Relations, 1 août 1953, Août
[" Les faiblesses d\u2019une loi Albert PLANTE Ministres protestants et communisme Luigi d'APOLLONIA Impasse ou bifurcation dans l\u2019histoire du Canada Paul GÉRIN-LAJOIE Quelques aspects du crédit agricole Rodolphe LAPLANTE L\u2019administration hospitalière Gérald LA SALLE Joseph-H.Ledit ¦ Alexandre Dugré ¦ Berthe Louard 25* SOMMAIRE AOÛT 1953 Éditoriaux.201 Le diocèse de Yarmouth.\u2014 Veille de scrutin.L\u2019HABITATION À PRIX MODIQUE A LA PORTÉE DE TOUS.Berthe Louard 221 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 223 Articles LES FAIBLESSES D\u2019UNE LOI.Albert Plante 202 MINISTRES PROTESTANTS ET COMMUNISME.Luigi d\u2019Apollonia 205 IMPASSE OU BIFURCATION DANS L\u2019HISTOIRE DU CANADA .Paul Gérin-Lajoie 208 L\u2019ADMINISTRATION HOSPITALIÈRE .Gérald La Salle 212 PETITES VACANCES CHEZ BARBE-BLEUE.Alexandre Dugré 213 Commentaires.214 Pour vaincre le crime, un organisme fédéral permanent.\u2014 L\u2019unité européenne.\u2014 Pie XII et la profession médicale.\u2014 Beauté et personnalité.Au fil du mois.216 Le problème scolaire de Montréal.\u2014 L'Ordre de Mérite du Défricheur.\u2014 Trahison à gaucheet à droite.\u2014 Pays chrétien ?\u2014 L'organisation professionnelle en marche.Articles QUELQUES ASPECTS DU CRÉDIT AGRICOLE.Rodolphe Laplante 218 Les livres 226 Andrei Ouroussoff Essai sur la sainteté en Russie.Actes du IeT Congrès mondial pour l'apostolat des laïques .L'Accession des congrégations à l'état religieux canonique Mental Affliction and Church Law Précis d'Économie politique.Emile Bouvier Le Service social diocésain Répertoire des œuvres sociales de Montréal The Organized Social Apostolate of Albert de Mun Canada : The Golden Hinge Portages et routes d'eau en Haute-Mauricie\t> Une fille est venue\tj Et moi, j'ai dit non.Louis Telmosse SSr } \u2022 ^mi.e Racicot Les Saints vont en enfer.Louis Laurendeau L'Art d'écrire une lettre .Marie-Joseph d\u2019Anjou Joseph-P.Archambault Georges Van Belleghem Albert Plante Richard Arès Alexandre Dugré « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein: contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l'Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la a paix, cette œuvre de justice* (devise de Pie XIP) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l'abonnement s\tA l'étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tel.: VEndôme 2541 Autorial count anroi postal d# 1a dauxiluia data#, Minister# das Postas, Ottawa Montréal Août 1953 XIII* année, N° 152 É D I T O 4 diocèâe de y[axmouth SUR ONZE COMTÉS qu\u2019embrassait l\u2019archidiocèse d\u2019Halifax, cinq viennent d\u2019être détachés pour former le nouveau diocèse de Yarmouth, nom du chef-lieu, du centre économique et administratif de la région dite de la Baie-Sainte-Marie.Ce sont les comtés de Kings, Annapolis, Digby, Yarmouth, Shelbourne.Ayant perdu les Bermudes, érigées ce printemps en préfecture apostolique et confiées aux Pères Résurrec-tionnistes de Kitchener (Ontario), l\u2019archidiocèse d\u2019Halifax reste maintenant avec six comtés; sur une population totale de 264,870, il compte 52,650 catholiques, dont à peu près 11,000 Acadiens, établis surtout dans le comté de Cumberland, voisin du Nouveau-Brunswick.Le nouveau diocèse de Yarmouth comprend 26,917 catholiques, dont 21,447 de langue française, sur une population totale de 112,105.Les catholiques se trouvent presque tous dans les deux comtés de Digby et de Yarmouth, où les Acadiens constituent une forte partie de la population.Kings, Annapolis et Shelbourne sont très protestants; dans les comtés de Kings et d\u2019Annapolis, il n\u2019y a que quelques paroisses; Shelbourne ne compte que des missions.Comté\tPop.totale Pop.catholique Pop.française Yarmouth.\t22,794\t11,101\t9,389 Digby.19,989\t10,754\t9,451 Annapolis.21,747\t1,878\t1,164 Kings.33,183\t2,717\t1,282 Shelbourne.\t14,392\t467\t161 112,105\t26,917\t21,447 A côté des prêtres séculiers du nouveau diocèse, sont déjà à l\u2019œuvre les Pères Eudistes, quelques Pères Oblats, quatre communautés de religieuses, toutes affectées à l\u2019enseignement dans douze écoles.Il serait injuste de ne pas souligner l\u2019œuvre des Pères Eudistes au Collège Sainte-Anne de la Pointe-de-l\u2019Église.On peut être sûr que le nouvel évêque considérera le RIAUX « fameux petit collège », qui a donné, en soixante ans, plus de deux cents prêtres et cinq évêques, comme la prunelle de son œil.Mieux assisté paroissialement, pourvu d\u2019œuvres d\u2019assistance religieuse et sociale qui lui font encore presque entièrement défaut, le pays d\u2019Êvangéline connaîtra un regain de vie catholique, et sur la terre même d\u2019où on les avait bannis une fois, deux fois, les Acadiens se multiplieront dans la fidélité à leur foi, à leurs traditions religieuses et nationales.Il ne faudrait pas chercher ailleurs le sens de l\u2019érection de ce nouveau diocèse.Veille de àcxutin QUELQUE FORME que prenne la démocratie, le droit de vote en est la pièce maîtresse.L\u2019abstentionnisme fait beaucoup plus que favoriser le trafic des votes, les roueries des agents électoraux, les folles dépenses, les excès de publicité, les violences physiques et morales; il est un chancre interne aussi dangereux pour le corps démocratique que les excès de pouvoir pour les régimes d\u2019autorité \u2014 qu\u2019il prépare d\u2019ailleurs.Qui ne vote pas aide à fausser tout le système et peut léser, par son omission, le bien commun.Protestations et critiques ne corrigent rien, si elles ne conduisent pas, en temps d\u2019élection, à l\u2019exercice du droit de suffrage.Il faut admirer un Toscanini, exilé politique pendant tant d\u2019années, qui, à quatre-vingt-six ans, se rend de l\u2019étranger à Milan pour voter aux dernières élections italiennes.Voter ne suffit pas, il faut voter intelligemment.D\u2019une façon réfléchie, consciencieuse, sans rancune, sans jalousie, sans passion.Pour le programme politique qu\u2019on croit supérieur, mais avant tout pour le candidat qu\u2019on estime le meilleur.En termes populaires, un innocent de bleu ne vaudra jamais un bon rouge.Évidemment, l\u2019inverse est également vrai.Ni cA JÇeurs Cxcellencel Monseigneur Marie-jfoSeph J^e mieux, O.P., nommé archevêque d\u2019Ottawa, et Monseigneur cdlhert aÇe ménager, évêque élu de ]J[a%mouth, \u201c Pelotions \u201dprésente ses hommages et Ses voeux. le parti politique ne devrait choisir d'abord un candidat parce qu\u2019il croit que celui-ci remportera le comté, ni l\u2019électeur ne devrait d'abord voter pour un candidat parce que celui-ci est un « gars du comté ».Il faut voter pour le plus intelligent et le plus honnête parmi les candidats, pour le mieux préparé, le plus intéressé à sa tâche, pour celui qui y donnera le meilleur de son temps.Si le candidat est jeune, il doit présenter de solides promesses d\u2019avenir politique; s\u2019il est d\u2019âge mûr, les promesses ne devraient plus suffire.Il faut voter pour des candidats qui s\u2019intéresseront et prendront part aux débats, qui sauront mettre le bien général au-dessus du bien particulier, se rappelant que là se trouve la définition même de l\u2019art de la chose publique.Il faut voter pour des candidats qui, dans les villes, connaissent le problème social et la condition de l\u2019ouvrier; et à la campagne, le problème agricole et la condition du paysan; qui, d\u2019où qu\u2019ils viennent, connaissent et respectent la constitution du pays.Enfin, il faut voter pour celui qui placera ses principes religieux non pas à côté de sa vie politique, mais comme un levain en pleine pâte; car il servira de peu de chose, pour la politique en tant que politique, que le député soit, en dehors du parlement, paroissien exemplaire et fervent des retraites fermées, s\u2019il est avant tout, en Chambre, un partisan.Le citoyen doit se convaincre que, par l\u2019exercice du droit de vote, il exprime ses espoirs et ses craintes, libère ses mécontentements, recrute et renouvelle les élites politiques, devient solidaire des actes du gouvernement, exerçant sur lui, à périodes fixes, un contrôle et une orientation.Bref, par le droit de vote, le citoyen participe au pouvoir.LES FAIBLESSES D'UNE LOI Albert PLANTE, S.J.\\ PRÈS AVOIR PRÉSENTÉ (.Relations, juillet 1953, p.175) les traits essentiels de la « Loi pour assu-rer le progrès de l\u2019éducation », adoptée à la session de 1946, il faut en faire l\u2019étude critique.Peu de lois ont été autant en vedette ces dernières années.Les uns la louangent, parfois en des formules dithyrambiques.D\u2019autres la jugent sévèrement.Qu\u2019en est-il au juste?La loi de 1946 a-t-elle vraiment réglé pour de bon le problème financier des commissions scolaires ?A-t-elle, selon les termes mêmes de ses considérants, dégrevé « la propriété immobilière et particulièrement la petite propriété, facteur essentiel de stabilité et d\u2019ordre social, du fardeau excessif des impôts fonciers » ?* La Commission Fortier, créée en 1945 en vertu de la « Loi pour assurer une meilleure répartition des taxes municipales et scolaires », devait « étudier les méthodes actuelles de taxation pour fins scolaires et municipales et rechercher les moyens propres à assurer une répartition mieux équilibrée, plus juste et économiquement plus saine des impôts dans ces deux domaines, de façon à procurer aux corporations scolaires et municipales les revenus dont elles ont besoin, à soulager le petit propriétaire et à rendre pleine et entière justice à tous les intéressés ».Une législation destinée à stabiliser efficacement les finances scolaires aurait dû satisfaire les exigences suivantes: a) méthodes éprouvées d\u2019évaluation; b) formation d\u2019excellents évaluateurs; c) évaluation selon la valeur réelle; d) suppression des commutations de taxes injustifiées; e) mise au point de nouvelles sources de revenus, tant pour suppléer à l\u2019insuffisance des sources traditionnelles que pour mieux partager le fardeau financier (voir « Réforme fiscale et commissions scolaires », Relations, mai 1953, p.120).Or, la loi de 1946 n\u2019a pas ces vastes perspectives.J\u2019entendais, il y a quelque temps, cette réflexion d\u2019un homme bien au courant du problème: « Elle a réglé le cas des dettes scolaires, mais elle n\u2019a pas prévu l\u2019avenir.» Il est instructif de rapprocher cette remarque des affirmations faites en Chambre par M.André Laurendeau, lors du débat de mars 1947 sur le bill 41, qui ajoutait aux pourvoyeurs du fonds d\u2019éducation, créé par la loi de 1946, les compagnies faisant le raffinage du pétrole et les compagnies de téléphone.D\u2019après M.Laurendeau, la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation » enlève aux administrateurs locaux leur autonomie.La cause de ce resserrement, c\u2019est précisément qu\u2019on a négligé d\u2019apporter une solution d\u2019ensemble: « Les difficultés venaient généralement d\u2019une mauvaise assiette des impôts, et l\u2019on a procédé par octrois.C\u2019est un peu le procédé d\u2019Ottawa relativement aux provinces.Devant l\u2019anarchie des octrois, le gouvernement a assumé d\u2019un coup toutes les dettes.Mais, en même temps, il a privé les corporations scolaires de leur liberté fiscale, sans améliorer la base.C\u2019est comme si le gouvernement avait dit: Vous avez des dettes, je les assume, mais du même coup je prends votre liberté.» Au reproche de l\u2019opposition de ne pas avoir élaboré une véritable solution d\u2019ensemble, le premier ministre répondit qu\u2019il fallait aller au plus pressé et donc soulager sans tarder les commissions scolaires de leurs dettes, ce qui aurait nécessairement comme heureux résultat de dégrever la petite propriété.Cette réponse avait du 202 RELATIONS bon.Il est évident, en effet, qu\u2019une législation s\u2019inspirant des cinq facteurs énumérés plus haut est d\u2019une mise au point délicate et ne peut faire sentir ses effets du jour au lendemain.Mais le gouvernement aurait dû, au moins, laisser entendre que la législation proposée n\u2019avait qu\u2019un caractère temporaire et qu\u2019il envisageait l\u2019élaboration d\u2019une solution pleinement appropriée aux difficultés financières des commissions scolaires, solution s\u2019inspirant des meilleures recommandations de la Commission Fortier, qu\u2019il avait vraisemblablement créée dans le but précis d\u2019opérer des réformes de base.La « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation » change-t-elle vraiment en « succursales administratives » du gouvernement les corporations scolaires déclarées en défaut par la Commission municipale et celles qui se soumettent d\u2019elles-mêmes à sa tutelle?Répondant à M.Laurendeau, le premier ministre déclara : « La présente loi va beaucoup moins loin que la loi de la Commission municipale, qui date de quatorze ans.Nous améliorons tout simplement les conditions.Nous comblons le précipice et nous empêchons les corporations scolaires d\u2019en creuser un autre.Il y avait un chancre, et nous l\u2019avons fait disparaître d\u2019un seul coup.» M.Godbout rétorqua: «La présente loi va beaucoup plus loin que la loi de 1932.La Commission municipale a exercé une action extrêmement saine.Elle n\u2019intervenait que lorsque les corporations scolaires étaient en défaut.Les commissions scolaires seront bien administrées pourvu qu\u2019elles gardent leur liberté.Le principe de l\u2019autonomie ne joue pas seulement pour l\u2019autorité centrale.Il joue également pour les diverses autres autorités.» La « Loi de la Commission municipale de Québec » ou « Loi concernant la surveillance et le contrôle des corporations municipales, scolaires et de syndics de paroisse ou de mission » fut adoptée à la session de 1932, \u2014 donc à l\u2019époque de la dépression économique, \u2014 après un débat orageux.M.Duplessis, alors dans l\u2019opposition, l\u2019attaqua vigoureusement: « Il est regrettable qu\u2019une telle mesure ait été présentée, et pour le respect des droits de la population et pour les libertés populaires.Le premier ministre peut être certain que nous n\u2019écrivons pas une page glorieuse dans les annales de la province.» M.Taschereau, premier ministre et ministre des Affaires municipales, avait expliqué le bill en disant que la situation financière des municipalités était sérieuse et que les banquiers et les hommes d\u2019affaires avaient demandé au gouvernement d\u2019intervenir.A son avis, la Commission municipale, telle que la créait le bill, constituait une garantie d\u2019impartialité: « Nous donnons à la Commission le pouvoir d\u2019être tutrice des municipalités qui sont en mauvaises affaires.Jusqu\u2019à présent, les municipalités étaient obligées de soumettre leurs projets d\u2019emprunts au ministère des Affaires municipales.On a accusé ce ministère d\u2019ingérence politique.Le cas a pu se produire, mais il A est difficile qu\u2019il en soit autrement quand les députés interviennent au nom des municipalités.Grâce à cette Commission, toute ingérence politique sera impossible car les commissaires seront tout à fait en dehors de la politique.» A une autre séance: « Quand la municipalité est insolvable, nous prenons les mesures nécessaires pour stabiliser ses finances.Ce n\u2019est pas nous qui allons déclarer la municipalité en défaut, mais un juge, et ce n\u2019est qu\u2019alors que la Commission pourra en assumer le contrôle.» L\u2019affirmation que la création d\u2019une Commission municipale ferait disparaître toute ingérence politique fit se gausser l\u2019opposition.Réaction facile à expliquer, un organisme de la Couronne n\u2019étant pas nécessairement ni toujours un « corps solide et indépendant », \u2014 c\u2019est l\u2019expression qu\u2019avait employée M.Taschereau, \u2014 même s\u2019il jouit juridiquement d\u2019une grande liberté.Il reste cependant qu\u2019on a nettement l\u2019impression, en étudiant la « Loi de la Commission municipale de Québec », qu\u2019elle instituait un contrôle moins serré que celui de la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation ».On ne peut s\u2019empêcher d\u2019être frappé de voir revenir si souvent dans la loi de 1946 l\u2019expression « lieutenant-gouverneur en conseil ».Il faut admettre, croyons-nous, que l\u2019application de cette loi, qui allait non seulement veiller aux emprunts, mais payer plusieurs millions de dettes scolaires, exigeait une surveillance plus étroite de la part du gouvernement.Serait-il, en effet, conforme au principe constitutionnel, en vertu duquel les fonds publics doivent être contrôlés par les représentants du peuple, d\u2019abandonner l\u2019utilisation de sommes si substantielles à un organisme de la Couronne?Ceci admis, il faut tout de suite conclure à l\u2019extrême importance de l\u2019esprit qui doit accompagner l\u2019application de la loi.Au cours du débat sur la Commission municipale, M.Duplessis énonça un principe excellent: « Sans doute, une surveillance raisonnable est bonne, mais à la condition que cette surveillance ne soit pas de la tyrannie, une dictature politique et en même temps un brevet d\u2019incapacité pour tous les conseils municipaux.» Il y a dictature politique si la Commission municipale, qui, dans la loi de 1946, est étroitement soumise au contrôle du gouvernement, déclare trop facilement en défaut les corporations scolaires; si l\u2019on fait savoir à des corporations solvables qu\u2019elles seraient bien vues des autorités en se prévalant de la loi et en se soumettant d\u2019elles-mêmes à la tutelle; si, surtout, les députés du parti au pouvoir joüent un rôle prédominant dans la distribution des octrois, ce qui signifie qu\u2019il y a deux poids et deux mesures dans cette distribution.Le problème soulevé par les modalités de la distribution des octrois fut fortement souligné au cours du débat parlementaire de 1946.M.Marier déclara: « Par le fonds d\u2019éducation, la Législature perd le contrôle des deniers versés.» Et M.André Laurendeau: AOUT 1953 203 « Le bill 48 sanctionne un mauvais système: le régime généralisé des octrois dits extraordinaires.Le gouvernement pourra continuer d\u2019aider les commissions scolaires qu\u2019il voudra, comme il le voudra, quand et dans la mesure où il le voudra.Nous demandions un régime organique, des octrois statutaires; on perpétue l\u2019arbitraire.» Paroles pessimistes ?Au dernier congrès de la Fédération des commissions scolaires du Québec, on parla, comme il se devait, d\u2019autonomie.A la question: « Les commissions scolaires jouissent-elles de leur autonomie financière?», un des comités d\u2019étude répondit: « Plus ou moins.Oui, dans l\u2019administration locale des affaires; moins dans le cas des constructions d\u2019écoles, des octrois et plans d\u2019écoles, ainsi que dans le cas des grosses réparations.» Un remède fut proposé: « Que les octrois pour les constructions soient statutaires.» Cette réponse, pour discrète et réservée qu\u2019elle soit, n\u2019en permet pas moins de conclure sûrement à l\u2019insatisfaction engendrée par la façon de distribuer les octrois.Des confidences qui nous ont été faites, et qui ne sont pas, elles non plus, inspirées par des motifs politiques, confirment les remarques entendues au congrès.Il est regrettable que la loi actuelle, qui a comblé tant de déificts et qui rend possibles de généreuses subventions, grâce aux revenus du fonds d\u2019éducation, n\u2019assure pas mieux l\u2019égalité de traitement.Les modalités de la distribution des octrois pour fins d\u2019éducation constituent donc un point névralgique dans notre législation scolaire.Le sujet est tellement important qu\u2019il mérite d\u2019être étudié plus longuement.Nous y reviendrons.Il est utile de rappeler ici que le parrain du bill 48 déclara que les $90,000,000 de dettes s\u2019étaient accumulés surtout à cause des emprunts pour construction de locaux scolaires.On peut donc affirmer que la loi de 1946 n\u2019aurait pas été nécessaire si les emprunts avaient été mieux surveillés d\u2019un bout à l\u2019autre de l\u2019échelle administrative et, surtout, si les corporations scolaires, à défaut de cette législation idéale dont il a été question au début de cet article, avaient pu, depuis longtemps, compter pour leurs constructions sur des octrois statutaires, indépendants des aléas de la politique.Quelques mots, avant de terminer, de l\u2019article 25 de la loi à l\u2019étude.Cet article comporte trois paragraphes.Le premier oblige les commissaires et les syndics d\u2019écoles des municipalités rurales à « payer à chacun de leurs instituteurs et institutrices un salaire annuel d\u2019au moins six cents dollars »; le deuxième autorise le gouvernement à contribuer au paiement de ces salaires à même le fonds d\u2019éducation, « dans une proportion que détermine le lieutenant-gouverneur en conseil et qui ne doit pas excéder soixante-quinze pour cent de ces salaires » ; le troisième avertit que « nonobstant toute disposition législative au contraire, aucun différend entre instituteurs ou institutrices et commis- saires ou syndics d\u2019écoles dans les municipalités rurales, relativement à des questions de salaires ou de conditions de travail, ne peut être soumis à des commissions ou comités d\u2019arbitrage ou de conciliation ».On a pu qualifier, avec raison, ce troisième paragraphe d\u2019étrange.Quant aux dispositions du premier, des députés soulignèrent le danger de n\u2019assigner que $600 comme minimum.On sait combien fut aigu, durant de longues années, le problème du salaire des institutrices rurales.S\u2019il y a eu d\u2019incontestables progrès, grâce à plus de compréhension chez les commissions scolaires et grâce aux dispositions du deuxième paragraphe de l\u2019article 25, la situation n\u2019est pas encore parfaitement normale.Au récent congrès de la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques, le président, M.Léopold Garant, a révélé que plus de 5,000 institutrices avaient encore un salaire annuel de moins de $1,000, soit 158 institutrices gagnant de $600 à $700; 1,077, de $700 à $800; 2,292, de $800 à $900; 2,005, de $900 à $1,000.Pour en arriver à une solution heureuse du problème, il faudra que certaines commissions scolaires aient un esprit plus ouvert aux demandes légitimes de leur personnel enseignant et que le gouvernement soit prêt, de son côté, à contribuer à une plus forte hausse des salaires, en faisant servir généreusement à cette fin le fonds d\u2019éducation.* La « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation » a rendu d\u2019indiscutables services.La réorganisation financière de corporations scolaires trop endettées pour sortir rapidement de l\u2019ornière ne va pas sans d\u2019heureuses conséquences sociales.Un député qui vota contre le bill en troisième lecture, mais dont le vote approuva, en deuxième lecture, le principe de libérer les commissions scolaires du fardeau écrasant de leurs dettes et de dégrever la petite propriété, déclara: « C\u2019est la première tentative de ce genre, et nous en avons rendu justice au gouvernement.» Cette loi a cependant d\u2019importants points faibles: manque de solution d\u2019ensemble pour fournir à la fois plus de revenus aux corporations scolaires et soulager la petite propriété; mise sur le même pied des corporations scolaires insolvables et solvables; contrôle excessif aux dépens de l\u2019autonomie locale, surtout dans le cas des octrois pour les constructions et les réparations importantes; distribution arbitraire des octrois; insuffisances de l\u2019article 25.Des mises au point sont donc nécessaires.Le moment paraît opportun de les discuter en toute franchise et cordialité.La Commission Tremblay ne manquera pas de présenter un rapport élaboré sur les relations fédérales-provinciales et provinciales-municipales.L\u2019occasion sera belle pour le gouvernement d\u2019apporter à la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation » les amendements qu\u2019exige le bien commun.204 RELATIONS MINISTRES PROTESTANTS ET COMMUNISME Luigi d'APOLLONIA, S.J.IL EST toujours délicat de se mêler des affaires des autres; deux fois délicat quand un catholique se mêle des affaires des protestants; et un comble si ce catholique est prêtre et par surcroît jésuite.Nous avons eu, au Canada, les visites du doyen « rouge » de Cantorbéry; notre propre James Endicott a reçu le prix Staline pour la paix; le révérend Glendin Partridge, de Montréal, a prononcé au cimetière Wel-wood, de Long Island, l\u2019éloge funèbre des époux Rosenberg, «morts pour l\u2019humanité, la justice, la vérité »; la revue The Protestant, autrefois The Protestant Digest, se publie à Halifax, toujours sous la direction du révérend Kenneth Leslie et toujours aussi pleine de fiel pour les catholiques que gonflée d\u2019admiration pour les joies et les travaux des régimes socialistes.Il n\u2019est donc peut-être pas inutile, même s\u2019il y a risque, d\u2019exposer brièvement l\u2019incident Matthews.I.\u2014 QUI EST MATTHEWS ?Qui est ce Matthews dont on a demandé la tête au gouvernement américain ?Américain de vieille souche, né à Hopkinsville, dans le vert Kentucky, J.B.Matthews fit ses études au Collège d\u2019Asbury et à l\u2019Université Drew, d\u2019où il sortit bachelier ès arts; il prit sa maîtrise en théologie à YUnion Theological Seminary de New-York et sa maîtrise ès arts à l\u2019Université de Columbia, puis, se destinant aux missions étrangères, s\u2019inscrivit à l\u2019École de langues orientales de l\u2019Université de Vienne.Docteur frais émoulu, il est ordonné diacre de l\u2019Église méthodiste à Singapour.La géographie le fascine.Il prépare des études en Chine, en Indonésie et en Afrique pour le compte du World Atlas d\u2019Édimbourg.En 1926, la Société royale de Géographie d\u2019Angleterre lui donne l\u2019accolade, l\u2019accueillant au nombre de ses fellows.Il se voue à l\u2019enseignement dans les Indes néerlandaises et prépare la traduction en malais de YHymnaire protestant.La face de la misère, qu\u2019il a vue de près de par le monde, le hante.De retour aux États-Unis, il s\u2019intéresse aux mouvements de réforme sociale.Tête baissée, le voici engagé dans toutes les organisations de relèvement populaire, membre des fronts unis et des fronts ouvriers, partisan de la paix et ennemi juré des fascismes.C\u2019est un « compagnon de route » au cœur brûlant.Jamais cependant il ne s\u2019inscrit au parti communiste.Il reconnaît bientôt son égarement.Désenchanté de tous ces mouvements qui détournent au profit d\u2019une politique étrangère les désirs sincères de réforme so- ciale, il met à démasquer le mensonge communiste les efforts d\u2019une intelligence méthodique et toute la ferveur d\u2019un converti.De 1938 à 1945, il siégera au fameux comité Dies.Des observateurs politiques et des chroniqueurs de tout premier rang, tel George Sokolsky, le considèrent comme la première autorité sur le communisme et ses activités aux États-Unis.Le 22 juin, le sénateur J.R.McCarthy l\u2019appelle au poste de directeur du personnel du sous-comité d\u2019enquête sur les activités subversives.En même temps paraît le numéro de juillet de Y American Mercury.Il s\u2019enlève à tous les kiosques.L\u2019article principal s\u2019intitule: a Reds and Our Churches ».Il est signé J.B.Matthews.Les protestants aux États-Unis n\u2019ont pas le dos aussi large que les catholiques, et leurs protestations inondent Washington.La « Conférence des chrétiens et des juifs », tout en reconnaissant au sous-comité le droit d\u2019enquête sur la loyauté des citoyens, flétrit l\u2019article de J.B.Matthews comme unjustifiable and deplorable; le président Eisenhower le dénonce à son tour; le sénateur Joseph McCarthy doit faire machine arrière et remercier Matthews à peine deux semaines après l\u2019avoir engagé.il.\u2014 l\u2019article Qu\u2019avait donc dit Matthews?Son article dans Y American Mercury \u2014 autrefois revue de gauche, aujourd\u2019hui revue de droite \u2014 voulait évidemment secouer l\u2019apathie du public.Comme un boxeur qui veut asséner un coup décisif dès le son du gong, l\u2019auteur commençait par cette affirmation : « Le groupe individuel le plus imposant qui appuie le mouvement communiste aux États-Unis se trouve actuellement parmi le clergé protestant.» Avec la guerre froide, le communisme, habile, protéiforme, tâche de s\u2019infiltrer dans les diverses Églises protestantes.Il a réussi à s\u2019y recruter des commis voyageurs pour ses idées, des compagnons de route pour ses campagnes, quelques communistes avérés, mais surtout des jouets et des dupes.Matthews donne des chiffres.Pendant ces derniers dix-sept ans, 7,000 ministres protestants au moins \u2014 at least \u2014 ont donné leur nom à toutes sortes d\u2019associations à sympathie communiste.C\u2019est deux fois plus que le nombre des professeurs de collège dont on a tant parlé.Matthews cite deux témoins importants qui viennent des deux camps opposés: Earl Browder, ancien chef communiste, aujourd\u2019hui en disgrâce et en prison pour parjure, et Edgar J.Hoover, directeur du F.B.I.AOUT 1953 205 A Y Union Theological Seminary, Y aima mater de Matthews, Browder déclarait ouvertement: « Cela pourrait vous intéresser de savoir que nous comptons parmi les membres du parti communiste des prédi-cants, des predicants actifs dans diverses Églises.» Devant le Comité sénatorial d\u2019enquête sur les activités antiaméricaines, le 26 mars 1947, Edgar J.Hoover déposait en ces termes: « J\u2019avoue que je nourrirai de l\u2019inquiétude aussi longtemps que les communistes pourront recruter des ministres de l\u2019Évangile pour promouvoir leur œuvre mauvaise et épouser une cause étrangère à la religion du Christ et au judaïsme.» On n\u2019a d\u2019ailleurs, continue Matthews, qu\u2019à analyser les listes des signataires des mouvements de paix, « la plus grande arme de guerre » du communisme, pour se convaincre que ces paroles ne sont pas des paroles dans les nuages.Dans son rapport de 1951 (la situation serait pire en 1953), le Congressional Committee on Un-American Activities enregistre 471 noms de ministres protestants venant des 48 états des États-Unis, tous partisans des mouvements de paix.La liste devrait être beaucoup plus longue selon Matthews, qui va jusqu\u2019à affirmer qu\u2019en dehors du parti communiste, les cinq plus grands propagandistes de la politique du Kremlin sont cinq ministres protestants: Harry F.Ward, Kenneth Ripley Forbes, Jack R.McMichael, Willard Uphaus, Joseph F.Fletcher; ces deux derniers, membres du Conseil mondial de la Paix de Varsovie.L\u2019affirmation massive de Matthews, c\u2019est que, depuis dix-sept ans, 7,000 ministres protestants ont fait le jeu des communistes.A s\u2019en tenir au recensement officiel de 1950, le clergé protestant compte 238,360 membres aux États-Unis, nombre à majorer puisque l\u2019enquête de Matthews porte sur un espace de dix-sept ans.Il faut conclure que le pourcentage n\u2019est pas élevé, et que la grande majorité des ministres protestants ne cesse de combattre avec énergie la menace communiste.Cela, Matthews le dit en toutes lettres: a small minority, tels sont les mots de son article, bien que le ton laisse entendre le contraire.Et c\u2019est ce que le président Eisenhower et la « Conférence des chrétiens et des juifs » ont déploré.ni.\u2014 pourquoi ?Même réduite à ses proportions vraies, l\u2019infiltration communiste dans les rangs du clergé protestant ne laisse pas de nous étonner.Nous nous demandons pourquoi.Esquissons une réponse.1.Refus du magistère vivant.\u2014La première raison est obvie pour des catholiques, humbles dans leur foi à la pensée qu\u2019elle est un pur don de la miséricorde divine.Vivant au sein d\u2019une Église maîtresse de vérité, nous bénéficions du magistère infaillible des souverains pontifes.Veillez, vénérables Frères, avertissait Pie XI dans l\u2019encyclique Divini Redemptoris (10 mars 1937), à ce que les fidèles ne se laissent pas tromper.Le communisme est intrinsèquement pervers, et l\u2019on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne.Si quelques-uns, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient les premiers, victimes de leur égarement.Il est pratiquement impossible aujourd\u2019hui de définir le protestantisme.Mais tous les protestants, même ceux qui s\u2019appellent catholiques, ont ceci en commun qu\u2019ils répudient le magistère de Pierre.Dans le conflit apparent de la liberté et de l\u2019autorité, ils n\u2019ont pas su tenir ce que Bossuet, parlant de la grâce et de la coopération de l\u2019homme, appelait « les deux bouts de la chaîne », et Pascal, les « vérités répugnantes », c\u2019est-à-dire ces vérités en apparence contradictoires, mais en réalité complémentaires, qui se résolvent dans l\u2019unité de la vérité totale.L\u2019hérésie est ce qui choisit et ce qui sépare; l\u2019orthodoxie, ce qui embrasse et ce qui unit.Plein de défiance, le protestantisme a eu garde de ne pas refléter les enseignements du magistère vivant de l\u2019Église dans la grande presse quotidienne à son service.Pie XI lui-même le souligne dans Divini Redemptoris, lorsqu\u2019il énumère les facteurs qui contribuent « largement à la diffusion du communisme » et qu\u2019il lâche le mot de « conjuration du silence ».Nous disons conjuration, car on ne saurait expliquer autrement le fait qu\u2019une presse aussi avide de commenter les menus incidents de la vie quotidienne ait pu si longtemps garder le silence au sujet des horreurs commises en Russie, au Mexique et dans une grande partie de l\u2019Espagne, qu\u2019elle parle relativement peu d\u2019une organisation mondiale aussi vaste que le communisme dirigé par Moscou.Le monde protestant reçoit maintenant le choc en retour de son immense silence, et se rend compte de plus en plus que sa politique en a été une de courte vue.Encore aujourd\u2019hui cependant, plusieurs n\u2019osent attaquer, sinon de la bande, le totalitarisme de Moscou, de peur de faire le jeu du totalitarisme de Rome, comme ils disent insensément, et de travailler à la construction d\u2019une Europe vaticane.2.Libre examen.\u2014 Détaché de Rome, rebelle au magistère vivant, le protestantisme a fait de la sainte Bible la source première et le canal unique de la révélation divine.On ne saurait trop le répéter : la sainte Bible est un trésor sans prix.C\u2019est l\u2019Église même qui nous l\u2019a donnée.Les Pères, les docteurs, les théologiens n\u2019ont cessé au cours des siècles de méditer son message divin, et les experts de mettre en œuvre l\u2019histoire, la géographie, les langues anciennes, l\u2019archéologie, etc., pour mieux établir le texte sacré.C\u2019est un des thèmes traditionnels de l\u2019Église, merveilleusement développés par saint Augustin et par Bossuet, que la comparaison des 206 RELATIONS Livres saints au sacrement de la sainte Eucharistie, car la parole de Dieu aussi est « esprit et vie ».Mais détaché de l\u2019autorité de l\u2019Église, ce livre divin, plein d\u2019ombres et de lumières, est sollicité, tiré, déchiré en tous les sens par les auteurs d\u2019hérésies et de schismes, de sectes et de dénominations opposées, quand ce n\u2019est pas par des illuminés, des toqués, des imposteurs, des scrupuleux, des mégalomanes qui s\u2019arrogent la mission de l\u2019interpréter, tous et toutes en opposition et en contradiction les uns avec les autres, que ce soit au sujet de la divinité du Christ, de sa résurrection, du nombre des sacrements, de la nature de l\u2019Église, etc., mais tous et toutes réunis dans leur opposition, quand ce n\u2019est pas dans leur hostilité, à l\u2019Église qui se proclame interprète de l\u2019Écriture sainte et gardienne du dépôt de la Révélation.Devant le pullulement de religions et de pseudoreligions qui toutes, à des titres divers, se réclament du Christ et, à force d\u2019exégèses abracadabrantes, des Écritures saintes; face, en même temps, à la nécessité de vivre en commun, le protestantisme a glissé petit à petit vers un relativisme doctrinal qui s\u2019exprime illogiquement par cette affirmation doctrinale: toutes les religions sont également bonnes.La tolérance, au lieu d\u2019être une vertu positive et le fruit du respect de la foi sincère des autres, est devenue une vertu négative et le fruit de l\u2019indifférence religieuse.La grande presse américaine, dans ses éditions de fin de semaine, suinte cette théologie molle et déliquescente.On pouvait lire, par exemple, tout récemment, ce passage d\u2019un chroniqueur sur le problème de l\u2019unité chrétienne: « Un des faits frappants concernant Jésus de Nazareth, c\u2019était sa volonté de travailler de concert avec quiconque cherchait le but qui lui était cher.Dans une circonstance, il affirmait que ceux qui n\u2019étaient pas contre lui étaient pour lui.Il accueillait pêle-mêle parmi ses amis toutes sortes de personnes.sans les soumettre à un examen théologique sur leur orthodoxie.» 3.Relativisme doctrinal.\u2014 Pour ce protestantisme, la vérité n\u2019a plus de norme objective et absolue.Ni la morale.Il ne s\u2019agit pas uniquement de vérités religieuses surnaturelles qui nous viennent de la Révélation, mais de toutes vérités qui ont trait à la nature de l\u2019homme, à ses exigences et à ses soifs obscures.La vérité est essentiellement relative: l\u2019homme est sa mesure.On a tort de parler de l\u2019intransigeance de la vérité, et il faut fuir comme la peste l\u2019esprit dogmatique.Enveloppée dans l\u2019évolution perpétuelle, la vérité elle-même est en perpétuelle évolution.Il n\u2019y a pas d\u2019autre critère de la vérité (et du bien) que le sens de cette évolution qu\u2019on confond avec le sens de l\u2019histoire ou avec la réforme sociale.Le communisme n\u2019est donc pas intrinsèquement pervers et ne mérite pas qu\u2019on le combatte implacablement.A cela l\u2019Église, avec le Syllabus de Pie IX, l\u2019encyclique Pascendi de Pie X, l\u2019encyclique Humani generis de Pie XII, oppose un non catégorique.Elle affirme qu\u2019il y a un ordre éternel et une vérité substantielle, et que le Christ, venu parfaire la nature humaine et non la détruire, nous les a révélés en sa Personne.4.L'évangile social.\u2014 Dans ces protestantismes où l\u2019homme se fait la mesure de la vérité, il se fait aussi la mesure de la charité.Les œuvres deviennent tout; la foi est peu de chose; on a bouclé la boucle depuis Luther.L\u2019Église ne cesse de rappeler qu\u2019il ne saurait y avoir de vie chrétienne possible sans un minimum d\u2019ordre et de bien-être.La vie chrétienne fleurit dans une certaine aisance.Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas d\u2019aider l\u2019homme à opérer son salut temporel.Puisque son salut n\u2019est pas ici-bas, ce salut charnel est un mirage.Le chrétien s\u2019engagera de tout son être dans les initiatives sociales, économiques, politiques, artistiques, etc., mais en vue de les faire servir à une autre fin qu\u2019un messianisme temporel.La religion, fidèle à sa définition, offre autre chose que la meilleure solution aux problèmes terrestres, la religion du Christ surtout, tout orientée qu\u2019elle est vers la Parousie.L\u2019Église est le Royaume de Dieu commencé; elle attend son achèvement avec le retour du Christ.La mission de Jésus est transcendante, et la vocation de l\u2019humanité est surnaturelle.Le protestantisme américain s\u2019éloigne en grande partie de cette conception; il est le frère du pragmatisme de William James.Sa religion, ce sont les œuvres; et le motif surnaturel de ces œuvres importe peu.« A chaque fois que vous l\u2019avez fait à l\u2019un de ces petits, c\u2019est à moi-même que vous l\u2019avez fait » entre peu en ligne de compte.L\u2019homme devient la valeur suprême de l\u2019homme.De là, il n\u2019y a qu\u2019un pas à la collaboration avec le communisme.Une preuve nous en est fournie par le révérend John A.Mackay, recteur du séminaire théologique de l\u2019Université de Princeton et modérateur de l\u2019Église presbytérienne des États-Unis.Il est un des ministres nommés dans l\u2019article de Matthews.Sur le point de partir pour une tournée de conférences en Amérique du Sud, il répudia toute alliance avec le communisme, mais ajouta aussitôt : Je n\u2019ai jamais donné mon appui à une cause que je ne savais pas digne par elle-même de l\u2019appui d\u2019un citoyen chrétien libre qui est sensible à des situations humaines.Si parfois des communistes inconnus de moi et pour des raisons personnelles se sont intéressés à la même cause, ce fait n\u2019invalide pas l\u2019importance de la cause et ne me rend pas responsable d\u2019une coïncidence fortuite de mes intérêts avec les leurs.Il eût été plus net si le révérend Mackay avait dénoncé l\u2019usage qu\u2019on faisait de son nom dans certains milieux équivoques.Il semble oublier que les communistes sont passés maîtres dans l\u2019art de promouvoir AOUT 1953 207 toutes les bonnes causes : le pain, la paix, la justice, et qu\u2019ils savent louvoyer, temporiser, pactiser, transiger.Entre l\u2019esprit que révèlent les lignes citées plus haut et la naïveté, la marge est mince; elle a été franchie assez souvent par des ministres protestants et même, hélas! par des catholiques à « la main tendue ».La voix de Pie XI est claire: Ainsi encore sous divers noms qui ne font pas même allusion au communisme, ils fondent des associations et des revues, dans le but de faire pénétrer leurs idées en des milieux dont l\u2019accès leur eût été difficile autrement; bien plus, ils tentent, avec perfidie, de s\u2019infiltrer jusqu\u2019en des associations franchement catholiques et religieuses.Ainsi, sans rien abandonner de leurs principes pervers, ils invitent les catholiques à collaborer avec eux sur le terrain humanitaire et charitable, comme on dit, en proposant parfois même des choses entièrement conformes à l\u2019esprit chrétien et à la doctrine de l\u2019Église.* * * Nous pourrions dire aussi un mot du vocabulaire protestant: papisme, inquisition, index, autodafé, liberté, moyen âge, excommunication, autant de mots chargés de sentiment qui déclenchent tout un mécanisme de défense et d\u2019attaque chez le protestant.Nous devrions comprendre combien il est dur, pour ceux EN MARGE DE L'ENQUÊTE PROVINCIALE SUR LES PROBLÈMES CONSTITUTIONNELS \u2014 IV Impasse ou bifurcation dans Vhistoire du Canada Paul GERIN-LAJOIE IES OBJECTIONS à l\u2019encontre des accords fiscaux conclus entre le gouvernement fédéral et les gouvernements de neuf provinces sont sérieuses, particulièrement pour la province de Québec, où le fédéralisme prend une signification qu\u2019il n\u2019a pas dans les autres provinces.Faut-il en conclure que les accords actuels devraient être tout simplement rejetés ou abandonnés sans qu\u2019aucune autre formule leur soit substituée pour établir une équitable répartition des ressources financières du pays entre les divers gouvernements ?Trop de Canadiens, particulièrement au Québec, adoptent une telle attitude, purement négative, et ne semblent pas « réaliser » que l\u2019abandon pur et simple des accords fiscaux par les provinces qui les ont conclus signifierait un retour à la situation d\u2019avant-guerre, avec l\u2019incohérence fiscale qui la caractérisait et les inégalités profondes qui existaient entre les ressources financières des diverses provinces.Si telle était la seule d\u2019entre eux qui combattent de toute leur âme le communisme, de se voir ainsi « injurier ».Si les positions théologiques énumérées rendent compte, croyons-nous, d\u2019une atmosphère qui facilite l\u2019infiltration communiste au sein de certains milieux, il reste que les Églises protestantes conservent une part vivante de l\u2019héritage chrétien dont la défense intrépide constitue un rempart contre le marxisme.C\u2019est pourquoi nous voudrions finir sur une note d\u2019unité.C\u2019est Lénine lui-même qui, cette fois, nous avertira tous: « On ne peut triompher d\u2019un adversaire supérieur qu\u2019à la condition obligatoire de tirer parti, avec le plus d\u2019attention, de minutie, de prudence et de savoir-faire, des moindres « dissentiments » entre les ennemis, dès moindres oppositions d\u2019intérêts.entre les différents groupes.» S\u2019il est vrai que le communisme est bel et bien le résultat de la division des chrétiens et de leur tâche non accomplie, il est essentiel pour tous ceux qui, en face du marxisme athée, croient en Dieu et en ses droits imprescriptibles de cimenter leur action afin que l\u2019homme ne cherche pas plus longtemps à se donner des attributs divins et à se détruire dans une folle tentative d\u2019orgueil.Me Paul Gérin-Lajoie termine, avec ce quatrième article (voir Relations, mai, juin et juillet 1953), l'étude des problèmes qui font l'objet principal de l'enquête royale sur les problèmes constitutionnels et fiscaux, instituée par le gouvernement de la province de Québec.Dans notre prochaine livraison, Me Gérin-Lajoie consacrera un article à la Commission Tremblay, qui a été nommée pour mener cette enquête.issue au système des accords actuels, le Canada serait véritablement dans une impasse.Je crois plutôt que le pays est arrivé à une bifurcation dans son histoire, et que les Canadiens doivent opter entre diverses routes nouvelles qui s\u2019offrent à eux.Fédéralisme classique maintenant désuet La Confédération a été réalisée à une époque où le social et l\u2019économique étaient singulièrement indépendants l\u2019un de l\u2019autre.Le social dépendait dans une grande mesure des organismes locaux: famille, paroisse, municipalité.Il subissait très peu l\u2019influence des grandes politiques nationales de ce temps, telles que l\u2019établissement des réseaux de chemin de fer et des canaux, l\u2019ouverture de l\u2019Ouest à la colonisation, l\u2019expansion des marchés extérieurs, les tarifs douaniers.Les Pères de la Confédération ont donc confié aux provinces une autorité exclusive sur la propriété et les droits civils, les institutions municipales, les hôpitaux et les hospices, sans crainte de conflit avec les pouvoirs économiques confiés au gouvernement fédéral.Tout en autorisant les provinces à prélever des impôts 208 RELATIONS directs généralement, les Pères n\u2019entrevoyaient pas le besoin ni l'opportunité de recourir à ces impôts, vu le coût peu élevé des services d\u2019éducation et de bienfaisance alors soutenus par l\u2019État et dont les provinces auraient la charge.Les principaux impôts en usage à cette époque (la douane et l\u2019accise) ont donc pu être assignés au gouvernement fédéral sans entraver l\u2019action des provinces dans leur sphère propre.Pendant les premiers cinquante ou soixante ans de la Confédération, les provinces ont pu remplir leurs obligations constitutionnelles avec un minimum de ressources financières.Malgré l\u2019importance grandissante que les gouvernements provinciaux ont acquise pendant cette période dans l\u2019organisation politique du Canada, soit à la faveur des décisions du Conseil privé, soit en raison de facteurs économiques ou autres, les conceptions sociales de l\u2019époque n\u2019ont pas exigé de leur part des dépenses hors de proportion avec leurs ressources.D\u2019autre part, pendant la même période, le gouvernement fédéral a pu développer l\u2019économie canadienne sans répercussions trop violentes sur le social.Il a pu étendre ses activités fiscales et même entrer dans des domaines de taxation déjà occupés par les provinces sans susciter un conflit réel aux dépens du contribuable, vu les taux peu élevés imposés par chaque gouvernement.Mais voilà que l\u2019activité des provinces sur le plan social et l\u2019activité fédérale sur le plan économique, après un long développement en lignes parallèles, sans heurts entre les deux, en sont arrivées à un point où elles se rejoignent et entrent en conflit.Dans le social, les conceptions révolutionnaires de notre époque, par comparaison avec celles d\u2019autrefois, requièrent de l\u2019État (en l\u2019occurrence, la province) une intervention directe dans la vie humaine par les contrôles exercés sur les relations patronales-ouvrières, les restrictions apportées aux relations purement contractuelles, et par les mesures de bienfaisance et de prévoyance sociales.Cette intervention l\u2019oblige à se procurer des ressources financières toujours plus considérables et à étendre son champ d\u2019impôt.D\u2019autre part, dans le domaine économique, les crises généralisées, les guerres et les après-guerres ont été l\u2019occasion pour le gouvernement fédéral d\u2019imposer les contrôles les plus complets à la production, au commerce intérieur et à l\u2019exportation.Ces contrôles ne vont pas sans répercussions profondes sur la formation et la transformation des milieux sociaux.Au surplus, ils exigent des ressources financières aux chiffres astronomiques, qui viennent en conflit avec les besoins financiers des provinces.Voilà comment le social et l\u2019économique, que les Pères de la Confédération avaient cru isoler l\u2019un de l\u2019autre par un cloisonnement presque étanche, en attribuant l\u2019un aux provinces et l\u2019autre au gouvernement fédéral, se compénètrent aujourd\u2019hui ou viennent en conflit aux dépens du citoyen.C\u2019est ainsi que, déjà avant la guerre, dans une province canadienne, l\u2019addition des taux d\u2019impôt municipaux, provinciaux et fédéraux sur un revenu donné atteignait 105 pour cent.Un tel chaos est évidemment intolérable.C\u2019est pourquoi je dis que nous sommes arrivés à une bifurcation dans l\u2019évolution politique du Canada.Le fédéralisme classique, qui permet à chaque gouvernement, central et régional, d\u2019être, non seulement en théorie mais effectivement, souverain dans sa propre sphère, n\u2019est plus possible.Si le gouvernement fédéral tente de régir l\u2019économie sans se préoccuper des répercussions d\u2019ordre social, ou si les provinces prennent toutes les mesures nécessaires dans le domaine éducatif et social sans se préoccuper des répercussions dans le domaine économique, et si chaque gouvernement impose les taxes qu\u2019il juge nécessaires à sa politique propre, soit économique, soit éducative et sociale, selon le cas, sans se préoccuper des répercussions sur le système fiscal général du pays, on aboutit à un chaos sans nom qui atteint chacun de nous dans sa liberté et dans ses biens.Alternative Dans cette conjoncture, deux routes semblent s\u2019offrir aux Canadiens.L\u2019une serait de consentir à ce que le gouvernement fédéral acquière progressivement un ascendant qui lui permettrait de prendre lui-même en main la situation chaque fois qu\u2019un conflit surgirait entre les mesures d\u2019ordre fédéral et les mesures d\u2019ordre provincial.On aboutirait ainsi à une forme de gouvernement de plus en plus centralisée, de plus en plus « unitaire ».Nous avons déjà signalé que le système des accords fiscaux actuels comporte en germe cette solution.On doit reconnaître que les accords ont été, de fait, pour toutes les provinces qui les ont conclus, la source de revenus nouveaux et, par là, d\u2019une plus grande activité gouvernementale provinciale sans contrôle fédéral.C\u2019est dire que, pour l\u2019instant, les gouvernements provinciaux en question jouissent d\u2019une plus grande autonomie effective qu\u2019auparavant.Par contre, la liberté que les accords ont assurée au gouvernement fédéral dans l\u2019usage des grandes ressources fiscales de la nation comporte manifestement le germe d\u2019un ascendant politique et économique qui a déjà permis à ce gouvernement d\u2019instaurer, en moins de dix ans, diverses formes de sécurité sociale, telles que les allocations familiales, les pensions de vieillesse sans épreuve de moyens, les subventions pour la construction d\u2019hôpitaux, la recherche médicale et le traitement de certaines maladies, les subventions aux universités et institutions équivalentes, etc.L\u2019entière liberté fiscale du gouvernement fédéral est ainsi de nature à restreindre progressivement la sphère d\u2019activité des gouvernements provinciaux, de sorte qu\u2019à longue échéance, la prétendue autonomie des provinces sera conditionnée AOUT 1953 209 (ce qui est une contradiction dans les termes) par le montant des subventions fédérales prévues dans les accords fiscaux, tandis que l\u2019expansion des activités fédérales sera favorisée par une liberté fiscale absolue de la part du gouvernement central.Une telle solution paraît inacceptable à la province de Québec.L\u2019autre solution se trouverait dans un système d\u2019accords périodiques qui aurait comme principe directeur de conserver et de développer un juste équilibre entre le pouvoir fédéral et le pouvoir provincial.« Accord fiscal » est devenu, pour plusieurs personnes au Canada français, synonyme de centralisation.On doit se départir de toute idée préconçue de cette nature et envisager des accords qui auraient pour objet, non pas de centraliser certains pouvoirs fiscaux, mais au contraire de les coordonner.Ces accords garantiraient aux provinces l\u2019exercice effectif de droits fiscaux importants, tout en fixant certaines normes et limites d\u2019imposition pour la durée de l\u2019accord.Les impôts fédéraux, ou certains d\u2019entre eux, y seraient également assujettis à des normes et limites d\u2019imposition, sous réserve peut-être d\u2019une clause d\u2019urgence nationale qui pourrait être précisée.De telles dispositions auraient pour effet d\u2019assurer à chaque ordre de gouvernement l\u2019exploitation exclusive de certains champs ou de certaines portions déterminées de champs fiscaux susceptibles de produire des revenus suffisants avec le minimum de complexité et d\u2019arbitraire pour les contribuables, et en supprimant dans la mesure du possible la double imposition.Au surplus, les accords prévoiraient des subventions fédérales aux provinces \u2014 mais à celles-là seulement \u2014 dont les ressources financières sont inférieures à une norme qu\u2019on pourrait établir pour tout le Canada.Coordination des politiques fiscales, provinciales et fédérale, et péréquation financière entre les provinces: tels seraient les deux objets fondamentaux d\u2019un pareil système d\u2019accords.On a parfois semblé préconiser, en certains milieux, une nouvelle répartition des pouvoirs fiscaux par voie d\u2019un amendement à la constitution, ce qui implique un caractère de permanence.Les difficultés d\u2019une telle solution sont sérieuses.Quels impôts devrait-on attribuer au gouvernement fédéral et lesquels aux gouvernements des provinces ?En particulier, à qui attribuer l\u2019important impôt sur le revenu des particuliers ?A qui, le non moins important impôt sur le revenu des corporations?Comment peut-on prévoir que tel ou tel impôt continuera à rapporter beaucoup, en dépit des modifications de structure économique et sociale qui se produiront sûrement avec les époques, puisque l\u2019histoire fait son œuvre au Canada et au Québec comme ailleurs dans le monde?Comment peut-on prévoir qu\u2019une fonction provinciale ou une fonction fédérale ne s\u2019accroîtra pas ou ne surgira pas au point d\u2019exiger une nouvelle répartition des sources d\u2019impôt ?Autant d\u2019interrogations qui s\u2019opposent à ce qu\u2019une nouvelle répartition des pouvoirs fiscaux soit d\u2019une nature permanente, comme l\u2019impliquerait un amendement à la constitution.Si, au contraire, on entend par « nouvelle répartition des pouvoirs fiscaux » une répartition d\u2019ordre purement pratique \u2014 à titre de modus vivendi et sans lier les gouvernements concernés au delà d\u2019une période relativement courte \u2014 par laquelle chaque gouvernement, fédéral et provincial, conviendrait de ne pas imposer certaines taxes, ou de ne pas imposer certaines d\u2019entre elles au delà de limites déterminées, et de laisser ainsi disponibles pour l\u2019autre gouvernement ces champs ou ces portions déterminées de champs d\u2019impôt, on formule précisément l\u2019objet des accords périodiques préconisés dans cet article.Mais à la différence d\u2019une disposition d\u2019ordre constitutionnel, ces accords auraient l\u2019avantage d\u2019être assujettis à une revision périodique qui permettrait d\u2019adapter le système à toute circonstance nouvelle.Le caractère de permanence \u2014 ne pas lire immutabilité \u2014 des constitutions politiques se justifie lorsqu\u2019il s\u2019agit de la structure et des rouages fondamentaux de l\u2019organisation politique.Dans un régime fédératif, la répartition des compétences entre le gouvernement central et les gouvernements régionaux doit avoir également un caractère de permanence, à condition toutefois d\u2019en excepter les compétences fiscales.Ces compétences ne sont qu\u2019instrumentales, par opposition aux autres \u2014 appelons-les législatives \u2014 qui sont des compétences de fond (éducation, droits civils, commerce, etc.).En répartissant en détail les compétences fiscales entre les deux ordres de gouvernement, on risquerait de rendre l\u2019instrument inadaptable aux besoins éventuels respectifs de chacun d\u2019eux.Les responsabilités d\u2019un gouvernement en matière sociale, par exemple, pourraient s\u2019étendre hors de proportion avec les ressources fiscales que lui attribuerait la constitution, tandis que les ressources fiscales d\u2019un autre gouvernement pourraient dépasser considérablement les besoins de celui-ci.Si la constitution attribue aux divers gouvernements, fédéral et provinciaux, des compétences fiscales aussi vastes que possible, \u2014 disons même sans limite, comme aux États-Unis, \u2014 chaque gouvernement peut adapter l\u2019instrument à ses besoins au cours des années.Le mariage des impôts fédéraux et provinciaux s\u2019opère alors de lui-même sous l\u2019effet des forces politiques et économiques en présence, comme c\u2019est encore le cas aux États-Unis où se réalisent de façon systématique des accords comme ceux que nous proposons.La conclusion logique de ces observations serait de préconiser un amendement à la constitution canadienne visant à doter les provinces de pouvoirs fiscaux aussi illimités que ceux du gouvernement fédéral.Nous ne pouvons analyser ici les objections qu\u2019on soulèverait en divers milieux contre un tel projet.Il suffit de dire 210 RELATIONS qu\u2019une telle réforme ne paraît pas urgente.Les provinces détiennent, en vertu de la constitution, des pouvoirs fiscaux considérables.Le problème actuel consiste plutôt à coordonner l\u2019exercice que font \u2014 ou que faisaient jusqu\u2019aux accords actuels \u2014 de ces pouvoirs le gouvernement fédéral et les divers gouvernements provinciaux, pour éviter l\u2019incohérence fiscale et pour donner à chaque gouvernement des revenus appropriés.Ce problème peut trouver une solution dans un système d\u2019accords fiscaux, sans modification de la constitution.Secrétariat interprovincial Les accords fiscaux dont nous avons décrit la nature \u2014 accords fondamentalement différents de ceux qui sont actuellement en vigueur entre le gouvernement fédéral et les gouvernements de neuf provinces \u2014 semblent donc être la seule solution qui puisse conserver aux provinces, au Québec en particulier, les fonctions importantes dans lesquelles les tribunaux et l\u2019histoire les ont confirmées.Il resterait à élaborer une formule ou un mécanisme précis qui tienne compte des principes exposés.Dans la conjoncture actuelle, il appartient évidemment à la province de Québec \u2014 la seule qui a refusé d\u2019adhérer au projet fédéral d\u2019entente fiscale \u2014 de prendre l\u2019initiative et de formuler un projet d\u2019accord qui serait conforme à sa conception du fédéralisme canadien.On doit regretter que, depuis 1947, date des premiers accords de temps de paix, le gouvernement de la province n\u2019ait pas jugé à propos d\u2019étudier le problème à fond et de prendre les initiatives qu\u2019auraient imposées les résultats de cette étude.Mais voilà qu\u2019au mois de février dernier, à la demande de la Chambre de Commerce de la province de Québec, le gouvernement a institué une Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels et fiscaux \u2014 commission que l\u2019histoire désignera sans doute sous le nom de son président, le juge Thomas Tremblay, de Québec.Il appartient désormais à cette commission, à la fin de l\u2019enquête qu\u2019elle aura menée, de formuler en détail les éléments d\u2019un accord qui serait acceptable à la province, ou toute autre solution qu\u2019elle jugera à propos.Il appartiendra alors au gouvernement d\u2019y donner suite.Mais on se pose alors la question: à qui le gouvernement de Québec transmettra-t-il les propositions qu\u2019il aura pu arrêter?On peut même faire un retour en arrière et se poser une autre question: le jeu des relations fédérales-provinciales depuis la fin de la guerre \u2014 depuis la conférence intergouvemementale de 1945-1946 \u2014 n\u2019a-t-il pas été grandement faussé par la façon dont les pourparlers préparatoires aux accords se sont déroulés ?A la conférence fédérale-provinciale de 1945-1946, les provinces se sont vues placées devant un ensemble considérable de propositions fédérales et ont manifesté à leur endroit des réactions diverses sans se consulter au préalable.Par la suite, le gouvernement fédéral a poursuivi avec chaque province individuellement les négociations qui ont abouti aux accords de 1947.En décembre 1950, le gouvernement fédéral a de nouveau réuni les provinces pour leur soumettre son projet de renouvellement d\u2019accords pour 1952.Et, par la suite, les négociations qui ont abouti aux renouvellements ainsi qu\u2019à l\u2019adhésion de l\u2019Ontario se sont encore déroulées entre le gouvernement fédéral et chaque gouvernement provincial individuellement.Si, au contraire, les provinces avaient pris l\u2019initiative, à un moment quelconque, de se consulter seules en conférence interprovinciale pour chercher à comprendre leurs problèmes respectifs, on peut concevoir qu\u2019elles eussent alors réussi à s\u2019entendre sur certaines données fondamentales et à présenter un front commun pour négocier un accord avec le gouvernement fédéral.Les intérêts fondamentaux des provinces sont identiques, mais ils se jouent dans des circonstances différentes.Il est donc logique qu\u2019une confrontation de ces circonstances par les seuls gouvernements qui partagent les mêmes intérêts favorise une meilleure compréhension qu\u2019une conférence fédérale-provinciale, où la divergence d\u2019intérêts entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux rejette au second plan les diversités de circonstances entre les provinces et ne permet pas d\u2019étudier ces diversités comme un problème distinct.Une situation de cette nature aux États-Unis a suscité la création du Council of State Governments, organe intergouvememental établi par les états a) pour assurer leur collaboration dans la recherche de solutions aux problèmes interétatiques, régionaux et nationaux, et b) pour faciliter et améliorer les relations entre le gouvernement fédéral et les états.L\u2019expérience a été particulièrement fructueuse, et les activités de ce conseil ont atteint une ampleur considérable.N\u2019est-il pas grand temps que les gouvernements provinciaux, au Canada, établissent un genre de secrétariat interprovincial de cette nature?La question mériterait une étude détaillée, que nous ne pouvons entreprendre ici.Mais il ne fait pas de doute qu\u2019une telle initiative permettrait de re-situer de nombreux problèmes dans leur véritable cadre et de développer un juste équilibre dans les relations fédérales-provinciales.Souhaitons que le gouvernement de la province de Québec convoque lui-même une conférence des gouvernements provinciaux pour étudier l\u2019aspect spécifiquement provincial des ententes fiscales.D\u2019une telle rencontre sortira peut-être le germe non seulement d\u2019une nouvelle conception d\u2019entente, mais également d\u2019un secrétariat interprovincial permanent.Le Canada aura alors franchi une étape importante de son évolution politique interne.PROCHAIN ARTICLE : « La Commission Tremblay ».AOUT 1953 211 L \u2019adm inistration hospitalière Gerald LA SALLE DANS la majorité des hôpitaux de ce continent, les médecins traitent gratuitement les malades des salles publiques et du dispensaire.De plus, les médecins renseignent les autorités de l\u2019hôpital sur les problèmes médico-administratifs.En échange, l\u2019hôpital met à leur disposition des lits et tous les services auxiliaires requis pour le traitement de leurs malades semi-privés et privés.Il y a donc échange de bons procédés.Cet échange est relativement facile dans un petit hôpital, si l\u2019administrateur est compétent.Dans l\u2019hôpital moyen et dans le gros hôpital, où la contribution des médecins est considérable, où les problèmes médico-administratifs abondent, où la mise de fonds de l\u2019hôpital est très grande, où le personnel est très nombreux et spécialisé, se rencontrent beaucoup de difficultés.C\u2019est que l\u2019hôpital est une institution unique en son genre.Au point de vue administratif, on a dit de lui qu\u2019il est monstrueux.En effet, il existe dans tout hôpital bien organisé un Bureau médical, organisme autonome, constitué de tous les médecins actifs de l\u2019institution.Ce Bureau médical s\u2019occupe de toutes les affaires médicales.Il va sans dire que les règlements dudit Bureau doivent, pour avoir force de loi, avoir été approuvés par le Conseil d\u2019administration.Mais une fois approuvés, ils lient les deux parties et, en fait, confèrent au corps médical hospitalier une mesure d\u2019autonomie qui n\u2019a son égal dans aucune autre institution.Évidemment, même si toutes les précautions ont été prises, il reste quelques ajustements à faire, quelques points à clarifier, surtout lorsque ces derniers affectent le budget.On peut affirmer que la plupart des difficultés sont dues au fait que l\u2019étendue de l\u2019autorité octroyée par charte au Conseil d\u2019administration de nos hôpitaux n\u2019est pas toujours bien connue de tous et que les responsabilités de l\u2019administrateur ne sont pas toujours clairement définies.On peut même affirmer que plusieurs administrateurs et de nombreux médecins ignorent l\u2019étendue de leur champ d\u2019action respectif.Le Comité des Hôpitaux du Québec a, pour corriger cette lacune, consacré à l\u2019étude des relations entre le Bureau d\u2019administration et le Bureau médical, entre le Bureau d\u2019administration et l\u2019administrateur et entre l\u2019administrateur et le Bureau médical presque tout son dernier congrès, tenu à Ville-Saint-Laurent, les 22, 23 et 24 juin dernier.Pour traiter de tels sujets, le R.P.Hector Bertrand, S.J., président du Comité des Hôpitaux du Québec, avait invité quelques experts en administration hospitalière tant canadiens qu\u2019américains.Le docteur Gérald La Salle, diplômé en administration hospitalière, administrateur de l\u2019hôpital universitaire de l\u2019Université de Montréal et mêlé intimement à la vie du Comité des Hôpitaux du Québec, souligne un des principaux sujets d\u2019étude du récent congrès de ce Comité.A la suite des travaux présentés, des discussions eurent lieu sur toutes les questions posées par l\u2019assistance.Le congrès obtint un grand succès : non seulement une foule nombreuse accourut à Ville-Saint-Laurent pendant les trois jours, mais plusieurs personnes prirent une part active aux deux grands forums du congrès.Une exposition de l\u2019équipement et des accessoires qu\u2019utilisent nos hôpitaux permettait aux personnes intéressées de se rendre compte des dernières nouveautés et de discuter, avec des connaisseurs, de la qualité et de la valeur des produits en montre.Il est regrettable que la profession médicale, du moins celle qui pratique dans nos hôpitaux, ait été si peu représentée à ce congrès.Depuis que Y American College of Surgeons a cessé de s\u2019occuper activement d\u2019administration hospitalière, les congrès tenus annuellement par le Comité des Hôpitaux du Québec sont probablement, pour notre corps médical hospitalier, l\u2019unique occasion de se mettre au courant des tendances nouvelles en administration hospitalière et de participer activement à la discussion des problèmes qui intéressent et le monde hospitalier et le monde médical.Nul doute que médecins et administrateurs doivent coopérer en vue de donner à la communauté les services de santé qu\u2019elle exige.Ils ne peuvent donc pas régler leurs problèmes indépendamment les uns des autres.L\u2019une ou l\u2019autre partie perd un temps précieux à monter en épingle l\u2019incompréhension ou les revendications injustes de l\u2019autre.Le public ne comprend rien aux discussions techniques des spécialistes; d\u2019ailleurs, il ne s\u2019y arrêtera pas.Et qu\u2019aura gagné l\u2019une ou l\u2019autre partie, si un tiers intervient, qui assumera la direction sans se soucier de consulter ni le corps médical ni les autorités de l\u2019hôpital ?Les membres des conseils d\u2019administration de nos hôpitaux devraient eux aussi profiter d\u2019une telle école ambulante pour parfaire leurs connaissances en administration et régie hospitalière.La responsabilité de la direction des hôpitaux constitue une lourde tâche.Cette responsabilité implique nécessairement l\u2019obligation d\u2019étudier au moins les grandes données de l\u2019administration hospitalière.Nous souhaitons que l\u2019enseignement dispensé lors du dernier congrès permette à tous de mieux connaître le rôle qu\u2019ils ont à jouer dans l\u2019hôpital, soit au palier du Conseil d\u2019administration, soit au palier de l\u2019administration active, soit au palier du Bureau médical.Seules des connaissances précises sur l\u2019autorité et les responsabilités de chacun permettront à tous d\u2019apporter la collaboration requise au bon traitement des malades.212 RELATIONS PETITES VACANCES CHEZ BARBE-BLEUE Alexandre DUGRË, S.J.BARBE-BLEUE, redevenu à la mode, c\u2019est trois histoires dans une.Il y a le Barbe-Bleue de l\u2019histoire, celui de la légende et celui de l\u2019imagination.Le vrai Barbe-Bleue n\u2019a pas tué sept femmes, mais deux cent quarante enfants, et il s\u2019appelait Gilles de Rais' (ou Retz).Le surnom de Barbe-Bleue lui vient d\u2019une autre légende, affaire d\u2019amour: certaine jeune fille aimée lui posa une condition très moderne: « Je serai votre femme si vous vous donnez à moi corps et âme.\u2014 Je le jure », s\u2019écria l\u2019amoureux fou.A peine eut-il juré que la prétendue jeune beauté lui apparut sous les traits d\u2019un affreux diable.C\u2019était une tentation.Le sire de Rais en fut si épouvanté que sa barbe, qui était rousse, en devint bleue.Aujourd\u2019hui, les cheveux bleus de certaines étoiles vieillissantes ne supposent guère de ces transes.Plus simplement, notre héros avait les cheveux blonds et la barbe noire, avec des reflets curieux.Le faux Barbe-Bleue, le tueur de femmes, selon une autre histoire bretonne, c\u2019est Komor, roi de Kemper, rendu célèbre par les Contes de Perrault.Gilles de Rais, lui, ne s\u2019est marié qu\u2019une fois, et il garda sa femme, qui lui survécut.Sa vie a bien commencé.Né trop riche, en 1404, Breton de Nantes, arrière-neveu de Du Guesclin, enrôlé jeune pour arracher la France aux Anglais, il est le compagnon fidèle et dévoué de Jeanne d\u2019Arc en 1429.Il est de tous ses combats; il aura même l\u2019idée, avec Lahire, de la tirer de sa prison de Rouen.Il s\u2019entête à ne pas la croire morte, et même il suivra quelque temps une fausse pucelle, Jeanne des Armoises.Un historien a douté de cette partie héroïque de sa vie, pour en faire d\u2019abord un voleur de grand chemin, tout en admettant qu\u2019il fut vaillant capitaine au service du roi.La noble guerre finie, Charles VII couronné et la France rétablie, Gilles de Rais tourne en dissipation et en débauche son tempérament de cheval.Orgueilleux avec ça, il s\u2019entretient une cour de grand luxe.Les faméliques le courent.A ce train-là, pas de fortune qui résiste : les terres vendues morceau par morceau et les emprunts sur emprunts le forcent à trouver d\u2019autres finances.Pourquoi ne pas fabriquer de l\u2019or ?Il s\u2019agit d\u2019en trouver le secret, que bien du monde cherche.Le baron mande les quatre plus fameux alchimistes de son temps.Leur chimie s\u2019en donne, et les fourneaux et les cornues, sans rien donner.Les beaux écus du baron glissent en pure perte à ces madrés filous.Pourtant, il faut de l\u2019or.Adieu la conscience! Tous les moyens sont bons: à nous la pierre philosophale! Il paraît que certain Italien a réussi l\u2019affaire, en parlant au diable.On invite cet homme rare et précieux.Il évoque le démon : il en porte même des cicatrices de coups de griffe, à ce qu\u2019il assure.Barbe-Bleue ne parvient pas à voir Satan, lui.C\u2019est qu\u2019il refuse de livrer son corps et son âme, explique l\u2019imposteur.On est chrétien, dites donc.Et l\u2019éternité avec le diable, c\u2019est trop long pour tout l\u2019or du monde, y en eût-il des montagnes hautes comme la lune! A part sa vie et son âme, Gilles cédera tout pour obtenir science, pouvoir et fortune.Quoi faire alors ?a II y a un moyen, mais terrible : il faut présenter au démon le cœur, la main et le sang d\u2019un petit enfant.» Les sacrifices d\u2019enfants à la richesse, cela existe encore, mais d\u2019une autre façon, et les enfants immolés d\u2019avance ne rapportent pas mieux.Le sire baron met dans un vase la main, le cœur et le sang d\u2019un enfant, tué le soir même.On écrit la formule magique, et l\u2019on implore Béelzébuth.Le drôle ne paraît pas, l\u2019or non plus.Faut-il d\u2019autres victimes?Allons-y sans compter! La cupidité tourne en rage sanguinaire, et les enfants disparaissent de Nantes et des environs.L\u2019inquiétude éclate.Sont-ils dévorés par les loups, noyés dans la Loire, égarés par les lutins des marécages?.Certains bruits courent que des serviteurs du château et la Meffraye, une espèce de sorcière, attirent les marmots en leur offrant des gâteaux ou des habits de pages, et qu\u2019ils les enferment dans de larges sacs pour les emporter.C\u2019est fini, on ne les revoit plus.Encore aujourd\u2019hui, à Nantes, les mamans, pour se faire écouter, menacent: « Prends garde! Voici les empocheurs de Barbe-Bleue! » Tout se découvre en juillet 1440.Gilles de Rais profane une église pour y saisir un ennemi.La faute relève de l\u2019évêque de Nantes.Déjà soupçonneux au sujet des atrocités, monseigneur ordonne une enquête.Alors les parents, qui n\u2019ont osé parler de rien et qui, laissés à eux-mêmes, ne pouvaient pas grand chose, se vident le cœur.Le duc de Bretagne fait saisir le baron, qui commence par tout nier, pour finir par tout avouer: débauches et sodomie, sacrilèges et sorcellerie, enlèvements et meurtres: deux cent quarante assassinats d\u2019enfants! A ces aveux effroyables, les juges, pris de terreur, dans un geste naïvement pieux, jettent un voile sur le crucifix du tribunal.Le coupable, tout en pleurs, regrette ses crimes.Il sent revivre en lui l\u2019ancien compagnon d\u2019armes de Jeanne d\u2019Arc.Condamné à être pendu et brûlé, ainsi que deux complices, il demande qu\u2019on l\u2019exécute avant eux, pour qu\u2019ils ne croient pas qu\u2019un grand seigneur y échappe toujours et pour les aider à bien mourir.Il obtient que ses aveux, rédigés en latin, soient traduits en français pour être compris de tous et pour servir de leçon à tous.Lui-même s\u2019adresse aux parents de ses victimes: « Pères et mères qui m\u2019entendez, gardez-vous d\u2019élever vos enfants dans la mollesse! Ce fut mon malheur: on m\u2019a toujours laissé aller au gré de mes désirs.» Et il demande pardon, il supplie si éloquemment le peuple de Vavoir en merci que tous se lèvent, pleurent et crient leur pardon en regardant le Christ de la miséricorde: Merci ! Merci ! Tel fut le Barbe-Bleue de l\u2019histoire.Un prodigue, un sadique, un repenti.Dieu ait son âme! Et qu\u2019il n\u2019ait pas d\u2019imitateurs, sous aucune forme! L\u2019abbé Bossard, en 1886, et l\u2019abbé Gabory, en 1926, ont étudié son cas.Des médecins l\u2019ont classé parmi les spécimens de perversion acquise', d\u2019autres, parmi les dégénérés, les fous lucides, victimes d\u2019un système nerveux détraqué, d\u2019un orgueil démesuré, d\u2019une obsession criminelle.L\u2019avocat de la défense avait plaidé possession du diable: dominé « par l\u2019esprit immonde, ledit homme n\u2019est plus un homme, mais habitacle de démons ».Possédé pour le moins d\u2019une monomanie qui eût délecté Freud, il méritait d\u2019être enfermé.Sa fille unique, mariée deux fois, mourut sans laisser d\u2019enfant.De nos jours, nombre d\u2019assassinats, d\u2019horreurs morales et de névroses provoquées disparaîtraient si disparaissaient les occasions, tentations et provocations.Quand les travailleurs sociaux et le clergé adjurent les autorités civiles de fermer les « antres du vice » monnayés en grills, clubs de nuit et repaires de tout genre, ils ne font pas de « politique », non; ils veulent prévenir des massacres moins hurlants que ceux de Barbe-Bleue ou d\u2019une guerre \u2014 ceux que le Parisien Paul Bureau dénonçait hier: « Il se commet tous les jours un massacre de jeunes gens.» AOUT 1953 213 POUR VAINCRE LE CRIME, UN ORGANISME FEDERAL PERMANENT ALA SUITE des trois premiers rapports publiés par le Comité sénatorial d\u2019enquête sur le crime organisé \u2018 aux États-Unis (voir Relations, depuis oct.1952), les enquêteurs présentèrent un Rapport final dans lequel, après avoir constaté (pp.1-2) les résultats obtenus par l\u2019enquête (éveil de la conscience publique, démission d\u2019officiers et d\u2019administrateurs convaincus de corruption, diminution du gangstérisme, enfin ébauche d\u2019une campagne d\u2019éducation populaire sur les méfaits de l\u2019organisation du crime, spécialement en ce qui concerne le trafic des stupéfiants), ils énumèrent les moyens à prendre pour tenir en échec le crime et les criminels, utilisant les suggestions déjà émises dans leur troisième rapport.Voici les principaux articles du programme que le Comité trace au gouvernement fédéral: 1.\tCréation d\u2019un Office national chargé de coordonner la lutte contre le crime.Composé de représentants pris dans les comités privés que les honnêtes citoyens auront établis dans les états et les villes, cet office aura pour rôle a) de promouvoir la fondation d\u2019autres comités privés de lutte contre le crime; b) de communiquer aux comités locaux tous renseignements utiles à l'exécution efficace de leur travail; c) de découvrir et de mettre au point les meilleures méthodes de lutte contre 1?gangstérisme pour les faire connaître aux comités locaux et aux législateurs en vue d\u2019une action immédiate; d) d\u2019organiser des échanges d\u2019idées et de renseignements relatifs aux conditions locales de la lutte contre le crime, par la invocation de réunions auxquelles participeront des représentants d\u2019organismes sociaux et civiques, de groupements religieux, de corps éducatifs, de clubs féminins, d\u2019officiers de police et de tout autre groupement intéressé à la lutte contre le crime.Cet Office national, organisme privé au service des comités locaux qui en assurent la composition, ne fera pas double emploi avec la Commission fédérale de lutte contre le crime, organisme public au service du pouvoir exécutif de l\u2019État.2.\tMaintien d\u2019un service d\u2019enquête sur le crime organisé.3.\tCréation d\u2019une triple escouade spécialisée: a) la première, au service du ministère de la Justice, pour le dépistage des exploitations malhonnêtes (rackets)', b) la seconde, au service du ministère des Finances, pour l\u2019examen des rapports que les gamblers et autres racketeers préparent ou doivent préparer pour le Bureau de l\u2019impôt sur le revenu; c) la troisième, composée d\u2019au moins dix experts dans la lutte contre le trafic des stupéfiants; cette lutte exige qu\u2019on augmente le nombre des agents déjà en fonction; qu\u2019on dresse un programme de leçons à donner au peuple sur la nature et les effets de la narcomanie; qu\u2019on inflige des peines plus sévères aux contrebandiers; qu\u2019on enlève leur permis de naviguer aux marins qui violent la loi; qu\u2019on tende à prohiber la production de l\u2019opium dans le monde entier.4.\tAccroissement des facilités de traitement, dans les institutions fédérales, de manière à soigner un plus grand nombre de femmes atteintes de narcomanie et à séparer des autres les adolescents.5.\tMise en force d\u2019une loi prohibant la transmission, d\u2019un état à l\u2019autre, de paris ou d\u2019argent destiné à payer des paris, par le moyen du télégraphe, du téléphone, de la poste ou par tout autre moyen de communication interétatique.6.\tMise en force d\u2019une loi visant à écarter de l\u2019industrie ou du commerce des alcools tous les gens suspects d\u2019exploitation illégale.Le Canada ne pourrait-il pas faire son profit de pareilles suggestions ?214 AVEC OU SANS COMMENTAIRES L\u2019UNITE EUROPEENNE AU DÉBUT DE JUIN, un de nos lecteurs nous faisait /A parvenir un extrait d\u2019un article intitulé Catholics and ¦*\u201c Europeans, paru, le 21 mars dernier, dans The Economist, revue qui se publie à Londres.Ce texte judicieux mérite d\u2019être connu.Last Sunday, in his first speech since he became ill two months ago, the Pope spoke about the problems of European union.His address to a group of visitors from the College of Europe in Bruges came at the very moment when the Rome talks about the French protocols to the European Defence Community treaty showed every sign of bogging down.His Holiness dwelt briefly on the political and economic difficulties which the very nature of nationalism sets in the way of federation.He stressed as more important, however, the need for \u201ca European spirit\u2014the consciousness of interior unity\u201d, and went on to discuss the special role of Christianity in the creation of such a spirit.The Pope\u2019s remarks lend prominence to a fundamental, if little discussed, aspect of the present difficulties besetting Europe.From the start, the vision of a European community had important Catholic overtones.The profound personal Catholicism of Dr.Adenauer, Signor De Gasperi and M.Schumann was one of the major factors in their concord and common planning.The history of Catholicism in Europe, moreover, offered a tradition of supranational authority and federation which had no real secular equivalent.The Church also took care to remind the politicians that it alone possessed the means of educating the masses in various countries towards some kind of realisation of European kinship.But these Catholic aspects both of European union in general and of the EDC in particular have created a great deal of alarm and suspicion in various quarters.There is clear evidence that French anti-clericalism is playing an important part in organizing nationwide resistance to the ratification of EDC, and analogous forces are at work among non-Catholics in Germany.The various European Socialist parties and the Liberals are also seeking to avoid any identification between political catholicity and political Catholicism.One cannot help asking, however, whether any force now existing, save that evoked by the Pope, is capable of creating a sense of unity in the present atmosphere of resurgent nationalism and diversity of purpose.Le Christ, vivant dans l\u2019Église catholique, continue d\u2019être un signe de contradiction.Espérons qu\u2019il ne faudra pas d\u2019autres terribles expériences pour faire comprendre aux hommes politiques le rôle essentiel du catholicisme dans l\u2019élaboration d\u2019un esprit nouveau, adapté aux besoins de l\u2019heure.PIE XII ET LA PROFESSION MÉDICALE En avril et mai derniers, paraissaient dans Relations deux articles du P.Jules Faquin, S.J., intitulés « Morale et médecine ».Voici une bibliographie préparée par le P.Faquin et qui montre l'intérêt que porte le Pape aux questions médicales.1.\tDiscours aux membres de l\u2019Union italienne médico-biologique Saint-Luc (12 novembre 1944): Les fondements et les normes de la morale chrétienne dans l\u2019exercice de la profession médicale.2.\tDiscours à un groupe de médecins spécialistes (30 janvier 1945) : Le bon Samaritain.3.\tDiscours à des médecins chirurgiens (13 février 1945) : La responsabilité du médecin.4.\tDiscours aux membres du Congrès de l\u2019Association des médecins-dentistes d\u2019Italie (25 octobre 1946).5.\tDiscours aux membres du XXXVIe Congrès international de la Société des ophtalmologistes italiens (30 septembre 1947).6.\tDiscours aux membres du VIe Congrès international de chirurgie (20 mai 1948).7.\tDiscours aux membres de la Semaine d\u2019études sur le problème biologique du cancer (7 juin 1949).8.\tDiscours aux délégués de l\u2019Organisation mondiale de la Santé (27 juin 1949).9.\tDiscours aux membres du IVe Congrès international des médecins catholiques (29 septembre 1949) : L\u2019insémination artificielle.10.\tDiscours aux membres du Congrès international des pharmaciens catholiques (2 septembre 1950).RELATIONS 11.\tDiscours aux membres du Congrès de la Société italienne d\u2019otologie, de rhinologie et de laryngologie (18 septembre 1950).12.\tDiscours à un groupe de médecins de campagne (18 septembre 1950).13.\tDiscours aux membres du Congrès international des spécialistes des maladies du thorax (22 septembre 1950).14.\tDiscours aux membres du Congrès de l\u2019Union catholique italienne des sages-femmes (29 octobre 1951): Questions morales de vie conjugale.15.\tDiscours aux membres du Congrès national du Front familial italien et des Associations des Familles nombreuses (28 novembre 1951): Attentat direct à la vie.16.\tDiscours aux membres du IIIe Congrès européen de gastro-entérologie (26 avril 1952).17.\tDiscours aux infirmiers et infirmières des hôpitaux et cliniques de Rome (21 mai 1952).18.\tDiscours aux membres du Ier Congrès international d\u2019histopathologie du système nerveux (14 septembre 1952) : Les limites morales de la recherche médicale et de la thérapeutique.19.\tDiscours aux membres du XXVIIe Congrès italien de stomatologie et de la première Triennale internationale de prothèse dentaire (23 octobre 1952).20.\tDiscours aux membres du Ve Congrès international de psychothérapie et de psychologie clinique (12 avril 1953) : L\u2019attitude chrétienne en psychothérapie.Voir aussi la lettre de Mgr Montini, de la Secrétairerie d\u2019État du Vatican, au président des Semaines sociales de France (2 juillet 1951).AOÛT 1953 BEAUTÉ ET PERSONNALITÉ MODE ET MORALE QUE DE FEMMES pourraient répéter le mot connu: « Beauté, mon cher souci! » Quant à la mode, on lui appliquerait volontiers, en la corrigeant, l\u2019exclamation inspirée par la liberté: « Mode, que de sottises on commet en ton nom! » Et les femmes ne s\u2019amendent guère, jugeant « démodée », dans ce domaine, la sagesse de l\u2019Église.Écouteront-elles un père de famille, Jean Wirtz, qui leur parle dans son bel ouvrage intitulé Amour et Mariage (Mulhouse,.Éditions Salvator, pp.116-118) ?« Chaque femme reçoit de la nature un visage, qui devient ce qu\u2019elle en fait.Une belle âme, habitée par des pensées pures, nobles et féminines, modèle une physionomie qui en est le reflet.Aucun.rouge à lèvres.et aucun fard ne peuvent lui donner artificiellement cette expression.Les soins de beauté les meilleurs et les plus efficaces sont les soins de l\u2019âme.La beauté d\u2019une femme noble est semblable à son âme.Elle est faite de douceur, de silence, de discrétion et de grâce.Rien ne lui est plus pénible que de devoir se montrer au grand jour.« La noblesse d\u2019une femme s\u2019exprime aussi dans sa façon de s\u2019habiller.Une robe révèle dans une certaine mesure la personnalité de celle qui la porte.Une robe, pour être belle,, doit se distinguer par une note et une nuance tout à fait personnelles.Quand elle n\u2019a pas ce cachet, quand elle est simplement « à la mode », elle est presque toujours disgracieuse.Si la robe est l\u2019expression de la personnalité, .elle ne peut changer à chaque saison, de même qu\u2019on ne change pas d\u2019écriture ou de démarche chaque année.Les femmes qui suivent aveuglément la mode, qui imitent sans réfléchir les caprices des courtisanes, qui renoncent à un style et à une forme personnels dans leurs vêtements agissent ainsi, parce qu\u2019elles n\u2019ont pas de personnalité.et ne sont pas exigeantes vis-à-vis de la beauté.« Une femme dont la vie intérieure est riche ne suit pas la mode.Elle est la femme qu\u2019elle est; sa noblesse fait sa beauté.Les autres.ne sont-elles pas.des servantes, servantes de la mode, .mannequins ambulants dont la coiffure ne convient ni au visage ni à la taille et n\u2019a d\u2019autre ambition que de garder la ligne prescrite par le coiffeur ?« La femme distinguée saura maintenir ses distances pour d\u2019autres raisons encore.Dans une époque où l\u2019ordre des valeurs est bouleversé, la mode, dont la tendance est toujours érotique, provoque plus facilement la sensualité.De là à l\u2019indécence il n\u2019y a qu\u2019un pas.Cette indécence est la caracté-ristique de la mode actuelle.Elle repousse le mystère, elle veut dénuder.Les robes collantes, courtes, transparentes et sans manches semblent moins faites pour couvrir le corps, que pour souligner ses formes de façon excitante.Le parfum le plus délicat de l\u2019âme féminine est éventé, son mystère peut être violé par n\u2019importe quel garçon qui passe.« Dans certains milieux, on raille volontiers les critiques énergiques ^que l\u2019Église élève contre les excès de la mode.On taxe l\u2019Église de bigoterie et d\u2019obscurantisme médiéval; on ne se rend pas compte qu\u2019elle applique une expérience séculaire et cherche à défendre à la fois la dignité de la femme et les droits et privilèges de son mari.Elle sauvegarde ainsi la santé et l\u2019honnêteté des mœurs.Le nombre toujours croissant des homosexuels qui se refusent au mariage est une conséquence de l\u2019érotisme de la vie moderne.Après l\u2019excitation viennent la satiété et la perversion.Finalement, la femme est toujours la victime.» Les Messagères de Notre-Dame et les Équipières sociales nous permettent d\u2019espérer que chez nous les femmes comprendront.215; i Au fil du mois Le problème scolaire il est étonnant de constater que la de Montréal\ttrès gran(je majorité, pour ne pas dire la totalité, de ceux qui parlent ou écrivent sur le problème scolaire de Montréal font le silence absolu sur l\u2019intervention pastorale, il y a deux ans, de S.Ém.le cardinal Léger.Un acte surnaturel de filiale soumission n\u2019aurait pu que favoriser le règlement du problème, et de façon d\u2019autant plus méritoire et fructueuse qu\u2019héroïques étaient les sacrifices demandés à certains au nom du bien commun de l\u2019éducation.D\u2019aucuns ont préféré continuer jusqu\u2019au bout la bataille légale.Devant l\u2019inévitable et toujours plus profonde division que cette bataille a amenée parmi le personnel enseignant, on ne peut s\u2019empêcher de penser à l\u2019axiome bien connu: « La lettre tue, mais l\u2019esprit vivifie.» Non pas, notons-le bien, qu\u2019il faille tenir pour négligeable l\u2019aspect légal du problème; un documentaire détaillé, qui remonterait à cinq ou six ans en arrière, prouverait clairement que tous les torts ne furent pas du côté de l\u2019exécutif de l\u2019Alliance et que de multiples facteurs causèrent l\u2019imbroglio scolaire qui angoissa, dès son arrivée, l\u2019archevêque de Montréal.Si l\u2019axiome s\u2019applique au cas présent, c\u2019est à cause du motif et du caractère de l\u2019intervention de l\u2019archevêque.Sa douleur \u2014 il l\u2019a dit aux instituteurs \u2014 était causée par la perspective d\u2019une division regrettable entre eux, d\u2019« une séparation définitive en deux blocs prêts à se livrer bataille et à se durcir comme du granit ».Ce conflit, s\u2019ajoutant à celui, déjà ancien, entre les instituteurs et la Commission scolaire, « allait provoquer tant d\u2019angoisses et de soupçons.La panique semée à jamais chez vous aurait fini de rompre les liens indispensables à toute véritable éducation que sont la collaboration loyale et la bonne entente entre tous les professeurs ».Il y avait plus: « J\u2019ai pensé aussi à toute la répercussion désastreuse que ce schisme aurait eue sur la formation de ces 100,000 jeunes enfants qui vous sont confiés et qui sont déjà, j\u2019en ai la preuve, victimes à bien des points de vue du malaise qui est en train de s\u2019éterniser.» Nul doute que ce soit cette répercussion désastreuse sur les enfants des écoles qui attrista le plus le cœur du cardinal.La fonction des instituteurs, appelés à travailler sur une matière vivante, ne permettant pas d\u2019assimiler parfaitement leurs associations aux syndicats ouvriers, il décida, après avoir étudié, consulté, prié, d\u2019intervenir en vertu même de sa charge pastorale.« Quand des intérêts supérieurs comme ceux de la morale et de l\u2019éducation sont en jeu, quand Elle (l\u2019Église) entend ses enfants désemparés lui demander secours, Elle intervient alors et se permet exceptionnellement de proposer, de suggérer un remède, fût-il même d\u2019ordre pratique.» Oublier le caractère particulier de cette intervention, c\u2019est prendre une orientation qui fausse nécessairement la discussion.De cette importante déclaration faite il y a deux ans, rapprochons ce principe indiscutable de vie chrétienne, énoncé par le cardinal dans son allocution du 2 juillet au congrès de la Corporation des instituteurs et des institutrices catholiques : « La foi catholique est un lien qui unit Pasteur et fidèles dans une communauté de pensées, de désirs et d\u2019action.» La conservation de ce lien vital exige parfois de durs sacrifices.C\u2019est précisément à ces moments-là qu\u2019on est à même d\u2019expérimenter dans sa chair les exigences d\u2019un christianisme vécu en profondeur.Le cardinal n\u2019entendait nullement, en intervenant, travailler à l\u2019élaboration d\u2019un syndicat amorphe.S\u2019il voulait l\u2019action syndicale « vivifiée par la charité », il la voulait aussi « solide, libre, démocratique ».Est-il vraiment trop tard pour que s\u2019opère le rapprochement de tous les instituteurs, pour leur plus grand bien et celui des enfants qu\u2019ils doivent former dans la science humaine et dans la science des saints ?On ne peut se résigner à le croire.L\u2019Ordre de Mérite M.Gérard Ouellet rédige avec allant, du Défricheur da.ns le Rapport de VOrdre de Mérite du Défricheur (Québec, Ministère de la Colonisation, 1952, 201 pp., 25 cm., nombreuses photos), les observations relatives aux colons qui ont participé au concours.Il complète son rapport de photos éloquentes, il raconte le banquet final et il dit les avantages offerts aux pionniers.La troisième région du concours, le sud du fleuve, est un pays de buttes et de roches, d\u2019une « terre difficile, pas ingrate », et de paroisses plutôt âgées, probablement « consolidées ».On y trouve 38 fermes qui naissent, 21 qui grandissent bien et 8 qui marchent la tête haute.L\u2019optimisme foisonne quand on voit les fils rééditer leur père, surtout quand on voit revenir et réussir le journalier chômeur, le pêcheur et le mineur, et quand on voit les jardins, les tissages et les beautés de familles des épouses dépareillées, anciennes institutrices ou rapatriées.On regrette le petit nombre de colons dans ce vaste sud, où trop de bon sol est captif des compagnies Brown, Breakey, etc.C\u2019est le fonds qui manque, plus que les hommes: des jeunes s\u2019en vont jusqu\u2019en Alberta.Nos colons sont bien traités, mal recrutés.La moitié des aspirants se découragent à attendre des réponses.Québec traîne 41,700 colons perpétuels, jamais adultes.L\u2019optimisme baisse avec le dernier Rapport du ministre, cet homme d\u2019affaires réaliste et pratique.On annonce bien que « le personnel a continué de déployer une grande activité » et de donner des résultats réjouissants; mais tout se réduit à ne pas même boucher les trous.C\u2019est mince.On recrute mieux pour la guerre.Al.D.Trahison à gauche Maintenant que les résultats des élec-et a droite\ttions italiennes, les troisièmes après la fin du fascisme, sont bel et bien connus, il est possible de faire le point.1948\t1953 (574 sièges) Coalition du centre (démocrates chrétiens, socialistes de droite,\t\t(590 sièges)\tGains républicains, libéraux)\t Coalition de gauche (socialistes\t370\t303\t- 67 de gauche, communistes).Partis de droite (monarchistes et\t183\t218\t+ 35 néo-fascistes M.S.I.)\t\t20\t69\t+ 49 Indépendant\t\t1\t\u2014\t Ce tableau en dit assez long: M.de Gasperi n\u2019a plus qu\u2019une majorité de 16 à la Chambre.Par le mince déficit de 57,000 votes sur un total de 25 millions, il n\u2019a pas obtenu la moitié des voix plus une qui lui aurait assuré, d\u2019après une modification apportée à la loi électorale (29 mars 1953), un premio, une prime, c\u2019est-à-dire 380 sièges sur 590, soit 65%, à la Chambre des députés.Il lui faudra maintenant recueillir autant de majorités qu\u2019il y aura de problèmes à résoudre: armée européenne, Pacte Atlantique, Plan Schumann, réforme agraire, réforme fiscale, réforme sociale, etc.Toute défection (et les parasites pseudo-démocrates existent) entraînera une crise ministérielle.Ce que nous avons du mal à saisir de ce côté-ci de l\u2019Atlantique et qui nous cause une grande peine, c\u2019est qu\u2019un pays qui se dit catholique à 98% ne puisse comprendre, malgré les enseignements solennels des plus hautes autorités ecclésiastiques, que le parti communiste n\u2019est pas simplement un parti politique qui combat pour la justice sociale contre l\u2019excessive richesse et l\u2019excessive pauvreté, mais l\u2019outil du communisme international et d\u2019une tyrannie athée.216 RELATIONS Le parti communiste est en faveur de la propriété privée en attendant de la détruire, en faveur du lopin de terre pour chaque paysan en attendant de collectiviser toutes les fermes, en faveur des fêtes religieuses et des processions en attendant de supprimer toute religion.Les Italiens, qui ne manquent pas de subtilité, n\u2019ont pas encore démasqué le mensonge de la propagande communiste et l\u2019immoralité de sa fin.S\u2019il n\u2019est que juste de souligner, avec le peuple, que la misère est mauvaise conseillère et que ventre affamé n\u2019a pas d\u2019oreilles, il faut aussi admettre que cette explication reste insuffisante, puisque ce ne sont pas les régions agricoles et industrielles les plus pauvres qui ont donné le plus de voix aux partis de gauche.Catholiques de nom ou d\u2019habitude, pauvres trompés ou ignorants, partisans des mouvements de paix, de la clémence pour les époux Rosenberg ou des conférences avec Moscou, anticléricaux ou antiaméricains, marxistes ou nennistes, appelons-les comme on voudra, 9,566,850 Italiens (total des partis de gauche) ne sont pas encore convaincus que le communisme est la contradiction absolue du catholicisme.Que dire maintenant de l\u2019extrême droite, des monarchistes et des néo-fascistes, faibles devant la tentation d\u2019un gouvernement autoritaire ou le mirage de privilèges et de grandeurs évanouis?Ils n\u2019ont pas réussi à voir que l\u2019Italie ne pouvait se payer le luxe de la division devant le communisme.Ils détestaient celui-ci, bien sûr, mais non au point de sacrifier leurs intérêts particuliers au bien de la patrie.Beaucoup plus que les paysans sans terre et les ouvriers sans travail, ce sont eux qui doivent porter la terrible responsabilité d\u2019avoir trahi l\u2019Italie et les valeurs humaines et chrétiennes qu\u2019elle représente.L.d\u2019A.Pays chrétien?Dernièrement, aux États-Unis, le Polonais Plywacki, d\u2019allure assez communiste, demandant ses papiers de naturalisation, coupa court au serment usuel.Il ne consentait pas à dire: Que Dieu me soit en aide et se déclarait athée.(Que vaut alors son serment ?) Le juge McLaughlin, bon catholique, lui montrant la devise In God We Trust sur une pièce de monnaie, l\u2019admonesta rondement: « Vous sollicitez la faveur de vivre dans un État fondé sur la croyance en Dieu.Mais si vous ne prononcez le serment de bonne foi, je ne peux agréer votre requête.» Plywacki en appela, et le curieux « département » de la Justice de Washington refusa d\u2019appuyer l'honnête juge, qui ne lâche pas: « Vous pouvez être athée si vous voulez.Mais si vous entrez dans une association qui repose sur la croyance en l\u2019Être suprême, croyance affirmée depuis la Déclaration de l\u2019Indépendance jusqu\u2019aux récents discours où le président Eisenhower proclame l\u2019importance de la religion, vous devez accepter les règles de cette organisation.» N\u2019est-ce pas le bon sens même ?Comment expliquer, dans la vilaine affaire McCallum, la décision étonnante et scandaleuse de la Cour suprême contre l\u2019enseignement religieux après la classe ordinaire?Comment avaler l\u2019aide à Tito sans condition, sans qu\u2019on réclame la fameuse liberté américaine pour le cardinal Stepinac?Comment expliquer les rebuffades à l\u2019adresse de Franco, beaucoup plus fiable et moins dictateur que Tito?.Voici mieux.Des ministres épiscopaliens font un pas dans la bonne voie; ils épaulent nos catholiques en faveur de l\u2019enseignement religieux; ils proposent de remplacer le monopole des écoles publiques sans Dieu par quatre systèmes adaptés à l\u2019esprit des quatre groupes d\u2019Américains: catholiques, protestants, juifs et.païens (ceux qui n\u2019adorent qu\u2019eux-mêmes).Le pasteur Malloch, de Fresno (Californie), estime qu\u2019il est grand temps de s\u2019entendre pour échapper aux « matérialistes totalitaires », ennemis de toute religion.Le gouvernement devrait soutenir non un type d\u2019éducation, mais plusieurs, de façon à rendre justice aux citoyens croyants.AOÛT 1953 Il faut décentraliser le système actuel d\u2019écoles publiques pour satisfaire les catholiques, les protestants, les juifs et les incroyants tenaces, qui ont tout pour rien actuellement, tandis que les croyants paient tout pour n\u2019avoir rien, et paient une double taxe pour avoir quelque chose de religieux aux écoles, hôpitaux, hospices, orphelinats, etc.\u2014 Que deviendra la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État ?\u2014 Ce que nos Pères fondateurs ont voulu : aucune religion d\u2019Êtat, aucune préférence, mais de la religion libre au goût de chacun; pas du tout l\u2019absence de religion, ni à l\u2019école ni ^ailleurs, au profit du communisme et de la criminalité.L\u2019Église catholique nous a devancés, nous ferions bien de suivre.Ou ce sera la fin des États-Unis, pays chrétien « sans l\u2019être tout en l\u2019étant », comme dans la comédie.\tT_ Al.D.L'organisation professionnelle Le plan de restauration en marche\tsociale proposé par Pie XI sous le nom d\u2019organisation corporative se réalisera-t-il ?L\u2019encyclique Quadragesimo anno avait fait lever des espérances.En maints pays: Suisse, Belgique, Hollande, France, des groupes s\u2019étaient formés pour étudier le fonctionnement de cette institution et rechercher les meilleurs moyens de l\u2019établir.La Semaine sociale d\u2019Angers, tenue en 1935 sur ce sujet, connut un vif succès.Mais le contrôle absolu par l\u2019État de l\u2019organisation corporative, en Italie, lui aliéna bien des esprits.Ses adversaires en profitèrent pour la présenter sous des couleurs fausses, pour l\u2019identifier avec la dictature fasciste.Vint la guerre, et ce fut le point mort.La victoire qui suivit ne fit point oublier la libération de l\u2019homme, la promotion de l\u2019ouvrier.On mit même cette initiative au premier rang des conquêtes à obtenir, mais elle se concrétisait alors dans les réformes de structure.De l\u2019organisation corporative, sauf en quelques milieux isolés, il n\u2019était plus question.Heureusement Pie XII veillait et, le moment venu, il rendit au plan de Quadragesimo anno son actualité.Ce ne fut pas une lueur passagère qui laissa ensuite l\u2019humanité dans les ténèbres.La flamme allumée au Vatican, le Pape voulut qu\u2019elle éclairât le monde, qu\u2019elle lui fît retrouver la voie de la paix et de la prospérité.Son insistance, en particulier dans ses rencontres avec les patrons et les travailleurs, produisit ses fruits.En tous les pays on parle maintenant, sous un nom ou sous un autre, de l\u2019organisation des corps professionnels.Et les actes suivent les paroles.Les conseils d\u2019entreprise, par exemple, obligatoires en Hollande, en Belgique et ailleurs, sont les premiers jalons de la grande réforme.Les États-Unis méritent d\u2019être cités ici à l\u2019honneur.Industriels et ouvriers, grâce à l\u2019enseignement de plusieurs chefs religieux et civils, comprennent de plus en plus les avantages mutuels que leur réserve ce nouveau régime.Les présidents des deux grandes unions, A.F.L.et C.I.O., lui sont gagnés.D\u2019heureux essais ont déjà eu lieu.Et tout récemment, devant le Comité du travail du Sénat, un groupe important {The Industry Council Association), composé d\u2019ecclésiastiques, d\u2019hommes politiques, d\u2019industriels, de travailleurs, exposait, par la voix de son président, ce que le gouvernement pouvait faire pour promouvoir cette réforme.Et au Canada?Comme dans les autres pays, il y eut arrêt, sinon recul.Mais la campagne lancée, voici quelques années, par l\u2019Action corporative, si vigoureusement appuyée par le cardinal Villeneuve, a laissé des traces.Elles réapparaissent sous le souffie vivifiant du Pape.Au cours du mois dernier, une cinquantaine d\u2019hommes de toutes classes se réunissaient sous les auspices de l\u2019Institut Social Populaire et, durant cinq jours, étudiaient les meilleurs moyens à 217 prendre pour établir dans notre province l\u2019ordre préconisé par le Souverain Pontife.Déjà on compte plus d\u2019une vingtaine de groupements professionnels qui ont obtenu du gouvernement l\u2019autorisation de s\u2019ériger en corporations.A plusieurs cependant des attributs essentiels font défaut.Il faudrait une loi générale sur laquelle devraient être calquées toutes les lois particulières.Des légistes la préparent actuellement.Le gouvernement provincial l\u2019accueillera-t-il avec ferveur?C\u2019est le vœu d\u2019un nombre croissant de citoyens.Il assurerait ainsi à cette réforme salvatrice son caractère authentique et bienfaisant.J.-P.A.\u2022 Quelques aspects du crédit agricole Rodolphe LAPLANTE 1\u2019OFFICE du crédit agricole du Québec a été institué au cours d\u2019une session d\u2019urgence convoquée en 1936 pour voter les fonds nécessaires au lancement et à la gestion d\u2019un crédit à long terme.A cette époque, les cultivateurs étaient aux abois: toutes les sources de crédit, à long ou à court terme, étaient taries; la Loi d\u2019arrangement entre cultivateurs et créanciers réglait temporairement les cas les plus pénibles.Le créancier et le débiteur agricoles se trouvaient dans une impasse: l\u2019un ne pouvait toucher son capital, l\u2019autre ne pouvait le rembourser.C\u2019est alors que la Loi du crédit agricole fut votée et qu\u2019une somme de dix millions fut mise à la disposition des cultivateurs.Les demandes affluèrent par milliers, à tel point que, lors de la session régulière de 1937, le législateur ajouta un autre montant de cinq millions.Les premiers prêts furent consentis le 20 mars 1937.En moins de trois ans, plus de trente-cinq millions furent versés aux cultivateurs du Québec.Rappelons pour mémoire que le taux d\u2019intérêt était de 2^6%, l\u2019amortissement de 1^% l\u2019an, payables en deux versements semi-annuels, le tout constituant une annuité de 4%.On était loin, par conséquent, des 5%, 53^%, 6%, et même plus, payés jusqu\u2019alors par les cultivateurs, et cela uniquement pour l\u2019intérêt.Au 31 décembre 1952, l\u2019Office du crédit agricole avait effectué 31,366 prêts, s\u2019élevant à $78,514,995, selon une annuité de 4%.On accorda, en outre, 4,633 prêts représentant une somme de $10,062,975, selon une annuité de 5.714%; mais ce taux n\u2019est plus en vigueur.Le tout forme un total de 35,999 prêts, s\u2019élevant à $88,577,970.A la dernière session, la Législature autorisa l\u2019Office du crédit agricole à prêter un nouveau montant de dix millions de dollars.En 1937, l\u2019Office avait versé 331 prêts pour l\u2019établissement de fils de cultivateurs, puis 671 en 1938, et 900 en 1939.Ce chiffre tombait à 490 en 1940, remontait à 541 en 1941, retombait à 341 en 1942, à 224 en 1943, puis remontait à 501 en 1944.Les chiffres suivants deviennent plus réconfortants.Il y eut 652 cas d\u2019établissement en 1945, 892 en 1946, 1,163 en 1947, M.Rodolphe Laplante, l'un des régisseurs de l'Office du crédit agricole du Québec et secrétaire général de l'Office de l'électrification rurale, nous parle des bienfaits du crédit accordé aux cultivateurs et de quelques problèmes connexes.1,395 en 1948, 1,523 en 1949, 1,535 en 1950, 1,561 en 1951 et 1,647 en 1952.C\u2019est donc, grâce à l\u2019Office, un total de 14,369 fils qui furent établis.Ces statistiques cependant ne montrent pas tout.Il y a les nombreux cas où les pères ont touché des créances résultant d\u2019une donation ou d\u2019une vente à un fils.Les sommes remises aux pères, quoiqu\u2019elles aient été souvent l\u2019objet de compromis (afin d\u2019empêcher ou bien la vente de la créance à l\u2019Office, ou bien une spéculation abusive par le gonflement dudit prix de vente), ont provoqué l\u2019établissement de nombreux autres fils, soit sur des terres en utilisant partie de la créance que le père avait touchée grâce à l\u2019Office, soit parfois au village dans une industrie connexe ou annexe à l\u2019agriculture, ou dans une autre entreprise.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019encaissement de cette créance a rendu possibles de nombreux autres établissements, outre ceux effectués sur des terres.Afin d\u2019établir l\u2019ampleur des opérations d\u2019un organisme comme l\u2019Office du crédit agricole, soulignons ici qu\u2019au cours de l\u2019année 1952, 4,657 recommandations ont été présentées aux régisseurs dudit Office.Ces recommandations ont abouti les unes à un octroi de prêt, les autres à un refus.Il est intéressant de souligner aussi qu\u2019il y eut, au cours de l\u2019année 1952, 191 prêts supplémentaires.Or, des prêts supplémentaires ne sont accordés que lorsqu\u2019un requérant désire emprunter pour construire une bâtisse essentielle, par exemple une grange-étable, pour agrandir son domaine agricole par l\u2019achat d\u2019un lopin de terre.Il est bien entendu alors que le premier prêt et le nouveau prêt ne doivent pas comporter un déboursé global de plus de $7,000.Autre point: chacun sait qu\u2019il y a un écart assez considérable entre l\u2019évaluation municipale et l\u2019évaluation réelle d\u2019une terre.L\u2019Office n\u2019est pas demeuré immuable dans ses évaluations et, sans donner dans le courant inflationnaire de façon imprudente, il a su tenir compte tout d\u2019abord du raffermissement normal du prix des terres, commencé en 1939, et qui a trouvé son assiette en 1940.Cette année 1940 constitue une norme qui corrige la déflation du prix des terres des années précédentes, sans encore accuser l\u2019inflation qui suivra.Notons qu\u2019en 1940, l\u2019évaluation moyenne par 218 RELATIONS ferme, au point de vue municipal, était de $2,495, tandis que l\u2019Office évaluait la même terre à $2,973.Un tableau préparé par le service de revision de l\u2019Office mérite d\u2019être mis sous les yeux de nos lecteurs.ÉCART ENTRE L\u2019ÉVALUATION MUNICIPALE ET L\u2019ÉVALUATION DE L\u2019OFFICE, PÉRIODE 1940-1952 INCLUSIVEMENT Nombre\tExcédent de l\u2019évaluation Années\tde Évaluation moyenne par ferme\tde l\u2019Office prêts Municipale \u2014 de l\u2019Office sur l\u2019évaluation municipale 1940.\t.2,362\t$2,495\t$2,973\t$ 478\t% 1941.\t.2,599\t2,426\t3,378\t952\t19 1942.\t.1,151\t2,452\t3,186\t734\t30 1943.\t.560\t2,421\t3,372\t951\t39 1944.\t.801\t2,361\t3,596\t1,235\t52 1945.\t.910\t2,327\t3,671\t1,344\t58 1946.\t.1,223\t2,584\t4,199\t1,615\t62 1947.\t.1,571\t2,596\t4,339\t1,743\t67 1948.\t.1,847\t2,633\t4,447\t1,814\t69 1949.\t.1,902\t2,538\t4,338\t1,800\t71 1950.\t.2,059\t2,486\t4,217\t1,731\t70 1951.\t.2,378\t2,720\t4,723\t2,003\t74 1952.\t.2,068\t2,899\t5,140\t2,241\t77 \t21,431\t2,562\t4,038\t1,476\t58 L\u2019Office, qui ne considère que la valeur du bien-fonds, la valeur dite immobilière, a, comme on le voit, tenu compte du raffermissement du prix des terres, sans cependant donner dans le courant inflationnaire qui fut propre à certains pays et qui, en conséquence, a entraîné la faillite, ou tout au moins la cessation des opérations de maints organismes de prêts agricoles.L\u2019Office croit que, dans l\u2019évaluation des terres, des règles de prudence raisonnable ont été respectées.Une légitime audace, basée sur les expériences passées et sur le crédit moral des cultivateurs du Québec, autorisait une appréciation plus généreuse de la valeur réelle des terres; le tableau précité démontre que si l\u2019évaluation municipale a varié très peu de 1940 à 1952, par contre, l\u2019évaluation moyenne des mêmes terres par l\u2019Office est passée de $2,973 à $5,140, soit, durant cette période de treize ans, une augmentation moyenne de 58% par rapport à l\u2019évaluation municipale en vigueur au début de la dernière guerre.Il n\u2019y a là rien d\u2019inquiétant; voyons-y plutôt l\u2019affirmation que l\u2019Office est à la fois prudent et raisonnablement progressif, puisqu\u2019il se garde de négliger les facteurs nouveaux qui interviennent dans la valeur appréciative des fermes.En certains milieux, il est question, avec une particulière insistance, de prêts pour l\u2019achat d\u2019instruments aratoires, pour l\u2019achat de roulant ou pour le paiement de dettes courantes.Rappelons ici que, dans l\u2019intention des dirigeants de l\u2019Union professionnelle, durant les années 1932, 1934, 1936, l\u2019accommodation demandée à l\u2019État provincial visait à l\u2019obtention d\u2019un crédit hypothécaire à long terme et à bas taux.Or, l\u2019Office a fourni et fournit encore ce crédit à 2^ %, remboursable en 39 ans et 6 mois.A la dernière session, on a amendé la loi; dans tous les cas, le requérant peut, si besoin il y a, emprunter jusqu\u2019à 75% de la valeur estimée par l\u2019Office, tandis que ce barème était fixé à un maximum de 65% jusqu\u2019ici, exception faite toutefois des cas où un compromis s\u2019imposait entre débiteurs et créanciers et des cas d\u2019établissement.Le maximum que pouvait prêter l\u2019Office était de $6,000; il est maintenant de $7,000.La moyenne des prêts déboursés depuis le début fut de $2,460.En 1950, 134 prêts de $6,000 ont été déboursés, 174 en 1951, et 203 en 1952.Mais comment les emprunteurs se sont-ils acquittés de leurs dus?Proclamons-le une fois de plus: il n\u2019y avait, au 31 décembre 1952, que 74 emprunteurs en retard de plus de trente jours.L\u2019expérience démontre que depuis plus de seize ans, les emprunteurs en retard de plus de trente jours préviennent l\u2019inscription de procédures légales contre eux en acquittant leurs dus dans les quelques jours qui suivent la réception d\u2019une lettre d\u2019avocat.La preuve qu\u2019ils s\u2019acquittent de leurs dus avec une scrupuleuse conscience, c\u2019est que depuis le début de l\u2019Office, cet organisme n\u2019a perdu que $203.55, soit $0.28 par cent mille dollars prêtés.Toute comparaison est odieuse ou injuste.Il est peut-être bon cependant de jeter un coup d\u2019œil outrefrontière.L\u2019Agricultural Finance Review, publiée par le ministère de l\u2019Agriculture des États-Unis, établit (novembre 1952) que pour l\u2019ensemble des états américains, les Federal Lands Banks accusaient, en 1952, un pourcentage de 4.5% d\u2019emprunteurs en retard, comparativement à 5.6% pour l\u2019année 1951.D\u2019autre part, la Federal Farm Mortgage Corporation établissait à 8.7% la moyenne des emprunteurs en retard, pour l\u2019ensemble des états américains, comparativement à 10.9% pour l\u2019année 1950.Ces statistiques américaines ont tout de même une certaine éloquence et prouvent à l\u2019évidence que les cultivateurs du Québec ont su honorer leurs obligations avec ponctualité et fidélité.D\u2019autre part, Y Agricultural Farm Review ajoute que la dette hypothécaire agricole totale aux États-Unis, au lar mars 1952, s\u2019établissait à 6.6 billions de dollars; elle était de 6.3 billions de dollars au 31 janvier 1952.C\u2019est donc une augmentation de 5% durant les premiers mois de 1952.Cette augmentation a porté la dette hypothécaire agricole au plus haut niveau depuis 1939.La moyenne des hypothèques, aux États-Unis, a continué de s\u2019accroître en 1952 pour toutes les catégories d\u2019emprunteurs.Dans la première partie de l\u2019année 1952, la moyenne des prêts hypothécaires fut de $5,610, soit 4% de plus que pour la même période en 1951.Cependant, le volume des hypothèques déjà enregistrées a diminué quelque peu par l\u2019amortissement régulier, et les chiffres montrent que la valeur de ces hypothèques avait diminué de 6% et, en nombre, de 2%.Il faut comparer ces chiffres avec ceux de l\u2019Office au 31 décembre 1952.L\u2019Office, à cette date, avait reçu l\u2019autorisation de prêter 96 millions de dollars.(Un nouveau montant de 10 millions de dollars a été voté AOUT 1953 219 à la session de 1952-1953; il ne doit être prêté qu'en 1953.) Sur cette somme de 96 millions de dollars préalablement autorisée, un montant de $88,577,970 avait été déboursé, l\u2019écart entre ce dernier montant et les 96 millions de dollars devant être remis aux emprunteurs sur production de titres.Pour continuer la comparaison, il faut établir que, concurremment, il y a eu désendettement.Les cultivateurs-emprunteurs ont remis, en versements réguliers, $12,205,259.90, plus $16,338,411.49 d\u2019avance.Sur les sommes effectivement déboursées par l\u2019Office du crédit agricole, les cultivateurs ne devaient plus, au 31 décembre 1952, que $73,422,536.55.Où l\u2019on voit qu\u2019à l\u2019encontre des cultivateurs américains, empruntant des Federal Lands Banks, les cultivateurs québécois qui recourent au crédit à long terme paient régulièrement et, caractéristique remarquable, paient des sommes substantielles d\u2019avance.Nous donnons tous ces chiffres afin d\u2019établir que la dette hypothécaire assumée par un cultivateur-emprunteur, si elle constitue à première vue un endettement, devient par la suite un moyen pour le cultivateur de payer ses dus, de cristalliser un capital qu\u2019il lui aurait été impossible autrement de créer.Les emprunteurs se sont rendu à eux-mêmes un autre service: ils ont obtenu la clarification de leurs titres à bonnes conditions, et ils ont été incités à accroître le montant de leur assurance-incendie.C\u2019est ainsi qu\u2019au 31 décembre 1952, l\u2019Office détenait 1,901 polices d\u2019assurance commerciale (dite système au comptant), soit un montant de $5,329,650, et 7,233 polices commerciales (système mutuel), soit $29,942,873, plus 24,678 polices dans les assurances mutuelles, soit $82,217,172, le tout s\u2019élevant à $117,479,675.Dans la seule mutuelle de l\u2019U.C.C., au 31 décembre 1952, l\u2019Office détenait 2,305 polices totalisant $11,407,500.Ces chiffres ne représentent pas cependant tout l\u2019endettement des cultivateurs du Québec.Il faudrait y ajouter le montant des prêts en cours à la Commission du Prêt agricole canadien, organisme fédéral; les derniers chiffres disponibles dénotent qu\u2019il y a actuellement 11,028 prêts en cours, dont le montant global est de $17,672,360.13.Il y a aussi un nombre minime d\u2019emprunts obtenus d\u2019autres organismes de prêts hypothécaires, et un certain nombre de prêts obtenus d\u2019individus; mais ce sont là des cas d\u2019exception de nos jours, eu égard aux avantages de remboursement fournis par les organismes de prêts à très long terme.Les gens de bonne foi qui s\u2019intéressent à l\u2019agriculture et aux sources de crédit dont les cultivateurs ont besoin doivent convenir que le cultivateur-requérant qui désire emprunter à long terme dispose de facilités d\u2019emprunt extrêmement avantageuses.La question abordée, de-ci de-là, porte plutôt sur le prêt à court ou à moyen terme; il faut alors faire comprendre que l\u2019Office du crédit agricole n\u2019a pas été créé pour remplir le rôle d\u2019une banque agricole ou pour fournir les sources de crédit à court ou moyen terme.Si l\u2019Office s\u2019engageait dans ce genre de prêts, il fausserait son orientation, dériverait de son but et, par voie de conséquence, occasionnerait d\u2019abord des pertes qui auraient tôt fait de soulever l\u2019opinion publique contre cet organisme gouvernemental jusqu\u2019ici si bienfaisant, et tarirait ultérieurement les sources de crédit à long terme dont les cultivateurs ont un impérieux besoin.Il ne nous appartient pas de discuter quelle forme doit prendre l\u2019organisation du crédit à court ou à moyen terme au pays de Québec.En vertu d\u2019une loi fédérale, dite « Loi sur les prêts destinés aux améliorations agricoles », on a fourni, en 1951, des prêts aux cultivateurs du Québec, ($6,125,621.89 distribués à 5,405 personnes), et ce, pour aider à réparer ou à construire des maisons sur des fermes, à acheter des animaux et des instruments aratoires.Ce n\u2019est pas tout.Il faudrait se tourner vers les banques et déterminer ce que ces dernières ont prêté à court terme, pour les mêmes fins, et ce, sans l\u2019appui de la loi précitée.Il y aurait ensuite à additionner tous les prêts à court terme obtenus des Caisses populaires Desjardins.(Nous reviendrons sur ce sujet.) Que, nonobstant la source de crédit à long terme et ces emprunts obtenus des banques ou des Caisses pour réparations aux bâtiments et pour achat d\u2019instruments aratoires, il y ait lieu d\u2019étudier la possibilité d\u2019un autre crédit pour les cultivateurs, notamment dans les régions où il n\u2019y a pas de banque ou de Caisse populaire, tout au moins suffisamment pourvue, c\u2019est là évidemment une question pertinente.Mais exiger que l\u2019Office du crédit agricole du Québec modifie sa structure pour s\u2019engager dans le champ du crédit à court ou moyen terme, ce serait aller à l\u2019encontre des intentions de ceux qui ont réclamé ce crédit à long terme et à bas taux d\u2019intérêt, avec privilège de remboursement par anticipation.* Ces quelques considérations démontrent: a) que l\u2019Office du crédit agricole du Québec a accompli, depuis sa mise en œuvre, une grande tâche, et que les résultats obtenus font l\u2019admiration de tous ceux qui veulent scruter ses réalisations avec objectivité; b) que les cultivateurs ont acquitté leurs dus et même versé des sommes d\u2019avance de façon considérable; c) que les pertes ont été milles ou à peu près; d) que l\u2019évaluation des terres en 1952 tient compte de l\u2019appréciation raisonnable dont les fermes ont été l\u2019objet depuis une douzaine d\u2019années, mais sans tomber dans le mouvement inflationnaire illustré par les exemples que nous avons pris aux États-Unis; e) que les cultivateurs ayant emprunté de l\u2019Office se désendettent régulièrement, tandis qu\u2019aux États-Unis l\u2019inflation du prix des terres a été beaucoup plus forte et le désendettement proportionnellement moindre.220 RELATIONS Le cultivateur peut maintenant emprunter $7,000 au.lieu de $6,000, et cette source de crédit favorise, dans une large mesure, l\u2019établissement des fils, puis-qu\u2019au 31 décembre 1952, plus de 14,972 jeunes cultivateurs avaient eu recours à l\u2019Office pour s\u2019établir.Soyons réalistes cependant et de bon compte.Le prix du roulant nécessaire aujourd\u2019hui à l\u2019établissement d\u2019un jeune cultivateur, le coût d\u2019achat de quelques instruments aratoires, tout cela requiert un capital considérable que le père ne peut pas toujours fournir ou que le fils possède rarement lui-même, surtout s\u2019il se marie jeune.C\u2019est ici qu\u2019intervient notre ultime réflexion: la loi du nantissement agricole du Québec est-elle suffisante de nos jours ?Les Caisses populaires ne pourraient-elles pas discuter, avec ceux qui s\u2019occupent de l\u2019établissement des fils, un système de prêt à court ou moyen terme, offrant les garanties morales et matérielles indispensables, afin que le mouvement de consolidation des nôtres sur des terres se continue et qu\u2019il y ait même expansion ?Une dernière statistique fera réfléchir.Une enquête conduite récemment, sur des fermes choisies en Alberta, en Ontario et dans le Québec, a établi que plus de 90% Lfhabitation à prix modique à la portée de tous Berthe LOUARD IA QUESTION de l\u2019habitation à prix modique et la possi-bilité pour le plus grand nombre d\u2019y avoir accès étaient à l\u2019agenda des administrateurs de La Familiale, il y a bien déjà dix ans.S\u2019ils étaient renseignés sur les réalisations des coopératives européennes, ils comprenaient mieux encore leur incapacité de faire quoi que ce soit à cause de l\u2019insuffisance de leurs réserves.La crise du logement ayant pris des proportions catastrophiques, des membres de La Familiale ont voulu faire leur part pour remédier à cette situation inhumaine.Depuis l\u2019automne dernier, ce comité s\u2019est réuni chaque semaine, parfois trois fois la semaine.Entre les réunions, chacun allait, de son côté, aux renseignements: réalisations coopé-ratistes, matériaux, méthodes de construction.Tous arrivaient aux réunions avec des idées.Le groupe visita les coopératives de Saint-Bernard de Tétraultville, de Notre-Dame-des-Anges de Ville-Lasalle, de Sainte-Marguerite des Trois-Rivières.Les deux premières sont construites avec une nouvelle espèce de brique.Le comité en possédait un échantillon depuis plusieurs semaines: il en étudiait les qualités et en comparait le coût avec les autres matériaux remplacés par cette brique.Les renseignements pris à Saint-Bernard de Tétraultville et à Ville-Lasalle furent concluants tant pour l\u2019économie que pour les risques d\u2019incendie.L\u2019apparence de ces maisons est très jolie, et il faut être un connaisseur pour voir la différence avec la brique; seules les proportions ne sont pas les mêmes.A des jeunes gens déjà cultivateurs ont signifié leur intention de rester cultivateurs et que seulement 24% des jeunes filles désiraient demeurer sur la ferme.Ces mêmes statistiques établissaient que la situation n\u2019était pas aussi navrante au pays de Québec.Cette enquête sommaire établit cependant que le courant vers les villes est incessant, et ses conséquences inquiétantes.Il importe donc que l\u2019organisme par excellence qui s\u2019est occupé de sauver, de consolider l\u2019agriculture et d\u2019établir nombre de jeunes cultivateurs garde ses caractéristiques essentielles qui fondent son indispen-sabilité, sa viabilité.Il est opportun aussi d\u2019instituer en notre province un crédit à court ou moyen terme qui pourrait s\u2019organiser à côté du rouage de l\u2019Office du crédit agricole et indépendamment de lui.Ne cessons d\u2019affirmer, car il y a confusion en certains esprits, qu\u2019un organisme de crédit hypothécaire à long terme n\u2019est pas un organisme de crédit à court ou moyen terme, ce qui n\u2019implique pas pour autant que tout est statique, que tout est parfait, et que toute autre forme 'de crédit ne peut pas être discutée et mise en branle pour le plus grand bien de l\u2019agriculture au pays de Québec.Le 31 mai dernier, le comité d'habitation de La Familiale, coopérative de consommation de Montréal, réunissait une belle assistance à la salle Saint-Stanislas.Il vaut la peine défaire connaître l'initiative de ce comité, dont le sérieux a produit chez les personnes présentes une excellente impression.Mme Berthe Louard est secrétaire-trésorière de La Familiale.Ce fut cependant la visite aux Trois-Rivières qui nous édifia le plus.L\u2019entreprise y est conçue avec un gros bon sens.Les maisons sont exactement ce qui convient à la classe ouvrière, voire à la classe moyenne.Le luxe a été mis de côté.M.le chanoine Chamberland, animateur du projet, a résolu une fois pour toutes cette question: « Vous en ajouterez autant que vous en désirerez plus tard, lorsque vous en aurez les moyens.» Maisons à deux logements superposés, de six pièces chacun, tous bien éclairés, avec grande cuisine familiale au centre, salle de bain, cave, jardin en arrière, terrasse en avant, bref tout le nécessaire pour élever une famille dans une atmosphère de contentement.Maisons à la portée de ceux qui, sans cette belle initiative, auraient été logés trop à l\u2019étroit, sinon dans des taudis.Voir la joie et la fierté de ces gens, les entendre raconter les péripéties de la construction et le bonheur qu\u2019ils ont d\u2019être chez eux, constater leur empressement à en montrer tous les détails, même à ceux qui arrivent à l\u2019improviste, est une expérience qu\u2019on ne peut oublier.On se sent prêt à faire l\u2019impossible pour que le plus grand nombre de gens puissent à leur tour avoir les mêmes avantages que ces privilégiés des Trois-Rivières.C\u2019est autour de ce plan que le comité de La Familiale a le plus travaillé.Si ce plan avait répondu aux exigences de la Société centrale d\u2019hypothèques, on l\u2019aurait accepté tel quel.Le comité, préférant se conformer aux exigences de cette centrale et suivant l\u2019avis de gens compétents, a changé ce qu\u2019il fallait tout en gardant les dimensions antérieurement prévues.Il étudia également les normes de la construction, AOUT 1953 221 de même que le code du bâtiment à Montréal.Tout cela une fois approfondi, il résolut de tenir une assemblée publique pour se rendre compte si les Montréalais désirant réellement devenir propriétaires étaient nombreux et s\u2019ils voulaient faire leur part pour y parvenir.Le dimanche 31 mai fut le grand jour.La salle paroissiale de Saint-Stanislas était remplie.S.Ém.le cardinal Léger honorait la réunion de sa présence.M_.Victor Barbeau, président de La Familiale, remercia Son Éminence du grand honneur qu\u2019elle faisait au comité en lui consacrant son après-midi, malgré des journées aussi remplies que les siennes.Il souligna le fait que si La Familiale avait grandi plus rapidement, si son chiffre d\u2019affaires avait été plus élevé, si un plus grand nombre avaient compris le mécanisme de la coopérative de consommation, ses réserves lui permettraient aujourd\u2019hui d\u2019aider ceux qui n\u2019ont pas la mise de fonds initiale; la plus grande difficulté à laquelle il faut actuellement faire face n\u2019existerait donc pas.M.J.-A.Dionne, vice-président de La Familiale, expliqua les réalisations suédoises.M.Levac, secrétaire du comité d\u2019habitation, fit part à l\u2019assemblée des activités de cet organisme.Puis, ce fut le film sur la coopérative des Trois-Rivières, film intitulé à si juste titre le Miracle du curé Chamberland; réalisation en couleurs de l\u2019Office provincial du film, il est vraiment édifiant et constitue le meilleur moyen de propagande.M.Plouffe, président de cette coopérative, était venu à l\u2019assemblée avec deux de ses collègues.Il expliqua toutes les difficultés du début, le travail ardu qui fut accompli, travail soutenu par la foi et la prière et par l\u2019exemple du curé Chamberland.« Rien de grand ne peut être fait sans le spirituel.» Comme les pionniers de Rochdale, dénommés « les millionnaires à cinq sous », ils eurent, eux aussi, leurs détracteurs, qui venaient les voir travailler et les avaient baptisés les vingt fous.Un jour, cependant, le curé Chamberland, qui avait entendu cette remarque malveillante, se retourna et dit à un monsieur: « Pardon! les vingt et un fous, car j\u2019en suis.» Ceci mit fin aux commentaires désobligeants.Le comité d\u2019habitation de La Familiale avait étudié les moyens dont les coopératives européennes disposaient lorsqu\u2019elles s\u2019occupaient de construction.Il en était venu à la conclusion que seule la Suisse avait quelque chose que nous pouvions utiliser avec profit et qui répondait bien à l\u2019esprit de charité du Québec.Je fus chargée de présenter le Parrainage co-op.* Toutes les coopératives de consommation fonctionnent suivant les mêmes principes.Cependant elles se sont développées et orientées suivant la mentalité, les besoins et les ressources de chaque pays; elles se diversifient donc à l\u2019infini.Ayant en vue l\u2019habitation, je parlerai seulement des pays où il y a eu des réalisations en ce sens.La coopérative de consommation en Suède bâtissait, déjà avant 1914, des maisons unifamiliales pour ses employés.Elle a réalisé, depuis, bien des genres de constructions qui ont rendu le problème de l\u2019habitation beaucoup moins aigu là-bas que dans les autres pays.Ces réalisations ont été possibles parce que le secteur de la consommation étant né le premier, c\u2019est lui qui a développé les caisses populaires qui portent le nom de banques, ainsi que les compagnies d\u2019assurance tant sur la vie que contre l\u2019incendie.Cette concentration des secteurs coopératifs donne une force financière qui permet la réalisation de projets de très grande envergure, chose très compliquée là où les secteurs sont séparés.En Belgique aussi, la coopérative de consommation fut la première à apparaître.Elle n\u2019a pas de banque, mais elle a développé l\u2019assurance, qui constitue cependant un organisme à part.Le secteur de la consommation a toujours été en relation très étroite avec les groupements ouvriers, et ces derniers étaient toujours prêts à mettre leurs finances à contribution pour le développement des coopératives.Avant 1914, les coopératives de consommation avançaient à leurs membres la mise de fonds initiale requise pour l\u2019achat d\u2019une habitation ouvrière.Ces maisons ressemblaient à celles des Trois-Rivières.Elles avaient deux logements.Elles représentaient souvent la seule économie qu\u2019un ouvrier pouvait réaliser dans toute sa vie.Il avait un toit pour ses vieux jours et le revenu du logement.C\u2019était bien peu.Pour eux, c\u2019était beaucoup.Ils se considéraient privilégiés.L\u2019unité, non seulement de pensée, mais surtout d\u2019action concertée, combinée, a fait le succès des coopératives de consommation belges et leur a permis des réalisations magnifiques, particulièrement dans le domaine social.Nous ne pouvons guère imiter ces deux pays.La coopérative de consommation, née la dernière, et depuis trop peu d\u2019années, n\u2019a pas à sa disposition des réserves suffisantes pour envisager le problème de l\u2019habitation.Nous sommes séparés du secteur de la finance et du secteur de l\u2019assurance, et nous n\u2019avons pas encore fait le lien avec les groupements ouvriers.Nous espérons que cela viendra; mais il nous faut trouver autre chose immédiatement.Voyons ce qui se fait en Suisse.La Suisse, petit pays merveilleux sur bien des points, qui se tient debout entre des voisins gigantesques, devait apporter au mouvement coopératif quelque chose de grand, d\u2019inédit.Ce pays, quoique prospère, a une partie de sa population qui vit au sommet des montagnes, dans des conditions très pénibles.Les coopératives, n\u2019ayant pas le droit d\u2019utiliser l\u2019argent de leurs sociétaires pour faire de la philanthropie, n\u2019y pouvaient rien.Les coopérateurs ardents cherchaient de quelle façon ils pourraient secourir tous ceux qui ne pouvaient même pas se former en coopératives, étant à la fois trop pauvres et trop peu nombreux.Leur désir intense fut exaucé.Il leur fut inspiré de chercher des parrains qui se donneraient pour tâche d\u2019aider partout où la nécessité se faisait sentir.Cet organisme, unique en son genre, fut baptisé Parrainage co-op.Depuis sa fondation, il a, selon la mesure de ses moyens, porté son aide dans les coins les plus reculés de la Suisse; il reçoit des dons et des cotisations, ce qui permet aux moins fortunés de faire leur part en renouvelant chaque année leur obole.Voici quelques réalisations.Les habitants des sommets des montagnes, devant y rester tout l\u2019hiver, ne pouvaient vendre leurs produits, dont le principal est le fromage de chèvre.Le Parrainage co-op, constatant ce triste état de chose, fit construire un funiculaire et le mit à la disposition des montagnards pour être exploité en coopérative.La mise de fonds fut remboursée petit à petit à même les revenus.Dans d\u2019autres endroits, le Parrainage co-op construisit tout un système d\u2019irrigation; les récoltes brûlaient la moitié du temps, faute d\u2019eau, ce qui déclenchait une misère noire chez les cultivateurs.Il aida, de plus, les municipalités trop pauvres et trop petites à construire des écoles, des aqueducs, des routes, à développer sur une assez grande échelle l\u2019industrie artisanale de jouets en bois, ce qui aide beaucoup ceux dont les activités sont paralysées par la neige tout l\u2019hiver.Nous, les coopérateurs, nous nous inclinons bien bas devant ces gens de cœur qui ont doté le mouvement coopératif suisse de cet organisme génial, qui a permis tant de réalisations dans des domaines si variés, et qui cherche continuellement le moyen d\u2019être utile.Nous avons, nous aussi, notre Parrainage co-op, qui a fonctionné jusqu\u2019à ce jour pour le plus grand bien de La Familiale; nous avons eu des parrains et encore plus de marraines.Si des gens bien pensants ont compris l\u2019œuvre nationale et sociale qu\u2019accomplit La Familiale, s\u2019ils ont pu 222 RELATIONS voir plus loin que son magasin et faire des dons, à plus forte raison, pour un but aussi vital, aussi urgent que la solution du problème du logement, nous trouverons sûrement des gens qui vont ouvrir leur bourse.Le Parrainage co-op pourra prêter alors la mise de fonds initiale dont l\u2019absence interdit actuellement à la majorité l\u2019accès à la propriété.Depuis que le comité d\u2019habitation de La Familiale a commencé ses recherches, plusieurs ont donné gratuitement leur avis.Exemples: « Inutile de se dépenser à vouloir s'occuper de l\u2019habitation à Montréal, le mal est trop profond.On ne peut compter sur personne, les gens sont trop indifférents.» Je dis: indifférents, pour ne pas me servir du terme employé.Eh bien! voilà, nous n\u2019admettons pas ces opinions défaitistes.Nous savons que le problème est ardu, difficile, compliqué; mais avec de la bonne volonté, de la persévérance, de la ténacité et par-dessus tout la foi, non seulement la foi en la possibilité de la chose, mais la foi en nous-mêmes, la foi dans nos semblables, la foi en la fraternité divine, ce problème peut être résolu.Les Montréalais se doivent de mettre fin à la situation déplorable actuelle, dans un pays riche comme le nôtre, dans une province catholique comme le Québec.C\u2019est un point d\u2019honneur.Si nous ne faisons pas mieux qu\u2019ailleurs, faisons au moins aussi bien.Pour réaliser l\u2019habitation à prix modique à Montréal, nous devons tous nous donner la main.Nous avons besoin: 1° du prêtre; 2° de la bonne volonté de l\u2019hôtel de ville pour les terrains; 3° d\u2019argent; les caisses populaires, les coopératives, les diverses associations peuvent toutes devenir des parrains, tout comme les riches et les moins riches.Je voudrais profiter de l\u2019occasion pour dire aux mouvements ouvriers qu\u2019il importe beaucoup de faire l\u2019union avec les coopératives de consommation, les deux groupements se complétant.L\u2019aide la plus efficace est celle qui part de nous-mêmes; il est temps de recourir à la coopérative qui profite à tous ses membres, et non seulement à un petit groupe.L\u2019économie coopérative est la formule de l\u2019avenir.Elle repose sur l\u2019équité, la justice.Pensons-y bien.C\u2019est notre affaire, et rien n\u2019est si bien fait que par nous-mêmes.Pour le moment, ce qui est à l\u2019ordre du jour, c\u2019est de bâtir des maisons, non pour nous, mais pour nos frères qui en ont besoin.Si nous faisons tous notre part, ce sera facile.Nous ne sommes pas ici-bas pour amasser de l\u2019argent, mais pour vivre chrétiennement ensemble et aider les moins privilégiés de toute la plénitude de nos moyens.Nous avons vu ce qui s\u2019est fait ailleurs.Nous aurons nous aussi des difficultés.Mais nous avons tant de ressources! * Après l\u2019exposé sur le Parrainage co-opu auquel le comité d\u2019habitation attache tant d\u2019importance, S.Em.le cardinal Léger, dans une allocution toute paternelle et encourageante, déclara qu\u2019il était content de voir Montréal s\u2019éveiller pour résoudre le problème du logement.Il félicita les gens des Trois-Rivières et dit qu\u2019il fallait que nous réapprenions l\u2019esprit d\u2019équipe de nos ancêtres.Il exhorta grandement les auditeurs à répandre l\u2019idée de la coopération et à vivre en vrais catholiques.Deux formules furent distribuées au cours de la réunion, l\u2019une pour ceux qui désiraient devenir propriétaires, l\u2019autre pour trouver des marraines et des parrains au Parrainage co-op.Tous ceux qui remplirent la première formule furent convoqués à une assemblée qui eut lieu à La Familiale, le 8 juin.La salle était pleine; on compta une centaine de personnes.M.Richard, le président du comité d\u2019habitation, exposa le plan en détail et précisa qu\u2019on était plus avancé qu\u2019on ne l\u2019avait laissé entendre à la réunion du 31 mai.Dès que la ville aura accordé un terrain, dix maisons seront construites.Cette première réalisation aidera les gens à mieux se rendre compte du plan, et il sera alors beaucoup plus facile pour le Parrainage co-op de recueillir l\u2019argent destiné à ceux qui ne peuvent fournir une mise de fonds initiale.Nous avons une ambition: donner un logis à ceux qui en ont le plus besoin, aux familles nombreuses qui sont refusées presque partout, aux gens qui sont obligés d\u2019habiter dans des caves au loyer astronomique.Le merveilleux dans la réalisation de ce projet, c\u2019est que nous pouvons tous nous aider.Ce faisant, nous aurons ajouté un fleuron à notre métropole.\u2022 ¦ \u2014.HORIZON INTERNATIONAL U.R.S.S.I 'T'OUT LE MONDE, en Occident (sauf les 1 communistes aveuglément fidèles à ce qui vient de là-bas), interpréta la chute de Laurent Beria comme le premier grand épisode dans la lutte des épigones pour la succession de Stalin.Personne n\u2019a ajouté foi aux accusations faites contre l\u2019ancien chef de la police secrète par les dirigeants soviétiques, répétées par la presse communiste.On ne pouvait arrêter un homme comme Beria sans donner quelque raison.Une seule raison suffisait pour le supprimer: celui qui a la responsabilité de la police secrète, en U.R.S.S., doit être d\u2019une fidélité à toute épreuve, car c\u2019est lui qui assure la sécurité et la permanence du régime.Il a tout ce qu\u2019il faut pour remplir cette tâche.S\u2019il y a désaccord entre lui et le chef suprême, c\u2019est tout le système qui est en danger.Stalin fut sûr de Beria durant les quatorze ans qu\u2019il lui confia la police secrète et tout ce qui va avec.Beria, quoique juif, travailla en parfaite harmonie avec son chef, qui, d\u2019ailleurs, était de Géorgie lui aussi.Stalin n\u2019eut jamais à se repentir de la confiance qu\u2019il plaça dans son grand bourreau.Si Beria avait été plus souple, il aurait peut-être pu accepter la nouvelle situation, et donner à Malenkov la A même loyauté inconditionnelle avec laquelle il avait servi son prédécesseur.N\u2019ayant pas fait cela, il ne restait que la bataille.En U.R.S.S., celle-ci ne pouvait avoir qu\u2019un dénouement : l\u2019un est vainqueur, l\u2019autre est liquidé.Malenkov fut vainqueur.Son succès est appréciable, mais la lutte pour le pouvoir n\u2019est pas terminée.L\u2019expérience a été jusqu\u2019ici catégorique: le pouvoir suprême en U.R.S.S.ne peut être partagé.Cela tient non seulement à la nature du parti de Lenin et de Stalin, mais aussi à celle de la Russie elle-même, qui n\u2019a jamais réussi à vivre sous un pouvoir non absolu.Or, Malenkov est loin d\u2019avoir le prestige indiscuté qui est un des attributs indispensables du pouvoir en U.R.S.S.On est étonné, en lisant la presse soviétique, de voir que le nom de Malenkov n\u2019est jamais mentionné.J\u2019eus l\u2019occasion de lire récemment une trentaine de numéros de Trud (un des grands quotidiens soviétiques; ce serait l\u2019organe des syndicats; c\u2019est un journal un peu moins abstrait que la Pravda; il a plus de nouvelles de l\u2019étranger, et les éditoriaux sont moins ennuyeux).La seule mention que je trouvai de Malenkov se rapporte à l\u2019échange de télégrammes entre lui et Grotewohl à l\u2019occasion du 9 mai 1953.Grotewohl adressa AOUT 1953 223 au « très estimé camarade » Malenkov \u2014 titre qu\u2019il eût pu donner à n\u2019importe quel communiste en U.R.S.S.\u2014 un message pour rappeler la libération de l\u2019Allemagne par les troupes soviétiques.Pas un mot personnel d\u2019admiration ou d\u2019 « amour » (c\u2019était le terme dont on se servait pour pratiquer le premier commandement à l\u2019égard de Stalin) pour le nouveau chef.Malenkov répondit au « Tovaristch Premjer Ministr » (tout le monde a compris que cela veut dire: camarade premier ministre) pour le remercier de son télégramme et formuler des vœux pour l\u2019avenir.Ce fut tout.Le contraste avec le protocole de l\u2019époque stalinienne ne pourrait être plus accentué.Dans la pensée de ceux qui ont rapport avec lui, Malenkov n\u2019a pas encore gagné ses épaulettes.Peut-être va-t-on prendre un autre ton, maintenant que Beria a été liquidé.Quant au successeur de Beria, le camarade Kruglov, il est fort possible qu\u2019il finisse comme tous ses prédécesseurs: Dzerzhinsky, Menzhinsky, Yagoda, Ezhov, Beria ont disparu mystérieusement, ou ont été tués.L\u2019émeute de Berlin, qui fut pendant plusieurs jours la sensation de la presse occidentale, reçut dans la presse soviétique à peu près la même attention que, chez nous, un incendie moyen.Un premier télégramme, très court, de « Berlin 17 juin », pour dire qu\u2019il y eut des volynki, c\u2019est-à-dire des ouvriers qui s\u2019absentèrent du travail sans autorisation dans quelques entreprises, surtout dans la construction.Ces absences furent exploitées par quelques agents provocateurs de Berlin-Ouest.Tout est rentré dans l\u2019ordre.Les jours suivants, quelques lignes de plus contre les agents provocateurs de Berlin-Ouest, un peu de louange pour les ouvriers fidèles, l\u2019échange de télégrammes au sujet de Nuetschke, et ce fut à peu près tout.Le motif des émeutes fut indiqué exactement.On avait augmenté les « normes de production » des ouvriers de la construction.Le gouvernement lui-même retira ces normes immédiatement avant les absences non autorisées.Les malheureux Allemands n\u2019en pouvaient plus.Ils finirent par se révolter.Faut-il donner quelque relief au discours de James Endi-cott au Conseil de la Paix, qui tint ses sessions à Budapest du 15 au 18 juin?Ce Conseil eut quelque importance, du fait que l\u2019on invita des personnalités de plusieurs pays qui n\u2019étaient pas membres du Conseil.De tous les comptes rendus que nous avons lus depuis des années, celui-ci était le moins belliqueux! Voici, en tout cas, ce que je lus dans Trud : Insistant sur les buts du mouvement pour la paix au Canada, Endicott déclara que ce mouvement travaille pour obtenir que les Cinq Grands se mettent d\u2019accord pour proclamer solennellement qu\u2019ils ne feront pas la guerre l\u2019un contre l\u2019autre.Durant mes deux dernières tournées au Canada, les partisans de la paix me répétèrent continuellement qu\u2019il fallait trouver le moyen d\u2019entraîner les grandes masses populaires dans la lutte pour la paix.Je pense qu\u2019il faudrait faire un référendum mondial, qui prouverait aux gouvernements que les peuples exigent des pourparlers qui conduisent à la paix.Rappelant les interventions de Churchill et de l\u2019archevêque d\u2019York, et la résolution votée à la récente conférence des premiers ministres du commonwealth britannique, Endicott souligne que maintenant on ne peut douter de la nécessité et de la possibilité de pourparlers.« Il faut écarter autant la menace de guerre que la menace de l\u2019emploi de la violence.» Il attira l\u2019attention sur le danger qui menace le monde du fait qu\u2019il y a des guerres dans les pays coloniaux.Dans le bloc occidental, dit-il, il y a quelques puissances coloniales en guerre contre les peuples sur lesquels s\u2019étend leur empire.La propagande occidentale s\u2019efforce de présenter les choses comme si ces guerres étaient le résultat d\u2019une conspiration communiste.En réalité, elles sont l\u2019insurrection des peuples non indépendants contre la pauvreté et tout ce que représente le régime colonial.Le mouvement de résistance en Asie et en Afrique n'est pas un crime ou une « conspiration communiste », comme l\u2019affirment certains messieurs en Occident.La menace immédiate de guerre, que représentent les conflits en Asie et en Afrique, pourrait être écartée si les puissances occidentales le voulaient.Il faut obtenir une Grande Charte pour les peuples d\u2019Afrique et autres peuples coloniaux, qui leur donnera la liberté de ne pas être obligés de reconnaître des privilèges aux minorités gouvernementales.En cas contraire, les conflits peuvent se terminer de façon désastreuse pour les puissances occidentales elles-mêmes.Quand M.Endicott reçut le prix Stalin de la paix, il déclara, si l\u2019interview que reproduisit la presse soviétique est fidèle (je l\u2019ai lu dans Ogoniok), que c\u2019était là le plus beau jour de sa vie.On aurait pensé que le jour où M.Endicott fut reçu ministre de l\u2019Évangile, le jour plus émouvant encore où, renonçant à tout ce que le monde pouvait lui offrir pour suivre Jésus-Christ dans la pauvreté, il partit comme missionnaire pour la Chine, et encore (dans un autre ordre d\u2019idées) le jour où il conduisit Mme Endicott à l\u2019autel pour l\u2019épouser auraient dû compter pour quelque chose dans sa vie.Mais non.Le bonheur suprême fut de recevoir la caresse du Père des Peuples! Espérons que M.Malenkov aura pour M.Endicott la même considération que son prédécesseur défunt.D\u2019ordinaire, les épurations dans l\u2019Internationale suivent celles qui ont lieu en U.R.S.S.à quelque distance.Sous le régime stalinien, il convient de s\u2019en rendre compte, M.Endicott est devenu un personnage autrement considérable dans le monde soviétique qu\u2019on n\u2019est prêt à le reconnaître au Canada.Chez nous, son prestige est médiocre; dans l\u2019univers soviétique, il parle au nom des peuples d\u2019Asie et d\u2019Afrique, et même du Canada, et proclame aux gouvernements ce qu\u2019ils ont à faire.Il a des accents de prophète et de pasteur des peuples.Son étoile, quoique encore de deuxième grandeur, brille notablement plus que celle du doyen rouge, depuis quelque temps à son déclin.Depuis longtemps déjà, nous avons attiré l\u2019attention sur l\u2019importance du Canada dans les négociations diplomatiques pour une multitude de raisons, d\u2019inégale valeur.Le Canada a une place de choix comme médiateur.Il remplit un rôle analogue à celui de la Suisse, mais avec des nuances différentes, et à une échelle autrement colossale.Pour les soviétiques, le Canada a une autre importance encore: c\u2019est du Canada qu\u2019ils font partir plusieurs de leurs initiatives internationales.Ainsi, la fameuse pétition de Stockholm, qui fit tant de bruit peu avant la guerre de Corée, paraît avoir eu une origine canadienne.Il y en eut d\u2019autres.Il y a au moins deux suggestions de mouvements mondiaux dans le court discours de M.Endicott: celle d\u2019un référendum mondial, exigeant des rencontres entre Malenkov et Eisenhower (peut-être avec des additions anglaise, française, etc.), dans des circonstances préparées par le ministère des Affaires étrangères d\u2019U.R.S.S.ou, ce qui revient au même, par le Conseil mondial de la Paix, et notre Dr Endicott; celle aussi d\u2019une Grande Charte pour les peuples coloniaux, non seulement d\u2019Asie, où le problème colonial est en grande partie réglé, du fait que l\u2019emprise occidentale a disparu pour faire place aux influences communistes, mais surtout d\u2019Afrique, pour laquelle M.Endicott vient de se découvrir une compétence inattendue.Si, d\u2019ici quelques semaines ou quelques mois, ces pétitions sont en cours dans nos campagnes, on pourra conclure que le Dr Endicott aura trouvé devant les yeux de Malenkov, au moins provisoirement, une grâce plus assurée que l\u2019ancien bourreau général de l\u2019Union soviétique aujourd\u2019hui liquidé.On aura aussi remarqué, cette fois, la très grande modération du Dr Endicott.A Budapest, on ne parla ni des 224 RELATIONS États-Unis, ni de brutalité, ni de sadisme, ni même d'exploitation.J\u2019ai entendu pire que ça à Massey Hall.Ce n\u2019est pas une question de substance, mais de nuance.Les mêmes mouvements mondiaux sont en branle qu\u2019il y a huit mois: le Congrès mondial des Femmes, qui eut lieu en juin à Copenhague; le Congrès de la Fédération mondiale des Savants, qui tiendra ses assises à Bucarest, du 12 au 14 septembre, etc.Le langage est incomparablement plus doux.Malenkov a peut-être appris une vieille leçon du président Théodore Roosevelt: Use soft words with a big stick.On ne voit pas encore les dimensions du bâton soviétique.COLOMBIE T A RÉVOLUTION MILITAIRE qui ]__j éclata, le 13 juin 1953, à Bogotâ( Colombie) et s\u2019étendit immédiatement à toute la république mérite qu\u2019on s\u2019y arrête pour plusieurs raisons.C\u2019est la première fois qu\u2019un coup d\u2019État militaire survient dans cette république, qui se distingue, sous ce rapport, de son voisin, le Venezuela.On dit, en Colombie surtout, que le Venezuela est caserne, la Colombie est université.Les Colombiens étaient très fiers de ce record, tout à fait exceptionnel en Amérique latine.La révolution semble s\u2019être faite surtout à l\u2019intérieur du parti conservateur.Les libéraux sont encore dans l\u2019opposition; la franc-maçonnerie, hésitante, a surtout compris une chose: c\u2019est que, dans cette situation nouvelle, elle doit manœuvrer avec une prudence consommée.Elle n\u2019a pas reconquis le pouvoir; d\u2019ordinaire, dès qu\u2019elle est privée de ce monopole, auquel, en Amérique latine, elle tient comme au plus sacré des droits, on entend ses cris dans le reste de l\u2019univers.Malgré tous ces facteurs, la réaction dans les pays anglo-saxons, qui aurait dû être très négative, a été jusqu\u2019ici favorable.En Colombie, malgré l\u2019humiliation que ressentent les « universitaires » à se voir gouvernés par la « caserne », les impressions sont bonnes, quoique encore hésitantes.Il y a de quoi s\u2019étonner.Cette révolution militaire en Colombie se présenterait-elle comme la véritable solution des problèmes qui harassaient le pays?Le lieutenant général Rojas Pinillo, qui prit le pouvoir le 13 juin 1953, avait fait tout ce qui était humainement possible pour éviter cette suprême décision.Il appartient (ou appartenait avant d\u2019être militaire) au parti conservateur; il est catholique, a fait d\u2019excellentes études d\u2019ingénieur; il résida ces derniers temps à Washington comme chef de l\u2019état-major interaméricain, et il acquit, dans l\u2019exercice de cette fonction, non seulement l\u2019estime de ses confrères, mais une brillante réputation en son propre pays.Quand, au printemps, il revint en Colombie, on lui fit à l\u2019aéroport de Bogota une de ces réceptions qui ne vont qu\u2019aux grands héros nationaux.Tout le monde se demandait ce que cela voulait dire.Rojas Pinillo, en rentrant chez lui, trouva un pays inquiet et profondément troublé.Le civisme, en Colombie, avait été très fort, surtout depuis 1886, quand Rafael Nunez, fatigué de la politique libérale, s\u2019était fait conservateur et avait recommencé à habituer son pays aux voies de la paix.Les violences du 9 avril 1948, qu\u2019on appela depuis lors dans toute l\u2019Amérique latine du nom de bogotazo, le coup de Bogota, laissaient encore le pays dans un état d\u2019agitation.Nous avons déjà dit l\u2019essentiel à ce sujet, surtout en 1950 (Relations, juin).Ces violences avaient été organisées par des éléments étrangers, essentiellement communistes, mais il est impossible d\u2019exonérer le parti libéral, alors dans l\u2019opposition, des plus graves responsabilités.Le président, qui tint tête héroïquement, non seulement à l\u2019émeute, mais à une intervention de libéraux qui le sommèrent de démissionner, était un conservateur modéré du nom de Mariano Ospina Pérez.Il avait tâché de gouverner le pays avec un cabinet d\u2019Union nationale, ce qui toujours, en Colombie, fut une gageure.Après le bogotazo, il maintint les ministres libéraux AOÛT 1953 à leur poste, dans son gouvernement, jusqu\u2019en mai 1949, quand ceux-ci se plaignirent de la censure et de diverses autres mesures, et s\u2019éloignèrent.La censure avait toujours existé en Colombie dans les périodes inquiètes.Quand les libéraux étaient au pouvoir, c\u2019était au tour de la Revista Javeriana des Jésuites, par exemple, de paraître avec de nombreuses pages blanches, sur lesquelles le rédacteur en chef de la revue, qui avait de l\u2019esprit, imprimait ce seul mot: Censuré ! Il y eut aussi de la violence dans les villages, après le 9 avril; il paraît difficile d\u2019en rendre responsable le gouvernement conservateur, qui s\u2019efforça de faire revenir la tranquillité, mais pas toujours avec succès.A l\u2019époque libérale, il y avait eu aussi de vilaines violences dans les campagnes.Dans un pays de hautes montagnes, de profondes vallées et de voies de communication primitives, il n\u2019est pas toujours facile de rétablir l\u2019ordre.Toujours est-il que les libéraux s\u2019estimèrent lésés.Quand vinrent les élections pour la succession de Don Mariano, les libéraux les boycottèrent, et Laureano Gômez, un conservateur qui s\u2019était distingué par l\u2019âpreté de ses luttes politiques, prit le pouvoir sans opposition.Les mécontents rejoignirent les guérilleros qui, après le 9 avril, s\u2019étaient réfugiés dans les immenses plaines équatoriales des llanos, au sud, et au sud-est du haut plateau colombien.Ces révoltés développèrent leur activité durant les années qui suivirent, avec l\u2019appui public de plusieurs politiciens libéraux.Soit impuissance, soit désir de ne pas forcer des situations sans issue, le gouvernement de Don Laureano n\u2019affronta pas ce problème avec l\u2019énergie nécessaire.Le président était gravement malade.Il lui manquait la force physique, non seulement pour affronter les guerillas, mais même pour gouverner.Il transmit le pouvoir à M.Ur-daneta et resta chez lui.Urdaneta n\u2019avait pas l\u2019autorité suffisante pour dominer les problèmes.L\u2019armée, dans l\u2019intervalle, s\u2019inquiétait.Les soldats ne se sentaient pas appuyés comme il le fallait pour faire face à la guerilla qui s\u2019étendait.Rojas Pinillo avait sans doute déclaré dès son retour: « Nous devons défendre le gouvernement constitutionnel, et nous le ferons à tout prix.» S\u2019il sentit le besoin de faire cette déclaration, c\u2019est parce qu\u2019il sentait l\u2019attente qui, de tous côtés, regardait vers l\u2019armée.Le parti conservateur était divisé, et l\u2019hostilité entre les partisans de Gômez et ceux d\u2019Ospina était devenue ouverte.Laureano Gômez finit par se rendre compte que quelque chose ne marchait pas.Il y a plusieurs versions sur ce qui le poussa à sortir de sa retraite.Dans son entourage, on dit que l\u2019armée torturait ses prisonniers et qu\u2019il voulut mettre ordre à ces abus.L\u2019autre version est plus probable, à savoir que le prestige de Rojas Pinillo était devenu trop grand pour Gômez.Celui-ci demanda à Urdaneta d\u2019exiger la démission du général.Urdaneta refusa.Le ministre de la Guerre, de même, donna sa démission.Laureano Gômez reprit alors le pouvoir, comme la constitution le lui permettait, et nomma un nouveau ministre de la Guerre, Leyva, dans le but de destituer Rojas Pinillo.Leyva s\u2019en alla à la caserne, où il se fit arrêter par les soldats.Rojas Pinillo revint en toute hâte, et prit le pouvoir sans coup férir.Il offrit la présidence à Ospina Pérez et à Urdaneta.Tous deux refusèrent en lui conseillant de gouverner lui-même.Il donna des postes dans son gouvernement à trois militaires.Tous les autres ministres sont des conservateurs.Les libéraux lui ont offert leur adhésion; les guérilleros, qui depuis trois ans troublaient la sécurité publique, remettent leurs armes.On établit des comités mixtes pour régler les divers problèmes.Joseph-H.Ledit.Mexico, 14 juillet 1953.225 LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES Ivan KOLOGRIVOF: Essai sur la sainteté en Russie.Collection « Renaissance et Tradition ».\u2014 Bruges, Beyaert, 1953.447 pp., 22.5 cm.Tj'XCELLENT ouvrage.Comme le dit très bien PA.dans l\u2019avant-propos, il n\u2019y a pas beaucoup de livres, surtout de manuels, qui traitent sérieusement de la spiritualité russe.Celui du P.Kologrivof se présente comme un cours: claire division historique et exposé systématique des périodes qui ont marqué la vie de l\u2019homme russe.Certains termes et détails sont nouveaux et témoignent de la recherche personnelle de l\u2019A.Il manquait une étude synthétique de la vie intérieure du peuple russe, considérée du point de vue réaliste catholique et s\u2019adressant à des personnes qui veulent simplement apprendre quelque chose sur le sujet.A part quelques articles et livres autorisés, on nous a trop souvent servi des bavardages incroyables sur « l\u2019âme russe » et ses « mystères », des excogitations douloureusement ineffables sur la psycho-anthropologie de l\u2019homme de Russie.Dans le travail du P.Kologrivof, on trouve, avec une information solide, l\u2019air frais de la réalité.On ne s\u2019étonnera point de l\u2019enthousiasme que manifeste, en face d\u2019une œuvre sérieuse qui parle de la Russie, quelqu\u2019un qui, par ses racines profondes, appartient à la terre russe.La confusion produite par la présence du communisme en Russie, l\u2019absence de distinction entre communisme et peuple russe, l\u2019ignorance de l\u2019histoire de la Russie, la tendance assez primitive de notre siècle à n\u2019envisager la vie humaine que sous un jour politique, tout cela fait que même des auteurs réputés, jusque dans les universités, répandent sur la Russie et tout ce qui est russe une littérature à bon marché.On doit reconnaissance à l\u2019A.de l\u2019Essai sur la sainteté en Russie pour la vérité qu\u2019il apporte après une méditation nourrie aux sources.Il aime, c\u2019est évident, son sujet et son peuple; il n\u2019en comprend que mieux l\u2019âme russe.Ainsi dans une famille unie, la connaturalité qu\u2019opère l\u2019amour approfondit la compréhension mutuelle.Sans être l\u2019explication la plus complète (l\u2019A.le déclare lui-même), cette œuvre, qui met à la portée du grand public un cours donné en latin à l\u2019Institut Pontifical Oriental de Rome, est à lire par quiconque veut connaître le vrai visage de la Russie chrétienne.Andrei Ouroussoff.Université de Fordham, New- York.Actes du Ier Congrès mondial pour Papostolat des laïques.Édités par le Comité permanent des Congrès internationaux pour l\u2019apostolat des laïques.\u2014 Rome, Piazza San Callisto 10, 1952.2 vol., 402 et 364 pages, 24 cm.Prix: $5.00.NOUS n\u2019avons pas l\u2019intention d\u2019analyser ici cet important ouvrage.Son titre, ses origines, les noms de ses collaborateurs, l\u2019appréciation de leurs travaux par le Souverain Pontife nous exemptent de cette tâche.Ils nous font cependant un devoir de recommander vivement cette remarquable publication.Elle est le fruit, peut-on dire, des mille délégués, venus de soixante pays et de vingt-huit organisations internationales catholiques, réunis à Rome sous l\u2019œil vigilant et l\u2019impulsion doctrinale de Pie XII, pour y étudier l\u2019apostolat des laïques.Jamais le laïcat catholique n\u2019avait tenu des assises aussi imposantes.La génération actuelle en sera profondément marquée.Et ces deux volumes y contribueront pour une large part.Le premier, abondamment illustré, contient, outre le discours du Pape et les conclusions du congrès, les rapports des thèmes fondamentaux présentés par des sommités du monde ecclésiastique et laïque: les cardinaux Caggiano, Siri, Gracias; Mgr Car-dijn; le président des Semaines sociales de France, M.Charles Flory; le secrétaire général de la Confédération internationale des syndicats chrétiens, le sénateur Serrarens, M.Sugranyes de Franch, secrétaire général de Fax Romana, etc.Dans le second volume, se trouvent les comptes rendus des rencontres ou « carrefours » qui réunissaient les assistants par groupes spécialisés, où des expériences diverses étaient exposées, confrontées, mises au point.Voici les sujets qui y furent discutés: opinion publique, intellectuels, assistance et charité, famille, catéchisme, enfance, jeunesse, malades, école, travail, professions libérales, vie civique, sport, loisirs, missions, paroisse, vie internationale, migrations, femmes, artistes, apostolat unioniste.Cet ouvrage a pour langue de base le français; les textes sont dans la langue originale et suivis de résumés dans les principales langues.On peut dire qu\u2019il est indispensable aux dirigeants et militants des mouvements d\u2019Action catholique et des œuvres d\u2019apostolat.Joseph-P.Archambault.Germain Lesage, O.M.L: L'Accession des congrégations à Fétat religieux canonique.\u2014 Abbé R.Colin PlCKETT: Mental Affliction and Church Law.\u2014 Ottawa, Éditions de l\u2019Université, 1952.240 et xii-220 pp., 24.5 cm.TE R.P.LESAGE s\u2019est assigné comme tâche de décrire les grandes étapes de l\u2019accession des congrégations à vœux simples à l\u2019état religieux canonique.Ce n\u2019est qu\u2019après des siècles que l\u2019Église accordera le statut juridique requis, en instituant un état commun aux ordres à vœux solennels et aux congrégations à vœux simples; il faut attendre le code de droit canonique (1918) pour que cette accession devienne totale du point de vue juridique.L\u2019A.cite en latin plusieurs documents du Saint-Siège, mais il en donne ensuite la substance et les commente pour marquer l\u2019évolution lente qui s\u2019accomplit.On peut se demander si les premiers chapitres tiennent suffisamment compte du Corpus juris canonici; l\u2019indication de dates, à côté du nom des nombreux théologiens et canonistes cités, aurait été utile au lecteur, de même qu\u2019un index.Le travail de M.Pickett est divisé en deux parties à peu près égales: l\u2019histoire et le commentaire canonique.L\u2019A.n\u2019entre pas dans les distinctions des traités de médecine; comme le code, il s\u2019en tient aux cas d\u2019aliénation et de débilité mentale.Le sujet est vaste; quelques chapitres de l\u2019ouvrage ont déjà fait l\u2019objet de thèses entières.L\u2019étude n\u2019en rendra pas moins service aux prêtres appliqués au ministère, qui ne savent pas toujours comment se comporter en présence de ces cas.Georges Van Belleghem.L\u2019 Immaculée-Conception, Montréal.QUESTIONS ECONOMIQUES ET SOCIALES Maurice Masoni: Précis d\u2019Économie politique.\u2014 Bruxelles: Les Éditions comptables, commerciales et financières, 1952.375 pp., 25 cm.T VOLUME qui ne se présente pas comme une œuvre originale, V ni même comme un traité.Tout simplement, il condense les enseignements de la science économique.L\u2019A.suit la division traditionnelle des vieux traités: production, circulation, répartition et consommation; puis il ajoute deux parties: l\u2019une sur l\u2019évolution économique, que l\u2019on appellerait le cycle économique; l\u2019autre, sur l\u2019État et l\u2019économie, ou plus précisément les finances publiques.L\u2019ouvrage se distingue par la clarté des définitions, la netteté des divisions et par la vulgarisation d\u2019une science si complexe dans ses applications.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.Mgr Ch.-E.BOURGEOIS: Le Service social diocésain.\u2014 Trois-Rivières, chez l\u2019auteur, 1337, boulevard du Carmel, 1952.29 pp., 22.5 cm.CETTE BROCHURE renferme le texte d\u2019une causerie donnée en décembre dernier à la session d\u2019étude tenue à Sherbrooke sous les auspices de la Commission française du Conseil canadien du bien-être social.La session portait sur l\u2019organisation des services sociaux dans les centres moyens.On lira avec intérêt cet exposé dû à un prêtre zélé, qui vit depuis déjà plusieurs années la formule qu\u2019il décrit.« Quand nous parlons du service social diocésain, nous voulons parler d\u2019une œuvre catholique, agissant dans les cadres de l\u2019Église et utilisant en même temps les techniques sociales et psychologiques mises à la disposition de l\u2019homme moderne pour l\u2019aider 226 RELATIONS à résoudre ses difficultés » (p.22).L\u2019A.prend bien soin de dire quel sens profond il attache au mot catholique.Au cours de ses explications, il cite un texte suggestif de Joseph Folliet relatif au travail social: « .Par un curieux déterminisme, ces services sociaux, créés pour humaniser les administrations, deviennent à leur tour administratifs et déshumanisés, quand ils ne sont point parasitaires, empressés à justifier leur existence par une agitation paperassière.Les professionnels du social, lorsqu\u2019ils sont chrétiens, ne doivent jamais oublier qu\u2019ils sont aussi les professionnels de la charité et que cette fonction leur impose des devoirs plus pressants qu\u2019au commun.» Dans son dernier message de Noël, S.S.Pie XII a souligné avec instance le danger de dépersonnalisation.Les services sociaux diocésains ne sont pas les seuls à posséder des professionnels de la charité.Mais la formule nous paraît éminemment apte à fournir à ceux qui souffrent des auxiliaires sociaux qui savent transcender leur technique, voyant en elle une façon d\u2019aimer et de soulager le Christ souffrant dans ses membres.Dans notre monde moderne où tant d\u2019âmes sont désaxées, le service social est appelé à jouer un splendide rôle de reconstruction.On ne répétera jamais assez combien il est indispensable de lui donner une orientation nettement surnaturelle.Albert Plante.Répertoire des œuvres sociales de Montréal.\u2014 Montréal, Conseil des Œuvres, 445, rue Saint-François-Xavier, 1953.313 pp., 22.5 cm.Prix: $2.00.TTOICI la troisième édition d\u2019une publication extrêmement v utile.Rares sont les personnes, surtout celles engagées dans l\u2019action, qui n\u2019ont pas à répondre à des demandes de renseignements sur la meilleure façon de régler promptement tel ou tel cas social.Cet ouvrage les tirera d\u2019embarras.Elles y trouveront des renseignements non seulement sur les œuvres catholiques canadiennes-françaises, mais aussi sur quelques œuvres anglaises, catholiques ou protestantes, sur les services publics et sur des œuvres bilingues non confessionnelles, « parce que les personnes d\u2019œuvres sont quelquefois dans l\u2019obligation de référer à ces services des cas qui se présentent à elles ».Le Répertoire est une nomenclature qu\u2019on a voulue aussi complète que possible, mais qui ne comporte pas nécessairement, fait-on remarquer, une recommandation en faveur de l\u2019œuvre qui s\u2019y trouve.Cette troisième édition renferme une section où sont énumérées toutes les paroisses territoriales et nationales du diocèse, avec la liste des œuvres et des organisations de chacune d\u2019elles.« La nécessité de cette nomenclature devient évidente lorsqu\u2019on sait que le premier mouvement de l\u2019individu ou de la famille, touché par l\u2019infortune, est de frapper à la porte du presbytère pour demander secours.» Dans une lettre adressée à M.l\u2019abbé Louis-Philippe Latu-lippe, directeur du Conseil des Œuvres, S.Ém.le cardinal Léger écrit: « Ces pages, pleines d\u2019œuvres et de mérites, ont une éloquence bien persuasive: l\u2019Église remplit toujours la mission de charité que son Fondateur lui a donnée.Le Répertoire est donc un témoignage vivant de la présence de l\u2019Esprit de Dieu dans notre Église de Montréal.» Et il ajoute : « Je souhaite que cet ordo de la charité soit sur le bureau de tous nos prêtres comme l\u2019or do de la prière.» Comme les prêtres, les personnes d\u2019œuvres doivent posséder et utiliser cet ordo de la charité.Albert Plante.Sister Miriam LYNCH, O.S.U.: The Organized Social Apos-tolate of Albert de Mun.\u2014 Washington, The Catholic University of America Press, 1952.234 pp., 23 cm.'T'HÈSE de doctorat sur l\u2019un des grands apôtres sociaux de A France.L\u2019A.s\u2019attache surtout à l\u2019Œuvre des cercles catholiques d\u2019ouvriers et nous en décrit la genèse, le fonctionnement et l\u2019influence.Elle nous fait connaître aussi les relations d\u2019Albert de Mun avec René de la Tour du Pin, et leur désir commun de restaurer en France un régime d\u2019organisation professionnelle.Thèse bien conduite, révélant une connaissance intime et profonde du sujet, et se complétant par un riche essai bibliographique.Richard Arès.CANADIANA Leslie ROBERTS: Canada: The Golden Hinge.\u2014Toronto, Clarke, Irwin & Co.Limited, 1952.301 pp., 21 cm.TE TITRE de ce livre provient d\u2019une phrase prononcée à Qué-bec par le maréchal Montgomery: There stands Canada, a hinge between the Old World and the New; a hinge op pure gold.C\u2019est aussi l\u2019idée que l\u2019A.développe, à savoir que notre pays est domme un gond entre le vieux monde et le nouveau.La lecture en est agréable et instructive, l\u2019A.insistant avant tout sur les ressources naturelles et le développement économique du pays.Bien que ce livre s\u2019efforce de comprendre les Canadiens français et de leur rendre justice, il n\u2019en contient pas moins certains jugements superficiels et même des clichés.Je recommande aux historiens l\u2019explication nouvelle donnée par l\u2019A., à la page 29, des origines du bilinguisme au Canada; cette explication, paraît-il, les écoliers du Canada n\u2019en ont jamais entendu parler dans leurs classes.L\u2019A.fait bien ressortir la position fausse du Canada, pays indépendant encore revêtu d\u2019oripeaux coloniaux, d\u2019où il arrive que, rencontrant des Canadiens, des Américains demandent: «Combien d\u2019impôts payez-vous encore au roi Georges?», et que des Anglais s\u2019informent des conditions de vie dans « les colonies ».Je signale aussi en passant le dicton sur Montréal: In Montreal, the English own everything, and the French do all the work.Il paraît que les choses commencent à changer, mais que la balance du pouvoir est encore assurée pour longtemps à la communauté anglo-canadienne de Montréal.Richard Arès.Harry Bernard: Portages et routes d\u2019eau en Haute-Mau-ricie.\u2014 Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1953.239 pp., 22 cm.TECTURE faite, le plus calme des sportifs aura la fièvre d\u2019affronter canotage, portages, piqûres et campagne dans la Mattawin, ses mille lacs et ses bois, pour goûter ses profits et pertes en brochets, dorés et truites record, en orignaux, loups, ours et en insectes plus épeurants que le gros gibier.L\u2019A., journaliste et campeur à répétition, possède et transmet sa « mystique » de la misère endurée, voulue, recherchée, de la sauvagerie et des sauvages.Il plaide la conservation de la faune, cadeau de la grande nature, contre les fauves et les hommes qui leur ressemblent.Il donne les recettes apprises des guides contre les feux, les ours et l\u2019égarement, si facile et si dangereux.Des pages très vivantes sur les mœurs des bêtes, petites et grosses, sur les chantiers, sur l\u2019appel des bois se lisent comme du roman.Regrettons une vingtaine de coquilles et l\u2019inutile Falls après Shawinigan.Alexandre Dugré.LITTÉRATURE Émile Gagnon: Une fille est venue.Roman.3e édit.\u2014 Québec, Éditions du Quartier latin, 1952.231 pp., 19 cm.T TN BEAU ET BON roman du Bic, non des îlets à légende, mais d\u2019une terre ancestrale de la baie Hâtée.L\u2019occupant Dupont, excellent homme qui occupe aussi tout le livre, est une espèce de Menaud plus poète que pratique, trop rêveur pour ses moyens.Il a perdu un fils à la guerre et il perd l\u2019autre, l\u2019unique héritier présomptif, gâté par un déserteur qui étouffe la voix du sol pour exalter l\u2019avenir en ville.Le père entend pour deux l\u2019appel des morts, de la mer et du soleil couchant sur la Côte Nord.Resté avec deux filles à marier tout de même, et ses rhumatismes, son âge, sa vieille et l\u2019insignifiant gendre qui préfère l\u2019usine et le travail de nuit à la bonne terre au soleil, le vieux sentimental en perd la tête.Malchanceux avec ses garçons, il oublie ses filles, surtout celle qui est venue, qui a dix-neuf ans, de l\u2019esprit et beaucoup d\u2019allure.Il oublie même qu\u2019il pourrait se payer un homme « engagé » ou un fermier, en attendant un gendre plus brillant, très possible, comme il en arrive un presque trop tard, à la signature du contrat de vente.C\u2019est la fille cadette qui, sans fréquentations inutiles, survient avec un jeune voisin, tout heureux de l\u2019épouser (pas la marier), pour être le prince consort de la cinquième génération.Tout finit bien.Ne fallait-il pas quelque chose pour qu\u2019il y eût un drame?.L\u2019A.aime la terre, le beau Bic, les traditions, l\u2019analyse profonde.Il brode mieux sur les sentiments que sur les événements.Il AOUT 1953 227 déteste les jurons, les vendeurs de boisson, l\u2019intempérance, les rhumatismes, les commérages de la Marcoux et du tentateur Dubuc, avec les arguments contre la terre muette, qui ne se défend jamais: « Damnée vie de chien.Les vaches.Pas d\u2019argent.Mais en ville, paresse et plaisir.» L\u2019écriture est correcte, la langue est vivante, sans jargon ni vulgarité.La morale est parfaite, au point que les jeunes filles ont le beau rôle dans la fidélité au sol.C\u2019est rare.\t.\t, Alexandre Dugre.F.-W.Caviezel: Et moi, j'ai dit non.Roman.\u2014 Mulhouse, Éditions Salvator, 1953.285 pp., 19 cm.CE BEAU roman fera du bien aux pharisiens et aux phari-siennes qui voudront démordre un peu de leurs prétendus principes.Faisant suite à Ne demande pas pourquoi (Relations, août 1952, p.224) et à Oui,.pour toujours (Relations, févr.1953, p.56), celui-ci répond à la question: « L\u2019enfant naturel a-t-il droit à la vie ?» par un oui sans équivoque.Pour cela il faut que les filles-mères, contrairement aux mauvaises filles, aient le courage d\u2019accepter la maternité, de dire non à toutes les tentations et facilités de tuer leur enfant.Comme Paule, à qui Mlle Marguerite, la directrice de la maternité, explique: « La maternité en soi n\u2019est pas un péché.Non,.le péché, il est loin derrière vous.Le péché, ce fut quand vous avez failli à votre devoir.Mais à partir du moment où, après avoir commis ce faux pas, vous en avez accepté les conséquences et dit Oui à la maternité pour la prendre à votre charge, vous êtes entrée sur la voie de la vertu.Votre maternité, Paule, pour vous aussi, est sacrée » (p.117).Miséricorde intelligente et forte charité, tel est le sens de l\u2019histoire racontée ici.Quiconque l\u2019aura lue attentivement, même s\u2019il n\u2019a que des peccadilles à confesser, ne refusera point sa sympathie à la fille-mère que le pardon et le courage ont purifiée.L\u2019épilogue du Père Augustin, qui va pleurer sa faute et son amante dans un couvent de Chartreux, semble plus idéal que réel.Et pourtant.Il existe peut-être quelques garçons-pères qui ont songé aussi à se sanctifier douloureusement pour remercier le Christ de son infinie miséricorde.Louis Telmosse.Maison Bellarmin.Germaine Beaumont: Comme le fleuve qui passe.Roman.\u2014 Monaco, Éditions du Rocher, 1952.188 pp., 18.5 cm.TLTISTOIRE simple et délicate d\u2019une jeune veuve qui possède goût et équilibre.Deux hommes sont admis dans son intimité aussi sereine que son logis.Servan, autoritaire et conquérant dans sa timidité, voudrait accaparer son cœur.Le duc Simon, fatigué d\u2019une femme légère et mondaine, trouve auprès d\u2019elle une tranquillité qui lui verse tous les trésors d\u2019une amitié profonde.Marie-Aude refuse le mariage avec le premier, qui est divorcé, et elle s\u2019emploie habilement à grouper la petite famille du second.Épuisée par l\u2019effort constant d\u2019une réserve généreuse et chrétienne, elle meurt paisiblement, sachant qu\u2019elle aurait pu aimer ces deux hommes.Mais en elle, l\u2019amour a vaincu la passion, et elle peut connaître et enseigner la paix.Livre agréable et reposant pour notre époque, qui affectionne les crises violentes et les conflits charnels.Une fine psychologie a su créer de beaux personnages aux caractères bien étudiés.L\u2019atmosphère de paix et d'amitié qui enveloppe ce récit lui confère un charme subtil et pénétrant.\t\u201e , A \u201e Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Luc Estang: Cherchant qui dévorer.Roman.\u2014Paris, Éditions du Seuil, 1951.445 pp., 19 cm.C\u2019EST le drame de l\u2019adolescence.Tiraillés entre les jeux d\u2019enfants et les passions viriles, les garçons tentent de percer le mystère des adultes.Dans un petit collège du nord de la France, Êlie, Antoine et Jean mêlent leur enthousiasme qui les rapproche, et cachent leur inquiétude qui les divise.Avec une intuition terrible, ils pressentent les faiblesses de leurs parents et de leurs maîtres.Le collège et la famille semblent deux mondes juxtaposés et imperméables, mais également impuissants à faire accepter leur petitesse à l\u2019âme intacte et vibrante des collégiens.Un garçon magnifique comme Élie s\u2019effondre devant l\u2019infidélité de sa mère; le doux Antoine ne comprend rien à la légèreté d\u2019une maman coquette; Jean reste grêle et maladif à côté des camarades.Leur volonté de grandir va se heurter à un obstacle: l\u2019impossibilité, pour leur âge, d\u2019une miséricorde compréhensive.Un prêtre de grande classe, l\u2019abbé Douve, comprend merveilleusement, lui, les tourments de ses élèves; ceux-ci devinent sa vision profonde et se jettent sur lui, comme des fauves, pour dévorer sa paix intérieure.Le livre mêle aux événements scolaires les amours de Paule et de Frédéric.Pleins de noblesse, ces jeunes professeurs seront broyés à leur tour par les conséquences d\u2019une faute qui pèse lourdement sur le destin de Paule.Écrasante responsabilité des adultes! Incapables de cacher aux enfants qui les regardent vivre les fautes qui les déclassent, ils tuent par le péché la flamme que la grâce allume dans toute jeune âme.Aux frontières de l\u2019adolescence, le démon guette ses proies; il mine le courage des jeunes, en dévoilant à leurs yeux les souillures des « grandes » personnes qu\u2019on appelle « sages ».Cet ouvrage considérable et tumultueux est un appel au sens de la responsabilité et à la vertu, puisque « nos actes nous suivent ».Il s\u2019adresse aux éducateurs et aux parents avertis._\t, -\t_ Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Gilbert Cesbron: Les Saints vont en enfer.Roman.\u2014 Paris, Robert Laffont, 1952.205 pp., 19 cm.UN LIVRE qui vous empoigne dès les premières pages et ne vous laisse pas reprendre souffle.On ne peut lire ce roman sans admirer l\u2019existence aventureuse et désintéressée de ces prêtres, « ouvriers avec les ouvriers ».En même temps, on éprouve un malaise à sentir, au contact de ces âmes de feu, ce qu\u2019il y a d\u2019artificiel et de « bourgeois » dans certaines vies « bien rangées », soigneusement à l\u2019abri du risque.Figures attachantes, celles de Bernard, 1\u2019 « Ancien », que l\u2019action a fait moine, et de Pierre, l\u2019apôtre mangé, de Jean, de Madeleine.Que de belles pages aussi, qui mériteraient d\u2019être citées, sur la présence vivante et agissante du Christ dans ses apôtres, sur l\u2019Église, les pauvres, la charité!.Dommage qu\u2019on ne puisse s\u2019abandonner sans réserve à l\u2019admiration.Car, outre que l\u2019aventure des prêtres ouvriers apparaît à plusieurs fort discutable en elle-même et décevante dans ses résultats, elle donne ici occasion à des attitudes et des propos pour le moins exagérés de la part du prêtre « progressif ».La forme du roman explique, sans doute, certains grossissements, le ton parfois exalté du dialogue et l\u2019allure souvent précipitée des événements; elle ne justifie pas tout.Nous ne croyons pas, non plus, que la virtuosité littéraire parvienne jamais à saisir le fond le plus intime d\u2019une âme de prêtre.Mais qu\u2019on réussisse à émouvoir et à toucher les fibres secrètes du cœur en faisant réfléchir sur le mystère du prêtre dans l\u2019Église, c\u2019est un mérite, et rare.Peut-être suffit-il à recommander ce roman aux lecteurs avertis par ailleurs des aspects divers de la réalité qui l\u2019a inspiré.Louis Laurendeau.V Immaculêe-Conception, Montréal.Fernand Desonay: L'Art d'écrire une lettre.Collection « Bien écrire et bien parler ».I.Principes; II.Exercices pratiques.\u2014 Paris, Éditions Baude, 1946.324, 184 pp., 19 cm.T\u2019ÉDITEUR de ces deux volumes a raison d\u2019écrire (avant-propos): « Les programmes scolaires.ne font pas la part congrue aux disciplines du bien écrire, du bien parler.» Avec le résultat que l\u2019on sait.Combien de diplômés d\u2019écoles supérieures, combien de bacheliers rédigent correctement et de façon personnelle une lettre d\u2019affaires, une demande d\u2019emploi, une correspondance d\u2019amitié?Sans princ >?&, sans exercices appropriés, nous ne croyons pas qu\u2019on puisse le faire, quelque intelligent et soigneux qu\u2019on soit par nature.Pour ne pas écrire vaille que vaille, \u2014 et bien écrire est une propreté de l\u2019esprit, \u2014 étudiez et mettez en pratique les leçons pertinentes, habilement présentées que vous donne l\u2019A.dans son premier volume (leçons de style, de vocabulaire, de ponctuation, de disposition matérielle), et ne dédaignez pas de vous astreindre aux exercices qu\u2019il vous propose dans le second.Les exemples \u2014 très bien choisis \u2014 qu\u2019il cite et qu\u2019il vous invite à .iter librement ne manqueront pas de vous inspirer.Et vous deviendrez, grâce à l\u2019A., cet être rare dont la correspondance révèle la culture, la politesse et, dans une certaine mesure, les vertus.Marie-Joseph d\u2019Anjou.228 RELATIONS Rien ne sert de courir, il faut partir à point Profitez de vos vacances pour 'L «révoir votre confort de l\u2019hi-.} vthr prochain.Voyez si votre appareil de chauffage ou votre plomberie sont en bon état.Vous construisez ?.N\u2019oubliez pas que nous disposons d\u2019une équipe de techniciens en mesure de collaborer étroitement avec vous et d\u2019architectes pour élaborer et réaliser toute installation en chauffage-plomberie, en plomberie sanitaire, etc.ÜIJ /Jfn.CHAUFFAGE-PLOMBERIE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada.MArqaette 4107 360 est, rue Rachel - Montréal UNIVERSITE D\u2019OTTAWA FACULTÉ DE DROIT Barreau de la province de Québec Ouverture des cours le 17 septembre \u2022 ECOLE DES SCIENCES APPLIQUÉES Ouverture des cours le 15 septembre \u2022 Pour tous renseignements, prière de s\u2019adresser au SECRÉTARIAT GÉNÉRAL COLLÈGE SAINTE-MARIE Pour les mieux-doués qui ont terminé la 5* année primaire: une classe spéciale d\u2019Eléments latins.Groupe homogène.Professeur jésuite, expérimenté.Pour les mieux-doués qui ont 12 ou 13 ans d age et une forte préparation : une classe accélérée d\u2019Eléments latins.Au seuil de la Versification après deux ans.Examen standardisé d\u2019aptitudes aux études classiques.Par un spécialiste, M.l\u2019abbé Lauzon.Dates : 17 juillet, 28 août, à 9 heures du matin.Pas de formalités préalables.On n\u2019a rien à apporter.Circulaire sur demande.\u2022 COLLÈGE STE-MARIE LA.5125 (Parloir) 1180, rue Bleury BE.6051 (Préfet des études) Montréal\tLA.5962 (Préfet de discipline) INSTITUT SAINTE-MARIE-EUPHRASIE\t\t Institut Familial Supérieur\t\tJrumanitéâ « Le programme de ces écoles est un programme de vie culti-\t\t vée et chrétienne, capable de transformer notre société.» (O.H.-Le Devoir)\t\tatéco-latineâ Au cours régulier s\u2019ajoutent des leçons de dessin, de musique, de peinture, de cuir repoussé, de sténographie et de dactylographie.\t\tCours de 8 ans Prospectus\t331 est, rue Sherbrooke sur demande\tTéléphone : LA.1787\t\tPENSIONNAT \t\t Cïjarfoomteau Htmttée\t\tAdmission à partir de l\u2019âge de 10 ans.Attention spéciale aux PREPARATOIRES française et latine.Fabricants de\t\t BISCUITS, CONFISERIES\t\t¦ et PÂTES ALIMENTAIRES\t\t T\t\tCOLLÈGE JEAN-DE-BRÉBEUF 1800, RUE NICOLET\tTel.FAIkirk 1116\t\tMontréal - 26 MONTREAL\tEchange privé\t\t Pour des vacances chrétiennes J^Uez SPORT et Ce nouveau fascicule des Actes pontificaux (n° 56) contient sept discours récents de Pie XII.25 sous l\u2019exemplaire INSTITUT SOCIAL POPULAIRE 25, rue Jarry Ouest Montréal -14\t\tc4chète BIEN\tt > qui achète chez Dupuis ^t»èi«es MONTRÉAL \t\t \t\tfi Epargnez I Sluecold\t\t hrrjmnr est la marque d'identification des pêcheurs coopérateurs.\t\ttout en protégeant les vôtres avec un plan de La Fédération des\t\tHa ê>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE PÊCHEURS UNIS UE QUÉBEC\t\t 6381, boul.Saint-Laurent, Montréal - CAlumet 5788 remercie ses clients de leur encouragement.\t\tSièg* social : Montréal Pour être bon coopérateur, il ne suffit pas d\u2019avoir dans sa tête une magnifique synthèse ces connaissances économiques, en même temps que toutes les recettes de la technique coopérative.Il faut également posséder dans son coeur une sincérité indéfectible, un profond sentiment de la solidarité humaine et par-dessus tout la vraie charité, celle qui vous fait vouloir efficacement le bien de vos frères, cette charité qui est la plus sublime application du chacun pour tous et du tous pour chacun.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC \u201c (Relation* \u201d vou* plait, par lez-en à vo* ami* IMPRIMERIE OU MESSAGER, MONTRÉAL 9474 "]
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