Relations, 1 novembre 1954, Novembre
[" mSm.Ecole de ténèbres Bella V.DODD Les commanditaires Émile GERVAIS Etablissement rural et immigration au Canada français Jules ElvtERy Les commissions scolaires à Chicoutimi Albert PLANTE Le rapport Dozois Jean DESCHAMPS Novembre 1954 MONTREAL Joseph-H.LEDIT > Jean-Paul LABELLE * J.-Guy GAUVREAU «° 167 25' i SOMMAIRE NOVEMBRE 1954 Éditoriaux.297 Un texte à méditer.\u2014 L\u2019enquête Caron.\u2014 La Chine de M.Attlee.Articles LE RAPPORT DOZOIS.Jean Deschamps 299 ÉCOLE DE TÉNÈBRES.Bella V.Dodd 302 LES COMMISSIONS SCOLAIRES À CHICOUTIMI.Albert Plante 305 ASPECTS VARIÉS DE J.-S.BACH.Jean-Paul Labelle 309 Commentaires.310 La crise du logement.\u2014 Prévisions démographiques.\u2014 Finances et fiscalité fédérales-provinciales.\u2014 Un appel venu de l\u2019Inde.\u2014 « Ciné-Orientations ».\u2014 La télévision.Au fil du mois.312 La Semaine de la messe.\u2014 Au service du peuple.\u2014 Langue et foi.\u2014 Littérature enfantine et comité de lecture.Articles ÉTABLISSEMENT RURAL ET IMMIGRATION AU CANADA FRANÇAIS.Jules Émery 313 « LES ENFANTS COMPTENT SUR NOUS, TERMINONS L\u2019HÔPITAL ».J.-Guy Gauvreau 316 LES COMMANDITAIRES.Émile Gervais 317 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 318 Les livres 322 Les Voies à la fournaise d'amour .Julien Harvey Saints de Belgique.Robert-J.Ballon The World is His Parish.R.A.Mère Marie-Xavier Voirin.Béatrice\tClément La Journée d'un curé.Paul Bélanger La Presse catholique et le Journalisme catholique.Albert Plante La Fin des temps.Georges-E.\tBoisjoly Le Matérialisme rationnel.Conrad East Éléments de morale sociale.Richard Arès Femmes en usine.Émile\tBouvier Littérature du XXe siècle et Christianisme.Wilfrid\tGariépy Souvenirs, souvenirs.Marcel Grand\u2019Maison La Mort d'un prêtre.Paul Fortin Les Grands Arbres.Paul-Émile\tRacicot « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu'ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de l'Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Jules Émery \u2022 Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postee, Ottawa. XIVe année, N° 167 Montréal Novembre 1954 ÉDITORIAUX Un texte à méditer \\ A L\u2019ISSUE de son assemblée générale annuelle, le 14 octobre dernier, la Conférence catholique canadienne, organe de l\u2019épiscopat, adressait aux fidèles une déclaration magistrale.Les évêques y exposent, avec les raisons profondes de la dévotion à la Vierge Marie, le fruit que le monde doit avoir retiré de l\u2019Année mariale.La Vierge n\u2019est pas, dans notre credo, un « ornement » qui voile l\u2019austérité de la foi.Pièce essentielle dans l\u2019organisme du salut, « elle appartient à la structure intime » du dogme chrétien.Taire la place de Marie dans la pensée et la vie catholiques, sous prétexte « de ne pas heurter certaines susceptibilités », c\u2019est « altérer le message évangélique ».On n\u2019a d\u2019ailleurs pas à défendre ce message contre les accusations d\u2019idolâtrie dont l\u2019ignorance le charge.« Créature de Dieu, Marie est totalement indigente comme chacun de nous;.elle a eu besoin, comme chacun de nous, de miséricorde et.de rédemption.» Mais elle fut « rachetée par anticipation », pour être digne de devenir la Mère de son Dieu rédempteur.C\u2019est pourquoi elle est, en vérité, tout ensemble « un miroir où se reflète, sans l\u2019ombre la plus légère, la justice de Dieu » et « le modèle par excellence de notre humanité rachetée ».Sans doute, c\u2019est Jésus qui est « le modèle dernier de notre perfection ».Mais, parce qu\u2019il est « Dieu de Dieu, consubstantiel au Père,.majestueux comme le Père,.sa sainteté humaine plonge dans l\u2019abîme de la.subsistance divine ».Sainteté à part, unique, « inénarrable ».A tel point qu\u2019imiter le Christ, « c\u2019est, en dernière analyse, se laisser assimiler par Lui en vivant non pas tant comme Lui qu\u2019en Lui ».Tandis que Marie, « quoique Mère de Dieu,.est toute humaine dans sa personne autant que dans sa nature » et, par là, garantit la réalité de l\u2019Incarnation.Sa sainteté est celle « d\u2019une personne créée comme nous,.d\u2019un enfant adoptif de Dieu comme nous ».En elle, par conséquent, « l\u2019humanité trouve un modèle de son ordre.Rachetée, mais non redressée, elle est déjà ce que l\u2019humanité restaurée dans le Christ sera à la fin des temps,.complètement victorieuse sur le démon et.purifiée de la malédiction originelle ».La vraie dévotion à Marie « exalte la bassesse d\u2019une servante et propose l\u2019idéal d\u2019une humanité librement et filialement soumise à l\u2019action divine ».C\u2019est pourquoi nous avons besoin de nous tourner vers la sainte Vierge avec confiance et dévotion.Car ce qui caractérise notre monde, « c\u2019est une rupture farouche avec Dieu », l\u2019homme tentant « d\u2019instaurer un univers absolument fermé à tout surnaturel et d\u2019aménager un paradis terrestre d\u2019où c\u2019est Dieu, cette fois, qui sera chassé ».Athéisme de pensée et de vie, « athéisme agressif et haineux », athéisme enthousiaste dans son expression et plein d\u2019espérance dans l\u2019avenir.Idolâtrie de l\u2019homme.Éternelle tentation: se suffire à soi-même et se faire Dieu.Dans cette crise de l\u2019âme contemporaine, qui se traduit concrètement par « la tyrannie,.la persécution religieuse, les camps de travail forcé, les bouleversements sociaux, les exils en masse et le cauchemar d\u2019une guerre apocalyptique », le Christ est notre salut, « celui qui descend jusque dans les profondeurs de nos âmes pour y détruire notre misère foncière: l\u2019esclavage du péché ».Mais « notre vrai modèle d\u2019obéissance,.c\u2019est la sainte Vierge », elle qui ne veut être que la petite servante du Seigneur.« Avec ces quelques mots si simples, elle définit l\u2019attitude essentielle de l\u2019homme et nous introduit au cœur même de l\u2019histoire de notre rédemption: Dieu seul est Dieu, et l\u2019homme a été créé pour le louer, l\u2019adorer, l\u2019aimer et le servir.Là est sa grandeur, sa liberté et son salut.» « Mère de Dieu et mère des hommes », la Vierge « écoutera la prière des enfants de cette génération et donnera de nouveau Dieu au monde.Car c\u2019est cette génération, si pleine d\u2019apostasie, qui l\u2019a pourtant proclamée glorieuse dans son Assomption et fêtée avec éclat dans son Immaculée Conception.C\u2019est la grâce spéciale que le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre espérait obtenir » en inaugurant l\u2019Année mariale.Et c\u2019est NOVEMBRE 1954 297 le fruit de cette grâce que nos évêques voudraient déposer dans nos cœurs.Puissent les catholiques canadiens répondre au vœu de leurs pasteurs! J^enquète Ca\\on T E DÉNOUEMENT de l\u2019enquête judiciaire sur le vice et le jeu à Montréal a eu lieu le 8 octobre dernier.1.\tLes principaux intimés ayant porté leur cause en appel, le jugement ne peut être actuellement commenté.Toutefois, ce n\u2019est pas nier le droit des intimés ni anticiper sur le jugement final que de croire qu\u2019ils auraient mieux fait, dans l\u2019intérêt du bien commun et de la force policière elle-même, \u2014 nous pensons surtout au directeur de la police, \u2014 de prendre congé jusqu\u2019au règlement de la question.2.\tLa situation confuse qui a suivi le jugement est due surtout au fameux bill 56, adopté par la Législature en février 1953 (voir Relations, avril 1953, p.85); ce bill a changé la procédure traditionnelle et contient une indéfendable clause de rétroactivité.Jusque là, la loi des enquêtes comportait certes un droit d\u2019appel, mais c\u2019était à la Cour d\u2019appel elle-même à décider si des officiers municipaux devaient, oui ou non, demeurer suspendus jusqu\u2019au jugement définitif.L\u2019imbroglio que cette modification a causé et les opinions légales contradictoires qu\u2019elle a suscitées ont démontré le manque de sagesse de cette législation arbitraire.3.\tMême si les intimés faisant partie du Comité exécutif sont exonérés, faute de preuves légales indiscutables, qui peut penser que l\u2019administration municipale a montré la compétence et le zèle qu\u2019il fallait pour remédier au vice et au jeu?Quelques-unes des pires difficultés qu\u2019a rencontrées l\u2019enquête n\u2019ont-elles pas été soulevées précisément par des personnages qui auraient dû, en raison même des responsabilités morales de leur charge, avoir à cœur que la lumière se fasse pleinement et sans délai ?Or, c\u2019est à la ténacité de la Ligue d\u2019Action civique, animée par quelques citoyens courageux, et à la compétence des deux procureurs des requérants qu\u2019il faut attribuer le succès de l\u2019enquête.Le reconnaître, c\u2019est souligner un sérieux défaut de sens moral chez les autorités civiles.On n\u2019avait pas besoin de l\u2019enquête Caron pour savoir que le vice s\u2019étalait et s\u2019étale encore à Montréal et ailleurs, ni pour constater que très peu de nos hommes publics se font de l\u2019action politique une idée vraiment chrétienne, voire simplement honnête.Le mal est profond, et nul jugement de cour ne saurait le guérir.4.\tC\u2019est dire qu\u2019avant toute chose il faut un électorat éduqué, sûr de ses convictions morales et décidé à obtenir que ses représentants, à tous les niveaux et dans tous les postes, aient d\u2019abord le souci de la dignité morale de la cité ou de l\u2019État.Sans quoi, l\u2019enquête Caron n\u2019aura pas plus d\u2019effet que toutes les autres qui l\u2019ont précédée.22 octobre 1954.oÇa Ch ine de yU, cdttlee 1\\/T CLEMENT ATTLEE est donc allé à Pékin.^\t\u2022 Il est clair qu\u2019il n\u2019y est pas allé pour y prendre le thé en compagnie de Mao Tse-tong et de Chou En-lai.Leader de l\u2019opposition loyale de Sa Majesté, \u2014 poste de tout premier plan dans la vie politique anglaise, \u2014 avec d\u2019excellentes chances, dit-on, de redevenir premier ministre, ses déclarations à son retour intéressent non seulement la Grande-Bretagne, mais aussi tout le monde occidental et en particulier le commonwealth.Or M.Attlee est plus que jamais convaincu que les communistes chinois sont d\u2019une autre espèce que les communistes russes.Il faut se rappeler que le parti travailliste anglais a cru, pendant de longues années, de 1920 à 1940, que la révolution communiste n\u2019était qu\u2019une révolution socialiste, agressive et brutale, il est vrai, voire sanguinaire, mais appelée à s\u2019adoucir avec le temps.Ministre d\u2019un cabinet de coalition pendant la guerre, puis premier ministre de 1945 à 1951, M.Attlee commença à douter de cette perspective et à expliquer autrement que par les excès du régime tsariste les excès du régime de Staline.Voici qu\u2019il espère maintenant avoir raison avec les Chinois là où il a eu tort avec les Russes.Les communistes chinois sont des communistes nationalistes qui poursuivent des réformes de structure à la suite de Sun Yat-sen, trahi par un Chiang Kai-shek.Si l\u2019on est patient et poli à l\u2019égard de Pékin, jusqu\u2019à ce qu\u2019il purge son complexe d\u2019agressivité, il s\u2019apercevra, en temps et lieu, que l\u2019Occident n\u2019est pas l\u2019ennemi impérialiste qu\u2019il croyait, et qu\u2019il y a moyen de coexister avec lui dans la liberté de commerce et la paix internationale.M.Attlee, si occupé soit-il, doit de temps à autre se faire lire la Pravda.Il a dû y apprendre, par exemple, que peu après son retour, une étoile de toute première grandeur s\u2019est mise à briller d\u2019un nouvel éclat dans le firmament de la Chine.Il s\u2019agit du camarade Liu Chau-chi, un des plus grands théoriciens du marxisme, auteur de la nouvelle constitution de la république populaire de Chine, nouveau président du comité permanent du Congrès national du peuple, source de tout pouvoir législatif et administratif.Qui plus est, Liu Chau-chi est l\u2019interprète officiel, pour le monde communiste, de la théorie des nationalismes, autrefois la tâche même de Staline.Si cet événement politique ne suffisait pas à dessiller les yeux de tous les partisans de M.Attlee, ils n\u2019auraient qu\u2019à parcourir la Pravda des jours qui suivirent la proclamation, le 20 septembre, de la nouvelle constitution chinoise.Non seulement des pages et des pages, mais des numéros entiers y sont consacrés aux grandes fêtes qu\u2019on organisa à l\u2019occasion du cinquième anniversaire de la république populaire de Chine.Y prirent part toutes les démocraties populaires, représentées non par leurs ambassadeurs à Pékin, mais par de brillantes 298 RELATIONS délégations gouvernementales, dont la plus extraordinaire était celle de l\u2019U.R.S.S.Jamais le Kremlin ne s\u2019était tant mis en frais.Sa délégation comprenait les plus grands noms: Khruschev, secrétaire du parti communiste de l\u2019U.R.S.S.; Bulganine, premier vice-président du conseil des ministres; Mikoyan, autre vice-président; Chvernik, président des syndicats; Alexandrov, ministre de la culture; Chepilov, rédacteur en chef de la Pravda.Il y manquait Malenkov, Voroshilov et Molotov, qui participèrent, le 1er octobre, à l\u2019étincelante réception de l\u2019ambassade chinoise à Moscou.Après ces ardents baisers de Moscou et de Pékin, ne croiront à la froideur de leur alliance que ceux qui veulent y croire.Nous voudrions de plus relever ici une observation de M.Attlee, qui n\u2019est pas d\u2019ordre politique, mais d\u2019ordre religieux, et sur laquelle la grande presse, encore une fois, a fait silence.Après avoir dit qu\u2019il avait assisté à des services religieux, M.Attlee a déclaré qu\u2019il avait remarqué en Chine « une antipathie à l\u2019égard des missions étrangères, mais que cette antipathie était fondée sur le nationalisme ».Mao Tse-tong peut se frotter les mains de joie.Il ne pouvait trouver meilleur porte-parole pour colporter à travers le monde que la liberté religieuse existe en Chine.Les prêtres présentés à M.Attlee étaient deux renégats, le Père Li Yin-tao et le Père Ma Wen- \u2022 ¦' ¦ Le rapport Dozois Jean DESCHAMPS DEPUIS LA PUBLICATION du rapport Curtis par le gouvernement fédéral en 1944, plusieurs commissions ou comités d\u2019enquête ont repris l\u2019étude du problème des taudis.Il en est sorti des lois fédérale et provinciale, mais peu de rapports ont été suivis de réalisations.A Montréal, ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019on retient l\u2019attention du public et des administrateurs de la ville sur le problème des taudis et de l\u2019habitation à loyer modique.Vers 1935, les journaux ont beaucoup parlé du projet Doucet préconisant la reconstruction des quartiers insalubres.Le projet Doucet réclamait, comme remède au chômage, l\u2019abolition des taudis dans le quadrilatère formé par les rues Sherbrooke, Amherst, Sainte-Catherine et Papineau.Dans la même période, le Board of Trade et la Ligue du Progrès civique publiaient une étude intitulée: A Report on Housing and Sium Clearance for Montreal.Le Service d\u2019Urba-nisme revenait sur le sujet en 1942 et en 1944, avec des contributions extrêmement intéressantes signées par les architectes Percy Nobbs et Marcel Parizeau : « Éta- chun.Libre à M.Attlee de ne pas croire aux témoignages de milliers de missionnaires, tant protestants que catholiques, qui ont fait plus que passer deux semaines en cette Chine immense (car la Chine est grande.), mais qui y ont travaillé, ici et là et partout, pendant vingt, trente et quarante ans.Au lieu de visiter une prison proprette et « sans mouches », il aurait pu demander à ses guides de lui montrer les trois cents prêtres chinois \u2014 et non « étrangers » \u2014 qui pourrissent dans les geôles, parce qu\u2019ils ont refusé d\u2019apostasier.A Shanghaï, il aurait pu demander de voir S.Exc.Mgr Kiong; à Canton, S.Exc.Mgr Tang; à Pékin même, trente et un prêtres, et dans les autres villes les évêques et les 2,000 prêtres encore en liberté qui auraient pu le renseigner sur la véritable politique religieuse du gouvernement de Mao Tse-tong.Faut-il donc croire que M.Attlee ignore les grandes leçons de l\u2019histoire et ne sait pas que les persécuteurs \u2014 des empereurs romains à Hitler, en passant par Henri VIII, le meurtrier de saint Thomas More \u2014 ont toujours prétexté la raison d\u2019État et le nationalisme pour couvrir leur volonté de domination ?Puisque, dit-on, M.Attlee lit la Bible, c\u2019est à la Bible que nous le renverrons.Lorsqu\u2019on voulut faire condamner le Christ à la mort de la croix, les scribes et les pharisiens l\u2019accusèrent devant Pilate de soulever le peuple contre César.Depuis lors, il en a toujours été ainsi.M.Jean Deschamps, professeur à l'École des Hautes Études commerciales et adjoint au trésorier général de la Société des Artisans, s'intéresse depuis plusieurs années au problème de l'habitation.blissement d\u2019un programme de construction d\u2019habitations pour les petits salariés »; « Utilisation des terrains vacants appartenant à la ville pour fins d\u2019habitations ».On nous revient maintenant avec le rapport Dozois intitulé: « Projet de rénovation d\u2019une zone d\u2019habitat défectueux et de construction d\u2019habitations à loyer modique ».Rien ne manque dans la présentation du rapport Dozois: tableaux statistiques, graphiques, plans et hors-texte en couleurs, estimés du coût des travaux et de l\u2019entretien du projet, etc.C\u2019est un travail sérieux et complet.* Avant d\u2019entreprendre l\u2019examen du rapport, voici son contenu.Divisé en cinq parties, il démontre, dans la première, la nécessité d\u2019éliminer les taudis et de construire des logements à Montréal.Il estime à 5,700 le nombre annuel des nouveaux logements nécessaires dans la ville.Ces nouveaux logements sont réclamés surtout pour les gens qui ont de faibles ressources, puisque 26.16% d\u2019entre eux paient un loyer qui dépasse NOVEMBRE 1954 299 le cinquième de leurs revenus.Pour circonscrire les zones de taudis, plusieurs critères ont été invoqués: les conditions sanitaires des bâtiments, leur âge, l\u2019exiguïté des voies de circulation, l\u2019absence d\u2019espaces libres, voire d\u2019air et de lumière.Le rapport cite dans la deuxième partie treize secteurs qui ont été examinés; celui qui fait l\u2019objet de l\u2019étude se trouve situé entre les rues Saint-Denis, Sainte-Catherine, Saint-Urbain et Ontario.Il exclut de ce secteur les établissements commerciaux et les édifices publics qui se trouvent en bordure des artères commerciales mentionnées ci-dessus.Sur 528 bâtiments que contient le secteur décrit, 405 ont plus de soixante ans d\u2019existence, soit 77% du total.Les 1,567 logements compris dans ce secteur présentent des conditions insalubres pour leurs occupants, sans parler du facteur moral: le casier judiciaire du secteur révèle qu\u2019il s\u2019y fait neuf fois plus d\u2019arrestations d\u2019enfants et six fois plus d\u2019arrestations d\u2019adultes que dans tout le reste de la ville.La troisième partie discute du projet d\u2019habitation et de son urbanisation.Sur un total de 36 acres, une grande part de la superficie (46%) servira aux voies de circulation, aux terrains de stationnement, etc.; une autre (38%) sera aménagée en parcs, terrains de jeux et espaces libres autour des maisons; le reste du terrain (seulement 16%) sera occupé par les bâtiments.L\u2019étude démographique révèle qu\u2019il y a dans ce secteur 1,383 familles, dont 82% comptent moins de 4 personnes.Les loyers sont en moyenne de $29.63, alors qu\u2019ils s\u2019élèvent à $36 pour toute la ville.On reconstruira 1,383 logements de 3 à 7 pièces chacun, suivant le barème d\u2019une chambre par deux personnes, plus un salon et une cuisine par logement.Les loyers varieront entre $18 et $74, selon les revenus de la famille.Les services de chauffage, d\u2019eau chaude, de réfrigération seront ajoutés à ce montant.Ces logements seront répartis entre seize bâtiments comportant jusqu\u2019à douze étages de haut.Le rapport Dozois déclare à ce sujet: \u2014 C\u2019est le seul type d\u2019habitation qui permette de reloger, au même endroit, les familles demeurant dans le secteur donné, une fois qu\u2019on a tenu compte des exigences en espaces libres.\u2014 C\u2019est le seul type d\u2019habitation qui permette de grouper le nombre de familles nécessaires pour assurer la réalisation économique d\u2019un projet d\u2019habitations à loyer modique, dans ce secteur central de la ville.\u2014 C\u2019est le seul type d\u2019habitation qui permette de mettre de côté l\u2019usage exclusif et pénible des escaliers et d\u2019utiliser avec avantage un système d\u2019ascenseurs, dont l\u2019expérience à l\u2019étranger a démontré la facilité de conduite, l\u2019efficacité et la sécurité, particulièrement pour les enfants.La quatrième partie du rapport traite de l\u2019aspect financier.Prenant pour base l\u2019évaluation présente des bâtiments de ce secteur et multipliant celle-ci par le coefficient 2.05 obtenu lors des expropriations récentes de la rue Dorchester, le rapport Dozois estime que le coût total des expropriations sera de $7,800,000.Une partie du terrain sera revendue au prix de $2,600,000, tandis que la différence sera absorbée en parts égales par la ville et le gouvernement fédéral.Si l\u2019on ajoute au prix du terrain le coût d\u2019aménagement des lieux et de construction des bâtiments, le projet complet coûtera $18,800,000, dont les trois quarts seront financés par la Société centrale d\u2019Hypothèque et de Logement et le reste par la ville, soit $4,700,000.Notons en passant que les pertes ou les profits découlant de l\u2019exploitation du projet sont assumés dans les mêmes proportions par les mêmes corps.L\u2019estimé des opérations financières -pour cinquante ans détermine un déficit de $2,900,000 pour la ville de Montréal.Le rapport Dozois se termine par les recommandations suivantes: autorisation du gouvernement provincial permettant à la ville de Montréal de se prévaloir des avantages de la Loi nationale d\u2019habitation; création d\u2019une commission chargée de l\u2019exécution et de la gestion du projet; sollicitation de l\u2019aide financière du gouvernement provincial.* Le rapport n\u2019a pas manqué de soulever l\u2019intérêt public en même temps que de violentes oppositions.L\u2019ensemble de la population accueille assez favorablement le projet, et l\u2019on entend un peu partout la réflexion : « Enfin, la ville va se décider à faire quelque chose pour les gens qui habitent des taudis ! » Cette intervention de l\u2019administration municipale dans le domaine de l\u2019habitation est jugée comme une solution profondément malsaine, comme une erreur économique et sociale, par les adversaires du rapport Dozois.Solution de pensée socialiste, objecte-t-on, qui ne favorise pas la propriété privée, ni la famille canadienne-française.Solution trop coûteuse: ces sommes d\u2019argent devraient plutôt être mises à la disposition des coopératives d\u2019habitation.Nous sommes en faveur des coopératives d\u2019habitation, et il est très juste de dire que l\u2019on aménagerait plus de logements avec les mêmes capitaux par la formule coopérative qu\u2019avec le projet Dozois.Mais le problème de l\u2019habitation dans une grande ville comme Montréal, Boston ou Philadelphie comporte plus d\u2019un aspect; c\u2019est une erreur que de travailler sur une seule solution.A cause de sa complexité, le problème du logement dans les grandes villes présente plusieurs éléments de solution, et nous croyons pour notre part que le rapport Dozois répond à un de ces éléments.Depuis huit ans que nous étudions le problème, que nous examinons des projets d\u2019habitation, tant publics que coopératifs ou capitalistes, au Canada comme aux États-Unis, nous ne craignons pas d\u2019affirmer que l\u2019entreprise privée n\u2019a jamais réalisé un programme d\u2019une certaine envergure pour la démolition des taudis et la construction de logements à loyer modique.On voit bien dans certaines villes, même à Montréal, quelques grandes entreprises procéder à l\u2019expropriation de vieilles bâtisses pour l\u2019agrandissement de leur éta- 300 RELATIONS blissement commercial ou la construction de leur immeuble, tels Dupuis Frères, la compagnie Eaton, la Société des Artisans, etc.Ces démolitions de taudis se pratiquent sur une bien petite échelle.Nous ne connaissons qu\u2019un seul projet gigantesque, celui de la plus puissante corporation financière en Amérique, la Metropolitan Life Insurance Co.Dans les années 1930-1940, cette compagnie d\u2019assurance entreprit la démolition d\u2019un vaste secteur de taudis à New-York, pour y reconstruire des logements qui devaient être loués à prix modique.Elle construisit ses logements, qui abritent aujourd\u2019hui une population d\u2019environ 75,000 personnes, sur le terrain de Parkchester.Mais les loyers durent être majorés énormément et devinrent inaccessibles aux familles de faibles revenus.La Metropolitan n\u2019entreprit plus jamais rien de semblable au projet de Parkchester.Peut-être que la ville pourrait effectuer les expropriations du secteur mentionné et revendre les terrains pour y laisser construire de vastes maisons de rapport « chics », telles que le Château, les appartements Trafalgar, Croydon, etc., ou encore des hôtels, des immeubles à bureaux.Mais il n\u2019est aucunement sûr que l\u2019entreprise privée s\u2019intéresse à ce site, ni qu\u2019elle trouve le prix d\u2019acquisition convenable et le projet rentable.L\u2019exécution d\u2019un tel plan ne coûterait-elle pas plus cher à la ville de Montréal, qui ne recevrait pas le subside de 50% du gouvernement fédéral, lequel devrait consentir certains privilèges aux entreprises privées ?Lorsque l\u2019entreprise privée se révèle impuissante, l\u2019État, dont le rôle est d\u2019assurer le bien commun, doit intervenir.C\u2019est le cas à propos des quartiers insalubres et de la construction de logements à loyer modique.Depuis dix ans, nous avons connu une période de prospérité sans égale.La construction de maisons, favorisée par des lois provinciale et fédérale, a atteint des sommets jamais connus auparavant.Les taudis se sont-ils vidés ?En 1941, il y avait à Montréal 201,897 logements selon les statistiques officielles.De 1941 à 1954, \u2014 soit en treize ans, \u2014 il s\u2019est construit 95,375 nouveaux logements, soit une augmentation de 47%, alors que la population a augmenté d\u2019environ 15%.Même en considérant les 40,000 logements qui manquaient en 1941, on ne constate pas l\u2019abandon par leurs occupants des 20,000 logis insalubres.Les taudis, parce qu\u2019ils coûtent peu à leurs propriétaires, se louent toujours à des taux inférieurs à la moyenne et ils trouvent toujours des preneurs.D\u2019ailleurs, on observe qu\u2019en temps de crise, alors qu\u2019il y a cinq à sept pour cent de logements libres, les taudis demeurent encore occupés.Le projet Dozois apporte une contribution nécessaire au problème du logement à Montréal.Il a sa place dans le plan directeur de la ville, par la restauration d\u2019un quartier domiciliaire, par l\u2019aménagement de parcs, de terrains de jeux et d\u2019espaces libres autour des bâtiments, par la création de voies rapides de circu- lation autour du secteur choisi et l\u2019installation de terrains de stationnement.C\u2019est une solution au problème des taudis.Le rapport n\u2019a de signification qu\u2019en fonction de tout le plan directeur de la ville.Il ne se présente pas comme la clé du problème du logement à Montréal.L\u2019habitation implique des exigences d\u2019ordre familial quant au nombre et à l\u2019agencement des pièces, mais aussi d\u2019ordre social et économique.Les coopératives d\u2019habitation, par exemple, auront beau accomplir des prodiges en ce qui concerne les prix de construction et l\u2019accès à la propriété, si le site de l\u2019habitation n\u2019est pas pourvu des services essentiels à l\u2019existence de la famille: aqueduc, égout, école, etc., le résultat demeurera insuffisant.Si l\u2019on multiplie les maisons par centaines dans les quartiers périphériques, sans les relier à la ville par des voies de circulation rapides, on ne fait que créer de nouveaux problèmes.Le problème de l\u2019habitation en implique une multitude d\u2019autres, et chaque élément de solution doit s\u2019intégrer dans le tout.Cela signifie qu\u2019avant d\u2019entreprendre toute initiative, on doit avoir réglé les conditions et le milieu dans lesquels elle se situera.Est-ce à dire que nous acceptons le rapport Dozois sans réserve?On sait que notre position de principe est claire: en raison du bien de la communauté et de l\u2019impuissance de l\u2019entreprise privée, nous appuyons toute intervention raisonnable de l\u2019autorité publique dans ce domaine.Nous regrettons cependant que les auteurs du rapport n\u2019aient pas fourni plus d\u2019efforts pour trouver un type de bâtiments autre que celui de 12 étages ou de 82 logements, qui ne nous paraît pas tellement en accord avec les besoins des familles.De leur projet nous critiquons donc l\u2019uniformité: il ne présente que de vastes maisons de rapport.Sur ce point on a imité servilement les projets de New-York, tels que les Vladeck Houses.Les réalisations d'Old Harbor Village à Boston, de Lincoln Heights à Washington conviennent beaucoup mieux à des familles normales que ces immenses bâtiments.Nous croyons qu\u2019on pourrait loger le même nombre de familles dans le secteur en construisant des bâtiments de structures diverses, même s\u2019il fallait sacrifier un peu d\u2019espace en augmentant le pourcentage de la surface occupée.Regent Park, à Toronto, offre des types de construction plus intéressants pour des familles: aucune habitation ne dépasse quatre étages, et il y en a plusieurs à deux et trois étages.Pour terminer, nous voulons attirer l\u2019attention sur l\u2019organisme chargé de l\u2019exécution du programme de construction de logements à loyer modique.La commission d\u2019habitation devra se composer de membres réputés pour leur droiture et leur compétence.Nous insistons d\u2019une façon particulière sur la droiture, parce qu\u2019il s\u2019agira de postes où l\u2019honnêteté des personnages sera continuellement prise d\u2019assaut.Chacun sait que la construction des immeubles publics coûte beaucoup NOVEMBRE 1954 301 trop cher.Il faudra choisir des hommes incorruptibles qui rechercheront., avec les prix les moins élevés, les meilleures normes de construction.* Le rapport Dozois constitue un travail remarquable et il commande une action immédiate.Le gou- \u2022.» Ecole de ténèbres Bella V.DODD JE REVOIS les collines de mon enfance, un village ensoleillé d\u2019Italie, l\u2019église: les femmes sont d\u2019un côté, les hommes de l\u2019autre; ceux-ci, un genou seulement sur la dalle et le menton dans le creux de la main.Une procession traverse les champs qu\u2019embaument les violettes; un berger garde ses brebis; une petite fille chasse les papillons.Voici la maison recueillie dans la nuit qui tombe; nous récitons le chapelet; sous le halo de la lampe, grand-père paraît si vieux, si vieux à mes yeux d\u2019enfant.La séquence des retours arrière change brusquement.Je me revois à la tête de lignes de piquetage exhortant, encourageant, apostrophant.Je harangue les foules dans les parcs et au coin des rues.Je fais la campagne électorale pour Y American Labor Party, demandant de meilleures écoles, demandant de meilleures habitations, demandant de meilleures conditions de travail, demandant de meilleurs salaires, demandant.demandant.Avocat-conseil du parti communiste, je travaille dans les coulisses du Congrès de Washington et de l\u2019Hôtel du Gouvernement d\u2019Albany (New-York), poussant tel projet de loi, combattant tel autre, me ménageant des rendez-vous, promettant un appui électoral, discutant, conseillant, manœuvrant.Me voici assise au Comité national du parti communiste: on décide quels candidats appuyer aux élections; on déclare finie la lune de miel de la grande alliance entre la « démocratie capitaliste » et la « démocratie populaire »; on limoge le chef du parti, Earl Browder; on complote le massacre des Noirs américains afin de hâter ailleurs le cours de l\u2019histoire et de précipiter la victoire inéluctable du prolétariat universel.Rien dans ma première enfance ne laissait présager un pareil avenir.Que s\u2019était-il donc passé ?Ma famille avait émigré du petit village italien, assoupi sous la canicule, vers la plus grande ville du monde.Et, entre la petite fille qui chassait les papillons et la femme qui siégeait sur le politburo américain, il y avait eu l\u2019école neutre.Nous étions dix enfants à la maison.Écrasés de travail, nostalgiques, abandonnés à eux-mêmes, mes parents cessèrent peu à peu de fréquenter l\u2019église où ils ne retrouvaient ni l\u2019atmosphère ni les traditions vernement de la province de Québec en appuiera les recommandations lors de sa prochaine session.Cessons d\u2019encenser ou de combattre les auteurs du rapport.Réclamons des administrateurs de Montréal une action prompte et efficace.Trop de projets ont déjà connu, le jour de leur publication, un enterrement de première classe.Bella V.Dodd est juriste et professeur de sciences politiques à r Université Saint John's de Brooklyn.Un des chefs les plus notoires du mouvement communiste aux Etats-Unis, elle siégea au Comité national, de 1944 à 1948.Son histoire, qui s\u2019intitulera A School of Darkness, paraîtra cet automne chez Kenedy (New-York).Onjujera, par le présent article, de l\u2019intérêt qu\u2019offrira cette Ecole de ténèbres.religieuses de leur pays.Ma mère cependant priait sans cesse; elle nous enseigna l\u2019habitude des oraisons jaculatoires; et dans chaque chambre à coucher, elle avait accroché un crucifix et des images saintes.A la petite école, où l\u2019on s\u2019amusait d\u2019abord de mon accent, je me plongeai dans les études, décidée à faire ravaler leurs brimades à mes compagnes.J\u2019étais avide et curieuse.J\u2019appris des faits, beaucoup de faits, toujours des faits.Mais je n\u2019appris rien au sujet de Dieu.A l\u2019école supérieure non plus.Mais des faits, beaucoup de faits, toujours des faits.A Hunter College, non plus.Des faits, beaucoup de faits, toujours des faits.Je me souviens d\u2019un professeur qui prenait dix minutes tous les jours pour nous parler de Dieu.Il dut cesser cette pratique, déclarée « anticonstitutionnelle ».Il y avait aussi un instructeur de gymnastique qui ne perdait pas une occasion de me rappeler que j\u2019avais été baptisée enfant de Dieu.C\u2019étaient là de rares exceptions.Prononcez le nom de Dieu, et aussitôt vous jetez un froid; expliquez le monde comme une création de Dieu, et aussitôt vous vous attirez des sourires.Parler de Dieu est une naïveté ou une insolence que doit s\u2019interdire toute personne cultivée et bien élevée.Des faits, beaucoup de faits, toujours des faits.Évitez surtout de rêver de métaphysique.Ne soyez pas dogmatique.Il est impossible toutefois, surtout à un enfant, de ne pas faire de métaphysique.Pour respirer, l\u2019intelligence a besoin de principes premiers, comme les poumons, d\u2019air pur.Je m\u2019aperçus assez tôt que cette éducation, négatrice de Dieu, exaltait la liberté de l\u2019intelligence au-dessus de toute entrave.Garder l\u2019esprit ouvert à tous les courants, à tous les contraires, à tous les rythmes: tel était l\u2019unique dogme.Et ainsi faire son miel de toutes les fleurs.N\u2019être convaincu de rien, si ce n\u2019est de ce qui peut se toucher, se calculer, se mesurer, de ce qui peut se prouver par la méthode d\u2019induction ou encore s\u2019exprimer par une formule mathématique, chimique ou physique.En même temps que je confondais dans ma cervelle de jeune fille largeur 302 RELATIONS d\u2019esprit et indifférence à la vérité, j\u2019érigeais dans mon cœur un autel à la fraternité humaine et, tous les jours, j\u2019y venais déposer mes offrandes et mes sacrifices à la cause des Noirs, des Juifs et de toutes les minorités.Je devins très populaire.A Hunter College, une catholique, Hannah Egan, me dit un jour: « Bella, depuis que tu deviens populaire et que tu réussis si bien en classe, tu t\u2019en vas droit chez le diable.» Piquée au vif, je me raisonnai: « Il y avait incompatibilité entre la foi et la science.D\u2019ailleurs, Hannah Egan était une vieille fille dépitée et frustrée qui avait peur de la joie de vivre.C\u2019est pourquoi elle croyait à l\u2019enfer.» A la maison, je voyais ma mère qui priait, et le lampion allumé devant l\u2019image de la Vierge.Si j\u2019avais osé lui dire que.Elle n\u2019aurait rien compris, la pauvre femme, si généreuse, si bonne, si dévouée, mais ignorante, née dans des régions et à une époque où la science commençait seulement à dissiper les fantômes du folklore religieux.Elle m\u2019aurait dit de prier la sainte Vierge, qui n\u2019était, en somme, que le symbole de l\u2019Idéal féminin.La religion catholique avait autrefois rendu de grands services; elle avait autrefois organisé l\u2019Europe; elle avait autrefois bâti des cathédrales et des universités.Aujourd\u2019hui, il fallait une doctrine plus claire, plus concrète, plus collée aux faits, moins irrationnelle.Les mystères chrétiens avaient chassé les mythes païens.A son tour, la lumière de la science tassait les ombres mystiques.La critique avait tiré au clair ce que la bible avait recueilli de belles légendes; l\u2019histoire comparée des religions, ce que les sacrements retenaient de la magie des primitifs; et la psychiatrie, ce que la morale chrétienne contenait de défenses et de tabous.La religion était une explication trop facile de l\u2019univers.Et elle était, chez ma mère que j\u2019aimais tendrement, le miroir d\u2019une civilisation enfantine et ressemblait à ces trottinettes dans lesquelles on place les bébés qui ne peuvent encore marcher tout seuls.Voilà le type de jeune fille que les citoyens de New-York avaient contribué à former à coups de milliers de dollars: première de classe, bachelière couverte de lauriers, présidente du Conseil des étudiants, membre de la Phi Beta Kappa Fraternity, pleine de vanité, de suffisance et d\u2019orgueil inconscient, en rupture avec tout un passé.On lui avait dit de partir de zéro: elle partait de zéro.Puis de reconstruire dans l\u2019enthousiasme et la liberté: elle s\u2019apprêtait à reconstruire dans l\u2019enthousiasme et la liberté.Le soleil répandait déjà son or sur sa vie.Pendant que je prendrais ma maîtrise en sciences politiques à Columbia et que j\u2019étudierais le droit à l\u2019Université de New-York, j\u2019étais invitée à donner des cours à Hunter College.Et je n\u2019avais pas vingt ans.Nietzsche avait écrit dans Aurore : « Il y a maintenant peut-être dix à vingt millions d\u2019hommes parmi les différents peuples de l\u2019Europe qui ne croient plus en Dieu.Est-ce trop demander que de vouloir qu\u2019ils se fassent signe ?» Ils se faisaient signe non seulement en Europe, mais ici, en Amérique.Mon droit terminé, je fis un voyage en Europe.Face aux nationalismes qui s\u2019exacerbaient, aux dictatures qui s\u2019imposaient, aux divisions de classes qui se durcissaient, seul le communisme, avec toute sa littérature de combat et de redressement, me semblait présenter une explication solide, cohérente du capitalisme et une nouvelle échelle de valeurs.De retour à Hunter College, je me consacrai de plus en plus aux cercles d\u2019études et au mouvement ouvrier.Je commençai à organiser, avec l\u2019aide des communistes, la puissante Teacher's Union, qui devait, instrument incomparable d\u2019infiltration, noyauter de communistes et de sympathisants écoles, collèges, universités, et, par des techniques rusées d\u2019abordage, réussir à placer au moins une demi-douzaine de professeurs communistes dans les universités canadiennes.La Teacher's Union poussa des racines si profondes dans le système scolaire de la ville de New-York que l\u2019état crut nécessaire d\u2019intervenir.Il institua une enquête connue sous le nom d\u2019enquête Rapp-Coudert.Ce furent des journées de gloire pour le parti communiste.Six cents témoins furent sommés de comparaître.Grâce à une de nos créatures, la liste des témoins nous était fournie une semaine d\u2019avance.Les plus compromis d\u2019entre eux disparaissaient, tombaient malades, donnaient leur démission.Nous en avions qui avaient voyagé en U.R.S.S., d\u2019autres qui avaient étudié à Moscou.Les moins compromis déposeraient, mais seulement après avoir été avertis des réponses à donner, des silences à garder, et même des parjures à commettre; telle fut la consigne pour V.J.McGill.A tous on assurait l\u2019appui d\u2019une salle comble de sympathisants qui murmureraient, remueraient, manifesteraient.L\u2019avocat, lui, se lèverait quand on lui signifierait de s\u2019asseoir, et continuerait à parler quand le juge lui enlèverait la parole.L\u2019enquête fut un échec.Et le parti communiste me serra sur sur son cœur.J\u2019avais déjà, à ce moment, pris la décision de quitter l\u2019enseignement: « Bella, me dit le président du collège, tu es folle.Tu as déjà treize ans d\u2019enseignement à ton compte (1926-1938).Tu gagnes un très bon salaire.Un brillant avenir t\u2019attend.Nous sommes en pleine dépression.Songe bien à ce que tu fais! » Son raisonnement me laissa froide.Je méprisai même cette argumentation, car mon salaire et ma sécurité, au milieu de la misère universelle, me donnaient des remords.Je travaillerais donc pour le Labor Party, en attendant de m\u2019affilier ouvertement au parti communiste à titre d\u2019avocat-conseil, à la condition toutefois qu\u2019on réduise encore une fois mon salaire.Telle était ma ferveur marxiste que je ne pouvais concevoir un chef moins généreux qu\u2019une laveuse de vaisselle que je connaissais et qui, chaque mois, versait au fonds de grève du parti une semaine de son salaire.J\u2019aurais eu honte.NOVEMBRE 1954 303 Le dimanche, j\u2019étais debout de grand matin pour « sanctifier » ma journée d\u2019une façon utile.Je faisais plus que parler à un troupeau docile; j\u2019aidais le pauvre monde.J\u2019étudiais des rapports.Je prenais des décisions.J\u2019organisais des soupes populaires et des quêtes pour des organisations communistes, para-communistes, procommunistes.Je compulsais surtout les dossiers des hommes politiques.Ce n\u2019était pas une demi-heure que je donnais à un bon Dieu imaginaire, mais toute la journée que je passais dans une salle à préparer non pas le royaume du ciel, mais le royaume vrai de la terre, qu\u2019inaugurerait non pas une parousie de théologiens, mais le Grand Soir des militants marxistes.Assoiffée de justice sociale, je faisais des rêves fous.Je voyais les rues propres.Je voyais chaque famille logée dans sa maison pleine de soleil.Je voyais des parcs.Je voyais les usines dans le vert.Je voyais des hôpitaux où une chambre attendait tout malade.D\u2019ailleurs, la science abolirait un jour la maladie.Il n\u2019y avait dans ma cité harmonieuse ni pauvres dans les taudis, ni mendiants dans les rues, ni ivrognes au bord des trottoirs, ni claque-dents aux soupes populaires,.ni financiers ventrus et repus à la bourse.J\u2019avais épousé, dans une cérémonie civile, un gentleman du Sud.Il finit par divorcer (1940) d\u2019avec une femme engagée si à fond dans le combat communiste, vouée corps et âme à la construction d\u2019une ville-mirage.Mes parents étaient décédés.J\u2019avais brisé avec ma famille.Mon mari, mon père et ma mère, mes frères et mes sœurs, c\u2019était le parti communiste, et lui seul.En 1944, j\u2019étais appelée à siéger au Comité national du parti communiste.On croira peut-être que je me sentis comblée et récompensée à cette nouvelle.Non.J\u2019étais plutôt soulevée à la pensée que j\u2019allais pouvoir dorénavant me consacrer à des tâches encore plus essentielles.Ce zèle naïf fut mon salut.Les écailles commenceraient bientôt à me tomber des yeux.Restée dans les rangs, il est tout probable que je serais encore aveugle.Au « petit Kremlin » de la 13e Rue, le train de vie que menaient les membres du Comité national me réserva une première surprise.Habituée à voir les « pioupious » du parti se sacrifier sans compter, je m\u2019aperçus que l\u2019état-major se la coulait douce: servantes à la maison, pistes de course, hôtels chics, restaurants réputés, clubs de nuit, rien n\u2019était trop bon pour eux.Je restai bouche bée.C\u2019était la substance du petit peuple honnête et laborieux qu\u2019ils dévoraient.Je me rendis compte assez tôt que, même parmi les dirigeants, ils n\u2019étaient que quelques-uns à savoir d\u2019où émanaient les mots d\u2019ordre.Rien n\u2019est moins démocratique qu\u2019un comité national du parti communiste; et rien n\u2019est plus dangereux que de croire que le parti communiste forme un parti politique comme les autres, alors qu\u2019il est tout entier aux ordres de l\u2019U.R.S.S.A plusieurs reprises, je demandai des dossiers sur le problème du logement, sur l\u2019hygiène publique, sur les hôpitaux, sur les programmes de sécurité sociale: « Voyons, Bella, tu sièges maintenant au Comité national.Ne sais-tu pas que le parti communiste n\u2019est pas le parti de la réforme, mais le parti de la révolution ?» Je manquais de sens révolutionnaire.Je recommençai à croire au diable avant même que de croire en Dieu, voyant avec quel machiavélisme le parti était prêt à nouer des ententes avec n\u2019importe qui, républicain ou démocrate, ange ou démon, pourvu que fussent servis les intérêts communistes.La collusion du parti avec la pègre la plus crasse m\u2019effraya, bien que j\u2019eusse dû aisément comprendre qu\u2019un matérialiste est un bon coucheur pour un autre matérialiste quel qu\u2019il soit.Lors de l\u2019élection de Vito Marcantonio, en 1946, dans le fameux district n° 18 de New-York, la pègre tua son adversaire politique, Joseph R.Scottoriggio, le matin même du scrutin.J\u2019en avais été avertie la veille, sans y croire.J\u2019assistai à la séance du Comité national, au lendemain de la fameuse lettre de Jacques Duclos, qui mettait fin à une période de « coexistence pacifique » avec le monde capitaliste.Earl Browder, parrain de cette politique d\u2019entente, méritait la corde.Il avait pu rendre service, mais avait fait son temps.Il fallait se débarrasser de ce vieil instrument inutile et laisser savoir au monde entier, par le langage des faits, que le vent avait tourné, et que l\u2019ennemi n° 1 avait toujours été l\u2019allié de la veille, c\u2019est-à-dire le capitalisme américain.Ce procédé s\u2019appelait purifier et fortifier les cadres du parti.On devait nous expliquer que les États-Unis, dernier repaire de la « démocratie bourgeoise », ne crouleraient qu\u2019en dernier, et qu\u2019il fallait pour le moment penser à une dialectique qui, sacrifiant l\u2019ouvrier américain, avancerait la révolution du prolétariat.Or, aux yeux du monde, le prolétaire américain, c\u2019est le Noir.On réclamerait donc, pour les Noirs américains, le droit de disposer d\u2019eux-mêmes dans les états du Sud, et d\u2019y créer leur république.C\u2019était ni plus ni moins les envoyer à l\u2019abattoir.Car on comptait sur l\u2019intervention de l\u2019armée américaine.On aurait beau jeu alors de dénoncer avec violence: en Asie, le colonialisme; en Afrique, l\u2019intolérance des Blancs; en Europe, la démocratie américaine.Quand on songe, après coup, à la manière dont on s\u2019est servi du procès Rosenberg pour orchestrer la propagande antiaméricaine à travers le monde entier, on tremble à la pensée de ce qui serait arrivé si les Noirs américains n\u2019avaient eux-mêmes repoussé de toutes leurs forces ce projet.Je ne pouvais marcher.Et je le fis savoir.On ne m\u2019expulsa pas du parti.Mais pendant deux ans, dans un pays libre où chacun peut aller et venir comme bon lui semble, je vécus dans la terreur.Le parti posta une autre secrétaire à côté de ma secrétaire.Elle notait les allées et venues de tous mes clients, vérifiait les appels téléphoniques, ouvrait même mon courrier.Une étude d\u2019avocat avait été transformée en une geôle où tremblait une femme toujours fidèle à 304 RELATIONS l\u2019idéologie marxiste, mais rebelle aux tactiques de ses chefs.Affolée, je demandai au Comité national de me laisser partir, de me laisser libre, de me laisser me consacrer de nouveau au mouvement ouvrier.Je n\u2019exigerais aucun salaire.C\u2019est alors que Green, secrétaire du parti, aujourd\u2019hui en prison, me répondit: « Bella, personne ne quitte le parti communiste! » Je craignais pour ma vie.Je savais que la police secrète russe était à mes trousses, et cela dans mon propre pays.Je n\u2019osais me confier au F.B./.; car, au fond de mon cœur, je croyais encore au marxisme et ne voulais le trahir.Je regardais souvent par la fenêtre de mon étude.Mai éclatait dans le parc voisin.Je songeais au suicide.Au lieu de me liquider, le parti décida, un soir de juin 1949, de me radier de ses rangs.Le bref d\u2019expulsion m\u2019accusait d\u2019être antinoire, antiportoricaine, antisémite, antiouvrière.J\u2019entendais, dans mon imagination, siffler ces mots comme autant de balles du peloton d\u2019exécution.J\u2019étais maintenant seule dans ce New-York immense, seule comme dans un désert.Mes amis communistes, disparus.Mes amis « libéraux », disparus.Mes amis juifs, disparus.Au milieu de cet abandon, Dieu vint à moi.Dans les métros et les autobus, je me surprenais à écrire dans la paume de ma main son nom sacré, et à murmurer les invocations à la Vierge et au Sacré Cœur que ma mère m\u2019avait apprises.C\u2019est donc elle, après toutes ces années, qui finissait par avoir raison, et non les livres, ni les professeurs, ni les théoriciens du marxisme.A l\u2019automne de cette année, me trouvant à Washington, j\u2019allai rendre visite à une de mes vieilles connais- sances, un député au Congrès.Je m\u2019ouvris à lui de l\u2019état de mon âme.« Vous devriez vous montrer à un prêtre », me dit-il, comme Notre Seigneur au lépreux guéri.Et il me fixa sur-le-champ un rendez-vous avec Mgr Fulton Sheen.Le soir même, je m\u2019en fus à Chevy Chase.Dans la salle d\u2019attente, les minutes me parurent une éternité.Je voulais parler à Mgr Sheen; mais quand il parut, je fondis en larmes et ne trouvai rien d\u2019autre à lui dire que: « On dit que je déteste les Noirs! Ce n\u2019est pas vrai! » Il ne me répondit rien.Du moins, je ne me souviens de rien.Il me laissa pleurer.Et voici qu\u2019à mon insu je me trouvais à genoux devant une statue de la sainte Vierge, dans sa petite chapelle.Il me donna un chapelet et m\u2019invita à venir le voir à New-York, durant l\u2019hiver.Je repris l\u2019avion.L\u2019hiver venu, je ne tins pas parole.Pendant plus de deux ans encore, j\u2019errai, pauvre, malade, indécise, déchirée.Un espoir cependant brillait au fond de ma nuit.Découragée, je trouvais la paix en entrant dans une église et en regardant la Vierge, ses deux bras ouverts, et le tabernacle silencieux où veillait l\u2019Amour infini.« Mon Amour ne dort pas.» Il me répétait: « Ce que vous faites au plus petit d\u2019entre les miens en mon nom, c\u2019est à moi-même que vous le faites.» Je retrouvais la dignité de l\u2019homme dans sa création, sa liberté dans sa dépendance de Dieu, son unité dans le Corps mystique du Christ, sa rédemption, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.Je récitais de nouveau tout le credo.N\u2019ayant pu retrouver mon acte de baptême, je fus baptisée sous condition par Mgr Fulton Sheen, le lundi 7 avril 1952.LES COMMISSIONS SCOLAIRES À CHICOUTIMI Albert PLANTE, S.J.T A FÉDÉRATION des Commissions scolaires catho-I liques du Québec a tenu, les 8, 9 et 10 octobre, son congrès annuel à Chicoutimi, dans la toute nouvelle salle académique du Séminaire, salle splendide qu\u2019envieraient bien des institutions de Montréal ou d\u2019ailleurs, si elles la voyaient, et qui est un symbole du dynamisme de la région du Saguenay.Cette région n\u2019est pas seulement dynamique.Elle est aussi \u2014 comme on le sait \u2014 fort hospitalière.D\u2019autres centres se sont joints à Chicoutimi pour rendre agréable le séjour des visiteurs.C\u2019est ainsi qu\u2019une réception a été offerte aux dames, le samedi après-midi, par les commissaires d\u2019écoles de Jonquière et de Kénogami, après une visite de la région, et que, le lendemain, les congressistes et leurs épouses ont été reçus à Arvida par les commissaires d\u2019écoles et la compagnie d\u2019aluminium, après une brève excursion qui avait permis d\u2019admirer la plus récente école de la ville ainsi que le décor de Shipshaw.Au cours de cette réception du dimanche, M.le chanoine Victor Tremblay, président de la Société historique du Saguenay, a parlé du « royaume » saguenéen avec érudition, amour et fierté.Si toutes les régions avaient de pareils connaisseurs et de pareils propagandistes, que de détails le moindre voyage ferait découvrir! C\u2019était le troisième congrès de la Fédération auquel j\u2019avais le plaisir d\u2019assister.Ce congrès a été moins substantiel que ceux de Québec et des Trois-Rivières, surtout à cause du temps consacré à la discussion de problèmes relatifs aux modes de procéder; le fait ne doit pas trop surprendre dans une organisation encore jeune dont la constitution reste susceptible de perfectionnements.Moins substantiel que d\u2019autres, le congrès a été tout de même intéressant.Il est facile de prouver NOVEMBRE 1954 305 cet avancé en donnant simplement une idée du questionnaire préparé pour faciliter le travail des deux comités d\u2019étude, urbain et rural.Le but de ce questionnaire était « d\u2019attirer l\u2019attention des comités sur certains aspects plus importants ou plus litigieux » du mémoire présenté par la Fédération à la Commission Tremblay.Voici quelques-uns de ces aspects, proposés sous forme de questions: propriétaires et locataires en regard de l\u2019élection au poste de commissaire d\u2019écoles; fusion de certaines commissions scolaires; prolongation, jusqu\u2019à seize ans, de la période de fréquentation scolaire obligatoire; problème des institutrices non diplômées; création de zones territoriales de taxation et institution d\u2019un système général d\u2019évaluation technique de la propriété foncière; généralisation, dans toute la province, de la taxe de vente pour l\u2019éducation; possibilité qu\u2019un octroi statutaire égal à 75% des salaires du personnel enseignant suffise à financer l\u2019enseignement, de la première à la septième année, abstraction faite des dépenses de construction qui pourraient continuer d\u2019être financées par des emprunts à long terme, et d\u2019une façon plus avantageuse si le gouvernement créait un Office provincial du Crédit scolaire; participation de la Fédération des Commissions scolaires à l\u2019administration du fonds d\u2019éducation; représentation officielle des commissions scolaires au Comité catholique de l\u2019Instruction publique.Cette énumération suffit, à elle seule, à donner une idée précise des problèmes qui peuvent occuper des commissaires d\u2019écoles.Chacun de ces thèmes pourrait exiger un article.Nous nous limiterons à deux questions: le statut légal des propriétaires et des locataires en regard de l\u2019élection des commissaires; les problèmes financiers des commissions scolaires, en nous arrêtant, à cause de l\u2019importance du sujet, aux modalités des octrois pour fins d\u2019éducation.Propriétaires, locataires, et commissaires d'écoles « Y a-t-il lieu d\u2019accorder à tous les citoyens le droit d\u2019élire les commissaires d\u2019écoles et d\u2019être élus, qu\u2019ils soient propriétaires ou non?Quelles seraient les réactions à une telle mesure dans votre milieu ?» A en juger par la discussion que cette question souleva, elle fut une des plus « litigieuses », sinon la plus litigieuse, du questionnaire.Aussi mérite-t-elle une attention spéciale.On lit à l\u2019article 122 du code scolaire: Les curés catholiques romains et les ministres du culte d\u2019une autre croyance religieuse desservant une municipalité scolaire, bien que n\u2019ayant pas qualité sous le rapport de la propriété; les contribuables y résidant, sachant lire et écrire et habiles à voter en vertu de l\u2019article 125, sont éligibles à la charge de commissaires ou de syndics d\u2019écoles.Voici le premier paragraphe de l\u2019article 125, l\u2019article clef en la matière: Pour avoir droit de voter aux élections des commissaires ou des syndics d'écoles, il faut être majeur, citoyen canadien, propriétaire de bien-fonds, ou être propriétaire d\u2019un bâtiment construit sur un lot de terre appartenant à autrui, pourvu que le bien-fonds ou le bâtiment soit estimé au rôle d\u2019évaluation en vigueur à au moins cinquante dollars pour les propriétaires résidant dans la municipalité et à au moins deux cents dollars pour les propriétaires résidant en dehors de la municipalité, être inscrit comme tel au rôle d\u2019évaluation, et avoir acquitté toutes ses contributions scolaires.Cette législation vaut pour toutes les commissions scolaires de la province, sauf pour celles de Montréal et de Québec, qui sont régies par une charte spéciale et dont aucun des sept commissaires n\u2019est élu.(Voir les « Bills 8 et 9 », dans Relations, mars 1947, p.65.) Au moment où la législation détermina les conditions requises pour avoir le droit de voter à l\u2019élection des commissaires et celui d\u2019être élu, la grande majorité de la population vivait sous le régime de la propriété agricole.C\u2019est dire que, dans l\u2019ensemble, les commissaires d\u2019écoles représentaient la majorité des familles.Voici ce qu\u2019écrit, au sujet des municipalités scolaires, M.Gérard Filteau, inspecteur d\u2019écoles, dans son étude sur les Constantes historiques de notre système scolaire : Elles ont constitué le premier élément de notre organisation scolaire.A cette priorité historique elles joignent une priorité d\u2019autorité.L\u2019État, il est vrai, les a constituées en vertu de sa législation, mais il ne leur a pas délégué leurs pouvoirs, il n\u2019a fait que les reconnaître.En réalité, la municipalité scolaire n\u2019émane pas du gouvernement, et la commission qui l\u2019administre ne le représente pas, elle ne tire pas de lui son autorité.C\u2019est la volonté d\u2019association des intéressés qui est à l\u2019origine de la formation de la commission scolaire.La source du pouvoir des commissions scolaires se trouve dans la délégation des pouvoirs que lui consentent les familles.(Voir, pour plus de détails, Relations, décembre 1952, p.315.) Si on admet, avec M.Filteau, que la commission scolaire est le prolongement de la famille, \u2014 il n\u2019est que normal de l\u2019admettre, \u2014 ne faut-il pas conclure que la notion de contribuable, telle que la définit notre code scolaire, rétrécit la portée pratique de cette position?Avec l\u2019industrialisation de la province, qui a amené la multiplication des locataires, le lien est devenu beaucoup plus lâche entre les deux réalités commissions scolaires et familles.D\u2019où la question posée aux congressistes, pour connaître leur avis ainsi que les réactions éventuelles dans leur milieu.Les uns affirmèrent que les parents, en vertu de leur droit primordial sur l\u2019éducation, devraient, même s\u2019ils ne sont pas propriétaires au sens prévu par le code, avoir le droit d\u2019élire les commissaires et celui d\u2019être représentés au sein de la commission scolaire.D\u2019autres furent d\u2019avis que les locataires, payant des taxes indirectes pour l\u2019éducation, ont droit à une certaine représentation.D\u2019autres enfin, mettant l\u2019accent sur l\u2019aspect administratif du problème, \u2014 aspect de plus en plus complexe, il faut l\u2019avouer, \u2014 s\u2019opposèrent au changement, craignant que l\u2019élargissement de l\u2019article 125 n\u2019amène \u2014 n\u2019aurait-il pas été plus précis de dire: n\u2019augmente?\u2014 l\u2019anarchie financière dans les commissions scolaires, les locataires, même s\u2019ils sont soumis à des taxes indirectes en faveur de 306 RELATIONS l\u2019éducation, ayant moins de responsabilités que les propriétaires, qui ont à payer des taxes directes souvent élevées.Toutes les nuances de la discussion ne se trouvent pas dans ce résumé, mais je crois que celui-ci en exprime fidèlement la substance.Il est intéressant de noter un autre argument en faveur du statu quo, argument qui n\u2019a pas été signalé au cours de la discussion, mais qui m\u2019a été fourni par deux commissaires: même avec la législation actuelle, le commissaire qui se présente à une élection doit souvent dépenser une somme non négligeable pour faire sa campagne ; mettre les locataires sur le même pied que les propriétaires, ce serait courir le risque de multiplier les candidats et de rendre ainsi les élections encore plus coûteuses.Cet argument, même s\u2019il ne touche pas au coeur du problème, a malheureusement une portée trop réelle.On sait, en effet, qu\u2019il arrive aux rivalités politiques de passer du champ provincial au champ municipal et scolaire, et que la machine électorale a alors son rôle à jouer, ce qui n\u2019est pas précisément démocratique.On doit se réjouir de la discussion qui eut lieu au congrès de Chicoutimi.Il importe, en effet, de considérer avec attention tous les aspects d\u2019un problème qui se trouve à mettre en évidence le rapport qui existe entre les commissions scolaires et les familles.Relations aura l\u2019occasion de revenir sur le sujet.Importance des octrois statutaires Quatre des quatorze vœux du congrès concernent les problèmes financiers des commissions scolaires.Le premier demande de généraliser dans toute la province la taxe de vente de un pour cent et d\u2019en faire bénéficier chaque commission scolaire d\u2019après le nombre de ses élèves; le deuxième suggère de porter à 75% les primes de traitement des institutrices et des instituteurs du milieu rural et de verser lesdites primes assez tôt pour que les commissions scolaires puissent donner suite aux réclamations justifiées de leur personnel enseignant; le troisième propose de rendre statutaires les octrois pour la construction et la réparation des écoles; le quatrième exprime la même pensée au sujet des octrois pour le transport des élèves, en suggérant de les calculer d\u2019après le nombre d\u2019enfants et le nombre de milles à parcourir.Ces deux derniers vœux rééditent, d\u2019une façon un peu différente, une demande faite au congrès de Québec, en 1952: « La Fédération des Commissions scolaires du Québec prie respectueusement le gouvernement de la province de Québec de faire établir par le département de l\u2019Instruction publique un barème de distribution des octrois sur une base statutaire, conditionnée par les besoins des municipalités scolaires, tant pour la construction des écoles et les primes de traitement que pour toute autre subvention.» Dans la série d\u2019articles qui suivit le congrès de Québec, nous avons insisté sur l\u2019importance des octrois NOVEMBRE 1954 statutaires, vu que les modalités de la distribution des octrois pour fins d\u2019éducation constituent actuellement un point névralgique dans notre législation scolaire.(Voir « Les faiblesses d\u2019une loi », dans Relations, août 1953; « Éducation et octrois statutaires », oct.1953.) Le sujet mérite qu\u2019on s\u2019y attarde quelque peu encore aujourd\u2019hui.Nous le ferons en nous inspirant du mémoire présenté par la Fédération à la Commission Tremblay.Tout comme dans ses congrès, la Fédération a traité ce problème avec un souci évident de ne pas heurter inutilement le gouvernement; ce souci ne l\u2019empêche pas toutefois de dire clairement ce qui assurerait le mieux l\u2019autonomie administrative des commissions scolaires.Dès la page 19 de son mémoire, elle pose un principe que d\u2019aucuns oublient, hélas! trop souvent.Après avoir étudié dans une première section « Les problèmes actuels du fédéralisme canadien », elle aborde dans une deuxième « La position institutionnelle des corporations scolaires ».Voici le premier paragraphe de cette section, paragraphe qu\u2019on peut considérer, à bon droit, comme le leitmotiv qui devrait revenir constamment dans toutes les discussions sur les problèmes financiers des commissions scolaires: Les problèmes de l\u2019autonomie d\u2019un pouvoir public par rapport à un autre, tels que nous les avons examinés dans les trois chapitres précédents, se posent en partie dans un autre ordre: celui des relations entre le gouvernement provincial et les commissions scolaires.Ces problèmes ne se posent évidemment que par analogie, puisque nous ne traitons plus de relations d\u2019égal à égal, mais de supérieur à subordonnés.L\u2019analogie est néanmoins réelle, parce que dans les deux cas la décentralisation de l\u2019autorité a les mêmes fondements psychologiques et sociologiques.A plusieurs endroits du mémoire, on trouve des affirmations qui découlent logiquement de ce principe très juste.Arrêtons-nous au chapitre 18, intitulé « Revenus et dépenses du fonds d\u2019éducation et du département de l\u2019Instruction publique ».On sait que le fonds d\u2019éducation a été créé en 1946 par la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation ».(Pour renseignements sur les divers revenus qui alimentent ce fonds, voir Relations, juillet 1953, p.176.) Le mémoire donne un tableau \u2014 reproduit plus bas \u2014 qui analyse les dépenses du département de l\u2019Instruction publique pour l\u2019année 1951-1952.L\u2019interprétation de ce tableau n\u2019est pas difficile.Le gouvernement a versé aux commissions scolaires, par l\u2019intermédiaire du département de l\u2019Instruction publique, une somme globale de $20,911,648, soit 77.1% des dépenses totales.Détail encore plus intéressant, les sommes provenant du fonds d\u2019éducation représentent 67.1% des dépenses totales, soit $18,203,957; sur ce montant, $16,681,648 \u2014 soit 91.6% \u2014 ont été versées aux commissions scolaires.Détail plus intéressant, avons-nous dit.Il aurait été mieux de dire: détail plus significatif.Voici pourquoi.Quand on lit attentivement la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation », on constate sans peine que 307 Analyse des dépenses du département de l\u2019Instruction publique pour l\u2019année 1951-1952 \t\tProvenant du fonds d\u2019éducation\t\tProvenant de votes de crédits\t\tTotal\t \t\tMontant\t%\tMontant\t%\tMontant\t% A.\t\u2014 Dépenses ordinaires: 1.\tSubventions aux commissions scolaires\t 2.\tSubventions à certaines institutions et à des particuliers.3.\tAutres dépenses\t\t$16,681,648 805,500\t91.6 4.5\t$4,230,000 1,523,700 3,160,830\t47.4 17.1 35.5\t$20,911,648 2,329,200 3,160,830\t77.1 8.6 11.7 B.\t\u2014 Immobilisations: 1.Construction: École normale Jacques-Cartier\t\t716,809\t3.9\t\u2014\t\u2014\t716,809\t2.6 \tMontant\t %\t\t$18,203,957 67.1\t100.0\t$8,914,530 32.9\t100.0\t$27,118,487 100.0\t100.0 l\u2019expression « lieutenant-gouverneur en conseil » revient souvent.Si le fait ne doit pas trop surprendre dans une loi destinée à utiliser plusieurs millions des fonds publics pour venir en aide aux commissions scolaires, il souligne cependant le danger réel qu\u2019il y a pour le gouvernement de se laisser influencer par des considérations partisanes dans la répartition du fonds d\u2019éducation qui est non seulement soustrait au contrôle détaillé de la Législature, mais distribué sans règles statutaires.L\u2019article 24 de la loi de 1946 fera mieux comprendre notre pensée: Le lieutenant-gouverneur en conseil peut, aux conditions qu\u2019il détermine, autoriser le secrétaire de la province à employer toute partie du fonds d\u2019éducation excédant les retraits prévus par l\u2019article 11 pour aider toute corporation scolaire, maison d\u2019éducation et institution d\u2019enseignement ou de formation professionnelle.Cet article permet, croyons-nous, de comprendre pourquoi il arrive que les députés du parti au pouvoir \u2014 et même d\u2019anciens députés, battus à la dernière élection mais conservant le patronage dans le comté \u2014 ont un rôle important à jouer dans la distribution des octrois, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019octrois pour construire et réparer des écoles, ou pour combler des déficits.Ce rôle des députés ou des anciens députés présenterait moins d\u2019inconvénients si tous savaient s\u2019élever constamment au-dessus de la « politique », entendue dans un sens péjoratif, pour poser des actes de grands politiques intéressés avant tout au bien commun, préoccupés, par conséquent, des problèmes scolaires qui se présentent sur tous et chacun des points du comté.Le mémoire de la Fédération souligne les deux tendances de la politique financière du gouvernement en matière d\u2019éducation: la première consiste dans l\u2019utilisation de sources spécifiques destinées au fonds d\u2019éducation, contrairement à l\u2019ancienne pratique de puiser à même les revenus globaux de la province; la deuxième consiste dans le caractère même de cette évolution, tel qu\u2019il apparaît à l\u2019article 24 cité plus haut.La Fédération est d\u2019accord avec la première de ces « nouveautés », l\u2019éducation obtenant ainsi plus sûrement une primauté dans les dépenses gouvernementales.Quant à la deuxième, elle lui « semble plus sujette à caution ».La raison de cette réserve?C\u2019est que l\u2019ensemble des dépenses gouvernementales, faites à même les revenus du fonds d\u2019éducation, « peuvent dépendre exclusivement des décisions du lieutenant-gouverneur en conseil ».Les deux paragraphes suivants méritent d\u2019être cités : A notre avis, une très large part du malaise que l\u2019on commence à discerner un peu partout parmi les corporations scolaires au sujet des octrois gouvernementaux provient de ce fait qu\u2019une trop large part des subventions aux commissions scolaires repose ainsi sur la discrétion du lieutenant-gouverneur en conseil.Sans doute existe-t-il des règlements qui confèrent à certains octrois un caractère plus ou moins statutaire, en particulier aux octrois concernant les salaires du personnel enseignant.Mais, dans l\u2019ensemble, il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer que la liberté laissée au lieutenant-gouverneur en conseil de dépenser la proportion que nous avons indiquée des revenus du fonds d\u2019éducation est à peu près absolue.Si les montants dont l\u2019usage est ainsi abandonné à l\u2019entière discrétion du lieutenant-gouverneur en conseil étaient peu considérables, à la fois dans l\u2019ensemble des revenus du fonds d\u2019éducation et dans l\u2019ensemble du budget du département de l\u2019Instruction publique, nous n\u2019y verrions aucun inconvénient.Mais ces montants sont devenus si considérables qu\u2019il y a lieu de s\u2019inquiéter, nous semble-t-il, des conséquences que ne peut manquer d\u2019entraîner une telle situation, si elle n\u2019est pas corrigée par l\u2019établissement de règlements officiels indiquant clairement et publiquement selon quelles normes précises et pour quelles fins déterminées les sommes provenant du fonds d\u2019éducation seront distribuées par l\u2019intermédiaire du département.Le gouvernement ne peut reprocher à la Fédération de manquer de délicatesse dans l\u2019expression.Elle ne prend pas plaisir à le censurer durement.Elle dit sobrement ce qu\u2019elle pense.Son exposé est rempli de sagesse et sanctionné par l\u2019expérience.La Commission Tremblay ne pourra vraisemblablement pas tenir compte de toutes les suggestions faites dans les deux cent cinquante mémoires qui lui ont été présentés.Nous pensons toutefois que telle est l\u2019importance des octrois statutaires pour l\u2019éducation \u2014 non seulement primaire, mais secondaire et universitaire \u2014 qu\u2019elle retiendra son attention et fera l\u2019objet d\u2019une recommandation.C\u2019est le lieu de répéter ici une phrase d\u2019un article paru dans Relations (oct.1953) : « Le gouvernement qui fera adopter les octrois statutaires.rendra un service signalé à l\u2019éducation et à la province.A lui-même aussi, car ce serait une façon judicieuse de se constituer du 308 RELATIONS capital politique.» Le secours qui a été porté aux commissions scolaires endettées est digne d\u2019éloges.Il faut cependant faire un pas de plus, sans quoi on pourra continuer de reprocher au gouvernement de ne pas sauvegarder, dans l\u2019application de la loi de 1946, la légitime autonomie administrative des commissions scolaires.* La Fédération des Commissions scolaires a déjà rendu des services appréciables.Le mémoire qu\u2019elle a présenté à la Commission Tremblay va augmenter encore son prestige.Ce mémoire, toutes les commissions scolaires, ainsi que tous ceux qui s\u2019intéressent aux problèmes de l\u2019éducation, devraient se le procurer.D\u2019aucuns \u2014 même des commissaires d\u2019écoles \u2014 pourront différer d\u2019avis sur tel ou tel avancé, telle ou telle conclusion.Ils n\u2019en penseront pas moins que le mémoire est une étude de grande valeur \u2014 il y a des coquilles surprenantes \u2014 qui renseigne et stimule la réflexion sur les problèmes scolaires.DISQUES DE CHOIX ASPECTS VARIÉS DE J.-S.BACH Jean-Paul LABELLE, S.î.DANS L\u2019ŒUVRE de J.-S.Bach, on peut glaner à l\u2019infini: cantates, concertos, oratorios, chorals, fugues et inventions nous laissent l\u2019embarras du choix.Aussi nous contenterons-nous, pour cette fois, de quelques créations originales.Tout d\u2019abord, nous parlerons des Suites 2 et 3 pour orchestre.Bach les appelait des ouvertures, selon le terme populaire à son époque.En réalité, ce sont vraiment des suites, dans le sens musical du terme.La Suite n° 2 en si mineur met en vedette une flûte, accompagnée par des cordes.Elle comprend une ouverture assez développée, un rondeau, une sarabande, deux bourrées, une polonaise, un menuet et une badinerie.La finesse du rythme autant que de la mélodie fait de ces danses des chefs-d\u2019œuvre de fraîcheur et d\u2019élégance.Plus on étudie leurs délicates ciselures, plus on goûte la richesse humaine qui s\u2019y cache (London, LPS.313).La Suite n° 3 en ré majeur est écrite pour hautbois, trompettes et cordes.C\u2019est clair, vif, saillant, enjoué.Le très bel aria en sol prend ici sa véritable physionomie.Replacé dans son contexte, cet air que l\u2019on arrangea pour violon, sur la corde de sol, retrouve la saveur qu\u2019il avait en quelque sorte perdue.L\u2019orchestre de Munchinger est parfait dans ses interprétations (London, LPS.147).L'Art de la fugue est la dernière œuvre de Bach, qui est même décédé avant de l\u2019avoir terminée.Cet ensemble, destiné au clavecin, a été transcrit pour l\u2019orchestre par Roger Vuataz.A certains points de vue, nous y perdons peut-être.Il y a des frappés du clavecin qui disparaissent lorsqu\u2019ils sont rendus par des cordes ou des bois.Par contre, l\u2019écriture contrapuntique est extrêmement séduisante dans l\u2019arrangement orchestral.Je crois, pour ma part, que l\u2019intention ma- jeure de Bach y est respectée: livrer une sorte de bréviaire de la fugue, qui expose avec une clarté éblouissante les procédés et les difficultés de ce genre d\u2019écriture.L'Art de la fugue mérite donc l\u2019accueil attentif des étudiants en musique, des professionnels du métier.L\u2019œuvre peut intéresser également l\u2019amateur sérieux, parce qu\u2019elle lui révèle, dans un concentré impressionnant, les divers aspects d\u2019une écriture fugale.Une telle audition suppose des connaissances techniques et une patience assez ferme pour suivre les détours sonores de ce style.M.Scherchen apporte à l\u2019exécution une conscience méticuleuse et très lucide (London, LLP-A 2).Terminons par l\u2019oratorio de Noël.Le terme oratorio ne doit pas être entendu au sens étroit, comme c\u2019est le cas dans les oratorios de Hændel.C\u2019est plutôt une série de cantates juxtaposées autour d\u2019un thème central.L\u2019œuvre embrasse Noël et les deux jours qui suivent, le Jour de l\u2019An, le^ dimanche dans l\u2019octave de la Circoncision et la fête de l\u2019Épiphanie.La joie y court d\u2019un bout à l\u2019autre, mais une joie remplie de puissance, de majesté.Un peu comme si le fait de l\u2019Incarnation se reflétait dans l\u2019état d\u2019âme du cantor.Le plus beau passage d\u2019ailleurs, au début de la seconde partie, est précisément une sorte de dialogue mystique entre les anges et les bergers: rencontre du ciel et de la terre.L\u2019ensemble constitue une fresque immense.Il faut une longue fréquentation avec les développements de l\u2019orchestre et les récitatifs pour entrer pleinement dans l\u2019esprit de ce grand œuvre.Les chœurs, l\u2019orchestre, sous la direction de Kurt Thomas, sont à la hauteur d\u2019une entreprise aussi vaste (London, Oiseau-Lyre, LO.50003).La juxtaposition de ces trois genres d\u2019ouvrages montre la souplesse géniale du maître allemand, dont l\u2019influence ne cesse de grandir, même de nos jours.Vient de paraître POSITIONS DU FRANÇAIS AU CANADA par Richard ARÈS, S.J.Les cinq articles de Relations réunis en une brochure de 64 pages Prix: $0.25.Port en plus.LES ÉDITIONS BELLARMIN, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal - 11 NOVEMBRE 1954 309 CINE-ORIENTATIONS » LA CRISE DU LOGEMENT Voici un extrait de la lettre de S.Exc.Mgr Montini à la XIVe Semaine sociale d'Espagne dont le thème était « La crise du logement ».A nous aussi ce texte pourrait s'appliquer.IA CONCEPTION CHRÉTIENNE du logement, spéciale-ment quand il s\u2019agit de la famille, embrasse les diverses fins auxquelles il est destiné.La maison, c\u2019est un foyer, un sanctuaire, une école, un ouvroir, un refuge; propriétés qui répondent aux différentes fonctions propres à la famille; fonctions, d\u2019autre part, difficilement réalisables en dehors des murs de la maison ou dans une maison qui n\u2019a pas ces indispensables caractéristiques.Malheureusement, nombreux, très nombreux sont aujourd\u2019hui les individus et les familles qui n\u2019ont pas de maison ou qui vivent, sous ce rapport, dans des conditions lamentables.Quand les règles nécessaires d\u2019hygiène font défaut, quand il est impossible d\u2019observer comme il se doit les normes de la morale, de donner à ses enfants l\u2019éducation nécessaire, au sein d\u2019un foyer qui manque de la paix et du calme requis après les fatigues du travail, « il est affreux de penser aux difficultés que les mauvaises conditions de logement occasionnent à la cohésion et à l\u2019intimité de la vie de famille » (Quadra-gesimo anno).Les proportions du mal auquel il faut remédier aujourd\u2019hui sont telles que la collectivité ne^peut par elle-même y suffire; il faut avoir recours aussi à l\u2019État sans oublier que « les pouvoirs publics doivent, aussi bien dans la question de l\u2019habitation que dans toutes les autres, rendre les choses réalisables, les favoriser; en tout cas, ne pas s\u2019opposer à l\u2019initiative privée » (Pie XII, Discours à l\u2019Institut romain des maisons à bon marché).PRÉVISIONS DÉMOGRAPHIQUES Le second congrès mondial de la population s'est tenu à Rome, du 31 août au 10 septembre.Le P.Stanislas de Les-tapis, S.J., lui a consacré une « Actualité » dans les Études d'octobre.Voici ce qu'il dit sur les prévisions démographiques : QUANT aux prévisions démographiques pour les trente années à venir, il ressort de l\u2019ensemble des études et des observations faites sur les tendances passées et actuelles de la mortalité et de la fécondité dans les différentes régions du monde que la population du globe atteindra vraisemblablement 3,600 millions en 1980, les estimations minima étant de 3,300 millions, et maxima, de 4 milliards.C\u2019est en Amérique latine que cet accroissement sera le plus rapide.Il pourrait se faire que, de 55 millions actuellement, le Brésil passe à 100 millions en 1980.C\u2019est en Europe qu\u2019il sera le plus lent.Il ira en s\u2019accélérant dans la zone qui s\u2019étend du Maroc aux Philippines en passant par le Proche-Orient.Les populations de cette zone, qui étaient de 1,300 millions en 1950, atteindront 2 milliards en 1980.Il convient cependant de noter cette prévision comme hasardeuse, étant donné qu\u2019on ne connaît pas exactement l\u2019importance et la vitalité de la population chinoise.Les taux d\u2019accroissement des populations d\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Océanie seront inférieurs à la moyenne dans le monde, mais supérieurs à ceux de l\u2019Europe.Il y aurait encore fort à dire de ce congrès.L\u2019un des signes des temps est.le comportement communautaire et personnaliste vers lequel s\u2019oriente.l\u2019élite familiale tant aux U.S.A.qu\u2019en France et en Allemagne.AVEC QU SANS COMMENTAIRES FINANCES ET FISCALITÉ FÉDÉRALES-PROVINCIALES Le mémoire présenté à la Commission Tremblay par la Fédération des Commissions scolaires catholiques du Québec a des pages intéressantes sur les problèmes constitutionnels, qui occupent depuis quelque temps le centre de l'actualité.Me Paul Gérin-Lajoie a été Vavocat-conseil de la Fédération pour cette partie du rapport.Nous reproduisons ici le chapitre 3, texte à la fois traditionnel et progressif.I\u2019EXERCICE des compétences provinciales pose le pro-blême des ressources financières nécessaires à cette fin.Cette question, déjà complexe en elle-même, n\u2019a été que plus embrouillée par les discussions politiques dont elle a été l\u2019objet depuis quelques années.La constitution de 1867 a mis à la disposition des provinces un vaste bassin d\u2019impôts, dont les possibilités n\u2019ont fait que s\u2019accroître au cours des années : celui des impôts directs.D\u2019autre part, le gouvernement fédéral s\u2019est vu autorisé à prélever des fonds par tout mode ou système d\u2019impôts.Effectivement, pendant les premiers cinquante ans de la Confédération, le gouvernement fédéral n\u2019a prélevé que des impôts indirects, laissant ainsi l\u2019usage des impôts directs exclusivement aux provinces.En 1917, devant les exigences financières de la guerre, le gouvernement fédéral a utilisé pour la première fois le pouvoir que lui accordait la constitution de prélever des impôts directs \u2014 tels l\u2019impôt sur le revenu des particuliers et l\u2019impôt sur les bénéfices des corporations.Les provinces et le gouvernement fédéral occupèrent dès lors concurremment le champ des impôts directs.En 1942, à l\u2019occasion de la deuxième guerre mondiale, le gouvernement fédéral et les provinces conclurent une entente provisoire, dont nous n\u2019avons pas besoin d\u2019analyser ici les motifs.Aux termes de ces ententes, les provinces s\u2019engageaient à ne prélever aucun des deux principaux impôts directs: sur le revenu des particuliers et sur les corporations.En retour, les provinces devaient recevoir des subventions annuelles calculées suivant certaines règles.En 1947, une entente de même nature a été signée par toutes les provinces, sauf Québec et Ontario.En 1952, toutes les provinces, à la seule exception du Québec, en sont venues à une nouvelle entente de même ordre.Dans cette conjoncture, la province de Québec conserve intact son droit de prélever tous les impôts directs qu\u2019elle juge à propos.De fait, elle prélève un impôt sur les corporations et un impôt sur les successions.La Législature a même établi.un impôt sur le revenu des particuliers.En pratique, néanmoins, de tels impôts provinciaux risquent de surtaxer les citoyens de la province de Québec par rapport à ceux des autres provinces, où il n\u2019existe aucun impôt provincial de cette nature.Le gouvernement fédéral accorde une réduction d\u2019impôt pour les sommes payées au gouvernement provincial, mais seulement jusqu\u2019à concurrence d\u2019une certaine proportion de l\u2019impôt fédéral.Toute somme prélevée par la province au delà de cette proportion constitue donc effectivement une surtaxe, qui pourrait provoquer un déplacement de capital, d\u2019entreprises et de personnels vers « un ciel plus clément ».Sans entrer dans aucun détail d\u2019application, nous croyons pouvoir formuler.les principes d\u2019une solution aux problèmes que pose la conjoncture actuelle.1.\tLe caractère proprement étatique et autonome des gouvernements provinciaux s\u2019oppose à ce que les finances provinciales dépendent d\u2019un système généralisé de subventions fédérales aux provinces et il exige le maintien de pouvoirs fiscaux importants à la disposition des provinces, ainsi que des municipalités et des corporations scolaires qui dépendent d\u2019elles.Tout régime de subventions, en effet, comporte au moins les germes d\u2019une subordination du bénéficiaire envers le donateur, ce qui est incompatible avec l\u2019égalité de droit qui doit exister entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux.2.\tAucun des deux grands impôts directs actuels \u2014 sur les bénéfices des corporations et sur le revenu des particuliers \u2014 ne paraît susceptible d\u2019être attribué exclusivement au gouvernement fédéral ou aux provinces.3.\tL\u2019ordre économique et le bien commun en général exigent que les prélèvements de tels impôts par diverses autorités soient coordonnés de façon à éviter le déséquilibre économique du pays, le chaos fiscal et la complexité inutile des modes de perception.Cette coordination ne peut être mieux assurée que par des ententes périodiques fixant la part de chaque impôt concurrent laissée à la disposition de chaque gouvernement et prévoyant, si possible, une simplification du mode de perception.4.\tIndépendamment de l\u2019état actuel des relations fédé-rales-provinciales en matière d\u2019impôts, nous croyons que l\u2019éducation, à tous les niveaux, doit constituer la première priorité dans tout budget provincial et qu'elle ne doit pas souffrir du débat qui divise actuellement le gouvernement de Québec et le gouvernement fédéral.UN APPEL VENU DE L\u2019INDE UN DE NOS ABONNÉS a fait parvenir, cet été, par l\u2019entremise du secrétaire de Relations, une substantielle aumône au R.P.E.de Meulder, S.J., missionnaire dans l\u2019Inde.Touché de cette générosité, le P.de Meulder, après avoir remercié son bienfaiteur, nous écrit pour nous prier d\u2019inviter d\u2019autres lecteurs à se rappeler les besoins pressants des missions.« Les bienfaiteurs fidèles sont très rares de nos jours, surtout envers le missionnaire de la brousse, qui est le grand oublié.Les aumônes sont rares, très rares, de nos jours.Je suis en train de fonder un nouveau poste: de Giridih, grand centre de mission, à la province de Bihar, au nord de l\u2019Inde.Veuillez mentionner mon nom dans un des numéros de Relations, et remercier tous ceux, parmi les catholiques du Canada français, qui m\u2019ont aidé si généreusement en 1947.Je leur demande de se souvenir d\u2019un vieux broussard qui travaille aux Indes depuis vingt-sept ans.J\u2019ai grand besoin de leurs prières et de leurs aumônes.Vive le Canada français catholique! Je n\u2019oublierai personne.» N\u2019y aura-t-il pas quelques lecteurs de Relations pour répondre à cet appel ?NOVEMBRE 1954 « IE CENTRE CATHOLIQUE du Cinéma de Montréal (C.C.C.M.) inaugure la publication d\u2019une revue mensuelle, Ciné-Orientations : médium d\u2019information et de documentation, de formation et d\u2019éducation dans le domaine du cinéma et de la télévision.En plus de faire part à ses lecteurs du travail accompli par le Centre et de la documentation qu\u2019il met à la disposition de ses affiliés, Ciné-Orientations comprendra la publication de nouvelles et de documents d\u2019intérêt international.La revue présentera aussi, dans quelque temps, une chronique destinée à aider les animateurs de ciné-clubs et les moniteurs de séances de cinéma pour enfants.Ses pages accueilleront ceux qui voudront lui apporter le fruit de leurs recherches et expériences en matière de cinéma et de télévision.Ciné-Orientations s\u2019adresse d\u2019abord à tous les « affiliés » du Centre, c\u2019est-à-dire à tous les organismes d\u2019éducation de jeunes et d\u2019adultes qui offrent régulièrement ou occasionnellement des séances de cinéma, et à tous les cinés-clubs.Mais on espère aussi lui trouver des abonnés dans les mouvements d\u2019Action catholique, \u2014 sur le plan diocésain et paroissial, \u2014 dans les associations et parmi les personnes que préoccupe le problème de l\u2019éducation populaire et que le travail du Centre peut intéresser.Ils sont nombreux.En un mot, Ciné-Orientations s\u2019adresse à tous les amis du cinéma dans leur champ d\u2019action respectif: apostolat, enseignement, loisirs, commerce, etc.Voici le sommaire du premier numéro: \u2014 Présentation de la revue.\u2014 Le Centre catholique du Cinéma (définition et fonctionnement).\u2014 Nouvelles.\u2014 Conclusions du congrès international de Madrid.\u2014 Bibliothèque du Centre et documentation.\u2014 Plan schématique du Centre.Dans les prochains numéros, on précisera, entre autres choses, la position du C.C.C.M.sur la classification morale des films; la réglementation du cinéma pour l\u2019enfance; le rôle des ciné-clubs étudiants dans l\u2019éducation cinématographique; on mentionnera les films recommandés ou autorisés pour l\u2019enfance, les ciné-clubs, les salles paroissiales.Prix de l\u2019abonnement: $2 par année.S\u2019adresser au Centre: 4334, rue Saint-Denis, Montréal-18.Téléphone: MA.4229.LA TÉLÉVISION La fondation de Ciné-Orientations remet à l'esprit l'importante lettre de S.S.Pie XII à l'épiscopat italien sur la télévision (let janvier 1954).Méditons ce passage: LES PROGRÈS RAPIDES que la télévision fait désormais en de nombreux pays maintiennent Notre attention toujours plus en éveil sur cet instrument merveilleux offert à l\u2019humanité par la science et par la technique.Il est facile.de se rendre compte que la télévision intéresse de près, plus que jamais, l\u2019éducation des jeunes et la sainteté même du foyer domestique.Or, quand on pense à l\u2019inestimable valeur de la famille, qui est la cellule de la société, et quand on réfléchit qu\u2019à la maison doit se développer non seulement le corps mais aussi l\u2019esprit de l\u2019enfant, espérance précieuse de l\u2019Église et de la patrie, on ne peut se dispenser de déclarer à tous ceux qui partagent la responsabilité de la télévision que les devoirs et les responsabilités qui leur incombent devant Dieu et devant la société sont très graves.310 RELATIONS 311 Au fil du mois La Semaine de la messe La Semaine de la messe, que le Centre catholique de l\u2019Université d\u2019Ottawa organise chaque année, aura lieu du 21 au 28 novembre prochain.Pour combien de catholiques la messe est-elle vraiment, selon l\u2019expression de Pie XII, « le point culminant, le centre » de leur vie chrétienne ?Pourtant, il est impossible, sans cette dévotion capitale, de vivre en union intime avec le Christ « obéissant, et obéissant jusqu\u2019à la mort de la croix ».Pour nous aider à marcher avec assurance vers la maison du Père, il nous a laissé la messe qui nous permet de nous unir à son sacrifice pour adorer, remercier, implorer pardon et solliciter des grâces, pour nous, pour le peuple fidèle, pour les âmes qui sont loin du Père, pour ceux qui gouvernent les nations comme si Dieu n\u2019était pas le commencement et la fin de toutes choses.La messe bien comprise est aussi le moyen par excellence de nous familiariser avec la souffrance, de pénétrer jusqu\u2019à son cœur, de l\u2019aimer plus que nos joies, elle qui fut la compagne tant aimée du Christ.Le 2 juin 1952, Pie XII adressait une allocution au clergé et aux fidèles du diocèse de Novare, à l\u2019occasion de la restauration de la croix monumentale élevée sur le mont Mottarone au début du xxe siècle.Après avoir dit à ses « chers fils » que les honneurs rendus à cet étendard les engageaient « à considérer les douleurs de la vie comme l\u2019essence même » de leur profession chrétienne, et leur avoir rappelé le mot de Y Imitation : « Il n\u2019est point de salut pour l\u2019âme, ni d\u2019espérance de vie éternelle si ce n\u2019est dans la Croix », le Pape continuait: « S\u2019il en est ainsi, si les facteurs essentiels de la religion de l\u2019Évangile sont les sacrifices et les souffrances; si la voie unique pour s\u2019élever à une vraie noblesse et à une hauteur spirituelle est dans la loi de la douleur, cela veut dire qu\u2019il n\u2019est donné à personne de s\u2019élever spirituellement en Jésus-Christ ni de jouir entièrement des fruits de son message, si l\u2019on se rebelle contre ses propres douleurs, qui sont l\u2019élément nécessaire du christianisme vécu, mais en même temps sa sève et son arôme, son âme et sa vie.» C\u2019est en participant à la messe, non pas distraitement, mais avec un esprit de foi attentif aux richesses insondables du mystère présent, que nous comprendrons le mieux la place à la fois austère et consolante que la souffrance doit occuper dans nos vies.Est-il besoin de rappeler, en cette fin d\u2019année mariale, que nous envisagerons la loi de la douleur avec plus de quiétude et de confiance si nous assistons à la messe avec Notre Dame et si nous nous tenons avec elle au pied de la croix ?A.P.Au service du peuple On célèbre ce mois-ci le centenaire de naissance d\u2019un des Canadiens français qui ont le plus honoré leur nationalité, un homme dont l\u2019action s\u2019avéra des plus bienfaisantes non seulement pour ses compatriotes, mais pour tous les Canadiens et même pour nos voisins des États-Unis.Cet homme ne remplit aucune charge publique et n\u2019exerça aucune profession importante.Simple fonctionnaire, il avait au cœur l\u2019amour des siens, surtout des moins fortunés, et voulait les protéger contre la rapacité des prêteurs d\u2019argent; grand chrétien, c\u2019est dans la prière et l\u2019appui du clergé qu\u2019il puisa les lumières et l\u2019énergie nécessaires à la réalisation de son noble dessein.Quand il fonda les Caisses populaires, le Lévisien Alphonse Desjardins, né le 6 novembre 1854, était loin de prévoir leur merveilleux développement.Établies dans les cadres de la paroisse, dirigées par des hommes de la paroisse et pour leurs 312 propres besoins, sous l\u2019œil vigilant du curé, les caisses constituent une institution bien typique des mœurs de nos pères, de l\u2019imprégnation du catholicisme dans la plupart de leurs initiatives sociales et même économiques.Les Caisses populaires ont grandi sans changer de but et de méthode, parce qu\u2019elles plongeaient leurs racines dans ce fond solide de notre race et qu\u2019elles trouvèrent, pour les diriger, après la disparition de leur fondateur, des hommes de la même foi, de la même trempe morale.Elles ne sont pas cependant restées stationnaires.Tout en conservant leur caractère originel, elles surent s\u2019adapter aux besoins variés de notre peuple.Les caisses scolaires, les caisses d\u2019établissement pour les jeunes en sont des preuves évidentes.Cette admirable institution existe actuellement dans toutes les provinces du Canada et même aux États-Unis.Elle est surtout florissante dans le Québec où elle compte 700,000 membres que desservent 1,150 caisses.Leur actif s\u2019élève à $350 millions.Peu d\u2019œuvres ont autant favorisé les nôtres, peu nous ont valu à l\u2019étranger un aussi bon renom.M.Desjardins nous donne l\u2019exemple d\u2019un apostolat social éclairé, pratique, désintéressé, tenace.Sans grands moyens naturels: pauvre, de faible santé, d\u2019une instruction ordinaire, il avait cependant du caractère, un grand amour cîe son prochain, un vif esprit de foi.A un tournant difficile de sa carrière, c\u2019est dans une retraite fermée qu\u2019il puisa l\u2019énergie surhumaine que réclamait la poursuite de son œuvre.Modèle de haute taille, certes, mais à la mesure d\u2019un grand nombre des nôtres.Combien, s\u2019ils voulaient l\u2019imiter, serviraient utilement leurs compatriotes, aideraient notre nationalité à occuper, tout en gardant ses qualités foncières une place plus importante dans le domaine économique! J.-P.A.Langue et foi Au moment où l\u2019Acadie rappelle ses deuils de l\u2019affreux Dérangement de 1755, il faut déplorer nos dispersions voulues, pas héroïques, dont nul retour ne nous relèvera.Ces départs à la légère, pour gagner la vie, aboutissent à faire perdre les raisons de vivre.L\u2019éparpillement nous a été fatal, de la baie d\u2019Hudson au golfe du Mexique.Une conquête doit toujours se faire en ordre massif, non en désordre stérile.Notre Temps (28 août) déplore qu\u2019à côté de nous, en Ontario, 60,000 des nôtres sur 447,677 aient perdu la foi.Les groupements solides, armés d\u2019églises et d\u2019écoles à eux, tiennent bon.Les régions clairsemées marquent un effarant coulage: sur les 63,000 de la région de Windsor, 27,000 ne parlent plus français et 17,000 n\u2019ont plus la foi.Dans les îlots où l\u2019on distingue encore 22,500 nôtres, pour 16,000 le français est fini, et pour 10,000 la foi.Niera-t-on que la langue garde la foi ?Où l\u2019argent prime tout, le spiritualisme national meurt, et le spiritualisme religieux est bien malade: il ne paie pas, il coûte.Notons qu\u2019il s\u2019agit là de ceux qu\u2019on recense encore français.Pour des milliers et des milliers de noms changés, la question ne se pose plus depuis deux ou trois recensements.Faute de chefs, la moitié lâche tout dès la deuxième génération.Les mariages mixtes font des foyers non pas bilingues, mais anglais.Toronto, Hamilton, Sarnia, Brantford, Niagara, etc., sont des cimetières nationaux pour nos Canadiens et nos Acadiens, qui vont y perdre une vie supérieure à la vie matérielle.S\u2019il faut absolument quitter la petite patrie, qu\u2019on fasse l\u2019impossible pour se souder à un groupe des nôtres, pour l\u2019union qui fait une force, aux diocèses de Hearst et d\u2019Haileybury, si riches en mines et en zone argileuse.Partout, on réclame des chefs de file et de grands chefs.Al.D.RELATIONS Littérature enfantine Dans notre article du mois d\u2019août, et comité de lecture où nous réclamions « des livres de chez nous pour nos enfants », nous suggérions la fondation d\u2019un comité de lecture, formé de parents et d\u2019éducateurs, qui se chargerait d\u2019apprécier les ouvrages publiés et d\u2019étudier avant publication les livres canadiens composés pour les enfants.Deux lecteurs, le R.P.Jean-Paul Labelle, S.J., et Mlle Lucienne Germain, nous signalent l\u2019existence d\u2019un comité à peu près semblable.« Il y a quelques années, lorsque les Éditions Jeunesse tentèrent une coopérative d\u2019écrivains pour la jeunesse, l\u2019une de leurs premières initiatives fut d\u2019instituer un comité de lecture pour les manuscrits présentés par les auteurs.» On recevait les textes signés d\u2019un pseudonyme; on les examinait et on adressait une critique à l\u2019auteur, « soit pour motiver le refus du manuscrit, soit pour suggérer quelques retouches ».On m\u2019assure que le comité existe toujours, que « des psycho- logues, des mères de famille, des professeurs de français » en font partie et que des bibliothécaires lui offrent volontiers le secours de leur expérience.Et l\u2019on ajoute: quand on veut acheter des livres canadiens pour les enfants, il est rassurant de savoir que les publications des Éditions Jeunesse sont « certainement au point », puisque des experts les ont approuvées.On propose enfin de fonder dans les villes et les villages de petits groupes qui aideraient à la diffusion des livres publiés par les Éditions Jeunesse.Nous applaudissons à l\u2019existence du comité de lecture des Éditions Jeunesse.Nous demandons seulement : que manque-t-il encore à nos écrivains spécialisés dans la littérature enfantine pour que leur influence balaie la pourriture importée des États-Unis, qui empoisonne l\u2019âme de nos enfants et contre laquelle se défendent les meilleurs Américains ?M.-J.d\u2019A.\u2014\u2014\u2014 \u2022 ÉTABLISSEMENT RURAL ET IMMIGRATION AU CANADA FRANÇAIS Jules ÉMERY, S.J.IE PRÉSENT ARTICLE est moins un compte rendu de la Semaine sociale qu\u2019un essai sur les courants du Canada français en matière d\u2019établissement rural et d\u2019immigration.* C\u2019est une vérité admise par tous que l\u2019essor industriel exerce un effet funeste sur l\u2019établissement rural.La production manufacturière du Québec, à elle seule, atteignait 30% de la production canadienne en 1952, soit $5,000,000,000.Partant, le gouvernement provincial a beau disposer d\u2019un budget de $16,000,000 pour la colonisation, allouer $3,600 pour le lot de cent acres, ouvrir des chemins, offrir un outillage, le problème de l\u2019établissement rural consiste à trouver de véritables colons qui n\u2019aspirent pas à de hauts salaires, à des heures moins longues de travail, à un mode de vie plus facile.La difficulté s\u2019accroît du fait de la désertion massive des jeunes ruraux.Parmi ceux de 15 à 29 ans, l\u2019on comptait, en 1951, 18,338 Québécois de moins, en milieu rural, qu\u2019au recensement de 1941.L\u2019exode des jeunes filles est quatre fois plus considérable que celui des jeunes gens.Chiffre inquiétant, 80% de nos demoiselles, à partir de 15 ou 16 ans, quittent leur campagne, qu\u2019elles aiment moins, pour les villes fascinantes! L\u2019impulsion psychologique de notre jeunesse l\u2019oriente à rebours de l\u2019établissement agricole ou rural.Dans la plupart des cas, une conception de la vie différente de celle des ancêtres prévient une vraie nécessité d\u2019exode.L\u2019éducation transmet-elle encore, comme par osmose, les beautés du rôle de chef familial, cultivateur et travailleur social?les grandeurs, surtout, de la mère, source de milliers d\u2019autres sources, qui peuplent les paroisses, les diocèses, la patrie et le ciel ?Pour s\u2019établir en milieu rural, il faut être imbu de certains principes et consentir à de lourds sacrifices.Ne faut-il pas la conviction que la vie est le plus grand de tous les biens ?Ne faut-il pas que les vieux consentent à céder leur place?que les jeunes fondent, tantôt autour de la terre paternelle, tantôt au loin, des établissements nouveaux ?Quel culte ils doivent donc avoir pour la pensée chrétienne et la civilisation française, héritage reçu des ancêtres et à transmettre tel un dépôt sacré! La vocation paysanne exige cette vertu.Sans celle-ci, les techniques des spécialistes, l\u2019aide du gouvernement, les sociétés de colonisation, l\u2019U.C.C., les coopératives, les Caisses populaires, rien ne réussit pleinement.Depuis 1946, à la suite du congrès de Boucherville, des initiatives privées maintiennent une institution indépendante du gouvernement, la Société canadienne d\u2019Établissement rural (voir Relations, février 1950).Son bureau d\u2019administration groupe les représentants de plusieurs organismes; sociétés diocésaines de colonisation, fédérations de l\u2019Union catholique des Cultivateurs, Aide à la Colonisation, Corporation des Agronomes, Conseil de Vie française, Associations de l\u2019Ouest, canadien, de l\u2019Ontario et des Maritimes.Il y a aussi un conseil d\u2019orientation pour fournir l\u2019inspiration, les programmes d\u2019éducation, la stratégie de peuplement, les services culturels.Outre le travail fondamental de l\u2019éducation sur les esprits et les cœurs, la Société peut mettre à son crédit l\u2019établissement de 150 familles des nôtres hors du Québec, notamment à Saint-Paul (Alberta) et dans le nord de l\u2019Ontario.Il est nécessaire de renforcir nos minorités.Dans le Québec, la Société contribue annuellement à faire bénéficier du plan colonisateur provincial environ 400 candidats sérieux.NOVEMBRE 1954 313 La politique du Québec en ce domaine dépasse ce que pourrait tenter l\u2019initiative privée.D\u2019aucuns, pourtant, estiment que 60% du budget de la colonisation se dépensent dans les vieilles paroisses.Beaucoup disent que le gouvernement pourrait faire davantage en faveur de l\u2019établissement rural.Encore ne faut-il pas rendre le pouvoir responsable des fautes de l\u2019opinion publique, véritable frein appliqué aux divers rouages de la colonisation.Un tableau d\u2019ensemble donne cependant une impression pas trop pessimiste.La partie n\u2019est pas perdue.De 1941 à 1951, la baisse de la population rurale est de 5% seulement dans l\u2019ensemble du Canada français.La perte relative se répartit de la manière suivante: 4% dans le Québec, 9% en Ontario, 14% au Manitoba, 7% en Alberta, 17% dans la Colombie canadienne, 9% au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse; mais il y a gain de 6% en Saskatchewan, province du blé.La diminution rurale du groupe français est moins forte que sa régression linguistique, à laquelle, certes, elle contribue.Un indice en est que la capacité de résistance fléchit surtout chez la jeune génération (.Relations, juillet 1954, p.195).D\u2019autre part, on peut s\u2019attendre à une certaine croissance de l\u2019établissement rural au Canada français.La Société canadienne d\u2019Établissement rural prépare une poussée des nôtres vers la conquête du sol, en stimulant notre vitalité rurale et notre puissance assimilatrice.A propos de celle-ci, nous admettons que l\u2019intégration sociale-culturelle des Néo-Canadiens ne doit pas être hâtée, puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de déprécier les autres cultures au profit de la nôtre.Outre le groupe français, les immigrants les plus assimilables pour nous sont les Italiens, les Allemands, les Indiens et les Polonais (Relations, avril 1954, p.114).Ce qui augmente notre espoir d\u2019un réveil de l\u2019établissement rural au Canada français, tant par les nôtres que par les immigrants, ce sont les conditions économiques qui déjà ont fait leurs preuves: prêts agricoles du provincial et du fédéral (voir Relations, mai 1953 et août 1954), fonds de roulement de la Société canadienne d\u2019Établissement rural, Caisses populaires et colonisation par coopératives.En même temps, l\u2019étude de la vocation des sols, le perfectionnement du mode de colonisation, l\u2019économie mixte, bref des bases d\u2019opération nouvelles assurent, sans aucun doute, à l\u2019avenir, des meilleures conditions d\u2019établissement rural.Concurremment se développe un cycle industriel de soutien: chantiers, scieries, moulins de pâte à papier, exploitations hydro-électriques, petites industries, petits centres urbains, qui n\u2019offrent pas les dangers des grandes villes.En fait, avec l\u2019appui de la Société canadienne d\u2019Établissement rural et la collaboration de ses organismes-membres, un plan organique d\u2019établissement rural, depuis le Témiscamingue et l\u2019Abitibi dans le nord-ouest du Québec jusqu\u2019à la Rivière-à-la-Paix en Alberta, n\u2019est plus une chimère, ni même une aventure risquée.La Société canadienne d\u2019Établissement rural s\u2019applique déjà avec zèle à fortifier nos groupes minoritaires.Financée généreusement par des diocèses et par quelques dons privés, elle possède des fonds de roulement assez considérables pour soutenir un bon effort.De plus, dans le Québec, la nouvelle politique d\u2019établissement rural du gouvernement ajoute à tout cela un atout puissant.A tout prendre, concluait M.Marc Meunier au cours de la récente Semaine sociale, l\u2019âge des tâtonnements semble terminé.Pourquoi alors la jeunesse hésiterait-elle toujours à se lancer dans l\u2019agriculture combinée sagement à l\u2019exploitation forestière ?N\u2019y a-t-il pas de la place seulement en Abitibi pour au moins 75,000 établissements agricoles et pour une population totale de 800,000 âmes ?L\u2019empire rural français ne s\u2019étend-il pas des Maritimes jusqu\u2019en Alberta, avec des possibilités d\u2019établissement pour dix millions, dirait le P.Alexandre Dugré ?Ainsi, l\u2019établissement rural pourra se poursuivre longtemps encore sans encombre au Canada français, même si une immigration choisie en accélère le rythme.La Société canadienne d\u2019Établissement rural possède, depuis 1952, une section, financièrement indépendante, pour les Néo-Canadiens et plus particulièrement pour le regroupement de leurs familles.* La doctrine positive que la Semaine sociale s\u2019est efforcée d\u2019enseigner en ces problèmes connexes d\u2019établissement rural et d\u2019immigration, c\u2019est qu\u2019 « une immigration choisie, orientée vers le milieu rural, tournerait en bienfait pour notre pays ce qui aurait pu constituer sa ruine » (S.Exc.Mgr Limoges).C\u2019est une doctrine qu\u2019il est plus facile de faire admettre à notre peuple catholique maintenant que la constitution apostolique Exsul familia a mieux éclairé notre esprit chrétien.Aussi notre attitude a-t-elle changé à l\u2019égard de l\u2019immigrant et de l\u2019immigration.Nous reconnaissons dans le document papal une charte des libertés humaines.S.S.Pie XII établit, en faveur des immigrants, des normes de justice analogues à celles que Léon XIII, dans Rerum novarum, a eu l\u2019heureuse pensée de lancer pour les ouvriers.Le Pape base l\u2019immigration sur le droit de la famille à un espace vital et sollicite, au nom du droit naturel, une meilleure répartition des biens de tout territoire apte à la colonisation agricole.Il fonde, en effet, le droit naturel de migration sur la nature de la terre elle-même habitée par les hommes.Du coup, nos économistes catholiques se demandent si le Canada habitable est aussi vaste qu\u2019on se le figure généralement en Europe.Ainsi, la doctrine sociale catholique, en principe la plus démocratique, la plus favorable à la liberté des migrations qu\u2019elle fonde sur le droit naturel, devient, en pratique, pour nous, très complexe.Elle n\u2019admet que le minimum de restrictions à la liberté de migration, et encore en raison seulement 314 RELATIONS du vrai bien commun interprété strictement.Comment des opinions économiques ou politiques sans évidence pourraient-elles suffire à justifier, devant notre conscience chrétienne, une opposition arbitraire à la liberté de l\u2019immigration?La distinction de se montrer favorable à l\u2019immigrant et hostile à l\u2019immigration est boiteuse.L\u2019opportunisme politique, les théories économiques ne sauraient, en principe, prévaloir contre un droit naturel certain.Au Canada français socialement catholique, le principe moral tend heureusement à dominer et à régler le principe politique et le principe économique.Les Canadiens français admettent maintenant plus volontiers que les principes catholiques sont favorables à la liberté des migrations.Cependant, n\u2019éprouvons-nous pas quelques difficultés à concilier cette doctrine, toute nuancée soit-elle, admettant de légitimes restrictions, avec les prérogatives sacrées de nos droits historiques ?Je ne sais jusqu\u2019à quel point, par exemple, la plupart des nôtres défendraient le pluralisme culturel, c\u2019est-à-dire le droit de l\u2019immigrant à garder son intégrité nationale, familiale et culturelle?Cette doctrine a heureusement prévalu dans le Service des Néo-Canadiens de la Commission des Écoles catholiques de Montréal, voire même dans nos multiples mouvements d\u2019assistance.Ces principes devraient encore servir à déterminer les caractères d\u2019une immigration acceptable au Canada français.L\u2019immigration la plus recommandable pour nous ne doit-elle pas être familiale et, dans une plus large mesure, agricole, catholique et d\u2019affinité française ou du moins latine ?M.Camille L\u2019Heureux a bien discerné les trois principaux courants de pensée, parmi les nôtres, concernant l\u2019immigration.Pour les uns, la question se limite à l\u2019assistance sociale; selon d\u2019autres, le problème s\u2019élargit à obtenir, dans une mesure croissante, une immigration familiale, agricole, catholique et française ou latine; un troisième groupe, enfin, souhaite que le gouvernement provincial adopte une politique officielle d\u2019immigration, comme la pratique déjà l\u2019Ontario.Les trois courants ont ceci de commun qu\u2019ils manifestent une attitude de plus en plus positive au Canada français.Ainsi, dans l\u2019opinion populaire au moins, le principe moral domine et règle, souvent même explicitement, le principe économique.Celui-ci, par lui-même, selon nos gens, tendrait plutôt à geler l\u2019immigration.Partagée, l\u2019opinion de nos ouvriers catholiques est malaisée à définir, car, bien que favorable par sens chrétien, elle ne parvient pas entièrement à se libérer de la crainte du chômage.Partagée aussi pour un autre motif, l\u2019opinion de certains nationalistes est que l\u2019immigration pourrait mettre nos droits français en péril.« Un équilibre doit donc être recherché et atteint, dit le cardinal Léger, par le travail lent, prudent, mais persévérant d\u2019économistes dirigés par les principes^*d\u2019une saine morale.»\tf A tout prendre, l\u2019attitude des Canadiens français a évolué du refus à l\u2019acceptation.Est-il besoin de rappeler que cette volte-face n\u2019est pas particulière à notre pays ?Depuis la découverte de l\u2019Amérique, les migrations spontanées et libres avaient prévalu, succédant au système médiéval qui retenait le serf à la glèbe de son seigneur.Mais, au cours de l\u2019histoire contemporaine, vers la fin du xixe siècle ou le début du xxe, surgirent de nouvelles restrictions à la liberté migratoire, et cela, en contradiction avec les principes de la civilisation moderne, issue de la Révolution française.Nouvelle preuve que de faux principes, comme celui des nationalités entendu sans rapport à un droit naturel et à un droit international, enchaînent un jour ou l\u2019autre les libertés humaines les plus sacrées.D\u2019autres idéologies en firent autant, et ainsi voguait le globe vers les guerres mondiales.Les pays se barricadaient et établissaient divers systèmes d\u2019exclusion des immigrants d\u2019après les conditions économiques, l\u2019attitude politique, la race, la moralité, la santé mentale, les condamnations antécédentes, voire même d\u2019après des quotas arbitraires selon le temps et les nationalités.Une orientation toute différente, depuis la guerre, ouvre de nouveau la porte des pays d\u2019immigration.Un nouveau droit international affirme le principe de la liberté des migrations: Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme (voir Relations, décembre 1948 et novembre 1949), projet de pacte des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques (mai 1953), et convention relative au statut des réfugiés.Le Canada français, instruit déjà par la doctrine sociale de l\u2019Église catholique, a accepté pleinement, en principe, les normes du droit international conforme au droit naturel.Reste la redoutable empreinte de notre histoire qui freine sagement chez nous le courant de la libre immigration.Des étapes de l\u2019immigration canadienne, notre historien national a justement écrit: « Les quatre phases ont ceci de commun que l\u2019on y voit fonctionner une méthode d\u2019immigration massive, parfaitement désordonnée,.qui dépasse audacieusement tout ce que le Brésil, l\u2019Argentine, les États-Unis eux-mêmes, à quelque moment que ce soit de leur histoire, ont osé se permettre.Trop manifeste dessein, en dépit des déclarations officielles, de contrecarrer la progression de l\u2019élément français.» (Chanoine Lionel Groulx.) De fait, le 11 janvier dernier, M.Harris, alors ministre de l\u2019Immigration, avouait sans ambages que les gens d\u2019origine britannique devaient représenter la plus grande partie de nos immigrants.« Pendant les quatre dernières années, précisait-il, un tiers de nos immigrants ont été des Britanniques, qui ont affermi notre foi dans un gouvernement démocratique puissant et fortifié l\u2019attachement à nos traditions.» Oui, cette politique d\u2019immigration vise à maintenir la suprématie britannique au Canada.Le groupe anglais a reçu plus de 80% des 958,146 immigrants entrés au pays de 1946 à 1953, l\u2019Ontario plus de 51%, NOVEMBRE 1954 315 l\u2019Ouest près de 25%, le Québec moins de 20%, les Maritimes et Terre-Neuve 3.6%.Cependant, comme le principal facteur de l\u2019accroissement de la population reste toujours l\u2019excédent des naissances sur les décès, les Canadiens français, premiers parmi les groupes ethniques canadiens par leur puissance de renouvellement et leur potentiel de vie, ont tenu tête à la politique fédérale et conservé leur position démographique relative depuis vingt ans.D\u2019autre part, nos minorités se trouvent de plus en plus menacées.« Les statistiques du dernier recensement, écrivait le Père Arès (Relations, septembre 1954), révèlent comme un fait évident une augmentation redoutable dans la puissance assimilatrice de l\u2019anglais, et cela dans toutes les provinces canadiennes.Aussi, jamais les pertes n\u2019ont-elles été si élevées chez les groupes minoritaires canadiens-français.» C\u2019est donc plutôt en dépit des leçons et des circonstances historiques, en dépit même de certains principes ou préjugés économiques déconseillant l\u2019immigration, que les Canadiens français, dans leur ensemble, cherchent à justifier leur attitude nouvelle.Leur désir s\u2019accroît d\u2019une doctrine basée non plus sur le sentiment, moins encore sur l\u2019opportunisme politique, mais sur une étude sociologique du Canada français.La politique du Curé Labelle \u2014 établissement rural et immigration familiale, agricole, catholique \u2014 ne serait-elle pas encore notre salut?Les objections ne résistent pas à l\u2019examen.Si la population s\u2019accroît rapidement, la richesse viendra-t-elle à manquer ?Pas nécessairement, car, grâce à l\u2019immigration même, les richesses naturelles seront mieux exploitées, la productivité et le marché intérieur accrus, les énergies renouvelées.S.Exc.Mgr Limoges a donc lancé le mot d\u2019ordre: Continuons l\u2019œuvre de notre Curé Labelle! L\u2019union sacrée des Canadiens français s\u2019opère déjà sur le front de la charité.Nos évêques figurent en tête.Depuis 1952, ils ont aidé la Société canadienne d\u2019Éta-blissement rural à regrouper 900 familles néo-canadiennes et à introduire 2,000 autres familles au Canada.Le rapport de Caritas-Canada nous montre comment les services d\u2019assistance aux immigrants se trouvent tout aussi bien coordonnés sur le plan national qu\u2019ils le sont déjà sur le plan international catholique.On y puisera une juste et grandiose idée des activités charitables du Canada français envers les immigrants: paroisses nationales fondées, conformément aux prescriptions de la constitution apostolique Exsul familia, autres services aux immigrants, notamment le Service des Néo-Canadiens de la Commission des Écoles catholiques de Montréal, le Centre social d\u2019Aide aux immigrants dirigé par les Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil et la Société d\u2019Assistance aux immigrants.Il faudrait, pour tout dire, faire le tour des vingt-neuf diocèses français du Canada et des sept vicariats apostoliques.Partout, c\u2019est le même zèle, la même charité.En 1953, plus d\u2019un million de dollars, sans compter un travail bénévole incalculable, ont été dépensés pour l\u2019assistance aux arrivants: $308,480 pour les premières nécessités de la vie, comme la nourriture et le vêtement ; $373,938 pour les soins médicaux; $425,000, en forme de prêts, pour le regroupement des familles.Admettons, pour conclure, que l\u2019établissement rural et l\u2019immigration sont des problèmes trop vastes et trop complexes pour tenir en un bref essai.Mais, comme le cœur des deux problèmes est le même, à savoir une juste conception de la propriété privée qui doit présider au partage des terres, des capitaux et des biens matériels, il était bon de rappeler certains faits et les courants de justice qui assureront l\u2019avenir du Canada français.AU SERVICE DES ENFANTS « Les enfants comptent sur nous, terminons Vhôpital » J.-Guy GAUVREAU 1E NOUVEL HÔPITAL Saint-Justine, situé chemin de la Côte-Sainte-Catherine, une fois terminé, sera l\u2019un des plus modernes en Amérique du Nord.Sa structure blanche de douze étages, aux lignes hardies, sera le symbole de l\u2019intérêt que portent les Canadiens français au problème de l\u2019hospitalisation de l\u2019enfance.Seulement, il faut terminer cet hôpital, et pour ce faire il manque une somme de $9,600,000.La campagne de souscription débutera le 15 novembre et se terminera le 30.Elle ne s\u2019adresse pas aux seuls Mont- Monsieur J.-Guy Gauvreau est le président général de la campagne de souscription du Fonds de construction de l\u2019Hôpital Sainte-Justine.réalais, mais à toute la province.C\u2019est pourquoi une vaste organisation a été mise sur pied.L\u2019Hôpital Sainte-Justine est heureux de compter comme patrons d\u2019honneur du Fonds de construction S.Em.le cardinal Léger, l\u2019hon.Albiny Paquette, ministre provincial de la Santé, et le maire de Montréal.Le cardinal, en acceptant ce poste, s\u2019est déclaré « heureux de faire sa petite part dans ce travail gigantesque.Je demande au Seigneur, a-t-il écrit aux organisateurs de la campagne, de donner pleine efficacité à toutes vos démarches ».De son côté, l\u2019hon.Paquette a déclaré que l\u2019œuvre de Sainte-Justine est tellement importante, non seulement pour Montréal, mais pour toute la province, qu\u2019il lui fait plaisir d\u2019aider cette cause.Quant au maire de Montréal, il a souligné qu\u2019une institution comme l\u2019Hôpital Sainte-Justine est digne de l\u2019intérêt de tous et que toute campagne de souscription en sa faveur devrait être couronnée du plus grand succès.316 RELATIONS Ces témoignages éloquents se passent de commentaires.D\u2019ailleurs, qui ne s\u2019intéresse pas à Sainte-Justine, qui n\u2019a pas entendu parler de Sainte-Justine, l\u2019hôpital qui, en 1943, a accordé 180,823 jours d\u2019hospitalisation, dont le tiers à des patients qui n\u2019étaient pas de Montréal?Pourtant, les immeubles actuels de la rue Saint-Denis sont exigus, et le personnel est débordé de travail.Avec le nouvel édifice, Montréal possédera un grand centre de traitement, de formation et de recherches conforme aux besoins du présent et de l\u2019avenir.On y comptera 800 lits permettant de recevoir plus de 20,000 enfants par année.Chaque enfant hospitalisé aura l\u2019espace requis.Chaque salle, limitée à quatre lits, constituera une unité complète pourvue de tous les accessoires nécessaires au traitement et au confort du malade.La congestion qui existe actuellement dans les dispensaires sera éliminée.L\u2019admission se fera privément.Une fois inscrit, l\u2019enfant sera rapidement dirigé vers le service approprié à son cas.Chaque service aura sa propre salle d\u2019attente, attrayante, bien éclairée et munie de toutes les facilités voulues.Notons que Sainte-Justine sera un centre de diagnostic et de traitement complet.Les enfants malades bénéficieront des derniers progrès de la science médicale.Les services de réadaptation seront tous centralisés.Le centre opératoire comprendra dix-sept salles d\u2019opération et une grande salle de recouvrance.Il est donc juste de dire que le nouvel Hôpital Sainte-Justine sera une institution qui fera honneur au Canada français.Mais il reste encore beaucoup à faire: terminer tout l\u2019intérieur.Ce qui n\u2019est pas une mince tâche.Il faut installer les systèmes de plomberie, de chauffage et d\u2019électricité; terminer les cloisons intérieures en terre cuite; finir la surface en béton des planchers, la couvrir de tuiles et de linoléum; enduire de plâtre les murs et les plafonds; poser la tuyauterie pour l\u2019oxygène; aménager les cuisines et la buanderie; parachever le terrassement, etc.L\u2019organisation de la campagne a été divisée en plusieurs sections: la section féminine, celles des noms réservés, du commerce et de l\u2019industrie, des employés et de la sollicitation à domicile.Quant à la section provinciale, l\u2019hôpital y attache une importance primordiale.Son objectif est de $600,000, et tout indique qu\u2019il sera rapidement atteint.Il suffit de visiter le nouvel immeuble du chemin de la Côte-Sainte-Catherine pour sentir l\u2019importance d\u2019une telle campagne de souscription.« Les enfants comptent sur nous, terminons l\u2019hôpital.» On ne pouvait choisir un mot d\u2019ordre correspondant mieux à la situation actuelle.La province de Québec n\u2019oubliera pas ses enfants malades.LA TÉLÉVISION LES COMMANDITAIRES Emile GERVAIS, S.J.LA SAISON 1954-1955 débute à peine au moment où nous écrivons ces lignes.Il est bien difficile d\u2019en prévoir les tendances et de faire des pronostics: les programmes viennent de commencer ou sont simplement annoncés.Nous pouvons cependant étudier immédiatement un problème de grande conséquence pour la valeur et l\u2019orientation des émissions télévisées à CBFT.Les commanditaires sont des auxiliaires indispensables.D\u2019aucuns diront: un mal nécessaire.La télévision privée, à la recherche de justes profits, vit de leurs générosités.Au Canada, la télévision officielle, en principe du moins, affiche à leur égard une grande indépendance.Elle leur permet de fournir 40% des frais pour les émissions commanditées; elle assume le reste et surtout se réserve l\u2019autorité exclusive sur le programme même: contenu, direction, émission.Cette politique fut vertement critiquée en certains milieux, très intéressés à la libre concurrence.Politique raisonnable et juste, parfaitement conforme à la mission qui incombe à Radio-Canada, pour la télévision comme pour la radio, de favoriser de toutes manières les talents et la culture, de prévenir toute déviation en ce domaine.A CBFT, en pratique, où est cette belle indépendance?Notre télévision recherche les commanditaires, dont elle a un besoin vital pour défrayer des émissions dont le coût dépasse toutes les prévisions.Les commanditaires, et les agences de publicité qui les représentent, sont trop souvent amenés à exercer sur les émissions l\u2019autorité réservée en principe à Radio-Canada.On voit d\u2019ici les conséquences, qui ne sont pas toujours favorables à la culture et à la mission de la télévision chez nous.Les commanditaires \u2014 ne devrions-nous pas dire surtout les agences de publicité ?\u2014 favorisent la réclame facile et qui rapporte.Ils préfèrent donc les programmes à grosse popularité, qui n\u2019imposent pas de réflexion, touchent la sentimentalité du peuple et sa vanité, excitent son appétit du gain et flattent ses goûts de perpétuel adolescent.Heureusement qu\u2019à CBFT on s\u2019est arrêté là, sans faire appel aux instincts les moins nobles de la populace, comme cela s\u2019est fait ailleurs.Mais, en tout cela, où se trouve le souci de la culture du peuple, de son profit intellectuel et moral ?De plus, la plupart des agences de publicité sont anglaises.De recourir à nos compatriotes ne les rend pas d\u2019emblée respectueuses de notre esprit, de nos coutumes.Elles imposent même certaines méthodes de publicité, qui ont fait leur preuve ailleurs, dans un autre milieu, anglo-canadien ou américain, mais qui demeurent étrangères à notre mentalité, à nos mœurs.Ajoutez enfin cette autre considération qui est loin d\u2019aider à résoudre le problème: le marché canadien-français est moins considérable que l\u2019anglo-canadien; il intéresse donc moins les agences d\u2019annonces et leurs clients, mus d\u2019habitude par des considérations exclusivement commerciales.N\u2019est-ce pas là une des principales causes de la banalité de trop de programmes?Pourtant, viser à faire autrement, à faire canadien-français, intelligemment et artistiquement, est la seule chance pour notre télévision de survivre et de prospérer, à côté de la télévision anglo-canadienne et du colosse américain; ce dernier nous envahit déjà par ses programmes en réseau, qui bientôt nous parviendront directement du mont Washington et du Vermont.Les commanditaires et leurs représentants l\u2019oublient trop souvent.Voici quelques exemples.Le regretté et éphémère Carrousel fait preuve d\u2019un réel souci d\u2019originalité canadienne-française.On le remplace par Tourbillon, plus au goût des bailleurs de fonds, mais pauvre copie du Jackie Gleason Show et de Toast of the Town.Autre exemple plus probant.Le programme Chacun son métier avait une grande popularité.On y trouvait avec plaisir de la fermeté et de l\u2019esprit chez l\u2019animateur, une certaine méthode et du flair chez les NOVEMBRE 1954 317 experts habituels; en outre, plusieurs concurrents avaient la chance de participer à chaque émission.Cette popularité méritée attire l\u2019attention des agences de publicité, et voici que le programme est commandité.Dès la première émission, on ne le reconnaît plus.C\u2019est une imitation servile de l\u2019américain What\u2019s my line ?: identification des concurrents qui écrivent leur nom au tableau noir, système de points qui ralentit le rythme et diminue le nombre des concurrents, etc.L\u2019émission Chacun son métier a perdu son charme avec son originalité.A qui la faute?Le commanditaire a-t-il imposé ce changement malencontreux ?Nous aimerions bien le savoir.Chose certaine, pour donner des programmes culturels conformes à notre mentalité, CBFT semble obligé de les prendre à son compte et d\u2019en faire tous les frais.C\u2019est le cas, par exemple, de l'Heure du concert, des « téléthéâtres » et de quelques autres spectacles.De même, pour cette nouvelle venue, Fantaisie canadienne, à qui nous souhaitons longue vie.Un autre tort dont les commanditaires sont en grande partie responsables, ce sont les émissions en anglais transmises par les postes privés dans notre province.A Québec, c\u2019est malheureusement un fait.A Rimouski, sera-ce de même ?Pourquoi des émissions anglaises pour une population presque entièrement francophone?Certains commanditaires de la région, dont on a un impérieux besoin, exigeraient que leur annonce soit accolée à des programmes très populaires, même auprès des nôtres, comme Toast of the Town.C\u2019est ainsi qu\u2019auprès des populations desservies par ces postes, non seulement la télévision faillira à sa mission d\u2019éduquer le peuple, mais introduira pendant de longues heures, au cœur même du foyer, des spectacles, des mœurs, des coutumes contraires à notre culture et à notre manière de vivre catholique et canadienne-française.Le remède ?Pas d\u2019autre que l\u2019action d\u2019une opinion alertée et toujours aux aguets.Cette opinion ne s\u2019élèvera pas d\u2019elle-même.Elle a besoin d\u2019être stimulée et soutenue.Depuis que la télévision est entrée chez nous, combien d\u2019associations nationales et d\u2019organismes d\u2019action catholique ont étudié le problème et sont passés au travail sérieux et efficace?Combien ont formé, au sein de leurs sections, des comités de télévision?Combien ont constitué des groupes d\u2019écoute et de critique ?Se préoccupe-t-on d\u2019exercer sur Radio-Canada et sur les commanditaires une influence capable de combattre la tendance à chercher les succès faciles, rarement élevants et éducatifs?Seule une telle action pourra changer le cours des choses.Il n\u2019est pas impossible \u2014 au contraire \u2014 de faire comprendre à certains commanditaires qu\u2019en exerçant un rôle de mécène ils peuvent promouvoir leurs meilleurs intérêts.En reconnaissance de l\u2019encouragement que leur offre la clientèle canadienne-française et aussi en vue de relever leur prestige, ne voudront-ils pas patronner certaines émissions de qualité, vraiment de chez nous et culturelles ?Quant à Radio-Canada, ne pourrons-nous l\u2019amener à juger la valeur des appréciations qui lui sont transmises plutôt que d\u2019en peser seulement le nombre?Nous avons suggéré la formation par Radio-Canada de comités d\u2019auto-critique et de comités d\u2019experts bénévoles; on ne semble pas avoir donné suite à cette suggestion.Une opinion éclairée, et guidée par des organismes tenaces et sérieux, pourrait en tenir lieu pour le plus grand bénéfice de tous.HORIZON INTERNATIONAL INDE A PRÈS le désastre du Vietnam, les regards se jT\\ tournent vers V Inde.De tous les pays, c\u2019est celui qui a la frontière commune la plus longue avec le monde rouge.Des hauteurs du Tibet, la Chine et son puissant allié dominent les infinies richesses et les villes ensoleillées du fabuleux sous-continent.Tout le monde acclame le courage, la sagesse cent fois séculaire, le jeune dynamisme avec lequel l\u2019Inde indépendante a affronté ses problèmes.Que les Indiens se présentent avec cette modeste fierté qui fait leur charme, cela n\u2019éveille que de la sympathie.Deux livres récemment parus attirent l\u2019attention sur des questions auxquelles il faut trouver des réponses promptes et sûres.Le premier est India Going Red?d\u2019Alfred Nevett, membre de Y Indian Institute of Social Order, de Poona.Il l\u2019a publié pour opposer un barrage, si faible soit-il, au flot de la propagande rouge.Dans le premier chapitre, il pose ouvertement la question: « L\u2019Inde deviendra-t-elle communiste?» Il y a dans ce pays beaucoup de pauvreté.Sur 300 millions de population, environ 70,000 paient l\u2019impôt sur le revenu (combien devraient le faire, mais trichent?).On a développé l\u2019éducation populaire, mais avec le résultat que tout le monde veut désormais travailler dans des bureaux! La victoire chinoise a réveillé le sens asiatique, et on se méfie de l\u2019Occident.Par contre, on accepte les Russes comme des Asiatiques désintéressés.Missions culturelles, missions commerciales, missions de bonne entente, missions sportives, missions de paix s\u2019échangent entre l\u2019Inde, la Chine et la Russie au rythme du mouvement perpétuel.On est à peine arrivé qu\u2019on organise déjà la visite d\u2019échange.Chaque mission en Chine ou en Russie, chaque congrès de « paix » ramène ses propagandistes, sportifs, politiciens, hommes d\u2019affaires, étoiles de cinéma, poètes, qui, ayant entendu et vu ce qu\u2019ils devaient, reviennent avec leur enthousiasme pour la Russie, la Chine ou ses satellites.(P.18.) C\u2019est un raz de marée.Durant cinq ans, les communistes organisèrent un véritable état rouge à Telengana.Ils « gouvernaient » environ 2,000 villages; ils y firent leur réforme agraire, administrèrent la justice marxiste et liquidèrent leurs ennemis.Quand, la ligne du parti ayant changé, les communistes décidèrent de collaborer avec M.Nehru et de renoncer à Telengana, ils promirent de rendre leurs armes, à condition que le gouvernement ne fît pas enquête sur les crimes commis.Il n\u2019y eut pas de promesse du gouvernement, mais les communistes ne rendirent qu\u2019une partie de leurs armes (p.22).Fondé par le célèbre Marendranath Roy, que nous retrouverons ensuite au Mexique, au Komintem et ailleurs, avant qu\u2019il se fasse chasser du parti en 1929, le parti eut une existence précaire jusqu\u2019à la guerre de 1939-1945.Il dépendait du parti de Grande-Bretagne à travers la League against Imperialism, dont le secrétaire général, Ben Bradley, arrêté en 1929 pour agitation révolutionnaire, fit de la prison à Meerut.Il avait été condamné à dix ans, le 15 janvier 1933; mais cela ne l\u2019empêcha pas d\u2019assister au VIIe congrès du Komintern à Moscou, durant l\u2019été de 1935.Le parti communiste indien disparut dans l\u2019illégalité, le 28 juillet 1934; les camarades s\u2019infiltrèrent dans le parti du Congrès.Durant la dernière guerre, alors que le parti du Congrès crut devoir louvoyer, le parti communiste s\u2019engagea à fond, une fois l\u2019Union soviétique envahie par Hitler.L\u2019interdiction 318 RELATIONS fut alors levée; ses effectifs montèrent de 4,000 (1942) à 55,000 (1945).Le parti du Congrès se détacha des communistes; ceux-ci rétorquèrent en traitant Nehru de fasciste Après diverses pirouettes, au cours desquelles le parti communiste se rajusta à la nouvelle situation, vint le Front unique (1951), confirmé par le dernier congrès du parti communiste indien (décembre 1953).On encourage M.Nehru surtout dans sa politique étrangère; sa politique indienne n\u2019est pas assez radicale.En janvier 1954, le parti communiste avait environ 70,000 membres.C\u2019est peu, mais le prestige de l\u2019Union soviétique est devenu colossal, surtout parmi les étudiants, les intellectuels, et M.Nehru regarde avec faveur de ce côté.Des personnes non informées répètent qu\u2019une des raisons pour lesquelles le communisme se propage en Extrême-Orient est que nous n\u2019aidons pas ces pays matériellement.Voici les chiffres de l\u2019aide administrée par les Nations Unies en 1952.(Sous la rubrique Union soviétique, il faut compter la Russie-Blanche et l\u2019Ukraine, p.199.) Contributions votées États-\t\t\tGrande-\tUnion Organisation\t(en millions de dollars américains)\tUnis %\tBretagne %\tsoviétique % Nations Unies.\t.42.94\t36.90\t10.6\t11.49 F.A.O.(Vivres)\t.5.23\t30.00\t14.37\tRien O.M.S.(Santé)\t.8.60\t33.33\t11.25\tRien U.N.E.S.C.O\t\t.8.56\t33.33\t11.59\tRien O.l.T.(Travail)\t.6.16\t25.0\t13.15\tRien O.A.C.Ï.(Aviation) 2.83\t\t24.97\t8.05\tRien Promis\t\t.18.82\t60.5\t6.7\tRien Il n\u2019est pas ici question du plan Colombo ou d\u2019autres agences.Au lieu de verser ses cotisations, l\u2019Union soviétique dépense son argent à payer ceux qui répéteront à l\u2019infini que les États-Unis, l\u2019Angleterre et d\u2019autres sont des peuples « impérialistes » qui ne veulent que la ruine de l\u2019Asie.Nevett, pour faire sa part contre le flot communiste, a vendu la première édition de son livre \u2014 318 grandes pages \u2014 à vingt-cinq sous l\u2019exemplaire! 3,000 ont disparu en un mois.Il veut faire des éditions dans plusieurs langues de l\u2019Inde.Son livre en vaut la peine.Quelqu\u2019un lui donnera-t-il un coup de main ?Le P.E.de Meulder, S.J., qui est bien connu au Canada, décrit dans Tribal India Speaks (Indian Institute of Social Order) les aborigènes de l\u2019Inde, les descendants de ceux qui vécurent les premiers dans l\u2019immense sous-continent.On les trouve dans six états, surtout dans Bihar, et le P.de Meulder, qui s\u2019est fait naturaliser Indien, en est enthousiaste.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, les aborigènes sont restés à l\u2019écart de l\u2019ensemble de la population.Ils commencent à remuer dans le cadre de l\u2019indépendance.L\u2019Église, toujours prompte, a fait de l\u2019un d\u2019entre eux, Mgr N.Kujur, S.J., l\u2019évêque de Ranchi (177 prêtres, 229,049 catholiques).Le P.de Meulder s\u2019est fait non seulement citoyen de l\u2019Inde, mais aborigène.On découvre dans sa brochure les renseignements les plus inattendus: il faut respecter, dans l\u2019Inde, environ trente millions de bœufs et vaches malades, soixante-dix millions d\u2019animaux inutiles et stériles, environ cinquante millions de singes et d\u2019autres millions encore d\u2019animaux sacrés.« Ceux qui aiment l\u2019Inde peuvent-ils permettre que la terre de ses nombreux enfants soit broutée jusqu\u2019au désert par des armées de singes et de vieilles vaches?» (P.69.) Cela, un aborigène a le droit de le dire aux hindous.Il dresse un magnifique programme de relèvement social pour les 26 à 30 millions d\u2019aborigènes indiens.Avec leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs coopératives, les missions catholiques ont produit les meilleurs résultats.Elles sont la bête noire de ceux qui veulent « libérer » l\u2019Inde en l\u2019asservissant aux communistes.Les aborigènes de Bihar montent la garde au pied de l\u2019Himalaya.TORTURE ET COMMERCE 1.La bibliographie sur les camps de concentration soviétiques et sur les prisons chinoises s\u2019allonge de plus en plus.La cellule 23, d\u2019A.Bonnichon (Études, septembre 1954), nous fait assister, par son réalisme d\u2019une inexprimable sérénité, à la transformation mentale des prisonniers chinois.L\u2019homme est amené à renoncer à sa pensée individuelle pour adopter celle que lui dicte le gouvernement.Personne, jusqu\u2019ici, n\u2019avait décrit ce procédé avec une clarté aussi convaincante.Le P.Bonnichon n\u2019a pas connu la torture physique.Il n\u2019a subi que les heures interminables d\u2019un endoctrinement affolant, d\u2019où il s\u2019échappait en contemplant la passion du Christ.Le P.Joseph Schyns, missionnaire de Scheut, ancien recteur de l\u2019Académie Verbist, à Pékin, a publié le récit de son supplice (Aveux spontanés, Anvers, 1954).Cette fois-ci, la séance des tortures prend une durée inaccoutumée.Quinze heures?Vingt heures?Je ne le sais pas.Mais j\u2019ai vu, pendant la séance, le soleil se coucher et se lever, et cela ne finissait pas! Pour la circonstance, on avait inventé de nouvelles manières de faire souffrir.Tandis que je me trouvais agenouillé, les mains serrées derrière le dos, les soldats me posèrent un manche de balai sur les mollets.A chacun des deux bouts se posta un bourreau: et ils se mirent à faire rouler le manche tout le long du mollet en pesant dessus de tout leur poids.Est-ce 100 ou 120 kilos que pesaient ces deux hommes?Tout ce que je sais, c\u2019est que par moments mes cris étaient tels que je n\u2019entendais plus ceux de mes confrères jugés dans les salles voisines.Quand je hurlais trop fort, on me fourrait une chaussette dans la bouche, chaussette que le soldat ôtait de ses pieds pour la circonstance! Après cela, les tortures ordinaires, la suspension, le calvaire, toute la gamme des souffrances.(P.53.) Le P.Schyns ne céda pas à la torture.Après que celle-ci eut été arrêtée et qu\u2019il eut à peu près perdu la raison, on lui fit avouer toute espèce de choses.J\u2019ai avoué comme tous mes confrères, victimes de la rafle du 25 juillet, comme l\u2019évêque emprisonné dans la même cour que moi, comme des centaines de milliers de Russes, de Chinois, de Hongrois et de Polonais.Sous le coup de la torture, je n\u2019ai pas cédé.Au paroxysme de la souffrance, j\u2019ai toujours eu le courage de proclamer: Non! je n\u2019avoue rien, je suis un innocent! Mais quand je suis devenu une loque humaine, quand ma raison fut affaiblie et que, profitant de cette faiblesse, les commissaires firent luire à mes yeux l\u2019espoir d\u2019une mise en liberté, d\u2019un retour au pays, subitement ma résistance est tombée.Non seulement j\u2019ai avoué des choses inexistantes, mais j\u2019ai déclaré que je faisais ces aveux « spontanément et en pleine liberté d\u2019esprit ».(P.74.) Il décrit comment cette transformation se produisit en lui.Ces pages expliquent, sans pentothal ou autres drogues, le mystère des « confessions spontanées ».« C\u2019est ma conviction profonde que si des tortionnaires soviétiques veulent faire parler quelqu\u2019un, ils y arriveront tôt ou tard, à moins qu\u2019entre temps la victime n\u2019ait la chance de mourir entre leurs mains.» (P.78.) Quant à la Russie rouge, la Commission internationale contre le régime concentrationnaire fit paraître en 1951 son Livre blanc sur les camps de concentration soviétiques.Cette Commission internationale représente environ cent mille anciens prisonniers politiques des camps nazis, groupés dans leurs organisations nationales en Allemagne, Belgique, Espagne (républicaine, à cause du nombre de ceux qui furent enprisonnés au camp de Mauthausen et ailleurs), France, Hollande, Pologne.La Commission créa son tribunal, s\u2019astreignit aux règles de l\u2019évidence judiciaire.Nous avons ici les procès-verbaux NOVEMBRE 1954 319 de six audiences (21 mai-ler juin 1951).Les témoins nous font visiter successivement les principaux camps soviétiques: les chantiers de Solovki, la construction du chemin de fer Baikalo-Amurski, la location de détenus aux kolkhozes nécessiteux, les mines de Vorkuta, les salaisons de Magadan, etc.Au cours de la sixième audience, le président résuma les dépositions : .la main-d\u2019œuvre forcée a réalisé de grands canaux, des combinats; a créé d\u2019immenses chantiers d\u2019abattage de forêts en Sibérie; a créé et exploité des mines, des pêcheries, des conserveries de poissons; a construit des villes, des routes, des chemins de fer; réalisant enfin, dans les régions les plus déshéritées d\u2019Europe septentrionale et d\u2019Asie, le travail d\u2019usine sous toutes ses formes.(P.172.) Un des rapports les plus curieux a trait aux Espagnols « républicains » qui étaient en U.R.S.S.quand la guerre d\u2019Espagne prit fin.On connaît l\u2019équipée du « général Campe-sino ».La plupart de ces Espagnols furent arrêtés en 1941 et, après diverses prisons et camps de travaux forcés (notamment dans l\u2019extrême-nord de la Sibérie), finirent par arriver à Karaganda (Kazakhstan).En juin 1948, il y avait cent quarante-neuf survivants à Karaganda.Dix-huit d\u2019entre eux ayant accepté la nationalité soviétique furent libérés.Les autres furent maintenus au camp et, en avril 1942, transférés dans la région de Vologda avec une centaine de prisonniers de la division bleue.En octobre 1950, d\u2019après les témoignages reçus, sur les cinquante-neuf survivants de Karaganda, dix-huit avaient été libérés et travaillaient aux environs de la mer Noire; trente-sept étaient dans le camp n° 7385 et quatre dans le camp n° 8741.(P.201.) Nous recommandons ce témoignage à la méditation des camarades Tim Buck, Gui Caron, Camille Dionne et de leurs amis.S\u2019ils font une révolution rouge au Canada, \u2014 tout est possible en ce bas monde! \u2014 ils mourront probablement de faim, de travail forcé et de coups de crosse dans quelque camp de concentration sibérien, où ils ne seront pas plus avantagés que nous.Et cela, peut-être, nous réconciliera avant la mort.2.Quand, en 1952, les soviétiques convoquèrent la conférence économique de Moscou pour rétablir sur une grande échelle les échanges commerciaux avec le monde libre, ils s\u2019y étaient préparés par une vaste série d\u2019études économiques entreprises par l\u2019Académie des Sciences d\u2019U.R.S.S.Voici quelques ouvrages que j\u2019ai acquis au petit bonheur: les Peuples d\u2019Amérique latine dans la lutte contre Vimpérialisme américain (Moscou, 1951, 460 pp.; quand il n\u2019y a pas de nom d\u2019auteur, l\u2019ouvrage a été composé en équipe); le Capitalisme international, arme-crédit de Vagression impérialiste, par le prof.N.N.Liubimov (Moscou, 1951, 167 pp.); le Développement de la crise de l\u2019empire britannique après la deuxième guerre mondiale, par I.M.Lemin (Moscou, 1951, 566 pp.); la Crise du système colonial; la lutte nationale libératrice des peuples d'Asie orientale (Moscou, 1949, 289 pp.).Ce dernier livre nous renseigne sur l\u2019Inde, Ceylan, l\u2019Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Corée.N\u2019étant pas économiste de profession, je n\u2019ai pas collectionné ce genre de livres, je ne me suis pas abonné aux revues soviétiques spécialisées.La documentation communiste dans ce domaine essentiel est colossale, comme on peut en juger, par exemple, en consultant la Politique impérialiste des États-Unis dans les pays du bassin des Caraïbes (1900-1939), par A.I.Zubok (Moscou, 1948, 520 pp.).La seule bibliographie y occupe vingt-sept pages de texte serré.On y traite surtout des questions économiques; elles sont le fondement unique de toute réalité marxiste.Quand nos hommes d\u2019affaires vont discuter avec les soviétiques, ils ont devant eux des hommes qui se sont préparés avec un très grand soin, qui savent ce qu\u2019ils veulent, qui intègrent leur point de vue, par-delà le contrat immédiat, dans la politique générale.Ils entrent donc en relations avec le trust le plus gigantesque que le monde ait jamais connu.Tout le commerce.étranger est monopole, non seulement de l\u2019État, mais de l\u2019État fédéral (art.77 de la constitution); quoique les républiques soviétiques soient « souveraines » et représentées aux Nations Unies, elles n\u2019ont pas de rapports commerciaux avec l\u2019étranger.Quant aux « démocraties populaires », leur économie est coordonnée à celle de l\u2019Union soviétique.La production économique tout entière est subordonnée à l\u2019État par le plan d\u2019économie nationale, mais toute la ^production économique lourde est monopole exclusif de VÉtat fédéral (art.4, 6 et 77).Les lois sur la « discipline du travail » (Droit ouvrier soviétique, Moscou, 1949, pp.254-294; Droit pénal soviétique, Moscou, 1950, pp.389-493) donnent à l\u2019État soviétique une autorité totale et sans conditions sur les ouvriers et leurs « syndicats ».Enfin, le régime des camps de concentration décrit ci-dessus assure à l\u2019Union soviétique une main-d\u2019œuvre d\u2019esclaves à peu près illimitée.D\u2019après l\u2019oukase du 26 mai 1947, les sentences au camp de travaux forcés peuvent aller jusqu\u2019à vingt-cinq ans pour « attentat contre l\u2019industrie d\u2019État, le transport, le commerce, le mouvement d\u2019argent ou le système de crédit, les coopératives.etc.» (amendement à l\u2019article 58).Ce monopole commercial est un instrument politique pour en finir avec le système capitaliste et impérialiste, c\u2019est-à-dire les puissances non soviétiques.Dans le manuel de Droit international, publié par l\u2019Académie des Sciences (Moscou, 1951), nous lisons: A la suite de la deuxième guerre mondiale et durant la période d\u2019après-guerre, il s\u2019est produit dans la situation internationale un changement aigu dans le rapport des forces en faveur du socialisme.La caractéristique du droit international, durant la période qui suit la deuxième guerre mondiale, est qu\u2019il se développe dans les conditions de la lutte de deux camps, le camp de l\u2019impérialisme antidémocratique conduit par les États-Unis, dont le but fondamental est d\u2019établir la domination mondiale du capitalisme américain et la destruction de la démocratie, et le camp antiimpérialiste et démocratique, conduit par l\u2019Union soviétique, qui a pour but la destruction de l\u2019impérialisme, l\u2019établissement de la démocratie et la liquidation des vestiges du fascisme.Le but de la politique étrangère de l\u2019U.R.S.S., la force dirigeante du camp démocratique, est de créer le milieu international le plus favorable possible pour établir le socialisme et le communisme (131).A ce but tendent les ressources centralisées de la politique soviétique, de la production soviétique, du travail soviétique, du commerce soviétique, de l\u2019esclavage et de la torture soviétiques, de l\u2019armée soviétique.3.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut lire ce paragraphe que nous détachons d\u2019une revue montréalaise: En ce qui concerne le Canada, qui voit s\u2019accumuler des stocks considérables dans ses entrepôts, la reprise des échanges (avec le monde communiste) fournirait un marché additionnel pour beaucoup de denrées non stratégiques.Justement, d\u2019après le Financial Post, la liste des produits demandés par l\u2019U.R.S.S.en comprend plusieurs que nous avons en excédent.Voici cette liste, telle que fournie par l\u2019ambassade soviétique à Ottawa: équipement mécanique et électrique, beurre, viande, blé, peaux brutes, machines à travailler le bois et à faire le papier, navires de pêche.Par des accords avec d\u2019autres pays, la Russie soviétique, qui semble servir d\u2019agent pour tout le bloc communiste, 320 RELATIONS achète déjà beaucoup de denrées alimentaires.Il serait im- Êjrtant que nous obtenions notre part de ce commerce.n plus de trouver des débouchés pour nos produits, \u2014 sous ce rapport, d\u2019autres pays communistes que l\u2019U.R.S.S.semblent plus intéressants que celle-ci, \u2014 c\u2019est une excellente occasion de favoriser des contacts qui, bien loin de constituer un danger pour nous, peuvent avoir pour effet de faciliter une meilleure connaissance mutuelle, base essentielle des relations qui seraient si nécessaires au monde.Laissons à l\u2019auteur de ces lignes son espoir de toucher le cœur des hommes d\u2019affaires soviétiques, ou plutôt de cette énorme organisation qui exerce la puissance qu\u2019on sait sur les vies et les consciences de presque la moitié du monde, et qui a divisé le reste en faisant luire devant lui l\u2019espoir de quelques contrats.Voici d\u2019autres arguments, cette fois, pour les ouvriers.Pourquoi les hommes d\u2019affaires seraient-ils les seuls à avoir leur « part » de cet argent ?Le chômage monte.Le commerce soviétique fera marcher les affaires, embaucher les ouvriers, tourner les moteurs, réaliser même quelques augmentations de salaire.A chacun sa « part ».Et puis, quand tout cela sera bien engagé, la direction centrale de Moscou tournera le bouton; l\u2019énorme engrenage s\u2019effondrera, et on aura le chaos.Faut-il dire que les soviétiques, qui nous offrent leurs contrats en souriant, ont pris la mesure de notre « démocratie » ?Voici, en tout cas, ce qu\u2019en pense l\u2019ouvrage collectif Théorie de l\u2019Etat et du droit, préparé par l\u2019Institut juridique de l\u2019Académie des Sciences (Moscou, 1949, 511 pp.) et qui fut imprimé à cent mille exemplaires: Le but fondamental de l\u2019État bourgeois est la défense et la protection de la propriété capitaliste, qui assure l\u2019exploitation du travail des salariés.Des deux fonctions fondamentales de l\u2019État bourgeois, la principale est celle d\u2019ordre intérieur\u2014l\u2019écrasement des travailleurs dans les intérêts de la classe capitaliste (189-190).Si nos gens d\u2019affaires pensent aller à Moscou, ou à Pékin, ou à Hanoï pour y favoriser leurs capitaux et, avec ceux-ci, le régime capitaliste, ils se font d\u2019étranges illusions.Décrivant la visite des travaillistes anglais à Pékin, un correspondant nous écrit de Hong-Kong, le 1er octobre 1954: The jolly fellows of Peking showed the smiling Delegates mines and factories they had unceremoniously robbed from Englishmen.China\u2019s leaders even insulted the Delegates in Peking by thanking them for selling China strategic material during the war in Korea (je souligne).A moins d\u2019un incroyable sursaut d\u2019énergie morale, qu\u2019on ne voit poindre nulle part à l\u2019horizon, on prévoit la capitulation graduelle de nos divers pays, guidés par leurs intellectuels et leurs gens d\u2019affaires, et une formidable indignation contre ceux qui ne voudront pas prendre part à la curée \u2014 le tout, pour le plat de lentilles de quelques affaires sans lendemain.4.Comme nous l\u2019avons observé (Relations, avril 1954), il est impossible de vivre à l\u2019écart du monde rouge.Il y aura désormais nécessairement des rapports commerciaux.Lesquels ?Si notre Occident, avec ce qui lui reste de liberté, ne veut pas s\u2019effondrer, ses meilleurs économistes devront réétudier le fonctionnement des échanges internationaux, et voir comment l\u2019économie libre peut être défendue contre l\u2019économie dirigée d\u2019un monopole qui détient absolument tout \u2014 ressources naturelles, industrie, commerce, politique, presse, établissement militaire, prisons, consciences \u2014 dans un étau qui s\u2019est fermé sur la moitié du monde.tÏMÊtàt VlCHÏ -g.% ê \\ SjngÔEg Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un récrirne \"triste\u201d?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bJeB connue et «es propriété» diurétique» contribuent à stimuler le» multiples fonction» du foie et des reins et exercent un effet des plus salutaire» «ur le système digestif en général.Demandas 1 avii do votre médecin.CE LESTONS UU MINÉRAL! NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L\u2019ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des Imitations 11] Exige» « CÉLESTINS » Importateurs: HERDT » CHARTON INC., Montréal 12 octobre 1954.NOVEMBRE 1954 Joseph-H.Ledit.321 LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES Dom Eugène VANDEUR, O.S.B.: Les Voies à la fournaise d'amour.Élévations.\u2014 Bruges, Beyaert, 1953, 289 pp., 19 cm.LE SOUS-TITRE est juste.C\u2019est ici un beau livre de prière, 4 qui n\u2019est pas fait pour être lu, mais médité.Selon la division traditionnelle chez les grands auteurs spirituels, l\u2019ouvrage se présente comme une approche progressive de Dieu dans la prière.Tout est construit autour de trois textes: le don des larmes, tiré d\u2019un livre d\u2019heures parisien du XVe siècle; une prière sur le credo, d\u2019un moine inconnu du xn° siècle; le cantique d\u2019amour de saint François d\u2019Assise.Les trois textes, médités verset par verset, simplement, en une langue que tous peuvent suivre, correspondent aux trois états de l\u2019âme en prière: purification, illumination, union.Livre pour les âmes priantes, cadeau qui fera du bien à un ami malade, acquisition précieuse pour la bibliothèque du prêtre, directeur d\u2019heures saintes ou de prières collectives.Julien Harvey.L\u2019Immaculée-Concepiion, Montréal.Chan.Jacques Leclercq: Saints de Belgique.Édition nouvelle revue et corrigée.\u2014 Tournai (Paris), Casterman, 1953, 213 pp., 20 cm.E SAINT \u2014 on l\u2019oublie parfois \u2014 reste homme de son temps, de son milieu surtout.Qu\u2019on ne s\u2019étonne donc pas de voir l\u2019A.dégager une sorte de psychologie concrète de la sainteté, de celle qu\u2019on rencontre « sous le climat de la Belgique ».Là, tout est mesuré, depuis les frontières à portée de la main et les sommets des « collines » jusqu\u2019aux gens de chez nous, travailleurs et fervents, mais.au bon sens rassis.Trop de pondération semble détourner le Belge de 1\u2019 « aventure » de la sainteté, « du besoin d\u2019aller jusqu\u2019au bout de l\u2019amour ».Dépasser la raison calculatrice, se jeter dans une certaine folie chrétienne, ce n\u2019est pas son fait (p.190).Contre ce jugement sévère, des noms glorieux affluent à la mémoire; mais ils désignent des organisateurs, des chercheurs, des missionnaires.qui ne sont pas sur les autels, pas encore.Aussi l\u2019A.conclut-il son ouvrage par un « débat sur la sainteté ».« Il y a de la démesure dans l\u2019absolu, car l\u2019absolu est hors de proportion.Le Belge est mesuré.Il manque presque toujours quelque chose à son sens de l\u2019absolu.» (P.198.) Jean Berchmans, le seul saint belge de l\u2019époque moderne, l\u2019avait compris: « Maximi facer e minima, faire les petites choses si parfaitement qu\u2019elles en deviennent grandes » (p.198), telle était sa devise.Sainteté à la taille de tous, semble-t-il, et dont la leçon se trouve dans l\u2019évangile.Ceux qui connaissent l\u2019A.par ses nombreux écrits goûteront ici la profondeur de sa pensée, sa verve brillante et son tour paradoxal.Robert-J.Ballon.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.Mary Fabyan Windeatt: The World is His Parish.The Story of Pope Pius XII.\u2014 Dayton (Ohio), Geo.A.Pfiaum, Publisher, Inc., 1954, 34 pp., 25 cm.Prix: 15 cents.BROCHURE illustrée sous forme de bandes en couleurs et racontant l\u2019histoire du pape Pie XII.Bien faite et instructive, elle est à recommander.Souhaitons qu\u2019il y ait une édition française.R.A.Geneviève Duhamelet: Mère Marie-Xavier Voirin.Fondatrice de la Congrégation des Sœurs de la Providence et de V Immaculée-Conception de Champion.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 367 pp., 20 cm.JOIE, lorsqu\u2019on aime l\u2019Église, qu\u2019une lecture comme celle-là.Divisé en deux parties, \u2014 vie d\u2019une Française qui fonde une congrégation belge; expansion de son institut à travers le monde, \u2014 cet ouvrage raconte près de cent cinquante ans d\u2019héroïsme quotidien.Vies banales que celles de Mère Voirin et de ses imitatrices?C\u2019est que l\u2019héroïsme est devenu banal dans l\u2019Église.Nos esprits auraient-ils perdu le sens du surnaturel, le don de reconnaître Dieu à l\u2019oeuvre?A la portée de tous, ce beau livre, grâce au style de l\u2019A., captivant dans sa simplicité.Boucherville.Béatrice Clément.Léo Trese: La Journée d'un curé.Traduit par l\u2019abbé M.Grandclaudon.\u2014 Mulhouse, Éditions Salvator, 1953, 142 pp., 18.5 cm.DE L\u2019ORIGINAL, Vessel of Clay, on a dit ici (janv.1951, p.27) que « l\u2019Ame de tout apostolat de Dom Chautard y est traduit en américain et mis en tableaux d\u2019examen de conscience, mais qui n\u2019ont rien à voir.avec les examens de consciencee de certains manuels.Ici, tout est vrai, tout est humain, tout est lucide.Rien n\u2019est cruel, n\u2019est âcre, rien n\u2019est janséniste ».Louange bien méritée.Après les encycliques et quelques autres livres, un prêtre se doit de posséder celui-ci et de ne pas le prêter: jamais il ne lui reviendrait.Et il serait dangereusement privé d\u2019un instrument sûr de méditation sans sommeil.« Ici, tout est vrai.» Comme c\u2019est vrai! Et le prêtre moderne a besoin, le premier, de retrouver le vrai, volontairement perdu dans nos âges obscurs (nous nous inspirons d\u2019une pensée de Pie XII).Et le laïc, à sa suite, se doit à cette quête.Quand il ne rencontrerait dans ce livre que le prêtre vrai, et non plus des caricatures ou trop bienveillantes ou trop malveillantes.On sait, d\u2019ailleurs, que ce prêtre vrai n\u2019est pas d\u2019ordinaire celui des nombreux romans à prêtres.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.Bonaventure PÉloquin, O.F.M.: La Presse catholique et le Journalisme catholique.\u2014 Côte Sainte-Catherine, La Prairie, Qué., Séminaire des Saints-Apôtres, 1953, 53 pp., 19 cm.1E TITRE de cette brochure en indique les deux parties.Dans J la première, l\u2019A.présente une définition de la presse catholique, expose ses bienfaits et donne les « normes des bons journaux »; dans la deuxième, il met en évidence le rôle du journaliste catholique et la formation qu\u2019il attend de ce dernier, en utilisant fréquemment d\u2019abondantes citations.Il a parfaitement raison de souligner l\u2019importance d\u2019une chaire universitaire de journalisme, mais il se montre exigeant en assignant une durée de six ou sept ans au cours régulier.N\u2019est-ce pas fermer la porte à d\u2019excellents candidats, même dans l\u2019hypothèse de bourses suffisant à couvrir tous les frais universitaires?Une discussion entre journalistes sur certaines parties de cette brochure donnerait sans doute lieu à de vivants échanges de vues.Albert Plante.QUESTIONS PHILOSOPHIQUES ET SCIENTIFIQUES Josef Pieper: La Fin des temps.Collection « Textes et études philosophiques ».\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 200 pp., 19 cm.LA PHILOSPHIE de la fin de l\u2019histoire, sous peine de ne rien ' dire de valable, doit faire appel à la théologie.Après avoir longuement développé cette idée, l\u2019A.part de VApocalypse pour infirmer la foi contemporaine en un progrès indéfini de la civilisation.L\u2019histoire temporelle va se terminer par la domination du mal; c\u2019est dans l\u2019extra-temporel seulement qu\u2019elle connaîtra sa fin véritable.Comme l\u2019individu, elle n\u2019a d\u2019autre espérance que le Royaume futur; il n\u2019y aura pas d\u2019âge d\u2019or à l\u2019intérieur du temps.La période finale sera même pire que l\u2019actuelle: c\u2019est tout l\u2019univers, non plus quelques pays, qui sera opprimé et terrorisé.Le Christ, à la fin, paraîtra pour abolir le temps et faire réussir l\u2019histoire.S\u2019il ne séduit pas, comme certaines anticipations sur l\u2019avenir de l\u2019esprit, ce livre apporte plus de vérité.C\u2019est que l\u2019A.s\u2019appuie, non sur des hypothèses, mais sur le roc de la prophétie.Georges-E.Boisjoly.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.322 RELATIONS Gaston Bachelard: Le Matérialisme rationnel.Bibliothèque de philosophie contemporaine.\u2014 Paris, Presses universitaires de France, 1953, 224 pp., 23 cm.LA.ENTEND, par matérialisme rationnel, l\u2019attitude méthodo-\u2019 logique de la science contemporaine.Ce n\u2019est ni du matérialisme naïf, qui se colle trop au réel immédiat, ni du rationalisme dogmatique, imposant ses catégories, de façon arbitraire, à un réel apprêté plutôt qu\u2019accepté.C\u2019est un moyen terme: tout à la fois, une docilité souple à la matière et un envol du réel immédiat, qui débouche rapidement, par un chassé-croisé du rationnel et de l\u2019expérience, à une connaissance d\u2019un haut degré d\u2019abstraction, d\u2019accès ardu, nettement coupée de la connaissance vulgaire et fruit d\u2019un effort éminemment social.C\u2019est avec un intérêt captivant qu\u2019on voit à l\u2019œuvre ce matérialisme rationnel: dans la constitution progressive du tableau périodique des éléments, depuis Mendéléeff jusqu\u2019à la découverte récente du centurium; dans l\u2019étude de la tétravalence du carbone; dans le perfectionnement des schémas et des symboles chimiques; dans l\u2019étude des liaisons doubles et de la mésomérie.Il s\u2019agit donc d\u2019exemples empruntés à la chimie, non pas « à cette poussière de faits sans cohésion » (p.213), dont trop d\u2019ignorants parlent encore, mais à cette chimie vraiment scientifique d\u2019aujourd\u2019hui, « ce tissu d\u2019expériences, ayant chaîne et trame, où la pensée se confirme par de multiples recoupements » (p.42), en étroite union avec la physique quantique et nucléaire et la technique spectroscopique.C\u2019est dans l\u2019exposition de ces exemples que l\u2019A.donne le meilleur de lui-même, grâce à sa connaissance par le dedans, jusque dans sa structure fine, de la science contemporaine.Nous ne pouvons, toutefois, sanctionner toutes ses conclusions philosophiques.A notre avis, il n\u2019y a pas, « entre la connaissance commune et la connaissance scientifique, une rupture.si nette que les deux types de connaissances ne sauraient avoir la même philosophie » (p.224).Du moins, l\u2019A.n\u2019a pas démontré de discontinuité dans la ligne du savoir; la science, il est vrai, se dégage rapidement du réel immédiat, mais elle en part, tout de même, et cela est suffisant pour infirmer la conclusion principale de l\u2019ouvrage.\t_\t, _ Conrad East.L'Immaculée-Conception, Montréal.QUESTIONS ECONOMIQUES ET SOCIALES P.STEVEN, P.S.S.: Éléments de morale sociale.\u2014 Paris, Desclée et Cie, 1954, 612 pp., 21 cm.L ANNÉE DERNIÈRE, paraissait la douzième édition du 4 troisième tome (De Justilia) de la célèbre théologie morale de Tanquerey, édition entièrement refondue par les soins de M.Paul Steven, supérieur du Grand Séminaire de Bordeaux.La critique fut alors unanime à louer, dans ce volume, spécialement la deuxième partie, consacrée à l\u2019étude des relations sociales.Encouragé sans doute par cet accueil, l\u2019A.nous donne aujourd\u2019hui la traduction française de cette partie qui touche à tant de problèmes actuels.Qu\u2019il parle de la vie familiale, professionnelle, civique ou internationale, il le fait avec clarté, précision et maîtrise de son sujet.Ceux qui utiliseront ce manuel apprécieront certainement la méthode suivie par M.Steven: de bonnes définitions d\u2019abord, un peu d\u2019histoire, puis les principes et les règles.Bien que s\u2019inspirant de l\u2019enseignement social de l\u2019Église, l\u2019A.déborde largement cet enseignement, et bien que s\u2019intitulant Éléments de morale sociale, son manuel contient une foule de renseignements techniques sur la production, la répartition, la circulation et la consommation en économie politique.Les positions de l\u2019A.sont à la fois traditionnelles et hardies, par exemple, sur « la juste rémunération du travail dans le régime de salariat » (p.312), sur « la participation des ouvriers à la gestion » (pp.344-347), sur « les conditions d\u2019une juste déclaration de guerre » (pp.575-579).A propos de ces dernières, après les avoir énumérées et expliquées longuement, l\u2019A.termine par cette note: « Pratiquement et dans les conditions actuelles, on peut dire qu\u2019elles ne peuvent plus se réaliser simultanément et d\u2019une façon absolument certaine.De sorte qu\u2019on peut dire que toute déclaration de guerre \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une guerre offensive ou préventive \u2014 est pratiquement entachée d\u2019injustice, donc d\u2019immoralité.» (P.579.) Un bon manuel à posséder et à consulter-\tRichard Arès.Nécessité de l\u2019éducation coopérative \u2022\tL\u2019éducation est un des principaux animateurs de toute vie coopérative.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopératives solides sans coopérateurs éclairés et fidèles.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopérateurs éclairés et fidèles sans éducation coopérative.\u2022\tPu isque la coopération est une formule démocratique d\u2019organisation économique et sociale qui veut remettre au peuple le soin de ses propres affaires et le contrôle des entreprises mises à son service, c\u2019est exiger nécessairement de ce peuple qu\u2019il sache bien exercer ce contrôle et qu\u2019il veuille le bien exercer.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC NOVEMBRE 1954 323 Michèle Aumont: Femmes en usine.\u2014 Paris, Spes, 1953, 158 pp., 19 cm.CE PETIT VOLUME condense une tranche de vie.Michèle Aumont a travaillé comme ouvrière spécialisée dans des usines de la région de Paris.Elle a particulièrement connu et aimé les ouvrières de la métallurgie parisienne et elle a ramassé dans ce livre édifiant cinq années d\u2019observations vécues.C\u2019est un document humain irremplaçable pour les sociologues et les assistantes sociales d\u2019usines.Il est aussi un acte de foi dans la possibilité de changer tout un monde de femmes par une action qui s\u2019inspire du précepte du Christ: « Aimez-vous les uns les autres.» A toutes les phases de la vie d\u2019usine, à l\u2019embauche, à la tâche, au syndicat, au bureau médical, l\u2019A.suit les répercussions de la machine sur le corps d\u2019un être créé pour la maternité: surmenage, inquiétudes, amertumes, découragement.Elle s\u2019apitoie sur ce drame de la femme aux prises avec la machine; mais sa foi lui donne l\u2019espoir que les milliers de femmes qui vivent en silence la dure existence des ouvrières d\u2019usine finiront par connaître un régime transformé par le christianisme.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.LITTERATURE Charles MOELLER: Littérature du XXe siècle et Christianisme.II.La foi en Jésus-Christ.\u2014 Tournai (Paris), Cas-terman, 1953, 354 pp., 21 cm.1ECTURE passionnante.En des pages lumineuses, l\u2019A.con-J fronte les œuvres marquantes de Sartre, de Henry James, de Martin du Gard et de Joseph Malègue avec les exigences de la foi.Précédée d\u2019une introduction, où les desseins apologétiques sont nettement formulés, l\u2019étude des auteurs est suivie d\u2019une conclusion de quelque cinquante pages, qui précise la nature et les qualités de l\u2019acte de foi.Sartre refuse obstinément le surnaturel.Après avoir forgé une caricature de Dieu, qui n\u2019existe pas et ne doit pas exister, il s\u2019applique vigoureusement à le pourfendre: l\u2019athée a suscité l\u2019antithéiste.Pour lui, le croyant est un « salaud » qui renonce à la liberté.La grandeur se trouve du côté des « saints » laïques qui acceptent l\u2019affrontement de la condition humaine.Sartre, c\u2019est l\u2019orgueil qui se coupe de Dieu.\u2014 Les héros de Henry James jouissent de la vie avec volupté, sans se demander d\u2019où viennent ses merveilles.Absence de Dieu dans la vie mondaine, pourrie par le mensonge et l\u2019égoïsme.Le mal se promène dans les rues, le sourire aux lèvres.Personne ne touche au grand problème de Dieu.\u2014 Roger Martin du Gard présente l\u2019adhésion aveugle de trop de fidèles à la religion sous la poussée de forces affectives.Son Jean Barois naît dans la foi, la perd, puis la retrouve au seuil de la mort, saisi par un mélange de vague émotivité et de crainte de Dieu.C\u2019est le représentant de toute une génération qui opte soit pour la religion révélée, sans motifs vraiment réfléchis, soit pour la religion laïque.Piété sans apologétique, étrangère à la Bible et à la liturgie.Rationalisme effarant de huit cents millions de marxistes.\u2014 Augustin Méridier, lui, est un témoin authentique de l\u2019acte de foi.Malègue décrit son itinéraire religieux.Enfance mystique, perte de la foi, retour à Dieu sur les routes vraies de l\u2019amour, de la souffrance et de la mort.Toute personne un peu cultivée goûtera cet ouvrage.Quoique les écrivains étudiés ici n\u2019aient pas, à l\u2019exception de Sartre, la célébrité de ceux que l\u2019A.analyse dans le tome I, cette confrontation d\u2019esprits aussi divers avec la foi en Jésus-Christ est singulièrement prenante; et combien élevants certains commentaires sur Malègue, illustrés par de larges extraits de son roman.Les professeurs de littérature et de religion voudront s\u2019en inspirer.Maison Bellarmin.Wilfrid Gariépy.Henry Miller: Souvenirs, souvenirs.Traduit de l\u2019américain par André Michel.\u2014 Paris, Gallimard, 4e édit., 1953, 347 pp., 20 cm.UN TOURBILLON de mots et un flot d\u2019idées exprimées sur un ton poissard, truculent, inspiré par la révolte.L\u2019A., new-yorkais de naissance, exalte la France et dénigre son pays.Il hurle contre ce qui est américain.Tout lui paraît sublime là-bas, tout lui semble horrible en sa demeure.Il foudroie, assénant ses coups sans trop de discernement.Ses attaques dénotent souvent de l\u2019ignorance ou du parti pris: manifestation aiguë, à chaque page, d\u2019un complexe d\u2019agressivité.Prophète d\u2019une rénovation du monde, ses portraits, ses farces, ses récits plaident la cause des artistes, prêchent le retour à des normes de vie plus humaines et condamnent la guerre, le matérialisme, et le reste.Malheureusement, les solutions qui se dégagent de son livre restent imprégnées de sensualisme et de nihilisme.Faut-il parler ici de virtuosité ou de verbiage, de poésie ou d\u2019hallucination, de sincérité ou de cynisme?Il y a de tout cela.Ouvrage ébouriffant.Condamnable, sauf pour lecteurs avertis et robustes.U Immaculée-Conception, Montréal.Marcel Grand\u2019Maison.Bruno Gay-Lussac: La Mort d\u2019un prêtre.Roman.\u2014 Paris, Julliard, 1953, 227 pp., 19 cm.pvRÔLE de roman qui raconte une tranche de la vie d\u2019un drôle de prêtre dans un drôle de milieu.Après Greene, Bésus et d\u2019autres, l\u2019A.habille son personnage ecclésiastique de couleurs criardes.Comme s\u2019il était nécessaire, pour retenir l\u2019attention du public normal, de recourir à ce décor de foire.Toutes les péripéties sont tirées par les cheveux et trahissent la démangeaison de produire de l\u2019effet, sans souci de la qualité des moyens ou des résultats.Il eût mieux valu tenter une plongée dans l\u2019âme sacerdotale; c\u2019est là que se joue le drame vrai, autrement passionnant, autrement vraisemblable.Et si l\u2019on veut de l\u2019extraordinaire, c\u2019est encore dans la vie intérieure du prêtre qu\u2019on en trouvera.Mais que viennent faire ici ces histoires de pendus aux branches squelettiques d\u2019un arbre fantôme qui regarde par les fenêtres; ces promenades nocturnes de cadavres que l\u2019on traîne dans les rues; et cette idylle scabreuse, avec rencontres clandestines dans des fonds de grange, voire, pour l\u2019espace d\u2019une nuit, dans le grenier du curé lui-même?Et quel intérêt peut offrir ce semblant de prêtre moralement déséquilibré, « au visage bouffi, dont la laideur avait si lourdement pesé dans le choix de son destin » (p.27), qui passe son temps à tituber, à cracher et à se tâter le pouls, quand sa main ne tient pas une bouteille de vin ?Après la mort de ce pauvre bonhomme, c\u2019est sa soutane qui opère des miracles! Voilà une œuvre qui ne fera pas plus de bien au lecteur qu\u2019à la renommée de l\u2019A.Si vous avez la nausée facile, fuyez cette prose qui fait penser parfois à Zola.Paul Fortin.Maison Bellarmin.Jessie Mc Ewen: Les Grands Arbres.Roman.\u2014 Paris, Robert Laffont, 1953, 271 pp., 19 cm.\"D OMAN de la forêt ontarienne, où revivent les mœurs rudes de la nature.Le vieux Michael Goldie a longtemps mené son exploitation forestière avec un esprit rigide et un bras vigoureux.Il meurt à la veille de l\u2019embauchage.Un étranger, Newland, s\u2019installe sur une concession voisine et fait venir des bûcherons du Québec.La concurrence s\u2019annonce acharnée.Anne Goldie se souvient de l\u2019affection qu\u2019elle portait à Robin Martin, qui doit bientôt revenir de la guerre.Lindsay a remplacé son père; le jour du « grand louage », il se montre ferme lui aussi.On grogne parmi les employés devenus plus exigeant^.Martin fait son apparition et propose un idéal de coopération dans le chantier.Les engagés de Goldie ne veulent pas s\u2019entendre avec les Français, qualifiés de grenouilles.Un concours de coupe fort bien décrit, puis un dîner de fête viennent détendre l\u2019atmosphère.Martin et Anne font des projets de labeur et d\u2019amour.Mais les comptes révèlent la position précaire de l\u2019exploitation.Des groupes se forment pour réclamer l\u2019état des droits; Lindsay manque de souplesse et refuse le progrès.Une bagarre s\u2019ensuit qui aboutit à un assassinat.Les policiers surveilleront les bûcherons, qui détestent cette sujétion.Anne reçoit les attentions de Newland avec faveur; mais, apprenant le départ prochain de Martin pour l\u2019Ouest, elle court vers lui pour le retenir et sauver son amour avec les grands arbres.Ce livre canadien nous arrive dans une traduction française.Souhaitons que nos éditeurs fassent participer les nôtres à des œuvres communes, où se rencontre un même amour du peuple et du sol.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.324 RELATIONS Relations Rtnu du mti» MOO.BOUL ST-UUROT Al ISM \\ RelationS est pour VOUS.étuJUjxHJJtVfiiJ* pour vos amis qui se préoccupent du problème social.Vous donnerez comme étrennes cette année Relation^ 0e** RelatL ions Téléphonez aujourd\u2019hui à VE- 2541, poste 22, ou écrivez-nous votre choix poux vous ou poux vos amis : Abonnement à cRelations : 5 ans: $10.00/ 3 ans: $7.00; 2 ans: $ 5.00; 1 an: $3.00.Nom et prénom :.Adresse :.Province :.Ajoutez s\u2019il y a lieu : De la part de:.Adresse complète (Pour l'étranger, ajoutez $0.50 par année.) .Ville.Pays Relation a VOUS REMERCIE POUR VOTRE COLLABORATION II 4PRIMERI£ OU MESSAGER, MONTREAL "]
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