Relations, 1 avril 1955, Avril
[" Alexandre DUGRE Berthe LOUARD .\u2022« René-H.MANKIEWKZ Armand CROTEAU ¦ Bloi Éducateurs et hommes d\u2019affaires Jean GENEST « Dieu n\u2019est pas mort» Lui3i d\u2019APOLLONIA Propos sur l\u2019habitation Rodolphe LAPLANTE Hommage à Paul Claudel Pierre ANGERS « The French Canadians » de Mason \\Ç4de Richard ARÈS REVUE DU MOIS SOMMAIRE AVRIL 1955 Éditoriaux.85 Les hommes d\u2019État à Ottawa.\u2014 Le problème scolaire en Belgique.\u2014Le chômage.Articles «DIEU N\u2019EST PAS MORT».Luigi d\u2019Apollonia 87 ÉDUCATEURS ET HOMMES D\u2019AFFAIRES.Jean Genest 90 LA FAMILIALE S\u2019OCCUPE D\u2019HABITATION .Berthe Louard 92 PROPOS SUR L\u2019HABITATION Rodolphe Laplante 93 HOMMAGE À PAUL CLAUDEL.Pierre Angers 96 UN GRAND ART PEU CONNU : LE MIME .Blondin Dubé 97 Commentaires.98 Le jubilé d\u2019or de l\u2019A.C.J.C.\u2014 Encore un appel pour une association familiale.\u2014 Fusion des unions ouvrières américaines.Au fil du mois.100 Syndicats et autres groupes.\u2014 Enquête sur l'habitation.\u2014 Le rapport Dozois.\u2014 Les ruses du communisme.\u2014 Notule sur l'affaire Matusov.\u2014 « La Voix du Canada ».\u2014 L'Elégante.Articles DIEU CONDAMNÉ À MORT PAR SA CRÉATURE.Armand Croteau 102 L\u2019ORGANISATION DE L\u2019AVIATION CIVILE INTERNATIONALE.René-H.Mankiewicz 102 « THE FRENCH CANADIANS » DE MASON WADE.Richard Arès 105 TÉMOINS EN DÉFENSE.Alexandre Dugré 106 Les livres.\t.108 Au cœur de notre Rédemption.Wilfrid Girouard La Nuit pascale.M.-J.\td\u2019Anjou La Solution du problème de la vie .Alfred Ducharme The Morality of Prizefighting.Jean-Paul Bellemare L\u2019Adulte des milieux ouvriers .Wilfrid Gariépy Le Scandale de Vamour.M.-J.\td\u2019Anjou Comment réussir mes études?.Jean-Paul Labelle Approches de Dieu.Fernand\tDorais Le Chrétien et l\u2019Angoisse.M.-J.\td\u2019Anjou Antibiotiques.André\tBédard Lueurs sur les soucoupes volantes.Léon Lebel COLLEGE JEAN-DE-BRÉBEUF sous la direction de la Compagnie de Jésus Examen d'entrée a aux Eléments Latins Le samedi, à 9 heures 19 février, 19 mars, 11 avril, 21 mai, 4 juin Dernier examen de groupe : le 25 juin.Demander le prospectus pour les conditions d'admission au cours classique et à la classe préparatoire.L'examen d'admission à la classe préparatoire se fait sur rendez-vous.S'adresser au Secrétaire général : RE.8-1161 3200, chemin Sainte-Catherine \u2014 Montréal, 26 Mieux vaut assez que trop .mais quand il s\u2019agit de confort intérieur, il vaut mieux avoir trop.Et le chauffage par rayonnement, c'est le dernier mot du confoit: Plus de radiateurs ! La chaleur émane des murs, elle est dirigée sur ceux qui doivent en bénéficier.Ajoutez à cela une appréciable économie de combustible.Visitez notre édifice chauffé par rayonnement ou demandez notre brochurette explicative.ODD Tous travaux en chauffage-plomberie Équipe de techniciens Ouvriers spécialisés Théorie alliée à la pratique MArfuett* 4107 360 est, rue Rachel - Montréal TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) « Le Temple de la lumière » Belhnd INCORPOREE BEN BELAND, prés.\tJEAN BELAND, Ino- P-, sec.-tréi.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - GR.2465* Autorisé comm* envoi postal d* la deuxième class*.Ministère des Postes, Ottawa. XVe année, N° 172 Montréal Avril 1955 EDITORIAUX J^eà homme â d\u2019Ctat à Ottawa T3 IEN NE SOULIGNE davantage l\u2019importance du Canada comme puissance internationale que le nombre et le rang des hommes d\u2019État qui sont venus, ces derniers mois, en visite politique à Ottawa.Dernièrement, c\u2019étaient MM.Mario Scelba, d\u2019Italie, et Foster Dulles, des États-Unis; peu auparavant, c\u2019était M.Robert Menzies, premier ministre d\u2019Australie; avant lui, c\u2019était M.Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères de Belgique; et avant lui, c\u2019était M.Mohammed Ali, premier ministre du Pakistan, et M.Paul-Eugène Magloire, président d\u2019Haïti, et M.Mendès-France, alors premier ministre de France, et M.Julius Raab, chancelier d\u2019Autriche.Les problèmes de l\u2019Europe, ceux du Pacifique, les accords de Paris, le commerce avec Haïti ont été l\u2019objet de leurs entretiens avec nos hommes d\u2019État.Qu\u2019on le veuille ou non, le Canada ne vit plus en lui-même ni sur lui-même.Finie, pour les pays d\u2019Europe, l\u2019ère des « splendides isolements » ; fini, pour le Canada, le temps des petits peuples heureux qui n\u2019avaient pas d\u2019histoire internationale.Quelques statistiques suffiront à illustrer le changement.En 1927, il n\u2019y avait en tout et partout que 3 fonctionnaires au ministère des Affaires extérieures à Ottawa; en 1939, le Canada n\u2019avait que 6 représentations diplomatiques à l\u2019étranger.Aujourd\u2019hui, notre pays maintient 50 ambassades, légations et consulats dans les capitales et les grandes villes du monde; le ministère des Affaires extérieures est réparti en 17 sections, l\u2019Europe, le commonwealth, l\u2019Amérique du Nord, l\u2019Amérique du Sud, etc., et compte un personnel de plus de 1,500 fonctionnaires.En 1952, pour nous arrêter à cette seule année, ce même ministère a dû envoyer des délégations à 146 conférences internationales.Au cours de l\u2019histoire, certains pays se sont élevés au rang de puissance internationale par la force des armes, par des conquêtes; d\u2019autres, par l\u2019exploitation de leurs richesses naturelles ou grâce à leur position géographique.De nos jours, l\u2019U.R.S.S.est un exemple du premier cas; le Canada, du second.Notre croissance industrielle, alimentée par nos ressources et nos puissants cours d\u2019eau, n\u2019explique pas tout notre nouveau prestige.Coincé entre les deux grands géants du monde moderne, l\u2019U.R.S.S.et les États-Unis, et ayant avec l\u2019un comme avec l\u2019autre des frontières communes, le Canada, moins peuplé que le Brésil ou le Mexique, ne peut plus se mêler de ses affaires sans se mêler, d\u2019une certaine façon, des affaires du monde.Sa géographie autant que son économie marque son destin international.Sur la mappemonde que sillonne l\u2019aviation, il se trouve à la croisée des chemins.Sans avoir eu besoin de le dire, c\u2019est ce que, par leur visite à Ottawa, les hommes d\u2019État étrangers viennent de nous rappeler.jÇe problème Scolaire en (Belgique IE PASSAGE de M.Spaak, brillant homme d\u2019Êtat et J défenseur intrépide de l\u2019unité européenne, ne doit pas nous porter à oublier le très grave problème scolaire qu\u2019affrontent actuellement les catholiques de Belgique.Quelques faits illustreront cette gravité.La coalition socialiste-libérale est arrivée au pouvoir le 11 avril 1954.Au mois d\u2019août suivant, le gouvernement renvoyait de l\u2019enseignement officiel plus d\u2019une centaine de professeurs catholiques.Le refus de payer les écoles libres chrétiennes obligea la direction de ces établissements à recourir à des emprunts s\u2019élevant parfois à plusieurs millions de francs belges.Ces vexations prirent fin grâce à une forte réaction des Syndicats chrétiens, qui groupent la moitié de la population ouvrière belge.L\u2019enseignement libre allait, hélas! connaître de nouvelles tribulations, cette fois sur le plan législatif.AVRIL 1955 85 Un projet de loi diminuait de 20% les salaires dans l\u2019enseignement libre catholique et de 50% les subventions par élève.L\u2019injustice de cette dernière mesure était d\u2019autant plus criante que la subvention de l\u2019État est de 24,000 francs par élève pour les établissements du réseau officiel, contre 3,500 francs seulement pour le réseau catholique libre.La diminution relative aux salaires était elle-même d\u2019autant plus odieuse que des professeurs du réseau officiel songeaient, à la même date, à se mettre en grève pour obtenir des traitements plus élevés.Les Syndicats chrétiens parlèrent alors d\u2019une marche sur Bruxelles si le gouvernement ne changeait pas sa décision avant le 31 décembre.Le gouvernement céda; il ne toucherait pas aux salaires des professeurs et il s\u2019engageait à apporter aux autres problèmes une solution raisonnable.Les Syndicats décommandèrent alors la marche sur Bruxelles.Malheureusement, la nouvelle phase scolaire ne prit pas la tournure désirée et espérée.A l\u2019ancien projet insuffisamment modifié, le gouvernement ajouta une série d\u2019articles qui étaient de nature à discréditer l\u2019enseignement catholique.Ainsi, les diplômes de la vénérable Université de Louvain étaient déclarés sans valeur pour l\u2019accès à l\u2019enseignement officiel.Ainsi encore, les écoles libres étaient soumises au contrôle des agents de l\u2019État, non seulement pour les études, mais aussi pour les manuels scolaires et pour les mesures disciplinaires prises envers le personnel enseignant.Ces quelques faits suffisent à prouver combien l\u2019épiscopat belge a eu raison de protester énergiquement contre l\u2019attitude du gouvernement.Ils montrent aussi pourquoi, lors d\u2019un ralliement de 10,000 personnes auquel participèrent des représentants de toutes les organisations catholiques, on décida d\u2019organiser une résistance active.Le Service d\u2019information de la Conférence catholique canadienne donnait, le 5 mars, une nouvelle de Bruxelles énumérant les dix mots d\u2019ordre de cette résistance.En voici quelques-uns: 1.\tTenue de réunions dans chaque arrondissement en vue de faire connaître les directives nationales aux militants sur le plan local.2.\tOrganisation de manifestations locales de protestation.3.\tLe 20 mars, diffusion, dans tout le pays et de façon massive, de la consigne de protestation.4.\tLa grève de l\u2019épargne scolaire et l\u2019absence aux conférences du corps enseignant restent d\u2019application.6.\tLes mandataires politiques et les dirigeants des organisations chrétiennes ne participeront plus aux manifestations officielles chaque fois qu\u2019un membre du gouvernement sera présent.7.\tTous les contacts avec les membres du gouvernement sont rompus.9.\tEn signe de protestation, les enfants catholiques n\u2019iront pas à l\u2019école le 25 mars; les parents les garderont à la maison ce jour-là.10.\tPour clôturer cette première phase de résistance active, une journée nationale de protestation se tiendra à Bruxelles le 26 mars; tout le pays dira « non » au gouvernement qui mène la guerre scolaire.C\u2019est un bien précieux que les catholiques belges défendent par cette résistance active.En effet, le 86 réseau scolaire catholique compte 6,413 écoles inférieures et écoles maternelles (le réseau officiel en compte 6,561) ; 596 écoles moyennes et normales (réseau officiel: 300); 1,034 écoles techniques (réseau officiel: 336).Il y a, en outre, l\u2019Université de Louvain et une vingtaine d\u2019instituts et de facultés d\u2019enseignement supérieur.Le nombre d\u2019élèves passant par le réseau catholique atteint 950,000, soit les trois cinquièmes de la population scolaire belge.S.Exc.Mgr Pohlschneider, évêque d\u2019Aix-la-Chapelle, exprimait récemment la sympathie des catholiques allemands aux catholiques belges dans une lettre à S.Ém.le cardinal van Roey, archevêque de Malines et primat de Belgique.Il la terminait ainsi: « Nous prions Dieu de donner aux catholiques belges, sous la conduite de leurs courageux et clairvoyants évêques, la persévérance et la force nécessaire pour mener à une fin victorieuse le combat pour le droit et pour la liberté de conscience.» On ne peut croire à une guerre dirigée contre l\u2019école catholique en Belgique, car c\u2019est au maintien des valeurs spirituelles dont l\u2019école catholique est la plus fidèle gardienne que la patrie d\u2019Albert Ier doit sa grandeur et son salut.JÇe chômage DÉFINISSONS d\u2019abord sommairement quelques termes.Ces précisions pourront aider à mieux saisir le problème.Le chômage saisonnier est amené par les exigences du climat, les coutumes sociales et certaines variations saisonnières de la production.Le chômage cyclique, également appelé périodique, est une conséquence des phases alternatives de hausse et de baisse dans la vie économique.Le chômage technologique peut provenir de plusieurs causes: la supplantation d\u2019un groupe de travailleurs par une main-d\u2019œuvre plus qualifiée, le déplacement géographique d\u2019une industrie, le remplacement de l\u2019ouvrier par la machine.Il y a enfin le chômage dit normal, causé, en grande partie, par le fait de gens qui ne peuvent se présenter sur le marché du travail pour des raisons physiques ou psychologiques; on prétend qu\u2019il peut affecter de 3% à 10% de la population active.Ce chômage ne peut évidemment être supprimé.Il est également impossible d\u2019éliminer totalement le chômage saisonnier.C\u2019est donc sur le chômage cyclique et technologique que doit surtout porter l\u2019effort de tous ceux qui peuvent contribuer à atténuer les méfaits de ce phénomène économique.Il ne faut jamais oublier ces méfaits quand on discute du chômage, surtout quand on riposte à coups de statistiques pour montrer que l\u2019économie canadienne reste saine et que le nombre des chômeurs n\u2019est pas aussi élevé que le prétendent les trois grandes asso- RELATIONS dations ouvrières.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir un million de chômeurs pour admettre les soucis et les peines apportés par le chômage.Plusieurs suggestions ont déjà été faites, en divers milieux, pour enrayer le chômage.On devrait, croyons-nous, reprendre et pousser celle que faisait la C.T.C.C.dans son mémoire présenté au gouvernement fédéral en mars 1950: « créer un corps économique où seront représentés corps publics, employeurs et unions ou- vrières pour étudier les causes du chômage et offrir les solutions appropriées ».Les longues discussions sur le chômage n\u2019ont encore donné aucun résultat substantiel.Les modifications à la loi d\u2019assurance-chômage, si elles ont procuré quelque adoucissement, ont laissé intact le fond du problème.Il faut donc davantage.Les autorités civiles doivent prendre l\u2019initiative de solutions adaptées à l\u2019acuité du problème.«DIEU N'EST PAS MORT.Luigi d'APOLLONIA, S.J.Dieu n\u2019est pas mort en Russie », disait le Père Georges Bissonnette, assomptionniste, en descendant à l\u2019aéroport Idlewild de New-York, après avoir été expulsé de l\u2019U.R.S.S.Notre foi nous l\u2019aurait assuré, à défaut même de tout témoignage.Le Père Bissonnette reconnaissait d\u2019ailleurs les limites étroites de son expérience, confiné qu\u2019il était à son ministère d\u2019aumônier catholique auprès de l\u2019ambassade américaine.Mais d\u2019autres témoignages corroborent le sien.La Civiltà Cattolica vient de publier une longue série d\u2019articles du Père Pietro Alagiani, S.J., curé pendant les plans quinquennaux et prisonnier de guerre de l\u2019U.R.S.S., de 1942 à 1954.Nous avons mieux encore: l\u2019aveu des persécuteurs eux-mêmes, celui de M.Nikita Krouchtchev, alors secrétaire du Comité central du parti et depuis dictateur de toutes les Russies.L\u2019arrêté ministériel du 10 novembre 1954, publié dans la Pravda et signé de lui, reconnaît les erreurs grossières d\u2019une campagne, lancée au mois de juillet précédent, qui n\u2019avait pas procédé « par un travail systématique et minutieux ».Il fixait l\u2019attitude du parti à l\u2019égard des croyants, et traçait les nouvelles lignes de la persécution religieuse, activité essentielle du parti, mais qui doit s\u2019asseoir sur « une propagande scientifique et éducative des conceptions matérialistes, en vue d\u2019élever constamment la conscience sociale des masses et de les libérer progressivement des préjugés religieux ».Le Devoir a voulu commenter la parole du Père Bissonnette.L\u2019article de la rédaction (« Dieu n\u2019est pas mort », mercredi 9 mars 1955) se proposait de nous montrer « l\u2019envers d\u2019une médaille dont nous avons l\u2019habitude de ne voir qu\u2019un seul côté ».Il eût pu nous enflammer; il nous a causé une impression pénible.Voici qu\u2019un journaliste, qui n\u2019a pas la réputation de mâcher ses mots et qui écrit même parfois à la hache lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019abattre un adversaire, ménage son style et donne à ses lecteurs des conseils de calme et d\u2019objectivité lorsqu\u2019il s\u2019agit de la pire lutte encore livrée à l\u2019Église et à tout ce qui porte trace de civilisation chrétienne.« Quand nous pensons, écrit-il, aux peuples qui vivent derrière le rideau de fer, nous sommes portés, d\u2019une certaine façon, à exagérer l\u2019ampleur des persécutions.C\u2019est vrai qu\u2019il y a des cardinaux, des évêques, des prêtres en prison; c\u2019est vrai qu\u2019il y a des martyrs.Mais il reste en liberté un nombre autrement plus grand de fidèles qui continuent à prier, de prêtres qui administrent les sacrements, de frères et de sœurs qui enseignent et qui soignent.» C\u2019est grand dommage pour l\u2019auteur de ces lignes quie Pie XII ait invité les prêtres de l\u2019univers entier à célébrer, le dimanche de la Passion (3 avril 1949), en la journée de son jubilé d\u2019or sacerdotal, deux messes, la seconde étant la messe Pro remissione peccatorum, « pour expier les crimes des ennemis de l\u2019Église », qu\u2019il ait voulu consacrer le dimanche de la Passion de l\u2019Année sainte (26 mars 1950) à des prières publiques pour la paix et pour les Églises persécutées, et qu\u2019il ait établi le 25 mars 1954, pour les prêtres, et le 4 avril, pour tous les chrétiens, fidèles et prêtres, journées mondiales de prières pénitentielles aux intentions de l\u2019Église du silence.Dommage aussi que Pie XII ait écrit la lettre Acerrimo moerore (2 janvier 1949) aux vénérables frères, archevêques et évêques de Hongrie, et la lettre apostolique Impensiore caritate (28 octobre 1951) aux évêques, prêtres et fidèles de Tchécoslovaquie, et la lettre apostolique Veriiatem facientes (27 mars 1952) aux évêques, prêtres et fidèles de Roumanie, et la lettre apostolique Sacro vergente anno (7 juillet 1952) à tous les peuples de la Russie, et la lettre encyclique Orientales Ecclesias (15 décembre 1952) aux Églises orientales, et sa lettre In Poloniae annalibus (16 juillet 1953) au cardinal et autres archevêques et évêques de l\u2019Église de Pologne, la deuxième en moins de deux ans, et sa lettre toute récente Ad Sinarum gentem (7 octobre 1954) à l\u2019Église de Chine, la deuxième en moins de trois ans.Quelqu\u2019un va t-il se demander si, à tant revenir sur ce thème, le Saint Père lui-même ne donne pas l\u2019impression, d\u2019une certaine manière, d\u2019« exagérer l\u2019ampleur des persécutions » ?Pourtant, Pie XII dans son message de Noël 1952, comme avant lui Pie XI AVRIL 1955 87 dans l\u2019encyclique Divini Redemptoris, est allé jusqu\u2019à reprocher à toute une presse de faire autour de ces persécutions la « conspiration du silence ».« Les informations qu\u2019on répand, disait Pie XII, ne donnent pour une bonne part la vérité qu\u2019à moitié, quand elles ne la déforment pas ou ne la faussent pas complètement.De la sorte, par la conspiration du silence et l\u2019altération des faits, on soustrait à la connaissance du public la dure lutte que des évêques, des prêtres et des laïcs doivent soutenir pour la défense de la foi catholique.» A quoi bon insister?L\u2019éditorialiste a sans doute lu et relu ces documents, comme il se devait à un journaliste catholique qui fait profession de défendre l\u2019Église.Que lui faut-il alors pour qu\u2019il y ait persécution affreuse ?Des tigres et des lions ?Les hurlements d\u2019une foule ?On a tout fait derrière le rideau de fer pour salir la personne du Saint Père, pour séparer la hiérarchie de Rome, pour séparer les prêtres de la hiérarchie, pour séparer les fidèles des prêtres.On a même fondé des mouvements d\u2019« Action catholique» et des journaux « catholiques ».On a vu en trente ans plus de martyrs que dans les trois cents premières années de l\u2019Église.Nous disons martyr, non pas au sens galvaudé de martyr de la patrie, martyr de ses idées, mais au sens chrétien de martyr, témoin de Dieu et témoin pour Dieu.On a vu la haine communiste s\u2019acharner à dépouiller les nouveaux confesseurs de la foi de l\u2019éclat même de leurs vertus.Hommes douloureux, familiers de la souffrance, ils n\u2019avaient, comme leur Maître, ni grâce ni beauté pour attirer nos regards, et leur aspect ne pouvait nous séduire.Leur héroïsme nous paraissait lâcheté.Néron païen exigeait l\u2019adoration des idoles, mais au milieu de leurs tortures, les premiers chrétiens pouvaient du moins protester de leur foi et proclamer que les idoles étaient autant de démons.Ou encore, ils pouvaient choisir de se taire devant les tribunaux et laisser leur silence s\u2019élever en condamnation, quittes ensuite à être jetés aux bêtes ou brûlés en guise de torches pour éclairer les fêtes de l\u2019empereur.Néron communiste prend garde de faire des martyrs.Par une savante torture psychologique, il préfère provoquer des aveux et des actes de contrition envers l\u2019État.De sorte qu\u2019il a fallu à un cardinal Mindszenty et à un cardinal Wyszynski désavouer d\u2019avance leurs propres aveux et renier d\u2019avance leurs propres reniements, et qu\u2019il est devenu de plus en plus difficile de distinguer, à un premier regard, le renégat du martyr, celui-ci comme celui-là s\u2019avouant traître, espion, collabora-tionniste.Enfants, nous nous exaltions à la lecture de Fabiola: «César, ceux qui vont mourir te saluent! » Il sera désormais plus difficile d\u2019écrire un livre semblable pour enfants sur les martyrs vivants de Varsovie, de Budapest, de Prague, de Pékin, puisque la valeur même du témoignage chrétien s\u2019est obscurcie.La persécution communiste aura réussi même cela.Et qui sait si, par une technique proprement luciférienne, elle n\u2019en viendra pas à imposer aux martyrs de mourir en blasphémant des lèvres le nom qui est au-dessus de tout nom et qu\u2019au fond de leur volonté ils adorent?En s\u2019étendant de la mer de Chine à l\u2019Adriatique, sur un tiers du monde, la persécution des chrétiens a non seulement pris une nouvelle largeur; elle a pris aussi une nouvelle profondeur.On dirait que, sous nos yeux, le mystère des ténèbres s\u2019épaissit.Et parce que la haine n\u2019a pas encore réussi à éteindre dans le cœur des hommes la soif obscure de Dieu, \u2014 et qu\u2019elle n\u2019y réussira jamais,\u2014et que les portes de l\u2019enfer n\u2019ont pas réussi à prévaloir contre l\u2019Église, \u2014 et qu\u2019elles n\u2019y réussiront jamais, \u2014 on fait dire, au bout du compte, à des faits massifs le contraire de ce qu\u2019ils disent: non pas que la foi triomphe malgré la persécution la plus cruelle de toute V histoire de V humanité, mais que « nous sommes portés, d\u2019une certaine façon, à exagérer l\u2019ampleur des persécutions ».« Il reste en liberté, nous explique-t-on, un nombre autrement plus grand de fidèles,.de prêtres qui administrent les sacrements, de frères et de sœurs qui enseignent et qui soignent ».On voudrait bien savoir de quelle liberté parle l\u2019auteur, et ce qu\u2019il entend surtout par liberté religieuse.Et si la situation des fidèles qui enseignent à leurs enfants à prier, des prêtres qui administrent les sacrements, des frères et des sœurs qui enseignent et qui soignent est la même en U.R.S.S.et en Chine, en Hongrie et en Tchécoslovaquie.Et pourquoi la Congrégation des Sacrements a permis aux prêtres traqués et aux prêtres déguisés de célébrer les saints mystères sans aucune liturgie, sans ornements et sans vases sacrés.Il faudrait avoir vu un verre devenu calice pour se rendre compte de ce que sont ces messes clandestines.Évidemment, le verre consacré par le sang du Christ ne peut plus servir aux usages profanes.De peur que quelque lecteur n\u2019aille croire que nous jouons ici la corde de la sensibilité religieuse, qu\u2019on réfléchisse donc, ne fût-ce que deux minutes, aux conséquences du fait suivant: l\u2019U.R.S.S.affecte un quart de son budget à l\u2019enseignement athée.Il n\u2019y a, en ce pays malheureux, qu\u2019un seul mouvement d\u2019enfants, les « Pionniers », groupant près de 80% des enfants des écoles, et qu\u2019une seule organisation de jeunesse, celle du Komsomol (jeunesse communiste), l\u2019un et l\u2019autre athées évidemment, sous le contrôle du parti.Est-ce cela qu\u2019on appelle « être en liberté » ?La confusion naît peut-être dans l\u2019esprit des invités à Moscou et à Pékin du fait qu\u2019ils y ont vu des églises ouvertes et des prêtres dans les rues.Au lieu de conclure à la volonté évidente du gouvernement de réduire l\u2019Église au seul culte et de ne tolérer, pour le moment, que la seule vie liturgique, ils concluent à une certaine liberté religieuse.Les yeux ouverts, ils sont dupes de la tactique antireligieuse du Kremlin.En même temps que le gouvernement décore les chefs d\u2019une Église 88 RELATIONS qu\u2019il asservit, il poursuit, avec une détermination farouche, une persécution scientifique et en profondeur qui aidera le « fanatisme religieux » à mourir de sa belle mort.Il y a un ministère des cultes dans cette étrange U.R.S.S., où l\u2019Église est séparée de l\u2019État et où, en 1943, le patriarcat a même été rétabli par ordre du gouvernement.Sans approuver le marxisme, l\u2019Église orthodoxe officielle accepte de se taire à peu près complètement, \u2014 sauf pour attaquer le Saint-Siège, \u2014 pourvu qu\u2019on lui laisse la liberté de célébrer sa liturgie.Or, pareils accommodements, l\u2019Église catholique ne les acceptera jamais.Pour elle, la liberté religieuse ne saurait se limiter à la seule liberté de culte.Sa mission est de conduire tous les hommes, à travers le royaume de la terre, vers ce royaume qui n\u2019est pas de ce monde, mais qu\u2019elle commence ici-bas.Elle applique les enseignements de l\u2019Évangile à tout l\u2019homme et à toutes ses activités, même profanes, dont elle fixe les normes morales.Elle proclame que la fin de la société civile, qui est le bien commun temporel, ne sera jamais la fin dernière de l\u2019homme, qui est la béatitude éternelle.Transmettre la foi, avant tout œuvre de la grâce divine, exige la liberté de prêcher, la liberté d\u2019enseigner, la liberté de convertir, la liberté de s\u2019expliquer, la liberté de christianiser autant que possible les structures politiques et sociales, la liberté de parler à tous les peuples de la terre; car l\u2019Église ne s\u2019inféode à aucun État, à aucune race, à aucune culture en particulier.Ce que le marxisme appelle propagande religieuse, elle l\u2019appelle apostolat.Ce que le marxisme appelle légitime défense du régime, elle l\u2019appelle négation des droits de la personne humaine.Ce que le marxisme appelle impérialisme du Vatican, elle l\u2019appelle évangélisation du monde.Ce que le marxisme appelle liberté religieuse, elle l\u2019appelle persécution.C\u2019est ce que les évêques de la Tchécoslovaquie ont affirmé avec un splendide courage dans leur lettre du 19 juin 1946: «.l\u2019épiscopat découvrit avec douleur que, malgré sa bonne volonté, il ne pouvait obtenir un accord, si ce n\u2019est au prix de concessions fondamentales de la part de l\u2019Église et au prix d\u2019une soumission aveugle à des mobiles qui la détourneraient de sa mission divine ».SIGNES DES TEMPS Bref, il faut ramener la liberté religieuse derrière le rideau de fer à sa proportion insignifiante, c\u2019est-à-dire, en fin de compte, à une persécution mortelle qui n\u2019étouffe pas toujours les prêtres et les fidèles, mais qui étouffe toujours le message du Christ.Sans doute, l\u2019éditorialiste nous assure que la victoire de Dieu dans les âmes devrait nous confondre d\u2019admiration.Mais, s\u2019il voulait nous dire son émerveillement chrétien, pourquoi ne l\u2019a-t-il pas fait sans toutes ces équivoques qui prétendent nous « faire voir sous un aspect nouveau le problème de la religion dans les pays communistes » ?Car nous savons tous que Pâques suivra le Vendredi Saint.« Nous adorons ta croix, ô Christ, et nous louons et glorifions ta sainte résurrection, car tu es notre Dieu », chantent, aux matines de tous les dimanches de l\u2019année, les millions de paysans russes qui n\u2019ont pas perdu la foi.Avec eux, nous nous rappellerons que le Christ n\u2019a, en aucune circonstance, parlé de sa Passion sans, en même temps, nous annoncer sa Résurrection.Avec eux, nous croyons que l\u2019Église est le Christ continué, et qu\u2019elle prolongera jusqu\u2019à la fin des temps le mystère de sa mort et de sa résurrection, quelle que soit l\u2019ampleur des persécutions.Nous sommes les premiers à répéter qu\u2019il faut se garder de juger avec simplisme le phénomène communiste.Un jour, qui sait si, se butant aux problèmes insolubles ici-bas du mal et de la mort et de cette soif de l\u2019homme pour les eaux qui jaillissent jusqu\u2019à la vie éternelle, le marxisme n\u2019enfantera pas une société à laquelle l\u2019Église pourra donner le baiser de paix?Il faudra qu\u2019auparavant le communisme ait évacué son venin athée et son messianisme terrestre.Le communisme ne sera plus alors essentiellement le communisme.Seulement, c\u2019est aujourd\u2019hui que nous vivons et non pas dans cent ans.C\u2019est contre la persécution d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il faut prendre position, sans nous laisser égarer par la politique et leurrer par des mots.C\u2019est l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 et non celle d\u2019hier ni de demain \u2014 que nous avons mission de défendre, elle qui souffre une persécution dont il est impossible de mesurer la secrète violence.Paâtotale âociale Le prêtre manifestera volontiers son respect pour le travail manuel, mais aura soin aussi de faire saisir aux travailleurs manuels le rôle social, et parfois épuisant, des tâches intellectuelles de certains employés, du personnel d\u2019étude et de tous les travailleurs de la pensée.Tous les travailleurs aspirent légitimement à la stabilité de leur emploi, qui doit être principalement le résultat d\u2019une meilleure organisation économique.A remarquer qu\u2019elle est aussi bien compromise dans une formule collectiviste, qui fait de tous les travailleurs autant de fonctionnaires susceptibles d\u2019être déplacés suivant les exigences de la productivité, que dans une formule libérale et capitaliste qui risque de faire considérer le travail de l\u2019ouvrier comme un simple élément matériel de la production Tout ce qui peut être fait pour diminuer les risques et les dommages du chômage doit être étudié et encouragé.Sans la stabilité dans son emploi, l\u2019ouvrier ne sortira jamais de la condition prolétarienne.La solidarité des travailleurs avec leurs camarades chômeurs doit, en certains cas, leur faire éviter de cumuler les emplois et d\u2019accepter des heures supplémentaires.(Directoire pastoral en matière sociale à l\u2019usage du clergé français pp.63-64.) AVRIL 1955 89 Educateurs et hommes d\u2019affaires Jean GENEST, S.J.AVANT la dernière guerre, les relations entre le J-A monde des affaires et le monde de l\u2019enseignement n\u2019ont pas toujours été cordiales.Les attaques ne se sont pas maintenues dans le domaine de l\u2019allusion.On en arrivait à des simplifications, fruits de réflexions unilatérales.C\u2019était l\u2019époque des triomphes dans des soliloques.Aux yeux de maints éducateurs, descendre dans le monde des affaires, c\u2019était, pour un bachelier, se condamner à vivre dans un milieu borné, où la compréhension moyenne ne devait pas dépasser le langage des chiffres.Mais les hommes d\u2019affaires, dans l\u2019atmosphère unanime de leurs clubs, réservaient leurs applaudissements fortissimo à l\u2019orateur qui, par sa caricature de l\u2019enseignement et des éducateurs, savait représenter ceux-ci comme des idéalistes sans expérience de la vie, voire des inutiles.L\u2019éducateur n\u2019était pas un être pratique.L\u2019idéal, c\u2019était le self-made man.Et chacun d\u2019entrer dans le monde de l\u2019autre pour l\u2019évangéliser: l\u2019éducateur, mué en réformateur social, se faisait fort de montrer comment il ne fallait pas conduire une usine, comment il fallait régler une grève et comment une excessive production nous menait tous à la ruine cyclique; l\u2019expert du monde des finances, l\u2019ancien président d\u2019entreprise, dans une conférence retentissante, brossait un programme scolaire de ce genre-ci : « Notre enseignement rendu plus pratique, en vingt points », ou encore « Notre jeunesse et l\u2019art de gagner de l\u2019argent ».Le fossé se creusait.Pour les éducateurs, les hommes d\u2019affaires étaient forcément des matérialistes; pour les hommes d\u2019affaires, les éducateurs vivaient en dehors de ce monde.Ces piquants échanges d\u2019opinion commencèrent, semble-t-il, avec la grave crise financière de 1929.Où étaient les coupables de la grande débâcle?Les économistes, les statisticiens ne pouvaient pas s\u2019être si lourdement trompés dans leurs prévisions de prospérité indéfinie avec « légère récession possible » ! Le bouc émissaire, ce fut l\u2019enseignement humaniste, et que de coups de pied ne reçut-il pas ! Si tout allait mal, c\u2019était que notre enseignement n\u2019était pas à la page; s\u2019il y avait du chômage, c\u2019était que les éducateurs, au lieu d\u2019enseigner du latin et de la littérature, devraient bien plutôt préparer des ingénieurs, des techniciens; enfin, ils n\u2019étaient pas pratiques! Être pratique, voilà la qualité suprême.Jamais on ne s\u2019était tant intéressé à l\u2019éducation.Houspillés, caricaturés, les éducateurs connurent un moment de stupeur, voire d\u2019hésitation.Évidemment, Le P.Jean Genest est professeur de philosophie au Collège Jean-de-Bréheuf.se disaient-ils, il faut être pratique.Mais voilà: il y a un pratique immédiat comme de savoir planter un clou, et il y a aussi un pratique supérieur, à longue portée.Aucun corps social n\u2019est plus attentif à la critique que le leur.Il reçoit, analyse, scrute, conclut.Bref, un examen de conscience s\u2019ensuivit, le plus fécond, le plus décisif de notre histoire.Il y avait de la routine.Quels étaient nos buts ?Qu\u2019est-ce qu\u2019être pratique ?Comment intégrer nos élèves dans un pays en plein développement?Plus que jamais, grâce aux hommes d\u2019affaires, l\u2019éducateur se rendit compte de son rôle social et national.Il aimait répéter ce que vient de dire M.Harlow Curtice, président de la General Motors Co.: « L\u2019avenir de notre nation, sa survie même, est entre les mains de nos institutions d\u2019enseignement supérieur.» Le monde des éducateurs était prêt à répondre au monde des affaires, aux chefs d\u2019entreprise, .quand la guerre éclata et quand une grande conversion commença.Où commença cette conversion?Aux États-Unis.Ce pays envoya sur toutes les terres du globe près de dix millions de soldats.Toute sa jeunesse.Vingt civilisations différentes les accueillirent.Toutes les virent avec admiration faire la guerre.La répartition des tâches entre les spécialistes, le rendement rapide, efficace, l\u2019organisation calculée, audacieuse: tout cela leur montra un monde nouveau.Mais dès que les soldats n\u2019étaient plus en service, le tableau changeait.Le sergent revenait à ses comics.Comme les militaires se transformaient en occupants, beaucoup d\u2019Américains durent avouer, à leur grande confusion, n\u2019avoir plus à offrir à ces peuples, qu\u2019ils venaient de libérer au risque de leur vie et qui étaient imprégnés d\u2019une longue culture, que du coca-cola et des cigarettes.Leur ignorance de l\u2019histoire, leur nostalgie par suite de leur incompréhension d\u2019une autre civilisation, leurs déficiences surtout dans la représentation diplomatique et dans les organismes internationaux, la puérilité de leurs discussions révélèrent à quel point ils étaient mal armés pour gagner la paix.En Europe, en Amérique du Sud, au Japon, on prononça, sur la civilisation américaine, des jugements sommaires et sévères.On enviait aux États-Unis leur supériorité en machines et en techniciens; mais chaque pays se croyait supérieur en valeurs spirituelles, c\u2019est-à-dire en ces valeurs qui sont moins tournées vers la connaissance et la manipulation des choses et plus orientées vers la connaissance des hommes et leurs rapports entre eux.Les Américains firent leur examen de conscience à leur tour.Leurs conférenciers, les rédacteurs de leurs 90 RELATIONS revues s\u2019aperçurent que, pour être à l\u2019échelle du monde, l\u2019élite d\u2019une nation, qu\u2019il s\u2019agisse de ses hommes d\u2019affaires ou de ses ambassadeurs, doit avoir ce qui est irremplaçable: une culture générale, une vision humaniste de l\u2019univers.En conséquence, il fallait, parallèlement à l\u2019éducation technique, une éducation centrée sur l\u2019homme et la personnalité.La spécialisation hâtive en vue de la réussite professionnelle n\u2019a qu\u2019une valeur limitée.On redécouvrit le rôle des liberal arts colleges.Le 2 mars dernier, le sénateur Fulbright affirmait: « Les humanités sont au cœur de notre système d\u2019éducation.» Au Canada, tant que les industries et les affaires ne dépassèrent pas un certain volume, on avait su tirer parti des spécialistes formés à la course dans nos différentes écoles.Mais, dépassé un certain niveau, face à l\u2019ampleur mondiale des problèmes économiques, sociaux et politiques, on comprit que les présidents, vice-présidents, directeurs, chefs de départements, tous ceux que les Anglais appellent des executives devaient être des hommes de large culture, aptes à s\u2019intégrer dans un vaste ensemble, à défendre une philosophie de la vie et une conception de l\u2019homme valables partout, souples dans leurs analyses du réel et capables de ces intuitions qui créent des solutions plutôt que de suivre des formules toutes faites.On retrouva le rôle joué au Canada par tous les collèges d\u2019humanités, qui cherchent à former des esprits ouverts, des personnalités d\u2019envergure, des compétences à longue portée plutôt qu\u2019immé-diatement utilisables.Aujourd\u2019hui, on ne compte plus les hommages rendus à notre formule d\u2019éducation.Et de féconds dialogues s\u2019amorcent: les éducateurs disent leurs efforts pour comprendre le rôle nouveau du Canada dans le monde et les nouvelles exigences de la vie des affaires; de leur côté, les hommes d\u2019affaires demandent aux collèges de leur préparer de jeunes chefs pleins d\u2019initiative, aptes à penser, à parler, à agir en vue de réalisations largement humaines.M.Irving Olds, ancien président du Conseil d\u2019administration de la U.S.Steel Co., disait récemment: « Les plus difficiles problèmes que doivent rencontrer les entreprises américaines aujourd\u2019hui ne sont pas d\u2019abord scientifiques ou techniques, mais relèvent plutôt du domaine exploité par l\u2019éducation des arts libéraux.» Le président de la Gulf Oil Co., M.Sidney Swensrud, affirme: « C\u2019est l\u2019homme d\u2019une intelligence plus ample qui est rare, l\u2019homme qui voit au delà du travail quotidien, l\u2019homme qui connaît les principes fondamentaux et qui sait apprendre les détails au fur et à mesure des besoins.Les hommes qui arrivent à diriger doivent comprendre tout le courant de l\u2019économie moderne, de la vie politique et sociale.» M.Child, vice-président de la Canada Packers Co., signale que son entreprise ne put donner des charges de directeur à plusieurs techniciens fort bien doués, parce qu\u2019il leur manquait une formation de base, une compréhension suffisamment étendue du monde des affaires.Le monde des affaires ne s\u2019est pas contenté de paroles.Les collèges d\u2019humanités, tous indépendants chez nous, ont été beaucoup plus lents à se remettre de la crise que les industries.La guerre ne leur a pas apporté de nouveaux moyens financiers pour améliorer leur situation.Économiquement, les collèges indépendants en sont encore à 1929.Leurs projets d\u2019agrandissements et d\u2019améliorations, conséquence de discussions et de mises au point remontant à l\u2019avant-guerre, ne furent réalisés en certains cas qu\u2019au prix d\u2019un pénible endettement.L\u2019accroissement du nombre des élèves, l\u2019augmentation des salaires payés aux professeurs laïques, la modernisation du service de la bibliothèque, de l\u2019équipement des laboratoires, etc., tout cela exige de l\u2019espace et de l\u2019argent.Aux États-Unis, la Ford Foundation annonce (7 mars 1955) qu\u2019elle donnera $50,000,000 aux collèges et universités libres pour leur permettre de hausser le salaire de leurs professeurs.La U.S.Steel Foundation a donné, en 1954, la somme de $700,000 à des collèges d\u2019arts libéraux.Et la liste pourrait s\u2019allonger avec la General Motors, la General Electric, la Standard OU.Encore plus fort, la Bell Telephone Co.of Pennsylvania vient d\u2019obliger ses chefs de service à suivre un cours spécial d\u2019humanités pendant un an.Le succès de l\u2019initiative pourrait la répandre dans les grandes entreprises.Le rapport de la Commission Massey contient des témoignages dans le même sens.Le monde des affaires est beaucoup plus sympathique au monde de l\u2019éducation.C\u2019est pour ne pas perdre les fruits de cet heureux dialogue entre les affaires et l\u2019éducation que le Collège Jean-de-Brébeuf a résolu de se donner un Conseil de gouverneurs afin que, par la connaissance mutuelle, il y ait collaboration dans le progrès.Plus les industries sont devenues prospères, plus elles se sont rendu compte de leur intégration dans un milieu donné.Employeurs et employés sont interdépendants; production et service du public doivent marcher de pair; vie économique et pouvoirs publics ne peuvent plus s\u2019ignorer; finalement aussi, les entreprises se sont aperçues qu\u2019elles ne valaient jamais plus que leurs dirigeants.C\u2019est ce besoin de chefs qui a tourné l\u2019attention des grosses compagnies vers l\u2019enseignement supérieur.Ce mouvement vers l\u2019entente mutuelle, cette recherche des valeurs de l\u2019intelligence, cette nouvelle idée que nous devons tirer ensemble dans la même direction pour le plus grand profit de notre pays est le signe non équivoque d\u2019une nouvelle maturité nationale.Comme dit Saint-Exupéry : « Si tu veux que les hommes cessent de se nuire, force-les à bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères.» AVRIL 1955 91 La Familiale s\u2019occupe d\u2019habitation Berthe LOUARD IA COOPÉRATIVE de consommation La Familiale décidait, en janvier 1953, d\u2019étudier le problème de l\u2019habitation.Problème crucial, s\u2019il y en a, pour les gens à revenus modiques, et plus particulièrement pour les familles nombreuses, problème à la solution duquel les coopératives peuvent grandement aider.Malgré les difficultés et les obstacles inévitables, \u2014 provoqués parfois, \u2014 mais aussi grâce aux bonnes volontés et aux concours spontanés de quelques-uns, La Familiale a fait ses preuves.En 1954, huit duplex ont été construits; le petit quadrilatère formé par les rues Boyer, Legardeur et Valcartier loge aujourd\u2019hui, de façon humaine et hygiénique, seize de nos belles familles dont le nombre d\u2019enfants varie de deux à huit.Ces duplex coûtent $13,000.Ce prix comprend les matériaux, la main-d\u2019œuvre et l\u2019achat du terrain.Ce terrain était trop cher pour des maisons ouvrières, mais c\u2019était à prendre ou à laisser, et nous devions agir.Pour obtenir un duplex, il faut être de bonne moralité, avoir les qualités d\u2019un bon voisin, fréquenter d\u2019abord les cercles de renseignements coopératifs et sociaux et pouvoir payer un loyer de $55 par mois.Nous voudrions bénéficier du domaine des Sulpi-ciens pour notre coopérative d\u2019habitation.C\u2019est un endroit central, près des églises, \u2014 avant d\u2019avoir les nôtres, \u2014 des écoles, d\u2019un collège.La porte de La Familiale est grande ouverte.La difficile condition, \u2014 qui répugne à la majorité des adultes, \u2014 ce sont les cercles d\u2019études, que nous dénommons cercles de renseignements afin d\u2019atténuer cette répulsion.Il est urgent cependant de s\u2019y résoudre, car nous devons absolument connaître nos besoins, nos déficiences, nos possibilités et nos moyens d\u2019agir.Il faut aussi vouloir faire sa part: 1° pour avoir sa propre maison; 2° pour que les autres aient aussi la leur; 3° pour régler le problème des loisirs des jeunes; 4° pour que les membres de la coopérative d\u2019habitation possèdent, de plus, les entreprises de commerce et d\u2019amusements.La Familiale existe depuis dix-sept ans.Elle est financièrement solide.Partie de zéro, elle a aujourd\u2019hui un actif de $90,000 et elle est propriétaire de son immeuble.Elle a fait ses preuves dans le commerce ainsi que dans la construction de maisons.Bâtir est urgent.C\u2019est une œuvre de redressement, d\u2019assainissement moral et social qui s\u2019impose.Tous et chacun ont le droit de vivre, d\u2019avoir leur part d\u2019air et de soleil, d\u2019élever leurs enfants dans une maison adap- Mme Berthe Louard, secrétaire de la coopérative de consommation La Familiale, nous dit les espoirs du comité d\u2019habitation de cette coopérative.Mme Louard est une convaincue qui désire en convaincre beaucoup d'autres.tée aux besoins familiaux, où la mère trouve sa tâche agréable et où elle puisse aisément avoir soin des enfants.Les coopératives peuvent faciliter grandement l\u2019accès à la propriété.Il leur faut cependant l\u2019aide des autorités municipales, qui sont à même de mettre les terrains à leur disposition à un prix plus que modique.Granby et Trois-Rivières ont très vite compris leurs responsabilités et les avantages que devaient en retirer leurs citoyens.Grâce à ce bel esprit de compréhension, ces deux villes, en plus d\u2019avoir gagné la reconnaissance des nouveaux propriétaires, sont devenues un objet d\u2019admiration non seulement dans la province, mais aussi en dehors.Les réalisations coopératives se colportent facilement.Nous avons confiance que Montréal va nous permettre de continuer à grande échelle ce que nous avons fait en petit l\u2019an dernier.Disons, sans y mettre toutes les nuances qui s\u2019imposeraient, que les Canadiens français constituent le groupe qui compte le moins de propriétaires, qui a le moins de chances d\u2019accéder par ses moyens à la propriété, qui est le plus handicapé financièrement.Ce dernier point est particulièrement vrai en ce qui concerne la mise de fonds initiale, nécessaire pour se construire une maison.C\u2019est pour cela que le comité d\u2019habitation de La Familiale a créé le Fonds d\u2019entraide à l\u2019habitation, qui a une importance primordiale pour les familles nombreuses.Qu\u2019est-ce au juste que ce fonds ?Les associations prêteuses ne peuvent prêter que selon certaines normes qui garantissent entièrement les prêts qu\u2019elles accordent.Ceci n\u2019est pas dit pour les critiquer, car la loi les oblige à prendre toutes ces précautions, vu que l\u2019argent qu\u2019elles prêtent leur a été confié et qu\u2019elles sont obligées de le rembourser n\u2019importe quand, soit aux dépositaires, soit aux assurés.Le Fonds d\u2019entraide a pour objet de compléter le versement initial \u2014 cette aide augmentera proportionnellement avec le nombre d\u2019enfants \u2014 et d\u2019établir une réserve de sécurité pour empêcher la perte de la propriété.Il y a actuellement $2,000 dans le Fonds d\u2019entraide.Nous voulons grossir la somme par des dons privés, sans faire toutefois de souscription publique.Une fois atteint un montant substantiel, il sera possible d\u2019obtenir une charte qui nous permettra d\u2019émettre des obligations, l\u2019argent recueilli servant de garantie contre toutes les pertes que pourraient faire les acheteurs d\u2019obligations.Ce fonds n\u2019a pas pour but de favoriser le vice.C\u2019est de la médecine préventive.C\u2019est un effort pour sauvegarder le capital humain et le remettre à sa juste place, la première.Nous n\u2019avons pas le droit de laisser se 92 RELATIONS continuer la situation actuelle; nous ne pouvons rester indifférents devant le sort de la famille qui se trouve traitée en paria parce qu\u2019elle a des enfants.Cette monstruosité doit nous émouvoir.Ne croyons pas que ce problème ne soit pas notre affaire.C\u2019est là un faux-fuyant.Nous sommes tous responsables, car la société, c\u2019est nous.Aussi tous les groupements, toutes les associations sociales, nationales, religieuses et syndicales se doivent-elles d\u2019aller jusqu\u2019à la limite de leurs moyens pour que les réalisations en fait d\u2019habitation soient dignes de notre métropole et de notre mentalité de Canadiens français catholiques.Il est sûr que tous indistinctement désirent que la situation du logement \u2014 qui est une honte pour tous \u2014 s\u2019améliore.Tous sont certainement prêts à faire leur part: 1° en appuyant La Familiale dans ses démarches à l\u2019hôtel de ville pour obtenir une partie du domaine des Sulpiciens; 2° en lui amenant des compétences; 3° en mettant à cette œuvre si importante beaucoup de foi, un amour fraternel sans limites et un travail intense; 4° en contribuant largement de leurs deniers.Pour remplir efficacement son rôle, le Fonds d\u2019entraide doit être bien garni.Ce fonds vous permettra de pratiquer la charité chrétienne dans toute sa beauté.Pensez aux enfants.Songez combien d\u2019entre eux, grâce à vous, ne deviendront ni des jeunes délinquants ni des criminels.Les garder bons est bien plus facile que de les redresser.Apprenons-leur à bénir la société plutôt qu\u2019à la maudire.Pour l\u2019instant, la première chose à faire, c\u2019est un chèque.N\u2019attendez pas.Ce que l\u2019on remet s\u2019oublie.Le montant ?Il n\u2019y a pas de limites.Tous les chèques vont être utiles, les petits comme les gros.Vous seuls connaissez vos moyens.Écoutez votre cœur.(Faire les chèques au Fonds d\u2019entraide à l\u2019habitation et adresser les envois Propos sur l\u2019habitation Rodolphe LAPLANTE CPROBLÈME DE L\u2019HABITATION restera longtemps à l\u2019affiche en notre province et en notre pays.L\u2019exode rural, qui se continue depuis vingt ans, qui s\u2019est accentué pendant la guerre et l\u2019euphorie de l\u2019après-guerre, a dirigé vers les villes de nombreux citoyens réclamant un gîte.A ces tranches de population convergeant vers les cités se sont ajoutés les nouveaux couples issus de l\u2019accroissement naturel de la population et les nombreux immigrants qui ont déferlé sur notre province pendant la guerre et surtout depuis 1945.On sait que divers plans dits d\u2019habitation ont été proposés tant par le gouvernement fédéral que par certaines provinces, entre autres le Québec.Des sociologues, des chefs ou des membres de mouvements sociaux, ou tout simplement des personnes AVRIL 1955 à M.François-Albert Angers, président, 5271, rue Saint-Hubert, Montréal.) * La Familiale doit une grande reconnaissance à M.le chanoine Groulx.C\u2019est lui qui nous a préparé la voie en éveillant les consciences.Ce sont ses disciples qui ont, depuis le début, supporté courageusement La Familiale.Or, M.le chanoine Groulx nous disait qu\u2019il fallait voir grand, qu\u2019il fallait bâtir grand.Il nous disait aussi qu\u2019il nous fallait une mystique, que si nous adoptions, une bonne fois, celle que nous a donnée Jésus, à savoir la mystique de la charité, si nous nous obligions à la pratiquer, non pas une heure le dimanche, mais 365 jours par année et 24 heures par jour, nous serions une force telle que tout nous serait donné par surcroît.Et S.Ém.le cardinal Léger nous a dit qu\u2019il fallait avoir l\u2019audace de la foi.Mais pour avoir l\u2019audace, il faut en premier lieu avoir la foi.Nous devrions tous faire un examen de conscience, comprendre que nous sommes nous-mêmes responsables de nos déficiences, que nous ne nous aimons pas assez.Le seul remède, c\u2019est de vivre intensément cette mystique, de comprendre la nécessité d\u2019être unis dans cette grande famille qui est la nôtre, bien plus encore pour la valeur morale que nous acquerrons que pour les biens matériels \u2014 non négligeables \u2014 qui en résulteront.Nous devrions lire et méditer l\u2019article de Georges Huber sur le maire La Pira de Florence (le Devoir, 25 janvier 1955) et nous efforcer de penser comme cet apôtre social.Nous espérons que tous vont comprendre combien il est urgent de résoudre le problème du logement des familles nombreuses et que chacun de nous fera sa part sans délai, dans sa sphère respective et jusqu\u2019à la limite de ses moyens.M.Rodolphe Laplante est régisseur à l\u2019Office du Crédit agricole du Québec.L\u2019application de la Loi pour améliorer les conditions de l\u2019habitation relève de cet Office.émues par le sort des familles en quête de logis et par le drame quotidien de jeunes couples sans gîte, ont émis des idées de toutes nuances sur cette question de l\u2019habitation.Parmi maintes suggestions, on relève celle d\u2019un crédit urbain semblable au crédit agricole établi dans la province.Le crédit urbain.\u2014 Ceux qui préconisent un crédit urbain se sont-ils demandé pourquoi l\u2019État fédéral n\u2019était pas lui-même entré directement dans le champ du prêt hypothécaire?Pendant un certain temps, le gouvernement fédéral fournit, par l\u2019intermédiaire de la Société centrale d\u2019Hypothèques et de Logement, la proportion d\u2019un quart du montant de l\u2019hypothèque pouvant grever une maison.Ultérieurement, vu l\u2019insuffisance de la mise de fonds présentée par de nombreux aspirants-emprunteurs, ladite Société ajouta une deuxième hypothèque ne devant pas excéder le sixième 93 du montant de la première hypothèque.Après quoi, le gouvernement cessa complètement de prêter directement.Aucune province ne consent des prêts directs relativement à l\u2019habitation.En 1948, la province de Québec adopta la Loi pour améliorer les conditions de l\u2019habitation.Il s\u2019agissait d\u2019une mesure supplétive, complémentaire, visant à abaisser, selon des barèmes définis, le coût de la charge fixe pour l\u2019emprunteur qui construit ou acquiert une maison neuve à un ou deux logements.La province ne prête pas, mais elle remet en pur don au citoyen qui remplit les conditions exigées par la loi un maximum de trois pour cent de l\u2019intérêt à payer sur son hypothèque, laquelle est de $7,000 pour une maison à un logement, de $12,000 pour une maison à deux logements.Pour mesurer l\u2019ampleur des sommes que la province aurait eu à engager, il faut signaler ici que les quarante-cinq compagnies concourant à l\u2019exécution de la loi ont prêté $146,936,046.01, et les 483 Caisses populaires, $26,243,543.77, soit un total de prêts hypothécaires de $173,179,589.78.Au 31 janvier 1955, les 25,242 emprunteurs avaient construit 28,957 logements (un certain nombre d\u2019entre eux construisaient deux logements).Bref, c\u2019est une somme d\u2019environ deux cents millions de dollars qui a été prêtée jusqu\u2019ici.D\u2019autre part, la province a été autorisée à prêter aux cultivateurs cent trente millions de dollars.Les seuls chiffres ayant trait aux cas assujettis à la Loi pour améliorer les conditions de l\u2019habitation prouvent péremptoirement quelle serait l\u2019ampleur des crédits que l\u2019Office aurait engagés et devrait engager pour plusieurs années à venir si la province, par le truchement d\u2019un organisme de prêt gouvernemental, était entrée dans le champ du prêt direct.U action des municipalités.\u2014 Beaucoup de municipalités n\u2019ont peut-être pas considéré le problème de l\u2019habitation dans sa véritable perspective.La loi, sanctionnée en mars 1948, autorisant les municipalités à accorder des privilèges spéciaux pour remédier à la crise du logement, n\u2019a peut-être pas été convenablement interprétée et appliquée.Nous pensons surtout aux municipalités dont la structure financière doit être suffisamment solide pour qu\u2019on y puisse aménager des égouts, des aqueducs et certains autres services édili-taires et pourvoir à l\u2019installation d\u2019écoles.En théorie, il y eut réduction de la taxe foncière conformément à cette loi, qui fut suivie de règlements municipaux à Montréal, Québec et dans quelques autres centres.Mais nulle part, croyons-nous, les virtualités de cette loi n\u2019ont été exposées de façon à faire connaître au public tous les avantages qui en découlent pour le futur propriétaire \u2014 en conjugaison, bien entendu, avec les intérêts de la municipalité qui, sur une période de quelques années, pourrait récupérer l\u2019argent dépensé pour l\u2019aménagement des rues, des trottoirs et des services précités.Le problème de la mise de fonds.\u2014 Beaucoup de suggestions sont mises de l\u2019avant; quelques-unes, si elles étaient réalisées, seraient moins avantageuses que les lois provinciales actuellement en vigueur.Ainsi, on dit depuis quelques années: pourquoi pas des prêts d\u2019État à cent pour cent du coût de la maison ?Nous ne croyons pas qu\u2019il soit rationnel, prudent, logique et de saine administration de susciter pareille envie, du moins au stage où nous en sommes.Est-il convenable que l\u2019État, fédéral ou provincial, que la municipalité concourent à doter de maisons des requérants-emprunteurs n\u2019ayant aucune mise de fonds?Ne serait-ce pas une prime au moindre effort ?Si la mise de fonds n\u2019existe pas, l\u2019aspirant-propriétaire ne sera-t-il pas tenté d\u2019acquérir une maison qui dépasse ses moyens ?Outre qu\u2019il aurait à payer l\u2019intérêt et l\u2019amortissement sur un plus fort montant d\u2019hypothèque, il s\u2019ensuivrait ultérieurement des complications advenant défaut de paiement et des pertes qui rendraient suspects les projets d\u2019habitation les plus plausibles.A cela on peut répondre qu\u2019il y a moyen de fixer le prix maximum de la maison qu\u2019un acquéreur sans le sou pourra obtenir, compte tenu de son salaire, de son âge et de la permanence de son emploi.Mais comment empêcher quelqu\u2019un de convoiter une maison au delà de ses moyens si l\u2019on n\u2019exige pas de mise de fonds ?Que la mise de fonds doive être réduite au minimum, nous croyons bien que c\u2019est l\u2019intention ou le désir de ceux qui ont quelque peu étudié le problème; mais supprimer toute mise de fonds pourrait nous faire verser dans la plus dangereuse utopie.Nous avons sous les yeux des exemples de personnes qui ont acquis des maisons assujetties à la Loi provinciale de l\u2019habitation et qui n\u2019ont fourni aucun argent comptant.Nous avons aussi sous les yeux le cas de ce requérant-emprunteur, au salaire annuel moyen de $2,600, qui a construit dans une petite ville près de Québec une maison à deux logements, après avoir emprunté $8,500 pour quinze ans et six mois.Il a lui-même fourni une partie du travail avec sa femme et ses enfants, et le service provincial de l\u2019habitation lui versera, pour la durée du prêt, une somme de $2,392 en vue de l\u2019aider à payer l\u2019intérêt.Autre cas.Près de Québec, le père de douze enfants, qui ne peut fournir aucune mise de fonds, emprunte $4,500.Comme dans le cas précédent, la Caisse populaire, en vertu de la clause 3 de la Loi pour améliorer les conditions de l\u2019habitation, lui prête le montant susdit, soit cent pour cent du coût.Ce bénéficiaire recevra de l\u2019Office une contribution de $1,389.60; il est assujetti à des remises mensuelles, intérêt et capital, de $32.Ce sont là, dira-t-on, des cas d\u2019espèce.Peut-être.Ils sont cependant assez nombreux pour établir que celui qui exerce un métier quelconque, comme menuisier, plombier, charpentier, électricien ou peintre, peut apporter en travail l\u2019équivalent d\u2019une mise de fonds en 94 RELATIONS argent.Ce sont les cas sympathiques par excellence, et nous croyons que des habitations construites en vertu de ce principe pourraient être multipliées à l\u2019infini.Nous ne prétendons pas, bien entendu, que le problème du logement puisse se régler avec ces seules données, car, pour réussir ce tour de force, il faut tout de même, en plus de l\u2019honnêteté, la possibilité d\u2019être identifié par le prêteur local, c\u2019est-à-dire la Caisse populaire.Avec un minimum d\u2019initiative, d\u2019habileté et de compétence en construction, le travailleur de toute catégorie, nous le répétons, pourra, bien orienté et bien conseillé, réaliser semblable projet.Nous avons, d\u2019autre part, sous les yeux le cas de trente ouvriers, membres de syndicats, qui ont emprunté chacun $5,500, pour acheter des maisons coûtant $6,000, et qui n\u2019ont pas travaillé eux-mêmes à la construction.Ce sont les Caisses populaires qui se sont constituées prêteuses.Le terrain avait été acheté à bas prix par la coopérative.Dans une ville de la Côte Nord, des employés incapables de fournir la mise de fonds requise ont obtenu que leur employeur \u2014 une compagnie importante \u2014 effectue un dépôt à la compagnie prêteuse pour compléter le montant nécessaire.Il s\u2019agissait d\u2019au moins vingt requérants.Ce dépôt, garanti auprès de la compagnie prêteuse, sera retiré en tout ou en partie quand le montant du solde dû par les emprunteurs sera limité à la seule hypothèque grevant la maison.Ces bénéficiaires retireront éventuellement des remises échelonnées sur une certaine période et pour des montants allant de $1,299.50 à $2,700.10.Autre cas.Celui d\u2019une coopérative dans une petite ville industrielle.Les prêteurs ont été les Caisses populaires et deux grandes compagnies canadiennes-françaises.La coopérative a utilisé une partie des modestes contributions des sociétaires pour garantir la mise de fonds insuffisante de certains emprunteurs coopérateurs.Il fallait évidemment tirer au sort.Il ne s\u2019agit pas ici de dix à cinquante cas, mais de plus de deux cents maisons bâties ainsi grâce à l\u2019initiative des gérants de coopératives remplis d\u2019allant, à la compréhension de la Caisse populaire locale et à l\u2019encouragement intelligent des deux mutuelles canadiennes-françaises mises en cause.Une compagnie d\u2019assurance, dont le siège social est à Montréal, a également accepté de prêter à ses employés cent pour cent du coût d\u2019achat de leurs maisons; mais elle n\u2019a consenti à le faire qu\u2019au bénéfice de ses employés.U action des employeurs.\u2014 Cela nous amène à parler de la Loi autorisant les compagnies à consentir des prêts d\u2019habitation à leurs employés, loi sanctionnée le 11 mars 1948 et amendée en 1954; l\u2019amendement permet aux employeurs de consentir des prêts à leurs employés, mais en exigeant un intérêt maximum de six pour cent, au lieu du maximum de quatre pour cent fixé par la loi de 1948.L\u2019Hydro-Québec, entre autres, s\u2019est prévalue de cette loi.Les compagnies utilisant leurs propres fonds pour accommoder leurs employés peuvent être considérées comme prêteurs au terme de la Loi pour améliorer les conditions de l\u2019habitation pourvu que les requérants empruntent selon les normes de la loi administrée par l\u2019Office du Crédit agricole.Ces bénéficiaires pouvaient retirer l\u2019allocation quant à l\u2019intérêt pour toute la durée du prêt.Nous croyons qu\u2019en face du problème de la mise de fonds et vu la nécessité d\u2019obtenir des prêts même dans les endroits les plus éloignés de la Gaspésie, du comté de Roberval ou de Pontiac, il y a lieu d\u2019expliquer cette loi, qui n\u2019a pas, faute d\u2019être connue, été utilisée dans la mesure souhaitable.Qui, mieux qu\u2019un employeur, peut prêter à son employé qu\u2019il connaît, soit le plein montant du prix d\u2019achat, s\u2019il le juge bon, soit \u2014 ce qui paraît plus sage \u2014 les neuf dixièmes du coût total ?On a pu, en certains quartiers, parler de paternalisme dangereux.On a craint un lien trop étroit entre employeurs et employés, ou un asservissement de l\u2019employé par l\u2019employeur.Peurs imaginaires, croyons-nous.A-t-on jamais entendu parler de brimades subies par des employés de l\u2019Hydro-Québec ou d\u2019autres compagnies pour avoir bénéficié de cette loi ?D\u2019ailleurs, une propriété bien entretenue, achetée au prix du marché, n\u2019a comporté jusqu\u2019ici, et depuis sept ou huit ans, que l\u2019avantage tangible de pouvoir être vendue en tout temps avec un profit substantiel.Et sans poser à l\u2019économiste prophète, on peut affirmer que la baisse éventuelle ne pointe pas encore.Toutes ces considérations adventices, ces défiances envers l\u2019employeur, ce silence autour de cette loi grâce à laquelle on pourrait multiplier les maisons, tout cela, écrivons-le sans détour, devient préjudiciable à ceux qui, dûment conseillés, seraient en mesure d\u2019acquérir ou de se faire construire une maison, en obtenant des prêts exceptionnellement élevés aux conditions susmentionnées, c\u2019est-à-dire, soit en fournissant une part de travail, soit encore en se groupant en coopérative.Cette loi permet à l\u2019employeur de dicter des conditions de remboursement, de fixer la norme des prêts.Combien d\u2019employeurs, combien de compagnies, dans les grandes et peut-être surtout dans les petites villes, pourraient immobiliser quelques centaines de milliers de dollars pour aider à loger leurs employés qui, si les conditions de la loi provinciale sont respectées, auraient droit à la remise d\u2019intérêt habituelle! Les avantages, ici, sont immenses, a) Le prêteur peut prêter un très fort pourcentage et même, s\u2019il le juge à propos, cent pour cent du coût d\u2019acquisition de la maison, car il connaît le caractère de permanence de l\u2019emploi de l\u2019emprunteur, sa solvabilité, etc.b) Le prêteur peut, par ses conseils, suggérer à son employé le choix d\u2019un terrain avantageux, lui apporter le secours de son expérience, etc.c) Le prêteur peut, si les règle- AVRIL 1955 95 ments prévus par la loi ont été dûment préparés et mis en accord avec ceux du service de l\u2019habitation, obtenir que la proportion d\u2019intérêt payable par le gouvernement soit éventuellement versée ou créditée à l\u2019emprunteur bénéficiaire, d) Cette loi, si l\u2019application en était généralisée, multiplierait les sources d\u2019approvisionnement de prêts, non seulement dans les villes de Montréal et de Québec et en d\u2019autres villes d\u2019une certaine importance (où les compagnies consentent des prêts et où se trouvent de nombreuses et puissantes caisses populaires), mais aussi dans les centres éloignés, ainsi que nous l\u2019avons mentionné plus haut, là où quelques rares prêts isolés n\u2019attirent pas une compagnie d\u2019assurance ou de fiducie, à cause des frais d\u2019inspection qui peuvent s\u2019ensuivre, etc.L\u2019employeur concourant à cette loi connaît d\u2019ailleurs les avantages de sa région et les ressources de ses employés, é) Ces prêts, s\u2019ils sont consentis dans un esprit large et généreux, tout en respectant les règles de la prudence, ne peuvent que favoriser de meilleures relations entre patrons et employés.Si d\u2019aucuns ne voient dans cette loi que paternalisme dangereux ou ingérence du patron, nous ne savons que leur répondre, puisque nous croyons avoir résolu leur objection en disant que le bénéficiaire peut vendre facilement sa maison sans perdre sa mise de fonds.Conclusion.\u2014 Aucune initiative particulière ne réglera à elle seule le problème de l\u2019habitation.Cet article vise à montrer ce qui s\u2019est déjà fait et ce qui peut se faire actuellement.N\u2019oublions pas que le problème de fond reste celui de l\u2019épargne.On sait que maintes gens à revenus modestes ont épargné pendant que d\u2019autres à revenus supérieurs n\u2019ont pu le faire.Il importe de créer un état d\u2019esprit favorable à l\u2019acquisition d\u2019une maison.Il faut se convaincre que l\u2019épargne est le fondement logique de l\u2019acquisition d\u2019une propriété, même si la mise de fonds doit être, en principe, réduite au minimum.Le problème de l\u2019habitation n\u2019intéresse pas une catégorie seulement de personnes, un gouvernement, une société, une catégorie de prêteurs.Tous ceux qui ont le souci du bien commun doivent s\u2019employer à provoquer des initiatives favorisant la construction de maisons.Hommage à Paul Claudel Pierre ANGERS S.J.Nous sommes partis bien des fois déjà, mais cette fois-ci est la bonne.Adieu, vous tous à qui nous sommes chers, le train qui doit nous prendre n\u2019attend pas.Ces vers, écrits en 1906, si émouvants sous leur allure simple et familière, donnent désormais leur pleine résonance.Le vieux poète voyageur, qui s\u2019est « mis en marche dès l\u2019enfance », le piéton de l\u2019interminable route, connaît aujourd\u2019hui le repos auquel il aspirait et le terme du long cheminement.La carrière du diplomate qu\u2019il fut a été faite de départs, de traversées, de visites rapides entre deux trains, et des déplacements successifs qui l\u2019ont conduit tour à tour en Chine et au Japon, au Brésil et aux États-Unis.C\u2019est à peine si le dernier séjour en France, durant les quinze années de sa retraite, a modifié l\u2019image de l\u2019exilé que l\u2019œuvre conserve fidèlement.L\u2019itinéraire parcouru, qui couvre cinquante ans de cette existence, est une figure, celle d\u2019une route spirituelle, aussi longue mais plus laborieuse, que le jeune converti de Noël 1886 a dû entreprendre, incapable de rester sourd à « l\u2019inexorable appel de la voix merveilleuse ».Formé dans les lycées de son époque, Claudel a été victime des cadres rigides du scientisme le plus étroit.Le positivisme alors triomphait.Par bonheur, ce cœur comblé de désirs a fait éclater les murailles de « ce bagne matérialiste », non sans une lutte sévère, grâce à la rencontre d\u2019un grand poète, Arthur Rimbaud; grâce encore davantage à une touche de Dieu sur son âme sauvage et dévorante, passionnée du monde et de l\u2019espace: « Voici que vous êtes quelqu\u2019un tout à coup.» * Le P.Angers, professeur de littérature française à V Université de Montréal et préfet des études au Collège Jean-de-Brébeuf, a connu le grand poète que la mort vient d\u2019emporter.Celui-ci a naguère honoré d\u2019une lettre élogieuse le Commentaire à l\u2019Art poétique de Paul Claudel, qu\u2019a publié le P.Angers (Paris, Mercure de France, 1949).C\u2019est à cette heure privilégiée de soudaine révélation que l\u2019œuvre de Claudel prend naissance.L\u2019âme du jeune homme a été atteinte dans une région très intime; il est pénétré du « sentiment déchirant de l\u2019innocence », de « l\u2019éternelle enfance de Dieu »; il perçoit un appel qui s\u2019adresse à lui personnellement.Et voici que, des sanctuaires endormis de l\u2019âme, s\u2019élève un chant hier inconnu que l\u2019on entendra résonner au long de toutes les œuvres du lyrique et du dramaturge.A travers les œuvres les plus diverses de ton et de sujet, sous les constructions conventionnelles des grands drames, dans l\u2019extrême variété des aperçus, dans les dialogues des personnages, ce chant se fait entendre.Cette « seule chose » que le poète a voulu dire, « cette note, éclatante ou sourde, mais sensible et obsédante partout », « ce timbre vital à quoi tout le reste vient s\u2019accorder », tel est son message.Écoutez cette voix s\u2019exprimer en des vers déjà associés à notre mémoire comme les passages classiques: De quel prix est le monde auprès de la vie?et de quel prix la vie, sinon pour la donner?Seule la rose est assez fragile pour exprimer l\u2019Éternité.L\u2019amour a fait la douleur et la douleur a fait l\u2019amour.Seigneur, vous avez mis en moi un germe non point de mort, mais de lumière.Si vos astres me sont nécessaires, combien davantage tous mes frères ?Il n\u2019y a pas d\u2019autre bonheur pour l\u2019homme que de donner son plein.Ce n\u2019est point à la pierre de choisir sa place, mais au Maître de l'Œuvre qui l\u2019a choisie.96 RELATIONS Il n\u2019y a qu\u2019une âme purifiée qui comprendra l\u2019odeur de la rose.Puissante est la souffrance quand elle est aussi volontaire que le péché.Tentez l\u2019expérience.Entrez, faites quelques pas dans l\u2019immense édifice claudélien.Frappez sur l\u2019une quelconque de ses parois, écoutez le timbre singulier de ces vers.A travers les mots les plus variés, sous des thèmes parfois sans rapport immédiat, une note, toujours la même et toujours nouvelle, s\u2019éveille, se répand, se prolonge comme un écho sourd ou clair qui se répercute dans les longues nappes de vers.Un seul grattement de l\u2019ongle et la cloche de Nara se met à gronder et à résonner.* Le poète nous a quittés.Le navire s\u2019est éloigné.La fumée s\u2019est dissipée dans le ciel.Il n\u2019y a plus que le soleil éternel de Dieu sur les eaux qu\u2019il a créées.\u2022 ¦ Un grand art peu connu : le mime Blondin DUBE, S.J.EN FÉVRIER dernier, le Théâtre du Nouveau Monde présentait au public Marcel Marceau et son partenaire Gilles Ségal.Ces deux artistes nous ont révélé un grand art: le mime.Difficile et peu pratiqué actuellement, l\u2019art du mime rend visible l\u2019invisible et concrétise l\u2019abstrait.Art raffiné, tout en nuances, épuré des paroles, des mots, plein d\u2019un silence enrichissant.Seul, le jeu du visage, du corps, des mains exprime l\u2019action, communique les sentiments et captive l\u2019auditoire, deux heures durant.Au début du spectacle, Marceau et Ségal nous arrivent avec rien: aucun accessoire.Cependant, nous les voyons, et avec quelle puissance de suggestion, tirer à la corde, marcher contre le vent, animer le jardin public, prendre une douche, réparer les horloges, se battre en duel dans la nuit.Tout est stylisé dans une souplesse telle que le corps moule les mouvements subtils de l\u2019âme mise à nue.Marceau atteint la perfection de l\u2019art dans sa pantomime de style, Adolescence, maturité, vieillesse et mort; de son côté, Ségal donne le meilleur de lui-même dans La pèche sous- II n\u2019y a plus que ce témoignage émerveillé, que cette explosion de certitude exultante dans l\u2019œuvre du poète, où se développe dans la joie de l\u2019attente une image de l\u2019univers inspirée par la Parole de Dieu.C\u2019est pourquoi son œuvre est si grande, accueillante à toutes les choses créées.Par moments, toute nourrie de l\u2019Écriture sainte, elle atteint à une grandeur biblique.Le poète a été fidèle à la vocation de 1886.Il a répondu de tout son être à la vérité des choses visibles et invisibles.Rompant avec la tradition du dix-neuvième siècle, il n\u2019a pas méconnu la création.Il n\u2019a pas calomnié la créature.Il n\u2019a pas abreuvé de blasphèmes le Créateur.Il a acclamé la mer et le soleil, la nuit et les étoiles, la montagne et la plaine, et les hommes, ses frères, qu\u2019il a aimés.A la face d\u2019un monde qui ne sait plus voir Dieu dans son oeuvre, il a dit que l\u2019Univers est magnifique et qu\u2019il parle de Quelqu\u2019un d\u2019autre, son Créateur.S\u2019il n\u2019y avait rien à attendre, qu\u2019est-ce qui allume le ciel ainsi en cette éternelle vigile ?Le P.Blondin Dubé, directeur de la Croisade eucharistique pour le diocèse de Montréal et directeur national adjoint du meme mouvement, est un auteur de saynètes et de jeux dramatiques pour la jeunesse.marine.C\u2019est de la haute poésie.Les plus simples et les plus cultivés peuvent la comprendre, la goûter.La deuxième partie du spectacle met en scène les aventures de « Bip ».Comme Chaplin avait créé Chariot, Marceau a mis au monde « Bip ».Ces pantomimes, moins raffinées, accordent plus de concessions au peuple.Mais chaque aventure regorge tellement de détails croqués sur le vif, d\u2019actions bien observées, de situations vécues qu\u2019il est impossible de ne pas applaudir d\u2019une façon quasi délirante \u2014 ce fut le cas à la première représentation \u2014 le « Bip » de Marceau.Quand on a vu « Bip » dans une soirée mondaine, en voyage, sur la patinoire, en excursion de botanique, on ne peut s\u2019empêcher de considérer Marcel Marceau comme un maître du théâtre, un artiste de grande classe.Marceau n\u2019a pas atteint du premier coup cette perfection de jeu.On serait porté à l\u2019oublier lorsque, bien assis au milieu de l\u2019auditoire, on voit évoluer l\u2019artiste.Tout paraît si simple, facile.La limpidité même.Il n\u2019y a, en effet, rien de compliqué dans ses mimiques, ses gestes, ses mouvements.Mais la souplesse, la spontanéité de ses mimes ont demandé à l\u2019auteur dix ans d\u2019étude tenace, d\u2019observations patientes, de recherches et d\u2019exercices désintéressés.C\u2019est le triomphe du travail consciencieux.En applaudissant l\u2019artiste, le public rend hommage au génie théâtral de Marcel Marceau et, en lui, au travailleur obscur, acharné, infatigable.Vieux numéros de Relation*, années 1941 et 1942.Vous en avez qui ne vous servent pas ?Pourquoi ne nous les enverriez-vous pas en échange d\u2019abonnements ?Vous nous rendriez un grand service.(Relation*, 8100, BOULEVARD SAINT-LAURENT, MONTRÉAL - 11 AVRIL 1955 97 O U LE JUBILÉ D\u2019OR DE L\u2019A.C.J.C.Les 12 et 13 mars dernier, l\u2019A.C.J.C.{maintemant A.J.C.) a fêté son jubilé d'or.Voici un extrait substantiel du sermon prononcé par M.le chanoine Louis-Joseph Rodrigue, aumônier général de l'A.J.C.LE BAPTÊME, qui met dans le chrétien les germes de la vie divine, ne le transporte pas dans un autre univers, 'mais le laisse, de par la volonté divine, dans un monde inachevé et susceptible de transformation.Le loyalisme chrétien exige que les Canadiens français soient présents à toutes les tâches d\u2019ici-bas.Une première raison, qui se rapporte directement à la vie religieuse, impose à nos jeunes d\u2019avoir les yeux ouverts sur les conditions qui prévalent dans le milieu où ils auront à vivre.Les retentissements des conditions politiques et sociales dans les vies individuelles peuvent rendre plus difficiles l\u2019éclosion et le développement de la vie religieuse dans l\u2019humanité.Lorsque l\u2019on considère l\u2019ensemble des hommes avec l\u2019imperfection de leurs dispositions, avec leur lourdeur spirituelle, \u2014 et notre peuple canadien-français ne fait pas exception à cette règle, \u2014 on a tôt fait de constater qu\u2019un minimum de biens matériels, un développement culturel conforme à ses origines apparaissent comme indispensables pour écarter les obstacles à la vie religieuse et morale.Seconde raison, inspirée, elle, de l\u2019idéal chrétien de communion universelle avec tous les hommes et spécialement avec ses compatriotes, frères par la langue, la culture, les traditions, héritiers d\u2019une même foi et d\u2019une charité identique.La communion de chaque être avec Dieu n\u2019implique-t-elle pas la communion des hommes en Dieu ?Or, Dieu ne saurait être possédé par chacun pour son propre compte, mais en commun.Ceux qui désirent cette communion \u2014 et serait-on chrétien sans en avoir la passion ?\u2014 cherchent à en réaliser sans délai tout ce qui est possible et veulent sans cesse l\u2019élargir et l\u2019approfondir.Un pareil travail n\u2019exige pas seulement un effort de rapprochement individuel, mais la création de conditions objectives qui la facilitent.Tout ce qui est facteur de haine et de discorde, tout ce qui divise, tout ce qui s\u2019oppose à l\u2019intelligence et à l\u2019amour mutuel doit être combattu.Tout ce qui peut aider à la rencontre des esprits et des cœurs doit être favorisé.Il y a là, sur le terrain politique, économique, social et national, le principe d\u2019une action infatigable dans laquelle notre jeunesse doit accepter de s\u2019engager.Il faut que les Canadiens français \u2014 plus précisément parce qu\u2019ils sont les héritiers de la vraie foi et d\u2019une culture d\u2019origine française authentiquement chrétienne \u2014 soient présents à leurs compatriotes et à leur pays.A cette condition, ils pourront être présents au monde.La volonté de sainteté personnelle.demande (aussi) une lutte contre toutes les injustices, contre toutes les institutions faussées qui, sur le plan humain, engendrent l\u2019isolement, l\u2019envie et la haine.Il ne suffit pas de soulager les misères, il faut s\u2019interroger sur leurs causes profondes.Nous ne saurions prétendre, comme peuple, à la fidélité aux grâces de notre baptême sans une attention constante à l\u2019état des rapports sociaux et des institutions qui les expriment dans la province de Québec et dans tout le Canada.La lutte contre les institutions qui isolent et divisent doit paraître aussi liée à notre vie chrétienne que la lutte contre les péchés capitaux, parce que le Royaume de Dieu ne demande pas seulement de faire régner l\u2019ordre en soi, mais de l\u2019instaurer et de le promouvoir dans sa patrie.Le jour où la jeunesse canadienne-française aura compris ce devoir, il y aura quelque chose de changé dans l\u2019allure de son christianisme et il y aura de l\u2019espoir au Canada français.U A.J.C.a un indiscutable rôle à jouer au Canada français.Relations lui présente ses vœux de succès.AVEC C O M M S A ENTAI N S ES ENCORE UN APPEL POUR UNjE Les familles ne seront jamais assez unies.Voici un autre appel en faveur d'une association familiale.Il est de M.le notaire Ernest Forest, président des comités diocésains de l'Action catholique canadienne.GRAND CALME, en apparence du moins, sur le front familial.Si l\u2019on jetait un coup d\u2019œil sur ce qui se passe dans le monde, à l\u2019échelle internationale.A Stuttgart, du 11 au 19 septembre 1954, se tenait la septième conférence internationale de la famille.Le thème: « Les familles rurales dans la société moderne et l\u2019action sociale des familles et pour les familles dans les milieux ouvriers ».A Lisbonne, du 23 au 30 septembre 1953, c\u2019était la sixième réunion.Le thème à l\u2019étude : « La famille et les techniques sociales ».A Oxford, du 8 au 13 septembre 1952, cinquième réunion.Le thème: « La stabilité de la famille ».A Bruxelles, du 23 au 29 juillet 1951, l\u2019assemblée groupait déjà, comme on le voit au procès-verbal, les représentants de cent trente-huit organismes répartis dans vingt-cinq pays sur tous les continents.Elle avait pour thème « Le financement du logement familial ».A Helsinki, du 28 août au 1er septembre 1950, réunion autour du thème de « la compensation des charges familiales ».A Rome, du 19 au 24 septembre 1949, réunion groupant les représentants de vingt-six nations.Le thème: « L\u2019économie familiale dans l\u2019insécurité moderne » ; c\u2019est aux membres de ce congrès international que Pie XII avait adressé le message que l\u2019on sait, dans lequel le Pape insistait tout spécialement sur l\u2019union des familles.A Genève, automne 1948, réunion des représentants des organismes internationaux.Thème: « Le problème de la délinquance juvénile et des responsabilités des familles ».Le Congrès mondial de la Famille et de la Population, réuni à Paris en juin 1947, avait mis sur pied l\u2019Union internationale des Organismes familiaux, point de départ de toutes ces réunions sur le plan international.Il semble opportun de mettre ainsi sous les yeux de ceux que ces problèmes intéressent tout ce qui se fait et tout ce qui a été fait depuis quelques années autour de la famille.Malheureusement, nous n\u2019en profitons guère, vu que notre participation se limite au minimum et que ces congrès n\u2019ont presque pas d\u2019écho ici.C\u2019est dommage.Sans faire l\u2019historique des autres réunions, la dernière a touché au problème des familles rurales, problème qui nous intéresse à un haut degré.On a noté qu\u2019en France, par exemple, alors qu\u2019en 1876 les effectifs ruraux représentaient plus de 75% de la population, ils ne comptaient que pour 50% en 1911 et ne dépassent pas 35% aujourd\u2019hui.Même fait en Allemagne: en 1871, les effectifs ruraux sont à 60%; en 1882 à 40%; à peine à 15% aujourd\u2019hui.Tous admettent et prouvent, avec force statistiques, que le développement ASSOCIATION FAMILIALE de la civilisation industrielle a, dans bien des endroits, creusé de fortes brèches dans la structure même de la famille rurale.Comme la ville de Montréal semble destinée à grouper bientôt dans ses murs la moitié de la population de la province, quel avantage nous aurions trouvé à participer à ces réunions où l\u2019ensemble du problème a été discuté et scruté en tout sens! Partout l\u2019industrialisation est en marche avec la même conséquence que la famille est la première à en souffrir et qu\u2019il devient urgent de lui venir en aide.A Rome, en 1951, Mgr Cardijn disait, en substance: un monde nouveau est en marche; soyons donc là pour le christianiser.Il semble être juste de dire que la famille est à subir une transformation d\u2019importance: dans sa vie, dans ses comportements, dans sa srtucture, dans tout son milieu; soyons donc là pour lui venir en aide.Une organisation doit se lever pour représenter réellement la famille, pour penser ses problèmes, pour élever la voix au nom de toutes les familles, chaque fois qu\u2019un problème nouveau surgit.Ce qu\u2019une famille ne peut pas faire, une organisation qui aurait charge des intérêts de la famille pourrait sûrement l\u2019accomplir avec grand profit.Une association familiale alors ?Il y a déjà tant de mouvements! Un autre de plus?Mais tous admettent, je pense, qu\u2019il faut quelque chose; il faut un groupe d\u2019hommes qui aient fait leurs preuves, qui étudient ces problèmes, qui se sentent touchés chaque fois que la famille est en cause.Le plan est à dresser.Il devrait être possible de mettre sur pied un groupement formé de gens qui ont montré leur profond souci pour la protection de la famille et qui seraient prêts à y aller de leur dévouement.C\u2019est un appel.M.le notaire Forest a fait allusion plus haut au message du Saint Père (septembre 1949) aux membres de l'Union internationale des Organismes familiaux.Voici un extrait de ce message : Que la famille, réduite à ses seules ressources privées, sans secours et sans appui, isolée, marchant parallèlement à tant d\u2019autres, soit, dans les conditions économiques et sociales d\u2019aujourd\u2019hui, hors d\u2019état de se suffire à elle-même, à fortiori de jouer son rôle de cellule organique et vitale, cela n\u2019est malheureusement que trop vrai.Est-ce une raison pour lui apporter un remède pire que le mal?(Le Pape fait ici allusion à la dépendance à l\u2019égard de l\u2019État.) Que faire alors ?.Le programme de cette action tendant à consolider la famille, à élever son potentiel, à l\u2019intégrer dans le mécanisme vivant du monde peut se ramener à quelques chefs précis: suppléer à l\u2019insuffisance de la famille en lui procurant ce qui lui manque pour exercer sa fonction domestique et sociale; unir entre elles les familles en un front solide conscient de sa force; permettre à la famille de faire entendre sa voix dans les affaires de chaque pays comme de toute la société, de telle sorte qu\u2019elle n\u2019ait pas à souffrir de leur part, mais au contraire à en bénéficier le plus posisble.LA FUSION DES UNIONS OUVRIÈRES AMÉRICAINES Le projet de fusion de /\u2019American Federation of Labor (AFL) et du Congress of Industrial Organizations (CIO) a suscité diverses réactions aux Etats- Unis.Voici une partie de l'éditorial paru dans la revue America (26 février).1E MOMENT SEMBLE VENU de commenter en passant ce que l\u2019on pourrait appeler la fin de la guerre civile dans le monde ouvrier des Etats-Unis.L\u2019accord du 9 février que signèrent l\u2019AFL et le CIO ne doit être considéré que comme le point culminant d\u2019une série de mesures destinées à mettre fin aux conflits entre les unions ouvrières.La source principale de toutes ces luttes \u2014 le litige entre les syndicats de métier et les syndicats d\u2019industrie \u2014 ne signifiait plus grand-chose depuis longtemps.Le CIO, avec ses châteaux forts dans l\u2019acier, le caoutchouc et l\u2019automobile, donne une telle impression de solidité que l\u2019ancien front des syndicats de métier n\u2019ose plus rêver de l\u2019émietter.Au surplus, le syndicalisme industriel est en croissance sensible au sein même de l\u2019AFL.Mauvaise fortune à l\u2019intérieur, expansion à l\u2019extérieur du danger communiste contribuèrent pour leur part à rapprocher toujours davantage les groupements rivaux.Quelques-unes des craintes qui se font jour à l\u2019égard de la puissance que cette unification pourrait conférer à un mouvement ouvrier semblent fort exagérées.Que l\u2019on retienne bien ceci: ce groupement, tout nouveau qu\u2019il est, garde de par ses origines le caractère d\u2019une fédération.Donc, sur la scène politique comme dans le monde des affaires, il ne peut être question d\u2019une organisation géante, d\u2019un seul bloc, et capable d\u2019entraîner de tout son poids vers un but déterminé.Comme par le passé, chaque syndicat affilié va traiter avec ses propres employeurs.Nul doute que l\u2019entente ne devienne plus parfaite sur le terrain de l\u2019action politique; mais ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le « vote ouvrier » ne sera probablement pas plus solide qu\u2019autrefois.Par contre, cette unification va ajouter du prestige aux campagnes de propagande en faveur de l\u2019organisation syndicale.Et l\u2019on peut escompter moins de gaspillage d\u2019énergie, plus de coordination dans l\u2019effort et de plus amples ressources financières.On peut présumer aussi qu\u2019au Congrès et aux Assemblées législatives d\u2019État, la voix du travail viendra à résonner avec un accroissement d\u2019autorité.Cette unité introduite dans le travail aidera-t-elle à la création d\u2019une société industrielle plus organique?On ne se trompe pas si l\u2019on soutient qu\u2019à la longue, la seule solution démocratique à opposer au système du laisser-faire, ce sera un système de groupements économiques, agissant de concert en vue du bien commun en même temps que pour leur propre profit.Si on n\u2019en arrive pas là, l\u2019État sera appelé à prendre une part toujours plus grandissante dans l\u2019économie de la nation.Il semblerait plus aisé d\u2019adapter un mouvement ouvrier uni à un régime d\u2019organisation professionnelle \u2014 du moins sur le plan national \u2014 que d\u2019avoir à satisfaire deux organisations rivales.Cet aspect précis de la fusion \u2014 passé inaperçu dans la presse \u2014 n\u2019échappera pas à l\u2019attention des sociologues et des économistes catholiques.A tout prendre, ceux-ci saluent l\u2019unification du travail comme un pas vers une société industrielle devenue plus autonome dans la coopération.Ce dernier paragraphe sur Vorganisation professionnelle ne manquera pas de frapper nos lecteurs.Ils auront remarqué l'expression nuancée: « Il semblerait plus aisé.» Cela laisse entendre que le pluralisme syndical peut se concilier avec l'organisation professionnelle.Relations aura l'occasion de revenir sur cet important problème.98 RELATIONS AVRIL 1955 99 Au fil du mois Syndicats et H faut féliciter le Conseil central des Syn-autres groupes dicats nationaux de Montréal (C.T.C.C.) d\u2019avoir organisé la rencontre des 26 et 27 février avec la J.O.C., l\u2019U.C.C., la Chambre de Commerce, les Caisses populaires et la Société Saint-Jean-Baptiste.Croire qu\u2019une ou plusieurs rencontres de ce genre suffisent à supprimer les problèmes, en nivelant les idées et les sentiments des représentants de ces divers milieux, serait d\u2019une naïveté et d\u2019un irréalisme dangereux.La C.T.C.C., pas plus que les autres groupes, n\u2019a d\u2019ailleurs cette illusion.Le Directoire pastoral en matière sociale à l\u2019usage du clergé français avertit le prêtre (p.56) qu\u2019il « doit se rendre compte que le milieu des dirigeants et des possédants est particulièrement difficile à connaître dans ses préoccupations intimes ».Quant à la psychologie ouvrière, elle est faite d\u2019éléments qu\u2019on oublie trop souvent en discutant des problèmes ouvriers (voir pp.60 et 61 du même Directoire).Et le milieu rural a, lui aussi, ses problèmes et sa psychologie.Toutes ces difficultés ne doivent pas faire conclure à l\u2019inutilité de rencontres.Il y a des points de contact.Il y a surtout l\u2019obligation mutuelle de travailler au bien commun.Des journées comme celles de la fin de février, en mettant cette obligation en évidence, contribuent déjà au rapprochement des divers groupes sociaux.Voilà pourquoi il faut espérer qu\u2019on en tiendra en plus d\u2019un endroit.A.P.Enquête sur Malgré l\u2019abondance de la matière qui nous P habitation oblige à retarder la publication d\u2019autres textes, nous offrons dans cette même livraison deux articles sur l\u2019habitation.Le problème mérite cette faveur.L\u2019article de Mme Louard dit les espoirs de la coopérative La Familiale.J\u2019ai, pour ma part, beaucoup d\u2019admiration pour certaines personnes de cette coopérative qui tiennent, contre vents et marées, et veulent réussir, animées d\u2019un esprit social et surnaturel dont on ne peut nier la valeur.Notre province compte déjà de beaux succès coopératifs en habitation.Le succès de La Familiale amplifierait ces réalisations coopératives pour le plus grand bien des familles de Montréal.L\u2019article de M.Rodolphe Laplante souligne qu\u2019il faut plus qu\u2019une seule initiative pour régler l\u2019immense problème de l\u2019habitation.Ce qu\u2019il dit sur le crédit urbain à l\u2019habitation, sur les effets de la loi provinciale « pour améliorer les conditions de l\u2019habitation », sur l\u2019action des municipalités, sur la question si discutée de la mise de fonds, sur l\u2019action des employeurs, sur l\u2019épargne, poussera sans doute beaucoup de nos lecteurs à étudier ces problèmes et suscitera des réactions diverses.Nous serions heureux de connaître ces réactions, et encore plus heureux de leur faire écho.Ce serait une façon pratique de tenir l\u2019opinion publique en éveil.Dans leurs réponses, nos lecteurs pourraient s\u2019inspirer des différents points de l\u2019excellente résolution adoptée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, lors de son récent congrès: a) problème de l\u2019habitation et impuissance de l\u2019initiative privée à le résoudre parfaitement; b) plan montréalais d\u2019élimination des taudis; c) rôle des coopératives d\u2019habitation; d) normes de la Société centrale d\u2019hypothèques et de logement et famille canadienne-française; e) études pour diminuer le coût de la construction; /) campagne pour stimuler le goût de l\u2019épargne.Il y a là matière à de profitables réflexions.A.P.Le rapport Dozois L\u2019attitude de l\u2019administration municipale de Montréal au sujet du rapport Dozois intitulé: « Projet de rénovation d\u2019une zone d\u2019habitat défectueux et de construction d\u2019habitations à loyer modique » a suscité plusieurs commentaires.Mentionnons, entre autres, ceux de M.Paul Sauriol dans le Devoir (24 février et 16 mars), du Star (7 mars), de M.Léopold Richer et de Mme Julia Richer dans Notre Temps (12 mars), de la Gazette (14 mars).Mentionnons encore plus spécialement la réunion tenue le 14 mars par le groupe de citoyens dont les démarches ont été à l\u2019origine du plan Dozois.Tous s\u2019entendent pour affirmer \u2014 avec raison \u2014 que l\u2019administration municipale doit attacher de l\u2019importance à un travail qui a été fait sérieusement et qui est appuyé par les cinquante-cinq associations qui forment le comité de citoyens pour la démolition des taudis et la construction de logements à loyer modique.(Notre collaborateur, M.Jean Deschamps, a montré les qualités et les défauts du plan Dozois dans Relations de novembre 1954.) Au moment où ces lignes sont écrites, il est question d\u2019une rencontre entre des représentants de ce comité et les autorités municipales.Espérons qu\u2019on pourra trouver un compromis qui tiendra compte des objections raisonnables que celles-ci peuvent avoir et du besoin si urgent qu\u2019il y a de poser des actes en faveur de l\u2019habitation à Montréal.A.P.Les ruses Impossible de le nier: la lutte est engagée du .entre les nations communistes et les autres, communisme Qagner ceues-ci à leur doctrine, à leur conception de la vie, tel est l\u2019objectif des premières.Quels moyens emploieront-elles?Tous ceux que les circonstances diverses de temps, de lieu, de mentalité leur révéleront utiles.Mais il est une manœuvre à laquelle on aura recours partout, parce que partout elle s\u2019avère efficace: cacher son jeu, voiler ses intentions, duper les honnêtes gens.Ce sera d\u2019autant plus facile que, dans chaque nation convoitée, une cinquième colonne est à l\u2019œuvre.Ses membres ne se proclament pas communistes.Ils ne se réclament pas de Moscou.Loin de là! Leur seul but, affirment-ils, c\u2019est le bien de leur pays.Tout ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est qu\u2019il soit plus prospère, plus libre, plus uni.La condition prolétarienne surtout les intéresse.L\u2019ouvrier n\u2019est pas traité comme il devrait l\u2019être.Son salaire ne répond pas aux besoins de sa famille.Il vit souvent dans un taudis.Le travail de ses bras, voilà tout ce qui compte à l\u2019usine; son intelligence, sa dignité, sa foi: inconnues! Une telle situation n\u2019est-elle pas d\u2019ailleurs dénoncée par d\u2019excellents catholiques ?Cette tactique est en pleine opération au Canada, au moins dans les milieux canadiens-français.Qu\u2019on se rappelle les dernières élections municipales à Montréal.Huit de nos compatriotes se sont présentés avec l\u2019appui de l\u2019organisation communiste.Aucun ne s\u2019en est vanté.Aucun n\u2019a montré ses vraies couleurs.De quoi ont-ils parlé ?Des bas salaires, des longues heures de travail, des logements malsains, du chômage grandissant, etc., etc.Aux dernières élections fédérales, on fit même appel au nationalisme.On dénonça l\u2019emprise américaine, la domination d\u2019Ottawa, l\u2019ostracisme pratiqué à l\u2019égard de la langue française, etc.Politique qui n\u2019est pas nouvelle.La Canadian Tribune et Combat l\u2019ont adoptée depuis longtemps.Papineau, Riel, les héros de 37,.presque chaque numéro contient l\u2019éloge de ces patriotes.Cette stratégie ne doit pas nous faire oublier ce qui se passe derrière le rideau de fer : en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, etc.Et ce qui se passe en Chine : ce sont des nôtres, un Mgr Prévost, un 100 RELATIONS P.Beauregard, un P.Brossard, qui nous racontent non ce qu\u2019ils ont entendu dire, mais ce qu\u2019ils ont vu de leurs propres yeux, ce qu\u2019ils ont souffert dans leur corps roué de coups et dans leur esprit soumis à des traitements encore plus pénibles.Le sort de ces pays pourrait être le nôtre, au Canada, si les adeptes du communisme finissaient par l\u2019emporter.Faire connaître la vraie nature du communisme, dévoiler ce qu\u2019il cache sous son masque: le mot d\u2019ordre nous est venu de Rome.Non seulement notre foi, mais nos intérêts nous obligent à suivre ces directives.J.-P.A.Notule sur Aux États-Unis, deux sortes de témoins l\u2019affaire Matusov paraissent devant les comités d\u2019enquête \u2014 à ne pas confondre avec les cours de justice.Les uns sont d\u2019anciens communistes; les autres, des agents du F.B.I.qui se sont glissés dans le parti pour en démasquer l\u2019escroquerie.On comprend que les « camarades » en aient et contre les uns et contre les autres.C\u2019est un fait aujourd\u2019hui connu qu\u2019à la session extraordinaire de son Comité national tenue en mars 1950, le parti communiste résolut, en même temps que d\u2019abattre McCarthy, de jeter le discrédit sur tous les témoins à charge et, par eux, sur le F.B.I.lui-même.C\u2019est Gus Hall, aujourd\u2019hui sous les écrous, et Gil Green, un évadé de la justice, qui transmirent au Comité les directives de Moscou.A partir de cette^date, Political Affairs, la revue intellectuelle du parti aux États-Unis, et le Daily Worker, quotidien communiste de New-York, chacun à sa façon, menèrent à fond ce travail.Il fallait semer la confusion dans les esprits, soit en « plantant » de faux témoins, soit en donnant la frousse aux témoins plus faibles.Matusov est-il un communiste ou n\u2019est-il qu\u2019un peureux ?Chose certaine, il est un menteur.Il le dit lui-même.Chose également certaine, il fait le jeu des communistes.Le Liberty Book Club, Inc., entreprise philo-communiste, avec Angus Cameron (jadis de l\u2019importante maison d\u2019édition Little, Brown & Co., de Boston), Albert Kahn et Cari Aldo Mar-zani en tête, lance le livre de Matusov, au titre False Witness, choisi à dessein pour répondre à Witness, le livre passionnant de Whittaker Chambers.Ajoutons que le syndicat International Mine, Mill and Smelter Workers, sous influence communiste, en a retenu 10,000 exemplaires.L.d\u2019A.« La Voix du Canada » Le Canada est certes pays bilingue.Ceux qui écoutent le service international de Radio-Canada, inauguré il y a exactement dix ans, savent qu\u2019il est polyglotte: il parle dans leur langue à tous les pays d\u2019Europe.Ceux-ci, depuis la bienfaisante visite que M.Jean Désy fit au service, sont heureux de capter le message canadien.En dix ans, Radio-Canada a reçu de ses auditeurs étrangers 250,000 lettres environ.Comme on est poli, chaque lettre a obtenu sa gentille réponse.Cette présence canadienne, là où se forme l\u2019opinion publique, est salutaire; car le Canada, n\u2019ayant pas d\u2019intérêts mastodontes à défendre dans les cinq parties du monde, peut élever, s\u2019il le veut bien, une voix complètement désintéressée.Il a la réputation d\u2019être un pays solide, où le bon sens est plus apprécié que la fantaisie ou la passion.Il est généreux, surtout quand il est sûr que sa libéralité, rendue possible par les sacrifices de petites gens, est intelligemment employée.Lorsque arrive son tour de parler, il s\u2019exprime dans un langage qui diminue l\u2019énervement général, car il n\u2019a pas de « propagande » à claironner.Au début de l\u2019année, le bruit courut que ce service allait se faire amputer; il y eut réaction.On se réjouit des économies réalisées dans le budget; mais les gens ont trop besoin, aujourd\u2019hui, d\u2019entendre une voix chrétienne, apaisante.C\u2019est, peut-être plus qu\u2019on se l\u2019était imaginé, « la Voix du Canada ».J.-H.L.L'Élégante\tInutile de gémir sur les mauvaises modes si l\u2019on ne propose rien pour les remplacer, avec élégance.Un bel effort constructif dans les patrons de mode va réussir chez nous, pour répondre aux désirs des femmes honnêtes, qui déploraient bien les habits déshabillants, mais qui levaient au ciel des bras découragés : « Que voulez-vous ?On ne trouve que ça aux magasins ! » On trouvera mieux, mieux que du païen et du nigrito.Répondant aux désirs, supplications et ordres du Saint Père, des catholiques, de jeunes Canadiennes, artistes habiles et très diplômées, s\u2019emploient à créer « des patrons aux lignes harmonieuses, originales, pratiques et de coupe impeccable ».Déjà, elles connaissent un remarquable succès, « l\u2019ivresse des réalisations et des ventes ».L\u2019atelier de patrons l\u2019Élé-gante est situé à Saint-Laurent, 176, boulevard Sainte-Croix, BY.3193.Annonce gratuite, pas même sollicitée par les méritantes demoiselles qui appliquent leurs talents à réaliser les vœux du Pape et des femmes distinguées.S.Ém.le cardinal Ciriaci s\u2019est élevé contre « une indigne et inconcevable mode vestimentaire, qui corrompt la jeunesse et qui s\u2019étale dans les journaux et revues », au cinéma et à la télévision.Ne faut-il pas réprimer et interdire ce qui peut inciter au vice ?Un ancien auteur a pu affirmer que « le dénudement des corps pratiqué entre citoyens^est le commencement de la débauche ».Non seulement l\u2019Église, mais les gouvernants y sont intéressés : les crimes sexuels et les divorces ne s\u2019improvisent pas; ils coûtent cher et déshonorent.^ A l\u2019approche de l\u2019été, qu\u2019on profite du beau travail de l\u2019Élégante, et que les vraies dames se distinguent des partisans de l\u2019animalisme! Al.D.Participez à l'enquête de (RelationA sur l'habitation AVRIL 1955\t101 SPIRITUALITÉ Dieu condamné à mort par sa créature Armand CROTEAU, prêtre L\u2019homme a disposé de Dieu, car Dieu l\u2019embarrassait.L\u2019or miroitant, les préséances dans les festins, les épidermes promis à la putréfaction, Bienvenus.Mais ce doux prêcheur de béatitudes qui menaçait nos trois concupiscences.Crucifiez-le! * Les « témoins » ont bafouillé, le « juge » a été mollusque, la procédure ondulait.Tâchons d\u2019entrevoir la répulsion aiguë du Cœur de Marie, miroir de justice, devant ce procès bouffe de l\u2019Infiniment Saint.Pourtant, elle n\u2019a pas jeté les hauts cris devant le tribunal puant.Elle s\u2019est tue, comme le Verbe silencieux.Elle parlait au Saint Esprit, à qui elle réitérait sans phrases la Présentation.* Alors que Satan, au désert, suggérait pour vivre de changer les pierres en pains, L \u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale René-H.MANKIEWICZ DÈS LA FIN de la première guerre mondiale, des hommes clairvoyants comprirent que le progrès et le développement de l\u2019aviation en temps de paix supposaient une étroite collaboration internationale.En effet., l\u2019avion, par sa rapidité et sa mobilité, réduit les distances; mais, comme l\u2019envol et l\u2019atterrissage consomment beaucoup de temps, les aérodromes se trouvant d\u2019ailleurs souvent loin du centre de la ville, le voyage aérien ne présente une économie de temps pour l\u2019usager que dans la mesure où le trajet est relativement long.Dans l\u2019Europe divisée par de nombreuses frontières, les services internationaux doivent donc représenter une fraction importante des liaisons aériennes tant pour attirer des clients que pour assurer la rentabilité des compagnies.Or, l\u2019exploitation de services internationaux exige non seulement l\u2019accès des espaces aériens nationaux aux avions étrangers, mais surtout l\u2019uniformité des règlements de circulation aérienne, des services auxiliaires au sol, des communications air-sol, etc.Comme aucun État ne permettrait à l\u2019aviateur étranger de survoler le territoire national sans examen préalable de sa compétence technique et de sa connaissance des règles nationales de la circulation aérienne, l\u2019entente internationale sur les conditions d\u2019octroi de permis 102 M.l\u2019abbé Croteau, autrefois professeur d\u2019Écriture sainte au Grand Séminaire de Sherbrooke, actuellement membre de l\u2019Office catéchistique provincial, réside à l'évêché de Saint-Jean et s\u2019emploie principalement à reviser l'édition canadienne de la collection de manuels de religion intitulée « Témoins du Christ ».Le texte suivant est la première station d\u2019un Chemin de croix qui paraîtra prochainement aux Éditions du Richelieu.la Mère du Bon Conseil, au prétoire, suggérait de mourir pour changer (conversion plus dure) les hommes en saints.Jésus, pacifique, accepte cette mort-crucifixion; Marie, parallèle, épouse cet abandon : leurs deux Cœurs sont fondus en un même battement d\u2019amour, comme jadis, après le départ de Gabriel, ils ne faisaient corporellement en Elle qu\u2019un seul cœur de chair.* Jésus, condamné, sort du prétoire et TE regarde, avec ces mêmes yeux qui, cette nuit ensanglantée, ont éclairé Pierre après sa poltronnerie en face d\u2019une domestique.Non, non, inutile de courir au lavabo, de frotter tes doigts, de poudrer ton menton; c\u2019est ton cœur que Jésus inspecte, ton pauvre cœur, c\u2019est là qu\u2019il faut une lessive.Bien peu connaissent dans le détail l\u2019œuvre de l'OACI, organisme des Nations Unies qui a son siège à Montréal.D\u2019où l\u2019intérêt de cet article écrit par M.René-H.Mankie-wicz, maître de recherches au Centre national de la recherche scientifique (France) et actuellement membre du secrétariat de l\u2019OACI.aux pilotes est le seul moyen d\u2019éviter au pilote un examen spécial dans chaque pays qu\u2019il doit survoler.Notons, par ailleurs, que les manœuvres d\u2019envol ou d\u2019atterrissage sont simplifiées singulièrement lorsque les aérodromes sont construits d\u2019après des principes communément admis par tous les pays et lorsque les services auxiliaires au sol fonctionnent partout d\u2019après les mêmes règles, utilisant les mêmes appareils et les mêmes procédés techniques.Pareillement, la normalisation des cartes aéronautiques présente des avantages certains pour les navigateurs.DE LA CINA À L\u2019OACI Comme la navigation aérienne internationale ne peut donc progresser que dans le cadre d\u2019une entente internationale sur la réglementation des divers problèmes techniques, le gouvernement français prit, dès 1918, l\u2019initiative de créer une organisation consacrée exclusivement à cette tâche.Ainsi naquit à Paris, le 13 octobre 1919, la Commission internationale de navigation aérienne (CINA).Jusqu\u2019à sa dissolution en 1947, elle élabora de nombreux règlements qui furent introduits comme règles nationales dans les législations de ses vingt-deux États membres.Parfois même, ces règlements internationaux ont servi de modèle aux lois sur la navigation aérienne dans des pays qui n\u2019avaient pas adhéré à la convention de Paris.RELATIONS La CINA était essentiellement une organisation d\u2019États européens.Or, la seconde guerre mondiale permit de prévoir l\u2019extension des services aériens civils aux transports intercontinentaux.Pour que ceux-ci puissent à leur tour se développer régulièrement, tout en assurant aux voyageurs le maximum de rapidité et de sécurité et aux entreprises aériennes une rentabilité suffisante, le système de réglementation internationale inauguré par la CINA devait être étendu au monde entier.Les États-Unis invitèrent donc, en 1944, cinquante-quatre États, alliés et neutres, à une conférence à Chicago.On y adopta, le 7 décembre 1944, la convention donnant naissance à l\u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale (OACI).Celle-ci établit son siège à Montréal et fut rattachée, en 1947, aux Nations Unies comme une de ses « institutions spécialisées ».L\u2019OACI compte aujourd\u2019hui 65 États membres, qui se réunissent une fois l\u2019an en assemblée générale afin d\u2019adopter le budget, de fixer les cotisations nationales et d\u2019arrêter les lignes générales de l\u2019activité de l\u2019organisation.Le travail substantiel, qui consiste dans la solution même des problèmes techniques, économiques et juridiques de l\u2019aviation civile internationale, est l\u2019œuvre d\u2019un conseil, de ses commissions et de ses comités.Le Conseil, qui se réunit à Montréal, siège pratiquement en permanence.Il se compose de vingt et un États, choisis tous les trois ans par l\u2019Assemblée générale selon un système qui assure, d\u2019une part, la représentation appropriée des États d\u2019importance majeure en matière de navigation et de transport aériens, et, d\u2019autre part, celle de toutes les principales régions géographiques du monde.L\u2019Assemblée de 1953 a élu les États suivants comme membres du Conseil: Canada, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Égypte, Espagne, États-Unis d\u2019Amérique, France, Inde, Irlande, Norvège, Liban, Mexique, Pays-Bas, Philippines, Portugal, Royaume-Uni, Union Sud-Africaine et Venezuela.A l\u2019exception du Liban, qui remplace l\u2019Irak, et de la Norvège, qui succède au Danemark, ces États faisaient aussi partie du Conseil élu en 1951.Alors que, dans les autres organisations internationales, l\u2019adoption de conventions et de règlements ayant force obligatoire appartient à l\u2019assemblée plénière des Etats membres, la convention de Chicago confia cette fonction non à l\u2019Assemblée, mais au Conseil de l\u2019OACI.En vertu de son pouvoir législatif, celui-ci a adopté, jusqu\u2019ici, quinze règlements fondamentaux relatifs à la navigation aérienne civile internationale ainsi qu\u2019un ensemble de pratiques supplémentaires d\u2019application régionale.Connus sous le nom de « standards internationaux et pratiques recommandées », les règlements internationaux forment des annexes techniques à la convention de Chicago.LA LÉGISLATION INTERNATIONALE EN MATIÈRE DE NAVIGATION AÉRIENNE CIVILE Sous le régime de la convention de Paris (1919), certaines règles approuvées par une majorité qualifiée des États membres devenaient automatiquement applicables sur le territoire des États qui avaient ratifié la convention originale.La CINA possédait donc un vrai pouvoir législatif international et, dans ce domaine, limitait ainsi la souveraineté du législateur national.A cause de cette atteinte à leur souveraineté, les États-Unis d\u2019Amérique avaient refusé d\u2019adhérer à la convention de Paris.A Chicago, il fallait donc écarter pareil pouvoir législatif international, tout en assurant l\u2019application, par les États, des standards, pratiques et usages adoptés par le Conseil de l\u2019OACI.Le procédé prévu à cet effet à Chicago a donné de bons résultats.En effet, les annexes techniques à la convention de Chicago et les pratiques régionales pour les services de navigation aérienne, prescrites par l\u2019OACI, sont aujourd\u2019hui appliquées uniformément par presque tous les pays du monde occidental.Leur élaboration incombe en premier lieu à la Commission de navigation aérienne, \u2014 un des organes du Conseil, \u2014 composée de douze experts techniques choisis par le Conseil sur des listes soumises par les États membres de l\u2019OACI.Lorsque la Commission estime que des règles proposées par le secrétariat méritent d\u2019être appliquées internationalement, elle les fait étudier par une réunion de techniciens de tous les États contractants, dite « réunion de division ».Les propositions de la « division » sont ensuite revisées par la Commissjon, et le projet d\u2019annexe ainsi amendé est communiqué aux États pour étude et^avis.Ce n\u2019est qu\u2019après un nouvel examen des réponses des États que la Commission de navigation aérienne soumet au Conseil un projet définitif de standards et de pratiques.Lorsque ce projet est approuvé à la majorité des deux tiers des voix par le Conseil, qui peut d\u2019ailleurs l\u2019amender, il fait encore l\u2019objet d\u2019un référendum parmi les États contractants.En effet, l\u2019annexe adoptée par le Conseil n\u2019entre en vigueur à l\u2019égard de tous les États membres de l\u2019OACI que dans la mesure où elle n\u2019a pas été « désapprouvée » par la majorité d\u2019entre eux.Le pouvoir législatif du Conseil est^donc, en fait, limité par le veto accordé à la majorité des États membres.Mais rien ne montre mieux la prudence de ce législateur international et la qualité de son travail que le fait qu\u2019aucune des multiples règles figurant aux quinze annexes n\u2019a été désapprouvée par la majorité des États membres.Le droit de « veto collectif » n\u2019a encore jamais été exercé.Conformément aux principes généraux du droit des gens, les annexes entrées en vigueur sur le plan international ne s\u2019appliquent cependant à l\u2019intérieur de chaque État qu\u2019après leur promulgation comme réglementation nationale.Même après l\u2019adoption d\u2019une annexe par le Conseil et après le référendum parmi les États membres, chacun de ceux-ci garde donc toute liberté de décision.Lorsqu\u2019il ne veut pas appliquer une règle internationale devenue obligatoire, il satisfait à ses obligations en notifiant à l\u2019OACI, qui en préviendra les autres États, les règles nationales qui diffèrent de celles de l\u2019annexe.De plus, l\u2019État est libre de modifier ou d\u2019annuler après coup une règle d\u2019une annexe qu\u2019il avait incorporée dans sa législation nationale.La force obligatoire d\u2019une annexe entrée en vigueur sur le plan international est donc toute relative en ce qui concerne son application sur le plan national: chaque État peut agir à sa guise, quitte à en prévenir l\u2019OACI.En fait, cependant, les dérogations aux standards internationaux ont été peu nombreuses, et toutes sont d\u2019importance secondaire.Toutefois, le pouvoir législatif du Conseil n\u2019est pas purement théorique, car en vertu de l\u2019article 12 de la convention de Chicago, les règles des annexes « applicables au vol ou à la manœuvre des aéronefs » constituent automatiquement la loi en vigueur au-dessus de la haute mer, à savoir au-dessus des régions du globe qui ne sont sous la souveraineté d\u2019aucun État et, par conséquent, d\u2019aucune loi nationale.Cette disposition constitue une innovation révolutionnaire en droit des gens.Dorénavant, la volonté d\u2019une majorité d\u2019États fait loi au-dessus des mers sans maître.Le droit aérien international est ainsi le premier ordre juridique s\u2019étendant aux parties du monde qui ne sont pas soumises à un législateur national.L\u2019espace attribué à la présente étude ne nous permet pas d\u2019insister sur les travaux de l\u2019OACI dans le domaine du « transport aérien » distinct de la navigation aérienne proprement dite.Notons simplement qu\u2019ils relèvent d\u2019un deuxième organe du Conseil, le Comité du transport aérien, et ont pour objet, par exemple, l\u2019élaboration de statistiques, AVRIL 1955 103 les études économiques comme celles de la poste aérienne et des tarifs d\u2019aérodromes, la facilitation du mouvement des avions, des passagers et des marchandises, etc.Il faut aussi mentionner ici la contribution de l\u2019OACI au progrès du droit aérien international civil.Son Comité juridique, ouvert à tous les États membres de l\u2019OACI, continue avec succès l\u2019œuvre commencée, dès 1927, par le Comité international technique d\u2019experts juridiques aériens (CITEJA).l\u2019administration des services d\u2019aide À LA NAVIGATION AÉRIENNE Un autre aspect des travaux de l\u2019OACI mérite une attention particulière: sa participation active à l\u2019ordonnancement et à l\u2019exploitation des transports aériens internationaux.Par là, l\u2019OACI rejoint la tradition des organismes consacrés à la coordination des moyens de communications internationales; toutes ces organisations jouent un rôle actif non seulement dans la réglementation, mais aussi dans l\u2019aménagement des services relevant de leur compétence.En assumant ce rôle pour l\u2019OACI, le Conseil a ajouté à ses fonctions de législateur celles d\u2019administrateur international.(Pour plus de détails, voir notre étude dans la Revue française de droit aérien, sept.1954.) Deux exemples montreront l\u2019importance pratique de ces tâches: le financement collectif de services d\u2019aide à la navigation aérienne et la contribution de l\u2019OACI à la mise en place et à l\u2019amélioration des installations au sol.Dans ces domaines, l\u2019OACI s\u2019efforce de résoudre un problème de la navigation aérienne qui présente des difficultés particulières.Le président de son Conseil, M.E.Warner, l\u2019a exposé de façon éloquente: Le transport aérien international, a écrit M.Warner, exige, entre autres choses, un réseau d\u2019aides à la navigation qui couvre toute la surface de la terre.Or, ces services doivent être installés tantôt dans des districts urbains où le moindre terrain coûte une fortune, tantôt dans des régions pratiquement désertes.Il en faut sous tous les climats.aussi bien en des lieux où le simple contact de la peau avec le métal glacé peut être une erreur fatale que sous des soleils torrides, où la sueur aveugle les hommes dont les mains moites glissent sur les boutons de contrôle.Il en faut dans des pays où les enfants jouent déjà avec des pistolets « atomiques »;.mais il en faut aussi dans des régions où la majeure partie de la population ne connaît en fait de mécanique qu\u2019un outillage agricole primitif.De plus, certaines installations se trouvent situées.dans des Etats encore incapables d\u2019exploiter, avec leurs propres ressources et leur propre personnel, des services aériens sur leur territoire national.Il y a plus: certaines installations doivent être placées en pleine mer ou dans ces coins reculés du globe dont on ne sait exactement à qui ils appartiennent.Il en faut dans les parties les plus riches et les plus pauvres du monde.Malheureusement, par une logique qui ne manque pas d\u2019ironie, il arrive que les installations dont la fabrication est la plus délicate et l\u2019entretien le plus coûteux doivent précisément être situées dans des régions qui, par leur éloignement, leur isolement géographique ou leur climat, relèvent de gouvernements bien peu préparés à en supporter les charges.Ainsi, les vols transatlantiques ne peuvent se passer, à l\u2019heure présente, d\u2019aides à la navigation (postes de radio, terrains d\u2019atterrissage, services météorologiques) situées en Islande ou au Groënland.Or, ni le gouvernement de l\u2019Islande, ni celui du Danemark ne peuvent fournir ces aides extrêmement coûteuses et peu rémunératrices pour leurs propres compagnies, sans prélever sur les clients, presque tous étrangers, des taxes exorbitantes et, de ce fait, préjudiciables au développement des services transatlantiques.L\u2019OACI a obtenu la conclusion d\u2019un accord entre les pays principalement intéressés à ces services.Leurs gouvernements se sont engagés à verser à l\u2019OACI, selon un barème établi à l\u2019avance, les frais d\u2019installation et d\u2019exploitation des aides indispensables à la navigation aérienne.Le Conseil s\u2019est chargé d\u2019en surveiller l\u2019efficacité et de défrayer leurs dépenses.Une convention du même genre porte sur les observations météorologiques dans la mer du Nord et dans l\u2019Atlantique-Nord.Celles-ci sont faites par des stations météorologiques flottantes, mises en service par les principaux pays intéressés, en vertu d\u2019un traité conclu sous les auspices de l\u2019OACI.Dans ce pool des observations météorologiques, certains gouvernements fournissent des « apports en nature » par l\u2019entretien d\u2019un certain nombre de navires à des emplacements déterminés, tandis que d\u2019autres versent des contributions aux frais communs.En l\u2019absence de cet accord, dont l\u2019exécution est surveillée par le Conseil, on risquerait soit de manquer d\u2019observations indispensables, soit d\u2019employer à la même besogne plusieurs navires de nationalité différente.L\u2019accord multilatéral sur les navires-stations remplace avantageusement les multiples conventions bilatérales qui auraient été nécessaires pour écarter ce double risque.L\u2019AMÉLIORATION DE LA NAVIGATION ET DES LIGNES AÉRIENNES L\u2019OACI joue enfin un rôle de premier plan dans l\u2019aménagement des services auxiliaires des transports aériens et, par là, dans la planification et l\u2019orientation de ceux-ci.En effet, elle ne s\u2019est pas contentée de contribuer à l\u2019uniformisation des services au sol (aménagement uniforme des aérodromes, normalisation des communications air-sol, règles de circulation aérienne, etc.) par l\u2019élaboration de ses « standards internationaux et pratiques recommandées » ; elle a provoqué, en outre, la création de services auxiliaires conformes au progrès de la technique aéronautique et aux besoins des compagnies aériennes.Avant la dernière guerre, celles-ci n\u2019avaient qu\u2019une influence indirecte sur la mise en place des installations nécessaires à l\u2019exploitation de leurs lignes.Si elles pouvaient obtenir de leur propre gouvernement l\u2019aménagement des aérodromes selon les caractéristiques de leurs avions, elles n\u2019avaient aucun moyen de s\u2019assurer le même service de la part d\u2019un gouvernement étranger.Pour leurs liaisons aériennes avec l\u2019étranger, elles dépendaient donc des aides à la navigation qu\u2019on voulait bien mettre à leur disposition, mais qui étaient parfois insuffisantes.Dès la création, en 1945, de l\u2019organisation provisoire qui a précédé l\u2019OACI, et sans qu\u2019il en fût fait mention dans la convention de Chicago, les États ont admis le principe que, l\u2019organisation efficace des transports aériens étant la fonction principale de l\u2019OACI, celle-ci devait s\u2019occuper directement de l\u2019aménagement des services auxiliaires indispensables.C\u2019est une des fonctions dévolues aux « réunions régionales de la navigation aérienne », auxquelles participent tous les États de la région.Les comités techniques de ces réunions établissent le plan de toutes les aides à la navigation aérienne nécessaires dans la région et déterminent les caractéristiques des services qu\u2019elles doivent assurer.Ce plan est ensuite examiné par la Commission de navigation aérienne lorsqu\u2019il a été approuvé par elle et par le Conseil, .qui peuvent tous deux le modifier; il est alors communiqué aux États pour application.Des services spéciaux du secrétariat de l\u2019OACI surveillent son exécution et informent le Conseil des insuffisances ou lacunes constatées.Le fait même que le plan établi par l\u2019OACI demande l\u2019amélioration d\u2019un service auxiliaire suffit souvent pour vaincre la résistance opposée auparavant par l\u2019administration nationale aux demandes des compagnies aériennes.Ailleurs, lorsqu\u2019un État se déclare financièrement ou techniquement 104 RELATIONS incapable d\u2019assurer le service demandé ou de remédier à l\u2019insuffisance d\u2019un service déjà installé, le financement collectif ou l\u2019assistance technique fournie par l\u2019OACI peut apporter l\u2019aide désirée.Notons que sur les 40,000 services et aides à la navigation aérienne inscrits aux plans régionaux, une cinquantaine seulement souffrent encore d\u2019« insuffisances », parfois vitales, parfois secondaires au point de vue de la navigation aérienne.Cependant, les progrès de la technique aéronautique peuvent rapidement changer ce tableau, déjà satisfaisant, comme, d\u2019autre part, l\u2019assistance technique aux pays insuffisamment développés contribue efficacement au perfectionnement du personnel et des services auxiliaires de l\u2019aviation.* Par ses différents services, l\u2019OACI répond efficacement aux besoins vitaux de l\u2019aviation internationale.Il semble juste de rappeler que le résultat n\u2019est pas uniquement ni en premier lieu l\u2019œuvre de lois, nationales ou internationales; comme le montre l\u2019histoire de l\u2019OACI, il est avant tout le fruit du sens de la collaboration et de l\u2019entente entre les gouvernements.«THE FRENCH CANADIANS.DE MASON WADE Richard ARÈS, S.J.CETTE ŒUVRE IMMENSE, de plus de 1,100 pages, dont près de 800 sont consacrées à la période qui s\u2019étend de 1867 à 1945, les éditeurs (The Macmillan Company of Canada, Toronto, 1955) la présentent au public comme « l\u2019étude la plus complète et la plus pleinement documentée qui ait jamais été faite sur le Canada français moderne ».L\u2019auteur, de nationalité américaine, se veut un observateur neutre et a cherché, nous dit-on, à concilier les points de vue anglais et français sur l\u2019histoire du Canada.L\u2019ouvrage est certainement d\u2019une lecture facile et agréable; les détails intéressants et pittoresques y abondent.Je le comparerais volontiers, de ce point de vue, à YHistoire de la Province de Québec de Robert Rumilly, à laquelle d\u2019ailleurs il fait invinciblement penser, notamment dans les chapitres qui traitent des mêmes périodes et racontent les mêmes événements.On y retrouve même certaines phrases devenues typiques chez Rumilly, par exemple, la réflexion faite à propos des controverses entre catholiques au xixe siècle, à savoir que la catholique province de Québec donnait alors plus de mal à Rome que tout le reste de la chrétienté (p.370).L\u2019auteur nous avertit qu\u2019il a eu recours, autant que possible, aux sources premières.En dépit de cette précaution, je ne serais pas du tout surpris que des historiens de profession contestent l\u2019interprétation qu\u2019il donne de certains faits.Pour ma part, je me suis demandé en passant s\u2019il était vraiment prouvé historiquement, comme il le laisse entendre, que « les Jésuites ont tenté d\u2019établir au Canada la théocratie fermée qu\u2019ils allaient réussir à fonder plus tard au Paraguay » (p.15).D\u2019autre part, dans la leçon de théologie qu\u2019il sert au grand vicaire Laflèche à propos des rapports entre la langue et la foi, j\u2019aurais aimé quelques nuances, car on n\u2019a pas réglé un aussi délicat problème en affirmant : « .l\u2019idée que la foi est dépendante de la langue est totalement étrangère au vrai catholicisme qui est supranational » (p.346).Mais tout cela n\u2019est pas grave et aurait pu passer si, dans les derniers chapitres, consacrés à décrire la situation de 1920 à 1945, la présentation des événements et des hommes ne se révélait à la fois superficielle et partiale, pour ne pas dire plus.J\u2019en donne deux exemples, le premier concernant l\u2019abbé Groulx, le second, le sénateur T.-D.Bouchard.M.Mason Wade commence par nous avertir que, pour désigner les extrémistes de l\u2019école Groulx, il emploiera le terme « ultranationalistes » (p.865), puis il entreprend de la carrière du chef de cette école un récit circonstancié dont le thème principal et insistant sera le racisme.Ainsi, ne manque-t-il pas de rapporter les bobards selon lesquels l\u2019abbé Groulx, durant son séjour à Fribourg, en Suisse, aurait subi l\u2019influence des disciples du comte de Gobineau, le maître du racisme au xixe siècle et le grand inspirateur des nazis du xxe (p.867).Puis, il accole et lie le nationalisme du groupe canadien de VAction française au nationalisme français de Charles Maurras, les deux nationalismes étant pareillement générateurs de haine à l\u2019égard de toute influence étrangère : protestante, anglo-saxonne, juive, maçonnique, libérale, républicaine, socialiste (p.868).Bien plus, le concept de « race » domine toute l\u2019histoire de Groulx (p.868), et « par son œuvre historique, Groulx se pose lui-même comme un ultranationaliste d\u2019un radicalisme jusque-là inconnu dans le Québec » (p.876).Le résultat d\u2019un tel nationalisme, nous dit l\u2019auteur, ce fut le repliement des Canadiens français sur eux-mêmes.A la veille du conflit de 1939, leur psychologie pouvait se résumer en ces trois sentiments: haine des Anglais, défiance des Américains et culte de l\u2019homme fort et du totalitarisme : Two generations of the French-Canadian élite had been raised in an atmosphere of hatred for the English, who were depicted as eternal enemies of everything French and Catholic; of distrust for the Americans, who were painted as materialistic slaves of the almighty dollar and ruthless assimilators of other peoples to their own mediocrity and cultural sterility; and of admiration for the minor prophets of the new cult of the strong man and of totalitarianism which was to engulf Europe in the greatest of its wars.(P.912.) J\u2019en viens maintenant à l\u2019incident Bouchard, lequel occupe quatorze pleines pages dans l\u2019ouvrage de M.Mason Wade.En juin 1944, on le sait, le sénateur T.-D.Bouchard faisait son premier discours officiel à la Chambre Haute, et il profitait de la circonstance pour accorder son appui à une motion favorisant l\u2019adoption d\u2019un manuel commun d\u2019histoire du Canada dans toutes les écoles du pays.Puis, le sénateur lançait une attaque virulente et passionnée contre la manière d\u2019enseigner l\u2019histoire dans sa propre province, contre les mouvements nationalistes et catholiques visant à faire de celle-ci un État français, catholique et corporatif, etc.M.Mason Wade ne manque pas de rapporter au long, en détail et au texte les principales accusations faites par ledit sénateur, au discours duquel il ne consacre pas moins de six grandes pages, en soulignant qu\u2019un tel discours fit de lui, du soir au lendemain, une « figure nationale ».L\u2019auteur nous dit bien ensuite que, dans son ensemble, le Québec réagit vigoureusement contre un tel discours et que le gouvernement Godbout se vit obligé de démettre le sénateur de son poste de président de l\u2019Hydro-Québec, mais il n\u2019en note pas moins, à propos de ce geste gouvernemental, que les journaux anglo-canadiens furent horrifiés par cette violation faite au droit fondamental de liberté de parole.Et de conclure par cette réflexion : How little French Canada had ever embraced the doctrine of free speech was revealed not only by the heavy price that Bouchard had to pay for his utterance, but also by two other incidents in June, which saw Tim Buck and other Labor-Progressive leaders prevented from holding a political AVRIL 1955 105 meeting in Quebec City and escorted out of the city by police, and an assault on the A.F.L.union headquarters in Valley-field.(Pp.996 à 1009.) Devant une telle présentation des événements et des personnages, quelle sera la réaction naturelle des lecteurs de langue anglaise, \u2014 Anglo-Canadiens, Américains, Anglais, \u2014 auxquels s\u2019adresse d\u2019abord et avant tout cet ouvrage?Je crains fort qu\u2019elle n\u2019en soit une d\u2019incompréhension totale à l\u2019égard des véritables et fondamentales aspirations du Canada français.Ces lecteurs verront en l\u2019abbé Groulx un « ultranationaliste » prêchant la haine de tout ce qui est étranger, et même un raciste à la manière nazie.Le sénateur Bouchard leur apparaîtra, d\u2019autre part, comme la victime de l\u2019intolérance et de l\u2019étroitesse de ses compatriotes, comme le grand homme dont on a puni la franchise et le courage en lui enlevant un poste rapportant $18,000 par année.Le malheur, c\u2019est que c\u2019est précisément cela que désirent au forid d\u2019eux-mêmes une bonne majorité de ces lecteurs : une présentation du Canada français qui les confirme dans leurs préjugés et fournisse un aliment à leur complexe de supériorité.Aussi, bien que l\u2019auteur en exprime le souhait et l\u2019espoir dans sa préface, je doute fort que son œuvre fasse mieux comprendre le Canada français et serve à écarter quelques-unes des causes de mésentente entre Canadiens de culture différente (p.viii).Deux causes principales me paraissent expliquer l\u2019échec d\u2019une œuvre d\u2019ailleurs remplie de bonnes intentions : la recherche du sensationnel et du clinquant, et la superficialité de la psychologie.Dans le but, sans doute, de rendre son ouvrage plus pittoresque et intéressant, M.Mason Wade a accordé, comme il l\u2019avoue lui-même dans sa préface (p.vii), une attention dis- proportionnée aux extrémistes; tel un journaliste, il a recherché la nouvelle sensationnelle, qui fait choc et éblouit.Par exemple, il consacre quatorze pages au discours du sénateur T.-D.Bouchard, mais ne dit pas un mot du mouvement missionnaire canadien-français; il raconte avec complaisance qu\u2019Adrien Arcand a reçu d\u2019un agent nazi une photographie autographiée d\u2019Hitler, mais ne mentionne même pas l\u2019existence et l\u2019influence ni de la C.T.C.C.ni des Semaines sociales.Pourtant, lui-même connaissait fort bien le résultat de sa manière de faire, puisqu\u2019il la condamne explicitement dans les dernières pages de son œuvre.Signalant que l\u2019un des traits communs aux Anglais et aux Français du Canada, c\u2019est la modération, il ajoute cependant ceci : There would be fewer misunderstandings between them if the utterances of extremists on either side of the ethnic fence did not receive so much publicity, in the inevitable emphasis of the popular press on the sensational.(P.1096.) Que n\u2019a-t-il suivi lui-même ce conseil! S\u2019attachant moins au sensationnel, il aurait pu pénétrer davantage dans la psychologie du peuple canadien-français.The French Canadians représente un labeur considérable, mais quelque chose y fait défaut.A l\u2019auteur, je conseillerais de méditer la parole si profonde de Platon : « Il faut aller à la vérité de toute son âme.» Pour comprendre vraiment un peuple, il ne suffit pas de la documentation la plus riche, il faut essayer de se mettre dans la peau de ce peuple; il ne suffit pas d\u2019y appliquer son intelligence, fût-elle la plus brillante au monde, il faut y mettre aussi un peu, peut-être aussi beaucoup de son cœur.A l\u2019œuvre de M.Mason Wade, il aura précisément manqué un peu de sympathie compréhensive pour les aspirations fondamentales et vitales du peuple canadien-français.TÉMOINS EN DÉFENSE Alexandre DUGRË, S.J.IL NE FAUT tout de même pas trop accabler la jeunesse délinquante, comme font les esprits trop courts ou trop larges.Vaut mieux remonter aux grandes causes: il y a toute une chimie du crime.Massillon déplore que les honneurs changent les mœurs, et que « les grands qui devraient régler les mœurs publiques les corrompent ».Théodore Maynard accuse l\u2019école publique de son pays: « Aux États-Unis, la seule chose qui soit établie et subventionnée, c\u2019est l\u2019irréligion.» Et notre Chisholm soutient qu\u2019on ne devrait pas enseigner aux petits la différence entre le bien et le mal, chose qui n\u2019existerait pas, pas plus que Santa Claus, si les parents n\u2019en parlaient pas.Curieuse de morale! Le grand Lincoln savait mieux remonter aux causes et mettre les choses au point, un jour qu\u2019il empêcha de fusiller un déserteur: « Dois-je exécuter ce pauvre enfant quand je ne puis toucher à l\u2019agitateur canaille qui l\u2019a fait déserter?» Le législateur Solon ne mentionne pas dans ses lois le parricide, pour que l\u2019idée de tuer un père soit inconcevable.Aujourd\u2019hui, le suicide, qui classe une éternité, s\u2019appelle bonnement se faire justice.Quelle justice ?Justice de qui ?De Judas ?Le premier responsable de la démolition des consciences est l\u2019État, avec tout ce qu\u2019il tolère.Une ligue de Paris s\u2019intitule Respectez nos enfants, devise et but.Pour ne parler que des images, le catéchisme est remplacé par les comics et d\u2019autres laideurs ou insignifiances, contre quoi l\u2019on se dresse un peu tard.Les Américains s\u2019alarment devant ce vertige, dont ils sont les lanceurs et les premières victimes.Les témoignages surabondent contre les éditeurs de ces papiers sales, qui font tourner les têtes et les sangs.Un juge tança rudement un profiteur du scandale: « Vous êtes un faussaire;'vous êtes venu ici contaminer les citoyens.Vous êtes absolument aussi contagieux que si vous jetiez du poison dans notre aqueduc.Vous puez! » lança-t-il d\u2019une voix terrible en pointant le visage du coupable, blanc comme un drap.Mgr McKintosh, de^Glasgow, a fait dire aux Américains par les journaux que l\u2019Écosse n\u2019aime pas leurs publications, leur genre de lectures « insensé, corrupteur, menace pour les mœurs des jeunes: c\u2019est la honte de l\u2019Amérique ».Une société protestante l\u2019en a félicité dans le Glasgow Herald : « Les oreilles officielles sont sourdes, et rien ne se fait.Pourtant, si c\u2019est une faute que de détruire les papiers de rebut, pourquoi laisser gaspiller du papier blanc et de l\u2019encre à imprimer ces déchets d\u2019écrivailleurs à l\u2019esprit sale (garbage, diriy-minded-writers) ?L\u2019heure est venue pour les gouvernants de crier halte! L\u2019opinion les y pousse.» La cause de la cause est la cause du causé.Quand Freud prône qu\u2019on « ferait bien mieux de se contraindre, non seulement en actes et en paroles, mais en pensées », Monakow lui rétorque: « La lutte serait plus facile sans les livres, images et imaginations qui excitent l\u2019esprit et les sens.» Et le docteur Escande prône du constructif, mais d\u2019abord la fuite: « Vouloir, ce n\u2019est pas se raidir contre les sollicitations, c\u2019est bien plutôt les accueillir avec indifférence.La lutte directe est dangereuse.Lutter, c\u2019est ruser.Les conquêtes sur la sensualité se font en n\u2019y pensant jamais.Recherchons la distraction, l\u2019amour de la nature, des lettres, et surtout les forces religieuses; consacrons notre énergie à une œuvre sociale et humanitaire.» 106 RELATIONS Après tant de témoignages, ne craignons pas d\u2019être naïfs, franchement, fièrement naïfs, et de croire à la droiture, aux bons mouvements, aux paroles d\u2019or du bon sens, même sans or.Depuis que les Américains ont un maximum de déboires avec un minimum d\u2019enfants, ils en reviennent des belles théories sans-Dieu en éducation.Les apprentis-sorciers de la psychiatrie s\u2019instruisent en explorant, en exploitant les espoirs crédules.Eux-mêmes se jouent parfois des tours, comme le professeur jeune qui avait six manières d\u2019élever les enfants, et qui n\u2019en avait plus une quand il eut six enfants.Les théoriciens, docteurs en ci, en ça ou en rien, reviennent tranquillement sur leurs pas, hier trop assurés.Un docteur Spock admet que les égards dus à Bébé ont des limites.Les parents ne doivent pas lui faire croire qu\u2019il est le prince héritier, surtout pas déjà le roi.Lui parler doucement toujours, alors qu\u2019il est désagréable et déraisonnable, n\u2019est bon ni pour lui, ni pour eux, ni pour personne.Bébé devra savoir que ses parents ont des droits, qu\u2019ils peuvent se montrer fermes, et qu\u2019ils ne toléreront pas de grossièretés.L\u2019enfant ne les aimera que mieux, et il apprendra à être poli avec tout le monde.C\u2019est la revanche de la boutade-compliment d\u2019un visiteur par ici: «Québec est arriéré: les enfants obéissent encore à leurs parents! » A quoi aboutit le contraire?A fabriquer des tyrans, insupportables à soi, à la famille, à la société, dès qu\u2019ils peuvent galoper.Le 1er mars, un garçonnet de quatorze ans, Jack Riley, de Revere (Mass.), a tué sa sœur de dix ans, à coups de couteau dans le dos et dans le cœur.L\u2019occasion: un désaccord dans le choix d\u2019un programme de télévision: « Elle a enlevé le courant et elle m\u2019a dit des noms! » Deux enfants catholiques d\u2019un ménage bourgeois disloqué: le père demeure à Lynn, la mère est institutrice; elle assistait à une classe d\u2019art, au moment du drame.Revenus de l\u2019école, les enfants se trouvaient seuls à la maison, seuls avec la télévision.A New-York, en 1954, 11,580 jeunes gens de seize à vingt et un ans ont participé à un crime; 7,916 ont été arrêtés.De plus, 33,400 garçons et filles de moins de quinze ans ont eu affaire à la police pour quelques fredaines \u2014 accroissement de 52.7% sur les accroissements des accroissements d\u2019une année à l\u2019autre.Que faire de cette rouille ?La jeter à la ferraille?Ne vaut-il pas mieux tout repolir?Et surtout prévenir plutôt que guérir ?Les Américains sont ingénieux, inventifs, généreux quand ils s\u2019y mettent.Le Saturday Evening Post du 4 décembre 1954 signale en Californie une belle initiative privée, une ferme-école-pensionnat, sans gardes ni clôtures, pour des jeunes mal partis, déjà buveurs ou voleurs entre quatorze et dix-huit ans.M.et Mme Johnson ont ouvert à leurs frais un ranch, un home, un foyer de réhabilitation pour sans-foyers ou victimes de mauvais foyers.Aucun règlement à suivre (ou à violer), seulement des coutumes à observer, mais nul déserteur n\u2019y est jamais repris.Depuis sept ans, 380 jeunes s\u2019y sont relevés et révélés.On les garde un an, puis ils retournent aux écoles ou collèges, à des emplois ou à l\u2019armée, selon les âges.Et ça coûte moitié moins cher qu\u2019aux écoles de réforme officielles, moins heureuses en résultats.Ils sont soixante-quatre; il en arrive et il en part chaque semaine.On retourne content, diplômé en quelque chose, ou déserteur qui regrette.Au premier repas, quatre par table, tous chantent une bienvenue au nouveau, que présente agréablement M.Johnson.Le premier jour, l\u2019arrivant reçoit un cheval à soigner, à monter.Imaginez la surprise joyeuse: un Texas! C\u2019est à cheval qu\u2019il recevra mieux les conseils.Les déserteurs partent bientôt, avant d\u2019avoir goûté l\u2019esprit de la ferme.Aucune punition; toujours sympathie, bons soins, utilisation constructive des goûts d\u2019aventure qui les déclassaient criminels.Une demi-journée de classe, une demi-journée à la ferme ou au jardin, aux chevaux, tracteurs, machines, poulets, canards, dindes, cochons et lapins, sports et pique-niques.Tout est plaisir, avec 86% de succès, plus du double des écoles de réforme.Mme Johnson interpelle ses chéris Honey, ce qui charme les plus durs.Eux répondent Mom; par contre, ils disent M.Johnson; seulement entre eux, le vieux.Les élèves, en plus de leur pension, reçoivent vingt-cinq sous par jour, portés à leur compte de banque.L\u2019école a débuté dans une caserne remodelée, puis toute rebâtie par le travail des jeunes, en apprentissage aux blocs de ciment, menuiserie, plomberie, peinture.Presque tout a été donné par des clubs ou des hommes d\u2019affaires: chevaux, selles, veaux, poulets.Le refuge, ouvert en mai 1948, reçut d\u2019abord deux garçons; après deux ans, ils sont soixante-quatre, et l\u2019on agrandit.Ce qui eût coûté $100,000 en argent public a coûté fort peu.Ce fut une affaire de rien que d\u2019endiguer un ruisseau pour se payer un grand réservoir, un petit lac où se baigner.Parmi ces variétés de travaux, le jeune se choisit un métier : maçon, machiniste, agriculteur, éleveur ou même cuisinier, car tous font un stage à la cuisine, et plusieurs y prennent goût.Pour discerner les talents en mécanique, on leur fait défaire et refaire une automobile, qui ne bronche pas.Trois instituteurs payés par le comté font les classes.Un comité de conseillers dirige les affaires matérielles.Parfois, les jeunes ont des problèmes, insignifiants pour nous, mais importants pour eux.Ils en causeront avec Mme Johnson, maternelle et psychologue.En six années, seulement huit indomptables ont été renvoyés à la réforme, avec regret des deux côtés.Ceux qui fument ne doivent pas se cacher; une fois par semaine, permission d\u2019aller aux « vues », dans la voiture du camp, sans autre gardien que le conducteur.Des ligues de balle et de ballon-au-panier poussent les jeux.Si l\u2019on n\u2019est pas champion, l\u2019on est bon sportif.L\u2019instruction religieuse et le dimanche se résument à lire la bible.Ici, un directeur spirituel, avec prière et sacrements, peut avoir une tout autre influence, pour une supérieure construction d\u2019âme.Quand le jeune repart, il n\u2019est pas relâché, mais diplômé, dans une petite fête avec cadeaux.Pour conclure, on suggère qu\u2019une école de préservation doit se limiter à 60 ou 70 enfants, pour qu\u2019existe une certaine intimité, un contact des maîtres avec chacun, faute de quoi l\u2019on n\u2019a pas de prise, et les mauvaises têtes s\u2019en donnent.Il faut beaucoup de tact et d\u2019allant, de justice et de confiance aller et retour, avec jeux, fêtes et chansons.Il y aura des clients pour toutes les variétés de remèdes.Quant aux jeunes travailleurs et travailleuses de la ville, les pensions-foyers s\u2019imposent.Des milliers de jeunes gens, garçons et filles, venus de la campagne, sont moralement abandonnés, dépaysés, privés de relations convenables.Ils aimeraient se réunir, se créer des amitiés dans des foyers, plutôt que de s\u2019ennuyer en chambre et de sortir à tout propos et hors de propos.Mais nos foyers ne peuvent recevoir plus qu\u2019un millier de jeunes filles, et les garçons n\u2019ont pratiquement rien pour eux.Or, comme dit Paul Bourget, « il y a toujours des moments où la volonté féminine est à la merci d\u2019une faiblesse, comme la volonté masculine à la veille d\u2019une brutalité ».Un autre académicien, Jules Lemaitre, devinait dès 1894: « J\u2019ai peur que les deux grands phénomènes sociaux qui marquent les vingt dernières années (donc depuis 1875) ne soient le développement de la luxure et la dureté croissante du règne de l\u2019argent.» Lemaitre a vu juste: les deux mauvais germes s\u2019aggravent en cancer.La réaction s\u2019impose, le travail est partout.Dieu nous soit en aide pour le salut d\u2019une vigoureuse jeunesse! AVRIL 1955 107 LES LIVRES RELIGION ET MORALE J.CANTINAT, C.M.: Au cœur de notre Rédemption.La Cène, la Passion et la Résurrection.Coll.« Présence du catholicisme ».\u2014 Paris, Téqui, 1954, 191 pp., 18.5 cm.ES ÉDITEURS, dans leur feuillet de propagande, ont donné eux-mêmes le sens de cet ouvrage: « Avant tout, ce livre est un commentaire des textes évangéliques sur la dernière Cène, la Passion et la Résurrection.Il a pour but d\u2019expliquer ces textes, parfois difficiles, aussi clairement que possible.Il veut rendre très vivants les événements les plus graves des évangiles, ceux qui ont immédiatement trait à notre Rédemption et se trouvent effectivement au cœur de ce mystère.» Tout prêtre ou tout séminariste, d\u2019abord, aura grand profit à se référer à ce commentaire, puisque, en plus d\u2019analyser tous les textes relatifs à la Cène et à la mort du Christ, l\u2019A.dégage les leçons que renferment ces événements.Tout laïc, ensuite, trouvera dans cet ouvrage la réponse aux questions qu\u2019il se pose constamment à la lecture des évangiles, sans compter l\u2019aliment spirituel qu\u2019offre la méditation de la Passion de Notre Seigneur.Beau livre à utiliser durant la quinzaine qui précède la fête de Pâques.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin.Abbé Charles Becker: La Nuit pascale.Traduction du P.Benoît Lavaud, O.P.Introduction du P.J.-A.Jungmann, S.J.\u2014 Bruges (Paris), Desclée de Brouwer, 1954, 207 pp., 17.5 cm.PÂQUES était « l\u2019unique fête du christianisme antique ».Fête fondamentale, elle rappelle la passion et la résurrection du Seigneur.La résurrection eut lieu le matin du dimanche.On la fêta donc d\u2019abord aux premières heures, puis la nuit, parce que l\u2019Époux, qui est la Lumière, vient chasser les ténèbres du péché, du péché des adultes qu\u2019on baptisait en cette nuit et qui passaient ainsi de la mort spirituelle à la vie dans le Christ.Avec le temps, on anticipa l\u2019office au soir du samedi, puis (au xive siècle) avant midi.Mais le mouvement liturgique des dernières années favorise un retour aux sources primitives, que Pie XII a consacré par décret (9 février 1951) établissant un nouvel office du Samedi Saint.On trouve ici le texte de cet office (latin et français, pp.31-87) suivi de commentaires à la fois savants, faciles à lire et pieux (pp.88-206).On ne saurait trop recommander cet opuscule aux fidèles qui veulent entrer pleinement dans l\u2019esprit de la plus grande fête de l\u2019année liturgique, commémoration et renouvellement du plus grand mystère chrétien.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Ferdinand Lelotte, S.J.: La Solution du problème de la vie.Cinq cahiers d\u2019environ 80 pages chacun.\u2014 Tournai (Paris), Casterman, 1953, 21 cm.DANS CES CAHIERS, l\u2019A.veut apporter « une solution raisonnable, complète et harmonieuse à tous les aspects importants de la vie ».Dès le premier cahier, il nous amène à donner un assentiment réfléchi à l\u2019existence d\u2019un Dieu qui régit l\u2019univers et à la révélation scripturaire.Puis, il déroule devant nos yeux le drame de la création d\u2019un homme libre, invité à l\u2019intimité divine, mais qui refuse Dieu et introduit le péché dans le monde.Le troisième cahier présente le plan rédempteur, étudie les titres du Christ à notre foi et de l\u2019Église à notre soumission.Enfin, les deux derniers fascicules montrent l\u2019accord de l\u2019humanisme chrétien et de la sociologie catholique avec la nature et les aspirations profondes de l\u2019homme.Car l\u2019acceptation des mystères est non pas un désistement de la raison devant l\u2019absurde, mais l\u2019adhésion de l\u2019intelligence à des énoncés vrais, qu\u2019elle reconnaît, sans honte, comme humainement inaccessibles.Quant aux « contradictions » de la foi et de la science, elles se concilient d\u2019elles-mêmes devant un exposé objectif.Les problèmes les plus divers sont abordés : existence de Dieu, possibilité d\u2019un dialogue entre Dieu et l\u2019homme, sens de la souffrance et de la mort, Église et Églises, Église et État, guerre, droit de propriété, entreprise privée, art, science, amour, fondement et sens de la morale, signification du travail, etc.Une vaste synthèse permet de formuler les solutions premières de ces problèmes et évite les réponses étriquées qu\u2019une question isolée risque de recevoir.Par contre, l\u2019ampleur de l\u2019exposé empêche le développement des solutions jusqu\u2019à leurs ultimes conséquences.C\u2019est pourquoi une abondante bibliographie, à la fin de chaque section, suggère un travail personnel supplémentaire.Tous les catholiques un peu cultivés puiseront dans ces cahiers une joie nouvelle d\u2019être chrétiens et un affermissement de leur foi.A leurs problèmes, les aînés de nos collèges trouveront une réponse plus complète \u2014 et, peut-être, plus humaine \u2014 que l\u2019exposé souvent trop théorique des manuels courants.Guide excellent pour les cercles d\u2019études, l\u2019ouvrage du P.Lelotte renouvelle la formule de l\u2019apologétique.Négligeant la synthèse a priori, dont se moque souvent la vie réelle, il présente une doctrine qui respecte la complexité du drame humain dans toutes ses données.Aux universitaires, il offre l\u2019amorce d\u2019une théologie indispensable au penseur chrétien.Même les non-catholiques verront disparaître certains malentendus qu\u2019une connaissance incomplète du catholicisme et, parfois, une propagande anticatholique ont fait naître.Cet ouvrage, qui connaît déjà une septième édition française et bientôt dix traductions, semble répondre aux aspirations de l\u2019homme moderne et à ses exigences intellectuelles.Alfred Ducharme.V Immaculée-Conception, Montréal.George C.Bernard, C.S.C.: The Morality of Prizefighting.\u2014 Washington, The Catholic University of America Press, 1952, 190 pp., 23 cm.Prix: $2.00.LA BOXE professionnelle est à l\u2019origine d\u2019accidents graves qui ont ému l\u2019opinion publique et suscité divers jugements pour ou contre la moralité de ce sport.Mais avant la publication de la thèse du P.Bernard, rien de vraiment scientifique n\u2019avait paru sur le sujet.L\u2019A.décrit l\u2019état de la boxe professionnelle; il étudie le cas de ceux qui y participent (boxeurs, spectateurs, promoteurs.); il expose les données médicales concernant les risques de la boxe (mortalité, blessures internes, etc.).La boxe fait peut-être moins de victimes que le baseball ou le football, mais elle diffère des autres sports par sa nature même.Le boxeur cherche directement à atteindre l\u2019adversaire par des coups violents qui pourront blesser et parfois causer la mort.Des moralistes cependant ne condamnent pas la boxe comme immorale : les blessures ordinairement ne sont pas graves; la mort ou les blessures graves sont accidentelles; la boxe, d\u2019ailleurs, a l\u2019approbation des gens honnêtes.Pour d\u2019autres, elle est immorale : elle vise, en principe, la mise hors de combat qui peut priver l\u2019homme de conscience; elle ressemble au duel; sa brutalité constitue un scandale.Le problème moral qui se pose est le suivant: la boxe s\u2019oppose-t-elle au cinquième commandement?Écartons le suicide et l\u2019homicide directs : le boxeur normal ne veut ni sa mort, ni celle de l\u2019adversaire, ni comme fin, ni comme moyen; il porte toutefois des coups si violents qu\u2019ils entraînent parfois la mort : suicide ou homicide indirect.À tout le moins, on ne conçoit guère un vrai combat sans aucune blessure, ni la possibilité, pour la majorité des boxeurs, d\u2019éviter tout tort grave au cours de leur carrière, soit à l\u2019entraînement, soit au combat : les conclusions médicales en font preuve.La boxe est donc répréhensible à plusieurs titres : la violence, le fait de poser la cause d\u2019où peut résulter un tort grave, le fait de s\u2019y exposer, la volonté de blesser au moins légèrement.Nulle raison proportionnée ne peut justifier une telle conduite.Qui choisirait d\u2019en faire une carrière commettrait une faute grave.De plus, la boxe pratiquée comme jeu est à condamner dans la mesure où elle implique les risques de la boxe professionnelle.La thèse de l\u2019A.éclaire le problème moral de la boxe et contribue à l\u2019approfondissement de la pensée théologique à propos d\u2019un cas fort discuté.Personnellement, nous partageons le jugement global de l\u2019A.sur l\u2019immoralité du prizefighting; toutefois, la moralité de chaque cas reste aussi difficile à apprécier que la violence relative et le risque qu\u2019il comporte.Jean-Paul Bellemare.U Immaculée-Conception, Montréal.108 RELATIONS SOCIOLOGIE, PSYCHOLOGIE, ÉDUCATION Simon LlGIER: L\u2019Adulte des milieux ouvriers.I: Essai de psychologie sociale.II: Essai de Psychologie pastorale.\u2014 Paris (Montréal), Les Éditions Ouvrières, 1950, 1951; 586, 403 pp., 22.5 cm.CONTRIBUTION précieuse à l\u2019intelligence de l\u2019âme ouvrière et de ce que l\u2019Église doit faire pour reconquérir cette âme qui, en France, est si profondément séparée du catholicisme.Bien qu\u2019il s\u2019appuie sur une documentation très vaste et qu\u2019il possède lui-même quelque expérience du ministère paroissial, l\u2019A.se défend d\u2019avoir fait œuvre définitive.De là le titre modeste d\u2019essaz.C\u2019est que le champ est immense et bien peu exploré.Dans le premier volume, l\u2019A.présente les divers types de la classe ouvrière : prolétaire, travailleur qualifié, citadin, compagnon, homme adulte, femme, militant.Chacun de ces types possède un ensemble de traits qui le caractérisent.Par un procédé de clivage psychologique, on élimine les facteurs individuels dus à l\u2019hérédité, pour s\u2019arrêter aux « aires collectives » distinctes qui manifestent les traits propres au milieu.On obtient ainsi un type social.Sans doute, le procédé n\u2019est pas de tout repos.En psychologie, tout se tient, et il y a risque de fausser le type en l\u2019examinant sous l\u2019angle unique des influences de son milieu.De plus, par suite du caractère individuel, le même milieu ne produit pas toujours des effets identiques.Tout de même, l\u2019A.utilise les meilleures données scientifiques : caractérologie, psychanalyse, statistique, étude de l\u2019opinion et des faits, géographie humaine.Les enquêtes et les tests étant, en ce domaine, fort limités, on a eu recours aux témoignages et à l\u2019histoire.En somme, cet essai de psychologie sociale est remarquablement fouillé et d\u2019un immense intérêt.On y acquiert des vues profondes sur l\u2019ouvrier adulte.Personnage à la fois simple et mobile, le métier n\u2019est pas seul à agir sur lui.Il subit l\u2019influence de l\u2019habitat, des compagnons, des loisirs, des syndicats, de la politique, bref, de cet ensemble complexe et divers qui constitue le milieu.Cette psychologie de l\u2019adulte ouvrier explique son éloignement de l\u2019Église et introduit le second volume.Lui aussi se donne modestement pour un essai.Dans une introduction assez élaborée et technique, l\u2019A.établit les distinctions entre psychologie pastorale et théologie pastorale.Les méthodes diffèrent.Branche toute récente de la psychologie appliquée, la psychologie pastorale possède son objet spécifique, ses critères d\u2019efficacité et de « fidélité ».Elle a pour but de fournir les matériaux nécessaires à la pensée théologique.Quatre grandes questions font l\u2019objet de cette psychologie pastorale auprès de l\u2019adulte des milieux ouvriers : la déchristianisation des masses, l\u2019orientation de l\u2019évangélisation, l\u2019engagement des chrétiens, l\u2019apôtre qu\u2019exigent les adultes ouvriers.On soupçonne l\u2019étendue du champ d\u2019observation et l\u2019intérêt qu\u2019il peut susciter.Le lecteur n\u2019est pas déçu.L\u2019agencement clair et logique des divisions permet d\u2019avancer en sécurité et de facilement se retrouver à travers une foule de principes, de traits et de citations.Ces pages n\u2019ont pas l\u2019aridité d\u2019un traité, et le mérite de l\u2019A.est d\u2019avoir su exploiter une matière aussi dense et élevée de façon que le profane qui s\u2019intéresse soit à la classe ouvrière, soit à la psychologie sociale y trouve son agrément.Même si l\u2019ouvrage se rapporte à la France et si, de l\u2019aveu de l\u2019A., les conclusions n\u2019en sont ni suffisantes, ni complètes, ni définitives, il peut profiter à tous, car il offre une extraordinaire richesse de documentation et de précieuses lumières sur les exigences de l\u2019apostolat auprès des ouvriers.Toujours inspirées par la psychologie sociale, les orientations de ce volume font abstraction, comme bien il fallait s\u2019y attendre, de la théologie, qu\u2019elles supposent d\u2019ailleurs.L\u2019ouvrage ouvre quand même la voie à toute espèce de réflexions sur l\u2019apostolat du monde ouvrier; le prêtre, le militant d\u2019Action catholique et le psychologue se féliciteront de le méditer.Wilfrid Gariépy.Maison Bellarmin.Maryse Choisy : Le Scandale de l\u2019amour.\u2014 Paris, Aubier, 1954, 286 pp., 18.5 cm.SCANDALE, bien sûr, l\u2019amour tel que le\u201dconçoit l\u2019A., sauf dans les dernières pages de son livre, où il est question de mystique et de sublimation.Hors de là, l\u2019amour serait: passion fatale, sexuelle et génitale, qui se suffit à elle-même, fait sa propre loi, se situe au delà du mariage; ou narcissisme (toujours AVRIL 1955 « ï'ir.r vichy Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime \"triste\"?RAREMENT nécessaire.d vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action biêa oonnue et tas propriétés diurétiques contribuant à stimuler las multiples fonctions du foie et des rains at exercent mm effet des plus salutaires sur le système digestif en général.Demandes l'avis de votre médecin.Pûui èfa -foin* CE LESTONS tu KmÉRALE HATWtOU PROPRIÉTÉ DE CÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitationsII! Exigea « CÊLESTINS » Importateurs: HE RD T » CHARTON INC., Montréal 109 DEPOSEZ VOS ECONOMIES À LA Banque D\u2019Épargne DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL IL Y A UNE SUCCURSALE DANS VOTRE VOISINAGE Tel.: 4-5181 ZJevieau & J^aclne, Jfyêe DISTRIBUTEURS & GROSSISTES 196, rue Saint-Paul\tQuébec (2) L\u2019HONORABLE ANTOINE RIVARD Solliciteur général et ministre des Transports et Communications Tel.: 2-6895 E.-J.CHARTIER & CIE, ENR.IMPORTATEURS DE CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 22, rue Saint-Roch\tQuébec sexuel); ou donjuanisme; sinon, il aboutit au refoulement, à la névrose.L\u2019amour qui est d\u2019abord et toujours (dans le mariage ou la virginité, pour le héros et l\u2019homme du commun) dévouement à l\u2019autre, à la fois instinctif et volontaire; liberté d\u2019offrande généreusement renouvelée et, par vertu surnaturelle, capable de surmonter tentations de la chair et solitude du cœur: inconnu ici.On nous dit: pas d\u2019amour sans couple; pas d\u2019équilibre personnel ni de rayonnement social sans l\u2019amour du couple réalisé dans la chair ou sublimé dans la mystique du yoguin ou du saint.Et Jésus, et tant de saints: Paul, Augustin, Bernard, Ignace, Marguerite-Marie, Thérèse de Lisieux?.Au service de sa conception, l\u2019A.déploie une érudition formidable qui pige à toutes les littératures (yoga et psychanalyse, poésie et science, etc., et cela, en plusieurs langues).Il ne manque qu\u2019un peu de théologie, et c\u2019est dommage.Car Dieu, qui est Amour et qui est premier en tout, même dans l\u2019amour humain (saint Thomas affirme que l\u2019homme aime toujours Dieu plus que les créatures), est objet de science théologique; le péché aussi, qui est faute contre l\u2019Amour; le sexe également, qui est essentiellement ordonné au mariage procréateur et sacramentel, non à la volupté.Malgré cette lacune, on goûte des pages pénétrantes et brillantes sur la psychologie de l\u2019amour courtois, du mythe de Tristan et Yseult, de Descartes, du xvn° siècle classique et angoissé.Évidemment, l\u2019A.triomphe dans l\u2019analyse des remous inconscients que révèle le traitement des femmes névrosées.Que le péché originel, nos péchés personnels et les insuffisances tragiques de la première éducation vouent la majorité des gens à quelque névrose teintée de troubles sexuels, d\u2019accord.Mais qu\u2019après avoir analysé les cheminements tortueux de l\u2019affectivité faussée, on déclare avoir décrit l\u2019amour normal, c\u2019est inacceptable.La vigueur de la pensée, l\u2019éclat du style (un style qui « pète », au goût de l\u2019A.) ne causeront qu\u2019un léger scandale-étonnement; les confusions freudiennes et para-freudiennes (car l\u2019A.critique Freud aussi librement que les autres) risquent de scandaliser au sens fort du mot, en corrompant le sens chrétien de l\u2019amour.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Pierre Ricour: Comment réussir mes études?\u2014Montréal (Paris), Éditions Fides, 1954, 108 pp., 19.5 cm.IES PROFESSEURS ont la bonne habitude de commencer l\u2019année scolaire en donnant à leurs élèves des conseils sur l\u2019organisation de leurs études.C\u2019est probablement ainsi que l\u2019A., professeur de rhétorique depuis vingt ans, a accumulé la somme de directives claires et expérimentées qu\u2019il présente aujourd\u2019hui.Il conseille aux jeunes de regarder leur vie intellectuelle bien en face.Inutile de vouloir escamoter le devoir d\u2019état.Pour réussir, il faut travailler, suivre les avis de ses maîtres, établir l\u2019horaire de ses journées, maintenir un sain optimisme, ne pas excuser ses faiblesses réelles, mais chercher à les corriger.(Pour plus de détails, voir Collège et Famille, avril 1955.) Cette attitude logique, ambitieuse et confiante est la meilleure recette pour réussir non seulement ses études, mais sa vie.Il faut remercier l\u2019A.d\u2019avoir prié M.l\u2019abbé Fernique, directeur du Collège Stanislas, de préfacer son livre.Dans un style très simple, M.Fernique trace un programme d\u2019humanisme chrétien qui nous satisfait pleinement.Dieu doit être au centre de toute vie intellectuelle.L\u2019adolescent est à l\u2019âge où il doit lui-même prendre ses responsabilités, approfondir les réponses du petit catéchisme, donner à sa vie spirituelle une consistance et un caractère personnels, comprendre les grands thèmes de sa religion: amour de Dieu, eucharistie, sainteté dans le devoir d\u2019état, soif du règne de Dieu formulée dans le Pater.Ces pages éclairent l\u2019ouvrage et offrent un bel exemple de travail apostolique accompli par un prêtre et un laïc.Jean-Paul Labelle.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.PHILOSOPHIE, SCIENCES Jacques Maritain: Approches de Dieu.Coll.« Sagesse et Cultures ».\u2014 Paris, Editions Alsatia, 1954, 137 pp., 22 cm.LE DERNIER OUVRAGE de M.Maritain se présente comme ' une partie de la théodicée, celle où l\u2019on prouve l\u2019existence de Dieu.Peu étendu, il retient pourtant l\u2019essentiel d\u2019un traité fondamental, couronnement de la métaphysique.Précédé d\u2019une 110 RELATIONS voie d\u2019approche de Dieu plus vulgaire et plus simple, pré-philosophique, l\u2019exposé des cinq « voies » classiques occupe la plus grande partie de l\u2019ouvrage.Une sixième manière de poser l\u2019Existant par excellence est suggérée: l\u2019expérience commune, rendue scientifique, de la « créaturité » du soi pensant en tant que pensant.Outre la spéculation, le domaine du pratique peut aussi constituer une « approche de Dieu », soit par l\u2019expérience poétique, soit par le premier acte de notre liberté, soit par le désir naturel de voir Dieu; c\u2019est le sujet des deux derniers chapitres.Un appendice comble une lacune en rapportant sur la matière des textes sans commentaires.Succinct, ferme et clair, comme toujours chez PA., ce traité ne reste jamais banal et témoigne d\u2019une réflexion approfondie.La sixième voie proposée ne paraît pas hasardeuse.Enfin, il faut savoir gré à M.Maritain non seulement d\u2019avoir une philosophie vécue, « engagée », mais aussi de maintenir un thomisme soucieux de la science et de la pensée actuelles (voir p.40, notes 4 et 5).Ne serait-ce que pour cette leçon de perméabilité aux autres systèmes, ses deux derniers ouvrages, celui-ci et Creative Intuition in Art and Poetry, mériteraient notre estime et l\u2019effort d\u2019une lecture attentive.\t\u201e\t, _ Fernand Dorais.L\u2019Immaculée-Conceplion, Montréal.Hans Urs von Balthasar: Le Chrétien et l\u2019Angoisse.Coll.« Présence chrétienne ».\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1954, 157 pp., 18.5.cm.\"\\TUL N\u2019ÉCHAPPE à l\u2019angoisse qu\u2019éprouve l\u2019esprit devant le mystère de la coexistence du fini et de l\u2019infini, devant le mystère de la souffrance et de la mort.Il y a de plus une angoisse propre aux méchants, angoisse objective (impuissance spirituelle, torpeur, ténèbres surtout) et subjective (peur sans fond, « angoisse totale », résultat d\u2019une vie dénuée de sens et d\u2019être); et une angoisse que connaissent les bons: crainte de Dieu, défiance de soi, ambiguïté de l\u2019épreuve qui abaisse pour susciter l\u2019appel au secours et l\u2019intervention de la miséricorde divine, enfantement d\u2019une vie nouvelle (personnelle) et d\u2019un monde nouveau (communautaire) dans les ténèbres de la foi et à travers une mystique de l\u2019échec.Mais l\u2019angoisse des méchants est vaine et conduit au désespoir; celle des bons est sérieuse et aboutit à la lumière, à la certitude de la charité qui bannit toute crainte.Pourvu qu\u2019on accepte de vaincre le péché par la croix.Car la cause prochaine de l\u2019angoisse, ce n\u2019est pas seulement le rien naturel, « le néant imprégnant de néant la finitude comme telle », ni « la transcendance intérieure de l\u2019esprit et sa contingence »; c\u2019est « la conscience d\u2019une erreur, d\u2019un désordre, d\u2019une faute originels, provoquée par l\u2019absence de ce qui devrait être présent dans ce rien ».On devine la profondeur de cet essai, où il apparaît que la théologie seule peut rendre compte définitivement de ce que la psychologie, même celle qui s\u2019attribue la connaissance des « profondeurs », réussit à diagnostiquer, voire à « liquider » partiellement.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Fernand Lot: Antibiotiques, médicame?its miracles.Co\\\\.«.'Découvertes ».\u2014 Tours (Paris), Marne, 1954, 220 pp., 32 pp.de photographies hors-texte, 21 cm.T3ÉNICILLINE, streptomycine, terramycine,.devenues réa-lités courantes, restent mystérieuses.Ces antibiotiques, substances élaborées par la vie pour combattre la vie, l\u2019A.cherche à dissiper un peu leur mystère.Il montre d\u2019abord comment leur découverte s\u2019inscrit dans la ligne des travaux de Pasteur.Comme lui, le savant moderne s\u2019est penché sur le monde des infiniment petits, à la limite du végétal et de l\u2019animal, sur des champignons minuscules, des bactéries, des virus : histoire palpitante de la patience et de la pénétration du savant.Il décrit ensuite brièvement les antibiotiques principaux : leur origine végétale ou animale, leurs emplois thérapeutiques.Puis, il évoque la « stratégie » des antibiotiques en lutte contre les bactéries : comment ils étouffent les uns, empêchent la reproduction des autres, etc.L\u2019A.signale enfin les utilisations des antibiotiques dans la ration alimentaire des animaux ou végétaux et le danger d\u2019accoutumance qui guette leur emploi.Un texte clair et vivant, précis, adapté au grand public.Des photographies nombreuses nous mettent en contact direct avec les savants, les industries d\u2019antibiotiques, les microbes; les photos de microbes surtout, réalisées Nécessité de l\u2019éducation coopérative \u2022\tL\u2019éducation est un des principaux animateurs de toute vie coopérative.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopératives solides sans coopérateurs éclairés et fidèles.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopérateurs éclairés et fidèles sans éducation coopérative.\u2022\tPuisque la coopération est une formule démocratique d\u2019organisation économique et sociale qui veut remettre au peuple le soin de ses propres affaires et le contrôle des entreprises mises à son service, c\u2019est exiger nécessairement de ce peuple qu\u2019il sache bien exercer ce contrôle et qu\u2019il veuille le bien exercer.m LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC AVRIL 1955 111 II PEU\tDE POCHE TOUT EU FAISAIT OU BIEN Ça paye de prendre des abonnements aux revues malpropres.mais ça damne.Ça peut payer autant d\u2019en prendre pour Relations, qui n\u2019a rien de malpropre \u2014 et ça sauve.De $10.00 à $50.00 par semaine \u2014 à votre choix.(Relation J 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal - 11 'imum O III O AIR FRANCE Le vol le plus rapide MONTRÉAL PARIS ROME \u2022\tLe fameux repas digne de l\u2019excellente cuisine française.\u2022\tLa flotte aérienne la plus moderne du monde.\u2022\tLes pilotes ayant à leur actif plus d\u2019un million de milles de vol.Consultez votre agent de voyage, de chemin de fer ou AIR FRANCE, Immeuble de l'Aviation Internationale, rue Dorchester ouest, Montréal \u2014 UN.6-8344 au microscope électronique, sont spendides.Bref, vulgarisation excellente, source d\u2019émerveillement devant la nature et son Créateur, stimulant pour le travail scientifique.André Bêdard.V Immaculée-Conceplion, Montréal.Aimé Michel: Lueurs sur les soucoupes volantes.\u2014 Tours (Paris), Marne, 1954, 286 pp., 21 cm.TES SOUCOUPES VOLANTES sont encore à l\u2019ordre du jour.D\u2019après les plus récentes statistiques, on aurait signalé environ 20,000 cas d\u2019apparitions de ces mystérieux engins aériens depuis 1947.La majeure partie de ces prétendues apparitions s\u2019expliqueraient par des erreurs d\u2019observation ou d\u2019interprétation: météores atmosphériques, ballons-sondes errants, etc.Parmi les centaines de récits réfractaires à toute solution, il y en a plusieurs qui sont dus à des illuminés ou à des mystificateurs.Mais un nombre imposant de faits offrent des garanties exceptionnelles d\u2019objectivité.Cependant, les témoins les plus impressionnants prêtent aux engins mystérieux des particularités qui paraissent incompatibles avec les lois fondamentales de la science telles que nous les connaissons actuellement.Ainsi, « les vitesses vertigineuses avec lesquelles des soucoupes voyageraient dans l\u2019atmosphère sont impossibles; car le dégagement de chaleur auquel elles correspondent entraînerait la liquéfaction ou l\u2019explosion de l\u2019engin ».Les accélérations foudroyantes qu\u2019on attribue aux soucoupes paraissent encore plus impossibles; selon la loi de réaction, elles supposeraient l\u2019emploi de masses inconcevables; d\u2019ailleurs, aucun organisme vivant ne pourrait résister à la pression produite par les démarrages vertigineux dont plusieurs observateurs affirment avoir été témoins.Enfin, si les soucoupes accomplissent leurs évolutions, même les plus rapides, dans le silence le plus absolu, on comprend que les savants inclinent à attribuer les observations à des phénomènes d\u2019optique ou à des hallucinations.Nombreux, aujourd\u2019hui, ceux qui répondent à ces difficultés en invoquant une théorie imaginée par un aviateur promu de l\u2019École française de l\u2019Air, le major Plàntier.Celui-ci fait appel à des forces encore inconnues des savants terrestres, mais que des êtres d\u2019un autre monde plus évolué que le nôtre auraient réussi à découvrir et à maîtriser.Il y a peu de chance que sa théorie soit acceptée dans les milieux scientifiques.Le livre de M.Michel expose et critique les plus extraordinaires apparitions de soucoupes signalées dans notre monde depuis 1947.L\u2019ouvrage se lit comme un roman.L\u2019A.ne cache pas qu\u2019il croit lui-même à l\u2019existence des soucoupes; mais il n\u2019émet pas la prétention d\u2019avoir fait la pleine lumière sur le sujet.Il le laisse entendre par le titre qu\u2019il a donné à son ouvrage.Léon Lebel.RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Jules Êmery \u2022 Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.: VEndôme 2541 112 RELATIONS C9$D A' \u2022_^pi ;S \u2022;W.'ËlE mm jr:y
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