Relations, 1 octobre 1952, Octobre
[" Octobre 1952 MONTRÉAL La formule Rand Guy de MERL1S La « nouvelle » morale Jules PAQUIN Le problème de la population au Japon Robert-J.BALLON «Pax Romana » chez nous Pierre ANGERS Les retraites fermées au Canada J.-P.ARCHAMBAULT Josepk-H.LEDIT ¦ Lucien ROY ¦ Jean BLAIS BEVUE BU MOIS SOMMAIRE OCTOBRE 1952 Éditoriaux.253 M.Henri Bourassa.\u2014 Le droit à l\u2019immigration.Articles LA « NOUVELLE » MORALE .Jules Paquin 254 LA FORMULE RAND.Guy de Merlis 257 « PAX ROMANA » CHEZ NOUS .Pierre Angers 261 LA SEMAINE DE LA FAMILLE OU- VRIÈRE-1952 .Jean Blais 264 IL RÉGNERA MALGRÉ SES ENNEMIS .Lucien Roy 265 Commentaires.266 Syndicats criminels aux États-Unis.\u2014 Les vœux du Congrès de la Langue française de 1937 (suite).Au fil du mois .\t.».268 Le congrès de la C.T.C.C.\u2014 Trois billets pour 30 cents.\u2014 La grève des aciéries et Vorganisation professionnelle.\u2014 Progrès de V « Inquiry Forum ».\u2014 Recherche de notre visage.Articles LE PROBLÈME DE LA POPULATION AU JAPON.Robert-J.Ballon 270 LES RETRAITES FERMÉES AU CANADA .J.-P.Archambault 273 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 275 Les livres O Vierge Marie Maria 278 Paul Bélanger Brochures mariales 1 Le Bonheur conjugal / .Marie-Joseph d\u2019Anjou The Ascent to Truth .Luigi d\u2019Apollonia Jeux de lumière.Claude Desjardins Théologie et Réalité sociales La Grande Croisade Considérations sur la valeur économique du Grand-Nord canadien Richard Arès La Négociation collective.Joseph Zrinyi Hymnes à l'Église.Jean L\u2019Archevêque Les Astres et les Lettres.J.-Louis Lavoie « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu'ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de V Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice)) (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tel.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIIe année, N° 142 Montréal Octobre 1952 É D I T O yU.Jtenxi JSouXaââa UN MOIS PASSÉ depuis la mort de M.Henri Bou-rassa.Deuil d\u2019envergure nationale.Mais les grands hommes ne meurent pas tout à fait: ils survivent dans le cœur de leurs concitoyens.C\u2019est pourquoi il n\u2019est pas trop tard pour présenter, après tant d\u2019autres, notre hommage à l\u2019illustre disparu.Les jeunes, qui ne l\u2019ont pas entendu, ne peuvent se faire une juste idée de l\u2019emprise exercée sur les foules par sa parole, par sa personnalité.On trouvait en lui la fougue et la puissance de Papineau, le coup d\u2019œil et le génie politique de La Fontaine, les vertus paysannes de ses ancêtres et le goût artistique de son père.Son érudition était immense, sa capacité de travail exceptionnelle, sa foi éclairée et forte.Il dut aux traditions de sa famille, comme à ses contacts personnels avec des gens de tous pays et de toutes classes, \u2014 ouvriers, paysans, intellectuels et personnages politiques de premier plan, \u2014 un sens aigu des événements et une connaissance profonde des hommes.De cette vie se dégage une leçon que l\u2019on n\u2019a peut-être pas suffisamment mise en relief.Henri Bourassa s\u2019est acquis l\u2019admiration et la reconnaissance de tous, non par ce qu\u2019on a coutume d\u2019appeler l\u2019esprit pratique, mais par une droiture inflexible et une héroïque fidélité à un idéal assez grand pour triompher même de la défaite.Exemple rare.Un tel exemple apporte à la pensée de ce maître une consécration et une autorité souveraines; aux patriotes désintéressés, un puissant réconfort.Avec tous ceux qui se sont voués à la tâche ingrate et périlleuse d\u2019arracher les âmes et la société aux exploiteurs de toute nuance, Relations rend grâces à Bourassa, et à Dieu qui l\u2019a suscité, de cet exemple et de ce réconfort.Des raisons particulières de pleurer sa perte et plus encore de marcher sur ses traces, ce sont les travailleurs sociaux et les chefs ouvriers qui doivent en avoir.L\u2019action nationale et politique de Bourassa ne saurait, en effet, faire oublier l\u2019importance de son œuvre sociale.RIAUX On connaît ses principaux ouvrages: le Canada apostolique; la Presse catholique; le Divorce; le Pape, arbitre de la paix; Pie XI et Mussolini; le Canada et la Paix; la Langue, gardienne de la foi; Religion, Langue et Nationalité.Mentionnons surtout la série d\u2019articles relatifs aux Syndicats nationaux et internationaux, pages vigoureuses qui constituent une véritable charte du syndicalisme catholique chez nous.Cette œuvre sociale par la plume, M.Bourassa l\u2019a complétée par l\u2019apostolat de la parole et de l\u2019exemple.La sympathie à l\u2019égard des humbles lui était naturelle.Qui ne se rappelle ses tournées périodiques dans le comté de Labelle ?Il allait, de maison en cabane, rencontrer les colons ses électeurs, s\u2019enquérir de leurs besoins et les encourager dans leur épuisant labeur.Parents et amis, témoins des dernières années de sa vie, garderont de lui l\u2019image d\u2019un vieillard au corps brisé, mais à l\u2019esprit toujours vif et actif, passant ses longues journées à lire, à partager des souvenirs extraordinairement riches d\u2019expérience humaine, à prier Dieu.Verrons-nous la publication de ses mémoires?En attendant, relisons ses ouvrages qu\u2019illumine l\u2019admirable profession de foi catholique léguée à ses enfants et à ses compatriotes.Ce grand nationaliste, ce grand Canadien, ce chevalier de la justice et de la charité fut un homme du bon Dieu.Espérons que la Providence lui suscitera des émules.jÇe dxoit à l immicfXa tion De TOUS LES DISCOURS de S.Exc.Mgr le délégué apostolique, depuis plus de quatorze ans qu\u2019il est au pays, nul peut-être n\u2019a suscité autant d\u2019échos et de commentaires que son allocution de circonstance prononcée partie en anglais, partie en français, après le sacre de S.Exc.Mgr Léo Blais, le nouvel évêque de Prince-Albert, et dont le thème fut le droit à l\u2019immigration.Le plus important problème social de notre temps n\u2019est pas tout à fait le problème du pauvre ni celui de OCTOBRE 1952 253 la classe ouvrière, mais plus précisément « celui des pays surpeuplés, le drame de ces hommes sans terre qui devraient jouir d\u2019un droit d\u2019accès libre et facile aux terres sans hommes, faute de quoi les nations ne pourront jamais connaître la stabilité, la paix et l\u2019harmonie ».Le Canada a malheureusement, jusqu\u2019ici, refusé de voir le problème de l\u2019immigration dans sa vraie lumière.Il a fait de l\u2019immigration soit un problème d\u2019ordre avant tout politico-racial, de sorte que les Canadiens français ont eu raison de s\u2019y montrer rebelles, soit un problème d\u2019ordre avant tout économique, de sorte que les solutions tentées pouvaient toujours présenter matière à réserves.Les immigrants, c\u2019étaient, selon le plus pur esprit du libéralisme économique, des « bras », et les pays surpeuplés, une sorte de marché de main-d\u2019œuvre pour l\u2019agriculture et l\u2019industrie canadiennes.Une bonne affaire, quoi! A Ottawa, jamais, sauf erreur, un député n\u2019a expliqué qu\u2019il pouvait exister un droit d\u2019immigrer, fondé sur la nature même des biens terrestres.La division et la distribution de la propriété universelle en propriété privée ne détruisent pas la destination essentielle des ressources naturelles qui, pour citer Pie XII, « ont été créées par Dieu pour tous les hommes et mises également à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité.» Au cœur du problème de l\u2019immigration, gît donc la notion du droit à la vie, qui prime le droit à la propriété privée.Pour employer la formule saisissante de Son Excellence: « Les hommes sans terre ont le droit de cultiver la terre sans hommes; et les ouvriers des pays sans ressources naturelles suffisantes ont un droit aux ressources naturelles abondantes des pays sans ouvriers.» Comment alors expliquer l\u2019attitude présente du Canada, pays de l\u2019abondance, à l\u2019égard de l\u2019Italie, par exemple, pays de l\u2019indigence, sur lequel le Saint Père vient encore, dans la constitution apostolique Exsul Familia, d\u2019attirer l\u2019attention des catholiques du monde entier ?LA VOIX DU PAPE La « nouvelle » morale Jules PAQUIN, S.J.DEUX FOIS, et à moins d\u2019un mois d\u2019intervalle, le 23 mars et le 18 avril, le Souverain Pontife a publiquement et explicitement condamné la « nouvelle morale », celle qui refuse d\u2019admettre une norme universelle et absolue pour juger de la valeur de nos actions, mais tient uniquement compte des circonstances concrètes qui individualisent chaque cas.La question est importante, puisqu\u2019il s\u2019agit de savoir La paix du monde ne peut être achetée par des surplus de blé, le plan Marshall, le point IV, le plan Colombo.Pour admirables que soient ces efforts, il faut davantage, il faut plus audacieux, il faut une politique d\u2019immigration sur une échelle internationale, une politique qui respire largement la solidarité humaine, le jeu international des économies, l\u2019aspiration des peuples à la justice, le droit élémentaire de l\u2019homme à une vie digne d\u2019un enfant de Dieu.Un instinct est là pour avertir l\u2019homme qu\u2019il a droit, en tant qu\u2019homme, à l\u2019espace vital, et donc, comme disait S.Exc.Mgr Anto-niutti, « droit d\u2019émigrer d\u2019un pays à un autre, d\u2019une manière ordonnée, sans doute, mais aussi d\u2019une manière libre, afin d\u2019avoir accès aux biens de la terre ».Des besoins nouveaux créent des droits nouveaux.Les théologiens devront préciser, le plus tôt possible, la nature exacte de ce droit et ses limites, afin d\u2019orienter les hommes d\u2019État et de faciliter leur tâche.Cette saison, passera dans nos salles de cinéma Due soldi di speranza (Deux sous d\u2019espérance), premier prix du festival de Cannes, lauréat de l\u2019Office catholique international du Cinéma (O.C.I.C.), film qui ruisselle de poésie et qui dissimule la misère sous la bonne humeur italienne et l\u2019inaltérable espérance d\u2019un jour meilleur.Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, et qu\u2019on se rappelle Voleur de bicyclette, cet autre film de grande qualité certes, né aussi de la gravité du problème social italien, mais fortement teinté de communisme.Car le désespoir est toujours mauvais conseiller.Et l\u2019on peut être certain que la propagande communiste, diaboliquement habile et par conséquent toujours négative, tentera de persuader les Italiens, aux élections générales du printemps prochain, que nos fournitures de guerre et nos pactes d\u2019Atlantique n\u2019expriment pas la volonté de partager nos richesses, mais uniquement la volonté d\u2019en partager la défense.Hélas! c\u2019est aussi ce que pourrait laisser entendre notre nouvelle politique d\u2019immigration.Le monde moderne dresse beaucoup d\u2019embûches devant ceux qui veulent vivre intégralement leur christianisme.On le comprendra mieux en lisant cet article du P.Jules Paquin, qui enseigne la théologie morale au Scolasticat de VImmaculée-Conception, la morale médicale à l\u2019Université de Montréal, la morale professionnelle à V Institut Marguerite-d\u2019 Youville et à l\u2019hôpital de Verdun.sur quoi nous devons nous baser pour juger qu\u2019une action est bonne ou mauvaise; elle est aussi grosse de conséquences, puisque la moindre erreur sur un point aussi fondamental se traduit par toute une attitude de vie.Nous ne croyons pas que plusieurs, chez nous, se soient faits les théoriciens de cette doctrine, mais nous 254 RELATIONS pensons que quelques-uns lui demandent une solution facile à des situations d\u2019ailleurs pénibles, et l\u2019absolution d\u2019actes que la conscience catholique a toujours reconnus comme de graves déviations morales.Par exemple: des époux qui ont déjà une grosse famille, ou une femme dont la santé suscite de sérieuses inquiétudes, diront que Dieu ne peut exiger d\u2019eux qu\u2019ils continuent à procréer ni qu\u2019ils pratiquent une continence qui leur est, disent-ils, impossible; ils prétendront, par conséquent, que pour eux, à cause des circonstances particulières où ils se trouvent, l\u2019onanisme n\u2019est pas mauvais.Morale de situation, « nouvelle morale ».Certes, l\u2019onanisme n\u2019est pas nouveau, mais ce qui est nouveau, c\u2019est de prétendre le justifier, en certains cas, au nom même de la morale.Afin de mieux préciser la nature et les dangers de cette morale nouvelle, nous exposerons d\u2019abord la morale traditionnelle, telle que nous la montrent la raison et la foi, et telle que l\u2019a toujours enseignée l\u2019Église; nous verrons ensuite en quoi les nouvelles théories, malgré un apport précieux de vérité, s\u2019écartent de la vraie doctrine.I.\u2014 LA (( VRAIE » MORALE De même qu\u2019une ligne ne peut être dite parfaitement droite que par comparaison avec une autre qui la mesure, ainsi nos actions ne peuvent être dites bonnes ou mauvaises que par comparaison avec une règle, la règle de toute moralité: seront bonnes les actions qui seront conformes à cette règle, et mauvaises, celles qui s\u2019en écarteront.Mais il faut immédiatement distinguer une règle objective et une règle subjective.La règle objective mesure nos actions considérées en elles-mêmes et dans leurs circonstances concrètes, indépendamment des erreurs de jugement souvent possibles sur leur valeur morale réelle; c\u2019est elle qui fait que nos actions peuvent être dites et sont de fait bonnes ou mauvaises.La règle subjective mesure nos actions et leurs circonstances de manière à déterminer notre responsabilité morale, et c\u2019est elle qui fait que nos actions peuvent être dites et sont bonnes ou mauvaises pour nous, même si cette valeur morale ne correspond pas à la moralité objective.1.La règle objective de moralité.\u2014A la question: pourquoi voler est-il mal?pourquoi tuer est-il mal?pourquoi prier est-il bien?la raison même répond: parce qu\u2019il est conforme à la nature humaine, considérée en elle-même et dans ses relations avec Dieu ou les autres hommes, de ne pas voler, de ne pas tuer, de prier.L\u2019ordre, et en définitive Dieu qui est ordre, demande que l\u2019on ne tue pas, que l\u2019on ne vole pas, que l\u2019on prie.Voilà donc la règle objective de toute moralité: sont bonnes les actions conformes à notre nature d\u2019être créé, d\u2019être raisonnable et d\u2019être social; sont mauvaises les actions qui contredisent notre nature ainsi consi- dérée sous ce triple aspect.Et ce que nous appelons loi naturelle ne fait que préciser ce qui est ainsi exigé par notre nature ou ce qui lui convient.Or, cette règle, elle est universelle et elle est absolue, puisque la nature humaine ne change pas, et que Dieu ne saurait se renier.Toujours et partout, il sera vrai que voler est mal et que prier est bien.Sans doute, les exigences de la nature humaine peuvent ne pas toujours nous apparaître avec la même clarté; mais il serait téméraire de préférer son jugement personnel, souvent d\u2019ailleurs intéressé, au jugement de ceux qui ont consacré leur vie à l\u2019étude de ces questions, au jugement de l\u2019Église surtout, dont c\u2019est la mission, de par la volonté même du Christ, non pas de faire ou de changer la loi naturelle, mais de l\u2019interpréter.Pour juger si l\u2019action concrète que nous voulons poser est bonne ou mauvaise, nous comparerons à cette règle l\u2019action elle-même, d\u2019après sa finalité interne ou son orientation intime, c\u2019est-à-dire d\u2019après l\u2019effet immédiat que de par sa nature même elle produit.Il est des actions qui en elles-mêmes sont bonnes, comme prier; il en est d\u2019autres qui sont mauvaises, comme blasphémer; et il en est qui sont indifférentes, comme marcher ou lire.C\u2019est de l\u2019action ainsi considérée en elle-même que nos actes tirent avant tout leur moralité.Ainsi, l\u2019avortement direct est mauvais et toujours défendu, parce que, par sa finalité interne, son effet immédiat et naturel, il est un meurtre et, par suite, contraire au souverain domaine de Dieu sur la vie de ses créatures; l\u2019onanisme est mauvais parce que, par sa finalité interne, son effet immédiat et naturel, il s\u2019oppose positivement à la fin primaire du mariage.Mais l\u2019action concrète que je veux poser, elle se présente à moi dans des circonstances bien particulières, qui lui donnent une physionomie spéciale et l\u2019individualisent.Ces circonstances aussi ont leur moralité, et nos actions seront bonnes si, non seulement en elles-mêmes, mais aussi avec toutes ces données particulières, elles restent conformes aux exigences de notre nature humaine.Les circonstances peuvent ainsi accroître ou diminuer la bonté ou la malice morale d\u2019une action, ou même y ajouter une nouvelle bonté ou malice.Par là, elles donnent à nos actes une moralité secondaire, qui peut en certains cas devenir primordiale: ainsi, prier est bon, mais la mère de famille qui négligerait ses devoirs d\u2019état pour réciter des prières poserait une action moralement mauvaise.Surtout, nous agissons dans un but ordinairement bien déterminé.Cette intention qui nous pousse à agir est, elle aussi, une circonstance, mais d\u2019une importance capitale.Une intention mauvaise suffit à vicier, en tout ou en partie, une action par ailleurs très bonne, et une bonne intention ajoutera une nouvelle valeur à un acte déjà bon en lui-même et dans ses autres circonstances.Ce rôle de l\u2019intention cependant n\u2019est pas tel qu\u2019elle puisse rendre bonne une action mauvaise: la fin ne justifie pas les moyens, et personne n\u2019admettra que l\u2019on OCTOBRE 1952 255 puisse voler même dans le but de faire la charité ; de la même façon, aucune fin, si bonne soit-elle, ne pourra justifier l'avortement direct ou l\u2019onanisme, qui sont de par leur objet même des actions mauvaises.Résumons: s\u2019il est certain que chaque cas est individuel, et que, pour apprécier son degré exact de moralité, il faut tenir compte de toutes les circonstances, il est non moins sûr que certaines actions sont déjà mauvaises en elles-mêmes et qu\u2019aucune circonstance, si tragique qu\u2019elle soit, ne saurait les justifier.2.La règle subjective de moralité.\u2014 Il peut fort bien arriver, cependant, que nous nous trompions en jugeant bonne une action qui est mauvaise, ou mauvaise une action qui est bonne.Ce.jugement, qui est proprement la conscience, est la règle subjective de la moralité de nos actes.Seront bonnes, par conséquent, les actions que ma conscience me représentera comme telles, et mauvaises, celles qu\u2019elle me dit être mauvaises.Si ce jugement est conforme à la réalité objective, il n\u2019y a aucune difficulté.Mais si ce jugement est invinciblement erroné, c\u2019est lui qui en définitive mesure mes actions et les rend bonnes ou mauvaises pour moi.En ce sens, il faut toujours reconnaître le primat de la conscience, même sur la règle objective de la moralité.Entendons-nous pourtant.Si nous jugeons bonne une action qui de fait est mauvaise, nous ne sommes pas responsables de ce mal, et il ne nous sera pas imputé; mais objectivement, il reste que nous avons fait le mal.C\u2019est d\u2019ailleurs intentionnellement que nous avons parlé de jugement invinciblement erroné ; car si nous nous trompons parce que nous ne voulons pas savoir, ou parce que nous manquons de la docilité nécessaire envers ceux que Dieu lui-même a chargés de nous éclairer, nous nous illusionnons nous-mêmes, et notre ignorance coupable ou les prétextes qui faussent notre jugement ne suffisent pas à rendre bonne pour nous une action qui est objectivement mauvaise.La conscience qui est la règle subjective de moralité, c\u2019est la conscience vraie ou la conscience invinciblement erronée, ce n\u2019est pas n\u2019importe quel jugement personnel.La sincérité est ici de première importance, et elle seule peut donner à notre vie morale sa rectitude.IL \u2014 LA (( NOUVELLE )) MORALE Cette nouvelle morale ne fait qu\u2019étendre au domaine de nos actions la théorie plus générale de l\u2019existentialisme.Ce qui la caractérise, c\u2019est qu\u2019elle est essentiellement relative et individuelle.« Le signe distinctif de cette morale, dit le Souverain Pontife, est qu\u2019elle ne se base point (en effet) sur les lois morales universelles, comme par exemple les dix commandements, mais sur les conditions ou circonstances réelles et concrètes dans lesquelles on doit agir, et selon lesquelles la conscience individuelle a à juger et à choisir.Cet état de choses est unique et vaut une seule fois pour toute action humaine.C\u2019est pourquoi la décision de la conscience, affirment les tenants de cette éthique, ne peut être commandée par les idées, les principes, et les lois universelles.» Elle nie qu\u2019il y ait une norme absolue et universelle qui mesure toutes nos actions, et prétend que nos actions considérées en elles-mêmes et indépendamment des circonstances ne comptent pas devant Dieu; seules les circonstances concrètes, en individualisant le cas, donnent à l\u2019action sa vraie valeur morale.Et comme les circonstances changent de personne à personne, et à chaque instant pour une même personne, les actes que nous appelons intrinsèquement mauvais pourront eux-mêmes, selon les circonstances, être bons ou mauvais.Ainsi, le divorce, l\u2019avortement, l\u2019onanisme, l\u2019insoumission à l\u2019Église et jusqu\u2019à l\u2019abandon de la foi catholique pourraient devenir des actes moralement bons, si la situation concrète dans laquelle nous agissons semblait demander une telle conduite.\u2014 L\u2019insistance qu\u2019apporte la nouvelle morale à souligner le rôle des circonstances concrètes de nos actes mérite d\u2019être retenue.L\u2019Église, d\u2019ailleurs, n\u2019a jamais nié que les circonstances soient un élément dont il faille tenir compte pour juger la valeur morale de nos actes.Il est trop évident que les principes sont généraux, tandis que les actes sont bien individualisés.Mais la solution de cette apparente antinomie n\u2019est pas dans la suppression des principes et des lois, elle est dans leur application judicieuse à chaque cas particulier.Et cette application, si elle doit faire état des circonstances, ne peut cependant pas ignorer les exigences fondamentales de la loi naturelle, immuables comme la nature humaine elle-même, et celles de la loi positive divine, dont nous sommes les sujets en raison même de notre dépendance à l\u2019égard de Dieu.Précisément parce que la nouvelle morale est individuelle, elle refuse aussi tout intermédiaire entre Dieu et chaque individu.C\u2019est le libre arbitre poussé à ses extrêmes limites.Aucune autorité n\u2019aurait été constituée par Dieu, avec le pouvoir de préciser la loi naturelle, et de porter des lois obligeant en conscience.Chacun de nous, indépendamment de toute autorité, serait juge de la valeur morale de ses actions, puisque nous seuls, en définitive, vivons la situation concrète et unique où nous avons à agir.Ce que Dieu regarderait uniquement, c\u2019est l\u2019intention, et une intention qui ne se soucie pas des principes et des lois.Il pourrait fort bien arriver qu\u2019une action concrète demande, pour être bonne, d\u2019être conforme à la loi, mais cela lui serait accidentel, et rien n\u2019empêcherait qu\u2019une action directement opposée à la loi puisse être bonne.\u2014 L\u2019orgueil, ici, est évident, même s\u2019il n\u2019est pas toujours pleinement conscient.Mais surtout, cette théorie suppose la méconnaissance totale du rôle du Christ et de l\u2019Église dans notre acheminement vers Dieu.Le Christ est l\u2019unique Voie, et l\u2019Église n\u2019est pas autre chose que le Christ continué.Il est impossible d\u2019aller à Dieu sans passer par le Christ, et impossible de trouver le Christ en se mettant volontairement en dehors de l\u2019Église.256 RELATIONS La nouvelle théorie, enfin, prétend secouer le formalisme de lois rigides, favorisant ainsi l\u2019épanouissement de la personnalité, et de la personnalité religieuse elle-même, puisque Dieu veut être servi en esprit.\u2014 Reconnaissons que la vie morale de trop de gens se réduit à l\u2019observance matérielle et souvent machinale de préceptes dont ils ne retiennent que la lettre sans en pénétrer l\u2019esprit, et à des abstentions inspirées plus par la crainte du Juge que par l\u2019amour du Père.Mais ce n\u2019est pas en supprimant la loi qu\u2019on la vivifie, c\u2019est en animant de pureté d\u2019intention et d\u2019amour les actes qu\u2019elle prescrit, les abstentions qu\u2019elle impose.Dieu est esprit et amour, oui, mais le véritable amour consiste à observer ses commandements avec une volonté réfléchie, dans une filiale soumission.D\u2019ailleurs, le formalisme pharisaïque, que veut condamner la nouvelle morale, peut bien être la religion de certains catholiques, elle n\u2019est pas celle de l\u2019Église pour qui le premier commandement, en qui se résument tous les autres, a toujours été d\u2019aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces.Morale nouvelle, morale adulte, dit-on.L\u2019homme a atteint un degré de développement qui lui permet de prendre pleinement ses propres responsabilités, dans un commerce intime qui le relie directement à Dieu.A chaque instant, Dieu pose à chaque homme un nouvel appel au don de soi, et il appartient à chacun de juger ce que doit être la réponse, sans tenir compte des principes et des lois.Les lois sont faites pour des peuples enfants, incapables d\u2019avoir une vie morale personnelle, qu\u2019eux-mêmes dirigent; elles perdent leur raison d\u2019être lorsque la conscience individuelle peut devenir la norme unique des actions.\u2014 Cette assertion contient une grande vérité et une grossière erreur.Quiconque a tant soit peu le sens de la vie morale admettra que toute action est un choix, une option, une acceptation ou un refus de servir et d\u2019aimer Dieu.Et ce choix, il importe qu\u2019il soit, non pas imposé de l\u2019extérieur et uniquement d\u2019autorité, mais accepté en pleine conscience dans cet La formule Rand Guy de MERLIS LA SÉCURITÉ SYNDICALE est aujourd\u2019hui l\u2019un des problèmes les plus épineux des relations patronales-ouvrières et un obstacle, dans les négociations collectives, plus difficile à surmonter que le problème des salaires.Rares sont les conventions collectives qui ne contiennent pas tout au début une clause touchant la sécurité syndicale.Mais la mesure de sécurité syndicale que l\u2019employeur accorde à ses employés ou que les syndicats obtiennent, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, varie à l\u2019extrême, allant de l\u2019atelier complètement fermé à l\u2019atelier complètement ouvert, en esprit d\u2019amour qui caractérise la vraie liberté des enfants de Dieu.Il y a des vies morales infantiles, qu\u2019il faudrait développer pour les faire parvenir à la maturité de l\u2019acceptation consciente, réfléchie et pleinement voulue du plan de Dieu sur nous.Mais, précisément, cette vie morale adulte doit être éclairée et guidée, dans les choix qui s\u2019imposent continuellement à elle, par l\u2019immuable vérité des exigences de notre nature créée, raisonnable et sociale.C\u2019est le pilote lui-même, sans doute, qui doit conduire le navire dans le chenal, mais en suivant les balises qui lui feront éviter l\u2019échouement ou l\u2019écueil, et à la lumière du phare qui guidera sa marche.Former une conscience adulte n\u2019est pas la rendre indépendante de la loi et de l\u2019autorité légitime, c\u2019est lui faire accepter librement cette loi et cette autorité, après l\u2019avoir éclairée dans leurs légitimes exigences.Le célèbre Ama et fac quod vis \u2014 Aime et fais ce que tu veux \u2014 ne saurait s\u2019entendre de n\u2019importe quel amour, mais d\u2019un amour qui tend dans la lumière vers le Dieu qu\u2019il a choisi.* Déjà, nous avons donné quelques exemples des conclusions désastreuses auxquelles peut aboutir la nouvelle morale: divorce, onanisme, avortement, séparation de l\u2019Église, etc.Mais la morale s\u2019étend à toutes nos activités, à celles de la vie privée, de la vie familiale et de la vie publique, à l\u2019art, à la science, à la politique.On voit alors ce que la morale de situation, avec son relativisme et son arbitraire, peut accumuler de déviations, dont l\u2019individu lui-même, la famille et la société seront les victimes.Le Souverain Pontife, en nous mettant en garde contre ces déviations, aura, une fois de plus, protégé l\u2019humanité contre elle-même.Nous admirerons son sens des réalités présentes; nous accepterons surtout avec docilité sa parole, convaincus que celui qui le suit ne marche pas dans les ténèbres, puisque le Pape représente le Christ, la Lumière venue en ce monde pour l\u2019éclairer.Il plaira à nos lecteurs de mieux connaître la formule Rand, dont ils entendent si souvent parler.M.Guy de Merlis, bachelier en journalisme et journaliste au Droit {Ottawa) de 1949 à 1952, est actuellement rédacteur français de la Gazette du Travail, publication du ministère fédéral du Travail.passant par une multitude de formules, nées de longues négociations collectives, qui témoignent de l\u2019étendue du problème.C\u2019est précisément parce que deux puissantes parties, le patronat et le travail, sont aux prises qu\u2019une formule sûre de sécurité syndicale, acceptable aux deux parties, n\u2019a pas encore été trouvée.Le juge Ivan C.Rand, de la Cour suprême du Canada, tenta de trancher le problème en 1946, quand il OCTOBRE 1952 257 fut nommé arbitre du différend surgi entre la compagnie Ford Motor du Canada et le local 200 de l\u2019Union internationale des United Automobile, Aircraft and Agricultural Implement Workers of America (U.A.W.-C.I.O.).Sa solution, la « formule Rand », pacifia les deux parties et mit fin à une grève coûteuse.La formule Rand, telle qu\u2019énoncée par le juge, connut une vague de popularité; mais aujourd\u2019hui, les exceptions l\u2019emportent sur la règle, et la formule Rand a été tellement modifiée que, sauf dans l\u2019industrie de l\u2019automobile, elle est à peine reconnaissable.Avant de procéder, certains termes doivent être expliqués, pour l\u2019intelligence du problème.Par sécurité syndicale, il faut entendre une garantie assurant au syndicat une liberté d\u2019action pour voir aux intérêts de ses membres.Les formes les plus sûres de sécurité syndicale sont l\u2019atelier fermé et l\u2019atelier syndical.Sous le régime de Y atelier fermé, tous les travailleurs de l\u2019établissement, sauf quelques exceptions, doivent faire partie du syndicat avant même d\u2019être engagés et doivent demeurer des membres en règle s\u2019ils veulent conserver leur emploi.Sous le régime de Yatelier syndical, le nouvel employé jouit d\u2019une période, allant de trente jours à six mois, pendant laquelle il n\u2019est pas obligé de devenir membre du syndicat.Une fois cette période expirée, toutefois, il doit faire partie du syndicat et demeurer membre en règle sous peine de renvoi.La retenue syndicale (check-off) voit les cotisations syndicales déduites automatiquement du salaire de l\u2019employé, par le patron, et versées par chèque à la caisse du syndicat.La retenue syndicale est souvent pratiquée là même où n\u2019existe pas d\u2019atelier fermé ou syndical.Cet article ne traite pas de la sécurité syndicale en elle-même, mais présente plutôt une étude d\u2019une solution au problème de la sécurité syndicale: la formule Rand.Il tente, après un aperçu de la grève qui lui donna naissance et une analyse des motifs et des termes de la décision du juge Rand, d\u2019exposer la popularité, les effets et les conséquences de cette formule.LA GRÈVE CHEZ FORD EN 1945 Une étude de la formule Rand ne peut se faire sans passer en revue la grève qui paralysa, en 1945, la compagnie Ford Motor, à Windsor (Ontario), puisque c\u2019est précisément cette grève qui donna naissance à la formule.(Jeremy Taylor, « The Rand Formula », The Quarterly Review of Commerce, vol.XIV, n° 2, pp.139-159.) De plus, la compagnie Ford du Canada fut la première à adopter la formule Rand dans son contrat collectif de travail avec le local 200 de l\u2019Union internationale des United Automobile, Aircraft and Agricultural Implement Workers of America.La ville de Windsor comptait alors une population d\u2019environ 120,000 habitants.Près de 75% de ses ci- toyens masculins étaient employés dans des industries alliées à l\u2019industrie de l\u2019automobile, et de 10,000 à 12,000 hommes (selon la saison) étaient à l\u2019emploi de la compagnie Ford.Windsor, à la porte de Détroit, était alors, tout comme aujourd\u2019hui, sujet aux pressions du mouvement ouvrier américain.Or, la compagnie Ford de Détroit avait déjà accordé à ses employés l\u2019atelier syndical, et quand la même compagnie Ford, du côté canadien, refusa d\u2019assurer la sécurité syndicale à ses travailleurs, patronat et ouvriers se trouvèrent aux prises, tels deux camps armés.Le contrat collectif de travail qui existait entre la compagnie Ford et le local 200 de la U.A.W.-C.I.O.depuis le 15 janvier 1942 expira en 1944 et ne fut pas renouvelé, les deux parties ne pouvant en venir à une entente.La pierre d\u2019achoppement était la sécurité syndicale: le syndicat demandait l\u2019atelier syndical et la retenue syndicale (check-off), conditions que la compagnie ne voulait pas accepter.Il existait bien d\u2019autres points sur lesquels on ne parvenait pas à s\u2019entendre, mais l\u2019obstacle insurmontable était la sécurité syndicale.Il n\u2019était pas question d\u2019augmentations de salaires, à cette époque.Les négociations entre les deux parties se poursuivirent vainement pendant plus d\u2019une année.La conciliation, sous la direction du juge Richards, n\u2019aboutit à rien, et le rapport du juge O\u2019Connor, qui présida un premier tribunal d\u2019arbitrage nommé par le ministère fédéral du Travail, fut rejeté par le syndicat avant même que la compagnie n\u2019ait eu l\u2019occasion de se prononcer.Vint juin 1945, et la décision de faire la grève, après que le syndicat eut épuisé les mesures obligatoires de conciliation et d\u2019arbitrage.Au matin du 12 septembre 1945, le syndicat, ses réclamations non satisfaites, donna ordre à ses membres de quitter l\u2019ouvrage.Les lignes de piqueteurs furent immédiatement organisées, et personne ne fut admis dans l\u2019usine, pas même dans la centrale électrique.Même les gardiens furent empêchés d\u2019entrer pendant les premières quarante-huit heures.Au début, le syndicat et la direction demeurèrent sur leurs positions; mais après trois semaines, un nouveau tribunal d\u2019arbitrage fut créé.Toutefois, cette nouvelle tentative échoua quand il devint évident que les deux parties ne voulaient céder en rien.Les piqueteurs refusèrent alors le droit de passage à la direction et aux employés de bureau.La compagnie dut établir son quartier général dans un hôtel, et on songea même à cerner l\u2019hôtel de piqueteurs.Quand il se fit une pression pour ouvrir la barrière principale, les grévistes se saisirent de quelque deux mille automobiles, propriété de citoyens étrangers à la grève, et les massèrent à l\u2019entrée.Ce geste illégal contribua largement à renverser l\u2019opinion publique, sympathique jusqu\u2019à ce moment aux grévistes, et fut cause d\u2019une forte diminution des dons à la caisse des grévistes.D\u2019autre part, ce 258 RELATIONS geste témoigna des convictions intenses des grévistes dans la poursuite de leurs réclamations contre un employeur qui leur paraissait obstiné.Le but demeurait toujours l\u2019obtention de l\u2019atelier syndical et de la retenue syndicale; et, dans cette question de sécurité syndicale, il ne pouvait être mention de compromis.Sans ces gains, la grève était perdue.En décembre, le ministère fédéral du Travail accepta de nommer un nouvel arbitre, à la condition expresse que les deux parties reconnussent sa décision comme exécutoire.La compagnie, en fait, fut la première à suggérer l\u2019arbitrage, tout en maintenant que l\u2019arbitre devait être un membre « impartial » de la Cour suprême.L\u2019union décida enfin de s\u2019en remettre à un arbitre sur tous les points, même pour l\u2019atelier syndical et la retenue syndicale.Cette décision, de la part des grévistes, fut amenée par le fait que la grève se prolongeait, \u2014 elle entrait dans son quatrième mois, \u2014 que la situation financière non seulement des grévistes, mais de tous les ouvriers de Windsor ne faisait qu\u2019empirer, et aussi par le fait que les intempéries de la saison causaient de plus en plus de dommages à la machinerie.Le ministre fédéral d\u2019alors, M.Humphrey Mitchell, nomma le juge I.C.Rand, de la Cour suprême du Canada, comme arbitre.Le juge Rand passa d\u2019abord plusieurs semaines à Windsor, se familiarisant avec la grève, l\u2019usine et la population de Windsor.Puis, le 9 janvier 1946, il convoqua l\u2019arbitre patronal et l\u2019arbitre syndical; pendant une semaine, le tribunal d\u2019arbitrage entendit la preuve des deux parties.Le 15 janvier, le juge quittait Windsor pour étudier le problème de la sécurité syndicale.Sa décision, tant attendue, fut rendue le 29 janvier 1946.La grève, qui avait pris fin, elle, le 20 décembre 1945, occasionna une perte de plus de 900,000 jours de travail.Au taux des salaires d\u2019alors, si l\u2019on accepte l\u2019année de travail de 300 jours, il allait falloir deux ans et demi pour rattraper le temps perdu.Les grèves de sympathie virent le total des grévistes monter, par moment, au cours de 99 jours de grève, à plus de 20,000, entraînant ainsi la perte de plus de 1,200,000 journées de travail.Les dommages à la machinerie, causés parce que les piqueteurs refusaient aux ouvriers responsables de l\u2019entretien de la machinerie l\u2019accès des usines et de la centrale électrique, dépassèrent les $500,000.A cela vinrent s\u2019ajouter les pertes de salaire subies dans nombre de petites industries connexes, qui durent fermer leurs portes par suite de l\u2019inactivité de la compagnie Ford.MOTIFS DE LA DÉCISION Dans son long préambule, avant de prononcer sa décision (voir la Gazette du Travail, vol.XLVI, janvier 1946, n° 1, pp.126-134), le juge Rand prit soin de souligner qu\u2019il se basait sur a des considérations qui sont agréées par l\u2019opinion publique du pays et qui, en tant que principes, se rapportent aux controverses du genre de celle dont je suis saisi ».Le juge déclara aussi fonder ses prémisses sur certaines déclarations de principes émanant tant du parlement fédéral que des législatures provinciales.Il précisa ainsi sa pensée: Dans la plupart des provinces, de même que sous le régime des lois fédérales du temps de guerre, les avantages sociaux du syndicalisme ouvrier et du contrat collectif, lorsque ces mesures sont réclamées par les employés, ont été reconnus par les statuts.C\u2019est là un desideratum que la compagnie Ford reconnaît.Il s\u2019ensuit que les syndicats ouvriers devraient devenir puissants afin de pouvoir jouer le rôle qui leur est assigné.Selon le juge Rand, il existe deux moyens d\u2019effectuer des améliorations dans le domaine des relations pa-tronales-ouvrières: recourir à la guerre économique avec tout son gaspillage ou adopter un mode de rationalisation graduelle d\u2019une région où les intérêts sont à la fois communs et opposés.Pour lui, il ne fait aucun doute que les ouvriers ont le droit de s\u2019organiser.Le juge Rand conclut qu\u2019il fallait « élaborer et renforcer l\u2019organisation du travail, par des moyens civilisés, afin qu\u2019elle puisse jouer le rôle essentiel qui lui revient dans une économie reposant sur l\u2019entreprise privée ».Pour en arriver là, ajouta-t-il, « il faut une direction avertie au sommet et un contrôle démocratique à la base ».Passant des considérations générales au problème particulier, le juge Rand blâma la « conception absolutiste » du patron en cause.A ce sujet, le juge Rand fit part de son étonnement de voir, d\u2019une part, un établissement magnifique au point de vue du génie mécanique (machines et services) et, d\u2019autre part, une organisation humaine dudit établissement comportant beaucoup de tension et de friction.Certains actes posés par les grévistes furent aussi blâmés par l\u2019arbitre.Il nota cependant: « Une grève n\u2019est pas un thé.» Il vit dans certains actes posés par les grévistes (ils s\u2019opposèrent à l\u2019entretien des usines et encombrèrent de voitures la rue qui longe l\u2019usine) l\u2019indication d\u2019une conviction profonde chez eux qu\u2019on opposait « à leurs justes réclamations un refus obstiné ».Le juge Rand refusa de reconnaître l\u2019atelier syndical pour plusieurs raisons.D\u2019abord, selon lui, parce que l\u2019intérêt que possède la compagnie dans chacun de ses travailleurs et la durée de leur emploi susciterait des conflits et au sein du syndicat et entre les ouvriers et le syndicat; deuxièmement, parce que cela empêcherait l\u2019ouvrier de se chercher de l\u2019emploi et de travailler indépendamment de toute affiliation à un groupement quelconque; troisièmement, parce que le travailleur canadien serait exposé au danger d\u2019une intervention arbitraire de certains particuliers, et sa vie économique serait à la merci de la menace et de l\u2019intervention du groupe irresponsable et embryonnaire.OCTOBRE 1952 259 Le juge nota, d\u2019autre part, que les travailleurs pris collectivement bénéficient de l\u2019activité syndicale.« Je doute qu\u2019il y ait plus forte cause de ressentiment dans un atelier, dit-il, que la participation par les non-syndiqués aux fruits du travail et du courage des syndicats.» Il ajouta: « En principe, il ne serait donc pas injuste d\u2019exiger de tous les travailleurs une contribution aux frais qu\u2019exigent la surveillance de leurs intérêts et l\u2019application du code d\u2019emploi.» C\u2019est que même la compagnie Ford avait reconnu que le syndicat a beaucoup obtenu pour les ouvriers, quelquefois par voie de négociations avec elle, quelquefois en dépit de son opposition.L\u2019obligation de verser les cotisations devrait tendre, en toute vraisemblance, à favoriser le recrutement et, partant, à intensifier, au sein du syndicat, l\u2019intérêt et la discipline qui assurent un sens progressif de responsabilité.Si tel est le cas, la méthode adoptée aura fait ses preuves.De son côté, le syndicat se sentira toujours tenu de motiver sa conduite aux yeux de la majorité des travailleurs, vu le pouvoir que ces derniers possèdent de changer leurs négociateurs.Le juge Rand était convaincu que sa décision n\u2019affectait en rien les libertés de la compagnie et des travailleurs.Comme l\u2019imposition ne touchait que les employés, l\u2019employeur n\u2019était intéressé que dans le coût d\u2019un tel système et dans la force qu\u2019il donnait au syndicat.Or le coût, selon le juge, pouvait fort bien constituer la part qu\u2019une compagnie serait prête à payer pour faire de son syndicat un organisme plus indépendant, partant plus efficace et mieux en mesure de maintenir la discipline.TERMES DE LA DÉCISION Voici les termes de la décision du juge Rand, ainsi que les conditions auxquelles la retenue obligatoire était assujettie: Ma décision est que la retenue syndicale sera obligatoire pour tous les travailleurs de l\u2019établissement auquel la convention s\u2019applique.Il en sera ainsi pendant toute la durée du contrat.Le montant à déduire sera celui que le syndicat déterminera de temps à autre et qui sera prélevé sur ses membres conformément à sa constitution et pour les fins du syndicat.Ce montant ne doit pas équivaloir à une cotisation spéciale ni à une augmentation de la cotisation en vue de certains avantages syndicaux, tels que l\u2019assurance syndicale à laquelle le non-membre n\u2019aurait pas le droit de participer et dont il ne pourrait bénéficier.La déduction ne pourra être effectuée que dans les conditions et les circonstances déterminées par la constitution et les règlements du syndicat et elle ne comprendra aucun droit d\u2019admission.A la fin de chaque mois civil et avant le dixième jour du mois suivant, la compagnie versera par chèque au syndicat local le total des déductions prélevées.Cette retenue obligatoire, sous la formule Rand originale, était toutefois assujettie à plusieurs conditions.Ce sont ces conditions que l\u2019on met souvent de côté pour ne garder de la formule que la retenue syndicale obligatoire.Elles stipulent, entre autres: 1) qu\u2019aucune grève ne sera déclarée par le syndicat sans un vote, par bulletin secret, de tous les travailleurs; 2) que le syndicat devra répudier officiellement et publiquement toute grève non autorisée; 3) que tout travailleur qui participera à une grève non autorisée ou à une suspension de travail concertée sera passible d\u2019une amende de $3 par jour, pour chaque jour d\u2019absence, et de la perte d\u2019un an d\u2019ancienneté pour une absence d\u2019une semaine; 4) que le syndicat qui déclare une grève sans recourir à un vote des travailleurs sera passible de la suspension de la retenue obligatoire des cotisations syndicales pour une période de deux à six mois.CONSÉQUENCES DE LA DÉCISION RAND Si les deux parties acceptèrent de s\u2019en remettre à l\u2019arbitrage du juge Rand, c\u2019est qu\u2019elles se rendaient parfaitement compte que les choses ne faisaient qu\u2019empirer.Les ouvriers, bien entendu, ne s\u2019enrichissaient pas, et les dégâts à la machinerie s\u2019aggravaient.Le syndicat, pas plus que la compagnie, n\u2019espérait une victoire généreuse; mais il comptait sur un traitement équitable.Il était, en effet, évident que la décision du juge Rand ne pourrait faire l\u2019affaire des deux parties.Il ne pouvait que tomber sur un juste milieu.Le syndicat trouva d\u2019abord à redire contre certaines des mesures disciplinaires, tout en reconnaissant que les mesures prévues contre les grèves non autorisées aideraient à maintenir la discipline.La compagnie accepta avec difficulté la sécurité syndicale accordée par la formule Rand et surtout la retenue syndicale.La compagnie n\u2019avait pas confiance dans le fait que ces deux avantages pouvaient être enlevés au syndicat si ce dernier ne coopérait pas avec elle.Elle se verrait immédiatement accusée d\u2019enlever au syndicat quelque chose qui lui revenait de droit, et tout le mouvement syndical, d\u2019un océan à l\u2019autre, se lèverait bientôt contre la compagnie.Les deux parties étaient aussi convaincues, au début, que les employés qui ne feraient pas partie du syndicat, mais qui étaient maintenant obligés de verser des cotisations pour soutenir ce syndicat, seraient vite une source de difficultés dans l\u2019usine.De plus, le syndicat était convaincu que les mesures disciplinaires seraient bientôt milles parce que les travailleurs refuseraient de s\u2019y soumettre.Enfin, le syndicat ne prisait guère l\u2019idée d\u2019avoir à tenir deux comptabilités, une pour ses membres, l\u2019autre pour les ouvriers assujettis à la cotisation.D\u2019autre part, la compagnie acceptait difficilement l\u2019idée de percevoir les cotisations, à ses frais, pour enrichir le syndicat.Une enquête entreprise par le National Gallup Poll, en novembre 1946 {The Windsor Star, 7 novembre 1946), offre un intéressant à-côté sur ce problème de la retenue syndicale obligatoire pour tous les employés d\u2019usine, qu\u2019ils soient membres ou non du syndicat.Cet organisme d\u2019investigation de l\u2019opinion publique posa la question suivante au peuple canadien: « Dans une usine où existe un syndicat, croyez-vous que les travailleurs devraient verser la cotisation syndicale s\u2019ils sont rémunérés aux taux du syndicat ?» Ce n\u2019est 260 RELATIONS pas tout à fait la même chose que si l\u2019on avait demandé aux gens: « Acceptez-vous les idées de la formule Rand ?» Mais on se trouvait tout de même à leur demander s\u2019ils acceptaient la principale teneur de cette formule.Voici, sans commentaires, le résultat de cette enquête: \tOui\tNon\tIndécis Population générale\t\t.\t52%\t33%\t15% Familles ouvrières\t\t.\t75%\t18%\t7% Familles non ouvrières\t\t.\t47%\t36%\t17% Employés d\u2019usines\t\t.62%\t25%\t13% \tOui\tNon\tIndécis Employés de bureaux\t\t54%\t34%\t12% Petits entrepreneurs\t\t.\t36%\t41%\t23% Hommes d\u2019affaires et de profes sion libérale\t\t\" 39%\t49%\t12% PAR AFFILIATION C.C.F\t\tPOLITIQUE\t\tOui 70% Libéraux\t\t\t\t48% Conservateurs\t\t\t\t43% Un second article traitera de la popularité\t\t\tet des effets de la formule Rand.« PAX ROMANA » CHEZ NOUS Pierre ANGERS, S.J.Le P.Angers, préfet des études au Collège Jean-de-Brébeuf et professeur de littérature à V Université de Montréal, nous donne ses impressions sur le récent congrès de Pax Romana.RÉCEMMENT, le XXe Congrès de Pax Romana tenait ses assises dans quatre universités canadiennes.Du 19 au 24 août, les membres de l\u2019exécutif se sont réunis à Toronto pour considérer quelques problèmes techniques.Après une courte visite à Ottawa, les délégués, groupés en assemblées plénières ou distribués en commissions, ont poursuivi à Montréal et à Québec les séances d\u2019études, du 26 août au 1er septembre.Le thème, très important, soumis à la réflexion des congressistes avec une insistante recommandation du Saint Père, était la mission de l\u2019université dans la société contemporaine.Il importait que le thème fût traité avec l\u2019ampleur exigée par le caractère universel de l\u2019enseignement au niveau universitaire, et, singulièrement, que le regard dominât les particularismes des communautés nationales.L\u2019université, tout en se préoccupant d\u2019exercer un rayonnement intense sur son milieu immédiat, est, de sa nature, une institution de caractère trans-national.A Pax Romana, la présence de professeurs et d\u2019étudiants, accourus des cinq continents et de quarante-cinq nations, maintenait le caractère de catholicité auquel participe le savoir universitaire.Conférenciers, dirigeants et membres des commissions d\u2019études, animés d\u2019un même esprit de recherche désintéressée et de fraternelle bienveillance, ont coopéré à l\u2019œuvre intellectuelle du congrès.Et, ici, comment ne pas citer, pour leur zèle intelligent, leur dévouement et leur courtoisie, les membres des comités locaux, auxquels revient une très grande part du succès de ces journées ?Les séances d\u2019études tenues à Montréal et à Québec ont contribué à stimuler et à enrichir la réflexion des intellectuels catholiques de notre pays.Le congrès a permis de poser avec acuité, aux yeux de bien des esprits à demi conscients de ce péril, les graves déficiences de notre culture occidentale, qui meurt d\u2019inani- OCTOBRE 1952 nition pour s\u2019être coupée des sources nutritives de la Révélation.Les échanges de vues ont favorisé une prise de conscience des tâches intellectuelles qui s\u2019imposent aux catholiques canadiens; en particulier, celle de débusquer la foi retranchée sur le terrain « purement religieux » et de rétablir ses rapports directs avec toute l\u2019étendue et la variété des activités humaines.Que l\u2019existence tout entière soit remise sous l\u2019influence de la foi.Ces journées ont maintenu l\u2019attention sur des aspects essentiels de la vie universitaire concernant et les professeurs et les étudiants: antinomies à surmonter entre les besoins croissants de la spécialisation et la sagesse chrétienne; respect de la vérité qui doit être aimée et recherchée pour elle-même et non pas pour les avantages ou la puissance que l\u2019on peut en retirer; exigences de la liberté académique qui ne doit pas être violée, même indirectement, par le retrait des fonds ou la limitation des octrois aux facultés moins pourvues d\u2019étudiants, mais dont l\u2019œuvre importe à l\u2019université plus que celle des facultés professionnelles; devoirs de l\u2019État à l\u2019égard de l\u2019université, à laquelle il doit fournir son appui sans ingérence indue dans l\u2019établissement des programmes, dans la nomination des professeurs.Cet effort de réflexion en commun a mis en lumière l\u2019importance que prend dans la vie des intellectuels le détachement évangélique, qui est le principe d\u2019un véritable don de soi à la vérité.Dans une société aussi utilitariste que la nôtre, aussi affamée de gain matériel et de succès rapide, les vertus morales seules peuvent assurer à l\u2019esprit la pureté de regard et préserver l\u2019effort intellectuel des déviations qui le guettent.Nous ne pouvons songer à reprendre dans ces colonnes, ni même à résumer les aspects multiples des activités universitaires qu\u2019ont cherché à couvrir le programme des conférences et le travail des commissions.Les actes du congrès, contenant les textes des causeries et les procès-verbaux des commissions, paraîtront dans quelques semaines à Fribourg (Suisse).Qu\u2019il 261 suffise ici d\u2019insister sur quelques points qui se dégagent des conclusions lues à Québec, à la séance de clôture.* L\u2019université est « une communauté de maîtres et d\u2019étudiants adonnés aux labeurs de l\u2019esprit ».Son objet est de communiquer l\u2019intelligence des choses et de développer le goût de la vérité aimée pour elle-même, par l\u2019enseignement et tous les moyens qui s\u2019y rattachent : lectures dirigées, discussions en groupes, seminars, exercices pratiques.Elle doit créer un foyer de vie communautaire au sein duquel, par des échanges et des contacts multipliés entre facultés, entre professeurs et étudiants, se transmet, repensé et vécu, l\u2019héritage intellectuel dans toutes les sphères de la connaissance.En prolongement de cette fonction enseignante, qui demeure la tâche fondamentale de l\u2019université, prend place la recherche scientifique.Il est normal que les centres de vie intellectuelle se consacrent à l\u2019avancement de la connaissance, en s\u2019aventurant dans des champs inconnus.Cette tâche, toutefois, est distincte de l\u2019enseignement, et dans les facultés, elle demeure subsidiaire.Il est préférable qu\u2019elle soit confiée à des instituts spécialisés et reliés à l\u2019université.Car celle-ci a tout intérêt à posséder dans ses structures des équipes de savants et de chercheurs en tous domaines.Leur présence stimule les professeurs et les tient en contact avec l\u2019élan, les audaces et l\u2019indépendance spontanée de la pensée créatrice.Pour démasquer les routines, à la fois flatteuses pour l\u2019amour-propre et meurtrières à la pensée, rien ne vaut le voisinage du risque et de l\u2019aventure.L\u2019un des problèmes les plus sérieux abordés au cours du congrès est posé par la spécialisation, aujourd\u2019hui très poussée, qui a envahi tous les champs de l\u2019enseignement supérieur.La préparation technique requise de chaque science particulière augmente sans répit.Et ces disciplines spéciales reposent sur des méthodes de contrôle et de constatation dont la mise en œuvre nécessite de longues et patientes recherches.Le chimiste au laboratoire n\u2019établit un fait avec certitude qu\u2019à la suite d\u2019expériences multipliées.L\u2019historien n\u2019affirme la date de naissance d\u2019un homme politique du XVe siècle que sur la foi de documents examinés et interrogés avec le plus minutieux scrupule.L\u2019homme de lettres consacre de longues heures à l\u2019étude d\u2019un manuscrit avant de substituer une expression à une autre dans une édition critique.Les yeux et les mains des chercheurs s\u2019usent de leur respect à la vérité.Cela va sans dire, il n\u2019est pas question pour les universitaires de contester l\u2019intérêt de cette recherche qui a permis de faire le tri entre la masse des affirmations gratuites, voire des préjugés et des engouements, et les faits réels établis avec certitude.La rigueur des méthodes critiques offre à l\u2019esprit des garanties d\u2019objectivité et de probité intellectuelles.Davantage, elle est apte à favoriser une maturité de la connaissance mise avec clairvoyance en possession de la vérité et se sachant en possession de la vérité.Le chercheur, par un contrôle lucide sur tous les cheminements de sa pensée, atteint au terme où il se voit pourvu de la certitude, qui est un beau fruit de la connaissance.Mais ce qu\u2019il importe aussi de considérer, ce sont les limites de cette recherche, la nature des méthodes dont elle fait usage et les compléments qu\u2019elle appelle.* La recherche scientifique, qu\u2019elle ait pour objet la nature, l\u2019homme, les événements du passé, porte essentiellement sur les faits.C\u2019est dire qu\u2019elle retient la pensée sur la découverte des faits nouveaux, sur l\u2019établissement rigoureux et l\u2019accumulation statistique des faits et sur les liens qui les unissent.Or cette recherche positive, par ses exigences multiples, par les soins qu\u2019elle réclame et presque par l\u2019attrait qu\u2019elle exerce, finit par engendrer un état d\u2019esprit empirique.Il est rare que celui-ci se cristallise en une doctrine systématique et consciente de ses voies.Mais il risque de façonner des structures mentales qui rendent la pensée inapte au sens contemplatif et à l\u2019intuition d\u2019un ordre de réalités irréductibles au fait sensible et mesurable.Deux commissions ont mis une spéciale insistance à étudier ce point, la première ayant pour objet d\u2019étude la formation de la personnalité et la seconde, la recherche de la vérité.Les deux commissions ont signalé le danger inhérent à la recherche scientifique dans le monde moderne, danger qui consiste dans le développement, chez les universitaires catholiques, et souvent à leur insu, d\u2019une mentalité positiviste.Les délégués se sont préoccupés de parer à l\u2019écueil des méthodes critiques.Comment éviter de restreindre la recherche de la vérité à la conquête d\u2019un savoir purement « objectif » et dans lequel la personne n\u2019est pas engagée ?Bien des remèdes ont été suggérés.Dans une commission, on a paru moralement d\u2019accord pour conclure que le remède principal et nécessaire était le développement, chez le professeur d\u2019abord, puis chez l\u2019étudiant, d\u2019un besoin d\u2019intelligence désintéressée.Il faut aimer la vérité pour elle-même, l\u2019accepter et la respecter quand elle s\u2019offre et lui consacrer sa vie.Mais le mot « vérité » doit être entendu dans une acception plus large que celle qu\u2019il prend dans le contexte de la recherche scientifique.Et cela nous conduit à l\u2019une des conclusions capitales du congrès: il faut prolonger la recherche positive par la recherche de la vérité dans un ordre de savoir qui est tout différent, celui de la sagesse philosophique et théologique.Dans l\u2019état du monde contemporain et le processus de dissolution de la culture, qui corrompt dans leurs racines les valeurs qu\u2019elle est devenue impuissante à maintenir par elle-même, la sagesse révélée est la seule capable de sauver la dignité de l\u2019esprit et le sens désintéressé de la vérité.De fait, les disciplines de type positiviste prennent la vérité dans un sens restreint qui ne couvre qu\u2019une mince pelure du réel et qui sacrifie les ressources les plus 262 RELATIONS fécondes de l\u2019intelligence.Le meilleur remède à opposer au positivisme consiste à élargir les horizons de la recherche à la mesure du réel, à remettre l\u2019homme devant le mystère des êtres et devant l\u2019ampleur de la réalité visible et invisible qui est inépuisable, à lui redonner le sens des valeurs qui le dépassent et le nourrissent à la fois.La masse des données et des éléments accumulés par la recherche empirique des sciences de la nature, l\u2019homme est apte à s\u2019en emparer et à les rendre intelligibles à la raison.Quel est le sens de telle acquisition dûment établie par la science?Quelle est l\u2019origine et la nature de tel fait ?Quelles causes ont déterminé sa forme ?A quelles fins existe-t-il ?Quelle est la source de son existence?Dans quel ensemble vient-il s\u2019intégrer?Sur ces problèmes, la science ne fournit aucune réponse.Elle ne formule même pas ces questions.Mais l\u2019homme, lui, se les pose, et, en se les posant, il obéit à une loi profonde de son esprit, avide de connaître et en quête de la vérité totale.L\u2019esprit poursuit alors une enquête indéfinie d\u2019intellection, par une saisie toujours plus exacte des données, par une intelligence toujours plus pénétrante de ce qui existe, par l\u2019intégration d\u2019un nombre toujours accru de faits dans une synthèse toujours plus vaste et toujours plus unifiante.Or voici le paradoxe: dans cette synthèse de sagesse à laquelle il aspire, l\u2019esprit, appuyé sur les ressources de ses propres lumières, est dépassé.Les questions posées par les données des sciences positives débordent de toutes parts la compétence de la philosophie.Celle-ci cherche à se faire une vision de la réalité qui l\u2019entoure, de l\u2019origine et de la finalité des êtres, et elle bute au mystère qui s\u2019élève et l\u2019arrête.Les recherches s\u2019achèvent sur un aveu d\u2019insuffisance.La philosophie, sagesse de la raison humaine, laisse dans l\u2019insatisfaction l\u2019homme désireux de posséder une connaissance qui est celle du Créateur de toutes choses.Or cette Sagesse, Dieu la communique à l\u2019homme par grâce: il la lui donne en germe avec le don de la foi dont elle est un épanouissement.En elle, l\u2019esprit atteint Dieu dans sa vie intime et comme principe de toute l\u2019existence; les choses créées apparaissent alors sous un jour nouveau, dans leur valeur la plus riche et leur expression la plus féconde, en relation avec Dieu qui les crée, leur fournit l\u2019existence et leur vérité.C\u2019est dire que la théologie est la seule science capable d\u2019offrir à l\u2019esprit les ressources qu\u2019il faut pour bâtir une synthèse du savoir englobant tout le champ du réel et toutes les sciences.Hors de sa lumière, le savant est réduit à des conjectures sur les problèmes majeurs que pose l\u2019univers à l\u2019esprit humain; il doit se contenter de vues éparses, de sciences fragmentaires ou d\u2019un refus de répondre qui dissout la notion même de connaissance, et cela, dans les lieux où l\u2019enseignement a pour objet d\u2019être universel.OCTOBRE 1952 Les cheminements de la culture moderne nous obligent d\u2019en convenir: sans théologie, il ne peut y avoir de véritable université, et jamais l\u2019enseignement ne parviendra à être vraiment compréhensif, ni universel, ni unifiant.Les acquisitions les plus précieuses obtenues au moyen des techniques les plus finement développées resteront décapitées par l\u2019absence d\u2019une Sagesse qui est le pain le plus substantiel de l\u2019homme.* Ces dernières réflexions nous conduisent à reprendre sous un autre angle le problème dont nous analysons les éléments.Ce qui distingue l\u2019université des autres niveaux de l\u2019enseignement, c\u2019est qu\u2019elle pourvoit l\u2019esprit d\u2019une culture universelle au moment où il aborde l\u2019acquisition d\u2019une science professionnelle, c\u2019est-à-dire d\u2019une spécialité.Comment concilier ces exigences contradictoires ?Comment intégrer les techniques de la spécialisation, très absorbantes par les longues études qu\u2019elles demandent, et le caractère d\u2019universalité propre à la sagesse universitaire ?Est-il possible, dans la pratique, de rester ouvert à la culture générale tout en s\u2019enfermant dans les limites rigides d\u2019une discipline particulière dont le champ est étroitement circonscrit?D\u2019autant que toute discipline particulière apprend à regarder les choses comme une matière sur laquelle l\u2019homme exercera son emprise et qu\u2019il dominera, tandis que la sagesse, dans la mesure où elle s\u2019élève, devient contemplative, attentive à regarder l\u2019univers comme une créature de Dieu, et Dieu lui-même, aimé, craint, adoré et servi pour sa Majesté suprême.Deux dispositions intérieures aussi opposées sont-elles compatibles?Elles le sont, et l\u2019université a pour fonction propre de provoquer cette synthèse de la vie intérieure des professeurs et des étudiants.Dans les pays où elle ne le ferait pas, l\u2019enseignement secondaire serait encore le moment où une culture générale donnerait l\u2019amour de la vérité respectée pour elle-même, parant par anticipation aux détriments de la spécialisation trop exclusive.Mais l\u2019université peut elle-même, avec une efficacité encore supérieure, éviter l\u2019écueil de l\u2019étouffement en fournissant aux étudiants qui poursuivent leur formation professionnelle \u2014 droit, médecine, lettres, mathématiques \u2014 l\u2019occasion de développer davantage leur culture générale dans les matières qui constituent l\u2019essence de la culture de l\u2019université.(Initiative qu\u2019il plaît de noter: l\u2019Université Laval inaugure, cette année, une licence de philosophie-lettres ; ceux qui la préparent suivront, aux deux facultés de philosophie et de lettres, un nombre à peu près égal de cours choisis d\u2019après leurs besoins et leurs goûts.) La nature même des disciplines favorise ces prolongements hors de la spécialité.Les connaissances professionnelles ou les techniques ne peuvent pas être appliquées avec rectitude sans la possession de vues générales sur l\u2019homme, sur la société, sur le sens des besoins actuels du monde.La médecine appliquée est éclairée 263 par les principes de la morale et par la psychologie.Le droit et la sociologie sont, par leur nature même, dans un rapport étroit avec la morale.Les explorations dans les domaines particuliers de l\u2019histoire acheminent d\u2019eux-mêmes l\u2019esprit à des considérations plus vastes sur les courants de pensée d\u2019un pays, d\u2019une civilisation, et même sur une théologie de l\u2019histoire, là où les événements prennent tout leur sens.La linguistique, par bien des côtés, est liée à la sociologie et à la culture du passé; et dans ses ressorts profonds, le langage conduit à l\u2019étude du comportement humain et même au fait mystérieux de la connaissance.Ni le lettré, ni le physicien, ni l\u2019historien ne peuvent, sans détriment pour leur champ de recherches, se dispenser d\u2019une culture philosophique et théologique, s\u2019ils veulent apprécier les valeurs impliquées dans leurs activités et situer celles-ci dans l\u2019ordre universel des autres activités de l\u2019homme.La Semaine de la famille ouvrière \u20141952 Jean BLAIS PENDANT l\u2019année 1951-1952, la Ligue Ouvrière Catholique (L.O.C.) consacra ses activités à expliquer leur mission aux pères et mères^des familles ouvrières.A la lumière des enseignements de l\u2019Église, elle a étudié le rôle économique, social et moral des parents dans la famille et dans la société.Cela fait, on a constaté que c\u2019est dans l\u2019éducation des enfants que les foyers ouvriers rencontrent leurs plus grandes difficultés.Quatre courants principaux influencent notre société: le matérialisme, le sensualisme, l\u2019égoïsme et la passion de l\u2019indépendance.Les parents, comme les enfants, subissent cette influence et en sont les victimes.La situation est complexe.La L.O.C.a décidé d\u2019éveiller la responsabilité des parents d\u2019abord sur un point: le goût de Vindépendance, lequel se traduit, dans les foyers ouvriers, par le refus des enfants d\u2019obéir à l\u2019autorité paternelle, par le rejet du cadre familial, de la manière de vivre et de penser du foyer.Désarroi des parents: les uns laissent faire; les autres imposent leur volonté à temps et à contretemps.Bien peu obtiennent le résultat rêvé: éduquer leurs enfants.Telle est la situation que la L.O.C.présentera aux foyers ouvriers pendant sa semaine de propagande.Les responsables.\u2014Quels sont les responsables?Il y a les parents dont un grand nombre ignorent ou ne cherchent pas à dominer les influences exercées par le milieu sur leurs enfants.Une petite minorité est consciente et voit l\u2019action qui s\u2019impose; mais elle se sent impuissante, vu son isolement.Une part de responsabilité retombe sur les enfants.Mais qui la mesurera ?Ils subissent le poids du milieu et succombent.S\u2019ils résistent à l\u2019autorité paternelle, qui les redressera?Leurs parents?Eux-mêmes fléchissent sous une influence qu\u2019ils ne comprennent pas.264 Encore une fois, cette large culture est la seule apte à combattre la fragmentation du savoir et à permettre le développement harmonieux de la personnalité chez les étudiants.Elle seule répond au caractère propre de la formation universitaire, qui est d\u2019unifier les connaissances spécialisées dans une synthèse universelle.C\u2019est pourquoi les facultés de culture \u2014 théologie, philosophie, littérature, sciences pures et sciences sociales \u2014 sont celles qui atteignent le mieux la fin propre de l\u2019université.Elles ne doivent pas être réduites à l\u2019état d\u2019écoles professionnelles.Par leur présence active, elles permettront aux autres facultés spécialisées, même à la médecine et au droit, de maintenir un niveau de culture générale et de garder le sens de l\u2019humain.Il convient donc de faciliter l\u2019accès aux facultés de culture en abaissant les droits d\u2019inscription, et cela, autant pour les personnes du dehors que pour les étudiants des autres facultés.M.Jean Blais, secrétaire général de la Ligue Ouvrière Catholique, commente le thème de la semaine de propagande qui aura lieu à la fin d'octobre.Les sources du mal.\u2014 Le matérialisme et le sensualisme arrachent du cœur des hommes le sens de Dieu, principe et fondement de toute autorité, donc de celle des parents.Les parents dans l\u2019usage de leur autorité, les enfants devant leur devoir d\u2019obéissance oublient que l\u2019autorité est conférée par Dieu.Nombre de parents abusent de leurs droits ou n\u2019en usent pas du tout.Et trop d\u2019enfants n\u2019obéissent plus, sauf par contrainte.La perte du vrai sens de l\u2019autorité provient encore de l\u2019inconduite de certains parents, particulièrement de celle du père de famille dans la classe ouvrière.Autre fait.Le monde économique, laissant le foyer ouvrier dans une insécurité chronique, contribue à discréditer les pères de famille; ceux-ci pourvoient difficilement aux besoins essentiels de leur foyer; plusieurs sont constamment sous la menace du chômage ou ne peuvent prolonger les études de leurs enfants.L\u2019autorité des parents ne repose pas avant tout sur le respect que leur accordent officiellement les institutions sociales, \u2014 en matière d\u2019éducation, par exemple, \u2014 ou sur la sécurité assurée par les entreprises économiques; mais ce respect et cette sécurité aident les parents dans l\u2019exercice de leur autorité, en maintenant l\u2019importance de leur rôle aux yeux de leurs enfants et à leurs propres yeux.Une dernière source d\u2019indépendance: les courants d\u2019idées charriés par la radio, le cinéma, le journal, les comics, etc., qui ridiculisent souvent l\u2019autorité et exaltent l\u2019indiscipline générale.Ils contaminent même les enfants bien élevés, les rendant sourds à toute soumission, les persuadant « qu\u2019eux seuls comprennent les nécessités de la vie moderne » (Pie XII).Les associations de parents.\u2014 Isolés, les foyers ne peuvent presque rien contre les influences du milieu.Une étude sérieuse et approfondie des faits les amènera à localiser les véritables sources du courant actuel d\u2019indépendance, à trouver par quelles voies il envahit tout le milieu et pénètre au cœur du foyer.Cette étude accomplie, les associations de parents devront tâcher de remédier aux défaillances familiales.Il leur appartient d\u2019apprendre aux pères et aux mères le sens de leur mission providentielle, et cela dans la perspective même des foyers ouvriers.RELATIONS Auprès de l\u2019opinion publique, ces mouvements doivent appuyer les institutions et tous les moyens de propagande qui travaillent à la restauration de la famille.Devant le courant d\u2019indépendance, ils procéderont avec discernement.Certains effets de ce courant peuvent agir dans le sens de la personnalité.Mais pensons surtout aux conséquences néfastes dues au fait que l\u2019on ne distingue pas entre autorité et despotisme, entre liberté et licence absolue.U Union des familles.\u2014 Pour une action vraiment efficace, il faut la coordination de tous les mouvements intéressés à la famille (L.O.C., L.I.C., Service d\u2019Éducation familiale, et les autres).Le courant d\u2019indépendance dépasse le milieu ouvrier.Il existe aussi dans les classes moyennes et dans le monde rural.Par sa Semaine de la famille ouvrière, la L.O.C., pour sa part, s\u2019applique à le montrer tel qu\u2019il se pose aux foyers ouvriers et avec les solutions propres à ce milieu.Dans son domaine, l\u2019École des Parents du Québec et les organismes similaires éveillent dans les foyers le sens de la responsabilité en enseignant aux parents leurs droits et leurs devoirs.Les associations professionnelles (syndicats ouvriers, union des cultivateurs, etc.), les coopératives et toutes les associations économico-sociales poursuivent des objectifs qui favorisent directement ou indirectement la famille ou qui aident les parents dans l\u2019exercice de leur mission.Sur le plan strictement social, il n\u2019existe cependant aucun mouvement d\u2019ensemble pour neutraliser les courants d\u2019idées que nous avons mentionnés.Chacun lutte sur son plan respectif, mais aucune action concertée n\u2019atteint les courants à leurs sources ni dans les moyens qui servent à leur diffusion.Ne serait-il pas opportun de former un cartel groupant les associations et les mouvements intéressés aux questions familiales?Ce cartel ne se contenterait pas d\u2019opposer aux mauvais courants d\u2019idées une action capable de les maîtriser.Il influencerait l\u2019opinion publique dans un sens favorable aux vrais intérêts de la famille.A l\u2019occasion de la Semaine de la famille ouvrière, la L.O.C.émet le vœu que l\u2019on fonde un cartel de toutes les forces familiales de chez nous.\u2022- SPIRITUALITÉ Le P.Lucien Roy nous livre les réflexions que lui suggère le groupe de l\u2019Adoration nocturne.Il régnera malgré ses ennemis Lucien ROY, S.J.ADMETTONS que « Dieu a besoin des hommes », maintenant qu\u2019il les a faits.Les hommes, eux, ont infiniment L plus besoin de Dieu qu\u2019ils ne consentent à le laisser paraître.Car il est le Seigneur, et à cela il ne peut renoncer.En Jésus-Christ, il exerce une royauté dont la douce influence pénètre les âmes et les sociétés, pour faire valoir partout ses droits d\u2019amour.Il est à la fois le Souverain qui exige et l\u2019infinie Charité qui se donne.Quant à nous, c\u2019est du don même de sa Charité qu\u2019il nous est loisible de le compenser, lui, le Seigneur.Les hommes croient-ils se soustraire à cette domination, ou se moquer de Dieu comme ils se moquent de ses représentants?On peut, il est vrai, l\u2019entourer d\u2019un respect de convention, se donner une teinture de religion pour mieux le trahir, tandis qu\u2019on l\u2019isole poliment de la vie sociale dont il trouble les fêtes.En tout cela, on ne trompera que soi-même.Plus que jamais il faut aux chrétiens le courage d\u2019accepter le Christ et l\u2019audace de l\u2019affirmer à la face du monde.Beaucoup de noms chrétiens circulent en nos milieux qui ne contiennent rien du Christ.Ceux qui le possèdent et qui croient en lui vraiment auront-ils bientôt fini de se cacher ?Nous avons besoin du Christ, et il a besoin de nous.Il a besoin de nous pour lui rendre témoignage; nous avons besoin de lui pour soutenir son combat.Notre vie et nos actes doivent dire à qui veut entendre qu\u2019il est le Dieu-Sauveur et que nous en faisons notre Roi.Nous savons pourtant ce qu\u2019il en coûte de se compromettre ainsi tout entier.Où puiserons-nous la force d\u2019opter à fond pour lui, de penser avec lui, de toujours témoigner pour lui?Pas ailleurs qu\u2019en lui.Pour être profondément au Christ, il faut s\u2019approcher toujours plus près de sa Personne sacrée.Ses ennemis \u2014 à commencer par notre bas respect humain \u2014 ne manqueront pas de soulever la tempête.Si nous croyons qu\u2019il a vaincu le monde, croyons aussi qu\u2019il saura défendre les siens au temps venu.Grâces à Dieu, il existe parmi nous bon nombre de ces authentiques témoins.Tous ne portent pas la même étiquette dans la variété des œuvres catholiques; mais ils sont tous animés du même esprit, puisent aux mêmes sources.Il faudrait dire: à la même source, le Cœur de Jésus.Entre beaucoup d\u2019autres, un de ces groupements d\u2019hommes voués à la cause du Christ-Roi mérite l\u2019attention.Ce ne sont pas des discoureurs; vous ne les reconnaîtrez qu\u2019au pied de l\u2019ostensoir.Toute la journée ils ont travaillé, s\u2019appliquant à vivre le Christ en eux, à le rayonner silencieusement autour d\u2019eux.Leur travail fini, ils vont de paroisse en paroisse chanter la louange de Jésus-Hostie, affirmant simplement ainsi de quel parti ils sont.Elle est émouvante, l\u2019heure d\u2019adoration passée avec eux.Quand vous voyez cette soixantaine de laïcs envahir le sanctuaire réservé d\u2019ordinaire au clergé, vous comprenez mieux le Dieu qui s\u2019est donné à tous les hommes et qui ne désire rien tant que de se retrouver au milieu des siens.Vous comprenez mieux que le peuple chrétien est un peuple de prêtres.Race sacerdotale vraiment, celle qui vient s\u2019unir de si près au vrai Prêtre pour s\u2019offrir à lui, prier de sa prière, réparer avec lui.Ces visages rayonnants autour de l\u2019ostensoir, ces voix fermes, sans timidité et sans ostentation, redisant à Jésus: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant », n\u2019est-ce pas un vrai témoignage ?Lorsque tous se lèvent pour chanter, bras en croix, le Pater noster, n\u2019affirment-ils pas qu\u2019ils sont prêts à braver le monde à la suite du Maître ?La prière que Jésus nous a enseignée, il l\u2019a rendue efficace du haut de sa croix, d\u2019où il a commencé à régner.Qu\u2019on n\u2019ait pas peur de répéter le même geste qui a vaincu le monde.OCTOBRE 1952 265 SYNDICATS CRIMINELS AUX ÉTATS-UNIS LES QUATRE RAPPORTS qu\u2019a publié le Comité séna-torial formé spécialement pour enquêter sur le crime organisé aux Etats-Unis, après les avoir présentés au Congrès (Ier rapport: 18 août 1950; IIe rapport: 28 février 1951; IIIe rapport: 1er mai 1951; IVe et dernier rapport: 8 août 1951), contiennent des renseignements du plus haut intérêt.La première évidence dégagée par le comité d\u2019enquête, que présida le sénateur Estes Kefauver, est Y existence d^orga-nisations, de syndicats criminels (crime syndicates) aux Etats-Unis.Les rapports étudient longuement les deux principaux: le premier, commandé par le trio Costello-Adonis-Lansky, a sa base d\u2019opération à New-York et de là rayonne à Saratoga, la Nouvelle-Orléans, Miami, Las Vegas, la côte ouest, la Havane et Cuba; de Chicago, centre de rayonnement du second, que commande le trio Accardo-Guzik-Fischetti, les activités s\u2019étendent à Kansas City, Dallas, Miami, Las Vegas et la côte du Pacifique.D\u2019autres associations, moins considérables, choisissent, pour se développer et prospérer, les villes ou régions que n\u2019occupent pas les maîtres du crime.Le plus souvent, les « petits » paient aux « gros » le prix de cette « liberté » d\u2019entreprise, sinon, c\u2019est la persécution (!) par.la police, que rémunèrent les « gros », jaloux de leur monopole.Mais n\u2019anticipons pas.Entre les gros syndicats et autres associations criminelles se nouent des rapports extrêmement « profitables » dans tous les coins du pays.Synthétisant le tout, règne une organisation « sinistre » connue sous le nom de mafia, dont les ramifications dépassent les frontières des États-Unis.Elle se « spécialise » dans la vente et la distribution des stupéfiants, la direction de maisons de jeu de toutes sortes, la prostitution et autres rackets fondés sur la rapine et la violence.C\u2019est elle qui fait l\u2019unité des deux grands syndicats ainsi que des autres groupements criminels du pays.Le pouvoir de la mafia repose sur l\u2019impitoyable mise en force de ses propres lois, en particulier de la vendetta, à laquelle il faut attribuer des centaines de meurtres commis aux États-Unis (III, p.2).Chez nos voisins, on rencontre des gangsters dans tous les genres de « commerce ».Dans les entreprises illégales, bien sûr, et surtout dans le jeu à l\u2019argent sous toutes ses formes (elles sont innombrables et leurs noms nous paraissent intraduisibles en français: bookmaking, slot machines, policy games, punchboards, gambling casinos.), puis le trafic clandestin de l\u2019alcool et des stupéfiants, enfin dans les business and labor rackets, extortion and blackhand shake-downs (II, p.7).Dans les affaires « légitimes » aussi: le IIIe rapport en énumère au moins quarante-six (p.171).Il appert, en parcourant cette liste, que ces messieurs de la haute pègre s\u2019intéressent particulièrement (non exclusivement) à la publicité, aux sports, et autres divertissements (clubs, cabarets, courses, théâtres.), à l\u2019industrie du vêtement, de l\u2019automobile, du transport, des boissons alcooliques, à la pharmacie, à l\u2019assurance, à l\u2019importation.C\u2019est même par les situations « honorables » résultant de leurs commerces « légitimes » que les gangsters camouflent leur gangstérisme.Belle façade de dignité que la direction d\u2019un hôtel, d\u2019une manufacture ou d\u2019une compagnie de transport.On se lie facilement alors avec des gens d\u2019une indiscutable intégrité, on entre dans des clubs sociaux chics, on multiplie ses dons aux œuvres de bienfaisance.La mystification est parfaite: qui soupçonnera de gangstérisme un homme qui consacre le meilleur de son temps aux affaires légitimes et lucratives?Quel besoin a-t-il, n\u2019est-ce pas?de recourir au crime ?266 AVEC OU SANS COMMENTAIRES 3° D\u2019intervenir auprès des corps publics pour obtenir la rectification d\u2019erreurs que les imprimés, les règlements, les lois propagent dans le public; 4° De travailler infatigablement à l\u2019épuration de la langue française au Canada en offrant son concours bénévole à tous les individus et à toutes les sociétés qui pourraient le solliciter.LES VOEUX DU CONGRES DE LA LANGUE FRANÇAISE DE 1937 î ^\t(Suite) Nous achevons, avec cette troisième et dernière tranche (voir Relations, août et septembre 1952), la publication des vœux adoptés au Congrès de la Langue française de 1937.L'ensemble constitue un document important qu'il sera toujours utile de consulter.La correction de la langue écrite et parlée Attendu que la correction de la langue écrite et parlée laisse beaucoup à désirer malgré les efforts déployés et les succès obtenus depuis 1912; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu: 1° Que les professeurs et surtout les parents surveillent avec soin leur propre langage et celui des enfants; 2° Que l\u2019on établisse dans toutes les écoles des cercles de bon parler et que les enfants apprennent à estimer davantage la pratique du bon langage; 3° Qu\u2019il y ait, dans les écoles industrielles, des tableaux et des listes de mots usuels dans l\u2019industrie et le commerce.Les bibliothèques dans les écoles primaires Considérant que la lecture est l\u2019un des moyens les plus efficaces de formation intellectuelle et que les enfants des écoles primaires ont beaucoup de difficulté à se procurer des livres de lecture; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu: Que l\u2019on établisse dans toutes les écoles primaires des bibliothèques de livres de lecture appropriés à l\u2019âge et au niveau intellectuel des enfants; Que le Conseil de l\u2019Instruction publique aide à fournir les fonds nécessaires à l\u2019établissement de ces bibliothèques.Les sciences naturelles Considérant que les sciences naturelles nous sont encore peu connues et qu\u2019elles offrent un champ d\u2019observation d\u2019une richesse exceptionnelle; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu: 1° Que se multiplient les cercles de jeunes naturalistes; 2° Que l\u2019on accorde, dans nos écoles, une plus grande attention à l\u2019enseignement des sciences naturelles; 3° Que nos littérateurs fassent preuve d\u2019une plus grande exactitude dans leurs descriptions de la flore et de la faune canadiennes.Les mouvements spécialisés de jeunesse Attendu que les jeunes gens et jeunes filles sont les meilleurs agents de formation catholique et canadienne-française; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu: Que les groupements de jeunes augmentent et que le public leur accorde une sympathie de plus en plus grande, et que les gouvernants se montrent de plus en plus généreux à leur égard.La tenue d'un congrès de l'économique Considérant que le présent congrès est celui de la survivance de la langue et de l\u2019esprit français au Canada; Considérant que cette survivance peut être mise en échec par la carence d\u2019une doctrine économique propre à mieux diriger les activités de la population canadienne-française; Considérant, par exemple, que notre épargne, mieux orientée, apporterait à nos industries l\u2019appui utile à leur accroissement; Considérant qu\u2019au cours de ces dernières années, plusieurs associations hétérogènes se sont formées, ayant pour but la défense et la sauvegarde de nos intérêts économiques, et que, pour obtenir un résultat pratique, il y aurait tout avantage à centraliser dans ce domaine les efforts dispersés; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu : 1° Que dès que les circonstances le permettront et sous les auspices de son Comité permanent, un congrès de l\u2019économique soit tenu dans notre province; 2° Qu\u2019au cours de ce congrès, on étudie les diverses phases de l\u2019économie canadienne-française, les besoins de nos concitoyens et les facteurs dont nous disposons pour les satisfaire et, particulièrement, les moyens propres à permettre à l\u2019épargne canadienne-française de concourir pleinement au développement de nos ressources naturelles.La création d'un office de renseignements linguistiques Pour des raisons qu\u2019il serait superflu d\u2019énumérer tant elles sont connues; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu que le Comité permanent crée un office bénévole de renseignements d\u2019ordre linguistique ayant pour objet: 1° D\u2019unifier la langue en consacrant l\u2019usage de certains termes, certaines locutions, particulièrement dans le vocabulaire des affaires, de l\u2019administration publique, de la finance; 2° De fournir aux marchands, industriels, techniciens, instituteurs, journalistes, etc., l\u2019aide dont ils ont besoin pour vaincre les difficultés auxquelles ils se heurtent soit dans la traduction, soit dans la correction des impropriétés des termes; L'enseignement du français dans les écoles primaires Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu que le Conseil de l\u2019Instruction publique édicte: 1° Que toutes les maisons d\u2019enseignement enseignent le français comme une langue bien vivante et non pas comme une langue morte; 2° Qu\u2019elles exigent, en conséquence, de leurs professeurs une meilleure connaissance de la langue parlée; 3° Qu\u2019elles ajoutent aux travaux théoriques des exercices pratiques, particulièrement de conversation.Le culte de saint Jean-Baptiste Considérant que saint Jean-Baptiste a été proclamé offi-, ciellement patron des Franco-Canadiens, qu\u2019ils vivent ou non au Canada; Le Deuxième Congrès de la Langue française au Canada émet le vœu : Que le culte de saint Jean-Baptiste se répande de plus en plus, et que dans toutes les familles on ajoute à la prière du soir une invocation spéciale à ce grand patron et protecteur.Vœu des sociétés nationales 1° Que tous les éducateurs, depuis l\u2019école primaire jusqu\u2019à l\u2019université, soient instamment priés d\u2019appliquer une discipline ferme d\u2019éducation qui crée chez les élèves un véritable esprit national, qui développe dans leurs âmes un amour joyeux et puissant de la patrie canadienne-française, l\u2019estime de l\u2019esprit français et le souci de sa culture; 2° Que l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Canada, aux différentes étapes de la formation, soit constamment renouvelé, approprié et perfectionné, de façon à procurer à notre peuple la connaissance intime de son passé et à lui fournir des éléments de conviction qui le maintiennent dans la ligne de ses hérédités catholiques et françaises; 3° Que les sociétés nationales se chargent de transmettre ou de fournir aux groupes de langue française du Canada et des États-Unis des directives qui orientent leur activité dans tous les domaines de la vie intellectuelle, économique et nationale; 4° Que les sociétés nationales, pour éviter des divisions fâcheuses au sujet de nos problèmes canadiens, soient priées de s\u2019entendre sur un minimum de doctrine nationale, où les esprits pourraient s\u2019accorder et s\u2019unir pour un travail commun et constructif; 5° Que le redressement économique des Canadiens français s\u2019appuie sur une technique franchement réaliste, et qui tienne compte des facteurs essentiels de leur vie nationale; 6° Que la jeunesse soit invitée à bien préparer son avenir et que l\u2019accès aux postes de commande lui soit facilité, afin qu\u2019elle arrive normalement à exercer son influence, qu\u2019elle puisse, dans son inquiétude parfois impatiente, bâtir au lieu de détruire, créer dans l\u2019enthousiasme au lieu de s\u2019isoler dans l\u2019inaction.Ainsi encouragée, elle développera avec plus de zèle les ressources de son esprit.RELATIONS OCTOBRE 1952 267 Au fil du mois Le congrès de De tous les congrès tenus en septembre, la C.T.C.C.celui de la C.T.C.C.mérite une mention spéciale.Non que les autres n\u2019aient pas été l\u2019occasion de salutaires prises de conscience des problèmes particuliers à tel ou tel groupe et de leur influence sur le bien commun, mais parce que la C.T.C.C., plus qu\u2019aucun autre mouvement, a tenu l\u2019affiche toute l\u2019année, et dans des circonstances parfois tragiques.Je songe ici à la grève de Louise-ville.L\u2019auteur de la « Revue d\u2019une année syndicale » (le Devoir, 13 septembre 1952, p.10) écrivait au sujet de cette grève: « Dans ce différend du travail, où est impliquée VAssociated Textiles, les 900 ouvriers et ouvrières souffrent depuis six mois un véritable martyre pour défendre leur droit d\u2019association, l\u2019existence même de leur syndicat.» Un fait qui frappe en lisant cette revue de l\u2019année syndicale, ainsi que les comptes rendus des journaux sur le congrès, c\u2019est que la C.T.C.C.a continué de croître, malgré que l\u2019année ait été très dure.Elle compte 5,000 membres de plus, ce qui fait un total de 93,000.Il faut se réjouir, sans arrière-pensée, de ce progrès, étant donné la légitimité du droit d\u2019association et l\u2019importance de l\u2019association confessionnelle.Le but de l\u2019association ouvrière est de fournir à chaque membre, précise Léon XIII dans Rerum novarum, « les moyens propres à lui faire atteindre, par la voie la plus commode et la plus courte., l\u2019accroissement le plus grand possible des biens du corps, de l\u2019esprit et de la fortune », but qui est lui-même orienté vers « le perfectionnement moral et religieux », car « c\u2019est surtout cette fin qui doit régler toute l\u2019économie de ces sociétés ».On voit l\u2019importance et les responsabilités de l\u2019association confessionnelle, tout comme on comprend pourquoi notre épiscopat a souligné, dans sa lettre de 1950 sur le Problème ouvrier, qu\u2019il avait maintes fois « fortement recommandé la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada », et qu\u2019il avait « rappelé le devoir de tous, à quelque classe sociale qu\u2019ils appartiennent, de soutenir et de favoriser les syndicats qui lui sont affiliés ».Le meilleur souhait que l\u2019on puisse faire à notre province, qui s\u2019est industrialisée à un rythme extraordinaire au cours des dernières années, c\u2019est, pour emprunter les mots mêmes de M.Gérard Picard, en même temps que l\u2019établissement d\u2019un climat de confiance, la préparation et l\u2019application de la législation du travail selon la formule tripartite, c\u2019est-à-dire celle qui assure la collaboration de l\u2019État, des associations patronales et des syndicats ouvriers.Des divisions douloureuses compliquent chez nous, depuis deux ou trois ans, l\u2019étude et la solution du problème social.Ce n\u2019est pas aventureux de dire que toutes les parties en cause ont des torts, à des degrés divers.La question n\u2019est sans doute pas simple, mais on ne peut se résigner à penser que les divisions vont s\u2019éterniser.Des catholiques, et des catholiques qui ont une chance unique d\u2019édifier dans notre province un monde du travail qui pourrait servir de modèle, devraient être capables de s\u2019entendre.La stabilité du bien commun, l\u2019amélioration de la condition des travailleurs et la fécondité du rendement industriel exigent impérieusement cette entente.Aussi est-il permis d\u2019espérer que la formule de collaboration tripartite ne tardera pas trop à donner ses fruits.A.P.Trois billets Un des commentaires les plus pertinents pour 30 cents fajts sur ja récente augmentation des billets de tramway, décidée par la Commission de Transport de Montréal, est celui de M.Paul Sauriol dans le Devoir du jeudi 11 septembre.C\u2019est que M.Sauriol situe très clairement cette augmentation dans son contexte historique.En soi, l\u2019augmentation n\u2019est pas tellement extraordinaire.« Les arguments invoqués par la Commission sont probablement valides, et dans le cadre imposé aux commissaires lors de l\u2019acquisition du réseau, le bilan et la décision publiés mardi paraissent inévitables.» Toutefois, il y a un mais fondamental qu\u2019il faut prendre garde d\u2019oublier.« La situation serait fort différente si la Commission avait hérité d\u2019un service dont la structure financière aurait été plus saine.» M.Sauriol fait ici allusion à ce scandale que feu M.Ernest Robitaille dénonça avec compétence dans Relations, dès 1942: la surcapitalisation de $18,445,000, faite lors de la fameuse transaction de 1911, quand la Montreal Street Railway Company fut vendue à la Compagnie des Tramways de Montréal (Montreal Tramways Company).On se rappelle que dans son rapport, rendu public à la fin d\u2019août 1950, le tribunal d\u2019arbitrage chargé d\u2019étudier la question des tramways de Montréal ne manqua pas de censurer la transaction de 1911, « une surcapitalisation absolument injustifiée qui ne correspond à absolument aucune mise de fonds »; le tribunal, lui, estimait cette surcapitalisation à $14,224,280.85.L\u2019éditorial que Relations écrivit en octobre 1950 (« La surcapitalisation de la Montreal Tramways ») fut rédigé en collaboration avec M.Robitaille, qui devait mourir peu après.On y soulignait que le mouillage de 1911 et l\u2019évaluation nécessairement fantaisiste qui présida au renouvellement du contrat avec la ville, en 1918, ne pouvaient que frapper les usagers des tramways; depuis 1912, affirmait-on, c\u2019est un minimum de $25,000,000 qu\u2019ils se seraient trouvés à verser à la Compagnie.La conclusion de tout cela, c\u2019est que la Législature et l\u2019administration de Montréal devraient prendre toutes deux des moyens efficaces pour réparer le passé.La première, parce que la transaction de 1911 et le contrat désastreux de 1918 se sont faits avec l\u2019assentiment de la Législature d\u2019alors; la seconde, parce que, note M.Sauriol, « si les abus du contrat de 1918 ont pu se perpétuer pendant trente ans, ce n\u2019est pas uniquement par la faute de la Législature, mais par l\u2019apathie des gouvernements montréalais de toute cette période ».Cette réparation du passé produirait son effet sur le coût actuel du transport en commun à Montréal.Il faut admettre que le problème n\u2019est pas facile.C\u2019est encore le contribuable qui paiera.La différence, c\u2019est que les usagers du transport en commun de Montréal ne seraient plus les seuls à payer pour les fautes de financiers sans scrupules et de législateurs malheureusement trop complaisants.Le tribunal d\u2019arbitrage de 1950 recommandait un tarif uniforme pour toutes les municipalités de l\u2019île de Montréal, alors desservies par la Compagnie des Tramways, ainsi que la disparition des tarifs de nuit.« La plupart de ceux qui voyagent la nuit sont des ouvriers qui se rendent à leur travail ou en reviennent.Il nous semble injuste d\u2019ajouter cette pénalité aux inconvénients du travail de nuit.» Qu\u2019aurait-il dit de l\u2019absurdité des 12 cents que devront payer ceux qui n\u2019auront pas de billets ?On souhaiterait plus de simplicité et de clarté dans les démarches et procédures relatives à cette impopulaire augmentation.A.P.La grève des aciéries On n\u2019a guère mentionné dans la et P organisation presse canadienne un des résultats, professionnelle\t.\t.\t,\t,\t,.\t,,\t,\t, aussi important qu inattendu, de la récente grève des aciéries, aux États-Unis.Chacun des groupes en présence sortit du conflit avec des gains assez considérables : les ouvriers, pourvus d\u2019une bonne augmentation de salaire; les patrons, d\u2019une hausse des prix non moins appréciable.268 RELATIONS Ce sont là les résultats normaux pour lesquels on combattait.Ils ont été obtenus à la Maison Blanche, après un entretien d\u2019une journée organisé par le président Truman entre M.Ben Fairless, le président des aciéries, et M.Philip Murray, le président du C.I.O.Le succès imprévu qu\u2019ont signalé quelques publications américaines, entre autres la revue Time, vient de la même source.Nous avons déjà noté le progrès que réalise aux États-Unis, dans les idées et les faits, l\u2019organisation professionnelle corporative.L\u2019épiscopat l\u2019a plus d\u2019une fois recommandée en des messages collectifs.Quelques-uns de ses membres, entre autres S.Exc.Mgr Alter, archevêque de Cincinnati, et S.Exc.Mgr Haas, évêque de Grand Rapids, ne cessent d\u2019y revenir.D\u2019éminents économistes, professeurs de grandes universités, en ont loué le fonctionnement.Des groupes importants se sont constitués à New-York, Saint-Louis, etc., pour étudier et faire mieux connaître cette réforme à laquelle plusieurs donnent le nom, plus compréhensif pour la majorité de leurs concitoyens, d'Industry Council Plan.Philip Murray est un partisan convaincu de l\u2019organisation professionnelle.On le vit bien durant la dernière guerre.Consulté par le gouvernement sur le moyen d\u2019obtenir une collaboration stable entre patrons et ouvriers, il proposa cette organisation.Sans doute, il ne se vanta pas, à Washington, d\u2019en avoir trouvé le plan dans Quadragesimo anno, mais il le déclara nettement, quelque temps plus tard, dans une réunion publique où on lui décernait une médaille pour son attachement à la doctrine sociale catholique.Les industriels des États-Unis gagnés à ce plan ne sont pas encore très nombreux, surtout ils ne représentent pas jusqu\u2019ici de puissantes compagnies.Face à face, durant toute une journée, avec le président des aciéries, en discussion avec lui sur la meilleure manière non seulement de mettre fin au conflit qui sévissait alors, mais d\u2019assurer la paix dans cette vaste industrie, le président du C.I.O.crut l\u2019occasion favorable d\u2019exposer à son interlocuteur la réforme corporative.Bien lui en prit.La grève réglée, les deux présidents rencontrèrent les ouvriers pour leur faire part de cette bonne nouvelle.Et M.Fairless d\u2019ajouter: « J\u2019en ai une deuxième à vous annoncer.Mon ami Phil.Murray m\u2019a fait connaître un plan merveilleux de collaboration entre patrons et employés.Nous allons étudier ensemble les moyens de l\u2019appliquer dans notre industrie.Ce sera dorénavant nous \u2014 vous et moi \u2014 qui réglerons nos problèmes, non l\u2019État.» Certes, l\u2019établissement de l\u2019organisation professionnelle comme organisme de droit public, telle que la préconise Pie XII, à la suite de son prédécesseur Pie XI, n\u2019est pas encore une réalité aux États-Unis.Mais un grand pas en avant vient d\u2019être fait.Nous devons nous en réjouir et en observer les développements.J.-P.A.Progrès de\tLe public connaît maintenant 1 « Inquiry Forum » l\u2019oeuvre de Y Inquiry Forum, inaugurée en janvier dernier au Gesù de Montréal.Procurer aux non-catholiques de la métropole le moyen de s\u2019instruire parfaitement de la vérité concernant l\u2019unique vraie Église du Christ, tel est son but.Elle le poursuit grâce à une double initiative: une série de vingt-quatre cours (à raison de deux par semaine) et un bureau de renseignements.L'Inquiry Forum répond à un réel besoin.De ses services nombre de personnes ont déjà profité.Une vingtaine lui doivent leur conversion au catholicisme.Heureux résultat dû à la collaboration intelligente de plusieurs prêtres et laïcs de Montréal.Après moins d\u2019un an, la popularité de l\u2019œuvre commande l\u2019ouverture d\u2019un triple local: salle de lecture, salle de cours, bureau réservé aux entrevues.Le sous-sol du Collège Sainte-Marie, qui a prêté son ombre à tant d\u2019œuvres apostoliques, abrite le nouvel ensemble, auquel le visiteur accède de plain-pied.A l\u2019intérieur, l\u2019atmosphère accueillante donne au non-catholique une impression de sympathique bienvenue.C\u2019est là que la troisième série de cours a débuté, le 29 septembre.On sait que les cours ont lieu le lundi et le vendredi, de huit heures à neuf heures du soir, et que les auditeurs ont toute liberté de poser ensuite les questions qui les intéressent.Terminée la présente série (pour Noël), une autre commencera (en janvier) qui doit s\u2019achever à Pâques et sera suivie d\u2019une troisième (d\u2019avril à la fin de juin).Sauf le samedi et le dimanche, la salle de lecture offre son silence propice à la méditation, de midi à neuf heures du soir.Nos lecteurs feront du bien en signalant aux non-catholiques de leur milieu l\u2019œuvre de Y Inquiry Forum.Qu\u2019ils prient également pour son succès.Et puisqu\u2019il ne peut être question de faire payer ses services, Y Inquiry Forum sollicite sans honte l\u2019aumône de ceux qui ont à cœur, par le progrès de cette œuvre, l\u2019expansion de l\u2019Église, Corps mystique de Jésus-Christ.Vous trouverez le nouveau siège de Y Inquiry Forum au 1182 de la rue Bleury, à Montréal (2).Tél.: PLateau 4966.M.-J.d\u2019A.Recherche La revue française Esprit a prié quelques-de notre visage uns ^es n5tres> relativement jeunes pour la plupart, de présenter à ses lecteurs de France le visage du Canada français.Ont collaboré au numéro spécial d\u2019août-septembre 1952, par des articles qui sont des prises de position personnelles autant que des prises de conscience: MM.Frank Scott, Gérard Pelletier, Maurice Blain, Jean-Charles Falardeau, le R.P.Ernest Gagnon, S.J., MM.Jean-Guy Blain, d\u2019Iberville Fortier et Jean-Marc Léger.Recommandons, dans cette note brève, l\u2019étude de Gérard Pelletier (« D\u2019un prolétariat spirituel »), nette, fortement charpentée et sereine cette fois.A lire aussi: du P.Gagnon (« Visage de l\u2019intelligence »), un texte d\u2019une lucidité profonde en même temps que stimulante; de Jean-Marc Léger les pages précises et justes où, montrant « le Canada français à la recherche de son avenir », il analyse avec pénétration et courage l\u2019âme politique de notre nation.A l\u2019exception de M.Frank Scott, tous les essais ont pour auteurs des Canadiens français qui professent le credo catholique.Tous marquent à l\u2019envi la place et l\u2019action prépondérantes de l\u2019Église et du clergé catholiques dans l\u2019histoire et la vie du Canada français, tantôt pour en louer les grandes œuvres, tantôt pour en dénoncer la présence envahissante.Chacun le fait en des termes qui laissent intacte l\u2019adhésion intime et pratique de l\u2019esprit à l\u2019orthodoxie traditionnelle.Sauf les deux Blain, qui ne s\u2019en cachent pas d\u2019ailleurs.Non seulement ils souffrent, comme on a dit, d\u2019obsession anticléricale (marotte pourtant vieux jeu), mais ils rêvent de réformer l\u2019Église canadienne-française en ramenant l\u2019allégeance intellectuelle du catholique à une sorte de « libre examen » qui ferait bon marché de l\u2019obéissance.Car « ils croient que la rédemption de l\u2019esprit importe autant que le salut de l\u2019âme » et « qu\u2019il y a quelque grandeur à poursuivre ailleurs que dans l\u2019absolu la recherche de la vérité ».Comme si la Vérité se distinguait de l\u2019Absolu, qui est aussi, en lui-même et dans son Église, la Voie et la Vie de l\u2019âme et le Salut de l\u2019esprit.Pour les intellectuels de la génération des MM.Blain, le catholicisme serait « une expression du christianisme, et le christianisme une forme achevée, renouvelée de l\u2019humanisme gréco-latin ».C\u2019est clair.Balancée, la transcendance qui s\u2019impose (de droit et de fait) à l\u2019esprit humain.On exhorte la jeunesse « à passer de l\u2019homme au chrétien, et du chrétien au catholique », par une démarche qui va de soi, puisque « la nature, sans se renier, appelle d\u2019elle-même la grâce ».OCTOBRE 1952 269 Dans cette perspective, on veut que la culture et l\u2019humain en général affirment et exercent leur autonomie face à un « césarisme clérical » qui, renforci par le conformisme timoré des laïcs, maintient la confusion du spirituel avec le temporel.Alors, je suppose, les jeunes catholiques pourront lire André Gide et Jean-Paul Sartre, parce qu\u2019on reconnaîtra le « droit » de l\u2019intelligence « à l\u2019erreur », les droits aussi de la « liberté spirituelle sans autre condition que le respect de la conscience ».En somme, le droit au péché?« Rédemption de l\u2019esprit ».conditionnant « le salut de l\u2019âme » ?.Pour finir, une mise en demeure: « Il appartient à l\u2019Église que cette résistance ne soit le signe d\u2019une réforme intellectuelle et laïque.» Déclamatoire provocation dont on supppute ostensiblement la chance de « scandale ».Voilà comment on invite les clercs au dialogue.Je crains que l\u2019Église officielle du Canada français ne déçoive une fois de plus nos jeunes libertaires, dont « les inquiétudes spirituelles » laisseraient entrevoir, parmi leur génération, le passage d\u2019une Renaissance humaniste à « une espèce de Le problème de la population au Japon Robert-J.BALLON, S.J.DE DIFFÉRENTS côtés, dans la presse du monde, le cri d\u2019alarme a déjà été entendu: « Le Japon envahit de nouveau nos marchés.Allons-nous une fois de plus tolérer le dumping nippon ?» Les hommes d\u2019affaires de l\u2019Occident se serrent les coudes pour faire front au concurrent jaune.Mais le Japonais, lui, commence une lutte pour la vie ou la mort.Le problème de la population au Japon a atteint aujourd\u2019hui un point où l\u2019urgence immédiate de la solution devrait ouvrir des yeux parfois volontairement aveugles.Il y a le fait brutal que la densité de la population est, au Japon, de 590 par mille carré, soit 84 millions d\u2019hommes vivant sur un territoire égal seulement aux Vs de l\u2019Ontario.A pareille densité, la population du globe devrait vivre dans les frontières du Canada! L\u2019occupation américaine a joué un grand et beau rôle dans le rétablissement du Japon.Le traité de San-Francisco l\u2019a pratiquement mis, au point de vue politique, sur un pied d\u2019égalité avec les autres nations libres.Comment, maintenant, le problème économique et \u2014 disons le mot \u2014 humain du Japon, par-delà les conflits commerciaux inévitables, sera-t-il résolu ?Voilà la question qui se pose à la conscience du monde libre.L\u2019expansion de la population japonaise n\u2019est pas un phénomène unique dans l\u2019histoire du monde, \u2014 nous verrons le chiffre monter au fur et à mesure du développement industriel, tout comme, il y a cent cinquante ans, au moment de l\u2019industrialisation des autres puissances du monde, \u2014 mais les circonstances sont plus tragiques qu\u2019elles ne le furent pour n\u2019importe quel Réforme » (majuscule).La hiérarchie pardonnera avec indulgence.Preuve.d\u2019 « oppression » intellectuelle.Selon Thiers: « L\u2019Église n\u2019empêche de penser que ceux qui n\u2019en ont pas capables.» Mais son attitude ne saurait épouser « l\u2019amitié » du grand historien de la culture, M.Henri-Irénée Marrou, à l\u2019égard de « sincérités » passablement éruptives, que désavoueront nos jeunes intellectuels catholiques nourris d\u2019un aliment plus sain que les Nourritures terrestres, formés à plus sûre école que celle, respectable cependant, d\u2019Emmanuel Mounier.S\u2019il a lui-même sollicité les collaborations que patronne sa « préface française » au numéro spécial d\u2019Esprit, M.Marrou se trouvait mal placé pour traiter ces bourgeonnements fiévreux qui flétrissent le vrai visage de notre âme « adolescente » (le mot est de Gérard Pelletier).On lui eût, toutefois, souhaité assez de flair psychologique et surtout théologique (paulinien) pour ne pas faire de la « gauche », même française et catholique, un signe de ralliement chrétien.M.-J.d\u2019A.Relations de mai 1952 contenait une lettre d'un missionnaire canadien-français qui demandait de « dire un bon mot en faveur de notre Japon surpeuplé qui étouffe dans ses îles trop étroites avec ses 83,000,000 d\u2019habitants ».Un jeune jésuite belge, qui a passé trois ans au Japon et qui est actuellement au Scolasticat de V Immaculée-Conception, à Montréal, a lu cet appel.Le P.Ballon veut apporter, par son article, un « hommage à la vérité des faits » et au Japon qui lui est « si cher ».autre pays: la pauvreté du sol, l\u2019hostilité du monde occidental défendant son monopole de l\u2019industrie, et, d\u2019autre part, la volonté farouche de vivre qui anime un peuple intelligent et courageux.I.\u2014 ACCROISSEMENT DE LA POPULATION 1.L\u2019industrialisation du Japon.\u2014 Le 9 décembre 1867, par la proclamation de la constitution Meiji, le Japon mettait fin au régime féodal et se lançait dans la grande aventure de sa modernisation.Ses dirigeants étaient parfaitement au courant du sort fait par les puissances occidentales aux pays voisins des mers du Sud, aux Indes, et de ce qui attendait à ce moment même le grand empire chinois.Au minuscule Japon, il ne semblait rester qu\u2019une voie pour échapper, peut-être, à la colonisation: prendre rang parmi lesdites puissances.Aussi lui fallait-il maîtriser le secret de leur force: l\u2019industrie.Les succès militaires de 1894-1895 et de 1904-1905, la guerre mondiale de 1914-1918, avec les immenses profits qu\u2019elle occasionne, et surtout l\u2019énergie naturelle du Japonais vont bientôt faire de son pays une puissance à l\u2019égal de l\u2019Angleterre et des États-Unis.La population, devant satisfaire une demande toujours croissante de main-d\u2019œuvre industrielle, augmente rapidement.1868.33,000,000 1884.37,450,727 1894.41,813,215 1904.47,219,566 1914.54,142,441 270 RELATIONS 2.Les années 20.\u2014 L\u2019extraordinaire développement et de son industrie et de sa population avait déjà éveillé à l\u2019égard du Japon l\u2019hostilité des autres puissances.L\u2019émigration vers les États-Unis se voit limitée progressivement, dès 1906, et finalement interdite en 1924.Les autres pays suivent cet exemple.Ces mesures discriminatoires s\u2019avèrent efficaces \u2014 du moins au point de vue égoïste et immédiat de l\u2019Occident.Qui aurait pu en imaginer la conséquence lointaine: Pearl Harbour en 1941?Après des dizaines d\u2019années de propagande et de subsides gouvernementaux, le nombre total des Japonais résidant à l\u2019étranger (634,913 en 1930) est inférieur à l\u2019accroissement naturel de la population pour une seule année (837,501 en 1929).Mais le Japon, grâce aux profits réalisés pendant la guerre de 1914-1918, connaît une prospérité sans précédent.Des avantages territoriaux (le mandat sur d\u2019anciennes colonies allemandes, par exemple), obtenus par une politique habile, affirment de plus en plus la puissance nippone comme « la puissance sur l\u2019autre bord du Pacifique ».Et la population augmente toujours.1920.55,391,000 1924.58,300,000 1928.62,050,000 1932.65,800,000 1934.67,680,000 Mais, comme le reste du monde, le Japon à son tour est rudement atteint par la crise économique.Abusant plus que jamais des avantages d\u2019une main-d\u2019œuvre abondante et inorganisée, l\u2019industrie nippone cherche à envahir tous les marchés.La réaction des autres pays est violente: c\u2019est le boycottage de la pacotille japonaise.Au Japon, des troubles sociaux éclatent; le pays est mûr pour un régime extrémiste.3.Militarisme.\u2014 La capacité de travail du Japonais, son idéal de grandeur, surtout la réussite de son adaptation moderne semblent le désigner comme responsable de l\u2019Extrême-Orient.La clique militariste devenue toute-puissante va se lancer dans cette politique de conquête.L\u2019expansion de la population sera un puissant stimulant.On ne peut cependant pas perdre de vue que le Japon est entré sur la scène du monde avec un retard de trois quarts de siècle environ.Soixante-quinze ans plus tôt, les puissances occidentales étaient lancées à fond dans une politique de colonisation, et cela jusqu\u2019aux portes du Japon.L\u2019histoire se répète.L\u2019industrialisation est poussée à outrance pour répondre aux besoins de la guerre.L\u2019emphase de la production passe nettement des textiles à l\u2019industrie lourde.Cette dernière suppose des agglomérations humaines toujours plus grandes; aussi l\u2019exode vers les villes s\u2019accuse-t-il.Le problème de la subsistance est résolu sans trop de difficulté: les peuples conquis fournissent les produits alimentaires, remplissant ainsi le rôle secondaire que leur reconnaît « la sphère de coprospérité de la Grande Asie », l\u2019ordre nouveau oriental.Le Japon sera, selon l\u2019expression américaine, le workshop de l\u2019Asie.La main-d\u2019œuvre ne fait pas défaut.Voici les chiffres de la population de cette période: 1936.69,590,000 1940.71,540,000 1944.73,865,000 La méthode préférée pour pallier pareille pression de la population reste l\u2019intensification de l\u2019industrie et le contrôle plus direct des sources de matières premières.5.Après la défaite de 1945.\u2014 A la fin de la guerre du Pacifique, le Japon est de nouveau réduit à ce qu\u2019il était un siècle plus tôt: ses quatre îles principales.Dépossédé ainsi de 43% de son territoire, mais avec une population plus que doublée, il se voit coupé de ses sources de produits alimentaires et de matières premières.L\u2019accroissement de la population, retardé par les guerres, reprend à une allure vertigineuse.Au cours de 1945-1948, on rapatrie plus de cinq millions de nationaux japonais, et en 1949, bien que le taux des naissances soit en légère régression, le nombre d\u2019habitants croît par augmentation naturelle de deux millions par année! 1945\t.72,410,000 1946\t.76,155,000 1947\t.78,627,000 1948\t.80,697,000 1949\t.82,603,000 Actuellement, la population du Japon a largement dépassé les 84 millions.En 1975, elle aura dépassé les 100 millions.II.\u2014 LA SURPOPULATION ACTUELLE Le Dr Okazaki, directeur de l\u2019Institut démographique, établit à 50 millions la population optimum du Japon.Il admet que le pays pourrait en nourrir un plus grand nombre, mais à la condition qu\u2019un progrès important soit réalisé dans l\u2019industrialisation.Suzuki-San, l\u2019homme de la rue japonais, est habillé pauvrement, sans être en guenilles comme en 1945.S\u2019il travaille à la ville, un costume neuf lui coûte un mois de salaire, et une paire de chaussures, deux semaines de travail.Il n\u2019est pas affamé; dès le lendemain de la défaite, la générosité et l\u2019intérêt du vainqueur ont veillé à cela.Mais la moitié de son salaire est consacrée à la nourriture.s\u2019il est célibataire! Toute la difficulté est celle-ci: il y a trop de Suzuki-San.Des circonstances extrêmement défavorables font que ce problème de la population réclame une solution urgente, voire immédiate.1.Ressources alimentaires.\u2014 Le rendement agricole du Japon ne suffit pas à le nourrir.Le sol des quatre îles qui forment le Japon d\u2019aujourd\u2019hui n'est cultivable que sur 16% de sa superficie.Ces 16% cultivés de façon OCTOBRE 1952 271 intensive occupent près de la moitié de la main-d\u2019œuvre: 18,000,000.Les statistiques de la production agricole montrent que, grâce à un travail acharné, mais à rendement défavorable (le riz importé coûterait environ la moitié du riz indigène), un peu plus des deux tiers de la population peuvent être ravitaillés.Très riche pourrait être la productivité alimentaire de l\u2019industrie maritime tant animale que végétale.A défaut de viande, le poisson fournit la presque totalité des protéines de l\u2019alimentation.Plus d\u2019un million d\u2019hommes sont engagés dans cette industrie.Le problème capital est l\u2019extension des champs de pêche.Malheureusement, les nations occidentales gardent mauvaise mémoire des abus qui caractérisaient autrefois l\u2019industrie japonaise de pêche de haute mer.2.\tMatières premières.\u2014 Les matières premières sont, elles aussi, insuffisantes.Aujourd\u2019hui, le Japon doit importer 100% des produits suivants: coton, laine, caoutchouc, phosphate, bauxite et magnésie; 95% de son sucre; 90% de son pétrole; 80% de son sel; 70% de son minerai.Et 40% de ses ressources en pulpe furent perdues quand les Russes annexèrent la Sackhaline.3.\tCommerce international.\u2014 L\u2019industrie nippone doit donc trouver un accès favorable aux matières premières et les marchés où écouler ses produits finis.Ce problème n\u2019est pas intérieur, il est international: c\u2019est avec le monde que le Japon doit traiter s\u2019il veut \u2014 et il le veut \u2014 survivre.Depuis 1945, la faiblesse de l\u2019économie nippone a été compensée, pour une grosse part, par l\u2019aide américaine: près de $2 billions en six ans.De nouveaux débouchés ont été exploités dans le Sud asiatique.A la fin de 1951, c\u2019est à environ 40% que se chiffrait le commerce extérieur du Japon avec l\u2019Asie non communiste.Mais cet échange a une contrepartie très défavorable: les importations de matières premières viennent pour la plupart de pays appartenant au bloc du dollar, et les exportations de produits finis se font vers des contrées appartenant au bloc de la livre sterling (Pakistan, Malaisie, Hong-Kong, Indes).Aussi la balance des échanges internationaux est-elle mauvaise.III.\u2014 QUE FAIRE ?Il reste cependant que le problème de la surpopulation actuelle du Japon, à la différence d\u2019autres contrées asiatiques, n\u2019est pas à proprement parler un problème de subsistance: laisser mourir de faim ou non.Ce serait le réduire, outrageusement pour le Japonais, à une affaire de charité publique.La question semble plutôt être celle-ci: va-t-on permettre au Japonais de travailler pour gagner son riz quotidien ?En d\u2019autres mots, comment assurer le plein emploi, ou au moins un emploi suffisant, à la main-d\u2019œuvre japonaise, soit 40 millions de travailleurs ?Et ce nombre croît toujours.Débordé par l\u2019accroissement extraordinairement rapide de la population, \u2014 à chaque minute, trois 272 bébés japonais viennent au monde! \u2014 le gouvernement, aidé par de puissants organismes privés, fait dans tout le pays une publicité intense en faveur des pratiques anticonceptionnelles.Solution simpliste et criminelle, qui consiste à supprimer les éléments du problème: les bouches à nourrir, les bras à employer.Mais c\u2019est surtout sur le développement de son industrie que compte le Japon, malgré qu\u2019il soit coincé entre un double handicap: la pauvreté de son sol, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, la difficulté d\u2019accès aux marchés internationaux.On ne peut évidemment parler de son industrialisation au même titre que de celle des Indes ou du Sud-Est asiatique; avant la guerre, le Japon se classait parmi les cinq premières puissances industrielles du monde.Mais ce qui constituait autrefois la force de son industrie, le bon marché de sa main-d\u2019œuvre, a fait son temps.Aujourd\u2019hui, la liberté d\u2019organisation accordée aux ouvriers ne permet plus une exploitation facile et incontrôlée du travailleur.La concurrence des produits japonais, malgré les hauts cris non fondés de l\u2019industrie textile anglaise et des associations de pêche américaines, n\u2019est plus le dumping des années 30.Au même moment, la réduction du territoire nippon aux quatre îles principales le coupe de ressources minières et agricoles vitales.Elies sont presque toutes entre les mains des Russes.Ces derniers ont proposé aux Japonais de leur fournir le charbon de la Sackhaline à $10 la tonne, alors que le Japon le paie $30 aux États-Unis.Et les Chinois proposèrent du minerai de fer, au prix de $8 à $10 la tonne, en échange d\u2019acier, de matériel roulant et de matériel électrique.Ne pensait-on qu\u2019à des intérêts commerciaux en proposant ces marchés ?.Ce qui manque à la nation japonaise, ce n\u2019est pas la volonté de travail et de sacrifice, ni le souci de perfectionner sa technique, ni même le désir de jouer franc jeu.Ce qui manque, c\u2019est la place au soleil.Le Japonais a souvent l\u2019impression d\u2019étouffer, et il croit sentir que trop d\u2019intérêts privés en Occident ne demanderaient pas mieux que de le voir étouffer.Il reste le fait, lourd de conséquences pour Suzuki-San : que faire de ses bras et de ceux de ses fils et filles ?Le développement de l\u2019industrie est une affaire à longue échéance.S\u2019il pouvait émigrer, il le ferait peut-être, non sans regret.En attendant, on lui propose des pratiques anticonceptionnelles:\t« Au moins, voici quelque chose de positif: moins d\u2019enfants ou pas d\u2019enfants.» Suzuki-San n\u2019a pas notre tradition chrétienne pour résister à pareille tentation.Et ce n\u2019est pas la seule tentation.Il y a aussi le mirage communiste.Pourquoi ne pas tourner le dos à cet Occident hostile?Ventre affamé.et mains inactives n\u2019ont pas d\u2019oreilles.Ne serait-ce d\u2019ailleurs pas la raison pour laquelle les chefs du communisme international semblent avoir adopté une attitude d\u2019expectative à l\u2019égard du Japon ?RELATIONS LES RETRAITES FERMEES AU CANADA Joseph-P.ARCHAMBAULT, S.J.UNE ENQUÊTE que nous avons pu mener, depuis qu\u2019a paru notre article de mars 1952, nous fournit d\u2019intéressantes précisions sur le mouvement actuel des retraites fermées dans notre pays.DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC La province de Québec tient d\u2019emblée la tête.On y a constaté des progrès importants au cours des derniers douze mois.D\u2019abord, trois maisons ont subi de notables transformations: la Maison Saint-Edgar, de New-Richmond (Gaspé), s\u2019est considérablement agrandie et porte maintenant le nom de Reine-de-la-Paix ; la Villa la Broquerie, de Boucherville, a été remplacée par une maison plus spacieuse et plus moderne, la Villa Saint-René-Goupil, à Ville-Jacques-Car tier, en face de Montréal; enfin, la Villa Saint-Martin, devenue, elle aussi, trop exiguë et privée de l\u2019isolement des premières années, repose maintenant sur une jfmagnifique propriété, dans une solitude complète, à Sainte-Geneviève, aux confins de Montréal (boul.Gouin, ouest).Outre ces trois transformations, une maison nouvelle a été fondée: la Maison Reine-des-Cœurs, à Drummondville, sœur de la Villa du Rosaire, à Nicolet: même diocèse et même communauté religieuse (les Pères Montfortains).Une deuxième, réservée aux prêtres, s\u2019ouvrira bientôt à Montréal-Nord, dans l\u2019immeuble qui servait autrefois au collège des vocations tardives.A l\u2019heure actuelle, on compte dans la province de Québec trente-neuf maisons consacrées aux retraites fermées collectives et fonctionnant à cœur d\u2019année.La précision s\u2019impose, car à côté de ces maisons permanentes, un bon nombre d\u2019autres \u2014 séminaires, scolasticats, monastères, villas d\u2019été, etc.\u2014 accueillent, à différentes époques, des groupes d\u2019hommes ou de femmes qui y suivent les exercices spirituels.Ainsi, la Maison du Sacré-Cœur, de Mont-Laurier, où les Jésuites font leur troisième année de probation, a reçu en 1951, comme elle fait chaque année, durant le carême et les vacances, 356 retraitants, répartis en douze retraites.Donner des statistiques pour ces maisons, voire indiquer seulement leur nombre et leurs noms n\u2019est pas possible.Mais comme elles représentent un élément de qualité dans l\u2019œuvre des retraites fermées, il convenait de leur accorder au moins cette brève mention.Les 39 maisons de la province de Québec se divisent en trois catégories: maisons pour hommes et jeunes gens, maisons pour dames et jeunes filles, maisons où les deux groupes se succèdent.En voici la liste: I.\t\u2014 MAISONS POUR HOMMES ET JEUNES GENS (15) Villa Saint-Martin.Jésuites.Villa Manrèse.\u2014 .Villa Saint-Ignace.\u2014\t.Villa Saint-Jean.\u2014\t.Villa Saint-René-Goupil.\t\u2014\u2022\t.Casa Manresa.\u2014\t.Maison Reine-des-Apôtres.Oblats.Maison du Sacré-Cœur.\u2014 .Maison de Jésus-Ouvrier.\u2014 .Maison N.-D.-des-Monts.\u2014 .Villa Saint-Alphonse.Rédemptoristes.Villa Saint-Vincent.FF.de St-V.-de-P.Villa Saint-Vincent-Ferrier.Dominicains.Maison Querbes.Clercs de St-Viateur Maison du Christ-Roi.Franciscains.Ste-Geneviève (près Montréal) Québec Chicoutimi Saint-Jean Ville-Jacques-Cartier Beaconsfield Cap-de-la-Madeleine Hull Québec-Ouest Dozois Sherbrooke Monument (près Québec) Saint-Hyacinthe .Joliette Châteauguay-Bassin II.\t\u2014 MAISONS POUR DAMES ET JEUNES FILLES (17) Maison N.-D.-du-Saint- Esprit.Notre-Dame-du-Cénacle.Béthanie.Maison de l\u2019Imm.-Conc.Notre-Dame-des-Missions Maison Marie-Médiatrice, Maison Sainte-Bernadette Notre-Dame-du-Rosaire.Villa Saint-Joseph.Le Foyer de Notre-Dame.Couvent M.-Réparatrice.Villa du Saint-Sacrement.Villa Sainte-Jeanne-d\u2019Arc.Maison Santa Maria.Maison du Sacré-Cœur.Villa N.-D.-du-Rosaire.SS.de l\u2019Imm.-Concept.Montréal -\u2014\tQuébec ,- \u2014\tNominingue ,-\u2014\tJoliette .-\u2014\tChicoutimi -\u2014\tGranby .\u2014 \u2014\t\u2014\tSaint-Jean -\u2014\tSainte-Marie\t(Beauce) Dames missionnaires catholiques .Montréal \u2014: \u2014\t\u2014\tSainte-Agathe .SS.de M.-Réparatrice.Montréal -\u2014\tTrois-Rivières Serv.du T.-S.-Sacrement Sherbrooke SS.de la Présentation de Marie.Saint-Hyacinthe Dominicaines du Tiers- Ordre enseignant.Valleyfield SS.Franciscaines missionnaires de Marie.Montréal SS.de la Miséricorde__Montréal III.\t\u2014 MAISONS OÙ LES DEUX GROUPES SE SUCCÈDENT Maison N.-D.-de-Lourdes.Oblats.Maison N.-D.-des-Anges.\u2014 .Maison N.-D.-du-Cap.\u2014 .Maison Reine-de-la-Paix.\u2014 .Villa du Rosaire.Montfortains Maison Reine-des-Cœurs.\u2014 .Foyer Saint-Joseph.Franciscains.Mont-Joli Ville-Lasalle Rouyn New-Richmond Nicolet Drummondville .Amos (7) Le bilan de ces 39 maisons pour l\u2019année 1951 a été le suivant: Retraites d\u2019hommes et de jeunes gens 1,334.Retraitants.56,763 \u2014 de dames et de jeunes filles 1,273.Retraitantes.35,266 Total.2,607 Total.92,029 Ces retraites n\u2019ont pas toutes la même durée.En principe, on juge idéale la retraite de trois jours.Elle répond aux directives données par Pie XI dans son encyclique Mens Nostra : « Les vrais exercices spirituels requièrent qu\u2019on y consacre un certain laps de temps.Et bien que ce temps puisse, selon les circonstances et les personnes, ne comprendre que quelques jours ou s\u2019étendre sur tout un mois, il ne faut point cependant trop l\u2019abréger, si l\u2019on veut recueillir les avantages que promettent les exercices.De même que l\u2019air salubre d\u2019un lieu ne profite à la santé que si l\u2019on y demeure durant une période, de même le remède salutaire des pensées saintes ne sert à l\u2019esprit que s\u2019il s\u2019y exerce quelque temps.» Il se trouve encore, grâce à Dieu, un bon nombre d\u2019hommes capables de s\u2019éloigner de leur famille et de leurs affaires durant ce temps.Ce fut la période fixée au début du mouvement, en 1909.On l\u2019acceptait alors volontiers, sans trop en souffrir, et plusieurs parmi les vétérans des retraites en sont restés les partisans irréductibles.Il faut avouer cependant que les circonstances ne permettent pas toujours une absence de trois jours, surtout pour les ouvriers.C\u2019est pourquoi un bon nombre de retraites sont aujourd\u2019hui de moindre durée.Par contre, plusieurs maisons ont maintenant quelques retraites de quatre et même de cinq jours, en grand silence, c\u2019est-à-dire sans aucune récréation.On les appelle retraites de vie intérieure.Ces retraites connaissent une grande vogue en France.Organisées surtout par une congrégation nouvelle, « les Coopérateurs paroissiaux », dont le centre principal est OCTOBRE 1952 273 à Chabeuil, dans le diocèse de Valence, \u2014 d\u2019où le nom qu\u2019on leur donne de « retraites de Chabeuil »,\u2014 elles ont lieu dans les deux ou trois maisons de la congrégation, puis à travers toute la France, dans des séminaires, collèges, châteaux, etc., heureux de leur donner l\u2019hospitalité.La liste de 1951 indiquait les endroits suivants: Bordeaux, Nantes, Agen, Montpellier, Luçon, Montfort, Notre-Dame-du-Laus (H.-A.), Athis-Mons (S.-et-O.), Notre-Dame de Maylis (Landes), Saint-Jacut (Bretagne), etc.L\u2019œuvre publie un modeste mais intéressant bulletin, Marchons, destiné surtout à ses retraitants.Tous ceux qui, au Canada comme ailleurs, ont fait ces retraites de vie intérieure en furent enchantés.On ne les conseille pas, règle générale, aux débutants dans les exercices spirituels.Il est préférable, pour en bien profiter, d\u2019avoir suivi auparavant quelques retraites ordinaires.Les retraites de prêtres sont encore plus longues.En plusieurs maisons, elles durent sept ou huit jours.Il se donne même, depuis quelques années, des retraites d\u2019un mois.On y fait les Exercices de trente jours de saint Ignace.Cette initiative, due, chez nous, à un Jésuite français, le R.P.Joseph Ledit, et hautement encouragée par l\u2019épiscopat, a été bien accueillie du clergé.Tous les deux ans, un groupe d\u2019une trentaine de prêtres, réguliers et séculiers, y prend part.Voici ce qu\u2019en écrivait l\u2019un d\u2019eux : La retraite de trente jours m\u2019a donné à profusion ce que je souhaitais depuis quelques années.Quel est le prêtre sincère qui, après dix ou quinze ans de ministère, n\u2019entend pas au fond de son cœur l\u2019avertissement de saint Paul à son disciple Timothée: Admoneo te ut ressuscites gratiam Dei, quae est in te per impositionem manuurn mearum {II Tim., I, 6) ?Mais, à vrai dire, quel en est le moyen ?Il y a bien la retraite annuelle; on y met toute la générosité dont on est capable, mais le temps est court.Une retraite fermée de huit jours, dans le grand silence et un profond recueillement, est déjà d\u2019une efficacité bien supérieure.Les prêtres qui en ont fait l\u2019expérience sont unanimes à le reconnaître.Mais rien de tout cela n\u2019est comparable à une retraite de trente jours, où l\u2019on se soumet heure par heure aux Exercices spirituels, selon la méthode de saint Ignace de Loyola.Tous les retraitants du mois d\u2019août 1947 en savent quelque chose.Combien le Sacré Cœur s\u2019approche de son prêtre pendant ces quatre semaines, il faut en faire l\u2019expérience pour le savoir vraiment.C\u2019est une occasion à nulle autre pareille pour goûter la familiarité avec Dieu dans la prière et réapprendre à faire oraison en utilisant l\u2019Évangile, source de richesses insoupçonnées.La méditation de la vie de Notre Seigneur, pendant les trois dernières semaines, éclaire nos intelligences d\u2019une douce lumière, en même temps que nos cœurs brûlent d\u2019un amour renouvelé.Bref, à la fin, nous sentons revivre en nous nos premiers rêves d\u2019apostolat avec toute leur fraîcheur.Pour revenir aux laïcs, la pratique des exercices spirituels a pénétré maintenant dans tous les milieux.Des hommes de toutes les professions, de tous les âges, de toutes les conditions s\u2019y adonnent.Il est même peu de catégories professionnelles qui n\u2019aient leur retraite particulière.Non que chacune soit tenue à des devoirs spéciaux, bien distincts, mais la solidarité amène leurs membres à se grouper ensemble pour cette activité comme pour tant d\u2019autres.L\u2019initiative part presque toujours d\u2019un retraitant qui a goûté, dans un groupe paroissial, les bienfaits d\u2019une retraite et veut en faire bénéficier ses confrères et amis.Ainsi, on trouve sur la liste des groupes de la Villa Saint-Martin, en 1951: hommes de profession libérale (avocats, notaires, médecins), hommes publics, hommes d\u2019affaires, banquiers, comptables, fonctionnaires, marchands, professeurs, instituteurs, industriels, voyageurs, ouvriers, boulangers, navigateurs, marchands de bois, cultivateurs, bouchers, employés des postes, employés du port, employés de tramway, policiers, pompiers, cheminots, étudiants.Et en voici d\u2019autres, relevés sur la liste de la Villa Man-rèse: députés, maires et conseillers, médecins et dentistes, pilotes, assureurs, hôteliers et taverniers, épiciers, architectes, forestiers, gérants des caisses populaires, producteurs de sucre d\u2019érable, etc.Il serait intéressant de voir quelle profession ou quelle classe sociale fournit le plus grand nombre de retraitants.Peu de maisons ont fait ces calculs.Un article bien documenté du R.P.Paul-Émile Pelletier, O.M.L, ancien directeur de la Maison Reine-des-Apôtres, et publié dans l'Action Catholique Ouvrière (avril 1952), donne à ce sujet des chiffres qui ne manquent pas d\u2019intérêt.Voici, pour l\u2019année 1951, comment se partagent à peu près les retraitants de cette maison: ouvriers, 45%; étudiants, 25%; bourgeois, 15%; cultivateurs et bûcherons, 15%.La proportion des bourgeois (ou gens de classe moyenne) doit être plus grande à la Villa Saint-Martin, à la Villa Manrèse et à la Villa Saint-Alphonse; mais il est des maisons situées dans des régions agricoles, \u2014 Saint-Jean, Joliette, Mont-Joli, etc.,\u2014 où les cultivateurs doivent l\u2019emporter.Le même article contient des statistiques concernant les mouvements d\u2019apostolat et d\u2019action catholique.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1951, la Maison Reine-des-Apôtres reçut 1,401 ligueurs du Sacré Cœur, 516 membres des cercles Lacordaire, 169 membres de la L.O.C., 73 de la J.E.C., 66 de la J.O.C.et 20 de la J.A.C.En d\u2019autres maisons, celle du Christ-Roi, par exemple, à Châteauguay, les tertiaires de saint François tiendront la tête; à Jésus-Ouvrier, ce seront sans doute les syndiqués catholiques; puis il y aura les membres de la Saint-Vincent-de-Paul, de la Société Saint-Jean-Baptiste, les Chevaliers de Colomb, les Artisans, l\u2019Association professionnelle des Industriels, etc.Les groupes de paroisse, organisés habituellement par le comité ou le conseil paroissial d\u2019Action catholique, sont aussi nombreux.On invite le curé à la conférence d\u2019apostolat qui termine les exercices.Il peut dire à cette élite, tout embrasée des grâces reçues, ce qu\u2019il attend d\u2019elle.Dans plusieurs maisons, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une retraite de profession ou d\u2019association, l\u2019inscription du retraitant doit indiquer sa paroisse.Cela permet d\u2019établir d\u2019intéressantes statistiques paroissiales.Ainsi, en 1951, la Maison Notre-Dame-des-Anges (Ville-Lasalle) reçut des représentants de 162 paroisses: 108 de la ville de Montréal, 54 d\u2019en dehors.Les chiffres oscillent entre 217 hommes et jeunes gens pour une seule paroisse et 3, 2, 1 retraitants pour d\u2019autres.Il doit en être de même dans la plupart des maisons.Quelques-unes cependant \u2014 Chicoutimi, Mont-Joli, Saint-Hyacinthe \u2014 reçoivent surtout des groupes paroissiaux.L\u2019inscription indique, en outre, si le retraitant est déjà venu.Sur les 4,559 que reçut la Maison Reine-des-Apôtres en 1951, la proportion des nouveaux était de 43%.Et le rapport ajoute: « Tous les autres sont des anciens qui reviennent parfois depuis de longues années et avec une ferveur qui grandit chaque année.L\u2019un d\u2019eux l\u2019affirmait d\u2019une façon savoureuse, un jour qu\u2019on lui demandait, à la suite de sa douzième retraite, de donner ses impressions: « Une retraite « fermée pour moi, c\u2019est comme une mère de famille.Le pre-« mier enfant qu\u2019elle a, il est bien beau et bien fin, mais le « dernier est toujours le plus beau et le plus fin.» A la Maison du Christ-Roi, à Châteauguay, la proportion des anciens a été de 52%, soit 1,380 sur 2,460.Dans toutes les maisons d\u2019hommes, les jeunes gens sont admis, soit à des retraites organisées spécialement pour eux, soit encore à quelques autres qui leur conviennent.Il est cependant deux maisons établies à leur usage particulier: la nouvelle Villa Saint-René-Goupil et la Maison Saint-Vincent, près de Québec.Elles ont reçu, en 1951, 5,144 retraitants.274 RELATIONS Il se donne aussi quelques retraites de fiancés, préparatoires au mariage.Une retraite pour dix-sept couples mariés, organisée par deux Pères de Sainte-Croix sous le titre: « Les ménages chrétiens », a eu lieu à la Maison Saint-Vincent-Ferrier.C\u2019est la seule du genre à notre connaissance.Des récollections d\u2019un jour, sur le type des Can a conferences, de plus en plus populaires aux États-Unis, ont été données à la Casa Manresa (Beaconsfield).EN DEHORS DU QUÉBEC 1.\tDans les Maritimes, c\u2019est le Nouveau-Brunswick qui tient la palme.Il possède trois maisons de retraites, toutes les trois de langue française, où sont admis des groupes des deux catégories, hommes et jeunes gens, dames et jeunes filles: la Villa Saint-Joseph, à Bouctouche (prêtres séculiers), la Maison Saint-Joseph, à Bathurst (Capucins), la Maison du Sacré-Cœur, à Edmundston (Oblats).Ces trois maisons reçurent, en 1951, 4,780 retraitants et 3,912 retraitantes, répartis en 193 retraites (101 pour hommes, 92 pour dames).Il n\u2019existe pas dans les provinces maritimes d\u2019autres maisons de retraites permanentes.Les exercices spirituels se donnent cependant à diverses époques, dans les diocèses d\u2019Halifax et d\u2019Antigonish, pour hommes et jeunes gens, ainsi que pour dames et jeunes filles, en des séminaires et couvents.2.\tL'Ontario possède neuf maisons de retraites permanentes.Elles se divisent, comme celles du Québec, en trois catégories.Deux reçoivent hommes et jeunes gens, l\u2019une et l\u2019autre dans le diocèse de Toronto: Manresa Retreat House (Jésuites), à Pickering, et Our Lady of Grace (Augustiniens), à Mary Lake.Quatre reçoivent dames et jeunes filles: deux encore à Toronto: Our Lady of the Retreat in Cenacle et Marian Hall, une troisième à Overbrook, près d\u2019Ottawa (Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie), et une quatrième à Hamilton, Mount Cenacle.Trois enfin, dirigées par les prêtres séculiers, où les deux groupes alternent: la Villa Madona, à Ottawa; Notre-Dame-du-Rosaire-de-Fatima, à Alexandria; et la maison de la Sainte-Famille, à Oxley, dans le diocèse de London, près de Windsor.Les diocèses de Toronto et de London ont aussi des organisations temporaires, de même que ceux de Kingston et du Sault-Sainte-Marie.Les statistiques qui nous sont parvenues donnent le bilan suivant pour 1951: 136 retraites pour hommes et jeunes gens, groupant 4,335 retraitants; 194 retraites pour dames et jeunes filles, groupant 5,107 retraitantes.3.\tL'Ouest ne compte jusqu\u2019ici que deux maisons de retraites permanentes, l\u2019une et l\u2019autre admettant hommes et femmes: la Maison de Retraites (Oblats), à Saint-Boniface, dans le Manitoba, et Mount St.Francis House (Franciscains), à Cochrane, dans le diocèse de Calgary, en Alberta.Voici les chiffres pour ces deux maisons: 39 retraites d\u2019hommes, 971 retraitants; 47 retraites de dames, 1,067 retraitantes.Les diocèses de Régina, Saskatoon, Prince-Albert, Saint-Paul, Nelson ont dû se contenter jusqu\u2019ici de retraites d\u2019occasion.* Pour récapituler et donner le bilan général de 1951: Québec : 39 maisons, 2,607 retraites, 92,029 retraitants (hommes: 56,763; femmes: 35,266).Ontario : 9 maisons, 350 retraites, 9,442 retraitants (hommes: 4,335; femmes: 5,107).Provinces maritimes : 3 maisons, 193 retraites, 8,692 retraitants (hommes: 4,780; femmes: 3,912).Provinces de l'Ouest : 2 maisons, 86 retraites, 2,038 retraitants (hommes: 971; femmes: 1,067).Total général: 53 maisons, 3,236 retraites, 112,201 retraitants, dont 66,849 hommes et jeunes gens, et 45,352 dames et jeunes filles.Ces statistiques sont à notre honneur.Elles doivent nous donner fierté et confiance.A ce premier sentiment vient toutefois s\u2019en ajouter un autre.Il y a plus de six millions de catholiques au Canada.Considéré à la lumière de ces chiffres, le bilan des retraites fermées nous paraît moins rassurant.Il offre en tout cas une large marge de progrès à combler.Les apôtres des exercices spirituels, prêtres et laïcs, n\u2019ont pas à se croiser les bras.Le champ ouvert à leur apostolat est vaste, surtout après le plan de campagne du P.Le Tellier (voir notre article de mars dernier), son appel à la masse, approuvé et béni par le Souverain Pontife.Que chaque retraitant actuel, reconnaissant envers Dieu des grâces reçues, entre donc dans cette sainte croisade, placée sous le patronage de la Vierge de Fatima; qu\u2019il la poursuive avec ardeur et constance! \u2022- HORIZON INTERNATIONAL SAINT-SIÈGE 'T'ROIS importants documents paru-\u2022* rent au cours de l'été : la lettre apostolique Sacro veriente anno aux peuples de Russie, le discours du Pape sur les catholiques et la vie internationale, la constitution apostolique sur l\u2019émigration.1.La lettre aux peuples de Russie rappelle l\u2019apostolat des saints Cyrille et Méthode et leur consécration par le pape Adrien II, les rapports du Saint-Siège avec les grands princes de Kiev, de 977 à 1075, la participation du métropolite Isidore au concile de Florence, la sollicitude de Benoît XV et de Pie XI pour les affamés de Russie durant la grande famine de 1921 à 1923, la lettre de Pie XI au cardinal Pompili demandant des prières pour la Russie.Durant la dernière guerre, le Pape résista de toute son énergie à ceux qui lui demandaient d\u2019approuver l\u2019invasion de la Russie en 1941.Le Pape rappelle brièvement ce qu\u2019il a fait en faveur de la paix, écarte les mensonges et les calomnies de ceux qui prétendent qu\u2019il est un fauteur de guerre, condamne encore une fois le communisme athée: « Ces mensonges, parés souvent d\u2019une vérité feinte, Nous les avons démasqués et les avons condamnés, parce que Nous vous aimons avec un cœur de Père, et que Nous cherchons votre bien.» Il souligne la distinction entre les peuples de Russie et les « ennemis de la religion » et consacre la Russie au Cœur immaculé de Marie.Il n\u2019y a pas de condamnation directe du régime.Avec autant de clarté que de délicatesse, le Pape flétrit la persécution, encourage les confesseurs, appelle la paix de ses vœux: Nous unissant à vous, Nous lui adressons (à la Mère de Dieu) de suppliantes prières: pour que dans le peuple russe la foi chrétienne, honneur et soutien de la vie humaine, soit augmentée et fortifiée; pour que toutes les tromperies, les erreurs et les fourberies des ennemis de la religion soient déjouées et repoussées loin de vous; pour que les mœurs publiques et privées se modèlent dans vos pays sur les préceptes de l\u2019Évangile; pour que surtout ceux qui professent chez vous la foi catholique, même s\u2019ils sont privés de leurs OCTOBRE 1952 275 pasteurs, soient forts devant les assauts de l\u2019impiété et résistent impavides jusqu\u2019à la mort; pour que soit rendue à tous comme il se doit, la juste liberté qui leur convient en tant qu\u2019hommes, citoyens et chrétiens: à l\u2019Eglise tout d\u2019abord, à qui a été départi, par le commandement divin, d\u2019enseigner à tous la vérité et la vertu; pour qu\u2019enfin la paix véritable brille sur votre très chère nation et sur toute l\u2019humanité.Le Pape s\u2019adresse directement aux peuples de Russie.Dans les territoires qui font aujourd\u2019hui partie de l\u2019U.R.S.S., il y a d\u2019importantes communautés catholiques dont les évêques et les prêtres ont été liquidés.Le Pape ne pouvait s\u2019adresser aux fidèles par leur intermédiaire.Il ne pouvait s\u2019adresser aux chrétiens dissidents par l\u2019entremise du patriarche, des métropolites et évêques, qui collaborent avec le gouvernement soviétique dans la persécution des communautés catholiques.Il lui était inutile de s\u2019adresser au gouvernement soviétique pour démasquer les calomnies déversées sur le Saint-Siège.Il s\u2019adressa donc aux brebis dispersées.Le lendemain, 24 juillet, Radio-Prague annonça que le Pape avait excité les peuples de l\u2019Union Soviétique à la révolte contre leur gouvernement.C\u2019était faux.Il les avait exhortés à la fidélité religieuse.D\u2019autre part, rappelons que les chefs soviétiques du communisme mondial organisent partout, eux, des cinquièmes colonnes pour provoquer des révolutions, qu\u2019ils « tendent la main » à nos organisations en passant par-dessus la tête des dirigeants, et qu\u2019ils appellent cela depuis trente ans la « tactique du front unique par le bas ».En d\u2019autres termes, ils tâchent d\u2019accuser le Pape de leurs propres péchés.Les paroles du Pape aux Russes sont empreintes de l\u2019affection la plus paternelle.Sans adopter les thèses chères au nationalisme russe, la lettre évite les allusions à ces rivalités politiques auxquelles, en Europe orientale, on est tellement sensible.Pie XII décrit la piété russe envers la Vierge Marie en termes émouvants.Il n\u2019y a pas d\u2019appel direct à l\u2019unité religieuse.L\u2019antique séparation est rappelée; on en rend responsable l\u2019isolement, causé par les vicissitudes historiques.On ne pouvait être plus délicat, aller plus loin au-devant des frères séparés.On dirait que Pie XII suppose que l|unité religieuse dans la prière est déjà réalisée, au moins en ce qui concerne « beaucoup d\u2019entre vous ».Il exhorte ces Russes à réciter l\u2019acathiste à la sainte Vierge, tandis qu\u2019il consacre toute la Russie au Cœur immaculé de Marie.La lettre Sacro vertente anno reste bien dans la tradition des documents pontificaux qui ont trait à la Russie.Le ton est nouveau.Pour cette raison, peut-être, cette lettre occupera une place importante dans l\u2019histoire des rapports entre le Saint-Siège et la Russie.2.A deux reprises, le Pape indiqua aux catholiques leurs responsabilités devant la vie internationale.Nous n\u2019avons pas encore reçu le texte du discours du 13 septembre, adressé aux deux mille pèlerins de Pax Christi, et qui semble avoir eu beaucoup d\u2019importance.Le discours du 23 juillet aux membres du Cours d\u2019été de l\u2019Action catholique italienne, sur la vie internationale, fit sensation.Environ quatre-vingt-dix membres de l\u2019Action catholique italienne, en grande partie de la Fédération universitaire, des Jeunesses masculines et des Jeunesses féminines (l\u2019A.C.italienne n\u2019est pas spécialisée comme la nôtre), se réunirent, du 19 au 23 juillet, pour étudier la participation catholique à la vie internationale.L\u2019agenda comporta trois grandes divisions: 1) partie doctrinale; les bases naturelles de l\u2019ordre international, l\u2019ordre international dans l\u2019enseignement de l\u2019Église, nation et humanité; 2) partie historique: de la Société des Nations à l\u2019Organisation des Nations Unies (O.N.U.), l\u2019unification européenne dans son développement 276 historique; 3) la troisième partie décrivit les grands organismes internationaux, ceux des gouvernements et ceux des groupes privés.D\u2019illustres orateurs vinrent adresser la parole à la petite assemblée, et les discussions, amplement rapportées dans VOsservatore Romano, furent brillantes et animées.Le président du Conseil, l\u2019hon.de Gasperi, envoya un message; deux membres de son cabinet vinrent lire des rapports sur « les problèmes de l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui ».On était en plein dans cette atmosphère européenne, qui est le grand fait nouveau de l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, et qui nous avait tant frappé lors de notre récent voyage.La messe de clôture fut célébrée par S.Exc.Mgr Montini, un des dignitaires du Vatican les plus proches du Pape.Il prononça, à l\u2019évangile, un important sermon sur la charité internationale.C\u2019est après cette préparation que les semainiers se présentèrent à l\u2019audience du Saint Père.Le Pape commença par prendre note des progrès considérables réalisés dans la direction de l\u2019unité internationale, surtout en Europe, malgré les obstacles psychologiques difficiles à surmonter.Les catholiques ont pour tâche de créer le climat sans lequel l\u2019entente internationale ne peut prospérer.Les éléments fondamentaux en sont: « le respect mutuel, la loyauté réciproque qui reconnaît honnêtement aux autres les mêmes droits que l\u2019on exige pour soi-même, une disposition de bienveillance envers les enfants d\u2019autres peuples, qu\u2019on regarde comme des frères et sœurs ».Éduqués dans ces dispositions, les catholiques « doivent avant tout se sentir appelés à surmonter et à vaincre toutes les étroitesses nationales, et à chercher une vraie rencontre fraternelle, de nation à nation ».Enfin, Pie XII réprouve ceux qui voudraient créer une culture européenne de caractère non chrétien.Il s\u2019adressait à des Européens, et leur parla de leur petit continent.Il aurait pu donner le même avertissement à toutes les nations d\u2019Occident où l\u2019on discerne un effort de plus en plus inquiétant pour imposer à tous une civilisation laïque.Les catholiques doivent s\u2019opposer à ces « assauts du matérialisme », et demander pour leur foi le respect de ses libertés et de ses moyens d\u2019action, ou, tout au moins, un droit de cité pleinement reconnu.3.Le troisième document est massif.C\u2019est la constitution apostolique Exsul Familia sur Vémigration, qui porte la date du 1er août et parut dans VOsservatore Romano du 7 août.La première partie, qui a plus de trente pages, rapporte ce que l\u2019Église a fait au cours des siècles, mais surtout depuis le pontificat de Léon XIII, en faveur des émigrés.Les récents bouleversements ont créé de nouveaux problèmes.Afin de les résoudre, de nouvelles normes sont données pour l\u2019apostolat parmi les émigrés.Une place spéciale est faite au problème posé par l\u2019émigration italienne.De fait, le peuple italien se trouve pris dans une situation à peu près inextricable.Le pays qu\u2019il habite ne peut faire vivre ses habitants qui augmentent chaque année.L\u2019Italie n\u2019a pas de colonies.Un débouché considérable fut, jusqu\u2019en 1921, l\u2019Amérique du Nord, qui fit alors une première loi pour restreindre l\u2019immigration: on autorisa les 3% des divers groupes tels qu\u2019ils existaient en 1910.Le 26 mai 1924, après une propagande très vive sur la supériorité des races « nordiques » sur les races « alpines » ou « méditerranéennes », le président Coolidge signa lajoi, approuvée à une écrasante majorité par le Congrès des États-Unis, qui réduisait le quota aux 2% des groupes raciaux qui existaient lors du recensement de 1890, c\u2019est-à-dire avant la grande vague d\u2019immigration italienne et slave.Cette loi avait des apparences anticatholiques qui furent relevées alors dans la presse.Depuis RELATIONS lors, les Italiens des États-Unis ont prouvé leur valeur dans tous les domaines, sans omettre ceux, typiquement américains, de la boxe et du baseball.Les préjugés racistes antiitaliens existent pourtant toujours; l\u2019immigration italienne reste entravée, et on se demande comment l\u2019Italie en sortira.Il y a des nations riches et des nations prolétaires.A plusieurs reprises, Relations s\u2019est fait l\u2019écho, en cette matière, des préoccupations du Pape et de S.Exc.Mgr le délégué apostolique.La constitution Exsul Familia rappelle l\u2019exil en Égypte de la sainte Famille; elle contient un émouvant encouragement à l\u2019adresse de ceux qui sont obligés de quitter leur pays, leurs amis, leur famille à cause de la persécution ou de la misère.Dans les angoisses et les tribulations de leur vie nouvelle, les immigrants reconnaîtront en Jésus le primogenitus in multis fratribus, dont parle saint Paul dans son épître aux Romains, le premier-né de nombreux frères, le premier des dépatriés.ASIE\tIMPORTANTS congrès se préparent dans le / J monde bolchévique.Le 5 octobre, s\u2019ouvrira à Moscou le XIXe Congrès du Parti bolchévique renouvelé.M.Joliot-Curie a convoqué le Congrès mondial de la Paix à Vienne pour le 5 décembre.Ces deux congrès sont poussés à l\u2019arrière-plan par le Congrès des Partisans de la Paix des pays d\u2019Asie et du Pacifique, qui a lieu à Pékin, fin septembre 1952.Un important article sur ce congrès parut dans les principaux journaux de Chine, sous la signature de Soon Tsin-lin, et fut reproduit dans la Pravda du 2 septembre 1952.L\u2019auteur était déjà connu par son livre Pour consolider la paix entre les peuples, qui avait obtenu de Stalin un prix international.Les deux paragraphes suivants donneront le ton de l\u2019article: Il est difficile d\u2019exagérer l\u2019importance du Congrès imminent des Partisans de la Paix des pays d\u2019Asie et du Pacifique.500 délégués, représentant 1,600,000,000 de personnes (sic /), auront à assumer la tâche de résoudre un problème gigantesque, mais ils auront la possibilité de créer ce qui constitue, sans aucun doute, le facteur essentiel de la lutte pour la paix dans tout l\u2019univers.Avec l\u2019appui du Comité mondial de la Paix qui incarne le mouvement le plus grandiose en son genre dans l\u2019histoire du genre humain, avec l\u2019appui des organisations pacifistes qui ont été déjà créées et qui grandissent à vue d\u2019œil dans les divers pays, le Congrès aura le pouvoir de faire un énorme pas en avant vers l\u2019unification de la lutte pour la paix dans la partie la plus peuplée du monde.Ces affirmations fantastiques ne sont pas du pur mensonge; elles jaillissent d\u2019une foi profonde qui prend pour une réalité imminente la tâche qu\u2019il faut accomplir immédiatement.Il s\u2019agit d\u2019unifier l\u2019Asie pour la lutte contre l\u2019étranger, surtout les États-Unis, en lui infusant, sous le nom de paix, la doctrine communiste, en la dressant aux méthodes communistes.Nous lisons plus loin: Il faut remarquer que les hommes politiques américains qui sont à la tête de ce conseil de guerre (Note : il s\u2019agit de l\u2019accord récemment conclu à Honolulu pour « réduire en esclavage \u2014 je cite Mme Soon Tsin-lin \u2014 les peuples d\u2019Asie et du Pacifique ») ne représentent en aucune façon leur peuple et leur pays.Le peuple des États-Unis ne put même pas écouter aux portes de cette assemblée.Ceci est en contraste avec le Congrès des Partisans de la Paix des Pays d\u2019Asie et du Pacifique, à la tribune duquel on entendra la voix authentique du peuple américain.Nous espérons sincèrement qu\u2019à ce congrès se trouvera une grande délégation pour représenter le peuple des États-Unis.La délégation sera peut-être mince; on peut être sûr que ses orateurs auront la conscience de « représenter » leur peuple tout entier! D\u2019après une communication de Finlay OCTOBRE 1952 MacKenzie, secrétaire de l\u2019organisation au Canada (Vestnik, 27 août), les quatre points suivants seront sur l\u2019agenda de Pékin: 1) fin de la guerre en Corée, Malaisie et Viêt-nam; 2) amélioration des rapports commerciaux; 3) opposition à la militarisation du Japon; 4) amélioration des rapports culturels.Déjà on discerne les grandes lignes de la stratégie future: extension de la puissance communiste mondiale dans le Viêt-nam et la péninsule de la Malaisie, d\u2019une part, dans l\u2019Iran, de l\u2019autre.L\u2019Inde alors serait cernée et dominée du plateau tibétain.L\u2019amélioration du commerce avec les puissances occidentales ne signifie pas le ravitaillement de la Chine en œufs, en riz ou autres produits alimentaires.C\u2019est ce que certains pays occidentaux veulent lui acheter.En échange, la Chine a besoin de fer, de machines-outils, de caoutchouc pour ses industries de guerre.Cette « amélioration des rapports commerciaux » est déjà une source de malentendus entre l\u2019Angleterre et les États-Unis.Il suffira de l\u2019accentuer.L\u2019amélioration des rapports culturels veut dire l\u2019invasion de la propagande communiste dans nos pays; l\u2019acceptation, en pays de « démocratie populaire », de visiteurs triés sur le volet.La culture communiste ne connaît d\u2019humanisme que le marxiste.Le Congrès fit l\u2019objet d\u2019une réunion préparatoire, qui eut lieu à Pékin du 3 au 6 juin.Il y eut 47 délégués de 20 nations.Le Canada fut représenté par Mary Jennison.Le bureau exécutif créé par cette réunion est présidé par un Chinois, Liou Ning-yi; on lui donna deux assistants, un Indien et un Japonais.Moscou manœuvre peut-être par en arrière; l\u2019organisation du Congrès est entièrement asiatique.Les hôtes occidentaux ne pourront avoir envers ceux qui les recevront qu\u2019une attitude de déférence.Avant la visite de M.Tchou En-lai à Moscou (17 août), on fit peu de réclame à ce Congrès.Le 27 2oût, une courte notice de la Pravda annonça que des réunions se tenaient dans le Népal pour choisir des délégués.Puis, les communiqués se mirent à pleuvoir.Le Japon « populaire » s\u2019apprêtait à envoyer une délégation de 200 personnes.Non, répondit Pékin: 40 sont admis comme délégués; les autres viendront comme observateurs.Le délégué a droit de vote et peut être élu; l\u2019observateur n\u2019a pas ce double droit.Méticuleux, les bolchéviques font grand cas de la différence, même si tous les votes, pris à main levée, sont unanimes, même s\u2019il est inconcevable que quelqu\u2019un puisse être élu sans l\u2019assentiment du comité dirigeant.La différence verbale et essentielle entre délégués et observateurs, du point de vue bolchévique, est une des bases de la démocratie populaire; elle a l\u2019avantage de calmer les scrupules du visiteur bourgeois, qui ne se sent pas lié par la terminologie des camarades.Partout, dans l\u2019Inde, eurent lieu de fiévreuses assemblées en vue de préparer le Congrès général de Delhi (9 septembre), où durent être désignés les délégués.Dans le Pakistan, la Birmanie, les divers pays d\u2019Asie et du Pacifique, la propagande s\u2019intensifie.Pékin exerce une formidable puissance d\u2019attraction jusqu\u2019au Canada, où dix personnes furent invitées à se rendre au Congrès, toutes dépenses payées, même les pourboires.Il ne faut pas s\u2019attendre à ce qu\u2019il y ait de discussion au Congrès de Pékin; dans les assemblées communistes, elles cessèrent en 1927, quand le stalinisme, vainqueur de Trotsky, imposa sa technique de rouleau compresseur.Celle-ci donne l\u2019impression d\u2019une formidable unité.Son mirage peut exercer, devant les divisions multiples que l\u2019Occident semble incapable de surmonter, une étrange fascination.Joseph-H.Ledit.17 septembre 1952.277 LES LIVRES MARIOLOGIE Léon Bonnet: O Vierge Marie.Élévations sur les litanies de la sainte Vierge.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1952.308 pp., 19 cm./'\"''ES SORTES d\u2019ouvrages ne tendent souvent qu\u2019à « combler ^ une lacune »: publier quelque chose.Celui-ci, au contraire, présente une doctrine ferme et saine, sans excès d\u2019onction.On y trouve, sur chaque invocation des litanies de Lorette, un développement de cinq ou six pages propre à nourrir les méditations des personnes religieuses.Propre aussi à constituer un « mois de Marie » ?Peut-être moins, à cause de l\u2019étendue des développements et surtout à cause de la teneur théologique du texte, qui, sans être technique, est celui de la vulgarisation plutôt haute que populaire.« Tout au long de cet ouvrage, la sainte Vierge est censée instruire et exhorter elle-même le lecteur.» C\u2019est une invitation au « colloque » cher à saint Ignace qu\u2019a imaginé cet auteur sulpicien.Mais, vraiment, on n\u2019est pas accoutumé à une Vierge qui parle tant et qui est si théologienne.On aime qu\u2019elle se soit louangée dans le Seigneur la longueur d\u2019un Magnificat; mais durant trois cents pages, fussent-elles lues par tranches, on éprouve un souriant malaise.Paul Bélanger.Maison Beüarmin.Hubert du Manoir, S.J.: Maria.Études sur la sainte Vierge.T.II.\u2014 Paris, Beauchesne, 1952, 1007 pp., 24.5 cm.T^\\E CE GRAND OUVRAGE, composé par de nombreux ma-^ riologues, Relations (mars 1950, p.85) a commenté le premier tome.Rappelons qu\u2019après des études positives sur Marie dans l\u2019Écriture sainte et la Tradition patristique et liturgique, furent présentés des mélanges portant sur la maternité de Marie, sur son rôle social, sur la sainteté éminente de sa vie, sur la spiritualité mariale, etc.Ce tome deuxième fait voir maintenant le rayonnement de la personne de Marie, sa place dans les lettres françaises, allemandes, anglaises, espagnoles, hongroises, italiennes, flamandes, polonaises, portugaises, roumaines, canadiennes-françaises, colombiennes.Puis, sa place dans la musique, surtout grégorienne, et dans l\u2019iconographie.Suit le livre VI, qui approfondit une partie de l\u2019histoire de la spiritualité mariale dans les familles religieuses et sacerdotales: admirable procession mariale et colorée, où défilent bénédictins, cisterciens, chartreux, augustiniens, prémontrés, mercédaires, dominicains, fils de saint François, carmes, servites, croisiers, jésuites, clercs réguliers, etc.Ce n\u2019est pas un florilège de fleurs en papier à mettre autour des saintes Vierges de plâtre de partout, ni un recueil de prières de comtesses, mais des études de spécialistes.Quelques-uns le sont terriblement.La plupart cependant sont si vivants qu\u2019ils nous font lire en entier un volume de mille pages: on se disait qu\u2019il n\u2019était là que pour consultation.Je mentionne de mémoire Cohen, Martindale, Roger Brien, Dom Leclercq, le P.Élisée de la Trinité, Villaret.J\u2019admire surtout l\u2019objectivité avec laquelle presque tous racontent les gloires mariales de leur pays ou de leur famille religieuse.Comment donc ont-ils pu éviter la complaisance si naturelle à l\u2019égard de « nos pères », des « nôtres » ?Comment ont-ils pu noter si humblement telles hésitations des leurs à souscrire à certains dogmes mariaux proclamés plus tard articles de foi ?La direction de l\u2019entreprise avait sans doute donné un mot d\u2019ordre irénique; ou mieux, quand on traite de la Mère du bon Conseil, de la Reine de la Paix, c\u2019est ainsi qu\u2019il faut écrire.Est-ce à dire que toutes ces études se ressemblent en tout ?Non, et l\u2019on sait pourquoi la direction vient rappeler au lecteur le plan, un peu laborieux peut-être, qu\u2019on prétend suivre, et lui promettre des synthèses lumineuses après les analyses fatalement personnelles et diversement éclairées.Ainsi, le bénédictin dira: « Au sujet de saint Bernard, il ne faudrait pas s\u2019abuser,.il est excessif de ramener sa théologie à une mario-logie.» Et le cistercien, après un vaste exposé traitant de saint Bernard marial: « Si l\u2019on compare sa doctrine mariale à celle de ses devanciers, on trouvera qu\u2019il se distingue par la richesse et l\u2019ampleur de sa synthèse.» Et le jésuite lecteur pense: « Faudrait pourtant décider quelque chose.» Est-ce un complot ?Trois ou quatre coquilles (elles sont rares dans cette belle présentation digne de Beauchesne) viennent se loger dans l\u2019étude de notre Brien.Au début, un sous-titre est tombé; à la page 332, autre chute de je ne sais quoi qui rend un paragraphe inintelligible; enfin Marius Barbeau devient Marina Barbeau.Cette étude de la littérature mariale au Canada français est humblement brève et complète.Quand aurions-nous eu le temps de produire un Dante ?Mais l\u2019Ami du Clergé, dans un numéro récent, attend, avec Brien et nous tous, de très belles floraisons mariales dans le jardin de cette jeune littérature.Concluons: Maria était un événement nécessaire.Maison Bellarmin.Paul Bélanger.Raoul Plus, S.J.: L\u2019Étoile de la mer.« O ma Souveraine, ô ma Mère ».- I.COUTURIER DE CHEFDUBOIS: Notre-Dame de Garaison.- Abbé Anselme LONGPRÉ: Le Cœur immaculé de Marie.\u2014 Nicolet, Centre marial canadien.29, 25, 31, 29 pp., 20.5 cm.'C'NCORE et toujours à puiser dans les brochures du Centre marial canadien.Le P.Plus raconte l\u2019histoife et les merveilles de la dévotion à Notre-Dame de Boulogne, la Vierge nautonière, l\u2019Étoile de la mer déjà si magnifiquement chantée par saint Bernard (respice stellam, voca Mariam).Puis, dans une étude plus doctrinale, il expose les fondements et les développements du culte à Marie considérée comme notre souveraine.Notre-Dame de Garaison, c\u2019est, selon le mot de l\u2019A., la « préface de Lourdes »: lieu de dévotion mariale tout près de Lourdes et surtout honoré par des apparitions qui devaient préparer la grande révélation faite à Bernadette.Enfin, notre M.Longpré utilise fort judicieusement saint Jean Eudes et saint Louis-Marie Grignion de Montfort pour nous présenter un substantiel mois de Marie, centré sur les richesses du Cœur de la Vierge qui, en juillet 1917, a demandé aux trois enfants de Fatima de répandre le culte que mérite son Cœur immaculé.De Maria nunquam satis : le mois du Rosaire nous invite à mieux penser, à mieux parler de la Vierge, comme à mieux la prier pour la paix et le salut du monde.M.-J.d\u2019A.VIE CHRÉTIENNE Dr L.Massion-Verniory: Le Bonheur conjugal.I.Ses obstacles; II.Sa réussite.\u2014 Paris, Casterman, 1951.205-208 pp.20 cm.OUVRAGE difficile à juger.Riche de substance; spiritualiste et chrétien d\u2019intention.En même temps, gâté par des propositions insoutenables, à notre avis, et par quelques contradictions de fond.Vous y trouverez le cadre d\u2019une belle synthèse.Tous les aspects de la vie conjugale (physique, caractériel, intellectuel, social, moral, surnaturel) reçoivent un traitement précis, détaillé, concret, où l\u2019A.expose les formes diverses de « disharmonie » à éviter, les harmonies multiples à réaliser, pour parvenir au maximum possible d\u2019équilibre et de sanctification à deux.Le thème le plus cher à l\u2019A.est celui de la complémentarité des époux, laquelle s\u2019opère tantôt par la conjugaison de dissemblances (sur les plans physique, caractériel et intellectuel), tantôt par l\u2019addition de similitudes (sur les plans social, moral, surnaturel).Thème original et juste, qui offre à l\u2019A.motifs à croquis de caractères révélant autant d\u2019expérience humaine que de compréhension.Mais on ne peut admettre qu\u2019un auteur chrétien paraisse considérer le mari comme naturellement réfractaire aux conditions concrètes de la sainteté (oubli de soi, piété constante, continence conjugale) et donne l\u2019impression qu\u2019il faut en prendre son parti (I, 83; II, 95, 99).Nous rejetons carrément aussi la « définition » de l\u2019amour forgée par l\u2019A.: « le sentiment qui pousse un être à posséder ce qui l\u2019attire, ce qui lui plaît fortement » (II, 18; voir Collège et Famille, octobre 1952, p.150).Enfin, prétendre que l\u2019intimité physique régulière est « nécessaire » à l\u2019équilibre conjugal (I, 38; II, 19, 38, 108) nous paraît excessif, pour ne pas dire contraire à la nature et à la grâce; indéfendable également d\u2019enseigner que la sexualité a plus d\u2019importance pour 278 RELATIONS l\u2019homme que pour la femme (I, 38) et que l\u2019époux est mû « par le besoin impérieux et instinctif des relations conjugales » (1,108), et que, pour lui, « le rapport sexuel constitue très souvent le fondement même de l\u2019amour, comme si la majeure partie de sa vie affective était centrée sur lui » (II, 22).L\u2019homme serait donc inapte à l\u2019amour, puisque « la seule satisfaction de l\u2019appétit charnel n\u2019est pas l\u2019amour » (II, 19).Nous avons, après d\u2019autres, réfuté la théorie du « besoin » (Relations, avril 1952, p.96).Le Pape, lui, a déclaré, le 29 octobre 1951 : « C\u2019est faire tort aux hommes et aux femmes de notre temps que de les estimer incapables d\u2019héroïsme continu »; parlant de continence conjugale, il ne distingua nullement entre l\u2019élite et les autres, entre les hommes et les femmes.D\u2019ailleurs, l\u2019A.bute à la contradiction, puisqu\u2019il affirme que le psychisme personnel (I, 67-68), l\u2019éducation et le milieu (tous trois sujets à l\u2019influence de la volonté et de la grâce) orientent le dynamisme sexuel de chacun plus que le tempérament, et même qu\u2019 « à titre exceptionnel, l\u2019amour conjugal peut être désincarné » (II, 19); bien plus, c\u2019est à cette désincarnation, à une assimilation spirituelle (comme dit l\u2019A.) que tend l\u2019amour des époux appliqués à leur sanctification conjugale.Comment, du reste, sans injurier la Providence ou favoriser l\u2019onanisme, parler du « besoin impérieux » et de la « nécessité » de l\u2019intimité physique à des époux contraints par les circonstances d\u2019observer la continence périodique ou permanente?Un vrai « besoin » ne se maîtrise pas: on le satisfait ou l\u2019on en meurt.Ce n\u2019est pas le cas des relations sexuelles.L\u2019A.assure qu\u2019il « a voulu rester strictement objectif » (I, 203).Mais la nature et la grâce sont des réalités objectives; la sainteté de certains couples et leur continence conjugale aussi, l\u2019A.le reconnaît (II, 190).Quant à la tristesse qu\u2019inspirent les statistiques relatives à la corruption du sexe, elle ne doit avoir d\u2019autre résultat que de réveiller le sens de notre responsabilité personnelle et sociale.Que chacun crée pour soi et travaille à créer pour les autres un « climat » propice à la chasteté (nécessité impérieuse de l\u2019amour, condition absolue de l\u2019équilibre conjugal), et les trois quarts des problèmes conjugaux, sociaux même, seront résolus.On ne refuse pas aux médecins l\u2019accès à la pensée philosophique et théologique; au contraire.Mais on voudrait qu\u2019ils sentent les limites de leur spécialité dans un domaine qui exige compétence en philosophie et en théologie.Pour écrire et publier, il n\u2019est pas mauvais non plus d\u2019avoir égard à l\u2019orthographe et à la syntaxe; la collection « Pro familia » manque un peu trop de délicatesse sur ce point.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Thomas Merton: The Ascent to Truth.\u2014 New-York, Harcourt, Brace and Company, 1951.342 pp., 32 cm.Prix: $3.50.CE LIVRE sur la mystique est l\u2019œuvre d\u2019un moine qui, il y a dix ans, se déhanchait au rythme du be-bop.Du jazz à la mystique, la route est toutefois moins longue que de l\u2019incroyance à la foi et à la vie trappiste.Merton, O.C.S.O., a décrit cet itinéraire dans un livre, The Seven Storey Mountain, qu\u2019on a comparé aux Confessions de saint Augustin et qui a connu, avec la gloire des traductions, la faveur du grand public.Depuis, il a publié\u2019au moins trois ou quatre volumes.En voici un autre sur la vie contemplative.A notre avis, le mérite principal de cette dernière œuvre, c\u2019est qu\u2019elle souligne nettement le fait, trop souvent perdu de vue, que saint Jean de la Croix est de la lignée des grands scolastiques thomistes.Loin de faire appel aux visions, aux émois de la sensibilité, à des faims obscures, saint Jean en appelle à l\u2019intelligence et à la foi, la vie mystique n\u2019ajoutant rien au dépôt de la Révélation et prenant appui sur le bon sens qu\u2019elle transfigure.Certains trouveront ce livre trop didactique.Il leur semblera voir Merton faisant une classe d\u2019ascétique et de mystique à la Trappe de Gethsémani (Kentucky).Nous reprocherons plutôt à l\u2019auteur de n\u2019avoir pas laissé entendre que la mystique contemplative vécue et décrite par saint Jean de la Croix et sainte Thérèse n\u2019est pas toute la vie mystique, pas plus que saint Thomas n\u2019est toute la vérité.D\u2019autres formes de vie mystique existent, mystique apostolique, mystique réparatrice, dont de grands saints nous ont laissé le témoignage dans leur vie et leur enseignement.Nous regrettons surtout qu\u2019il manque à cette étude un chapitre de fond \u2014 introduction ou épilogue \u2014 sur le Christ, modèle et maître souverain de vérité.Ce chapitre (à peine ébauché ici) eût remplacé avantageusement les pages sur l\u2019incroyance, qui n\u2019a rien à voir avec la vie contemplative, même si le passage de l\u2019incroyance à la foi marque une étape de la montée vers la vérité.Les dernières pages dédiées à la Vierge en auraient été tout illuminées, car même chez elle, \u2014 surtout chez elle, \u2014 vivre, c\u2019est Jésus-Christ.Merton possède des dons incontestables: maîtrise de la langue, ordonnance de la pensée, envol de l\u2019imagination, qualités de peintre et de narrateur qui en feraient un excellent biographe de saint Jean de la Croix.L.d\u2019Apollonia.Raphaël PÉLOQUIN, S.J.: Jeux de lumière.Coll.«Vivre», n° 31.\u2014 Montréal, Éditions Bellarmin, 1952.108 pp., 14.5 cm.TNÉDIT chez nous pareil essai pour éclairer les composantes diverses de l\u2019univers intérieur et mettre entre toutes les mains un recueil commode de réflexions sur la vie spirituelle.Si capricieuse que soit cette lumière, au dire de l\u2019A., ses incidences ne sont pas dues au hasard, encore moins à l\u2019improvisation.Une expérience intime et une ferveur secrète en ont orienté les jeux sur l'âme et ses eaux vives, pour en souligner, en faire éclater parfois la transparence.Les grandes réalités de l\u2019homme (amitié, amour, bonheur, mort, souffrance) et le donné fondamental d\u2019une vie chrétienne authentique (vertus morales et surnaturelles, prière, dévotions, mystères de l'âme et de Dieu) se trouvent ainsi développés sous forme de brèves maximes ou pensées, réparties sur une quarantaine de courts chapitres autonomes.Succession d\u2019instantanés rapides, d\u2019une finesse parfois suraiguë, où la lumière jaillit d\u2019un contraste ou d\u2019un paradoxe, où la joie de connaître s\u2019accroît de celle de la découverte.et même de la difficulté.Règle générale, l\u2019A.a su faire son bonheur d\u2019une formule sévère qui ne souffre aucun fléchissement dans le poids de la pensée, aucun répit dans la rigueur linéaire de l\u2019expression.Il a déjoué le moralisme retranché et réducteur qui est l\u2019écueil du genre et prodigué constamment un lucide optimisme.Il a de plus bravement risqué les maniaques du catalogue: comme il serait aisé, sur une simple parenté de formule, d\u2019aligner l\u2019A.à la suite des maîtres du genre, un La Rochefoucauld, un Joubert, d\u2019établir ainsi des comparaisons malvenues et de châtier d\u2019imaginaires prétentions! Aussi bien, le propos de l\u2019A.manifeste-t-il beaucoup de modestie, des visées.moins sentencieuses qu\u2019apostoliques.Il s\u2019agit d\u2019aider discrètement le travail purificateur de la lumière dans les âmes soucieuses de pénétrer en elles-mêmes; qui croient nécessaire de marquer une pause dans la fièvre quotidienne, de se retirer dans leurs sanctuaires secrets, pour y refaire leur vérité sous le regard de Dieu.Pour ceux-là, Jeux de lumière sera le pocket book revigorant, qu\u2019on tire soudain dans le tram, au bureau, qu\u2019on lit et médite à faibles doses \u2014 une lecture cursive serait méprise et injustice \u2014 et qui convertit ainsi tous les moments perdus en autant de moments gagnés.Claude Desjardins.L'Immaculée-Conception, Montréal.QUESTIONS SOCIALES ET ÉCONOMIQUES Gustave Thils: Théologie et Réalité sociale.\u2014Paris, Cas-terman, 1952.297 pp., 21 cm.TE CARDINAL SUHARD déclarait naguère (le Prêtre dans la Cité) que « faire la théologie du temporel » était « l\u2019un des objectifs les plus urgents et les plus essentiels de la théologie contemporaine ».C\u2019est une tâche de cette nature que l\u2019A.du présent volume s\u2019est efforcé d\u2019accomplir.Le temporel dont il fait la théologie, c\u2019est le temporel social; il veut écrire, comme il le dit lui-même, une « théologie des sociétés ».De là les titres qu\u2019il donne aux chapitres de la deuxième partie de son ouvrage : « La Sainte Trinité et les sociétés » \u2014 « L\u2019œuvre de la création et les sociétés » \u2014 « Finalité des sociétés » \u2014 « Péché et désordre des sociétés » \u2014 « Rédemption des sociétés humaines », etc.Sur tous ces sujets, le lecteur trouvera des considérations théologiques qui le porteront à réfléchir, enrichiront sa pensée et stimuleront son action sociale.Richard Arès.OCTOBRE 1952 279 Fernande Destes: Le Grande Croisade.\u2014 Paris, Fasquelle Éditeurs, 1952.497 pp., 21 cm./'\u201cAUVRAGE difficile à caractériser, qui tient à la fois du Dis-cours sur l'Histoire universelle, de la Légende des Siècles et, par certains endroits, de Y Apocalypse.Il porte en sous-titre: « Pour la réalisation des véritables États-Unis d\u2019Europe, pierre angulaire spirituelle et humaine de la Paix mondiale des Peuples.» En dépit des bonnes intentions évidentes de l\u2019A., on ne peut s\u2019empêcher de penser que « prendre comme point de départ la lointaine création du monde, pour aboutir à cette Grande Croisade de l\u2019ère contemporaine, est une voie bien longue et inutile » (préface, p.xii).Que les États-Unis d\u2019Europe doivent se faire un jour ou l\u2019autre, tout le monde est d\u2019accord là-dessus, du moins en principe.Comment doivent-ils se faire ?Le présent volume ajoute peu à la vaste littérature déjà consacrée à un tel sujet.Il constitue plutôt un long appel, soutenu par une mystique d\u2019une incoercible ferveur, tellement que l\u2019on se demande si l\u2019A.ne se croit pas vraiment inspirée d\u2019En-Haut, comme en témoignent, entre beaucoup d\u2019autres, ces lignes finales: « Ce livre, nouvel Apôtre des Nations et pèlerin du monde, donne à tous son salut fraternel, et l\u2019auteur s\u2019efface devant la volonté supérieure, qui ordonne de le terminer en affirmant que son contenu lui fut donné par les hautes forces de l\u2019Éternel Esprit Divin! » Richard Arès.Gérard Gardner: Considérations sur la valeur économique du Grand-Nord canadien.\u2014 Montréal, Service de Documentation économique, École des Hautes Études commerciales, 1952.115 pp., 24 cm.Prix: $0.75.CETTE ÉTUDE constitue une intéressante et instructive initiation à tout ce qui concerne le Grand-Nord canadien: son histoire et sa géographie, ses ressources du point de vue agricole, forestier et minier, ses richesses en pêche et en chasse, etc.Comme le dit fort bien M.François-Albert Angers dans la préface, « nous ne savons pas grand-chose de ce territoire immense, bien plus grand que la partie habitée du Canada, pourtant déjà si vaste.Par ailleurs, il vient tout juste de s\u2019ouvrir à la civilisation et promet déjà énormément pour l\u2019avenir économique de notre pays.Tous les jours, nos journaux nous parlent d\u2019un événement qui s\u2019y produit et que nous n\u2019arrivons guère à situer dans un tableau d\u2019ensemble qui nous fait défaut.C\u2019est ce tableau que M.Gérard Gardner nous apporte ici ».R.A.Frederick H.Harbison et John R.Coleman: La Négociation collective.Objectifs et tactiques.Traduit de l\u2019anglais par Roger Chartier.Publication du « Centre de Culture populaire ».\u2014 Québec, Les Presses universitaires Laval, 1952.208 pp., 18 cm.Prix: $3.00.'C'N ACCEPTANT le fait que le syndicalisme libre et le capi-talisme sont aujourd\u2019hui inséparables et que la négociation collective est devenue un élément indispensable du capitalisme américain, il faut nous demander comment les deux organismes rivaux, le syndicat et la direction, peuvent survivre et même collaborer dans la solidarité.Les auteurs répondent à cette question par l\u2019analyse d\u2019une enquête menée dans plusieurs grandes et petites usines et auprès de plusieurs syndicats.Ils exposent d\u2019abord, et très bien, les lignes de force des relations entre la direction et le syndicat.Puis ils expliquent avec compétence les trois types de relations possibles dans le monde du travail: a) la « trêve armée » (face à la direction, qui accepte le syndicalisme et la négociation collective comme des maux nécessaires, se dresse le syndicat militant et agressif), b) 1\u2019 « harmonie active » (modus vivendi fondé sur le principe de la convention collective), c) enfin la « collaboration étroite ».Dans ce dernier type, se réalise « la paix industrielle » : le syndicat n\u2019est plus une machine à protester ni un régulateur, comme dans les deux autres cas, mais un partenaire appelé à recueillir quelque chose des profits qu\u2019il a contribué à augmenter.Quel type de négociation collective faut-il à notre société?Le type de 1\u2019 « harmonie active », répondent nos auteurs: les intérêts opposés tiennent les parties dans une tension constante, ce qui assure à l\u2019entreprise le meilleur rendement.Dans le régime de la « collaboration étroite », ils craignent que la « paix industrielle » n\u2019endorme les esprits et ne ruine le dynamisme nécessaire au progrès.Le pragmatisme des auteurs rétrécit leurs vues.Outre l\u2019exploitation de l\u2019entreprise par une meilleure organisation du travail, il faut considérer les valeurs humaines engagées et plus particulièrement l\u2019essor et la perfection des personnalités en cause.Dans cette perspective, la « collaboration étroite » apparaît comme le type idéal des relations entre le syndicat et la direction: la concurrence des intérêts demeure, mais c\u2019est le souci de la personne humaine et de sa valeur qui maintient le stimulant du progrès et garantit la paix.\t\u201e \u201e\t.\tJoseph Zrinyi.Maison Bellarmm.LITTÉRATURE Gertrude von le Fort: Hymnes à l\u2019Église.2e édition, augmentée.Préface de Paul Claudel.\u2014 Paris, Casterman, 1952.107 pp., 19.5 cm.TDOUR plusieurs artistes convertis, le catholicisme, loin de rétrécir le champ de l\u2019art, l\u2019agrandit au contraire prodigieusement.Comme Paul Claudel, le préfacier de ce livre, Mme le Fort est une convertie que la réalité catholique a profondément inspirée.A cette âme douloureuse en quête de lui, Dieu a répondu en dévoilant une part du mystère de son Église.D\u2019abord résistante, l\u2019âme cède à l\u2019éblouissante vérité et se laisse lentement conquérir par l\u2019Amour.Exultante de joie, elle chante alors la grande Source trouvée en un dialogue d\u2019une haute poésie, à laquelle des accents neufs et spontanés confèrent une grande vérité d\u2019émotion.Quand les villes dorment encore sur leur lit fiévreux et que les villages assoupis sont ensevelis dans la vapeur chaude de leurs champs.Tu lombes aux pieds du Seigneur avant que ne tombe la rosée.Tu laves la figure de la terre dans tes hymnes, tu la baignes dans tes prières jusqu\u2019elle soit toute propre, Tu la tournes vers le Seigneur comme un nouveau visage ! La technique est à la hauteur de l\u2019inspiration: rythme libre et toujours ample, même dans la traduction.C\u2019est parfois, comme au chapitre intitulé «La prière de l\u2019Église», une grande montée contenue et paisible; ailleurs, par exemple dans les « Litanies pour la fête du Sacré Cœur », c\u2019est le débordement lyrique d\u2019un amour qui ne peut contenir sa véhémence.Le tour sentencieux du vers, l\u2019image forte et souvent hardie, le fréquent parallélisme évoquent tantôt Y Imitation, les Psaumes ou même les Confessions de saint Augustin.T3T \u201e \u201e\t.\tJean L\u2019Archevêque.L Immaculee-Conception, Montréal.Fr.Robert, E.C.: Les Astres et les Lettres, T.IL \u2014 Montréal, Chantecler, 1950.167 pp., 20 cm.'T'OUT le bien que nous avons dit du tome I de cet ouvrage (Relations, avril 1951, p.111) pourrait revenir encore, comme revient une antienne appropriée après un psaume définitif.Le savant a complété une autre de ses œuvres, nous permettant de continuer avec lui un tour du monde, du ciel, des saisons, un tour dans l\u2019infini où l\u2019on se cogne à Dieu à chaque ruée de nébuleuse, avec des rétrospections de cinq milliards d\u2019années, sans que les cheveux nous blanchissent pour autant, car les poètes sont là toujours, jetant sur les plus effarants problèmes de la nature la magie de leur persistante jeunesse.Qu\u2019il me soit permis de piller le Fr.Robert et de lui appliquer cinq vers par lui cités d\u2019Edmond Rostand.Ses pages, qu\u2019il vient de jeter au public, je les comparerais à des feuilles qui tombent.Comme elles tombent bien ! Dans leur si court trajet de la branche à la terre, Comme elles savent mettre une beauté dernière.Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol, Veulent encor que leur chute ait la grâce d\u2019un vol.Vos feuilles, Frère, ajouteront à la palpable grâce du vol le mérite de pourrir, mais à la façon dont pourrit toute semence, pour se perpétuer en autrui, laissant sur la branche qu\u2019elles quittent la bourgeonnante promesse de futures frondaisons.Et je voudrais que tous ceux que j\u2019aime soient vos élèves.Pourquoi pas les autres aussi ?J.-Louis Lavoie.Maison Bellarmin.280 RELATIONS AMherst 3983 J^ehlanc & ^Mont pet it INGENIEURS-CONSEILS Plans de plomberie, chauffage, électricité et air conditionné 515 EST, RUE DEMONTIGNY\tMONTREAL-24 UNE NOUVEAUTÉ L\u2019ACTION CATHOLIQUE d'après Pie XI et Pie XII par Raymond DUNN, S.J.MANUEL D\u2019INITIATION 2e édition Lettre d'introduction de S.Exc.Mgr Paul-Emile Léger Un ouvrage qui vient à son heure.Depuis bientôt sept ans, aucun volume n\u2019était paru sur l\u2019Action catholique.Le Manuel d\u2019initiation à l\u2019Action catholique du Père Dunn, entièrement revu et mis à jour d\u2019après les plus récents documents pontificaux, sera, comme le dit S.Exc.Mgr Léger dans sa lettre d\u2019introduction, « .un précieux vade-mecum pour nos chefs et nos militants d\u2019Action catholique ».Trois parties : Nature de l\u2019Action catholique L\u2019organisation de l\u2019Action catholique La formation à l\u2019Action catholique Prix : $1.00 l\u2019exemplaire\t$10.00 la douzaine En vente aux EDITIONS BELLARMIN, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal Aux pères et mères de famille\t\tLa Sécurité sociale Cinq discours de Pie XII qui éclaireront les parents sur leurs droits et leurs devoirs.\t\tTexte complet des cours et conférences de la Semaine sociale de Saint-Jean.Paraîtra d'ici la fin de l'année.$2.00 l'exem- Fascicule n° 47 des Actes pontificaux.\t\tplaire; $2.15 franco.Aux souscripteurs qui paieront leur Prix : $0.30\t\tvolume avant le 1er novembre : $2.00 franco.\u2022\t\tm INSTITUT SOCIAL POPULAIRE\t\tSECRÉTARIAT DES SEMAINES SOCIALES 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-14\t\t25, rue Jarry ouest, Montréal Pendant les soirées d'automne dans la chaleur intime du foyer (
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