Relations, 1 avril 1954, Avril
[" Tolérance religieuse Luigi d\u2019APOLLONlA\t Soyons réalistes au sujet de la Chine ÉDITORIAL\t; Joseph-H.LEDIT ,;||j *\t¦¦ Alexandre DUGRÉ\t! Nos universités devant la Commission Tremblay Albert PLANTE\t?Jean-Paul LABELLE Positions du français au Canada Richard ARÈS\t?Aline ÉRALY / j Une politique de sobriété ' '\u2022 + Paul-Émile G1NGRAS\t REVUE DU MOIS SOMMAIRE AVRIL 1954 Éditorial.93 Soyons réalistes au sujet de la Chine.Articles TOLÉRANCE RELIGIEUSE .Luigi d\u2019Apollonia 96 NOS UNIVERSITÉS DEVANT LA COMMISSION TREMBLAY.Albert Plante 99 UNE POLITIQUE DE SOBRIÉTÉ .Paul-Émile Gingras 103 FOI, MÉDECINE, MUSIQUE ET CHIMIE.Alexandre Dugré 105 Commentaires.108 Le communisme contre lui-même.\u2014 La reconnaissance de la Chine rouge.\u2014 Méfaits de l\u2019alcoolisme.Au fil du mois.110 Le problème scolaire de Montréal.\u2014 L\u2019autorité du chef.\u2014 Retraites fermées.\u2014 Néo-Canadiens.\u2014 Réveil aux Philippines.Articles POSITIONS DU FRANÇAIS AU CANADA\t.Richard Arès 111 L\u2019ÉGLISE EN MARCHE.Aline Éraly 114 SOLESMES ET LE CHANT GRÉGORIEN.Jean-Paul Labelle 115 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 115 Les livres.118 Missel quotidien des fidèles.Marie-Joseph d\u2019Anjou Christus.Paul Bélanger La Vie spirituelle à l\u2019école de Grignion de Montfort.Charles Frédéric La Société du Sacré-Cœur de Jésus .Joseph-H.Ledit Les Jésuites à Lyon.Léon Pouliot Une petite sainte de rien du tout \\ T Sous la motion de l\u2019Esprit J \u2022 Jean_Paul Demers Un Louis d\u2019or.Joseph-P.Archambault Pensée scientifique et Foi chrétienne .Conrad East Gabriel Marcel et la Méthodologie de V invérifiable.Jean Racette Les Humanités gréco-latines.Jean-Paul Labelle Le Développement de l'enfant Sans tricher L\u2019Étape virile L\u2019Éveil féminin Tempête sur la Chine.Jacques Bruyère J\u2019ai été condamné à la liberté.Paul Bélanger Justice n\u2019est pas faite.Maurice Ruest The Scope and Method of Sociology .Hervé Carrier Les Problèmes de la vie rurale ] Le Milieu rural\ti .Alexandre Dugré Bric-à-Brac\tj L\u2019Amateur de théâtre.André-M.Bédard Marie-Joseph d\u2019Anjou cPour touâ voA travaux d\u2019adteââaçj.e, de préparation de liâteA et de documentation Supprimez le gaspillage dans votre travail courant de bureau.Chargez \" Bradma\u201d du soin de votre documentation de bureau et libérez votre personnel non productif \u2014 automatiquement.Addressing Machines & Business Systems Limited MONTRÉAL 1247, avenue Greene Westmount Wllbank 7701 TORONTO 20 Temperance Street EMpire 6-6281 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa XIVe année, N° 160\tMontréal\tAvril 1954 ÉDITORIAL SOYONS RÉALISTES AU SUJET DE LA CHINE 1.Le voyage de M.Saint-Laurent.\u2014Le jour de la Saint-Patrice, M.le premier ministre nous est revenu de son long périple, le premier de ce genre entrepris par un homme d\u2019État canadien.A son départ, il survola l\u2019Atlantique; le Pacifique, à son retour.Il a bouclé la boucle.Ce fut tout autre chose qu\u2019un voyage d\u2019agrément pour cet homme de plus de soixante-dix ans, qui donne un exemple étonnant d\u2019énergie, de travail, de modestie et de dignité.Il a échangé des visites avec des chefs d\u2019État, rappelé quelle était la puissance géo-politique du Canada et fait comprendre qu\u2019en ces temps d\u2019extrême péril, le neutralisme, soit d\u2019une nation, soit d\u2019un groupe de nations, est une tentation tragique, car la seule chance de paix pour le monde réside à l\u2019intérieur des organisations internationales comme l\u2019O.N.U.et des pactes militaires comme l\u2019O.T.A.N., auxquels le Canada, sous sa gouverne, s\u2019est lié.Londres et Washington ne sont plus les deux seuls pôles politiques et économiques du Canada.Que notre premier ministre doive traiter avec Paris, Bonn, Rome, la Nouvelle-Delhi, c\u2019est assez pour montrer que le Canada a atteint sa taille d\u2019adulte.LOsservatore Romano du dimanche 14 février, sous la manchette significative « Le Canada et les problèmes mondiaux », consacrait, en toute première page, un très long article au « vaste écho » que soulevait le voyage de notre premier ministre.« L\u2019écho du voyage, remarquait l\u2019article, est en rapport avec l\u2019importance de plus en plus grande qu\u2019on reconnaît au Canada au sein de la communauté des États.» C\u2019est à Rome.Sur le carnet de vol du premier ministre se trouvent encore inscrits: Karachi, la Nouvelle-Delhi, Colombo, Djakarta.Puis soudain, le 9 mars, à Manille, la déclaration inattendue sur la reconnaissance de la Chine rouge, telle que rapportée par la United Press, Y Associated Press, la Presse canadienne: « Nous devons être réalistes.Tôt ou tard, nous devrons reconnaître le gouvernement que le peuple désire.» Cette déclaration fut répétée, sans la moindre équivoque cette fois (selon les mêmes agences de nouvelles), à Séoul, où les troupes des Nations Unies font encore face aux « volontaires » de la Chine rouge: « Je suis, convaincu (ou « je suis d\u2019avis », selon la P.C.) qu\u2019un jour viendra où il nous faudra être réalistes.Il nous faudra admettre que le présent gouvernement de la Chine est celui que le peuple désire.» Jusque là, nous avions fortement l\u2019impression qu\u2019un des premiers dirigeants de la diplomatie occidentale savait où il allait.Nous n\u2019en étions plus sûrs.La déception était grande.2.Ce qu'a dit M.Saint-Laurent.\u2014 M.George Drew,, leader de l\u2019opposition, intervint à la Chambre des Communes \u2014 là où, soit dit en passant, M.Saint-Laurent aurait dû, semble-t-il, puisque nous sommes-en démocratie, faire une déclaration aussi importante.M.Lester B.Pearson répondit à M.Drew qu\u2019il avait appris du premier ministre lui-même: a) que « la question de la reconnaissance immédiate du gouvernement de la Chine, en tant que gouvernement qui a commis une agression contre les Nations Unies, n\u2019était pas à l\u2019étude »; b) « .qu\u2019il faudrait sans doute, un jour,, reconnaître le gouvernement chinois reconnu par la population de la Chine elle-même, que nous aimions ou non ce gouvernement » ; c) que c\u2019était « simple bon sens, et on ne saurait voir là une approbation des actes ou des opinions de tel ou tel régime, ni l\u2019acceptation d\u2019une responsabilité quelconque à cet égard » (Hansardr 10 mars).Cette « mise au point » revient à dire: a) qu\u2019un seul obstacle existe à la reconnaissance immédiate de la Chine rouge: l\u2019agression en Corée; b) qu\u2019il est de « simple bon sens » \u2014 cet obstacle disparu et la paix signée \u2014 de reconnaître, un jour, le gouvernement « reconnu par la population de la Chine elle-même ».La reconnaissance du gouvernement de Pékin ne dépend donc, dans la pensée de M.Saint-Laurent, ni AVRIL 1954 93 des sentiments du peuple chinois à l\u2019égard de son gouvernement actuel, ni de nos sentiments à l\u2019égard de ce que veut ou ne veut pas le peuple chinois.La reconnaissance diplomatique est refusée au gouvernement de Pékin en tant que gouvernement qui a commis une agression contre les Nations Unies.M.Pearson nous a éclairés sur ce point.A M.Drew qui le presse à la Chambre des Communes, il répond: « Évidemment, monsieur l\u2019orateur, nous ne savons pas si, à l\u2019heure actuelle, le peuple chinois possède le gouvernement de son choix, car il s\u2019agit d\u2019un gouvernement communiste; or un gouvernement communiste, comme tout gouvernement totalitaire, ne permet pas à la population d'exprimer librement son opinion quant à la forme de gouvernement qui la gouverne.» (Hansard, 10 mars.) S\u2019il faut en croire son propre ministre des Affaires extérieures, M.Saint-Laurent ne pourra jamais savoir si le gouvernement présent de la Chine sera celui que voudra le peuple chinois puisqu\u2019 « un gouvernement communiste ne permet pas à la population d\u2019exprimer librement son opinion quant à la forme de gouvernement qui la gouverne ».En somme, de peur de heurter de front l\u2019opinion publique, MM.Saint-Laurent et Pearson se sont servis de distinctions et de sous-distinctions pour dire: a) on ne pourra jamais savoir ce qu\u2019est la volonté du peuple chinois; b) cela importe peu pour la reconnaissance du gouvernement de facto de Pékin; c) la guerre de Corée finie,\u2014ajoutons celle d\u2019Indochine,\u2014il faudra reconnaître le gouvernement communiste, voulu ou non par le peuple chinois; d) c\u2019est le « simple bon sens » et « le sens des réalités » qui l\u2019exigent.Que ce soit là la pensée du gouvernement, on en recueille une confirmation importante dans le texte préparé par M.Robert Duffy, du Service international de Radio-Canada (Bureau de Coordination).Ce Bureau établit les textes qui définissent les orientations de la politique canadienne.Il est sous la direction du ministère des Affaires extérieures, qui donne, de près ou de loin, le nihil obstat.Ces textes sont ensuite traduits en plusieurs langues: hollandais, tchèque, allemand, italien, polonais, suédois, russe, ukrainien, espagnol, portugais.Voici donc ce que, le 12 mars, le Service international de Radio-Canada devait diffuser à travers l\u2019Europe et l\u2019Amérique latine: « Il y a quelque doute sur les paroles précises de M.Saint-Laurent à sa conférence de presse à Manille et à Séoul; mais il a dit aux deux endroits que le Canada, tôt ou tard, devra être réaliste et reconnaître le gouvernement de Pékin.» M.Duffy ajoute : « C\u2019est mon impression que la plupart des gens au Canada partagent l\u2019opinion exprimée, cette semaine, par le premier ministre.» Il parle également « des réalités de la politique asiatique » et déclare que la reconnaissance d\u2019un gouvernement de facto ne signifie pas l\u2019approbation de son régime politique; elle accorde toutefois à ce gouvernement « une certaine 94 qualité de respect » et lui réserve « un accueil dans la communauté des nations ».Il s\u2019agit ici, répétons-le, du Bureau de Coordination du Service international de Radio-Canada, rattaché au ministère des Affaires extérieures.Sans chercher à faire un calembour, qui serait d\u2019ailleurs du plus mauvais goût en une affaire aussi sérieuse, M.Duffy n\u2019a pas parlé en l\u2019air.M.Duffy savait ce que voulait dire M.Pearson, et M.Pearson savait ce que voulait dire M.Saint-Laurent: il faudra être réaliste et reconnaître, tôt ou tard, le gouvernement de Pékin, que ce soit ou non le gouvernement que désire le peuple.On se demande parfois pourquoi nos hommes d\u2019État ne s\u2019expriment pas en prose.Cette politique, l\u2019Angleterre, en quête de marchés commerciaux et inquiète pour son fabuleux comptoir de Hong-Kong, l\u2019avait embrassée dès janvier 1950.M.Pearson y était favorable, quand éclata, en juin 1950, la guerre de Corée; en juin dernier, à Eugene, dans l\u2019Orégon, M.Pearson répétait que, si la guerre de Corée prenait fin, il faudrait reconnaître le gouvernement de Pékin.Le parti de la C.C.F.partage cet avis.Dans le Québec, le Devoir prône cette politique; dans l\u2019Ontario, YOttawa Citizen.C\u2019est ce problème que M.Saint-Laurent a abordé.Tout autre problème « futu-rible », en ce qui a trait à la Chine, ne comporterait aucune difficulté réelle.En parler eût été parler dans les nuages, ce qui n\u2019est pas dans les habitudes de M.Saint-Laurent.3.Où est le réalisme?\u2014 Or, reconnaître le gouvernement communiste de Pékin, est-ce un acte de politique réaliste ?A l\u2019égard du peuple même de Chine, non, nous répondent carrément les missionnaires (à part M.Endi-cott, bien entendu).Ceux-ci connaissent à fond le peuple de Chine, pour s\u2019être faits chinois avec les Chinois, et seraient en cette matière des conseillers autrement précieux que les commerçants ou même les experts de YEast Block d\u2019Ottawa et les diplomates de Downing Street à Londres.Comment peut-on admettre que ce soit un geste de politique réaliste à l\u2019égard du peuple chinois que de reconnaître un gouvernement qui, d\u2019après Tchou An-lai lui-même, a liquidé, en ces dernières années, 30,000,000 de Chinois ?Aucun peuple n\u2019accepte librement un tel régime de terreur, même si ce régime usurpe le nom de « république populaire ».Nous en trouvons une confirmation irréfragable dans le fait des 22,217 prisonniers de Pan-Mun-Jom qui refusèrent le rapatriement, malgré les cours d\u2019endoctrinement qu\u2019on leur infligea.Reconnaître le gouvernement de Pékin, serait-ce pratiquer une politique réaliste à l\u2019égard de ces pays de l\u2019Asie, comme la Corée du Sud, le Japon, les Philippines, la Thaïlande, l\u2019Indochine, qui ne veulent rien avoir à faire avec ce régime ?Même dans les pays qui l\u2019ont reconnu, l\u2019Inde, le Pakistan, l\u2019Indonésie, la Bir- RELATIONS manie, ce serait pour l\u2019Occident « perdre la face ».Peut-être pour toujours.Il n\u2019y a là aucune exagération, nous avertissent les missionnaires.Est-ce un geste de politique réaliste à l\u2019égard de Formose?M.Saint-Laurent a omis Taipeh dans son itinéraire, évidemment pour une raison très sérieuse.Le gouvernement de Formose deviendrait un gouvernement illégitime et rebelle.La Chine rouge exigerait son désarmement; et si un jour les troupes de Formose, qui ne se sont jamais soumises et ont toujours continué le combat, devaient débarquer sur le continent, elles seraient considérées comme des « agresseurs ».Bref, si nous voulons reconnaître la Chine rouge, il faut nous poser la question suivante: « Y aura-t-il beaucoup de pays en Asie pour croire que l\u2019Occident est sérieux dans sa lutte contre le communisme et ne troquera pas ses grands et beaux et nobles principes de justice, de liberté, de parole donnée quand sont en jeu de puissants intérêts matériels ?» Au point de vue religieux, qui est-ce qui aurait l\u2019audace de soutenir que la reconnaissance de la Chine rouge serait « simple bon sens » ?Ce serait sacrifier l\u2019œuvre des missions, le travail le plus profond, pour ne pas dire \u2014 car ce serait injuste \u2014\u2022 le seul travail profond que l\u2019Occident ait accompli en Orient, travail qui touche non pas à la surface des structures humaines, moins importantes, mais à la formation des consciences, au respect de la dignité de la personne humaine, à l\u2019établissement d\u2019une véritable fraternité entre les hommes et à l\u2019affirmation de leur égalité devant Dieu.Est-ce réalisme que d\u2019abandonner ces chrétientés naissantes, qui ne peuvent fleurir que dans une atmosphère de liberté religieuse ?Est-ce réalisme que d\u2019ignorer en pratique que l\u2019athéisme positif, agressif, logique, tel que le conçoit le marxisme, implique les égoïsmes les plus féroces, la persécution, des tensions perpétuelles entre les peuples, la haine des classes, l\u2019état de guerre ?La paix du monde est ce que nous voulons tous sauver.Est-ce réalisme que de ne pas tenir compte du fait que l\u2019U.R.S.S.n\u2019a jamais considéré les conférences internationales et les négociations \u2014 pas plus une conférence internationale de la Croix-Rouge que les négociations, hier, à Berlin, et, demain, à Genève \u2014 comme un moyen de régler les problèmes mondiaux, mais plutôt comme une tribune de propagande ou une arme de guerre psychologique ?Par une technique de la répétition et une rhétorique de sabotage, l\u2019U.R.S.S.a toujours jusqu\u2019ici usé ses adversaires au jeu diplomatique, non pas que ceux-ci fussent les plus faibles, mais ils étaient les plus civilisés et les plus honnêtes, malgré tout, et cherchaient vraiment la paix.Avec le communisme, il est mortel de croire qu\u2019il puisse y avoir communauté d\u2019idéal ou parité dans les moyens.Il n\u2019y a même pas identité de vocabulaire.Court d\u2019arguments, on fait briller devant nos yeux l\u2019espoir de séparer la Chine rouge de l\u2019U.R.S.S.Mao Tse-tong deviendrait le Tito de l\u2019Orient.Ce parallèle est un miroir aux alouettes.Mao Tse-tong doit tout à la Russie.Sans la Russie, il ne serait rien.La seule carte géographique nous dit assez clairement à quel mirage cèdent ceux qui font du wishful thinking de ce genre.Les mers séparent l\u2019Occident de la Chine, tandis que celle-ci rencontre l\u2019U.R.S.S.sur une frontière de plusieurs milliers de milles de longueur.Par sa technique de la répétition, l\u2019U.R.S.S.a réussi à nous obséder avec la question de la reconnaissance de la Chine rouge.Plusieurs croient déjà voir poindre les premières lueurs d\u2019une aube de paix.Ils en oublient les problèmes de l\u2019Allemagne et de l\u2019Autriche, voire de l\u2019Indochine et de la Corée.Ce n\u2019est pas le bloc de l\u2019Est que la reconnaissance de la Chine menace de diviser; c\u2019est bien celui de l\u2019Ouest qu\u2019elle est en train d\u2019effriter.Si, demain, les États-Unis, inflexibles, se maintenaient sur leurs positions et se servaient du veto pour interdire l\u2019entrée de la Chine rouge à l\u2019O.N.U.et au Conseil de Sécurité, les communistes et tous les comités mondiaux des « partisans de la paix » orchestreraient une telle propagande à travers l\u2019Occident que l\u2019Appel de Stockholm et l\u2019affaire Rosenberg nous paraîtraient un tapage d\u2019enfants mal élevés.Se couvrant de la liberté qu\u2019ils réclament partout, excepté chez eux, les communistes feraient passer les États-Unis pour le « centre de l\u2019agression » du monde, selon l\u2019expression dont Malenkov s\u2019est lui-même servi dans son grand discours-programme d\u2019octobre dernier, et qui était déjà un mot d\u2019ordre.Reste la question du commerce, le réalisme du dollar, ou mieux de la livre sterling.Nous renvoyons ici à 1\u2019 « Horizon international » du Père Ledit (p.115), où il montre quelles valeurs morales sont engagées dans tout commerce avec les pays communistes.D\u2019ailleurs, un commerce restreint et surveillé peut facilement se pratiquer sans qu\u2019il soit nécessaire de reconnaître la Chine rouge, puisqu\u2019on fait déjà du commerce, et que c\u2019est tout autre chose qu\u2019un commerce restreint et surveillé.Être réaliste, c\u2019est partir des faits.Or, les faits, les voilà, même s\u2019ils irritent.La première déclaration de Molotov, à peine descendu d\u2019avion à Berlin, fut de dire: « Plus tôt la grande république populaire de la Chine prendra part aux négociations, mieux se trouvera renforcée la paix du monde.» Être réaliste, c\u2019est comprendre ce que signifie pareille déclaration qui n\u2019avait rien à voir avec la conférence de Berlin sur les questions de l\u2019Allemagne et de l\u2019Autriche.Être réaliste, c\u2019est comprendre que l\u2019U.R.S.S.veut la reconnaissance de la Chine rouge à tout prix.Être réaliste, c\u2019est comprendre que demain l\u2019U.R.S.S.voudra la Chine rouge à l\u2019O.N.U.et à ses côtés au Conseil de Sécurité.Être réaliste, c\u2019est comprendre qu\u2019en reconnaissant la Chine rouge, on accepte le verdict de la violence en Asie.Être réaliste, c\u2019est comprendre que la reconnaissance AVRIL 1954 95 «de la Chine rouge donnerait à TU.R.S.S.sa plus grande victoire diplomatique depuis Yalta, que ce pourrait même être le Yalta de l\u2019Orient.Enfin, être réaliste, c\u2019est constater que la reconnaissance de l\u2019U.R.S.S.hier n\u2019a rien apporté à la paix du monde -et que celle de la Chine rouge demain ne donnera vraisemblablement rien de plus.Pour dire le fond de notre pensée, ce n\u2019est pas à reconnaître, tôt ou tard, le gouvernement de Pékin, dont ne veut pas le peuple de Chine, que le gouvernement canadien devrait penser, mais à demander au gouvernement de l\u2019Angleterre d\u2019être plus réaliste dans un cas où il s'agit du bien commun de la famille des nations.23 mars 1954.\u2022 TOLÉRANCE RELIGIEUSE Luigi d'APOLLONIA, S.J.IE FAIT de la diversité religieuse est une marque de la misère de l\u2019homme, blessé dans son intelligence par le péché.Tout chrétien en éprouve un déchirement, non pas tant parce que cette division a empoisonné l\u2019atmosphère et semble avoir contribué historiquement à bien des discordes civiles, voire à des dragonnades et des guerres, mais parce qu\u2019il sait que le Père n\u2019a qu\u2019une Parole; qu\u2019après avoir, à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé au monde par les prophètes, Il lui a donné, la plénitude des temps venue, sa propre Parole, la Vérité en personne, faite chair dans le sein de Marie; et qu\u2019en dehors de cette Parole parfaite et définitive, conservée dans l\u2019Église sans addition ni diminution, il ne saurait y avoir de salut pour personne.1.Tolérance religieuse.\u2014En elle-même, la diversité des croyances religieuses est un malheur.Pour apaiser les tempéraments les plus entiers et tous ceux qui jettent un regard nostalgique vèrs la chrétienté du Moyen Age, disons \u2014 et c\u2019est vrai \u2014 qu\u2019elle est le plus grand des malheurs.Elle est aussi un fait dont les catholiques doivent, bon gré mal gré, tenir compte.Car, si l\u2019Église dont ils sont les enfants est le Royaume de Dieu, elle n\u2019est ce Royaume que commencé ici-bas.Communauté spirituelle et transcendante, ouverte à tous les hommes, à tous les âges, à toutes les civilisations, l\u2019Église n\u2019est pas une réalité donnée une fois pour toutes, achevée, complète, finie, sinon comme institution.Corps du Christ, elle se complétera dans ses membres jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait atteint sa taille parfaite.Alors, gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit! Dissipé, le mystère de foi! Alleluia! En attendant, l\u2019Église pérégrine à travers l\u2019histoire et ses mutations temporelles.Bien que sa mission essentielle soit la sanctification des âmes, elle porte notre espoir temporel et, dans son message évangélique, les ferments de la réforme sociale et d\u2019un monde meilleur.Or, une nouvelle aube de civilisation pointe déjà.A travers des désastres et des souffrances qui réveillent le sens de la solidarité humaine, l\u2019ordre temporel s\u2019achemine vers une communauté d\u2019États qui embrassera, dans son unité juridique, des États catholiques, protestants, juifs, musulmans, idolâtres.Le pluralisme religieux apparaît donc, à ce moment de l\u2019histoire terrestre, comme le seul mode de réalisation possible des principes de liberté de conscience, de respect des personnes, d\u2019unité de la race humaine, de distinction entre les choses de César et les choses de Dieu, que l\u2019Église elle-même a sans cesse invoqués à travers les âges et introduits, comme des levains, dans la conscience de l\u2019humanité.Le régime de pluralisme religieux s\u2019oppose au régime dit sacral ou hiérocratique du type du Moyen Age.Ici, soyons clair.Le pluralisme religieux n\u2019implique pas, comme on pourrait le croire à tort, l\u2019égalité des religions, ce qui équivaudrait à tenir toutes les religions non pas pour également bonnes, mais toutes pour également fausses.Mieux vaut éviter la plus légère méprise: le pluralisme religieux n\u2019implique ni indifférentisme, ni scepticisme, ni syncrétisme, ni nivellement dogmatique, ni je ne sais quel plus petit commun dénominateur doctrinal sur lequel on s\u2019entendrait, tous ensemble, pour trahir la sainteté de la vérité.Le catholique ne saurait sacrifier un seul iota de la parole de Dieu; il y perdrait son âme.Tout en demeurant dans la foi, il se rend compte cependant qu\u2019il doit faire route avec ceux qui ne partagent pas sa foi et travailler avec eux à une commune tâche temporelle.Ceux-ci existent aussi devant Dieu; ils portent aussi son image dans leur âme; ils lui sont chers puisqu\u2019il les a rachetés aussi de son sang; s\u2019ils sont hommes de bonne volonté et ne pèchent pas contre la lumière, ils adhèrent aussi, implicitement mais réellement, à celui qui est la Vérité et la Vie; ils sont donc aussi héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ.On est gêné de rappeler cette doctrine de « l\u2019âme de l\u2019Église » ; plus gêné encore de se laisser enseigner par un Samaritain, je veux dire par cet hérétique et ce protestant, quel est mon prochain et ce qu\u2019est la charité.On oppose faussement, nous le savons, la vérité à la charité comme l\u2019intolérance à la tolérance.C\u2019est peut-être que nous les opposons trop souvent dans nos propres vies, nous qui 96 RELATIONS devrions, selon la recommandation de saint Paul, faire la vérité dans la charité.La vérité va aux idées; la charité aux personnes.La vérité ne souffre aucun fléchissement; la charité se fait toute à tous.La vérité est indivisible et solitaire; la charité, multiple et universelle.La vérité est intransigeante; la charité, patiente.La vérité est jalouse; la charité, bienveillante.La vérité ne ménage pas l\u2019erreur, condamne, anathématise; la charité, dit saint Paul, « excuse tout, croit tout, espère tout ».L\u2019une et l\u2019autre, chacune selon sa nature, doivent être loyales à Dieu et aux hommes.Toutefois, ce qu\u2019il y a de plus grand, c\u2019est la charité.« Avant toute chose, ayez la charité », nous recommande saint Paul.C\u2019est « le commandement royal », nous dit saint Jacques.C\u2019est « le commandement du Seigneur », nous répète saint Jean.Le pluralisme religieux fait porter l\u2019accent sur la charité.Il rejette toute répression légale, hormis celle qui assure le bon ordre social et le respect des personnes (par exemple, si on traite la Mère de Dieu de prostituée; le Saint Père, d\u2019Antéchrist.).Et c\u2019est alors à cause de cette même charité.Le pluralisme religieux insiste sur le fait que toute contrainte humaine répugne à l\u2019essence même de l\u2019acte de foi.Il ne croit pas nécessaire ni toujours opportun soit de signer des concordats, soit de déclarer le catholicisme religion d\u2019État.(Notons, en passant, que les États confessionnels sont aujourd\u2019hui, pour la plupart, des États protestants; le protestantisme y jouit de privilèges exorbitants si on les compare à ceux dont jouit l\u2019Église dans les États catholiques.) Le pluralisme religieux cherche la communauté d\u2019action et l\u2019harmonie à travers la bienveillance mutuelle et le respect des diverses familles spirituelles.Il implique donc par définition la tolérance religieuse.D\u2019autre part, il somme les catholiques de faire honneur à leur nom de fidèles; il les met en demeure d\u2019appliquer au nouvel ordre temporel l'intégrité de la foi, à leur commerce avec les hommes la plénitude de la charité et la flamme de leur zèle.C\u2019est ce problème de tolérance religieuse, situé au cœur même de la philosophie politique contemporaine, que le Pape abordait, le 6 décembre dernier.Le discours qu\u2019il adressait à la Ve Assemblée nationale de l\u2019Union des Juristes catholiques italiens restera un de ses enseignements les plus importants.Sa lumière est telle que la philosophie politique ne pourra plus dorénavant traiter le problème de la tolérance religieuse sans s\u2019y référer.2.Nouvelle dimension du problème.\u2014 Le discours de Pie XII s\u2019inscrit dans le cadre de l\u2019enseignement de Léon XIII, contenu dans les encycliques Immortale Dei (nov.1885) et Libertas praestantissimum (juin 1888), qu\u2019il précise et qu\u2019il prolonge.Léon XIII réprouve en principe la liberté des cultes, mais reconnaît qu\u2019en pratique bien des gouvernements n\u2019ont pas tort de la tolérer.De sa chaire suprême, il applique à une autre situation historique le principe de la AVRIL 1954 liberté des consciences.Dans l\u2019État catholique, le pluralisme religieux n\u2019est jamais nécessaire d'une nécessité de droit, mais peut être nécessaire d'une nécessité de fait.Il peut être une exigence du bien commun de tous les citoyens, fin spécifique de la cité temporelle.Le Moyen Age n\u2019est plus, et le temps est irréversible.Disparus aussi ou en voie de disparaître, les rois très chrétiens et les rois très catholiques et les défenseurs de la foi pour qui c\u2019était une insulte personnelle qu\u2019un sujet puisse avoir une autre foi que la leur, et qui usaient volontiers de répression légale pour obtenir, sous le couvert de l\u2019unité religieuse, un avantage terrestre.La distinction entre les deux pouvoirs, nette en théorie, avait été longtemps confuse en pratique.Citons Léon XIII: Si l\u2019Église juge qu\u2019il n\u2019est pas permis de mettre les divers cultes sur le même pied légal que la vraie religion, elle ne condamne pas pour cela les chefs d\u2019État qui, en vue d\u2019un bien à atteindre ou d\u2019un mal à empêcher, tolèrent dans la pratique que ces divers cultes aient chacun leur place dans l\u2019h.tat.C\u2019est d\u2019ailleurs la coutume de l\u2019Église de veiller avec le plus grand soin à ce que personne ne soit forcé d\u2019embrasser la foi catholique contre son gré, car, ainsi que l\u2019observe sagement saint Augustin, « l\u2019homme ne peut croire que de plein gré ».Pie XII appliquera ce même principe du plus grand bien à un nouveau contexte historique.Immortale Dei porte le titre de Lettre encyclique sur la constitution chrétienne des États.Léon XIII traite de la liberté des cultes dans un État catholique; même lorsqu\u2019il parle de « société civile », il veut dire État individuel jouissant, du moins en théorie, d\u2019une complète indépendance juridique.Pie XII parle de tolérance religieuse dans un État catholique intégré à une communauté d'États déistes, « indifférents au point de vue religieux ou consciemment laïcisés ou même ouvertement athées ».La vision de Pie XII est prophétique.Cette communauté juridique d\u2019États, vouée non plus au bien commun des nationaux, mais au bien commun de tous les hommes, n\u2019existe encore que sous forme d\u2019épure.Des pierres d\u2019attente gisent ici et là.Par-dessus les frontières, des unifications partielles du droit se poursuivent, et des organismes internationaux voient le jour.Les mots espace, absence, conflit prennent une signification nouvelle, la technique ayant déjà soumis l\u2019univers à un même battement.La volonté d\u2019une communauté d\u2019États n\u2019apparaît plus comme une utopie, rêve de poète ou méditation de philosophe.C\u2019est une tâche chaque jour plus urgente.Les « splendides isolements », le « bon voisinage », la « politique d\u2019équilibre » sont des calculs étroits ou des idées bien timides.On aurait tort, dit Pie XII, d\u2019assimiler cette communauté d\u2019États en gestation « aux empires mondiaux du passé et du présent, dans lesquels races, peuples et États se trouvent mêlés, de gré ou de force, dans un complexe officiel unique ».Dans le nouvel ordre politique, les États, « tout en demeurant souverains, s\u2019unissent librement en une communauté juridique », 97 suivant Taction pénétrante « d\u2019une loi immanente de développement ».Cette loi de développement, puisqu\u2019elle est immanente, ne provient pas, en dernier ressort, des découvertes techniques.Les inventions modernes \u2014 moyens de communication, d\u2019édification, de destruction \u2014 ne font que réveiller « la foi latente dans l\u2019esprit et le cœur des individus en une communauté supérieure des hommes, voulue par le Créateur, et ayant sa racine dans l\u2019unité de leur origine, de leur nature et de leur fin ».L\u2019idée-force qui mène à la communauté des peuples n\u2019a pas non plus « comme norme, unique et dernière, la volonté des États, mais plutôt la nature, ou bien le Créateur ».Chaque État s\u2019insère « dans l\u2019ordonnance d\u2019une loi internationale et, par là, dans Tordre du droit naturel qui soutient et couronne le tout ».De cette façon, il n\u2019est plus \u2014 il ne Ta jamais été d\u2019ailleurs \u2014 « souverain », c\u2019est-à-dire absolument libre de toute contrainte.Tout État est directement soumis au droit international, et aucun ne peut se plaindre de voir limiter sa souveraineté si on lui refuse la faculté d\u2019agir à son gré et sans tenir compte des autres États.« La souveraineté, répète encore une fois le Saint Père, n\u2019est pas la divinisation ou la toute-puissance de l\u2019État.» 3.Nouvelle application du principe.\u2014 Après avoir rappelé avec précision la série de difficultés et de tendances que rencontrent la création et le fonctionnement d\u2019une véritable communauté d\u2019Êtats, \u2014 question des races et du sang, question des langues et de la famille, question de l\u2019égalité ou de l\u2019équivalence des droits, question de l\u2019immigration, \u2014 le Saint Père pose le problème de la « cohabitation pratique des communautés catholiques avec les non-catholiques ».Pour assurer sa cohérence, la communauté devra définir avec clarté un règlement qui vaille pour tout le territoire de chacun des États souverains, membres de cette communauté des nations.Selon les probabilités et les circonstances, ce règlement de droit positif s\u2019énoncera ainsi:, à l\u2019intérieur de son territoire et pour ses citoyens, chaque État réglera les affaires religieuses et morales selon sa propre loi; cependant, dans tout le territoire de la confédération, on permettra aux ressortissants de chaque État-membre l\u2019exercice de leurs propres croyances et pratiques religieuses et morales, pour autant qu\u2019elles ne contreviennent pas aux lois pénales de l\u2019État où ils séjournent.En vertu de ce règlement, aucune croyance ou pratique en vigueur dans un des États de la communauté ne serait interdite dans aucun autre.Ce règlement soulève une question « d\u2019une urgence, dit le Saint Père, et d\u2019une importance extrêmes ».L\u2019État catholique peut-il consentir à un tel règlement?Le Saint Père répond : D\u2019abord, il faut affirmer clairement qu\u2019aucune autorité humaine, aucun État, aucune communauté d\u2019États, quel que soit leur caractère religieux, ne peuvent donner un mandat positif ou une autorisation positive d\u2019enseigner ou de faire ce qui serait contraire à la vérité religieuse ou au bien moral.Un mandat ou une autorisation de ce genre n\u2019aurait pas force obligatoire et resterait inefficace.Aucune autorité ne saurait les donner, parce qu\u2019il est contre nature d\u2019obliger l\u2019esprit et la volonté de l\u2019homme à l\u2019erreur ou au mal ou de considérer l\u2019un et l\u2019autre comme indifférents.Les absolutismes nazi, communiste ou démocratique ont voulu établir le sang, la classe, le peuple en règle du juste ou de l\u2019injuste, en norme infaillible du vrai ou du faux.Portant atteinte à la sainteté de la Vérité, ils ont par le fait même ravalé et asservi la personne humaine.Mais aussitôt se pose l\u2019autre question « essentiellement différente » : celle de la tolérance de Terreur et du mal.Se peut-il que, dans des circonstances déterminées, Dieu n\u2019impose aux hommes aucun devoir, bien plus, ne leur donne même aucun droit d\u2019empêcher ou de réprimer Terreur ou le mal ?Oui, répond nettement le Saint Père, puisqu\u2019un regard sur la réalité nous montre que si Dieu réprouve Terreur et le mal, il leur permet cependant d\u2019exister.« Sans entrer en contradiction avec son infinie perfection », lui en qui toutes choses sont, vivent et se meuvent, il tolère l\u2019existence d\u2019autres religions que celle qu\u2019il est venu fonder.D\u2019où l\u2019affirmation: l\u2019erreur religieuse et l\u2019erreur morale doivent toujours être empêchées quand c\u2019est possible, parce que leur tolérance, en elle-même immorale, ne peut valoir dans un sens absolu et inconditionné.Le devoir de réprimer les déviations morales et religieuses ne peut donc être une norme ultime d\u2019action.Il doit être subordonné à des normes plus hautes et plus générales qui, dans certaines circonstances, permettent et même font peut-être apparaître comme le parti le meilleur celui de ne pas empêcher l\u2019erreur pour promouvoir un plus grand bien.Le Saint Père cite la parabole de l\u2019ivraie.Elle est riche de sens.Dans le champ du monde, laissez croître la zizanie avec la bonne semence, à cause même du froment.L\u2019ivraie est reconnue comme étant de l\u2019ivraie.Elle n\u2019est là qu\u2019à cause du froment.Si mystérieux que cela puisse paraître, arracher l\u2019ivraie, c\u2019est arracher le froment.Les racines du bien et du mal sont si proches les unes des autres qu\u2019arracher les unes, c\u2019est arracher les autres.L\u2019ivraie croît avec le froment pour le froment.En résumé, un État catholique, désireux de participer à l\u2019instauration d\u2019une communauté juridique internationale et sollicité de signer une convention de tolérance religieuse, conformera sa décision aux deux principes suivants: Premièrement: ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n\u2019a objectivement aucun droit à l\u2019existence, ni à la propagande, ni à l\u2019action.Deuxièmement: le fait de ne pas l\u2019empêcher par le moyen de lois d\u2019Êtats et de dispositions coercitives peut néanmoins se justifier dans l\u2019intérêt d\u2019un bien supérieur et plus vaste.Ce bien supérieur et plus vaste, le Pape ne l\u2019analyse pas.C\u2019est l\u2019existence même de la communauté des nations voulue par Dieu; c\u2019est la paix et la justice entre les peuples; c\u2019est l\u2019unité et l\u2019égalité de la race humaine; c\u2019est l\u2019espérance de la fraternité; c\u2019est l\u2019émancipation des minorités catholiques; c\u2019est la liberté accordée à l\u2019Église de porter partout le nom adorable de Jésus-Christ; c\u2019est sa mission universelle de vérité et de charité reconnue juridiquement dans la libre concurrence des autres credo religieux.98 RELATIONS Reste la question de fait, à élucider ici comme dans tout autre cas concret; tout système comporte des dangers, la société sacrale du Moyen Age comme le pluralisme religieux d\u2019aujourd\u2019hui.Les conditions qui légitiment la tolérance se trouvent-elles vérifiées dans le contexte historique contemporain ?Aux juristes qui l\u2019écoutent, le Pape répond: à vous de juger, après examen diligent.Il faut peser le pour et le contre, et considérer le bien dont sera privé tel ou tel des États confédérés et celui qui, « selon de sages prévisions, pourra en dériver pour la communauté elle-même en tant que telle et indirectement pour l\u2019État qui en est membre ».C\u2019est le point central du document.Pour être fidèle à la pensée de Pie XII, il semble qu\u2019un État catholique doive d\u2019ores et déjà, et sans attendre l\u2019avènement de la communauté des nations, se demander, avant de faire appel à la répression légale ou même d\u2019accorder des privilèges, si cette répression légale ou ces privilèges favoriseront « le bonum commune, celui de l\u2019Église et celui de l\u2019État dans chacun des États d\u2019une part, et, de l\u2019autre, le bonum commune de l\u2019Église universelle, du règne de Dieu sur le monde entier ».En plaçant ainsi le problème sur le plan de la communauté des nations, le Souverain Pontife libère l\u2019État catholique d\u2019un épineux dilemme: défendre la pureté et l\u2019intégrité de la vérité aux dépens de l\u2019égalité politique et sociale des citoyens, ou reconnaître l\u2019égalité politique et sociale des citoyens aux dépens de la pureté et de l\u2019intégrité de la vérité.Depuis longtemps, on accuse le catholique de réclamer des autres la liberté au nom de leurs principes, quitte à la leur refuser ensuite au nom des siens.La clé du dilemme, c\u2019est le plus grand bien, c\u2019est-à-dire la charité lucide et vigilante.Résumons.Premièrement: jamais l\u2019Église ne tolérera en son sein l\u2019erreur, ni ne lui reconnaîtra le moindre droit objectif à l\u2019existence et à la propagande.Deuxièmement: il ne s\u2019ensuit pas que l\u2019État catholique ait le devoir « absolu et inconditionné » de proscrire l\u2019erreur, même quand il en a les moyens.Sa norme ultime d\u2019action sera le plus grand bien.Troisièmement: dans le nouvel âge de civilisation auquel accède l\u2019homme, le plus grand bien ne se mesure pas en tenant compte uniquement des nationaux d\u2019un État particulier, mais en tenant compte aussi des membres de la communauté juridique des États.Le discours de Pie XII continue le long dialogue millénaire entre la vérité et la charité, au sujet de l\u2019hérésie qui ne mérite aucune rémission et de l\u2019hérétique qui mérite tout notre amour.Serait-ce en accommoder le sens que d\u2019affirmer qu\u2019il appartient non seulement à l\u2019État, mais à chacun des catholiques en particulier, de donner au monde une idée très pure de la tolérance religieuse?Il faut accomplir la vérité dans la charité; il faut respecter le mystère de la liberté et l\u2019inviolabilité des consciences.L\u2019exemple de la miséricordieuse patience de Dieu est là sous nos yeux.N\u2019est-il pas l\u2019Hôte qui se tient à la porte de l\u2019âme et frappe, mais qui n\u2019entre pas sans y être invité ?N\u2019est-il pas le Père du ciel qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants?N\u2019est-il pas le Maître du champ qui laisse l\u2019ennemi semer, dans la nuit de l\u2019histoire terrestre, l\u2019ivraie au milieu du froment?Il ne les séparera pas, a-t-il pris la peine de nous dire, avant le jour de la moisson, à cause même du froment.Mais le jour de la moisson est le jour qui clora le temps.NOS UNIVERSITÉS DEVANT LA COMMISSION TREMBLAY Albert PLANTE, S.J.ON ATTENDAIT avec une certaine impatience les mémoires que l\u2019Université Laval et l\u2019Université de Montréal devaient présenter à la Commission Tremblay.Les problèmes académiques et financiers des universités ont une telle envergure, la discussion autour de l\u2019aide fédérale a été, à certains moments, si animée qu\u2019un cachet particulier s\u2019attachait aux mémoires des universités québécoises, plus particulièrement à ceux des universités canadiennes-françaises.AVRIL 1954 Le mémoire de Laval ne s\u2019attarde pas longtemps sur « le rôle nécessaire des universités de langue française au Canada » : sept pages sur un total de quatre-vingt-huit.On a sans doute pensé que, la nécessité de ce rôle étant évidente, il était d\u2019une urgence plus immédiate de développer davantage le point qui, sans être en soi le plus important, conditionne singulièrement une vie académique vigoureuse.Que manque-t-il donc à nos universités françaises « pour qu\u2019elles puissent 99 atteindre les sommets où elles doivent monter?La réponse est facile à donner: à toutes deux il manque l\u2019argent.Qu\u2019on leur donne l\u2019argent dont elles ont besoin, et elles auront vite fait de transformer la face de la province de Québec » (p.7).Le mémoire de l\u2019Université de Montréal s\u2019arrête davantage sur l\u2019aspect académique des problèmes universitaires.Une foule de questions s\u2019y trouvent discutées ou, du moins, amorcées.D\u2019aucuns pourront diverger d\u2019opinion sur telles ou telles affirmations.Tous liront l\u2019ensemble avec beaucoup d\u2019intérêt.Mais, même si le mémoire détaille plus que celui de Laval la fonction de l\u2019université, il souligne avec autant d\u2019insistance le besoin d\u2019argent.S\u2019accordant sur ce point avec la Commission Massey, il affirme que « le problème des universités est un problème financier » (p.44).L\u2019expression est teintée de paradoxe.Si on la comprend bien, elle est juste.Laissant donc de côté les problèmes académiques, arrêtons-nous à la question financière.L'Université Laval L\u2019Université Laval, qui doit la vie au Séminaire de Québec, date de 1852.L\u2019inscription, en 1920-1921, ne dépassait pas 232.A partir de 1940, le nombre des étudiants augmenta à vive allure.De 785 qu\u2019il était en 1940-1941, il passa à 1,261 en 1945-1946, à 1,709 en 1950-1951, à 1,720 en 1951-1952, à 1,920 en 1952-1953, à 2,121 en 1953-1954.De 1935 à 1953, le nombre des étudiants a quadruplé.Un pareil développement, surtout s\u2019il a lieu en période inflationnaire, coûte de l\u2019argent.Un tableau le prouvera: \tDépenses\tDépenses\tRevenu Différence\t\tDifférence \tannuelles\tannuelles\tprovenant\tentre\tentre \td\u2019opération\ttotales\tdes étudiants,\t(1)\t(2) \tpar étudiant\tpar étudiant par étudiant\t\tet (3)\tet (3) \t(1)\t(2)\t(3)\tW\t(5) \t$\t$\t$\t$\t$ 1935-36.\t456\t545\t171\t285\t374 1940-41.\t590\t1,160\t175\t415\t985 1945-46.\t692\t908\t217\t475\t691 1950-51.\t967\t1,077\t316\t651\t761 1951-52.\t.\t1,065\t1,174\t329\t736\t845 1952-53.\t947\t1,079\t323\t624\t756 Les dépenses annuelles d\u2019opération, soit les dépenses des diverses facultés et de l\u2019administration générale, ne comprennent ni les frais de l\u2019item « capital », ni les intérêts sur la dette contractée envers le Séminaire de Québec.Le rôle qu\u2019a joué le Séminaire dans l\u2019histoire de l\u2019Université Laval constitue un magnifique exemple d\u2019action bienfaisante et désintéressée.Pendant près de soixante ans, le Séminaire et l\u2019Université furent administrés conjointement, ce qui signifie que le Séminaire construisit à ses frais les trois premiers édifices de l\u2019Université.Celle-ci fut, de plus, logée gratuitement.Les deux administrations devaient normalement se séparer un jour.Depuis 1910, l\u2019argent versé par le Séminaire est considéré comme un prêt.Il est facile de souscrire à ce paragraphe du mémoire: Le moins que l\u2019on puisse dire du Séminaire de Québec, c\u2019est qu\u2019il fut non seulement un créancier facile et généreux, mais un bienfaiteur admirable; et sans l\u2019appui qu\u2019il n\u2019hésita jamais à fournir aux dépens même de son rôle d\u2019institution d\u2019enseignement secondaire et de sa fonction la plus importante, celle de la formation des futurs prêtres, l\u2019Université Laval eût certes été incapable de se développer; on peut même se demander si elle eût été capable de subsister.(P.17.) Les frais de scolarité des étudiants, les sommes provenant des placements et les octrois du gouvernement provincial constituent, avec l\u2019aide du Séminaire, les sources de revenus de l\u2019Université.Depuis vingt ans, les contributions des étudiants ont couvert, en moyenne, 30% seulement des dépenses d\u2019opération.Notons que les frais de scolarité ont été, au cours des dix-sept dernières années, l\u2019une des plus importantes sources de revenus.Le mémoire souligne que leur augmentation équivaudrait à fermer les portes de l\u2019Université à beaucoup de jeunes.Les placements, qu\u2019alimentèrent surtout la souscription du cinquantenaire et celles de 1920 et de 1948, apportèrent des revenus qui représentaient, en 1935, 38.7% des ressources servant à l\u2019administration courante.En dix ans, ce pourcentage tomba à 9.1, pour descendre jusqu\u2019à 6.1 en 1948-1949.La dernière souscription permit de le faire remonter à 9.6 en 1952-1953.Le mémoire remarque justement: « Malgré la diminution relative des revenus de placements, l\u2019Université n\u2019en considère pas moins que c\u2019est là l\u2019une des sources auxquelles elle doit attacher le plus d\u2019intérêt et qu\u2019elle doit, par tous les moyens, s\u2019efforcer de grossir constamment.» Cette source de revenus permet, en effet, une administration plus souple, plus libre et plus avantageuse pour tous les intéressés.Mais elle reste, souligne-t-on, plutôt aléatoire dans le cas des universités canadiennes-françaises: « Malgré de beaux exemples récents, il ne semble pas qu\u2019elles puissent encore compter de façon régulière et certaine sur des dons venant de source privée, qu\u2019il s\u2019agisse de grandes corporations ou de bienfaiteurs fortunés.» D\u2019où la part substantielle assignée aux octrois du gouvernement dans l\u2019établissement d\u2019un budget universitaire adapté aux besoins réels.Depuis 1852, le Séminaire de Québec et le public ont versé $20,000,000 à l\u2019Université Laval.Pendant plus de soixante ans, celle-ci ne reçut aucune aide gouvernementale.Au cours des quarante dernières années, la contribution du gouvernement provincial a été d\u2019environ $13,000,000.Les pages consacrées à l\u2019histoire des octrois sont très instructives.L\u2019espace manque pour nous y arrêter longuement.Retenons seulement ces quelques points: a) sur les $572,300 d\u2019octrois généraux versés au cours de l\u2019exercice 1952-1953, 55.4% n\u2019étaient pas statutaires et 9.6% ont été fixés par arrêtés ministériels; b) les fluctuations, tant 100 RELATIONS dans le montant des octrois que dans les dates de versement, compliquent les prévisions budgétaires; c) si le gouvernement avait maintenu dans la distribution de ses octrois le pourcentage qu\u2019ils représentaient, en 1946, dans le budget de l\u2019Université, celle-ci n\u2019aurait pas connu de déficit d\u2019opération.On se demande pour quelle raison le gouvernement n\u2019a pas tenu compte davantage du fait évident que la hausse du coût de la vie se trouvait à modifier l\u2019importance relative de ses octrois dans le budget total.L\u2019augmentation de sa contribution n\u2019aurait pas représenté une somme annuelle exorbitante et elle aurait suffi à assurer la sécurité de l\u2019Université.Au lieu de cette sécurité, ce fut, pour l\u2019exercice 1952-1953, un déficit total de $737,514.Celui de l\u2019exercice en cours ne sera guère moindre.A moins d\u2019octrois vraiment adaptés aux besoins, le déficit pourra atteindre $900,000 en 1959-1960.Laval a donné à la Commission Tremblay des précisions sur ses besoins: environ $1,500,000 pour combler le déficit de 1952-1953 et celui de l\u2019exercice en cours; espoir d\u2019obtenir $1,300,000 à partir de 1954-1955, avec augmentation graduelle jusqu\u2019à environ $1,500,000 en 1959-1960.Voilà pour la contribution aux dépenses d\u2019opération.Quant aux octrois pour les constructions prévues, Laval aurait besoin de $1,500,000 par année, pendant six ans.Si les octrois devaient continuer à connaître des fluctuations qui rendent difficiles les prévisions budgétaires, et si, surtout, leur multiplication devait aboutir à la mainmise de la politique sur les universités, il est permis d\u2019affirmer que le jeu n\u2019en vaudrait guère la chandelle.Aussi le mémoire de Laval prend-il soin d\u2019énumérer les qualités que doivent posséder les octrois gouvernementaux.Ceux-ci 1.\tdoivent être suffisants et pleinement justifiés.Pour cela, il importe que le gouvernement arrive à bien connaître les besoins collectifs et individuels des universités et des populations qu\u2019elles desservent; 2.\tils ne doivent en aucune façon porter atteinte à l\u2019indépendance des universités, sans que cependant soit amoindri le droit que possède l\u2019État de contrôler l\u2019usage des deniers publics; 3.\tils doivent avoir un caractère de continuité qui rende plus facile aux universités une administration prévoyante et la réalisation des projets de développement qu\u2019elles jugent indispensables; 4.\tils doivent être versés aux universités selon un mode bien défini et à des intervalles réguliers, afin de rendre leur administration moins onéreuse.Ce texte résume très bien les qualités que doit posséder tout octroi gouvernemental.Pour mieux atteindre ces objectifs, le mémoire fait deux suggestions: créer une commission de l\u2019aide aux universités et un fonds provincial des universités.La commission serait comme une réplique de Y University Grants Committee, créé par le gouvernement anglais en 1919.« N\u2019y aurait-il pas lieu de lui emprunter quelques-uns de ses traits spécifiques au bénéfice de la province de Québec, les adaptant toutefois aux modalités de la vie de chez nous?» (P.81.) Il faudra étudier très attentivement les avantages et les désavantages de ce genre de commission.Elle peut être exposée, en effet, à devenir en pratique un organisme d\u2019État.Très significatif, à ce sujet, est le mémorandum Government Assistance to Universities in Great Britain, présenté par MM.H.W.Doods, L.M.Hacker et L.Rogers à la Commission américaine sur le financement de l\u2019éducation supérieure (Commission of Financing Higher Education).Voici un passage de ce mémorandum : .Even the greatest good will toward the universities and with the greatest respect for the tradition of academic freedom, financial support does mean government guidance of academic policy.the potentialities of conflict between government and universities are present, are recognized, and are beginning to occasion deep-seated anxieties.(Cité dans le mémoire du Collège Jean-de-Brébeuf à la Commission Tremblay, p.91.) Le même mémorandum rapporte ce jugement du vice-chancelier d\u2019Oxford: « We are in danger of being killed by kindness \u2014 the kindness of benefactors and of the government.» Jugement trop pessimiste?Quoi qu\u2019il en soit, ces deux témoignages montrent bien qu\u2019il faut procéder prudemment à propos d\u2019une commission qui « pourrait être composée de sept membres nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil après consultation des universités », et qui aurait les pouvoirs étendus énumérés à la page 81 du mémoire de Laval.Ne serait-il pas préférable de songer à une Commission consultative, bien renseignée sur les besoins financiers des universités et fortement appuyée sur une opinion publique vigilante ?\\JUniversité de Montréal La succursale montréalaise de l\u2019Université Laval vit le jour en 1876.Elle devint université indépendante en 1919.Le mémoire abonde en détails intéressants sur l\u2019institution et ses diverses facultés.Pour être fidèle au but de cet article, il faut s\u2019en tenir tout juste à quelques considérations sur la question financière.A la clôture des cours, le 31 mai dernier, le total des étudiants réguliers inscrits aux facultés constituantes était d\u2019environ 3,000.Si l\u2019on ne tient pas compte des élèves inscrits au nouveau Service d\u2019extension, qui n\u2019ont figuré que partiellement dans l\u2019exercice financier, on reste avec 2,757 étudiants qui ont rapporté à l\u2019Université une moyenne de $275 chacun, soit un total de $755,964.La dépense globale par étudiant \u2014 en comptant simplement le coût de l\u2019enseignement, de l\u2019administration et de l\u2019entretien de l\u2019édifice \u2014 fut, pour sa part, de $688; elle avait été de $599 en 1951-1952, de $522 en 1950-1951 et de $465 en 1949-1950.Pour l\u2019exercice terminé le 31 mai 1953, le tableau des revenus indique un total de $2,874,793.20, celui des dépenses AVRIL 1954 101 un total de $2,953,489,65, ce qui laisse un déficit de $78,696.45.Voici le tableau des revenus: Frais de scolarité.$755,964.13 Octroi provincial.900,000.00 Loyers, services, dons, octrois spéciaux, revenus de placements, etc.153,216.01 Services auxiliaires.349,941.95 Octrois de recherche.237,388.67 Autres fonds en fiducie.478,282.44 Si l\u2019on se base sur un « relevé d\u2019octrois divers touchant de près ou de loin à l\u2019Université de Montréal » pour l\u2019année fiscale 1951-1952, on voit que l\u2019octroi provincial de $900,000 a été versé par le Secrétariat de la province et est composé d\u2019un montant de $500,000 et d\u2019un autre de $400,000, ce dernier provenant du fonds d\u2019éducation.Aucun de ces deux octrois généraux n\u2019est statutaire.Le mémoire consacre des pages intéressantes à l\u2019étude des différentes sources de revenus des universités.Il met fortement l\u2019accent sur l\u2019importance de l\u2019aide privée.Si l\u2019on tient, affirme-t-il, à conserver un régime d\u2019autonomie et de liberté aux universités, « il devient nécessaire de protéger de quelque façon l\u2019État contre des obligations financières illimitées » (p.83).La participation normale de l\u2019État au coût de l\u2019enseignement universitaire proprement dit ne devrait être que d\u2019environ un tiers, les frais de scolarité représentant un autre tiers, et le dernier étant constitué des revenus provenant des fondations, des dons courants, des subsides des professions et des anciens.Il faut lire les pages 102 à 110 qui traitent des six catégories de personnes ou d\u2019institutions susceptibles de s\u2019intéresser directement ou indirectement aux universités: les citoyens en général, les diplômés, les corporations, les professions, les fondations et les corps publics.Ces pages se terminent ainsi: Nous pouvons conclure de cette étude des sources de revenus des universités que l\u2019État, pendant cette période de croissance où non seulement les frais de premier établissement de l\u2019Université mais l\u2019ajustement de la nation tout entière le demandent, peut et doit combler les déficits courants des universités.Il ne portera ainsi aucune atteinte à leur autonomie, à condition seulement que les autres personnes et institutions appelées à faire leur part le veuillent véritablement, conformément à la philosophie dont s\u2019inspire la direction de l\u2019Université elle-même.Cette action de l\u2019État, rappelons-le, sera d\u2019autant plus saine et plus efficace que les octrois gouvernementaux posséderont les qualités dont il a été question plus haut.L\u2019estimé des subsides requis pour ses divers besoins conduit l\u2019Université de Montréal à demander que les octrois de soutien d\u2019ordre courant soient portés sans tarder à $1,500,000 par année, avec augmentation graduelle jusqu\u2019à $2,000,000 après trois ans, les chiffres devant être majorés ad venant une hausse du coût de la vie.Pour faire face aux dépenses capitales, elle aurait besoin de $1,000,000 par année pendant six ans.« Ces desiderata sont des minimums et restent très inférieurs aux budgets d\u2019autres universités canadiennes et américaines.» (P.142.) Si l\u2019aide privée ne répondait pas aux espérances manifestées dans le mémoire, il faudrait alors recourir de nouveau à l\u2019État.Le mémoire tempère aussitôt cette affirmation en citant un passage très judicieux du rapport présenté, en mai 1953, par Y University Grants Committee de Grande-Bretagne: Le gouvernement a reconnu à l\u2019indépendance académique une importance telle qu\u2019elle justifie une absence de contrôle qu\u2019on n\u2019accorderait pas ordinairement à des corps financés aussi largement à même les deniers publics.C\u2019est dans la continuation de cette longanimité que nous plaçons notre confiance pour l\u2019avenir et tout concourt à nous y autoriser.La liberté que l\u2019État a laissée aux universités n\u2019a pas peu contribué à encourager et à nourrir chez elles un sens de la responsabilité qui aurait pu s\u2019étioler sous toute tentative de contrôle.La dépendance de l\u2019État où se trouvent les universités s\u2019équilibre d\u2019une autre dépendance: celle, pour l\u2019État, des universités elles-mêmes.Sans lui, les universités ne peuvent se procurer les fonds nécessaires à l\u2019accomplissement de leur rôle; sans elles, on ne saurait subvenir au besoin d\u2019hommes et de femmes adéquatement préparés à faire avancer la connaissance et à remplir des postes de commande dans le gouvernement, l\u2019industrie et les professions.Cette dépendance mutuelle, dont les deux parties sont, croyons-nous, pleinement conscientes, a conduit à un sentiment d\u2019association rempli de promesses pour l\u2019avenir.Ce texte est plus optimiste que le passage, cité plus haut, du mémorandum Assistance Government to Universities in Great Britain.Tranchons l\u2019apparente contradiction en disant que le mémorandum veut être réaliste et que le rapport de 1\u2019 University Grants Committee met délicatement l\u2019accent sur la situation idéale.Nos universités sont des institutions privées.Elles tiennent à garder ce caractère en vue d\u2019un meilleur rendement au service de la province, du Canada et de l\u2019Église.Un gouvernement catholique, convaincu de l\u2019importance et du but de ce caractère, ne peut hésiter à se montrer, dans ses octrois, généreux sans arrière-pensée de domination directe ou indirecte.Ce qui ne supprime pas évidemment l\u2019opportunité d\u2019un contrôle, discret mais efficace, de sommes si abondantes versées à même les deniers publics.L'aide fédérale Il a été jusqu\u2019ici uniquement question des octrois de l\u2019État provincial.Et l\u2019aide fédérale?Ni l\u2019un ni l\u2019autre des mémoires n\u2019ont opté pour une attitude de non-recevoir absolu.Cette décision s\u2019explique psychologiquement, \u2014 surtout dans le cas de Laval, \u2014 quand on se rappelle que l\u2019aide fédérale à l\u2019éducation supérieure fut mise de l\u2019avant à un moment où nos universités faisaient face à des difficultés financières pénibles et croissantes.Difficultés dont ne se préoccupait pas assez l\u2019État provincial.Mais, si cette réaction a un contexte qui aide à l\u2019interpréter, on comprend moins bien qu\u2019on l\u2019ait manifestée dans des mémoires qui proposent précisément des moyens d\u2019amener, entre les universités et le gouvernement de la province, une collabo- 102 RELATIONS ration si efficace qu\u2019elle conduise ce dernier à montrer une générosité pleinement adaptée aux besoins.Et à la constitution.Si le gouvernement provincial remplit toutes ses obligations, \u2014 faudrait-il ne pas pouvoir entretenir cette espérance ?\u2014 pourquoi penser à l\u2019aide fédérale ?Le mémoire de Laval ne s\u2019étend pas sur le sujet.Celui de l\u2019Université de Montréal, après des considérations fermes sur l\u2019université et la constitution, en vient à traiter des « sommes périmées de l\u2019aide fédérale », c\u2019est-à-dire des crédits votés par le gouvernement fédéral pour les universités du Québec, mais qui n\u2019ont pas été utilisés.L\u2019auteur du mémoire a conscience d\u2019entreprendre un sujet difficile: « Nous en venons maintenant à une difficulté d\u2019ordre pratique, sujet de discussion et d\u2019énervement dans bon nombre de milieux, tant universitaires qu\u2019éducationnels ou politiques, et qu\u2019il vaudrait peut-être mieux ne pas toucher.» (P.74.) Les considérations qui suivent ne manquent ni d\u2019originalité ni d\u2019habileté.Elles laissent toutefois une impression d\u2019insatisfaction, du moins à ceux qui auraient préféré une attitude plus catégorique.L\u2019aide fédérale se conçoit dans des domaines où le gouvernement fédéral a juridiction, soit seul, comme dans le cas du personnel de l\u2019armée, soit conjointement avec les provinces, comme dans l\u2019immigration.Le mémoire de l\u2019Université de Montréal renferme sur ce sujet des réflexions qui nous paraissent pertinentes.* Selon S.S.Pie XII, la mission de l\u2019université « est d\u2019être un foyer rayonnant de vie intellectuelle au bénéfice de la communauté nationale, dans cette atmosphère de saine liberté propre à toute culture ».C\u2019est dans cette haute perspective que l\u2019Université Laval et l\u2019Université de Montréal ont présenté leurs mémoires, comme c\u2019est dans cette même perspective que ces mémoires ont été reçus par la Commission Tremblay.Souhaitons à nos universités de posséder, le plus tôt possible, tous les moyens nécessaires à l\u2019accomplissement de leur haute mission.Ce même souhait s\u2019adresse évidemment à la plus jeune des universités du Québec: l\u2019Université de Sherbrooke, appelée à rayonner dans la région prospère de l\u2019Estrie.Une politique de sobriété Paul-Emile GINGRAS UN REDRESSEMENT s\u2019impose dans le commerce et la consommation des boissons alcooliques.Il y a lieu de s\u2019inquiéter de la situation, d\u2019établir une politique de sobriété, de discuter le problème autrement qu\u2019on ne le fait actuellement, spécialement à la Législature de Québec.LA SITUATION 1.Deux témoignages.\u2014Le 7 février 1954, S.Ém.le cardinal Léger déclarait : « Si notre peuple ne contracte pas d\u2019ici dix ans des habitudes de tempérance et d\u2019économie, il aura cessé d\u2019exister.» Au cours du même mois, une autre autorité, le Dr Candau, directeur général de l\u2019Organisation mondiale de la Santé, organisme technique de l\u2019O.N.U., apportait un témoignage semblable: « Les campagnes antialcooliques ont longtemps été traitées par beaucoup comme ces vœux pieux toujours recommencés, sans espoir d\u2019être exaucés.Il faut désormais voir les choses en face: si l\u2019on ne remédie pas aux effets de la consommation alcoolique et de la vie des concentrations urbaines, l\u2019avenir le plus pro- M.Paul-Émile Gingras, chef du secrétariat des Ligues du Sacré-Cœur, revient sur un sujet qu'il connaît bien.chain des races « civilisées » (et des autres) sera mis en question.» 2.Des statistiques.\u2014 L\u2019Annuaire de la province de Québec, édition de 1953, rapporte, en chiffres, les faits suivants.a)\tLe coût de la consommation des boissons alcooliques saute de $46,886,947 en 1942 à $126,577,128 en 1952, soit une augmentation de 169%; au cours de la même période, la population ne croît que de 23%, passant de 3,390,000 à 4,174,000.Encore le coût ainsi estimé est-il celui des ventes dans les magasins autorisés et non le prix réel payé par le consommateur dans les hôtels, les restaurants, les cafés, où la boisson, vendue au verre, est payée quatre ou cinq fois le prix régulier de la Régie des alcools.b)\tL'Assistance publique a secouru : 14,891 patients dans les hôpitaux psychiatriques (1951); 11,450 enfants de 0 à 5 ans dans les crèches (1951): 19,952 pensionnaires dans les orphelinats (1951) ; 3,511 élèves dans les écoles de protection (31 déc.1952).c)\tPour la criminalité, on recense : 13,876 accusés admis en prison (1951); 6,032 jeunes délinquants traduits en justice (1951); AVRIL 1954 103 8,907 condamnations pour crimes et délits graves (1950); 10,232 condamnations pour ivresse (1951).d) Les accidents d\u2019automobiles ayant causé plus de $25 de dommages se chiffrent, en 1952, à 99,153.L\u2019intempérance entre en cause dans l\u2019assistance publique, la criminalité et les accidents à des degrés divers.Pour les crimes et délits graves, elle influe sur 75 à 90% des cas; pour l\u2019ensemble des résultats, la cause alcool est certainement de l\u2019ordre de 40%.D\u2019ailleurs, les fous, les criminels, les victimes de l\u2019intempérance sont loin d\u2019être tous hospitalisés, coffrés ou même recensés! 3.Aspects nouveaux.\u2014 L\u2019intempérance a traditionnellement sévi au pays de Québec.La situation actuelle offre cependant, sur les plans de la vie morale, sociale et politique, des aspects nouveaux qui commandent l\u2019attention.a) Moralité publique.\u2014 Hier, on attaquait la taverne ou l\u2019abus domestique.Aujourd\u2019hui, le problème est davantage celui de la déchéance publique de la jeunesse et de la femme, vu les désordres simultanés de l\u2019alcool et de l\u2019immoralité qu\u2019occasionnent les buvettes mixtes.Le jeune homme a vingt ans.Il a reçu une éducation familiale et une instruction honnête.Ouvrier d\u2019usine ou employé de bureau, ses compagnons l\u2019attirent au cabaret.Il en prend l\u2019habitude.Son salaire hebdomadaire s\u2019y dépense en quelques heures et souvent d\u2019avance.Il oublie sa messe du dimanche, dernier rempart de sa pratique religieuse.Il n\u2019est plus chez lui parmi les siens; il mine sa santé, contracte des habitudes vicieuses, sinon des maladies; il perd confiance en lui-même, dans l\u2019avenir, dans la vie.Environ 250,000 jeunes Québécois occupent régulièrement leurs loisirs, au moins ceux de leurs fins de semaine et de leurs vacances, à fréquenter les buvettes mixtes, passent pratiquement la nuit du samedi au dimanche et l\u2019après-midi des fêtes à boire, à danser, à se saouler de musique et de spectacles vulgaires, voire immoraux.Cet abrutissement public collectif caractérise la crise d\u2019intempérance actuelle.Il s\u2019attaque directement aux valeurs essentielles de la nation : vie religieuse, famille, santé, loisirs, économie, amour.Élément nouveau qui s\u2019ajoute aux méfaits ordinaires de l\u2019intempérance au foyer.b) Obéissance aux lois.\u2014 « Il n\u2019y a pas, à mon sens, de plus funeste élément pour détruire l\u2019ordre et la société et arrêter son progrès que la désobéissance aux lois qu\u2019un peuple s\u2019est données.» Le principe énoncé en 1921 par le chef du parti libéral est familier au chef de l\u2019Union nationale en 1954; ce dernier y a eu recours récemment à l\u2019occasion de lois ouvrières, de luttes contre les communistes ou les témoins de Jéhovah.Les philosophes et les historiens reconnaissent d\u2019ailleurs l\u2019évidence de ce jugement des chefs politiques.Or, la désobéissance aux lois est précisément la seconde caractéristique de notre problème moderne de tempérance.Le commerce et la consommation des boissons alcooliques s\u2019accompagnent aujourd\u2019hui de violations ouvertes et tolérées de la loi, de multiples infractions commises par commerçants et clients, infractions dont la tolérance notoire rend complice le législateur lui-même.La vente de boissons alcooliques aux moins de vingt ans, la vente après minuit le samedi soir, la vente hors des repas le dimanche: autant d\u2019actes illégaux et tolérés.En janvier et février 1954, quelques informateurs du Comité de Moralité du diocèse de Saint-Jean relevaient 130 infractions à la Loi des liqueurs dans le seul comté de Saint-Jean.La liste de ces infractions était adressée aux autorités.« Tolérance », conclut le Comité.A Montréal, le Service diocésain de Tempérance avertit six fois, par lettres recommandées, le procureur général, chargé de l\u2019observance de la loi, des illégalités commises dans un débit de boisson avant que l\u2019autorité n\u2019intervienne.Le cas réglé, le Service entreprend la dénonciation des illégalités d\u2019un autre débit: après cinq mois de correspondance avec les autorités, après dix lettres, le débit poursuit son commerce illégal.Le gouvernement apprend ainsi au peuple à mépriser les lois: pareils abus et pareille tolérance attaquent l\u2019ordre même de la société.Les gens qui désobéissent à la Loi des liqueurs et qui connaissent la tolérance des autorités, qui les fera obéir demain à la loi et à l\u2019autorité ?UNE POLITIQUE DE SOBRIÉTÉ L\u2019analyse rapide de la situation et l\u2019exemple d\u2019États préoccupés de sobriété nous suggèrent une politique, un programme dont les grandes lignes tiendraient sous trois chefs: éducation, recherches, législation.1.Éducation.\u2014Comme pour toute vertu morale, la pratique de la sobriété repose sur des convictions personnelles.« Il est évident, écrivaient NN.SS.les évêques en 1938, que la plus forte digue à opposer à la marée montante de l\u2019alcoolisme, c\u2019est la moralisation des individus et des classes où le fléau fait le plus de ravages.» L\u2019éducation est le fondement rationnel et indispensable d\u2019une politique de sobriété.La tâche de cette éducation de la sobriété revient naturellement à tous les dirigeants de l\u2019éducation en général: Église, parents, maîtres, gouvernement, et aussi à tous les individus et à toutes les associations et organismes intéressés à l\u2019éducation populaire: radio, journaux, mouvements d\u2019action catholique ou nationale, associations professionnelles, unions d\u2019ouvriers ou de cultivateurs.Ainsi l\u2019entendait, en 1938, l\u2019épiscopat, qui désignait alors les groupes suivants: législateurs, prêtres, parents, instituteurs et professeurs de collèges et d\u2019universités, médecins, criminalistes, sociologues et hommes politiques.« Que tous ceux à qui la Providence a donné talents et influence comprennent le 104 RELATIONS devoir social qui leur incombe de collaborer à cette œuvre de régénération temporelle et spirituelle que Nous inaugurons.» (Lettre pastorale collective sur la Tempérance, nn.34-41.) L\u2019éducation ne peut donc être abandonnée à tel groupe particulier, à des sociétés d\u2019abstinents comme les Cercles Lacordaire, ou à des mouvements d\u2019apostolat social, qui ne sont même pas des ligues de tempérance, comme les Ligues du Sacré-Cœur.Sans doute, tels individus et tels groupes auront ici une responsabilité particulière; mais l\u2019œuvre totale de l\u2019éducation de la sobriété est d\u2019ordre beaucoup plus général.La collaboration serait plus effective si elle relevait d\u2019une direction spécialisée.Nous concevons facilement un service provincial, constitué de quelques spécialistes en éducation populaire, qui tracerait les programmes scolaires, orienterait l\u2019éducation populaire, renseignerait et documenterait le public et ses chefs.Quelques hommes suffiraient pour diriger ce centre d\u2019information, apte à influencer par ses contacts, ses suggestions et ses directives l\u2019éducation à la fois populaire et scolaire.Ce service provincial \u2014 il en existe du même genre en d\u2019autres pays, et partiellement chez nos voisins \u2014 se financerait aisément à l\u2019aide d\u2019un « fonds de sobriété » tiré d\u2019une partie des revenus de la Régie des alcools.(On sait que ces revenus dépassent les $30 millions.) Ne serait-ce pas le premier et meilleur usage qu\u2019un gouvernement devrait faire des revenus de son commerce de l\u2019alcool ?Nous sommes d\u2019avance assuré que contribueraient à ce fonds de sobriété les commerçants eux-mêmes.2.Recherches.\u2014 Si l\u2019on pense \u2014 et le témoignage des sociologues nous y contraint \u2014 que l\u2019intempérance est source de mort et de désordre grave pour notre société, il va de soi que le problème nécessite des recherches scientifiques.Sur le service provincial d\u2019éducation se grefferait naturellement un centre d\u2019études et de recherches sur la sobriété.De tels centres existent ailleurs, par exemple, à l\u2019Université Yale et dans la province d\u2019Ontario (qui a son Alcoholism Research Foundation).Faute de données scientifiques, il est actuellement impossible de procéder rationnellement dans l\u2019éducation et la législation.Or, au Québec, nous avons à déplorer une absence quasi totale d\u2019études sociales, économiques, juridiques et même morales sur l\u2019alcool.L\u2019université n\u2019a pas de chaire ou de spécialistes attitrés; le moraliste attend les enquêtes du sociologue; l\u2019avocat craint le politicien; l\u2019économiste accède difficilement aux sources de ses chiffres; l\u2019histoire et la pédagogie n\u2019ont pas été intéressées.La compagnie General Motors dépensait récemment $1 million 3^ en travaux de recherches sur la production du modèle Corvette.Les hommes et les âmes ont-ils chez nous une moins grande valeur ?De fortes sommes sont réservées aux recherches contre la tuberculose ou le cancer; pourquoi les refuser quand il s\u2019agit de sauver les 25,000 alcooliques de cette province ?3.Législation.\u2014 Enfin, une politique intelligente de sobriété mènera au statut légal du commerce de l\u2019alcool et à son application.La loi actuelle n\u2019est pas appliquée.Si elle est bonne, pourquoi?Si elle est imparfaite, qu\u2019on l\u2019amende! Il y a lieu d\u2019étudier les possibilités d\u2019application de la loi, les amendements particuliers qui s\u2019imposent d\u2019urgence, une refonte éventuelle du texte entier.Les trois étapes supposent les travaux de recherches que nous venons de suggérer.Autrement, il s\u2019agira d\u2019expériences dans un domaine où il est tragique d\u2019errer.Les problèmes de législation se posent nombreux et complexes: heures de vente, tenue des établissements, commerce aux jours de fête, poursuites judiciaires, publicité alcoolique, pouvoirs provinciaux et municipaux de la force policière, distribution et mode d\u2019octroi des permis, indépendance de la Régie des alcools, etc.On ne légiférera point honnêtement sur ces questions sans étude ni enquête désintéressées et scientifiques.* L\u2019éducation, les recherches, la législation apparaissaient comme les trois éléments nécessaires et interdépendants de la solution du problème de la sobriété.La législation prudente suivra les recherches; l\u2019éducation monnayera auprès du peuple le sens de la loi et le persuadera de la suivre.A une croisade de tempérance, à une politique de sobriété s\u2019impose ce triple aspect, incombe cette triple tâche.L\u2019organisation d\u2019un tel travail requiert une direction, les services de spécialistes.Dans un prochain article, nous discuterons du fonctionnement pratique d\u2019un tel organisme.Faut-il, en terminant, rappeler l\u2019attitude de la Législature de Québec depuis tant d\u2019années devant le problème ?Les derniers débats de novembre et de mars la continuent: simples débats politiques, ils n\u2019atteignent pas le cœur du problème.FOI, MÉDECINE, MUSIQUE ET CHIMIE Alexandre DUGRÉ, S.J.IES JOURS SAINTS, le renouveau des consciences et la vraie mode de Pâques feront goûter ce modeste rappel de trois figures d\u2019hommes supérieurs, à trois époques et en trois domaines différents, mais réunis dans la même foi et la même communauté d\u2019âme.Le docteur Alexis Carrel (1873-1944).\u2014Voilà dix ans qu\u2019il mourait et vingt ans qu\u2019il publiait son magistral ouvrage l'Homme, cet inconnu.Suivront la Prière, le Voyage de Lourdes et Réflexions sur la conduite de la vie, toute une pensée chrétienne et moderne.AVRIL 1954 105 Le célèbre médecin lyonnais de l\u2019Institut Rockefeller et du prix Nobel avait commencé par suivre le mauvais courant laïque de 1900; il fut sauvé par sa droiture.Il fut assez franc pour reconnaître le miracle chez une mourante guérie sous ses yeux à Lourdes: « Si celle-là guérit, je croirai à tout et je me ferai moine », avait-il dit.Mais non, à trente ans, dites donc.Mais il soutint le miracle, si bien que « les savants confrères » l\u2019avertirent: « Avec des idées pareilles, rien à faire ici.» Il arrive donc à New-York, travailler aux recherches.Sa vie est austère: cinq heures de sommeil lui suffisent.Levé à cinq heures et demie, il déjeune d\u2019un verre de lait: « Le jeûne éclaircit les idées.Au bout de deux ou trois générations, les souris sous-alimentées sont plus intelligentes que les autres \u2014 comme les Juifs! » Il élève jusqu\u2019à 55,000 souris; il observe que l\u2019alcool les fait plus grosses, mais moins futées.Il observe surtout les hommes et, redresseur de torts, il est impartial dans la critique, ordinairement acérée.S\u2019il dauba sur l\u2019Europe d\u2019abord, l\u2019Amérique eut son tour, « pour le caractère inhumain de la civilisation barbarisée.Nous reculons, nous dégénérons, nous devenons fous ».La religion du confort aboutit à l\u2019idiotie intellectuelle et à l\u2019idiotie morale, encore pire.Sur la destinée humaine, « la réponse de la foi est incomparablement plus satisfaisante que celle de la science.La vie ne consiste pas à comprendre, mais à aimer, à aider les autres, à prier, à travailler.« A New-York, la vie des humains devient pénible.Nous nous trouvons dans la même situation que les microbes enfermés dans un bouillon de culture, empoisonnés par les produits de notre activité.A côté de l\u2019activité qui s\u2019ordonne de plus en plus, il y a une sorte de désintégration des individus, produite à la fois par une trop grande facilité de vie et par une certaine forme de l\u2019éducation.Souhaitons qu\u2019en France on ait la sagesse de ne pas imiter complètement les méthodes américaines.» Le Paris d\u2019entre les deux guerres attrape de même ses vérités: « Je ne peux plus supporter les civilisés de Paris.; ces bavards me rendent malade lorsque je vois tout ce qu\u2019il faudrait faire.» Notre démocratie n\u2019a pas su former l\u2019aristocratie nécessaire à sa propre direction.Bien dangereux pour un pays d\u2019être dirigé par des petits bourgeois et des ouvriers ignorants.Sûr, la démocratie sous sa forme présente a fait banqueroute.Elle est une erreur de cerveaux de primaires.Le monde ne peut progresser que par une amélioration de la qualité du matériel humain.Le mensonge est devenu le crime principal des modernes.Il détruit la vie communautaire des nations.Il faut se débarrasser du mensonge comme du typhus.La jalousie peut être plus forte que l\u2019amour de soi-même.Comment amener l\u2019union, combattre la division?Hygiène morale analogue à l\u2019hygiène physiologique.Dressage.Générosité.Juger sainement.La liberté de se conduire à sa guise n\u2019a pas assuré le bonheur.Un idéal, une foi, une attitude héroïque devant la vie sont indispensables.« Les héros et les saints doivent gravir le calvaire.» Carrel voulut fonder « une institution scientifique pour construire des hommes civilisés », pour secourir les enfants de sa patrie blessée.Il note: «Le 12 février 1940, Paris.\u2014 Quelle immense erreur que celle de notre civilisation! Le laïcisme et la tutelle des administrations ont fait faillite.Dans les régiments, on voit les résultats des efforts administratifs pour les enfants assistés.Les plus malheureux, ceux qui ont la plus mauvaise conduite, sont les orphelins de la dernière guerre.Le père tué, la mère morte à la peine, l\u2019enfant confié à la Nation !.«Le 16 décembre 1940.\u2014 Il n\u2019y a plus d\u2019espoir.Tout s\u2019écroule, et personne n\u2019est capable de reconstruire.Quel aveuglement des intellectuels! Chercher dans les formes politiques et sociales l\u2019explication des événements présents ?N\u2019est-ce pas absurde quand la bêtise et la corruption de l\u2019individu sont la cause des catastrophes?Moi-même, je n\u2019ai rien compris.Je commence à comprendre quand il est trop tard!.» Conclusion: seuls les chercheurs de Dieu, les grands mystiques sont dans le vrai, parce qu\u2019ils sont dans le réel, dans ce qui dure.A Montréal, en 1904, Carrel a refusé à un jeune chirurgien canadien de s\u2019affilier à une loge maçonnique.Trente ans plus tard, retiré en Bretagne, il rencontre et fréquente un saint, « un vrai saint, comme saint Bruno », Dom Alexis Presse, et il se laissera faire par la grâce et le bon sens.Voici une prière de 1938 d\u2019un Carrel de soixante-cinq ans: « Seigneur, je vous remercie de m\u2019avoir conservé la vie plus longtemps qu\u2019à la plupart de mes compagnons d\u2019autrefois.Avant de refermer le livre, donnez-moi la grâce d\u2019y lire ce que je ne sais pas encore.Ma vie a été un désert, car je ne vous ai pas connu.Faites que, malgré l\u2019automne, le désert fleurisse.Que chaque minute des jours qui me restent soit consacrée à Vous.Je ne veux rien pour moi, excepté votre grâce.Que je sois dans vos mains comme la fumée emportée par le vent.Pour ceux que j\u2019aime, donnez-moi la lumière, afin que je puisse les aider.Loquere, Domine, quia audit servus luus.» Une semaine plus tard, imploration toute semblable: « Seigneur, prenez la direction de ma vie, car je suis perdu dans l\u2019obscurité.Tout ce que votre volonté m\u2019inspirera de faire, je le ferai.Il faut, Seigneur, s\u2019approcher de Vous en toute pureté et humilité.Comment réparer le mal que j\u2019ai fait aux autres, et faire aujourd\u2019hui le bien que j\u2019ai omis?.Que chaque minute de ma vie soit consacrée à votre service, Seigneur.Dans l\u2019obscurité où je trébuche, je vous cherche sans cesse.» Il retrouva Dieu; il fut calomnié; il reçut les derniers sacrements avec la simplicité d\u2019un enfant.Gounod (1818-1893).\u2014Sa mère ne pratiquait pas; le fils s\u2019en ressentit.Heureusement, le prix de Rome qu\u2019il obtint à vingt et un ans, au lieu de lui monter la tête, lui fera trouver la foi, grâce au futur Mgr Gay.Cet ancien condisciple de lycée lui écrit: « Je sais ton âme par cœur.Ce n\u2019est qu\u2019en Dieu qu\u2019elle peut se reposer, se dilater et fleurir.» Gounod répond: « Je t\u2019écris les yeux sur Saint-Pierre et le cœur dedans, j\u2019espère.» Au jour de l\u2019an 1869: « Ce matin, à Sainte-Cécile, avec mon ami Gay.Il a dit la messe, que j\u2019ai servie, sur l\u2019autel où repose le cœur de la sainte.» Gounod aime servir la messe.Un jour de Toussaint, après l\u2019évangile des béatitudes, il dit avec enthousiasme au célébrant: « Si nous recommencions, c\u2019est tellement beau! » Il écrit à ses amis de Ségur, en 1869: « Je recommande à vos prières, non seulement la vie de mon âme et de mon cœur, mais celle de mon intelligence.Je vous fais responsable de mes lumières.Vous direz avec moi le Magnificat pour remercier Celui qui a fait en moi de grandes choses.» En 1869, resté à Rome, le fils-apôtre écrit de si belles choses qu\u2019il convertit sa mère, d\u2019abord inquiète pour sa vocation musicale.Sa préférence donnée à la musique religieuse le fera appeler le curé de la musique.Lui-même s\u2019amuse à signer parfois abbé Gounod.Eut-il l\u2019idée du sacerdoce?Oui, lui-même l\u2019a écrit: « Je me sentis une véritable idée d\u2019adopter la vie ecclésiastique.J\u2019avais ajouté quelques études de philosophie et de théologie.J\u2019ai suivi même, tout un hiver, sous l\u2019habit ecclésiastique, les cours de théologie du Séminaire de Saint-Sulpice.Je me méprenais sur ma nature.Je sentis qu\u2019il 106 RELATIONS me serait impossible de vivre sans mon art, et je rentrai dans le monde.» Il y subit des assauts et des chutes, mais il garda la foi: « Ce n\u2019est pas de tomber qui fait qu\u2019on n\u2019est pas homme, c\u2019est de ne pas se relever.» Michel-Ange et Mozart furent souvent pécheurs, ils furent toujours chrétiens.Gounod aussi.Toujours apôtre, il écrit à Victor Hugo, en la fête de la conversion de saint Paul (1874): « Cher monsieur et illustre compatriote, je ne suis pas grand chose, et vous êtes une gloire.De plus, vous êtes l\u2019organe puissant d\u2019un grand parti politique dont la prédominance serait la ruine de l\u2019ordre social.La loi de la vie, c\u2019est l\u2019équilibre.Vous voulez que le troupeau devienne le berger; vous voulez que la somme des aveugles égale la lumière; vous voulez qu\u2019il n\u2019y ait plus de maître afin qu\u2019il n\u2019y ait plus de sujets.Nous ne le voulons pas.Nous ne voulons pas avoir des maîtres, mais un Maître, selon qu\u2019il est écrit: Ne vous appelez pas maîtres, vous n'avez qu'un Maître, le Christ.Nous ne voulons pas être des brebis errantes, mais un seul troupeau n'ayant qu'un seul Pasteur.Nous ne voulons pas être des aveugles conduits par des aveugles.» Il écrit un résumé de catéchisme pour un petit-fils, avec cette double épigraphe: Une seule chose est nécessaire.et Je n'ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.A la fin de sa vie, quand il souffre, il note: « L\u2019homme a coûté Dieu, et Dieu ne coûterait rien à l\u2019homme?.» En guise de repos, il écrit des méditations sur la prière, des notes sur la foi et la raison, une belle traduction de dix sermons de saint Léon pour Noël.Comme repos de la musique, n\u2019est-ce pas?.On en souhaite autant à nos artistes, aux moitiés ou quarts d\u2019artistes.Faites ça, et vous vivrez.Le baron Thénard (1777-1857).\u2014 La chimie est à l\u2019honneur, les laboratoires en font du feu! Bientôt l\u2019atome révolutionnera le monde, non plus en le tuant, mais en l\u2019aidant à vivre, à se chauffer, à remplacer la gazoline dans les moteurs et les automobiles.On sait la parole imbécile et féroce de l\u2019insensé révolutionnaire Coffinhal, refusant de retarder l\u2019exécution du grand Lavoisier, le père de la chimie, qui voulait achever des expériences: « La république n\u2019a pas besoin de savants.Que la justice suive son cours! » Ainsi donc, a-t-on dit, « il n\u2019a fallu qu\u2019un moment pour faire tomber cette tête, et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable ».De fait, Pasteur sera le seul continuateur digne de ce Lavoisier, qui a découvert l\u2019oxygène, l\u2019acide carbonique et la composition réelle de la matière.En attendant Pasteur, il y eut Thénard, créé baron pour sa chimie, non pour sa naissance: il n\u2019était pas fils de château, mais de pauvres paysans.Né en Champagne, instruit par son curé, à dix-sept ans il vient à Paris gagner ses études et sa vie.Son rêve serait d\u2019être pharmacien et, si possible, un peu épicier.Pensionné à seize sous par jour chez un Auvergnat, il écoute les leçons des chimistes Fourcroy et Vauquelin, mais sans pouvoir se payer de laboratoire.Il s\u2019offre à Vauquelin comme serviteur.Non, merci, Vauquelin est trop pauvre.Heureusement, ses sœurs ont pitié de l\u2019adolescent, dont le chagrin et les allures campagnardes les ont conquises: « Mais il est gentil ce petit! Tu devrais le garder.Il aiderait dans le laboratoire et il surveillerait notre pot-au-feu, que tes muscadins laissaient trop bouillir.» Ainsi Thénard, entré par la cuisine, dira plus tard: « Je n\u2019ai jamais été assez ingrat pour oublier qu\u2019un pot-au-feu qui bout ne fait que de la mauvaise soupe.» Aimé de tous pour son beau caractère, au bout de trois ans d\u2019efforts il devient professeur.Comme il ne paie pas de mine et que son élocution est piteuse, il se prive de manger pour suivre des cours de diction au théâtre.Il en gagne, ça va; mais un jour qu\u2019il aperçoit dans la salle Vauquelin et Fourcroy souriant à ses efforts, il pâlit, perd la tête et prend la fuite.Bientôt son génie s\u2019impose, et la timidité disparaît.A vingt-sept ans, titulaire de chimie au Collège de France, puis à Polytechnique, élu à l\u2019Académie des Sciences à trente-deux ans, il pense tout de suite à sa mère: «Je pris mon paquet et je partis.Quelle joie je lui causerais! Pour comble de bonheur, j\u2019apportais un livre qu\u2019elle avait demandé, Y Imitation de Jésus-Christ en gros caractères, qu\u2019elle pourrait lire sans lunettes.Cet exemplaire tant cherché m\u2019avait paru la plus précieuse de mes découvertes.» Au village, ce fut tout un accueil.« Maintenant il faut te marier », lui dit sa mère.Dans une famille amie, une jeune fille lui plaît bien; mais il se croit indigne d\u2019elle.Par un petit miracle, ce fut la belle-mère, une belle-mère idéale, qui devina tout, qui arrangea tout pour le plus heureux des mariages.Et la vie continue, la science aussi: 40,000 jeunes gens doivent à notre savant leur science, même « presque toute l\u2019Europe », disait Flourens.Il découvre les éthers, le chlore, le potassium, le sodium et, en 1818, l\u2019eau oxygénée, qui attire les savants de partout, entre autres le grand Berzélius, de Suède.Les deux savants, éblouis l\u2019un de l\u2019autre, se disaient leur admiration mutuelle quand sonna le cours de Thénard, qui s\u2019enfuit en vitesse.Pendant sa leçon, voilà qu\u2019il se trouble, comme paralysé.Il explique son émotion: « Messieurs, Berzélius est là! » Aussitôt les étudiants font cercle au visiteur et le portent dans un fauteuil sur l\u2019estrade.Le digne et froid nordique est dégelé, emballé: « Il est impossible avec de tels élèves, dit-il, de n\u2019être pas bon professeur!.Je voulais savoir.Oui, votre talent est encore supérieur à votre renommée.» Les étudiants prouvèrent leur amour quand Thénard faillit s\u2019empoisonner avec un sublimé corrosif, avalé par erreur: « Qu\u2019on aille me chercher des œufs! » crie le professeur.Tout le monde s\u2019élance par portes et fenêtres; une montagne d\u2019œufs arrivent, le fameux docteur Dupuytren accourt, et les étudiants de toutes les écoles font le guet autour de la maison, pour écarter le bruit et les importuns.Quand Thénard revient à sa chaire, c\u2019est une ivresse de joie.Un seul reste calme, c\u2019est lui-même, la modestie faite homme.Quand le roi Charles X le crée baron, il objecte: « Et Gay-Lussac?Pourquoi ne l\u2019est-il pas?Autant que moi il doit l\u2019être.» Thénard meurt subitement à quatre-vingts ans.Aux obsèques, qui furent grandioses, le célèbre abbé Hamon fit l\u2019éloge de « son cœur profondément chrétien, de sa foi intelligente, qui lui montrait au ciel Dieu à honorer, et en lui-même une âme à sauver.Chaque dimanche il venait parmi le menu peuple assister aux saints offices, les yeux et le cœur fixés dans le livre de la prière.Il n\u2019était pas de ceux qui disent: Je me confesserai à la mort.Non, il était toujours prêt.Il n\u2019a jamais refusé ses généreuses aumônes, et il en a fait de secrètes à des pauvres cachés.En lui je perds un des meilleurs soutiens des pauvres.J\u2019avais besoin d\u2019épancher mon cœur ».Ce baron né aux champs fut un parvenu de la bonne espèce.Dieu n\u2019a pas regretté ses dix talents.AVRIL 1954 107 LE COMMUNISME CONTRE LUI-MÊME QUAND nous accusons le communisme de se contredire, de prêcher et d\u2019exalter l\u2019amour, la liberté, la personne humaine, et d\u2019organiser la haine, l\u2019esclavage et le sabotage des virtualités créatrices de l\u2019homme, il « proteste que tout cela n\u2019est qu\u2019une transition, une épuration ».Ce dernier mot, hélas! évoque concrètement l\u2019horreur des purges sanglantes auxquelles s\u2019adonne volontiers la tyrannie communiste.Surtout, remarque M.Jacques Lavigne, dans son splendide essai sur V Inquiétude humaine (dont il y aurait encore beaucoup à citer et à commenter), « il est à craindre que l\u2019on ne puisse difficilement tirer la liberté de l\u2019esclavage, l\u2019amour de la haine, la démocratie de la dictature.L\u2019histoire nous enseigne d\u2019autres leçons ».En effet, la révolution finale l\u2019emportera et le paradis communiste s\u2019inaugurera lorsque l\u2019État, regorgeant de tous les biens, versera à chacun de quoi satisfaire tous ses besoins.Mais, d\u2019abord, quand l\u2019État communiste regorgera-t-il de.tous les biens ?Et puis, « où finiront les besoins des hommes nouveaux?Évidemment, il n\u2019y aura plus d\u2019envie et de disputes à propos de propriétés et d\u2019héritages ».Est-ce bien sûr ?Et « comment atteindre à une production assez abondante pour combler un homme qui a mis son absolu dans la possession de la terre ?Qui peut dire aussi que l\u2019ancien désir de puissance, de gloire et de domination sera mort avec la disparition des classes et de l\u2019argent ?Le capitalisme n\u2019a pas inventé l\u2019homme., il est une invention de l\u2019homme.Est-ce que dans un régime sans propriété toutes les incompréhensions qui naissent de la disparité des savoirs, des tempéraments et des milieux seront pour autant éliminées ?Et comment sera supprimée cette pauvreté intérieure en nous et chez les autres qui rend l\u2019amour des hommes si précaire et toujours prompt à accueillir l\u2019incident qui va le détruire, et toujours disposé à se transformer en une haine d\u2019autant plus forte qu\u2019elle exprime à la fois sa déception vis-à-vis d\u2019autrui, dont il attendait tout, et l\u2019horreur que lui inspire le vide de sa solitude toujours retrouvée ?On ne triomphe pas de l\u2019insuffisance radicale de l\u2019homme uniquement par des liens de camaraderie et en mêlant et multipliant des amours déficientes ».C\u2019est pourquoi « le communisme travaille contre lui-même ».S\u2019il a une histoire, lui qui insiste tant sur la valeur du développement de l\u2019histoire, « c\u2019est celle de l\u2019impossibilité de son terme.Certes, il soutiendra qu\u2019il prépare des générations futures.Mais quelle est donc cette humanité de demain qu\u2019on ne peut construire qu\u2019en reniant celle d\u2019aujourd\u2019hui?Quel est cet homme futur dont l\u2019ancêtre a si peu de prix ?Où donc aura-t-il appris le sens de la dignité ?Où aura-t-on appris à le respecter », puisque, sans répit, par le processus irréversible de la dialectique matérialiste, l\u2019homme d\u2019hier n\u2019a existé que pour servir de marchepied à celui d\u2019aujourd\u2019hui, dont toute la valeur consiste à préparer l\u2019homme qui, demain, se retrouvera au rouet, pour parler comme Pascal, le rouet de l\u2019esclavage ?Et M.Lavigne de conclure: « Ainsi on n\u2019échappe pas aux limites de l\u2019histoire.Elles sont, en réalité, une ouverture sur l\u2019infini, sur l\u2019intemporel.C\u2019est pour avoir refusé de le reconnaître que le capitalisme nous conduit à un égoïsme avide et toujours insatisfait; et le communisme, à un rêve communautaire qui ne réussit à s\u2019établir qu\u2019au détriment des hommes qu\u2019il rassemble.» Et s\u2019il faut choisir?demandez-vous.Ce sera le capitalisme « où, tout de même, il reste une zone de liberté.Mais nous le choisirons pour tenter de le dépasser », en le corrigeant par les apports de la doctrine sociale et économique de l\u2019Église.108 AVEC OU SANS COMMENTAIRES LA RECONNAISSANCE DE LA CHINE ROUGE Nous publions, à titre documentaire, des extraits de deux textes relatifs à la reconnaissance de la Chine rouge.Le premier texte a fait l'objet d\u2019une dépêche expédiée de Montréal par la British United Press, le second est une lettre qui nous est parvenue directement de Chine.« Commerce sanglant )) .Depuis des années, les missionnaires ont vu le communisme gagner la Chine grâce aux complicités et aux mensonges qui préparèrent les lâchetés de l\u2019Occident.On disait que le communisme chinois n\u2019était pas comme les autres communismes; on faisait espérer une rupture avec Moscou qui ne venait jamais; on a tout sacrifié, pour préparer l\u2019avènement de la tyrannie rouge en Chine.Cela, les missionnaires le savaient.L\u2019un d\u2019entre eux, le Père James Kearny, S.J., de Nankin, l\u2019a dit au nom de tous dans son inoubliable « Lettre ouverte au général Marshall ».(Cette « Lettre ouverte au général Marshall » a paru dans la revue America du 15 janvier 1949.Relations en a reproduit une partie dans son numéro de février 1949, p.44.) On ne les a pas écoutés alors.On ne les écoute pas davantage quand ils proclament aujourd\u2019hui, à la face du monde, de toute l\u2019énergie de leur souffrance, de leurs années de dévouement et de prison, que la Chine ne veut pas ce gouvernement, qu\u2019elle en a horreur, comme le peuple russe a horreur de la tyrannie rouge, le peuple polonais, de la tyrannie communiste.Cela, ceux qui connaissent le peuple chinois le savent.Et cela, l\u2019hon.M.Saint-Laurent ne peut pas ne pas le savoir.Il ne s\u2019agit pas de ce que veut le peuple chinois.Les missionnaires, qui sont presque tous sortis de la Chine rouge par la porte de Hong-Kong, peuvent témoigner non seulement des souffrances du peuple chinois sous l\u2019oppression bolchévique, mais \u2014 ils l\u2019ont vu de leurs yeux du terrible commerce qui se fait dans la grande métropole britannique de l\u2019Extrême-Orient.Ils pourraient en dire long sur le commerce chinois et sur les horreurs qu\u2019il recouvre.Aujourd\u2019hui, ils veulent simplement témoigner non seulement de leur propre douleur, mais de l\u2019infinie souffrance du peuple chinois écrasé, emprisonné, enfermé dans des camps de concentration, dispersé, quand il saura que l\u2019Occident a opté contre lui, pour ses bourreaux.Telle est la vérité essentielle qu\u2019ils sentent l\u2019obligation de dire.Ils le font, devant le peuple, avec le sentiment qu\u2019ils déchargent leur conscience d\u2019une lourde responsabilité.Philippe Côté, S.J., évêque de Süchow, Kiangsu, Chine.Mgr Edgar Larochelle, supérieur général des Prêtres des Missions étrangères.François Prud\u2019homme, C.S.V., assistant-supérieur provincial.Une lettre toute récente de Chine .Les communistes ont peur de Formose réellement.D\u2019autant plus qu\u2019il y a encore plusieurs groupes de guérillas RELATIONS à l\u2019intérieur.Les communistes admettaient eux-mêmes récemment un chiffre d\u2019au moins 150,000.Ces free lances ne sont pas tellement dangereux pour le régime, mais embêtent ici et là, et pourraient devenir réellement dangereux en cas d\u2019invasion.Maintenant, réalisez bien ceci: les communistes n\u2019osent pas de leur côté attaquer Formose.Ils pourraient peut-être réussir, mais ils pourraient bien aussi ne pas réussir, et ce serait pour eux un échec terrible et en Chine et dans toute l\u2019Asie, qui les admire somme toute, non pas pour leur système, mais pour leur « force ».Et vous avez là tout le fond de la question à propos de la Corée et de l\u2019Indochine.Les communistes, n\u2019osant pas attaquer Formose, veulent se la faire donner ou, au moins, la faire neutraliser.La guerre en Corée a fatigué le monde entier; la guerre en Indochine fatigue le monde également; et alors, on pousse l\u2019idée que la solution à tout serait d\u2019accepter la Chine aux Nations Unies, et tout « irait si bien » alors.C\u2019est ce que Genève va certainement essayer de faire.Extérieurement, les États-Unis semblent violemment opposés, et ils le sont dans leur opinion publique; mais je sais que le gouvernement n\u2019est pas tellement opposé en fait.Pékin admis aux Nations Unies, ou Formose devra être donnée à la Chine rouge ou, si elle ne l\u2019est pas, elle deviendrait un agresseur dans le cas d\u2019une attaque, et le tour est joué.Je puis vous dire bien franchement et bien humblement que le coup va probablement réussir, peut-être pas dès la conférence de Genève, mais pas très longtemps après.Oui, je connais bien l\u2019Etoile contre la Croix.Pour moi, c\u2019est le meilleur livre dans son genre sur cette question.Il devrait faire l\u2019objet de cercles d\u2019étude.Il faut admettre dans le communisme une force extraordinaire.Ses chefs ont une psychologie des foules et des individus vraiment spéciale.J\u2019ai causé ici avec nombre de missionnaires qui ont subi tout cela et qui me disent qu\u2019il arrivait un temps où ils agissaient consciemment et croyant bien faire en obéissant à tout ce que voulaient leurs juges ou autres personnages.Et alors ils signaient et même faisaient des choses « inconcevables ».Je sais aussi que ces chers missionnaires en restent marqués toute leur vie, au moins ceux que j\u2019ai pu suivre.Ils ont agi consciemment, ils le savent, et ils restent avec cette humiliation profonde, inguérissable.On arrive presque à un semblant de contradiction: agir consciemment et comme librement, mais n\u2019être plus soi-même.Un médecin français de Pékin, bien au courant, appelait cela le dédoublement de la personnalité produit à volonté.J\u2019espère que les missionnaires de retour au Canada ont fait leur part pour éclairer un peu tous nos « experts » qui n\u2019y voient que du feu.Pour nous ici, nous rencontrons tous ces gens, nous tâchons de les mettre au point, en nous basant, non pas sur des documents extérieurs, mais sur les documents communistes eux-mêmes.Mais ils ne comprennent pas, ils ne voient pas.Le seul résultat à ce jour est d\u2019avoir au moins brisé l\u2019assurance doctorale de quelques-uns.Mais je vous avoue que souvent j\u2019ai l\u2019impression que les moyens humains sont finis.Il faut laisser faire et nous rabattre totalement sur le bon Dieu et la sainte Vierge.13 mars 1954.AVRIL 1954 LES MÉFAITS DE L\u2019ALCOOLISME Nous avons reçu, il y a quelque temps, cette lettre d\u2019une lectrice des Cantons de l\u2019Est.JE PRENDS la respectueuse liberté de vous écrire pour vous féliciter au sujet de l\u2019article que M.Paul-Émile Gingras a écrit sur l\u2019alcoolisme dans Relations de janvier 1954.C\u2019est par hasard que mes yeux sont tombés sur votre revue dans une pharmacie; je pense que c\u2019est la première fois que je la lis.Très intéressant aussi, l\u2019article intitulé: «Notre apostolat auprès des protestants.» J\u2019ai été élevée en Angleterre, dans un milieu catholique, mais entouré de protestants, et je sais que, parmi ces derniers, il y a beaucoup de gens de bonne foi, qui feraient de bons catholiques s\u2019ils avaient un peu plus de lumière.Du monde honnête, sobre et loyal.Mais l\u2019article qui vous a gagné mon abonnement, c\u2019est celui qui traite de l\u2019alcoolisme.Je dis: Bravo! Encore! Je suis certaine que toutes les mères de famille m\u2019appuieront, ou plutôt, vous appuieront.Dans le fait que le gouvernement craint, en restreignant la vente de la boisson, une diminution de revenus, apparaît un manque de foi en la Providence.Je suis certaine que le bon Dieu, quand il verra se fermer une source de revenus, saura bien en susciter d\u2019autres.Et puis, elle est toujours vraie, la parole de John Ruskin à propos de l\u2019Angleterre du XIXe siècle: « La vraie richesse d\u2019un pays ne réside pas dans son argent, son or, ses biens matériels.La vraie richesse d\u2019un pays est dans son peuple, dans les qualités de ses ressources humaines.» Nous autres, catholiques, nous ajouterions: et aussi, ou plutôt surtout, dans les âmes des citoyens.Je n\u2019ai pas de titres universitaires pour écrire sur ce sujet d\u2019actualité qu\u2019est l\u2019alcoolisme.Je ne peux parler que de ce que j\u2019ai vu de mes yeux relativement aux méfaits de l\u2019alcoolisme ici au pays, en Angleterre et aussi parmi mes chers compatriotes les Irlandais, chez qui certaine faiblesse pour le whisky a rendu dans le passé bien des foyers malheureux.La Légion de Marie a beaucoup aidé parmi eux la cause de la tempérance.Mais pour un grand nombre, c\u2019est l\u2019abstinence totale qui peut seule les sauver.Je souhaiterais que beaucoup d\u2019autres braves et honnêtes écrivains entament une lutte acharnée contre l\u2019alcoolisme, fléau dont la conséquence la plus tragique est que ce sont presque toujours les enfants innocents qui payent de toutes manières pour les abus des parents, surtout du père, car elles sont rares les mères qui fréquentent les clubs de nuit.Que d\u2019épouses et que de familles abandonnées ont besoin d\u2019être assistées par le service social! Cela est dû, bien souvent, à la tentation que représente la combinaison cabaret-spectacle-bar, où le mari, le père se laisse entraîner le samedi soir, pour revenir chez lui aux petites heures du dimanche, sa paye hebdomadaire à moitié dépensée.Bientôt, il ne revient plus chez lui.Rapprochons du témoignage de cette mère de famille ce que disait S.Em.le cardinal Léger dans sa lettre pastorale publiée à l\u2019occasion de l\u2019Année mariale : Nos très chers Frères, Nous vous exhortons tout particulièrement à la tempérance dans le boire et le manger.La fréquentation des débits de boisson est devenue pour notre jeunesse non seulement une occasion de péché, mais un péril social qui menace l\u2019existence même de notre peuple.109 Au fil du mois Le problème scolaire\tL\u2019intervention des groupes ou- de Montreal\tvriers pour tenter de régler le problème scolaire de Montréal n\u2019a rien donné.Le vote proposé aurait-il été pris qu\u2019il n\u2019aurait très vraisemblablement pas réglé la situation interne des instituteurs.L\u2019entrefilet écrit sous cette même rubrique dans le numéro d\u2019août 1953 (p.216) reste actuel.L\u2019aspect légal n\u2019est pas à négliger, mais il n\u2019est pas tout.Vouloir apporter une solution au problème sans tenir compte de l\u2019élément pastoral, c\u2019est courir le risque de J\u2019aggraver.« La foi catholique, disait, l\u2019été dernier, Son Ém.le cardinal Léger à la corporation des instituteurs, est un lien qui unit pasteur et fidèles dans une communauté de pensées, de désirs et d\u2019action.» Donner ici à l\u2019expression foi catholique le sens strict d\u2019adhésion à des dogmes qui s\u2019imposent sous peine de péché, c\u2019est soustraire une foule d\u2019actions au courant vital qui doit entraîner les fidèles vers la hiérarchie.Devant un imbroglio qui empire, ne serait-il pas sage de se demander ce qu\u2019exige la formule si riche: le sens de l\u2019Église?Ce qui n\u2019empêcherait pas de considérer, avec le problème interne des instituteurs, les problèmes politiques et administratifs impliqués dans la situation scolaire de Montréal.A.P.L'autorité du chef Nos lecteurs connaissent-ils la revue française Foyers, que dirigent M.le chanoine Jean Viollet et M.Joseph Folliet?Il nous plaît beaucoup de leur recommander le numéro spécial consacré au problème de l\u2019autorité (déc.1953).Il s\u2019agit surtout de l\u2019autorité dans la famille, où toute initiative du chef n\u2019a de sens que si elle est au service de l\u2019amour (p.288).Mais avant de parler d\u2019autorité familiale, M.Jean Guitton, l\u2019un des plus purs représentants de la pensée catholique chez les laïcs de France, dessine le portrait de celui qui commande (pp.290-291).Lignes profondes, à méditer, parce que singulièrement actuelles.Jugez vous-même.« Supérieur de chacun, mais inférieur à tous, telle est la définition du chef en tous les domaines.Il commande, il a le droit d\u2019être obéi.Mais il est à son tour commandé et il obéit.A qui?A Dieu, dira-t-on.Oui, sans doute; mais entre Dieu et lui, il existe comme un relais, qui est l\u2019intérêt général, qui est le bien commun, qui est la communauté dont il est membre et qui a déposé en lui la conscience qu\u2019elle doit avoir d\u2019elle-même.Le cerveau du chef est le lieu où cette communauté décide ce qui lui convient.Et le rôle du chef est d\u2019avoir les yeux anxieusement fixés sur ce qu\u2019exige à chaque instant ce bien qui est commun.« Cela revient à dire que le chef n\u2019est pas un privilégié, constitué à part de ceux qui lui obéissent, ayant des honneurs à lui, une morale à lui, rejetant les autres dans la condition inférieure d\u2019esclaves, de sujets, de fidèles, de soldats, de paroissiens, d\u2019administrés.Le chef n\u2019est pas à part.Ou, s\u2019il est à part, c\u2019est parce qu\u2019il est et doit être obéissant plus que les autres.« Tout cela nous fait entendre qu\u2019on ne saisit rien à l\u2019autorité, quand on continue à y voir, à la manière des païens, un droit de l\u2019homme sur l\u2019homme.L\u2019autorité est un autre genre de service que l\u2019homme rend à l\u2019homme, un autre mode d\u2019obéissance.« (Et) l\u2019essence du christianisme, comme l\u2019exemple de Celui qui a dit qu\u2019il ne venait pas pour être servi, mais pour servir, nous enseignent que maîtres et serviteurs, nous le sommes tous à quelque degré.Bien plus, que plus nous sommes maîtres, plus nous devons avoir l\u2019esprit du serviteur.» Le serviteur n\u2019injurie pas celui qu\u2019il sert.Et le chef est au service de ceux qu\u2019il gouverne.Selon les exigences du bien commun et conformément à la volonté de Dieu, qui est de sanctifier tous ses enfants.Le chef n\u2019use jamais de son prestige ou de son rang pour se dispenser d\u2019observer la charité, la courtoisie.Encore moins peut-il, sans profaner le « service » sacré dont il est le ministre (ce qui signifie toujours serviteur), obéir à des intérêts particuliers au détriment du bien commun, qui est son maître; au détriment de la vie et de la vertu, premiers de tous les biens humains.M.-J.d\u2019A.Retraites fermées Le Travail, organe de la C.T.C.C.(Confédération des Travailleurs catholiques du Canada) annonce la retraite fermée annuelle des dirigeants et des permanents du mouvement.Elle commencera le jeudi 1er avril au soir, pour se terminer le dimanche 4 avril, à midi.Elle durera donc trois jours, et l\u2019aumônier général insiste pour que permanents et dirigeants sachent se dégager à temps de leur tâche habituelle et arrivent tous pour l\u2019ouverture des exercices, le jeudi soir.Ce n\u2019est pas d\u2019ailleurs une innovation.Il y a déjà quelques années que cette retraite a lieu, et elle groupe les principaux dirigeants de la C.T.C.C., en commençant par le président général et le secrétaire général.Nous ne saurions trop féliciter les syndiqués catholiques de l\u2019importance qu\u2019ils accordent à ces exercices et du soin apporté à les bien accomplir.Il y a tendance actuellement à diminuer la durée des retraites.On est aussi porté à y mêler des exercices qui n\u2019ont rien de religieux.Sous le nom, par exemple, de « retraite sociale », on organise des réunions où la première journée est consacrée aux choses spirituelles, les deux autres aux choses profanes.Il y en a même où une brève exhortation spirituelle, chaque matin, constitue le seul exercice religieux: tous les autres exercices, le long du jour, se rapportent à la profession ou au mouvement.C\u2019est abuser du mot « retraite » que de l\u2019appliquer à de telles réunions.Leurs organisateurs devraient lire les pages de l\u2019encyclique Mens Nostra où Pie XI expose les conditions d\u2019une vraie retraite, en particulier le temps qu\u2019elle doit durer.Qu\u2019après trois jours d\u2019exercices spirituels, on en consacre un ou deux, comme cela a lieu dans quelques maisons, aux problèmes professionnels ou sociaux, rien en cela de répréhensible, loin de là.Mais la pratique contraire s\u2019éloigne des directives pontificales et ne saurait donner les fruits précieux d\u2019une vraie retraite fermée.L\u2019exemple de la C.T.C.C.est réconfortant.Un plus grand nombre devraient le suivre.J.-P.A.Néo-Canadiens Depuis un peu plus de quatre ans, le ^comité des Néo-Canadiens auprès de la Commission des Écoles catholiques de Montréal fait œuvre de presse.Cinq bulletins: en polonais, ukrainien, slovaque, hongrois, lithuanien.Tous portent le nom d\u2019Ecclesia; les trois premiers sont mensuels, le quatrième est bimensuel, et le dernier, hebdomadaire.On distribue ces numéros dans les paroisses néo-canadiennes.L\u2019aîné, qui est le polonais, a mis sur le frontispice de son numéro de février: « Tom V, N° 6 ».Chaque bulletin a son rédacteur; mais ils sont toùs animés d\u2019un même esprit œcuménique.C\u2019est pourquoi ils ont droit au beau nom à\u2019Ecclesia qu\u2019ils ont adopté.Entre les vieux pays qu\u2019ils ont dû quitter et le Canada qu\u2019ils ne comprennent pas encore tout à fait, les Néo-Canadiens se meuvent à l\u2019aise dans la patrie universelle, qui est l\u2019Église notre Mère.Quelle douce fraîcheur on respire dans ces humbles pages polycopiées! 110 RELATIONS Le bulletin polonais est presque entièrement consacré à l\u2019Année mariale.Il publie la prière du Pape, en fait un beau commentaire, donne la liste des indulgences à gagner.Puis, quelques petites nouvelles : la lettre du Pape à l\u2019ambassadeur de Pologne, pour lui dire combien il a été ému par les innombrables messages reçus à l\u2019occasion de la persécution en Pologne; la chronique des paroisses polonaises de Montréal; la visite du cardinal Léger aux Néo-Canadiens.Le 17 février, le gouvernement polonais décora Sœur Nor-mandin de la croix d\u2019or du Mérite.Ce fut l\u2019occasion d\u2019une gentille cérémonie au 4281, rue Western, où passèrent déjà tant de milliers de Néo-Canadiens.M.Babinski, qui présenta la décoration au nom du président de la république polonaise (il ne s\u2019agit évidemment pas de M.Bierut), fit un charmant discours sur l\u2019universalité catholique de l\u2019accueil fait aux Néo-Canadiens de toute race, origine, langue et religion, dans la chaude maison du Bon-Conseil.J.-H.L.Réveil aux Philippines Après cinquante années d\u2019école sans Dieu, l\u2019arrivée au pouvoir, par une immense majorité, d\u2019un bon catholique, M.Magsay-say, permet d\u2019organiser l\u2019instruction religieuse dans toutes les écoles.Cette victoire sur la franc-maçonnerie et le communisme fait honneur au général Romulo, qui a refusé la candidature pour ne pas diviser les votes catholiques et qui a dirigé la campagne en faveur de la liberté religieuse.Rappelons que ce général Romulo, dès 1945, voulut faire reconnaître Dieu par les Nations Unies.A défaut d\u2019une prière acceptable par tous les délégués aux séances, il proposa une minute de silence où chacun pût prier à sa façon.Le secrétaire d\u2019État américain, M.Stettinius, répondit sans héroïsme: « Je vous en prie, général, n\u2019insistez pas; nous ne pouvons pas offenser les Russes.» Déjà une victoire communiste.L\u2019appétit est venu en mangeant.Al.D.DOCUMENTAIRE POSITIONS DU FRANÇAIS AU CANADA (r Richard ARÈS, S.J.POURSUIVANT ICI une étude entreprise à la demande de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, et dont les premiers résultats ont déjà paru dans la revue T Action nationale (janv., févr., mars, mai, juin et juill.1953), je voudrais faire connaître, tout en les commentant, les récentes statistiques fournies par le recensement de 1951 concernant les positions de l\u2019élément français au Canada.Les dernières publications officielles venues d\u2019Ottawa nous permettent maintenant de considérer, après les points de vue ethnique et religieux, le point de vue linguistique et d\u2019établir quelle est l\u2019ampleur du domaine occupé par le français en notre pays.Faisons tout d\u2019abord une distinction essentielle entre la langue officielle et la langue maternelle.Au Canada, il y a deux langues officielles seulement: l\u2019anglais et le français; mais multiples sont les langues maternelles, c\u2019est-à-dire les langues que les Canadiens apprennent dans leur foyer, leur famille.Le Bureau fédéral de la Statistique nous avertit en effet: « On entend par langue maternelle la première langue parlée par la personne dans son enfance et qu\u2019elle comprend encore.Dans le cas des bébés, cela veut dire la langue ordinairement parlée à la maison.» I.\u2014 SITUATION DU FRANÇAIS COMME LANGUE OFFICIELLE La constitution canadienne fait de notre pays un État bilingue en droit.Qu\u2019en est-il en réalité ?Voici un premier tableau qui nous fera connaître les positions respectives de l\u2019anglais et du français dans la vie canadienne.TABLEAU 1 Afin de rendre ces chiffres plus accessibles, réduisons-les en pourcentages : \t1931\t1941\t1951 Anglais seulement.,\t\t.67.5%\t67.2%\t67.0% Français seulement\t\t\t17.1\t19.0\t19.6 Anglais et français\t\t\t12.7\t12.8\t12.3 Ni anglais ni français\t\t\t 2.7\t1.0\t1.1 Ce tableau nous laisse voir tout d\u2019abord que les deux langues conservent leur position respective depuis vingt ans.Chose étonnante, c\u2019est plutôt l\u2019anglais qui subit une baisse, alors que le français augmente sa moyenne, et cela en dépit de l\u2019annexion de Terre-Neuve en 1949.La proportion anglaise passe, en effet, de 67.5 à 67 pour cent, alors que la française monte de 17.1 à 19.6 pour cent.De 1941 à 1951, le Canada a augmenté de 253,438 son nombre de bilingues, chiffre insuffisant pour maintenir la moyenne de 1941.Celle-ci, qui était de 12.8%, tombe à 12.3% en 1951.On voit en conséquence qu\u2019il ne faut pas affirmer trop vite que « le bilinguisme a progressé au Canada durant la dernière décennie ».C\u2019est vrai en chiffres absolus, mais faux par rapport au pourcentage de 1941.Les bilingues sont proportionnellement moins nombreux aujourd\u2019hui qu\u2019il y a dix ans.Ce tableau nous apprend aussi que sont loin d\u2019être égales les parts revenant à chacune des deux langues officielles.Pour mieux faire saisir cette situation, faisons un petit calcul, dont le résultat sera de nous faire connaître la proportion des gens qui, au Canada, peuvent parler l\u2019anglais, et celle des gens qui peuvent parler le français.Il suffit pour cela d\u2019additionner la proportion des gens qui ne savent que l\u2019anglais avec celle des bilingues, et de répéter la même opération pour le français.On aura les résultats suivants.POSITIONS RESPECTIVES DE L\u2019ANGLAIS ET DU FRANÇAIS TABLEAU 2 Population totale Anglais seulement., Français seulement.Anglais et français., Ni anglais ni français PART DE CHACUNE DES DEUX LANGUES OFFICIELLES 11,506,655 7,735,486\t14,009,429 9,387,395\tPersonnes pouvant parler l\u2019an-\t1931\t1941\t1951 2,181,746 1,474,009\t2,741,812 1,727,447\tglais\t Personnes pouvant parler le\t.80.2%\t80.0%\t79.3% 115,414\t152,775\tfrançais\t\t.29.8\t31.8\t31.9 AVRIL 1954 111 Ainsi, l\u2019anglais s\u2019arroge la grande part, se tient dans les 80%, mais connaît une légère diminution à chaque décennie; le français, lui, se maintient autour de 30%, et augmente un peu sa moyenne.En chiffres absolus, sur une population de 14,009,429 en 1951, 11,114,842 Canadiens pouvaient parler l\u2019anglais, mais 4,469,259 seulement pouvaient parler le français.En d\u2019autres termes, l\u2019anglais est ignoré de 20.7% de la population canadienne, tandis que le français l\u2019est de 68.1%, soit de 9,540,170 individus.Poussons maintenant notre enquête un peu plus avant dans la question du bilinguisme, et posons-nous deux questions: quelles sont les provinces les plus bilingues?à quels groupes ethniques les bilingues appartiennent-ils principalement ?TABLEAU 3 LES BILINGUES SELON LES PROVINCES Nombre de bilingues Québec.1,038,130 Ontario.359,965 Nouveau-Brunswick.96,095 Autres provinces.233,257 Pourcentages (du total canadien) 60.0% 20.8 5.6 13.6 Canada 1,727,447\t100.0% Ainsi, la province de Québec fournit, à elle seule, plus de bilingues que toutes les autres provinces réunies.L\u2019immense majorité des bilingues, soit 86.4%, se rencontre dans les trois provinces de Québec, d\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick, provinces où se trouvent aussi le plus de Canadiens de langue française.C\u2019est déjà là une indication; mais les statistiques nous permettent de préciser davantage la part des Canadiens français dans le bilinguisme.TABLEAU 4 LES BILINGUES SELON L\u2019ORIGINE RACIALE Origine britannique Origine française.Autres origines 1941\t1951 215,385\t253,262 1,152,713\t1,339,118 105,911\t135,067 Total des bilingues 1,474,009\t1,727,447 Pour bien saisir le sens de ces chiffres, recourons aux pourcentages, en donnant entre parenthèses ceux de 1941 : Pourcentage de la population Pourcentage des bilingues Origine britannique.47.9% (49.7)\t14.6% (14.6) Origine française.:.30.8\t(30.3)\t77.5\t(72.3) Autres origines.21.3\t(20.0)\t7.9\t(13.1) Ainsi, les Britanniques, qui forment 47.9% de la population canadienne, ne fournissent que 14.6% des bilingues canadiens, moyenne identique à celle de 1941.Les Français, qui sont 30.8%, fournissent 77.5% des bilingues, augmentation de leur moyenne de 1941 par plus de 5%.Quant aux citoyens canadiens d\u2019autres origines, ils ne fournissent que 7.9% des bilingues, bien qu\u2019ils soient 21.3% de la population.Pour compléter ce tableau, voyons maintenant la contribution des groupes ethniques à l\u2019augmentation du nombre des bilingues dans la dernière décennie.On voit quel groupe ethnique a le plus contribué, durant ces dix dernières années, à l\u2019augmentation du nombre des bilingues: près des trois quarts de ces derniers proviennent en effet du groupe canadien-français; sur 253,438 nouveaux bilingues, il en a fourni à lui seul 186,405.C\u2019est qu\u2019il est le groupe qui pratique le plus le bilinguisme, comme le montre le tableau suivant.TABLEAU 6 POURCENTAGE DES BILINGUES DANS LES GROUPES ETHNIQUES 1941\t1951 Origine britannique.3.8%\t3.8% Origine française.33.1\t31.0 Autres origines.\u2014\t4.5 Le groupe britannique, on le constate, n\u2019est bilingue que dans la proportion de 3.8%, tandis que le groupe français l\u2019est dans la proportion de 31%.On notera que cette dernière proportion était plus élevée en 1941, ce qui est significatif.Le bilinguisme serait-il donc à la baisse parmi les Canadiens français ?Donnons un autre tableau montrant la situation des Canadiens d\u2019origine française par rapport aux langues officielles au pays.TABLEAU 7 LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET LES LANGUES OFFICIELLES Langues parlées Anglais seulement.Français seulement.Anglais et français.Ni anglais ni français Total.1941\t1951 181,778\t291,252 2,147,182\t2,688,063 1,152,713\t1,339,118 1,365\t734 3,483,038\t4,319,167 Dans ce tableau, je me contente de signaler que le nombre des Canadiens d\u2019origine française qui ne savent que l\u2019anglais est passé de 181,778 à 291,252, augmentation de plus de 100,000.Un calcul très simple nous permet enfin de savoir, d\u2019une part, le nombre total des Canadiens d\u2019origine française qui savent le français, soit 4,027,181, et d\u2019autre part, le nombre de ceux qui l\u2019ignorent, soit 291,986.Réduits en pourcentages, ces chiffres nous donnent les résultats suivants.TABLEAU 8 , LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET L\u2019USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE Pourcentage en 1941 en 1951 Pouvant parler le français.94.8%\t93.3% Ignorant le français.5.2\t6.7 Si la proportion des Canadiens d\u2019origine française ignorant le français a ainsi augmenté, c\u2019est sans doute parce que, de 1941 à 1951, le nombre des Canadiens d\u2019origine française qui ne savent que l\u2019anglais a augmenté, lui aussi, de plus de 100,000, passant de 181,778 à 291,252.TABLEAU 5 LES GROUPES ETHNIQUES ET L\u2019AUGMENTATION DES BILINGUES DE 1941 À 1951 Origine britannique Origine française.Autres origines Chiffres absolus 37,877 186,405 29,156 Pourcentage 14.9% 73.5 11.6 Total 253,438\t100.0% II.\u2014 SITUATION DU FRANÇAIS COMME LANGUE MATERNELLE La langue maternelle, je le répète, c\u2019est la langue apprise par une personne dans son enfance, lalangue qu\u2019elle a entendu parler dans sa famille et qu\u2019elle comprend encore.Inutile d\u2019insister sur le fait qu\u2019au Canada les langues maternelles sont multiples.En 1951, voici quelles étaient les positions des quatre principales langues maternelles.112 RELATIONS TABLEAU 9 LES LANGUES MATERNELLES AU CANADA Langues Anglais.Français.Ukrainien Allemand.Nombre 8,280,809 4,068,850 352,323 329,302 Les langues anglaise et française, comme on le voit, sont de loin les principales langues maternelles; elles sont parlées par plus de 12 millions de Canadiens sur une population totale de 14 millions.Précisons cette situation en recourant aux pourcentages: TABLEAU 10 SITUATION DES LANGUES AU CANADA 1931\t1941\t1951 Anglais.57.0%\t56.4%\t59.1% Français.27.3\t29.2\t29.0 Ukrainien.2.4\t2.7\t2.5 Allemand.3.5\t2.8\t2.4 L\u2019anglais connaît une augmentation depuis 1941 dans son pourcentage, probablement à cause de l\u2019annexion de Terre-Neuve: il est la langue maternelle de 59.1% des Canadiens, tandis que le français l\u2019est pour 29% d\u2019entre eux.Les deux autres langues connaissent une diminution; elle est frappante surtout pour l\u2019allemand.En 1931, l\u2019allemand était la langue maternelle de 362,011 Canadiens; aujourd\u2019hui, elle ne l\u2019est plus que pour 329,302.Il suffit au but de cette enquête de considérer seulement les deux langues anglaise et française.Afin de mieux connaître leurs positions respectives, donnons aussi les chiffres et les pourcentages concernant l\u2019origine ethnique.TABLEAU 11 SITUATION DE L\u2019ANGLAIS ET DU FRANÇAIS Britanniques (Anglais)\tFrançais Origine ethnique.6,709,685 (47.9%) 4,319,167 (30.8%) Langue maternelle.8,280,809 (59.1%) 4,068,850 (29.0%) Ainsi les Britanniques, qui forment 47.9% de la population canadienne, ont fait adopter leur langue, l\u2019anglais, par 59.1% de cette même population, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ont fait un gain d\u2019environ 1,500,000 individus.Le groupe français n\u2019a pu conserver, du point de vue linguistique, sa moyenne ethnique: il lui manque environ 250,000 personnes ayant le français comme langue maternelle.Disons tout de suite, avant d\u2019y revenir en détail plus tard, que de ce manque sont responsables: l\u2019Ontario, pour 136,175 personnes (à lui seul, plus de la moitié); la Nouvelle-Écosse, pour 34,815; la Colombie, pour 22,553; le Québec, lui, avoue un surplus de près de 20,000.Si l\u2019on compare maintenant les positions anglaise et française au triple point de vue de l\u2019origine ethnique, de la langue officielle et de la langue maternelle, on arrive aux résultats suivants pour l\u2019année 1951.TABLEAU 12 POSITIONS DE L\u2019ANGLAIS ET DU FRANÇAIS AU CANADA Anglais Français Langue officielle.79.3%\t31.9% Langue maternelle.59.1\t29.0 Origine ethnique.47.9\t30.8 Les positions françaises se maintiennent dans les 30% de la population canadienne, tandis que les Britanniques, qui ne sont que 47.9% de cette population, voient l\u2019anglais adopté par 59.1% comme langue maternelle, et parlé par 79.3% comme langue officielle.Résumons la situation du groupe français au Canada, depuis 1931, dans le tableau suivant: TABLEAU 13 POSITION DU GROUPE FRANÇAIS AU CANADA Selon l\u2019origine\tSelon la langue maternelle 1931.28.22%\t27.29% 1941.30.27\t29.2 1951.30.8\t29.0 La progression quant à l\u2019origine ne s\u2019est pas manifestée quant à la langue durant la dernière décennie.Pourquoi?Peut-être le tableau suivant nous aidera-t-il à en saisir la cause.Il donne la différence entre le nombre de Canadiens d\u2019origine française et le nombre de Canadiens de langue maternelle française, depuis 1931, et montre le rapport existant entre ce dernier nombre et le premier.TABLEAU 14 COMPARAISON ENTRE L\u2019ORIGINE ET LA LANGUE Différence\tPourcentage en chiffres absolus 1931.95,692\t96.7% 1941.128,285\t95.7 1951.250,358\t94.4 Ce tableau est révélateur à plus d\u2019un point de vue.Il montre que la population d\u2019origine française non seulement ne maintient pas ses effectifs quant à la langue, mais est même en constante régression à cet égard.A noter l\u2019énorme écart de la dernière décennie.Alors que cet écart entre l\u2019origine et la langue n\u2019avait augmenté que d\u2019environ 33,000, de 1931 à 1941, il connaît une augmentation de plus de 132,000 pour les derniers dix ans.A ce train-là, la proportion entre Canadiens d\u2019origine française et Canadiens de langue française ne peut que décroître; en vingt ans d\u2019ailleurs, elle est passée de 96.7% à 94.4%.Les statistiques fournies par Ottawa nous permettent une autre précision intéressante, à savoir quel est le nombre d\u2019individus d\u2019origine française qui ont conservé le français comme langue maternelle, et par conséquent le nombre de ceux qui ne l\u2019ont plus.TABLEAU 15 CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE AYANT CONSERVÉ LEUR LANGUE 1941\t1951 Population d\u2019origine française.3,483,038\t4,319,167 Population de langue française.3,354,753 (95.7%) 4,068,850 (94.4%) Pop.d\u2019origine et de langue française.3,273,401 (94.0%) 3,966,985 (91.8%) Ce tableau nous montre qu\u2019en 1951, 91.8% de la population d\u2019origine française avaient encore le français comme langue maternelle.En chiffres absolus, c\u2019est une perte de 352,182 individus pour le groupe français.En 1941, ce chiffre s\u2019élevait à 209,637; c\u2019est donc une augmentation de près de 150,000.Répétons-le: 352,182 Canadiens d\u2019origine française, en 1951, ont déclaré une autre langue que le français comme leur langue maternelle.Précisons que sur ce nombre, 342,678, soit 97%, reconnaissaient l\u2019anglais comme leur langue maternelle.Les statistiques fédérales nous font connaître aussi l\u2019origine ethnique de ceux qui ont adopté le français comme leur langue maternelle.On sait que le français est la langue maternelle de 4,068,850 Canadiens; de ce nombre, 3,966,985 sont d\u2019origine française.D\u2019où viennent les 101,865 autres?AVRIL 1954 113 Afin de rendre plus intéressant le tableau, je donne aussi, pour chaque groupe ethnique, le nombre de ceux qui ont déclaré l\u2019anglais comme leur langue maternelle; il nous permettra de faire d\u2019utiles comparaisons et de mesurer la puissance assimilatrice des deux groupes anglais et français.TABLEAU 16 PUISSANCE ASSIMILATRICE DES DEUX GROUPES ETHNIQUES Origines\tDe langue française\tDe langue anglaise Britannique\t\t61,291\t6,624,695 Française\t\t.3,966,985\t342,678 Italienne\t\t8,176\t52,328 Allemande\t\t3,498\t361,387 Indienne et esquimaude.\t2,485\t25,543 Polonaise\t\t1,218\t63,202 Scandinave\t\t956\t177,638 Ukrainienne\t\t\t803\t73,711 Juive\t\t755\t77,675 Néerlandaise\t\t694\t151,044 Russe\t\t536\t30,799 Tchèque et slovaque\t\t249\t17,986 Finlandaise\t\t183\t10,795 Autrichienne\t\t163\t16,281 Hongroise\t\t147\t16,615 Chinoise\t\t126\t4,186 Japonaise\t\t10\t4,155 AU SERVICE des MISSIONS L\u2019Eglise en marche Aline ËRALY AUCUN CATHOLIQUE digne de ce nom ne peut se désintéresser de l\u2019extension du règne du Christ.C\u2019est le L mot d\u2019ordre des souverains pontifes.Si les derniers papes se sont préoccupés des questions missionnaires, s\u2019ils ont donné aux missions une orientation nouvelle, c\u2019est que le problème missionnaire à l\u2019heure actuelle se présente sous des aspects nouveaux, avec une acuité spéciale et réclame des dévouements originaux.En ce siècle où les structures économiques et sociales ont été bouleversées, où le matérialisme essaye de corrompre toute chose, des jeunes filles l\u2019ont compris: prêtes au don total, elles ont offert leur vie avec confiance pour s\u2019engager dans la grande aventure missionnaire de l\u2019expansion et de l\u2019enracinement de l\u2019Église de Jésus-Christ en pays non chrétiens.Plusieurs mouvements de laïques ont pris essor presque en même temps en différents pays.L\u2019un d\u2019eux, la Société des Auxiliaires féminines internationales catholiques, a ouvert un de ses centres à Montréal (5643, av.Phillips; tél.: RE.8-7819).Née sous l\u2019initiative du Père Lebbe, promoteur de l\u2019épiscopat chinois, la Société fut fondée en Belgique en 1937.Son but est le service total et désintéressé des évêques nationaux dans n\u2019importe quel pays de mission.Elle forme des jeunes filles qui sont décidées à se consacrer, en groupe et sans aucun avantage matériel, à cette forme d\u2019apostolat missionnaire.En pays non chrétiens, partout où l\u2019Église a besoin d\u2019une aide extérieure, non seulement dans le domaine religieux, mais souvent aussi dans les domaines social, médical et éducatif, le concours de laïques apparaît indispensable.Il s\u2019agit 114 Ce tableau nous fournit de multiples renseignements.Il nous indique tout d\u2019abord l\u2019origine ethnique des personnes qui ont adopté le français comme langue maternelle: ce sont, le groupe français mis à part, les groupes britannique, italien, allemand, indien et polonais, le reste comptant pour peu.Il nous montre aussi qu\u2019entre l\u2019anglais et le français, tous les groupes ont donné leur préférence au premier.Alors que, par exemple, le français assimilait 3,498 Allemands, l\u2019anglais en assimilait 361,387, soit 100 fois plus.Cette proportion est encore plus forte si on considère les assimilés d\u2019origine Scandinave: 956 contre 177,638 (près de 200 fois plus), ou ceux d\u2019origine néerlandaise: 694 contre 151,044 (au delà de 200 fois plus).Une dernière remarque: si le groupe français peut se vanter d\u2019avoir assimilé 61,291 Britanniques, il lui faut déplorer la perte de 342,678 des siens; en définitive, l\u2019échange se solde par un déficit de 281,387 pour le groupe français.Tels sont les renseignements généraux, s\u2019appliquant à tout le Canada, que nous fournit le recensement de 1951, au sujet des langues parlées par les Canadiens.Une enquête plus détaillée nous montrera bientôt quelle est la situation dans chaque province.Mlle Éraly, chargée des relations extérieures de la Société des Auxiliaires féminines internationales catholiques, nous présente cet organisme missionnaire.de susciter une élite féminine catholique, de l\u2019aider à intégrer dans la foi chrétienne les valeurs caractéristiques de telle civilisation païenne, et ainsi de contribuer à établir, avec une Église nationale, une civilisation à la fois chrétienne et chinoise, indienne, arabe, japonaise.^ Les auxiliaires consacrent leur vie à cette œuvre de l\u2019Église progressant vers sa réalisation complète.En collaboration étroite avec leur évêque, elles portent leurs efforts sur la formation d\u2019une élite féminine, à qui elles confieront le plus vite possible le soin de répandre parmi la population autochtone le message du Christ et de former la base stable d\u2019une nouvelle communauté chrétienne.Laïques, elles peuvent pénétrer au cœur même des milieux où s\u2019exerce leur apostolat.Par une adaptation profonde à leur nouvelle patrie, dont elles partagent les aspirations et les conditions de vie, elles se font Congolaises au Congo, Arabes en Arabie, Indiennes dans l\u2019Inde.Les équipes qui partent en mission sont internationales de fait: témoignage vivant de la catholicité de l\u2019Église contre la conception fausse d\u2019un christianisme lié à une civilisation ou à une couleur du visage.Dix-sept équipes d\u2019auxiliaires travaillent actuellement dans cet esprit à travers le monde: en Afrique, au Proche-Orient, en Extrême-Orient et dans les « carrefours », foyers internationaux qui accueillent les jeunes filles de tout pays.Elles ont d\u2019abord reçu, dans les maisons de formation, la solide préparation spirituelle, missionnaire et professionnelle dont elles ont besoin pour coopérer efficacement à la christianisation des vraies valeurs humaines du paganisme et hâter le grand retour de tous les hommes à leur Maître et Sauveur.Des pays les plus divers, parviennent à la Société des appels pressants.Évêques et vicaires apostoliques demandent avec instance qu\u2019on leur envoie des équipes d\u2019auxiliaires.Quand pourrons-nous répondre comme il faut aux besoins urgents de l\u2019Église en marche ?* RELATIONS DISQUES DE CHOIX Solesmes et le chant grégorien Jean- Pau! LABELLE, S.J.L\u2019ABBAYE DE SOLESMES, monastère bénédictin de France, s\u2019est identifiée avec la cause du chant grégorien.Déjà, il y a plus d\u2019un siècle, Dom Guéranger avait entrepris un travail d\u2019envergure, en publiant l'Année liturgique, l\u2019un des plus riches commentaires historiques et spirituels sur la liturgie.Puis, Dom Pothier s\u2019était appliqué aux recherches de paléographie musicale, que couronna la Paléographie musicale, revue dirigée par Dom Mocquereau.Avec ce dernier, le chant grégorien retrouve vraiment sa splendeur des anciens jours: en 1904, Pie X confie à Solesmes le soin de préparer l\u2019édition vaticane, celle qui fait loi aujourd\u2019hui dans l\u2019Eglise latine.Dom Mocquereau était un musicien authentique: violoncelliste avant son entrée dans les ordres, chercheur intelligent, tenace et consciencieux.Son chef-d\u2019œuvre, le Nombre musical, inspirera longtemps ceux qui veulent mieux connaître les secrets du chant grégorien.Le successeur de Dom Mocquereau, Dom Gajard, mettant en pratique les principes si lumineusement commentés par son maître, dirigea, il y a une vingtaine d\u2019années, des enregistrements sonores qui nous transportèrent d\u2019admiration.Le souffle de la prière, le fondu des voix, la simplicité de l\u2019interprétation et son aisance, tout révélait une perfection qui comblait nos plus profonds désirs.Or, voici qu\u2019une nouvelle série de cinq disques long-fil paraît, grâce aux techniciens de London (LL.547-551).Un véritable trésor pour les apôtres de la liturgie, pour les éducateurs, pour les maîtres de chapelle, les musiciens et ceux qui aiment sincèrement la prière chantée.Le P.Labelle nous revient avec sa chronique musicale, qu'il continuera régulièrement.Ce qui frappe avant tout dans cette somme de l\u2019art grégorien, c\u2019est le souci pédagogique évident qui a inspiré le choix des pièces.Le répertoire commence par le Kyriale : un Asperges me abrégé, qu\u2019on devrait populariser dans les paroisses et les collèges; la messe Or bis factor du dimanche, au complet; le Sanctus et Y Agnus XVIII, des fériés de l\u2019avent et du carême; le Kyrie et le Gloria IX, de la messe de la sainte Vierge cum jubilo; le Credo I.Puis viennent des antiennes: Lux de luce et Ab Oriente, suivies de répons admirablement choisis: ton ordinaire, ton de Pâques, ton de l\u2019avent, ton de la passion et ton simple.Les psalmodies sont également inspirantes: antiennes Ave Maria, Laeva ejus, Ecce ancilla Domini, Diffusa est, Hodie Christus natus est, Salve Regina solennel.La série suivante comprend des introïts (Jubilate Deo, Judica me Deus, Quasimodo, etc.); des graduels {Audi filia, Omnes de Saba, Laetatus sum, Timete Dominum); une séquence: Victimae paschali laudes; des alléluias, des traits, des offertoires {Super flumina, Tollite portas, Justorum animae, etc.); des communions {Illumina, Manducaverunt, Jerusalem, Pusillanimes, etc.); des répons {Collegerunt, Animam meam, O vos omnes, etc.); des hymnes {Veni Creator, Ave Maris Sella, Vexilla Regis, etc.).La brièveté de cette chronique me force d\u2019omettre plusieurs pièces importantes.Surtout, je ne pourrai pas souligner autant que je l\u2019aurais voulu de quelle manière Dom Gajard agence le choix de ces diverses pièces pour permettre de couvrir tout le champ de l\u2019interprétation grégorienne.On voit qu\u2019il n\u2019a pas tellement cherché des « oiseaux rares » ; il a plutôt voulu livrer une somme du chant grégorien, un instrument de travail pour les maîtres de chapelle, une révélation à l\u2019âme éprise de contemplation et de prière intérieure.Cette réussite nous rend optimistes pour un renouveau du chant grégorien au Canada.Que les jeunes profitent de cette manne providentielle qui leur est donnée: c\u2019est mon souhait le plus pressant.HORIZON INTERNATIONAL COMMERCE ROUGE JE COMMERCE avec le monde L-j rouge intéresse directement les hommes d'affaires; à eux d'étudier et de résoudre les problèmes qu'il soulève.Gardiens du bien commun, les gouvernements veillent à ce que les intérêts de la chose publique ne soient pas sacrifiés au bien particulier des commerçants.Les gouvernements rouges envahissent tous les aspects de la vie humaine.Quiconque se sent menacé a le droit, peut-être le devoir, d\u2019examiner qui sera affecté par le commerce avec le monde soviétique.Cadre historique.Les complications présentes ont été surtout causées par la guerre de Corée.Après le 16 janvier 1920, quand le Conseil économique interallié leva le blocus contre l\u2019Union soviétique, tous les pays se mirent à commercer avec elle.Non sans remords, car le blé soviétique, arraché aux paysans affamés, pesait sur l\u2019estomac; les sardines soviétiques auraient dû être envoyées aux forçats de Sibérie.On étouffait cette inquiétude, et on faisait des affaires.C\u2019était dans la tradition libérale: l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur.Avant que les derniers soldats nationalistes eussent laissé la Chine, au début de 1950, l\u2019Inde, Ceylan, le Pakistan et la Birmanie reconnurent de jure le nouveau gouvernement rouge.L\u2019Angleterre les suivit le 6 janvier 1950 et fut reçue fraîchement.Elle songeait moins à protéger ses missionnaires que ses intérêts matériels.D\u2019août 1948 à août 1949, le commerce de Hong-Kong avec la Chine avait triplé.Disciplinée, militarisée, la Chine rouge était un client autrement intéressant qu\u2019un pays désorganisé par la guerre civile.Les États-Unis restèrent fidèles à Tsiang Kai-she, et les armateurs américains ne furent pas protégés par leur gouvernement.Aussi, l\u2019Angleterre accapara, dans une large mesure, le commerce chinois; on en était là quand, la nuit du 25 juin 1950, la guerre éclata en Corée.L\u2019Angleterre collabora avec les États-Unis pour résister à l\u2019agression, mais continua à commercer avec la Chine rouge.Elle avait une raison majeure pour écarter la Chine de cette guerre, car son commerce avec elle croissait à toute allure.D\u2019où l\u2019hostilité britannique contre le général Mac-Arthur, accusé de provoquer la Chine.Une fois la Chine AVRIL 1954 115 rouge en guerre contre les Nations Unies, l\u2019Angleterre se trouva tiraillée par deux intérêts opposés.Elle ne pouvait se mettre les États-Unis à dos; l\u2019utilité de leur alliance a été démontrée au cours des deux dernières guerres; elle ne pouvait pas renoncer au commerce avec le monde rouge, sans lequel elle ne croit pas pouvoir vivre.Pas besoin d\u2019aller plus loin pour expliquer les chicanes entre l\u2019Angleterre et les États-Unis, dont tant de journalistes se sont récemment occupés.Incapable de renoncer à l\u2019alliance américaine ou à son commerce, l\u2019Angleterre jeta du lest d\u2019un bord et de l\u2019autre et louvoya comme elle put.On trouvera dans le Rapport du comité McCarthy sur la « surveillance du commerce avec le bloc soviétique » des détails intéressants à ce sujet (U.S.Government printing office, 1953, 155 pages).Il y a une liste de 194 bateaux, dont 96 britanniques, avec le nombre de voyages qu\u2019ils firent pendant l\u2019année 1952 (pp.154-155).Treize navires du Panama firent aussi ce commerce en 1952, quoique le gouvernement de Panama ait interdit le commerce avec la Chine rouge dès août 1951.Onze de ces bateaux étaient propriété de firmes anglaises de Hong-Kong; trois appartenaient à Wheelock Marden Co.; quatre à Wallem and Co., de la même ville; quatre autres étaient la propriété d\u2019autres compagnies de Hong-Kong non identifiées davantage.Tous ces bateaux de Panama, sauf un qui fut détruit, devinrent éventuellement propriété de la Chine rouge.Avaient-ils été vendus ?A mesure que la guerre de Corée s\u2019étendit, le commerce se développa.L\u2019Union soviétique préférait que la Corée du Nord et la Chine rouge fissent usage des matériaux en provenance des nations occidentales.D\u2019après le Sunday Express de Londres (19 avril 1953), les exportations britanniques en Chine furent de 74,000 livres sterling en janvier 1951, et de 1,200,000 en janvier 1952; de 42,000 livres en février 1951, et de 835,000 en février 1952.En 1952 et 1953, les États-Unis obtinrent que la plupart des bateaux grecs et danois se retirent de ce commerce.L'Angleterre demeurait presque seule.Le commerce du caoutchouc se faisait un peu moins directement.En 1952, Ceylan expédia 30,000 tonnes de caoutchouc en Chine rouge par bateaux « polonais ».Il est vrai que près de la moitié (41%) de cette marchandise avait été produite par des compagnies britanniques de Ceylan.On recevait du riz en échange.(Les chiffres donnés par la Pravda du 7 août 1953 sont un peu différents.En décembre 1952, Ceylan s\u2019engagea à livrer à la Chine rouge 50,000 tonnes de caoutchouc, en échange de 270 millions de tonnes de riz.Environ la moitié des plantations de caoutchouc, à Ceylan, sont propriété d\u2019étrangers, surtout anglais.) Une mésaventure arriva à la Malaisie.Elle envoya au bloc rouge pour 28 millions de dollars malaisiens de la même denrée (du caoutchouc, pas du riz !) et reçut en échange pour 27,000 dollars malaisiens de marchandises, dont dix-huit mille de caviar! De toute façon, le bloc soviétique augmenta ses importations de caoutchouc de 148,375 tonnes (1951) à 194,250 tonnes (1952).On trouvera d\u2019autres détails dans la brochure citée.Ce commerce était indispensable à la Chine et à la Corée, qui manquaient de cales.Environ 75% des bateaux qui touchaient aux ports chinois arboraient un drapeau occidental; 25% seulement étaient des bateaux communistes.Il y eut pire : d'après les renseignements du Naval Intelligence Service des États-Unis, deux compagnies de navigation de Hong-Kong furent engagées pour transporter les soldats rouges, ce qui fit dire à McCarthy: Il paraît tout simplement incroyable, inouï dans l\u2019histoire du monde, je pense, qu\u2019une nation laisse des bateaux appartenant à ses sujets transporter des troupes qui doivent tuer ses propres soldats.Pour moi, du moins, je n\u2019ai jamais rencontré chose pareille dans l\u2019histoire du monde jusqu\u2019ici.J\u2019ajoute qu\u2019il est tout aussi impossible de comprendre que notre Mutual Security Administration engage cette même compagnie pour transporter des cargaisons américaines, tout en sachant que cette même compagnie avait d\u2019autres bateaux occupés à transporter des troupes communistes.Il n\u2019y a pas moyen d\u2019expliquer cela (p.132).De telles paroles laissent des blessures qui ne se cicatrisent pas.A quoi bon se voiler la face?Dans toutes les guerres récentes, depuis que la morale a été écartée de la politique, il y a eu d\u2019obscurs épisodes, et il serait injuste de lapider la seule Angleterre.Le gouvernement américain fut embarrassé plus d\u2019une fois lui aussi; cela perce dans la déposition du gouverneur Stassen devant le même comité: le commerce britannique était assurément insupportable, mais si les révélations de McCarthy allaient jeter la Grande-Bretagne dans les bras de l\u2019adversaire.Nécessité n\u2019a point de loi.De toute façon, de peine et de misère, on arriva à la fin de la guerre de Corée; mais, dans les derniers mois, Britanniques et Américains échangeaient des propos bien déplaisants.Malgré la pression américaine, le commerce britannique avec la Chine rouge était non seulement demeuré intact, il était devenu presque un monopole.On finit par comprendre à Moscou que le bloc soviétique s\u2019était lancé dans l\u2019aventure de Corée avec une préparation -insuffisante.Une période plus ou moins longue d'activité commerciale, par contre, augmenterait beaucoup le potentiel de guerre du monde rouge et opposerait facilement les intérêts des autres pays occidentaux à ceux des États-Unis.En décembre 1951, en pleine guerre de Corée, l\u2019Union soviétique convoqua la conférence économique de Moscou: 471 hommes d\u2019affaires (dont 26 fonctionnaires soviétiques), économistes, journalistes, organisateurs syndicaux, etc., profitèrent de l\u2019aubaine et écoutèrent, avec d\u2019alléchantes propositions, les slogans qu\u2019on entend répéter aujourd\u2019hui de tous les côtés.Commerce ou stratégie ?Commençons par les slogans, car les soviets, toujours engagés dans leur « lutte finale », n\u2019interrompent jamais leur propagande.Elle a pour objectif d\u2019isoler les États-Unis et d\u2019attirer les autres pays occidentaux dans l\u2019orbite soviétique.On proclama donc que rien au monde ne pouvait assurer la paix autant que les rapports commerciaux entre les nations.Cela fut répété par presque tous ceux qui prirent la parole; mais lord John Boyd-Orr trouva une des formules les plus attrayantes.Il voulait faire éclater le rideau de fer au moyen de wagons de marchandises amenant de l\u2019Est à l\u2019Ouest les surplus de l\u2019Est dont l\u2019Ouest avait besoin, et de l\u2019Ouest à l\u2019Est les surplus qui feraient l\u2019affaire de l\u2019Est (International Economie Conference in Moscow, Moscou, 1952, p.85).M.Louis Saillant fit une comparaison entre le coût des chars d\u2019assaut et celui des logements pour familles ouvrières; mais cette note, à Moscou, était une maladresse.Si les soviets exportaient moins de bois, ils pourraient mieux loger leur monde; ils ont besoin d\u2019exporter du bois s\u2019ils veulent acheter du caoutchouc pour leurs avions.En U.R.S.S.encore plus qu\u2019ailleurs, la course aux armements réduit le peuple à la misère.On ne l\u2019a pas dit trop brutalement, mais on laissa entendre que l\u2019impérialisme américain empêchait les nations de l\u2019Ouest de commercer librement avec le monde soviétique.Ce manque de liberté et d\u2019indépendance économique est une des causes principales de la misère, dans certains pays moins développés.M.Vickery, des États-Unis, rappela 116 RELATIONS qu\u2019on pouvait se rencontrer sur le terrain des affaires, même quand on avait une idéologie opposée.Voilà pour la propagande! Quant aux échanges eux-mêmes, on remarqua que les pays du bloc rouge (à l\u2019exception de la Tchécoslovaquie, plus industrialisée) offraient des marchandises de consommation immédiate: grain, bois, charbon, certains minéraux, harengs, peaux, produits alimentaires, textile.Aujourd\u2019hui, l\u2019Union soviétique peut jeter sur le marché d\u2019énormes quantités d\u2019or.En revanche, le monde soviétique réclame surtout des machines, des grues, des cales, tout ce qui peut augmenter le potentiel industriel du pays.Or, cela peut aisément se transformer en outillage militaire.Durant le premier plan quinquennal, le commerce soviétique jeta sur les marchés d\u2019Occi-dent une quantité considérable de charbon, de grain, de bois, de conserves.En revanche, les ingénieurs et firmes d\u2019Occi-dent créèrent alors l\u2019industrie soviétique.En remplissant avec succès les plans quinquennaux staliniens, l\u2019Union soviétique est devenue un État industriel puissant, économiquement indépendant, à même de fournir à son économie et à sa défense tout le matériel technique nécessaire.Quant à sa technique de production et au rythme de son développement industriel, l\u2019Union soviétique a rejoint les pays capitalistes les plus développés.En production industrielle, l\u2019Union soviétique occupe la première place en Europe et la deuxième dans le monde.La puissante industrie soviétique a été la base matérielle technique des victoires de l\u2019Union soviétique sur le fascisme allemand et l\u2019impérialisme japonais.C\u2019est ainsi que s\u2019exprima M.N.Rovinsky dans son ouvrage sur le Budget d'Etat en U.R.S.S.(Moscou, 1951).Ce livre, publié en russe à 10,000 exemplaires, est le manuel pour les Instituts d\u2019Êtudes financières et économiques d\u2019U.R.S.S.Les philosophes soviétiques parlent encore plus clair que les économistes.Dans le manuel de Matérialisme historique publié en 1950, à 100,000 exemplaires, par l\u2019Académie des Sciences de l\u2019U.R.S.S., et qui est en usage dans les établissements d\u2019enseignement supérieur, nous lisons: Le camarade Staline enseigne qu\u2019aujourd\u2019hui c\u2019est la période de la guerre mécanisée, que « la guerre contemporaine est une guerre de moteurs.Celui-là gagnera la guerre, qui aura la supériorité écrasante dans la production des moteurs #.Cette idée du camarade Staline sur la période de la guerre mécanisée est la base du développement de la puissance militaire et de la technique militaire en Union soviétique.La politique stalinienne de l\u2019industrialisation socialiste a assuré le développement de tous les types d\u2019armement nécessaires pour obtenir la victoire dans la guerre contemporaine: aviation, chars d\u2019assaut, canons motorisés (pp.484-485).On savait depuis toujours que les plans quinquennaux firent prospérer l\u2019industrie lourde, qui est une industrie de production, au détriment de l\u2019industrie légère, qui fabrique surtout des objets de consommation immédiate.En échangeant leur riz, leurs fèves soya, leurs œufs pour du caoutchouc et des cales, les Chinois de Mao Tse-tong démontrèrent qu\u2019ils partageaient les idées de leurs aînés soviétiques sur le commerce international.Il s\u2019agit, en échange de produits de consommation immédiate, d\u2019équiper le bloc soviétique en vue des éventualités de demain.C\u2019est, répété d\u2019une autre manière, le cri perpétuel des dictateurs autarchiques: Pas de beurre, des canons! Ce commerce créera nécessairement de graves dissensions dans le camp adverse.Ou bien ce sera la ruée vers le monde rouge; alors les communistes n\u2019auront qu\u2019à appliquer les lois de la concurrence, à favoriser tel client plutôt que tel autre.On a vu avec quelle désinvolture, en 1939, l\u2019Union soviétique laissa tomber l\u2019Angleterre et la France pour Ribbentrop.Ou l\u2019Occident se partagera en pays qui commercent avec l\u2019Union soviétique et en pays qui refusent de le faire, et il y aura chicane entre les deux camps.Il serait bon de prévoir des crises qui peuvent devenir vilaines.Durant le premier plan quinquennal, l\u2019Union soviétique dut vendre des quantités considérables de bois, de charbon, de blé, etc.Elle acquit ainsi les dollars nécessaires pour payer les ingénieurs et l\u2019outillage américains.On se plaignit alors du dumping soviétique, qui rendait le charbon du Don moins cher à Québec que le charbon américain ou canadien durant l\u2019été de 1930, et le bois d\u2019Arkhangelsk moins cher sur la côte du Pacifique que celui qu\u2019on coupait sur les lieux.Peu après ce dumping, pourtant inévitable, éclata la grande crise.Si le commerce avec le monde rouge augmente, il faudrait prévoir ce qui arrivera au commerce canadien au cas où l\u2019Union soviétique et ses alliés jetteraient sur le marché international des quantités appréciables de bois de pulpe, de grain, de bacon, de textile et d\u2019or.Avec leurs salaires syndicaux, les ouvriers canadiens ne pourront pas faire la concurrence aux paysans kolkhosés, aux forçats de l\u2019U.R.S.S.Si le commerce fleurit, les missions commerciales soviétique, polonaise, hongroise, chinoise, etc., se multiplieront dans nos pays.Quand M.Vladislav Prazak était fonctionnaire du gouvernement tchécoslovaque, il prit connaissance des documents préparés par le service d\u2019intelligence soviétique, où il y avait des instructions quant à la manière de greffer l\u2019espionnage sur ces missions commerciales (voir The Ensign, 27 février 1954).La chose paraît évidente à qui veut réfléchir.Ces missions commerciales échapperont à toute surveillance; elles seront même encouragées par les États qui voudront soigner leurs relations commerciales avec l\u2019U.R.S.S.et évincer des concurrents.Les communistes locaux auront toutes les facilités imaginables pour y ourdir leurs intrigues, sous le prétexte sacro-saint de préparer des échanges commerciaux.Il deviendra à peu près impossible de bloquer la propagande communiste; car si on veut encourager le commerce, comment pourra-t-on empêcher la réclame ?L\u2019anticommunisme, gênant pour les affaires, sera voué à la réprobation universelle.Ce sera la répétition de ce qui arriva entre 1928 et 1932, sauf que cette fois le communisme international profitera de l\u2019expérience passée, tandis que ceux qui se laisseront aveugler par les avantages commerciaux, qu\u2019une habile propagande fera toujours espérer meilleurs, fermeront les yeux sur bien des choses.Puis, si le chômage s\u2019aggrave, on sera tout étonné de voir le communisme envahir les milieux ouvriers.On joue avec le feu.Coopération au crime.On a vu que les pays du bloc soviétique exportaient surtout des produits de consommation immédiate.Le blé vendu par l\u2019U.R.S.S.en 1922-1923 était littéralement ôté de la bouche de gens qui mouraient de faim.En ce temps-là, la générosité américaine ravitaillait l\u2019Union soviétique; une mission pontificale distribuait chaque jour des quantités considérables de blé.Plus tard, en 1930-1931, le gouvernement soviétique confisqua les récoltes, les semences et le bétail des paysans ukrainiens.Trois millions d\u2019entre eux périrent alors.On eut de quoi payer les ingénieurs et les firmes des États-Unis et d\u2019ailleurs qui bâtissaient le « socialisme » en U.R.S.S.Qui fut coupable de cet assassinat collectif, décrit en termes inoubliables par Kravtchenko ?Qui en a profité ?Si on voulait payer les dettes du commerce étranger, il fallait bien se procurer des dollars.AVRIL 1954 117 Pour cela, l\u2019Union soviétique vendait ce qu\u2019elle pouvait vendre, le sang de ses citoyens! En septembre 1953, le gouvernement soviétique prit une série de mesures pour enrayer une situation devenue périlleuse pour les campagnes.Qu\u2019était-il arrivé ?N\u2019avait-on pas trop exporté de produits agricoles pour acheter le caoutchouc, les cales, les autres machines dont l\u2019Union soviétique avait besoin durant la guerre de Corée, pour s\u2019outiller elle-même en vue de contingences futures, pour payer des voyages à des observateurs occidentaux qui devaient, plus tard, faire une propagande que les dirigeants soviétiques estimaient plus importante que la vie de leurs propres paysans ?Il existe une littérature considérable sur les camps de concentration en U.R.S.S.En 1947, Dallin et Nicolaevsky publièrent une étude qui résume tout ce qui parut d\u2019intéressant avant cette date.D\u2019autres récits ont paru depuis lors.Le bois d\u2019Arkhangelsk, jeté sur les marchés du monde en 1930, était presque totalement coupé par des forçats.Nous avions, parmi eux, à peu près tout ce qui restait de clergé catholique en Russie.Ils travaillaient dans des conditions inouïes de barbarie.Ils étaient très mal nourris, et s\u2019ils n\u2019avaient pas fini leur tâche le soir, on les gardait la nuit pour travailler encore.Environ 70% des forçats mouraient alors chaque année.Si le commerce s\u2019amplifie, si les soviets doivent produire à bon marché, il faudra bien qu\u2019ils trouvent des travailleurs à bon marché.Qui sera responsable de ces horreurs ?Les seuls soviets ?Ceux qui profiteront du travail des forçats ne partageront-ils pas le crime?L\u2019Union soviétique jette beaucoup d\u2019or, aujourd\u2019hui, sur le marché international.On sait où et dans quelles circonstances cet or est produit.Il vient des camps de la Kolyma et de l\u2019Indigirka, à l\u2019extrémité nord-est de la Sibérie.Ce sont les camps les plus affreux de tout le système bolchévique.On en trouvera une description dans l\u2019ouvrage d\u2019Elinor Lipper, Eleven Years in Soviet Prison Camps.L\u2019auteur traîna sa misère à travers toute l\u2019Union soviétique de 1937 à 1948, mais elle resta la plus grande partie du temps dans les camps de la Kolyma.Si l\u2019on veut s\u2019enrichir avec le travail des forçats, il convient de savoir combien de sang et d\u2019horreurs entrent dans la confection de ces misérables dollars.Que faire alors?Boycotter tout commerce?La chose n\u2019est sans doute guère possible.On voudrait suggérer aux nations occidentales de se mettre d\u2019accord sur une attitude commune qui ait pour objet le bien commun de ce qui reste de notre civilisation.L\u2019« égoïsme sacré » de nations individuelles, aujourd\u2019hui, fait le jeu des seuls soviets.Comme point de départ, ne pourrait-on pas étudier le rapport déposé par la commission Randall des États-Unis, le 23 janvier?Chaque pays pourrait exposer ce qu\u2019il y a d\u2019acceptable ou non dans ce rapport; avec un peu de largeur d\u2019esprit et la conscience qu\u2019il s\u2019agit de prévoir les échéances de demain, ne pourrait-on pas dégager quelques grandes lignes sur lesquelles tous ceux qui veulent sauver l\u2019Occident pourraient bâtir les plans d\u2019une action commune?Joseph-H.Ledit.13 mars 1954.LES LIVRES RELIGION J.Feder, S.J.: Missel quotidien des fidèles.\u2014 Tours (Paris), Maison Marne, 1953, 1809 pp., 17.5 cm.Prix: 1500 francs.AAERVEILLEUX, ce missel.Préparé par le P.Feder, qui a profité de collaborations nombreuses et compétentes, il offre aux laïcs: une brève et solide introduction liturgique (17 pages), suivie d\u2019une « histoire religieuse de l\u2019humanité » (7 pages) et d\u2019un « vocabulaire biblique » (7 pages).Après quoi, le missel proprement dit: les messes de tout le cycle liturgique, temporal et sanctoral au complet, les messes votives, les oraisons diverses et la liturgie des défunts (1,580 pages, et presque toujours le texte latin accompagne le français).Viennent ensuite les prières relatives aux sacrements, surtout en français (65 pages), et un « eucologe », ou recueil de prières chrétiennes, de beaux textes eucharistiques, ainsi qu\u2019un kyriale (136 pages).Non moins précieux les index: textes bibliques cités, fêtes, psaumes, cantiques, chants et prières (23 pages).Tout y mérite grands éloges: la pertinence et la brièveté des explications liturgiques, historiques ou spirituelles (une petite erreur: l\u2019encyclique Mediator Dei est de Pie XII, non de Pie XI), la propreté, l\u2019élégance et la commodité de la typographie; pour certaines prières en français, on a même dégagé, en caractères différents, les syllabes qui doivent recevoir l\u2019accent dans la récitation par chœurs alternants; on nous assure que « des lectures publiques dans les paroisses, collèges.ont permis d\u2019ajuster exactement l\u2019expression écrite » à la récitation chorale.On peut se procurer ce missel aux Éditions Bellarmin.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Christus.Cahiers spirituels.I: Le Christ Notre Seigneur.\u2014 Paris, 15, rue Monsieur, 1954, 128 pp., 21.5 cm.Prix de l\u2019abonnement: $3.25.AUPRÈS des grandes rubriques de notre vie intellectuelle: le sport, les crimes et les accidents, il y a peut-être une petite place à faire à la spiritualité.Accueillez donc Christus, cahier trimestriel publié à Paris sous le toit des Études.Tous les articles du premier numéro sont signés par des Pères jésuites; ils ont pour titres: « Jésus-Christ vie de l\u2019Église naissante », « Le Christ dans l\u2019expérience spirituelle de saint Ignace », « La vision de saint Ignace à la chapelle de La Storta », « On amenait à Jésus des enfants », « Connaître le Christ », « Le Règne du Christ » (texte ancien), « Présence actuelle du Christ » et « Le désert ou la cité ?» Ces deux dernières chroniques, fort captivantes, sur l\u2019actualité catholique française, nous font grâce, Dieu merci, de la séculaire annonce du « renouveau catholique » en France.Cahier christocentrique, on le voit.D\u2019autres suivront, tantôt unifiés autour d\u2019un thème, tantôt plus librement conçus, et traiteront de spiritualité, sans négliger la théologie, l\u2019Écriture, la liturgie, la pastorale.On a beau être jésuite et habitué, on admire encore la vertu quasi sacramentelle qui touche les âmes adonnées aux Exercices spirituels de saint Ignace (les préférés de l\u2019Église).C\u2019est surtout à leur source que puiseront les collaborateurs de Christus.Comment ne pas inviter nos lecteurs à lire régulièrement ces cahiers ?Ils peuvent s\u2019y abonner en s\u2019adressant aux Éditions Bellarmin.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.R.P.LHOUMEAU, C.M.: La Vie spirituelle à l\u2019école de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.\u2014 Bruges, Beyaert, 1954, 459 pp., 19 cm.T ES ÂMES désireuses de s\u2019abreuver aux sources de l\u2019authen-^ tique dévotion mariale, surtout en cette année consacrée à l\u2019immaculée, sauront gré aux Pères de la Compagnie de Marie d\u2019avoir préparé cette nouvelle édition, « revue et complétée », d\u2019un solide ouvrage sur la doctrine de Grignion de Montfort.Au long de son travail, où il présente les grandes lignes de la pensée du saint fondateur (Jésus-Christ vivant en nous, l\u2019union à Jésus par Marie, les pratiques et l\u2019ascétique de la parfaite dévotion à Marie, la vie d\u2019union à Marie), l\u2019A.soutient que la spiritualité montfortaine, apparemment d\u2019allégeance bérullienne, accuse assez de traits originaux, sinon par sa fin (Jésus vivant en nous), du moins par ses moyens, ses procédés et ses effets (centrés sur l\u2019union à Marie), pour former une « école » distincte.Peut-être.Charles Frédéric.Maison Bellarmin.118 RELATIONS François Charmot, S.J.: La Société du Sacré-Cœur de Jésus.\u2014 Lyon, Lescuyer, 1953, 68 pp., 23.5 cm.AUX 68 pages de texte, on a ajouté autant d\u2019héliogravures hors-texte; l\u2019ensemble forme un volume d\u2019une rare beauté.Laissant de côté l\u2019histoire proprement dite de la célèbre société, \u2014 elle a été écrite si souvent, \u2014 l\u2019A.s\u2019applique tout d\u2019abord à étudier l\u2019esprit de la sainte fondatrice.Puis, il cherche les mobiles secrets qui expliquent la prodigieuse activité des humbles religieuses du Sacré-Cœur.Il les a dirigées durant de longues années et les connaît mieux que personne.En même temps que les images nous font visiter les couvents que la société a établis dans les cinq parties du monde, le P.Charmot explore la vie spirituelle des religieuses, les richesses surnaturelles qui jaillirent du cœur de la mère dans celui des filles.C\u2019est un très beau volume, qui fera aimer davantage la Société du Sacré-Cœur, la beauté de son apostolat et l\u2019humilité de ses remarquables éducatrices.Joseph-H.Ledit.Georges GuiTTON, S.J.: Les Jésuites à Lyon sous Louis XIV et Louis XV.Activités.Luttes.Suppression.1640-1768.\u2014 Lyon, Procure (42, Montée Saint-Barthélemy), 1953, 307 pages polycopiées, 27 cm.ON CONNAÎT l\u2019A., ancien prédicateur du carême à Notre-Dame de Montréal et biographe éminent.L\u2019histoire qu\u2019il trace ici de l\u2019apostolat des Jésuites à Lyon révèle une érudition immense.On y apprend que l\u2019enseignement donné par les Pères à Lyon insistait plus qu\u2019ailleurs sur les sciences exactes, à cause de l\u2019esprit plus pratique que spéculatif des Lyonnais; que les congrégations mariales avaient à Lyon une vogue et une influence considérables (celle des portefaix, par les confessions et pénitences publiques que pratiquaient ses membres, édifiait particulièrement) ; qu\u2019il y eut de grands hommes parmi les Jésuites qui se dépensèrent à Lyon: entre plusieurs autres, le P.de la Chaize, confesseur de Louis XIV, le bienheureux Claude de la Colom-bière, directeur de sainte Marguerite-Marie, les deux célèbres apôtres du Sacré Cœur, les PP.de Gallifet et Croiset.L\u2019A.semble faire la part exagérée à ce dernier: quel que soit le mérite de ses œuvres de combat, l\u2019analyse qu\u2019en offre l\u2019A.et les larges extraits qu\u2019il en cite nous renseignent plus sur les mœurs et sur la société lyonnaises que sur les Jésuites à Lyon.Ce qui ne manque d\u2019ailleurs pas d\u2019intérêt.De même, on se plaît à mieux connaître le geste de Louis XIV rappelant dans son royaume tous les Jésuites français de Rome et rêvant de nationaliser la Compagnie (1689-1691), ainsi que les circonstances de la suppression de l\u2019ordre en France par le parlement « plus fort que Louis XV » (1762).L\u2019ouvrage est bien écrit, même si parfois on a l\u2019impression que l\u2019A.cherche l\u2019effet.Peut-être aussi attache-t-il trop d\u2019importance à de menus événements que le recul du temps et la distance des lieux nous font apparaître comme insignifiants.Mais il se peut qu\u2019on en juge différemment au pays de Calixte.Cela n\u2019empêche pas le tableau de rester grand et digne de notre admiration.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie, Montréal.William R.BonniwelL, O.P.: Une petite sainte de rien du tout.Marguerite de Metola.Traduction d\u2019E.Aimont.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1953, 167 pp., 18.5 cm.'C'N ITALIE, à la veille de la Renaissance.Au château de \u2022*-' Metola, un seigneur attend anxieusement son premier enfant.C\u2019est une fille, aveugle-née aux traits anormaux, bossue, boiteuse et, au surplus, naine.Humiliés, les parents cachent longtemps leur triste rejeton.Puis on l\u2019enferme.Enfin, on l\u2019abandonne dans une foule anonyme.Cette petite fille « de rien du tout » devait ravir les regards du Très-Haut, s\u2019offrir en holocauste pour les péchés du monde et semer à pleines mains les miracles les plus étonnants.A ses funérailles, le peuple criera: « Enterrez-la dans l\u2019église; c\u2019est une sainte.» Cette histoire de sainte Marguerite de Metola a la saveur d\u2019un beau conte du Moyen Age.Jean-Paul Demers.Maison Bellarmin.AVRIL 1954 M.-D.PoiNSENET: Sous la motion de l\u2019Esprit.Anne de Guigné (1911-1922).\u2014 Tournai (Paris), Casterman, 1953, 199 pp., 20 cm.TyEU A DONNÉ aux petits gars un modèle taillé à leur ^ mesure: Dominique Savio, un saint de quatorze ans, que le Pape canonisera en mai prochain.Puisse la jeune « servante de Dieu » Anne de Guigné, dont la béatification est postulée à Rome, recevoir bientôt elle aussi, les honneurs de l\u2019autel, pour l\u2019édification de toutes les petites filles du monde! Quatre mots d\u2019ordre pleinement vécus résument la brève existence de cette attachante petite Française: prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre.Un modèle de dix ans pour croisillons et croisées.Sa biographie est une mine que les éducateurs de la sainteté de nos enfants, prêtres, parents, institutrices, ne devraient pas manquer d\u2019exploiter.Jean-Paul Demers.Maison Bellarmin.Eugène Nadeau, O.M.L: Un Louis d\u2019or.\u2014 Montréal, Éditions oblates, 1952, 200 pp., 20 cm.TLJISTOIRE édifiante que celle de ce « Louis d\u2019or ».Il s\u2019agit du -*¦ grand apôtre des retraites fermées qu\u2019a connu tout Québec, le chevalier Louis Émond, auquel son ami et protecteur, le R.P.Lelièvre, O.M.I., « fit rendre cent pour un ».Ce qu\u2019un laïc peut faire, poussé par la grâce et soutenu par un prêtre zélé, ces pages le révèlent: œuvres admirables qui s\u2019épanouissent, tel le Comité du Sacré-Cœur, tel surtout le mouvement des retraites fermées à la maison de Jésus-Ouvrier, où se sont opérés des miracles de grâce, en partie redevables au chevalier Émond.Une remarque de l\u2019A.appelle ici une mise au point.En toute justice pour mon prédécesseur à la Villa Manrèse de Québec, on ne peut écrire qu\u2019en 1921 « il n\u2019y a plus de place pour l\u2019ouvrier à la Villa Manrèse ».Admis jusque là sans distinction de profession, les retraitants furent invités à former des groupes homogènes, selon la méthode, plus efficace, déjà en usage ailleurs.Il en résulta une diminution du nombre des retraitants ouvriers, habitués à se présenter avec n\u2019importe quel groupe; cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y avait plus de place pour eux à Manrèse.Joseph-P.Archambault.SCIENCE ET PHILOSOPHIE CHRETIENNES Centre catholique des Intellectuels français : Pensée scientifique et Foi chrétienne.Coll.« Recherches et débats », nouv.série, n° 4.\u2014 Paris, Arthème Fayard, 1953, 256 pp., 19.5 cm.A/'OICI quelques-uns des thèmes abordés dans ce recueil: le \u2019 matérialisme, le déterminisme et le miracle, la vie spirituelle de l\u2019homme de science chrétien, l\u2019évolution et l\u2019origine de la vie, la preuve de l\u2019existence de Dieu.Un souci domine: définir les rapports entre science et foi.Tous les auteurs s\u2019entendent sur le point suivant: nulle vérité scientifique ne s\u2019oppose à la foi.Mais doit-on se contenter de si peu ?En fait, on a ici deux questions distinctes.La science résout-elle tous les problèmes que l\u2019homme se pose?Suffit-il de montrer que, chez le savant chrétien, « vérité scientifique et vérité de foi.ne se portent pas mutuellement dommage » (p.76) ?La réponse des auteurs à la première question souligne l\u2019insuffisance de la science, son caractère « d\u2019appel à une explication plus profonde » (p.102), son ouverture sur la métaphysique et sur la foi.A la seconde question, le P.Russo répond (p.76): « .vérité scientifique et vérité de foi ont besoin l\u2019une de l\u2019autre; et leur opposition même peut être bienfaisante plus souvent qu\u2019on ne le pense.» Mais M.Ricœur est d\u2019avis que science et foi voyagent ici-bas sur deux plans quasi parallèles qui ne se rencontrent que dans l\u2019au-delà, à l\u2019infini; selon lui, la vérité de la révélation et de la théologie « ne peuvent plus être scellées que par le témoignage intérieur du Saint Esprit » (p.83).Il y a là une forte teinte de fidéisme protestant inacceptable à un catholique.Cet ouvrage s\u2019adresse non seulement au théologien et à l\u2019homme de science, mais aussi à « l\u2019honnête homme » soucieux d\u2019opérer une intégration de plus en plus parfaite de sa foi et de son savoir humain.Sauf un ou deux exposés, aucun n\u2019exige des connaissances techniques spéciales de science ou de théologie.Une abondante bibliographie complète cet excellent ensemble, 119 où l\u2019on ne voit pas bien ce que vient faire l\u2019essai du P.Mennessier sur le roman de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre.Conrad East.L\u2019Immaculêe-Concepiion, Montréal.Pietro Prini: Gabriel Marcel et la Méthodologie de l\u2019invérifiable.Collection « Textes et études philosophiques ».\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 130 pp., 19 cm.UÉDIGÉ en un français laborieux, mal imprimé, bourré de citations de Gabriel Marcel et rempli d\u2019allusions aux divers systèmes contemporains, cet ouvrage n\u2019offre pas une présentation facile d\u2019un auteur qui avoue n\u2019être pas arrivé à une position qui le satisfasse complètement.D\u2019autant plus que M.Prini écrivait avant la publication du Mystère de l\u2019être (1951), « le premier exposé panoramique et on pourrait dire systématique » de la pensée de Gabriel Marcel.Ce qui n\u2019empêche pas ce dernier de saluer avec émotion l\u2019étude de M.Prini comme « une des plus pénétrantes » qui aient été consacrées à sa pensée.De cette pensée l\u2019A.dégage trois thèmes dominants.Le premier proteste « contre la tendance d\u2019un certain esprit de positivité de la pensée contemporaine à écarter des limites du réel toute métaphysique de l\u2019intime et du transcendant ».Le second « identifie l\u2019affirmation existentielle du monde avec le sentiment concret et singulier de mon corps ».Le troisième, « tentative de fonder une nouvelle ontologie », constitue « la doctrine du mystère ontologique qui fonde authentiquement l\u2019existence dans l\u2019engagement d\u2019un recours absolu et, par là même, dans une participation à l\u2019Être telle que certaines données fondamentales de l\u2019expérience chrétienne, la fidélité, Y espérance, Yamour, qui la présupposent et la continuent, nous permettent de l\u2019inférer in concreto ».La substantielle unité qui relie ces thèmes dominants est l\u2019effort tenace pour « esquisser la structuration d\u2019un savoir qui ne peut absolument pas se réduire aux catégories logico-mathématiques de la connaissance objective et qui, de plus, se présente en vrai procédé de l\u2019intelligence et non, seulement, en attitude subjective »; ce que Prini appelle « fonder une méthodologie de Vinvérifiable », le vérifiable étant le domaine indûment restreint du positivisme contemporain.En somme, Gabriel Marcel pose de nouveau « le problème d\u2019une connaissance métaphysique ».Il indique pour le résoudre « quelques repères fondamentaux sur la voie d\u2019une dialectique personnaliste ».Œuvre originale, dont l\u2019austère étude de Prini révèle la profondeur, souligne les difficultés et prévoit les progrès.Jean Racette.U Immaculée-Conception, Montréal.ÉDUCATION Pierre Ricour: Les Humanités gréco-latines.Idoles ouvrais dieux?Collection « Humanitas ».\u2014 Montréal, Éditions Chantecler, 1953, 160 pp., 20 cm.T rOICI, en faveur des humanités gréco-latines, un plaidoyer * rédigé par un professeur d\u2019expérience, esprit vigoureux et pratique, enthousiaste et serein à la fois.L\u2019éternelle querelle des Anciens et des Modernes s\u2019envemine du fait que le mouvement de notre univers ressemble plus à un tourbillon qu\u2019à un progrès sûr et mesuré.La technique, qui tend à s\u2019identifier avec la science, menace la vie intérieure et les valeurs de l\u2019esprit.On veut tout régler mécaniquement; il n\u2019y a plus de place alors pour le gratuit, pour l\u2019humain.Aussi les humanités gréco-latines, sans ostracisme envers les autres formes d\u2019éducation, s\u2019affirment plus nécessaires que jamais.Pour le montrer, l\u2019A.aborde le point principal du débat, l\u2019étude du grec et du latin.Le latin, qui est à l\u2019origine du français, nous est indispensable si nous voulons maîtriser notre langue; le grec a pénétré la pensée et le génie français, la sensibilité et le climat gaulois.Le français, que ce soit dans sa langue ou son esprit, ne peut s\u2019expliquer sans le secours de la pensée grecque et latine.La version, grecque et latine, est donc un instrument de culture française de premier choix; l\u2019A.en explique le processus, merveilleusement apte à assouplir l\u2019esprit, à lui donner le sens du réel, le respect de la pensée d\u2019autrui, la faculté de s\u2019exprimer nettement.Nous sommes menacés par la barbarie technocratique.Devant cette invasion nouveau style, le plus solide rempart de l\u2019homme est la culture, dont les humanités gréco-latines constituent le meilleur élément.Jean-Paul Labelle.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Thérèse Gouin-DÉCARIE : Le Développement psychologique de l\u2019enfant.\u2014 Montréal, Fides, 1953, 179 pp., 20 cm.TDEU DE PARENTS savent ce qu\u2019est un enfant.Ils doiven *¦ pourtant le savoir: la moindre incompréhension de leur part a souvent des suites graves.Très tôt, leur compétence trouve à s\u2019exercer: le psychisme du nouveau-né enregistre des impressions parfois indélébiles.Les mamans remercieront l\u2019A.d\u2019avoir insisté sur les caractéristiques et le sens de la première année (huit chapitres sur vingt); que les papas ne se tiennent pas à l\u2019écart pendant ce temps, puisque la mère a besoin de l\u2019appui du père pour offrir à l\u2019enfant une tendresse équilibrée.Car l\u2019enfant se passe moins facilement d\u2019amour que de lait (la plupart des bébés qui meurent n\u2019ont pas été aimés); et l\u2019amour qu\u2019il faut au bébé pour grandir et s\u2019élever, c\u2019est, à chaque étape, celui, amoureusement conjugué, des deux êtres qui lui ont donné le jour.Lisez l\u2019ouvrage de Mme Décarie pour apprendre ce que peut ou ne peut pas faire, dire, comprendre l\u2019enfant de trois, de six, de neuf, de douze mois, celui d\u2019un an et demi et de deux ans, et ainsi jusqu\u2019à dix ans.Relisez-le pour méditer sur les vertus que requiert l\u2019éducation: attention toujours en éveil, accueil toujours sympathique, adaptation souple, réfléchie, désintéressée.Vous verrez comme l\u2019A.vous guide habilement à travers un monde de responsabilités enrichissantes.Si vous êtes courageuse, ne redoutez pas trop les inconvénients de la grossesse; si vous êtes prudente, ne croyez ni trop facile ni trop rigoureusement nécessaire l\u2019accouchement sans anesthésie, et tenez davantage à l\u2019allaitement maternel.Pour votre enfant, ne vous inquiétez pas s\u2019il n\u2019a pas la précocité que l\u2019A.attribue au bébé de neuf mois, d\u2019un an et surtout de deux ans: mieux vaut hâter un conseil que de le donner trop tard.Ne reprochez pas à l\u2019A.de glisser sur l\u2019instruction sexuelle des jeunes: le texte que vous lisez reproduit des causeries lues à la radio, où il ne convenait pas d\u2019aborder ce sujet.Félicitez plutôt Mme Décarie de vous avoir, en peu de pages qu\u2019agrémentent une fine culture et un style à la fois agréable et précis, mis au courant d\u2019une science sûre, tout en vous inspirant la confiance de pouvoir la pratiquer.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Henri Georges : Sans tricher.Coll.« Esprit ».\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1953, 157 pp., 17.5 cm.f TpCRIRE pour l\u2019information sexuelle des adolescents, comme l\u2019annonce le sous-titre ?Non.Qu\u2019on écrive pour les parents et les éducateurs qui, eux, parleront aux enfants, aux adolescents, petit à petit, selon les besoins de l\u2019heure, dans un climat de pur amour et de sénérité religieuse.Aux enfants, aux adolescents, il faut dire, oralement ou par écrit, de consulter leurs parents ou, à défaut de ceux-ci, leurs éducateurs.On comprendra donc que la brochure de M.Georges nous déplaise, puisqu\u2019elle s\u2019adresse directement aux garçons de quinze à dix-huit ans.Au surplus, elle commence par une description et des dessins d\u2019organes; mauvais départ, si l\u2019on veut parler ensuite d\u2019amour: comme si l\u2019amour était une question d\u2019organes.Évidemment, il faut procurer une information sexuelle aux garçons et aux filles; qu\u2019on enseigne aux parents à le faire, afin qu\u2019ils ne laissent jamais à un étranger l\u2019accomplissement de leur devoir, ce que leurs enfants ne leur pardonneraient pas.De très bons livres existent déjà: Parlons à nos enfants, de Roméo Meloche; Éducation de l\u2019amour, du Dr René Biot; Jeunesse moderne et Chasteté, du P.Gerald Kelly, S.J.Des collégiens sérieux peuvent lire ce dernier, car le problème y est situé sur son vrai plan et résolu selon toutes les exigences de la morale catholique.Tandis que Sans tricher baigne dans une atmosphère neutre, aborde et traite mal des questions trop difficiles pour des adolescents (l\u2019insémination artificielle, p.45) et manque de la fermeté doctrinale et de la piété que requiert l\u2019exposé convenable du sujet.Brochure inutile, par conséquent, pour des catholiques, même si elle contient de bons conseils pour des non-chrétiens.Marie-Joseph d\u2019Anjou.120 RELATIONS La BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement.Actif, plus de $500,000,000 561 bureaux au Canada 72 succursales à Montréal Tel.: H Arbour 0456\t Chaxlemag,ne\t(Bouxciex, 0.3).Optométriste -\tSpécialiste de la vue \t© Rééducation visuelle\t 1735, rue Saint-Denis\tHeures de bureau : Montréal\tde 9 h.à 7 h.LES DISQUES DU FOYER CHRÉTIEN présentent LE CHEMIN DE LA CROIX et LE CHAPELET (Mystères douloureux) commentés par le R.P.Vincent Colozzcq S.J.Chants par la Chorale de Radio-Sacré-Coeur Ce disque s'adresse aux malades et aux personnes retenues à la maison.L\u2019auteur a cédé aux demandes renouvelées de retraitants qui voulaient réentendre bien tranquillement dans le calme de leur chambre certaines paroles qui leur avaient fait du bien au cours d\u2019une retraite.DISQUE DE LONGUE DUREE (33J-0, non cassable Actuellement en vente DANS LES PRINCIPAUX MAGASINS DE MUSIQUE MERCI À NOS ABONNÉS \u2022\tqui nous écrivent et nous disent ce qu\u2019ils pensent de RELATIONS; \u2022\tqui recrutent à RELATIONS de nouveaux abonnés.Paul CHANSON : L\u2019Étape virile.- L\u2019Eveil féminin.\u2014 Paris, Éditions du Levain, 1951, 1952; 159, 198 pp., 18.5, 19 cm.TDROPRES à faire beaucoup de bien, ces deux essais (différents) sur la continence des jeunes gens et la pureté des jeunes filles.A lire par les parents et les éducateurs, qui les passeront, le moment venu, à leurs grands enfants et aux aînés des collèges et écoles supérieures.On n\u2019est pas obligé de partager toutes les ferveurs de l\u2019A.(pour le romantisme, par exemple); on aurait tort cependant de ridiculiser les trucs de gymnastique physique et mentale qu\u2019il suggère pour aider les jeunes à maîtriser leurs instincts.Mais le meilleur de ces deux ouvrages est dans l\u2019ardente conviction et la pertinence avec lesquelles l\u2019A.démontre la possibilité pour tous de la chasteté, puisqu\u2019elle est nécessaire à tous.Sans omettre les conseils spirituels et chrétiens, il argumente surtout du point de vue psychologique, selon sa compétence; d\u2019où l\u2019importance accordée au sens de l\u2019amour.Il faut aimer pour être chaste.Le défaut de chasteté est toujours un défaut d\u2019amour.De soi, l\u2019amour est chaste; sinon, qu\u2019on ne parle pas d\u2019amour.L\u2019amour sexuel est conjugal ou il n\u2019est pas; il est monogame aussi et fidèle.Et c\u2019est tout cela qui fait le bonheur en même temps que la vertu.Une verve brillante, utilisant les témoignages les plus variés, martèle la même idée: il ne faut pas avoir peur du sexe et de l\u2019amour conjugal; il faut les respecter comme des choses sacrées.Ce disant, on porte une condamnation décisive contre l\u2019atmosphère écœurante que les « adultes » forcent les jeunes à respirer.L\u2019éloge de ces deux brochures n\u2019implique pas recommandation des autres ouvrages du même auteur.Marie-Joseph d\u2019Anjou.POLITIQUE ET SOCIOLOGIE R.DE Jaegher et I.Corbally Kuhn: Tempête sur la Chine.Traduit de l\u2019anglais {The Enemy Within) par Denise Meunier.\u2014 Paris, Plon, 1953, 300 pp., 20 cm.T\u2019AUTEUR réussit à présenter le communisme à l\u2019action en Chine tout en dégageant de son récit palpitant les principes conducteurs de ce mouvement de conquête.Grâce à sa vaste expérience, traits de culture orientale et compréhension humaine, renseignements de première main se mêlent ici, formant un riche tissu de couleurs, de reliefs et de contrastes.Il sait surtout mettre à notre portée des idées et des faits qui, pour des étrangers, paraissent « d\u2019un autre monde ».Pas étonnant; Belge de naissance, l\u2019A.a vécu en France et en Angleterre avant de devenir citoyen légal de la république de Chine.Puis, il a eu la veine de trouver une collaboratrice de renom en Mlle Kuhn.La traduction au reste ne diminue pas la valeur de l\u2019original (voir Relations, juin 1952, p.153).Comme, selon d\u2019éminents sociologues et historiens, l\u2019avenir est à l\u2019Orient, il vaut la peine de se familiariser avec son mystère.Pour cela, rien de mieux que ce livre « profond et lumineux ».Jacques Bruyère.L\u2019Immaculée- Conception, Montréal.Alain Van Gaver: J\u2019ai été condamné à la liberté.\u2014 Paris, Le Centurion, 1953, 221 pp., 20 cm.TVTOUS nous méfions de la réclame quand elle emploie des épithètes dont on abuse: bouleversant, hallucinant.Mais on ne peut dire autre chose de ce récit sorti des prisons chinoises.Que de souffrances d\u2019une part, que de diabolique bêtise d\u2019autre part! Les faits y parlent seuls, parfois jusqu\u2019à l\u2019encombrement peut-être.Trop seuls?L\u2019A., prêtre des Missions étrangères de Paris, estompe la plupart de ses réactions sacerdotales et missionnaires: « .ce n\u2019était guère évangélique, mais bien français », dit-il, en rêvant des taloches qu\u2019il réservait à l\u2019un de ses calomniateurs.Mais le lecteur ne peut être dupe de cette franchise; il découvre derrière la modestie de l\u2019écrivain l\u2019héroïsme du martyr, et il se sent mal à l\u2019aise dans ses pantoufles occidentales.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.L.-H.Parias : Justice n\u2019est pas faite.Collection « Le poids du jour ».\u2014 Paris, Le Centurion, 1953, 157 pp., 19 cm.TLTEUREUSEMENT, les reproches adressés par l\u2019A.à l\u2019admi-*\u2022 nistration de la justice, en France, ne s\u2019appliquent pas tous au Canada.Certains abus, cependant, surtout en ce que l\u2019A.122 RELATIONS appelle « l\u2019enquête de police » et « la recherche de l\u2019aveu », se rencontrent aussi chez nous.Un livre courageux, capable d\u2019éveiller l\u2019opinion sur les problèmes que pose le traitement des prévenus et des criminels.Maurice Ruest.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.Paul Hanly FURFEY: The Scope and Method of Sociology.A Metasociological Treatise.Harper\u2019s Social Sciences Series.\u2014 New-York, Harper & Brothers, 1953, 556 pp., 21 cm.Prix: $5.00.T/\u2019OICI l\u2019une des réponses les plus cohérentes au problème * des méthodes en sociologie.Dans ce traité de métasociologie (désignation originale d\u2019une discipline déjà vieille), l\u2019A.répond à trois questions qui se posent avant toute systématisation de la sociologie: a) qu\u2019est-ce qui fait la valeur scientifique de la connaissance ?b) quels sont les critères d\u2019une connaissance proprement sociologique?c) par quels procédés d\u2019exploration peut-on arriver à une connaissance scientifique de la société ?Dans une première partie (ch.1 à 11), l\u2019A.analyse rigoureusement la nature de la connaissance scientifique et expose un système de valeur (axiologie) qui permettra au sociologue de préciser l\u2019objet de sa recherche et d\u2019opter pour les techniques les plus efficaces.Ces démarches préparent une définition formelle de la sociologie et sa classification parmi les autres sciences.Suivent deux chapitres sur l\u2019art de la recherche et de la découverte; l\u2019A.en dégage habilement les règles d\u2019une heuristique sociale.L\u2019ouvrage aborde alors la structure logique de la sociologie: ses propositions, ses postulats, ses théorèmes, l\u2019induction et la causalité des phénomènes sociaux.La seconde partie (ch.12 à 20) ne se contente pas de décrire les méthodes de travail du sociologue (analyse statistique, observation, écologie, analyse culturelle, sociométrie, questionnaire, etc.), mais apprécie l\u2019utilisation de ces méthodes en fonction des normes mêtasociologiques énoncées dans la première partie.On trouve ici une critique remarquable des procédés actuels de la recherche sociale.L\u2019A.manie avec une égale aisance les données de la logique traditionnelle et celles de la logique symbolique.Son travail hâtera la systématisation de la sociologie.L\u2019abondance des références bibliographiques révèle le patient labeur exigé par un ouvrage de cette envergure, qui doit intégrer les découvertes antérieures de la sociologie elle-même, de la logique des sciences, des disciplines connexes comme la psychologie, l\u2019ethnologie, la criminologie, l\u2019histoire.Une présentation impeccable, de substantiels résumés à la fin des chapitres, un index détaillé facilitent la consultation de cet ouvrage de haute valeur scientifique, qui fait honneur à son auteur, directeur de la section de sociologie à l\u2019Université catholique de Washington.Hervé Carrier.L'Immaculée-Conception, Montréal.Les Problèmes de la vie rurale.- Giovanni HOYOIS : Le Milieu rural.Coll.«Culture populaire», nn.2 et 7.\u2014 Québec, Presses universitaires Laval, 1952, 57 et 77 pp., 18.5 cm.T ES CONCLUSIONS des dix commissions du Congrès catholi-que international sur la vie rurale (Rome, 1951) sont d\u2019une lecture sèche et drue; mais c\u2019est un document à garder.Nos ruraux ont droit de bénéficier des progrès, de moderniser leur travail, de faire entrer la culture générale dans l\u2019instruction agricole et l\u2019organisation professionnelle.L\u2019association père-fils assurera la continuité.M.Hoyois iparle de la civilisation rurale par le bon sens, borné par l\u2019indvidualisme.Une sagesse de vie à tendance morale sert d\u2019antidote à la dépersonnalisation.Chacun est quelqu\u2019un: charron et boulanger sont mieux que l\u2019homme du fer et du pain.Dans sa pépinière de têtes à penser juste, le rural évolue comme et avec les techniques, moteurs, journal et radio; mais il reste maître de sa machine, lui.Des regrets: on se rend moins service, on paye; le spirituel et la vie diminuent chez les fermiers riches, et les jeunes gens s\u2019en vont.Alexandre Dugré.Pour vos problèmes de gravure consultez toujours GRAVURE BELOEIL Enr.Tableaux de bienfaiteurs \u2014 Plaques pour professionnels Panneaux de personnel « présent » ou « absent » Plaques pour dédicaces ou commémorations Inscriptions diverses pour identification des locaux, etc.COLLABORATION ENTIÈRE ET SATIFACTION GARANTIE C.P.41, BELOEIL, Qu4.Tel.à Montréal: RE.7-8056 206, rue du Pont Tel.: 4-5257 LA CiE FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier de Mécanique générale Forge \u2014 Modelage \u2014 Soudure Fonderie : Acier, Fonte, Cuivre, Aluminium Ascenseurs de tous genres Matériaux d'aqueduc \u2014 Bornes-Fontaines Treuils (Winches) \u2014 Guindeaux LOUIS D0I0L0 Inc.Ingénieurs Entrepreneurs généraux Y 8320, boulevard Saint-Laurent VE.2535 Cïjart) ormeau Htnutée Fabricants de BISCUITS, CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES T 1800, RUE NICOLET Tel.FAIkirk 1116 MONTREAL\tEchange privé AVRIL 1954 123 CHOIX D'ITINÉRAIRES ATTRAYANTS ?TERRE SAINTE MISSIONS D\u2019AFRIQUE DES PÈRES BLANCS LES SANCTUAIRES D\u2019EUROPE à l\u2019occasion de l\u2019Année mariale ?TJexte Sainte et leâ miââionâ 13 juin.\u2014 Départ de Québec : paquebot ATLANTIC France.\u2014 Suisse.\u2014 Italie.\u2014 Egypte.\u2014Terre Sainte.\u2014Grèce.Arrangement facultatif pour le voyage en avion, par BOAC, jusqu\u2019au lac Victoria, Nyanza, à l\u2019occasion des fêtes du 75' anniversaire de l\u2019arrivée des Pères Blancs en Afrique centrale.18 sept.\u2014 Départ de New-York: paquebot SATURNIA Italie.\u2014 Egypte.\u2014 Terre Sainte.\u2014 Ouganda.\u2014 Tanganyika.\u2014 Congo belge.16 nov.\u2014 De New-York: paquebot CONTE BIANCAMANO Croisière en Méditerranée.\u2014 Lisbonne avec Fatima, Casablanca et Barcelone.\u2014 L\u2019Espagne en autocar : Sara-gosse, Madrid.\u2014 Clôture de l\u2019Année mariale à Lourdes.\u2014 La Côte d\u2019Azur, l\u2019Italie et l\u2019Egypte.\u2014 La Terre Sainte : Noël à Bethléem.N.B.\u2014 1 ) La visite de la Terre Sainte se fera sous la direction des RR.PP.Assomptionnistes de Jérusalem.2) Tous les avions utilisés pour les circuits de Terre Sainte et des Missions des Pères Blancs sont ceux des envolées régulières des lignes affiliées à l'IATA, étant donné que la compagnie d'assurances TRAVELERS ne couvre pas les risques à bord des avions nolisés ou affrétés.lPèletinag,eâ en Cuïope 12\tmai.\u2014 Départ de Québec: paquebot ATLANTIC A Rome pour la canonisation de Pie X.13\tjuin.\u2014 Départ de Québec: paquebot ATLANTIC Avec* l'Action catholique».A Lyon pour le Congrès marial.19 juin.\u2014 Départ de Montréal : paquebot RYNDAM Avec les RR.PP.Montfortains.16 juillet.\u2014 Départ de Québec: paquebot ATLANTIC Avec le diocèse de Saint-Jean.8 sept.\u2014 Départ de Québec :\tpaquebot FRANCONIA Avec les RR.PP.Dominicains.?VCYAGES U\u20acNC 1460, AVENUE UNION\tHA.9108 Montréal - 2 LITTÉRATURE ET THEATRE La Varende : Bric-à-Brac.\u2014 Monaco, Éditions du Rocher, 1952, 253 pp., 19 cm.'C'N SOUS-TITRE, Suite romanesque, oui, de brocanteurs, de collectionneurs et d\u2019antiquaires normands.Des bribes de vie et d\u2019amour traînent parmi les vieux meubles et les riches porcelaines.Sont dignes d\u2019intérêt le prince japonais et son sabre, surtout le sage expert Robichard, philosophe et connaisseur en histoire, en morale, en choses rares ou pas rares.Écriture fine, qu\u2019on a hâte de voir ressusciter de Mgr de Laval: c\u2019est promis.Alexandre Dugrê.Pierre-Aimé TOUCHARD : L'Amateur de théâtre ou la Règle du jeu.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1952, 219 pp., 19 cm.(\u2019\"'\u2019EST en homme de métier que l\u2019A.livre ses réflexions sur le théâtre.P.-A.Touchard s\u2019est d\u2019abord intéressé au genre dramatique en critique et en esthéticien.Dès son premier ouvrage, Dionysos, apologie pour le théâtre, il fit lumière sur l\u2019art difficile de la comédie et de la tragédie.Il nous revient, riche d\u2019observations et d\u2019intuitions profondes.Pourquoi le public délaisse-t-il le théâtre?Parce qu\u2019il a perdu « la notion de la règle du jeu ».Sentimentalité, jeux de mots, décors, lumières ou costumes, rien de cela ne peut retenir un public qui ignore le secret du jeu.L\u2019A.dégage et situe les éléments constitutifs de la représentation dramatique, que le public doit connaître et apprécier, dont il est en définitive le seul juge.Mise en scène, personnages, sujet, style, composition et jeu sont étudiés en eux-mêmes et replacés dans la synthèse que forme l\u2019œuvre dramatique.Observer un metteur en scène, tirer parti d\u2019une pièce, guider et appuyer le jeu des acteurs, suivre les progrès de ceux-ci aux prises avec le texte, participer (au moyen du film, par exemple) à l\u2019élaboration créatrice d\u2019une entreprise artistique, voilà qui faciliterait la rééducation du public.C\u2019est le but que poursuit l\u2019A.Les adeptes de Thalie ou de Melpomène trouveront dans son ouvrage de quoi enrichir leurs connaissances et pourront accéder plus sûrement à la joie que réserve la parfaite compréhension d\u2019une pièce de théâtre.André-M.Bédard.V Immacülée-Conception, Montréal.RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.: VEndôme 2541 124 RELATIONS U ¦ VOTRE PAYS VOUS OFFRE « UNE FORMATION UNIVERSITAIRE et une fière et noble carrière Jeunes GENS \u2014 Voici une chance en or .une merveilleuse aubaine que vous offre le pays: une formation universitaire sans bourse délier! A vous d\u2019en profiter .de suivre vos cours universitaires, dans le domaine de votre choix .de recevoir gratuitement enseignement, manuels, instruments, abonnements, allocation pour la pension, soins médicaux et dentaires, etc.C\u2019EST UN RÊVE QUE DES MILLIERS DE NOS JEUNES ONT CARESSÉ SANS JAMAIS POUVOIR LE RÉALISER! 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