de leurs confrères acadiens et de l\u2019Ouest.La très grande majorité Au Notre système d\u2019éducation MARS 1951 71 d\u2019entre eux étaient présents.M.Maurice Morin (Manchester, New-Hampshire) fut élu président; Louis Trottier (Sanford, Maine), vice-président; Paul-P.Chassé (Somersworth, New-Hampshire), secrétaire; Roger Fontaine (Woonsocket, Rhode-Island), trésorier.Voici, d\u2019après le secrétaire, le but du cercle: rencontres entre jeunes gens soucieux de conserver leur langue et leur culture, désireux de repasser l\u2019histoire des Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre, d\u2019examiner soigneusement les problèmes du jeune « professionnel » bilingue aux États-Unis et de trouver ensemble, avec l\u2019aide de personnes éclairées, comment transmettre efficacement à leurs fils leur héritage culturel.Programme qui répond parfaitement à l\u2019amicale et vibrante allocution de M.l\u2019abbé Adrien Verrette, président du Comité de la Survivance.Le secrétaire, M.l\u2019abbé Paul-Émile Gosselin, maître de cérémonies alerte et enjoué, nota Futilité de rencontres occasionnelles entre les trois cercles des États-Unis, de l\u2019Ouest et des provinces maritimes.Le nouveau cercle sera vivant.En causant avec ces étudiants, on constate vite qu\u2019ils ont des problèmes concrets à discuter.Nos meilleurs vœux! Italiens et Polonais Rien d\u2019émouvant comme de causer \u2014 chez nous\ten françajs \u2014 avec je petit groupe de Polonais échappés de Sibérie ou de Russie, qui veulent se refaire une vie en Abitibi.Le gouver- nement les traite comme de purs Canadiens, sans exiger les cinq ans de séjour au pays.Travailleurs, économes, ambitieux de posséder du sol, ils auront eu trois existences: une enfance heureuse entre les deux guerres, dix années d\u2019affreux vagabondage en tous pays, enfin une vie humaine, libre et normale chez nous, fondus avec nous par les mariages et l\u2019école.S\u2019ils réussissent à former quelques bons centres, ils recevront les nouveaux réchappés, désireux de cultiver plutôt que de se ruiner dans les mines.Félicitons ceux qui les aident; ils font une belle œuvre.De même pour les Italiens, nos frères latins, forcés d\u2019essaimer de leur patrie montagneuse et surpeuplée.Ils sont là-bas 46,000,000 dans une Italie cinq fois moins grande que notre Québec.Et la natalité généreuse leur apporte 400,000 recrues par année.Un visiteur de marque exprimait le désir de voir notre province accueillir, inviter, rechercher par milliers les bonnes familles paysannes, les jardiniers qui manquent à nos Laurentides.A ces cousins de la Gaule cisalpine, qu\u2019on a appelés « des Français de bonne humeur » et qui apprennent vite notre langue, Ottawa ouvre la porte.Québec leur ouvrira les bras.et des régions où ils fonderont leur bonheur en contribuant au nôtre.Préparons quelque chose de bien pour le printemps.Italiens et Polonais font l\u2019affaire de nos fermiers, tout en apprenant notre genre d\u2019agriculture.Bienvenue! CORRESPONDANCE Du Nouveau-Brunswick R.P.Alexandre Dugré, S.J.Mon révérend Père, L\u2019article intitulé « Le sol veut bouger » me pousse à vous écrire.Au Madawaska, comme au pays de Québec, la classe agricole est des plus entreprenantes, des plus françaises et des plus chrétiennes.Si la Providence lui a donné une autre ambiance, d\u2019autres difficultés à surmonter, une vie sociale différente, l\u2019âme reste la même, d\u2019un caractère « aussi enclin à la pitié qu\u2019au rire », et d\u2019une étonnante fidélité à ses habitudes et à ses croyances originelles.Voyons Saint-André, paroisse de 230 familles toutes françaises, pieuses et nombreuses de 5 à 12 enfants.D\u2019extraordinaires champs de patates sur une terre sablonneuse promettent un bon argent aux propriétaires.Plélas! les fruits mal vendus sont demeurés bien en deçà de « la promesse des fleurs ».Il en a été de même l\u2019an dernier.Les gens de la province sœur ne sont venus chercher que de mauvaises patates au printemps.Cette année, c\u2019est encore pire: 200,000 quarts attendent les acheteurs ou se donnent lentement à vil prix.Les renouvellements de billets font soupirer.Plusieurs des épargnants retirent de la Caisse populaire.Enfin la vie du cultivateur de Saint-André ou de Drummond n\u2019est favorisée que si son caveau se désemplit, voilà! Qui donc peut empêcher le sud de « la république du Madawaska » de vivre dans un bien-être agréable à Dieu ?Mystère.Le gouvernement n\u2019a pas établi, cette année, un prix de support, un dédommagement.Les patates se donnent, en attendant.Un grand producteur, dit-on, s\u2019est même vu refuser le permis d\u2019exporter en Floride, et cela de la part du gouvernement du Nouveau-Brunswick.Le laisser-faire, laisser-passer se pratique de curieuse façon à Frédéricton, immobilisant 400,000 quarts de patates pour ce seul producteur.Autre point.Le ministère des Postes a sans doute de bonnes intentions, mais il pourrait donner à nos deux paroisses un peu de publicité.La carte officielle ne comporte pas les noms de Drummond (2,000 h.) et de Saint-André (1,500 h.).Sous prétexte de service, on rattache notre courrier rural au bureau de Grand-Sault, qui s\u2019appelle Grand-Falls à cause de sa minorité anglaise.Èt voilà nos paroisses qui deviennent les Routes RR.4, RR.5, etc.Nous vivons tout de même.Nos cercles Lacordaire et Jeanne-d\u2019Arc font un grand bien pour la tempérance, et nous avons fondé, par ordonnance de S.Exc.Mgr Gagnon, la J.A.C.et la J.A.C.F.Plusieurs bonnes initiatives de votre province nous parviennent, grâce aux journaux catholiques, aux feuilles étudiantes, etc.Merci! Madawaskaïen.La direction, en publiant ces communications, n\u2019en approuve pas nécessairement la teneur.Elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux.Seules les lettres signées sont prises en considération et elles devraient habituellement se limiter à quelque trois cents mots.72 RELATIONS La législation française et l\u2019habitation Marcelle DUTHEIL L\u2019ANNÉE 1950 marquera une date en France, si l\u2019on considère l\u2019effort législatif accompli en faveur de ^ l\u2019habitat.Depuis la fin de la guerre, le ministère de la Reconstruction et de l\u2019Urbanisme travaillait dans le silence à coordonner tout un système propre à régler la crise du logement.D\u2019autre part, en 1949, les « journées » organisées par l\u2019Union nationale des associations familiales avaient permis aux familles de donner leur point de vue sur cet angoissant problème.Ce sont tous ces travaux qui ont préparé la publication des divers textes législatifs et administratifs en faveur de la construction.Nous ne pouvons pas ici entrer dans tous les détails qui, du reste, n\u2019intéresseraient pas nos lecteurs; nous essaierons simplement de montrer les moyens utilisés par l\u2019État français pour la reconstitution de son capital immobilier: prêts, primes, allégements fiscaux.Dès avant la première guerre mondiale, la loi Ribot, puis, plus tard, la loi Loucheur avaient organisé un système de prêts de l\u2019État destinés à faciliter l\u2019accession des salariés et des personnes peu fortunées à la propriété de leur maison d\u2019habitation.De 1911 à 1939, plus de 170,000 familles étaient devenues propriétaires de leur foyer.Ces prêts, interrompus pendant la seconde guerre mondiale, ont été repris en vertu de la loi du 3 septembre 1947.En raison de la crise du logement, ils connaissent un regain d\u2019actualité.Cependant, d\u2019une part, les crédits étaient jusqu\u2019ici insuffisants, et, d\u2019autre part, en raison du coût de la construction, l\u2019apport initial laissé à la charge de l\u2019emprunteur (le cinquième du prix de revient) éloigne les familles modestes: il faut, en effet, un capital de 400,000 francs pour faire bâtir une maison revenant à deux millions.Cette année, les crédits affectés à ces prêts ont été portés à 41 milliards de francs, tandis que l\u2019apport initial est réduit au dixième du prix de revient pour les familles ayant au moins trois enfants et pour les pensionnés de guerre dont l\u2019invalidité est évaluée à 50%, sans toutefois que le montant de cet apport soit inférieur à 100,000 francs.L\u2019accession à la propriété du logis familial par le système des prêts de l\u2019État ne peut concerner qu\u2019une partie des Français, ceux qui ne vivent que du produit de leur travail.Or, dans l\u2019état actuel de l\u2019habitat, tous doivent participer à cet effort de construction, notamment ceux qui disposent de capitaux assez importants.A cet effet, viennent d\u2019être instituées les primes à la construction, qui sont un encouragement à l\u2019investissement immobilier.Ces primes seront servies par l\u2019État pendant une durée maximum de vingt ans à ceux qui, ne bénéficiant MARS 1951 On sait Vacuité du problème du logement et Vimportance de Vaide à l'habitation.Mlle Marcelle Dutheil, chroniqueur juridico-social à la Croix de Paris, expose l'effort législatif français en faveur de V habitation.pas des prêts indiqués ci-dessus, font construire, agrandir ou achever des immeubles destinés pour les trois quarts à l\u2019habitation.Elles peuvent être accordées à des personnes comme à des sociétés, et le local construit ou agrandi peut être destiné soit à l\u2019habitation personnelle du propriétaire, soit à la location.Le montant est calculé par mètre carré de superficie habitable.La surface servant de base à la prime s\u2019entend de la surface du plancher, déduction faite de l\u2019espace occupé par les gros murs et les embrasures de fenêtres.Il n\u2019est pas tenu compte de la superficie des caves ni de celle des terrasses.Et comme on vise surtout à encourager la construction d\u2019immeubles moyens, les locaux de plus de 200 mètres carrés de superficie (quand il s\u2019agit d\u2019immeubles collectifs) et de 220 mètres carrés (quand il s\u2019agit d\u2019immeubles individuels) ne donnent pas lieu à l\u2019octroi de primes.Pour les immeubles de superficie habitable inférieure à ces chiffres, les primes ne sont calculées que sur un maximum de 110 mètres carrés.Le taux de la prime est de 500 francs par mètre carré pour les constructions neuves, de 400 francs par mètre carré pour les surélévations et les additions de construction, de 250 francs par mètre carré pour les achèvements de construction.La demande en est faite en même temps que le permis de construire.Néanmoins, étant donné le coût des matériaux, il peut être difficile de posséder tous les capitaux nécessaires immédiatement.Aussi, concurremment aux primes accordés à la construction et pour les immeubles qui en bénéficient, le Crédit foncier de France est habilité à faire des prêts spéciaux.Ceux-ci diffèrent par leur importance des prêts habituels consentis par cet organisme.Ils peuvent atteindre 60% du coût des travaux, honoraires et frais accessoires compris, alors que d\u2019ordinaire le montant des prêts ne peut dépasser 50% de la valeur vénale.Ces prêts sont accordés pour cinq ans, à titre d\u2019ouverture de crédit, et consolidables par la suite en prêts de dix, quinze, vingt ou vingt-cinq ans.L\u2019intérêt est de 5.40% pour les cinq premières années; par la suite, en cas de consolidation, il ne peut dépasser 6.80%, à quoi s\u2019ajoute l\u2019amortissement du capital.Enfin des aménagements ont été apportés en matière d\u2019impôts et de droits fiscaux pour la construction.C\u2019est ainsi que l\u2019exonération de l\u2019impôt foncier pour les immeubles nouvellement construits est portée de quinze à vingt-cinq ans.Sont exonérés de l\u2019impôt sur les sociétés: les sociétés d\u2019habitation à loyer modéré, les offices immobiliers, les sociétés de crédit immobilier.Sont exonérés de la taxe proportionnelle sur les revenus 73 les emprunts émis en vue de prêts à la construction.Les droits proportionnels frappant les constructions de sociétés, les partages de logements dans les immeubles en copropriété sont remplacés par un droit fixe.Les droits de mutation pour l\u2019acquisition de terrains destinés à la construction sont réduits de moitié.La vente d\u2019immeubles construits après le 31 mars 1950 et achevés avant le 1er janvier 1956 ne donne lieu qu\u2019à un droit proportionnel réduit à 1%, et les taxes afférentes sont supprimées; et lorsque cette vente a lieu dans un délai de deux ans à partir de leur achèvement, une seconde vente donne lieu à des droits réduits de moitié.Aupa- ravant, la loi du 1er septembre 1948 avait supprimé tous les droits dus à l\u2019occasion d\u2019une donation ou d\u2019une succession d\u2019immeubles bâtis, rebâtis ou agrandis, et recueillis par les descendants.Ainsi, tout est mis en œuvre pour inciter les Français à construire.Malheureusement, jusqu\u2019ici les crédits accordés par l\u2019État sont nettement insuffisants, malgré les efforts qui viennent d\u2019être faits.Il reste encore à détruire le préjugé d\u2019après lequel sont considérées comme dépenses budgétaires des avances remboursables en vingt ou vingt-cinq ans et permettant de la sorte un surcroît d\u2019activité économique.VAINCU D\u2019AVANCE Alexandre DUGRË, S.J.LES JOURNAUX du 7 février ont rapporté l\u2019étonnant débat de la veille à Québec.Débat pénible, humiliant, défaitiste, où le ministre de la Colonisation, habile homme en d\u2019autres affaires, s\u2019est avoué vaincu d\u2019avance, impuissant à réussir l\u2019établissement de notre jeunesse rurale.Voilà cinq ans, M.le ministre Bégin proclamait une « colonisation rationnelle et progressive d\u2019après un plan neuf, un évangile de la colonisation ».Il se fait voter seize millions à dépenser en deux ans, quitte à en obtenir d\u2019autres.Il engerbe d\u2019un coup le royaume de Matagami.Tout le monde s\u2019en réjouit: enfin ça va marcher.Il a fallu déchanter.Le royaume n\u2019est pas atteint, les seize millions traînent encore: précisément, le débat s\u2019est fait à propos d\u2019une deuxième prolongation de deux ans.L\u2019on semble revenu au régime de carême de « la plus stricte économie » de M.Taschereau.Et dire qu\u2019en 1944 M.Bégin demandait de faire l\u2019opinion: « Ce qu\u2019il faut surtout au colon, c\u2019est de l\u2019argent.Pour que le gouvernement y consacre des sommes élevées, il faut qu\u2019il sente l\u2019opinion derrière lui.Faites comprendre au peuple l\u2019importance de cette œuvre.» Nous y travaillons, avec quel résultat ?Un débat navrant sur la non-colonisation, sur la défaite avalée, avouée, voulue, proposée par le général lui-même, calomniant ses troupes: « Les jeunes ne sont pas intéressés.» \u2014Les a-t-on seulement approchés?.La France a surnommé Carnot « l\u2019organisateur de la victoire ».Nous avons l\u2019organisateur de la défaite, le ministre qui prouve à la Chambre que son armée ne vaut rien, qu\u2019elle n\u2019existe pas, qu\u2019elle ne peut pas exister.C\u2019est bien ce qui se dégage du triste débat, puisqu\u2019on n\u2019arrive pas à dépenser les seize millions votés pour deux ans, avec promesse de renouvellement.De moins naïfs que nous y voyaient du n\u2019importe quoi.Nous n\u2019avons vu que de l\u2019inertie pas progressive qui rationne les travaux nécessaires de chemins: pas d\u2019argent!.de ponts: budget épuisé!.de drainage aux savanes: pas d\u2019argent!.d\u2019essouchage: crédits épuisés.Au lieu de 3,000 heures d\u2019essouchage mécanisé, les colons n\u2019en obtiennent que 500: pas de machines, pas d\u2019argent ! Au lieu de 200 génisses, on n\u2019en reçoit que 100: pas d\u2019argent! Un ingénieur Pouliot veut irriguer 100,000 acres de bonne savane en faisant sauter des chaussées de castors et des rochers entre Amos et Senneterre : impossible, pas d\u2019argent! Et les seize millions sont là, intangibles, intouchables comme des saints-sacrements.On peut appeler en témoignage les quatre actifs et affligés députés du Témiscamingue-Abitibi, ceux qui ont le plus à obtenir, vu qu\u2019ils représentent une région à créer, MM.Larivière, Lesage, Dallaire et Miquelon.Ils vivent sur place, eux, non au fond des bureaux.Ils voient les besoins réels, l\u2019urgence des réclamations, et ils se butent à un fonctionnarisme sclérosé qui répond: «Budget épuisé, pas d\u2019argent!» alors que les millions chôment et qu\u2019on manque de chemins et de ponts, que les dispendieux camions se ruinent en six mois dans les ornières, que les animaux et l\u2019outillage manquent sur les fermes et que les meilleures familles e découragent.Les seize millions dorment au parlement, comme tout le monde.Il a fallu deux lois peur prolonger deux fois de deux ans cette mesquinerie envers les plus méritants des électeurs et des Canadiens, nos fondateurs de paroisses qui voudraient enfin être diplômés cultivateurs.Mânes de Jean Talon et du curé Labelle! Proportionnellement les maigres budgets de 1867 et de 1880 consacraient beaucoup plus à la colonisation.Comparé à 1867, 1951 devrait y voter trente 74 RELATIONS millions au lieu de neuf.Les primes de $3,000 sont suffisantes, mais pas le nombre de primés; pas le budget des chemins, pas le travail d\u2019essouchage mécanisé.A qui la faute si la colonisation ne marche que sur un cylindre ?.Napoléon disait: « Il n\u2019y a pas de mauvais bataillons, il n\u2019y a que de mauvais colonels.» M.Chaloult, en vrai patriote, M.Marier, en vrai chef d\u2019opposition, ont protesté, prôné une vraie publicité, un recrutement des jeunes.C\u2019est le bon sens même.Quelqu\u2019un nous fait tenir une coupure d\u2019éditorial, non d\u2019une feuille nationaliste, mais du Herald de Montréal, s\u2019il vous plaît, qui s\u2019indigne d\u2019un tel gâchis d\u2019une race de pionniers.Citons la finale: « Le ministre ne suggère aucun moyen nouveau de persuader les Québécois hésitants de reprendre leur rôle traditionnel de défricheurs.Mais en Europe, il y a sûrement des milliers de familles agricoles qui sauteraient sur la chance d\u2019essayer le défrichement subventionné dans Québec.Le ministre et ses collègues les ont-ils considérés comme cultivateurs possibles de ces 15,000 lots?».M.Chaloult proposait des bureaux à Paris, Bruxelles et Rome, sans recevoir d\u2019échos.C\u2019est donc un journal anglais qui fait la leçon à nos chefs: si vous êtes dégénérés, trouvez du sang neuf! Toronto importe à grands frais des immigrés: le recensement approche.Québec n\u2019en veut pas, il laisse même émigrer ses enfants.Passons vite sur le regretté débat, il y aurait trop à dire sur des arguments de vaincu.Le ministre parle de 2,516 colons nouveaux, y compris femmes et enfants, bien sûr, pas du tout 2,516 lots mis en valeur: les voisins n\u2019en ont jamais tant vu, ni de paroisses neuves.Il parle de cinq paroisses dans l\u2019Islet, sans donner ni détails ni noms, et de Saint-Robert-Bellarmin, vieille mission qui a déjà possédé un curé résident voilà dix ans! S\u2019il n\u2019est resté qu\u2019un sur dix des 7,000 à 8,000 chômeurs-colons, cela vaut encore mieux que de les avoir laissés moisir en ville: le travail fait est fait.Et sachons que la plupart ont abandonné l\u2019entreprise non en déserteurs, mais en fugitifs, pour ne pas mourir et laisser mourir de faim leurs enfants.La faim chasse le loup du bois, et aussi les colons, qui ne recevaient pas alors les allocations familiales et les aides actuelles, mais seulement quelques primes, toujours en retard.« Sur les 2,516 colons placés cette année, il n\u2019en est pas revenu dix.\u2014 Tant mieux, dit M.Chaloult, mais un 50% serait déjà un succès.\u2014 Ce serait un désastre ! » Les héros ne veulent que des héros.Ce qui serait désastre dans un garage est un succès chez les hommes.Quel général ne tire du canon qu\u2019à coup sûr de tout démolir ?Une telle exigence prouve l\u2019extrême sévérité des enquêtes, des examens de colons; les refus sans nombre expliquent la rareté des chercheurs de terres.Comme pour Figaro, s\u2019il leur faut tant de vertus, ils seraient dignes d\u2019être ambassadeurs ou ministres.On ne veut pas enrichir les chemins de fer à transporter les hommes aller et retour: les transports sont réservés au bois de pulpe vers l\u2019Ontario, vu qu\u2019on n\u2019invite pas de papeteries en Abitibi.On tamise les aspirants-colons si fin que fort peu sont acceptés, et encore après tant de mois qu\u2019ils ont trouvé ailleurs du travail de journalier.Quelques chiffres: sur 500 demandes, 380 acceptées par la Société diocésaine, seulement 30 à la révision, à Québec.Ailleurs, sur 195 demandes, 34 acceptées; sur 36, 4 acceptées; 30 familles prêtes à partir ne partent plus, la saison étant trop avancée.Un rapport de Rimouski, mars 1950, tourne au réquisitoire: en trois ans, sur 4,216 demandes de lots, très peu d\u2019exaucées.On refuse des lots parce qu\u2019il n\u2019y a pas de chemins, pour compléter Saint-Nil, Trinité-des-Monts et Saint-Esprit.On refuse les cantons Varin et Asselin.L\u2019Abitibi alors: pour s\u2019y grouper, on demande un canton: refusé.On part donc pour l\u2019Ontario et la Rivière-à-la-Paix.Qui donc refuse la terre?Près de Mont-Laurier, Val-Limoges demande un rang double pour « graduer » paroisse: refusé.Et l\u2019on prétend avoir pris tous les moyens possibles, avoir fait toute la publicité ?Oh ! non, monsieur ! Il fallait même faire l\u2019impossible, qui, selon Napoléon, « est un mot dont la signification est toute relative.Chaque homme a son impossible selon qu\u2019il peut plus ou moins.L\u2019impossible est le fantôme des timides et le refuge des poltrons.Dans la bouche du pouvoir, ce mot n\u2019est qu\u2019une déclaration d\u2019impuissance ».Quand le fond manque le moins, ce sont les chefs qui manquent le plus.En principe, la propagande par les missionnaires colonisateurs serait excellente, si elle existait, si chacun d\u2019eux recevait la mission de peupler un canton, sans entraves, sans retards, sans tatillonnages de bureaux, et avec toute l\u2019aide possible en fait de réclame, de tracts à million, d\u2019excursions, de chemins, de mécanisation.Mais non, les soutanes servent plutôt de couverture: « Les missionnaires disent qu\u2019ils ne peuvent faire plus; les gens ne sont pas intéressés.Les jeunes gagnent $12 à $15 par jour.» C\u2019est un peu fort.Mais précisément, les bûcherons coopératifs veulent employer cela à s\u2019établir sur des lots.Puisqu\u2019il faut lutter contre la mauvaise attirance des villes, qu\u2019on s\u2019arme en conséquence, qu\u2019on crée un contre-courant! Le curé Labelle, dans ses affreuses Laurentides, n\u2019a pas fait le mort en plaidant que l\u2019émigration aux États-Unis était plus reluisante.Non, il s\u2019est attelé, sans avoir rien de beau, ni de $3,000 à offrir, et il a créé un diocèse.En fait de recrutement, « seize ou dix-sept sociétés diocésaines reçoivent $4,000 à $5,000 chacune par année pour la propagande ».Les missionnaires vont prêcher: excusez, mais avec le sort du sermon.Quelle conclusion suivra ?des feuillets de sollicitation pour lots ?une excursion, avec date et départ en groupe ?la certitude d\u2019être accueillis, exaucés et installés là-bas ?Non.Les missionnaires sont privés des moyens de propagande, incapables de rien garantir et découragés d\u2019avance.Occupés à autre chose, plusieurs ne font à peu près rien, MARS 1951 75 parce que ça ne sert de rien, que ça n\u2019avance à rien.Pourquoi faire désirer les raisins trop verts, trop hauts, refusés d\u2019avance ou obtenus après des mois et des mois, quand il n\u2019est plus temps ?L\u2019un avouait que, bien loin de faire de la propagande, il se cachait pour n\u2019avoir pas honte.S\u2019il y a « 12,000 à 15,000 lots prêts à recevoir 10,000 colons et que cette année en verra tout au plus 3,000 », pourquoi ne pas annoncer les lots, comme toute bonne marchandise ?Et puis, les chemins sont-ils faits ?Car on a déjà dit: « Pas de chemins, pas de colons.Donnez-nous des colons, vous aurez des lots.» C\u2019est le commerce à l\u2019envers.On parle de 1,030 milles de chemins neufs, de 80 chapelles: depuis quand?où ça?Des 5,428 milles de chemins améliorés, combien dans les vieux comtés au profit du député ?Passez-en donc 3,000 milles à la Voirie, organisée pour ça.La colonisation serait alors de la colonisation, mieux que de la voirie, et les autos se ruineraient moins vite.Le défi à M.Chaloult de recruter 50 colons dans le comté de Québec n\u2019est qu\u2019une réplique de vanité blessée.Imaginez ça, des jardiniers, des habitants de fermes trois fois centenaires, qui ne savent plus bûcher, qui placent leurs enfants à la ville, au tourisme, au fonctionnarisme.Rééditer les défis rusés de M.Taschereau, ma foi non: la question est trop grave.Rejeter la faute sur le dos des jeunes ou des prêtres, c\u2019est un alibi de politiciens, et c\u2019est une calomnie contre du bon monde.Mieux vaudrait une propagande sérieuse, et c\u2019est ce qui manque le plus.Nulle annonce dans les journaux agricoles, nulle excursion pour aller voir.Rien à la radio, rien des agronomes, rien aux pères de famille, rien aux 50,000 bûcherons, rien aux cercles de l\u2019U.C.C., rien à la J.A.C.Au grand congrès jaciste de 1947, aux Trois-Rivières, M.Bégin est absent.MM.Duplessis et Barré vantent la terre comme d\u2019habitude, sans en offrir une motte.Rien pour créer un mouvement, une croisade, et l\u2019on dit avoir tout fait.Le ministre a-t-il jamais envoyé une circulaire, un million de circulaires aux enfants d\u2019école, aux 3,000 bûcherons coopératifs, à tous les jeunes ruraux qui redoutent la caserne, qui ne veulent pas mourir pour d\u2019autres, mais qui réclament des guides et des leçons de force pour vaincre ailleurs avant de mourir ?Une vraie propagande recueillerait aux chantiers des vaillants qui rêvent d\u2019un avenir puissant, de fermes à eux, d\u2019autres choses que d\u2019être lumberjack à couper toute la vie des épinettes pour les journaux d\u2019Angleterre et de Chicago.Ces jeunes étudient en forums; ils groupent leurs désirs et leurs impuissances, ils suivraient un chef décidé.Mais non, pour eux rien, pas un bout de papier qui leur dise quoi faire et comment le faire.Ils voudraient user du possessif eux aussi.Plusieurs ont déjà essayé, fait des demandes.Contre les objections communistes, ils veulent une propriété qui ne soit pas le vol, mais le sol.Après des mois d\u2019enquête archiserrée, une réponse arrive qui n\u2019est pas encore oui.S\u2019ils ont obtenu quelque emploi, ils remettent à l\u2019an prochain, et tous les ans prochains se ressemblent.Ottawa va y voir sans aucune gêne: comme en 1940, Québec les offre en ne les établissant pas.On préférerait des héros civils, l\u2019espèce la plus rare, étant donné que l\u2019effort est continu.« La terre est malade.\u2014 Je ne suis pas son médecin », répondait un blasé.A la jeunesse rurale errante, malade, sans but, à moitié déracinée, le médecin devrait être le ministre de la transplantation au sol neuf, le ministre des hommes, des familles, de l\u2019avenir agricole nécessaire.Autrement, nous serons un peuple faussé, miné, ankylosé, copieur des petits vieux et des va-nu-pieds moraux.Nous mériterons la phrase de Bernis, avant la Révolution: « Mon Dieu, que notre nation est aplatie! Et qu\u2019on fait peu d\u2019attention à la décadence du courage et de l\u2019honneur en France! » Espérons que nous n\u2019en sommes pas là, mais voyons le danger, pratiquons l\u2019hygiène préventive que nous offre l\u2019espace vital.Outre la laideur morale, qu\u2019il faut éviter, n\u2019y a-t-il pas à craindre la petitesse de vision ?Le scandale n\u2019est pas chez les jeunes, il est dans l\u2019affreux système, les retards, les refus, les myopies égoïstes de pense-petit.Il est bien regrettable qu\u2019un gouvernement éveillé, qui pousse l\u2019industrie \u2014 plutôt étrangère \u2014 et qui bâtit beaucoup \u2014 trop cher, mais quoi ! \u2014 pour les malades et les enfants d\u2019école, ne pousse pas mieux à l\u2019agriculture nationale pour y établir les enfants grandis et les malades guéris.Si les grosses constructions rapportent immédiatement, la colonisation escompte l\u2019avenir, un avenir sans chômage ni grèves.Le cher capital humain, surtout rural, populaire en temps d\u2019élections et d\u2019expositions, qu\u2019en fait-on ensuite?Pourtant, ce sont les faiseurs de terre qui font le pays.M.Chaloult représente les vœux de la population et de l\u2019histoire en plaidant pour la conquête du sol et du nombre, devant un brain trust ruisselant de capital mouillé.Il réédite Olivar Asselin, qui prévoyait soixante-quinze paroisses nouvelles rien qp\u2019en Gaspésie, mais.« Il semble réglé pour l\u2019éternité que partout nous tournerons la meule, et que l\u2019Américain ou l\u2019Anglais empocheront la mouture.Les races menacées dans leur existence devraient au moins montrer l\u2019instinct de conservation que la Providence a départi à tous les êtres, y compris l\u2019huître, la moule et de simples larves.» Pour faire pendant à l\u2019Ontario, qui se grossit de Britanniques, de Hollandais et de tous les réfugiés angli-cisables, ne devrait-on pas ouvrir des bureaux à Paris, à Bruxelles et à Rome ?Ne pourrait-on du moins établir et placer notre jeunesse à intérêt ?Ne pourrait-on semer l\u2019argent pour récolter l\u2019or et, mieux que l\u2019or, un peuple?Sommes-nous vraiment une nation qui dégénère?Est-ce que notre politique, opium des hommes, ne pourrait pas, dans ses calculs, admettre mieux que la réélection, admettre Dieu et son règne sur la terre?.76 RELATIONS Notre pain quotidien Françoise GAUDET-SMET AU MOIS DE MAI 1943, quarante-quatre nations unies et associées furent invitées, à l\u2019appel du président L Roosevelt, à envoyer des représentants à une conférence des vivres, à Hot Springs, en Virginie.La conférence dura du 18 mai au 3 juin.Les délégués étaient pour la plupart des experts en agriculture et en nutrition.Après étude des faits, ils s\u2019entendirent sur les points suivants: 1° La production alimentaire est actuellement insuffisante à la santé des peuples; au moins les deux tiers des habitants du globe sont mal nourris.2° La science moderne de la nutrition prouve que si les peuples pouvaient obtenir la qualité et la quantité d\u2019aliments qui leur conviennent, le niveau de santé et de bien-être commun en serait considérablement rehaussé.3° Une nouvelle science de l\u2019agriculture enseigne le contrôle des productions alimentaires, et tous les agriculteurs du monde doivent s\u2019entendre pour utiliser au mieux les méthodes modernes de production.4° En elle-même, la production n\u2019est pas tout.Elle doit être distribuée selon les besoins de la consommation: d\u2019où nécessité d\u2019une économie dirigée sur le plan international, où chaque nation, restant responsable de ses propres destinées, travaillerait avec les autres dans un esprit de coopération qui assurerait la paix, la prospérité et des conditions progressives de vie améliorée.Dès le mois de juillet 1943, une commission intérimaire, présidée par M.L.B.Pearson, alors ambassadeur du Canada aux États-Unis, était chargée de préparer la constitution d\u2019une organisation permanente et de fixer les déclarations par lesquelles chaque nation adhérente reconnaîtrait son obligation de collaborer avec les autres nations, dans un effort commun pour améliorer l\u2019alimentation à travers le monde, augmenter et perfectionner la production agricole et les industries connexes, et s\u2019engagerait à faire part de ses découvertes, de ses progrès et de ses succès.Cette constitution ne serait acceptée que si elle était au préliminaire appuyée par au moins vingt nations.Économistes, experts et savants se mirent à l\u2019œuvre.Cinq substantiels rapports, préparés par des spécialistes en alimentation, en production agricole, en pêcheries, en exploitation forestière et en industries connexes à l\u2019agriculture, apportèrent des recommandations bien définies pour une action pratique.Le jour même de la capitulation du Japon, le 14 août 1945, le rapport de la commission intérimaire fut présenté; la constitution ayant été acceptée par trente pays, les invitations étaient lancées pour la première conférence d\u2019une organisation permanente: la F.A.O.(Food and Agriculture Organization).Cette conférence eut lieu à Québec, en octobre 1945: une autre conférence internationale en nos murs, mais celle-là n\u2019avait pas le caractère des entretiens Roosevelt-Churchill de 1943 et de 1944.Il n\u2019y avait plus de police militaire.Plus de censure.La guerre était finie.Il fallait organiser la paix.En avant, le beau blé des terres fécondées pour la vie et non labourées pour la mort! Le professeur André Mayer, vice-président du Collège de France, grand médecin et grand savant, président de la Commission administrative de la F.A.O., exprima le vœu que le monde entier devienne un immense cercle d\u2019étude sur Mme Françoise Gaudet-Smet, directrice du Centre socia^ de Claire-Vallée, traite d'un problème qui, réglé, ferait disparaître bien des misères : Vorganisation rationnelle de la production et de la consommation.les problèmes d\u2019alimentation.Étude.Primauté de l\u2019intelligence.Avant les actions, la coordination des idées.Sir John Bayrd Orr, intellectuel écossais, représentant aux Communes anglaises les universités d\u2019Écosse, élu président de cette Commission des vivres, a fait la déclaration suivante: « Le monde est maintenant si petit que toute guerre est une calamité universelle, que toute prospérité doit être une prospérité mondiale.L\u2019évolution du progrès humain, la prospérité agraire, industrielle et commerciale ne sont pas un rêve.C\u2019est l\u2019ouvrage de cette Commission des vivres et de l\u2019alimentation d\u2019en faire une réalité.Je serais tenté de dire que si cette organisation réussit, ce sera un miracle, mais nous vivons dans un temps de miracles.» Les miracles sont toujours possibles.Il s\u2019agit de les vouloir, de les mériter.Et tout est possible par et avec le grand Chef fédérateur de toute paix, qui a trouvé eh son temps une force atomique permanente de chaleur, de vie et de lumière, et qui ne s\u2019est pas fait prier pour en révéler la formule: Aimez-vous les uns les autres.Donnez à manger à ceux qui ont faim, que ce soit de pain ou de justice, de foi ou de charité.* * * Depuis 1945, cette organisation mondiale des vivres a accompli de la bonne besogne.Le bulletin, publié à Washington, relatant l\u2019information du travail, est d\u2019un intérêt captivant.L\u2019édition de juillet 1950, par exemple, révèle qu\u2019il y a pénurie de poisson dans l\u2019Asie du Sud-Est et que la quantité moyenne de produits alimentaires à base de protéines et de poisson dont disposent ces populations atteint à peine le tiers de ce que devrait être la ration quotidienne.En ce pays asiatique, la ration de protéines animales est fournie par le poisson plutôt que par la viande.Les spécialistes qui s\u2019occupent de l\u2019utilisation du poisson en ces contrées assurent pourtant qu\u2019on dispose, d\u2019une multitude de manières, de celui qu\u2019on peut trouver, depuis la vente à l\u2019état vivant jusqu\u2019à la transformation en une sauce limpide, presque inodore et riche en protéines.Il n\u2019est pas dit qu\u2019il y a défaut de distribution.Le mal semble être réellement dans l\u2019insuffisance de la production, mais sait-on jamais?Il y a peut-être exportation.pour les devises.Bien oui! En 1946 et en 1947, quand nous nous morfondions à envoyer à nos amis de France des vitamines en capsules, du sucre concentré et des produits nutritifs, il nous revenait, par les mêmes bateaux porteurs de nos colis, des conserves de luxe, des fruits de France, dont tout le monde se privait là-bas.pour avoir des dollars américains.Misère! que le monde est à l\u2019envers! Le blé manque en certains endroits.Il abonde en d\u2019autres.Le blé, c\u2019est pour faire du pain.Supposé.Eh bien! il y a des parasites abrutis, écrasés devant des tableaux de bourse, qui gagnent en une heure sur mille minots, par un seul jeu de chiffres, plus que le laboureur, le semeur de ce même blé ne reçoit en une saison de durs labeurs.Ce que le Créateur a fait pour apaiser la faim est plus souvent objet de spéculation, d\u2019exploitation organisées que de remède aux appétits qui appellent autour de la table.Au Brésil, on brûle du café, pour maintenir les prix qui baisseraient avec l\u2019abondance et nuiraient aux calculs des MARS 1951 77 courtiers.Aux États-Unis, des barges de fruits sont jetées aux égouts.Du blé pourrit dans des entrepôts.Et le coton moisit dans des caves.Pour nos poissons, nos fruits, nos légumes, y a-t-il défaut de production ou mauvaise éducation pour la consommation ?De Terre-Neuve aux confins du Pacifique, nos rivières et nos lacs produisent une abondance de poissons; combien en consommons-nous ?Et dans ce que nous consommons, quelle part tiennent les marques de provenance?Les sardines du Portugal ne sont pas meilleures que les nôtres, et pourtant les magasins en regorgent.Et notre saumon! Les œufs de nos esturgeons valent tous les caviars des mers de tous les Nords.Oui, mais.Trois jours de quatre-temps, avec leur exigence de repas maigres, nous désolent.Nous sommes donc bien loin du poisson tous les jours.Ce qui se fait pourtant en pays Scandinaves, producteurs comme nous de poissons variés, où chaque repas familial ou commercial contient au menu un service de poisson, ne pourrait-il pas s\u2019accomplir chez nous?Nous aurions bien moins besoin de donner de l\u2019huile de foie de morue en petites bouteilles et des capsules de foie de veau aux anémiques, si nous prenions l\u2019habitude des garnitures de foie de morue et de l\u2019huile qui s\u2019y trouve, agréablement présentées en hors-d\u2019œuvre, de la consommation des sardines du Nouveau-Brunswick, comme celle des huîtres et des homards, des moules, des coques, des bigorneaux et de tous ces délicieux coquillages qui ont vécu dans nos eaux et qu\u2019on peut trouver facilement quand on les cherche.Les peuples asiatiques du Sud-Est crient leur faim de poisson, en même temps qu\u2019ils demandent les lumières de spécialistes pour un programme d\u2019hybridation de leur riz.Nous avons des poissons en abondance, les meilleures céréales de blé et d\u2019avoine, des patates en veux-tu en v\u2019ià, des pommes à ne pas savoir quoi en faire, du lait, du beurre, des œufs.Mais il se vend de plus en plus d\u2019eaux gazeuses et autres saloperies du même calibre.Quelqu\u2019un qui a toujours soif est mal nourri.Les hôpitaux regorgent de malades qui ont l\u2019estomac à l\u2019envers, le foie atrophié, les nerfs détraqués.Dans la hiérarchie des œuvres de miséricorde corporelle, « donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif », la table, justement, \u2014 c\u2019est avant l\u2019hôpital et le salon funéraire.Il faudrait commencer par le bon bout^ dans la distribution des budgets et tout ce qui s\u2019ensuit.Éducation.Routines à changer.Habitudes à installer.Il n\u2019y a pas qu\u2019une petite révolution à accomplir! Mais c\u2019est faisable.Tous les miracles ont besoin d\u2019être « organisés ».Quand est- ce qu\u2019on commence ?SPIRITUALITÉ JOURNAL D\u2019UNE CONFESSION Luigi d'APOLLONIA, S.J.Vendredi 22 décembre.\u2014 En sortant du bureau, Jacques m\u2019a souhaité joyeux Noël.Puis: « Je m\u2019en vais à confesse.Ça durera ce que ça durera.» Je suis incapable de me confesser de la sorte.Noël.\u2014 Je n\u2019ai pas communié.C\u2019est la première fois de ma vie que je ne communie pas à Noël.J\u2019ai fait un acte de contrition.Mardi 2 janvier.\u2014 Péché de nouveau.Satiété.Dégoût.C\u2019est vrai que beaucoup le font.Mais enfin.suis dégoûté.Bah! quelques jours et je ne ressentirai plus rien.C\u2019est cette atmosphère de Noël et de Jour de l\u2019An.Lundi 8 janvier.\u2014 Même péché, même écœurement.Vais-je en sortir?J\u2019ai commencé un acte de contrition., n\u2019ai pu le finir.Il ne faut pas que je m\u2019énerve.Beaucoup le font.Le rapport Kinsey le prouve scientifiquement.Il ne faut pas s\u2019énerver comme un enfant de chœur.Ce n\u2019est pas si grave.Les protestants ne se confessent jamais.Dimanche soir 14 janvier.\u2014 Merveilleuse fin de semaine de ski.Je me sens tout neuf.La neige était comme une absolution.(Pourquoi cette comparaison?) Je me demande jusqu\u2019à quel point la conscience morale est un état physique.Éatigué, tout est noir; reposé, tout est gai.Liaison entre conscience et état physique: les dyspeptiques, les diabétiques, les hépatiques, les sanguins, haute pression, basse pression, etc., sans parler des hérédités.L\u2019homme est un tout; au collège on nous enseigna l\u2019union substantielle de l\u2019âme et du corps.Le remords est en grande partie un état physique comme le mal de tête, une écharde dans le doigt, une poussière dans l\u2019œil.Lundi 15 janvier.\u2014 Oui, mais la tête proteste contre le mal, la chair proteste contre l\u2019écharde, l\u2019œil proteste contre la poussière.Et la conscience proteste contre le péché.Pourquoi n\u2019y ai-je pas pensé ?Jeudi 18 janvier.\u2014 Fini la lecture de Naissance de l\u2019Odyssée de Jean Giono, un roman-poème.« Certes, pour Ulysse, les chutes se faisaient avec son agrément; point n\u2019était besoin d\u2019étouffer les hurlements de la conscience, cette sauvage elle-même s\u2019était à la longue apprivoisée.» Je n\u2019en suis pas là heureusement, mais l\u2019éclair d\u2019un instant, j\u2019ai comme désiré.Cet état que décrit Giono, n\u2019est-ce pas ce que les théologiens appellent l\u2019endurcissement, la plus terrible des malédictions?Le pécheur choisit d\u2019être en butte éternellement aux vengeances divines.Giono est un païen, un dieu Pan qui joue de la flûte dans la forêt.Mais il y a une âme de vérité dans toute erreur: la conscience crie parfois inutilement.On s\u2019habitue à tout.Du reste, la répression de tout instinct sexuel engendre des phobies, des névroses, des maladies physiques et mentales.Vendredi 19 janvier.\u2014Pourquoi ai-je écrit cela hier?J\u2019en ai honte.Quel médecin sérieux a jamais osé écrire que la chasteté nuit à la santé ?Les maladies dites honteuses ne proviennent certes pas de la bonne conduite.J\u2019ai honte d\u2019avoir écrit cette phrase.D\u2019ailleurs, que venait-elle faire là ?Je cherche à légitimer ma conduite.Je drogue ma conscience.Je commence à penser comme je vis.Les molles musiques de Gide chantent à ma mémoire: « Commandements de Dieu, vous avez endolori mon âme.Commandements de Dieu, serez-vous dix ou vingt ?» Des appels à Nathanaël m\u2019obsèdent: « Attentes.Attentes; fièvres, heures de jeunesse en allées.une ardente soif pour tout ce que vous appelez péché.» Je suis né pour la défaite.L\u2019enfant prodigue regrettait les gousses que mangeaient les pourceaux.Je dois être fatigué.Il me faut des distractions.Cinéma.Club.Est-ce que j\u2019irai voir le Père Paul, mon camarade?.Faudra briser ?78 RELATIONS Mardi 30 janvier.\u2014 Suis très calme, ces jours-ci.Il est indéniable que l\u2019éducation aiguise la conscience, peut la rendre trop sensible, voire scrupuleuse.Les Chinoises se cachent les pieds; des négresses, les oreilles.L\u2019éducation fait souvent l\u2019occasion de péché.Mercredi des Cendres, 7 février.\u2014 Été aux cendres au Gesù.La morale de notre enfance était vraiment simple.L\u2019origine de la vie: « Qui vous a créé?» La fin de la vie: « Pourquoi Dieu vous a-t-il créé ?» Péché mortel, péché véniel.Trois conditions pour le péché mortel: matière grave, connaissance suffisante, plein consentement de la volonté.Il n\u2019y a donc pas uniquement la matière grave.Ce serait d\u2019une psychologie trop sommaire! Il y a aussi et en même temps le plein consentement de la volonté.On sait aujourd\u2019hui que l\u2019alcoolisme peut être une maladie; la paresse et la jalousie également.Quel éclat de rire eût provoqué cette affirmation il y a vingt-cinq ans?Paresse, égoïsme, mensonge, vol s\u2019expliquent par un retard mental, un déséquilibre dans la croissance, une sensibilité refoulée ou déviée, l\u2019hérédité, le milieu, le moment.Le péché est collectif autant que personnel.Dans le domaine surtout de l\u2019affectivité, dés sentiments, des comportements sociaux, de la sexualité, la pleine santé est rare, toujours fragile.Des éducateurs vont jusqu\u2019à dire que l\u2019enfant normal est l\u2019exception.J\u2019ai même entendu le Père Paul (faudrait que j\u2019aille le voir.) dire qu\u2019il y a beaucoup moins de péchés mortels qu\u2019on ne le croit.Les mille et une sources d\u2019un acte sont cachées dans les replis des gènes.Dieu seul scrute les reins et les cœurs.Alors, où est le plein consentement ?Dimanche 18 février.\u2014 Dans le Nord, nous nous sommes chamaillés.Les amants finissent toujours par se quereller dans quelque chambre d\u2019hôtel.En profiter pour me confesser?Suis encore trop faible pour me séparer.Vendredi 23 février.\u2014 Responsabilité diminuée ne veut pas dire responsabilité éliminée.Mais qui me dira où commence le plein consentement de la volonté ?Le prêtre ?Les prêtres de ma paroisse ?Mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils savent de moi ?S\u2019il n\u2019y a pas plein consentement, le péché mortel est douteux; or personne n\u2019est tenu de confesser un péché douteusement mortel.Débat intérieur.Confusion.Je ne vois plus clair.Est-ce parce que je ne veux pas voir clair?J\u2019ai fermé les volets, baissé les stores, et puis m\u2019étonne d\u2019être dans le noir.Samedi 3 mars.\u2014 Trop froid pour faire du ski dans le Nord.Lu le livre à succès Peace of Mind.Cela explique.mais cela ne me pardonne pas.Il y a en moi des complicités pour le bien, des résistances au mal, des soifs secrètes.Je veux prendre mes responsabilités et ne pas jeter le blâme de mes actes sur mes parents, les lois de Mendel, le milieu de vie, le subconscient, le lait, que sais-je encore?Je tiens à être responsable de mes actes.Je sais bien que je ne suis pas un malade, un cas de pathologie.Voici où j\u2019en suis: je veux et je ne veux pas être pécheur; je veux le péché et je veux le pardon.En même temps.Mais au moins, que je cesse de chercher le moyen de ne pas appeler le péché le péché! Jeudi 8 mars.\u2014J\u2019ai téléphoné au Père Paul.Mercredi 14 mars.\u2014 Longue conversation hier soir avec le Père Paul.Je n\u2019ai rien laissé voir, mais le sujet est tombé sur le péché.Je me demande s\u2019il a deviné.Il m\u2019a expliqué comment le dogme chrétien nous invite à voir dans la concupiscence bien autre chose que des morsures du « serpent » ou des caresses de « l\u2019ange de lumière », une inclination permanente au péché dans notre nature même.L\u2019examen des profondeurs de l\u2019âme révèle le véritable désordre de notre vie intérieure; l\u2019exploration des complexes, combien doit être radicale l\u2019ascèse chrétienne, la purification chrétienne.Il faut purifier jusqu\u2019aux sources de l\u2019être.Si la vie ne suffit pas pour cette purification, le purgatoire y verra.Rien de souillé n\u2019entrera au royaume des deux.Le péché s\u2019oppose plus à la sainteté que l\u2019être au néant, de sorte que c\u2019est un plus grand miracle d\u2019absoudre les péchés que de dire au paralytique: Lève-toi et marche.C\u2019est un plus grand miracle d\u2019effacer les péchés que de créer.Le pardon ne signifie pas que Dieu détourne son regard de mon péché, qu\u2019il oublie miséricordieusement; le pardon signifie que je ne suis plus pécheur, que je ne suis plus coupable.Défauts et qualités sont comme inextricablement mêlés.Parabole du bon grain et de l\u2019ivraie.Prendre garde de ne pas arracher le bon grain en même temps que l\u2019ivraie.La liberté n\u2019est pas une chose donnée une fois pour toutes.Je ne puis être libre que par un constant effort pour le devenir et le demeurer.Courage calme, patient, quotidien pour se discipliner, se dépasser, devenir complètement soi.« Mon Dieu, aidez-moi.Je suis un pécheur.» J\u2019ai fait un acte de contrition.Dimanche des Rameaux, 18 mars.\u2014Je n\u2019ai pas voulu regarder mon péché en face; c\u2019est tellement clair aujourd\u2019hui.J\u2019ai voulu contre Dieu mon point de vue, le point de vue de ma passion.Vendredi Saint, 23 mars.\u2014 Chemin de croix à Notre-Dame.Pécher, c\u2019est non seulement faire du tort à un homme, à une femme, à une cause, à la vérité, à la justice; c\u2019est non seulement violer l\u2019éternelle loi morale, qui nous laisse d\u2019ailleurs froids comme nous laisserait froids Dieu lui-même, s\u2019il n\u2019était que le grand X ou l\u2019axiome éternel; pécher, ce n\u2019est même pas offenser le Dieu trois fois saint; pécher, ce sont les clous dans ces mains., la couronne d\u2019épines sur cette tête., la lance dans le côté.Pécher, c\u2019est mépriser l\u2019Amour crucifié.Samedi Saint, 24 mars.\u2014 Jacques a fait sa confession de Pâques.« Ça durera ce que ça durera.» Les mêmes mots qu\u2019il y a trois mois! Je lui ai dit: « Qui donc penses-tu que tu trompes ?La confession, Jacques, est contrition avant d\u2019être aveu.» J\u2019étais surpris de m\u2019entendre parler ainsi.Je n\u2019ai pas osé en dire plus long.Pâques.\u2014 Alleluia ! Confessé.Communié.Délivré.Vivant.Comment ai-je pu croire que ce serait impossible ?.RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Albert Plante Rédacteurs :\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 MARS 1951 79 LES LIVRES ANNÉE SAINTE Dr Louis-Philippe Roy: Pèlerinage à Rome.Année sainte 1950.Deuxième édition.\u2014 Québec, l\u2019Action sociale, 1950.198 pp., 20 cm.T ES PÈLERINS de l\u2019Année sainte, qui ont parcouru en deux mois plusieurs pays d\u2019Europe pour se rendre à Rome, sont revenus avec des malles et une tête pleines de souvenirs.La rapidité du voyage ne laissait guère le temps de ranger la cueillette des « magasinages » et encore moins de classer dans sa tête les impressions et les souvenirs.Le Dr Louis-Ph.Roy, dans son Pèlerinage à Rome, s\u2019est imposé la tâche de faire pour nous ce classement difficile.Il nous offre sur les pays entrevus les renseignements qui méritent mémoire et nous aide à approfondir, en les analysant, des impressions reçues à dose massive, qui seraient pour cela restées confuses pour le plus grand nombre des voyageurs.Philippe Bélanger.Maison Bellarmin.QUESTIONS RELIGIEUSES G.Bardy, M.Carrouges, B.Dorival, J.Guitton, Ch.-V.Héris, C.Spicq: L'Enfer.\u2014Collection « Foi Vivante ».Paris, Editions de la Revue des Jeunes, 1950.360 pp., 18.5 cm.CA SAINTETÉ PIE XII disait: « La prédication des pre-^ mières vérités est devenue plus que jamais nécessaire.Même la prédication sur l\u2019enfer.Sans doute, il faut traiter ce sujet avec dignité et sagesse.Mais quant à la substance de cette vérité, l\u2019Église a devant Dieu et devant les hommes le devoir de l\u2019annoncer sans aucune atténuation, telle que le Christ l\u2019a révélée, et il n\u2019y a aucune circonstance de temps qui puisse diminuer la rigueur de cette obligation.Elle lie en conscience le prédicateur.Le désir du ciel est un motif plus parfait, mais il n\u2019est pas pour tous le plus efficace.» Les auteurs de ce livre savaient-ils cette parole ?En tout cas, ils y acquiescent assez en mettant dans un livre comme tous les livres cette matière trop vaste pour un sermon ou trop inaccessible à plusieurs dans les colonnes d\u2019un gros dictionnaire ou d\u2019un manuel spécialisés.Œuvre de vulgarisation?Plutôt de haute vulgarisation; je veux dire: sans appareil trop scientifique, et avec les quelques pages difficiles qu\u2019il faut pour flatter le lecteur qui repense toute chose.Michel Carrouges étudie les images de l\u2019enfer dans la littérature; C.Spicq expose la révélation de l\u2019enfer dans la sainte Écriture; Gustave Bardy, les Pères de l\u2019Église en face des problèmes posés par l\u2019enfer; Ch.-V.Héris, le dogme de l\u2019enfer et la théologie; Bernard Dorival, l\u2019enfer dans l\u2019art; et Jean Guitton, l\u2019enfer et la mentalité contemporaine.Ça nous semble complet.Mais il importait surtout qu\u2019on s\u2019inspirât de cet exergue de Bossuet à la dernière étude: « La première qualité d\u2019un homme qui étudie les vérités saintes, c\u2019est de savoir discerner les endroits où il est permis de s\u2019étendre et ceux où il faut s\u2019arrêter tout court, à cause des bornes où est resserrée notre intelligence.» Et ce livre serait déjà utile s\u2019il ne faisait que montrer le bon cas qu\u2019on y fait de cette urgente vérité: il est encore sage et noble de se soumettre à l\u2019autorité du Magistère et aux obscurités du mystère.L\u2019infatuation ne trouve pas son compte à exposer ou à recueillir les paroles pourtant décisives du Christ sur l\u2019enfer ?Le trouve-t-elle davantage dans son enfer trop expliqué?(Je dis « trop », trop exclusivement.) Car l\u2019enfer expliqué, c\u2019est le péché expliqué; et le péché expliqué, c\u2019est Dieu expliqué.Et un Dieu tout expliqué, qu\u2019est-ce ?Un faux dieu, je pense; et sa religion, un malentendu.J\u2019aime donc que, dans notre livre, on n\u2019ait guère qu\u2019à la fin donné la parole à l\u2019inquiet ou à l\u2019adversaire.Au risque, peut-être, d\u2019avoir l\u2019air de lui donner le dernier mot; alors qu\u2019en fait on lui avait déjà répondu dans les expositions précédentes, ainsi plus sereines, se souvenant que la controverse n\u2019a jamais converti personne.Enfin, défendrai-je un peu les prédicateurs trop dantesques de l\u2019enfer contre Michel Carrouges ?Pas plus qu\u2019il ne faut, puisqu\u2019au début c\u2019était avec satisfaction que je transcrivais Pie XII: « Il faut traiter ce sujet avec dignité et sagesse.» Mais quand on nous cite le cas d\u2019un homme retourné contre la religion par tel sermon sur l\u2019enfer, je voudrais qu\u2019on répondît d\u2019abord à des questions comme celles-ci: ce sermon, une cause?une occasion ?ou un prétexte peut-être ?Ou, du moins, qu\u2019on rangeât à côté la statistique si possible des âmes affermies par 1\u2019 « application des sens » sur l\u2019enfer de saint Ignace ou la « vision de l\u2019enfer » de sainte Thérèse, textes assez dantesques si l\u2019on veut et pourtant bien connus du Magistère.Paul Bélanger.Masion Bellarmin.QUESTIONS SOCIALES XXVIIe Semaine Sociale Wallonne 1945: Libération de la personne humaine.\u2014 Texte des leçons.Courtrai, Imprimerie Vooruitgang.137 pp., 21 cm./^E VOLUME renferme le texte des huit leçons données à Louvain en 1945.Parmi ces leçons sont particulièrement à recommander, tout d\u2019abord, celle du chanoine Jacques Leclercq sur le Personnalisme chrétien et celle du chanoine Cardijn sur la Restauration des valeurs morales, puis les trois leçons suivantes, plus techniques, portant sur des sujets de grande actualité: La personne et l\u2019État, par Pierre Harmel, Un meilleur ordre économique, par Henri Pauwels, La réforme du salariat, par François Cracco.Cette dernière leçon aborde le problème difficile de la participation des travailleurs à la propriété, à la gestion et aux bénéfices de l\u2019entreprise.Tout en déclarant nécessaire la réforme de l\u2019entreprise, l\u2019auteur y va avec prudence: « Gardons-nous, dit-il, d\u2019expériences qui, faute d\u2019avoir été suffisamment préparées et de bénéficier du climat requis, pourraient porter un préjudice grave à ces délicats équilibres psychologiques dont la vie économique et ses progrès dépendent à un degré que l\u2019on ne saurait assez mettre en évidence.» Richard Arès.André Dagenais: Restauration humaine.\u2014 Montréal, Fides, 1950.513 pp., 21.5 cm.JD EST AUR AT ION HUMAINE de M.André Dagenais nous ¦* présente une conception politico-sociale en fonction de l\u2019homme.Ici la véritable fin de la personne prime tout et influence l\u2019organisation de la société.Rien de surprenant, puisque la cité, prenant racine dans l\u2019indigence et la richesse de l\u2019homme, dans son besoin de recevoir et de donner, doit, en définitive, être au service de celui qui peut seul être formellement au service de Dieu, fin de l\u2019univers.La conception individualiste-libérale, à caractère quantitatif, a pratiquement négligé cette grande vérité, si elle ne l\u2019a pas complètement ignorée.Il faut s\u2019en libérer.La conception communiste-athée, en définalisant l\u2019homme, définalise la famille, la société civile, les biens terrestres.Elle est foncièrement antihumaine, anti-sociale, avant d\u2019être anti-religieuse.Entre les trois conceptions, l\u2019option est facile.L\u2019ouvrage contient trois grandes parties, à caractère historico-philosophique.La première, « Politique latine », nous fait connaître la pensée politique latino-américaine dans sa gestation et son progrès.Elle s\u2019oriente, à ce qu\u2019il semble, vers une restaurations humaine.« Confédération bolivarienne » et « République de la Plata » en témoigneront suffisamment.La deuxième partie, « Démocratie organique », est une exposition heureuse de la doctrine sociale de l\u2019Église, doctrine fondée sur lajoi naturelle, et rappelle les fonctions de la propriété privée, de l\u2019État, du travail et de l\u2019organisation professionnelle.Pour clore pratiquement cette seconde étape, un dernier chapitre voudrait orienter plus efficacement vers le bien personnaliste la politique organique du Québec et influencer ainsi le Canada entier.Une troisième partie, « Triadologie », s\u2019efforce d\u2019enraciner dans la métaphysique, vraie ou fausse, les principaux régimes sociaux.La véritable démocratie organique devra évidemment te nourrir de vérité (pour être respectueuse de la liberté humaine 80 RELATIONS et la guider) et par conséquent posséder une juste conception de s\u2019être et de la vie.La reconnaissance de la dignité de la personne humaine et de sa fin commande tout.L\u2019auteur le sait et en tient compte.Pour le reste, l\u2019intuitif, qui sait lire les relations profondes entre les êtres réels, logiques ou fictifs, trouvera matière à exercer son jugement.Un approfondissement de la doctrine homiste l\u2019aidera certes à faire le point.Le lecteur sérieux ne regrettera pas de suivre la pensée de l\u2019auteur du commencement à la fin, de réfléchir avec lui et même de discuter.En tout cas, il ne pourra s\u2019empêcher d\u2019admirer l\u2019ordonnance de ce travail, sa forme impeccable, son caractère bienfaisant et apostolique.Napoléon Rancourt.V Immaculée-Conception, Montréal.PSYCHOLOGIE Louis JUGNET: Un psychiatre philosophe, Rudolf Allers ou l\u2019Anti-Freud.\u2014 Paris, Éditions du Cèdre, 1950.174 pp., 18.5 cm.Prix: 210 fr.CE LIVRE vise à donner une idée sommaire mais exacte de l\u2019œuvre d\u2019un psychiatre catholique contemporain.Trois chapitres: l\u2019un négatif, la critique du freudisme; deux positifs, une théorie de la névrose et du caractère.Le Dr Allers reconnaît-il sa pensée dans cette interprétation ?On n\u2019en peut douter en considérant le passage suivant d\u2019une lettre adressée à L.Jugnet: « En tant qu\u2019un auteur est juge de son œuvre, il me semble qu\u2019on n\u2019aurait pas pu présenter mes idées d\u2019une manière plus claire, ni les résumer aussi bien en si peu de lignes.» L\u2019opposition du Dr Allers à la psychanalyse est catégorique.On peut s\u2019en rendre compte en lisant cet extrait reproduit d\u2019après l\u2019original anglais: « Psychoanalysis is profoundly materialistic and cannot hold any other philosophy.There are some who imagine that they can believe in the truth of religion and the truth of psychoanalysis without becoming guilty of self-contradiction.It has been pointed out, both by Catholic and Protestant authors, that psychoanalysis is basically antichristian.There is no way out of this dilemma : one either believes in Christ or in psychoanalysis » {The Successful Error, pp.197-198; cité par L.Jugnet, pp.57-58).Que faut-il penser d\u2019un jugement aussi clair et aussi intransigeant, de la part d\u2019un auteur renommé, docteur en médecine et en philosophie scolastique, dont quarante ans d\u2019études psychiatriques et trente ans de pratique psychothérapeutique ont consacré la réputation ?Il semble pour le moins manquer de nuances.En somme, la position du Dr Allers se ramène à ceci: la doctrine freudienne est fausse, parce qu\u2019elle s\u2019appuie sur des principes philosophiques matérialistes et qu\u2019elle est constituée de nombreuses conclusions arbitraires non prouvées; or la psychanalyse est étroitement solidaire de la doctrine freudienne.Passons sur la proposition majeure de ce raisonnement, très discutable.La mineure ne s\u2019impose pas d\u2019elle-même, sans distinctions.Si l\u2019on entend par « psychanalyse » la recherche scientifique du subconscient, on n\u2019a pas le droit d\u2019affirmer qu\u2019elle est solidaire d\u2019une doctrine matérialiste.Car c\u2019est tout le problème du savoir humain qui est en question.Aucun objet naturel ne peut être exclu à priori du champ de l\u2019intelligence, pour la simple raison que son objet formel est l\u2019être.Surtout quand il s\u2019agit de l\u2019homme, rien de ce qui peut enrichir notre compréhension de sa personne ne doit être négligé.Si l\u2019on entend par « psychanalyse » les formes actuelles de cette recherche scientifique du subconscient, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019apporter de sérieuses réserves.Il y a malheureusement, en ce domaine comme en tout autre, des incompétents qui abusent du mot « scientifique » pour mieux couvrir leur ignorance ou leur suffisance.Mais il y a des psychiatres compétents, théoriciens et praticiens, qui s\u2019appliquent à utiliser leur méthode avec discernement et prudence.Ils sont cependant portés à oublier l\u2019unité complexe des hommes historiques que nous sommes, tout imprégnés, dans les fibres les plus cachées et les plus essentielles de notre être, de matérialité et de spiritualité, d\u2019affectivité et de rationalité, de naturalité et de surnaturalité.Que de fois, dans leur souci de déterrer les racines les plus lointaines de la conscience, ces « médecins », avec une entière bonne foi en mettant les choses au mieux, ne soupçonnent même pas la présence des mains divines travaillant, dans la plus riche comme la plus pauvre, dans la plus intacte comme la plus déchue des %NfRALENRTUI# VICHY Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime « triste » ?Inutile, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action spécifique, bien connue, stimule les multiples fonctions du foie, exerce un effet des plus salutaires sur le système digestif en général, et constitue un excellent diurétique.Demandez l'avis de votre médecin.£ LES TB N S EAU MINÉRALE NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez « CELESTINS \u2022 Powi ffa ' CE LEST MARS 1951 Les travaux d'acier et d'armature du Centre paroissial de l'Immaculée-Conception ont été exécutés par J.-R.DESMARAIS DUpont 5651 10515, boulevard des Ormes Montréal Maison fondée en 1900 N.OUELLETTE & FILS Ferblanterie \u2022 Couverture \u2022 Ventilation Couvertures en gravois garanties pour 10 ans BEIair 2275 4477, avenue COLONIALE MONTRÉAL VOUTES ET COFFRES-FORTS D\u2019ACIER Ventes et entretien Tabernacles - Troncs d\u2019aumônes Mettez vos dossiers, documents, etc., à l'abri du feu et des voleurs.Gardez en lieu sûr vos offrandes.Protégez les vases sacrés, les vêtements liturgiques, les registres des naissances, mariages et décès.Demandez renseignements J.6cJ.TAYLOR LIMITED TORONTO SAFE WORKS 145, rue Front (est), Toronto MONTRÉAL WINNIPEG VANCOUVER MONTREAL TERRA COTTA LIMITED Président: H.HECTOR DESJARDINS Vice-Président: M.CHARLES PERRAULT Directeur-Secrétaire: M.HUBERT ROCHELEAU Salle de ventes: Chambre 901, Édifice Dominion Square 1010 ouest, rue Sainte-Catherine, Montréal Téléphone: MArquette 1816-6912 Usines: Lakeside (Pointe-Claire), P.Q.Tél.: Pointe-Claire 2236 Deschaillons-sur-Saint-Laurent, P.Q.Tél.: Deschaillons 13 personnes humaines, au développement de sa vie surnaturelle par le jeu quotidien des éléments de sa vie: éléments extérieurs ou intérieurs, conscients ou inconscients! La psychanalyse se propose un but élevé: contribuer à l\u2019épanouissement équilibré d\u2019une personne, par la maîtrise de son affectivité, en illuminant les ténèbres du subconscient.Tous s\u2019entendent sur les deux premières parties de ce programme.Une personne humaine est elle-même lorsque ses puissances sont développées normalement; et il ne semble pas que cette harmonie puisse exister, du moins d\u2019une façon stable, si l\u2019affectivité n\u2019est pas disciplinée.Le point délicat est justement de savoir si une trop grande attention sur le subconscient n\u2019est pas plus nuisible qu\u2019utile, pour la conquête de soi.Voilà pourquoi les conclusions du Dr Allers, si outrancières qu\u2019elle puissent nous paraître, nous mettent du moins en garde contre les dangers d\u2019une méthode qui, mal employée et trop employée, loin de nous élever, peut nous « déshumaniser ».Jean-Paul Dallaire.U Immaculée-Conception, Montréal.COMMUNISME Béla JUST: Un procès préfabriqué: l'affaire Mindszenty.Préface de François Mauriac, de l\u2019Académie française.\u2014 Paris, Editions du Témoignage Chrétien, 1949.196 pp., 19 cm.I\u2019A.A FAIT une analyse serrée des documents ayant trait au ' procès du cardinal Mindszenty.Après la brillante préface de M.François Mauriac: « l\u2019Assassiné vivant », deux courts chapitres pour présenter le cardinal (13-23), et décrire son arrestation (25-33).Vient alors une étude très fouillée du « Livre Jaune » (35-61) et du procès lui-même (63-118).Puis, l\u2019A.examine les « essais d\u2019explication » : il montre les contradictions des publications officielles, étudie l\u2019attitude de l\u2019accusé et l\u2019objectif du procès (120-148).En appendice, un court résumé de C.-P.FABIEN Limitée 2471, rue Sainte-Cunégonde, Montréal Wl.5136 Manufacturier de réfrigérateurs de tous genres: institutions hôpitaux, etc.ÉQUIPEMENT FRIGORIFIQUE POUR INSTALLATION COMMERCIALE C.-P.FABIEN Limitée a vendu et installé l'équipement frigorifique à la Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest NOUS AVONS la RÉPONSE à vos PROBLÈMES de RÉFRIGÉRATION 82 RELATIONS l\u2019activité du cardinal durant les cinq ans qui précédèrent son arrestation.On n\u2019avait jamais douté, au Canada, de l\u2019innocence du cardinal; on n\u2019avait peut-être pas sondé l\u2019ablme d\u2019hypocrisie dans lequel sombrèrent ses persécuteurs.La figure de a l\u2019assassiné vivant » paraît, dans ces pages, plus belle que jamais.Quant à ses « assassins », ils donnent l\u2019impression de petits faussaires, qui se sont misérablement souillés en voulant flétrir une majesté.Joseph-H.Ledit.Roger La TU: L'Église derrière le rideau de fer.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1949.158 pp., 18.5 cm.C\u2019EST une description de la persécution religieuse où dominent les Soviets.Douze pages vont à l\u2019U.R.S.S.; on y trouve en particulier d\u2019intéressants détails sur les deux églises françaises: Notre-Dame-de-France à Léningrad, Saint-Louis-des-Français à Moscou (p.7-19).Le deuxième chapitre décrit « la tragique agonie des pays baltes »; il y est surtout question de la Lithuanie (20-34).Puis, c\u2019est « l\u2019asphyxie de l\u2019Église de Pologne» (35-55), « le drame tchécoslovaque » (56-67), «l\u2019alignement de la Roumanie » (68-88) où il est question delà suppression des catholiques de rite oriental, « la Hongrie dans l\u2019étau communiste » (89-107), « le douloureux calvaire de l\u2019Église yougoslave » (108-132), « la guerre de religion en Albanie » (133-137), « la Bulgarie dans le sillage de Moscou » (138-151).Viennent encore trois pages sur « le paganisme chinois » et deux autres conclusions.La chronique de l\u2019A.ne dépasse pas novembre 1948.Elle est très précieuse pour nous faire comprendre la première étape de la persécution: les renseignements sont abondants et précis.L\u2019année 1949 fut, pour l\u2019Église derrière le rideau de fer, une année aussi terrible, et 1950 ne vaut guère mieux.Espérons que M.Latu mettra sa chronique à jour.Ces catholiques persécutés, en effet, sont comme nous membres du Corps mystique, et leur sort doit nous intéresser autant que notre propre salut.Joseph-H.Ledit ROUTE Les Équipiers de Saint-Michel: Partîmes.Préface du R.P.Paul Doncœur, S.J.Dessins de René Richard.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1950, 212 pp.C\u2019EST LE LIVRE de bord d\u2019une aventure., comme le suggère le titre, pris aux Relations de Cartier.Né d\u2019une expérience neuve de route, de campement, de contact, il en garde la saveur et la variété.L\u2019avant-propos, du directeur des équipiers, indique bien nettement le sens et la portée du livre: « Jamais la prévision ne les effleura (les équipiers) qu\u2019un livre sortirait, Dieu sait comment! de leurs courses.Ils écrivent beaucoup, en vérité, à la suite de pareilles aventures, parce qu\u2019ils sont tout pleins d\u2019impressions et d\u2019idées qui, sous le choc de la méditation, ne demandent qu\u2019à jaillir.Les articles et les carnets se multiplient; les archives s\u2019accumulent.Puis, à la longue, de soi-même, un choix s\u2019opère, un ordre apparaît, le tout se constitue des parties jusque-là disparates.Le bouquin est fait.Il vaut ce qu\u2019il vaut.Les jeunes s\u2019y retrouveront, car c\u2019est un document vivant de leur pensée, à l\u2019heure présente.Ceux qui l\u2019ont écrit l\u2019ont d\u2019abord vécu.» (P.19.C\u2019est nous qui soulignons.) Il est sûr qu\u2019il se dit des choses absolument neuves, ici et là, à travers le récit.L\u2019expérience de la route, le contact avec la nature, le sens d\u2019une culture canadienne sont particulièrement bien explorés.Je songe, par exemple, aux chapitres intitulés: Prologues (pp.27-29), Vacances (37-43), Temporel (111-119), et à toute la dernière section: Bienvenue (175-198).Le reproche le plus sévère qui puisse atteindre Partîmes est celui d\u2019une discontinuité \u2014 parfois déconcertante \u2014 de tonalité.Le style, souvent si neuf, s\u2019accorde parfois à des musiques plus anciennes, à des nonchalances romantiques même.Mais on lui pardonne cela à cause des si belles pages que j\u2019ai mentionnées, en raison de la vigueur et de la bonne santé qui fusent constamment.Julien Harvey.Maison Saint- Joseph, Sault-au-Récollet.MARS 1951 Nouveaux prix : Majoration forcée Le cartable, jeu de 12 cordes\t$1.90;\tpar\tla\tposte:\t$2.00 La reliure des 12 numéros de l\u2019année\t$2.25;\t»\t»\t»\t$2.50 La Table des Dix Ans, reliée\t$1.35;\t»\t»\t»\t$1.40 Provincial Metal Strip Co.Ltd.Man ufacturier-Poseur Coupe-froid Métallique Encadrement Métallique pour double vitrage Ciment plastique Aussi Distributeur de BALANCE À SPIRALE UNIQUE 5675, rue Christophe-Colomb\tVI.4344 AMherst 3350 La Compagnie Mercure Quincaillerie 2134, rue Rachel Est\tMontréal 83 HOMMAGE DE THÉO.LAMARRE & CIE LIMITÉE Entrepreneurs-peintres 2319, RUE DESORMEAUX CL.6364 SAVON MAJESTIC SOAP\t LTÉE - LTD\t Fabricants des produits\tLaVeNeT A.-D.Roy, président\t ?\t ATTENTION\tPRODUITS SPÉCIALE\tDE LAVAGE AUX INSTITUTIONS\tET NETTOYAGE RELIGIEUSES\tDE TOUTES SORTES ' Distributing Company LTD Fenêtres en aluminium 658, rue Craig Ouest\tMontréal\tUN.1641 Cn ttoiâ mots Relations vous arrive en retard de quelques jours.Nos excuses.Les Tables de Dix Ans en sont la cause.Quiconque voudra mettre un peu de soin à examiner la table des matières proprement dite (Table II) et la seconde partie de la table bibliographique comprendra pourquoi la revue s\u2019est fait attendre un peu.Aurons-nous tort de croire que l\u2019instrument de travail offert à nos lecteurs, sans déboursé supplémentaire de leur part, compense avec intérêt l\u2019inconvénient d\u2019un léger retard ?La maison d\u2019édition Charles Scribner\u2019s Sons, de New-York, annonce que le choix du Literary Guild pour Je livre du mois, en juin, ne sera nul autre qu\u2019un roman de S.Ém.le cardinal Spellman, The Foundling, « l\u2019Enfant trouvé ».*[[ Des 450 films que la Legion of Decency a cotés en 1950, 22% furent classés B, c\u2019est-à-dire « avec réserves ».C\u2019est la plus forte moyenne depuis que cet organisme a été fondé il y a quatorze ans.On entend répéter qu\u2019un dernier secret de la Vierge de Fatima est conservé dans les archives du Vatican.Le message existe, mais il se trouve dans les archives de l\u2019évêché de Leiria-Fatima.C\u2019est la volonté de Notre Dame que ce message ne soit pas rendu public avant l\u2019année 1960, à moins que Sœur Marie-du-Cœur-Immaculé \u2014 le nom de carmélite de Lucie, un des trois enfants de Fatima \u2014 ne vienne à mourir auparavant.^ Quand, le 26 janvier dernier, Harry S.Truman gela les prix et les salaires aux États-Unis, le bœuf romsteck se vendait $1 la livre.En 1939, il se vendait 36 sous.Qui blâmer ?Les clients blâment les bouchers qui blâment les salaisons qui blâment les abattoirs qui blâment les éleveurs qui blâment les cultivateurs qui blâment les compagnies de machines agricoles qui blâment les compagnies d\u2019acier qui blâment les ouvriers qui blâment les bouchers qui blâment les salaisons qui blâment.L\u2019évêque de Lancaster, en Angleterre, Mgr Thomas E.Flynn, a promis de baptiser le septième enfant de toute famille catholique, où que ce soit dans le diocèse.^ Puisqu\u2019il est de plus en plus rumeur d\u2019un consistoire, notons que la mort du cardinal Von Preysing a réduit à 52 le nombre des cardinaux.Les membres du Sacré Collège se répartissent comme suit: Italiens 19, autres 33, dont 5 Français, 4 Américains, 2 Argentins, 2 Brésiliens, 2 Allemands, 1 Belge, 1 Canadien, 1 Néerlandais, 1 Australien, 1 Syrien, 1 Arménien, 1 Chilien, 1 Angolais, 1 Cubain, 1 Péruvien, 1 Anglais, 1 Hongrois, 1 Chinois.De ces 52 cardinaux, 3 furent créés par Benoît XV, 23 par Pie XI, et 26 par Pie XII.\tAUGUSTE DOUCET JEAN DOUCET, Ing.P.PRÉSIDENT\tSEC.-TRÉS.\tTUrcot 2545-2546\t CHARLES-A.PAGÉ\tDOUCET & DOUCET\t\t PORTES - CHÂSSIS MENUISERIE\tLIMITÉE Entrepreneurs et Ingénieurs PLOMBERIE - CHAUFFAGE\tNoël Roméo Cie Limitée ENTREPRENEURS ÉLECTRICIENS\t \tGR.9364\t\t 31, rue Vivian ¦Ville-Mont-Royal\t1640, avenue North, coin Rockland\t5450, boulevard Pie-IX\tMontréal 84 RELATIONS 97 NOS ACTIVITÉS EN 1950 Transactions complétées.5*1,« .\tj_- io murs de l Transactions '¦vn ~\t, f\t.1 Wons le cours de l'an dernier, les rmcrrire et de distribuer, dans le cours Nous avons eu l'avantage ;; \\.as iâ «VT i* i v y .\t\\ :Myïy : ; ^ INCORPORÉE BEN BÉLAND, Président\tJEAN BÉLAND, Ing.P., sec.-trés.7152, boulevard Saint-Laurent\t-\tMontréal\t-\tGR.2465*
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