Relations, 1 septembre 1961, Septembre
[" SEPTEMBRE 1961 ANALYSE COMMENTAIRES L L'encyclique MATER ET MAGISTRA I.\tPrésentation II.\tL\u2019image de la société moderne III.\tLa sollicitude catholique de l\u2019Eglise IV.\tL\u2019État et la vie économique V.\tUne civilisation chrétienne du travail VI.\tLa participation des travailleurs à la vie de l'entreprise VII.\tLa propriété privée VIII.\tLe secteur agricole IX.\tNos problèmes de développement économique régional X.\tNations riches et nations pauvres XI.\tAccroissements démographiques et développement économique XII.\tDeux programmes mondiaux SOMMAIRE septembre 1961 L\u2019ENCYCLIQUE « MATER ET MAGISTRA » I.Présentation et vue d\u2019ensemble.Richard Arès 229 IL L\u2019image de la société moderne d\u2019après l\u2019encyclique.Hervé Carrier 231 III.\tLa sollicitude catholique de l\u2019Eglise.Georges Robitaille\t234 IV.\tL\u2019Etat et la vie économique .Richard Arès\t236 V.\tUne civilisation chrétienne du travail.Jacques Cousineau\t237 VI.\tLa participation des travailleurs À la vie de l\u2019entreprise .Clément Mertens 239 VII.\tLa propriété privée.Richard Arès 242 VIII.\tLe secteur agricole.Léon Lebel 244 IX.\tNos PROBLÈMES DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE RÉGIONAL et le progrès social .Irénée Desrochers 245 X.\tNations riches et nations pauvres.Luigi d\u2019Apollonia\t249 XI.\tAccroissements démographiques et DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE Joseph d\u2019Anjou 251 XII.\tDeux programmes mondiaux.Joseph Ledit 253 Au service du français: La règle ou l'usage?.J.d\u2019Anjou 254 Les livres.255 Notes bibliographiques.259 Le pape nous parle.260 Apprenez à connaître les avantages de l\u2019épargne en ouvrant un compte à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Il y a un bureau de la Banque dans votre voisinage J\\elationâ REVUE DU MOIS Publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus aux Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-ll Téléphone: DU.7-2541 Directeur :\tRichard Arès.Rédacteurs :\tLuigi d\u2019Apollonia (Vie religieuse et Politique internationale) Jacques Cousineau (Vie ouvrière) Joseph-H.Ledit (Horizon international) Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Robert Bernier, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Secrétaire de la rédaction :\tTirage : Georges Robitaille\tClarence Dontigny Administrateur :\tPublicité : Albert Plante\tJacques Séguin RELATIONS est membre de P « Audit Bureau of Circulations ».Ses articles sont répertoriés dans le « Canadian Index », publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.PRIX DE L\u2019ABONNEMENT : Canada: $4 par année.Hors du Canada: $5.Le numéro: $0.35 Des témoignages, venus de plu- I Abonnez-vous sans tarder afin sieurs milieux, démontrent l\u2019im-\td\u2019être assuré de recevoir notre portance et l\u2019influence de Relations.I prochain numéro.I CE NUMÉRO DE & lationé EST-IL LE VÔTRE ?Abonnez-vous et recevez 1\tPrix spéciaux fournis sur de- ,\t|\tmande pour plusieurs exemplai- votre revue regutterement,\tres ou plusieurs abonnements.^\\0ALE D'r'q utueile ^ ANC6-V1E .«eues, Montréal ASSU ouest, rue ^«PROTECTION DE LA FAMILLE\u201d^ \u2022\tUne seule police protège toute la famille ! \u2022\tLe plan moderne que les familles attendaient ! \u2022\tBeaucoup plus de protection pour un prix vraiment réduit ! Bureaux à : MONTRÉAL \u2014 JOL1ETTE \u2014 SAINT-JEAN QUÉBEC \u2014 SHERBROOKE \u2014 OTTAWA XXIe année N° 249 Septembre 1961 MONTRÉAL [pAxl^NGf fTIBl LISTA /Marc flatus].jggiESgjd L'encyclique Mater et Magistra I.-PRESENTATION ET VUE D\u2019ENSEMBLE IA NOUVELLE ENCYCLIQUE SOCIALE que S.S.Jean XXIII vient d'adresser à l\u2019Église universelle constitue, dans la vie de la communauté catholique, un événement de première importance; en effet, ce n\u2019est, en soixante-dix ans, que la troisième fois qu\u2019un pareil événement se produit, je veux dire une intervention aussi solennelle, aussi ample et aussi directe du magistère suprême en matière économique et sociale.Il est donc du devoir des catholiques de s\u2019intéresser à ce document, et d\u2019abord d\u2019en connaître le contenu, de se familiariser avec ses principaux enseignements et de se disposer à les faire passer dans la pratique.Afin de faciliter à nos lecteurs l\u2019accomplissement de ce devoir, nous présentons quelques réflexions et commentaires sur l\u2019encyclique Mater et Magistra.Si l\u2019on veut bien saisir le sens et la portée de cette nouvelle encyclique sociale, il faut se rappeler qu\u2019elle marque, d\u2019abord et avant tout, un anniversaire: le 70e anniversaire de la publication de l\u2019encyclique Rerum novarum par Léon XIII, en 1891.Elle est donc une œuvre de circonstances mais enracinée dans une tradition.C\u2019est dire qu\u2019elle traite des grands problèmes sociaux de l\u2019heure présente en se référant constamment à l\u2019enseignement déjà donné par les chefs de l\u2019Église au cours des soixante-dix dernières années.Ce n\u2019est pas, en matière économique et sociale, un début, un point de départ, mais une suite: la suite de Quaciragesimo anno, tout comme cette dernière était la suite de Rerum novarum.La première partie met fortement en relief cette continuité dans l\u2019enseignement social des souverains pontifes: elle résume largement les deux autres encycliques précédentes ainsi que le radiomessage de Pie XII, le jour de la Pentecôte 1941, soulignant ici et là quelques points de doctrine plus importants et encore actuels, rappelant les principales directives sociales données jusqu\u2019à ce jour aux fidèles par le magistère ecclésiastique.Cette première partie remplit un rôle d\u2019introduction; elle nous prépare à accueillir les enseignements nouveaux qui vont suivre.Ces enseignements nouveaux débutent avec la deuxième partie, entièrement consacrée à préciser la position de l\u2019Église à l\u2019égard des grands problèmes traditionnellement inclus depuis un siècle dans ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler la question sociale et qui se posent encore aujourd\u2019hui dans le monde du travail, tout particulièrement dans la société industrielle.Ces précisions portent sur les points suivants: 1) les rôles respectifs de l\u2019initiative privée et des pouvoirs publics en matière économique et sociale; 2) les avantages et les inconvénients de la socialisation; 3) la rémunération du travail et l\u2019adaptation qui s\u2019impose entre le développement économique et le progrès social; 4) les exigences de la justice au regard des structures des entreprises; 5) la propriété privée.Il s\u2019agit, on le voit, de problèmes extrêmement importants et toujours d\u2019actualité, même si l\u2019Église leur a déjà consacré maintes et maintes déclarations de son enseignement social, notamment en ce qui touche le rôle économique de l\u2019État, la juste rémunération du travail et la légitimité de la propriété privée.Ces problèmes de la société industrielle ont constitué jusqu\u2019ici le nœud de la question sociale, entendue au sens traditionnel et classique de l\u2019expression.L\u2019encyclique va maintenant dépasser ce sens et, dans une troisième partie, s\u2019attacher aux « nouveaux aspects de la question sociale ».Ils découlent de l\u2019état de déséquilibre qui caractérise le SEPTEMBRE 1961 229 monde d\u2019aujourd\u2019hui, déséquilibre qu\u2019on retrouve partout, notamment: 1) entre le secteur sous-développé de l\u2019agriculture et les secteurs plus favorisés de l\u2019industrie et des services; 2) entre certaines régions arriérées et les régions économiquement plus développées d\u2019un même pays; 3) entre les communautés politiques économiquement développées, qui jouissent d\u2019un niveau de vie élevé, et les pays en voie de développement économique, qui « souffrent de privations souvent graves »; 4) entre l\u2019accroissement démographique, le développement économique et les moyens de subsistance disponibles, soit sur le plan mondial, soit dans les pays sous-développés; 5) entre le souci de l\u2019indépendance nationale et le besoin d\u2019une collaboration à l\u2019échelle mondiale.A l\u2019égard de tous ces déséquilibres, causes de désordre et de malaise, l\u2019encyclique indique la position de l\u2019Église et suggère certains remèdes propres à les atténuer, sinon à les réduire.Encore faut-il \u2014 et c\u2019est la quatrième et dernière partie \u2014 que des idéologies tronquées ou erronées ne viennent pas fausser le sens des progrès scientifiques et techniques en méconnaissant, par exemple, les exigences spirituelles de l\u2019homme et en tentant de le séparer de son Créateur.Le grand problème de l\u2019heure est encore celui « de relations sociales plus humainement équilibrées tant à l\u2019intérieur de chaque communauté politique que sur le plan international »; il s\u2019agit de renouer des liens de vie en commun dans la vérité, la justice et l\u2019amour.Pour y parvenir, pour renouer ces liens de vie, il faut recourir à la conception toujours actuelle de la vie sociale que l\u2019Église apporte et annonce aux hommes.Les catholiques, en particulier, ont le devoir, non seulement de connaître la doctrine sociale chrétienne, mais encore de s\u2019en imprégner eux-mêmes, afin qu\u2019elle inspire leur action et se traduise ainsi dans la réalité sociale.Aussi les laïcs, loin de chercher à diminuer leur engagement chrétien dans le monde, « doivent, au contraire, le renouveler et l\u2019accentuer », se perfectionnant chacun dans son métier ou dans sa profession, collaborant ainsi à la tâche immense qu\u2019affronte aujourd\u2019hui l\u2019Église: « donner un accent humain et chrétien à la civilisation moderne, accent que cette civilisation même réclame, implore presque, pour le bien de son développement et de son existence même ».* * * De cette nouvelle encyclique sociale, dont je viens de présenter, très brièvement, une vue d\u2019ensemble, les journalistes et les premiers commentateurs n\u2019ont pas manqué de signaler l\u2019ampleur et la réalisme, de noter la sérénité de ton et le souci pastoral.J\u2019ajouterais à ces traits le caractère éminemment positif et constructif de l'enseignement donné.Sans doute, l\u2019encyclique rappelle, dans sa première partie, les positions prises par les souverains pontifes à l\u2019égard du communisme et du socialisme, et met en garde, dans sa quatrième partie, les catholiques contre les théories et mouvements qui nient Dieu ou la nécessaire dépendance de l\u2019homme envers Dieu, mais elle ne s\u2019attarde pas, comme Rerum novarum et Quadragesimo anno, à démontrer le caractère nocif des doctrines adverses, et ne contient aucune condamnation nouvelle.Partout, au contraire, s\u2019exprime une pensée éminemment positive, orientée vers une action constructive.Aux catholiques le Pape demande de ne pas s\u2019épuiser en discussions interminables, et, « sous prétexte du mieux », de ne pas négliger « le bien qui peut et doit être fait ».La vérité et l\u2019efficacité de la doctrine sociale catholique, leur rappelle-t-il explicitement, « se prouvent surtout par l\u2019orientation sûre qu\u2019elle offre à la solution des problèmes concrets ».Lui-même, tout en manifestant paternellement ses encouragements aux associations professionnelles et aux mouvements syndicaux d\u2019inspiration chrétienne, observe qu\u2019il faut prendre en considération l\u2019action exercée dans un esprit chrétien par les catholiques, « dans les autres associations professionnelles et syndicales qu\u2019animent les principes naturels de la vie commune, et qui respectent la liberté de conscience ».Enfin, il salue avec joie l\u2019œuvre bienfaisante accomplie par les grands organismes internationaux dans le domaine économique et social, tels que l\u2019Organisation internationale du Travail et l\u2019Organisation pour l\u2019Alimentation et l\u2019Agriculture (la F.A.O.).Il resterait à signaler beaucoup d\u2019autres aspects (par exemple, le fait que l\u2019encyclique, si elle réaffirme avec force le principe de subsidiarité et la nécessité des corps intermédiaires dans la société, n\u2019en fait cependant aucune application à l\u2019organisation professionnelle ou corporative).Il faut toutefois me borner à cette brève vue d\u2019ensemble.La série d\u2019articles que nous publions s\u2019appliquera, en suivant autant que possible le plan même de l\u2019encyclique, à en expliciter le contenu et à mettre en lumière ses enseignements principaux.Puisse ce modeste travail répondre au vœu même du Souverain Pontife: que la doctrine sociale de l\u2019Église soit « propagée par tous les moyens modernes de diffusion: presse quotidienne et périodique, ouvrages de vulgarisation ou à caractère scientifique, radiophonie, télévision ».Richard Arès, S.J.ACTUALITÉ DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L\u2019ÉGLISE L\u2019Eglise apporte et annonce aux hommes une conception toujours actuelle de la vie sociale.Suivant le principe de base de cette conception., les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale.Chacun d\u2019entre eux, étant ce qu\u2019il est, doit être considéré selon sa nature intrinsèquement sociale et sur le plan providentiel de son élévation à l\u2019ordre surnaturel.Partant de ce principe de base qui protège la dignité sacrée de la personne, le magistère de l\u2019Eglise, avec la collaboration de prêtres et de laïcs avertis, a mis au point, spécialement en ce dernier siècle, une doctrine sociale.Celle-ci indique clairement les voies sûres pour rétablir les rapports de la vie sociale selon des normes univer- selles en conformité avec la nature et les divers milieux d\u2019ordre temporel, comme aussi avec les caractéristiques de la société contemporaine; normes qui, par suite, peuvent être acceptées par tous.Il est cependant indispensable, aujourd\u2019hui plus que jamais, que cette doctrine soit connue, assimilée, traduite dans la réalité sociale sous les formes et dans la mesure que permettent ou réclament les situations diverses.Cette tâche est ardue, mais bien noble.C\u2019est à sa réalisation que Nous invitons ardemment non seulement Nos frères et fils répandus dans le monde entier, mais aussi tous les hommes de bonne volonté.Mater et Magislra.230 RELATIONS II.- L\u2019IMAGE DE LA SOCIETE MODERNE, D'APRÈS L\u2019ENCYCLIQUE N SOCIOLOGUE RÉPUTÉ faisait remarquer qu\u2019aucune institution dans l\u2019histoire n\u2019a jamais acquis une somme d\u2019expérience sociale comparable à celle de l\u2019Église catholique: tout, sociologiquement, y est arrivé, tout y a été observé.Mère et éducatrice de tous les peuples, l\u2019Église universelle connaît la société humaine par une sorte d\u2019expérience séculaire et d\u2019intuition qui lui sont propres.Hier comme aujourd\u2019hui, Rome est par vocation présente au monde entier et l\u2019image qu\u2019elle se forme de la cité terrestre est unique de pénétration, de bienveillance, d\u2019universalité.C\u2019est ce qui frappera plus d\u2019un observateur à la lecture de l\u2019encyclique Mater et Magistra.Ce document, il est vrai, n\u2019est pas à considérer comme une analyse sociologique au sens strict; on y trouve néanmoins une vision du monde actuel dont l\u2019envergure et l\u2019objectivité seraient difficiles à surpasser.Nous voudrions ici dégager cette image qui ressort de l\u2019encyclique.On se trouvera par le fait même à formuler les principales inquiétudes de la conscience moderne ainsi que les préoccupations dominantes du Saint Père en matière sociale.Ce sera aussi une façon de mettre en lumière l\u2019originalité de l\u2019encyclique et de souligner les nouveaux secteurs d\u2019application de la doctrine sociale chrétienne.I.LE TABLEAU D\u2019ENSEMBLE Dès la première partie de l\u2019encyclique, un bref tableau résume les traits majeurs qui donnent sa physionomie à notre époque.Dans le domaine technique, nous vivons actuellement une révolution caractérisée par les premières utilisations de l\u2019énergie nucléaire, par l\u2019immense développement de l\u2019industrie chimique et des produits synthétiques, par l\u2019introduction de l\u2019automation, par la modernisation de l\u2019agriculture, par la suppression des distances ou des délais dans les communications et les transports; nous entrevoyons déjà « le début de la conquête des espaces interplanétaires ».Dans le domaine social, notre époque assiste à une amélioration constante des conditions de vie; ce qui met en plus grand relief les différences économiques subsistant entre les secteurs de production, entre les régions, et entre les pays inégalement développés.D\u2019une part, se répandent les avantages sociaux: l\u2019instruction de base, la sécurité sociale, les moyens d\u2019information, la mobilité sociale, une meilleure formation et un sens accru de la responsabilité dans les mouvements ouvriers.D\u2019autre part, on déplore presque partout le retard économique des agriculteurs, le développement inégal des régions à l\u2019intérieur de chaque pays et surtout un « déséquilibre économique et social encore plus flagrant » entre pays développés et pays sous-développés.Dans le domaine politique, on note une participation accrue des masses à la vie publique, de même qu\u2019une extension plus grande de l\u2019État dans le domaine socio-économique.Sur le plan international, on observe « le déclin des régimes coloniaux » et l\u2019accession des peuples d\u2019Asie et d\u2019Afrique à l\u2019indépendance.Les rapports se multiplient entre peuples; leur interdépendance apparaît mieux et l\u2019on SEPTEMBRE 1961 constate « le développement d\u2019un réseau toujours plus dense d\u2019organismes à la dimension du monde.».C\u2019est sur cet arrière-fond que se profile l\u2019analyse sociale tout au long de l\u2019encyclique.Arrêtons-nous aux traits qui nous apparaissent les plus caractéristiques.Tout le contenu descriptif de la lettre nous semble commandé par deux observations majeures:\t1) Notre époque, comme nulle autre, a multiplié et élargi les rapports de solidarité entre les personnes, les groupes, les États.2) Mais notre temps reste marqué par de profonds déséquilibres sociaux et économiques à l\u2019intérieur des nations et aussi entre les pays.Nous ne croyons pas faire violence au document en reprenant les observations de détail dans cette double perspective.IL \u2014 EXTENSION DES SOLIDARITÉS SOCIALES L\u2019un des phénomènes typiques du monde actuel, c\u2019est le haut niveau d\u2019organisation de la vie collective, c\u2019est la multiplication des rapports sociaux et la prolifération d\u2019associations et d\u2019institutions de toutes sortes.Ce processus de socialisation, comme l\u2019appelle l\u2019encyclique, « est un des aspects caractéristiques de notre époque ».Il s\u2019explique d\u2019une part, par une tendance plus accentuée à la « collaboration autonome » dans les domaines économiques, culturels, récréatifs, professionnels, politiques et internationaux.D\u2019autre part, la socialisation est suscitée par « l\u2019intervention croissante des pouvoirs publics » et par la diffusion des avantages économiques et sociaux.Pour ces raisons la vie collective s\u2019est intensifiée.La socialisation réduit, certes, « le rayon d\u2019action libre des individus », mais elle n\u2019est pas à concevoir comme le résultat d\u2019un simple déterminisme.Elle s\u2019explique au contraire par plus de responsabilité, par le fait qu\u2019elle offre la satisfaction « de nombreux droits personnels, en particulier ceux qu\u2019on appelle économiques et sociaux »: entretien plus humain, soins médicaux, éducation de base, formation professionnelle, logement, travail, récréation et ouverture à l\u2019universel, grâce à une meilleure organisation des moyens modernes de diffusion de la pensée: « il est loisible à toute personne de participer aux vicissitudes humaines sur un rayon mondial ».Ce mouvement de socialisation est conçu par le Saint Père comme un avantage indéniable: « 11 est clair que la socialisation, ainsi comprise, apporte beaucoup d\u2019avantages.» La socialisation dénote un progrès dans la mesure où elle respecte le juste équilibre des personnes et des groupes coordonnés par l\u2019État.Elle est.œuvre des hommes, êtres conscients, libres, portés par nature à agir comme responsables, même s\u2019ils sont tenus, dans leur action, à reconnaître et respecter les lois du développement économique et du progrès social.Un ordre nouveau s\u2019échafaude, un nouvel équilibre se dessine.Le Saint Père en prend acte avec sérénité et optimisme.C\u2019est comme si le dynamisme interne et conscient du mouvement de socialisation contenait en lui-même ses principales garanties de rectitude.231 Les organisations de la société contemporaine se développent et l\u2019ordre s\u2019y réalise de plus en plus, grâce à un équilibre renouvelé: exigence d\u2019une part de collaboration autonome apportée par tous, individus et groupes; d\u2019autre part, coordination en temps opportun et orientation venue des pouvoirs publics.Ces perspectives nous font comprendre toute l\u2019importance que l\u2019encyclique accorde à deux principes fondamentaux: la liberté de l'initiative des particuliers concourant au bien commun; et le principe de subsidiarité, en vertu duquel l\u2019État intervient positivement dans le domaine économique tout en respectant la fonction primordiale des groupes spontanés.Dans les organismes de production De nouvelles solidarités se nouent également entre les principaux agents de la vie économique.De nos jours, on note une aspiration des travailleurs à une participation plus stricte à la vie des entreprises comme à la vie des organismes où se décident les politiques économiques.Que l\u2019entreprise devienne « une communauté de personnes » où chacun se sente respecté, estimé, responsable.Que les ouvriers aient une « part active à la vie des entreprises », qu\u2019on les fasse même « participer à la propriété des entreprises ».L\u2019encyclique retient cette dernière expérience comme « des plus désirables ».Le fait que les ouvriers exercent leur responsabilité dans les organismes de production répond à une aspiration tout à fait naturelle et qui est particulière à notre temps, constate l\u2019encyclique; c\u2019est « en harmonie avec le déroulement de l\u2019histoire en matière économique, sociale et politique ».Ces aspirations à la participation ne s\u2019arrêtent pas à l\u2019entreprise elle-même, elles embrassent les pouvoirs publics et les institutions nationales ou mondiales qui ont pouvoir de décision en matière économique.L\u2019encyclique note avec satisfaction l\u2019action positive des mouvements ouvriers dans cette tâche novatrice.Les syndicats chrétiens sont paternellement et affectueusement encouragés.Leur action s\u2019exerce bien au delà de leurs cadres immédiats; elle atteint «l\u2019ensemble du monde du travail » où elle apporte « une impulsion chrétienne novatrice ».Sont également pris en considération les autres syndicats « qu\u2019animent les principes naturels de vie commune, et qui respectent la liberté de conscience ».Ces aspirations à participer plus étroitement à la vie économique sont également partagées par les artisans, les coopérateurs et surtout par les agriculteurs.L\u2019isolement les condamne aujourd\u2019hui à l\u2019inefficacité.Il leur faut s\u2019unir et collaborer.« De nos jours, une voix isolée n\u2019a quasi jamais le moyen de se faire entendre, moins encore de se faire écouter.» L\u2019association s\u2019impose: « dans le secteur agricole, comme au reste dans tous les secteurs productifs, l\u2019association est aujourd\u2019hui de nécessité vitale.».Entre peuples Notre temps est surtout marqué par un nouveau type de rapports entre pays inégalement développés.C\u2019est l\u2019enjeu même de notre époque: « Le problème le plus important de notre époque est peut-être celui des relations entre communautés politiques économiquement développées et pays en voie de développement économique.» Le pape note comme un fait « l\u2019interdépendance de plus en plus étroite entre peuples », et il souligne les conséquences et les devoirs qui en découlent.C\u2019est également un fait que l\u2019éveil de la conscience moderne à ce problème du développement de tous les pays: Nous savons fort bien qu\u2019en ces dernières années une conscience plus universelle, plus approfondie, a été prise du devoir de s\u2019employer à favoriser le développement économique et le progrès social dans les pays qui se débattent dans les plus grandes difficultés.Ces solidarités mieux perçues commencent à se concrétiser dans de multiples formes de collaboration: coopération technique, accueil d\u2019étudiants, apports de capitaux, initiatives économiques, organisations et fondations spécialisées.Mais, par rapport aux urgences et aux besoins, ces efforts restent infimes, « la coopération scientifique, technique et économique.veut une autre ampleur que celle que nous connaissons ».Ces nouvelles conditions d\u2019interdépendance et de solidarité ont élargi la « question sociale » aux dimensions du monde.« Le déroulement de l\u2019histoire met en plus grand relief les exigences de la justice et de l\u2019équité.» Les problèmes de justice et d\u2019équité ne concernent pas seulement les employeurs et les ouvriers.Ces questions englobent aujourd\u2019hui les rapports entre secteurs et zones économiques d\u2019un même pays.La « question sociale » s\u2019étend même aux relations socio-économiques entre pays diversement développés.« Par suite, on peut dire que tout problème humain de quelque importance.revêt aujourd\u2019hui des dimensions supranationales et souvent mondiales.» III.\u2014DÉSÉQUILIBRES DE NOTRE ÉPOQUE Les progrès économiques du monde moderne et ses solidarités plus étroites mettent en un relief saisissant les inégalités qui subsistent à tous les niveaux.L\u2019encyclique revient constamment à ce thème du déséquilibre.C\u2019est avec celui de la solidarité un concept-clé pour décrire les phénomènes contemporains.Les individus, les groupes, les régions, les secteurs de production, les pays nous sont présentés avec leurs contrastes, leurs disparités, leurs inégalités, en un mot, avec leurs déséquilibres socio-économiques porteurs d\u2019injustices.Il y a d\u2019abord le fait qu\u2019en de nombreux pays et même « sur des continents entiers » une foule de travailleurs et leurs familles sont réduits à « des conditions de vie sous-humaines ».Souvent le contraste est « criant et outrageant » entre le luxe des privilégiés et la misère des multitudes.En d\u2019autres pays, au nom d\u2019un « prestige national mal compris » ou par désir d\u2019une accélération économique disproportionnée, on contraint la génération actuelle à des privations inhumaines, ou on dépense une large part du revenu national en armements.Même dans des pays développés, il arrive que les rétributions touchées par certains citoyens sont sans rapport avec la valeur de leurs prestations et « disproportionnées à leur apport au bien commun ».Ces déséquilibres sont la manifestation d\u2019une inadéquation fondamentale entre le progrès social et les développements économiques; en définitive, ils sont le signe d\u2019« erreurs profondes » affectant les buts, les structures, le fonctionnement de l\u2019économie; « nombreux sont, de notre temps, les déséquilibres économiques et sociaux qui blessent la justice et l\u2019humanité ».232 RELATIONS Sur le plan de la propriété, une dissociation s\u2019est opérée entre la sécurité des citoyens et la possession concrète d\u2019un patrimoine.Grâce à une valorisation des droits du travail, on place sa sécurité dans sa capacité professionnelle plutôt qu\u2019en « des droits fondés sur le capital ».Selon l\u2019expression de l\u2019encyclique, « on aspire à conquérir une capacité professionnelle plus qu\u2019à posséder des biens ».Dans la mentalité actuelle, un doute s\u2019est ainsi élevé sur le principe même du droit de propriété privée.C\u2019est dans cette perspective sociologique, que l\u2019encyclique s\u2019applique à réaffirmer les principes du droit de propriété privée, même pour les biens de production.L\u2019encyclique s\u2019attarde à deux phénomènes particulièrement graves de notre temps, la situation d\u2019inégalité dans laquelle se trouvent les agriculteurs presque partout, et celle où se débattent les pays sous-développés.Dans l\u2019agriculture C\u2019est un « problème de fond » pour tous les États: comment réduire « le déséquilibre de la productivité » du secteur agricole en face du secteur industriel et des services ?Comment atténuer le déséquilibre entre le niveau de vie des ruraux et celui des citadins ?Comment empêcher que les agriculteurs n\u2019aient « un complexe d\u2019infériorité » ?Cette situation d\u2019inégalité caractérise notre temps: « le secteur agricole, à peu près partout, est un secteur déprimé », sous-développé, mal équipé par rapport aux autres.Ce déséquilibre tient à un manque de coordination économique et à une inégalité des chances de développement.Les revenus du secteur agricole se forment plus lentement.Les risques y sont plus notables.Par ailleurs, les porteurs de capitaux sont peu enclins à pratiquer des investissements dans ces secteurs.Ces graves disparités appellent une politique audacieuse de soutien, de coordination, de modernisation.L\u2019encyclique s\u2019y étend longuement.Elle insiste également sur le fait que les agriculteurs seront eux-mêmes les agents de leur propre promotion.Elle souligne de même que l\u2019association est ici, comme dans les autres secteurs, de « nécessité vitale ».Les déséquilibres socio-économiques s\u2019étendent non seulement aux secteurs de production, mais ils atteignent des régions entières à l\u2019intérieur de plusieurs pays.Certaines régions sont prospères, d\u2019autres sont « économiquement arriérées ».Ici encore l\u2019initiative privée et les pouvoirs publics sont appelés à une action conjointe et efficace.L\u2019encyclique dénonce avec la même vigueur les déséquilibres qui affectent les modes de peuplement de la terre: « il existe en plusieurs pays des déséquilibres marqués entre terre et peuplement»; ici, les «hommes sont rares et les terres cultivables abondent »; ailleurs, c\u2019est la situation inverse, la terre est rare et les hommes abondent.Seul l\u2019appel à la solidarité internationale peut remédier à ces disparités.Le rôle bienfaisant de la F.A.O.est cité en exemple.Entre pays Le déséquilibre frappant qui sévit entre pays inégalement développés est la préoccupation sociale la plus lourde de notre époque.Certains pays «jouissent d\u2019un niveau de vie élevé »; d\u2019autres « souffrent de privations », leurs habitants « se débattent dans les difficultés de l\u2019indigence, de la SEPTEMBRE 1961 misère, de la faim, ne jouissent même pas des droits élémentaires reconnus à la personne humaine ».Ces inégalités dans le développement économique prennent une signification encore plus grave si on y ajoute le problème des accroissements démographiques actuels.La présente cause de déséquilibre c\u2019est l\u2019inadéquation entre peuplement et subsistance.L\u2019encyclique y consacre une section substantielle et indique comment la seule solution se trouve dans une collaboration consciente à l\u2019échelle du monde entier.Cette situation engage la responsabilité collective de tous les hommes; la paix entre les peuples y est même en jeu: une paix durable et féconde n\u2019est pas possible entre eux si sévit un trop grand écart entre leurs conditions économiques et sociales.Les secours d\u2019urgence s\u2019organisent, ils sont indispensables; mais c\u2019est aux causes mêmes du déséquilibre qu\u2019il faut s\u2019attaquer: « ces causes proviennent avant tout d\u2019un régime économique primitif ou arriéré ».L\u2019analyse du Saint Père ne s\u2019arrête pas aux faits extérieurs; elle se fait incisive et elle découvre, en même temps que les obligations de la conscience moderne, les écueils et les tentations qui guettent les pays riches face aux nations pauvres.Tentation de s\u2019en tenir au développement économique, sans veiller à ce que celui-ci s\u2019accompagne d\u2019un progrès social harmonieux.Tentation plus subtile de « projeter leur propre image sur les pays en voie de développement ».Tentation toujours possible de chercher leur propre intérêt « en esprit de domination », ce qui serait « une colonisation d\u2019un genre nouveau ».Mais « l\u2019embûche la plus dissolvante » serait d\u2019apporter à ces pays un bien-être exclusivement matériel qui risque de tuer la conscience morale des peuples secourus.* Les anomalies, les inégalités et les injustices de notre époque prennent racine dans un autre déséquilibre, encore plus profond, celui des consciences elles-mêmes: déséquilibre dans « les relations sociales », idéologies tronquées, illusion de bâtir la cité sans fondement religieux; « l\u2019aspect plus sinistrement typique de l\u2019époque moderne se trouve dans la tentation absurde de vouloir bâtir un ordre temporel solide et fécond en dehors de Dieu.».Malgré ses admirables progrès techniques, l\u2019humanité n\u2019a pas su développer au même rythme son avancée spirituelle, elle semble plutôt régresser de façon alarmante; « notre époque se distingue par le contraste existant entre l\u2019immense progrès scientifique et technique et un recul effrayant de l\u2019humanité ».Malgré sa franchise et son réalisme sans fard, la description du Saint Père ne laisse à aucun moment une impression de nostalgie, de pessimisme ou d\u2019abattement.L\u2019Eglise accepte avec bienveillance ce monde tel qu\u2019il est.Ses erreurs et ses déviations y sont dénoncées sans ménagement ni fausse diplomatie; mais, par dessus tout, subsiste l\u2019espérance toujours vive chez les chrétiens de recréer une vie collective « dans la vérité, la justice et l\u2019amour ».Hervé Carrier, S.J., professeur de sociologie et secrétaire de l'Institut des Sciences sociales de l'Université Grégorienne, Rome.233 III.- LA SOLLICITUDE CATHOLIQUE DE L'ÉGLISE DANS NOTRE MONDE PRESSÉ qui ne lit guère dans les journaux de textes un peu longs, surtout s\u2019ils sont sérieux, austères, ^nous risquons la plupart, à propos de la récente encyclique, publiée à pleines pages pendant plusieurs jours, de rester à la surface, de ne connaître que les titres ou quelques extraits plus voyants.Un pareil document au contraire, préparé pendant des mois par la plus haute autorité spirituelle de la terre, devrait être lu en entier et relu par tout catholique cultivé, car, par-delà les paroles il révèle une présence, par-delà les enseignements un amour; en des atours singulièrement gracieux, il découvre l\u2019authentique visage de l\u2019Église, notre Mère, l\u2019Éducatrice par excellence de l\u2019Humanité, Mater et Magistra.Nous signalerons rapidement ces traits du visage maternel.De cette mission dévolue par le Christ et de la dignité qu\u2019elle confère, l\u2019Église a conscience claire, hère et modeste, et Elle nous le rappelle en un noble langage aux premières lignes de l\u2019encyclique: Elle a été instituée par Jésus-Christ pour que tous les hommes au long des siècles trouvent en son sein et dans son amour la plénitude d'une vie plus élevée et la garantie de leur salut.une double tâche Lui est confiée: engendrer des fils, les éduquer et les diriger, en veillant avec une providence maternelle sur la vie des individus et des peuples, dont Elle a toujours respecté et protégé avec soin la dignité.enfin « bien que son rôle soit d\u2019abord de sanctifier les âmes et de les faire participer aux biens de l\u2019ordre surnaturel, Elle est cependant soucieuse », imitant en cela le Christ lui-même, « des exigences de la vie quotidienne des hommes en ce qui regarde leur subsistance et leurs conditions de vie, mais aussi la prospérité et la civilisation dans ses multiples aspects et aux différentes époques ».Cette auguste présence qui s\u2019affirme si vive aux premières lignes de l\u2019encyclique, il nous arrivera, à mesure que se succèdent les enseignements précis, techniques, rigoureux, d\u2019en perdre le sentiment, de la croire disparue; elle s\u2019est voilée seulement car elle demeure par l\u2019esprit de sagesse qui ajuste ces exposés, par l\u2019esprit d\u2019humanité profonde partout présent.Il n\u2019y a pas lieu de relever ici par le détail, après des spécialistes en la matière, le sérieux, la qualité technique des exposés qui font le corps de l\u2019encyclique.L\u2019Église, même en matière sociale, nourrit les hommes de vérité, non de fadaises, et une preuve, entre bien d\u2019autres, est l\u2019unanimité faite autour de l\u2019encyclique Rerum novarum, « reconnue comme la Grande Charte de la reconstruction économique et sociale de l\u2019époque moderne ».Second trait: une prudence singulière ajuste partout les conseils, les suggestions, l\u2019enseignement aux possibilités, comme à propos de la multiplication des secours d\u2019urgence aux pays sous-développés, la sûreté est la marque de la doctrine sociale de l\u2019Église.Elle s\u2019y reconnaît: .la vérité et l\u2019efficacité de la doctrine sociale catholique se prouvent surtout par l\u2019orientation sûre qu\u2019elle offre à la solution des problèmes concrets.Un autre trait visible à tous dans l\u2019encyclique est la continuité sans défaillance dans la vérité.L\u2019Église ne craint pas de reprendre son enseignement sur le salaire, sur la propriété privée, même celle des moyens de production, sur les droits primordiaux de la personne, sur les lois de la transmisssion de la vie, etc.Elle accepte sans émoi d\u2019être 234 confrontée à ses paroles d\u2019hier.Car sous son regard perspicace, la vérité d\u2019hier demeure la vérité d\u2019aujourd\u2019hui, mieux saisie, plus épanouie, comme la figure que le sculpteur avait d\u2019abord esquissée et qu\u2019il dégage ensuite en relief.L\u2019Église progresse dans la vérité; Elle ajoute sans avoir besoin d\u2019effacer.Pascal a écrit de l\u2019homme pris dans la continuité de l\u2019histoire qu\u2019il s\u2019instruit sans cesse, ajoutant aux connaissances d\u2019hier les connaissances d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019affirmation, discutable en certains domaines, est l\u2019exacte vérité à propos de l\u2019Église.Car Elle est la conscience de l\u2019Humanité en sa montée spirituelle.Plus émouvante peut-être encore, parce que plus révélatrice de sa tendresse, est la sollicitude dont l\u2019Église enveloppe l\u2019Humanité entière; attentive en effet comme d\u2019instinct aux plus humbles, aux groupes, comme au bercail tout entier.Son cœur est assez vaste, assez riche pour entendre tous les appels.Ainsi les droits de chacun à ses yeux sont inviolables et un des passages les plus solennels de l\u2019encyclique rappelle le caractère sacré de la vie humaine et des actes qui la transmettent.La dignité de la personne humaine dont Elle a fait comme le pôle de sa doctrine sociale, elle la reprend, l\u2019approfondit, l\u2019enrichit sans cesse; ce n\u2019est pas tout de multiplier les avantages matériels; ils ne doivent pas émousser chez l\u2019homme le sens et l\u2019exercice de la responsabilité.Elle souhaite pour tous l\u2019accès à la propriété privée.Le travail fini et délicat de l\u2019artisan a fixé son regard et elle demande qu\u2019on le respecte, qu\u2019on sauvegarde son mérite et son prix.Les plus faibles singulièrement émeuvent sa compassion et sa voix avec gravité, avec vigueur, dénonce les « abus criants et outrageants » dont sont victimes des salariés, ou revendique en faveur des pays sous-développés des secours d\u2019une « autre ampleur ».Aux jeunes nations qui accèdent à l\u2019indépendance, fières et jalouses des valeurs de leur mystérieux passé, Elle adresse des paroles d\u2019accueil et des vœux dont Elle a seule le secret.Même s\u2019ils l\u2019ignorent, Elle est leur Mère et sa venue, Elle le leur déclare, « comporte toujours d\u2019heureuses conséquences dans le domaine économique et social ».Elle ne vient pas, qu\u2019ils se rassurent, comme une étrangère, jamais naturalisée; au contraire entrant dans la vie des peuples, elle n\u2019est pas une institution imposée du dehors et Elle le sait.Sa présence, en effet, coïncide avec la nouvelle naissance et la résurrection des hommes dans le Christ.Celui qui naît à nouveau ou ressuscite dans le Christ n\u2019éprouve jamais de contrainte extérieure.Enfin, reprenant les paroles particulièrement heureuses de Pie XII, Élle les assure que fidèle dépositaire, de la divine sagesse éducatrice, elle ne peut penser ni ne pense à attaquer ou à mésestimer les caractéristiques que chaque peuple avec une piété jalouse et une compréhensible fierté, conserve et considère comme un précieux patrimoine.Toutes les orientations, toutes les sollicitudes, dirigées vers un développement sage et ordonné des forces et tendances particulières qui ont leurs racines dans les fibres les plus profondes de chaque rameau ethnique, pourvu qu\u2019elles ne s\u2019opposent pas aux devoirs, dérivant pour l\u2019humanité de son unité d\u2019origine et de sa commune destinée, l\u2019Église les salue et les accompagne de ses vœux maternels.C\u2019est le sourire toujours frais de l\u2019aïeule à ses fils nouveaux qui arrivent.RELATIONS Mais par-delà les individus, les groupes, les régions, les pays, il y a l\u2019humanité entière et c\u2019est la grande rumeur du monde que perçoit le cœur de l\u2019Église et à laquelle Elle répond.La quatrième partie de l\u2019encyclique est la réponse de sa tendresse insondable à cet appel innombrable du monde.Elle est splendide.Les problèmes sociaux actuels en effet sont à l\u2019échelle du monde, ainsi le problème de l\u2019aide aux pays sous-développés.Ils ne peuvent recevoir de solution satisfaisante que dans la collaboration de tous.Or cette collaboration suppose la confiance mutuelle.Si l\u2019humanité employait à secourir les malheureux les milliards qu\u2019elle consume à s\u2019armer, quelle ampleur soudain et quelle efficacité en l\u2019aide qu\u2019elle apporterait! Seulement, il y faut la confiance mutuelle et celle-ci ne peut s\u2019édifier que dans une commune foi en Dieu.L\u2019Église qui voit jusqu\u2019au fond de l\u2019homme, découvre ainsi l\u2019assise sur laquelle seule l\u2019homme peut bâtir.Il est faux que «.à l\u2019époque des triomphes de la science et de la technique, les hommes peuvent construire leur civilisation sans avoir besoin de Dieu ».les sciences mathématiques peuvent bien manifester les phénomènes; elles sont incapables de saisir et encore moins d\u2019exprimer entièrement les aspects les plus profonds de la réalité.l\u2019expérience de tous les jours continue à attester, au milieu des désillusions les plus amères ce qu\u2019affirme le Livre inspiré: Si ce n'est Dieu qui bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent.Ayant donc, par le sens qu\u2019Elle a de l\u2019indéfectible Providence et sa confiance en la puissance inventive de l\u2019homme, exorcisé l\u2019épouvantail qu\u2019est à plusieurs le problème de la surpopulation, ayant, d\u2019autre part, mesuré la tâche immense qu\u2019Elle affronte aujourd\u2019hui, «donner un accent humain et chrétien à la civilisation moderne », avec optimisme, avec sérénité, avec instance, Elle convie à l\u2019œuvre l\u2019humanité entière.Ses fils d\u2019abord, clercs et laïcs, qui doivent tous, c\u2019est sa volonté expresse, s\u2019instruire de sa doctrine sociale, s\u2019y former jusque dans la pratique car cette doctrine est vie: enfin, ils doivent la vivre à longueur de jours et d\u2019années, en plénitude si possible.L\u2019œuvre sociale étant d\u2019abord temporel, c\u2019est aux laïcs qu\u2019elle échoit en très grande partie.L\u2019Église le leur déclare sans regret, sans inquiétude, sans réticence ni mise en garde tatillonne, mais simplement, comme une chose qui va de soi.Car, laïcs et clercs, tous sont ses enfants, abreuvés d\u2019un même Esprit, appelés à la même tâche grandiose de consacrer le monde.L\u2019action sociale dans la charité, Elle le rappelle plus explicitement que jamais, est un apostolat social.Et cet apostolat pour ses enfants qui veulent être dociles à l\u2019Esprit n\u2019est pas soustraction ni diversion à leur union à Dieu; elle peut être et doit être la voie où ils trouvent Dieu, le lieu même de leur sainteté.S\u2019ils savent discerner par delà les apparences l\u2019œuvre profonde qui s\u2019accomplit, ils découvriront émerveillés qu\u2019ils collaborent avec le Christ à l\u2019œuvre même de la Rédemption, pour la gloire du Père.Aussi l\u2019appel de l\u2019Église à ses enfants n\u2019est pas à la retraite ni au désengagement, mais à l\u2019engagement « renouvelé et accentué ».Il faut l\u2019accomplir avec optimisme, avec élan, avec joie.C\u2019est l\u2019appel de l\u2019Église à ses fidèles, c\u2019est l\u2019appel du Pasteur universel à toutes nations.Car l\u2019Église est l\u2019Église de tous, à qui Elle apporte lumière, force et vie.Après leur avoir signifié tout au long de l\u2019encyclique qu\u2019Elle fait confiance et qu\u2019Elle applaudit aux efforts généreux d\u2019où qu\u2019ils viennent (O.I.T., F.A.O., syndicats non confessionnels.), Elle s\u2019en explique ouvertement à la dernière page: En effet il s\u2019agit de la doctrine de l\u2019Église catholique et apostolique, Mère et Éducatrice de tous les peuples, dont la lumière illumine et enflamme; dont la voix pleine de céleste sagesse appartient à tous les temps; dont la force apporte toujours un remède efficace et adapté aux nécessités croissantes des hommes, aux difficultés et aux craintes de la vie présente.Ce sera, croyons-nous, une des surprises, une des joies des non-catholiques de découvrir que cette encyclique Mater et Magistra, par delà les enfants expressément nommés, s\u2019adresse aussi à eux.La table est garnie pour tous et tous sont conviés.L\u2019Église du concile œcuménique l\u2019a dressée, l\u2019Église du Corps mystique, qui sait que toute la vie des âmes se répand par Elle sur le monde, visiblement sur ceux qui lui sont rattachés formellement, invisiblement sur toutes les âmes de bonne volonté qu\u2019un lien mystérieux rattache à Elle.Même s\u2019ils l\u2019ignorent, son cœur, à Elle, les reconnaît et de sa voix pour tous maternelle Elle les convie.L\u2019encyclique Mater et Magistra avec un rare bonheur exprime ce cœur catholique de l\u2019Église et c\u2019est un titre de plus d\u2019en témoigner très respectueusement à Sa Sainteté Jean XXIII notre gratitude filiale.Georges Robitaille, S.J.CONNAÎTRE ET PRATIQUER LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE Nous réaffirmons avant tout que la doctrine sociale chrétienne est partie intégrante de la conception chrétienne de la vie.Tout en observant avec satisfaction que dans divers instituts cette doctrine est déjà enseignée, depuis longtemps, Nous insistons pour que l\u2019on en étende l\u2019enseignement dans des cours ordinaires, et en forme systématique, dans tous les séminaires, dans toutes les écoles catholiques à tous les degrés.Elle doit de plus être inscrite au programme d\u2019instruction religieuse des paroisses et des groupements d\u2019apostolat des laïcs; elle doit être propagée par tous les moyens modernes de diffusion: presse quotidienne et périodique, ouvrages de vulgarisation ou à caractère scientifique, radiophonie, télévision.A cette diffusion, Nos fils du laïcat peuvent contribuer beaucoup par leur application à connaître la doctrine, par leur zèle à la faire comprendre aux autres et en accomplissant à sa lumière leurs activités d\u2019ordre temporel.Qu\u2019ils n\u2019oublient pas que la vérité et l\u2019efficacité de la doctrine sociale catholique se prouvent surtout par l\u2019orien- tation sûre qu\u2019elle offre à la solution des problèmes concrets.De cette manière, on réussit même à attirer sur elle l\u2019attention de ceux qui l\u2019ignorent ou qui l\u2019attaquent parce qu\u2019ils l\u2019ignorent: peut-être même à faire pénétrer dans leur esprit une étincelle de sa lumière.Une doctrine sociale ne doit pas seulement être proclamée, mais aussi traduite en termes concrets dans la réalité.C\u2019est d\u2019autant plus vrai de la doctrine sociale chrétienne, dont la lumière est la Vérité, dont l\u2019objectif est la Justice et la force dynamique l\u2019Amour.Nous attirons donc l\u2019attention sur la nécessité qu\u2019il y a pour Nos fils à ne pas être seulement instruits de la doctrine sociale, mais d\u2019être éduqués d\u2019une manière sociale.L\u2019éducation chrétienne doit être intégrale.Elle doit s\u2019étendre à tous les devoirs.Elle doit donc faire naître et s\u2019affirmer chez les chrétiens la conscience du devoir qui consiste à accomplir chrétiennement même les activités de nature économique et sociale.Mater et Magistra.SEPTEMBRE 1961 235 IV.-L'ETAT ET LA VIE ECONOMIQUE IL EST SIGNIFICATIF que, tout de suite après le rappel des enseignements passés, le premier problème à retenir l\u2019attention du Souverain Pontife, soit celui de l\u2019équilibre à maintenir entre l\u2019initiative privée et l\u2019action des pouvoirs publics, tout particulièrement de l\u2019État, dans le monde de l\u2019économie.Èn quelques paragraphes \u2014 six tout au plus \u2014 l\u2019encyclique synthétise la doctrine et indique la position concrète de l\u2019Église sur ce problème, devenu l\u2019un des plus graves et des plus controversés de l\u2019heure présente.Au point de départ, deux principes généraux établissent clairement la doctrine: le premier réaffirme la primauté de l\u2019initiative privée, le second reconnaît la nécessité et indique le caractère propre de la présence des pouvoirs publics.« Qu\u2019il soit entendu avant toute chose, écrit l\u2019encyclique, que le monde économique résulte de l\u2019initiative personnelle des particuliers »; mais, d\u2019un autre côté, le devoir existe pour les pouvoirs publics d\u2019être présents et de « promouvoir le développement de la production, en fonction du progrès social et au bénéfice de tous les citoyens », Il ne s\u2019agit pas de tout faire par eux-mêmes en ce domaine, car « leur action a un caractère d\u2019orientation, de stimulant, de suppléance et d\u2019intégration; elle doit être inspirée par le principe de subsidiarité », c\u2019est-à-dire qu\u2019elle ne doit intervenir que pour aider les membres du corps social à mieux accomplir les fonctions qu\u2019ils sont en mesure de remplir eux-mêmes, et non pas pour les détruire ni pour les absorber.Jusqu\u2019ici c\u2019est la doctrine traditionnelle que l\u2019encyclique réaffirme avec force et clarté.Maintenant elle va observer la situation dans le monde actuel, porter un jugement de fait et formuler un principe à maintenir face à l\u2019emprise grandissante de l\u2019État dans la vie économique.La situation actuelle est la suivante: grâce au développement des sciences et des techniques de production, les pouvoirs publics ont aujourd\u2019hui de plus amples moyens: 1) « de réduire les déséquilibres entre les divers secteurs de production, entre les différentes zones à l\u2019intérieur des communautés politiques, entre les divers pays sur le plan mondial »; 2) « de limiter les oscillations dans les alternances de la conjoncture économique, de faire front aux phénomènes de chômage massif, avec la perspective de résultats positifs ».En bref, les progrès scientifiques et techniques offrent aujourd\u2019hui aux pouvoirs publics d\u2019amples moyens de travailler efficacement au progrès économique et social.Suit ce que j\u2019ai appelé un jugement de fait.L\u2019encyclique se contente de constater le fait de la réaction des pouvoirs publics en face de ces nouvelles possibilités qui s\u2019offrent à eux: ils « ne peuvent manquer de se sentir engagés à exercer dans le domaine économique une action aux formes multiples, plus vaste, plus profonde, plus organique; à s\u2019adapter aussi, dans ce but, aux structures, aux compétences, aux moyens, aux méthodes ».Les termes même utilisés par l\u2019encyclique laissent clairement entendre qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une réaction normale de la part des pouvoirs publics, et qu\u2019en conséquence il faut considérer comme une nécessité de notre temps ce fait de leur intervention plus poussée dans le domaine économique.Mais, une fois cela reconnu et admis, le Pape formule aussitôt le principe qui précise les objectifs et les limites 236 de cette intervention.Il le fait dans un texte d\u2019une grande densité, un texte qu\u2019il faut citer ici en son entier, non seulement à cause de l\u2019importance de la doctrine qu\u2019il expose, mais encore parce qu\u2019il est, semble-t-il, destiné à devenir l\u2019un de ces textes classiques, sans cesse invoqués, de la doctrine sociale de l\u2019Église.La présence de l\u2019État dans le domaine économique, si vaste et pénétrante qu\u2019elle soit, n\u2019a pas pour but de réduire de plus en plus la sphère de liberté de l\u2019initiative personnelle des particuliers, tout au contraire elle a pour objet d\u2019assurer à ce champ d\u2019action la plus vaste ampleur possible, grâce à la protection effective pour tous et pour chacun, des droits essentiels de la personne humaine.Et il faut retenir parmi ceux-ci le droit qui appartient à chaque personne humaine d\u2019être et de demeurer normalement première responsable de son entretien et de celui de sa famille.Cela comporte que, dans tout système économique, soit permis et facilité le libre exercice des activités productrices.Les familiers de l\u2019enseignement social des papes auront sans doute reconnu ici une nouvelle expression de ce souci constant de l\u2019Église de défendre envers et contre tous la dignité de la personne humaine et de faire servir à la reconnaissance concrète de cette dignité toutes les institutions de la vie sociale, à commencer par l\u2019institution politique suprême, l\u2019État.Mais cette prise de position fondamentale en faveur de la personne, de sa dignité, de ses droits et de sa liberté, même dans le domaine économique, ne signifie nullement que le Souverain Pontife s\u2019oppose à l\u2019intervention de l\u2019État; il en a déjà, au contraire, reconnu la légitimité et admis, la nécessité.Voici maintenant qu\u2019il ajoute que les deux \u2014 initiative privée et action publique \u2014 sont indispensables à l\u2019instauration d\u2019une vie commune ordonnée et féconde, et que le problème est plutôt de doser, d\u2019harmoniser ce double apport, « en des proportions qui répondent aux exigences du bien commun, eu égard aux situations changeantes et aux vicissitudes humaines ».Et pour démontrer la nécessité de ce double apport dans la vie économique, l\u2019encyclique fait appel aux leçons de l\u2019expérience: L\u2019expérience enseigne que là où fait défaut l\u2019initiative personnelle des individus surgit la tyrannie politique, mais languissent aussi les secteurs économiques orientés surtout à produire la gamme indéfinie des biens de consommation et services satisfaisant en plus des besoins matériels les exigences de l\u2019esprit: biens et services qui engagent de façon spéciale le génie créateur des individus.Tandis que là où vient à manquer l\u2019action requise de l\u2019État, apparaît un désordre inguérissable, l\u2019exploitation des faibles par les forts moins scrupuleux.L\u2019encyclique reviendra en d\u2019autres endroits sur ce rôle de l\u2019État, notamment dans le chapitre consacré à la propriété privée, mais c\u2019est ici qu\u2019elle formule son enseignement fondamental.Action de l\u2019État dans le domaine économique, oui: la justice sociale le demande, le bien commun l\u2019exige plus que jamais de nos jours; mais action qui doit constamment s\u2019harmoniser avec l\u2019initiative personnelle des particuliers, et non pas chercher à la supplanter, car c\u2019est chaque personne humaine qui est et demeure normalement première responsable de son entretien et de celui de sa famille.Richard Arès, S.J.RELATIONS. V.-UNE CIVILISATION CHRETIENNE DU TRAVAIL LUN DES ASPECTS les plus réconfortants de l\u2019encyclique Mater et Magistra pour l\u2019apôtre social ^ soucieux de vivre pleinement la doctrine chrétienne me paraît la place accordée, tout au long de ce document, au travail.« Le travail., procédant directement de la personne, doit passer avant l\u2019abondance des biens extérieurs qui, par leur nature, doivent avoir valeur d\u2019instrument.» Telle est, sur cette question, l\u2019affirmation centrale dont le reste découle.S.S.Jean XXIII y voit « l\u2019indice d\u2019un progrès de l\u2019humanité ».Si « aujourd\u2019hui, on aspire à conquérir une capacité professionnelle plus qu\u2019à posséder des biens; [si] on a confiance en des ressources qui prennent leur origine dans le travail ou des droits fondés sur le travail, plus qu\u2019en des revenus qui auraient leur source dans le capital, ou des droits fondés sur le capital », c\u2019est sans doute que, d\u2019accord avec la doctrine sociale de l\u2019Église, l\u2019on considère le travail, plus encore que la propriété, comme une structure constitutive de la personne.Et pourtant le Saint Père ne manque pas de maintenir plus que jamais que le droit à l\u2019usage des biens, même de la production, est étroitement associé à la nature personnelle de l\u2019homme et qu\u2019en vue de l\u2019expansion concrète de cette liberté essentielle, ce droit joue un rôle indispensable, « les expressions fondamentales de la liberté » trouvant en lui « garantie et stimulant ».La valeur humaine du travail A propos du travail, Jean XXIII a conscience d\u2019avancer et de faire avancer la doctrine sur les traces de ses prédécesseurs.Aussi, dans la première partie de l\u2019encyclique où il trace une synthèse de l\u2019enseignement pontifical à partir de Léon XIII, met-il l\u2019accent sur le travail.Après le tableau de l\u2019époque, il rappelle dès le début que « les principes de base.selon lesquels doit être réorganisé le secteur économique et social de la société huriiaine » d\u2019après Rerum novarum « concernent d\u2019abord le travail qui doit être traité non plus comme une marchandise, mais comme une expression de la personne humaine »; vient alors la réaffirmation, après Pie XI, que ces prises de position « ont contribué efficacement » à l\u2019organisation du droit du travail, comme d\u2019une nouvelle branche du droit.Plus loin, dans l\u2019analyse de Quadragesimo anno, le Souverain Pontife souligne qu\u2019 « on doit considérer de la plus haute importance doctrinale et pratique l\u2019affirmation [de Pie XI] selon laquelle il est impossible d\u2019« estimer le travail à sa juste valeur et de lui attribuer une exacte rémunération si l\u2019on néglige de prendre en considération son aspect à la fois individuel et social » et il tire les conséquences qui s\u2019imposent pour la rénumération du travail selon la justice.Enfin, le résumé du message radiophonique du 1er juin 1941 remet en mémoire que Pie XII voyait les trois valeurs fondamentales de la vie sociale et économique dans l\u2019usage des biens matériels, le travail et la famille, le travail étant pour lui « un devoir et un droit de chaque être humain ».Sur ce point d\u2019ailleurs comme sur bien d\u2019autres, la nouvelle encyclique atteste une admirable continuité avec les déclarations pontificales antérieures, notamment avec les allocutions et les lettres de Pie XII.L\u2019on peut comparer les substantielles exhortations de ce dernier aux agriculteurs italiens avec la troisième partie où Jean XXIII aborde « un problème de fond, qui se pose à tous les États », à savoir le déséquilibre qui menace de s\u2019établir entre les divers secteurs économiques, notamment entre le secteur agricole d\u2019une part et le secteur industriel et des services d\u2019autre part; au milieu des directives précises et adaptées en vue de l\u2019organisation du monde agricole et de la promotion économique et sociale des travailleurs de la terre, l\u2019on trouve cette réflexion qui va au cœur du problème, justifie la sollicitude pontificale et ramasse la vision chrétienne du travail humain dans le monde: La personne humaine trouve, dans le travail de la terre, des stimulants sans nombre pour s\u2019affirmer, se développer, s\u2019enrichir, y compris dans le champ des valeurs spirituelles.Ce travail doit être conçu, vécu, comme une vocation, comme une mission: comme une réponse à l\u2019appel de Dieu, nous invitant à prendre part à la réalisation de son plan providentiel dans l\u2019histoire; comme un engagement à s\u2019élever soi-même avec les autres; comme une contribution à la civilisation humaine.L\u2019écho des paroles lucides de Pie XII, patricien romain,, s\u2019est amplifié au point de nous apporter dans l\u2019encyclique un corps de doctrine solide et réaliste comme son auteur, paysan de l\u2019Italie du nord.De même, le passage où Mater et Magistra traite des exigences de la justice au regard des structures rappelle la consigne de Pie XII sur « la possibilité » que la grande exploitation « plus heureusement productive » « doit offrir.de tempérer le contrat de travail par un contrat de société »; aussi, les précisions qu\u2019elle apporte sur la « légitime aspiration des ouvriers à prendre part active à la vie des entreprises où ils sont enrôlés et travaillent », sur les relations de travail dans l\u2019entreprise qui doivent être « imprégnées de respect, d\u2019estime, de compréhension, de collaboration active et loyale, d\u2019intérêt à l\u2019œuvre commune », sur le travail « conçu et vécu par tous les membres de l\u2019entreprise, non seulement comme source de revenus, mais aussi comme un accomplissement d\u2019un devoir et prestation d\u2019un service », enfin, sur la présence active des travailleurs à tous les échelons de l\u2019organisation de la vie économico-sociale, toutes ces précisions éclairantes et bienfaisantes découlent du principe formulé par Pie XII dans sa lettre à Charles Flory en 1947, sur le caractère social du travail: Par-dessus la distinction entre employeurs et employés, qui menace de devenir toujours davantage inexorable séparation, il y a le travail lui-même, le travail, tâche de la vie personnelle et de tous en vue de procurer à la société les biens et les services qui lui sont nécessaires ou utiles.Ainsi compris, le travail est capable, en raison de sa nature même, d\u2019unir les hommes véritablement et intimement; il est capable de redonner forme et structure à la société devenue amorphe et sans consistance.On le voit, pour Jean XXIII le travail est une activité qui ne saurait être exercée pratiquement que d\u2019une façon sociale, donc en coopération et de manière organisée.Aussi l\u2019encyclique ne manque pas l\u2019occasion de louer l\u2019action jouée par les associations professionnelles et syndicales devant les pouvoirs publics et les institutions de compétence mondiale, régionale ou nationale.La louange y est SEPTEMBRE 1961 237 fort nuancée.Le Pape accorde sa « pensée affectueuse », son « encouragement paternel » aux mouvements d\u2019inspiration chrétienne qui agissent « pour le relèvement matériel et moral » des classes laborieuses et « exercent une impulsion chrétiennement novatrice »; la Confédération internationale des Syndicats chrétiens (C.I.S.C.), à laquelle est affiliée notre Confédération des Syndicats nationaux (C.S.N.) voit reconnue sa part substantielle de mérite.Le Pape prend « en considération » l\u2019action qu\u2019exercent ses fils « dans un esprit chrétien » dans les autres mouvements « qu\u2019animent les principes naturels de la vie commune et qui respectent la liberté de conscience »; ici, la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.), d\u2019inspiration marxiste, est nettement distinguée de la Confédération internationale des Syndicats libres (C.I.S.L.), à laquelle sont affiliés, et la Confédération italienne des Syndicats libres dont font partie les militants chrétiens d\u2019Italie, et notre Congrès du Travail du Canada où se dépensent plusieurs des nôtres.Enfin, il exprime sa « cordiale estime » à l\u2019Organisation internationale du Travail (O.I.T.), qui depuis plusieurs décennies apporte sa contribution valable et précieuse à l\u2019instauration dans le monde d\u2019un ordre économique et social imprégné de justice et d\u2019humanité, où les requêtes légitimes des travailleurs trouvent leur expression.Les précisions d\u2019exigences et les directives d\u2019orientation soulignées jusqu\u2019ici dans la nouvelle encyclique concernent l\u2019aménagement de l\u2019activité laborieuse elle-même.Reste à examiner ce que Mater et Magistra apporte de nouveau concernant le produit du travail, envisagé sous l\u2019angle de sa rémunération.La rémunération du travail Le droit au salaire tel que les souverains pontifes l\u2019ont mis en lumière depuis Léon XIII s\u2019appuie sur les trois caractères reconnus au travail; il est nécessaire, personnel et social.Si le travail se révèle nécessaire à la conservation de la vie, il s\u2019ensuit un véritable droit de l\u2019homme sur le produit de son travail; s\u2019il est personnel, il s\u2019ensuit que ce droit s\u2019étend à une rétribution suffisante pour faire face aux besoins de la personne; s\u2019il est social enfin, le produit du travail de tous doit servir aux besoins de tous, selon la mesure d\u2019une juste répartition.Précisément, dans la nouvelle encyclique, la rémunération du travail prend place dans la répartition sociale des revenus.La corrélation y est accentuée entre la contribution au bien commun que constitue le travail et le droit au revenu.Ce droit véritablement social exige donc que la richesse économique d\u2019un peuple « ne résulte pas seulement de l\u2019abondance générale des biens, mais aussi et plus encore de leur distribution effective suivant la justice ».La raison en est donnée dans un texte de Pie XII sur l\u2019économie nationale, qui, « fruit de l\u2019activité d\u2019hommes qui travaillent unis dans la communauté politique, ne tend pas non plus à autre chose qu\u2019à assurer sans interruption les conditions matérielles dans lesquelles pourra se développer pleinement la vie individuelle des citoyens ».Ainsi sera réalisé « le droit personnel de tous à l\u2019usage des biens terrestres ».Tout ce passage d\u2019ailleurs est sous le signe de l\u2019équilibre social.Le Pape constate les disproportions actuelles, qui saisissent son âme « de profonde amertume devant un 238 spectacle infiniment triste »: dans certains pays insuffisamment développés, c\u2019est le contraste entre l\u2019extrême misère des multitudes et le luxe effrené de quelques privilégiés, comme il arrive dans quelques pays riches en or noir; dans les pays économiquement développés, c\u2019est celui trop fréquent entre les rétributions même des diverses catégories de travailleurs, sans mesure avec leur apport au bien commun, comme il arrive même chez nous; ailleurs ce sont les contraintes exagérées subies par le peuple en vue d\u2019accroître l\u2019efficacité de l\u2019économie nationale ou d\u2019entretenir le prestige national par les armements.Le Pape estime de son devoir d\u2019affirmer que « la rétribution du travail.est déterminée en justice et équité », par des principes qui « valent partout et toujours » même si leur application doit tenir compte des richesses disponibles.Il y a d\u2019abord l\u2019exigence \u2014 à qualifier d\u2019absolue à cause de la place qu\u2019on lui donne \u2014 d\u2019une rémunération qui permette aux travailleurs « avec un niveau de vie vraiment humain, de faire face avec dignité à leurs responsabilités familiales ».On devra aussi tenir compte de « l\u2019apport effectif de chacun à la production, de la situation économique des entreprises et des exigences du bien commun de la nation »; ce sont des normes classiques.Enfin, \u2014 points nouveaux qui révèlent la conjoncture internationale \u2014 l\u2019on « prendra en spéciale considération » la répercussion du taux des salaires sur le plein emploi national et « les exigences du bien commun universel, intéressant les communautés internationales ».La doctrine chrétienne intègre ainsi l\u2019humanisation des rapports économiques entre peuples que le Marché commun d\u2019Europe notamment tente de réaliser.On le voit, la répartition sociale des revenus a tendance à s\u2019effectuer à des niveaux de plus en plus divers; amorcée dans les unités de production inférieures, elle doit être aménagée en vue d\u2019une correction humanisante par des transferts au niveau de l\u2019économie nationale et même mondiale.Mais partout le travailleur apparaît avec le droit à un revenu suffisant pour assurer le maintien de sa dignité d\u2019homme et satisfaire ses besoins culturels.A cette fin, « le progrès social doit accompagner et rejoindre le développement économique, de telle sorte que toutes les catégories sociales aient leur part de produits accrus ».Au témoignage du Souverain Pontife « un principe fondamental » l\u2019amène, dans sa vaste dénonciation des déséquilibres économiques et sociaux qui se manifestent dans l\u2019économie mondiale, dans les économies nationales et dans les entreprises, à rappeler les exigences du bien commun à tous ces niveaux, notamment la collaboration entre économies nationales, la réduction des inégalités entre les secteurs de l\u2019économie, l\u2019équilibre entre l\u2019expansion économique et le développement des services publics essentiels, la vigilance contre la formation de catégories privilégiées, même parmi les travailleurs, etc.Au déséquilibre qui s\u2019installe dans l\u2019entreprise, l\u2019encyclique consacre trois paragraphes dont l\u2019expression suscitera bien des commentaires et dont l\u2019application exigera beaucoup de doigté, mais dont l\u2019orientation paraît incontestable.S\u2019appuyant sur le principe énoncé par Pie XI: « il serait donc radicalement faux de voir soit dans le seul capital, soit dans le seul travail, la cause unique de tout ce que produit leur effort combiné », invoquant cette recommandation de Pie XII qu\u2019il «faut donc tout mettre en œuvre afin que dans l\u2019avenir du moins, la part des biens RELATIONS qui s\u2019accumule aux mains des capitalistes soit réduite à une plus équitable mesure.», Jean XXIII « estime pouvoir affirmer » que dans certains cas, les travailleurs ont droit à une part des fruits de l\u2019entreprise et que ce droit est une « exigence de justice » à laquelle il peut être satisfait en bien des manières.L\u2019une d\u2019elles, et des plus désirables, consiste à faire en sorte que les travailleurs arrivent à participer à la propriété des entreprises, dans les formes et les mesures convenables.Les termes qui expriment les conditions de la détermination de ce droit: grandes et moyennes entreprises, capacité de production accrue grâce à l\u2019autofinancement, titre de crédit, doivent être certes mûrement examinés; il reste que, dans le débat survenu entre les commentateurs de Quadr agesimo anno sur « la participation aux bénéfices de l'entreprise », l\u2019autorité doctrinale vient de se prononcer non dans le sens d\u2019une simple opportunité, mais dans celui de la justice, même à l'égard des travailleurs qui reçoivent déjà plus que le salaire minimum; ce geste ouvre en tout pays libre un vaste horizon de possibilités aux négociateurs de bonne foi et aux législateurs éclairés.Comment ne pas ajouter que ce passage sur la rémunération du travail et le suivant sur les exigences de la justice au regard des structures confirment la pensée, jugée alors imprudente par plusieurs, que nos évêques avait exprimée sur la réforme des structures de l\u2019entreprise dans leur lettre collective de 1950 sur le problème ouvrier ?Une vision chrétienne du monde Cette place importante donnée au travail dans Mater et Magistra et cette préférence marquée traditionnellement aux travailleurs par l\u2019Église se rattachent à sa vision chrétienne du monde.Le travail, à ses yeux, est « un des plus incontestables titres de noblesse » de l\u2019homme, parce qu\u2019il a rapport à l\u2019activité créatrice de Dieu, parce qu\u2019il est « destiné au perfectionnement matériel et moral de l\u2019homme » (Pie XI) dont il exprime la personnalité, parce qu\u2019il est au service des autres dont il satisfait les besoins, parce qu\u2019enfin il a été élevé et sanctifié par le travail que Jésus-Christ a accepté, le faisant entrer dans le plan même de la Rédemption.C\u2019est à la mise au point de cette « conception toujours actuelle de la vie sociale » qu\u2019est consacrée la dernière partie de Mater et Magistra.Le principe de base ne change pas, même si son expression, de ton juridique, est héritée de Pie XII: « les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale »; il protège « la dignité sacrée de la personne » intrinsèquement sociale par nature et élevée à l\u2019ordre surnaturel selon le plan providentiel et il fonde une doctrine sociale mise au point par le magistère de l\u2019Église, « avec la collaboration de prêtres et de laïcs avertis », doctrine qu\u2019il faut propager à tous les degrés de l\u2019enseignement, dans tous les milieux d\u2019action ecclésiale et par tous les moyens modernes de diffusion.Si les activités temporelles des fidèles, ajoute le Souverain Pontife, « s\u2019exercent dans la mouvance des principes et des directives de la doctrine sociale chrétienne », alors le travail ne tendra plus « à devenir un instrument de dépravation » (parole de Pie XI reprise par Jean XXIII) et notre époque ne transformera plus l\u2019homme « en un géant du monde physique aux dépens de son esprit » (parole de Pie XII reprise par Jean XXIII).Au contraire, conformément au plan de la Providence, « chacun se perfectionnera] par son travail quotidien, qui pour la presque totalité du genre humain est un travail à matière et finalité temporelles »; lorsque cette activité est exercée en union avec Jésus, tout travail devient comme une continuation de Son travail et pénétré de vertu rédemptrice.Le travail grâce auquel on réalise sa propre perfection surnaturelle contribue à répandre sur les autres les fruits de la Rédemption et la civilisation dans laquelle on vit et travaille est pénétrée du levain évangélique.La lettre encyclique de S.S.Jean XXIII sur les récents développements de la question sociale à la lumière de la doctrine chrétienne se termine sur cette perspective grandiose.« L\u2019Église affronte aujourd\u2019hui une tâche immense: donner un accent humain et chrétien à la civilisation moderne.» Pour que cette civilisation, qui se révèle de plus en plus celle du travail, devienne chrétienne, il s\u2019impose que tous les membres du Corps mystique du Christ, tant du clergé que du laïcat, surtout du laïcat parce qu\u2019ils sont plus engagés dans le temporel, collaborent à la réalisation du Royaume de Dieu sur la terre, en écoutant la voix si pressante de l\u2019Église, Mère et Éducatrice de tous les peuples.Jacques Cousineau, S.J.VI.-LA PARTICIPATION DES TRAVAILLEURS À LA VIE DE L'ENTREPRISE « \\ VANÇANT SUR LES TRACES DE NOS PRÉDÉ-ZA CESSEURS.» C\u2019est par cette belle formule de -*¦ fidélité que Jean XXIII ouvre le passage de l\u2019encyclique consacré à la place des travailleurs dans l\u2019entreprise.Fidélité non dans l\u2019immobilisme, mais dans l\u2019accentuation d\u2019un effort déjà ancien.Léon XIII avait énoncé les règles de la justice dans le contrat de salariat.Quarante ans plus tard, Pie XI avait, clairement encore que prudemment, introduit la question d\u2019une participation plus étroite des ouvriers à l\u2019entreprise.Tout en proclamant que le contrat SEPTEMBRE 1961 de travail pur et simple n\u2019a, en soi, rien d\u2019immoral, il estimait cependant que, en raison de l\u2019évolution sociale, il y avait lieu de l\u2019humaniser en le complétant par des éléments pris au contrat de société.Depuis lors, les choses ont encore bien avancé.Le Pape actuel en indique les causes principales: l\u2019instruction et la formation professionnelle de plus en plus poussées des travailleurs, leur participation accrue à la vie politique, leur rend de moins en moins tolérable une situation dans laquelle ils sont de simples exécutants, où ils ont trop souvent l\u2019impression 239 de n\u2019être qu\u2019un élément infime, sans nom et sans visage, d\u2019un processus inexorable, simple « facteur de production » au même titre que les matières premières et l\u2019outil.On comprend qu\u2019après avoir conquis la démocratie culturelle (encore relative!) et la démocratie politique, ils ambitionnent d\u2019arriver aussi à une démocratie économique.Pie XII, au demeurant, a souvent insisté sur cette idée que dans toute l\u2019activité économique l\u2019homme doit être non seulement, non principalement, objet, mais sujet, libre et responsable.Diverses formules ont été tentées pour humaniser les rapports de travail: le service social patronal ou les « relations humaines », l\u2019actionnariat ouvrier, la participation aux bénéfices, la communauté de travail du type Boimon-dau.Après la seconde guerre mondiale, une vive controverse s\u2019éleva au sujet du Mitbestimungsreeht, de la « cogestion ».Dans plusieurs pays d\u2019Europe, la législation introduisit les conseils d\u2019entreprises dans les établissements de moyenne ou de grande dimension.Il est donc bien compréhensible que le Pape ait voulu faire le point de la doctrine en cette matière.Mater et Magistra situe d\u2019emblée le débat au niveau le plus élevé: il ne s\u2019agit pas seulement de garantir aux travailleurs quelques avantages matériels, pécuniaires: participation aux bénéfices voire à la propriété, meilleures conditions d\u2019hygiène ou de sécurité, allégement du travail; ces aspects ne sont pas méconnus, ils sont même explicitement traités dans d\u2019autres passages de l\u2019encyclique.Mais organisations patronales et ouvrières, pouvoirs civils et opinion publique resteraient fort en deçà de ce que veut le Pape s\u2019ils arrêtaient leurs visées à ces points.C\u2019est de la personnalité du travailleur, avec ce qu\u2019elle a de plus profond, qu\u2019il s\u2019agit.Le principe Le principe en la matière est fortement établi: Il est inscrit dans la nature des hommes qu\u2019ils aient la possibilité d\u2019engager leur responsabilité et de se perfectionner eux-mêmes là où ils exercent leur activité productrice.Et la conséquence en est immédiatement tirée: Si les structures, le fonctionnement, l\u2019ambiance d\u2019un système économique sont de nature.à émousser systématiquement leur sens des responsabilités, à faire obstacle à l\u2019expression de leur initiative personnelle, pareil système économique est injuste, même si, par hypothèse, les richesses qu\u2019il produit atteignent un niveau élevé et sont réparties suivant les règles de la justice et de l\u2019équité.Jamais jusqu\u2019ici il n\u2019y avait eu un jugement aussi formel et catégorique; celui-ci entraîne, pour les dirigeants de l\u2019économie \u2014 entrepreneurs ou travailleurs \u2014 pour les pouvoirs publics qui doivent veiller à l\u2019établissement de relations convenables, des obligations de justice nouvelles, sinon dans l\u2019entièreté de leur contenu, du moins dans leur rigueur.Après les indications, les souhaits des pontificats précédents, leurs mises en garde contre des déviations ou des principes erronés, c\u2019est un pas décidé en avant, une acquisition ferme pour la doctrine sociale de l\u2019Église.Sous réserve des précisions à donner plus bas, c\u2019est l\u2019affirmation d\u2019un droit pour les ouvriers et les employés, d\u2019une obligation de justice pour tous ceux dont dépendent les structures économiques.Droit, notons-le bien, qui ne trouve pas son fondement essentiel dans quelque forme de copropriété, mais dans la contribution par le travail.240 Pour la mise en œuvre de ce principe, l\u2019encyclique distingue différents champs d\u2019application: les entreprises artisanales, la profession, la nation, les organisations internationales; entre les premières et les suivantes se situent les moyennes et grandes entreprises auxquelles nous nous arrêterons uniquement ici.La nature de cette « présence active » ressort de tout le contexte.Ce n\u2019est évidemment pas la seule production matérielle, ni même le partage des fruits.Il s\u2019agit de l\u2019organisation des rapports du travail pour autant qu\u2019elle donne aux ouvriers et employés la possibilité d\u2019engager leur personnalité intelligente, leur initiative et leur responsabilité.Elle concerne la structure générale de l\u2019entreprise, où le travailleur doit savoir la place qu\u2019il occupe, quels sont les liens qui unissent son travail à celui des autres; elle concerne les relations entre les exécutants et les cadres, depuis le contremaître jusqu\u2019au directeur général: «qu\u2019il soit possible aux ouvriers, dit le Pape, de faire entendre leur voix, d\u2019apporter leur collaboration, de faire valoir leur expérience, de n\u2019être pas entièrement passifs au regard des décisions qui dirigent leur activité »; elle concerne, enfin, la marche générale de l\u2019entreprise, sa prospérité, ses difficultés, pour autant qu\u2019elles donnent un sens aux apports de chacun et influent sur la sécurité de l\u2019emploi, les possibilités de rémunération, les conditions de travail.Quant aux formules concrètes, l\u2019encyclique se montre réservée.C\u2019est par loyauté, par reconnaissance de la diversité des situations par respect et par confiance pour l\u2019action des laïques, des parties directement intéressées.Les chefs de l\u2019Église se sont toujours refusés aux manœuvres hypocrites ou aux slogans démagogiques.Ailleurs, on crie « tous les pouvoirs aux soviets » pour faire des conseils d\u2019usine \u2014 lorsqu\u2019on les laisse subsister \u2014 de simples instruments d\u2019une dictature dite prolétarienne; on place tous les espoirs dans les nationalisations, dans la « mine aux mineurs » pour s\u2019apercevoir rapidement que la formule n\u2019est pas réalisable et ne peut conduire qu\u2019à des déceptions.Le Pape n\u2019entend pas présenter un plan qui pourrais être appliqué comme un brevet vendu en Amérique ou en Europe et pouvant servir à construire un mécanisme dans n\u2019importe quel pays.Vouloir trouver cela dans la doctrine sociale de l\u2019Église est illusion et paresse.Les circonstances sont trop variables dans l\u2019espace ou dans le temps; dans une même entreprise et à une même époque les principes doivent même être appliqués différemment suivant la diversité des questions à résoudre; les travailleurs ne sont pas dans tous les domaines également compétents, également engagés.C\u2019est ainsi que la législation sur les conseils d\u2019entreprise peut reconnaître aux ouvriers un pouvoir délibératif dans l\u2019établissement du règlement d\u2019atelier, la fixation de la date des congés payés, la détermination det critères généraux de l\u2019embauche et du renvoi; un pouvoir consultatif dans d\u2019autres domaines; un droit d\u2019information périodique, enfin en ce qui concerne la situation générale de l\u2019entreprise.Nous présentons ces dispositions à titre d\u2019illustration, sans vouloir ici nous prononcer sur leur valeur.Mais, on comprendra que l\u2019encyclique affirme: « on ne peut déterminer à l\u2019avance le genre et le degré de la participation des travailleurs, car ils sont en rapport avec la situation concrète de chaque entreprise »; nous pouvons ajouter: avec l\u2019évolution sociale de chaque pays.RELATIONS Ilya ici un vaste champ ouvert à l\u2019invention des employeurs, particulièrement aux dirigeants de leurs associations professionnelles, comme aux dirigeants ouvriers, comme enfin aux hommes politiques ou aux juristes dont c\u2019est la tâche d\u2019élaborer les cadres de la vie commune.Il importe de noter, en terminant ce paragraphe, que la discrétion de l\u2019encyclique ne saurait en aucune manière être invoquée comme une justification de l\u2019immobilisme, un prétexte pour affirmer que les directives si pressantes du Pape peuvent concerner des milieux plus avancés, d\u2019autres catégories d\u2019entreprises.Jean XXIII écrit, en effet: Nous estimons que le problème de la présence active des travailleurs existe toujours dans l\u2019entreprise, soit privée, soit publique.Les conditions Le Pape précise enfin à quelles conditions cette participation active sera réalisable.L\u2019autorité requise pour le bien commun de l\u2019entreprise doit être sauvegardée.La participation des travailleurs doit être proportionnée à leur compétence et à leur acceptation de responsabilités.Il faut surtout, de part et d\u2019autre, le respect, l\u2019estime, la compréhension.En fait, il y a ici une action réciproque.Si un minimum d\u2019entente et de confiance est nécessaire au départ, l\u2019association des travailleurs à la vie de l\u2019entreprise peut être une des voies les meilleures pour faire tomber malentendus, soupçons, oppositions d\u2019intérêts.Appartenant à un pays où, depuis une bonne dizaine d\u2019années, la loi a rendu obligatoires les conseils d\u2019entreprise dans les établissements de moyenne ou de grande dimension, où l\u2019association des patrons catholiques a insisté auprès de ses membres pour qu\u2019ils «jouent loyalement le jeu », l\u2019auteur de ces lignes peut affirmer que, honnêtement pratiqués, les conseils d\u2019entreprise sont un moyen très efficace de communication entre la direction et le personnel, un instrument d\u2019élévation graduelle de la classe ouvrière, un facteur important de paix sociale et de prospérité.Mais, une fois encore, Jean XXIII nous semble regarder plus haut, au delà des conditions immédiates d\u2019une entente suffisante lorsqu\u2019il écrit: Que le travail soit conçu et vécu par les uns et par les autres, non seulement comme une source de revenus, mais aussi comme l\u2019accomplissement d\u2019un devoir et la prestation d\u2019un service.Il ne s\u2019agit pas d\u2019arriver seulement à un compromis, à un équilibre entre des intérêts divergents, même légitimes.Il faut se considérer comme engagés les uns et les autres dans une œuvre qui dépasse ces différences, dans un service à accomplir en commun: service à la nation, service même \u2014 une des parties les plus importantes de l\u2019encyclique y insiste avec combien de force \u2014 service aux peuples moins favorisés.Ne regardez pas l\u2019entreprise comme un simple moyen de faire de l\u2019argent, que ce soient des profits ou des salaires.Patrons, vous qui, en dépit de lourdes responsa- bilités et d\u2019une tâche souvent ardue, êtes favorisés par l\u2019éducation reçue, par la forme de votre travail, par votre revenu, concevez-la comme un moyen d\u2019épanouissement pour vos travailleurs; patrons et ouvriers considérez le service que, ensemble, vous rendez aux autres; surtout, si vous appartenez à ces nations déjà bien pourvues.Ne cherchez pas tellement à augmenter sans cesse votre bien-être, mais à secourir cette majorité des hommes qui souffrent encore de la faim, de la maladie, de l\u2019ignorance.Dans une pareille perspective les divergences, les conflits sociaux perdraient singulièrement de leur âpreté.Pour mieux se comprendre et s\u2019estimer, a-t-on écrit, il ne faut pas tellement se regarder l\u2019un l\u2019autre que marcher ensemble vers un but élevé.« Utopie! » dira-t-on.Nous ne le croyons pas.Il a suffi, dans une usine, qu\u2019un ingénieur expliquât aux ouvriers que les tubes fabriqués par eux allaient améliorer considérablement les conditions de vie de milliers d\u2019enfants, de femmes, d\u2019hommes jusqu\u2019ici privés d\u2019eau potable, infestés des parasites qui pullulent dans les mares et les ruisseaux, pour modifier considérablement le climat du travail.L\u2019idée d\u2019une aide aux pays défavorisés, le sentiment de la solidarité humaine, de la charité chrétienne aux dimensions du globe, progresse considérablement.Elle peut, elle doit pénétrer, plus qu\u2019elle ne l\u2019a fait jusqu\u2019ici, dans les relations même du travail.Si par les seules collectes d\u2019un Carême, les évêques allemands réussissent à obtenir de leurs fidèles dix mille dollars pour la lutte contre la faim, il doit être possible de faire passer un idéal de générosité même dans la vie des entreprises.Bien entendu, cela requiert une loyauté entière; il serait odieux, criminel, que pour une des parties cet idéal serve de trompe-l\u2019œil afin d\u2019exploiter l\u2019autre.Mais la grâce du Christ qui habite au cœur des chrétiens est assez puissante pour leur faire pratiquer la charité dans la vérité.Les consignes de Jean XXIII sur les relations au sein de l\u2019entreprise, sur l\u2019organisation de celle-ci non en une simple combinaison des facteurs de production, pour reprendre une définition courante, mais en « une communauté de personnes, dans les relations, les fonctions et les situations de tout le personnel » constituent un apport à la doctrine sociale de l\u2019Église dont on ne saurait minimiser l\u2019importance.Elles sont en même temps un appel pressant \u2014 puisqu\u2019il s\u2019agit de justice \u2014 aux responsables de la vie sociale.En particulier, elles orientent avec une insistance nouvelle les recherches des moralistes, des juristes, des associations catholiques d\u2019employeurs, de travailleurs, de fonctionnaires dans une direction précise et suivant des principes fermement établis.Elles exigent des réalisations.Clément Mertens, S.J., professeur de sciences sociales aux facultés Saint-A lbert-de-Louvain.A ce stade de l\u2019application concrète des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même entre catholiques droits et sincères.Lorsque cela se produit, que jamais ne fassent défaut la considération réciproque, le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points de contact en vue d\u2019une action opportune et efficace; que l\u2019on ne s\u2019épuise pas en discussions interminables; et sous le prétexte du mieux, que l\u2019on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait.Mater et Magistra.SEPTEMBRE 1961 241 VII.-LA PROPRIETE PRIVEE Les deux grandes encycliques sociales ANTÉRIEURES Rerum novarum et Quadrcigesimo anno avaient longuement traité de la propriété privée; elles en avaient démontré la légitimité, le fondement en droit naturel, insistant sur le double aspect individuel et social de la fonction qu\u2019elle remplit.Pourquoi y revenir encore ?Tout n\u2019a-t-il pas été dit ?Légitimité C\u2019est que la vie économique et sociale, surtout depuis la deuxième guerre mondiale, a subi de telles transformations que certains en sont venus à se demander si les arguments par lesquels on défendait le droit de propriété privée ont encore valeur de nos jours.Autrefois, par exemple, il existait une liaison étroite entre la propriété et la direction d\u2019une entreprise; aujourd\u2019hui, l\u2019encyclique le constate, la brèche s\u2019élargit de plus en plus entre la propriété des biens de production et les responsabilités de direction dans les grands organismes économiques, en sorte que les pouvoirs publics éprouvent des difficultés à exercer leur contrôle et à s\u2019assurer que « les objectifs poursuivis par les dirigeants des grandes entreprises.ne s\u2019opposent pas aux exigences du bien commun ».De même, autrefois, on s\u2019appuyait sur la possession d\u2019un patrimoine, même modeste, pour envisager l\u2019avenir avec sérénité; aujourd\u2019hui, la faveur va de plus en plus aux organismes d\u2019assurances ou de sécurité sociale.Autrefois, enfin, on mettait sa confiance en des revenus ayant leur source dans le capital; aujourd\u2019hui on aspire davantage à acquérir une capacité professionnelle et on met sa confiance « en des ressources qui prennent leur origine dans le travail ou en des droits fondés sur le travail ».Tout cela est vrai et, à certains égards, marque un progrès de l\u2019humanité, mais on aurait tort de penser que, par suite de cette évolution, le principe de droit naturel de la propriété privée, y compris celle des biens de production, aurait perdu de sa force et de son importance.Ce droit a valeur permanente et il faut la réaffirmer même dans le domaine des biens de production.Les motifs ne manquent pas à l\u2019appui d\u2019une telle prise de position; ils se tirent de la doctrine et de l\u2019expérience.L\u2019encyclique indique ceux-ci: 1) le droit de propriété privée « est un droit naturel, fondé sur la priorité, ontologique et téléologique, des individus sur la société », c\u2019est-à-dire qu\u2019il se fonde sur la nature même de la personne humaine, laquelle a primauté d\u2019être et de fin sur la société; 2) il est la conséquence logique de l\u2019affirmation initiale que « le monde économique résulte de l\u2019initiative personnelle des particuliers »: comment un tel principe pourrait-il s\u2019appliquer, à moins qu\u2019on ne reconnaisse « à cette initiative la libre disposition des moyens indispensables à son affirmation » ?3) l\u2019histoire et l\u2019expérience attestent que la liberté de la personne trouve en ce droit garantie et stimulant, car « sous les régimes politiques qui ne reconnaissent pas le droit de propriété privée des biens de production, les expressions fondamentales de la liberté sont comprimées ou étouffées »; 4) d\u2019autre part, on constate un changement d\u2019attitude chez certains mouvements sociaux et politiques, qui se proposent de 242 concilier dans la vie commune justice et liberté: ces mouvements, hier encore nettement opposés à la propriété privée des moyens de production, aujourd\u2019hui mieux instruits de la réalité sociale, reconsidèrent leur position et prennent à l\u2019égard de ce droit une attitude substantiellement positive.Aussi l\u2019Église n\u2019estime-t-elle pas devoir changer sa doctrine traditionnelle à l\u2019égard de la propriété privée.Non pas qu\u2019elle prétende soutenir purement et simplement l\u2019état actuel des choses, « ni protéger par principe le riche et le ploutocrate contre le pauvre et le prolétaire »; elle vise plutôt à faire en sorte que la propriété privée devienne ce qu\u2019elle doit être: « à la fois garantie de la liberté essentielle de la personne humaine et élément indispensable de l\u2019ordre social ».L\u2019évolution du monde économique et social, d\u2019ailleurs, la confirme en son attitude.Les économies accroissent rapidement leur efficacité productive, les revenus s\u2019élèvent, et en même temps qu\u2019eux, en toute justice et équité, doit s\u2019élever la rémunération du travail, fournissant ainsi aux travailleurs plus grande opportunité d\u2019épargner, et par suite de se constituer un patrimoine, de devenir propriétaires.On ne voit pas alors comment pourrait être contesté le caractère naturel d\u2019un droit qui trouve sa source principale et son aliment perpétuel dans la fécondité du travail; qui constitue un moyen idoine pour l\u2019affirmation de la personne et l\u2019exercice de la responsabilité en tous domaines; qui est l\u2019élément de stabilité sereine pour la famille, d\u2019expansion pacifique et ordonnée dans l\u2019existence commune.Diffusion L\u2019Église cependant ne se contente pas d\u2019affirmer le caractère naturel du droit de propriété privée, elle insiste pour que ce principe reçoive une application aussi universelle que possible.Aussi enseigne-t-elle que la propriété privée, loin d\u2019être le privilège de quelques-uns, doit être « effectivement diffusée parmi toutes les classes sociales ».C\u2019est ce que demande la dignité de la personne humaine et c\u2019est ce à quoi doit viser un ordre social qui respecte la noblesse du travail.Il faut d\u2019autant plus travailler à cette plus large diffusion de la propriété privée que, de nos jours, les structures économiques se développent rapidement, et qu\u2019il devient plus facile de susciter des initiatives, de mettre en branle une politique économique et sociale qui encourage et facilite une plus ample accession à la propriété privée des biens durables: « une maison, une terre, un outillage artisanal, l\u2019équipement d\u2019une ferme familiale, quelques actions d\u2019entreprises moyennes ou grandes ».L\u2019exemple de certains pays est là pour démontrer les heureux effets d\u2019une politique qui vise à assurer une propriété privée à toutes les classes du peuple.Propriété publique Faut-il pour cela exclure la propriété publique, rejeter que l\u2019État et les établissements publics détiennent, eux aussi, en propriété légitime, des biens de production?Non, car RELATIONS il y a des cas où s\u2019impose l\u2019appropriation publique, des cas où, par exemple, ainsi que le signalait l\u2019encyclique Quadragesimo anno, des biens de production ne peuvent, sans danger pour le bien public, être laissés entre les mains de personnes privées, à cause de la puissance économique qu\u2019ils confèrent à des particuliers.La tendance, de nos jours, est à l\u2019expansion de la propriété publique.C\u2019est une conséquence de l\u2019évolution économique et sociale du monde actuel qui tourne de plus en plus ses regards vers l\u2019État et lui confère des attributions plus étendues.Ici encore, l\u2019encyclique se contente de constater un fait: elle n\u2019approuve ni ne condamne cette tendance, mais se borne à rappeler certains principes qu\u2019il faut respecter dans cette marche à l\u2019appropriation publique.D\u2019abord, le principe de subsidiarité, qui demande à l\u2019État de laisser les individus comme les collectivités inférieures accomplir eux-mêmes ce dont ils sont capables, en les aidant seulement plutôt à mieux remplir leurs fonctions propres; puis, le principe du bien commun, qui demande à l\u2019État et aux établissements de droit public de n\u2019étendre leur domaine que dans les limites évidemment exigées par des raisons de bien commun, nullement à seule fin de réduire, pire encore, de supprimer la propriété privée.A cet enseignement théorique, l\u2019encyclique ajoute deux directives d\u2019ordre pratique et de prudence gouvernementale, pourrait-on dire: 1) ne confier la gérance des propriétés publiques qu\u2019à des personnes « qui unissent à une compétence éprouvée un sens aigu de leur responsabilité devant le pays »; 2) maintenir un contrôle attentif et constant sur leur activité, « ne serait-ce que pour éviter la formation, au sein de l\u2019État, de noyaux de puissance économique au préjudice du bien de la communauté, qui est pourtant leur raison d\u2019être ».Voilà certes deux conseils dont aucun gouvernement ne pourra nier la sagesse et l\u2019utilité.Fonction sociale Avant de terminer ses considérations sur la propriété privée, le Pape juge bon enfin de rappeler un point de doctrine, sur lequel Quadragesimo anno avait déjà particulièrement insisté, à savoir qu\u2019 « au droit de propriété est intrinsèquement rattachée une fonction sociale ».Cela découle de cet enseignement constant de l\u2019Église que « les biens de la terre sont avant tout destinés à la subsistance décente de tous les hommes », et que les biens possédés en propre en surabondance doivent servir, non seulement au perfectionnement personnel, mais encore au soulagement des autres.Il est vrai que, de nos jours, l\u2019État et les établissements publics ne cessent d\u2019étendre le champ de leur initiative; ce serait néanmoins une erreur de penser que la fonction sociale de la propriété privée en serait devenue pour autant désuète, alors qu\u2019 « elle a sa racine dans la nature même du droit de propriété ».Il suffit d\u2019ailleurs de jeter un coup d\u2019œil autour de soi pour se rendre compte que la fonction sociale de la propriété privée trouve toujours à s\u2019appliquer: Il y a toujours une multitude de situations douloureuses, d\u2019indigences lancinantes et délicates, auxquelles l\u2019assistance publique ne saurait atteindre ni porter remède.C\u2019est pourquoi un vaste champ reste ouvert à la sensibilité humaine, à la charité chrétienne et privée.Notons, enfin, que souvent les initiatives variées des individus et des groupes ont plus d\u2019efficacité que les pouvoirs publics pour susciter les valeurs spirituelles.Il est enfin pour un chrétien un stimulant plus grand encore à s\u2019acquitter de l\u2019obligation sociale attachée à la qualité de propriétaire: ce sont les pressants appels du É)ivin Maître aux riches de convertir leurs biens temporels en biens spirituels et c\u2019est l\u2019affirmation du Seigneur qu\u2019il considérera pour faite ou refusée à lui-même l\u2019aumône faite ou refusée au pauvre.* * * Telles sont les grandes lignes du récent enseignement pontifical sur la propriété privée.Il suffit d\u2019en prendre connaissance pour se rendre compte combien il est malhonnête de prétendre qu\u2019il n\u2019y a là qu\u2019une nouvelle défense du droit de propriété.Ce que l\u2019Église défend en ces exposés c\u2019est l\u2019homme, la personne humaine, sa dignité, ses droits et sa liberté; ce qu\u2019elle préconise, ce n\u2019est pas un ordre social au bénéfice de quelques riches propriétaires, c\u2019est un ordre qui ouvre au plus grand nombre possible l\u2019accès à la propriété privée et permette à tous une vie décente et digne; ce sur quoi elle met l\u2019accent, ce n\u2019est pas sur le droit, pour le propriétaire, de jouir égoïstement de ses biens, c\u2019est sur son devoir de les faire servir aussi au soulagement des autres dans le besoin, devoir qui persiste encore de nos jours en dépit des nombreuses interventions de l\u2019État dans le domaine de l\u2019assistance et de la sécurité sociale.Bref, il s\u2019agit toujours d\u2019une doctrine de l\u2019homme, qui ordonne tout à l\u2019homme et s\u2019efforce de garantir à l\u2019homme les moyens d\u2019être le premier et principal artisan de son propre destin.Richard Arès, S.J.ÉDUCATION ET ACTION SOCIALES Il ne suffit pas de faire prendre conscience du devoir d\u2019agir chrétiennement en matière économique et sociale, mais l\u2019éducation doit viser également à enseigner la méthode qui rend apte à accomplir ce devoir.L\u2019éducation à l\u2019action chrétienne, même en matière économique et sociale, sera rarement efficace, si les sujets eux-mêmes ne prennent pas une part active à leur propre éducation et si l\u2019éducation ne se réalise dans l\u2019action.On a raison de dire que l\u2019on n\u2019acquiert pas l\u2019aptitude au bon exercice de la liberté, si ce n\u2019est par le bon usage de la liberté.D\u2019une manière analogue, l\u2019éducation à l\u2019action chrétienne en matière économique et sociale ne s\u2019acquiert que par l\u2019action concrète en ce domaine.C\u2019est pourquoi, dans l\u2019éducation sociale, une tâche importante est réservée aux associations et aux organisations d\u2019apostolat des laïcs, à celles en particulier qui se proposent comme objectif propie l\u2019animation chrétienne de quelque secteur d\u2019ordre temporel.En effet, beaucoup de membres de ces associations peuvent utiliser leurs expériences quotidiennes pour s\u2019éduquer toujours mieux et contribuer à l\u2019éducation sociale des jeunes.De l\u2019instruction et de l\u2019éducation il convient de passer à l\u2019action.C\u2019est une tâche qui concerne surtout Nos fils du laïcat, puisque habituellement ils s\u2019adonnent en vertu de leur état de vie à des activités et à des institutions à contenu et finalité temporels.Pour accomplir cette noble tâche, il est nécessaire que Nos fils ne soient pas seulement compétents dans leur profession et qu\u2019ils exercent leurs activités temporelles selon les lois naturelles qui conduisent efficacement au but; mais il est aussi indispensable que ces activités s\u2019exercent dans la mouvance des principes et des directives de la doctrine sociale chrétienne, dans une attitude de confiance sincère et d\u2019obéissance filiale envers l\u2019autorité ecclésiastique.Mater et Magistra.SEPTEMBRE 1961 243 VIII.-LE SECTEUR AGRICOLE tENCYCLIQUE RERUM NOVA RU M ne fait aucune mention du secteur agricole.La raison en est simple: ^ le motif qui a déterminé Léon Xlll à publier son document pontifical fut de donner le coup de mort à la doctrine du « libéralisme économique », doctrine funeste qui déniait à l\u2019État tout droit d\u2019intervention dans les conflits entre patrons et ouvriers et qui refusait à ces derniers le droit de s\u2019organiser en associations professionnelles ou syndicales pour s\u2019entraider dans la défense de leurs droits.Cette doctrine, qui a dominé la vie économique des pays industrialisés pendant plus d\u2019un siècle, ne pouvait mener qu\u2019à des abus, à des injustices criantes et à la misère des travailleurs salariés.La classe ouvrière était donc alors un secteur sous-développé de l\u2019économie des peuples industrialisés.Mais la doctrine sociale de l\u2019Église n\u2019est pas nécessairement confinée au secteur de la classe ouvrière et le pape Jean XXIII a jugé opportun de lui donner son développement normal en l\u2019étendant à d\u2019autres secteurs déprimés de la vie économique.C\u2019est ce qu\u2019il exprime dans le passage suivant de son encyclique.Le déroulement de l\u2019histoire met en plus grand relief les exigences de la justice et de l\u2019équité.Elles n\u2019interviennent pas seulement dans les relations entre ouvriers et entreprises ou direction.Elles concernent encore les rapports entre les divers secteurs économiques, entre zones développées et zones déprimées à l\u2019intérieur de l\u2019économie nationale et, sur le plan mondial, elles intéressent les relations entre pays diversement développés en matière économique et sociale.Il est remarquable que l\u2019encyclique consacre au secteur agricole une place considérable et qu\u2019elle le décrit comme une zone sous-développée qui a besoin d\u2019être relevée par divers moyens qu\u2019elle signale brièvement.Il est évident que le service rendu à l\u2019humanité par le secteur agricole est un service essentiel de tout premier ordre.Supprimez un instant, par la pensée, le secteur agricole: le monde périrait à brève échéance par la famine.Tous les autres services, qui ont pour but d\u2019aider l\u2019homme à « mieux vivre » deviendraient par le fait même inutiles; car pour « mieux vivre » il faut d\u2019abord vivre.Il faut de plus remarquer que le secteur agricole est appelé à devenir de plus en plus important.Si l\u2019on en croit les prévisions des statisticiens et des sociologues, la population mondiale s\u2019accroît à un rythme tel que dans un demi-siècle, les terres arables de la planète suffiront à peine à nourrir les milliards d\u2019hommes nouveaux qui viendront s\u2019ajouter à la population présente.Et qu\u2019en sera-t-il dans un ou deux siècles ?Si on laisse le secteur agricole dans l\u2019état de sous-développement dont il souffre actuellement, on verra se continuer et même s\u2019accentuer l\u2019exode de la population rurale vers les centres industriels.L\u2019encyclique en conclut qu\u2019il est nécessaire de prendre des mesures efficaces pour comprimer le déséquilibre de la productivité entre secteur agricole, d\u2019une part, et secteur industriel et des services d\u2019autre part; pour que le niveau de vie des populations rurales s\u2019écarte le moins possible du niveau de vie des citadins; pour que les agriculteurs n\u2019aient pas un complexe d\u2019infériorité; qu\u2019ils soient convaincus du contraire que, dans le milieu rural aussi, ils peuvent développer leur personnalité par leur travail et considérer l\u2019avenir avec confiance.244 L\u2019encyclique suggère ensuite quelques-unes des mesures qui pourraient contribuer au relèvement du secteur agricole: 1.\t«Chacun doit s\u2019employer, et d\u2019abord les pouvoirs publics, à ce que les milieux ruraux disposent, comme il convient, des services essentiels: routes, transports, communications, eau potable, logement, soins médicaux, instruction élémentaire et professionnelle, service religieux, loisirs.» 2.\tAugmenter les revenus des agriculteurs par l\u2019amélioration des techniques de production, le choix des cultures, etc.Le secteur agricole sera en mesure, par le fait même, de consommer une plus grande abondance de produits industriels et demander des services plus qualifiés.11 offrirait de son côté aux deux autres secteurs et à l\u2019ensemble de la communauté des produits qui répondent mieux, en quantité et en qualité, aux exigences des consommateurs.3.\t« Afin d\u2019obtenir un développement harmonieux entre tous les secteurs de production, une politique attentive, dans le domaine rural, est nécessaire.Elle concerne le régime fiscal, le crédit, les assurances sociales, le soutien des prix, le développement des industries de transformation, la modernisation des établissements.» L\u2019espace dont nous disposons ne nous permet pas de développer ces différents points.L\u2019encyclique les repasse et les explique tour à tour; il suffit de lire le texte pour en comprendre le sens et la portée.Les mesures suggérées dans ce passage intéressent surtout l\u2019action de l\u2019État et des gouvernements.Mais, en définitive, ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui doivent être les principaux agents du développement économique, du progrès social, du relèvement culturel des milieux ruraux.Et, comme les cultiavteurs isolés les uns des autres ne peuvent exercer aucune action vraiment efficace en ce domaine, l\u2019encyclique rappelle que dans le secteur agricole, comme dans les autres secteurs productifs, l\u2019association est aujourd\u2019hui de nécessité vitale, plus encore si le secteur est basé sur l\u2019entreprise familiale.Voilà pourquoi les agriculteurs doivent unir leurs forces en s\u2019organisant en associations professionnelles ou syndicales, et mettre sur pied des organisations coopératives de toute sorte \u2014 production, transformation, achat, vente, coopératives de crédit, de transport, etc.Sur ce point, plusieurs pays avaient déjà commencé à mettre en pratique les mesures prônées par la présente encyclique.Le Canada, en particulier, possède depuis plusieurs années la Fédération canadienne de l\u2019Agriculture, conseil national composé des représentants des principales associations agricoles de nos dix provinces.Cet organisme, qui parle au nom de tous les agriculteurs du Canada, a déjà obtenu du gouvernement fédéral des mesures d\u2019une importance marquée: contentons-nous de citer, en particulier, le soutien des prix.La province de Québec possède depuis plus de trois décades son association professionnelle agricole composée de ses quatre secteurs: l\u2019Union catholique des Cultivateurs (U.C.C); l\u2019Union catholique des Femmes rurales (U.C.F.R.); la Jeunesse agricole catholique (J.A.C.); la Jeunesse agricole catholique féminine (J.A.C.F.).Depuis sa fondation, l\u2019U.C.C.n\u2019a cessé d\u2019engager les cultivateurs à organiser des coopératives de toute sorte, RELATIONS en commençant par la coopérative de crédit, la caisse populaire.A l\u2019heure actuelle, les paroisses agricoles qui ne possèdent pas encore cet organisme bienfaisant, ne sont, croyons-nous, que de rares exceptions.Notre gouvernement pour sa part a aidé à la création et au développement d\u2019écoles supérieures d\u2019agriculture, pépinières de techniciens agricoles dont la fonction est d\u2019enseigner aux cultivateurs les méthodes agronomiques qui assurent une plus grande quantité et une meilleure qualité de produits.Il a de plus créé dans nos diverses régions une douzaine d\u2019écoles moyennes d\u2019agriculture où les fils de cultivateurs peuvent acquérir les connaissances nécessaires pour mieux s\u2019acquitter de leur important métier.Il reste sans doute encore beaucoup à faire pour réussir à établir entre les divers secteurs de l\u2019économie l\u2019harmonieuse prospérité que réclame l\u2019encyclique; mais on peut affirmer que l\u2019un des grands mérites de ce nouveau document pontifical aura été d\u2019attirer l\u2019attention des sociologues, des économistes et des gouvernants sur l\u2019importance vitale du secteur agricole, d\u2019où dépend la prospérité intégrale des nations et la survivance même de l\u2019humanité.Léon Lebel, S.J.IX.-NOS PROBLÈMES DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE RÉGIONAL ET LE PROGRÈS SOCIAL PLUS QUE NOUS NE CROYONS À PREMIÈRE VUE, nous sommes éclairés et guidés par l\u2019encyclique Mater et Magistra dans les problèmes économiques qui nous concernent.Il n\u2019est, pour nous en rendre compte, que de nous y arrêter un peu sérieusement.Dans les pays dits « développés », on parle de plus en plus de croissance et de développement économiques.Plusieurs problèmes dus au développement inégal entre régions d\u2019un même pays amènent à parler d\u2019aménagement du territoire et de développement régional.Les faits Qui n\u2019a entendu parler, par exemple, du problème de déconcentration en France, avec l\u2019agglomération parisienne et ce qu\u2019on a appelé le désert français ?Ou du contraste trop marqué entre le nord et le sud de l\u2019Italie, une grande partie du nord ayant un revenu par habitant plus du double de celui du Mezzogiorno ?Que certains pays comme l\u2019Espagne, le Portugal, la Turquie, la Yougoslavie aient chacun ce problème intérieur de fortes disparités entre leurs régions, que des pays « en voie de développement », dans le reste du monde, puissent affronter ce même problème, cela ne nous étonne guère.Mais pensera-t-on qu\u2019en Amérique du Nord le problème « des déséquilibres accentués, économiques et sociaux », « entre les régions d\u2019économie développée et les régions d\u2019économie moins développée à l\u2019intérieur d\u2019un même pays » puisse se poser ?Dans un pays immensément riche comme les États-Unis, le revenu personnel annuel par habitant, dans 7 États du sud-est, représente 60% de celui de l\u2019ensemble de la nation, et 48 ou 49% de celui des États de New York ou de Californie.Le Mississippi a par habitant un revenu équivalant à 47% de celui de la nation, et seulement à 38% de celui de l\u2019État de New York.Sans doute que depuis 30 ans l\u2019éventail des disparités régionales s\u2019est refermé.Mais l\u2019écart reste encore fort sensible en certaines régions; d\u2019autant plus que, depuis 1947, des États comme les deux Carolines et le Mississippi ont reculé dans leur position relativement à la moyenne nationale.SEPTEMBRE 1961 Le chômage a lui aussi une incidence sérieuse sur le problème des inégalités entre régions.En juillet, les États-Unis avaient, pour leur huitième mois d\u2019affilée, 7% de leur main-d\u2019œuvre en chômage, compte tenu des variations saisonnières; 1 million des 5.1 millions de chômeurs étaient sans travail depuis 27 semaines et plus.Mais nombreuses sont les zones appelées « déprimées », parce qu\u2019elles ont eu un taux de chômage la moitié plus élevé que la moyenne nationale pendant trois des quatre dernières années, ou 75% plus élevé, pendant deux des trois dernières années.En mars 1961, 17 zones majeures avaient entre 9 et 12% de chômage; et 13 zones majeures, plus de 12%.En juin, les zones « déprimées », grandes et plus petites, s\u2019élevaient au nombre de 121.Le Canada a lui aussi ses disparités régionales.A Terre-Neuve et à l\u2019Ile-du-Prince-Édouard, de 1955 à 1960, le revenu personnel par habitant constitua 55 à 60% de celui du Canada, et 45 à 50% de celui de l\u2019Ontario.Ce qui est plus grave, en un sens, c\u2019est qu\u2019une province comme le Nouveau-Brunswick, après un léger progrès dans sa position relative pendant 3 ou 4 ans après la deuxième guerre mondiale, ait ensuite reculé pour retomber à la position inférieure qu\u2019elle occupait il y a 20 et 30 ans, avec un revenu personnel par habitant constituant 65% de celui du Canada et 55% de celui de l\u2019Ontario.De 1946 à 1955, le taux de progrès des quatre provinces atlantiques, pour ce qui est du revenu personnel par habitant, a été presque 40% moins rapide que celui du Canada.Le problème scandaleux de notre chômage a aussi ses facettes régionales.Depuis onze ans, les provinces atlantiques ont plus souvent qu\u2019autrement environ 75% plus de chômage que la moyenne nationale, et de deux à deux fois et demi le taux de l\u2019Ontario.Ce n\u2019est pas peu dire, quand on songe qu\u2019entre 1955 et 1959 inclusivement, ces provinces atlantiques ont eu en chômage une moyenne de 8.8% de leur main-d\u2019œuvre et, en 1960, une de 10.6%.La province de Québec, qui a un revenu personnel par habitant inférieur de 15% à celui du Canada et de 28% à celui de l\u2019Ontario, se pique d\u2019avoir pris l\u2019habitude, depuis cinq ou six ans, d\u2019un chômage d'environ un tiers plus élevé que la moyenne nationale, et de 75% plus élevé que celui de l\u2019Ontario.245 La province de Québec, avec un territoire assez vaste pour inclure ceux de l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, du Royaume-Uni, de la France et de l\u2019Italie, a de quoi se subdiviser à son tour en plusieurs régions économiques.Malheureusement, certains renseignements précieux pour l\u2019étude des problèmes que pose le progrès social sont assez difficiles à obtenir, sur la base de ses dix régions économiques.Il semble que le revenu personnel par habitant dans la région n° 1, Gaspésie-Rive-Sud, en 1956, représentait 62% de celui de la province, et seulement 52% de celui de la région de Montréal métropolitain.Plusieurs comtés sont particulièrement défavorisés: Bellechasse, Dorchester, Lotbinière, Nicolet, Labelle, Montcalm, etc.Le comté de Bonaventure, par exemple, aurait eu un revenu par habitant constituant 47% de celui de la province et 39% seulement de celui de la région de Montréal métropolitain.La situation ne peut guère avoir changé depuis.La Gaspésie est en même temps parmi les zones de la province où la proportion des chômeurs est la plus marquée.La concentration qui s\u2019est effectuée dans la région de Montréal métropolitain soulève le problème de l\u2019industrialisation décentralisée de la province.En 1956, avec 36.5% de la population totale de la province, cette région avait 57.3% de la valeur brute de la production manufacturière de la province; en 1959, elle avait 67% de la valeur des permis de bâtir.La région de Montréal métropolitain continuera-t-elle à se développer plus rapidement que la province ?L\u2019encyclique aime partir de la « réalité », des faits.Elle parle aussi « des lois du développement économique et du progrès social » qu\u2019on est tenu de reconnaître et de respecter.Les sciences sociales, en effet, ont poursuivi l\u2019étude des structures économiques et, plus récemment, se sont engagées, au delà de l\u2019urbanisme et en deçà du globalisme à l\u2019échelle nationale, sur la voie d\u2019une théorie et d\u2019une politique du développement économique régional.Il n\u2019est donc pas étonnant que pour la première fois un passage soit consacré à ce problème dans une grande encyclique sociale t, et qu\u2019il se trouve dans la troisième partie de Mater et Magistra, celle précisément où le Pape veut traiter des nouveaux aspects de la question sociale: des déséquilibres entre secteurs de production, entre régions à l\u2019intérieur d\u2019un même pays, et enfin entre différents pays.L'objectif Voici l\u2019affirmation capitale de l\u2019encyclique: la justice et l\u2019équité demandent que les pouvoirs publics s\u2019appliquent à éliminer entièrement ou du moins à réduire les déséquilibres accentués, économiques et sociaux, entre régions d\u2019une même communauté politique.Il s\u2019agit de rééquilibrer les régions par la promotion des régions économiques moins développées, afin d\u2019arriver, dès que possible, non pas à un niveau de vie quelconque ou considéré en soi d\u2019une façon abstraite et absolue, mais à un niveau de vie décent et convenable en rapport précisément avec celui des régions plus développées.1.Pie XII avait parlé d\u2019aménagement du territoire, à des groupes particuliers: le 6 juin 1955, aux chefs d\u2019entreprise italiens; en avril 1957, aux participants de la Conférence nationale des comités régionaux d\u2019études pour la mise en valeur de la France.246 L\u2019ensemble des régions à l\u2019intérieur d\u2019une même économie nationale forme, en effet, une « communauté »; non pas un aggrégat économique, mais un groupe de personnes humaines vivant une « vie commune » dans une « solidarité humaine » et même une « fraternité chrétienne ».Dans cette interdépendance entre régions économiques, les plus développées d\u2019entre elles doivent saisir que, dans leur échange avec les moins développées, elles peuvent trouver leur compte; par exemple, les bénéfices de l\u2019investissement, un agrandissement de leur marché, de nouveaux produits, et souvent un réservoir précieux de ressources humaines.Le résultat net c\u2019est qu\u2019en contribuant à développer les régions moins développées, leur propre taux de croissance pourra s\u2019élever.Tous y gagnent dans cette vie économique plus intense, plus équilibrée.Mais il faut aller bien au delà du concept de développement économique comme tel pour comprendre la raison profonde qui amène le Pape à en parler.En dernière analyse, c\u2019est l\u2019aspect humain et social de cette « question » qui importe.Il s\u2019agit de la dignité égale de toutes les personnes humaines, qu\u2019elles naissent ou vivent dans des régions moins développées ou plus développées.11 s\u2019agit des valeurs du « régionalisme » entendu plutôt dans un sens sociologique très riche: valeurs culturelles, et même religieuses, qui pourront plus facilement s\u2019épanouir dans le contexte de cet équilibre qui permet un plus grand développement économique.Une idée maîtresse de la doctrine sociale chrétienne trouve ici aussi son application: « Il faut donc veiller à ce que le développement économique et progrès social aillent de pair ».Tous les citoyens de toutes les régions doivent avoir leur part de l\u2019accroissement.Admettons-le: c\u2019est un réel problème.Comment les pouvoirs publics pourront-ils le résoudre et atteindre cet objectif?Les moyens En premier lieu, les pouvoirs publics veilleront à ce que les services publics essentiels, routes, transports, communications, soins médicaux, institutions d\u2019enseignement, formation professionnelle, etc., soient assurés dans les régions moins développées; mais d\u2019une façon pratique et appropriée, « dans la manière et la mesure voulues par le milieu ».Que dans la mesure du possible ces services répondent « au niveau de vie en vigueur dans la communauté nationale ».Il faut donc équilibrer l\u2019expansion économique et le développement des services publics essentiels.Le Rapport de la Commission Tremblay avouait que « le même besoin de régionalisation plus ou moins poussée des mêmes services » se fait sentir dans plusieurs régions de la province de Québec (vol.Ill, tome II, p.315).L\u2019encyclique ne s\u2019en tient pas là.Elle aborde le vaste programme des facteurs positifs qui contribuent au développement économique et permettent le progrès social.C\u2019est toute une politique économique et sociale appropriée qui est requise, concernant surtout l\u2019offre de travail, les migrations, les salaires, les impôts, le crédit, les investissements, attentive en particulier aux industries à caractère stimulant.Remarquons bien que le problème si délicat de la répartition et de la redistribution du revenu national, \u2014 que ce RELATIONS soit sur le plan fédéral, provincial ou régional, \u2014 n\u2019est pas présenté dans le cadre d\u2019une perspective statique; dans l\u2019insistance sur l\u2019idée du développement économique, germe un point de vue dynamique encourageant, de nature à rassurer les régions plus développées qui devront contribuer au progrès des autres.C\u2019est le rôle des pouvoirs publics d\u2019étudier, au niveau des différentes instances, comment les divers facteurs, énumérés à titre d\u2019exemples, sont le plus efficacement applicables dans les circonstances, et agençables aussi, même au plan régional.Depuis une dizaine d\u2019années, plusieurs pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest ont adopté une législation en faveur du développement économique régional.Aux États-Unis, la loi Area Redevelopment Act, surtout orientée vers la solution du problème des zones de chômage intense et chronique, n\u2019a été signée par le président Kennedy que le 1er mai de cette année; un bill de ce genre avait déjà été approuvé en deux occasions par le Congrès, mais chaque fois bloqué par un veto de Eisenhower.Quelle législation comparable à celle de ces autres pays, le Canada et la province de Québec possèdent-ils en vue d\u2019un aménagement rationnel et rapide de leur territoire, en vue d\u2019une plus grande homogénéité des niveaux de vie et de culture dans leurs diverses régions ?Toutes ces lois, et les expériences qui découlent de leur application, fourmillent de détails pouvant illustrer les points énumérés dans l\u2019encyclique.En somme, puisque c\u2019est le résultat qui compte, toute la politique économique et sociale devrait être capable de promouvoir le plein emploi de la main-d\u2019œuvre; et son emploi rentable, car le sain réalisme de notre passage indique qu\u2019on ne compte pas sur un régime complet et permanent de pure et simple assistance.Le résultat doit être aussi de stimuler le véritable esprit d\u2019entreprise chez les individus et les groupes, les encourageant à délaisser l\u2019apathie, la peur ou l\u2019esprit de spéculation, pour accepter des risques raisonnés et engager des capitaux dans des entreprises à moindre profit ou à rendement différé.Souvent, les petites et les moyennes entreprises auront besoin d\u2019un encouragement plus spécial et d\u2019assistance technique.Le résultat, enfin, doit être de veiller, dans tout ce mouvement des entrées et des sorties interrégionales de ressources, de produits à transformer et de main-d\u2019œuvre, à ne pas oublier de faire fructifier, autant que possible, sur place, dans les régions moins avancées elles-mêmes, les ressources naturelles et humaines de l\u2019endroit.Les normes Pour guider l\u2019action des pouvoirs publics dans ce vaste programme de moyens à choisir et à doser, quels sont les principes directeurs ?Les responsables devront toujours justifier leurs décisions « par des raisons de bien commun », n\u2019en faisant pas plus, n\u2019en faisant pas moins non plus, que ce qu\u2019exige exactement le bien de toute la communauté nationale.L\u2019équité n\u2019admet pas le favoritisme, ni le simple électoralisme qui divisent psychologiquement une population.Les pouvoirs publics font face, en pratique, à un problème très délicat: celui de définir sincèrement les normes concrètes qui les guideront.Le Rapport Rowell-Sirois parle de « la norme canadienne »; celui de la Commission Tremblay, de « normes minima de l\u2019ensemble du pays », et, dans le cas des provinces maritimes, de péréquation sociale pour leur permettre de s\u2019assurer « les mêmes services que le reste du pays ».Mais comment déterminer ces normes?Elles seront puisées dans la considération de l\u2019ordre à établir dans l\u2019ensemble de la communauté, ainsi que de la riche unité morale et de la véritable paix sociale qui découlent de cet ordre.C\u2019est en ce sens que les avantages économiques et sociaux dont pourront jouir les citoyens des régions moins développées doivent être convenables, en rapport avec les avantages du reste de la communauté.Des formules mathématiques de péréquation sociale doivent tendre à incarner ce principe.Les diverses façons de calculer, sur des bases différentes, ce qu\u2019on veut appeler une « moyenne » nationale, ne sont pas toutes nécessairement équitables du seul fait que ce sont des « moyennes ».Même le Rapport Rowell-Sirois, invoquant « l\u2019unité nationale », admettait que telle « égalité mathématique » n\u2019est pas nécessairement une «égalité véritable» (vol.II, pp.130-131).En fonction de cette intégration harmonieuse, le Pape signale en particulier que l\u2019action des pouvoirs publics doit se donner comme objectif constant de contribuer, autant que possible, au développement graduel, simultané, proportionnel des trois secteurs de production: agricole, industriel et des services.L\u2019équilibre entre régions est relié à l\u2019équilibre entre secteurs, l\u2019agriculture étant particulièrement vulnérable dans ce jeu.Le critère du bien commun s\u2019exprime, d\u2019une autre façon, dans la participation des intéressés eux-mêmes.L\u2019utilisation des élites locales, dans la mesure où elles y sont prêtes ou doivent y être formées, sera telle que les citoyens des régions moins développées soient en fait et même sentent qu\u2019ils sont eux-mêmes les auteurs principaux du développement de leur région.C\u2019est leur dignité de concitoyens à part égale qui l\u2019exige.Cette décentralisation et ce respect des autonomies locales appelleront une participation de la base à la recherche, à l\u2019étude des problèmes, à l\u2019élaboration des programmes et à leur exécution.On n\u2019oubliera pas, en particulier, la représentation des travailleurs, à l\u2019échelon régional comme à tous les autres.La nouvelle loi américaine Area Redevelopment Act prévoit la présence de cinq représentants des syndicats ouvriers au comité national consultatif chargé de faire des recommandations à l\u2019administrateur officiel.Le Pape termine cette section de l\u2019encyclique, où jusqu\u2019ici il n\u2019a parlé que de l\u2019action multiforme des pouvoirs publics, en rappelant que l\u2019initiative privée elle-même a un rôle à jouer dans l\u2019établissement de l\u2019équilibre entre régions.Cette tâche lui incombe dans toute la mesure de ses moyens.C\u2019est pourquoi, selon le principe de subsidiarité, les pouvoirs publics doivent encourager et aider l\u2019initiative privée et lui confier, dès que c\u2019est efficacement possible, de prendre elle-même en main le développement économique, pour le continuer.Conclusions Dans cette section de l\u2019encyclique, le rôle des pouvoirs publics est très marqué.C\u2019est de lui que l\u2019on parle d\u2019abord; et longuement, entrant dans de nombreux détails; c\u2019est sur lui qu\u2019on veut nettement attirer l\u2019attention.SEPTEMBRE 1961 247 Le rôle des pouvoirs publics est de « protéger les droits de tous les citoyens, surtout des plus faibles »; ils auront donc, entre autres, un faible pour les régions faibles.Ceci est vrai aujourd\u2019hui beaucoup plus qu\u2019autrefois, parce que, avec le progrès des sciences et des techniques, ces pouvoirs publics ont de plus amples possibilités de réduire les déséquilibres.entre les différentes zones à l\u2019intérieur des communautés politiques.Le mot planification ne se trouve pas dans notre texte.Mais la conception, qui se développe dans l\u2019ensemble de l\u2019encyclique, de l\u2019économie et du rôle des pouvoirs publics, peut-elle correspondre à un certain type de planification ?Pour les pouvoirs publics, promouvoir un développement harmonieux, mettre en œuvre en fonction du progrès social le caractère de stimulant et de suppléance de leur action, c\u2019est avoir à faire des choix selon le bien commun dont ils sont responsables, choix qui supposent nécessairement une vue d\u2019ensemble qui non seulement évoque une certaine planification, mais qui se concilie avec elle et même l\u2019exige.Sans cela, comment leur action pourrait-elle en pratique respecter le caractère d\u2019orientation, de coordination, d\u2019intégration qu\u2019elle doit avoir ?L\u2019ordre de justice et d\u2019équité dans l\u2019économie ne surgit pas spontanément du seul jeu des forces naturelles mues par un déterminisme; il n\u2019existera que si des hommes conscients et libres le conçoivent et cherchent à le réaliser.Il ne naîtra que si ces derniers ont un plan.Or, les choix qui influent le plus sur le contexte général de la vie économique et sociale n\u2019étant pas l\u2019affaire des entreprises privées individuelles, les pouvoirs publics ont une responsabilité spéciale par rapport à ce plan que doit posséder la société.Un plan se Conçoit aujourd\u2019hui dans le sens de plus en plus riche donné à l\u2019expression « l\u2019aménagement du territoire ».Une approche interdisciplinaire qui coordonne les points de vue des hommes de science, des démographes, des économistes et des sociologues permet de contempler cette humanisation des espaces, véritable œuvre de civilisation.La loi du Conseil d\u2019orientation économique de la province de Québec demande à cet organisme « d\u2019élaborer le plan de l\u2019aménagement économique de la province ».Un programme général implique une politique régionale et des plans régionaux.Le Rapport de la Commission Tremblay le signalait il y a cinq ans (vol.Ill, tome II, pp.116-117, 316).Malheureusement, la recherche est bien en retard dans ce domaine.Les plans exigent structures et action régionales.La réalité régionale appelle les différents pouvoirs publics à favoriser l\u2019organisation au palier régional.Un Conseil d\u2019orientation économique fédéral devra agir en harmonie avec des Conseils provinciaux; cela semble bien normal, et pourtant le Canada n\u2019en est pas encore là, le Conseil fédéral n\u2019étant pas encore né! Un Conseil d\u2019orientation économique provincial travaillera de concert avec de véritables conseils régionaux; dans la province de Québec, presque tout reste encore à faire dans ce domaine.De même, les associations privées de toutes sortes devraient compléter ou vivifier leur propre organisation régionale, afin de mieux assurer leur participation effective à l\u2019action des pouvoirs publics.Le développement économique suppose donc le développement du régionalisme.Nous retrouvons ici la doctrine concernant la grande importance des « corps intermédiaires » entre les familles et l\u2019État, et son application au palier de la région.Le régionalisme épanoui rend notre société plus organique, en permettant sagement de développer, entre le plan micro-économique des entreprises et la sphère macro-économique de l\u2019économie nationale (ou provinciale), des zones d\u2019économie régionale.La mesure du temps que nous avons perdu et de tout ce qu\u2019il nous reste à faire est indiquée par le fait que dans le passage suivant du Discours du Budget, prononcé par le premier ministre de la province de Québec le 14 avril cette année, \u2014 il s\u2019agit du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, \u2014 tous les verbes sont au futur: La division du Commissariat industriel qui comporte, outre son rôle traditionnel, qui est la promotion d\u2019industries nouvelles, le rôle entièrement nouveau d\u2019organisation régionale.Pour remplir ce dernier, le Commissariat industriel nommera des délégués régionaux qui résideront dans chacune des grandes régions économiques de la province.Ces délégués régionaux auront pour tâche d\u2019améliorer les statistiques municipales, de voir à la création de parcs industriels, de susciter l\u2019instauration d\u2019organismes spécialisés de promotion industrielle et enfin d\u2019aider à l\u2019institution d\u2019un organisme consultatif à l\u2019échelle de la région, comprenant des représentants des municipalités et de chacune des catégories économiques.Ces conseils régionaux devront susciter la coopération des diverses villes et municipalités dans un effort commun et soutenu de développement économique et de planification régionale.Devant ce programme, \u2014 il est bon de le rappeler avec l\u2019encyclique, \u2014 « il convient de passer à l\u2019action ».Les voyages entrepris dans ce but, cet été, par le sous-ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, dans différentes régions de la province, porteront, il faut l\u2019espérer, les plus grands fruits.Ils ne le pourront, cependant, qu\u2019à condition de promouvoir toujours plus l\u2019éducation sociale de tous ceux qui sont appelés à représenter et à collaborer.La participation des élites locales et régionales est conditionnée par ce facteur stratégique que l\u2019on est parfois un peu porté à négliger.Et la doctrine sociale chrétienne a un rôle aussi important que spécifique à jouer dans cette culture des élites.Charité bien ordonnée commence par soi-même, mais ne s\u2019arrête pas à soi-même.Hâtons-nous de voir à la promotion économique et sociale des régions moins développées économiquement de notre communauté nationale ou provinciale.Apprenant mieux, par la pratique, le sens du progrès social, nous comprendrons mieux notre immense responsabilité, à l\u2019échelle mondiale, dans l\u2019aide aux « pays en voie de développement économique » dont le cas est infiniment plus grave que le nôtre.Notre revenu personnel par habitant est encore, selon nos régions, dix ou quinze fois, par exemple, celui de l\u2019Équateur, et quinze ou vingt fois celui de Haïti! Dans la solidarité et la fraternité, les régions du monde, \u2014 « surtout les plus faibles », \u2014 sont aussi les nôtres.Irénée Desrochers, S.J.Notre époque est envahie et pénétrée d\u2019erreurs fondamentales, elle est en proie à de profonds désordres; cependant, elle est aussi une époque qui ouvre à l\u2019Eglise des possibilités immenses de faire le bien.Mater et Magistra.248 RELATIONS X.-NATIONS RICHES ET NATIONS PAUVRES Quelques remarques d\u2019abord.La partie de l\u2019encyclique que nous étudierons traite des « relations entre communautés politiques économiquement développées et pays en voie de développement ».Le sujet déborde donc le problème de l\u2019aide économique.Le choix des mots a son importance.Jean XXÏII s\u2019y montre très sensible.Formulant les intentions de prière pour la Semaine de l\u2019Unité, n\u2019a-t-il pas remplacé les mots « retour » et « soumission » par celui de « réconciliation » ?Ici, il évite les expressions « pays attardés », « pays arriérés », et même celle de « pays sous-développés » pour leur préférer l\u2019expression « pays en voie de développement » qui ouvre les portes à l\u2019espérance.Ce n\u2019est qu\u2019en remontant aux causes qu\u2019il attribue la situation de ces pays à un régime économique « le plus souvent rudimentaire » que les traductions anglaise et française rendent par le doublet « primitif ou arriéré », trop dur à notre avis.L\u2019encyclique décrit les pays en voie de développement comme des pays où « les citoyens.souffrent de la misère et de la faim », où ils n\u2019exercent même pas les « droits élémentaires reconnus à la personne humaine ».Ce qui ressemble le plus à une définition serait le passage suivant: Les communautés politiques économiquement développés «jouissent d\u2019un niveau de vie élevé, les autres souffrent de privations graves ».Dans les traductions anglaise et française, l\u2019adverbe « souvent » est accolé à l\u2019adjectif « graves »; ce mot ne se trouve pas dans le texte latin.Quoi qu\u2019il en soit de ces précisions \u2014 ou de cet échenillage \u2014, le problème des relations entre communautés politiques économiquement développées et pays en voie de développement se présente, suivant la traduction française, comme «le plus important de notre époque peut-être»; suivant la traduction anglaise, comme probably the most difficult; suivant la traduction italienne, comme for se maggiore.Nul doute qu\u2019il est « le plus grand problème » de l\u2019heure, car l\u2019adverbe « peut-être » ne semble posé dans la phrase qu\u2019en guise de litote afin de mieux souligner la gravité du phénomène.L\u2019encyclique marquera vraisemblablement dans l\u2019histoire par la place qu\u2019elle accorde à ce problème.Pie XII avait, à plusieurs reprises, invité les fidèles à peser leur nouvelle obligation morale.Jamais, cependant, il ne l\u2019avait fait avec l\u2019ampleur de Mater et Magistra.1.Principe de l\u2019entraide Empruntant la voix de Pie XII, le Saint Père rappelle, au début de l\u2019encyclique, le droit qu\u2019a tout homme d\u2019user des biens matériels.Ce droit prime tout autre droit de nature économique, même le droit de propriété privée.Droit naturel, celui-ci est délimité par sa fonction sociale.Il ne doit pas mettre obstacle à « l\u2019imprescriptible exigence que les biens, créés par Dieu pour tous les hommes, soient équitablement à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité »: vieille thèse de philosophie que les moyens modernes de communication et de diffusion de la pensée, l\u2019énergie nucléaire, les vaisseaux de l\u2019espace, viennent mettre en valeur, illustrer et, à leur manière, confirmer.L\u2019ensemble merveilleusement divers des biens de ce monde a donc été remis à l\u2019ensemble des hommes.Si les modes d\u2019appropriation personnels, communautaires, nationaux se révèlent comme des conditions nécessaires d\u2019une exploitation rationnelle, ordonnée et harmonieuse de la jungle originelle, ils ne nient pas la destination générale des biens de la terre à la grande famille des hommes.D\u2019où le droit naturel de chaque homme à son « espace vital », pour employer l\u2019expression si forte de Pie XII, et l\u2019obligation morale des nations riches de secourir les nations pauvres.Portez les fardeaux les uns des autres, disait saint Paul.Aux uns le fardeau d\u2019être plus favorisés, aux autres le fardeau d\u2019être moins favorisés.Le Pape préfère, cependant, citer saint Jean, son auteur de prédilection: «Celui qui posséderait les biens de ce monde, et, voyant son frère dans le besoin, lui fermerait son cœur, comment la charité divine pourrait-elle demeurer en lui ?» Il importait de rappeler ce principe dont la doctrine du Corps mystique est le suprême achèvement.Mais, toute tournée vers l\u2019action et pleine de résonances humaines, l\u2019encyclique ne s\u2019attarde pas aux principes.Elle ne s\u2019embarrasse pas non plus de statistiques: celles-ci vieillissent et sont, d\u2019ailleurs, connues du grand public.L\u2019écart entre nations riches et nations pauvres est scandaleux.Il couve de graves ressentiments.Cela suffit.Qui ne voit, en effet, que dans un monde où les pays sont de plus en plus voisins, la répartition injuste du revenu mondial est l\u2019ennemie d\u2019« une paix durable et féconde » ?Si la crainte ne suffit pas à rendre les peuples justes, fasse, du moins, qu\u2019elle soit le commencement de la sagesse.2.Formes d\u2019entraide Le Saint Père a écouté la plainte des peuples et leurs revendications d\u2019égalité.Sa voix se fait pressante.Il parle de secours d\u2019urgence: En certains pays, les biens de consommation, surtout les fruits de la terre, sont produits en excédent.En d\u2019autres, de larges couches de la population combattent la misère et la faim.Justice et humanité requièrent que les premiers viennent au secours des seconds.Détruire ou gaspiller des biens qui sont indispensables à la survie d\u2019êtres humains, c\u2019est blesser la justice et l\u2019humanité.Même si une production excédentaire, surtout agricole, peut avoir « des répercussions économiques nuisibles à certaines catégories de citoyens », cette raison ne suffit pas pour dispenser de l\u2019obligation de porter un secours d\u2019urgence aux indigents.L\u2019idée, toutefois, qu\u2019une distribution des surplus suffirait à égaliser plus ou moins les fruits de la nature est par trop simpliste.Une forme de charité provisoire ne saurait fonder une économie.Elle laisse inexploités les plaines, les fleuves, les forêts, les gisements.Elle n\u2019arrache pas la terre à ses ronces et à ses épines comme le peuple à qui elle est échue a le devoir de le faire.L\u2019aide aux pays en voie de développement implique, dans les mots mêmes, une économie de plus grande productivité qui vienne au secours de la création pour la cultiver, l\u2019organiser, la transformer et la faire chanter l\u2019ordre, la fécondité et la gloire du Créateur.A cette fin, des capitaux son indispensables et, surtout, la compétence technique, scientifique et professionnelle.SEPTEMBRE 1961 249 Sans le dire, avec un tact qui est charité exquise, le Pape met le doigt sur la plus grande misère des pays économiquement faibles.La faim et leur population galopante ?Non.La maladie, la fréquence des endémies, la courte espérance de vie?Non plus: les progrès ici sont remarquables.Les rendements agricoles très inférieurs, leur industrie encore en enfance, leur part infime du revenu mondial?Non plus, puisqu\u2019il existe une cause première à toutes ces causes secondes d\u2019infériorité relative: le retard scientifique et technique (quand ce n\u2019est pas l\u2019analphabétisme) chez des peuples qui, leurs besoins matériels à peu près satisfaits, ont préféré, les uns, cultiver une sagesse, les autres, pratiquer un art de vivre auxquels les inclinaient leur génie ou leur culture religieuse.Voici deux cents ans, l\u2019Europe ne tirait pas meilleur parti de ses ressources que l\u2019Inde ou la Chine; l\u2019Amérique du Nord était en friche.Voyager, aujourd\u2019hui, n\u2019est pas seulement changer de pays, c\u2019est, parfois, changer de siècle.L\u2019encyclique évite de prendre partie pour telle ou telle forme d\u2019entraide: bilatérale, multilatérale ou internationale.Si l\u2019on devine où vont les préférences du Saint Père, on se rend vite compte qu\u2019il refuse de se faire le tenant et le prisonnier du système théorique le meilleur; qu\u2019il entend, au contraire, utiliser tous les ressorts légitimes d\u2019action et tirer profit des situations acquises.Il loue les instituts bancaires à rayonnement mondial qui aménagent la fluidité de la richesse, les personnes privées qui apportent des capitaux, les organisations mondiales et régionales, les États, les sociétés privées qui offrent, en mesure croissante, leur coopération technique.Il fait mention honorable de la F.A.O.et encourage, à diverses reprises, l\u2019aide aux étudiants.Mais tout cela pour observer finalement avec regret que « la coopération scientifique, technique et économique.veut une autre ampleur que celle que nous connaissons ».Aucun pays ne prélevait, il y a cent ans, l\u2019impôt sur le revenu.Verrons-nous d\u2019ici peu un impôt mondial pour atteindre à cette somme annuelle \u2014 conjecturale, il est vrai \u2014 de 13 milliards que les experts de l\u2019O.N.U.estiment nécessaire pour la promotion des pays pauvres ?3.Esprit cEentraide C\u2019est donc à une tâche immense et urgente de solidarité et de justice mondiale que l\u2019Église convie, aujourd\u2019hui, les chrétiens tout comme, hier, elle entendait les mettre devant leur tâche de solidarité et de justice sociale, la première des deux tâches prolongeant, d\u2019ailleurs, et complétant l\u2019autre.A ce propos, le Saint Père juge opportuns « quelques rappels et quelques réflexions ».Au fond, il va nous indiquer les conditions d\u2019une politique chrétienne d\u2019entraide dont le but, par delà le progrès économique, vise à l\u2019épanouissement d\u2019une civilisation digne de ce nom.Sagesse d\u2019abord de la part des récipiendaires.Les pays au début de leur développement feront bien de tenir compte « des expériences vécues par les pays économiquement développés ».Il ne s\u2019agit pas de s\u2019humilier devant les autres, mais il n\u2019est pas bon pour un peuple de se raidir dans ses ressentiments.Équité aussi.« Produire plus et mieux est raison et inévitable nécessité.» Il est non moins nécessaire et juste que « le développement économique et le progrès social aillent de pair ».On peut conclure de là, bien que l\u2019ency- clique se taise sur ces points, que l\u2019aide doit être assortie de réformes sociales et fiscales, qu\u2019elle est inséparable d\u2019un certain contrôle de l\u2019emploi des fonds reçus, qu\u2019elle exige, enfin, une économie concertée ou planifiée puisque le « développement doit être autant que possible graduel et harmonieux entre les secteurs: agriculture, industrie, services ».Respect des milieux.A première vue, rien ne semble plus transmissible que les œuvres de l\u2019esprit.Ni blanche, ni noire, ni jaune, l\u2019algèbre est incolore.La science et la technique ne sont ni brachycéphales ni dolichocéphales.Toutefois, une économie humaine n\u2019est pas mise en branle par le seul transfert de découvertes, de techniques, de modèles.Elle doit prendre racine dans un milieu et à une époque donnés, parmi des structures sociales et juridiques différentes, des croyances traditionnelles plus ou moins réfractaires aux techniques ouvrières et agricoles nouvelles, de coutumes familiales ou tribales qui ignorent le bien commun national, d\u2019anciennes colonies susceptibles et même soupçonneuses, au milieu donc de paysages géographiques et psychologiques extrêmement divers d\u2019un pays à l\u2019autre.Tout ouverte à l\u2019espérance, l\u2019encyclique glisse là-dessus.Elle plaide plutôt pour que l\u2019individualité de ces pays ne soit pas confondue, « qu\u2019il s\u2019agisse de leurs ressources, des caractères spécifiques de leur milieu naturel, de leurs traditions souvent riches de valeurs humaines, des qualités typiques de leurs membres ».Il n\u2019y a pas de solution unique.Les pays économiquement développés doivent « vaincre la tentation qui les porte à projeter leur propre image sur les pays en voie de développement ».Il leur faut apprendre de ces pays ce qu\u2019ils veulent avant de les aider à se procurer eux-mêmes ce dont ils ont besoin.Désintéressement politique.« Les États économiquement développés doivent, en outre, veiller avec le plus grand soin, tandis qu\u2019ils viennent en aide., à ne pas chercher en cela leur avantage politique, en esprit de domination.» Dans le monde libre, du moins, l\u2019ère des colonialismes est close.Si l\u2019esprit impérialiste cherchait à s\u2019y imposer sous des formes voilées, il engendrerait, par une sorte de dialectique du malheur, « une gêne pour les relations internationales et un danger pour la paix du monde ».Nous cueillerions tôt ou tard les raisins de la colère.C\u2019est le sort des encycliques comme celui des évangiles de servir de carrières d\u2019où l\u2019on peut tirer des textes et les isoler.Lire dans ce passage une apologie du neutralisme qui se lave les mains de toutes les querelles entre l\u2019Est et l\u2019Ouest serait malhonnêtement en solliciter le sens.A travers « le désintéressement politique le plus sincère », l\u2019encyclique poursuit le but même de l\u2019entraide, à savoir: « mettre les communautés en voie de développement à même de réaliser par leur propre effort leur montée économique et sociale ».De la sorte, une contribution précieuse aura été apportée à la formation d\u2019une communauté mondiale dont tous les membres seront sujets conscients de leurs devoirs et de leurs droits, travailleront en situation d\u2019égalité à la réalisation du bien commun universel.Tant il est vrai que la meilleure entraide reste celle qui se fait « mère et éducatrice » d\u2019initiative et de liberté.Elle favorise les amitiés et les échanges, la prospérité et le progrès, et, en dernier ressort, parce que gratuite, travaille à l\u2019avantage de tous et de chacun.250 RELATIONS Respect de la hiérarchie des valeurs.Facteurs incontestables de civilisation, le progrès scientifique et technique, le développement économique, le bien-être matériel « ne sont, en aucune manière, des valeurs suprêmes, mais essentiellement des moyens en vue de la valeur absolue ».Par tout un côté, le plus noble de lui-même, l\u2019homme échappe à la communauté politique.Travaillé par des soifs obscures, par la nostalgie du vrai, du bien, du beau, il est ordonné vers des biens supérieurs que le temps ne saurait lui apporter.Le Pape revient ici au thème fondamental sur lequel repose toute l\u2019encyclique: la valeur de l\u2019homme.Comme un père défendant l\u2019honneur, la dignité, le bien des siens, sa voix se fait sévère, intransigeante, inflexible, gênante pour nous.La richesse pour tous, nous dit-il, n\u2019est pas l\u2019idéal d\u2019un humanisme économique: Avec amertume, il Nous faut observer que dans les pays économiquement développés, la conscience de la hiérarchie des valeurs s\u2019est affaiblie, éteinte, inversée en trop d\u2019êtres humains.Les valeurs de l\u2019esprit sont négligées, oubliées, niées.Le progrès des sciences et des techniques, le développement économique, le bien-être matériel ont les faveurs; souvent on les recherche comme biens supérieurs, on en fait l\u2019unique raison de vivre.C\u2019est l\u2019embûche la plus dissolvante, la plus délétère, insinuée dans l\u2019action qu\u2019exercent les peuples économiquement développés auprès des peuples en voie de développement, alors que parmi ces derniers souvent les traditions ancestrales ont conservé vif et efficace le sens de certaines valeurs humaines, et des plus importantes.Blesser cette conscience est immoral par essence.Si ce jugement coiffe le laïcisme marxiste, il coiffe également toutes formes de laïcisme.Quel désastre pour l\u2019homme si, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, sous prétexte d\u2019édifier un monde meilleur que celui décrit par Georges Orwell dans le roman d\u2019anticipation communiste intitulé 1984, nous allions construire le Brave New World dont Aldous Huxley nous a donné une si hallucinante satire.L\u2019un et l\u2019autre de ces mondes sont des mondes d\u2019injustice et de tyrannie.* * * Cette partie de l\u2019encyclique se termine par un passage sur l\u2019Église, universelle de droit divin et universelle de fait, respectueuse de toutes les civilisations et de toutes les cultures, soucieuse d\u2019humaniser l\u2019univers.Il fut un temps où, sur le plan surnaturel, l\u2019Église a dû se dégager des particularismes d\u2019Israël; un second temps où elle a dû sauver des ruines de l\u2019empire romain les valeurs de l\u2019esprit et de la grâce, en abritant la culture dans ses cloîtres et ses écoles et en lançant les grands missionnaires à travers l\u2019Europe.Un autre temps est venu où, surmontant les particularismes de cette communauté occidentale qu\u2019elle a modelée, sa mission l\u2019appelle à créer une communauté mondiale.Car le monde, au milieu d\u2019échecs et de reculs, tend vers son unité qui, seule, peut donner un sens à l\u2019histoire des hommes.Les catholiques \u2014 et le Pape adresse ses louanges et ses encouragements à tous ceux qui travaillent dans le champ de l\u2019entraide internationale \u2014 doivent faire la preuve de la puissance réconciliatrice et unificatrice de la doctrine de l\u2019Église, et ainsi préparer à l\u2019effusion du Saint-Esprit une nouvelle plénitude des temps personnaliste et communautaire.Luigi d\u2019Apollonia, S.J.XI.- ACCROISSEMENTS DÉMOGRAPHIQUES ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE LE SOUCI que montre le Pape de traiter la question _j sociale dans toute son ampleur et selon l\u2019optique de l\u2019actualité l\u2019amène à reformuler « un problème souvent évoqué ces derniers temps » et ressenti par plusieurs comme une obsession, « celui des rapports entre l\u2019accroissement démographique, le développement économique et les moyens de subsistance disponibles, soit sur le plan mondial, soit dans les pays sous-développés ».La population du monde s\u2019accroît à un rythme qui semble dépasser nos moyens actuels de la nourrir.Cela se vérifie surtout dans les pays dits sous-développés.Déjà, pendant le règne de Pie XII, démographes, économistes, sociologues et moralistes étudièrent ce que le journalisme à sensation se plut à nommer « l\u2019explosion du surpeuplement » mondial.L\u2019expression manque de nuance, mais le problème ne relève pas de l\u2019imagination.Les lecteurs de Relations le savent qui ont lu l\u2019article du P.de Lestapis (juin, p.147).D\u2019environ trois milliards en 1960, la population du globe dépassera les six milliards au début du siècle prochain.Présentement, près de deux milliards d\u2019êtres humains mangent trop peu ou trop mal.Or, si l\u2019on en croit les experts, la mise en valeur parfaite des ressources aujour- SEPTEMBRE 1961 d\u2019hui utilisables remédierait à ce désordre, mais ne suffirait pas aux besoins de l\u2019univers en l\u2019an 2000.Il n\u2019appartient pas au Pape de dicter les solutions concrètes qui conviennent aux problèmes économiques, sociaux et politiques du monde.Son rôle se borne à énoncer les principes moraux à l\u2019encontre desquels ces problèmes ne sauraient recevoir de solutions vraiment humaines.Après Pie XII, Jean XXIII le remplit à propos du drame de la faim, calamité scandaleuse d\u2019une époque justement fière de ses progrès scientifiques et techniques.Trois principes résument sa pensée.D\u2019abord, on ne règle pas un problème humain par des moyens contraires aux exigences morales de l\u2019homme.Il Nous faut proclamer solennellement que la vie humaine doit être transmise par la famille fondée sur le mariage un et indissoluble, élevé pour les chrétiens à la dignité de sacrement.La vie humaine est sacrée, puisque, dès son origine, elle requiert l\u2019action créatrice de Dieu.Celui qui viole ses lois offense la divine Majesté, se dégrade et avec soi l\u2019humanité, affaiblit en outre la communauté dont il est membre.Qu\u2019on remarque la gravité du ton, pareille à celle qui caractérise les définitions dogmatiques.251 De plus, « Dieu.a doté la nature de ressources inépuisables et donné aux hommes intelligence et génie pour inventer les instruments aptes à leur procurer les biens nécessaires à la vie ».Par conséquent, « la vraie solution » de la crise de la faim « se trouve.dans le développement économique et le progrès social ».Les avantages déjà obtenus par les sciences et les techniques ouvrent des horizons illimités.Reste à établir « une collaboration mondiale qui permette et favorise une circulation ordonnée et féconde des connaissances, des capitaux et des hommes ».On éliminera de la sorte une des contradictions les plus déconcertantes qui affligent notre époque: d\u2019une part, on met l\u2019accent sur les pires éventualités et l\u2019on agite le spectre de la misère et de la famine; d\u2019autre part, on utilise largement les inventions scientifiques, les réalisations techniques et les ressources économiques pour produire de terribles instruments de ruine et de mort.Inutile de commenter longuement ces principes.D\u2019autres l\u2019ont fait à l\u2019occasion de discours prononcés naguère par Pie XII, dont Jean XXIII reprend les thèmes essentiels.Aux lecteurs pressés, recommandons au moins la dernière partie de la Limitation des naissances, maître ouvrage du P.de Lestapis (Paris, Spes, 1959), puis les deux premiers chapitres de 1\u2019 « Initiation aux problèmes familiaux » que la Chronique sociale de France a publiée récemment sous le titre de Population, Famille, Éducation (Lyon, 1960).On y apprend que le problème a des données complexes.En effet, le monde actuel se compose de territoires; \u2014\tsurpeuplés (certaines régions de la Chine et du Vietnam); \u2014\tqui semblent avoir atteint leur optimum de population (Belgique, Hollande); \u2014\tqui n\u2019ont pas atteint cet optimum (la France, le Canada); \u2014\tsous-peuplés et riches (l\u2019Australie, la Nouvelle-Zélande), ou pauvres, c\u2019est-à-dire insuffisamment mis en valeur (les savanes, les forêts équatoriales); \u2014\ten voie de dépeuplement (l\u2019Irlande); \u2014\tqui ne sont pas encore peuplés et qui pourraient l\u2019être (le Grand Nord).On y apprend surtout que l\u2019application des méthodes anticonceptionnelles ou abortives n\u2019améliore nulle part la situation ni démographique ni économique des peuples sous-développés, tandis qu\u2019elle démoralise les peuples socialement évolués.Une organisation mondiale des migrations, l\u2019industrialisation des régions encore purement agricoles, le développement des échanges économiques entre les diverses régions, enfin une aide technique et économique aux pays sous-développés et surpeuplés, voilà ce que les nations doivent promouvoir et réaliser sans délai.C\u2019est l\u2019affaire de tous.Et chacun peut contribuer à sa réussite, comme on l\u2019explique dans une des Christopher Notes récemment publiée (n° 113, juin-juillet 1961: Help a Hungry World to Help Itself).Les Christophers y traduisent dans leur style vif l\u2019exhortation par laquelle Jean XXIII presse les chrétiens non seulement d\u2019assumer leurs responsabilités envers la famille entière du Père, mais d\u2019éduquer les générations montantes dans un esprit de fraternité.A cette fin, deux tâches capitales s\u2019offrent à nous: l\u2019instauration d\u2019une paix juste et durable dans le monde, le respect théorique et pratique de la sainteté de l\u2019amour humain et de la famille.Incalculable, le tort que cause aux populations affamées la rivalité qui divise Est et Ouest, marxisme et christianisme, communisme et capitalisme.Conformément à l\u2019intention missionnaire de l\u2019Apostolat de la Prière (août 1961), il importe de tout essayer pour dissoudre cette rivalité, sans oublier qu\u2019on ne soulagera point la misère matérielle et spirituelle des peuples en les livrant au despotisme de l\u2019erreur, au désordre de l\u2019immoralité.Il importe donc de comprendre également, à la suite du P.de Lestapis (Relations, juill.1961, p.190), que la maîtrise des forces cosmiques à laquelle le Créateur convie les hommes ne se réduit pas à la capacité de lancer des navigateurs dans l\u2019espace, mais désigne d\u2019abord la chasteté, vertu qui permet au couple humain de procréer, selon les intentions du Créateur, des hommes et des femmes aptes à vivre leur vocation de fils de Dieu ici-bas.Chez des catholiques, le scandale consisterait à discréditer par leur ignorance et leur inconduite, au lieu de le promouvoir par leur culture et leur vertu, l\u2019effort de civilisation et de sanctification de l\u2019Église de Jésus-Christ.Dans les difficultés que connaît la population de notre monde, toute réclame faite par des chrétiens à l\u2019incroyance et à l\u2019irréligion, sous quelque prétexte que ce soit, apparaît comme un délit social autant que comme une apostasie.Cela aussi, Jean XXIII le suggère dans son encyclique.L\u2019ordre humain est un ordre moral; liberté et responsabilité commandent « les orientations et les solutions à donner aux problèmes de la vie individuelle et sociale, à l\u2019intérieur des communautés nationales et dans leurs rapports mutuels ».Or, « l\u2019ordre moral ne peut s\u2019édifier que sur Dieu », dont l\u2019Église est la mandataire infaillible.C\u2019est pourquoi l\u2019insertion de l\u2019Église dans un peuple comporte toujours d\u2019heureuses conséquences dans le domaine économique et social, comme le montrent l\u2019histoire et l\u2019expérience.Nul, en effet, de ceux qui deviennent chrétiens ne pourrait ne pas se sentir obligé d\u2019améliorer les institutions temporelles, par respect pour la dignité humaine et pour éliminer les obstacles à la diffusion du bien.Dans cette perspective, la mission du Canada français, dont se moquent seulement les esprits superficiels ou déracinés, prend un regain d\u2019actualité: étendre le rayonnement de l\u2019Église sur la terre où nos ancêtres l\u2019ont plantée; porter la lumière de la foi avec celle de la culture aux peuples qui les attendent de nous; donner au monde l\u2019exemple de foyers fondés sur l\u2019amour qui vise d\u2019abord à la sainteté des époux et des enfants, non sur l\u2019égoïsme à deux.Bref, préserver et répandre, dans sa pureté, l\u2019évangile de la charité.Joseph d\u2019Anjou, S.J.Que Nos fils veuillent bien noter que lorsque dans l\u2019exercice des activités temporelles ils ne suivent pas les principes et les directives de la doctrine sociale chrétienne, non seulement ils manquent à un devoir et lèsent souvent les droits de leurs propres frères, mais ils peuvent même arriver à jeter le discrédit sur la doctrine elle-même, comme si sans doute elle était noble en soi, mais dépourvue de toute vigueur efficace d\u2019orientation.Mater et Magistra.252 RELATIONS XII.-DEUX PROGRAMMES MONDIAUX 1VERS LA MÊME ÉPOQUE QUE MATER ET M AGIST RA, mais à l\u2019autre pôle de l\u2019horizon, \u2022 est apparu le Projet de Programme du Parti communiste d\u2019U.R.S.S.Le but est identique: un monde où les rapports humains, régis par la justice sociale, s\u2019épanouiront dans la paix civile et internationale.Les moyens proposés, la philosophie qui les préconise, diffèrent au point d\u2019être incompatibles.Il faudrait un volume pour dresser une comparaison adéquate des deux documents.Rédigé au nom du comité central du parti communiste d\u2019U.R.S.S., sous la direction personnelle de M.Khrushchev, le Projet fut approuvé au Plenum du 19 juin après un discours du chef soviétique et publié le 30 juillet; après avoir été « discuté » de juillet à octobre, il sera approuvé par le congrès du Parti communiste soviétique, auquel participeront tous les partis communistes du monde, et deviendra la norme universelle de conduite des communistes.La première partie du projet, quatre pages de la Pravda sur neuf, traite surtout de la révolution anticapitaliste et anti-impérialiste; elle a été rédigée, par conséquent, pour les citoyens de nos pays qui reçoivent leurs consignes de Moscou.C\u2019est elle qui nous arrêtera davantage.Ce document est un programme d\u2019action et surtout de combat.Il n\u2019est pas encore approuvé et déjà il encadre les troupes, les entraîne, les mène à la bataille.La « discussion » consiste ici à s\u2019assimiler les instructions données et participe déjà de l\u2019exécution.Mater et Magistra, par contre, expose une doctrine.Préparée sur les indications du Pape, par une équipe de brillants sociologues et théologiens, retravaillée par tout ce qu\u2019il y a de plus éminent dans l\u2019administration de l\u2019Église, elle fut soigneusement revue par Sa Sainteté Jean XXIII avant d\u2019être promulguée.Dans les deux cas, on procède par voie d\u2019autorité: ici, ouvertement, au nom du magistère apostolique; là, de façon larvée, en encadrant les discussions de façon à rendre le désaccord impossible.L\u2019autorité du Saint-Siège s\u2019exerce au nom de l\u2019Évangile et de la Tradition.L\u2019autorité soviétique se réclame elle aussi d\u2019une doctrine, le « communisme scientifique », mais celui-ci s\u2019appuie sur les forces militaires, la police, les prisons, et les autres moyens de coercition dont disposent les gouvernements totalitaires, depuis les pharaons jusqu\u2019à nos jours.2.Les deux documents sont destinés à l\u2019humanité tout entière.L\u2019encyclique s\u2019adresse aux catholiques, prêtres et fidèles, et leur demande l\u2019obéissance qu\u2019ils doivent à l\u2019Église, leur Mère; elle sollicite aussi l\u2019attention et la bonne volonté de quiconque veut bien collaborer à un plan qui leur est proposé au nom de la raison humaine, de la justice et de l\u2019évangile; mais comme le Saint-Siège est au service de la vérité et fait appel à l\u2019intelligence et au cœur droit, il ne dispose pas de moyens pour exercer une pression matérielle.Le projet communiste, qui est un plan de combat, fixe aux combattants leurs objectifs, développe la stratégie, fournit les armes: Le succès de la lutte de la classe ouvrière pour la victoire de la révolution dépendra de ce qu\u2019elle-même et son parti auront maîtrisé toutes les formes de combat, pacifique et non pacifique, parlementaire et non parlementaire, et seront prêts à passer d\u2019une forme de combat à l\u2019autre de la façon la plus rapide et la plus inattendue.Ces consignes s\u2019adressent à tous les communistes, aussi bien à ceux des pays où existe un régime parlementaire qu\u2019à ceux des autres pays.Rappelons que les communistes n\u2019ont aucun droit de parler au nom de la « classe ouvrière » dont ils sont les plus implacables oppresseurs.Les ouvriers sont leur premier objectif, parce qu\u2019ils occupent le champ de bataille le plus important de la révolution; l\u2019usine et le syndicat.3.Le Saint-Siège revendique le droit d\u2019affirmer qu\u2019une doctrine ou une action est conforme au contraire à l\u2019Évangile ou à la Loi divine, mais il s\u2019interdit toute ingérence dans la politique intérieure des autres pays, comme dans les conflits internationaux.Cela s\u2019est manifesté de façon éclatante au cours de la dernière guerre quand tous les belligérants, à commencer par Staline, s\u2019inclinèrent devant l'impartialité politique du Pape et admirèrent la grandeur spirituelle de celui qui parlait au nom de la conscience du monde.Dans la même tradition, Mater et Magistra se tient en dehors et au dessus de toute politique.L\u2019Union soviétique, elle, se réserve le droit d\u2019intervenir dans les affaires intérieures des autres pays pour y appuyer la révolution; elle s\u2019oppose de toute son énergie à ce que d\u2019autres interviennent pour empêcher cette révolution.Cela, elle l\u2019appelle l\u2019exportation de la contre-révolution.Ceci est conforme à sa doctrine.Pour un communiste, la révolution est le plus sacré des devoirs, tant qu\u2019elle ne se fait pas contre le « camp socialiste »; en ce deuxième cas, elle devient « contre-révolution », le plus odieux des crimes: Avec les autres partis marxistes léninistes, le parti communiste de l\u2019Union soviétique estime que son devoir international lui impose l\u2019obligation d\u2019appeler les peuples de tous les pays à s\u2019unir, à mobiliser toutes leurs forces intérieures, à agir activement et, s\u2019appuyant sur la puissance du système socialiste, à empêcher toutes les interventions des impérialistes dans les affaires de n\u2019importe quel peuple qui se soulèvera pour la révolution.En même temps, ils ne toléreront pas l\u2019exportation impérialiste de la contre-révolution.Au fond, la différence essentielle entre les deux programmes, est la suivante: le texte communiste est un document de guerre.Il nie toute vérité chez l\u2019adversaire car celle-ci, une fois reconnue, deviendrait une base de pourparlers.Or, la seule négociation qu\u2019admettent ceux qui veulent être demain les maîtres du monde est celle qui fait prévaloir les intérêts communistes.Le communiste fanatise ses militants autour d\u2019une vérité partielle qui, en l\u2019occurence, est surtout un intérêt matériel immédiat, et détourne leur attention de ce qu\u2019il peut y avoir de vrai et d\u2019honnête chez l\u2019adversaire.La discussion devient impossible, puisque le communiste pose, comme prémisse, que toute science, tout droit, toute justice, toute bonté, toute honnêteté est de son côté, tandis que de l\u2019autre, il n\u2019y a que des monstres et des dévoyés.Il ne reste que la solution de force, la guerre universelle, mais celle-ci est tellement horrible que bien des hommes sont prêts, pour l\u2019éviter, à capituler sans conditions devant les exigences communistes qui grandissent à mesure que le camp adversaire se rétrécit.Et c\u2019est cette suprême lâcheté qu\u2019on voudrait qualifier de « coexistence pacifique »! L\u2019encyclique, par contre, est un document de raison, donc de discussion.Les catholiques l\u2019acceptent, mais comme ils n\u2019ambitionnent de l\u2019imposer que par la persua- SEPTEMBRE 1961 253 sion, ils accueillent au débat toute vérité partielle et s\u2019engagent à démontrer logiquement la fausseté de l\u2019erreur.C\u2019est pourquoi Quadragesimo anno est un progrès sur Rerum novarum, Mater et Magistra sur Quadragesimo anno; les idées de justice sociale dont les papes se sont faits les champions sont tellement entrées dans nos mœurs que nous avons oublié les abus qui existaient il y a soixante-dix ans.Il n\u2019y a pas de progrès doctrinal dans les plans communistes; on y répète les rengaines marxistes mille fois démontrées fausses, mais il y a une croissance phénoménale de la puissance militaire et politique communiste.Tel est le fait qu\u2019il est important d\u2019analyser correctement avant que la catastrophe ne se produise.D\u2019autres pouvoirs, depuis Nabuchodonosor, Attila et Gengiskhan ont eu une ascension prodigieuse.Aucun tyran, jusqu\u2019ici, ne s\u2019est révélé éternel.Joseph Ledit, S.J.Les laïcs et l\u2019engagement chrétien da ns le monde Il serait cependant erroné de déduire de ce que Nous avons brièvement exposé ci-dessus que Nos fils, surtout les laïcs, doivent chercher avec prudence à diminuer leur engagement chrétien dans le monde.Ils doivent, au contraire, le renouveler et l\u2019accentuer.Le Seigneur, dans sa prière sublime pour l\u2019unité de l\u2019Eglise, ne demande pas au Père de retirer les siens du monde, mais de les préserver du mal.Il est parfaitement conforme au plan de la Providence que chacun se perfectionne par son travail quotidien, qui, pour la presque totalité du genre humain, est un travail à matière et à finalité temporelles.L\u2019Eglise affronte aujourd\u2019hui une tâche immense: donner un accent humain et chrétien à la civilisation moderne.L\u2019Eglise accomplit cette tâche surtout par le moyen de ses fils, les laïcs qui, dans ce but, doivent se sentir engagés à exercer leurs activités piofessionnelles comme l\u2019accomplissement d\u2019un devoir, comme un service que l\u2019on rend, en union intime avec Dieu, dans le Christ et pour sa gloire.Mater et Magistra.Vient de paraître L\u2019ENCYCLIQUE MATER ET MAGISTRA de S.S.JEAN XXIII Texte intégralJ version française de l\u2019Osservatore Romano Introduction et questionnaires pour les cercles d\u2019étude par Claude Ryan 128 pages, photographie originale en couleur du Saint Père par Karsh d\u2019Ottawa L\u2019unité : $1\tLa douzaine : $10 LES ÉDITIONS DU JOUR 3411, rue Saint-Denis, Montréal - VI.9-2228 VEUILLEZ M\u2019EXPÉDIER Quantité\tMontant \texemplaires de l\u2019Encyclique\t\t j] Montant inclus\t?C.O.D.nom\tadresse ville\tcomté \u2014 Découpez et postez \u2014 254 AU SERVICE DU FRANÇAIS La règle ou l\u2019usage ?LA CRÉATION D\u2019UNE LANGUE relève du peuple qui j la parle; mais qui doit en guider l\u2019évolution?Un idiome vivant ne se fossilise pas; mais les règles qu\u2019on tire des trouvailles spontanées n\u2019ont-elles qu\u2019une valeur provisoire ?N\u2019importe quel usage prévaudra-t-il contre elles ?Un linguiste réputé, M.Étienne Le Gai, hésite à se prononcer dans son dernier ouvrage auquel il a donné pour titre: le Parler vivant au XXe siècle, et pour sous-titre: « L\u2019usage en face de la règle » (Denoël, 19, rue Amélie, Paris, 1961, 175 pp., 18.5 cm.).Non pas un traité; recueil d\u2019exemples commentés.A gauche, la règle; à droite, l\u2019usage.Les deux parfois coïncident et souvent divergent.L\u2019A., lui, transige complaisamment: voyez son développement relatif au genre des noms de bateaux.S\u2019il appartient à la raison de sanctionner un usage, ne doit-elle pas rejeter celui qui la contredit ?Dans le cas du français, riche de chefs-d\u2019œuvre étudiés par les spécialistes, qui a chance de raisonner conformément au génie de la langue ?L\u2019homme de la rue, le scribouillard à gages, le feuilletoniste pressé ?M.le Gai ne le pense pas.Pourquoi, alors, faire crédit à des polygraphes sans scrupules ni compétence ?Suffit-il de mettre son nom sur la couverture d\u2019un livre pour avoir le droit d\u2019écrire le substantif repartie (vive riposte) comme le participe répartie (distribuée par parts) ?La célébrité acquise par un grand romancier excuse-t-elle ses licences linguistiques ?Même dans des ouvrages de maîtres se glissent des fautes de typographie, des distractions, des négligences.L\u2019opuscule de M.Le Gai en contient: l\u2019adverbe deçà et le ncm de Châteaubriant, l\u2019auteur de la Brière, privés de leur accent; l\u2019épithète responsable appliquée à une chose.Enfin, l\u2019Académie, les grammairiens discutent entre eux et ne s\u2019entendent pas.Que faire ?Tolérer tout, à la manière du Petit Larousse (dernière édition) pour le vocabulaire, ou de Gre-visse {le Bon Usage) pour les tours de phrase ?Attendre le verdict de l\u2019Académie,.qui attend l\u2019unanimité de la coutume et de la philologie ?Le Gai invoque forcément des principes.D\u2019abord, préserver la pureté de la langue sans risquer appauvrissement ou sclérose.Vu le progrès du savoir et les changements de mentalité, une langue vivante doit innover et emprunter.En pratique: a) ni absolutisme grammatical ou lexicologique, ni concessions irraisonnées à la mode; b) inventons mots et tournures selon les besoins de la clarté; c) ne modifions pas au hasard le sens courant et juste des mots; d) écartons l\u2019inutile; e) pour maints usages spéciaux, consultons les autorités.Fidèle à ces consignes, l\u2019A.condamne le pléonasme suivant: «la moindre petite chose»; censure la cascade d\u2019adjectifs que présente le nom de l\u2019Union féminine civique et sociale, corrigeant par l\u2019Union civique et sociale des femmes; raille le snobisme qui préfère la relaxation à la simple détente.Moins logique, à mon avis, il tient compte des gaucheries de certains écrivassiers; accepte le pléonasme auquel expose le galvaudage du pronom dont; sourit à des incorrections parce qu\u2019elles ont échappé à des immortels de l\u2019Académie; or, il critique le dictionnaire et la grammaire de la docte assemblée.Son ouvrage a toutefois le mérite de l\u2019érudition et de la bonhomie.Même ses flottements démontrent que la qualité d\u2019une langue de haute culture ne saurait dépendre du caprice d\u2019un chacun.J.d\u2019Anjou.RELATIONS Jîai Jitrtei ff.Gerald Ellard, S.J.: La Liturgie en marche.Traduit de l\u2019américain par R.d\u2019Halluin et A.Honoré.Coll.« In lumine fidei ».\u2014 Tours, Marne, 1961, 528 pp., 19.5 cm.Livre précieux que l\u2019ouvrage du P.El-> lard.Il collige in extenso les documents essentiels publiés par le Saint-Siège sur la liturgie, durant les soixante dernières années.Le chercheur qui dispose d\u2019une bibliothèque exhaustive en cette matière est une bête rare.Tandis que le grand public n\u2019a pas facilement les moyens d\u2019accéder à ces richesses et d\u2019en profiter pleinement.Autre mérite du P.Ellard: il retrace, dans les divers pays, l\u2019évolution du mouvement liturgique et nous met en contact avec les manifestations de ce renouveau.Simplification des rubriques, participation active des fidèles, chant liturgique, rituel bilingue, adoucissement du jeûne eucharistique, messes du soir, dimension communautaire de la communion, art sacré, architecture, langue de la messe, sens profond de la liturgie, etc., tous les aspects sont traités.Une telle documentation abondante et choisie est une bénédiction pour le chrétien avide de mieux connaître la liturgie.Rendront grand service l\u2019index général et l\u2019index des documents pontificaux.Nous ne saurions trop recommander, non seulement aux prêtres, mais aussi aux laïcs, cette mine de documents, renseignements, réflexions, qui fournira à ceux qui veulent vraiment vivre la liturgie un vigoureux stimulant.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.G.Vauthier: Le Psautier des jeunes, Recueil de prières adaptées des psaumes.Lettre-préface de S.Em.le cardinal Gerlier.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1960, 96 pp., 16.5 cm.G Vauthier avait déjà réussi magnifi-.quement à adapter quelques psaumes aux tout-petits; cette fois, elle s\u2019est efforcée d\u2019en rendre un certain nombre accessibles aux adolescents.Il ne s\u2019agit pas de traduction proprement dite, mais à\u2019adaptation souple et nuancée.Les psaumes ont été groupés par thèmes répondant le mieux aux besoins spirituels des jeunes.Une fois familiarisés avec cette prière qui est très proche de Dieu et très proche d\u2019eux, ils pourront plus tard mieux profiter du psautier lui-même, dans le texte intégral.Ce recueil, nous l\u2019espérons, sera bien accueilli des parents et des éducateurs qui ne manqueront pas de le mettre dans les mains des adolescents.Pourvu que ceux-ci, au préalable, soient introduits au sens de cette prière.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.SEPTEMBRE 1961 Dom Georges Lefebvre: Aimer Dieu.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1960, 165 pp., 17 cm.Le problème quotidien de tout chrétien / n\u2019est-il pas d\u2019aimer Dieu?Dom Georges Lefebvre nous expose en ce nouvel ouvrage, avec sûreté et sous une forme aimable, les moyens de cultiver l\u2019amour de Dieu.Dieu est présent dans notre vie et la foi nous enseigne que tout vient de Lui.Cette pensée de Sa présence, nous la fortifions dans la prière.Celle-ci a ses difficultés bien connues des saints; elles nous apprennent l\u2019humilité: Dieu seul mérite nos attentions; ils ne régnera pleinement dans nos vies que si nous condamnons une bonne fois à mort notre collant égoïsme.Nous deviendrons ainsi vraiment disponibles au service de notre Créateur et Maître, nous trouverons son « joug suave et son fardeau léger ».Nous serons prêts à nous dévouer aux œuvres d\u2019apostolat, en prenant appui sur Jésus Christ, le Divin Modèle, par qui nous sont venues « la grâce et la vérité » (Jean, i, 17).Et quand autour de nous tout sembleia crouler, nous tiendrons, ayant donné à notre vie son sens.Le lecteur retrouvera ici les mêmes richesses que dans les précédents ouvrages de l\u2019auteur: Prière pure et pureté de cœur, La Grâce et la Prière, Vie et Prière et Le mystère de la divine charité.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Lorenzo SALES, M.C.: La Perfection religieuse à la lumière du Divin Amour.\u2014 Mulhouse, Ed.Salvator, 1960, 140 pp., 18.5 cm.E^xposé, court mais sérieux, centré sur j la perspective essentielle, puisque la perfection est de suivre Jésus et, conséquemment, de le connaître et de l\u2019aimer.En des pages vibrantes particulièrement limpides, l\u2019A.nous trace la voie sans oublier que le renoncement s\u2019impose comme la marque du véritable amour.Cinq parties: La fin de l\u2019état religieux à la lumière du divin amour (I) ; Les vertus religieuses dans cette lumière (il); L\u2019âme doit consacrer tout son être au divin amour (m) ; Le rayonnement du divin amour dans la vie religieuse (iv); enfin, L\u2019aliment du divin amour dans la vie religieuse (v).Rien peut-être de substantiellement neuf; l\u2019auteur lui-même nous en prévient dans la préface.Les religieux retrouveront avec satisfaction, sous une forme stimulante et pressante, une doctrine qu\u2019ils connaissent bien.Et pour les laïques désireux de connaître sérieusement la vie religieuse, voici un tableau autrement objectif et édifiant que ce que lui présentent romans et films en vogue ces temps derniers.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.F.-X.RONSIN: Obéir, c'est.régner.Beautés et grandeurs de la vie religieuse.\u2014 Paris, Spes, 1960, 239 pp., 20.5 cm.Dans cet ouvrage, au titre mystique, l\u2019A.nous présente la vie religieuse.Mieux que les romans ou les scénarios à succès; car son livre est le huit de quai ante ans d\u2019expérience sacerdotale auprès de religieuses de multiples communautés.C\u2019est, en effet, comme un tour d\u2019horizon de la vie religieuse à partir de ses aspects intérieurs: beautés et grandeurs; passions qui la structurent: les vœux; vie commune, charité fraternelle; sources qui l\u2019alimentent: la prière, la souffrance; apostolat; fiuits.Bien des idées s\u2019en trouvent redressées.La vie religieuse ne stérilise ni n\u2019étouffe les personnalités et les talents.Le sacrifice y est de mise parfois jusqu\u2019à l\u2019héroïsme.La réussite grandiose de la Rédemption appelle des services moins voyants; il faut laisser Dieu choisir pour les œuvres plus spectaculaires; il trouvera bien.Les religieuses, dont le nombre s\u2019élève aujourd\u2019hui au million, ennoblissent le mot servir; elles se font les « colporteurs de la beauté de Dieu »; par leurs exemples souvent héroïques, elles apportent au monde son message de charité et de paix.La joie ne leur est pas étrangère car elles ne s\u2019abandonnent pas au pessimisme déprimant.Leur apostolat ne connaît pas de frontières; en toutes sortes d\u2019œuvres, par tous les climats, elles s\u2019ingénient à s\u2019adapter dans la meilleure compréhension et la plus sincère générosité.Notre O.N.U.gagnerait à s\u2019inspirer de leur exemple.L\u2019ouvrage est un splendide traité de la vie religieuse: clair, vivant, nourri d\u2019Ecriture sainte, facile à consulter grâce à une table analytique détaillée.Il s\u2019adresse d\u2019abord aux religieuses, mais il intéressera vivement les laïcs par le témoignage de qualité qu\u2019il leur propose sur la vie religieuse.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Valentin - M.Breton, O.F.M.: Aux âmes consacrées.Lettres de direction.Vol.I.\u2014 Mulhouse, Salvator; Paris et Tournai, Casterman; 1960, 236 pp., 19 cm.1e P.V.-M.Breton n\u2019est pas un inconnu j au Canada.Les plus de soixante ans se rappellent qu\u2019il fut aux environs de 1920 l\u2019un de nos prédicateurs les plus estimés.Rappelé en France, il n\u2019oublia pas notre pays où il avait vécu, avouait-il, ses années peut-être les plus heureuses.Le présent ouvrage recueille une première tranche de ses lettres de direction; il les adressa surtout à des religieuses.Il s\u2019y montre un directeur spirituel de grande classe.De doctrine sûre et très étendue, il comprenait les âmes et savait les éclairer et les soutenir.Aucune mièvrerie.La religieuse, écrit-il, s\u2019engage par vocation à suivre le Christ dans la voie royale de la Croix; il ne s\u2019agit pas de « jouer à la religieuse ».Elle bâtit sa spiritualité sur la foi; malgré les ténèbres où jettent les doutes, les incompréhensions inévitables, elle continue avec la grâce de Dieu, à se donner à chaque instant, au devoir présent sans jamais penser à soi.Le P.Breton se livrait lui-même comme un disciple de saint Paul et de saint Jean; il ne trompe pas.Il touche parfois en passant \u2014 qui lui en ferait reproche?\u2014 aux discussions historiques sur la grâce, aux théories des différentes écoles de spiritualité; ce qui importe à ses yeux est de servir Dieu généreusement; 255 comme son père François d\u2019Assise au matin de sa mort, il aurait pu s\u2019écrier: « Commençons enfin à servir Dieu.» Le P.V.B.a exercé une influence considérable et son apostolat se prolongera par ce recueil.Son ton encourageant, sa rare compréhension des âmes, son style prenant, son tact qui ne brusquait jamais mais ne fardait pas non plus la vérité, font de lui un des directeurs d\u2019âmes contemporains les plus puissants.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.F.DeRKENNE: Vie et joie au catéchisme.3e année.Première profession solennelle de la foi.\u2014 Paris (15, rue Cassette), J.de Gigord, 1960, 128 pp., 22 cm.Vivante et efficace, la méthode observée dans ce manuel.Pour leur inculquer la doctrine catholique et les pousser à l\u2019action, l\u2019A.fait appel à l\u2019activité créatrice des enfants.Photos (qui ne font pas figure de simples ornements), documents anciens, scènes d\u2019actualité servent de points de départ à des réflexions qui introduisent au cœur de la leçon.Partout, également, la Bible, par des extraits bien choisis, établit la concordance entre la Parole de Dieu et le résumé doctrinal.De plus, le vocabulaire est soigneusement expliqué: pas un mot un peu savant ou technique qui ne soit rendu concret ou du moins compréhensible.L\u2019A.suggère d\u2019utiliser le cahier de catéchisme pour y conserver maints exercices, dessins avec commentaires, pensées, etc.Quant au contenu, l\u2019A.tient compte, en le présentant, des dernières acquisitions de la catéchèse.Après ce que « Nous croyons » (credo et sacrements), vient la morale, toute centrée sur l\u2019amour de Dieu, comme dans l\u2019œuvre monumentale du P.Haring.L\u2019A.parle d\u2019obligations, certes, mais surtout d\u2019un idéal de vie où l\u2019amour de Dieu et du prochain transfigure l\u2019existence quotidienne.A la fin du livre, le catéchisme des diocèses de France est reproduit en entier; d\u2019ailleurs, dans chaque leçon, le renvoi à ce catéchisme national est clairement indiqué.L\u2019ouvrage ne peut sans doute devenir le manuel des classes canadiennes; mais nos catéchistes gagneront sûrement à se familiariser avec ses procédés et surtout avec son esprit.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Georges GORRÉE: Les plus belles histoires du monde.\u2014 Paris, La Colombe, 1960, 415 pp., 20 cm.Louvrage se recommande par le nom de \u2022 l\u2019A., spécialiste des questions missionnaires, à qui nous devons une biographie du Père Charles de Foucauld, fort appréciée.Il nous présente ici une histoire des missions catholiques d\u2019un genre nouveau: quarante fresques où il a retracé la vie des missionnaires les plus prestigieux du christianisme, depuis saint Paul jusqu\u2019au disciple de Charles de Foucauld, le Père Peyri-guière.Nulle hésitation sur l\u2019idéal de ces héros de la seule gloire de Dieu et non de l\u2019entreprise colonialiste de l\u2019un ou l\u2019autre pays d\u2019Europe.Fidèles à la parole du Christ: « Allez, enseignez toutes les nations », ils n\u2019ont reculé devant aucun sacrifice, même celui de leur vie, sachant que « les persécuteurs ont toujours oublié qu\u2019on ne tue pas une idée en tuant ses adeptes et que la palme croît plus belle à l\u2019ombre des tombeaux ».Ils connurent succès et revers; jamais abattus, ils continuèrent de rendre au Christ leur témoignage héroïque.Saint Paul, François Xavier, Marie de l\u2019Incarnation, les saints Martyrs canadiens, Mgr Grouard, Pauline Jaricot, Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, etc., c\u2019est toujours la même Eglise qui progresse par le même héroïsme.Les adultes comme les jeunes s\u2019instruiront en cet ouvrage sur les missions et les organisations de l\u2019apostolat missionnaire, v.g.la fondation de la Congrégation de la Propagande, celle de la société de la Propagation de la Foi, etc., et leur désir croîtra d\u2019aider plus généreusement les missions en nos temps où les papes ne cessent de nous exhorter à être tous missionnaires.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Arturo Carlo Jemolo: L\u2019Église et l\u2019État du Risorgimento à nos jours.Traduit par Madeleine et Robert Juffé.Préface de Robert Juffé.Coll.« Esprit ».\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1960, 285 pp., 22.5 cm.Ouvrage captivant où revit, avec ses intrigues tragiques, l\u2019histoire des relations de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat en Italie durant les cent dernières années.Elle commence avec les débuts du pontificat de Pie IX; la lutte pour l\u2019unité italienne l\u2019a dépouillé de ses Etats; Pie IX ne conserve que le Vatican d\u2019où il ne sortira plus.Ce sera l\u2019attitude de ses successeurs jusqu\u2019aux fameux « Accords du Latran » conclus sous le régime fasciste entre Pie XI et Mussolini.Toutes relations se trouvaient rompues et les catholiques, par fidélité à l\u2019Eglise, se voyaient coupés de toute activité gouvernementale.L\u2019ensemble forme une histoire passionnante où dominent les figures de nos grands papes contemporains: Pie IX, intransigeant sur les principes mais bon; Léon XIII, politique d\u2019envergure, d\u2019abord plus facile; Pie X, gardien vigilant de l\u2019intégrité de la doctiine; Benoît XV, martyr de la première guerre mondiale; Pie XI, intelligence vigoureuse et ouverte à tous les problèmes; enfin, le sage Pie XII.Ils ont dû lutter au milieu de courants politiques qui s\u2019affrontaient violemment avec pour chefs successivement: Cavour, Garibaldi, Don Sturzo (ce prêtre à la carrière politique originale et discutée), Mussolini, qui dut à sa parfaite connaissance de la psychologie des foules d\u2019imposer le régime totalitaire, et le démocrate chrétien de Gasperi.Pour connaître l\u2019histoire contemporaine de l\u2019Eglise en Italie, il faut lire ce volume.La documentation atteste un historien solide et consciencieux.Un des traducteurs rappelle dans la préface que l\u2019auteur est reconnu pour l\u2019un des professeurs d\u2019histoire de l\u2019Italie les mieux informés, à l\u2019heure actuelle, à la fois catholique convaincu et passionnément attaché à la liberté.Cette dernière tendance explique ses craintes à l\u2019égard des régimes genre Salazar; nous ne croyons pas que son impartialité en ait souffert.Pour notre part, nous craignons moins « la camisole de force du régime salazarien », même s\u2019il s\u2019y rencontre certains dangers pour la démocratie, que la poigne brutale et sournoise du communisme.L\u2019ouvrage présente un panorama complet et vivant de la situation de l\u2019Eglise en Italie depuis Pie IX.Il s\u2019anime autour du grand débat, toujours actuel, des relations de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, dont la solution doit s\u2019ajuster sans cesse.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.René KHAWAM: Propos d\u2019amour des mystiques musulmans.Textes présentés et traduits de l\u2019arabe par R.K.\u2014 Paris, Editions de l\u2019Orante, 1960, 254 pp., 19 cm.CETTE ANTHOLOGIE DE TEXTES MYSTIQUES musulmans me semble de qualité.Ils attestent une recherche ardente et sincèie du Dieu unique (les musulmans ne connaissent pas la 'lrinité), une soif de dépouillement, d\u2019ascèse, de prière, tout à l\u2019honneur de ces spirituels qui ont vécu en divers siècles, depuis l\u2019avenement du mahométisme.Les femmes ne le cèdent en rien aux hommes dans la sincérité de leur témoignage.Un danger d\u2019illusion guette le lecteur chrétien non averti.Le vocabulaire des mystiques musulmans ressemble étrangement à celui des mystiques catholiques; seulement, il ne faut jamais oublier qu\u2019ils s\u2019inspirent non de l\u2019Evangile, mais du Coran.Les deux messages diffèrent substantiellement: ils sont de deux ordres.Le Coran a en effet ses méiites mais l\u2019Evangile, d\u2019inspiration divine, est d\u2019une plénitude spirituelle transcendante.Il ne faut donc pas entendre ces textes mystiques comme s\u2019ils venaient d\u2019un contexte chrétien, mais les replacer dans leur contexte musulman qui les a inspirés.Nous saisirons ainsi leurs richesses et leurs limites.Le mystique musulman, en particulier, aime à raisonner sur son sentiment religieux; le mystique chrétien, au contraire, s\u2019attache plus directement à une Personne, au Christ, qui lui révèle la Trinité.L\u2019introduction judicieuse, les notes historiques, l\u2019excellence du style nous font entrer, je crois, par le truchement de ces textes profonds, dans le monde musulman.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.42e Semaine sociale wallonne: Évolution des loisirs et promotion des travailleurs.\u2014 1960( ?), Mouvement ouvrier chrétien, 240 pp., 21 cm.SUJET d\u2019actualité: ici même, au Canada français, l\u2019Action catholique a choisi, comme thème de l\u2019année 1961-1962, les loisirs.C\u2019est dire que ce livre pourra être utile chez nous, en particulier aux mouvements d\u2019action catholique ouvrière.Après la civilisation bourgeoise et la civilisation du travail, accède la civilisation des loisirs.Il importe que la classe ouvrière prenne dès maintenant position.Car les loisirs peuvent être occasion d\u2019avilissement, d\u2019abêtissement ou d\u2019épanouissement humains.Il faut savoir gré aux organisateurs de cette semaine sociale de n\u2019avoir jamais perdu de vue la famille.Cette préoccupation est tout à leur honneur.Deux exposés généraux sur les loisirs et la société, les loisirs et l\u2019humanisme chrétien ouvrent le volume.Puis, trois chapitres substantiels exploitent des enquêtes menées auprès des foyers ouvriers sur leurs congés, leurs loisirs quotidiens et de week-ends; suit un témoignage vibrant de la J.O.C.Enfin, les deux derniers chapitres définissent l\u2019orientation des loisirs en tenant compte de la famille ouvrière.L\u2019ensemble est plein de santé, d\u2019optimisme, mais aussi de réalisme.Dernière remarque: nos ouvriers constateront que, chez nous, les loisirs sont encore plus développés qu\u2019en Belgique et qu\u2019ils posent, en conséquence, un problème peut-être plus grave, Il est vraiment temps de l\u2019étudier.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.256 RELATIONS Michel GaSNIER, O.P.: Un officier français: Gérard de Cathelineau (1921-1957).\u2014 Paris, Nouvelles Editions latines, 1960, 221 pp., 18.5 cm.VroiLÀ une biographie d\u2019un jeune de notre temps qui devrait servir de modèle à toute la jeunesse, non seulement celle qui exerce le métier des armes, mais toute celle qui étudie et prépare son avenir avec intelligence, celle des jeunes ménages qui ont de l\u2019idéal.Avec raison, les jeunes se cherchent des héros éblouissants; trop souvent ils s\u2019identifient aux étoiles de cinéma asservies au sexe, aux vedettes sportives désaxées qui déçoivent amèrement parce que fausse est leur image du bonheur.Gérard de Cathelineau appartient à la glorieuse lignée de Vendéens qui combattirent vaillamment pour la cause religieuse et patriotique.Après avoir mené une vie exaltante et sublime, il trouve en 1957, à 36 ans, une mort glorieuse.L\u2019âme est exceptionnelle, la santé morale, à toute épreuve.Tous proclament sa droiture, sa loyauté, sa bonté et sa justice.Il ne cesse d\u2019accroître ses connaissances mais dans la santé de l\u2019esprit.« Malheur à ces intellectuels ou à ces professeurs qui ont appris au monde le scepticisme, le sarcasme, la négation.Car le monde a soif de grandeur, l'homme a soif d\u2019absolu.L\u2019homme qui croit en quelque chose se relève, sent en lui une force neuve, une force mystérieuse qui lui donne le courage de recommencer, de repartir.» (P.168.) Nul ne le considère comme un arriéré ou un puritain, parce qu\u2019il a une foi agissante, un christianisme authentique, qu\u2019il pousse ses études religieuses et les nourrit de philosophie thomiste et des enseignements pontificaux.Le mariage est pour lui le temple de l\u2019amour vrai et une école de sainteté.Pour ses quatre enfants qu\u2019il chérit, il désire une éducation saine et complète dans des écoles chrétiennes.Il ne transige pas avec les devoirs d\u2019état: il obéit à ses chefs, il est profondément humain avec ses subordonnés et même ses adversaires.S\u2019il met une telle énergie à combattre le communisme, c\u2019est parce qu\u2019il reconnaît dans cette idéologie de haine, une erreur monstrueuse qui dissout l\u2019homme (pp.142,143,144).Dans les heures graves et périlleuses, jamais la sérénité et l\u2019espoir ne le quittent.Homme équilibré, soldat consciencieux, chrétien d\u2019élite; n\u2019est-ce pas l\u2019explication de cette vie réussie ?Le P.Gasnier a rendu service en faisant revivre ce héros.Françoise-P.Trudel.Ave Woodbury, Montréal.Albert TESSIER, P.D.: Histoire du Canada, Tome I: Neuve-France: Tome II: Québec-Canada.\u2014 Québec, Editions du Pélican.3 éd., 1959, 231 et 308 pp., 21 cm.Dans sa préface, l\u2019auteur commente une citation de Saint-Exupéry.Apprivoiser le passé pour créer des liens profonds et pour voir avec le cœur: tel est le programme de l\u2019historien qui veut faire œuvre vivante.Dans cette perspective, Mgr Tessier présente un manuel unifié.Depuis les tâtonnements des découvertes jusqu\u2019au défaitisme de la France, la période de l\u2019enracinement et de l\u2019essor colonial renferme des traits héroïques et variés.L\u2019auteur ne s\u2019attache pas aux seuls grands noms, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un peuple qu\u2019il nous livre et c\u2019est là le caractère principal de son œuvre.Cette histoire démocratique est basée sur SEPTEMBRE 1961 des documents solides et des textes rarement cités et grandement lumineux.Le second tome révèle les mêmes qualités.La lutte pour la défense de nos droits fut une lente et pénible ascension, qui réclame de la génération présente fierté et engagement.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Léon Pouliot, S.J.: Aventurier de l'Evangile, le P.Enemond Massé, premier missionnaire jésuite au Canada, Les Editions Bellarmin, Montréal, [1961], 115 pp., 17.5 cm.Cet opuscule est la réédition d\u2019une biographie du P.Massé, déjà publiée en 1940 sous le titre Premiers ouvriers de la Nouvelle-France, les PP.Enemond Massé et Anne de Noué, missionnaires jésuites (Montréal, Le Messager canadien).La biographie du P.de Noué a été omise dans la présente publication.Le texte n\u2019a pas été retouché, à l\u2019exception de quelques pages, ajoutées à la fin.Le P.Massé est l\u2019un des premiers jésuites qui débarquèrent à Port-Royal, le 22 mai 1611.Chassé deux fois de la Nouvelle-France par les Anglais, il devait pourtant finir sa carrière à Sillery, le 12 mai 1646.Un monument honore sa mémoire, à l\u2019endroit de son tombeau.Cette réimpression de la vie du P.Massé est tout à fait opportune, en cette année qui marque le trois cent cinquantième anniversaire de son arrivée au Canada.On lira avec plaisir ce texte plein d\u2019intérêt et de sympathie.L\u2019A.trace ainsi son programme: « Inférieur à beaucoup d\u2019autres dans le domaine de l\u2019esprit, il (le P.Massé) fut l\u2019égal des plus grands dans l\u2019ordre de la perfection religieuse et du zèle apostolique.C\u2019est là ce que nous voudrions rappeler aujourd\u2019hui.» (14.) Le livre, lui, n\u2019est pas « inférieur » à l\u2019attente du lecteur et sa présentation extérieure, moderne, discrète et suggestive, signée A[lain] B[ienvenue], aguichera le bibliophile.On retrouvera aussi avec plaisir les belles gravures de la première édition, dessinées par Louis Archambault.Lucien Campeau.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.Rachel Jodoin: Marie des Neiges.Contes.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Atelier, 1961, 164 pp., 20 cm.Tous les contes que renferme cet ouvrage ont un fond historique.Ils constituent comme autant de tableaux d\u2019atmosphère artistiquement peints à la gloire de Marguerite Bourgeoys, « mère de la colonie ».Mais la bienheureuse ne pouvait évoluer sans entraîner sur ses pas cette légère ombre de clarté, Marie des Neiges, jeune Huronne orpheline quelle avait arrachée à la mort, un soir d\u2019hiver.D\u2019où le titre du livre.Jeunes lecteurs et lectrices VOLS QUOTIDIENS sans escale vers L\u2019EUROPE à bord des RAPIDES RÉACTÉS DC-8 ou des ÉCONOMIQUES DC-7C Consultez votre agence de voyages ou téléphonez à KLM Bureaux KLM dans les 1 4 principales villes du Canada ttSCAU MONDIAL ItOYAL DUTCH AIRLINES 257 C\u2019eât un piaiâix i de mag.aâinex chez dumiife® ¦ RAYMOND DUPUIS, président MAGASIN A RAYONS 865 est, rue Sainte-Catherine Montréal \u2022 COMPTOIR POSTAL 780, rue Brewster Montréal Haute Fidélité Stéréophonie Magnétophones Haut-parleurs Rubans magnétiques cité électronique 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal aimeront retrouver, à côté de l\u2019exceptionnelle personnalité de Mère Bourgeoys, les nobles figures de Jeanne Mance, de Kateri Tekakwitha et de Jeanne Le Ber.Ils prendront plaisir à retracer, à travers d\u2019alertes récits, les origines de nos maisons d\u2019enseignement, de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et de la croix du mont Royal.Sans compeer d\u2019ailleurs la très délicate joie esthétique que leur réservent les beaux dessins de Thérèse Robichon.René Daoust, pire.Presbytère Saint- Vincent-Ferrier, Montréal.Louis-D.DURAND: Laborieux, Diligents, Dé brouillards I Coll.« L\u2019histoire régionale », n° 20.\u2022\u2014 Trois-Rivières, 1959, 355 pp., 22.5 cm.Prix: 3 dollars.CEUX QUI AFFECTIONNENT LA PETITE histoire et surtout celle de Trois-Rivières se délecteront dans cet ouvrage.A la bonne franquette, l\u2019A.raconte, au rythme de ses souvenirs, les menus faits sur les choses et les hommes de sa ville, qu\u2019il connaît bien et qu\u2019il aime.En fait, il converse longuement avec son lecteur et sans se hâter, comme ferait un bon grand-père avec ses petits enfants, tout en fumant sa pipe et se berçant près du poêle.Le ton est gaillard et souvent savoureux car le conteur est fin et cultivé.Toutefois les gens pressés, habitués aux digests, le trouveront verbeux et un peu trop friand de digressions.C\u2019est une aventure fréquente en ce genre d\u2019ouvrages.Georges-Henri d\u2019Auteuil.Anne Fontaine: Armand Godoy.- Armand GODOY: De vêpres à matines.Anthologie (poétique).\u2014 Paris (61, rue des Saints-Pères), Bernard Grasset, 1959, 1944, 1960; 213, 121, 359 pp., 19 cm.Prix: 6,75, 4,80, 8,40 NF.Les éloges que décernèrent à Godoy y d\u2019aussi fins connaisseurs que Jean de La Varende, poète et romancier, et Jean Royère, « le grand esthéticien de son époque », justifient l\u2019intérêt et la ferveur qu\u2019Anne Fontaine témoigne au poète cubain.Etude psychologique et poétique plus que biographie, le livre d\u2019A.F.vise à communiquer une admiration que de nombreuses citations aident à partager.Virtuose du sonnet et du vers régulier, ce qui ne veut pas dire monotone ou figé, Godoy est « passé maître dans ce que l\u2019on appelle la polymétrie » (La Varende); c\u2019est « un empereur des rythmes » (Royère).La variété de ses thèmes égale celle de ses mètres.Il chante la nature, « le faste du végétal », le rossignol (« Ta voix, comme un jet d\u2019eau, monte vers l\u2019infini »), l\u2019amour, les patries (Cuba, la France, la poésie), la Vierge, Dieu et l\u2019inépuisable richesse qu\u2019offre au génie le mystère rédempteur.Lisez d\u2019abord Anne Fontaine.Pardonnez-lui son style trop poétique: il a pour but de vous syntoniser avec des accents dont votre âme et votre mémoire s\u2019enchanteront.Joseph d\u2019Anjou.Pascal P.PARENTE: Père Pio, premier prêtre stigmatisé.Trad.R.Virrion.\u2014 Mulhouse, Salvator, 1960, 153 pp., 19.5 cm.C\u2019est la biographie du premier prêtre stigmatisé; elle porte l\u2019imprimatur.Autour du P.Pio, une violente polémique avait surgi il y a trente ans: le P.Ge-melli, O.F.M., puissant recteur de l\u2019Université de Milan, prétendit que, sauf saint François d\u2019Assise et sainte Catherine de Sienne, la plupart des cas de stigmatisation dans l\u2019Eglise trouvaient leur explication dans l\u2019hystérie.La Civilta caltolica répondit que l\u2019article était « inexact et imprudent ».Le Saint-Office coupa court au débat en interdisant toute visite et toute correspondance au P.Pio.Il vit depuis, comme exilé, à San Giovanni Rotundo (Foggia).Aujourd\u2019hui, il a toute liberté de recevoir les pèlerins qui viennent nombreux malgré l\u2019accès difficile du monastère.Ils peuvent contempler une œuvre merveilleuse de charité spirituelle et corporelle.Le P.Pio a toujours manifesté une obéissance admirable, signe par excellence de sa sincérité et de sa vertu.Il ne cesse d\u2019enseigner, dans ses conversations aussi bien que dans ses lettres, « que la grâce est en proportion de l\u2019humilité bien établie; ce n\u2019est jamais insignifiant pour l\u2019âme qui a choisi Dieu pour sa part.Le plus beau credo, c\u2019est celui que nous disons quand nous sommes dans les ténèbres, à l\u2019heure du sacrifice et de l'affliction, dans le suprême effort de la volonté inflexible de faire le bien.» Ce petit volume est attrayant par ses nombreuses illustrations et surtout émouvant; sans préjuger de la décision de l\u2019Eglise, il nous semble être en présence d\u2019un saint actuellement vivant.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Mater et Magistra La grande encyclique sociale de Sa Sainteté le pape Jean XXIII Traduction de l\u2019Imprimerie Polyglotte Vaticane, revue d\u2019après le texte latin.Table analytique\t144 pages\t50 cents Chez tous les libraires Dans tous les dépôts de journaux\tDans tous les kiosques Une édition K ides __________ 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal, UN.1-9621 _ 258 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Collection « Pro juventute » Pierre d\u2019Ursel: Dans la nuit des abîmes.\u2014 Namur (33, rue Emile-Cuvelier), Les Editions du Soleil levant, 1961, 64 pp.Initiation à la spéléologie ou à la science des cavernes.Brochure abondamment illustrée et fort bien présentée.Georges Huber: Vers le concile.Dialogues sous la colonnade de Saint-Pierre.\u2014 Paris (5, rue Bayard), Editions de la Bonne Presse, 1961, 128 pp.L\u2019Eglise est en état de concile et nous sommes tous concernés par l\u2019événement.Clercs ou laïcs, nous ne sommes pas seulement dans l\u2019Eglise, ni seulement de l\u2019Eglise, nous sommes de quelque manière l\u2019Eglise.Chacun à son poste doit contribuer au succès du concile.L\u2019ouvrage se présente sous forme d\u2019un dialogue entre un journaliste et un religieux bibliothécaire, qui « connaît assez bien le sujet ».Ouvrage d\u2019initiation.Guy BROSSEAU: L\u2019Étoile de Cham.\u2014 Montréal, Editions Beauchemin, 1961, 96 pp.Conte plein d\u2019humour et de sensibilité pour les jeunes; l\u2019inspiration en est biblique et les applications très actuelles.Rapport général des fêtes du Cinquantenaire et du XVe congrès général de l\u2019Association canadienne-française d\u2019Education d\u2019Ontario, les 20, 21 et 22 avril 1960.\u2014 Ottawa, 1961, 180 pp.Aperçu des cinquante dernières années de vie franco-ontarienne.On y trouvera l\u2019important message de S.Exc.Mgr le délégué apostolique au Canada, Sebas-tiano Baggio: « Le peu que je connais de l\u2019histoire universelle et de celle de la race canadienne-française me permet de me demander où l\u2019on pourrait trouver un pareil exemple de décision, d\u2019abnégation, de persévérance.» Bulletin de la Société historique franco-américaine, 1959.\u2014 Boston, 1960, 286 pp.Il faut louer la persévérance des auteurs de cet ouvrage à conserver le souvenir des principaux événements de la vie franco-américaine.1959 marque le soixantenaire de la fondation de la Société historique; aussi, les discours y sont-ils plus nombreux.SÉMINAIRE SOCIAL PlE-XII.Cours par correspondance.\u2014 Nicolet.Le Séminaire social Pie-XII de Nicolet continue sa belle œuvre d\u2019éducation et de formation.Les cours qu\u2019on nous a fait parvenir portent sur les points suivants: 1) la géographie économique; 2) le civisme; 3) la religion; 4) l\u2019apostolat laïque; 5) les matières juridiques ou éléments de droit SEPTEMBRE 1961 commercial; 6) l\u2019économie sociale (3e et 4e leçons: le droit au travail); 7) l\u2019économie politique (33e et 34e leçons: l\u2019Etat et la vie économique).¦ Encyclopaedia Britannica of Canada, 1961, Supplément canadien.\u2014 Britannica Book of the Year.Toronto (207 Queen\u2019s Quay West), 32 pp.Supplément canadien spécial au livre annuel de l\u2019Encyclopaedia Britannica.Pour la première fois, il paraît, cette année, en français et contient un long article du professeur Léon Lortie sur le Canada français.Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019organisation du gouvernement.Premier rapport sur l'état des travaux.\u2014 Ottawa, 1961, 28 pp.Renseignements sur les travaux entre- , pris par la Commission Glascoe.Collection « Alouette des jeunes » Guy BOUCHARD: Vénus via Atlantide.\u2014 Pierre Fuval: Le Serment du petit chanteur.\u2014 Le Parchemin de la reine.\u2014 G.Cerbelaud-Salagnac: Les Egarés de la Louisiane.\u2014 L\u2019Année Carillon.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Fides, 1961, chacun 142 pp.Prix: $0.50.Tomes 4 à 8 de la nouvelle collection lancée par les Editions Fides.Il s\u2019agit de romans d\u2019aventures pour les jeunes; l\u2019action se passe en différents pays, au Canada dans le roman l'Année Carillon.Ouvrages vivants et instructifs.Gabriel BERNIER, O.M.L: Adolescence et Personnalité.\u2014 Montréal (2585, av.Letourneux), Editions Rayonnement, 1960, 134 pp., 16 cm.Cet opuscule sans prétention rappelle à l\u2019éducateur que, pour accomplir sa mission, \u2014 transformer les adolescents normaux ou difficiles, en hommes de devoir, \u2014 il doit les amener à se connaître, à tremper leur volonté, à s\u2019exercer aux vertus personnelles et sociales.¦ Catherine DE Hueck: Lettres à mon évêque.Introduction et traduction par Françoise de Castro.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1960, 150 pp.L\u2019introduction nous présente l\u2019auteur de ces lettres: une Russe polonaise, émi-grée aux Etats-Unis, puis au Canada, qui vit parmi les pauvres, et cherche à faire entendre « le cri des hommes vers Dieu ».Dans ces « Lettres », elle décrit la vie qu\u2019elle mène parmi les cocktail girls ou les parly girls, ces « femmes-hameçons », destinées à attirer le client, à le retenir, à le faire consommer; elle appelle au secours pour elles.Ouvrage émouvant et où transpire la charité du Christ.Lalonde & Valois INGÉNIEURS-CONSEILS 615, rue Belmont, Montréal-3 TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, pré*.JEAN BÉLAND.Ing.P., lecr.-tréi.(Strictement en gros) « Le temple de la lumière Bélond 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* L\u2019expérience n\u2019a pas de prix Bien que nous soyons des spécialistes en chauffage-plomberie pour hôpitaux, églises, maisons d\u2019enseignement, bâtiments industriels, nous ne négligeons pas pour tout cela les particuliers.Construisez-vous?Avez-vous des réparations à faire exécuter chez vous ?Nous mettons à la portée de toutes les bourses l\u2019expérience de nos techniciens et de nos ouvriers spécialisés.INSTALLATEURS EXPERTS Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL OOO ooo CHAUFFAGE-PLOMBERIE 259 LE PAPE NOUS PARLE La nouvelle encyclique 14 mai: Allocution lors de la rencontre mondiale des travailleurs chrétiens, organisée par la Fédération internationale des mouvements ouvriers chrétiens.\u2014 Présentation de la nouvelle encyclique sociale.L\u2019influence de Rerum novarum.« Les exigences de la justice ne peuvent être vraiment satisfaites si la société ne réorganise pas ses structures en reconstituant des corps intermédiaires à finalités économiques et sociales.» Aperçu de la nouvelle encyclique sociale.Quatre parties: 1° synthèse des enseignements de trois papes: Léon XIII, Pie XI et Pie XII: 2° présentation d\u2019un premier groupe de problèmes d\u2019action sociale qui pèsent encore sur la question sociale; 3° énoncé des nouveaux problèmes; 4° rapprochements à opérer dans les rapports sociaux.« Un autre problème de proportions mondiales, qui attire et retient l\u2019attention angoissée de Notre ministère apostolique avec la coopération de tous ceux qui croient au Christ et à son Eglise et vivent de leur foi, c\u2019est l\u2019état d\u2019indigence, de misère et de famine dans lequel se débattent des millions et des millions d\u2019êtres humains.D\u2019où le malaise qui parfois est une réalité cruelle des rapports entre communautés politiques économiquement développées et celles qui sont sous-développées.C\u2019est là, à proprement parler, le problème de l\u2019époque moderne.Justement, saintement, il faut réaffirmer et exalter le principe de la solidarité de tous les êtres humains, il faut rappeler et prêcher bien haut le devoir pour les communautés et les individus qui disposent d\u2019un superflu de moyens de subsistance d\u2019aider ceux qui se trouvent dans la gêne.Une œuvre de collaboration s\u2019impose sur le plan mondial, comme œuvre désintéressée, multiforme, directe, pour mettre à la disposition des pays économiquement sous-développés de grands capitaux et d\u2019intelligentes compétences techniques capables de favoriser et de promouvoir en même temps le développement économique et le progrès social, en veillant avec une saine et bienfaisante prudence à intéresser les premiers et principaux prota-onistes du travail humain à la réalisation e leur propre élévation individuelle, fami- liale et sociale.Les vêtements de distinction \u201cMagasins de haute distinction pour hommes\u201d UMirtc 974, rue Sainte-Catherine Ouest 281, rue Sainte-Catherine Est MONTRÉAL « C\u2019est là une grande entreprise, un objectif noble et urgent pour la paix même du monde.Pour la réaliser et lui conférer une constante vigueur, il faut que s\u2019établissent sans délai des rapports de compréhension sincère et d\u2019active collaboration entre les peuples.Cela suppose.le précepte du Seigneur, qui affirme et proclame la reconnaissance et le respect d\u2019un ordre moral valable pour tous; qui reconnaît que celui-ci est fondé sur Dieu, tuteur et vengeur, distributeur de bien-être et de richesse et de miséricorde, et qui exige avec une rigueur terrible à laquelle nul n\u2019échappe, la justice et l\u2019équité.« C\u2019est là le motif fondamental de l\u2019intervention de la religion et de la sainte Eglise également dans le domaine économique et social.La défense et l\u2019élévation des faibles et des indigents font découvrir les merveilles de la charité, ces merveilles qui assurent le salut et la résurrection des hommes et des communautés ethniques, la transformation des zones arriérées et des secteurs sous-développés.C\u2019est la grande responsabilité qui s\u2019impose à tous, absolument à tous, et à laquelle personne ne peut se soustraire.Le jugement final de l\u2019univers, au terme de son destin, le voici: « Venez les bénis de mon Père, retirez-vous maudits.» Ces mots sont le résumé et la conclusion de l\u2019histoire du monde, laquelle se consomme et se décide dans l\u2019acceptation ou le refus des formes les plus variées de l\u2019assistance sociale d\u2019homme à homme, de famille à famille, de nation à nation.» 15 mai: Lettre pontificale (par l\u2019intermédiaire de S.Em.le cardinal Domenico Taraini) à l'occasion de la Conférence générale du Bureau catholique de l\u2019enfance, à Paris.\u2014 Ni mépriser ni exploiter l\u2019enfance, mais la servir.« Placé par la Providence au milieu du xxe siècle, le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui ne saurait faire abstraction de l\u2019im-portance croissante des facteurs d\u2019unité dans le monde ni des répercussions internationales qu\u2019entraîne le moindre événement.Cela impose, en effet, la nécessité de mesurer ses initiatives aux dimensions du monde, si l\u2019on veut qu\u2019elles soient efficaces.» 21 mai: Allocution lors de la consécration de quatorze évêques missionnaires provenant de trois continents différents.\u2014¦ « Nous bénissons Dieu de ce que l\u2019accession de ces peuples aux relations internationales sur une plus large échelle soit accueillie par tous les hommes honnêtes et de bon jugement comme un noble encouragement à la consolidation des communautés supranationales, mises au service commun de la culture, du bien-être spirituel et matériel et de la paix.23 mai: Allocution au Conseil municipal de Paris.4 juin: Allocution lors de l'audience accordée aux souverains belges.12 juin: Allocution lors de la première réunion de la Commission centrale préparatoire du Concile.\u2014 « Le concile est un événement destiné à laisser une empreinte indélébile dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Il en fut de même pour tous ceux du passé: ces vingt constellations qui resplendissent au firmament de l\u2019Eglise, grâce auxquelles l\u2019intégrité de la doctrine, la sainteté des mœurs, la piété religieuse, la discipline ecclésiastique, l\u2019élan missionnaire ont connu de grands progrès.» 14 juin: Allocution aux supérieurs majeurs de V Institut des Frères des Ecoles chrétiennes.\u2014 « Vous occupez dans le grand organisme catholique une place de choix, à laquelle vous a portés votre vocation si riche de Frères enseignants.Il faut le souligner avec force: la formation chrétienne de la jeunesse est une tâche primordiale.Rien ne peut remplacer cette lente imprégnation des vertus chrétiennes que procure un enseignement donné par des maîtres qui y ont voué leur existence.La floraison des écoles catholiques dans le monde entier est une des plus nobles gloires de l\u2019Eglise.Le travail presse et il demande beaucoup d\u2019ouvriers.Partout, dans le monde, grandissent de jeunes intelligences en quête de la vérité, aussi bien dans le vieux continent que sur les plages plus lointaines où de nouvelles nations s\u2019éveillent à leurs propres responsabilités et prennent en main la direction et la gestion de leurs affaires.Quelle œuvre admirable, bien digne de susciter l\u2019enthousiasme des jeunes catholiques, que de se consacrer à la formation humaine et surnaturelle de ceux qui seront les adultes responsables de demain! » Le Concile 20 juin: Allocution lors de la clôture de la première session de la Commission centrale préconciliaire.\u2014 « Quant au latin, il est clair qu\u2019il doit être la langue officielle du Concile; cependant, si l\u2019occasion et la nécessité s\u2019en présentent, il sera également permis d\u2019exprimer sa pensée en langue vulgaire et de la voir transcrite en cette langue.On peut dire en toute vérité que, dans la préparation du concile œcuménique, il a été tenu compte des desiderata des prêtres et des laïcs.Il Nous est agréable de pouvoir vous confier en ce colloque familier (Notre réconfort) de voir l\u2019attention toujours plus grande avec laquelle les laïcs, spécialement ceux qui collaborent avec la hiérarchie sacrée, suivent la progression des travaux des Commissions, et surtout l\u2019intensité de leurs prières.Nous les prions de bien vouloir suivre avec tout autant de recueillement et d\u2019attention les travaux commencés et et de ne douter aucunement que Nous recevrons leurs suggestions et leurs vœux avec la bienveillance qui leur est due.[Quant aux journalistes], Nous les invitons paternellement à ne pas oublier qu\u2019un concile œcuménique n\u2019est ni une académie ni un parlement, mais bien une solennelle rencontre de la hiérarchie, ayant pour objectifs la vie et l\u2019activité de l\u2019Eglise, ainsi que le bien commun des âmes.Cela, comme chacun le voit, suscite l\u2019intérêt, mais requiert du respect, de la réserve et une prudence toute particulière.En bref, les objectifs du concile sont les suivants: que tous les ordres du clergé connaissent un renouveau de sainteté; que le peuple soit efficacement instruit des vérités de la foi et de la morale chrétiennes; que les adolescents, espoir de temps meilleurs, soient formés comme il convient à une vie droite; que les œuvies d\u2019apostolat social soient encouragées; que les chrétiens aient l\u2019âme missionnaire, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils aient une attitude fraternelle et amicale envers tous.» 260 RELATIONS L\u2019Entraide UN CAPITAL À VOTRE DISPOSITION DES REVENUS POUR LA RETRAITE PROTECTION AU DÉCÈS Immobilière Laurentienne 1344 EST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL \u2014 LA.1-3698 - 3847 Complétez ce coupon et mettez-le à la poste,\tSans obligation de ma part, veuillez me donner des ou bien écrivez ou téléphonez pour de plus\tdétails complets sur les points ci-dessus.amples renseignements.\tNOM\tAGE\t L\u2019Entraide Immobilière Laurentienne est une coopérative autonome d\u2019épargne el de crédit, constituée en vertu de la loi des Syndicats\tADRESSE\t Coopératifs de Québec.\tVILLE\t Les savants les plus réputés au monde ont contribué à ces oeuvres de théologie, philosophie, littérature, histoire, art et autres de la maison Edizioni di Storia e Letteratura.Editions de textes originaux, dont plusieurs furent découverts récemment.Tous ces livres sont indispensables aux bibliothèques, universités et séminaires.Entre autres : LA STORIA DELLA PIETÀ 2 vol.- 796 pages $25 le volume (textes originaux, en français, italien, allemand, espagnol) RERUM NOVARUM 234 pages, 14 tableaux, format folio $9 Texte authentique avec illustrations des manuscrits annotés.Publié par Mons.Giovanni Antonazzi.Préface par le cardinal Domenico Tardini.Catalogue et informations sur demande Éditions LA PALME Ltée 1949, 55e Avenue, Dorval, Montréal, Que.ME.1-3507 APPAREILLAGE ELECTRIQUE connu et apprécié DANS TOUT LE CANADA du simple interrupteur à la sous-station complète.^MONTELLc CLAUDE ROUSSEAU président Cas.post.1300, Montmagny, Que.et 170-180 est.boul.Dorchester-suite 109 Montréal, Que.\tUN.1-1519 Des témoignages, venus de plusieurs milieux, démontrent l\u2019importance et l\u2019influence de Relations.I\t'\u2022 I Abonnez-vous sans tar- | der afin d\u2019être assuré de I recevoir notre prochain ¦ I numéro.\t| CE\tNUMÉRO\tDE (Relationâ\ti EST-IL\tLE VÔTRE?\t1 i I Prix spéciaux fournis sur I Abonnez-vous et recevez .demande pour plusieurs .\u201e\t,.v\t, exemplaires ou plusieurs votre revue\trégulierement.\t| abonnements.\tI l_ j DITES, VOUS AUSSI, \u201cJ\u2019ai choisi le Centre de Psychologie et de Pédagogie\u201d EXPÉDITION GRATUITE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC MANUELS SCOLAIRES Man uels scolaires canadiens et européens, pour tous les degrés de l\u2019enseignement LIBRAIRIE GENERALE Ouvrages canadiens et européens Livres de bibliothèques Livres de récompenses PLUS DE 10,000 TITRES PRÉSENTÉS DE FACE SERVICE AUDIO VISUEL Projecteurs.Magnétophones.Tourne-disques.Caméras.Ecrans.Diapositives.Laboratoire Edwards de langue parlée.EXPOSITION ET DÉMONSTRATION PERMANENTES PRIX ÉDUCATIONNELS 1^ Centre de tPâgchologie et de Pédagogie Régi par la loi des syndicats coopératifs de Québec 260 ouest, rue FAILLON, MONTRÉAL-10 \u2014 TÉLÉPHONÉ: CRescent 3-1761 IMMENSE TERRAIN DE STATIONNEMENT GRATUIT "]
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