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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1951-04, Collections de BAnQ.

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[" Aoril 1951 MONTRÉAL ROBERT PICARD PIERRE ANGERS LEON LEBEL RICHARD ARES ALBERT PLANTE ALEXANDRE DUGRÉ JACQUES TREMBLAY JOSEPH-H.LEDIT Carrefour 51 Le problème des lectures et la foi Notre système d\u2019allocations familiales Le Dr Carrel et les règles de la conduite Les Journées de Nicolet r 124 BEVUE DU MOIS 25e- S O \\ * M M A I R E AVRIL 1951 Éditoriaux.85 La Chine martyre.\u2014 Principes de paix et de JUSTICE INTERNATIONALES.\u2014 L\u2019ENQUÊTE SUR LA moralité.\u2014 Israël et Jérusalem.Articles LE PROBLÈME DES LECTURES ET LA FOI.Pierre Angers 87 NOTRE SYSTÈME D\u2019ALLOCATIONS FAMILIALES.Léon Lebel 91 LE DR CARREL ET LES RÈGLES DE LA CONDUITE.Richard Arès 93 Commentaires.98 D\u2019anciens correspondants.\u2014 La Déclaration de Nicolet.Au fil du mois.100 La presse indépendante.\u2014 Semaine de fierté rurale.\u2014 Paroles et action.\u2014 Provocation.Articles « NOTRE-DAME DE BONNE NOUVELLE ».Jacques Tremblay 101 CARREFOUR 51.Robert Picard 101 LES JOURNÉES DE NICOLET.Albert Plante 103 MAISONS DU BONHEUR .Alexandre Dugré 105 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 107 Les livres .100 Epitome Praelectionum de Jure eccle- ] siastico Orientait.^ The Limits and Divisions of European History.Joseph-H.Ledit Rameau de Saint-Père et les Français d'Amérique.Alexandre Dugré L\u2019Organisation professionnelle de l\u2019économie .Communauté des hommes.Richard Arès La Dure Existence des paysans et des ï paysannes.j> Alexandre Dugré Un siècle d\u2019indigence.J Les Astres et les Lettres.J.-Louis Lavoie Le Père Maximilien Kolbe, le fou de Notre Dame.Simon Davis Au pays de l\u2019Or noir.\"j Retour à V Ile au trésor.^ Paul Racine Cendrillon.I « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de V Eglise et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs :\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019ANjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.î VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. * 1 r XIe année, N° 124\tMontreal\tAvril 1951 ÉDITORIAUX JÇa Chine martyre LES NOUVELLES ANNONÇAIENT dernièrement J l\u2019arrestation de cinq religieuses canadiennes qui dirigent un orphelinat à Canton.On les accuse d\u2019avoir maltraité les enfants confiés à leurs soins.Ces religieuses de chez nous rendent témoignage à la foi en se dévouant auprès de l\u2019enfance malheureuse.Elles commencent leur calvaire et viennent rejoindre la longue théorie des missionnaires catholiques, hommes et femmes de toutes nations, qui ont payé de leur liberté et parfois de leur sang leur obstination à rester dans la Chine communiste pour le salut de leurs ouailles et la défense de la foi.Nos hommages et nos prières suivront ces victimes du mouvement antichrétien qui n\u2019a pas fini de persécuter et d\u2019opprimer.Ils sont les témoins du Christ, et le Christ leur rendra témoignage devant son Père.La situation des catholiques chinois est actuellement digne de sympathie et d\u2019admiration.Ils sont en butte à des pressions formidables, exercées sur eux de tous côtés pour les détacher de l\u2019Église universelle.Les autorités communistes veulent établir une Église nationale capable de se soutenir elle-même, de se gouverner elle-même, de se propager elle-même.On ne peut se faire une idée des procédés diaboliquement habiles employés pour jeter la confusion dans les esprits, forcer l\u2019adhésion des catholiques chinois.On les place devant un terrible dilemme: être patriotes et renier la foi ou proclamer la foi et trahir la Chine nouvelle.Les catholiques chinois déjouent ces calculs.Ils font preuve de lucidité d\u2019esprit dans l\u2019héroïsme de leur résistance: ils restent attachés à l\u2019Église et à la foi et se montrent aussi bons patriotes que n\u2019importe qui.Dans la Chine d\u2019aujourd\u2019hui se répète la glorieuse histoire de bien des martyrs, notamment des catholiques anglais du xvie siècle.Comme autrefois dans l\u2019Angleterre d\u2019Élisabeth, la foi en Chine rallie la masse des fidèles autour de leurs pasteurs et compte déjà des milliers de confesseurs et plusieurs martyrs.Le Christ du calvaire se penche avec amour sur son Église qui souffre en Chine et lui montre les gloires de la Résurrection.Principe* de paix et de justice internationale* L\u2019ATTENTION A DÉJÀ ÉTÉ ATTIRÉE sur une ' récente déclaration de notre sous-secrétaire d\u2019État aux affaires extérieures, M.D.P.Heeney: « Pour la première fois depuis les croisades, la chrétienté occidentale a, en temps de paix, une armée composée des forces armées de plusieurs pays.» Nous ne voulons pas faire dire à M.Heeney plus qu\u2019il n\u2019a voulu dire.L\u2019occasion est bonne toutefois de rappeler quelques principes de l\u2019éditorial sur la guerre de Corée paru dans Relations de septembre 1950.Cet éditorial opta pour l\u2019appui à l\u2019autorité internationale, malgré les lacunes réelles de cette autorité dans un monde « où le bien est inextricablement mêlé à l\u2019imperfection et même au mal ».Mais il avait auparavant défini clairement des positions complémentaires, que nos amis \u2014 ceux qui nous ont approuvés comme ceux qui nous ont blâmés \u2014 nous permettront de rappeler.a)\tIl ne faut pas être fataliste et soutenir que la guerre mondiale est inévitable.b)\tIl est indispensable, selon les directives mêmes du Pape, de régler toutes les controverses entre les nations dans la vérité et la justice et de promouvoir la concorde et la paix.c)\tIl ne peut être question de croisade anticommuniste par le moyen des armes; qui songe à liquider une bonne fois le communisme par une guerre d\u2019agression ne sait pas, pour employer l\u2019expression de l\u2019Évangile, « de quel esprit il est ».Il peut exister un anticommunisme qui poursuit son intérêt par tous les moyens, même par l\u2019abus des valeurs les plus sacrées.d)\tLes réformes exigées par la justice sociale sont encore le plus sûr moyen d\u2019arrêter le communisme.e)\tIl faut être contre tout impérialisme.Le Canada doit veiller à ne pas se faire l\u2019instrument d\u2019une AVRIL 1951 85 1 politique qui voudrait rétablir la domination occidentale sur l\u2019Orient.Dans les conjonctures actuelles, l\u2019Occident peut difficilement rester désarmé.Mais cette prudence risque d\u2019aboutir à une catastrophe si les chefs d\u2019État oublient les principes qui viennent d\u2019être énumérés.J^enquète âut la moralité T\u2019ENQUÊTE SUR LA MORALITÉ à Montréal avance péniblement à travers d\u2019innombrables obstacles.Déjà elle permet de souligner quelques constatations.1.\tElle ratifie en substance les accusations portées par Me Pacifique Plante dans ses écrits antérieurs.Le juge a déclaré que les témoignages recueillis jusqu\u2019à ce jour démontrent hors de tout doute l\u2019existence d\u2019un système favorisant le règne du vice dans la métropole.2.\tL\u2019attitude du juge François Caron, qui dirige l\u2019enquête, et celle du juge en chef Tyndale, qui l\u2019a autorisée, offrent un exemple réconfortant d\u2019intégrité et d\u2019impartialité qui honore la magistrature.Cela console de la conduite d\u2019autres personnes impliquées dans l\u2019affaire.L\u2019enquête n\u2019aurait-elle fait que rehausser dans l\u2019esprit des gens le respect de la justice et de nos magistrats qu\u2019il faudrait la considérer comme un bienfait public.Mais elle est appelée à rendre de plus grands services encore, à la condition d\u2019être poussée jusqu\u2019au bout.Lès contribuables qui payent pour que prospère la métropole, moralement comme matériellement, entendent bien que cette enquête soit poursuivie sans s\u2019éterniser.Ils espèrent que les pouvoirs publics collaboreront au succès complet et rapide de cette purge nécessaire, préférant aux arguties légales la justice, le bien commun et le bon sens.3&%aël et fiéruâalem T\u2019ÉGLISE vient de recueillir ses grands souvenirs ' d\u2019épouse en deuil et de reine triomphante, et de diriger par sa liturgie les regards de ses enfants vers Jérusalem, la ville trois fois sainte, objet aujourd\u2019hui de la convoitise de ceux qui, musulmans ou juifs, ne croient pas que Jésus est notre salut et notre résurrection.De son côté, la Civiltà cattolica, dont on sait qu\u2019elle reflète habituellement la pensée du Vatican, invite les catholiques du monde entier à faire bloc contre le projet présenté à l\u2019O.N.U.par Israël et pour l\u2019établissement à Jérusalem d\u2019une administration autonome, sous contrôle international.« L\u2019État d\u2019Israël, lit-on dans la grande revue italienne, va déployer une propagande active.afin de pousser l\u2019Assemblée des Nations Unies à accueillir ses propositions.Il ne reste qu\u2019à opposer une autre propagande plus efficace pour alerter l\u2019opinion publique contre un éventuel rejet des conditions fondamentales d\u2019une tutelle efficace des Lieux saints » et pour le maintien des positions prises par l\u2019O.N.U.en décembre 1949.Quand, le 9 décembre 1949, l\u2019Assemblée générale des Nations Unies érigea en corpus separatum Jérusalem et ses environs, tout le monde chrétien respira plus à l\u2019aise.Sa joie allait être courte.La Jordanie et Israël signifièrent leur fin de non-recevoir.Israël surtout se rebiffa.Comme stimulé par l\u2019attitude de deux Grands, États-Unis et Grande-Bretagne, il se répandit en déclarations amères, pratiqua une politique d\u2019intimidation, mit l\u2019O.N.U.devant un fait accompli en transportant à Jérusalem plusieurs ministères de son gouvernement.La condamnation portée par le Conseil de tutelle (21 déc.) resta platonique.L\u2019Assemblée générale lui confia la tâche technique de préciser le statut de Jérusalem.Le 4 avril 1950, ce statut obtenait l\u2019approbation de tous, sauf de la Grande-Bretagne et des États-Unis.Le sens de ce « splendide isolement » était clair: le Conseil de tutelle ne disposerait à Jérusalem d\u2019aucun moyen efficace pour faire respecter sa volonté.La Jordanie ne prit pas même la peine de répondre au Conseil de tutelle; Israël présenta un mémoire de quinze pages où il taxait le statut d\u2019« extrémiste et illusoire ».Le président du Conseil, M.Roger Garreau, dut admettre son échec; et le 15 juin, on décida de renvoyer toute la question à l\u2019Assemblée générale.Pour faire pièce au projet d\u2019internationalisation des Lieux saints, Israël assure qu\u2019il accepterait le plan de partage de la Palestine et même de la ville de Jérusalem.Est-ce bien sûr ?Qu\u2019on n\u2019aille pas voir de l\u2019antisémitisme dans notre refus de concéder tant de bonne volonté au gouvernement d\u2019Israël.Pour l\u2019honneur du sionisme, reconnaissons que ses ambitions portent sur toute la Terre promise jusqu\u2019au Jourdain et viseraient même, au sud, Akaba, le port de Salomon sur la mer Rouge.Quant à croire qu\u2019Israël se contenterait d\u2019une Jérusalem déchirée en deux, ce serait naïveté et illusion.La commission nommée par l\u2019O.N.U.pour le partage de la Palestine établissait que les frontières ne traverseraient pas les villages.Règle pleine de bon sens.Seulement, ce qui était bon sens pour les villages palestiniens s\u2019avère « extrémiste et illusoire » pour la ville de Jérusalem.Si Israël accepte aujourd\u2019hui le partage de Jérusalem, c\u2019est avec le ferme espoir, semble-t-il, d\u2019une occupation totale demain, au risque même d\u2019une guerre.Comment supposer que les Juifs, qui ne se sont pas arrêtés devant Jérusalem, vont s\u2019arrêter maintenant à millepieds du mur des pleurs ?Des zélotes ont déjà ouvert des souscriptions pour la reconstruction du « saint des saints », et des partis politiques réclament la pleine observance pharisaïque de la Loi.Si sincère que soit donc la volonté de Juifs croyants et modérés, les éléments hétéroclites 86 RELATIONS r ) qu\u2019apporte l\u2019immigration condamnent la politique d\u2019Israël à une constante surenchère, où nationalisme et religion s\u2019aiguisent l\u2019un l\u2019autre et s\u2019exaspèrent.En décembre 1949, des têtes chaudes firent des pèlerinages à la tombe de Théodore Herzl, le fondateur du sionisme politique, et s\u2019engagèrent « à se tenir comme une forteresse contre toute tentative de séparer Jérusalem d\u2019Israël ».Dans ces conditions, une seule solution est équitable et réaliste: celle qu\u2019a proposée le Pape dans trois encycliques et dans plusieurs messages, dont le dernier précéda l\u2019ouverture de la Porte sainte: l\u2019internationalisation.« Dans les circonstances présentes, elle semble mieux garantir la protection des sanctuaires.» On devrait d\u2019autant plus s\u2019en tenir à cette solution qu\u2019un nouvel élément vient d\u2019entrer en jeu.Jacob Malik a fait savoir à Trygve Lie, par une lettre datée du 17 avril 1950, que l\u2019U.R.S.S.ne soutiendrait plus à l\u2019Assemblée générale de l\u2019O.N.U.le projet de l\u2019inter- iiationalisation.Pour se concilier l\u2019U.R.S.S., Israël n\u2019a pas hésité à transférer au patriarcat moscovite, soumis à Staline, la propriété des biens ecclésiastiques orthodoxes en Palestine, évalués à 100 millions de dollars.Quelles seront les conséquences de cette politique « pratique » ?Nul ne le sait encore.Sans doute que l\u2019U.R.S.S.entraînera à sa suite les satellites communistes, et peut-être même qu\u2019un jour les Juifs verront la faucille et le marteau crayonnés sur le mur des Lamentations, et les chrétiens étonnés flotter le drapeau rouge sur le saint Sépulcre.Par un extraordinaire esprit de foi en leur race et en leur religion, les Juifs ont réussi le « miracle » de se constituer une patrie.Il incombe maintenant à la famille chrétienne de réussir le sien et d\u2019exiger avec fermeté et dignité le respect de ses droits millénaires en Terre sainte.Il n\u2019est pas question d\u2019enlever Jérusalem à qui que ce soit.La ville de tous doit appartenir à tous.LE PROBLÈME DES LECTURES ET LA FOI Pierre ANGERS, S.J.IE COMITÉ DIOCÉSAIN des œuvres d\u2019Action ca-tholique a porté au programme des cercles d\u2019étude, pour le cours de l\u2019année 1951, le problème des lectures.La pensée des dirigeants, inspirée par une sollicitude aisée à comprendre, se tourne en premier lieu vers les collèges de jeunes gens et de jeunes filles.Les lectures et les goûts des étudiants de facultés pourraient aussi entrer dans ce champ d\u2019enquêtes.Mais il va sans dire que le problème déborde les frontières de nos maisons d\u2019éducation, et qu\u2019il s\u2019étend à la classe cultivée et même au grand public.La tenue et le caractère moral des œuvres dans lesquelles une société puise sa nourriture quotidienne reflètent la qualité des valeurs spirituelles qui y sont respectées et vécues.Ce n\u2019est pas la seule classe étudiante, mais le milieu social en son entier qui révèle dans ses lectures le degré de sa culture et la vitalité de sa foi.La diffusion du livre.\u2014 Le problème est donc d\u2019importance; et cette importance s\u2019est accrue dans les deux dernières décades.Aujourd\u2019hui, le livre entre partout.Il est devenu l\u2019indispensable compagnon.A peine paraît-il à l\u2019étalage du libraire qu\u2019il est enlevé pour pénétrer dans les foyers et inviter au dialogue le lecteur qui se confie à lui dans l\u2019intimité.Il repose sur le guéridon d\u2019un boudoir, dans la sacoche d\u2019une employée de bureau, sur les rayons de l\u2019étudiant.Il est dévoré goulûment, absorbé avec fièvre dans le va-et-vient de la journée, ou médité dans un silence plein de ferveur.Il exerce à tout coup une influence, qui est souvent profonde et durable sur l\u2019esprit de ceux qui ont bu avec avidité à ses sources.La diffusion du livre, accrue par de puissants moyens, n\u2019est pas à blâmer pour elle-même; ni la vente d\u2019ouvrages de mauvais maîtres, dont la pensée, féconde à plusieurs égards, doit rester accessible à ceux qui, par leurs fonctions ou pour tout autre motif valide, ont intérêt à la connaître et à l\u2019étudier.Cette expansion en rafale du livre est un bienfait pour notre milieu cana-dien-français: elle dissipe ses préjugés, élargit ses horizons, rabat son amour-propre.La curiosité intellectuelle se développe; la culture y gagne en étendue et en profondeur; la réflexion sur les difficultés actuelles de la vie chrétienne s\u2019approfondit.Accueil sans discernement.\u2014 Mais le véritable problème soulevé par les dirigeants de l\u2019Action catholique ne porte pas sur ce terrain; il apparaît sur un autre plan: celui de la sincérité de la conscience chrétienne.En cette matière, la foi a partie liée avec la culture dans le développement de notre élite intellectuelle.Voyons de quelle manière.Quantité d\u2019esprits distingués, finement doués et pourvus d\u2019une culture littéraire authentique, fréquentent les auteurs contemporains.Ils entrent dans l\u2019intimité de maîtres dont l\u2019immense talent est incon- AVRIL 1951 87 1 testable et la sincérité sans déguisement.Ils prennent contact avec des œuvres, chargées sans doute d\u2019expérience humaine, mais conçues dans une ambiance rationaliste et privées des larges horizons du monde de la surnature.A ce titre, ces œuvres ne présentent qu\u2019un message inadéquat et brossent de la réalité un tableau infidèle.Que le message de l\u2019incroyant demeure émouvant lorsqu\u2019il est rendu avec un accent de franche confidence et d\u2019honnêteté rigoureuse, nul ne le conteste; mais il faut bien convenir de l\u2019insuffisance d\u2019une perspective qui n\u2019ouvre sur l\u2019ample réalité qu\u2019une courte échappée sans horizon.Et la critique qui recommanderait ces œuvres en soulignant les mérites qui leur sont propres, mais sans formuler les réserves qui s\u2019imposent, la critique qui les exalterait avec une admiration sans borne ne s\u2019inspire plus des vues de la foi et expose la conscience des catholiques à de graves méprises.C\u2019est ainsi que se voit peu à peu accréditée une conception de la vie séduisante, mais incompatible avec l\u2019Évangile et en désaccord avec la tradition religieuse d\u2019un public qui se déclare encore catholique.L\u2019intellectuel catholique sait accueillir avec sympathie les grandes œuvres contemporaines, mais il sait aussi user de discernement.Or il arrive que ce souci d\u2019apprécier les œuvres selon des normes chrétiennes soit affaibli et parfois absent dans la critique.Chez bon nombre de lecteurs, le goût affiné du beau et une intelligence de l\u2019art poussée jusqu\u2019à la suprême finesse ne sont appuyés sur un sens de la réalité surnaturelle ni aussi vif ni aussi créateur.Mésestime de Vindex.\u2014 Une attitude assez commune à l\u2019égard des décrets de l\u2019index permet d\u2019analyser de plus près cette disposition d\u2019esprit.Il est de mode, dans notre société contemporaine, parmi les intellectuels, de tenir l\u2019index pour une institution périmée, survivance de ces époques révolues où fleurissait une foi maintenue à l\u2019état infantile.La maturité intellectuelle dont l\u2019homme moderne fait parade, avec un orgueil parfois crédule, a fait la conquête des libertés d\u2019esprit et de parole.Ces enrichissements, prétend-il, marquent un progrès définitif sur les siècles passés, et il est opportun d\u2019en consolider les acquêts.L\u2019un des fruits pervers de cette erreur, c\u2019est que tout ouvrage est à la portée de tout lecteur.Dès qu\u2019un titre se recommande par une valeur de quelque nature, \u2014 le style, l\u2019intérêt du récit, la sincérité des confidences, la vigueur de l\u2019étude psychologique,\u2014qu\u2019on le lise! Peu importent la doctrine, l\u2019esprit qui anime l\u2019ouvrage, la présence d\u2019un message hostile à la foi! N\u2019est-ce pas là la largeur de vue réclamée par le progrès de l\u2019esprit ?On invoque encore, pour décrier l\u2019index, la perspicacité et l\u2019aptitude à juger par soi-même que confère la culture à l\u2019esprit qui en est pénétré: ne serait-il pas fâcheux de contrarier l\u2019éclosion d\u2019une maturité intellectuelle à 88 laquelle nous accédons après une si laborieuse période d\u2019infantilisme ?Affaissement d'une foi mal éclairée.\u2014 Ces propos confus font fortune à l\u2019heure présente, et nous les reproduisons dans leur disparate.Pour en apprécier le cours, il y a lieu d\u2019abord de faire la part des excès de langage et d\u2019une pointe de mauvaise humeur contre les étroitesses de certains membres du clergé.Il va de soi que ces griefs ne sont pas tous faux; que dans ces positions culturelles tout n\u2019est pas inexact; qu\u2019un développement dans la culture entraîne pour l\u2019esprit des exigences de liberté et un surcroît de nuances dans les jugements.En ce domaine, il est arrivé à une orthodoxie intégriste de faire peser des condamnations massives sur la production contemporaine, de dénoncer sans réserve des hommes de bonne foi au risque de paralyser l\u2019élan de la création littéraire et la fécondité de la pensée chrétienne elle-même dans notre milieu.Mais là ne réside pas le vif de la question que, pour le moment, nous désirons formuler.Ce qu\u2019il est étonnant de constater, ce qui se manifeste comme un trait de moins bon aloi dans un pays qui se prévaut de sa fidélité à l\u2019Église, c\u2019est un affaiblissement du sens des réalités spirituelles, une perte du goût de la sûreté doctrinale, une espèce d\u2019insouciance à l\u2019égard de la croissance du Christ dans l\u2019Église.Les intellectuels ont-ils toujours le souci d\u2019approfondir leur vocation de chrétien et d\u2019y répondre dans la clarté d\u2019un esprit conscient de sa dignité et de la tâche rédemptrice qu\u2019il doit accomplir sur le plan même de la pensée créatrice ?La négligence à recourir aux sources inspirées et aux grands classiques de la pensée chrétienne pour se former une philosophie de la vie est une disposition trop répandue.Il existe des esprits finement informés des choses de l\u2019art ou de la science et prompts à dénoncer comme une sottise toute ignorance à cet égard, mais qui se découvrent, dans le domaine de la foi, timides, gauches et, pour tout dire, incompétents.Nous ne sentons pas dans leur production intellectuelle un élan spirituel qui transfigure tous leurs efforts et entraîne vers le haut les démarches de leur pensée.Il y manque le souffle de l\u2019Esprit.La culture, rivale de la foi.\u2014 Il convient de l\u2019affirmer: le respect qu\u2019inspirent aujourd\u2019hui les domaines variés de la culture, pour être excessif en certaines manifestations, est généralement juste.Le mal n\u2019est pas là.Si la culture usurpe le premier rang dans les intelligences, si elle se pose dans la vie intérieure des catholiques comme une rivale de la foi, c\u2019est pour un motif bien particulier: la culture elle-même n\u2019est pas imprégnée de foi, le sens de Dieu a fléchi dans les cœurs, et là où il a fléchi, la foi s\u2019est desséchée: elle est devenue stérile et incapable de féconder la vie intellectuelle.Elle n\u2019anime plus ni la pensée ni l\u2019action.Elle RELATIONS i I n\u2019agit plus comme un ferment capable d\u2019orienter le sens d\u2019une culture chez un intellectuel qui s\u2019est consacré au travail de la réflexion.Parmi les catholiques, sont-ils nombreux les esprits pour qui la foi prend figure de libération et est acclamée comme une victoire et non pas portée comme un fardeau gênant ?La foi qui n\u2019est pas vécue et ressentie comme une lumière bienfaisante est vite subie comme un fatras de pratiques contrariantes et fâcheuses.La double vie et la double conscience.\u2014 Tel est le sol propice à la naissance d\u2019un phénomène, si souvent observé au sein des sociétés libérales, celui de la double vie et de la double conscience.D\u2019une part, la vie religieuse, réduite au strict minimum des pratiques indispensables, non pas pour le maintien de l\u2019état de grâce, mais pour « sauver la face » dans une société qui affiche une étiquette catholique.D\u2019autre part, les mouvements de la vie quotidienne qui entraînent toutes les activités humaines dans un large courant d\u2019histoire.L\u2019homme désire y avoir le champ libre, agir au gré de son caprice, y projeter ses rêves et ses desseins, jouir d\u2019un domaine dont il a la propriété exclusive et où il est soustrait aux obligations de la morale.Réduite à ce fantôme dérisoire, l\u2019observance religieuse n\u2019exerce aucune influence, et il est heureux que, proposée sous cette forme qui est une espèce d\u2019hérésie latente, elle ne le fasse pas.Elle est malheureusement répandue chez bon nombre de baptisés qui trahissent le catholicisme.Devant la fureur d\u2019émancipation qui dresse le monde moderne contre le conformisme et les attitudes artificielles, cette parodie de la foi n\u2019inspire souvent à ses adeptes qu\u2019un immense dégoût, pouvant aller dans quelques cas jusqu\u2019au reniement, lorsqu\u2019ils se heurtent à la moquerie déclarée ou à l\u2019indifférence inerte.Il n\u2019est pas surprenant que, dans ce climat naturaliste, la culture n\u2019ait retenu aucun élément de la Parole révélée.Elle évolue, comme toute autre activité humaine, sur un plan terrestre, exposée au doute, au désarroi de l\u2019esprit dépossédé de la lumière et à tous les effets d\u2019un paganisme offensif et virulent.Considérée de l\u2019extérieur et par un esprit qui ne la regarde plus du milieu de l\u2019Église, la foi prend le visage d\u2019une puissance tyrannique, étouffante, hostile aux libres ébats de l\u2019intelligence.La morale n\u2019est pas la règle de l\u2019agir recherchée spontanément, mais un pouvoir arbitraire et intolérant; l\u2019index, une institution incompatible avec la liberté de pensée.Une vie chrétienne que la grâce n\u2019anime plus de l\u2019intérieur ne peut être qu\u2019un poids importun d\u2019observances sans motifs légitimes; une culture que la foi ne transfigure pas de sa lumière et n\u2019échauffe pas de l\u2019intérieur ne peut qu\u2019aboutir à une division interne, dressant la culture contre la grâce.La formation doctrinale des intellectuels catholiques.\u2014 L\u2019intellectuel catholique, ambitieux d\u2019animer sa vie (l\u2019étude et de recherche par une spiritualité ferme et souple, doit en premier lieu vivre sa foi.Et pour porter la foi dans sa vie, il ne peut se passer de la connaître.Il est indispensable à l\u2019homme de science, à l\u2019écrivain, au professeur de posséder une foi réfléchie.Il faut à l\u2019esprit appliqué à la recherche de la vérité un contact permanent avec la lumière de la Révélation.C\u2019est la Sagesse de Dieu qui instruit l\u2019âme sur le sens véritable de l\u2019homme et des choses.Cette science, qui est un don gratuit, s\u2019obtient par voie de confidence; elle suppose la prière et la docilité qui est une attention soutenue par l\u2019humilité.L\u2019étude, une vaste information, une solide connaissance des principaux dogmes compléteront l\u2019expérience de la vie spirituelle.Le laïc catholique, consacré aux fonctions intellectuelles, doit être équipé d\u2019une véritable formation doctrinale.Dans cette tâche, qui relève de sa propre initiative, il est en droit de compter sur la collaboration du clergé, mieux versé par vocation dans les sciences sacrées et muni d\u2019un savoir large et précis: le Saint-Siège exige cette culture chez le prêtre appliqué à l\u2019apostolat.Mais le laïc ne saurait reporter le poids entier de cette tâche sur les épaules du clergé.Un tel geste paraîtrait une démission vis-à-vis de ses propres devoirs.Et, en outre, ce serait faire preuve, chez un intellectuel, d\u2019apathie, de négligence ou d\u2019une puérile incapacité.Il appartient au chrétien, comme membre de l\u2019Église, de prendre en main sa propre culture religieuse et de la pousser vigoureusement, afin d\u2019acquérir une foi lucide et sûre et d\u2019accomplir le labeur de la réflexion sous la motion de l\u2019Esprit.Les classiques de Vhumanité chrétienne.\u2014 Serait-il permis de souhaiter, puisque le souci des saines lectures demeurera à l\u2019ordre du jour tout au long de l\u2019année, que l\u2019attention des chrétiens se reporte sur les grandes œuvres de la tradition catholique, afin que les ouvriers de la pensée et la classe cultivée s\u2019alimentent à ces sources nourricières?Le choix est abondant et la qualité soutenue.Il y a les grands maîtres de la pensée: saint Augustin, saint Bonaventure et, tout particulièrement, saint Thomas d\u2019Aquin, dont l\u2019œuvre est tenue en prédilection dans l\u2019Église.Il y a les grands maîtres de la spiritualité: saint Bernard, sainte Thérèse, saint Jean de la Croix.Il y a, tout près de nous, des penseurs qui ont assimilé et repensé cette tradition en la présentant dans le langage de notre époque: ainsi l\u2019œuvre de Newman parle-t-elle si intimement au cœur du catholique contemporain; ainsi la philosophie de Maurice Blondel rend-elle un son à la fois chrétien et proche de notre pensée dont elle épouse tous les mouvements et toutes les angoisses.Les Pères de l\u2019Église offrent aussi une ample moisson doctrinale.Quelques œuvres sont demeurées parmi les classiques de l\u2019humanité chrétienne: qui n\u2019a pas lu et goûté les Confessions de saint Augustin ?Des publications récentes, en français et en AVRIL 1951 89 anglais, ont le mérite de répandre les principales de leurs œuvres et d\u2019offrir d\u2019élégantes traductions.La Bible, œuvre divine.\u2014 Mais la plus importante de ces sources, la plus pure et la plus désaltérante, c\u2019est la Bible.Il convient de la lire, d\u2019en méditer les textes, de s\u2019assimiler les idées, les sentiments, les grandes images qu\u2019elle renferme et ainsi de soumettre à l\u2019action de la Parole divine toutes les régions de son âme, les plus conscientes et les plus obscures.Rien ne vaut le contact du texte sacré pour entrer dans les vues et les sentiments de Dieu.L\u2019esprit humain, transfiguré par cette illumination, voit s\u2019étendre ses horizons coutumiers bien au delà de ce que la raison ou même la perception la plus aiguë pouvaient lui découvrir.La Bible porte intérêt à toutes les questions humaines.A l\u2019esprit, parfois dérouté et perplexe dans ses recherches, elle offre un surcroît de lumière.Les éléments les plus profonds de notre civilisation occidentale ont été tirés des Livres Saints et de la tradition qui les interprète: la conception de l\u2019homme et de sa destinée, le sens de l\u2019histoire, l\u2019orientation de l\u2019univers.La Bible apporte sur ces problèmes une réponse divine, et la sagesse qui l\u2019anime a orienté nos réflexions et complété les timides essais de philosophie que le monde gréco-latin avait élaborés dans l\u2019attente de cet appoint rédempteur.La capacité d\u2019assimilation du catholicisme.\u2014 Si l\u2019insistance paraît devoir être mise sur l\u2019étude et l\u2019assimilation du message chrétien, c\u2019est que la pensée stimulée et transformée par la foi est la seule puissance créatrice d\u2019une culture chrétienne originale.Pour accomplir une action créatrice dans le domaine de l\u2019art et de la pensée, il faut que la vision de foi soit profondément assimilée et qu\u2019elle parvienne aux sources de la vie intérieure.Elle doit atteindre à ces régions internes de l\u2019âme, là où l\u2019esprit est pur élan de liberté et possède l\u2019agilité et la promptitude de la flamme.C\u2019est pourquoi les consignes d\u2019interdiction \u2014 toujours nécessaires à titre de poteaux indicateurs, pour démarquer les frontières du vrai et du faux, du bien et du mal \u2014 sont impuissantes ici à jouer un rôle fécond.Elles ne favoriseront jamais l\u2019éclosion d\u2019une pensée qui doit avoir, pour être vraie, la spontanéité et l\u2019élan incompressibles de la vie.Les mesures de défense préviennent l\u2019esprit sur des erreurs possibles; elles l\u2019avertissent sur les fausses pistes à éviter; elles ne pénètrent pas jusqu\u2019au sous-sol de l\u2019esprit, jusqu\u2019à la veine profonde d\u2019où l\u2019eau jaillit en bouillonnant.Et elles ne produiront tous leurs fruits que dans les âmes où règne une authentique allégeance à l\u2019Église.Le Christ a comparé le progrès de la Parole de Dieu dans l\u2019âme à la croissance du grain dans la terre.L\u2019agriculteur met en œuvre toutes ses ressources pour hâter la pousse des semis.Tour à tour il ratisse, il sarcle, il arrose, il remue la terre.Toutes ces opérations de jardi- nage sont utiles, voire indispensables en certains cas.Mais la semence ne croît qu\u2019en vertu de son énergie vitale, et aucun expédient ne saurait suppléer à la palpitation de l\u2019être.Il en va de même des réalités de la foi.Pour s\u2019épanouir avec la joie d\u2019une fleur sous le soleil, elles exigent d\u2019être intériorisées et vécues à l\u2019état de fraîcheur dans l\u2019âme où elles croissent.La Parole de Dieu est esprit et vie.Elle germe et lève sur le terrain meuble, comme tous les êtres de la nature: sans artifice, sans contrainte et avec une hardiesse conquérante.Dans une âme où la foi grandit avec cette puissance victorieuse, l\u2019appartenance au Christ est sentie comme une libération: l\u2019autorité du magistère, loin d\u2019être subie comme un pouvoir oppresseur, est acceptée par le consentement le plus intime de tout l\u2019être, et les décisions de la hiérarchie sont accueillies avec une gratitude filiale.La charité est une puissance de vie.\u2014 Une autre conséquence découle de cette possession amoureuse de la foi.Le chrétien, en pleine maîtrise de sa force, cesse d\u2019entretenir à l\u2019égard de l\u2019œuvre des incroyants l\u2019attitude négative et hostile de l\u2019abstention.Parce que sa foi est vive, avertie et maintenue au-dessus des contradictions, il peut manifester à l\u2019égard des doctrines les plus diverses une disposition de bienveillante sympathie.Le péril de connivence avec l\u2019erreur étant écarté par un enracinement profond dans l\u2019Église, la charité ouverte et pénétrante peut engager le dialogue, qui permet de retenir les apports féconds des œuvres contemporaines écrites dans l\u2019incroyance et de les intégrer dans une synthèse chrétienne qui les dépasse et les approfondit.Ni l\u2019œuvre de Malraux, ni le roman de Proust ne sont à conseiller sans discernement; ils ne doivent être lus qu\u2019avec les garanties d\u2019une intelligence mûre et d\u2019une foi éclairée.Mais ces deux œuvres, remarquables de vigueur et de pénétration, rendent témoignage des tendances de notre époque; elles ouvrent sur la condition humaine des vues originales et fertiles pour la réflexion.L\u2019intellectuel chrétien doit être capable de les aborder, d\u2019en percevoir l\u2019élan et les tendances, d\u2019en découvrir les insuffisances et de les achever dans la charité.La charité, telle est la source à laquelle s\u2019alimentent la vie et la pensée chrétienne.En elle se résument « la Loi et les Prophètes ».Il n\u2019y a qu\u2019une foi imprégnée de charité qui puisse réussir, au sein de l\u2019orthodoxie la plus rigoureuse, à conserver l\u2019esprit ouvert à la pensée des incroyants sans être atteinte par l\u2019erreur et entraînée à des compromissions.C\u2019est dans ce contexte que le mot d\u2019Augustin trouve sa pleine résonance: « L\u2019Évangile réclame d\u2019aimer tous les hommes: les croyants, parce qu\u2019ils sont des membres du Christ, les incroyants, afin qu\u2019ils le deviennent.» 90 RELATIONS NOTRE SYSTÈME D\u2019ALLOCATIONS FAMILIALES Léon LEBEL, S.J.DANS UN PRÉCÉDENT ARTICLE (février 1950, p.47), nous avons montré que le seul moyen, pour le gouvernement fédéral, d\u2019accorder aux chefs de famille à revenus modestes le dégrèvement d\u2019impôt auquel ils ont droit et de les compenser pour le fardeau excessif dont l\u2019impôt indirect charge les familles (à l\u2019inverse de ce qu\u2019exige la justice distributive), c\u2019est le versement d\u2019allocations familiales.On aurait donc tort de considérer le paiement des allocations comme une pure gratuité ou comme une aumône distribuée par l\u2019État; les bénéficiaires des allocations peuvent les recevoir sans rougir, car ils y ont véritablement droit, au même titre que les contribuables aisés à qui sont accordées des exemptions d\u2019impôt sur le revenu.D\u2019ailleurs, le gouvernement traite ces derniers avec plus de générosité: alors que les allocations cessent pour tous les enfants lorsqu\u2019ils ont atteint l\u2019âge de 16 ans, la loi continue à accorder, au bénéfice des enfants de la classe aisée, une exemption d\u2019impôt sur la somme de $400 jusqu\u2019à l\u2019âge de 21 ans: ce qui est l\u2019équivalent d\u2019une allocation familiale annuelle de $60.Quoi qu\u2019il en soit, on peut affirmer que la loi de 1944 est une mesure de justice distributive et de politique familiale qui a contribué à améliorer dans une large mesure les conditions économiques de la famille canadienne.Il ne faudrait pas cependant conclure que notre système d\u2019allocations est absolument idéal et qu\u2019il est au-dessus de toute critique.Ainsi que nous le disions dans notre précédent article, un système d\u2019allocations d\u2019État ne peut résoudre d\u2019une façon complètement satisfaisante le problème de la subsistance convenable de la famille ouvrière: problème de première importance, que les pays industriels n\u2019ont jamais pu résoudre et qui est à l\u2019origine de la plupart de nos malaises sociaux depuis plus d\u2019un siècle.Le but que poursuivent les allocations familiales, dans les pays où elles ont été adoptées, est précisément d\u2019assurer aux familles nombreuses de la classe ouvrière un niveau de vie comparable à celui des ménages sans enfant et des familles restreintes; mais tous les systèmes mis en vigueur jusqu\u2019ici \u2014 il n\u2019y en a pas deux exactement semblables \u2014 n\u2019y parviennent pas avec un égal degré d\u2019efficacité.Pour obtenir le résultat souhaité, un régime d\u2019allocations doit d\u2019abord posséder assez de souplesse pour s\u2019adapter aux besoins des familles, suivant les régions et les diverses catégories d\u2019entreprises.Les conditions économiques, le niveau de vie et le coût d\u2019entretien des enfants varient considérablement selon qu\u2019on examine les villes et les centres ruraux, les ouvriers des grandes industries ou les employés de l\u2019industrie agricole.Un taux uniforme pour toutes les familles sera nécessairement trop élevé pour les unes ou trop bas pour les autres.En second lieu, pour être vraiment efficace, un système d\u2019allocations familiales devrait être organisé de façon à parer rapidement aux fluctuations du coût de la vie.Tout le monde sait parfaitement que les conséquences néfastes de la hausse des prix et de l\u2019inflation affectent surtout les familles et en proportion du nombre des enfants.Mais beaucoup de gens s\u2019imaginent encore que l\u2019augmentation générale des salaires suffit à elle seule à remédier à ce mal.En effet, quand on parle d\u2019une hausse de salaire, \u2014 $10 par semaine, par exemple, \u2014 on est porté à se figurer au premier abord que chacune des personnes qui dépendent du salaire pour vivre reçoit un soulagement égal.En réalité, seul le célibataire qui n\u2019a aucune charge de famille bénéficie d\u2019une augmentation de ressources de dix dollars.Dans le ménage sans enfant, l\u2019augmentation ne sera que de cinq dollars pour chacun des conjoints et, dans une famille de dix, elle ne sera plus en moyenne que d\u2019un dollar par personne.Ce résultat représenterait cependant une légère amélioration du sort des familles, si l\u2019élévation générale des salaires n\u2019entraînait fatalement après elle une augmentation du coût de la production et, par suite, une nouvelle hausse des prix et du coût de la vie, qui, l\u2019expérience nous le montre, a tendance à égaler ou même à dépasser l\u2019augmentation du salaire.Tout le monde se retrouve dans la même situation qu\u2019auparavant.On procède donc à une nouvelle hausse du salaire, qui détermine une nouvelle élévation du coût de la vie, et ainsi de suite, sans qu\u2019on entrevoie la possibilité de s\u2019arrêter.Pour éviter cette inflation en spirale, qui n\u2019est d\u2019aucun profit pour personne, \u2014 si ce n\u2019est peut-être pour les célibataires, \u2014 les sociologues et un nombre croissant de patrons et de chefs d\u2019organisations ouvrières ne voient qu\u2019un moyen efficace, c\u2019est que toute augmentation de salaire soit accompagnée d\u2019une hausse proportionnelle du taux des allocations.Enfin, pour être en mesure d\u2019assurer aux familles nombreuses de la classe ouvrière un régime de vie convenable, un système d\u2019allocations doit être organisé de façon à élever le taux de celles-ci à un niveau qui égale ou même dépasse le coût d\u2019entretien de l\u2019enfant.En effet, il peut arriver et il arrive souvent que le salaire de base dans une région ou dans une catégorie d\u2019entreprises soit à peine suffisant pour procurer le niveau de vie qui convient à un couple.Dans ces cas, si le taux des allocations est notablement inférieur au coût d\u2019en- AVRIL 1951 91 tretien des enfants, la famille entière sera réduite à un' régime de vie de simple existence ou même de pauvreté.Les pionniers des allocations familiales ont mis sur pied un organisme qui tient compte de ces exigences.Au lieu d\u2019établir une seule caisse nationale, qui aurait pu difficilement adapter le taux des allocations aux besoins des familles et aux conditions variées du milieu dans lequel elles vivent, ils suggérèrent aux employeurs de fonder leurs caisses de compensation en s\u2019associant soit par régions, soit selon les catégories d\u2019entreprises où les conditions de vie sont sensiblement les mêmes.Ce système de caisses d\u2019allocations patronales, inauguré en France en 1918 et adopté par la suite dans plusieurs autres pays, paraît être le plus apte à résoudre enfin d\u2019une façon satisfaisante le problème si épineux dont souffre le monde ouvrier depuis près de deux siècles.Grâce à sa souplesse, il est facile d\u2019adapter les taux aux besoins des familles, suivant les conditions de vie des différentes régions du pays.Quant à l\u2019augmentation du coût de la vie, les caisses de compensation patronales offrent un moyen d\u2019y remédier en évitant le danger de déclencher un mouvement toujours croissant d\u2019inflation.En effet, lorsque le coût de la vie monte, le salaire des travailleurs devient insuffisant pour maintenir leur niveau de vie.Mais cette insuffisance n\u2019est pas égale pour toutes les catégories de salariés.Généralement, les célibataires et les ménages sans enfant sont encore en mesure de se tirer d\u2019affaire.Les familles restreintes sont légèrement atteintes; quant aux familles nombreuses, elles se voient souvent acculées à de pénibles privations, même dans les choses nécessaires à la vie.Avec un système de caisses de compensation patronales, on a deux moyens de régler ce cas: ou bien on augmente uniquement les allocations familiales, puisque ce sont les familles qui sont surtout atteintes par la hausse du coût de la vie, ou bien, si une élévation générale du salaire s\u2019impose, on fait porter une partie notable de cette augmentation sur les allocations.Enfin, dans un système de caisses de compensation patronales, les allocations pourraient égaler ou même dépasser le coût d\u2019entretien des enfants.La seule objection que l\u2019on pourrait soulever contre cette pratique, c\u2019est qu\u2019un certain nombre de chefs de famille seraient exposés à se relâcher de leur esprit d\u2019initiative et de travail, puisque les ressources versées par les caisses de compensation suffiraient par elles-mêmes à pourvoir d\u2019une façon plus ou moins adéquate aux besoins de la famille.Mais dans un système de caisses patronales, pareil danger n\u2019existe pas.En effet, pour avoir droit aux allocations, le salarié doit être à l\u2019emploi d\u2019un patron.Si, sans une raison spéciale reconnue valable par la loi, \u2014 maladie, accident, invalidité, \u2014 il cessait de travailler, il perdrait, en même temps que son salaire, son droit aux allocations familiales et il ne pourrait même pas prétendre aux allocations de chômage; il se verrait donc du jour au lendemain acculé à la famine et à la misère.Ce danger, si danger il y a, n\u2019est d\u2019ailleurs pas imminent; car, à notre connaissance, aucune caisse patronale n\u2019a encore élevé le taux des allocations à un niveau qui atteint le coût d\u2019entretien des enfants.Dans les commencements, les prestations étaient minimes et ne représentaient qu\u2019une aide assez modeste.Mais, depuis quelques années, les taux ont été substantiellement majorés presque partout; on peut même dire que, dans certains pays, l\u2019on a aujourd\u2019hui résolu d\u2019une façon presque satisfaisante le problème de la subsistance convenable de la famille ouvrière.En France, par exemple, le taux des allocations est calculé en fonction du salaire de base de la région où travaille le chef de famille.Ce taux, pour le second enfant, représente 20 pour cent du salaire de base et 30 pour cent pour le troisième et les suivants.De plus, si le chef de famille est le seul à gagner un salaire, il y a une allocation supplémentaire dite de salaire unique pour les trois premiers enfants, de sorte que l\u2019allocation totale de ceux-ci égale déjà 100 pour cent du salaire de base; pour dix enfants, l\u2019allocation globale équivaut à 310 pour cent du salaire de base, et à 400 pour cent lorsque la famille compte treize enfants à charge.Si l\u2019on ajoute à cela les primes spéciales que les caisses versent à la naissance de chacun des enfants, ainsi que les divers services sociaux gratuits qu\u2019elles ont organisés au bénéfice des familles de leurs employés, l\u2019on peut dire qu\u2019en France les familles nombreuses, appartenant à la classe des salariés, jouissent à peu près du même niveau de vie que les familles restreintes et les ménages sans enfant.Le système d\u2019allocations adopté par le Canada est loin d\u2019être en mesure de produire de pareils résultats.Notre loi comporte un taux uniforme d\u2019allocations pour les familles de toutes les classes; pour y avoir droit, il n\u2019est pas nécessaire que le chef de famille soit à l\u2019emploi d\u2019un patron, ni même obligé de travailler.Tout chef de famille qui a des enfants est bénéficiaire de la loi.L\u2019État ne saurait, dans ces conditions, élever le taux à un niveau qui égale ou dépasse le coût d\u2019entretien des enfants dans les grandes villes.Il est donc forcé d\u2019adopter un taux minimum qui soit même inférieur à l\u2019entretien d\u2019un enfant dans les régions où celui-ci coûte le moins cher.Mais alors les allocations ne représentent qu\u2019une aide insignifiante pour les familles ouvrières des grandes villes.Au prix actuel du lait, \u201419 sous la pinte, \u2014 l\u2019allocation de $5 par mois versée aux enfants de moins de six ans ne paye même pas la pinte de lait que les médecins hygiénistes assignent 92 RELATIONS comme dose journalière minimum pour les enfants et les adolescents en vue d\u2019assurer le développement normal de leur organisme.De plus, la rigidité d\u2019une loi d\u2019État rend difficile l\u2019adaptation du taux d\u2019allocations aux fluctuations du coût de la vie.Depuis le 1er juillet 1945, date de la mise en vigueur de notre régime d\u2019allocations, l\u2019indice du coût de la vie a passé de 119.5 à 175.2, ce qui représente une augmentation supérieure à 45 pour cent.Or, pendant ce temps, le taux des allocations est resté stationnaire.Il est vrai que, pendant la même période, le salaire horaire s\u2019est élevé de 45% et que la situation générale des salariés est restée la même.Mais comme, à l\u2019époque où les allocations ont été instituées, une fraction notable des salariés chefs de famille des villes ne gagnaient qu\u2019un salaire à peine suffisant pour les besoins d\u2019un couple, on peut affirmer qu\u2019aujourd\u2019hui, malgré l\u2019appoint des allocations familiales, un grand nombre de familles nombreuses de la classe ouvrière sont encore réduites au niveau de vie de simple existence ou même de pauvreté.D\u2019ailleurs, avec un système d\u2019allocations généralisé à toutes les classes et organisé par l\u2019État, il est pratiquement impossible d\u2019opérer le rajustement du taux des allocations pour le remonter au niveau du coût de (a vie dans les grandes villes.Pour y arriver, il faudrait élever la somme des prestations à un degré qui dépasserait sensiblement le coût d\u2019entretien des enfants dans certaines régions, ce qui donnerait lieu à une foule d\u2019inconvénients sérieux d\u2019ordre moral et social que l\u2019État est tenu d\u2019éviter pour le bien commun de la société.On est donc en droit de conclure que notre système d\u2019allocations familiales, malgré les bienfaits considérables qu\u2019il apporte aux familles canadiennes, se révèle impuissant à régler le problème de la famille nombreuse de la classe ouvrière.Mais la nation canadienne ne peut se désintéresser de ce problème, dont la gravité ne manquera pas de s\u2019accroître avec les années.Elle le peut d\u2019autant moins que l\u2019obligation d\u2019assurer aux chefs de famille salariés les ressources suffisantes pour procurer à leurs familles le niveau de vie convenable est une question de justice sociale qu\u2019aucune société qui se prétend civilisée ne saurait éluder.Il suffirait d\u2019ailleurs de peu de chose pour améliorer notre système d\u2019allocations et en faire un des plus complets et des plus généreux parmi ceux qui ont été réalisés jusqu\u2019ici dans les autres pays.C\u2019est ce que nous essaierons de montrer dans un prochain article.LE Dr CARREL ET LES RÈGLES DE LA CONDUITE Richard ARÈS, S.J.IL EXISTE DONC, selon le Dr Carrel, des lois naturelles de la vie humaine, entre autres, celles de la conservation de la vie, de la propagation de la race et de l\u2019ascension de l\u2019esprit.Ces lois sont le fondement du bien et du mal : s\u2019y soumettre est vertu, y désobéir est péché (voir Relations de mars).De ces lois, ajoute l\u2019auteur de Réflexions sur la conduite de la vie, il est possible et facile de déduire tout un ensemble de règles, formant comme un code de la route, une technologie de l\u2019existence, nous fournissant le moyen de penser et d\u2019agir sans violer les tendances les plus profondes de notre nature, nous indiquant la manière de nous comporter comme le demande la structure de notre corps et de notre esprit: ce sont les règles de la conduite rationnelle.Déduites de la triple loi de la vie, ces règles forment un tout, tendent implicitement vers le progrès simultané du corps et de l\u2019esprit et provoquent, à condition de n\u2019en négliger aucune, un développement complet de la personnalité.Chacune de ces règles nous indique à la fois ce que nous ne devons pas faire et ce que nous devons faire; chacune s\u2019oppose à certaines tendances, en favorise certaines autres, défend et prescrit: défend les pensées et les actions qui nuisent à la conservation et à la propagation de la vie ainsi qu\u2019à l\u2019essor de l\u2019esprit, prescrit en même temps d\u2019augmenter la qualité, la quantité et l\u2019intensité de notre vie.I.\u2014 CARACTÈRES ET EXIGENCES DES RÈGLES DE LA CONDUITE Ces règles de conduite sont à la fois certaines, universelles et immuables.Certaines, parce qu\u2019elles reposent sur des concepts scientifiques, d\u2019une solidité à toute épreuve et dont chacun peut, quand il lui plaît, vérifier par lui-même la validité.Universelles, parce qu\u2019elles sont les mêmes pour tous et dans toutes les nations.Elles ne changent pas suivant les opinions de chacun, suivant les coutumes, suivant les pays et suivant les époques.Comme elles sont basées sur les modes d\u2019être fondamentaux de la vie, c\u2019est-à-dire sur la structure même de notre corps et de notre âme, elles sont applicables toujours et partout.Tout être humain, quels que soient son âge et son sexe, sa couleur, sa position sociale, sa pauvreté ou sa richesse, doit se soumettre aux commandements des lois de la vie.Ces règles sont enfin immuables: « Elles resteront identiques à elles-mêmes dans tous les pays et jusqu\u2019à la fin de l\u2019humanité.Elles ne changeraient que si la nature de notre vie changeait.» AVRIL 1951 93 Quelles sont-elles?Les unes se rapportent à la conservation de la vie, d\u2019autres à la propagation de la race, d\u2019autres, enfin, à l\u2019ascension de l\u2019esprit.1.\tRègles pour la conservation de la vie.\u2014 Le principe de la conservation de la vie demande deux choses: tout d\u2019abord, de ne pas détruire la vie dans les autres et en soi-même, puis de travailler à l\u2019accroître.Il s\u2019oppose, en premier lieu, à toute forme d\u2019assassinat, brutale ou larvée; aux manœuvres, par exemple, du profiteur qui fait augmenter le prix des denrées indispensables à la vie, ou du financier qui dépouille les petits de leurs économies, ou encore de l\u2019industriel qui laisse ses ouvriers sans protection contre les substances toxiques.Il interdit aussi tout ce qui entrave, étouffe et rend plus douloureuse la vie, par exemple, les moqueries incessantes, les médisances, les calomnies, les haines et les diffamations, l\u2019absence chez les enfants d\u2019éducation morale et physiologique, etc.Le même principe condamne aussi le suicide et en même temps toutes les pensées, actions et habitudes qui tendent à nous diminuer en tant qu\u2019hommes: l\u2019orgueil et la colère, par exemple, qui dérangent l\u2019équilibre mental et nerveux et faussent le jugement; l\u2019égoïsme, l\u2019avarice, l\u2019envie, qui rétrécissent la personnalité, obscurcissent le sens moral, dépriment l\u2019intelligence; la paresse, qui empêche le développement de nos potentialités héréditaires, amène l\u2019ignorance, le désordre et la misère: « A la vérité, l\u2019alcoolisme, le tabagisme, les excès sexuels, la toxicomanie, le dérèglement de la pensée, la bassesse morale constituent des infractions extrêmement dangereuses à la loi de la conservation.» Il existe de nos jours une forme subtile et agréable du suicide: c\u2019est celle qui se manifeste par l\u2019abondance de la nourriture, la douceur de l\u2019existence, la sécurité économique totale, l\u2019absence de responsabilité : « Avoir dans une administration de l\u2019Êtat une position sûre et exempte de responsabilité paraît à la plupart des gens une chose convenable.Cependant, cette sorte d\u2019existence est pour l\u2019individu et la nation aussi dangereuse que la morphinomanie.» Une seconde règle, découlant du même principe, demande que l\u2019homme travaille à augmenter la quantité, la qualité et l\u2019intensité de sa vie, bref à acquérir la force du corps et de l\u2019esprit.Le seul moyen d\u2019y arriver est l\u2019effort quotidien, patient, obstiné, lié à une discipline de tous les instants et à un enthousiasme irréductible.Car la nature favorise « ceux qui ont l\u2019audace d\u2019oser, qui ont la volonté de succès, qui sont prêts à vivre durement et dangereusement.Quiconque refuse le risque perd sa vie ».2.\tRègles pour la propagation de la race.\u2014 Ces règles concernent soit la conception, soit la naissance et la formation de l\u2019enfant, soit enfin le milieu indispensable à l\u2019existence matérielle et mentale de la famille.Il est évident, en premier lieu, que la plus grande partie de la rude tâche de propager la race incombe à la femme.Celle-ci n\u2019atteint son plein développement organique et mental que par la maternité: y renoncer est pour elle une très grave erreur.Aussi est-ce une faute de donner aux jeunes filles une éducation semblable à celle des garçons, et de laisser s\u2019implanter en elles des habitudes de vie et de pensée qui les éloignent de leur rôle naturel.Avoir une carrière lucrative ou brillante, être artiste, doctoresse, avocate, fonctionnaire, aviatrice, professeur ou savante n\u2019est pas une raison valable de violer, grâce au secours des techniques anticonceptionnelles, la loi de la propagation de l\u2019espèce.Il faut que la femme prenne conscience de son rôle véritable dans la société et qu\u2019elle apprenne son métier de mère, métier qu\u2019elle doit pratiquer la plus grande partie de sa vie.L\u2019enfant, en effet, a besoin de soins constants et se développe lentement; sa période de formation dure au moins dix-huit ans.C\u2019est la lenteur du développement des jeunes qui est la raison ultime de la permanence du mariage.Considérer le mariage comme une union temporaire, un contrat d\u2019association que les conjoints peuvent rompre à leur gré, est une erreur engendrée par l\u2019ignorance du développement de l\u2019enfant et de la fonction maternelle.Les parents qui bouleversent l\u2019existence de leurs enfants par leurs disputes, leur intempérance, leurs adultères, leurs divorces et leurs remariages transgressent de façon extrêmement grave la loi de la propagation de la vie.Non seulement l\u2019enfant, mais la famille elle-même a besoin d\u2019un milieu stable et ordonné, milieu qui ne peut exister et prospérer que si l\u2019amour en est l\u2019âme.Depuis deux mille ans, l\u2019humanité sait que l\u2019amour de notre voisin, même de notre ennemi, le pardon des injures et la charité constituent la base essentielle de la morale, le principe premier de la prospérité des groupes humains et la condition de leur survie.Malheureusement, elle s\u2019est révélée incapable d\u2019appliquer intégralement ce précepte de l\u2019amour mutuel.C\u2019est que les hommes se sont refusés à l\u2019effort de se rendre dignes d\u2019être aimés par les autres; aussi ne parviendront-ils à construire une société meilleure qu\u2019en se réformant eux-mêmes: se libérant des vices qui les séparent les uns des autres, instaurant en eux et autour d\u2019eux l\u2019ordre de l\u2019amour.3.\tRègles pour Vascension de Vesprit.\u2014 A tout individu s\u2019ajoute encore l\u2019obligation de développer son esprit, de mettre en valeur la totalité du patrimoine mental qu\u2019il a apporté avec lui en naissant.La première règle à suivre à cet égard, c\u2019est d\u2019écarter les obstacles qui s\u2019opposent à notre développement spirituel, en nous rappelant que tout ce qui nuit à la vie organique nuit aussi à la vie de l\u2019âme.Nous interdire, par conséquent, les habitudes capables d\u2019amener la détérioration des tissus et des humeurs, comme l\u2019alcoolisme, le tabagisme, les excès sexuels, etc.Éviter ensuite les attitudes mentales qui sont, pour la conscience, l\u2019équivalent du suicide, comme la paresse, les 94 RELATIONS bavardages inutiles, l\u2019abus du cinéma et de la radio, et surtout l\u2019habitude de mentir, d\u2019intriguer, de calomnier ses voisins, de les trahir, de les voler, de tout rapporter à soi et à son intérêt immédiat.Ces obstacles écartés, la véritable ascension commence.Comme nous avons l\u2019étrange privilège de façonner, si nous le voulons, notre corps et notre âme, à l\u2019aide de notre âme elle-même, il importe tout d\u2019abord de trouver notre propre âme, d\u2019entrer en contact avec elle.Il suffit, pendant quelques minutes, matin et soir, d\u2019imposer silence aux bruits du monde, de se retirer en soi-même, de s\u2019instituer son propre juge, de reconnaître ses erreurs, de faire son plan d\u2019action.C\u2019est à ce moment que ceux qui savent prier doivent prier.La prière a toujours un effet, même si cet effet n\u2019est pas celui que nous désirons.C\u2019est pourquoi il faut, de bonne heure dans leur vie, habituer les enfants à de courtes périodes de silence, de recueillement et surtout de prière.Mis en contact avec son âme, il faut ensuite s\u2019habituer à distinguer le bien du mal, et s\u2019imposer l\u2019obligation d\u2019éviter le mal et de faire ce qui est bien.Mais cela ne peut se réaliser sans l\u2019aide de l\u2019ascèse, sans l\u2019acceptation de règles strictes de vie et de pensée: « A ceux qui veulent promouvoir en eux l\u2019ascension de l\u2019esprit, aucun excès n\u2019est permis.» Mais cette discipline de soi-même reçoit toujours sa récompense, à savoir la force, et une force qui apporte la joie.En même temps que le caractère, l\u2019intelligence doit être cultivée et développée.Personne n\u2019a le droit de rester un barbare ignorant, même s\u2019il possède un certificat d\u2019études ou un baccalauréat.Il importe davantage encore de faire grandir en soi le sens du beau et celui du sacré.On n\u2019apprend pas l\u2019amour de la beauté ou l\u2019amour de Dieu comme on apprend l\u2019arithmétique.Le sens de la beauté n\u2019est donné que par la beauté elle-même.L\u2019amour de la beauté mène ses élus plus loin que l\u2019amour des syllogismes; car il emporte notre esprit vers l\u2019héroïsme, le renoncement, le beau absolu, Dieu.Que faire s\u2019il y a opposition entre les ordres que donnent les lois fondamentales de la vie?En cette occurrence, il faut toujours suivre la voix de la loi spécifiquement humaine de l\u2019ascension de l\u2019esprit: « Saint François d\u2019Assise a fait plus pour l\u2019humanité en priant et en mendiant que s\u2019il avait été père d\u2019une nombreuse famille.» De même, il faut louer et encourager ceux qui répondent: présent! à l\u2019appel de l\u2019esprit, ceux qui meurent pour sauver une civilisation, ceux qui se sacrifient pour suivre un idéal de patriotisme, de charité, de beauté et d\u2019amour, ceux qui consentent à devenir pauvres et à secourir les pauvres, ceux qui se consacrent au service de Dieu dans la solitude des monastères.A la vérité, Nous avons besoin d\u2019apôtres qui se mettent entièrement au service des enfants, des mères, des vieillards, des abandonnés.Nous avons besoin aussi d\u2019enthousiastes, de naïfs et d\u2019intrépides capables d\u2019abandonner le siècle pour se consacrer dans la solitude des laboratoires ou des monastères à la découverte et à l\u2019appréhension de la réalité.Car les habiles, les rusés et les prudents ont fait une retentissante banqueroute.Et notre monde s\u2019écroule.AVRIL 1951 II.\u2014 LA MISE EN PRATIQUE DES RÈGLES DE LA CONDUITE Tout cela, dira-t-on, est bien beau; mais est-ce applicable, praticable?Cette objection, Carrel se la pose avec une angoisse non dissimulée: les hommes de notre temps, se demande-t-il, auront-ils la sagesse et le courage de mettre en pratique les règles de la conduite rationnelle ?seront-ils capables d\u2019un pareil effort ?1.\tLes obstacles.\u2014 C\u2019est en eux-mêmes que surgissent les premiers et les plus durs obstacles.Leur déficience intellectuelle est telle qu\u2019elle les empêche de voir la réalité.L\u2019homme ne comprend qu\u2019avec une extrême difficulté les choses que, au fond de son cœur, il désire ne pas comprendre.Il ferme instinctivement les avenues de son intelligence aux faits dont la connaissance l\u2019obligerait à abandonner ce qui lui plaît.De même, il ne veut pas se voir tel qu\u2019il est, ni se discipliner, ni modifier ses façons d\u2019agir.Il comprend mieux la nécessité d\u2019une contrainte dans le but de satisfaire sa vanité ou ses passions que s\u2019il s\u2019agit d\u2019acquérir la santé, l\u2019intelligence ou la bonté.A cette déficience intellectuelle s\u2019ajoute la faiblesse morale, si caractéristique de notre époque.La plupart n\u2019ont pas la force de se plier aux dures lois de la vie.On ne leur a jamais appris la maîtrise de soi-même.Ils ont, dès leur petite enfance, suivi toutes leurs impulsions.Dans la famille et à l\u2019école, ils se sont accoutumés à l\u2019indiscipline, au laisser-aller, au débraillé.Jamais ils n\u2019ont tendu, durement et longuement, leur volonté vers un idéal ardemment désiré.Ils ignorent la signification de l\u2019ascétisme; cependant, sans ascétisme, rien de grand n\u2019a jamais été accompli dans le monde.Pendant de nombreux siècles, la morale chrétienne entretint, chez nos ancêtres, l\u2019habitude de la discipline.Aujourd\u2019hui encore elle donne à ceux qui observent strictement ses règles la domination d\u2019eux-mêmes et la force de vivre.Mais le plus grave, c\u2019est que le milieu social actuel lui-même s\u2019oppose à la pratique des règles de la conduite rationnelle, et surtout à l\u2019ascension de l\u2019esprit.Il ridiculise et considère comme des ennemis ceux qui veulent faire complètement leur métier d\u2019hommes ou de femmes.2.\tLes moyens d'action.\u2014 Comment vaincre de tels obstacles ?La logique est ici insuffisante, il faut qu\u2019intervienne l\u2019impulsion du sentiment, des passions, et tout particulièrement de l\u2019amour et de la peur.Seul l\u2019amour peut entrer en lutte avec notre égoïsme, allumer en nous l\u2019enthousiasme, nous faire marcher joyeusement dans la voie douloureuse du sacrifice.C\u2019est l\u2019amour de Dieu, par exemple, qui donne au chrétien la force de se soumettre à une pénible discipline morale.Mais les hommes ne peuvent aimer une abstraction, ni s\u2019enthousiasmer pour une idéologie.On se sacrifie pour les siens, pour son chef, pour le pays natal, pour Dieu, et non pour une idée.Les martyrs qui sont morts pour le Christ n\u2019auraient pas donné leur vie pour les lois naturelles.Une abstraction ne devient motrice que si elle contient un élément religieux.C\u2019est pourquoi la morale chrétienne possède incomparablement plus de puissance que 95 la morale laïque.Aussi l\u2019homme n\u2019obéira-t-il avec enthousiasme aux règles de la conduite rationnelle que s\u2019il considère les lois de la vie comme les ordres d\u2019un Dieu personnel.Le malheur est que la plupart des modernes sont incapables d\u2019agir par amour de leurs voisins, de leur pays ou de Dieu, car ils n\u2019aiment qu\u2019eux-mêmes.Il n y a plus alors que la peur pour les obliger à rationaliser leur conduite.Et ce ne sont certes pas les motifs de craindre qui manquent aujourd\u2019hui.Aucune époque de 1 histoire n\u2019a été aussi terrifiante; jamais de plus grands cataclysmes ne se sont déroulés.L\u2019heure du chaos approche.Cependant, il faut essayer à tout prix de nous sauver, d\u2019éviter à nos enfants les souffrances indescriptibles qui accompagnent l\u2019agonie des nations.Peut-être la peur nous apportera-t-elle la sagesse.En tout cas, le moment est venu d\u2019accepter la déchéance et la mort, ou bien de renverser tous les obstacles qui s\u2019opposent à notre rénovation.3.\tLa technique de la transformation.\u2014 Comment une telle rénovation pourra-t-elle s\u2019opérer?Par la transformation intérieure tout d\u2019abord de chacun.C\u2019est au fond du cœur de quelques hommes que les révolutions commencent, non dans le tumulte de la place publique.La pensée ne devient créatrice que si elle déborde de l\u2019âme; l\u2019inspiration a besoin du silence de la vie intérieure.L\u2019homme moderne est déchu parce que cette inspiration lui a manqué.Pour reconstruire notre civilisation, il faut d\u2019abord nous reconstruire nous-mêmes suivant le modèle prescrit par la vie.Et, pour y arriver, il importe de se tracer à soi-même un programme de conduite, de faire, chaque matin, le plan de la journée et, chaque soir, l\u2019examen des résultats obtenus.Au moment du lever et du coucher, beaucoup de gens se prescrivent l\u2019obligation de quelques exercices d\u2019assouplissement des muscles et des articulations.Il n\u2019est pas moins important de consacrer quelques minutes au progrès de nos activités morales, intellectuelles et psychologiques.Cette méthode a une action puissante sur le développement de la conscience.En méditant chaque jour sur l\u2019orientation à donner librement à toutes ses actions, et en s\u2019efforçant de suivre strictement la ligne de conduite ainsi tracée, on fortifie à la fois son intelligence et sa volonté.Ainsi se développe, au fond de l\u2019âme, un domaine secret, où l\u2019on se trouve, seul et sans masque, en face de soi-même.C\u2019est de l\u2019intensité de la vie intérieure que dépend notre succès dans la mise en pratique des règles de conduite.Une telle méthode cependant sera par elle-même insuffisante si les individus demeurent isolés.Il faut qu\u2019ils se groupent, qu\u2019ils fondent des cellules à la manière des communistes.L\u2019effort sera moins dur s\u2019il est fait en commun.Le moment est venu pour les vivants de se séparer des morts, de se rassembler et d\u2019agir.4.\tLe but et le sens de la vie.\u2014 Il restera toutefois à savoir où aller, à connaître notre destination, à distinguer le but à atteindre.A certains moments de l\u2019histoire de la civilisation d\u2019Occident, les hommes se sont accordés pour tendre leur pensée et leurs actions vers le même but.Pour nos ancêtres du moyen âge, l\u2019existence terrestre n\u2019était que la préparation à une existence extraspatiale et extra-temporelle où chacun devait être traité suivant ses mérites.Le but de la vie se trouvait ainsi situé au delà de la mort.Il a été ramené en deçà d\u2019elle par les modernes, qui l\u2019ont placé dans l\u2019obtention des avantages matériels et intellectuels, dans la satisfaction de leurs besoins et de leurs appétits, dans la poursuite du profit.Le résultat a été de nous dresser les uns contre les autres: « En fait, les civilisés ont choisi la guerre comme le but de la vie.» Il y a pourtant un but réel à notre existence, but dicté par la nature des choses, indépendant de nos appétits, de nos caprices, et même de nos plus hautes aspirations.Ce but, c\u2019est la vie elle-même, et la vie consiste en la plénitude de toutes les activités organiques et mentales de notre corps.Elle n\u2019atteint donc son but qu\u2019à la condition de ne jamais réduire, atrophier, désorienter ou pervertir ces activités.Plus précisément, le but de la vie est la réalisation dans chaque individu de l\u2019archétype humain, il est l\u2019ascension de l\u2019esprit, c\u2019est-à-dire « l\u2019émergence de la raison et de l\u2019amour en nous-mêmes et dans le monde terrestre ».C\u2019est là la réponse de la science.Est-elle complètement satisfaisante ?Non.Aujourd\u2019hui, ainsi qu\u2019à toutes les époques et dans tous les pays, il existe des hommes et des femmes pour lesquels vivre est un objectif insuffisant.La vie ne leur apparaît pas comme le bien le plus précieux.Ils ont soif de beauté, de renoncement et d\u2019amour.Ils veulent atteindre Dieu.Et la philosophie ne peut les satisfaire, ne peut calmer leur angoisse.v Seule, la religion propose une solution complète du problème humain.Le christianisme surtout a répondu de façon précise aux demandes de l\u2019âme humaine.Il a calmé pendant des siècles l\u2019inquiète curiosité que les hommes ont toujours eue de leur destin.L\u2019inspiration religieuse, la révélation divine, la foi apportèrent à nos ancêtres la certitude et la paix.Malheureusement la civilisation industrielle, née de la raison, de la science et de la technique, a presque étouffé cette religion qui seule répondait aux questions que se pose l\u2019humanité pensante devant le mystère de son origine et de sa fin.5.\tLe besoin de Dieu.\u2014 Mais la religion est loin d\u2019être morte.L\u2019homme moderne éprouve lui aussi le besoin d\u2019adorer: « Adorer est chez lui une tendance presque aussi naturelle qu\u2019aimer.» Et quand ce besoin de Dieu n\u2019est pas satisfait, il lui arrive souvent, de même qu\u2019au besoin sexuel, de se pervertir.Aussi est-il dangereux de l\u2019ignorer.Le Dieu que réclament nos désirs n\u2019est ni un mathématicien ni un expérimentateur: nous avons besoin d\u2019un Dieu qui nous aime, nous entende et nous aide.L\u2019homme a trouvé, dans le charpentier de Nazareth, le Dieu à la fois sublime et familier qui lui convenait.Jésus 96 RELATIONS connaît notre monde.Il ne nous dédaigne pas, comme le Dieu d\u2019Aristote.Nous pouvons lui parler et il nous répond.Quoique étant une personne comme nous, il est Dieu et transcende toutes les choses.Mais nous pouvons le rencontrer aussi agissant dans le bois de la table, dans la nourriture que nous absorbons, dans le rayon de soleil qui nous réchauffe, dans la forêt, la terre, l\u2019océan et le ciel, puisqu\u2019il a créé et conserve toutes choses.Quel que soit le lieu où nous soyons, à chaque instant du jour ou de la nuit, il est à notre disposition.Et nous pouvons l\u2019atteindre simplement en tournant vers lui notre désir et notre amour.Le besoin de Dieu trouve son expression dans la prière, laquelle est un cri de détresse, une demande d\u2019aide, un hymne d\u2019amour, et dont l\u2019effet est presque toujours positif.Tout se passe comme si Dieu nous écoutait et nous donnait une réponse directe.La prière donne la force de supporter les soucis et les chagrins, d\u2019espérer quand il n\u2019y a pas de motif logique d\u2019espérer, de rester debout au milieu des catastrophes.Nous sommes ici sur un terrain solide.L\u2019homme a besoin d\u2019aide, il prie, l\u2019aide vient.Quelle que soit son interprétation future, ce fait restera éternellement vrai.6.Le sens de la mort.\u2014 La prière nous permet aussi d\u2019envisager avec sérénité le terme de notre vie, de nous mesurer avec la mort.C\u2019est un fait que les hommes d\u2019Occident désirent ardemment vivre, non seulement dans ce monde, mais aussi au delà du tombeau.Nous désirons avant tout la survie personnelle, nous aspirons à revoir après la mort ceux que nous aimons, à entrer dans le domaine de la justice et de la paix, à jouir de la compagnie ineffable de Dieu.L\u2019Église, pour sa part, a élevé au rang d\u2019un dogme la croyance en l\u2019immortalité de l\u2019âme et en la résurrection de la chair.Cette croyance, les civilisés ont eu beau l\u2019abandonner, le mystère de la mort ne s\u2019en pose pas moins pour eux, et beaucoup « se demandent avec angoisse si l\u2019ascension de l\u2019esprit au cours de la vie est vraiment son but, si les trésors spirituels accumulés par les héros de la charité et par les saints sont destinés inévitablement à s\u2019engloutir dans le néant ».A ces questions, la science ne peut, pour le moment, donner aucune réponse.La solution relève encore de la religion, et pour celle-ci, la mort représente non pas la fin de la vie, mais son commencement.Au lieu de se dissoudre en même temps que le corps, l\u2019esprit continue son ascension et, sans perdre sa personnalité, s\u2019absorbe en Dieu.Depuis deux mille ans, des centaines de millions d\u2019hommes et de femmes sont morts en paix, avec la certitude de vivre, au delà de la vie, avec ceux qui leur sont chers, avec les saints et les anges de Dieu, et avec Dieu lui-même.L\u2019Eglise promet à l\u2019homme non seulement l\u2019immortalité de son esprit et de son corps, mais aussi, s\u2019il en est digne, la possession de Dieu et d\u2019un bonheur sans fin.La réponse de la foi à l\u2019angoisse de l\u2019humanité devant le mystère de la mort est donc incomparablement plus satisfaisante que celle de la science.En dépit de toutes les obscurités, de toutes les incertitudes et de tous les mystères, l\u2019immortalité s\u2019impose donc comme le choix le plus sûr, comme favorisant davantage l\u2019ascension de l\u2019esprit et donnant seule un sens à l\u2019immense effort de spiritualisation accompli le long des âges par la matière vivante.Quel est le sens de la mort ?Tout ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est ceci: Pour chaque homme, la mort a une différente signification; car la mort dépend de la vie; et le sens de la vie change suivant les individus.Presque toujours la mort est comme la fin d\u2019une journée de pluie monotone, pénible et triste.Parfois elle a la beauté du crépuscule dans la montagne, ou elle ressemble au sommeil du héros après le combat.Mais elle peut être, si nous le voulons, l\u2019immersion de l\u2019âme dans la splendeur de Dieu.Encore une fois il me faut m\u2019arrêter.L\u2019ouvrage du Dr Carrel, je le répète, expose une morale scientifique et naturelle, morale par conséquent incomplète et insuffisante, dont aucun catholique ne saurait se contenter.Mais une telle morale n\u2019en apparaît pas moins dans ses grandes lignes en accord avec les exigences fondamentales de la morale chrétienne elle-même.Que cet ouvrage ne soit pas exempt de toute déviation et de toute exagération, qu\u2019il frise parfois le naturalisme et le positivisme, je suis le premier à l\u2019admettre.Ces défauts ne l\u2019empêchent cependant pas de constituer le plus éloquent et le plus vigoureux plaidoyer qui ait été en ces dernières années prononcé en faveur de la loi naturelle.Et cela est d\u2019importance.En tout cas, s\u2019il est une leçon qui s\u2019en dégage à l\u2019évidence, c\u2019est bien la nécessité, pour les peuples comme pour les individus, d\u2019obéir aux lois naturelles de la vie, la nécessité de se soumettre à certaines règles de conduite et d\u2019accepter, par conséquent, l\u2019effort, la discipline et le sacrifice comme les conditions de leur survivance et de leur grandeur.Or, cette leçon, je la rapproche d\u2019une autre, faite par André Siegfried à propos des Canadiens français.A quoi tient, se demandait un jour celui-ci, la vitalité de la société canadienne-française ?Et il répondait: à une certaine conception, qui lui est propre, en Amérique, de la vie et du travail.C\u2019est, précisait-il, une conception catholique, unie à une tradition qui vient en droite ligne de la vieille France; une conception qui s\u2019exprime dans une discipline morale et familiale et comporte le respect de valeurs démodées un peu partout, mais singulièrement dans le Nouveau Monde: « L\u2019acceptation de l\u2019effort pénible, l\u2019éloge de l\u2019épargne et de la restriction, c\u2019est-à-dire d\u2019une sorte d\u2019ascétisme, la doctrine de la famille nombreuse, considérée comme un devoir du chrétien, le sens de la mesure dans l\u2019ambition.» (Le Canada, puissance internationale, 1947, p.64.) Pour parler comme le Dr Carrel, il faudrait dire: le peuple canadien-français a survécu et grandi parce qu\u2019il a eu la sagesse et le courage d\u2019obéir aux lois na-relles de la vie, d\u2019accepter pour règles de conduite l\u2019effort, la discipline et le sacrifice.Là est le secret de sa survivance passée, la formule de son rayonnement futur.AVRIL 1951 97 D\u2019ANCIENS CORRESPONDANTS AVEC O U SANS DANS SON ÉTUDE sur Rameau de Saint-Père, analysée plus loin, M.Bruchési cite d\u2019anciens témoignages qu\u2019il est bon de remettre à l\u2019actualité.Rameau est conquis par l\u2019Acadie, « sœur aînée du Canada, sœur modeste et ignorée, qui s\u2019est élevée modestement dans la douleur ».Il admire les Franco-Américains qui « font les plus grands effprts pour rester catholiques et garder leur idiome.Il faudrait des prêtres canadiens zélés et actifs ».Au Détroit, comme à Saint-Louis, il s\u2019indigne du mépris qu\u2019on a pour « les descendants du plus pur sang français ».A la Louisiane, il suggère « d\u2019ouvrir avec le Canada des relations amicales par l\u2019intermédiaire de quelques personnalités éminentes et des échanges de journaux, de livres et de lettres ».Quant aux Canadiens, « je les exhorte à rester eux-mêmes en menant courageusement une vie simple, vouée au travail.Je souhaite que ce pays canadien, dût-il être moins riche et moins puissant, conserve toujours sa simplicité et sa foi ».Rameau regrette « de ne pouvoir se fixer dans cette jeune contrée, si attachante par son passé, par ses mœurs, et si pleine d\u2019espoirs pour l\u2019avenir ».Le curé Labelle prétend lui devoir l\u2019idée de coloniser le Nord, pour bloquer l\u2019émigration au sud: « C\u2019est un point capital pour nous, cette idée que vous avez émise voilà vingt ans: coloniser la vallée d\u2019Ottawa, position stratégique pour le salut de notre race.J\u2019ai travaillé à réaliser cette idée et, Dieu aidant, avec un certain succès qui grandira avec le temps.Si la France veut placer des capitaux en pays étranger, elle ne peut mieux choisir que le Canada.Sans nous vanter, nous valons autrement que les Turcs, et même que l\u2019Amérique méridionale.» Le géographe Reclus, gagné par Rameau, y va de ses avis: « Pour ma part, j\u2019ai peur de tout ce qui est trop près des Yankees.J\u2019aime mieux dix Canayens au nord, au très haut nord, que cinquante à côté de l\u2019oncle Sam et dans son vaste pays, où ils finissent par aller faire un four.Le vrai patriotisme., c\u2019est celui du pionnier dans la forêt, celui qui cimente la paroisse à ses débuts.La meilleure méthode d\u2019étendre le Canada français par l\u2019arrivée d\u2019Européens homophones et par la colonisation des terres nouvelles, c\u2019est la propagande par le prêtre.» En 1858, l\u2019historien Garneau écrit à Rameau que l\u2019existence nationale des Canadiens « n\u2019est même plus reconnue en politique et que leur nationalité, quoique réelle encore, est aux yeux de beaucoup d\u2019hommes destinée à périr.Il en est d\u2019autres qui conservent de l\u2019espoir, et j\u2019agis comme si je faisais partie de leur nombre, quoique par moments je désespère, lorsque je vois certaines choses s\u2019accomplir sans faire beaucoup de sensation ».Et en 1861, Étienne Parent: « Le Bas-Canada, c\u2019est encore la France.Que notre nationalité s\u2019étende et se consolide, c\u2019est pour la France un allié sûr.Vous, aussi bien que moi, vous devez déplorer de voir des milliers de Français aller se noyer au sein de races étrangères, tandis qu\u2019en venant chez nous, ils nous aideraient à créer sur les bords du Saint-Laurent une France aussi belle, aussi glorieuse peut-être que l\u2019est celle de la Seine et du Rhône.Il y a près de quarante ans que je travaille pour le maintien de notre chère nationalité, pour faire une France américaine, et je ne désespère pas du succès.Je ne crains pas l\u2019anglo-saxonisme par lui-même; si nous périssons, ce sera par la politique, c\u2019est-à-dire par nos propres mains.» En 1862, le Français Aubry, professeur à Laval, écrit à Rameau: « .Déjà la langue perd du terrain; beaucoup de familles affectent de ne parler qu\u2019anglais; leurs enfants n\u2019apprennent d\u2019abord que l\u2019anglais; et voilà que, même dans les écoles de campagne, l\u2019anglais est ou obligatoire, ou tout au moins de bon ton.» COMMENTAIRES LA DÉCLARATION DE NICOLET Les principes ci-dessous énoncés résument les travaux des Journées d'étude tenues à Nicolet, les 13, 14 et 15 mars, sur le problème rural au regard de l'ordre social chrétien.( Voir, à la page 103, l'article sur les Journées de Nicolet.) LE MILIEU RURAL 1.\tL'ordre rural chrétien, tel qu\u2019il s\u2019est dégagé historiquement dans le milieu canadien-français, repose essentiellement sur les valeurs familiales, professionnelles et nationales, elles-mêmes ordonnées à la vocation surnaturelle des personnes.2.\tLa famille rurale, en général, et plus particulièrement la famille agricole, doit demeurer, dans le monde contemporain, un modèle de la vie familiale chrétienne, à raison de sa fécondité et de sa stabilité.Celles-ci résultent des conditions de la vie rurale, plus favorables à la pratique des vertus morales et religieuses.La famille rurale n\u2019est pas un vestige social du passé appelé à disparaître.C\u2019est un type d\u2019avenir, source permanente de la vie nationale sous de multiples rapports.3.\tLa propriété privée des instruments de travail, et particulièrement de la terre et des bâtiments, constitue le fondement solide de la fécondité et de la stabilité de la famille rurale.Elle est l\u2019obstacle par excellence à la constitution d\u2019un prolétariat rural.La famille agricole, en effet, n\u2019est pas seulement, comme toute famille, une communauté de consommation.Elle est aussi une communauté de production.Son unité morale est donc garantie par son unité économique.4.\tLa paroisse constitue historiquement, avec la famille rurale et l\u2019équitable répartition de la propriété privée des instruments de travail, l\u2019un des éléments fondamentaux de l\u2019ordre rural chrétien.Les fonctions de la paroisse ont pu, à certains moments et sous l\u2019empire de nécessités pressantes, s\u2019étendre à des domaines qui, depuis, ont été rendus à la responsabilité des laïcs.La paroisse n\u2019en demeure pas moins la famille des familles, source de la vie surnaturelle et de la formation religieuse pour tous les membres de la communauté paroissiale.LES PROBLÈMES RURAUX 5.\tLa mécanisation dans l\u2019agriculture, fruit du progrès technique, réclame un effort d\u2019adaptation conforme à une orientation choisie d\u2019avance.Les avantages de la mécanisation, qui sont considérables, doivent être recherchés autant que possible; en aucun cas, cependant, ils ne doivent, dans l\u2019ordre rural chrétien, entraîner avec eux la disparition ou l\u2019affaiblissement de la petite et moyenne propriété agricole.C\u2019est principalement par leur union coopérative que les agriculteurs pourront retirer de la mécanisation ses véritables avantages en évitant les abus qu\u2019elle risque d\u2019entraîner avec elle.6.\tLa structure économique moderne n\u2019a pas réalisé l\u2019intégration ordonnée de l\u2019économie rurale au sein de l\u2019économie nationale.L\u2019ordre rural chrétien doit contribuer, par un effort d\u2019organisation sociale, à faire disparaître les abus d\u2019un régime économique qui subordonne trop souvent la répartition de la propriété, les conditions du travail et la circulation des biens aux impératifs du rendement et du profit, qui ne sont plus considérés comme des moyens, légitimes dans leur ordre, mais comme des fins absolues.7.\tLa conception matérialiste de la vie économique et sociale n\u2019est pas en accord avec l\u2019ordre social chrétien.Elle n\u2019est donc pas en accord avec l\u2019ordre rural chrétien.Un effort principalement moral et religieux doit faire face aux conceptions essentiellement égoïstes de la vie humaine, de l\u2019amour et du travail.Trop souvent, ces conceptions, par les moyens techniques de la radiodiffusion, du cinéma, de la presse et de la publicité commerciale, ont pénétré au cœur même de la famille rurale.Celle-ci est, de ce fait, progressivement détournée vers des valeurs illusoires qui lui font perdre, spécia-lement chez les jeunes, le sens profond des valeurs réelles r\tdont elle est riche.8.\tLes mesures législatives, d\u2019inspiration individualiste et |\tde facture socialiste, préjudiciables à toute vie familiale, le sont particulièrement dans le milieu rural.Ces mesures, en effet, détruisent peu à peu la solidarité interne de la famille et découragent les initiatives de la profession, en cherchant à réaliser la sécurité sociale des individus par une intervention directe de l\u2019État.LA RÉFORME DES MŒURS 9.\tLa formation scolaire dans le milieu rural, comme dans les autres, joue aujourd\u2019hui un rôle plus important qu\u2019autre-fois.La famille et la paroisse elles-mêmes se trouvent en effet dessaisies, en fait, d\u2019une partie de leur influence en faveur de l\u2019école.Ce phénomène est dû à l\u2019affaiblissement de l\u2019esprit familial, et même de l\u2019esprit paroissial, sous les influences précédemment rappelées.Dans ces conditions, il importe, en premier lieu, de faire prendre conscience aux familles de la nécessité d\u2019un retour profondément vivant à ce qu\u2019on a appelé justement l\u2019axe famille-paroisse.Il importe, en second lieu, que l\u2019école rurale adapte autant que possible ses programmes et ses exemples concrets au milieu rural.Il importe enfin que l\u2019école s\u2019attache principalement, dans la répartition même des heures de cours, à la formation religieuse et hu- i\tmaine.L\u2019accumulation nécessaire des connaissances ne doit pas se faire au détriment de la formation chrétienne des jeunes du milieu rural, à l\u2019âge où cette formation leur est due avant toute autre chose, 10.\tLa formation des adultes, dans le milieu rural, est une nécessité qui complète la précédente.Elle est aujourd\u2019hui partiellement assurée par les mouvements d\u2019apostolat généraux et spécialisés, par l\u2019association professionnelle et par tous les organismes poursuivant des buts éducationnels catholiques.Ces mouvements doivent faire pénétrer davantage leur influence, et contribuer à répandre dans le milieu rural une spiritualité adaptée à la vie des laïcs.Cette spiritualité pourrait se fonder, dans l\u2019ordre surnaturel, sur le développement d\u2019une intense confiance filiale dans la Providence de Dieu, et, dans l\u2019ordre naturel, sur un retour à la primauté des fins sur les moyens.LA RÉFORME DES INSTITUTIONS 11.\tL'organisation professionnelle corporative dans les divers secteurs de l\u2019économie est l\u2019un des points fondamentaux de la doctrine sociale de l\u2019Église.Elle permet de décharger l\u2019État des attributions qui ne sont pas de son domaine propre.Une telle organisation est particulièrement souhaitable dans le secteur agricole.On constate, en effet, actuellement, l\u2019existence de nombreux éléments précorporatifs: Union catholique des Cultivateurs, groupements spécialisés, coopératives, assurances-mutuelles; mais, faute d\u2019une doctrine commune et d\u2019une harmonieuse coordination des fonctions, l\u2019activité économique de l\u2019agriculture ne tient pas sa place adéquate dans l\u2019économie nationale.12.\tLa corporation agricole aura pour mission la gérance du bien commun au sein de la profession agricole.A ce titre, elle disposera de pouvoirs réglementaires dans l\u2019exercice de ses attributions économiques et sociales.De cette manière, ce sont les membres de la classe rurale qui, prenant conscience ensemble de leurs difficultés, les résoudront dans l\u2019esprit chrétien et par une volonté de collaboration en vue du bien commun.De ce fait, les différentes œuvres et services, comme aussi les associations spécialisées de producteurs et les catégories sociales, seront représentés dans la corporation et exerceront leur fonction propre, en harmonie avec elle.13.\tL'éducation professionnelle, dans le milieu rural, a pour fonction de préparer le cultivateur à l\u2019exercice compétent, honnête et amoureux de sa profession.Un effort particulier est actuellement requis pour parfaire sa compétence.L\u2019association professionnelle \u2014 et, ultérieurement, la corporation agricole \u2014 a un rôle à jouer pour maintenir le caractère agricole de l\u2019école rurale.En outre, des cours de philosophie sociale rurale, toujours en collaboration avec l\u2019association professionnelle, pourraient être multipliés avec utilité dans les écoles moyennes et supérieures d\u2019agriculture.Enfin, l\u2019éducation coopérative, lorsqu\u2019elle est donnée à un agriculteur, doit nécessairement venir compléter, sous un rapport particulier, l\u2019éducation professionnelle totale dont l\u2019association professionnelle assume actuellement, pour un grand nombre, et dont la corporation agricole assumera, pour tous, la responsabilité.CONCLUSION 14.\tLa dignité de la vie rurale ne doit pas seulement être affirmée au sein du milieu rural.Il est à souhaiter que les valeurs religieuses et humaines que conserve et rayonne l\u2019habitant soient estimées et respectées par toutes les classes de la société.Les collèges classiques et commerciaux, de même que les universités, ont sous ce rapport un rôle à jouer dans l\u2019éducation des autres classes de la société en face du milieu rural.15.\tL'expansion de la vie rurale, par la conquête de territoires nouveaux à la culture, n\u2019est pas un événement exceptionnel, mais correspond au développement de notre peuple.Elle requiert, d\u2019une part, le rayonnement d\u2019un authentique esprit apostolique et national dans le milieu familial.Elle requiert, d\u2019autre part, l\u2019appui moral de la paroisse, et, lorsque c\u2019est possible, la colonisation doit se faire sur la base de Y essaimage : un prêtre et des familles-souches prenant la responsabilité de fonder une nouvelle paroisse.Les cadres de l\u2019association professionnelle et, ultérieurement, de la corporation agricole devront contribuer à faciliter les démarches et la préparation de telles entreprises.L\u2019établissement rural ainsi conçu correspond, en effet, en même temps à l\u2019épanouissement normal du milieu rural, et à la vocation nationale du Canada français.98 RELATIONS AVRIL 1951 99 Au fil du mois La presse indépendante Le 5 mars dernier, les Amis du Devoir reprenaient la tradition de leur banquet annuel.L\u2019occasion était bonne de rappeler les mérites et les épreuves de la presse indépendante.M.le chanoine Lionel Groulx, habitué par sa profession d\u2019historien et une longue expérience à mesurer les hommes et les choses, ne craignit pas d\u2019affirmer: « La naissance du Devoir, en 1910, fut comme une bouffée de liberté qui traversa la province.Aujourd\u2019hui encore, si le Devoir devait disparaître, le Canada français serait condamné à un terrible carême, à l\u2019oisiveté et à la passivité de l\u2019esprit.Il ne serait pas exagéré de dire que le Canada aurait perdu un de ses yeux.» Déclaration pertinente, qui invite à la réflexion tous ceux qui tiennent à l\u2019indépendance de la presse et croient à ses responsabilités.Ce qui rend précieux les services rendus par la presse indépendante, c\u2019est son caractère de liberté.Le journaliste indépendant doit se libérer d\u2019abord de toute entrave intérieure, qu\u2019elle se nomme préjugé, passion ou intérêt.Pareil idéal, évidemment, est difficile à réaliser; mais la difficulté ne supprime pas l\u2019obligation; elle stimule, au contraire, les cœurs forts à s\u2019en acquitter d\u2019autant mieux.Quant à l\u2019autre liberté, extérieure celle-là, elle n\u2019appartient de fait qu\u2019au journalisme indépendant.Il va de soi que l\u2019intérêt partisan est la norme qui dirige les feuilles de parti.Pour les journaux à but commercial, leur grande raison d\u2019être est le profit, et ils courtisent la classe dominante parmi leurs abonnés, les annonceurs intéressés.Ces deux genres de journaux ne sont pas nécessairement à condamner.Mais si la presse canadienne était représentée uniquement par eux, la cause de la vérité et même de la liberté serait gravement menacée.C\u2019est pourquoi le journaliste indépendant a droit à notre estime et à notre appui.On peut différer d\u2019opinion avec lui et le dire sans ambages.Mais de là à retirer sa confiance, il y a une marge qu\u2019il est important de ne pas franchir, car les divergences d\u2019opinion s\u2019expliquent le plus souvent par une optique personnelle et elles complètent ou tempèrent les aperçus unilatéraux.La presse libre ne rend pas service à la nation seulement, mais encore à l\u2019Église.Le journalisme catholique doit défendre l\u2019Église contre les dangers du dedans aussi bien que du dehors.Dans une région comme la nôtre surtout, il est des tâches que des laïcs seuls peuvent entreprendre.N\u2019engageant qu\u2019eux-mêmes, ils attaquent sans peur les questions brûlantes et délicates, explorent hardiment les problèmes économiques, combattent les abus politiques ou sociaux.Les contre-questions suscitées par leurs initiatives ne s\u2019adressent alors qu\u2019à leursjDersonnes, sans compromettre ni la dignité ni Tautorité de l\u2019Église.Le risque est grand; il est nécessaire.L\u2019Église l\u2019a toujours admiré, béni, encouragé.Au_ Canada français, les valeurs surnaturelles défendues par l\u2019Église subissent des assauts de plus en plus violents.La presse indépendante d\u2019inspiration franchement catholique doit se placer à l\u2019avant-garde de la chevalerie chrétienne.Aidons-la de tout notre pouvoir, ce qui n\u2019exclut ni les critiques réfléchies ni les conseils, et protégeons-la comme la prunelle de nos yeux.Semaine de fierté Sans fierté rurale, il n\u2019y a pas de vie rurale\tféconde à la campagne.Les poètes ont chanté la beauté de la nature et la gloire de l\u2019agriculteur.Mais cette beauté et cette gloire échappent à celui qui ne sait pas donner un sens profond à sa vocation agricole.Dans sa pastorale de 1937 sur le problème rural, l\u2019épiscopat du Québec, après avoir souligné que, sans 100 les quelques milliers d\u2019habitants de 1760, pauvres, peu instruits, mais courageux et fidèles à leur foi et à leur langue, le Canada français n\u2019existerait probablement plus et le catholicisme serait moins fort en Amérique, ajoutait: « L\u2019affaiblissement de la foi et la légèreté de notre siècle ont fait perdre de vue la profondeur et l\u2019utilité d\u2019une vie obscure, ainsi que sa beauté surnaturelle et son héroïsme devant Dieu, quand elle est fécondée et soutenue par la grâce.» C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut placer la semaine de fierté rurale organisée depuis quatre ans par la Jeunesse agricole catholique, en étroite union avec tous les groupes ruraux; elle aura lieu cette année du 26 avril au 3 mai et débutera à Saint-Martin avec une messe célébrée par S.Exc.Mgr Léger qui donnera aussi le sermon; il y aura banquet le midi.La semaine qui englobe les trois jours des Rogations entend mettre en relief l\u2019importance des prières de l\u2019Église pour la bénédiction des biens de la terre et inculquer l\u2019amour du travail sur la terre.Comme toujours, la semaine sera préparée par des cercles d\u2019étude dans les rangs et se terminera par une soirée paroissiale qui groupera jeunes et adultes.Le travail des cercles a porté cette année sur « la messe, centre de vie paroissiale ».N\u2019oublions pas la semaine de fierté.Nous avons tous besoin de mettre au point notre estime du problème rural.Paroles et action Le gouvernement de Québec vient d\u2019avertir les propriétaires de salles de cinéma d\u2019avoir à respecter la loi qui interdit d\u2019admettre au spectacle les moins de seize ans.Sinon.Quoi qu\u2019il faille penser de la loi, celle-ci doit être respectée.Il importe de ne pas s\u2019en tenir aux menaces qui ne font peur à personne.Il faut infliger des peines onéreuses, et non des amendes négligeables en comparaison des profits que procure la violation de la loi.M.Duplessis a montré qu\u2019il peut, quand il le veut, sanctionner effectivement ses menaces: les tenanciers de clubs et de débits de boissons qui ont bravé ses avertissements à Noël et au Jour de l\u2019An l\u2019ont appris à leurs dépens.Rien de plus néfaste pour l\u2019esprit public et le prestige de l\u2019autorité que des avertissements sans suite, auxquels les coupables répondent par des hochements de tête et le ferme propos de.récidiver.Provocation Quelqu\u2019un taille dans un tronc d\u2019arbre une statue que l\u2019hebdomadaire Time qualifie de monstrosity et il s\u2019obstine à l\u2019exhiber en public.En face d\u2019un musée d\u2019art privé, il impose à la vue des passants, nombreux à cet endroit, le spectacle pas très beau et peu édifiant de son œuvre.La police, comme c\u2019était son devoir, enjoint à la propriétaire du musée d\u2019enlever cette statue qui viole les règlements municipaux relatifs à la décence publique, pourtant bien indulgents.Refus de la dame, comparution en correctionnelle.Les amis de la « liberté » s\u2019émeuvent de ce nouvel acte de « tyrannie ».Pendant ce temps, un citoyen indigné prend en main l\u2019affaire et endommage la statue.D\u2019où, procès du sculpteur contre le vandale dont il réclame, en guise de dommages, le prix de ladite œuvre d\u2019art (!), c\u2019est-à-dire celui qu\u2019il espérait obtenir sur le marché artistique de New-York.Une souscription populaire est même lancée pour aider la dame et l\u2019artiste.Dans tout cela, on oublie le principal.Il s\u2019agit de savoir si n\u2019importe qui, fût-il un véritable artiste, va impunément faire, en pleine rue, des exhibitions qui choquent à bon droit le sens des mesures et de la décence.L\u2019art n\u2019a rien à voir dans tout cela.A moins que le point central ne nous échappe à nous aussi.Si nous en jugeons par la réaction d\u2019un certain public, ce ne serait là qu\u2019un autre tour de battage publicitaire qui pourrait devenir fort rémunérateur.RELATIONS SPIRITUALITÉ «NOTRE-DAME DE BONNE NOUVELLE- Jacques TREMBLAY, S.J.1E joyeux titre de fête de Notre-Dame de Bonne Nouvelle dénomme, en plusieurs pays, le jour de l\u2019Annonciation, dont la date ordinaire est le 25 mars.Mais ce même jour étant cette année le dimanche de Pâques, la célébration de l\u2019Annonciation est reportée au lundi 2 avril.L\u2019Eglise tient à toujours ménager entre ces deux joyaux liturgiques un écart de temps assez long pour que ne se confonde pas, aux yeux de notre esprit, la gloire particulière des mystères propres à chacun d\u2019eux.L\u2019Annonciation devient donc cette année la principale fête d\u2019avril.Fête de Dieu fait homme, fête de l\u2019Angélus, fête de la plus fréquente de nos prières, Y Ave Maria.Le fait accompli par Dieu, que nous rappelle l\u2019Annonciation, demeure à jamais l\u2019événement qui ne sera ni égalé ni même approché en importance par aucun autre.Au temps de l\u2019empereur romain Auguste, alors que tout l\u2019univers avait enfin recouvré la paix, une jeune vierge juive, Marie, reçoit du ciel 1\u2019 « Annonce », la « Bonne Nouvelle » que Dieu, créateur de toutes choses visibles et invisibles, se fera en elle petit enfant, si, librement, elle y consent.Et Marie, en acceptant d\u2019être la mère de Jésus-Christ, devenait Mère de Dieu fait homme.Ce n\u2019est pas là légende, mythe ou symbole.Mais c\u2019est bien, énoncée dans toute l\u2019accablante faiblesse des mots humains en face de la majesté de l\u2019action divine, l\u2019affirmation du seul fait important de l\u2019Histoire.Souvent on emploie sans complément, de façon absolue, l\u2019expression « avoir la foi ».Mais cette expression ne prend de sens chrétien que si l\u2019on veut signifier « avoir la foi d\u2019abord à l\u2019événement qui eut lieu à l\u2019Annonciation ».Noël, Pâques, la Pentecôte ainsi que toutes les fêtes chrétiennes n\u2019ont de sens que par le fait de l\u2019Annonciation.L\u2019institution de la fête de l\u2019Annonciation, fête par excellence de la foi chrétienne, remonte au temps de la primitive Église.Celle-ci y voyait une sorte de condensation de toutes les vérités du credo, car, dès le XIe siècle, elle instaurait la coutume de faire sonner les cloches des églises le matin, à midi et le soir de tous les jours de l\u2019année pour inviter les fidèles à redire chaque fois: « Lange du Seigneur annonça à Marie, \u2014 Et Marie conçut du Saint-Esprit.\u2014 Et le Verbe s'est fait chair, et II a habité parmi nous.» Puis, à répéter entre les versets les paroles mêmes de l\u2019ange: « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni.» Paroles auxquelles la piété des fidèles ajouta: « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.» Au temps de Pâques, le triple rappel quotidien de l\u2019Annonciation par l\u2019angélus fait place à celui, plus réticent, du Regina Coeli, où prime l\u2019éclatante joie de la Résurrection : « Reine du Ciel, réjouissez-vous parce que Celui que vous avez été jugée digne de porter dans votre sein est bien ressuscité comme II Vavait prédit.» C\u2019est encore l\u2019Annonciation que chaque Ave Maria du chapelet et du rosaire rappelle avec toute l\u2019insistance étonnée de l\u2019amour.Ni Y Angélus, ni le Regina Coeli, ni Y Ave Maria, qui rappellent l\u2019Incarnation de Dieu, ne sont de « petites » dévotions.Carrefour 51 Robert PICARD, S.J.PENDANT quatre jours, du 8 au 11 février, un groupe de nos travailleurs intellectuels, jeunes et moins jeunes, se réunissait à FUniversité de Montréal pour étudier le rôle des laïcs dans V Église.Le problème est d\u2019envergure.Mais il importe de ne pas l'esquiver.Et cette volonté de comprendre sa responsabilité de chrétien dans notre monde est un indice encourageant de santé spirituelle.Le Centre catholique des Intellectuels canadiens, encore à ses débuts, mérite des félicitations pour avoir répété le succès de Carrefour 50.Même atmosphère de liberté, de franchise dans l\u2019échange des points de vue, de sympathique effort de compréhension.Y furent pour beaucoup la discrète présence du R.P.Louis Régis, o.P., directeur de l\u2019Institut d\u2019Études médiévales, et l\u2019affabilité du vice-président, M.Marcel Rouault, directeur de l\u2019Institut de Physique, le président, M.Maximilien Caron, ayant été retenu chez lui, comme d\u2019autres, par une malencontreuse épidémie de Le P.Robert Picard, professeur au Scolasticat de T Im-maculée-Conception et à V Université de Montréal, a suivi pour Relations les sessions de Carrefour 51.grippe.Mais chez tous était manifeste un désir de conciliation, de collaboration.La revendication pointait bien encore un peu.L\u2019habitude est vieille en nous \u2014 certains disent même nationale \u2014 de supposer spontanément qu\u2019on ne peut avoir de raisons objectives de penser autrement que nous.La contradiction apparaît tout naturellement préjugé, et le « sens commun » \u2014 dont le critère est, paradoxalement, le sens propre \u2014 se sent facilement lésé.Des rencontres comme Carrefour 51 prouvent que nous pouvons apprendre à discuter objectivement.Il y a lieu de définir avec plus de précision cet esprit de Carrefour.La barricade qui, subrepticement, était à s\u2019élever dans notre milieu entre clercs et laïcs exige une saine réaction.Je ne feins pas de croire que la confiance soit en passe de redevenir totale.L\u2019agressivité affleure souvent chez le laïc contre ce qui lui paraît inertie ou empiéte- AVRIL 1951 101 ment du clergé.D\u2019autre part, devant cette attitude, le clerc, aussi souvent, se montre ombrageux, réticent, autoritaire.Tension des esprits qui ne favorise pas la confiance.Phénomène facile à comprendre pourtant, si on en retrace la genèse.Notre clergé, on le reconnaît, assura la survie de notre peuple, en faisant son unité spirituelle, en lui servant de conscience et de guide aux heures tragiques.Cela nous a dessiné une physionomie nationale bien particulière, qui a pu faire penser au moyen âge: les valeurs spirituelles, assurées de leur primauté, ont grisaillé plus ou moins les valeurs temporelles.Cela crée, en même temps, chez les représentants du spirituel, une attitude protectrice, paternaliste; et les laïcs ont l\u2019impression parfois qu\u2019aux yeux des clercs les réponses ultimes sont des réponses totales.Mais le monde moderne a fait la découverte des valeurs temporelles.Bien souvent, par malheur, en les opposant, pour les affirmer plus fortement, aux valeurs spirituelles.Ce qui s\u2019est résolu dans le spectacle navrant de notre monde divisé: un monde temporel ignorant des valeurs spirituelles, un royaume spirituel relégué le plus possible en marge des intérêts terrestres.Comme leurs contemporains, nos laïcs ont fait la même découverte de ces valeurs temporelles, de ce domaine propre de leur compétence humaine et chrétienne.Ils ont pris conscience de leur responsabilité et veulent l\u2019exercer en adultes, maîtres de leurs décisions libres.Que l\u2019affranchissement se fasse revendication chez l\u2019enfant trop protégé, trop longtemps dépendant, quel éducateur s\u2019en étonnerait?Que la maman trop protectrice s\u2019en émeuve, qu\u2019elle souffre en son attachement maternel, il faut le comprendre aussi.C\u2019est son devoir quand même, à elle, de faciliter ce détachement psychologique, d\u2019affranchir elle-même l\u2019adulte qui naît.Le lien spirituel de la piété filiale ne s\u2019établira qu\u2019à ce prix.La division chez nous entre clercs et laïcs vient de ce conflit émotif.Elle n\u2019est pas généralisée encore; mais elle ne peut que s\u2019exacerber si on ne hausse le conflit sur un plan rationnel.La raison fut donnée à l\u2019homme précisément pour rendre humains tous ses actes: c\u2019est-à-dire intelligents et libres.Ce dont nous avons, clercs et laïcs, le plus urgent besoin, c\u2019est d\u2019un effort de lucidité fait en commun, et non plus de part et d\u2019autre d\u2019une barricade.Nous avons, les uns et les autres, à comprendre notre rôle exact dans l\u2019unité du Corps du Christ, l\u2019Église, telle qu\u2019elle vit dans ce monde temporel, telle qu\u2019elle se réalise dans sa transcendance spirituelle, pour le remplir plus pleinement, ce rôle, au service de nos frères dans le Christ.Mais alors quel but peuvent servir la revendication, le rappel des insuffisances passées et présentes?Ces insuffisances, les clercs les sentent bien; autant que les laïcs ils en souffrent.Les leur reprocher, cela n\u2019en avance pas la solution.D\u2019autre part, à quoi peut rimer pour les clercs l\u2019évasion dans les généralités, et jusque dans l\u2019autoritarisme ?Un principe général peut éclairer un problème, il ne le résout pas.Et pas davantage une décision arbitraire.A toutes les questions que pose la vie de tous les jours, la réponse ne peut venir que d\u2019une confrontation objective de l\u2019idéal du Christ et des contingences de l\u2019action humaine.Dans ce dernier domaine, la compétence première appartient aux laïcs.Ni les uns ni les autres n\u2019ont le moyen de construire seuls un monde chrétien.Il faut faire une place au dialogue.Cet esprit, ce fut celui de Carrefour 51.Nous devons à l\u2019Église et à notre patrie de le promouvoir et de l\u2019étendre à toutes nos activités.Quant aux premiers fruits de cet effort de lucidité, nous aurions mauvaise grâce de nous montrer exigeants.Avant d\u2019obtenir un rendement d\u2019un outillage nouveau, il faut d\u2019abord apprendre à le manier.Si les conclusions de Carrefour 51 restent assez difficiles à préciser, ne serait-ce pas surtout faute de méthode ?Car il est une méthode de la réflexion en commun comme de la recherche scientifique.Le problème fut-il suffisamment analysé, les étapes de la solution assez nettement marquées?Certaines communications ont paru s\u2019arrêter court, bien en deçà d\u2019une conclusion vraiment féconde.Et, ma foi, il fallait bien s\u2019ingénier un peu pour comprendre, dans le contexte, la portée de tel ou tel témoignage.On ne peut, naturellement, s\u2019attendre à résoudre, en une demi-douzaine de sessions, le problème nouveau que pose la répartition des tâches de la vie catholique.Aussi la préparation, au cours de l\u2019année qui précède le Carrefour, doit-elle être poussée d\u2019autant plus sérieusement.Et dès là devrait s\u2019instaurer le dialogue entre laïcs et clercs.Les travaux apporteraient alors des conclusions déjà élaborées, que mettrait au point la discussion en commun.Les tangentes nombreuses que prennent nos débats vers des propos plus ou moins pertinents ne s\u2019expliqueraient-elles pas par une préparation trop imprécise, et donc des buts mal définis ?Quoi qu\u2019il en soit, je ne m\u2019aventurerai pas à formuler les conclusions de Carrefour 51 : elles ne me paraissent pas assez fermes pour s\u2019imposer identiques à tous les participants.Un problème au moins est né chez tous, celui de leur responsabilité de chrétien.Le monde souffre et gémit parce qu\u2019il ne connaît pas le message du Christ.Moi qui suis membre de l\u2019Église du Christ, que puis-je faire pour sauver ce monde ?Et, brusquement, on a senti le mal de son ignorance.Et le devoir est apparu de s\u2019instruire de sa religion comme de sa spécialité d\u2019intellectuel: car on est chrétien plus profondément encore qu\u2019intellectuel.Carrefour 51 a, je crois, fait naître cette inquiétude.Ce n\u2019est pas une conclusion.C\u2019est un fruit, qui porte tous les espoirs d\u2019une semence.102 RELATIONS Le rôle du laïc dans l\u2019Église, cela me paraît donc une question encore posée, une recherche que doit poursuivre le Centre catholique des Intellectuels canadiens.Il y a lieu de séparer nettement, dans cette vue, l\u2019étude du sacrement de confirmation et celle du sacrement de mariage.Études capitales l\u2019une et l\u2019autre, à pousser parallèlement, mais dont la deuxième ne peut éclairer notre problème.Parce que le laïc n\u2019est pas laïc par le fait de son mariage: il y a des laïcs célibataires, y compris les religieuses et beaucoup de religieux; et puis, il n\u2019y a pas l\u2019opposition qu\u2019on a supposée entre l\u2019ordre et le mariage, puisque certaines Églises catholiques orientales possèdent un clergé marié.Les époux, comme tels, n\u2019exercent pas une fonction ecclésiale, mais familiale: a-t-on réfléchi au fait qu\u2019ils sont eux-mêmes les ministres du sacrement ?La fonction proprement ecclésiale du laïc, c\u2019est le sacrement de confirmation qui la fera comprendre.Par le caractère qu\u2019il confère, il fait accéder le chrétien à un niveau de vie active et personnelle dans le Christ, en même temps que, par les vertus et les dons, il lui donne les moyens surnaturels de l\u2019exercer.Cette action, c\u2019est l\u2019action même du Christ, et l\u2019œuvre qu\u2019il tente d\u2019accomplir encore tous les jours comme aux jours de sa vie terrestre: faire un monde chrétien qui parle aux hommes de l\u2019amour du Père.Sans illusion toutefois: nous ne rentrerons jamais au paradis terrestre.Mais, comme Jésus, réparant le mal par la croix, dans la conscience que nous construisons avec lui un paradis nouveau où règne l\u2019amour.Dans cette perspective, nous retrouvons l\u2019émouvant message de S.Exc.Mgr Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, aux membres de Carrefour 51.C\u2019est ce que nous retiendrons par-dessus tout de ces journées d\u2019étude.Mais, plus que des conclusions, ce sera tout un programme.Fidèle à l\u2019esprit de l\u2019Église enseignante, Son Excellence trace les grandes lignes de notre vie chrétienne dans ce monde, laissant à chacun le soin d\u2019y situer les jours et les heures de sa vie personnelle.« Je n\u2019ai pas d\u2019ordres à vous donner.» L\u2019Église nous répète le message de son divin Époux.C\u2019est l\u2019amour qui doit répondre, et non pas le conformisme.LES JOURNÉES DE NICOLET Albert PLANTE, S.J.IES 13,14 ET 15 MARS, eurent lieu à Nicolet, sous le sympathique patronage de S.Exc.Mgr Martin, malheureusement retenu à l\u2019hôpital par une mauvaise grippe, des Journées d\u2019étude organisées par la Société canadienne d\u2019Établissement rural en vue du premier congrès international catholique de vie rurale qui se tiendra à Rome à la fin de juin.Ces Journées furent intéressantes: par le nombre des assistants que n\u2019arrêtèrent pas des chemins difficiles; par les sujets traités puis discutés en commissions et en forums; par la franchise et la cordialité des échanges; par la déclaration finale qui synthétisa tout le travail.Cinq exposés alimentèrent commissions et forums: le milieu rural, la famille, la paroisse; l\u2019éducation religieuse et humaine dans le milieu rural canadien-français; l\u2019organisation professionnelle en agriculture; l\u2019éducation professionnelle en agriculture; la colonisation et les divers types d\u2019établissements ruraux.M.Esdras Minville, bien au courant de la culture canadienne-française, dégagea les traits de notre milieu rural.Notre culture, d\u2019inspiration chrétienne et de génie français, est marquée des caractères de cette double origine: elle est spiritualiste; personnaliste, sans attrait pour le collectivisme, étatisé ou privé; communautaire, par la famille et l\u2019association professionnelle; qualitative, mettant l\u2019homme en garde contre une action utilitaire et pas assez dégagée de la technique.Ce sens de la qualité s\u2019est manifesté chez nous plus par la tradition artisanale que par la production de l\u2019esprit.Centrée sur la personne humaine et embrassant de façon hiérarchisée l\u2019ensemble des valeurs économiques, intellectuelles, morales et religieuses nécessaires à la destinée de la personne, la culture canadienne-française a produit un ordre social où l\u2019homme a possédé sa terre et ses instruments de travail et où il a travaillé de manière humanisante; cet ordre social a, de plus, solidement inséré nos pères dans le milieu familial et paroissial.La personne, la famille, le travail, la paroisse, telles sont les données essentielles qui ont fait le Canada français.L\u2019explication première de notre survivance, malgré la conquête, fut notre ruralisation totale.Cette ruralisation totale est sans doute une des causes de notre insuffisance économique; mais en confinant nos ancêtres dans une économie fermée, centrée sur la terre, la famille et la paroisse, elle favorisa en eux le développement des valeurs morales et religieuses et les protégea contre l\u2019assimilation.Parmi les différentes attitudes sociales du type venu de France, retouché par notre milieu et devenu la variante canadienne, il faut signaler le sens de la tradition et de la continuité historique; les traditions familiales et terriennes ont été les lignes de force de notre histoire.AVRIL 1951 103 Ces considérations, qui résument bien imparfaitement l\u2019exposé de M.Minville, suffisent à montrer qu\u2019il se trouva à poser, dès le début des Journées, les principes de base du problème rural canadien-français, plusieurs de ces principes ayant d\u2019ailleurs une portée universelle.Ces principes sont plus une image du passé et une source d\u2019inspiration pour l\u2019avenir qu\u2019un tableau rigoureusement exact de notre situation actuelle, comme le remarqua M.Minville, en réponse à une objection d\u2019un auditeur.Notre province, en effet, est devenue urbaine dans une proportion de plus de 63 pour cent, et l\u2019industrie a connu, surtout depuis une dizaine d\u2019années, un accroissement considérable; de multiples influences (radiodiffusion, cinéma, presse, publicité commerciale) vont jusqu\u2019à la campagne présenter une conception matérialiste de la vie; l\u2019esprit familial et l\u2019esprit paroissial, encore vigoureux en beaucoup d\u2019endroits, ont dans l\u2019ensemble perdu de leur force; notre économie rurale, par une évolution normale, est maintenant grande ouverte, et le progrès technique, également normal, exige un effort d\u2019adaptation qui doit sauvegarder à tout prix notre petite et moyenne propriété agricole ainsi que le sens des valeurs spirituelles.Cette énumération, non exhaustive, laisse pressentir la portée pratique des exposés de M.le chanoine Armand Malouin, aumônier de la Fédération diocésaine de l\u2019Union catholique des cultivateurs et directeur de l\u2019École moyenne d\u2019Agriculture « Noé-Ponton » de Sherbrooke, sur l\u2019éducation religieuse et humaine dans le milieu rural canadien-français, et du P.Engelbert Laçasse, S.J., aumônier général adjoint de l\u2019U.C.C.et aumônier général des bûcherons, sur l\u2019éducation professionnelle dans l\u2019agriculture.Voici quelques-unes des questions que les cinq commissions discutèrent après ces exposés: Jusqu\u2019à quel point l\u2019éducation religieuse et humaine dans le milieu rural canadien-français a-t-elle contribué à la formation de notre type social rural?A quoi attribuer l\u2019affaiblissement du sens humain et chrétien dans la génération rurale actuelle?Quel serait le contenu d\u2019une spiritualité chrétienne préparant la génération actuelle à l\u2019accomplissement de ses responsabilités personnelles, familiales, sociales et nationales?L\u2019enseignement actuel du catéchisme est-il conforme aux besoins du milieu rural chrétien?Nos écoles rurales doivent-elles s\u2019adapter davantage à la vie rurale et donner à nos jeunes une meilleure intelligence de leur vocation rurale?Est-ce du ressort de la profession de s\u2019intéresser aux écoles rurales?Nos écoles moyennes et supérieures d\u2019agriculture ont-elles la possibilité de donner une conception suffisamment spirituelle de l\u2019agriculture?Dans leur enseignement, nos collèges classiques et commerciaux font-ils valoir suffisamment les valeurs rurales ?En principe, les universités ont-elles un rôle à jouer dans l\u2019éducation professionnelle: a) par leurs facultés, b) par leurs services ?Si l\u2019on ajoute la question sur les rapports entre association professionnelle et coopératives, l\u2019on com- 104 prendra aisément que les commissions ne chômèrent pas et que les échanges furent à la fois cordiaux et animés.(Voir, à la page 98 de la présente livraison, le résultat des conférences et discussions.) Une étude de notre problème rural aurait été incomplète si le programme avait oublié la corporation agricole ainsi que la colonisation et les divers types d\u2019établissements ruraux.Le mot corporation effraie ceux qui lui donnent, par préjugé ou ignorance, un sens que personne ne revendique.Les derniers papes n\u2019auraient certes pas tant insisté sur la corporation si elle ne constituait pas un excellent moyen de régler le jeu des activités individuelles au sein de la profession, assurant ainsi plus efficacement l\u2019orientation des droits et des devoirs de chaque membre vers le bien commun de la profession et de la société.En faisant de la corporation un corps obligatoire et autonome, capable d\u2019édicter des règlements, de régler les conflits et d\u2019organiser des services, l\u2019État pose un geste heureux non seulement envers la profession mieux au courant que quiconque de ses propres problèmes, mais aussi envers lui-même, en raison de ses charges déjà lourdes.Ce n\u2019est pas d\u2019ailleurs un pouvoir illimité qu\u2019il accorde, vu qu\u2019il reste toujours le gérant du bien commun de la société et qu\u2019il peut, à ce titre, surveiller la corporation pour l\u2019empêcher de tomber dans un égoïsme collectif, contraire à l\u2019intérêt général.Un travail sur la corporation est toujours un peu ingrat, car le conférencier, surtout s\u2019il espère voir la doctrine se concrétiser un jour, est exposé à se faire traiter par d\u2019aucuns d\u2019idéaliste.M.Léopold Paquin, directeur du service de propagande de l\u2019U.C.C., fit un exposé bref et clair sur la corporation agricole.Il est difficile de pronostiquer à quel moment précis celle-ci existera dans le Québec.Mais il n\u2019est pas naïf de croire qu\u2019elle naîtra un jour, notre monde rural comportant déjà un certain nombre d\u2019éléments précorporatifs qu\u2019il devrait être relativement facile de coordonner, avec la bonne volonté des différents groupes et la sympathie de l\u2019État.Un vivant exposé sur l\u2019établissement rural, par M.C.-E.Couture, président de la Société canadienne d\u2019Établissement rural, vint clore la série des sujets au programme.Cette conférence terminait bien les Journées.Plus notre milieu rural sera fidèle aux lignes de force de son histoire, faite d\u2019amour de la terre, de la famille et de la paroisse, plus il sera ingénieux et tenace pour élaborer et exécuter un plan d\u2019établissement rural rationnel qui sache tenir compte des possibilités paroissiales, régionales, provinciales et nationales.Nous possédons, affirma M.Couture, les trois éléments essentiels d\u2019une politique de peuplement: les hommes, les richesses naturelles, les moyens de financement.Il insista sur une vérité que les commissions endossèrent et développèrent sans la moindre hésitation : RELATIONS pas d\u2019établissement rural d\u2019envergure sans une éducation qui donne aux enfants l\u2019esprit de sacrifice, la mystique de la terre, le sens de l\u2019épargne.Autre vérité: sans la collaboration intime de l\u2019Église, des parents, de la profession organisée, de la paroisse, des organisations paroissiales, de l\u2019État, il n\u2019y aura pas de politique vraiment féconde d\u2019établissement rural.Mgr Luigi Ligutti, directeur de la National Catholic Rural Life Conference des États-Unis, ne m\u2019en voudra pas de dire que l\u2019élan américain et la bonhomie latine qui caractérisèrent sa conférence du 14 au soir furent une détente pour les congressistes.Détente instructive, car Mgr Ligutti a une vaste expérience.Il y a déjà longtemps qu\u2019il conçut et exécuta un plan très concret pour assurer le bien-être d\u2019un groupe de cultivateurs américains; de plus, il a pris contact avec un grand nombre de milieux ruraux de par le monde; enfin, il est observateur du Saint-Siège à la Food and Agriculture Organization (F.A.O.) des Nations Unies, le seul organisme international où se trouve un représentant du Pape.Initiateur du prochain congrès de Rome, il ne ménagera rien pour son succès, car il est convaincu que le problème rural est le problème par excellence: The problem of the land and of the people on the land is the greatest problem.Cette affirmation fait penser aux grands propriétaires terriens et à la misère du prolétariat rural de certains pays.Mgr Ligutti est frappé par l\u2019économie rurale de la province de Québec, où les cultivateurs sont maîtres de leur terre et où la famille et la paroisse sont des forces vivantes.« Vous êtes un modèle pour les autres pays.Vous ne vous faites pas assez connaître.» Ce témoignage nous gardera optimistes dans notre effort de prise de conscience et de mise au point de notre problème rural.La Déclaration de Nicolet (voir p.98) a synthétisé de façon nécessairement schématique le travail des Journées.Quelques-unes des formules pourraient être plus parfaites.On soupçonne d\u2019ailleurs aisément que des séances d\u2019à peine une heure en commissions ont laissé des coins inexplorés.Telle quelle, cependant, la Déclaration sera très utile, car elle présente en raccourci les facteurs indispensables à la vitalité de l\u2019esprit rural.Le rapport complet paraîtra un jour en volume.Les agriculteurs, jeunes et vieux, qui le parcourront enrichiront leur personnalité et apprécieront mieux leur rôle.Les autres, tout en vivant heureux là où la Providence les a placés, estimeront davantage l\u2019action de notre groupe rural dans le développement de notre nationalité et du pays.MAISONS DU BONHEUR Alexandre DUGRÉ, S.J.TROIS BEAUX PETITS VOLUMES, édités au Bien public des Trois-Rivières, nous arrivent ensemble, qui méritent plus qu\u2019une recension: le Miracle du curé Cham-berland, par Mgr Albert Tessier, Routes canadiennes 49 et Écoles de bonheur, de l\u2019abbé Houyoux, prêtre de France.Routes canadiennes 49, c\u2019est le récit de voyage des vingt-cinq Français du comité Marquette, présidé par M.le sénateur Ternynck, en hommage aux saints Martyrs canadiens.Récit de belles réceptions partout, à Québec, à Montréal et en Mauricie naturellement, où Mgr Tessier fait les honneurs, puis à Ottawa, à Sudbury et aux reliques sacrées des forts Saint-Ignace et Sainte-Marie.M.le ministre Robert Schuman, venu rejoindre le groupe, communie en vrai pèlerin au plus vénérable des hauts lieux légués ici par la France.Le voyage se termine sur un épisode qui reste: la visite à une belle expérience sociale et ouvrière, la fabrique de coton Wabasso des Trois-Rivières.Chez les ouvriers, « on sent la maîtrise créée par l\u2019habitude, mais pas de tension, pas de pli mauvais au front ».Autrefois, « l\u2019ouvrier se cachait, le directeur se fâchait, et l\u2019on ne savait plus si l\u2019un se cachait parce que l\u2019autre se fâchait, ou si c\u2019était l\u2019inverse », dit l\u2019avocat Bureau, qui a contribué à changer l\u2019état de choses.Il leur parle, les questionne, les fait penser, leur donne de la fierté, organise des soirées avec leurs talents.Surtout, le directeur, M.Whitehead, a grandi le salarié au rang d\u2019associé, participant aux bénéfices, une fois les ventes faites.Chacun travaille dans son intérêt: on a partagé $216,887 entre 1,400 ouvriers.« Maintenez la qualité du produit, ou les clients iront ailleurs.Un marché perdu ne revient pas.» On com- prend, on travaille franc.L\u2019auteur invite en France ces ouvriers de bonne humeur: « Vous avez un message de joie à nous apporter! »\t* * * Écoles de bonheur, ce sont nos .103 écoles d\u2019enseignement ménager.L\u2019abbé Houyoux, piloté par Mgr Tessier, en a visité 25, assez pour avoir une bonne idée de toutes et de l\u2019heureuse formule.En 1882, les Ursulines de Roberval inauguraient le genre en faveur des colons du Saguenay.Le succès fut tel que l\u2019Université Laval se l\u2019affiliera en 1909.Saint-Pascal a suivi, puis 14 autres de 1911 à 1931, alors que six années de temps mort ou de snobisme contre ce manque de grec, supposons, y étendent le chômage: les 16 écoles ne reçoivent alors que 229 élèves.En 1937, M.Duplessis, qui connaît bien Mgr Tessier, le nomme visiteur et propagandiste de l\u2019éducation familiale.C\u2019est élargir son champ, « tabler sur ses qualités d\u2019éducateur, ses dons de persuasion et sa ténacité ».C\u2019est la plus heureuse nomination depuis la Confédération.Aujourd\u2019hui, l\u2019on compte 103 de ces écoles: 3 universitaires, 36 supérieures et 64 moyennes, comprenant 4,255 élèves régulières et 25,000 au postscolaire, en cuisine, couture, tissage, puériculture, etc.La récente et luxueuse fondation à Saint-Jacques de Montcalm, « un temple de la femme dépareillée, a valeur de signe de la victoire.Ici va se développer cet enseignement à l\u2019état pur.On n\u2019y fera que cela », pour 250 élèves.Mgr Tessier, ancien professeur de rhétorique, spécialisé en histoire du Canada, se voit préposé à faire de l\u2019histoire, à construire de l\u2019avenir.Il étudie donc, non le tissage et la AVRIL 1951 105 cuisine, mais l\u2019âme profonde qui convient à une formation de haute qualité.Il se fixe d\u2019abord un but: préparer la femme à son rôle primordial, préparer des femmes d\u2019intérieur, normales, équilibrées, têtes, cœurs et mains.Après le but fixé, les moyens à trouver.Il scrute les auteurs de partout, auteurs français, allemands, américains, suisses, belges, italiens, non pour les adopter, mais pour les adapter à nos jeunes.On leur enseignera à vivre leur vie, pas simplement à la gagner; on développera tous leurs talents pour leur faire donner plein rendement, dans les cinq arts de s\u2019instruire, de sentir, de penser, d\u2019approfondir et de créer.Puisque la femme n\u2019est pas un homme, traitons-la autrement: c\u2019est plus qu\u2019affaire de psychologie, c\u2019est pur bon sens, bon calcul et poésie.Trop de bas bleus ne parlent que de la prose des cordons de même couleur: notre maître en dégage la mystique.Il y ajoute la franche poésie de ses admirables films sur l\u2019histoire et le petit pays, ces films qui enseignent à voir le champ, l\u2019eau, le soleil, les travaux ordinaires, qu\u2019on accomplira de façon mieux qu\u2019ordinaire.Faut-il des approbations américaines ou européennes?Il est bon de savoir que ç\u2019a été de l\u2019admiration: « C\u2019est une réussite prodigieuse », conclut M.Houyoux après ses visites aux impayables élèves.Il ne peut s\u2019en taire: une atmosphère unique règne dans ces écoles d\u2019humanisme et de féminisme, de mains habiles et de têtes bien faites, dans ces « écoles de fidélité aussi, contre des menaces matérielles et surtout morales, pour défendre le sanctuaire du foyer, remettre à la mode les vertus familiales, créer un snobisme de la famille, de la famille nombreuse, joyeuse, généreuse, travailleuse et chrétienne.Sous le patronage de Mère Aimable, on apprend sept choses, ou mieux à devenir sept femmes en une: ménagère, infirmière, maîtresse de maison, femme élégante, citoyenne, épouse et mère ».Les écoles moyennes et supérieures reçoivent les fillettes après la septième et la neuvième année.C\u2019est dire qu\u2019on enseigne les matières ordinaires à ces degrés, en y ajoutant et dosant les sujets nouveaux selon l\u2019orientation voulue.Rien de fixe dans le programme; seul le but à atteindre, dans le milieu et le climat de l\u2019école.On s\u2019organise en familles d\u2019élèves, en coopératives d\u2019achat, en services des jeux, du folklore, de la liturgie; on pratique la Caisse populaire et le budget familial, « cette comptabilité qui est de l\u2019arithmétique morale ».Tant de querelles de ménage naissent dans les dépenses! Entre vingt et soixante-cinq ans, un mari gagne $100,000, et la femme en touche les trois quarts: ne doit-elle pas savoir dépenser à propos?Un stage à la pouponnière, qui enseigne à manier des bébés plus vivants que des poupées, met le comble au bonheur.Ce que les anciennes pensent de l\u2019école ?« Quels services elle nous rend! Grâce à elle nous avons pu entrer de plain-pied en ménage et éviter bien des erreurs.Par exemple, la psychologie, c\u2019est le tout du mariage.Il en faut auprès des enfants, auprès des beaux-parents, surtout à l\u2019égard du mari.» La vie de l\u2019école est une vie de famille: jamais de chicane! Pas de susceptibilité comme dans les internats où l\u2019on s\u2019énerve.Ici pas d\u2019énervement, grâce à la variété: 430 heures de théorie, 515 heures de pratique.On s\u2019instruit en jouant; l\u2019éducation y est vraiment une œuvre d\u2019amour.L\u2019esprit donne son sens et sa pleine valeur au travail des mains.Quel est cet esprit?Le P.Alcantara Dion l\u2019a formulé: « L\u2019école ménagère prend comme centre d\u2019intérêt la maison et l\u2019enfant; comme point d\u2019appui, l\u2019instinct le plus puissant qui soit chez la femme, l\u2019instinct maternel, avec tous les dons merveilleux qui l\u2019accompagnent.» Devenues femmes, ces élèves jouiront-elles d\u2019une maison ?Toute à elles ?Si elles n\u2019en possèdent pas, ce ne sera pas la faute du chanoine Chamberland ni de tous les apôtres des logements coopératifs.Le Miracle du curé Chamberland, raconté par Mgr Tessier, place le beau rêve dans une belle réalité.L\u2019esprit de famille n\u2019est pas tout, encore faut-il un logis normal.Toute la province a lu ou vu la belle aventure d\u2019un faubourg de misère devenu, en vingt-cinq ans, paroisse modèle: 167 familles en 1925; en 1950, 1,148, dont 532 propriétaires.En six ans, la coopérative a bâti 180 maisons à deux logis et elle en a aidé 160 autres de même type.L\u2019évaluation de la ville cote à $5,200 ces maisons de $9,000.Voilà donc $1,600,000 d\u2019enrichissement pour ce qui n\u2019a pas coûté $1,000,000, et le bonheur s\u2019y ajoute par surcroît.Avec $50 par mois, on paye intérêts, amortissement, taxes, assurance-feu et assurance-vie de $2,000, puis la dette s\u2019éteint en seize ans.On a raconté dix fois ce miracle d\u2019un curé porteur de lumière et de chaleur, qui ne s\u2019attarde pas à trente-six questions: il saute à la réponse; il ne gémit pas sur les bobos sociaux: il trouve le remède, cette création à partir de zéro: projet, discussions, prière, emprunts, lots à $10, coulée de 30,000 blocs de ciment le soir, plans gratuits de l\u2019architecte Denoncourt, uneSaint-Jean-Baptistequia donné une corvée avec pique-nique aux fèves, 8 maisons de $3,200 occupées avant l\u2019hiver, puis les 10 chantiers 1945 au coût de $3,872.Les vingt maisons valent plus de $100,000 et coûtent $71,000 plus 40,000 heures de travail.En 1947, on bâtit en bois et papier-brique, 30 sur 34, pour $4,251.En 48, 32 sur 35 avec cave de six pieds, $6,000.Le curé bâtisseur, déjà coté grand homme, fut créé chanoine: ses joyeux ouvriers l\u2019auraient fait pape.Tout le monde veut se bâtir.La Caisse populaire avance $300,000 pour les 60 maisons de 1949, qui coûtent $6,000 et 48,000 heures d\u2019ouvrage des 60 coopérateurs.En 1950, église neuve et 40 maisons pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de la paroisse, née dans les masures.M.le curé Chamberland s\u2019est révélé chef et père, contremaître et menuisier, semeur d\u2019optimisme et de remontrances aux retardataires.Les hommes se sont montrés hommes, et les femmes, bonnes conseillères, bons peintres et bonnes calculatrices, de préférer une maison à un vison.Des ouvriers même un peu branleux, qui bouclaient à peine au jour du loyer, sont aujourd\u2019hui propriétaires heureux, changés, transformés, ambitieux.Aux jours de la construction, ils ont désappris le chemin de la taverne et du restaurant: ça continue.« Transformation radicale sur tous les terrains, dans tous les domaines.Plus sûrement que des revendications, des plaintes ou des révoltes, la charité chrétienne, l\u2019amour mutuel, l\u2019esprit d\u2019équipe, le travail soutenu et la vertu d\u2019épargne ont opéré la réhabilitation économique et sociale d\u2019une population ouvrière à revenus médiocres, qui semblait vouée fatalement à une existence pénible et précaire.» Leur Caisse populaire, fondée en 1938 avec 64 sociétaires et un actif de $4,046, groupait 663 membres en 1949, avec un actif de $202,969.61.L\u2019avarice va-t-elle naître?.Au contraire, le sens social s\u2019éveille: on a compris le bon usage de l\u2019argent.Les salaires ont dérivé des superfluités aux placements utiles, à la part de Dieu, aux œuvres de reconnaissance, aux messes d\u2019action de grâces, complément des messes pour les biens de la terre.La générosité devient la note dominante: plus d\u2019un dollar par famille aux missions, à la semaine de la Livre, $2,000 aux fêtes du vingt-cinquième anniversaire, $600 pour la Croix de l\u2019Année sainte.Les maisons du bonheur complètent les écoles de leurs filles.Qu\u2019on y ajoute le jardin, l\u2019occupation en commun des heures libres, la bonne humeur au travail salarié, l\u2019initiation des enfants à une culture qui chante et à celle qui donne légumes et fruits, ce sera pour la famille ouvrière la vie aussi naturelle qu\u2019on peut l\u2019espérer en ville.106 RELATIONS Aucune raison de se percher aux troisièmes étages-étuves, et de se priver d\u2019espace et d\u2019air pur: les autobus ont changé toute la question de la résidence éloignée de l\u2019usine.Le Canada est assez grand pour qu\u2019on cesse de se jucher et de s\u2019écraser dans les rues étroites.D\u2019autant que les prêts du gouvernement tirent aujourd\u2019hui bien des épines du pied, en libérant des cauchemars d\u2019emprunt et des plaies d\u2019argent si souvent mortelles.Comme effet moral, ces logis pimpants et rougeauds font redresser les épaules et relever les fronts, que les taudis rabaissaient.Vraiment, c\u2019est la promotion ouvrière.Pourquoi les gouvernants n\u2019y ont-ils pas songé entre 1930 et 1940?Le chômage eût été fécond.Quand le bâtiment va, tout va.La plus belle forme de lutte contre le mécontentement, père du communisme, et contre le taudis, père des hôpitaux, c\u2019est cette lutte constructive, qui sème le bonheur.L\u2019homme grandi est fier d\u2019être quelqu\u2019un.Il existait, maintenant il vit.La femme est promue dame, maîtresse d\u2019un foyer bien à elle, et les enfants montrent avec joie leur maison, pensée et clouée par leur père et ses amis.Quant à la ville, qui a si bien fait les choses: lotissement de l\u2019ancienne commune, creusages, rues, écoles, elle perçoit aujourd\u2019hui des taxes et des compliments, et très peu de délits.La paroisse-champignon reste un spécimen vivant de la doctrine sociale de l\u2019Église et de l\u2019amour du prochain érigé en système, canalisé par un apôtre à miracle, dont l\u2019action a fait de l\u2019ordre avec ce qui pouvait être un désordre.\u2022 .-.\u2014.\u2022 HORIZON INTERNATIONAL KOMINFORM TE COMMUNISME interna- L/ tional doit la plupart de ses victoires aux divisions de ses adversaires.Ces derniers, s\u2019ils ne veulent pas se laisser déborder, doivent maintenir une cohésion organique.Celle-ci, surtout en temps de crise, ne supprime pas les causes de désaccord mais les accentue.On croit toujours que l\u2019autre refuse sa part d\u2019effort.On put craindre un instant, en février, que les catholiques américains et canadiens n\u2019aillent se colleter au sujet de la participation commune aux événements d\u2019Extrême-Orient; ils furent plus sages.Avant de s\u2019impatienter, pourquoi ne pas étudier à qui profiterait la chicane ?1.\tA toutes les époques, les individualistes ont préféré agir seuls.Ils profitaient des guerres d\u2019autrui, vendaient aux uns et aux autres, pour se ranger, à la fin, du côté vainqueur.Ou encore, ils mettaient la division dans le camp adverse, suivant le dicton, vieux comme le monde: Divide et imper a.D\u2019autres s\u2019enfermaient dans leur solitude avec le raisonnement suivant: plus on se chicane, moins on collabore; plus on s\u2019isole, et plus on est maître chez soi.Avant l\u2019établissement de la Société des Nations et des Nations Unies, cet « égoïsme sacré » (Aristide Briand) fut la façon courante de procéder.Aujourd\u2019hui, on survit ensemble, ou l\u2019on est pendu séparément.Les ouvriers s\u2019organisent pour défendre leurs intérêts; les patrons font de même avec leurs associations patronales; les nations se débattent à l\u2019O.N.U.pour éviter de s\u2019entre-tuer.Ceux qui ne collaborent pas avec autrui se trouvent hors du courant.On les écoute peu, même et surtout quand ils crient très fort.Ils risquent de se faire assommer par tout le monde.En général, les gens comprennent cela.Ils veulent que les droits et les devoirs soient équitablement partagés, et qu\u2019un pays ne fasse pas sa politique sur le dos d\u2019autrui.Ils sont prêts à faire leur part.2.\tPar le matérialisme dialectique, l\u2019exploitation de la chicane est devenue une science.Le communiste étudie les antagonismes qui existent chez ses adversaires, les transforme en conflits.Pendant ce temps, il reste neutre, proclame son amour de la paix, regarde ses concurrents s\u2019entretuer, et saisit ce qui lui convient.En trente-quatre ans, grâce à ces méthodes appliquées avec savoir-faire et ténacité, et en se servant d\u2019hommes auxquels ils surent infuser un dévouement illimité, les communistes ont conquis la moitié du monde.Dans le conflit actuel, la stratégie bolchévique donne une très grande importance au Canada.Voici trois citations.D\u2019abord, celle extraite de la revue multilingue de Moscou, Temps nouveaux (édition française, 18 octobre 1950, p.42).L\u2019article est du Canadien Dyson Carter.Les Américains et leurs partenaires au Canada ont beau fulminer en voyant « les sentiments favorables à la neutralité » gagner toujours plus les Canadiens.Depuis un an le Congrès canadien pour la paix donne à cette profonde opposition à la guerre une vigoureuse expression.De l\u2019Atlantique au Pacifique, le mouvement en faveur de la paix grandit rapidement.Ce n\u2019est pas fortuit.Il existe au Canada une base vaste et puissante pour la paix.Au premier rang de ce mouvement vient la seconde nation du Canada \u2014 les Canadiens français.Ils sont plus de 3 millions, résidant presque tous dans la province de Québec, parlant le français et appartenant à l\u2019Eglise catholique.Pendant deux cents ans ils ont victorieusement résisté à toute anglicisation, ayant su garder une culture originale.Leur lutte pour une égalité nationale complète a depuis longtemps été au Canada une question politique d\u2019importance essentielle.Actuellement, les Canadiens français poursuivent une lutte énergique pour la défense de la paix.La participation du Canada aux deux guerres passées risquait souvent d\u2019être compromise par d\u2019importantes et énergiques manifestations des masses de Canadiens français contre la guerre.A l\u2019époque, le mouvement était dirigé par une poignée de nationalistes bourgeois et d\u2019ecclésiastiques.Maintenant que d\u2019importantes industries sont apparues à Québec et que la classe ouvrière forme la majorité des Canadiens français, c\u2019est aux ouvriers que passe la direction du combat pour l\u2019indépendance et pour la paix.Le président du Conseil, Saint-Laurent, est un reflet difforme de ce changement.Canadien français lui-même, représentant des milieux de Québec qui ont depuis longtemps pactisé avec le capital anglo-canadien, Saint-Laurent fut nommé premier ministre pour essayer de rallier les Canadiens français au mot d\u2019ordre de « croisade » atomique et anticommuniste.L\u2019entreprise était vouée à l\u2019échec ayant même que le premier ministre n\u2019ait fait son discours stigmatisant « la croissance des sentiments de neutralité » de la population.Alors que ces lignes sont écrites, les maires et autres officiels de 72 villes de Québec ont déjà signé la pétition du Congrès de la paix portant le texte de l\u2019Appel de Stockholm.C\u2019est habile.Il y a un compliment à la fidélité française et catholique, une pointe antianglaise.L\u2019attaque contre M.Saint-Laurent est trop violente et fourbe.Même les bleus trouveront que M.Dyson Carter et Moscou feraient mieux de se mêler de leurs affaires.L\u2019idée que les « ouvriers » (Gui Caron, Fred Rose, ou Tim Buck?) recueillent automatiquement l\u2019héritage de deux siècles d\u2019efforts paraîtra formidable à Séraphin Poudrier lui-même.Il était prêt à payer un peu plus pour ce qu\u2019il voulait.Écoutons maintenant le camarade Gui Caron; nous traduisons cette fois de l\u2019anglais (The Canadian Tribune, Toronto, 18 déc.1950).Un grand titre: Québec, puissante forteresse contre la guerre, la conscription et ! impérialisme : .Le peuple canadien-français est un facteur indispensable, décisif pour empêcher le pays d\u2019être mené à la guerre.AVRIL 1951 107 Si nous permettons à M.Saint-Laurent et à ses amis de préparer le peuple canadien-français à accepter la guerre, même à contre-cœur, alors les chances d\u2019enrayer cette poussée deviendront minimes.Si, par contre, nous réussissons à orienter le Canada français dans le sens de la paix, alors, la poussée à la guerre sera brisée.La puissante réaction canadienne-française contre l\u2019envoi de troupes en Corée surprit beaucoup de grands personnages.Les sages du parti libéral n\u2019avaient-ils pas prophétisé que l\u2019antiimpérialisme disparaissait chez les Canadiens français ?C\u2019est le contraire qui est vrai.La réaction le prouva.Comment expliquer que 70 municipalités endossèrent l\u2019Appel de Stockholm ?Quand on demanda à M.Duplessis ce qu\u2019il comptait faire, il répondit: « Je n\u2019y puis rien! » On pouvait sans doute accuser de communisme le Devoir et l\u2019Union des Electeurs; comment le faire pour la très respectable Société Saint-Jean-Baptiste ?Comment expliquer la puissante opposition des Syndicats catholiques à l\u2019envoi de troupes en Corée ?Quand M.Gui Caron parle de paix, il doit sans doute penser à celle que ses amis soviétiques ont imposée à la Chine rouge.Depuis que Mao Tse-Tong est intervenu en Corée, on calcule qu\u2019environ 700,000 Chinois ont été déjà tués ou blessés.La chair à canon, en Extrême-Orient, s\u2019obtient à bon marché.Comme il y a très peu de médecins et de médecines, la presque totalité des blessés meurent de gangrène et de vers.Un missionnaire chinois me racontait récemment comment le seul remède disponible, il y a quelques années, était de laver les blessures dans la saumure.C\u2019était épouvantable.Un communiste, qui approuve ces horreurs, ne devrait jamais parler de paix en public.Que Mao Tse-Tong rentre donc chez lui, et que M.Gui Caron veuille bien lui offrir ses services comme infirmier, puisque la Chine rouge, aujourd\u2019hui, ne veut plus de missionnaires, pas même pour laver ses blessés dans la saumure.Citons enfin le projet de résolution présenté à la quatrième Assemblée nationale du parti ouvrier-progressiste (Toronto, 25-28 janvier 1950).La seule province qui fait l\u2019objet d\u2019un paragraphe spécial est la province de Québec: Le Canada français veut la paix L\u2019opposition à l\u2019envoi de troupes en Corée est vaste et sincère au Canada français.L\u2019ampleur de ce mouvement est indiquée par le fait que pas moins de 72 conseils municipaux de Québec ont endossé l\u2019Appel de Stockholm.La Société Saint-Jean-Baptiste s\u2019est prononcée contre la politique de guerre du gouvernement, et des groupes comme ceux de l\u2019Union des Electeurs ont entrepris des actions antiguerre.Les seules voix qui se sont élevées au parlement contre la participation du Canada à la guerre de Corée ont été celles de trois députés canadiens-français.Ils ont exprimé la politique traditionnelle du peuple canadien-français, l\u2019opposition aux guerres étrangères, à l\u2019impérialisme et à la conscription.Depuis des générations, le peuple du Canada français a lutté contre la participation aux guerres étrangères de l\u2019impérialisme anglais.De larges sections de la population comprennent maintenant que le gouvernement Saint-Laurent cherche à les entraîner dans les aventures impérialistes-guerrières des U.S.A.Il aide les impérialistes de Washington à imposer à notre pays le joug que la décrépitude de l\u2019impérialisme anglais ne lui permettait plus de maintenir sur nous.Ainsi, dans le Canada français, la lutte contre le programme de guerre de Saint-Laurent fait partie de la lutte historique pour le droit des peuples à déterminer leurs destinées nationales.Le développement, l\u2019élargissement du mouvement de la paix au Canada français est d\u2019une importance vitale pour sortir du camp guerrier.Le peuple du Canada français veut la paix.Il demande le droit national de décider par ses propres représentants élus quelle position prendre sur la question de la paix ou de la guerre.Il demande le droit pour le Canada français de ne pas être entraîné dans une guerre contre son gré.Le quatrième congrès du parti ouvrier-progressiste abrégea ce texte, supprima la référence à la Saint-Jean-Baptiste et aux députés canadiens-français.En revanche, il décida que les 70 conseils municipaux pro-Stockholm avaient jeté « les gouvernements Duplessis et Saint-Laurent » dans le désarroi.Mieux valait alors ne pas parler des « représentants élus » dont nous avions souligné la présence dans le dernier paragraphe du projet de résolution.En effet, l\u2019unique représentant communiste élu du Canada français (!) est Fred Rose, et il est en prison.Ces trois textes suffisent.Dans la stratégie communiste mondiale, le Canada français occupe une grosse place et mérite d\u2019énormes efforts.a) Efforts communistes pour la conquête du Canada français.\u2014 Les trois textes cités plus haut montrent comment le Canada français constitue, dans la stratégie communiste mondiale, un objectif de première importance.Ici, la besogne ne peut pas être faite par le parti communiste (ou ouvrier-progressiste) dont l\u2019activité est illégale et sujette constamment à l\u2019intervention de la police.Elle retombe dans une très large mesure sur le Conseil de Montréal pour la paix, dont le président, Jean Paré, siège dans un bureau au deuxième étage du 1414 de la rue Bleury.Depuis six mois, M.Paré a bâclé un gros travail.Il est vrai qu\u2019un homme qui n\u2019a rien d\u2019autre à faire, mais possède des listes d\u2019adresses, un miméographe et beaucoup de timbres d\u2019un sou peut sans grande difficulté inonder le pays de papier.Jusqu\u2019ici, le Kominform se vante surtout d\u2019avoir fait signer l\u2019Appel de Stockholm à 72 conseils municipaux.Parfois ils disent 70, ou encore 74, ou enfin 80.On parle encore de 92.Ceci arriva durant l\u2019été de 1950, et l\u2019on aurait aimé que M.Paré se soit conduit de façon plus franche.Il écrivit dans une circulaire du 27 juillet 1950: «Le Conseil de Montréal pour la paix n\u2019a rien à voir avec le parti ouvrier-progressiste », et encore: « Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique.» On peut discuter à perte de vue sur le sens des mots « rien à voir » et « affiliés ».Le fait est que l\u2019activité du Conseil de Montréal pour la paix est claironnée dans la presse communiste mondiale, de Moscou à Toronto, comme étant la seule importante dans la province de Québec.M.Jean Paré dira, s\u2019il le veut, que ce n\u2019est pas de sa faute et qu\u2019il s\u2019en lave les mains; il a une façon très simple de se dégager de ces applaudissements compromettants.Qu\u2019il s\u2019explique clairement, une fois pour toutes, sur l\u2019excommunication des communistes.Il y eut pire.Dans une circulaire du 22 juillet, à coups de citations tronquées, M.Jean Paré chercha à se couvrir de l\u2019autorité de la Ligue du Sacré-Cœur (qui avait fait campagne dans un sens opposé au sien), de l'Osservatore Romano, de l'Action catholique de Québec, de Témoignage Chrétien et d\u2019un certain nombre de prêtres, dont deux canadiens-français.Ici, M.Jean Paré se présentait sous des couleurs catholiques, alors qu\u2019il faisait la besogne que revendique le Kremlin.Enfin, des 72 municipalités qui signèrent l\u2019Appel de Stockholm, 34 se rétractèrent dès que le secrétariat des Ligues du Sacré-Cœur leur eut montré qu'il s'était agi d\u2019une manœuvre communisante; 210 municipalités signèrent la pétition des Ligues du Sacré-Cœur.La presse communiste mondiale n\u2019en a pas soufflé mot, et continue de parler des 70, 72, 74 ou 80 conseils municipaux qui se seraient rangés de son côté.Après les conseils municipaux, on tenta de débaucher les médecins.Nous n\u2019avons pas vu la circulaire qui leur fut adressée.Le 13 novembre, la Canadian Tribune (communiste) de Toronto donna les noms de 12 médecins qui avaient signé l\u2019Appel de Stockholm; un de chacune des localités suivantes: Macamic, Malartic, Saint-Ambroise-de-Kildare, East-Angus, Montréal, Hull, Sorel, Cap-de-la-Madeleine, Montmorency, 108 RELATIONS Saint-Liboire, Sept-îles et Sainte-Émilie-de-l\u2019Énergie; 12 médecins dans toute la province, c\u2019est infinitésimal.Le 22 janvier 1951, Jean Paré décida d\u2019organiser un plébiscite canadien-français contre la conscription.Cher monsieur, \u2014 Nous vous adressons un appel spécial car l\u2019heure est grave.Pour la troisième fois depuis le début du siècle, les Canadiens français sont menacés par la conscription.Les organisations impérialistes la réclament.Les familles canadiennes-françaises rejettent la conscription immorale qui brise les familles, envoie les jeunes se faire tuer dans des guerres que nos consciences et nos principes chrétiens condamnent.Notre peuple a besoin de sa jeunesse pour sa survivance.Avec ses circulaires, M.Paré envoya un carnet de plébiscite, orné du drapeau de la province, croix blanche sur fond bleu et fleurs de lys.Il donna des instructions précises sur la façon de tenir le plébiscite: Nous suggérons la méthode suivante: après discussion, le Conseil municipal annonce à la porte de l\u2019église qu\u2019à telle date \u2014 préférablement un dimanche, commençant après la grand\u2019messe -\u2014 tous les citoyens sont invités d\u2019aller voter sur la conscription.Le vote peut se tenir soit à l\u2019hôtel de ville, soit à la salle paroissiale.Avez-vous vu comment M.-Jean Paré mobilise, pour des consignes moscovites, la grand\u2019messe, la salle paroissiale, les principes chrétiens, la conscience, la morale et la survivance ?Il y a huit ans, quand l\u2019U.R.S.S.fut attaquée par Hitler, après un mariage d\u2019intérêt qui avait mal tourné, il fallut que ce fussent les Canadiens qui en payent les conséquences.Sur les poteaux de télégraphe, les murs et les garages, on voyait imprimé en mauvais français qu\u2019il fallait immédiatement ouvrir un deuxième front pour sauver.la Russie.On ne parlait que d\u2019aide à la Russie.Aujourd\u2019hui, l\u2019aide à la Russie exige le défaitisme canadien.Il nous semble que c\u2019est trop écœurant pour être habile.Jamais les curés ne céderont les salles paroissiales à la demande d\u2019inconnus derrière lesquels se lève une grande lueur rouge! Alors, veut-on des chicanes entre curés et marguilliers ?Quand on parle de paix, et qu\u2019on se livre à des acrobaties intellectuelles qui servent toujours les intérêts d\u2019une puissance qui persécute l\u2019Eglise catholique, ne risque-t-on pas de se faire traiter d\u2019hypocrite ?b) But de cette action.\u2014 Quelles que soient les intentions personnelles de M.Paré, dont nous ne sommes pas juge, il applique au cas concret du Québec la théorie et la pratique du front unique par le bas, inventée il y a trente ans par Zinoviev (aujourd\u2019hui liquidé), et élaborée par Dimitrov (aujourd\u2019hui décédé) et Stalin.Quand un communiste s\u2019introduit dans un mouvement populaire pour en prendre la direction, il le fait dans un double but, l\u2019un immédiat, l\u2019autre plus lointain.Le but immédiat est d\u2019utiliser ces troupes, réunies par autrui, à la conquête d\u2019un objectif communiste, et par là d\u2019augmenter les effectifs du parti.Tous ceux qui ont étudié le communisme connaissent ce jeu, et s\u2019émerveillent de la facilité avec laquelle tant de personnes s\u2019y laissent prendre encore.Dans le fameux roman de Maxime Gorki, la Mère, Pélagie Nilovna, au début, ne s\u2019intéressait pas au socialisme.On l\u2019attira dans l\u2019agitation.Quand son fils fut arrêté, elle distribua à sa place de la littérature qu\u2019elle ne comprenait qu\u2019à demi.Puis, quand son fils sera arrêté de nouveau, elle montera sur l\u2019estrade et parlera « pour le peuple, pour la justice du Christ », exactement comme notre M.Paré parle de conscience et de morale.Elle finira dans une scène de protestation violente contre des gendarmes, aussi brutaux qu\u2019on peut l\u2019être.Le but lointain est l\u2019avènement du communisme mondial.Il y a quelque douze ans, Pierre l\u2019Ermite publia un article célèbre sur Yartichaut.Il s\u2019agissait des pays d\u2019Europe centrale et balkanique qui se faisaient manger l\u2019un après l\u2019autre, comme des feuilles d\u2019artichaut.L\u2019action soviétique a déjà ôté à l\u2019Occident de précieux concours.Depuis plusieurs années, elle a travaillé à détacher la France et l\u2019Angleterre des Etats-Unis.N\u2019insistons pas sur les résultats obtenus.On fut étonné de l\u2019étrange brutalité avec laquelle M.Stalin attaqua M.Attlee dans ses déclarations du 17 février 1951 à la Pravda.M.Attlee avait servi, on le jetait.Un peu comme tous les communistes qui préparèrent l\u2019avènement du parti en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et ailleurs.Ils ont servi, ils sont inutiles, on les liquide, la révolution mange ses enfants.c) Quelle attitude prendre ?A deux reprises, le secrétariat de la Ligue du Sacré-Cœur s\u2019est adressé aux conseils municipaux de la province afin de les mettre en garde contre ce Conseil de Montréal pour la paix.Pie XI a dit: « Le communisme est intrinsèquement pervers, et l\u2019on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne.» (Divini Re-demptoris, par.57.) La Ligue du Sacré-Cœur s\u2019est bien gardée de dire aux conseils municipaux ce qu\u2019ils avaient à faire dans l\u2019ordre politique.Elle leur a demandé, en accord avec la directive pontificale citée plus haut, de n\u2019avoir aucun rapport avec ce « Conseil de Montréal pour la paix », et de le laisser noircir son papier dans son petit coin de la rue Bleury.Cette attitude nous semble juste.Dans un moment de crise, tout le monde sait ce que le voisin devrait faire.Il est plus important que chacun s\u2019occupe de ses propres responsabilités.Derrière le rideau de fer, l\u2019unité d\u2019acier forgée par l\u2019homme au nom d\u2019acier (Stalin !) est mécanique, sans âme, inhumaine.De notre côté, les forces qui disent non au bolchévisme s\u2019unissent dans un bloc d\u2019hommes vivants où chacun garde son intelligence, son énergie, sa liberté, mais s\u2019unit par la discipline, l\u2019obéissance et la charité à l\u2019effort d\u2019autrui.L\u2019autorité politique \u2014 municipale, provinciale, fédérale, internationale \u2014 a ses prérogatives que personne, pas même le journaliste, ne peut usurper.Elle a de graves responsabilités à assumer, surtout aux paliers fédéral et international.Ce ne sont pas les autorités militaires ou policières qui dictent, chez nous, la politique générale, mais l\u2019autorité civile suprême.L\u2019Église prêche l\u2019Évangile, ne prend pas d\u2019initiatives politiques, surveille l\u2019observation de la loi morale.La presse renseigne le public et le gouvernement lui-même sur la pensée du public.L\u2019autorité politique respecte la liberté du journaliste, essentielle à la bonne marche du pays.Les organisations ouvrières défendent leurs propres intérêts, mais savent les coordonner avec ceux des autres groupes de la société en vue du bien commun.La liberté n\u2019est pas l\u2019anarchie, mais la libre obéissance à l\u2019autorité légitimement constituée.Un corps social, régi par les lois de la justice sociale, est la réponse totale au bolchévisme; car il est un corps sain, non malade, non cancéreux.Il faut beaucoup de sacrifices et d\u2019abnégation pour demeurer là où la Providence nous a placés.Cet esprit de discipline assurera le salut de notre monde occidental, car il comblera, avec le ciment de la justice sociale et de la charité, les crevasses que le communisme voudrait ouvrir ou élargir dans notre structure.Nous pensons que cette abnégation et cette discipline sont la condition essentielle de notre survivance.Joseph-H.Ledit.AVRIL 1951 109 LES LIVRES DROIT CANONIQUE Acacius Coussa, ex Ordine Basiliano Aleppensi: Epitome Praelectionum de lure Ecclesiastico Oriental!.Vol.I: Introductio, De Ritibus Orientalibus, De Fontibus Exsistendi Iuris, De Fontibus Cognoscendi Iuris, De Ecclesiastico Hierar-chia.\u2014 Typis Monasterii Exarchici Cryptoferratensis, 1948.418 pages.DANS les grands séminaires, les scolasticats des congrégations religieuses, les curies épiscopales elles-mêmes, on a besoin d\u2019un livre de référence sur le droit canonique oriental, car les cas les plus inattendus peuvent surgir, surtout depuis l\u2019arrivée des dépatriés.Le Père Coussa, de rite syrien, professeur de droit canon et de droit ecclésiastique oriental à l\u2019Institut Pontifical utriusque iuris, aura droit à beaucoup de reconnaissance pour avoir comblé cette lacune avec un beau traité savant, clair, bien ordonné, et assez soigneusement imprimé.Une bonne table des matières rend la consultation facile.Les sous-titres décrivent suffisamment le contenu du livre.Un autre volume, De monachis et de aliis religiosis recentioris institutionis; de laids, parut en 1941.L\u2019auteur annonce son De matrimonio in jure ecclesiastico orien-tali, livre qu\u2019il sera utile de se procurer dès qu\u2019il aura paru.Joseph-H.Ledit.HISTOIRE Oscar HALECKi: The Limits and Divisions of European History.\u2014 New-York, Sheed and Ward 1950.242 pp., 20.5 cm.'C'N 1923, parlant devant le Ve Congrès international des ¦*-' Sciences historiques de Bruxelles, le prof.Oscar Halecki présenta un premier travail sur l'Histoire de l\u2019Europe orientale, sa division en époques, son milieu géographique et ses problèmes fondamentaux.Depuis lors, ses études sur l\u2019histoire de l\u2019Europe, envisagée dans son ensemble, se sont multipliées, et il est devenu une des premières autorités internationales en la matière.Aujourd\u2019hui, il présente au public, dans cet ouvrage extraordinairement dense, le résumé de trente ans d\u2019études.La documentation est complète.Il est rare de rencontrer un historien aussi familier avec la pensée scientifique de tous les pays dont il aborde l\u2019étude; peut-être est-il unique sous ce rapport.Il doit sans doute beaucoup à Toynbee, Dawson et de Reynold, mais sa pensée, toujours très personnelle, est appuyée sur vingt-sept pages serrées de notes et de références.Elle est aussi profonde que nuancée, et c\u2019est pourquoi il serait injuste de la résumer, car il faudrait des pages pour en discuter certains aspects.Il n\u2019accepte pasl a division classique en histoire ancienne, moyen âge, histoire moderne et contemporaine.Il parle plutôt d\u2019époques méditerranéenne, européenne, atlantique.Dans l\u2019époque européenne, il discerne avec beaucoup de précision et de nuance les phases de transition.Il place la Russie moscovite eu Eurasie plutôt qu\u2019en Europe, mais accepte la Russie blanche et l\u2019Ukraine dans l\u2019Europe orientale.On lira avec émotion la page magnifiquement éloquente qu\u2019il a écrite sur les rapports entre le christianisme et la civilisation européenne (p.51).Joseph-H.Ledit.HISTOIRE NATIONALE Jean BRUCHÉSI: Rameau de ^Saint-Père et les Français d'Amérique.\u2014 Montréal, Éditions des Dix, 1950.60 pp., 23.5 cm.\"CTGURE ATTACHANTE d\u2019un Français trop ignoré, qui adopta notre peuple en 1850.Ému de notre survivance, Rameau fouille les archives, écrit la France aux colonies, puis vient voir le Canada, l\u2019Acadie, la Nouvelle-Angleterre et la Louisiane.Après quoi, il publie son chef-d\u2019œuvre, Une colonie féodale, sur l\u2019Acadie, qui l\u2019a mordu au cœur.Bien reçu partout, il saisit nos problèmes et il s\u2019attache un groupe de correspondants parmi notre élite, nos meilleurs chefs religieux et civils, qu\u2019il ne se gêne pas de réconforter.De 1859 à 1899, il nous adjure de ne plus émigrer, mais de conquérir le Nord, l\u2019Outaouais et l\u2019Ouest.Ses conseils \u2014 d\u2019être plus sociaux et moins politiciens \u2014 n\u2019ont pas vieilli.A ses correspondants, de Garneau à L.-O.David, de Mgr Guigues à Mgr Bégin, il prêche la colonisation pour contrebalancer l\u2019immigration anglaise.Il est un Jean Talon de désir, jusqu\u2019à vouloir nous expédier, deux siècles en retard, des milliers de colons de France, et même jusqu\u2019à faire acheter par des souscripteurs français un large sol dans Pontiac.M.Bruchési condense les lettres de Rameau et cinq cents lettres de Canadiens à Rameau.C\u2019est une petite histoire de quarante ans, féconde en jérémiades qui s\u2019attiraient comme réponse: Accordez-vous donc, bâtissez-vous au lieu de vous démolir! Semeur de confiance en nous-mêmes, Rameau devra revivre chez nous, dans ses livres magnifiques et dans quelques noms de rues et de paroisses.Félicitons M.Bruchési de son beau rappel historique, vivant et fécond.Alexandre Dugré.QUESTIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES Robert de Vleeschauwer: L\u2019Organisation professionnelle de l\u2019économie.\u2014 Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, et Bruxelles, M.Weissenbruch, 1950.466 pp., 24 cm.Prix: 275 fr.belges.CET OUVRAGE traite de l\u2019organisation professionnelle de l\u2019économie en Belgique seulement; mais ce sujet précis est étudié à fond, en détail, d\u2019une façon exhaustive pourrait-on dire.Dans une première partie, l\u2019A.décrit, analyse et juge les tendances, les projets et les réalisations d\u2019organisation professionnelle depuis la fin du XIXe siècle jusqu\u2019à la loi belge du 20 septembre 1948 « portant organisation de l\u2019économie », loi qu\u2019il approuve dans son principe, à savoir la participation des travailleurs aux institutions professionnelles en vue de réaliser la démocratie économique, mais qu\u2019il condamne dans la façon dont elle subordonne entièrement à l\u2019État l\u2019activité professionnelle organisée.Toute la seconde partie est consacrée à l\u2019exposé et à la défense juridique et philosophique d\u2019un « Avant-Projet de Loi d\u2019Organisation professionnelle de l\u2019Économie ».La lecture en est fort instructive et réconfortante.L\u2019A.s\u2019y prononce résolument en faveur d\u2019un système d\u2019organisation professionnelle de droit public, c\u2019est-à-dire d\u2019une organisation professionnelle « planifiée », obligatoire, dotée du maximum d\u2019autonomie compatible avec l\u2019intérêt général, ayant son droit propre et se dressant contre l\u2019ingérence de l\u2019État dans la gestion des intérêts économiques.A son avis, seul un tel système est susceptible de permettre une réduction véritable des difficultés sans cesse grandissantes de l\u2019économie contemporaine; seul il pourrait constituer une transaction salutaire entre les inconvénients résultant du dirigisme étatique et ceux qui proviennent du libéralisme économique total, devenu désormais impraticable.Sans jamais y faire allusion, c\u2019est bien l\u2019organisation professionnelle corporative des encycliques que l\u2019A.défend avec tant de compétence et d\u2019ardeur.Son témoignage favorable n\u2019en est que plus précieux.Richard Arès.Jean LALOUP et Jean NÊLIS: Communauté des hommes.\u2014 Initiation à VHumanisme social.\u2014 Paris, Casterman, 1950.330 pp., 19 cm.OEUVRE DE PIONNIERS et de précurseurs, ce livre tente de faire le pont entre l\u2019enseignement de la littérature et celui des questions sociales.Professeurs d\u2019humanités, les deux auteurs se sont un jour posé la question: « Dans un monde transformé par la technique et traversé de courants communautaires, les humanités jouent-elles encore leur rôle séculaire?» Et leur réponse a été la suivante: « Si elles prétendent le jouer avec autant de fruit que par le passé, elles doivent se transformer d\u2019urgence ou, plus exactement, se rajeunir, car, chose étonnante, la plupart des modifications requises par notre époque appellent un retour aux antiques disciplines.» Et les deux professeurs de travailler à un tel rajeunissement des humanités classiques, d\u2019abord dans leur propre classe, en accordant une plus large place aux problèmes sociaux contempo- 110 RELATIONS rains, puis par la publication de cet ouvrage, ni manuel scolaire, ni précis de sociologie, mais livre à la fois de lecture et d\u2019étude, livre d\u2019initiation à l\u2019humanisme social.Leur ouvrage me paraît une réussite.Il n\u2019a rien de l\u2019austère manuel d\u2019économie sociale, et pourtant les notions fondamentales y sont.Il n\u2019est pas non plus une histoire de la littérature, et pourtant il donne de la littérature contemporaine une vision nette et complète dans les deux chapitres intitulés: « La littérature nouvelle » et « L\u2019humanisme nouveau ».La troisième partie constitue en outre une excellente initiation aux problèmes communautaires d\u2019aujourd\u2019hui, présentés sous les titres suivants: accession au travail, participation à l\u2019économie, accession à la culture, accession à la vie de l\u2019État, accession à la vie de l\u2019Église.En somme, un heureux essai d\u2019adaptation des humanités classiques aux tendances et aux exigences fondamentales de notre époque.Richard Arès.Abbé Élie Gautier: La Dure Existence des paysans et des paysannes.\u2014 1950, 180 pp., 25 cm.Un siècle d\u2019indigence.\u2014 1950, 170 pp., 25 cm.En vente chez l\u2019auteur, 233, rue de Vaugirard, Paris (XVe).DEUX VOLUMES d\u2019une enquête serrée, portant le même sous-titre: Pourquoi les Bretons s\u2019en vont.Histoire sombre de la pauvreté navrante d\u2019un peuple.Botrel et Brizeux n\u2019ont pas tout chanté ni tout dit sur le pays d\u2019Armor, poétique mais famélique.Les lits clos sont une horreur, et les sabots qui font toc-toc font mal aux pieds.En dépit d\u2019une forte natalité, la population des Côtes-du-Nord a baissé de 115,000 par l\u2019émigration, entre 1866 et 1946.Question de misère, absolument.Habitation malsaine, sans planchers, sans eâu courante, souvent pièce unique attenant à l\u2019étable, cour malpropre, sous-alimentation, travail long, dur et sale à la faucille et à la bêche, pour bien peu de revenus.Les filles qui peinent aux champs rêvent d\u2019échanger leurs sabots pour des souliers, et la Bretagne pour Paris.L\u2019auteur rapporte fidèlement des témoignages innombrables.On ne s\u2019étonne plus que le communisme y morde malgré la foi bretonne, et que l\u2019émigration lance jusque chez nous ces bons pauvres, ces vaillants, que nous ferons bien d\u2019accueillir et de placer, pour qu\u2019ils nous restent, le plus bretons possible et canadiens au plus tôt.Alexandre Dugré.LITTÉRATURE Frère Robert, E.C.: Les Astres et les Lettres.\u2014 Montréal, Les Éditions Chantecler, 1950.248 pp., 20 cm.CE LIVRE est « un traité d\u2019astronomie ».L\u2019auteur fait bien de commencer par nous le dire.Rien de superflu, croyez-moi, dans le petit livre; pas même ce soin préliminaire.Car en le feuilletant, dans la hâte du premier contact, au déballé, l\u2019on se croirait plutôt en présence d\u2019une anthologie: le ciel et les astres et la terre chantés par les poètes.C\u2019est cela vraiment, et autre chose encore: un traité rigoureux, une vulgarisation scientifique des jeux de l\u2019infini tels qu\u2019ils s\u2019ébattent dans l\u2019espace, effroi de Pascal.Vulgarisation, à la portée de tous, qui gagne de nous être offerte par un artiste oublieux de ce qu\u2019il est: poète et savant.Grâce à ce prestige, combien les étoiles nous deviennent plus accessibles! Elles nous arrivent .comme des fleurs tombant à flots d\u2019une urne {Hugo).Est-ce assez plaisant de se promener sur l\u2019écliptique comme sur un boulevard bordé de rimes en fleurs! Ou de se familiariser avec les densités planétaires et les multiples rotations tout en grignotant Hugo, Chateaubriand, Lamartine ou Hérédia! Et la lune, donc! nous entraînerait trop loin.Un regret, pour finir.Si, à l\u2019âge où j\u2019aurais pu encore gober quelque science, on m\u2019avait mis pareil manuel entre les mains, je bégayerais moins aujourd\u2019hui dans mes tentatives d\u2019épeler la somptueuse nature.Les instruments nous faisaient alors tellement défaut!.Et j\u2019arrive bien en retard à découvrir que, le soir, L\u2019horizon tout entier s\u2019enveloppe dans l\u2019ombre, Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre, Ferme les branches d\u2019or de son rouge éventail.Ces vers ne sont pas de moi, mais de Hérédia cité par l\u2019auteur.J.-Louis Lavoie.V'VÎl ii****?vichy IjjîncrrnEl Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime « triste » ?Inutile, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action spécifique, bien connue, stimule les multiples fonctions du foie, exerce un effet des plus salutaires sur le système digestif en général, et constitue un excellent diurétique.Demandez l'avis de votre médecin.(ftt C£ LESTONS EAU MINÉRALE NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Mcfiez-vous des imitations!!! Exigez « CELESTINS \u2022 *1 _\t! S'* \\ Maison Bellarmin.AVRIL 1951 111 « Le temple de la lumière » TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES Strictement en gros UNE EXPÉRIENCE DE 50 ANNÉES AU SERVICE des Communautés Propriétaires Architectes Entrepreneurs BEN BÉLAND, Président JEAN BÉLAND, Ing.P., sec.-très.¦LH'JiU'iii .W.v.v^;.vvv wwmwmmm l\u2018-V-V*V.V*V ¦¦iW-ÏViVÿx*- .Bêlhnd INCORPORÉE 7152, boulevard Saint-Laurent Montréal GR.2465* BIOGRAPHIE Maria Winowska: Le Père Maximilien Kolbe, le fou de Notre Dame.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1950.282 pp., 18.5 cm.«/^ELLE SALE BÊTE que l\u2019homme! » Et l\u2019A.de répondre: « Si je vous montrais quelqu\u2019un qui a demandé de mourir à la place d\u2019un autre, bagnard comme lui! » A Aushwitz, pour chaque évadé, vingt otages sont condamnés à mourir de faim et de soif.Pour permettre à l\u2019un des condamnés de revoir sa femme et ses enfants, le P.Maximilien Kolbe, franciscain, demande la permission de mourir à sa place.Couronnement d\u2019une vie toute donnée à propager la gloire de l\u2019immaculée.Journaliste scientiste, doué pour la stratégie militaire, il met son talent et sa vie au service de la Vierge.A tous ceux qui doutent de l\u2019homme, de la puissance de la grâce, du don total auquel est appelé le prêtre, l\u2019A.dédie le Fou de Notre Dame.Simon Davis.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.LIVRES POUR ENFANTS Hergé: Au pays de l\u2019Or noir.\u2014Tournai et Paris, Éditions Casterman, 1950.64 pp., 30.5 cm.Prix: $1.75.'T'INTIN ET MILOU rentrent du pays de l\u2019huile.Commencé en 1939, interrompu par la vraie guerre, le 10 mai 1940, leur voyage s\u2019achève en nous évitant une autre guerre toujours possible.La popularité de Tintin est étonnante.Nos bibliothèques enfantines ont dû renouveler plusieurs fois leurs collections mises en lambeaux par de trop ardents lecteurs.De graves sociologues se jettent chaque semaine avec avidité sur la revue Tintin pour se régaler des aventures où brillent l\u2019extraordinaire petit détective et son inséparable Milou.Pourquoi ce succès, qui en Belgique et en Suisse dure depuis vingt-deux ans?Variété des couleurs, rapide succession des péripéties.Hergé passe du triomphe au malheur, avec le sans-gêne des enfants pour qui la joie et les larmes voisinent sans amour-propre.Tintin est jeune, il fait rire.Nous avons tous besoin de nous sentir jeunes et de rire.Hardiesse et bonne humeur nous reposent joyeusement tout le long des récits.Dans l\u2019Or noir, messieurs Dupont et Dupond se heurtent au mystère des mirages, le prince Abdallah exaspère les visiteurs de son père, le puissant émir Mohammed Ben Kalish Ezab, Juifs et Arabes s\u2019emparent tour à tour de Tintin, le capitaine Haddock se fâche et le bon monsieur Trython Tournesol analyse le comprimé n° 14 que vous voudrez bien ne pas utiliser contre les maux de tête.John Connell: Retour à Pile au trésor.\u2014 Collection « Le rameau vert ».Tournai et Paris, Casterman, 1950.142 pp., 19 cm.LITE AU TRÉSOR, maintenant film célèbre, a provoqué la fondation d\u2019un bon nombre de clubs.Les jeunes trouveront ici la suite du film.L\u2019odieux pirate John Long s\u2019est enfui au moment où on retrouvait quelques miettes de trésor.Vingt-cinq ans passent; le fils de Jim Hawkins rentre à la maison, quand il entend l\u2019air qu\u2019il siffle repris dans le bois par une grosse voix d\u2019homme.Même atmosphère que Vile au trésor : pirates, tempêtes, cris stridents du perroquet Flint; un récit écrit avec du sang, de l\u2019or et beaucoup de courage.Jeanne Cappe: Cendrillon et autres contes de Perrault.\u2014 Collection « L\u2019âge d\u2019or ».Tournai et Paris, Casterman, 1950.Album de 32 pp., 30.5 cm.LES ÉDITIONS CASTERMAN viennent d\u2019éditer une fois de ' plus une merveille de délicatesse et de bon goût, Cendrillon.Jeanne Cappe est restée fidèle aux contes de Perrault, et son récit si simple facilitera la tâche des mamans.J.L.Huens accompagne le récit d\u2019aquarelles lumineuses comme les fées dont il peint les bontés et la grâce.Paul Racine.112 Villa Manrèse, Québec.RELATIONS ?' *\tA VOTRt StRVIce DMA CITÉ £T DU.DISTRJCT Oi ÏÏLDWTOlâlL imaswaasra» m sassssma* 262 RUE ST-JACQUE5 OUEST> MONTREAW ML 3834*\t\t\u2022\tLucien Robillard ARCHITECTE 3798, RUE CARTIER \u2022 Architecte du Centre paroissial de l\u2019Immaculée-Conception\t \t\t\t\t ZJable de 3)ix anâ Un exemplaire.$0.25 Un exemplaire relié.1.35 Ajoutez 5 sous pour la poste Le Centre paroissial de l\u2019Immaculée-Conception repose sur 109 pieux-caissons Franki DEMANDEZ NOTRE BROCHURE EXPLICATIVE FRANKI COMPRESSED PILE CO.OF CANADA LIMITED 4911, chemin de la Côte-des-Neiges 168 Richmond Street West MONTRÉAL\tTORONTO Tel.: EX dale 5340\tTel.: EM pire 4-4614 cdchète BIEN MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine qui aa MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor Tél, FAlkirk 1115 ÉCHANGE PRIVÉ * Cfjartjonueau A\tTUmtté Fabricants de BISCUITS CONFISSERIES et PÂTES ALIMENTAIRES 1800, RUE N1COLET MONTRÉAL Pour les meilleurs\t\t MATÉRIAUX\t\tlia êmubegartie \t\t?\u2022 ?Actif : \t\t$21,400,000 \t\t\u2022 Assurances en vigueur : Appelez\t\t$124,500,000 protégeant 85,000 assurés \t\tc4ââutancei âut la vie 159, rue Jean-Talon Ouest\tCA.5721\t\tâouâ touteâ leâ lotmeâ NOUVELLE ÉMISSION LA CONGREGATION DES FILLES DE LA SAGESSE (Incorporée en vertu d'une loi de la Législature de la province de Québec) $2,100,000 d'obligations première hypothèque, série (( A )) 3%-33^% Datées du Ier février 1951\tEchéant du Ier février 1952 au h1 février 1961 inc.Capital et intérêts semestriels (1er février et 1er août) payables en monnaie légale du Canada, à toutes les succursales d\u2019une banque à charte au Canada.Droit de rachat, total ou partiel, au pair (100) plus les intérêts courus, à toute date d\u2019échéance des intérêts, sur préavis de trente (30) jours.Titres à coupons avec privilège d\u2019immatriculation quant au capital.Coupures de $100, $500 et $1,000.Fiduciaire : Société d\u2019Administration et de Fiducie, Montréal Conseillers juridiques : M® Gaston Vincent, C.R., Ottawa, Ont., Me André Charron, avocat, Montréal, P.Q.Placement autorisé pour les Compagnies d'Assurance enregistrées en vertu de la Loi des Compagnies d'Assurance Canadiennes et Britanniques, 1932, et de ses amendements.L\u2019EMPRUNTEUR: Incorporées en vertu d\u2019une loi de la Législature de la province de Québec (58 Victoria, chapitre 92, 1895), les Filles de la Sagesse s\u2019établirent au Canada, à Montfort, P.Q., en 1884.Ces religieuses font partie de la communauté des Filles de la Sagesse dont la fondation, en France, date de l\u2019année 1703, et dont les 5,000 membres sont répartis en France, Belgique, Italie, Suisse, Hollande, Angleterre, Danemark, Afrique du Sud, Etats-Unis, Haïti, Colombie, Congo-Belge, Madagascar et Canada.GARANTIES: Cet emprunt fait partie d\u2019une émission autorisée au montant de $2,400,000 dont la première tranche, série « A », est présentement émise.Le remboursement de ces obligations est garanti par une première hypothèque sur un couvent de la corporation, situé à Dorval, P.Q., et par une première hypothèque sur l\u2019hôpital des religieuses actuellement en construction à Ottawa.« Les Filles de la Sagesse d\u2019Ontario », corporation civilement constituée par lettres patentes émises par la province d\u2019Ontario le 16 février 1932, dont les membres font partie de la même congrégation religieuse, sont intervenues à l\u2019acte de fiducie pour se porter garantes conjointement et solidairement de cet emprunt par la corporation et pour accorder une première hypothèque sur l\u2019hôpital précité.La valeur réelle des immeubles ainsi hypothéqués sera d\u2019au moins $4,000,000 une fois les travaux de construction complétés.APPROBATION DE L\u2019ORDINAIRE: Cet emprunt par voie d\u2019émission d\u2019obligations garanties par une première hypothèque, a reçu l\u2019approbation des autorités diocésaines.Échéance disponible: 1er février 1961 \u2014 $1,000,000 Prospectus et prix fournis sur demande.VALEURS DE PLACEMENT 210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal - Tél.LA.9241 MONCTON, N.-B.QUÉBEC OTTAWA, ONT.\u201cRelation*\u201d votU plait, paàâez-le à voâ am U "]
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