Relations, 1 avril 1958, Avril
[" .Avril 1958 MONTRÉAL R» 208 Autour de la gratuité scolaire Marcel MARCOTTE Cas pratiques de morale électorale Maurice LAMARCHE Face aux techniques Luigi d\u2019APOLLONIA Les octrois statutaires, une injustice ?Albert PLANTE Sur trois spectacles ¦¦¦¦¦¦¦ Georges-Henri d'AuteuH La conférence canadienne sur l'éducation ¦\t¦\t¦\t¦ Louis Laurendeau Le tyrannicide, les Jésuites et M.Pierre-E.Trudeau f Alexandre Dugré, S.J.¦ La « grève » des étudiants universitaires REVUE DU MOIS 2 SOMMAIRE Avril 1958 Éditoriaux .\t85 Un document historique sur la moralité publique.\u2014 Veut-on favoriser les abus alcooliques?\u2014 La première école de Ville-Marie.\u2014 La « grève » des étudiants universitaires.Articles Autour de la gratuité scolaire.Marcel Marcotte 87 Les octrois statutaires, une injustice?.Albert Plante 90 C as PR ATI ques de mor ale éle ctor ale .Maurice Lamarche 92 Face aux techniques.Luigi d\u2019Apollonia 95 La voix de l'Église.98 Le Pape nous parle.\u2014 Pie XII enseigne: principaux textes récents.\u2014 Paroles épiscopales.Articles La conférence canadienne sur l\u2019éducation.Louis Laurendeau 100 Sur trois spectacles.Georges-Henri d\u2019Auteuil 102 Horizon international.Joseph Ledit 103 Au fil du mois .106 * Alexandre Dugrê, S.J.\u2014 Le tyrannicide, les Jésuites et M.Pierre-E.Trudeau.\u2014 « Organisation professionnelle et corporatisme ».\u2014 « Welfare Economies ».\u2014 Le mémoire des unions ouvrières sur l\u2019éducation.\u2014 Témoignage ?Accusation ?S.O.S.?Les livres .109 J^elationâ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit.Collaborateurs : Joseph-P.Archambault, Émile Bouvier, Émile Gervais, Gérard Hébert, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Albert Plante MONTRÉAL PARIS MONTRÉAL $480*° seulement -fiifter?/tarffner CLASSE ECONOMIQUE À PARTIR DU 1er AVRIL Sous réserve d\u2019homologations gouvernementales AIR FRANCE pluà grand réôeau.du monde Consultez votre agent de voyages, de chemin de fer ou le bureau d'Air France le plus proche.1020 rue Ste-Catherine ouest, Montréal UN.6-7643 Prix de l\u2019abonnement î $4.00 par année.Hors du Canada : $5.00 Abonnement de soutien : $5.00 \u2022 8100, boul.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tel.: DUpont 7-2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XVIII ® année N° 208 Avril 1958 Montreal S-ditotiaux.Un document historique sur la moralité publique T3ÉPONDANT à l\u2019invitation de S.Ém.le cardi-^ nal Léger, archevêque de Montréal, les chefs des principales confessions religieuses de la métropole se réunirent, le 27 février dernier, pour signer une déclaration par laquelle ils proclamèrent leur commune détermination de collaborer à la lutte pour la moralité publique.En voici le paragraphe le plus significatif: Nous, les dirigeants des différents groupements religieux de Montréal: catholiques, protestants, anglicans, orthodoxes et juifs, désirons nous unir pour dénoncer les activités de tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, coopèrent à la littérature immorale et séductrice, sous quelque forme qu\u2019elle apparaisse, et qui prêtent leur concours à des spectacles déshonnêtes ou à tout autre mode de description ou de diffusion de nature à inciter au mal.Document historique, en vérité.C\u2019est la première fois au Québec et probablement au Canada que les chefs des groupements religieux adhèrent de façon aussi officielle à une déclaration conjointe touchant une question de morale.Le succès de cette fructueuse collaboration a sans doute exigé beaucoup de démarches fort délicates; il révèle surtout l\u2019inquiétude profonde qu\u2019inspire aux autorités religieuses de Montréal le débordement de l\u2019immoralité, dont la fange souille les âmes et corrode les fondements de toute vie spirituelle.Il est moins que jamais permis de soupçonner les moralistes catholiques de jansénisme, de pharisaïsme ou d\u2019étroitesse de vues: protestants, orthodoxes et juifs tiennent le même langage, réclament le même nettoyage des places publiques, le même assainissement de la presse et des journaux.Devant cette unanimité, le législateur n'a plus d\u2019excuse à invoquer pour retarder l\u2019adoption des mesures légales qui s\u2019imposent.Indifférents aux exigences de la loi naturelle et sourds aux dénonciations religieuses, certains éditeurs et distributeurs de feuilles à scandales protestent de la légalité de leur commerce et menacent de poursuites judiciaires quiconque prétend s\u2019opposer à la vente de leurs poisons.S\u2019il est vrai que la législation actuelle, même rigou- reusement appliquée, ne peut suffire à mater l\u2019impudence des corrupteurs, qu\u2019on la précise davantage, et qu\u2019on en finisse au plus tôt avec l\u2019audace des marchands d\u2019obscénité, que le cardinal a stigmatisés comme des pécheurs publics.Nous savons que l\u2019autorité religieuse du diocèse ne lâchera pas la partie.Il importe que les fidèles soutiennent leurs chefs jusqu\u2019au triomphe définitif.Veut-on favoriser les abus alcooliques ?T^\\ES VOIX intéressées, depuis celle des simples te-nanciers jusqu\u2019à celle de l\u2019Association du Tourisme, répètent qu\u2019une rigoureuse application de la loi relative à la vente des boissons alcooliques (dite, dans le jargon officiel, loi des liqueurs) ne saurait que nuire au commerce et aux affaires.D\u2019autres assurent que la rigueur qu\u2019on semble apporter actuellement à faire observer la loi n\u2019est qu\u2019une manœuvre pour obtenir, à la suite d\u2019une bruyante campagne de protestations de la part des profiteurs du commerce alcoolique, un élargissement à la teneur présente de la loi.Que pareille rumeur soit vraie ou fausse, il faut que l\u2019opinion publique continue à manifester en faveur de la stricte observance des lois actuelles.L\u2019alcoolisme opère chez nous trop de ravages, il engendre trop de misères pour que des hommes publics soucieux du bien de la jeunesse, de la famille et de la société envisagent seulement la possibilité d\u2019en multiplier encore les méfaits.Pour se raffermir dans leurs positions, les citoyens honnêtes n\u2019ont qu\u2019à écouter une voix désintéressée, celle de S.Ém.le cardinal Léger.Au cours du magistral sermon qu\u2019il prononça dans l\u2019église Saint-Henri, à l\u2019occasion du soixante-quinzième anniversaire des Ligues du Sacré-Cœur, l\u2019archevêque de Montréal s\u2019est élevé avec force contre tout élargissement de la présente loi.Déjà trop d\u2019argent est dépensé pour satisfaire les basses passions de l\u2019ivrognerie et de la luxure.Ce que la loi permet en ce moment est.un maximum de tolérance.Ceux qui préco- AVRIL 1958 85 nisent un élargissement de la discipline actuelle veulent tout simplement favoriser des intérêts sordides.Il est permis de voir là une réplique à certains propos inconsidérés de personnages publics à qui leurs fonctions commandent plus de prudence.Chose certaine, la voix du cardinal mérite de la part de tous plus d\u2019attention que celle des brasseurs, distillateurs et taver-niers.La première école de Ville-Marie LE 30 AVRIL marquera le troisième centenaire de J l\u2019enseignement à Montréal.C\u2019est en 1658 que Marguerite Bourgeoys y ouvrit la première école.Dans une étable de pierre, branlante et glacée parmi les souches, se réunirent les premiers écoliers: Jeanne et Françoise Loisel, Jean et Nicolas Desroches, Adrienne Barbier, Jean Leduc et Catherine Daubigeon.Sœur Bourgeoys n\u2019avait pas attendu d\u2019avoir accès à l\u2019étable pour commencer la besogne.Depuis quatre ans, elle instruisait les enfants à domicile.L\u2019expérience acquise à Troyes, sa ville natale, lui profitait.Rares sont les enfants initiés à l\u2019art de penser et de vivre par une éducatrice de cette compétence et de cette vertu.Bien sûr, à cette époque, l\u2019instruction se résumait aux connaissances essentielles: religion, grammaire, calcul.L\u2019éducation, elle, ne préparait à rien de moins qu\u2019à l\u2019héroïsme.Celle qui inaugura les premiers foyers d\u2019humanisme chrétien à Montréal possédait le génie de l\u2019adaptation et de la ténacité.On n\u2019a qu\u2019à ouvrir les yeux pour en constater les fruits.Durant trois cents ans, des maisons d\u2019enseignement se sont fondées au rythme de l\u2019expansion de la cité mariale.De l\u2019étable de la rue Saint-Paul au Collège Marguerite-Bourgeoys et à l\u2019Institut pédagogique, sans parler des centaines d\u2019autres écoles de filles, relevant ou non de la Congrégation de Notre-Dame, \u2014 écoles artisanales et familiales, secondaires et normales, collèges et facultés universitaires, \u2014 le progrès réalisé est immense et se rattache à la fondation d\u2019il y a trois cents ans.On sait quelle dévotion inspira notre bienheureuse.Depuis le sourire miraculeux qu\u2019une statue de la Vierge fit à Marguerite, le 7 octobre 1640, la mère des petites écoles de Ville-Marie voulut non seulement imiter elle-même les vertus de Notre Dame, mais en proposer aux autres l\u2019aimable séduction.Fidèles à cet exemple, les religieuses de sa congrégation ont propagé dans leurs institutions d\u2019enseignement le culte de Marie, surtout sous le beau vocable de Notre-Dame des Écoles.Cette dévotion a pris une telle envergure qu\u2019elle rayonne aujourd\u2019hui sur presque tout l\u2019univers catholique.Le 30 avril prochain, en même temps qu\u2019on fêtera le troisième centenaire de la première école de Ville-Marie, S.Ém.le cardinal Léger, avec l\u2019autorisation spéciale du Saint Père, couronnera la statue de Notre-Dame des Écoles.Il convient d\u2019attirer l\u2019attention des parents et des maîtres sur cet événement, tant par reconnaissance pour l\u2019œuvre de Mère Bourgeoys et de ses filles que par souci d\u2019honorer l\u2019intercession de la Vierge, Reine de la Sagesse, dans l\u2019instruction et l\u2019éducation des enfants de chez nous.La « grève » des étudiants universitaires Tj'LLE PEUT se comparer au champ de la parabole évangélique: du bon grain et de l\u2019ivraie y ont été simultanément semés et y ont poussé tellement entremêlés qu\u2019il n\u2019est plus facile maintenant de les distinguer, ni surtout d\u2019en arracher l\u2019ivraie sans du même coup nuire au froment.Suivons l\u2019ordre chronologique des événements.1.\tLe mémoire des étudiants.\u2014 Les étudiants ont préparé, sur leur condition actuelle, un mémoire sérieux, bien documenté, d\u2019un ton modéré et qui se borne aux questions qui les touchent.Personne ne peut leur faire grief de s\u2019intéresser à leurs problèmes, ni d\u2019avoir pris l\u2019initiative de les exposer dans un mémoire public, ni de les avoir soumis au gouvernement provincial.On n\u2019est pas obligé d\u2019admettre comme opportune et définitive chacune des solutions que suggère leur mémoire; mais on aurait tort de nier l\u2019urgence des problèmes sur lesquels il insiste: nécessité d\u2019une aide aux universités qui soit à la fois généreuse et stable, besoin d\u2019assistance financière à un nombre croissant d\u2019étudiants parvenus au niveau universitaire, etc.2.\tU attitude du premier ministre.\u2014 Les étudiants ont écrit trois lettres au chef du gouvernement provincial pour lui demander une entrevue et lui remettre officiellement leur mémoire.Ils ont reçu deux réponses, identiques l\u2019une à l\u2019autre, qui se résument à ceci: votre mémoire est complet par lui-même, « nous allons l\u2019étudier avec un soin particulier ».Ces réponses, les étudiants les ont jugées insuffisantes: ils tenaient à saisir l\u2019opinion publique de leurs problèmes et considéraient, semble-t-il, l\u2019entrevue demandée comme un excellent moyen de propagande en faveur de leur cause.Des raisons personnelles de ne pas se rendre à leur demande, le premier ministre pouvait en avoir; mais du point de vue démocratique, son attitude demeure difficilement défendable; du point de vue politique, elle est fort peu rentable, et surtout, dans l\u2019état actuel d\u2019échauffement des esprits à propos de tout ce qui concerne l\u2019éducation, elle fournit un prétexte valable à tous ceux qui \u2014 étudiants ou non \u2014 favorisent une campagne d\u2019agitation allant jusqu\u2019à la grève inclusivement, en vue de presser la solution des angoissants problèmes universitaires.3.\tLa « grève » elle-même.\u2014 Elle a été votée et appliquée dans cinq des six universités du Québec, 86 RELATIONS n\u2019a duré qu\u2019une journée à Montréal, et s\u2019est déroulée partout dans le calme et dans l\u2019ordre, ne donnant lieu qu\u2019à des incidents mineurs.Une question seulement à son sujet: a-t-elle été vraiment utile et efficace?En réponse, il faut, de toute nécessité, distinguer un double objectif: celui de frapper l\u2019opinion publique et celui de faire marcher le gouvernement.Le premier objectif paraît avoir été atteint, mais en partie seulement: l\u2019opinion publique sait maintenant que de graves et urgents problèmes se posent dans le monde universitaire; mais il reste à l\u2019incliner définitivement dans le sens des recommandations précises des étudiants.Quant au second objectif poursuivi: faire marcher le gouvernement, il demeure aussi lointain que jamais, et la « grève » sur ce point n\u2019a encore rien obtenu.Dans leur mise en garde, les trois recteurs des universités canadiennes-françaises \u2014 bien placés pour juger de la conduite à tenir à l\u2019égard du gouvernement \u2014 avaient prédit aux étudiants que leur geste risquait de leur aliéner l\u2019intérêt bienveillant du public, l\u2019un de ces recteurs allant même jusqu\u2019à qualifier ce geste d\u2019inefficace, d\u2019inutile et de dangereux pour les universités et pour les étudiants eux-mêmes.Une circonstance, en outre, a certainement contribué à augmenter l\u2019hostilité gouvernementale à l\u2019égard des méthodes de pression du monde étudiant: la présence et l\u2019activité, surtout à Montréal, d\u2019adversaires notoires du régime politique actuel pendant la journée de la « grève ».Cette journée est terminée, mais les problèmes demeurent sur lesquels elle a attiré l\u2019attention du public.Par deux textes différents (« Les octrois statutaires, une injustice ?» et « Autour de la gratuité scolaire »), nous y revenons avec insistance dans le présent numéro.Il nous semble que, dans les circonstances actuelles, n\u2019importe quel gouvernement ne ferait que son devoir en élaborant une politique dynamique qui donnerait aux intérêts de l\u2019éducation la primauté sur toute autre considération.Autour de la gratuité scolaire Marcel MARCOTTE, S.J.T A QUESTION de la gratuité scolaire est dans l\u2019air.:\tConfinée tout d\u2019abord à des cercles restreints et un peu ésotériques, la discussion a pris de l\u2019ampleur et, grâce à la complicité des grands moyens d\u2019information, s\u2019est étendue de proche en proche, par ondes concentriques, jusqu\u2019au grand public qu\u2019elle vise à émouvoir.La « grève » des étudiants, encore toute fraîche, a marqué la reprise en fanfare, pour l\u2019oreille de la foule, du thème litigieux qu\u2019un orchestre invisible, jusqu\u2019à ce moment, répétait en sourdine au bénéfice de quelques initiés.Tout porte à croire qu\u2019il ne s\u2019agit encore que d\u2019un prélude; le plus fort reste à venir.Aussi bien, les questions scolaires, en tout temps et en tous pays, ont accoutumé de faire monter les fièvres philosophiques et politiques jusqu\u2019à la température de l\u2019intérêt passionné.C\u2019est normal.La quantité et la qualité de l\u2019enseignement, à tous les niveaux, commandent, en grande partie, l\u2019avenir des peuples.Il est normal que les peuples s\u2019y intéressent.On cherche à nous occuper pour l\u2019instant de la diffusion de l\u2019enseignement supérieur.C\u2019est un fait, dit-on, que la carence de moyens financiers constitue un obstacle majeur, pratiquement insurmontable, pour la jeunesse des milieux populaires, aux études universitaires et aux carrières qui en dépendent.Le Prêt d\u2019honneur, les bourses d\u2019études, les initiatives privées, Professeur à l\u2019Institut supérieur de Sciences religieuses et à la Faculté de Médecine de V Université de Montréal, le P.Marcotte nous livre son point de vue sur l'une des questions les plus discutées de l'heure présente.les interventions timides des gouvernants ne sont que des palliatifs.Nous devons tendre vers un système d\u2019enseignement vraiment démocratique, qui donne à tous nos jeunes l\u2019égalité de chances au point de départ, sans égard à leur milieu social et à leur état de fortune.Il y a chez nous trop de « Mozarts assassinés », trop de jeunes gens et de jeunes filles d\u2019élite qui n\u2019iront jamais jusqu\u2019au bout de leur talent, faute de ressources suffisantes pour fréquenter les grandes écoles et décrocher les diplômes requis.Au reste, les fils de famille, les étudiants nantis, dans le Québec, sont rares.Notre jeunesse étudiante, dans l\u2019ensemble, n\u2019est pas assez dégagée des contraintes matérielles qui pèsent sur elle pour vaquer en paix à la préparation studieuse de l\u2019avenir.Pareille situation, compte tenu des postulats fondamentaux de la démocratie et des nécessités particulières auxquelles la communauté canadienne-fran-çaise est affrontée, constitue un déni de justice et une dangereuse anomalie.Elle n\u2019a déjà que trop duré; il est temps d\u2019en sortir.Et pour en sortir, il n\u2019y a qu\u2019une issue: la gratuité scolaire sur toute la ligne.Voilà des pensées généreuses.Faut-il s\u2019étonner que la jeunesse de nos universités, à l\u2019âge héroïque, y ait souscrit d\u2019enthousiasme, au pied levé pour ainsi dire, sans réserve ni restriction?Non point par souci du présent qu\u2019elle juge pour elle définitivement compromis, mais pour l\u2019amour des générations futures dont elle se sent déjà obscurément solidaire.Ce désintéressement est admirable.AVRIL 1958 87 La réaction populaire Reste à savoir dans quelle mesure, parmi le peuple bruyamment appelé à la rescousse, il est effectivement admiré.On a voulu émouvoir l\u2019opinion publique: l\u2019opinion publique a-t-elle été vraiment et durablement émue?Avant l\u2019événement, en haut lieu, on avait cru bon d\u2019en douter.Après l\u2019événement, on peut affirmer, je pense, que ces doutes étaient fondés.Quelques sondages, du moins, donnent à croire que, dans l\u2019esprit d\u2019un grand nombre, toute cette réclame autour de la gratuité scolaire constitue une sorte de plaidoyer pro domo, une apologie sonore de la misère étudiante, qui n\u2019a rien de bien nouveau ni de très touchant.Tel n\u2019est pas le cas, nous l\u2019avons dit.Mais le peuple, mal informé et pris en quelque sorte par surprise, n\u2019est peut-être pas loin de le penser; il hésite à s\u2019apitoyer et ne marque, à tout prendre, qu\u2019un intérêt médiocre à ceux qui, à cor et à cris, proclament la bonne nouvelle et s\u2019évertuent, d\u2019un cœur sincère, à le rédimer.Ce que le peuple ne comprend guère, \u2014 ce que, dans l\u2019actuel contexte psychologique et sociologique, il n\u2019est pas près de comprendre, \u2014 c\u2019est qu\u2019au procès qui vient de s\u2019ouvrir, il est à la fois juge et partie: juge, parce qu\u2019on en appelle à l\u2019opinion publique, partie, parce que c\u2019est pour lui, en définitive, qu\u2019on mène cette bataille.Pour lui ?Il voudrait en être plus sûr.S\u2019il s\u2019agissait de gratuité scolaire au niveau de l\u2019enseignement primaire, \u2014 qu\u2019on parlât, par exemple, où elle existe, de la supprimer, \u2014 il comprendrait tout de suite et se jetterait de tout son poids dans le débat.Car l\u2019enseignement primaire étant pour le bénéfice de tous, il est normal et juste que tous en fassent les frais.Mais au niveau de l\u2019université, la question de la gratuité de l\u2019enseignement, au regard de l\u2019opinion, ne se pose plus tout à fait dans les mêmes termes.Car il s\u2019agit, cette fois, d\u2019obtenir la contribution et le sacrifice de tous pour le bénéfice d\u2019un petit nombre.Le sort du peuple, bien sûr, est étroitement lié au sort de l\u2019élite.Mais le peuple en est-il convaincu ?Cette élite travaillera-t-elle pour lui ou contre lui ?Voilà ce que sans doute il voudra savoir.Jusqu\u2019ici, lui dit-on, l\u2019accès aux études et aux carrières supérieures fut réservé en droit, sinon en fait, aux privilégiés de la fortune.Les autres, qui se sont hissés malgré tout jusqu\u2019au faîte, n\u2019y ont réussi qu\u2019à la force de leurs bras, à la sueur de leur visage.Mais avec l\u2019avènement de la gratuité scolaire, voyez! le tableau change.L\u2019ascension culturelle, économique et sociale n\u2019est plus attachée à l\u2019argent, mais au talent.Aux plus hauts échelons de la hiérarchie, il y aura peut-être vos fils! Le peuple risque de rester là-dessus un peu sceptique.Quelque obscure sagesse l\u2019avertit qu\u2019il ne suffit pas, pour attirer jeunes gens et jeunes filles des classes populaires vers l\u2019université, de leur offrir un enseignement gratuit.Il y a tant et tant d\u2019autres conditions à réaliser! Par delà l\u2019émancipation économique et sociale des gagne-petit, elles tiennent toutes dans ce qu\u2019on pourrait appeler la promotion culturelle de la masse, qui est loin d\u2019être accomplie.Pour avoir accès aux études supérieures, il ne suffit pas d\u2019avoir son minerval en poche: il est surtout nécessaire d\u2019en concevoir le goût, le désir efficace, la vocation; il faut avoir reçu la visite de l\u2019ange.Le peuple, d\u2019autre part, voudra peut-être apprendre ce que la gratuité scolaire, à brève échéance, a chance de lui rapporter.Dans un certain sens, il n\u2019est pas faux de dire que la gratuité est un leurre.Qu\u2019il s\u2019agisse de la voirie, des égouts ou de la construction des écoles, c\u2019est toujours le peuple qui pourvoit à la dépense.Mais quand il paie pour l\u2019aqueduc, il y a de l\u2019eau dans le robinet de la cuisine; quand il paie pour les écoles, il y envoie ses fils et ses filles.On lui dit qu\u2019il les enverra désormais au collège et à l\u2019université.Il hésite à le croire.Et, en attendant, il a droit de se demander si le passage d\u2019une aristocratie de la fortune à une aristocratie du talent lui fera gagner, à lui, quelque chose.Car, enfin, cette élite nouvelle, issue en grande partie des couches populaires, quel usage fera-t-elle des puissances que le sacrifice de tous lui aura conférées ?Seront-elles mises au service de la communauté ou resteront-elles, entre les mains d\u2019un nombre accru de privilégiés, des moyens d\u2019affirmation personnelle, des instruments de réussite privée ?Au regard de l\u2019opinion, le problème est là, je veux dire dans la difficulté que le peuple éprouvera toujours à concilier l\u2019idée qu\u2019il se fait des carrières libérales et des professions avec celle d\u2019une gratuité scolaire dont on voudrait qu\u2019il fît lui-même les frais.Le bifteck du dimanche, sur la table familiale, l\u2019ouvrier l\u2019a gagné par son travail de la semaine.C\u2019est un privilège: il consent à y mettre le prix.Une carrière d\u2019avocat, de médecin, d\u2019ingénieur, c\u2019est, comme le bifteck du dimanche, un privilège: il faut le payer ou s\u2019en passer! Je sais tout ce que ce raisonnement a d\u2019étriqué et de fautif.Car si le médecin, l\u2019avocat, l\u2019ingénieur détiennent un privilège, ils l\u2019exercent, bon gré mal gré, dans l\u2019intérêt de la communauté.Mais la communauté est-elle actuellement disposée à l\u2019admettre?Mise en demeure d\u2019opter en faveur de la gratuité de l\u2019enseignement supérieur, ne se croirait-elle pas justifiée d\u2019exiger des bénéficiaires de ses dons une reconnaissance plus explicite, une consécration plus totale au bien commun ?La socialisation des professions Voilà pourquoi, à notre avis, le problème de la gratuité scolaire généralisée en pose un autre, beaucoup plus grave et plus fondamental, où se trouvent engagées à la fois nos vues traditionnelles sur le rôle des professions et la conception même que nous nous faisons des rapports entre la personne et la société.88 RELATIONS En Russie soviétique et dans les pays socialistes, l\u2019enseignement est gratuit à tous les niveaux.La logique l\u2019exige.Car dans un système économico-social où les personnes sont vouées, de gré ou de force, au bien commun de l\u2019État, les privilèges acquis par les individus profitant d\u2019abord à la communauté, celle-ci a tout intérêt à les leur procurer.Mais en dedans d\u2019un système comme le nôtre, assez farouchement individualiste et où, par tradition, par atavisme et dans l\u2019intention des individus, les privilèges sont recherchés et exercés d\u2019abord au bénéfice de ceux qui les possèdent, la gratuité scolaire appelle une refonte des idées et des mœurs, peut-être même des institutions, qui, sous ses formes extrêmes, n\u2019est certes pas désirable et, sous ses formes bénignes, ne paraît pas actuellement désirée.Ainsi, par exemple, ceux qu\u2019on nomme chez nous les « professionnels » ont-ils prouvé au peuple, à qui l\u2019on demanderait de prendre leurs successeurs en charge, qu\u2019ils sont voués corps et âme au bien commun ?Et les étudiants, présents et futurs, pour qui l\u2019on réclame, ou qui réclament eux-mêmes la gratuité de l\u2019enseignement, seront-ils disposés, au temps voulu, à faire le sacrifice de leur liberté et de leur intérêt propres dans la proportion accrue des obligations qu\u2019ils auront contractées envers le public?Car il faut être logique.A un mode social de financement des études professionnelles doit correspondre un mode social, ou plus social, de l\u2019exercice des professions.« Ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement ! » Non pas que la gratuité scolaire suppose le socialisme ou le crée: tout au plus peut-on dire qu\u2019elle en est un fruit naturel.Non pas même qu\u2019elle doive entraîner fatalement la socialisation des professions: elle en renferme plutôt l\u2019amorce et la menace.Il faut admettre, en tout cas, qu\u2019entre la conception libérale de la vie professionnelle en vigueur chez nous et les implications sociales de la gratuité scolaire, il y a matière à conflit.Tant que ce conflit n\u2019aura pas été résolu et dépassé, l\u2019opinion publique ne réagira guère ou réagira mal aux propos qu\u2019on tient et aux gestes qu\u2019on pose pour la remuer.Et les gouvernants eux-mêmes, quels qu\u2019ils soient, auront pour l\u2019inertie qu\u2019on leur reproche des excuses faciles et des pardons à bon marché.En démocratie, le peuple est roi; tôt ou tard, sa volonté triomphe, à condition d\u2019être unanime et clairement exprimée.A propos de la gratuité scolaire, l\u2019unanimité n\u2019est pas faite, et l\u2019opinion reste encore trop confuse pour forcer la main à nos gouvernants.Pourquoi donneraient-ils au peuple ce que le peuple, selon toute apparence, ne désire guère et n\u2019est pas même en mesure ni en situation de désirer beaucoup ?Les conditions de réalisation C\u2019est dire qu\u2019à notre avis, le problème de la diffusion de l\u2019enseignement supérieur dans le Québec n\u2019est AVRIL 1958 pas tant un problème d\u2019argent qu\u2019un problème d\u2019éducation.La gratuité scolaire généralisée, dans une société démocratique, peut apparaître comme un idéal.Mais on n\u2019y peut accéder sans péril que moyennant une conversion radicale des esprits et des mœurs, un retournement complet de toutes les habitudes de penser, de sentir, d\u2019aimer, de servir.Conversion de la masse, qui a besoin de reprendre confiance dans son élite.Conversion de l\u2019élite, qui a besoin de resserrer ses liens de solidarité avec la masse.Conversion, enfin, des responsables du bien commun, à qui la tâche incombe d\u2019utiliser au maximum et de transformer au besoin les institutions existantes, pour que la réalité, progressivement, tende à se rapprocher de la norme idéale.Il nous plaît de reconnaître que même les plus ardents promoteurs de la gratuité de l\u2019enseignement ne songent pas sérieusement à la faire entrer tout de suite dans les faits.C\u2019est sagesse.Car outre les résistances qu\u2019une hâte inconsidérée ne manquerait pas de susciter, il faut admettre que sa mise en œuvre abrupte et intégrale risquerait de s\u2019ajuster fort mal aux conditions actuelles et à la physionomie particulière de notre milieu.Plutôt que de s\u2019acharner à réclamer l\u2019impossible, il faut viser, je pense, à obtenir pour la gratuité scolaire une approbation de principe, en remettant à plus tard d\u2019en fixer peu à peu, par approximations successives, les modalités concrètes et les adaptations nécessaires.Les empressés là-dessus nous reprocheront notre tiédeur.La tentation est forte de confondre la pétulance avec le zèle et la prudence avec l\u2019apathie.Mais la vie a coutume de préférer aux fougueux les persévérants.La réforme de l\u2019enseignement chez nous ne peut être qu\u2019une œuvre de patience et de fidélité.Le corps social est un vivant.Mais on n\u2019applique pas du dehors à la vie quelque forme artificielle et abstraite en exigeant d\u2019elle qu\u2019elle se modifie pour s\u2019y adapter.Dans le vivant, toute forme nouvelle doit être évoquée d\u2019abord du dedans, à charge pour la théorie de se rendre assez souple pour coïncider avec le réel.Celui qui désire commander à la vie, il doit consentir d\u2019abord à lui obéir.Obéissance active, qui n\u2019exclut ni le courage, ni l\u2019audace, ni l\u2019esprit d\u2019invention.Car s\u2019il importe de ne point faire violence à la vie, il reste quand même nécessaire de l\u2019interroger avec une curiosité passionnée, de l\u2019éperonner au besoin et, quand elle paraît hésiter ou piétiner sur place, de la reprendre en mains avec vigueur pour qu\u2019elle aille jusqu\u2019au bout de son élan.Un jour, sans doute, au pays de Québec, les temps seront mûrs, et cette gratuité scolaire que les meilleurs, les plus désintéressés et les plus impatients d\u2019entre nous étaient allés, trop tôt, quérir au loin, nous la trouverons, comme dit le Sage, couchée à notre porte.Et souriant à nos anciens tourments, nous parlerons d\u2019autre chose.89 LES OCTROIS STATUTAIRES, UNE INJUSTICE ?Albert PLANTE, S.J.IA CONFÉRENCE PROVINCIALE sur l\u2019éducation, qui eut lieu à l\u2019Université de Montréal, au début de fé-vrier, fut, malgré certaines imperfections, une réussite.Par le nombre des délégués et observateurs, le travail sérieux des commissions, la variété des échanges de vues.Il y eut bien quelques accrochages, quelques discussions trop rapides sur des problèmes difficiles.Doit-on tant s\u2019en scandaliser?Une assemblée délibérante qui compte un grand nombre de participants et qui porte sur un sujet aussi vaste que l\u2019éducation est exposée à sentir des courants contraires.Il faut espérer que la conférence aura un lendemain.Les octrois statutaires, une idée ancienne Je m\u2019étais joint à la commission du financement de l\u2019enseignement public: commissions scolaires et enseignement spécialisé.Comme les difficultés financières sont surtout le fait des commissions scolaires, il ne fut guère question de l\u2019enseignement spécialisé au cours des deux séances, suivies fidèlement et activement par de nombreux délégués \u2014 parmi lesquels se trouvaient plusieurs commissaires d\u2019écoles \u2014 et présidées avec tact par M.J.-L.Pagé, secrétaire du département de l\u2019Instruction publique.M.Auguste Scott, président de la Fédération des Commissions scolaires catholiques du Québec, fit l\u2019exposé qui amorça la discussion.Celle-ci examina à tour de rôle les cinq moyens proposés par M.Scott pour aider les finances scolaires: 1° une évaluation scientifique; 2° la généralisation de la taxe de vente; 3° des subventions du gouvernement représentant 70% de toutes les dépenses d\u2019administration; 4° la participation des industries aux taxes scolaires; 5° l\u2019exemption pour les commissions scolaires des taxes fédérales et provinciales.La question de l\u2019aide financière du gouvernement souleva une discussion longue et intéressante sur l\u2019opportunité et les modalités des subventions.On adopta finalement la résolution suivante, consignée au rapport de la commission: Sans nier la nécessité de subventions spéciales pour des besoins extraordinaires, cette commission propose que les subventions versées par l\u2019État provincial aux commissions scolaires pour fins d\u2019administration et de construction soient établies selon des principes statutaires dont les barèmes tiendront compte d\u2019un rôle d\u2019évaluation uniforme pour toute la province, des revenus locaux et du nombre d\u2019enfants d\u2019âge scolaire dans le territoire concerné.Il faut dire qu\u2019un autre passage du rapport de la commission sonnait différemment: .L\u2019un des participants note.que le problème de base dans la distribution des octrois, c\u2019est celui de la modalité selon laquelle ces octrois sont versés., et il insiste pour que la commission se prononce en faveur d'octrois statutaires selon les besoins réels.Un autre participant note alors que cet accroissement des subventions gouvernementales nous achemine vers la perte de l\u2019autonomie des commissions scolaires.De plus, opine un autre, le principe des octrois statutaires est un principe discutable, car ces octrois sont souvent injustes pour ceux dont le besoin est plus grand, tandis qu\u2019il accorde des revenus à des corporations qui en ont moins besoin.M.le président note qu\u2019environ 50% des subventions accordées pour l\u2019éducation le sont en vertu de règle- ments bien établis et très clairs.et qu\u2019on peut les considérer, d\u2019une certaine manière, comme des octrois statutaires.Un passage de ce texte laisse l\u2019impression que les octrois statutaires ont plus d\u2019inconvénients que d\u2019avantages, qu\u2019ils constituent même une injustice, car il y aurait danger que ce régime n\u2019assure trop d\u2019argent à certaines commissions scolaires et pas assez à d\u2019autres.En réalité, ce passage ne donne pas une idée complète de la discussion.A deux reprises, en effet, un participant avait insisté sur le fait que, là où ils existent, les octrois statutaires sont établis d\u2019après des barèmes qui s\u2019efforcent de tenir compte de la diversité des besoins.Pour les commissaires d\u2019écoles présents, la résolution citée plus haut n\u2019avait rien de nouveau.Lors du congrès du cinquième anniversaire de sa fondation, qui eut lieu à Québec en octobre 1952, la Fédération des Commissions scolaires avait adopté un vœu priant « respectueusement le gouvernement de la province de faire établir par le département de l\u2019Instruction publique un barème de distribution des octrois sur une base statutaire, conditionnée par les besoins des municipalités scolaires, tant pour la construction des écoles et les primes de traitement que pour toute autre subvention ».Si l\u2019on se reporte au commentaire des vœux de ce congrès (Relations, mars 1953, p.59), on constatera que la discussion avait amené les commissaires à affirmer catégoriquement que les octrois ne devaient jamais constituer une cause d\u2019empiétement sur l\u2019autonomie des commissions scolaires.La discussion avait même manifesté, ici ou là, une peur quasi excessive des subventions.Celles-ci peuvent être pour l\u2019État une façon de jouer son rôle de suppléance en matière d\u2019éducation.Mais pour jouer efficacement ce rôle, il importe que les modalités de distribution des octrois tiennent vraiment compte des exigences du bien commun.Ce qui n\u2019est pas le cas si l\u2019on multiplie les octrois discrétionnaires.Mais c\u2019est bien le cas si on a des octrois déterminés d\u2019après des règles précises.La Fédération des Commissions scolaires parla plus d\u2019une fois des octrois statutaires.Quatre des quatorze vœux de son congrès de Chicoutimi (1954) se rapportaient au problème financier.Le troisième de ces quatre vœux proposait de rendre statutaires les octrois pour la construction et la réparation des écoles; le quatrième faisait une proposition identique relativement aux octrois pour le transport des élèves.Cet important problème de la modalité des octrois, la Fédération le traita dans son mémoire à la Commission Tremblay: A notre avis, une très large part du malaise que l\u2019on commence à discerner un peu partout parmi les corporations scolaires au sujet des octrois gouvernementaux provient de ce fait qu\u2019une trop large part des subventions aux commissions scolaires repose.sur la discrétion du lieutenant-gouverneur en conseil.Sans doute existe-t-il des règlements qui confèrent à certains octrois un caractère plus ou moins statutaire, en particulier aux octrois concernant les salaires du personnel enseignant.Mais, dans l\u2019ensemble, il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer que la liberté laissée au lieutenant- 90 RELATIONS gouverneur en conseil de dépenser la proportion que nous avons indiquée des revenus du fonds d\u2019éducation est à peu près absolue.Il est fait allusion ici à l\u2019article 24 de la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation ».En vertu de cet article, le lieutenant-gouverneur en conseil peut autoriser le secrétaire de la province à puiser à même le fonds d\u2019éducation pour aider « toute corporation scolaire, maison d\u2019éducation et institution d\u2019enseignement ou de formation professionnelle », une fois que ce fonds a fourni les sommes nécessaires à la réorganisation financière des corporations scolaires en défaut.Vu l\u2019importance des sommes ainsi laissées à la discrétion du gouvernement, la Fédération suggérait dans son mémoire « l\u2019établissement de règlements officiels indiquant clairement et publiquement selon quelles normes précises et pour quelles fins déterminées les sommes provenant du fonds d\u2019éducation seront distribuées par l\u2019intermédiaire du département ».La solution de la Commission Tremblay La Commission Tremblay a proposé des considérations très intéressantes sur l\u2019enseignement et sur les finances municipales et scolaires.Si intéressantes qu\u2019il est regrettable qu\u2019elles n\u2019aient pas eu plus de publicité.D\u2019après elle, les principales sources de revenus des commissions scolaires sont ou pourraient être: 1° la taxe foncière; 2° une taxe provinciale de péréquation qui ferait participer l\u2019ensemble des commissions scolaires à la taxe foncière des grandes entreprises; 3° la participation soit à l\u2019impôt sur le revenu, soit à la taxe de vente, selon le genre de règlement fiscal qui interviendrait entre le gouvernement fédéral et les provinces, règlement fiscal que la Commission considère comme primordial dans la solution des problèmes financiers des provinces, des municipalités et des corporations scolaires.(Volume III, tome I, pp.184-185.) La Commission admet cependant qu\u2019on ne parviendrait pas à subvenir parfaitement aux besoins accrus de toutes les corporations scolaires même avec un régime fiscal mieux équilibré.D\u2019où la nécessité de subventions du gouvernement provincial.« Il y a lieu de prévoir un régime généralisé et généreux de subsides.» (Volume III, tome II, p.197.) La Commission donne des précisions: « Ces subsides s\u2019accordent d\u2019habitude selon le coût de construction des édifices, ou par tête selon le nombre des élèves, ou par classes, les subsides étant plus bas dans les classes inférieures, et allant en augmentant selon le degré de chaque classe.» Il y a aussi les subsides pour les bibliothèques scolaires, les traitements des professeurs.D\u2019autres encore, que la Commission ne précise pas.Elle emploie la formule: « tel octroi déterminé pour tel service » (volume III, tome I, p.185).Elle reprend ailleurs la même idée, à propos des subsides aux municipalités, en affirmant que s\u2019il y a lieu de leur en verser, ils ne devraient pas l\u2019être « aveuglément par tête ou selon les évaluations foncières, mais pour des fins spécifiques » (Volume III, tome II, p.175), de façon à n\u2019être accordés qu\u2019en cas de besoin.J\u2019ai l\u2019impression que la question de la modalité de distribution des octrois ne se trouve pas ainsi pleinement résolue.La formule: « tel octroi déterminé pour tel service », est d\u2019application facile s\u2019il s\u2019agit des salaires du personnel enseignant, du transport des élèves, des manuels, des biblio- thèques; mais ces divers montants n\u2019épuisent pas les besoins financiers des commissions scolaires.Qui va déterminer que tel service requiert tel octroi?Qui va préciser les fins spécifiques?Le surintendant?Le lieutenant-gouverneur en conseil ?Et s\u2019il est entendu que tel service requiert tel octroi, là où se réalisent certaines conditions, qui assure que l\u2019octroi sera versé dans chaque cas ?Quelle protection y a-t-il contre le jeu d\u2019influences qui ne font pas toujours passer en premier heu les exigences de l\u2019éducation ?Un regard sur l'Ontario Jusqu\u2019à tout récemment, la province d\u2019Ontario avait deux principaux barèmes pour les octrois destinés aux écoles élémentaires.Dans les localités dont la population s\u2019étendait de 2,500 à 200,000 âmes et plus, le gouvernement payait un pourcentage des dépenses approuvées {approved cost) par le ministère de l\u2019Éducation, ce pourcentage variant selon la population; plus celle-ci était élevée, plus bas était l\u2019octroi.Dans les localités ayant moins de 2,500 de population, le pourcentage que le gouvernement payait des dépenses approuvées était inversement proportionnel au montant de l'évaluation par classe d'élèves; le montant global de l\u2019évaluation d\u2019une localité était divisé par le nombre de classes, et l\u2019octroi était d\u2019autant plus fort que l\u2019évaluation par classe était moins élevée.A la fin de février, le gouvernement annonçait, en marge de la présentation du budget, que l\u2019accent serait mis, à l\u2019avenir, plus sur l\u2019évaluation que sur la population pour fixer le montant de l\u2019octroi ainsi que celui de la subvention accordée pour chaque élève.Dans le cas des écoles secondaires, l\u2019évaluation sera aussi la pièce maîtresse du barème, sauf que le montant global de l\u2019évaluation sera divisé non par le nombre de classes, mais par le nombre d\u2019élèves.L\u2019expression approved cost est devenue recognized cost.On me faisait remarquer que cette dernière expression comporte un ensemble d\u2019articles déterminés par règlements, ce qui donne déjà une garantie d\u2019impartialité.(C\u2019est là un résumé sommaire du système ontarien d\u2019octrois statutaires; on en saisira à la fois la complexité et la souplesse si on lit le discours prononcé en Chambre, le 26 février, par le ministre de l\u2019Éducation, M.W.J.Dunlop.) On aura compris l\u2019importance d\u2019une évaluation bien faite, qui ne varie pas arbitrairement d\u2019une localité à l\u2019autre; cet arbitraire est source d\u2019injustices, des municipalités maintenant l\u2019évaluation à un bas niveau, par ignorance ou sciemment, pour recevoir des octrois plus substantiels.Des erreurs et des fautes de ce genre se sont produites en Ontario, ce qui a amené le gouvernement à mettre au point des méthodes uniformes d\u2019évaluation pour toute la province.Le ministre de l\u2019Éducation a déclaré: In these circumstances, some form of equalization of assessment on a Province-wide basis for grant purposes became imperative.La publication d\u2019un manuel sur l\u2019évaluation et des cours aux évaluateurs sont les deux moyens employés en Ontario pour tendre de plus en plus à une évaluation saine et à des octrois statutaires équitables.Si la province de Québec s\u2019orientait un jour vers des octrois statutaires basés sur l\u2019évaluation, il lui faudrait assainir celle-ci.Le rapport de la Commission Tremblay porte un jugement sévère sur l\u2019évaluation telle qu\u2019elle est faite dans un trop grand nombre de municipalités: « éva- AVRIL 1958 91 luation basse, arbitraire, sans relation avec la valeur réelle des biens-fonds » (Volume III, tome II, p.190).Tout en reconnaissant le travail considérable qu\u2019ont fait le ministère des Affaires municipales et la Commission municipale pour corriger cette situation, la Commission Tremblay recommande la création d\u2019un bureau d\u2019uniformisation des évaluations foncières.Conclusion Des articles de Relations ont souvent insisté sur l\u2019importance des octrois statutaires.Cet autre article n\u2019a qu\u2019un but: stimuler la discussion autour d\u2019un problème ardu, mais non insoluble.Que les octrois soient appelés à jouer un rôle dans le budget des commissions scolaires, même si on augmente substantiellement leurs autres sources de revenus, cela paraît inévitable.Admettons que des octrois spéciaux puissent être concédés pour des fins spéciales.Mais il est dangereux pour le bien commun de généraliser ce genre de \u2022.¦ Cas pratiques de morale électorale Maurice LAMABCHE, S.J.POSONS quelques cas pratiques.Pour en trouver les solutions, les aspirants au baccalauréat en morale pourront s\u2019inspirer des principes énoncés dans notre parabole (mars 1958, p.72).L'argent entre 1er cas.J\u2019ai promis un pont si j\u2019étais élu.Mais je n\u2019ai pas l\u2019intention de le construire.Je reçois 50 souscriptions de $100.Je dépose donc $5,000 dans ma caisse électorale.Un autre candidat, nommé Bobinot, a obtenu, lui aussi, 50 souscriptions de $100.Il a déposé $5,000 dans sa caisse.Bobinot et moi avons obtenu exactement le même montant et le même nombre de souscriptions.La seule différence est dans le moyen employé par l\u2019un et par l\u2019autre.Bobinot a obtenu ses souscriptions à la pointe du revolver.Moi, je me suis contenté de l\u2019arme de la persuasion.Problèmes.Prouvez que Bobinot est un franc voleur et un voleur franc.- Prouvez que je suis un voleur, mais pas franc.- Prouvez que la caisse de Bobinot mérite vingt ans de prison et la mienne aussi.2e cas.Paul est riche.S\u2019il consent à souscrire à la caisse, je promets de lui donner un poste déjugé.Il souscrit $1,000.Ce Paul, de l\u2019avis de tout le monde, est un incompétent notoire.Comme il n\u2019a jamais fait preuve de justice et n\u2019a pas de jugement, il n\u2019est pas plus fait pour juger que son grand ami, le plombier, n\u2019est qualifié pour opérer dans le crâne.Je le nomme juge.Sur la recommandation et les instances du nouveau juge, je promets de donner à son ami le plombier un poste de chirurgien du crâne, s\u2019il consent à avoir une bonne pensée pour la caisse.Le plombier souscrit $1,000.Je le nomme chirurgien.Il vend une de ses filières à tuyau, s\u2019achète un bistouri et des pinces, et opère crânement.subventions.Des octrois statutaires s\u2019imposent, qui pallient la déficience des autres sources de revenus, partout où cette déficience existe, sans acception de personne.La difficulté de la mise au point du mécanisme de ces octrois n\u2019est pas une raison pour retarder indéfiniment un essai loyal d\u2019un tel régime.On dira peut-être que le mécanisme jouera de telle sorte qu\u2019il donnera des subventions à des commissions scolaires qui n\u2019ont pas besoin d\u2019argent ou qui ont besoin d\u2019un montant moins élevé que celui prévu par le barème.Ces commissions scolaires sont-elles si nombreuses ?D\u2019ailleurs, cette hypothèse n\u2019est-elle pas préférable à celle de commissions scolaires financièrement anémiques par suite de facteurs qui n\u2019ont rien à voir avec l\u2019éducation ?Des experts pourraient trouver des barèmes qui, sans être en tous points parfaits, se rapprocheraient le plus possible des besoins réels.Les experts qui feront ce travail et le gouvernement qui acceptera leurs suggestions rendront un service incalculable à la cause de l\u2019éducation.Sur le ton léger qui lui a réussi (on nous l'assure), le P.Lamarche poursuit, à propos des élections en régime démocratique et des caisses électorales, son étude extrêmement grave de morale appliquée.Problèmes.1° Prouvez qu\u2019en nommant à la chirurgie ce plombier, je suis un criminel.- Prouvez qu\u2019en acceptant le poste, mon plombier est un criminel également.2° En montant sur le banc, le juge ne se trouve-t-il pas dans la même situation que le plombier qui joue du bistouri ?On voudrait établir une distinction et dire: « Ce n\u2019est pas n\u2019importe quel individu qui peut opérer dans le crâne.C\u2019est pourquoi, en acceptant, le plombier est un criminel.Mais n\u2019importe qui est capable de juger.» Montrez, par les faits, qu\u2019un juge désigné par la caisse électorale peut faire plus de tort à l\u2019humanité que dix plombiers-chirurgiens.3° Montrez que ma caisse électorale, en acceptant $1,000 du futur juge, est devenue une caisse Bobinot.3e cas.J\u2019ai donné le contrat du grand boulevard d\u2019asphalte Montebello-Montréal.Le plus bas soumissionnaire était Pierre Latraverse, qui demandait $750,000.PaulDu-chemin avait glissé sa carte dans l\u2019enveloppe, avec ces mots: « Ce serait pour moi un plaisir de verser $60,000 à la caisse électorale.» C\u2019est Duchemin qui a obtenu le contrat.Problème.Combien de piastres ai-je dans ma caisse?Combien de piastres ai-je sur la conscience ?Puis-je mourir en paix ?- Paul Duchemin devrait-il passer par le confessionnal ?L'argent sort 1.Question.J\u2019ai $3,000 dans ma caisse électorale.Toutes ces piastres sont de la bonne sorte.A toutes les piastres de mauvaise réputation, j\u2019ai dit un non énergique.Je prends $50 pour me faire imprimer mille pancartes « avec mon portrait dessus ».En plus, je loue un haut-parleur très puissant qui, à toutes les heures, raconte ma gloire et répète la date de mes assemblées.Ai-je le droit d\u2019agir ainsi ?92 RELATIONS Réponse.Certainement.2.\tQuestion.Toujours dans la même honnête caisse, je prends $400 que j\u2019ai l\u2019intention d\u2019employer de la façon suivante: chaque électeur doit être appelé au téléphone et invité à venir voter.Pour cela, il me faut retenir les services de quinze personnes et les payer.En plus, je désire rencontrer personnellement le plus grand nombre de voteurs possible, donner la main à chacun et, s\u2019il y a moyen, éblouir tout le monde par mes arguments, par ma belle redingote neuve et mon large sourire.Surtout, je suis résolu à proposer carrément non seulement qu\u2019on vote, mais qu\u2019on vote pour moi.Tout cela est-il légitime ?Réponse.Oui.Puisqu\u2019un candidat a droit de demander, par des pancartes, qu\u2019on vote pour lui, il n\u2019y a aucune raison qui puisse l\u2019empêcher de faire la même demande par son sourire, ses poignets empesés et même par des arguments, s\u2019il en est capable.3.\tQuestion.Plusieurs de mes partisans sont malades ou insouciants.A moins qu\u2019on ne les transporte en taxi, ils n\u2019iront pas voter.Je prends $100 dans la caisse pour louer des taxis.Est-ce honnête ?Réponse.En soi, il n\u2019y a rien là contre la morale.4.\tQuestion.Je paye un journal pour me faire de la réclame.Ce journal raconte mes mérites réels et les autres.De plus, afin de me grandir davantage, il abaisse mon adversaire.Bien que cet adversaire soit un homme scrupuleusement honnête, le journal le dénonce comme un homme qui a trempé dans des affaires douteuses et louches.Y a-t-il quelqu\u2019un de responsable?Est-il vrai qu\u2019en période électorale, par esprit de conciliation et pour permettre à ses enfants d\u2019accomplir plus facilement la tâche onéreuse de voter, l\u2019Éghse permet, durant un mois ou deux, le mensonge, la calomnie et la médisance ?S\u2019il y a quelqu\u2019un de responsable, est-ce le journaliste, ou moi, ou les deux?Réponse.Le journaliste est certainement responsable.Si les lois n\u2019étaient pas si mal faites, s\u2019il n\u2019y avait pas tant de politiciens intéressés à gêner ou à paralyser le travail des tribunaux, ce journaliste infâme devrait, en moins d\u2019une semaine, avoir sa place à Bordeaux ou à Saint-Vincent-de-Paul.Est-ce qu\u2019en cinq minutes on n\u2019arrête pas, pour le mettre en cellule, l\u2019incendiaire qui a mis le feu à la grange de son voisin ?Pourquoi faut-il que la grange soit mieux protégée que la réputation ?L\u2019homme d\u2019honneur, marié et père de plusieurs enfants qui l\u2019admirent et l\u2019aiment, ne tient-il pas plus à sa réputation que le fermier à son foin et à ses porcs?S\u2019il ne s\u2019agit que de compliquer encore un peu plus l\u2019exercice de la justice et d\u2019enchevêtrer davantage les problèmes, on pourrait peut-être organiser cinq ou six autres cours spéciales, toutes plus suprêmes les unes que les autres, avec des brefs de ceci et des brefs de cela, des appels par ci et des appels par là, afin de permettre aux destructeurs de grange (ils ont leur « droits » comme les destructeurs de réputation) de gagner du temps et d\u2019exercer leur « honnête » métier sans être gênés trop tôt par l\u2019intervention de ces messieurs de la police.En tout cas, le journaliste est très certainement responsable et il a l\u2019obligation grave de réparer le tort causé à la réputation des gens.Mais que dire de celui qui, avec l\u2019argent AVRIL 1958 de son honnête caisse électorale, a payé le journaliste ?Par le fait qu\u2019il s\u2019en lave les mains, se trouve-t-il vraiment lavé, blanc comme la neige et pur comme un ange ?Si, dans le parti dont le journaliste soutient les intérêts, se trouve un Honorable, qui est non seulement Honorable, mais honorable, est-ce que le sens de l\u2019honneur et de la droiture de cet Honorable ne devrait pas l\u2019obliger à se désolidariser du parti et à donner un démenti public aux affirmations de ce journal ?Le journaliste est coupable, le parti est coupable, l\u2019Hono-rable est coupable, la bonne vieille mère de famille est coupable, qui, depuis cinq ans, soutient de son argent un journal qui répand, d\u2019un bout du pays à l\u2019autre, les plus abominables calomnies et ruine les plus belles réputations.Quant à la caisse électorale, cette caisse qui a servi à faire vivre les enfants et la femme de notre journaliste de honte, disons que c\u2019est une caisse de perdition.Cette femme et ces enfants ne devraient porter que du noir.Ils sont dans le malheur.«Je vote pour qui je veux » Question.Au cours de mes assemblées et surtout dans mes visites à domicile, j\u2019engage fortement mes auditeurs à voter pour moi, je me sers d\u2019arguments moraux, que je complète par un argument concret et pratique.Voici à peu près mon argumentation.« Le vote est libre.C\u2019est comme le travail.Il est entendu que chacun travaille pour qui il veut.De même, il vote pour qui il veut.Si je veux, je puis travailler pour Morgan, mais je ne suis pas obligé.Je puis travailler aussi bien pour Eaton ou pour Dupuis.Morgan m\u2019offre $40 par semaine.Je suis décidé d\u2019aller chez Morgan.Mais voici que Dupuis vient me trouver et veut me donner $50 par semaine.Dupuis a certainement le droit de m\u2019offrir $50, et moi j\u2019ai droit d\u2019accepter.Dans le vote, c\u2019est la même chose.Je puis voter pour Lafrenière, ou pour Taillefer, ou pour Groleau, ou pour n\u2019importe quel autre.Cela me regarde et ne regarde que moi.Ma loi est celle-ci: dans le domaine du travail, je vais chez celui qui me paye le mieux.Comme Dupuis me donne $50, je travaille pour Dupuis et je n\u2019ai aucun scrupule.De la même façon, étant donné qu\u2019on vote pour qui on veut, je vote pour celui qui me paye le mieux.Or, Lafrenière va me payer mon compte d\u2019hôpital de $900, si je vote pour lui.L\u2019autre candidat se contente de m\u2019envoyer une lettre de remerciement.Je serais bien maladroit de ne pas profiter de l\u2019aubaine et de voter contre Lafrenière.» Tout le monde m\u2019écoute et trouve que cela est le bon sens même.Je sers aussitôt mon argument pratique: cinq gros rouleaux de dix piastres et de cent piastres, et nous faisons des arrangements qui donnent pleine satisfaction aux voteurs, au candidat et à la morale.Suis-je vraiment en règle?Cet argent qui sort de la caisse est-il du bon argent ?Réponse.Que l\u2019aspirant au titre de bachelier en morale se demande s\u2019il est exact de prétendre qu\u2019on a le droit de voter pour qui on veut, comme on a le droit de travailler pour qui on veut.Approuverait-il qu\u2019on raisonne comme ceci: « Je travaille pour qui je veux.Je vote pour qui je veux.Je fais opérer ma petite fille par qui je veux.Je mets au volant de mes autobus le chauffeur que je veux.Fort de cette liberté 93 totale, je travaille non pas pour Morgan, mais pour Dupuis, et je ne m\u2019en confesse pas.Je vote pour le parti DDT et je ne m\u2019en confesse pas.Je fais opérer ma petite fille par le plombier-chirurgien et je ne m\u2019en confesse pas.Je mets au volant de l\u2019autobus 517, qui part ce soir à neuf heures pour Chicoutimi et qui transporte soixante passagers, le dernier chauffeur engagé hier.C\u2019est un brave homme, mais c\u2019est un chauffeur diplômé de la caisse électorale, qui est sourd et presque aveugle.Je confie donc mon autobus 517 à ce chauffeur et je ne m\u2019en confesse pas.» Croit-on vraiment que je n\u2019aurai pas de comptes à rendre ?L\u2019auteur du commandement « Homicide point ne sera » ne fera-t-il pas des distinctions lorsque, pour me défendre, j\u2019énoncerai mon principe: « Pour mes autobus, je choisis le chauffeur que je veux » ?Sans doute, j\u2019ai le droit de choisir le chauffeur que je veux, à condition toutefois de ne pas violer le droit des passagers.Les passagers ont un droit strict à ce qu\u2019on leur fournisse un chauffeur véritablement compétent.Ce droit, ils l\u2019ont, parce qu\u2019ils ont payé leur billet et surtout parce qu\u2019ils peuvent exiger que leur vie ne soit pas exposée.Si j\u2019ai cinquante chauffeurs compétents, je puis certainement confier le volant à celui que je veux.Personne ne peut m\u2019obliger à choisir Paul plutôt que Jean ou Pierre.Mais si un des chauffeurs, pour une raison ou pour une autre: nervosité excessive, surdité, maladie du sommeil, se trouve momentanément incapable de conduire avec prudence, j\u2019ai l\u2019obligation grave de le remplacer par un autre.De même, si je connais dix Dr Samson, je suis libre de choisir celui que je veux.Mais si, pour une question électorale ou pour un motif d\u2019avarice, je confie la colonne vertébrale de mon enfant à un Samson inexpérimenté, je viole le droit de cet enfant à la vie ou à l\u2019intégrité de ses membres.Il est donc faux de prétendre: le propriétaire d\u2019une flotte d\u2019autobus peut mettre au volant de ses véhicules le chauffeur qu\u2019il veut, et cela ne regarde pas la morale.Il est faux de dire: on se fait opérer par qui l\u2019on veut.De la même façon, il est faux d\u2019affirmer: on vote pour qui l\u2019on veut.On peut être obligé, en conscience et gravement, de voter pour tel candidat plutôt que pour tel autre.La raison, c\u2019est que la société est un tout.La société est un corps.Or, dans tout corps, ce qui compte surtout, c\u2019est le chef.Or, c\u2019est le vote qui fait le chef.D\u2019où l\u2019importance extrême d\u2019un vote consciencieux et éclairé.Si tel électeur n\u2019a pas eu l\u2019avantage de lire saint Thomas ou d\u2019approfondir les savantes dissertations des gros volumes de sociologie, il lui suffira d\u2019avoir recours aux lumières du bon sens le plus modeste et il en apprendra long sur le grand mal d\u2019avoir n\u2019importe qui pour chef.Avec n\u2019importe qui à sa tête, la magnifique symphonie de Philadelphie, en peu d\u2019années, deviendrait n\u2019importe quoi.Sur quels succès, par ailleurs, ne pourrait pas compter la plus humble fanfare du dernier rang de la plus lointaine campagne, avec un Toscanini au lutrin! Les Cosaques du Don sont les Cosaques du Don parce qu\u2019ils ont une vraie tête, une vraie âme: c\u2019est Serge Jarof.Dans le corps humain, n\u2019est-il pas absolument obligatoire que l\u2019important poste de tête soit occupé par.la tête?Le jour où le peuple souverain \u2014 jambes, bras, poumons, entrailles, cœur \u2014 réussirait, grâce à un vote de fraude et de cabale, à installer le pied droit (ou le gauche) à la place de la tête, est-ce qu\u2019on ne pourrait pas s\u2019attendre à toutes les catastrophes ?Il faut bien savoir que, parmi les citoyens d\u2019un pays, il y en a qui sont des Toscanini et il y en a d\u2019autres qui sont loin de l\u2019être.Il y a des Serge Jarof et d\u2019autres qui ne le sont pas.Il y a des têtes et il y a des pieds.Un voteur intelligent et éclairé, c\u2019est celui qui sait distinguer entre l\u2019authentique Toscanini et celui qui fait semblant de l\u2019être, entre le vrai Serge Jarof et l\u2019autre, entre une tête réelle et des pieds qui veulent se donner des airs de tête.Une caisse électorale qui accumule des fonds en vue de faire battre la tête afin de la remplacer par des pieds cause un tort incalculable à la société.Les 99,990, dont nous avons parlé, le mois dernier, doivent pourtant le savoir.Réponse à deux objections Au moment de terminer, répondons à deux objections qu\u2019on sera peut-être tenté de nous faire.1.\tVoici les objections.a)\tSi Aristote avait été appelé à donner son avis sur les caisses électorales et la morale, il aurait voulu le faire très noblement.Laissant à chaque individu le soin de tirer les basses conclusions, il se serait contenté d\u2019exposer brièvement quelques hauts et sereins principes.Pourquoi n\u2019avoir pas procédé à la façon d\u2019Aristote ?b)\tLe ton badin convient-il à la gravité du sujet ?2.\tEt voici les réponses.a)\tAristote, à ce qu\u2019on dit, était non seulement un très profond penseur, mais aussi un homme pratique.Un homme pratique, lorsqu\u2019il écrit, choisit, entre plusieurs genres possibles, celui qu\u2019il faut pour être lu.Si Aristote vivait en 1958 après Jésus-Christ, nous sommes convaincu qu\u2019il n\u2019écrirait pas du tout comme l\u2019Aristote du iv« siècle avant Jésus-Christ.En ce temps-là, régnait la pure intelligence.Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019âge du mouvement et de l\u2019image.De cinq ans jusqu\u2019à vingt ans, tous les soirs, les jeunes sont à l\u2019écran de la télévision: ils regardent les images.Pendant le jour, ils dévorent les aventures de Tintin.Nous connaissons des « professionnels » à qui les graves pensées d\u2019Aristote sur l\u2019espace et le temps sont moins familières que les exploits de tel lutteur du mercredi soir.Nous pensons que, dans sa thèse sur la morale et les caisses électorales, un Aristote 1958 éprouverait le besoin de faire pousser ici et là un peu de verdure, de faire jaillir une source ou chanter un ruisseau.Nous avons essayé de l\u2019imiter.Évidemment, ce ne sont ni la verdure, ni les chutes, ni les images que le lecteur doit se contenter d\u2019examiner.Ce sont les principes qu\u2019il doit assimiler.Par les images et les paraboles, nous avons rappelé qu\u2019il est absolument défendu d\u2019obtenir de l\u2019argent au moyen de fausses promesses; qu\u2019on peut pécher gravement en accordant un contrat à tel entrepreneur plutôt qu\u2019à tel autre; qu\u2019il est nécessaire de se confesser de ces sortes de fautes comme on se confesse du blasphème; qu\u2019il est impossible d\u2019être pardonné sans repentir et sans restitution.b)\tQuant à ceux qui nous reprocheraient d\u2019avoir traité légèrement un sujet de cette importance, d\u2019avoir souri au lieu de pleurer, d\u2019avoir pris le ton badin alors qu\u2019il fallait faire entendre la voix du tonnerre,.nous n\u2019hésitons pas à leur donner raison.Le ton badin n\u2019est pas celui qui convenait.Pourquoi alors l\u2019avoir pris ?Parce qu\u2019en prenant le ton requis, il nous eût été à peu près impossible de garder la juste mesure.On admettra sans peine que toutes les puis- 94 RELATIONS sances de la sensibilité et du cœur (si on en a) s\u2019indignent, se révoltent et s\u2019exaspèrent au spectacle des honteuses misères de nos caisses électorales.Quelle tristesse! Ceux qui devraient compter parmi nos plus grands hommes, les élus entre mille, rôdant misérablement autour de la caisse.Imagine-t-on Daniel O\u2019Connell, Garcia Moreno, Dolfuss, Henri Bourassa, et trente ou quarante autres de même culture et de semblable génie, réunis en grande discussion de caisse électorale ?O\u2019Connell, Moreno, Dolfuss, Bourassa, organisant une immense corvée de piastres, accumulant des sommes quasi astronomiques, non pour donner à manger à ceux qui ne mangent pas, non pour loger humainement ceux que leur pauvreté ou leur nombreuse famille condamnent aux sous-sols inhabitables, mais pour mieux soûler l\u2019électeur récalcitrant, pour voler plus sûrement deux ou trois boîtes d\u2019élection ou pour trouver à n\u2019importe quel prix un substitut dévoué qui puisse prendre sur les listes la place du voteur décédé ?Ce spectacle, nos pseudo-grands hommes nous le donnent sans en être le moins du monde humiliés, sans en être épouvantés.Ils le donnent également à leurs grands garçons et à leurs grandes filles,.et ils n\u2019en éprouvent aucune gêne.C\u2019est là une faute très grave et pleine d\u2019ignominie.Pour des raisons particulières, nous avons parlé de tout cela en souriant.Mais il faut espérer que d\u2019autres voudront se charger, un jour, d\u2019en parler sur le vrai ton.LA PENSÉE DU PAPE FACE AUX TECHNIQUES Luigi d'APOLLONIA, S.}.ENCORE UNE FOIS, le Saint Père est revenu, dans son dernier message de Noël, sur certains aspects de « l\u2019esprit technique ».Il ne faudrait pas s\u2019étonner de pareille insistance.Le progrès technique nourrit l\u2019imagination anticipatrice des hommes: savants, romanciers, petites gens.Si le chrétien n\u2019a pas à le condamner, il ne doit pas, non plus, être inattentif aux fols espoirs qu\u2019il suscite et aux graves problèmes qu\u2019il pose.I.\u2014 Grandeur de la technique Que faut-il entendre par technique ?Sans chercher à donner une définition par genre et différence spécifique, disons simplement qu\u2019une technique est un ensemble de procédés en vue d\u2019une fin particulière.C\u2019est ainsi qu\u2019on dit technique de la nage, de la course, de la danse; technique de la publicité et de la propagande; technique de l\u2019organisation politique, économique, sociale.On relève même dans Révolution personnaliste et communautaire d\u2019Emmanuel Mounier tout un chapitre intitulé « Pour une technique des moyens spirituels ».Dans un sens plus précis, nous entendons par technique un ensemble de procédés en vue de mettre au service de l\u2019homme les forces de la nature.Personne ne s\u2019y trompe.Quand on dit technicien, on ne pense pas à un professeur de nage, mais à un spécialiste qui assemble ou meut des machines complexes et puissantes.La technique est fille de la science, fille au visage géométrique, au sourire mécanique, aux gestes exacts, au tempérament extrêmement pratique.L\u2019Église l\u2019aime.Mais elle ne partage à son endroit ni les emballements des uns, ni les timidités des autres.Elle l\u2019aime d\u2019un amour ordonné.Aussi désire-t-elle l\u2019évangéliser et la baptiser.Car la conquête des forces de la nature est non seulement connaissance plus pénétrante de la création, mais co- opération à l\u2019action créatrice de Dieu.Aux jours de la Genèse, Dieu a caché dans le sol les trésors que la main de l\u2019homme doit en tirer pour ses besoins et pour ses progrès.La terre a été donnée à Adam pour qu\u2019il la peuple et la domine et l\u2019offre à Dieu.Les constructeurs des cathédrales le savaient, qui gravaient aux portails tous les métiers.« Rassembleur de la terre », chante Claudel du chrétien.Saint Pierre appelle, plus audacieusement encore, ses frères d\u2019Asie: « Peuple de rois, peuple de prêtres.» L\u2019enseignement du Saint Père, sous la noblesse hiératique des formes romaines, s\u2019insère dans cette tradition.Dans son message de Noël 1953, il disait: (Le croyant) trouvera même naturel de placer aussi à côté de l\u2019or, de l\u2019encens et de la myrrhe.les conquêtes modernes de la technique: machines et nombres, laboratoires et découvertes, puissances et ressources.Bien plus, cette offrande est comme une présentation de l\u2019œuvre que (Dieu) même commanda jadis et qui est maintenant en cours d\u2019exécution, bien que non encore achevée.Et il ajoutait avec sérénité: L\u2019Église aime et favorise le progrès humain.Il est indéniable que le progrès technique vient de Dieu, et donc peut et doit conduire à Dieu.Toute découverte des forces de la nature qu\u2019effectue la technique n\u2019est au fond que recherche et découverte de la grandeur, de la sagesse et de l\u2019harmonie de Dieu.Il est permis de se demander si les chrétiens ont assez médité ces vérités fondamentales.Leurs timidités devant le progrès technique sont-elles toujours inspirées par cette trempe d\u2019âme qu\u2019on appelle la vertu de force?Il y a un surnaturalisme qui n\u2019est qu\u2019une fuite devant le réel et un refus d\u2019apostolat.L\u2019homme moderne, qui rêve de maîtriser la température et les vents, qui s\u2019extasie devant un barrage ou un avion supersonique, qui s\u2019intéresse à l\u2019énergie thermonucléaire, mettant à sa disposition l\u2019élément le plus léger et le plus répandu de l\u2019univers, ne s\u2019agenouillera jamais AVRIL 1958 95 sinon devant un Dieu vivant et vrai dont l'un des noms est le Tout-Puissant.Miranda prorsus: tels sont les premiers mots de la dernière encyclique du Pape sur ces merveilleux progrès que sont le cinéma, la radio et la télévision.Il est allé jusqu\u2019à dire, au dernier Noël, que le chrétien « devrait même considérer comme une honte ce fait de se laisser dépasser par les ennemis de Dieu en ardeur au travail, esprit d\u2019entreprise et même de sacrifice ».Car il faut bien reconnaître que la science est arrivée à maturité dans une civilisation héritée au moins du christianisme.Aurait-elle pu atteindre cette maturité dans une autre civilisation?La chose est possible.En fait, c\u2019est la théologie chrétienne qui a maintenu, contre tous les manichéismes et toutes les métempsychoses, que la matière est bonne et non mauvaise, que les phénomènes physiques sont déterminés et non l\u2019effet du hasard, qu\u2019ils dépendent donc de l\u2019intelligence et de la volonté d\u2019un Créateur: trois vérités qui constituent les postulats essentiels de la science, auxquels la Révélation ajoute l\u2019événement unique et inclassable de l\u2019Incarnation.Ce n\u2019est donc pas aux réalisations techniques que le Saint Père s\u2019en prend.Ses mises en garde s\u2019adressent, avec une grande hauteur de vue, à un certain « esprit technique » qui rabougrit la dignité humaine.Par là, ses analyses se révèlent de plus large portée que celles qui se rencontrent en de nombreux écrits, profonds par endroits, perçants comme des cris, mais trop uniquement consacrés à la description de conditions déclarées impossibles.Dominer le terrestre, intégrer l\u2019humain, tout donner à Dieu, telle est la triple exigence d\u2019une civilisation chrétienne, répondant à la fois à la vocation terrestre, spirituelle et surnaturelle de l\u2019homme.Il ne s\u2019agit pas d\u2019opter entre ces exigences, mais de les harmoniser.Le vrai progrès est développement de l\u2019ordre.Tel est, axé sur la hiérarchie des valeurs, l\u2019enseignement de Pie XII.II.\u2014 Dangers de la technique Le progrès technique est, de soi, terre à terre.C\u2019est là sa misère originelle.Le progrès économique et le progrès social, que stimule le progrès technique, font intervenir des facteurs humains.La technique, bien que d\u2019abord une pensée, est soumise à la seule mesure et à la seule quantité.Le rendement est son impératif catégorique; la vitesse, sa loi.Ses hommages vont au chiffre de production.1.Dangers pour Vhomme.\u2014 L\u2019homme ne saurait s\u2019épanouir dans un climat technique rigoureux.Il ressemblera à ces arbres nains cultivés dans un pot de fleur.C\u2019est à peu près la comparaison dont s\u2019est servi Pie XII dans son récent message de Noël.Comme une plante, cultivée dans un terrain auquel on aurait soustrait des substances vitales, manifeste telle ou telle qualité, mais ne reproduit pas le type entier et harmo-mieux, ainsi la civilisation « progressiste », nous voulons dire uniquement matérialiste, en bannissant certaines valeurs et éléments nécessaires à la vie des familles et des peuples, finit par priver l\u2019homme de la faculté authentique de penser, de juger et d\u2019agir.Celle-ci, en effet, pour saisir le vrai, le juste, l\u2019honnête, pour être en un mot « humaine », exige la plus grande extension, et cela en tous sens.Le progrès technique, au contraire, quand il emprisonne l\u2019homme dans ses anneaux, le séparant du reste de l\u2019univers, spécialement du spirituel et de la vie intérieure ,1e conforme à ses propres caractères, dont les plus notables sont la superficialité et l\u2019instabilité.De cette superficialité, le Saint Père donne trois caractéristiques.L\u2019homme technique est l\u2019homme aux vitesses folles.Il vit à toute allure, sans prendre le temps de souffler, oubliant que la vitesse est un bien, mais non si c\u2019est pour arriver plus tôt là où on ne voulait pas aller.Plus de vie soumise au rythme des saisons, au rythme de la pensée qui mûrit et devient action, au rythme de la force patiente qui prend appui sur la tradition et devient progrès.Y a-t-il même un problème, qu\u2019il soit économique, politique, social, culturel, dans lequel l\u2019idée de vitesse n\u2019intervient pas ?On veut tout régler tout de suite, planter et récolter en une saison.Fasciné (par la vitesse) et transposant les avantages de la rapidité du mouvement à des choses qui n\u2019attendent pas leur perfection de changements rapides, mais, au contraire, acquièrent la fécondité dans la stabilité et la fidélité aux traditions, l\u2019homme « aux vitesses folles » tend à devenir dans la vie comme un roseau agité par le vent, stérile d\u2019œuvres durables et incapable de se soutenir lui-même et de soutenir les autres.Deuxième caractéristique de l\u2019homme technique: il est l\u2019homme qui voit tout.De prodigieux instruments modernes de recherche, qui vont de l\u2019illustré et de la télévision au télescope de Palomar, lui donnent la faculté de voir, d\u2019écouter, de mesurer ce qui existe, se meut et se transforme, presque dans les derniers recoins de l\u2019espace.Le désir de tout voir le disperse et ne lui laisse guère le temps de mûrir une synthèse.Il faut du temps et du courage pour se livrer à des « études inutiles » qui humanisent.Il en faut surtout pour revoir les solutions données aux grands problèmes humains.Fier d\u2019un pouvoir à ce point accru et presque entièrement absorbé par l\u2019exercice des sens, l\u2019homme « qui voit tout » est porté, sans s\u2019en rendre compte, à réduire l\u2019application de la faculté pleinement spirituelle de lire au-dedans des choses, c\u2019est-à-dire de l\u2019intelligence, à devenir toujours moins capable de mûrir les idées vraies dont la vie se nourrit.Troisième caractéristique de l\u2019homme technique: il est l\u2019homme de l\u2019énergie mécanique.Celle-ci facilite le travail matériel et délivre des tâches serviles de la bête de somme.La médecine nous avertit, cependant, des dangers d\u2019une civilisation hostile à tout effort physique.Notre temps y supplée, il est vrai, par le sport, les appareils de gymnase (souvent mécaniques) et.les massages.Mais bientôt, peut-être, on considérera comme une grande vedette l\u2019homme qui aura parcouru cinq milles à pied; on l\u2019assiégera d\u2019interviews qu\u2019écoutera, avide d\u2019émotions neuves et fraîches, un public assis devant l\u2019écran de la télévision, emballé par ce sublime courage.Toutefois, le danger le plus grand n'est pas là.La facilité, même physique, énerve l\u2019énergie.96 RELATIONS La matière \u2014 que cette matière soit le bloc de marbre, les gênes de la poésie, la terre rebelle \u2014 concourt par sa résistance non seulement à l\u2019œuvre de l\u2019homme, mais à sa formation.De même, les applications multiples de l\u2019énergie matérielle, admirablement accrue, tendent chaque jour davantage à renfermer la vie humaine dans un système mécanique qui fait tout par lui-même et à ses propres frais, diminuant ainsi les stimulations qui, auparavant, le contraignaient à développer son énergie personnelle.2.Dangers pour l'homme religieux.\u2014 Bon en soi, l\u2019élan technique est, en fait, ambivalent.Il change de signe, selon que la liberté humaine lui attribue une juste place ou qu\u2019elle l\u2019invite à en usurper une autre.La technique est attachée à ces biens qui sont les moins riches d\u2019être, de valeur, de durée: les biens matériels.L\u2019admiration excessive pour ces biens creuse des pentes dans la volonté, moule un esprit, préforme une série de jugements, imprime un style de vie qui mutile le sens même de l\u2019existence en faisant des biens de départ (nourriture, vêtement, logis, loisirs) des biens d\u2019arrivée (perfection, bonheur, salut de l\u2019homme).C\u2019est le poison subtil que sécrète la technique comme un sous-produit.Voici comment le Saint Père décrivait le phénomène dans son radiomessage de Noël 1953: Il paraît indéniable que cette même technique, ayant atteint dans notre siècle l\u2019apogée de la splendeur et du rendement, se transforme, par des circonstances de fait, en un grave danger spirituel.Elle semble communiquer à l\u2019homme moderne, prosterné devant son autel, un sentiment d\u2019autosuffisance et une satisfaction vis-à-vis de ses désirs illimités de connaissance et de puissance.Par son utilisation multiple, par l\u2019absolue confiance qu\u2019elle rencontre, par les possibilités inépuisables qu\u2019elle fournit, la technique moderne déploie autour de l\u2019homme contemporain une vision assez vaste pour être confondue par beaucoup avec l\u2019infini lui-même.Il s\u2019ensuit qu\u2019on lui attribue une impossible autonomie qui, à son tour, dans l\u2019esprit de quelques-uns, se transforme en une conception erronée de la vie et du monde, désignée sous le nom d\u2019« esprit technique ».Autosuffisance, désirs illimités de connaissance et de puissance: la tentation n\u2019est pas nouvelle.Ce fut la tentation du premier homme.Le péché d\u2019Adam ne pouvait porter que sur un désir de divinisation, inscrite pourtant dans l\u2019essence même de son âme, image de Dieu ornée de grâce.L\u2019interdiction de l\u2019arbre de la science n\u2019était pas gratuite; elle avait pour but d\u2019éclairer Adam sur son insuffisance.Dans son impatience orgueilleuse, Adam a voulu chercher une divinisation à bon compte.Fait pour comprendre et pour dominer, acharné à comprendre et à dominer, il n\u2019a pas voulu accepter sa dépendance.Le projet humain de construire Babel, une ville et une tour « dont le sommet soit dans le ciel », cédait au même orgueil et ne fit que diviser plus profondément les hommes.La vieille tentation est toujours proche.Plus grave encore est l\u2019affrontement de « l\u2019esprit technique » et de la mentalité proprement chrétienne.Non que « l\u2019esprit technique » exige par lui-même un renoncement aux vérités et aux vertus surnaturelles; mais il met l\u2019homme dans une condition défavorable pour les rechercher, les voir, les accepter.Ce qui compte pour « l\u2019esprit technique », c\u2019est ce qui se constate, se contrôle, se chiffre; ce qui compte pour l\u2019esprit chrétien, c\u2019est ce qui repose sur la valeur du témoignage et sur l\u2019intelligence des signes (miracles et sacrements), l\u2019une et l\u2019autre irréductibles à la précision d\u2019un théorème ou à la logique d\u2019un syllogisme.La certitude technique est une certitude de vérification expérimentale et directe; la certitude chrétienne est une certitude de foi à la parole du Christ, à une parole qui ne s\u2019impose jamais à la liberté.C\u2019est pourquoi il ne saurait y avoir une technique de la foi, Dieu n\u2019acceptant pas qu\u2019on aille vers lui par autosuggestions, pressions collectives, images, slogans, qui, changeant l\u2019homme à son insu, en feraient un « robot » de la grâce.Dieu a créé l\u2019homme libre, et jouera franc jeu avec lui jusqu\u2019à la fin.Il se tient à la porte et frappe; mais il n\u2019entre que lorsqu\u2019on veut bien lui ouvrir.La certitude chrétienne baigne dans le mystère de la liberté et de la grâce; la certitude technique fuit l\u2019une et l\u2019autre, par fidélité à sa compétence.Devant l\u2019événement inouï de la venue du Verbe divin dans le monde, devant ce fait qui dépasse tous les autres dans l\u2019histoire du genre humain et mérite donc la plus haute admiration, tous les hommes ne s\u2019inclinent pas pour adorer, prisonniers qu\u2019ils sont pour ainsi dire de leur petitesse même et presque incapables d\u2019imaginer les ressources de la grandeur infinie.D\u2019autres, contemplant le vaste développement de la science moderne qui a étendu la connaissance et le pouvoir de l\u2019homme jusqu\u2019aux espaces sidéraux, comme fascinés et aveuglés par les résultats qu\u2019ils ont obtenus, ne savent admirer que les « grandeurs de l\u2019homme » et ferment volontairement les yeux aux « grandeurs de Dieu ».(Message de Noël 1957.) * Les moments d\u2019accord entre le monde et l\u2019Église sont rares, fuyants, fragmentaires, quelles que soient les illusions dont nous ont bercés les romanciers de l\u2019histoire sur les sociétés chrétiennes de jadis.La figure de ce monde, où s\u2019incarne l\u2019être surnaturel de l\u2019Église, change sans cesse, de sorte qu\u2019une crise surmontée, se repose aussitôt le même problème de l\u2019insertion du message de la Révélation dans une nouvelle situation historique et un nouvel équilibre de la pensée humaine.Rien donc n\u2019est moins nouveau, dans son fond, que la crise moderne du progrès technique.Le décor change, c\u2019est tout.Aujourd\u2019hui, il est technique et social.Un nouvel acte se joue, mais c\u2019est le même drame de l\u2019Église qui, sans être du monde, est dans le monde pour le sauver.Ici-bas, le christianisme ne sera jamais une révolution « réussie ».Il n\u2019est pas permis au chrétien de faire de contresens là-dessus.Il n\u2019a qu\u2019à relire le chapitre treizième de saint Matthieu sur les paraboles du Royaume dont l\u2019Église est la préparation, la promesse dans ce monde, et la réalisation aussi, mais dans ses seuls commencements.AVRIL 1958 97 LE PAPE NOUS PARLE 20\tjanvier: Allocution lors de l'audience accordée aux représentants des Associations italiennes des Familles nombreuses.\u2014 Il faut combattre les « aberrations de la société moderne paganisante », telles celles qui considèrent la fécondité des mariages comme une « maladie sociale »; c\u2019est seulement en obéissant aux lois de la nature, c\u2019est-à-dire du Créateur, que l\u2019on protège la santé physique et morale de la société et de la famille.8 février : Allocution lors de l'audience accordée à un groupe d'étudiants venus des États-Unis.\u2014 « La foi ne craint pas la raison; le dogme n\u2019a pas peur de la recherche scientifique.Non, vraiment, l\u2019Église, qui aime et défend toute la vérité, n\u2019impose pas de chaînes à la liberté de celui qui cherche honnêtement à découvrir la vérité encore cachée des secrets de la nature.» 11 février: Radiomessage à l\u2019occasion de la solennelle ouverture de l\u2019année centenaire des apparitions de la sainte Vierge à Lourdes.\u2014 Allocution lors de l'audience accordée aux supérieurs généraux des ordres, congrégations et instituts religieux, dont les curies généralices sont à Rome.\u2014 Devoirs des supérieurs à l\u2019égard de la discipline religieuse et de la doctrine ascétique.Ne pas suivre le plus grand nombre, mais servir la vérité: « La raison d\u2019adhérer à la vérité ne vient pas du fait qu\u2019elle emporte avec elle l\u2019adhésion générale des hommes, mais de ce qu\u2019elle est la vérité, placée par Dieu dans la nature ou révélée par lui avec bonté aux hommes.» Nécessité pour tous d\u2019être, dans ses affections, totalement étrangers au monde: « Hormis le cas d\u2019une charge assumée dans l\u2019Église par obéissance, personne ne peut jouir de toutes les commodités dont ce siècle abonde, s\u2019accorder les divertissements et les joies sensibles, si largement offerts de nos jours à nos contemporains, sans perdre quelque chose de son esprit de foi, de son amour pour Dieu.» 15 février: Allocution lors de l\u2019audience accordée aux délégués qui participaient au Congrès national de VArtisanat.\u2014 Le Pape insiste sur « deux points, qui expliquent pourquoi l\u2019Église s\u2019occupe à présent, de façon particulière, de l\u2019artisanat et désire voir maintenir et perfectionner ses conditions»: l\u2019artisanat associe la vie professionnelle à la vie personnelle, il aide à conserver un aspect familial dans les petites et moyennes entreprises.18\tfévrier: Allocution lors de l\u2019audience accordée aux curés et prédicateurs du carême de Rome.\u2014 Trois points sur lesquels on devra insister dans la prédication: la sanctification des jours de fête, la conservation de la vie personnelle (l\u2019horreur du suicide) et le respect de la vie des autres sur les routes dans la conduite de l\u2019automobile.19\tfévrier: Message aux élèves des écoles catholiques des États-Unis.\u2014 Exhortation à cultiver en eux la dévotion à saint Joseph, leur généreux protecteur.21\tfévrier: Allocution à un groupe de dirigeants et d\u2019acteurs de la Comédie française.\u2014 « En arrêtant pour peu de temps la course haletante des hommes d\u2019aujourd\u2019hui, vous les aidez à retrouver le point d\u2019attache immuable de leur destinée, ce Dieu qu\u2019ils invoquent parfois, hélas! sans le connaître, et qui ne cesse de les appeler du fond de leur cœur.» 22\tfévrier '.^Allocution lors de l\u2019audience accordée à l\u2019ambassadeur des États-Unis en Italie, qui venait lui remettre la grande médaille d\u2019or du George Washington Carver Memorial Institute, conférée chaque année à des personnages qui se sont distingués par leurs mérites en faveur de la famille humaine.LA VOIX DE L\u2019ÉGLISE PIE XII ENSEIGNE : PRINCIPAUX TEXTES RÉCENTS Sur l'Action catholique Le 3 janvier, parlant aux membres du congrès national des religieuses assistantes des associations de la jeunesse féminine d'Action catholique, le Pape déclara : Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ce que Nous avons dit, en diverses occasions, au sujet de la différence qui existe entre l\u2019unité de l\u2019action des catholiques (qui apparaît chaque jour plus urgente) et l\u2019unicité de l\u2019Action catholique.Cette dernière a sa structure caractéristique, elle a ses cadres, sa méthode, sa presse.Et personne n\u2019ignore le poids qu\u2019elle a eu et a encore pour l\u2019efficacité de l\u2019action apostolique de l\u2019Église, en ces temps d\u2019exigences multipliées et plus profondes de la part des fidèles.Mais elle n\u2019est pas l\u2019unique action des catholiques, et l\u2019on ne peut dire qu\u2019elle possède l\u2019unique méthode efficace pour la formation d\u2019âmes ferventes.Il se peut que d\u2019autres formes \u2014 bénies, approuvées et encouragées par l\u2019Église \u2014 se développent et s\u2019étendent à de nouvelles activités; ce sera là l\u2019occasion pour vous de faire connaître si vous savez estimer et aimer tout ce qui fleurit dans l\u2019Église.Sur les conditions humaines du travail en usine Le 10 janvier, aux délégués de la Commission consultative internationale des Entrepreneurs de l\u2019industrie chimique, il dit : Des psychologues ont essayé de classer les influences nombreuses qui déterminent le comportement de l\u2019ouvrier devant son travail; il semble que la plus notable soit l\u2019intérêt actif qui fixe l\u2019homme à sa tâche et lui donne l\u2019impression de mettre en œuvre ses ressources personnelles et de les développer.L\u2019ouvrier sent alors qu\u2019il engage non seulement ses forces musculaires, mais aussi son âme et que ses peines sont récompensées d\u2019abord par la fierté de l\u2019œuvre accomplie, qui le grandit lui-même.Au lieu de voir uniquement dans son travail le moyen de gagner un salaire, il y découvre le sens de sa vie, la valeur de son être personnel et social.Respectueux des personnes et de leurs droits inaliénables, conscient de la solidarité profonde qui le relie au plus humble de ses semblables, l\u2019homme de cœur, le chrétien surtout, ne permet pas qu\u2019on juge les faits économiques et les situations sociales à la lumière du déterminisme de lois aveugles ou d\u2019une évolution historique inexorable.Il souffre profondément de voir que l\u2019ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui reste trop souvent étranger à son travail, enchaîné à un labeur qui l\u2019enserre comme un carcan, au lieu de lui donner, si modeste soit-elle, une possibilité d\u2019épanouissement.N\u2019ayez de cesse que vos entreprises puissent assurer à tout leur personnel les moyens de s\u2019épanouir comme travailleurs et comme hommes, dans un effort productif sans doute, mais aussi profondément éducatif, qui leur donne la conscience de leur rôle social, de leur importance, de l\u2019efficacité de leur collaboration à l\u2019œuvre commune.Sur le problème du surpeuplement Le 20 janvier, s\u2019adressant aux représentants des Associations italiennes des Familles nombreuses, il affirma : Parmi les aberrations les plus nuisibles de la société moderne paganisante, il convient de ranger l\u2019opinion de certains qui osent définir la fécondité des mariages une « maladie sociale », que les nations qui en sont atteintes devraient s\u2019efforcer de guérir par tous les moyens.On doit particulièrement déplorer que la presse revienne de temps en temps sur la question, avec l\u2019intention manifeste de confondre les idées du bon peuple et de l\u2019induire en erreur par des documentations trompeuses, par des enquêtes discutables et même par des déclarations faussées de tel ou tel ecclésiastique.Du côté catholique, il faut insister pour répandre la conviction, fondée sur la vérité, que la santé physique et morale de la famille et de la société ne se protège qu\u2019en obéissant généreusement aux lois de la nature, c\u2019est-à-dire du Créateur, et avant tout en nourrissant pour elles un respect sacré et intérieur.Tout dans cette matière dépend de l\u2019intention.On pourra multiplier les lois et aggraver les peines, démontrer par des preuves irréfutables la sottise des théories limitatives et les maux qui résultent de leur application; mais si fait défaut la sincère résolution de laisser le Créateur accomplir librement son œuvre, l\u2019égoïsme humain saura toujours trouver de nouveaux sophismes et expédients pour faire taire, si possible, la conscience et perpétuer les abus.Or, la valeur du témoignage des parents de familles nombreuses consiste non seulement à rejeter sans ambages et avec la force des faits tout compromis intentionnel entre la loi de Dieu et l\u2019égoïsme de l\u2019homme, mais à accepter avec empressement, joie et reconnaissance les inestimables dons de Dieu que sont les enfants, et aussi nombreux qu\u2019il lui plaît.Cette disposition d\u2019esprit, tout en libérant les époux d\u2019intolérables cauchemars et remords, pose, de l\u2019avis de médecins autorisés, les prémisses psychiques les plus favorables pour un sain développement des fruits propres au mariage, en évitant à l\u2019origine même des nouvelles vies ces troubles et angoisses qui se transforment en tares physiques et psychiques, chez la mère comme dans la progéniture.Sans aucun doute, ce n\u2019est pas du défaut d\u2019harmonie ou de l\u2019inertie de la Providence, mais du désordre de l\u2019homme \u2014 en particulier de l\u2019égoïsme et de l\u2019avarice \u2014 qu\u2019a surgi et demeure encore sans solution le fameux problème du surpeuplement de la terre, qui en partie existe réellement et en partie est déraisonnablement craint comme une catastrophe imminente de la société moderne.Avec le progrès de la technique, avec la facilité des transports, avec les nouvelles sources d\u2019énergie,.la terre peut promettre la prospérité à tous ceux qu\u2019elle accueillera pendant longtemps encore.L\u2019excédent de population n\u2019est donc pas une raison valable pour diffuser les méthodes illicites de la régulation des naissances, mais plutôt le prétexte pour légitimer l\u2019avarice et l\u2019égoïsme, soit des nations qui, de l\u2019expansion des autres, redoutent un danger pour leur propre hégémonie politique et l\u2019abaissement du niveau de vie, soit des individus, spécialement des mieux pourvus en moyens de fortune, qui préfèrent la plus large jouissance des biens de la terre à l\u2019honneur et au mérite de susciter de nouvelles vies.On en arrive ainsi à violer les lois certaines du Créateur sous prétexte de corriger les erreurs imaginaires de sa Providence.PAROLES ÉPISCOPALES Tl De S.Exc.Mgr A.Carter, administrateur apostolique du diocèse du Sault-Sainte-Marie : « Des écoles bilingues et des paroisses françaises existent dans notre diocèse non par tolérance et privilège, mais par justice.Nous protégerons ce droit comme un devoir de justice.» Tf De S.Exc.Mgr G.Panico, délégué apostolique au Canada, dans une allocution aux Canadiens français de Windsor, Ontario : « Vous êtes les héritiers d\u2019une culture qu\u2019il faut à tout prix sauvegarder pour le bien de votre magnifique pays.Sans doute, l\u2019école est importante pour le maintien de la langue, et c\u2019est avec raison qu\u2019on insiste pour avoir des écoles où les enfants pourront apprendre leur langue maternelle.Mais l\u2019école serait insuffisante si l\u2019enfant ne pouvait, avec assez de facilité, penser dans sa langue maternelle.Il faut, pour bien posséder une langue, penser selon le génie de la culture de cette langue, et cela ne pourrait se faire à moins que l\u2019enfant ne trouve, au foyer, le milieu nécessaire à cet épanouissement en lui de la pensée culturelle française.» Tl De S.Ém.le cardinal Léger, sur les problèmes de l'enseignement dans la province de Québec : « Une collaboration loyale et sincère entre le sacerdoce et le laïcat catholique demeure encore le moyen le plus efficace pour atteindre les hauts sommets de l\u2019idéal humain.Cette collaboration pourra prendre des formes mieux adaptées à notre époque.Et les évêques seront les premiers à accepter ces transformations s\u2019ils constatent qu\u2019elles sont suggérées par des hommes compétents, sincères, soucieux du bien commun.» Tl « C\u2019est toujours avec admiration que nous rappelons les nombreux témoignages d\u2019éducateurs rapportant les paroles de parents bien pensants au sujet des études de leurs enfants: « Leur instruction, leur éducation, c\u2019est l\u2019héritage que je veux leur assurer.Mon argent ainsi rapportera 100%.» Combien ils ont raison ces braves gens de chez nous qui attestent ainsi avoir compris la raison d\u2019être de l\u2019argent et la noblesse que l\u2019homme lui confère par un usage rationnel! » Tl Du même prince de l\u2019Église, sur l'alcoolisme : « On peut affirmer qu\u2019en ce moment l\u2019avenir de notre peuple est menacé par l\u2019alcoolisme.Des millions de dollars sont consacrés à assouvir cette passion, alors que nous hésitons à élever des œuvres durables et à doter notre ville d\u2019institutions essentielles.Ceux qui tiennent des débits de boisson voudraient rendre la loi encore plus large de façon à pouvoir exploiter leurs clients durant la nuit et surtout durant le jour du Seigneur.« Nous nous élevons contre de telles prétentions.L\u2019argent qui est dépensé pour satisfaire les basses passions de l\u2019ivrognerie et de la luxure devrait être consacré à rendre le foyer plus heureux et à assurer l\u2019instruction des enfants.On ne formera jamais une génération de chrétiens authentiques en multipliant les débits de boisson ou en permettant à ceux qui existent de vendre des spiritueux à toutes les heures de la nuit et du jour.Ce que la loi permet en ce moment est déjà un maximum de tolérance.Ceux qui préconisent un élargissement de la discipline actuelle veulent tout simplement favoriser des intérêts sordides.» __ Tl Sur les feuilles obscènes : « C\u2019est au nom de Dieu, de l\u2019Église et de la dignité humaine que j\u2019ai condamné les feuilles jaunes qui circulent dans notre milieu et, comme les apôtres, j\u2019aime mieux obéir à Dieu qu\u2019aux hommes.Les feuilles obscènes, depuis quelques semaines, essaient de camoufler leur turpitude et de se soustraire aux condamnations épiscopales en citant de larges extraits des allocutions pontificales.Traîner le nom du Vicaire de Jésus-Christ dans un tel cloaque d\u2019immondices est un sacrilège qui attirera sur les auteurs de ces feuilles les châtiments divins.» 98 RELATIONS AVRIL 1958 99 La conférence canadienne sur l'éducation Louis LAURENDEAU, S.J.INUTILE d\u2019insister sur les détails d\u2019organisation que les journaux, la radio et la télévision ont fait connaître au grand public.La conférence s\u2019est tenue à Ottawa, du 16 au 20 février.Elle réunit quelque huit cents délégués des dix provinces canadiennes.On y prononça plus de cent allocutions au cours des sessions plénières ou aux séances des huit commissions; et l\u2019on se sépara après avoir approuvé trente-deux vœux, dans lesquels dix-sept fois il est question de financement, autant de fois on souligne les responsabilités provinciales et douze fois on suggère plus ou moins directement l\u2019assistance fédérale.Que la conférence ait été organisée à la suite d\u2019une réunion d\u2019industriels tenue à Saint-André, et qu\u2019elle ait été financée par tout ce que nous avons au pays de grosses corporations et de compagnies, c\u2019est un signe des temps: l\u2019éducation cesse enfin d\u2019être l\u2019affaire exclusive des « professionnels de l\u2019enseignement » pour devenir la responsabilité du pays tout entier.Divisés en huit commissions, les délégués avaient à discuter tous les sujets qui se rapportent à l\u2019éducation: construction et matériel scolaire, loisirs, financement, enseignement universitaire, programmes d\u2019études, rôle de la famille, nombre et qualité des professeurs, etc.La religion à l'école Trois points soulevés à la commission des programmes d\u2019études nous ont particulièrement intéressé.D\u2019abord, la place de la religion dans l\u2019enseignement.Par suite de l\u2019influence qu\u2019exerce la pédagogie américaine sur nos compatriotes protestants de langue anglaise, nous pouvions nous attendre au silence le plus complet sur ce point; le discours de M.Wm.G.Carr, représentant de la National Education Association des États-Unis, nous avait rappelé la position actuelle des Américains sur cette question: exclusion systématique des mots religion et spirituel dans la formulation des buts de l\u2019éducation; on les remplace par valeurs éthiques et morales, sans autre précision, de peur de manquer à la séparation étanche de l\u2019Église et de l\u2019État.Grâce à Dieu, nos compatriotes protestants n\u2019en sont pas rendus là.Évidemment, à cause de difficultés « techniques » pratiquement insurmontables, ils ne peuvent préconiser l\u2019enseignement de la religion à l\u2019école; mais ils ont pris soin de dire très clairement à l\u2019assemblée générale de la conférence que le problème devait être sérieusement étudié, et, dans leur énoncé des objectifs de l\u2019enseignement, ils n\u2019ont pas eu peur de parler de religion et de valeurs spirituelles.Organisation du primaire et du secondaire Autre point à noter: l\u2019enseignement primaire tend de plus en plus à se ramener à six années, malgré le cadre américain de huit ans.On se rend compte, chez nous comme ailleurs, que, si l\u2019école veut bien se limiter à l\u2019enseignement des disciplines fondamentales, éliminant les « activités » qui ne sont pas proprement de son ressort, six années suffisent amplement.Mais il y a mieux encore: on a même été jusqu\u2019à conseiller, comme suite à ces six ans de primaire, six autres années de high school, avec option pour lettres, sciences, commerce, technique ou art manuel, et avec une particulière insistance sur l\u2019aspect humaniste de l\u2019enseignement.Qui ne Le P.Laurendeau, qui possède une maîtrise en éducation de l'Université Fordham (New-York) et qui demeure présentement au Scolasticat de V Immaculée-Conception {Montréal), commente la conférence canadienne sur l'éducation, tenue à Ottawa, en février dernier.voit que cette solution suggère à peu près ce qui existe déjà chez nous au Québec ?Que les éducateurs de langue anglaise du Canada et des États-Unis s\u2019orientent vers une organisation et une distribution de cours telles que nous en offrons à nos jeunes, cela devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés de copier nos voisins du Sud et de modifier la structure de certaines de nos institutions.L'enseignement du français à travers le pays Enfin, c\u2019est de cette même commission des programmes qu\u2019est venue la résolution concernant l\u2019enseignement du français à partir de la 3e ou de la 4e année dans toutes les écoles de langue anglaise.L\u2019unanimité \u2014 nous devrions dire la facilité \u2014 avec laquelle cette résolution fut votée témoigne du progrès marqué dans le domaine de la bonne entente entre Canadiens des deux langues.La seule objection présentée à la commission, à propos de l\u2019enseignement du français, visait la pénurie de professeurs compétents.C\u2019est un fait.Mais n\u2019y a-t-il pas, dans ce domaine de l\u2019enseignement des langues, surtout quand cet enseignement s\u2019adresse à des enfants de huit à douze ans, un champ tout indiqué pour la télévision ?Ce n\u2019est pas à coups de grammaire et de lexique que les petits Canadiens anglais apprendront le français; ils ont surtout besoin de l\u2019entendre et de le voir parler.Leçons de prononciation, saynètes, chansons, dessins animés: un seul bon professeur suffirait, par le truchement de la télévision, pour enseigner le français à toute une province, y compris les grandes personnes! Nombre et qualité des professeurs Le recrutement et la formation des professeurs donnèrent lieu à des échanges de vues intéressants et piquants.Après qu\u2019un expert eut souligné, avec force statistiques, l\u2019inquiétante pénurie des professeurs à tous les degrés, chaque province, par la voix d\u2019un représentant, affirma que ce mal n\u2019existait pas chez elle! Ce n\u2019est qu\u2019après un instant de réflexion (!) que finalement les délégués revisèrent leur premier jugement et confirmèrent les inquiétudes nationales.D\u2019autre part, l\u2019unanimité se fit spontanément lorsque la discussion porta sur la formation des futurs professeurs.La qualité avant la quantité: telle fut l\u2019opinion générale; une résolution, émise par le chanoine Emmett Carter, de Montréal, recommanda, pour les candidats au professorat, une préparation professionnelle de deux ans au delà du diplôme de 12e année; mais cela n\u2019est qu\u2019un minimum, on l\u2019a reconnu: l\u2019idéal serait, pour ceux qui se destinent à l\u2019enseignement, quatre années d\u2019études supérieures.Le gros problème: l'argent Mais, malgré la diversité des sujets proposés à chacune des huit commissions, il apparut, dès le départ, que la majorité des discussions aboutissaient très tôt à la question d\u2019argent.Personne, d\u2019ailleurs, ne s\u2019en cachait, les organisateurs de la conférence pas plus que les autres délégués.Dès le premier matin, tout le monde savait à quoi s\u2019en tenir; à preuve l\u2019ovation qui accueillit la déclaration de M.A.W.Trueman, du Conseil des Arts: On ne peut parler de crise de l\u2019éducation au Canada; il n\u2019y a que des malaises, que l\u2019argent fera disparaître.There is nothing much wrong with Canadian 100 RELATIONS education that a great deal of money, properly applied, would not sgf right.Si tout le monde s\u2019entendait sur le besoin d\u2019argent, on se divisait en s\u2019aventurant à préciser d\u2019où il doit venir.C\u2019est qu\u2019on touchait alors au problème constitutionnel, que la majorité des délégués auraient souhaité pouvoir éviter.Ici, nous devons dire un mot de la position du Québec.Absence de délégués « officiels )) du Québec Comme on le sait, ni les représentants du département de l\u2019Instruction publique, ni les recteurs des universités québécoises n\u2019assistèrent à la conférence.Leur absence devait être, pour les délégués des autres provinces, un rappel des droits constitutionnels; car, selon la constitution canadienne, l\u2019éducation appartient exclusivement aux gouvernements provinciaux.De ce point de vue, la manœuvre réussit: du premier orateur au dernier, tous insistèrent sur les droits provinciaux en matière d\u2019éducation; mais on ajoutait immanquablement certaines restrictions: «.à moins que la province ne soit pas en mesure de payer », ou « tout en admettant que le gouvernement fédéral fasse sa part » ; de sorte qu\u2019aux yeux de la grosse majorité des participants, le texte de la constitution semblait un embarras plutôt qu\u2019une source de lumière.Nous regrettions, à ce moment, l\u2019absence d\u2019une voix autorisée du Québec pour expliquer clairement les vues du Canada français.Souvent nos compatriotes de langue anglaise avaient l\u2019impression que l\u2019entêtement du Québec à revendiquer les droits des provinces en matière d\u2019éducation tenait plus à une question de personnes qu\u2019à un principe constitutionnel.Dans la délicatesse qu\u2019ils mettaient à ne pas heurter de front les sentiments du Québec, on sentait une pointe de commisération! Les Canadiens français n\u2019étaient pas libres d\u2019exprimer leur opinion personnelle, pensaient-ils.Il y eut bien Me Marcel Faribault qui exposa magistralement les bases philosophiques de l\u2019éducation telle qu\u2019on la conçoit dans le Québec, et qui, à propos des interventions du gouvernement fédéral en matière d\u2019éducation, parla de « blessure à l\u2019unité de la nation » (festering wound)', mais peu de gens dans l\u2019auditoire avouèrent, au cours des débats subséquents, ressentir douloureusement cette blessure.Pour défendre nos droits Il nous semble donc qu\u2019au point de vue constitutionnel, une tâche urgente se dessine pour les dirigeants du Québec: faire connaître à la majorité anglaise les principes qui dictent la position autonomiste du Canada français en éducation.Il suffirait peut-être de traduire quelques extraits du rapport Tremblay et de les répandre dans les milieux influents de langue anglaise.Un devoir s\u2019impose ensuite: une étude pratique des moyens de faire appliquer la constitution; c\u2019est un travail d\u2019économiste.Car nous sommes persuadé que toutes les objections qu\u2019on peut soulever dans les secteurs anglais contre la position du Québec tomberaient du coup, dès qu\u2019il serait prouvé que chacune des provinces canadiennes possède les ressources nécessaires au financement de son propre système d\u2019éducation.Les présidents d\u2019université sont des gens pratiques.M.MacKenzie, président de l\u2019université de la Colombie britannique disait: « Nous avons besoin d\u2019argent; nous l\u2019accepterons des gouvernements fédéral, provincial ou municipal, de l\u2019industrie et des particuliers.No matter where it comes from.» Le problème concret: la pauvreté (?) des provinces C\u2019est que, pour l\u2019élément anglais, la perspective est différente.Les implications religieuses et culturelles de l\u2019inter- AVRIL 1958 vention fédérale en éducation ne lui font pas peur, parce qu\u2019une même mentalité, un même esprit régnent à Ottawa et dans les provinces à majorité anglaise.Il n\u2019en va pas de même pour le Québec, catholique et français.Pour les Canadiens de langue anglaise, la constitution présente une difficulté pratique: « Les provinces possèdent des droits; si elles sont incapables de les exercer librement, qu\u2019elles les cèdent au gouvernement central.» Comme disait une bonne dame de la Saskatchewan : « You from Quebec, you should get rid of Mr.Duplessis! » Et quand on lui rétorquait que les principes constitutionnels n\u2019en seraient pas pour cela changés : « Well, then, change the Constitution ! » Plutôt que de constater que le mot « éducation » est devenu un fighting word au Québec et d\u2019éviter ce qu\u2019on appelle les sujets controversables (en essayant de contourner l\u2019esprit de la constitution tout en respectant la teneur de la loi), il s\u2019impose aux économistes canadiens un travail de recherche dans le sens même du pacte confédératif.Toute entente, d\u2019ici là, ne peut être que verbale.A la suite des assemblées Quelles suites aura la conférence canadienne sur l\u2019éducation ?Même les plus sceptiques au début sont rentrés chez eux avec une plus nette perception de l\u2019ampleur et de la complexité des problèmes d\u2019éducation: organisation scolaire rurale, enseignement des handicapés, plans de construction, financement, programmes, écoles normales, etc.: pour la majorité des délégués, chacun de ces secteurs découvrait un champ d\u2019observation encore inconnu.De plus, à quelque secteur ou échelon de l\u2019enseignement qu\u2019il appartînt, chacun a senti le besoin de données précises, mathématiques, pour appuyer une discussion objective et vraiment constructive.Chez nous plus qu\u2019ailleurs, peut-être, ce travail de recherches statistiques est urgent, puisque notre système scolaire, différent de celui des neuf autres provinces, déroute les experts qui ne sont pas familiers avec lui et les expose à des erreurs grossières.La conférence canadienne d\u2019Ottawa avait été précédée par une conférence provinciale, tenue à Montréal, du 7 au 9 février.Malgré la préparation hâtive, \u2014 si on la compare aux deux années de recherches que s\u2019imposèrent les organisateurs d\u2019Ottawa, \u2014 la réunion des éducateurs québécois abattit plus de besogne ou du moins secoua plus de poussière! Les questions de gratuité, de scolarité obligatoire, de coordination des programmes qu\u2019on y a soulevées ne furent pas abordées de façon aussi directe à la conférence nationale.Et cela pour plusieurs raisons.D\u2019abord, parc que certains de ces problèmes ont déjà trouvé solution dans l\u2019une ou l\u2019autre province: ainsi la gratuité scolaire jusqu\u2019au niveau secondaire est admise à peu près partout (la gratuité scolaire universitaire, telle que proposée par le Congrès du Travail, fut rejetée par une forte majorité), la limite de l\u2019instruction obligatoire varie de province à province et dépend trop des circonstances locales pour qu\u2019on soit tenté d\u2019appliquer une loi nationale uniforme, etc.Mais, de toute façon, il s\u2019est fait chez nous un travail de déblaiement qui s\u2019imposait.Les échanges de vues qu\u2019ont permis ces deux conférences devraient encourager les éducateurs du Québec au travail sérieux, à la recherche objective et à la discussion progressive.Nous prétendons, et avec raison, que l\u2019éducation est l\u2019affaire de la province: faisons-en notre affaire, bien persuadés que les vraies solutions à nos problèmes ne nous seront pas fournies par le gouvernement central, et que nos réalisations, lorsqu\u2019elles seront connues de l\u2019ensemble du pays, nous attireront le respect, sinon l\u2019envie des autres provinces.101 LE THÉÂTRE SUR TROIS SPECTACLES Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.IL Y A quelques années, un critique américain avait décidé de n\u2019apprécier une pièce qu\u2019après avoir assisté à trois ou quatre représentations.Son jugement, disait-il, avait chance alors d\u2019être plus équitable et plus pertinent.Opinion et attitude assurément défendables et même les seules vraiment justes et pour l\u2019œuvre jouée et pour les comédiens interprètes, mais en opposition avec la manière d\u2019agir constante des troupes et compagnies de théâtre.Chez nous comme ailleurs, on invite la critique à la première et parfois à l\u2019avant-première.Même si j\u2019aime assez l\u2019atmosphère fébrile des premières, il m\u2019est souvent arrivé de voir un spectacle déjà lancé.Ordinairement, je m\u2019en suis bien trouvé.En fait, une troupe sérieuse de professionnels ne se produit pas, normalement, en public sans être parfaitement au point.Mais même pour des comédiens d\u2019expérience, \u2014 si ce ne sont pas des cabotins, \u2014 le premier affrontement du public et de ses réactions lors d\u2019un nouveau spectacle cause toujours un choc émotif qui stimule les uns et angoisse et paralyse les autres.Au théâtre, toute première est un plongeon dans l\u2019inconnu, une aventure, parce qu\u2019on ne peut jamais être sûr ni de soi ni des auditeurs \u2014 sans parler des imprévus techniques qui arrivent justement ces soirs-là.A cause de cela, les critiques des premières sont très souvent équivoques et sujettes à rajustements, rarement, toutefois, sur l\u2019essentiel, mais sur ces mille détails qui constituent la perfection d\u2019une œuvre d\u2019art.* Voilà le sort malheureux qu\u2019a subi une jeune troupe, la Compagnie de Montréal, qui a joué récemment au Gesù, le Menteur de Carlo Goldoni.Il y a déjà près de deux ans, devant une salle de festival, salle jeune, enthousiaste, bienveillante, ces mêmes comédiens ont triomphé dans les Insolites de Languirand: texte facile, léger, cocasse, sans prétention, où ils se trouvaient à l\u2019aise.Ils ont peut-être cru trop vite que « c\u2019était arrivé ».En tout cas, avec le Menteur, ils ont « frappé un nœud », comme on dit.J\u2019ai rarement vu une pièce comique si peu accrocher le public; c\u2019en était gênant.Je crois qu\u2019on n\u2019a pas franchement ri de la soirée: des sourires feutrés, quelques gloussements de jouvencelles, de maigres applaudissements à la fin des actes.Et l\u2019auditoire diminuait à chaque entracte.Goldoni n\u2019est pas responsable de cet échec.Sans être un chef-d\u2019œuvre, sa pièce possède des types comiques traditionnels de la comédie italienne, et l\u2019on pouvait tirer un heureux profit des inventions saugrenues de l\u2019imagination trop ingénieuse du menteur.Ce qui a manqué, c\u2019est, d\u2019abord, un style commun d\u2019interprétation et, plus encore, un rythme bien adapté au texte et à l\u2019esprit de la comédie.C\u2019était lourd et lent, là où il aurait fallu de la vivacité, de l\u2019exubérance.Les acteurs n\u2019avaient pas leurs personnages dans la peau; mais, comme les costumes, ils leur paraissaient empruntés-d\u2019un autre âge, d\u2019un autre esprit.La sincérité des interprètes n\u2019est nullement en cause, ni leurs efforts sérieux.Témérairement, par enthousiasme juvénile, ils se sont attaqués à une tâche trop difficile.Ils se reprendront, espérons-le, et, cette fois, le succès leur sourira.* Deux jours après le Menteur, Gratien Gélinas nous conviait à une autre première, celle de l'Alouette de Jean Anouilh, jouée pour l\u2019inauguration officielle de la Comédie canadienne.Incontestablement, ce fut un événement d\u2019importance.Depuis vingt ans qu\u2019il y rêvait à son théâtre, Gélinas pouvait être fier de nous recevoir chez lui, dans une salle à son goût, adaptée à toutes les formes de spectacles.N\u2019ayant pas été un client habituel de l\u2019ancien Gayety, on comprendra que je ne puisse apprécier les transformations qu\u2019on lui a fait subir; mais il faut nous féliciter de cette victoire du vrai théâtre sur le vaudeville et le burlesque d\u2019hier.Pour l\u2019inauguration de la Comédie canadienne, on aurait pu désirer la création d\u2019une œuvre de chez nous.Mais le choix de l'Alouette d\u2019Anouilh était assez judicieux: auteur moderne et bien connu, sujet toujours populaire, ici, et accessible à tous, enfin, possibilité, à cause de l\u2019abondante distribution, de réunir une brillante pléiade de quelques-uns des meilleurs comédiens de Montréal.Quel a été le résultat de la convergence de tous ces atouts ?Un remarquable Anouilh dans la première partie, décevant dans la seconde; une splendide Ginette Letondal dans le rôle de Jeanne d\u2019Arc; une mise en scène précise et aussi très évocatrice de Gratien Gélinas dans le somptueux décor de Jacques Pelletier.La vie de Jeanne d\u2019Arc nous est familière.En plus de nombreux ouvrages historiques, le théâtre et le film ont popularisé la glorieuse aventure de la Pucelle de France, chargée par messire saint Michel de bouter les Anglais hors de son pays.Pour faire œuvre originale, Anouilh n\u2019avait pas la partie facile; de plus, ses convictions religieuses ne le préparaient pas à comprendre et à exprimer la profonde valeur spirituelle de son héroïne.Alors il a insisté, de préférence, sur le charme humain de Jeanne, sur son bon sens naturel de petite paysanne bien équilibrée que n\u2019habite aucun complexe.Et fine, au surplus, et rouée presque; sa scène si savoureuse avec Beaudricourt en est une preuve éclatante.Cet éclairage de la physionomie de Jeanne d\u2019Arc n\u2019est pas pour me déplaire, pourvu que le surnaturel ne soit pas trop rejeté dans l\u2019ombre et ne perde pas son influence déterminante sur la vie et les œuvres de celle qui est tout de même sainte Jeanne d\u2019Arc.A ce sujet, les derniers tableaux nous déçoivent sérieusement.A la fin, ce n\u2019est pas une sainte qu\u2019on brûle, c\u2019est une femme qui fuit une vie humble et austère, celle de sa mère.Il est bien probable que plusieurs de nos comédiens désiraient figurer dans l'Alouette et participer aux fêtes d\u2019ouverture d\u2019un nouveau théâtre.D\u2019autre part, Gélinas voulait sûrement s\u2019entourer d\u2019une équipe de haute valeur: il fallait partir du bon pied.Son choix fut extrêmement heureux pour le rôle titre.Toute menue dans sa simple tunique grise, Ginette Letondal a interprété son personnage avec une admirable ferveur.Ce mot, à mon sens, dit tout.On lui a reproché de ne nous avoir pas toujours émus.C\u2019est la faute de l\u2019auteur et de sa conception du caractère de Jeanne et non la sienne, car elle a profité de toutes les rares occasions qu\u2019on lui offrait de nous émouvoir.Je pense, en particulier, à cette scène du procès où Jeanne raconte à ses solennels juges, penchés sur elle, ses nuits d\u2019insomnie et d\u2019efforts constants pour défendre sa vertu contre la soldatesque de la prison.Nous avons touché, en ce moment, à la vraie grandeur, celle de l\u2019âme, et par la grâce de Ginette Letondal, tous, sur la scène et dans la salle, nous avons ressenti une intense émotion.102 RELATIONS On a relevé déjà les qualités du reste de l\u2019équipe, spécialement de Robert Gadouas, qui a campé un Charles VII très vivant et nuancé, soulignant toute la puérilité et la veulerie du caractère.Les autres, plus épisodiques, ont fait valoir leur personnage à bon escient et même, parfois, avec éclat.Un bon départ pour Gratien Gélinas et la Comédie canadienne.* Marcel Dubé est le favori des dieux! L\u2019Inspiration l\u2019habite vraiment de façon remarquable.Loin de lui faire grise mine, il veut bien la servir avec une fidélité digne de tous les éloges.Aussi, admirez sa fécondité tant à la télévision qu\u2019à la scène.Sans doute, des grincheux \u2014 il y en a toujours, et ce ne sont pas tous des professeurs \u2014 parlent en catimini de la facilité de ce superficiel et éternel adolescent.Mais, voilà, s\u2019il en sort, de son adolescence, on lui crie d\u2019y rentrer!.Dubé, lui, croit à son daïmôn et continue à écrire, et c\u2019est très bien ainsi.Il vient donc de commettre une autre pièce, pour la scène, cette fois, qui évoque le printemps et l\u2019amour, le Temps des lilas.Et toujours heureux homme, pour faire un sort \u2014 un bon \u2014 à sa nouvelle création, il a joui des excellents services de Jean Gascon et de sa troupe, le Théâtre du Nouveau Monde.Que penser de ces lilas de Dubé, fleurs éphémères qui fleurissent vite et se fanent de même?Ce n\u2019est pas simple de le dire.Comme œuvre dramatique, sa pièce appelle de sérieuses réserves.Elle manque certainement d\u2019une forte et logique structure; l\u2019évolution des scènes n\u2019est pas fondée sur une rigoureuse exigence de l\u2019intrigue, mais un peu sur le caprice des personnages qui entrent, sortent, vont, viennent à leur fantaisie.Le plus grave, c\u2019est l\u2019absence de nécessité du personnage central de l\u2019action dramatique, Vincent, qu\u2019interprétait Jean-Louis Roux.Son importance est capitale dans la pièce, il impressionne ou influence à un moment ou l\u2019autre tous les personnages; cependant, il paraît plutôt une abstraction de l\u2019esprit qu\u2019un homme bien vivant, une personnalité nettement caractérisée.En revanche, si vous écartez ces questions de composition et de logique raisonneuse pour vous laisser envelopper par l\u2019atmosphère qui se dégage de la pièce, oh! alors, le charme opère.Vous abandonnez là votre siège et vous entrez, vous aussi, dans ce jardinet, précieusement entretenu, des sympathiques vieillards Virgile et Blanche (ou Jean Gascon et Huguette Oligny, comme vous voudrez); vous jouez une partie de croquet, pendant que Blanche tricote doucement, assise sur la balançoire; vous coupez une branche de lilas pour l\u2019offrir gentiment à la tendre et aimante Johanne-Denyse Saint-Pierre ou à Denise Pelletier-Marguerite, pauvre vieille fille, folle du mariage jusqu\u2019à en mourir.Avec Vincent, avec Horace-Groulx, vous entrez dans la maison de Robert Prévost, vous en sortez et vous bousculez ce Roméo des ruelles (Gabriel Gascon) qui s\u2019amuse avec toutes les filles du canton.Vous êtes de la famille, vous vivez de sa vie, triste ou joyeuse,.et vous partez content.Nous ne sommes pas en face d\u2019une œuvre d\u2019art pur, d\u2019accord.Mieux, nous vivons une œuvre profondément humaine.Quand Dubé aura harmonieusement uni les deux éléments, nous goûterons alors, probablement, le chef-d\u2019œuvre attendu.4/o thon intetnational I PAYS ARABES TJAUT-IL voir, dans la création 1 de la République Arabe Unifiée par le colonel Nasser, et de la Fédération Arabe de la Jordanie et de l'Irak le commencement de la fin du morcellement arabe?Et la première explosion d\u2019un nationalisme vieux comme l\u2019histoire humaine et éclatant comme une résurrection ?En réunissant l\u2019Égypte et la Syrie dans un État centralisé où il tient dans une main de fer tous les leviers de commande, Nasser a pris le gros morceau : 28 millions d\u2019habitants.Il lui manque l\u2019unité géographique; l\u2019État d\u2019Israël avec son corridor coupe en deux tronçons la nouvelle république et cela servira à exaspérer périodiquement le nationalisme arabe jusqu\u2019au paroxysme.Le nom du nouvel État est un programme.Il est aussi centralisé et « unifié » que l\u2019Allemagne hitlérienne, coupée elle aussi par le corridor de Danzig.Nous nous demanderons tout à flheure pourquoi les deux pays les plus vieux de l\u2019histoire, l\u2019Égypte et la Syrie, s\u2019appellent aujourd\u2019hui « République Arabe ».La Fédération Arabe de la Jordanie et de l\u2019Irak porte elle aussi un nom-programme.Fédération suggère démocratie et division des pouvoirs ce qui, en l\u2019occurence, n\u2019est peut-être pas une force.Elle n\u2019a pas accès à la Méditerranée, mais touche au golfe d\u2019Aqaba et débouche sur le golfe Persique, ce qui ne facilitera pas la vente de son pétrole, dont elle est très riche.La République Unifiée, qui n\u2019a presque pas de pétrole, contrôle à Suez le passage des pétroliers.N\u2019ayant que 6,400,000 habitants, refoulée à l\u2019intérieur des terres, la Fédération ne peut avoir la puissance et le prestige de sa rivale.Le reste de l\u2019Union Arabe n\u2019a pas pris part à ces événements.Le Liban, dont les 1,500,000 habitants sont en majorité chrétiens (52.3%), a des réactions occidentales.L\u2019Arabie Saudite est l\u2019héritière des gloires musulmanes, puisqu\u2019elle possède La Mecque et Médine.Ibn Saud a modernisé son pays en concédant à une compagnie américaine l\u2019exploitation de son pétrole.Il en touche d\u2019énormes revenus qui font de lui un des hommes les plus riches du monde, mais on n\u2019est pas sûr que cette fortune le rendra populaire auprès de ses 7,000,000 sujets, pasteurs, chameliers, pêcheurs et ouvriers, aujourd\u2019hui illettrés, demain propriétaires de radios avec lesquels ils écouteront les harangues enflammées du Caire.L\u2019Arabie heureuse ou Yemen (4,500,000), hostile à l\u2019Angleterre à cause d\u2019Aden (80,876 habitants) qui monte la garde à l\u2019entrée de la Mer Rouge comme le rocher de Gibraltar à celle de la Méditerranée, fait risette aux Soviets depuis le traité d\u2019amitié de novembre 1955.Resterait encore le sultanat d\u2019Oman et Mascate (550,000 habitants) qui fit un peu parler de lui l\u2019an dernier, quand l\u2019Angleterre intervint en faveur du sultan (et, diront naturellement les bolchéviques, contre le « peuple »), les minuscules États du golfe Persique qui AVRIL 1958 103 constituent un protectorat britannique, et le mystérieux Soudan dont une large partie parle arabe.D\u2019où vient l\u2019attraction qu\u2019exerce Nasser sur une partie considérable de ce monde que, faute de mieux, il faut appeler « arabe », puisqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre dénominateur commun ?Et que veut dire « arabe »?S\u2019agit-il d\u2019une « race » arabe?Qui nous fera croire que l\u2019Égypte chamite et la Syrie phénicienne font partie de la même race que les arabes, sémites comme les Juifs, qui, eux, ne sont certainement pas arabes?Et où mettra-t-on les Berbères, les Touaregs et les Kabyles, dont l\u2019ascendance arabe est loin d\u2019être établie?S\u2019agirait-il d\u2019un lien commun créé par la religion musulmane?Que ferez-vous des Turcs, qui sont des mongols, des Pakistanais, aryens comme les Iraniens, et des Indonésiens d\u2019Extrême-Orient dont l\u2019amitié pour Nasser est au moins indéfinie, mais qui sont 90% musulmans ?Depuis Moïse et les Pharaons, l\u2019histoire commune syro-égyptienne est autrement claire que le sens du mot arabe.Nasser semble avoir eu un précurseur dans la personne de Méhémét-Ali (1769-1849).Né à Kavala (aujourd\u2019hui, en Bulgarie orientale), celui qui devait faire trembler sur ses bases ce qui restait de l\u2019empire turc fut envoyé en Égypte en 1798.Il guerroya contre les Ouahhabites d\u2019Arabie et devint pacha de La Mecque (1818), ce qui manque à Nasser, et on ne pense pas qu\u2019Ibn Saud soit prêt à le lui accorder.Après avoir vaincu divers voisins, il se révolta contre son patron le sultan et, avec son fils Ibrahim, envahit la Syrie (1831-32).La France l\u2019encourageait, et ce fut assez pour que la Russie vint à l\u2019aide du sultan, dont elle reçut par le traité de Unkrar Skelessi (8 juillet 1833) une promesse d\u2019amitié équivalente à une sorte de protectorat sur les Balkans.N\u2019essayons pas de décrire les frayeurs, les espoirs, et les négociations dont frémit alors l\u2019Europe, mais comment ne pas citer cette envolée de Lamartine ?On avait affirmé à la Chambre des députés que la moralité exigeait le statu quo : Où s\u2019arrête, où commence cette moralité prétendue ?Qui respecte, qui doit garder les frontières de tous les empires?Est-ce à la Crimée?Est-ce à Varna?Est-ce à Andrinople?Est-ce à 'Navarin où vous anéantissez sa marine ?Est-ce à Kutaya enfin, où vous ratifiez avec la plume les limites écrites sur le sol par le sabre d\u2019un esclave révolté?Tout cela?la France et l\u2019Europe l\u2019ont trouvé moral contre la Turquie; et quand elles ont eu déchiré la Valachie, la Moldavie, la Servie, la Grèce, l\u2019Egypte et la Syrie de l\u2019empire, alors elles s\u2019aperçoivent tardivement de leur faute et, comme l\u2019honorable M.Guizot, elles s\u2019écrient: Ce sont des pierres tombées d\u2019elles-mêmes.Elles sont tombées, il est vrai, dans les mains de la Russie (Discours du 1er juillet 1839).L\u2019hon.Lamartine était plus lyrique et prophétique que réaliste, car la Grèce, la Roumanie et la Yougoslavie eurent une joyeuse période de fierté nationale, mais bien des pierres, autrement massives que celles qui écrasaient l\u2019illustre orateur tombent aujourd\u2019hui dans les mains soviétiques! Blanqui et Barbés, les deux rebelles les plus enragés qu\u2019il y avait alors en France, poussaient à une guerre d\u2019O-rient, ce qui prouve qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019aussi belliqueux qu\u2019un révolutionnaire pacifiste, quand il s\u2019agit d\u2019une guerre pour la bonne cause.Bien des gens étaient prêts à mettre le feu au monde dans l\u2019espoir de faire triompher leur côté de la question.La France finit par céder et obtint en échange qu\u2019on lui laisserait les coudées franches en Algérie.Abandonné à lui-même par la quadruple alliance de Londres (15 juillet 1840), Méhémet Ali dut s\u2019incliner.Il obtint comme fiche de consolation la vice-royauté héréditaire de l\u2019Égypte où il s\u2019était constitué seul propriétaire, seul commerçant et seul fabricant.Il mourut malheureux, mais Nasser vient de nous prouver encore une fois que depuis les Pharaons jus- qu\u2019à nos jours, en passant par le patriarche Dioscore et Méhémet Ali, le chef de l\u2019Égypte centralise tout.Le nouveau dictateur, cependant, semble incarner des forces nouvelles, qui annoncent une ère de bouleversements.Où va ce nouveau nationalisme ?II Pour le comprendre, commençons par mettre de côté l\u2019idée qu\u2019on se fait du nationalisme au Canada français, où les valeurs religieuses jouent encore un rôle essentiel, car notre intelligence de ce terme risquerait de fausser la perspective du Proche-Orient; elle ne vaut pas pour les sociétés laïcisées.1.\tLa base du nouveau nationalisme n\u2019est pas l\u2019unité de race, ni celle de religion (encore que Nasser favorise l\u2019Islam au détriment du christianisme), mais celle de langue.Tous ceux qui subissent l\u2019ascendant de Nasser, quelle que soit leur race ou la nuance de leur islamisme, parlent arabe.Nous ne pensons pas, cependant, que ce soit la langue et la culture arabe qui les réunissent, c\u2019est plutôt un anti-impérialisme commun; ici, le néo-nationalisme de Nasser retrouve la terminologie bolchévique.2.\tOn a trop perdu de vue que l\u2019internationale communiste, ou troisième internationale, ne tire pas son origine des luttes ouvrières, mais de la première guerre mondiale.Le socialisme tel qu\u2019il existait alors aurait dû, d\u2019après Lenin, s\u2019opposer à la guerre jusqu\u2019au sabotage intégral.Devant cet « effondrement » socialiste, le chef russe créa donc un nouveau mouvement anti-impérialiste.L\u2019impérialisme, contre lequel il partait en guerre, était composé des cinq facteurs suivants: 1.\tLa concentration de la production et du capital est arrivée à un tel point de développement qu\u2019elle a créé des monopoles qui dominent la vie économique toute entière.2.\tLa fusion du capital bancaire avec le capital industriel et la création d\u2019une oligarchie financière basée sur ce « capital financier ».3.\tL\u2019exportation de capitaux revêt une importance particulière par rapport à l\u2019exportation des marchandises.4.\tIl se forme des combinaisons capitalistes de monopoles internationaux, qui se partagent le monde.5.\tLa division territoriale du monde est faite par les puissances capitalistes.Depuis Lenin, le communisme est anti-impérialiste autant qu\u2019il est anti-capitaliste parce que l\u2019impérialisme n\u2019est autre chose, dans la pensée du chef bolchévique, que la dernière étape du capitalisme.C\u2019est pourquoi la troisième internationale eut tôt fait de s\u2019orienter vers les colonies et les demi-colonies.La colonie, en langage communiste, est le pays qui subit la domination politique étrangère; le capitalisme étranger ne s\u2019est emparé que de la puissance économique dans la demi-colonie, mais en achetant les politiciens locaux.On voit la force révolutionnaire que cette conception peut développer, surtout où les indigènes sont exploités.Dès son premier congrès (1919), la nouvelle internationale fit la cour aux peuples dont les ressources étaient exploitées par l\u2019étranger « impérialiste » : Lenin trouvait des paroles flamboyantes: La population des colonies n\u2019avait jamais été entraînée comme aujourd\u2019hui dans les guerres de l\u2019Europe.Hindous, Nègres, Malaisiens, Arabes luttèrent sur le territoire européen, mais dans quel but ?\u2014 pour défendre leur droit de rester les esclaves de l\u2019Angleterre et de la France.Jamais l\u2019infamie du régime capitaliste dans les colonies ne présenta un tableau plus saisissant; jamais le problème de l\u2019esclavage colonial n\u2019avait paru aussi poignant.Sans doute, les pays colonisateurs avaient fait autre chose qu\u2019exploiter! On avait fondé un peu partout des 104 RELATIONS écoles, des collèges, des universités, des hôpitaux et des dispensaires.De là, on éduquait la population dans des organisations religieuses, nationales, civiles, politiques.On avait fait sans doute du mal, mais on tâchait dialler de l\u2019avant.Hanoi, par exemple, une fois libérée de Tu-Duc, avait été transformée par un demi-siècle de domination française! Nos carmélites vietnamiennes réfugiées à Dolbeau, en sont la preuve vivante, mais allez le dire à un chef nationaliste indigène dont la préoccupation primordiale est de bouter dehors Vétranger, quel qu\u2019il soit.Au deuxième Congrès de l\u2019Internationale, on précisait les conditions pour faire partie du Komintem (Internationale communiste).Les partis communistes des pays « impérialistes » devaient se mettre à la tête de l\u2019agitation pour dénoncer « leurs » impérialistes, les faire chasser de « leurs » colonies, et s\u2019allier aux partis communistes et nationalistes indigènes.Aussi, les organisations « anti-impérialistes » commencèrent-elles à voir le jour en Angleterre.Cette doctrine « anti-impérialiste » fut élaborée jusque dans ses moindres détails dans les congrès successifs.Combien instructive, par exemple, la lecture des procès-verbaux du sixième congrès du Komintern (1928).C\u2019est alors que le Komintern publia un manifeste et des règles adaptés à la situation qui évoluait.Dès cette époque, on groupait les pays arabes sous une même rubrique.Au septième Congrès (1935), le syrien Khabud Selim les représentait au comité exécutif de l\u2019Internationale communiste.Moscou, dès lors, s\u2019engagea à fond avec les Arabes dans leur lutte contre la France (Syrie, Liban, Afrique du Nord), l\u2019Angleterre (Egypte, Palestine, Irak, États d\u2019Arabie), le sionisme international et les Juifs palestiniens.On prit longtemps à s\u2019en apercevoir, car les antisémites professionnels sont absolument convaincus que les communistes sont juifs et vice-versa.Il y a plus de vingt ans, le chef communiste britannique, Harry Pollitt, poussait les « travailleurs » (c\u2019est-à-dire les communistes) anglais, juifs et arabes à mener campagne « contre l\u2019impérialisme britannique, contre la politique des leaders sionistes alliés au gouvernement national, et pour soutenir les revendications des ouvriers et paysans (sic!) arabes, ainsi que du mouvement nationaliste arabe (6 juin 1936).J\u2019ai souligné ces bouts de phrase pour montrer que Moscou avait discerné l\u2019éveil du nationalisme pan-arabe alors que Nasser allait encore à la petite école.Il récolte aujourd\u2019hui le fruit des semailles laborieuses d\u2019il y a quarante ans.3.Le néo-nationalisme ne compte pas sur les méthodes démocratiques, dont la souplesse dans les négociations sera toujours qualifiée de corruption, et quiconque entre en pourparlers et surtout s\u2019accorde avec l\u2019étranger qu\u2019on veut mettre dehors ne peut être qu\u2019un pourri et un vendu.On fera donc appel aux méthodes violentes, à l\u2019agitation de tous les instants.Pour cette discipline de guerre il faut un chef qu\u2019on acclamera, à la suite duquel on se fera glorieusement tuer (ou, ce qui est plus pratique, on fera tuer les autres) pour la « nation ».Dans l\u2019intervalle on abdiquera tout dans les mains du chef.Nous avons connu Mussolini, Hitler qui incarnaient les revendications nationales de leurs pays respectifs.Aujourd\u2019hui, on a Nasser.Moscou n\u2019a pas de scrupules à s\u2019allier au fasciste le plus anti-bolchévique, au nationaliste le plus exalté ou le plus religieux, s\u2019il peut l\u2019entraîner dans un front commun contre l\u2019impérialisme.S'il peut engager la bataille sur le terrain des revendications économiques, le communiste aura la partie facile, car sa puissance d\u2019attraction deviendra aisément irrésistible, dans un domaine qui, pour lui, est la base de tout le reste.On l\u2019a vu aux Indes, AVRIL 1958 où le nationalisme a beaucoup évolué depuis Gandhi.On le verra ailleurs.Ce sera plus rapide sans doute avec Nasser qui ne s\u2019est pas distingué par sa piété musulmane.On comprend aussi que ce dernier exerce sur les masses arabes une fascination autrement puissante qu\u2019un Ibn Saud, qu\u2019un roi iraqi, quand il leur parle de pauvreté, de misère, d\u2019exploitation, d\u2019humiliations, de la nécessité de chasser l\u2019étranger et ses alliés indigènes, facilement caricaturés comme autant de vendus.Nous risquons rarement des prophéties dans ces colonnes, mais on ne voit pas par quels moyens d\u2019ordre économique ou politique le nationalisme pan-arabe du type Nasser puisse être efficacement endigué.Des forces immenses, encore à la dérive, semblent aller vers une coordination devant laquelle tout risque de craquer.III Quand l\u2019action syndicale cesse d\u2019être un instrument de réforme sociale pour se lancer à la lutte des classes, elle devient l\u2019avant-garde de la révolution communiste.Quand le nationalisme subordonne les valeurs spirituelles et morales à la lutte anti-impérialiste \u2014 et il trouve les motifs les plus idéalistes pour justifier ce crime \u2014 il se fait inévitablement le champion du communisme mondial.Ce dernier utilise les divers nationalismes comme autant d\u2019alliés.Une fois qu\u2019il a mis un pied dans la place, plus encore quand il l\u2019a conquise, le nationalisme s\u2019efface devant un nouveau principe: celui de l\u2019internationalisme prolétarien, c\u2019est-à-dire communiste.On pourrait le résumer à peu près comme suit.Toute conquête communiste dans un pays donné est intangible et sacrée, parce qu\u2019elle tombe sous la protection du communisme mondial.Elle sera défendue jusqu\u2019à l\u2019étouffement des adversaires intérieurs et extérieurs.On le voit aujourd\u2019hui en Indonésie où, au nom de l\u2019internationalisme prolétarien, les communistes de l\u2019univers ont mobilisé leur propagande contre les anti-communistes qui résistèrent au président Sukarno.On le vit en Égypte, lors de la crise de Suez, quand des « volontaires » furent recrutés par les deux gouvernements les plus totalitaires du monde, l\u2019Union soviétique et la Chine rouge, pour aider le colonel Nasser.On le vit bien davantage en Hongrie, où le peuple fut écrasé par les chars blindés du maréchal Zhukov, \u2014 un étranger, pour sûr, mais qui intervenait au nom de 1\u2019 « internationalisme prolétarien » contre un « impérialisme » d\u2019étudiants, de travailleurs et d\u2019enfants.Puis, une des plus belles villes du monde fut incendiée par une armée étrangère avec une barbarie dont on a peu d\u2019exemples dans l\u2019histoire.Enfin, le communiste chinois, Chou En-lai, vint river les chaînes dont Zhukov avait chargé ses esclaves hongrois, qualifiés d\u2019« impérialistes » pour la circonstance.C\u2019est la synthèse du nationalisme et de l\u2019internationalisme.Elle se consomme dans l\u2019anti-impérialisme.C\u2019est pourquoi il est tellement important de revoir constamment ses positions nationalistes et internationalistes, si on ne veut pas devenir l\u2019allié des forces du mal.Ceci ne nous dit pas encore comment un chrétien doit réagir devant ces bouleversements.L\u2019année mariale viendra sans doute nous éclairer.Joseph Ledit.8 mars 1958.P.S.\u2014 La place nous manque pour faire allusion aux révolutions récentes en Amérique latine, aux articles de VOsservatore Romano sur la persécution religieuse en Pologne (19 janvier 1958), en Hongrie (25 janvier), Ukraine (8 février).105 Alexandre Dugré, S.J.Dans la nuit du 8 au 9 mars, à l\u2019hôpital de Val-d\u2019Or, s\u2019éteignait brusquement le Père Alexandre Dugré.Il avait surmonté une crise d\u2019angine.On ne le croyait plus en danger.Depuis le lancement de Relations, il en était un des collaborateurs.Le premier numéro contenait un article de lui: « Espace vital, problème vital: la terre »; le dernier numéro (mars 1958), une note, Au fil du mois, qui se terminait par cette phrase: « La colonisation est bien malade; elle se meurt avec tant de fonctionnaires pour l\u2019administrer.» Cette impatience partait d\u2019un cœur qui vouait à la terre une ferveur unique, passionnée, c\u2019est-à-dire partiale.Dans la hiérarchie nationale, « l\u2019habitant » venait en tête.Le jour où, jeune homme, il avait quitté la maison paternelle de la Pointe-du-Lac pour entrer chez les Jésuites, il avait tout quitté, à la lettre.Ce ne pouvait être que pour un plus grand amour.Il allait, cependant, demeurer paysan.Sur le macadam des trottoirs, parmi les bruits discordants de la rue, au long des nuits artificielles, il humera toujours comme l\u2019odeur du sol et gardera, dans ses yeux vifs, l\u2019éclat du jour sur la campagne et le lac de son enfance.Cette terre, il l\u2019entendait se plaindre ou se réjouir.Il lui parlait avec une prenante tendresse, et elle lui répondait comme avec un cœur.« Comté rural en baisse.Plus de vie à l\u2019arpent.La terre qui sauve.Nos Laurentides à terminer.Jeunesse à rebâtir.La prose d\u2019une conquête.Le sol veut bouger »: ces titres d\u2019articles (102 dans Relations, sans compter d\u2019innombrables notes, Au fil du mois), qui tranchent comme le soc d\u2019acier ou coupent ras comme la faux, disaient ses joies et ses peines, ses attentes et ses incertitudes, ses espoirs et ses échecs, et, toujours, la remontée incessante de la vie dans un cœur resté printanier.Chez lui, la terre était un instinct plus encore qu\u2019un amour raisonné.Ou mieux, c\u2019était une vieille sagesse venue du fond des âges et qui avait imprimé sa signature sur son âme.Tout le monde sait que nul n\u2019est stable, fécond, patient, prévoyant, traditionnel comme le paysan.Mais s\u2019il célébrait ces vertus et les défendait, c\u2019était plus en journaliste, souvent magnifique, ou en pamphlétaire, parfois rude, qu\u2019en véritable homme de science qui va au fond des choses.A l\u2019instar du paysan, il avait peu de goût pour les idées abstraites, les graphiques soignés, les recherches bien charpentées.Comme le paysan aussi, il soupçonnait l\u2019ouvrier.Pour l\u2019homme de la terre, pas de semaine de quarante-huit heures, ou moins, ajoutait-il.Il ne voulait pas, certes, qu\u2019on abusât des gens, car il avait un souci moral aigu de la justice, le respect de la personne et du travail bien rémunéré.Mais il se défiait des heures de travail déterminées en dehors desquelles on ne doit plus rien à personne; et il ne voulait pas qu\u2019on se crût quitte envers la société, une fois payé.Ceux qui le croyaient, il les traitait de « coureurs de salaires ».Il oubliait peut-être que, si le travail de la campagne est soumis aux vicissitudes du temps, le travail de la ville est soumis aux vicissitudes de la vente; et que, si le travail de la campagne n\u2019offre pas de retraite professionnelle ni d\u2019assurances, il offre, par contre, la stabilité du sol et de la demeure familiale où le cœur est mis en commun.106 Insensible comme le paysan aux intempéries, prêt à les affronter en toutes saisons, capable, lorsque la presse des grands travaux le requérait, de besogner dès la pointe de l\u2019aube, le Père disait la messe la plus matinale, travaillait à ses articles qu\u2019il semait dans plusieurs revues, était toujours prêt à donner une retraite dans une paroisse rurale.En fait, c\u2019est une de ses courses au fond du pays qui fut pour lui le chemin sans retour.Malade, le paysan se soigne hâtivement, quand ce n\u2019est pas tardivement.Diabétique depuis nombre d\u2019années, le Père était rude pour lui-même, et ne voulait jamais ralentir son train quotidien; il avait même une certaine méfiance pour les médecins qui n\u2019étaient pas de vieux médecins de famille, et pour tous les conseils de prudence.Pour lui, l\u2019existence chrétienne n\u2019était pas angoissée dans son fond, mais il la savait traversée de travail et de souffrance.Quand il est né, la majorité des habitants de cette province était rurale; avant sa mort, il n\u2019en était plus ainsi.On peut dire qu\u2019il ne s\u2019en est jamais consolé.Sa mission dans notre équipe aura été de lancer un cri, parce qu\u2019il fallait éveiller l\u2019attention, même si le progrès industriel était inévitable.A ses yeux, les espaces vides d\u2019hommes étaient presque tous des espaces à coloniser.La forêt, même celle du bouclier laurentien, n\u2019était pas une fin, mais un commencement.Peut-être la marche du temps et le miracle des techniques lui donneront-ils un jour raison.Car l\u2019homme garde, au fond du cœur, a-t-on dit, la nostalgie du jardin où il est né.Dormez en paix, bon et fidèle serviteur.Dormez en paix dans cette terre d\u2019où germe la résurrection.Comme le paysan, vous avez attendu le prix et la récompense de vos travaux.Nous savons qu\u2019il vous est maintenant donné.L.d\u2019Apollonia.Le tyrannicide, les Jésuites et M.Pierre-E.Trudeau Dans un article coiffé d\u2019une manchette flamboyante: «Faut-il assassiner le tyran?» (Vrai, 15 mars 1958), M.Pierre-Elliott Trudeau écrit: « .Comment expliquer que d\u2019éminents théologiens, dont certains jésuites, munis de leur imprimatur et de leur nihil obstat, en soient arrivés à enseigner que la doctrine sociale de l\u2019Église rende légitime et même nécessaire l\u2019assassinat politique ?» Selon M.Trudeau, « d\u2019éminents théologiens, dont certains jésuites », ont prôné l\u2019assassinat politique.Qu\u2019en est-il de cette assertion ?La doctrine distingue deux espèces de tyrans^ le tyran d'usurpation, injuste agresseur d\u2019un pouvoir légitime, et le tyran de gouvernement, souverain légitime qui opprime ses sujets.Sur le tyran d\u2019usurpation, la théologie est formelle: « Quand on ne peut recourir à un supérieur qui ferait justice de l\u2019injuste envahisseur, celui qui, pour délivrer sa patrie, tue le tyran, mérite louange et récompense », écrit saint Thomas.Le cas du tyran de gouvernement appelle une distinction.a) Les représentants du peuple peuvent-ils, en certaines circonstances graves, et partant rares, décréter la mort du tyran et confier à tel ou tel sujet l\u2019exécution de la sentence ?La plupart des théologiens répondent: Oui.b) Un particulier peut-il, de sa propre autorité, mettre à mort un souverain légitime?Ici, la réponse négative est quasi unanime.Suarez et Bellarmin, deux Jésuites, ne pensent pas autrement que saint Thomas.Font exception quelques auteurs du Moyen Age et surtout, au xvie siècle, certains partisans de la « Sainte Ligue », qui exaltent le tyrannicide sans restriction aucune.Ces « éminents théologiens » sont tombés dans l\u2019oubli.Mais l\u2019histoire a retenu le nom du Jésuite Mariana qui, dans son ouvrage, De Rege et de Regis institution, soutint avec réserves la même doctrine.RELATIONS Il faut replacer le livre dans son contexte historique.Les guerres de religion font rage.Henri III fait assassiner Henri de Guise, chef de la Ligue (1588), mais est poignardé par un ligueur, Jacques Clément (1589).Le De Rege.paraît en 1598.Dédié au roi Philippe II d\u2019Espagne, l\u2019ouvrage est écrit pour l\u2019instruction de l\u2019infant.L\u2019auteur se pose le cas où, par suite de la tyrannie du prince, les représentants du peuple ne pourraient se réunir pour le juger.Alors, si la tyrannie est évidente, si l\u2019opinion publique est unanime, « je ne voudrais pas condamner l\u2019homme qui, répondant aux vœux publics, tenterait de tuer le tyran », écrit Mariana.Le De Rege parut avec l\u2019approbation d\u2019un visiteur.Le nihil obstat n\u2019enlevait pas au livre son caractère privé.Il ne signifiait pas que les reviseurs admettaient les thèses du De Rege, mais que celles-ci ne leur paraissaient pas contraires à l\u2019orthodoxie.Visiteur et reviseurs, du reste, avaient manqué à leurs règles, spécialement au 41e décret de la Ve Congrégation générale (1594), qui venait d\u2019interdire la publication de toute nouveauté doctrinale, sans consultation du général.Celui-ci, le P.Aquaviva, défendit, « au nom de la sainte obéissance, sous peine d\u2019exil, d\u2019incapacité à tous les emplois et d\u2019autres châtiments, de jamais dire, soit publiquement, soit en secret, comme professeurs ou comme conseillers, ou dans un écrit quelconque, qu\u2019un particulier, quel qu\u2019il puisse être, et sous n\u2019importe quel prétexte de tyrannie, ait jamais le droit d\u2019attenter à la vie d\u2019un roi ou d\u2019un prince ».Il agissait de la sorte « afin que tous sachent la doctrine de la Compagnie sur ce point, et de peur que l\u2019erreur d\u2019un seul n\u2019attire le soupçon sur tous, bien que tous les hommes de bon sens estiment injuste de rendre toute une société responsable de l\u2019erreur d\u2019un de ses membres ».Le livre de Mariana fut maintes fois réédité par les protestants; et leurs théologiens ne se firent pas faute d\u2019enseigner la légitimité du tyrannicide, sans restriction aucune.Ils applaudirent aux meurtres d\u2019un Henri de Guise, d\u2019un Henri III, d\u2019un Henri IV, d\u2019un Charles Ier.Trois lignes ont suffi pour incriminer « d\u2019éminents théologiens, dont certains jésuites » au pluriel.Il nous aura fallu presque une page pour rétablir les faits.Très sages sont les lois de l\u2019Église sur la censure des écrits concernant la foi ou les mœurs.A défaut d\u2019une revision proprement dite, M.Trudeau pourrait soumettre ses articles à la censure préalable d\u2019un ami prudent.Louis C.de Léry, professeur de droit canon au Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.« Organisation professionnelle et corporatisme» C\u2019est un numéro spécial à la fois fort intéressant et instructif que la Chronique sociale de France (31 décembre 1957) nous livre sur ce thème passablement délaissé par les catholiques français depuis la fin de la seconde guerre mondiale.Après la grande enquête menée sur la corporation par la revue Itinéraires, voici que la Chronique sociale expose maintenant son point de vue.Il tient essentiellement en ces quelques phrases: refus de tout mythe « corporatiste », afin d\u2019éviter illusions et désillusions; mise à l\u2019écart des mots « corporation » et « corporatisme », et préférence donnée à l\u2019expression «organisation professionnelle»; nécessité d\u2019un minimum d\u2019organisation professionnelle pour ordonner et orienter l\u2019économie, mais insuffisance de cette formule à elle seule; utilité de l\u2019organisation professionnelle pour réaliser la promotion ouvrière, à condition qu\u2019elle tienne compte du syndicalisme historique, et que les décisions soient prises en commun par des organismes vraiment paritaires.Ce sont là des positions mesurées et modérées, qui visent avant tout au réalisme et à l\u2019efficacité auprès d\u2019une opinion AVRIL 1958 K Vichy \u2019(« * »: SiLESTJÜj; Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime \"triste\"?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bien connue et ses propriétés diurétiques contribuent a stimuler les multiples fonctions du foie et des reins et exercent un effet des plus salutaires sur le système digestif en général.Demandez l'avis de votre médecin.CELES TON S till MINÉRALE NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS recommandée par le corps médical dans le monde entier Méfiez-vous des imitations!!! Exigez « CÉLESTINS s Importateurs: HERDT CHARTON INC., Montréal tu O 107 publique que des expériences malheureuses ont rendue hostile à tout ce qu\u2019on lui présente sous le nom de « corporatisme ».Il ne semble pas, toutefois, que ce même public s\u2019oppose à la chose elle-même, ou du moins aux essais d\u2019organisation professionnelle actuellement en cours.Au contraire, un regain d\u2019intérêt se manifeste dans les milieux ouvriers et dans les associations patronales.Au Québec, non plus, le climat n\u2019est guère à l\u2019enthousiasme: le mot ne plaît pas, et la chose laisse indifférent.Il semble que le Souverain Pontife, en proposant, comme programme social à réaliser en notre époque, « l\u2019idée de l\u2019ordre corporatif professionnel de toute l\u2019économie », ait trop exigé des catholiques actuellement engagés dans l\u2019action politique, sociale et économique: il leur demandait un peu d\u2019héroïsme, alors qu\u2019ils n\u2019étaient que de « pauvres diables » avant tout préoccupés de leurs intérêts personnels, ou de groupes, ou de partis, ou de classes.Il leur aurait fallu être différents des autres, tant dans leur pensée que dans leur programme social: ils se sont contentés de suivre la masse et de ressembler le plus possible aux autres.Et de cette indifférence à l\u2019égard du point central de la doctrine sociale de l\u2019Église, nous sommes tous responsables; car il n\u2019est personne qui puisse se rendre le témoignage qu\u2019il n\u2019aurait pu faire davantage, soit pour répandre la connaissance et l\u2019estime de ce programme, soit pour en hâter la réalisation concrète.R.Arès.« Welfare Economies» Tel est le titre d\u2019un éditorial publié récemment (22 février 1958) dans le grand hebdomadaire catholique de Grande-Bretagne, The Tablet.Iljporte sur les prélèvements de plus en plus fréquents que l\u2019Etat est obligé de faire auprès des citoyens en vue de maintenir ses services de santé.En agissant ainsi, note l\u2019éditorial, le gouvernement est en train de fausser le but fondamental et de diminuer le principal mérite de ces services, qui consistent à venir en aide aux classes les plus pauvres de la population.Quand l\u2019État veut trop faire pour tout le monde, sans égard au besoin, ce sont les vrais indigents qui finissent par en souffrir.(That is a general truth about Welfare State economics, that in attempting to do too much for everybody, regardless of need, the really needy come to suffer, as they would not have done if State aid had been from the first more carefully limited to those who need it.) Et l\u2019éditorial d\u2019ajouter que la situation est la même dans le domaine de l\u2019éducation, où la généralisation des subsides s\u2019accompagne d\u2019un immense gaspillage.{It is a parallel story in education, where there is inevitably an immense waste through making extensions universal.) Au moment où se discutent chez nous l\u2019assurance-santé et la gratuité scolaire, il peut être utile de connaître le témoignage des autres sur leur propre expérience en ces deux domaines.R.Arès.Le mémoire des unions ouvrières sur l'éducation Le 12 février dernier, la Fédération des Travailleurs du Québec et la Confédération des Travailleurs catholiques du Canada présentaient au surintendant de l\u2019Instruction publique leur mémoire commun sur l\u2019éducation.N\u2019ayant réussi, pour ma part, à en obtenir le texte qu\u2019un mois plus tard, à la veille même de l\u2019impression du présent numéro, je regrette de ne pouvoir y consacrer que quelques lignes.Il mériterait certainement davantage, car il traite de deux des questions les plus brûlantes de l\u2019heure dans le domaine de l\u2019éducation: la fréquentation scolaire et la gratuité de l\u2019enseignement, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, la démocratisation des 108 principaux organismes qui régissent nos écoles publiques, en particulier des corporations scolaires et du Conseil de l\u2019Instruction publique.Il y a là, ramassé en quelque quarante pages, tout un ensemble de statistiques, de considérations et de suggestions que ne saurait ignorer ou encore moins traiter à la légère aucun de ceux que préoccupe actuellement le problème de l\u2019éducation dans la province.Pour me borner à un seul point, je dirai ceci: les réformes demandées dans notre système d\u2019enseignement sont précises et positives; elles méritent qu\u2019on leur accorde au moins un peu de réflexion et même un commencement d\u2019exécution.R.Arès.Témoignage?Accusation?S.O.S.?Après la diatribe passionnée que C.Côté servait à nos lecteurs, en février (p.44), sur les responsabilités mutuelles des hommes et des femmes dans leurs fréquentations, voici \u2014 témoignage?accusation?cri de détresse?\u2014 la lettre que je reçois d\u2019un garçon de dix-neuf ans.Je lis Relations.que j\u2019admire à cause de son esprit chrétien et de son courage à prendre position.Mais.depuis que je lis votre revue, je n\u2019ai .pas encore trouvé d\u2019article.à mon goût en ce qui concerne les fréquentations dans notre monde moderne.Ne vous serait-il pas possible d\u2019écrire un article.et de faire voir aux jeunes d\u2019aujourd\u2019hui la valeur spirituelle de l\u2019amour plutôt que sa valeur charnelle ?J\u2019ai été élevé dans une famille chrétienne par d\u2019excellents parents.J\u2019ai reçu une éducation quasi parfaite, et je puis affirmer, sans vantardise, que je suis un bon garçon.Mais.qu\u2019il est difficile de rester bon de nos jours! Tout dans notre monde moderne nous porte au péché.La femme est devenue pour l\u2019homme un objet de plaisir.La plupart.le savent, et comme il leur est inné de plaire, elles se laissent faire en croyant que c\u2019est là l\u2019unique moyen d\u2019attirer les garçons, et l\u2019on sait que la tactique réussit.N\u2019allez pas croire que je sois un scrupuleux.Je ne vois .aucun mal à de bons petits baisers; mais quant au reste, on pourrait s\u2019en passer.Bien peu de jeunes filles sont assez conscientes de leur futur rôle de mère pour résister à ces tentations.En ce qui me concerne, il y a longtemps que je cherche et je n\u2019ai pas encore trouvé.Où sont-elles donc, ces perles rares?Et que penser de la jeunesse actuelle ?Voilà le genre d\u2019article que j\u2019aimerais vous voir écrire.Je suis certain qu\u2019il pourrait m\u2019apporter un secours, à moi, ainsi qu\u2019aux centaines d\u2019autres jeunes gens qui lisent votre revue.On devine que je ne répondrai pas ici, pas tout de suite du moins, à ce touchant désir, sauf en référant notre aimable lecteur soit à nos appréciations bibliographiques, dont plusieurs portent sur l\u2019amour et le mariage, soit aux articles déjà publiés dans les deux revues que je connais le mieux, Relations et Collège et Famille, ou dans certaines revues européennes comme Foyers chrétiens ou l\u2019Anneau d\u2019or.C\u2019est à titre de document que j\u2019ai tenu à reproduire sa lettre.Elle mérite bien aussi un bref commentaire.Si, d\u2019un point de vue strictement casuistique, le jeune homme a raison de ne voir aucun mal dans de bons petits baisers occasionnels (je suppose qu\u2019il s\u2019agit de bonté morale), il cède cependant à la manie, qu\u2019on a généralisée, de sous-estimer la valeur psychologique du baiser.(On trouve dans la brochure indispensable du P.Gerald Kelly, Jeunesse moderne et chasteté, Montréal, Éditions Bellarmin, 1954, p.126, les conseils nuancés que ce problème réclame.) Vu le lien très intime qui unit, en cette matière, psychisme et moralité, je suis d\u2019avis que tout défaut de rectitude psychologique entraîne, tôt ou tard, un fléchissement parallèle de la moralité.Médecine, psychologie, expérience humaine établissent que le baiser des lèvres aux lèvres a, de soi, une signification amoureuse (au sens large ou strict de ce mot, objet \u2014 hélas! \u2014 RELATIONS de pitoyables confusions); cela explique qu\u2019entre un garçon et une fille, un homme et une femme, il déclenche normalement les réflexes de la fonction générative (ce qui, de soi, ne constitue nullement un désordre ni une faute, mais peut présenter et présente souvent un danger).Alors, ou bien l\u2019on ne s\u2019aime aucunement, et le baiser devient un vulgaire léchage (le calf s love des adolescents, la répugnante succion des scènes cinématographiques, l\u2019anti-hygiénique cérémonie(!) qui suit les mariages populaires, lorsque tout le monde embrasse la mariée); ou bien l\u2019on s\u2019aime, et le baiser doit être réservé aux intimités conjugales, dont il forme un des éléments responsables et consacrés.En Europe, si je ne me trompe, la tradition des familles chrétiennes exclut le baiser des lèvres aux lèvres même entre le père et sa fille, entre la mère et son fils.Je pense que c\u2019est bon sens.Et je n\u2019ai rencontré aucun groupe de jeunes, garçons ou filles, pour y contredire, après explications auxquelles l\u2019analyse de leurs petites aventures ajoutait un surcroît d\u2019évidence.La sclérose d\u2019habitudes dont ils ne veulent pas reconnaître la sottise rend les « adultes » beaucoup moins compréhensifs que les jeunes sur ce point.Le mal dont souffre notre jeunesse n\u2019est donc pas en elle-même, mais dans le scandale massif que lui impose une société de faux adultes.De cette situation (à mes yeux, comme à ceux de maints sociologues, Milton L.Barron et Sorokin par exemple, véritablement criminelle) je tirerai, au profit de notre correspondant, quelques conseils.Mon gars, lui dirai-je, renonce à compter sur ceux de tes aînés qui n\u2019ont pas répudié effectivement le conformisme avili de ce « monde moderne » qui te scandalise.Forge-toi, par l\u2019étude religieuse et la pratique sacramentaire, l\u2019une et l\u2019autre intelligemment dirigées, une âme « libre de tout sauf de Jésus-Christ » (J.Maritain).Prie avec confiance la Vierge, Mère du Bel Amour, et sois assuré qu\u2019elle placera sur ta route la compagne d\u2019éternité dont rêve ton cœur généreux.Car je suis persuadé que, chez nous, on peut rencontrer cinq et même dix filles saines pour un garçon capable de les respecter.J.d\u2019Anjou.JleiJineifl RELIGIONS L.Cerfaux et J.Tondriau: Un concurrent du christianisme.Le Culte des souverains dans la civilisation gréco-romaine.Bibliothèque de théologie, série III, vol.5.\u2014 Tournai, Des-clée & Cie, 1957, 535 pp., 23 cm.{\"''E CULTE, « concurrent du christianisme », nous semble une ^ faiblesse, une prétention folle; or, à partir d\u2019Alexandre, il fut presque normal, ordinaire, primordial.Plus étonnante que les divinations orientales, fut cette idolâtrie des Grecs et des Césars, en démocratie plus éveillée.Le culte de la flatterie devint féroce quand il alla jusqu\u2019à martyriser les résistants chrétiens ou juifs, qui refusaient de sacrifier à l\u2019idole de l\u2019empereur.La tragi-comédie durera jusqu\u2019au baptême de Constantin.C\u2019est humiliant pour le bon sens de l\u2019humanité de voir diviniser la Victoire, le Génie, les Césars.Une mégalomanie enfantine commença par des titres pompeux: héros, représentants ou rejetons des dieux, semblables aux dieux, pontifes, nouveaux Hercules ou Apollons.On frappa des monnaies et des médailles; on éleva des statues, des palais, des temples.Ces orgueils ne seraient AVRIL 1958 Troisième voyage en Europe de L\u2019Association des Educateurs catholiques de Montréal Voyage de 51 jours dont 35 sur le continent.\u2014¦ $860.00 (tout compris).Départ de Montréal, le 28 juin 1958, sur le S/S Seven Seas.Retour à Montréal, le 1 8 août 1958, sur le S/S Seven Seas.Ce voyage est réservé aux instituteurs, aux institutrices, et à leurs amis.L\u2019itinéraire comprend les Fêtes du Centenaire de Lourdes et l\u2019Exposition internationale de Bruxelles.Pays visités : Angleterre\t\u2014\tEspagne Belgique\t\u2014\tAndore Allemagne\t\u2014\tMonaco Autriche\t\u2014\tFrance Italie Demander l\u2019itinéraire à M.Jean-Paul Allaire, président de l\u2019Association des Educateurs catholiques de Montréal, 2741, rue Rouen, Montréal-24.Tél.: LA.5-6140.Ou à M.Irénée Daigle, 6275, Trente-Sixième Avenue, Rosemont, Montréal-36.Tél.: CL.5-4371.Qui veut la /in veut leâ moyenâ Ce n\u2019est pas tout de désirer, il faut exécuter.Vous formez des projets?Prenez les moyens de les réaliser.Presque tous vos projets exigent de l\u2019argent.Ayez-en.Accumulez régulièrement vos épargnes à la BANQUE CANADIENNE 588 bureaux au Canada 109 4962 aujourd\u2019hui qu\u2019amusants si tant de martyrs n\u2019avaient payé de leur sang leur fidélité au seul vrai Dieu.L\u2019ouvrage, de haute valeur scientifique, s\u2019appuie sur une documentation remarquable.Alexandre Dugré.Stanislas Polcin, S.J.: Une tentative d'union au XVU siècle.La Mission religieuse du Père Antoine Possevin, S.J., en Moscovie (1581-1582).\u2014 Rome (7, Piazza Santa Maria Maggiore), Pontificium Institutum Orientalium Studiorum, 1957,142 pp.,24 cm.Tj'XTRAORDINAIRE, ce Jésuite italien, supérieur de son ordre en Italie, France et Pologne, diplomate en Suède, Pologne et Moscovie, secrétaire de la Compagnie, polygraphe et directeur d\u2019âmes.Il fut chargé d\u2019une médiation entre la Pologne d\u2019Étienne Bathory et la Moscovie d\u2019Ivan le Terrible; l\u2019action diplomatique devait ouvrir la porte à une intervention religieuse.L\u2019A.étudie cette dernière seulement: les premiers contacts de Possevin avec la Russie, ses colloques avec Ivan le Terrible sur l\u2019union des Églises, ses écrits unionistes.Il fait enfin ses réflexions historiques et critiques sur les projets unionistes de Possevin, et c\u2019est la partie la plus neuve de son travail.On s\u2019arrêtera avec un intérêt particulier à l\u2019étude comparée de Possevin et de son illustre confrère polonais, Pierre Skarga; tous deux s\u2019occupèrent différemment de la même question.Possevin aimait le rite grec; il ignorait le rite ruthène et s\u2019en méfiait.On a fait beaucoup de progrès depuis le xvie siècle, et c\u2019est le mérite du P.Polcin d\u2019en avoir signalé les étapes.Ce petit livre est fait avec soin et précision.Une belle bibliographie et un index alphabétique en font un instrument de travail pour chercheurs et érudits.Joseph Ledit.S.Tyszkiewicz, S.J., et Dom Th.Belpaire, O.S.B.: Ascètes russes.Coll.« Les écrits des saints ».\u2014 Namur (33, rue Émile-Cuvelier), Editions du Soleil levant, 1957, 189 pp., 17.5 cm.Prix: 48 fr.b.TDROFESSEUR à l\u2019Institut pontifical des Études orientales et -*¦ directeur spirituel du Collège Russe de Rome, le P.Tyszkiewicz a consacré le meilleur de sa vie à l\u2019étude de la spiritualité russe.Commençons par transcrire, de l\u2019importante préface, ce paragraphe qui donnera envie de lire tout le reste: « La grâce qui sanctifie ces saints non unis à nous, c\u2019est la grâce du Christ, chef de l\u2019Église, et de l\u2019Esprit Saint, la grâce qui anime l\u2019unique véritable Église du Sauveur du monde.Sans être membres \u2014 au sens strict et plein du mot \u2014 de l\u2019Église catholique, ils se trouvaient sous l\u2019action bienfaisante de la gratia Ecclesiae: cette grâce s\u2019étend, par-dessus la désunion, à ceux qui, comme eux, ne portent pas la responsabilité personnelle et coupable d\u2019une rupture avec l\u2019autorité légitime de l\u2019Église.» Suivent les citations des meilleurs auteurs: S.Dimitri de Rostov, S.Tikhon Zadonski, S.Séraphin de Sarov, Jean de Cronstadt et tant d\u2019autres.Russian Spirituality, de Fedotov, était peut-être plus riche; mais ce livre est plus solide.Celui qui fréquente VImitation, Rodriguez, les classiques de notre ascèse catholique peut y aller en toute confiance, surtout s\u2019il se souvient que ces ascètes russes appartiennent à une Église séparée.Il ne sera pas dépaysé; mais il retrouvera, chez ces pieux moines, d\u2019admirables exemples, une doctrine saine et la présence de Dieu.C\u2019est un beau petit livre qui édifiera le prêtre éclairé qui sait faire la part des choses, le directeur spirituel, le prédicateur de missions paroissiales.Joseph Ledit.Vincent MONTEIL: Les Musulmans soviétiques.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Éditions du Seuil, 1957, 191 pp., 22.5 cm.Prix: 650 fr.TL Y A environ trente millions de musulmans en U.R.S.S.Au -*¦ moment où l\u2019Union soviétique courtise le monde arabe avec le succès qu\u2019on sait, il devient urgent de savoir comment elle a affronté le problème musulman à l\u2019intérieur de ses propres frontières.Nous n\u2019avons pas la compétence voulue pour apprécier ce livre à sa juste valeur, car il est basé sur une information tellement spécialisée qu\u2019elle constitue un monde à part.Dès le premier paragraphe, M.Monteil inspire une entière confiance.Sa documentation paraît complète; son information, précise, et son jugement, sobre.Il a écrit pour « l\u2019honnête homme de notre temps », mais avec la compétence d\u2019un spécialiste.Le sujet traité est d\u2019une grande importance; la dernière guerre nous a montré les Uzbeks, Turkmènes, Bashkirs, Kazakhs, Tadjiks, etc., en Europe occidentale sous l\u2019uniforme soviétique.M.Monteil nous les fait connaître chez eux et les montre aux prises avec la majorité russe.Si pour une raison ou pour une autre, on s\u2019intéresse au sujet traité, voici un de ces livres qu\u2019on relit volontiers deux ou trois fois, et qu\u2019on revient consulter dans la suite.Joseph Ledit.ÉDUCATION CHRÉTIENNE R.DE PRÉMOREL, S.J.: Jésus-Christ, notre guide.Coll.« Fils de lumière », édition féminine (5e édit, entièrement refondue).\u2014 Paris (15, rue Cassette), J.de Gigord, 1956, 322 pp., 18 cm.Prix: $1.85 (aux Éditions Bellarmin).UN MANUEL de religion qui est une réussite, ce n\u2019est pas un bonheur trop fréquent.L\u2019entreprise est d\u2019ailleurs difficile: il faut avoir enseigné le catéchisme pour le savoir.Voici un manuel de morale dont je peux affirmer, expérience faite, qu\u2019il convient magnifiquement aux grandes adolescentes.La substance en est très riche; la méthode pédagogique, vivante et efficace; la typographie, simple et variée; les illustrations, bien choisies.Livre de lecture autant que d\u2019étude, il laisse toutefois au professeur ample occasion de développer un contenu qui s\u2019appuie sur la Bible, la vie des saints, la littérature et l\u2019histoire.TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, ln0.P-, sec.-trés.(Strictement en gros) « Le temple de la lumière » BÉLAND 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* Chaque oiseau fait son nid à sa guise .et celui qui fait installer chez soi le chauffage par rayonnement possède le plus confortable, le plus hygiénique et le plus moderne des «nids»: ce mode de chauffage est tellement supérieur à tout ce qui existe! Demandez notre brochurette explicative.Tous travaux en chauffage-plomberie pour particuliers, industriels, Hôpitaux, couvents, collèges, etc.Théorie alliée à la pratique.Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL OOO OOO OOO OOO «an mm CHAUFFAGE-PLOMBERIE Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ta â>aul)eptbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Slèg* social : Montréal 110 RELATIONS Huit parties dans l\u2019ouvrage: I, portrait de l\u2019adolescente (trop sommaire); II, la vocation humaine: enfants du Père, appelés à coopérer à son œuvre, dans la lumière d\u2019une conscience chrétienne bien formée (pages dynamiques sur la conscience); III, la prière: nature, pratique, messe, jour du Seigneur; IV, tentations, péchés, pénitence; V, amis ou ennemis de la conscience: le prochain, les livres, les films; VI (partie principale), les œuvres de l\u2019amour: la maison, l\u2019école, états de vie (éveil de l\u2019amour, mariage, profession, célibat, vie religieuse), la justice privée et sociale; VII, conditions de l\u2019amour: esprit de pauvreté et de vigilance; VIII, réussite de l\u2019amour: espérance terrestre et céleste.Ici ou là, on rencontre matière à débat ou à transposition: c\u2019est normal.Mais l\u2019orientation pratique du texte est remarquable: l\u2019A.complète chaque chapitre par un résumé qu\u2019il présente sous forme de questions et de réponses; après quoi, il offre maintes suggestions de travail personnel, le plus souvent à partir de la Bible; puis, après avoir indiqué des thèmes de discussions et de réflexions, il propose, en caractères gras, des résolutions de choix.Bien sûr, les élèves ont besoin d\u2019un certain bagage intellectuel pour apprécier un tel ouvrage; mais celui-ci peut donner et nourrir le goût d\u2019une culture chrétienne approfondie.Les professeurs qui utilisent un autre manuel trouveront ici de quoi étoffer leurs leçons et stimuler l\u2019effort personnel des collégiennes.Joseph d\u2019Anjou.Abbé Marc ORAISON: Amour ou Contrainte?Quelques aspects psychologiques de l'éducation religieuse.\u2014 Paris (79, rue de Gentilly), Éditions Spes, 1957, 189 pp., 19 cm.Prix: 500 fr.OÉRIEUX, fondé en théorie et en clinique psychologiques de ^ même qu\u2019en théologie, cet ouvrage, le meilleur jusqu\u2019à présent de l\u2019A., démontre aux parents la nécessité de comprendre la psychologie de l\u2019enfance, les caractères de la maturité humaine, les exigences de la responsabilité parentale: climat familial équilibré, exemple de maturité religieuse et morale, oblativité qui exorcise les complexes et leurs manifestations (48-62) de manière qu\u2019ils ne déforment pas l\u2019âme des enfants, surtout en matière de foi et de vie morale.Le principal thème de l\u2019A., qui répond au titre du livre, c\u2019est celui de l\u2019amour intégrant la loi.Nécessaire, la fidélité à la loi; plus nécessaire encore, l\u2019amour qui valorise cette fidélité et la rend plus exigeante parce que plus libre; autrement, la culpabilité morbide supplante la charité et fausse le sens même de la grâce et de la rédemption.L\u2019usage que l\u2019A.fait ici de la psychanalyse est discret et nuancé; il devrait convaincre les éducateurs que cette science favorise la compréhension et la direction efficace de la croissance humaine.On se demande pourquoi l\u2019A.n\u2019a pas ajouté à son texte une table des matières.Joseph d\u2019Anjou.Marcel-Marie Desmarais, O.P.: La Clinique du cœur, I.\u2014 Montréal (5375, av.Notre-Dame-de-Grâce), Éditions du Lévrier, 1957, 192 pp., 16 cm.Prix: $0.50.'T'RAITEMENT chrétien des problèmes que pose à l\u2019homme de la rue son existence de tous les jours, voilà la Clinique du cœur.Réussites spirituelles qu\u2019on applaudit, situations doulou- reuses qui exigent du courage et souvent de l\u2019héroïsme, options embarrassantes devant lesquelles achoppe le simple bon sens naturel, inquiétudes provoquées par les remous de la civilisation moderne, scrupules, imprudences, surtout chez les jeunes filles qu\u2019il faut prémunir contre les illusions des fausses amours, endurcissements qui paralysent les efforts de conversion: sur tous ces cas vécus, le P.Desmarais pose un diagnostic à la fois sacerdotal et humain, cordial, encourageant, assaisonné d\u2019humour, mais sans jamais renier les exigences de la morale et de la spiritualité catholiques.Ce petit livre fera du bien aux lecteurs qu\u2019il vise, les aidant à résoudre des problèmes qui intéressent et leur équi-libre temporel et leur éternité.\tJean-Paul Labelle.Panorama chrétien.Revue mensuelle illustrée.\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Union des Œuvres catholiques de France, 128 pp., 30.5 cm.Prix: 100 fr.Abonnement au Canada: Periodica, 5090, av.Papineau, Montréal-34.ON NE SAURAIT dire trop de bien de cette revue française, en particulier du numéro spécial de Noël 1957.Deux qualités, entre autres, méritent d\u2019être soulignées: d\u2019abord, la variété vraiment exceptionnelle des sujets traités, de quoi satisfaire tous les goûts; puis, ce qui importe encore plus: le catholicisme qui inspire les articles, catholicisme authentique, reflétant des convictions éclairées, une vie intérieure profonde.Félicitons Benoît Baril (Periodica) de mettre à la portée des lecteurs canadiens cette revue qui montre le beau visage de la France, le vrai, combien plus intéressant que celui des romans louches et des revues à scandales.Émile Gervais.BIOGRAPHIES Charles ALMERAS: Saint Paul de la Croix.\u2014 Bruges (22, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1957, 292 pp., 20 cm.Prix: 120 fr.b.URODIGIEUSE histoire d\u2019une âme entièrement orientée vers -*¦ Dieu.Saint Paul de la Croix n\u2019a qu\u2019un désir: se soumettre parfaitement au bon plaisir divin, et il le réalise depuis son adolescence jusqu\u2019à l\u2019acceptation de sa mission de fondateur, miraculeusement révélée, qui sera le drame de sa vie.Chaque épreuve est acceptée dans cet esprit de soumission.Cependant, il ne néglige aucun moyen humain; il ne confond pas abandon et passivité; il entend bien que, si Dieu fait sa partie, l\u2019homme doit accomplir la sienne (p.235).La Passion est le centre de sa spiritualité; ce fut la nourriture de son âme, le mobile de ses fondations et l\u2019explication de la fécondité de son apostolat.On trouve en saint Paul une personnalité vigoureuse et attachante.L\u2019homme et le saint en lui sont parfaitement accordés; ils ont mûri ensemble et se complètent.Cet équilibre harmonieux entre les qualités naturelles et les vertus surnaturelles caractérise les mystiques: Paul de la Croix fut l\u2019un d\u2019eux.Livre solide, captivant, qui révèle la grandeur d\u2019un saint et de son œuvre, et met devant nos yeux le message apporté par ce saint au monde qui a perdu son âme et se dessèche, dévoré d\u2019activisme.Sœur Sainte-Thérèse-du-Divin-Cœur.École Saint-Antonin, Montréal.La jrWiièAe Banque ait Canada AU SERVICE DES CANADIENS DEPUIS 1817 La B de M fut la première à nommer, un agent de banque canadien aux Etats-Unis, pour assurer le développement du commerce outre la frontière.C\u2019était en 1818, à New-York.F Banque de Montréal B mu uuiars otauaum I lifiil AVRIL 1958 111 Jean Guitton: Le Cardinal Saliège.\u2014 Paris (61, rue des Saints-Pères), Bernard Grasset, 1957, 330 pp., 20.5 cm.Prix: 960 fr.VOICI le portrait d\u2019une personnalité hors série, riche en contrastes, difficile à saisir dans sa totalité.L\u2019A.trace d\u2019abord une esquisse de son héros et raconte le choc de sa première rencontre avec le prélat.Le chapitre cinquième est le portrait de l\u2019évêque et de l\u2019homme dans sa plénitude, un peu avant l\u2019épreuve de l\u2019infirmité.Vers la fin du volume apparaît le cardinal des derniers temps, presque muet, mais encore expressif.Une documentation considérable permet au lecteur de pénétrer les secrets de cet être énigmatique, de deviner tous ses ressorts.Une de ses hantises fut le problème de l\u2019adaptation apostolique: de l\u2019enseignement du catéchisme aux cours des facultés de théologie, aucune question ne le laissa indifférent.Les progrès de la science le passionnèrent.Toujours sa vie fut sondage, affrontement et confrontation.Pendant l\u2019occupation allemande, il incarna la résistance spirituelle.Sa lettre pastorale de septembre 1942, qui prenait la défense des Juifs persécutés, marque l\u2019émergence de son nom dans l\u2019histoire.A la fin de la guerre, on le considérait comme le représentant le plus typique en Europe de l\u2019évêque défenseur des cités et de la personne humaine.Un des témoins de sa vie profonde a dit: « Le cardinal était tout entier dans l\u2019instant et tout entier dans l\u2019objet.» Ce mot peut expliquer l\u2019apparente contradiction de certaines de ses paroles et attitudes.Par cet ouvrage, l\u2019A.éclaire une multitude de faits, prévient des interprétations superficielles et, sans voiler les limites humaines du cardinal Saliège, sait provoquer notre admiration pour son indéniable grandeur.Sœur Sainte-Thérèse-du-Divin-Cœur.École Saint-Antonin, Montréal.A.H.WlNSNES: Vie de Sigrid Undset.Coll.« Les îles ».\u2014 Bruges (22, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1957, 263 pp., 20 cm.Prix: 120 fr.b.CONNUE surtout par son roman médiéval, Christine La-vransdatter, qui lui valut le prix Nobel de littérature, Sigrid Undset est un écrivain dont l\u2019œuvre profondément humaine se situe au niveau international, comme celle de Bernanos, de Mauriac, de Greene et de Waugh.Poète, botaniste par passion, amoureuse de son pays, elle étudie, comme peu l\u2019ont fait, les mœurs médiévales des contrées nordiques de l\u2019Europe.Histoire, sagas, chansons lui sont familières.Aussi découvre-t-elle la salutaire influence du catholicisme sur son peuple.Quand, en 1924, âgée de quarante-deux ans, elle se convertit, ce n\u2019est pas sous l\u2019effet d\u2019un éblouissement surnaturel.Elle s\u2019est imperceptiblement façonné une pensée chrétienne.Publié en 1920, Christine Lavransdatter annonce déjà une âme en possession de la vérité.Son robuste bon sens fera d\u2019elle l\u2019adversaire irréductible des nombreux excès idéologiques qui ont cours au début du xx® siècle.Elle fulmine contre les revendications du féminisme qui néglige les valeurs, tenues traditionnellement pour sacrées, de l\u2019amour et de la maternité.Plus tard, elle s\u2019élève contre les ravages du néo-paganisme, au point que, durant la seconde guerre mondiale, elle doit chercher refuge en Amérique.Réaliste chrétienne, Sigrid Undset dépeint l\u2019homme et le monde tels qu\u2019elle les voit.Son regard plonge dans les profondeurs de l\u2019âme et montre que l\u2019homme en lutte contre Dieu devient l\u2019artisan de ses propres malheurs.De retour dans sa chère Norvège, elle s\u2019éteint en 1948.L\u2019ouvrage de Winsnes est bien fait.La nomenclature d\u2019œuvres norvégiennes et certaines analyses paraîtront fastidieuses à plusieurs.La traduction gagnerait à éliminer des lourdeurs.Mais la lecture de cette biographie fait connaître un esprit puissant, une âme droite et très attachante.On voudrait parcourir la douzaine de volumes traduits en français de cette femme « qui est du très petit nombre des auteurs contemporains que l'on ose qualifier de grands ».\tWilfrid Gar,épy Maison Bellarmin.Jeannine Delpech: L\u2019Ame de la Fronde.Madame de Longueville.Coll.« Les temps et les destins ».\u2014 Paris (18, rue de Saint-Gothard), Arthème Fayard, 1957, 217 pp., 21.5 cm.Prix: 750 fr./^\u2019EST toute l\u2019histoire des enfants Condé que l\u2019A.présente dans ce livre.« Demi-dieux dès l\u2019âge de raison, désinvoltes, à l\u2019aise dans tous les excès, attentifs à la gloire », ils incarnent « l\u2019individualisme des grands féodaux ».Obligés de se marier sans amour pour satisfaire aux ambitions politiques de leurs familles, Louis II de Bourbon, prince de Condé, et sa sœur Anne-Geneviève durent cacher à leurs parents des amours ardentes que n\u2019admettait pas leur milieu social.Dès lors, tous deux malheureux, ils s\u2019attacheront l\u2019un à l\u2019autre avec passion.Devenue Madame de Longueville, Anne perd par la mort son premier amant; puis, vu les fréquentes absences de son frère et les froideurs de son mari, elle se donne entièrement à la Fronde, dont elle se fait l\u2019âme dirigeante.C\u2019est alors que nous trouvons dans son entourage le prince de Marsillac dit La Rochefoucauld, les cardinaux Mazarin et de Retz, Turenne, Monsieur de Singlin et Port-Royal des Champs.Un tableau généalogique de la famille des Bourbon, au début de l\u2019ouvrage, aide à démêler les multiples intrigues politiques du xvne siècle.La composition, aussi claire que le style et la typographie, ne nous laisse rien échapper.L\u2019analyse psychologique dégage la personnalité extraordinaire de cette femme insatiable, « qui n\u2019aimait pas les plaisirs innocents », faisait « des pénitences que tout le monde ne pouvait pas faire », et mourut au Carmel en souriant.Collège B asile-Moreau, Saint-Laurent, Que.Louise-B.Toupin.Tel.: RE.7-3651 .vSîrw&v m
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