Relations, 1 septembre 1954, Septembre
[" Septembre 1954 Science et alcool Paul-Émile GINGRAS Le congrès des religieux canadiens Adélard DUGRÉ Positions du français au Canada : bilan général Richard ARÈS Un nouveau fédéralisme s\u2019impose-t-il au Canada ?Émile BOUVIER Que représente notre baccalauréat ès arts ?Robert PICARD Chronique pour l\u2019an 2000 Alexandre DUGRÉ SOMMAIRE SEPTEMBRE 1954 Éditoriaux.241 Le congrès marial national.\u2014 Salut à l\u2019Acadie JUBILAIRE.Articles SCIENCE ET ALCOOL.Paul-Émile Gingras 243 QUE REPRÉSENTE NOTRE BACCALAURÉAT ÈS ARTS?.Robert Picard 245 UN NOUVEAU FÉDÉRALISME S\u2019IMPOSE-T-IL AU CANADA?.Émile Bouvier 248 CHRONIQUE POUR L\u2019AN 2000 .Alexandre DugrÉ 251 Commentaires.254 Diagnostic du désordre social.\u2014 Charité bien ordonnée.\u2014 Les conseils d\u2019entreprise en Belgique.Au fil du mois.256 Controverse sur le droit au travail.\u2014 « Spectacle pour adultes ».\u2014 Le 50e anniversaire des Semaines sociales de France.\u2014 Le philatéliste le plus heureux du monde.\u2014 La Flèche à Montréal.\u2014 Bien, mon colonel ! Articles LE CONGRÈS DES RELIGIEUX CANADIENS.Adélard Dugré 258 POSITIONS DU FRANÇAIS AU CANADA : BILAN GÉNÉRAL .Richard Arès 260 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, celte œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 263 Les livres.265 Le Cantique des cantiques .Luigi d\u2019Apollonia Le Cantique des Cantiques.Maurice Ruest Notre Père.Richard\tArès Les saints ne sont pas tristes 1 Ceux qu\u2019on prie dans le secret ^ .Paul Bélanger Convertis du XXe siècle J Le Front des pauvres.Émile Bouvier De l\u2019existence à l\u2019être.Jean Langlois Crise de la métaphysique.Jean Racette Humanisme scientifique et Raison chrétienne .Conrad\tEast L\u2019Homme, son vrai visage et ses masques M.-J.d\u2019Anjou Civilisation.Richard\tArès Bourgeoisies en appel.Marcel Beauchemin Le Prêtre, ce héros de roman.Fernand Dorais Utopia.Paul-Émile Racicot Claire Fontaine\t\"j Le Nom dans le bronze >.M.-J d\u2019Anjou Autour de la maison J RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Jules Émery \u2022 Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIVe année, N° 165 Montréal Septembre 1954 ÉDITORIAUX JÇe congxeï mariai national NOTRE CONGRÈS marial national, qui a eu lieu du 5 au 15 août, a attiré les foules au Cap-de-la-Madeleine et aux Trois-Rivières.Il passera à l\u2019histoire comme l\u2019événement le plus marquant de l\u2019Année mariale au Canada.Cette Année mariale, Pie XII l\u2019a promulguée par son encyclique Fulgens Corona (8 septembre 1953), afin de commémorer le centenaire de la définition du dogme de l\u2019immaculée Conception.Commémoration plus grandiose que toutes les précédentes, puisque, depuis le 1er novembre 1950, les fidèles peuvent unir dans une même pensée et un même amour le dogme de l\u2019Assomption et celui qui fut défini par Pie IX le 8 décembre 1854: « Il Nous semble que cette perle très précieuse, dont, il y a cent ans, fut orné le saint diadème de la Bienheureuse Vierge Marie, brille aujourd\u2019hui d\u2019une lumière plus resplendissante.» (.Fulgens Corona.) Cette « perle très précieuse » a toujours été en grande vénération chez nous.C\u2019est ainsi que la première chapelle que les Jésuites construisirent aux Trois-Rivières en 1636 fut placée sous le vocable de l\u2019immaculée Conception.Les fidèles venus au Cap-de-la-Madeleine de toutes les parties du Canada foulèrent donc une terre depuis longtemps chère à la Vierge.Les sermons et les allocutions des dignitaires ecclésiastiques, et plus spécialement le radiomessage du Souverain Pontife, nous ont dit ce qu\u2019il fallait faire pour que le congrès, fruit de l\u2019Année mariale, ait des lendemains.La presse et la radio leur ayant donné une excellente publicité, nous soulignerons deux des nombreuses intentions recommandées dans Fulgens Corona : la pureté et la paix.La pureté.\u2014 Voici une des supplications à présenter à la Vierge: Que tous demandent.avec insistance que la généreuse et impétueuse jeunesse croisse saine et pure et ne laisse pas contaminer par le souffle corrompu du siècle ni affaiblir dans les vices la fleur resplendissante de son âge; que sa passion sans frein et son ardeur impétueuse soient gouver- nées par une sage modération et que, se détournant de toutes les embûches, elles ne se portent pas vers les choses mauvaises et nuisibles, mais s\u2019élèvent vers tout ce qui est beau, saint, aimable, sublime.Pas de plus énergique commentaire de cette recommandation du Saint Père qu\u2019un passage du sermon prononcé, le 6 août, au Cap-de-la-Madeleine, par S.Ém.le cardinal Léger.Après avoir affirmé que « le don de la foi qui pousse à prier à l\u2019église et dans l\u2019intimité du foyer est le même qui oblige à prendre des attitudes claires et courageuses à l\u2019usine, au bureau, dans les champs, à l\u2019école, partout », Son Éminence censurait les multiples atteintes à la pureté: .en ce moment, l\u2019enfer crache sa bave sur tout ce qui est pur et essaie de faire disparaître les vestiges de Dieu dans le monde sous les eaux fangeuses d\u2019une marée qui ne respecte aucune institution: le caractère sacro-saint du mariage est ridiculisé; une presse pornographique et obscène circule librement et souille le cœur tendre de l\u2019enfance; le trafic des plus basses passions est le commerce le plus lucratif en un temps d\u2019instabilité économique; le culte de la beauté charnelle est érigé en religion, et les modes les plus osées transforment les plages, les parcs et même les rues de nos paisibles villages en étalage du vice.La vie est devenue une continuelle invitation au mal.Tout est saturé de malice, et nos sens ne captent que des ondes chargées de luxure et de provocation.Désireux d\u2019être bien compris et de susciter les réactions qui s\u2019imposent, le cardinal insista sur les causes du mal: la presse, le cinéma, l\u2019alcool, les drogues, les revues obscènes, les petits journaux sales, les modes indécentes.Si la jeunesse est plus exposée au danger de contamination, qui aura la témérité de prétendre que les adultes n\u2019ont rien à craindre de ces sources d\u2019infection constamment actives ?Les gouvernants doivent agir.C\u2019est clair.Leur rôle de gardiens de la cité leur impose cette vigilance.Mais il ne faut pas compter uniquement sur eux.Après avoir, toujours dans Fulgens Corona, parlé des maux actuels, parmi lesquels il faut mentionner « la décadence des mœurs entretenue par les mauvais spectacles, les mauvais livres, les mauvais journaux et par tant de crimes », le Saint Père déclarait: Nous ne nions pas qu\u2019en ce domaine les gouvernants puissent faire beaucoup; toutefois la guérison de si grands SEPTEMBRE 1954 241 maux est à chercher sans nul doute à un plan plus élevé; il faut faire appel à l\u2019aide d\u2019une force plus qu\u2019humaine qui illumine d\u2019une clarté céleste les esprits eux-mêmes, qui atteigne les âmes elles-mêmes, les renouvelle par la grâce divine et, sous l\u2019influence de celle-ci, les rende meilleures.Renouvelés par la grâce et rendus meilleurs après avoir eu recours à Notre Dame, les fidèles mépriseront les sources d\u2019impudeur et de corruption, s\u2019uniront pour mener campagne contre elles et chercher les moyens de remplacer ce qu\u2019il faut à tout prix supprimer.La paix.\u2014 Il faut que, « face au monde communiste surarmé politiquement, militairement et idéologiquement, le monde occidental trempe de nouveau ses armes, mais par-dessus tout se forge une volonté chrétienne de paix, empreinte de courage politique et de lucidité économique, de justice sociale et de solidarité internationale, de prière et de charité » (.Relations, août 1954, p.214).Cette prière pour la paix, rendue plus efficace par les œuvres de pénitence, aura d\u2019autant plus de chance d\u2019être exaucée qu\u2019elle passera par Celle que la liturgie proclame non seulement belle et bonne, mais aussi « terrible comme une armée rangée en bataille ».Il est difficile de prédire quelle tournure prendront les événements au cours des prochains mois.Un diplomate d\u2019expérience faisait récemment cette réflexion: « Les événements actuels dépassent les hommes.» Un correspondant de Chine écrivait de son côté: « Je vous avoue que souvent j\u2019ai l\u2019impression que les moyens humains sont finis.Il faut laisser faire et nous rabattre totalement sur le bon Dieu et la sainte Vierge.» (.Relations, avril 1954, p.109.) Rapprochons de cet aveu la remarque faite vers la mi-juin par un journaliste suisse qui suivait, depuis le début, la conférence de Genève sur la Corée et l\u2019Indochine: « Il était facile de prévoir ce qui allait se passer.C\u2019est d\u2019impasse qu\u2019il faut parler.Une entente véritable est impossible.Les deux camps emploient les mêmes mots dans un sens tout à fait opposé.» La situation est donc très grave.Le croyant ne peut aller jusqu\u2019à dire qu\u2019elle est désespérée.Il lui est impossible d\u2019oublier les derniers mots du radiomessage adressé par le Saint Père à Fatima, le 13 octobre 1951: « C\u2019est surtout dans la très puissante intercession de Notre Dame que Nous plaçons Nos espérances, l\u2019invoquant sans cesse pour qu\u2019elle daigne hâter l\u2019heure où, d\u2019une extrémité du monde à l\u2019autre, se réalisera l\u2019hymne angélique: Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté ! » Nous devons donner beaucoup d\u2019ampleur à nos prières.Elles ne doivent pas s\u2019alimenter uniquement à même les torts et les attentats du monde communiste.Il est vrai, comme l\u2019a noté Pie XII dans son radio-message de Noël 1951, que « l\u2019invitation de l\u2019Église trouve encore moins de résonance dans le camp opposé » à celui du « monde libre ».Celui-ci n\u2019est donc pas sans 242 péché, même si ses dispositions sont meilleures.Et son péché est grand.On rencontre « chez bien des personnes autorisées du monde dit « libre » une aversion contre l\u2019Église, contre cette importune qui recommande quelque chose que l\u2019on n\u2019a pas, mais que l\u2019on prétend avoir et que, par un étrange renversement d\u2019idées, on lui refuse précisément à elle, Nous voulons dire l\u2019estime et le respect de l\u2019authentique liberté ».Ce refus, ajouté aux péchés de sensualisme, de matérialisme et d\u2019injustice sociale, affaiblit le monde libre dans sa résistance au communisme.Parce que les forces spirituelles sont indispensables dans cette résistance.Parce qu\u2019il nous faut être dignes des grâces que nous demandons.C\u2019est à tout cela que les croyants doivent songer quand ils prient la Sainte Vierge.Celle qui est « terrible comme une armée rangée en bataille » peut arrêter la montée du communisme, hâter la conversion de la Russie et faciliter la guérison des malaises qui hypothèquent le monde libre.Tout comme l\u2019Année mariale, notre congrès marial national doit laisser des habitudes de prière, de sacrifices et de générosité dans l\u2019action.C\u2019est une façon \u2014 la principale \u2014 de travailler à l\u2019édification de la' paix.Salut à l\u2019cAcadie jubilaire 1E 15 AOÛT dernier, en Acadie même et partout où vit J un descendant des déportés de 1755, s\u2019inauguraient les fêtes grandioses qui marqueront le deuxième centenaire du Grand Dérangement.Sans entrer dans les détails du programme, soulignons-en l\u2019ampleur et l\u2019allant enthousiaste: symbole d\u2019un peuple fraternel qui nous donne un admirable exemple de fidélité et de communion dans les idées et les sentiments.Heureux privilège des peuples luttant pour leur survie et qui spontanément resserrent les rangs! Les autorités acadiennes, tant civiles que religieuses, ont tenu à donner aux fêtes du souvenir un caractère optimiste, joyeux, positif.La tentation était forte de rappeler avec une âpre fierté la revanche acadienne pour l\u2019ignominie de 1755; elles y ont résisté.Elles ont préféré montrer le fait acadien, son histoire, ses richesses ethniques et culturelles, son importance de plus en plus grande dans la vie de la nation.L\u2019Acadie de 1955 montrera sa vigueur et sa prospérité à Moncton, centre de la vie acadienne.A Saint-Joseph de Memramcook, siège du premier collège, on chantera l\u2019Acadie de 1855 renaissant à la vie et à l\u2019espoir.Enfin, à Grandpré, avec un esprit rasséréné par la vue de la résurrection nationale, on commémorera l\u2019Acadie de 1755, blessée à mort et pleurant ses enfants dispersés.Dans le plan des organisateurs, c\u2019est non seulement l\u2019Acadie qui doit publiquement bénir la Providence et chanter sa résurrection, ralliant sur la terre ancestrale ses fils venus de tous les points du Canada et des RELATIONS États-Unis.Tout le Canada français sera convié à la fête; le gouvernement du Canada y coudoiera les autorités du Québec dans un hommage commun.On espère aussi la représentation officielle de la France et de la Grande-Bretagne.Déjà les autres groupes ethniques des Maritimes ont promis leur participation, en témoi- Science et alcool Paul-Émile GINGRAS EN MATIÈRE de tempérance et d\u2019alcoolisme, la conjecture et l\u2019information superficielle caractérisent trop souvent nos connaissances sociales.Une récente visite au Centre de recherches de l\u2019Université Yale nous invite à préciser comment l\u2019étude scientifique des problèmes relatifs à l\u2019alcool nous permettrait de passer de l\u2019âge du discours émotif à celui de l\u2019action réaliste.L\u2019Université Yale a battu un sentier qu\u2019il nous paraît utile de tracer sur notre carte de la tempérance; en voici les étapes: recherches, publications, éducation, thérapie, information.Recherches.\u2014 En 1930, \u2014 Yale a donc sur nous une avance de vingt-cinq ans, \u2014 des hommes de science du laboratoire de physiologie appliquée entreprenaient résolument une étude systématique de l\u2019alcool: métabolisme, absorption, oxydation.Ces premières recherches expliquèrent mieux les effets de l\u2019alcool sur l\u2019homme et menèrent à un traitement plus rationnel de l\u2019alcoolique.Mais de telles études demeuraient hors du champ des causes de l\u2019intempérance, et le physiologiste comprit que le problème était global, plus d\u2019une science y étant impliquée.On séria les problèmes: définition de l\u2019alcoolique et extension de l\u2019alcoolisme; traitement médical, psychologique, social et moral de l\u2019alcoolique; évaluation des résultats et des difficultés techniques ou financières de ce traitement ; intégration de la thérapie antialcoolique et de la médecine générale; réhabilitation du patient; méthodes de décèlement de l\u2019alcoolisme au premier stade.On détermina les rapports de l\u2019alcoolisme avec l\u2019éducation, la justice, l\u2019économie.On tint compte du fait que l\u2019alcoolisme, bien qu\u2019affectant quatre millions d\u2019Américains et leurs familles, employeurs ou amis, passe encore pour une maladie honteuse, ce qui en complique la prévention et le traitement.Une équipe d\u2019hommes de science s\u2019installa au Centre de recherches de Yale.Elle fit appel à la coopération internationale.En 1940, elle fondait sa revue, Quarterly Journal of Studies on Alcohol, où s\u2019engageait une discussion scientifique des divers aspects du problème: de la chimie de l\u2019alcool à la taxation commerciale.En 1943, elle instituait un cours d\u2019été; en 1944, elle éta- gnage d\u2019admiration pour l\u2019importance et la valeur du fait acadien.Les fêtes du deuxième centenaire seront un chant de reconnaissance envers la Providence maîtresse des nations et l\u2019affirmation calme et joyeuse d\u2019un peuple qui n\u2019a jamais perdu l\u2019espoir.M.Paul-Émile Gingras, secrétaire général du Collège Jean-de-Brébeuf, poursuit son étude du problème de la tempérance.Le présent article, inspiré par une visite faite en juin au Centre de recherches de /\u2019 Université Yale, devrait susciter chez nous un effort plus profond et mieux organisé pour combattre le fléau de Valcoolisme.blissait une clinique; en 1947, elle menait une enquête sociologique nationale.Ainsi étaient coordonnés les efforts de sociologues, psychiatres, économistes, psychologues, statisticiens et légistes; ainsi s\u2019établissait un Centre de recherches aujourd\u2019hui réputé par tout l\u2019Occident.Publications.\u2014 La revue trimestrielle publie les études originales des institutions scientifiques et des laboratoires du monde entier aussi bien' que celles du propre Centre de Yale.Elle recense l\u2019activité scientifique universelle dans le domaine de l\u2019alcool et rapporte les expériences des gouvernements, associations et institutions dans le champ de la réhabilitation et du traitement des alcooliques.Par delà les publications savantes destinées aux techniciens, Yale atteint le public par des volumes, brochures, affiches de vulgarisation.Un digest, publié deux fois le mois, s\u2019adresse aux médecins spécialisés dans le traitement de l\u2019alcoolisme.Les résultats d\u2019enquêtes sociologiques ou les discussions et leçons des cours d\u2019été sont aussi publiés.Éducation.\u2014 Toute l\u2019activité du Centre de Yale a une portée nettement éducative; l\u2019effort dans ce sens se manifeste surtout par le cours d\u2019été.Yale veut servir l\u2019homme de profession libérale, le gouvernant, le citoyen préoccupé du bien-être public.C\u2019est le but du cours d\u2019été (quatre semaines), depuis 1943.Les étudiants se recrutent, à raison d\u2019environ 150 par année, chez les éducateurs, les médecins, les hommes d\u2019Église, le personnel spécialisé de l\u2019industrie, du service social ou de la santé publique.Une session intensive d\u2019études, de discussions, de travail pratique fait vivre l\u2019étudiant de la vie même de Yale.Le service de publications prépare et distribue le matériel éducatif; le personnel des recherches se charge des leçons, des rapports scientifiques et des seminars; la clinique joint l\u2019expérience pratique à l\u2019enseignement théorique.Le texte des cours est ensuite publié.Nous avons sous la main le volume intitulé Alcohol, Science and Society: 500 pages d\u2019études sur les effets de l\u2019alcool, ses causes sociales, ses conséquences sur l\u2019individu et la SEPTEMBRE 1954 243 société, le dépistage et le traitement des ivrognes et des alcooliques; c\u2019est le texte du cours d\u2019été de 1944.Thérapie.\u2014 En 1944, malgré les insuccès et déboires d\u2019institutions similaires, le Centre de Yale ouvre une clinique à New-Haven, puis une seconde à Hartford.Un personnel minimum y est attaché: un psychiatre, un enquêteur et un travailleur social, un psychologue consultant et un secrétaire.La clinique peut compter sur le laboratoire de physiologie du Centre et sur la coopération du clergé, de médecins privés, de certains hôpitaux, des Alcooliques anonymes, des agences de bien-être social et des cours de justice.Les portes des cliniques sont ouvertes à tout venant.Aucune formule magique n\u2019est annoncée; aucune guérison n\u2019est promise.Des savants de bonne volonté mettent en commun le diagnostic, le traitement physique, la psychothérapie, le service social individuel, l\u2019orientation professionnelle.Le résultat le plus significatif de l\u2019entreprise clinique apparaît en ce qu\u2019aujourd\u2019hui la commission créée par l\u2019état du Connecticut pour l\u2019étude de l\u2019alcoolisme a établi cinq cliniques publiques et des services dans divers hôpitaux et qu\u2019elle a modelé son traitement sur celui que la clinique de Yale avait expérimenté.Information.\u2014 Le Centre de Yale reçoit modestement et aimablement ses visiteurs; il s\u2019offre volontiers à vous servir.De fait, les agences et départements de nombreux gouvernements, les institutions que concernent les problèmes pratiques de l\u2019alcool se tournent vers Yale.Celui-ci a mis sur pied un service d\u2019information, de consultation, de conférences, de bibliographie.Dans ce service, Y enquête sociologique occupe une place importante, qui vaut d\u2019être soulignée.Dans l\u2019intention des maîtres de Yale, l\u2019enquête doit atteindre l\u2019ensemble des groupes et types américains et analyser leur réaction devant l\u2019alcool.Elle abordera méthodiquement les multiples problèmes liés au commerce et à la consommation des boissons alcooliques: ivresse, alcoolisme et méfaits de l\u2019intempérance, alcool et sécurité routière, pertes en capital-hommes et en capital-argent, législation, octroi des permis de vente et taxation du commerce, contrôle de la vente, éducation scolaire de la sobriété, relations entre l\u2019habitude de boire et les autres problèmes sociaux.Une enquête type nous est révélée dans un volume que les Presses universitaires de Yale ont publié, en 1953, sous le titre de Drinking in College.L\u2019enquête a duré six ans.Commencée en 1947, elle se partage ainsi : une année et demie de préparation technique, deux années pour la cueillette des réponses et deux années d\u2019analyse.Les résultats que nous livre la publication intéressent le technicien par leurs tableaux et questionnaires; le lecteur ordinaire lit aisément le texte des commentaires, interprétations et directives pratiques.Il s\u2019agit d\u2019une enquête menée avec toute la rigueur scientifique possible.On a trié d\u2019abord 27 collèges américains, publics et privés ou confessionnels, tenant compte de la géographie du pays, de l\u2019origine religieuse des étudiants (le fils du mormon a une autre éducation que celui du juif).Dans les institutions observées, il y a des blancs et des noirs, des ruraux et des urbains, une classe populaire et une classe bourgeoise.A l\u2019intérieur de chaque institution, un échantillonnage est établi, proportionnel au nombre total des étudiants, et qui respecte l\u2019âge, le sexe, le genre d\u2019études suivi.L\u2019enquête, préparée par une visite et des explications aux autorités de l\u2019institution, présente une série de questions touchant à 56 sujets; le questionnaire est à la fois compréhensif et simple et comporte les contre-questions qui permettent de déceler la sincérité ou l\u2019objectivité des réponses.On s\u2019adresse à 17,000 collégiens et collégiennes; 16,300 répondent; 15,747 réponses sont finalement acceptées et analysées.Toute enquête sociologique a ses limites.Ici, la préparation scientifique du questionnaire, les tests préliminaires, l\u2019esprit même de l\u2019enquête réduisent au minimum le coefficient d\u2019erreur.Éliminée d\u2019abord la conjecture, et assurés certains faits essentiels concernant la consommation de boissons alcooliques par les collégiens, nous savons comment ceux-ci envisagent le problème de l\u2019alcool; lesquels d\u2019entre eux boivent; ce qu\u2019ils boivent; où, quand, comment et avec qui ils boivent; nous découvrons le rapport qui existe entre l\u2019usage qu\u2019ils font de l\u2019alcool et leur comportement social et moral; nous apprenons quelle est l\u2019attitude de leurs parents devant l\u2019alcool.L\u2019enquête et ses résultats permettront aux parents, aux maîtres, aux prêtres, à tous ceux que l\u2019éducation occupe de mieux comprendre le problème, de mieux agir.Dépassant les résultats immédiats, l\u2019enquête permet de voir le problème global, de susciter de nouvelles recherches, plus intenses et plus rigoureuses.Nous avons insisté sur le travail d\u2019enquête accompli à Yale, parce qu\u2019il illustre le genre d\u2019effort social et scientifique manifestement requis d\u2019urgence par le problème de l\u2019alcool et qu\u2019il démontre la possibilité de réaliser cet effort.Ils sont là une dizaine de savants humanistes, installés dans une humble maison, pourvus d\u2019un maigre octroi universitaire et d\u2019insuffisantes souscriptions individuelles.En vingt-cinq ans, ils ont donné au monde la vérité, mais aussi un alcoomètre qu\u2019utilisent des centaines de services policiers; à leurs concitoyens, ils ont donné des cliniques, des méthodes et directives précises d\u2019éducation.Un trait souligne bien l\u2019esprit humanitaire de Yale: les études, découvertes, expériences du Centre sont rédigées, polycopiées et distribuées dans les principales bibliothèques du monde.En bénéficie, par exemple, notre bibliothèque fédérale.244 RELATIONS Mais revenons au Québec.Où l\u2019éducateur, le journaliste, le prêtre, le législateur, le médecin, le travailleur social peuvent-ils actuellement, chez nous, se documenter, se renseigner, seulement s\u2019informer, lorsqu\u2019ils font face aux problèmes de l\u2019alcool?Existe-t-il un institut de recherches, une chaire antialcoolique 1, une bibliothèque spécialisée ?Tout récemment, nous avons reçu d\u2019un Office antialcoolique du gouvernement ontarien nos premières statistiques sur l\u2019alcoolisme québécois.Le promoteur de la tempérance s\u2019en tient, et pour cause, à des principes généraux de morale et de sociologie qu\u2019il rattache à des faits particuliers: méthode qui réduit l\u2019action des tempérants à une prédication stéréotypée (l\u2019alcool est un poison, l\u2019alcoolique est un malade ou une brute, l\u2019abus de l\u2019alcool engendre des criminels et des fous.) Ces formules, à quoi se résume ordinairement et forcément la science de nos apôtres, ont à la longue pour effet naturel de ne toucher personne.Pourtant le juge, le curé, le patron, le père de famille, devant les ruines causées par l\u2019alcool, attendent des explications réalistes, des directives efficaces.Le cardiaque et le cancéreux espèrent en des instituts, des laboratoires et des ligues, où l\u2019État, l\u2019université et la sympathie publique concourent; les 25,000 alcooliques reconnus et le demi-million d\u2019intempérants du Québec, menacés de déchéance morale et psychologique, ont pour refuge le climat de courage des Cercles Lacor-daire, le dévouement des ligueurs du Sacré-Cœur et l\u2019amitié des Alcooliques anonymes.C\u2019est beaucoup.Mais c\u2019est aussi beaucoup trop insuffisant.Depuis des siècles, la société doit lutter contre l\u2019intempérance et une foule de problèmes liés à ce fléau.Ces problèmes existent dans notre province: alcoolisme, limitation de la vente des alcools, ruines humaines et matérielles, circulation routière, régie des alcools et application de la loi, relations entre la consommation publique de l\u2019alcool et la moralité.Notre attitude?Nous signons des pétitions pour demander l\u2019application de la loi; nous embrigadons nos gens dans un mouvement d\u2019abstinence; les vendeurs autorisés préparent un mémoire sur la surveillance du commerce et suggèrent.de légaliser la plupart des infractions actuelles; certains politiciens, songeant à la sacro-sainte caisse électorale, refusent de reconnaître l\u2019existence du problème; les autorités religieuses prédisent la mort de notre peuple s\u2019il ne revient à la tempérance; l\u2019éducation organisée est ou inexistante ou craintive ou mal informée.Nous croyons qu\u2019à la base d\u2019une action sérieuse, il faut poser la création d\u2019un centre de recherches et d\u2019un service provincial de tempérance.Là seront compilés faits et arguments propres à secouer l\u2019apathie publique devant le problème.De là partiront documentation et directives à l\u2019usage des personnes chargées de l\u2019éducation tant populaire que scolaire.De là encore viendra la vérité scientifique nécessaire au législateur pour amender sagement sa loi.A New-Haven, le centre est rattaché à l\u2019université; à Toronto et à Vancouver, il relève de l\u2019université et du gouvernement.De tels centres et instituts spécialisés se relient normalement à l\u2019université; ils sont un prolongement de la fonction enseignante.Leur financement dépend à la fois du public, du gouvernement et de l\u2019université, comme tout autre institut de recherche au service de l\u2019intérêt public.Il importe pour l\u2019instant de prendre conscience d\u2019une chose: les problèmes de l\u2019alcool exigent de nous, de l\u2019élite et des autorités en particulier, que nous les abordions d\u2019une façon scientifique.Autrement, nous continuerons indéfiniment, les uns à exploiter, les autres à déplorer l\u2019alcoolisme et l\u2019intempérance.1.A l\u2019Institut de psychologie de l\u2019Université de Montréal, le R.P.Noël Mailloux, O.P., donne un cours très sérieux sur le Problème de Valcoolisme; il ne semble pas cependant que l\u2019influence de ce cours ait pu s\u2019étendre au delà du cercle des étudiants.Que représente notre baccalauréat es arts ?Robert PICARD, S.J.L\u2019ENSEIGNEMENT SECONDAIRE bouge dans le Québec.Il se passe quelque chose, et on a l\u2019impression que les innombrables discussions qui s\u2019enchaînent depuis si longtemps vont enfin tirer leur conclusion.Le Rapport du Sous-comité de Coordination, paru en novembre 1953, peut se discuter, comme on n\u2019a pas manqué de le faire; il constitue au moins une base de départ intéressante, et il est à souhaiter qu\u2019on ne retarde pas indéfiniment l\u2019application de Le P.Picard, qui enseigne la psychologie expérimentale au Scolasticat de V Immaculée-Conception, Vhistoire de la psychologie à V Université de Montréal et la psychologie pédagogique à l\u2019Ecole normale supérieure, aborde un problème important que pose la coordination de notre enseignement secondaire.ce qu\u2019on en retiendra.Dans cet article, je voudrais seulement signaler un problème particulier, central à la vérité, qui ne me paraît pas avoir obtenu l\u2019attention qu\u2019il mérite: le problème de notre baccalauréat ès arts.Car le B.A.de nos collèges pose un problème.Traditionnellement, au Canada français, il représente une culture générale : entendons par là une compréhension fondamentale du monde où va entrer l\u2019adolescent, avec un entraînement à y assumer ses responsabilités SEPTEMBRE 1954 245 personnelles.Seulement, cette culture générale se prolonge jusqu\u2019au delà de la vingt et unième année d\u2019âge.D\u2019après une enquête d\u2019avant-guerre (voir l'Enseignement secondaire au Canada, 1939-1940, n° 19, pp.598-599), nos bacheliers terminaient alors leurs études à vingt-deux ans au plus tôt.L\u2019anomalie signalée à cette époque par le P.Alcantara Dion a incité nos collèges à faire un effort de redressement.Mais cet effort n\u2019a pas été le même partout, puisqu\u2019un sondage rapide à travers bon nombre de collèges classiques de la province révèle que, dix ans plus tard, on a peut-être gagné tout juste une année.Ajoutons toutefois que ce progrès se poursuit encore aujourd\u2019hui.Vingt et un ans, c\u2019est bien tard pour en être encore à la culture générale.Pour le psychologue, cela ne fait pas de doute.L\u2019âge de la culture générale, c\u2019est l\u2019adolescence.A dix-neuf et vingt ans, on a plutôt le souci de se préparer une place dans la vie.Effectivement, nos bacheliers se rendent vite compte qu\u2019ils abordent plus tard que leurs contemporains de langue anglaise l\u2019étude de leur spécialité: ainsi un polytechnicien obtiendra le grade de bachelier en sciences appliquées cinq ans après son baccalauréat ès arts, ou la fin de son collège; tandis qu\u2019un étudiant à l\u2019Université du Manitoba, par exemple, obtiendra le même titre cinq ans après ses études de high school.Et il en est ainsi de la plupart des écoles professionnelles.On a beau vanter à notre bachelier sa culture générale, il en trouve le prix élevé.C\u2019est bien pis si notre étudiant québécois se propose d\u2019étudier à l\u2019étranger, disons aux États-Unis.On reconnaîtra bien son B.A., mais comme un B.A.spécialisé en classics.Et comme lui-même le plus souvent ne compte pas se spécialiser en classics, il devra combler un déficit souvent considérable à.'undergraduate courses, cours préparatoires en somme et indispensables à la spécialisation de son choix.Pendant ce temps, ses condisciples américains, abordant eux aussi avec un B.A.leurs graduate studies, prennent sur lui une avance de deux années.Cette même expérience se renouvelle chaque année, avec la même déception de nos bacheliers qui se découvrent démunis là où d'autres arrivent orientés déjà et préparés.Comment n\u2019en voudraient-ils pas à cette malheureuse « culture générale » ?Aussi n\u2019y a-t-il pas à s\u2019étonner de la faveur grandissante des B.A.spécialisés.De plus en plus, le premier grade de chaque spécialité est un baccalauréat.De plus en plus également, on peut le préparer sans passer par le B.A.de culture générale.Cette pauvre « culture générale » semble bien peu utile pour l\u2019exercice de sa profession: les résultats de l\u2019expérience américaine le prouvent bien.Comme elle n\u2019a de valeur vraiment que pour donner un sens à la vie humaine,.en gens pratiques, on se hâte vers sa spécialité et on prend l\u2019habitude de se passer de culture générale.246 Le Sous-comité de Coordination s\u2019alarme à bon droit de cette situation.Et le plus grand nombre de nos chefs et de nos associations avec lui.Nous nous entendons tous, semble-t-il, et c\u2019est un signe de santé, pour souhaiter que notre jeunesse puisse acquérir un même sens de nos traditions, un même idéal, une même sagesse de vie, sans quoi c\u2019en est fait de notre culture nationale.Mais je me demande si le Rapport du Sous-comité apporte au problème qui nous occupe la solution appropriée.Le Sous-comité reconnaît que les baccalauréats spécialisés sont établis à demeure.Il recommande que ces baccalauréats se soucient davantage de culture générale: recommandation bien optimiste, qui risque de rester sans effet, puisque les facultés sont par nature des écoles spécialisées.Et parallèlement à ces baccalauréats spécialisés, le Sous-comité propose un baccalauréat de culture générale, plus diversifié qu\u2019autrefois, mais certainement pas spécialisé.Qu\u2019y a-t-il dans cette solution pour freiner l\u2019abandon progressif de la culture générale ?Les étudiants qui prennent le temps de suivre le cours de culture générale seront encore, au terme de leurs études spéciales, en retard sur leurs camarades.Et la voie plus directe étant ouverte aux baccalauréats spécialisés, il est inévitable qu\u2019un nombre de plus en plus grand de candidats s\u2019en contentent.Le Sous-comité reconnaît que ce mouvement est déjà engagé (Rapport, haut de la page 39); il n\u2019a rien prévu qui puisse l\u2019enrayer.* A la source de ce faux départ, je crois déceler une équivoque.A plusieurs reprises le Sous-comité parle des baccalauréats spécialisés et du B.A.de culture générale comme étant « de même niveau » (pp.37, 40).Qu\u2019entend-il par là ?Il est facile de montrer qu\u2019on ne peut prendre cette expression au pied de la lettre.Qu\u2019un finissant de nos collèges classiques se présente avec son B.A.à la Sorbonne: on lui reconnaîtra l\u2019équivalence du baccalauréat français, et on l'immatriculera à l\u2019Université de Paris.Se présente-t-il à l\u2019Université d\u2019Oxford, on lui reconnaît l\u2019équivalence de la matriculation, probablement junior.Trois ans plus tard, il pourra obtenir, à Paris, une licence; à Oxford, un nouveau B.A.! Voilà donc notre B.A.placé au niveau du baccalauréat français, mais certainement pas du B.A.anglais.Pour le jeune Français qui s\u2019inscrirait à Oxford, il n\u2019y a là aucune anomalie, puisque son baccalauréat est officiellement une immatriculation, et n\u2019est d\u2019aucune façon un B.A.Pour notre jeune Canadien, la situation qu\u2019on lui fait à Oxford reste mystérieuse: il croyait être immatriculé depuis quatre ans déjà, et en possession d\u2019un authentique B.A., qui pourtant se révèle ici tout juste une immatriculation.RELATIONS Cette tragi-comédie prouve seulement à quel point nous sommes repliés sur nous-mêmes, sans souci de nous situer dans le monde où nous vivons.Le baccalauréat ès arts, par lequel nous sanctionnons une culture générale, n\u2019a aujourd\u2019hui ce sens nulle part ailleurs que dans la province de Québec.Il n\u2019existe même plus, comme grade universitaire, qu\u2019aux États-Unis, en Angleterre et dans les pays, comme le Canada, qui ont subi l\u2019influence du monde anglo-saxon.Il n\u2019y a pas de B.A.en France, ni en Allemagne, ni en Belgique, ni en Italie, ni en beaucoup d\u2019autres pays.Et dans les universités anglaises et américaines, le B.A.représente partout un premier niveau de spécialisation.Même le fameux B.A.d\u2019Oxford en humanités classiques est très fortement spécialisé.Il suffit d\u2019en parcourir les programmes pour comprendre qu\u2019il n\u2019a rien de commun avec notre B.A.Certes, il donne une culture magnifique.Toute spécialisation digne de ce nom n\u2019est-elle pas une culture?Seulement cette culture n\u2019est plus une culture générale.C\u2019est précisément pour éviter cette ambiguïté que les autres pays européens ont abandonné l\u2019appellation de baccalauréat ès arts, qui signifiait bien au Moyen Age et encore par la suite une formation générale préparatoire aux autres facultés, mais qui signifie aujourd\u2019hui, dans tous les cas, une formation spécialisée.La France a conservé le baccalauréat pour désigner le diplôme marquant la fin des études secondaires, mais jamais elle ne dira baccalauréat ès arts.Le degré français dont le niveau se compare au B.A.anglais ou américain, c\u2019est la licence.N\u2019est-il pas temps de nous adapter au monde universitaire contemporain et de reconnaître que le B.A.de nos collèges est un diplôme de fin d\u2019études secondaires, et non pas authentiquement un B.A.tel qu\u2019on l\u2019entend partout aujourd\u2019hui, sauf chez nous ?Je crains que le Sous-comité de Coordination ne regarde pas au delà de notre frontière quand il dit, à la page 41 de son Rapport, que la culture générale « doit caractériser tout baccalauréat ».Il serait plus exact de dire que tout baccalauréat présuppose une culture générale, acquise au préalable.Si nous voulons que notre baccalauréat représente une culture générale, renonçons à lui conserver une étiquette, celle de B.A., qui implique aujourd\u2019hui une formation spécialisée.* Mais avec l\u2019étiquette il ne faudrait pas sacrifier la réalité qu\u2019elle recouvrait.Celle-ci n\u2019est pas sans doute un enseignement spécialisé, elle est seulement culture générale.A ce niveau pourtant, en tant que culture générale, elle est de qualité supérieure.Et le Sous-comité a mille fois raison de s\u2019efforcer par tous les moyens de la sauvegarder.Mais au lieu de préconiser un enseignement de culture générale jugé parallèle aux enseignements spécialisés et de même niveau qu\u2019eux, pourquoi ne pas reconnaître que ces enseignements ne peuvent pas être et, effectivement, ne sont pas de même niveau ?A y bien réfléchir, il serait étrange qu\u2019une culture générale et une culture spécialisée pussent être de même niveau.La première ne signifie rien d\u2019autre que ceci: un adolescent a pris une vue d\u2019ensemble de sa civilisation; il s\u2019est expliqué sommairement la place qu\u2019y occupe chacune des grandes institutions sociales, le rôle qu\u2019y joue chacun des savoirs, chacun des arts, chacune des façons de faire qu\u2019il y a découverts; il a développé ses propres facultés de pensée et d\u2019action en vue de s\u2019établir dans la cité des hommes et d\u2019y vivre sa vie.Les études spécialisées poussent beaucoup plus loin cette compréhension et cette maîtrise, mais en se limitant à un secteur circonscrit à l\u2019intérieur d\u2019une civilisation : elles ajoutent à la culture générale, qu\u2019elles présupposent comme arrière-plan, et la dépassent forcément en la prolongeant sur un point.C\u2019est cette formule que réalisent, chacun à sa façon, tous les systèmes d\u2019enseignement contemporains.En France, par exemple: 6 années d\u2019enseignement élémentaire, 7 d\u2019enseignement secondaire, 3 années aux facultés conduisent en 16 ans, à une licence.Aux États-Unis, 8 années d\u2019enseignement élémentaire, 4 d\u2019enseignement secondaire et 4 de college aboutissent, en 16 ans également, à un B.A.En Angleterre, en Belgique, dans les autres provinces canadiennes, on retrouve toujours le même résultat: un premier degré spécialisé après 16 ans; plus rarement, et de moins en moins, après 15.Et le contenu des systèmes d\u2019enseignement en ces pays est nettement comparable: après les acquisitions élémentaires, l\u2019adolescence est consacrée à la culture générale jusque vers la quatorzième des seize années qui préparent au premier grade supérieur.Ainsi, en France, l\u2019année propédeutique à la licence est encore générale, comme aussi (en partie du moins) les deux premières années du college américain.Et c\u2019est dans les quinzième et seizième années qu\u2019on s\u2019applique franchement et définitivement à la spécialisation.Le Sous-comité de Coordination reconnaît et accepte cette scolarité de quinze ou seize ans pour les études antérieures à l\u2019obtention du diplôme.Mais il ajoute qu\u2019elle conduit « à un baccalauréat ès arts ou à un baccalauréat spécialisé » (p.37).Pour rendre acceptables toutes les recommandations de son Rapport, il suffirait d\u2019éliminer cette parité illusoire entre baccalauréat de culture générale et baccalauréats spécialisés.Tout simplement en terminant plus tôt les études de culture générale.Ce qui aurait d\u2019abord l\u2019avantage, inappréciable au point de vue pédagogique, de les restituer à leur niveau psychologique propre, l\u2019adolescence.Ce qui également permettrait à tous nos universitaires de se consacrer ensuite, et totalement, à leurs premières études spécialisées et de les terminer au même âge que SEPTEMBRE 1954 247 leurs contemporains d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Il ri y aurait plus d'intérêt pour personne à se passer de culture générale, comme il arrive dans notre système actuel et dans celui que propose le Sous-comité; de sorte qu\u2019on pourrait exiger efficacement de chacun qu\u2019il se donne la meilleure culture générale possible avant de passer aux études spécialisées.Ce rajustement ne me paraît d\u2019ailleurs pas si difficile.Sept années d\u2019école élémentaire et huit années de cours classique, cela fait une scolarité de quinze ans pour le B.A.de culture générale.Je demandais plus haut ce qu\u2019entendait le Sous-comité en disant que ce B.A.était de même niveau que les baccalauréats spécialisés.Il se peut qu\u2019il entende seulement que ces cours ont une durée égale.Nous avons vu que cette égale durée ne doit pas masquer la radicale disparité des deux enseignements.Mais cette égalité de durée ne serait-elle pas elle-même illusoire?On peut, je crois, le prouver par le Rapport du Sous-comité: sa septième recommandation et le commentaire qui l\u2019accompagne prennent pour acquis que les enfants « qui ont la capacité de poursuivre des études supérieures » peuvent « parcourir le cycle primaire en six ans » (pp.23-24).C\u2019est-à-dire que leur scolarité élémentaire normale est de 6 années, et non pas de 7.Six années d\u2019école élémentaire et huit d\u2019enseignement secondaire, cela fait une scolarité réelle de 14 ans, celle précisément que nous avons trouvée dans les autres pays pour la culture générale.Deux années supplémentaires conduisent dans ces mêmes pays à un premier degré spécialisé.Pourquoi pas chez nous ?\t* En tenant compte de cette scolarité réelle, la vingt-deuxième recommandation du Sous-comité (p.41) se lirait comme suit: « Que la spécialisation en vue d\u2019un baccalauréat spécialisé ne commence qu\u2019après la 12e année ou rhétorique, c\u2019est-à-dire au niveau de la 13e année ou philosophie première année ».Du coup, cela situerait les études de culture générale à leur niveau propre.Après les options diverses prévues par le Rapport pour les deux années de philosophie (recommandation 20, p.40), les facultés universitaires pourraient, sans plus créer de concurrence néfaste avec l\u2019enseignement de culture générale, préparer, pendant les quinzième et seizième années d\u2019études undergraduate, au premier grade spécialisé.Je sais bien que pareille modification dans notre système d\u2019enseignement peut paraître considérable.Cette impression ne serait-elle pas surtout l\u2019effet d\u2019une fausse perspective longtemps entretenue?Il faudrait sans doute sacrifier la dénomination B.A.pour désigner le diplôme de fin d\u2019études de culture générale.On l\u2019a fait partout ailleurs que chez nous.Il faudra surtout ne pas craindre de penser comme on le faisait autrefois, même dans le Québec.Témoin cette décision du 10 avril 1860, à l\u2019Université Laval, d\u2019« élever tous les cours donnés aux philosophes du Séminaire au rang de cours élémentaires de la Faculté des Arts » (H.Provost, Historique de la Faculté des Arts de V Université Laval, pp.2-3).Il n\u2019était manifestement pas question alors de cours de la faculté des arts en belles-lettres et en rhétorique! Mais les avantages indiqués ci-dessus compensent amplement ces renoncements: assurer à tous les spécialistes, dont ont si grand besoin notre province et notre pays, une culture générale de qualité supérieure, sans leur imposer un retard dans leurs études spéciales.UN NOUVEAU FÉDÉRALISME S'IMPOSE-T-IL AU CANADA?Emile BOUVIER, S.J.LE VOLUME de M.Maurice Lamontagne sur le Fédéralisme canadien (« Évolution et problèmes », Québec, les Presses universitaires, 1954, 299 pp., 23 cm.) était à peine paru qu\u2019il souleva un certain émoi.L\u2019Université Laval se désolidarisa de l\u2019auteur, qui était à la fois professeur titulaire et directeur de sa section économique; le Devoir et Notre Temps, chacun par de vigoureux articles, en ont désavoué la thèse.Il faut être juste.L\u2019auteur mérite des félicitations pour son audace et son courage à aborder seul un problème d\u2019aussi grande envergure et aussi lourd de conséquences.Sa modestie lui fait dire dans la préface que « cet ouvrage n\u2019en est pas un de vulgarisation ni de spécialisation » (p.IX).Toutefois l\u2019importance du sujet l\u2019amène à présenter une sorte de mémoire-programme qu\u2019il n\u2019est pas permis de traiter par omission.Il ne nous appartient pas ici de faire allusion aux circonstances personnelles et politiques qui ont entouré la publication de cet ouvrage, ni de reprocher à l\u2019auteur d\u2019écrire à la fois en économiste, en historien, en sociologue, en théoricien des sciences politiques et en travailleur social.De grands économistes, tels que Schumpeter, à la fin de leur carrière, ont présenté au public la synthèse de leur pensée économique et l\u2019ont imbriquée dans le grand tout politique et social.Ce qui nous intéresse, ce sont ses idées; ici, je n\u2019entends pas les 248 RELATIONS conclusions de l\u2019auteur, \u2014 elles ont déjà été réfutées par la presse, \u2014 mais plus particulièrement les raisonnements scientifiques qui les supportent.C\u2019est précisément sous cet angle que nous analyserons le Fédéralisme canadien.L\u2019auteur a divisé sa thèse en deux parties: la première donne un aperçu historique sur les relations fédérales-provinciales au Canada, la seconde élabore la théorie d\u2019un nouveau fédéralisme canadien.Toute la structure du volume repose sur un syllogisme qui se ramasserait dans les trois propositions suivantes: pour assurer la stabilité économique et le bien-être social d\u2019un pays, il faut une très forte centralisation politique; or, la constitution de 1867, dans l\u2019esprit des Pères de la Confédération, a effectué, pour des raisons d\u2019ordre économique, une très forte unification politique; donc elle doit assurer, même en 1954, la stabilité économique et sociale du Canada.La preuve de la majeure repose sur les obligations et les responsabilités qu\u2019a l\u2019État de corriger les fluctuations du cycle économique, source de toutes nos misères sociales.L\u2019argumentation de la mineure souligne le fait qu\u2019après la période de 1920 à 1930 les provinces n\u2019ont pu stabiliser l\u2019économie.Conclusion: les provinces doivent s\u2019intégrer dans un nouveau fédéralisme qui utilisera à fond les impôts directs et assumera les responsabilités de la stabilité économique et sociale de la nation.La marche en ce sens est d\u2019ailleurs franchement commencée; elle n\u2019est plus réversible; Québec doit s\u2019y résigner.La majeure suppose l\u2019efficacité scientifique de la thèse keynésienne pour corriger les fluctuations du cycle économique; la mineure repose sur une justification principalement économique de la constitution de 1867.Ce raisonnement fonde l\u2019armature de la structure économique nouvelle du Canada: il comporte toute une série de relations entre les réalités économiques et sociales, telles que capital, travail, revenu, bien-être, sécurité, etc.Qu\u2019il me soit permis pour le moment de m\u2019arrêter aux idées, aux calculs qui ont abouti, probablement à l\u2019insu de l\u2019auteur, à certaines conclusions étranges.Mentionnons d\u2019abord, sur le plan économique: a) la suprématie et le déterminisme économiques; b) la confiance dans la théorie keynésienne pour la solution des problèmes de distribution et la stabilité économique; c) une conception néo-libérale de la taxation.Ensuite, sur le plan social, nous verrons que le raisonnement aboutit par étapes: a) à la domination centralisatrice de l\u2019État; b) à la mise de côté de l\u2019action professionnelle; c) à l\u2019oubli des solutions proposées par l\u2019Église pour la reconstruction sociale.* Le principe fondamental sur quoi est axée la pensée de l\u2019auteur est la stabilité économique et la distribution du revenu national.Voilà qui est bien.Mais l\u2019auteur pousse tellement son argumentation que cet objectif économique domine le politique, le social et le culturel.Or, l\u2019économique n\u2019est pas une science omniprésente et dominante: elle est bien limitée dans son objet et reste toujours, par définition, la servante de la morale, du droit et de la science politique.L\u2019économique a pour objet la prospérité matérielle.Elle ne doit donc pas, dans l\u2019ordre des fins, commander à la politique.La structure organique d\u2019un pays dépend du plan constitutionnel, des facteurs historiques, des valeurs religieuses, bref des décisions des hommes et non du déterminisme ou du fatalisme économique.L\u2019État ne se gouverne pas uniquement d\u2019après des motifs économiques.L\u2019État n\u2019est pas le gouvernement seul, mais la société civile organisée dans toutes ses parties par un pouvoir coordonnateur.Donc compter avant tout sur la fonction économique de l\u2019État pour assurer la stabilité d\u2019un pays, c\u2019est fausser les perspectives.Le rôle de l\u2019État est celui d\u2019un architecte, non d\u2019un menuisier ou d\u2019un tailleur de pierre.Dans le domaine économique, il prévoit, il dessine, il harmonise, il surveille, il sauvegarde les intérêts généraux; mais l\u2019exécution, il la laisse le plus possible aux individus et aux organismes professionnels.Il collabore avec les forces vives de la nation, sans les absorber ni les assimiler.Or, dans la thèse nouvelle, les théories économiques de l\u2019auteur aboutissent à conférer au gouvernement central un rôle exagéré.La prédominance que M.Lamontagne attribue à l\u2019économique le conduit à majorer l\u2019importance du rendement matériel et de l\u2019efficacité administrative au détriment des valeurs d\u2019ordre culturel et ethnique (p.250).Ainsi le nœud du problème fiscal proviendrait du fait que le gouvernement fédéral envisage la taxation comme un instrument de contrôle économique indispensable, tandis que les provinces ne la considèrent que comme source de revenus (p.255).En fait, ce qui détermine la province de Québec à résister à la centralisation économique fédérale, ce sont précisément les valeurs d\u2019ordre culturel et ethnique que l\u2019économique doit respecter.Et les décisions économiques devront se plier aux exigences des valeurs supérieures.Ce sont les hommes qui mènent et non les marchés.Cette fausse perspective conduit encore l\u2019auteur à interpréter la constitution de 1867 selon un certain déterminisme économique (p.7).Sans doute, les provinces ressentaient alors le besoin d\u2019une union économique à la suite de la révolution industrielle.Mais à ces motifs économiques, s\u2019ajoutaient des raisons de fond d\u2019ordre politique, idéologique et national.On n\u2019a qu\u2019à relire nos historiens Chapais et Groulx pour voir dans la constitution la projection de l\u2019histoire héroïque du Canada français.Le deuxième point qui nous intéresse est le suivant: l\u2019auteur défend avec raison la stabilité économique et SEPTEMBRE 1954 249 la juste distribution du revenu national.Toutefois, pour justifier l\u2019intervention de l\u2019État, il fonde son raisonnement sur la thèse de M.Keynes, qu\u2019il suppose prouvée, valide et irréfutable.Or, la thèse de Keynes soulève des objections dont il faut tenir compte.La thèse de Keynes affirme que, pour le plein emploi, il faut un revenu national élevé.Le revenu national (Y) se décompose en deux facteurs, la consommation (C) et les investissements (I).D\u2019où Y = I + C.Plus le revenu monte, plus la consommation augmente et la quantité des placements s\u2019élève.Plus la consommation s\u2019élève, plus le niveau de vie monte et plus la quantité des placements augmente, plus aussi il y a de production et d\u2019emploi.La consommation, à son tour, dépend du revenu et de la propension à consommer; et les investissements dépendent des taux d\u2019intérêt et du rendement marginal du capital.Si l\u2019un des deux facteurs diminue (C ou I), le gouvernement intervient par l\u2019injection dans l\u2019économie de fonds publics sous forme de placements ou de travaux.Et pour y arriver, le gouvernement se sert de la taxation et du budget cyclique.En temps de prospérité, il augmente l\u2019impôt pour faire face aux dépenses qui maintiendront le plein emploi durant les périodes de baisse des affaires.La théorie keynésienne, qui a pour but d\u2019assurer la stabilité économique d\u2019un pays, fascine par sa simplicité.Malheureusement, il ne suffit pas toujours d\u2019une idée simple pour expliquer les forces qui agissent dans une économie, ni les motifs qui portent les hommes à investir ou à consommer.Une formule trop mécanique peut difficilement être juste et efficace dans un monde où les facteurs institutionnels, juridiques, culturels et sociaux s\u2019entremêlent intimement et motivent quantité de décisions d\u2019ordre économique.La formule keynésienne présente les données d\u2019une équation qui ne vaut que d\u2019après son contenu; elle n\u2019explique rien, elle ne touche nullement aux relations causales.Or, nous vivons dans une économie mouvante, qui change, qui progresse ou rétrograde.Quelle solution cette équation peut-elle apporter?Comment déterminer la consommation ou la propension à la consommation?Celle-ci doit-elle inclure le capital de remplacement, puisque l\u2019investissement (I) comprend les placements nets nouveaux qui contribuent au progrès de l\u2019économie?De plus, les investissements publics n\u2019augmentent pas nécessairement la consommation et le revenu dans une proportion mathématique.Le coefficient du multiplicateur qui indique la relation entre une quantité de travaux publics et la consommation a pu varier de 1 à 13 dans une période de dix ans.On ne peut donc s\u2019aventurer dans une politique de dépenses publiques sans avoir plus de précisions.En outre, lorsqu\u2019un gouvernement injecte la monnaie dans l\u2019économie par des travaux publics, il n\u2019est pas prouvé que l\u2019injection descende à tous les paliers d\u2019une éco- nomie; elle peut s\u2019arrêter au plan des industries primaires, intermédiaires ou secondaires.Si l\u2019investissement a l'effet d\u2019un multiplicateur, le non-investissement ou l\u2019épargne exerce aussi un effet régressif sur l\u2019économie.L\u2019investissement dans les biens de consommation a un effet plus rapide que le placement dans l\u2019habitation, dans l\u2019industrie ou dans les biens de consommation durables.Toute argumentation ou décision fiscale basée sur la thèse keynésienne est donc loin d\u2019être sûre et d\u2019atteindre l\u2019objectif en vue.Les États-Unis en ont fait l\u2019expérience durant vingt ans, et ils ont connu des périodes pendant lesquelles ils investissaient des milliards sans réduire le chômage, qui augmentait plutôt.Un gouvernement, par un budget cyclique, peut diriger l\u2019économie; il ne peut cependant par là régir les changements dans les prix de revient, les salaires, les prix de vente, la complexité des taux d\u2019intérêt sur le marché et les motifs d\u2019investissement.La thèse keynésienne est dépassée; les économistes s\u2019en servent aujourd\u2019hui comme d\u2019un tableau qui représente des quantités.Il leur reste à pénétrer les relations causales et dynamiques qui existent entre les réalités économiques et le rôle des facteurs institutionnels de l\u2019économie.Construire une thèse de politique fiscale fédérale sur la théorie de Keynes, avant de résoudre les objections sérieuses que les économistes modernes avancent contre cette théorie, me paraît pour le moins osé.Qu\u2019un gouvernement, à l\u2019occasion, se serve de finances déficitaires dans un plan d\u2019ensemble qui coordonne l\u2019action des individus et des organismes professionnels, soit.Mais que d\u2019avance il prenne pour acquis que la centralisation fiscale est essentielle, voilà qui dépasse les prémisses.Qui admet la thèse keynésienne aboutit fatalement à une conception nouvelle de la taxation (p.190).S\u2019il admet la nécessité pour lui de dominer l\u2019économique, l\u2019État doit se servir de la taxation comme d\u2019un instrument de pouvoir et non plus comme source de revenus (p.254).A l\u2019avenir, l\u2019État doit réaliser des surplus et des déficits budgétaires.Pour empêcher l\u2019inflation, il doit retenir et utiliser, souvent au maximum, toutes les formes de taxes qui lui sont attribuées par la constitution : « Au cours des périodes de fléchissement économique, il (le gouvernement fédéral) doit encore retenir le contrôle sur ces pouvoirs de taxation, afin d\u2019être vraiment en mesure d\u2019abaisser les impôts pour stimuler l\u2019activité économique.Par ailleurs, pour réaliser un déficit budgétaire important, le gouvernement fédéral doit avoir accès, soit directement soit indirectement, aux principales catégories de dépenses publiques.Si les exigences de cette politique de stabilité ne semblent pas acceptables, il ne faut pas demander au gouvernement fédéral d\u2019assumer les principales responsabilités dans la lutte contre l\u2019inflation et le chômage cycliques.» (P.253.) 250 RELATIONS En dehors d\u2019un cas de guerre ou de calamité publique, un gouvernement a-t-il le droit de taxer des individus au delà des exigences propres à son administration, sans avoir pris au préalable d\u2019autres moyens aussi efficaces, même s\u2019ils paraissent moins simples?Un gouvernement a-t-il le droit de prendre des mesures de taxation qui frappent le pauvre et le consommateur, qui exproprient le possédant pour des motifs de politique fiscale, avant d\u2019avoir du moins recouru aux moyens justes que sont la politique de l\u2019escompte, du marché ouvert, du crédit, la régie des prix, le contingentement des importations, l\u2019expansion du commerce extérieur et surtout la collaboration professionnelle ?Se servir légèrement de l\u2019impôt de façon permanente pour justifier des déficits, c\u2019est, à mon avis, établir une disproportion grave entre un moyen qui exproprie l\u2019individu et un résultat aléatoire, surtout après l\u2019expérience américaine des vingt dernières années.Un gouvernement qui pratiquerait cette déviation de façon permanente ne prendrait-il pas facilement l\u2019habitude d\u2019une expropriation à long terme qui nuirait à la sécurité individuelle et sociale et à l\u2019initiative en affaires?Et ne violerait-il pas les règles de la justice distributive ?* L\u2019étude de l\u2019aspect social de la thèse nous amène à des conclusions que l\u2019auteur n\u2019a sans doute pas prévues.Devant l\u2019incapacité des individus à assurer la stabilité économique, M.Lamontagne affirme que le gouvernement fédéral « seul peut pratiquer vraiment la nouvelle politique fiscale qui demeure notre principal instrument de lutte contre l\u2019instabilité économique » (p.252).D\u2019après lui, l\u2019État cumule de nombreuses fonctions : il doit corriger les cycles (p.169) ; interpréter la conjoncture économique (p.171); régir la politique monétaire (p.174), la politique commerciale (p.180), la politique fiscale (p.187), la taxation (p.191), le marché du travail, à cause du danger de monopole, soit de la part des ouvriers, soit de la part des patrons (p.204); régir les relations entre consommateurs et producteurs (p.214), les relations entre producteurs (p.221), la sécurité sociale (p.226); jouer un rôle important pour assurer le bien-être et la culture (p.235).Pourquoi négliger l\u2019action des corps professionnels et la pensée de Pie XI qui attribue à chaque organisme du corps social les fonctions qui relèvent de lui?La thèse, qui favorise une intervention soutenue de l\u2019État central dans tous les domaines, paraît un pas décisif et dangereux vers une forme de socialisme mitigé, inacceptable en saine démocratie et inconciliable avec la doctrine sociale de l\u2019Église.C\u2019est peut-être la partie la plus délicate qui menace le fond même de la thèse: par un souci abusif de l\u2019économique, l\u2019auteur perd de vue les valeurs essentielles.Il tombe dans une conception totalitaire: l\u2019État, au lieu d\u2019aider les divers corps sociaux, absorbe des fonctions qui devraient être exercées par la famille et par l\u2019organisation professionnelle.Déséquilibre qui affaiblit la coordination organique entre l\u2019individu, la famille et le syndicat professionnel.La prédominance de l\u2019économique sur le politique et le social, le recours à la thèse keynésienne pour justifier l\u2019intervention de l\u2019État, une conception erronée de la taxation, une omnipotence de l\u2019État au détriment des individus et des organisations professionnelles, une importance excessive accordée au rôle du gouvernement fédéral, tout cela n\u2019est-il pas suffisant pour mettre en doute une thèse qui, au premier abord, paraissait brillante?Qu\u2019en reste-t-il?Un effort de pensée, que l\u2019auteur est bien libre de faire connaître, car il a droit à ses idées.Mais le lecteur a également le droit de déclarer que, de cet effort, il juge les conclusions inacceptables.CHRONIQUE POUR L'AN 2000 Alexandre DUGRË, S.J.S\u2019IL FALLAIT une épigraphe à ces observations de quinze jours, à Gaspé ou en Abitibi, deux phrases de Pierre Mille iraient bien: «Je me suis gardé de rien tirer de mon propre fonds, ayant seulement tâché d\u2019éviter les gens qui mentent.Je répète ce que j\u2019ai vu ou entendu, en classant les faits et les êtres, en les plaçant de façon qu\u2019ils s\u2019éclairent réciproquement.» Voici donc un reportage fait en conscience, avec toute la sympathie voulue pour les courageux affamés de terre, et avec un minimum de sévérité pour certains bureaucrates québécois, négatifs, décourageants, étroits, sans but ni plan de conquête nationale.Nos vieilles paroisses fêtent leur 100®, 150® ou 200® anniversaire; l\u2019Abitibi n\u2019atteint pas encore son 50e.Si l\u2019on n\u2019a pas marché au pas de course en ce pays extraordinaire de sol, de mines, de lacs et d\u2019avenir, on a tout de même réussi des merveilles.Deux ou trois lacunes à souligner: le manque de recrutement de vrais cultivateurs, pour remplacer les pilleurs de bois; le manque d\u2019égouttement des savanes, à cette hauteur des terres où l\u2019eau ne sait quel bord prendre, le nord à Amos, le sud à Villemontel, pour valoriser ces terres basses par des labours et fossés profonds; le manque d\u2019ambition chez certains dirigeants et dirigés.Faudra-t-il un autre chômage et ses misères pour nous ramener au bon sens, à la bienfaisante propriété du sol?.SEPTEMBRE 1954 251 Progrès.\u2014 Si l\u2019on n\u2019est jamais content, l\u2019on n\u2019est pas toujours mécontent.De bonnes fermes sourient aux bons cultivateurs; mais les succès sont relatifs, les chances étaient si belles, et bien des coulages, évitables.On déplore trop de fermes abandonnées, trop peu d\u2019élevage et de rendement moyen du sol après trente ans.Québec n\u2019a jamais organisé pour vrai le recrutement des surplus ruraux, étant donné la qualité du sol, les machines à défricher, le marché des mines et la propagande possible.Les commodités sont venues: l\u2019Hydro-Québec achève son barrage au Rapide II après le Rapide VII.L\u2019électricité réjouit campagnes et colonies; l\u2019installation coûte plus cher qu\u2019en 1930-1940, alors que les stériles pitons l\u2019emportaient sur les salaires productifs.Les villages s\u2019agrémentent d\u2019écoles centrales, pourvues de religieuses et de transport d\u2019élèves.Les autobus vont partout; chemins et ponts s\u2019élargissent, ceux de la Voirie pour l\u2019asphalte, ceux de la Colonisation pour passer enfin à la Voirie, ce qui laissera plus d\u2019argent pour plus de drainage et d\u2019essouchement.Le portage Mont-Laurier-Rouyn, déjà très beau, reçoit quarante milles d\u2019asphalte cette année, et recevra davantage l\u2019an prochain.« La valeur des chemins Duplessis vient des fossés qu\u2019on y creuse, dit un colon.L\u2019égouttement prévient les dégâts de la gelée.Certains ponts et ponceaux d\u2019hier sont à réparer, à refaire.On regrette le retard à combler des trous énormes, qu\u2019une simple charge de gravier ferait disparaître.On regrette la rareté, presque l\u2019absence d\u2019indications des routes, comme dans vos fonds de comtés.On aimerait plus de signalisation et moins d\u2019amendes pour vitesse de vingt-cinq milles dans les villages.» A quand le tourisme de fraîcheur, de chasse et de pêche vers la baie James?Et l\u2019ouverture d\u2019une pulperie à Mata-gami?A quand la route Trans-Canada, qu\u2019on effardoche un mille par élection?A quand l\u2019ouverture des cantons Basserode et Clérion, qui donnerait des paroisses et un raccourci du Témiscamingue à Rouyn?La prolongation du chemin de fer Barraute-Kiask vers Chibougamau doit commencer en septembre, qui attirera les Saguenéens vers de belles terres et les spéculateurs vers de belles mines.On organise un abattoir coopératif en vue d\u2019élevages payants, car l\u2019Abitibi ne produit que 25% de ses viandes et 5% de ses œufs, mais beaucoup trop de foin, comparé aux grains et légumes.De belles granges à toit rond crient après la chaux, comme par ici.Les troupeaux comptent en moyenne trois vaches; on guette les trayeuses électriques.Les fermes désertées obligent parfois à rouler trois milles pour cueillir un bidon de crème.Cela fait désirer des remplaçants, l\u2019annulation de lots quittés depuis cinq ans, et la fameuse consolidation, qui fonctionne à pas de tortue, si peu que neuf paroisses sur dix ont diminué de population: des écoles se ferment.Les vides à remplir devraient trouver preneur avant la brousse.On cite une demande faite l\u2019automne dernier, pas encore réglée à la mi-juillet, alors qu\u2019une famille arrive à tout risque, trop tard pour les semences.La coopération « frappe des nœuds » ici et là; certaines caisses populaires ne sont pas assez prêteuses en avances aux travaux mécanisés, qu\u2019on perd.Un congrès de 730 fermières du diocèse d\u2019Amos, vraies dames, distinguées, très bien vêtues et venues en automobile, s\u2019agrémente d\u2019une exposition dejeurs travaux, qui ferait honneur à Québec et à Montréal.Élèves d\u2019écoles ménagères ?Non, simplement d\u2019instructrices provinciales, qui passent en faisant du bien.De même, les cliniques roulantes annoncées en chaire, et quelques agronomes ou inspecteurs doués d\u2019esprit social, qui encouragent et poussent les colons à grandir champs et troupeaux, à varier les cultures, à produire ce qui paie mieux que du foin, bref à se diplômer cultivateurs au plus tôt.Les joyeuses fermes blanches sont encore la petite minorité.Pas vu de ruches, ni pois à soupe, ni fèves à beurre \u2014 ni fèves à bines.Sur l\u2019île de Neepawa, bijou du lac Abitibi, les Madelinots se tirent d\u2019affaire: « Ils n\u2019avaient jamais vu d\u2019arrosoir ni de herse à disques par chez eux.» Les cinq jardins de M.Bailey sortent de l\u2019ordinaire: $2,000 de légumes, pommes de choux vendues le 20 juillet, et prometteuses expériences de plantations.Les gelées n\u2019arrivent là qu\u2019en fin d\u2019octobre.Les brins d\u2019avoine de cinq pieds et encore d\u2019un agronome polonais de Macamic battent les records de 1954 ici, et ses histoires de choux: en 1952, 100 choux, dévorés par ses vaches; en 1953, 300 font si bien qu\u2019en 1954 ils sont 3,000.Un Tchèque a perdu 1,500 poulettes dans un incendie.Regrets.\u2014 On s\u2019étonne de voir tant de lots désertés après un bon effort, des maisons en démence, quittées pour les salaires de mines et les deuxièmes étages de faubourg.Mais quoi! n\u2019est-ce pas la maladie universelle des calculs myopes?le mal des jeunes et des moins jeunes fascinés par l\u2019industrie, la bière, le néon, le trottoir et le péché ?On voit cela partout; ce qu\u2019on ne voit pas, ce sont les regrets, insuccès et déchets, accidents et désenchantements.Aux causes générales de faillite après que le pire est fait, ajoutons des causes locales: certains défricheurs plus bûcherons que cultivateurs; le bois pillé, le camion payé ou non, ils ont décampé, laissant la maison grise, le hangar, le puits et une dizaine d\u2019arpents de prairie, qui feraient tant l\u2019affaire des réfugiés d\u2019Europe.D\u2019autres se découragent des lenteurs de l\u2019égouttement nécessaire: un crique à débroussailler contre les inondations de la neige, une savane exigeant une décharge qui est accordée, qu\u2019on attend des années, sans jamais voir la machine providentielle, qui devrait bien travailler à trois équipes, vingt-quatre heures par jour au lieu de sept ou douze: la saison est si courte et les tranchées si longues.Partout des branleux qui ont donné un bon coup retombent à leur branlement, aux flâneries, à la bière.Ici, une veuve tient bon, qui a bien de la peine: ses fils refusent la succession, pour tomber mineurs ou journaliers: « Mes chers petits garçons, vous ne savez pas ce que vous faites; votre père s\u2019est sacrifié pour vous.» Ailleurs, c\u2019est la femme qui s\u2019ennuie, qui ne comprend pas, qui décourage l\u2019espérance.Certains déserteurs sont plutôt des vaincus, des fugitifs.La grosse industrie, forestière et rusée, disait le bois à terre; mais elle a richement vendu tout le sien, bâti un très gros moulin, en a fermé un autre et tout acheté le bois des colons à petits prix.Elle a déjà 5,000,000 de pieds à scier, et le bois monte, la demande est forte, les salaires baissent aux chantiers, pas dans l\u2019Ontario pourtant.Un malaise existe même aux chantiers coopératifs.Délais.\u2014 Un enfant qui récitait le chapelet en famille se trompa légèrement au deuxième mystère: « Méditons la colonisation, demandons la patience ! » Les records de lenteur illustrent les bureaux de Québec: délais, retards, oublis et refus sont la règle.Une demande de lot fut retrouvée dans un tiroir après dix-huit ans: « Je l\u2019enverrai dès ce soir.\u2014 Merci, je m\u2019assois, je l\u2019attends, je partirai avec.» Un dicton, thèse ou dogme, s\u2019est fait jour: si une mesure de bon sens est proposée par les inspecteurs, agronomes ou directeurs sur place, fort peu autonomes, qui voient, qui savent et qui veulent, c\u2019est invariablement refusé ou archi-retardé chez les grands stoïques: « Ça avait trop de bon sens; ils n\u2019y ont vu que de la broue.Les inspirations magiques leur tombent du ciel, bien sûr, mais les antennes manquent à ce fonctionnarisme flamboyant.Les génies improvisés l\u2019emportent sur les praticiens, qu\u2019ils écœurent; les braves types sont écrasés par des types ni braves, ni pressés, ni ambitieux pour les autres, et pas au courant du champ de bataille.C\u2019est la maison à l\u2019envers, c\u2019est le plus damné puzzle, fâcheusement légal, mais pas légitime, un méli-mélo tout croche, à n\u2019y rien 252 RELATIONS comprendre.La négation plastronne en mots profonds; le refus est érigé en maxime de conquête.Avec six heures de bull-dozer à qui en méritait vingt ou trente, rien d\u2019éton-nant qu\u2019on sacre à travers les souches.» L\u2019immobilité est le plus beau mouvement de la manœuvre, prétend un colonel de comédie.Bon capitaine, bons soldats, prétend l\u2019armée.La visite de M.Lalande a semé des espérances.Les colons sont ce qu\u2019on les fait, ce qu\u2019on les aide à être, des cultivateurs ou des lâcheurs.Existent-ils pour les fonctionnaires, ou ceux-ci pour eux ?Ils désirent une meilleure propagande que les tournées de journalistes arrosées d\u2019apéritifs absolument stériles.Ils s\u2019indignent qu\u2019on accuse nos gens de refuser la terre neuve, et qu\u2019on les traite de paresseux, de jouisseurs, de bons à rien.Supposé que ce soit vrai, les chefs ne devraient-ils pas tout faire pour en sauver le plus possible de la déchéance, et nous sauver tous de l\u2019anéantissement national ?« Quand il y a dans un peuple quelques paresseux et quelques jouisseurs, écrit Godefroy Kurth, l\u2019humanité peut se borner à les regarder et à passer.Ce qui est grave, c\u2019est quand on voit un peuple entier porter dans son sein cette maladie désespérée des civilisations en décadence, le dégoût du travail et la soif du plaisir.» Notre jeune peuple tombera-t-il à pic dans la décrépitude sénile, dans la pourriture du fruit vert ?Grâce à Dieu, nous n\u2019en sommes pas là.Pas tous en tout cas, et il est urgent de sauver ce qui peut être sauvé, de faire germer au bon sol le bon grain qui sèche sur des plaies de sable et de cailloux.C\u2019est trop beau de voir et d\u2019entendre les courageux, partis de rien et montés grands seigneurs.Les mieux réussis n\u2019ont jamais travaillé au dehors; ils retirent d\u2019impressionnantes payes de leur crème et du précieux petit lait transformé en lard.Ils souffrent de la désertion d\u2019à côté, de la terre en deuil.Comme les amputés qui ont mal au bras perdu à la guerre, les enracinés ont mal au voisin parti, au lot abandonné qui déguise et refroidit le leur.Succès.\u2014 « Avant notre bon temps, dit le bon vieux, aux jours héroïques du chômage, un ménage parfait, un homme bien vaillant, une femme bien intelligente, ancienne institutrice, \u2014 il y en a d\u2019autres ménages parfaits, mais celui-ci je l\u2019ai connu, \u2014 la famille est arrivée, neuf jeunes enfants, sur un lot tout boisé, sans chemin.L\u2019homme allait devant son bœuf, sans se revirer pour que la femme ne le voie pas pleurer.Elle aussi pleurait.Tout le monde s\u2019y est mis, l\u2019avenir plein le cœur, aimant à faire brûler comme d\u2019autres à se bercer.Allez voir leurs soixante arpents tout clairs, les beaux bâtiments, douze vaches, un lot de cochons dans l\u2019abatis, un tracteur, le roulant et les payes de quinze jours.Voilà le monde à nous envoyer! » Un autre a maintenant trois lots, trois vraies terres, depuis ce petit discours de circonstance à son fils aîné: « On est ici chez vous, les mariés.On s\u2019en va demain, plus près de l\u2019église et des Sœurs.Vous serez les bienvenus avant et après la messe.» Les trois fermes ensemble valent $30,000 comme un sou, jolie affaire de banque sur la terre du bon Dieu.« Tenez, regardez bien cet homme qui marche vite.C\u2019en est tout un, à votre goût.Il a vendu sa misère d\u2019en bas pour acheter ici trois lots commencés, bâtis, prêts à recevoir cinq wagons de bétail et d\u2019outillage.Il ne vient pas souvent au village, il n\u2019y colle pas.Il travaille avec ses treize enfants, échelonnés de vingt ans à zéro.C\u2019est le meilleur patron de la beurrerie, sans parler de deux cents poules et d\u2019une douzaine de porcs.Il vaut bien $25,000 et il bâtit son garçon.De ces cultivateurs on en voudrait 10,000 au plus vite! » Ceux qui n\u2019aiment pas le titre de colon peuvent sauter pardessus en se décorant tout de suite cultivateur.En voici un qui se félicite lui-même: « Au début, l\u2019argent manquait; j\u2019ai dû miner sous la terre, pas longtemps, merci! J\u2019irai assez creux après ma mort, j\u2019aime mieux rester dessus.Voyez-moi ce blé, ça vaut l\u2019Ouest.Le grain pousse terriblement: on doit refouler l\u2019avoine, ça bourre devant la lieuse.La terre noire est meilleure pour les jardinages.J\u2019ai dit à mes cousins de Bellechasse et de L\u2019Islet: « Quand est-ce que vous lâcherez vos roches pour venir me rejoindre?Vous avez les ongles tout usés, pas moi.Je vous regardais faucher à un seul cheval, et ça ne le forçait pas: il regardait d\u2019un bord et de l\u2019autre, il cherchait le foin.Venez faire connaissance avec l\u2019Abitibi; vendez vos désespoirs, montez avec $2,000 ou $3,000 et vos gréments; je garantis votre bonheur.» « Pourquoi des lots se revendent ?C\u2019est que de nos jeunes sont aussi fous que des vôtres: ils courent aux mines pour courir les chemins, pour boire de l\u2019eau sucrée comme des enfants ou de la bière comme les Allemands, puis se tuer dans une auto à crédit, sous la Finance à 35%.Quand la misère viendra, tu les verras revenir.Être son maître et en santé vaut de l\u2019or.On est mieux oiseau dans le bois que dans une cage.On vit au pays des mines, et on ne connaît rien des mines.Vous autres, vous croyez tout connaître; venez donc à pleins autobus voir nos mines d\u2019argile.On vous recevra bien, allez! » Souhaits.\u2014 Voilà par centaines les heureux à présenter aux membres sérieux de l\u2019U.C.C.qui peuvent donner $1,000 ou $2,000 à leurs fils, pas assez pour une vieille ferme.Le soldat prend goût à vaincre, le vrai colon aussi.La terre crée mieux que de nouveaux riches; elle crée de nouveaux foyers, de nouvelles paroisses, de nouveaux diocèses.N\u2019en déplaise à ce curieux anti-agriculturiste.Vaut mieux agrandir le territoire baptisé que les prisons, refuges, asiles et bureaux de placement.Vaut mieux recruter et transplanter nos forces qu\u2019avoir à déplorer les apostasies à l\u2019étranger.Vaut mieux trop donner aux conquérants que trop peu, et même être parfois dupe plutôt que dur, comme présentement avec le choquant prétexte de budget épuisé! Le plaisir de faire plaisir doit exister à Québec comme ailleurs, surtout quand c\u2019est un placement sur les moissons humaines à venir, une avance aux plus bâtisseurs des Canadiens.Qui bâtit pâtit.Vaut mieux le colon joyeux que mélancolique, pas sûr de son coup et toujours à douter si.Autrement, ne vous étonnez plus du crédit social, qui mord comme un instinct chez les colons, ces futurs propriétaires, dont le travail sans valeur monnayée possède une valeur réelle, cotée au bon sol pour des générations.Envoyer un colon avec sa hache ouvrir une terre est aussi peu brillant qu\u2019envoyer un commis avec une balance ouvrir un magasin.On n\u2019est plus en 1850.Faisons comme les Américains, regardons plus l\u2019avenir que le passé.Nos Canadiens ne veulent pas être traités en phénomènes de musée.Ils ont assez pleuré leurs émigrés perdus.Adieu le mur des lamentations! Les yeux secs, ils regardent vers 1970, vers 2000, comme fait l\u2019habile Ontario anglicisant les dépatriés.Pour survivre, nous devons grandir.Combien de millions serons-nous parmi combien d\u2019autres millions ?Toujours les 30% ?Ou plus ?Ou moins, si les recrues d\u2019Europe se tournent contre nous?Cela se décide aujourd\u2019hui.Le premier tour de roue est le plus dur à donner; il faut économiser l\u2019héroïsme, puisqu\u2019il nous en reste si peu.La semence du meilleur capital humain, le seul vrai, devra grandir au lieu de fuir.Vaut mieux lutter pour le bien que crier contre le mal.Des jeunes sont tombés épaves qui eussent fait d\u2019excellents cultivateurs, cueillis à temps et conduits vers le sol libre, comme d\u2019autres vers la caserne pas libre.Avec plus de sens pratique donc, avec la préparation de nos plaines fécondes et la levée des recrues agricoles, la vision de Lemay se réalisera: L\u2019âme de la forêt fait place à l\u2019âme humaine, Et l\u2019humble défricheur taille ici son domaine, Comme dans une étoffe on taille un fier drapeau.SEPTEMBRE 1954 253 DIAGNOSTIC DU DÉSORDRE SOCIAL Désordre de la société contemporaine.Surproduction et famine; progrès scientifique et barbarie morale; confort et peur de vivre.Pourquoi?Idolâtrie de la technique aboutissant à la dépersonnalisation.« Humanisme » économique déshumanisant.Méditons le diagnostic d'un psychologue, le Dr A.Stocker, dans l\u2019Homme, son vrai visage et ses masques (ivoir plus loin, p.267).DANS LA SOCIÉTÉ d\u2019aujourd\u2019hui, la primauté chronologique de l\u2019économique, parfaitement légitime, a été équiparée à une place de premier ordre, quasi ontologique, qui ne lui revient point.La « production » tend à usurper les valeurs politiques et religieuses: l\u2019estime d\u2019un homme pour un autre ne part plus de l'idée qu\u2019on la lui doit parce qu\u2019il est un être humain, mais de l\u2019idée qu\u2019il vaut quelque chose par ce qu\u2019il a.On estime son voisin.parce qu\u2019il « est » financier, commerçant, industriel ou propriétaire d\u2019un important domaine agricole; ce n\u2019est plus la valeur humaine inhérente à tout être humain qui compte; c\u2019est la valeur fonctionnelle, son rôle « technique »,.la place qu\u2019il tient dans la société, cette dernière réduite à son seul étage économique.Bien sûr, dans l\u2019ordre chronologique, l\u2019économique vient avant le politique et le religieux, car on ne saurait faire vivre l\u2019État et l\u2019Église sans une sous-structure matérielle.Autrement dit, pour que l'État et l'Église atteignent leur fin, il faut que les citoyens, les fidèles vivent; or, pour vivre, il faut manger : nécessité économique première.Hélas! poursuit le Dr Stocker, dans le monde moderne, on a l\u2019impression (n\u2019est-ce vraiment qu\u2019une impression?) que l\u2019on ne mange plus pour vivre; on y vit pour créer des « valeurs » à manger.Quant aux hommes, dont la pensée fut à la source des inventions qui ont permis l\u2019essor des améliorations de la vie matérielle, ils ne sont plus que des « annexes » du grand rouage économique.A vrai dire,.ils sont eux-mêmes.des esclaves de leur propre réduction fonctionnelle.A leurs propres yeux, souvent, ils ne s\u2019estiment que pour leur avoir.', quant à leur être,.ils l\u2019oublient.Il ne s\u2019agit plus que d\u2019« être » une fonction, voire une profession (« je suis ceci, je suis cela », dit-on; on ne peut qu'avoir une fonction, on ne Vest pas).Est-il besoin de dire que, dans ces conditions, même les plus « grands » (?) entre les grands ne se respectent plus eux-mêmes ?Or, celui qui ne se respecte plus lui-même, celui qui n\u2019a plus le souci de ce que doit être le vrai « amour de soi-même », comment peut-il respecter et aimer les autres ?On ne pense plus qu\u2019à commander, sans souci d\u2019être « moussaillon avant d\u2019être capitaine ».Ces « capitaines » ne savent d\u2019ailleurs plus que jongler avec des chiffres et « produire pour produire ».Le moyen, la production, \u2014 qui doit servir à une fin: le bien matériel de la société dans son ensemble, \u2014 est devenu une fin en soi.De ce fait, la fin de la société tout entière se transforme en un sinistre jeu de mots: la fin cède la place à la faim, et malgré l\u2019amoncellement impressionnant des richesses, le plus grand nombre des hommes sont dans la misère.Comment s'en étonner?L\u2019être humain n\u2019est plus qu\u2019un « facteur » de la production, et le travail humain, une « marchandise ».On accorde plus d\u2019attention à 1\u2019 « entretien » d\u2019une machine qu\u2019à la vie d\u2019un homme.Quand Véconomique règne en maître, l'homme retourne à l'esclavage primitif.Être un homme d'abord; avoir des biens, une situation, non pour eux-mêmes, mais pour le mieux-être de la personne: tel est l'ordre des valeurs, là est notre salut.AVEC OU SANS COMMENTAIRES CHARITE BIEN( M.Ernest Laforce, ancien sous-ministre de la Colonisation\tI et ancien président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, prononçait, il y a quelque temps, devant le club Richelieu de Montréal, une causerie sur l'économie nationale.En voici un extrait qui fera réfléchir.PARLONS de nos assurances.Dans l\u2019économie moderne, l\u2019assurance est une nécessité reconnue.Les capitaux énormes qu\u2019elle accumule et qu\u2019elle replace à tout financer: gouvernements, commerce, industrie, construction, développement des services publics et des ressources naturelles, peuvent être d\u2019un appoint considérable pour établir nos fils au pays, à condition, bien entendu, que nous ayons la haute main sur ces assurances.Or, à qui payons-nous nos primes ?Voyez.Assurances-vie à parts sociales : Total des primes annuelles.$147,868,077 Aux compagnies canadiennes-françaises.\t10,451,894 Assurances-vie mutuelles : Total des primes annuelles.57,916,614 Aux assurances canadiennes-françaises.\t4,141,357 Assurances-feu : Total des primes annuelles.37,087,106 Aux compagnies canadiennes-françaises.\t4,141,734 Total des primes annuelles : Aux assurances des autres.223,194,812 Aux compagnies canadiennes-françaises.\t19,773,985 Dans ces conditions, l\u2019argent de nos primes va-t-il établir nos enfants au pays?Développer notre commerce?.* Et parlons de nos banques.Encore plus que l\u2019assurance, les banques concentrent les réserves de capitaux nécessaires au développement économique du pays, sous toutes ses formes.Or, avec qui traitons-nous nos affaires bancaires?Plus de quatre-vingt-dix pour cent vont aux banques des autres, façon d\u2019agir qui oublie sûrement la maxime: « Charité bien ordonnée.» Nous oublions aussi que, nationalement et collectivement, nous avons des intérêts à conserver, et que l\u2019argent est fort utile dans la vie d\u2019un peuple.En 1940 ou 1941, alors que j\u2019étais agent général au Canadien National, je m\u2019occupais un jour, à Fredericton, de l\u2019établissement des Acadiens.M.le ministre Boucher m\u2019apprit que le Nouveau-Brunswick ne pourrait aider la colonisation par suite de difficultés financières.Je lui proposai qu\u2019une de nos banques pourrait l\u2019aider: je verrais le président de la Banque Provinciale, M.Roy.Quelques jours plus tard, à la succursale de Saint-Jean, N.-B., M.Roy consentait aux ministres un prêt qui sauvait les affaires du gouvernement \u2014 nouveau client.ORDONNEE.L\u2019été suivant, à Memramcook, congrès acadien de l\u2019éducation.On y reçoit le ministre de l\u2019Instruction publique, animé des meilleurs sentiments: « Je sais que vous voulez sincèrement une bonne instruction pour vos enfants.Préparez votre programme; je m\u2019engage à l\u2019accepter.» Comme je faisais remarquer à M.Boucher: « Le ministre n\u2019est pas le fanatique qu\u2019on nous dépeint », j\u2019eus comme réponse: « Il n\u2019aurait pas dit cela avant le prêt de la Banque Provinciale.» N\u2019est-ce pas démontrer l\u2019importance nationale de garder notre argent ?Au Canada français, qui a tant de jeunes à établir, si les administrateurs doivent avoir de la virilité, de la vision et la volonté de faire face aux difficultés, il faut aussi que la famille et l\u2019individu agissent nationalement dans les achats, les dépôts en banque et le choix des primes d\u2019assurance.Car, redisons-le, « l\u2019argent est intelligent, appliqué au service d\u2019une pensée préétablie ».* Nous n\u2019avons rien contre les autres.Nous tenons à leur amitié.Nous voulons vivre en bon voisinage avec les étrangers de chez nous.Il n\u2019en faut pas moins penser toujours que ces étrangers n\u2019ont pas la responsabilité de l\u2019éducation et de l\u2019établissement de nos enfants, mais nous-mêmes.Et que nous avons, pour cela, besoin de tout notre argent, de toutes nos ressources.Dans une proportion de quatre-vingt-dix pour cent, la sagesse consiste à être sage à temps.Collectivement, avons-nous été sages dans nos affaires nationales?Est-ce qu\u2019un peuple sage et prévoyant aurait laissé partir la moitié de sa population pour l\u2019étranger, quand il était l\u2019héritier d\u2019un des plus vastes et des plus riches pays du monde ?En vingt ans, de 1870 à 1890, le tiers de nos gens émigra, cependant que des centaines de milliers d\u2019étrangers venaient, en grande partie à nos frais, s\u2019établir à la place des nôtres \u2014 de ce que nous avons appelé la revanche des berceaux.C\u2019est admis que nous devons nous qualifier pour occuper tous les postes qui nous reviennent.Ce n\u2019est qu\u2019un demi-problème, grâce à nos talents.Nous pouvons être les meilleurs agriculteurs, les plus habiles négociants, des maîtres de la finance, des experts en assurances, en industrie, en développement des ressources naturelles.Ne l\u2019avons-nous pas été dans la médecine, le droit et toutes les professions que les nôtres ont voulu choisir ?Nous avons tous les talents.Pour leur fournir le moyen de s\u2019épanouir, ne faut-il pas garder nos ressources et notre argent?Si nous avons perdu beaucoup de terrain, ce n\u2019est pas une raison pour continuer à en perdre.Si nous le voulons, nous reprendrons notre place dans l\u2019économie de notre pays, la place que nous aurions dû garder, celle qui convient aux héritiers des pionniers canadiens: la première.Ce sera servir Dieu et la patrie.LES CONSEILS D\u2019ENTREPRISE EN BELGIQUE Le numéro de juillet-août du Bulletin social des Industriels, l'organe de VAssociation des Patrons et Ingénieurs catholiques de Belgique, est tout entier consacré aux conseils d'entreprise.C'est le compte rendu des journées d'études organisées par la régionale de l\u2019A.P.I.C.de Bruxelles et par celle de Liège.On y trouve des témoignages personnels, des échanges d'expériences, des moyens d'écarter les obstacles au bon fonctionnement des conseils, des projets de réforme.Dans un éditorial intitulé « Le sens de notre effort », M.J.De Staercke, secrétaire général de la Fédération des Patrons catholiques de Belgique, dit ce que fut l'esprit des journées d'études : IL NE S\u2019AGISSAIT.nullement de faire l\u2019examen de conscience des syndicats; les industriels présents étaient convaincus que le leur pouvait être fructueux et constructif.Il ne s\u2019agissait pas davantage de se livrer à une stérile critique de la législation actuelle.Si celle-ci n\u2019est pas entièrement conforme aux vœux de ceux qui désirent recréer la communauté d\u2019entreprise, elle présente pourtant un considérable avantage sur tous les regrets et toutes les rêveries: elle fournit un instrument qui a au moins le mérite d\u2019exister et de pouvoir immédiatement être employé et amélioré dans la pratique.Voici un extrait du discours de clôture prononcé par M.Paul Henrard, président de la régionale de Liège : IE PROBLÈME interne des entreprises constitue donc la grande question de notre époque, et les conseils d\u2019entreprise sont devenus le pivot sur lequel s\u2019appuiera cette évolution.Il est indispensable que ceux que le mérite ou les circonstances ont placés à la direction des entreprises accordent à ce problème leur toute spéciale attention.Nous avons dit ce matin que les conseils d\u2019entreprise avaient pour but final de réaliser l\u2019intégration du personnel dans l\u2019entreprise.Une œuvre aussi vaste et aussi difficile nécessite beaucoup d\u2019efforts et de persévérance et une confiance totale réciproque des interlocuteurs en présence.Il nous paraît, par conséquent, que le programme d\u2019action immédiat pourrait être le suivant: 1° Ramener ou consolider tout d\u2019abord la confiance, par une information élargie, claire et loyale des conseils d\u2019entreprise.Par cette information, on peut espérer faire disparaître les méfiances et réaliser en même temps une participation indirecte (ou au Ier stade) à l\u2019orientation économique et sociale de l\u2019entreprise.2° Demander aux chefs d\u2019entreprise et aux chefs en général de redoubler d\u2019efforts afin de jouer pleinement leur rôle de chefs et de coordinateurs.3° Démontrer, par une bonne gestion doublée d\u2019une information large, que l\u2019entreprise est un lieu sain et propre, qui respecte l\u2019homme et qui a le souci du bien général.Prouver en somme, par des attitudes individuelles et la conduite générale de l\u2019entreprise, que l\u2019intégration du personnel et la réalisation de la justice sociale sont non seulement possibles dans l\u2019entreprise libre, mais que c\u2019est l\u2019entreprise libre qui est la plus apte à réaliser cette intégration dans toute sa plénitude.Ce numéro spécial du Bulletin social des Industriels est à lire par tous ceux qui veulent se documenter sur le problème de Vintégration de l'ouvrier dans la vie de l'entreprise.Il y a là une somme d'expériences et défaits très utiles pour l'étude de ce problème.254 RELATIONS SEPTEMBRE 1954 255 Au fil du mois Controverse sur le Ceux qui s\u2019intéressent au mouvement droit au travail ouvrier feraient bien de suivre de près les événements actuels dans le domaine de la législation du travail chez nos voisins du sud.On sait que la loi Taft-Hartley de 1947 prohibait l\u2019atelier fermé (closed shop) par tout le territoire américain, mais laissait en quelque sorte aux états le soin de légiférer, s\u2019ils le croyaient bon, sur la question de l\u2019atelier syndical ou union shop (clause qui exige qu\u2019un travailleur devienne membre du syndicat ou de l\u2019union après un temps déterminé).Se prévalant de cette disposition, une bonne quinzaine d\u2019états ont déjà fait adopter ce qu\u2019ils appellent une loi du « droit au travail », dans laquelle se retrouve généralement la clause suivante, qui rend illégal tout accord entre patrons et ouvriers sur l\u2019atelier syndical : « Personne ne peut être privé de son droit de travailler à cause de son appartenance ou de sa non-appartenance à une organisation ouvrière.» La Louisiane, à son tour, vient de s\u2019aventurer sur ce terrain (mai-juillet 1954); mais la loi n\u2019a pas été adoptée sans difficulté ni opposition.D\u2019un commun accord, le directeur de Y Institute of Social Order, le P.Twomey, S.J., et l\u2019archevêque de la Nouvelle-Orléans, Mgr Rummel, se sont ouvertement prononcés contre le projet de loi, qualifiant publiquement ce dernier de reactionary, insincere, unfair and unsocial, et demandant aux catholiques de s\u2019y opposer.En dépit de cette prise de position officielle, des catholiques \u2014 patrons et législateurs \u2014 ont continué à appuyer le projet de loi.Au plus fort de la controverse, soixante-six laïcs catholiques, parmi lesquels on remarque un chevalier de Saint-Grégoire, ont signé et fait paraître dans un journal une annonce favorisant le projet de loi et niant à l\u2019archevêque le droit d\u2019intervenir en cette matière.Rapportant ces faits, un collaborateur de la revue America (7 août 1954) condamne sévèrement les « catholiques à compartiments » et il ajoute: The sad fact remains that a considerable body of Catholics and a number of Catholic legislators in the State of Louisiana were adamant in their support of the « right to work » bill.It is a genuine tragedy that many « good » Catholics, members of the legislature, saw fit to vote for this anti-social legislation and even to speak openly in its behalf.Si un pareil projet de loi était présenté à Québec, certains catholiques de chez nous adopteraient-ils des attitudes si différentes ?R.A.« Spectacle pour adultes » Plusieurs fois la semaine, l\u2019appareil de télévision projette l\u2019avertissement devenu familier: « Spectacle pour adultes ».On s\u2019attend à quelque chose de.trop sérieux pour les enfants et les adolescents.Erreur le plus souvent.Les adultes qui choisissent ces spectacles et les offrent à leurs.semblables se délecteraient-ils surtout dans les histoires superficielles, truffées d\u2019exhibitionnisme?Veulent-ils plutôt sacrifier au « goût de la masse » ?Voyeurisme, perversion ou régression à un stade infantile (cinq ou six ans), pensera, avec les psychologues, l\u2019adulte véritable^ devant des films comme la Danseuse de Marrakech ou l\u2019Etoile de Rio, et devant les vulgarités des clubs de nuit, divertissements, paraît-il, d\u2019adultes ! Croire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019adolescents à regarder ces spectacles serait naïveté.(La façon de les annoncer n\u2019est-elle pas une provocation au démon de la curiosité?) On sait également que plusieurs fréquentent les mêmes mauvais lieux que les adultes, ce qui fait le désespoir des éducateurs conscien- cieux.Personnellement, je suis d\u2019avis que les adolescents n\u2019y trouvent ni plus ni moins de mal que les adultes.Les jeunes, du moins, peuvent encore rougir.Mais le mal consiste dans la corruption de la notion de maturité humaine et d\u2019âge adulte que produit et entretient le mensonge ici dénoncé.Que voulez-vous que se disent les adolescents ?« C\u2019est donc ça, être adulte: se complaire dans les affabulations les plus niaises; dévorer des yeux les déshabillés de filles-pantins dont nos aînés font des reines?» Nombre d\u2019adolescents comprennent que ces « spectacles pour adultes » sont des profanations de la dignité humaine, surtout féminine, et que nul prétexte n\u2019autorise à les organiser ou à s\u2019y complaire, à Paris ou New-York comme à Montréal.Mais enfin, n\u2019y a-t-il pas vraiment des « spectacles pour adultes » ?Sans doute.Ceux qui posent des problèmes dont la portée dépasse la capacité de comprendre de la plupart des adolescents et dont les images peuvent prêter soit à interprétation fausse, soit à suggestion dangereuse.Mentionnons le film Rendez-vous de juillet.Ceux surtout dont le thème est l\u2019infidélité ou la mésentente conjugale et qui, même s\u2019ils ne présentent que des images décentes, risquent de jeter dans des âmes impressionnables le doute et l\u2019insécurité à l\u2019égard de l\u2019amour humain et de la dignité des parents.Je pense au beau film italien Les enfants nous regardent.Au reste, hormis ceux qui s\u2019adressent à des spécialistes, il y a peu de spectacles honnêtes que ne puissent voir des adolescents préparés et accompagnés par de vrais adultes (parents ou éducateurs).De sorte que les « spectacles pour adultes » ne sont presque toujours que le camouflage de la curiosité malsaine des faux adultes.On ne fera pas croire aux adolescents réfléchis que l\u2019infantilisme plus ou moins pervers que manifestent la majorité des adultes dans le choix de leurs divertissements ne reparaîtra pas dans les domaines qui impliquent de lourdes responsabilités.C\u2019est pourquoi si les adultes ne montrent pas plus de maturité dans leur conduite, ou bien ils continueront de saboter l\u2019équilibre de la société et du monde, ou bien les adolescents sérieux d\u2019aujourd\u2019hui, devenus demain les adultes responsables, balaieront sans pitié la génération de farceurs qui les aura trahis.Et ce n\u2019est pas nous qui leur en ferons reproche.M.-J.d\u2019A.Le 50» anniversaire des Les Semaines sociales de Semaines sociales de France prance viennent de célébrer à Rennes, où se tenait leur quarante et unième session, le cinquantenaire de leur naissance.Cette célébration fut surtout marquée par une lettre du Souverain Pontife où Sa Sainteté louait les Semaines sociales pour leur « esprit de filiale docilité au magistère de l\u2019Église » et leur demandait de continuer dans la voie sûre où elles marchaient: « Aujourd\u2019hui comme hier, les Semaines sociales, fermes dans la doctrine, courageuses dans la recherche fraternelle, dans la collaboration de tous, doivent être pour les catholiques et leurs divers mouvements un carrefour vivant où, à la lumière d\u2019exposés substantiels, se confrontent les expériences, se forgent les convictions et se mûrissent les initiatives d\u2019action ».Paroles bien réconfortantes pour les dirigeants de l\u2019œuvre et que leurs prédécesseurs, ceux surtout d\u2019avant la guerre de 1914, si quelques-uns vivent encore, durent entendre avec une vive émotion.Car les Semaines sociales eurent leurs jours d\u2019épreuves.Elles subirent d\u2019amères critiques, des dénonciations en haut lieu, des suspicions douloureuses.Grand fut l\u2019étonnement des quelques Canadiens qui assistaient à la Semaine sociale de Versailles, en 1914, à la lecture des feuillets qu\u2019on leur remit, dès l\u2019ouverture, à quelques pas 256 RELATIONS de la salle des cours.Ils contenaient une violente attaque, au point de vue catholique, contre la doctrine qu\u2019on y enseignait.A la résidence des Pères où je logeais, mon voisin de table venait de publier un livre, Modernisme sociologique, dont tout un chapitre était consacré aux « tendances excessives et dangereuses » \u2014 c\u2019était son titre \u2014 du président des Semaines sociales et de l\u2019un des professeurs les plus en vue.On citait même des critiques épiscopales.Et Rome s\u2019était contentée d\u2019un télégramme laconique.Les paroles élogieuses de Mgr Gibier et du cardinal Amette dissipèrent heureusement les nuages qui planaient sur l\u2019assemblée.Mais aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019approbation sans réserve de l\u2019autorité suprême.Non qu\u2019elle prenne à son compte toutes les idées émises, mais elle n\u2019y voit rien qui mérite réprobation.Et surtout la doctrine, dans son ensemble, et l\u2019esprit qui anime les professeurs lui paraissent dignes des meilleures louanges.Les Semaines sociales de France sont restées fidèles à leur méthode initiale, adaptée au but poursuivi.« Œuvre d\u2019enseignement supérieur», elles ne permettent aucune discussion à la fin des cours.« Un enseignement ne se donne pas avec des discussions contradictoires.» Le professeur, cependant, sa leçon terminée, reçoit dans une salle voisine tous ceux qui désirent l\u2019interroger.On a inauguré aussi récemment des réunions dites « carrefours » qui ont lieu au début de chaque après-midi et où se discutent des questions d\u2019actualité.La direction des Semaines sociales se contente d\u2019un droit de regard sur les sujets et les animateurs.Elle ne prend aucune part aux réunions et n\u2019en assume pas la responsabilité.Les Semaines sociales du Canada doivent beaucoup aux Semaines sociales de France.Elles se sont associées par la voix de leur président aux fêtes de Rennes.Elles sont heureuses de leur rendre ici un hommage public.J.-P.A.Le philatéliste\tII s\u2019appelle Ernest A.Kehr; le plus heureux du monde ü est chroniqueur au New York Herald Tribune; et voici pourquoi il est le philatéliste le plus heureux au monde.Un jour, il fit un rêve, celui de faire inscrire sur les timbres-poste la devise In God We Trust, En Dieu nous avons foi, à laquelle est frappée, depuis 1864, la monnaie américaine.Soit que vous mangiez, pensait-il, soit que vous buviez, soit que vous collectionniez des timbres, faites tout pour la gloire de Dieu.Il lui fut facile de gagner à la cause le cardinal Spellman, facile également de se ménager le concours d\u2019autres philatélistes de toutes religions: juive, protestante, catholique.Quant aux politiciens, ce fut une autre histoire.A Washington, le ministère des Postes objecta qu\u2019un timbre-poste était trop petit pour porter ces mots.On était à la veille des élections partielles de 1950; on ne voulait froisser personne.En 1952 cependant, le ministère émet un timbre commémorant l\u2019impression du premier livre: la Bible de Gutenberg.Kehr retrousse ses manches, compose un éditorial et, fort de sa réputation de chroniqueur philatéliste d\u2019un des plus grands journaux du monde, l\u2019adresse à tous les journaux, postes de radio et postes de télévision, avec cette interrogation étampée bien en vue sur l\u2019enveloppe, à côté du nouveau timbre-poste: « Qu\u2019est-ce qui manque sur ce timbre ?» Le résultat est étonnant.Deux représentants du Michigan, le sénateur Charles E.Potter, républicain, et le député Louis C.Rabaut, démocrate, se donnent la main pour faire triompher l\u2019idée.Mais 1952 est une année présidentielle; on ne pense qu\u2019aux élections de novembre qui porteront au pouvoir le général Eisenhower.Faut-il commencer à pied d\u2019œuvre?Obstiné, Kehr rend de nouveau visite au cardinal Spellman, qui promet d\u2019écrire au nouveau président des États-Unis.Au mois d\u2019avril 1954, un timbre de huit sous paraît pour le courrier d\u2019Europe.Il est aux couleurs bleu, blanc, rouge, représente la statue de la Liberté et porte ces mots : In God We Trust.Le jour même de l\u2019émission, une grande cérémonie réunit à Washington chefs politiques, chefs religieux et diplomates de quatre-vingt-treize pays.Le président des États-Unis est là; le cardinal Spellman est là; M.Ernest A.Kehr est là, le philatéliste le plus heureux du monde.Un bonheur n\u2019attend pas l\u2019autre.Au mois de juin, un nouveau timbre de trois sous rappelle aux Américains, comme le timbre de huit sous aux Européens, en qui la république des États-Unis a mis sa confiance.Au mois d\u2019août, à la demande du député Louis C.Rabaut, le comité parlementaire des Postes permet qu\u2019on imprime sur tout le courrier de première et de deuxième classe les mots Pray for Peace.Hélas! dans un Canada si riche en souvenirs religieux et lavé dès sa naissance dans le sang des martyrs, le service des Postes n\u2019a encore rien trouvé pour affirmer, face aux politiques athées, sa croyance en Dieu et dans les armes spirituelles dont il entend se servir.Nous en sommes encore aux mouettes, aux castors, aux élans et aux wigwams.Se trouvera-t-il chez nous un philatéliste pour combattre le bon combat ?L.d\u2019A.La Flèche à Montréal Du 10 au 26 septembre aura lieu, au Palais du Commerce, une exposition organisée par la France.On y verra, entre autres choses, des documents historiques rattachés à la naissance du Canada.Nouvelle intéressante: un kiosque illustrera le rôle de Jérôme Le Royer de la Dauversière dans la fondation de Montréal.Et ce n\u2019est nul autre que le maire de La Flèche, patrie de M.de la Dauversière, qui verra à l\u2019organisation de ce kiosque.M.Jean de Montgascon, vivement encouragé par M.Jean Désy, sera à Montréal avec Mme de Montgascon.Lors des fêtes qui eurent lieu, le 2 mai dernier, à La Flèche, dans le but de commémorer l\u2019action de M.de la Dauversière et de ceux qui le secondèrent (Voir Relations, août 1954, p.224), M.le maire lut un télégramme envoyé par M.Camillien Houde: Mes compatriotes et moi-même nous associons de cœur et de pensée à la population de la municipalité de La Flèche et à ses dignitaires qui commémorent par une cérémonie de recueillement le souvenir des pionniers partis de La Flèche et des provinces voisines pour participer à la magnifique entreprise de la fondation de Montréal, l\u2019ancienne Ville-Marie.Nous sommes très touchés de cette délicate pensée et de cette belle initiative, qui resserreront les liens anciens et toujours vivants entre votre ville et la métropole du Canada, la deuxième ville française du monde.Mes sentiments très amicaux.Ce télégramme dit très bien l\u2019importance et le sens de la participation de la ville de La Flèche à l\u2019exposition française de septembre.Parmi les kiosques consacrés aux documents historiques, celui de M.de la Dauversière brillera d\u2019un éclat particulier.Comme l\u2019a affirmé M.le chanoine Groulx au récent congrès de la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Église: « Ville-Marie fut en toutes lettres une conception du Ciel.» Nous en souvenons-nous assez ?Pour rafraîchir et même compléter nos connaissances historiques, tout comme pour nous donner plus de dynamisme et de confiance surnaturels dans l\u2019accomplissement des tâches qui nous pressent, ne manquons pas d\u2019aller visiter le kiosque qui mettra en évidence la grande figure de Jérôme Le Royer de la Dauversière.A.P.SEPTEMBRE 1954 257 Bien, mon colonel! Le même courrier nous apporte deux communiqués américains, de sources bien différentes, sur la même question, l\u2019un du cardinal Stritch, de Chicago, et l\u2019autre du colonel Dilley, de l\u2019occupation à Francfort, que nous citons de préférence, parce que plus inattendu : « L\u2019accoutrement porté en public par quelques Américaines n\u2019est pas de bon goût.» Et le colonel bannit des parcs, des théâtres, des clubs et autres endroits publics les Américaines portant divers trucs intraduisibles, inventés depuis les dictionnaires: bare-back, halter-type sun-suits, bare midriff and strapless lowcut outfits, shorts, blue jeans, or curlers », ces pauvres bigoudis tout à l\u2019air.Le congrès des religieux canadiens Adélard DUGRÉ, S.J.DEVANT L\u2019IMPOSANT SPECTACLE que présentaient les quatorze cents religieux et religieuses qui remplissaient, avec bon nombre de non-congressistes, l\u2019aréna du collège de Saint-Laurent, le 26 juillet dernier, S.Ém.le cardinal Léger s\u2019écriait: « Nous bâtissons par ce congrès une page de notre histoire religieuse.» Ce sentiment était partagé par la plupart de ses auditeurs.L\u2019entrée solennelle de S.Ém.le cardinal Valerio Valeri, préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux, accompagné de LL.EEmm.les cardinaux McGuigan et Léger; la couronne que formait sur l\u2019estrade le comité exécutif du congrès, religieux d\u2019un côté, religieuses de l\u2019autre; la présence des supérieurs de deux cent neuf communautés, représentant quinze mille religieux et quarante-cinq mille religieuses; la haute tenue des discours et la dignité des orateurs, tout rappelait aux assistants qu\u2019un fait exceptionnel se déroulait sous leurs yeux, un fait qui devrait avoir des conséquences considérables dans l\u2019avenir du Canada catholique.Un tel déplacement de religieux, venus jusque des extrémités de notre vaste pays, l\u2019absence prolongée des supérieurs majeurs au moment des obédiences annuelles, les lourdes dépenses, tout cela ne pouvait se justifier que par l\u2019espérance d\u2019un bien proportionné.L\u2019initiative du congrès et son programme venaient de la S.C.des Religieux; l\u2019organisation matérielle en avait été confiée aux Canadiens.Celle-ci fut poussée à un point de perfection qui fait honneur à ceux qui en furent chargés.On a félicité le R.P.André Guay, O.M.L, directeur du Centre catholique d\u2019Ottawa, et les religieux et religieuses de Sainte-Croix: félicitations hautement méritées.Dès leur arrivée, les congressistes pouvaient constater que tout avait été prévu.Il eût été difficile de trouver une institution qui se prêtât mieux à une assemblée de ce genre que l\u2019ensemble des maisons de la Congrégation de Sainte-Croix à Ville-Saint-Laurent, près de Montréal.Le collège et le pavillon de philosophie, avec la salle de théâtre et l\u2019aréna, servaient aux religieux, que l'église paroissiale et le presbytère séparaient du domaine des religieuses, formé par la maison mère des Sœurs de Sainte-Croix, le couvent, le pensionnat, l\u2019école normale et le collège des jeunes filles.Le parterre ombragé, les cours de récréation permettaient aux congressistes de se délasser; la belle chapelle du collège les invitait à se recueillir.Les repas se prenaient en deux services, au cafétéria du collège.258 Les dames obéirent malgré les grandes chaleurs, excepté la femme d\u2019un capitaine, absolument insultée de l\u2019expression mature women, qui se payait tout ça: « Que j\u2019en entende un m\u2019appeler mature ! » De fait, elle semble enfantine.Comme l\u2019écrit Hugh MacLennan d\u2019une de ses pareilles, exhibée à Montréal: « Elle ne s\u2019est jamais vue par derrière, car elle n\u2019est pas faite pour les slacks.» Le colonel Dilley fut si bien approuvé par les quartiers généraux d\u2019Heidelberg que ses directives vont se généraliser à toute l\u2019occupation.Selon un porte-parole de l\u2019armée, « le comportement de certaines^ Américaines à l\u2019étranger nuit aux meilleurs intérêts des États-Unis ».Ici aussi.Al.D.Le P.Adélard Dugré, qui a rempli plusieurs postes importants dans sa communauté, nous parle du récent congrès des religieux canadiens.Les deux premiers jours, les religieux passèrent d\u2019abord; les deux derniers jours, ils cédèrent la première place aux religieuses et attendirent patiemment leur tour.Très tôt, de vieux amis se rencontrèrent, des connaissances se firent, et les relations devinrent de plus en plus cordiales et bruyantes.Le T.R.P.Paré, O.P., en fit la remarque à la séance qu\u2019il présida: ces rencontres seraient un des bienfaits du congrès.* Le but du congrès fut clairement énoncé dès l\u2019ouverture par S.Ém.le cardinal Valeri: c\u2019est la perfection de la vie religieuse qu\u2019on aurait en vue, beaucoup plus que les œuvres apostoliques et l\u2019adaptation aux conditions modernes.C\u2019est que la sanctification personnelle est autrement plus difficile que l\u2019action extérieure et qu\u2019elle est la condition du succès de tout apôtre.Même en traitant d\u2019apostolat, le R.P.Émile Deguire, C.S.C., avait à démontrer la valeur sanctifiante du ministère sacerdotal, de la prédication, de l\u2019enseignement, des œuvres de charité spirituelle et corporelle.Quant aux modifications que des besoins nouveaux pourraient imposer ou suggérer, ce sont les chapitres des diverses communautés qui devront les déterminer, avec l\u2019approbation de l\u2019autorité ecclésiastique.On insista beaucoup sur la nécessité de rappeler fréquemment aux religieux les motifs des sacrifices qui leur sont imposés constamment.Le grand motif, c\u2019est l\u2019amour de Dieu et du prochain, le devoir d\u2019imiter le Christ Rédempteur.Corédempteurs eux-mêmes, les religieux doivent conformer leur conduite à celle de leur divin Modèle, pour qui la volonté du Père était la règle suprême de toutes ses actions.C\u2019est le thème que développa magnifiquement le R.P.Adrien Malo, O.F.M., dans sa conférence sur l\u2019obéissance.La charité, à l\u2019imitation du Verbe incarné, tel est aussi le motif du dépouillement des biens, du renoncement au confort, de la dépendance et du dégagement que prôna le R.P.Jean Durand, C.S.C., en parlant de la pauvreté religieuse; c\u2019est enfin, comme le montra le R.P.Lucien Roy, S.J., le seul ressort assez puissant pour soutenir la volonté dans l\u2019observation parfaite du vœu de chasteté.Dieu et les âmes, dit le P.Roy, doivent être l\u2019objet de l\u2019irrésistible tendance à l\u2019amour que ressent le cœur humain.Il ne faut pas étouffer ce sentiment, il faut l\u2019orienter.Le religieux reste homme; or tout homme peut répéter l\u2019aveu touchant de saint Augustin: « Amabam amare et amari, j\u2019aimais aimer et être aimé.» Désormais, c\u2019est en aimant Dieu et le prochain par amour pour Dieu que le novice, le scolastique, le prêtre pourront satisfaire leur besoin d\u2019aimer.Ils aimeront les âmes, celles des fidèles et des infidèles, celles de leurs frères et de leurs RELATIONS élèves, celles des pauvres, des malades, des pécheurs.L\u2019attachement au travail, au travail aimé, leur procurera le « développement harmonieux de la personnalité ».En retour, ils jouiront de l\u2019estime, de l\u2019amitié de ceux auxquels ils se dévouent.Cette affection doit reposer sur des vues surnaturelles, sur la foi.Le R.P.Louis-M.Régis, O.P., posait la question: « Comment ramener les religieux à la préoccupation de mettre à la base de leur vie la pratique des vertus théologales?» Nul plus que le T.R.P.E.-A.Langlais, O.P., n\u2019insista sur la nécessité d\u2019éclairer l\u2019intelligence pour discipliner la volonté.Heureuse idée des organisateurs du congrès que d\u2019avoir appelé de Rome ce vétéran de la vie religieuse.Après avoir gouverné ses frères pendant de longues années, il dirige maintenant pour son ordre une école de maîtres des novices.A quatre-vingt-quatre ans, le T.R.Père a conservé la vigueur de son esprit et une pointe d\u2019humour qui a plus d\u2019une fois déridé ses graves auditeurs.Ceux-ci lui ont manifesté leur estime en lui faisant une petite ovation.Bien qu\u2019éloigné du Canada, le T.R.P.Langlais ne perd pas de vue ses compatriotes et se rappelle leurs traits de caractère.Le Canadien, dit-il, est trop sentimental.Sa piété n\u2019est pas assez réfléchie, rationnelle et profonde; elle est plus traditionnelle que personnelle.Plus d\u2019actes extérieurs du culte que d\u2019actes intérieurs de foi; plus de signes de croix que d\u2019actes d\u2019adoration; plus d\u2019actes d\u2019amour de soi que d\u2019actes d\u2019amour de Dieu.Aux heures de crise et d\u2019emportement, où se trouve en lui le centre de gravité, de réaction et de résistance?Dans le sentiment toujours instable, ou dans les convictions de l\u2019esprit qui s\u2019enracinent au fond de l\u2019âme ?.On note que le Canadien manque de discipline; il est fils du coureur des bois.Il veut avoir avant tout son initiative, être maître de soi.La discipline, les règles en général, depuis celles de la tenue jusqu\u2019aux règles intérieures del\u2019ascétisme, lui sont un frein, un obstacle; il regimbe, il les enjambe, il passe.Nos éducateurs déplorent chez les jeunes le vague de l\u2019esprit, l\u2019insouciance du travail bien fait, d\u2019un devoir parfait.Ce défaut s\u2019explique chez l\u2019adolescent rêveur; mais il est commun, général, chez le finissant de collège comme chez le jeune adolescent; et on le constate aussi chez le frère novice et le frère étudiant, chez l\u2019homme de quarante ans.Comment former de parfaits religieux avec des jeunes gens qui ont ces dispositions?« Il importe, répond le T.R.P.Langlais, de cultiver les convictions personnelles et la vie de foi, d\u2019ancrer en Dieu sa vie personnelle.» Et il ajoute que la mortification reste de mise même dans nos temps modernes.D\u2019autres rapporteurs proclamèrent également la nécessité d\u2019un solide fondement intellectuel, en particulier pour justifier et vivifier l\u2019observance et le culte liturgique.On suggère que le maître des novices et le directeur spirituel s\u2019appliquent à des études de psychologie expérimentale et de pastorale spécialisée.Le jeune religieux devrait recevoir des notions élémentaires de philosophie, de théologie ascétique et mystique, de théologie sacramentaire et de théologie des vœux.Ce souci de culture intellectuelle s\u2019est également manifesté au sujet de l\u2019apostolat.« Serait-il possible, demandait le R.P.Albert Sanschagrin, O.M.I., de se réunir entre religieux et avec le clergé séculier pour améliorer et mieux adapter aux besoins modernes certaines formes d\u2019apostolat intellectuel ?.L\u2019apostolat intellectuel demande-t-il un talent particulier, une préparation spéciale?Faisons-nous les sacrifices nécessaires pour spécialiser certains Pères dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces apostolats ?Voyons-nous à les libérer suffisamment pour cela ?» Telles furent les préoccupations qui s\u2019emparèrent de l\u2019esprit des supérieurs religieux et de leurs collaborateurs pendant les quatre jours du congrès.D\u2019autres questions, non moins importantes, furent soulevées, celle du recrutement des vocations, par exemple, qui nous valut la remar- quable étude du R.P.Léon Brisebois, C.S.C., directeur de l\u2019œuvre de Mon petit prêtre.Les communications sur la piété liturgique, sur la direction spirituelle, sur la collaboration des religieux entre eux, avec le clergé séculier et avec les laïcs, toutes, en général, suscitèrent un vif intérêt et retinrent l\u2019attention des auditeurs.Les mêmes sujets furent traités dans la section des religieuses; mais comme les conférences qui y furent données ne sont pas venues à ma connaissance, pas plus que celles de langue anglaise, on m\u2019excusera de n\u2019en rien dire.* Le congrès s\u2019était ouvert le lundi 26 juillet, à quatre heures de l\u2019après-midi; il se termina le vendredi 30 juillet.La séance de clôture, de quatre heures à six heures, fut suivie dans la soirée d\u2019une manifestation publique et d\u2019une messe à l\u2019Oratoire Saint-Joseph.Les travaux du congrès remplirent donc quatre journées complètes, dont chacune comportait quatre conférences données à la suite, de neuf heures à onze heures du matin.Les commissions se réunissaient alors jusqu\u2019à midi, puis de deux heures à trois heures dans l\u2019après-midi.De trois heures et demie jusqu\u2019à six heures, séance plénière des quatre sections, celles des religieux et des religieuses, celles de langue anglaise et de langue française, constamment séparées, excepté à l\u2019ouverture et à la clôture du congrès, ainsi qu\u2019aux heures de récréation.Le sujet et le plan des conférences avaient été assignés par le comité organisateur.Chaque conférence était divisée en quatre parties et chaque partie en quatre subdivisions.Un questionnaire, également divisé en quatre parties, dont chacune contenait quatre questions, servait à diriger la discussion des seize commissions de chaque section.Celles-ci devaient présenter à la séance plénière de l\u2019après-midi un rapport de la discussion d\u2019une des subdivisions, avec les conclusions auxquelles on s\u2019était arrêté.Ainsi, tout le monde était occupé et toutes les questions étaient étudiées, au moins par une des commissions.On le voit, les journées étaient bien remplies, trop peut-être.Des sujets importants, discutés dans une commission, ne furent pas touchés ou ne furent qu\u2019effleurés en séance plénière.Comme les conférenciers exprimaient leur pensée personnelle, il résulte que peu de résolutions, traduisant le vœu de l\u2019ensemble des congressistes, purent être formulées.Il arriva même que des auditeurs firent connaître qu\u2019ils ne partageaient pas les conclusions du rapporteur.C\u2019est ce qui explique qu\u2019à la séance de clôture les religieux de langue française avaient peu de vœux importants à présenter.En l\u2019absence d\u2019un comité chargé de rédiger des résolutions qu\u2019il aurait proposées à l\u2019approbation de l\u2019assemblée plénière, on préféra généralement s\u2019abstenir de rédiger des vœux qui n\u2019avaient pas été suffisamment médités.Les présidents et les secrétaires de commission, toujours les mêmes, n\u2019avaient pas le loisir, après avoir préparé leur rapport journalier, de condenser en formules brèves les conclusions auxquelles on était arrivé dans leur commission.D\u2019aucuns ont trouvé que certaines dissertations étaient trop théoriques et ne répondaient pas à l\u2019idée qu\u2019ils s\u2019étaient faite d\u2019un congrès de religieux.Ils attendaient une sorte d\u2019enquête sur l\u2019exécution de prescriptions bien connues, plutôt qu\u2019une étude sur la nature des vœux et des vertus, sur la théorie de la vocation ou de la prière.Est-on fidèle aux observances ?Comment lutte-t-on contre le naturalisme qui nous envahit, contre l\u2019indiscipline des esprits qui se généralise?On attendait de la mise en commun des expériences l\u2019indication des remèdes aux maux qui menacent la vie religieuse.Des questions de ce genre furent posées.Ainsi le R.P.L.-M.Régis formula celle-ci : « L\u2019oraison étant le principe de croissance et d\u2019épanouissement de la vie religieuse, n\u2019y a-t-il pas lieu de s\u2019inquiéter de voir le sens de SEPTEMBRE 1954 259 l\u2019oraison à la baisse ?» Un autre conférencier laissa entendre que la préparation de la méditation dans un livre lu la veille était une méthode surannée: que faut-il proposer pour la remplacer ?Et comment faire la méditation ?Et la retraite annuelle ?Celle-ci se fait partout, mais des prédicateurs auraient pu dire qu\u2019ils constatent entre les différentes communautés une différence notable dans le recueillement et la ferveur des retraitants.Ce sujet ne semble pas avoir été abordé.Par contre, on a exprimé le souhait que la longue retraite de vingt à trente jours, déjà en honneur dans plusieurs communautés, se répande de plus en plus.Mais comment se font ces exercices ?En véritable retraite, ou en demi-repos, entrecoupé de conférences spirituelles et pédagogiques?Cn a même recommandé la généralisation d\u2019un second noviciat après quelques années de vie religieuse.Comment faudrait-il ordonner cette solitude pour qu\u2019elle produise les fruits qu\u2019on en attend ?Si long et si laborieux qu\u2019ait été ce congrès, il est donc loin d\u2019avoir accompli toute la tâche qu\u2019il avait devant lui.* Que reste-t-il de cette mémorable assemblée ?Assurément, tous les congressistes en ont rapporté une ample matière à réflexion, des idées nouvelles, la confirmation de leurs propres observations, des encouragements précieux, des précisions dans la doctrine, des conseils pratiques et la détermination de travailler plus énergiquement que jamais à la sanctification des religieux et au salut des âmes.Mais il reste aussi DOCUMENTAIRE autre chose: une institution destinée à poursuivre l\u2019œuvre esquissée au congrès.C\u2019est la Conférence canadienne des Supérieurs religieux majeurs et ses deux Conseils de direction, celui des religieux et celui des religieuses, section masculine et section féminine d\u2019une même Conférence.Ce n\u2019est pas sans surprise qu\u2019on entendit, dès la séance d\u2019ouverture, S.\tÉm.le cardinal Valeri déclarer que l\u2019établissement de cette association des religieux canadiens était déjà décidée et approuvée par le Souverain Pontife.On devait connaître plus tard l\u2019intention du Saint-Siège de constituer un organisme de ce genre dans tous les pays où la chose serait possible.La fin de cette association est évidemment de promouvoir la coopération des divers instituts et la coordination des moyens dont ils disposent pour les entreprises apostoliques.Tous les supérieurs majeurs, et eux seuls, peuvent faire partie de la Conférence.Chaque section a son Conseil de direction, composé d\u2019une dizaine de membres et chargé de mettre à exécution les décisions prises aux assemblées plénières, qui se réuniront tous les ans.Les Conseils peuvent se faire aider de commissions auxiliaires, au besoin.Un secrétariat permanent sera au service des Conseils de direction pour assurer l\u2019efficacité de l\u2019organisme tout entier.Le Congrès des religieux aura donc un lendemain, des interprètes autorisés de sa pensée et de ses désirs.Prions pour que la sage initiative de la S.C.des Religieux et les courageux efforts des organisateurs du congrès et de leurs collaborateurs produisent tous les bons effets qu\u2019ils avaient le droit d\u2019en attendre.POSITIONS DU FRANÇAIS AU CANADA: BILAN GÉNÉRAL Richard ARÈS, S.J.A PRÈS NOTRE ENQUÊTE détaillée sur la situation du français dans chacune des provinces canadiennes, il ne nous reste qu\u2019à donner une vue d\u2019ensemble en opérant une récapitulation générale.Nous le ferons en nous servant presque uniquement de pourcentages, afin de rendre nos tableaux plus clairs et plus simples.I.\u2014 LE FRANÇAIS, LANGUE OFFICIELLE En tant que langue officielle, le français est connu et parlé, dans chaque province, par un certain pourcentage de gens, quelles que soient leur origine ethnique et leur langue maternelle.Comme l\u2019anglais est l\u2019autre langue officielle, il n\u2019est pas sans intérêt de comparer ses positions avec celles du français.C\u2019est ce que nous faisons dans le tableau qui suit, en ajoutant aussi les pourcentages concernant les bilingues.Tableau 118 POURCENTAGE DE LA POPULATION SACHANT 1.\tQuébec\t\tle français .88.0%\tl\u2019anglais 37.0%\tles deux langues 25.6% 2.\tNouveau-Brunswick.\t.38.1\t81.3\t18.6 3.\tIle-du-Prince-Ëdouard .\t.9.8\t99.1\t8.9 4.\tOntario\t\t.9.5\t97.3\t7.8 5.\tManitoba\t\t.8.6\t95.8\t7.5 6.\tNouvelle-Écosse\t\t.7.3\t98.7\t6.1 7.\tSaskatchewan\t\t.5.4\t97.1\t4.9 8.\tAlberta\t\t.4.9\t96.7\t4.8 9.\tColombie\t\t\t.3.4\t98.9\t3.4 10.\tTerre-Neuve\t\t.1.2\t99.7\t1.1 \tCANADA\t\t.31.9\t79.3\t12.3 On voit que la position du français n\u2019est vraiment forte que dans le Québec, qu\u2019elle est passable au Nouveau-Brunswick, et franchement pauvre dans les huit autres provinces, où elle n\u2019atteint que moins de 10% de la population.L\u2019anglais, par contre, présente des moyennes dépassant les 95% dans ces huit provinces et les 80% au Nouveau-Brunswick; son seul point faible, c\u2019est le Québec, où tout de même sa moyenne correspond à celle du français au Nouveau-Brunswick.On notera, de plus, que le même ordre d\u2019excellence en quelque sorte se retrouve dans la première et dans la troisième colonne de ce tableau, si bien que l\u2019on peut dire que le degré de connaissance du français détermine le degré d\u2019étendue du bilinguisme dans chaque province.En tout cas, dans huit provinces sur dix, les moyennes correspondent.Tableau 119 RAPPORT ENTRE LA POPULATION D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET LA POPULATION SACHANT LE FRANÇAIS 1.\tQuébec.107.4% 2.\tManitoba.100.4 3.\tN.-Brunswick.99.6 4.\tColombie.95.8 5.\tOntario.91.8 6.\tSaskatchewan.87.5 7.\tAlberta.83.1 8.\tNouvelle-Écosse.63.7 9.\tIle-du-Pr.-Édouard.62.4 10.\tTerre-Neuve.57.9 CANADA.103.4 Ce tableau ne donne qu\u2019une indication générale, à savoir si la population sachant le français dans une province correspond à la population d\u2019origine française dans la même province.Dans le Québec, il y a plus de gens qui savent le 260 RELATIONS français qu\u2019il y en a d\u2019origine française; au Manitoba et au Nouveau-Brunswick, les deux populations s\u2019équivalent.Trois provinces présentent un rapport nettement inférieur: la Nouvelle-Écosse, l\u2019Ile-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve.Inutile d\u2019en ajouter plus long sur ce sujet pour le moment.Les moyennes sont bonnes au Québec et au Nouveau-Brunswick, puis elles vont s\u2019affaiblissant jusqu\u2019à Terre-Neuve, où le quart seulement des Canadiens d\u2019origine française savent le français.Ces statistiques se complètent naturellement par les suivantes.Tableau 120 Tableau 123 CONTRIBUTION AU BILINGUISME DU 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.Ile-du-Prince-Êdouard.\tgroupe français\tgroupe britannique \t\t90.4%\t8.6% Nouveau-Brunswick\t\t\t88.5\t10.2 Nouvelle-Écosse\t\t\t82.7\t14.1 Québec\t\t\t78.5\t13.5 Saskatchewan\t\t\t78.1\t9.1 Manitoba\t\t\t77.9\t10.6 Ontario\t\t\t74.9\t17.8 Alberta\t\t\t71.6\t15.6 Terre-Neuve\t\t\t61.3\t35.3 Colombie\t\t\t47.5\t37.3 CANADA\t\t\t77.5\t14.6 Dans toutes les provinces canadiennes, la contribution française l\u2019emporte sur la contribution britannique, laquelle n\u2019atteint des moyennes passables que là où le groupe français est le plus faible, c\u2019est-à-dire à Terre-Neuve et en Colombie.Complétons ce tableau par le suivant.Tableau 121 POURCENTAGE DE BILINGUES DANS LE groupe français groupe britannique 1.\tManitoba\t\t\t69.0%\t1-7% 2.\tSaskatchewan\t\t\t61.4\t1.1'\" 3.\tOntario\t\t\t56.4\t2.1 4.\tAlberta\t\t\t51.9\t1.4 5.\tIle-du-Prince-Êdouard.\t\t51.1\t0.9 6.\tColombie\t\t\t44.7\t1.9 7.\tNouvelle-Ecosse\t\t\t44.3\t1.1 8.\tNouveau-Brunswick\t\t\t42.9\t3.4 9.\tTerre-Neuve\t\t\t24.8\t0.4 10.\tQuébec\t\t\t24.5\t28.5 \tCANADA\t\t\t31.0\t3.8 C\u2019est au Manitoba que le groupe français est proportionnellement le plus bilingue, et c\u2019est à Terre-Neuve et au Québec qu\u2019il l\u2019est le moins \u2014 à Terre-Neuve, parce que les trois quarts des Canadiens d\u2019origine française ne parlent plus que l\u2019anglais, et au Québec, parce que les trois quarts des mêmes ne savent que le français.De son côté, le groupe britannique n\u2019est vraiment bilingue que là où il est en minorité, c\u2019est-à-dire dans le Québec.Voyons maintenant, pour les Canadiens d\u2019origine française, quelle est dans chaque province la proportion de ceux qui savent le français et la proportion de ceux qui savent l\u2019anglais.LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET LA CONNAISSANCE DE L\u2019ANGLAIS 1.\tColombie\t\tSachant l\u2019anglais \t99.1%\tNe sachant que l\u2019anglais 54.5% 2.\tTerre-Neuve\t\t\t98.5\t73.6 3.\tIle-du-Prince-Êdouard\t\t\t94.3\t43.1 4.\tSaskatchewan\t\t\t92.9\t31.5 5.\tN ou velle-Ecosse\t\t\t91.5\t45.8 6.\tAlberta\t\t\t90.8\t38.9 7.\tManitoba.,e\t\t\t90.2\t20.9 8.\tOntario\t\t\t84.3\t27.8 9.\tNouveau-Brunswick\t\t\t50.2\t7.1 10.\tQuébec\t\t\t25.1\t0.6 \tCANADA\t\t\t37.6\t6.7 L\u2019ordre est, à peu de chose près, l\u2019inverse de celui du tableau précédent, avec cette différence que les moyennes y sont généralement plus élevées.Deux provinces seulement ont un pourcentage de plus de 90% pour la connaissance du français, alors qu\u2019il y en a sept lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019anglais.C\u2019est la province de Québec, avec ses millions de Canadiens français, qui élève ou abaisse la moyenne générale, selon qu\u2019il s\u2019agit de la connaissance du français ou de celle de l\u2019anglais.Afin de se rendre compte davantage de cette influence, on n\u2019a qu\u2019à consulter le tableau suivant qui donne les positions du français et de l\u2019anglais chez les 992,039 Canadiens d\u2019origine française en dehors du Québec.Tableau 124 LANGUES PARLÉES PAR LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE HORS DU QUÉBEC \tNombre\tPourcentage\tMoyenne générale can.-fr.L\u2019anglais\t\t.794,329\t80.1%\t37.6% Le français\t\t.720,916\t72.7\t93.3 L\u2019anglais et le français.\t.523,868\t52.8\t31.0 L\u2019anglais seulement\t\t.270,461\t27.2\t6.7 Le français seulement.\t.197,048\t19.9\t62.2 Selon que l\u2019on tient compte ou non des Franco-Québécois, les moyennes varient considérablement.Ainsi, la moyenne générale des Canadiens d\u2019origine française à ne savoir que l\u2019anglais est de 6.7%; mais, sans les Franco-Québécois, cette moyenne s\u2019élève à 27.2%.Tableau 125 CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE À NE SAVOIR QUE L\u2019ANGLAIS Tableau 122 LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET LA CONNAISSANCE |DU FRANÇAIS 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.Québec.Nouveau-Brunswick.Manitoba.Ontario.Saskatchewan.Alberta.Ile-du-Prince-Ëdouard Nouvelle-Ecosse.Colombie.Terre-Neuve.CANADA.Sachant\tNe sachant le français\tque le français .99.3%\t74.8% , .92.8\t49.9 \t9.9 \t15.7 \t6.8 \t8.5 .56.8\t5.7 .54.1\t9.8 \t0.8 .26.3\t1.4 .93.3\t62.2 1941\t1951 Augmentation 1.\tOntario.88,685\t133,120\t44,435 2.\tColombie.11,852\t22,852\t11,576 3.\tQuébec.11,453\t20,791\t9,338 4.\tAlberta.12,778\t21,859\t9,081 5.\tNouvelle-Ecosse.25,024\t33,824\t8,800 6.\tManitoba.6,354\t13,799\t7,445 7.\tNouveau-Brunswick.8,983\t14,102\t5,119 8.\tSaskatchewan .11,845\t16,394\t4,549 9.\tIle-du-Prince-Êdouard.4,247\t6,679\t2,432 10.\tTerre-Neuve.\u2014\t7,249\t\u2014 Presque la moitié de l\u2019augmentation durant la dernière décennie provient de l\u2019Ontario.On notera que le Québec occupe le troisième rang dans ce tableau, mais cela tient au fait que l\u2019ordre est donné selon les chiffres absolus.Voici, par comparaison, l\u2019ordre basé sur les pourcentages.SEPTEMBRE 1954 261 Tableau 126 POURCENTAGE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE À NE SAVOIR QUE L\u2019ANGLAIS 1941 1.\tIle-du-Prince-Édouard.28.7% 2.\tAlberta.29.7 3.\tManitoba.12.0 4.\tNouvelle-Écosse.37.7 5.\tSaskatchewan.23.4 6.\tOntario.23.9 7.\tColombie.51.5 8.\tNouveau-Brunswick.5.4 9.\tQuébec.0.4 1951 43.1% 38.9 20.9 45.9 31.5 27.8 54.5 7.1 0.6 Augmentation 14.4% 9.2 8.9 8.1 8.1 3.9 3.0 1.7 0.2 C\u2019est au Québec que l\u2019augmentation est proportionnellement la plus faible, et c\u2019est dans l\u2019Ile-du-Prince-Édouard qu\u2019elle est la plus forte.Sauf au Québec et au Nouveau-Brunswick, toutes les moyennes des autres provinces s\u2019élèvent au-dessus de 20% en 1951.Terre-Neuve, qui n\u2019est pas mentionnée ici, atteint même 73.6%, dépassant de loin la moyenne de la Colombie.II.\u2014 LE FRANÇAIS, LANGUE MATERNELLE Il est encore plus important de bien déterminer les positions du français en tant que langue maternelle, car cet aspect est lié à la vie même du groupe.Le français n\u2019est plus considéré comme une langue de communication, assez souvent.langue seconde plus ou moins bien parlée, mais comme langue du foyer familial.Voici les positions respectives du français et de l\u2019anglais comme langues maternelles, avec entre parenthèses les pourcentages concernant l\u2019origine ethnique.Tableau 127 POSITION DU FRANÇAIS ET DE L\u2019ANGLAIS COMME LANGUES MATERNELLES Le français\tL\u2019anglais 1.Québec\t\t.82.52% (82.03)\t\t13.7% (12.0%)\t\t 2.Nouv.-Brunswick\t.35.89\t(38.32)\t63.1\t(57.1\t) 3.Ile-du-Pr.-Edouard 8.61\t\t(15.73)\t90.6\t(81.9\t) 4.Ontario\t\t.7.43\t(11.05)\t81.4\t(67.2\t) 5.Manitoba\t\t.6.98\t( 8.51)\t62.5\t(49.7\t) 6.Nouvelle-Écosse.\t.6.08\t(11.48)\t91.6\t(75.0\t) 7.Saskatchewan.\t.4.42\t( 6.24)\t62.0\t(42.3\t) 8.Alberta\t\t.3.64\t( 5.98)\t69.0\t(48.0\t) 9.Colombie\t\t.1.66\t( 3.58)\t82.7\t(65.7\t) 10.Terre-Neuve.,\t.\t0.7\t( 2.7 )\t98.8\t(93.0\t) CANADA\t\t.29.0\t( 30.8)\t59.1\t(47.9\t) Sauf dans le Québec, la population\t\t\tde langue maternelle\t\t française est partout\tinférieure à la population\t\t\td\u2019origine\t française.La situation de l\u2019anglais est beaucoup plus brillante: partout, même dans le Québec, sa moyenne comme langue maternelle dépasse la moyenne détenue par le groupe britannique dans l\u2019ensemble de la population.Les deux langues sont loin d\u2019avoir la même puissance d\u2019assimilation, comme le démontre d\u2019ailleurs le tableau suivant.Tableau 128 PUISSANCE ASSIMILATRICE DU FRANÇAIS ET DE L\u2019ANGLAIS \t\tLe français\tL\u2019anglais 1.\tQuébec\t\t\t100.6%\t113.5% 2.\tNouveau-Brunswick\t\t\t 93.6\t110.4 3.\tManitoba\t\t\t 82.1\t129.1 4.\tOntario\t\t\t 71.5\t121.2 5.\tSaskatchewan\t\t\t 70.9\t146.6 6.\tAlberta\t\t\t 60.8\t143.3 7.\tIle-du-Prince-Édouard\t\t\t 54.7\t110.6 8.\tNouvelle-Écosse\t\t\t 52.8\t121.9 9.\tColombie\t\t\t 46.0\t125.8 10.\tTerre-Neuve\t\t\t 23.6\t105.7 \tCANADA\t\t\t94.2\t123.4 Ce n\u2019est que dans le Québec que la population de langue maternelle française dépasse légèrement la population d\u2019ori- gine française; partout ailleurs, la puissance de rayonnement du français est trop faible pour maintenir 100%, c\u2019est-à-dire pour maintenir les deux populations au même niveau.La puissance assimilatrice de l\u2019anglais atteint jusqu\u2019à 146.6% en Saskatchewan, c\u2019est-à-dire que la population de langue maternelle anglaise forme 146.6% de la population d\u2019origine britannique.Précisons ce tableau en donnant pour chaque province le déficit entre les deux populations.Le Québec, ayant un surplus de 19,902, n\u2019est pas en cause ici.Tableau 129 SITUATION DÉFICITAIRE DE LA POPULATION DE LANGUE MATERNELLE FRANÇAISE PAR RAPPORT À LA POPULATION D\u2019ORIGINE FRANÇAISE 1.\tNouveau-Brunswick.2.\tManitoba.3.\tOntario.4.\tSaskatchewan.5.\tAlberta.6.\tIle-du-Prince-Edouard 7.\tNouvelle-Ecosse.8.\tColombie.9.\tTerre-Neuve.Nombre\tPourcentage 12,521\t6.4% 11,821\t17.9 136,175\t28.5 15,115\t29.1 21,989\t39.2 7,000\t45.3 34,815\t47.2 22,553\t54.0 7,520\t76.4 Une situation saine demanderait que ces déficits soient réduits à zéro.Plus le déficit augmente, et plus la situation du français apparaît précaire.Terre-Neuve est l\u2019exemple extrême; la vitalité du français y est réduite des trois quarts.Tableau 130 LANGUE MATERNELLE DES CANADIENS\t\t D ORIGINE\tFRANÇAISE\t \tLe français\tL\u2019anglais 1.Québec\t\t\t98.6%\t1-4% 2.Nouveau-Brunswick.\t\t90.9\t9.1 3.Manitoba\t\t\t76.0\t22.4 4.Ontario\t\t\t68.3\t31.3 5.Saskatchewan\t\t\t64.9\t32.7 6.Alberta\t\t\t56.9\t39.5 7.Ile-du-Prince-Édouard.\t\t53.6\t46.3 8.Nouvelle-Écosse\t\t\t50.7\t49.2 9.Colombie\t\t\t41.2\t56.9 10.Terre-Neuve\t\t\t21.8\t78.1 CANADA\t\t\t7.9 La situation du français comme langue maternelle, de prospère qu\u2019elle est au Québec et au Nouveau-Brunswick, va se détériorant dans les autres provinces jusqu\u2019au point d\u2019être franchement mauvaise en Colombie et à Terre-Neuve, les Canadiens d\u2019origine française y ayant adopté en majorité l\u2019anglais comme leur langue maternelle.A noter encore que l\u2019influence du Québec empêche la moyenne générale d\u2019être plus basse pour le français et plus élevée pour l\u2019anglais.Abstraction faite du Québec, en effet, ces moyennes seraient respectivement de 69.3% au lieu de 91.8, et de 30.7% au lieu de 7.9.En d\u2019autres termes, chez les groupes minoritaires d\u2019origine française, le français est encore la langue maternelle dans la proportion de 69.3%, et l\u2019anglais l\u2019est devenu dans la proportion de 30.7%.Tableau 131 AUGMENTATION OU DIMINUTION, DE 1941 À 1951, DANS LE NOMBRE DE CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE AYANT POUR LANGUE MATERNELLE le français 1.\tQuébec.610,492 2.\tOntario.47,986 3.\tNouveau-Brunswick.26,485 4.\tColombie.7,339 5.\tManitoba.5,257 6.\tAlberta.,.\t2,749 7.\tNouvelle-Ecosse.\u20141,589 8.\tIle-du-Prince-Édouard.\u20142,196 9.\tSaskatchewan.\u20144,404 l\u2019anglais 19,987 55,607 7,194 12,109 7,106 9,385 10,013 2,875 5,154 262 RELATIONS Seul le français connaît des diminutions, et_cela en trois provinces: la Nouvelle-Écosse, l\u2019Ile-du-Prince-Êdouard et la Saskatchewan.De plus, si le Québec n\u2019était pas là avec son augmentation de plus d\u2019un demi-million, les gains de l\u2019anglais l\u2019emporteraient sur ceux du français au sein même du groupe d\u2019origine française.Le Québec et le Nouveau-Brunswick sont enfin les deux seules provinces où le français accuse des gains numériques supérieurs à ceux de l\u2019anglais, le solde en sa faveur étant respectivement de 591,005 et de 19,291.Dans les autres provinces, la différence est en faveur de l\u2019anglais comme le montre le tableau suivant.Tableau 132 PROVINCES OÙ L\u2019ANGLAIS L\u2019EMPORTE SUR LE FRANÇAIS COMME LANGUE MATERNELLE CHEZ LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE, POUR LA PÉRIODE DE 1941 À 1951 Différence en faveur de l\u2019anglais 1.\tManitoba.1,849 2.\tColombie.4,770 3.\tIle-du-Prince-Êdouard.5,071 4.\tAlberta.6,636 5.\tOntario.7,621 6.\tSaskatchewan.9.558 7.\tNouvelle-Écosse.11,602 Entendons-nous bien.Ce tableau ne fait qu\u2019expliciter le précédent.Il montre que, durant la dernière décennie, les gains de l\u2019anglais comme langue maternelle des Canadiens d\u2019origine française sont supérieurs à ceux du français dans sept provinces sur neuf, Terre-Neuve n\u2019étant pas en cause ici, faute d\u2019avoir participé au recensement de 1941.Est-il besoin d\u2019ajouter que Terre-Neuve aurait donné une majorité à l\u2019anglais dans les mêmes circonstances?Et c\u2019est là, me semble-t-il, le fait brutal qui s\u2019impose à l\u2019attention à la fin de cette enquête: les Canadiens d\u2019origine française se partagent de plus en plus nettement en deux groupes, dont l\u2019un a pour langue maternelle l\u2019anglais, et l\u2019autre, le français, le premier l\u2019emportant déjà en nombre sur le second dans deux provinces, la Colombie et Terre-Neuve, et\u2014fait tragique \u2014 augmentant ses effectifs encore plus vite que le second dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec et au Nouveau-Brunswick.Il ne s\u2019agit pas de tomber dans le pessimisme et de désespérer de l\u2019avenir des minorités canadiennes-françaises, lesquelles ont connu la lutte et les difficultés depuis les débuts de leur existence.Il s\u2019agit toutefois d\u2019être réaliste et d\u2019admettre les faits tels qu\u2019ils sont, et non pas seulement tels qu\u2019on les craint ou tels qu\u2019on les désire.Or les statistiques du dernier recensement révèlent comme un fait évident une augmentation redoutable dans la puissance assimilatrice de l\u2019anglais, et cela dans toutes les provinces canadiennes, à commencer par le Québec où cette puissance se chiffre à 113.5%, alors que celle du français n\u2019est que de 100.6%.Autrefois, les minorités qui voulaient rester isolées pouvaient échapper en bonne partie à cette emprise de l\u2019anglais.Aujourd\u2019hui, l\u2019isolement devient de plus en plus difficile à la campagne, et presque impossible dans les villes: l\u2019anglais, par les journaux, la radio, la télévision, le cinéma, les affaires, envahit tout, et sa puissance assimilatrice s\u2019en trouve décuplée.Aussi, jamais les pertes n\u2019ont-elles été si élevées chez les groupes minoritaires canadiens-français.La situation se redressera-t-elle pour 1961 ?Ne nourrissons pas trop d\u2019illusions à cet égard.Si rien n\u2019est fait pour redonner au français plus de vitalité et plus de puissance assimilatrice, la situation aura empiré dans dix ans; si, par contre, tout est mis en œuvre pour restaurer pleinement cette vitalité et cette puissance, alors des résultats const>.lants nous attendront à cette date.Seule la vie peut donner naissance à la vie et la maintenir; un peuple comme un individu se juge à ses actes.HORIZON INTERNATIONAL VIETNAM JE RÉCENT traitéf de Genève a détruit une 1 j des plus belles Églises d\u2019Extrême-Orient.On n\u2019a pas besoin d\u2019attendre pour savoir ce qui va arriver.Pendant quelque temps, le nouveau régime tolérera les chrétiens.Puis, à mesure que le pays sera « pacifié » et que « l\u2019ordre régnera au Vietnam-Nord », on finira par trouver quelques apostats; avec eux, on formera un « front patriotique », une « Église populaire », avec laquelle on écrasera le reste.On ne s\u2019est pas encore beaucoup habitué, en Occident, au terme nouveau de Vietnam.La chrétienté du Tonkin avait été rendue célèbre par le martyre de Théophane Vénard et de ses vingt-sept compagnons, béatifiés en 1900 et 1905.Elle vient d\u2019être anéantie.D\u2019aucuns acceptent le fait et se consolent en disant qu\u2019au moins il y a la paix et que les hommes cessent de se tuer pour rien.C\u2019est vrai; c\u2019est quelque chose! Les vingt-cinq martyrs du Tonkin, béatifiés en 1951, et qui_portèrent à cinquante-trois le nombre des bienheureux de l\u2019Église vietnamienne, nous rappellent qu\u2019il y a des choses plus précieuses que la vie, même si elles comptent de moins en moins dans les accords internationaux et les préoccupations des hommes d\u2019État.Au Vietnam, l\u2019Église était aussi bien organisée qu\u2019en Amérique.Les premiers missionnaires, des Jésuites, y arrivèrent en 1615.Le plus illustre fut le Père Alexandre de Rhodes; il est encore plus célèbre pour avoir été à l\u2019origine de la Société des Missions Étrangères de Paris, qui devait éventuellement servir de modèle à tant de sociétés missionnaires: Maryknoll, Pont-Viau, etc.Il y eut de violentes persécutions en 1630 et en 1645; mais les Vietnamiens se conduisirent comme des vétérans.En 1653, le P.de Rhodes faisait rapport sur 300,000 chrétiens et 200 églises publiques.Les premiers Pères des Missions Étrangères de Paris arrivèrent en 1664; les Dominicains espagnols vinrent ensuite, puis les Franciscains, mais le clergé était déjà, dans son immense majorité, vietnamien.Jusqu\u2019en 1820, l\u2019Église se développera paisiblement; les gouvernements se succédaient les uns aux autres, mais l\u2019Église allait de l\u2019avant.La persécution éclata en 1833 et dura jusqu\u2019en 1840; il y eut accalmie de 1841 à 1847.Survint alors la persécution de Tu-Duc, qu\u2019on appela le Néron vietnamien.Durant cette persécution, 5 vicaires apostoliques furent martyrisés, 116 prêtres indigènes (plus du tiers du clergé) furent tués, environ 12,000 chrétiens périrent dans les supplices, 126,000 autres furent massacrés dans leurs maisons et privés de leurs biens.Au moment où l\u2019Église tonkinoise disparaît dans le gouffre rouge, rappelons les noms et titres de gloire des vingt-trois martyrs béatifiés en 1951, en compagnie de leurs SEPTEMBRE 1954 263 deux évêques, l\u2019un et l\u2019autre espagnols.Nous les traduisons du décret de tuto (omettant l\u2019éloge des deux évêques) : la croix du Christ, il fut flagellé et mourut martyr, le 3 juin 1862, après avoir longuement souffert de la faim.1.\tJoseph Maria Sanjurjo, O.P., évêque, espagnol.2.\tMelchior Garcia Sampedro, O.P., évêque, espagnol.3.\tDominique Ninh, excellent catholique, qui subit joyeusement le martyre après avoir refusé de fouler aux pieds la croix, le 2 juin 1862.4.\tLaurent Ngôn, ayant exhorté sa femme et ses enfants à rester fidèles à la vraie foi, leur laissa le glorieux exemple de son martyre, le 22 mai de la même année.5.\t6, 7.Dominique An-Khan, membre du tiers-ordre de saint Dominique, Luc Cai-Thin, son fils, et Joseph Cai-tà, tous de la province de Nam Dinh, riches et nobles, souffrirent de nombreux tourments pour avoir refusé de fouler aux pieds le signe de la Rédemption; le 13 juin 1859, ils obtinrent la palme du martyre.8, 9, 10, 11, 12.Dominique Mao, Vincent Tuông, Dominique Nguyên, André Tuông, Dominique Nhi, tous riches et pères de famille, souffrirent une mort cruelle pour la vraie foi, le 16 juin 1862.13.\tPierre Da, âgé de 60 ans, ayant été exilé et souvent torturé demeura fidèle à la religion chrétienne, pour laquelle il donna sa vie en se laissant jeter sur un bûcher ardent.14.\tJoseph Tuan, père de famille et cultivateur, reçut l\u2019ordre de marcher sur la croix.Il l\u2019adora à deux genoux en s\u2019écriant: « Tu es ma force! » Il subit le martyre, le 7 janvier 1862.15.\t16.Pierre Dûng et Pierre Thuân, l\u2019un et l\u2019autre pères de famille et pêcheurs, furent brûlés vifs pour le Christ Notre Seigneur, le 6 juin 1862.17.\tVincent Duong, cultivateur, après avoir souffert un long et cruel exil, fut condamné, le 6 juin de la même année, à être brûlé vif.18,\t19.Dominique Toâi et Dominique Huyên, tous deux pêcheurs et pères de famille.Quand ils furent arrêtés, l\u2019un d\u2019eux s\u2019écria: « Courage, frères, nous souffrons ceci pour le Christ.» Leur constance dans la foi leur valut d\u2019être brûlés vifs, le 5 juin de la même année.20.\tDominique Mâu, prêtre de l\u2019ordre des Frères Prêcheurs.Comme il était très pieux, il portait publiquement son chapelet pendant la persécution et encourageait les fidèles à la constance dans la foi.Quand iï fut mené au supplice, il joignit les mains, comme s\u2019il célébrait le saint sacrifice, et subit le martyre, le 5 novembre 1858.21.\tJoseph Tuân, lui aussi prêtre de l\u2019ordre des Frères Prêcheurs, âgé de 50 ans, fut trahi par un faux frère et jeté en prison; il ne cessa pas de servir les âmes et mourut de la même mort en avril 1861.22.\tJoseph Tue fut décapité dans la fleur de l\u2019âge, le 1er juin 1862, et obtint ainsi une palme glorieuse.23.\tDominique Câm, prêtre, membre du tiers-ordre de saint Dominique, restant fidèle au Christ son maître, signa de son sang les dogmes sacrés.24.\tThomas Khuông, prêtre, membre du tiers-ordre de saint Dominique, ayant courageusement fait profession de foi chrétienne, fut mis en prison.Le 30 janvier 1860, alors qu\u2019il priait à genoux devant la croix, il fut tué à coups de hache.25.\tPaul Doung, un des notables les plus distingués, pratiquait sa religion avec ferveur.Ne voulant pas insulter Ces vingt-cinq furent béatifiés; durant cette persécution, dans la seule mission des Pères Dominicains, mille tercenti quindecim tune necati suni; mille amplius coronati martyres caelicolae jacti (treize cent quinze furent alors tués; plus de mille martyrs couronnés devinrent citoyens du ciel).La Congrégation des Rites étudia longuement la cause, afin de déterminer si ces hommes furent tués comme ennemis du roi ou comme chrétiens.La conclusion parut évidente.Ils furent tués avant tout in odium fidei, en haine de la foi.La persécution prit fin grâce à l\u2019intervention des forces armées françaises, qui se transforma en protectorat.Les Français multiplièrent les écoles, les hôpitaux et les dispensaires.Ce n\u2019est peut-être pas le moment de rappeler que la France maçonnique, celle des intangibles lois laïques, encourut de terribles responsabilités.Le rapport de Mgr de Gué-briant au premier congrès de l\u2019Union missionnaire du Clergé, en 1931, peut être relu utilement: A cette heure solennelle, le moindre symptôme bienveillant dans l\u2019attitude officielle au regard des missionnaires et de leurs ouailles aurait suffi.En moins de vingt ans, le nombre des catholiques en Indochine française aurait doublé, triplé peut-être, peut-être quadruplé.Or, il arriva précisément le contraire.Il ne s\u2019agissait pas de favoriser les chrétiens; on aurait dû leur accorder au moins les mêmes égards qu\u2019aux bouddhistes et aux confucianistes.Leur héroïsme durant la persécution l\u2019avait mérité.Or, continue Mgr de Guébriant, la bienveillance envers les chrétiens et les prêtres fut la chose même dont la France officielle d\u2019alors voulut à tout prix écarter le soupçon.Tous les gestes administratifs, tous les procédés judiciaires tendirent à prouver aux Annamites que la France ignorait le catholicisme et ne connaissait parmi eux que des bouddhistes ou des confucianistes.Pour bien leur faire comprendre que la profession du christianisme n\u2019était pas une recommandation, on alla plus d\u2019une fois jusqu\u2019à l\u2019injustice criante.Je sais telle province d\u2019Annam où, sous l\u2019influence d\u2019un résident supérieur, vingt à trente mille néophytes reculèrent en bloc.L\u2019idéologie sectaire avait prévalu.Mettons le mot sur la chose: la franc-maçonnerie avait remporté une de ses plus belles victoires.Elle en remporte d\u2019autres du même genre à mesure que notre monde occidental se décompose.Malgré tout, cependant, l\u2019Église faisait au Vietnam-Nord des progrès considérables.Voici les chiffres les plus récents, compilés d\u2019après YAnnuario Pontificio de 1952.Églises\tParoisses\tPrêtres diocésains\tSémina ristes Bacning.431\t50\t65\t28 Buichu\t 484\t105\t174\t90 Haiphong.456\t59\t87\t21 Hanoï\t\t90\t185\t42 HungHoa.257\t44\t60\t15 Lang-son.\t10\t9\t12\t6 Phat-Diem.365\t57\t154\t65 Thang-Hoa.\t-\t-\t- Vinh\t\t-\t-\t- Thaï-Bing.333\t-\t64\t55 Total.2,336\t414\t801\t322 Prêtres\tReligieux\t\tReligieuses\t religieux\tMaisons\tMembres\tMaisons\tSœurs 12\t1\t15\t10\t200 16\t1\t30\th\t131 10\t2\t19\t3\t184 20\t3\t60\t10\t155 21\t-\t-\t4\t46 9\t-\t-\t7\t35 9\t1\t6\t2\t206 20\t-\t\u2014\t1\t105 117\t8\t130\t48\t1,062 Écoles\tÉlèves\tCatholiques\tPopulation 170\t2,912\t68,000\t1,100,000 354\t28,811\t199,739\t895,000 163\t8,830\t135,000\t1,150,000 170\t12,963\t-\t- 23\t5,542\t67,500\t1,200,000 7\t500\t-\t- 154\t8,119\t99,904\t250,000 7\t1,053\t106,864\t2,000,000 1,048\t68,730\t677,007\t6,595,000 Ces données de 1950 sont incomplètes.Si on remplit les lacunes à l\u2019aide du Guide des Missions catholiques (1936), on arrive au total suivant: 8,437 églises, dont 646 paroisses; 1,190 prêtres, dont l\u2019immense majorité est composée de prêtres séculiers vietnamiens; 392 élèves au grand séminaire, 218 couvents avec 1,062 religieuses; 1,111 écoles avec 71,630 élèves; 1,040,684 catholiques sur une population de 12,395,000.Des dix évêques, six étaient vietnamiens.264 RELATIONS Telle est la chrétienté qu\u2019on vient de jeter aux loups, dans l\u2019espoir d\u2019apaiser leur faim.Plusieurs évêques, de nombreux prêtres sont restés avec leurs ouailles dans le Vietnam-Nord.De nombreux Vietnamiens se sont entassés à Hanoï, dans l\u2019attente d\u2019être évacués.Ils apporteront avec eux d\u2019insolubles problèmes.Un prêtre vietnamien, du diocèse de Phat-Diem, me montra en cinq mots combien on peut compter sur l\u2019esprit de foi de ses compatriotes.Je lui exprimais ma désolation d\u2019être tellement inutile.Il répondit simplement: « On peut toujours prier.beaucoup.» Joseph-H.Ledit.16 août 1954.\u2022 -\u2022 LES LIVRES RELIGION Lucien de Saint-Joseph, O.C.D., et André Chouraqui: Le Cantique des cantiques.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 120 pp., 18.5 cm.UN MOINE du Carmel et un Juif se sont joints pour présenter ce travail; le moine a fait l\u2019introduction; le Juif, la traduction; de cette collaboration sort un petit diamant bien taillé.D\u2019un style jeune et d\u2019une grande pureté, l\u2019introduction expose, sans naïveté, une doctrine très riche sur l\u2019allégorie conjugale dans la Bible et sa valeur spirituelle.La partie la plus importante du livre est cependant la traduction.Concise, elliptique, obscure parfois comme l\u2019original (des notes alors éclairent), elle s\u2019efforce de rejoindre la pensée de l\u2019auteur sacré, par delà les mots et les images, dans le mouvement même de la phrase poétique.« Et quand on sait la valeur des mots eux-mêmes et des tournures de phrases pour un esprit sémitique, dit le préfacier, il est clair qu\u2019il y a là plus qu\u2019un raffinement de dilettante.» On devine quelle somme de travail il a fallu pour rendre sensible au lecteur français le parfum hébraïque du poème sacré.Tous ceux qui ont une préparation spirituelle et dogmatique goûteront dans cette traduction, comme dans le jardin de l\u2019amant, « le rayon avec le miel ».Luigi d\u2019Apollonia.André FEUILLET: Le Cantique des cantiques.Étude de théologie biblique et réflexions sur une méthode d\u2019exégèse.Collection « Lectio divina ».\u2014 Paris, Éditions du Cerf, 1953, 258 pp., 22.5 cm.DOUR CERTAINS rationalistes, chant profane égaré dans le canon des Écritures; pour d\u2019autres, célébration nuptiale en l\u2019honneur d\u2019un roi d\u2019Israël, le Cantique est reçu pour un écrit canonique ayant un sens religieux par la critique catholique, qui ne va guère plus loin.L\u2019A.y voit une allégorie célébrant l\u2019union de Yahvé avec son peuple et la fidélité imparfaite d\u2019Israël; chant où les thèmes bibliques abondent: l\u2019époux, à la fois roi et berger (comme Yahvé dans la Bible), est comparé au temple (v, 11), avec lequel Jésus s\u2019identifie lui-même (Matth., xii, 16); l\u2019épouse, c\u2019est le pays d\u2019Israël; son histoire est aussi celle d\u2019Israël, avec ses infidélités que pardonne Yahvé.D\u2019autres thèmes bibliques: le sommeil-réveil (voir Isaïe), le chercher-trouver, qui est le fond du Cantique, commun aux Proverbes et aux prophètes (Amos, Jérémie) et que reprend Jésus {Matth., vu, 7-8); enfin, l\u2019attente d\u2019un nouvel exode, etc.Tout n\u2019est pas évident dans cette démonstration; mais l\u2019ensemble impressionne.L\u2019A.se prononce également sur la composition du livre: auteur unique d\u2019un chant divisé en cinq poèmes, dont la doctrine est annoncée dans les prophètes Osée, Jérémie, Ézéchiel, Isaïe (cc.40-66).Mais avant tout, l\u2019ouvrage défend une méthode, la méthode des parallélismes.Pour expliquer les passages obscurs des Livres saints, il paraît plus logique à l\u2019A.de recourir aux lieux parallèles de la Bible, et non aux coutumes païennes de8 autres peuples.Méthode plus respectueuse que celle des rationalistes qui modifient les textes à leur gré.La critique catholique reconnaît aussi l\u2019interpolation de certains passages, mais ne Isalifim \u2019(«\tR(' \t SjTsTTS! vichy Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime \"triste\"?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bien connue et aea propriété* diurétique* contribuent a (timuler le* multiples fonctions du foie et de* reins et exercent tu effet de* plus salutaires sur le système digestif «a général.Demandes l'art* de uotre médecin.Pou* èfu CE LESTi CW MINÉRAL! KATUtELU PROPRIÉTÉ K L\u2019ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Mffin-roui des Imitation*Ml Exit*» C CÉLEST1NS » Importateur*: HBRDT » CHARTON INC.Montréal SEPTEMBRE 1954 265 tente de les rétablir que lorsqu\u2019on ne peut les lire autrement.La méthode des parallélismes procède sans préjugés en ne sortant pas du contexte biblique; elle aboutit à éclairer des passages restés mystérieux jusqu\u2019à nos jours (ex.: Isaïe, xxvi, 19; P s.xlv et lxxii), sans forcer le texte pour y déceler des allusions historiques étrangères à son inspiration.Nous pensons que l\u2019A.a réussi sa démonstration.Appliquée à l\u2019ensemble de l\u2019Écriture, avec prudence et compétence, sa méthode peut aider à comprendre maints passages obscurs des Livres saints._\t, _\tMaurice Ruest.L Immaculee-Conception, Montréal.Cardinal Grente: Notre Père.\u2014 Paris, Arthème Fayard, 1953, 268 pp., 19.5 cm.\"C'XPLICATION et commentaire de l\u2019oraison dominicale, le tout sur le ton simple de la conversation et enrichi de nombreuses références à l\u2019Écriture sainte et aux Pères de l\u2019Église.L\u2019A.parle en pasteur beaucoup plus qu\u2019en académicien: « Ne jugez pas le sujet une vieillerie, dit-il, nous rencontrerons nombre d\u2019idées actuelles et des problèmes primordiaux.» De fait, certains de ses commentaires atteignent aux dimensions d\u2019un petit traité, par exemple, sur la tentation, à propos de « Ne nous induisez point en tentation », et sur le mal, à propos de « Mais déli-vrez-nous du mal ».Un tel ouvrage aidera les âmes à mieux saisir le sens et l\u2019importance du Pater, et à le réciter avec plus de fréquence et de ferveur encore.Richard Arès.En COLLABORATION: Les saints ne sont pas tristes.Textes assemblés par F.J.Sheed et traduits de l\u2019anglais par J.Mignon.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1954, 221 pp., 20 cm.QUELQUES auteurs (surtout Mgr Goodier, S.J., les PP.Mar-tindale et Steuart, S.J., et le P.MacNabb, O.P.) ont écrit des études sur dix-neuf saints (d\u2019Augustin de Tagaste à Thérèse de Lisieux).Travaux d\u2019inégale valeur, mais qui s\u2019accordent tous à ne pas justifier le titre du livre et sa couverture trop gaiement colorée.En vain cherchera-t-on ici le côté rigolo des saints, ou leur humour, ou même la démonstration formelle que leur sainteté, réussie dans la soumission au réel, est un triomphe de la joie.Au lecteur d\u2019élaborer cette preuve.Il le pourra, car ce sont de solides monographies qui lui présentent Augustin et Boniface, Dominique, Xavier et les autres: tracées d\u2019une plume ferme, elles plairont à ceux que rebutent les brouets d\u2019onction d\u2019une hagiographie périmée.En COLLABORATION: Ceux qu\u2019on prie dans le secret.\u2014 Trois-Rivières, Éditions du Bon Père Frédéric, 1953, 183 pp., 22.5 cm.COMPILATION de brèves notices écrites par divers auteurs qui présentent dix-neuf personnages canadiens dont la cause de canonisation ou de béatification est en instance à Rome.Le biographe, qui est presque chaque fois le vice-postulateur de la cause, indique ordinairement l\u2019état actuel du procès.Faire mieux connaître « ceux qu\u2019on prie dans le secret » peut contribuer à hâter leur glorification.Regrettons que l\u2019hommage ne soit pas ici toujours digne du héros.En collaboration: Convertis du XXe siècle.T.IL \u2014 Paris (Tournai), Casterman, 1954, 248 pp., 18 cm.TE PREMIER VOLUME de cette œuvre excellente a mérité ici (sept.1953, p.250) plus qu\u2019une appréciation ordinaire.Aussi méritant ce deuxième volume qui vous parle des convertis Claudel, Karl Stern, Ève Lavallière, Papini, Gertrude von Le Fort.Mais mieux encore vaudra la lecture dans le texte de ces récits très vivifiants, fort bien présentés par des plumes habituées.A déconseiller cependant à ceux qui croient avoir des cités nouvelles à construire: ça les découragerait.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.Joseph-H.Ledit, S.J.: Le Front des pauvres.\u2014 Montréal, Fides, 1954, 291 pp., 21.5 cm.LE MEXIQUE est un pays si complexe qu\u2019un auteur étranger ' qui ose en parler risque de se tromper.Le P.Ledit fait exception.Durant plusieurs séjours, il a vécu la vie étrange des Mexicains, avec ses mystères et sa souffrance.Dans son ouvrage, il met en relief le sens religieux très profond qui soulève l\u2019âme mexicaine.Ce n\u2019est pas une œuvre d\u2019historien, mais d\u2019apologète et d\u2019apôtre.En treize chapitres, il décrit la résurrection spirituelle du peuple mexicain, celle du monde ouvrier surtout, qu\u2019il a soin de ne pas isoler, mais d\u2019encadrer dans un tout comprenant les classes paysannes et patronales.Le lecteur parcourt avec émotion le chapitre VIII sur l\u2019association de Notre-Dame-de-Guadalupe qui, par ses pèlerinages, groupe les masses ouvrières au sanctuaire national.Il montre avec mesure et nuances comment le capital se joint au front des pauvres et comment Jésus-Hostie entre dans les usines par les messes qu\u2019organisent les ouvriers eux-mêmes.En 1954, les Mexicains ont encore contre eux la législation, le gouvernement, l\u2019ignorance ^et la pauvreté.Mais ils se relèvent avec un courage héroïque.L\u2019Église gagne toujours du terrain: les temples sont ouverts, les enfants suivent le catéchisme.L\u2019A.a dégagé de son travail trois leçons: a) la bataille a été conduite par des laïcs qui ont vaincu grâce à leur docilité envers la hiérarchie; b) tant que l\u2019action s\u2019est maintenue sur le terrain social, elle fut victorieuse; quand elle se porta sur le terrain politique, elle échoua; c) la victoire définitive des Mexicains sur eux-mêmes vint de leur foi et de leur vie intérieure.Page d\u2019histoire religieuse qu\u2019il vaut la peine de lire: elle peut servir d\u2019exemple et de leçon.Mexico.Émile Bouvier.PHILOSOPHIE, SCIENCE, PSYCHOLOGIE Roger Troisfontaines, S.J.: De l\u2019existence à l\u2019être.La philosophie de Gabriel Marcel.2 vol.\u2014 Namur, Facultés universitaires, 1953, 415, 431 pp., 25 cm.T^ANS la lettre-préface qu\u2019il lui écrit, Gabriel Marcel adresse à l\u2019A.cet hommage extraordinaire: « En rédigeant le livre que j\u2019aurais voulu écrire, vous aurez fait ce qu\u2019au fond j\u2019aurais dû faire moi-même et vous m\u2019aurez rendu personnellement un très grand service.» L\u2019A.ordonne la pensée du philosophe autour du thème central qu\u2019il énonce ainsi: « De l\u2019existence à l\u2019être par l\u2019objectivation se joue toute la destinée de l\u2019homme, s\u2019accomplit l\u2019ascension progressive de la situation imposée à l\u2019engagement créateur.» Au point de départ, l\u2019homme se trouve engagé dans une situation qu\u2019il n\u2019a pas choisie: il existe.Il doit accéder à l\u2019être en prenant conscience de sa destinée et en adhérant à un appel venu d\u2019en haut.Dialectique à trois temps (existence, objectivation, être) et quadruple union (avec le monde, avec soi-même, avec les autres et avec Dieu).Dans la Impartie, l\u2019A.montre comment, selon G.Marcel, la situation actuelle de l\u2019homme dans le monde est marquée d\u2019un vice radical, « l\u2019objectivation ».L\u2019homme est réduit à l\u2019état de chose, et on lui applique « des façons d\u2019agir et de penser qui ne se justifient qu\u2019à l\u2019égard des choses ».Contre l\u2019idéalisme et le rationalisme qui prétendent objectiver l\u2019homme et l\u2019univers, Marcel défend une philosophie de la participation.Sans doute, l\u2019existence signifie d\u2019abord une relation avec la pensée; mais, parce que l\u2019idéalisme a tendance à supprimer le premier terme de cette relation (l\u2019existant) au profit du second (la pensée), le philosophe doit mettre l\u2019accent sur l\u2019indice existentiel: c\u2019est «l\u2019existence, deuxième manière », conscience exclamative de soi.Parce que je participe à l\u2019être, je dois chercher à passer de la communion existentielle à la communion ontologique.Pour cela, il me faut déterminer plus exactement ce que je suis (2° partie).Que suis-je?Ici, il faut distinguer être et avoir.En effet, « je ne suis pas identique aux prédicats que j\u2019ai ».L\u2019avoir-possession implique la revendication exclusive, le souci d\u2019entretien, la puissance de disposer.L\u2019être dépasse cet avoir objectivable et transmissible.Je ne suis pas mon corps, ni mon passé; je ne coïncide pas avec mon présent.Je participe au mystère de l\u2019être.« C\u2019est dans la réaction libre à ce qui m\u2019est imposé ou proposé que j\u2019accède à l\u2019être.Attestation personnelle d\u2019une réalité ou d\u2019une présence, cette démarche est essentiellement un témoignage.» Pour cela, je dois recevoir un appel \u2014 c\u2019est la grâce et la vocation \u2014 et y répondre par l\u2019engagement et la fidélité.Par là s\u2019opère le salut.Mais là ne s\u2019arrête pas la participation.L\u2019accession à l\u2019être qui me dépasse et m\u2019englobe ne peut s\u2019achever que par la rencontre avec autrui, spécialement avec Dieu.La 3e partie étudie 266 RELATIONS la présence du prochain; la 4e, celle de Dieu.La véritable rencontre du prochain n\u2019est pas simple coudoiement.Elle est communion et suppose l\u2019amour.« Aimer, c\u2019est être », parce qu\u2019on trouve dans l\u2019amour les caractéristiques de l\u2019être: réponse à un appel et engagement.Cet amour se réalise dans le mystère familial et dans la fraternité humaine.La mort de l\u2019être aimé n\u2019est qu\u2019une « épreuve de la présence » et peut être surmontée par l\u2019espérance.Ces réflexions nous amènent à Dieu: « la pensée qui s\u2019ouvre au mystère de l\u2019être reconnaît que tout culmine dans le mystère de Dieu ».Comment approcher le mystère de Dieu ?Ni par l\u2019objectivisme ni par le subjectivisme.Dieu est présence et mystère.La foi seule permet de l\u2019aborder et elle se situe dans le domaine de l\u2019invérifiable.Il faut, pour parvenir jusqu\u2019à Dieu, « écarter les obstacles », s\u2019ouvrir à « l\u2019invocation » et à « la rencontre du Dieu vivant », par la prière et par la vie chrétienne.En conclusion, le P.Troisfontaines rappelle qu\u2019il a voulu exposer la pensée de G.Marcel sans la prendre pour autant à son compte.Il souligne son désaccord sur ce qu\u2019ont de trop absolu certaines formules du philosophe.Quiconque connaît un peu l\u2019œuvre de G.Marcel, si difficile en raison même de sa méthode et de son orientation, appréciera le travail de l\u2019A.Fruits d\u2019un labeur de sept ans, ses deux volumes apportent une contribution majeure à l\u2019étude de l\u2019existentialisme.Ils permettent de comprendre beaucoup mieux le sens de ce terme et de ce mouvement de doctrine ambigus.Malgré des imprécisions et des incorrections, la philosophie de G.Marcel constitue une saine réaction contre les exagérations du scientisme et de la technique érigée en système de vie.Pensée préthéologique, profondément spirituelle et toute tournée vers le Transcendant, elle prépare l\u2019accès au monde supra-humain de la foi, de l\u2019espérance et de la prière.Jean Langlois.V Immaculée-Conception, Montréal.Max Müller: Crise de la métaphysique.Situation de la philosophie au XXe siècle.Collection « Textes et études philosophiques ».\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 125 pp., 19 cm.DISCIPLE compétent de Martin Heidegger, Max Müller définit la pensée de son maître: la philosophie de Yec-sis-tence, l\u2019opposant aux métaphysiques classiques et la dissociant de l\u2019existentialisme de Sartre, de la philosophie existentielle de Jaspers et de la phénoménologie de Husserl.Avec Heidegger, l\u2019être devient enfin l\u2019objet premier et dernier de la pensée philosophique: « nouveau début de la pensée », affirme Müller.L\u2019acceptation de l\u2019être dans l\u2019abandon de soi \u2014 ce que Heidegger appelle Yec-sistence, par opposition à l\u2019in-sistence subjectivité \u2014 constitue la pure expérience ontologique, sans laquelle philosophie, science et art, vie politique et religion ne pourront redevenir authentiques.A travers le dense et lumineux exposé de Max Müller (dont MM.Zemb, Chartier et Rovan nous donnent une traduction aisément intelligible), la philosophie de Yec-sistence apparaît comme un sommet de la pensée contemporaine.Elle dépasse l\u2019idéalisme en rappelant avec force que l\u2019esprit n\u2019est ni la norme du réel ni l\u2019absolu de l\u2019être.Elle dépasse le positivisme en magnifiant la primauté de l\u2019être sur l\u2019essence.Elle dépasse la phénoménologie en posant l\u2019être comme le problème fondamental de toute vraie pensée philosophique.Elle oblige la scolastique à se renouveler en dénonçant le conceptualisme dont elle est sans cesse menacée, en réclamant un statut philosophique pour les notions chrétiennes de vocation et d\u2019historicité, en déplorant que « le trait spécifique de notre époque.consiste dans la fermeture de la dimension du sacré ».Cette même philosophie de Yec-sistence, telle que présentée par Müller, manifeste de graves défauts.Heidegger simplifie à l\u2019excès l\u2019histoire de la philosophie occidentale en n\u2019y voyant, semble-t-il, qu\u2019une lente genèse de l\u2019idéalisme, en réduisant toutes les métaphysiques classiques à des essentialismes et à des anthropocentrismes.Il méconnaît le sens aigu que saint Thomas avait de l\u2019être et de l\u2019exister.Son ontologie, probablement parce qu\u2019elle n\u2019approfondit pas les notions d\u2019analogie et de participation, se déclare malheureusement incapable d\u2019atteindre à la connaissance (naturelle) de Dieu.Enfin, sa définition de la liberté (« la décision dans le choix ») est certainement discu- table.Ces réserves faites à l\u2019égard d\u2019une philosophie d\u2019ailleurs encore en devenir ne devraient pas empêcher philosophes et théologiens catholiques de prêter une attention respectueuse à l\u2019un des penseurs les plus profonds \u2014 et les plus religieux peut-être \u2014 de notre temps.Jean Racette.L'Immaculée-Conception, Montréal.Dominique DUBARLE, O.P.: Humanisme scientifique et Raison chrétienne.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 143 pp., 18.5 cm.UNITÉ lâche, beaucoup de redites: c\u2019est la faiblesse de ces recueils à la mode qui présentent d\u2019un auteur conférences et articles relatifs à un même sujet.L\u2019à-propos et la qualité de la réflexion font oublier ces répétitions et accepter une phrase souvent lourde et difficile.Il faudrait être myope pour ne pas apercevoir l\u2019influence actuelle de la technique et de la science dans les domaines social, culturel et religieux.L\u2019homme, l\u2019ouvrier surtout, a déjà subi les graves répercussions de l\u2019essor machiniste; que lui réserve un monde où l\u2019énergie nucléaire sera harnachée, où les servo-mécanismes auront détrôné la machine ?Les savants prévoient une prise de possession scientifique des affaires humaines (psychologie, économique, sociologie, politique), grâce aux théories de la cybernétique et du jeu: prévision absurde ou vraisemblable ?et dans quelle mesure ?Que permet d\u2019augurer de bon le contexte politique plutôt sombre où s\u2019insèrent les derniers développements techniques et scientifiques?La science, par son progrès en marge de Dieu, constituera-t-elle le grand péché qui conduira l\u2019humanité à sa ruine ?Ou bien ne décèle-t-on pas maintenant quelque espoir de renouer l\u2019unité perdue de la foi et de la raison ?L\u2019A.ne répond pas vraiment à toutes ces questions; c\u2019est déjà beaucoup de les poser.Conrad East.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal Dr A.STOCKER: L'Homme, son vrai visage et ses masques.Collection « Animus et Anima ».\u2014 Paris et Lyon, Emmanuel Vitte, 1954, 237 pp., 19.5 cm.ACCEPTEZ la terminologie de l\u2019A.concernant ce qu\u2019il appelle \u2022CV Yunitrinité de l\u2019être humain (corps, esprit et cœur) ; souffrez quelque lenteur dans le développement des premiers chapitres; vous aurez ensuite plaisir et profit à saisir la parfaite cohérence d\u2019une science psychologique en harmonie avec les exigences fondamentales de la vie humaine (en particulier, de l\u2019amour), de même qu\u2019avec l\u2019essentiel de la philosophie thomiste, de la sociologie et la morale chrétiennes.Dans son existence personnelle et sociale, l\u2019homme, parce qu\u2019il est libre, peut actualiser son essence, soit en conformité avec Yordre qui lui est propre (les sens étant soumis à l\u2019intelligence et celle-ci à l\u2019amour), soit en désaccord avec cet ordre.Qu\u2019il le veuille ou non, le désaccord produit chez l\u2019homme le sentiment de culpabilité, qui se traduit par le désespoir ou par Yagressivité.Tout son effort, dans l\u2019éducation et l\u2019activité autonome, doit consister à tendre vers l\u2019équilibre hiérarchique, dont l\u2019instrument en même temps que le signe est Y amour oblatif.Amour oblatif de soi-même : respect et culture de l\u2019ordre essentiel (sentir-penser-aimer).Amour oblatif des autres: souci de l\u2019épanouissement ordonné et original du prochain dans sa vie personnelle et dans la société.Car la société requiert le même ordre de l\u2019amour oblatif, sinon c\u2019est la lutte interpersonnelle, les conflits de classes ou la guerre.Dans le désordre, l\u2019essence objective de l\u2019homme fait sentir sa présence et ses exigences comme un double accusateur, constamment dressé face aux masques nombreux et divers que l\u2019homme se façonne chaque fois qu\u2019il viole la hiérarchie interne et nécessaire de son être personnel et social.Dans le respect de l\u2019ordre, l\u2019homme découvre, en le réalisant, son vrai visage, qui est celui de son Créateur et Rédempteur.La profonde culture de l\u2019A.se meut à l\u2019aise non seulement en médecine et en psychologie, mais encore en philosophie, en sociologie et en théologie.Il n\u2019évite pas, cependant, certaines confusions (par exemple, à propos de l\u2019hylémorphisme) ; de plus, je ne dirai pas que son hostilité à l\u2019égard de Freud et de Jung est partiale, mais elle repose peut- SEPTEMBRE 1954 267 être sur une vue partielle de la psychanalyse.Détails toutefois que cela.Car l\u2019ensemble est solide et sûr.Les derniers chapitres (ordre et désordre de la société, religion et morale) offrent de fortes pages dont tous les hommes d\u2019action devraient s\u2019inspirer.Une impression d\u2019équilibre se dégage de ce livre qu\u2019il faut relire et méditer.Marie-Joseph d\u2019Anjou.SOCIOLOGIE L.-J.Lebret, O.P.: Civilisation.\u2014 Paris, les Éditions ouvrières, 1953, 222 pp., 19 cm.GENRE difficile à caractériser que celui d\u2019un volume fait d\u2019une juxtaposition de souvenirs de voyages, de pensées à la Pascal, de portraits à la La Bruyère, de discours à la Péguy, etc.Comme le dit l\u2019A.lui-même dans l\u2019avant-propos, il ne faut pas y chercher « l\u2019ordre rigoureux d\u2019une composition systématique »; « quelques-unes de ces pages furent ainsi rédigées voici trente ans ».Le titre convient parfois d\u2019assez loin aux courts chapitres qui tantôt décrivent Carthage, Héliopolis, Alep, Rhodes, l\u2019Afrique noire, un quartier suburbain, un coucher de soleil, etc., tantôt nous peignent un pêcheur, un politique, un fils d\u2019indiens, un intégriste, les conservateurs, les progressistes, les patrons d\u2019avant-garde, et tantôt enfin font parler la route, la chute d\u2019eau, le charbon, la terre, la tour, etc.Pour ceux qui aiment le genre décousu.Richard Arès.Robert Boudet: Bourgeoisies en appel.\u2014 Paris, Éditions du Conquistador, 1953, 253 pp., 19 cm.CET OUVRAGE n\u2019est pas un traité indigeste de sociologie.L\u2019ambition de l\u2019A.est de « lutter contre le découragement de certains milieux » français et de pousser à l\u2019action les bourgeoisies en vue de reconstruire la France d\u2019aujourd\u2019hui.Dans les premiers chapitres, l\u2019A.décrit les différents milieux bourgeois: leur esprit, leurs problèmes sociaux et leur style de vie.Cette partie se lit avec intérêt.Suit l\u2019histoire des bourgeoisies françaises; l\u2019A.y rappelle quelques caractères essentiels de leurs origines et de leur évolution.Long chapitre qui mérite d\u2019qtre lu avec attention, car cette histoire est assez peu connue, même des bourgeois.Dans une troisième partie, l\u2019A.traite de la bourgeoisie et de la politique: depuis l\u2019Assemblée nationale de 1871, les bourgeois sont absents de la scène politique en France.L\u2019A.leur lance un appel et les presse de sortir de leur isolement pour servir la France, voire pour donner l\u2019exemple aux autres pays.Souhaitons que la bourgeoisie française entende sa voix et agisse avant qu\u2019il ne soit trop tard.Marcel Beauchemin.V Immaculée-Conception, Montréal.LITTÉRATURE, ROMANS J.-L.PRÉVOST: Le Prêtre, ce héros de roman.I: De Claudel à Cesbron.II: D'Atala aux Thibaut.Collection « Présence du catholicisme».\u2014 Paris, Téqui, 1952, 1953; 119, 127, pp., 19 cm.IL NE FAUT PAS demander à ces deux opuscules, œuvre d\u2019engagement, une profondeur à laquelle ils ne prétendent pas; entendons: une pensée qui, se détachant un peu de données trop nombreuses, les embrasse d\u2019un coup d\u2019œil et en découvre le principe animateur.On le regrette parfois en lisant l\u2019ouvrage.L\u2019évolution du héros de roman qu\u2019est le prêtre porte sur deux siècles, le xixe et le XXe.Trois types s\u2019y distinguent: le saint prêtre trop parfait de l\u2019époque romantique (avec ses cas d\u2019espèce, certes), le prêtre (le Christ!) défiguré des naturalistes, le prêtre social et dynamique de notre époque.Le personnage va s\u2019approfondissant.Mais que d\u2019irréalités, même chez les auteurs croyants qui n\u2019ont pas été les victimes de choix du mystère de l\u2019ordre! Même Bernanos.Que dire des athées?Jules Romains et consorts, qui se rebiffent contre l\u2019Incarnation du Christ dans son Église.Dieu, cet homme ?Voix de Dieu, le prêtre ?Toujours la même révolte, le même péché contre le visible.Quand l\u2019homme acceptera-t-il donc la réalité du créé ?On nous présente une imposante gaierie d\u2019auteurs et d\u2019œuvres.Toujours ouvert, le critique a l\u2019art de ne pas sacrifier la sympathie au dogme, ni le dogme à la compréhension.L\u2019accumulation est parfois confusion et rappelle le catalogue.Une synthèse mieux sentie s\u2019imposerait par endroits.Passons sous silence les toujours détestables coquilles et disons que voilà un bon point de départ et un instrument de travail honnête, documenté et précieux plus encore par l\u2019ensemble que par le détail.Le problème si actuel du prêtre dans la cité réclamait ce travail.Remarque pratique: on gagnerait à commencer cette lecture par le second tome.Fernand Dorais.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.Stefan Andrés: Utopia.Roman.Traduit de l\u2019allemand par Claire Champollion.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1952,148 pp., 19.5 cm.DURANT la guerre civile d\u2019Espagne, Paco revient comme prisonnier des rouges à son ancien couvent.Au plafond de sa cellule, il revoit le trou par où s\u2019envolait son imagination vers une île chimérique: origine de sa défection.Il se souvient du Père Damiano, qui avait secoué ses illusions.Le robuste vieillard lui avait déclaré que le dernier chèque de notre capital spirituel ne se joue que sur l\u2019amour total.Dans ce captif, le lieutenant Pedro a deviné le prêtre et il réclame une absolution.Comme soldat, Paco peut tuer le garde et s\u2019enfuir; mais il opte pour son sacerdoce.Ainsi, le pardon de Dieu enveloppera ses camarades de combat avant leur fauchage par la mitrailleuse rouge.Récit dense et bref, qui illustre bien l\u2019âme d\u2019un prêtre torturé d\u2019illusions terrestres et qui se laisse enfin saisir par la main de Dieu.Ce serait une inconcevable lâcheté que de ne pas se joindre à Celui qui s\u2019est épuisé jusqu\u2019à la mort pour cette utopique humanité.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.Marie-France: Claire Fontaine.\u2014 Montréal, Fides, 1953, 145 pp., 20 cm.JOURNAL d\u2019une adolescente de France que devraient lire toutes celles de chez nous.Fine, cette enfant, débordante de vie.et de tous les défauts sympathiques de son âge.Et bien élevée par des parents vraiment aimants et chrétiens.Ce qui fait qu\u2019on assiste, en lisant ses réflexions, non seulement aux ébats de vacances d\u2019une fille primesautière et à ses querelles et réconciliations avec sa sœur, son frère et ses amies, mais aussi à l\u2019apprentissage que fait des vertus chrétiennes (piété, modestie féminine, patience, charité fraternelle, dévouement filial) une âme claire comme une fontaine, qui possède en même temps le don de s\u2019exprimer avec fraîcheur et vivacité.Michelle Le Normand: Le Nom dans le bronze.- Autour de la maison.Romans.\u2014 Montréal, Fides, 1954, 117, 165 pp., 21.5 cm.' IE LECTEUR qui cherche dans un roman « un inventaire morbide de la misère humaine » (Relations, août 1954, p.228), celui qui juge désuet tout sentiment national dédaigneront cette réédition d\u2019un agréable roman pour adolescentes.Le thème du mariage mixte est pourtant toujours d\u2019actualité chez nous.L\u2019attitude réservée des personnages étonnera nos jeunes effrontées de 1954; mais l\u2019intérêt du récit, le style attachant de l\u2019A.(malgré quelques fautes de syntaxe et une ponctuation insuffisante) les retiendront.DES MENUS FAITS de son enfance: jeux dans le foin et les feuilles mortes, glissades d\u2019hiver, poupées de papier,.l\u2019A.nous parle avec un attendrissement communicatif.Tableau d\u2019un bonheur sûr (trouver sa joie dans les choses simples), ce livre passionne les jeunes en dépit de nombreuses réflexions d\u2019adultes, et charme les moins jeunes.L\u2019usage de l\u2019italique prête à confusion.Écrire asteure, tannant, ben,.ça va.Pourquoi sur le même pied: le pouf, pouf du train, la Providence (couvent) et laisser en caractère ordinaire : « Pourquoi qu\u2019on s\u2019en va ?» (p.19) et « nous garrochions nos claques » (p.97) ?Marie-Joseph d\u2019Anjou.268 RELATIONS Le meilleur accueil vous est réservé dans nos 350 succursales et agences.Vousytrouverez toujours une collaboration compréhensive et empressée.N'oubliez pas que vos intérêts sont les nôtres.LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA 2% d'intérêt sur les dépôts d'épargne Poule égarée profite au renard.et système de chauffage en mauvais état profite au marchand de combustible, mais pas au maître de la maison.C\u2019est le temps de faire reviser ou réparer le vôtre.Et si vous construisez, n\u2019oubliez pas que noire expérience en travaux de chauffage-plomberie nous permet de collaborer d\u2019une manière rationnelle avec les propriétaires et les architectes dans l\u2019élaboration et l\u2019exécution de leurs projets.PLOMBERIE CHAUFFAGE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada MArquette 4107 360 est, rue Rachel - Montréal Dans les LA URENTIDES CLINIQUE LE BOSQUET Repos ou convalescence Mesdemoiselles Boulanger infirmières licenciées Sainte-Agathe-des-Monts\tTéléphone : 288 Nécessité de l\u2019éducation coopérative \u2022\tL\u2019éducation est un des principaux animateurs de toute vie coopérative.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopératives solides sans coopérateurs éclairés et fidèles.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopérateurs éclairés et fidèles sans éducation coopérative.\u2022\tPuisque la coopération est une formule démocratique d\u2019organisation économique et sociale qui veut remettre au peuple le soin de ses propres affaires et le contrôle des entreprises mises à son service, c\u2019est exiger nécessairement de ce peuple qu\u2019il sache bien exercer ce contrôle et qu\u2019il veuille le bien exercer.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC acliète bien qui achète dupuis MONTREAL 206, rue du Pont LA CiE Tel.: 4-5257 QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier de Mécanique générale Forge \u2014 Modelage \u2014 Soudure Fonderie : Acier, Fonte, Cuivre, Aluminium Ascenseurs de tous genres Matériaux d'aqueduc \u2014 Bornes-Fontaines Treuils (Winches) \u2014 Guindeaux \\ '
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