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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1952-04, Collections de BAnQ.

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[" A uni 195 MONTREAL Organisation professionnelle et réforme de Tent reprise\t \tALBERT Richard ARÈS\tPLANTE La coordination de nos\t?LUIGI enseignements\td'APOLLONIA \t Gérard PLANTE\t?L\u2019Acadie se souvient: 1752-1952\tJOSEPH-H.LEDIT ?Antoine BERNARD\t \tANDRÉ PÂQUET Le prétexte de la «science» Marie-Joseph d\u2019ANJOU\t \t r 136\t25* SOMMAIRE AVRIL 1952 Éditoriaux.85 CHRONIQUE DU THÉÂTRE .André Pâquet 105 Québec et l\u2019aide fédérale aux universités.\u2014 Le\tHORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 106 Canada et la paix.\u2014 Trêve de légalisme.Articles ORGANISATION PROFESSIONNELLE ET RÉFORME DE L\u2019ENTREPRISE Richard Arès 86 LA COORDINATION DE NOS ENSEIGNEMENTS .Gérard Plante 90 L\u2019ACADIE SE SOUVIENT: 1752-1952 .Antoine Bernard 92 LE PRÉTEXTE DE LA « SCIENCE ».Marie-Joseph d\u2019Anjou 95 Commentaires.98 L\u2019habitation à Montréal.\u2014 La formule « pays de mission ».\u2014 L\u2019 « Inquiry Forum » du Gesù.\u2014 Pourquoi il faut s\u2019unir.\u2014 Pour un organisme familial.Au fil du mois.100 L'année du 75e anniversaire.\u2014 Que c'est bête ! \u2014 « Marie ».\u2014 Bravo Radio-Canada t Articles DE BEAUX DIMANCHES CHRÉTIENS.Luigi d\u2019Apollonia 101 LES GRANDES LIGNES D\u2019UN DÉBAT.Albert Plante 102 Les livres .108 La Victoire de Pâques.\\ Sujets d'oraisoni./\tBelanger La Prière de l'Eglise pour les\tmalades\t.\t.\tÉdouard Roy Essai sur Dieu, l'Homme et\t} l'Univers.)¦\tJean-Paul Dallaire Mes amis les sens.j Les Profondeurs de l'âme .\\\t__ Grignion de Montjort ./ phlllPPe Belanger L'Evêque errant.Lucien Porcheron Le Cardinal Mindszenty.Étienne Borbély Lacordaire .Alexandre Dugré Paix ou Guerre ?Notre Paix.\\\tha~ Le Corporatisme d'association./ Richard Ares The Value of Order.] Office Workers' Manual.i\tEugène Poirier Self Test for Leadership Qualifications\tj Thoughts on Management.1 How to Prepare a Foreman's Policy\t[ Émile Bouvier Foreman's Policy Manual.) Les Voyages de Samuel de Champlain\tPaul Desjardins Les Origines de la guerre de 1939 Paul-Émile Racicot Le triomphe de la Croix.] Le Secret de l\u2019Espadon.[ Richard Arès Les Extraordinaires Aventures de Corentin j En trois mots.112 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de l'Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou '\tAdministrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tel.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIIe année, N° 136 Montréal Avril 1952 EDITORIAUX Québec et l\u2019aide /édétale aux univetâitéâ L\u2019ENTENTE récemment conclue entre Québec et J Ottawa sur la question des octrois fédéraux aux universités a été, avec raison, une surprise pour plusieurs.L\u2019autonomie de la province exige qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019accord définitif.Et pour deux motifs.D\u2019abord, parce que le principe constitutionnel de l\u2019éducation réservée aux provinces revêt beaucoup plus d\u2019importance pour la province de Québec.Le régime fédéral n\u2019aurait vraisemblablement pas été institué, en 1867, si le Bas-Canada n\u2019avait pas existé.Une union législative ne comportait aucun inconvénient sérieux pour les provinces anglo-saxonnes.Le principe de l\u2019exclusive juridiction provinciale sur certains sujets déterminés s\u2019imposait surtout pour le Bas-Canada.Ce fait historique indiscutable, aucun gouvernement de la province de Québec ne doit l\u2019oublier.S\u2019en inspirer, ce n\u2019est pas faire preuve d\u2019étroitesse, c\u2019est être simplement fidèle à l\u2019esprit des hommes qui ont représenté notre province quand s\u2019édifiait la Confédération.Le deuxième motif pour poser un acte concret d\u2019autonomie, c\u2019est que la province de Québec peut aisément accorder à ses universités une aide financière proportionnée à leurs besoins.Désireuse d\u2019assurer à celles-ci les secours nécessaires, mais soucieuse aussi de voir notre province agir dans le sens de son histoire et de la constitution de 1867, la Chambre de Commerce du district de Montréal publiait, l\u2019automne dernier, un mémoire sur l\u2019aide financière aux universités.Elle y faisait une suggestion pratique qui paraît d\u2019exécution facile: l\u2019utilisation par le gouvernement d\u2019une disposition de l\u2019article 32 de la Loi de l\u2019impôt sur le revenu, ce qui représenterait une somme de sept à huit millions de dollars.Un calcul plus récent, basé sur les prévisions pour 1952, porte cette somme à treize millions.Dans ces conjonctures, l\u2019aide fédérale \u2014 environ deux millions pour l\u2019ensemble des universités de la province de Québec \u2014 apparaît comme un palliatif.Il importe d\u2019ajouter que l\u2019aide provinciale ne sera pleinement efficace que le jour où elle prendra la forme d\u2019octrois légaux, indépendants des aléas de la politique.La Chambre de Commerce n\u2019aurait pas eu à intervenir, l\u2019automne dernier, si l\u2019on avait tenu compte du mémoire qu\u2019elle présenta en 1947 aux gouvernements fédéral et provincial « sur le problème des relations financières entre le pouvoir central et les provinces et sur la nécessité de les établir sur une base conforme à la protection de l\u2019autonomie des provinces dans le véritable esprit de la Confédération ».L\u2019opinion publique doit aider nos chefs provinciaux à prendre une décision typiquement provinciale.Cette décision, loin de nuire à l\u2019unité canadienne, ne fera que mieux garantir l\u2019intégrité constitutionnelle du Québec, intégrité qui fut, en 1867, le premier souci de nos représentants.jÇe Canada et la paix IE DÉSARMEMENT unilatéral est une chimère.Soit.^ Une organisation militaire raisonnable est donc indispensable au bloc occidental.Soit encore.On ne doit pas, pour autant, oublier la primauté des valeurs spirituelles.Le problème de la paix est avant tout un problème moral.La paix monte de l\u2019âme, établie dans la tranquillité de l\u2019ordre par la reconnaissance de la souveraineté de Dieu, reconnaissance vraie, pratique, féconde en œuvres.On sait avec quels accents S.S.Pie XII répète que la paix dépend d\u2019abord du spirituel; il affirmait, dans son radiomessage de Noël dernier, que tout observateur impartial est convaincu « que le nœud du problème de la paix est présentement d\u2019ordre spirituel, qu\u2019il est déficience ou défaut spirituel.Trop rare dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui est le sens profondément chrétien, trop peu nombreux sont les vrais et parfaits chrétiens.De la sorte, les hommes eux-mêmes mettent obstacle à la réalisation de l\u2019ordre voulu de Dieu ».Il faut se réjouir, par conséquent, lorsque des hommes politiques, des diplomates proclament la pri- AVRIL 1952 85 mauté des valeurs spirituelles et la dépendance étroite de l\u2019homme vis-à-vis du Maître de la vie et de la mort, de la paix et de la guerre.Nous soulignons avec plaisir les paroles que prononçait, au début de février, notre ministre des Affaires extérieures, M.Lester B.Pearson, dans son allocution d\u2019intronisation comme chancelier de l\u2019Université Victoria de Toronto, et celles prononcées tout récemment par M.Saint-Laurent devant les finissants du collège Saint Michael\u2019s de Toronto.A un auditoire de mille invités et aux étudiants qui manifestaient bruyamment en sa faveur, le nouveau chancelier nota qu\u2019aucune idée, si nuisible ou si fausse soit-elle, ne peut être tuée par des baïonnettes, ou même par une bombe atomique.« On doit lui résister par des armes intellectuelles et spirituelles et en supprimant les conditions de pauvreté, de misère et d\u2019injustice qui favorisent sa croissance.» Tout en déclarant que des sacrifices sont nécessaires pour la paix, M.Saint-Laurent précisa, de son côté, que « nous devons du même coup chérir et développer nos ressources spirituelles.Ce sont nos églises, nos collèges et nos universités qui sont les dépositaires de l\u2019héritage spirituel, de même que la source de la puissance spirituelle du monde libre ».Les sacrifices matériels seraient criminels s\u2019ils devaient pousser à la guerre préventive.« Il n\u2019y a que les plus obstinés qui croient à la folie d\u2019essayer de détruire l\u2019État soviétique par la force, parce que nous savons trop bien qu\u2019il en résulterait un holocauste universel.» On aime à dire que le Canada peut jouer, s\u2019il le désire, un rôle très positif en faveur de la paix.Les paroles de M.Saint-Laurent et de M.Pearson nous font espérer que notre pays se fera, sur la scène internationale, le défenseur des réalités spirituelles et, par là, un efficace artisan de paix.ZJtêve de legaliâme AUX CITOYENS HONNÊTES de la métropole et L de la province, apparaît de plus en plus clairement l\u2019urgence de vider au plus tôt le cas des intimés dans l\u2019enquête sur la moralité à Montréal.Trop de preuves graves, au dire du juge qui préside l\u2019enquête, ont déjà fourni matière à jugement.Personne ne peut plus admettre que, par un abus flagrant de « technicalités » légales, on s\u2019applique à retarder la marche d\u2019une procédure dont l\u2019unique fin est de découvrir et de punir les exploiteurs du vice à Montréal.Il faut \u2014 et tout de suite \u2014 sortir des ornières du légalisme pour sauver, en même temps que la moralité publique, le bon renom de notre cité, qui se dit et se veut chrétienne.L\u2019honnêteté publique exige donc la reprise immédiate, la conduite rapide et le juste achèvement de l\u2019enquête montréalaise sur la moralité.Si les autorités compétentes refusent de faire droit sans délai à cette réclamation d\u2019intérêt public, le peuple honnête de chez nous ne pourra se retenir de penser qu\u2019elles ont peur de la lumière, qu\u2019elles sont peut-être complices des iniquités dénoncées.Et l\u2019électeur consciencieux devra obtenir de tout candidat à l\u2019administration publique l\u2019engagement formel et précis de travailler non seulement au succès de l\u2019enquête, mais à l\u2019établissement et au maintien d\u2019un climat de santé morale dans la cité.POUR UN ORDRE CORPORATIF ORGANISATION PROFESSIONNELLE ET RÉFORME DE L'ENTREPRISE Richard ARÈS, S.J.PARMI LES RÉFORMES inscrites au programme de l\u2019encyclique Quadragesimo anno en vue de restaurer l\u2019ordre social, il en est deux qui ont connu une fortune singulière dans les milieux catholiques: celle de l\u2019économie par l\u2019organisation professionnelle et celle de l\u2019entreprise par la transformation du contrat de travail.L\u2019une et l\u2019autre tendaient en somme à un même but : réformer le régime économique et social alors en vigueur, transformer le capitalisme en le soumettant à des principes directeurs efficaces et à des institutions nouvelles.La pensée pontificale cependant était loin d\u2019accorder une égale importance à ces deux réformes.Autant elle s\u2019exprimait dans un langage vigoureux, catégorique et impératif, quand il s\u2019agissait de la première, autant elle se nuançait et s\u2019adoucissait au point de n\u2019être plus qu\u2019une simple suggestion, quand elle touchait à la seconde.A cela rien d\u2019étonnant : elle ne faisait qu\u2019être logique avec elle-même, avec l\u2019attitude prise envers le capitalisme et envers le contrat de travail en particulier.Du premier, Pie XI disait: système non pas intrinsèquement mauvais, mais vicié, et vicié par l\u2019individualisme libéral, et c\u2019est directement cet individualisme libéral qu\u2019il visait dans le capitalisme, quand il proposait sa réforme de l\u2019économie par le moyen de l\u2019organisation professionnelle.Du second, il déclarait: institution juste et légitime en soi, mais qui, en pratique, a besoin d\u2019être réglée selon les normes de la justice et 86 RELATIONS d\u2019être rendue plus conforme à la dignité humaine; d\u2019où, en vue de réaliser cette dernière exigence, la suggestion faite de tempérer le contrat de travail par des éléments empruntés au contrat de société, c\u2019est-à-dire de procéder, dans la mesure du possible, à ce qu\u2019on devait bientôt appeler une réforme de structure de l\u2019entreprise capitaliste.Bref, ce que le Pape dénonçait dans le capitalisme, c\u2019était beaucoup moins sa structure juridique que son esprit, sa doctrine inspiratrice; position initiale qui l\u2019amenait logiquement à recommander avec instance l\u2019organisation corporative professionnelle et à conseiller seulement des essais de réforme de l\u2019entreprise.Stimulés par ces directives pontificales, les catholiques de tous les pays cherchèrent à réaliser cette double réforme.Fait à noter cependant: de 1931 à 1939, c\u2019est vers l\u2019organisation professionnelle de l\u2019économie que s\u2019oriente le gros de leur effort.Il faut dire que le « corporatisme » apparaît alors comme le régime à la mode, surtout dans les pays totalitaires.Survient la guerre.Aux yeux de beaucoup, fascisme et « corporatisme », si intimement liés, doivent être englobés dans une même réprobation.Des expériences malheureuses fournissent un semblant de justification à une telle attitude, et bientôt la mode change, elle passe aux réformes de structure de l\u2019entreprise.i.\u2014 l\u2019assaut contre l\u2019entreprise capitaliste La guerre était à peine terminée que se déclenchait contre l\u2019entreprise capitaliste un assaut général, auquel les catholiques ne voulurent pas demeurer étrangers.Expliquaient en quelque sorte leur attitude, d\u2019une part, les sévères dénonciations du capitalisme prononcées par Pie XII durant la guerre et, d\u2019autre part, une déclaration du même Pontife sur le devoir de réformer la grande entreprise.Dans son radiomessage de Noël 1942, Pie XII, en effet, avait dénoncé vigoureusement le système actuel: « L\u2019Église, déclarait-il alors, ne peut pas ignorer ou ne pas voir que l\u2019ouvrier, dans son effort pour améliorer sa situation, se heurte à tout un système qui, loin d\u2019être conforme à la nature, est en opposition avec l\u2019ordre de Dieu et avec la fin assignée par Dieu aux biens terrestres.» Encore plus précis et plus direct parut le discours prononcé le 1er septembre 1944.Le Pape y.rejetait le communisme au nom de la conscience chrétienne; mais celle-ci, ajoutait-il aussitôt, « ne peut pas davantage s\u2019accommoder de ces systèmes qui, admettant le droit de propriété privée suivant un concept absolument faux, se mettent en contradiction avec un ordre social de bon aloi.Et c\u2019est pourquoi, là où, par exemple, le « capitalisme » se fonde sur ces conceptions erronées et s\u2019arroge un droit illimité sur la propriété en dehors de toute subordination au bien commun, l\u2019Église l\u2019a toujours réprouvé comme contraire au droit naturel ».Cette réprobation allait prendre d\u2019autant plus de force aux yeux des catholiques que le Souverain Pontife, dans ce même discours, après avoir marqué ses préférences pour les petites et moyennes entreprises, ajoutait ce qui suit: « Là où la grande exploitation continue de se montrer plus heureusement productive, elle doit offrir la possibilité de tempérer le contrat de travail par un contrat de société.» Les catholiques, dans un bon nombre de pays, ne tardèrent pas à faire de cette phrase le pivot de leur programme social.Les précautions et les restrictions posées par Pie XI, disaient-ils, n\u2019existent plus; la suggestion de Quadragesimo anno s\u2019est transformée en une obligation morale.Et bientôt s\u2019élabora toute une doctrine tendant à démontrer le droit pour la classe ouvrière d\u2019entrer comme chez elle dans l\u2019entreprise capitaliste.C\u2019est là, ajoutaient certains, la grande réforme de l\u2019heure.Il s\u2019agit d\u2019abattre le capitalisme; or, celui-ci tire sa force de l\u2019organisation juridique actuelle de l\u2019entreprise, qui attribue au capital l\u2019autorité, les bénéfices et la propriété.C\u2019est donc vers l\u2019entreprise que doit se diriger le gros de nos efforts; c\u2019est dans cette forteresse qu\u2019il faut pénétrer pour y installer les représentants du monde ouvrier.Le résultat, on le connaît.Partout, mais particulièrement en France, en Italie, en Allemagne, et même au Canada bien qu\u2019avec plus de modération, les forces syndicales ouvrières montent à l\u2019assaut de l\u2019entreprise capitaliste.Dans ces pays, il n\u2019est plus ou il est à peine question de l\u2019organisation professionnelle de l\u2019économie, au point qu\u2019un journal ouvrier du Québec va même jusqu\u2019à écrire avec ironie, sans se rendre compte du tragique de son affirmation: « Ce qu\u2019il y a de curieux, c\u2019est qu\u2019il faut chercher en dehors des cadres des mouvements syndicaux authentiques pour trouver les principaux héros de cette réforme sociale.» IL \u2014 LE TRIPLE AVERTISSEMENT DU SOUVERAIN PONTIFE Mais bientôt allait se faire entendre la voix du Souverain Pontife pour rappeler aux catholiques la véritable pensée de l\u2019Église à cet égard.De fait, Pie XII en est déjà rendu à son troisième avertissement, dont le dernier est tout à fait récent.1.L avertissement du 7 mai 1949.\u2014 Aux patrons catholiques, qu\u2019il recevait le 7 mai 1949, Pie XII signalait cette communauté d\u2019activité et d\u2019intérêts qui existe entre chefs d\u2019entreprise et ouvriers et qui, ajoutait-il, devrait se traduire par une expression commune, par l\u2019attribution aux ouvriers d\u2019une juste part de responsabilité dans la constitution et le développement de l\u2019économie nationale.Comment?Par quelle formule sociale et juridique ?Non pas, répondait-il, par l\u2019étatisation et la nationalisation, ni même par l\u2019introduction généralisée du contrat de société dans toute entreprise, AVRIL 1952 87 car, précisait-il à propos de cette dernière formule, il n\u2019est pas vrai que toute entreprise particulière soit par sa nature une société, « de manière que les rapports entre participants y soient déterminés par les règles de la justice distributive ».Sans doute, l\u2019entreprise comporte aussi d\u2019autres rapports personnels, notamment des rapports de commune responsabilité, mais « le propriétaire des moyens de production, quel qu\u2019il soit,.doit, toujours dans les limites du droit public de l\u2019économie, rester maître de ses décisions économiques ».La formule, au contraire, à approuver et à mettre en pratique, continuait-il, c\u2019est celle même de Pie XI, à savoir: l\u2019organisation professionnelle dans les diverses branches de la production, et cela en vue de mieux triompher du libéralisme économique.Le Souverain Pontife avertissait donc clairement les catholiques, d\u2019une part, de respecter certaines limites dans leurs demandes de réforme de l\u2019entreprise et, d\u2019autre part, d\u2019orienter plutôt leurs efforts vers la formule de l\u2019organisation professionnelle.2.L\u2019avertissement du 3 juin 1950.\u2014 Pie XII devait revenir à la charge, avec plus de clarté et de précision encore, l\u2019année suivante.La politique sociale actuelle, remarque-t-il, tend à assujettir de plus en plus le propriétaire privé à des obligations juridiques en faveur de l\u2019ouvrier.Dans cette voie, il y a une limite: celle où « surgit le danger que la classe ouvrière ne suive à son tour les errements du capital, qui consistaient à soustraire, principalement dans les très grandes entreprises, la disposition des moyens de production à la responsabilité personnelle du propriétaire privé (individu ou société) pour la transférer sous la responsabilité de formes anonymes collectives ».Danger d\u2019autant plus sérieux « lorsqu\u2019on exige que les salariés appartenant à une entreprise aient le droit de cogestion économique, notamment quand l\u2019exercice de ce droit relève, en fait, directement ou indirectement, d\u2019organisations dirigées en dehors de l\u2019entreprise », alors que « ni la nature du contrat de travail ni la nature de l\u2019entreprise ne comportent nécessairement par elles-mêmes un droit de cette sorte ».Que si l\u2019on objecte que salariés et employeurs sont également sujets de l\u2019économie et que les institutions économiques en conséquence doivent traduire une telle qualité, le Pape répond que, d\u2019une part, « il n\u2019est pas question de nier cette parité », et que, d\u2019autre part, « c\u2019est un principe que la politique sociale a déjà fait valoir et qu\u2019une politique organisée sur le plan professionnel ferait valoir plus efficacement encore ».Ce deuxième avertissement se doublait donc d\u2019une mise en garde relative aux dangers de pousser trop loin la lutte contre l\u2019entreprise privée et faisait une allusion très nette à la supériorité de l\u2019organisation professionnelle.88 3.L\u2019avertissement du 31 janvier 1952.\u2014 Des catholiques cependant hésitaient encore.Voici que le 31 janvier dernier, le Souverain Pontife a reçu le Conseil national de l\u2019Union chrétienne des chefs d\u2019entreprise d\u2019Italie.On parle beaucoup aujourd\u2019hui, leur a-t-il dit, de réforme dans la structure de l\u2019entreprise, et par là on entend avant tout « des modifications juridiques concernant ceux qui en font partie, qu\u2019ils soient patrons ou employés incorporés dans l\u2019entreprise en vertu du contrat de travail ».Et le Pape de dénoncer les tendances qui s\u2019infiltrent dans ces mouvements de réforme: on n\u2019applique point, dit-il, les normes incontestables du droit naturel aux conditions changées de l\u2019époque, mais on les exclut tout simplement.De plus, on ne tient pas compte du fait que chaque entreprise est par son but même étroitement liée à l\u2019ensemble de l\u2019économie nationale, et on court ainsi le risque de poser des prémisses erronées et fausses, au détriment de tout l\u2019ordre économique et social.L\u2019on va même, pour se justifier, jusqu\u2019à s\u2019appuyer sur l\u2019autorité de Pie XI, mais « rien n\u2019était plus étranger (à celui-ci) qu\u2019un encouragement quelconque à poursuivre le chemin qui conduit vers les formes d\u2019une responsabilité collective anonyme ».Le plus grave enfin, peut-être, c\u2019est, ajoute Pie XII, qu\u2019on a dénaturé les paroles de haute sagesse de son prédécesseur, « en donnant le poids et l\u2019importance d\u2019un programme social de l\u2019Église, en notre époque, à une observation tout à fait accessoire au sujet des éventuelles modifications juridiques dans les rapports entre les travailleurs, sujets au contrat de travail, et l\u2019autre partie contractante; et, en revanche, en passant plus ou moins sous silence la principale partie de l\u2019encyclique Quadragesimo anno, qui contient en réalité ce programme, c\u2019est-à-dire l\u2019idée de l\u2019ordre corporatif professionnel de toute l\u2019économie ».Est-ce à dire que l\u2019Église s\u2019oppose à toute réforme de l\u2019entreprise?Non pas.Le 3 juin 1950, le même Souverain Pontife, qui niait, à la suite de Pie XI, « la nécessité intrinsèque d\u2019ajuster le contrat de travail sur le contrat de société », s\u2019empressait d\u2019ajouter: « On ne méconnaît pas pour autant l\u2019utilité de ce qui a été jusqu\u2019ici réalisé en ce sens, de diverses manières, au commun avantage des ouvriers et des propriétaires.» C\u2019est encore lui qui déclarait, le 11 mars 1951, aux ouvriers espagnols: « Elle (l\u2019Église) considère d\u2019un bon œil et même encourage tout ce qui, dans les limites permises par les circonstances, vise à introduire des éléments du contrat de société dans le contrat de travail et améliore la condition générale du travailleur.» De même enfin, dans ce discours du 31 janvier 1952, que nous analysons présentement, le Pape termine en demandant aux employeurs que la fraternité chrétienne anime toute leur entreprise, afin qu\u2019elle les rende « ingénieux et habiles pour faire en sorte que la dignité personnelle du travailleur, bien loin de se perdre dans RELATIONS l\u2019organisation générale de l\u2019entreprise, conduise celle-ci à une plus grande efficacité, non seulement matérielle, mais aussi et surtout susceptible de lui assurer la valeur d\u2019une véritable communauté ».Claire apparaît donc la position présente du Souverain Pontife à cet égard.Réforme de l\u2019entreprise, et même réforme de structure de l\u2019entreprise, oui, mais à une triple condition: a) qu\u2019on sache interpréter et appliquer correctement les normes incontestables du droit naturel qui doivent jouer en la matière; b) qu\u2019on ne répète pas les errements tant reprochés au capital de s\u2019abriter derrière « les formes d\u2019une responsabilité collective anonyme » ; c) qu\u2019on n\u2019en fasse pas, à notre époque, le point central et principal du programme social catholique.III.\u2014 LA SUPÉRIORITÉ DE L\u2019ORGANISATION PROFESSIONNELLE SUR LA RÉFORME DE L\u2019ENTREPRISE Ce point central et principal demeure « l\u2019idée de l\u2019ordre corporatif professionnel de toute l\u2019économie ».Je n\u2019ai pas à justifier ici le Souverain Pontife de cette prise catégorique de position; je voudrais plutôt essayer de faire soupçonner la supériorité d\u2019un tel plan sur les projets appelés « réformes de structure », et cela en m\u2019inspirant des considérations déjà faites à ce sujet par le R.P.Nell-Breuning, S.J.( «Vocational Groups and Monopoly », dans Review of Social Economy, septembre 1951).Pie XI avait donné aux catholiques une pressante consigne: celle de travailler à mettre un terme au conflit qui divise les classes, en provoquant et encourageant une cordiale collaboration des professions, et en s\u2019efforçant de reconstituer les corps professionnels (iQuadragesimo anno, nn.89-90).Fallait-il pour cela dissoudre les associations d\u2019employeurs et d\u2019employés ?Non, car, dans la pensée du même Souverain Pontife, ces associations étaient destinées à frayer la voie aux groupements corporatifs déjà recommandés {ibid., n.94).La consigne revenait donc à ceci : ne pas démolir ce qui existe, mais plutôt créer ce qui manque.Or, ce qui manquait alors, et ce qui manque encore aujourd\u2019hui, c\u2019est un ensemble d\u2019institutions qui traduise juridiquement ce fait capital de la communauté d\u2019activité et d\u2019intérêts qui lie tous ceux qui participent à une même production de biens ou à une même prestation de services pour le bénéfice de toute la nation: « Chefs d\u2019entreprises et ouvriers, répète Pie XII, ne sont pas antagonistes inconciliables.Ils sont coopérateurs dans une œuvre commune.» Et ce fait de coopération l\u2019emporte sur la rivalité d\u2019intérêts qui les oppose les uns aux autres sur le marché du travail.Mais, alors que cette rivalité d\u2019intérêts s\u2019exprime présentement dans une institution, à savoir le syndicat, rien ne traduit socialement et juridiquement l\u2019autre fait communautaire.Il s\u2019ensuit que l\u2019antagonisme entre employeurs et employés continuera à l\u2019emporter sur la solidarité d\u2019intérêt qui devrait les unir, aussi longtemps qu\u2019il n\u2019existera pas une organisation pour grouper tous ceux que joint déjà un même effort de production et pour les mettre en mesure de régler ensemble leurs problèmes communs.La solution est donc tout indiquée: il faut créer cette institution qui va traduire la solidarité d\u2019activité, d\u2019intérêt et de responsabilité entre employeurs et employés, et qui va permettre à chacun de participer avec des droits égaux à la prise des grandes décisions communes.Cela admis, il ne reste plus qu\u2019à déterminer sur quel plan devra s\u2019établir une telle institution : sur le plan de l\u2019entreprise ou sur le plan de la profession ?La réponse à cette question doit nécessairement tenir compte du rôle assigné à la future institution.Or, nous l\u2019avons dit, il s\u2019agit de traduire socialement et juridiquement l\u2019union qui existe entre tous ceux qui participent à un même effort de production; il s\u2019agit d\u2019intégrer toutes ces activités partielles pour les orienter vers le bien commun; il s\u2019agit, en pratique, d\u2019élaborer une politique économique et sociale pour toute une industrie.Cela est-il possible sur le plan de l\u2019entreprise ?Uniquement si l\u2019entreprise constitue elle-même l\u2019ensemble de l\u2019industrie, ce qui est un cas exceptionnel.En principe, donc, c\u2019est le plan de la profession ou de toute l\u2019industrie qu\u2019il faut choisir.L\u2019immense avantage de s\u2019élever à un tel plan, c\u2019est que là n\u2019existent plus la plupart de ces difficultés qui rendent presque insoluble le problème de « codétermination » ou de cogestion dans l\u2019entreprise.Dans celle-ci, en effet, une foule de décisions affectent de façon adverse patrons et ouvriers, de sorte qu\u2019un droit absolu de cogestion aboutit logiquement à transformer les ouvriers en copropriétaires.Sur le plan supérieur de la profession, l\u2019opposition entre capital et travail ne joue qu\u2019un rôle secondaire, précisément parce que les décisions à prendre affectent la plupart du temps employeurs et employés dans le même sens.Ce n\u2019est pas d\u2019eux principalement que surviendront alors les conflits d\u2019intérêts, mais ceux-ci surgiront plutôt entre entreprises de différentes grandeurs et entre les divers secteurs d\u2019une même branche de production.Ce qui est une tout autre question.Il y aurait encore beaucoup d\u2019autres considérations à faire, beaucoup d\u2019autres précisions à donner.L\u2019essentiel toutefois a été dit.Il suffit à faire soupçonner la supériorité de l\u2019organisation professionnelle sur la réforme de l\u2019entreprise.Rien n\u2019empêche les catholiques de travailler simultanément à faire réussir l\u2019une et l\u2019autre; mais, après le triple avertissement du Souverain Pontife actuel, il n\u2019est plus permis à aucun d\u2019eux d\u2019ignorer laquelle a les préférences et le total appui de l\u2019Église.AVRIL 1952 89 La coordination de nos enseignements Gérard PLANTE, S.J.C\u2019EST avec beaucoup de modestie que nous abordons ce sujet.Il faudrait être naïf pour s\u2019ima- , giner que l\u2019on peut dogmatiser à son aise là-dessus.« Réforme »,\t« progrès »,\t« avenir de nos jeunes»: ces mots enthousiasment le controversiste.On peut écrire d\u2019éloquentes tirades sur l\u2019inadaptation de nos institutions secondaires, sur les emplois lucratifs dont nos jeunes sont frustrés à cause d\u2019une éducation inadéquate; on peut, en haussant le ton de la voix, porter de solennelles accusations contre les éducateurs.Mais repenser dans son ensemble et dans ses détails l\u2019organisation de notre enseignement secondaire exige plus que de l\u2019éloquence: il y faut de l\u2019ampleur de vue, de la nuance, de l\u2019objectivité.Un travailleur isolé ne saurait résoudre seul un problème où se trouvent impliqués tant d\u2019intérêts, tant d\u2019organismes, tant d\u2019autorités.Songez qu\u2019une tentative de réforme peut mettre en alerte les universités, le clergé, les professions libérales, le Conseil de l\u2019Instruction publique, le gouvernement.Nous n\u2019essaierons donc pas ici de tout régler d\u2019un seul coup.Sans prôner encore aucune mesure particulière, nous voudrions, en proposant une simple terminologie, préciser certains concepts et contribuer ainsi à rendre nos débats plus fructueux.* D\u2019abord, de quoi s\u2019agit-il quand on parle de réformer notre enseignement « secondaire » ?Restreindre ce terme au cours classique gréco-latin, c\u2019est faire un faux pas dès le début; c\u2019est soulever la vieille querelle des « humanités anciennes », c\u2019est ramener le problème de l\u2019amélioration de nos enseignements à un débat sur l\u2019importance et la valeur formative de deux matières scolaires.Les Occidentaux se sont livrés, sur cette question, à de passionnantes polémiques.Nous ne ferions que répéter ce que les pédagogues, les penseurs, les intellectuels de France et de Belgique ont déjà dit mieux que nous.Ce qui est réellement en cause, chez nous, c\u2019est un secteur de nos enseignements du second degré.Par cette expression, \u2014 que nous empruntons à la nomenclature française, \u2014 nous entendons l\u2019ensemble des enseignements qui, dans notre système scolaire, se situent entre l\u2019école primaire et l\u2019université.Ces enseignements ont ceci de commun qu\u2019ils s\u2019adressent tous à l\u2019adolescent et, partant, doivent tenir compte des exigences psychologiques propres à cet âge.Aux yeux du pédagogue, ces enseignements du second degré comprennent deux Le P.Plante, actuellement/ adjoint du préfet des études au Collège Sainte-Marie {Montréal), est M.A.en pédagogie de V Université de Fordham et licencié en sciences pédagogiques de l\u2019Université de Louvain.L\u2019automne dernier, à Louvain, il a soutenu, avec grande distinction, une dissertation doctorale sur les objectifs de l\u2019enseignement secondaire.secteurs: a) un secteur que nous appellerions le secteur de Venseignement spécial1, parce que le soin général d\u2019éduquer y est spécifié par le souci de préparer, plus ou moins immédiatement, à une tâche lucrative (par exemple, les écoles techniques, les écoles normales, etc.); b) un second secteur que nous appellerions enseignement général : il se caractérise par la préoccupation d\u2019assurer à l\u2019adolescent un développement plus complet, plus général de sa personnalité, sans songer à le préparer immédiatement à une profession.C\u2019est cet enseignement général du second degré que nos éducateurs, nos intellectuels songent à améliorer; c\u2019est celui-là que nous appellerions secondaire.Comme, à l\u2019origine, cet enseignement « secondaire » n\u2019était dispensé que par les collèges classiques, nous avons pris l\u2019habitude, chez nous, d\u2019identifier « classique » et « secondaire ».Aujourd\u2019hui, nous semble-t-il, l\u2019expression enseignement secondaire devrait s\u2019appliquer aussi à nos collèges scientifiques; notre école primaire supérieure devrait elle-même être conçue comme un enseignement général du second degré 2.* La première question à considérer en vue d\u2019améliorer notre enseignement secondaire (au sens défini plus haut), c\u2019est la finalité de cet enseignement.Ce terme de « finalité » désigne tous les résultats, de quelque ordre qu\u2019ils soient, que nos institutions secondaires, dans leur ensemble, sur le plan national, doivent viser à produire.Si nous examinons les discussions des pédagogues français, belges et américains sur ce sujet, nous constaterons que deux sortes de résultats les préoccupent.D\u2019abord, les qualités intellectuelles, physiques et morales que l\u2019enseignement secondaire, pour maintes raisons, doit développer chez les adolescents.Ces améliorations diverses à produire dans la personne de l\u2019adolescent, nous les appelons les objectifs de l\u2019enseignement secondaire.Communiquer une certaine quantité de connaissances en géographie, en histoire, en mathématiques, etc., constitue un de ces objectifs; apprendre à raisonner en est un autre.1.\tNous ne disons pas « spécialisé », parce que ce terme a un sens officiel chez nous: sens plus restreint que notre expression « enseignement spécial ».2.\tL\u2019extension que nous donnons au mot « secondaire » n\u2019est pas une innovation d\u2019inspiration américaine.Nous pourrions citer de classiques éducateurs belges (le P.Verest, S.J., par exemple) qui, en 1900 et même en 1896, attribuaient au terme « secondaire » le sens que nous donnons ici à l\u2019expression « second degré ».90 RELATIONS Outre ces résultats qui se situent dans la personne de l\u2019élève, l\u2019enseignement secondaire vise d\u2019autres buts qui répondent aux exigences des ensembles auxquels se rattache cet enseignement.Ainsi, l\u2019enseignement secondaire s\u2019insère dans un système scolaire national (plus exactement provincial); à ce titre, un rôle particulier lui est dévolu: il constitue le palier qui donne accès à l\u2019université.L\u2019enseignement secondaire se rattache aussi à l\u2019ensemble de notre société civile.Celle-ci compte sur lui pour préparer une élite intellectuelle, pour renouveler les effectifs de ses professions libérales et scientifiques.L\u2019Église enfin compte sur l\u2019enseignement secondaire pour assurer la relève sacerdotale.Tous ces rôles que doit jouer l\u2019enseignement secondaire dans les ensembles auxquels il se rattache, nous les appelons jonctions.La « préparation aux études universitaires » est une fonction propédeutique; la « préparation d\u2019une élite intellectuelle », la « préparation de candidats au sacerdoce ou aux professions libérales ou scientifiques » sont des fonctions sociales.Évidemment, il n\u2019est pas nécessaire que chacune des institutions du niveau secondaire essaie de remplir toutes les fonctions qui incombent à l\u2019ensemble du système secondaire.Une institution peut bien, par exemple, se préoccuper tout spécialement de la culture des vocations sacerdotales.* La réforme d\u2019un enseignement secondaire, après avoir discuté les objectifs et les fonctions de cet enseignement, peut en examiner la structure.Ce terme désigne l\u2019ensemble des rouages pédagogiques grâce auxquels l\u2019enseignement secondaire remplit ses fonctions ou atteint ses objectifs; plus exactement, il désigne le système selon lequel s\u2019articulent ces divers rouages.Les rouages qui font d\u2019ordinaire l\u2019objet de discussions dans les projets de réforme sont les suivants: les matières, les branches, les types, les cycles.On appelle matière tout savoir ou savoir-faire qui peut donner lieu à des exercices scolaires.En d\u2019autres termes, est matière scolaire tout ce qui peut se présenter comme objet d\u2019un examen.L\u2019histoire est une matière, le thème latin aussi, et la dissertation philosophique.Toutes les sciences, à la rigueur, peuvent devenir matière d\u2019enseignement secondaire, pourvu qu\u2019elles soient d\u2019abord soumises à un certain processus qui les transforme en instrument de formation pour les esprits adolescents.Une branche est un ensemble de matières que l\u2019on groupe, soit parce qu\u2019elles s\u2019inspirent d\u2019une même science, soit parce qu\u2019elles recourent à des méthodes identiques ou traitent d\u2019un même objet matériel, soit pour d\u2019autres raisons.Ainsi, par exemple, le français constitue une branche qui comprend des matières telles que la grammaire, la phraséologie, l\u2019histoire littéraire, la dissertation littéraire, etc.Notre enseignement secondaire connaît, entre autres, les branches suivantes: les mathématiques, la philosophie, les sciences physiques, les sciences naturelles, la religion, etc.Un esprit adolescent ne saurait évidemment absorber toutes les branches que les adultes ont organisées au niveau secondaire.A l\u2019usage des divers esprits adolescents, on peut constituer divers groupements des branches secondaires.Un groupement de branches secondaires qui forme un tout cohérent et qui se suffit s\u2019appellera un type d\u2019enseignement secondaire.Un type se désigne d\u2019ordinaire d\u2019après une ou deux branches prédominantes: on aura, par exemple, le type gréco-latin, le type latin-sciences, le type latin-mathématiques, etc.Dans tous les types d\u2019enseignement secondaire, on distingue, sur le plan de la durée, des étapes successives marquées soit par des changements de programmes, soit par des changements de méthodes, soit par des examens spéciaux, soit par des possibilités nouvelles d\u2019orientation.On nomme ces étapes des cycles.Ainsi, par exemple, dans notre cours classique, on distingue trois cycles: le premier va de la sixième à la troisième inclusivement (de la classe d\u2019éléments latins à celle de versification), le deuxième comprend la seconde et la première (classes de belles-lettres et de rhétorique), le troisième, nos deux années de philosophie.* Il n\u2019y a pas seulement la structure de l\u2019enseignement qui lui permette de répondre à sa finalité.Il y a encore ses méthodes.Le mot méthode exige lui aussi quelques explications.Il a un sens large et un sens restreint.Au sens restreint, il désigne un procédé d\u2019enseignement, une technique pour exécuter un exercice scolaire.Au sens large, une méthode est un ensemble ordonné de moyens pédagogiques que l\u2019on applique à l\u2019enfant pour réaliser des fins éducatives déterminées.Il s\u2019agit vraiment d\u2019un système complet d\u2019éducation dont les techniques s\u2019appuient sur une philosophie et une psychologie.On parle ainsi de la méthode montes-sorienne, de la méthode decrolyenne, des méthodes actives par opposition aux méthodes traditionnelles.Dans quel sens emploie-t-on, chez nous, le mot méthode quand on discute de la réforme de notre enseignement secondaire?C\u2019est, en général, au sens restreint.Nos débats ne portent pas, en effet, sur l\u2019opportunité de réorganiser notre enseignement secondaire selon les principes de l\u2019école active, mais sur l\u2019adaptation de notre système secondaire aux besoins de notre jeunesse.* Les quelques définitions que nous venons de soumettre au lecteur ont une grande importance.Elles permettent de dégager plus nettement la portée (sans préjuger leur valeur) des propositions que l\u2019on peut avoir à examiner.S\u2019agit-il, par exemple, de hâter l\u2019accès AVRIL 1952 91 de nos jeunes gens à l\u2019université ?Cette mesure implique une prise de position sur la fonction propédeutique de notre enseignement secondaire, elle a des répercussions sur l\u2019organisation de nos types et de nos cycles d\u2019études secondaires; elle affecte aussi nos méthodes, car l\u2019obligation d\u2019inculquer en un temps limité une somme considérable de connaissances impose des méthodes déterminées, et les méthodes, à leur tour, impliquent la priorité de certains objectifs sur d\u2019autres: elles peuvent U Acadie se souvient 1752-1952 Antoine BERNARD, C.S.V.L\u2019HORLOGE du monde va son train, et voici qu\u2019arrive pour l\u2019Acadie le cycle des années chargées de souvenirs: 1952, 53, 54, \u2014 1955! Parce que ce sont des souvenirs peu gais, plutôt sombres et tragiques, faudrait-il les taire et passer outre?Allons-nous, par souci de « bonne entente », craindre de froisser quelqu\u2019un en évoquant 1752-1755 ?Les faits qui ont brisé le destin d\u2019un peuple et qui l\u2019ont marqué à jamais du sceau du martyre (je parle d\u2019un peuple in globo), ces faits historiques doivent-ils aujourd\u2019hui être pudiquement voilés au public, de crainte d\u2019attrister quelques grands propriétaires, quelques puissants industriels de l\u2019Est canadien?Le silence doit-il envelopper comme d\u2019un second linceul les victimes du Grand Dérangement ?Voici que du fond de ma mémoire surgit, comme une réponse à la question, un rafraîchissant souvenir.Par delà la brume des années, une vision d\u2019enfance se lève, nette et précise comme le matin printanier qu\u2019elle évoque.C\u2019était le matin de mes quatorze ans.Sous mes yeux ondulait, scintillante au soleil, la nappe dorée de la baie des Chaleurs.Mon père vint à moi.Fixant l\u2019horizon liquide, il me dit en guise de souhait: « J\u2019ai déjà eu mes quatorze ans, moi aussi, et à une date qui m\u2019a impressionné pour la vie: en 1855! Cette année-là, j\u2019aurais bien aimé passer la mer pour aller voir, une fois dans ma vie, le pays des ancêtres acadiens.Le pays d\u2019où fut chassé mon arrière-grand-père Charles Bernard, en 1755! J\u2019ai couru les mers dans ma jeunesse, j\u2019ai vu Terre-Neuve, les Antilles et la Barbade, mais je n\u2019ai pas vu la vieille Acadie.Sois plus chanceux que moi, mon garçon ! Si tu es encore vivant, en 1955, va saluer pour toi et pour moi la terre ancestrale de Beaubassin et de Grand-Pré! » Ainsi parla mon père, un clair matin d\u2019avril 1904, au bord de la mer lumineuse.Or, 1955, c\u2019est demain.En attendant cette aube, pour être fidèle à la parole donnée il y a un demi-siècle, pour être fidèle à la mémoire de impliquer, par exemple, que l\u2019on accorde plus d\u2019importance à l\u2019acquisition des savoirs et des savoir-faire qu\u2019à la maîtrise de certaines opérations intellectuelles fondamentales, qu\u2019à la culture de certains idéals.Finalité, structure, méthodes: ces trois mots désignent trois aspects intimement liés de notre enseignement secondaire.Une mesure de réforme qui oublierait l\u2019un ou l\u2019autre de ces trois aspects s\u2019avérerait bientôt chimérique ou nocive.Le R.F.Bernard, historien de l'Acadie, membre du Bureau du Comité de la Survivance française et secrétaire de la rédaction à la revue Vie française, nous présente une tranche d'histoire acadienne.mon père et de tous les aïeux acadiens, pourquoi ne pas remuer un peu la cendre des vieux souvenirs ?Quelques braises y rougeoieront peut-être, qui auront chance d\u2019allumer une salutaire chaleur au cœur de la génération acadienne du milieu du vingtième siècle.Et ces souvenirs d\u2019il y a deux siècles, qui les accueillera mieux que Relations, cette revue dirigée par les frères cadets des Pères Biard et Massé, ces pionniers de l\u2019apostolat catholique en Acadie dès 1611, prédécesseurs de leurs confrères jésuites à Sainte-Anne du Cap-Breton et à Saint-Charles de Miscou ?Qu\u2019était l\u2019Acadie en 1752 ?Quel mode de vie, quelles dispositions d\u2019âme, quelles espérances présidaient aux destinées d\u2019un petit peuple français issu des premiers défricheurs de 1604, des semeurs plus nombreux et mieux organisés de 1632 ?Allons au fait.Que fut l\u2019Acadie pour la France sa mère ?Une colonie de peuplement, une future province française, telle que l\u2019avaient rêvée, en 1632, Richelieu et son cousin Razilly?Ou plutôt une simple colonie d\u2019exploitation, un gîte naturel d\u2019où l\u2019on tire le poisson, les bois, certains minéraux ?Quel plan eut tendance à l\u2019emporter ?Celui de Richelieu et de ses amis les missionnaires capucins de 1632, ou celui des compagnies de commerce appuyées par certaines influences en cour de Versailles ?La réponse fournirait matière à un livre.Au total, constatons que la colonisation française de l\u2019Acadie s\u2019est faite de 1632 à 1670, durant les quarante années qui représentent la fin du règne de Louis XIII, la longue minorité de Louis XIV et les dix premières années du règne personnel du grand roi.Toute colonisation organisée cesse pratiquement vers 1670, au moment où l\u2019influence de Colbert, après avoir donné l\u2019intendant Jean Talon au Canada, met l\u2019administration de l\u2019Acadie sous l\u2019autorité immédiate du gouverneur de Québec, reléguant ainsi au second plan le gouverneur fixé à Port-Royal.Désormais simple fonctionnaire enfermé 92 RELATIONS dans ses dossiers, ou préoccupé de la défense militaire du pays, ce gouverneur de Port-Royal \u2014 un François Perrot, un Menneval, un Brouillan ou un Subercase \u2014 n\u2019aura ni le goût ni le temps de promouvoir la colonisation, le développement matériel et social du pays.Et la conquête anglaise de 1710, précédant de plus d\u2019un demi-siècle la conquête du Canada, enfermera bientôt le peuple acadien lui-même dans le moule un peu étroit de ses familles nombreuses, de son parler berrichon et poitevin, de ses vieilles chansons tourangelles, de ses traditions et légendes imprégnées de sel marin.Resserré sur ses rivages de Port-Royal, de la Grand\u2019Prée, de la Rivière-aux-Canards, de la Rivière-au-Saumon, ce petit peuple de 2,500 âmes se verra incapable de répondre, en 1713-1720, à l\u2019invitation que lui adressera la France de passer sur l\u2019île Royale (île du Cap-Breton), où flotte encore le drapeau fleurdelisé.Pendant que s\u2019édifieront, à coups de millions, les fortifications de Louisbourg, les Acadiens du vieux pays des Mines continueront de faire la cueillette des pommes, de fabriquer du cidre, de soigner leurs beaux troupeaux.C\u2019est là l\u2019occupation des hommes d\u2019âge rassis.Quant aux jeunes gens, évidemment, ils suivent la tradition déjà séculaire: de mars à novembre, et même un peu toute l\u2019année, partis en mer, ils tirent des grands bancs le poisson, surtout la morue, qui constitue le fond de la fortune de ces rivages de l\u2019Est, depuis l\u2019estuaire du Saint-Laurent jusqu\u2019au delà des côtes de Boston.La France de Louis XIV, de plus en plus accaparée par ses projets, ses guerres et ses revers d\u2019Europe, n\u2019a donc pas fait de l\u2019Acadie une véritable colonie de peuplement comme le Canada, où, malgré quelque négligence, on trouve tout de même un peu plus de 18,000 âmes au moment du traité d\u2019Utrecht, en 1713.Deux ans avant la mort du roi-soleil, ce traité amorce la désagrégation de l\u2019empire français de l\u2019Amérique du Nord naguère rêvé par l\u2019intendant Talon.La baie d\u2019Hudson, Terre-Neuve et l\u2019Acadie sont alors cédées à l\u2019Angleterre de la reine Anne, héritière de Guillaume d\u2019Orange, qui montre immédiatement le prix qu\u2019elle attache à cette dernière conquête: Port-Royal, la petite capitale acadienne embaumée des pommiers en fleurs, devient aussitôt Annapolis.Et un singulier régime, un mode de vie bien étrange s\u2019instaure au cœur d\u2019une colonie peuplée de Français qui ne comprennent pas même la langue de leurs nouveaux maîtres et qui restent fervents catholiques, sous une puissance protestante et fanatique.Au reste, ces vieux habitants français possèdent le meilleur des terres agricoles du pays, ils détiennent en leurs mains l\u2019avenir matériel de la péninsule acadienne.Déjà la ville de Boston est habituée à se nourrir de la viande de leurs excellents troupeaux, de leurs prés-salés rivaux des moutons de Normandie ou de Saintonge.Comment se dénouera le drame dont le traité d\u2019Utrecht constitue maintenant le nœud ?Et que signifie cette présence persistante de la France sur l\u2019île du Cap-Breton, cette prodigalité inusitée qui verse des millions sur les rudes et solitaires rivages de Louis-bourg ?Dès maintenant, un problème de vie pratique se pose.Qui nourrira la nombreuse garnison de Louis-bourg?Qui lui fournira blé et farine, viande et poisson ?Qui, sinon les Acadiens de la baie Sainte-Marie et du bassin des Mines, dont les fils pêchent la morue précisément au large des côtes du Cap-Breton ?Rien n\u2019est donc résolu par la paix de 1713, qui va se prolonger une trentaine d\u2019années.Le régent, puis Louis XV et ses ministres, auront beau simuler une parfaite tranquillité d\u2019esprit, chacun comprend, à Versailles comme à Londres et à Boston, que la querelle franco-anglaise n\u2019est pas vidée, qu\u2019un choc décisif se produira tôt ou tard.Le morceau appartiendra finalement à celui des deux aigles royaux qui possédera les serres les plus puissantes, le bec le plus acéré.Autrement dit, au chef qui disposera des meilleures escadres.En attendant, une sérénité descend sur les vallons acadiens, une douceur de vivre baigne ces heureuses campagnes de la Grand\u2019Prée, de Pisiguid (Windsor), de Cobequid (Truro), où les Acadiens, loin des canons anglais nouvellement installés au fort d\u2019Annapolis, poursuivent leurs travaux saisonniers et accroissent leurs revenus.Finies, les interminables luttes de 1690 à 1710! Adieu le temps où l\u2019apparition de voiles boston-naises à l\u2019horizon chassait vers les bois tout un village! De ce temps des Phipps, des Church, et aussi des corsaires acadiens stimulés et guidés par des héros, \u2014 un Denys de Bonaventure, un d\u2019Iberville, \u2014 il reste dans les mémoires mille traits épiques qui se cristalliseront bientôt en merveilleuses légendes.On se souvient de cette époque mouvementée comme on se souvient de la France, pour en causer, l\u2019hiver, au coin du feu.Mais l\u2019aiguille du temps marque une heure nouvelle.Puisque l\u2019Anglais nous laisse vivre en paix, ne faisons pas de bruit et profitons des beaux jours qui passent.Ils passent vite, hélas! les beaux jours.Voici déjà 1744 et la fin de l\u2019heureux temps d\u2019Évangéline que chantera un jour Longfellow.La guerre se rallume entre la France et l\u2019Angleterre, cette fois au sujet de la succession d\u2019Autriche.Et, du premier coup, le peuple acadien croissant, fort d\u2019environ 10,000 âmes, voit se développer une situation nouvelle, inquiétante, grosse de graves dangers et qui pose immédiatement un cas de conscience, en marge du serment de fidélité prêté en 1730 contre une promesse de « neutralité » totale.Notre intention n\u2019est pas ici d\u2019étudier à fond la crise acadienne de 1744-1755.Le présent article ne constitue qu\u2019une entrée en matière tendant à souligner le fait de la continuité française en Acadie, de 1604 à l\u2019époque de la crise.Bornons-nous, pour l\u2019instant, à consigner rapidement la suite des événements qui s\u2019échelonnent jusqu\u2019en 1752, événements de conséquence et qu\u2019il faudra analyser davantage pour comprendre l\u2019issue du drame.Voici le schéma.1744.Le capitaine Du vivier, parti de Louisbourg avec 315 hommes, s\u2019empare du poste anglais de Canso, AVRIL 1952 93 puis s\u2019achemine par voie de terre vers les villages acadiens de la baie de Fundy.Il compte sur un soulèvement acadien qui lui permettra de s\u2019emparer facilement d\u2019Annapolis.Mais les Acadiens, fidèles à leur serment d\u2019allégeance (et dociles au conseil de leurs pasteurs sul-piciens), restent strictement neutres; ils regardent passer la petite troupe française qui ne recrute que les 300 Micmacs de l\u2019abbé Le Loutre revenus à Grand-Pré après une attaque-surprise qu\u2019ils viennent de rater contre le fort d\u2019Annapolis.(Qui est l\u2019abbé Le Loutre ?il faudra le dire plus au long.) Arrivée en vue d\u2019Annapolis, la troupe de Duvivier attend deux vaisseaux français promis par Duquesnel, commandant de Louis-bourg.Mais ce sont bientôt trois voiles bostonnaises qui apparaissent dans les eaux de Port-Royal.Duvivier abandonne l\u2019entreprise et confie à son lieutenant, le sieur de Gannes, le soin de ramener sa troupe vers le bassin des Mines.La faible offensive française de 1744 se termine donc par un piteux échec, et les Acadiens « neutres » sont, par leur passivité, largement responsables de cette déconvenue.1745.\tLe gouverneur du Canada, Beauharnois, encourage un effort tenté du côté de l\u2019Acadie.Muni de son assentiment, le capitaine Paul Marin quitte Québec, en janvier 1745, à la tête de 120 miliciens.Rendu à Beaubassin, il s\u2019adjoint 400 Indiens et veut reprendre le projet de Duvivier contre Annapolis.Les Canadiens feront-ils mieux que les Français en Acadie « neutre » ?On ne le saura jamais, car les Bostonnais viennent mêler les cartes et dissiper la menace de Marin.Soulevée par Shirley, la Nouvelle-Angleterre lance contre la forteresse de Louisbourg une armée de 4,000 hommes montée sur 90 transports qu\u2019escortent 10 frégates portant 200 canons.Louisbourg tombe sous les coups de Warren et Pepperell, le 3 juillet 1745.C\u2019en est fait, semble-t-il, de ce reste de domination française sur l\u2019île du Cap-Breton.(D\u2019autre part, qu\u2019est-ce qui peut motiver une pareille dépense d\u2019argent et d\u2019énergie, de la part des Bostonnais avares ?Qu\u2019attendent-ils en compensation?On pourra peut-être se le demander ultérieurement.) 1746.\tLa chute imprévue de Louisbourg a ému la France et gâté la joie de la grande victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de Saxe sur les Anglo-Autrichiens (11 mai 1745).On décide une foudroyante offensive contre les audacieux Bostonnais.La rade de l\u2019île d\u2019Aix, avant-port de Rochefort, abrite bientôt 18 vaisseaux de ligne, 8 frégates et 50 transports montés par 4,650 soldats et marins munis de 800 canons.Une triple mission est confiée au commandant, le jeune duc d\u2019An ville: reconquérir Louisbourg, l\u2019Acadie et ravager les côtes de la Nouvelle-Angleterre.Un tragique concours de circonstances adverses anéantit cet effort et dissipe les terreurs de Boston: vents défavorables, puis calme plat, puis tempêtes océanes, enfin la maladie et la disette d\u2019aliments.Plus de 1,200 hommes sont ensevelis en mer, et 1,100 meu- rent au fond du havre de Chebouctou (aujourd\u2019hui bassin de Bedford, à Halifax).Désastre complet, décourageant.Les 600 miliciens venus de Québec, sous les ordres de Ramezay, pour prêter main-forte aux soldats français, se rendirent jusqu\u2019à Annapolis et attendirent en vain l\u2019apparition des vaisseaux de La Jonquière, lieutenant du duc d\u2019Anville (ce dernier était mort à Chebouctou).Laissés sans secours, Ramesay et ses hommes revinrent hiverner à Beaubassin, en Nouvelle-Acadie, en compagnie des ouailles de l\u2019abbé Le Loutre.1747.\tCette date met à l\u2019affiche et fait entrer dans l\u2019histoire, pour la première fois, le village de Grand-Pré, sis à mi-chemin entre Beaubassin et Annapolis et qui devient, de ce fait, l\u2019étape normale des miliciens montant à l\u2019assaut de la petite capitale néo-écossaise.En vue de prévenir ces offensives et de maintenir dans le respect les Acadiens de la région des Mines (qu\u2019on disait « républicains »), le commandant d\u2019Annapolis a posté une garnison permanente à Grand-Pré, dans les onze meilleures maisons de la place.Or, en janvier 1747, une troupe comptant 240 Canadiens et 60 Indiens part secrètement de Beaubassin, sous la conduite de Coulon de Villiers (surnommé le Grand Villiers).Il s\u2019agit d\u2019aller surprendre la garnison de Grand-Pré.Après dix-huit jours de marche « à la raquette », à travers la forêt enneigée, on tombe en effet sur une garnison endormie sans méfiance, dans la nuit du 11 février, à deux heures du matin.Un combat sanglant se prolonge douze heures.Le commandant Noble est tué, ainsi que 130 de ses hommes, et les Canadiens s\u2019emparent d\u2019une centaine de prisonniers (sur une garnison totale de 470 hommes).Fureur des chefs d\u2019Annapolis et de Boston: le nom de Grand-Pré leur devient odieux et appelle la vengeance! (Notons que ce sera au centenaire de l\u2019événement, en 1847, que Longfellow publiera son Évangéline centrée d\u2019abord sur le village de Grand-Pré.) Sans nous arrêter aux diverses réactions que provoque chez les Acadiens « neutres » une semblable attaque-surprise au cœur de leur pays, ajoutons que 1747, c\u2019est aussi la date de la capture, en vue des côtes d\u2019Espagne, de l\u2019escadre française que La Jonquière voulait conduire en Amérique pour reprendre Louisbourg et ravitailler Québec.Plus de 4,000 hommes, y compris La Jonquière lui-même, avec une cargaison d\u2019un million de livres, tombèrent alors aux mains de l\u2019amiral Anson, le 3 mai 1747.Décidément, la France joue de malheur sur l\u2019Atlantique.Les deux catastrophes maritimes de 1746 et 1747 pèseront lourdement sur les prochaines destinées du Canada.1748.\tGrâce aux victoires françaises remportées à Fontenoy et aux Pays-Bas, Louis XV peut conclure à Aix-la-Chapelle un traité de paix qui rétablit toutes choses comme elles étaient avant la guerre.Louisbourg, l\u2019île du Cap-Breton et l\u2019île Saint-Jean sont donc restitués à la France.Shirley et les Bostonnais ne cachent pas leur dépit, eux qui ont fait les principaux frais de ces conquêtes et qui se disposaient à rentrer dans leurs 94 RELATIONS fonds.Voilà, pour l\u2019Acadie de demain, de redoutables créanciers.1749.\tUne ville flottante, une sorte de Salente moderne, se transporte d\u2019Angleterre au havre de Chebouc-tou.La ville d\u2019Halifax se fonde, rivale de Louisbourg, forte, du premier coup, des 2,600 immigrants qui arrivent sous la conduite de Cornwallis, nouveau gouverneur de la Nouvelle-Écosse.Annapolis cesse d\u2019être capitale, et un nouvel ordre de choses apparaît aux yeux du peuple acadien plus isolé que jamais.La Jonquière, maintenant gouverneur à Québec, ne se désintéresse pourtant pas de l\u2019Acadie.Par ses ordres, M.de Saint-Ours se rend dans la Nouvelle-Acadie de l\u2019abbé Le Loutre, dans cet isthme de Chignectou réclamé comme possession française.On construit là le fort Beauséjour, qui domine le fond de la baie de Fundy, et le petit fort Gaspereau, à même hauteur, sur le golfe Saint-Laurent.1750.\tAu mois de septembre, le major Lawrence, à la tête d\u2019un millier d\u2019hommes montés sur dix-sept vais- seaux partis d\u2019Halifax, se rend à Beaubassin.C\u2019est son second voyage officiel de ce côté, car il y est venu au printemps de la même année et, sans défense devant sept vaisseaux de guerre et 450 militaires, les habitants de Beaubassin ont alors brûlé leurs maisons et se sont enfuis vers le nord.Cette fois, sur les ruines du village et à moins de deux milles du fort Beauséjour, Lawrence édifie un fort qui portera son nom.Voilà, en bref, les éléments dont se compose l\u2019histoire de l\u2019Acadie poussée jusqu\u2019au seuil de la crise finale de 1752-1755.Voilà comment, en 1752, le peuple acadien se voit tragiquement placé entre le marteau et l\u2019enclume.Nous avons signalé les principaux faits de cette histoire mouvementée, nous avons filmé l\u2019essentiel de ce qui se passe sur la scène.Mais ne serait-il pas intéressant de chercher à pénétrer quelques secrets de la coulisse ?Nous y reviendrons.\u2022 \u2014\u2014 \u2014 \t\u2022 CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ \u2014 VII LE PRÉTEXTE DE LA «SCIENCE» Marie-Joseph d'ANJOU, S.J.NOMBREUX sont les immoralistes qui se moquent éperdument de passer pour des païens ou des barbares, pourvu qu\u2019on ne dérange pas leurs petites orgies.Mais dans une société qui se glorifie d\u2019appartenir à la pointe avancée de la civilisation, \u2014 démocratique par-dessus le marché, \u2014 il y en a beaucoup qui ne souffrent pas qu\u2019on les déclasse.Ils cherchent à se défendre au nom de la Science, de l\u2019Art, de l\u2019Amour.(Flaubert écrivait Hamour, avec une aspirée majuscule, pour marquer l\u2019emphase avec laquelle on parlait déjà du sentiment hoqueteux que Denis de Rougemont devait appeler « la grande hystérie occidentale ».) Laissons de côté, pour le moment, le prétexte de l\u2019art et celui de l\u2019amour.On n\u2019est pas loin d\u2019avoir tout dit \u2014 pour ceux du moins qui veulent entendre \u2014 sur les déviations de ce qu\u2019on ose couvrir des prestiges de l\u2019art ou des splendeurs de l\u2019amour.Essayons de dégonfler le préjugé « scientifique ».* Car on proteste, au nom de la Science: l\u2019activité sexuelle est foncièrement naturelle; le rapport Kinsey a démontré que la conduite normale de l\u2019homme répugne à la morale traditionnelle; d\u2019ailleurs, l\u2019exercice de la fonction sexuelle est un besoin humain.Vraiment! 1.L\u2019appétit sexuel est naturel, en ce sens qu\u2019il exprime un côté de notre nature; mais pour l\u2019empêcher de nous abêtir, il faut le garder dans les limites fixées par le Créateur, limites que nous connaissons par la raison et la foi (Kelly, Jeunesse moderne et Chasteté, p.87).« La voix de la nature pour l\u2019homme est celle de la nature qu\u2019il a reçue de Dieu; et il se trouve que cette nature est différente de celle du chien Fido.Il est dans la nature de l\u2019homme de diriger ses instincts d\u2019après sa raison, et non de les suivre à l\u2019aveugle.» {Ibid., p.151.) La raison et la foi font de l\u2019appétit sexuel le serviteur de l\u2019amour procréateur sacramentel, non une fin en soi, ni une sorte de divinité, de Moloch dévorant auquel tout \u2014 vie, amour, raison et foi \u2014 devrait être sacrifié {Relations, janv.1952, pp.9-10).2.C\u2019est pourquoi la normale purement statistique présentée dans le rapport Kinsey, normale défait et non de droit, signifie tout simplement que « nul autre appétit n\u2019a plus triomphé de la raison que l\u2019appétit sexuel » (Kelly, op.cit., p.88).Tous les abus sexuels sont de plus en plus généralisés.Mais le problème reste de décider si cette généralisation est une conséquence naturelle de la sexualité ou si elle n\u2019est pas plutôt la conséquence d\u2019un ordre de choses.absolument hostile au respect des valeurs sexuelles.Le milieu où sont forcés de vivre les jeunes de notre temps est si contraire à la chasteté parfaite que la pureté totale (et normale) de cœur et de corps est la victoire du petit nombre.Cette constatation, loin d\u2019ébranler les fondements naturels et surnaturels de la chasteté, ne fait que souligner l\u2019inexcusable culpabilité de ceux qui, en matière sexuelle, sont principalement responsables du milieu; nous voulons nommer les autorités civiles, les éditeurs (de livres, journaux, magazines), les pourvoyeurs d\u2019amusements et les femmes.(Collège et Famille, juill.1949, p.159.) Car on ne saurait, sans une perversion diabolique (inspirée par le « père du mensonge »), proposer comme une normale de droit ce qui est une normale AVRIL 1952 95 de fait absolument contraire à la loi de la nature et à la révélation infaillible de Dieu.Autant dire que les sixième et neuvième commandements constituent des impossibilités naturelles, ce qui équivaut à un blasphème et exprime une contradiction métaphysique, puisque Dieu est l\u2019Auteur de la nature et ne peut commander quoi que ce soit d\u2019incompatible avec l\u2019ordre qu\u2019éternellement et immuablement il pense, veut, crée et conserve ici-bas.3.Quant au besoin d\u2019exercer la fonction sexuelle, si l\u2019on désigne par là cette espèce de nécessité psychologique d\u2019entretenir avec l\u2019autre sexe de saines et sereines relations sociales, sans quoi il y a danger de refoulement, nul ne contestera l\u2019existence d\u2019un tel besoin.Mais compris dans le sens d\u2019une nécessité d\u2019assouvir volontairement ses instincts, le besoin sexuel n\u2019existe chez personne, pas même chez ceux que des habitudes invétérées rendent apparemment inaptes à la chasteté.Depuis quand le prurit causé par une intoxication peut-il passer pour un besoin naturel?On traite les intoxiqués, on ne les propose pas en modèles; on ne fait pas de leur mal une norme de la santé.Le « besoin » dont se réclame l\u2019habitudinaire (que ce soit du tabac, de l\u2019alcool ou du plaisir sexuel) est un besoin artificiel, qui n\u2019a rien à voir avec le besoin naturel, exigence de la nature prise comme telle.On ne peut vivre naturellement sans manger; on ne peut être un homme sans intelligence.Mais on peut vivre et être un homme sans jamais satisfaire son appétit sexuel; et ce ne sont pas les chastes que saint Paul qualifie d\u2019efféminés; ce ne sont pas eux non plus qui peuplent les asiles ou les cliniques syphilitiques.(Voir Kelly, op.cit., p.152; Dr J.Carnot, Au service de l\u2019amour, Paris, Édition Beaulieu, pp.79-130.) Je n\u2019oublierai jamais l\u2019impression affreuse que me causa, en 1943, la visite de l\u2019hôpital de Saint-Ferdinand (Mégantic).Dans une grande salle, une jeune religieuse gardait, amusait et même instruisait un peu quelque deux cents petites filles de trois à dix ans, dont plusieurs me parurent fort jolies; or toutes, à des degrés divers, étaient dépourvues de raison.Je demandai à la sœur d\u2019où venaient ces enfants.Elle me répondit: « Huit sur dix viennent de la crèche.» L\u2019auteur qui nous paraît avoir le mieux traité cet aspect du problème est le R.P.Benoît Lavaud, O.P., dans Problèmes de la sexualité (Paris, Plon, 1937), deuxième partie, chapitre II : « Hygiène sexuelle ou morale sexuelle » (pp.91-125).* Ane considérer que l\u2019ordre naturel et le plan purement biologique, on comprendrait qu\u2019une femme revendiquât le besoin d\u2019épanouir dans la maternité les ressources de son sexe, puisque la maternité comble et achève, psychologiquement et moralement, une vie de femme et qu\u2019elle réalise physiquement une transformation majeure dans tout son être.Mais c\u2019est l\u2019homme qui prétend s\u2019appliquer la théorie du « besoin ».Or nul amour de femme, nulle paternité non plus ne peuvent ni ne doivent détourner l\u2019homme du rôle plus universel et spirituel à quoi l\u2019ordonnent son tempérament et ses aptitudes rationnelles, et dont la société attend de lui l\u2019accomplissement.C\u2019est l\u2019homme qui est habilité pour ces œuvres sociales indispensables qui consistent à défricher la terre, à déchiffrer l\u2019énigme de l\u2019univers, à organiser, gouverner et défendre la cité.On ne saurait, sans barbarie, escompter que la femme enceinte ou la mère de jeunes enfants assumât pareils travaux et responsabilités.C\u2019est pourquoi l\u2019activité sexuelle a si peu d\u2019importance pour l\u2019homme, si on se place au seul point de vue biologique.Plus extérieur qu\u2019intérieur (au contraire de la femme), son sexe, à ce niveau, trouve son achèvement dans une activité brève dont les suites n\u2019affectent pas son être physique pendant des mois, ni ne le transforment en profondeur.On sait, de plus, que sa vigueur humaine, tant spirituelle que physique, dépend en très grande partie des hormones dont son métabolisme sexuel enrichit son sang.Et s\u2019il est vrai qu\u2019 « une surabondance d\u2019hormones sexuelles.est souvent le principe d\u2019une hyperexcitabilité par rapport à la chasteté », il est d\u2019expérience normale aussi que « l\u2019excédent des sécrétions soit, à intervalles irréguliers, évacué pendant le sommeil » (Kelly, op.cit., p.68).L\u2019activité sexuelle, chez l\u2019homme, est donc nettement marquée du caractère de la liberté, puisqu\u2019elle a une portée personnelle plus spirituelle et qu\u2019elle est moins en fonction de son épanouissement biologique que de son rayonnement social.Biologiquement parlant, la virginité est donc plus naturelle à l\u2019homme qu\u2019à la femme, celle-ci étant plus dépendante que l\u2019homme des réalités sexuelles et plus dépendante de l\u2019homme pour son épanouissement féminin que l\u2019homme ne dépend de la femme pour son achèvement masculin.C\u2019est même ce sens instinctif de la profondeur avec laquelle la femme est engagée dans le sexe qui explique la spontanéité de sa pudeur; la légèreté qui caractérise la façon dont l\u2019homme traite le sexe indique, au contraire, le peu de cas qu\u2019il en fait spontanément.L\u2019opinion ne s\u2019est-elle pas toujours montrée plus sévère pour les désordres de la conduite féminine ?Ils sont, en effet, plus graves de conséquences charnelles.Mais, sur le plan moral, l\u2019abus que l\u2019homme fait de la fonction sexuelle apparaît beaucoup plus grave, car il n\u2019a que des arguments superficiels à proposer pour l\u2019excuser.Il ne sert de rien de constater que le charme féminin est plus séduisant charnellement pour l\u2019homme que la force masculine n\u2019exerce d\u2019attrait physique sur la femme.L\u2019espèce de dépendance dans laquelle l\u2019homme se trouve, de ce fait, par rapport à la femme ne modifie pas le caractère plus spirituel qui distingue le sexe masculin; elle souligne seulement la part plus grande de l\u2019imagination dans le mécanisme de l\u2019appétit masculin et, en même temps, le vrai terrain sur lequel s\u2019éta- 96 RELATIONS blit pour l\u2019homme l\u2019effort vers la maîtrise de soi: terrain psychologique et moral.A l\u2019inverse de la femme, l\u2019homme est plus doué d\u2019imagination que de sensibilité, de capacité raisonneuse que d\u2019instinctive générosité.La femme est naturellement portée à mettre en vedette ce par quoi elle peut plus facilement séduire celui dont elle a besoin pour être femme en plénitude dans la maternité.On la comprend: c\u2019est peut-être le seul point qui lui assure un avantage incontesté.Mais elle se leurre, car l\u2019instinct qui lui fait désirer la splendeur de la maternité ne reçoit pleinement satisfaction que par l\u2019amour, dont la séduction charnelle n\u2019est qu\u2019une décevante contrefaçon.D\u2019autre part, l\u2019homme est plus coupable encore que la femme d\u2019entrer dans ce jeu, parce qu\u2019en y succombant il commet, pour un plaisir superficiel et secondaire, la profanation d\u2019une des plus respectables valeurs humaines, soit la virginité féminine, soit l\u2019intégrité de la dignité maternelle.Cette faute prend figure de trahison, si l\u2019on songe que la femme espère précisément de l\u2019homme, dont l\u2019attachement amoureux est la condition de l\u2019épanouissement féminin, protection et direction raisonnée.Trahison d\u2019autant plus honteuse qu\u2019elle est devenue organisation systématique, commerce et industrie généralisés: c\u2019est l\u2019homme qui, à peu près partout, est l\u2019entrepreneur et le bailleur de fonds des spectacles obscènes, le créateur et le distributeur des modes vestimentaires, le trafiquant de la prostitution.* Il faudrait greffer sur ces considérations, à notre avis fondamentales, les problèmes, si graves et si douloureux pour tant de femmes, de la fécondité familiale et de la continence conjugale, dont la solution est compromise presque toujours par l\u2019égoïsme indéfendable de l\u2019homme.Mais ce n\u2019est pas ici le lieu de le faire.Insistons du moins sur trois points.1.\tPremièrement, la responsabilité morale en matière sexuelle retombe beaucoup plus lourdement sur l\u2019homme que sur la femme, car c\u2019est lui qui est le plus libre naturellement de ce côté et que c\u2019est à sa raison, plus lucide et plus apte à l\u2019approfondissement philosophique et théologique, que revient le devoir d\u2019établir les règles de la conduite humaine.2.\tDeuxièmement, il est temps de redresser les préjugés courants ainsi que les tendances de l\u2019éducation donnée aux garçons comme aux filles.A celles-ci, il faut DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS AVORTEMENT ET STÉRILISATION, Jules PAQUIN.L'UNION DES MUTUELLES-VIE ET LES LOIS D'ASSURANCE, René PARÉ.fournir une formation qui leur permette d\u2019abord de vivre seules au besoin, dans une indépendante dignité, plutôt que de servir d\u2019esclaves à la passion masculine; qui les dispose ensuite à consacrer leurs efforts au relèvement de leur sexe en refusant de participer au mépris que constituent pour elles la commercialisation et la tolérance de l\u2019obscénité sous toutes ses formes.Aux garçons, il faut apprendre le sens de leurs responsabilités spirituelles et sociales.La mission de l\u2019homme est, sur le plan sexuel, plus désintéressée que celle de la femme; il a, moins que la femme encore, le droit de penser à soi.C\u2019est à l\u2019homme que revient, en premier lieu, la tâche de concevoir et de réaliser un univers humain qui ne soit pas une jungle lubrique, mais un royaume habitable par des membres de Jésus-Christ.A tous, garçons et filles, il est urgent de fournir cette éducation délibérément orientée vers l\u2019héroïsme si nous voulons qu\u2019ils préviennent la désagrégation totale de leur milieu.3.\tTroisièmement, les adultes conscients de la gravité du mal, clercs et laïcs, doivent comprendre qu\u2019une éducation même parfaite risque d\u2019être neutralisée à peu près complètement par l\u2019atmosphère sociale, si tous ne se liguent pour en assurer la pureté.Nous l\u2019avons suffisamment démontré, les influences qui s\u2019exercent sur le climat moral de notre milieu tendent à le ramener à la barbarie des païens.Les paroles prononcées en pleine Législature québécoise, le 15 mars 1950, la faveur dont jouit l\u2019obscénité auprès de nos autorités civiles, à tous les paliers, obligent les honnêtes gens à une réaction publique immédiate et persévérante.Il faut que l\u2019appel de l\u2019archevêque de Montréal (voir Relations, mars 1952, p.57), avec les exemples qu\u2019il contient et qui lui donnent un accent douloureux, trouve dans les esprits droits, intéressés au bien commun, la réponse qui convient.Nous n\u2019avons garde d\u2019oublier que tout effort de redressement moral qui ne s\u2019appuierait pas d\u2019abord et principalement sur le recours à Jésus-Christ et sur la puissance de sa grâce n\u2019aurait aucune chance de succès.Nous savons également que le succès commence par le sursaut de dignité chrétienne qui dresse contre le mal et ses suppôts, hypocrites ou déclarés, les âmes purifiées par le regret de leurs péchés d\u2019action ou d\u2019omission.Le reste.vient par surcroît.LECTURE PUBLIQUE ET COMITÉ DE BIBLIOTHÈQUE, Juliette CHABOT MOINES AMÉRICAINS, Luigi d'APOLLONIA. POURQUOI IL FAUT S'UNIR L'HABITATION À MONTRÉAL UN DE NOS AMIS nous demande d\u2019attirer l\u2019attention de nos lecteurs sur deux articles de Jean Benoit, parus dans le Devoir du 14 mars (p.9) et du 20 mars (p.1).Le premier article, intitulé: « Des maisons identiques.des évaluations différentes », illustre très bien comment, à Montréal, « certains groupes de citoyens qui ont accédé à la propriété, il y a deux ou trois ans, sont maintenant menacés de perdre cette propriété ou de voir leur standard de vie abaissé considérablement ».Une des causes principales de ces difficultés, c\u2019est que les évaluations sont trop fortes.Ainsi, les estimations des propriétés du district Crémazie « dépassent de $1,000 à $1,600 celles de maisons semblables dans Ahunt-sic ».Après avoir noté que le site de Crémazie est moins attrayant que celui d\u2019Ahuntsic, M.Benoit écrit: « Ce qui n\u2019empêche pas que ces propriétaires devront payer plus de taxes foncières que les autres et que certains vont même perdre les avantages qu\u2019offrait la ville de Montréal, tels que ristournes sur les terrains et commutation de taxes pour 15 ans.Car on n\u2019est pas sans savoir qu\u2019une propriété évaluée à plus de $8,000 enlève au propriétaire les avantages accordés par différentes lois sur l\u2019habitation.» Le problème des évaluations n\u2019est pas le seul.« Les propriétaires de Crémazie, du village de Champlain et ceux d\u2019autres districts qui vont bientôt protester sur les conditions qu\u2019on leur fait n\u2019ont pas qu\u2019à se plaindre d\u2019évaluations trop fortes ou autres embêtements; ils vont demander à la ville de Montréal pourquoi elle a tant tardé à se prévaloir de l\u2019article 35 de la Loi nationale sur l\u2019habitation (loi Winters), comme l\u2019ont fait, entre autres, Toronto et Kingston.Car on n\u2019est pas sans savoir que cet article qui stipule que la Société centrale d\u2019hypothèques et de logement peut entreprendre des projets conjointement avec les provinces serait d\u2019un énorme secours pour défrayer les améliorations locales, puisqu\u2019on dit, à un paragraphe de cet article, que la Société était autorisée à partager avec une province « ou un organisme de celle-ci », dans la proportion de 75%, les frais amenés par cette loi sur l\u2019habitation.Or, la province de Québec a donné son accord.Montréal pouvait donc se prévaloir des avantages de l\u2019article 35.» Le deuxième article de M.Benoit annonçait la formation du « Comité d\u2019initiative Crémazie », association de petits propriétaires des districts Crémazie, Ahuntsic, Rosemont et Longue-Pointe.L\u2019association compte actuellement près de 1,000 membres, « tous petits propriétaires de maisons familiales ».Elle en comptera vraisemblablement près de 5,000 dans un avenir rapproché, par la fusion de toutes les associations de petits propriétaires.Des assemblées publiques seront organisées un peu partout, dans un double but: obtenir de la ville la revision de ses règlements sur les commutations de taxes et la décider à se prévaloir des avantages de l\u2019article 35.La ville de Montréal se rendra, espérons-le, aux désirs légitimes du « Comité d\u2019initiative Crémazie ».La cause de l\u2019habitation est trop importante pour qu\u2019on hésite à faire disparaître les deux obstacles susceptibles de décourager les propriétaires actuels et ceux qui songeraient à le devenir.Le problème des évaluations trop fortes serait sans doute simplifié si la ville avait plus de revenus.La conférence prononcée en janvier au club Saint-Laurent-Kiwanis par M.Paul Dozois et celle prononcée en février par M.J.-O.Asselin devant la Chambre de Commerce ont montré l\u2019insuffisance actuelle des revenus de Montréal.La meilleure, sinon l\u2019unique solution consisterait dans un nouveau partage des taxes entre le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial et les municipalités.Sans une entente, affirmait M.Dozois, « les municipalités ne pourront sûrement pas tenir le coup ».98 AVEC OU SANS COMMENTAIRES LA FORMULE ON CONNAÎT l\u2019acuité du débat: La France est-elle un pays de mission?Comme en tout autre débat, il importe de bien définir les termes.C\u2019est ce que fit, au début de décembre dernier, Mgr Blanchet, recteur de l\u2019Institut catholique de Paris, dans un sermon prononcé devant S.Exc.Mgr Feltin.Mgr Blanchet admet que la formule pays de mission employée pour des chrétientés officielles a eu ses avantages: « La formule éclatante et rude a donné aux esprits le choc qu\u2019on en attendait; elle a contribué heureusement à dissiper des illusions commodes, à secouer une torpeur routinière, à susciter des initiatives ardentes qui s\u2019efforcent d\u2019être adaptées aux conditions d\u2019un apostolat difficile.Elle a bénéficié, comme on se le proposait, de ce que le mot même de mission avait d\u2019énergique et d\u2019ardent, de ce qu\u2019il suscitait d\u2019images héroïques et de sentiments généreux : l\u2019emploi constituait un hommage.» A côté de ces avantages, il y a un inconvénient sérieux.« A s\u2019étendre aux objets les plus divers », le mot mission « risque de perdre quelque chose de sa valeur propre et de la force même pour laquelle on en avait d\u2019abord usé; mais surtout il ne va pas sans couvrir quelque confusion dommageable.Le succès même du mot, comme il arrive, a entraîné les esprits à l\u2019adopter sans beaucoup de rigueur.L\u2019Allemagne, après la France, s\u2019est découverte « pays de mission », et Y Angleterre, et la Hollande, et la Belgique, et l\u2019Italie, et les États-Unis.Que le terme ait servi à déceler en tous ces pays une donnée sociale analogue et des problèmes d\u2019apostolat semblables, on l\u2019admet sans peine, mais qu\u2019en définitive, à tout rapprocher, on coure le danger de tout confondre, c\u2019est ce qu\u2019il n\u2019est pas malaisé de constater, et d\u2019ailleurs, de toutes parts, aujourd\u2019hui, les réserves s\u2019affirment et s\u2019accentuent, et le besoin se fait sentir de précisions dont doivent bénéficier l\u2019une et l\u2019autre formes d\u2019apostolat ».Mgr Blanchet donnait alors deux définitions de Pie XII.En voici une: « Le but des missions est d\u2019abord de faire resplendir pour de nouveaux peuples la lumière de la vérité chrétienne et de susciter de nouveaux chrétiens.Mais le but « PAYS DE MISSION » dernier auquel elles doivent tendre,^\u2014 et qu\u2019il faut toujours avoir sous les yeux, \u2014 c\u2019est que l\u2019Église soit fermement et définitivement établie chez de nouveaux peuples et qu\u2019elle reçoive une hiérarchie propre, choisie parmi les habitants du lieu.» Ces paroles du Pape suggéraient à Mgr Blanchet le commentaire suivant: « Il apparaît ainsi clairement qu\u2019un pays doit être dit pays de mission lorsqu\u2019il doit recevoir d\u2019un autre pays l\u2019apport en hommes, les moyens spirituels et matériels de la vie chrétienne.Il cesse d\u2019être pays de mission lorsqu\u2019il peut se suffire pour constituer et entretenir ce qui est indispensable à la régularité et au développement de sa vie religieuse.Il garde sans doute alors des habitants étrangers au catholicisme, ou d\u2019un catholicisme sans ferveur ni générosité, comme des chrétientés anciennes voient des individus ou parfois des masses retomber en des dispositions où l\u2019on a peine à reconnaître le christianisme, d\u2019où même il semble avoir complètement disparu.Mais aux différentes formes de l\u2019apostolat ou de l\u2019éducation chrétienne qui gardent toujours leur nécessité, il pourvoit en faisant appel aux ressources de son propre fonds, et c\u2019est à quoi doit tendre la mission, qui n\u2019a jamais mieux atteint sa fin, comme il arrive en toute éducation, que lorsqu\u2019elle est devenue inutile et peut sans dommage se retirer, laissant l\u2019Église d\u2019un pays régie par une hiérarchie du pays et légitimement fière d\u2019être adulte.C\u2019est ce qu\u2019ont rappelé les derniers papes avec une particulière vigueur, en manifestant un respect des civilisations particulières, un souci des droits de chaque peuple, un rappel de l\u2019indépendance de l\u2019Église à l\u2019égard de tous les intérêts nationaux ou économiques, qui, écartant tout paternalisme spirituel, toute immixtion d\u2019éléments étrangers à la pure action religieuse, maintenaient la grande tradition de l\u2019Église et préservaient autant qu\u2019il se pouvait des violences nationalistes les résultats de l\u2019œuvre missionnaire.» En identifiant apostolat local et œuvre missionnaire, l\u2019esprit chrétien, « se fait particularité, restreint son horizon ».Nos lecteurs auront apprécié ces distinctions qui les aideront à voir clair dans un sujet souvent discuté.L\u2019 « INQUIRY FORUM » DU GESÙ 1ES RÉSULTATS obtenus par Y Inquiry Forum du Gesù (voir Relations, janvier 1952, p.15) démontrent qu\u2019il valait la peine de tenter l\u2019expérience.Depuis l\u2019ouverture des cours, le 14 janvier, une assistance moyenne de quarante-cinq personnes, non catholiques pour la plupart, écoute avec grand intérêt, deux soirs par semaine, un exposé positif de la doctrine catholique.A plusieurs d\u2019entre eux, l\u2019Église apparaît sous un jour nouveau.Un auditeur avouait spontanément: « C\u2019est une grande faveur que Dieu m\u2019a faite en me conduisant ici.» Et une demoiselle: « Au début, je m\u2019y rendais avec appréhension.Maintenant j\u2019ai toujours hâte de venir au cours suivant.» La grâce se plaît à agir dans une atmosphère qu\u2019on s\u2019efforce de rendre sympathique.Un bureau de renseignements, situé à l\u2019entrée de la salle du Gesù (PL.4966), complète et parfois prépare l\u2019œuvre des cours.On y trouve un excellent choix de brochures, livres, RELATIONS journaux et revues catholiques.Destiné tout d\u2019abord aux non-catholiques de langue anglaise, ce bureau peut aussi rendre service aux catholiques mêlés aux gens qui professent un autre credo.Par l\u2019intermédiaire de ce bureau, plusieurs personnes empêchées d\u2019assister aux leçons ont accepté de suivre des cours par correspondance ou des cours privés.Il arrive souvent aussi qu\u2019on s\u2019y adresse pour recevoir lumière et conseil au sujet de cas liés à ceux que présente la conversion.Un grand nombre de gens sont en quête de vérité.Les temps semblent propices à la diffusion des dogmes catholiques.C\u2019est pourquoi Y Inquiry Forum lancera une nouvelle série de cours qui se donneront du 21 avril au 14 juillet, à raison de deux par semaine, les lundis et vendredis soir, de 8 heures à 9 heures.Les lecteurs de Relations sont invités à faire connaître ces cours et à prier pour leur succès.AVRIL 1952 L'allocution prononcée, le 26 février, par S.Exc.Mgr Léger devant les membres et les invités du Montreal Council of Social Order et celle qu'il donna, le 11 mars, devant VAssociation professionnelle des industriels sont remplies de doctrine et de souffle apostolique.La finale de l'allocution aux patrons vaut d'etre méditée: L\u2019ÉCRIVAIN FRANÇAIS Charles Péguy avait l\u2019habi-tude de distinguer « dans l\u2019histoire des périodes où les jours coulent mornes et stériles, et des époques au contraire pleines de luttes, d\u2019enthousiasme et de force créatrice ».Il est incontestable, chers patrons, que nous traversons actuellement une de ces périodes de remue-ménage mondial sans précédent.Si nous voulons être réalistes, il faut prévoir l\u2019avenir et, plus qu\u2019en aucun autre temps de l\u2019histoire, unir solidement toutes les bonnes volontés.S\u2019unir parce que c\u2019est un droit inscrit dans la nature.S\u2019unir parce que le monde actuel, au risque de se perdre, doit acquérir une âme communautaire.S\u2019unir parce que tous, et chacun y ont de grands avantages, les patrons et les ouvriers plus particulièrement.S\u2019unir pour se transformer soi-même.S\u2019unir pour aider les autres.S\u2019unir enfin pour établir cet ordre social, réconciliation d\u2019esprit et de cœur entre tous les hommes, fruit de la charité et de la justice chrétiennes, dont l\u2019amour et l\u2019entraide entre les classes sociales seront les signes les plus authentiques.POUR UN ORGANISME FAMILIAL Dans son Code familial, publié l'an dernier, V Union internationale d'Études sociales prône la création non seulement d'associations et de mouvements familiaux, mais d'un « corps représentatif des familles » ayant un statut légal devant la nation.On précise : IL EST SOUHAITABLE que, dans ses attributions légales, cet organisme de représentation familiale soit habilité : 1° à donner son avis aux pouvoirs publics sur les questions d\u2019ordre familial et à leur proposer les mesures qui paraissent conformes aux intérêts matériels et moraux des familles; 2° à représenter officiellement l\u2019ensemble des familles de la nation auprès des pouvoirs publics et notamment à pouvoir désigner ou proposer les délégués des familles aux divers conseils, assemblées ou autres organismes institués par l\u2019État; 3° à gérer tous services d\u2019intérêt familial dont les pouvoirs publics pourront lui confier la charge, et les œuvres ou institutions qu\u2019il estimera devoir créer ou prendra à son compte; 4° à exercer devant toute juridiction tous les droits réservés à la partie civile relativement aux faits de nature à nuire aux intérêts moraux et matériels des familles; 5° à arbitrer les différends qui seraient portés devant lui par les diverses associations de familles ou mouvements familiaux.A quand ce « corps représentatif des familles » dans notre catholique province de Québec ?C'est aux familles elles-mêmes qu\u2019il appartient de le former; elles en ont un besoin urgent.99 Au fil du mois L'année du 75e C\u2019est le nom que le Conseil central de la anniversaire Société des Artisans a décidé de donner à l\u2019année 1952.Il y aura, en effet, soixante-quinze ans, en juillet prochain, que cette méritante association a commencé d\u2019exister.Un acte de la Législature de Québec lui octroyait la reconnaissance légale quelques mois plus tard, le 28 décembre 1876.Fondée pour aider les nôtres au point de vue économique, pour les protéger quand vient l\u2019heure de la maladie ou de la mort, elle adopta la coopération comme mode de secours.Ce n\u2019est pas une société de charité, \u2014 bien qu\u2019elle pratique cette vertu, \u2014 qui distribue des aumônes, mais, suivant sa propre expression, une « société fraternelle et coopérative d\u2019assurance ».Ainsi, chacun, par sa contribution, est l\u2019artisan personnel de son succès, artisan non isolé, ce qui le laisserait impuissant, mais uni à d\u2019autres, qu\u2019il aide tout en s\u2019aidant lui-même.« Chacun pour tous, tous pour chacun » : belle devise dont l\u2019application ne pouvait que donner de magnifiques résultats.La Société des Artisans compte aujourd\u2019hui 118,000 sociétaires, tous de race française et de religion catholique, comme le veulent ses constitutions.Son actif dépasse les $21,000,000.De toutes les institutions de notre groupe ethnique, c\u2019est sans conteste une des plus bienfaisantes, car, outre l\u2019aide financière apportée à ses membres, elle développe en eux le sens social et la solidarité nationale.Elle collabore aussi, par ses placements, à notre indépendance économique.Diverses manifestations marqueront cette année jubilaire.Elles contribueront à donner un nouvel essor à la société.Elles lui fourniront surtout l\u2019occasion de remonter à ses nobles origines, de se retremper à sa source même.Foi robuste, charité rayonnante, patriotisme agissant, les fondateurs des Artisans ont construit leur œuvre sur ces vertus.Elles leur permirent de surmonter les difficultés des débuts et de créer l\u2019esprit qui anime ce vaste groupement et en fait une grande famille, une famille catholique et française.Plus intensément peut-être qu\u2019en aucune autre période de son histoire, la Société, sous la direction de chefs éclairés et dévoués, vit aujourd\u2019hui de cet esprit.Il est sa force et sa gloire.Qu\u2019elle en imprègne profondément tous ses membres pour leur plus grand bien et celui de notre nationalité! J.-P.A.Que c'est bêteï Mon père a toujours aimé les chiens, et ma mère* avait une grande amitié pour Grigio, le chien mystérieux de Don Bosco.Bref, j\u2019aime aussi les bêtes, et je récite de temps à autre la belle Prière pour aller au paradis avec les ânes, de Francis Jammes, « au paradis, où sont en plein jour les étoiles.» « Je prendrai mon bâton, et sur la grande route \u2014 J\u2019irai, et je dirai aux ânes, mes amis: \u2014 Je suis Francis Jammes, et je vais au paradis.» Je ne sais s\u2019il y a des ânes au ciel.Oui ?Peut-être.En tout cas, s\u2019ils y sont, « ces pauvres bêtes chéries » n\u2019ont pas plus de droit qu\u2019ici-bas.Les bêtes ne sont pas des personnes; Dieu ne les créa point à son image et à sa ressemblance.La Société protectrice des animaux publie ses communiqués comme des bulletins de victoire: deux chats descendus des arbres, un chien sauvé de la glace.Saint François d\u2019As-sise, patron de la Société, sourit.Mais la presse canadienne qui nous annonce que la gendarmerie royale, pour enrayer la fièvre aphteuse, va fusiller les animaux as humanely as possible, une femme de Vancouver qui couche son chien sur son testament, les antivivisectionnistes qui partent de nouveau en campagne pour la protection des rats blancs, quelle sottise! Il faut aimer chaque chose selon sa nature, les plantes comme des plantes, les bêtes comme des bêtes, les hommes comme des hommes, et se rappeler que plantes et animaux ont été faits pour l\u2019homme : le chien pour accompagner saint Roch sur les routes ensoleillées d\u2019Italie, les oiseaux pour mettre dans le cœur du Poverello d\u2019Assise le cantique de la joie, les rats blancs pour servir dans les laboratoires aux expériences des savants.Tel est l\u2019ordre des fins, le bon sens et le respect de la création.Qui considère les bêtes comme des hommes finit par considérer les hommes comme des bêtes.Hitler interdisait la vivisection, mais permettait à ses médecins de traiter les prisonniers politiques en cobayes et en crapauds.Cas monstrueux, direz-vous.Je vous l\u2019accorde.Et cette femme sénescente qui se penche sur ses chats avec une tendresse qu\u2019elle a refusée à des enfants?Et ces paniers de Noël pour les chiens?Et ces cimetières pour les chiens?Et ces cartes de la Saint-Valentin d\u2019un chien à une chienne, alors que les petits des hommes n\u2019ont pas de pain et que les orphelins n\u2019ont pas de foyer ?On sait que la psychiatrie fleurit dans ces milieux et y fait des affaires d\u2019or.Beau dommage! Et comme je comprends l\u2019expression: Hé! que c\u2019est bête! Saint François d\u2019Assise, priez pour eux! L.d\u2019A.« Marie » Les progrès réalisés depuis cinq ans par le Centre marial de Nicolet paraissent tenir du prodige.Et voici que le président, M.Roger Brien, annonce la construction prochaine de la chapelle et du monument à Notre-Dame de la Vie intérieure, auxquels s\u2019ajoutera le « carillon marial ».Comment ne pas nous réjouir de ces développements pris par un culte dont les fruits, ignorés ou ridiculisés par les « mondains », consolent le cœur de Dieu, si attaché à sa Mère, et pourraient bien, dans l\u2019ouragan qui le menace, sauver le monde malgré lui.Il ne faut pas oublier qu\u2019une publication de haute qualité littéraire et artistique rattache à notre Centre marial canadien les âmes de tous les coins de l\u2019univers qu\u2019a séduites la grâce de la Vierge.La revue Marie, que dirige le même M.Roger Brien, fête cette année son cinquième anniversaire.Peu d\u2019œuvres canadiennes méritent autant que celle-là sympathie et soutien.M.-J.d\u2019A.Bravo\tUn des mérites incontestables de notre Radio-Canada! société nationale de radio est d\u2019encourager les talents de chez nous.Depuis quelques années, le concours Nos futures étoiles n\u2019a pas peu contribué à promouvoir l\u2019art de nos chanteurs et à les aider à poursuivre leur carrière.Ce concours semble bien devenir une institution permanente pour l\u2019avantage de nos artistes et à l\u2019honneur de Radio-Canada.La dernière initiative en ce genre est le concours dramatique dont on vient de proclamer les lauréats.Le succès a dépassé les espérances des plus optimistes: nombreux concurrents (127); textes de grande qualité; outre les trois œuvres primées, seize textes jugés dignes de subir l\u2019épreuve de la radiodiffusion.Nous n\u2019avons pas encore eu l\u2019occasion d\u2019entendre à la radio, pour pouvoir juger par nous-même de leur valeur, ces œuvres qu\u2019a primées un jury dont l\u2019autorité et la compétence ne sauraient faire de doute.Nous avons tenu à féliciter les vainqueurs et surtout à souligner le fait de ce concours, qui a certainement atteint le double but assigné par les organisateurs: encourager les écrivains canadiens et les intéresser à la radio.E.G.RELATIONS 100 SPIRITUALITÉ DE BEAUX DIMANCHES CHRETIENS Luigi d'APOLLONIA, S.J.NOS DIMANCHES deviendraient-ils des mensonges?La circulaire de S.Exc.Mgr Léger contenait un paragraphe qui invite à la réflexion tous ceux qui aiment l\u2019Église comme le Christ lui-même: « Il est un autre désordre qui attire les malédictions divines.C\u2019est la profanation du dimanche.Dans quelques-unes de nos grosses paroisses de 15,000 et 20,000 de population, c\u2019est à peine si la moitié des fidèles assistent aux offices.» * Les baptisés peuvent être catholiques de deux manières: parce que l\u2019Église, institution d\u2019origine surnaturelle, dépositaire de vérité, donne ce que « ni le sang ni la volonté de la chair ni la volonté de l\u2019homme » ne peuvent donner: la vie divine; ou bien parce que l\u2019Église, dépositaire de traditions et de formes temporelles, se confond avec un passé historique et, comme un parfum l\u2019étoffe, imprègne une culture, des institutions sociales, toute une vie nationale.Les premiers sont catholiques par conviction d\u2019abord; les deuxièmes, catholiques par tradition d\u2019abord.Les premiers vivent Jésus-Christ; les seconds ne le vivent pas: ils font bon marché surtout des commandements de l\u2019Église, corps de Jésus-Christ, de la messe, de l\u2019abstinence, du jeûne, ajoutez-y l\u2019index.« On a toujours été catholique, nous autres », répond l\u2019ouvrier au témoin de Jéhovah qui frappe à sa porte.Il affiche parfois une image de Pie X, plus souvent une image de la petite Thérèse, fardée comme une fille du quartier.Le paroissien cossu, lui, va à la messe comme il s\u2019est « endimanché »; il se croit « en règle » alors que, pharisien, il n\u2019a observé que la lettre, omettant l\u2019essentiel.Baptisés de naissance, ni l\u2019un ni l\u2019autre ne méritent le beau nom de fidèle.Il serait injuste d\u2019étendre à tout le diocèse de Montréal' encore plus à toute la province de Québec, des chiffres qui valent pour quelques grosses paroisses.« Nous entretenons, ajoutait avec bénignité Monseigneur de Montréal, la faible espérance que ceux-là qui ne paraissent pas dans leur paroisse accomplissent cependant l\u2019essentiel de leurs devoirs de chrétiens en assistant à la messe dans les chapelles ou autres églises plus accommodantes pour eux, mais la situation n\u2019en demeure pas moins alarmante.» Cette atténuation exprime un souhait plus qu\u2019elle n\u2019éclaire un fait.La lettre des évêques sur le Problème ouvrier notait également « cette baisse de l\u2019esprit chrétien [qui] se manifeste.par la profanation du dimanche, par les négligences des pratiques religieuses ».A quoi bon se boucher les yeux ?Le fait est universel.Non seulement la vie chrétienne, mais la vie religieuse tout court, que ce soit parmi les païens de l\u2019Orient, ou les protestants des États-Unis, ou les catholiques d\u2019Europe, baisse avec la marche de la grande industrie, l\u2019entassement des hommes dans les villes, le travail des femmes dans les usines.Écho de l\u2019évangélique « J\u2019ai pitié de la foule », un révolutionnaire plus grand que Marx ou Lénine, Pie XI, écrivait avec tristesse cette phrase: « La matière inerte sort ennoblie de l\u2019atelier, tandis que les hommes s\u2019y corrompent et s\u2019y dégradent.» * Voici une chance unique pour le Canada français: restaurer la vie ouvrière dans le plan de Dieu.« Car, écrivaient nos évêques dans leur lettre pastorale collective, si la vie ouvrière des villes, dans les conditions où elle s\u2019est développée dans le passé, s\u2019est montrée moins saine et moins protectrice des valeurs humaines que la vie rurale, il ne faudrait pas croire qu\u2019elle est nécessairement meurtrière des âmes.La ville et le travail industriel ne sont pas en dehors du plan de Dieu et ne conduisent pas fatalement au matérialisme et à la déchristianisation des âmes.Le milieu ouvrier et industriel peut être sanctificateur.» Notre tâche est donc de bâtir « .un régime économique et social conforme à la doctrine de l\u2019Église, en somme, une condition ouvrière chrétienne qui corresponde, sur un autre plan, à ce que fut autrefois notre civilisation agricole ».Il y faudra, avec une saine orientation des loisirs et une juste conception du travail, le respect des valeurs religieuses et familiales, et que nous fassions du dimanche un beau dimanche chrétien, un jour d\u2019adoration, de repos et d\u2019action de grâces, le jour du Seigneur, le jour qui consacre le temps, ce don initial de Dieu, et qui ne tende pas comme tous les autres jours de la semaine vers des objets périssables, bons ou mauvais: pain quotidien, argent, situation, mirages, servitudes; mais vers l\u2019unique nécessaire et la gloire de Dieu.Les autres jours sont marqués par le péché de l\u2019homme.Jours d\u2019expiation : « Le sol sera maudit à cause de toi.C\u2019est à force de peiner que tu en tireras ta nourriture pour tous les jours de ta vie », raconte la Genèse.Le dimanche est un jour tel que le Seigneur les a tous voulus au commencement.Figure du repos éternel de Dieu, après la création, promesse du repos éternel de l\u2019homme et de sa délivrance de tout labeur, le vrai dimanche c\u2019est une pâque, c\u2019est-à-dire un passage; le vrai dimanche, c\u2019est le ciel, l\u2019aube du dimanche sans soir, du dimanche incorruptible, du dimanche plénier, du dimanche éternel.« Au septième jour, écrit saint Augustin, pas de soir, pas de couchant! Tu l\u2019as consacré pour qu\u2019il demeure à jamais.C\u2019est ce que nous annonce la parole de ton Livre: comme toi, le septième jour, après tes ouvrages de toute bonté, tu as, bien que tu les eusses faits dans le repos, pris ton repos; nous aussi, à notre tour, au sabbat de la vie éternelle, nous reposerons en toi.Alors aussi tu prendras en nous ton repos, tout de même qu\u2019aujourd\u2019hui tu fais en nous ton ouvrage, si bien que ce repos-là sera pour nous ton repos, comme par nous les ouvrages d\u2019à présent sont tes ouvrages.» En attendant, une semaine nouvelle nous est donnée, intacte, fraîche, que Dieu tire du trésor inépuisable de son éternité qui est son Être même.Une autre semaine nous est prêtée pour bâtir, avec des matériaux nouveaux et les vérités étemelles de l\u2019Évangile, une civilisation industrielle digne de chrétiens.* Sunday, disent les Anglais; Sontag, disent les Allemands.Car les vieux Saxons adoraient le soleil.Tous les dimanches, les chrétiens ensemble saluent dans le Christ le vrai soleil, le soleil de justice, le soleil immarcescible, le soleil sans déclin, la vraie lumière du monde.Heureux le peuple qui vit dans l\u2019émerveillement de ce Soleil et qui s\u2019éclaire à cette Lumière! Heureux le peuple qui, après ses jours d\u2019hommes, ses jours ouvriers, ses jours de peine, lève vers Dieu son visage! Heureux le peuple qui donne à Dieu, créateur du soir et du matin, la journée qu\u2019il s\u2019est réservée, le jour du Seigneur, dominica, dimanche! AVRIL 1952 101 LES ÉCOLES SÉPARÉES D\u2019ONTARIO \u2014 VII LES GRANDES LIGNES D'UN DÉBAT Albert PLANTE, S.J.IES MINORITÉS catholique et protestante du Haut et du Bas-Canada ne pouvaient se désintéresser des débats préparatoires à la Confédération.Qu\u2019allaient devenir leurs droits scolaires dans la prochaine constitution?Le sixième paragraphe de la résolution quarante-troisième de la Conférence de Québec (10-27 octobre 1864), où s\u2019étaient rencontrés les représentants des provinces, avait laissé à celles-ci l\u2019éducation, en spécifiant, sur la proposition de d\u2019Arcy McGee, de Montréal, que les minorités conserveraient les droits et privilèges possédés au moment de la Confédération, au sujet de leurs écoles confessionnelles.Il était donc normal pour ces minorités de travailler à ce que le statut légal protégé par l\u2019Acte fédératif fût le plus substantiel possible.Ce furent les protestants du Bas-Canada qui prirent l\u2019initiative.Leur coreligionnaire A.T.Galt, député de Sherbrooke et ministre des Finances, leur promit, au nom du gouvernement, d\u2019apporter à la législation scolaire les amendements souhaités.Les catholiques du Haut-Canada pensèrent alors tout naturellement à faire les mêmes démarches.En février et mars 1865, ils envoyèrent à la Législature plusieurs pétitions qui la priaient de leur accorder les mêmes droits qu\u2019à la minorité protestante de l\u2019autre province.Mgr Lynch, évêque de Toronto, avait écrit à John A.Macdonald en décembre 1864: «Tous les droits et privilèges que nous demanderons pour nous-mêmes, c\u2019est avec plaisir que nous les verrons accorder à d\u2019autres.» LA SESSION DE 1865 A la Chambre comme au Conseil législatif, les résolutions de Québec occupèrent une place centrale durant la première session de 1865 (19 janvier-18 mars).Depuis le 30 juin 1864, un gouvernement de coalition était au pouvoir.Des crises ministérielles répétées avaient prouvé la difficulté de maintenir plus longtemps l\u2019Acte d\u2019Union de 1841, qui avait placé sous un seul gouvernement deux provinces de mentalité et de croyance différentes.Quand le ministère Étienne-Pascal Taché-John A.Macdonald subit un vote adverse le 14 juin 1864, c\u2019était le sixième ministère qui tombait en six ans.Tous les partis avaient en vain essayé de détenir une majorité à l\u2019abri des surprises.Comment sortir rapidement de l\u2019impasse?George Brown facilita le dénouement de la crise.Le jour même de la chute du gouvernement, il avait présenté à la Chambre le rapport d\u2019un comité qui avait été constitué pour étudier les difficultés constitutionnelles de l\u2019heure.Ledit rapport jugeait possible un système fédératif, appliqué soit aux deux provinces du Haut et du Bas-Canada seulement, soit à toutes les provinces.Si l\u2019on parvenait à unir dans un même ministère des hommes de différents partis, gagnés à l\u2019idée fédérative et décidés à la faire avancer, il y avait moyen, pensait Brown, d\u2019assurer à ce ministère une majorité suffisante pour gouverner jusqu\u2019au changement de régime constitutionnel.Il fit part de son projet à deux amis du gouvernement.Celui-ci accueillit l\u2019idée favorablement.Les pourparlers amenèrent un cabinet de coalition.Brown entra avec deux autres membres de son parti dans le cabinet Taché-Macdonald.L\u2019espace manque pour rapporter tout ce qui s\u2019est dit durant la session sur la question scolaire.Quelques faits suffiront à donner une idée exacte de la discussion.Brown fit un discours de quatre heures et demie sur les résolutions de Québec.Il affirma, comme toujours, son opposition aux écoles confessionnelles.Comme le surintendant de l\u2019Éducation, il méconnaissait le rôle de l\u2019école dans la formation religieuse de l\u2019enfant.« Pour moi, la famille et le pasteur sont les meilleurs instituteurs religieux; c\u2019est pourquoi je ne conçois pas qu\u2019on puisse faire la moindre objection sérieuse contre les écoles mixtes, du moment que la foi religieuse de l\u2019enfant est respectée et que le clergé a pleine liberté de distribuer renseignement religieux aux enfants de ses ouailles.» Les quatre affirmations suivantes résument bien son discours: à) s\u2019il avait été en Chambre en 1863, il aurait voté contre la loi Scott; b) celle-ci constituait un règlement final; c) même si la reconnaissance du pacte de 1863 faisait tache dans le projet de constitution, il avait accepté cette reconnaissance à la Conférence de Québec parce qu\u2019il la considérait comme une condition nécessaire de la grande mesure de réforme qu\u2019était la Confédération ; d) à la Conférence, les représentants du Bas-Canada avaient dit leur intention bien arrêtée de faire disparaître toute injustice qui pourrait exister dans la législation scolaire à l\u2019égard des protestants.D\u2019Arcy McGee, ministre de l\u2019Agriculture, tout en admettant le caractère final de la loi Scott, fit cette importante remarque: « Mais je dis ceci: si des garanties ou des privilèges spéciaux doivent être accordés à la minorité protestante du Bas-Canada, je crois que la minorité catholique du Haut-Canada devrait être placée exactement dans la même position, ni meilleure ni pire.» Un autre catholique du Bas-Canada, Louis-Auguste Olivier, conseiller législatif pour la circonscription de Lanaudière, affirma qu\u2019il ne s\u2019opposait d\u2019aucune façon à ce qu\u2019on accordât aux protestants toutes les garanties et tous les droits jugés raisonnables et équitables, mais 102 RELATIONS qu\u2019il ne voterait pas pour les résolutions tant qu\u2019on ne l\u2019aurait pas assuré que les catholiques du Haut-Canada allaient être traités de la même façon.Il ne manquait pas de gens pour affirmer que les protestants du Bas-Canada avaient raison de craindre.Tel n\u2019était pas le sentiment de John Rose, conseiller législatif pour Montréal-Centre.Son discours est fort instructif.« Je crois que c\u2019est peut-être la première fois dans l\u2019histoire du Bas-Canada \u2014 et j\u2019attire sur ce fait l\u2019attention de mes honorables amis du Haut-Canada \u2014 qu\u2019il y a chez la population anglo-protestante de l\u2019excitation ou de l\u2019agitation au sujet de la question des écoles communes.» Suivait une louange enthousiaste de l\u2019attitude de la majorité catholique et française du Bas-Canada à l\u2019égard des écoles protestantes.« Nous ne pouvons oublier que cette libéralité nous a été manifestée dans le passé, que tout ce que nous avons désiré obtenir de la majorité française en fait d\u2019éducation, elle s\u2019est toujours montrée disposée à nous l\u2019accorder, si c\u2019était tant soit peu raisonnable.» Rose continuait en déclarant qu\u2019un tel passé garantissait l\u2019avenir.Mais d\u2019où pouvait donc venir la difficulté actuelle ?Il répondit avec une franchise qui dut déplaire à certains représentants du Haut-Canada: « Nous ne devrions pas oublier que la difficulté ne vient pas de nos frères canadiens-français du Bas-Canada; la cause en est \u2014 et je parle comme une personne qui a surveillé le cours des événements et l\u2019opinion du pays à ce sujet \u2014 que la majorité protestante du Haut-Canada n\u2019est pas disposée à changer le règlement de la question des écoles séparées adopté il y a une couple d\u2019années; elle espère plutôt que la minorité française du Bas-Canada ne concédera à la minorité anglo-protestante rien de plus que ce qui est accordé à la minorité dans l\u2019autre partie de la province.» Rose énuméra alors les amendements souhaités par les protestants du Bas-Canada : le droit pour les propriétaires non résidants d\u2019affecter leurs taxes à l\u2019école de leur choix, la participation aux taxes des corporations et un contrôle plus direct, par les protestants, de leurs propres écoles.Cartier, procureur général pour le Bas-Canada, fut fidèle à la longue tradition de libéralité de sa province.Il assura Rose que le gouvernement se rendrait aux désirs de la minorité protestante.John Sandfield Macdonald posa aussitôt au gouvernement une question assez embarrassante: « Le gouvernement étant à ce moment disposé aux confidences, je crois qu\u2019il n\u2019est pas sans quelque importance que nous sachions s\u2019il a l\u2019intention d\u2019accorder à la minorité catholique du Haut-Canada les mêmes droits et privilèges qui vont être accordés aux protestants du Bas-Canada.» Cartier n\u2019avait pas d\u2019engagement à prendre au nom de la section haut-canadienne du ministère.Il répondit qu\u2019il ne pouvait faire à la fois son ouvrage et celui des autres, que le procureur général pour le Haut-Canada était à ce moment absent de la Chambre, mais qu\u2019il ne doutait pas que John A.Macdonald pourrait répondre quand il en aurait l\u2019occasion.John Sandfield Macdonald demanda alors, vraisemblablement avec une pointe de malice, si le président du Conseil, qui n\u2019était autre que George Brown, serait assez bon pour donner, en l\u2019absence du procureur général, l\u2019information désirée.Brown ne se compromit pas: « Si mon honorable ami attend de moi une réponse, je puis seulement dire que les dispositions du bill scolaire concernant le Haut-Canada n\u2019ont pas encore été examinées par le gouvernement.Dès qu\u2019un bill aura été préparé, il sera déposé sans délai devant la Chambre.» Charles Alleyn, de Québec-Ouest, répliqua: « J\u2019espère sincèrement que le gouvernement se sent disposé à accorder aux catholiques du Haut-Canada les mêmes privilèges qu\u2019il vient tout juste de promettre aux protestants du Bas-Canada.» Quelle déclaration allait faire John A.Macdonald ?Le 25 février 1865, un journaliste catholique écrivait à l\u2019évêque de Toronto que Macdonald venait de donner au vicaire général de Kingston et à un laïc de la même ville la plus entière assurance que la minorité catholique du Haut-Canada serait traitée absolument de la même façon que les protestants du Bas-Canada.Il semble bien que la sincérité de Macdonald ne puisse être mise en doute.Son biographe, sir Joseph Pope, écrit dans ses mémoires: « M.Macdonald disait qu\u2019il désirait autant que quiconque de voir tous les enfants fréquenter ensemble l\u2019école commune et que, s\u2019il n\u2019en avait tenu qu\u2019à lui, il n\u2019y aurait pas d\u2019écoles séparées.Mais il fallait respecter ceux qui différaient d\u2019avis avec nous.Ils avaient le droit de refuser un genre d\u2019écoles qu\u2019ils ne pouvaient en conscience approuver.» Macdonald avait donc été favorable à la législation sur les écoles catholiques de sa province.Autre point à noter: les excellentes dispositions des législateurs bas-canadiens à l\u2019égard de la minorité protestante exerçaient sans doute une heureuse influence sur un homme qui avait trouvé dans le Bas-Canada un groupe imposant d\u2019alliés politiques.Mais il n\u2019était pas seul dans la section haut-canadienne du ministère: il y avait Brown et les deux autres membres de son parti.Et il y avait d\u2019autres députés haut-canadiens opposés aux écoles séparées.Aussi, le moment venu de faire la déclaration attendue par la Chambre, Macdonald éluda le problème, se contentant de dire qu\u2019après l\u2019approbation des résolutions sur la Confédération et leur présentation au gouvernement anglais, le gouvernement soumettrait à la Législature les problèmes non réglés, comme la constitution des gouvernements locaux et la question scolaire.La question devait nécessairement rebondir.Le 14 mars, juste avant le vote sur les résolutions de Québec, François Bourassa, député de Saint-Jean, proposa, appuyé par Alexandre Dufresne, député d\u2019Iberville, un amendement qui demandait de placer la minorité catholique du Haut-Canada sur le même pied que la minorité protestante du Bas-Canada.L\u2019amendement fut battu par un vote de 85 contre 20.L\u2019appendice AVRIL 1952 103 historique au rapport minoritaire des quatre membres catholiques de la Commission Hope précise que le vote ne signifie pas que ces quatre-vingt-cinq députés étaient tous opposés au traitement indentique des deux minorités; il y en avait parmi eux qui s\u2019étaient clairement prononcés en faveur de l\u2019égalité de traitement; le vote fit plutôt le partage entre les partisans et les adversaires de la Confédération.Les catholiques qui votèrent contre l\u2019amendement \u2014 Cartier en fut \u2014 se dirent vraisemblablement que si la question scolaire était une pierre d\u2019achoppement pour la Confédération, il en sortirait plus de mal que de bien.Le même jour, les résolutions de Québec furent adoptées par un vote de 91 contre 33.Aucune mesure législative n\u2019avait été présentée durant la session pour perfectionner le statut scolaire des protestants du Bas-Canada et des catholiques du Haut-Canada.Deux bills allaient être présentés à la session de 1866 (8 juin-15 août), la dernière sous l\u2019Union.LA SESSION DE 1866 Le 31 juillet, Hector-Louis Langevin, solliciteur général pour le Bas-Canada, présenta au nom du gouvernement un bill scolaire qui accordait à la minorité protestante bas-canadienne ce qu\u2019elle désirait.Le 6 août, à la demande du gouverneur général à qui elle avait été adressée, Cartier déposait en Chambre une pétition datée du 30 juillet et signée par l\u2019évêque coadjuteur de Québec et les évêques de Montréal, Ottawa, Saint-Boniface, Hamilton, Sandwich, Kingston, Toronto et Saint-Hyacinthe.Ces évêques déclaraient respectueusement que tous les droits et privilèges accordés à la minorité protestante du Bas-Canada devraient être étendus, en simple justice, à la minorité catholique du Haut-Canada.Le 3 août, Robert Bell, propriétaire du journal le Citizen d\u2019Ottawa, président de YOttawa and Prescott Railway Company et député de Russell, avait présenté un bill qui amendait la loi Scott de 1863.Les principaux articles demandaient: l\u2019usage des rôles municipaux d\u2019évaluation pour la détermination de la taxe scolaire; la permission pour les catholiques non résidants de payer leurs taxes à l\u2019école séparée; la distribution des taxes des corporations d\u2019après la fréquentation scolaire; des octrois pour les universités, les collèges classiques et industriels, les séminaires, la division de ces octrois entre protestants et catholiques se faisant d\u2019après leur population respective; un plus grand contrôle des catholiques sur leurs écoles.Premier fait intéressant à noter: le député de Russell était protestant; c\u2019est du moins la conclusion que permettent des recherches attentives faites à différentes sources.Sa démarche en faveur des catholiques peut s\u2019expliquer par des dispositions personnelles.Elle peut aussi avoir été déterminée par le fait que le comté de Russell comptait un grand nombre de catholiques.Second fait à souligner: contrairement au bill du sollici- teur général du Bas-Canada, celui de Bell était une simple mesure privée.La première lecture de son bill terminée, Bell proposa, appuyé par J.-M.Currier, député d\u2019Ottawa, que la seconde lecture eût lieu le lendemain, soit le 4 août.Thomas Scatcherd, député de Middlesex-Ouest, proposa, appuyé par James Lyons Biggar, député de Northumberland, le renvoi de la seconde lecture à six mois.Le débat s\u2019engagea sur cette motion.Le ministre des Finances, Galt, proposa, appuyé par Cartier, l\u2019ajournement du débat.D\u2019où nouvelle discussion.La Chambre fut levée d\u2019office à six heures du soir, en conformité avec le règlement.Le débat ne fut pas repris à l\u2019autre séance du soir.Il y eut aussi tempête en dehors de la Chambre.Ryerson réagit violemment.Le 4 août, dans une longue lettre à William McDougall, secrétaire provincial pour le Haut-Canada, le surintendant de l\u2019Éducation écrivait que le bill Bell était « le plus déloyal, le plus partial et le plus perfide que l\u2019on puisse concevoir ».Il répétait que les autorités religieuses avaient adopté la loi Scott comme un règlement final, affirmait que le problème scolaire ne se posait pas de la même façon dans les deux provinces, discutait certains articles du bill et terminait en déclarant que la population du Haut-Canada, aussi bien que celle du Bas, avait le droit d\u2019attendre du gouvernement qu\u2019il protégeât et améliorât le système scolaire.Ce système scolaire, pour Ryerson, c\u2019était donc avant tout, sinon uniquement, les écoles communes.La tempête parlementaire et extra-parlementaire amena, le 7 août, le retrait des bills Langevin et Bell.On n\u2019a, je crois, qu\u2019à se reporter au discours de John Rose, mentionné plus haut, pour avoir l\u2019explication de ce double retrait: la majorité protestante du Haut-Canada, opposée à l\u2019amendement de la loi Scott, ne désirait pas voir la majorité catholique du Bas-Canada concéder à la minorité protestante plus que ce qui était accordé à la minorité catholique de l\u2019autre province.Le perfectionnement de la législation scolaire à l\u2019égard des deux minorités allait donc dépendre des futures législatures provinciales.Fidèle à son passé, la province de Québec donnera vite un splendide exemple de libéralité.(Voir, sur l\u2019évolution scolaire de la minorité protestante du Québec, l\u2019article du P.Rolland Boyle, S.J., dans Relations de septembre 1943, p.228.) Après l\u2019exposé de tout ce qui précède, on trouve bien curieux le deuxième paragraphe de l\u2019article 93 de l\u2019Acte de 1867: Tous les pouvoirs, privilèges et devoirs conférés et imposés par la loi dans le Haut-Canada, lors de l\u2019union, aux écoles séparées et aux syndics d\u2019écoles des sujets catholiques romains de Sa Majesté seront et sont par le présent étendus aux écoles dissidentes des sujets protestants et catholiques romains de la Reine dans la province de Québec.Les délégués des provinces se réunirent à Londres, en décembre 1866, pour préparer le texte définitif de la constitution canadienne.Alexander Galt, qui avait quitté le ministère lors du retrait du bill Langevin, se 104 RELATIONS rendit à Londres comme représentant attitré de la minorité bas-canadienne.Il obtint pour elle une garantie qui devint le troisième paragraphe de l\u2019article 93: Dans toute province où un système d\u2019écoles séparées ou dissidentes existera par la loi, lors de l\u2019union, ou sera subséquemment établi par la Législature de la province, il pourra être interjeté appel au gouverneur général en conseil de tout acte ou décision d\u2019une autorité provinciale quelconque affectant quelqu\u2019un des droits ou privilèges de la minorité protestante ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté relativement à l\u2019éducation.La minorité protestante du Québec n\u2019a jamais eu à invoquer cette garantie.Les recours au gouvernement fédéral vinrent toujours, et sans succès d\u2019ailleurs, des minorités catholiques: Nouveau-Brunswick (1871), Ile-du-Prince-Édouard (1877), Manitoba (1890), Territoires du Nord-Ouest (1893), Ontario (1916).L\u2019histoire de ces différents recours est d\u2019une accablante tristesse.Elle permet d\u2019affirmer que les « Pères » catholiques de la Confédération ont été idéalistes, naïfs même, s\u2019ils ont pensé que l\u2019artiste 93 sauvegarderait efficacement, en cas de difficultés, le sort des minorités catholiques.Cet article suggère plusieurs réflexions.Nous en retiendrons une.Quand la Commission Hope interprète rigidement le paragraphe premier de l\u2019article 93 de l\u2019Acte de 1867, \u2014 ce paragraphe est l\u2019équivalent du sixième paragraphe de la quarante-troisième résolution de la Conférence de Québec, \u2014 elle marche sur les traces d\u2019un grand nombre de parlementaires haut-canadiens de l\u2019époque.S\u2019il est utile de constater le fait, il ne faut pas s\u2019en effrayer.Nous avons vu dans l\u2019article précédent, en utilisant le rapport même de la Commission, que la loi de la vie fut plus forte que l\u2019intransigeance légale.Nous avons aussi montré, en invoquant les témoignages de trois anglo-protestants, pourquoi cette défaite du légalisme était inévitable.Cette défaite cependant est loin d\u2019avoir été complète.Nous verrons dans un dernier article les désirs actuels des catholiques.CHRONIQUE DU THÉÂTRE André PAQUET, S.J.Federigo chez les Compagnons Sur un conte de Prosper Mérimée, René Laporte a échafaudé une histoire qui, mieux unifiée, eût pu constituer un drame.Dans cette macédoine, déroutante et imprévisible comme la vie, miroite pourtant une figure, si curieusement humaine qu\u2019on est forcé d\u2019y reconnaître les traits de l\u2019homme tout court.Ce Federigo, dont l\u2019ambition, l\u2019orgueil, l\u2019indépendance, l\u2019égoïsme et la naïveté font un être d\u2019une rare mobilité, est au surplus affamé de bonheur.Le personnage nous ressemble, et c\u2019est le principal intérêt de sa longue et intermittente histoire.Heureusement, Jean Coutu possédait tout le talent et l\u2019enthousiasme nécessaires pour animer ce complexe symbole.Secondé dans le jeu par Thérèse Cadorette, qui sut nuancer les multiples visages d\u2019Olivia, et dans la mise en scène par Robert Prévost, dont les décors dégageaient la couleur, l\u2019atmosphère et le charme d\u2019un conte, Jean Coutu nous a donné un Federigo dépassant la vraisemblance d\u2019une époque et vivant si bien sur le plan de l\u2019immuable vérité qu\u2019il parvint à nous y entraîner.Aussi, quand Federigo consent enfin à aimer ce qui lui est offert, \u2014 la mort, puisqu\u2019il ne peut d\u2019ailleurs plus l\u2019éviter, \u2014 nous savons, comme d\u2019expérience, que pour trouver le bonheur il nous faudrait cesser de le fuir, et nous sommes étonnés que l\u2019aventure de cet insatiable ait suffi à Jean Coutu pour nous révéler l\u2019image de toute vie humaine.Cette belle réussite révèle les ressources de Jean Coutu comme metteur en scène, et rappelle que le théâtre de fantaisie poétique est une spécialité des Compagnons.Maître après Dieu au Théâtre du Nouveau Monde Les embarras du capitaine Joris Kuiper n\u2019auraient que l\u2019intérêt d\u2019un fait divers si Jan de Hartog n\u2019en avait signalé toute la profondeur humaine et surnaturelle.Dans les pages d\u2019une vieille Bible qu\u2019il tient de son père, puis sous les traits de Juifs apatrides qu\u2019il a pris à son bord, Kuiper découvre la volonté de Dieu, la grâce l\u2019envahit et transforme son devoir de capitaine en vocation à l\u2019héroïsme chrétien.Pour rendre ses passagers à la vie d\u2019hommes libres, il lui faudra s\u2019opposer à la sagesse des nations, s\u2019entêter dans un projet qu\u2019on lui prouve impossible, inutile, insensé, perdre un à un tous ses soutiens: protection de son pays, fidélité de son équipage, souvenir d\u2019un père honnête et même confiance de ceux dont il défend le sort.Une fois la lutte engagée, le croyant que soutient la grâce ne triomphe jamais que par le sacrifice: et Kuiper saborde son navire pour sauver l\u2019équipage et les passagers.Évidemment soucieux de pittoresque, Jean Dalmain donne au mécanicien Davelar un relief savoureux, mais accorde à sa mise en scène une ampleur et des résonances distrayantes.Débordant le lieu scénique, l\u2019action comme l\u2019attention s\u2019éloignent trop souvent de la cabine du capitaine, et Jean Gascon doit dominer cet arrière-plan de vie maritime avant de nous faire entendre que le vrai drame ne peut se jouer et progresser que chez Kuiper.Tous ses camarades le soutiennent du reste fort bien par l\u2019interprétation discrètement réaliste de leur rôle.Et le succès de Maître après Dieu est attribuable à une équipe dont les artistes savent collaborer avec intelligence et ferveur à la mise en valeur d\u2019une œuvre dramatique.AVRIL 1952 105 HORIZON INTERNATIONAL ITALIE T E 10 FÉVRIER, veille de la fête de Notre JL^ Dame de Lourdes, Pie XII adressa une émouvante « Exhortation aux fidèles de Rome ».Il exprima une vive inquiétude devant la « périlleuse situation extérieure »; une « torpeur trop répandue » empêche de voir « une situation générale que nous n\u2019hésitons pas à qualifier d\u2019explosive.Les dangers qui pèsent maintenant sur la génération présente font trembler les esprits ouverts à la réalité ».Il faut tout faire pour éviter un « malheur aussi immense ».Il demanda à ses auditeurs de transformer le monde, qui ne peut être sauvé que par un retour à Dieu.Des millions de personnes réclament un changement de route.Il faut l\u2019intervention de Dieu dans la vie privée et publique; sans elle, le monde ne peut que périr.C\u2019est à Rome, maîtresse spirituelle des nations, de donner l\u2019élan.Quant à lui, puisque Dieu l\u2019a appelé à la responsabilité du souverain pontificat, il doit être le héraut d\u2019un monde meilleur.C\u2019est l\u2019heure de l\u2019action; que chacun se mette à la besogne.Il y avait de l\u2019angoisse dans la voix de Pie XII quand il décrivait la situation générale avec un accent aussi sombre.Aussitôt, S.Ém.le cardinal Micara, vicaire du Pape pour la ville de Rome, chargea le doyen (camerlengo) des curés de Rome, le P.Tenzi, de coordonner l\u2019œuvre de renouveau spirituel, dans le diocèse de Rome, dans le sens voulu par le Souverain Pontife.Chaque soir, à Radio-Vatican, le P.Lombardi commenta le discours pontifical.C\u2019étaient de curieuses harangues, au cours desquelles il répondait avec une rare énergie aux attaques quotidiennes des journaux; puis, il reprenait le ton évangélique de l\u2019homélie.Des réunions furent convoquées dans les diverses paroisses de la ville.Le dimanche 17 février, les catholiques romains furent convoqués à Sainte-Marie-Majeure pour entendre un sermon du P.Lombardi, les mots d\u2019ordre du P.Tenzi, et recevoir la bénédiction du cardinal vicaire.Longtemps avant le début de la cérémonie, la place regorgeait de monde.A l\u2019intérieur, une foule énorme remplissait la radieuse basilique, que nous n\u2019avions jamais vue aussi belle.Ses étincelantes mosaïques du ve siècle, qui font ceinture au-dessus de la colonnade avant d\u2019aboutir à l\u2019arc triomphal que tous les archéologues et artistes ont étudié, le glorieux Couronnement de la Vierge qui remplit l\u2019abside depuis le xne siècle, tout cela avait été rafraîchi et restauré au cours de ces dernières années; on avait installé un grandiose éclairage électrique qui faisait ressortir la splendeur de ce décor.Dans cette inoubliable beauté, qui résumait des siècles d\u2019humble et magnifique dévotion à Notre Dame, nous récitâmes le chapelet et écoutâmes les orateurs.Que chacun serve Dieu de son mieux, qu\u2019il s\u2019efforce de faire resplendir le Christ autour de lui; si tous font leur part, le « monde meilleur » ne tardera pas à venir.Immédiatement après le discours du 10 février, une tempête formidable s\u2019éleva dans la presse de gauche contre le discours du Pape.L\u2019Unità communiste rationna sévèrement ses nouvelles sur Volokolamsk, Korneichuk, l\u2019Amou Daria, etc., pour s\u2019enrager, en première page, contre le Pape, l\u2019Action catholique et le P.Lombardi, qu\u2019on accusa en bloc de faire de la politique.Les socialistes de M.Nenni, qui furent les grands brûlés de 1948, quand leur rôle se limita à tirer quelques marrons du feu pour les bolchéviques, tinrent le même langage que VJJnità, mais dans un italien moins russe.Le Directoire du parti libéral italien publia, le 15 février, le communiqué suivant: Le parti libéral italien, ayant réaffirmé la pérennité de la tradition du Risorgimento, qui réalisa l\u2019unité nationale en assurant l\u2019autorité de l\u2019État et la liberté du citoyen dans le respect intégral de la liberté de l\u2019Église, et en permettant l\u2019épanouissement du sentiment religieux réconcilié avec la patrie, purifié de l\u2019ingérence d\u2019intérêts temporels et élevé au-dessus des intérêts politiques, avertit que tout acte destiné à renverser les valeurs de cette tradition constitue un grave désordre pour la conscience des citoyens, une atteinte à la souveraineté de l\u2019Etat et un dommage certain pour la religion.Interprète de l\u2019inquiétude du pays, il signale aux organes responsables de l\u2019État et à tous les partis démocratiques l\u2019activité déployée par des porte-voix de l\u2019Action catholique, en violation ouverte de la constitution et des pactes du Latran.Nous ne pensons pas que cette déclaration ait un grand écho à l\u2019intérieur du pays.Le parti libéral italien, comme le parti du même nom en Angleterre, appartient plus au passé qu\u2019au présent; d\u2019ailleurs, les libéraux eux-mêmes sont divisés, et il y en a de toutes les nuances.Il Tempo, dans plusieurs articles remarquablement rédigés, reconnut aux catholiques leur droit de s\u2019organiser comme bon leur semblait.Après tout, est-on libéral, oui ou non ?La déclaration libérale aura peu d\u2019effet sur le front communiste et nenniste, dont les membres, comme les surhommes nitezschéens, se sont situés non seulement au delà du bien et du mal, mais bien au delà de toute logique.Peu de catholiques, pensons-nous, se laissèrent impressionner par une déclaration dont l\u2019objectivité prêtait à d\u2019écrasantes répliques: ce n\u2019est tout de même pas le parti libéral qui, en 1870, régla la question romaine.Quant à « l\u2019épanouissement du sentiment religieux » durant les années sombres du régime libéral, les personnes âgées s\u2019en souviennent encore.Non, il ne nous semble pas que la déclaration libérale soit destinée à avoir beaucoup d\u2019effet en Italie; elle peut avoir, par contre, des conséquences imprévues à l\u2019étranger auprès de quiconque est indisposé à priori contre le Saint-Siège.S\u2019il est vrai que le discours du Pape et la vitalité redonnée aux activités catholiques qui en a été le résultat ne peuvent avoir que des conséquences politiques indirectes, il est tout aussi vrai que la déclaration libérale, elle, relève exclusivement de la politique de parti.Pour la situer comme il convient, il faut revenir à 1948.Au début de 1948, un groupe de catholiques italiens décidèrent de coordonner leurs efforts en vue de l\u2019action civique en général, de l\u2019action électorale en particulier.L\u2019idée ne semble pas être venue d\u2019un seul, elle mûrit simultanément de divers côtés.Quelqu\u2019un devait prendre l\u2019initiative de grouper les forces italiennes contre une avance communiste.Ceci ne pouvait être fait par l\u2019Église dont la tâche est d\u2019ordre surnaturel.L\u2019Action catholique ne pouvait s\u2019en charger, car, par sa nature, elle exclut l\u2019action politique de parti.On décida de former des comités civiques.Ces comités n\u2019avaient pas pour objet de créer de nouvelles organisations de masse; ils devaient coordonner, sur le plan civique, ce qui existait déjà sur le plan religieux.Il y eut un comité civique national, des comités civiques diocésains, des comités civiques paroissiaux.On y faisait entrer les hommes et les femmes qui exerçaient une influence réelle dans la communauté \u2014 des directeurs d\u2019œuvres, des présidents de sociétés religieuses, etc.En ce temps-là, les cadres étaient occupés dans une large mesure par les communistes.Durant le fascisme, ils avaient mis sur pied et maintenu une organisation illégale; elle milita dans la résistance; elle obtint les faveurs des armées libératrices; elle était en place.Il y avait des régions entières où les 106 RELATIONS communistes occupaient toutes les mairies; la plupart des villes principales étaient dans leurs mains.Pie XII fut seul alors à se rendre compte qu\u2019une victoire communiste en Italie signifierait une victoire communiste dans toute l\u2019Europe \u2014 gage formidable de succès mondial.Alors, le rideau de fer se déplacerait jusqu\u2019à l\u2019Atlantique.Cela, il le vit avec une clarté de vision.Comme toujours, lorsqu\u2019il est convaincu d\u2019une vérité, il en parla à tout le monde, et la flamme qui réveilla l\u2019Italie jaillit du Vatican.Le 28 mai 1948, quand la ville de Rome se réunit sur la place Saint-Pierre pour recevoir la bénédiction Urbi et Orbi qui couronne les solennités pascales, Pie XII prononça l\u2019extraordinaire discours dont nous rendîmes compte, immédiatement, dans Relations.Ce discours insuffla une vigueur extraordinaire à tous les gens de bonne volonté.Tout le monde se mobilisa.Les séminaristes laissèrent leurs études et, pour bien affirmer qu\u2019ils n\u2019intervenaient pas dans la mêlée avec l\u2019autorité de leur vocation, mais tout simplement comme citoyens, égaux en droits avec tous, ils ôtèrent leurs soutanes; ils collaborèrent avec les universitaires, les jeunes d\u2019Action catholique, pour donner la réplique aux professionnels du parti qui ne s\u2019imaginèrent pas, alors, d\u2019où sortait cette jeunesse brillante, déterminée, ferrée sur toutes les questions, et qui n\u2019avait jamais été à une telle fête.Entre jeunes prêtres, on parle encore de la magnifique expérience acquise alors au contact des masses.Ça, c\u2019était du réel, et les études subséquentes en acquirent un renouveau de vitalité.Sur les murs, les affiches se multiplièrent avec une rapidité vertigineuse, plus vite encore que les adversaires les déchiraient; mais pour chaque affiche rouge, il y en avait six autres, et quelles affiches! On parle encore de la colère que fit le chef socialiste, M.Nenni, quand il se revit dans la soutane violette d\u2019un prélat romain, souriant avec une bénignité gracieuse sous son chapeau ecclésiastique.Il ne l\u2019avait pas volé.Pourquoi son journal avait-il imprimé une immonde calomnie contre celui-là même qui lui avait donné l\u2019hospitalité durant les dangereuses années de la domination nazie L\u2019Amérique s\u2019intéressa.M.Generoso Pope organisa, aux États-Unis, la prodigieuse avalanche de lettres et de colis qui inonda l\u2019Italie au moment décisif.Cette intervention des Italo-Américains eut une grande importance, surtout en Sicile et en Calabre; les provinces du sud votèrent pour la démocratie chrétienne presque à l\u2019unanimité.Le jour des élections, on organisa le transport des infirmes (et des indolents).Les religieuses cloîtrées sortirent de leurs couvents, votèrent et empêchèrent d\u2019autres personnes de voter à leur place et en leur nom.Le front rouge, qui s\u2019était attendu à la majorité absolue, se trouva démantibulé.Pour la première fois dans l\u2019histoire contemporaine, sauf erreur, un parti chrétien avait obtenu la majorité absolue des sièges.Cette étonnante victoire était due peut-être moins à tel ou tel facteur individuel qu\u2019à l\u2019heureuse coordination de tous les efforts.M.Gedda se révéla remarquable organisateur.La sagesse conciliante de M.de Gasperi conserva la bienveillance de nombreuses influences, qu\u2019une attitude moins ouverte eût jetées dans le camp opposé ou tout au moins dans l\u2019inaction.La sympathique avalanche américaine confirma bien des hésitants, fit sentir aux Italiens la chaude amitié de leurs parents d\u2019outre-Atlantique.L\u2019esprit de désintéressement surnaturel qui anima tout le monde, depuis le Souverain Pontife jusqu\u2019au plus humble séminariste, fut peut-être le facteur décisif.Cela, et la peregrinatio Mariae, quand les images les plus vénérées de chaque région furent portées à travers les provinces.Celle de Notre Dame de Pompéi à travers les diocèses du sud laissa des souvenirs inoubliables.D\u2019autres élections s\u2019annoncent pour le printemps; mais la situation n\u2019est pas tout à fait la même qu\u2019en 1948.D\u2019abord, on ne prendra plus le bloc rouge par surprise.Les stalinistes ne commettent pas la même erreur deux fois.Quant au parti démocrate-chrétien, il porte depuis quatre ans les responsabilités du pouvoir.Malgré l\u2019immense misère de l\u2019après-guerre, la situation faite à l\u2019Italie par la défaite du fascisme et la disparition de ses colonies, malgré les faveurs accordées à la Yougoslavie de Tito aux dépens de l\u2019Italie et les malheurs de l\u2019inondation et de la disette, le gouvernement de M.de Gasperi a vécu, et c\u2019est énorme.L\u2019Italie est disciplinée, on la sent gouvernée.Dans les villes, du moins, la misère ne s\u2019étale pas plus qu\u2019à l\u2019époque mussolinienne \u2014 on me dit qu\u2019il y en a bien davantage à la campagne.Parmi les facteurs négatifs, il faut nommer en premier lieu la désillusion.On ne savait plus, en Italie, qu\u2019il y a une marge énorme entre les illusions électorales et les réalités subséquentes.On s\u2019était trop attendu à des miracles.On reproche au gouvernement de ne pas avoir su briser la terreur communiste, c\u2019est l\u2019expression dont on s\u2019est servi.Il faut donc décompter presque tout ce qu\u2019on colporte au sujet du ministre de l\u2019Intérieur, M.Scelba.La terreur, paraît-il, est réelle dans le monde ouvrier, où le syndicat com-munisant de M.de Vittorio oblige les ouvriers, quand il en a le pouvoir matériel, à s\u2019abonner à VUnità et payer cotisation \u2014 sous peine de perdre leur emploi.Beaucoup de fonctionnaires, paraît-il, seraient communistes et communisants et paralyseraient de façon remarquablement efficace l\u2019action des ministres responsables.De temps à autre, la police trouve des dépôts d\u2019armes.On parle de terreur réelle.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut lire le texte du parti libéral que nous citâmes plus haut.L\u2019enjeu des élections est le même qu\u2019il y a quatre ans: une majorité communiste ou « démocrate-populaire » absolue ferait passer l\u2019Italie derrière le rideau de fer.Jamais les Nations Unies ne risqueront une action militaire pour s\u2019opposer à un succès électoral, même si celui-ci est dû dans une large mesure à la fraude et à la violence.Faut-il regarder cette déclaration libérale comme un appel à l\u2019opinion publique anglo-américaine, pour l\u2019inviter à se désintéresser des démocrates-chrétiens en faveur de quelque groupe moins mal vu par les loges maçonniques ?Une erreur de jugement pourrait être fatale.Nous constatons, avec un étonnement qui est presque de l\u2019épouvante, qu\u2019il y a des gens qui font de l\u2019anticléricalisme à l\u2019heure qu\u2019il est.Dans le Manchester Guardian du 21 février, on peut lire l\u2019entrefilet suivant à propos d\u2019un débat qui avait eu lieu, à Paris, au sujet de l\u2019Europe: The debate showed, says our Paris correspondent, that an increasing weight of criticism is being directed against M.Schuman personally.Many socialists and anticlericals object to foreign policy being in the hands of a Roman Catholic, whom they see as an exponent of a papal conception of European ' unity.M.Schuman est, avec MM.Adenauer et de Gasperi, un des trois grands artisans de l\u2019unité européenne.Sa réputation d\u2019homme intègre et capable n\u2019est mise en doute par personne.Comme on n\u2019a rien d\u2019autre à lui reprocher, on lui fait grief, maintenant, d\u2019être Roman Catholic.Faut-il mettre tous ces faits en relation avec l\u2019opposition américaine à l\u2019établissement de rapports diplomatiques avec le Vatican?Croit-on, dans certains milieux influents du monde anglo-saxon, qu\u2019on peut sans danger imminent lutter contre les forces catholiques?Les batailles se gagnent et se perdent non seulement où les soldats se rencontrent, mais tout autant dans les chancelleries.Il en est de même des élections.Pie XII, qui est témoin plus que tout autre de ces folies de division, sait qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un remède, le retour à Dieu.C\u2019est ce qu\u2019il vient de demander aux Romains pour leur carême.Joseph-H.Ledit.Rome, le 6 mars 1952.AVRIL 1952 107 LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES Mgr Georges Chevrot: La Victoire de Pâques.Instructions paroissiales pour le temps postal.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1951.300 pp., 19 cm.T\"\\IT MONSEIGNEUR dans l\u2019introduction: « Le « genre ser-monnaire », il est vrai, est passé de mode aujourd\u2019hui.Mais après bientôt un demi-siècle consacré à la prédication, j\u2019ai l\u2019impression de n\u2019avoir jamais été capable de composer des « sermons ».Je n\u2019ai fait que livrer mes pensées à mes frères, et c\u2019est pour accéder à leurs désirs que je leur offre ces froids résumés auxquels, je l\u2019espère, leur réflexion saura rendre la vie qui les avait animés.» Nous, au lieu de « froids résumés », nous dirons « substantiels résumés ».D\u2019un excellent prédicateur qui, par la grâce de Dieu, oui, oublie de prêcher pour mieux s\u2019expliquer et expliquer.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.J.-B.GOSSELIN, S.J.: Sujets d'oraison pour tous les jours de l\u2019année, d\u2019après les évangiles.T.IV.Troisième édition revue et augmentée.\u2014 Toulouse, Apostolat de la Prière, 1951.536 pp., 18.5 cm.7~VÉJÀ RICHES au départ, ces Sujets d\u2019oraison s\u2019enrichissent encore d\u2019une édition à l\u2019autre.Celle-ci a profité largement de l\u2019encyclique Mystici corporis, et les sujets concernant la très sainte Vierge ont prospéré d\u2019une façon particulière.L\u2019œuvre du P.du Pont était classique; l\u2019œuvre du P.Gosselin, qui s\u2019en inspire, nous la rend toute proche.Un autre triomphe du nova et vetera qu\u2019on partagera volontiers, surtout dans les maisons religieuses et les presbytères.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.Dom Albert Schmitt: La Prière de l'Église pour les malades.\u2014 Paris, Lethielleux, 1951.159 pp., 19 cm.ON TROUVE ICI, réunies par un moine de Solesmes, toutes les prières du missel et du rituel romains (avec texte latin et traduction française), par lesquelles l\u2019Église réconforte ses enfants dans la maladie et les assiste au moment de la mort.Également, des prières pour demander la guérison et, si on l\u2019obtient, remercier Dieu.Aux gens en santé, une page rappelle qu\u2019 « il faut mourir » et suggère un moyen de préparer une sainte mort.De brèves introductions, de judicieux commentaires aident le fidèle à mieux comprendre les textes et stimuleront le prêtre à mériter par sa sainteté le don de guérir même les corps, à l\u2019exemple du Christ et de ses premiers envoyés.Édouard Roy.Maison Bellarmin.Essai sur Dieu, l'Homme et l'Univers.Publié sous la direction et avec une introduction de Jacques DE Bivort de la Saudée.\u2014 Tournai-Paris, Casterman, 1950.VI11-508 pp., 21 cm.T^DITION refondue de VEssai d\u2019une Somme catholique contre J\u2014' les sans-Dieu, paru en 1937 aux éditions Spes, sous la direction et avec une introduction d\u2019Yvan Kologrivov.« Quelques chapitres ont été ajoutés, d\u2019autres supprimés, et ceux qui figuraient déjà dans les deux premières éditions ont été mis au point » (p.V).« Ce livre.expose d\u2019une manière constructive la position du catholicisme sur les grands problèmes que les matérialistes contemporains, et notamment les marxistes, tranchent d\u2019une manière opposée à la nôtre » (p.VI).Le but est net.Le résultat correspond généralement à l\u2019idéal fixé.Il ne faut pas s\u2019attendre à trouver ici une encyclopédie technique des principaux problèmes soulevés par le communisme, mais plutôt une réponse rapide, synthétique et justifiée aux questions vitales que nous rencontrons tous les jours en notre monde moderne.Tout de même, les biographies des chapitres I, VII et XIV auraient pu et dû être faites avec plus de soin.L\u2019étude finale sur « Le matérialisme dialectique » semble plus rigoureuse que celle des éditions précédentes.Les considérations touchant au problème de l\u2019évolution ont été refondues et com- plétées avec avantage.Une certaine ambiguïté, plus ou moins consciente et voulue, flotte encore cependant.Sur « L\u2019origine de l\u2019homme », le même auteur écrit: « L\u2019évolution n\u2019est donc qu\u2019une hypothèse, mais une hypothèse éminemment vraisemblable, vérifiable dans ses nombreuses conséquences et que l\u2019on ne peut rejeter sans la remplacer par une autre au moins plausible » (p.50).Il conclut pourtant: « Les discussions qui précèdent peuvent donner l\u2019impression que la plupart des données, sinon toutes, continuent à être incertaines.Qu\u2019on se garde d\u2019y céder.D\u2019année en année, le nombre des faits irrécusables augmente.A tout le moins, dès à présent, la plupart des hommes de science ne doutent plus que, du point de vue somatique, l\u2019homme descende de primates supérieurs et que ceux-ci à leur tour soient le résultat d\u2019une longue évolution menant des poissons aux mammifères en passant par des amphibiens et des reptiles » (p.108).Jean-Paul Dallaire.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.PSYCHOLOGIE Ch.-D.Boulogne, O.P.: Mes amis les sens.Avant-propos de Maurice Chevalier.\u2014 Paris, La Colombe, 1949.222 pp., 21 cm.T'A ANS un style simple, clair et direct, l\u2019A.revendique éloquem-ment la grandeur de notre activité corporelle, en décrivant les merveilles de notre connaissance sensitive.On brode tellement sur les faiblesses et les défauts de ce pauvre « frère âne » qu\u2019il fait bon relever honnêtement les puissances d\u2019enrichissement que sont nos sens.« On parle si souvent de la peine des hommes qu\u2019on pouvait bien, pour une fois, tenter le bilan de quelques-unes de leurs joies.» C\u2019est la dernière phrase du livre; elle exprime nettement l\u2019esprit qui l\u2019anime.Ne cherchons pas dans ces pages un exposé technique, ni du point de vue expérimental, ni du point de vue philosophique.Ce sont plutôt des considérations humaines, tissées d\u2019observations directes, de fines analyses, de citations choisies, de jugements de valeur et d\u2019applications morales.L\u2019A.possède un don réel de haute et saine vulgarisation.Avec un art subtil, il collige et résume les meilleures pensées sur les sens, puis il les complète de ses propres réflexions en des chapitres cohérents, de lecture facile, instructifs pour l\u2019organisation et la gouverne de la vie personnelle.La conclusion de PA., « Plaidoyer pour le corps », met de nouveau en évidence le point de vue éminemment catholique de l\u2019éducation et de la sanctification de l\u2019homme par tout l\u2019homme, dans un épanouissement intégral de tout son être, spirituel et corporel.Jean-Paul Dallaire.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.I.Klug: Les Profondeurs de l'âme.Études de psychologie et de morale.Réédition.\u2014 Paris, Casterman, 1951.495 pp., 22.5 cm.T A MORALITÉ D\u2019UN ACTE humain dépend du degré de connaissance et de liberté dans le sujet qui le pose.Ces deux facultés intellectuelles exercent leur activité en intime dépendance d\u2019autres facultés sensitives: imagination, sensibilité, etc.Tous les moralistes admettent, en théorie, l\u2019influence de ces éléments sensibles sur le volontaire et, par conséquent, sur la moralité des actes humains.La psychologie expérimentale et, plus récemment, la psychanalyse font des recherches méthodiques dans ce domaine obscur où la matière et l\u2019esprit s\u2019influencent si profondément.Il faudrait être spécialiste pour apprécier à sa juste valeur l\u2019ouvrage où le chanoine Klug nous livre ses connaissances et ses expériences.L\u2019honnête homme, cependant, n\u2019hésitera point à recommander cette œuvre de sérieuse vulgarisation à tous ceux \u2014 directeurs d\u2019âmes, éducateurs, médecins, avocats et juges \u2014 qui par profession doivent guider des êtres humains et porter des jugements sur la responsabilité, la moralité 108 RELATIONS de leur conduite.Ils y apprendront la prudence requise pour traiter avec les névrosés si nombreux de nos jours, qui, dans « les profondeurs de l\u2019âme », souffrent de quelque blessure cachée à leurs propres yeux.Le volume est une traduction française d\u2019un texte rédigé en allemand.Ceux qui n\u2019ont lu sur ces sujets que des auteurs français regretteront de ne pas trouver ici un exposé construit avec rigueur.Mais la science est-elle plus vraie quand on la présente en tableaux synoptiques ?Philippe Bélanger.Maison Bellarmin.BIOGRAPHIES Raymond Christoflour: Grignion de Montfort, apôtre des derniers temps.\u2014 Paris, Éditions du Vieux Colombier, 1947.227 pp., 22.5 cm./'''ETTE biographie reconstitue de façon prenante le drame de Grignion de Montfort, conquérant de haute lutte la liberté des enfants de Dieu, lesquels deviennent facilement des enfants terribles lorsqu\u2019ils entreprennent pour l\u2019amour de Dieu le combat contre le mal, contre tous les conformismes surtout.Même dans l\u2019Église, l\u2019humain tend à l\u2019inertie dans le formalisme et la fausse tradition.Les hommes dociles aux inspirations originales de l\u2019Esprit Saint ont pour mission de briser les cristallisations qui paralysent l\u2019action de la grâce divine.Saint Grignion de Montfort est de ces hommes; l\u2019A.le montre bien.Le dernier chapitre explique le sens du message de notre saint, qui prêcha la fin du monde.D\u2019après l\u2019A., les signes avant-coureurs de la « parousie » signalés par le saint se réaliseraient à notre époque.J\u2019avoue que les références empruntées aux Écritures m\u2019ont plus impressionné ici que les citations de Léon Bloy, de Péguy et de Bernanos.Philippe Bélanger.Maison Bellarmin.Germain Lesage, O.M.I.: L'Évêque errant \u2014 Mgr Ovide Char-lebois.\u2014 Ottawa, Éditions de l\u2019Université, 1951.195 pp., 23 cm.{'\"'E N\u2019EST ni une biographie ni une autobiographie que pré-sente l\u2019A.Plutôt l\u2019histoire d\u2019une âme de missionnaire racontée par elle-même, et tirée du journal spirituel de Mgr Char-lebois, de ses notes et de ses lettres aux membres de sa famille.Ame douce et tendre, le P.Charlebois (car c\u2019est de la première partie de sa vie qu\u2019il est surtout question) se révèle à nous en toute simplicité, avec sa foi inébranlable, ses bonheurs et ses désolations.« Ça prendrait un fou, écrit-il, pour vivre en ces steppes nordiques sans aucun espoir éternel.Mon Dieu, je ne veux qu\u2019une chose, c\u2019est que vous daigniez transformer chaque minute de ma vie en une bribe de martyre.» Ses bourreaux furent le froid du Keewatin et du Cumberland, les Indiens, les protestants, la neige, les voyages, les chiens, la nourriture, les poux, les moustiques, les souris et surtout l\u2019isolement.Enfant d\u2019une famille de quatorze, dont cinq furent prêtres, le Père Ovide a beaucoup souffert de l\u2019éloignement des siens, de la solitude du cœur.Il a pleuré, mais sa foi l\u2019a soutenu; il n\u2019a jamais regretté le « pacte » conclu avec Dieu et qu\u2019il avait signé de son sang.Sa recette pour l\u2019apostolat: aimer, aimer et être joyeux.Son refrain: il faut que nous soyons des saints.Après vingt-trois ans d\u2019un exténuant apostolat, le Père Ovide accepte, à son corps défendant, le fardeau de l\u2019épiscopat.Il reprend sa course apostolique et continue à travailler jusqu\u2019au bout dans le pays « du vent du Nord ».C\u2019est « l\u2019évêque errant, dévoré par la vermine, n\u2019ayant ni pain, ni sel, ni sucre; il a fait halte un soir, au matin il est reparti » (L.-F.Rouquette).Lucien Porcheron.V Immaculée-Conception, Montréal.Jérôme Szalay, O.S.B.: Le Cardinal Mindszenty.\u2014Paris» Mission catholique hongroise, 1950.218 pp., 19 cm.T TN NOUVEAU LIVRE sur le cardinal hongrois, condamné à ^ perpétuité il y a trois ans.Et malgré ce laps de temps, le cas garde son actualité, non seulement parce que la condamnation du cardinal Mindszenty reste, dans ses détails, obscure et la conduite de la police communiste, par sa perversité, redoutable, mais parce que des événements récents montrent la persécution religieuse toujours à l\u2019œuvre dans les pays situés derrière le rideau de fer.Le livre du P.Szalay a le mérite de replacer le cardinal dans le milieu d\u2019où il est sorti et dont il garda l\u2019esprit durant toute sa carrière.Nous connaissons les paysans hongrois, attachés à la tradition nationale et à la religion catholique qu\u2019ils pratiquent avec ferveur.On comprend alors facilement l\u2019enthousiasme populaire que le courage du cardinal souleva chez le peuple hongrois.En même temps, il devient clair que c\u2019était le principal obstacle à l\u2019établissement d\u2019une démocratie populaire.Le régime communiste ne se lassa donc pas d\u2019inventer mensonges et prétextes pour discréditer et écarter l\u2019homme capable de susciter la résistance spirituelle des masses.L\u2019ouvrage fait voir combien l\u2019attitude louvoyante de quelques chrétiens de gauche, des partis démocratiques à courte vue a favorisé la politique communiste.Nous regrettons seulement que l\u2019A.n\u2019ait pas davantage pris soin de dégager nettement la marche chronologique des faits: il y a intérêt à faire connaître la méthode communiste, adaptée au progrès des événements.Étienne Borbély.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.J.Bousquet, o.p.: Lacordaire.\u2014 Montréal, Éditions du Lévrier, 1951.142 pp., 19 cm.TL EST JUSTE que les membres des Cercles Lacordaire con-naissent l\u2019essentiel de leur grand patron, bien que rien ne le rattache à notre mouvement de tempérance, si ce n\u2019est l\u2019affection fraternelle du P.Jacquemet.L\u2019A.donne cet essentiel de la carrière tourmentée de son héros, très grand religieux, très grand orateur, artiste et penseur.La première conversion du jeune avocat, son attachement au pape, son amour de la liberté, ses années de préparation studieuse inspireront la jeunesse et le jeune clergé.Avec son « imagination ardente et sa raison froide », Lacordaire, s\u2019il n\u2019a converti personne, a converti l\u2019opinion, en la retournant du voltairianisme au christianisme.Nos démocrates friands de liberté trouveront en lui un maître et un modèle qui sut faire avancer les idées tout en demeurant sur le terrain solide, quand son ami Lamennais perdait le nord.Lacordaire restaura en France l\u2019ordre des Frères Prêcheurs, qui nous a valu une belle transplantation au Canada.Alexandre Dugré.QUESTIONS POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES Gaston FessaRD: Paix ou Guerre?Notre Paix.\u2014 Paris, Monde nouveau, 1951.108 pp., 19 cm.{\"''E PETIT LIVRE renferme quelques-unes des pages les plus lucides qui aient été écrites en France sur cette vitale question de la paix et de la guerre.L\u2019A.ne se cache pas la gravité de la situation actuelle.Il va même jusqu\u2019à écrire qu\u2019 « humainement parlant », il n\u2019y a plus qu\u2019à désespérer du monde, qu\u2019un tel désespoir seul pourra être salutaire, en nous délivrant des illusions et des présomptions faciles pour nous replonger dans notre néant et dans une totale humilité devant Dieu, « seul Maître et Seigneur tant de la nature que de l\u2019histoire », et nous ouvrir ainsi « à la véritable foi et à la véritable espérance en l\u2019Homme-Dieu ».Le P.Fessard reprend ici la méthode déjà employée en 1936 dans « Pax Nostra » et dénommée « la dialectique paulinienne du païen et du juif ».A la lumière de cette méthode, il tente de répondre aux questions suivantes: quelle est « l\u2019attitude commandée par l\u2019espérance chrétienne »?\u2014 « que penser de l\u2019objection de conscience?» \u2014 « l\u2019option entre les deux blocs soviétique et américain est-elle nécessaire ?pour qui opter ?» \u2014 quelles sont les « conséquences de cette option sur le plan national » ?L\u2019A., comme on le voit, ne manque pas de courage ni même de hardiesse.On pourra discuter certaines de ses positions, mais non l\u2019effort d\u2019objectivité et le profond esprit chrétien qui se révèlent à chacune des pages de ce volume.Richard Arès.Aldéi Lanthier: Le Corporatisme d\u2019association.\u2014 Montréal, 1951.80 pp., 20 cm.TL Y A, dans cette brochure, une immense bonne volonté ainsi que de non moins immenses bonnes intentions.L\u2019A.est au courant de la doctrine corporative; son exposé est clair, ses divisions sont nettes.Mais, semble-t-il, il a vu trop grand: il fait AVRIL 1952 109 1677, rue Montcalm EUGENE GAUTHIER Enr Spécialité : PORTES et CHÂSSIS Menuiserie générale Montréal N.OUELLETTE & FILS FERBLANTERIE \u2022 COUVERTURE \u2022 VENTILATION Couvertures en gravois garanties pour 10 ans BEIair 2275 4477, AV.COLONIALE\tMONTRÉAL 515 EST, RUE DEMONTIGNY jÇeblanc & Mont petit INGÉNIEURS-CONSEILS Plans de plomberie, chauffage, électricité et air conditionné MONTREAL-24 AMherst 3983 Bureau à la résidence: 7855, rue Drolet \u2014 Tel.: TA.7176 J.-A.POULIN ÉBÉNISTE Mobilier d\u2019église, confessionnaux, prie-Dieu, etc.SPÉCIALITÉ: autels liturgiques de tous genres.Atelier: à l\u2019arrière de 6657 rue St-Denis Montréal \u2014 Tél.:TA.3545 Congrès mondial de l'Apostolat laïc Discours du Pape.\u2014 Principaux rapports.\u2014 Conclusions générales.\u2014 Synthèse de l\u2019apostolat laïc au Canada français.\u2014 Prière de l\u2019apôtre laïc composée par Pie XII.Brochure de l\u2019Oeuvre des Tracts \u2014 $0.25 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal - 14 protégeant 89,000 assurés Assurances sur la vie sous toutes ses formes Assurances en vigueur: Actif: du corporatisme une panacée destinée à régler tous les problèmes qui affectent aujourd\u2019hui l\u2019humanité.Avec une égale assurance, il élabore un programme d\u2019éducation au triple plan primaire, secondaire et universitaire, et il règle le sort de la Société des Nations, laquelle serait modelée sur le corporatisme d\u2019association et comprendrait toute une série d\u2019organismes à rôle bien déterminé par l\u2019A.: Congrès mondial, Sénat académique mondial, Conseil suprême mondial, Sénat législatif mondial, etc.Il aurait été plus simple et plus pratique de nous montrer comment le corporatisme d\u2019association pourrait d\u2019abord fonctionner concrètement dans la province de Québec.Richard Arès.Dr.Harry Myers: The Value of Order.- Alexis R.Wiren: Office Workers* Manual.- R.D.BUNDY: Self Test for Leadership Qualifications.\u2014 New London (Conn.), National Foremen\u2019s Institute, Inc., 1950.32, 35, 30 pp., 17 cm.T\u2019ASPECT PRATIQUE de la formation des contremaîtres, la tournure d\u2019esprit qu\u2019ils doivent acquérir pour être estimés des ouvriers et obtenir leur coopération, voilà ce que vous trouverez dans ces trois brochures.Douze autres, publiées par le même institut, complètent la bibliothèque du contremaître.Pas d\u2019exposé doctrinal, mais des faits, des conseils, des détails pratiques.Manuels de savoir-faire et de tact administratifs.Eugène Poirier.Maison Bellarmin.H.N.Clarke and E.E.Martin: Thoughts on Management.Discussion Text.A Presentation of Human Relations Foundation.\u2014 New London (Conn.), National Foremen\u2019s Institute, 1944.339 pp., 22.5 cjn./^E CAHIER comprend huit fascicules traitant de la direction ^ humaine des affaires.On y étudie la structure et la fin des entreprises, puis les trois facteurs qui en sont les pivots: les hommes, le capital et la direction, enfin les responsabilités et les devoirs des dirigeants à l\u2019égard des ouvriers.Les auteurs se sont efforcés de livrer aux chefs d\u2019usines des recettes pour mieux comprendre leurs fonctions, mieux connaître leurs hommes et surtout pour corriger dans l\u2019opinion publique les erreurs courantes sur l\u2019administration des entreprises.Texte incomplet, évidemment, pour celui qui désire approfondir le problème des relations industrielles.Mais pour des séances de discussion entre membres du personnel directeur, chaque fascicule apporte une mine de suggestions.On regrette seulement que l\u2019aspect moral et syndical du problème industriel soit à peine mentionné.How to Prepare a Foreman\u2019s Policy.- Foreman\u2019s Policy Manual.\u2014 New London (Conn.), National Foremen\u2019s Institute.22.5 cm.TA SOLIDITÉ d\u2019une entreprise repose en partie sur la forma-L' tion du personnel de maîtrise.Les contremaîtres représentent la direction auprès des ouvriers; ils ont besoin d\u2019être préparés à comprendre les problèmes de l\u2019usine.Voici, en deux cahiers, leur vade-mecum : ensemble des directives et des connaissances que les contremaîtres doivent communiquer aux ouvriers qu\u2019ils commandent.On y catalogue les règlements d\u2019une compagnie ainsi que les clauses du contrat collectif; ce sont les deux sources principales de griefs dans la vie industrielle.Les deux cahiers expliquent le sens des lois et offrent plusieurs conseils utiles pour conduire des hommes.On souhaiterait certaines directives sociales au personnel de maîtrise sur la question syndicale.Même s\u2019ils sont rédigés pour des Américains, ces textes peuvent beaucoup servir à nos contremaîtres canadiens.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.HISTOIRE Hubert DESCHAMPS: Les Voyages de Samuel de Champlain, Saintongeais, père du Canada.Colonies et Empires, 2e série: Les classiques de la colonisation.\u2014 Paris, Presses universitaires de France, 1951.22.5 cm.DANS CET OUVRAGE, c\u2019est l\u2019introduction surtout qui retient l\u2019attention.Le choix de textes, tout heureux qu\u2019il soit, n\u2019offre rien d\u2019inédit.Après un court tableau de la grandeur et de la décadence du port de Brouage et un aperçu de ce qui était 110 RELATIONS connu de la Nouvelle-France avant Champlain, l\u2019A.dresse l\u2019inventaire des découvertes accomplies avec ténacité, malgré les difficultés et parfois les oppositions; puis il nous présente l\u2019homme « au service d\u2019une cause dont il est le seul prophète inlassable », qui a « forcé la France à penser au Canada et à s\u2019y maintenir », et à qui il décerne le nom de père du Canada, de « cet enfant abandonné (qui) n\u2019a pu vivre que grâce à son dévouement total, à sa seule et persévérante volonté ».Le portrait est impressionnant.A quelques légers détails près, il est juste et ralliera tous les suffrages.La lecture de ces pages est plus qu\u2019une introduction aux textes de Champlain; c\u2019est une invitation à les lire avec l\u2019assurance d\u2019y trouver plus d\u2019intérêt, pour avoir d\u2019abord connu l\u2019homme qui les a rédigés après les avoir vécus.Paul Desjardins.Collège Sainte-Marie, Montréal.Bernard Saint-Aubin: Les Origines de la guerre de 1939.\u2014 Montréal, chez l\u2019auteur, 1951.123 pp., 20.5 cm.TD API DE EXPOSÉ des événements qui ont précédé la seconde guerre mondiale.Son mérite: résumer en chapitres précis vingt ans de problèmes complexes.De l\u2019enthousiasme de Versailles jusqu\u2019à la ruée sur la Pologne, on voit l\u2019illusion des conférences de paix se heurter au destin réel des peuples.Cette brièveté a l\u2019avantage de guider adroitement le lecteur dans les dédales de la politique; mais elle réduit à une proportion minime des actes qui eurent alors plus d\u2019importance.Au sujet de la guerre civile d\u2019Espagne, par exemple, il faut comprendre que « l\u2019intervention des pays totalitaires » signifie une action anticommuniste et que « l\u2019abstention des pays démocratiques » cache une assistance réelle au « front populaire ».En Espagne, « l\u2019Angleterre fut strictement neutre » : pour saisir la portée internationale de ce mot de Churchill, il faut avoir, de l\u2019esprit et du style diplomatique propres aux hommes d\u2019État anglais, une connaissance que ne peut inculquer \u2014 soit dit sans ombre de reproche \u2014 un ouvrage délibérément concis.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.LIVRES POUR ENFANTS Pilamm: Le Triomphe de la Croix.Quatrième album de « La Bonne Nouvelle ».\u2014 Tournai et Paris, Casterman, 1950.32 pp., 30.5 cm.TL FAUT FÉLICITER les éditions Casterman de leur constant souci de procurer aux enfants des livres à la fois sains et intéressants, surtout quand ces livres se présentent sous la forme d\u2019albums en couleurs.Reprenant la même formule qui a fait le succès des Aventures de Tinlin et de Milou, les éditeurs offrent audacieusement à leur jeune public l\u2019histoire du Christ en quatre albums resplendissants de couleurs.Le dernier de la série, le Triomphe de la Croix, pourrait fournir des sujets de méditation aux enfants durant la semaine sainte et la semaine de Pâques.ïammWiùm PARIS - MONTREAL Ltêe Le directeur: Guy BOULIZON VISITEZ notre magasin.\u2014 Consultez nos catalogues.\u2014 Conditions spéciales aux communautés et bibliothèques paroissiales.\u2014 Utilisez notre comptoir postal.1243, rue Université - Montreal - Canada - Tel.: UN.6-6023 - MATERIAUX DE 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brutale; celui de Paul Cuvelier est plus reposant et se rapproche davantage de ces petits chefs-d\u2019œuvre de finesse et d\u2019humour que sont les Aventures de Tinlin par Hergé.Richard Arès.Bureau: DOIIard 8492-0528\tRésidence: DUpont 1046 HECTOR GROULX Inc.PLOMBERIE - CHAUFFAGE Quelques travaux exécutés récemment: Maison Bellarmin\tBureau de poste central Maison Saint-René-Goupil Hôpital Notre-Dame-de-l\u2019Espérance Hôpital Sainte-Marie des Trois-Rivières Pavillon et Chalet de l'tle Sainte-Hélène 7375, RUE CHAMBORD, MONTRÉAL AVRIL 1952 111 Tel.BY.4651 Cn ttoià mot A MAURICE LEGARÊ A.D.B.A., M.I.R.A.C, A.A.P.Q.Architecte FRANÇOIS DESCHÊNES\tJACQUES PARIZEAULT Président\tCirant [Jeschênes s.pils tes NÉGOCIANTS EN GROS \u2022 IMPORTATEURS Matériaux de Plomberie-Chauffage Spécialité : Accessoires à vapeur, haute et basse pression 1203 est, rue NOTRE-DAME, MONTRÉAL, Tel.: FRontenac* 3175-6-7 J.-A.SAINT-AMOUR Limitée Enfrepreneurs-électriciens 6575, rue Saint-Denis\tGRavelle4311 Avec 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