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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1953-01, Collections de BAnQ.

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[" Pickaxd cAxè* jfoâepk-Papin cAxckambault j}oâepk-J4.JÇedit » Stêpk ane Vali q nette « Rideau de fer ou rideau de préjugés?» cAlbext Plante Vie religieuse, sacerdoce et mariage djouiâ C.de JÇexy.Sens et portée du centenaire de TUniversité Laval fiacqueâ Cousineau La Cour suprême du Canada cAntonio Pexxault Professeurs de religion Mraxie-jfoâepk d\u2019cAnjou REVUE DU MOIS SOMMAIRE JANVIER 1953 Éditoriaux 1 Articles Son Éminence le cardinal Léger.\u2014 La Chambre de Commerce et les relations fédérales-pro-vinciales.\u2014 « Defender of the Faith ».\u2014 Tito À Londres.Articles VIE RELIGIEUSE, SACERDOCE ET MARIAGE.Louis C.de Léry 3 « LE SURNATUREL EST LUI-MÊME CHARNEL ».Richard Arès 5 PROFESSEURS DE RELIGION .Marie-Joseph d\u2019Anjou 7 « RIDEAU DE FER OU RIDEAU DE PRÉJUGÉS?».Albert Plante 10 UN GRAND APÔTRE SOCIAL .Joseph-Papin Archambault 13 Commentaires.14 Crime et pouvoir aux États-Unis.\u2014 Démocratie et fédé-lisme.\u2014 « La^ligne nette de la doctrine sociale catholique ».\u2014 L\u2019Église de Chine a besoin de nous.\u2014 Confédération et autonomie.Au fil du mois.16 Problèmes d\u2019immigration.\u2014 Le prix Duvernay au chanoine Groulx.\u2014 Conversions à Montréal.\u2014 Télévision et radio privées.\u2014 Dans le monde du travail aux Etats-Unis.\u2014 A propos du « Tartuffe ».LA COUR SUPRÊME DU CANADA .Antonio Perrault 18 SENS ET PORTÉE DU CENTENAIRE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL Jacques Cousineau 20 QUE TOUS SOIENT UN .Stéphane Valiquette 22 LA LUTTE DU PAPE POUR LA DIGNITÉ HUMAINE.Joseph-H.Ledit 23 Les livres 26 Fêtes de gloire : Avent, Noël, Épiphanie Paul Bélanger De Rome d\u2019or au monde .Gérard Tremblay Le Père Teilhard de Chardin et la Pensée contemporaine.Richard Arès La Manifestation de l\u2019Occident.Pierre Angers Lénme\t.I .Joseph-H.Ledit Comment j eduque Paul et Marie J Méthodologie spéciale.Stéphane Valiquette L\u2019Orientation professionnelle .Monique Béchard La Bataille romantique au Canada français.Paul-Émile Racicot Les Relations fédérales-provinciales ) en matière d\u2019impôts Messages du Président Musique et Musiciens Jusqu\u2019au bout Spirou et Fantasio Pat\u2019Apouf Feux sur la Serra Albert Plante Richard Arès En trois mots 28 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l'Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la «paix, cette œuvre de justice)) (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 3 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIII' année, N' 145\tMontréal\tJanvier 1953 ÉDITORIAUX Son Cminence le caxdinal J^eg,eï TANDIS qu\u2019on désigne le plus souvent un évêque ou un archevêque par le lieu de son siège: 1 évêque de Saint-Jérôme, l\u2019archevêque de Québec, on appelle plus fréquemment un cardinal, même s\u2019il dirige un diocèse, par son nom propre: le cardinal Villeneuve, le cardinal McGuigan.C\u2019est que le cardinalat non seulement peut consacrer le mérite d\u2019un simple prêtre, mais attache plus personnellement au Pape et à l\u2019Église tout entière celui qui en reçoit la dignité.Il n\u2019est pas à craindre que l\u2019archevêque de Montréal se désintéresse de ses diocésains.Personne n\u2019ignore le dévouement prodigieux dont il a fait preuve depuis bientôt trois ans.Aucun champ de l\u2019apostolat ne lui est demeuré étranger: il a jeté sur tous les problèmes un regard vif et profond; il a donné à des œuvres innombrables \u2014 œuvres de recherche intellectuelle, d\u2019action sociale, de charité matérielle et spirituelle \u2014 soit une impulsion vibrante d\u2019enthousiasme, soit des encouragements lucides et stimulants.Son élévation au cardinalat ne le détournera point de ses premières et de ses plus chères ouailles.Mais être prince de l\u2019Église, quand on possède déjà la plénitude du sacerdoce par la consécration épiscopale, c\u2019est représenter encore plus immédiatement le Pape et donc le Christ lui-même.C\u2019est jouir d\u2019un prestige accru, d\u2019une plus large influence.En faisant entrer S.Exc.Mgr Léger dans le Sacré Collège, le Souverain Pontife proclame la haute valeur de l\u2019archevêque de Montréal, et il signifie que, désormais, le nouveau cardinal, en même temps qu\u2019il participera à des responsabilités plus lourdes parce que plus universelles, aura droit à une confiance plus plénière, à un respect plus filial, à une prière plus fervente de notre part.Tous, diocésains de Montréal et catholiques du Canada français, célébreront dans cet esprit l\u2019événement qui les honore autant qu\u2019il les réjouit.De la sorte fruc- tifiera la grâce que répand sur les âmes le ministère d\u2019un des plus éminents représentants de notre Roi et Seigneur Jésus-Christ.JÇa Chambïe de Commeïce et leâ xelattonâ {jédéxaleâ-ptovincialeâ AVEC une ténacité exemplaire, la Chambre de Corn-TA- merce de la province de Québec s\u2019est de nouveau penchée sur le problème des relations fédérales-provin-ciales, et elle vient de soumettre au premier ministre de notre province un mémoire qui est une prise de position nette et ferme.Voici donc un organisme d\u2019hommes d\u2019affaires peu enclins à l\u2019exagération qui proclame catégoriquement: « Jamais dans l\u2019histoire de la Confédération canadienne nos droits à l\u2019autonomie provinciale n\u2019ont été aussi sérieusement en danger.» Pourquoi ?Parce que les provinces, au lieu d\u2019être maîtresses chez elles des sources de taxation, sont devenues des subventionnées du gouvernement fédéral.Elles n\u2019ont plus la liberté d\u2019action nécessaire pour adapter leurs services aux besoins de leur population.Le remède?Redonner aux gouvernements provinciaux, non seulement l\u2019initiative législative en matière fiscale, mais aussi bien l\u2019initiative administrative: « Nous demandons que les divers gouvernements provinciaux et fédéral, par des conférences entre les techniciens de leurs ministères des finances respectifs, s\u2019entendent pour uniformiser autant que possible les dispositions législatives et administratives en matière d\u2019impôts, et en particulier pour rendre possible la formule unique de déclaration de revenu.» De plus, pour faire échec aux menées centralisatrices, la Chambre de Commerce suggère de suivre le fédéral sur son propre terrain et de nommer en conséquence une commission royale d\u2019enquête, dans le genre tous nos abonnés et lecteurs, ^Bonne et heureuse cannée des Commissions Rowell-Sirois et Massey, avec cette différence que cette commission entendrait les opinions et les avis des citoyens de la province de Québec sur tous les problèmes qui touchent aux relations fédérales-provinciales, tout particulièrement dans leurs aspects financiers.C\u2019est là une suggestion positive et pleine de bon sens.A y donner suite, le gouvernement du Québec n\u2019a rien à perdre et il a tout à gagner.\u201c ^belendex o{j the 3aitli \u201d LES ÉVÉNEMENTS vont vite.Pour des raisons J politiques et religieuses, la reine Élisabeth ne portera pas les mêmes titres que son père.C\u2019est ainsi que, pour la jeune république des Indes, elle ne sera ni une reine ni le « défenseur de la foi », mais seulement le chef du commonwealth.Le Canada a demandé que soit supprimé le mot dominion, qui respire le colonialisme et ne répond plus à une réalité politique.Il n\u2019a cependant, si l\u2019on en croit les dépêches, fait aucune objection à ce que sa reine portât le titre de Defender of the Faith, puisque, nous assure-t-on, le titre officiel et complet de la reine pour notre pays sera le suivant: « Élisabeth II, par la grâce de Dieu, reine du Royaume-Uni, du Canada et de ses autres royaumes et territoires, chef du commonwealth, défenseur de la foi.» Si les diverses religions protestantes du Canada ne voient aucun illogisme à ce que la reine du Canada soit couronnée défenseur d\u2019une foi dont elles repoussent bien des articles, les sujets canadiens de Sa Majesté qui sont de religion catholique romaine ne sauraient voir en leur reine le « défenseur de la foi, fidei defensor », titre qui fut conféré par le pape Léon X à Henri VIII pour son ouvrage en latin, Assertio septem Sacramen-torum contra Martinum Lutherum, alors que l\u2019Angleterre était en communion avec l\u2019Église de Rome.De plus, les anglicans ou les membres de la Church of England in Canada sont une minorité dans notre pays (2,060,720 sur une population totale de 14,009,429, à comparer aux 6,069,496 catholiques), et la constitution canadienne ne reconnaît aucune religion comme religion d\u2019Êtat.Que l\u2019Angleterre couronne sa reine sous ce titre de défenseur de la foi, libre à elle.Mais que le Canada en fasse autant, alors qu\u2019il est en son pouvoir d\u2019ajouter ou de retrancher une telle expression, voilà qui s\u2019appelle du pur colonialisme, d\u2019autant moins acceptable que, pour les six millions de catholiques canadiens, ce titre n\u2019est d\u2019aucune signification, pour ne pas dire plus.Le tempérament politique anglais est d\u2019une extrême flexibilité; il vient d\u2019en donner une nouvelle preuve.On aurait pu en tirer un meilleur parti.Il reste à savoir si le gouvernement canadien, qui proclamera bientôt le titre officiel sous lequel Élisabeth II sera couronnée reine du Canada, fera preuve d\u2019indépendance et de réalisme.ZJito a jÇondteâ TITO sera l\u2019invité de Londres quelques mois à peine après le congrès de Zagreb, au cours duquel il a professé encore une fois, en termes nets, son adhésion infrangible au marxisme: à un marxisme plus pur, a-t-il pris la peine de souligner, que celui de Staline.L\u2019opinion catholique anglaise \u2014 le cardinal Griffin en tête \u2014 s\u2019est émue de cette invitation faite par le gouvernement anglais.L\u2019archevêque de Glasgow a affirmé qu\u2019aucun catholique ne souhaitera la bienvenue à Tito, qu\u2019il qualifia d\u2019 « ennemi de Dieu ».Et l\u2019évêque de Leeds: « Que fait-il de l\u2019âme des enfants de son pays?Telle est la question que la visite de Tito devrait faire poser aux chrétiens.J\u2019espère que le sort des évêques, des prêtres, des religieuses, des maîtres et des chefs de l\u2019Action catholique sera à l\u2019agenda de la discussion.» De son côté, l\u2019écrivain catholique Evelyn Waugh, qui, au cours de la dernière guerre, fit partie de la mission britannique auprès de Tito, a protesté énergiquement dans un article du Sunday Express, intitulé: « Notre hôte de déshonneur ».Le Canada aurait des raisons politiques de s\u2019intéresser à ce voyage, ayant accepté, à San-Francisco, le principe de la sécurité collective et faisant partie de l\u2019O.T.A.N., avec la Grande-Bretagne.Il a surtout des raisons d\u2019ordre moral.Tito pose pour l\u2019Ouest un des problèmes les plus graves de la politique internationale: celui de la collaboration avec un pays communiste.Le geste de « tendre la main » par-dessus les frontières va bien au delà de la reconnaissance diplomatique, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019établir une action commune qui risque d\u2019être une collaboration à la victoire du matérialisme athée dans un pays et à l\u2019asservissement de millions d\u2019hommes.Ni les bonnes intentions ni les objectifs légitimes tout seuls ne sauraient suffire.Ni les uns ni les autres n\u2019ont suffi à la conférence de Yalta, qui hante, comme un remords, la conscience de l\u2019Ouest.On aurait tort d\u2019oublier que toute entente avec le communisme ne peut être, dans le contexte de cette doctrine, qu\u2019une position tactique, comme le fut pour Staline l\u2019entente pendant la deuxième Grande Guerre.Toute action commune ne peut marquer qu\u2019un moment d\u2019une évolution, imposé par la nécessité historique, qui changera au gré d\u2019une autre nécessité historique, et devra toujours, d\u2019après la logique interne du système, servir à une œuvre non seulement antichrétienne, mais antireligieuse et antihumaine.Car le communisme est un bloc, un seul tout, dont l\u2019athéisme est l\u2019âme et l\u2019intérêt du parti la morale.2 RELATIONS C\u2019est dire que le franc jeu, dans la confiance et la réciprocité parfaite, est impossible, et qu\u2019au fond, c\u2019est moins d\u2019action commune qu\u2019il peut s\u2019agir que d\u2019action parallèle.Le savoir, c\u2019est éviter toute « mésentente » ; l\u2019ignorer, au contraire, c\u2019est accepter naïvement le jeu de l\u2019ennemi.On sait que la politique ne se meut pas dans les sphères de l\u2019absolu.Elle est, par définition, l\u2019art des possibles et des compromis.Des circonstances de temps et de lieu ont fait que, dans divers pays, des politiques éminents, chrétiens exemplaires, ont participé à des coalitions où figuraient des communistes.Au lieu de les en blâmer, l\u2019Église, à ce moment, préférait attendre.De nouvelles conjonctures de temps et de lieu peuvent suggérer une action analogue dans le domaine de la politique internationale.Jamais cependant cette action ne saurait être totale et inconditionnée.Et toujours ce sera jouer gros jeu.C\u2019est pourquoi il faut travailler dans la clarté, savoir dire nettement oui et non, s\u2019assurer avec clairvoyance que toutes les précautions seront prises, afin que la « collaboration », sur un terrain donné, pour des raisons d\u2019ordre temporel bien précises et légitimes, ne puisse être détournée et utilisée pour promouvoir un totalitarisme étatique et le triomphe d\u2019un système qui est partout, en deçà et au delà du rideau de fer, « intrinsèquement pervers ».Bref, si l\u2019Occident veut la défaite du communisme, il lui faut garder les mains nettes de tout communisme.Le pourra-t-il si, voulant combattre le communisme de l\u2019U.R.S.S., il se salit dans une alliance avec le communisme de Tito?Il ne s\u2019agit pas, au témoignage même d\u2019un prêtre yougoslave, de provoquer une révolution qui risquerait d\u2019entraîner de terribles complications internationales.Mais ce que l\u2019Ouest doit exiger, c\u2019est: a) la libération des ministres du culte injustement emprisonnés; b) la fermeture des camps de travaux forcés; c) un régime de liberté civile et religieuse.Si l\u2019Ouest n\u2019insiste pas, il est clair que les peuples yougoslaves le considéreront comme solidaire et responsable de la tyrannie de Tito (voir Relations, juin 1952, p.164).Tito sait ce qu\u2019il veut, et il le veut efficacement.Il faut que l\u2019Ouest également sache ce qu\u2019il veut et le veuille efficacement.Et la première chose à savoir, ce n\u2019est pas que Tito a plus besoin de l\u2019Ouest que l\u2019Ouest de Tito, mais qu\u2019une collaboration profonde, essentielle avec le dictateur de Yougoslavie est à répudier, parce qu\u2019une pareille collaboration ferait litière de la morale et de toutes les exigences de la justice et de la charité.Le cynisme avec lequel Tito s\u2019obstine à nier la persécution religieuse en Yougoslavie, son irritation en apprenant l\u2019élévation au cardinalat de sa victime la plus illustre, Mgr Stepinac, confirment le bien-fondé de la ferme attitude que nous suggérons.Chercher à vaincre le communisme avec le communisme, c\u2019est invoquer Béelzébub pour chasser le diable.LA VOIX DU PAPE Vie religieuse, sacerdoce et mariage Louis C.de LÉRY, S.J.SA SAINTETÉ PIE XII profite des nombreuses occasions qui lui sont offertes pour préciser certaines notions, redresser les idées et dissiper les confusions.Ces dernières années, il a expliqué le concept de l\u2019état religieux et montré ses relations avec les concepts du clergé et du laïcat.Nous voulons ici glaner quelques textes, nous contentant de les souligner au passage, car ils parlent par eux-mêmes.Dans son allocution aux membres du premier Congrès international des religieux, le 8 décembre 1950, le Souverain Pontife nous dit la place de la vie religieuse dans l\u2019Église: « Vous savez parfaitement que notre Rédempteur a fondé une Église hiérarchisée.En effet, entre les apôtres et leurs successeurs \u2014 auxquels il faut ajouter les auxiliaires de leur charge \u2014 et les simples fidèles, il a mis une nette distinction, et c\u2019est sur la liai- II n\u2019est pas rare d\u2019entendre ou de lire des considérations sur la valeur respective de la vie religieuse, du sacerdoce et du mariage.S\u2019inspirant de Pie XII, le P.de Léry, professeur de droit canon au Scolasticat de V Immaculée-Conception, à Montréal, apporte des précisions sur cette importante question.son de ces deux corps que se fonde le Royaume de Dieu ici-bas.A ce sujet, il a été établi par le droit divin que les clercs sont distincts des laïcs (can.107).Entre ces deux rangs de la hiérarchie s\u2019intercale l\u2019état de vie religieuse qui, tirant son origine de l\u2019Église, doit sa raison d\u2019être et sa valeur à son étroite cohésion avec le but de l\u2019Église, qui est de mener tous les hommes à l\u2019acquisition de la sainteté.» L\u2019état religieux s\u2019insère donc entre les clercs et les fidèles, distincts les uns des autres de droit divin.Clercs et laïcs peuvent être religieux.Religieux et fidèles peuvent aspirer à devenir clercs: le clergé se partage donc naturellement entre clergé séculier et clergé régulier.« C\u2019est une erreur, poursuit Pie XII, dans l\u2019appréciation des bases sur lesquelles le Christ a fondé son Église, de croire que la condition particulière du clergé séculier, en tant que séculier, a été établie et consacrée par notre divin Rédempteur, et que la condi- JANVIER 1953 3 tion du clergé régulier, toute bonne et légitime qu\u2019elle soit, étant donné qu\u2019elle découle du clergé séculier, devrait être considérée comme secondaire et auxiliaire.En conséquence, si l\u2019on a devant les yeux l\u2019ordre établi par le Christ, aucune forme du double clergé ne jouit de la prérogative du droit divin.» Il est une question qui agite certains esprits depuis quelques années: la nature de l\u2019obligation pour le clerc et pour le religieux de tendre à la perfection.L\u2019état religieux, selon le droit canonique, se définit « une manière stable de vivre en commun par laquelle les fidèles se proposent d\u2019observer non seulement les préceptes ordinaires, mais encore les conseils évangéliques par les vœux de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance » (can.487).Par la pratique de ces trois vœux publics, dans une société approuvée par l\u2019Église, le religieux tend à la perfection évangélique.C\u2019est la voie des conseils en comparaison de la voie des préceptes.Il n\u2019en va pas ainsi du clerc.« Il n\u2019est pas conforme à la vérité, dit Pie XII dans la même allocution, d\u2019affirmer que l\u2019état clérical, par sa nature ou du moins en vertu d\u2019un postulat de cette même nature, exige que ses membres professent les conseils évangéliques, et, pour cette raison, doivent ou puissent revendiquer l\u2019état de perfection évangélique.Donc le clerc n\u2019est pas astreint en vertu du droit divin aux conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance, et surtout n\u2019y est pas astreint de la même façon et pour la même raison pour laquelle cette obligation atteint celui qui prononce publiquement des vœux en embrassant l\u2019état religieux.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il est clerc, mais parce qu\u2019il est religieux, que le clerc régulier professe la condition et l\u2019état de perfection.» Si tout chrétien doit tendre à la sainteté et s\u2019efforcer de devenir parfait, comme notre Père céleste est parfait, à plus forte raison le clerc, en vertu de l\u2019éminente dignité du sacerdoce.C\u2019est la pensée dominante de l\u2019exhortation Menti Nostrae sur « La sainteté de la vie sacerdotale » (25 septembre 1950) : « Soyez saints, dit aux prêtres le Souverain Pontife, parce que, vous le savez, votre ministère est saint.» Mais « le religieux, lui, tend à la sainteté par un chemin qui lui est propre et par des moyens d\u2019une nature plus haute » (8 décembre 1950).Le religieux, qui lit ces lignes et constate en quelle estime le Pape et l\u2019Église tiennent l\u2019état religieux, pourra opportunément scruter sa conscience.Le dicton reste vrai que « l\u2019habit ne fait pas le moine ».Il est si commode de se dire: « Je suis religieux, je suis dans l\u2019état de tendance à la perfection.» Et d\u2019en rester là.Plaise à Dieu qu\u2019il ne tombe pas dans un pharisaïsme orgueilleux et hypocrite et ne se préfère pas à ceux qui vivent dans le siècle, simplement parce qu\u2019il est dans un état réclamant, de soi, plus de perfection! Le laïc doit également rechercher la sainteté, même le laïc engagé dans les liens du mariage.Et voilà que certains écrivains, exaltant ce qu\u2019ils appellent « la spiritualité conjugale », voudraient donner au mariage la préférence sur la vie religieuse.C\u2019est à eux que le Souverain Pontife adresse l\u2019admonition suivante.Il parlait, le 15 septembre dernier, aux supérieures générales d\u2019instituts religieux réunies en congrès international à Rome.« Nous voulons Nous adresser à ceux qui, prêtres ou laïcs, prédicateurs, orateurs ou écrivains, n\u2019ont plus un mot d\u2019approbation ou de louange pour la virginité vouée au Christ; qui, depuis des années, malgré les avertissements de l\u2019Église et à l\u2019encontre de sa pensée, accordent au mariage une préférence de principe sur la virginité; qui vont même jusqu\u2019à le présenter comme le seul moyen capable d\u2019assurer à la personnalité humaine son développement et sa perfection naturelle; ceux qui parlent et écrivent ainsi, qu\u2019ils prennent conscience de leur responsabilité devant Dieu et devant l\u2019Église.» Ces orateurs et écrivains que censure le Pape s\u2019écartent de la doctrine traditionnelle de l\u2019Église, proclamant le célibat supérieur au mariage.« Celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie pas fait mieux », écrit saint Paul aux Corinthiens (/ Cor., vu, 38).Tout le chapitre est à lire et à méditer.Saint Paul, remar-quons-le, ne parle pas de virginité dans l\u2019état religieux, \u2014 lequel n\u2019était pas encore organisé, \u2014 mais de virginité s\u2019opposant au mariage, de célibat pur et simple.Notons encore que le vœu est la promesse d\u2019un bien meilleur que l\u2019action contraire.On fait vœu de virginité, parce que celle-ci est supérieure au mariage.On ne fait pas vœu de se marier, \u2014 hors un cas concret exceptionnel, \u2014 parce qu\u2019un tel vœu empêcherait un plus grand bien.Et l\u2019Église confirme cette préférence, en réservant au Saint-Siège la dispense du vœu de chasteté parfaite émis de façon absolue et après l\u2019âge de dix-huit ans (can.1309).On a été jusqu\u2019à dire que le mariage est supérieur à la vie en religion, parce qu\u2019il est un sacrement, alors que la consécration religieuse est tout au plus un sacramental! A quoi l\u2019on peut répondre que l\u2019Église accorde à la profession religieuse solennelle le privilège de rompre le mariage dûment ratifié, mais non consommé (can.1119).Voilà donc le sacramental devenu plus efficace que le sacrement et placé au-dessus de lui ! Vouloir préférer le mariage à la vie religieuse, parce qu\u2019il est sacrement, c\u2019est mal envisager la question; c\u2019est considérer le moyen et non la fin.On ne se marie pas pour recevoir un sacrement, pas plus qu\u2019on ne se fait religieux pour recevoir un sacramental.Encore moins se marie-t-on ou se fait-on religieux pour être dans un état supérieur.On se marie parce que l\u2019on croit que Dieu le veut ainsi.On se fait religieux parce que l\u2019on croit avoir la vocation religieuse.Et si le célibat ou la virginité \u2014 avec ou sans vie religieuse \u2014 sont de soi supérieurs à la vie conjugale, ils n\u2019enlèvent rien à la dignité du mariage, car, dit saint Paul, « ce sacrement est grand ».4 RELATIONS Et la question demeure entière de savoir si tel père ou telle mère de famille n\u2019est pas au-dessus de tel religieux ou de telle personne qui a voué à Dieu sa virginité ou est engagée dans le célibat.Dieu seul le sait, qui « sonde les reins et les cœurs ».En attendant, religieux et célibataires feront bien d\u2019être modestes et songeront avec profit à leurs père et mère, à leurs frères et sœurs et à tant d\u2019autres de leurs connaissances, engagés dans les liens du mariage, et qui peut-être leur feront honte au jour du jugement.Tous, prêtres, religieux, laïcs, doivent aspirer à la sainteté.Mais le religieux le doit tout spécialement par état, parce qu\u2019il a librement choisi de tendre à la perfection évangélique; et s\u2019il ne le fait pas, il trahit sa vocation.Sa Sainteté Pie XII y insiste.A l\u2019occasion de ce premier congrès international religieux déjà mentionné, le Souverain Pontife, dans une lettre au cardinal Micara (20 novembre 1950), convie tous les religieux au renouvellement des esprits et des volontés.« Cette réforme complète de soi, écrit le Pape, consiste à ne point s\u2019engourdir dans l\u2019inertie, à traduire dans sa vie les grands exemples des fondateurs, à nourrir intensément la flamme de la piété, à mettre tout en œuvre pour que les saintes lois de chaque institut ne deviennent pas un assemblage de règles extérieures inutilement imposées, dont « la lettre, en l\u2019absence de l\u2019esprit, tue » (II Cor., ni, 6), mais que chaque loi soit réellement un moyen d\u2019acquérir la vertu surnaturelle et que ceux qui sont tenus de se servir de ces moyens puissent concevoir un désir toujours plus grand de sainteté et employer toute leur activité, à l\u2019exemple de l\u2019apôtre saint Paul, au salut de leurs frères.» Tous, répétons-le, prêtres, religieux, laïcs, doivent aspirer à la sainteté.Mais l\u2019essentiel pour chacun est d\u2019être là où Dieu veut qu\u2019il soit.C\u2019est ainsi qu\u2019il recevra les grâces appropriées à son état et qu\u2019il atteindra le plus sûrement le degré de perfection que Dieu attend de lui.« Je vous prie instamment, écrit saint Paul aux Éphésiens, \u2014 tous les Éphésiens, sans distinction de classe, \u2014 d\u2019avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés, en toute humilité, vous efforçant de conserver l\u2019unité de l\u2019esprit par le lien de la paix.Il n\u2019y a qu\u2019un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance.Il n\u2019y a qu\u2019un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous, qui est en tous.» (Éphés., I v,l ss.) -\u2022 LE RÔLE DE U ÉGLISE DANS LE QUÉBEC .LE SURNATUREL EST LUI-MÊME CHARNEL» Richard ARÈS, S.J.AU FOND de la crise d\u2019adolescence que traverse h\\ actuellement la chrétienté canadienne-française et que manifestent, d\u2019une part, les réclamations passionnées de certains laïcs en faveur d\u2019une plus grande autonomie de la culture, de l\u2019humanisme et du laïcat en général et, d\u2019autre part, le durcissement des positions intransigeantes chez quelques clercs, il y a une autre crise en maturation, qui est celle du sens de l\u2019Église.Faut-il s\u2019en inquiéter ou faut-il s\u2019en réjouir?L\u2019un et l\u2019autre, semble-t-il.Notre petite crise du sens de l\u2019Église, en effet, si elle se prolonge, pourrait aboutir au scandale des divisions entre catholiques, entre clercs et laïcs en particulier, et alors il appartiendrait aux autorités ecclésiastiques d\u2019intervenir pour la faire cesser.Mais il se peut aussi qu\u2019elle soit un signe d\u2019éveil aux problèmes religieux dans cette partie de l\u2019Église qui, jusqu\u2019ici, chez nous, s\u2019y était montrée assez peu intéressée, à savoir le laïcat, et alors il conviendrait de voir dans cette crise une preuve de la vitalité de l\u2019Église au Canada français, et il ne serait pas téméraire de redire cette parole d\u2019un cardinal Suhard en face de circonstances analogues: « Ce pullulement d\u2019idées et d\u2019entreprises est autrement rassurant qu\u2019une satisfaction stagnante.» En fait, ce problème de l\u2019anticléricalisme pose toute la question du rôle de l\u2019Église dans la province de Québec; c\u2019est pour cette raison qu\u2019il nous intéresse et que nous y attachons de l\u2019importance.Pour nous faire une idée assez juste d\u2019un tel rôle, quelques considérations préliminaires sur les rapports entre le spirituel et le temporel s\u2019avèrent indispensables.L\u2019Église, je l\u2019ai déjà dit, a pour mission d\u2019opérer, dès cette terre, l\u2019union du divin et de l\u2019humain, et elle doit en conséquence à la fois maintenir le divin tout en l\u2019incarnant, et pénétrer l\u2019humain tout en le respectant.Ce qui me reste à mettre en lumière, c\u2019est \u2014 autre aspect de ces mêmes rapports \u2014 la mutuelle dépendance du divin et de l\u2019humain dans l\u2019économie du salut.En s\u2019inspirant de l\u2019axiome thomiste: la grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne, on peut, semble-t-il, arriver à donner de cette mutuelle dépendance une formule assez juste, bien qu\u2019évidemment fort simplifiée, en disant: la grâce a besoin de la nature, et la nature a besoin de la grâce.I.\u2014 LA GRÂCE A BESOIN DE LA NATURE Par cette phrase, l\u2019on veut dire que la grâce a besoin, pour exister, du support de la nature et, du moins en JANVIER 1953 5 règle ordinaire, de la rectitude de cette même nature pour y opérer à l\u2019aise et s\u2019y épanouir en plénitude.La grâce, en effet, suppose la nature, elle ne la crée pas; sans doute, elle perfectionne ce qu\u2019elle trouve, mais elle ne prétend pas tenir lieu de ce qu\u2019elle ne trouve pas.De même que l\u2019âme humaine ne peut informer n\u2019importe quel corps animal, mais exige un corps préalablement disposé à la recevoir, ainsi la grâce demande une nature qui soit humaine et apte à l\u2019accueillir.En d\u2019autres termes, pour s\u2019incarner et s\u2019épanouir, le divin doit rencontrer de l\u2019humain, et non de l\u2019inhumain; le surnaturel doit pouvoir s\u2019appuyer sur le naturel, et non se heurter à du contre-nature.Ce principe vaut pour l\u2019homme, et il vaut aussi pour les systèmes philosophiques et les sociétés.C\u2019est en se développant selon sa nature que l\u2019homme a le plus de chances de se rendre réceptif à la grâce : il y a, même chez les païens, des âmes naturellement chrétiennes, et donc tout ouvertes et accordées à la grâce, mais il y a aussi, même chez les baptisés, des âmes tellement corrompues et dénaturées que la grâce ne peut s\u2019y frayer un chemin que par miracle.Il en est ainsi des systèmes philosophiques : la Révélation ne peut s\u2019accommoder de n\u2019importe quel système, mais de ceux-là seulement qui sont en accord avec la raison.Si le thomisme lui va si bien, c\u2019est qu\u2019il est d\u2019abord, comme on l\u2019a dit, la métaphysique naturelle de l\u2019esprit humain, le système le plus conforme au bon sens, le plus proche de la philosophia perennis.De même, le catholicisme, pour réussir son œuvre de salut et de sanctification, a normalement besoin d\u2019un monde humain, c\u2019est-à-dire bâti selon les exigences et les aspirations de la nature humaine, et il ne peut en conséquence s\u2019adapter à n\u2019importe quelle forme de société amenée par l\u2019évolution de l\u2019histoire.Certains s\u2019imaginent, écrit Étienne Gilson, que l\u2019on pourra demain « baptiser » le communisme.Ceux-là « oublient que la grâce couronne, mais ne supplée pas la nature; elle peut sauver tel ou tel individu à travers les pires formes de société, mais non pas ces sociétés en tant que telles ».Si les chrétiens n\u2019ont pas réussi à sauver l\u2019empire romain, c\u2019est que ce « monstrueux hybride de centralisation et d\u2019anarchie n\u2019était pas bapti-sable.Il en va de même pour toutes les formes aberrantes de civilisation: par le fait même qu\u2019elles sont antinaturelles, elles sont également antichrétiennes et ne peuvent être sauvées comme telles par la grâce ».Sauf par miracle, mais Dieu, ajoute Gilson, n\u2019a pas l\u2019habitude de jamais remédier par un miracle permanent aux erreurs d\u2019une société bâtie au rebours des exigences de la vie humaine.Encore une fois, « rien de ce qui est antinaturel ne saurait être efficacement baptisé ».Et, conclut-il, « ne m\u2019accusez pas de naturalisme parce que j\u2019ai mis l\u2019accent sur la nature humaine et sur la santé sociale.Si je me préoccupe à ce point des choses de la terre, c\u2019est parce qu\u2019elles sont pour moi le socle et le point de départ des choses du ciel.Pour sauver Dieu dans l\u2019homme, il faut d\u2019abord sauver l\u2019homme » (« Foi chrétienne et civilisation », dans Foi en Jésus-Christ et Monde d\u2019au jour d\u2019hui, Semaine des Intellectuels catholiques, 1949, p.92).La grâce a besoin de la nature: cela veut dire enfin qu\u2019il y a certaines conditions humaines à la pratique de la vie chrétienne, pour que celle-ci ne soit pas un héroïsme à jet continu.Voilà pourquoi le monde d\u2019aujourd\u2019hui inquiète tant l\u2019Église.Les conditions présentes de ce qu\u2019on appelle la civilisation moderne ne sont plus humaines: le message surnaturel même porté par les élites les plus prestigieuses et les plus ferventes ne rencontre plus le « naturel », mais un mélange d\u2019éléments disparates et anarchiques, qui ne peuvent plus \u2014 dans la généralité des cas \u2014 servir de support et encore moins de pierre d\u2019attente à la grâce.Pour convertir le monde, il ne suffit pas d\u2019être des saints, et de prêcher l\u2019Évangile: ou plutôt l\u2019on ne peut être un saint et vivre l\u2019Évangile qu\u2019on invoque sans s\u2019efforcer d\u2019assurer à tous les hommes des conditions \u2014 de logement, de travail, de nourriture, de repos, de culture humaine, etc.\u2014 sans lesquelles il n\u2019est plus de vie humaine.(Suhard, Essor ou Déclin de l'Église, p.63.) J\u2019aurai à revenir sur ce dernier sujet à propos des interventions de l\u2019Église dans le domaine temporel.Dès ce moment, toutefois, c\u2019est un aspect qu\u2019il importait de souligner.II.\u2014 LA NATURE A BESOIN DE LA GRÂCE La loi de double dépendance, formulée dès le début, a pour deuxième partie: la nature a besoin de la grâce.Cela veut dire que la nature humaine, pour s\u2019achever et acquérir une valeur définitive, doit s\u2019ouvrir à la grâce.C\u2019est là un dogme de la foi catholique que cette nature a été blessée et affaiblie lors de la chute originelle, et qu\u2019elle ne saurait recouvrer intégralement santé et force sans un secours surnaturel.Vérité qui s\u2019applique à tout l\u2019ordre naturel, à tout ce qu\u2019on appelle le temporel, le social, les valeurs charnelles et terrestres, l\u2019humanisme, la culture et la civilisation.Tout cela ne peut pleinement se réaliser et s\u2019achever qu\u2019en s\u2019intégrant dans l\u2019ordre surnaturel, tout cela ne peut s\u2019affirmer et se maintenir vraiment humain qu\u2019en s\u2019ouvrant au divin, tout cela ne peut en définitive se sauver qu\u2019en se dépassant dans la grâce et le Christ.« Enlevez le surnaturel, disait Chesterton, ce qui reste est contre nature.» Aussi, aux partisans d\u2019un humanisme refermé sur lui-même et borné à l\u2019épanouissement purement terrestre de la vie, faut-il prédire que leur effort avortera, et que leur humanisme, tronqué et suffisant, finira par devenir inhumain.Seuls les chrétiens, affirme le cardinal Suhard, dans l\u2019élaboration de la cité, seront totalement « humanistes », car seuls ils pourront fournir à la civilisation qui se fait une norme valable: une juste conception de l\u2019homme.« C\u2019est l\u2019idée chrétienne de la nature humaine, et elle seule, qui permettra de ne pas déshumaniser l\u2019homme.Il faut être chrétien non pas, sans doute, pour entreprendre, mais pour « réussir » 6 RELATIONS totalement cette élaboration de l\u2019homme.» (Essor., p.61.) Il serait facile de développer longuement ici ces vérités, mais ce serait répéter des choses cent fois dites déjà (cf.J.Maritain, Humanisme intégral, et la Semaine des Intellectuels catholiques de 1950, l'Humanisme et la Grâce, en particulier la conférence du R.P.Paul Henry, « L\u2019humanisme de saint Paul », et celle de Jean Guitton, « Y a-t-il encore une nature humaine?»).Évidemment, pour être familiers avec de telles vçrités, il faudrait que nos jeunes intellectuels chrétiens, ceux-là surtout qui se disent à la recherche d\u2019un humanisme et se demandent avec angoisse sur quelles assises spirituelles ils pourront le fonder (cf.M.Blain, Esprit, p.203), acceptent de fréquenter d\u2019autres maîtres que les docteurs de l\u2019existentialisme ou même qu\u2019André Gide (cf.J.-G.Blain, Esprit, p.245).De ce bref rappel de la loi de double dépendance, il y a à retenir qu\u2019il ne faut pas, sous prétexte d\u2019exalter la grâce, mépriser la nature, pas plus qu\u2019il ne faut rejeter la grâce, sous prétexte de grandir la nature, car, comme on l\u2019a dit, le salut éternel est lié à des conditions temporelles, tout comme le salut temporel ou le progrès humain est subordonné à des conditions spirituelles.Car le surnaturel est lui-même charnel, Et l\u2019arbre de la grâce est raciné profond Et plonge dans le sol et cherche jusqu\u2019au fond, Et l\u2019arbre de la race est lui-même éternel.(C.Péguy.) A ceux enfin qui se demanderaient pourquoi tant d\u2019insistance sur ces rapports entre le spirituel et le temporel, je répondrais que là est la maîtresse clé qui nous ouvre le sens de l\u2019action de l\u2019Église dans le monde.Le Souverain Pontife actuel, par exemple, ne cesse d\u2019y recourir dans ses allocutions, comme en témoigne la déclaration suivante: Vouloir tirer une ligne nette de séparation entre la religion et la vie, entre le surnaturel et le naturel, entre l\u2019Église et le monde, comme si les droits de Dieu ne concernaient pas entièrement la réalité multiforme de la vie quotidienne, humaine et sociale, est tout à fait contraire à la pensée catholique.C\u2019est ouvertement antichrétien.Ils ne sont que des déserteurs inconscients ou pleins |d\u2019illusions, ceux qui, en hommage à un surnaturalisme mal compris, voudraient forcer l\u2019Église à se cantonner dans le domaine purement religieux, comme ils disent, tandis qu\u2019en agissant ainsi ils ne font que favoriser le jeu de ses adversaires.(22 janvier 1947, au groupe de la « Renaissance chrétienne ».) Quiconque, en tout cas, aura bien saisi le jeu de cette loi de double dépendance entre l\u2019humain et le divin n\u2019aura aucune difficulté à comprendre ce qui va suivre: pourquoi et comment l\u2019Église intervient dans l\u2019ordre temporel.\u2022 ¦ -\t¦¦ ¦\t-\tQ PROBLÈMES SCOLAIRES PROFESSEURS DE RELIGION Marie-Joseph cTANJOU, S.J.EN MÊME TEMPS qu\u2019on appliquait un prêtre à la direction spirituelle dans les écoles primaires supérieures de Montréal, on laissait la leçon de religion, même d\u2019apologétique, soit au titulaire de chaque classe, soit à un professeur spécial.Nous avons dit (Relations, nov.1952, p.286) à quelles conditions l\u2019aumônier peut accomplir efficacement son ministère.Disons pourquoi et à quelles conditions il peut être avantageux que la religion soit enseignée par des professeurs qui ne sont pas prêtres.I.\u2014 LES AVANTAGES 1.Pour les élèves.\u2014 On peut en découvrir plusieurs; mais ils diffèrent selon que le professeur de religion porte la soutane (la religieuse ou le religieux qui ne sont pas prêtres) ou selon qu\u2019il est une personne du monde.Nous ne connaissons, à Montréal, qu\u2019une seule école primaire supérieure de jeunes filles (Saint-Marc) qui ne soit pas confiée à des religieuses.Pour les garçons, il n\u2019y a que le Plateau où tout l\u2019enseignement se donne par des hommes du monde.Ouvrira-t-on, à Montréal, d\u2019autres écoles primaires supérieures pour les remettre entièrement à des laïcs?Je ne sais.Mais qu\u2019importe.Nous croyons qu\u2019il vaut la peine d\u2019examiner quels avantages peuvent résulter du fait que des laïcs enseignent la religion à des grands élèves.Nous parlerons ensuite des autres écoles que dirigent religieux et religieuses.a) Pour les élèves des laïcs.\u2014 Premier avantage.A l\u2019âge où ils éprouvent la tentation de tenir la religion pour affaire de « curé » ou de « vieille femme » (parce que les femmes fréquentent l\u2019église plus que les hommes et parce que le « curé » est pour les adolescents un homme « pas comme les autres »), garçons et filles jugeront plus facilement la religion nécessaire si c\u2019est une personne du monde qui leur en propose la synthèse avec compétence et conviction.Second avantage.Nombre de problèmes concrets, dont la discussion fait souvent la matière d\u2019entretiens dans la rue et à la maison, seront peut-être plus volontiers soumis à l\u2019instituteur laïque qu\u2019au professeur en soutane.Remous actuels de l\u2019opinion autour du « cléricalisme » et de l\u2019anticléricalisme, rôle du clergé dans les affaires temporelles (économiques, sociales, politiques, culturelles), questions qui se rapportent à l\u2019amour et au mariage, aspect moral de certains divertissements dont s\u2019abstiennent prêtres et religieux et que les laïcs ne se permettent pas sans danger, et le reste, j\u2019ai l\u2019impression JANVIER 1953 7 que beaucoup d\u2019adolescents aborderont plus spontanément la discussion de ces sujets avec un homme qui doit les envisager et les résoudre en se plaçant du même côté psychologique et moral que ses élèves.Pas de susceptibilité à ménager, pas de réaction défensive à craindre chez le laïc père de famille à qui l\u2019adolescent demande un avis, un conseil relatif aux fréquentations, une explication de ce que signifie la « vocation » au mariage ou la « vocation » au célibat (dans le monde, le sacerdoce ou la vie religieuse), un exposé de principes concernant la « confessionnalité » dans ses rapports non seulement avec l\u2019éducation, mais aussi avec le syndicalisme ou les clubs sociaux.Et le reste.Est-ce à dire que le professeur de religion en soutane (prêtre, religieux ou religieuse) doive passer pour inférieur au laïc dans l\u2019enseignement, par exemple, des questions dites « mixtes » (où se mêlent le spirituel et le temporel) ?Pas du tout.En règle générale, il faut même dire le contraire, surtout s\u2019il s\u2019agit du prêtre, à qui sa compétence théologique, son expérience des âmes et son désintéressement à l\u2019égard du temporel confèrent une autorité religieuse sans pareille.Mais nous traitons d\u2019un cas d\u2019espèce, et nous cherchons à montrer que les avantages n\u2019y sont pas absents.Précisons.Actuellement, dans les écoles primaires supérieures de Montréal (ce peut être vrai ailleurs aussi), la religion s\u2019enseigne à des adolescents concrets, qui ont une tournure d\u2019esprit particulière résultant du milieu qui les a formés ou déformés (surtout déformés).Milieu dont on pourrait, je pense, caractériser la tonalité religieuse en disant qu\u2019il est insuffisamment instruit et peu soucieux de s\u2019instruire; et surtout qu\u2019il se montre \u2014 à cause du matérialisme et du sensualisme qui, à l\u2019exception de la brève messe dominicale, imprègnent trop d\u2019activités dans la famille et la société \u2014 enclin à craindre la religion du Christ soit comme une exigence de plus en plus ardue, soit comme la censure méritée d\u2019une vie médiocre ou coupable.Reconnaissons en particulier que, dans un milieu empoisonné par des journaux incultes et bêtement exhibitionnistes, par un cinéma conçu pour des primitifs et des obsédés, par une radio faisandée, des magazines inqualifiablement obscènes, une réclame commerciale platement sexualisée (le tout tranquillement toléré par des autorités irréfléchies ou complices), les adolescents ne sauraient, à moins d\u2019un miracle, ni apprendre, ni comprendre, ni pratiquer, ni même accepter théoriquement la loi naturelle et divine de la pureté.Alors, réaction classique: défiance à l\u2019égard de la soutane, symbole de virginité.Défiance entretenue par tant de conversations d\u2019adultes qui ressassent, en présence des adolescents moralement à l\u2019abandon, les pires âneries sur ce qu\u2019on appelle l\u2019amour, dont le concept, trop parfaitement calqué sur la réalité immédiate, s\u2019apparente beaucoup plus à une sorte de prostitution légalisée qu\u2019à la sainte amitié conjugale.Ajoutez à cela le 8 courant d\u2019anticléricalisme; phénomène inévitable chez ceux qu\u2019incommode une présence ecclésiastique normalement universelle, mais plus accentué de nos jours pour des motifs et sur un mode que le P.Arès commente ici même avec lucidité et profondeur.Que faut-il de plus pour qu\u2019on juge opportun de confier l\u2019enseignement de la religion, de la morale chrétienne et de l\u2019apologétique catholique à des laïcs compétents, qui ont approfondi leur matière et l\u2019expliquent avec l\u2019assurance de gens qui en ont fait le tout de leur pensée et de leur vie ?b) Pour les élèves des religieux.\u2014 Dans les écoles primaires supérieures que dirigent des religieuses ou des frères enseignants, la classe de religion, si elle revient au professeur principal, et non au vicaire ou à l\u2019aumônier du couvent, imprimera dans l\u2019esprit des élèves la conviction, encore à créer chez nous, que la connaissance technique du dogme et de la morale ne doit pas être considérée comme le privilège unique du clergé.Sans doute, les élèves s\u2019attendent à ce que la religieuse, le frère enseignant manifestent plus de piété, plus de goût pour les choses spirituelles.Mais l\u2019enseignement de la religion aux grands garçons et aux grandes filles des écoles primaires supérieures diffère de l\u2019exhortation à la vertu.C\u2019est d\u2019abord une explication doctrinale.Jusque là, la leçon de catéchisme pouvait procéder plus par affirmations globales et par exhortations : les élèves auraient-ils compris autre chose ?Mais, à l\u2019école supérieure, non seulement l\u2019âge et le développement des élèves, mais le texte des manuels lui-même (nous allons le voir) commandent une pédagogie plus raisonnée.Et nous croyons que de se trouver en présence de religieuses et de religieux qui, sans être prêtres, exposent la synthèse catholique et répondent aux questions ou objections anciennes et actuelles, les élèves concevront un respect plus authentique pour les vertus religieuses de leurs professeurs.Grands garçons et grandes filles seront peut-être alors moins prompts à considérer religieux et religieuses ou bien comme des âmes sentimentales réfugiées dans la dévotion, ou bien comme des êtres « à part », incompréhensibles.Et ainsi, comment ne pas escompter, chez plusieurs, une compréhension plus juste de la vocation religieuse ?2.Pour les professeurs mêmes.\u2014 Distinguons, ici encore, hommes du monde et religieux ou religieuses.a) Pour les hommes du monde.\u2014 Envisageons un double profit.1° Approfondissement religieux personnel.Il suffit de rappeler l\u2019adage pédagogique connu: pour enseigner une matière, il faut la savoir deux fois.Le reproche d\u2019ignorance religieuse que mérite notre milieu urbain, nos professeurs, j\u2019en suis sûr, sont disposés à en prendre leur part, même si leur instruction dans ce domaine dépasse de beaucoup les insuffisances populaires.Ils le sentent si bien que plusieurs d\u2019entre eux recherchent spontanément une culture théologique qui ne soit pas RELATIONS trop inférieure à leur compétence professionnelle.C\u2019est là faire preuve d\u2019un sens chrétien, à la fois humble et fort intelligent, dont on souhaite la diffusion parmi les représentants des autres professions libérales.Si l\u2019on oblige des laïcs à enseigner la religion et même l\u2019apologétique à des grands garçons et à des grandes filles de seize et de dix-huit ans, assez éveillés (malgré leur ignorance et vu leurs préjugés) pour exiger explications et réponses définitives à leurs questions et objections, qui ne devine le degré de savoir théologique que les professeurs devront acquérir sous peine de se disqualifier et de trahir un mandat évidemment grave et même sacré?Heureuse et opportune obligation, source d\u2019un inestimable enrichissement, d\u2019un merveilleux élargissement d\u2019horizons! (L\u2019espace manque ici pour justifier cette exclamation et, l\u2019appliquant à la pédagogie, montrer, par exemple, comment la théologie des personnes divines dans la Trinité éclaire la notion de la personnalité humaine et celle de l\u2019amour: notions capitales, puisque toute l\u2019éducation consiste, en favorisant l\u2019épanouissement de la personnalité, à conduire l\u2019enfant, l\u2019adolescent jusqu\u2019à l\u2019âge adulte, l\u2019âge du véritable amour.) Comment, d\u2019ailleurs, sans compétence théologique, fondée sur la connaissance de l\u2019Évangile, faire comprendre à des esprits questionneurs pourquoi, dans leur manuel, on définit la sainteté par « l\u2019union de la volonté humaine avec la volonté divine » (.U Église notre Mère, collection « Témoins du Christ », t.IV, p.5); quels rapports existent entre cette définition et la thèse, commune en théologie, qui place dans la charité l\u2019essence de la sainteté; quelle application concrète on peut faire de cette doctrine à la vertu d\u2019obéissance et à la notion de l\u2019amour humain ?De même, s\u2019il n\u2019a pas de notions claires sur le miracle et sur sa nécessité pour démontrer l\u2019origine divine d\u2019une révélation, que répondra le professeur à qui un élève demandera pourquoi, dans le même manuel (p.18), on dit du miracle qu\u2019il est « le sceau de la divinité », ce qu\u2019on ne dit pas de la sainteté de l\u2019Église, ni du martyre, ni de la transcendance de la pensée chrétienne ?Des difficultés au moins aussi grandes se présenteront quand, dans le même manuel (pp.132-134), il faudra aborder l\u2019explication de la vie de la grâce en nous.Qu\u2019est-ce que cette vie et en quoi consiste « l\u2019union de grâce » qui communique à l\u2019âme la vie même de Dieu ?Problèmes théologiques, encore, dans le manuel suivant (t.V) de la même collection ( Jésus notre Sauveur), la notion du surnaturel, l\u2019inspiration des Livres saints (pp.48-51) et de nouveau le miracle, dont on donne alors un exposé plus complet et plus nuancé (pp.156-164; pp.185-192).2° La compétence théologique une fois acquise, parce qu\u2019elle s\u2019impose à eux comme un devoir professionnel, les professeurs de religion à l\u2019école primaire supérieure accéderont à la maturité, à la majorité chrétienne (comme on aime de dire depuis Carrefour 51) et formeront, au milieu des laïcs chrétiens, une élite avec JANVIER 1953 laquelle les clercs pourront engager un dialogue intelligent et efficace sur tous les problèmes concrets de la vie chrétienne, à tous les paliers: familial, économique, social, politique et culturel.Bien plus, non seulement possibilité, mais joie, enfin, pour le clergé de compter sur des laïcs avec qui la moindre discussion religieuse ne devra pas commencer par l\u2019exposé de notions élémentaires de philosophie thomiste et de théologie classique.Les trois quarts des équivoques et malentendus dont fourmille toute expression d\u2019anticléricalisme seraient, pour ce noyau choisi au moins, parfaitement dissipés.Et quel secours l\u2019Église trouverait, enfin, pour la formation de citoyens chrétiens, dans l\u2019influence d\u2019éducateurs laïcs nourris de principes théologiques sur la fin de la société et sur la « mission du laïcat » dans le corps mystique de Jésus-Christ! b) Pour les religieux et les religieuses.\u2014 Outre le même approfondissement personnel en matière de science religieuse, le profit sera un accroissement de prestige et d\u2019influence auprès de leurs élèves.En classe d\u2019abord.Le frère enseignant, la religieuse qui, pour enseigner la religion de façon doctrinale, auront dû acquérir de solides connaissances théologiques éprouveront plus d\u2019assurance lorsqu\u2019on leur présentera des objections difficiles.Sachant quoi répondre, les questions ne les effraieront pas; et l\u2019on ne verra plus de religieuses soupçonner de protestantisme ou de communisme la grande fille qui rapportera en classe un problème né d\u2019une lecture ou simplement de la dernière conversation entendue.De plus, le frère enseignant, la religieuse n\u2019hésiteront pas à corriger, au besoin, le texte fautif ou peu nuancé d\u2019un manuel, sans avoir à consulter un prêtre chaque fois.Dans un des ouvrages de Boulenger, par exemple, on lit que l\u2019hypnotisme est immoral de sa nature, ce qui est évidemment inexact, sans quoi on ne pourrait l\u2019autoriser même pour fins médicales.Hors de la classe, le même prestige, qui aura profité au professeur durant ses leçons, lui attirera certaines âmes trop timides pour soumettre leurs difficultés publiquement, crainte de trahir des inquiétudes personnelles, mais capables d\u2019en parler privément, si elles savent qu\u2019elles recevront d\u2019abord une solution théologique, de caractère objectif, et non une exhortation directe et gênante.II.\u2014 LES CONDITIONS Ces avantages, que nous venons d\u2019énumérer et dont profiteront élèves et professeurs des écoles primaires supérieures, dépendent de conditions faciles à imaginer.Contentons-nous de les suggérer, car leur réalisation pose des problèmes qu\u2019on peut tout juste, pour le moment du moins, signaler au passage.1° La première, \u2014 elle saute aux yeux, \u2014 c\u2019est qu\u2019on offre aux professeurs de religion qui ne sont pas prêtres le moyen d\u2019acquérir la compétence théologique 9 qu\u2019ils ont désormais le devoir de posséder.Et alors, il faut des cours de théologie: la théologie ne s\u2019apprend pas sans maître.Pour suivre des cours, il faut des loisirs.Préparera-t-on, à l\u2019école normale, les futurs professeurs de religion ?Mais les titulaires actuels des classes, qui doivent tout de suite enseigner la religion à des grands garçons et à des grandes filles, où, quand et de qui recevront-ils leur formation théologique ?Je vois bien là, pour les visiteurs ecclésiastiques, une splendide occasion d\u2019exercer leur ministère sacerdotal.Mais ce ne peut être qu\u2019un ministère de surveillance et de contrôle, non d\u2019enseignement proprement dit.2° Si, même dans les collèges classiques, où la plupart des professeurs sont des prêtres, on croit utile de former certains prêtres à l\u2019enseignement de la religion de manière à en faire des spécialistes, ne faudrait-il pas croire que, pour ceux qui ne sont pas prêtres, l\u2019enseignement de la religion devrait constituer aussi une spéci-lité ?Il semble qu\u2019un prêtre ait toujours suffisamment étudié la théologie pour enseigner la religion à des adolescents.Or on commence à juger qu\u2019il vaut mieux le spécialiser dans cet enseignement plutôt que d\u2019ajouter le cours de religion aux matières de sa classe régulière (sauf exception, lorsque le titulaire d\u2019une classe tient à garder l\u2019enseignement religieux et qu\u2019il a les aptitudes pédagogiques requises pour y réussir).Le professeur de religion qui n\u2019est pas prêtre, même si on lui concède d\u2019emblée les aptitudes pédagogiques qu\u2019il faut pour expliquer les matières profanes, sait-il aussi bien enseigner la religion ?Surtout, pourra-t-il, avec le travail qu\u2019impose l\u2019enseignement des matières profanes confié au titulaire d\u2019une classe, préparer, sans initiation théologique préalable, des cours capables de satisfaire des élèves qui, vraisemblablement, ne recevront plus jamais de leçons un peu élaborées de religion ?Nous pensons donc qu\u2019il faut ou bien donner à tous les professeurs titulaires dans les écoles primaires supérieures une préparation théologique convenable, ou bien spécialiser, dès la sortie de l\u2019école normale, des professeurs de religion.Le Pape n\u2019a-t-il pas recommandé aux religieuses hospitalières elles-mêmes, qui n\u2019ont pourtant pas à enseigner la religion, de se donner une formation philosophique et théologique ?Leur profession les met en présence de responsabilités dont l\u2019accomplissement exige cette formation.L\u2019enseignement de la religion ne pourrait paraître moins exigeant.«RIDEAU DE FER OU RIDEAU DE PRÉJUGÉS?» Albert PLANTE, S.J.SOUS ce titre, M.Gérard Filion, directeur du Devoir, a écrit une série de vingt articles sur son voyage à Pékin, où il a assisté, comme observateur, au Congrès de la Paix.Voyage qui a suscité à la radio, dans les journaux et, plus encore, dans les conversations privées des réactions fort diverses.On nous permettra bien d\u2019y aller de nos commentaires qui seront groupés sous deux titres: le voyage de M.Filion, le reportage de M.Filion.LE VOYAGE Invité à se rendre à Pékin, aux frais des communistes, M.Filion y est allé.Catholique convaincu, il n\u2019y a vu aucun danger pour sa foi.Journaliste vigoureux, ennemi des sentiers battus et des vieux clichés, il n\u2019a pas voulu manquer une chance inespérée de pénétrer en arrière du rideau de fer afin d\u2019en rapporter des impressions personnelles et neuves.Beaucoup, à Montréal et ailleurs, se basant précisément sur la solidité de sa foi, sur son originalité, parfois un peu gavroche, qui en fait un journaliste non banal, et sur l\u2019importance de l\u2019information directe, l\u2019ont approuvé.D\u2019autres, par ailleurs, le blâment sans ambages.Parmi les plus convaincus de cette deuxième catégorie, \u2014 ils se recrutent chez nous et à l\u2019étranger, \u2014 on rencontre ceux qui, soit par leurs études poussées du communisme, soit par leur expérience personnelle de ses tactiques et de ses méfaits, soutiennent que les communistes ont jeté leur dévolu sur M.Filion pour une raison bien déterminée, que cette invitation fait partie d\u2019une propagande savamment organisée, que ce voyage ne peut être qu\u2019une cause de scandale, surtout pour les catholiques étrangers qui ne connaissent pas comme nous, du pays, la foi infrangible et les indéniables bonnes intentions de M.Filion.Le fait que celui-ci n\u2019y soit allé qu\u2019à titre d\u2019observateur n\u2019a guère de poids, affirment-ils; le voyage était inopportun.Ces gens sont-ils trop sévères ?Je ne le pense pas.Il importe cependant de noter que la controverse a suscité des réflexions excessives et inutilement dures.M.Filion était de bonne foi en acceptant d\u2019aller au congrès de Pékin.Des témoignages nouveaux ont apporté plus de lumière sur les inconvénients réels de ce voyage.Placé dans les mêmes circonstances, même en étant fortement tenté par le goût de l\u2019aventure et de l\u2019inédit, j\u2019ai la conviction qu\u2019il n\u2019hésiterait pas aujourd\u2019hui à rester au pays.LE REPORTAGE Je viens de relire les articles tout d\u2019une traite.Cette lecture m\u2019a convaincu de l\u2019exagération d\u2019une boutade, d\u2019ailleurs amicale, entendue récemment à leur sujet: « On s\u2019attendait à une bombe, on n\u2019a qu\u2019un bouquet de pissenlits.» Nous n\u2019avions évidemment pas besoin des observations d\u2019un journaliste pour nous convaincre que le communisme, selon les expressions de Pie XI dans l\u2019encyclique Divini Redemptoris, « renferme une idée de fausse rédemption », qu\u2019il s\u2019efforce « de rendre plus aigus les antagonismes qui surgissent entre les diverses classes de la société », qu\u2019il « enlève à la personne humaine tout ce qui constitue sa dignité », qu\u2019il refuse « à la vie humaine tout caractère sacré et spirituel », qu\u2019il est un 10 RELATIONS « système rempli d\u2019erreurs et de sophismes, opposé à la raison comme à la révélation divine ».Tout esprit non prévenu admettra toutefois que plusieurs des articles de M.Filion apportent des traits bien observés qui font voir concrètement combien les observations de Pie XI sont justes.Ces traits, notés dans un style clair, illustrent bien que le communisme n\u2019est pas une doctrine de vie, qu\u2019il ne peut apporter le vrai bonheur, même si sa croissance est favorisée par les injustices sociales.Le dernier paragraphe du dernier article vaut d\u2019être cité.Il éclaire le sens mystérieux du titre général dont M.Filion a coiffé les diverses parties de son reportage, Rideau defer ou rideau de préjugés ?Rideau de préjugés ou rideau de fer ?Ni l\u2019un ni l\u2019autre.Ce n\u2019est pas par la fermeture de ses frontières que le bloc soviétique se retranche de l\u2019Occident.C\u2019est par une philosophie incompatible avec le christianisme.Il a fondé une nouvelle Église dont le cœur^et la tête sont au Kremlin.Mais nous savons que cette Église ne possède pas comme l\u2019autre les promesses de durée.Les réserves majeures qui s\u2019imposent concernent principalement, je crois, les considérations de M.Filion sur la réforme agraire en Chine et sur la reconnaissance diplomatique du gouvernement de Mao Tsé-toung.Il y a là une simplification excessive de deux problèmes extrêmement complexes.Réforme agraire.\u2014 En novembre 1950, Relations (p.332) publiait un documentaire sur la Chine.L\u2019auteur, depuis plusieurs années en Chine, étudiait les principaux problèmes de l\u2019heure.Il écrivait au sujet des paysans: Eux qui comptent 85% de la population et pour qui ce devait être l\u2019abondance, ils ont eu aussi à endurer une fiscalité épuisante.La plupart doivent payer en taxes leurs récoltes principales et, au lieu de manger eux-mêmes leurs produits, le riz blanc dans le sud ou la farine blanche dans le nord, ils doivent se contenter de millet et de patates sucrées ou de sorgho.Ce sont les paysans surtout qui portent le lourd fardeau de la stabilisation économique: paiement des importations (surtout de Russie actuellement et requis en nature), salaires d\u2019une armée de 4 millions de soldats au plus bas chiffre, maintien d\u2019une autre armée toujours plus nombreuse nécessairement (on disait 9 millions au début de l\u2019année) de fonctionnaires, de commissaires politiques et de propagandistes, coût de la défense nationale, etc.Dans chaque division administrative (il y en a environ 3,000), les paysans voient leur bon grain engrangé dans des entrepôts publics, alors qu\u2019eux-mêmes sont parfois des semaines et des mois sans nourriture convenable.Et quelques lignes plus bas : Mais les communistes n\u2019ont-ils pas aidé la petite propriété rurale par leur division des terres ?Oui et non.Disons plutôt, et ils le disent eux-mêmes, que c\u2019est un premier stage en vue d\u2019une collectivisation générale.Le vrai problème se pose autrement : trop de bouches à nourrir pour la terre cultivable disponible.Et la solution de ce problème ne peut être directe, elle suppose bien d\u2019autres facteurs touchant à l\u2019économie générale du pays: industrialisation, fertilisateurs, sélection des semences, mécanisation, etc.Une réforme agraire qui corrige rationnellement des abus criants est une initiative excellente.Mais si cette réforme doit aboutir tôt ou tard à une collectivisation générale, on voit mal comment elle pourra favoriser la propriété privée, garantie de stabilité et de bien-être.Il est vrai que le Chinois possède des vertus traditionnelles qui rendent difficiles les changements substantiels.Cependant n\u2019est-il pas trop optimiste d\u2019affirmer que « le marxisme passera par le creuset chinois et en ressortira fort différent de la pensée de Karl Marx » ?(Article XIX du reportage.) Mais il y a plus.La réforme agraire chinoise, qui n\u2019est pas sans comporter un danger de collectivisation générale, pose, en outre, un terrible problème pour l\u2019avenir de l\u2019Église.Dans un livre tout récent: En Chine, l'Étoile contre la Croix (Nazareth-Press, Hong-Kong), préparé en collaboration et écrit par un prêtre des Missions Étrangères de Paris, on trouve un appendice intitulé: « La réforme agraire et la religion ».L\u2019exposé, très objectif et serein, est d\u2019une accablante tristesse: Ce fut un moyen très efficace \u2014 quoique indirect \u2014de porter des coups terribles à l\u2019église: asphyxie financière, désorganisation, des districts, suppression du personnel ecclésiastique.L\u2019Église possédait certains biens de rapport sur lesquels s\u2019appuyaient la plupart des œuvres; ces propriétés étaient bien médiocres eu égard aux besoins.Mise au rang des propriétaires fonciers de première catégorie (les classes riches ne travaillant pas du tout de leurs mains et à qui tout est enlevé), l\u2019Église subit leur sort.Les œuvres ont été annihilées d\u2019un seul coup: les terres ayant disparu, les écoles de doctrine, les collèges, les écoles grimaires, les orphelinats, les hospices, les léproseries et eaucoup d\u2019hôpitaux, qui vivaient en tout ou en partie de ces terres, durent fermer leurs portes.Déclarées en faillite, ces œuvres furent dissoutes ou reprises par le gouvernement.Une fois les œuvres anéanties et le personnel ecclésiastique disparu par l\u2019écrasement financier, \u2014 les catéchistes et les chefs de chrétientés ont été éliminés par la même technique, \u2014 se posait « la question des lieux de culte et des presbytères ou des bâtiments d\u2019œuvres ».__ Un texte gouvernemental garantit leur protection par l\u2019État en l\u2019absence du responsable ecclésiastique.Comme on avait fait disparaître celui-ci, on assuma avec exactitude le devoir de protection sur les églises et autres locaux.qui ne pouvaient tout de même pas rester vides et inutiles.Et voilà comment, à l\u2019unanimité, le peuple du lieu « décida » de transformer les églises vides et les résidences en greniers publics, en permanences de syndicats, en entrepôts de coopératives, en magasins d\u2019outillage, en lieux de cantonnement pour les troupes, en maisons de « retraites » pour les session-naires de rééducation marxiste.En quasi totalité, les églises de campagne sont désormais dans cet état! Voici un passage qui a plus qu\u2019une incidence religieuse et qui montre que les modalités de la réforme agraire sont loin de contribuer efficacement à la dignité de la personne humaine: En outre, le travail de plus en plus collectif, par équipes découpant les familles au hasard, et l\u2019obligation pour beaucoup de gens de s\u2019engager dans les chantiers de grands travaux, parfois fort loin du domicile familial, ont pour résultat de disloquer les communautés chrétiennes et les familles: la femme d\u2019un côté, le mari de l\u2019autre, les enfants ailleurs encore.Tout cela concourt à isoler les individus, à les noyer dans la masse païenne, à leur enlever ainsi chaque jour un peu plus les soutiens naturels de leur ferveur, ou plus simplement de leur foi.N\u2019allons pas dire que les effets néfastes de la réforme agraire sur la religion sont causés surtout par la haine du Chinois pour l\u2019étranger et le Blanc.Cette désagrégation du milieu chrétien et des cadres ecclésiaux avait commencé avant le départ des missionnaires étrangers, elle s\u2019est poursuivie parallèlement à leur éviction, et elle dure encore.Il en est ainsi, dans toute la Chine, pour les diocèses gouvernés par des autochtones comme pour ceux qui étaient entre les mains des missionnaires étrangers.Bien mieux, dans la plupart des missions tenues par ceux-ci, les véritables difficultés pour le clergé chinois et la persécution directe contre les chrétiens n\u2019ont commencé qu\u2019après le départ des missionnaires.Et voici le paragraphe final de l\u2019appendice: Missions ruinées, toutes les œuvres anéanties, la moitié des prêtres morts, en prison ou « neutralisés », la plupart des paroisses sans pasteur, la quasi-totalité des églises désaffectées, les familles chrétiennes désorganisées et ne pouvant JANVIER 1953 11 même plus réciter la prière en commun (en certains endroits on a forcé les chrétiens à héberger des païens pour rendre impossible la prière familiale en secret), tel est le bilan de la réforme agraire du point de vue religieux.La conclusion de tous ces textes est claire.La réforme agraire en Chine, tant au point de vue de la propriété privée, sainement rentable et source pacifiante de bien-être, qu\u2019au point de vue religieux, pose des problèmes extrêmement sérieux.La reconnaissance diplomatique de Mao Tsê-toung.\u2014 Ici encore, nous invoquerons le témoignage d\u2019une personne qui a vécu longtemps en Chine, soit dix-huit ans.Il s\u2019agit du P.James F.Kearney, S.J., qui écrivit dans America (15 janvier 1949) un article retentissant intitulé: « Lettre ouverte au général Marshall ».(Voir Relations, février 1949, p.44.) Après avoir dit pourquoi l\u2019opinion de Marshall sur la Chine ne peut avoir beaucoup de poids, après avoir parlé des abus reprochés au régime de Chiang Kai-Chek et les avoir situés dans le contexte de la mentalité chinoise, l\u2019auteur écrit: Jetez maintenant un regard sur le régime rouge.Pour un Américain, il est condamnable en principe et en pratique.Des correspondants à l\u2019eau de rose nous écrivent que les Rouges sont honnêtes.Ils le furent un temps, en de petites choses.Ils ne dérobaient pas une montre ou un stylo \u2014 en fait rien de moins qu\u2019une église, une école ou la récolte entière de riz d\u2019une région nouvellement envahie.Ces Rouges hurlent contre le cumul féodal des terres; et avec une logique admirable ils deviennent eux-mêmes les gros propriétaires, confisquent les terres, les distribuant et les reprenant de nouveau selon leur bon plaisir.En Chine Rouge, comme en Russie Rouge, l\u2019emploi de la police secrète et du terrorisme est une règle fondamentale.S\u2019attachant à créer une bonne impression sur le peuple à leur arrivée, \u2014 «doux au début, amers par la suite », selon le dicton chinois, \u2014 leur contrôle établi, ils ne respectent plus aucun droit: propriété privée, sécurité du foyer, liberté de la personne, de la parole, de la presse, de la religion.Ces faits, sans cesse et partout constatés en Chine Rouge par des témoins compétents, sont contraires aux tendances américaines.Ils ne sont pas caractéristiques de la Chine nationaliste.Et pourtant la plupart de nos correspondants ont convaincu le public américain que la Chine nationaliste était seule corrompue.Pas n\u2019est besoin, général, d\u2019une grande perspicacité pour décider lequel de ces deux régimes est le moins mauvais.Et le P.Kearney se prononce carrément pour le soutien de Chiang Kai-Chek.Général, des Américains haut placés entravent ce qui peut prévenir la chute du gouvernement anticommuniste de Chiang et semblent brûler d\u2019aider de nos dollars un Front communiste ou à domination communiste.Sans l\u2019argent que le peuple américain paye de ses taxes, ces gens comprennent que leur Régime Rouge si longtemps désiré pourra difficilement réhabiliter une Chine qu\u2019il a ruinée.Il en coûtera beaucoup plus de millions pour le soutenir qu\u2019il n\u2019en faudrait pour sauver notre vieil ami Chiang.Pour l\u2019amour de Dieu, général, changez d\u2019idées et revenez à notre politique traditionnelle en Extrême-Orient.Nous prions que vous soient accordées la lumière et la force célestes de réaliser, avant qu\u2019il ne soit trop tard, vos terribles responsabilités devant l\u2019histoire et devant Dieu.Opinion discutable, dira-t-on, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019option en faveur de tel ou tel régime politique, sujet extrêmement complexe et mouvant.L\u2019objection a du bon.Mais toute politique digne de ce nom étant nécessairement ordonnée au bien commun et celui-ci étant composé de multiples éléments qui aident tous l\u2019enrichissement physique, moral et spirituel de la personne humaine, comment la reconnaissance diplomatique de la Chine, sans de solides garanties concernant les libertés fondamentales, et plus particulièrement la liberté religieuse, peut-elle constituer un acte de saine politique?Des gens informés assurent qu\u2019on aurait des surprises si on pouvait interroger là-dessus les missionnaires, le clergé autochtone et la masse du peuple chinois.Notons que ce n\u2019est pas la guerre de Corée qui a jeté le gouvernement de Mao Tsé-toung dans les bras de Staline.On s\u2019en convaincra aisément en lisant la fin de l\u2019article de Relations (nov.1950, p.332) dont il a été question plus haut.Contentons-nous ici d\u2019une brève citation.Le nouveau gouvernement, fidèle au principe si souvent énoncé par les chefs: lean on one side (opter pour un seul parti), refusant toute solution mitoyenne, a proclamé et reproclamé, depuis longtemps d\u2019ailleurs, sa solidarité inconditionnelle avec la Russie et le bloc soviétique.La presse et la radio sont à la dévotion des dirigeants soviétiques et, sur tous les problèmes internationaux,^ semblent vouloir suivre la ligne tracée par la Russie.A côté du pacte d\u2019amitié conclu pour trente ans, il existe toute une série d\u2019accords économiques qui intègrent de plus en plus l\u2019économie chinoise dans l\u2019économie soviétique.Mais alors, c\u2019est la guerre! N\u2019est-ce pas là que conduira le refus de reconnaître la Chine rouge ?Lors de son passage à Montréal, M.Joseph Folliet disait à un journaliste: « La conscience du chrétien se trouve écartelée entre l\u2019acceptation pratique des plus monstrueuses injustices et le refus d\u2019une guerre éventuelle qui serait catastrophique.Il faut espérer et prier.» Et on songe à Pie XI qui, énumérant dans Divini Redemptoris les remèdes contre le communisme: la rénovation de la vie privée et publique, le détachement des biens de la terre, la charité chrétienne, la justice sociale, l\u2019étude de la doctrine de l\u2019Église, la crainte pratique du communisme, indiquait comme « dernier et très puissant remède » l\u2019intensification du double esprit de prière et de pénitence: Quand les apôtres demandèrent au Sauveur pourquoi ils n\u2019avaient pu, eux, délivrer de l\u2019esprit malin un démoniaque, le Seigneur répondit: « De pareils démons ne se chassent que par la prière et par le jeûne.» Le mal qui aujourd\u2019hui rayage l\u2019humanité ne pourra de même être vaincu que par une sainte et universelle croisade de prière et de pénitence.Et nous recommandons tout spécialement aux ordres contemplatifs d\u2019hommes et de femmes de redoubler leurs supplications et leurs sacrifices pour obtenir du ciel en faveur de l\u2019Eglise un vigoureux appui dans les luttes présentes, grâce à puissante intercession de la Vierge immaculée, elle qui écrasa jadis la tête de l\u2019antique serpent et reste toujours, depuis lors, la sûre défense et l\u2019invincible Secours des chrétiens.La guerre n\u2019est pas inévitable.Les miracles sont possibles si les chrétiens veulent vraiment être le sel de la terre.* On comprendra l\u2019insistance que nous avons mise sur la réforme agraire et sur la reconnaissance diplomatique de la Chine rouge.Ces deux problèmes sont tellement importants et complexes, ils occupent une telle place dans la vie de la Chine qu\u2019il nous a paru nécessaire de nous y arrêter plus longtemps.Il y a, d\u2019ailleurs, une autre utilité à ces commentaires plus élaborés.Ils montrent que, par suite d\u2019une simplification excessive de questions très difficiles, le reportage est de nature à laisser chez des esprits non avertis une impression d\u2019ensemble qui n\u2019est pas sans danger.Terminons en rappelant combien il importe que les catholiques restent unis malgré les divergences d\u2019idées qui peuvent se produire.L\u2019union dans la charité s\u2019impose si nous ne voulons pas faire le jeu des communistes à propos d\u2019un geste posé par un catholique dont la sincérité et l\u2019orthodoxie ne sauraient être mises en doute.12 RELATIONS UN GRAND APÔTRE SOCIAL Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.IES CATHOLIQUES du Chili pleurent un de leurs apôtres les plus dévoués, décédé en août dernier, à l\u2019âge de cinquante-deux ans, après une carrière extrêmement fructueuse.Son cours classique terminé au Collège Saint-Ignace de Santiago, Alberto Hurtado s\u2019inscrivit à la faculté de droit; mais il en sortit bientôt pour entrer au noviciat de la Compagnie de Jésus.C\u2019est en Europe, à Barcelone d\u2019abord, puis en Belgique, qu\u2019il fit ses études de philosophie et de théologie.Rentré au Chili en 1936, après son ordination et une visite des centres sociaux européens, ses supérieurs l\u2019appliquèrent au ministère des jeunes.Huit années de labeur intense, les dernières comme aumônier national de la Jeunesse catholique chilienne.Il lui consacra plusieurs livres dont la Crise de la puberté et V Education de la jeunesse et la Vie affective de l'adolescent.Il enseigna avec succès dans les collèges et à l\u2019université, dirigea de nombreux jeunes gens et fut un grand recruteur de vocations, un ardent apôtre des retraites fermées.La deuxième étape de l\u2019apostolat du P.Hurtado dura le même temps.L\u2019action sociale l\u2019occupa tout entier.Les pauvres d\u2019abord.Son activité rappelait celle de Don Bosco.A travers mille difficultés, par des prodiges de volonté et d\u2019audace, sans aucun égard pour sa santé, il réussit à mettre sur pied « le Foyer du Christ », vaste entreprise en faveur des miséreux, si nombreux dans la capitale du Chili.Non seulement ils y trouveront le gîte et le couvert, mais encore on leur apprendra à gagner leur propre subsistance: un métier pour les hommes; la couture, la cuisine, la buanderie pour les femmes; une instruction rudimentaire et des travaux manuels pour les enfants.Une ferme-école accueille même les jeunes vagabonds et les aide à se réhabiliter.Pour le seconder dans cette œuvre d\u2019envergure, le P.Hurtado songea au Canada.En 1946, il était à Montréal en quête d\u2019une communauté qui voudrait bien lui apporter son appui.Il en visita plusieurs dans la province de Québec.Aucune, malheureusement, ne pouvait à ce moment disposer des sujets requis.Sans se décourager, le vaillant religieux retourna à Santiago et poursuivit son apostolat, ne comptant que sur l\u2019aide de ses concitoyens.Elle fut si efficace qu\u2019en quatre ans, dans ses immenses locaux, « le Foyer du Christ » accueillit plus de 300,000 miséreux.Le nombre n\u2019a cessé depuis d\u2019augmenter.Mais les travailleurs de différents métiers furent aussi l\u2019objet de la sollicitude éclairée du P.Hurtado.Imbu de la DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS DÉSIRS DE NOS COMMISSIONS SCOLAIRES Albert PLANTE ROMANS CANADIENS DE 1952 Paul-Émile RACICOT doctrine sociale de l\u2019Église, convaincu que seule elle pourra redonner au salarié, fût-il le plus humble, sa dignité, et qu\u2019en même temps elle préservera la masse du danger communiste, il s\u2019employa à la fondation de syndicats ouvriers.Là encore, bien que le climat parût peu favorable à cette œuvre, l\u2019intrépide apôtre réussit.En 1947, naissait l\u2019ASICH (Action syndicale et économique du Chili).Il lui fallut gagner des adhérents, former des chefs, parlementer avec les patrons.Il avait la joie, en 1951, d\u2019entendre le président général de la Confédération internationale des syndicats chrétiens, à laquelle l\u2019ASICH était affiliée, M.Gaston Tessier, de passage au Chili, déclarer que ce mouvement syndical était le plus remarquable en Amérique latine.Les pauvres, les ouvriers.L\u2019activité du P.Hurtado n\u2019était pas satisfaite.Dans son désir d\u2019établir dans son pays un ordre social chrétien, il ne pouvait oublier la classe dirigeante, celle qui commandait soit par sa culture, soit par sa richesse.Pour elle, il multiplia les rencontres, les conférences, les exercices spirituels, les écrits.Coup sur coup, il publie divers ouvrages: Y Humanisme social, le Syndicalisme, la Morale professionnelle.Il fonde une collection de documents sous le titre de « La doctrine sociale de l\u2019Église ».Et enfin, le rêve de sa vie, il lance, en octobre 1951, une grande revue, le Message.Mais l\u2019heure de la récompense allait sonner tôt pour ce valeureux travailleur.N\u2019avait-il pas déjà accompli la besogne de plusieurs hommes?La mort ne le surprit pas.Il lui fit même bon accueil, malgré l\u2019abandon de ses œuvres et les souffrances que lui causa le cancer qui le rongeait.Sans doute, son apostolat lui tenait à cœur.Mais, religieux exemplaire, il avait appris à obéir, à vivre humble, mortifié, intimement uni à Notre Seigneur.Seule comptait pour lui la volonté de Dieu.A son appel, il pouvait répondre: « Présent », sans hésitation ni réticence.Un de ses derniers ministères fut la retraite annuelle qu\u2019il donna aux Oblats canadiens, dont l\u2019apostolat au Chili lui apporta une grande joie.La mort du P.Hurtado affecta profondément tout le pays.On lui fit des funérailles nationales.Les plus hautes autorités religieuses et civiles y participèrent.Plus remarquable encore fut la foule des petits, des humbles, des miséreux groupés, en pleurs, autour de son cercueil et le long des rues où il passa.Quel plus beau cortège pour entrer dans l\u2019éternité, pour monter auprès du Christ qui voulut être ouvrier lui-même et s^apitoya sur les misères du peuple! Que Dieu donne à son Église, en cette époque de difficultés sociales, beaucoup d\u2019apôtres de cette trempe! UN SIÈCLE AU SERVICE DE L'ÉDUCATION - II Gérard FILTEAU LA CRITIQUE LITTÉRAIRE Pierre ANGERS A QUI CE PAYS ?\tLE TRAVAIL DE LA FEMME Antoine BERNARD\tLéon THOORENS L'ASSISTANCE PUBLIQUE et les MUNICIPALITÉS Pierre LAPLANTE JANVIER 1953 13 CRIME ET POUVOIR AUX ÉTATS-UNIS DANS LE DEUXIÈME RAPPORT qu\u2019il présenta au Congrès américain (28 février 1951), le Comité sénatorial formé spécialement pour enquêter sur le crime organisé aux États-Unis (voir Relations, 1952, oct., p.266; nov., p.294; déc., p.325) écrivait: « Les témoignages accumulés devant nous révèlent avec une évidence aveuglante que le crime n\u2019a pu s\u2019organiser facilement et prospérer que grâce à la corruption et à la complicité répandues au sein de l\u2019administration publique.Des preuves de corruption et de complicité, le comité en a découvert dans tous les gouvernements: celui du pays, ceux des états et ceux des villes.Dans l\u2019administration fédérale, la corruption affecte surtout l\u2019application des lois relatives à l\u2019impôt sur le revenu.Dans les états et les villes, elle éclate sous les cinq formes suivantes: a) par des gratifications en argent, on obtient la protection des représentants de la loi, ceux-ci s\u2019abstenant de lutter contre les activités spécifiquement criminelles; b) des influences, des pressions sont exercées par des fonctionnaires importants ou des chefs politiques dans le but de protéger les activités criminelles et de promouvoir les intérêts des gangsters; c) on trouve des représentants de la loi en possession de fortunes extraordinaires et inexpliquées; d) des représentants de la loi participent directement aux affaires des syndicats criminels; e) dans les campagnes électorales, à tous les niveaux de l\u2019organisation politique, les candidats reçoivent fréquemment des contributions en argent de la part des syndicats criminels, abstraction faite de toute considération d\u2019allégeance à un parti politique.Souvent, les souscriptions vont aux deux partis en même temps; les gangsters jouent sur les deux tableaux.» (II, p.26.) Pour mettre en lumière la corruption dans le gouvernement des états, le deuxième rapport insiste sur le cas du gouverneur Smith (Missouri).« Dans l\u2019état du Missouri, on remarque un lien, qui ne peut être fortuit, entre le choix, par le gouverneur, de deux membres de la police de Kansas City, favorables à la liberté absolue du jeu, et l\u2019appui de Binaggio au cours de l\u2019élection.Avant d\u2019être assassiné, Binaggio, qui avait de gros intérêts dans le jeu, alla jusqu\u2019à offrir de l\u2019argent à l\u2019ancien procureur général McKittrick pour qu\u2019il retire sa candidature au poste de gouverneur.Selon le témoignage de McKittrick, Binaggio aurait dit: « Il me faut un gouverneur.» On lira dans le troisième rapport des détails « édifiants » sur l\u2019influence exercée par Binaggio dans le gouvernement de l\u2019état du Missouri et de la ville de Kansas City (III, pp.40 ss.); puis, la longue histoire de Frank Costello (qui, en 1942, « dominait complètement Tammany Hall » (III, p.122) et celle de l\u2019ancien gouverneur de l\u2019état de New-York, William O\u2019Dwyer (III, pp.124 ss.).Au niveau municipal, le comité reçut la preuve abondante que les administrateurs de toutes les villes où il entendit des témoignages étaient, à une ou deux rares exceptions près, de connivence avec les criminels (II, p.27).A Philadelphie, l\u2019homme au trésor (the « bag » man) se présentait régulièrement à un poste de police, avec de l\u2019argent plein ses poches.On déclara que chacun des trente-huit districts policiers de cette ville reçut de $3,000 à $4,000 par mois, soit, en tout, à peu près $152,000 par mois, sans compter les cadeaux faits aux officiers supérieurs (II, p.28).Le plus triste, sans doute, est de constater que la magistrature n\u2019est pas exempte de blâme.A Philadelphie, comme ailleurs, selon le témoignage du juge Joseph Sloane, les criminels étaient traités à la légère; lorsque des hommes de paille comparaissaient devant la cour, on ne faisait aucun effort pour rechercher les vrais coupables.avec ou sans COMMENTAIRES DÉMOCRATIE ET FÉDÉRALISME LE MOIS DERNIER (p.324), nous avons publié, en le commentant, un extrait d\u2019une conférence prononcée par Jean Buchmann à la semaine d\u2019études qu\u2019a tenue à Luxembourg, du 24 au 31 juillet 1948, le Sous-Secrétariat de formation et d\u2019action sociales de Pax Ramana.Dans ce texte, dont le thème est la « Doctrine politique de la démocratie sociale-chrétienne », la fin mérite considération.Nous croyons, avec l\u2019auteur, que « le point où la démocratie sociale-chrétienne marque une particulière originalité, le point où le personnalisme chrétien affirme sa supériorité sur toute autre forme de démocratie ou de socialisme, c\u2019est dans le principe du pluralisme ».Qu\u2019est-ce à dire ?« L\u2019homme n\u2019est pas un individu isolé dans l\u2019Etat anonyme; il vit et agit dans la famille, dans une commune; il travaille dans une entreprise.Les libertés des communautés conditionnent celle de la personne.Celle-ci y résulte pratiquement de son insertion dans une pluralité de groupes et d\u2019un juste équilibre entre leurs influences combinées.Le danger pour la liberté personnelle ne vient pas de groupes multiples et forts, mais de la prédominance de l\u2019un d\u2019eux: ce qui est à craindre, ce n\u2019est pas le groupe fort, mais le groupe unique.En fait, la personne est d\u2019autant plus libre qu\u2019elle.participe en même temps de plus de groupes sociaux.» Par conséquent, « le remède contre V étatisme, aussi bien que contre le libéralisme, réside dans le fédéralisme, c\u2019est-à-dire la reconnaissance de ce pluralisme des communautés dans leur réalité et leur finalité propres, incarnant des libertés positives et génératrices d\u2019ordres juridiques autonomes et hiérarchisés \u2014 et la reconnaissance aussi haute que possible sur le plan institutionnel.Cela signifie: décentralisation et représentation organique ».Décentralisation.Autonomies.C\u2019est la même chose.« Pour être libres, les communautés doivent pouvoir gérer intérêts propres: elles doivent être .Résoudre chaque problème à V échelon où il se pose : telle est la règle.Il faut ramener les problèmes à hauteur d\u2019homme.Dans cette perspective, la commune \u2014 fédération des communautés de vie quotidienne \u2014 a un rôle particulièrement important à jouer comme unité de base, à la fois économique, sociale et politique.A la hauteur des unités territoriales, des fédérations de communautés se constituent donc naturellement, dont les pouvoirs se limitent aux services qu\u2019elles rendent.Ainsi l\u2019État « concentrationnaire » se dissout dans l\u2019État fédéral, aux attributions limitées, mais plus fort et plus efficace parce que décongestionné.» Représentation organique.En d\u2019autres termes, une « hié-rachie d\u2019autonomies ».Car « la démocratie est incomplète là où il n\u2019existe qu\u2019une représentation des opinions dans les partis politiques.Au parlementarisme incompétent et coupé de la masse, il faut apporter le remède d\u2019une organicité de la représentation.Sur le plan territorial, cela exige un État concret assurant au peuple organisé une représentation réelle, à travers une hiérarchie d\u2019autonomies locales, l\u2019inspiration venant de la base.Sur un plan social, cela suppose que les diverses fonctions puissent s\u2019exprimer sans engendrer pour autant un corporatisme dangereux; la meilleure formule semble résider dans un « syndicalisme fonctionnel » s'épanouissant en conseils consultatifs : famille, enseignement, culture, économie et travail.Ce système confie aux intéressés la préparation \u2014 élaboration ou avis \u2014 de la mesure, tout en réservant la décision finale aux pouvoirs politiques, gardiens de l\u2019intérêt général ».On comprend, dès lors, que la démocratie sociale-chrétienne s\u2019identifie avec le fédéralisme, « forme suprême de la démocratie » (Kelsen).Si l\u2019auteur a raison, qui ne voit les progrès que le Canada et même la province de Québec ont encore à faire pour réaliser la vraie démocratie ?souverainement leurs autonomes.« LA LIGNE NETTE DE LA DOCTRINE SOCIALE CATHOLIQUE » DANS SON RÉCENT message au Katholikentag autrichien, S.S.Pie XII a exhorté les fidèles à « suivre fidèlement la ligne nette de la doctrine sociale catholique,.sans dévier ni à droite ni à gauche.Une déviation de quelques degrés seulement, au début, pourrait sembler sans portée.A la longue, cette déviation entraînerait un écartement dangereux du droit chemin et des suites graves.Pensée sereine, maîtrise de soi-même, fermeté en face des séductions des extrêmes: voilà les exigences de l\u2019heure présente en ce domaine ».Dans son bulletin du 15 octobre dernier, l\u2019Union internationale de la presse catholique, dont le siège est à Paris, reproduit un texte de Jean Delille qui a donné, dans la Croix du Nord, quelques exemples de déviations.« Quand on s\u2019accroche désespérément à la conception individualiste du droit de propriété, sans se préoccuper des lourdes responsabilités qu\u2019ü comporte, on se fourvoie à droite.Quand on amenuise ce droit jusqu\u2019à ne plus voir que la fonction sociale de la propriété et qu\u2019on nie la légitimité de toute propriété privée des biens de production, on se fourvoie à gauche.« Refuse-t-on d\u2019amender, pour l\u2019humaniser, le contrat de salariat, considérant comme mal fondée toute revendication en ce domaine ?On passe à côté des directives pontificales incluses dans Quadragesimo anno et maintes fois rappelées depuis.Exige-t-on la cogestion ouvrière comme un droit naturel ?On contredit formellement la doctrine de Léon XIII, de Pie XI et de Pie XII.« Si, par phobie de l\u2019étatisme, on récuse toute intervention de la puissance publique dans l\u2019ordre économique, c\u2019est un démenti infligé à Rerum novarum.Si, au nom du progrès technique et de l\u2019intérêt des humbles, on prône la socialisation universelle, les enseignements de l\u2019Église n\u2019en sont pas moins bafoués.« Rejeter le syndicalisme comme un instrument de lutte des classes, c\u2019est nier le droit naturel d\u2019association tant de fois affirmé par les papes.Afficher une sorte d\u2019indifférence à l\u2019égard des options syndicales, considérer qu\u2019on peut sans scrupule adhérer à la C.G.T., c\u2019est faire fi, avec une coupable légèreté, des documents innombrables dans lesquels l\u2019Église, par la voix de ses chefs et de la hiérarchie, a encouragé la naissance et la croissance du syndicalisme chrétien.» 14 RELATIONS JANVIER 1953 L\u2019ÉGLISE DE CHINE A BESOIN DE NOUS VOICI un extrait d\u2019une lettre écrite de Hong-Kong par un missionnaire canadien-français qui a tenu tête pendant sept ans aux communistes: « De quinze missionnaires que nous étions sur le bateau, de Tientsin à Hong-Kong, pas un seul qui ne fût éclopé.Un soir, les sept Pères de Pékin, qui ont été expulsés après avoir été terriblement torturés, nous ont raconté avec force détails leurs heures les plus dures.Leurs gardiens commencèrent par les empêcher de dormir pendant six semaines; puis ils leur attachèrent les mains derrière le dos et les suspendirent à deux pieds de terre, la bouche remplie de vieux bas sales pour les empêcher de crier.On les força de marcher à quatre pattes, portant une pierre de soixante-dix livres sur le dos et la nuque, jusqu\u2019à ce que le sol devienne tout humide de leurs sueurs.On leur arracha la barbe poil par poil.Ce n\u2019est là que quelques exemples de ce qu\u2019ils ont eu à endurer.» On comprend cette réflexion du correspondant: « La plupart de ceux qui sortent de Chine ont le système nerveux détraqué.» Les fidèles et les pasteurs de Chine ont besoin de nos prières et de nos sacrifices.CONFÉDÉRATION ET AUTONOMIE IL EST PARFOIS très instructif de lire certains textes historiques à la lumière du présent.Dans son Mémorial de l'éducation pour le Bas-Canada (2e édition, 1876), J.-B.Meilleur, qui fut surintendant de l\u2019Éducation de 1842 à 1855, émet, en passant, quelques réflexions sur la Confédération.Elles font suite à une appréciation sévère sur l\u2019Acte d\u2019Union de 1841, qui avait réuni sous un seul gouvernement le Bas-Canada (la province de Québec) et le Haut-Canada (la province d\u2019Ontario) : « Cette union a donné naissance à la discorde, à la banqueroute et à l\u2019agitation, qui, si elle n\u2019est pas bientôt arrêtée dans sa marche menaçante et alarmante, nous mènera infailliblement à d\u2019autres troubles, à d\u2019autres commotions plus sinistres et plus regrettables encore.Que Dieu nous en préserve! » Voici le passage sur la Confédération: «Depuis que ce qui précède est écrit, une autre espèce d\u2019union, plus générale et plus importante, vient de s\u2019effectuer au milieu de longues et chaleureuses contestations, mais qui promet le bien, le bonheur et la satisfaction de tous les intéressés.Résultat du mouvement et des combinaisons politiques des parties et comprenant presque toutes les possessions britanniques dans l\u2019Amérique du Nord, l\u2019essai qu\u2019on va en faire obtiendra sans doute un résultat ayant des proportions pour l\u2019instant imprévues et incalculables en réalité.L\u2019expérience seule nous prouvera, dans un avenir éloigné, si ce résultat sera de nature à nous procurer, à nous Canadiens français, tous les avantages qu\u2019on nous promet.Toutefois, espérons que nous les réaliserons tous, et que nous aurons à nous féliciter de pouvoir ainsi maintenir et consolider notre nationalité et notre autonomie.Mais la prudence et la sagesse, autant que la vigilance et l\u2019habileté dans l\u2019usage des moyens qui nous sont donnés par la nouvelle constitution, contribueront beaucoup plus à obtenir pour nous ce résultat particulier que la nature même des principes constitutionnels sur lesquels repose cette nouvelle union.» L\u2019expérience a prouvé que Meilleur voyait juste.Prudence et sagesse, vigilance et habileté sont et seront toujours nécessaires.15 Au fil du mois Problèmes Le 10 décembre, la section d\u2019étude « Im-d\u2019immigration\tmigrants » du Conseil des Œuvres de Montréal tenait une assemblée générale.Quatre-vingt-dix invitations avaient été envoyées.Une cinquantaine de personnes étaient présentes.Bon succès.Les organisateurs étaient satisfaits.Ils l\u2019auraient été davantage s\u2019il y avait eu plus de représentants des maisons d\u2019éducation.On comprend facilement pourquoi.Il est tellement désirable de « créer un immense réseau de services et d\u2019amour pour le sans-foyer, le réfugié, l\u2019expulsé et le migrant » \u2014 ce sont les termes de la quatorzième résolution de la première Conférence internationale catholique sur les migrations \u2014 qu\u2019il est tout normal, pour des gens immergés dans les difficiles problèmes de l\u2019immigration, d\u2019espérer voir la jeunesse s\u2019initier à ces problèmes.Que les problèmes posés par l\u2019immigration soient nombreux, il fut facile de s\u2019en convaincre en écoutant les cinq travaux, destinés chacun à mettre en lumière une question et à amorcer la discussion: La situation jaite à Vétudiant immigrant, Le carrefour de Vaccueil, L\u2019immigrant a-t-il besoin d\u2019être hospitalisé ?, Le rôle de la paroisse nationale, L\u2019immigrant et la sécurité sociale.D\u2019après M.l\u2019abbé Roger Aird, directeur adjoint du Conseil des Œuvres et spécialement chargé de la coordination des organismes s\u2019occupant d\u2019immigration, le problème capital, c\u2019est celui de l\u2019éducation.Comment le résoudre?M.l\u2019abbé Jacques Baillargeon, aumônier adjoint des étudiants de l\u2019Université de Montréal, montra l\u2019immense service que rendrait un fonds permanent pour des bourses d\u2019étude.On proposa diverses façons de le constituer.Bien qu\u2019excellente et digne d\u2019être réalisée le plus vite possible, cette solution ne règle pas tout le problème.Dans son exposé sur les paroisses nationales, le R.P.Jean Kubilius, S.J., curé de la paroisse lithuanienne de Notre-Dame-Porte-de-l\u2019Aurore, parla de l\u2019opportunité d\u2019écoles nationales néo-canadiennes au stade primaire, du moins pour la première génération.Cela, afin de garder bien vivante la communication entre parents et enfants, surtout pour la vie religieuse; il y a nécessairement, affirma-t-il, une brisure familiale là où les parents prient dans une langue et les enfants dans une autre.Le problème de l\u2019éducation des divers groupes néocanadiens de Montréal n\u2019a pas encore été étudié dans toute son ampleur.Trois solutions ont chacune leurs partisans: a) des écoles nationales, b) des classes nationales, c) des cours supplémentaires donnés une ou deux fois la semaine aux enfants néo-canadiens fréquentant l\u2019école française ou anglaise.L\u2019importance toujours plus grande des Néo-Canadiens exige que l\u2019on élabore sans tarder un plan d\u2019ensemble aussi rationnel et judicieux que possible.D\u2019autres problèmes, la plupart du temps douloureux, furent abordés à la réunion du 10 décembre.Nous aurons l\u2019occasion d\u2019en reparler.A.P.Le prix Duvernay En décernant le prix Duvernay au au chanoine Groulx chanoine Lionel Groulx pour son Histoire du Canada français en quatre volumes, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a récompensé à la fois un homme et une œuvre d\u2019un rare mérite chez nous.Un homme qui a été et qui demeure le maître inspirateur de toute une génération, et dont l\u2019influence n\u2019a pas fini de s\u2019exercer; qui a su se tenir debout et marcher droit dans toute sa longue carrière de prêtre et d\u2019historien; qui n\u2019a cessé de donner l\u2019exemple d\u2019un travail acharné et d\u2019un dévouement inlassable; à qui les honneurs sont venus par surcroît, sans qu\u2019il se soit jamais baissé pour les ramasser; qui a su dire à tous, aux Canadiens français comme aux Anglo-Canadiens, la rude et franche vérité, même au prix de sa tranquillité et de sa réputation personnelle.Et vraiment, l\u2019autre soir, dans les salons du Monument national, il faisait bon et beau, en ces jours où l\u2019anticléricalisme menace notre jeunesse, de voir l\u2019élite intellectuelle de Montréal réunie pour rendre hommage à ce prêtre de soixante-quinze ans qui, s\u2019il l\u2019avait voulu, aurait pu certes se vanter, dans son allocution, de n\u2019être inférieur ni en talent ni en œuvres à aucun de ceux qui l\u2019entouraient ce soir-là.L\u2019œuvre couronnée est celle qui résume toute la carrière du chanoine Groulx.Ce qui peut à certains yeux en diminuer la valeur, à savoir l\u2019absence d\u2019appareil scientifique, apparaît en réalité comme la clé même du succès.L\u2019Histoire du Canada français sera le livre de chevet, je ne dis pas des historiens de métier, des politiciens, mais de tous les jeunes qui s\u2019instruisent dans les écoles, les couvents et les collèges, et qui attendent de leur professeur d\u2019histoire du Canada autre chose qu\u2019une sèche énumération de dates ou de noms, même scientifiquement présentée.Aussi n\u2019est-il pas exagéré de dire que l\u2019œuvre du chanoine Groulx exercera sur les esprits une influence comparable à celle qu\u2019exerça Y Histoire du Canada de Garneau, au siècle dernier.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, en rendant possible la réalisation d\u2019une telle œuvre, a bien servi la communauté canadienne-française.R.A.Conversions Au cours de l\u2019année 1952, quarante adultes à Montréal de Montréal, appartenant à divers milieux sociaux et religieux, se sont convertis au catholicisme, grâce à Y Inquiry Forum du Gesù.Nos lecteurs connaissent l\u2019œuvre (voir Relations, 1952, pp.15, 98, 269).Inaugurée le 14 janvier 1952, elle a pour but de renseigner sur l\u2019Église catholique et sa doctrine tous ceux qui de bonne foi ignorent ou sous-estiment notre credo.On leur offre des leçons gratuites, de huit heures à neuf heures, les lundis et vendredis soir; on met à leur disposition, tous les jours (sauf en fin de semaine), de midi à neuf heures, une salle de lecture attrayante et discrète: ce sont les qualités mêmes de l\u2019œuvre.Quarante conversions dans un an, à Montréal, c\u2019est peu, dira-t-on.Par rapport à la population non catholique de la métropole, peut-être.Mais soupçonne-t-on ce qu\u2019implique une seule conversion?De la part de l\u2019âme qui abjure ses erreurs, effort d\u2019intelligence pour renoncer à des habitudes de pensée; héroïsme souvent du cœur et de la volonté pour briser avec un mode de vie aussi cher que familier: rupture dont la douleur n\u2019est pas nécessairement atténuée par la joie qu\u2019apporte l\u2019accès à la lumière et à la grâce.De la part des apôtres qui coopèrent à l\u2019action de Dieu, fermeté doctrinale en même temps que souplesse et tact psychologiques dans la présentation du dogme; patience et douceur aussi, que facilite heureusement la bonne volonté des chercheurs de vérité non moins que l\u2019espoir des résultats surnaturels.Et puis, si l\u2019on juge que quarante conversions, c\u2019est trop peu, rien de plus simple que d\u2019aider l\u2019œuvre à progresser plus vite.Prière d\u2019abord, à laquelle il n\u2019est pas défendu de joindre l\u2019aumône (seule ressource de Y Inquiry Forum).Propagande aussi.L\u2019occasion est bonne: une nouvelle série de cours commencera le 9 janvier pour se terminer à Pâques.Faites connaître Y Inquiry Forum à ceux de vos amis qui auraient le goût d\u2019en profiter.M.-J.d\u2019A.Télévision Une grande campagne est actuellement et radio privées en cours contre le contrôle sévère exercé par Radio-Canada sur la télévision.Les arguments des adversaires de ce monopole, porte-parole des postes privés ou membres de l\u2019opposition, sont impressionnants.Sans doute, Radio-Canada a adopté pour la télévision 16 RELATIONS une politique contraire à celle de la radiodiffusion, en s\u2019arrogeant un monopole qui deviendrait nuisible aux véritables intérêts de la population canadienne s\u2019il devait se prolonger trop longtemps.Mais au stage actuel des expériences initiales, la conduite de Radio-Canada nous semble, malgré tout, fort défendable.Ainsi, pour nous en tenir à la section française de notre société nationale, ne faut-il pas voir dans les précautions adoptées un avantage et une garantie que la télévision canadienne échappera quelque peu à la tyrannie des agences de presse et des commanditaires?L\u2019expérience nous a trop souvent édifiés sur les préoccupations culturelles et artistiques de ces gens.Quelques exemples, entre mille.On serine dans les oreilles des auditeurs d\u2019innombrables chansonnettes françaises entrecoupées d\u2019annonces disparates, et cela, tout le long de la journée.On invite le public à des concours fort payants, où les questions sont adaptées à l\u2019intelligence moyenne de la population, qui ne dépasse pas, selon les experts, la mentalité des enfants de douze ans.On aguiche la curiosité par des concours sibyllins; la réponse en est pratiquement introuvable afin que la prime du jour, s\u2019ajoutant à celle de demain, en vienne a constituer une somme importante excitant la curiosité et la cupidité de l\u2019auditeur.On offre trop de primes en argent, pratique qui ressemble aux jeux de hasard.Et comment oublier les programmes d\u2019opéra de savon?Les gens de l\u2019Amérique du Nord forment, de par les bons offices de la radio, le peuple le plus lavé et le plus savonné du monde.Radio-Canada n\u2019est pas exempt de tout reproche en ce domaine.Loin de là.Mais grâce aux revenus assurés par le trésor public, notre société peut plus facilement se dégager de cette servitude.Ses émissions radiophoniques, dites de soutien, sont ordinairement marquées d\u2019une haute tenue littéraire et artistique et font preuve d\u2019un louable souci d\u2019éducation.A ce propos, ne faut-il pas déplorer l\u2019apparente inaction de trop des nôtres, qui devraient se préoccuper de tout ce qui touche à l\u2019éducation de notre peuple, devant le problème de la télévision et les efforts méritoires tentés par les dirigeants actuels pour le résoudre?Avant longtemps, la télévision aura envahi nos foyers.Peut-on rester indifférent à la qualité de l\u2019influence qu\u2019elle y exercera ?Et, pour finir, une suggestion à propos de la radio privée.Si elle donnait des gages d\u2019une amélioration sensible dans la qualité des programmes, comme on a déjà commencé à le faire; surtout, si elle mettait sur pied un organisme chargé de surveiller les émissions de la télévision et d\u2019en favoriser la valeur, nous serions plus rassuré.Et le monopole actuel de Radio-Canada pourrait ainsi plus vite faire place au régime de libre concurrence.E.G.Les deux grands chefs ouvriers qui viennent de disparaître aux États-Unis, Philip Murray et William Green, auront beaucoup contribué à maintenir leurs importants groupements dans un esprit de collaboration, plutôt que de lutte, avec la classe patronale.De Philip Murray nous savons qu\u2019il était catholique pratiquant et travaillait activement à instaurer dans son pays l\u2019organisation professionnelle corporative d\u2019après le plan de l\u2019encyclique Quadragesimo anno.Fait moins connu: le protestant William Green était aussi un lecteur assidu des encycliques sociales et s\u2019inspirait de leur doctrine dans la conduite de la Fédération américaine du Travail (A.F.L.).Son successeur à la tête de cette puissante organisation, Georges Meany, est un catholique de bonne réputation, père de quatre enfants.Des groupements confessionnels, comme Y Association of Catholic Trade Unionists, ont bénéficié de sa collaboration active.Quant au successeur de Philip Murray à la tête du Congrès des organisations industrielles (C.I.O.), le dynamique William Reuthers, il est bien connu pour la lutte qu\u2019il a menée afin de débarrasser son mouvement des éléments communistes qui s\u2019y étaient glissés.Il fut le bras droit de Philip Murray dans cette importante et difficile épuration.Autre fait de bon augure:Je secrétaire du Travail dans le nouveau gouvernement des États-Unis est un Irlandais catholique, Martin P.Durkin.Son prédécesseur dans le cabinet Truman, Maurice J.Tobin, était lui aussi un Irlandais catholique, qui ne cachait pas ses convictions religieuses.Il écrivit, sous le titre: le Saint que je préfère, un bel éloge du bienheureux Thomas More, qu\u2019il proposait comme modèle aux hommes publics.D\u2019origine plus modeste, \u2014 il exerça longtemps le métier de plombier, \u2014 Durkin était président de son union, lorsque le général Eisenhower l\u2019appela dans son cabinet.Grande fut la surprise, car le nouvel élu est un démocrate notoire.Mais tous reconnaissent sa compétence dans les questions du travail et surtout ses qualités d\u2019homme bien équilibré, à la fois pondéré et tenace.Il est vice-président de la Catholic Conference on Industrial Problems et, suivant le témoignage des Catholic News de New-York, assiste à la messe et communie tous les matins.J.-P.A.A propos\tLe Tartuffe de Molière vient d\u2019être joué du « Tartuffe »\ten angiajs par je Montreal Repertory Theatre et le sera bientôt au Théâtre du Nouveau Monde.Un journaliste affirme qu\u2019après plus de deux siècles de « relâche », la pièce reprend l\u2019affiche.Créée au milieu des chicanes et des divisions de la Cour, la comédie aurait opposé à Québec le gouverneur et l\u2019évêque.Selon l\u2019abbé Ferland, Frontenac, tout fier du spectacle, aurait mené ses acteurs chez les Jésuites, à l\u2019Hôtel-Dieu et au parloir des Ursulines, en forçant religieux et religieuses à y assister.C\u2019est un autre abbé, du nom de La Tour, qui inventa cette histoire dans ses Mémoires sur la Vie de M.de Laval.Cet auteur cherchait à venger les partisans de Mgr de Saint-Vallier en faisant passer Frontenac pour un despote.M.l\u2019abbé Auguste Gosselin a détruit la légende, dans une étude présentée à la Société Royale du Canada en 1898.L\u2019historien Parkman n\u2019accepte pas non plus cette fable par trop grossière.Le Tartuffe ne connut donc jamais la scène sous le régime français.Tout au plus peut-on dire que Frontenac projeta de monter le spectacle au château Saint-Louis et que l\u2019évêque l\u2019en détourna moyennant pistoles, que le gouverneur fit distribuer aux pauvres.P.-E.R.Dans le monde du, travail aux Etats-Unis Une exclusivité NOTRE QUESTION NATIONALE Tome I: Les faits par le P.Richard ARÈS, S.J.Quelques rares exemplaires encore en vente aux Éditions Bellarmin Prix: $1.00 JANVIER 1953 17 La Cour suprême du Canada Antonio PERRAULT CE TRIBUNAL existe depuis soixante-dix-sept ans.C\u2019est par une loi sanctionnée le 8 avril 1875 (38 Victoria, chap.11, modifiée depuis) qu\u2019il fut constitué.L\u2019article 15 de la loi de 1875 décrétait que « la Cour suprême aura, possédera et exercera une juridiction d\u2019appel, au civil et au criminel, dans et par tout le Canada ».Sa création donna lieu à maintes discussions.Celles-ci, apaisées depuis quelques années, occupent de nouveau l\u2019attention publique à la suite de la loi sanctionnée par le parlement fédéral, le 10 décembre 1949, abolissant les appels au Comité judiciaire du Conseil privé et faisant de la Cour suprême le dernier tribunal d\u2019appel au Canada.C\u2019est en se prévalant de l\u2019article 101 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord que le parlement fédéral invoqua le droit d\u2019établir ce tribunal d\u2019appel.Relisons cet article 101 : Le parlement du Canada pourra, nonobstant toute disposition contraire énoncée dans le présent Acte, lorsque l\u2019occasion le requerra, adopter des mesures visant à créer, maintenir et organiser une cour générale d\u2019appel pour le Canada, et établir des tribunaux additionnels pour la meilleure administration des lois du Canada.D\u2019autre part, l\u2019article 92 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord accorde aux provinces pouvoir exclusif en matière de propriété et de droits civils, et il contient ce paragraphe 14 reconnaissant aux provinces cet autre droit exclusif: L\u2019administration de la justice dans la province, y compris la création, le maintien et l\u2019organisation de tribunaux de justice pour la province, ayant juridiction civile et criminelle, y compris la procédure en matières civiles dans ces tribunaux.Vu ces textes, le parlement fédéral pouvait-il accorder à la Cour suprême juridiction en matière civile ?Maints juristes répondirent dans la négative.Il s\u2019ensuivit une opposition à l\u2019encontre de ce tribunal.Mécontentement dans les provinces d\u2019Ontario et de Québec, chez les Anglo-Canadiens aussi bien que chez les Canadiens français.En 1878, M.W.H.Kerr écrivit dans The Legal News, revue publiée à Montréal (vol.1, p.140): The Supreme Court at present is looked upon with great distrust.La même revue, dans sa livraison du 5 mars 1881, publiait, au sujet de cette cour, un long article sous la signature de R.J\u2019en détache ce passage: The dissatisfaction of Ontario and Quebec has manifested itself with considerable violence, and some reason.Le Canada Law La Cour suprême du Canada est devenue notre cour de dernière instance.Le jail a suscité, au cours des derniers mois, des commentaires nombreux et variés.Voici Vopinion d'un juriste bien connu, Me Antonio Perrault, ancien bâtonnier de la province de Québec, et président du comité de direction et de rédaction de la Revue du Barreau.Journal, revue publiée en Ontario, multiplia ses attaques contre la Cour suprême, en 1879, 1880, 1882, 1892, 1895, 1896, 1902.A la session de 1881, sir John A.Macdonald, alors premier ministre du Canada, se rendant compte des malaises que provoquait la Cour suprême, déclara à la Chambre des Communes: Devons-nous nommer un certain nombre de juges ad hoc, pris dans la judicature ou le barreau du Bas-Canada, pour compléter le personnel de ce tribunal quand il aura à juger les causes de la province de Québec, ou devons-nous prendre quelques autres moyens ?C\u2019est ce que je ne saurais dire, et si la Cour suprême est maintenue, nous devrons trouver une solution propre à faire disparaître le mécontentement qui existe, dans tous les cas, parmi les Canadiens français du Bas-Canada.Sir John A.Macdonald paraissait alors douter de l\u2019opportunité de maintenir la Cour suprême.Cette attitude faisait suite à l\u2019intervention de députés fédéraux (tels Désiré Girouard et Philippe Landry, en 1881) et de sénateurs (comme sir A.Campbell, en 1882) qui, à diverses reprises, demandaient d\u2019abolir cette cour ou, du moins, de restreindre sa juridiction.A la session de 1903, M.Philippe Demers, député fédéral de Saint-Jean et d\u2019Iberville (nommé, le 30 août 1906, juge à la Cour supérieure), revint à la charge.Il présenta un projet de loi limitant la juridiction de la Cour suprême.Dans son discours prononcé à la Chambre des Communes le 4 mai 1903, il ne cacha pas ses sentiments à l\u2019égard de la Cour suprême.J\u2019extrais de son discours (reproduit dans la Revue Légale, nouvelle série, vol.9, pp.223 et suiv.) ces passages qui résument l\u2019attitude de maints juristes à l\u2019égard de la Cour suprême du Canada: Mon acte d\u2019accusation sera bref: j\u2019accuse la Cour suprême du Canada de n\u2019avoir jamais joui de la confiance du pays.L\u2019année dernière, la Patrie, qui était alors l\u2019un des principaux organes du gouvernement, disait : « La Cour suprême, d\u2019ailleurs, dès sa création, fut impopulaire dans toutes les provinces.Non seulement la population française se plaignait de ce tribunal, mais il en était de même de la population anglaise qui n\u2019a jamais été satisfaite de cette cour.La Cour suprême du Canada est et continue d\u2019être considérée, suivant l\u2019expression des Legal News, «with great distrust».Allons-nous perpétuer un tel état de choses ?Oui, si nous continuons à fermer les yeux sur l\u2019origine du mal.Le mal réside ou dans la constitution du corps ou dans les membres.Ayant déclaré que la personnalité des juges n\u2019était pas en cause, le député Demers ajouta: C\u2019est donc une maladie constitutionnelle.La juridiction de la Cour en matière provinciale est illégitime.La légitimité de la juridiction delà Cour suprême en matière provinciale est douteuse si l\u2019on examine la lettre de la loi; elle l\u2019est encore plus si on examine l\u2019esprit de la constitution; elle ne l\u2019est plus si l\u2019on consulte le bon sens, et c\u2019est là surtout ce qui la tue.18 RELATIONS Après avoir cité l\u2019article 101 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord, il continue: Ces mots: « pour la meilleure administration des lois du Canada » (dans l\u2019art.101), s\u2019appliquent-ils à toute la phrase ?Voilà le point en litige, et, Monsieur l\u2019Orateur, l\u2019article même nous porte à douter.Mais quand je considère l\u2019esprit de notre constitution, qui est l\u2019autonomie des provinces, mes doutes augmentent considérablement; ils prennent un corps, et je les formule par l\u2019argument suivant, qui me paraît assez solide.Le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire sont corrélatifs.Pas de pouvoir judiciaire sans autorité législative.pas d\u2019autorité législative sans le pouvoir judiciaire.Or, l\u2019art.92 de l\u2019A.A.B.N.déclare que le pouvoir législatif des provinces en certaines matières est exclusif.N\u2019est-ce pas dire que le pouvoir judiciaire le sera ?Mais un point qui n\u2019est pas douteux, c\u2019est que la constitution de la Cour répugne au bon sens.Les lois de chaque province interdisent l\u2019exercice des fonctions judiciaires à celui qui n\u2019a pas pratiqué pendant un certain nombre d\u2019années.Et cependant, nous avons ici des juges qui prononcent souverainement sur des lois qu\u2019ils n\u2019ont ni apprises ni pratiquées.Comment pouvons-nous espérer qu\u2019avec l\u2019aide du temps, les avocats les plus éclairés des provinces, nos magistrats, tous ceux enfin qui ont passé leurs jours et leurs veilles dans l\u2019étude de leurs lois provinciales, et qui, malgré cela, sont forcés d\u2019avouer qu\u2019ils ne savent rien, puissent soumettre leur opinion sans réserve et sans arrière-pensée à une Cour constituée comme la Cour suprême ?Cela pouvait se faire autrefois, quand l\u2019autorité était tout; cela n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui, où le droit est tout.C\u2019est ce défaut de confiance qui a déterminé les nombreuses attaques contre la Cour suprême.Sa constitution est donc vicieuse.Le bill soumis à votre considération a pour but de faire de la Cour suprême une cour fédérale.La Cour gagne en élévation ce qu\u2019elle perd en étendue.La question fut soumise à la Cour suprême et au Comité judiciaire du Conseil privé.Ces deux tribunaux décidèrent que l\u2019article 101 permettait au parlement fédéral de créer cette cour générale d\u2019appel, avec pouvoir d\u2019entendre les causes venant de l\u2019une ou l\u2019autre des provinces canadiennes.Le débat porté sur ce terrain est-il clos ?Le 8 décembre 1950, M.le juge O\u2019Halloran, de la Cour d\u2019appel de la Colombie britannique, dans l\u2019affaire GUI v.Ferrari (voir Western Weekly Reports, New Series, vol.1, p.94; Dominion Law Reports, 1951, vol.1, p.647), fit les remarques suivantes: I would refuse leave to appeal to the Supreme Court of Canada from this court\u2019s judgment in Gill v.Ferrari.The present case concerns an essentially provincial matter.The rights involved are governed entirely by provincial statute.The foregoing conclusions raise interesting and far-reaching inquiries to which I refer briefly, but do not attempt to decide here.There is, for example, the jurisdiction of the Supreme Court of Canada to entertain such an appeal.Reading sections 101 and 92 (14) of the B.N.A.act, 1867, together, one may well wonder if « laws of Canada » in sec.101 include laws entirely within provincial competency and which raise no constitutional question affecting the federal state.If « the administration of justice » in its provincial aspect is confided solely to the provinces under sec.92 (14), how can it be reconciled with review by the judicial branch of the federal authority of decisions thereunder by provincially constituted courts ?Again, an appeal is purely a creature of statute; the statutory language purporting to confer an appeal fails in its purpose if the creative language extends to some end incompetent to federal authority.Sec.101 clearly confers the jurisdiction in respect to federal law, but if its intendment is sought to include provincial laws as well, then in view of sec.92 (14) it would appear to have purposely refrain from saying so.Inherent in this series of questions lies another, viz.the jurisdiction of the federal authority to do by indirection what it cannot do directly.If the federal parliament has not jurisdiction to legislate upon a given subject-matter solely within provincial competency, then how can another federal branch JANVIER 1953 (viz.the Supreme Court) review, supervise or alter decisions thereon by provincially constituted courts ?Les lecteurs de cette revue feront évidemment un rapprochement entre les remarques de ce juge canadien-anglais de la Colombie britannique et celles que prononça en 1903, à la Chambre des communes, le député Philippe Demers.A quarante-sept ans de distance, n\u2019est-ce pas le même son de cloche ?Dans son important ouvrage, Canadian Constitutional Law (1951, p.482), M.Bora Laskin, professeur de droit à l\u2019Université de Toronto, note que M.le juge O\u2019Halloran seeks to revive the issue.M.Laskin ajoute: Does the term « general Court of Appeal for Canada # in sec.101 contemplate that the Dominion can provide for appeals to the Supreme Court only from « sec.96 courts » or tribunal analogous thereto ?Can the Dominion properly give an appeal from or provide for review of a decision of a provincial administrative agency ?Si l\u2019on revise la Constitution de 1867, l\u2019article 101 sera-t-il soumis à certaines modifications?La juridiction de la Cour suprême sera-t-elle limitée aux lois fédérales, laissant décision définitive aux tribunaux d\u2019appel provinciaux dans les matières sur lesquelles seul peut légiférer le législateur provincial ?Quoi qu\u2019il en soit de cet aspect sous lequel apparaît la Cour suprême du Canada, c\u2019est, depuis deux ou trois ans, sur un autre terrain que les autonomistes placent le débat.Par une loi sanctionnée le 10 décembre 1949, venue en vigueur le 23 décembre 1949, le parlement fédéral abolit les appels au Comité judiciaire du Conseil privé et accorda à la Cour suprême du Canada juridiction finale et définitive.Cette loi (13 George VI, c.37) introduit dans les provisions régissant la Cour suprême cet article: 54.\u2014 1) La Cour suprême possède, détient et exerce, à titre exclusif, la juridiction finale d\u2019appel en matière civile et criminelle à l\u2019intérieur du Canada et pour le Canada; et le jugement de la Cour est, dans tous les cas, définitif et péremptoire.2)\tNonobstant toute prérogative royale ou les dispositions de toute loi du parlement du Royaume-Uni ou de toute loi du parlement du Canada, ou de toute loi de la législature d\u2019une province du Canada, ou de quelque autre statut ou loi, aucun appel ne peut être interjeté ni porté du jugement d\u2019une cour, d\u2019un juge ou d\u2019un fonctionnaire judiciaire au Canada, ou concernant un tel jugement, à une cour d\u2019appel, un tribunal ou une autorité par laquelle il peut être ordonné que des appels ou pétitions à Sa Majesté en conseil soient entendus, dans le Royaume-Uni.3)\tSont par les présentes abrogés, en tant qu\u2019ils font partie de la loi du Canada, The Judicial Committee Act, 1833, chapitre quarante et un des Statuts du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande, 1833, et The Judicial Committee Act, 1844, chapitre soixante-neuf des Statuts du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande, 1844, ainsi que tous les arrêtés, règles ou règlements établis en exécution desdits actes.La constitution canadienne est sujette à interprétation.Quels pouvoirs accorde-t-elle au parlement fédéral et aux parlements provinciaux ?Où se trouve la ligne séparative ?S\u2019il y a conflit, la Cour suprême en décidera.Ses juges sont nommés par le gouvernement fé- 19 déral.En certains milieux, on en tire cette conclusion que les provinces ne sont pas suffisamment protégées.(La loi de 1949 fixe à neuf le nombre des juges de la Cour suprême, dont au moins trois doivent être choisis parmi les juges de la Cour du banc de la reine ou de la Cour supérieure ou parmi les avocats de la province de Québec.) Pour remédier à ces inconvénients, l\u2019on a suggéré de modifier l\u2019Acte de 1867 et d\u2019accorder aux provinces le droit de nommer quelques-uns des juges siégeant en Cour suprême.Mais, en pareil cas, quel nombre de juges pourraient nommer les provinces ?A quelles provinces appartiendrait ce droit ?Ces juges, ainsi nommés par les provinces, se croiraient-ils liés envers elles, et leur impartialité serait-elle reconnue?Ce remède, entraînant maintes difficultés, ne me paraît pas efficace.Je suggère une autre solution.Le parlement fédéral créerait une cour spéciale uniquement chargée d\u2019entendre les causes à caractère constitutionnel, causes entre le parlement fédéral et les provinces, causes entre deux ou plusieurs provinces.Cette cour serait composée des neuf juges de la Cour suprême et des juges en chef des dix provinces canadiennes.Pareil tribunal serait, à mon avis, en meilleur état et en plus grande liberté d\u2019esprit pour interpréter les lois adoptées par le parlement fédéral ou par l\u2019une ou l\u2019autre de nos provinces et pouvant affecter, d\u2019une façon générale, les intérêts des Canadiens.Sens et portée du centenaire de VUniversité Laval Jacques COUSINEAU, S.J.IE 8 DÉCEMBRE 1952, centième anniversaire du jour où Sa Majesté la reine Victoria octroyait une charte royale à l\u2019Université Laval, se sont terminées à Québec les fêtes du centenaire de la première de nos universités françaises du Canada.* Fêtes inoubliables.Si la ville de Québec a déjà connu des manifestations officielles plus grandioses, notamment en 1908, si elle a déjà vu accourir chez elle des foules plus considérables, celles du Congrès eucharistique de 1938, jamais comme en cette année ses vieux murs n\u2019avaient contemplé réunions aussi brillantes de professeurs illustres, de savants renommés et d\u2019intellectuels de haut rang, venus de toutes les parties du monde pour rendre témoignage à un antique foyer de culture et attester ainsi la fraternité universelle que crée un même idéal.Les autorités de Laval, soucieuses de garder à la célébration son caractère universitaire de recherche de la vérité, avaient organisé plusieurs symposiums sur des sujets aussi variés que les répercussions sociales de l\u2019industrialisation au Canada français, l\u2019état actuel du problème de l\u2019évolution, etc.; ils se sont tenus presque tous à l\u2019occasion de congrès d\u2019associations nationales ou internationales compétentes en la matière.C\u2019est ainsi que, de juin à octobre, plus de soixante d\u2019entre eux ont amené à Québec, par centaines et centaines, des délégués de tout le Canada, des trois Amériques et de l\u2019Europe occidentale.Dans le même esprit de collaboration à la mission de Laval: mettre la culture française au service de la nation canadienne, le Comité permanent de la Survivance française en Amérique, qui a toujours grandi à l\u2019ombre et dans les murs mêmes de l\u2019Université Laval, a organisé en juin, avec le succès que l\u2019on sait, le troisième Congrès de la Langue française, devenu comme les États généraux de la nation canadienne-française.Pourtant, les fêtes officielles elles-mêmes du centenaire, célébrées du 19 au 22 septembre, devaient avoir un éclat 20 Le P.Jacques Cousineau, professeur de rhétorique au Collège des Jésuites de Québec, nous communique ses impressions sur les fêtes du centenaire de VUniversité Laval.incomparable et revêtir de fait un caractère mondial.Le représentant du Saint-Siège, Mgr Parente, parla de cet « important et historique rendez-vous qui a réuni l\u2019élite intellectuelle du monde entier ».On le vit au mieux, dans l\u2019après-midi du samedi 20, quand, au théâtre Capitol, les délégués de plus de deux cents universités et de près de cent cinquante académies ou instituts de culture vinrent tour à tour apporter leur message fraternel au chancelier de l\u2019Université, S.Exc.Mgr Roy, archevêque de Québec, en présence de nombreux évêques, de tout le corps académique de Laval et des représentants officiels d\u2019une trentaine de pays.Mgr Vandry, recteur magnifique et inspirateur de ces fêtes, exprima la pensée de tous, en cette enceinte où l\u2019on pouvait compter des délégués de plus de quarante nations: « Le spectacle est de ceux qui offrent la meilleure image des liens vivants qui résultent de la fraternité humaine.» De fait, il s\u2019agissait d\u2019une réunion de « la grande famille des universités, héritières du patrimoine culturel de l\u2019humanité », selon l\u2019expression de S.S.Pie XII dans sa lettre à Pax Romana, dont le dernier congrès s\u2019était terminé quinze jours plus tôt, à Québec, précisément dans cette même salle.Aussi l\u2019atmosphère des fêtes a-t-elle été remarquablement sympathique, soit fervente et populaire, comme lors de la soirée au Colisée ou des manifestations religieuses (messe pontificale d\u2019ouverture à Saint-Roch et célébration au repo-soir adossé à l\u2019Hôtel du Parlement), soit intime et cordiale tant aux réceptions qu\u2019aux soirées artistiques.L\u2019Université enfin, après avoir fait bénir la nouvelle Cité universitaire et remis des doctorats honorifiques à S.E.le gouverneur général, M.Vincent Massey, et à soixante autres personnalités du Canada et d\u2019ailleurs, réunissait à son banquet du Château Frontenac, pour un digne couronnement, les plus hautes autorités civiles et religieuses du pays: le cardinal McGuigan, archevêque de Toronto, le premier ministre du Canada, l\u2019honorable Louis Saint-Laurent, le premier ministre intérimaire de la province de Québec, l\u2019honorable Oné-sime Gagnon, tous trois anciens élèves de Laval, plusieurs ministres, évêques, ambassadeurs, juges et universitaires, sans compter le représentant spécial du Saint-Siège, Mgr Parente, et le très honorable Vincent Massey, gouverneur général du Canada, qui reçurent tous deux, l\u2019un pour S.S.le RELATIONS pape Pie XII et l\u2019autre pour S.M.la reine Élisabeth, les deux médailles d\u2019or du centenaire.* De prime abord, ces fêtes grandioses paraîtront sans proportion avec un simple centenaire d\u2019université pour quiconque n\u2019en comprend pas le sens et la portée; aspects que je voudrais dégager des meilleurs témoignages apportés à l\u2019institution jubilaire, en prenant de l\u2019envol loin et au-dessus des grandes luttes d\u2019hier et des petits désaccords d\u2019aujourd\u2019hui, pour une joie pleinement chrétienne et de chez nous.S.S.le pape Pie XII, dans sa lettre autographe adressée au chancelier, le soulignait clairement: « Pour comprendre l\u2019attachement que lui portent vos populations, il faut remonter jusqu\u2019aux origines de la Nouvelle-France.L\u2019université centenaire ne bénéficie-t-elle pas, en effet, de l\u2019œuvre des fils de saint Ignace qui, aux xvip et xviip siècles, jetèrent les semences de la culture française dans la jeune terre des rives du Saint-Laurent?Ne se rattache-t-elle pas surtout à la fondation du Séminaire de Québec par le grand serviteur de Dieu que fut François de Montmorency Laval, premier évêque du Canada?En sa personne, nous aimons saluer la longue lignée de ces apôtres qui furent sur votre sol des éducateurs non moins que des évangélisateurs et qui préparèrent de loin la naissance de votre université.» De fait, l\u2019Université Laval symbolise la fidélité d\u2019une nation à son patrimoine spirituel: « Nous avons gardé cette fine fleur de l\u2019esprit qu\u2019est la culture française » (Mgr Roy).Si, en 1851, à Québec, le premier concile plénier du Canada, à l\u2019initiative et sur les instances du saint et génial évêque de Montréal, Mgr Bourget, forma le vœu d\u2019une université catholique dont la responsabilité fût confiée au Séminaire de Québec, qui dirigeai&alors un important collège classique, c\u2019est que s\u2019imposait une clef de voûte au système d\u2019enseignement primaire public et secondaire privé que, depuis la cession du pays à l\u2019Angleterre, les Canadiens français venaient d\u2019édifier au prix de luttes inouïes et de sacrifices surhumains, pour assurer la continuité de l\u2019effort culturel commencé avec le Collège des Jésuites en 1635.Les quatre facultés: celles de théologie, de droit, de médecine et des arts (comprenant les collèges classiques), qui furent alors organisées en vertu de la charte royale et du bref papal, constituaient donc un couronnement tout autant qu\u2019un point de départ.Avec sa grande autorité, l\u2019historien de /\u2019Enseignement français au Canada, M.le chanoine Groulx, l\u2019a écrit: « L\u2019année 1854 (pose de la première pierre de l\u2019Université) marque l\u2019aboutissement de ce long effort commencé, peut-on dire, en 1635.Traversé par la conquête, soutenu au milieu de misères et de luttes de près d\u2019un siècle, maintes fois paralysé ou brisé, mais repris inlassablement, l\u2019effort du petit peuple invincible prend enfin, au plus haut promontoire québécois, la forme svelte, victorieuse de l\u2019université française.» C\u2019est à cette fidélité d\u2019héroïque grandeur, continuée depuis avec ampleur, que les universités du monde entier, y compris celles du commonwealth britannique, tinrent à rendre témoignage; mais il appartenait à la délégation française de le faire avec une cordialité fraternelle, en particulier à Gabriel-Louis Jaray, en évoquant Marie de l\u2019Incarnation, et surtout à M.Étienne Gilson, en parlant d\u2019« une fraternité spirituelle née de nos communes origines.Cette foi commune dans la réalité perdurable des œuvres de l\u2019esprit, quel temps plus opportun que celui-ci pourrions-nous attendre pour le redire ?Lorsque l\u2019Université Laval se constitua formellement, il y a de cela un siècle, ce qui naquit alors fut la fleur et le fruit d\u2019écoles déjà deux fois séculaires, dont le nom que vous portez dit assez l\u2019origine.Et de même que nous ne devons pas regarder aujourd\u2019hui très près dans le temps, nous devons JANVIER 1953 savoir porter la vue assez loin dans l\u2019espace.Québec n\u2019est pas seulement ce parlement, cette citadelle et cette université, c\u2019est le cœur et la tête d\u2019un immense pays spirituel où des millions d\u2019hommes au Canada et hors du Canada se tournent d\u2019instinct vers ce lieu comme vers la source vive de leur durée nationale ».Mais il y a plus, car l\u2019Université Laval a grandi et accompli une œuvre par elle-même.Notamment depuis 1920, date importante au point de vue culturel, puisque alors la succursale de Montréal, établie dès 1879, devint autonome sous le nom d\u2019Université de Montréal, suscitant une émulation des plus fécondes, et date importante au point de vue économique, puisqu\u2019elle détermine l\u2019accélération du prodigieux développement industriel de la province.Aussi, contrairement aux appréhensions pessimistes, des facultés nouvelles s\u2019ajoutent-elles, à un rythme rapide, aux quatre centenaires: philosophie, au rayonnement international dû à la solidité de son enseignement, lettres, remarquable par un département de folklore aux antennes pénétrantes et au sens délicat et sûr, sciences et sciences sociales, toutes deux douées de dynamisme conquérant et animées par des équipes ferventes de chercheurs, agriculture, arpentage et génie forestier, au fonctionnement adapté et fécond.Autour de ces dix facultés, se sont groupés une dizaine d\u2019écoles ou instituts derang universitaire: École des Gradués, École de Commerce, École de Musique, École des Sciences domestiques, École de Pédagogie, École des Pêcheries, École des Sciences hospitalières, Ecole de Service social, École de Pharmacie, Institut de Géographie et d\u2019Histoire, ^Institut de Physiologie, parmi lesquels il faut signaler l\u2019École de Commerce, pour son prodigieux développement, et l\u2019Institut de Physiologie, pour sa contribution à la recherche scientifique.Enfin, depuis quinze ans, l\u2019on organise pendant l\u2019été, sous la direction de Mgr Parent, vice-recteur et cheville ouvrière de l\u2019Université, des cours de langue et de littérature françaises que fréquentent maintenant près de quatre cents étudiants venus de tous les points du Canada anglais, des États-Unis et de l\u2019Amérique latine: substantielle contribution à la diffusion de la culture française dans le Nouveau Monde.Si bien que les facultés et écoles universitaires de Laval comptent aujourd\u2019hui 3,000 élèves environ, sous la direction de 750 professeurs (titulaires, agrégés et auxiliaires), dont 150 se consacrent tout entiers à l\u2019enseignement, et que la faculté des arts, à laquelle sont affiliés trente-deux collèges classiques, compte 4,000 élèves environ qui en suivent le programme universitaire, et qu\u2019environ 9,000 autres suivent ailleurs des cours déterminés et contrôlés par elle.On comprend dès lors le rayonnement d\u2019une pareille institution dans le milieu canadien.L\u2019intégration, toujours maintenue, des collèges classiques dans la faculté des arts a contribué puissamment à introduire dans l\u2019ambiante civilisation technicienne, matérialiste et démesurée un ferment d\u2019humanisme spiritualiste; l\u2019inspiration apostolique et romaine de son enseignement, héritée de Mgr de Laval, a donné à son influence un climat de charité qui est le parfait lien social.Nul n\u2019était mieux placé pour en juger que le très honorable Vincent Massey, ancien haut-commissaire du Canada en Grande-Bretagne, ancien chancelier de l\u2019Université de Toronto, et premier gouverneur général canadien du Canada.Voici comment il s\u2019exprima, dans son allocution prononcée après la remise du doctorat d\u2019université: Laval, c\u2019est d\u2019abord une citadelle de l\u2019humanisme.D\u2019un humanisme qui se veut intégral et qui, désireux de servir tout homme, garde sa culture ouverte sur toutes les valeurs susceptibles de la grandir.D\u2019un humanisme de synthèse \u2014 qualité bien française \u2014 par laquelle la culture, loin de se fermer sur le destin temporel de l\u2019homme, débouche comme naturellement sur des perspectives d\u2019éternité.21 Nulle part on n\u2019a mieux qu\u2019ici, à Laval, compris et enseigné que, sans ces fleurs de culture et ces ferments de civilisation que sont les humanités, la compétence professionnelle ne dépasse pas le niveau de la qualité purement technique.Pour nous, cependant, Laval n\u2019est pas seulement une citadelle avancée de l\u2019esprit; c\u2019est aussi un pont, bâti par des gens à l\u2019esprit civique large et constructif, reliant entre elles deux cultures dont les différences pourtant réelles ne parviennent pas à faire oublier la source commune.Que sont les traditions culturelles française et anglo-saxonne, sinon des branches distinctes du même vieil arbre dont les racines plongent jusqu\u2019en les terres fécondes du moyen âge ?Elles représentent des courants de pensées et de sentiments auxquels l\u2019histoire a certes donné des formes diverses; mais il suffit de remonter de quelques siècles à peine pour retrouver la source commune à laquelle ils s\u2019alimentent.Et le peuple canadien, quelle que soit la culture où il puise la nourriture de son esprit, est reconnaissant à Laval d\u2019avoir voulu être et d\u2019avoir, en fait, été si efficacement le pont qui, jeté par-dessus les eaux jadis tumultueuses mais aujourd\u2019hui heureusement paisibles de notre histoire, ouvre la voie à des échanges spirituels dont la fréquence et la continuité sont les plus belles promesses d\u2019une véritable amitié canadienne.Le secret de cette influence réside dans une triple allégeance absolue au Saint-Siège, à la Couronne du Canada et à la culture française, propre à Laval, l\u2019intransigeance de chacune formant un ensemble de gravité mesurée et de distinction élégante.Tout au long des fêtes, cette triple allégeance s\u2019exprima par une participation tripartite révélatrice, notamment à la présentation des adresses au théâtre Capitol, quand parlèrent M.W.A.MacKintosh, président de la Conférence nationale des Universités canadiennes, M.Léon Binet, chef de la délégation de l\u2019Université de Paris, et Mgr Pietro Parente, délégué du Saint-Siège.L\u2019on croyait rêver parfois et être reporté cinq ou six siècles en arrière, au delà de l\u2019hérésie européenne, au temps du moyen âge occidental.Tout ici rappelait la civilisation chrétienne d\u2019alors, les costumes archaïques si riches de couleurs, les cérémonies liturgiques, le retour sur le passé humaniste et la foi paisible dans l\u2019avenir, l\u2019amitié surtout de ces délégués d\u2019origines, d\u2019allégeances, de croyances et d\u2019idéologies diverses, mais aujourd\u2019hui fondues dans une communauté d\u2019esprit réconfortante.Devant ce rare spectacle, Mgr Parente, représentant du Père commun de la chrétienté, pouvait conclure: « La portée morale de ces solennités dépasse de beaucoup les frontières de l\u2019illustre nation canadienne et prend vraiment un caractère d\u2019universalité.» Les fêtes du centenaire de Laval, en effet, n\u2019ont pas seulement donné lieu à une prise de conscience historique de l\u2019unité occidentale d\u2019autrefois, elles ont fait mesurer concrètement à tous la part considérable du Canada français dans l\u2019établissement de la nouvelle unité, atlantique cette fois, de l\u2019Occident, puisqu\u2019il en est le pivot géographique et culturel et que l\u2019honorable Saint-Laurent, son premier ministre, fut l\u2019artisan principal du pacte qui en est l\u2019expression politique.Cet aspect primordial de l\u2019influence de l\u2019Université Laval, représentative du Canada français, a été magistralement mis en relief par l\u2019ambassadeur de France au Canada.Parlant à la foule du Colisée, M.Hubert Guérin, bien placé pour le savoir, disait: Par l\u2019œuvre admirable qu\u2019elle a réalisée en un siècle, votre université a largement contribué à donner au Canada le prestige de la fonction si noble et assurément exceptionnelle qu\u2019il exerce aujourd\u2019hui, à savoir qu\u2019il constitue un véritable trait d\u2019union moral entre deux continents.Si l\u2019on peut parler aujourd\u2019hui d\u2019une civilisation atlantique, il est certain que le Canada a joué dans l\u2019établissement de cette civilisation un rôle de première importance.Plus que la collaboration militaire, plus encore que l\u2019entente politique, la connaissance réciproque de nos courants spirituels contribue à créer la véritable communauté humaine.Et l\u2019Univer- sité Laval a l\u2019honneur d\u2019avoir été tout de suite à la source même de ces échanges.Aussi, dans son allocution au banquet de clôture, l\u2019honorable Louis Saint-Laurent, se tenant dans ces larges perspectives, s\u2019est félicité de ce que les universités canadiennes, entre autres Laval, « centre où se rencontrent les principaux courants spirituels qui circulent dans le monde entier,.contribuent ainsi (par l\u2019unité d\u2019esprit au Canada) à donner au gouvernement du pays cette plate-forme solide sur laquelle il peut édifier une politique extérieure représentative, cohérente et efficace.» et leur a hardiment assigné comme « une de leurs tâches d\u2019éclairer cet aspect moral, chrétien de notre action politique, d\u2019expliquer son sens et sa valeur universelle et chrétienne ».* C\u2019est dans cet appel au dépassement des frontières politiques, des barrières raciales ou autres, que s\u2019est inauguré le deuxième centenaire de l\u2019Université Laval.Québec, siège un jour de cet immense diocèse borné par les trois océans Atlantique, Arctique et Pacifique, et au sud par le golfe du Mexique et le Rio Grande, point de départ, à la suite des Jésuites martyrs, de tous les découvreurs, évangélisateurs et civilisateurs de ce continent, n\u2019a besoin pour y répondre que de « se souvenir », suivant sa devise.Tradition, mesure, synthèse et charité, toutes qualités que mille ans de catholicisme avaient rendues bien françaises avant que le Grand Siècle ne les léguât à la Nouvelle-France de Mgr de Laval.Héritage dont l\u2019Université Laval de Québec a reçu plus que quiconque la haute responsabilité.Gesta Dei per Francos.\u2022-\u2022 OCTAVE DE U UNITÉ CHRÉTIENNE Que tous soient un Stéphane VALIQUETTE, S.J.A Voccasion de V «Octave de V Unité chrétienne » (18-25 janvier), le P.Stéphane Valiquette, directeur de Rayonner, bulletin mensuel de la Ligue missionnaire des Etudiants, propose quelques pensées à notre méditation.PASSÉ le temps où l\u2019homme pouvait dérouler le cours d\u2019une paisible existence dans l\u2019étroit horizon de son patelin, sans trop savoir ce qui se passait ailleurs.Aujourd\u2019hui, le plus humble villageois entend parler New-York, Londres, Paris, Bombay, Changhaï.La télévision lui permet de voir ce qui s\u2019y passe.La guerre et la science lui ont appris qu\u2019il doit dorénavant considérer tous les peuples de la terre comme ses voisins: en un rien de temps, ils peuvent lui rendre d\u2019amicales ou fratricides visites.Une grève à Londres ou à Détroit, des émeutes en Afrique du Sud ou en Indochine, la guerre en Corée ou au Proche-Orient, chaque événement même local aura demain son effet sur son alimentation, son vêtement, ses commodités, son budget.L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui se sent de plus en plus citoyen du monde, apparenté à tous les humains, solidaire de leurs hautes ambitions comme de leurs mesquines passions.Chez le catholique, cette notion d\u2019universelle solidarité des humains s\u2019intégre parfaitement dans le grand dogme de la communion des saints, élément essentiel de son credo.Le catholique sait qu\u2019il n\u2019est pas un simple atome égaré dans le vaste champ des forces cosmiques.Il n\u2019est pas davantage un individu isolé, anonyme voyageur inscrivant une trace éphémère dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Greffé sur le Christ par son baptême, le chrétien a conscience de jouer un rôle vital dans 22 RELATIONS la grande œuvre de la Rédemption.Membre vivant du Corps mystique du Christ, il lui appartient, par son effort personnel de sanctification, de pousser ce corps vers la stature parfaite.Dans la mesure même où il réalise en lui-même la communion des saints, où il participe au mouvement d\u2019ascension qui ramène le monde à son Créateur, il remplit sa mission d\u2019homme et assume le rôle providentiel à lui confié dans la caravane humaine.Vocation chrétienne que de contribuer pour sa part à rendre ce monde meilleur pour ses frères les hommes, ceux qui aujourd\u2019hui dépendent de cette action salvatrice et ceux qui demain cueilleront les fruits de l\u2019arbre.Ce qui donne à l\u2019action chrétienne sa force et son enthousiasme, c\u2019est d\u2019être sûrement et intimement reliée au Christ Jésus, la Voie, la Vérité et la Vie.« Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui, rien n\u2019a été fait.Ce qui a été fait en lui était vie.» (Jean, i, 3.) Le chrétien puise dans l\u2019Évangile du Christ des principes ascétiques qui le libèrent de l\u2019attachement à la terre; il y rencontre des valeurs de vie qui justifient et soutiennent le dépassement de soi devant les subtiles tentations de l\u2019égoïsme.Le Christ a vaincu le monde: sa victoire sur les forces du mal permet à tous ceux qui le reçoivent dans la foi et l\u2019amour de devenir enfants de Dieu.Et c\u2019est précisément dans cette spirituelle fraternité, qui doit un jour réunir tous les hommes dans l\u2019amour du Père, que réside l\u2019espérance chrétienne d\u2019un monde uni et pacifié.Les nations ne seront vraiment unies qu\u2019au moment où la charité du Christ aura pénétré au cœur de l\u2019humanité.C\u2019est à ces profondeurs qu'il faut asseoir l\u2019édifice oecuménique si l\u2019on veut qu\u2019il porte solidement la croix où il s\u2019achève.A hâter cette réalisation nous convie VOctave de V Unité chrétienne.Joignons-nous à la grande armée de priants qui, du 18 au 25 janvier, lancera vers le ciel le vœu que le Christ lui-même formulait à la veille de sa Passion: « Que tous soient un, comme vous, Père, vous êtes en moi et moi en vous: afin qu\u2019eux aussi soient un en nous et que le monde croie que c\u2019est vous qui m\u2019avez envoyé.» (Jean, xvn, 21.) \u2022 ¦ \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 \u2022 HORIZON INTERNATIONAL LA LUTTE DU PAPE POUR LA DIGNITÉ HUMAINE Joseph-H.LEDIT, S.J.1.La PAIX.\u2014A plusieurs reprises, au cours de cette année, le Pape a précisé l\u2019idée chrétienne de la paix.Les grandes lignes de la doctrine avaient déjà été tracées en maintes occasions, surtout dans le discours de Noël 1948.Celui de Noël 1951, qui ouvrit l\u2019année que nous étudions, apporta des explications sur la nature même de la neutralité politique de l\u2019Église.Comme tout le monde, le Pape sait que l\u2019univers est partagé en deux blocs de nations, tellement séparés qu\u2019il leur est difficile de reconnaître à quelqu\u2019un le droit de maintenir la neutralité politique.Le Pape revendique ce droit pour l\u2019Église, du fait que l\u2019Épouse de Jésus-Christ ne peut être l\u2019instrument de combinaisons politiques.Elle considère les choses sub specie aeternitatis.Elle se réserve le droit d\u2019intervenir, quand elle le juge opportun, au nom du pouvoir que lui en a donné Jésus-Christ.Elle refuse de laisser lier la religion à des intérêts humains.Ainsi, sans la nommer, le Pape flétrit la manœuvre en vogue derrière le rideau de fer, où l\u2019on oblige des prélats de la même ou de diverses confessions religieuses à appuyer la politique soviétique au nom de la religion.Tel fut, par exemple, le sens de la conférence de toutes les Églises et associations religieuses de l\u2019U.R.S.S.pour la défense de la paix dans le monde, où l\u2019on vit orthodoxes, grégoriens, luthériens, catholiques, baptistes, vieux-croyants, adventistes, calvinistes, molokanes, musulmans, bouddhistes et juifs s\u2019unir pour chanter la contribution stalinienne à la paix du monde.Sur la question des armes modernes, au sujet desquelles il y eut grande publicité et même un peu de discussion dans nos pays, le Pape formule les précisions suivantes: Plus que tout autre, Nous avons déploré la cruauté monstrueuse des armes modernes.Nous la déplorons et Nous ne cessons de prier pour que jamais elles ne soient employées.Mais, d\u2019autre part, n\u2019est-ce pas une sorte de matérialisme pratique, de sentimentalisme superficiel que de considérer le problème de la paix uniquement ou essentiellement sous l\u2019aspect de l\u2019existence ou de la menace de ces armes, alors qu\u2019on ne se préoccupe pas de l\u2019absence de l\u2019ordre chrétien, véritable garant de la paix ?C\u2019est de là, entre autres motifs, que proviennent les différences d\u2019opinion et surtout les inexactitudes sur la guerre moderne; de là, également, l\u2019illusion des hommes politiques qui comptent trop sur l\u2019existence ou la disparition de ces armes.Un peu plus loin, le Pape parle du désarmement.Son exposé est aussi clair que courageux: D\u2019autre part, le désarmement ou la réduction simultanée et réciproque des armements, que Nous avons toujours désirée et invoquée, est une garantie peu solide d\u2019une paix durable si elle n\u2019est pas accompagnée de la disparition des armes de la haine, de la cupidité, et d\u2019une soif démesurée de prestige.On ne peut donc se prévaloir de l\u2019autorité pontificale pour réclamer, sans y mettre les nuances, la mise hors la loi des armes modernes, le désarmement.Toute cette action, sans un ordre chrétien, est vouée à la ruine.Il est impressionnant de noter que le Pape termine ces notes sur la paix en saluant ce qu\u2019il appelle l'Église du silence, les chrétientés persécutées jusqu\u2019à la destruction par delà le rideau de fer.La doctrine pontificale sur la paix obtint d\u2019autres précisions au cours du Congrès des Femmes catholiques pour la paix; dans son discours du 24 avril, il fit une allusion très claire à l\u2019Association mondiale des Femmes démocratiques, qui travaille à l\u2019avènement de la paix communiste.En cela, dit le Pape, votre cri de paix se distingue clairement de celui d\u2019autres femmes, \u2014 Nous ne mettons pas leur sincérité en doute, \u2014 trop souvent profané en étant utilisé pour des buts divers, quand il ne devient pas une clameur de haine et de rage.En tout cas, toute invocation de paix qui ne repose pas sur une conception chrétienne du monde est condamnée à retentir dans le désert des cœurs, comme des cris de naufragés dans l\u2019étendue désolée de l\u2019océan.C\u2019est toujours le même message qui revient: on n\u2019arrivera pas à une paix durable si on ne rechristianise pas le monde.Le 14 septembre, à l\u2019occasion du Congrès de Fax Christi, le Pape adressa la parole aux délégués qui avaient étudié la « guerre froide ».Dans son discours, nous trouvons le passage suivant dont la portée doctrinale nous semble considérable.Il parle de la guerre froide: Le jugement moral qu\u2019elle mérite sera le même analogiquement que celui de la guerre au sens du droit naturel et international.L\u2019offensive, quand il s\u2019agit de la guerre froide, doit être condamnée sans conditions par la morale.Si elle se produit, l\u2019attaqué ou les attaqués pacifiques ont non pas seulement le droit, mais aussi le devoir de se défendre.Aucun JANVIER 1953 23 État, ou aucun groupe d\u2019États ne peut accepter tranquillement la servitude politique et la ruine économique.Au bien commun de leurs peuples, ils doivent d\u2019assurer sa défense.Celle-ci tend à enrayer l\u2019attaque et à obtenir que les mesures politiques et économiques s\u2019adaptent honnêtement et complètement à l\u2019état de paix qui règne, au sens purement juridique, entre l\u2019attaquant et l\u2019attaqué.Dans la question de la guerre froide aussi, la pensée du catholique et de l\u2019Église est réaliste.L\u2019Église croit à la paix et ne se fatiguera pas de rappeler aux hommes d\u2019État responsables et aux politiciens que même les complications politiques et économiques actuelles peuvent se résoudre moyennant la bonne volonté de toutes les parties intéressées.D\u2019autre part, l\u2019Église doit tenir compte des puissances obscures qui ont toujours été à l\u2019œuvre dans l\u2019histoire.C\u2019est aussi le motif pour lequel elle se défie de toute propagande pacifiste dans laquelle on abuse du mot de paix pour défendre des buts inavoués.Ainsi, le Pape applique à la situation créée par la « guerre froide » des expressions analogues à celles du 24 décembre 1948 concernant la guerre tout court.Il nous semble impossible qu\u2019un catholique puisse parler de paix, proposer des solutions de paix, s\u2019il s\u2019écarte de cette doctrine.La nécessité peut commander, dans certaines circonstances, de capituler devant la violence et de subir l\u2019injustice.L\u2019obligation de défendre le droit lésé n\u2019est alors que suspendue.Le Pape fait allusion aux forces obscures qui ont toujours été à l\u2019œuvre dans l\u2019histoire.Si nous les voyons aujourd\u2019hui à l\u2019œuvre de façon particulièrement brutale, dans le communisme athée, cela ne veut pas dire qu\u2019elles n\u2019existent pas ailleurs.Le 12 octobre, à l\u2019occasion du XXXe anniversaire de l\u2019Union des Hommes catholiques, Pie XII trouva des paroles d\u2019une singulière énergie pour condamner la lutte qu\u2019on a faite à l\u2019Église durant les derniers siècles: On a voulu la nature sans la grâce, la raison sans la foi, la liberté sans l\u2019autorité, parfois l\u2019autorité sans la liberté.L\u2019ennemi est devenu de plus en plus concret, et avec une effronterie ^.qui plonge dans l\u2019étonnement.Le Christ, oui, mais pas l\u2019Église.Puis, ce fut Dieu, mais pas le Christ; enfin, le cri impie: Dieu est mort, il n\u2019y a pas de Dieu.Voilà la tentative de bâtir le monde sur des bases que Nous n\u2019hésitons pas à désigner comme la cause principale des menaces qui pèsent sur l\u2019humanité.L\u2019 « ennemi » s\u2019est employé et s\u2019emploie à ce que le Christ soit un étranger à l\u2019université, dans l\u2019école, la famille, dans l\u2019administration de la justice, l\u2019activité législative, l\u2019Assemblée des Nations, là où se détermine la paix ou la guerre.Ce n\u2019est pas la seule fois que le Pape a flétri le sectarisme laïque, dont la franc-maçonnerie a fait la loi essentielle et intangible de la plupart de nos pays.Le 23 juillet, s\u2019adressant à un cercle qui avait étudié la participation des catholiques à la vie internationale, il prononça ces lourdes paroles qui peuvent être une prophétie: Nous craignons que toute civilisation qui aspire à conserver les bons effets terrestres (et ils sont nombreux) de l\u2019ancienne civilisation chrétienne, mais qui rejette ouvertement ou de façon larvée le sens propre de cette civilisation, ne soit destinée à tomber victime tôt ou tard des assauts du matérialisme.Il y a là un avertissement que nous transmettons avec la plus ^respectueuse énergie aux gouvernements du Canada et des États-Unis.Au moment où des forces imprécises réclament la reconnaissance diplomatique de la Chine rouge et la capitulation devant d\u2019effrayantes iniquités, nous observons que le vicaire de Jésus-Christ est tenu à l\u2019écart des conseils « où se décide la paix ou la guerre ».On n\u2019a pas besoin d\u2019être catholique pour savoir que le Pape est une des plus grandes forces juridiques du monde, du fait que son pouvoir ne s\u2019appuie que sur le droit.De plus, au mensonge de la propagande communiste, qui pénètre partout et bouleverse tant d\u2019esprits qu\u2019on eût crus plus solides, il oppose l\u2019universelle présence d\u2019idées claires et d\u2019une charité illimitée.C\u2019est une grave injustice, et c\u2019est le comble de la folie, de vouloir organiser la paix du monde comme si le Pape n\u2019existait pas.Il nous semble que le gouvernement canadien porte devant l\u2019histoire une lourde responsabilité.Durant la dernière guerre, renouvelant une tradition qui avait été maintenue sans interruption depuis George Washington jusqu\u2019en 1870, le président des États-Unis rétablit les rapports diplomatiques avec Sa Sainteté Pie XII.Puis, la question se posa au Canada, où elle fut résolue de façon négative.Alors, les États-Unis de nouveau rompirent avec le Saint-Siège.Il n\u2019est pas impossible que le Canada ait donné scandale et soit la cause indirecte de la décision américaine.Il y a là un mal international qui exige impérieusement d\u2019être réparé par ceux qui l\u2019ont commis.2.L'ÉGLISE DU SILENCE.\u2014 En 1952, Pie XI adressa la lettre apostolique Cupimus imprimis à l\u2019Église persécutée de Chine, la lettre Veritatem à l\u2019Église dispersée et ruinée de Roumanie, la lettre Sacro vertente anno aux peuples de la Russie.Il revêtit de la pourpre romaine l\u2019archevêque de Varsovie, Mgr Wyszynski, et celui de Zagreb, Mgr Stepinac.Rarement nomination aura causé une joie plus vive.On avait tout fait, jusqu\u2019à organiser des pèlerinages de délégations protestantes en Yougoslavie, pour déshonorer Mgr Stepinac, afin qu\u2019on puisse faire des affaires avec le général Tito.Le simple geste de Pie XII dissipe ces miasmes.Le 3 février 1874, Bismarck avait fait jeter en prison l\u2019archevêque de Poznan, Mgr Miecislaw Ledochowski: le 13 avril suivant, Pie IX proclama cardinal l\u2019illustre prisonnier qui ne fut libéré que le 3 février 1876, pour être chassé d\u2019Allemagne.En 1877 et 1878, le cardinal polonais fut condamné in absentia, à trois reprises, par les cours prussiennes.Puis, Bismarck s\u2019effondra.Aujourd\u2019hui, la ville natale du chancelier de fer, Schonhausen, se trouve dans la zone soviétique de l\u2019Allemagne.C\u2019est là une des innombrables raisons pour lesquelles nous nous appuyons avec une espérance inébranlable sur la solidité romaine.Dans l\u2019encyclique Evangelii praecones (21 juin 1951), Pie XII avait déjà fait allusion aux persécutions survenues en Extrême-Orient.Dans Cupimus imprimis (18 janvier 1952), Pie XII rappelle' aux Chinois les gloires passées de leur nation, « les monuments de sa littérature, l\u2019éclat de sa civilisation ».Il félicite les catholiques chinois de leur fidélité: « Vers vous, de toutes les parties du monde, les catholiques tournent avec admiration leurs esprits et leurs cœurs.» Il les exhorte à offrir à Dieu leurs difficultés, leurs souffrances, leurs angoisses, pour que Dieu accorde la paix à l\u2019Église de leur pays.Il rejette les calomnies répandues contre elle: « Les fils de l\u2019Église ne le cèdent à personne en patriotisme; ils obéissent aux autorités publiques par devoir de conscience et selon les règles établies.» L\u2019expulsion des missionnaires et des religieuses d\u2019origine non chinoise, faite dans des circonstances particulièrement cruelles, est une iniquité.Il encourage à la persévérance et à l\u2019héroïsme « surtout ceux qui sont en proie aux périls et aux angoisses, dans les prisons et en exil ».Cette présence du Pape dans la Chine meurtrie est un témoignage à la vérité.C\u2019est une leçon de courage à ces catholiques qui prétendent que le communisme a fait l\u2019unité de toute la Chine et qu\u2019il faut s\u2019incliner devant le fait accompli.Le 27 mars, le Pape s\u2019adressa à la Roumanie par la lettre Veritatem.H commence par dire aux Roumains persécutés que toute l\u2019Église, dans le monde entier, prie pour eux et communie à leurs souffrances.Il n\u2019y a plus d\u2019évêques à la tête des diocèses.Tous ont été arrêtés, jetés en prison, déportés dans une lointaine solitude.L\u2019Église de rite oriental, œuvre de trois siècles de dévouement, jusqu\u2019en 1948 si florissante, a été légalement détruite.On a prétendu que les 24 RELATIONS catholiques roumains eux-mêmes avaient demandé que leurs églises soient attribuées à un autre culte.Les communautés religieuses ont été dissoutes, et leurs membres, dispersés; les écoles catholiques, fermées.De nombreux prêtres, qui refusèrent de souiller leur conscience et de trahir leur devoir, ont été déportés dans des régions lointaines, envoyés ad metalla, \u2014 ce châtiment de travailler dans les mines que les empereurs romains infligeaient aux premiers chrétiens, \u2014 aux travaux forcés, en prison.Le Pape rappelle aux Roumains les pages les plus illustres de leur martyrologe, les héros de Doros-tolon, d\u2019Axiopolis, de Tomi, dont une des gloires les plus pures fut saint Théotime.Nous avons récemment signalé, ici même, la lettre apostolique aux peuples de Russie.3.L'ÉGLISE MENACÉE.\u2014 Le Pape a multiplié les messages aux peuples qu\u2019une attaque communiste menace.Nous avons déjà indiqué quelques-uns de ses discours aux catholiques italiens: sa belle exhortation du 10 février, son message aux hommes d\u2019action catholique.Des millions de personnes attendent, exigent un vigoureux coup de barre pour empêcher l\u2019humanité de courir à l\u2019abîme.Le Pape sait que l\u2019Italie va au-devant de redoutables échéances.Il ne prêche pas seulement l\u2019énergie chrétienne; il convoque, sur la place Saint-Pierre, à Rome, des foules innombrables auxquelles il infuse la volonté de survivre.Si le Pape, aujourd\u2019hui, a tant d\u2019emprise sur les Italiens, c\u2019est qu\u2019ils ont confiance dans son action surnaturelle.Les catholiques d\u2019Allemagne tinrent leur Katholikentag (congrès catholique), à Berlin, durant la deuxième moitié du mois d\u2019août, sous la présidence du cardinal Innitzer, légat du Pape.Catholiques des deux zones, soviétique et alliée, se rencontrèrent, se divisèrent en dix sections d\u2019études, tinrent des réunions solennelles au stade olympique.La devise du congrès fut: « Dieu vit! » C\u2019était ce dont les uns et les autres avaient besoin.Les chrétiens de la zone soviétique, dont la foi est attaquée constamment par une philosophie sans Dieu, ont prouvé à leurs frères plus libres qu\u2019ils étaient, eux, les plus fervents.« Aucun doute possible, écrit un témoin.Ces hommes de l\u2019Est montrèrent une foi plus vive que nous, de l\u2019Ouest.D\u2019abord, par leur nombre qui dépassa tout ce qu\u2019on s\u2019était imaginé.Malgré les difficultés du voyage, et les autres, plus grandes encore, qu\u2019ils pouvaient prévoir au retour, ils étaient les quatre cinquièmes des participants.» Ils étaient à même de comprendre la parole du Pape: « Non, les valeurs terrestres ne sont point une chose définitive ni décisive.L\u2019ère de la foi chrétienne elle-même n\u2019entend pas être telle.Seules sont définitives et décisives sa vérité et la vertu de sa grâce.» Le Pape ne leur parla pas du communisme, mais du \u201cmatérialisme: « Tant qu\u2019il existera des croyants, même dans les chaînes, le matérialisme ne pourra parler de victoire.» Avec quelle vigueur, aux frontières mêmes de la liberté, il proclama les droits de l\u2019homme.Mais tout cela est encore secondaire.La phrase suivante montre à quel degré le Pape communie à l\u2019Église martyre: La foi est patrie.Où vous trouverez l\u2019Église, vous trouverez une partie de la patrie.Même si la porte de l\u2019Église venait à être fermée, il vous reste toujours une patrie spirituelle dans la foi personnelle, même en terre étrangère et dans la déportation; chacun retrouve sa patrie en lui-même et au contact de ceux qui partagent sa foi, ou tout au moins la foi dans l\u2019existence d\u2019un Dieu personnel et de leur immortalité, dans la communauté d\u2019un même destin.Car dans la foi vibre la pensée vivante que notre vraie patrie, c\u2019est le ciel, et que nous y avons déjà droit de citoyenneté.(19 août.) A Vienne, trois semaines plus tard, ne vinrent pas les chrétiens de l\u2019Est, comme à Berlin.Devant le rideau de fer, les catholiques non persécutés étudièrent « La liberté et la dignité humaines ».C\u2019était la première fois depuis 1933 qu\u2019ils JANVIER 1953 avaient leur Katholikentag.Alors, le génie d\u2019organisation~du chancelier Dollfuss avait donné au congrès une splendeur inoubliable.Cette fois, on aurait pu craindre, aux portes du monde soviétique, un ton de fanfaronnade.Ce fut au contraire un confiteor et un credo.Le confiteor fut prononcé par le P.Hugo Rahner: « L\u2019Autriche meurt en riant.Nos intellectuels sont devenus des barbares.Nous, catholiques autrichiens, sommes paresseux et sans amour.Nous parlons des responsabilités du moment, et nous méprisons secrètement l\u2019État et ceux qui ont le courage de tenir.» Le professeur Mauer, conseiller d\u2019État, cria son credo : « Ce n\u2019est plus l\u2019heure où l\u2019Église se glorifie de ses édifices sacrés, de sa philosophie, de ses écoles d\u2019humanisme, de ses établissements; aujourd\u2019hui on dit: Qui veut se glorifier, qu\u2019il se glorifie du Seigneur.Nous nous glorifions de la croix de Jésus.» La déclaration du congrès commença avec les paroles suivantes: ^La liberté et la dignité de l\u2019homme viennent de Dieu.L\u2019Église de Dieu est donc la gardienne tutélaire de sa liberté et de sa dignité.Nous, catholiques, convoquons les âmes à la résistance contre l\u2019État totalitaire, contre ses agents conscients et inconscients, à la défense dès la première attaque.Le sort de nos frères persécutés est un avertissement qui crée un devoir.A cette mobilisation de catholiques, le Pape parla de la foi, de l\u2019école catholique, de la sainteté du mariage, de la vie du mariage, de la famille, du logement, de la question sociale.Il faut empêcher la personne et la famille de se laisser entraîner dans l\u2019abîme où tend à les jeter la socialisation de toutes choses, socialisation au terme de laquelle la terrifiante image du Léviathan deviendrait une horrible réalité.C\u2019est avec la dernière énergie que l\u2019Église livrera cette ba-taile où sont en jeu les valeurs suprêmes: dignité de l\u2019homme et salut éternel des âmes.En Asie, c\u2019est le Japon qui est pays frontière.Cette année, à la suite du traité de paix, il ressuscita à la vie nationale.Le jour de la Résurrection, le 13 avril 1952, le Pape lui envoya par radio un message qui fut transmis par la radiodiffusion nationale.Il sait ce qu\u2019il faut dire pour raffermir les courages.Nous faisons grand cas de la nation japonaise, de sa gloire passée, de ses illustres mérites.Nous apprécions vivement sa gravité courtoise, la fermeté de sa constance dans l\u2019action et l\u2019épreuve, son très grand attachement au devoir civique et au bien commun, sa remarquable disposition aux arts libéraux, son sens profond et délicat de la famille, sujette, hélas! aujourd\u2019hui, à de graves dangers et malheurs.Il rappelle le souvenir de saint François Xavier et encourage le Japon à la fidélité chrétienne.Non, le Pape ne pense pas que l\u2019Asie tout entière s\u2019incline devant la puissance rouge.Nous avons à peine glané dans VOsservatore Romano.Pour donner une faible idée de l\u2019action du Pape, il faudrait le suivre dans les innombrables audiences qu\u2019il donne, écouter ses messages aux divers groupes de la société, auxquels il parle avec une étonnante précision technique, comme on a pu le voir par ses allocutions aux médecins, aux astronomes, aux cheminots, aux infirmières, aux apprentis pompiers, aux organisations du tourisme, aux diplomates qui présentent leurs lettres de créance, aux catholiques réunis à Barcelone, à Bogota, au Venezuela et ailleurs.Il faudrait assister avec lui aux béatifications et aux canonisations et, avec lui, se mettre à l\u2019école des saints.Dans la douceur et l\u2019humble piété du Pape, on discerne la toute-puissance de la foi.On ne peut s\u2019approcher de lui sans se convaincre d\u2019une chose: dans la crise du monde, c\u2019est encore le Pape qui représente, aujourd\u2019hui, la grande force morale où l\u2019on ne voit pas l\u2019ombre d\u2019une faiblesse.10 décembre 1952.25 LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES HISTOIRE Dom E.FLlCOTEAUX, O.S.B.: Fêtes de gloire: Avent, Noël, Épiphanie.\u2014 Paris, Éditions du Cerf, 1951.159 pp., 18.5 cm.T A LITURGIE de l\u2019Avent est expliquée ici en soixante pages, celle de Noël en une quinzaine, celle de l\u2019Épiphanie en quarante-cinq.Suit un appendice de quinze pagesj exégèse des noces de Cana, sous le titre suggestif de « L\u2019Épiphanie de Notre Dame ».Si la part faite au mystère de Noël est relativement petite, c\u2019est que l\u2019A.a déjà développé ce sujet dans un autre livre (voir Relations, déc.1950, p.370).Le présent ouvrage manque donc un peu d\u2019équilibre.Mais ce qu\u2019on y trouve laisse une impression de sécurité toute bénédictine.Il y a peut-être, en effet, en liturgie, moins à expliquer que ne le voudrait certain renouveau liturgique, qui ressemble souvent à un renouveau de librairie.Une sorte de point de saturation une fois atteint en matière d\u2019explication liturgique, ne pourrait-on laisser se reposer un peu la bonne liturgie ?L\u2019enthousiasme de l\u2019A.pour la prière antique peut, cependant, malgré quelques notes prudentes placées au bas des pages, donner à penser que, depuis lors, le Saint Esprit a quelque peu négligé son Église.Paul Bélanger.Maison Bellarmin, En COLLABORATION: De Rome d\u2019or au monde.\u2014 Rome, Poli-glotta Vaticana.344 pp., 29 cm.T TN ALBUM de grand luxe.Une petite anthologie sur la Ville ^ éternelle.Imprimé à la Polyglotte vaticane, dont les réussites techniques sont connues, ce volume relié a belle allure.Les nombreux hors-texte en couleurs et en héliogravure blanc et noir nous présentent quelques trésors artistiques de la cité des papes et quantité d\u2019autres monuments classiques du monde catholique.C\u2019est par là que le lecteur commencera, et il y trouvera ample satisfaction.Il convient de signaler une remarquable série de reproductions de l\u2019art religieux en pays de mission.Le titre, un peu étrange, est sans doute emprunté au style héraldique et exprime assez bien le contenu du livre.C\u2019est la Roma aurea, que les poètes ont chantée, et ses relations avec l\u2019univers.Sans être complet, ce tour d\u2019horizon ne laisse pas d\u2019être impressionnant.Les collaborateurs sont de marque, spécialistes en divers domaines, qui savent être brefs et se mettre à la portée du lecteur moyen.Composés en plusieurs langues, les chapitres ont été traduits en excellent français.Toute la première partie (la moitié du volume) traite de Rome et a été écrite presque en entier par le Dr Piero Chiminelli, directeur de la revue Italia Cattolica.Le même auteur signe d\u2019ailleurs la présentation; ne serait-ce pas lui qui a préparé cette publication ?Pour éviter des démarches inutiles, disons que le volume est distribué à Montréal par « De Rome d\u2019or au monde » (Enreg.), 3449, boulevard Saint-Laurent, et se vend $5.00.Gérard Tremblay.Maison Bellarmin.Louis COGNET: Le Père Teilhard de Chardin et la Pensée contemporaine.\u2014 Paris, Au Portulan, chez Flammarion, 1952.202 pp., 19 cm.T IVRE A LIRE pour connaître à la fois les grandeurs et les déficiences de la pensée du P.Teilhard de Chardin, telle qu\u2019exprimée surtout dans les nombreux opuscules polycopiés qui ont circulé en France et à l\u2019étranger.C\u2019est avec sympathie et compréhension que l\u2019A.traite son sujet.Partout où il le peut, il souligne les mérites des conceptions nouvelles mises de l\u2019avant par le Père de Chardin; en même temps, il n\u2019hésite pas à signaler tout ce que ces conceptions ont d\u2019incomplet, de peu courant dans l\u2019Église et même de dangereux pour la foi catholique, si elles étaient acceptées dans leur intégrité.Bien que discutant de questions difficiles et complexes, l\u2019ouvrage se lit facilement.La clarté et la fidélité à l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Église en sont les qualités maîtresses.Richard Arès.A.-Ch.DE GuTTENBERG: La Manifestation de l\u2019Occident.\u2014 Montréal, Éditions Florus, 1952.393 pp., 19 cm.jP\\ANS UN OUVRAGE de modestes dimensions, l\u2019A.a ras-semblé une somme de renseignements sur un sujet qui comprend aujourd\u2019hui une vaste documentation: la formation de l\u2019Europe à une époque qui se situe au deuxième millénaire avant Jésus-Christ.L\u2019A.invoque tour à tour les témoignages de la linguistique, de l\u2019archéologie, de l\u2019ethnologie et de la mythologie, et, grâce à une étude comparée de ces données, il tente d\u2019établir les traits communs d\u2019un même esprit chez les peuples divers qui formaient alors l\u2019Europe.La science parvient ainsi, par la comparaison des documents et avec le secours d\u2019hypothèses de travail, à jeter une lumière fugitive sur une époque lointaine et noyée de brumes.Dès cet âge reculé, l\u2019Europe connaît une certaine unité religieuse et linguistique, et les peuples appelés à composer l\u2019Europe de l\u2019ère historique (Grecs et Romains, Celtes et Germains) sont apparentés sur plus d\u2019un point, ce qui laisse entendre leur commune origine.Vers le début du second millénaire, se produit une expansion des peuples habitant le nord de l\u2019Europe: ils envahissent les pays méridionaux, l\u2019Asie mineure et les Indes.Ces envahisseurs sont les ancêtres de ceux qui formeront les grandes nations des temps historiques.L\u2019A.étudie, en insistant sur les affinités qui les unissent, l\u2019origine et l\u2019histoire des peuples de la Germanie, de la Gaule et de la Grande-Bretagne.Il accorde une attention particulière à la naissance de la nation française, chez qui l\u2019influence franque a été prédominante à l\u2019époque des Mérovingiens et des Carolingiens.On trouve, au cours des premiers chapitres, une analyse des notions de littérature écrite et orale, de culture, de civilisation.Le rôle du christianisme, comme facteur d\u2019énergie spirituelle, dans les sociétés de la fin de l\u2019Empire romain, est mis en relief.La foi a marqué l\u2019Europe et sa culture.L\u2019ouvrage a l\u2019intérêt d\u2019offrir une synthèse d\u2019éléments fournis par des disciplines très diverses, et il s\u2019appuie sur les travaux les plus autorisés (consulter la bibliographie).Toutefois cette étude (où le correcteur a oublié plusieurs fautes) demeure touffue, et une analyse plus poussée des matériaux, dont la quantité est considérable, eût rendu au lecteur la tâche plus facile.Collège Jean-de-Brébeuj, Montréal.Pierre Angers.C.-J.Gignoux: Lénine.\u2014Paris, Les Iles d\u2019Or, 1952.219 pp., 21 cm.T3I0GRAPHIE pénétrante, spirituelle, peut-être un peu mas-sacrante du chef bolchévique.On peut trouver que l\u2019A.a trop d\u2019esprit pour être charitable.Sans doute, il choisit les épithètes que je souligne dans un auteur stalinien, mais il commente ainsi la mort du frère de Lénine (p.17) : « Ainsi, si l\u2019on en croit ce jargon, Alexandre Ilitch Oulianov, tel qu\u2019au petit matin il se balançait au bout d\u2019une cOrde, un jour de l\u2019été 1887, n\u2019était qu\u2019un raté, ridicule et inutile.» On lui pardonne plus facilement d\u2019avoir fait dire à Anne, sœur de Lénine, que Nadia Krupskaia, son épouse, avait « l\u2019aspect d\u2019un hareng » (p.22).L\u2019ouvrage abonde en traits de ce genre; c\u2019est pourquoi il est de lecture facile.Le chef marxiste en sort dégonflé comme une baudruche percée de mille épingles.Tout de même, je dirais que M.Gignoux n\u2019a pas mesuré son personnage.Il a fait le tour de Lénine-homme, dont il a croqué à peu près tous les petits et grands travers.Très faibles, ses appréciations sur Lénine à partir de 1917: on comprend difficilement qu\u2019un homme aussi peu formidable ait imposé sa volonté à l\u2019histoire.Il semble partager l\u2019opinion trop répandue sur la nullité de Staline durant l\u2019époque léniniste.Staline fit tous ses travaux d\u2019approche pendant la vie de Lénine.Il avait la situation complètement en main quand mourut le chef, en janvier 1924.Les autres vedettes, Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Bukharin ne s\u2019en aperçurent pas alors; ils croyaient eux aussi à l\u2019insignifiance de Staline.Ils se rendirent compte, trop tard, qu\u2019ils avaient eu affaire à plus fort et plus rusé qu\u2019eux.On ne se douterait pas, en lisant M.Gignoux, que Staline a complètement 26 RELATIONS circonvenu Lénine.Mais l\u2019ouvrage se lit bien; il contient beaucoup de nouveau, et c\u2019est un livre qu\u2019il est utile d\u2019avoir dans sa bibliothèque pour des références rapides.Joseph-H.Ledit.ÉDUCATION, ORIENTATION Jeanne L\u2019ARCHÊVEQUE-DUGUAY: Comment j\u2019éduque Paul et Marie.\u2014 Montréal, Fides, 1952.175 pp., 20 cm.POUR APPRÉCIER comme il faut ce livre, il faudrait avoir été maman \u2014 chose impossible pour qui ne peut être, et cela rarement, qu\u2019un oncle de passage.On distingue facilement, en visite, les enfants qui vous prennent le cœur.Quand on se repose dans la confiante affection de ces gentils petits chrétiens, on ne soupçonne pas toujours l\u2019immense effort de patience et d\u2019amour qui a produit cette merveille: un enfant bien élevé.On lit Mme Duguay avec un vrai plaisir, celui d\u2019avoir été introduit dans le plus beau des mystères humains.Elle est, d\u2019après son livre où elle paraît toute transparente, une solide chrétienne, au gros bon sens, allié à une infinie délicatesse, une culture considérable et une solide piété.En étudiant Paul et Marie, elle s\u2019étudie elle-même.Elle apprend et enseigne à combattre les vilains défauts, petits et grands, qui commencent à se manifester longtemps avant l\u2019âge de raison.Principale leçon: on n\u2019enseigne efficacement que ce qu\u2019on pratique avec le renoncement le plus entier.J.-H.L.Roland ViNETTE (et autres):\tMéthodologie spéciale.\u2014 Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1950, 793 pp., 20 cm.CE VOLUME fait suite à la Pédagogie générale de M.Roland Vinette.Il touche à toutes les matières au programme de l\u2019enseignement primaire: religion, langue française, arithmétique, histoire du Canada, géographie, dessin, enseignement ménager, connaissances usuelles, agriculture, hygiène, bienséances, anglais.Sur chacune d\u2019elles, un spécialiste indique les méthodes à suivre et l\u2019esprit qui doit les animer.Le tout forme un imposant ensemble d\u2019érudition et d\u2019expérience.Les étudiants de nos écoles normales, à qui il est destiné, seront sans doute les premiers à en bénéficier.Les maîtres déjà engagés dans l\u2019activité pédagogique trouveront profit à y référer pour renouveler leur inspiration ou rajeunir leur pratique.Les parents soucieux de mieux collaborer avec les maîtres et d\u2019aider leurs enfants à réussir apprendront dans cet ouvrage pourquoi on enseigne telle matière à l\u2019école et comment on s\u2019y prend pour atteindre le but.D\u2019utiles références bibliographiques permettent de poursuivre les études auxquelles cet ouvrage initie magistralement, comme il convenait.Maison Bellarmin.\tStéphane Valiquette.Wilfrid ÊTHIER, P.S.S.: L\u2019Orientation professionnelle.T.I.\u2014 Montréal, Institut canadien d\u2019Orientation professionnelle, 1952.446 pp., 22 cm.POUR ÉCRIRE un volume tel que celui-ci, il fallait être à la fois orienteur, professeur et théologien.L\u2019A.réunit ces trois conditions.Il est un orienteur d\u2019expérience; cela se voit.Il peut, à l\u2019occasion, citer des exemples pris dans la pratique de tous les jours et qui illustrent à la perfection les principes énoncés.Il est professeur, et la valeur pédagogique de sa publication est indiscutable: clarté des textes, logique du plan, nombreuses références en témoignent.Enfin, il est facile de retrouver le théologien dans ce volume, une des rares publications du genre, où l\u2019esprit scientifique rejoint les données de la Révélation.Parce qu\u2019il a tenu compte de tout l\u2019homme, l\u2019A.nous propose vraiment un exposé doctrinal.On a ici un livre de base que non seulement les parents, les directeurs de conscience, les éducateurs, les aumôniers de mouvements de jeunesse et les chargés de placement et de personnel devraient lire, mais aussi \u2014 nous dirions: surtout \u2014 les étudiants d\u2019écoles normales et les futurs spécialistes en orientation.En le parcourant, nous avons nous-même éprouvé le regret qu\u2019il n\u2019ait pas été publié plus tôt, tellement nous ont plu la clarté de sa présentation, ses nombreuses références, sa bibliographie et sa table analytique.Aux profanes cette lecture paraîtra un peu sévère à cause de la méthode et même de la minutie déployées par l\u2019A.Mais ceux qui désirent entreprendre en profondeur une étude de l'orientation professionnelle seront servis à souhait.Il ne manque qu\u2019une chose à ce premier volume: c\u2019est le deuxième.Les notions et principes y gagneraient à être complétés par la pratique de l\u2019orientation sur le plan scolaire et sur le plan clinique.Espérons que l\u2019A.tiendra sa promesse.Montréal.\tMonique Béchard.CANADIANA Séraphin Marion: La Bataille romantique au Canada français.Les Lettres canadiennes d\u2019autrefois, t.VII.\u2014 Ottawa, Éditions de l\u2019Université, 1952.179 pp., 19.5 cm.DEPUIS plusieurs années, M.Marion s\u2019applique fidèlement à retracer nos origines littéraires.Dans ce domaine, il apporte un ouvrage documenté, toujours agréable et facile à lire.Le romantisme devait avoir son influence au Canada.La nouveauté éveille d\u2019abord la prudence; il faut redouter les idées de Rousseau, de Voltaire et de Hugo.Mais il y a de la foi chez Chateaubriand et Lamartine.Cela suffit pour provoquer l\u2019admiration enthousiaste du curé Painchaud.L\u2019abbé Casgrain et Crémazie se sentent plus à l\u2019aise auprès de la nature, que chantent les romantiques.Fréchette trouve un maître chez Victor Hugo.Craignant que le classicisme ne soit menacé, Gérin-Lajoie, Taché, Fabre, Routhier, Tassé, les abbés Nantel, Raymond et autres se portent à sa défense.Mais il faut bien suivre le courant littéraire de France et choisir ce qu\u2019il y a de bon dans chaque école.Thomas Chapais unit ainsi les esprits qui ouvriront la voie à une inspiration canadienne.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.Les Relations fédérales-provinciales en matière d\u2019impôts.\u2014 Montréal, La Chambre de Commerce de la province de Québec, 1952.37 pp., 28 cm.CETTE ÉLÉGANTE BROCHURE renferme le texte inté-tégral des travaux présentés au dix-septième congrès de la Chambre de Commerce de la province de Québec, tenu à Ottawa en octobre dernier.Il ne paraît pas exagéré d\u2019affirmer que ce congrès passera à l\u2019histoire, car, selon l\u2019expression du président de la Chambre, dans son exposé du thème aux délégués, les relations fédérales-provinciales en matière d\u2019impôts constituent « le plus grand problème constitutionnel de l\u2019heure actuelle ».On lira avec grand intérêt les travaux des conférenciers, qui ont traité à tour de rôle, « Les origines et le sens du conflit actuel » (Me Paul Gérin-Lajoie), « Les problèmes financiers du gouvernement fédéral » (M.Denis Hudon), « Difficultés financières des provinces » (M.Roger-H.Stanton), « Les problèmes financiers des municipalités » (M.Paul Dozois), « Les principes de solutions au problème des relations fédérales-provinciales » (M.Joseph Racine).Le tout se termine par l\u2019opinion officielle de la Chambre de Commerce.Tous ceux qui désirent s\u2019initier sérieusement à un problème qui occupe actuellement une place centrale dans la vie politique, canadienne et québécoise, trouveront dans cette brochure une splendide analyse de la question.Il faut féliciter la Chambre de Commerce d\u2019avoir ainsi prolongé l\u2019action de son congrès d\u2019Ottawa.Albert Plante.Messages du Président du troisième Congrès de la Langue française, 18-25 juin 1952.\u2014 Québec, le Comité de la Survivance française en Amérique, Université Laval, 1952.38 pp., 24 cm.M L\u2019ABBÉ Adrien Verrette, président du Conseil de la Vie \u2022 française en Amérique, \u2014 le nouveau nom du Comité de la Survivance française, \u2014 fut, à ce titre, président du troisième Congrès de la Langue française.Cette brochure renferme les diverses allocutions qu\u2019il eut à prononcer durant le congrès.On trouvera dans chacune d\u2019elles la conviction émue d\u2019un homme qui aime ardemment une cause.Le président actuel du Conseil de la Vie française appartient à un groupe minoritaire.Voici des réflexions qu\u2019il importe de se rappeler: « Nous portons tous, vous du Québec et nous de la dispersion, le même héritage.Dans la conservation d\u2019un patrimoine qui est exposé à tant d\u2019accidents de la route, il n\u2019est pas permis au groupe favorisé d\u2019ignorer les angoisses de ceux qui peinent.D\u2019ailleurs, au sein de la famille, JANVIER 1953 27 lorsqu\u2019un membre se porte mal, c\u2019est toute la famille qui souffre moralement » (p.21).Le troisième Congrès de la Langue française aurait sans doute pu être plus parfait, mais il a été mieux réussi que d\u2019aucuns ne le disent.Ces Messages du Président en prolongeront le sens et \u2014 pour employer un mot un peu vieilli \u2014 la mystique.Albert Plante.Musique et Musiciens, lre année, n° 1.\u2014Saint-Hyacinthe, La Bonne Chanson, 1952.36 pp., 27.5 cm.$2.50 par an.CEUX QUI DOUTENT de la vitalité et par conséquent de l\u2019avenir de la culture canadienne-française feraient bien de sortir quelque peu de leur tour d\u2019ivoire et de suivre le mouvement artistique et littéraire qui se dessine actuellement dans la province.Il y a quelque temps, paraissait la revue Arts et Pensée, qui fut pour tous une joyeuse et hère surprise.Voici maintenant que nous arrive une autre revue, elle aussi d\u2019une tenue exceptionnellement élevée, Musique et Musiciens.Revue à la fois théorique et pratique: elle contient des articles de doctrine et de technique, mais aussi et surtout beaucoup de textes musicaux.On ne peut que souhaiter plein succès à cette jeune revue, dont les premiers numéros sont grandement prometteurs et font honneur au Canada français.Si je puis me permettre une note personnelle, j\u2019ajouterai que le fait que cette revue est publiée par la Bonne Chanson, à Saint-Hyacinthe, qu\u2019elle a^pour directeur mon condisciple de collège, M.l\u2019abbé Charles-Émile Gadbois, et que son rédacteur en chef est mon ancien maître de piano, M.Conrad Letendre, tout cela ne peut que redoubler ma sympathie, ma confiance et ma fierté.Bonne chance donc, et longue vie à Musique et Musiciens! Richard Arès.ÉTRENNES D\u2019ENFANTS Dollard des Ormeaux: Jusqu\u2019au bout.Collection « La grande aventure ».\u2014 Montréal, Fides, 1952.103 pp., 23 cm.HISTOIRE romancée d\u2019une vocation à la vie religieuse.Livre qui a été écrit pour les enfants et qui demande à être lu avec des yeux d\u2019enfant.J\u2019ajouterai qu\u2019on ne le comprendra bien qu\u2019en le lisant aussi avec les yeux de la foi.R.A.André FranQUIN: Spirou et Fantasio.- Quatre aventures de Spirou.\u2014 Il y a un sorcier à Champignac.\u2014 Paris, Éditions J.Dupuis.104 pp., 23 cm.; 69 pp., 30 cm.; 61 pp., 30 cm.IA PLUPART des enfants connaissent déjà l\u2019hebdomadaire illustré Spirou, qui paraît depuis une quinzaine d\u2019années, en Belgique et en France, et qui, depuis un an, commence à se répandre au Canada français.Parmi les nombreuses aventures publiées de semaine en semaine, les éditeurs ont choisi pour les réunir en albums celle de Spirou et Fantasio composées par Franquin.Au début, l\u2019A.semble manquer de souffle; mais il se reprend peu à peu, et c\u2019est une savoureuse et longue histoire qu\u2019il nous conte dans II y a un sorcier à Champignac.De même, avec ce troisième tome, la présentation des images et des textes fait des progrès marqués.On ne peut s\u2019empêcher de comparer Franquin à Hergé, et Spirou à Tintin.Aussi, les enfants qui ont dévoré, en quelque sorte, les aventures de Tintin ne seront pas moins heureux de connaître les aventures de Spirou.R.A.Gervy: Pat\u2019Apouf dans les glaces, 83 pp.- Pat\u2019Apouf et.la Bande à Chico, 77 pp.- Pat\u2019Apouf et File des pirates, 127 pp., 1950.Chacun 15 cm.- Pat\u2019Apouf contre les gangstersl 46 pp., 1951, 27 cm.- Paris, Bonne Presse.Marina-Paul Bousquet: Feux sur la Serra.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1951.104 pp.25 cm.ALBUMS illustrés rapportant les aventures extraordinaires k et tragi-comiques du célèbre détective Pat\u2019Apouf, telles qu\u2019elles ont tout d\u2019abord paru dans l\u2019hebdomadaire français le Pèlerin.Ce genre amusera les enfants et distraira de plus grands qui ont gardé encore le goût du merveilleux.Le dernier album raconte les exploits d\u2019un groupe de jeunes, à Lisbonne, contre des espions nazis.R.A.en ttoiâ motâ K Au moment où se termine la préparation de ce numéro de Relations (19 décembre), de laborieux pourparlers sont en cours pour régler la grève de Louiseville.Ces pourparlers paraissent bien confirmer ce que nous avons écrit dans notre éditorial de décembre sur l\u2019existence de l\u2019absolutisme patronal à Louiseville.K La police provinciale a commis un formidable impair.L\u2019utilisation de la loi de l\u2019émeute n\u2019était pas nécessaire et n\u2019a fait que compliquer inutilement la situation.(Voir, sur ce sujet, une déclaration du curé de Louiseville dans la Presse du 17 décembre, p.3.) 1[ Le Canadian Jewish Congress vient de présenter au nom de la communauté juive de la métropole un message de félicitations à l\u2019archevêque de Montréal pour son élévation au cardinalat.La transmission de ce message fut confiée au R.P.Stéphane Valiquette, S.J., en témoignage d\u2019appréciation pour le travail de rapprochement et de mutuelle compréhension qu\u2019il poursuit depuis de nombreuses années entre les communautés catholique et juive du Canada.1[ Le Salon du Livre, cette année encore, a présenté au public canadien un riche et intéressant étalage d\u2019ouvrages récents et moins récents.Incunables et vieux parchemins ajoutaient une note savante à la fête.Les auteurs canadiens, présents en personne ou par leurs écrits, se sont certainement réjouis de voir grandir le public lecteur canadien.Signe de maturité dans la civilisation canadienne-française, jeune encore mais prometteuse.K Dans le Sacré Collège qui vient d\u2019atteindre sa plénitude, le plus âgé des membres est le cardinal -Alessandro Verde, qui aura 88 ans le 27 mars, et le benjamin, l\u2019archevêque de Gênes, le cardinal Giuseppe Siri, qui en comptera 47 le 20 mai prochain.H Avec la mort de S.Exc.Mgr John T.McNally, archevêque d\u2019Halifax, il n\u2019y a plus au Canada qu\u2019un ordinaire consacré par Pie X ; c\u2019est le vénéré archevêque de Saint-Boniface, Mgr Arthur Béliveau.1[ A la mi-novembre, sont partis pour l\u2019île de Madagascar les deux premiers missionnaires canadiens de l\u2019ordre de la Très-Sainte-Trinité.Et pourtant, seulement 22 prêtres, 12 clercs et 12 convers portent au Canada le scapulaire blanc à la croix rouge et bleue.En mai 1924, les Trinitaires prenaient possession de la paroisse Saint-Jean-de-Matha, à Montréal.En 1936, c\u2019était la fondation de leur premier couvent, maintenant situé avenue des Pins.Quatre ans plus tard, c\u2019était l\u2019inauguration du couvent de Saint-Bruno, auquel devait se rattacher le noviciat.En 1948, les quatre premières religieuses s\u2019installaient à Longueuil.11 Et maintenant, le premier supérieur provincial canadien, le R.P.Pierre-de-la-Nativité, consacre la maturité canadienne de l\u2019ordre par l\u2019envoi de ses deux premiers missionnaires.S.S.Pie XI avait dit au général de l\u2019Ordre: « Allez au Canada si vous voulez des missionnaires.» 1[ On devine aisément que M.Jean Désy, directeur du Service international de Radio-Canada, qui a aimé le Brésil et qui en a été aimé comme ambassadeur, n\u2019a pas été étranger à l\u2019organisation du magnifique concert spécial présenté, le 17 décembre, par le Service international, sous les auspices de la Société des Concerts symphoniques de Montréal, concert qui a mis en vedette comme chef d\u2019orchestre le grand compositeur brésilien Villa-Lobos.Le programme comportait deux œuvres de Villa-Lobos, une d\u2019Allende, compositeur chilien, et une de Drangosch, compositeur argentin.28 RELATIONS INTERVIEWONS UN RÉDACTEUR Æ$ * > ' T 3®*.^ ^rpws&iî1 ' ^V* '';> ., »ÜS$'.v '¦ (Après avoir interviewé les autres pendant des années/ Auguste Beaudry, rédacteur des journaux pour les employés de la Compagnie Dominion Textile Limitée, est interviewé à son tour.) \"\u2022'\t> '\" 'A ïêmsÊ%^ ¦ ^ Q.\t\u2014 Eh bien, Monsieur Beaudry, voudriez-vous nous dire en quoi consiste votre travail?R.\t\u2014 Premièrement, appelez-moi Gus tout court.C'est ainsi qu'on me désigne dans les moulins.Mon travail consiste à agir comme rédacteur principal pour les journaux des employés dans nos différents moulins.Q.\t\u2014 Fous avez plus d'un journal pour les employés ?R.\t\u2014 Oh, oui ! Nous en avons quatre en tout.Le contenu en est surtout régional, parce que les employés pré- fèrent les nouvelles locales.Mais il s'y trouve aussi quelques articles sur des sujets concernant la compagnie en général, matière qui est utilisée dans toutes les publications.Q.\t\u2014 Quel genre de nouvelles publiez-vous ?R.\t\u2014 Ce que les employés veulent lire.Des détails au sujet de leurs compagnons de travail, leurs familles.Qui vient de remporter un concours sportif, qui a eu une promotion, qui se marie et, bien entendu, qui a eu un bébé ! Q.\t\u2014 Ça fait bien du terrain à couvrir.R.\t\u2014 Il y en a beaucoup plus.Nous avons 323 anciens employés qui jouissent actuellement de pensions de retraite accordées par la compagnie.Ceux-ci fournissent bien des nouvelles.Puis il y a 88 équipes de quilles inscrites dans 17 ligues de la compagnie, ainsi que des équipes de baseball organisées par la compagnie.Nous avons là matière à bien des nouvelles.Q.\t\u2014 Avez-vous des groupements pour les employés qui comptent plusieurs années de service ?R.\t\u2014 Bien sûr.Un dans chaque succursale.En tout, nous avons 1,246 employés qui sont devenus membres de ces clubs Quart-de-Siècle, chacun d'eux ayant vingt-cinq années de service ou davantage.Leurs présentations de montres et leurs banquets annuels nous tiennent occupés.Q.\t\u2014 Ça fait de la lecture intéressante.R.\t\u2014 Mais ce n'est qu'un commencement.Il y a, en plus, les activités sociales, les nouvelles au sujet des plans d'assurance de la compagnie, les dîners de Noël tous les ans et les distributions de cadeaux, les renseignements au sujet des différents cours en textiles et autres dont les employés peuvent profiter, et une colonne spéciale de renseignements généraux sur les événements courants dans l'industrie du coton qui pourraient affecter le travail des employés; par exemple, le danger que constitue l'importation de cotonnades provenant de pays où la main-d'oeuvre est très peu rémunérée, comme le Japon et les Indes.Les employés veulent être au courant de la situation.Et ce n'est pas étonnant, puisque leur travail peut en être affecté.Q.\t\u2014 Et la prévention des accidents ?R.\t\u2014 Oui, nous accordons une attention spéciale à ce domaine.En plus des rapports préparés par les médecins et les infirmières de la compagnie, nous avons une colonne spéciale sur la santé en général et rédigée par le Dr C.L.Roman, chef des services médicaux de la compagnie, qui signe ses écrits « Le Vieux Doc ».Q.\t\u2014 Et les négociations ouvrières ?R.\t\u2014 Non, monsieur.Cela pourrait porter à controverse.Les conditions des contrats de travail sont discutées à fond entre la direction et les différentes unions, puis les détails en sont publiés séparément sous forme de livrets pour tous les employés; mais nos journaux pour les employés se gardent bien d'aborder ce sujet.Q.\t\u2014 Fous semblez avoir un programme bien rempli, Gus.R.\t\u2014 Oui, tout comme les différents rédacteurs de ces publications; mais c'est intéressant et ça fait plaisir de savoir que nous fournissons un autre service à nos employés.LA compagnie DOMINION TEXTILE limitée FABRICANTS DES PRODUITS \u201cRelation*\u201d voué plait} patlez-en à vos amis IMPRIMERIE DU MESSAGE*, MONTREAL "]
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