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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1957-06, Collections de BAnQ.

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[" La liberté syndicale ÉDITORIAL Précisions sur le patriotisme canadien-français Richard ARÈS L\u2019assistance Financière de l\u2019État a l\u2019enseignement supérieur Pierre ANGERS L\u2019explication insuffisante de M.Pearson Luigi d'APOLLONIA Conscience du Canada Français * Une grande tragédie, une grande tragédienne Pour une civilisation chrétienne en Afrique noire ¦ Les Foyers Notre-Dame REVUE DU MOIS SOMMAIRE JUIN 1957 Éditoriaux.141 La liberté syndicale.\u2014 Le 10 juin, l\u2019État, c\u2019est NOUS.\u2014 Il Y A QUARANTE ANS, LE 13 MAI 1917.Articles L\u2019ASSISTANCE FINANCIÈRE DE L\u2019ÉTAT À L\u2019ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR .Pierre Angers 143 L\u2019EXPLICATION INSUFFISANTE DE M.PEARSON.Luigi d\u2019Apollonia 145 CONSCIENCE DU CANADA FRANÇAIS.Charles Dubé 147 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 149 POUR UNE CIVILISATION CHRÉTIENNE EN AFRIQUE NOIRE .Madeleine Vaillancourt 151 LES FOYERS NOTRE-DAME .Émile Gervais 153 Commentaires.154 Le Pape nous parle.\u2014 Pour des logements familiaux dans les grandes villes.\u2014 Les catholiques et la lutte pour les bonnes mœurs.\u2014 Portrait du parlement idéal.\u2014 En trois mots.Articles UNE GRANDE TRAGÉDIE, UNE GRANDE TRAGÉDIENNE .Georges-Henri d\u2019Auteuil 156 PRÉCISIONS SUR LE PATRIOTISME CANADIEN-FRANÇAIS .Richard Arès 157 Les livres.160 Spiritualité.\u2014 J.Stierli: Le Cœur du Sauveur.\u2014 P.DE Jægher: La Vertu d\u2019amour.- L.de Grandmaison: La Vie intérieure de l\u2019apôtre (J.d\u2019Anjou).- A.Hue: A des religieuses (J.-P.Demers).- S.Pidoux de la Maduère: Ayez confiance.- J.Wu: Le Carmel intérieur.- A.Dragon: Apprends à vivre (B.Clément).- H.Thurston et D.Attwater: Butler\u2019s Lives of the Saints (L.d\u2019Apollonia).- Mother G.L\u2019Heureux: The Mystical Vocabulary of Marie de VIncarnation (Sr Marie-Emmanuel).-\tC.Latour: Recueil de cantiques (J.-P.Labelle).160 Morale, Philosophie.\u2014 En COLLABORATION: Responsabilités internationales des chrétiens.- A.Desqueyrat: Bilan spirituel du capitalisme (R.Arès).- R.Ludmann: Cinéma, Foi et Morale.- J.Siclier: Le Mythe de la femme dans le cinéma américain (J.d\u2019Anjou).- R.Guarding La Mort de Socrate (J.-M.Aubry).163 Histoire, Politique, Sociologie.\u2014 R.PATTEE: Haïti.-J.Degras: The Communist International (J.-H.Ledit).-\tG.Hupin: Charles Mourras.- O.Philippon: Le Trafic des femmes.- E.Dodeur: Essai d\u2019une méthode de service social.- Société centrale d\u2019Hypothèques: Logement et Accroissement urbain au Canada (R.Arès).164 Canadiana.\u2014 F.Larivière: La Vie ardente de saint Charles Garnier (R.Latourelle).- L.Pouliot: Monseigneur Bourget et son Temps (J.d\u2019Anjou).- H.Walsh: The Christian Church in Canada (R.Arès).- H.Plante et L.Martel: Mon Pays.- A.Tessier: Neuve France.-\tJ.-U.Demers: Aperçus historiques sur l\u2019île Jésus (Al.Dugré).166 Littérature.\u2014 P.T.de Chardin: Lettres de voyage (L.Mailhot).- B.Hamelin-Rousseau: Quand reviennent les outardes (P.-E.Racicot).- R.Forbes-Watson: Au large de Zanzibar.-P.Hawken: Ann, hôtesse de l\u2019air.-Hergé: La Vallée des cobras (R.A.).168 jVouâ âommeâ (ietà d\u2019a voit âetvi.plusieurs institutions catholiques \u2014 dont voici une liste partielle : \u2022\tAssumption University (Windsor)\t\u2022\tUniversité Laval\t\u2022\tEcole Normale Secondaire (Montréal) \u2022\tCollège de Sainte-Croix\t(Montréal)\t\u2022\tLoyola College (Montréal)\t\u2022\tHôpital Sainte-Justine (Montréal) \u2022\tFédération des Collèges\tclassiques\t\u2022\tHôpital Notre-Dame (Montréal)\t\u2022\tSt.Michael\u2019s Hospital (Toronto) \u2022\tHôtel-Dieu (Montréal)\t\u2022\tUniversité Saint-François-Xavier\t\u2022\tCompagnie de Jésus (province anglaise) (Antigonish)\tr G.A.BRAKELEY & CIE, LTEE Conseillers en relations publiques \u2014 Organisateurs de campagnes de souscriptions MONTRÉAL (Siège social) 1520, rue de la Montagne \u2014 PLateau 6415 TORONTO\tLOS ANGELES\tSAN FRANCISCO\tSYDNEY (AUSTRALIE) LAVALLÉE, BÉDARD, LYONNAIS,\tMESSIER, GASCON Comptables agréés\t Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tRoger Messier, C.A.Lionel Gascon, C.A.\tJean Lussier, C.A.Paul-L.Noiseux, C.A.\tJacques Desmarais, C.A.René Sénécal, C.A.\tÉmile Fortin, C.A.Maurice Saint-Louis, C.A.\tDavid Crockett, C.A.Guy Préfontaine, C.A.\tEmile Fortin, C.A.\tRobert Jacques, C.A.Syndic licencié \u2014 Liquidateur\t 10 est, rue SAINT-JACQUES\tTROIS-RIVIÈRES MONTRÉAL \u2014 Tél.: MA.7085\tSHERBROOKE Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. XVII* année, N° 198 Montréal Juin 1957 EDITORIAUX JÇa libextê Syndicale T\u2019INTRODUCTION de la liberté syndicale au Canada remonte à 1872.Mais le droit syndical québécois s\u2019est édifié, dans ses structures essentielles, de 1901 (loi des Différends ouvriers) à 1944 (loi des Relations ouvrières), sans oublier 1924 (loi des Syndicats professionnels) et 1934 (loi de la Convention collective).Théoriquement, cette législation répondait dans l\u2019ensemble aux exigences de la doctrine sociale de l\u2019Église.« Le droit d\u2019association est un droit fondamental pour les travailleurs.Il est octroyé par la nature même.L\u2019État a le devoir de protéger ce droit et d\u2019en faciliter l\u2019exercice.» (Lettre collective des évêques du Québec sur le Problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l\u2019Église, 1950, n.174.) Tandis que nos évêques affirmaient que « la législation sur le droit d\u2019association.doit s\u2019améliorer sans cesse pour prévenir les abus de ceux qui, sous un prétexte ou sous un autre, ne comprennent pas la nécessité du syndicalisme sain et le rôle d\u2019ordre et de paix sociale qu\u2019il est appelé à remplir » {ibid., n.176), la situation concrète de la liberté syndicale chez nous ne cessait de se détériorer depuis 1944.Ce fut d\u2019abord la loi injuste de 1946 qui, privant de leur droit incontestable à l\u2019arbitrage un secteur considérable des instituteurs et institutrices à qui déjà la loi refusait l\u2019exercice du droit de grève, a porté un coup mortel au prestige de la profession de l\u2019enseignement et à la digne rémunération des personnes qui s\u2019y consacrent.Puis, avant et après l\u2019échec de l\u2019effort qui visait, en 1949, par le truchement du fameux « code du travail », à la domestication du syndicalisme, des expériences malheureuses et répétées faites dans les usines, devant la Commission des Relations ouvrières et même devant les tribunaux permirent vite de constater que, « si les travailleurs ne peuvent négocier librement avec leurs employeurs des conventions collectives de travail qui sauvegardent tous leurs intérêts légitimes, s\u2019ils n\u2019ont pas les moyens légaux de parer à la mauvaise foi dans les négociations, leur droit d\u2019association est illusoire » {ibid., n.176).Aussi nos évêques exprimèrent-ils, dès 1950, la conscience commune de cette nécessité qui s\u2019imposait aux yeux de l\u2019observateur impartial: « La liberté syndicale doit être reconnue en pratique, notamment grâce à des sanctions efficaces que déterminerait la loi au sujet des congédiements ou des pressions exercées à cause d\u2019activité syndicale.» {Ibid., n.177.) Depuis, aucune amélioration ne vint; au contraire.L\u2019on voit aujourd\u2019hui que, trop souvent, les interventions du ministère du Travail (ou leur absence ou leur retard), les décisions, calculées ou illogiques, de la Commission des Relations ouvrières aboutissent à bannir pratiquement la liberté syndicale dans plusieurs secteurs géographiques et industriels de la province (le cas des chantiers est classique, et les événements de la Chute aux Passes en ont souligné l\u2019acuité) et à protéger indûment des organisations ouvrières (le plus souvent d\u2019allégeance étrangère, comme dans les régions de Baie-Comeau et de Shawinigan), dont le remarquable mérite consiste dans une malléabilité de nature politique.La doctrine juste en ce domaine a été pourtant clairement formulée: « Le pouvoir exécutif de l\u2019État ne doit pas s\u2019immiscer comme tel dans les problèmes de relations du travail, sinon dans les cas de grave nécessité, pour aider, par exemple, à rétablir un équilibre rompu par la prépondérance de ceux qui détiennent une trop grande force économique.» {Le Problème ouvrier, n.177.) Conclusion : en fait, il semble ne subsister, au Québec, que l\u2019expression syndicale des puissants et des amis du régime.Sur le plan de la représentation syndicale, les premiers s\u2019imposent malgré l\u2019opposition patronale, les manœuvres légalistes et parfois la force policière; les autres, après avoir été soufflés par des méthodes louches, sont juridiquement imposés (cas du taxi de Montréal).Mais entre ces deux groupes minoritaires, il y a tout le peuple immense des salariés qui ont faim et soif de justice.Leur rémunération ne convient pas aux exigences qui découlent de leurs responsabilités de pères de famille modernes; l\u2019inégalité injuste de leurs conditions de travail constitue un facteur de déséquilibre.Ils possèdent le droit imprescriptible de choisir l\u2019association syndicale qui leur permette d\u2019obtenir justice pour eux et paix pour la société.« Quel homme, et surtout quel prêtre et quel chrétien, pourrait demeurer sourd au cri parti du plus profond de la masse qui, dans le monde d\u2019un Dieu juste, appelle la justice et la fraternité! » (Pie XII.) Notre État provincial, tout comme les autres, a donc « le devoir de protéger ce droit et d\u2019en faciliter l\u2019exercice ».Toutes les authentiques libertés ont besoin d\u2019être cultivées et protégées: pour la même raison fondamentale qui se rattache à l\u2019éminente dignité de la personne humaine et à la fraternité des hommes sous un même Père.Un régime de liberté d\u2019entreprise, tel qu\u2019il est, dit-on, pratiqué chez nous et favorisé, postule celui de la liberté syndicale.Nous serions plus fiers de notre province si toutes les libertés essentielles y florissaient, notamment la liberté efficace pour les plus petits de se grouper dans le syndicat de leur choix, ce qui serait la vraie liberté syndicale.JP 10 juin, ITtat, c eAt nouA CHAQUE PÉRIODE électorale devrait être un temps de réflexion sur la valeur en soi d\u2019un régime démocratique comme le nôtre \u2014 même si nous le faisons plus ou moins bien fonctionner \u2014 et sur les devoirs qui en découlent pour tout citoyen.Pas besoin de remonter à Jean sans Terre et aux barons anglais, ni même de rappeler les grandes luttes politiques qui nous ont obtenu, il y a un siècle, la responsabilité ministérielle.Il n\u2019est que d\u2019ouvrir la radio ou de consulter les journaux pour constater qu\u2019un tiers du globe gémit sous le joug des tyrans.Si nous sommes enclins à faire peu de cas du droit de vote et à laisser ce devoir au voisin, souvenons-nous, le 10 juin, du prix que nos frères de Hongrie étaient prêts à verser, il y a quelques mois, pour obtenir un droit que nous négligeons, hélas! trop souvent.L\u2019automne dernier, les Hongrois ont exprimé leur pensée politique au risque de leur vie et se sont battus contre des chars d\u2019assaut avec des armes de fortune, quand ce ne fut pas les mains nues, pour exercer leur droit de se gouverner, de choisir leurs propres candidats et de voter en hommes libres.Ce droit, nous du Canada, nous pouvons l\u2019exercer librement, à tel point qu\u2019il est vrai de dire que, le 10 juin, l\u2019État, c\u2019est nous.Pour chacun d\u2019entre nous, donc, il importe de savoir qui sortira vainqueur de l\u2019élection fédérale, et avec quelle majorité, puisqu\u2019une opposition parlementaire vigoureuse est encore l\u2019une des meilleures garanties que le pays sera gouverné pour le plus grand bien de tous.Les élections « libres » dans les « républiques populaires », où règne la liste unique et où l\u2019on triomphe 142 avec quatre-vingt-dix-neuf pour cent des votes, ne sont qu\u2019une farce tragique.Quand les résultats de la consultation populaire seront connus, le soir du 10 juin, on peut être sûr qu\u2019aucun parti chez nous n\u2019aura semblable majorité.Il y aura donc beaucoup d\u2019électeurs déçus.La chose est inévitable, parce que nous votons en hommes libres.Mais, gagnants ou perdants, nous aurons exprimé un commun idéal en une forme de gouvernement fondée sur une conception de l\u2019homme qui nous vient en droite ligne de notre héritage judéo-chrétien et qui nous sépare radicalement de tout régime totalitaire.31 y a quarante an A, le 13 mai 1917.TL Y AVAIT, une fois, trois petits enfants qui s\u2019ap- pelaient Jacinthe, François et Lucie.Quand sonnait l\u2019angélus du hameau, ils s\u2019agenouillaient pour réciter le chapelet, tout en gardant l\u2019œil sur leurs moutons.Un jour, ils avaient à peine fini le rosaire qu\u2019ils virent une lumière « rapide et brillante » traverser le ciel.Ils eurent grand-peur! Car il n\u2019y avait pas un seul nuage au ciel.Et ils se mirent à courir.Soudain, la lumière « rapide et brillante » parut de nouveau; cette fois, au-dessus d\u2019un petit chêne vert.Et voici que la lumière nimbait une toute jeune dame, vêtue de blanc, plus belle que le soleil.« N\u2019ayez pas peur », dit-elle aux enfants.Vous savez le reste.C\u2019était la première des six apparitions à Fatima.Ce même jour, le 13 mai 1917, \u2014 il y a quarante ans, \u2014 dans la chapelle Sixtine, un prélat romain recevait la consécration épiscopale des mains de Benoît XV.Il se nommait Eugenio Pacelli, aujourd\u2019hui Pie XII, pape glorieusement régnant.Ce n\u2019est pas ici le lieu de retracer l\u2019histoire des apparitions, ni celle d\u2019un pontificat tout chargé de grandes œuvres.Nous voudrions simplement souligner que le printemps de 1917 est aussi la date de la défection des armées russes, et qu\u2019octobre 1917 est aussi la date de la révolution marxiste.La révélation de Fatima \u2014 avec ses prédictions de guerre entre les peuples et de persécutions pour l\u2019Église, avec ses demandes de prière et de communion réparatrice les premiers samedis du mois, avec ses prévisions conditionnelles de conversion de la Russie et de paix pour l\u2019humanité \u2014 nous rappelle que le monde dans lequel nous vivons est un monde moral, et que le mal profond qui ronge notre société n\u2019est pas à chercher dans le politique, l\u2019économique ou le social, mais dans l\u2019intelligence et le cœur des hommes.L\u2019U.R.S.S.n\u2019est pas le plus grand danger, car le communisme ne fait que refléter dans des structures politiques, économiques et sociales une pensée déchristianisée.Avec la calme assurance de celui qui a le dépôt et la garde des paroles de la vie éternelle, Pie XII n\u2019a cessé de redire cette vérité à un monde fou d\u2019orgueil.RELATIONS Les grandes encycliques doctrinales, les réformes liturgiques, les messages de Noël et de Pâques ne disent tous, à leur manière, qu\u2019une seule vérité: il n\u2019est de salut pour le monde que dans un grand retour au Christ Sauveur.L *assistance financière de VEtat àV enseignement supérieur Pierre ANGERS, S.J.POUR REMÉDIER à la crise financière de l\u2019enseignement supérieur, le pouvoir central de l\u2019État canadien a cru de son devoir d\u2019intervenir, et de le faire en offrant des subventions versées aux collèges et aux universités par le canal de l\u2019Association des Universités canadiennes ou par la voie du Conseil des Arts.La majorité des institutions anglo-canadiennes a accueilli avec faveur l\u2019assistance financière d\u2019Ottawa, qui a adopté cette mesure à la demande des provinces anglaises.Cette intervention de l\u2019État fédéral n\u2019est pourtant pas sans risque pour les libertés essentielles de l\u2019éducation.La communauté française de la province de Québec, plus éveillée peut-être au sens de l\u2019autonomie culturelle, a des raisons particulières et plus graves de dénoncer la portée d\u2019une immixtion fâcheuse de nos gouvernants fédéraux dans un domaine étranger à leur compétence.Assistance financière et liberté académique L\u2019assistance financière à l\u2019enseignement supérieur est toujours une question complexe dans une société qui veut maintenir l\u2019autonomie de l\u2019ordre culturel, ses fins et ses exigences objectives.Une assistance de l\u2019État, en particulier, met en jeu des valeurs fondamentales et la liberté des institutions.Si l\u2019exposé des revenus insuffisants de l\u2019enseignement supérieur découvre à coup sûr l\u2019étendue des besoins, il ne fournit aucune indication sur les mesures à prendre.Or, dans le financement des institutions enseignantes, le choix des moyens pèse autant que le but à atteindre.La source des revenus, la qualité du donateur, la forme de l\u2019assistance et l\u2019esprit qui la dirige sont des facteurs d\u2019une grande portée, atteignant le caractère vital des institutions tout autant que leurs nécessités financières les plus urgentes.Toute forme d\u2019assistance ne convient pas aux collèges et aux universités, mais celle-là seule qui JUIN 1957 Fatima, monde communiste, Pie XII.Pour nous qui croyons, il y a là plus qu\u2019une coïncidence; il y a là un signe que Dieu, mieux informé que nous, veille sur la marche de l\u2019histoire.« N\u2019ayez pas peur », de dire la dame aux enfants.Continuant son étude sur les besoins financiers de l'enseignement supérieur, le P.Angers, professeur de littérature française à V Université de Montréal, explique pourquoi le Québec doit refuser les subventions fédérales à l'éducation.respecte leurs libertés.Il est vrai que de nouvelles sources de revenus sont aujourd\u2019hui indispensables à l\u2019enseignement supérieur.Il est vrai que cette assistance doit avoir un caractère de stabilité, en vue de permettre la continuité administrative et la prévision à longue échéance.Mais il n\u2019est pas moins vrai que l\u2019assistance financière doit être exempte de toute visée de contrôle, voire de tout procédé qui pourrait à la longue entraîner l\u2019emprise d\u2019un organisme qui donne sur l\u2019institution qui reçoit.Enfin, quand il s\u2019agit de l\u2019État central en pays fédéral, le gouvernement a le devoir de respecter les intérêts particuliers de chacune des communautés culturelles qu\u2019il représente, ainsi que les structures juridiques établies en vue de préserver ces intérêts.Sur ces deux derniers points, les subsides fédéraux appellent des réserves tellement substantielles qu\u2019ils nous paraissent inacceptables.Ottawa et F éducation Personne ne conteste au gouvernement fédéral le droit de s\u2019intéresser à l\u2019éducation du citoyen canadien et à l\u2019essor des institutions enseignantes.Disons davantage: Ottawa porte sa part de responsabilités à l\u2019égard de la culture et de l\u2019enseignement.Dans les rouages des États contemporains, les divers domaines de l\u2019activité humaine exercent les uns sur les autres des influences multiples.L\u2019essor économique du Canada, son action sur la scène internationale sont liés à la qualité de l\u2019enseignement que donnent les collèges, tout autant que le progrès intellectuel de notre pays.On ne saurait blâmer Ottawa d\u2019avoir considéré avec le sérieux qu\u2019elle mérite la situation critique où sont en voie de s\u2019enliser, à l\u2019heure actuelle, les collèges et les universités du Canada.Mais sa responsabilité, Ottawa n\u2019a pas le droit de l\u2019exercer en dérogeant à l\u2019ordre établi par la constitution dans un État fédéral.L\u2019État central canadien n\u2019a pas en main tous les pouvoirs.Sur un territoire donné du Canada, le gouvernement national se compose de la rencontre d\u2019une double juridiction: celle de l\u2019État central et celle de l\u2019État provincial.La constitution canadienne a défini les attributions respectives 143 des deux pouvoirs et elle a conféré aux provinces la compétence première en matière de culture et d\u2019éducation.Dans le Québec, la compétence principale de l\u2019État provincial en matière de culture et d\u2019éducation revêt une signification d\u2019une importance vitale.Elle consacre, par une structure juridique, la garantie que la communauté française possède la libre expression de sa culture.La constitution canadienne a voulu que la culture française soit soustraite à la volonté du pouvoir central, dont l\u2019inspiration ne sera jamais française, et qu\u2019elle évolue librement à l\u2019intérieur de ses cadres sous l\u2019impulsion spontanée de son propre génie.Ni l\u2019État central canadien, ni l\u2019État provincial du Québec, ni les universités françaises de notre province ne peuvent fermer les yeux sur cette réalité.En présence des données complexes inhérentes au problème, les subventions fédérales aux universités constituent à la fois une ingérence du pouvoir central dans la compétence provinciale, une atteinte portée à l\u2019autonomie de la culture française, dont la libre expression, dans l\u2019état présent des faits, est liée à la constitution, et un préjudice causé aux valeurs de l\u2019enseignement supérieur français, associé par des liens de toutes sortes à l\u2019évolution de cette culture.En négligeant de respecter les structures complexes de cette économie, Ottawa jette de la confusion dans les esprits.Il met l\u2019État provincial en face d\u2019un coup de force; il tend à détruire les cadres juridiques de l\u2019ordre culturel canadien et il oblige les universités à décliner une offre importune.Loin de porter remède à la crise financière des institutions de la province de Québec, il ne fait qu\u2019aggraver la situation.Nous savons bien qu\u2019au sujet des subventions fédérales le sentiment des provinces anglaises diffère de l\u2019opinion française du Québec.Une intervention de l\u2019État central dans le financement de l\u2019enseignement est sujette à de graves objections; le Père Vanier les exposait dans un numéro récent du Bulletin du Collège Jean-de-Brébeuj.Les raisons d\u2019ordre académique et culturel qu\u2019il faisait valoir sont d\u2019une importance majeure.La culture véritable et la qualité de l\u2019enseignement supérieur qui en découle naissent de la vitalité spirituelle des personnes, de l\u2019essor créateur et de l\u2019originalité des communautés.Québec tient à cette liberté d\u2019expression comme à son meilleur patrimoine.Il ne s\u2019oppose pas à l\u2019État fédéral, mais à ses empiétements, au nivellement centralisateur, à la planification nationale, aux simplifications administratives, que dicte à Ottawa une politique de rendement matériel.Québec s\u2019oppose à toute mesure d\u2019Ottawa qui tend à réduire l\u2019originalité des communautés culturelles canadiennes.Solution simpliste et fâcheuse Ce qu\u2019on peut reprocher à l\u2019État central canadien, ce n\u2019est pas de porter intérêt à l\u2019éducation, ni d\u2019aider à remédier à la crise financière de l\u2019enseignement.C\u2019est de recourir à une solution simpliste qui, pour régler un problème complexe, en soulève de plus graves.C\u2019est d\u2019intervenir de façon fâcheuse dans la compétence exclusive de l\u2019État provincial, de violer la liberté politique de celui-ci sur le plan culturel et, par le fait même, de porter atteinte à la liberté des institutions d\u2019enseignement.Dans l\u2019ordre de la culture et de l\u2019enseignement, l\u2019État fédéral a un devoir, une responsabilité fondamentale qu\u2019il n\u2019a pas remplis: respecter la compétence des provinces; élaborer une politique qui leur permette d\u2019assumer entièrement leurs propres responsabilités; en particulier, laisser aux provinces les ressources financières indispensables à l\u2019exercice de leurs fonctions.Il arrive que, par son apparente munificence, Ottawa fait un jeu de duperie qui voile de graves défaillances et lui permet d\u2019escamoter sa vraie responsabilité à l\u2019égard de la culture française dans la province de Québec.A considérer l\u2019empire fiscal qu\u2019Ottawa se construit depuis quinze ans, comment éviter que certaine défiance ne vienne à l\u2019esprit ?Pourquoi Ottawa ne règle-t-il pas le problème financier des universités sur le plan véritable où il se pose ?Pourquoi ne remet-il pas à la trésorerie provinciale la part normale des impôts qui lui appartient et dont elle a besoin pour financer l\u2019enseignement?Pourquoi viole-t-il la liberté fiscale de la province et, du même coup, sa liberté culturelle?A quelles fins politiques Ottawa mène-t-il à l\u2019État provincial une guerre sur le dos des collèges et des universités ?Pourquoi Ottawa a-t-il créé lui-même, par l\u2019excessive centralisation des sources de revenu, la situation critique de l\u2019enseignement supérieur ?Ottawa croirait-il davantage à la planification économique qu\u2019à la double culture canadienne?Ottawa se plaint de la froideur du Québec en matière de collaboration; que ne donne-t-il d\u2019abord la preuve de sa loyauté et de son respect envers la communauté française ?De cette loyauté on cherche en vain la trace dans la politique fiscale des années d\u2019après-guerre.En apparence, Ottawa fait figure de Mécène; en vérité, il agit comme un imposteur.Devoir de l'État provincial L\u2019État provincial a refusé à bon droit les subventions fédérales à l\u2019enseignement supérieur.Les collèges et les universités de la province de Québec, qui partagent avec le gouvernement le maintien des libertés culturelles, ne sauraient traiter cette question avec Ottawa sans tenir compte des décisions de l\u2019État provincial.Mais le débat ne peut pas se clore sur un refus pur et simple de la part de l\u2019État provincial.La crise financière subsiste dans les universités françaises, et à un moment où l\u2019expansion canadienne exige impérieusement le progrès parallèle de l\u2019enseignement supérieur.144 RELATIONS Tout retard, toute politique de mesquinerie, toute mesure de parcimonie imprévoyante de l\u2019avenir causeraient une gêne croissante dans la société canadienne-française.Québec a de graves responsabilités dans le domaine de l\u2019éducation, et plus lourdes que celles du gouvernement des autres provinces.Il devrait tout mettre en œuvre pour récupérer, par des moyens constitutionnels, les argents que l\u2019État fédéral distribue de manière illégale.Le Père Richard Arès, S.J., a suggéré (.Relations, décembre 1956), comme mesure provisoire, qu\u2019Ottawa accepte, pour les provinces qui le désirent, d\u2019abaisser son taux d\u2019impôt de 2 ou 3%; Québec pourrait ainsi élever le sien et verser lui-même aux institutions l\u2019équivalent des subsides fédéraux.Cette solution, toutefois, ne saurait être que temporaire.Le problème véritable, dont les subventions aux universités ne sont qu\u2019un épisode, c\u2019est celui des relations fédérales-provinciales dans le domaine de la fiscalité.L\u2019enjeu du conflit, c\u2019est l\u2019avenir du fédéralisme au Canada et celui des libertés culturelles fran- çaises.En cette matière, comme sur le problème financier de l\u2019enseignement supérieur, l\u2019opinion publique attend du gouvernement provincial une politique avertie, courageuse et cohérente, dépouillée de parti-sanerie et d\u2019animosité personnelle; une politique inspirée par le respect des valeurs culturelles et le sens du bien commun.Le Rapport de la Commission Tremblay, se faisant le porte-parole des milieux les plus éclairés de la province, a consacré des pages remarquables à la responsabilité de l\u2019État provincial dans le domaine de l\u2019éducation, responsabilité accrue par le fait de sa juridiction exclusive.Cette raison, à elle seule, impose au gouvernement de Québec le devoir de s\u2019attaquer vigoureusement au problème fiscal et de forcer Ottawa au respect des droits constitutionnels et des libertés qu\u2019ils expriment.Elle impose aussi à l\u2019État provincial le soin de soutenir l\u2019enseignement supérieur par des subventions abondantes, et de l\u2019assister de façon plus substantielle dans la crise de croissance qu\u2019il traverse à l\u2019heure actuelle.L\u2019EXPLICATION INSUFFISANTE DE M.PEARSON Luigi cTAPOLLONIA, S.J.ALA SUITE du suicide de l\u2019ambassadeur E.Herbert Norman, parlementaires, journalistes, caricaturistes, commentateurs de la radio, clergymen ont, d\u2019une seule voix, dénoncé les « intolérables » procédés d\u2019un sous-comité sénatorial du gouvernement américain et son ingérence « insupportable » dans nos propres affaires canadiennes.Le pays tout entier faisait écho à l\u2019hon.Lester B.Pearson avec un ensemble si parfait que M.J.M.Macdonnell, député de l\u2019opposition (Toronto-Greenwood), pouvait déclarer, le jour même de la dissolution de la Chambre: ^L\u2019autre jour, j\u2019ai tout accepté de ce que le secrétaire d\u2019Êtat aux Affaires extérieures nous a dit à propos de l\u2019affaire Norman.J\u2019ai tout approuvé.Je le répète, j\u2019étais parfaitement d\u2019accord avec lui, sans la moindre réserve.{Hansard, 12 avril, p.3665.) Il n\u2019en est plus ainsi.Car le sentiment, même unanime, ne saurait valoir une preuve; et l\u2019argument d\u2019autorité, le seul mis de l\u2019avant, est, de tous les arguments, le plus faible.1.\tPourquoi M.Pearson a-t-il répété, tant et plus, que les dépositions faites au sujet de M.Norman n\u2019étaient que « soupçons, allusions malignes, insinuations » ?Nous pouvons traiter avec le mépris qu\u2019elles méritent toutes les calomnies et insinuations sans fondement formulées contre lui dans le rapport du sous-comité sénatorial des États-Unis.{Hansard, 15 mars, p.2448.) Serré de près par l\u2019opposition parlementaire, M.Pearson frappa d\u2019étonnement la Chambre en révé- JUIN 1957 lant enfin, \u2014 mais avec quelle délicatesse, \u2014 que M.Norman, « il y a plusieurs années, s\u2019était associé très ouvertement, dans les cercles universitaires, avec des gens qui se disaient communistes ou qui semblaient se comporter en communistes.Il ne s'en est jamais caché » (Hansard, 12 avril, p.3661).Pourquoi M.Pearson l\u2019a-t-il donc si soigneusement passé sous silence, en 1951, et pourquoi cherchait-il, de nouveau, à le taire, en 1957, si, comme il l\u2019avoue aujourd\u2019hui, M.Norman lui-même ne s'en est jamais caché ?2.\tLe 7 août 1951, le professeur Karl A.Wittfogel, éminent sinologue, ancien communiste lui-même, déclarait sous serment que M.Norman, à l\u2019Université Columbia, en 1938, était communiste.Or, le professeur Wittfogel affirmait, pas plus tard qu\u2019en mars dernier, que jamais « aucun représentant du gouvernement canadien ne lui avait téléphoné ou demandé si, oui ou non, une partie quelconque de son témoignage était, en fait, exacte ».Comment se fait-il que, dans sa note du 16 août 1951, M.Pearson ait jugé unimpressive and unsubstantiated ce témoignage sans avoir entendu le témoin, et qu\u2019il ne l\u2019ait jamais fait interroger par la sûreté canadienne pour obtenir plus de détails ?Et comment se fait-il qu\u2019avec les mêmes pièces en main il déclare vrai en 1957 ce qu\u2019il déclarait faux en 1951 ?3.\tPourquoi M.Pearson a-t-il donné à entendre (à Kingston, le 14 avril) qu\u2019après cette incartade de 145 jeunesse « sans aucune importance », il n\u2019y avait rien dans la conduite de M.Norman qui pût éveiller même l\u2019ombre d\u2019un soupçon ?Je n\u2019ai pas à défendre ma part dans l\u2019affaire Norman, parce que j\u2019étais convaincu de sa dignité et de sa loyauté au Canada depuis le premier jour qu\u2019il est entré au ministère des Affaires extérieures jusqu\u2019au jour de sa mort tragique.{Hansard, 12 avril, p.3669.) M.Norman est entré au ministère des Affaires extérieures en 1939.A suivre M.Pearson, il faudrait conclure que M.Norman répudia « entièrement le communisme sous toutes ses formes » (Kingston, le 14 avril) entre 1938 et 1939, à l\u2019âge de trente ans.Or, jusqu\u2019en 1950, M.Norman resta lié avec ces membres de Y Institute of Pacific Relations (Field, Lattimore, Carter, Holland, Bisson) qui noyautèrent cette organisation et réussirent à en faire « un véhicule utilisé par les communistes en vue d\u2019orienter la politique américaine en Orient vers des fins communistes ».4.\tPourquoi M.Pearson, en termes plus restreints que d\u2019autres, il est juste de le noter, a-t-il, dès le 4 avril, jour même du suicide de M.Norman, attribué, en partie, cette fin tragique aux procédés du sous-comité américain, sans apporter d\u2019autre preuve que son affirmation ?Dans la bouche du ministre des Affaires extérieures, l\u2019inculpation ne pouvait manquer d\u2019être grave.On voudrait aussi savoir quel « porte-parole » fit insérer, après coup, le mot « apparemment » dans le communiqué annonçant que M.Norman s\u2019était suicidé, et pourquoi.5.\tLe Daily News de New-York a publié le texte de deux billets trouvés sur M.Norman.Ces billets étaient traduits de l\u2019arabe.M.Pearson, par l\u2019intermédiaire de notre ambassade à Washington, a déclaré (19 avril) que « le texte des deux lettres imprimées par le Daily News n\u2019a rien de commun avec celui des billets adressés par M.Norman à son épouse et à M.Eng » (ministre de Suède au Caire), et que la seule conclusion à tirer est que les billets sont «fabriqués de toutes pièces ».Nous voudrions le croire.Toutefois, le seul moyen irréfutable de prouver que ces lettres sont des faux serait de produire les lettres authentiques.M.Pearson les a en sa possession et refuse de les rendre publiques.Ses raisons sont peut-être excellentes.Mais comment le savoir?Au sujet de M.Norman, M.Pearson a déjà dit un peu moins que toute la vérité.Il ne saurait donc s\u2019offusquer de ce que, dans une affaire politique où il est maintenant partie et juge à la fois, on hésite à le croire sur parole.6.\tLe 18 mars et, de nouveau, le 10 avril, le gouvernement du Canada adressait une note de protestation au gouvernement des États-Unis.En termes très nets, mais conformes à la bienséance diplomatique, le gouvernement canadien demandait ni plus ni moins au gouvernement américain que de se mêler dorénavant de ses affaires.Plus d\u2019une fois le gouvernement canadien s\u2019est plaint des méthodes employées par cette sous-commission en livrant à la publication les noms de Canadiens, et il a déclaré que si les noms de fonctionnaires canadiens paraissaient dans les dépositions faites devant des commissions d\u2019enquête à Washington, ces noms devraient être communiqués confidentiellement au gouvernement canadien afin que les allégations ainsi faites puissent être examinées et réglées au Canada.{Hansard, 10 avril, p.3519.) Il y a là deux catégories de personnes: les Canadiens touristes, étudiants ou en résidence aux États-Unis, et les fonctionnaires canadiens.Au sujet des premiers, si c\u2019est le devoir du gouvernement de protéger ses ressortissants « contre toute ingérence non motivée de la part de n\u2019importe quel gouvernement », en vertu de quel principe de droit international exigera-t-on d\u2019un autre pays qu\u2019il communique, par voie confidentielle, les noms des étrangers considérés comme indésirables ?Prenons le cas de Reuben Ship, dénoncé comme communiste, déporté des États-Unis, et qui s\u2019est vengé en écrivant la pièce satirique The Investigator pour Radio-Canada.Fallait-il en toucher mot d\u2019abord au gouvernement canadien ?Quant aux fonctionnaires, ils ont des lettres de créance pour attester leur loyauté à l\u2019égard de leur pays, et jouissent, à l\u2019étranger, de l\u2019immunité diplomatique.C\u2019est leur seul privilège.Dans l\u2019affaire Gouzenko, le gouvernement canadien a-t-il demandé au gouvernement de Moscou la permission de mentionner les noms de l\u2019attaché militaire Zabotin et du lieutenant-colonel Motinov ?Le gouvernement soviétique vit rouge, il est vrai.« Surpris » de ce qu\u2019on n\u2019ait pas « jugé nécessaire » de le pressentir, « en vue d\u2019une explication préalable », il adressa, le 20 février 1946, une note au gouvernement canadien, qui continua de faire à sa guise.7.\tDans cette même note du 10 avril, le gouvernement canadien, ne retenant pas son indignation, va même jusqu\u2019à demander au gouvernement américain de mettre à la raison le sous-comité sénatorial de la sûreté intérieure.Ainsi que le sait le gouvernement des États-Unis, le gouvernement canadien juge que les façons de procéder qu\u2019a adoptées la sous-commission dans le cas de Canadiens sont difficiles à comprendre, injustes et, à vrai dire, intolérables.Le gouvernement canadien demande donc de nouveau que ces façons de procéder soient modifiées, en ce qui concerne les Canadiens, dans le sens précédemment indiqué.{Hansard, 10 avril, p.3519.) Le gouvernement canadien a le droit de présenter pareille demande.Il l\u2019a adressée, comme il se devait, à la secrétairerie d\u2019État américaine.Mais pourquoi M.Pearson s\u2019attendait-il à créer un grand remous?Ministre des Affaires extérieures, il est sûrement au courant de la constitution des États-Unis, dont la pierre d\u2019angle est la division des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire.Comment attendre de Y exécutif du gouvernement américain une « réponse satisfaisante » à une plainte au sujet d\u2019un sous-comité du législatif, à moins que le pouvoir exécutif, au mépris même de la constitution, n\u2019attente à l\u2019autonomie du 146 RELATIONS pouvoir législatif ?La « réponse satisfaisante » ne vint pas, et pour cause.On a même pu accuser le ministre des Affaires extérieures de « jouer pour la galerie ».8.\tDans une affaire aussi grave que la sécurité de l\u2019État, l\u2019opposition parlementaire doit-elle rejeter la possibilité qu\u2019un ministre ait pu se tromper en toute bonne foi?Il y a eu de tragiques précédents.Le secrétaire d\u2019État américain s\u2019est trompé dans le cas célèbre d\u2019Alger Hiss.M.Truman s\u2019est trompé dans le cas de Harry Dexter White.Le gouvernement britannique s\u2019est trompé dans le cas de Klaus Fuchs, qui travailla dans le laboratoire secret du Nouveau-Mexique; il s\u2019est trompé aussi dans le cas de Guy Burgess, promu au poste de secrétaire du comité britannique-canadien-américain sur les problèmes atomiques, avec accès, de nuit comme de jour, au bureau de la Commission de l\u2019énergie atomique à Washington.Notre propre gouvernement ne s\u2019est-il pas trompé dans le cas de Léopold Infeld, jadis professeur à l\u2019Université de Toronto et décoré, depuis, par les communistes?Ne s\u2019est-il pas trompé aussi dans le cas d\u2019Allan Nunn May, qui, avant même l\u2019explosion de la première bombe atomique, révéla aux soviétiques l\u2019emplacement des laboratoires secrets du projet Manhattan (première bombe A), déroba l\u2019uranium 235 et le livra à l\u2019ambassade russe au Canada ?Aucun système de salut public n\u2019est parfait, et aucun parti politique n\u2019est infaillible.Il est du devoir de l\u2019opposition, aussi loyale envers le Canada que le parti au pouvoir, de ne pas accepter pour toute caution, quand il y a doute, la seule parole d\u2019un ministre du cabinet.9.\tIl est chevaleresque de défendre un ami et noble de couvrir, autant que possible, un subordonné qu\u2019on \u2022- Conscience du Canada français Charles DUBÉ, S.J.1ES CANADIENS FRANÇAIS ne devraient pas s\u2019in-.quiéter de leur avenir, mais plutôt l\u2019envisager avec confiance, dit-on quelquefois.Une inquiétude sereine peut coexister avec la confiance.Elle est le frein de la confiance.C\u2019est avec cette sorte d\u2019inquiétude et de confiance que nous voulons regarder ici l\u2019expression de la conscience nationale des Canadiens français.La culture humaine s\u2019incarne, peut-on dire, dans chaque peuple.Il n\u2019existe pas de culture uniforme, valable pour tous les peuples.Chaque nation a son visage: sa culture et sa civilisation.C\u2019est bien ainsi.Et c\u2019est bien, pour les Canadiens français, d\u2019être distincts des autres peuples.Être distinct ne signifie pas : être adversaire.Or, les Canadiens français sont-ils assez conscients de leurs distinctions, de leur culture particulière, de leurs idéals de vie et de leur solidarité ?Dispersés qu\u2019ils sont à travers le Canada, et même les États-Unis, se sentent-ils responsables JUIN 1957 estime injustement suspecté.Nous ne reprocherons certes pas sa magnanimité à M.Pearson.Mais M.Norman était aussi un haut fonctionnaire du gouvernement canadien, et M.Pearson est aussi notre ministre des Affaires extérieures.M.Pearson concédera que notre parlement n\u2019est pas hanté par un complexe anticommuniste.Il admettra que nos parlementaires sont assez adultes pour reconnaître que tout problème humain est complexe, et assez équitables pour juger, sur pièces, si le ministre des Affaires extérieures, en gardant secret le dossier Norman, a, dans toute cette affaire, sagement protégé, en même temps que la réputation d\u2019un ami, la loyauté d\u2019un serviteur de l\u2019État.Maintenant que M.Norman n\u2019est plus et qu'une partie du dossier est connue, les raisons, avancées par M.Pearson, de ne pas nuire à une honorable carrière semblent ne plus tenir.10.\tM.Pearson a déclaré en Chambre: Je puis dire que j\u2019ai examiné très attentivement ces renseignements plus d\u2019une fois car, à titre de ministre de qui relevait M.Norman, j\u2019assumais à cet égard des responsabilités particulières que j\u2019ai acceptées.(Hansard, 12 avril, p.3661.) C\u2019est là un langage droit.M.Pearson est homme à assumer ses responsabilités jusqu\u2019au bout.Il est convaincu qu\u2019il n\u2019y avait aucune raison de mettre en doute la rectitude de M.Norman.Il n\u2019a donc rien à craindre d\u2019une enquête en bonne et due forme.Il n\u2019en sortira que grandi aux yeux de tous.Mais aussi longtemps que planera un doute sur la loyauté de M.Norman, il planera aussi un doute sur la prudence de M.Pearson.Le P.Dubé est depuis longtemps professeur d'humanités au Collège du Sacré-Cœur (Sudbury).Il nous livre ici le fruit de ses réflexions et de son expérience auprès des minorités canadiennes-françaises de l'Ontario.les uns des autres ?L\u2019effort à fournir pour rendre consciente et efficace cette solidarité requiert la connaissance et l\u2019amour mutuels.Pour éclairer la tâche, nous sera-t-il permis d\u2019apporter quelques constatations et quelques suggestions?Nous examinerons donc ce que pense et fait le Québec à l\u2019égard des minorités canadiennes-françaises.Nous chercherons à comprendre l\u2019attitude de ces minorités devant le Québec et à découvrir leur rôle dans le Canada.Suivra l\u2019esquisse d\u2019un plan d\u2019action, qui a pour but de faire naître des relations plus soutenues et un intérêt plus actif entre les divers groupes de Canadiens français.Le Québec a-t-il conscience du Canada français?Les Canadiens français de la province de Québec sont-ils intégrés, avec les groupes minoritaires des autres provinces, dans un tout, dans un corps bien unifié?Ou plutôt, l\u2019attitude collective de la province mère n\u2019indique-t-elle pas que ces groupes sont regardés comme en marge de la nation, comme des espèces de parasites ou de colonies déficitaires ?147 ÉNous répondrons à ces questions, d\u2019une façon peut-être partiale: nous soulignerons les faiblesses de la solidarité nationale.Nous porterons des accusations.C\u2019est reconnu, le Québec a posé des gestes de fier courage et d\u2019utile générosité en faveur des minorités.Périodiquement, au rythme des offensives menées contre elles, la province de Québec, par ses classes dirigeantes, s\u2019est occupée de leurs difficultés.Certaines campagnes, conduites par des sociétés nationales ou des journaux, ont galvanisé une portion du public, avec quelques bons succès pratiques.Ébranlements plutôt éphémères.Se voulant généreux, on se donnait bonne conscience en faisant une aumône, \u2014 ordinairement modeste, \u2014 et l\u2019on retournait à ses occupations.Ne serions-nous pas sujets aux mêmes reproches que nous adressons à la France des dix-septième et dix-huitième siècles pour sa politique en Nouvelle-France?L\u2019accusation que nous pourrions formuler contre le Québec n\u2019atteindrait pas les principaux artisans de l\u2019aide aux minorités, ceux qui ont pris des contacts sérieux et prolongés avec elles.Il faut citer au mérite les journaux et les associations qui alertent le Québec, aux heures difficiles pour les minorités, ou qui, sans lassitude et avec une sympathie toujours vive, suivent leur évolution et signalent les événements de leur vie, ou recueillent des fonds pour leurs œuvres.Manque de sympathie et de connaissances Cependant, ces efforts magnifiques semblent haletants encore et ne sont point la respiration régulière d\u2019un être en pleine vigueur, nettement conscient de sa force et de ses responsabilités.Car il manque encore au Québec d\u2019être collectivement sensible à l\u2019existence de ses ramifications.Ceux qui s\u2019intéressent aux problèmes des autres groupes canadiens-français paraissent des êtres étranges, spécialistes des affaires extérieures.Ils sont, tout au contraire, au centre de la vie française, dans le sens de la croissance nationale.Ceux qui organisent les rencontres ou les congrès nationaux reçoivent-ils des foules la sympathie et l\u2019appui matériel attendus et nécessaires?Le peuple québécois a-t-il le sentiment de sa fraternité avec ceux qui viennent chez lui?Je pense au dernier Congrès de la Langue française, à Québec.Les délégations des minorités pouvaient s\u2019attendre à entrer dans une capitale en liesse, toute pavoisée, affichant ses souhaits de bienvenue à chacune d\u2019elles.Or, à peine ici et là quelques drapeaux et de rigides cartons dans des montres de magasins.Les gens vaquaient, comme d\u2019ordinaire, à leurs affaires, paraissant bien ignorer l\u2019événement.Naturellement, l\u2019on n\u2019avait pas décroché les indispensables réclames unilingues: Vacancies, Room to let, Tourist home, au cœur même du Vieux Québec.Le plus grand ralliement du soir était composé, en majeure partie, d\u2019enfants, embrigadés par les directeurs d\u2019écoles, et subissant des discours qui les dépassaient magnifiquement.Les organisateurs du Congrès échappaient au blâme.Avec des ressources financières limitées, ils avaient réalisé des merveilles.A l\u2019intérieur du Congrès, les délégués reçurent un accueil des plus chaleureux.Mais le peuple n\u2019avait pas répondu collectivement à l\u2019appel des chefs (même si la gare s\u2019était remplie pour saluer une délégation ou l\u2019autre) : il semblait ignorer le poids de cet important rendez-vous des Français d\u2019Amérique.Pénible impression d\u2019une grande occasion manquée.Cela s\u2019explique.Quelle connaissance ont, des minorités, les gens du Québec?Que sait-on de leurs effectifs, de leurs œuvres, de leurs besoins, de leurs opinions, de leur mentalité ?Qui comprend vraiment les conditions de vie faites aux Canadiens français dans les autres provinces ?Quelle perspective a-t-on de l\u2019avenir de la culture française au Canada?Quels objectifs et quels moyens précis, couvrant l\u2019ensemble du problème, ont été fixés, enseignés et popularisés?(Nous n\u2019ignorons pas que ce travail est en voie.Les rencontres du Conseil de la Vie française et de l\u2019ACELF, par exemple, en constituent une amorce.) Manque de soutien moral et financier Un trop grand nombre \u2014 n\u2019est-ce pas la majorité ?\u2014 confinent leurs visions et leurs affections dans les limites de leur province.Combien refusent, l\u2019occasion offerte, d\u2019aller porter le témoignage de leur fraternité à leurs compatriotes ?Parmi ceux qui le pourraient, combien voudraient aller s\u2019établir parmi les minorités, pour contribuer à leurs œuvres économiques ou culturelles?Ainsi, tel jeune médecin refuse le don de sa personne à un groupe, en quête d\u2019un médecin qui parle sa langue et professe même foi; ainsi, des techniciens, à l\u2019emploi de firmes anglaises, comme tant de Canadiens français, s\u2019en retournent dans le Québec parce que le milieu minoritaire leur déplaît: ils étaient venus pour le salaire.Jusqu\u2019à des éducateurs qui reculent devant un appel ou marchent en rechignant.En général, sortir de sa province natale, c\u2019est, croit-on, s\u2019amoindrir ou même s\u2019exiler.Rien qu\u2019à y penser, on a le frisson.Dans ce monde, il y a beaucoup de frileux, qui craignent de sortir de l\u2019orbite maternelle: des inconscients de leur force, des faibles qui redoutent les chocs.Le milieu ne les a pas préparés aux heurts d\u2019une vie qui les redonnerait à eux-mêmes, en rendant leurs énergies plus fécondes pour la nation et le pays.Comme nous sommes loin des entreprises civilisatrices, de cette vitalité impatiente et débordante des premiers maîtres de l\u2019Amérique, qui devaient pourtant travailler parmi des peuples autrement différents de ceux qui habitent maintenant le Canada! Nous ne nions pas, pour autant, que l\u2019on puisse citer de beaux exemples de laïcs donnés à l\u2019œuvre française hors du Québec.Nous ne mésestimons pas la magnifique « émigration » de tout ce personnel du clergé et des communautés religieuses, qui a assuré la foi et la culture française des minorités, ni le travail de ceux qui ont dirigé des contingents de cultivateurs vers les terres de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest.Mais si des gens d\u2019affaires et des hommes d\u2019œuvres du Québec en plus grand nombre étaient allés établir ou soutenir des entreprises économiques ou sociales dans les autres provinces, \u2014 car la vie nationale leur incombe plutôt qu\u2019aux apôtres de la foi, \u2014 le Canada français serait plus organisé et plus vivant encore.Aujourd\u2019hui, certains jeunes historiens ne se demanderaient pas s\u2019il existe une culture française au sein des minorités, ou si elle est viable.Dans la province de Québec, s\u2019abritent des sceptiques, des défaitistes ou des prophètes de mort, qui prennent des airs découragés devant les pertes du français parlé au Canada, ou qui professent nettement une absence de foi en l\u2019avenir des minorités.Se sont-ils demandé ce qu\u2019ils auraient dû faire ou pourraient faire pour les aider ?Supplément d\u2019âme canadienne Qu\u2019avons-nous fait, comme nation, de vraiment réfléchi, de cohérent et de tenace pour relier et fortifier tout le Canada français ?Faisons-le.Après, dans le cas d\u2019un échec prolongé, nous aurons peut-être le droit de parler d\u2019impossibilité.Après seulement, pas avant! Il est pour le moins prématuré de battre la chamade de la culture française hors du Québec.Accepter que la culture française soit confinée au Québec nous apparaît \u2014 malgré toute une rationalisation à base de faits historiques et économiques \u2014 comme un réflexe d\u2019assiégés, comme une recherche maladive de la sécurité.Un refus de la vie.Serait-ce l\u2019expression, au niveau de la nation, d\u2019une déviation des liens familiaux ?Ou, simplement, l\u2019effet psychologique de la compartimentation géographique de 148 RELATIONS 1763, associée à l\u2019invasion de la puissance économique anglaise ?Ou, peut-être, optique déterministe et matérialiste de l\u2019histoire?Loin que nous devions enfermer notre cœur dans les frontières québécoises, c\u2019est un « supplément d\u2019âme » canadienne que nous devons chercher.Une vue ample, un courant de vie, qui assumerait dans l\u2019âme québécoise, pour la dilater, les données actuelles et leurs projections dans l\u2019avenir de la nation canadienne-française.Ne peut-on pas affirmer que le titre de « Canadiens » français, pour un grand nombre de Québécois (comme pour beaucoup de nos compatriotes des minorités), rappelle plutôt un fait du passé qu'une réalité présente ?Il ne suffit pas de vivre dans une partie ou l\u2019autre du Canada pour être pleinement Canadiens français.En pratique, mais sans le vouloir, assurément, n\u2019escamotons-nous pas ou ne restreignons-nous pas le contenu du terme « Canadiens » dans notre titre de Canadiens français ?Ce sont là bien des questions.Pour voir comment elles se posent et comment il faut y répondre, il est nécessaire de sortir de la province de Québec et de prendre pour maître compétent un autre milieu, qui nous force à repenser les mêmes problèmes, mais d\u2019un autre point de vue, plus large et plus compréhensif.Dans un prochain article, nous essaierons de faire saisir ce que les minorités canadiennes-françaises pensent de la province de Québec et ce qu\u2019elles représentent pour la nation entière.HORIZON INTERNATIONAL L'AFFAIRE NORMAN\tr\\N L'A TELLEMENT \\_J embrouillée qu'il faut, d'abord, préciser les faits.Le curriculum vitae de ce diplomate n\u2019a pas été publié lors de son décès.Il naquit au Japon, en 1909 ou 1910, d\u2019un missionnaire protestant.Il est un de ces children of the manse dont l\u2019étonnante fortune, à Ottawa, ferait sourire si le moment était moins tragique.Le 9 février 1936, on le voit, à Toronto, participer à une assemblée de la « Ligue canadienne contre le Fascisme et la Guerre » en l\u2019honneur d\u2019un général Fanh Chen-wu, qui n\u2019a pas laissé d\u2019autres traces.C\u2019était l\u2019âge des fronts populaires.Placés aux postes de commande, une poignée de communistes remuaient masses et élites.La guerre d\u2019Ethiopie finissait, celle d\u2019Espagne couvait.Le septième congrès de l\u2019Internationale communiste, deux fois supprimée depuis lors, avait donné ses mots d\u2019ordre à un monde antifasciste.On groupa, à Toronto, les « Amis canadiens du peuple chinois », un beau front rouge, dont le jeune Norman devint le secrétaire exécutif.Cela le classait.Toutes les portes s\u2019ouvrent devant lui.A l\u2019automne, il est boursier à Harvard, où il poursuit ses études japonaises; il fait aussi partie d\u2019un cercle marxiste d\u2019étude, de propagande et de combat, où il présente un travail sur /\u2019 Impérialisme américain.D\u2019un regard paternel, les bonzes rouges approuvent.Le 19 avril 1938, M.Frederick Vanderbilt Field, le millionnaire communiste qui a fait tant parler de lui, écrivait au secrétaire général de 1\u2019Institute of Pacific Relations Edward C.Carter: Cher M.Carter: Je suis ravi d\u2019apprendre que la Fondation Rockefeller a donné une troisième année de bourse à E.H.Norman et l\u2019a désigné pour les recherches de votre secrétariat: c\u2019est un homme excellent.Vous aurez peut-être remarqué que depuis le tout premier numéro d'Amerasia jusqu\u2019à l\u2019avant-dernier, Jaffe, Chi et moi l\u2019avons utilisé tant que nous avons pu.Vous ne pouviez faire un choix meilleur.Jaffe, Chi, Field! Norman ne pouvait être plus vigoureusement entouré.Le scandale d'Amerasia ne devait éclater qu\u2019en 1945; l\u2019année 1938-1939, M.Norman la passa surtout à la bibliothèque de l\u2019Université Columbia; il fréquentait aussi le cercle marxiste de Moses Finkelstein.C\u2019est, du moins, ce qu\u2019affirma, le 7 août 1951, le sinologue Karl A.Wittfogel, envoyé par le parti comme professeur à ce cercle.M.Moses Finkelstein, devenu Moses Finley, nia, le 28 mars 1952, avoir connu Norman.Reniement, oubli, vérité, mensonge?Au début de 1940, parut enfin le livre de Norman, Japan's Emergence as a Modem State.Très admiré par le cénacle qui protégeait l\u2019auteur, ce livre fut mentionné sans un seul mot de commentaire dans la grande revue Foreign Affairs.Une autre porte s\u2019ouvrait.Nommé à la légation canadienne de Tokyo, Norman vint faire ses adieux à l\u2019Institut.Quinze jours après, le 30 mai 1940, Edward C.Carter écrivit à Owen Lattimore: « Je pense que Norman pourra écrire sur des questions contemporaines dans Pacific Affairs, sous un pseudonyme.» Pacific Affairs, comme Far Eastern Survey et Amerasia, devait faire couler bien de l\u2019encre.Norman signa plusieurs articles.Y en eut-il d\u2019autres, ornés d\u2019un pseudonyme?Le 5 septembre 1940, le même M.Carter écrivit à M.William L.Holland, futur secrétaire général de l\u2019Institut, que « Phil » partait pour le Japon.On lui enverrait son courrier à la section japonaise de l\u2019Institut, mais any very secret messages might be sent him care of Herbert Norman at the Canadian Legation.Qui était « Phil » ?Jaffe ?Jessup ?Quels étaient ces « messages très secrets » ?Le 14 août 1951, alors qu\u2019Edward C.Carter devait être interrogé par Robert Morris, on accorda les violons.M.William L.Holland lui écrivit qu\u2019il s\u2019agissait de Phil.Lilienthal, un research assistant.Quant au projet de correspondance ultra-secrète, c\u2019était a very normal thing ! Après Pearl Harbour, M.Norman fut interné, puis libéré.Un de ses camarades au fameux cercle marxiste de Harvard, le Japonais Shigeto Tsuru, avait subi le même sort aux États-Unis.M.Norman se présenta au F.B.I.comme fonctionnaire canadien, en mission très confidentielle, et réclama les papiers de Tsuru.Il dut battre en retraite et déclarer qu\u2019il faisait cette démarche à titre personnel.Parmi ces papiers de M.Tsuru, on trouva un résumé du rapport Nye, préparé presque entièrement par Alger Hiss, \u2014 comme on se retrouve!\u2014 et une lettre du 9 mai 1937 où l\u2019on pouvait lire tous les détails sur le cercle marxiste de Harvard, et l\u2019essai sur l'Impérialisme américain, de M.Norman.Après l\u2019armistice, M.Norman vint au Japon pour rapatrier les Canadiens.Puis, il entra comme officier de liaison dans le S.C.A.P.(Suprême commandement allié du Pacifique), service de contre-espionnage.A ce titre, il s\u2019en alla, avec M.Emmerson, le 5 octobre 1945, chercher les deux chefs communistes Shiga et Tokuda à la prison de Tokyo pour les interroger.Shiga décrivit l\u2019incident dans Dix-huit Ans en prison, et M.Eugène Dooman, président du Far East Subcommittee of the State, War and Navy Coordinating Committee, un des personnages les plus importants du S.C.A.P.en 1945, déclara, en 1951, que cette démarche avait eu un effet désastreux: The effect of that, as said by one of the Japanese to me, was to add 100,000 new members to the Japanese communist party.JUIN 1957 149 Le 21 août 1946, William L.Holland invita Thomas A.Bisson à former un cercle d\u2019étude avec Harold Quigley, Miriam Farley et E.Herbert Norman.M.Quigley n\u2019est connu que comme professeur.La production littéraire de Miriam Farley, dans un sens communiste, est énorme.M.Bisson était particulièrement violent quand il écrivait sous le pseudonyme de Frederick Spencer, dans le magazine communiste China Today.Né le 8 novembre 1900, cet autre child of the manse avait été missionnaire presbytérien en Chine, de 1924 à 1928.En 1929, il travaillait déjà pour le gouvernement américain dans la research, ce qui ne l\u2019empêcha pas, le 10 novembre 1934, de monter sur la même tribune qu\u2019Earl Browder, Frederick Vanderbilt Field, Hansu Chan et autres et de recueillir de l\u2019argent pour China Today.Le 21 octobre 1950, M.Norman fut rappelé à Ottawa, après avoir passé un peu plus de cinq ans au Japon.La guerre de Corée n\u2019avait pas adouci ses contacts avec l\u2019armée américaine.Il y eut alors une enquête de la gendarmerie royale à son sujet.Pourquoi?Les journaux et les membres du parlement en ont beaucoup parlé; mais la chose est restée dans le vague.S\u2019agissait-il de tirer au clair les rapports qu\u2019il avait eus, à Harvard, en 1937, avec M.Israel Halperin, le Bacon de l\u2019affaire Gouzenko ?M.Halperin n\u2019avait pas été trouvé coupable! N\u2019était-il pas plutôt question de nommer M.Norman à un poste aux États-Unis \u2014 ce poste d\u2019officier de liaison au service d\u2019espionnage, auquel M.Robert Morris fit allusion, le 12 mars 1957?On comprendrait alors qu\u2019une documentation ait été échangée entre les services canadien et américain: cela expliquerait bien des choses.Toujours est-il que le rapport envoyé par le gouvernement canadien semble avoir entièrement blanchi M.Norman, \u2014 c\u2019est du moins ce qu\u2019on dit aujourd\u2019hui, \u2014 mais pas tout à fait assez pour qu\u2019il obtienne le poste.Cet incident reste troublant.En tout cas, M.Norman demeura à Ottawa, plus ancré que jamais dans la confiance de M.Lester B.Pearson, jusqu\u2019au 25 juin 1951, quand il partit pour les Nations Unies.Dans l\u2019intervalle, le comité McCarran, du Sénat américain, avait mis la main sur les dossiers de 1\u2019Institute of Pacific Relations, dans une ferme, à Lee (Mass.).Moins grave que celui d\u2019Amerasia, le scandale fit plus de bruit.Du 25 juillet 1951 au 20 juin 1952, le comité McCarran fit enquête, et le nom de M.Norman rebondissait de temps à autre.C\u2019est après le 20 juin 1952 que parut, un peu noyé dans les cinq mille pages du rapport, îe dossier que nous avons analysé jusqu\u2019ici.M.Pearson envoya trois notes de protestation au gouvernement américain: deux en 1951, une le 31 décembre 1952.Si l\u2019on en juge par les notes de 1957, elles durent être rédigées à peu près comme suit: prenant les choses de très haut, M.Pearson rejetait vigoureusement les insinuations qu\u2019il jugeait dénuées de fondement, proposait qu\u2019à l\u2019avenir plaintes et soupçons fussent transmis par voie diplomatique.Seulement, le nom de M.Norman continuait à revenir au cours des enquêtes américaines.En 1957, la situation s\u2019aggrava soudain au Proche-Orient, où MM.Emmerson et Norman se retrouvèrent dans le même secteur.Le comité du Sénat américain, qui n\u2019avait pas oublié la lourde déposition de M.Dooman, voulut en avoir le cœur net et fit venir M.Emmerson.Un premier témoignage n\u2019était pas accablant pour M.Norman.Sa publication fut autorisée par la secré-tairerie d\u2019État et par le comité de sécurité.Puis, M.Emmerson revint sur sa déposition.Cette fois, la secrétairerie d\u2019État aurait voulu arrêter la publication, mais le comité du Sénat estima que c\u2019eût été rester avec un témoignage tronqué.Le texte parut, et M.Norman se suicida dans des circonstances qui n\u2019ont pas été éclaircies.On cria, avec une unanimité déconcertante, à l\u2019assassinat moral, à la calomnie, à la persécution.Cette fois, les clameurs n\u2019arrêtèrent pas les questions essentielles, qui furent posées, d\u2019abord, par la Gazette de Montréal, puis au parlement, puis par tout le monde.En 1945, on étouffa presque totalement le scandale d\u2019Amerasia.En 1951-1952, celui de l\u2019Institut des Relations pacifiques n\u2019attira l\u2019attention que de groupes restreints.Il semblerait que, cette fois, c\u2019est différent.D\u2019autres, probablement, s\u2019engloutiront dans le même drame que M.Norman, car il n\u2019était pas seul, et la chose fera encore plus de remous.Abandonner cette situation à des polémiques inconvenantes ou à des chicanes électorales serait faire un pas en arrière et causer un grave tort au pays et au monde.Le chef du gouvernement et le chef de l\u2019opposition sont assez clairvoyants et assez courageux pour trouver, d\u2019un commun accord, le remède salutaire et l\u2019appliquer.Quant aux malheureux qui jouèrent avec le communisme et se laissèrent prendre, il leur faudra couper et se libérer.A tout prix! Autrement, après tant d\u2019autres, ils risqueront, eux aussi, l\u2019horreur de la suprême évasion.Celle-ci mêle toujours du sang et de la boue à l\u2019irréparable lâcheté envers soi-même, envers les hommes et envers Dieu.MEXIQUE A U DÉBUT de l'année, le baromètre poli-/l tico-religieux du Mexique était au beau fixe.Les éruptions révolutionnaires avaient cessé, même si la plupart des problèmes sociaux de base attendaient encore leur solution.Autre cadeau, après tant d\u2019autres, de Notre Dame de Guadalupe à son peuple bien-aimé.Dans 1,600 usines, au cours de l\u2019année, elle avait été couronnée Reine du Travail.Le patron et le chef ouvrier local, dans un geste commun, posaient le diadème de la paix sur son front, se serraient la main, se promettaient loyale collaboration.Le nouvel archevêque de Mexico, S.Exc.Mgr Dario Miranda, avait pris possession de son siège le 20 juin.Son prédécesseur, Mgr Martinez, avait piloté en virtuose les catholiques de son pays par des courants hérissés d\u2019écueils.On s\u2019était demandé si les catholiques mexicains allaient s\u2019intéresser à la démocratie chrétienne.Dès son élection (2 juin), Mgr Miranda avait assuré les autorités de son pays de son respect et de sa collaboration, avait demandé à tous les Mexicains, « ses bien-aimés compatriotes, sans exception », de travailler à la concorde.Après le frémissement initial qui marqua le changement d\u2019équipe, le beau fixe était revenu.Le 10 octobre 1956, en prévision de l\u2019année électorale qui s\u2019en venait, l\u2019épiscopat donna ses directives aux catholiques.Rédigées avec une prudence admirable, elles ne froissèrent personne.1957, c\u2019est le centenaire de la constitution de Benito Juarez.Paix à ses cendres! Benito est l\u2019enfant chéri de la franc-maçonnerie, et il est des mythes qu\u2019il faut laisser sur leur socle.A la suite de circonstances que nous essayâmes de décrire dans le Front des pauvres, la situation avait évolué à peu près comme suit: les lois persécutrices demeurent; on ne les observe pas tant que l\u2019Église ne menace pas les privilèges du parti révolutionnaire institutionnel.Respectez les prébendes; le gouvernement fermera les yeux sur le reste.Il fallait toute l\u2019ingéniosité mexicaine pour transformer en symbole de paix religieuse celui auquel la franc-maçonnerie reconnaissante a érigé des statues dans tous les villages.A cet autel rustique, écoliers, syndicats, politiciens font leur pèlerinage annuel, écoutent les clichés accoutumés.On décréta de grandes fêtes qui exalteraient les espoirs d\u2019aujourd\u2019hui, en couvrant d\u2019un drap rose un passé qu\u2019on voudrait voir enterré à tout jamais.M.Ruiz Cortinez, dont la popularité devient débordante, fit les choses en magicien.Il se créa un tel climat de bonne entente qu\u2019on songea à faire chanter des Te Deum dans les églises, le 5 février 1957, ce qui donna lieu à un démenti discret.Un brillant mécréant, du nom d\u2019Aquiles Elorduy, 150 RELATIONS membre de la Constituante de 1917, publia des textes où les glorieux ancêtres, don Ignacio Ramirez (el Nigrornante), Ponciano Arriaga, Comonfort, Ignacio Guzman, chantaient les droits de l\u2019homme et la liberté religieuse avec l\u2019onction requise.Le beau fixe était rutilant.Le 5 février 1957, trois cent mille Mexicains se donnèrent rendez-vous au centre même de la capitale, devant la cathédrale et le palais présidentiel.On ne vit pas un seul drapeau rouge, mais quinze mille enfants des écoles chantèrent l\u2019hymne national avec un éclat enivrant, cependant que les carillons de la cathédrale déferlèrent sur un peuple en liesse.On réussit l\u2019incroyable tour de force: quatre discours officiels sur Juarez et sa constitution, sans une seule parole offensante pour des catholiques.Quelques jours après, parut Y Initiation à la vie politique, de M.l\u2019abbé Pedro Velazquez, directeur du Secrétariat social mexicain.Justement, M.Velazquez avait succédé à Mgr Miranda comme directeur de ce secrétariat.Prêtre courageux, plus connu pour sa vigueur que pour sa finesse, il avait publié, il y a quelques années, Miseria en Mexico, formidable opuscule où il décrivait la détresse du prolétariat mexicain.Que signifiait cette Initiation à la vie politique au début d\u2019une année d\u2019élections qui tenait tous les politiciens en émoi?S\u2019agissait-il d\u2019organiser la « démocratie chrétienne », comme on l\u2019avait cru un instant, au début de décembre 1956?Si oui, était-ce la tâche de ce prêtre ?Son livre fit esclandre.On se demande pourquoi.Dans deux cents petites pages, l\u2019illustre prêtre mexicain décrit la société politique, le bien commun, l\u2019État, le pouvoir de l\u2019État, ses limites, les droits et devoirs des citoyens, les rapports entre l\u2019Église et la politique, etc.Qu\u2019a-t-on contre ceci, par exemple ?Le clergé est chargé des intérêts religieux de la population tout entière: il ne convient pas qu\u2019il soit allié à un parti politique de quelque façon que ce soit.(P.93.) L\u2019Action catholique doit rester en dehors et au-dessus des partis politiques.(P.94.) Le texte du P.Velazquez a 127 pages; le reste du livre est fait de citations d\u2019encycliques.Des manuels de civisme dans ce genre, ça se trouve dans tous les collèges, et tout le \u2022 \u2014 Pour une civilisation chrétienne en Afrique noire Madeleine VAILLANCOURT IA DERNIÈRE GUERRE mondiale aura détruit et pré-.cipité bien des choses.Ainsi, le réveil des peuples afro-asiatiques, latent depuis des décennies, est arrivé à terme en même temps que la désintégration de l\u2019atome; l\u2019un et l\u2019autre sont maintenant des faits accomplis.Que la route vers l\u2019émancipation complète et la maturité politique soit longue et difficile pour ces peuples, et plus particulièrement pour ceux d\u2019Afrique, importe peu; c\u2019est une question de temps, et toutes les forces bonnes et mauvaises travaillent en profondeur pour hâter ce progrès et l\u2019orienter.En Afrique, terre traditionnelle des missions catholiques, les conditions sociales, économiques et politiques en pleine évolution présentent des dangers certains pour l\u2019Église et menacent même son existence.Il importe de jeter un regard monde applaudit.Alors, à quoi rime le tintamarre?A ceci: l\u2019équilibre entre les forces mouvantes de l\u2019Église et de l\u2019État a-t-il été rompu ?C\u2019est toute la question.Ce qu\u2019on reproche à M.Velazquez, ce n\u2019est pas ce qu\u2019il a fait ou ce qu\u2019il a dit.Ce sont ses intentions, et l\u2019usage que d\u2019autres feront de son livre.Aussitôt que sa petite bombe eut éclaté, M.Velazquez déclara: A l\u2019occasion des instructions du vénérable épiscopat sur les devoirs civiques des catholiques, on a publié beaucoup de choses fausses et on a prétendu leur donner un sens qu\u2019elles n\u2019avaient pas.J\u2019ai pensé qu\u2019il serait utile d\u2019exposer, non plus dans la forme synthétique qu\u2019avaient adoptée les évêques, mais plus explicitement, la doctrine de l\u2019Église en matière de politique.C\u2019est tout, au moins du point de vue théologique et moral.Restent les répercussions qu\u2019on pouvait et devait prévoir, surtout au Mexique, en période électorale, quand les politiciens qui se croient menacés peuvent avoir des réactions furieuses.L\u2019acte de M.Velazquez est donc apprécié suivant les principes qui régissent les actes à double effet: l\u2019un bon, un enseignement doctrinal excellent; l\u2019autre mauvais, découlant surtout des circonstances de temps et de lieu qui enveloppèrent ce même acte, à savoir les dommages que l\u2019Église peut souffrir en conséquence.M.René Capistràn Garza, connu comme catholique sans reproche et comme journaliste aussi clairvoyant que vigoureux, a condamné l\u2019intervention de M.Velazquez en termes extrêmement vifs, dans son journal Atisbos.Il fit surtout valoir la différence entre les déclarations officielles de l\u2019épiscopat, que le Mexique écouta avec respect, et celles de ce prêtre, qui causèrent une telle tempête.Il serait injuste de blâmer l\u2019Église tout entière pour ce qu\u2019il estime avoir été l\u2019action d\u2019une personne isolée.Celle-ci, évidemment, doit porter seule les conséquences de ses actes.D\u2019autres, surtout ceux du groupe Action Nacional, ont vigoureusement applaudi M.Velazquez.Jusqu\u2019ici, à ma connaissance, l\u2019autorité religieuse ne s\u2019est pas prononcée.Joseph-H.Ledit.7 mai 1957.Quelque temps avant la publication par Pie XII de l'encyclique Fidei donum sur les missions en Afrique, nous recevions de Rome le texte suivant, dont l'auteur collabore à l'œuvre du Centre de Liaison chargé de coordonner les efforts des organisations internationales catholiques et ceux des missions.sur la situation actuelle dans le continent noir pour voir les problèmes nouveaux qui se posent à l\u2019Église missionnaire et reconnaître l\u2019urgence de leur trouver des solutions efficaces.Un continent en crise de croissance L\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui offre le spectacle d\u2019un continent en crise de croissance et qui cherche sa voie.Les peuples qui l\u2019habitent ont lutté et luttent encore pour l\u2019indépendance, mais dans le désordre et au prix de nombreuses divisions intestines.Certains d\u2019entre eux ne réussissent à se mettre d\u2019accord ni sur leur propre intérêt, ni sur un idéal commun, et ils appellent comme arbitres les puissances colonisatrices, pourtant honnies.Dans la poursuite de leur œuvre, les missionnaires doivent faire face à des difficultés de plus en plus grandes et vivre souvent dans une atmosphère d\u2019insécurité politique et d\u2019hostilité générale.JUIN 1957 151 Les problèmes de la liberté La liberté si chèrement acquise et si farouchement défendue par les nationalistes intransigeants pose aux peuples de l\u2019Afrique, jeunes et primitifs, des problèmes presque insurmontables.Ce n\u2019est pas tout de se débarrasser des cadres imposés par le colonialisme, il faut en créer d\u2019autres qui soient satisfaisants.Or, la seule issue, dans bien des cas, c\u2019est l\u2019ancien système féodal, doublé d\u2019un capitalisme indigène exploiteur.La misère et l\u2019ignorance des populations africaines, dont il est difficile pour des Occidentaux de se faire une idée, retardent sérieusement leur accession à ce degré supérieur de civilisation qui leur permettrait d\u2019être vraiment libres.Liberté de pensée, de langage ou de religion ne signifie pas grand-chose pour des hommes qui meurent de faim.Misérables et ignorants, ils subissent sans résistance l\u2019influence de tous les courants d\u2019idées, à commencer par le communisme, qui, en leur promettant sur terre le paradis économique, exerce sur eux un immense attrait.Infiltration et propagande communistes La pénétration communiste est devenue l\u2019un des pires obstacles à l\u2019action de l\u2019Église missionnaire.Ayant expérimenté à fond le colonialisme, les peuples d\u2019Afrique le rejettent en toute connaissance de cause; mais ils n\u2019ont pas, à l\u2019égard du communisme, la même expérience et ne savent pas discerner en lui un impérialisme plus implacable que l\u2019ancien.En Afrique, les intérêts soviétiques ne sont pas stratégiques et politiques comme en Asie.Il s\u2019agit de nuire aux puissances occidentales en diminuant leur pouvoir et en leur enlevant, avec leurs colonies, des sources de matières premières.Pour atteindre cet objectif, les communistes n\u2019épargnent aucun effort et organisent leur action à la fois sur le plan idéologique, politique et économique.La presse et la radio diffusent très largement sur le continent noir la propagande communiste; mais on ne saurait affirmer que l\u2019idéologie marxiste ait pénétré en profondeur dans la mentalité des peuples africains.Le communisme africain est encore très rudimentaire et peu fidèle à l\u2019orthodoxie marxiste; il est plutôt un mouvement de revendications sociales et économiques, nationalistes et raciales.On chercherait en vain un véritable parti communiste, bien que le communisme soit présent dans nombre de partis qui lui servent de masque.Il est d\u2019ailleurs hors la loi dans toute l\u2019Afrique du Nord.En Afrique, la Russie se présente sous les traits non d\u2019un pays communiste, mais d\u2019une puissance économique.Sa politique se fonde sur l\u2019offre d\u2019aides économiques et techniques, sur l\u2019envoi d\u2019ambassadeurs, d\u2019hommes d\u2019affaires, etc.; elle tend à développer le commerce entre les nouvelles nations libres et les pays satellites, à capter leur confiance afin de les détacher du bloc occidental.Le climat de coexistence pacifique de ces dernières années a particulièrement favorisé la réussite d\u2019une telle politique.Mais les plus grands succès des communistes en Afrique ont été obtenus d\u2019une manière indirecte et sur un autre plan.Durant les dix dernières années, aucun pays n\u2019y a été exempt de soulèvements et de révoltes anticolonialistes.Dire que les communistes en sont les uniques auteurs serait manifestement exagéré; mais, chaque fois, ils ont su profiter de l\u2019occasion pour attiser le feu révolutionnaire et entretenir la révolte contre les puissances impérialistes.Agitateurs et chefs partisans avaient d\u2019ailleurs, pour un bon nombre, reçu leur formation à Moscou.Le communisme est un grand danger pour l\u2019Église missionnaire, non seulement à cause de la force de ses armes et de sa puissance de pénétration, mais aussi parce que ses principes sont totalement opposés aux enseignements du Christ.Communisme et christianisme ne peuvent coexister.Ce sont deux systèmes qui embrassent également toute la vie de l\u2019individu, et donc s\u2019excluent mutuellement.Un adepte du communisme, en plus d\u2019être perdu pour l\u2019Église, devient pour elle un ennemi implacable.En pays de mission, travail missionnaire jest presque devenu symbole de lutte contre le communisme.L\u2019Église n\u2019a pas d\u2019autre choix: il lui faut s\u2019opposer au progrès du communisme, et s\u2019implanter elle-même plus fermement que jamais.Réveil des religions nationales La fin du régime colonial aura rendu fort délicate la situation de l\u2019Église missionnaire en Afrique.En dépit de son caractère essentiellement supra-national, l\u2019Église passe maintenant pour suspecte.Son activité missionnaire, les peuples africains ont tendance à la regarder comme un moyen d\u2019ingérence politique, économique et idéologique des puissances coloniales, et ils cherchent à se défaire du christianisme comme d\u2019un reliquat d\u2019une époque révolue.De plus, ils ont pris en haine la race blanche et considèrent, du moins en certains endroits, le missionnaire avec méfiance et mépris.Dans ces conditions, la formation d\u2019un clergé indigène est de première importance.Le nationalisme excessif des peuples nouvellement libérés vient encore aggraver cet état d\u2019esprit.Le sentiment nationaliste les porte à remettre en valeur tous les éléments appartenant à l\u2019histoire, à la culture et aux traditions de leur patrie respective, et donc à accorder une attention toute particulière à la religion nationale.On assiste ainsi à un réveil des religions ancestrales; léthargiques depuis des siècles, elles sont prises d\u2019une ardeur nouvelle et font preuve d\u2019un prosélytisme efficace.Prosélytisme musulman L\u2019Islam, en particulier, constitue pour l\u2019Église missionnaire un danger extrêmement grave et actuel, à cause de la rapidité avec laquelle il fait de nouveaux adeptes.Son prosélytisme est particulièrement efficace en Afrique noire, comme le prouvent les chiffres suivants.En 1931, on comptait 44 millions de musulmans, ce qui représentait 31% de la population africaine.A peine vingt ans plus tard, leur nombre a doublé: d\u2019après les statistiques de 1951, ils sont maintenant plus de 80 millions, représentant 40% de la population.Dans le même temps, les catholiques sont passés de 5 à 15 millions, ce qui signifie une augmentation de 10 millions de catholiques en comparaison d\u2019une augmentation de 40 millions de musulmans.Disparition du paganisme Une des raisons principales du succès de l\u2019Islam auprès des populations primitives est la simplicité de sa doctrine en même temps que la facilité de sa morale qui impose peu de renoncements et permet la polygamie.En Afrique centrale, on peut assister, entre l\u2019Islam et l\u2019Église catholique, à une véritable lutte pour la conquête de populations primitives, qui se laissent facilement arracher à leur animisme ancestral.Celui-ci, variable d\u2019une tribu à l\u2019autre, sans tradition ni hiérarchie ecclésiastique, privé de livres sacrés et de dogmes solides, est pour eux plutôt une source de désunion qu\u2019un secours.N\u2019étant plus adapté à la vie moderne et aux mœurs occidentales pratiquées par les indigènes, il est de plus en plus délaissé.Les noirs sont alors dans l\u2019obligation de choisir entre le christianisme, l\u2019islamisme ou l\u2019athéisme matérialiste.On peut affirmer d\u2019ores et déjà que le paganisme 152 RELATIONS comme tel aura complètement disparu en Afrique dans cinquante ou soixante ans.De là l\u2019importance pour l\u2019Église d\u2019être présente aujourd\u2019hui par toute l\u2019Afrique et de perfectionner son apostolat.Pour les catholiques, l\u2019heure est venue de former un front uni, afin d\u2019aider l\u2019Eglise à consolider ses positions.Bloc afro-asiatique et christianisme Lors de la conférence de Bandoeng et en maintes autres occasions importantes, les peuples d\u2019Afrique, de concert avec les peuples d\u2019Asie, ont affirmé leur désir de former un bloc afro-asiatique.Sur le plan politique, un tel bloc a peu de chances de s\u2019établir; mais sur le plan idéologique, il pourrait fort bien se réaliser demain.On imagine aisément quelle catastrophe ce serait pour le christianisme s\u2019il allait être rejeté par toute cette partie du globe où se concentre la moitié de l\u2019humanité.Déjà banni des territoires soviétiques, il se trouverait alors confiné au seul monde occidental, ce qui s\u2019oppose à son caractère essentiellement universel, à sa mission évangélique qui le destine à « toutes les nations ».On ne peut donc plus se faire d\u2019illusions sur la gravité de la situation.Les missions en terre africaine se trouvent dans une instance de vie ou de mort.Tous les catholiques, clercs et laïcs, doivent se préoccuper du sort de cette Égilse en détresse, unir leurs efforts pour fortifier ses positions et étendre son rayonnement à tous les secteurs de la vie africaine.Autrement, les bons ouvriers de là-bas finiront par être dépassés et renversés par des événements plus puissants que leur zèle.Le mot d\u2019ordre actuel des missions africaines pourrait se formuler ainsi: « Maintenant ou jamais! Dans cinquante ans, il sera trop tard.» AU SERVICE DE L'ÉGLISE LES FOYERS NOTRE-DAME Emile GERVAIS, S.J.DE PLUS EN PLUS, les chrétiens engagés dans le mariage recherchent une spiritualité conforme à leur état.Ne leur répète-t-on pas que leur sacrement met à leur disposition des grâces destinées à les rendre, comme époux, comme pères et mères de famille, capables de surmonter les obstacles particuliers que posent à la poursuite de la sainteté l\u2019amour conjugal, si pur soit-il, et les difficultés inhérentes au rôle de parents et d\u2019éducateurs ?Cet appétit de sainteté est notable chez les jeunes couples chrétiens de chez nous, que l\u2019œuvre admirable des cours de préparation au mariage a initiés à leurs responsabilités.A leur intention, un prêtre au zèle infatigable, M.Albert Lapointe, P.S.S., aujourd\u2019hui directeur général des cours de préparation au mariage pour le diocèse de Montréal, a fondé une union fraternelle de ménages, placée sous la protection de la divine Mère.Les Foyers Notre-Dame ont déjà une histoire intéressante, malgré leur jeune âge.Nés sous le sourire de Marie Laissons le fondateur nous raconter l\u2019origine toute simple de ce mouvement.C\u2019est le 19 septembre 1954, par un dimanche de l\u2019Année mariale, que vingt-deux ménages, ayant de trois semaines à trois ans de vie conjugale, se groupèrent pour un pèlerinage au sanctuaire national de Notre-Dame du Cap.Après une participation active au saint sacrifice de la messe, célébré dans la chapelle du Sacré Cœur de l\u2019église Notre-Dame, et le petit déjeuner pris ensemble dans un restaurant du bas de la ville, les pèlerins se dirigèrent vers Nicolet.Depuis longtemps, continue l\u2019abbé, je rêvais de réunir ces jeunes époux, connus au temps de leurs fiançailles, à l\u2019occasion d\u2019une direction spirituelle ou des cours de préparation au mariage.Une expérience plus ou moins heureuse avait été tentée au mois de novembre et au mois d\u2019août précédents.Mais, cette fois, le 19 septembre, c\u2019est la Vierge qui convoque et elle permet que les Foyers Notre-Dame naissent et se maintiennent.Sous sa maternelle protection, des jeunes ménages, poursuivant le même idéal de vie chrétienne, se réuniront pour alimenter le feu sacré des premiers jours.Ascensions spirituelles Ce mouvement n\u2019est pas le fruit de spéculations théoriques, mais le résultat de l\u2019expérience.Celle-ci a inspiré la méthode d\u2019étude et d\u2019action en commun.Il y a d\u2019abord la rencontre avec le Seigneur.Le but spirituel de l\u2019organisation donnait à la prière la première place dans les préoccupations et l\u2019action des foyers.Dès les débuts, un esprit eucharistique et marial caractérisa la dévotion des membres, esprit adapté « aux exigences d\u2019une solide spiritualité conjugale » de même qu\u2019à la « sublime mission que le Seigneur leur a confiée ».On se réunit une fois par mois; et toujours il y a messe et communion.Après quoi, les membres étudient leurs problèmes communs.« Si les cours de préparation au mariage leur ont été d\u2019un grand secours », les membres « savent néanmoins que leur formation intellectuelle, psychologique, morale et religieuse concernant la vie conjugale et l\u2019éducation des enfants est loin d\u2019être complète.» La conférence du jour les aide à comprendre et résoudre leurs problèmes sous la direction d\u2019un conférencier choisi avec soin.Enfin, il est bon de resserrer les liens d\u2019amitié et de charité.Pour permettre aux membres de se mieux connaître dans une atmosphère de franche camaraderie, les agapes fraternelles sont toutes désignées.On mange avec appétit le petit déjeuner préparé par quelques épouses.Les chants, de la gaieté ajoutent un cachet de fête.Le cantique « Chez nous soyez Reine » adressé à la sainte Vierge et la bénédiction des prêtres présents terminent la réunion.Bénédictions de Notre Dame Marie a visiblement béni l\u2019œuvre naissante, patronnée d\u2019ailleurs par ce grand dévot à Notre Dame qu\u2019est S.Êm.le cardinal Léger.Le nombre des couples désireux de profiter de ces réunions augmenta sans cesse.On dut les diviser en trois sections.Chacune fut confiée à la protection de la sainte Vierge: les nouveaux époux invoquent Notre Dame du Bel Amour; les couples mariés depuis moins de trois ans prient Notre Dame de la Joie; les ménages unis depuis plus de trois ans se recommandent à Notre Dame de la Paix.Foyers Notre-Dame, noyau de ferveur conjugale et familiale, garantie de renouveau spirituel pour les jeunes ménages qui sont l\u2019espoir de l\u2019Église au Canada.JUIN 1957 153 LE PAPE NOUS PARLE 12 mars: Lettre au R.P.Lombardi, S.J., sur le Mouvement pour un monde meilleur.\u2014 Le progrès spirituel doit commencer par le clergé et par les laïcs appelés à l\u2019apostolat.16 mars: Lettre, par l'entremise de Mgr Dell\u2019Acqua, à S.Êm.le cardinal Rodriguez, archevêque de Santiago (Chili), à l\u2019occasion du IVe congrès international catholique de la vie rurale, tenu du 1er au 6 avril, à Santiago, sous les auspices de la National Catholic Rural Life Conference.20\tmars: Allocution lors de l'audience accordée aux artistes de la Comédie française, en tournée à Rome.21\tmars: Allocution lors de l\u2019audience accordée à un groupe de douze nouveaux prêtres du Collège pontifical espagnol de Rome, accompagnés de leurs supérieurs et de leurs parents.\u2014 Les nouveaux prêtres devront refléter dans leur vie « les caractéristiques de romanité » reçues durant leur formation sacerdotale à Rome.23\tmars: Allocution à un groupe de 60 membres de VAcadémie américaine de Rome.24\tmars: Allocution lors de l\u2019audience accordée à plus de 50,000 élèves des écoles secondaires de Rome.\u2014 Conseils pour acquérir une culture sérieuse, organique et complète.25\tmars: Lettre autographe à S.Ém.le cardinal Feltin, archevêque de Paris, à l\u2019occasion de la commémoration, les 1er et 2 avril, du tricentenaire de la mort de M.Olier, curé de Saint-Sulpice de Paris et fondateur de la Communauté de Saint-Sul-pice, chargée de la formation sacerdotale.\u2014 La grandeur et la force du prêtre sont d\u2019être en plénitude homme de Dieu et homme de l\u2019Église.28 mars: Allocution lors de l\u2019audience accordée à un groupe de la Jeunesse de l\u2019Union chrétienne démocrate, de Berlin-Ouest.\u2014 L\u2019Église « défendra jusqu\u2019au bout le droit des parents catholiques à des écoles répondant à leurs convictions ».31 mars: Allocution lors de l\u2019audience accordée à un groupe de personnes de la Société nationale française de Constructions aéronautiques.1er avril: Allocution à un groupe d\u2019étudiants de l\u2019Université de Madrid.6 avril: Allocution à un groupe d\u2019Enfants de Marie du Sacré-Cœur, de la Trinité-des-Monts.\u2014 « A la grande œuvre du salut du monde tout chrétien doit collaborer.La tâche de l\u2019Action catholique est.plus importante que jamais.» 9 avril: Lettre, par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua, à S.Ém.le cardinal Pizzardo, préfet de la S.Congrégation des Séminaires et des Universités, à l\u2019occasion du congrès des professeurs de philosophie des séminaires d\u2019Italie.\u2014 Nécessité pour les prêtres de trouver « dans la saine philosophie les bases préliminaires de la science sacrée et d\u2019un apostolat fécond ».12 avril: Message, par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua, à l\u2019occasion de la conférence des Organisations internationales catholiques qui se tenait à Bruges, du 12 au 15 avril.\u2014 Importance et efficacité de la contribution des catholiques à la vie internationale.14\tavril: Note remise à M.Matsushita, émissaire spécial du gouvernement japonais, lors d\u2019une audience privée.\u2014 Au lieu de préparer une catastrophe atomique, il faut poursuivre le noble but de maîtriser les énergies de l\u2019atome au service de l\u2019homme.15\tavril: Allocution à un groupe de journalistes américains.\u2014 Une presse sans scrupule peut causer des dommages irréparables; les journalistes devraient savoir mesure garder même dans la grandeur des titres de leurs articles.AVEC OU SANS COMMENTAIRES POUR DES LOGEMENTS FAMILIAUX DANS LES GRANDES VILLES L\u2019an dernier, dans sa lettre pastorale du carême, S.Exc.Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, lançait un appel en faveur de logements familiaux dans les grandes villes, appel auquel la situation à Montréal, en particulier, donne une note d\u2019actualité.CE N\u2019EST PAS sans beaucoup de soucis que nous voyons s\u2019édifier dans nos grandes villes, comme dans les plus petites bourgades, des maisons dont les appartements ont une et demie, deux ou trois pièces.Comment loger une famille de plusieurs enfants dans des installations aussi étroites?N\u2019est-ce pas une prime aux restrictions des naissances, un encouragement à tous ceux qui renoncent à lutter en faveur de la famille ?On nous dira que le rendement de ces immeubles est impossible avec des appartements plus grands.Nous voulons bien croire que, à première vue, cette réponse est exacte.Mais nous pensons que, avec un peu de peine, on trouverait des solutions.Seulement, il faut les chercher, il faut les vouloir, et cela n\u2019est pas facile.Nous demandons à nos chefs politiques d\u2019examiner s\u2019il ne serait pas possible d\u2019édicter des règlements en vertu desquels on ne permettrait pas d\u2019édifier des maisons qui n\u2019auraient pas une proportion suffisante d\u2019appartements assez grands.On a bien réussi à interdire, par règlement, dans certains secteurs de nos villes, d\u2019édifier des maisons qui aient plus que tant d\u2019étages.Ces règlements sont souvent une entrave à l\u2019esprit inventif de nos entrepreneurs, des hommes d\u2019affaires.Il faut bien qu\u2019ils s\u2019y soumettent et ils y arrivent.Ne pourrait-on pas limiter plus qu\u2019on ne l\u2019a fait jusqu\u2019ici le nombre des petits appartements, manifestement insuffisants pour la famille?Nous savons bien que cela suscite beaucoup de difficultés et nous comptons sur le courage et la clairvoyance de nos hommes politiques, de nos hommes d\u2019affaires, sur leur générosité en faveur de la famille.Tout cela se retrouvera un jour, tandis que, au contraire, si l\u2019on n\u2019a pas le courage de freiner certaines initiatives qui vont à l\u2019encontre du bien de la famille, on sera bien obligé un jour, et plus tôt qu\u2019on ne le pense, de le payer.LES CATHOLIQUES ET LA LUTTE POUR LES BONNES MOEURS Le 5 mars dernier, dans son allocution aux prédicateurs du carême de Rome, S.S.Pie XII protestait solennellement contre le déploiement, sur les murs de la capitale, d\u2019affiches « vulgairement pornographiques ».Cette protestation, on le sait, eut d\u2019heureux résultats, et les affiches incriminées disparurent aussitôt.Mais les paroles prononcées à cette occasion par le Souverain Pontife sont d\u2019application universelle et devraient inspirer les catholiques de chez nous qui luttent pour Vassainissement de la moralité publique.A noter que le Pape compte non seulement sur les pouvoirs politiques, mais aussi sur tous les fidèles et même sur les prédicateurs.QUI POURRAIT dire les ruines d\u2019âmes, spécialement des jeunes gens, que provoquent de telles images, les pensées et sentiments impurs qu\u2019elles peuvent susciter, combien elles contribuent à la corruption du peuple, au grave préjudice de la prospérité même de la nation, qui a besoin d\u2019une jeunesse saine, forte, éduquée aux plus nobles aspirations de la vertu! Ajoutez à cela les revues pornographiques PORTRAIT DU DANS SON MESSAGE de Noël 1944 sur la démocratie, le pape Pie XII a tracé du parlement idéal un portrait que les électeurs canadiens devraient attentivement considérer avant de donner leur vote, le 10 juin prochain.Un tel parlement, dit le Souverain Pontife, groupe une élite d\u2019hommes éminents par leur esprit et par leur caractère, une assemblée qui soit l\u2019image de la vie multiple de tout le peuple; il se compose d\u2019une élite d\u2019hommes « remarquables par leurs solides convictions chrétiennes, leur jugement droit et sûr, leur sens pratique, leur équité, leur aptitude cohérente en toutes circonstances ».Pour ses membres, il veut « des exposées dans les kiosques, le cinéma immoral et aussi la télévision, qui pénètre jusque dans l\u2019intimité des maisons et y apporte plus d\u2019une fois \u2014 comme cela Nous a été rapporté \u2014 des spectacles audacieux, propres à troubler profondément les consciences.Aussi, dans la faible attente d\u2019avoir ailleurs une défense vraiment efficace, \u2014 principalement après la déclaration prononcée d\u2019illégitimité constitutionnelle de certaines normes précédentes, \u2014 il faut que, dans de tels cas, les catholiques défendent eux-mêmes les droits de la religion et des bonnes mœurs et, en union avec les autres personnes honnêtes de toutes tendances, mais soucieuses de la moralité du peuple, ils suscitent une énergique protestation de l\u2019opinion publique, dont la réaction, démontrant quel est vraiment « le sentiment commun », impose aux autorités compétentes les mesures nécessaires.C\u2019est une tâche que Nous confions particulièrement à vous, prédicateurs et ministres d\u2019âmes, et qui vous méritera la gratitude de tous ceux qui veulent le vrai |\tbien du bon peuple romain.PARLEMENT IDÉAL hommes de doctrine claire et saine, de volonté ferme et droite », et tout particulièrement « des hommes qui soient capables, par l\u2019autorité qui émane de leur conscience pure et s\u2019irradie largement autour d\u2019eux, d\u2019être les guides et les chefs de leurs concitoyens, spécialement en des temps comme ceux-ci, où les nécessités qui étreignent le peuple en excitent l\u2019impressionnabilité et l\u2019exposent à se tromper et à être trompé ».C\u2019est pour des hommes de cette trempe que les citoyens canadiens doivent voter.Le prochain parlement fédéral reflétera la qualité du vote qu\u2019ils donneront le 10 juin.Cn ttoiâ motâ 1f Le championnat de la course de fond revient à l\u2019Indien V.Krishna Menon, âgé de 59 ans.Au Conseil de Sécurité, cet hiver, il parla pendant sept heures d\u2019affilée sur la question du Cachemire.En tout, il parla vingt heures sur le problème.Le matin du 20 février, il n\u2019en pouvait plus et s\u2019affaissa.Mais l\u2019après-midi, il se rendit à l\u2019O.N.U.en compagnie de son médecin, demanda la parole pour dix minutes, et parla près d\u2019une heure.Malgré sa performance, il eut besoin du soixante-dix-neuvième veto de l\u2019U.R.S.S.pour se tirer d\u2019affaire.1Ï L\u2019U.R.S.S.vient d\u2019acheter, au prix de 400,000 livres égyptiennes ($1,200,000), le palais Mosseiry, un des plus luxueux du Caire.Elle continue de faire d\u2019importants placements en Égypte.If En Algérie, il y a 1,950 médecins, 150 hôpitaux, 30,000 lits, soit un lit par 350 habitants.En Turquie, en Iran, en Égypte, il y a un lit par 1,000 habitants.En Algérie encore, le revenu moyen est de 54,000 francs par an; en Égypte, il est de 40,000 francs.îf Les Américains menacent la langue anglaise « de corruption et de désintégration », affirme lord Conesford, scholar d\u2019Oxford, ce qui justifierait les Français de traduire, comme ils^disent, de Y américain, quand il s\u2019agit d\u2019un livre paru aux États-Unis; ce qui justifierait également les Canadiens français de dire à leurs compatriotes de langue anglaise qu\u2019ils ne parlent pas the Oxford English.if Certains prétendent que les Profils d\u2019adolescents de Radio-Canada devraient s\u2019intituler Caricatures de parents.Cependant, rassurez-vous, les réalisateurs ont bonne volonté.Il paraît que, l\u2019an prochain, les sketches seront moins négatifs ou plus constructifs.if On peut se demander si Prise de bec a comme devise: « Diviser pour unir.» A en juger par l\u2019émission qui confronta le P.Desmarais, Jeannette Bertrand et le Dr Voyer, on croirait qu\u2019il y a plutôt lieu de renverser les termes.if Bonne nouvelle! Les adolescents auront leur ciné-club à la télévision, cet été.Ce sera le Club des Seize (tous les samedis soir, à cinq heures).if Dans le voisinage de Qumran, une onzième grotte contenant des écrits bibliques vieux de deux mille ans vient d\u2019être découverte.Un premier examen indique que l\u2019on a retrouvé des copies du livre des Psaumes, ainsi que du Lévitique, de même qu\u2019une traduction araméenne du texte hébreu du livre de Job.if La nouvelle société qui vient de se constituer sous le nom de l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain a adopté pour mot d\u2019ordre la célèbre parole du fondateur de Québec: « Le salut d\u2019une âme vaut mieux que la conquête d\u2019un royaume.» Certains verront dans ce geste un autre signe de notre messianisme intempérant.Ne serait-il pas plus juste et plus sage d\u2019y admirer la fidélité à l\u2019idéal évangélique et missionnaire qui a toujours inspiré notre peuple depuis bientôt trois cents ans ?Tf Ce qu\u2019a fait le Comité diocésain de moralité de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à propos des dernières élections, pourquoi d\u2019autres comités du même genre ne le feraient-ils pas dans tous les diocèses du Québec, à propos des prochaines élections, le 10 juin ?1f La démocratie est un régime qui repose essentiellement sur l\u2019initiative et la responsabilité des citoyens.Si donc nous voulons vraiment de la moralité électorale, c\u2019est à nous d\u2019en mettre ; les résultats obtenus dans le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière démontrent que les honnêtes gens peuvent exercer une influence beaucoup plus considérable qu\u2019ils ne le pensent généralement.154 RELATIONS JUIN 1957 155, UNE GRANDE TRAGEDIE, UNE GRANDE TRAGÉDIENNE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.ON NOUS AVAIT ANNONCÉ la mort de la tragédie.Genre périmé, disait-on.Les sujets, la langue, les personnages, tout était d\u2019un autre âge.Admirable, sans doute, digne de notre respect.et du musée, comme la Vénus de Milo ou un beau vase étrusque.Mais que sur le portique monumental du palais de Thésée paraisse une feinme incarnant « la fille de Minos et de Pasi-phaé », symbole de passion dévorante et de mort sous sa funèbre perruque et son ample tunique rouge, et voilà, la tragédie renaît, Vénus s\u2019anime, se consume à nouveau d\u2019un amour impossible, et du vase oublié s\u2019échappe encore le capiteux arôme de subtils parfums.C\u2019est à ce miracle que nous avons assisté, lors des récentes représentations de Phèdre, au théâtre Saint-Denis, par Mme Edwige Feuillère et sa compagnie.Encore une fois, les pronostics pessimistes ont été contredits : on a dû redonner Phèdre sept ou huit fois, au lieu des trois pauvres soirées prévues et annoncées.On se rappellera longtemps qu\u2019Edwige Feuillère a joué Phèdre, admirablement.On oublie déjà sa Parisienne, plus encore sa Dame aux camélias.Leçon à méditer par les impresarios ou les directeurs de troupes: ce qui est vraiment populaire, ce n\u2019est pas toujours ce qui traîne les rues, mais ce qui éveille dans le cœur de tout homme les sentiments naturels et profonds de pitié, de terreur, d\u2019admiration.Non, la tragédie n\u2019est pas morte.Mais les grands interprètes de la tragédie se font de plus en plus rares; voilà la triste constatation.Habitués, par le cinéma et le théâtre contemporain, au naturel et au réalisme de la vie courante, aux susurrements des balivernes quotidiennes du micro, les comédiens modernes sont de moins en moins aptes à incarner ces vrais « monstres sacrés » de la tragédie clasique.Aussi, quand, d\u2019aventure, il s\u2019en rencontre quelques-uns, c\u2019est une chance rare qu\u2019il faut absolument ne pas manquer \u2014 ce que comprirent tous ceux qui sont allés applaudir Edwige Feuillère au théâtre Saint-Denis.Il convient de le reconnaître: la tâche des artistes n\u2019est pas facile.Dans Phèdre, comme dans toutes les tragédies, les personnages, dès le lever du rideau, sont en pleine crise.Et celle-ci va très vite monter au paroxysme.Les passions, violentes, ravagent déjà les âmes.La lutte, farouche dès le début entre les adversaires, s\u2019exaspère rapidement: tous les coups deviennent légitimes.Et quand, au milieu des imprécations et des malédictions, les dieux entrent dans ce terrible jeu de sang, on prévoit que tout peut arriver, jusqu\u2019aux plus fatales issues, jusqu\u2019à cette longue tache rouge \u2014 Phèdre, inerte aux pieds de Thésée, morte d\u2019avoir mal aimée.Et cette action progresse avec une rigueur, une densité qui ne laissent place à aucune détente; chaque moment dramatique s\u2019accroche à l\u2019autre, l\u2019explique, le complète, le prépare, d\u2019une marche implacable, sans faux pas, sans répit non plus; on pense tout naturellement au célèbre « Marche, marche.», de Bossuet.Tout cela enveloppé de l\u2019enchantement du vers racinien et d\u2019une langue unique plus par une parfaite adaptation de l\u2019expression au sentiment et une harmonieuse mise en place des vocables que par l\u2019abondance de ceux-ci et leur richesse sonore.C\u2019est assez dire que pour jouer Phèdre, Hippolyte, Thésée, ou un autre personnage de la pièce de Racine, il faut un talent plus qu\u2019ordinaire.Cela requiert surtout un tempérament de tragédien uni à une compréhension intelligente du texte et des états d\u2019âme à exprimer.Ces dons ne sont pas et n\u2019ont jamais été fréquents.Nous les retrouvons à un degré rare chez Edwige Feuillère; surtout, je crois, l\u2019intelligence.C\u2019était un pur délice de l\u2019entendre interpréter, avec finesse, nuance, justesse de ton, les admirables vers de son rôle.On ne peut exiger plus parfaite possession d\u2019un personnage.Dans les effets de force, toutefois, quand la passion éclate, la voix, si posée d\u2019ordinaire et qui portait avec assurance et clarté, s\u2019éraillait un peu et manquait de la puissance voulue.Jean-François Calvé, dans le rôle d\u2019Hippolyte, nous fait penser à l\u2019Apollon du Belvédère.Cependant il ne fut pas seulement une belle statue.Sa sincérité ardente, sa fougue contenue, sa jeune fierté proclamée d\u2019une voix chaude et puissante l\u2019ont rendu extrêmement sympathique dans ce beau caractère dramatique, plus cornélien, à mon avis, que racinien.Les autres rôles masculins du roi Thésée et du confident Théramène furent joués, respectivement, par Noël et Nissar; leur métier est sûr et juste leur interprétation.Dans la grande scène, pourtant, de Thésée avec son fils Hippolyte, Bernard Noël m\u2019a paru plus déclamatoire que convaincu; on aurait dit qu\u2019il forçait sa voix pour faire plus impressionnant.Et alors, cette scène, pivot de l\u2019action tragique de la pièce, n\u2019a pas produit en moi le mouvement d\u2019émotion attendu.Par contre, le fameux récit de Théramène, au cinquième acte, qui annonce la mort d\u2019Hippolyte, un peu escamoté, au début, Charles Nissar l\u2019a rendu d\u2019une façon bouleversante, nous faisant bien sentir la sauvage horreur de la mythologie grecque et la souveraine grandeur d\u2019âme d\u2019Hippolyte qu\u2019il contient.Pour la « perfide » Œnone, Racine n\u2019a pas trouvé, à mon goût, l\u2019interprète idéale dans Marguerite Coutan-Lambert.Drôlement enroulée dans un costume encombrant, elle paraissait beaucoup trop bonne femme pour pouvoir, raisonnablement, nourrir et cultiver en son âme toutes les méchancetés que l\u2019auteur lui prête.Avec plus de métier et d\u2019expérience, la jeune et sombre Maria Tamar \u2014 qui jouait Ismène \u2014\tserait, sans doute, plus appropriée au personnage.Dans les premières scènes de son rôle, la blonde et charmante Éliane Zucchini a pris trop au sérieux, semble-t-il, les épithètes employées par Racine pour définir son caractère et elle a été vraiment « triste » et « plaintive » à souhait.Mais dans sa courte scène avec Thésée, au quatrième acte, elle s\u2019est ressaisie et a manifesté une belle fermeté et une vigueur digne, enfin, d\u2019Hippolyte.Anne Chobaut, qui jouait Panope, a certainement beaucoup de talent, puisqu\u2019on lui a fait traverser « la mer au loin retentissante », comme dirait Homère; mais j\u2019avoue ne m\u2019en être pas bien aperçu, faute d\u2019avoir entendu les belles choses \u2014\tsûrement! \u2014 qu\u2019elle nous a débitées.J\u2019étais probablement trop loin.Et ainsi, cette année, notre brillante saison théâtrale s\u2019achève en apothéose, dans le lumineux sillage d\u2019une grande tragédie.Grâces en soient rendues à une grande tragédienne, Edwige Feuillère! 156 RELATIONS EN MARGE DU SYMPOSIUM DE L\u2019ACE LF PRÉCISIONS SUR LE PATRIOTISME CANADIEN-FRANCAIS 5 Richard ARÈS, S.J.EN COMPAGNIE d\u2019une bonne centaine d\u2019autres personnes, j\u2019ai assisté, les 4 et 5 mai dernier, au symposium sur le patriotisme canadien-français organisé par l\u2019Association canadienne des Éducateurs de langue française.Comme un bon nombre d\u2019autres, sans doute, j\u2019en suis revenu avec des impressions mêlées.Ce fut une réussite à maints égards: organisation générale, qualité et variété des participants, vigueur des idées émises, vivacité des discussions.Mais on n\u2019est pas, à ce qu\u2019il me semble, parvenu à formuler une doctrine et des consignes patriotiques nettes et précises pour les Canadiens français.Le contraire, d\u2019ailleurs, aurait été fort étonnant; aussi, j\u2019en fais moins un reproche qu\u2019une simple constatation.De ces deux jours de débat je voudrais essayer de dissiper ici certaines imprécisions, obscurités et confusions, en présentant sous forme de propositions quelques éclaircissements concernant d\u2019abord le patriotisme en général, puis la patrie des Canadiens français, enfin le patriotisme canadien-français lui-même.I.\u2014 PROPOSITIONS SUR LE PATRIOTISME EN GÉNÉRAL Pour être fructueuse, toute discussion publique sur un objet précis doit commencer, non seulement par être rationnelle, mais par se faire et se maintenir à l\u2019intérieur d\u2019un même système de pensée et d\u2019une même philosophie de l\u2019homme et de la vie; autrement, tout en employant les mêmes termes, les participants ne parleront pas le même langage et n\u2019arriveront pas à se comprendre.A Paris, il y a une dizaine d\u2019années, j\u2019assistai à une assemblée contradictoire entre communistes et catholiques sur le problème de la liberté; à aucun moment il n\u2019y eut je ne dis pas accord, mais seulement rencontre de pensée, car, dans le système marxiste, la liberté n\u2019a pas du tout le même sens qu\u2019elle a dans la philosophie chrétienne.En conséquence, pour discuter fructueusement du patriotisme, il y a certaines données théoriques et certains postulats à admettre, si l\u2019on ne veut pas battre inutilement la campagne.En voici quatre, qui me paraissent indispensables.1.\tLa théorie traditionnelle du patriotisme est à connaître et à retenir comme point de départ.\u2014 Il existe, sur le patriotisme, une théorie traditionnelle qui nous vient de la philosophia perennis et que l\u2019Église catholique a faite sienne.Cette théorie s\u2019intégre dans un système général de penser et d\u2019agir qui a marqué de son sceau le monde occidental et façonné tout particulièrement l\u2019intelligence canadienne-française.On ne met pas de côté une telle théorie pour la remplacer par sa conception propre sans s\u2019exposer, d\u2019une part, à ne pas être compris de l\u2019immense majorité de ses auditeurs canadiens-français et, d\u2019autre part, à côtoyer dangereusement d\u2019autres systèmes de pensée plus ou moins hostiles à la philosophie chrétienne, par exemple le marxisme.L\u2019essentiel, en l\u2019occurrence, n\u2019est pas que la théorie traditionnelle soit pratiquement efficace, mais qu\u2019elle soit vraie; il ne s\u2019agit pas de savoir si elle transforme le monde, mais si elle l\u2019explique bien tel qu\u2019il est, tout en indiquant ce qu\u2019il doit être.2.\tDans la théorie traditionnelle, le patriotisme est une vertu à contenu précis.\u2014 Il s\u2019agit d\u2019une vertu qui incline l\u2019homme à se considérer comme débiteur à l\u2019égard du milieu qui est au principe de sa génération et de son éducation.Ce milieu, c\u2019est la patrie; mais la piété patriotique ne l\u2019envisage que de ce seul point de vue générateur et éducateur, c\u2019est-à-dire, en somme, sous le rapport de père à fils.Dans ce milieu toutefois, qui est nécessairement un milieu social, d\u2019autres points de vue et d\u2019autres rapports existent, donc aussi d\u2019autres obligations et d\u2019autres vertus pour les hommes qui l\u2019habitent.On ne saurait, en conséquence, identifier au seul patriotisme ces autres obligations et vertus sans risque d\u2019engendrer de regrettables confusions et sans conduire la discussion dans une impasse.3.\tIl faut, en particulier, distinguer la justice légale de la piété patriotique.\u2014 Nous appartenons simultanément à une patrie et à une société politique, lesquelles peuvent soit concorder, soit diverger; mais nos obligations envers la première naissent d\u2019un fait: celui de la génération, tandis que c\u2019est un but recherché en commun qui fonde nos devoirs envers la seconde» Aussi relations patriotiques et relations sociétaires ne sont-elles pas gouvernées par les mêmes vertus et ne peuvent-elles pas s\u2019identifier les unes aux autres.La justice légale est tout entière tournée vers le bien commun à servir et à promouvoir; si elle peut ainsi, par l\u2019intermédiaire de la loi, commander à toutes les vertus, elle ne saurait en supprimer aucune.Quand donc on affirme qu\u2019elle l\u2019emporte en excellence sur la piété patriotique, il faut se garder de sous-entendre qu\u2019elle en est l\u2019adversaire, alors qu\u2019en réalité elle doit en favoriser l\u2019exercice.De plus, si théoriquement il est vrai de dire que le bien commun de la société politique universelle prime JUIN 1957 157 les biens communs des sociétés particulières, il n\u2019en reste pas moins vrai que, dans Vordre concret et réel, sont encore faibles et peu nombreux nos liens juridiques avec la société politique universelle, précisément parce que, d\u2019une part, cette dernière commence à peine à s\u2019organiser et que, d\u2019autre part, ce sont les sociétés particulières, c\u2019est-à-dire les États, qui ont encore la charge du bien commun universel.Il ne faudrait donc pas affirmer d\u2019une façon absolue l\u2019obligation pour chacun de devenir citoyen du monde, même au détriment des liens de citoyenneté et de piété qui le rattachent à son propre pays.4.Le patriotisme, tout comme les patries, se fonde sur des éléments divers, dont la réalisation n'est pas toujours complète ni harmonieuse.\u2014Toute patrie comporte d\u2019ordinaire un triple élément: territorial, national et politique.Là où ces trois éléments se marient harmonieusement, le patriotisme est simple et clair; mais là où ce mariage harmonieux n\u2019existe pas, le patriotisme devient complexe et difficile à définir.Il importe alors de suivre la réalité elle-même et de distinguer dans le patriotisme un triple aspect, selon qu\u2019il se rapporte à la terre, à la nation ou à l\u2019État.On parlera donc de patriotisme territorial, national et politique, en se rappelant toutefois que, si la terre et la nation sont, elles, des principes de génération, l\u2019État, lui, n\u2019est qu\u2019un principe de protection et d\u2019assistance, et donc réalise beaucoup moins que les deux premières la notion de patrie.II.\u2014 PROPOSITIONS SUR LA PATRIE DES CANADIENS FRANÇAIS Quand il est question du patriotisme canadien-français, rien ne démontre mieux le besoin de distinguer et de préciser que l\u2019insatisfaction profonde que nous laissent les formules trop absolues, par exemple, les suivantes: la patrie des Canadiens français, c\u2019est le Canada et le Canada tout entier, ou c\u2019est la province de Québec, ou encore c\u2019est le Canada français.Ces trois affirmations peuvent-elles être vraies en même temps, ou s\u2019excluent-elles mutuellement ?Si le Canada tout entier est vraiment une patrie pour les Canadiens français, comment expliquer la faiblesse du sentiment patriotique proprement canadien chez un si grand nombre d\u2019entre eux?Si la province de Québec est vraiment leur patrie, comment expliquer qu\u2019un million de Canadiens de langue française vivent loin d\u2019elle?Si c\u2019est enfin le Canada français qui est leur véritable patrie, comment pourraient-ils être pleinement satisfaits d\u2019une patrie qui ne possède ni individualité géographique ni personnalité politique complète?D\u2019où, en réponse à ces questions, ma première proposition, très générale d\u2019ailleurs.1.\tLe Canada, le Canada français et le Québec constituent, pour les Canadiens français, chacun une patrie, 158 mais en un sens analogue et non univoque.\u2014 Je veux dire par là qu\u2019il est légitime d\u2019appliquer le terme de patrie à ces trois milieux, à condition de ne pas oublier que chacun, tout en ressemblant aux deux autres, comporte un aspect différent et complémentaire.La patrie complète, je le rappelle, se compose de trois éléments: un territoire, une nation et un État, non pas simplement juxtaposés, mais accordés, intimement unis et pour ainsi dire mariés au cours d\u2019une longue et commune histoire.Il ne suffit pas, par conséquent, que ces trois éléments soient présents et remplissent, chacun de leur côté, leur rôle générateur et éducateur; il faut que le groupe humain qui en subit l\u2019influence en soit venu à les considérer comme son patrimoine propre, comme faisant en quelque sorte partie de lui-même, comme les causes de sa survie dans le temps et dans l\u2019espace.C\u2019est ce qui explique qu\u2019il soit si difficile de définir, d\u2019une façon précise et complète, la patrie des Canadiens français: non pas tant où elle est que ce qu\u2019elle est.Si grand que soit notre effort de pensée, la réalité extrêmement complexe nous échappe par quelque endroit, et cela parce qu\u2019elle se compose elle-même d\u2019éléments tronqués ou défectueux, ou encore insuffisamment accordés et unis les uns aux autres dans une histoire commune.Aussi faut-il se garder des affirmations globales et absolues en cette matière.2.\tLe Canada français constitue, pour les Canadiens français, une patrie nationale.\u2014 J\u2019entends par Canada français toute cette portion du territoire canadien habité par les groupes d\u2019expression française, de Terre-Neuve à la Colombie, de la frontière américaine au pôle Nord.Le Canada français existe, en somme, partout où, au Canada, la nation canadienne-française a pris racine, partout où s\u2019est opérée son union avec la terre canadienne.Pour les Canadiens français, il constitue une patrie réelle, mais incomplète: patrie, parce qu\u2019il est à la fois un milieu générateur et un bien patrimonial; incomplète, parce qu\u2019il lui manque l\u2019individualité territoriale et la personnalité politique.Comme c\u2019est l\u2019élément national qui lui fournit à la fois ses limites, sa substance et son unité, il forme bien une entité culturelle, mais non une entité géographique et politique nettement définie; voilà pourquoi il faut, à son sujet, parler de patrie nationale, de patrie avec un qualificatif, et non pas simplement de patrie tout court.3.\tLe Québec réalise, pour la majorité des Canadiens français, la plupart des conditions de la patrie, mais pas toutes.\u2014 Là, en effet, les trois éléments traditionnels: territoire, nation, État, non seulement affirment distinctement leur présence, mais forment un tout unifié par une longue histoire commune et constituent à la fois un milieu générateur et un bien patrimonial.Foyer héréditaire de la nation canadienne-française, le Québec réalise donc à l\u2019égard de cette dernière, RELATIONS plus que n\u2019importe quel autre milieu, les conditions mêmes de la patrie.Et cependant, même dans son cas, la réalisation n\u2019est pas totale, et cela pour une double raison, l\u2019une tirée de l\u2019élément national, l\u2019autre, de l\u2019élément politique.La nation canadienne-française, je la comparerais volontiers à un immense oiseau qui aurait fait son nid en terre canadienne, mais dont le corps et la tête seraient dans la province de Québec, et les ailes cependant s\u2019étendraient aujourd\u2019hui, à l\u2019est et à l\u2019ouest, sur tout le Canada.Le nid historique se situe toujours au Québec, mais les ailes de l\u2019oiseau l\u2019ont depuis longtemps dépassé et s\u2019en écartent de plus en plus.En d\u2019autres termes, même s\u2019il en est le centre, le cœur et la tête, le Québec ne peut plus s\u2019identifier au Canada français tout entier; s\u2019il réalise, plus que n\u2019importe quel autre milieu, les conditions de la patrie, ce n\u2019est que pour la majorité des Canadiens français qu\u2019il en est ainsi.Pour un million d\u2019entre eux, le Québec n\u2019est ni la patrie territoriale, ni la patrie politique, mais uniquement le centre même de la patrie nationale.De plus, l\u2019élément politique, non seulement demeure, de droit, étranger au million de Canadiens français vivant hors des frontières québécoises, mais même pour les Franco-Québécois il ne peut jouer qu\u2019un rôle partiel.La constitution canadienne, en effet, partage l\u2019exercice des pouvoirs politiques entre deux ordres de gouvernement, l\u2019un fédéral, l\u2019autre provincial, ayant chacun leur sphère d\u2019action et leurs compétences nettement déterminées.L\u2019ordre politique québécois existe, a son excellence propre, mais il est incomplet.Ainsi en est-il de la patrie québécoise.C\u2019est une patrie, pourrait-on dire, nécessairement ouverte: tant du point de vue national que du point de vue politique, il lui faut regarder à l\u2019extérieur pour y trouver son achèvement et sa plénitude.4.Le Canada tout entier, pour les Canadiens français, n'est encore qu'une patrie politique.\u2014 J\u2019entends par Canada tout entier ce vaste ensemble territorial, social et politique qui forme le pays canadien; j\u2019y inclus donc le Canada anglais aussi bien que le Canada français, le gouvernement central aussi bien que les dix gouvernements provinciaux.En quel sens ce vaste ensemble peut-il être dit patrie pour les Canadiens français?Sans doute leur fournit-il un gîte, un gouvernement et une citoyenneté; mais est-il davantage pour eux, est-il vraiment un principe d\u2019être, un milieu procréateur et éducateur, en même temps qu\u2019un bien patrimonial ?A cette question, il faut bien répondre que le milieu canadien, comme tel, pris dans son ensemble, ne possède qu\u2019une faible puissance de génération, et cela parce qu\u2019il lui manque à la fois l\u2019unité qui ferait sa force et l\u2019originalité qui rendrait son influence distinctive.Son unité, quoi qu\u2019on en dise, est d\u2019ordre non pas national, mais politique.C\u2019est une maison à double JUIN 1957 È*W* vichy 3S Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d\u2019autres vous astreindre à un régime \"triste\"?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bien connue et ses propriétés diurétiques contribuent à stimuler les multiples fonctions du foie et des reins et exercent un effet des plus salutaires sur le système digestif en général.Demander l'avis de votre médecin.P*
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