Relations, 1 juillet 1952, Juillet
[" Juillet 1952 MONTREAL , La Mission de France ¦\t¦\t¦ L*intellectuel devant le message du Christ - Il Responsabilités morales des autorités civiles ¦\tLouis AUGROS .Marcel CLÉMENT Marie-Joseph d*ANJOU r 139\t;\t\u2022\ti.ï\t5l.\\ *\t,\t\t.\u2022 s * 25* \t\t\t La vocation de l\u2019Université Laval Mgr Ferdinand VANDRY .' * : - \u2022 xi ;-;:;:;\tV' ' ^ : ' .' \u2019 '\t: \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 «La valeur doctrinale des allocutions pontificajes » Richard ARÈS Les catholiques ontariens et renseignement secondaire Albert PLANTE Limitation et régulation des naissances Jules PAQUIN SOMMAIRE JUILLET 1952 Éditoriaux 169 Articles Un jugement favorable a la justice.\u2014 Le double jeu de Brock Chisholm.Articles « LA VALEUR DOCTRINALE DES ALLOCUTIONS PONTIFICALES » Richard Arès 170 L\u2019INTELLECTUEL DEVANT LE MESSAGE DU CHRIST \u2014II .Marcel Clément 185 LES CATHOLIQUES ONTARIENS ET .L\u2019ENSEIGNEMENT SECONDAIRE .Albert Plante 188 LA MISSION DE FRANCE .Louis Augros 191 LIMITATION ET RÉGULATION DES NAISSANCES.Jules Paquin 173 RESPONSABILITÉS MORALES DES AUTORITÉS CIVILES .Marie-Joseph d\u2019Anjou 176 LA VOCATION DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL.Ferdinand Vandry 180 Commentaires.182 Examen de conscience.\u2014 Le logement au Canada.\u2014 L\u2019Église et le logement.\u2014 Les Juifs à travers le monde.Au fil du mois.184 S.Exc.Mgr Desranleau.\u2014 Le P.Ceslas Rutten.\u2014 Quand comprendrons-nous ?\u2014 Après vingt ans.\u2014 Place au français ! HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 193 Les livres 195 Le Sens de VÉglise.Paul-Émile Racicot Gouverner, c\u2019est.aimer.J.-Louis Lavoie Guide to the Documents of Pius XII C1939-1949).Richard Arès Pourquoi catholiques et non protestants ?\t.* Carnets du cardinal Suhard.Le Bienheureux Pie X.Une martyre de douze ans, sainte Marie ^ M.-J.d\u2019A.Goretti.Deux histoires d\u2019amour chrétien.Matt Talbot.Un homme sortit pour semer.Albert Plante Le R.P.Frédéric Janssoone .Paul Bélanger L\u2019U.C.C.d\u2019aujourd\u2019hui.Gérard Dallaire Compendium Ethicae socialis.Richard Arès En trois mots 196 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice)) (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.s VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIIe année, N° 139\tMontréal\tJuillet 1952 EDITORIAUX Un jugement favorable à la justice E2 JUIN dernier, la Cour suprême du Canada, par la bouche de son chef, l\u2019hon.Thibaudeau Rinfret, dénonçait vigoureusement les procédures prises par des officiers de la police montréalaise pour retarder la marche de l\u2019enquête sur le vice commercialisé dans la métropole.Après les honteux abus de légalisme commis jusque là, abus que stigmatisa le juge en chef, ce fut un soulagement pour tous les honnêtes citoyens.Car l\u2019intérêt public de l\u2019enquête ne fait de doute pour personne.Les témoignages antérieurs ont déjà convaincu le juge Caron, président du tribunal, qu\u2019il existait un « système » permettant aux maisons de désordre de continuer leurs « opérations », malgré (ou grâce à) la farce de l\u2019apposition des cadenas.Regrettons qu\u2019un des procureurs des intimés, entendant le juge Caron exprimer cette conviction, ait répliqué : « Il ne nous reste qu\u2019une chose à faire: nous en aller chez nous.» Comme si l\u2019enquête, précisément parce qu\u2019elle est « de la plus haute importance pour l\u2019intérêt public » (hon.Thibaudeau Rinfret), ne commandait pas « de trouver les responsables de ce système » (juge Caron, le Devoir, 6 juin 1952, p.7).Trop de ruines matérielles et surtout morales résultent, dans une ville, de la protection accordée au vice commercialisé pour que les chrétiens demeurent indifférents à la poursuite de l\u2019enquête.Le « système » doit crever au grand jour; les « responsables », recevoir la peine méritée, sans rigueur purement vindicative comme sans molle pitié.Il ne faut pas que se renouvelle, à Montréal, ce qui s\u2019est produit dans une ville américaine, où les protecteurs du vice, dûment convaincus de corruption et condamnés, ont repris leurs places une fois purgée une sentence évidemment insuffisante.*(e double jeu de (Bxock Chiàholm 1\u2019ORGANISATION MONDIALE de la Santé a fini ^ de jouer double jeu, du moins nous l\u2019espérons, maintenant que son attitude a été qualifiée de « cynique » par VOsservatore Romano du 7 juin.Le 17 janvier dernier, le docteur Brock Chisholm, autrefois notre sous-ministre de la Santé, aujourd\u2019hui directeur général de l\u2019O.M.S., tentait, dans un communiqué à la presse de Genève, de calmer la conscience des chrétiens, mécontents de certaines déclarations « inexactes », disait-il, sur la limitation des naissances aux Indes.« Je tiens \u2014 M.Brock Chisholm s\u2019engageait donc personnellement \u2014 à déclarer que l\u2019emploi de la méthode dite du rythme pour la limitation des naissances (au sujet de laquelle le gouvernement de l\u2019Inde a consulté l\u2019Organisation mondiale de la Santé) n\u2019est nullement en désaccord, dans certaines conditions bien déterminées, avec l\u2019enseignement de l\u2019Église catholique romaine.Les récentes déclarations de Sa Sainteté le1 pape Pie XII, reproduites dans VOsservatore Romano des 29 et 30 octobre et 29 novembre 1951, le confirment.Il ressort clairement de ces déclarations que l\u2019Église catholique romaine ne s\u2019oppose pas à cette méthode de limitation des naissances, dans la mesure où son emploi est justifié par des raisons médicales, eugéniques, économiques et sociales.» La courtoisie du langage et le souci de rechercher l\u2019accord avec l\u2019immense famille spirituelle dont le Saint Père est le chef étaient dignes de louange.Mais alors qu\u2019à Genève on affirmait l\u2019accord entre l\u2019enseignement romain et la méthode du rythme, on avait envoyé, auprès du gouvernement de l\u2019Inde, comme expert-conseil en matière de limitation des naissances, nul autre que le docteur Abraham Stone, missionnaire convaincu de tout « birth control », directeur du Bureau de recherches Margaret Sanger de New-York et vice-président de la Fédération américaine du Planned Parenthood.Quoi d\u2019étrange si, dans son rapport, le JUILLET 1952 169 docteur Stone prétend que, dans les pays où les observations ont été faites avec soin, les résultats obtenus par la méthode du rythme ont pu être « comparés très avantageusement » avec ceux des méthodes « mécaniques et chimiques » ! Le rapport souligne également l\u2019importance et « des recherches entreprises sur les méthodes indigènes » et des « techniques plus récentes ».Pour l\u2019expert-conseil, l\u2019unique critère est ^efficacité et non la moralité des méthodes anticonceptionnelles.L\u2019O.M.S.encourageait-elle le malthusianisme, oui ou non ?Qui disait vrai, le communiqué de Genève ou le rapport d\u2019Abraham Stone, le directeur général ou l\u2019expert-conseil ?L\u2019affaire allait bientôt aboutir.Du 5 au 22 mai, l\u2019O.M.S.tenait sa réunion générale à Genève.Le délégué norvégien présenta une résolution demandant la formation d\u2019un comité d\u2019experts pour étudier « les aspects sanitaires du problème démographique ».Les délégués catholiques s\u2019opposèrent avec énergie.Pour « maintenir l\u2019harmonie », on laissa tomber la résolution.Mais Brock Chisholm voulut tout de même tenir tête, comme s\u2019il était le maître de l\u2019O.M.S., puis, comprenant enfin son rôle de fonctionnaire, finit par retirer une déclaration faite à la presse par le secrétariat et, à contre-cœur, par se plier.« Le ton adouci de la résolution ne doit tromper personne, fit remarquer VOsservatore.Elle visait en réalité à consacrer le principe de la compétence de l\u2019Organisation mondiale de la Santé en matière de réglementation de la natalité.» Il n\u2019est peut-être pas inutile de rappeler ici que ce que les catholiques entendent faire respecter n\u2019est pas un commandement de leur Église ou une morale particulière, mais la loi naturelle qui ordonne l\u2019acte du mariage, dans ses moyens et ses fins, selon le caractère irréductible des actes humains.La lumière sur ce point fut faite par M.Van de Cal-seyde, le représentant de la Belgique.Nous aurions aimé voir paraître dans le débat le nom du représentant du Canada.Il a laissé passer une excellente occasion de mater le docteur Chisholm, qui n\u2019est pas le représentant du Canada, comme l\u2019ont rapporté inexactement certains journaux, mais qui a certainement été approuvé par le gouvernement canadien pour ce poste auquel il vient encore une fois de montrer qu\u2019il est inapte.D\u2019ailleurs, n\u2019est-ce pas lui qui, à la C.B.C., l\u2019automne dernier, se disait « épouvanté » devant l\u2019accroissement de la population du globe ?« Êtes-vous parmi ces centaines de millions de gens, demandait-il à ses auditeurs, qui évitent de penser à ce fait effrayant ?Êtes-vous de ceux dont les idées, à base de quelque préjugé autoritaire, empêchent les délégués aux organismes des Nations Unies, et même à la Commission de la Population, de s\u2019attaquer à ce problème ?» L\u2019O.M.S.aurait tout à gagner, croyons-nous, à se trouver un autre directeur général.« LA VALEUR DOCTRINALE DES ALLOCUTIONS PONTIFICALES .Richard ARÈS, S.J.DANS CE MONDE en révolution, où tous les problèmes se posent en même temps et sont jetés à la face des catholiques comme un défi à leur foi et à leur sincérité, jamais la papauté n\u2019a été aussi proche, non seulement des angoissantes réalités quotidiennes, mais des fidèles eux-mêmes pour les instruire, les exhorter et les guider en vue des solutions salvatrices.Progrès remarquable: de solennel qu\u2019il était dans les grandes encycliques, l\u2019enseignement pontifical est devenu en quelque sorte populaire dans les nombreuses allocutions du chef actuel de l\u2019Église.Que se tiennent à Rome un congrès, une réunion, un pèlerinage, Pie XII n\u2019hésite pas à en recevoir les membres et, soulignant toujours l\u2019aspect moral, il parle médecine avec les médecins, science avec les savants, philosophie avec les philosophes, sports avec les sportifs, etc.Chaque groupement reçoit des directives appropriées à ses besoins et d\u2019ordinaire inspirées par les problèmes de l\u2019heure.Connues presque aussitôt dans le monde entier grâce à la presse et à la radio, ces directives vont ranimer l\u2019ardeur et parfois rectifier le zèle des catholiques que pressent les mêmes besoins et qu\u2019inquiètent les mêmes problèmes.Cette manière de faire du Souverain Pontife ne tarda pas cependant à soulever une question d\u2019importance, à savoir celle de la valeur doctrinale et du caractère obligatoire de ces allocutions adressées à des groupements particuliers et comportant un enseignement de circonstance.Au dossier de la discussion qui s\u2019ensuivit entre catholiques sur le sujet, il faut maintenant ici verser une pièce de première valeur qui nous arrive par l\u2019intermédiaire du Bulletin social des Industriels de Belgique (avril 1952).I.\u2014 LA QUESTION DE L\u2019A.P.I.C U Association des Patrons et Ingénieurs catholiques de Belgique, dont le bulletin susmentionné est l\u2019organe, décidait, il y a quelques mois, de poser franchement la question à l\u2019une des autorités les plus compé- 170 RELATIONS tentes en la matière à Rome.Voici un résumé de la lettre adressée au consulteur romain.Concernant la valeur doctrinale des allocutions pontificales, y lit-on tout d\u2019abord, il existe des opinions assez divergentes parmi les laïcs catholiques et même parmi les prêtres.Tous admettent que les encycliques sont une émanation du magistère ordinaire de l\u2019Église et qu\u2019en conséquence les fidèles sont obligés en conscience d\u2019adhérer, intérieurement et extérieurement, à ce qui y est enseigné.Mais l\u2019accord cesse quand il s\u2019agit des allocutions pontificales adressées à des groupes de pèlerins ou même diffusées par la radio.Les catholiques se partagent alors en deux groupes.Pour les uns, le magistère de l\u2019Église n\u2019y est pas du tout en jeu ni en cause, et l\u2019enseignement donné ne saurait revêtir un caractère obligatoire universel.Ces allocutions, prétendent-ils, ne lient que ceux auxquels elles sont adressées; quant aux autres fidèles, ils feraient bien sans doute de s\u2019y conformer, mais il n\u2019y a pas pour eux la moindre obligation de le faire.Certains vont même jusqu\u2019à ajouter: le Pape n\u2019y parle qu\u2019en son nom personnel, en tant que personne privée; les idées émises sont sans aucun doute très respectables, mais les fidèles restent parfaitement libres de les admettre ou de n\u2019en point tenir compte.Ainsi, par exemple, dans le domaine social, seules s\u2019imposeraient à tous les grandes encycliques Rerum novarum, Quadragesimo anno, Divini Redemptoris; le reste, étant adressé à un auditoire restreint, ne lierait pas les catholiques du monde entier.Mais, pour d\u2019autres, il n\u2019y a pas grande différence, si ce n\u2019est une différence de forme extérieure, entre les encycliques et les allocutions pontificales.Dans ces dernières, le Souverain Pontife ne donne-t-il pas parfois des directives très importantes, qui semblent dépasser largement l\u2019auditoire restreint auquel elles sont adressées?Ne répond-il pas à des difficultés qui sont soulevées parfois en de nombreux pays?Ne propose-t-il pas une doctrine qui semble bien destinée à tous les fidèles?Pourquoi, dès lors, ne pas y reconnaître une émanation du magistère ordinaire de l\u2019Église ?Le Saint Père ne s\u2019y adresse-t-il pas souvent en réalité à l\u2019Église universelle, parce qu\u2019il sait que la doctrine proposée sera diffusée et répandue parmi tous les catholiques?Mais s\u2019il en est ainsi, si ces allocutions aussi bien que les encycliques sont des moyens dont le Saint-Siège fait usage pour proposer sa doctrine, pour enseigner, comment peut-on soutenir que le magistère du Pasteur suprême n\u2019y est pas exercé et qu\u2019il n\u2019y a aucune obligation de conscience d\u2019y adhérer ?Tel est, brièvement présenté, le contenu de cette lettre adressée par l\u2019A.P.I.C.au R.P.Creusen, S.J., moraliste et canoniste de réputation internationale, professeur à l\u2019Université Grégorienne de Rome et consulteur de la Sacrée Congrégation du Saint-Office.De- mande est faite à celui-ci de rédiger en réponse une note exposant la droite et véritable attitude à tenir par les catholiques en cette matière.Est-il besoin de souligner que les positions divergentes révélées dans cette lettre sont loin d\u2019être particulières à la Belgique, qu\u2019elles se retrouvent exactement dans le Québec, semant la confusion et provoquant le même trouble dans les consciences ?D\u2019où l\u2019importance, même pour nous catholiques canadiens, de la réponse du R.P.Creusen.IL \u2014 LA RÉPONSE DU R.P.CREUSEN, S.J.Celui-ci commence par rappeler les différentes manières dont le Souverain Pontife exerce son magistère et l\u2019adhésion que leur doivent les fidèles.Il y a tout d\u2019abord le magistère extraordinaire, source des définitions infaillibles et auquel est dû un assentiment de foi.Il y a ensuite, et beaucoup plus fréquemment employé, le magistère ordinaire, par lequel le Pape enseigne la doctrine dans ses prédications, ses lettres encycliques, les décrets doctrinaux du Saint-Office, dans des discours plus ou moins solennels: A cette proposition authentique de la doctrine, révélée ou non, les fidèles doivent non seulement l\u2019adhésion du silence respectueux, mais aussi un assentiment religieux qui y conforme leur jugement.Sans être irréformable en vertu de sa source, cet enseignement, en effet, est garanti par l\u2019assistance du Saint Esprit à son Église et, en particulier, à son Chef.Le Souverain Pontife, pour départir cet enseignement, n\u2019est lié à aucune forme déterminée; à lui de choisir celle qui lui paraît plus opportune ou plus efficace en l\u2019occurrence.Il suffit qu\u2019il manifeste l\u2019intention d\u2019enseigner et emploie les moyens aptes à faire connaître son enseignement à ceux qui y sont directement ou indirectement intéressés.Pour communiquer sa pensée et ses directives, le Souverain Pontife se sert de plus en plus de cette merveilleuse tribune que constituent les réceptions de toutes sortes qui se font au Vatican.Tantôt il parle des états de perfection à un groupement d\u2019environ deux mille religieux; tantôt il aborde la question de l\u2019insémination artificielle devant un auditoire de médecins; tantôt il profite de la présence de centaines de sages-femmes pour exposer certains points précis de la morale conjugale; tantôt enfin, devant un groupe imposant de patrons ou devant un pèlerinage d\u2019ouvriers, il réaffirme, en les complétant et les précisant, les enseignements de ses prédécesseurs sur les grands problèmes que posent les relations de justice et de charité dans le monde du travail.A remarquer que ce fait d\u2019être donné à des groupements spécialisés, loin de diminuer la diffusion de l\u2019enseignement pontifical, la favorise plutôt.Il suffit, pour le constater, de se rappeler les commentaires et les discussions dont ces allocutions firent aussitôt et font encore l\u2019objet.« Alors que certaines encycliques ne sont pas lues par le grand public, on constate que le texte de plusieurs allocutions récentes est examiné, JUILLET 1952 171 même par des laïques, jusque dans les moindres détails.» Mais qu\u2019en est-il du caractère obligatoire de ces allocutions?Le Pape a-t-il l\u2019intention d\u2019enseigner et dans quelle mesure engage-t-il son autorité ?Indépendamment d\u2019une déclaration explicite, son intention peut se manifester par la qualité et le nombre des personnes auxquelles il s\u2019adresse et par l\u2019objet de son discours.Que, dans une audience accordée à une association sportive, le Saint Père loue les effets physiques et moraux du sport, chacun reste bien libre de ne point partager telle ou telle opinion du Saint Père en la matière.Ses louanges seront souvent l\u2019expression délicate d\u2019une invitation à chercher, dans la pratique du sport ou de toute autre activité humaine! un progrès dans la valeur morale, la noblesse d\u2019âme, le devoir d\u2019état bien accompli.Mais plus s\u2019accroît le nombre des membres d\u2019un congrès, plus grandes sont l\u2019importance de leur profession, leurs responsabilités et leur influence, et plus nous voyons le Saint Père choisir l\u2019objet de son discours et inculquer le devoir de se conformer à son enseignement ou à ses directives.Et le P.Creusen d\u2019illustrer son affirmation par de nombreux exemples: discours au « Front de la Famille » (26 novembre 1951), dans lequel l\u2019intention d\u2019enseigner n\u2019est point douteuse; allocution aux membres des états de perfection, dont la portée doctrinale est évidente; allocution aux sages-femmes d\u2019Italie, non seulement doctrinale dans son objet, mais dont les principes énoncés sont qualifiés d\u2019obligatoires par le Pape lui-même; discours aux membres du Congrès international des médecins catholiques (29 septembre 1950), dans lequel le Saint Père insiste beaucoup sur le problème moral de la fécondation artificielle, discours non seulement de caractère doctrinal, mais dont l\u2019enseignement s\u2019impose certainement à l\u2019adhésion de tous les fidèles.Il faut en dire autant de l\u2019allocution du 3 juin 1950 renfermant le passage sur la cogestion.On y trouve, sur des questions assez âprement discutées, des affirmations de principes et un jugement sur leur réalisation pratique.L\u2019affirmation de principe est que « ni la nature du contrat de travail, ni la nature de l\u2019entreprise ne comportent nécessairement par elles-mêmes un droit de cette sorte », c\u2019est-à-dire de cogestion, surtout quand l\u2019exercice de ce droit devrait relever d\u2019organisations dirigées en dehors de l\u2019entreprise.Le Pape loue ensuite ce qui a été réalisé dans cette direction, mais il ne croit pas que « le droit de cogestion que l\u2019on réclame soit dans le champ des réalisations possibles ».On pourra, dans ce passage, distinguer l\u2019enseignement par le Souverain Pontife d\u2019une doctrine morale sur la notion du juste salaire et une appréciation sur l\u2019insistance avec laquelle on réclamerait l\u2019instauration de la cogestion dans les diverses entreprises.L\u2019enseignement donné s\u2019impose à tout catholique; une fois le principe admis, il pourra y avoir une certaine divergence de vues sur la valeur morale et l\u2019importance des efforts à faire dans des milieux divers pour introduire une forme de contrat de société ou de cogestion.La preuve que le Pape tient beaucoup à ce que l\u2019on ne diminue pas la portée de l\u2019enseignement de son prédécesseur et du sien propre en cette matière, c\u2019est qu\u2019il y est revenu avec une grande insistance dans son allocution du 31 janvier 1951 à un groupe de patrons italiens.Il constate que l\u2019on tend à détourner de leur vrai sens les paroles de Pie XI dans Quadragesimo anno et les siennes propres.Ce n est pas sans inquiétude qu\u2019il voit exprimer sur la cogestion (elle est clairement visée) des principes contraires au droit naturel et donner à cette structure du contrat de travail une importance exagérée, qui menace de faire passer a des intermédiaires irresponsables, parce que anonymes, la direction de l\u2019entreprise, rendue ainsi moins humaine.Les termes employés dans ce discours montrent assez que le Pape ne croit pas proposer ici une opinion privée et donner des directives laissées à la libre appréciation de chacun.Tous ces exemples servent à déterminer et à faire comprendre le fait et l\u2019étendue de l\u2019adhésion qu\u2019imposent aux fidèles les allocutions pontificales: « Elle peut aller de l\u2019acte de foi proprement dit au simple silence respectueux; le degré dépendra à la fois de la matière en question et du degré dans lequel le Pape engage son autorité doctrinale.» Or, c\u2019est un fait qu\u2019il faut constater, Pie XII a choisi 1 occasion de pèlerinages et de congrès surtout internationaux pour enseigner ou préciser la doctrine catholique sur des notions et des principes très importants de dogme et surtout de morale.La conclusion s\u2019impose: en ces matières, tous les fidèles qui connaissent l\u2019enseignement formel du Pape lui doivent non seulement le silence respectueux, mais une vraie adhésion intérieure.Là où le Pape aurait tiré de cette doctrine des conclusions pratiques d\u2019exécution et manifesté sa préférence pour telle ou telle directive, nous sommes dans le champ de la docilité et de l\u2019obéissance dues à une autorité si auguste Dès lors, restreindre aux seuls auditeurs de l\u2019allocution l\u2019obligation d\u2019y conformer sa pensée et sa conduite n a plus de sens.La vraie nature de l\u2019état religieux, le caractère moral de l\u2019obéissance, de l\u2019avortement direct pour quelque raison que ce soit, de la stérilisation directe ou de 1 insémination artificielle ou du contrat de travail ne diffèrent pas avec le nombre ou la qualité des pèlerins ou des congressistes, et encore moins avec l\u2019espace plus ou moins vaste de la salle où est prononcée l\u2019allocution.Si on allègue que les sentences des tribunaux romains ne valent que pour les parties en cause, qu\u2019un bon nombre de décisions administratives des congrégations romaines n\u2019obligent que ceux qui les ont provoquées, le P.Creusen l\u2019admet volontiers, mais c\u2019est pour ajouter aussitôt: il ne peut en être ainsi de l\u2019assentiment à donner à l\u2019enseignement, même ordinaire, du Pape en matière de dogme ou de morale.A ceux qui s\u2019excusent en disant qu\u2019ils ne sont pas obligés de lire les allocutions pontificales, il réplique: « Certes! Mais nous sommes tous obligés, à des degrés divers, de connaître nos devoirs, surtout ceux de notre profession.Que ce soit par la lecture, par l\u2019audition de la prédication, par l\u2019information demandée à des hommes compétents, peu importe.» CONCLUSIONS La réponse du consulteur romain donne donc nettement raison aux membres du second groupe indiqué dans la lettre de l\u2019A.P.I.C.Afin de la rendre encore 172 RELATIONS plus accessible à tous les esprits, le P.Creusen l\u2019a ramassée en quatre propositions qu\u2019il nous livre, comme autant de conclusions, en terminant sa consultation.Étant donnée l\u2019importance du sujet, nous croyons opportun et utile de les transcrire telles quelles.« 1° Le fait qu\u2019un enseignement est donné dans une allocution et non sous la forme, par exemple, d\u2019une encyclique ne change rien à l\u2019obligation, pour le fidèle, de l\u2019accepter sincèrement et non sous la forme seulement d\u2019un silence respectueux, dès qu\u2019il lui est connu avec une garantie suffisante d\u2019exactitude.Rien n\u2019oblige le Souverain Pontife à choisir tel ou tel moyen plutôt que tel autre, pourvu qu\u2019il soit apte à atteindre son but: faire connaître aux fidèles la doctrine catholique sur tel ou tel point du dogme ou de la morale.Pure question de forme extérieure: il appartient au Pape d\u2019en apprécier l\u2019opportunité.« 2° Dire qu\u2019un enseignement de caractère général vaut uniquement pour ceux qui entendent le Pape, c\u2019est d\u2019abord confondre la valeur de décisions administratives ou de sentences judiciaires avec l\u2019usage du magistère ordinaire.Deux domaines essentiellement différents.Quant à faire dépendre l\u2019obligation de l\u2019adhésion du plus ou moins de proximité où l\u2019on se LA VOIX DU PAPE Limitation et régulation des naissances Jules PAQUIN, S.J.IES ENSEIGNEMENTS donnés par le Souverain Pontife sur l\u2019avortement et la stérilisation (voir Relations, mai 1952) seraient incomplets si le Pape n\u2019avait parlé en même temps des méthodes anticonceptionnelles et de la continence périodique, deux questions que nous voudrions étudier dans le présent article.I.\u2014 LES MÉTHODES ANTICONCEPTIONNELLES Dans son discours du 29 octobre dernier, le Pape disait: Notre Prédécesseur Pie XI, de vénérée mémoire, dans son encyclique Casti connubii, du 31 décembre 1930, a proclamé de nouveau solennellement la loi fondamentale de l\u2019acte et des rapports conjugaux: à savoir que tout attentat des époux dans l\u2019accomplissement de l\u2019acte conjugal ou dans l\u2019évolution de ses conséquences naturelles, attentat ayant pour but de le priver de la force qui lui est inhérente et d\u2019empêcher la procréation d\u2019une nouvelle vie, est immoral; et que nulle indication ou nécessité ne peut changer une action intrinsèquement immorale en un acte moral et licite.Cette prescription est en pleine vigueur aujourd\u2019hui comme hier, et elle sera telle également demain et toujours, parce qu\u2019elle n\u2019est pas un simple précepte de droit humain, mais l\u2019expression d\u2019une loi naturelle et divine.JUILLET 1952 trouve quand il est donné, cela ne sera évidemment affirmé sérieusement par personne.« 3° Pour savoir si une allocution rentre dans le domaine du magistère ordinaire, il faut considérer le caractère de son objet et la manière dont il est proposé.Si l\u2019objet a un caractère doctrinal, si le Pape déclare qu\u2019il propose la doctrine catholique, s\u2019il prend clairement parti dans une controverse doctrinale entre catholiques, nous sommes, sans hésiter, dans le domaine du magistère ordinaire.Aux enseignements de ce magistère, les fidèles doivent une adhésion intérieure, même si, en l\u2019occurrence, cet enseignement n\u2019est pas garanti par l\u2019infaillibilité.« 4° Plus les directives du Saint Père découleront de la doctrine et plus elles s\u2019imposeront à l\u2019obéissance et à la docilité des intéressés (ensemble des fidèles ou groupements particuliers).Comme il s\u2019agit d\u2019applications pratiques, la nationalité, la condition sociale, politique ou familiale des auditeurs pourront préciser la classe de fidèles à laquelle elles s\u2019adressent.» De telles paroles venant d\u2019une telle autorité devraient aider à orienter et à clarifier bien des discussions, même entre les catholiques de la province de Québec.Poursuivant son commentaire du discours pontifical aux sages-femmes d\u2019Italie, le P.Paquin, professeur de théologie morale au Scolasticat de V Immaculée-Conception, expose la doctrine catholique concernant la limitation des naissances et la continence périodique.L\u2019affirmation est nette.Pie XII condamne ici toutes les méthodes anticonceptionnelles, tous les procédés qui s\u2019opposent directement et positivement à la procréation, soit dans le rapport conjugal lui-même, soit avant, soit après; il les condamne de façon absolue, sans qu\u2019on puisse admettre aucune raison excusante; il les condamne comme contraires à la loi naturelle et divine.Cette condamnation ne saurait surprendre: elle est conforme à la tradition constante de l\u2019Église.Depuis cent cinquante ans, une vingtaine de documents du Saint-Siège reprennent, sous une forme ou sous une autre, la même doctrine.Le Saint-Office déclare l\u2019onanisme « défendu par le droit naturel » (1851), « intrinsèquement mauvais » (1853), « un crime innommable » (1886).Le Catéchisme du Concile de Trente l\u2019avait déjà défini: « une odieuse conspiration de deux homicides » (p.II, c.vm, n.13), rejoignant ainsi la pensée de Tertullien qui le nomme « un homicide par anticipation » (Apol., c.ix).Et Bossuet appelle les malédictions de Dieu et des hommes sur « les unions dont on ne veut pas de fruit et dont les vœux sont d\u2019être stériles » {Politique tirée de VÉcriture sainte, 1.X, a.1, par.12).Plusieurs fois, dans des lettres collectives, les évêques de différents pays ont dénoncé l\u2019immoralité de cette 173 pratique: chez nous comme en Belgique, en Allemagne, en France, aux États-Unis et ailleurs.Faut-il justifier cette attitude énergique de l\u2019Église, que l\u2019on qualifie parfois d\u2019intransigeance?L\u2019Église, si elle a reçu la mission d\u2019interpréter la loi naturelle, n\u2019est cependant pas l\u2019auteur de cette loi; elle ne peut ni l\u2019abroger ni en dispenser.Or, l\u2019acte conjugal étant ordonné avant tout à la procréation, détourner cet acte de sa fin, c\u2019est aller contre l\u2019ordre établi par la nature et par Dieu.En rappelant cette exigence fondamentale de la loi naturelle, le Souverain Pontife aura raffermi des volontés chancelantes.Sans doute, les manœuvres anticonceptionnelles ne sont pas un mal propre à notre temps.Jamais pourtant on n\u2019a vu, dans des civilisations soi-disant chrétiennes, une telle conspiration contre l\u2019enfant.La propagande anticonceptionnelle s\u2019affiche ouvertement.Il existe des associations dont le but déclaré est de promouvoir la limitation des naissances, et ces associations tiennent des congrès, publient quantité de livres, de brochures, de feuillets, où elles font l\u2019apologie de leur doctrine tout en indiquant les moyens les plus sûrs de la mettre en pratique.Certains journaux ou revues sont remplis d\u2019annonces où l\u2019on présente ces pratiques comme quelque chose qui va de soi.Des médecins les conseillent, et des pharmaciens vendent les instruments nécessaires.Moins atteint que d\u2019autres, semble-t-il, notre peuple n\u2019est cependant pas à l\u2019abri de cette propagande.Il est difficile d\u2019échapper totalement aux idées de son milieu, surtout lorsqu\u2019elles trouvent un complice dans l\u2019égoïsme.Petit à petit, s\u2019élabore une fausse mentalité sur la famille normale, et s\u2019accroît par le fait même la peur de l\u2019enfant.Le Souverain Pontife le souligne: Malheureusement, les cas ne sont pas rares où le fait de parler, même en une prudente allusion, des enfants comme d\u2019une bénédiction suffit pour provoquer la contradiction ou peut-être même la dérision.Ce qui domine bien plus souvent, c\u2019est l\u2019idée et le mot de la grave charge des enfants.Comme cette mentalité est contraire à la pensée de Dieu et au langage de l\u2019Écriture sainte, et même à la saine raison et au sentiment de la nature! S\u2019il existe des conditions et des circonstances où les parents, sans violer la loi de Dieu, peuvent éviter la bénédiction des enfants, ces cas de force majeure n\u2019autorisent pas toutefois à pervertir les idées, à déprécier les valeurs et à vilipender la mère qui a eu le courage et l\u2019honneur de donner la vie.On ne se contente pas aujourd\u2019hui de violer la loi de Dieu; on cherche à justifier ces violations sous différents prétextes, et parfois même au nom de la morale.Mais si l\u2019on veut être sincère, on admettra que souvent \u2014 nous ne disons pas toujours \u2014 ces prétextes cachent mal l\u2019unique et vraie raison, qui est un appétit de jouissance sans acceptation des devoirs correspondants.Tout en prétendant user des droits du mariage, on fait d\u2019une vie plus libre, du bien-être matériel et des plaisirs, l\u2019idéal du foyer.Évidemment, le sens moral le plus élémentaire ne peut que condamner ces motifs d\u2019égoïsme allégués en faveur de pratiques déjà mauvaises en elles-mêmes.La plupart des époux, cependant, ne vont pas jusqu\u2019à l\u2019exclusion de toute procréation.Mais parmi ceux qui désirent sincèrement des enfants, ou du moins sont prêts à les accepter, les uns entendent bien ne pas en avoir avant quelques années, séduits par le slogan du bonheur des premières années de ménage; d\u2019autres, sous la spécieuse raison qu\u2019ils élèveront d\u2019autant mieux leurs enfants qu\u2019ils en auront moins, déterminent d\u2019avance ce que sera leur famille.Depuis longtemps, l\u2019expérience a fait justice de ces à priori, que rien ne justifie et qui n\u2019ont la vie si dure que parce qu\u2019ils favorisent les tendances égoïstes dont nous avons parlé.Mais soyons justes.Assez fréquemment, des raisons valables peuvent s\u2019opposer à de nouvelles naissances: des raisons eugéniques qui demandent qu\u2019on évite la procréation d\u2019être tarés, un salaire vraiment insuffisant, l\u2019exiguïté du logement, la santé ou même la vie de la mère.A propos de cette dernière raison, le Pape fait lui-même remarquer que « si.les conditions exigent absolument un non, c\u2019est-à-dire l\u2019exclusion de la maternité, ce serait une erreur et un tort d\u2019imposer ou de conseiller un oui ».Bien que l\u2019on exagère parfois ces raisons, ce serait être peu réaliste que d\u2019en ignorer le bien-fondé dans des cas assez nombreux.Mais conclure de là à la licéité des méthodes anticonceptionnelles, même lorsque la continence périodique est elle-même impossible, suppose la méconnaissance des exigences imprescriptibles de la loi naturelle.On allègue les fins secondaires du mariage: l\u2019épanouissement de la personne humaine et le bonheur des époux; on fait appel à la vertu de charité, qui a son rôle dans la vie conjugale non moins que la vertu de pureté, et à la prudence qui doit s\u2019opposer à un providentialisme naïf.Tout cela, qui contient beaucoup de vérité, laisse pourtant intactes les exigences de la fin primaire.En somme, il faut toujours en revenir au principe qui commande toute cette question: « nulle indication ou nécessité ne peut changer une action intrinsèquement immorale en un acte moral et licite ».Mais alors surgit la grosse objection, celle qu\u2019on entend sur toutes les lèvres en pareille circonstance: « Nul n\u2019est tenu à l\u2019impossible, et nul législateur raisonnable n\u2019est censé vouloir obliger par sa loi même à l\u2019impossible.Or, pour les époux, l\u2019abstention de longue durée est impossible.Donc ils ne sont pas obligés à l\u2019abstention; la loi divine ne peut avoir ce sens.» Pie XII, qui rapporte l\u2019objection en ces termes, y répond en affirmant que « Dieu n\u2019oblige pas à l\u2019impossible.Or Dieu oblige les époux à l\u2019abstention si leur union ne peut s\u2019accomplir selon les lois de la nature.Donc, dans ces cas, l\u2019abstention est possible ».Et il ajoute: .ne vous laissez pas égarer.par ce grand mot d\u2019impossibilité, ni en ce qui concerne votre jugement intérieur, ni en ce qui se rapporte à votre conduite extérieure.C\u2019est faire un tort aux hommes et aux femmes de notre époque que de les estimer incapables d\u2019un héroïsme continu.Aujourd\u2019hui, pour bien des motifs, \u2014 peut-être sous l\u2019emprise de la dure nécessité ou même parfois au service de l\u2019injustice, \u2014 on exerce l\u2019héroïsme à un degré et dans une mesure que, dans 174 RELATIONS les temps passés, on aurait cru impossibles.Pourquoi cet héroïsme, si les circonstances l\u2019exigent vraiment, devrait-il s\u2019arrêter aux limites marquées par les passions et par les penchants de la nature ?L\u2019héroïsme est impossible à qui le croit impossible; il est impossible à qui ne veut pas se dominer, ou à qui ne compte que sur ses propres forces; mais rien n\u2019est impossible à celui qui accepte avec une généreuse soumission la volonté de Dieu et demande avec confiance .le secours de celui qui ne nous éprouve pas au-dessus de nos forces.Il est une situation particulièrement tragique.C\u2019est celle d\u2019une épouse, désireuse de garder à la fois la paix avec Dieu et la stabilité du foyer, et qui se voit forcée en quelque sorte par son mari à des pratiques qu\u2019elle désapprouve dans le fond de son âme.Que d\u2019époux deviennent ainsi de véritables bourreaux, imposant à la conscience de leur femme des tortures qu\u2019un peu de délicatesse devrait au moins faire soupçonner! Plusieurs documents antérieurs du Saint-Siège ont donné les principes qui permettent à l\u2019épouse, ainsi soumise à la violence physique ou morale et qui refuse toute complaisance pour le péché, d\u2019éviter la transgression des préceptes divins et la souillure de son âme.Aux épouses qu\u2019une telle situation angoisse, un prêtre éclairé saura donner les conseils capables de leur procurer un peu de paix.Mais il fallait ici attirer l\u2019attention des maris sur leur grave responsabilité, en faisant appel à leur conscience de chrétiens, ou du moins à cet amour qu\u2019ils prétendent avoir pour leur épouse et qui demande en retour un amour que par leur conduite ils sont souvent les premiers à détruire.II.\u2014 la continence périodique Quant au problème de la limitation des naissances, le Pape déclare: .embrasser l\u2019état conjugal, user continuellement de la faculté qui lui est propre et qui n\u2019est permise qu\u2019en lui et, d\u2019autre part, se soustraire toujours et délibérément, sans un grave motif, à son principal devoir serait un péché contre le sens même de la vie conjugale.On peut être dispensé de cette prestation positive obligatoire, même pour longtemps, voire pour toute la durée du mariage, par de sérieux motifs comme ceux qu\u2019il n\u2019est pas rare de trouver dans ce qu\u2019on appelle l\u2019indication médicale, eugénique, économique, sociale.Il s\u2019ensuit que l\u2019observation des périodes infécondes peut être licite au point de vue moral; et dans les conditions mentionnées, elle est réellement telle.Mais s\u2019il n\u2019y a pas, selon un jugement raisonnable et juste, de semblables graves raisons, soit personnelles, soit dérivant des circonstances extérieures, la volonté d\u2019éviter habituellement la fécondité de leur union, tout en continuant à satisfaire pleinement leur sensualité, ne peut résulter chez les époux que d\u2019une fausse appréciation de la vie et de motifs étrangers aux règles de la saine morale.L\u2019Église n\u2019a pas à se prononcer sur la loi biologique des jours de fécondité et des jours de stérilité, pas plus que sur les différentes méthodes de calcul qui permettent l\u2019utilisation pratique de cette loi.Mais la continence périodique pose un problème moral qui est de sa compétence.Lorsque des époux, d\u2019un commun accord, et sans danger d\u2019incontinence aux jours agénésiques, consentent à n\u2019user de leur droit que les jours de fécondité, la continence périodique ainsi entendue est parfaitement morale et licite.Elle cherche à réaliser le mieux possible la fin primaire du mariage, tout en donnant aux époux une parfaite maîtrise d\u2019eux-mêmes.Rien ne s\u2019oppose non plus à ce que les époux usent de leur droit à la fois durant les jours agénésiques et durant les jours de fécondité.Si l\u2019acte conjugal ne produit pas, les jours de stérilité, son effet naturel, cela n\u2019est nullement le fait d\u2019une volonté humaine qui refuserait la procréation.Mais les époux peuvent-ils réserver l\u2019acte conjugal aux seuls jours agénésiques ?Ici, il faut distinguer.Si l\u2019un des époux (ou les deux), au moment du mariage, prétendait ne céder le droit à l\u2019acte conjugal que pour les jours de stérilité, refusant à l\u2019autre époux le droit de réclamer des rapports conjugaux les jours de fécondité, le mariage serait invalide par suite d\u2019un défaut dans le consentement: par sa nature même, le contrat matrimonial concède à chacun des deux conjoints un droit qu\u2019ils ne peuvent restreindre à volonté.Plus fréquemment, les époux, tout en concédant un droit permanent et ininterrompu à l\u2019acte conjugal, voudront n\u2019user de ce droit qu\u2019aux périodes agénésiques.Le mariage alors est valide, et le jugement moral à porter sur une telle conduite doit se nuancer d\u2019après les principes suivants.La continence périodique ainsi entendue est certainement immorale et gravement illicite: a)\tsi l\u2019un des époux n\u2019y consent pas; par le consentement matrimonial, en effet, les époux se sont donné un droit rigoureux aux actes propres par eux-mêmes à la procréation; ils ne peuvent, sans le consentement de l\u2019autre conjoint, restreindre l\u2019exercice de ce droit aux jours inféconds; ce serait violer un droit strict, et par là même, ce serait immoral; b)\ts\u2019il y a danger d\u2019incontinence pour l\u2019un ou l\u2019autre époux, durant les jours de fécondité: quand les époux s\u2019exposent de façon prochaine à commettre l\u2019adultère ou le péché solitaire, la continence périodique devient de ce chef gravement illicite; c)\tsi les époux ont l\u2019intention de se débarrasser du fruit de la conception, au cas où il y aurait malgré tout procréation: dans leur cœur, ils sont déjà coupables du crime d\u2019avortement.Même si ne se vérifie aucune de ces trois hypothèses, la continence périodique ne devient pas nécessairement licite.Elle sera morale ou non, permise ou défendue, selon la valeur des motifs qui la font adopter.Avec des motifs proportionnés, la continence périodique est licite.Dans son discours du 28 novembre 1951, le Souverain Pontife affirme de nouveau « la légitimité et, en même temps, les limites \u2014 bien larges, en vérité \u2014 d\u2019une régulation des naissances qui, contrairement à ce qu\u2019on appelle le contrôle des naissances, est compatible JUILLET 1952 175 avec la loi de Dieu ».La raison, c\u2019est d\u2019abord que l\u2019acte conjugal lui-même n\u2019est pas perverti, qu\u2019il reste apte en lui-même à sa fin propre, la fécondation et la génération; en cela, la continence périodique diffère essentiellement des méthodes anticonceptionnelles.De plus, bien que l\u2019état matrimonial impose à celui qui veut user de ses droits le devoir positif de ne pas s\u2019opposer, dans la mesure où cela dépend de lui, à ce que l\u2019acte conjugal produise son effet naturel, de ce devoir positif on peut, pour des raisons proportionnées, être excusé.Ces raisons seront celles dont nous avons déjà parlé: raisons d\u2019ordre économique ou social, eugénique, médical.Elles peuvent exister même pour toute la vie matrimoniale; plus souvent, elles n\u2019existeront que pour un temps, par exemple, le temps qu\u2019il faut à la mère pour refaire ses forces après une maternité, aux époux pour se trouver un logis convenable.Il est clair que les raisons, qui doivent toujours être sérieuses, devront cependant être plus graves s\u2019il s\u2019agit d\u2019une continence périodique à pratiquer toute la vie, ou pendant un temps assez long, que s\u2019il s\u2019agit d\u2019une continence périodique à pratiquer pendant quelque temps seulement.La sincérité avec soi-même et avec Dieu exige qu\u2019on pèse ces raisons en toute objectivité, sans mélange d\u2019égoïsme, et il peut être nécessaire parfois de consulter un guide consciencieux et sûr.Sans motif proportionné, dans le but d\u2019éviter l\u2019enfant, la continence périodique est illicite.Sans doute l\u2019acte conjugal lui-même est correctement posé.Mais cela ne suffit pas: « .le mariage oblige à un état de vie qui, de même qu\u2019il confère certains droits, impose aussi l\u2019accomplissement d\u2019une œuvre positive, concernant cet état ».Jouir des droits du mariage et se refuser sans raison à ce devoir positif constitue, dit Pie XII, « un péché contre le sens même de la vie conjugale ».Cette faute sera-t-elle grave ?Le Souverain Pontife ne le dit pas.Et avant de prendre nettement position sur ce sujet, il vaut sans doute mieux attendre qu\u2019un nombre suffisant de théologiens se soient prononcés.Les époux comprendront, du moins, qu\u2019ils ont besoin des bénédictions de Dieu pour être heureux, et que Dieu ne saurait bénir ceux qui, délibérément et sans motif valable, s\u2019opposent à toute procréation.* En rapportant, dans un style trop didactique, les enseignements du Souverain Pontife, nous n\u2019avons pu souligner, comme nous l\u2019aurions voulu, le souffle spiritualiste, l\u2019élévation de pensée qui anime son discours.Il y a là, sur la grandeur de la paternité et de la maternité, des lignes où les époux chrétiens prendront conscience de leur sublime vocation, en même temps qu\u2019ils y puiseront la force d\u2019être fidèles à ce que Dieu attend d\u2019eux.Et les foyers, nombreux encore, qui ont toujours accepté leurs devoirs y trouveront une récompense de leur fidélité.CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ\u2014 IX RESPONSABILITÉS MORALES DES AUTORITÉS CIVILES Marie-Joseph cT ANJOU, S.J.L GRANDE MAJORITÉ des hommes pensent avec raison que l\u2019association humaine qu\u2019on appelle un État \u2014 on dit aussi bien société civile ou cité \u2014 a pour objet la sécurité et le progrès de la vie temporelle.Ce qu\u2019on risque d\u2019oublier, dans un siècle de développement à sens unique et matérialiste, c\u2019est que ce progrès dépasse la seule prospérité économique du pays.L\u2019épanouissement de la vie humaine ici-bas implique la culture de l\u2019esprit et, plus encore, le souci des vertus de l\u2019âme.i.\u2014 l\u2019enseignement chrétien Sur ce point nul enseignement n\u2019est plus ferme ni plus constant que celui des théologiens, des philosophes et même des sociologues chrétiens, dont la pensée trouve son achèvement dans les directives des papes.176 1.Directives générales.\u2014 Selon saint Thomas, Ta-parelli et les autres maîtres de la morale chrétienne, la société civile a pour fin prochaine de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terreste.Mais la vie qui se mène dans les occupations de cette terre a, elle-même, pour but dernier l\u2019union des hommes à Dieu, ici-bas déjà, et dans le ciel.Le bien public n\u2019est donc pas dans n\u2019importe quelle existence ou n\u2019importe quelle puissance de la cité terrestre.Il est dans une organisation de la vie temporelle qui n\u2019entrave pas, mais facilite au contraire la vie supérieure des hommes.(D.Lallement, Principes catholiques d\u2019action civique, Paris, Desclée, 1935, p.25.) Dans le même sens, Léon XIII écrivait (encyclique Sapientiae christianae) : Si une société ne poursuit autre chose que les avantages extérieurs, l\u2019abondance des ressources et l\u2019élégance de la culture, si elle fait profession de négliger Dieu dans l\u2019administration de la chose publique et de ne tenir aucun compte de la morale, elle s\u2019écarte d\u2019une façon très coupable du but de son institution et des prescriptions de la nature.On doit RELATIONS l\u2019estimer plutôt une fallacieuse imitation de la société qu\u2019une véritable société et communauté d\u2019hommes.Après Léon XIII, le cardinal Pacelli, aujourd\u2019hui pontife romain sous le nom de Pie XII, dans une lettre adressée le 12 juillet 1933 à M.Eugène Duthoit, alors président des Semaines sociales de France, précisait: L\u2019Église a toujours été la première à recommander aux États, touchant la culture de l\u2019esprit et, à plus forte raison, touchant la sainteté des mœurs, des sollicitudes qui, à ses yeux, rentrent dans leurs imprescriptibles responsabilités; les encycliques que le pontife glorieusement régnant (il s\u2019agit de Pie XI) a consacrées à l\u2019éducation de la jeunesse et au mariage chrétien assignent à la tâche de l\u2019Etat dans ces domaines la même ampleur que tant d\u2019enseignements pontificaux, notamment les encycliques Rerum novarum et Qua-dragesimo anno, lui ont explicitement reconnue dans toutes les branches de la vie sociale.2.\tU éducation.\u2014 Or voici la pensée de Pie XI sur le rôle moral de l\u2019État en éducation: .c\u2019est.le droit et le devoir de l\u2019État de protéger, selon ies règles de la droite raison et de la foi, l\u2019éducation morale et religieuse de la jeunesse, en écartant ce qui, dans la vie publique, lui serait contraire.Et, commentant ce principe général, il ajoutait: La société civile et l\u2019État sont en droit de revendiquer ce qu\u2019on peut appeler l\u2019éducation civique, non seulement de la jeunesse, mais encore de tous les âges et de toutes les conditions.Cette éducation consiste dans l\u2019art de présenter publiquement à la raison, à l\u2019imagination, aux sens des individus vivant en société des objets qui soient de nature à provoquer leur volonté au bien ou à l\u2019y conduire par une sorte de nécessité morale, soit positivement, dans la manière même de les présenter, soit négativement, dans les moyens employés pour écarter ce qui leur serait contraire.Cette éducation civique, vaste et multiple au point d\u2019embrasser presque toute l\u2019œuvre de l\u2019État pour le bien commun, ne peut avoir d\u2019autre fondement que les règles du droit et ne peut davantage se mettre en contradiction avec la doctrine de l\u2019Église, qui est la maîtresse divinement établie de ces règles.(Encyclique sur l\u2019éducation chrétienne de la jeunesse.) 3.\tLa sainteté de l'amour conjugal.\u2014 Quant à la protection dont l\u2019État doit entourer la dignité de l\u2019amour conjugal, le même Pie XI, dans son encyclique sur le mariage chrétien, en indiquait le motif fondamental: Ce n\u2019est pas seulement au temporel qu\u2019il importe extrêmement à l\u2019État de donner au mariage et à la famille des bases solides, mais aussi en ce qui concerne le bien des âmes; il lui importe de promulguer et de faire observer des lois justes touchant la chaste fidélité et l\u2019entraide mutuelle des époux.Car, l\u2019histoire en témoigne, le salut de l\u2019État et la félicité temporelle des citoyens sont précaires et ne peuvent rester saufs là où on ébranle le fondement sur lequel ils sont établis, qui est le bon ordre des mœurs, et là où les vices des citoyens obstruent la source où la cité puise sa vie, savoir le mariage et la famille.Dans un pays catholique, des administrateurs qui se disent catholiques doivent seconder l\u2019action de l\u2019Église et la sollicitude qu\u2019elle témoigne à l\u2019égard de la pureté des mœurs.C\u2019est toujours Pie XI qui le rappelait en des termes imprégnés d\u2019expérience humaine: Les lois de l\u2019État peuvent seconder l\u2019Église.si, dans leurs prescriptions, elles tiennent compte de ce que la loi divine et ecclésiastique a établi et si elles punissent ceux JUILLET 1952 qui y contreviennent.Ils ne sont pas rares, en effet, ceux qui pensent que la loi morale autorise ce que les lois de l\u2019État permettent ou du moins ce qu\u2019elles ne punissent pas; ou qui, même à l\u2019encontre de leur conscience, usent de toutes les libertés consenties par la loi, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas la crainte de Dieu et qu\u2019ils ne trouvent rien à redouter du côté des lois humaines.Ainsi ils sont souvent cause de ruine pour eux et pour beaucoup d\u2019autres.(Même encyclique.) II.\u2014 SITUATION ET RESPONSABILITÉS ACTUELLES 1.La situation.\u2014 Constatant cette « ruine » causée dans les âmes par l\u2019insuffisance des lois et la tolérance des autorités civiles, Pie XI lançait, il y a plus de vingt ans déjà, un appel attristé, qui ne fut malheureusement pas entendu même par ceux qui font profession de fidélité à la parole du vicaire de Jésus-Christ.Ce n\u2019est plus dans le secret ni dans les ténèbres, mais au grand jour que, laissant de côté toute pudeur, on foule aux pieds ou l\u2019on tourne en dérision la sainteté du mariage, par la parole et par les écrits, par les représentations théâtrales de tout genre, par les romans, les écrits passionnels et légers, les projections cinématographiques, les discours radiophonés, par toutes les inventions les plus récentes de la science.On y exalte au contraire les divorces, les adultères et les vices les plus ignominieux, et si on ne va pas jusqu\u2019à les exalter, on les peint sous de telles couleurs qu\u2019ils paraissent innocentés de toute faute et de toute infamie.(Encyclique sur le mariage chrétien.) Loin de guérir, le mal n\u2019a fait qu\u2019empirer.Pie XII n\u2019hésite pas à parler d'exaltation de Vinconduite.Lors de la cérémonie expiatoire célébrée à Saint-Pierre, le dimanche de la Passion, 26 mars 1950, il déclarait: Voilant l\u2019ignominie et la laideur du mal sous le clinquant de l\u2019esthétique, de l\u2019art, de la grâce éphémère et trompeuse, .ou bien satisfaisant sans retenue l\u2019avidité morbide de sensations violentes et de nouvelles expériences de débauche, l\u2019exaltation de l\u2019inconduite en est arrivée jusqu\u2019à se produire ouvertement en public et à s\u2019introduire dans le rythme de la vie économique et sociale du peuple, transformant en objet de fructueuse industrie les plaies les plus douloureuses, les faiblesses les plus misérables de l\u2019humanité.Parfois, on ose même chercher une justification théorique aux plus basses manifestations de cette déchéance morale, en se réclamant d\u2019un humanisme de mauvais aloi ou d\u2019un sentiment de compassion qui excuse la faute pour tromper et dévoyer plus facilement les âmes.Ce n\u2019est pas sans raison que le philosophe Henri Bergson disait de notre civilisation qu\u2019elle est aphrodisiaque, c\u2019est-à-dire vouée au culte de la luxure.Dès 1932, il écrivait, dans le dernier de ses grands ouvrages: Les exigences du sens génésique sont impérieuses, mais on en finirait vite avec elles si l\u2019on s\u2019en tenait à la nature.Seulement, autour d\u2019une sensation forte mais pauvre, prise comme note fondamentale, l\u2019humanité a fait surgir sans cesse un nombre croissant d\u2019harmoniques; elle en a tiré une si riche variété de timbres que n\u2019importe quel objet, frappé par quelque côté, donne maintenant le son devenu obsession.C\u2019est un appel constant au sens par l\u2019intermédiaire de l\u2019imagination.(Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, Alcan, 1932, p.326.) Qui niera que ces constatations nous coiffent, même dans la catholique province de Québec ?Après ce que nous en avons écrit depuis un an, il faudrait fermer 177 volontairement les yeux pour ne pas reconnaître l\u2019extrême gravité de la situation.Thèmes de conversation, images dans les journaux et les revues, sujets de films et de spectacles et manière de les traiter, modes vestimentaires et réclame commerciale où la femme \u2014 sans réaction efficace de sa part \u2014 apparaît comme un vil objet d\u2019exploitation, tout est devenu obsession et prétexte à profaner la fonction sacrée dont Dieu veut qu\u2019elle concoure à la propagation et à la sanctification des membres du Corps mystique de son Fils incarné.Chez nos voisins des États-Unis, \u2014 où un religieux capucin, le P.Kirsch, est d\u2019avis qu\u2019il est toujours sex o'clock, \u2014 on se croirait, parfois, en présence de vraies crises d\u2019hystérie collective; témoins les raids opérés récemment dans des dortoirs de jeunes filles par un grand nombre de collégiens et d\u2019étudiants d\u2019université en quête de sous-vêtements féminins.Chez nous, le symptôme est celui du désespoir intérieur: désespoir des époux qui ne croient plus possible la pratique fidèle de la morale conjugale; désespoir des épouses que les fraudes anticonceptionnelles mènent à la névrose; désespoir des garçons que la lubricité du milieu rend fous et dégrade en stérilisant les plus hautes aspirations de leur âme; désespoir des jeunes filles que l\u2019égoïsme et la lâcheté des jeunes gens condamnent soit à la déchéance dans le mariage, soit au redoutable aléa de la solitude dans le monde.2.Les responsabilités.\u2014 Si, devant la « misère imméritée » de certains travailleurs et la honte du régime de l\u2019habitation dans les pays « civilisés », des sociologues accusent notre société tout entière de péché grave, comment les moralistes devront-ils juger l\u2019obsession lubrique du milieu contemporain ?Et pourtant, lequel de nos concitoyens, dans sa conscience personnelle, ne souhaite de respirer une atmosphère digne de civilisés et non de sauvages, digne de chrétiens et non de barbares étrangers ou hostiles à la morale de l\u2019Évangile?Comment permettre, alors, sans grave responsabilité, qu\u2019un torrent d\u2019immoralité païenne et inhumaine souille le visage chrétien de notre société, lui donnant un air de Sodome et de Gomorrhe ?Il est grand temps que les catholiques en particulier, hommes et femmes, retrouvent l\u2019intelligence de leur mission ici-bas, qui consiste à établir et à étendre le Royaume de Dieu dans les âmes.A l\u2019adresse de ceux qui ont charge de préserver le climat moral de la société, Pie XII affirmait, dans le discours du 26 mars 1950 cité plus haut: C\u2019est un crime de lèse-société que de donner droit de cité au délit sous prétexte de sentiment humanitaire ou de tolérance civile.Le lendemain de la béatification de la petite Maria Goretti, le 27 avril 1947, le même Souverain Pontife avait fulminé contre le scandale une des plus vigou- 178 reuses apostrophes qui soient jamais sorties de la bouche d\u2019un vicaire de Jésus-Christ: Sommes-nous dans l\u2019erreur si nous disons que jamais peut-être aucun temps ne fut aussi oublieux de ses devoirs envers la femme que l\u2019époque actuelle.Voilà pourquoi monte à nos lèvres le cri du Sauveur: Malheur au monde à cause de ses scandales ! (Matth., xvm, 7.) Malheur aux corrupteurs, conscients et volontaires, par le roman, le journal, la revue, le théâtre, le film, la mode déshonnête!.Mais malheur aussi à tant de chrétiens de nom et d\u2019apparence qui pourraient et devraient, de leur côté, se lever comme des légions de personnes intègres et honnêtes, prêtes à combattre par tous les moyens le scandale! La justice légale punit \u2014 c\u2019est son devoir \u2014 le meurtrier d\u2019un petit enfant.Mais ceux qui ont armé le bras de ce dernier, qui l\u2019ont encouragé, qui, indifférents ou peut-être encore avec un sourire indulgent, l\u2019ont laissé faire, quelle justice, quelle législation humaine osera jamais ou pourra, même si elle le voulait, les punir comme ils le méritent ?En toute vérité, ce sont eux les vrais, les grands coupables ! Sur eux, corrupteurs volontaires ou complices inertes, pèse la justice terrible de Dieu! Après une aussi véhémente exhortation, quels chrétiens voudront demeurer les « complices inertes » du scandale étalé, toléré, protégé parmi nous ?III.\u2014 QUE FAIRE ?1.\tEn général.\u2014 D\u2019abord et avant tout, unir les honnêtes gens dans une même pensée et une même action pour recréer un milieu respirable par des chrétiens.A plusieurs reprises, Relations a prôné l'union des familles.Le projet paraît sur le point de se réaliser (le Devoir, 4 juin 1952, p.5).Il importe de donner à un organisme familial la plus grande force possible, celle du nombre autant que celle de la vérité.Pour le nombre, la réponse appartient aux chefs de famille; pour la vérité, on n\u2019a qu\u2019à écouter la parole de Dieu que l\u2019Église transmet avec une sûreté infaillible.Puis, rétablir en nous-mêmes et dans les foyers un climat de chasteté.Enfin, comme nous le disions dans notre dernier article, « choisir des administrateurs civils soucieux de dignité chrétienne et de civilisation ».Les familles, unies dans un organisme puissant, doivent exiger de tout candidat à l\u2019administration publique l\u2019engagement (un engagement signé personnellement) a)\tde combattre avec vigueur tout ce qui s\u2019oppose ouvertement ou insidieusement \u2014 que ce soit par la parole, les écrits, les spectacles ou autres divertissements \u2014 à la loi naturelle et divine en matière sexuelle; b)\tde favoriser, de promouvoir toute forme d\u2019activité humaine propre à créer, à maintenir, à protéger cette atmosphère de dignité morale qui, pour la plupart des hommes, est nécessaire à la pratique de la vertu, au respect de la sainteté de l\u2019amour et du mariage.2.\tLes autorités civiles.\u2014 a) Négativement, cela veut dire que les autorités civiles doivent interdire, en termes clairs et par des moyens efficaces, tout ce que RELATIONS l\u2019honnêteté naturelle et la théologie classent sous le nom d\u2019obscénité.Le mot obscénité s\u2019emploie souvent dans un sens assez large et vague; mais pour le moraliste, c\u2019est un mot technique au sens précis.On le comprendra mieux par des exemples auxquels il s\u2019applique spécialement, comme la littérature obscène et les productions théâtrales.Pour que ces choses-là soient obscènes, deux conditions sont requises: a)\tque leur thème ou leur contenu soit impur ou de nature à exciter la passion sexuelle; et b)\tque dans la manière de les présenter l\u2019impureté ou la passion sexuelle y prenne un attrait séduisant.L\u2019adultère, par exemple, est un péché d\u2019impureté; si donc un livre ou une pièce, non seulement porte sur ce sujet, mais le peint sous des couleurs attrayantes, ce livre, cette pièce est obscène.De même, la nudité excessive et surtout le fait pour une femme de se dévêtir en présence d\u2019un homme sont communément reconnus comme des stimulants violents de la passion sexuelle.Lorsque, par conséquent, on s\u2019applique ostensiblement à mettre en vedette des provocations de ce genre, comme c\u2019est le cas dans presque tous les spectacles burlesques modernes, il faut dire qu\u2019on est en pleine obscénité.(Gerald Kelly, S.J., Jeunesse moderne et Chasteté, Éditions Bellarmin, pp.111-112.) Quelle sentence de déshonneur ce texte compétent prononce contre les fauteurs d\u2019obscénité dans une ville chrétienne! Car nul prétexte ne peut justifier l\u2019obscénité.Nulle autorité civile, par conséquent, ne peut, sans manquer gravement à son devoir et sans scandale, tolérer sciemment des activités publiques entachées d\u2019obscénité.Cela vise les émissicns radiophoniques (dialogues et chansons), les productions littéraires, les écrits de toute sorte, les reproductions photographiques et gravures qui ne respectent pas le caractère sacré et nécessairement réservé des choses sexuelles; cela vise aussi les spectacles cinématographiques ou chorégraphiques dans lesquels on spécule sur le déshabillage, la musique sensuelle, les danses lascives pour « exciter la passion sexuelle » ou pour la présenter sous un jour séduisant.b) Positivement, l\u2019action de l\u2019autorité civile consistera d\u2019abord à établir et à protéger des conditions de vie économique et sociale qui permettent à la famille de se fonder sainement et de s\u2019épanouir dans la paix, la fécondité et une aisance relative.1° Sur ce plan, le problème majeur est celui du logement.Problème moral autant et plus peut-être que matériel.Qu\u2019on se rappelle le mot affreux du Dr Eugène Thibault, lors du Congrès des Hôpitaux catholiques de 1949: La plupart de nos difficultés économiques seraient réglées si le niveau moral de notre peuple était meilleur.Il n\u2019y aurait pas de crise du logement si tous les hommes mariés n\u2019avaient qu\u2019un foyer.(Relations, août 1949, p.212.) Mais dans une société où le vice jouit de la plus large réclame en même temps que de la protection des autorités, où les courants qui aboutissent au pouvoir et les flots dans lesquels se noient les divertissements commercialisés empestent l\u2019alcool, père de la luxure, comment éviter l\u2019obsession charnelle et ses tristes lâchetés?On commettrait, selon le mot de Pie XII, un « crime de lèse-société » en renouvelant le mandat d\u2019un député que n\u2019auraient pas ému semblables désastres et qui n\u2019aurait rien fait pour les prévenir ou les réparer.2° Le pouvoir civil doit encore favoriser tout organisme apte à offrir des distractions honnêtes, à répandre le goût de la culture intellectuelle et artistique, à entretenir les aspirations spirituelles les plus pures et les plus profondes des membres de la cité.3.Les citoyens.\u2014 En démocratie, la part de responsabilité des électeurs et de tous les autres citoyens ne saurait être passée sous silence.Il faudrait honnir un représentant civil qui refuserait d\u2019épurer le climat moral de sa ville ou de son comté, sous prétexte que ses électeurs se complaisent dans l\u2019obscénité; car le bien commun, objet propre de la sollicitude des autorités civiles, n\u2019est pas celui d\u2019une bauge ou d\u2019une jungle, mais d\u2019une communauté composée de membres de Jésus-Christ.D\u2019autre part, si l\u2019on constate que les chrétiens eux-mêmes manifestent une préférence marquée pour les films licencieux, les spectacles de harem et les magazines nudistes, \u2014 comme c\u2019est le cas aux États-Unis et même chez nous, \u2014 qui fera pression sur les autorités civiles pour qu\u2019elles accomplissent leur devoir et prennent les moyens de refaire une âme chrétienne à leurs concitoyens ?Ce qu\u2019il nous faut, évidemment et tout de suite, ce sont des représentants libres des étroitesses partisanes, libres de la dictature de l\u2019argent et libres, par le fait même, de se consacrer d\u2019abord et consciencieusement au bien commun moral de la cité des hommes.Bref, une réforme politique.Mais sans attendre une refonte complète du régime démocratique, les juristes, secondés par les moralistes, ne pourraient-ils au plus tôt rédiger un texte de loi juste et précis, qui ne permette plus à un avocat, encore moins à un juge, dans une cause intentée pour obscénité en vertu d\u2019un article déterminé du code criminel, de se demander ce qu\u2019est l\u2019obscénité et à quels spectacles cette notion s\u2019applique?(Relations, novembre 1951, p.300.) Individus et groupements divers ne peuvent-ils tout de suite collaborer avec la police \u2014 une police fidèle à son devoir \u2014 en vue de dépister les entreprises de corruption ?Et pourquoi ne s\u2019entraideraient-ils pas pour fonder, animer et soutenir des centres de loisirs et des mouvements de culture susceptibles de présenter à notre population les distractions saines dont elle a besoin ?Malgré la profondeur et l\u2019étendue du mal causé à notre peuple par le vice commercialisé et protégé, nos concitoyens désirent sûrement la réalisation d\u2019un programme d\u2019épuration morale qui rétablisse et préserve un climat de dignité humaine, sans nuire, bien au contraire, ni à la prospérité ni à la joie de la cité.JUILLET 1952 179 La vocation de V Université Laval Mgr Ferdinand VANDRY ELLE N\u2019EST PAS AUTRE que celle de la race française au Canada.Cette vocation dépasse de beaucoup le plan de la vie humaine; elle se situe sur un plan divin.Dieu a voulu que la race française fût une race chrétienne par lui chargée de mettre au service du Christ et de son Église les incomparables richesses de son âme.Les nations ont leur vocation comme les individus.Celle de la France fut toujours une vocation apostolique.Dieu l\u2019a ainsi voulu: l\u2019histoire le prouve.Elle peut à certaines heures oublier sa vocation, comme autrefois les Juifs au milieu des peuples païens; elle ne peut se soustraire à sa destinée.Dans les desseins de Dieu, la race française doit être une race d\u2019apôtres.Elle se doit de l\u2019être.Et ce, partout où on la trouve, en Amérique aussi bien qu\u2019en Europe.Pour nous, Français du Canada, c\u2019est un devoir impérieux de reprendre à notre compte, en terre canadienne, les gestes glorieux que la fille aînée de l\u2019Église a inscrits dans l\u2019histoire de l\u2019Europe et dans l\u2019histoire du monde.Je ne comprends pas autrement la vocation de la race française sur ce continent et dans ce pays.A cause de cela, en ce pays où s\u2019entremêlent tant de langues diverses, où s\u2019entrechoquent de multiples courants d\u2019idées qui ne sont pas tous faits pour assurer la primauté de l\u2019esprit, nous avons, me semble-t-il, un double devoir à remplir, l\u2019un envers nous-mêmes, l\u2019autre envers la nation.Nous sommes d\u2019abord tenus de conserver intact l\u2019héritage spirituel que nous avons reçu de la France, puis de le mettre en valeur et d\u2019enrichir notre âme de toutes les richesses spirituelles dont la culture française est si abondamment chargée.Nous avons ensuite l\u2019obligation, parce que Canadiens, de mettre au service de la nation canadienne les richesses spirituelles dont nous avons reçu le dépôt.Telle est la vocation de la race française au Canada.Telle est aussi la vocation des universités françaises.Notre premier devoir est un devoir de supériorité culturelle.Il ne peut suffire à la grandeur d\u2019une nation de vivre, il lui faut surtout vivre en plénitude.Les peuples chrétiens surtout sont tenus de faire de leur vie spirituelle un instrument de civilisation au service de l\u2019humanité.Pour cette raison, les Canadiens de langue française, héritiers de l\u2019une des plus belles civilisations que l\u2019Europe ait léguées à l\u2019Amérique, représentants d\u2019une culture qui a fait la gloire de la France, ont en ce pays autre chose à faire qu\u2019à vivre: ils sont tenus de vivre en beauté.A quoi nous servirait d\u2019assurer notre survivance ethnique, d\u2019accroître d\u2019année en année le chiffre de notre population, si notre vie française devait Mgr Ferdinand Vandry, recteur de V Université Laval, expose, à l\u2019occasion du centenaire de cette institution, ce qu\u2019est la vocation des universités catholiques et françaises du Canada.un jour s\u2019anémier au point de devenir méconnaissable; si tout en enrichissant la vie organique de la race française au Canada nous aboutissions à perdre notre visage français; si la vieille France devait demain ne plus se reconnaître ou bien ne se reconnaître qu\u2019à moitié dans la culture et la civilisation de la France nouvelle; si nos compatriotes de langue anglaise devaient un jour ne plus rien trouver à admirer dans un groupe ethnique qui aurait cessé de croire à sa mission providentielle, qui est de faire revivre en Amérique la culture et le génie de la race française ?Si notre vocation est belle, nos responsabilités n\u2019en sont que plus grandes.Nous n\u2019avons pas le droit d\u2019être français à moitié, pas plus que nous n\u2019avons le droit d\u2019être catholiques à moitié.Notre vie française a ses exigences.Elle réclame d\u2019être vécue en plénitude et en beauté.Pour qu\u2019elle le soit, il ne nous suffira pas que nous conservions notre langue.Ad majora natus sum ! Il nous faudra comprendre de plus en plus que la culture française dont nous nous réclamons doit s\u2019élever et se maintenir à un tel niveau de perfection qu\u2019elle soit un sujet d\u2019admiration et d\u2019envie pour tous ceux qui ne sont pas de notre race et qui ne parlent pas notre langue.Tel est, à mon avis, le secret de notre survivance nationale.Celle-ci est nettement conditionnée par la supériorité de notre culture française.C\u2019est dans la lumière de cette conclusion que j\u2019entrevois la vocation spirituelle de nos universités françaises.C\u2019est dans la grandeur et la noblesse de cette vocation que l\u2019Université Laval a toujours cherché et trouvé son devoir.* Les Canadiens français ont un autre devoir: leur vocation en ce pays exige qu\u2019ils mettent au service de la nation canadienne les richesses spirituelles dont le dépôt leur a été confié.Il ne convient pas qu\u2019ils utilisent égoïstement à leur seul profit l\u2019héritage spirituel qu\u2019ils doivent à la France.Ils n\u2019ont pas le droit de circonscrire aux frontières d\u2019une province l\u2019influence culturelle de leur esprit latin façonné par le christianisme.Non pas, certes, que nous devions tenter de faire du Canada un pays français, ou encore d\u2019absorber à notre profit la vie culturelle de la nation.Non, mais nous ne pouvons tout de même échapper à l\u2019obligation de tout mettre en œuvre pour marquer profondément la civilisation canadienne de l\u2019empreinte spirituelle de notre culture française et de notre vie chrétienne.Culture et civilisation.Ce sont là deux termes que l\u2019on confond volontiers.Ils signifient, pourtant, des choses bien différentes.La première est pensée, la seconde, vie et action.Ou encore, 180 RELATIONS si on le préfère, la culture, c\u2019est la vie de l\u2019esprit; la civilisation, c\u2019est la vie de la nation.Il peut arriver que deux cultures distinctes informent simultanément, chacune à sa façon, une seule et même civilisation.La Suisse ne nous offre-t-elle pas un exemple manifeste de ce fait très humain ?Il faut entendre par culture l\u2019enrichissement de l\u2019intelligence dans la ligne de la vérité.Elle doit se définir par un ordre supérieur de connaissances, où se retrouvent les qualités et les habitus qui assurent l\u2019épanouissement de la vie intellectuelle.Elle suppose que l\u2019esprit s\u2019est familiarisé avec les sciences spéculatives, les arts libéraux et, en général, tous les arts d\u2019imitation, de même aussi avec les sciences morales en tant qu\u2019elles se distinguent de la prudence et qu\u2019elles restent dans l\u2019ordre spéculatif, puisqu\u2019elles ajoutent à la lumière et à la splendeur de l\u2019intelligence.Ainsi, lorsque nous parlons de la culture grecque, nous entendons surtout la philosophie des Grecs, leur littérature, leur sculpture, leur peinture, etc., c\u2019est-à-dire la pensée grecque, mais non pas la vie des Grecs.Un homme peut être très cultivé, au sens que nous venons de préciser, sans être bon et sans être un homme civilisé.Car la civilisation, à la différence de la culture, doit se définir par les vertus qui rectifient la volonté de l\u2019homme, par les qualités qui sont en fonction de l\u2019appétit droit et qui font que l\u2019homme est bon, honnête, humain, au service du bien humain et de la collectivité humaine.C\u2019est par ces vertus que l\u2019homme est vraiment libre, libéré de lui-même et soucieux du bien des autres.C\u2019est le sens qu\u2019il faut donner au mot latin civis, d\u2019où vient le mot civilisation.Mais, parce que la perfection de la vie humaine requiert une certaine domination de l\u2019homme sur la matière (l\u2019asservissement de la matière au service de la communauté humaine), les arts pratiques, par lesquels l\u2019homme maîtrise la nature, auront, eux aussi, leur part d\u2019influence dans la civilisation.On parle parfois de culture canadienne.C\u2019est une erreur.Il n\u2019y a pas de culture canadienne.Le Canada est un pays à deux cultures.Ainsi le veulent l\u2019histoire, les traités, l\u2019esprit de la constitution et le droit naturel.Mais la civilisation canadienne doit être une.La raison en est que la civilisation, c\u2019est une vie, ce n\u2019est plus seulement une manière de penser, comme la culture.Si le Canada doit être une nation, il est nécessaire que la vie canadienne soit une.L\u2019unité dans la diversité, telle doit être la formule de la vie canadienne: l\u2019unité de civilisation dans la diversité des cultures et des langues.Canadiens de langue française et Canadiens de langue anglaise, mille choses nous séparent.Cependant, puisque la divine Providence a fait de nous des partenaires, nous sommes tenus de mettre dans nos cœurs assez de charité pour rapprocher les esprits qui n\u2019ont pas été formés à la même image.Nous devons gagner cette gageure: avec des idées différentes bâtir une civilisation qui ait assez d\u2019unité pour engendrer une vie nationale.* Au cours de cette tragique aventure dans laquelle nous avons été jetés malgré nous il y a deux siècles, notre devoir fut toujours de sauvegarder nos valeurs spirituelles pour les mettre au service de ceux qui nous entourent, dans un pays où nous avons le périlleux honneur d\u2019être des porteurs de lumière et de vérité.Dans ce double devoir nous trouvons la vocation de la race française au Canada.Nous y trouvons aussi la mission de nos universités catholiques et françaises.L\u2019Université Laval croit pouvoir se rendre le témoignage d\u2019avoir toujours été, depuis cent ans, fidèle à cette mission.Plus que jamais elle entend s\u2019attacher à sa vocation française; mieux que jamais elle prend conscience de sa vocation nationale.Son ambition est de mettre la culture française au service de la nation canadienne.Signes des temps Le Saint Il n\u2019est pas nécessaire que Nous vous expliquions, à vous,\u2014 qui le sentez en vous-mêmes, souvent comme un noble tourment, \u2014 un des caractères essentiels de l\u2019art, consistant en une certaine « affinité » intrinsèque de l\u2019art avec la religion, qui fait des artistes en quelque sorte les interprètes des perfections infinies de Dieu, et particulièrement de sa beauté et de son harmonie.La fonction de tout art est, en effet, de briser le cercle étroit et angoissant du fini, dans lequel l\u2019homme est enfermé, tant qu\u2019il vit ici-bas, et d\u2019ouvrir comme une fenêtre à son esprit aspirant à l\u2019infini.Il résulte de cela que tout effort \u2014 vain en réalité \u2014 visant à nier ou à supprimer tout rapport entre la religion et l\u2019art aboutirait à une diminution même de l\u2019art, car n\u2019importe quelle beauté artistique que l\u2019on veuille saisir dans le monde, dans la nature, dans l\u2019homme pour l\u2019exprimer par des sons, par des couleurs, par un jeu de masses, ne peut se séparer de Dieu, du moment que tout ce qui existe est lié à lui par des rapports essentiels.Comme dans la vie, il n\u2019y a donc point dans l\u2019art \u2014 qu\u2019il soit entendu comme expression du sujet ou comme interprétation de l\u2019objet \u2014 l\u2019exclusivement « humain », l\u2019exclusive-ment « naturel » ou « immanent ».L\u2019art s\u2019élève à l\u2019idéal et à la vérité artistique avec une probabilité d\u2019heureux succès d\u2019autant plus grande qu\u2019il reflète avec une plus grande clarté l\u2019infini, le Père et l\u2019art divin.Aussi, plus l\u2019artiste vit la religion et mieux est-il préparé à parler le langage de l\u2019art, à en entendre les harmonies, à en communiquer les frémissements.Naturellement, Nous sommes bien loin de penser que, pour être interprètes de Dieu, dans le sens que Nous venons d\u2019exposer, on doive traiter explicitement des sujets religieux; d\u2019autre part, on ne peut contester le fait que l\u2019art n\u2019a peut-être jamais atteint comme dans ceux-ci ses plus hauts sommets.De cette manière, les plus grands maîtres de l\u2019art chrétien devinrent les interprètes non seulement de la beauté, mais également de la bonté de Dieu révélateur et rédempteur.Merveilleux échange de services entre le christianisme et l\u2019art! Ils tirèrent de la foi les sublimes inspirations; à la foi ils attirèrent les âmes, lorsque durant de longs siècles ils communiquèrent et diffusèrent les vérités contenues dans les livres sacrés, vérités inaccessibles, tout au moins directement, au simple peuple.A juste titre, on appela « bible du peuple » les chefs-d\u2019œuvre artistiques, tels que, pour citer des exemples connus, les vitraux de Chartres, la porte de Ghiberti (dite du paradis, en une heureuse expression), les mosaïques de Rome et de Ravenne, la façade du dôme d\u2019Orvieto.(Extrait d\u2019une allocution prononcée le 3 avril devant plus de deux cents artistes italiens.) JUILLET 1952 181 EXAMEN DE CONSCIENCE Les hommes vivent vite, ne réfléchissent pas et passent à côté des vrais problèmes.Une revue française, la Route (mars 1952), proposait, sous le titre « Loi et liberté », un solide examen de conscience.En voici un extrait substantiel.N\u2019AVOIR PAS CONSIDÉRÉ les préoccupations religieuses comme les plus importantes de ma vie.Avoir passé des journées sans prendre conscience que Jésus-Christ est mon Chef de destin et Celui de tous.Avoir vécu dans le mensonge en me disant chrétien et en ne mettant ma joie que dans les réussites terrestres.Avoir minimisé mes convictions chrétiennes par respect humain.N\u2019avoir pas prié.N\u2019avoir pas prié de tout mon cœur.N\u2019avoir pas approfondi mon intimité avec Jésus-Christ, en lisant et en méditant le Nouveau Testament.N\u2019avoir pas eu le souci de ma culture religieuse.Avoir douté de l\u2019amour de Dieu pour les hommes.N\u2019avoir jamais désiré devenir un saint.N\u2019avoir pas nourri de conviction les gestes religieux que j\u2019ai faits.Avoir eu plus de honte humaine que de contrition de mes péchés.Avoir exclu quelqu\u2019un de mon amour de frère universel.Avoir gardé une animosité, une rancœur, une jalousie.Vivre en pensant plus à moi qu\u2019aux autres.Ne pas porter dans mon affection les plus pauvres et les plus souffrants.N\u2019avoir pas dépassé l\u2019exclusivisme de mes sympathies.Avoir été hautain ou cynique dans mes relations humaines.Avoir bluffé ou intrigué.Avoir été partisan ou sectaire.Avoir cédé à des préjugés sociaux ou raciaux.Avoir manqué de bonté dans mes jugements ou dans mes paroles.N\u2019avoir pas demandé pardon des offenses.Avoir porté tort aux pauvres en faisant des dépenses excessives, en recherchant le luxe.N\u2019avoir pas mesuré la portée de mes gestes et avoir scandalisé mon prochain, particulièrement des enfants.M\u2019être refusé aux autres dans les petites choses.Me laisser vivre, sans personnalité, au jour le jour.Avoir préféré le gain à ma vocation vraie.Avoir été mou dans l\u2019organisation de ma vie.N'avoir pas modéré mon goût de la bonne chère et du confort.N\u2019avoir pas considéré mon corps comme appartenant à Jésus-Christ.Avoir été triste de ma chasteté; ne l\u2019avoir gardée que par timidité et non par attachement au Christ.Avoir recherché l\u2019amour physique pour lui-même.N\u2019avoir vu que la réalité charnelle dans la beauté des corps.Avoir cherché, dans la rêverie, les spectacles, les lectures ou l\u2019amitié trouble, des compensations aux expériences charnelles.Avoir accepté mes moments de dépression et savouré mon cafard.N\u2019avoir pas pris ma place dans l\u2019apostolat de l\u2019Église.N\u2019en avoir pas vu la ^nécessité.Avoir critiqué l\u2019Église par mauvais esprit et non par amour.Ne m\u2019être pas soumis, par fantaisie ou légèreté, aux commandements de l\u2019Église.Avoir manqué de foi dans le sacerdoce; m\u2019être abstenu de la confession par une vue trop humaine du sacrement.182 avec ou sans COMMENTAIRES LE LOGEMENT^ AU CANADA DANS son numéro de mai, l\u2019intéressante Gazette du Travail, publication du ministère du Travail d\u2019Ottawa, consacrait une de ses « notes sur des questions d\u2019actualité » au nombre d\u2019habitations commencées et terminées au Canada en 1951.Ce nombre, on le sait, a diminué.Voici des statistiques instructives pour l\u2019ensemble des provinces.«Le nombre de logis complétés au Canada en 1951, y compris les logis transformés, est inférieur de près de 8% à celui de 1950, tandis que le nombre de logis commencés diminue d\u2019environ 24%.Les nouveaux logis complétés en 1951 se chiffrent par 81,310 unités, contre 89,015 en 1950, et le nombre de logis transformés s\u2019établit à 3,500, contre 2,739.Les nouvelles constructions se chiffrent par 68,579, contre 92,531.Le nombre de logis en voie de construction à la fin de l\u2019année s\u2019établit à 45,926, contre 59,443 au début de l\u2019année.« Le nombre de logis neufs complétés est moins élevé en 1951 qu\u2019en 1950 dans toutes les provinces, sauf en Ontario où le total augmente légèrement à 31,732, contre 31,318.Dans le Québec, le total diminue à 26,686, contre 27,237; en Colombie-Britannique, à 6,683, contre 8,560; et en Alberta, à 6,057, contre 7,266.Au Manitoba, le nombre de logis complétés s\u2019élève à 3,810 (4,612 en 1950).Dans les autres provinces, le total s\u2019établit comme suit (entre parenthèses, chiffres de 1950): Saskatchewan, 2,026 (2,813); Nouvelle-Écosse, 1,942 (2,573); Nouveau-Brunswick, 1,143 (2,545); Terre-Neuve, 941 (1,716); Ile-du-Prince-Édouard, 290 (375).« Dans le Québec, le nombre de logis transformés en 1951 s\u2019élève à 1,120, contre 886 en 1950.Dans les autres provinces, le total s\u2019établit comme suit (entre parenthèses, chiffres de 1950) : Ontario, 973 (1,178) ; Colombie-Britannique, 673 (277) ; Alberta, 230 (182); Nouveau-Brunswick, 191 (46); Nouvelle-Écosse, 167 (24); Manitoba, 131 (102); Saskatchewan, 15 (26); Ile-du-Prince-Édouard, aucun (18).« Dans toutes les provinces, le nombre de logis commencés diminue en 1951 au regard de 1950.Par province, les chiffres s\u2019établissent comme suit (entre parenthèses, chiffres de 1950) : Ontario, 27,349 (33,430) ; Québec, 21,193 (28,515); Colombie-Britannique, 5,696 (7,536); Alberta 5,442 (8,623); Manitoba, 3,183 (4,072); Saskatchewan, 2,154 (2,904); Nouvelle-Écosse, 1,466 (2,705); Terre-Neuve, 1,101 (2,090); Nouveau-Brunswick, 900 (2,323); Ile-du-Prince-Édouard, 95 (333).« A la fin de 1951, les nouveaux logis en construction se chiffrent par 19,258, contre 24,215 le 1er de l\u2019année; dans les autres provinces, les chiffres sont les suivants (chiffres du 1er janvier entre parenthèses): Québec, 9,554 (14,859); Alberta, 5,186 (5,803); Colombie-Britannique, 4,652 (5,846) ; Terre-Neuve, 1,993 (1,950); Nouvelle-Écosse, 1,969 (2.429); Manitoba, 1,335 (2,093); Saskatchewan, 1,200 (1,060); Nouveau-Brunswick, 675 (897); Ile-du-Prince-Édouard, 94 (291).» La crise du logement affectant surtout la classe ouvrière, il n\u2019est pas surprenant que les quatre principales organisations ouvrières canadiennes en aient parlé dans leurs mémoires respectifs au gouvernement fédéral.Le même numéro de la Gazette du Travail donnait leur point de vue.Congrès des Métiers et du Travail du Canada : « Nous demandons l\u2019octroi d\u2019une haute priorité à la construction de maisons d\u2019habitation ainsi que la réduction du montant des versements initiaux.» Congrès canadien du Travail : « On devrait accorder aux habitations à loyer modique une priorité égale seulement à celle de la construction pour la défense, et toute construction inutile devrait être suspendue.» Confédération des Travailleurs catholiques du Canada : « La politique du gouvernement en matière d\u2019habitation crée beaucoup de mécontentement dans la population.nous ne voyons pas pourquoi elle ne permettrait pas de mettre en œuvre un programme national d\u2019habitation.» Fraternités de travailleurs ferroviaires : « Le problème du logement au Canada reste la plus grande urgence nationale sauf une: le programme national de défense.» Faisons deux remarques.La première, c\u2019est que le problème du logement l\u2019emporte sur celui de la défense, des habitations saines et suffisamment grandes contribuant à la santé physique et morale de la famille, et celle-ci devant être la première préoccupation de toute administration désireuse de travailler en faveur de la civilisation chrétienne.Fait intéressant à noter, le même numéro de la Gazette du Travail consacrait une note à la demande adressée au président Truman par Y American Federation of Labor.L\u2019A.F.L., en réclamant une enquête sur le besoin d\u2019habitations aux États-Unis, signalait six facteurs pour démontrer que « la pénurie croissante d\u2019habitations porte atteinte au bien-être de la famille, à la défense, à la santé et à la sécurité ».Voici les trois premiers facteurs: « 1° La crise du logement présente un obstacle sensible à l\u2019effort de défense.2° La construction d\u2019habitations ne répond pas aux besoins de tous les groupes.3° Une disette de logements existe pour les minorités; le surpeuplement est un problème de première importance.-» Comme deuxième remarque, nous répéterons ce qui a été écrit sous cette même rubrique dans notre numéro de mars dernier (p.71) : « Il ne faut pas que la crise du logement continue de s\u2019aggraver.Si toutes les associations intéressées au bien-être de la famille savent être constamment vigilantes et actives, les autorités municipales, provinciales et fédérales en tiendront vraisemblablement compte.La crainte de l\u2019opinion publique est, pour tout gouvernement, le commencement de la sagesse.» RELATIONS\tJUILLET 1952 L\u2019ÉGLISE ET LE LOGEMENT Complétons ce qui est écrit dans cette même page sur « Le logement au Canada » en soulignant avec quelle sollicitude VEglise s'intéresse à cette question.On n'a pas oublié le pressant appel adressé, le printemps dernier, par Varchevêque de Montréal aux hommes d'affaires.Dans une déclaration faite en octobre 1951 sur le problème du logement, l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France rappelait la pensée des papes et affirmait : IL N\u2019EST CERTES PAS du ressort de l\u2019Église d\u2019entrer dans les détails techniques et les dispositions concrètes, qui sont en dehors de sa compétence et de ses moyens.Cependant, les conséquences d\u2019un habitat qui est, dans trop de cas, incompatible avec la dignité humaine et la vie familiale sont assez graves pour que nous invitions instamment tous les catholiques à se poser à nouveau les questions qui ont déjà dû inquiéter leurs consciences.Avez-vous eu souci des mal logés?Vous êtes-vous demandé si vous pouviez faire quelque chose pour eux ?Avez-vous tenté de leur venir en aide, soit en mettant à leur disposition les locaux que vous pouviez libérer, soit en contribuant à l\u2019assainissement et à l\u2019aménagement des logements déjà existants ?Il convient que les pouvoirs publics, et tous ceux qui travaillent à donner une solution au problème de l\u2019habitat, soient soutenus dans leurs efforts par les catholiques.Il faut également que ces derniers se tiennent bien au courant des lois et règlements qui favorisent la construction et l\u2019aménagement des locaux d\u2019habitation.Qu\u2019ils sachent les utiliser et qu\u2019ils entrent volontiers dans les divers organismes de réalisation.Nous ne saurions trop recommander aux membres de l\u2019Action catholique et de nos œuvres sociales de continuer à travailler, dans une persévérance inlassable et un équitable respect des droits de chacun, à faire disparaître une situation inconciliable avec les exigences de la justice et de la fraternité chrétienne.LES JUIFS À TRAVERS LE MONDE Les Cahiers d\u2019Action religieuse et sociale (1er mai 1952), publiés par l'Action Populaire de Paris, donnaient les statistiques suivantes sur la population juive: SELON LES STATISTIQUES publiées par l\u2019Institut des Affaires juives, il y aurait environ 11 millions de Juifs à travers le monde (contre 16,440,000 en 1939).Entre 1901 et 1951, la population juive des deux Amériques est passée de 1,200,000 à 6 millions (soit de 10.9% à 52.9% de la population totale), tandis que celle d\u2019Europe tombait de 8,900,000 à 2,700,000 (soit de 80.9 à 23.8%).Ainsi donc, plus de la moitié de la population juive du monde est fixée en Amérique, se répartissant comme suit: États-Unis, plus de cinq millions; Argentine, 400,000; Canada, près de 200,000; Brésil, 120,000; autres pays d\u2019Amérique latine, 150,000.En Europe, on trouve les Juifs: en U.R.S.S.et dans les pays satellites, 1,750,000; en Grande-Bretagne, 400,000; en France, 240,000; en Hollande, 25,000; en Belgique, 35,000; en Italie 35,000.(Dans ces trois derniers pays, la population juive a très sensiblement diminué depuis 1939: Hollande, 150,000; Belgique, 90,000; Italie, 57,000.) Quant à la population juive de Palestine, elle est passée de 35,000 en 1901 à 1,400,000 en 1951, soit 12.3% de la population totale.183 Au fil du mois S.Exc.Mgr Desranleau Les journalistes de carrière sont ordinairement des connaisseurs d\u2019hommes.La spirituelle et sympathique chronique écrite sur Mgr Desranleau par Louis-C.O\u2019Neill, de la Tribune de Sherbrooke, l\u2019aura prouvé une fois de plus.En lisant les impressions de ses entrevues avec le prélat, dont l\u2019accès n\u2019était pas facile, mais qui révélait vite sa forte et riche personnalité à ceux qui causaient avec lui, je me suis rappelé un entretien qui remonte à l\u2019automne de 1943.J\u2019étais allé visiter la Société de Réhabilitation, récemment fondée, dans le but d\u2019écrire un documentaire pour Relations.Le directeur de l\u2019œuvre, feu M.l\u2019abbé Simon Perreault, homme audacieusement actif que d\u2019aucuns, semble-t-il, trouvaient trop entreprenant, me pria de rencontrer son évêque afin de connaître par mon entremise ses sentiments sur la Société.Piloté par un séminariste qui ne doutait de rien, j\u2019eus la hardiesse de me présenter pour l\u2019entrevue à une heure où Mgr Desranleau n\u2019avait pas l\u2019habitude de recevoir.Le premier contact fut froid.Le mot enquête, employé candidement et dans un sens très large, n\u2019améliora pas la situation.\u2014 Savez-vous qu\u2019il existe telle chose que la hiérarchie ecclésiastique et qu\u2019on ne fait pas d\u2019enquête dans un diocèse sans la permission de l\u2019évêque ?\u2014 Excellence, le mot enquête est sans doute un peu ambitieux; il s\u2019agit simplement d\u2019un voyage d\u2019études destiné à présenter aux lecteurs de Relations une œuvre sociale digne d\u2019intérêt.\u2014 Bien! Vous voyez Relations sur mon bureau.J\u2019apprécie beaucoup la revue.La douche froide était finie.Elle n\u2019avait duré qu\u2019une couple de minutes.Je pus rapporter à M.l\u2019abbé Perreault cette affirmation qui campait bien celui qui la prononçait: « Le champ n'est pas trop vaste quand les besoins existent.» Mgr Desranleau me garda plus d\u2019une demi-heure, causant avec bonhomie et brio sur les problèmes du jour, manifestant aussi ce qui fut la qualité dominante de ce caractère vigoureux: la pensée de Dieu toujours près de son esprit et de son cœur.En me reconduisant à la fin de l\u2019entrevue, il me dit avec bonté et en souriant: « Vous avez une chambre à l\u2019évêché ?Faites votre enquête en paix.» Je ne pus m\u2019empêcher de songer par après que si cet homme, profondément surnaturel, à l\u2019esprit puissant et à la parole facile et claire, avait été habituellement plus souple dans ses contacts, son rayonnement aurait été encore plus grand.Mais plus souple, il n\u2019aurait peut-être plus été lui-même et il aurait probablement eu moins de ces déclarations à l\u2019emporte-pièce où il se montrait le défenseur vibrant du faible et le dénonciateur intransigeant des défauts de la société.Les puissants ne l\u2019aimaient guère.Les humbles le portaient dans leur cœur.« Un homme extraordinaire, écrit M.O\u2019Neill, il l\u2019a été.Un travailleur acharné qui a bûché jusqu\u2019à la fin.Il pratiquait une grande brèche et passait dedans.On aurait dit qu\u2019il plantait des obstacles sur sa route pour se payer le plaisir de les déplanter ensuite! Un prêtre qui n\u2019a cessé de voir un seul but dans le monde: le Christ! Et avec lui, évidemment, l\u2019Église qu\u2019il aura aimée de toute la force de son corps et le Pape dont il a souvent parlé et auquel il était attaché comme à un frère de sang.» Il est facile d\u2019imaginer que le Christ, dont l\u2019infinie sagesse connaît et comprend la complexité des tempéraments des hommes, a reçu avec bonté cet archevêque à la foi intrépide, complètement donné à l\u2019Église et au Pape.A.P.184 Le P.Ceslas Rutten Un grand apôtre de la doctrine sociale de l\u2019Église, un ami sincère et dévoué de la classe ouvrière, un conseiller judicieux des plus hautes autorités religieuses et civiles de son pays, le R.P.Ceslas Rutten, O.P., rendait son âme à Dieu le 26 mai dernier, à Bruxelles.Agé de 77 ans, il eut une existence longue et féconde.Jeune religieux, désireux de bien connaître la situation ouvrière, il revêt l\u2019habit du mineur et partage ses travaux.Ce fut le début d\u2019une carrière vouée presque tout entière au service des travailleurs.Secrétaire général, durant de nombreuses années, de la Fédération des Syndicats ouvriers chrétiens, il devint en quelque sorte l\u2019âme de leur mouvement.Au début de la guerre de 1914, l\u2019épiscopat belge envoie le P.Rutten tendre la main aux catholiques du Canada et des États-Unis.Ceux-ci en profitent pour se mettre à son école.Les prêtres et les laïcs qui eurent alors l\u2019avantage de l\u2019entendre à Montréal n\u2019ont pas oublié ses Leçons pratiques d\u2019Action sociale catholique, dont le résumé parut dans la collection de l\u2019École Sociale Populaire.Appelé en 1921 par la confiance du gouvernement belge à siéger au Sénat, l\u2019actif religieux mit, durant vingt-cinq ans, sa science et son expérience au service de son pays dans l\u2019étude et la solution des problèmes sociaux.Il nous reste de lui deux ouvrages de valeur: la Doctrine sociale de l'Église, résumant les encycliques Rerum novarum et Quadragesimo anno, et surtout un Manuel d'étude et d'action sociale chrétienne, livre précieux surtout pour les prêtres.J.-P.A.Quand comprendrons-nous?Les élections communales dans la moitié de l\u2019Italie ont prouvé, entre autres, deux choses.La première, que l\u2019Italie court un danger mortel; la seconde, que le Canada ne s\u2019intéresse ni peu ni prou à ce qui s\u2019y passe.Et ce ne sont pas là les remarques d\u2019un viveur attablé à l\u2019hôtel Excelsior de Rome ou étendu sur une plage de Capri.Bien que le parti de M.de Gasperi ait obtenu la majorité des sièges et gardé Rome, il ne faudrait pas oublier que le nouveau Movimento Sociale Italiano, allié au parti monarchiste, a emporté les villes de Naples, Bari, Foggia, Salerne, Avellino, Bénévent, et que les communistes gouvernent Ferrare, Rieti, Terni, Aoste, Pérouse.Le fait central, le voici: les démocrates chrétiens ont perdu beaucoup de terrain.Expliquer les gains étonnants du bloc de droite uniquement par une espèce de nostalgie pour la dictature de Mussolini et la maison de Savoie, c\u2019est chercher des explications toutes faites et exonérer l\u2019Ouest pour sa politique de tâtonnements et d\u2019atermoiements.Ignorer que le vote pour la droite est autant un vote antianglais et antiaméricain qu\u2019anticommuniste, c\u2019est, à notre avis, jouer à l\u2019autruche politique.L\u2019avance des communistes est encore plus inquiétante.L\u2019Italie est pleine de communistes, bien sûr! Deux millions, bien sûr! Malgré les avertissements et les excommunications, bien sûr! Il serait plus utile de se demander à qui la faute.Aux Russes, sans doute, et à Karl Marx, et, plus encore, à tous ces « libéraux » ni chair ni poisson et à ces richards, honte de l\u2019Italie, qui s\u2019opposent à la réforme agraire et s\u2019entendent comme pas un à frauder le fisc.Mais la faute est aussi à nous, car les causes qui mettent le désespoir au cœur de millions de chômeurs italiens et qui les font « voir rouge » sont toujours là: pas d\u2019espace et pas de matières premières.M.de Gasperi aura beau vivre sobrement jusqu\u2019à la fin de ses jours et ne pas bouder à la besogne, il ne pourra jamais, fût-ce par la plus radicale des réformes agraires, augmenter d\u2019un seul hectare la superficie RELATIONS de l\u2019Italie ni transmuer les carrières de marbre en mines d\u2019uranium.Bref, il est impossible à l\u2019Italie de régler toute seule son problème.Quand donc le comprendrons-nous ?Il est vrai que II Quotidiano (20 mai), le grand journal catholique de Rome, a reproduit en toute première page un éditorial de Y Ensign, « Rome in danger », mais en général ni notre grande presse, sauf quelques exceptions, ni notre population ne s\u2019intéresse, d\u2019assez près, au problème italien.Et si les émissions de la section italienne du service européen de Radio-Canada, et en particulier les Rassegne, ont reflété pendant les élections récentes les directives de notre ministère des Affaires extérieures, alors, même notre gouvernement n\u2019a pas encore compris que les affaires de l\u2019Italie, un des membres de l\u2019OTAN pourtant, sont nos affaires.Des élections nationales auront lieu en Italie le printemps prochain.Gouverner, c\u2019est prévoir, et non pas, à la dernière minute, sonner de la trompette, battre du tambour, ou bombarder l\u2019Italie, du haut d\u2019un avion, avec des images de Fort Knox ou de la Banque du Canada.L.d\u2019A.Après vingt ans Les officiers de l\u2019U.C.C.ont noblement rendu hommage au R.P.Léon Le-bel, S.J., leur aumônier de vingt années.De 1929 à 1934, il y était homme à tout faire; de 1937 à 1952, les bureaux mieux organisés se tiraient bien d\u2019affaire tout seuls.M.Beaudin a parfaitement condensé en deux mots: Étude et Charité, la carrière du propagandiste par la parole, la plume et la bonne humeur.Au début, l\u2019U.C.C.n\u2019était pas vigoureuse, et le titre officiel jésuitique de moderator n\u2019obligeait certes pas à modérer.Ce n\u2019était pas rien que de remuer la masse rurale, de la faire étudier, de lui faire accepter l\u2019épargne, les caisses, l\u2019établissement des jeunes et la coopération à la manière du Boerenbond.Pour y arriver, le Père créa les cours à domicile, les équipes d\u2019étude, le Guide pour les dirigeants; il poussa l\u2019U.C.F.et le culte de saint Isidore.Le P.Lebel ne fut pas un briseur de vitres ni un anti ci ou ça, mais un constructif, pas emballé, pas flamboyant, pas bousculant: sa pipe et son pas de sénateur rassuraient tout le monde.La plus belle plume à son chapeau, tout de même, demeurera le succès des allocations familiales, qu\u2019il a révélées à l\u2019attention des gouvernants.Et puis, si l\u2019U.C.C.n\u2019englobe pas tous nos Vintellectuel devant le message du Christ\u2014II Marcel CLÉMENT UN PREMIER ARTICLE a exposé la première des trois difficultés principales qui peuvent dégénérer en conflits et que l\u2019intellectuel doit résoudre, au secret même de la vie intérieure, s\u2019il veut rester fidèle à sa mission.C\u2019était le conflit de la foi et de la science.Il reste à exposer le conflit de la prière et de la pensée et le conflit de l\u2019humilité et du savoir.LE CONFLIT DE LA PRIÈRE ET DE LA PENSÉE Le sujet n\u2019est pas nouveau.C\u2019est en quelque façon le dialogue de Marthe et de Marie, de la contemplation cultivateurs, et si le nombre des fermes québécoises a diminué, ce n\u2019est pas de sa faute.Les péchés d\u2019omission sont ailleurs.Al.D.Place au françaisl Le IIIe Congrès de la Langue française, qui vient de se terminer et dont nous parlerons dans notre prochain numéro, obtiendra-t-il que le français prenne la place qui lui appartient dans une province aussi française que le Québec ?Et d\u2019abord, ne devrait-on pas nous débarrasser de toutes les émissions radiophoniques dans lesquelles, sous prétexte de couleur locale ou de réalisme, les interprètes de dialogues et de chansons souillent la pureté de notre langue ?Et puis, qu\u2019est-ce qu\u2019on attend pour forcer les compagnies de chemin de fer à ne mettre en fonction dans les trains que des percepteurs (et non des conductors) et des hommes de service (et non des train men) parfaitement bilingues, ce qui veut dire capables de comprendre et de parler convenablement le français \u2014 ce n\u2019est pas le cas actuellement.Toutes les affiches dans tous les trains doivent se lire en français comme en anglais; ce n\u2019est pas le cas, non plus, actuellement.Il est inadmissible qu\u2019en approchant de la ville de Saint-Jean on n\u2019entende crier que St.John's.Moins admissible encore qu\u2019un percepteur de billets, dans le train qui mène de Montréal à Ottawa, se déclare avec morgue incapable de parler français, mais fier de s\u2019exprimer en italien ou en allemand.Dans les services municipaux, comme celui du transport en commun, on ne devrait plus tolérer que les casquettes des inspecteurs ne portent que le mot anglais inspector.Les noms des rues et leurs abréviations, il faut qu\u2019on puisse les lire en français sur les tramways et les autobus.Par conséquent, effaçons le blvd.anglais; écrivons bout., puisque c\u2019est l\u2019abréviation française de boulevard; et si on abrège le mot saint dans un nom de rue, de village ou de ville, que ce soit à la française (St-Laurent, avec un trait d\u2019union sans point) et non de façon bâtarde (St.Laurent, qui n\u2019est ni français ni anglais).Les professeurs et les institutrices de nos écoles, collèges et couvents se sentent-ils suffisamment émus devant la pitié de la langue parlée et même écrite de leurs élèves ?Que le IIIe Congrès de la Langue française réveille pour de bon les responsabilités endormies! M.-J.d\u2019A.M.Clément, écrivain et professeur, termine l'étude qu'il a commencée en mai dernier; il invite les intellectuels à résoudre dans la prière et l'humilité les problèmes que posent au chrétien la science et la pensée.et de l\u2019action.Mais nous entrons ici très avant dans la vie intérieure de l\u2019intellectuel pour accéder à des horizons inhabituels aux paysages classiques de l\u2019intellectualisme contemporain.Il y a des âmes pour lesquelles la prière est une obligation sinistre, un verbalisme exigeant et vide; le chapelet, un mécanisme abêtissant.Celles-là mettent la pensée plus haut que la prière, et il ne faudrait pas les presser beaucoup pour leur faire avouer que le besoin de prier est un aveu de faiblesse humaine, sinon même le symptôme alarmant d\u2019une insigne pauvreté intellectuelle.Pour eux la prière est chose vide; la pensée, chose pleine.La prière, attitude stérile; la pensée, disci- JUILLET 1952 185 pline efficace.La prière, mécanisme utopique; la pensée, jaillissement réaliste.Toutes ces convictions ne sont pas formulées.Elles baignent vaguement les intelligences.Elles sont particulièrement nettes chez les esprits qui, ne priant jamais, ont la certitude qu\u2019ils pensent beaucoup.Par un déplorable retournement, il est aussi arrivé que des âmes sincèrement ferventes aient confondu dans une même réprobation l\u2019activité intellectuelle et ses déviations possibles.Ces âmes se sont senties plus ou moins propriétaires de la vraie religion et ont pu, involontairement d\u2019ailleurs et par leur seule attitude, détourner des chemins de la vie surnaturelle les artisans résolus de l\u2019avenir de l\u2019intelligence.Nous constatons, somme toute, à propos de la prière et de la pensée, ce que nous avons observé à propos de la foi et de la science.Oubliant que la vérité est toujours le point de rencontre de deux aspects, que l\u2019impuissance de l\u2019intelligence discursive a tendance à opposer, l\u2019esprit du siècle a fait de la foi une spécialité et qui varie « en fonction inverse » du développement de la science.De même, l\u2019esprit du siècle incite à penser que la prière et la pensée sont deux activités antinomiques qui s\u2019excluent aussi naturellement l\u2019une l\u2019autre que la lumière exclut l\u2019obscurité, et qu\u2019il est donc impossible de se tourner résolument vers l\u2019une sans, par le fait même, tourner le dos carrément à l\u2019autre.L\u2019intellectuel catholique ne pouvait pas ne pas être victime, au moins partiellement, de cette façon de voir les choses.Par vocation, en effet, son attention est concentrée sur la joie intérieure, le prestige social et la fécondité réelle qui font de la pensée l\u2019un des dieux de la cité moderne \u2014 qui veut, comme l\u2019on sait, une cité non pas chrétienne, mais libre.1.\tCar il y a une joie intérieure à penser, pour celui qui s\u2019y sent appelé, comme il y a une joie à exercer toute faculté suffisamment assouplie.Cette joie est d\u2019autant plus profonde qu\u2019elle occupe tout le champ de la conscience durant le temps de son exercice, ce que ne fait pas la joie de l\u2019exercice simplement corporel.La joie de penser tient à la noblesse même de l\u2019intelligence qui s\u2019y livre, et qui prend par le fait conscience d\u2019elle-même, de sa souplesse, de son étendue, de sa profondeur.Pour l\u2019intellectuel, la tentation est donc forte de préférer la pensée à la prière.Autant la première a d\u2019attraits naturels, autant, comme disent les mystiques, elle offre de « consolations », autant l\u2019autre semble, vue de loin, vide, aride et toute faite de sécheresse.Pour surmonter la tentation, il faut que l\u2019intellectuel accepte le risque que comporte une telle situation.Qu\u2019il se retourne totalement vers Dieu, non par un rite formaliste ou une croyance à demi superstitieuse, mais par une conversion de l\u2019intelligence et de la vie.Que sa prière soit une confiance filiale envers les Trois Personnes divines, et donc une démission totale de l\u2019orgueil de la propre pensée repliée sur elle-même et livrée à elle- 186 même.Que sa prière soit un abandon sans réserve à la Vierge Marie, qui, parce qu\u2019elle est la Mère du Christ, est bien réellement le Siège de la Sagesse.2.\tEt il y a un prestige social à penser.L\u2019homme qui semble aux autres hommes capable de tirer de son propre fonds fiction, découverte, maxime ou poème n\u2019est pas mécontent de voir ses semblables lui prodiguer, au moins par convention ou bienséance, quelques-uns de ces compliments qui chatouillent l\u2019amour-propre.Aussi cette soif de gloire incline-t-elle à ne rien devoir qu\u2019à soi seul.Une honte toute littéraire ne s\u2019attache-t-elle pas à ceux qui se rendent coupables de plagiat ?« L\u2019honnêteté intellectuelle » se met alors de la partie: il n\u2019est pas question de « voler » les autres, sans le dire! Il n\u2019est pas utile de les copier en le disant.Il ne reste donc qu\u2019une solution: dire autre chose que les autres, pour donner au public la garantie d\u2019originalité dont il est si friand.La philosophie de l\u2019intellectuel sous ce rapport est tout à fait celle de Cyrano: « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul.» Pour l\u2019intellectuel, la tentation est donc forte de s\u2019écarter d\u2019une attitude de prière, de genoux fléchis en terre et de mains jointes vers le ciel, qui doit normalement le conduire à demander à Dieu de l\u2019éclairer et de le conduire dans les démarches de son intelligence, sinon même à demander à l\u2019Église des directives, des garde-fous, et jusqu\u2019à une inspiration.Comment alors garder pour soi, et même espérer ces hommages, agréables comme l\u2019encens, qui ne montent que vers celui qui a décidé de « ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul » ?Pour surmonter la tentation, il faut, là encore, que l\u2019intellectuel accepte le risque total de la situation et qu\u2019il fasse confiance à Dieu pour tout.Qu\u2019il lui rende d\u2019abord la gloire qui lui est due, car la tentation par excellence de l\u2019intellectuel est de se faire « voleur de gloire ».(L\u2019intellectuel est un terrible consommateur de gloire, et son appétit s\u2019aiguise d\u2019autant plus vivement que l\u2019on s\u2019efforce de le nourrir plus honnêtement.) Enfin, qu\u2019il accepte de penser et d\u2019agir non pas pour sa propre gloire, mais pour faire la volonté du Père, et donc, pour répondre aux besoins réels de son époque et de son pays.Qu\u2019il s\u2019enrichisse de toutes les certitudes que l\u2019Église impose à son intelligence, non pour la contraindre ou la limiter, mais pour la libérer fondamentalement des erreurs qui la sollicitent et la dégager des limites si étroites des instincts et des passions humaines.3.\tEnfin, la pensée est d\u2019une fécondité réelle, et, par là encore, elle risque de détourner l\u2019esprit de la prière.La fécondité de la pensée s\u2019observe au terme d\u2019un effort dont l\u2019intellectuel est lui-même acteur.Il est donc tenté de croire que c\u2019est la pensée qui est la formule par excellence de la fécondité intellectuelle.Qu\u2019est-ce donc que la prière pourrait lui apporter ?N\u2019est-elle pas une perte de temps pour celui qui est apte à penser ?Pauvres petits humains que nous sommes, qui acceptons de dia- RELATIONS loguer avec l\u2019univers pour le connaître, qui acceptons de dialoguer avec nous-mêmes pour penser, mais qui dédaignons de dialoguer avec Dieu, par peur de perdre notre temps! Alors qu\u2019en réalité la prière vraie, la prière vivante de l\u2019intellectuel, \u2014 prière de l\u2019homme tout entier, recours spontané et fréquent d\u2019une intelligence et d\u2019une volonté qui se sont faites toutes souples sous la main du Très-Haut, \u2014 cette prière obtient une nourriture, nourriture vraie pour la pensée \u2014 car Dieu répond.Et pourquoi ne donnerait-il pas ses charismes aux intellectuels, à tous ceux qui jouent, dans le corps social, le rôle que jouent l\u2019intelligence et l\u2019imagination dans le corps humain ?Pourquoi les dons de l\u2019Esprit Saint ne se répandraient-ils pas sur le médecin ou sur l\u2019avocat, sur l\u2019architecte ou sur l\u2019agronome, sur le journaliste ou sur le professeur?Et pourquoi de tels dons ne se répandraient-ils pas avec une abondance si vive, une effusion si certaine que l\u2019activité même de l\u2019intelligence en serait transfigurée, que les dons naturels en seraient comme incompréhensiblement perfectionnés ?Cela revient à dire, en somme, que l\u2019intellectuel doit être non un demi-chrétien dans sa vie et dans ses mœurs, mais un chrétien total, s\u2019étant peu à peu dégagé des appels de la triple concupiscence, et qu\u2019à un certain moment le perfectionnement même de son activité intellectuelle dépendra de sa fidélité et de son amour pour la Sagesse étemelle et incarnée, qui est personne vivante, invisible mais intimement présente: Jésus-Christ.LE CONFLIT DE L\u2019HUMILITÉ ET DU SAVOIR Une fois réconciliées dans l\u2019unité même de la vérité, la foi et la science, la prière et la pensée, il est plus facile de résoudre le problème que pose le dialogue de l\u2019humilité et du savoir.1.\tCe dialogue peut prendre les allures d\u2019un conflit.Car il est facile de voir que l\u2019âme humble se tient devant Dieu comme celle qui ne sait rien.Et plus elle avance, plus elle comprend son propre néant en face de l\u2019immensité de son Créateur et de son Seigneur.L\u2019intellectuel est tenté de s\u2019affirmer comme celui qui sait \u2014 comme un savant.Parfois même comme un sage.Il peut arriver que l\u2019on s\u2019adresse à lui comme à une autorité.Il met donc sa valeur et son importance dans son savoir.Son humilité risque d\u2019en souffrir.Ici encore, la solution du conflit vient de la préférence qu\u2019il faut accorder à Dieu et non aux hommes.C\u2019est en préférant la foi qu\u2019on peut acquérir véritablement la science.C\u2019est en préférant la prière qu\u2019on peut étendre et approfondir véritablement la pensée.C\u2019est en préférant l\u2019humilité qu\u2019on peut développer, dans toutes ses dimensions, le savoir.Il s\u2019agit, en définitive, pour l\u2019intellectuel, de se mesurer essentiellement par rapport à Dieu \u2014 et accidentellement par rapport aux hommes.C\u2019est un coup de l\u2019orgueil humain de nous inciter de préférence aux comparaisons qui nous flattent, et de nous détourner, discrètement mais efficacement, des comparaisons qui nous abaissent.2.\tDeux sortes d\u2019orgueil menacent l\u2019intellectuel.D\u2019une part, celui-là même qui tente tout homme de ne pas humilier son jugement et sa volonté devant le Seigneur, maî,tre de l\u2019univers.Et, d\u2019autre part, un orgueil plus subtil, teinté d\u2019une pose artistique, ou théâtrale, ou scientifique: l\u2019orgueil de caste.Molière en a eu l\u2019intuition très perspicace, qu\u2019il a exprimée dans les Femmes savantes et les Précieuses ridicules.C\u2019est la satisfaction béate, l\u2019ivresse permanente, pour mieux dire, d\u2019appartenir à un milieu marqué d\u2019un talent particulier, d\u2019une science qui autorise à mépriser quelque peu ceux qui ne l\u2019ont pas \u2014 et à se faire admirer d\u2019eux.Les milieux d\u2019artistes, depuis les belles années de la Vie de bohème, ont réalisé de véritables « performances », vestimentaires et autres, dans ce domaine.Certaines coupes de cheveux, et de barbe aussi, semblent jouer un rôle de toute première importance dans la quête du talent.L\u2019orgueil de caste, la « pose » intellectuelle ne seraient que ridicules s\u2019ils n\u2019étaient que superficiels.Il n\u2019en est pas toujours ainsi.Un Gide a incarné un type de pose intellectuelle qui corrompt l\u2019âme jusqu\u2019au tréfonds.Il a posé pour sa propre satisfaction, s\u2019est peint en pied dans son Journal pour jouir de soi et offrir son refus en pâture aux autres.Il a campé, jusqu\u2019à toucher au « type », l\u2019intellectuel individualiste.Un Jolliot-Curie, dans un autre style, a campé un type d\u2019intellectuel antifasciste assez réussi.Grand savant, porteur d\u2019un nom illustre, il a jeté tout le poids de sa science et de sa célébrité dans la balance du communisme.Mais, là encore, on détecte la pose, la réalisation d\u2019une attitude à la mode, celle de l\u2019intellectuel engagé.3.\tParmi les catholiques, les intellectuels ne se sont pas toujours défendus de ce genre de péril.C\u2019est une tentation très forte que de poser à l\u2019intellectuel auprès de ceux qui ne le sont pas.Ces espèces de moules socio-logiques, qui dépersonnalisent celui qui s\u2019y livre, sont beaucoup plus dangereux qu\u2019on ne le croit.Ils enseignent à se regarder vivre en intellectuel au lieu de vivre intellectuellement en contemplant la Sagesse étemelle.Car c\u2019est bien dans cette contemplation que l\u2019on peut découvrir, jour après jour, la solution vivante de ce conflit (qui peut être douloureux) de l\u2019humilité et du savoir.Le Christ, \u2014 qui est la Sagesse, le Verbe, la Parole, \u2014\tle Christ Jésus ne s\u2019est pas présenté aux hommes dans l\u2019uniforme réglementaire d\u2019un intellectuel.Il ne s\u2019est pas occupé d\u2019abord des intellectuels.Il a réclamé avec insistance qu\u2019on laisse venir à lui les petits enfants \u2014\tque les grandes personnes écartaient de son passage.Et de fait, si le Christ avait parlé comme un intellectuel, il aurait fallu qu\u2019il dise aux ignorants, aux enfants, aux malheureux: « Si vous ne devenez comme l\u2019un de ces JUILLET 1952 187 intellectuels, vous n\u2019entrerez pas dans le royaume de Dieu.» Nous sentons bien que c\u2019est là la tentation des docteurs de la Loi.Ils voulaient un Christ qui aurait sauvé, par priorité de nature, les docteurs de la Loi.Et la tentation des intellectuels de tous les temps \u2014 même catholiques \u2014 n\u2019est-elle pas du même ordre ?Elle incline à se prêter une importance et une valeur, non pas dans le plan de Dieu, où l\u2019humilité remet chaque chose à sa place, mais dans un plan imaginaire, où l\u2019intelligence aurait, comme par elle-même, vertu de rédemption.Au terme de ces considérations, la seule conclusion totalement satisfaisante consiste à inviter l\u2019intellectuel à se laisser ravir par la Vierge, Sedes Sapientiae, pour recevoir d\u2019elle cette humilité dans laquelle seule peut se complaire la Sagesse.Et non pas cette humilité qui nous rendrait puérils ou ridicules aux yeux des hommes droits, \u2014 cette humilité de mièvrerie justement décriée, \u2014 mais l\u2019humilité profonde, qui rend, en face de la Sagesse elle-même, semblable à ces petits enfants que le Seigneur montrait aux intellectuels de son temps comme les modèles par excellence de ce qui constitue l\u2019attitude fondamentale des fils de Dieu: la confiance sans réserve.LES ÉCOLES SÉPARÉES D'ONTARIO \u2014 IX LES CATHOLIQUES ONTARIENS ET L\u2019ENSEIGNEMENT SECONDAIRE Albert PLANTE, S.J.DANS LES MILIEUX URBAINS, les catholiques ontariens voient leurs écoles élémentaires aux prises avec un problème difficile: l\u2019insuffisance des ressources financières.Cette insuffisance, on l\u2019a vu, disparaîtrait par une répartition équitable des taxes des corporations et par un plan de subventions gouvernementales qui tiendrait compte, comme c\u2019est le cas dans les localités moins populeuses, du rapport entre la fréquentation scolaire et l\u2019évaluation.Si important soit-il, ce problème financier occupe le deuxième rang dans les préoccupations des catholiques; le problème capital, c\u2019est celui de l\u2019enseignement secondaire.En Ontario, le cours secondaire, qui commence après la huitième année du cours primaire, est couronné, après quatre ans, par le brevet d\u2019immatriculation junior, et, après cinq ans, par le brevet d\u2019immatriculation senior.Celui-ci donne accès aux facultés universitaires et à l\u2019École normale.Le baccalauréat ès arts n\u2019est exigé que des candidats au College of Education (École de pédagogie) qui sert à la formation des professeurs de l\u2019enseignement secondaire.Pour obtenir le baccalauréat, il faut s\u2019inscrire au cours des arts d\u2019une université, ce cours étant de quatre ou de cinq ans, selon que l\u2019élève a son brevet d\u2019immatriculation senior ou junior.L\u2019enseignement secondaire officiel est non confessionnel.Il ne comporte donc pas, comme le degré primaire, des écoles confessionnelles, dites publiques, et des écoles séparées qui, tout en étant confessionnelles, 188 sont reconnues par le gouvernement.Il y a une exception pour les deux premières années.Dans les localités où il n\u2019y a pas de high school, les commissions d\u2019écoles primaires, publiques et séparées, doivent organiser la neuvième et la dixième année; dans les localités où il y a un high school, l\u2019obligation n\u2019existe pas, mais le pouvoir demeure.On comprend que plusieurs commissions d\u2019écoles séparées se soient prévalues d\u2019une législation qui leur procure l\u2019inestimable avantage de prolonger de deux ans l\u2019enseignement confessionnel, soutenu par les taxes des contribuables catholiques et les octrois du gouvernement.Dans les milieux homogènes au point de vue catholique, il arrive que le high school donne, en pratique, satisfaction aux parents, les professeurs catholiques pouvant y maintenir une atmosphère adaptée à la foi des écoliers.Ajoutons que beaucoup d\u2019institutions catholiques donnent le cours secondaire officiel.L\u2019impossibilité de pousser l\u2019enseignement confessionnel officiel plus loin que la dixième année, ainsi que l\u2019obligation de payer la taxe pour les high schools, même quand les enfants fréquentent soit une neuvième ou une dixième année dépendant d\u2019une commission d\u2019écoles primaires séparées, soit une institution privée, voilà qui explique que YOntario Catholic Education Council a pu déclarer dans son second mémoire à la Commission Hope, en novembre 1946, que l\u2019enseignement secondaire constituait un problème encore plus sérieux que celui des difficultés financières, pourtant si fortes dans les milieux urbains.RELATIONS Les luttes importantes qui aboutirent à la loi Scott de 1863, protégée par le paragraphe premier de l\u2019article 93 de l\u2019Acte de 1867, s\u2019occupèrent peu du secondaire.Deux causes expliquent ce fait, remarque l\u2019appendice historique au rapport minoritaire des quatre membres catholiques de la Commission Hope: 1° les écoles secondaires de l\u2019époque ne ressemblaient guère à celles d\u2019aujourd\u2019hui, et l\u2019on estimait que les écoles communes \u2014 c\u2019est-à-dire les écoles élémentaires \u2014 donnaient une formation générale suffisante; 2° le gouvernement accordait une aide financière substantielle aux collèges catholiques.Au sujet de la première de ces causes, il semble bien que les écoles élémentaires en vinrent à donner une instruction plus poussée que la plupart des écoles secondaires, représentées alors par les grammar schools, établies dès 1807 \u2014 neuf ans avant la première législation sur les écoles communes \u2014 et destinées originairement aux enfants des classes privilégiées; en 1867, sur les 380,511 enfants, entre cinq et seize ans, fréquentant l\u2019école, 5,696 seulement allaient aux grammar schools.(Voir d\u2019intéressants témoignages dans le volume Report of the Royal Commission on Education in Ontario, 1950, pp.874-878.) Une preuve que les grammar schools d\u2019alors et les high schools d\u2019aujourd\u2019hui ne sont pas identiques, c\u2019est, souligne encore l\u2019appendice historique, l\u2019affirmation faite par Ryerson, en 1850, que les commissaires d\u2019écoles communes pouvaient établir des écoles primaires, intermédiaires et secondaires.Aussi importante que cette affirmation du surintendant de l\u2019Éducation, et d\u2019autant plus intéressante qu\u2019elle est antérieure de quelques mois seulement à la Confédération, se trouve être une déclaration du journal officiel du département de l\u2019Éducation, où il est dit que « toutes les facilités légales » existaient « pour l\u2019établissement dans toute la province d\u2019écoles secondaires de filles », la loi permettant aux commissaires d\u2019écoles communes de déterminer le genre d\u2019écoles.Le cours secondaire fut réorganisé en 1871.La nouvelle loi amena une distinction plus nette entre les cours primaire et secondaire.Cette distinction ne fut pas établie partout avec la même célérité.Mais le jour vint où elle fut exigée rigoureusement.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1915, le sous-ministre de l\u2019Éducation avertit le secrétaire de la Commission des écoles séparées de Dublin (Ont.) que les règlements ne permettaient à aucune commission, soit d\u2019écoles publiques, soit d\u2019écoles séparées, de donner des cours après la dixième année, le Continuation Schools Act, le High Schools Act et le Board of Education Act réglant amplement la question de l\u2019enseignement secondaire au delà de cette dixième année.The crack-down began in 1915, note avec tristesse l\u2019appendice historique.Cette courte phrase exprime la grave portée qu\u2019avait pour les catholiques l\u2019avertissement du sous-ministre.Si la réorganisation du secondaire ne comportait aucun problème pour les écoliers protestants, qui passaient d\u2019une école non confessionnelle à une autre, il en allait tout autrement pour les catholiques.Une cause type allait, quelques années plus tard, porter l\u2019affaire devant les tribunaux.C\u2019est le cas Tiny, canton du comté de Simcoe.Les demandeurs affirmaient qu\u2019ils avaient le droit de s\u2019occuper de l\u2019éducation de leurs enfants à tous les degrés du secondaire, et que tout règlement contraire à ce droit était ultra vires.Le 13 mai 1926, M.le juge Rose, de la Cour suprême d\u2019Ontario, rendait un jugement défavorable.Les catholiques allèrent à la Cour suprême du Canada.La cause fut rejetée, mais sur division égale des juges.M.le juge en chef Francis Anglin se prononça en faveur des demandeurs; d\u2019après lui, toute loi ou tout règlement qui porteraient atteinte à la liberté éducationnelle dont jouissaient légalement les écoles confessionnelles au moment de la Confédération, ou qui tendraient à restreindre la période d\u2019âge scolaire reconnue alors légalement pour les enfants fréquentant les écoles catholiques ou protestantes, porteraient atteinte à un droit ou à un privilège dont bénéficiaient les demandeurs en tant qu\u2019ils faisaient partie d\u2019un groupe confessionnel.Soulignons que la loi Scott de 1863 n\u2019avait aucunement détruit la portée des articles 19 et 13 de la Loi des écoles communes de 1850.L\u2019article 19 autorisait l\u2019établissement d\u2019écoles séparées; l\u2019article 13 disait qu\u2019il était du devoir des commissaires \u2014 les commissaires catholiques n\u2019étaient pas exclus \u2014 de permettre à tous les ressortissants d\u2019un district scolaire de fréquenter l\u2019école entre cinq et vingt et un ans.Portée devant le Conseil privé de Londres, la cause fut définitivement rejetée le 12 juin 1928.L\u2019affirmation qu\u2019avait faite devant la Cour suprême du Canada l\u2019avocat du défendeur, W.N.Tilley, à savoir que la cause devait être jugée non d\u2019après les faits historiques, mais d\u2019après les termes précis de la loi, fut reprise par le vicomte Haldane, qui, en communiquant le jugement du Conseil privé, déclara que celui-ci était tenu simplement d\u2019interpréter la loi, quelles qu\u2019aient été les données de l\u2019histoire; or la loi, affirmait-il, contrairement à l\u2019opinion du juge Anglin, laissait au Conseil de l\u2019Instruction publique de l\u2019époque toute la latitude voulue pour déterminer la nature et l\u2019extension des cours dans chaque école séparée qui n\u2019était « qu\u2019une forme spéciale d\u2019école commune ».Passer des règlements restrictifs au sujet de l\u2019enseignement secondaire confessionnel n\u2019était pas, d\u2019après le Conseil, abolir les écoles séparées.(It is indeed true that power to regulate merely does not imply a power to abolish.) Ces règlements restrictifs « peuvent être dans le cours ordinaire des choses quand un système national d\u2019éducation a atteint un certain degré de développement ».On comprend ce mot de l\u2019appendice historique au rapport minoritaire: Viscount Haldane proceeded to lay down his now famous judgment of « regulation but not abolition».Le Conseil privé paraissait d\u2019ailleurs trouver que son interprétation strictement légale pouvait laisser place à de l\u2019injustice, car, sans être d\u2019avis qu\u2019il y avait JUILLET 1952 189 eu infraction à l\u2019article 93 de l\u2019Acte de 1867, il disait aux demandeurs qu\u2019ils pouvaient en appeler de la législation provinciale au gouverneur général en conseil, en vertu du paragraphe troisième dudit article.Perspective rassurante après les recours inutiles de 1871, 1877, 1890, 1893 et 1916, dont il a été question à la fin du septième article! Le légalisme l\u2019emportait sur le précédent et le droit naturel.Sur le précédent, car, nous l\u2019avons vu, les catholiques ontariens n\u2019eurent pas à lutter avant la Confédération pour obtenir des écoles secondaires et confessionnelles, tant à cause de la situation des grammar schools de l\u2019époque que de la grande latitude laissée aux commissaires d\u2019écoles communes.Le légalisme triomphait aussi du droit naturel, sur lequel reposent solidement les réclamations des catholiques en faveur des écoles secondaires confessionnelles.On conçoit facilement la stupéfaction des catholiques quand le rapport majoritaire de la Commission Hope recommanda le système scolaire 6-4-3 ; le cours primaire de huit ans et le cours secondaire de cinq ans étaient divisés en trois stades: un cours élémentaire de six ans, un cours secondaire de quatre ans et un cours postsecondaire de trois ans.La stupéfaction des catholiques ne venait pas de la nouvelle répartition considérée en elle-même, mais du fait que cette répartition ne laissait aux commissions d\u2019écoles primaires que les six premières années, alors que leur juridiction actuelle atteint les huit années du cours élémentaire et les deux premières années du cours secondaire.L\u2019enseignement confessionnel recevait un très dur coup.C\u2019était l\u2019une des deux plus dangereuses recommandations de la Commission, l\u2019autre concernant la suppression de l\u2019École normale de l\u2019Université d\u2019Ottawa où sont formés les instituteurs et institutrices des écoles bilingues.La recommandation sur le système tripartite comportait pour les catholiques de substantiels avantages financiers, les taxes scolaires devant cesser pour tous les contribuables après les six premières années, les sept autres degrés devant être soutenus uniquement par les taxes des corporations et les octrois du gouvernement.Mais les catholiques paieraient bien cher cet avantage matériel si l\u2019enseignement confessionnel de leurs enfants allait s\u2019arrêter après la sixième année d\u2019école, soit vers l\u2019âge de douze ans.Aussi espèrent-ils vivement que cette recommandation de la Commission Hope ne sera jamais appliquée.Leurs espoirs toutefois ne s'arrêtent pas là.Ils ne seraient pas fidèles à leurs principes s\u2019ils n\u2019avaient pas l\u2019intention d\u2019obtenir un jour la reconnaissance officielle de l\u2019enseignement secondaire confessionnel pour chaque année du cours, une reconnaissance sans mesquinerie, tant au point de vue administratif qu\u2019au point de vue financier.Ils n\u2019ignorent pas qu\u2019il leur faudra de la patience et du temps.Mais ils tiendront.Pour l\u2019enseignement secondaire comme pour les taxes des corporations, ils peuvent apporter à leur gouvernement l\u2019exemple de la province de Québec qui traite sa minorité religieuse avec la plus parfaite équité.CONCLUSION GÉNÉRALE Le but principal de cette série d\u2019articles était de mieux connaître l\u2019histoire des écoles séparées, afin de pouvoir situer le rapport Hope dans sa véritable perspective et de faire intensément nôtres les craintes et les espoirs des catholiques ontariens.Le rapport Hope, disions-nous dans le premier article, semble bien descendre en ligne directe de principes et de faits assez anciens, tout comme l\u2019attitude résolue des catholiques ontariens d\u2019aujourd\u2019hui continue sans doute une longue tradition.On sait mieux maintenant la vérité de cette double affirmation.La législation sur les écoles séparées est tombée et s\u2019est développée dans une terre difficile.La vigueur, parfois fort ombrageuse, du protestantisme ontarien (rappelons-nous George Brown) devait rendre nécessairement ardue la croissance des écoles catholiques.Oublier ce contexte historique, c\u2019est s\u2019exposer à porter sur l\u2019évolution de la législation un jugement rapide qui ne tient pas assez compte de la complexité des réalités humaines.La Providence ne fait pas de miracles sans raison.Elle laisse aux hommes le soin de défendre la vérité; elle les aide et elle leur apprend à savoir arriver à la victoire avec patience et courage.Il est utile de se rappeler que, si les catholiques furent les principaux artisans des gains obtenus et si le vote des représentants du Bas-Canada a facilité l\u2019adoption de la loi Taché de 1855 et de la loi Scott de 1863, les écoles séparées ont eu des amis parmi la majorité protestante.Le fait est à retenir pour les gains qui restent à obtenir.Réalités humaines complexes, avons-nous dit.C\u2019est bien la réflexion qui surgit spontanément en lisant le rapport Hope.S\u2019il ne faut pas craindre de juger sévèrement les recommandations sur les écoles séparées, s\u2019il est légitime de trouver étroits les esprits qui les ont conçues, il est possible de rester bienveillant envers les commissaires.Leur tâche n\u2019était pas facile.Ils reçurent des mémoires hostiles aux écoles catholiques.Nous avons déjà parlé de Y Inter-Church Committee, organisme groupant un ensemble de confessions protestantes.Le Joint Legislation Committee of the Grand Orange Lodges of Ontario eut des déclarations odieusement radicales.Un exemple suffira: The time, we believe, has come for action.We believe the way should be prepared to have but one common primary school system in Ontario \u2014 the Public school system.The changes that have been made since Confederation in the Separate School Act permitting a separate school to be formed without a Public school being created first, as well as all other changes made since 1867, should be ended immediately.(Rapport Hope p.495.) Impressionnés sans doute par des déclarations aussi retentissantes ainsi que par l\u2019attitude de X Inter-Church 190 RELATIONS Committee, agissant de plus dans la ligne de leurs croyances religieuses personnelles et trouvant malheureusement dans l\u2019histoire des arguments en faveur de leur position sur les écoles séparées, \u2014 position moins extrémiste que celle des orangistes, \u2014 les commissaires doivent être jugés à la fois avec sévérité et charité.Leur volumineux rapport, qui contient d\u2019ailleurs de bonnes recommandations, constituera toujours un danger pour les écoles catholiques.Mais aucun gouvernement, croyons-nous, ne sera assez malhabile pour mettre à exécution des recommandations contraires aux intérêts d\u2019un cinquième de la population.En plus de ce facteur électoral, le gouvernement ne peut ignorer que « la Législature et le cabinet sont responsables à la population de l\u2019Ontario, laquelle comprend cette large portion de la population qui n\u2019était pas représentée au sein de la Commission Hope et qui n\u2019a pas fait de recommandations à cette Commission, mais qui désire que toutes les minorités au Canada se sentent protégées autant que possible, non seulement par le texte de la constitution, mais aussi par l\u2019esprit de tolérance et le bon vouloir des majorités » (B.K.Sandwell, Saturday Night, 9 janvier 1951).En présentant le rapport, le premier ministre Frost affirmait qu\u2019il ne liait ni le gouvernement ni la population, et qu\u2019il n\u2019existait pas d\u2019obligation d\u2019y donner suite ni en totalité ni en partie.Cette série d\u2019articles se rapporte aux écoles catholiques, unilingues et bilingues.L\u2019histoire des écoles séparées bilingues exigerait une autre série.Il est encore trop tôt pour écrire cette histoire détaillée dont le règlement XVII fut la phase la plus douloureuse.(On pourra lire l\u2019intéressant documentaire de M.Adélard Chartrand, « L\u2019école française en Ontario », dans Relations, décembre 1942, p.322.) Le chapitre 17 du rapport Hope est consacré aux écoles bilingues.A la fin de mars 1951, l\u2019Association canadienne-française d\u2019Éducation d\u2019Ontario rendait publique une déclaration sur ce chapitre.Après avoir noté sept « admissions précieuses » faites par la Commission au sujet de l\u2019enseignement du français, elle s\u2019inscrivait en faux contre le jugement défavorable porté sur l\u2019efficacité des écoles bilingues, s\u2019opposait fortement à la recommandation d\u2019abolir l\u2019École normale de l\u2019Université d\u2019Ottawa, s\u2019opposait non moins énergiquement au double directorat, \u2014 un directeur de l\u2019enseignement du français et un directeur de l\u2019enseignement de l\u2019anglais, \u2014 la formule actuelle d\u2019un seul directeur canadien-français constituant la meilleure façon de coordonner le travail de l\u2019enseignement bilingue à tous les degrés; elle protestait, de plus, contre les nouvelles modalités recommandées pour la reconnaissance des écoles séparées bilingues.Elle terminait ainsi sa déclaration: « L\u2019Association d\u2019Éducation renouvelle sa détermination de travailler de toutes ses forces à l\u2019amélioration de l\u2019enseignement dans les écoles fréquentées par les élèves de langue française de la province et, pour atteindre ce but, elle exprime de nouveau son désir sincère de coopérer avec les autorités chargées de l\u2019éducation dans la province.Ce faisant, elle a conscience de travailler, non seulement dans les intérêts des élèves de ces écoles, mais dans les intérêts de toute la province et de tout le pays.» On aura noté la fermeté optimiste de cette finale.C\u2019est, je crois, cette même note optimiste qui doit clore ces articles sur l\u2019ensemble des écoles séparées ontariennes.Il y a encore des problèmes.Certaines régions surtout souffrent davantage.Mieux organisés que jamais, les catholiques vont continuer de réclamer, sans bravades, mais sans faiblesse.Il est permis d\u2019espérer qu\u2019un jour viendra où la législation, qui contient déjà d\u2019excellentes dispositions, leur accordera pleine justice.Ne les oublions pas.Sachons comprendre et aimer leur cause.Que leurs préoccupations et leurs espoirs soient vraiment nôtres! \u2022 .La Mission de France M.le chanoine Louis AUGROS Voici la première partie d'un intéressant documentaire que nous a envoyé M.le chanoine Augros, supérieur du Séminaire de la Mission de France.La seconde partie paraîtra dans un numéro prochain.EN JUILLET 1941, l\u2019Assemblée des cardinaux et archevêques de France décidait de fonder à Lisieux, près de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, le Séminaire de la Mission de France.Cette décision résultait d\u2019une double prise de conscience qui lentement s\u2019était effectuée: a) des diocèses meurent faute de prêtres : il faut absolument que les diocèses mieux pourvus viennent à leur secours; b) les diocèses manquent de prêtres parce qu\u2019ils manquent de foi, parce qu\u2019ils sont paganisés.On ne les secourra utilement qui si les prêtres qu\u2019on leur envoie sont des missionnaires préparés pour des païens tels que le monde moderne peut en fabriquer, et sont entraînés à la vie et au travail en équipe, la collaboration étant absolument nécessaire ^pour résister à l\u2019ambiance et remplir la mission confiée à l\u2019Église.C\u2019est dans cette perspective que ce séminaire de Lisieux a ouvert ses portes et commencé sa tâche en octobre 1942.Ses premiers pas furent modestes; il y eut même des faux pas.Les élèves étaient peu nombreux: une trentaine seulement.Et personne, pas même les professeurs, ne savait bien ce que devait être cette œuvre.« Former des missionnaires pour le monde païen du xxe siècle en France; les préparer à vivre et à œuvrer en équipe.» De quoi s\u2019agissait-il exactement?Qu\u2019est-ce que cela exigeait ?Peu à peu et, somme toute, très rapidement, le nombre des élèves a augmenté (il est, depuis trois ou quatre ans, fixé aux environs de 150); la marche est devenue plus assurée; des fondations nombreuses se sont faites dans les grandes et petites villes, dans les bourgs et les campagnes et jusqu\u2019en Afrique du Nord.Actuellement, en plus de 27 prêtres ouvriers sortis de Lisieux, la Mission de France est responsable de quelque 60 équipes ayant en charge environ 330 paroisses et totalisant plus de 200 prêtres.Le cardinal Suhard, le véritable fondateur de cette institution par mandat de l\u2019Assemblée des JUILLET 1952 191 cardinaux et archevêques, a eu la joie de recevoir de Rome, juste avant sa mort, le statut canonique que le Saint-Siège a bien voulu concéder ad experimentum, pour trois ans, et qui sera probablement reconnu pour un nouveau triennat.Une certaine stabilité est donc assurée.Mais il restait toujours à résoudre les deux problèmes essentiels posés dès le point de départ: 1° Quel est le travail missionnaire exigé par la situation religieuse de la France ?2e Qu\u2019exige la formation des futurs missionnaires ?I.\u2014 LE TRAVAIL MISSIONNAIRE EXIGÉ PAR LA SITUATION RELIGIEUSE DE LA FRANCE A.\u2014 Prises de conscience successives 1.\tUn monde déchristianisé.\u2014 Au départ de la Mission de France, on savait très mal ce qu\u2019il fallait mettre sous le mot « déchristianisation » et, du même coup, sous le mot « missionnaire ».Un certain nombre de prospections, tant dans le monde rural que dans le monde ouvrier, avaient permis de constater à quel point la pratique religieuse s\u2019était raréfiée en certaines paroisses (parfois jusqu\u2019à devenir à peu près inexistante); à quel point aussi la vie morale s\u2019était rapprochée de ce que manifeste le paganisme de toutes les époques.Avec la naissance et les premiers développements de l\u2019Action catholique, on avait découvert que le monde du travail, en milieu ouvrier, était déchristianisé et déchristianisant, et que le jeune apprenti qui a été évangélisé durant son enfance, dans sa famille et sa parenté, est déchristianisé plus ou moins rapidement dès qu\u2019il entre à l\u2019usine et prend sa place dans ce qui constitue le milieu de vie adulte.C\u2019est de cette prise de conscience que, grâce à l\u2019abbé Cardijn, étaient sorties la J.O.C.et toute la pastorale d\u2019Action catholique.2.\t« France, pays de mission ».\u2014 Mais, avec France, pays de mission, de l\u2019abbé Godin, on prend acte d\u2019une nouvelle découverte: il y a dans les grandes cités industrielles un monde qui n\u2019a jamais été évangélisé; un monde qui est né païen et qui le demeure.Il y a peut-être en lui des pierres d\u2019attente pour le christianisme, un authentique travail de la grâce développant d\u2019authentiques vertus théologales.Peut-être trouverait-on là de nombreux éléments appartenant à la catégorie de ces « pauvres » dont Jésus a dit qu\u2019ils étaient bienheureux.Mais l\u2019Évangile ne leur est pas annoncé parce que l\u2019Église n\u2019est pas réellement plantée dans le milieu socio-logique dont ils font partie et qu\u2019aucun missionnaire n\u2019est envoyé vers ce continent où ils habitent.3.\tUne nouvelle civilisation en marge de VEglise.\u2014 La plongée des prêtres ouvriers dans ce monde du travail a obligé à prendre conscience d\u2019une situation plus grave encore.En plus de ceux qui sont nés païens et qui n\u2019ont pas été évangélisés, il y a tous ceux (quel en est le nombre?) qui ont été « évangélisés » par le matérialisme scientifique; qui sont établis dans une véritable foi (foi dans cette capacité qu\u2019a l\u2019homme \u2014 grâce à la science, aux techniques, au rassemblement de toutes les ressources de la terre entre ses mains \u2014 de construire une cité terrestre où habitera le bonheur), dans une véritable espérance, fondant une vraie morale, capable de discipline et de gouverner leur vie; de telle sorte qu\u2019ils n\u2019attendent rien, qu\u2019ils sont fermés à toute évangélisation.Ils se suffisent.Et, par là, on constate que le monde du travail est tellement en dépendance des philosophes, des techniciens et des savants, de la mentalité qu\u2019ils développent et de l\u2019ambiance qu\u2019ils créent, qu\u2019un effort missionnaire qui se limiterait à lui serait évidemment trop court.On constate aussi à quel point il est en dépendance de cet effort d\u2019organisation scientifique de toute l\u2019humanité, animé par la mystique marxiste et dirigé par la politique de l\u2019U.R.S.S.à travers la terre entière.C\u2019est tout cela qu\u2019il faut avoir sous les yeux quand on parle de déchristianisation; par conséquent, des situations religieuses très diverses, mais aussi un immense mouvement qui a ses sources précises, son dynamisme propre et qui tend à envahir toute la terre et, par là même, non seulement à restreindre la place faite jusque là à l\u2019Église, mais à fermer les hommes à la Lumière.B.\u2014 Orientations nouvelles C\u2019est dans la mesure où l\u2019on prend conscience de l\u2019ampleur et de la diversité de ce phénomène que l\u2019on peut voir quelle tâche gigantesque s\u2019impose actuellement à l\u2019Église (non seulement en France, mais partout dans le monde), si elle veut être fidèle à la mission reçue du Seigneur: « Allez, enseignez toutes les nations » (Matth., xxvm, 19); si elle veut évangéliser ces continents sociologiques nouveaux que l\u2019histoire édifie en marge de sa mouvance à elle.1.\tParoisses missionnaires.\u2014 Il lui faut pour cela procéder évidemment à l\u2019aménagement des paroisses: faire en sorte qu\u2019elles soient ouvertes sur « ceux du dehors », et non fermées sur elles-mêmes; faire en sorte qu\u2019elles se sentent responsables de la révélation du vrai visage du Christ et de l\u2019annonce du message chrétien aux incroyants.D\u2019où la nécessité que naisse et se développe, à partir des paroisses, une authentique Action catholique, comportant une authentique promotion d\u2019un laïcat très divers assumant, en dépendance de la hiérarchie, une grande variété de tâches, tant à l\u2019intérieur des structures de l\u2019Église que dans le monde profane.2.\tMission proprement dite.\u2014 Mais si loin que l\u2019on poussera cet effort, il restera trop court.Pour aller jusqu\u2019au bout des exigences d\u2019évangélisation, il faut que des missionnaires, prêtres et laïcs, acceptent de quitter l\u2019univers sociologique chrétien jpour plonger en plein univers païen, afin d\u2019y faire naître l\u2019Église exactement dans le même esprit que le font les missionnaires qui partent pour l\u2019Afrique, la Chine ou le Grand Nord; comprenant qu\u2019à eux aussi s\u2019appliquera désormais la consigne donnée par Pie XI dans l\u2019encyclique Rtrum Ecclesiae : « Allez toujours plus loin », jusqu\u2019à ce que toute l\u2019humanité, dans sa diversité sociologique en même temps que son extension territoriale, soit évangélisée.Tout cela paraît aller de soi pour ceux qui ont pris conscience pratiquement (et non pas seulement intellectuellement) du fait de la déchristianisation avec son ampleur, son dynamisme et sa diversité.Malheureusement, le nombre de ceux qui ont fait cette découverte est encore restreint.C\u2019est pourquoi ce n\u2019est que très lentement que l\u2019Église se met en état de mission et accomplit les gestes qui lui donnent la diversité et la profondeur des engagements missionnaires dont elle a besoin.Dieu veuille que nous ne soyons pas coupables d\u2019une lenteur excessive! Il dépend de nous, chrétiens et prêtres, que l\u2019Église rende présent le Christ au monde d\u2019aujourd\u2019hui.Redoutable responsabilité.D\u2019autant plus que les gestes missionnaires les plus nécessaires \u2014 parce que rendant l\u2019Église présente au cœur du monde païen \u2014 ne vont pas sans risque.Quand on voit la puissance de séduction des valeurs païennes et les dimensions trop courtes de la foi de tant d\u2019apôtres au cœur généreux, leur situation en porte-à-faux par rapport aux milieux chrétiens traditionnels qui ne comprennent pas toujours de telles audaces, on voit qu\u2019on n\u2019a pas le droit de laisser s\u2019aventurer ainsi le premier venu.Si on veut que l\u2019Église se mette en état de mission, il lui faut se donner des missionnaires préparés à la tâche qu\u2019elle veut leur confier.192 RELATIONS HORIZON INTERNATIONAL FRANCE J \u2019 ARREST A T ION de M.Jacques Duclos et Lé de son état-major communiste, la mise sous séquestre de plusieurs journaux communistes, entre autres, l'Humanité, Libération, les Allobroges, etc., l\u2019échec à peu près total de la grève générale, maladroitement préparée par la Confédération Générale du Travail, l\u2019indifférence de la « banlieue rouge » parisienne ont prouvé que l\u2019intérêt du peuple français pour le communisme était tombé à peu près à zéro.Le contact du parti avec les masses a été perdu, ce qui, pour les camarades, est le péché suprême.A qui la faute?A Jacques Duclos et à son équipe ?Aux maladroits stratèges du Kremlin qui, depuis la maladie et la retraite partielle du chef, multiplient d\u2019incroyables erreurs ?En janvier 1948, Relations décrivit la bataille qui s\u2019engagea entre le gouvernement français et le parti communiste.L\u2019Union Soviétique s\u2019était rendu compte, dès le début, de l\u2019importance du plan Marshall et avait décidé de tout mettre en œuvre pour en réduire les effets.Il fut décidé de proclamer une grève générale, qui commença d\u2019abord dans les moulins à farine et s\u2019étendit ensuite dans les mines de charbon.C\u2019était en novembre 1947.La France eut faim et froid, cet hiver, parce que l\u2019U.R.S.S.estima que cela convenait à sa politique internationale.La grève fut brisée.D\u2019abord, parce que M.Jouhaux se révolta contre cette trahison, sortit de la Confédération Générale du Travail, dont il avait été le soutien durant de nombreuses années, et fonda Force Ouvrière.Plus importante encore fut l\u2019intervention de M.Robert Schuman, qui se révéla alors en gouvernant le pays avec une énergie qui surprit tout le monde.Il commença par faire déporter cinquante-six citoyens soviétiques qui se livraient, en France, à une agitation révolutionnaire et antifrançaise.C\u2019était, à l\u2019époque, d\u2019une incroyable audace.Il fallait que ce fût la France qui la première montrât les dents à la menace rouge.On sait comment, en représailles, l\u2019Union Soviétique chassa de Moscou la mission d\u2019achat française qui s\u2019y trouvait alors.Quant au grain destiné à la France, elle le vendit à la irande-Bretagne.Le communisme international ne comprit pas la leçon et ne chercha pas à sauver ses effectifs français.Durant les quatre années qui suivirent, on se désintéressa, en France, des ouvriers français pour faire la guerre aux Américains.On parla beaucoup de la Corée, du Vietnam et du Vietminh, de Grotewohl, d\u2019atrocités américaines, de guerre bactériologique, de « volontaires » chinois, etc.\u2014 en un mot de tout ce qui avait, pour les Français, un intérêt essentiellement soviétique.Moscou considérait ses partis, en Occident, comme de la chair à canon, à famine ou à manifestations, suivant les cas.A mesure que le contact entre le parti communiste et les masses françaises se dissolvait et que les camarades perdaient l\u2019appui de troupes qui se sentaient désertées par leurs chefs, le gouvernement pouvait montrer par rapport aux communistes une énergie croissante.Il suffisait d\u2019attendre que l\u2019un d\u2019entre eux commette quelque délit contre le droit commun (la légalité bourgeoise n\u2019a jamais causé de scrupules aux membres du parti) pour le ramasser, le faire passer en jugement et, s\u2019il était étranger, le renvoyer chez lui.Il y a quelques semaines, au cours d\u2019une grève, quelques communistes étrangers firent ce qu\u2019on les laisse faire partout, à commencer par le Canada: ils se mirent en tête des grévistes: « Vous n\u2019avez pas le droit, leur expliqua-t-on, de vous mêler des querelles qui divisent les Français; c\u2019est contre toutes les lois de l\u2019hospitalité.» On les déporta.Il y eut quelques petits cris dans l'Humanité et les autres organes du parti, mais personne ne broncha.C\u2019est à ce moment que nous comprimes que le parti était en débâcle.Les communistes, eux, ne s\u2019en rendirent pas compte.Ils avaient répété pendant trente ans qu\u2019ils étaient le parti des masses, qu\u2019ils étaient l\u2019état-major des masses travailleuses, que les masses leur appartenaient, etc., tant et tant qu\u2019ils ne se rendirent pas compte qu\u2019ils avaient vieilli et qu\u2019ils chantaient faux.Tout le monde, sauf eux, savait, en France, que le parti n\u2019avait rien d\u2019un mouvement français, qu\u2019il était une agence étrangère.Sur ces entrefaites, le général Ridgway fut désigné comme successeur du général Eisenhower.Fidèle à sa stratégie, le Kremlin décida de faire organiser, en France, des manifestations antiaméricaines, en supposant que les manifestants viendraient automatiquement, comme s\u2019ils étaient de simples soviétiques, mus par les mitrailleuses de M.Bren.L'Humanité publia des articles incendiaires, et son rédacteur en chef, M.André Stil, fut arrêté.La réaction populaire fut nulle: que M.Stil s\u2019arrange avec la police.On ne comprit pas encore, pas plus à la rue de Châteaudun qu\u2019à Moscou.C\u2019est alors que fut organisée la « manifestation » \u2014 d\u2019aucuns disent l\u2019émeute \u2014 du 28 mai.Comme précédemment, la « banlieue rouge » resta chez elle.Les groupes armés du parti, composés surtout de Nord-Africains (en France, on les appelle des « sidis ») et qu\u2019on qualifia dans la presse française de « véritables commandos », se mesurèrent avec la police.Il y eut un mort, du nom de Hocive Belaid, dont la presse rouge fit évidemment un « ouvrier parisien », 200 blessés, 718 arrestations opérées parmi la fine fleur du parti, à commencer par son secrétaire général, le député Jacques Duclos, pris en flagrant délit de port d\u2019armes prohibé, et en possession d\u2019un poste émetteur de radio, grâce auquel, assura la police, il pouvait diriger les émeutiers.Il fut écroué.La Confédération Générale du Travail, communiste depuis novembre 1947, proclama la grève générale.Il y eut quelques débrayages limités dans la métallurgie.Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, 1,800 mineurs de fond \u2014 4% des effectifs \u2014 refusèrent de descendre dans la mine.Ce fut à peu près tout.Il fut décidé, alors, de faire une grève de vingt-quatre heures dans les établissements industriels de la « banlieue rouge ».Même là, la plupart des ouvriers laissèrent M.Duclos se tirer d\u2019affaire comme il pouvait et s\u2019en allèrent faire leur journée.Toute la France vit alors ce que le parti communiste était devenu: une grosse baudruche rouge, dégonflée.Abandonné des masses, le parti se trouvait seul, sans protection, sauf celle de la loi bourgeoise qu\u2019il avait tant bafouée, devant la police.Il ne restait à cette dernière qu\u2019à consommer l\u2019acte suprême de lèse-majesté.Elle fit une descente au quartier général du parti, rue de Châteaudun; les camarades barricadèrent en hâte les portes et les escaliers, afin d\u2019avoir le temps de brûler leurs papiers les plus compromettants.Ce n\u2019est pas fini, loin de là! Les causes qui donnèrent naissance au communisme, en France, subsistent.Malgré l\u2019ingénieuse vitalité qui a suscité tant d\u2019initiatives de la part du clergé, des religieux de l\u2019Action catholique, des intellectuels, malgré la remarquable pénétration qui s\u2019est produite, depuis quelques années, dans les milieux qui étaient restés entièrement fermés au christianisme, le pays reste encore largement déchristianisé.C\u2019est là la cause essentielle du communisme.Réparer le mal commis par des générations de laïcisme athée, par la légalisation de tant de péchés mortels, est une œuvre de très longue haleine.Sur le plan économique, les salaires sont loin de correspondre au coût de la vie, qui est sensiblement le même que de ce côté-ci de l\u2019Atlantique.L\u2019occupation allemande porta un coup très dur à la bourse du Français moyen, et le relèvement, pour extraordinaire qu\u2019il paraisse à première vue, n\u2019a pas atteint toutes les classes JUILLET 1952 193 de la population.La débâcle du communisme est due, avant tout, à la clairvoyance et à l\u2019énergie de M.Robert Schuman, qui s\u2019est montré plus intelligent que les chefs communistes, à la propreté morale de fonctionnaires parmi lesquels il faut nommer le préfet de police en fonction, M.Bayot.Les communistes français perdirent les masses à cause de leur maladresse et de leur obéissance trop aveugle aux consignes malavisées de Moscou.Pour juger de ces dernières, il suffira de lire le dernier paragraphe d\u2019une correspondance sur l\u2019émeute du 27 février que M.Joukov fit paraître dans la Pravda du 29 mai: Le bourreau du peuple coréen, Ridgway, reçut aujourd\u2019hui l\u2019accueil qu\u2019il mérite.On le reçut à Paris comme on lui dit adieu à Tokyo, le 1er mai, avec une puissante démonstration de colère et de haine populaire.Sur ordre des occupants, la police fut aussi sauvage à Paris qu\u2019à Tokyo.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, les mains de Ridgway étaient tachées du sang des patriotes coréens, chinois et japonais; maintenant, c\u2019est le sang des Français.Il n\u2019a pas réussi à mettre les peuples d\u2019Orient à genoux; il ne réussira pas à briser l\u2019Europe.Aucune violence, aucune terreur policière n\u2019est en état d\u2019empêcher le peuple de défendre l\u2019honneur et l\u2019indépendance de sa patrie.Il y en a cinq colonnes comme cela.Les élections municipales d\u2019Italie, en revanche, occupèrent l\u2019attention de la Pravda du même jour, le jeudi 29 mai 1952, pendant exactement cinq paragraphes.Ercole Togliatti, qui avait tant travaillé, et avec un succès appréciable, dut se sentir un peu insulté.Il méritait mieux que de servir de caudataire à M.Joukov.ITALIE JE LENDEMAIN, 30 mai, la Pravda / j s'éveilla un peu et fit une petite place aux déclarations de Togliatti au journal Paese Sera.Le gros des colonnes étrangères, pourtant, était toujours occupé par les correspondances de Paris, avait trait à l\u2019exécration du général Ridgway et aux indignités que souffrait M.Duclos.On réclamait la libération de ce dernier, tout comme s\u2019il eût été un prisonnier soviétique fourvoyé à Paris.Quant à notre Vestnik torontonien du 31 mai, il fit, lui, une large place aux événements d\u2019Italie.Il y avait de quoi! Si la démocratie chrétienne de M.de Gasperi est restée au pouvoir dans la plupart des municipalités où il y eut vote, ce fut dans une large mesure grâce aux apparentements avec les autres partis.A Rome, par exemple, elle eut 285,306 voix contre 306,940 données au bloc social-communiste.Les apparentements avec les autres partis rétablirent la situation de la façon suivante: bloc du centre (démocratie chrétienne et partis apparentés): 384,020; bloc de gauche: 314,243; bloc de droite: 206,819.La mairie reste aux démocrates chrétiens; ils seront les prisonniers de leurs parents et alliés; le bloc monarco-fasciste a divisé ceux qui s\u2019opposent aux communistes.Par rapport aux élections de 1948, on estime que la démocratie chrétienne a perdu 20%; le bloc social-communiste a gagné 5%; le bloc fasciste et monarchiste, 17%.Les élections décisives viendront l\u2019an prochain, quand l\u2019Italie sera appelée à se donner un nouveau parlement.Si les non-communistes continuent à se fractionner, à vouloir leur part des prébendes qui peuvent surgir d\u2019une demi-anarchie, l\u2019Italie pourrait se réveiller, un jour, derrière le rideau de fer.Nous ne pensons pas que l\u2019aventure du P.Tondi, ce jésuite italien qui passa au communisme, ait eu beaucoup de poids sur les événements du 25 mai.Il n\u2019est pas le premier religieux qui ait jeté la soutane aux orties; il n\u2019est sans doute pas le dernier.Cela, tout le monde le sait et personne ne s\u2019en étonne.Le P.Tondi devint communiste un mois avant les élections italiennes.Il y a quatre ans, à un intervalle à peu près égal avant les élections, Mgr Cippico se trouva mêlé à un scandale qui fit le tour du monde.Un prêtre qui n\u2019est pas exclusivement aux choses de son Père est vulnérable, surtout s\u2019il a eu un passé avant de prendre la soutane.La moindre imprudence peut devenir le commencement d\u2019un dossier qu\u2019on mettra en opération au moment opportun.La coïncidence Cippico-Tondi est frappante.Elle peut utilement rappeler aux prêtres qu\u2019ils sont la lumière du monde et qu\u2019il leur est impossible d\u2019avoir une double vie: l\u2019une dans les ténèbres, l\u2019autre dans la lumière, car alors les ténèbres risquent d\u2019étouffer la petite flamme fragile dont la clarté ne traverse plus la fumée montante.Joseph-H.Ledit.9 juin 1952.P.-S.\u2014 De retour au Canada, après cinq mois passés en Europe, dont un peu plus de trois à Rome, je tiens à remercier les lecteurs de Relations dont la générosité rendit ce voyage possible.Il me semble que le but que je m\u2019étais proposé a été atteint dans une large mesure.Les chroniques qui parurent ces derniers mois dans Relations en donnent déjà quelque idée.Ce n\u2019est que maintenant, pourtant, que les impressions définitives commencent à sortir de l\u2019indécision où elles furent laissées par la rapidité du voyage.Au début, mes réactions étaient plutôt américaines \u2014 ou canadiennes! L\u2019Europe m\u2019avait échappé.Je la redécouvris à Rome, non dans la Rome italienne, mais dans l\u2019autre: ilia, quae sur sum est.quae est mater nostra.Après trois ou quatre jours romains, je me retrouvai dans l\u2019universalité qui dépasse les contingences politiques, dans la clarté où toutes les nations paraissent revêtues de ce qu\u2019elles ont de plus beau.C\u2019est là-haut qu\u2019on voudrait rester pour apprécier les événements.Je pus aussi me procurer un nombre appréciable de livres et organiser l\u2019envoi ultérieur d\u2019autres.Après les retraites d\u2019été, des amis montréalais organiseront une rencontre où je ferai rapport sur mon voyage.Les lecteurs montréalais de Relations seront avertis par une note à la fin de cette colonne.J.-H.L.Excellente façon de récompenser les élèves qui ont bien réussi aux examens: offrir en cadeau un abonnement à RELATIONS.Abonnement pour les étudiants: $2.50 par année.194 RELATIONS LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES BIOGRAPHIES Abbé G.Courtois: Le Sens de l'Eglise.Collection « Feuillets de vie spirituelle », n° 13, Paris, Éditions Fleurus, 1950.75 pp., 15.5 cm.OPUSCULE pour les âmes sacerdotales et militantes.Une méditation dense rappelle qu\u2019il faut croire à l\u2019Église, sans s\u2019étonner de ses faiblesses, et la servir avec enthousiasme et dévouement.Suivent ensuite un colloque et un examen, des résolutions et des lectures.Texte lumineux et rempli de citations qui aident la réflexion et confirment le sentiment.Maison Bellarmin.Paul-Émile Racicot.F.-X.RONSIN, S.J.: Gouverner, c'est.aimer.\u2014 Paris,Spes, 1951.265 pp., 20 cm.CE LIVRE prouve à l\u2019évidence ce qu\u2019il annonce.Vous le présenter comme une œuvre qui s\u2019impose pourrait paraître outrecuidant; encore plus osé serait un commentaire sur les trois points qui, dans le titre, nous laissent en suspension.Notre présentation ne peut donc que se borner à recommander l\u2019ouvrage à tous les « gouvernés », pour leur apprendre à découvrir par eux-mêmes les mille formes voilées de l\u2019amour et à pardonner des hésitations ou des intermittences que nos difformités d\u2019inférieurs suffisent à expliquer.La présente édition est un raccourci plus maniable et plus accessible que celle de 1947.Maison Bellarmin.J.-Louis Lavoie.Sister M.CLAUDIA, I.H.M.: Guide to the Documents of Pius XII (1939-1949).\u2014 Westminster, Maryland, The Newman Press, 1951.230 pp., 27.5 cm.Prix: $6.00./^UVRAGE de documentation, fruit d\u2019un long et systématique travail.L\u2019A., qui est bibliothécaire au Marygrove College, de Détroit (Michigan), a réussi à classer par ordre chronologique tous les discours, allocutions, lettres, messages, encycliques, etc., composés par S.S.le pape Pie XII, depuis le 3 mars 1939 jusqu\u2019à la fin de l\u2019année 1949.Ce qui fait surtout l\u2019utilité d\u2019un tel volume, ce sont les nombreuses références dont s\u2019accompagne chaque titre.Ainsi, vous désirez des renseignements sur le discours prononcé par le Souverain Pontife actuel, le 7 mai 1949, devant les patrons chrétiens.L\u2019ouvrage vous indiquera exactement: les premiers mots de l\u2019allocution, l\u2019auditoire qui l\u2019a entendue, le thème principalement développé par le Pape, puis les endroits où vous pouvez retrouver le texte: soit le texte original français {Acta Apostolicae Sedis, 41, 6 Junii 1949, 283-86; l\u2019Osservatore Romano, 89, 9-10 maggio 1949, 1; Actes pontificaux, n° 26, pp.21-24; la Documentation catholique, 46, 5 juin 1949, col.713-716), soit la version anglaise (Blackfriars, 30, Aug.1949, 357-59; Catholic Mind, 47, July 1949, 445-448; Tablet, 193, May 14, 1949, 325-26), soit la version italienne, etc.Vous trouverez même des références aux principaux commentaires publiés dans les revues à propos de ce discours (Massé, Benjamin: « Pius XII talks to Catholic employers », America, 81, May 28, 1949, 287-89), etc.Pour compléter l\u2019ouvrage, un index très bien fait offre une liste de tous les sujets, titres et noms contenus dans les 1,319 entrées qui en forment la substance.\tA Richard Arès.S.PlDOUX DE LA MadUÈRE: Pourquoi catholiques et non protestants?\u2014 Paris, Bonne Presse, 1951, 31 pp., 15.5 cm.T \u2019AUTEUR répond à la question qui lui sert de sujet en mon-trant l\u2019insuffisance radicale de la « règle de foi » protestante (le libre examen) et son impuissance à nous livrer la vérité de Jésus-Christ.Texte court, vivant, respectueux des personnes autant que ferme dans l\u2019expression de la vraie foi.Carnets du cardinal Suhard.Extraits spirituels.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1952.47 pp., 19 cm.PENSÉES extraites des notes de retraite et du journal rédigés par le grand prélat.Elles font mieux connaître la vie intérieure et l\u2019activité apostolique de l\u2019ancien archevêque de Paris-\tM.-J.d\u2019A.Mgr Grente: Le Bienheureux Pie X.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1951, 31 pp., 19 cm.T3ANÉGYRIQUE prononcé le 16 octobre 1951, à Notre-Dame de Paris, par l\u2019académicien qui s\u2019y connaît en figures de pontifes, puisqu\u2019il a écrit, pour la collection « Les Saints », la vie de saint Pie V.E.DELPIERRE, S.J.: Une martyre de douze ans, sainte Marie Goretti.\u2014 Paris, P.Téqui, 1951, 27 pp., 18 cm.ü RÊVE biographie de la petite sainte qui « a conquis rapide-ment nos cœurs » (Pie XII), elle qui, par son héroïque martyre, se dresse comme une protestation émouvante contre une société hostile à la chasteté.L\u2019A.insiste avec raison sur la profonde sainteté de la fillette avant sa mort violente, qu\u2019on n\u2019a pas le droit, par conséquent, de considérer comme un simple « fait divers ».Albert BessiÈRES, S.J.: Deux histoires d\u2019amour chrétien.Le général de Sonis.La bienheureuse Anna-Maria Taigi.Collection « Les belles amours ».\u2014 Paris, Éditions familiales de France, 1948.118 pp., 19 cm.CROIRE à la sanctification par l\u2019amour conjugal est chose rare.Et pourtant, les modèles ne manquent pas.En voici deux empruntés l\u2019un au foyer d\u2019un grand soldat, l\u2019autre à celui d\u2019une ouvrière illettrée.Milieux sociaux fort différents, mais un même amour chrétien, dont l\u2019exemple séduisant devrait susciter des imitateurs.D.Levack, C.SS.R.: Matt Talbot.Guérison prodigieuse d\u2019un alcoolique.\u2014 Montréal, Comité diocésain des Cercles Lacor-daire, 1951.32 pp., 19 cm.A PRÈS avoir été «l\u2019esclave de l\u2019alcool », Matt Talbot, ouvrier de Dublin, « devient le serviteur de Dieu », menant une vie de prière, de pénitence et d\u2019amour, jusqu\u2019à sa mort qui fut celle d\u2019un saint.L\u2019A.en tire des leçons pour « la lutte contre l\u2019alcoolisme » et termine son intéressante brochure par un bref exposé sur 1\u2019 « historique », la « mystique » et la « technique » des Cercles Lacordaire et Sainte-Jeanne-d\u2019Arc, voués, comme on sait, à combattre l\u2019alcoolisme par la pratique de l\u2019abstinence totale.M.-J.d\u2019A.Eugène NADEAU, O.M.L: Un homme sortit pour semer.\u2014 Montréal, Fides, 1952.195 pp., 20 cm.UN MATIN de mai 1879, un homme de la mission Saint-Claude, située sur la rive ontarienne du lac Témiscamingue et dirigée par les PP.Oblats, conduisait un chaland au fond d\u2019une belle baie de trois milles de profondeur.Sa destination: un plateau de la rive québécoise.Son but: semer.Son nom: le Frère Joseph Moffet, O.M.I.Il avait patiemment et surnaturellement attendu la permission de son supérieur pour ensemencer un sol que des explorations lui avaient prouvé autrement fertile que celui de la mission Saint-Claude.En ce jour de mai, sa joie fut grande de penser qu\u2019il assurait le ravitaillement de la mission.Il avait l\u2019intuition que le Témiscamingue québécois était promis à un riche avenir agricole.Sur le plateau ensemencé par lui, s\u2019élève maintenant le coquet village de Ville-Marie, chef-lieu d\u2019un comté qui compte plusieurs paroisses agricoles, toutes fertiles.L\u2019École moyenne d\u2019agriculture perpétue, à Ville-Marie même, le nom du Frère Moffet.Bien écrit, l\u2019ouvrage du P.Nadeau met fortement en relief le rôle de ce pionnier du Témiscamingue québécois.En le lisant, ceux qui ne connaissent pas ce comté constateront que, là comme en tant d\u2019autres endroits, les nôtres se montrèrent des gens hardis.Ceux qui vivent de ce sol riche et jouissent aujourd\u2019hui du confort, comme dans les vieilles parties de la province, gagneront à se rappeler les souffrances de leurs pères; ce retour vers le passé les attachera encore davantage à leur terre et à leur mission agricole.Albert Plante.JUILLET 1952 195 Léon Moreel: Un grand moine français, le R.P.Frédéric Jansjsoone, O.F.M., apôtre de la Terre Sainte.\u2014 Paris.Les Editions Inter-Nationales, 1951.191 pp., 18.5 cm.PAISONS NÔTRES ces mots d\u2019un commentateur du même A ouvrage: « Les faits de cette vie de moine besogneux, racontés avec une affectueuse sympathie, situent cette âme d\u2019élite bien au-dessus de nos mesquineries journalières.Et pourtant, le narrateur n\u2019idéalise jamais son héros: il laisse la lumière de l\u2019histoire auréoler sa figure d\u2019ascète.» N\u2019est pas à romancer, en effet, la vie de ce besogneux, de cet ascète, de cet humble.N\u2019est pas, non plus, à proposer en thaumaturge trop confortable ou dangereusement populaire, ce Père Frédéric (Janssoone ou de Ghyvelde?), décidément bien intérieur et assez inaccessible, du moins à notre prudent auteur.Vie simple, récit simple; on pense à saint Joseph raconté par les évangélistes.Regrettons quelques phrases incohérentes et une introduction peu utile du comte d\u2019Or-messon.Et rappelons, avec le sourire, que ce sera le saint et non le Français que l\u2019Église canonisera, si un jour elle glorifie le P.Frédéric.Comme le disait d\u2019ailleurs un sage, précisément à propos de notre héros: « Il est à nous, mais il n\u2019est pas nous.» Paul Bélanger.Maison Bellarmin.QUESTIONS SOCIALES Dominique Beaudin: L\u2019U.C.C.d\u2019aujourd'hui.Illustrations de Jacques Bernier.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019U.C.C., 1952.160 pp., 19 cm.Prix: $0.50.T TNE nouvelle histoire du syndicalisme agricole au Canada ^ français.Affirmation de la doctrine, esquisse de l\u2019organisation, bilan des activités, jalons de l\u2019évolution: tout est sommaire, mais d\u2019un agencement net et imposant.On voit que l\u2019U.C.C., depuis ses débuts (1924), n\u2019a cessé de se développer dans la ligne des principes qui lui ont donné naissance.Les sept premiers chapitres commentent les réalisations de l\u2019U.C.C., rendant hommage aux animateurs qui ont uni leurs efforts pour former de véritables professionnels agricoles.Les deux chapitres suivants montrent que, pour l\u2019ensemble des cultivateurs, c\u2019est parce qu\u2019il est catholique que le syndicalisme agricole fut une réussite sur le plan professionnel, social et économique: plus qu\u2019un instrument de revendication, il est une école de formation.Un dernier chapitre: perspectives d\u2019avenir.L\u2019A.y condense un programme d\u2019action et de collaboration entre les divers organismes agricoles; l\u2019impression est celle d\u2019un sain optimisme et d\u2019un authentique réalisme social.L\u2019U.C.C.d\u2019aujourd\u2019hui est plus qu\u2019un ouvrage de petite histoire; c\u2019est à la fois un manuel d\u2019initiation au syndicalisme agricole, un document sur la féconde application de la doctrine sociale de l\u2019Église, un instrument de propagande qui mérite l\u2019attention des gouvernants, des sociologues, des éducateurs autant que celle des cultivateurs.Malheureusement, le livre ne se vend que cinquante sous! Gérard Dallaire.Maison Bellarmin.Georgius Jarlot, S.J.: Compendium Ethicae socialis.\u2014 Romae, Apud aedes Pont.Universitatis Gregorianae, 1951.192 pp., 22.5 cm.\\TOICI, d\u2019un professeur de sociologie à l\u2019Université pontificale \u2019 Grégorienne de Rome, un manuel au style simple et facile, à la pensée claire et toujours soucieuse de ne pas se fermer au réel d\u2019aujourd\u2019hui.Divisé en cinq chapitres, \u2014 la société en général, la société domestique, l\u2019éthique économique, l\u2019éthique politique, l\u2019éthique internationale, \u2014 ce manuel, outre la matière commune aux ouvrages ordinaires de morale sociale, comporte des considérations fort intéressantes sur les questions suivantes: la théorie sociologique de l\u2019institution, le féminisme, l\u2019eugénisme, le juste prix, la fructification de l\u2019argent, le régime corporatif, les fédérations de nations, etc.En somme, un manuel qui met à la portée de tous les étudiants les grands principes de la morale sociale et tente de les appliquer aux principaux problèmes d\u2019aujourd\u2019hui.Richard Arès.Cn txoiâ motâ «K Le numéro de mai de la Madone du Cap (édition anglaise) illustre un de ses articles avec le tableau d\u2019une madone dite noire.La madone est une madone indochinoise, du grand artiste indochinois Le Van De.Le tableau a figuré à la grande exposition missionnaire organisée au Vatican pendant l\u2019Année sainte.«J Les Carmélites vont ouvrir à Kitchener (diocèse d\u2019Ha-milton), dans la maison de l\u2019ancien lieutenant-gouverneur de l\u2019Ontario, Louis O.Breithaupt, leur quatrième monastère au Canada; ce sera leur premier monastère de langue anglaise.La fondation sera faite par Cleveland.Kitchener se joint donc à Montréal, aux Trois-Rivières et à Québec.«t Sait-on qu\u2019il existe, depuis mai 1951, une « Union internationale pour la protection de la moralité publique » ?Cette association, non confessionnelle, groupe 94 organisations nationales ou internationales; 18 pays y sont représentés.La prochaine assemblée générale aura lieu à Paris en novembre prochain.Il a été décidé de faire porter d\u2019abord les efforts sur la presse et les spectacles, plus particulièrement les illustrés et le cinéma.«f Cette Union internationale entend réunir la meilleure documentation possible.Elle a envoyé des circulaires à tous ses membres afin de connaître les lois, les règlements et les mesures déjà en vigueur pour la protection de la moralité publique.Un bulletin trimestriel réunira toutes ces informations.
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