Relations, 1 septembre 1951, Septembre
[" Septembre 1951 MONTRÉAL RETOUR D\u2019ACADIE Albert PLANTE CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ -111 Marie-Joseph d\u2018ANJOU LE SENS RÉDEMPTEUR DE L\u2019ACTION TEMPORELLE Paul VANIER EN ATTENDANT LES «UNIONS DE FAMILLES» Pierre LAPLANTE POUR L'OBSERVANCE DES FÊTES D\u2019OBLIGATION ¦ Jo8eph-Papin ARCHAMBAULT UNE MESSE DE 1651 ET SON CÉLÉBRANT ¦ ¦¦>>¦ Alexandre DUGRÉ LA BELLE AU BOIS S'EST RENDORMIE\tAndré PÂQUET No 129\t25e SOMMAIRE SEPTEMBRE 1951 Editoriaux.225 Au fil du mois.242 Conquérir le monde.par le chapelet.\u2014 Il faut LOGER LA FAMILLE.\u2014 RENTRÉE SCOLAIRE.\u2014 POUR « BOUCLER )).Articles LE SENS RÉDEMPTEUR DE L\u2019ACTION TEMPORELLE .Paul Vanier 227 CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ \u2014 III.Marie-Joseph d\u2019Anjou 232 POUR L\u2019OBSERVANCE DES FÊTES D\u2019OBLIGATION .Joseph-Papin Archambault 235 UNE MESSE DE 1651 ET SON CÉLÉBRANT.Alexandre Dugré 237 LA BELLE AU BOIS S\u2019EST RENDORMIE.André Pâquet 239 Commentaires .240 Psychologie et éducation.\u2014 « L\u2019Église et l\u2019unité canadienne ».\u2014 Les mariages mixtes.Que vaut la participation aux bénéfices ?\u2014 Ce que coûte Valcoolisme.\u2014 Collège universitaire confié aux Oblats d'Afrique.\u2014 CFCL.\u2014 Une réussite mariale.Articles RETOUR D\u2019ACADIE.Albert Plante 243 EN ATTENDANT LES « UNIONS DE FAMILLES ».Pierre Laplante 246 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 248 Les livres .252 Pie XII La Papauté anecdotique L'Art de gouverner.L'Amitié au service de l'union.De l'enfant à l'homme Hélas ! parents, je vous accuse Lf Avènement de Prométhée\t] Éléments d'Économie politique [\u2022 A hauteur d\u2019homme\tj Notre histoire en cinq actes .Paul Bélanger .Jean Archambault .Alexandre Dugré Marie-Joseph d\u2019Anjou .Richard Arès Joseph-Louis Lavoie ASSOCIATION DE TAXIS LA SALLE SYNDICAT COOPÉRATIF Pour vous servir : 500 taxis 50 radio-taxis Appelez : PL.9191 Postes dans toutes les parties de la ville.Nous desservons la majorité des institutions religieuses.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa./ ! XIe année, N° 129 Montréal Septembre 1951 EDITORIAUX Conquéxix le monde .pat le chapelet SEXC.MGR LÉGER, à la fin du vigoureux sermon \u2022 qu\u2019il prononça le 15 août, en la première fête de l\u2019Assomption depuis la proclamation du dogme, cita ce mot du bienheureux pape Pie X: « Donnez-moi une armée qui récite le chapelet, et je ferai la conquête du monde.» Naïveté?Voire! Les hommes ne sont pas des robots.La force seule ne réussira jamais à les unir assez longtemps, assez humainement pour assurer leur bonheur.Et nulle conquête n\u2019a les promesses de la durée si elle n\u2019a pour but le bonheur des hommes.La force ne suffit pas.Il faut l\u2019amour.Mais les hommes peuvent-ils s\u2019aimer?Peuvent-ils s\u2019aimer longtemps, toujours, sans défaillance, tous ?Leur bonheur est à ce prix.Mais les hommes sont égoïstes et méchants, et ils entretiennent des intérêts divergents, ennemis.Et ils meurent: s\u2019aiment-ils après la mort ?Renoncer alors au bonheur de l\u2019homme?Et organiser sa petite vie, chacun pour soi ?Mais l\u2019homme a besoin de l\u2019homme: comme frère ou ami, comme maître ou serviteur.Et tous ne peuvent pas être maîtres.Et le serviteur qui n\u2019est pas aimé a-t-il encore l\u2019impression d\u2019être un homme ?Supprimer les maîtres?Grouper tous les hommes dans une armée, non plus de serviteurs ou d\u2019esclaves, mais de « prolétaires », tous égaux, tous également maîtres?Le rêve du communisme.Mais c\u2019est une chimère.Les réalisations amorcées jusqu\u2019ici ou bien ont échoué, ou bien sont un leurre, ou bien reposent sur la négation des droits élémentaires de la personne humaine et de sa dignité, c\u2019est-à-dire de ce qui conditionne son bonheur.Prêcher alors, mieux, établir la fraternité universelle?Citoyens du monde, unis dans un régime d\u2019é- changes à l\u2019échelle de ce monde \u2014 économiques, sociaux, intellectuels, spirituels.Mais la tentative n\u2019est pas neuve.Et elle n\u2019a ni aboli les impérialismes oppresseurs, ni supprimé le problème des races, ni atténué la persécution religieuse dans les pays mêmes qui prônent avec le plus d\u2019éloquence le mythe de la fraternité, de l\u2019égalité, de la liberté.Impasse.Pour unir les hommes dans le bonheur, il faut dépasser l\u2019homme.Sans renier l\u2019humanité.JÉSUS-CHRIST.Dieu et homme.Chef de l\u2019humanité qui est son corps.Et chaque personne humaine est un membre de prédilection de ce Corps: pensée, voulue, aimée, par son nom propre, de toute éternité.In caritate perpétua dilexi te.Il m\u2019a aimé, moi.« Il a versé telle goutte de son sang pour moi » (Pascal).Il n\u2019y a plus désormais ni Grec, ni Gentil.Afin qu\u2019ils soient un.Comme Dieu, dans la plénitude de la Trinité infinie, est Un.Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres.Comme je vous ai aimés.Il n\u2019y a pas de plus grande marque d\u2019amour que de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime.MARIE.Mère de Jésus-Christ.Du Christ total: le chef et ses membres.Glorieusement vivante, en corps et en âme, au ciel, d\u2019où elle veille sur ses enfants d\u2019ici-bas.L\u2019Assomption : certitude de notre triomphe totalement humain.Je sais que je ressusciterai et que je retrouverai mon corps, ma chair, ma peau et mes os, chante Job le voyant.Comme le Christ.Comme sa Mère.Ma Mère.Dignité de tous les hommes.Filiation divine de tous.Fraternité universelle, inébranlable, fondée sur la Parole qui ne passe pas.Dieu en tous et tous en Dieu.Dans la réalité charnelle \u2014 humaine et divine \u2014 de l\u2019Église, qui est le Corps du Christ.A travers les mystères joyeux et douloureux de son histoire ici-bas, qui prépare le mystère glorieux de l\u2019au-delà.Le CHAPELET.Signe sensible de la foi en ces réalités merveilleuses, nécessaires au bonheur de l\u2019homme.Symbole d\u2019une même pensée, d\u2019un même amour, d\u2019une fraternité qui ne trompe pas.Si tous les hommes réci- Le prix de l\u2019abonnement est porté à $3 (à l\u2019étranger, $3.50), taient le chapelet.Et vivaient de la foi qu\u2019expriment ses quinze mystères.La guerre serait morte.L\u2019égoïsme capitaliste, visé au cœur.L\u2019impérialisme raciste, impensable.Exorcisé, le mythe communiste.Marie l\u2019a promis.Qui est la Mère de l\u2019Amour.La Reine du bonheur.Et qui a inspiré la définition dogmatique de son Assomption pour détourner les chrétiens des mythes du matérialisme, destructeurs de l\u2019amour, et unir tous les hommes dans une même foi à une même charité, seule capable de garantir le véritable bonheur.Mais tous les hommes ne récitent pas le chapelet.Quand ils le réciteront tous, dans un unique élan de foi vivante, ils sauront ce que c\u2019est que l\u2019amour fraternel.Et ils aborderont au havre du bonheur.Il faut conquérir tous les hommes à la récitation du chapelet.31 laut logex la famille PARLANT il y a deux ans à la Commission pour l\u2019édi-lisme et les travaux publics de l\u2019Office international du Travail, S.S.Pie XII affirmait que « l\u2019économie moderne, si vantée, si hère de produire toujours plus, toujours mieux, toujours à meilleur marché », n\u2019en était pourtant pas arrivée à satisfaire le besoin de logement.Ce besoin essentiel, « commun à tous les hommes sans distinction de revenu ou de rang, doit recevoir de l\u2019économie moderne et tendue vers sa fin propre, surtout avec le concours de l\u2019initiative privée, sa légitime satisfaction ».Si l\u2019économie ne se règle pas sur les besoins primordiaux de l\u2019homme, si l\u2019initiative privée est impuissante, l\u2019État doit, selon la mesure même de cette impuissance et les exigences du bien commun, y suppléer avec diligence.Aucune administration publique ne peut se dire sociale si elle ne porte au problème de l\u2019habitation une attention soutenue et efficace, qui n\u2019en oublie aucun aspect et s\u2019ingénie à utiliser toutes les chances de donner aux familles les logements adaptés à leurs besoins et à leurs espérances.Vu dans cette perspective, le récent mémoire adressé au premier ministre de la province par M.Émile Nadeau, président de la section québécoise de l\u2019Association canadienne d\u2019Urbanisme, mérite d\u2019être étudié très sérieusement.Il renferme deux recommandations principales: a) création, comme en Ontario, d\u2019un ministère d\u2019Urbanisme et adoption d\u2019une loi opérante d\u2019urbanisme; b) ententes provinciales-fédérales, conformément à la Loi nationale de l\u2019habitation qui prévoit un fonds de roulement annuel et permanent de $50,000,000, permettant de prêter à un bas taux d\u2019intérêt et à long terme 100% du capital requis, 75% étant fournis par le fédéral, 15% par le provincial et 10% par le municipal.Le but de la loi étant de procurer des logements à bon marché, proportionnés aux revenus des bénéficiaires, elle prévoit le paiement (75% par le fédéral et 25% par le provincial) des déficits éventuels, toujours 226 possibles à cause du coût actuellement élevé du bâtiment.Notre loi provinciale d\u2019habitation a donné de bons résultats.Mais le problème du logement reste tellement aigu, les conséquences physiques et morales de logis inadaptés sont si néfastes qu\u2019il faut aller plus loin.Le coût élevé de la vie laissant à peu de gens la possibilité d\u2019épargner le montant initial habituellement exigé dans les entreprises de construction, coopératives ou autres, l\u2019exécution d\u2019un vaste programme d\u2019habitation ne se conçoit guère sans la participation très généreuse des pouvoirs publics.Cette générosité se trouvera peut-être à favoriser des fainéants.Mais pour le plus grand nombre de ceux qui en bénéficieront, elle constitue l\u2019unique espoir d\u2019avoir une maison à un prix convenable.Cellule de la société, la famille a droit à tous les respects et mérite toutes les attentions.Protecteurs du bien commun, les pouvoirs publics doivent avoir une politique familiale.Celle-ci n\u2019existe pas là où il n\u2019y a pas un programme adéquat d\u2019aide à l\u2019habitation.J^entxêe écolaixe TOUJOURS NEUVE, la rentrée de septembre.Nul événement périodique sur lequel l\u2019accoutumance, cette rouille, ait moins de prise.Un monde incertain s\u2019ouvre devant le petit enfant à son premier départ pour l\u2019école.Il quitte l\u2019enclos du foyer, où il est nécessairement un personnage, un nœud d\u2019attentions, le plus souvent bienveillantes, toujours personnelles et intimement senties comme adressées à un être singulier, qu\u2019un nom propre distingue parmi les autres « citoyens » de ce « petit univers » familier.Tandis que l\u2019école, c\u2019est la foule anonyme, la mise au rang, par ordre de taille ou simplement de numéro d\u2019accession; ce sont tous ces exercices communs où chacun doit se comporter « comme tout le monde », impersonnellement, pour être « bien traité », pour n\u2019être « pas puni ».Et les adultes savent bien que cela est inéluctable, eux qui, spontanément, font queue pour monter en autobus, et acceptent toutes les disciplines: militaire, sportive, sociale, politique.Mais le petit enfant n\u2019est pas un adulte.Et les adultes l\u2019oublient.Même le père, même la mère de ce mioche, qu\u2019on ne se préoccupe point de rassurer en face du mystère social qui va le happer subitement.Il est vrai que, pour certains enfants, même à l\u2019âge du premier contact avec l\u2019école, le mois de septembre marque l\u2019accès à une liberté inconnue, dans un monde agrandi, où des spontanéités, jusque là brimées par l\u2019étroitesse d\u2019un taudis sans amour, vont prendre essor et trouver, sinon toujours admiration et sympathie, du moins cette espèce de neutralité qui permet à l\u2019enfant de recommencer un essai de ses forces, de répéter une originalité prometteuse d\u2019avenir.Mais est-il bien RELATIONS sûr qu\u2019une telle « libération » \u2014 qui ne supprime pas la « résistance » au sein du « maquis » familial \u2014 soit propice à l\u2019épanouissement de la vraie personnalité?.L\u2019écolier, le collégien, la couventine qui « rentrent » en classe ne posent pas, eux non plus, en dépit des apparences, un geste routinier.Tel adolescent a grandi.On s\u2019en apercevera.Lui-même ne commence-t-il pas à sentir que ses maîtres, voire ses camarades, le regardent d\u2019un autre œil ?Il a encore l\u2019impression de n\u2019être plus tout à fait le même avec le bon Dieu.Cette adolescente, elle, a perdu, dans la religieuse qui lui faisait la classe trois mois auparavant, plus qu\u2019une éveilleuse de l\u2019esprit, une confidente, une amie.Désormais, elle devra « se débrouiller toute seule », elle le sait; et, par-dessus le marché, au pensionnat, selon le règlement appliqué aux finissantes du cours de lettres-sciences, dans son couvent.Pour tous, un climat sensiblement nouveau: camarades, professeurs, cours, possibilités de succès, dangers d\u2019échec.Et pour tous, l\u2019unique lieu de recueillement psychologique et moral, de consultation intime et féconde, c\u2019est le foyer familial, la sympathie et la tendresse d\u2019un cœur de mère, la compréhension et l\u2019appui paternels.Les éducateurs de carrière, qui connaissent les limites de leur influence, n\u2019osent évoquer les consé- VOCATION CHRÉTIENNE ET MISSION DU LAÏC AT \u2014 III Le sens rédempteur de Vaction temporelle Paul VANIER, S.J.L Le problème que pose au chrétien Vaction temporelle.\u2014 Si l\u2019histoire que poursuit l\u2019homme est vouée à l\u2019échec; si, pour le chrétien, il n\u2019y a pas, dans le temps, un au-delà de la Croix, à quoi servent les efforts des chrétiens pour œuvrer, dans le temps, la culture et la civilisation ?Quel est le sens des tâches temporelles \u2014 économiques, sociales,^politiques, scientifiques et culturelles \u2014 auxquelles l\u2019Église n\u2019a jamais cessé d\u2019inviter les chrétiens ?Nous voudrions éclairer ce problème par la vision biblique de la vocation chrétienne que nous avons exposée en deux articles précédents (.Relations, mai, août 1951).2.Importance de cette prise de conscience.\u2014 Parce qu\u2019elle est quotidienne et accaparante, l\u2019action temporelle du chrétien a pour résultat ou bien d\u2019approfondir ou bien d\u2019entamer sa foi et sa charité.D\u2019autre part, le progrès temporel pose à l\u2019homme un problème nouveau.quences d\u2019une rentrée scolaire à la signification de laquelle \u2014 dans le contexte particulier de cette année, pour ce collégien, cette écolière \u2014 un papa, une maman n\u2019auraient pas réfléchi amoureusement.Poux \u201cbouclex\u201d T''\\EPUIS SEPTEMBRE 1946, le prix de l\u2019abonne-L-J ment à Relations n\u2019a pas changé, cependant que le coût de la production montait continuellement.En cinq ans, hausse de 80% dans les salaires payés aux imprimeurs, de 220% dans le coût des métaux employés en typographie, de 250% dans celui de l\u2019outillage propre à l\u2019imprimerie, de 100% dans le prix du papier; à quoi s\u2019ajoute la hausse récente des tarifs postaux.Pour « boucler », revues et journaux ont dû augmenter leur taux d\u2019abonnement.Relations ne peut plus échapper à la même nécessité.A partir de septembre, cette année, l\u2019abonnement et le réabonnement à notre revue coûteront $3 ($3.50 à l\u2019étranger).Besoin fait loi.Pour que nos lecteurs n\u2019en jugent pas la rigueur excessive (qu\u2019est-ce, pour eux, que cinquante sous de plus par année, en comparaison des hausses qui nous affectent?), nous comptons sur les fidélités qui ont jusqu\u2019à ce jour soutenu notre effort.Voici la dernière tranche de l'étude théologique inspirée au Père Vanier, professeur de philosophie morale au Collège Jean-de-Brébeuf, par les sessions de Carrefour 51.L\u2019humanité, en effet, constate aujourd\u2019hui que ses propres créations lui échappent et se retournent contre elle, sans qu\u2019elle puisse retrouver la maîtrise de son œuvre.Depuis le déclin de l\u2019idéal chrétien, commencé au cours du moyen âge lui-même, l\u2019action créatrice de l\u2019homme, poursuivant des avantages immédiats, a déclenché des dynamismes autonomes, qui, en se rencontrant, se sont imbriqués, à l\u2019insu de l\u2019homme, dans la poussée irrationnelle d\u2019un devenir sans frein ni contrôle.L\u2019homme semble n\u2019avoir de choix qu\u2019entre le désespoir de l\u2019absurde et le totalitarisme mondial, qui soumettrait le progrès à l\u2019unité et au service d\u2019une fin, mais en détruisant l\u2019homme, créateur du progrès.Face à l\u2019énigme du monde présent, le chrétien \u2014 qui en possède la clef \u2014 porte la responsabilité d\u2019éclairer l\u2019angoisse humaine.I.\u2014 le dessein unique de dieu et l\u2019action du CHRÉTIEN 1.« Ils seront tous enseignés par le Seigneur ».\u2014 La nouveauté de l\u2019agir du chrétien est que, sans cesse, il doit obéir d\u2019abord au Seigneur pour comprendre ensuite le mystère où il est engagé.Si, en effet, l\u2019homme SEPTEMBRE 1951 227 est appelé à réaliser un dessein qui n'est jamais venu à son esprit et dont l\u2019économie est aussi élevée au-dessus de ses pensées que le ciel est élevé au-dessus de la terre, comment pourrait-il répondre à sa vocation sans être constamment enseigné par le Seigneur et conduit par lui ?Aucune déduction à partir de nécessités ne peut éclairer les exigences d\u2019une vocation libre du Seigneur qui introduit progressivement les hommes en son mystère ineffable et impénétrable.Ainsi, quand Dieu appelle, il se réserve l\u2019initiative de la conduite de ses élus: « Je lui montrerai.» Et si le Christ a prolongé ici-bas l\u2019autorité de sa présence par son Église et par le don de son Esprit, c\u2019est précisément parce que ses frères doivent être enseignés par le Seigneur.C\u2019est par Vobéissance à l\u2019Église et la docilité à l\u2019Esprit que le chrétien apprend sans cesse les exigences mystérieuses de sa vocation.L\u2019obéissance à l\u2019Église suppose l\u2019intelligence immanente de sa volonté vraie, qui est inintelligible à l\u2019homme sans la lumière de l\u2019Esprit.Ainsi, le chrétien doit apprendre du Seigneur lui-même les exigences actuelles de son action ; et, dans la mesure où il obéit, il reçoit ensuite, progressivement, de comprendre quel est le sens du mystère dans lequel son obéissance l\u2019a engagé et quelle en est l\u2019économie.Le processus inverse est inconcevable dans la poursuite d\u2019un plan rédempteur que Dieu seul a conçu et que seul il dirige.2.Les fausses normes de l\u2019action chrétienne.\u2014 Dès qu\u2019on oublie cette perspective nouvelle de l\u2019action du chrétien, on ne voit plus en elle, avec la Bible, la réponse de tous les instants à l\u2019appel constant du Seigneur, qui insère, par un cheminement imprévisible, dans le mystère interpersonnel de sa propre existence.Le caractère purement existentiel de l\u2019utilisation par le dessein divin d\u2019un ordre humain sans commune mesure avec ce dessein semble oublié, et on cherche selon quelles lois l\u2019homme peut rendre rédemptrice son action temporelle.Tout se passe comme si la grâce ne venait pas introduire dans la vie trinitaire, mais accroître les virtualités et l\u2019autonomie de l\u2019homme et relancer sa poursuite d\u2019une perfection connaturelle.Le christianisme n\u2019est plus une désappropriation de soi, « l\u2019union transformante à un Autre que moi, que j\u2019aime plus que moi-même, l\u2019entrée dans sa propre vie pour l\u2019accomplissement plénier de son vouloir » (Maritain).Le climat sociologique d\u2019un monde préoccupé, égoïstement, de l\u2019accroissement illimité de son avoir par son ingéniosité et sa force propres se reflète dans cette interprétation de l\u2019Évangile.Mais il y a peut-être influence plus profonde encore, celle d\u2019un climat de pensée idéaliste.La grande théologie de l\u2019agir chrétien a toujours gardé les chrétiens de naturaliser ainsi leur vocation.Car sa préoccupation était de rendre le chrétien docile à l\u2019Esprit Saint et non de paraître lui apprendre à déduire les exigences de sa conduite nouvelle.Et si, 228 soucieuse d\u2019intelligence, elle se préoccupait de faire comprendre, en continuité avec la Bible, le sens du dessein de Dieu, son économie et ses exigences, c\u2019était afin que le chrétien, apercevant mieux la grandeur et la nouveauté du mystère qui a saisi son existence, cède avec plus de docilité à la motion de l\u2019Esprit.Lui seul, ultimement, fait connaître quelles options concrètes le dessein divin exige, à chaque moment, du chrétien.Mais en marge de cette grande théologie, un conceptualisme, de tournure idéaliste, se préoccupa de formuler avec une rigueur toujours croissante des normes prochaines de l\u2019agir chrétien; ainsi il parut établir des lois d\u2019où le chrétien déduirait les exigences de sa conduite.On ne paraissait plus tendre, par l\u2019intelligence de la foi, à faciliter la docilité à l\u2019Église et à l\u2019Esprit, mais plutôt à supprimer la nécessité de cette soumission en offrant aux chrétiens des règles de conduite précises et nécessaires.Ainsi paraissait-on ramener l\u2019action chrétienne à un agir connaturel à l\u2019homme.Et maintenant, les termes bibliques fondamentaux de vocation et de mission \u2014 qui connotent un commerce interpersonnel avec la Trinité et la réponse à une initiative divine permanente \u2014 semblent avoir perdu tout sens pour trop de chrétiens.L\u2019influence de ce conceptualisme se prolonge, nous semble-t-il, en bien des discussions sans issue \u2014 d\u2019aspect plus théologique et biblique, mais nées des mêmes préoccupations \u2014 qui prétendent formuler, en vue de régler la conduite des chrétiens, le rôle de l\u2019histoire, du progrès ou de l\u2019humanisme dans l\u2019achèvement de la rédemption.Mais au fond des âmes une nouvelle Pentecôte se prépare.L\u2019Esprit éveille un besoin irrésistible d\u2019être de nouveau enseigné par le Seigneur \u2014 présent ici-bas par son Église et son Esprit \u2014 et à la fois un désir ardent de découvrir la splendeur étonnante et la sagesse mystérieuse du plan d\u2019amour du Père sur son œuvre entière.II.\u2014 LE SENS RÉDEMPTEUR DU PROGRÈS TEMPOREL 1.« Intellectum valde aman.\u2014 On le comprend maintenant, ce qui importe pour éclairer le problème posé au début, c\u2019est une transposition de la perspective dans laquelle on le perçoit couramment, et qui est celle, sans doute, où beaucoup de nos lecteurs s\u2019attendent à nous voir présenter la solution.On ne découvrira jamais le véritable sens rédempteur de l\u2019action temporelle des chrétiens en cherchant à définir des exigences et des conditions qui montreraient au chrétien comment rendre rédemptrice son activité temporelle, comme si l\u2019homme pouvait définir le plan libre de Dieu pour ensuite l\u2019exécuter par son action.Non, l\u2019homme ne peut que s\u2019insérer en ce dessein, qui est celui de la Sagesse divine pénétrant tout et faisant tout servir d\u2019une manière imprévisible à ramener la création à participer, par le Christ, à la vie trinitaire.Mais, avons-nous dit, une fois introduit par son obéissance dans la vie du Seigneur et saisi par le dessein RELATIONS qui l\u2019entraîne, le chrétien \u2014 selon son degré de maturité dans le Christ \u2014 aspire à connaître ce monde nouveau qui est maintenant son unique vie.Il aspire à le connaître parce que cette connaissance est sa joie nouvelle; mais aussi, plus il le connaît, plus son oblation amoureuse et sa soumission réparatrice s\u2019approfondissent.Or ce monde nouveau, il ne peut le mieux connaître que par la croissance de sa foi; mais c\u2019est une foi qui cherche à se comprendre.« Crois, mais afin de comprendre; aime beaucoup à comprendre », répète la grande tradition.Comment s\u2019opère cette intelligence de la foi ?Avant le face-à-face de l\u2019au-delà, le chrétien ne comprend jamais en lui-même le dessein du Seigneur; il ne peut le comprendre que dans l\u2019unité globale de son orientation, perçue dans la transformation que cette orientation nouvelle apporte à toutes les finalités de l\u2019ordre humain.Cette intelligence ne peut donc être sans cesse que globale.Ainsi le chrétien atteindra quelque intelligence de la finalisation nouvelle qu\u2019a dans l\u2019unité du Christ l\u2019ensemble de la création.C\u2019est dans cette intelligence qu\u2019il saisira quelque chose du sens nouveau de chaque être et de l\u2019économie par laquelle le dessein du Seigneur tend vers son terme mystérieux.C\u2019est donc seulement en comprenant de cette manière l\u2019insertion du devenir humain dans le dessein du Seigneur que nous pouvons éclairer le problème posé au début de ces pages.Dégageons-en trois aspects.a)\tU achèvement de la rédemption dans le temps.\u2014 Si le dessein du Seigneur n\u2019introduit pas immédiatement la création entière dans sa plénitude terminale, mais laisse se prolonger le devenir humain, c\u2019est qu\u2019en ce devenir il veut achever la parturition des frères du Christ et continuer en eux la rédemption du Christ.Ainsi ce dessein fait-il servir à la rédemption le progrès humain requis pour qu\u2019une humanité en marche et en croissance puisse durer jusqu\u2019à ce que le nombre des frères du Christ soit complet.Mais tout dans cette utilisation est déterminé par le plan divin et son économie; et c\u2019est pour cela que seul Dieu peut enseigner à chaque moment aux hommes les exigences temporelles de la rédemption.Une des formes de cette utilisation, c\u2019est que les valeurs humaines œuvrées par le progrès temporel servent d\u2019instruments à l\u2019Église pour réaliser sa mission prophétique, sacramentaire et sociétaire, et offrent à ses fils des moyens de signifier effectivement aux hommes la charité avec laquelle les chrétiens aiment divinement le prochain.Ainsi, nulle surprise à ce que la docilité au dessein divin ait conduit les chrétiens \u2014 et les conduise encore \u2014 à participer aux tâches de « ce monde » et à ses efforts de progrès, eux qui appartiennent déjà au monde terminal.b)\t« Cherchez d'abord le Royaume de Dieu ».\u2014 D\u2019autre part, obtention du progrès humain et poursuite du dessein rédempteur sont, par la Sagesse de Dieu, liées d\u2019une intimité profonde.Voilà pourquoi ce seront les chrétiens, dans la mesure où leur vie est consacrée à l\u2019achèvement de la rédemption, qui œuvreront dans une mesure notable et avec quelque stabilité le seul progrès qui soit au service de l\u2019homme et qui ne l\u2019asservisse pas à ses propres œuvres et aux valeurs qu\u2019il crée.Cette économie tient à Yunité du dessein divin: la parturition du Royaume de Dieu par la rédemption.C\u2019est donc le dessein rédempteur qui \u2014¦ par surcroît \u2014 fera seul connaître et réaliser, au delà d\u2019une certaine mesure, les véritables exigences concrètes du développement de la nature.Toute autre tentative de réaliser la nature s\u2019avérera, un jour, chimérique.Les saints unifiés et donnés sans retour à leur unique amour demeurent, même ici-bas, les plus beaux modèles de véritable humanité.Et, le long de l\u2019histoire, c\u2019est l\u2019Église \u2014 selon la profondeur de la vie rédemptrice de ses fils \u2014 qui a œuvré les plus humains des moments du progrès ici-bas, bien que ce fût dans le labeur de la rédemption.Et ces progrès devinrent « fous » quand ils ne jaillirent plus de la plénitude de sa vie rédemptrice.Aujourd\u2019hui, tout trahit l\u2019homme parce qu\u2019il a lui-même trahi l\u2019unique dessein du Seigneur, qui seul a pourvu à ce que les forces de la nature et de l\u2019homme ne l\u2019écrasent pas lui-même quand il les utilisera.Et nulle force humaine ne pourrait dominer, pour le soumettre à l\u2019unique règle et mesure du service véritable de l\u2019homme, le progrès que l\u2019homme a déclenché et qui l\u2019entraîne par son propre poids.Aucun humanitarisme ne pourra empêcher que le développement d\u2019une humanité déchue \u2014 parce qu\u2019elle a quitté les voies du Seigneur \u2014 ne tourne constamment à l\u2019épanouissement gratuit et capricieux d\u2019un petit nombre de privilégiés.Où, dès lors, apprendre ce qui sert véritablement l\u2019homme en cette histoire énigmatique ?Où trouver la motivation qui permette de poursuivre le vrai bien de l\u2019humanité avec entier désintéressement ?Et comment communier avec l\u2019humanité entière dans le labeur de cette poursuite?Où et comment, sinon dans la collaboration au dessein du Seigneur, qui est le Christ et la rédemption de ses frères ?Mais l\u2019homme préfère se rassasier du fruit de sa propre sagesse et de ses projets.Il a oublié la parole de l\u2019unique Sagesse: « Cherchez d\u2019abord le Royaume de Dieu.» Et, « se vantant d\u2019être sage, il est devenu fou ».c)\tL'économie de la Croix et le progrès humain.\u2014 C\u2019est donc \u2014 paradoxalement \u2014 en prolongeant la Croix du Christ \u2014 à travers l\u2019abnégation, la contradiction et l\u2019échec \u2014 que se poursuit le seul progrès humain véritable.Il s\u2019atteint dans cette économie de la Croix, où l\u2019effort de l\u2019homme est réduit au labeur et à l\u2019échec, pour qu\u2019il s\u2019en remette sans cesse au dessein de Dieu, et où le succès, toujours autre qu\u2019on ne l\u2019attendait, relatif et transitoire, est don du Père, au moment qu\u2019il SEPTEMBRE 1951 229 a choisi de vaincre l\u2019opposition du mal en ce que celui-ci regardait comme son triomphe.Ainsi, même en son activité connaturelle, \u2014 qui œuvre le progrès temporel, \u2014 le chrétien partage-t-il le poids de la Croix, puisque, docile au plan concret du Seigneur, il agit sans cesse selon une règle et une motivation déterminantes qui ne lui sont pas connatu-relles.Ce n\u2019est certes pas qu\u2019il juge mauvais les dons du Père les plus connaturels.Ce n\u2019est pas, non plus, qu\u2019il s\u2019en détourne au moment où il s\u2019en sert comme instruments d\u2019un dessein qui est sans commune mesure avec leur ordre, mais c\u2019est qu\u2019alors la règle de ses options et sa motivation déterminantes ne sont jamais l\u2019attrait que suscitent ses jugements connaturels de valeur.Son unique règle est le dessein mystérieux du Seigneur, qu\u2019il ne contemple pas encore et dont il accepte sans cesse, par son obéissance à l\u2019Église et sa docilité à l\u2019Esprit, \u2014 non sans un renoncement effectif à ses attraits connaturels, \u2014 l\u2019économie rédemptrice déconcertante.Sa motivation déterminante, ce sont les valeurs qu\u2019il n\u2019atteint que par sa foi : amour pour un Père qu\u2019il ne voit pas encore et que cependant déjà il aime mieux que lui-même; douleur du péché, si mystérieux, qu\u2019il répare par cette soumission; charité divine pour ses frères dont il achève la rédemption; désir de purification par l\u2019efficace de la Croix qu\u2019il prolonge en son agir; tension de fils exilé sur la route qui le mène à la maison du Père avec le Christ et ses frères.Ainsi, par la Croix qui la pénètre, la poursuite du progrès temporel devient-elle signe de l\u2019histoire rédemptrice que Dieu écrit, utilisant celle que l\u2019homme paraît écrire.Le dessein divin est un; c\u2019est toute l\u2019existence humaine qui est devenue rédemptrice et qui est tendue vers le Royaume trinitaire.Et même en son effort terrestre, le chrétien ne peut se glorifier que dans le Seigneur, espérant tout de la bienveillance gratuite du Père, œuvrant comme n\u2019œuvrant pas \u2014 détaché de ses propres œuvres et de « ce monde » auquel elles le relient \u2014 et ouvert, même par son action temporelle, à un monde qui est donné.« Je te bénis, Père, d\u2019avoir révélé ces choses aux petits et aux humbles et de les avoir cachées aux sages et aux prudents.» 2.L'autonomie du chrétien dans son action temporelle.\u2014 Dans son activité temporelle, il y a cependant une autonomie de l\u2019initiative du chrétien; on ne manquait pas d\u2019y insister à Carrefour.Le Christ, par son Église et son Esprit, meut les chrétiens pour que s\u2019achève par eux le dessein secret du Père, que seul le Fils contemple.Mais l\u2019invention de l\u2019instrument temporel de ce dessein rédempteur est connaturelle à l\u2019homme et laissée, sous cet aspect, à la responsabilité propre du chrétien.Cette autonomie, cependant, ne constitue pas la grandeur nouvelle de l\u2019action temporelle du chrétien (cette grandeur tient à son utilisation par le Christ rédempteur); elle en constitue le risque: pour servir le dessein divin, le chrétien ne dispose présentement que d\u2019un instrument humain et défaillant, sans commune mesure avec l\u2019œuvre du Seigneur.Et par le mirage de cette autonomie connaturelle, l\u2019instrument peut même amener l\u2019activité temporelle du chrétien à échapper à la motion du Christ qui lui donne son seul sens.Loin donc de soustraire l\u2019activité temporelle du chrétien à l\u2019abnégation rédemptrice qui domine son action, la part d\u2019autonomie qu\u2019elle contient appelle, par ses risques de déviation et de gauchissement, un surcroît de vie rédemptrice dont la règle ne soit que le dessein divin.3.Double domaine de l'action du chrétien et unité de son existence rédemptrice.\u2014 Il y a donc deux domaines de l\u2019action de tout chrétien, clerc ou laïc.L\u2019un où il accepte et exerce, par son adoration et son amour, sa participation irremplaçable et ineffable à la vie trinitaire du Christ et à sa mission rédemptrice.L\u2019autre où immédiatement il s\u2019efforce de prolonger la durée et le progrès humains, pour que la rédemption puisse s\u2019achever dans l\u2019humanité.L\u2019action temporelle qui s\u2019exerce en ce second domaine est transitoire et tout orientée à la plénitude de la rédemption (dans le monde nouveau, une action terminale, connaturelle à l\u2019homme en son exercice, mais, quant à sa possession, don divin du Père à ses fils, inconcevable à l\u2019homme pèlerin, la remplacera).L\u2019activité temporelle est connaturelle à l\u2019homme et est donc commune au chrétien et au non-chrétien; mais, par la finalité concrète qu\u2019elle poursuit dans le chrétien, elle est transformée et devient instrument du dessein rédempteur et de la vie rédemptrice du chrétien.Ainsi, bien que l\u2019action du chrétien s\u2019exerce en deux domaines différents, elle n\u2019est que le développement d\u2019un unique amour nouveau, consacré à l\u2019achèvement de l\u2019unique dessein de Dieu.La distinction chrétienne du spirituel et du temporel tire son importance de la transcendance de la vocation et de la mission du chrétien qu\u2019elle sauvegarde.Faire de cette distinction un instrument de défense de l\u2019autonomie du temporel, c\u2019est l\u2019utiliser pour voiler ce qu\u2019elle devait sauvegarder et c\u2019est tendre à enfermer le chrétien en « ce monde » en taisant le sens rédempteur de son action temporelle.in.\u2014 l\u2019action temporelle et le laïcat chrétien 1.Répartition de l'activité temporelle chrétienne.\u2014 Dans l\u2019Église, comme dans l\u2019existence de chaque chrétien, tout doit s\u2019organiser en fonction de la plénitude de la vie rédemptrice: telle est la finalité qui a déterminé la répartition et le dosage de l\u2019activité temporelle.L\u2019autorité ecclésiale, en fonction du bien du Corps entier du Christ, a jugé que les clercs, chargés de la fonction sacerdotale sacramentelle de l\u2019Église, devraient, pour mieux assurer la vie rédemptrice de toute la communauté ecclésiale, s\u2019y réserver habituellement.Non pas qu\u2019ils aient à éviter toute activité temporelle, 230 RELATIONS \u2014 ce qui serait bien impossible, \u2014 mais en se gardant de se consacrer aux tâches qui risqueraient davantage de les enfermer en « ce monde » ou de voiler pour la communauté ecclésiale la transcendance de leur mission.Quant à ceux qui, dans les états de perfection, partagent plus pleinement la libération du Christ à l\u2019égard de notre monde en devenir, ils seront \u2014 dans leur ensemble \u2014 réservés pour des tâches plus directement adoratrices ou de témoignage rédempteur.Il en résulte que l\u2019activité temporelle, que requiert de la communauté ecclésiale la poursuite du plan divin, retombe, habituellement, sur ceux qui ne sont ni clercs ni religieux.La coutume a nommé ce groupe le laïcat.Par l\u2019étymologie le mot désignait le peuple du Seigneur, soit la communauté ecclésiale entière, qui, unifiée par le sacerdoce sacramentel, apporte au Seigneur la louange réparatrice du Christ total: tête et corps.La restriction de l\u2019extension du mot laïcat est déjà malheureuse.Mais il y a plus.Quand on en est venu à ne percevoir de l\u2019Église que ses structures externes, on oppose laïc à clerc comme profane à sacerdotal, comme temporel à spirituel.La menace de division plane désormais sur l\u2019Église: à tout moment risquent de se former en elle deux groupes à intérêts différents et à perspectives divergentes.Or la communauté ecclésiale est solidaire.Le laïcat ne peut lorgner vers les perspectives temporelles du monde ancien sans que le mirage du temporel vienne à entamer la tension de toute l\u2019Église vers le Royaume, sans qu\u2019une distorsion, qui risque de tourner à l\u2019angoisse, s\u2019introduise dans la pensée et l\u2019âme des chrétiens.Et cependant, le partage des tâches dans l\u2019Église, œuvre toute prudentielle et toujours sujette à revision, ne tendait qu\u2019à approfondir l\u2019unité et à favoriser la vie rédemptrice de tout le peuple de Dieu, le laïcat du Seigneur, libéré du mirage du temporel dans la docilité amoureuse au dessein divin.2.Les responsabilités temporelles présentes.\u2014 Les laïcs sont de l\u2019Église, et achever la rédemption est l\u2019unique mission de l\u2019Église.En cette heure redoutable de « la puissance des ténèbres », ce n\u2019est que de la plénitude de la vie rédemptrice de tous ses membres que l\u2019Église vaincra le mystère d'iniquité, au moment où, comme au Calvaire, il croira sa victoire assurée.Mais une autre responsabilité retombe encore sur les laïcs: celle qui consiste à satisfaire aux exigences temporelles de la mission rédemptrice de l\u2019Église.Celle-là aussi revêt aujourd\u2019hui un caractère nouveau et aigu.Parce que l\u2019humanité a quitté la poursuite du dessein rédempteur et s\u2019est préoccupée du progrès temporel comme d\u2019une fin ultime, elle est devenue serve de son progrès, celui-ci engendrant le vertige collectif, le ressentiment universel et la prolétarisation massive d\u2019une collectivité enfermée dans l\u2019enfer de « ce monde ».Sans doute, le dessein divin peut rendre rédemptrices même ces conditions; ainsi, jamais peut-être dans l\u2019histoire de l\u2019Église n\u2019y a-t-il eu tant de martyres et de saintetés héroïques; et les exigences actuelles de charité et d\u2019abnégation ne présagent-elles pas un âge nouveau de la ferveur de l\u2019Église ?Mais l\u2019Église rappelle à ses fils que l\u2019amour divin dont ils doivent aimer effectivement et en leur vie intégrale les hommes, frères du Verbe et fils du Père, faillirait s\u2019ils ne s\u2019employaient à mettre de nouveau le progrès au service de l\u2019homme et de sa rédemption.Une telle responsabilité requiert une compétence technique extrême et son exercice judicieux, mais bien davantage une plénitude de vie rédemptrice, pour n\u2019être pas arrêtée par les oppositions et les contradictions de « ce monde » enfermé ici-bas, et pour ne pas céder au mirage et aux sollicitations de l\u2019usage de « ce monde », usage plus accaparant et plus sollicitant que jamais, par la profondeur de ses exigences, pour celui qui doit s\u2019employer à ramener toute la civilisation au service de la rédemption du Christ total.3.Les problèmes de l\u2019heure pour le laïcat chrétien.\u2014 Qu\u2019il se pose dans l\u2019Église et dans notre chrétienté des problèmes de répartition de tâches, comme on ne manquait pas de le souligner à Carrefour 51, l\u2019ampleur nouvelle des responsabilités spirituelles et temporelles de l\u2019Église le manifeste, et l\u2019Église s\u2019applique à y pourvoir.Mais ces problèmes de répartition de tâches, qui relèvent de la responsabilité pastorale, ne sont ni les premiers ni les plus graves.Il y a surtout le problème de la solidarité du Corps mystique, solidarité oubliée et dont il faut reprendre conscience.Plus que jamais, l\u2019Église a besoin que toutes les fonctions et les tâches du Corps entier soient remplies en plénitude dans la conscience de leur orientation solidaire vers l\u2019achèvement de la rédemption.Plus que jamais le sacerdoce doit exercer sa fonction prophétique, qui révèle l\u2019ampleur et l\u2019unité du dessein divin, et sa fonction sacramentaire, qui insère les âmes en ce dessein.Plus que jamais la vie religieuse doit faire profiter, par solidarité, le Corps entier de la ferveur de sa tension vers la plénitude du Royaume nouveau et lui offrir l\u2019exemple de sa liberté nouvelle et mystérieuse à l\u2019égard de « ce monde » ancien.Plus que jamais le laïcat doit s\u2019intégrer à la communauté pour y apporter la collaboration irremplaçable de sa vie rédemptrice et de son action temporelle.Or, au moment où des tâches rédemptrices uniques réclament l\u2019unité organique du Corps du Christ, le laïc semble vivre en marge des structures de la communauté ecclésiale, dans un monde profane.Rien d\u2019étonnant qu\u2019il se préoccupe de « son rôle dans l\u2019Église ».C\u2019est l\u2019Esprit qui éveille en lui ce désir d\u2019une plénitude plus intime d\u2019appartenance totale au Corps du Christ, \u2014 l\u2019Église visible et une, \u2014 selon le sens unique de sa vocation.Sur ce problème, plus que sur tout autre, doivent se concentrer les prises de conscience des chrétiens et leurs soucis d\u2019adaptation aux exigences d\u2019un monde nouveau.C\u2019est l\u2019effort que Carrefour 51 a préparé chez nous.SEPTEMBRE 1951 231 \\ CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ - III Marie-Joseph cTANJOU, S.J.EN FÉVRIER 1947, Relations publiait un documentaire sur les grills et cafés de la métropole.Des mesures furent prises contre plusieurs établissements.Mais l\u2019apathie publique risque d\u2019annuler les victoires remportées.L\u2019ancien café Night Cap fut fermé après une campagne vigoureuse et précise que mena le Devoir.Aujourd\u2019hui, sous le nom de Gumbo, le même café semble poursuivre les mêmes opérations (cf.le Devoir, 23 juillet 1951, p.4).Que faut-il pour obtenir des nettoyages efficaces et durables ?Bien sûr, \u2014 devrons-nous le montrer ?\u2014 une vigilance active de la part d\u2019autorités civiles et policières décidées à faire leur devoir, c\u2019est-à-dire à exécuter le travail pour lequel le peuple les rémunère grassement, sans qu\u2019il faille toujours les alerter ou accomplir à leur place une partie de leur besogne.Mais n\u2019est-ce pas au peuple à exiger que ses représentants le servent comme il faut ?Malheureusement, la portion du peuple la plus influente ou bien ignore, sur le point qui nous occupe, la négligence des autorités, ou bien n\u2019en saisit pas la gravité.C\u2019est pourquoi nous voulons éveiller la conscience endormie des électeurs de notre démocratie chrétienne, en lui faisant voir que l\u2019état de choses présentement toléré constitue une honte en même temps qu\u2019un défi à l\u2019honnêteté naturelle et plus encore à la dignité chrétienne.Cela s\u2019applique particulièrement à l\u2019obscénité qui s\u2019étale dans les cabarets et les théâtres de burlesque.Cabarets obscènes.\u2014 Sur l\u2019immoralité des cabarets, cafés et clubs de nuit, les témoignages pourraient être sans nombre.Je mentionnerai ceux que j\u2019ai recueillis personnellement.Ils confirment ce que laissent deviner assez clairement les textes et les images de la réclame dont nous avons, le mois dernier, souligné les impudeurs.Et la réclame \u2014 celle en tout cas que peuvent accepter revues et magazines ordinairement censurés \u2014 demeure loin en deçà de ce qui se passe réellement dans les cabarets et théâtres de burlesque.Seuls des rapports de témoins oculaires permettent de porter un jugement pertinent.Plusieurs cafés et cabarets ne sont que des « trous » spécialisés en quelque sorte dans le racolage.De pauvres filles, encore enfants parfois, y sont les esclaves de sordides entremetteurs : adolescentes de la ville, grandes filles de la campagne embauchées, sans le savoir souvent, dans le trafic de la chair, puis maintenues dans leur déchéance par la honte, le chantage ou la peur.C\u2019est de telles plaies sociales et morales que dévoile surtout l\u2019article de Relations cité plus haut.Il y a des cabarets dont on dit qu\u2019ils sont « chics » (dans certains grands hôtels, paraît-il).Les fréquentent des couples bien mis.On y danse; on y boit.Le show s\u2019y donne le plus souvent sur un plateau situé à quelque distance soit des tables où boivent les clients, soit des sièges où prennent place les spectateurs.Dans la plupart des autres, les pantins chargés du spectacle évoluent sur le même plancher que celui où s\u2019attablent les clients (d\u2019où, sans doute, le nom connu de floor show).Figurants et figurantes circulent parmi les spectateurs, leur parlent, dansent, chantent, gesticulent auprès d\u2019eux \u2014 prétextes à de continuelles indécences qui forment comme la pièce de résistance (après le déshabillage progressif) de ce genre de « divertissements » : prostrations et saluts de filles profondément décolletées, retroussis de jupes (quand jupe il y a), voire échanges de rendez-vous entre clients et figurantes.Partout, la même atmosphère, le même relent de sexualité avinée: ici avec vulgarité, là dans une parade de luxe plus ou moins insolent.On voudrait faire croire qu\u2019une ville moderne ne se conçoit pas sans clubs de nuit de cette espèce, que c\u2019est là un élément nécessaire de la civilisation contemporaine.Nous prétendons, au contraire, que la très grande majorité des cabarets et clubs de nuit sont, partout, des lieux de souillure, des foyers de dégradation morale et d\u2019abrutissement.Les fréquenter est une tare morale; les exploiter, un crime; les tolérer, une trahison.Qu\u2019on ne voie là aucune exagération.Voici des faits.Je m\u2019excuserais de les fournir, vu leur crudité, n\u2019était l\u2019urgence d\u2019en réclamer le redressement.Une couventine de quatorze ans est amenée par son père dans un club de nuit.Elle y assiste au déshabillage progressif et complet d\u2019une danseuse, qui gambade ensuite au milieu des clients.Bouleversée, l\u2019enfant éclate en sanglots.Pour la distraire, on la fait danser au cabaret même.Un partenaire de vingt-cinq ans, habile à marivauder, initie la gamine (déjà femme de taille) aux pas et mouvements aptes à susciter dans une sensibilité neuve et indisciplinée les émois les plus troublants.Grisée, honteuse, secrètement irritée contre son père qu\u2019elle tient responsable du sentiment de culpabilité dont elle souffre désormais, l\u2019adolescente se met à « sortir » avec des garçons de tout âge et à fréquenter clubs et cabarets.Et de danser, et de boire, et d\u2019assister aux shows qui se donnent dans ces lieux.Et chaque fois, la danse se termine par un mouvement particulièrement sensuel, que les habitués prolongent jusqu\u2019à satiété, au son d\u2019une musique appropriée.Chaque fois, à la fin du show, où se sont succédé chanteurs égrillards, chanteuses friponnes et danseuses exhibitionnistes, \u2014 dans une demi-obscurité complice, saturée d\u2019alcool, de musique et de décors érotiques, \u2014 la tension devient telle 232 RELATIONS -.\u2014¦¦¦¦\" .¦ I I que des couples s\u2019agitent, ostensiblement en proie à la passion.Interrogés à ce sujet, même les plus décidés à défendre, sous prétexte d\u2019« art », les spectacles des cabarets, jeunes ou non admettent que ces shows sont conçus et exécutés en vue de stimuler la passion sexuelle.Évidemment, c\u2019est une question de plus et de moins, selon le degré d\u2019impudeur des lieux, des organisateurs ou des figurants et figurantes du spectacle.Mais nul \u2014 garçon ou fille, homme ou femme \u2014 ne demeure indifférent au résultat visé.Les jeunes filles remarquent, non sans dégoût, que « les pires, ce sont les hommes mariés » ; et ceux-ci d\u2019opiner que les cabarets, « ce n\u2019est pas une place pour les enfants ».Bien sûr, pas pour les enfants de Dieu que sont les chrétiens.On a encore noté que, la veille des grandes fêtes, comme celles de la Toussaint, de Noël, du Jour de l\u2019An, de Pâques, les shows prennent une allure plus immorale.Coïncidence curieuse (qui ne peut ni être fortuite ni échapper à la vigilance de notre bureau de censure), certains films notoirement indécents tiennent l\u2019affiche des grands théâtres à l\u2019époque des fêtes religieuses les plus solennelles.Noël et le Jour de l\u2019An paraissent les moments choisis entre tous pour vérifier cette observation; voyez la réclame qui se publie dans les journaux de la fin de décembre et du début de janvier.Enfin, des hommes d\u2019âge mûr, familiers des cabarets, hésiteront peut-être à dire qu\u2019on cède toujours sur place au mal suggéré par l\u2019atmosphère et le spectacle, sauf dans les « trous » malfamés ou s\u2019il s\u2019agit de jeunes; mais ils reconnaissent que, même dans les endroits réputés « chics », l\u2019intention sexuelle est manifeste et \u2014 vu le caractère de l\u2019éclairage et des décors, l\u2019immodestie appliquée des costumes et des gestes, la langueur ou la frénésie de la musique \u2014 ne peut manquer de produire son effet sur n\u2019importe quel être humain, soit en plein cabaret, soit au sortir du spectacle: dans les autos qui ramènent les couples, ou dans les chambres qui se louent aux alentours des clubs et cabarets.Or, on estime à cent soixante-dix le nombre de grills, cafés, cabarets et clubs de nuit qui entretiennent et propagent ouvertement la corruption à Montréal.Il paraît que New-York, ville six fois plus populeuse que la nôtre, n\u2019en a pas autant.Un des hommes les plus au courant de « la situation du vice à Montréal » (selon l\u2019expression employée à la Législature : le Devoir, 16 mars 1950, p.2) affirmait qu\u2019environ 3,000 adolescentes de quinze à dix-huit ans se prostituent, à chaque fin de semaine, pour la clientèle des cabarets et clubs de nuit montréalais.Certains soirs, me racontait un autre, l\u2019entrée d\u2019un de ces mauvais lieux fourmille de gamines outrageusement maquillées et dont la bouche crache la grossièreté, parfois le blasphème, pendant qu\u2019elles défilent entre deux haies de flâneurs en quête de proies.Tout cela se passe au vu et au su, parfois sous le nez des autorités policières et administratives.Elles savent SEPTEMBRE 1951 , pourtant que tolérer les cafés qui sont des « trous » (et même certains autres), c\u2019est assurer un refuge à la crapule.Parmi les six ou sept hommes inculpés récemment pour trafic de narcotiques, on remarque un employé et deux propriétaires de boîtes de nuit montréalaises (le Devoir, 7 août 1951, p.3).Aux États-Unis, les collégiens et même les écoliers adonnés à la narcomanie « font le sujet de nouvelles à sensation plus horribles que la guerre » (Information, mars 1951, p.35).A qui profite, chez nous, la protection dont paraissent jouir les clubs et les cafés?Sûrement pas au peuple, que les autorités policières et administratives ont fait serment de protéger contre les exploiteurs et les vicieux.Théâtres de burlesque.\u2014Au palais de justice, le 27 juin dernier, une femme, qui avait témoigné dans la cause préparée contre la grande vedette du théâtre Gayety, disait qu\u2019il se passe aux cabarets des choses pires qu\u2019au théâtre Gayety: « Au moins Lili St-Cyr ne touche pas aux hommes!» Ce jugement,\u2014qui paraît bien être un jugement d\u2019expérience, \u2014 s\u2019il est terrible pour les cabarets, ne suffit pas à innocenter ce que nous avons dénoncé dans le Devoir (6, 11 juin 1951, p.4).Nombreux sont les gens capables de rapporter des détails abominables concernant les spectacles donnés au théâtre Gayety par celle dont nous avons écrit « qu\u2019elle personnifie en quelque sorte à Montréal le scandale et l\u2019obscénité».On a, paraît-il, assimilé les exhibitions de la danseuse aux ballets et au patinage de fantaisie des Ice Follies (le Canada, 28 juin 1951, p.2; le Petit Journal, 1er juill.1951, p.42).D\u2019après la réclame, les spectacles des Ice Follies conviennent à « toute la famille ».Personne n\u2019est encore allé jusque là pour les spectacles du théâtre Gayety, ni dans le Canada, qui compte de fervents admirateurs de « la belle Lili » (30 juin 1951, p.5), ni dans la Gazette, dont l\u2019un des rédacteurs estime que la danseuse a porté son genre d\u2019exhibition down to a fine art (12 juin 1951, p.10).L\u2019inspecteur adjoint Ovila Pelletier, lui, a déclaré en cour qu\u2019il ne recommanderait pas « aux jeunes de plus de seize ans, membres des clubs juvéniles de la police » dont il est le directeur (la Presse, 27 juin 1951, p.3; le Canada, 28 juin 1951, p.14), l\u2019exhibition du 12 juin, après laquelle la danseuse fut sommée de comparaître pour répondre à l\u2019accusation d\u2019avoir donné des spectacles indécents (le Devoir, 15 juin 1951, p.3).A la suite des articles que j\u2019ai publiés dans le Devoir, une infirmière m\u2019écrivait: Peaches (vedette du théâtre Gayety) et les autres ne laissent pas ce souvenir impur et ne donnent pas cet air canaille qu\u2019on trouve chez les vieux, les jeunes et les autres quand ils prononcent le nom de Lili St-Cyr en ajoutant: « Quelle garce agréable à manger des yeux! » Les femmes disent : « Ça nous dégoûte et nous intéresse en même temps.» Une femme qui demeure hors de Montréal m\u2019écrivait à son tour: J\u2019ai eu l\u2019occasion de voir cela avec mon mari et j\u2019ai trouvé cela affreux.J\u2019ai prié pour que le bon Dieu arrête un tel spectacle.233 \\ - Et combien d\u2019autres parlent dans le même sens! Un chroniqueur de Time, revue qui n\u2019a pas la réputation d\u2019être pudibonde, après avoir résumé les impudeurs d\u2019un spectacle donné au théâtre Gayety par Lili St-Cyr, -\u2014 que la réclame présente, à l\u2019avant de nos tramways, comme la favorite de Montréal, Montreal's sweetheart, ¦\u2014 déclare qu\u2019on l\u2019aurait, à Los Angeles, condamnée à une amende de $300 et chassée de la ville (1948: 17 mai, p.19).Los Angeles, si on en juge par un article paru dans le Canada (16 avril 1951, p.8), n\u2019est pas une ville excessivement scrupuleuse.A Montréal, le directeur de la police fait sommer la même danseuse de comparaître en cour, parce que, aux dires de plusieurs policiers observateurs, il croit « qu\u2019elle offense la morale publique » {le Devoir, 15 juin 1951, p.3); l\u2019escouade préventive de la moralité juvénile prépare la cause (le Herald, 28 juin 1951, p.2); on assigne « pour la poursuite de la vérité » des gens qui ou bien n\u2019ont rien à dire de la cause (parce qu\u2019ils n\u2019ont pas assisté au spectacle incriminé) ou bien témoignent comme l\u2019on sait (voir les journaux du 27 et du 28 juin) ; la défense alors « triomphe » sans avoir à produire un seul témoin, et la danseuse reçoit du président du tribunal une sentence d\u2019acquittement, la poursuite (en l\u2019occurrence, la police elle-même et spécialement l\u2019escouade préventive de la moralité juvénile \u2014-dont le chef Ovila Pelletier témoigna au procès) ayant fourni une « preuve insuffisante » et devant, je suppose, payer les frais.Or, au spectacle du mardi 12 juin assistèrent, comme observateurs « de routine », douze (!) agents et trois officiers de police (entre autres, l\u2019inspecteur Victor Huneault, head of the police detail, le chef adjoint de l\u2019escouade antisubversive ( !) et le chef de l\u2019escouade préventive de la moralité juvénile).A l\u2019issue de la représentation, l\u2019inspecteur Huneault déclara, officiellement semble-t-il, que « tout paraissait dans l\u2019ordre » {within bounds, in order), comme la veille d\u2019ailleurs (la Gazette, 13 juin 1951, p.13).Puis, le vendredi 15 juin, le directeur de la police de Montréal annonce dans les journaux {le Devoir, p.3) : Plusieurs policiers ont observé les spectacles de Mlle St-Cyr et nous avons décidé de la faire comparaître parce que nous croyons qu\u2019elle offense la morale publique.On saura clairement, lors de la comparution, que la sommation porte sur le seul spectacle du mardi 12 juin, surveillé par douze agents et trois officiers, et à l\u2019issue duquel l\u2019inspecteur Huneault avait déclaré que « tout paraissait dans l\u2019ordre », comme la veille.Le spectacle de la veille (lundi 11 juin), un des témoins de cette cause y avait assisté et le décrivit avec précision devant le tribunal.Personne ne contredit ni ne corrigea sa description, qui concorde substantiellement avec celle des autres témoins et correspond exactement à la définition de l\u2019obscénité que donne un théologien américain, le R.P.Gerald Kelly, S.J., dans sa brochure intitulée Jeunesse moderne et Chasteté (pp.111-112; cf.le Devoir, 6 juin 1951, p.4).M.Claude Bourgeois n\u2019a-t-il pas, en effet, témoigné que l\u2019inculpée, dans une de ses « performances », undressed and dressed and undressed (le Herald, 28 juin 1951, p.2) ?De plus, voici des extraits de trois témoignages; les deux premiers sont fournis par des hommes mariés qui observèrent, en compagnie de leur femme, le spectacle du mardi 12; l\u2019autre vient d\u2019une infirmière, qui n\u2019est plus une enfant, et il se rapporte à la représentation du vendredi 15 juin, dont les titres et les sujets furent les mêmes que le 11 et le 12.Tous les trois décrivent en détail le spectacle que résument parfaitement les mots du témoin Claude Bourgeois.Tous soulignent l\u2019indécence extrême des gestes faits par la danseuse, qui, d\u2019après l\u2019un d\u2019eux, « ne danse pas, mais se promène sur la scène en jouant des hanches et du buste, imitant les gestes d\u2019une femme qui fait l\u2019amour ».Et il conclut : Le degré de nudité me paraît secondaire à comparer aux gestes et aux mouvements qu\u2019elle fait.Elle serait convenablement vêtue que son jeu serait nettement lascif et obscène.Il ne peut avoir d\u2019autre effet que de susciter chez les spectateurs la pensée d\u2019actes sexuels.J\u2019ai assisté à des spectacles, ailleurs, accompagné de mon épouse.Nous avons vu des nudités, mais pas des scènes d\u2019une obscénité voulue et calculée comme le spectacle de Lili St-Cyr.Je ne pense pas être particulièrement bigot.Ma femme non plus.Elle confirme tout ce qui précède.La femme de l\u2019autre témoin spécifie: Je ne peux pas comprendre comment une fille peut voir ça en compagnie d\u2019un garçon.Toute sa personne est empreinte de volupté, sa bouche spécialement.Tout est provocateur.Au sortir d\u2019un pareil spectacle, même un homme marié est certainement excité.L\u2019infirmière, qui est au surplus une artiste, familière par conséquent avec l\u2019anatomie et le nu, affirme sans hésiter que le spectacle du vendredi 15 (dont les titres et les sujets étaient exactement les mêmes que le 11 et le 12) fut indubitablement troublant au point de vue sexuel; et elle ajoute: On m\u2019a demandé si ce spectacle a une valeur artistique.Très certainement NON (c\u2019est elle qui souligne).Le beau, de quelque nature qu\u2019il soit, élève l\u2019âme.Cette fois, le beau \u2014 car la créature qui s\u2019exhibe est belle de la beauté du diable \u2014 ne peut que susciter des désirs charnels.C\u2019est ce qu\u2019exprimèrent, en termes d\u2019une abjecte grossièreté, deux jeunes garçons présents au spectacle du lundi 11 et visiblement secoués par ce qu\u2019ils voyaient.A la fin du procès, le conseiller juridique du directeur de la police déclara que le jugement avait été fondé sur des « faits seulement », et qu\u2019il n\u2019était pas question pour le moment de loger un appel (le Herald, 28 juin 1951, p.2).Et des curieux de féliciter la danseuse « libérée » par le juge, et de lui faire escorte dans le couloir du palais de justice, pendant qu\u2019on la photographiait entre le gérant du Gayety et l\u2019un de ses avocats (le Herald, 28 juin 1951, p.2).Le lendemain, le Canada publiait, de son chroniqueur judiciaire, un rapport enthousiaste, lyrique par endroits, du procès et de l\u2019acquittement de la danseuse.234 RELATIONS Pour une action concertée des honnêtes gens.\u2014 Je le répète: il y a, dans la tolérance et même la faveur dont on entoure la corruption organisée, un excès d\u2019iniquité ou de bêtise qu\u2019il importe de réduire si nous ne voulons pas que la majorité de notre population, de notre jeunesse surtout, s\u2019avilisse sans retour.Je sais, en effet, quelle impression de froid désespoir éprouvent et traduisent les jeunes qu\u2019ont souillés les spectacles des cabarets et des théâtres de burlesque (le Gayety n\u2019est qu\u2019un spécimen du genre: il y a pire encore).En même temps qu\u2019un sentiment de honte et de dégoût, ils (et elles aussi) portent au cœur la conviction étouffante de ne pouvoir désormais ni croire à la possibilité d\u2019être chastes, ni prétendre à l\u2019amitié de personne, sauf de ceux dont ils continueront, demain et.toujours peut-être, à partager les dégradants plaisirs.Nous demeurons persuadé que la « censure des mœurs », dans une société chrétienne, appartient d\u2019abord aux chefs de famille et à leurs représentants civils.Mais dans les cas graves, les prêtres doivent parler, même au risque d\u2019étonner les âmes timorées.Notre intervention du mois de juin dernier a reçu les plus hautes approbations.Mgr Albert Valois, directeur de l\u2019Action catholique dans le diocèse de Montréal, lut et approuva la « lettre ouverte » que nous avons publiée dans le Devoir (11 juin 1951, p.4).De son côté, S.Exc.Mgr Léger, archevêque de Montréal, fit plusieurs allusions très nettes au contenu de notre « lettre ouverte », d\u2019abord pendant la récitation du chapelet à la radio, puis, solennellement (le 19 juin), dans l\u2019oraison funèbre des religieuses et des femmes qui périrent lors de l\u2019incendie de l\u2019Hospice de Sainte-Cunégonde.Ce sermon fut prononcé en présence du maire de Montréal et de plusieurs membres du Comité exécutif.Voici le passage à méditer (c\u2019est moi qui souligne).Dieu voulait des victimes pour expier les crimes de la Cité coupable et il a choisi ces âmes simples et innocentes.Elles ont expié dans le feu l'audace provocatrice de ces femmes qui allument par leurs danses lascives le feu de la passion dans des milliers de cœurs.Seigneur,.lorsque vous viendrez juger le monde par le feu, quelles raisons pourrons-nous invoquer pour calmer votre courroux et implorer votre clémence ?Nonobstant ces graves leçons, où chaque mot paraît pesé avec force et charité, les spectacles qui se donnaient alors au théâtre Gayety, et dont nous avons marqué le caractère immoral, ne furent pas interdits.En faisant sommer la vedette du théâtre à comparaître en cour pour répondre à l\u2019accusation d\u2019avoir présenté des spectacles indécents, le directeur de la police de Montréal avait pris soin de préciser (conformément à la loi, paraît-il) : Cette sommation ne peut empêcher la danseuse de remplir son engagement jusqu\u2019à sa comparution en cour.{Le Devoir, 15 juin 1951, p.3.) Il y aurait beaucoup à dire encore sur ce triste incident, car il a laissé dans les esprits des confusions et même des erreurs dangereuses qu\u2019il faut dissiper.Qu\u2019on sache, pour le moment du moins, que ce ne sont ni les Ligues du Sacré-Cœur, ni les autres organismes favorables à mon intervention dans le Devoir, ni moi-même qui avons ni choisi les témoins, ni requis les services de la police ou de son avocat, bref, qui avons ni voulu, ni préparé, ni intenté, ni dirigé, ni plaidé (par conséquent, ni gagné, ni perdu) cette cause, dont un chroniqueur du Canada (29 juin, p.5) a jugé que ce fut un « savoureux procès », et dont nous pensons qu\u2019elle a contribué à déshonorer un peu plus la ville de Montréal.POUR L\u2019OBSERVANCE DES FÊTES D'OBLIGATION Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.LES FÊTES RELIGIEUSES d\u2019obligation imposent aux catholiques les mêmes devoirs que le dimanche, c\u2019est-à-dire d\u2019assister à la messe et de s\u2019interdire tout travail manuel, tout commerce, toute affaire publique.La loi civile, qui, dans un grand nombre de pays, le nôtre en particulier, concorde avec la loi ecclésiastique pour l\u2019observation du repos dominical, ignore cependant presque partout les fêtes d\u2019obligation.Ainsi, au Canada, notre loi du dimanche relève des autorités fédérales.Elle est sévère, si sévère même qu\u2019à la demande d\u2019un groupe de députés québécois on y a inséré une clause qui permet aux législatures provinciales de l\u2019adoucir.Mais la loi ne dit rien des fêtes d\u2019obligation.Cela se comprend, puisqu\u2019elle concerne tout le Canada, qu\u2019elle s\u2019étend à tous ses citoyens: catholiques, protes- tants, juifs, etc.Il était difficile d\u2019imposer aux adeptes des autres religions, là où nous ne sommes pas la majorité, nos fêtes religieuses.D\u2019autre part, les provinces, qui, d\u2019après un dispositif spécial de la loi fédérale, ont le pouvoir de l\u2019adoucir, ne peuvent y ajouter de nouvelles interdictions.La Législature du Québec aurait mis bien volontiers nos fêtes d\u2019obligation sur le même pied que le dimanche.Cela ne lui est pas permis.Elle empiéterait ainsi sur le domaine fédéral.Conséquences: dans les villes en majorité catholiques, mais de population mixte, comme Montréal, Sherbrooke, Verdun, etc., les usines, magasins, bureaux, tenus par des hommes d\u2019autres religions, restent ouverts les jours de fêtes d\u2019obligation.Les nôtres en souffrent soit dans leurs pratiques religieuses, soit dans leurs affaires.Combien d\u2019employés sont obli- SEPTEMBRE 1951 235 gés alors de travailler! Combien de marchands perdent des clients! Des représentations ont été faites à Ottawa.Ne pourrait-on, par exemple, insérer dans la loi fédérale un amendement autorisant les provinces à rendre obligatoire l\u2019observation des fêtes religieuses?Chacune ferait ensuite ce qu\u2019elle voudrait.Bien que répétées plusieurs fois et appuyées par d\u2019importants groupements, ces démarches sont restées vaines jusqu\u2019ici.La Ligue du dimanche crut bon alors d\u2019insister auprès du gouvernement de Québec pour qu\u2019il confiât à ses avocats le soin d\u2019étudier la situation et de rechercher par quel moyen légal on pourrait l\u2019améliorer.A ces instances le gouvernement répondit par une loi \u2014 bill n° 20 \u2014 que l\u2019Assemblée législative adopta le 27 janvier 1941.Cette loi est greffée sur la Loi de fermeture de bonne heure (Statuts refondus, 1941, n° 239), qui permet aux conseils municipaux de faire fermer les magasins, durant la semaine, à partir de six heures du soir jusqu\u2019à sept heures du matin au plus tard.A l\u2019article 2 de la loi de fermeture fut donc ajouté l\u2019alinéa suivant: « Le Conseil municipal peut ordonner par règlement que ces magasins soient fermés toute la journée le premier jour de l\u2019An, à la fête de l\u2019Épiphanie, de l\u2019Ascension, de la Toussaint, de l\u2019immaculée Conception et de Noël.» Les catholiques doivent être reconnaissants à la Législature provinciale d\u2019avoir voté cet amendement.Il permet la solution d\u2019un cas difficile en accordant aux villes des pouvoirs qu\u2019elles n\u2019avaient pas auparavant.A celles-ci maintenant d\u2019agir.Nos lecteurs ignorent peut-être ce qui s\u2019est passé exactement à ce sujet, l\u2019an dernier, dans la métropole.Dès l\u2019adoption du bill 20, le comité de Montréal de la Ligue du dimanche entra en campagne.Il envoya une copie de la nouvelle loi à tous les membres du Conseil municipal et leur demanda d\u2019en faire bénéficier la ville.Grâce au zèle de quelques-uns d\u2019entre eux, le Conseil fut vite saisi d\u2019une motion appropriée.Pressenti, le président du Comité exécutif répondit qu\u2019il ne croyait pas la population favorable à ce projet, mais si on lui prouvait son erreur, il agirait en conséquence.Un véritable plébiscite eut lieu alors.Aidée par des groupements importants comme le Comité diocésain et les conseils paroissiaux d\u2019Action catholique, l\u2019Association des marchands détaillants, etc., la Ligue du dimanche put faire parvenir au Comité exécutif des requêtes contenant des milliers et des milliers de signatures.Le président se rendit et lorsque, après plusieurs retards, le projet de règlement fut enfin discuté à la séance du 4 juillet, il l\u2019appuya courageusement.Sur 102 conseillers municipaux, 77 étaient présents à cette séance.Le vote se partagea ainsi: 45 pour, 32 contre.Comme il fallait les deux tiers des voix pour l\u2019adoption, le projet resta en panne.Les 45 qui votèrent pour étaient tous de langue française; les 32 contre se divisaient ainsi: 24 de langue 236 anglaise, \u2014 sans distinction de religion, \u2014 7 de langue française, 1 juif.Les absents comprenaient 17 Canadiens français, 2 Anglais et 4 Juifs.Parmi les causes auxquelles cet échec doit être attribué, il faut placer au premier rang l\u2019absence d\u2019un quart des membres du Conseil, proportion certes trop élevée.Il est vrai que la séance eut lieu en juillet, mois de vacances.Mais le projet reviendra bientôt, nous l\u2019espérons, devant le Conseil municipal.Avec une assistance plus nombreuse, il devrait cette fois obtenir le nombre de voix nécessaire.Les arguments en sa faveur, comme la Ligue l\u2019a fait remarquer dans sa lettre aux conseillers et des communications aux journaux, sont solides.Il ne viole aucun droit, n\u2019impose aucune pratique injuste; tout au contraire, il veut réparer une injustice, en faisant disparaître des obstacles à l\u2019exercice d\u2019un droit.De quoi, en effet, s\u2019agit-il au juste ?Simplement de permettre aux catholiques de Montréal, qui sont en grande majorité dans cette ville, d\u2019observer, sans trop de difficultés, les fêtes religieuses d\u2019obligation.C\u2019est un devoir pour eux.Ils sont tenus, sous peine de faute grave, de l\u2019accomplir.Mais la situation actuelle le rend difficile à un grand nombre, impossible même à quelques-uns.Tous les grands magasins qui ouvrent leurs portes ces jours-là emploient un bon nombre de catholiques: ceux-ci ne peuvent observer le repos complet auquel leur religion les oblige.Ces magasins exposent en outre d\u2019autres catholiques, et encore plus nombreux, à manquer à leur devoir en les attirant par leurs réclames, en ces jours de chômage, vers leurs comptoirs.Ils forcent enfin, par leur concurrence, des marchands catholiques, soit à manquer eux aussi à leur devoir, soit à perdre des clients.Cette situation, le Comité diocésain d\u2019Action catholique l\u2019a expliquée aux propriétaires de ces magasins.Il leur a demandé de respecter volontairement la religion d\u2019un bon nombre de leurs employés, la religion de la majorité des citoyens de la métropole, de ne pas mettre d\u2019obstacles à son accomplissement.La réponse a été un refus.Que restait-il à faire ?Adopter la seule mesure efficace, celle que le parlement fédéral lui-même a imposée pour le précepte dominical.Notre pays compte des citoyens que leur religion n\u2019oblige pas au respect du dimanche.Qu\u2019arriverait-il si la loi civile les laissait travailler, négocier, faire des affaires ce jour-là ?Combien cela rendrait son observation difficile aux autres! Pays en grande majorité chrétien, le Canada oblige tous les citoyens, quels qu\u2019ils soient, à cette observation.De même, ville en grande majorité catholique, Montréal se doit d\u2019aider ses habitants à observer leurs fêtes religieuses.Et le seul moyen, c\u2019est d\u2019imiter le parlement fédéral, d\u2019en décréter l\u2019obligation pour tous.Les non-catholiques auraient tort de se formaliser d\u2019une telle mesure.Ils devraient en comprendre le sens et l\u2019opportunité et n\u2019y voir aucune injustice à leur égard.Nombreuses sont les obligations que le bien commun RELATIONS ft impose à des groupes minoritaires.La loi fédérale du dimanche que nous venons de citer en est un exemple.On a reproché, en d\u2019autres milieux, à la loi d\u2019être incomplète.Elle n\u2019interdit que le commerce.Or, l\u2019observation des fêtes religieuses ne demande-t-elle pas que soient interdits le travail, les affaires, bref tout ce qui n\u2019est pas permis le dimanche ?Il y a du vrai dans cette remarque.On peut lui faire cependant deux réponses.D\u2019abord, il fallait aller au plus pressé.Sans doute, le travail nuit, lui aussi, à l\u2019observance des fêtes d\u2019obligation, mais il ne touche que les employés, lesquels d\u2019ailleurs, par les conventions collectives, se protègent de plus en plus; il n\u2019incite pas des gens d\u2019autres catégories, comme les acheteurs, à manquer à leur devoir; il ne livre pas non plus aux patrons catholiques une concurrence désastreuse.La deuxième réponse est encore plus appropriée.Nous l\u2019avons dit: la législation concernant le dimanche, et par suite les fêtes d\u2019obligation, relève du parlement fédéral.Celui-ci ne bougeant pas, Québec devait chercher un moyen pour améliorer la situation, sans parler toutefois d\u2019observance religieuse.Il fallait prendre la question par un biais.La Loi de fermeture de bonne heure s\u2019y prêtait.Cette réglementation relève de la province.Notre gouvernement s\u2019en est servi à bon droit.Mais ni les usines ni les bureaux ne tombent sous sa juridiction.Elle n\u2019atteint que le commerce.Cela, certes, valait mieux que rien.On a été bien inspiré d\u2019agir ainsi.Puissent nos conseillers municipaux être eux aussi non moins bien inspirés! Le culte dû à Dieu est plus nécessaire que jamais en ces temps troublés.A l\u2019Église de l\u2019orienter, de l\u2019éclairer, de le soutenir.Elle a cru bon d\u2019ajouter aux dimanches quelques jours destinés à commémorer diverses fêtes religieuses.Confions-nous à sa sagesse.Observons ces fêtes de notre mieux.Nous n\u2019y perdrons rien.Nous y gagnerons, au contraire, la protection du Ciel sur nos foyers et nos institutions.UNE MESSE DE 1651 ET SON CÉLÉBRANT Alexandre DUGRË, S.J.SAINT-BASILE DE MADAWASKA vient de commémorer la première messe célébrée au milieu des bois par le Père Gabriel Druillettes, S.J., offrant au Dieu Créateur le premier hommage de la terre du Madawaska.Ce très grand missionnaire, émule des saints Jogues et Bré-beuf, ne fut pas canonisé, bien qu\u2019il ait été martyr de la misère à la façon de ce temps-là, martyr non d\u2019un coup mortel, mais d\u2019une sauvagerie prolongée qui ne faisait pas mourir, qui ne laissait pas vivre non plus.Le Père mourra en 1681, retiré à Québec, après trente-cinq ans de courses surtout chez les Outaouais.Ce Père trop ignoré, né à Toulouse en 1610, arrive à Québec le 15 août 1643 pour toujours, sans jamais revoir sa famille et la belle France de Louis XIV.Nos historiens le déclarent « un des plus entreprenants de tous ces hommes d\u2019action, intelligence ouverte et cultivée, nature aimante et dévouée, caractère plein d\u2019énergie et de décision, plus les vertus de l\u2019apôtre et la foi qui transporte les montagnes », ou qui les fait traverser.Il apprend vite et parfaitement l\u2019algonquin, puis l\u2019abénaquis.On l\u2019essaie dans un parti de chasse d\u2019hiver, où les sauvages chrétiens de Sillery redoutaient de mourir sans prêtre.Résumons la Relation.« Coucher dans la neige tapissée de branches de sapin, la tête sur une écorce, manger du boucan sans pain ni sel, quasi aussi dur que le bois et aussi insipide que la filasse; vivre autant parmi les chiens que parmi les hommes, ne manger que des viandes qui ne font pas tant vivre qu\u2019elles empêchent de mourir; n\u2019avoir pour cuisinier que la saleté, souffrir le mépris de ceux qui ne sont pas baptisés et des enfants qui, ne connaissant que les vertus des sauvages, méprisent ceux qui ne sont pas bons mulets de charge.Philosophie et théologie n\u2019ont point cours dans ces grands arbres: les jambes des cerfs et la force des bœufs tiennent les premiers rangs parmi ces peuples.« Tout cela a donné du contentement à un amateur de souffrance; mais la fumée a été la plus grande croix.Le Père SEPTEMBRE 1951 en devint aveugle; il se faisait conduire par un enfant.Une sauvagesse prétendit le guérir en lui râclant les yeux d\u2019un fer rouillé! Jamais le Père ne souffrit tant.Il pria Celui qui lui a donné les yeux de les lui rendre, si c\u2019était pour sa gloire et pour le profit des sauvages, qu\u2019il fit prier aussi.Il dit la messe de la sainte Vierge, qu\u2019il savait par cœur, et tout à coup, au milieu de la messe, un rayon brillant dessilla ses yeux et lui rendit si parfaitement la vue qu\u2019il ne ressentit plus jamais d\u2019incommodités ni des neiges ni de la fumée.» (.Relation de 1645, p.14.) Les chrétiens, guidés par le bon chef Noël Nebagamat, profitent de sa présence pour planter des croix, se faire bénir avant les chasses, assister aux prières matin et soir, à la messe presque tous les jours, communier les dimanches, et célébrer les fêtes de Noël, de saint Joseph, des Cendres, des Rameaux, de Pâques, et surtout le vendredi saint, alors que le Père a l\u2019audace toute chrétienne de les faire prier pour les Iroquois, devant le crucifix: «Seigneur, pardonnez à ceux qui nous poursuivent avec tant de rage; ouvrez leurs yeux!» Cette charité jette dans l\u2019admiration l\u2019historien protestant Parkman, qui ne trouve rien de plus beau dans les Relations : « Pour qui connaît la tenace intensité de haine d\u2019un Indien, on doit voir dans un pareil effort mieux que la trace d\u2019une superstition.Par la foi on a réussi à faire adopter à ces natures sauvages une idée qui leur était absolument étrangère.Les protestants auront beau vouloir ridiculiser la forme de religion que les Jésuites leur enseignaient, l\u2019expérience est là pour démontrer qu\u2019elle était la seule accessible à leur nature inculte et barbare.» L\u2019apprentissage est fait.Le Père est prêt pour une grande mission chez les Abénaquis du Kénébec.Venus visiter leurs frères algonquins de Sillery, ils furent si bien reçus et tellement frappés de la transformation du chef Nebagamat qu\u2019ils embrassèrent sa croyance et qu\u2019ils persuadèrent leur tribu d\u2019inviter la Robe noire.Une délégation arrive réclamer un 237 Père: « On veut apprendre le chemin du ciel.» Le 29 août 1646, le P.Druillettes et des Indiens remontent la rivière de la Chaudière et descendent la Kénébec, visitent les Récollets d\u2019Acadie et les postes anglais, puis bâtissent une chapelle d\u2019écorce à Koussinok, aujourd\u2019hui Augusta, dans le Maine.C\u2019est la mission de l\u2019Assomption de Kénébec.Le Père devance et devine le dogme.Il apprend vite la langue, il catéchise, moralise et baptise; il accompagne à la chasse et, après dix mois, revient à Québec, « chargé de croix et de palmes », laissant aux Récollets de Port-Royal d\u2019arroser et d\u2019accroître la bonne semence qui lève.L\u2019hiver de 1648 se passe à cent lieues de Québec, avec des chasseurs, aux sources de la rivière de Matane, aux monts Notre-Dame, en Gaspésie, à endurer les pires misères connues, « égorgés par la famine, dans des montagnes et des forêts où le soleil ne regarde la terre qu\u2019à la dérobée ».Le capitaine l\u2019avertit clairement: « Je sais bien, mon Père, que tu pâtiras avec moi, car il n\u2019y a quasi point d\u2019animaux où nous allons; tous les bons endroits sont remplis de chasseurs.Il ne reste que-cette vallée, où peut-être nous trouverons la mort, mais personne ne la craint en ta compagnie.» On ne mourut pas tout à fait; on secourut même de plus affamés.Tous revinrent amaigris, traînants, moins affaiblis pourtant que d\u2019autres favorisés de meilleurs quartiers de chasse; le Père était nu-pieds, le corps entouré d\u2019une couverture à la façon des sauvages, mais heureux; les âmes ont profité de ses instructions, et il en disait sa consolation : « Les sauvages ne sont plus des enfants en la foi.Ils sont bien plus dévots à la messe, plus doux, plus courtois, et pleins de confiance en Dieu.» Il semble aussi que les miracles n\u2019aient pas manqué, du moins les petits miracles.Comme Augusta est trop loin de l\u2019Acadie, les Abénaquis abandonnés insistèrent plusieurs fois à Sillery.En 1650, le gouverneur de Québec charge le P.Druillettes d\u2019aller répondre oui « aux offres des colonies anglaises, d\u2019une alliance éternelle, indépendamment des ruptures possibles entre les deux couronnes ».Bien reçu par les Anglais Dudley, Bradford, Gibbons et Winthrop, le Père n\u2019obtient pas de réponse claire sur une alliance, non seulement commerciale mais militaire, contre les Iroquois, alliance exigée par les Français et les Algonquins.Il passe l\u2019hiver à évangéliser les bourgades plutôt que d\u2019accepter l\u2019invitation du révérend Elliott à hiverner chaudement avec lui.Au printemps il vient rendre compte de la mission diplomatique, et le gouverneur d\u2019Ailleboust, qui ne se doute pas des fatigues du voyage, renvoie le Père avec le conseiller Jean Godefroy à Boston, où se réunit la Cour des Commissaires: il faut emporter le morceau, obtenir le traité.Quinze jours de repos, et le P.Druillettes repart dans une course qui effraie nos canoteurs sportifs et qui ne rapportera rien au temporel, \u2014 les Anglais ne voulaient pas se battre, \u2014 mais quelles fatigues, quels mérites \u2014 et notre messe \u2014 au spirituel! A la fin de juin, il retourne à la mer.Les guides, croyant se raccourcir par la rivière Etchemin, aboutissent à la rivière Saint-Jean, qui mène loin d\u2019Augusta.La Relation dit leur misère: « Nous avons su depuis que tous ceux qui avaient tenu ces chemins étaient morts de fatigue et de faim, ou avaient pensé mourir.Après avoir vogué et cheminé quinze jours par des torrents et des chemins très affreux, ils n\u2019étaient pas au tiers du chemin; et ils étaient au bout de leurs provisions.Le Père a recours au Dieu des hommes et des animaux ; il lui offre le Sacrifice de son Fils dans ces grandes forêts, le conjurant de les secourir.La fin de son Sacrifice fut la fin de leur disette.Comme il quittait l\u2019autel, un brave catéchumène lui vint offrir trois orignaux qu\u2019il venait de tuer.Cette manne qui leur rendit la vie ne fut pas reçue sans étonnement 238 v \\ et sans actions de grâces.Ils firent boucaner la viande pour leur voyage: ce boucan fut leur unique mets.Après ce rafraîchissement, il fallut reprendre l\u2019aviron pour remonter la rivière Saint-Jean jusqu\u2019à sa source » et rattraper la Kénébec.C\u2019est le troisième centenaire de cette messe que nous rappelons, cette première offrande de Dieu à Dieu sur la terre toute en forêts du Madawaska, terre que peuplera d\u2019autels plus durables la pénible conquête des Acadiens de la Dispersion.Le parcours de 1651 se trouva doublé, triplé, ce qui agaça le mauvais caractère d\u2019un sauvage Etchemin, qui ne cessait de bouder, de critiquer, de persécuter le trop bon Père.Après vingt-trois ou vingt-quatre jours, on atteint la bourgade de Narrantchouak (Norridgewock), dont le chef salue le Père avec enthousiasme.Il s\u2019excuse des critiques de l\u2019Etchemin, avant de le réprimander lui-même: « Tu as montré que tu n\u2019as pas d\u2019esprit.Si tu étais de ma nation, je te ferais sentir le déplaisir que tu as causé à tout le pays.» Le pauvre Etchemin s\u2019excuse aussi en louant le dévouement du missionnaire: « Il m\u2019a guéri, il a porté mes paquets en plus des siens.La faim était près de nous égorger; il pria et nous donna de la viande.Il ne mangeait point de la journée.Ce n\u2019est pas un homme, c\u2019est un Nioueskou, un esprit extraordinaire.Moi, je suis un chien de l\u2019avoir si mal traité.Je veux me faire instruire par le patriarche.» « Hommes, femmes et enfants témoignent la joie de ce retour.On festine, on vient l\u2019enlever avec amour: « Enfin te « voilà! nous te voyons.Tu es notre père, notre patriarche « et notre cher compatriote, car, vivant comme nous et deft meurant avec nous, tu es abénaquis comme nous.Tu raft mènes la joie dans le pays.Nous pensions à quitter notre « patrie pour t\u2019aller chercher; nous perdions l\u2019espérance « d\u2019aller au ciel.Nous ne sommes chrétiens qu\u2019à demi, « parce que tu ne nous as instruits qu\u2019à demi.Si tu promet-« tais de rester, de ne penser de dix ans à Québec, tu ferais « voir que tu nous aimes.» Le Père admire leur foi, qu\u2019ils ont conservée et augmentée sans maître, et leur ferveur à dire les prières, et leurs prévenances envers lui: « Prie pour nous, nous ramerons pour toi.Parle dans nos conseils, tu seras écouté.» Ils veulent lui défricher un champ pour le garder chez eux.Ils renoncent aux sorciers, à la polygamie, à l\u2019ivrognerie.Ils font dire à Boston de ne plus leur envoyer de boisson de feu.Leur conversion n\u2019est pas intéressée: ils n\u2019attendent rien des Français.Au contraire, ce sont eux qui seront nos meilleurs alliés, jusqu\u2019à leur anéantissement aux sombres jours du P.Maillard et de l\u2019abbé Leloutre.La tribu, « voulant donner une preuve de son amour, l\u2019a publiquement, dans une grande assemblée, naturalisé et incorporé à la nation.Le chef dit hautement que le patriarche, le père des miracles, l\u2019ambassadeur de Jésus est non seulement leur maître en la foi, mais encore la meilleure tête du pays pour parler et pour déterminer de leurs affaires ».Il l\u2019invite avec instance à instruire tout le pays.Reçu comme un ange du ciel, dans douze ou treize bourgades, il se réjouit des fruits de la semence de 1646 « dans ces terres de ronces et d\u2019épines, qui portaient des fruits dignes de la table de Dieu ».Ce troisième hiver chez les Abénaquis fut le seul vrai profit de l\u2019expédition.Au printemps de 1652, quand il annonce son retour à Québec pour rendre compte de son ambassade, « ses chers enfants le querellent amoureusement », lui reprochant de les quitter.Ce retour fut terrible : on pensa mourir de faim et de froid.On fut dix jours sans manger; on dévora les souliers, le coupe-vent du Père, les cordons et le tissage des raquettes.«Tout cela sembla de bon goût: la grâce donne un merveilleux assaisonnement aux amertumes pour RELATIONS Jésus-Christ.» Et ils arrivent à Québec le lundi de Pâques, « n\u2019ayant ni force ni vigueur qu\u2019autant que le zèle du salut peut en donner à un squelette ».Cela n\u2019empêche pas un autre Père de partir à la place du P.Druillettes.La mission bien établie, bien démarrée, le P.Druillettes est réservé à en amorcer d\u2019autres, jusqu\u2019au Sault-Sainte-Marie, en trente-cinq années de « travaux capables d\u2019abattre un géant »; c\u2019est l\u2019épuisement qui le ramène mourir à Québec à soixante et onze ans.La mission, coupée de longues absences, fut honorée de grands missionnaires, tels les PP.Bigot, de la Chasse, Aubery, Maillard et Rasle, chez les Malécites de Jemseg, de Medoctec et d\u2019Ecoupag.La messe de 1651 est plus qu\u2019un fait divers de mission ou qu\u2019une multiplication de pains; c\u2019est le baptême de ce carrefour du Québec, du Maine et du Nouveau-Brunswick, le premier hommage d\u2019une misère prophétique, d\u2019une installation symbolique, au Christ Roi des peuples, à commencer par le nôtre.C\u2019est le plus bel acte de naissance qu\u2019on puisse rêver.Deux grands historiens des États-Unis, les protestants Parkman et Bancroft, ont décerné sans le vouloir le plus beau titre de noblesse qu\u2019un jeune peuple ait jamais reçu.Comparant les colonies du même âge, Parkman écrit: « L\u2019Espagne est venue en Amérique fonder un empire; l\u2019Angleterre un comptoir, la France une mission»\u2014pour étendre le royaume du Christ.Alors que les divers protestantismes enlèvent à l\u2019Église la moitié germanique et saxonne d\u2019Europe, la France vient suppléer aux pertes en fondant ici une Église blanche, à côté de l\u2019Église rouge des Indiens convertis.Le peu sympathique Bancroft ne peut taire son admiration des fatigues endurées et du résultat extraordinaire obtenu par nos surhommes, qui ne tuaient pas les sauvages, qui se faisaient tuer parfois, mais qui ordinairement se conciliaient leur affection, même pour la grandeur temporelle: «Ainsi, conclut-il, dès 1646, quatorze ans après le rétablissement de Québec, la France marchait rapidement vers une vaste domination; elle avait ses avant-postes sur la rivière Kénébec, au lac Huron et près d\u2019Albany.Les missionnaires zélés profitaient de la paix et se dévouaient à l\u2019obéissance jusqu\u2019à la mort.Toute la force de la Nouvelle-France reposait dans les missions.» La Belle au Bois s\u2019est rendormie Le P.André Paquet, professeur et directeur du théâtre au Collège Saint-Ignace, a vu le Réveil de la Belle au Bois et livre ses impressions.André PAQUET SUR LE MONT ROYAL, près du lac aux Castors, c\u2019est là qu\u2019Arlequin nous avait donné rendez-vous pour le Réveil de la Belle au Bois.Un événement comme celui-là ne pouvait manquer d\u2019attirer, sous forme d\u2019adultes, tout autant d\u2019enfants de la veille, plus disposés à croire qu\u2019à comprendre.Mais ce qui était difficile à comprendre, et presque aussi pénible à croire, c\u2019est que la Belle se réveillât « pour tenter l\u2019aventure de vivre ».aujourd\u2019hui! « Hélas! » soupiraient, en gravissant la montagne, tous ceux qui, comme moi, quittent volontiers le trottoir pour le pays des fées, « n\u2019est-ce pas assez qu\u2019on la réveille ?Pourquoi la condamner à mourir d\u2019ennui?» Mais, puisque M.Clos l\u2019avait dit.Et M.Clos devait savoir, lui, le secret du Réveil.et du reste, dont il avait soigneusement déterminé le rituel, avec « la complicité de la nuit ».Seulement, M.Clos avait aussi d\u2019autres complices.Et, outre Charles Perrault, \u2014 qui pouvait toujours dire son mot, \u2014 le R.P.Paul-Émile Houle, C.S.C., Robert Prévost et l\u2019équipe du Théâtre d\u2019Arlequin possèdent à la fois trop de talent et trop de goût pour qu\u2019en leur compagnie la Belle au Bois pût cesser d\u2019être belle, ou même d\u2019être au bois.D\u2019ailleurs, Paul Clos eût-il été seul pour l\u2019y retenir, la Belle n\u2019aurait pas non plus quitté le pays des fées.Maintenant que je le connais mieux, en moins de temps, je vous assure, qu\u2019elle n\u2019eût pris pour s\u2019enfuir, il l\u2019aurait, comme d\u2019une forêt magique, bien gentiment enveloppée de cette dense poésie qu\u2019il file et tisse si prodigieusement.Et justement, parce qu\u2019il pouvait la sauver de tout, il l\u2019a laissée, parfois, mettre son pied dans la prose.Avec lui, vous devinez, la Belle ne courait pas grand risque à s\u2019éveiller, à n\u2019avoir de fée marraine qu\u2019une Bérylune inquiète et \u2014 serait-ce pour avoir fréquenté Maeterlinck ?\u2014 presque désemparée, à se sentir charmée par un monde qui SEPTEMBRE 1951 dégoûte même le Chat Botté, à prétendre y vouloir vivre, pour de bon, comme si elle fût devenue sotte ou endiablée.Hé ! non, nous ne pouvions même pas la gifler, sans faire mal à notre joue.Car cette sorte de folie, caricature de la nôtre, n\u2019était qu\u2019un mauvais sort que lui avait jeté Carabosse, ou le Destin, ou, enfin, M.Clos.La Belle, sans doute, devint étrange et les lois de son pays se tordirent à la façon, paraît-il, de nos goûts.Mais, ensorcelée comme elle était, la Belle ne devait pas descendre de notre côté, vers ce monde de petites peines et de petites joies qu\u2019une Sylphide faillit pourtant lui révéler.Non, elle remonta plutôt, vers ses rêves, retrouver son Prince Charmant.Ce qui l\u2019amena, guidée d\u2019un sortilège, exactement dans les bras de Barbe Bleue.Et ainsi, la Belle avait évité le seul sort qui lui eût été fatal : épouser un bourgeois.Par suite, la vie de Madame Barbe Bleue ne fut pas de tout repos: elle eut beau transiger, discuter, changer sept fois de traits pour écraser son mari, peine perdue.C\u2019est lui qui la domina jusqu\u2019à la fin, jusqu\u2019au fameux « demi-quart d\u2019heure » où, par malheur, on ne voit rien venir.Mais elle a vécu ce moment-là d\u2019une façon si intense, et si glorieuse pour Hélène Loiselle, le P.Houle, Paul Clos et Charles Perrault, qu\u2019ensuite nous ne regrettions plus rien, pas même que la Belle ait eu ce cauchemar dont nous avions été témoins.Après tout, on a les contes que l\u2019on mérite, et méritons-nous des contes sereins ?Qu\u2019ils soient donc pacifiants et limpides, comme ceux d\u2019autrefois, ou complexes et tragiques, comme celui d\u2019aujourd\u2019hui, qu\u2019importe! pourvu qu\u2019à la fin tout soit bien rangé, d\u2019un coup de baguette, comme au pays des fées.Cette fois, pour conjurer les maléfices, il en fallut trois: la Barbe Bleue fut tuée, Carabosse, écorchée; puis, par bonheur, la Belle au Bois s\u2019est rendormie.Oh! merci, monsieur Clos, de nous avoir fait cela! Nous sentions bien que par ici nous n\u2019étions plus chez nous; mais, sans vous, nous n\u2019aurions peut-être jamais su retourner par là.239 PSYCHOLOGIE ET ÉDUCATION Avant le commencement de Vannée scolaire, nous croyons que tous les éducateurs auront profit à méditer cette page du savant franciscain, le R.P.Agostino Gemelli, président de VAcadémie pontificale des sciences.Elle termine l'ouvrage qui a pour titre De l\u2019enfant à l\u2019homme, dont il est question plus loin, dans la section des livres.UNE BONNE, UNE SÉRIEUSE connaissance de la psychologie des garçons et des filles, des adolescentes et des jeunes gens est l\u2019une des conditions indispensables pour conduire à bonne fin l\u2019œuvre de l\u2019éducation.A notre avis, le psychologue est le premier collaborateur du pédagogue: il oriente son action éducative.L\u2019éducateur doit connaître, avant tout, la personnalité de l\u2019élève à travers ses facteurs biologiques et instinctifs, dans les manifestations de son caractère, et par ses activités psychiques supérieures qui sont le facteur principal de l\u2019individualité.L\u2019adolescent et le jeune homme, et plus encore l\u2019enfant, ne peuvent pas eux-mêmes savoir quand ils se trompent, quand leur activité suit une mauvaise direction, s\u2019ils n\u2019ont personne qui les éclaire.Il en est ainsi parce qu\u2019ils n\u2019ont pas un recul suffisant pour leur permettre d\u2019observer ce qui se passe dans leur âme et de saisir la valeur réelle et effective de leurs actes.La nature supplée à cette insuffisance.Elle met dans l\u2019âme de l\u2019adolescent et du jeune homme l\u2019aspiration et le désir de rencontrer quelqu\u2019un qui le comprenne, qui devine le langage muet de son âme, qui lui donne l\u2019explication de sa vie et du monde dans lequel il vit.L\u2019âme de l\u2019enfant et du petit enfant est pleine de confiance pour ceux qui ont soin d\u2019eux.Malheureusement, il y a des éducateurs qui sont incapables de répondre à ces exigences et à ces besoins de la jeunesse.Il y en a aussi qui ne voient pas et ne savent pas s\u2019expliquer ce qui arrive chez les jeunes gens d\u2019après les lois biologiques auxquelles pourtant la vie de l\u2019homme est soumise.Il y a des éducateurs qui se bornent à l\u2019observation des manifestations extérieures de la vie de l\u2019élève, et d\u2019autres qui n\u2019ont pas les moyens de pénétrer dans le monde merveilleux de la personnalité.Nous ne voulons pas dire que le psychologue est capable de satisfaire à toutes les exigences de l\u2019éducateur, mais nous pouvons, grâce aux connaissances apportées par notre science, fournir des indications positives qui apporteront à l\u2019éducateur une aide précieuse.Il y a surtout un enseignement que nous pouvons donner en certitude à qui s\u2019adonne à l\u2019éducation: nous montrons quelle est la complexité de la personnalité humaine, quels sont les facteurs de sa structure et de sa différenciation.Nous pouvons montrer que les dispositions et les inclinations peuvent être utilisées et, en partie du moins, contrebalancées dans leur action, grâce aux agents du milieu qui, dans leur ensemble, coopèrent à la formation de l\u2019individu.Nous pouvons surtout montrer qu\u2019au sommet de la hiérarchie des facultés se trouve la volonté, qui, éduquée par l\u2019exercice, devient capable de surmonter les obstacles et surtout d\u2019être plus agissante et plus droite.En un mot, les psychologues peuvent montrer aux éducateurs qu\u2019il est possible de rendre l\u2019homme capable de tendre vers des fins conformes à un idéal de beauté, de justice, de bonté, de sagesse, d\u2019amour.A une époque de haine comme celle que nous vivons, ce n\u2019est pas négligeable.AVEC COMM «L\u2019ÉGLISE ET S.Exc.Mgr Norbert Robichaud, archevêque de Moncton, répondit au salut présenté à V Eglise lors du banquet qui clôtura le congrès de VAssociation canadienne des éducateurs de langue française à l'Université Saint-Joseph de Memramcook.Le thème du congrès était: « Education et Unité canadienne ».Nos lecteurs aimeront de lire son texte au complet.ON ME PRIE de répondre au salut de l\u2019Église: je le fais d\u2019autant plus volontiers que l\u2019Église catholique canadienne se porte bien.Ici, comme ailleurs, elle travaille sans relâche à réaliser dans toute la mesure du possible son idéal propre, qui est la sanctification surnaturelle de ses membres, par la prédication de l\u2019Évangile du Christ et l\u2019administration des sacrements qu\u2019il a donnés aux hommes pour leur rédemption et leur divinisation.* Mais en s\u2019acquittant de son mandat divin: « Allez, enseignez toutes les nations, les_ baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », l\u2019Église n\u2019oublie pas que les hommes sont des êtres fort compliqués, qu\u2019en plus d\u2019être des enfants adoptifs de Dieu et des chrétiens par la grâce, ils sont doués, par la nature, d\u2019une vie spirituelle, intellectuelle et morale, et d\u2019une vie physique, individuelle et sociale.Elle enseigne que les conditions de vie sociale des hommes et leur état de santé intellectuelle et morale ne sont pas étrangers, loin de là, à leur vie surnaturelle et à leur rédemption éternelle.C\u2019est pourquoi l\u2019Église catholique s\u2019est toujours intéressée au sort social et matériel de l\u2019humanité.Dans tous les pays, elle suggère, encourage et bénit ces œuvres d\u2019ordre temporel et économique qui tendent à améliorer le sort de l\u2019ouvrier, du pauvre, de l\u2019enfance.Elle a même tracé à ce propos un système de doctrines sociales qui fait l\u2019admiration des sociologues avertis et sert de base aux réformes politiques les plus sages.Elle revendique, pour tous indistinctement, un minimum de jouissance des biens de ce monde comme un adjuvant à la pratique de la vertu.Tout aussi soucieuse de la vie spirituelle de l\u2019homme, du perfectionnement de son intelligence et de sa volonté, l\u2019Église a toujours été l\u2019amie des lettres, des arts et des sciences.Témoins, ces admirables universités, ces écoles de tout genre, qu\u2019elle a fondées et dirigées, qu\u2019elle fonde et dirige encore partout où la conduit l\u2019accomplissement de sa mission surnaturelle.Elle ne craint pas les recherches les plus spéculatives, ni les expériences scientifiques les plus audacieuses: elle croit avec certitude que la lumière de la science, loin de nuire à celle de la foi, vient d\u2019une même source, qui est l\u2019Intelligence divine, et tend au même but, la gloire du Dieu tout-puissant.* Aussi l\u2019Église catholique canadienne est-elle particulièrement heureuse de l\u2019Idéal que se propose et que poursuit l\u2019Association des éducateurs de langue française, et des travaux qu\u2019elle vient d\u2019accomplir durant son quatrième congrès annuel.240 RELATIONS o u SANS LES MARIAGES MIXTES ENTAIRES L'UNITÉ CANADIENNE » Non, l\u2019Église ne craint pas de voir l\u2019A.C.E.L.F.travailler à développer la langue française dans notre pays, à promouvoir dans tous les milieux la culture française et à encourager Iles membres de la race française au pays à cultiver leur héritage culturel et social.Car elle sait fort bien que l\u2019unité canadienne est possible en dépit des différences de langue, de race et de culture, que le développement normal de la personnalité ethnique des deux grandes races au Canada et la mise en valeur du patrimoine culturel de l\u2019un comme de l\u2019autre ne peuvent que contribuer à la grandeur, à la prospérité et au rayonnement extérieur de la nation canadienne.Dans cet ordre d\u2019idées, l\u2019épiscopat catholique romain du pays tout entier, dans une déclaration conjointe, en 1945, affirmait les principes suivants : Les minorités ethniques ont droit à leur culture et à leur langue.Nous souhaitons par-dessus tout voir la paix intérieure régner dans notre cher Canada, une paix faite d\u2019entente et d\u2019estime réciproque entre les divers éléments constitutifs de la Confédération, l'élément anglais et Vélément français, une paix faite aussi de bienveillance et de générosité à l'égard de toutes les minorités ethniques et religieuses qu'abrite notre vaste pays.Car ce qui fait la démocratie véritable, à l'opposé de V absolutisme d'Etat et des régimes totalitaires, ce n'est pas seulement, ce n'est pas précisément la volonté dominante du plus grand nombre, c'est la poursuite sincère du bien commun, dans le respect de la dignité et de la liberté de la personne humaine, c'est l'exercice constant de la justice distributive à l'égard des individus et des groupes qui composent la communauté politique et nationale.i'ÉGLISE N'AIME PAS les mariages entre catholiques et non-catholiques.Elle les empêche le plus possible.Cette attitude lui est inspirée par une longue expérience et par le désir de protéger la foi de ses enfants et le bonheur du foyer.Voici que cette attitude vient de recevoir une nouvelle confirmation de la part de gens assez peu partiaux enfaveur de V Église catholique.Nous transcrivons ici les conclusions de certaines enquêtes instituées aux États-Unis dans plusieurs foyers, sur cette question importante des unions entre gens de religion différente.C\u2019est un extrait d'un article paru dans le Woman\u2019s Home Companion de juillet 1951, sous la signature du Dr David R.Mace : « The Truth about Mixed Marriages ».I.\u2014 Les différences de religion sont des différences fondamentales.Des rapports d\u2019amitié entre compagnons de travail et de jeu peuvent s\u2019établir par-dessus la barrière de la religion.Mais le mariage établit des relations où l\u2019unité spirituelle joue le premier rôle.Cette unité n\u2019est pas un « extra facultatif » dont on peut se passer à volonté.Unité tellement essentielle au bonheur conjugal que sans elle il est impossible d\u2019atteindre l\u2019union parfaite entre époux.IL\u2014Les différences de religion impliquent toujours un plus vaste champ de conflits.Même ceux qui ne pratiquent plus la religion dans laquelle ils ont été élevés conservent les habitudes acquises par leur éducation première.Les idées et les principes moraux varient beaucoup d\u2019une religion à l\u2019autre.Inévitablement surgissent des conflits en bien d\u2019autres domaines que les questions de croyances et de pratiques religieuses.III.\t\u2014 Très souvent, loyauté envers la religion et loyauté envers la famille s'opposent violemment.Vive donc l\u2019Association canadienne des éducateurs de langue française, qui a si bien compris ces sages directives et dont l\u2019existence même suppose le respect du droit des minorités à leur langue et à leur culture! Qu\u2019elle continue de promouvoir l\u2019enseignement du français à tous les stages, à faire fleurir la culture française dans tous les milieux de notre pays, pour arriver à dissiper les nuages si opaques de l\u2019ignorance, des préjugés et de la haine, obstacles principaux à la « bonne entente » et à « l\u2019estime réciproque » entre les divers groupes de notre population canadienne! Qu\u2019elle s\u2019applique surtout à rapprocher de plus en plus, sur le terrain culturel, spirituel et intellectuel, les deux grandes races de notre pays, pour qu\u2019elles apprennent à se respecter, à apprécier les valeurs supérieures qui font leur trésor respectif et à s\u2019aider mutuellement à grandir, à prospérer et à s\u2019épanouir dans l\u2019harmonieux développement de leur génie propre.Le jour où des idéals comme ceux de l\u2019A.C.E.L.F.trouveront chez nous leur entière réalisation, on aura établi d\u2019un bout à l\u2019autre de notre vaste pays la paix, la vraie paix, celle qui est basée sur une confiance réciproque, sur la charité chrétienne et sur une saine émulation vers le progrès et la perfection.Alors l\u2019unité canadienne sera prospère, notre cher Canada sera fort dans l\u2019union, et l\u2019Église catholique elle-même continuera à se bien porter et même ne s\u2019en portera que mieux.Merci! IV.\t\u2014 Les relations avec les beaux-parents sont d\u2019ordinaire tendues.Le malaise commence souvent le jour même du mariage et n\u2019est jamais complètement dissipé.Les désaccords entre époux incitent les beaux-parents à prendre parti et à envenimer le conflit.V.\t\u2014 L'éducation des enfants présente des problèmes constants.Dans l\u2019opinion générale, voilà la cause principale des difficultés.C\u2019est une source ordinaire d\u2019angoisse pour un père ou une mère de voir un de ses enfants élevé dans une religion étrangère.Et ce n\u2019est pas uniquement une question de croyances.L\u2019enfant se fait des amis et des connaissances, adopte des idées et des principes que l\u2019un des parents souvent désapprouve absolument.Dans cette conjoncture, impossible au foyer de connaître cette chaude intimité, la joie de ceux qui sur toute question fondamentale n\u2019ont qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme.L'auteur conclut avec combien de raison : Ce sont là de formidables obstacles au bonheur conjugal.Les jeunes qu\u2019on aura mis au courant de ces faits reconnaîtront qu\u2019il est sage d\u2019éviter tout lien sentimental avec ceux qu\u2019il faut exclure du cercle des éventuels partenaires dans le mariage.Le moment le meilleur et le plus favorable pour écarter les dangers d\u2019un mariage mixte est précisément l\u2019instant où l\u2019on sent les premiers mouvements d\u2019affection l\u2019un pour l\u2019autre.SEPTEMBRE 1951 241 Au fil du mois Que vaut la participation a ceux qui se posent encore la aux benefices?\tquestion et hésitent à se pro- noncer, nous recommandons la lecture d\u2019un article paru dans le Reader's Digest du mois d\u2019août, article intitulé Partners in Velvet.Ils y verront comment un patron, pour avoir compris les aspirations ouvrières de son époque, a pu sauver une entreprise que seize mois de grève avaient pratiquement acculée à la banqueroute.Aux ouvriers défiants et incrédules, le nouveau patron de Y American Velvet Company offrira, non seulement d\u2019excellents salaires, mais la participation aux bénéfices de l\u2019entreprise, et cela comme un droit et non pas simplement comme un cadeau laissé à sa discrétion.De plus, les ouvriers auront une voix directe dans la direction de l\u2019usine.C\u2019était trop beau.Ceux-ci commencent par refuser, puis, voyant la sincérité du patron, finissent par accepter.Aujourd\u2019hui, après onze ans de participation aux bénéfices, Y American Velvet Company se vante d\u2019être devenue la plus grosse manufacture de velours aux États-Unis, de n\u2019avoir connu aucune grève, de n\u2019avoir perdu aucune heure de travail par suite de mésentente entre la direction et le travail, de n\u2019avoir pas eu besoin de recourir à l\u2019arbitrage extérieur, d\u2019avoir donné à ses ouvriers, comme leur part de bénéfices, 11 pour cent des salaires, la première année, et 33/^ pour cent en 1950, et enfin d\u2019avoir fait du patron et de ses employés de véritables associés, de vrais partenaires: « Personne, déclare le patron actuel, ne travaille pour moi, mais chacun travaille avec moi pour lui-même.» Preuve que la participation aux bénéfices vaut d\u2019être essayée.R.A.Ce que coûte l'alcoolisme L\u2019hebdomadaire torontonien, The Financial Post, dans son numéro du 11 août 1951, vient de publier des statistiques fort intéressantes sur le coût économique et social de l\u2019alcoolisme.L\u2019article commence par exposer ce qui en est aux États-Unis.En ce pays, où un employé sur cent est alcoolique, on compte quatre millions de buveurs invétérés, dont deux millions dans l\u2019industrie et les affaires.Il en coûte au pays environ un milliard de dollars en frais de toutes sortes, et l\u2019alcoolisme occupe le quatrième rang parmi les problèmes de santé attendant encore leur solution; il devance même la tuberculose.Au Canada, l\u2019auteur de l\u2019article, M.Ronald Williams, estime que l\u2019alcoolisme coûte environ $169,000,000 par année, se décomposant ainsi : frais de prison: $5 millions; soins médicaux: $7 millions; accidents: $20 millions; crimes: $42 millions; pertes de salaires: $95 millions.Ces chiffres ont ému le gouvernement de l\u2019Ontario, qui, cette année même, vient d\u2019établir à Toronto une institution chargée de trouver des remèdes appropriés à un tel fléau: The Alcoholism Research Foundation.Déjà des chiffres ont été acquis: la province d\u2019Ontario compterait environ 100,000 buveurs invétérés, dont 25,000 seraient sérieusement alcooliques.Là-dessus, il y a cinq hommes pour une femme.Les statistiques démontrent aussi que la majorité des alcooliques ne se rencontrent pas parmi les pauvres diables sans métier ni logis, mais bien parmi les gens de métier et les travailleurs intellectuels.Il serait bon que le Québec sache ce que lui coûtent par année les ravages de l\u2019alcoolisme.Peut-être alors entreprendrait-il de lutter sérieusement contre ce fléau.R.A.Collège universitaire\tEn Afrique du Sud, il y a, confié aux Oblats d\u2019Afrique pour 2,397,000 Blancs, 8 universités, toutes neutres.Trois d\u2019entre elles acceptent quelques étudiants noirs; les cinq autres les excluent.Pour les Noirs, qui sont pratiquement 12,000,000, il n\u2019existe qu\u2019un seul collège universitaire situé à Fort-Hare.Plutôt que neutre, ce collège universitaire est protestant; les étudiants noirs y sont groupés dans trois hôtelleries, l\u2019une sous la direction des anglicans, une autre sous la direction des presbytériens, la troisième sous la direction des méthodistes.Les 700,000 catholiques noirs, assez bien pourvus d\u2019écoles primaires, secondaires et normales et de séminaires, restaient sans une seule institution d\u2019enseignement supérieur.Les évêques de l\u2019Afrique du Sud avaient d\u2019abord songé à établir, faute de mieux, une maison d\u2019étudiants à côté de Fort-Hare.Le sénat de l\u2019endroit refusa, et la municipalité s\u2019objecta même à la vente d\u2019un terrain à cette fin.Les évêques ne lâchèrent pas la partie.Ils se tournèrent vers Mgr Bonhomme, O.M.L, qui les invitait à établir chez lui un collège universitaire.Les débuts du futur Collège universitaire Pie-XII furent pénibles, les développements lents.La propriété du collège et la direction viennent de passer entre les mains des missionnaires oblats canadiens.Comme les provinces de l\u2019Afrique du Sud peuvent, du jour au lendemain, invoquer la clause de l\u2019Acte d\u2019Union pour incorporer le Basutoland, il convient d\u2019ériger au plus vite les bâtiments universitaires et de prévoir une fondation; car le jour où le protectorat du Basutoland sera absorbé dans l\u2019Union de l\u2019Afrique du Sud, l\u2019éducation supérieure ressortira au gouvernement central, dont la réputation de neutralité religieuse et de racisme est connue au delà même des mers.Il n\u2019y a aucune œuvre pontificale qui ait pour but l\u2019aide aux universités catholiques en pays de missions.Les catholiques canadiens doivent donner généreusement pour le Collège universitaire Pie-XII.Quel meilleur moyen de montrer au Saint Père que nous avons bien compris la lettre Evangelii praecones qu\u2019il vient de nous adresser! L.d\u2019A.CFCL\tC\u2019est le nom du nouveau poste de radio de Timmins, qui commencera à fonctionner en septembre et dont les émissions seront françaises dans une proportion de 80 pour cent.M.G.-H.Dagneau lui a consacré dans Notre Temps (11 août) un article qui est un hommage aux gens de la région et à l\u2019esprit d\u2019initiative de l\u2019organisateur du poste, M.Conrad Lavigne, jeune de trente-deux ans, qui a laissé son emploi et investi ses propres capitaux dans l\u2019affaire.J\u2019entendais un jour un personnage important de Radio-Canada affirmer que le mémoire présenté par M.Lavigne pour l\u2019obtention du permis était vraiment remarquable, couvrant avec méthode et précision tous les points de vue que les gouverneurs tiennent à étudier.Un fait rapporté par M.Dagneau illustre l\u2019esprit de collaboration de la population canadienne-française et sa hâte d\u2019avoir un poste de radio.« Dans une grande corvée pleine d\u2019enthousiasme, de sueurs et d\u2019écorchures aux mains », les écoliers ont consacré une partie de leurs vacances à débroussailler le terrain.Cette ardeur et l\u2019appui des adultes n\u2019ont pas été le fruit d\u2019une génération spontanée.Ils correspondent « d\u2019abord à un besoin depuis longtemps constaté et ensuite à l\u2019appel d\u2019un véritable pionnier, M.Conrad Lavigne », qui est compris et aidé par des amis dynamiques.242 RELATIONS Au moment où le poste CFCL fait ses derniers préparatifs, les Franco-Canadiens de la Saskatchewan achèvent leur souscription pour leurs deux postes de radio.Les deux régions méritent des félicitations, nos compatriotes aussi, que nos meilleurs vœux de succès accompagnent.A.P.Une réussite Tiré à 50,000 exemplaires vendus aussitôt manale qUe parus> ie numéro spécial de la revue Marie, consacré à l\u2019Assomption, mérite de chauds éloges.Il offre à notre méditation, en près de deux cents pages in-quarto: plus de cent illustrations, comprenant un reportage de trente-quatre photographies sur les fêtes de la proclamation du dogme (novembre 1950) ; des textes de la plus haute qualité, rédigés par le Souverain Pontife (dont le plus important est la bulle dogmatique de la définition), par des cardinaux et des évêques, par des théologiens, prêtres et religieux de divers ordres; le tout, en français et réparti en cinq sections: 1) le nouveau dogme marial; 2) foi, doctrine et culte; 3) littérature et arts; 4) valeurs spirituelles; 5) célébrations mémorables.Le directeur, M.Roger Brien, qui a signé deux articles, « Marie, reine du monde » et « l\u2019Assomption dans le culte au Canada », a raison d\u2019être fier de son succès.Il a reçu, par l\u2019entremise de S.Exc.Mgr J.-B.Montini, substitut du secrétaire d\u2019État pontifical, les félicitations et la bénédiction du Pape.L'Osservatore Romano, dans un long et enthousiaste commentaire, lui a exprimé son admiration (16-17 juillet 1951).Il ne faudrait pas que les catholiques canadiens-français soient les derniers à témoigner concrètement leur estime pour une réussite de chez nous.Se procurer, au Centre marial canadien (Nicolet, Qué.), le numéro spécial de Marie, consacré à l\u2019Assomption, puis le lire avec dévotion, quelle meilleure manière de pénétrer le sens du dogme qui, depuis un an bientôt, a enrichi la foi et confirmé l\u2019espérance de la chrétienté! M.-J.d\u2019A.RETOUR D'ACADIE Albert PLANTE, S.J.DU 30 JUILLET au 8 août, le Comité de la Survivance française menait en Acadie un groupe de voyageurs.Du 3 au 6 août, l\u2019Association canadienne des éducateurs de langue française (A.C.E.L.F.) tenait son congrès annuel à l\u2019Université Saint-Joseph de Memramcook.Les deux événements sont dignes d\u2019attention.LE VOYAGE DE LA SURVIVANCE Les journalistes qui ont suivi le voyage ayant écrit des chroniques détaillées, il n\u2019est pas nécessaire de revenir sur les faits.Quelques impressions suffiront.Le groupe était nombreux: quatre-vingt-cinq voyageurs, habilement conduits par M.l\u2019abbé Paul-Émile Gosselin, secrétaire du Comité.Le nombre n\u2019a pas nui à la bonne humeur.Bonne humeur ne signifie pas légèreté.Il y avait plus que l\u2019entrain des chansons et le plaisir des conversations, sérieuses ou badines.Il y avait le désir de mieux connaître l\u2019Acadie.Mieux connaître, c\u2019est déjà mieux aimer.L\u2019étincelle jaillit dès le premier contact avec la terre acadienne.A Campbellton, la réception devant la belle église de Notre-Dame-des-Neiges fut simple mais émouvante.Le soir, deux voyageuses avouaient avoir versé des larmes.Si j\u2019avais été tenté de sourire un peu de l\u2019aveu et d\u2019attribuer cette émotion à la sensibilité féminine, j\u2019aurais été puni dès le surlendemain à Rustico, attrayante paroisse de lTle-du-Prince-Êdouard, où tous les voyageurs, les hommes comme les femmes, furent émus par la saynète Sa Majesté la Langue française.Jouée par des jeunes filles et des fillettes qui seront fidèles, non sans difficultés, à leur serment de parler, d\u2019étudier, de chanter et de « rire » la langue française dans une province où les Acadiens, malgré d\u2019incontestables progrès, ont à résoudre un problème assez complexe de survivance, cette saynète ouvrait de vastes perspectives et illustrait magnifiquement pour les voyageurs le sens de leur voyage de liaison française.Liaison catholique aussi.La veille, à la rencontre^ acadienne d\u2019Eg-mont Bay, toujours dans l\u2019Ile-du-Prince-Édouard, S.Exc.Mgr Robichaud, archevêque de Moncton, avait rappelé une vérité, prouvée par les faits et que d\u2019aucuns cependant sont parfois portés à considérer comme une pieuse exagération: pour l\u2019Acadien, \u2014 comme pour le Canadien français, \u2014 conserver sa langue, c\u2019est faciliter la conservation de sa foi.Nos autres minorités admettront aisément que le contact avec l\u2019Acadie a un cachet spécial.On le sent dès qu\u2019on se met en route, surtout si l\u2019on a eu soin de rafraîchir ses connaissances historiques.C\u2019est d\u2019abord une profonde sympathie, mêlée d\u2019admiration, pour un peuple dont les ancêtres ont enduré des souffrances qui paraissent parfois tenir de la légende, mais qui appartiennent vraiment à l\u2019histoire; c\u2019est ensuite l\u2019émerveillement devant la résurrection de ce peuple, dispersé il y aura bientôt deux cents ans.Les voyageurs savent mieux maintenant ce qu\u2019ils savaient déjà: les Acadiens sont bien vivants.Plus que tout autre groupe au Canada, celui d\u2019Acadie doit se souvenir.Les raisons de cette fidélité, Mgr Félix-Antoine Savard les a dites avec amitié et poésie dans son « hommage aux Acadiens », le soir de l\u2019ouverture du congrès des éducateurs.« La remémoration exacte et intégrale de vos malheurs constitue pour vous d\u2019abord un devoir de piété à l\u2019endroit de vos pères », qui, « espérant contre toute espérance », ont trouvé « en Dieu la force de prier et de chanter ».Il y a de plus « un motif de piété envers Dieu qui s\u2019est montré pitoyable » aux larmes des pères « et a ramené les fils dans cette terre de promesses où vous fleurissez aujourd\u2019hui ».Un troisième motif, de portée plus générale, exige aussi la fidélité.« J\u2019irai plus loin.J\u2019affirme que votre histoire a cette vertu de maintenir sous les yeux de notre Canada tout entier de particulièrement graves et utiles leçons.A notre époque où nous déplorons le sort de tant de victimes des sombres théories de la race et du sang, ce que vous représentez, dans notre patrie, c\u2019est un exemple, c\u2019est un avertissement salutaire; c\u2019est pour le fort une raison de craindre, et pour le faible, d\u2019espérer; ce sont les valeurs étemelles de la justice, de la confiance en Dieu et du pardon chrétien.» La fidélité au passé n\u2019est pas une occasion de s\u2019absorber dans une contemplation déprimante, encore moins de maudire les auteurs de la dispersion.En se souvenant, l\u2019Acadien qui se penche sur un passé qu\u2019il ne peut abolir, et qui apprend à approfondir les vues mystérieuses de la Providence dans la conduite des peuples, est en même temps stimulé à s\u2019immerger profondément dans les tâches présentes.On n\u2019a qu\u2019à songer aux maisons d\u2019enseignement, à la société nationale, à la société mutuelle, aux associations d\u2019éducation.L\u2019Acadie est en santé.Elle doit beaucoup à la bonté maternelle de l\u2019Église, SEPTEMBRE 1951 243 incarnée dans un épiscopat et un clergé acadiens.La vaste cathédrale de Moncton, « le monument de la reconnaissance » à Notre-Dame de l\u2019Assomption, est le solide et élégant symbole de la vigueur acadienne.Plus vigoureuse que jamais, l\u2019Acadie n\u2019est pas sans avoir ses difficultés.Des groupes plus isolés ne bénéficient pas encore de cadres protecteurs; même dans les endroits bien organisés, tous ne mettent pas la même ardeur à maintenir la vitalité acadienne; l\u2019émigration de la jeunesse vers les autres provinces est substantielle; des maisons d\u2019enseignement ont de lourds problèmes financiers; la si_méritante presse, représentée surtout par le quotidien VEvangéline, n\u2019atteint pas encore suffisamment la masse.Ces difficultés, qui sont, à des degrés divers, le lot de toute minorité, ne rejettent pas dans l\u2019ombre les progrès de l\u2019Acadie.Au contraire.Ces progrès constituent un splendide motif d\u2019espérance.Le dessin de la page frontispice du programme du congrès des éducateurs montrait une Évangéline, face à Notre-Dame de l\u2019Assomption d\u2019où partaient des rayons de lumière qui, avant de l\u2019atteindre, illuminaient les symboles de l\u2019ancienne et de la nouvelle Acadie: l\u2019humble église de Grand-Pré, dominée maternellement par la majestueuse cathédrale de Moncton.Et le programme de commenter L\u2019âme acadienne est symbolisée par l\u2019attitude altière d\u2019Évangéline.Elle est tout absorbée dans le souvenir d\u2019un passé douloureux et glorieux; dans sa foi intrépide jamais reniée; dans la réédification de la patrie; dans la confiance et la gratitude envers sa patronne.» Les voyageurs de la Survivance, qui ont fait un beau voyage et qui ont reçu partout une hospitalité réconfortante, sont convaincus que les Acadiens vont continuer courageusement leur réédification, fixés comme Évangéline sur le doux regard de Celle qui leur a déjà accordé tant de bienfaits.LE CONGRÈS DES ÉDUCATEURS On plaisante toujours un peu les congressistes qui font un long voyage.Cette fois, aucun malin n\u2019a osé, je pense, railler le choix de l\u2019Acadie, ni, en Acadie, le choix de l\u2019Université Saint-Joseph de Memramcook (Nouveau-Brunswick).Il est normal que l\u2019A.C.E.L.F.sorte du Québec et aille vers les minorités.Son hommage à la minorité acadienne allait être rendu dans une région et une institution qui ont joué un rôle important dans la reconstitution de l\u2019Acadie.Le rapatriement des déportés commença dès 1763.Un gros effort de repeuplement fut fait en 1766 par des Acadiens exilés en Nouvelle-Angleterre.Ceux qu\u2019on a appelés la « caravane du Massachusetts », soit environ deux cents familles, partirent à pied au printemps, parcoururent courageusement six cents milles et atteignirent après cinq mois Memramcook où la plupart s\u2019établirent.Cent ans plus tard, Memramcook allait voir naître la première institution stable qui donnerait des chefs.En 1838, Stanislas Lafrance, étudiant en théologie de Québec, avait suivi à l\u2019Ile-du-Prince-Édouard Mgr Macdonald, évêque de Charlottetown.Ordonné à Rustico en 1841 et nommé d\u2019abord vicaire à Saint-Jean (N.-B.), il était devenu en 1842 premier curé de Tracadie.Dix ans plus tard, c\u2019était la promotion à Memramcook.Sa première préoccupation fut de fonder un collège.Le 15 octobre 1854, s\u2019ouvrait le Séminaire Saint-Thomas, qui connut tôt l\u2019accablant souci financier et dut fermer en 1862.La Providence n\u2019abandonna ni l\u2019abbé Lafrance ni son collège.Depuis trois ans, le siège épiscopal de Saint-Jean était occupé par Mgr Sweeney,^ autrefois élève au Collège Saint-André de lTle-du-Prince-Édouard, et qui connaissait bien les Acadiens, ayant été curé fondateur de Chatham, puis curé de Barachois.L\u2019abbé Lafrance plaida auprès de son ancien élève, qui était aussi son ami, la cause de son collège.Il revint réconforté.En 1863, il remettait à son évêque le Séminaire Saint-Thomas.Peu après, Mgr Sweeney rencontrait à New-York le visiteur général de la Congrégation de Sainte-Croix et lui offrait le poste de Memramcook.La proposition fut acceptée.Le 7 juin 1864, arrivait, avec huit dollars, le P.Camille Lefebvre, né à Saint-Philippe de Laprairie et premier novice canadien de sa communauté.Le 10 octobre 1864, le Séminaire Saint-Thomas, devenu le Collège Saint-Joseph, ressuscitait et allait croître sans cesse.(Voir Antoine Bernard, C.S.V., l\u2019Acadie vivante.) L\u2019année 1864 est, on le voit, une date importante de l\u2019histoire acadienne.C\u2019était le solide début d\u2019une rayonnante ère éducationnelle.Les Pères Eudistes ouvriraient Je Collège Sainte-Anne de la Pointe-de-l\u2019Église (Nouvelle-Écosse), en 1890; en 1899, celui de Caraquet, continué à Bathurst après l\u2019incendie de 1915; en 1945, le Collège Saint-Louis d\u2019Ed-mundston.Ajoutons les treize communautés de femmes qui s\u2019occupent d\u2019éducation, ainsi que les Frères enseignants: les Frères de Sainte-Croix sont venus avec le P.Lefebvre en 1864; les Frères de l\u2019Instruction chrétienne sont arrivés en 1944 et les Frères du Sacré-Cœur en 1945.C\u2019est donc un geste heureux qu\u2019a posé l\u2019A.C.E.L.F.en allant en Acadie et en tenant son congrès à l\u2019Université Saint-Joseph, que dirige actuellement le R.P.Clément Cormier.Elle s\u2019y rendit avec joie.Elle fut reçue avec enthousiasme.Les congressistes ont apprécié l\u2019organisation, les chants et les danses de folklore des Évangélines, les chants de la chorale de l\u2019Université Saint-Joseph qui arrivait de son fructueux voyage en Europe, l\u2019excursion du dimanche, le souper au homard, la mer.La partie intellectuelle du congrès fut très chargée.Je pense surtout aux nombreux rapports de l\u2019enquête sur l\u2019enseignement français au Canada, rapports qui occupèrent deux séances.Il était difficile pour le rapporteur d\u2019expliquer adéquatement, dans les cinq minutes allouées, un sujet qui couvrait parfois une vaste matière.De plus, le texte intégral des rapports étant remis aux congressistes à la sortie, les auditeurs étaient exposés à suivre moins bien la séance publique.Il aurait été intéressant de voir les congressistes participer activement à la discussion du thème du congrès: Education et unité canadienne, et à l\u2019élaboration de quelques formules, simples et claires, synthétisant cette discussion et invitant à une action adaptée aux milieux et aux besoins.Cette remarque ne vise aucunement à nier l\u2019utilité de l\u2019enquête.Les rapports, préparés par des gens de valeur, paraîtront en volume et constitueront un magnifique dossier.Dans son allocution d\u2019ouverture, Mgr Alphonse-Marie Parent, vice-recteur de l\u2019Université Laval et président de l\u2019Association, définit le thème avec clarté.Retenons quelques formules: a) les deux cultures canadiennes, anglaise et française, « constituent une richesse commune pour nos deux groupes ethniques et doivent devenir un principe d\u2019unité et de solidarité, non un principe de division »; b) pour se développer et être vraiment, comme la culture canadienne-anglaise, une richesse pour notre pays, la culture canadienne-française doit avoir « à sa disposition des moyens adéquats, des moyens d\u2019acquisition et de transmission, bref des institutions d\u2019enseignement et de culture répandues dans toutes les provinces du Canada »; c) « l\u2019unité respecte la diversité qu\u2019elle mesure et ordonne »; d) l\u2019unité canadienne doit dépasser les relations commerciales et économiques et reposer sur des réalités spirituelles; « l\u2019amitié de bienveillance doit être le ciment de cette unité; or, cette amitié, seul l\u2019éducateur qui rend l\u2019homme plus homme, le citoyen meilleur citoyen et le chrétien meilleur chrétien, pourra la faire naître et l\u2019établir solidement » ; e) tout vrai Canadien doit estimer les deux grandes cultures de son pays comme « des parties intégrantes 244 RELATIONS du bien de sa patrie, parties qui se connaissent, se reconnaissent et savent apprécier leur rôle respectif ».Suivit la conférence de Me Gaston Vincent, vice-président et conseiller juridique de l\u2019Association canadienne-française d\u2019éducation d\u2019Ontario.Ayant à parler du « droit naturel et constitutionnel en éducation », Me Vincent examina successivement la constitution canadienne et les lois scolaires des dix provinces.Huit provinces sur dix ont une législation qui, d\u2019une façon ou de l\u2019autre, porte atteinte aux droits de la religion \u2014 la religion catholique n\u2019est pas seule à en souffrir \u2014et du français.Québec et Terre-Neuve sont des modèles.Québec, qui, en plus d\u2019avoir un système officiellement catholique, traite sa minorité avec une justice et une équité absolues; Terre-Neuve, avec un système scolaire à sections confessionnelles, qui ne refuse aucun droit à l\u2019Église catholique; on n\u2019a pas encore de statistiques précises sur le fait français dans cette province.A la fin de sa conférence, Me Vincent a formulé des remarques sages sur une bonne façon de faire reconnaître les droits de la religion et de la langue.« Il faut, en s\u2019inspirant de l\u2019esprit des lois, combattre ce qui lui fait violence dans la lettre de la loi.C\u2019est ainsi qu\u2019il nous est politiquement loisible de travailler à l\u2019évolution de la stricte légalité.» Agir ainsi, c\u2019est être sans doute fidèles à nos traditions et à nos espérances, mais c\u2019est aussi nous conformer « au génie des lois anglaises, essentiellement faites d\u2019un mélange constant de traditions et d\u2019adaptations.Les lois anglaises se perfectionnent non pas en prévoyant ce qui doit être, mais en se formulant de façon progressive selon ce qui est en voie de devenir ».Le procédé est délicat, il exige de la patience et du courage, mais il vient à porter ses fruits.Au Nouveau-Brunswick, où la loi scolaire est nettement non confessionnelle, les faits ne sont pas intégralement conformes à la législation.C\u2019est ainsi que les cours d\u2019été donnés à l\u2019Université Saint-Joseph pour le perfectionnement professionnel du personnel enseignant acadien ont été reconnus officiellement par le gouvernement en 1948.Sans verser dans un optimisme naïf, les Acadiens de la province sont confiants.Présents au banquet de clôture du congrès, le premier ministre ainsi que le ministre de l\u2019Éducation ont eu à l\u2019A.C.E.L.F.une réception cordiale qui a dû les impressionner favorablement.Le thème du congrès appelait une conférence sur l\u2019éducation nationale.Si Canadiens français et Acadiens travaillent d\u2019autant mieux à l\u2019unité canadienne qu\u2019ils sont davantage fidèles à leur culture, ils doivent se souvenir qu\u2019un vigoureux sens national facilitera cette fidélité.La conférence fut donnée par M.l\u2019abbé Paul-Émile Gosselin.« Le secrétaire du Comité de la Survivance comparaît aujourd\u2019hui au tribunal de l\u2019A.C.E.L.F.Il a une mission bien modeste: celle de vous engager à instruire la grande cause de la formation patriotique de notre jeunesse.» Sa « mission modeste », M.l\u2019abbé Gosselin l\u2019a accomplie avec conviction et sans détours.« Il semble y avoir une crainte révérencielle dans certains milieux à parler d\u2019éducation nationale, de formation patriotique.» Aussi s\u2019appliqua-t-il à bien définir cette éducation, à montrer sa nécessité, à en indiquer les agents et les modalités.Texte à lire.La conférence du lieutenant-colonel T.-L.Bullock, de la réserve supplémentaire de l\u2019armée canadienne, publiciste et écrivain, fut donnée en excellent français et écoutée avec beaucoup d\u2019attention.Le conférencier était sympathique.Son père, qui vivait dans les Cantons de l\u2019Est, fit à l\u2019Assemblée législative de Québec un discours dans lequel il demandait à l\u2019Ontario de révoquer le règlement XVII et d\u2019accorder pleine justice aux Canadiens français; sa mère portait « parmi ses noms celui d\u2019Êvangéline et s\u2019est par conséquent vue initiée très jeune à la tragique histoire des Acadiens, pour ensuite apprendre comment ce peuple dépossédé et dispersé a su transformer sa tragédie en un des grands triomphes de nos jours ».M.Bullock estime profondément la population de langue française; il ne se gêne pas pour parler de sa mission spirituelle et pour lui dire de maintenir son unité interne et de « perpétuer son admirable loyauté » envers elle-même.A la sympathie pour le conférencier s\u2019ajoutait la curiosité de voir comment il attaquerait « de front les problèmes du bilinguisme » et quels moyens il proposerait de ne pas provoquer « le soupçon, l\u2019antagonisme et la crainte » des anglo-protestants.M.Bullock a fait des affirmations excellentes.D\u2019autres ne peuvent être acceptées sans distinctions: par exemple, son commentaire sur l\u2019origine de l\u2019article de la constitution qui réserve l\u2019éducation aux provinces, commentaire qui comporte un reproche à Cartier et à ses associés canadiens-français d\u2019avoir, en réclamant ce point, trop uniquement pensé à la province de Québec au détriment des Canadiens français des autres provinces; son affirmation que « les Canadiens anglais ont reçu de la main de Dieu la tâche de voir au développement physique du Canada »; son insistance à prôner une association plus libre entre Canadiens anglais et français « dans les affaires, et surtout dans la vie sociale et intellectuelle »; son regret des attitudes intransigeantes de certains des nôtres.Au sujet de ces deux derniers points, on peut noter que des contacts massifs entre les deux groupes ne sont pas nécessaires à l\u2019unité canadienne; celle-ci est déjà une réalité s\u2019il y a charité envers l\u2019autre groupe et respect de sa culture; les contacts entre intellectuels sont le principal moyen de collaboration, contacts qui ont été nombreux en ces dernières années.Quant à l\u2019intransigeance de certains des nôtres, je ne veux pas laisser entendre que nous sommes sans reproches, mais il est utile de se rappeler la juste remarque de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec dans le mémoire, sobre et serein, présenté récemment au gouvernement fédéral : « Les Canadiens français sont parfois dans une situation vraiment cocasse.Ils doivent revendiquer des droits élémentaires sur tellement de points qu\u2019aux yeux de leurs compatriotes anglophones ils paraissent intransigeants et mesquins.En réclamant des privilèges que lui concède la constitution, mais que lui refuse l\u2019administration, il arrive ceci d\u2019assez saugrenu que celui qui revendique fait figure d\u2019usurpateur et d\u2019enfant terrible du régime, alors que celui qui ignore l\u2019esprit de la constitution passe pour un modéré.Il est très pénible pour les Canadiens français d\u2019avoir à supporter seuls l\u2019odieux de cette situation fausse.» Cette situation explique bien des campagnes tenaces, opiniâtres.Mais ces campagnes ne signifient pas chez ceux qui les font un manque d\u2019estime pour l\u2019unité canadienne, qui ne peut exister sans le respect intégral des deux grandes cultures.M.Bullock me pardonnera ces remarques qui laissent intacts la noblesse de ses sentiments à notre égard et son désir de travailler au rapprochement des deux groupes.Il y eut une séance spéciale pour les instituteurs et les institutrices.Mlle Laure Gaudreault, présidente de la Fédération des institutrices rurales de la province de Québec, parla de la « fraternité dans la profession ».Le programme comportait deux déjeuners-causeries.La Rév.Mère Sainte-Madeleine-du-Sacré-Cœur, maîtresse générale des études de la Congrégation de Notre-Dame et directrice de l\u2019Institut Pédagogique, tint « des propos variés sur l\u2019éducation.» Propos instructifs qui résumaient une tournée pédagogique en Europe au cours de 1950.De la deuxième partie de sa causerie, où elle parlait de l\u2019image que l\u2019on se fait du Canada et de ses institutions dans les milieux scolaires visités, retenons ces assertions: à l\u2019étranger, on ne soupçonne pas « le degré de culture et de civilisation de notre jeune pays »; cette connaissance vague de notre pays n\u2019empêche SEPTEMBRE 1951 245 pas « les portes et les cœurs » de s\u2019ouvrir au « seul nom du Canada »; il y a une grande ignorance du fait canadien-français, de nos institutions, de nos écoles, de notre culture.Au deuxième déjeuner-causerie, présidé par le sympathique Dr G.-A.Frecker, sous-ministre de l\u2019Éducation à Terre-Neuve, M.A.-J.Boudreau, commissaire du Service civil à Ottawa, expliqua « ce que le service public du Canada attend des Canadiens français ».Ce fut un des meilleurs travaux du congrès.Les fautes de la bureaucratie exposent à juger sévèrement l\u2019institution elle-même.M.Boudreau montra comment le rôle du gouvernement, qui est de « favoriser pour toutes les classes de la société un degré de stabilité sociale et de sécurité économique qui seul peut rendre possible l\u2019unité nationale », ne se conçoit pas sans des rouages administratifs adaptés au fardeau; d\u2019où « l\u2019extrême importance de l\u2019administrateur public ou du fonctionnaire ».Ces considérations l\u2019amenèrent à parler de la participation des Canadiens français au service civil.« C\u2019est un problème d\u2019unité nationale pour tout le pays et un problème de survivance pour notre groupe ethnique, avec ses principes, ses En attendant les «unions de familles» Pierre LAPLANTE QUELQUE CHOSE mijote actuellement dans la marmite, et ça sent bon.Un projet se précise petit à petit.Il prendra peut-être corps dans un avenir rapproché, et il aura sûrement des répercussions profondes sur l\u2019avenir de nos familles.On se rappelle que la Semaine sociale de Nicolet (1950) avait émis le vœu que s\u2019organisent des « unions de familles » qui auraient pour rôle de grouper nos familles \u2014 à la façon des unions ouvrières \u2014 pour qu\u2019elles mettent en commun leurs problèmes et veillent à promouvoir leur propre bien-être.Le même vœu a été émis encore récemment au Congrès des relations industrielles de Québec.Et, dans l\u2019intervalle, des groupes spontanés se sont formés à Montréal, à Québec, à Ottawa et ailleurs pour étudier davantage ce projet riche de promesses, pour sonder le terrain et rallier des collaborations.Cette préoccupation unanime rencontrée dans des milieux fort différents montre bien que le projet répond à un besoin de l\u2019heure.En attendant que se forment les « unions de familles », essayons de retracer l\u2019évolution qui a changé le statut social de nos familles et les oblige maintenant à un nouvel effort d\u2019adaptation.\u2014 I \u2014 Il ne sert plus à grand chose aujourd\u2019hui de rêver aux belles familles rurales de l\u2019autre génération, alors que les enfants étaient bienvenus, parce qu\u2019ils n\u2019étaient pas une surcharge et qu\u2019on avait de l\u2019espace pour les garder; beau temps où tout le monde travaillait en traditions, sa culture, sa langue et sa foi.» La qualité de nos fonctionnaires importe plus que leur quantité.« Ce qui nous intéresse dans le service public du Canada, ce n\u2019est pas tant d\u2019avoir le tiers des positions et des salaires que d\u2019y exercer la moitié de l\u2019influence.» Cette influence s\u2019obtiendra par « la collaboration de toutes les bonnes volontés ».Les éducateurs ont un rôle plus important, car eux principalement doivent « rehausser, surtout chez les plus brillants parmi nos jeunes, le prestige du service public ».Il ne s\u2019agit pas de leur cacher les difficultés, mais « il faut leur expliquer tout le patriotisme et tout le mérite qu\u2019il y a dans une carrière publique au service de ses compatriotes ».Au banquet de clôture du congrès, une merveille pour le palais et les yeux, il y eut le salut de l\u2019Église, du Canada, des provinces et de la France.Nombreux discours! Ils eurent l\u2019avantage de susciter des manifestations d\u2019unité canadienne.Le quatrième congrès de l\u2019A.C.E.L.F.était terminé.Les travaux présentés laissent à notre méditation une matière abondante.Le souvenir de l\u2019Acadie va rester bien vivant dans le cœur des congressistes.M.Pierre Laplante, licencié en sciences sociales de l'Université Laval et secrétaire des sections d\u2019études du Conseil central des œuvres de Québec, nous parle des problèmes actuels de la famille.famille, au grand air, où chacun était propriétaire, où les grands-parents pouvaient passer tranquillement leurs vieux jours au milieu de ceux qui leur devaient la vie.Aujourd\u2019hui, la grande majorité de nos familles vit dans les villes \u2014 les villes qui ne favorisent pas la vie de famille, à cause des petits logements, des salaires limités, de l\u2019éparpillement; les villes qui ne favorisent pas la vie tout court, parce que tout y est artificiel, mécanisé, commercialisé, compliqué.Mais il faut bien se dire qu\u2019il n\u2019y a pas de place sur notre planète pour deux milliards de ruraux, et que, sans nos villes, il serait impossible de développer les techniques et les machines qui permettent de faire vivre une population sans cesse croissante.Alors, rien ne sert de gémir.Il faut vivre aujourd\u2019hui et tirer le meilleur parti possible de notre situation, en faisant confiance à la Providence.A première vue, U semble que notre civilisation tende presque systématiquement à étouffer la vie de famille.1.\tLe père, qui, autrefois, travaillait tout près des siens, sur sa ferme ou dans sa boutique, doit maintenant s\u2019éloigner pour aller à l\u2019usine ou au bureau.Sa famille ne collabore plus à son travail, et, si les enfants veulent travailler, ils s\u2019éloignent eux aussi de la maison.2.\tComme le travail est maintenant isolé de la famille, et que chacun gagne en proportion de son travail, il s\u2019ensuit qu\u2019un père de famille ayant plusieurs enfants à charge gagne moins qu\u2019un couple sans enfant dont la femme travaille à l\u2019extérieur.246 RELATIONS 3.\tDès que l\u2019enfant atteint l\u2019âge de raison, il passe la majeure partie de ses journées à l\u2019école et dans des organisations de loisirs, où les parents n\u2019exercent pratiquement aucun contrôle.4.\tLes logements d\u2019aujourd\u2019hui sont trop petits pour que la vie de famille puisse s\u2019y épanouir à l\u2019aise.5.\tLorsqu\u2019une famille est « mal prise », elle ne peut plus guère compter sur l\u2019aide des parents ou des amis.Lorsque les parents vieillissent, ils ne peuvent plus vivre avec leurs enfants mariés.6.\tLa prévoyance et l\u2019épargne familiales tendent à être remplacées par la sécurité sociale.7.\tUne propagande de plus en plus insidieuse prône partout la vie facile, l\u2019amour égoïste et la limitation des naissances.On pourrait allonger indéfiniment la liste des exemples qui montrent la situation pénible des familles d\u2019aujourd\u2019hui.Il faut bien remarquer cependant que ce ne sont pas là des conséquences fatales du progrès moderne.Certaines sont dues au fait que notre société passe par une crise de croissance, et pourront se corriger à la longue.Si notre société moderne était résolument orientée en fonction du bien-être des familles, le sort de celles-ci pourrait s'améliorer considérablement.1.\tLa sécurité économique de la famille serait assurée: a) si le salaire de base était proportionné aux charges d\u2019une famille moyenne; b) si, à partir de ce revenu, on faisait des rajustements en fonction des charges de famille réelles, grâce aux allocations familiales, aux exemptions d\u2019impôts et à certains services gratuits, tels que l\u2019école primaire; c) si, enfin, on répartissait sur l\u2019ensemble de la population les risques sociaux, tels que la maladie, le chômage temporaire, la mort prématurée, l\u2019invalidité, la vieillesse.2.\tDe même, les conditions d'habitation seraient très convenables si on facilitait aux familles l\u2019accès à un foyer où l\u2019on trouvera l\u2019intimité et l\u2019espace suffisants pour épanouir la vie familiale, et si l\u2019aménagement de nos villes prévoyait des « unités de voisinage » pourvues de tous les moyens propres à y favoriser la vie communautaire d\u2019un village à l\u2019intérieur de la ville.Ces deux exemples \u2014 pour ne citer que ceux-là \u2014 ont déjà commencé à se réaliser çà et là, à divers degrés.Ils se réaliseront de façon plus systématique le jour où les premiers intéressés \u2014 nos familles \u2014 sauront faire orienter à leur avantage l\u2019évolution de la société moderne.D'ailleurs, cette évolution, dont on a dit tant de mal, eut une heureuse influence, en ce qu'elle a permis d'épurer en quelque sorte le rôle propre de la famille.1.On reconnaît de plus en plus clairement la mission essentielle de la famille, qui est « d\u2019épanouir et d\u2019abriter l\u2019amour par l\u2019entraide des époux, par la procréation et l\u2019éducation des enfants » (J.Folliet).2.\tLa besogne du ménage se trouve allégée, et le rôle de la femme en est ennobli.3.\tL\u2019autorité paternelle est moins rigoureuse, et les parents mettent plus de compréhension dans leur rôle d\u2019éducateurs.4.\tL\u2019enfant n\u2019est plus subi comme un risque inévitable, mais chacun devient « nommément et singulièrement voulu par la liberté des époux » (Folliet).5.\tLes époux eux-mêmes « se sont librement choisis hors de toute pression sociale et de toute considération d\u2019intérêt » (Folliet).6.\tEnfin, la famille sent de plus en plus qu\u2019elle ne peut s\u2019isoler, mais qu\u2019elle est étroitement solidaire de son milieu social.A bien y penser, la situation n\u2019est peut-être pas aussi désespérée que certains tendent à le croire.Mais il est grand temps que nos familles se serrent les coudes pour voir à ce que la société moderne évolue au bénéfice de la famille, au lieu que celle-ci ait à se plier aux caprices d\u2019une évolution désordonnée.\u2014 II \u2014 Oui, le statut social de nos familles a été profondément modifié en l\u2019espace d\u2019une ou deux générations.Alors que la famille d\u2019hier tendait à se suffire à elle-même, celle d\u2019aujourd\u2019hui se trouve dépouillée de toutes ses fonctions secondaires, et sa vie devient de plus en plus liée à celle du milieu social.La famille ne produit plus ce qu\u2019il lui faut pour vivre: elle reçoit la nourriture, les vêtements et les accessoires de ménage de diverses agences spécialisées, en échange du travail spécialisé fourni par le père.La famille ne suffit plus à fournir seule à ses enfants les connaissances et la formation requises pour répondre à leurs nouvelles responsabilités sociales.La famille d\u2019aujourd\u2019hui se trouve entourée d\u2019un réseau de services de santé, de bien-être, de loisirs, qui l\u2019aident à faire face à des situations nouvelles.La famille ne peut plus s\u2019isoler des influences qui pénètrent partout par l\u2019intermédiaire de la presse, de la radio et des autres moyens de communication actuels.Le sort de nos familles se trouve lié à des organismes de plus en plus puissants et complexes, \u2014 organismes gouvernementaux, corporations financières, mouvements de masses, etc., \u2014 qui contrôlent la vie sociale et sont eux-mêmes difficilement contrôlables à cause même de leur complexité.Certains pessimistes inclinent à croire que le monde actuel évolue vers une « technocratie » absolue, c\u2019est-à-dire un régime dominé par des techniciens et des spécialistes enfermés dans les cadres de leur science, hors de tout contrôle populaire.SEPTEMBRE 1951 247 Mais tel n\u2019est pas le cas.Quelle que soit la complexité des organismes sociaux, ils n\u2019ont de raison d\u2019être que dans la mesure où ils répondent aux besoins humains de la population.Or, la famille connaît bien ses besoins.Elle sait la mission qu\u2019elle doit accomplir sur la terre, et elle peut facilement dire au technicien: « Je ne connais pas tous les rouages de votre machine, mais, en ce qui me concerne, elle ne donne pas le rendement désiré.Veuillez donc y voir! » Elle peut dire encore: « J\u2019ai besoin d\u2019une maison convenable; mes enfants ont besoin de grandir dans un climat qui ne flétrisse pas leur âme.Prenez les moyens nécessaires.Produisez-nous des résultats! » Si la famille ne peut trouver par elle-même les solutions à tous ses problèmes, elle peut établir une collaboration efficace avec ceux qui ont en main les solutions et qui, en définitive, sont à son service.Cette collaboration deviendra efficace à mesure qu\u2019elle « s\u2019institutionnalisera ».Elle vaudra dans la mesure où les familles parleront à l\u2019unisson, se tiendront en éveil et chercheront à contrôler méthodiquement la vie sociale.Et c\u2019est ici qu\u2019interviennent les « unions de familles ».Un « corps familial », à côté du corps professionnel et des autres organismes sociaux, constituerait une étape nouvelle dans l\u2019établissement de « groupements intermédiaires » entre les individus et l\u2019État, conformément aux vues de l\u2019Église.Mais ici, il faudrait prendre garde de ne pas tomber dans un abus auquel on cherche précisément à porter remède.Si les « unions de familles » devenaient des organismes de simple revendication, qui n\u2019enrôleraient les familles que pour faire nombre, on aboutirait à un autre groupement « massif » dans lequel les familles n\u2019auraient pas de participation et de contrôle réels.Ce qui importe avant tout, c\u2019est de permettre à nos familles de s\u2019intégrer dans la société nouvelle, de développer des liens de solidarité, une « communauté de destin » (G.Thibon), d\u2019avoir une voix efficace au chapitre du monde avec lequel elles sont indissolublement liées.Or, la famille ne se sentira jamais à son aise dans un groupement « massif ».Elle s\u2019y sentirait perdue, bousculée.Elle n\u2019y aurait pas de rôle actif; elle ne pourrait qu\u2019acquiescer aux revendications qu\u2019on ferait en son nom.« La communauté de destin vécue est liée à l\u2019existence d\u2019un prochain: il faut que l\u2019homme puisse voir et toucher les êtres dont il est solidaire » (Thibon).Avez-vous déjà entendu discuter entre elles des mères de famille qui menaient leurs enfants à la clinique, à l\u2019école ou à la colonie de vacances ?des pères de famille qui désiraient se construire une maison ?des jeunes filles qui suivaient ensemble un cours de préparation au mariage et travaillaient à leur trousseau ?des jeunes gens qui avaient de la difficulté à se trouver des situations d\u2019avenir ?C\u2019est à partir des solidarités concrètes de la vie quotidienne que peuvent se former les cellules vivantes d\u2019un mouvement familial.Ces cellules se nourriront d\u2019échanges d\u2019idées, d\u2019entraide, de collaboration à des projets communs.Elles auront chance de se développer et de survivre à condition de n\u2019être pas refermées sur elles-mêmes, mais d\u2019être reliées organiquement au corps social.« Il faudrait, dit Gustave Thibon, que la société fût bâtie de telle sorte qu\u2019on pût s\u2019élever, de petit groupe en petit groupe, jusqu\u2019au sommet de la hiérarchie, sans qu\u2019à aucun degré le contact humain fût perdu.» C\u2019est devenu un vieux cliché de répéter que la famille est la cellule vivante de la société.Le temps semble venu de le démontrer dans les faits.\u2022 \u2014., # HORIZON INTERNATIONAL FRANCE T\u2019ÉTAT renoncerait aux lois laïques, décrétées intangibles depuis un demi-siècle.L\u2019enseignement libre pourrait recevoir des subsides gouvernementaux.Aucune idéologie ne prévaut contre la réalité qui impose cette décision.M.Joseph Paul-Boncour, chef socialiste français, vient de faire des déclarations sensationnelles à ce sujet, au nom d\u2019une commission d\u2019études pour l\u2019ensemble des problèmes scolaires dont il est le président.La commission, sans autorité exécutive, formule des vœux.Le gouvernement fera-t-il l\u2019imprudence de les ignorer?Les ministres et députés socialistes pourront-ils se libérer de leurs fétiches?Il n\u2019y a rien d\u2019aussi immobile qu\u2019un sectaire dont l\u2019unique base intellectuelle s\u2019effondre, car sur quoi s\u2019appuiera-t-il?Ses collègues plus intelligents, et peut-être moins tenaces, arriveront-ils à le rassurer et à le gagner ?Les partisans de l\u2019école laïque, unique et obligatoire, avaient espéré faire l\u2019unité du pays.Donnons, disaient-ils, une éducation commune, identique et démocratique, et les enfants grandiront dans la tolérance mutuelle.Telle avait été la thèse.En réalité, on ne réussit qu\u2019à imposer à l\u2019État une pédagogie minoritaire; il en résulta une intolérable contrainte pour un grand nombre de familles, et le déchirement français jusqu\u2019à l\u2019invasion allemande de 1914.Ce qui sauva le pays, alors, ce ne fut pas le laïcisme, mais « l\u2019union sacrée », forgée par le désintéressement de ceux qui avaient été brimés jusqu\u2019alors, les catholiques.Une fois l\u2019ennemi battu et la crise passée, cette vérité fut mise de côté, et le laïcisme fut souvent proclamé intangible jusqu\u2019au jour où la catastrophe de 1940 en démontra la malfaisance.Vint alors le statut de Vichy.Cette mesure d\u2019élémentaire justice, qui faisait participer les écoles catholiques aux impôts scolaires payés par les parents catholiques, ne fut pas un acte de collaboration criminelle avec l\u2019Allemagne nazie, puisque celle-ci avait détruit chez elle les écoles confessionnelles en faveur de son monopole.On ne recula pas devant le mensonge pour accabler le vieux maréchal qui avait porté 248 RELATIONS atteinte au monopole laïque.Ce fut là, peut-être, la principale raison de l\u2019étrange acharnement contre lui.Cette étroitesse d\u2019esprit survécut aux douloureux examens de conscience dans le silence de l\u2019occupation, à la grande joie de la libération que troublèrent d\u2019indignes vengeances, à la subordination des efforts en vue de la reconstitution nationale, à la trahison communiste.L\u2019urgence de s\u2019unir devant la périlleuse montée du danger rouge éclate aux yeux.La France ne peut trouver son unité jque dans le respect de la liberté.Imposer une éducation d\u2019État contre la volonté de Français trop nombreux n\u2019est pas seulement injustice et tyrannie, c\u2019est une impossibilité qui risque de tuer la France.Malgré les subsides et privilèges dont il a été comblé, l\u2019enseignement public n\u2019est pas outillé pour les tâches à accomplir.Après un demi-siècle de persécution fiscale, l\u2019enseignement libre trouve encore chaque année la somme de 13,750,000,000 de francs pour subvenir à ses besoins; d\u2019autres donnent des chiffres encore plus élevés.Dans les Études (janvier 1950), Robert Rouquette mentionna un budget annuel de dix-huit milliards.D\u2019après E.de Buat (Revue des Questions actuelles, août 1948), on comptait, il y a trois ans, 11,000 écoles primaires, 1,250 écoles secondaires, 300 écoles techniques, 5 instituts catholiques.Devant la science internationale, seul tribunal qui compte, les instituts catholiques ont depuis longtemps brisé le monopole de l\u2019Université.Quand on fonda le Secrétariat d\u2019études pour la liberté de l\u2019enseignement et de la culture, le 10 mars 1948, on se rendit compte que les plus brillants écrivains de France sympathisaient avec son programme.Le personnel de l\u2019Université, qui compte de dignes personnes, se trouvait en vilaine posture.Il faisait figure de primaires, d\u2019intolérants, qui affrontaient la concurrence grâce à une protection déshonorante.On fut particulièrement insulté par les « procès de kermesse » (1947-1948).L\u2019enseignement primaire libre, destiné surtout aux classes moins fortunées, ne bouclait pas son budget avec ce que les enfants apportaient pour frais de scolarité.Pour combler le déficit, on avait recours aux moyens classiques: représentations, tombolas, kermesses, etc.Il s\u2019agissait de bienfaisance; on avait droit à l\u2019exemption de la taxe sur les spectacles.Ce n\u2019est pas ainsi que raisonnèrent certains fonctionnaires.Ils se présentèrent chez le curé, exigèrent les quelques francs dont devaient bénéficier, semble-t-il, les œuvres de bienfaisance laïque, seules officiellement existantes.Ce fut un beau scandale.Les prêtres refusèrent de payer et renvoyèrent les publicains aux associations de parents qui organisàient et géraient ces « kermesses ».Ce fut néanmoins le clergé qu\u2019on cita en cour, pour des raisons qui ne sont pas entièrement claires.Il vint.On s\u2019imagine difficilement l\u2019émoi causé dans les villages et les villes par ces étranges procès.L\u2019émotion grandit quand les évêques vinrent témoigner à la barre.Un prince de l\u2019Église, le cardinal Roques, vint témoigner à deux reprises, à Rennes et à Montfort, et observa que ces procès seraient plus justement appelés « procès de l\u2019enseignement libre à propos des kermesses ».Au début, les tribunaux hésitèrent; en appel, les condamnations furent maintenues.Dans les églises, les fidèles stupéfiés se réunirent.Les parents des 1,300,000 enfants qui fréquentent les 11,000 écoles primaires libres de France ne comprirent pas cette condamnation qui les frappa.Il y eut encore l\u2019incident des houillères, peut-être plus sordide que celui des kermesses.Dans les localités minières du Nord et d\u2019ailleurs, les patrons chrétiens avaient établi des écoles libres pour les enfants de leurs ouvriers.Vint la nationalisation.L\u2019État, en acquérant les houillères, accapara les écoles qui cessèrent d\u2019être chrétiennes pour devenir « laïques », c\u2019est-à-dire sans-Dieu.C\u2019était une victoire pour l\u2019idéologie socialiste, une défaite pour les prolétaires chrétiens.Cette mesure fut discutée au parlement.M.Robert Schumann fit un courageux effort pour défendre la liberté des écoles chrétiennes; il y eut d\u2019étranges lâchages! Pendant la campagne électorale du printemps, les politiciens non socialistes allèrent devant le peuple s\u2019en accuser mutuellement.C\u2019était pénible.En définitive, l\u2019école laïque, unique et obligatoire, avait été introduite par la franc-maçonnerie radicale.Le socialisme marxiste, dominé par son idéologie matérialiste, préserve cet héritage du capitalisme.Il est bon d\u2019observer qu\u2019en matière d\u2019éducation il y a moins dejdistance entre le socialisme et le vieux libéralisme qu\u2019entre l\u2019Église catholique et l\u2019un et l\u2019autre de ces systèmes.Tout en développant, avec les sacrifices que l\u2019on sait, leur réseau d\u2019écoles séparées, les catholiques français entrèrent dans l\u2019enseignement laïque.A la fin de mars, Pie XII reçut à Rome 3,000 professeurs et instituteurs de l\u2019Université, membres de l\u2019Union laïque de l\u2019enseignement public.En même temps, 30,000 pères de famille se réunirent à Toulouse pour le congrès de l\u2019enseignement libre; ils réclamèrent le régime de justice auquel ont droit tous les Français, mais dont les parents catholiques sont injustement privés.Quelques jours après, les 3 et 4 avril, pour la première fois depuis 1906, les évêques de France se réunirent en assemblée plénière: 4 cardinaux, 21 archevêques, 81 évêques.Trois questions furent inscrites à l\u2019ordre du jour: l\u2019organisation du secrétariat de l\u2019épiscopat et du secrétariat d\u2019Action catholique, la pastorale des sacrements et l\u2019enseignement libre.Le cardinal Gerlier donna lecture d\u2019un rapport qui était la synthèse d\u2019une très vaste enquête, à laquelle avaient participé tous les évêques de France, les chefs de plusieurs congrégations enseignantes et les dirigeants laïques de plusieurs mouvements scolaires.La déclaration de l\u2019épiscopat \u2014 document d\u2019une rare puissance \u2014 fut approuvée à l\u2019unanimité, ainsi que le rapport du cardinal Gerlier, et parut dans la Croix du 6 avril.Les évêques se réclament de leur mission pastorale pour rappeler quel doit être le rôle de l\u2019Église en matière d\u2019éducation.Il n\u2019y a pour un chrétien d\u2019école pleinement satisfaisante que l\u2019école chrétienne.Le devoir que fait l\u2019Église aux parents catholiques de lui confier leurs enfants apparaît dans la logique meme de la foi.Dans un pays divisé de croyances, l\u2019État peut mettre des écoles neutres à la disposition des familles qui les désirent; il n\u2019a pas le droit d\u2019empêcher les parents catholiques d\u2019envoyer leurs enfants aux écoles qu\u2019ils préfèrent: Dans un trop grand nombre de cas, seuls les privilégiés de la fortune ou d\u2019une certaine aisance sont effectivement en mesure d\u2019assurer à leurs enfants l\u2019école de leur choix.Privés de toute aide financière, les parents ne peuvent envoyer leurs enfants à l\u2019école libre qu\u2019au prix de sacrifices exorbitants, et qui ne leur permettent même pas d\u2019assurer une rétribution convenable à des maîtres dont il leur est dur de ne pouvoir mieux reconnaître le magnifique dévouement.Que devient alors l\u2019affirmation solennelle contenue dans l\u2019article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme, promulguée le 10 décembre 1948, et que la France a signée: « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d\u2019éducation à donner à leurs enfants » ?Et un peu plus loin: Nous nous adressons loyalement à tous les esprits droits, quelle que soit leur position philosophique ou confessionnelle, et nous leur disons: Est-il admissible, dans un pays qui s\u2019honore d\u2019avoir toujours combattu pour la liberté et qui proclame volontiers que toutes les libertés sont solidaires, qu\u2019un père de famille pauvre se voie refuser, en fait, l\u2019une des plus sacrées, devenue, qu\u2019on le veuille ou non, le privilège de l\u2019argent ?A cette logique, appuyée sur l\u2019article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme, on ne pouvait répondre que par l\u2019adhésion, le silence, ou des gros mots.M.Paul-Bon-cour et sa commission s\u2019honorèrent en l\u2019approuvant.M.Spaak, d\u2019ailleurs, a récemment orienté le socialisme belge dans la SEPTEMBRE 1951 249 même direction.D\u2019autres préférèrent les gros mots.M.Albert Bayet, président de la Ligue de l\u2019Enseignement, parla de « prélats pétainistes » et de « nostalgie de Vichy », sans toutefois proposer une autre interprétation de la Déclaration des Droits de l\u2019Homme.A travers le monde, partout où les parents chrétiens veulent que leurs enfants soient éduqués dans la religion de leurs pères, on suit cette lutte avec la plus vive attention.ESPAGNE J E 18 JUILLET 1951, à l\u2019occasion du voyage / j de l\u2019amiral Sherman à Madrid, M.Dean Acheson annonça que les Etats-Unis allaient se mettre d\u2019accord avec l'Espagne sur certaines questions d\u2019ordre militaire.Un vieil héritage de pression soviétique sur l\u2019Europe occidentale et l\u2019Amérique est en voie de disparaître.Il y aura encore du remous.Durant la dernière guerre, l\u2019Espagne resta neutre dans le conflit qui opposa l\u2019Axe aux puissances occidentales.Si elle favorisa l\u2019une des parties, ce fut plutôt le groupe anglo-américain.Au début, l\u2019Allemagne acheta un peu plus, parce qu\u2019elle disposait des énormes crédits accumulés durant la guerre civile; ceux-ci, en 1943, étaient presque usés; aussi, la balance commerciale pencha fortement en faveur des Alliés; cette année, l\u2019Allemagne acheta 500,000 tonnes de minerai de fer; la seule Angleterre, 925,000; l\u2019Allemagne acquit 43,000 tonnes de pyrite; l\u2019Angleterre, 210,000.On se battait surtout pour le wolfram, d\u2019extrême importance stratégique, dont le prix avait monté de 8 pesetas (1939) à 300 pesetas (1943) le kilo.En 1943, l\u2019Allemagne en acquit 1,445 tonnes; les Alliés, 2,770.Durant les mois qui précédèrent le débarquement allié, les livraisons de wolfram à l\u2019Allemagne cessèrent à peu près totalement.En encourageant la formation et le départ de la « légion bleue » (d\u2019après A.A.Gromyko, 47,000 hommes et une escadrille), l\u2019Espagne commit un acte hostile contre l\u2019Union soviétique.Il est vrai que l\u2019U.R.S.S.avait assumé la même responsabilité en envoyant ses « volontaires » en Espagne durant la guerre civile, que le Komintern avait ameuté le monde contre l\u2019Espagne en organisant, équipant et ravitaillant les « brigades internationales ».L\u2019Espagne, d\u2019autre part, se sentait obligée vis-à-vis de l\u2019Allemagne nazie, qui avait envoyé en Espagne, durant la guerre civile, la division Condor, dont les services coûtèrent à l\u2019Espagne 374,000,000 de reichsmarks.Après la victoire, l\u2019Union soviétique voulut régler le compte du général Franco.On commença par exclure l\u2019Espagne de la conférence de San-Francisco et des Nations Unies.Le 15 novembre 1945, le gouvernement français (auquel participaient les communistes) proposa à l\u2019Angleterre et aux États-Unis de rompre avec Franco, de reconnaître le gouvernement espagnol en exil.En ce temps-là, l\u2019U.R.S.S.assimilait les tranches de monde qui lui avaient été servies à Yalta et Potsdam.Elle réclamait, au nom de la Géorgie, le territoire de Trébizonde en Turquie et, au nom de l\u2019Arménie soviétique, Kars et Ardahan.Le reste de la Turquie devait disparaître dans le Kurdistan, dont on parlait beaucoup, qui devait englober aussi l\u2019Azerbaidjan iranien.La France s\u2019apprêtajt à fermer la frontière espagnole le 26 février 1946.Les États-Unis pressaient Chiang Kai-shek, victorieux jusqu\u2019en Mandchourie, de faire place dans son gouvernement aux communistes chinois.A Toronto, le doyen rouge avait amené un archevêque soviétique en mystérieuse mission, Alexis de Jaroslav et Rostov, se faire photographier avec le maire de la ville.A New-York, Julian Huxley proclamait aux journalistes que le secret atomique devait être mis à la disposition des « Nations Unies ».Tout marchait à souhait pour l\u2019U.R.S.S., quand, le 15 février 1946, éclata l\u2019affaire Gouzenko.Elle devait avoir une importance décisive dans l\u2019histoire du monde.A partir de ce jour, l\u2019Union soviétique, démasquée, dévoilée, découverte, ne pouvait compter que sur ses satellites.Le 9 avril 1946, la « Pologne » (de M.Bierut) logea aux Nations Unies une plainte contre l\u2019Espagne.La presse d\u2019U.R.S.S.fournit les détails: l\u2019Espagne maintenait sous les armes un million de soldats, commandés par 50,000 officiers allemands; 400,000 hommes, massés sur la frontière, attendaient l\u2019ordre d\u2019envahir la France.Les savants hitlériens se livraient en Espagne aux recherches atomiques.Le danger de guerre était imminent, il fallait y parer d\u2019urgence.L\u2019Union soviétique et son groupe voulaient que l\u2019Espagne soit mise en quarantaine, que les nations brisent leurs rapports diplomatiques et cessent de commercer avec elle.Les unions ouvrières, fédérées dans la Fédération mondiale des syndicats, eurent l\u2019ordre de ne pas décharger les marchandises espagnoles, de laisser les cargaisons pourrir sur les quais.Les caisses d\u2019oranges et de tomates résistaient difficilement à une grève prolongée.Ces mesures devaient provoquer une crise violente, le renversement du régime, l\u2019accès au pouvoir d\u2019un « front populaire » semblable à celui des bonnes années de 1934 à 1936, autrement violent que ceux qui subsistèrent en France jusqu\u2019à la crise du 4 mai, en Italie jusqu\u2019à celle du 14 mai 1946.Il ne s\u2019agissait pas seulement de détourner l\u2019attention de l\u2019espionnage soviétique au Canada et aux États-Unis, ni de liquider Franco et d\u2019assouvir une vieille rancune.Encore en avril 1946, un bouleversement espagnol risquait de pousser toute l\u2019Europe derrière le rideau de fer.Ce ne fut ni la clairvoyance ni l\u2019énergie de nos gouvernements qui nous sauva.L\u2019affaire traîna toute l\u2019année.Enfin, le 12 décembre 1946, toujours sur proposition polonaise et après un énergique discours de M.Gromyko, l\u2019Assemblée générale des Nations Unies recommanda à ses membres de rappeler leurs diplomates, d\u2019exclure de toutes les organisations rattachées aux Nations Unies, même de l\u2019Union postale universelle, l\u2019Espagne mise au rancart de l\u2019humanité, et de cesser le commerce avec elle.Au vote, la Grande-Bretagne et les États-Unis s\u2019abstinrent, ne jugeant pas opportun de livrer bataille à l\u2019Union soviétique sur ce terrain.Le général Franco observa que c\u2019était, payer « monnaie d\u2019apaisement » à l\u2019Union soviétique, et tint bon.Les Espagnols se serrèrent autour de lui.L\u2019Espagne remonta seule le dur chemin de sa reconstruction.Les ambassadeurs partirent; le commerce resta.En pesetas-or (avant l\u2019inflation, la peseta-or valait 20 sous; elle en vaudra aujourd\u2019hui environ 35), le commerce international de l\u2019Espagne se résume comme suit: 1947.1948 1949.1950 Importations 1.214.000.\t000 1.439.000.\t000 1.435.000.\t000 1.195.000.\t000 Exportations 938,000,000 1,106,000,000 1.246.000.\t000 1.241.000.\t000 Elle exportait surtout des fruits, des tomates, du vin, de l\u2019huile d\u2019olive et des tissus.Il lui fallait surtout du blé (ces dernières années, les récoltes furent très mauvaises; au Canada, elle acheta, en 1950, pour $5,143,201 de blé et $250,000 de farine), du coton pour ses filatures, des machines, du pétrole et du charbon.Elle traitait surtout avec l\u2019Angleterre, les États-Unis et la France.Ainsi, durant les trois premiers mois de 195L l\u2019Angleterre acheta 19% des exportations espagnoles, les États-Unis 14% et la France 8%.La presse de ces trois pays traitait l\u2019Espagne avec une sévérité inaccoutumée; d\u2019ordinaire, entre fournisseurs et clients, on est poli.Elle ramassait toutes les rumeurs qu\u2019on 250 RELATIONS faisait circuler sur l\u2019Espagne, prévoyait périodiquement une révolution imminente.Y avait-il une grève ?Le régime allait être renversé! Les évêques faisaient-ils allusion à quelque malaise social, à quelque injustice?L\u2019édifice franquiste se lézardait.On finit par se rendre compte que celui qui menaçait la paix du monde en Indonésie, en Indochine, en Malaisie, au Tibet, en Corée, aux Philippines, en Iran, qui imposa aux Américains le célèbre airlift qui sauva Berlin de la famine, qui entretenait dans les divers pays la multitude d\u2019espions qu\u2019on finissait par dépister, arrêter, juger et condamner, ce n\u2019était pas Franco.Quand, en 1948, la France rouvrit sa frontière avec l\u2019Espagne, rien n\u2019arriva.Quelqu\u2019un, qui n\u2019était pas Espagnol, avait bataillé contre des moulins à vent.On pouvait faire des petits affronts aux diplomates et agents commerciaux d\u2019Espagne; ils avaient de la tenue; leur parole valait quelque chose; ils n\u2019étaient pas achetables, et ils ne corrompaient personne.Et puis, la situation mondiale devenait de plus en plus tendue.La production du wolfram n\u2019est pas profitable en temps de paix; en 1945, elle était tombée, en Espagne, à 300 tonnes; elle monta, en 1946, à 400; en 1948, à 800; en 1949, l\u2019Espagne en exporta pour 1,990,000 pesetas-or; en 1950, pour 3,312,000.Sans doute, la Conférence internationale sur les matières premières, qui se réunit le 6 juillet 1951, assigna les quantités suivantes: Australie, 165 tonnes; Congo belge, 35; Bolivie, 600; Brésil, 125; Nouvelle-Zélande, 5; Portugal, 500; États-Unis, 20; Espagne, 240.D\u2019autres facteurs ont pesé sur cette décision, mais il est bon de ne pas se faire d\u2019illusions: il y a deux grands centres de wolfram dans le monde: l\u2019Espagne et le Portugal, puis la Chine.Ce dernier pays vient de passer derrière le rideau de fer.En janvier 1950, M.Dean Acheson suggéra que la décision de 1946 soit rescindée, et que chaque pays prenne vis-à-vis de l\u2019Espagne l\u2019attitude qu\u2019il jugerait opportune.L\u2019idée fit son chemin.Le 4 novembre 1950, l\u2019Assemblée adopta (38 voix contre 10, et 12 abstentions) une proposition de huit pays ibéro-américains annulant la décision de 1946.On n\u2019approuvait pas la politique intérieure espagnole; on laissait subsister le préambule de 1946, qui condamnait l\u2019Espagne pour avoir aidé l\u2019Allemagne, qui affirmait que Franco ne représentait pas l\u2019Espagne.On laissait à chaque État le soin de régler ses rapports diplomatiques ou commerciaux avec elle; on l\u2019admettait dans les organisations internationales des Nations Unies.Les dix votes négatifs furent ceux des pays d\u2019Europe orientale auxquels se joignirent l\u2019Uruguay, le Mexique, le Guatemala.Abstentions: Australie, Birmanie, Cuba, Danemark, Éthiopie, France, Inde, Indonésie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Suède, Grande-Bretagne.Quand, il y a quelques jours, les États-Unis annoncèrent leur rapprochement avec l\u2019Espagne, les services du Quai d\u2019Orsay, en France, se méfièrent: « Ce projet n\u2019est ni compatible avec les idées de l\u2019alliance occidentale, telles qu\u2019elles sont définies dans le préambule du pacte atlantique, ni justifié par une nécessité urgente, puisque rien ne menace directement la sécurité de l\u2019Espagne.Les avantages stratégiques apparents, ajoutent-ils, seraient largement annulés par le trouble qu\u2019il jetterait dans l\u2019unité morale et politique de la communauté atlantique.» De ce résumé, qui parut dans la Croix du 21 juilllet, retenons la dernière phrase qui seule contient quelque chose de réel.La diplomatie soviétique travaille à dissocier l\u2019Amérique de l\u2019Europe.La communauté de l\u2019Atlantique sera-t-elle, par des héritages empoisonnés, empêchée d\u2019arriver à l\u2019harmonie qui la sauverait?Joseph-H.Ledit.10 août 1951.SEPTEMBRE 1951 È#W* Vichy Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime « triste » ?Inutile, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action spécifique, bien connue, stimule les multiples fonctions du foie, exerce un effet des plus salutaires sur le système digestif en général, et constitue un excellent diurétique.Demandez l'avis de votre médecin.Powi èfu CÊ LESTONS EAU MINÉRALE NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L\u2019ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez * CÉLESTINS \u2022 251 LES LIVRES PAPAUTE Piero Bargellini: Pie XII.Le Pasteur angélique.Traduit de l\u2019italien.\u2014 La Pointe-du-Lac, Qué., Librairie du Bon-Pasteur.1950,\t183 pp., 22 cm.T TN HISTORIEN allemand mourrait d\u2019impatience à recher-^ cher le héros souvent perdu de vue dans cet appareil de littérature et d\u2019éloquence.Images grandes et petites, évocations poussées ou ramassées; mais réalisme aussi, apologétique et même pédagogique.En sorte que, le livre fermé, on pardonne à l\u2019auteur italien de nous avoir agacés des fois, et on le remercie de nous avoir^ appris ou réappris, en bonnes synthèses, bien des choses sur l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui et sur le grand Pape qui la gouverne.P.B.A.Meyer: La Papauté anecdotique.\u2014Paris, Casterman, 1951.\t191 pp., 18.5 cm.T ES ANECDOTES les plus intéressantes sont déjà en circula-tion.Pour faire un recueil, il y faut joindre.les autres.De plus, l\u2019A.ne prétend pas à toute la rigueur scientifique; il aurait pu ajouter: littéraire et typographique.Enfin, à dose massive, intéressantes ou non, authentiques ou pas, ces petites histoires sans contexte ne risquent-elles pas de desservir un peu la papauté ?Simple question.Mais si vous aimez les anecdotes, ne manquez pas celles-ci.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.QUESTIONS RELIGIEUSES Paul Fontaine, s.j.: L'Art de gouverner.Collection «Hôpital», n° 1.\u2014 Montréal, Le Comité des Hôpitaux du Québec, 1951.52 pp., 19.5 cm.T \u2019A.A RÉUNI dans une plaquette d\u2019une cinquantaine de pages deux conférences données aux supérieures d\u2019hôpitaux en avril dernier.Il se défend, dès les premières lignes, d\u2019avoir beaucoup gouverné.Mais à lire ces deux causeries, on se rend compte qu\u2019il a acquis au cours de nombreuses retraites données aux religieuses une connaissance exacte des qualités d\u2019une bonne supérieure et des écueils qu\u2019elle doit éviter.La première conférence traite de l\u2019exercice du gouvernement, de l\u2019art d\u2019allier 1 efortiter et le suaviter.A la supérieure on rappelle avec perspicacité qu\u2019elle doit craindre de n\u2019être pas assez bonne: la femme constituée en autorité est plus facilement tracassière ou tyrannique.D\u2019autre part, dans un bon gouvernement, il ne doit y avoir place ni pour la timidité ou la béate indulgence, ni pour l\u2019insouciance qui cherche la tranquillité sans problèmes.D\u2019où le devoir de la fermeté.Dans la seconde causerie, l\u2019A.traite de l\u2019âme de la bonne supérieure.Elle doit être habituée à l\u2019union avec Dieu; nul tracas de son office ne doit l\u2019arracher à l\u2019influence de l\u2019Esprit Saint.Soucieuse d\u2019édifier, elle cultivera aussi la prudence, prenant conseil de Dieu et de ses inférieures elles-mêmes avant de décider.Surtout, elle sera discrète, condition primordiale de prestige qui fonde l\u2019autorité et assure l\u2019influence.L'Art de gouverner est un ouvrage que tous ceux qui sont constitués en autorité liront avec profit.Il a été écrit avec la sagesse d\u2019un conseiller spirituel de grande expérience.Jean Archambault.Maison Bellarmin.Albert Gratieux: L\u2019Amitié au service de l\u2019union.Lord Halifax et l\u2019abbé Portai.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1950.306 pages, 20 cm./\"'\u2019EST L\u2019AMITIÉ du très pieux anglican lord Halifax et de ^ l\u2019abbé Portai, travaillant à la réunion en bloc de l\u2019Angleterre avec Rome.Deux temps: 1895 et 1921.Fondation de la Revue anglo-romaine, éveil de l\u2019opinion française, anglaise et romaine, échange de visites, démarches auprès de Léon XIII, qui écrit sa fameuse lettre Ad Anglos, opposition des cardinaux Vaughan, puis Bourne, qui croient aux conversions individuelles plutôt qu\u2019en masse de ce protestantisme bien malade et encore orgueilleux.La Haute-Église en est revenue sur bien des points depuis Élisabeth.Elle voudrait revenir toujours plus, mais la tête haute, sans douleur, sans humiliation, car l\u2019Angleterre était alors plus fière qu\u2019aujourd\u2019hui.Lord Halifax, qui ne voit de salut qu\u2019à Rome, travaille l\u2019opinion, persuade les évêques anglicans d\u2019accepter un peu de repentir et les catholiques d\u2019aller jusqu\u2019à la limite des concessions, de mettre la plus grande charité conciliable avec la vérité.Après l\u2019échec de 1895, il est très peiné: « C\u2019était bien l\u2019amour des âmes qui nous poussait.» Le même amour fera tout reprendre à Malines, après que la conférence de Lambeth eut invité à l\u2019union des Églises chrétiennes.Le cardinal Mercier, « le grand sympathique », dont le prestige d\u2019après-guerre est sans égal, reçoit les délégués catholiques et anglicans, mais sans mandat pontifical.Lord Halifax écrit des mémoires, il voit le Pape et des cardinaux, il fait prier, il fait bénir, il plaide avec toute sa grande âme: comment espérer autrement que l\u2019Angleterre sera jamais toute catholique?Si les ordinations anglicanes sont très douteuses, ne suffirait-il pas que le Pape ordonnât sous condition le primat anglican, qui imposerait les mains ensuite aux autres évêques, et ceux-ci à leurs ministres ?L\u2019Angleterre accepterait la primauté du Pape et deviendrait un patriarcat.Quatre conversations amicales n\u2019aboutissent pas.Les espoirs sont contagieux, mais la pensée protestante fut-elle jamais unanime?.L\u2019optimiste et tenace lord Halifax nous émeut de son travail, de son courage, de ses démarches répétées à Rome.Quel zèle d\u2019apôtre! Il admet tout de l\u2019Église, mais sans y entrer, précisément parce qu\u2019il voudrait y faire entrer toute l\u2019Angleterre.L\u2019union ne peut être atteinte que par le repentir des enfants prodigues.On a critiqué les avances trop prononcées du porta-lisme.Le livre qui raconte le beau rêve est très instructif pour les partisans que nous devons être de l\u2019unité.Alexandre Dugré.ÉDUCATION Agostino Gemelli, o.F.M.: De l\u2019enfant à l\u2019homme.Traduit de l\u2019italien par Jeanne-Marie Jaur.\u2014 Paris, Éditions de l\u2019Élan, 1950.342 pp., 22.5 cm.T ES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES ont pris depuis le début du siècle une importance de premier plan.Il faut s\u2019en réjouir, surtout pour le progrès de l\u2019éducation, qu\u2019un empirisme maladroit a trop longtemps paralysé.L\u2019ouvrage du savant franciscain est écrit « principalement pour rendre service aux éducateurs » (p.332).Nous ne sommes pas très sûr, cependant, qu\u2019il atteigne son but.D\u2019abord, parce qu\u2019une introduction très érudite et forcément condensée, malgré sa longueur, risque de lasser l\u2019éducateur moyen qui n\u2019a, d\u2019ailleurs, pas besoin de connaître l\u2019histoire des méthodes psychologiques pour aborder l\u2019étude de « l\u2019âge en évolution ».Puis, l\u2019ouvrage paraît rédigé dans un style trop abstrait, et la traduction n\u2019a rien fait pour corriger ce défaut: le pouvait-elle?L\u2019ouvrage du P.Gemelli donne, en effet, l\u2019impression de présenter des conclusions de laboratoire, et encore sans l\u2019agrément qu\u2019offrirait la lecture des expériences elles-mêmes; dans cette étude de « l\u2019âge en évolution », il y a peu d\u2019exemples concrets.Cela dit, on ne saurait trop louer l\u2019insistance avec laquelle l\u2019A.appuie sur cette vérité désormais acquise, mais encore généralement oubliée en éducation familiale et scolaire, à savoir que le psychisme de l\u2019être humain évolue de la naissance à la maturité, que cette évolution suit des voies que la biologie et la psychologie (sans omettre la psychanalyse pour laquelle l\u2019A.n\u2019a nulle sympathie, comme on sait) peuvent tracer, fixant les diverses étapes de l\u2019évolution et leurs caractéristiques essentielles, indiquant les différences qui existent entre garçons et filles et même celles qui résultent de gauchissements éducatifs plus ou moins profonds.Les titres des chapitres de l\u2019ouvrage sont prometteurs à ce sujet et ne déçoivent pas; par exemple: IV - Le nouveau-né; V - La première année de vie; VI - De la seconde à la quatrième 252 RELATIONS ïammwrioti PARIS - MONTRÉAL Lîëe Le directeur: Guy BOULIZON VISITEZ notre magasin.\u2014 Consultez nos catalogues.\u2014 Conditions spéciales aux communautés et bibliothèques paroissiales.\u2014 Utilisez notre comptoir postal.1243, rue Université - Montreal - Canada - Tel.: UN.6-6023 - Ha ê>aut)eprbe Actif: $22,375,000 Assurances en vigueur: $129,950,000 protégeant 87,000 assurés c4AAuxanceA Aux la vie A ouA toute A le A fox me A MATERIAUX DE CONSTRUCTION ISOLANTS PLANCHES MURALES PEINTURES FONDEE EN 1872 AEEXBREMNER LIMITED 1040, rue Bleury, Montréal 7, Que., LA.2254* Matériaux de Construction \u2022 Isolation \u2022 Produits Réfractaires Brûleurs Industriels \u201c RAY \u201d à moteur, à courroie, à turbine vapeur de 5 HP à 1000 HP chacun Maison fondée en 1872 ¦ BURNER EQUIPMENT Ltd DISTRIBUTEURS EXCLUSIFS Vente \u2014 Installation \u2014 Entretien 4077, rue St-Denis\tMontréal L.-L.Roquet, I.P.Q.\tTéléphone J.Duchesne.\tBÉlair 2153 W.Gallagher.\tNUIT & JOUR Tel.BY.4651 MAURICE LEGARÉ A.D.B.A., M.I.R.A.C, A.A.P.Q.Architecte A VOTRE SERVICE DE TA CITtf ET OU,DISTRICT DE u«ii{r 262 RUE ST-MCQUE5 OUEST, MONTREAL-! PU,3834?SEPTEMBRE 1951 253 B%ggga Bureau à la résidence: 7855, rue Drolet \u2014 Tel.: TA.7176 J.-A.POULIN ÉBÉNISTE Mobilier d'église, confessionnaux, prie-Dieu, etc, SPÉCIALITÉ: autels liturgiques de tous genres.Atelier : à l'arrière de 6657 rue St-Denis Montréal\t-\u2014\tTél.: TA.3545 Avec les hommages de I.NANTEL INCORPORÉE Bois de constrution ¦ Nous avons collaboré à l\u2019érection du Centre paroissial de l\u2019Immaculée-Conception Angle des rues de Montigny et Papineau CHerrier 1300 Bureau: DOIIard 8492-0528\tRésidence: DUpont 1046 HECTOR GROULX Inc.PLOMBERIE - CHAUFFAGE Quelques travaux exécutés récemment: Maison Bellarmin\tBureau de poste central Maison Saint-René-Goupil Hôpital Notre-Dame-de-PEspérance Hôpital Sainte-Marie des Trois-Rivières Pavillon et Chalet de l\u2019île Sainte-Hélène 7375, RUE CHAMBORD, MONTRÉAL l in bon moyen Dans votre budget personnel ou familial, faites la part de l'épargne aussi large que possible.Dès que vous touchez quelque argent, commencez par prélever tout ce que vous pouvez mettre de côté.Déposez-le tout de suite à votre compte en banque.C'est le meilleur moyen d'éviter les dépenses inutiles.BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de $400,000,000 552 bureaux au Canada N.OUELLETTE & FILS FERBLANTERIE \u2022 COUVERTURE \u2022 VENTILATION Couvertures en gravois garanties pour 10 ans BEIair 2275 4477, AV.COLONIALE\tMONTREAL année; VII - De cinq à huit ans; VIII - De neuf à treize ans; IX - De quatorze à dix-neuf ans.D\u2019aucuns jugeront peut-être que l\u2019A.se montre extrêmement exigeant pour reconnaître chez l\u2019enfant un acte véritable d\u2019intelligence et, plus encore, de volonté.Si nous avons bien compris, il ne nous paraîtrait guère possible d\u2019intégrer dans la pensée de l\u2019A.la capacité pour les jeunes de parvenir à la sainteté avant la puberté.Le point de vue de l\u2019A.a, d\u2019autre part, l\u2019avantage d\u2019obliger les éducateurs \u2014 je dirais volontiers: les éducatrices \u2014 à bêmoliser singulièrement le moralisme des jugements qu\u2019ils portent sur la conduite des enfants: même pour ceux qui ont atteint l\u2019âge de sept ans (l\u2019âge dit de raison), il importe de manier avec précaution la notion de faute morale, de péché.On le voit, l\u2019ouvrage du R.P.Gemelli est de ceux qui feront penser quiconque désire progresser dans la connaissance du psychisme de l\u2019être humain « en évolution ».\t_ , T , * M.-J.D\u2019A.» André La Rivière: Hélas! parents, je vous accuse.\u2014 Montréal, chez l\u2019Auteur, C.P.1472, Place d\u2019Armes, 1951.162 pp., 19.5 cm.Prix: $1.25.OUBLIÉ sous la rubrique « Au service de l\u2019éducation », pre-mier volume d\u2019une série de quinze que projette l\u2019A., ce modeste ouvrage, élogieusement préfacé par le R.P.Maurice Verdun, S.J., docteur en médecine, psychologue et professeur à l\u2019Institut catholique de Paris, peut rendre de grands services aux parents de toute classe et de toute culture.La psychologie de l\u2019éducation qu\u2019il présente en courts chapitres de cinq ou six pages, simple de ton et concrétisée constamment par des faits et exemples quotidiens, est à la fois spontanée, naturelle et fondée en science expérimentale.Elle traite surtout des maladresses \u2014 si souvent involontaires \u2014 que les parents commettent dans leurs rapports avec leurs enfants.L\u2019auteur a étudié, c\u2019est évident; mais il n\u2019est pas pédant.On le voudrait parfois plus soucieux de précisions; par exemple, sur l\u2019importance pour les parents de proportionner leurs réponses à la réceptivité que l\u2019enfant possède au moment même où il pose telle ou telle question, surtout en matière sexuelle.Ailleurs, le lien est bien marqué entre la malpropreté de certains enfants et la vengeance qu\u2019ils exercent de la sorte contre leur mère; mais on voit mal comment l\u2019A.établit ensuite un rapport entre la malpropreté physique de l\u2019enfant et la pente à la souillure morale: le problème est d\u2019ailleurs difficile et ne se traiterait pas convenablement en quelques lignes.Ce n\u2019est pas que l\u2019A., dans son dessein d\u2019être accessible au grand nombre, évite toute profondeur.Qu\u2019on veuille s\u2019attarder à cette phrase jetée négligemment, semble-t-il (p.137), dans un chapitre sur la gourmandise: « Quand Jean est venu au monde, vous avez été obligée de restreindre un peu vos dépenses personnelles, et vous lui en avez toujours voulu (je souligne), en lui restreignant, de votre côté, vos élans d\u2019affection.Bébé est devenu matérialiste et ne trouve son contentement maintenant que dans la nourriture.» Le style n\u2019est pas ici au niveau de la pensée.C\u2019est peut-être le plus gros défaut de l\u2019ouvrage; l\u2019A.se permet trop d\u2019incorrections, abuse (fautivement d\u2019ailleurs) de l\u2019expression « soi-disant » et ponctue sans rigueur.Rien là de grave cependant.De même, les parents feront bien de ne pas se froisser du titre \u2014 qui ne me paraît pas heureux, même s\u2019il est juste \u2014 et de lire attentivement ce petit livre fait pour eux et pour le bonheur de leurs enfants.Marie-Joseph d\u2019Anjou.SOCIOLOGIE, ECONOMIE, POLITIQUE Joseph FoLLIET: L'Avènement de Prométhée.Essai de sociologie de notre temps.\u2014 Lyon, Chronique sociale de France, 1950.222 pp., 19 cm.IL Y A TROIS ANS, M.Joseph Folliet donnait à l\u2019Université de Montréal une série de conférences intitulée: Essai d\u2019explication sociologique de notre temps.Tel avait été alors le succès de ces conférences qu\u2019un résumé fait par l\u2019Équipe de Recherches sociales s\u2019était vendu à des centaines d\u2019exemplaires.C\u2019est le même thème que vient de reprendre et de développer l\u2019A.dans ce nouvel ouvrage.L\u2019histoire, écrit-il dans son avant-propos (p.10), s\u2019accélère, « elle s\u2019affole comme une locomotive lancée 254 RELATIONS à toute vapeur, dont le mécanicien s\u2019évanouit.Elle emporte des voyageurs, qui savent vaguement d\u2019où ils viennent et croient savoir où ils vont, mais ne savent jamais où ils se trouvent ».« Et pourtant, ajoute-t-il (p.11), il nous faut connaître notre époque.C\u2019est le pont-aux-ânes de toute action efficace.C\u2019est à la connaissance de notre temps que s\u2019emploie notre essai.Il tentera de sonder la profondeur des changements réalisés, comme de mesurer l\u2019ampleur de ceux qui s\u2019annoncent.» Et l\u2019A.tient parole.Il nous livre une masse d\u2019observations vraiment étonnante, et cela sur tous les domaines.Bien qu\u2019il se défende de porter habituellement des jugements de valeur, il n\u2019en dit pas moins ce qu\u2019il pense des techniques, de la direction de l\u2019économie, du mouvement ouvrier, du socialisme, de la bourgeoisie, des humanités gréco-latines, des révolutions du xxe siècle, etc.Je signale simplement le témoignage rendu à notre pays et notre nationalité.Après avoir partagé le monde catholique actuel en trois groupes géographiques, l\u2019A.ajoute (pp.137-138): « Il y a aussi des pays intermédiaires, précieux à ce titre, comme le Canada, où se touchent les influences irlandaises et américaines, celles de la vieille France et celles de l\u2019Europe contemporaine.Petit par le nombre, mais fort par la vitalité, le Canada français, plaque tournante du catholicisme mondial, lieu d\u2019échanges et de rencontres, paraît appelé à jouer un rôle important, un peu semblable à celui que tint, de 1900 à 1939, la Belgique, où se croisaient les cultures latine et germanique.» Un livre nécessaire à tous ceux qui veulent comprendre leur temps et travailler à l\u2019avènement d\u2019un monde meilleur.R.A.André Arnou: Eléments d\u2019Economie politique.La consommation.La production.L\u2019échange.\u2014 Paris, Spes, 1950.733 pp., 25 cm.Prix: 1500 francs./^VUVRAGE CLASSIQUE.Non seulement en ce sens qu\u2019il se présente comme le fruit d\u2019un long enseignement scolaire, surtout universitaire, et comme un manuel destiné à servir aux professeurs et aux étudiants, mais aussi parce qu\u2019il reproduit les grandes divisions bien connues: consommation, production, échange ou circulation, avec ce correctif que la première place, du moins quant à la topographie, revient à la consommation.Bien que l\u2019A.se défende d\u2019offrir au public autre chose qu\u2019un « ouvrage d\u2019initiation », qu\u2019un traité élémentaire, le présent volume ne manque pas d\u2019envergure, comme en témoignent le nombre de pages et la richesse de la documentation.Pour lui, le rôle de la science économique, c\u2019est d\u2019étudier « les lois de l\u2019activité humaine en tant que celle-ci s\u2019exerce à satisfaire les besoins de l\u2019homme en mettant à sa disposition des biens et des services » (p.21).Il entend s\u2019attacher principalement aux faits et donner à ses lecteurs une connaissance suffisante des institutions essentielles et des pratiques courantes dans le monde des affaires.Sa méthode favorite est la méthode positive, qu\u2019il emploie presque exclusivement, selon une prise préalable de positions: « Se refusant à s\u2019engager dans des plans de réforme qui relèvent du praticien et de l\u2019art économique, écrit-il (p.9), la science du moins délimite, sur le terrain des réalités et de leurs contraintes, les efforts réalistes et leurs possibilités de transformation.» Prise de positions qu\u2019il défend ensuite en exposant les rapports de la science économique avec la sociologie, la morale et l\u2019économie appliquée: « Comme la sociologie, ajoute-t-il (p.70), la science économique, science positive, étudie ces données et leurs lois comme des faits qu\u2019elle constate sans prononcer de jugements de valeur.» On lira avec grand intérêt les développements de l\u2019A.sur les sujets suivants: la réforme de l\u2019entreprise, la valeur économique et sociale de l\u2019entreprise personnelle, l\u2019entreprise coopérative et l\u2019entreprise publique, le capitalisme, les nationalisations, etc.R.A.Alexandre Marc: A hauteur d\u2019homme.La révolution fédéraliste.\u2014 Paris, Éditions « Je Sers », 1948.240 pp., 19 cm.T\u2019AUTEUR est, en Europe, l\u2019une des personnalités les plus connues du mouvement fédéraliste.Il en est aussi l\u2019un des théoriciens les plus vigoureux, ainsi qu\u2019en témoigne le présent ouvrage.Pour lui, la paix ne se débite pas au fil de l\u2019éloquence électorale: elle s\u2019élabore, elle se construit, elle se conquiert, et FRANÇOIS DES CHÊNES\tJACQUES PARIZEAULT P resident\tGerant fjescliênes &fil5 b* NÉGOCIANTS EN GROS \u2022 IMPORTATEURS Matériaux de Plomberie-Chauffage Spécialité : Accessoires à vapeur, haute et basse pression 1203 est, rue NOTRE-DAME, MONTRÉAL, Tel.: FRontenac* 3175-6-7 CfjarDotmeau Hnrntée Fabricants de BISCUITS, CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET\tTél./Alkirk 1115 MONTREAL\tEchange privé J.-A.SAINT-AMOUR Entrepreneurs-électriciens 6575, rue Saint-Denis\tGRavelle 4311 Gilles Forget Jacques Forget Maurice Forget FORGET & FORGET Membres de la Bourse de Montréal Membres du Montreal Curb Market 51, RUE SAINT-JACQUES OUEST BE.3951 SEPTEMBRE 1951 255 cAchete BIEN qui achète MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine ^mints^feges MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor Nouveau numéro de téléphone.CIE DE BOEUF DE L\u2019OUEST \u201cHochelaga \u201d Limitée EN GROS SEULEMENT (Roland mil, aultj ptéâ.HO.2591 VEAU \u2022 PORC FRAIS \u2022 AGNEAU Spécialité: Institutions 2840, rue ONTARIO EST, MONTRÉAL (Cours du C.P.R.) l\u2019instrument approprié, plus que cela: la doctrine de salut, c\u2019est le fédéralisme.Un fédéralisme intégral, c\u2019est-à-dire qui ne vise pas simplement à opérer le passage nécessaire du plan étatique au plan supranational, mais qui se présente comme un tout, qui est à la fois doctrine, attitude devant la vie, méthode d\u2019organisation et d\u2019action, principe de transformation politique, économique et sociale.Un tel fédéralisme fonde en l\u2019homme le principe, la fin et la méthode de son action; il offre « la possibilité de coordonner sans asservir, d\u2019unir sans unifier, d\u2019abattre les monstres étatiques, tout en renforçant les véritables indépendances nationales ».Il a pour but de créer « des foyers du droit autonomes », de permettre aux groupements naturels ou volontaires de conquérir la faculté de se gouverner eux-mêmes et de défendre effectivement leurs droits.Seul « il permet de s\u2019élever par paliers à hauteur d\u2019humanité tout en restant toujours à hauteur d\u2019homme ».En deux mots, il faut dire: « Le fédéralisme, c\u2019est le règne du droit.» Il n\u2019est peut-être pas de meilleur éloge de ce volume que le fait de signaler que le Souverain Pontife, dans son allocution du 6 avril au Mouvement universel pour une Confédération mondiale, a pour ainsi dire endossé une bonne partie des idées qui forment la base de la doctrine fédéraliste et qu\u2019on retrouve exprimées dans ces pages d\u2019une façon claire et dynamique.Richard Arès.Alexandre DuGRÉ, S.J.: Notre histoire en cinq actes.Collection « Documents historiques ».\u2014 Sudbury, Collège du Sacré-Cœur, 1951.35 pp., 22.5 cm.IA RIME, dans notre hymne patriotique, avait amené Chau-J veau à traiter d\u2019épopée notre merveilleuse histoire.Le chantre, toujours renouvelé, que nous avons du sol national ne pouvant, si l\u2019on peut dire,^ manquer d\u2019avoir constamment les pieds à terre, bougonne: « Épopée?Non! Mais tout un drame.Et, suivant les lois du genre, en cinq actes.» Dans ces cinq actes qui nous tiennent jusqu\u2019au bout en haleine, mieux encore que tout ce qu\u2019il a écrit de plus alerte et d\u2019entraînant, le P.Alexandre Dugré fait mouvoir sur un fond cinq fois changeant, mais aux décors sans cesse tragiques, les acteurs de notre histoire aux prises avec cinq adversaires que notre vitalité française, notre volonté de survie dans la foi et le prolongement de la plus riche civilisation nous ont permis de terrasser à chaque étape.Les cinq ?La sauvagerie, nos voisins, l\u2019anglicisation, les gouvernements et, le plus sournois de tous, nous-mêmes.C\u2019est donc que le drame n\u2019est pas fini.La sagesse \u2014 pas toujours écoutée \u2014 de l\u2019A.nous aiderait à préparer un heureux dénouement.Joseph-Louis Lavoie.Maison Bellarmin.RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs:\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019ANjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 256 RELATIONS Au sujet des propriétaires de la Dominion Textile La Dominion Textile est une compagnie à responsabilité limitée et les détenteurs de ses actions se trouvent dans tous les domaines.Au début de Tannée financière courante, on comptait 5,335 détenteurs individuels immatriculés d'actions de la Dominion Textile.Il y a des détenteurs d'actions de la Dominion Textile dans chacune des dix provinces du Canada, mais le Québec en compte à lui seul 4,270.Les femmes sont en majorité parmi les actionnaires à titre personnel.On compte 3,110 femmes actionnaires et 2,225 hommes.Aucun actionnaire à titre personnel ne détient plus qu'un pour cent des actions ordinaires.Plusieurs compagnies d'assurance-vie ont investi des fonds dans la compagnie.De ce fait, plusieurs détenteurs de polices d'assurance sont indirectement actionnaires de la compagnie.Parmi les autres détenteurs d'actions, on remarque des banques, des institutions religieuses, des organisations charitables, des écoles et autres administrateurs de fonds publics.Le nombre des actionnaires ordinaires a augmenté de 500 depuis Tan dernier et le nombre des femmes actionnaires s'est élevé en proportion.la compagnie DOMINION TEXTILE limitée FABRICANT DES PRODUITS PONTIAC - BUICK VAUXH ALL Sanguinet ^Automobile Jtyee Ouvert jour et nuit pour ventes de pièces et réparations 1965, rue Lafontaine, Montréal-24 FAIkirk 3761 .__NOUVELLE ÉMISSION.$232,500 Obligations à 4% Les Syndics de la Paroisse de l\u2019Immaculée-Conception Sainte-Adèle, comté de Terrebonne, P.Q.Date d'émission : lei août 1951.\tÉchéances\t: 1er août 1952 au Ier août 1961.LA PAROISSE.\u2014 Fondée en 1854, la paroisse de l'Immaculée-Conception de Sainte-Adèle a une population d'environ 2,500 âmes.OBJET DE L'EMPRUNT.\u2014 Le produit de la vente de ces obligations servira à défrayer le coût de la construction d'une nouvelle église dont les travaux sont actuellement en cours.GARANTIES DE L'EMPRUNT.\u2014 Les Syndics de la Paroisse de l'Immaculée-Conception, Sainte-Adèle, P.Q., ont été autorisés, en vertu des dispositions générales de la loi des Fabriques et Paroisses, à prélever les sommes nécessaires au remboursement de l'emprunt par l'imposition d'une cotisation sur les immeubles des propriétaires catholiques dans la paroisse, suffisante pour rencontrer le capital et les intérêts de la présente émission d'obligations.Ces sommes seront transportées à la Société Nationale de Fiducie, fiduciaire pour le compte des obligataires.La valeur imposable des propriétés sujettes à répartition est d'environ $2,221,350.Les cotisations des Syndics, d'après la loi, ont priorité sur les taxes municipales et scolaires.TABLEAU DES ÉCHÉANCES 1952\t\u2014 $ 10,500\t1957 \u2014\t$13,000 1953\t\u2014\t11,000\t1958 \u2014\t13,500 1954\u2014\t11,500\t1959\u2014\t14,000 1955\u2014\t12,000\t1960\u2014\t15,000 1956 \u2014\t12,500\t1961 \u2014\t119,500 PROSPECTUS ET PRIX FOURNIS SUR DEMANDE QUEBEC VALEURS DE PLACEMENT 210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal - Tél.LA.9241 MONCTON, N.-B.Ces renseignements, puisés à bonne source, n'engagent pas notre responsabilité.OTTAWA U J^elationâ\u201d vouâ plait, paâàez-le à voâ ami à OaQSQsSl 11 ¦(ERIE DU MESSAGER, MONTREAL "]
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