Relations, 1 décembre 1961, Décembre
[" DECEMBRE 1961 REVUE DU MOIS Radio-Canada et le Canada français Richard ARÈS La guerre scolaire aura-t-elle lieu?Jacques COUSINEAU La gauche et la droite -II ¦¦¦¦¦¦J?.Bourgault A Le coup d9Etat de la Syrie ¦¦¦¦¦¦ P.-M.Luap A La grande noirceur du Moyen Age\tm u u L.d\u2019Apollonia Après la grève de la construction ¦ ¦ ¦ ¦ G.Hébert SOMMAIRE décembre 1961 Éditoriaux.321 Les frais de la paix.\u2014 Le grand bond de l\u2019Europe.\u2014 Modestie et bon sens.Articles La grande noirceur du Moyen Âge .Luigi d\u2019Apollonia Radio-Canada et le Canada français.Richard Arès La guerre scolaire aura-t-elle lieu?.Jacques Cousineau De nouvelles relations patronales-ouvrières dans la construction.Gérard Hébert Horizon international: Mexico.\u2014 Union soviétique.Joseph Ledit Le recensement religieux à Montréal.Norbert Lacoste Au service du français: Bilinguisme ou sabotage?.J.d\u2019Anjou Au fil du mois.Nos psychologues savants.\u2014 Mur de Berlin, mur de bonheur.Cartes de souhaits.La gauche^et la droite \u2014 II .Raymond Bourgault Le coup d\u2019État de la Syrie.Paul-M.Luap Une affiche bien garnie .Georges-Henri d\u2019Auteuil « King of Kings ».Gilles Rivard Bilan moral du cinéma 1961 .Jacques Cousineau Les livres.Notes bibliographiques.Le pape nous parle.Tables de Tannée 1961.322 325 327 330 334 337 338 338 340 342 344 346 347 349 350 351 352 CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE /Relation3 REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia (Vie religieuse et Politique internationale), Jacques Cousineau (Vie ouvrière), Joseph-H.Ledit (Horizon international).Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Robert Bernier, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Albert Plante.Tirage : Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 Publicité : Robert Dumouchel du Service de Publications Seg, Limitée, 3305, rue Masson, Montréal-36, RAymond 5-2491.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: Canada: $4 par année.Hors du Canada: $5.Le numéro: $0.35.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.¦\tUN CAPITAL VOTRE DISPOSITION ¦\tDES REVENUS POUR LA RETRAITE ¦\tPROTECTION AU DÉCÈS L\u2019ENTRAIDE IMMOBILIÈRE LAURENTIENNE 1344 est, rue Sherbrooke, Montréal LA.1-3698-3847 \t Complétez ce\tSans obligation de ma part, coupon et\tveuillez me donner des mettez-le à la\tdétails complets sur les points ci-dessus.poste, ou bien\t écrivez ou\tNom \t téléphonez\t pour de plus\tAdresse \t amples\t renseignements.\tVille \t Décembre 1961 MONTRÉAL \u20acd.itotiaux -¦-¦: ¦¦ Les frais de la paix IE TRÉSOR DE L\u2019O.N.U.est dans un état misé-j rable; et son Comité des contributions, aux abois.Ce comité veille sur trois budgets: le budget ordinaire, le budget de la Force d\u2019urgence du Moyen-Orient, le budget du Congo.Tous trois sont déficitaires.Le budget ordinaire a un passif de 4 millions, 17 gouvernements tirant d\u2019arrière; le budget du Moyen-Orient est à découvert de 21 millions, 44 États membres n\u2019ayant pas versé leurs quotes-parts; enfin, le budget du Congo est grevé, après un an seulement, d\u2019une dette criarde de 20 millions, 73 États membres se faisant prier ou refusant net les versements d\u2019argent nécessaires.L\u2019O.N.U., en tout, a 44,777,451 dollars d\u2019arrérages.A eux seuls les États-Unis supportent près du tiers des charges ordinaires (32.51%) bien que l\u2019Assemblée générale ait décidé, en 1957, que la quote-part d\u2019un État membre ne doit pas, en principe, dépasser 30% des dépenses ordinaires.Ajoutez que les États-Unis défraient 40% des dépenses des budgets extraordinaires.Par contre, l\u2019U.R.S.S.et ses deux gouvernements fictifs.Car, au fait, quel pays entretient des relations diplomatiques avec la Biélorussie et l\u2019Ukraine, et qui sont les ministres des Affaires étrangères de ces deux États membres de l\u2019O.N.U.?A eux donc, ces trois États membres accusent des arriérés de 11,703,599 sur la dette de 21 millions de dollars de la Force d\u2019urgence au Moyen-Orient, et de 7,695,829 sur celle de 20 millions du Congo.Ces pays peuvent se permettre, cependant, des expériences nucléaires et spatiales fort coûteuses, et Krouchtchev se vanter que, d\u2019ici quelques années (1961-1970), l\u2019U.R.S.S.dépassera, « dans la production par habitant, le pays capitaliste le plus puissant et le plus riche: les États-Unis »! La Charte de l\u2019O.N.U.(art.19) stipule qu\u2019un membre « en retard dans le paiement de sa contribution aux dépenses de l\u2019Organisation ne peut participer au vote à l\u2019Assemblée générale si le montant de ses arriérés est égal ou supérieur à la contribution due par lui pour les deux années complètes écoulées.» Ce règlement, il est vrai, ne s\u2019applique qu\u2019au budget ordinaire.N\u2019est-il pas grand temps, toutefois, que les pays qui ont toujours honoré leur signature, tels que le Canada, le Royaume-Uni, les États-Unis, proposent un amendement qui étende la teneur de l\u2019article 19 aux dépenses extraordinaires et refuse, tout au moins à un État membre qui n\u2019a pas versé sa quote-part aux budgets extraordinaires, le droit de prendre part au débat et au vote de l\u2019Assemblée générale sur ces problèmes graves qui exigent des crédits supplémentaires ?L\u2019O.N.U.n\u2019est pas une estrade où se pavaner et donner de la voix avant d\u2019aller casser la croûte à l\u2019élégante salle à dîner de l\u2019établissement.Les frais de la paix valent bien les frais de la guerre.Et une O.N.U.criblée de dettes risque fort de devenir une O.N.U.perdue par ses dettes.cA Son Cxcellence AionAeiqneur Paul Qxég,oixey nommé évêque auxiliaire à jiiontxéaly « pelationâ » ofâxe Aeà hommage A et àeA voeux.DÉCEMBRE 1961 321 Le grand bond de PEurope T ORS DE LA SIGNATURE du Traité de Rome, le L* jour de l\u2019Annonciation 1957, la Grande-Bretagne, bien installée derrière ses remparts douaniers dans sa vaste zone sterling, pouvait croire que les liens économiques et politiques du Commonwealth valaient bien ceux d\u2019une Europe encore à faire et à laquelle on l\u2019invitait de se joindre.Pourquoi lâcher la proie pour l\u2019ombre ?Quatre ans plus tard, elle déchante.Signé par quelques pays seulement, marquant des étapes précises, balisé de clauses de sauvegarde, le Traité de Rome, par l\u2019aménagement d\u2019un marché commun, a fait faire à l\u2019Europe des Six, dans le respect de la liberté et de l\u2019originalité des patries, ce grand bond économique dont les propagandes communistes nous rebattent tant les oreilles.La Grande-Bretagne en est toute surprise.Les États-Unis aussi.A telle enseigne que la première poursuit des tractations en vue d\u2019adhérer au Traité de Rome tandis que la deuxième, par la voix de son grand argentier, M.Douglas Dillon, et celle de son ancien secrétaire d\u2019État, M.Christian Herter, prévoit déjà l\u2019extension du Marché commun à toute l\u2019Amérique du Nord.Au lieu de bouder l\u2019Europe des Six et de chicaner la Grande-Bretagne, le Canada serait mieux avisé d\u2019entrer dans le grand jeu.Modestie et bon sens LE FAIT EST ASSEZ RARE pour qu\u2019on le souligne.> Interrogée sur son « engagement », une vedette a eu la modestie et le bon sens de répondre: « J\u2019exerce un métier tout comme mon épicier et celui-ci, s\u2019il a des opinions politiques et sociales, ne les affiche pas dans les journaux.Pourquoi voudriez-vous que moi, .j\u2019agisse autrement ?» Mais voilà: on prête aux riches.A qui possède un talent remarquable, on en croit dix, et il risque d\u2019avoir à se prononcer sur les plus graves problèmes de l\u2019heure.Que l\u2019épicier reste épicier et fasse de bonnes affaires.Que la script-girl reste script-girl et ne se donne pas des airs d\u2019intellectuelle.Que le comédien joue la comédie et ne se prenne pas pour un guide de la nation.A chacun son métier.LA GRANDE NOIRCEUR DU MOYEN ÂGE Luigi d'APOLLONIA, S.J.IL N\u2019EST QUE D\u2019OUVRIR LES JOURNAUX pour se rendre compte qu\u2019on naît intelligent mais qu\u2019on devient intellectuel.Je n\u2019en veux pour preuve que la manière dont certains intellectuels font allusion au Moyen Âge.A les entendre, depuis la fin de l\u2019empire romain jusqu\u2019à l\u2019aube de la Renaissance, une « grande noirceur » couvrait l\u2019Europe.Chère vieille platitude! Faut-il parler de « retour en arrière », de « retour au temps des tribus », qu\u2019on se croit obligé, pour être de son temps, de se reporter, tout d\u2019une haleine, « au temps du Moyen Âge ».(Applaudissements.) Façon de parler, soit! Mais façon déplorable puisque le sous-entendu accrédite une calomnie.* * * Le Moyen Âge, il est vrai, n\u2019a inventé ni le béton armé ni le pain tranché d\u2019avance.Il s\u2019éclairait à la chandelle.Beaucoup d\u2019historiens, qui ne sont pas sans le savoir, je l\u2019imagine, n\u2019en continuent pas moins de considérer cette époque (xie-xive siècles) comme une époque féconde entre toutes.La bibliographie sur le sujet est immense.Dans son Bilan de l'histoire, René Grousset appelle le xme siècle «un âge d\u2019or»; James Walsh, the greatest of centuries.Un professeur juif de littérature, Gustave Cohen, a donné, en Sorbonne, des cours sur la Grande clarté du Moyen Age; et Jacques Maritain écrit dans Art et Scolastique que « c\u2019est alors que le monde connut la plus pure et la plus libre internationale de l\u2019esprit, et la culture la plus universelle ».322 Car, malgré les rivalités des seigneurs et les divisions d\u2019école, la société médiévale vivait d\u2019un fonds commun de pensée.Elle avait à un haut degré le sens de l\u2019homme, de sa dignité et de sa destinée, de ses faiblesses et de sa blessure originelle, parce qu\u2019elle avait à un plus haut degré encore le sens de Dieu, de sa gloire et de son indépendance, des initiatives de sa grâce et de la multitude de ses miséricordes.Le Moyen Âge avait confiance en l\u2019homme, mais ne lui demandait ni le secret de l\u2019Histoire ni les paroles de vie éternelle.Cette sagesse, le Moyen Âge sut l\u2019exprimer dans de puissantes « sommes » de connaissance, œuvres de génies qui étaient en même temps des saints.On relia à jamais les choses visibles au choses invisibles, raccordant, sans les confondre, deux ordres qui restent différents: raison et foi, nature et grâce, terre et ciel, la raison n\u2019en devenant que plus raisonnable parce qu\u2019éclairée par la foi, la nature plus parfaitement nature parce qu\u2019informée par la grâce, et la terre, enfin, plus habitable parce que pleine d\u2019intentions célestes.Bref, affirmait le Moyen Âge après saint Thomas, la fin de l\u2019homme est double, ce qui est tout autre chose que de dire que l\u2019homme a deux fins, l\u2019une surnaturelle et l\u2019autre naturelle, Dieu d\u2019un côté, l\u2019univers de l\u2019autre, l\u2019unité catholique brisée.A cet essor magistral de la philosophie et de la théologie correspondait un art incomparable.Pour une fois, de notre pauvre terre a jailli un hosanna jusqu\u2019à la hauteur de la religion du Christ.Équilibre des voûtes romanes, envol des nefs gothiques, lyrisme des séquences grégoriennes, parure RELATIONS Il y a sûrement une personne dans votre entourage à qui vous pouvez faire plaisir en lui offrant « Relations » en cadeau. diaprée des vitraux, pureté hiératique de la statuaire, familiarité des bas-reliefs, toute la création, docile à la foi chrétienne, s\u2019anime, se dresse, prie, chante, adore, vit! Et la perfection d\u2019une époque qui passe atteint à une jeunesse qui ne peut vieillir.Or, dans cette incroyable profusion de chefs-d\u2019œuvre se retrouve, vivante et impérissable, la même exactitude de langage que dans les grands traités de théologie.Même ordonnance de la raison, même plénitude de la foi, même splendeur de la synthèse.Nul doute possible, maîtres d\u2019œuvre, tailleurs de pierre, verriers, « imagiers » sont des scolastiques.D\u2019ailleurs, lieu de prière et d\u2019adoration, histoire sainte gravée à même la pierre et le verre, la cathédrale témoigne si parfaitement de son temps que si, de toute la période médiévale, rien d\u2019autre n\u2019eut susbisté, elle suffirait ou peu s\u2019en faut, a-t-on dit cent fois, « à faire comprendre ce monde dans tout ce qu\u2019il a d\u2019essentiel: sa spiritualité, sa moralité, sa vie pratique, ses travaux, sa littérature et, en un certain sens, sa politique ».Il n\u2019en va pas autrement (pour ne parler pas du miracle de Giotto) de la Divine Comédie de Dante, cathédrale de la poésie, bâtie par un géant de la pensée créatrice, et qui se dresse, tercets après tercets, de toute sa masse éblouissante, au-dessus des siècles de littérature; Somme poétique aussi ordonnée, aussi vaste et aussi pleine de lumière admirable que la Somme théologique de saint Thomas.Pour cette raison, sans doute, elle est aussi peu pratiquée et, malgré ses nombreuses traductions, aussi peu comprise des poétereaux: Oh! la grâce abondante à qui je dus D\u2019oser fixer des yeux la lumière éternelle Jusqu\u2019au point d\u2019y consumer ma vue! Dans cette profondeur je vis que sont contenues, Reliées par l\u2019amour en un volume, Toutes les feuilles éparses dans l\u2019univers, Les accidents, les substances, leurs modes.Et de leur nœud la forme universelle.O temps de « la grande noirceur », ô temps incomparables où l\u2019on ne s\u2019appelait même pas artistes, mais où l\u2019art était plus aimé qu\u2019aujourd\u2019hui puisqu\u2019il n\u2019était pas aimé à la place de Dieu, où il enfantait des œuvres aussi satisfaisantes pour l\u2019esprit que les œuvres grecques, mais plus riches encore parce que, nées de la contemplation amoureuse, elles confessaient des valeurs que la Grèce n\u2019avaient pas soupçonnées.La beauté est exigeante; la beauté chrétienne, deux fois exigeante.Elle méprise les vains ornements, les flatteries, les déclamations.Et il est bien vrai qu\u2019il n\u2019y a pas de progrès en art.Il n\u2019est que de regarder autour de nous.Combien de temps nous faudra-t-il encore avant de voir refleurir un art chrétien où il ne semble pas y avoir de milieu entre l\u2019échec et la merveille?N\u2019en doutons pas: que des génies soient aussi des saints.Et puisque l\u2019art sacré est fait, après Dieu, pour le peuple, que le peuple aussi soit authentiquement chrétien.Unité de foi, unité de sagesse illuminée par la foi, unité, enfin, de la société établie sur cette même foi.L\u2019Europe vivait: elle s\u2019appelait la Chrétienté.Ce fait, par delà de graves conflits d\u2019intérêts, domine tout le tableau politique de l\u2019époque.DÉCEMBRE 1961 Les patries, grandes et petites, existaient au Moyen Âge, non les idoles anciennes que nous invoquons sous d\u2019autres noms: État, race, classe.Un Allemand comme saint Albert le Grand, des Italiens comme saint Thomas d\u2019Aquin et saint Bonaventure étaient les ornements de l\u2019Université de Paris qu\u2019à la demande de Charlemagne, Alcuin, un Anglais d\u2019York, était venu fonder.Ce qui était vrai des maîtres ne l\u2019était pas moins des étudiants.Comme à Paris, alors dans toute sa gloire, à Oxford, à Padoue, à Bologne (le droit), à Salerne (la médecine), à Coïmbre, à Salamanque et, plus tard, à Cracovie et à Prague, clercs et laïcs se pressaient de partout.Les grands ordres religieux déplaçaient leurs sujets et l\u2019Église ses prélats sans tenir compte des frontières.On voyait un Français, Raymond de la Sauvetat, faire traduire les œuvres des penseurs arabes pour les donner à l\u2019Occident alors qu\u2019il occupait Tolède, siège primatial des Espagnols.Un Anglais, John de Salisbury, illustrait le siège épiscopal de Chartres; un Italien, saint Anselme, celui de Cantorbéry; un Savoyard, saint Hugues, celui de Lincoln; tandis que les caravanes interminables de pèlerins se rendaient, pour accomplir un vœu, qui à Compostelle auprès du tombeau de saint Jacques (les Jacquots), qui à Rome (les Roumieux) auprès du tombeau du Prince des apôtres, qui en Terre sainte (les Paulmiers) auprès du tombeau du Christ.Personne ne s\u2019en étonnait.La chose allait de soi.On vivait en chrétienté, dans un monde sans passeport, ni visa, ni autorisation d\u2019échange, ni douaniers, progrès de nos temps modernes si férus de liberté.Croire pour comprendre, croire pour contempler, croire pour vivre dans l\u2019unité, tel était donc l\u2019idéal du Moyen Âge.Ce type de société temporelle admettait, pour parler le langage de notre temps, un certain pluralisme, témoins la multiplicité des juridictions politiques et administratives, et la diversité des droits coutumiers.Toutefois, l\u2019unité de la cité politique reposait sur le bien surnaturel plus que sur le bien commun temporel; et la vie liturgique scandait ses travaux et ses jours.On comprend alors que la société médiévale ait été tentée de confondre Église et Chrétienté.L\u2019adversaire de la foi chrétienne devient l\u2019adversaire de la communauté des hommes.L\u2019hérésie est aussi un désordre social; l\u2019hérétique, l\u2019anarchiste de l\u2019époque.L\u2019Inquisition se verra chargée de le dépister et de l\u2019amener à résipiscence, faute de quoi le bras séculier s\u2019en chargera au nom du salut public.La masse des chrétiens réagissait avec encore plus de violence contre ces mécréants qui attiraient sur tous la colère de Dieu.On peut comprendre; on ne peut admirer.En cela, le Moyen Âge ne fut pas un pur printemps chrétien.Il combattait le Vaudois et l\u2019Albigeois à l\u2019intérieur, comme le Maure et le Bougre à l\u2019extérieur, avec des moyens de force dont nous ne voulons à aucun prix aujourd\u2019hui, au nom même de la nature de l\u2019acte de foi que l\u2019École avait pourtant si bien défini comme un acte libre contre lequel les contraintes sont, en définitive, impuissantes.Pour tout dire, un tribunal ecclésiastique au service de la politique condamnera, un jour, Jeanne d\u2019Arc au bûcher.En revanche, le Moyen Âge ignorait les totalitarismes, les déchaînements nationalistes, les délires racistes, les 323 principes rationalistes que les temps modernes ont glorifiés et auxquels ils ont sacrifié, dans des holocaustes païens, non seulement les valeurs religieuses mais les biens politiques supérieurs de la nation et de la famille des peuples.L\u2019Inquisition, même sous ses pires aspects, le plus souvent exagérés, le cède de beaucoup à la « tolérance » des régimes modernes.Et ce n\u2019est pas un monde qui nous a donné les camps de concentration, les chambres à gaz, les épurations, les tribunaux d\u2019exception, la torture psychologique, les génocides, qui a le droit de prendre des airs scandalisés.Nous en avons vu bien d\u2019autres, n\u2019est-ce pas ?Allons, un bon mouvement! Si « arriéré » fût-il, le Moyen Âge n\u2019avait pas notre sensibilité hypocrite.Malgré ses limites et toutes ses misères, cette civilisation mérite le respect.Il faut même aller plus loin et oser le dire: qui reste fermé à sa grandeur, qu\u2019il ait ou non la foi, comprendra si peu que rien je ne dis pas à l\u2019histoire de l\u2019Église ou à la théologie, mais à l\u2019histoire de sa propre famille et à la substance de sa culture dont il continue de vivre, comme l\u2019enfant prodigue dissipant son bien.Il est vrai que nous possédons une intelligence plus réfléchie des structures internes de la cité des hommes.Progrès en soi, cette meilleure intelligence du temporel est l\u2019ombre portée de la théologie, et même d\u2019une théologie chrétienne sur la distinction entre les choses qui sont à Dieu et les choses qui sont à César.Ce n\u2019est pas le Moyen Âge qui a inventé le droit divin des rois.Saint Louis n\u2019est pas Henri VIII.L\u2019adage absolutiste cujus regio, ejus reJigio (tel prince, telle religion), renversant au profit de l\u2019unité politique, l\u2019unité religieuse, marque, au contraire, la ruine de la chrétienté médiévale.Depuis, le monde a assisté à une dégradation constante de la primauté du spirituel.La politique absolutiste de la Réforme, à caractère religieux, a été déboutée par un libéralisme antichrétien qui, loin de distinguer entre l\u2019Église et l\u2019État, les a opposés sous prétexte de les séparer, en attendant de subir, à son tour, les assauts du despotisme athée qui allègue, cette fois, la science pour effacer, avec tout un appareil de ruse et de violence, les dernières traces de civilisation chrétienne et, avec elle, les vestiges de la communauté démocratique.Nous voici donc au rouet: aux antiques luttes où la foi chrétienne doit faire face à l\u2019Empire païen.Il ne suffit pas, toutefois, de comprendre cette tragique évolution pour en barrer le cours.Une pensée, pour être féconde, doit trouver moyen de passer dans les faits.Encore plus une foi, si elle est vivante, doit-elle rayonner sur tout l\u2019ordre temporel.C\u2019est un immense travail de régénération qui s\u2019impose.Il n\u2019aboutira que si, au lieu de séparer, par indifférence, ou d\u2019opposer, par hostilité, le temporel et le spirituel, le monde moderne comprend qu\u2019il doit rapporter à Dieu, auteur de toutes choses, ce que, par fidélité à l\u2019Évangile même, il faut distinguer de l\u2019Église, ébauche et promesse dans ce monde d\u2019un Royaume qui n\u2019est pas de ce monde.L\u2019espérance surgira alors de voir naître un nouvel ordre temporel analogue à la chrétienté médiévale.Qu\u2019on nous lise bien: nous disons un nouvel ordre temporel.Car le temps ne rebrousse pas chemin.Et tous les Templiers de la tradition ne pourront nous restituer le Moyen Âge.De ce nouvel ordre, comme nous sommes loin, toutefois! Il est plus facile de détruire une civilisation que d\u2019en 324 bâtir une nouvelle.L\u2019Europe commence à peine à s\u2019en apercevoir après six siècles de guerres civiles qui paraîtront à l\u2019historien de demain comme de stupides querelles de clocher.Ayant perdu l\u2019espoir de trouver le sens du monde dans le libéralisme individualiste et dans toutes ces abstractions \u2014 Nation, Raison, Liberté, etc.\u2014 qu\u2019il décore de majuscules, notre âge historique cherche, à travers quelle confusion des idées et quel dérèglement des cœurs, une fin spirituelle capable de l\u2019animer et autour de laquelle refaire son unité perdue.Il ne sait plus quoi faire de son credo scientifique qui, hier encore, lui promettait \u2014 laïcisation de l\u2019espérance chrétienne \u2014 des cités fabuleuses dans un Paradis redevenu terrestre.De l\u2019énergie qui sommeille au cœur de la matière, le malheur a voulu qu\u2019elle fut libérée d\u2019abord sous forme de bombe monstrueuse.Depuis hélas! les efforts de la science vont surtout à en augmenter la force dévastatrice.Sunt lacrymae rerum.La peur sourd d\u2019un monde détraqué par le fol orgueil de l\u2019homme et livré à son entreprise.Au temps de la terreur de l\u2019an mil, le Moyen Âge savait au moins à quel saint se vouer.A l\u2019âge de la mégabombe, nous continuons à concevoir l\u2019action de Dieu comme celle d\u2019un homme venant de l\u2019extérieur.Dieu est un intrus qui viole l\u2019ordre des choses.Il se mêle de ce qui ne le regarde pas, alors que l\u2019univers, mystérieusement aimanté vers Dieu et par Dieu, tend, qu\u2019on le veuille ou non, vers sa Cause finale et en accomplit les desseins.Lorsqu\u2019il envoya le moine Augustin à la conquête de l\u2019Angleterre, saint Grégoire le Grand lui prescrivit de renverser les temples païens.Mais il se ravisa: J\u2019ai beaucoup réfléchi, lui mandait-il, au cas des Anglais.Décidément, les temples des idoles ne doivent pas être détruits, mais seulement les idoles qui s\u2019y trouvent.On fera de l\u2019eau bénite, on en aspergera les temples, on construira des autels, on y posera des reliques.Parce que, si ces temples sont bien bâtis, il faut qu\u2019ils passent du culte des démons au service de Dieu.Toute l\u2019histoire du Moyen Âge respire cet esprit catholique, tandis que le monde moderne, si fier de sa largeur d\u2019esprit, trop souvent le contredit, malgré les rapports de surface qu\u2019il a multipliés entre les peuples.Certes, les ferments spirituels qui le travaillent sont puissants.Mais puissantes aussi sont les forces du mal.A dire vrai, cet âge ressemble, sous certains aspects, aux siècles de fer qui ont suivi le désastre des invasions barbares alors que l\u2019Église était seule, avec ses moines, à faire front au péril.Nul besoin d\u2019être prophète.Si, après une apostasie séculaire, le monde moderne doit s\u2019épanouir, pour un temps si court soit-il (les choses belles sont fragiles), en un printemps universel qui fasse la joie des anges et des hommes, c\u2019est que nous aurons eu le courage de retourner en arrière non pour y fouiller comme des archéologues, nous y enchanter comme des esthètes ou nous y exiler comme des faibles, mais pour méditer sur les normes éternelles, les valeurs impérissables, le sens du sacré qui ont fait du Moyen Âge une courte et singulière réussite historique.Oui, conserver les temples « bien bâtis » de la science, mais faire de l\u2019eau bénite, construire des autels, chasser les idoles, servir Dieu.RELATIONS RADIO-CANADA ET LE CANADA FRANÇAIS Richard ARÈS, S.J.RADIO-CANADA fête ses vingt-cinq années de services.L\u2019événement mérite d\u2019être souligné.Déjà l\u2019on a exalté le rôle de tout premier plan joué par cet organisme fédéral dans l\u2019ensemble de la vie canadienne.Soutien des artistes et des intellectuels, tribune incomparable de discussion et de diffusion des idées, source toujours jaillissante dans les domaines de la culture et du divertissement, moyen rapide et efficace de communication et de rapprochement entre tous les citoyens de notre immense pays, la Société Radio-Canada a été tout cela, et plus encore.Grâce à son caractère entièrement bilingue et surtout grâce à la large autonomie octroyée au réseau français, elle reflète, plus que toute autre institution fédérale, l\u2019image de la société canadienne elle-même; elle est vraiment la plus canadienne de nos institutions, celle qui a le plus intelligemment et efficacement travaillé à construire cette unité « nationale » qui, aujourd\u2019hui encore, nous fait si cruellement défaut.Aussi, à l\u2019occasion des fêtes du vingt-cinquième anniversaire, M.Alphonse Ouimet, son président, pouvait-il déclarer avec raison: la Société « a servi de trait d\u2019union entre les deux groupes ethniques qui composent notre pays et a cherché, sans porter atteinte à l\u2019intégrité de l\u2019un et de l\u2019autre, les fondations d\u2019une identité nationale ».Encore plus considérable peut-être a été l\u2019influence de Radio-Canada sur l\u2019évolution du Canada français.Analy-sons-la un peu plus en détails sur un double plan: le plan canadien et le plan québécois.I.L\u2019ACTION EN ÉTENDUE OU LE PLAN CANADIEN Tout le monde l\u2019admet: de première importance se révèle la contribution de la Société à la cause du Canada français dans son ensemble.Plus que n\u2019importe quel organisme gouvernemental, elle a contribué à la reconnaissance et au renforcement du grand Canada français.A la reconnaissance de ses droits, tout d\u2019abord.Trop longtemps la plupart des citoyens et des gouvernements canadiens ont identifié le Canada français au seul Québec et se sont farouchement opposés à reconnaître le fait français en dehors des frontières de la « réserve » québécoise.A leurs yeux, il ne pouvait s\u2019agir que d\u2019un fait privé, soutenu par des intérêts privés.Le grand mérite de la Société Radio-Canada a été précisément de faire admettre, par son action, que le Canada français ne se limitait pas à la province de Québec, et que, même hors du Québec, le fait français possédait, de droit, un caractère officiel et public, et méritait en conséquence d\u2019être soutenu par l\u2019argent du public ainsi que par les institutions officielles qui se disent au service du public.La constitution canadienne avait assigné au gouvernement fédéral le rôle de protecteur des minorités dans le domaine de l\u2019éducation; ce rôle, Ottawa n\u2019a jamais pu s\u2019en acquitter à l\u2019égard de la minorité canadienne-française.En venant généreusement en aide aux postes privés de langue française et en établissant elle-même des postes publics dans cette langue hors du Québec, Radio-Canada permet enfin à Ottawa de donner satisfaction au DÉCEMBRE 1961 droit et de réparer l\u2019injustice.Il faut savoir reconnaître la valeur de tels gestes, même s\u2019ils surviennent bien tard.De plus, l\u2019action de Radio-Canada a contribué à renforcer l\u2019unité et la vitalité du Canada français dans son ensemble.Des programmes français créés et enregistrés au Québec ont rayonné par tout le Canada, faisant du même coup connaître la vie française de la vieille province aux minorités, leur faisant partager ses joies et ses peines, ses sentiments et ses idées, développant chez elles le sens de la solidarité nationale et la fierté de leurs origines culturelles, surtout quand des émissions de qualité parvenaient à attirer l\u2019attention et les éloges du Canada anglais.De tous les organismes fédéraux, Radio-Canada est l\u2019un des rares \u2014 s\u2019il n\u2019est pas le seul \u2014 où les Canadiens français peuvent se sentir chez eux et qu\u2019ils peuvent considérer comme entièrement à leur service, au Québec d\u2019abord et dans la plupart des autres provinces ensuite.Si la Confédération canadienne doit être sauvée, c\u2019est par un régime imité de celui de Radio-Canada qu\u2019elle le sera, pas autrement.IL L\u2019INFLUENCE EN PROFONDEUR OU LE PLAN QUÉBÉCOIS Mais c\u2019est surtout au Québec, centre premier et cœur du Canada français, que l\u2019influence de la Société s\u2019est exercée et continue à se faire sentir.Mon intention n\u2019est pas de dresser ici le bilan de son action en ce dernier quart de siècle: ce serait trop long et je n\u2019ai pas qualité pour le faire.Je voudrais plutôt souligner l\u2019influence capitale exercée par Radio-Canada sur l\u2019évolution de la culture canadienne-française, en particulier sur l\u2019apparition et la croissance d\u2019un triple phénomène qui travaille cette culture depuis la fin de la seconde guerre mondiale: un phénomène de revalorisation, un phénomène de désintégration et un phénomène de laïcisation.1.La revalorisation de la culture canadienne-française Il est clair que nous assistons actuellement à un important phénomène de revalorisation de la culture canadienne-française, surtout dans le domaine des lettres et des arts.Et il est non moins clair qu\u2019aux origines d\u2019un pareil phénomène se retrouve l\u2019influence prépondérante de Radio-Canada.Deux grands moyens lui ont permis d\u2019opérer cette revalorisation: son appui financier aux artistes et aux intellectuels et la qualité de ses émissions.Jusqu\u2019à l\u2019avènement de la télévision, la plupart de nos artistes et de nos intellectuels gagnaient plutôt péniblement leur vie, certains même végétant dans l\u2019obscurité et sans influence.Voici qu\u2019avec Radio-Canada un mécène incomparable les a pris à sa charge, les a généreusement financés, et leur a donné de la célébrité, du prestige et de l\u2019influence.Pour la première fois chez nous, il est devenu payant, non seulement d\u2019exercer le métier d\u2019artiste ou la profession d\u2019intellectuel, mais encore de le faire en français.Fait capital et dont on ne soulignera jamais trop l\u2019importance: alors 325 que dans le monde des affaires et dans un nombre toujours croissant de métiers et de professions la connaissance de l\u2019anglais est considérée comme la condition première de réussite, à Radio-Canada, c\u2019est la connaissance du français qui est la clé du succès.Voici maintenant qu\u2019il devient permis à des Canadiens français de connaître l\u2019aisance et même de s\u2019enrichir, non seulement sans rien renier de leur nationalité, mais encore en s\u2019affirmant pleinement eux-mêmes dans leur langue et selon les exigences de leur propre culture.Bref, voici qu\u2019il est devenu rénumérateur pour une foule de gens, de penser, composer, s\u2019exprimer, jouer, de travailler en français.Le fait est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019il s\u2019accompagne d\u2019un souci notable d\u2019excellence.Sans doute, il arrive à Radio-Canada de nous présenter des émissions de second ordre et même vulgaires, mais dans l\u2019ensemble la qualité de ses programmes est nettement supérieure à celle des postes privés.De plus, elle est seule à pouvoir se permettre financièrement ces émissions dites de prestige et de haut niveau culturel dans les domaines de l\u2019information, du théâtre et de la musique.En ces domaines, elle est irremplaçable, et là surtout elle contribue magnifiquement à revaloriser et à stimuler la culture canadienne-française.2.La désintégration de la culture traditionnelle Mais, en même temps, son action se conjugue avec celle d\u2019autres groupes et mouvements pour nourrir et amplifier un deuxième phénomène en cours dans notre milieu: celui de la désintégration de notre culture traditionnelle.Jusqu\u2019aux environs de la seconde guerre mondiale, en effet, la culture canadienne-française constitua un tout fortement intégré et remarquablement unifié.A la base ou plus précisément au cœur, commandant, inspirant et consolidant le tout, se retrouve la conception chrétienne et catholique de la vie; d\u2019elle découle une certaine manière de vivre présentée à la communauté comme seule conforme à l\u2019idéal religieux qui doit l\u2019inspirer; enfin, des institutions sociales: familles, paroisses, écoles, viennent encadrer ce mode de vie et visent à en conserver l\u2019esprit originel dans la pratique.Il en résulte une culture d\u2019une grande homogénéité, formant bloc, quelque peu fermée sur elle-même, sans doute, mais capable de résister aux vagues assimilatrices qui l\u2019assaillent de toutes parts.C\u2019est ce qu\u2019a bien vu un observateur aussi sagace qu\u2019André Siegfried, quand il écrivait, en 1937, dans son ouvrage Le Canada, puissance internationale : « La vitalité de la société canadienne-française tient à une certaine conception, qui lui est propre en Amérique, de la vie et du travail.C\u2019est une conception catholique, unie à une tradition qui vient en droite ligne de la vieille France.» Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, toutefois, cette conception n\u2019a cessé de subir les assauts d\u2019une bruyante minorité qui, non seulement ne veut plus la partager, mais s\u2019oppose à ce qu\u2019elle commande le mode de vie de la communauté et à ce qu\u2019elle s\u2019inscrive jusque dans les structures et les institutions.Célébrant dans la joie « les funérailles de l\u2019unanimité », elle entend remplacer la conception traditionnelle par une conception dite humaniste, le mode de vie accepté communément jusqu\u2019ici par un mode dit pluraliste, et les institutions sociales actuelles par des institutions intégralement laïques.Désormais, le rôle traditionnel de source d\u2019inspiration et de facteur principal d\u2019intégration de la culture canadienne-française ne serait plus dévolu aux valeurs religieuses, mais à la langue et à un humanisme qualifié de laïque et de démocratique.A cette campagne visant à désintégrer la culture traditionnelle et à opérer une nouvelle synthèse, Radio-Canada allait se trouver, bon gré mal gré, intimement mêlée.Aux yeux de plusieurs, elle apparaissait comme l\u2019institution-type de cette nouvelle synthèse culturelle qu\u2019ils recherchaient: ne devait-elle pas, en vertu même de sa constitution, octroyer droit de cité à toutes les opinions, même à celles qui ne s\u2019accordaient guère avec la conception traditionnelle sur laquelle s\u2019était bâtie jusque-là toute la vie du Canada français ?Dans l\u2019échelle des valeurs comme dans le choix de ses critères, ne devait-elle pas, en outre, donner le premier rang à la perfection de la langue ainsi qu\u2019au talent de l\u2019esprit ?Or, au moment où naissait la télévision au Canada français, décuplant du même coup l\u2019influence de Radio-Canada, une gauche agressive se constituait qui faisait savoir sur toutes les tribunes qu\u2019elle avait quelque chose à dire et qu\u2019elle avait en même temps qualité pour le bien dire.Bon gré mal gré, en vertu même de ses règlements et de ses propres critères d\u2019évaluation, Radio-Canada dut faire place \u2014 et une large place \u2014 aux représentants de cette gauche et leur accorder, non seulement finance et prestige, mais encore le moyen de propager leurs idées dans un immense public.Ainsi utilisée comme instrument de désintégration de la culture traditionnelle, Radio-Canada n\u2019a pas toujours su réagir à temps.Pour stimuler cette réaction et provoquer un sérieux examen de conscience, il a fallu les coups de tonnerre successifs que furent La Belle de céans, la semonce épiscopale et le comité gouvernemental d\u2019enquête institué par Ottawa.3.La laïcisation de notre élite culturelle Il est enfin un troisième phénomène que l\u2019action de Radio-Canada a contribué à développer: c\u2019est celui de la laïcisation progressive de notre élite culturelle.(Je ne donne ici aucun sens péjoratif au mot « laïcisation », mais le considère simplement comme le fait pour les laïcs de succéder aux clercs en certains domaines.) Je n\u2019apprendrai rien à personne, encore moins aux représentants de la gauche, en rappelant que les clercs au Québec ont rarement été absents des institutions d\u2019enseignement et de culture et qu\u2019ils y ont exercé une influence souvent prépondérante.Or le fait nouveau au sujet de Radio-Canada est bien que, de cet instrument incomparable d\u2019influence, de formation, de culture et même d\u2019éducation, les clercs sont absents, je ne dis pas des programmes, mais de la direction.Tout à ce niveau est entre les mains des laïcs.Je ne dis pas cela pour le déplorer, mais bien pour souligner la nouveauté du fait et ses conséquences fort importantes dans l\u2019évolution de notre culture.A l\u2019heure où les laïcs revendiquent une plus large place dans l\u2019enseignement, voici qu\u2019un domaine leur est offert pour ainsi dire en exclusivité et sous leur entière responsabilité, un domaine où ils ont pleine liberté de faire leurs preuves, tout en gagnant largement leur vie.Une nouvelle élite culturelle, dirigeante, dynamique, créatrice, mais entièrement laïque, est en train de se constituer, qui va marquer de son empreinte et de son esprit la culture du Canada 326 RELATIONS français.Comment en face de ce phénomène nouveau et capital ne pas se poser la question: cette empreinte et cet esprit seront-ils chrétiens ?A cet égard une énorme responsabilité pèse sur les épaules de l\u2019élite dirigeante à Radio-Canada.Il est réconfortant de constater que l\u2019élite actuelle en a vivement conscience.* * * Le Canada français traverse aujourd\u2019hui une crise idéologique et culturelle qui le secoue durement.La vieille synthèse traditionnelle, sur laquelle il a vécu jusqu\u2019ici et où tout s\u2019intégrait autour du facteur religieux, est désormais mise en question et menace de s\u2019effriter.Une nouvelle synthèse vitale, autour d\u2019un nouveau facteur central d\u2019intégration, s\u2019ébauche et veut prendre place.Le drame met en jeu l\u2019âme même du Canada français et Radio-Canada y est intimement mêlée.Depuis quelques années, chez elle, l\u2019accent est à gauche; mais rien ne permet de supposer qu\u2019il en doive être toujours ainsi.Ses principes de base et ses critères d\u2019action font d\u2019elle une puissance ouverte à qui sait la conquérir, principalement par la qualité de sa langue et par les talents de son esprit.Du moins, en théorie.11 suffirait de bien peu, de la part des événements et des hommes, pour que l\u2019accent se déplace au centre et même vers la droite.Reflet assez fidèle de notre milieu en ce qu\u2019il a de meilleur et de moins bon, nœud où les forces rivales en présence cherchent à se croiser, Radio-Canada représente aujourd\u2019hui, surtout avec son réseau de télévision, l\u2019un des plus grands facteurs d\u2019influence au Canada français.Entièrement aux mains des laïcs, elle diffuse l\u2019esprit qu\u2019ils lui donnent et marque profondément de son empreinte notre milieu social et culturel.Si on peut lui reprocher d\u2019avoir contribué à désintégrer notre culture traditionnelle, il faut savoir reconnaître aussi qu\u2019en dépit de ses erreurs et de ses faux pas, \u2014 elle est chaque heure mise en question et surtout elle est devenue trop vite une trop grosse affaire pour n\u2019en pas commettre \u2014 la Société a, plus que tout autre organisme, gouvernemental ou privé, contribué à revaloriser, chez nous et à l\u2019étranger, la culture canadienne-fran-çaise; aussi sa disparition se solderait-elle en ce domaine par une régression certaine.Plus d\u2019une fois enfin, même si elle s\u2019est permis d\u2019étranges et graves faiblesses, elle nous a donné la preuve de sa profonde intelligence des valeurs les plus hautes de notre civilisation.C\u2019est pour cela qu\u2019il suffirait de bien peu \u2014 par exemple, que s\u2019approfondisse en nos élites et s\u2019affirme davantage la qualité de notre vie spirituelle \u2014 pour qu\u2019elle puisse jouer pleinement le grand et beau rôle d\u2019éducatrice du peuple, qu\u2019elle sera, semble-t-il, appelée à remplir de plus en plus dans notre milieu.LA GUERRE SCOLAIRE AURA-T-ELLE LIEU?Jacques COUSINEAU, S.J.IA COMMISSION ROYALE D\u2019ENQUÊTE SUR L\u2019ENSEIGNEMENT commencera bientôt ses audiences publiques.Il faut s\u2019attendre à ce que tout le système soit remis en question, car plusieurs des nôtres, n\u2019ayant pas encore appris à vivre en régime parlementaire britannique, sont encore enclins aux chambardements constitutionnels sur le papier.Le Mouvement laïque de langue française, dont l\u2019effort ne se limite pas à la transformation profonde de notre organisation scolaire mais s\u2019étend, si on en juge par les exposés de celui qui s\u2019est fait le doctrinaire du Mouvement, M.Maurice Blain, à l\u2019élimination de toute inspiration chrétienne dans notre comportement collectif, profite de l\u2019occasion de la présentation de son mémoire à la Commission pour le préparer en public, contrairement aux autres associations.Sa littérature, accueillie à pleines pages par quelques journaux et largement répandue par certains services de radiodiffusion, part en guerre contre l\u2019esprit de notre système public d\u2019enseignement, ses structures et sa direction.Pour empêcher que cette lutte déjà commencée ne s\u2019envenime, M.Paul Lacoste a proposé une solution de compromis; le Mouvement qui l\u2019avait invité semble se rallier à la proposition et devoir rédiger son prochain mémoire dans cette ligne de pensée.En attendant le texte définitif, on peut se poser des questions.Ebranlement à la base ?La solution Lacoste maintient, à la base de notre système d\u2019enseignement, les Commissions scolaires confessionnelles DÉCEMBRE 1961 telles qu\u2019elles fonctionnent et l\u2019impôt scolaire qui les soutient.Elle propose de « permettre à ceux qui désirent une école non confessionnelle de former une corporation scolaire distincte ».Il ne s\u2019agit donc pas de faire reconnaître par la loi le droit des parents non catholiques et non protestants à faire donner à leurs enfants une éducation qui ne soit pas contraire aux exigences de leur foi religieuse; ce droit est déjà reconnu aux Juifs et aux autres dissidents, bien que ce soit, en fait, de façon incomplète pour ces derniers.11 ne s\u2019agit pas non plus de permettre aux parents dont l\u2019allégeance n\u2019est ni catholique ni protestante de se grouper en une ou plusieurs commissions scolaires, selon leur appartenance religieuse; d\u2019après cette hypothèse, écartée pour l\u2019instant, dans la ville ou la région de Montréal, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une nouvelle commission, les contribuables en seraient en majorité de religion juive et de langue anglaise.Le danger que d\u2019aucuns signalent pour les enfants de langue française dans les écoles de la Commission protestante, se renouvellerait-il?Il ne s\u2019agit pas enfin, par un privilège refusé aux adhérents des confessions religieuses, orthodoxe, juive, musulmane, bouddhiste ou toute autre que la catholique et la protestante, de permettre à ceux qui n\u2019adhèrent à aucune religion de se grouper en corporation scolaire en vue de l\u2019éducation appropriée de leurs enfants.Tous ces projets amèneraient un regroupement des effectifs scolaires très divers selon les localités de la province, mais ne troubleraient pas l\u2019économie fondamentale de notre système d\u2019enseignement.327 Ce système est essentiellement confessionnel, de droit ou de fait, basé sur le respect de la dissidence.Le fondement, motif ou critère de cette dissidence scolaire au Québec se révèle de nature confessionnelle.Le paiement de l\u2019impôt scolaire par le contribuable se fait d\u2019après son appartenance religieuse et le choix de l\u2019école qu\u2019il fait pour ses enfants s\u2019inspire des exigences de sa foi.Cette dissidence ainsi institutionalisée a donné à notre système une grande stabilité, car l\u2019appartenance religieuse se révèle le critère le moins sujet au changement, parce que davantage enraciné dans l\u2019être humain.Proposer que désormais le fondement de la dissidence scolaire soit une simple préférence ou opinion quant à la forme d\u2019école équivaut à introduire l\u2019instabilité dans le produit de l\u2019impôt scolaire, à provoquer la difficulté, sinon l\u2019impossibilité, des prévisions budgétaires précises pour l\u2019administration scolaire publique et à rendre vaine toute planification à long terme touchant l\u2019aménagement des édifices et la préparation du personnel.La perturbation ne résulterait pas de l\u2019existence parallèle de trois organismes mais de la facilité de passer de l\u2019un à l\u2019autre, ou des deux premières au troisième, et vice-versa.Car l\u2019école non confessionnelle sera sans doute accessible aux protestants, aux Juifs, à tous autres dissidents religieux, comme aux catholiques et aux incroyants.Il est même à prévoir que pour Montréal et les environs cette nouvelle commission scolaire renfermerait plus d\u2019adeptes de langue anglaise, à moins qu\u2019ils n\u2019estiment avoir l\u2019équivalent sous la direction de la Commission protestante.Le contribuable catholique ou protestant qui aura fait goûter à ses enfants cette nouvelle école aura sans doute le droit de revenir sur son opinion, mais quand et à quelles conditions de vérification ?Il voudra peut-être envoyer sa fille d\u2019un côté et son garçon de l\u2019autre, son aîné ailleurs que son benjamin; le pourra-t-il ou sera-t-il prisonnier d\u2019un premier choix, tout comme il l\u2019était avec son appartenance religieuse?Toutes questions qui révèlent combien serait administrativement précaire le régime des commissions parallèles d\u2019écoles publiques de juridictions non exclusives.Au point de vue social, le tiraillement serait continuel, on tenterait de s\u2019arracher les enfants d\u2019une commission à l\u2019autre.M.Lacoste, en ses commentaires, prévoit qu\u2019il pourrait y avoir des censures ecclésiastiques.En d\u2019autres termes, ce serait la guerre scolaire, comme on l\u2019a connue longtemps en France, en Belgique ou ailleurs.Qui tient à vivre cela ?D\u2019ailleurs, pourra-t-on arrêter là le processus de différenciation de l\u2019école publique ?Quand on aura accepté le principe qu\u2019une minorité de contribuables, mécontente des décisions de la majorité, peut former sa propre commission d\u2019écoles publiques pour des motifs qui ne procèdent pas des exigences de sa foi ou du droit naturel, on peut prévoir que d\u2019autres minorités, religieuses, comme les Juifs ou les Témoins de Jéhovah, ou culturelles, comme les Italiens, demanderont d\u2019avoir leurs propres écoles publiques avec l\u2019aide de l\u2019État.Nous assisterons à la balkanisation de notre système d\u2019enseignement et à l\u2019effondrement de notre esprit public.Les commissions scolaires actuelles, catholiques ou protestantes, là où elles existent, auraient-elles sujet de se plaindre juridiquement, socialement et moralement de l\u2019établissement d\u2019une troisième Commission scolaire ?S\u2019il s\u2019agit d\u2019une commission groupant les contribuables ni catholiques ni protestants, on peut en douter.S\u2019il s\u2019agit d\u2019une commision telle que proposée par la solution Lacoste et groupant des contribuables qui tombent actuellement, mettons pour être concret, sous la juridiction des commissions catholiques et protestantes de Montréal établies avant la Confédération et protégées par l\u2019article 93 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord, un juriste hésitera beaucoup avant de se prononcer et voudra étudier le texte de la loi lui-même.Cependant, pourra-t-il hésiter en examinant un autre point de la solution Lacoste qui touche non plus à la base du système, mais à sa clé de voûte, le Conseil de l\u2019Instruction publique ?Chambardement au sommet ?M.Lacoste sait fort bien que, dans la province, « la majorité anglophone ( ?) se divise en protestants, catholiques, Juifs et autres.Et les non-catholiques français eux-mêmes se divisent en protestants, en agnostiques.» Il reconnaît que sa proposition « comporterait une invitation à multiplier davantage les secteurs ».Il en conclut que pour éviter «l\u2019inefficacité la plus complète, sinon.l\u2019anarchie », il faut « s\u2019arrêter ».Mais comment ?En vertu de « l\u2019exigence d\u2019unité de l\u2019école publique », la solution Lacoste recommande, au niveau du Conseil de l\u2019Instruction publique, l\u2019abolition des deux comités actuels, catholique et protestant, et la création de deux autres comités, l\u2019un français, l\u2019autre anglais.Chaque comité assurerait « une réglementation uniforme pour toutes les écoles de la même langue quant à l\u2019ensemble de l\u2019enseignement », quitte à laisser à des sous-comités catholique, protestant, juif, non confessionnel, etc., « selon les besoins », le soin de la réglementation « en matières religieuse et morale ».La « coordination » serait assurée par « le ministre responsable de l\u2019Éducation » qui recevrait « l\u2019autorité voulue pour le faire ».Plus on y réfléchit, plus on a l\u2019impression qu\u2019il y a là, en plan, un chambardement total de notre système d\u2019enseignement.Sous l\u2019effet d\u2019un mirage d\u2019unité culturelle.L\u2019unité de l\u2019école publique au Québec se ferait davantage par deux comités d\u2019un genre plutôt que par deux comités d\u2019un autre genre.Comprenne qui pourra.Le résultat le plus apparent au plan culturel consisterait à faire passer sous la direction du comité français quelques centaines d\u2019enfants de parents protestants ou agnostiques et sous la direction du comité anglais plusieurs milliers d\u2019enfants canadiens-français et beaucoup de milliers d\u2019enfants néo-canadiens qui fréquentent actuellement des écoles anglaises des Commissions scolaires catholiques de la province, notamment celle de Montréal.En ce moment où l\u2019on parle de rayonnement français par l\u2019État du Québec et même de séparatisme politique afin que nous soyons davantage maîtres chez nous, voici que nous consentirions à l\u2019un des pires abandons de notre histoire.Il faut signaler, dans la proposition Lacoste, l\u2019apparition du ministre chargé de « la coordination de tout l\u2019appareil ».Comme on ne dit mot de sa place par rapport au Conseil, s\u2019il est au-dessous ou au-dessus, s\u2019il nomme les membres à sa discrétion ou à celle du cabinet des ministres ou sur présentation de corps intermédiaires, les réflexions là-dessus peuvent attendre; elles s\u2019engageraient d\u2019ailleurs dans une avenue trop longue à parcourir pour l\u2019instant.328 RELATIONS Ainsi donc, désormais l\u2019ensemble de l\u2019enseignement recevrait une réglementation uniforme.Vu la délégation aux sous-comités des « matières religieuse et morale » et en vertu de la dialectique même du système proposé sinon d\u2019après l\u2019intention de l\u2019auteur, on peut prévoir à coup sûr que pour le reste, c\u2019est-à-dire à peu près tout, la neutralité la plus stricte sera observée; elle deviendrait sans doute la règle pour les programmes, les manuels et surtout l\u2019esprit.Les membres des comités, français et anglais, devraient s\u2019abstenir de prendre les décisions d\u2019après leurs convictions confessionnelles, de catholiques ou de protestants, vu la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Peut-être arriverait-on, en vue d\u2019une plus grande objectivité, à faire nommer là surtout des gens que ne trouble pas, dans l\u2019exercice de leur raison, la lumière vive de la foi ?Les fonctionnaires et les inspecteurs du département de l\u2019Instruction publique, habitués aux vieilles méthodes de l\u2019école confessionnelle, seraient-ils gênés quelque peu d\u2019appliquer les règlements et mesures neutralistes et pour cette difficulté dans la collaboration avec la nouvelle équipe, les inviterait-on discrètement à se retirer?Et les professeurs dans les écoles jusqu\u2019ici confessionnelles ne seraient-ils pas déclarés inaptes à enseigner d\u2019après le code renouvelé?La chose va de soi pour les prêtres, religieux et religieuses, puisque, d\u2019après ceux qui font la doctrine dans le Mouvement laïque, leur vocation même vicie leur rendement pédagogique.Quant aux laïcs groupés dans la Corporation des Instituteurs catholiques, devraient-ils s\u2019amender sous peine.?Cessons pourtant de nous inquiéter, ce genre de purge ne s\u2019annonce pas pour demain.D\u2019abord parce qu\u2019il manque de professeurs partout.Surtout parce que cette réforme suggérée dans la haute direction de notre système d\u2019enseignement se heurtera à un obstacle constitutionnel.Quand l\u2019un des deux comités, français ou anglais, voudra imposer aux commissions scolaires existantes une réglementation neutralisante, il verra sans doute ces commissions contester sa juridiction devant les tribunaux qui seront appelés à se prononcer sur la constitutionnalité de la loi.Une école catholique, selon l\u2019esprit traditionnel de l\u2019Église et d\u2019après l\u2019enseignement exprès de Pie XI dans l\u2019encyclique Divini illius Magistri sur l\u2019éducation, n\u2019est pas telle parce qu\u2019on y donne un cours de religion et de morale à côté du reste qui peut flotter au gré du caprice; c\u2019est toute l\u2019éducation qui doit être pénétrée de l\u2019esprit évangélique.Au Canada, l\u2019école confessionnelle a bien ce sens très précis, au témoignage du juge en chef de la Cour suprême, S.H.le juge Anglin.Il déclarait en 1927: The idea that the denominational school is to be differentiated from the common school purely by the character of its religious exercises or religious studies is erroneous.Common and separate schools are based on fundamentally different conceptions of education.Undenominational schools are based on the idea that the separation of secular from religious education is advantageous.Supporters of denominational schools, on the other hand, maintain that religious instruction and influence should always accompany secular training.On sait que le Comité judiciaire du Conseil privé, par l\u2019entremise du vicomte Haldane, a fait sienne cette affirmation du juge en chef du Canada.Un esprit sérieux peut-il nier que les pouvoirs accordés aux nouveaux comités français et anglais du Conseil de l\u2019Instruction publique dans la solution Lacoste aboutissent à opérer des changements substantiels dans l\u2019école confessionnelle du Québec?Or l\u2019article 93 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord est explicite: 93.(1) Rien dans ces lois (décrétées par la Législature de chaque province) ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l\u2019union, par la loi à aucune classe particulière de personnes dans la province, relativement aux écoles séparées (denominational).Certes le Conseil de l\u2019Instruction publique peut être modifié, dans sa structure et sa composition, mais les modifications doivent respecter certaines réalités juridiques.Il y a aussi les réalités humaines.Les catholiques de langue anglaise sont-ils prêts à se laisser transférer sous la juridiction d\u2019un autre comité?Eux qui se battent avec vigueur dans les autres provinces contre le même adversaire, accepteront-ils ici la neutralisation de leurs écoles?Les protestants québécois, qui ont une tradition de résistance victorieuse, verront-ils de bon œil l\u2019intervention des catholiques dans leur comité transformé ?Et les Canadiens français, sont-ils disposés à laisser tomber des droits chèrement acquis au cours d\u2019un siècle et demi de luttes contre la centralisation étatique?Les militants laïques de l\u2019Action catholique, générale et spécialisée, les Associations d\u2019anciens élèves des Frères et des Sœurs, les Corporations d\u2019enseignants, religieux ou laïques, la Fédération des Commissions scolaires, le clergé et l\u2019épiscopat paraissent-ils des héros fatigués ?Je ne le crois pas.* Il me semble qu\u2019avant l\u2019affrontement on devrait savoir de qui et de quoi il s\u2019agit.M.Lacoste suggère une enquête sociologique.A la bonne heure! Puisque le Mouvement laïque s\u2019est présenté comme une défense du droit des agnostiques et des protestants attachés à la culture française, qu\u2019on sache d\u2019abord combien ils sont et avec combien d\u2019enfants.Les, catholiques qui, pour organiser l\u2019éducation de leurs enfants, hésitent entre leurs coreligionnaires et les agnostiques, posent un tout autre problème qui serait à examiner ensuite.Le 16 novembre 1961.L\u2019ÉDUCATION CHRÉTIENNE Il faut ici dissiper l\u2019équivoque qui règne sur tant de discussions entre partisans et adversaires de la liberté d\u2019enseignement.D\u2019abord, ce n\u2019est pas à cause de quelque détail particulier de sa doctrine que l\u2019Eglise revendique pour ses enfants un enseignement et une éducation intégralement chrétienne; c\u2019est parce que la Fin dernière ne peut, par définition, que régner sur toute la vie.Ensuite, la différence entre un enseignement chrétien et un enseignement qui ne l\u2019est pas, ne consiste pas en ce qu\u2019on donne, d\u2019un côté, et non de l\u2019autre, la raison dernière de la conduite et de l\u2019existence.La différence est en ce que, d\u2019un côté, on donne DÉCEMBRE 1961 la raison dernière et on le dit, tandis que, de l\u2019autre, on la donne sans le dire et même sans se le dire.En effet, les solennelles et inflexibles leçons de l\u2019Eglise ont leurs racines dans un sens, inaltérable, de ce qu\u2019une « Fin dernière » présente de « total ».Lui soustraire une part de soi, admettre qu\u2019elle n\u2019exerce pas son empire \u2014 et nous savons que le mot de cet empire est: Charité \u2014 sur l\u2019étendue entière de la vie, c\u2019est nier son essence même.En bonne logique une « Fin dernière » n\u2019est plus rien dès lors qu\u2019elle ne régit pas « tout ».(Mgr Garrone : Foi et pédagogie, p.15.) 329 APRÈS LA GRÈVE DE MONTRÉAL DE NOUVELLES RELATIONS PATRONALES-OUVRIERES DANS LA CONSTRUCTION Gérard HÉBERT, S.J.Le règlement de la grève de la construction À MONTRÉAL a provoqué des réactions J diverses.A côté de la joie de rentrer au travail avec une augmentation immédiate de 10 cents l\u2019heure, il y avait, chez plusieurs syndiqués, la déception provoquée par les concessions du règlement final.Pourtant, devant les cameras de télévision de la Société Radio-Canada, le président du Builders\u2019 Exchange et l\u2019un des principaux négociateurs syndicaux ont parlé de compromis équitable pour les deux parties.Langage de politesse ?Pas nécessairement.Pour nous aider à évaluer le résultat du conflit, analysons d\u2019abord les clauses de l\u2019accord, pour étudier ensuite le cadre juridique et psychologique dans lequel l\u2019entente fut conclue.Salaires Le règlement prévoit une augmentation globale de 25 cents l\u2019heure d\u2019ici le 1er janvier 1963, 30 cents si on inclut la contribution patronale au plan d\u2019assurance sociale dont il sera question plus loin.C\u2019est un peu plus que ce que donnent actuellement la majorité des conventions collectives d\u2019une même durée dans les autres industries canadiennes, mais à peu près la même chose que ce qu\u2019accordent les contrats les plus importants.Le supplément d\u2019augmentation compense l\u2019absence de rétroactivité.En effet, le décret devait expirer le 31 mars dernier et, depuis, il a toujours été prolongé sans aucune modification; aussi les ouvriers n\u2019avaient-ils touché aucune hausse de salaire depuis le 1er avril 1960, soit durant deux années complètes de construction.Les unions avaient d\u2019abord demandé 30 cents d\u2019augmentation.Le 25 août, dans un effort pour régler le conflit, le ministre du Travail recommandait 25 cents.A la veille de la grève, les patrons offraient d\u2019appliquer tout de suite la proposition du ministre.En somme, peu de différence entre la demande syndicale, l\u2019offre patronale et le règlement final, du moins quant au montant global.Les divergences concernaient plutôt la répartition de cette somme au cours des deux ans que devait durer le contrat.(Voir le tableau I.) Essayons d\u2019apprécier l\u2019augmentation de revenu dont jouira un ouvrier de la construction et celle dont il aurait bénéficié d\u2019ici le printemps 1963, selon les diverses propositions envisagées.(Voir le tableau IL) Soit d\u2019abord un ouvrier qui travaillerait toute l\u2019année; le cas est peu fréquent, mais il existe.Il aurait profité, si la demande syndicale avait été acceptée telle quelle et le décret promulgué à la fin de juillet dernier, d\u2019une augmentation de 132 dollars cette année, de 546 dollars en 1962 et de 156 dollars dans les trois premiers mois de 1963; en tout 834 dollars (cf.ligne A, col.3).Par contre, la proposition du ministre, faite le 23 août, lui aurait valu un gain total de 525 dollars, compte tenu du délai d\u2019un mois pour la promulgation du décret (col.4).Le règlement intervenu le 20 octobre lui vaudra un peu plus, soit 542 dollars, ou même 672 dollars si on inclut la contribution patronale au plan d\u2019assurance sociale qui doit commencer le 1er janvier 1963.Considérons maintenant un ouvrier qui ne travaille que sept mois et demi par année, soit du 1er mai au 15 décembre.Chose curieuse, malgré l\u2019augmentation immédiate de 10'cents l\u2019heure, il touchera avec la formule actuelle moins que si l\u2019on avait adopté la proposition du ministre, c\u2019est-à-dire 280 dollars au lieu de 300 (cf.ligne D, col.4 et 5).Cela à cause de la dernière augmentation: le ministre suggérait de la fixer au 1er septembre 1962; les parties ont convenu d\u2019atteindre le même montant, 25 cents, seulement le 1er janvier 1963.Les ouvriers perdront ainsi 5 cents l\u2019heure depuis le 1er septembre 1962 (comparer col.4 et 5, ligne C).La perte affectera le plus grand nombre des ouvriers de la construction, puisque la plupart des chantiers fonctionnent jusqu\u2019au mois de décembre, très peu durant l\u2019hiver.(Cf.ligne È pour un ouvrier qui travaillerait six mois par année.) Pourquoi cette concession du côté syndical?D\u2019abord peut-être pour une raison pratique.Comme on prévoit qu\u2019un plan d\u2019assurance commencera le 1er janvier 1963, on a dû faire coïncider la dernière augmentation de salaire avec les premières contributions à ce plan, pour éviter une diminution dans l\u2019enveloppe de paie à ce moment-là.Ainsi, le dernier 5 cents d\u2019augmentation sera retenu comme la part de l\u2019ouvrier à la constitution du fonds.De plus, l\u2019entente comporte des compensations.Dans la mesure où la clause de sécurité syndicale protège l\u2019emploi des ouvriers syndiqués, elle les avantage même financièrement: nous avons vu que la dernière formule donne plus que celle du ministre aux ouvriers qui travaillent l\u2019hiver.Et de toute façon, le 5 cents est acquis pour l\u2019année suivante.Enfin, au point de vue monétaire, la promesse d\u2019établir un plan d\u2019assurance représente un gain considérable pour l\u2019avenir.Plan d'assurance et de pension En effet, la partie patronale s\u2019est engagée formellement à contribuer, jusqu\u2019à concurrence de 5 cents l\u2019heure, à un plan d\u2019assurance et de pension qui entrera en vigueur le 1er janvier 1963.Les deux parties formeront une commission chargée d\u2019en fixer les détails.Il est beaucoup trop tôt pour prédire ce que sera ce plan.Tout ce qu\u2019on peut souligner pour l\u2019instant, c\u2019est son importance et ses difficultés.La nécessité d\u2019une semblable mesure s\u2019impose.Pratiquement toutes les conventions collectives signées dans les autres industries assurent une telle protection aux ouvriers concernés.Les ouvriers de la construction ressentent vivement la frustration de ne point bénéficier des avantages de l\u2019assu-rance-groupe devant la maladie, le vieil âge, la mort.En un sens, ils en ont peut-être plus besoin que les autres; car le chômage \u2014 tant le chômage saisonnier que le chômage cyclique \u2014 n\u2019a pas de victimes plus accoutumées.La difficulté du projet provient de l\u2019instabilité de la main-d\u2019œuvre, instabilité à l\u2019emploi de tel entrepreneur, instabilité même géographique.Les ouvriers de la construction se déplacent constamment.Pour cette raison, un plan d\u2019assurance sociale efficace dans cette industrie doit être portatif, et même d\u2019ampleur provinciale.Ceci suppose l\u2019intervention de l\u2019État par une législation appropriée.L\u2019entente signée le 20 octobre pourrait bien déboucher dans cette direction.330 RELATIONS Tableau I Répartitions de l\u2019augmentation des salaires horaires envisagées au cours du conflit (Date d\u2019expiration du contrat: 31 mars 1963) Demande syndicale (13 juin)\tProposition du ministre (23 août)\tOffre patronale (6 octobre)\tContrats avec les membres de l\u2019Ass.des entr.en const.(12, 13.octobre)\tRèglement final (20 octobre) d)\t(2)\t(3)\t(4)\t(5) 30 cents\t25 cents a\t25 cents\t30 cents\t25 cents c 15c.à la publication du décret\t7c.b à la publication du décret\t7c.le 10 octobre\t15c.immédiatement\t10c.le 23 octobre 1961 5c.à la publication du décret, ou au plus tard le 4 décembre 1961 15c.le 1er avril 1962\t10c.le 1er avril 1962 8c.b le 1er sept.1962\t10c'.le 1er avril 1962 8c.le 1er sept.1962\t15c.à la date fixée par un tribunal d\u2019arbitrage\t5c.le 1er juillet 1962 5c.d le 1er janvier 1963 a 20 cents pour les ouvriers non spécialisés.b 5 cents pour les ouvriers non spécialisés.c 30 cents, si on inclut la contribution patronale maximum (5 cents) au plan d\u2019assurance sociale.d 10 cents, si on inclut la contribution patronale maximum (5 cents) au plan d\u2019assurance sociale.Préférence syndicale Parmi les clauses non économiques, la plus importante concerne la sécurité syndicale.Il y a loin entre l\u2019atelier fermé dont jouissent la plupart des unions de construction dans d\u2019autres grands centres et la promesse de préférence syndicale signée ici le mois dernier.Le Montreal Builders\u2019 Exchange s\u2019engage seulement à recommander vivement à ses membres d\u2019employer de préférence des ouvriers membres de l\u2019un ou l\u2019autre des deux Conseils de métiers plutôt que des ouvriers non syndiqués.Cependant, pour limité que soit l\u2019engagement, il peut avoir une portée non négligeable, si les intéressés le prennent au sérieux.Strictement, la clause ne lie que 1\u2019Exchange, qui en sera quitte avec quelques recommandations, orales ou écrites, à l\u2019adresse de ses membres; mais ceux-ci auront sûrement à cœur de respecter l\u2019intention de leur association, ratifiée dans une assemblée générale subséquente.Avec de la bonne volonté et de la vigilance de part et d\u2019autre, la mesure peut donner d\u2019excellents résultats, par exemple, assurer une plus grande sécurité d\u2019emploi aux ouvriers syndiqués, plus de stabilité dans la main-d\u2019œuvre, et, pour ces deux raisons, un recrutement syndical plus facile.Les parties ont foi dans cette clause puisqu\u2019elles lui ont sacrifié l\u2019essai d\u2019application du bill 90.Si rien n\u2019en sortait, on pourrait appréhender le pire lors des prochaines négociations.D\u2019autant plus que la partie ouvrière a payé cette promesse du prix que lui imposait le bill 90: la renonciation à la grève, au piquetage et à la certification.Renonciation à la grève et au piquetage Les parties s\u2019entendent pour qu\u2019il n\u2019y ait ni grève, ni contre-grève, ni piquetage, ni ralentissement de travail pendant la durée du contrat.DÉCEMBRE 1961 Il s\u2019agit, aux yeux des patrons, d\u2019une grande victoire.La grève et le piquetage, ou plus exactement leur menace, sont un cauchemar pour les entrepreneurs en construction.Ils voulaient à tout prix une garantie contre ce danger.Ils l\u2019ont exigée en compensation de la sécurité qu\u2019ils promettent aux unions.D\u2019un autre côté, la clause n\u2019a peut-être pas toute l\u2019importance qu\u2019on serait porté à lui accorder à première vue.On la retrouve dans bon nombre de conventions collectives.De plus, le bill 78, qui modifie la Loi des Relations ouvrières, interdit précisément toute grève et contre-grève pendant la durée d\u2019un contrat collectif.Sans doute peut-on soutenir que cette interdiction n\u2019affecte pas les unions non certifiées, puisque c\u2019est précisément la certification qui introduit en quelque sorte une union sous cette loi; mais d\u2019autre part, la généralité des termes de la loi donne une solide raison de croire que l\u2019interdiction s\u2019applique à tous les cas.Une fois disparu le droit de grève, il faut le remplacer par une procédure pour le règlement des griefs.Sur ce point, les parties se sont engagées à établir, le plus tôt possible, un système qui donne satisfaction aux deux côtés.Renonciation à la certification La victoire patronale s\u2019étend à un autre point, lui aussi d\u2019importance capitale.Les unions renoncent, pour la durée de la convention, au droit qu\u2019elles possèdent de s\u2019adresser à la Commission des Relations ouvrières pour en obtenir un certificat de reconnaissance syndicale, et d\u2019obliger ensuite l\u2019employeur concerné à négocier un contrat de travail avec l\u2019union en question.Dans le récent conflit, les ferblantiers avaient fait de cette négociation séparée leur cheval de bataille.Les entrepreneurs s\u2019y opposent, entre autres raisons parce que la simple possibilité d\u2019une telle négociation complique leurs soumissions 331 Tableau II Effet des diverses répartitions des hausses de salaires sur le revenu d\u2019un ouvrier de la construction (Augmentation de revenu cumulative au 31 mars 1963) Hypothèses: Ouvrier travaillant.\t\t\tDemande syndicale (Cf.col.1 du tableau I)\tProposition du ministre et offre patronale (Cf.col.2 et 3 du tableau I)\tRèglement final (Cf.col.5 du tableau I) (1)\t\t(2)\t(3)\t(4)\t(5) .12 mois par année\t\t(A)\t834.00\t525.20\t542.00 a \t1961\t(B)\t20 semaines à 15c.l\u2019h.: 120.00 (31 juill.au 15 déc.)\t12 semaines à 7c.l\u2019h.: 33.60 (25 sept, au 15 déc.)\t6 semaines à 10c.l\u2019h.: 24.00 (23 oct.au 1er déc.) 2 semaines à 15c.l\u2019h.: 12.00 (4 déc.au 15 déc.) .iy2 mois par année (1er mai au 15 déc.)\t1962\t(C)\t33 semaines à 30c.l\u2019h.: 396.00 (1er mai au 15 déc.)\t18 semaines à 17c.l\u2019h.: 122.40 (1er mai au 31 août) 15 semaines à 25c.l\u2019h.: 150.00 (1er sept, au 15 déc.)\t9 semaines à 15c.l\u2019h.: 54.00 (1er mai au 30 juin) 24 semaines à 20c.l\u2019h.: 192.00 (1er juill.au 15 déc.) \tTotal\t(D)\t516.00\t306.00\t282.00 .6 mois par année (1er juin au 1er\tdéc.)\t(E)\t420.00\t246.40\t224.00 a $672.00 si on inclut la contribution patronale maximum au plan d\u2019assurance sociale.d\u2019un élément de risque qui peut atteindre une ampleur effarante.Dans le cas d\u2019un contrat général de quelques millions de dollars, une hausse imprévue de 5 cents l\u2019heure peut augmenter le coût de la main-d\u2019œuvre de plusieurs dizaines de milliers de dollars: une erreur de prévision de cette envergure peut devenir fatale, si la marge de profit n\u2019est pas suffisante.Et qui peut prévoir le résultat d\u2019une négociation, à supposer même qu\u2019on sache d\u2019avance qu\u2019une union sera certifiée pour telle construction?Devant l\u2019indéracinable opposition des représentants patronaux à la négociation séparée, les unions durent céder.Leur droit à la certification demeurera suspendu pendant toute la durée de la convention.Notons cependant que cette clause, de même que celle qui interdit la grève et le piquetage, ne protège que les membres du Builders\u2019 Exchange.Rien n\u2019empêche une union ou un syndicat d\u2019avoir recours à ces armes contre tout autre entrepreneur.* Salaires, plan d\u2019assurance et de pension, préférence syndicale, renonciation à la grève et à la certification, telles sont les principales clauses de l\u2019entente qui a mis fin à la grève la plus importante de l\u2019industrie de la construction à Montréal.Si l\u2019on s\u2019arrête au seul contenu du document, comme nous l\u2019avons fait jusqu\u2019ici, on ne peut réprimer un sentiment de déception.L\u2019accord n\u2019apporte aucun changement substantiel immédiat aux conditions de travail.L\u2019augmentation de 25 cents l\u2019heure, d\u2019ici 1963, ressemble à celle des contrats collectifs de même durée dans d\u2019autres grandes industries.La partie ouvrière renonce, pour la durée de la convention, à deux de ses principaux droits, qu\u2019elle n\u2019exerçait d\u2019ailleurs à peu près jamais.La partie patronale fait deux promesses, l\u2019une \u2014 la préférence syndicale \u2014 qui va exiger une adaptation progressive des coutumes d\u2019embauchage de chaque employeur, l\u2019autre qui n\u2019entrera en vigueur que le 1er janvier 1963.Les ouvriers auraient-ils fait la grève pour si peu ?Par contre, si on envisage non plus le contenu, mais le cadre du règlement, la perspective change.Convention collective (( particulière )) Par la signature du bref document mis au point dans les tout derniers jours de la grève, une transformation profonde s\u2019est opérée dans les relations patronales-ouvrières de l\u2019industrie de la construction à Montréal.Jusqu\u2019ici les parties avaient toujours négocié un texte qu\u2019elles soumettaient ensuite au ministre du Travail pour en obtenir l\u2019application à toute l\u2019industrie par un arrêté-en-conseil ou décret.Pour 332 RELATIONS la première fois, cette année, les parties contractantes ont signé une véritable convention collective (plus exactement des notes d\u2019entente: il leur reste à rédiger un texte complet avec les spécifications nécessaires; mais ce détail n\u2019affecte pas la nature du document).Or, ce changement, de caractère juridique, implique un renversement d\u2019attitude: au lieu de s\u2019en remettre à l\u2019État, les parties prennent en mains leurs propres responsabilités.La transformation est d\u2019envergure.Aussi les parties vont-elles mettre du temps à s\u2019y habituer.Car elles arrivaient de loin.Au moment où l\u2019on signa les premières ententes en vue du décret (1934), les conventions collectives ne contenaient guère d\u2019autres clauses que celles des salaires et des heures de travail.Pas question alors de sécurité syndicale, d\u2019assurance collective ou de plan de pension.Rappelons-nous que la Loi des Relations ouvrières date seulement de 1944.Il était donc naturel de faire extensionner le contrat dans son entier.Peu à peu cette pratique, déjà vieille de près de trente ans, a créé des habitudes chez ceux qui la vivaient.Ils négociaient toujours en vue du décret.Ils en vinrent, tout naturellement, à « négocier le décret ».Quelques-uns disaient même qu\u2019il était « illégal » d\u2019inclure dans leurs contrats des clauses non extensionnables.Ils signaient une entente et, si le lieutenant-gouverneur en conseil modifiait le texte de leur requête, ils ne se considéraient plus liés par leurs signatures mais seulement par le décret.Bref, ils avaient apparemment oublié ce qu\u2019est une convention collective.Pourtant, la loi dit explicitement que les clauses d\u2019un louage de travail sont valides et licites.dans la mesure où elles prévoient pour le salarié une rémunération en monnaie courante plus élevée ou des compensations ou avantages plus étendus que ceux fixés par le décret.(Art.13.) D\u2019ailleurs, dans plusieurs régions, les syndicats de la construction se sont prévalu de cet article pour négocier, en plus des matières extensionnables, des clauses de sécurité syndicale, d\u2019arbitrage des griefs, etc.Ainsi, à Québec, l\u2019Association des Constructeurs a, depuis longtemps déjà, concédé au Conseil des métiers de la région l\u2019équivalent de l\u2019atelier fermé, avec pénalités réciproques pour infractions au régime de préférence établi par la convention, l\u2019arbitrage des griefs, un comité de relations industrielles, etc.On appelle souvent cette première (ou seconde) partie du contrat, une convention collective « particulière », signifiant par là qu\u2019elle s\u2019adresse, non pas à un employeur en particulier, mais aux seuls membres des associations concernées.C\u2019est exactement ce que viennent de signer à Montréal le Builders\u2019 Exchange et les deux Conseils de métiers.Ainsi, à la différence de ce qu\u2019elles avaient fait jusqu\u2019ici, les parties ont pris certains engagements qui ne concernent pas, et ne concerneront jamais, toute l\u2019industrie, mais leurs membres seulement.Par exemple, comme nous l\u2019avons déjà noté, la préférence syndicale, la renonciation au droit de grève et de certification, ne regardent que les membres de DIEU A L\u2019ÉCOLE Ce qui doit inquiéter plus encore que la situation précaire de l\u2019Enseignement chrétien, c\u2019est la méconnaissance du principe qui aux yeux de l\u2019Eglise en fonde l\u2019exigence.On lutte pour la survie d\u2019un Enseignement libre chrétien, et c\u2019est bien.Mais de savoir clairement pourquoi on lutte et de lutter pour les vraies raisons, voilà qui est autrement important.En effet, chez les chrétiens eux-mêmes, le régime auquel on s\u2019arrête généralement comme à un idéal, est celui de « cours de religion » bien faits, en marge d\u2019une « école laïque ».Comment en est-on venu à cette conception des choses ?Parmi d\u2019autres causes, il faut bien reconnaître la lente imprégnation des esprits par une mentalité: Dieu n\u2019a plus sa place propre, Il est réduit au « Droit commun ».Le chrétien a fini DÉCEMBRE 1961 l\u2019Exchange et les ouvriers syndiqués.Et il ne saurait en être autrement, puisque ces matières sont en dehors des quatre objets auxquels la loi limite explicitement l\u2019extension juridique.De plus \u2014 autre signe d\u2019une véritable convention collective \u2014 la partie patronale s\u2019engage à accorder, dès le retour au travail (le 23 octobre), une hausse immédiate de 10 cents l\u2019heure.Auparavant on attendait toujours la publication du décret pour commencer à payer les hausses consenties.Ce qui ne veut pas dire que les parties renoncent pour autant aux avantages du décret.En effet, le 24 octobre, elles adressaient une requête au ministre du Travail lui demandant de prolonger de nouveau le décret, en le modifiant de manière à augmenter de 15 cents tous les taux de salaire en vigueur avant la grève.L\u2019avis de cette requête ayant paru dans la Gazette officielle de Québec du 4 novembre, l\u2019arrêté-en-conseil qui obligera tous les assujettis à s\u2019y conformer devrait être publié au début du mois de décembre, soit à la date où les membres du Builders\u2019 Exchange se sont engagés à porter leur propre augmentation de 10 à 15 cents (voir tableau I, col.5).La convention collective « particulière » n\u2019implique pas non plus qu\u2019on abandonne le principe de la négociation multiple simultanée, comme le règlement de la grève le montre clairement.C\u2019est l\u2019association patronale qui négocie et signe au nom de ses membres, mais pour des avantages différents de ceux qui peuvent entrer dans un décret.La convention collective « particulière » produit donc tout simplement deux choses, mais deux choses d\u2019une importance capitale.D\u2019abord elle complète le champ trop limité des clauses extensionnables.Surtout, elle rétablit la convention collective, puisqu\u2019elle comporte un engagement autonome des parties avec application habituellement immédiate du contrat dans son entier.Conclusion Le règlement de la grève de la construction à Montréal n\u2019a pas changé grand-chose aux conditions de travail déjà existantes.Sur les deux points principaux \u2014 sécurité syndicale et plan d\u2019assurance \u2014 on n\u2019a que des promesses.Pourtant, la porte est entrouverte, et c\u2019est énorme.Plus important encore.Grâce à cette entente « particulière », qui complète le décret, les parties ont retrouvé le véritable sens de la convention collective.Pour la première fois depuis trente ans, elles ont pris des engagements par elles-mêmes et pour elles-mêmes, c\u2019est-à-dire sans passer par le truchement du gouvernement et en n\u2019engageant personne d\u2019autre que leurs propres membres.Cette situation devrait redonner du dynamisme au mouvement ouvrier de la construction, que plusieurs considéraient en perte de vitesse depuis assez longtemps.En ce sens, l\u2019entente du 20 octobre 1961 marque un tournant dans les relations patronales-ouvrières de l\u2019industrie de la construction à Montréal.12 novembre 1961.par croire qu\u2019il y a un « Droit commun » pour Dieu.De là à écarter Dieu il y a moins qu\u2019un pas: c\u2019est exactement la même chose.Qu\u2019il y ait une école laïque dans un pays où tant de gens ne croient pas, la conscience chrétienne le reconnaît légitime sans aucune arrière pensée.Mais que les petits baptisés soient élevés dans une atmosphère que l\u2019on a soigneusement, « consciencieusement » stérilisée par rapport à Dieu, c\u2019est ce qu\u2019il est impossible d\u2019admettre comme un bien, car c\u2019est là une erreur, celle qui consiste à faire délibérément de Dieu un objet à côté des autres, une réalité qui a sa place à côté des autres, un être digne peut-être de la première place, mais seulement dans la ligne des autres.Dieu ne peut pas être cela, ou alors il n\u2019existe pas.(S.Exc.Mgr G.Garrone, archevêque de Toulouse: Foi et Pédagogie, Desclée 1961, p.10-11) 333 4joti^on international MEXICO TE DEUXIÈME CONGRÈS MARIAL IN-L-dTERAMÊRICAIN a eu lieu à Mexico du 8 au 12 octobre 1961.92 archevêques et évêques prirent part à la procession des roses.Pour la première fois dans l\u2019histoire, un cardinal mexicain présida des fêtes en l\u2019honneur de la Patronne nationale au sanctuaire national, en qualité de légat pontifical.Il succédait à un Canadien, le cardinal Villeneuve, premier légat pontifical à Mexico, lors du couronnement de Notre-Dame de Guadalupe en 1945.Le 12 octobre 1911, Notre-Dame de Guadalupe avait été proclamée patronne de l\u2019Amérique latine.Elle était la souveraine du Mexique depuis 1737.Dans la bulle par laquelle il donnait à son légat les pouvoirs nécessaires, le pape Jean XXIII invita les peuples d\u2019Amérique à imiter la Vierge et à se mettre sous sa protection.Le Légat proclama sa confiance que Notre-Dame de Guadalupe sauverait les peuples d\u2019Amérique des dangers que leur créent les fausses doctrines et les maux qui en découlent.Le Père Balic, O.F.M., président de l\u2019Académie pontificale internationale mariale, fit allusion aux bombes atomiques qui ont empoisonné notre automne: « La bombe peut causer un désastre atroce; plus terrifiant encore est le désert causé par les doctrines que répandent ces hommes sans Dieu, qui voudraient détruire notre vie sociale et familiale.» L\u2019illustre franciscain est Yougoslave.L\u2019archevêque de Mexico, S.Exc.Mgr Dario Miranda, fit prier l\u2019immense assemblée pour l\u2019Église persécutée de Cuba: A ce moment, où souffre toute une nation sœur et voisine, prions non seulement pour les victimes, mais aussi pour les bourreaux.Ils sont nos frères eux aussi.L\u2019esprit de justice doit triompher en eux; la charité du Christ doit remplir leurs cœurs, afin que nous puissions coexister pacifiquement sur la terre.Justice et charité! Prier pour les bourreaux! Ce sont là des paroles qu\u2019on répète avec émotion, les yeux fixés sur la sainte Vierge.Surtout, peut-être, dans ces pays latins où les divisions, alimentées par un orgueil qui ne veut pas céder, deviennent plus violentes et néfastes qu\u2019ailleurs.Il arrive qu\u2019on prenne les victimes pour les bourreaux; on n\u2019a rien entendu d\u2019aussi étrange que le discours à Moscou du communiste cubajn, Bias Roca.Il prend l\u2019univers (rouge) à témoin que l\u2019Église catholique persécute Castro.Le pape Jean XXIII s\u2019adressa au Congrès le 12 octobre, anniversaire du jour où, pour la première fois, Christophe Colomb vit la terre d\u2019Amérique.Il rappela son encyclique Mater et Magistra, prêcha aux peuples d\u2019Amérique latine la solidarité fraternelle comme la solution des angoissants problèmes qui mettent en danger la paix entre les nations.Cette fraternité est le lien spirituel de l\u2019Amérique latine, dont les nations ont en commun la doctrine catholique; celle-ci leur rappelle leur origine commune, leur destinée identique; elle est la base la plus sohde de la concorde et de la paix.Des foules énormes accoururent au célèbre sanctuaire.Comme au 12 décembre, les Indiens vinrent danser sur la gigantesque Plaza de las Americas devant la basilique.C\u2019est par milliers que les automobiles s\u2019en allèrent à la rencontre du cardinal légat; cent mille enfants prièrent et chantèrent à la messe célébrée pour eux par S.Èxc.Mgr Joseph Mc-Gucken, évêque de Sacramento en Californie.Dans nos journaux, toujours en quête de sensations, nous n\u2019avons pas trouvé trace de tout cela.Passons donc à plus « sensationnel ».2.« Putsch clérico-fasciste à Mexico » / Au moment où se préparait ce congrès, tellement discret et paisible qu\u2019on n\u2019en parla même pas, voici l\u2019histoire qui circula en Amérique du Nord.Je cite la version de Bert Quint, du service de nouvelles de Herald Tribune: nous l\u2019avions lue dans un quotidien de Montréal.Elle courut ailleurs.A Mexico, celle de Harvey Rosenhouse, qui parut dans l\u2019édition espagnole de Life, fit plus de vacarme.Én voici les éléments essentiels.Calme depuis trente ans, le Mexique s\u2019agite.Fin août, des chefs militaires et des membres de la hiérarchie catholique romaine auraient tenu des réunions « non publiques ».Des rumeurs circulèrent qu\u2019on préparait un coup d\u2019État de droite.Le 10 septembre le général Celestino Gasca convoqua chez lui, à Mexico, une réunion de « plusieurs centaines de paysans »; ils tentèrent une révolution aussitôt étouffée.Du 14 au 16 septembre, des émeutes éclatèrent partout: Veracruz, Chiapas, Puebla, San Luis Potosi.Total: trente morts et cent blessés.Il n\u2019y a pas de preuves, mais on est sûr que tout cela est un mouvement de droite.Ceci me parut encore plus bizarre que le million de dollars de Saint-Jean-de-Dieu.Des généraux en service qui rencontrent en conciliabule secret des évêques pour préparer un coup militaire! Jusqu\u2019à Miguel Aleman, qui devint président en 1946, absolument tous les présidents du Mexique furent à la fois militaires et francs-maçons.Tous, sauf le général Manuel Avila Camacho (1940-1946), furent rageusement anticatholiques.Je venais justement de décrire, dans Relations de novembre, l\u2019activité soviétisante et castriste du général Lazaro Cardenas, président du Mexique de 1934 à 1940.L\u2019article de Bert Quint ne tenait pas debout.J\u2019écrivis donc à un ami mexicain, lui demandant ce qu\u2019il pensait de cette histoire.Sa réponse fut exactement celle à laquelle je m\u2019attendais : c\u2019est un tissu de mensonges qui sent son communisme à plein nez.Ça sortait des ateliers de la revue Politico, et voici : a)\tPolitico affirmait que S.Êm.le cardinal José Garibi Rivera avait tenu des assemblées avec plusieurs militaires, dont le commandant de la région militaire de Guadalajara, sans dire l\u2019objet de ces rencontres.Cette nouvelle, fausse et tendancieuse, a simplement pour but de mettre la chicane à l\u2019intérieur du gouvernement.b)\tLe général Celestino Gasca fut un membre en vue de la Casa del Obrero Mundial, fondée par les anarchistes en 1912.Il devint ensuite membre du Parti ouvrier mexicain, duquel sortirent les gros chefs rouges d\u2019il y a trente et quarante ans.Puis, quand ses amis eurent triomphé, il fut quelque temps gouverneur du district fédéral.Aujourd\u2019hui, tout le monde trouve ce vieux révolutionnaire écarlate trop sénile pour être dangereux; depuis longtemps, il est à sa retraite.Il lui arrive, de temps à autre, d\u2019avoir la nostalgie du fracas.Il fait alors des bêtises que d\u2019autres doivent payer.c)\tIl y a eu des désordres à San Luis Potosi, Puebla, et peut-être ailleurs, pour causes diverses.Point de nouvelle de ces 30 morts.Propagande communiste ?Celle-ci travaille à tenir la population dans un état d\u2019agitation.334 RELATIONS d) Survenant après l\u2019algarade du général Gasca et les incidents de Puebla et San Luis Potosi, le Congrès marial interaméricain a démontré une fois de plus qu\u2019au Mexique l\u2019Église et l\u2019État se respectent, se laissent tranquilles, collaborent dans une action culturelle et sociale profitable à tout le monde, et ne dérangent que ceux qui vivent de désordres.De 1913 à 1940, le Mexique a appris sa leçon.Tous, sauf les professionnels de l\u2019agitation, sont lassés des aventures.Eh bien! le voilà, votre canard! Une histoire pour amuser les badauds! UNION SOVIÉTIQUE ET À ENTENDRE LES COMMUNISME MONDIAL /± 80 DÉLÉGATIONS DE 80 PAYS ACCLAMER KHRUSHCHEV quand il monta à la tribune, et plus encore quand il en descendit après ses deux discours-records, on aurait cru que Khrushchev, l\u2019Union soviétique et le communisme mondial, c\u2019était une chose unique, concentrée dans une seule personne.A dire vrai, le communisme mondial, pour le moment, est plus russe que chinois, et nos communistes du cru peuvent être considérés, sans injustice, des agents de la politique soviétique.Quand la délégation canadienne descendit de l\u2019avion, Tim Buck, Leslie Morris et John Weir trouvèrent pour les accueillir « le membre du Présidium du Comité central et Secrétaire du Comité central du Parti communiste d\u2019U.R.S.S., le camarade N.A.Mukhitdinov, le membre suppléant du Comité central du Parti communiste d\u2019U.R.S.S., le camarade L.N.Soloviev, le membre de la Commission centrale de Révision, le camarade V.P.Moskoskij, le vice-président de section au Comité central Shevliagin, et d\u2019autres membres du Comité central ».Ceci, pour nos Canadiens seulement, car ce même 13 octobre arrivèrent à Moscou les délégations communistes du Mexique et de Grèce.Elles eurent chacune un comité d\u2019accueil différent, mais notablement moins brillant que celui des Canadiens.Il est vrai que l\u2019étoile de Mikhitdinov, éclatante comme un météore avant le congrès, s\u2019est passablement assombrie depuis lors.Le bonhomme n\u2019est plus membre du Présidium du Comité central, ni Secrétaire du Comité central, ce qui en faisait un collaborateur immédiat de Khrushchev en personne.Mais on se demande pourquoi Tim Buck voyageait avec un passeport canadien.J\u2019aurais cru le gouvernement soviétique capable de financer lui-même les activités de ses cinquièmes colonnes dans nos pays.Ce doit être comme aux Nations unies.On ne paie pas sa quote-part, mais on se sert de l\u2019organisation pour la démolir à nos frais! Faut-il s\u2019arrêter aux différences qu\u2019il y a entre le discours que notre Tim prononça devant le congrès, et les déclarations qu\u2019imprima l\u2019hebdomadaire les Nouvelles de Moscou ?Laissons aux lecteurs de la Pravda la joie de contempler le « sombre contraste » entre la crise qui plonge le peuple canadien dans l\u2019angoisse, et le radieux progrès soviétique.Chez nous, dit encore Tim, les petits hommes d\u2019affaires souffrent d\u2019une épidémie de banqueroutes, tandis que les travailleurs chôment.Il se fit longuement applaudir quand il proclama que M.Diefenbaker aurait appelé le programme du parti communiste d\u2019U.R.S.S., œuvre de Khrushchev en personne, le « Manifeste communiste de notre époque », ce qui installe le chef rouge sur le même piédestal que Karl Marx.Lisons plutôt ce qu\u2019il a à dire sur les essais nucléaires.Vous ne saviez pas qu\u2019ils sont une des plus grandes manifestations pacifiques inventées par notre étonnant Khrushchev.Voilà pourquoi en regardant la magnifique salle du Congrès, en scrutant les visages pleins d\u2019espoirs des 6,000 délégués et invités qui y sont rassemblés, je répète les paroles prononcées par Nikita Khrushchev.En parlant de la bombe nucléaire de 100 mégatonnes au cours de son rapport il s\u2019est écrié: « Dieu veuille que nous ne soyons DÉCEMBRE 1961 jamais dans l\u2019obligation de faire exploser ces bombes! » Je ne peux dire qu\u2019amen à ce cri du cœur de Nikita Khrushchev.Vous ne saviez pas que Khrushchev et Tim étaient aussi pieux ?Moi pon plus.Ni la Pravda ! J\u2019ai lu ceci dans les Nouvelles de Moscou, destinées à l\u2019étranger.Voici comment le pacifisme soviétique s\u2019exprima par la bouche de son unique porte-parole : Je tiens à dire que nos essais de nouvelles armes thermonucléaires procèdent avec grand succès.Nous les terminerons sans doute bientôt.En dernier lieu, nous ferons éclater une bombe de 50 mégatonnes.(Applaudissements.) Nous avons dit que nous avons une bombe de 100 mégatonnes.C\u2019est vrai, mais nous ne la ferons pas éclater, cette bombe; si nous la faisions partir même dans les endroits les plus éloignés du pays, nous risquerions de casser nos propres fenêtres.(Tempête d\u2019applaudissements.) C\u2019est pourquoi nous ne ferons pas éclater ces bombes.(Pravda, 18 octobre.) Ne dirait-on pas un gros petit bonhomme, faisant partir de gros pétards pour les entendre faire un gros boum.?Ces éclats de rire et ces applaudissements ne sont guère ce « cri du cœur » qui faisait pleurer Tim Buck! 2.Le culte de la personne.Tout le monde sait que Nikita S.Khrushchev a conquis le pouvoir en bataillant contre le « culte de la personne », créé par Stalin, et en promettant à l\u2019U.R.S.S.un gouvernement collégial.Jamais Stalin n\u2019a pourtant poussé le culte de la personne aussi loin que notre Nikita.Dans tout congrès communiste, depuis Lenin, il y avait toujours deux ou plusieurs rapports importants; le rapport politique présenté par le communiste numéro un, et un autre rapport, souvent qualifié de rapport d\u2019organisation, présenté par le communiste numéro deux.En 1925, Stalin partagea les honneurs avec Molotov; en 1927, il y eut six gros rapports, dont le principal fut celui de Stalin.Il tailla des morceaux très applaudis qu\u2019il donna à Kossior, Ordzonikidze, Bukharis, Rykov, Molotov, tous liquidés depuis lors sauf Molotov qui ne l\u2019est qu\u2019aux trois quarts; en 1931, Stalin prit la vedette avec Kaganovitch, Ordzhonikidze, Molotov, Kujbyshev, Yakovlev et Shvernik, aujourd\u2019hui terriblement déplumé; en 1934, avec Molotov et Kaganovitch.Cette fois, si l\u2019on excepte le petit rapport de la commission de révision présenté par Gorkin, Khrushchev parla seul.Tous les autres orateurs se limitèrent à « discuter » le rapport de Nikita.Et l\u2019on sait, en U.R.S.S., ce que discuter veut dire.Les compliments dont on abreuva la soif de notre Nikita pourraient être aisément rédigés sous forme de litanies, Us sentiront peut-être un peu plus l\u2019étable que les extravagances orientales dont on affublait Stalin, mais la substance est la même.Les 6000 délégués durent écouter Nikita les deux premiers jours du Congrès.On voit difficilement comment ces 76 grosses colonnes de la Pravda pouvaient être débitées en moins de seize heures, à raison de cinq colonnes par heure, si vous comptez les interruptions des applaudissements.C\u2019est une rapidité de mitrailleuse.Jamais l\u2019Union Soviétique n\u2019avait subi déluge aussi « personnel ».Il revint à la fin du Congrès avec une autre dose de sept ou huit heures.Les autres orateurs ne pouvaient que reprendre les grandes lignes du chef.Méchanceté des impérialistes, magnifique production soviétique, condamnation des communistes déloyaux, condamnation de l\u2019Albanie.Ce dut être épouvantable de monotonie.Les seuls moments de gaieté vinrent quand on discuta de blé-d\u2019Inde.C\u2019est que Nikita, alors, interrompait de nouveau, et mettait un peu de vie dans tout ça.Le camarade A.B.Gitalov, brigadier de la Brigade - de - Tracteurs - du - Kolkhoze - qui - porte - le - nom - du-Vingtième-Congrès-du-Parti-communiste-d\u2019U.R.S.S., situé dans le district de la Nouvelle-Ukraine, territoire de Kirovograd est à la tribune: 335 D\u2019après les données préliminaires, le coût d\u2019un boisseau de silo dans notre kolkhoze est de 6 kopeks, tandis que celui d\u2019un boisseau de blé-d\u2019Inde est de 42 kopeks.(Applaudissement.s.) Ceci, Nikita Serguieevitch est bien différent de ce qui se passe chez Garst.Je pense que nous gaspillons moins de main-d\u2019œuvre par boisseau de blé-d\u2019Inde que chez Garst.N.S.Khrushchev.\u2014 Vous, Alexandre fils de Basile, écrivez-lui; j\u2019ai étudié chez vous pendant un an et, maintenant, je dépasse votre index économique.Écrivez-lui les résultats que vous avez obtenus dans votre kolkhoze, combien vous avez de blé-d\u2019Inde, en comparaison de ce qu\u2019obtient Garst sur sa ferme.(Applaudissements.) A.B.Gitalov.\u2014 Très bien, Nikita Serguieevitch, je vais lui écrire.N.S.Khrushchev.-\u2014- Au fond, Garst est un homme qui a du bon sens.C\u2019est un capitaliste, mais il veut être notre concurrent sur une base honorable.Il faut utiliser son expérience dans la production du blé-d\u2019Inde.Il en a beaucoup.A.B.Gitalov.\u2014 En 1958, je travaillai chez Garst.Garst est ce fermier de l\u2019Iowa qui reçut en 1958 la visite du chef soviétique et chez qui, débonnaire, il chanta les louanges des hot dogs américains.La seule force capable de distraire Nikita de ses bombes thermonucléaires, de ses spoutniks et du culte de sa personne, paraît être l\u2019épi de blé-d\u2019înde.Mais avec l\u2019idolâtrie dont il a été l\u2019objet au congrès qui vient de finir, comment le faire descendre du piédestal où il pense, parle et divague tout seul pour le tiers « progressiste » de l\u2019univers.Ce n\u2019est qu\u2019après onze jours d\u2019éloquence qu\u2019on accorda deux jours et demi à l\u2019étude du Programme et du règlement du Parti communiste après présentation du rapport de Frol Kozlov.3.L\u2019Unité du Parti.\u2014 Le parti communiste est la seule organisation du monde qui peut se faire amputer de presque tous ses dirigeants, sans provoquer autre chose qu\u2019un léger remous.Tout l\u2019univers avait entendu parler de Vorochilov, Molotov, Kaganovitch, Malenkov, Bulganin, le maréchal Zhukov.Pervukhin, Saburov, Shepilov étaient un peu moins connus à l\u2019étranger.On n\u2019a pas idée du prestige presque sacré dont les soviétiques entouraient ces chefs.Après les accusations de Nikita, la meute se précipita sur ces hommes qui furent mis en pièces devant tout le monde.Aujourd\u2019hui, leur nom a disparu du Comité central, qui a pourtant 175 membres et 155 membres suppléants.Sont-ils encore membres de ce parti communiste dont ils furent si longtemps les chefs?Mikoyan et Shvernik font encore partie du Presidium de onze membres, mais ils arrivent à peine à la cheville de Khrushchev.Anastase Mikoyan avait été membre du comité central depuis 1923, du Politbureau depuis 1935, vice-président du conseil des commissaires du peuple, puis, du conseil des ministres de 1937 à 1953, quand mourut Stalin.Nicolas Shvernik, qui surnage lui aussi, avait été membre du comité central depuis 1925, premier secrétaire des syndicats soviétiques de 1930 à 1944.puis président du Conseil suprême, c\u2019est-à-dire président de l\u2019Union soviétique jusqu\u2019à 1953.Aujourd\u2019hui, devenu l\u2019ombre de lui-même, il se tient dans son coin avec Mikoyan de peur que pire malheur ne lui arrive.Ceux qui se rapprochent le plus de Nikita, Frol Kozlov et Suslov, se tiennent à une distance immensément plus grande que celle qui séparait, par exemple, Kaganovitch ou Molotov de Stalin.Khrushchev a tout éliminé, tout amputé ce qui pouvait lui porter ombrage.Seul, il tient toute la scène pour condamner le culte de la personne et proclamer l\u2019unité du parti.A la séance d\u2019ouverture, il avait réclamé une minute de silence pour honorer ceux qui étaient morts depuis le dernier congrès: Wilhelm Pieck, William Foster, Harry Pollit, Eugene Dennis, Waclaw Potocki, Elias Laferte, Faradjallah Heru, Gaston Monmousseau et les « martyrs » Patrice Lumumba et Inedzizo Asanum.Pas un seul Russe ne fut nommé.Si l\u2019on a le malheur d\u2019être né en U.R.S.S., il faut, pour attirer la sympathie de Khrushchev, être cultivateur de blé-d\u2019Inde ou trayeuse de vaches.Aussitôt qu\u2019on entre dans la politique, il faut se jeter aux pieds de Nikita, fils de Serge, et y rester.C\u2019est un peu la même chose dans l\u2019Internationale.On se demande à quoi rime cette sortie spectaculaire contre.l\u2019Albanie! Et toute la meute soviétique de sauter sur la victime.Les délégués étrangers eurent d\u2019étranges réticences.Quelques délégations, dont celle de Mongolie, se distinguèrent par leur acharnement.La plupart gardèrent une discrétion difficile à analyser.L\u2019ineffable Elizabeth Curley Flynn, qu\u2019on a appelée la grand-mère du communisme américain, dit aux congressistes que le capitalisme périrait comme Samson en entraînant tout dans sa propre ruine.Ses auditeurs durent se demander qui pouvait être ce Samson-là, car ils n\u2019ont pas la culture biblique acquise par notre aïeule il y a longtemps, longtemps.Mais taisons-nous avant que quelqu\u2019un aille chercher cette relique pour l\u2019exhiber, cette fois en français, à Radio-Canada.Chou En-lai reprocha sèchement au chef soviétique d\u2019avoir étalé devant l\u2019univers les divisions qu\u2019il y avait dans le communisme mondial.Les délégations du Vietnam, de l\u2019Indonésie, de l\u2019Inde, du Japon, de la Corée du Nord se turent, mais leur silence à ce sujet était plus significatif que celui de Tim Buck.Quand, après les observations de Chou En-lai.les orateurs soviétiques et une douzaine de délégués étrangers recommencèrent à écharper l\u2019Albanie, Chou déserta.Avant de prendre son avion, il s\u2019en alla déposer une couronne de fleurs sur la tombe de Stalin.Khrushchev vint serrer la main du ministre des Affaires extérieures de Chine à l\u2019aérodrome, mais, presque aussitôt après, il déménagea Stalin de son sanctuaire et le scella dans le mur du Kremlin.Qu\u2019arriva-t-il à la couronne mortuaire de Chou En-lai?Fut-elle jetée à la poubelle?Le vilain affront fut noté dans l\u2019univers.Aussitôt le congrès fini, la débandade commença.Pourquoi ne pas rester voir le pays en attendant les fêtes du 44e anniversaire de la révolution, le 7 novembre ?Tout cela est étrange.Jamais un homme, grisé par la victoire sur tous ses adversaires immédiats et par la puissance infernale de ses armes, n\u2019a couru un tel danger de perdre le peu d\u2019équilibre mental qui lui restât.A l\u2019heure dangereuse où nous vivons, une seule chose nous donne de l\u2019espérance: c\u2019est de voir le pape Jean XXIII préparer tranquillement son concile, et mettre l\u2019Amérique sous la protection de Notre-Dame.Joseph Ledit.6 novembre.L'ÉCOLE ET LA FOI EN DIEU Même dans une école chrétienne, quand le régime de cette première certitude (sur Dieu) ne s\u2019étend pas à tout l\u2019enseignement et à toute la vie \u2014 ce qui ne veut pas dire qu\u2019on en parle à tout bout de champ, mais qu\u2019on y croit en tout \u2014 l\u2019enseignement religieux est supporté comme une addition équivoque, qui grève péniblement les esprits et insinue une gêne jusque dans la Foi.Assurément il est difficile d\u2019accepter cette loi sur toute la surface et dans toute la profondeur de la vie d\u2019une école, mais c\u2019est la vérité qui est difficile.On n\u2019enseigne pas que Dieu est le Principe souverain et la Fin dernière de toutes choses, quand on lui fait seulement place dans la série, fût-ce avec générosité.Dieu ne peut que renoncer à ces honneurs, en laissant entre nos mains seulement un dangereux résidu, verbal ou sentimental.Dieu n\u2019est pas un objet parmi les objets.Il n\u2019est pas davantage un idéal parmi d\u2019autres possibles.En le désignant sous le nom de « Fin dernière », la doctrine chrétienne n\u2019entend pas le constituer élément suprême d\u2019une série, mais le soustraire à toute série, lui ôter toute dépendance, lui subordonner par contre toute réalité et toute action.(Mgr Garrone : Foi et pédagogie, pp.14-15.) 336 RELATIONS Le recensement religieux de Montréal Norbert LACOSTE, prêtre L'A.est professeur agrégé au département de Sociologie de V Université de Montréal «TV Tous AVONS LA RESPONSABILITÉ, en tant que I pasteur, de bien connaître les besoins spirituels de ^ ^ notre diocèse, et cela par les moyens les plus adaptés; c\u2019est pourquoi nous vous demandons, aujourd\u2019hui, de collaborer au recensement de pratique religieuse que nous faisons dans toutes les églises de l\u2019archidiocèse de Montréal b » Cette phrase, tous les catholiques qui ont assisté à la messe le 19 novembre 1961, dans les limites de la zone métropolitaine de Montréal, l\u2019ont entendue, c\u2019est-à-dire de Sainte-Thérèse-de-Blainville à Saint-Bruno, et de Dorion à Notre-Dame-des-Champs.Ajoutons que la ville de Saint-Jean-de-Québec, qui prépare une Grande Mission, a participé également au recensement qui atteint, vraisemblablement, près d\u2019un million de fidèles 2.L\u2019idée d\u2019un recensement de pratique religieuse remonte à une douzaine d\u2019années.Réalisé pour la première fois à l\u2019échelon paroissial à Paris en 1949, il a été effectué en France à l\u2019occasion du recensement civil de 1954 dans une dizaine de diocèses.Le recensement civil canadien de 1961 nous fournit l\u2019occasion de faire un recensement semblable dans la métropole canadienne.Confié à la surveillance scientifique d\u2019un groupe de professeurs du département de sociologie de l\u2019Université de Montréal, il a été préparé par une enquête-pilote effectuée le 27 novembre 1960 dans 10 paroisses, auprès de 33,232 personnes.Les cartes étant numérotées, et distribuées à tous les assistants, un pourcentage de 96.5% est revenu, indiquant l\u2019état civil, le lieu de naissance, l\u2019âge, la langue parlée, l\u2019origine ethnique, le niveau d\u2019éducation et l\u2019occupation des répondants.Profitant de l\u2019expérience de 1960, le bulletin de 1961 est plus court; il comporte 13 questions: sept sont formulées de telle sorte que les réponses puissent être comparées avec les données du recensement civil et six constituent l\u2019enquête plus proprement religieuse.Les questions jumelées au recensement civil: l\u2019âge, le sexe, l\u2019état civil, le lieu de naissance, l\u2019origine ethnique, le degré de scolarité et l\u2019occupation, permettront de trouver dans la population montréalaise les caractéristiques sociales des pratiquants et des non-pratiquants.De nombreux estimés ont été faits à cet égard, mais aucune étude systématique n\u2019a été entreprise à l\u2019échelle diocésaine.Y aurait-il baisse de la pratique religieuse chez les ouvriers plus que chez les hommes de professions libérales ?Les jeunes pratiquent-ils plus que les vieux, les hommes que les femmes, les Canadiens français que les Canadiens irlandais ou italiens ?C\u2019est ce que nous apprendra le recensement religieux.1.\tLettre de S.Ém.le cardinal P.-É.Léger lue dans toutes les églises de l\u2019archidiocèse, le 19 novembre 1961.2.\tA Paris, le 14 mai 1954, 626,000 bulletins furent distribués: on prévoit à Montréal un montant plus élevé.DÉCEMBRE 1961 L\u2019agglomération de Montréal présente-t-elle un cas extraordinaire de pratique religieuse ?« Les enquêtes réalisées au cours de récentes années ont montré que le taux de la pratique dominicale est généralement bas dans les villes: 14% seulement de la population entendent la messe à Grenoble, 15% à Marseille, 20% environ à Lyon, 24% à Bruxelles, mais 12% seulement à Barcelone et 15% encore à Rio de Janeiro3.» Il ne faudrait pas sous-estimer l\u2019importance de la pratique religieuse comme indice de la fermeté de la foi.Au contraire, l\u2019enquête menée par l\u2019Institut français d\u2019Opi-nion publique montre un décalage important au niveau de la foi entre pratiquants et non-pratiquants: 97% des pratiquants français âgés de 18 à 30 ans affirment croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, tandis que seulement 59% des non-pratiquants l\u2019affirment.La foi en la Trinité et en l\u2019immortalité passe de 90% chez les pratiquants à 43% chez les non-pratiquants 4.Chez les Américains, on arrive à des conclusions semblables 5.Cependant, l\u2019enquête de pratique religieuse pose des questions permettant de déceler également des indices de vitalité chrétienne.Le pourcentage de communions nous permettra de déceler des paroisses, des institutions ou des catégories de fidèles fervents.Le questionnaire est anonyme; pourquoi demande-t-on l\u2019adresse ?L\u2019étude-pilote de 1960 nous a démontré que dans une grande ville comme Montréal, un pourcentage assez élevé de catholiques satisfont au précepte dominical dans une autre église ou chapelle que leur église paroissiale.Il faut donc replacer ces pratiquants dans leur secteur d\u2019origine.Cependant, pour conserver la discrétion nécessaire, nous avons suggéré aux personnes qui le désiraient, de mettre un numéro de porte voisin du leur, c\u2019est-à-dire dans le même « bloc ».Nous pourrons, ainsi, retracer le secteur d\u2019origine des pratiquants sans connaître leur identité.Les questions posées sur l\u2019origine ethnique et la langue parlée permettront d\u2019apprécier les besoins des néo-canadiens.Les paroisses nationales remplissent un rôle nécessaire d\u2019intégration pour les arrivants.Dans une ville étendue comme Montréal, quelles catégories de Néo-Canadiens fréquentent leur église nationale?Fréquentent-ils les églises de langue française ou de langue anglaise ?C\u2019est ce que nous apprendra le recensement.Un des problèmes de pastorale les plus importants est l\u2019adaptation à des milieux différents: le nombre d\u2019années d\u2019études et l\u2019occupation nous permettront d\u2019établir, éventuellement, des zones pastorales.Le message du Christ est le même pour la paroisse Saint-Henri ou la paroisse Saint-Germain, mais la prédication et la pastorale doivent être différentes.L\u2019enquête permettra de vérifier ces différences et de prévoir des zones pastorales mieux délimitées.Quand tous ces résultats seront-ils connus ?Il faudra être patient: le recensement civil doit d\u2019abord nous fournir les points de comparaisons afin de pouvoir établir les pourcentages de pratique; pour ce qui a trait au recensement religieux, il faudra codifier 13 millions de questions avant que les machines électroniques de l\u2019Université de Montréal puissent faire les calculs.Nous avons donc une bonne année de travail devant nous; avec la grâce de Dieu.3.\tJean Labbens: L'Église et les centres urbains.\u2014 Paris, Éditions Spes, 1959, p.43.4.\t« Enquête de l\u2019I.F.O.P.» Informations catholiques internationales, 1958, 86, pp.11-10.5.\tA.W.Eister « Some Aspects of Institutional Behavior with Reference to Churches », American Sociological Review, 1952, XVII, pp.64-69.337 -@u foil du moi5 AU SERVICE DU FRANÇAIS Bilinguisme ou sabotage?ILYA QUELQUES SEMAINES, le directeur d\u2019une grande entreprise, diplômé d\u2019université, exhortait ses auditeurs à se montrer « orgueilleux de » leur province! Pourtant, le Français, né chrétien, traite l\u2019orgueil comme un vice.Sans affirmer que corrompre la langue entraîne forcément à corrompre les mœurs, rappelons que to be proud of se traduit par être fier de.Dans un article consacré à honorer nos écrivains, le directeur « littéraire » d\u2019un quotidien de Montréal opine que l\u2019art de penser ne doit pas « débalancer » l\u2019art d\u2019écrire, ni inversement; or, même le Petit Larousse de 1959, si complaisant envers l\u2019anglomanie, ne donne pas le verbe « débalancer », d\u2019ailleurs inutile.Art d\u2019écrire et art de penser s\u2019harmonisent; que l\u2019un ne nuise pas à l\u2019autre.Collaborant au supplément littéraire du même journal, un de nos auteurs emploie la tournure fautive « à prime abord ».En français, on dit: à première vue, que l\u2019anglais imite par at first sight; ou bien: au premier abord et de prime abord; mais on ignore « à (ou au) prime abord ».Répétons que le Français ignore ce qu\u2019il ne sait pas; l\u2019Anglais ignores en outre ce qu\u2019il feint de ne pas savoir, ou ce qu\u2019il néglige, dédaigne, refuse de considérer.Malheureusement, plusieurs journalistes « ignorent » dans les deux langues : ils rapportent que tel groupe a « ignoré » une proposition.que combattent ses membres, non sans motifs réfléchis.Et l\u2019on n\u2019en finirait plus d\u2019éplucher le style du sport.Dans un journal « nouveau » de Montréal, on annonçait, en gros caractères, que les Américains ont « bafoué » les Italiens au tennis: traduction.au son et sotte de to baffle, qui signifie dérouter, décontenancer, jeter dans le désarroi.Le désarroi, hélas! secoue notre milieu, parce que nous y tolérons deux maux intolérables: l\u2019esclavage à l\u2019égard des agences de presse étrangères, un bilinguisme de lâches en politique, d\u2019aveugles à l\u2019école.Au Canada, ce qu\u2019on appelle bilinguisme équivaut le plus souvent au massacre de deux langues.Rares, très rares, les hommes ou les femmes qui maîtrisent parfaitement, de bouche et de plume, deux langues modernes, au simple point de vue de la correction sémantique et grammaticale.Un tel prodige suppose, en effet, une connaissance approfondie de deux idiomes, \u2014 qui s\u2019acquiert seulement après de longues études spécialisées, \u2014 la chance de causer fréquemment avec des experts en linguistique, la nécessité presque journalière de rédiger des textes, en deux langues, sur des thèmes variés, enfin une vigilance verbale d\u2019une lucidité et d\u2019une acuité sans faiblesse.Autant déclarer que le bilinguisme parfait, singulièrement si l\u2019on met en cause l\u2019anglais et le français, vous ne le trouverez ni en France ni en Angleterre.Et des gens, qui se croient bien intentionnés, imaginent que le bilinguisme imposé à l\u2019école primaire va contribuer à notre épanouissement culturel! D\u2019abord posséder sa langue à fond, voilà la condition essentielle du progrès de l\u2019esprit.On n\u2019y travaille point en détraquant les écoliers par l\u2019étude simultanée de l\u2019anglais et du français.Le résultat d\u2019un pareil sabotage, admirez-le dans les perles que nous avons citées.Qu\u2019on me comprenne: je ne dénigre ni ne tance personne.Je constate.Et j\u2019adresse, une fois de plus, un appel à la conscience de notre élite, à la conscience de nos professeurs en particulier.Si l\u2019on retarde même d\u2019un jour l\u2019établissement de l\u2019unilinguisme français au Québec, on se leurre, on démissionne et on trahit du même coup les enfants qu\u2019on a mission de sauver.J.d\u2019Anjou.M ur de Berlin, mur de bonheur Par la brèche de Berlin-Ouest, plus de trois millions d\u2019Allemands ont fui un régime qui devait être bien détestable pour expliquer une évasion aussi massive.C\u2019est ce que vous croyez, cher lecteur.Ecoutez la version communiste.Par cette brèche, des flots d\u2019espions, de saboteurs, d\u2019extrémistes, de revanchards, d\u2019agitateurs, de fascistes se déversaient sur les terres pacifiques et laborieuses de la République démocratique allemande.Les poches bourrées de tracts, de poignards et de svastikas, ils répandaient des doctrines malsaines, semaient le désordre, surprenaient des secrets militaires, propageaient des maladies, débauchaient des têtes faibles, organisaient une véritable traite des Blancs pour alimenter le bagne capitaliste, ses industries, ses lieux d\u2019amusement et ses armées nazies.Contre cette conspiration crapuleuse, il ne restait plus qu\u2019un seul recours: aveugler la brèche, boucher le trou, dresser un mur pour mettre à l\u2019abri d\u2019un monde de perdition les élus du paradis socialiste.La brèche fut aveuglée, le trou bouché, le mur dressé au milieu des acclamations d\u2019un peuple reconnaissant.Si incroyable que sonne cette version, elle est officielle.On n\u2019en entendra pas une autre au-delà du rideau de fer, et aucun citoyen ne pourra la mettre en doute sans passer pour complice, comme aucun communiste de par le monde, ni M.Tim Buck à Toronto ni M.Camille Dionne à Montréal, ne peut la contredire sans être chassé du parti.Le communiste, d\u2019ailleurs, est à cent lieues d\u2019y penser, conditionné qu\u2019il est comme le chien de Pavlov.Il est impossible, se dit-il, que, pleinement conscient de ce qu\u2019est une république socialiste et de l\u2019avenir radieux qu\u2019elle prépare, un ouvrier puisse même songer à prendre le large et retourner à son antique servitude.Il n\u2019y a donc jamais eu de réfugié fuyant le régime communiste.La doctrine communiste enseigne qu\u2019il ne peut y avoir de lutte entre le prolétariat et la dictature du prolétariat.Le mouvement de l\u2019histoire l\u2019interdit.Il n\u2019y a donc jamais eu de révolte populaire à Budapest.Tel est l\u2019obscurantisme de la foi marxiste qui travestit, avec une magistrale puissance de négation et d\u2019affirmation, les faits les plus évidents qui n\u2019ont plus qu\u2019à se plier aux principes.Messieurs Walter Ulbricht et Otto Grotewold ont peut-être des têtes de croquemorts, mais ils respirent la bonté même, la liberté et la vie! Et ainsi de suite.L.d\u2019Apollonia.Nos psychologues savants La psychologie fait mal à la tête par le temps qui court et le Mouvement laïque de langue française a pu l\u2019apprendre en son récent congrès.Il avait tenté de reprendre dans la sérénité et l\u2019objectivité les graves problèmes qu\u2019il avait agités à travers mille contradictions en avril.Il était sur le point de réussir car ses nouveaux exposés étaient sérieux, sereins, même celui de M.Maurice Blain n\u2019offensait personne.Il a fallu les psychologues pour gâter l\u2019affaire et nous remettre dans le climat des dénonciations émotives, agressives et stériles.Car il est un peu simple de nous dire, avec toute la psychologie et les doctorats qu\u2019on voudra, que la raison n\u2019a rien à faire avec la Foi et que l\u2019humanisme se construit sans celle-ci.Pascal était d\u2019un autre avis quand il écrivait « que l\u2019homme (et donc l\u2019humanisme) passe infiniment l\u2019homme » (et donc aussi la raison) (Pensées, VIII, 1).Je m\u2019étonne qu\u2019un homme penché à la journée sur les complexes qu\u2019il faut dénouer ait oublié qu\u2019ils s\u2019enracinent fondamentalement dans les suites que nous a laissées le péché, et qu\u2019il faudra pour en guérir radicalement, la Résurrection.Par là encore l\u2019homme passe infiniment l\u2019homme.Quant à apprécier le verdict d\u2019inaptitude foncière qu\u2019apporteraient communément aux prêtres et aux religieux, pour éduquer les jeunes, la chasteté parfaite, vouée ou promise, et la difficulté « extraordinaire » de la sublimation qu\u2019elle appelle, je préfère m\u2019en fier à la sagesse de l\u2019Église qui a toujours jugé aptes ses prêtres et religieux à éduquer les enfants, même en matières profanes, encore qu\u2019il puisse y avoir des cas d\u2019exception.Sa Sainteté Jean XXIII est encore de cet avis; il disait, le 14 juin dernier, aux Frères des Écoles chrétiennes: J^elationé à $5 A partir de janvier 1962, le prix de l'abonnement à « Relations » sera de $5 par année.Les frais sans cesse croissants de production et d'administration ainsi que la volonté de toujours offrir à nos lecteurs une revue de première qualité nous forcent à prendre une pareille décision.Comme lors des augmentations précédentes, nous comptons sur les fidélités qui ont jusqu'à ce jour soutenu notre effort.Vous occupez dans le grand organisme catholique une place de choix, à laquelle vous apportez votre vocation originale et si riche de Frères enseignants.Il faut le souligner avec force, la formation chrétienne de la jeunesse est une tâche primordiale.Rien ne peut remplacer cette lente imprégnation des vertus chrétiennes que procure un enseignement donné par des maîtres qui y ont voué leur existence.La floraison des écoles catholiques dans le monde entier est une des plus nobles gloires de l\u2019Église.L\u2019autre exposé est également à sens unique.Si le milieu scolaire catholique peut être traumatisant pour des enfants de parents agnostiques ou non croyants, le milieu familial de ces enfants, parce qu\u2019agnostique ou sans vitalité religieuse, n\u2019est-il pas aussi traumatisant pour l\u2019enfant créé par Dieu et pour Dieu, et qui aspire de toutes ses virtualités à la Lumière ?Les traumatismes de l\u2019école peuvent avoir commencé au foyer, et c\u2019eût été de bonne méthode de nous le dire.Des psychologues à sens unique.Des réformateurs à réformer.Medice cura teipsum ! G.Robitaille.15 novembre 1961.Cartes de souhaits Noël approche.La joie de l\u2019an neuf éclatera bientôt.Occasions de souhaits jaillis de nos cœurs désireux de paix, soucieux de fraternité.Chance aussi de témoigner que notre tendresse et notre amitié prennent source au Cœur de Celui par qui nous appartenons à la famille du Père de toute béatitude.La naissance du Sauveur, le commencement de l\u2019année doivent inspirer aux croyants, aux catholiques en particulier, des sentiments de piété religieuse et familiale.A conserver mordicus, parmi nos traditions chrétiennes, la communion de Noël et la bénédiction du Jour de l\u2019An.De plus, le sens que nous avons des vraies valeurs, comment paraître le renier ou simplement l\u2019oublier dans le choix des symboles par lesquels nous exprimons nos vœux de bonheur?Nous n\u2019adorons ni la chair ni le sang, pour parler comme l\u2019Évangile.« L\u2019homme passe l\u2019homme », commente Pascal; il se définit par son aptitude à épouser Dieu: capax Dei, selon l\u2019énergique raccourci de saint Thomas transposant saint Augustin.Ne manquez pas de vous en souvenir lorsque vous souhaiterez le bonheur \u2014 la plénitude de la Vie \u2014 à un être que vous aimez.La Vie, c\u2019est Jésus-Christ.Noël sans allusion à Lui?Ignorance, contradiction ou apostasie.Et puisque la patrie québécoise semble recouvrer, avec sa fierté, le goût de l\u2019entraide nationale, ayons la logique de préférer les cartes de souhaits que nos artistes ont su peindre ou dessiner.Cherchons leur signature.Je ne les connais pas tous.Plusieurs travaillent pour une clientèle privée.D\u2019un Avent à l\u2019autre, émergent de nouveaux talents.Mais si, au bas d\u2019une illustration, vous lisez Cléo, Frai, Mia, SM, SBL, Gaby ou Perrault, vous avez affaire à une œuvre de chez nous.Enfin, observez le conseil que nous donnions l\u2019an dernier (Relations, déc.1960, p.319): N\u2019achetez à aucun prix (c\u2019est le moment de le dire) images ou dessins que dépare une incorrection de langue.Expliquez votre attitude au marchand.Incorrectes, les formules Meilleurs vœux et Meilleurs souhaits, traduites servilement et mal de l\u2019anglais Best Wishes.Même dans leur tournure verbale, que nos vœux associent bonheur et perfection.J d\u2019Anjou.338 RELATIONS DÉCEMBRE 1961 339 La gauche et la droite - Il Raymond BOURGAULT, S.J.CMOTS renvoient aux concepts et les concepts à la réalité.Un premier article a déjà analysé le vocabulaire et le contenu conceptuel de la gauche et de la droite1.Cette étude nous a préparés à scruter la réalité.Celle-ci est multiforme.C\u2019est, pour une part, affaire de tempérament, de sexe, de milieu social; pour une autre part, un problème de sociologie de la connaissance; pour une autre encore, une face du mystère de l\u2019existence spirituelle.Il y a un avantage certain à départager ces domaines et à éviter de confondre les ordres ou les niveaux de réalité.On en distinguera trois principaux: l\u2019ordre de la nature, l\u2019ordre de la raison, l\u2019ordre de l\u2019esprit.Et on analysera ici quelques aspects du premier, entendant par nature cette partie de l\u2019homme qui participe de l\u2019animalité et tout ce qui se greffe sur elle.La méthode dialectique aura à rendre intelligible une triple opposition: celle des tempéraments de dépense et des tempéraments d\u2019épargne, celle des maîtres et des serviteurs, celle des hommes et des femmes.On se contentera de simples suggestions qui orientent la réflexion en situant les problèmes.Les tempéraments Les hommes naissent dotés d\u2019un tempérament qui les prédispose à un comportement préférentiel.Or le tempérament est d\u2019essence biologique, ou plus exactement neurovégétative.Le système nerveux végétatif règle le fonctionnement d\u2019organes relativement autonomes qui dépendent de lui pour leur adaptation aux conditions du milieu et aux besoins de l\u2019organisme.Et ce système est double: orthosympathique et parasympathique ou vague.Les nerfs orthosympathiques sont vasoconstricteurs et les nerfs parasympathiques sont vasodilatateurs; les premiers accélèrent les mouvements du cœur et ralentissent les mouvements de l\u2019estomac et de l\u2019intestin, tandis que les seconds ralentissent les mouvements du cœur et accélèrent ceux du système digestif.Idéalement et abstraitement, les actions antagonistes des deux systèmes ortho- et parasympathique s\u2019équilibrent.Pratiquement et concrètement, l\u2019un des deux prédomine et le tempérament est un effet du léger déséquilibre initial et constant en faveur de l\u2019un ou de l\u2019autre système.Là où les vaisseaux sanguins sont dilatés, où le cœur bat à un rythme accéléré, où le système digestif est moins exigeant, on a affaire à une dominante sympa-thicotonique, à un tempérament de dépense, dans le cas contraire à une dominante vagotonique, à un tempérament d\u2019épargne.Celui-là vit au-dessus de ses revenus, celui-ci au-dessous.L\u2019un a toujours trop d\u2019énergie, il est entreprenant, infatigable, l\u2019échec l\u2019excite à rebondir; l\u2019autre est vite à bout de forces, s\u2019occupe à récupérer, les insuccès répétés le replient sur lui-même et il laisse à de plus endurants le soin de prendre des initiatives.Advenant la capacité de se libérer des atavismes politiques, il y a des chances pour que le premier soit libéral et le second conservateur, \u2014 pas au sens, évidemment, de nos partis rouge et bleu d\u2019il y a quelques années.1.Voir Relations, octobre 1961, p.273 et ss.S\u2019il est vrai que, à la différence du caractère qui est acquis, le tempérament est donné, on voit que le nombre de ceux qui, par la faveur d\u2019une éducation exceptionnelle et d\u2019une volonté tenace, en viendront à restructurer en profondeur leur constitution de base, sera extrêmement réduit.Les saints et les héros sont rares.11 suit de là une importante conclusion.Il ne serait pas juste de dire, comme on l\u2019entend répéter en certains milieux, qu\u2019aujourd\u2019hui, il faut être de gauche.La vérité est que, aujourd\u2019hui comme hier et comme demain, il faut être soi-même.Ne forcez pas votre talent, vous ne feriez rien avec grâce.Beaucoup de tempéraments d\u2019épargne feraient bien, par besoin inconscient de surcompensation, de ne pas trop loucher vers la gauche, et de se rappeler que le pesant attelage qui tire le coche est sans doute aussi efficace que le cocher qui le fouette et que la mouche qui le harcèle.N\u2019est pas à gauche qui veut ! et la main droite est utile aussi peut-être ?La société est un corps aux fonctions complémentaires.Deux yeux suffisent à diriger tout le corps dans l\u2019espace; un petit nombre d\u2019hommes dynamiques, \u2014 la gauche au sens favorable, \u2014 suffit à conduire une société dans l\u2019existence.Les bons hommes de gauche, ardents, sincères, résistants, justes, courageux, créateurs, sont rares.Les hommes qui font l\u2019histoire et dont l\u2019histoire retient les noms sont, d\u2019après les catégories popularisées par René Le Senne, des Passionnés, des Colériques, des Sanguins et des Nerveux; mais sans une masse de Flegmatiques, de Sentimentaux, d\u2019Amorphes et d\u2019Apa-thiques qui les admire et les suit, ceux-là s\u2019entretueraient comme des taureaux furieux.Il y a peu de mâles dans un troupeau.Et peu de bons pasteurs.Les types de civilisation Chose étonnante à première vue, la distribution statistique des tempéraments d\u2019épargne et des tempéraments de dépense n\u2019est pas la même chez tous les peuples.Il existe des peuples où les tempéraments d\u2019épargne sont plus nombreux et plus influents que les autres.Les peuples paysans figurent parmi ceux-là, et le nôtre était, jusqu\u2019à il y a peu, presque exclusivement paysan.Sur la terre, l\u2019homme doit se soumettre au rythme de la nature, des hivers et des étés, des pluies et des sécheresses, des abondances et des disettes; il faut durer, attendre, répéter les gestes ancestraux; « au pays de Québec, rien ne doit changer », peut se dire de tous les pays de cultivateurs.L\u2019épargne y est une vertu, et l\u2019avarice une tentation.Les paysans sont pacifiques, et votent contre la conscription.Leur agressivité se libère dans la chicane et l\u2019esprit procédurier, leur effectivité dans les soirées de famille et les assemblées villageoises.Dans ces « peuples de la nature » (Naturvôlker, comme disent les Allemands), il n\u2019y a pas de place pour la gauche.C\u2019est déjà assez ardu de subsister, que personne ne songe au changement.Mais il y a des peuples où les tempéraments de dépense l\u2019emportent: ainsi les chasseurs d\u2019autrefois et les pasteurs-guerriers (et aujourd\u2019hui les peuples belliqueux et les mercantiles).Ceux-là sont toujours en mouvement, ce sont des nomades, sans patrie, à la poursuite du gibier ou des verts pâturages.Agressifs par nécessité, ils vont toujours armés, prompts à la colère et à la vengeance, à la razzia et à la guerre d\u2019escarmouches.Ils sont généreux, et ne s\u2019alourdissent de rien, même pas de leurs morts.Du passé ils ne retiennent 340 RELATIONS que les randonnées glorieuses et les exploits de leurs preux, modèles épiques et héroïques qui les projettent vers l\u2019avenir.Parmi eux prévaut la morale de l\u2019honneur et de l\u2019excellence, l\u2019esprit chevaleresque.La rencontre des paysans et des pasteurs-chevaliers, qui caractérise la formation de presque tous les peuples historiques, a rarement abouti à une fusion.Mais les premiers ont tourné leur passivité active devant la nature en patience et en loyauté, et parfois en complexe d\u2019infériorité.Les seconds ont exploité leur avantage et développé leur volonté d\u2019excellence jusqu\u2019au complexe de supériorité.Un peuple d\u2019esclaves et un peuple de maîtres sont en rapport dialectique à la recherche d\u2019une synthèse longtemps différée ou, quand les circonstances s\u2019y prêtent, à un renversement de la situation.Nous sommes donc un cas d\u2019espèce, et de nous en rendre compte peut nous guérir de la névrose collective qui nous inhiberait.Nous ne pouvions pas ne pas être traditionna-listes et conservateurs, politiquement sujets et économiquement inférieurs.C\u2019était une question de vie ou de mort.Et nous avons vécu, têtus comme nos ancêtres bretons.Et nous pouvons tourner nos malheurs en avantages.Le célèbre vieux dicton que rapporte Eschyle: « Il faut souffrir pour comprendre », fournit peut-être la clé de notre destin.Ayant souffert de notre sujétion séculaire et rêvé de grandeur nationale, nous sommes payés pour comprendre que nos traditions conservées jalousement peuvent servir de tremplin à l\u2019élan créateur qui s\u2019empare de notre jeunesse.La paléontologie n\u2019a-t-elle pas érigé en loi de développement cette observation remarquable que ce sont les plus petits êtres et ceux dont le segment de vie intrautérine et le segment de l\u2019adolescence sont le plus longs, qui ont l\u2019avenir pour eux?Au lieu de dépenser leurs forces à s\u2019accroître comme les immenses Sauriens du Secondaire, ils les conservent pour le développement de leur cerveau.Peut-être n\u2019avons-nous été si lents à naître à la vie de l\u2019intelligence que parce que nous étions réservés pour le siècle qui vient.Notre potentiel évolutif est peut-être incomparablement plus grand que celui des immenses empires qui s\u2019entrechoquent et menacent de s\u2019entre-détruire.L\u2019avenir n\u2019est pas à ceux qui renient leur passé, mais à ceux qui se souviennent et qui font confiance à la Vie.Que la gauche ne soit pas injuste pour cette admirable droite sans qui elle ne serait pas.Les sexes Voici un autre aspect de la question.En général, les femmes ont un tempérament d\u2019épargne, et les hommes un tempérament de dépense.Chez les premières, du moins quand elles ne violentent pas la nature par souci esthétique, prédomine le tissu adipeux où s\u2019engrangent les réserves dont la mère a besoin pour donner et conserver la vie.Chez les seconds, quand ils ne sont pas efféminés, prédomine le tissu musculaire.Elle est édifiée pour la vie et la paix, il est bâti pour la mort et la guerre.Des deux instincts de base, sexuel et agressif, l\u2019un caractérise la Dieu n\u2019est pas un être quelconque, mais « la Source, le Principe et la Fin de tout être ».Qu\u2019importe qu\u2019on l\u2019ait dit dans une classe de catéchisme, si on accepte de faire comme si cela n\u2019était pas, en habituant l\u2019enfant à croire que l\u2019histoire ou les sciences n\u2019ont rien à voir avec l\u2019instruction religieuse ?Dans cette profon- DÉCEMBRE 1961 femme et l\u2019autre l\u2019homme.Elle est spontanément favorable à l\u2019évolution et lui à la révolution.Ils sont en rapport dialectique comme Vénus et Mars dans la légende gréco-romaine, et tendent à former le couple par excellence dans le mariage monogame et stable où, normalement, ils se modifient l\u2019un l\u2019autre pour le mieux.Mais ici également un des sexes importe plus que l\u2019autre en certains domaines.La femme est reine du foyer, l\u2019homme est le maître de la maison et son représentant devant l\u2019assemblée des notables de la cité.Mais il arrive que la fonction politique masculine soit désaffectée, et que la fonction maternelle soit envahissante.C\u2019est assez ordinairement la situation dans les sociétés paysannes, où l\u2019on a affaire à une sorte de matriarcat, entendu au sens large de culture dominée par les représentations et les institutions de caractère plutôt maternel.Si bien que, au contraire de ce qu\u2019ont écrit plusieurs collaborateurs du numéro spécial de juin dernier du Devoir sur la femme, nous serions enclin, avec plus d\u2019un observateur étranger, à croire que ce n\u2019est pas le statut de la femme qui est inférieur chez nous, mais celui de l\u2019homme.Nos femmes et nos mères font ce qu\u2019elles ont à faire, mais les hommes n\u2019ont pas encore eu l\u2019opportunité de prendre toutes leurs responsabilités politiques.Les femmes sont à droite, les hommes sont à gauche, elles conservent la nature et la tradition, ils créent l\u2019histoire.Encore faut-il que les circonstances s\u2019y prêtent.Notre mâle vigueur n\u2019a pas encore obtenu le plein emploi de ses puissances.Cependant, si notre civilisation traditionnelle est féminine, elle n\u2019est pas efféminée.Du moins pas encore.Elle n\u2019a sans doute pas besoin d\u2019être martiale pour éviter d\u2019être aphrodisiaque, mais les années qui viennent décideront entre la féminisation ou la virilisation de la culture.Il est impérieux qu\u2019augmentent parmi nous les hommes forts et courageux, et que la force soit, autant que l\u2019humilité et la douceur, considérée comme une vertu.Le royaume de Dieu est promis aux doux, mais il est dit aussi que ce sont les violents qui l\u2019emportent.Le Seigneur donne sa paix, mais il avait dit auparavant qu\u2019il n\u2019était pas venu apporter la paix mais la guerre.La paix est une préparation à la guerre, et la guerre un moyen d\u2019assurer une paix plus profonde et plus durable.La droite existe d\u2019abord pour qu\u2019ensuite émerge la gauche, et la gauche n\u2019a pas d\u2019autre sens que de créer de nouvelles valeurs qui seront conservées par une nouvelle droite.La femme est pour l\u2019homme, afin qu\u2019il ait la vie, et l\u2019homme est pour la femme afin qu\u2019elle ait la vie en abondance.Animus est intermédiaire entre deux formes à'Anima.La raison virile se situe entre la nature et la grâce, qui sont féminines.La famille est ordonnée à l\u2019État, société parfaite en son ordre, et l\u2019État est ordonné à l\u2019Église, société parfaite en un ordre supérieur.Et l\u2019Église est considérée par l\u2019Écriture comme une Femme accueillante et féconde.Puisse la droite comprendre qu\u2019elle existe pour que la gauche émerge de son sein, et puisse la gauche réaliser concrètement qu\u2019elle doit exister au plus tôt pour être dépassée au temps voulu.Qui nous enseignera l\u2019Harmonie?deur de l\u2019âme où les faits inscrivent plus de traces, et plus durables, que les meilleurs discours, Dieu est classé comme un objet entre autres.C\u2019est assez pour qu\u2019un jour ou l\u2019autre on s\u2019étonne de cet objet superflu, et qu\u2019on s\u2019en débarrasse.Ce sera justice! Dieu n\u2019était pas cela! (Mgr Garrone : Foi et pédagogie, p.12.) 341 Le coup d'Etat de la Syrie Pcul-M.LUAP Notre correspondant sur les affaires du Proche-Orient commente de Beyrouth le récent coup d'Etat survenu en Syrie.\\ MON BUT, en vous adressant ce commentaire des derniers événements de Syrie, n\u2019est pas de vous faire un tableau détaillé de la révolution syrienne.Tous les journaux se sont longuement étendus là-dessus et je ne vous apporterais rien de nouveau.Le point de vue où je voudrais me placer est tout autre.Je voudrais essayer de vous recréer l\u2019ambiance psychologique dans laquelle s\u2019est déroulé le coup d\u2019État.Cela vous permettra, bien plus que des faits bruts, de porter sur les affaires du monde arabe, complexes à l\u2019extrême, un jugement assez conforme à la réalité.D\u2019autant plus que les relations entre pays du Croissant fertile s\u2019expliquent beaucoup moins par la logique des affaires et des échanges monétaires, comme c\u2019est le cas pour les pays d\u2019Amérique, que par une ambiance existentielle où les intuitions et les sentiments constituent les facteurs les plus importants.* * * Dans la sécession de la Syrie, une chose saute aux yeux: le désir d\u2019union persiste dans tout le monde arabe et même, chose curieuse à première vue, entre Damas et Le Caire.La réaction des Occidentaux et des européanisés vous fera comprendre, par contraste, le climat psychologique des Arabes, face au coup d\u2019État de Syrie.Dès les premiers communiqués de Radio-Damas, le jeudi 28 septembre, vers huit heures du matin, la joie et la détente étaient manifestes dans les milieux occidentaux de Beyrouth; chez les Arabes de Syrie et du Liban il y avait, autant que je puis en juger, de la détente mais non pas de la joie.Selon un témoin oculaire qui arrive de Syrie, les manifestations populaires en faveur de la révolution étaient calmes, rarement joyeuses, jamais exubérantes, et cela, non seulement le premier jour, alors que la révolution n\u2019était pas encore assurée du succès, mais même au moment où triompha le coup d\u2019État.Sans doute, à y regarder de près, les Syriens, en secouant le joug égyptien, avouaient leur erreur; car, ce sont eux qui, influencés par les théories du Ba\u2019ath et craignant que le communisme ne s\u2019installe en Syrie, ont demandé l\u2019union de leur pays avec l\u2019Égypte.Un complexe de gêne, normal de la part des Syriens, peut expliquer partiellement le \u2019manque d\u2019enthousiasme du coup d\u2019État, l\u2019absence de véhémence et de passion qui caractérisent depuis toujours les révolutions arabes.Mais une raison bien plus profonde, me semble-t-il, entre en ligne de compte.Les Arabes, d\u2019une part, unifiés, plus de 400 ans durant, par l\u2019Empire ottoman, d\u2019une façon humiliante, parce qu\u2019à un niveau purement administratif, et d\u2019autre part, divisés brutalement par les mandats français et anglais, qui les soumettaient à des gouvernements et à des cultures étrangères, différentes voire opposées, ont développé un immense désir de liberté, de résurgence et de libre unification.Les « prophètes » du Ba\u2019ath, les Haurani, les \u2019Aflaq, les Bitar ont exprimé ce désir en leurs discours et leurs écrits, mais théoriciens et idéalistes, ils ont dépassé la mesure, oublié le réel et les circonstances concrètes du monde arabe.Finalement, ils ont voulu concrétiser leur « idée abstraite », s\u2019il est permis d\u2019employer ce pléonasme, en Nasser, « l\u2019homme fort » du monde arabe.Ce fut l\u2019union de 1958, ce fut la R.A.U.Les « prophètes » du Ba\u2019ath désiraient-ils exactement cette union avec les conséquences qu\u2019elle a eues pendant ces trois années d\u2019existence ?Par ces mots qu\u2019ils répétaient sans cesse, avant le fait de la R.A.U.: « Les Arabes doivent être étroitement unis, ils ne doivent plus former qu\u2019une seule âme »; entendaient-ils autre chose?Quoi qu\u2019il en soit, Nasser, lui,, les prit au mot, parce qu\u2019il est, lui aussi, un idéaliste, mais,, et c\u2019est de là que vient le drame, il est un idéaliste qui prétend réaliser l\u2019idée qu\u2019on lui propose, il est un « idéaliste concret »\u2022 et, en pays arabe, cela est dangereux.Au fond, l\u2019erreur de Nasser est d\u2019avoir pris au sérieux les théories « passionnées » (parce que passionnées et incarnées), des « prophètes » du Ba\u2019ath, qu\u2019il a cru réalisables.Je ne prétends pas que ces.idées de l\u2019élite syrienne ne correspondent pas à un désir réel du peuple arabe; je l\u2019ai dit plus haut, les Arabes ont développé au cours des siècles, au sein et à cause de leurs déboires-communs, un sentiment profond de fraternité, qui est la base à partir de laquelle ils aspirent à l\u2019union la plus étroite.* * * C\u2019est à partir de ces données que peut s\u2019expliquer l\u2019attitude de Nasser, apolitique et illogique pour plusieurs, devant le coup d\u2019État syrien.Lorsque le maréchal Amer se mit en rapport avec lui, de Damas, lui exposant le désir des sécessionnistes de maintenir l\u2019union, moyennant certaines conditions, notamment la reconnaissance par Le Caire des particularités syriennes, la réorganisation des partis politiques, bref, l\u2019évolution de l\u2019union en fédération, Nasser refusa net en une phrase qu\u2019il devait répéter sans cesse dans ses discours-ultérieurs: « La mousâwama \u2014 pas de compromis.» Devant cette intransigeance, la révolution, un moment hésitante \\ reprit de plus belle pour aboutir, en trois jours, à un succès total.L\u2019attitude de Nasser fut interprétée de différentes façons: le pouvoir a-t-on dit, l\u2019a faussé, il est devenu incapable psychologiquement de se voir imposer une position, une attitude qu\u2019il n\u2019a pas voulue lui-même, il veut être le chef suprême, absolu.Selon d\u2019autres, Amer l\u2019aurait involontairement induit en erreur, en lui laissant croire que la rébellion était moins sérieuse qu\u2019elle ne l\u2019était; d\u2019aucuns enfin disent que Nasser désirait provoquer une contre-révolution populaire, ce qui aurait grandi son prestige et fondé sa politique qui est, depuis quelques années, de s\u2019adresser directement au peuple, par-dessus la tête des gouvernants.Cette dernière solution me semble plus fondée que les autres.Cependant, le motif qu\u2019on allègue de ce désir chez Nasser d\u2019une contre-révolution populaire, à savoir une certaine obsession du pouvoir et du prestige sur le peuple, me paraît une interprétation rapide et simpliste de la psychologie du Raïs égyptien.Ce que j\u2019avance ici n\u2019est qu\u2019une hypothèse, un essai d\u2019explication de l\u2019attitude de Nasser et de sa mentalité.Je ne prétends pas qu\u2019elle s\u2019impose d\u2019emblée à l\u2019esprit.En s\u2019adressant directement au peuple syrien, immédiatement après avoir lancé à trois reprises son « la mousâwama \u2014 pas de marchandage », en d\u2019autres termes, après avoir consommé la rupture entre Le Caire et Damas, Nasser a joué sa dernière carte, le peuple.Ses appels aux Arabes de Syrie sont émouvants: « La foi et l\u2019union des Arabes vaincra.Ne te laisse pas détourner de l\u2019unité par une clique de bour- 1.Cette attitude des officiers syriens qui ont voulu, à un moment donné, reprendre contact avec Nasser, n\u2019est pas claire.Etait-ce tactique pour gagner du temps afin de maîtriser par surprise l\u2019imposante garnison égyptienne des environs d\u2019Alep?On l\u2019a prétendu.Etait-ce faiblesse momentanée, ou encore désir sincère d\u2019une union plus large entre la Syrie et l\u2019Egypte sous l\u2019égide du Raïs?.Il faut attendre des éclaircissements ultérieurs pour se prononcer.342 RELATIONS geois capitalistes qui font le jeu du colonialisme.».Et la radio du Caire d\u2019enchaîner: « Mon frère syrien, tu triompheras, tu triompheras », répétant ce leitmotiv comme le refrain d\u2019une musique nationaliste qu\u2019il venait scander toutes les trois minutes, et cela, pendant trois jours.Cette attitude de Nasser n\u2019était pas dictée purement et simplement par la démagogie.Il croyait au peuple, convaincu qu\u2019il symbolisait l\u2019idéal d\u2019union des Arabes.Sauver la R.A.U., c\u2019était prouver au monde entier que les Arabes étaient capables de former une nation une, qu\u2019ils étaient aptes à concrétiser leur idéal.Il l\u2019a dit lui-même: « La base de tout mon système c\u2019est la R.A.U.» On comprend son émotion lors de son dernier discours, au moment où il s\u2019avouait vaincu.Le peuple n\u2019avait pas bougé à son appel: Nasser avait tablé sur une chimère, sur une illusion.Son idéalisme l\u2019a trompé.La radio de Damas après la victoire, devait répéter plusieurs fois cette phrase : « Lam yajharn Nasser Souria \u2014-Nasser n\u2019a pas compris la Syrie.» Au fond, ce que Nasser n\u2019a pas compris, c\u2019est le dualisme du Syrien et de l\u2019Arabe en général.Ce que son idéalisme l\u2019empêchait de voir, c\u2019est que le Syrien, concrètement, est un commerçant (je parle ici de la classe moyenne syrienne).Ses grandes idées sur l\u2019union, sur le panarabisme, sur le socialisme, sont des idées abstraites, « inconcrétisables », parce qu\u2019inconciliables avec le mercantilisme concret.Au fond, passez-moi cette boutade, Nasser est un socialiste anglais fourvoyé en pays arabe.Quand il taxe les réactionnaires syriens de déviationnistes, faisant le jeu de l\u2019Occident colonialiste, il ne s\u2019agit pas d\u2019une creuse phraséologie de démagogue.Nasser croit à ce qu\u2019il dit, mais il se trompe, car il considère l\u2019attitude réactionnaire syrienne, « bourgeoise, individualiste et égoïste » comme il le dit, comme étrangère à l\u2019authentique mentalité arabe et syrienne, en particulier, qui est de tendre à une union totale afin de réaliser une seule nation.Or, c\u2019est le contraire qui est vrai: ce qu\u2019il y a de vraiment concret chez les Arabes, ce qui correspond étroitement à la mentalité des Syriens, des Libanais et des Égyptiens, c\u2019est précisément ce libéralisme bourgeois permettant à la classe moyenne le commerce libre et l\u2019entreprise privée.Nasser n\u2019a pas compris cela.S\u2019il avait eu le sens du concret, il n\u2019aurait jamais réalisé la R.A.U.Certains journalistes anglais et français, qui ont eu l\u2019occasion d\u2019interviewer Nasser chez lui, ont remarqué dans les rayons de sa bibliothèque les œuvres de Toynbee.Nasser lui-même a avoué qu\u2019il lisait le grand historien des civilisations.Dans quelle mesure exactement a-t-il été influencé par les idées de Toynbee, cela n\u2019est pas facile à dire.Quoi qu\u2019il en soit, il est intéressant qu\u2019une des idées chères à Toynbee est que l\u2019Orient a développé, au cours des siècles, contre l\u2019Occident, une inimitié profonde, basée en grande partie, sur la crainte de se voir imposer par les Occidentaux un style de vie en contradiction avec le sien propre.Selon Toynbee, les Orientaux n\u2019ont pas été profondément touchés par le colonialisme occidental, et s\u2019ils l\u2019ont toléré sur leur territoire, ce n\u2019est que pour se familiariser avec les « techniques et les armes » de l\u2019Occident, afin de le dépasser par la suite et d\u2019atteindre à l\u2019hégémonie du monde.Or Nasser, en ce qui concerne le monde arabe, a à peu près les mêmes idées.Mais si la théorie de Toynbee a quelque valeur, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019applique à l\u2019Extrême-Orient.De fait, dans une conférence qu\u2019il donnait à Londres en 1950, pour concrétiser sa théorie, il prenait comme exemple la Chine.Or, il est évident que la Chine a réussi à s\u2019industrialiser en un temps record.Elle a brûlé les étapes, et c\u2019est tout un peuple qui bouge, obsédé par une super-production 2.L\u2019exemple de la Chine, étant donné le régime communiste, peut paraître à plusieurs peu 2.Le Monde (29, 30 septembre et 1er octobre 1959), articles de T.Mende intitulés « En Chine ».DÉCEMBRE 1961 susceptible de prouver la théorie ci-haut citée.Prenons le Japon.Ce pays est considéré actuellement comme un des plus avancés dans le domaine de l\u2019industrie.Or le peuple Japonais a trouvé dans sa foi à l\u2019Empereur déifié, symbole du Japon, la motivation au travail et au sacrifice, parfaitement adaptée à sa mentalité.La motivation-salaire des pays où joue le libéralisme économique n\u2019aurait eu aucun résultat.Le miracle des gouvernants japonais est d\u2019avoir su exploiter cette motivation au travail, unificatrice du peuple 3.Il semble bien que Nasser ait été impressionné par la performance du Japon.Les nombreux articles qui ont paru sur ce pays dans le journal cairote Al Ahrâm, porte-parole du régime, les programmes de télévision sur le folklore japonais en sont témoins.De plus, la motivation qu\u2019il a voulu donner au peuple de la R.A.U.pour le lancer sur la voie du socialisme et qui consiste dans le culte du chef, du Raïs, dans le retard économique à rattraper, ressemble beaucoup aux motivations au travail qui existent en Extrême-Orient et au Japon en particulier.Mais si la théorie de Toynbee a des chances d\u2019être juste en ce qui concerne l\u2019Extrême-Orient, \u2014 les réalisations de la Chine et du Japon la justifient, à un certain point de vue \u2014, cette théorie ne vaut guère à mon sens, quand il s\u2019agit du Proche-Orient.Le Liban, la Syrie, l\u2019Égypte, la Jordanie, à la différence des pays de l\u2019Extrême-Orient, ont été profondément influencés et même transformés à bien des niveaux par l\u2019Occident, sa culture, sa technique, sa notion de liberté absolue, son personnalisme, son libéralisme économique, conséquence du capitalisme et de l\u2019individualisme bourgeois.L\u2019erreur de Nasser est de ne pas avoir compris cette réalité ou de ne pas avoir voulu en tenir compte.Il a projeté sur le Proche-Orient une idée qui, pour avoir des chances de se concrétiser en Extrême-Orient, ne pouvait ici que rester abstraite.C\u2019est bien d\u2019ailleurs ce qui est arrivé: la réaction de la classe moyenne syrienne,\u2014des politiciens, presque tous formés à l\u2019occidentale, aux gros marchands habitués au commerce libre, \u2014 ne se fit pas attendre.Dès les premières mesures de nationalisation, ce fut la panique: des milliers de Syriens affluèrent au Liban, pendant que les capitaux fuyaient le pays à un rythme de plus en plus accéléré, en direction des banques suisses; les investissements se firent de plus en plus rares.En réponse, le régime nationalisait à outrance les compagnies d\u2019abord, puis les ^banques.La situation devint intolérable, et ce fut le coup d\u2019État.On répète sur tous les tons, depuis la sécession, que Nasser s\u2019est livré à un socialisme effréné, sans tenir compte du temps et des circonstances.Ce qu\u2019on oublie, c\u2019est que la classe moyenne bourgeoise, tant en Égypte qu\u2019en Syrie, lui a forcé la main.Sans doute, le socialisme était-il essentiel, dans son programme, mais était-ce également dans son programme de le réaliser à ce rythme ?Ce serait en faire un idiot ni^plus ni moins.* * * L\u2019affaire de Syrie prouve non seulement à Nasser, mais à bon nombre d\u2019Occidentaux illusionnés comme lui, que les Arabes, quand ils parlent d\u2019union raciale « absolue », comme le clamaient les « ba\u2019athiens », n\u2019émettent qu\u2019une « idée abstraite », irréalisable, quoique réelle, parce qu\u2019en contradiction avec ce qu\u2019ils sont concrètement.Il se peut que dans un avenir rapproché, il y ait également une révolution en Égypte, car là comme en Syrie, la classe moyenne est bourgeoise et individualiste, et par conséquent, il n\u2019est pas impossible qu\u2019elle soit tentée d\u2019imiter ce qui s\u2019est 3.Tibor Mende, Les Pays du Sud-Est asiatique (voir le chapitre sur le Japon).343 passé en Syrie.D\u2019autant plus que le prestige de Nasser est sérieusement atteint.Cela prouverait alors non seulement que les Arabes sont incapables d\u2019union véritable, mais encore de socialisme au niveau national.La Syrie est redevenue libre.Elle vient de faire son entrée à l\u2019O.N.U.Le Liban qui n\u2019attendait que cela, l\u2019a reconnue.Demain les différents partis politiques, qui rongeaient leur frein dans l\u2019ombre et le silence, reprendront vie, et., ce qui est bien probable, leurs querelles traditionnelles; la féodalité terrienne, forte de l\u2019échec de la réforme agraire, se sentira justifiée de réapparaître, le gros et le petit commerce s\u2019en donneront à cœur joie, à travers des frontières largement ouvertes; le mercantilisme qui fonctionnait sous le manteau, se remettra à le faire au grand jour, et l\u2019on continuera à opérer au niveau des petites agences et des petites transactions, se passant de main en main les articles Willis et les LE THÉÂTRE UNE AFFICHE Georges-Henri GRAND DÉMÉNAGEMENT, cette année, au Théâtre-Club.L\u2019équipe Lepage-Létourneau, en effet, a abandonné son petit théâtre \u2014 assez minable, au reste,\u2014 de la rue Saint-Luc, pour s\u2019installer, largement, sur la scène de la Comédie-Canadienne.Le cinquième changement depuis la fondation de la troupe! Heureusement, les spectacles n\u2019en ont pas trop souffert: la variété des œuvres et leur valeur ont été maintenues, fournissant ainsi un apport utile à notre vie théâtrale.Qu\u2019en est-il au début de cette neuvième saison ?Pour célébrer la première de l'Heure éblouissante d\u2019Anna Bonacci, la critique a été on ne peut plus enthousiaste.On a parlé de comédie ébouriffante, excitante et \u2014 comme il convenait \u2014 éblouissante.Pourtant c\u2019est avec une impression de mélancolie, de tristesse même, que j\u2019ai quitté, ce soir-là, la Comédie-Canadienne.Oui, nous avons bien ri aux nombreuses scènes comiques, aux réparties fines ou satiriques du dialogue relevées par le beau jeu soigné des comédiens.Mais sans alléger tout à fait l\u2019atmosphère pénible que dégage l\u2019intrigue; sans nous faire oublier la sotte et cruelle vanité, frisant l\u2019inconscience, de Monsieur Sedley; la déconvenue humiliante et la prompte déchéance de la pauvre Madame Sedley; le cynisme brutal de Taylor, le bourgmestre, et de sir Ronald; l\u2019impudeur de Géraldine Hubles.Dans l\u2019Heure éblouissante le comique ressemble à un costume trop étroit pour couvrir et cacher les éléments dramatiques de la pièce, et nous en amuser nous donne presque mauvaise conscience.A de certains moments le rire peut devenir indécent.En fait, le drame de la lamentable infidélité des époux Sedley \u2014 qui est tout le sujet de la pièce \u2014 n\u2019a rien de comique, aussi la dernière et folle colère de Monsieur Sedley contre sa femme n\u2019a pas réussi à nous amuser de bon cœur tellement elle sonnait faux dans l\u2019ambiance tragique de cet épilogue douloureux.Mais ce qui fut vraiment éblouissant, c\u2019est l\u2019interprétation.Dans une mise en scène précise et variée de Jacques Létourneau, les comédiens ont fourni un excellent travail d\u2019équipe.Tout était bien en place, dans un rythme sûr et un mouvement alerte, parfaitement minuté.Mêmes les rôles épisodiques \u2014 les vrais personnages comiques de la pièce, 344 rasoirs Sunbeam, perpétuant ainsi la sempiternelle tradition, qui consiste à manipuler les inventions des autres.La R.A.U.n\u2019aura été qu\u2019un rêve.P.S.\u2014 La brièveté de cet article ne m\u2019a pas permis de-justifier le système « socialiste » pour les pays arabes.Je le ferai dans un travail subséquent en vous entretenant des fellahs arabes.J\u2019ai passé sous silence aussi le facteur religieux qui joue un rôle considérable au Proche-Orient, comme vous le savez.J\u2019essaierai de traiter ce sujet au cours de l\u2019année.Un dernier mot avant de terminer.Il est intéressant de noter les réactions des journalistes français et anglais, en ce qui concerne Nasser et le coup d\u2019Etat syrien.Les premiers ne sont pas tendres pour Nasser et ne sont pas loin de dire que la R.A.U.était une idiotie; les seconds sont portés à défendre le Raïs-égyptien, et l\u2019on sent dans leurs écrits, je dirais, une certaine déception personnelle.Peut-être est-ce tout simplement que les premiers sont des réalistes et les seconds des idéalistes?Ou peut-être y a-t-il autre chose ?Je vous laisse le soin de réfléchir là-dessus.BIEN GARNIE d'AUTEUIL S.J.d\u2019ailleurs \u2014 étaient très justes: le duo Bell et Gordon joué par Yves Massicotte et Jacques Létourneau, l\u2019ineffable trio des choristes, Béatrice Picard, Suzanne Langlois et Monique Aubry.Bien amusantes aussi les espiègles soubrettes Martine Simon et Elisabeth Chouvalidzé, et Liliane Dorsenn dans sa courte apparition en Madame Jérôme.Parmi les protagonistes de premier plan, il faut dégager, d\u2019abord, Gilles Pelletier et Gisèle Schmidt dans le couple Sedley.Deux personnages fort différents: l\u2019un, Monsieur Sedley, fantasque, excessif, tonitruant, violemment passionné; l\u2019autre, Madame Sedley, douce, calme, effacée et, pourtant, elle aussi, pleine de désirs inassouvis, secrètement étouffés \u2014 tous deux excellemment interprétés, avec force et vigueur par Pelletier, avec une subtilité et une nuance consommées par Gisèle Schmidt.Albert Miliaire s\u2019affirme de plus en plus comme un comédien de classe: grande souplesse et élégance, variété de jeu, intelligence du texte, il manifeste beaucoup de dons dramatiques qu\u2019on retrouve dans son personnage de sir Ronald.Pour sa part Henri Norbert a su tamiser, par l\u2019humour et la bonhomie, la vulgarité de l\u2019affairiste Taylor.Monique Lepage n\u2019en est plus à ses premières armes.Douée de talents remarquables et d\u2019un solide métier, elle a donné à Géraldine Hubles, tout en lui laissant ses caractéristiques de femme légère, une vérité humaine, même une certaine élévation d\u2019âme et un respect de soi qui, en dépit de l\u2019odieux de sa situation, nous la rendaient presque sympathique.* * * En même temps que l\u2019Heure éblouissante, le Théâtre-Club présentait, à la même Comédie-Canadienne, une matinée classique pour les étudiants.La pièce à l\u2019affiche: Cinna de Pierre Corneille.Donc, cet après-midi-là, la vaste salle était pleine à craquer de jeunes et de leurs éducateurs, parmi lesquels, tout de même, s\u2019étaient glissés bon nombre d\u2019adultes, pour applaudir la puissance dramatique du vieux Corneille, sa maîtrise incomparable du rythme de l\u2019alexandrin français, la force et la clarté de sa langue unies à son expérience sans conteste du cœur humain.RELATIONS C\u2019est, ma foi, reposant de voir de temps à autre du vrai théâtre, logiquement bâti, sain et revigorant en regard des fadaises prétentieuses et abêtissantes d\u2019un certain théâtre contemporain \u2014 et d\u2019assister aux réactions enthousiastes et intelligentes de notre jeunesse studieuse.Tout n\u2019est pas perdu: il n\u2019y a pas que des beatnicks ! Pourtant les personnages de Cinna sont loin de l\u2019angélisme.Émilie est une petite passionnée, cruelle, nourrie de sentiments homicides, Cinna, un ambitieux et un lâche, Maxime, un traître à l\u2019amitié et à la patrie, Auguste, naguère encore avide de sang et de vengeance.Belle ménagerie, vraiment, de fauves qui s\u2019affrontent et cherchent à se dévorer! Comment se fait-il alors que l\u2019on quitte la salle avec une plus grande estime de l\u2019homme?Question de génie?Oui, certes, mais aussi et plus encore d\u2019esprit, de conception de l\u2019homme et de l\u2019art qui l\u2019exprime.Aux deux ressorts reconnus de la tragédie antique, terreur et pitié, \u2014 que Racine a maintenus dans son œuvre \u2014 Corneille a ajouté l\u2019admiration.Voilà la raison de son théâtre de grandeur, de noblesse, de santé.Cinna: anoblissement de l\u2019homme; En attendant Godot : avilissement de l\u2019homme.Deux esprits.Deux théâtres.Et maintenant qu\u2019est-ce qu\u2019on attend pour présenter Cinna \u2014 ou une autre tragédie classique \u2014 au public adulte ?D\u2019avoir des comédiens rompus à ces grands rôles?Il y en a, et il y en aura plus encore si on en prépare, d\u2019après le bon vieux principe de Ragon: Fabricando fit jaber.C\u2019est la loi commune: on s\u2019exerce avec patience et, un bon jour, on sait jouer.L\u2019équipe du Théâtre-Club vient de le prouver une fois de plus.Leur Cinna a été très honnête, en dépit \u2014 à mon sens \u2014 d\u2019une mise en scène trop statique et pas assez colorée, d\u2019un Guy Provost (Auguste) trop froid et compassé et que Monique Lepage, si elle a hère allure, manque un peu de puissance vocale pour exprimer toute la violence de la féroce Émilie.* * * La Constance de Somerset Maugham me paraît femme plus constante à jouer l\u2019équivoque que la vertu.C\u2019est du moins l\u2019impression qu\u2019on a pu avoir lors des représentations que le Rideau-Vert a données de cette pièce au Stella, dernièrement.Est-ce à cause de l\u2019interprétation d\u2019Yvette Brind\u2019Amour extrêmement nuancée, faite de mille riens: demi-sourires, gestes vaguement esquissés, intonations étranges, attitudes minutieusement surveillées, le personnage de Constance nous a paru tout de suite inquiétant.Un peu troublant, même.On se demandait: qui est-elle?quel secret nous cache-t-elle?Cette assurance si mollement affirmée, cette douteuse sécurité proclamée à tout venant, tout cela ne serait-il que façade, duperie ou vérité?Là réside le vif intérêt de cette pièce beaucoup plus que dans les banales machinations de l\u2019intrigue.Dans Constance, Constance seule retient notre attention; les autres personnages gravitent autour d\u2019elle avec leurs intérêts et leurs passions, seules ses réactions ont, pour nous, du poids, de l\u2019importance.Voilà pourquoi cette pièce de Maugham, grâce à l\u2019étude perspicace d\u2019un caractère de femme, s\u2019élève au-dessus du théâtre de boulevard tout en en conservant les éléments ordinaires, usés.Pour défendre cette comédie, à côté d\u2019Yvette Brind\u2019A-mour qui a joué là un des grands rôles de sa carrière, la troupe du Rideau-Vert a fait du bon travail.En particulier, Denyse Saint-Pierre s\u2019est taillé un brillant succès par sa composition de petite écervelée.La jeune Claude Brabant prend de l\u2019assurance, et elle a joué, avec justesse et naturel, le rôle de la sœur un peu jalouse de Constance.Jean Du-ceppe, en mari trompeur et roulé, a donné une certaine importance à un rôle ingrat.DÉCEMBRE 1961 Et les costumes étaient adorables! C\u2019est du moins le jugement que j\u2019entendais énoncer autour de moi par les dames extasiées qui formaient le gros des spectateurs en ce beau dimanche après-midi! * * * Dans la petite salle mal éclairée du Théâtre-Club de la rue Saint-Luc, nous n\u2019étions pas vingt-cinq, comédiens compris, pour jouer et voir jouer l\u2019œuvre du Suisse Dürrenmatt: le Mariage de Monsieur Mississipi.Cependant, cette pièce de facture étrange où l\u2019insolite domine suscite un intérêt incontestable quand ce ne serait que par les renversements imprévus et cocasses de l\u2019intrigue.En fait, il y a plus que cela dans cette virulente satire qui veut nous apprendre que tout est mensonge et tromperie: dignité, honneur, justice, amitié, amour, jusqu\u2019à la mort même, sujette elle aussi à d\u2019horribles malentendus.Habilement, Friedrich Dürrenmatt, d\u2019une scène à l\u2019autre, lève petit à petit le voile qui couvre les turpitudes humaines pour nous montrer sans complaisance le vrai visage de l\u2019homme \u2014 qui n\u2019est pas beau.Comme on le voit, nous sommes en plein dans la ligne du théâtre sombre et désespéré de notre époque dont, en fait, les généralisations définitives et absolues faussent et déforment la vraie et totale réalité de la vie.La jeune équipe du Centre-Théâtre responsable de cette représentation a fait appel, pour interpréter le Mariage de Monsieur Mississipi, à des comédiens avertis.Entre tous, émine Pierre Boucher, proprement hallucinant dans la composition qu\u2019il a imaginée du personnage de M.Missisispi.A ses côtés, Amulette Garneau, qui devient Madame Mississipi, a rendu avec souplesse et vraisemblance les multiples aspects de son personnage complexe.Jean Brousseau, alerte et dégagé, manque encore de fini, de style.Roger Garceau, en pauvre homme déchu et avili, et Gérard Poirier, en politicien cynique et opportuniste, ont rendu plausibles des types humains peu originaux et qui encombrent, à vrai dire, un peu trop notre théâtre contemporain.Le Centre-Théâtre \u2014 malgré son nom affreux et la salle funèbre où il joue \u2014 mérite l\u2019attention des amateurs du théâtre chez nous par la qualité et le sérieux de son travail.* * * Le Théâtre du Nouveau-Monde a dix ans.Avec fierté, les fondateurs de la troupe célèbrent cet anniversaire et à cette occasion ils nous convoquent à un grand spectacle à l\u2019Orphéum: l'Opéra de Quat\u2019sous, texte de Bertolt Brecht, musique de Kurt Weill, mise en scène de Jean Gascon, décors et costumes de Robert Provost, musique sous la direction d\u2019Otto Werner-Mueller.Une imposante machine! Au Gesù, il y a dix ans, le Théâtre du Nouveau-Monde avait commencé son existence sous le signe de Molière.Aujourd\u2019hui, Brecht.Est-ce un symbole?Le symbole d\u2019une orientation nouvelle du répertoire de la troupe?Le symbole d\u2019un abandon délibéré du passé et d\u2019une marche décisive vers l\u2019avenir?Les mois suivants le diront sans doute.En attendant, nous voici fermement à l\u2019avant-garde, et en prestigieuse compagnie.Bertolt Brecht, allemand d\u2019origine, marxiste de doctrine, est le nouveau Moïse du théâtre.Tout ce qui se produit de neuf, ces temps-ci, au théâtre, se réfère à lui, à ses principes dramatiques, à ses techniques, à ses idées sociales et politiques.On apprécie, on juge les œuvres des autres dramaturges par rapport à lui.Il y a déjà un académisme brechtien.A cause de cette vogue immense, il convenait de nous présenter, dans les meilleures conditions, une œuvre bien représentative du nouveau pontife.L'Opéra de Quai\u2019sous est un choix idéal puisque, aux dires de son tra- 345 ducteur français, Jean-Claude Hémery, cette œuvre se pose, comme en « un moment d\u2019équilibre privilégié », entre les deux formules de la production dramatique de Brecht: la période expressionniste et l\u2019époque des pièces didactiques.Sur le pian proprement théâtre, l'Opéra de Quat\u2019sous a tout ce qu\u2019il faut pour plaire: de l\u2019action, du pittoresque, de la couleur, du mouvement, de la farce, du sentiment, de la passion, le tout scandé de musique et de chant au rythme moderne, vif et expressif.La musique, en effet, ici, joue un rôle prépondérant.Elle relève, anoblit presque, la vulgarité des personnages et des situations.Sur le vol des sons, les cris, les plaintes, les imprécations perdent de leur âpreté et s\u2019attirent des bravos qu\u2019on refuserait autrement à cause de leur violence excessive.Si nous en venons à la satire des mœurs et aux revendications sociales chères à Brecht, je trouve, pour ma part, que l\u2019auteur passe à côté des vrais problèmes, toujours à cause d\u2019une fausse vision de la réalité.La misère, la pouillerie.qui régnent dans le grouillement crasseux d\u2019un quartier interlope de Londres et qu\u2019exalte l\u2019âme généreuse de Brecht, m\u2019émeut beaucoup moins que la profonde misère morale de ces déchets humains.Ces faux mendiants, ces exploiteurs de la pitié, ces bandits et tire-laine de pacotilles, ces pauvres fleurs de trottoirs fanées sont plus dévorés de vice que de vermine.Et alors les revendications perdent de leur mordant car la différence est mince entre le vol, le mensonge, l\u2019infidélité, la luxure sous la loque d\u2019un « guenillou » ou sous le veston de bonne coupe du bourgeois, même s\u2019il se peut que la responsabilité, elle, ne soit pas égale.Ainsi, au contraire, par exemple, de la tragédie antique dont le T.N.M.nous a donné, le printemps dernier, une magnifique démonstration avec les Choéphores d\u2019Eschyle, ce théâtre de Brecht n\u2019atteint pas à l\u2019essentiel.Ces considérations abstraites, toutefois, on n\u2019a pas beaucoup le loisir de les faire pendant la brillante représentation de la pièce par l\u2019équipe de Jean Gascon.L\u2019original et fantaisiste apparat scénique, le jeu précis et enlevé des comédiens, les trouvailles de mise en scène et d\u2019éclairage, les rythmes variés des danses, évolutions et chants, tout cela, qui fait vraiment le théâtre, nous empoigne, nous emporte à la suite de Mackie-le-Couteau et ses apaches, de la famille Peachum et son cortège de faux éclopés, des agressives filles de joie du quartier, des bobbies complaisants ou nigauds.Nous devenons vite complices, par nos rires et nos applaudissements enthousiastes, de toutes ces petites et grandes canailleries que nous ne prenons pas trop au sérieux.Voilà le résultat, que d\u2019aucuns trouveront désastreux, de la magie du théâtre et de la qualité d\u2019interprétation des comédiens du Théâtre du Nouveau-Monde.On sentait chez tous du plaisir à jouer, de l\u2019élan, de l\u2019ardeur.Aussi, est-ce sans aucun esprit de discrimination que je souligne l\u2019effort particulièrement réussi de Jean Gascon en Mackie, sûr de lui, désinvolte, passionné et émouvant, et de Monique Leyrac, Polly Peachum sincère, ardente, généreuse \u2014 le personnage le plus authentiquement vrai de la pièce \u2014 à la voix superbe et au jeu éblouissant.L'Opéra de Quat\u2019sous devrait faire belle carrière à l\u2019Or-phéum pour glorifier les dix ans de bons services à l\u2019art dramatique du Théâtre du Nouveau-Monde.of kings » LE CINÉMA « KING UNE FOIS DE PLUS, la montagne a enfanté une souris.La Métro-Goldwyn-Mayer a investi 8 millions, monté 396 décors, rassemblé 20,000 accessoires, groupé une dizaine d\u2019acteurs connus, tourné quatre mois en Espagne et mis sous contrat l\u2019un des bons réalisateurs américains de l\u2019heure, Nicholas Ray {la Fureur de vivre, Jokny Guitare), pour produire cette pauvre petite chose qu\u2019est le film King of Kings.L\u2019indigence de la chose saute d\u2019autant plus aux yeux que tout est là pour nous la rappeler: le technicolor le plus voyant, le large écran technirama, le son stéréophonique, une musique insistante et, comme dessert, des «voix d\u2019anges».Le spectateur est condamné à subir tout ça pendant trois longues heures.* King of Kings, qui a emprunté son titre à la très populaire œuvre que Cecil B.De Mille avait produite en 1924, relate tout simplement l\u2019histoire du Christ, de sa naissance à sa résurrection.Mais cette histoire du Christ, on la romance quelque peu.On ajoute des épisodes, par exemple, une amitié entre Judas et Barabbas, une visite de Jésus à la prison de Jean-Baptiste.D\u2019autre part, on passe sous silence ce qui est proprement surnaturel, comme les miracles ou la Transfiguration.Cette vie du Christ nous est montrée à travers les images d\u2019Épinal les plus banales, les plus traditionnelles.La musique qui accompagne ces images est indiscrète et, à plus d\u2019une reprise, souligne en gros traits rouges là où il faudrait murmurer ou se taire.346 Le scénario, tiré la plupart du temps, des évangiles mêmes, les acteurs le récitent comme s\u2019ils ne savaient pas trop ce qu\u2019ils disaient.Un peu comme des enfants jouent une séance.Ils ne nous parlent pas, ils débitent les phrases qu\u2019on leur a données à réciter.Le film s\u2019ouvre sur la prise de Jérusalem par Pompée en 63.Belle occasion de nous faire admirer des mouvements de foule! Le sermon sur la montagne se situe dans un paysage splendide, mais dès que Jeffrey Hunter, qui personnifie le Christ, ouvre la bouche pour annoncer les Béatitudes, le charme est rompu.L\u2019agonie, où l\u2019on voit en gros plan la figure de Hunter, est tout simplement grotesque.L\u2019interrogatoire de Pilate, ennuyeux.La flagellation, le portement de la croix, malgré un souci évident d\u2019authenticité matérielle, ne sont même pas vraisemblables.Les auteurs ont eu beau s\u2019évertuer à reconstituer le plus fidèlement possible les rues et les maisons de Jérusalem, la foule, les saintes femmes tout de noir vêtues, le cortège, on n\u2019arrive pas à croire à ces histoires.La tradition des films à grand déploiement le veut: il fallait de la violence et du sexe.Il y en eut.Peu de sexe, \u2014 ne fallait-il pas penser à tous les auditoires possibles: enfants, clercs, catholiques, protestants, juifs, etc.?\u2014, peu de sexe, mais grossier: une danse de Salomé dans la plus pure tradition du sex appeal américain.Pour compenser, assez de violence, de batailles rangées, de cadavres, d\u2019assauts de murailles.Pour ce, on commence le film 63 ans avant la naissance du Christ avec la prise de Jérusalem par Pompée, et on donne de l\u2019importance à Barabbas, qui avec l\u2019aide de Judas Isca- RELATIONS riote, aurait nourri le projet de reconquérir la Ville sainte, à la tête d\u2019une bande de Juifs.Les personnages ne sont guère plus authentiques que les épisodes.Ce sont des visages made in Hollywood.Jean-Baptiste (Robert Ryan), qui prend ici une importance assez singulière, a moins l\u2019air d\u2019un prophète du Très-Haut que d\u2019un lutteur.Saint Jean est devenu un beau petit garçon de quelque école de Californie.Hérode, caricaturé à outrance, fait plus bouffon que tétrarque.C\u2019est encore le Christ pourtant qui est le plus pitoyable: deux grands yeux bleus au milieu de la figure la plus inexpressive possible.De face \u2014 et on nous inflige souvent cet angle \u2014, il a quelque chose de choquant.Tout n\u2019est pas à rejeter dans ce film.Le chef-opérateur a réussi des prises de vues intéressantes, çar exemple, Hérode sur son trône, vu en plongée et de dos.Echappent aussi à la médiocrité: le commentateur, les rares scènes de guérison, où l\u2019on ne montre que l\u2019ombre du bras ou de la personne du Christ, le personnage de Barabbas et quelques paysages de la Palestine espagnole.Mais l\u2019ensemble tombe dans une sentimentalité facile, fade; il succombe à la tentation de la religiosité la plus artificielle.Une super-production, grossissant tout, parfois jusqu\u2019à la démesure, demande un surcroît d\u2019habileté.C\u2019est encore plus vrai lorsqu\u2019elle touche à un domaine aussi délicat que la religion, là où il faudrait suggérer le surnaturel, le mystère, le sacré plutôt que le dire.Ainsi, dans l\u2019intelligent Ben-Hur, la figure du Christ n\u2019apparaît jamais: on le voit de dos, on voit sa main, son ombre.King of Kings, lui, appuie, insiste, crie.* Pourquoi tant de mots pour dire qu\u2019un film ne vaut pas grand-chose ?Pour cette raison qu\u2019il y a ici un énorme malentendu (aussi énorme que les moyens techniques auxquels a eu recours la M.G.M.), une grossière méprise qu\u2019il est nécessaire de dissiper.Il y a malentendu entre la vraie religion du Christ et la caricature que nous en présente King of Kings.Vous vous battez contre des moulins à vent, me dira-t-on, vous défoncez des portes ouvertes.Notons que King of Kings a déjà fait salle comble à Broadway, à des prix d\u2019entrée élevés.Et les distributeurs prévoient pour ce film, qui sera projeté à la fois dans 26 grandes villes d\u2019Amérique et d\u2019Europe, une recette supérieure à celle de Ben-Hur.D\u2019autre part, on sait que les fameuses super-productions soi-disant bibliques, telles que David et Bethsabée, Salomê, Salomon et la reine de Saba, ou Esther et le Roi, ont attiré des multitudes et rapporté plusieurs millions à leurs auteurs.Il n\u2019est peut-être pas inutile d\u2019ajouter qu\u2019ici à Montréal, les groupes organisés et les enfants à partir de dix ans sont admis à ce spectacle.Le pire donc serait qu\u2019on se laisse séduire par ce Christ et cet Évangile made in Hollywood, et que l\u2019on confonde cette religiosité molle et sirupeuse avec l\u2019authentique religion chrétienne austère, intérieure, sublime et autrement plus belle.Les revues américaines elles-mêmes sont loin d\u2019être tendres à son endroit.Time (27 octobre 1961) le pourfend de haut en bas, aussi tranquillement que Barabbas les Romains: « C\u2019est sans aucun doute la plus épaisse, la plus artificielle, la plus bête et la plus monstrueusement grossière de toutes les histoires bibliques à grand déploiement qu\u2019Hollywood nous ait présentées au cours de la dernière décade.» De son côté, Miss Moira Walsh, le critique de la revue America (21 octobre 1961), qualifie King of Kings de rien moins que de « peu édifiant et même antireligieux ».Et elle ajoute cette remarque pertinente sur les responsables du film: « Il est évident que Bronston (le producteur), Ray (le réalisateur) et Yordan (le scénariste) n\u2019ont aucune idée de ce que peut être le Christ, sinon que c\u2019est là une excellente manière de remplir la caisse.» Après ces critiques qui ne laissent planer aucune équivoque, on comprend mieux le jugement de la Légion de Décence: « Inexact, tant du point de vue théologique qu\u2019his-torique et scripturaire.» C\u2019est une immense duperie d\u2019annoncer King of Kings comme « le drame humain le plus puissant de tous les temps ».On y cherche en vain la puissance, le drame, l\u2019humanité.Gilles Rivard, S.J.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.BILANS BILAN MORAL DU CINÉMA 1961 FACE au courant d\u2019immoralisme qui s\u2019exprime actuellement au cinéma, la France fut la première à réagir en 1961.Dès avril 1960, à l\u2019issue de sa réunion à Paris, l\u2019Assemblée des cardinaux et archevêques de France avait publié un communiqué exprimant sa « profonde inquiétude » devant « l\u2019immoralité grandissante d\u2019un certain nombre de films de la production française ».Constatant que « certains auteurs manifestent la volonté très nette de libérer l\u2019homme de toute morale même naturelle », les chefs spirituels français se décident à parler.Nous avons trop conscience des devoirs de notre charge pour garder plus longtemps le silence.Il risquerait d\u2019être interprété comme une faiblesse ou même une coupable indifférence devant un tel danger de corruption.L'enjeu est d\u2019importance.Il serait vain d\u2019espérer un relèvement de la dignité des mœurs et un redressement moral de notre pays, si l\u2019on continuait à tolérer que triomphent sur l\u2019écran le persiflage des vertus familiales et des DÉCEMBRE 1961 valeurs humaines, la soif désordonnée de l\u2019argent, le complaisant étalage de tous les débordements sensuels et le mépris de toute autorité.Le comportement licencieux de la « nouvelle vague », plus encore que cette mise en garde des autorités religieuses, émurent alors l\u2019opinion publique du pays qui a réclamé une censure plus sévère.Les professionnels du cinéma français s\u2019opposant à l\u2019institution d\u2019un autocontrôlé de la profession, comme il en existe aux États-Unis et en Allemagne, c\u2019est l\u2019État qui intervint par un décret du 18 janvier 1961.Avis préalable obligatoire avant la mise en chantier du film, établissement de paliers d\u2019âges pour le visionnement des films avec vérification imposée sous peine de fortes amendes, modification de la composition de la Commission de Contrôle de façon à adjoindre aux représentants des ministères et de la profession un tiers parti composé de membres ayant qualifications pédagogiques et morales.Les dirigeants politiques 347 de France ont donc voulu contribuer, au-delà du redressement économique du pays, à fortifier son sens moral.Aux États-Unis, à la fin de l\u2019année 1960, la Commission épiscopale pour le cinéma, la radio et la télévision, dans son rapport annuel à la Hiérarchie, a signalé « un abandon sans précédent par Hollywood des normes jusqu\u2019ici acceptées et respectées pour le spectacle de masse ».Les évêques vont jusqu\u2019à dire dans leur jugement sur la production de 1960: Non seulement ces films ont violé, de façon audacieuse et nouvelle, les règles de base judéo-chrétiennes de la décence, mais en bien des cas, ils ont été les entremetteurs de sujets immoraux, d\u2019exemples dissolus de comportement moral et de philosophies malsaines, qui sapent le véritable fondement de notre culture américaine et de notre mode de vie traditionnel.Rappelant d\u2019une part que « l\u2019intérêt croissant que les films ont porté à la sexualité malsaine et à la violence brutale ont éveillé une profonde réaction sociale de la part des chefs religieux de toutes les confessions, des officiers publics et des critiques et journalistes importants de la presse profane et confessionnelle » et d\u2019autre part « que la préférence explicite du catholicisme va à l\u2019autocontrôlé de l\u2019Industrie avec le minimum de contrôle légal », ils donnent cet avertissement mesuré mais énergique: Des mesures législatives ne seront pas demandées par le public aux responsables des villes, des Etats ou de leur fédération, si l\u2019Industrie met de l\u2019ordre dans sa propre maison.Une réforme de l\u2019administration du Code (de production) est d\u2019importance primordiale.Dans ce contexte, la décision de la Cour suprême des États-Unis rendue en janvier 1961 a fait sensation; elle laisse aux villes et États du pays le droit d\u2019exercer la censure des films et d\u2019exiger un visa avant leur projection en public.En d\u2019autres termes, la protection constitutionnelle du Premier amendement ne comprend pas, dans sa portée, la pleine et entière liberté de montrer toute sorte de films; il s\u2019agit bien ici de films autres que les films obscènes, ces derniers ayant déjà été exclus du champ protégé, en vertu d\u2019une décision antérieure de la même Cour.En Italie, l\u2019Assemblée de l\u2019épiscopat a adressé aux fidèles, en mars 1961, une lettre collective dans laquelle les évêques se disent « vivement préoccupés par l\u2019immoralité croissante de la production cinématographique actuelle » attestée par l\u2019augmentation impressionnante du pourcentage des films moralement inacceptables.Ils signalent l\u2019aspect tragique de la situation dans la société occidentale dominée par un certain libéralisme de mauvais aloi: L\u2019opinion publique attribue facilement la faute de l\u2019immoralité grandissante et toute-puissante aux pouvoirs publics, qui n\u2019y veilleraient pas assez et manqueraient d\u2019énergie pour intervenir.Les responsables du bien public affirment souvent au contraire qu\u2019ils ne peuvent intervenir, parce que ferait défaut la réaction générale capable de fustiger comme crime et délit de telles infractions à la moralité publique.Et pendant ce temps, l\u2019immoralité s\u2019étale dans le pays, des âmes nombreuses se perdent et les gens sans scrupules finissent par rabaisser toujours davantage le niveau moral de toute la nation.Pendant ce temps, les pays situés au-delà du rideau de fer ou de bambou ne projettent devant leurs auditoires de plus en plus nombreux et enthousiastes que des spectacles capables de donner le goût de vivre en communauté humaine.Lors du dernier Festival international du Film, un des cinéastes invités, M.Weiss, de Tchécoslovaquie, se plaisait à faire remarquer que dans son pays la discipline, imposée par la politique mais généralement acceptée, excluait des films la sexualité et la violence.La projection, au cours du Festival, de la Ballade du soldat, film soviétique d\u2019un charme délicat, faisait contraste et provoquait la réflexion.Au Québec, qu\u2019en est-il du niveau moral des films programmés dans les cinémas publics ?Il est à son plus bas.Au moment où l\u2019on essaie, à bon droit, de convaincre l\u2019opinion publique de la nécessité d\u2019une législation efficace contre la pollution des eaux, des critiques en certains journaux poursuivent un chantage méthodique contre l\u2019existence de notre Bureau provincial de censure, établi précisément pour prévenir la pollution morale par des entrepreneurs en pellicules cinématographiques.Et les membres du Bureau obéissent aux pressions.Voici le résultat: au cours des neuf premiers mois de 1961, d\u2019après un relevé fait par l\u2019Office catholique national des techniques de diffusion, le Bureau a laissé passer pour le grand public 36 films à déconseiller et 4 à proscrire.Voici les autres chiffres: Tous, 29 films; Adultes et adolescents, 86; Adultes, 142; Adultes, des réserves, 129.Au rythme où vont les choses, il y aura eu cette année dix fois plus de films moralement condamnables projetés dans les cinémas qu\u2019en 1958, première année des statistiques rapportées par Films à l'écran.Ce n\u2019est pas une recommandation pour le procureur général ni pour le gouvernement.Si les censeurs cèdent aussi facilement, c\u2019est que plusieurs ont été récemment nommés et semblent peu assurés de leur poste, que tous ne se font pas remarquer pour leur sens moral averti, qualité qui aurait dû être primordiale dans la détermination de leur choix; c\u2019est aussi que leurs critères d\u2019appréciation ne sont pas précis et que le jugement enfin dépend d\u2019ordinaire des aléas de la procédure qui préside au groupement des censeurs.Le nouveau président a beau être un juriste ouvert, il ne saurait, seul, remédier à tout.On se dit: patience! la réforme législative sur la censure s\u2019en vient.Mais la Commission consultative chargée d\u2019un rapport sur le sujet n\u2019est pas non plus rassurante en tous ses membres.La procédure qu\u2019elle a suivie jusqu\u2019ici justifie encore plus d\u2019inquiétude.Son rapport, qui devait être remis au début de l\u2019automne, n\u2019est pas entré.L\u2019opinion publique a hâte d\u2019en connaître la teneur pour le discuter; les contribuables ont droit de savoir puisqu\u2019ils paient et qu\u2019ils vivent en démocratie.Les organismes intéressés à l\u2019éducation cinématographique et à la qualité des spectacles ne veulent pas être mis devant des faits accomplis.La session approche et une législation qui veut être sérieuse doit se préparer longtemps d\u2019avance et être mise à l\u2019épreuve de la critique en temps et lieu.Plutôt que de procéder hâtivement et mal faire, mieux vaudrait retarder la réforme d\u2019ensemble, quitte à améliorer la procédure du Bureau dès maintenant.Le sujet mérite attention.S.S.Jean XXIII, à l\u2019occasion du 25e anniversaire de Vigilanti Cura, est revenu pour la quatrième fois depuis le début de son pontificat sur « cette technique fascinante qu\u2019est le cinéma ».Il a mis en garde contre l\u2019orientation qu\u2019il peut donner « vers les mœurs dépravées » et a exhorté vivement à continuer leurs efforts ses « très chers fils.qui travaillent à écarter de ces spectacles ce qui nuit aux bonnes mœurs ».Pour lui, il s\u2019agissait d\u2019une cause très importante: Instruire et former plus parfaitement les fidèles et leur inculquer un jugement droit, de façon qu\u2019ils choisissent eux-mêmes leurs films selon des critères chrétiens, qu\u2019ils s\u2019en tiennent avec confiance et discipline aux jugements des compétences chargées par l\u2019autorité ecclésiastique, dans chaque Office national, de publier la valeur morale des spectacles.Le cinéma est l\u2019art par excellence du XXe siècle; il ne faut pas qu\u2019il dégénère en véhicule de pollution morale.L\u2019État du Québec veut rénover l\u2019économie; il doit, comme l\u2019Etat français, veiller sur le sens moral de la nation.Jacques Cousineau, S.J.348 RELATIONS Jüei lîvtei fA Dom Hilpisch et L.Von Matt: Saint Benoît.Coll.« Les saints par l\u2019image ».\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1960, 248 pp., 24 cm.Von Matt, que nous connaissions déjà par les photos dont il a enrichi les livres sur saint Vincent de Paul, saint Dominique, sainte Bernadette, Ignace de Loyola, François d\u2019Assise et Pie X, nous procure, avec cette vie de Benoît, un nouvel émerveillement.Les photos évoquant les lieux où vécut le saint, les documents figuratifs relatant son existence sont d\u2019une beauté et d\u2019une netteté remarquables.Le texte de Dom Hilpisch, retrace à grands traits la biographie du saint, le situe dans l\u2019histoire du monachisme et décrit ensuite l\u2019évolution de l\u2019ordre à travers les siècles, où se succédèrent, comme dans un cycle, prospérités, tourmentes et réformes.Si vous retournez aux photos, elles prennent alors un relief saisissant.Tout chrétien cultivé voudra posséder ce volume qui marie si heureusement le texte et l\u2019image œt qui suscite autant la joie de l\u2019œil que celle de l\u2019esprit.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.En COLLABORATION: Automation.Positions et Propositions.Etudes publiées sous la direction d\u2019Alain Savignat.\u2014 Fribourg, Editions universitaires, 1957, 192 pp., 24 cm.L automation est à nos portes; déjà nous r avons entrouvert; et demain, sans \u2022doute, elle fera de notre civilisation partie intégrante.Voici un ouvrage pour nous la présenter.Y ont collaboré plusieurs auteurs de compétence reconnue: universitaires, techniciens, industriels, représentants du travail et du patronat, membres de bureaux de recherches et du Bureau international du Travail.C\u2019est dire la variété des points de vue et l\u2019autorité des analyses.Pour situer le lecteur et le préparer à -aborder ces études, Alain Savignat brosse au début du livre un remarquable tableau d\u2019ensemble.On y trouve, à la suite des définitions qui s\u2019imposent, la liste des domaines où l\u2019automation s\u2019implante et un ;aperçu des avantages économiques qu\u2019elle offre ou quelle promet.Mais, comme la mécanisation l\u2019a fait au siècle dernier, l\u2019automation menace l\u2019ordre établi dans le monde du travail et de la production et ceci laisse pressentir aux chapitres de l\u2019emploi, du salaire, de la formation professionnelle et même des loisirs des conséquences graves qu\u2019il importe de prévoir »et de peser.Vu ces incidences diverses de l\u2019automation, il va sans dire que le Capital n\u2019est pas le seul intéressé à son implantation à grande échelle dans un pays ou sur un continent.Tout homme ouvert aux problèmes sociaux, tout économiste, tout citoyen soucieux de la chose publique se doit de scruter le présent et l\u2019avenir de cette automation en vue de diriger avec clairvoyance l\u2019évolution sociale qu\u2019elle amorce.Les études présentées dans Automation éclairent et nuancent les divers aspects de la question.Elles sont à la fois, exposé des faits, analyse des situations et conjectures motivées d\u2019avenir.Elles sont donc à lire et par l\u2019homme cultivé curieux des problèmes de l\u2019heure et par l\u2019homme public en quête d\u2019une information qui pourra nourrir sa pensée et inspirer ses prises de position.Une très riche bibliographie termine le volume.R.Beauséjour.Collège Jean-de-Brébeuj, Montréal.Albert-Pierre Dominique:\tPhotostats.Impressions.\u2014 Montréal, Editions Beauchemin, 1961, 121 pp., 19.5 cm.Dans notre milieu culturel, trop envahi par les importations littéraires étrangères, aucune production de l\u2019esprit ne doit demeurer méconnue.Voici un mince recueil de quatre à cinq cents pensées sur les mœurs, les goûts, les attitudes, les caractères de notre époque.Mince volume, mais réellement délectable, qu\u2019il faut lire, déguster avec l\u2019esprit et le cœur de celui qui l\u2019a écrit.L\u2019A.a « photostaté » des moments de vie, des caractères, des gestes, des facettes de la société, des qualités et des défauts de personnages sans nom à qui le tourbillon de la vie enlève le loisir de réfléchir ou inculque le sens de la ferveur.Par des sentiers personnels, ondulants ou abrupts, l\u2019A.rejoint, par approches calculées, l\u2019homme éternel, où la chair parfois étouffe l\u2019esprit, où souvent l\u2019esprit rayonne à travers elle.L\u2019A.semble ne poursuivre d\u2019autre but que de libérer en lui les pétillements d\u2019un esprit agile, observateur, moqueur, pointu, critique.Détrompons-nous! c\u2019est la peinture de son univers personnel, où s\u2019agitent des vivants et des morts, qu\u2019il élabore touche par touche.Mais ces personnages, amis, inconnus, anciens maîtres ne remontent-ils pas à travers le kaléidoscope un peu déformant de la durée, de l\u2019espace ou de l\u2019impression ?Souci tendu et inquisiteur, le lecteur reprochera-t-il à l\u2019A.certains traits amers, cruels, piquants, excessifs, crus ?Il sera vite apaisé par le sens profond de l\u2019homme, la santé, la sympathie affleurante, l\u2019humour, la mâle foi chrétienne qui régnent.L\u2019A.n\u2019ignore pas que tout diamant a beaucoup d\u2019angles et qu\u2019il en a laissés dans l\u2019ombre.Le style est sobre, clair, incisif, pittoresque.Ici, le style est l\u2019homme.Les fantaisies de l\u2019imagination s\u2019unissent, à l\u2019occasion, aux émotions latentes et créent même une sorte de poésie.A travers ces réflexions et ces portraits-éclairs, l\u2019A.projette un idéal de l\u2019homme, du chrétien.Il sous-tend une morale.Un tel volume est le signe sensible de la naissance d\u2019un genre nouveau au Canada français.Vauvevargues, La Rochefoucault ou La Bruyère revivent dans ces pensées.Ces éclairs dans les profondeurs psychologiques rappellent à l\u2019attention sur lui-même l\u2019homme que l\u2019ivresse de l\u2019action détourne de lui-même, de la charité pratique pour les autres, de Dieu.« Un livre est toujours le chapitre d\u2019un autre », écrit l\u2019A.Souhaitons qu\u2019il en soit ainsi pour Albert-Pierre Dominique.Paul L\u2019Allier.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Ernest Dutoit: Domaines.Les idées et les mots.Avant-propos d\u2019André Rousseaux.\u2014 Fribourg, Editions universitaires, 1960, 234 pp., 19 cm.Titre et sous-titre s\u2019éclairent l\u2019un l\u2019autre.Les œuvres, les thèmes, qu\u2019habitent créateurs et critiques aussi; les expressions dont ils les animent: domaines de l\u2019esprit et de l\u2019art.L\u2019A.les explore en maître doué d\u2019une vaste culture.Il nous promène de Tite-Live à René Char, sans négliger ce que la nature physique offre à sa méditation.Variété (voir les dix pages de l\u2019index: 223-232), vivacité, vérité, selon André Rousseaux (10), caractérisent ces « essais.non dépourvus d\u2019érudition.et d\u2019une forme assez musicale pour.voisiner avec le poème en prose » (217).Un goût sûr, trop admiratif peut-être pour Loti (150), un sens aigu du prix de la poésie (104), une finesse et une fermeté de pensée à propos d\u2019auteurs comme Edmond Jaloux (200, 216), Giraudoux (126), Robbe-Grillet et son groupe (147-149), un respect délicat des valeurs morales et religieuses, enfin une pureté de style et (qualité rarissime) une ponctuation intelligente recommandent ce recueil de billets littéraires, surtout aux jeunes désireux d\u2019apprendre à lire et à juger ce qu\u2019ils ont lu.Joseph d\u2019Anjou.Suzanne PARADIS: La Chasse aux autres.Poèmes.\u2014 Trois-Rivières, Editions du Bien public, 1961, 109 pp., 20.5 cm.Les autres, ce sont les vivants, les pau-' vres, les inutiles, les blessés et les disparus.En eux que chasse l\u2019A.?A vous de l\u2019imaginer.L\u2019amour, la nature, la mort (que hait le poète) inspirent ici des chants inégaux.Peu de vers libres, mais réussis: rythme et sonorité leur confèrent valeur poétique.Des vers réguliers les thèmes plairaient sans l\u2019imperfection de leur forme: rimes faciles et qui reviennent (sonore-encore, encor-corps, muraille-braille) ; simples assonances (ombre-tombes, lampe-langue.); fautes d\u2019harmonie et de ponctuation; surtout, presque à chaque strophe, césures que suit une muette non élidée (Ne quittez pas encore vos havres d\u2019enfance.Et la musique danse même entre les lignes).Que manque-t-il à ce recueil?Non le talent, mais le travail, sans doute.Et peut-être le conseil.que Racine accepta de Boileau.Joseph d\u2019Anjou.Centrale Saint-Jacques: Mon agenda 1962.\u2014 Paris (19, rue Dareau), 1961, 320 pp., 75 x 105 mm.Prix: $1, franco, aux Editions Bellarmin.Pour offrir un cadeau utile, rien de mieux que d\u2019acheter Mon agenda 1962.Dans ce calendrier carnet de poche, vous avez de l\u2019espace pour vous rappeler visites, DÉCEMBRE 1961 349 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES rendez-vous et projets (deux dates par page) ; vous lisez 250 réflexions choisies pour leur valeur culturelle et chrétienne, de même qu\u2019un rappel de la liturgie du jour; vous admirez enfin 32 hors-texte en héliogravure (splendides photos brièvement commentées).Cette petite merveille, imprimée en deux couleurs, reliée en vraie toile, avec ruban signet, fermoir et crayon dans sa gaine, vous rendra présent à vos amis, tout le long de la prochaine année, et d\u2019une présence que baignera une enrichissante pensée.Joseph d\u2019Anjou.Elizabeth Vandon: Enfin l\u2019aurore.Traduit de l\u2019anglais par Suzanne Marot.Coll.« Foi vivante ».\u2014 Paris, les Editions du Cerf, 1960, 238 pp., 18.5 cm.C\u2019est le récit autobiographique d\u2019une conversion récente typiquement moderne, celle d\u2019Elizabeth Vandon.Née dans une famille où elle a sous les yeux ni amour ni religion vrais, dès l\u2019adolescence, elle est dressée dans la révolte: « les hommes sont faits pour être libres ».Elle cherche en tous sens avec ardeur, accumulant pêle-mêle les expériences religieuses, intellectuelles, esthétiques, etc.Elle finit par se dire: « rien, absolument rien ne pouvait être la vérité ».C\u2019est le désarroi, l\u2019angoisse.Sa mère la confie à un médecinpsychiatre matérialiste qui profite de l\u2019envoûtement qu\u2019il exerce, de l\u2019amour qu\u2019il a suscité, pour l\u2019engager en des désordres plus graves encore.L\u2019impression de vide, le spleen, loin de se dissiper est plus vive que jamais, l\u2019âme y échappe dans « l\u2019illusoire sérénité de la morphine ».Un jour, durant les vacances, dans un petit village quasi ignoré d\u2019Irlande, E.V.rencontre un prêtre.Elle découvre que, lui, il était vrai, authentique.C\u2019était « enfin l\u2019aurore ».Elle se convertit, n\u2019eut pas l\u2019impression de poser un geste imbécile, enfin elle avait trouvé une explication de la vie, en Dieu.Cette conversion est un étonnant et admirable cheminement d\u2019une âme s\u2019élevant des égarements les plus graves à la foi chrétienne.Le style est alerte, relevé d\u2019une pointe d\u2019humour.La traduction de Suzanne Marot a la vie d\u2019un texte original.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de &a ê>aubeprbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE SUg« social : Montréal Ouvrages pour les jeunes édités par Desclée de Brouwer, Belgique (Représentant à Montréal: Paul Mancel, 2715, place Darlington, appt.208).Collection (( Monde et merveilles » Marcelle VÉRITÉ: Le Tour du monde des animaux.90 pages, 29.5 cm.Splendide album illustré.Dans sa note préliminaire, l\u2019A.invite le lecteur au voyage en ces termes: « Sur ces routes qui sillonnent les terres et les mers, relient les pôles, dans le grand livre du ciel où les ailes des oiseaux écrivent de bien émouvantes histoires, nous te convions à nous suivre.Ensemble, allons faire le tour du monde des animaux.» Collection (( Albums du petit berger » Alain PRÉVOST: Françoise ou les sept valses.- M.WYNANTS: La Girafe du roi Charles X.- Geneviève Agel: Le Chasseur repenti.Noël de Provence et des Ardennes.\u2014 Chacun environ 60 pages.Petits albums abondamment illustrés renfermant des contes ou des nouvelles pour les plus jeunes.Collection « Belle humeur » G.DUHAMELET: Tout feu tout flamme.\u2014 D.BERNARD: Au pays du dindon sauvage.\u2014 H.PEASE: Du vent dans les cordages.- N.CHANTAL: La Maison abandonnée.\u2014 E.DE BlSSCHOP: Cap à l\u2019Est.- A.Bourçois-MacÉ: Peaux rouges et robes noires.- J.AnCELET-Hustache: La Tour aux loups.\u2014 L.BOURLIAGUET: La Longue Eau verte.-N.Dale: La Vallée du serpent.\u2014 N.Dean: Les Aventures de Marco Polo.C\u2019est i\tun plaiôir i\tde magasiner \\ chez dupuisy^ I i MAGASIN A RAYONS I\t865 est, rue Sainte-Catherine I\tMONTRÉAL I\t\u2022 COMPTOIR POSTAL 780, rue Brewster, Montréal I -J.Mahuzier: La Famille du tour du monde.\u2014 Chacun environ 160 pp.Onze nouveaux romans d\u2019une collection devenue très familière aux jeunes lecteurs.Signalons que les aventures de la famille Mahuzier se passent en grande partie au Canada.A noter aussi que Peaux rouges et robes noires raconte la vie de saint Isaac Jogues, ami des Hurons et prisonnier des Iroquois.Enfin Cap à l'Est retrace une aventure vécue: c\u2019est le récit de la première expédition en radeau flottant, de Tahiti au Chili.Divers Françoise Gaudet-Smet: Agenda.Aujourd\u2019hui 1962.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1961.Prix: $1.50.Joli agenda pour l\u2019année qui vient, orné de pittoresques photos se rapportant pour la plupart à la vie des pêcheurs.Contient aussi d\u2019excellents conseils pour les ménagères et des citations bibliques pour chaque jour de l\u2019année.Almanach 1962 « Eclair ».\u2014 Montréal (7383, rue de La Roche), Distributions Eclair Limitée, 512 pp.Prix: $0.75.Présente d\u2019utiles renseignements en une foule de domaines, depuis la littérature et les arts jusqu\u2019au « genou de Jacques Plante ».Collection
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