Relations, 1 mai 1962, Mai
[" MAI 1962 N« 257 mrm REVUE DU MOIS LE LATIN DAM I/EGLISE LE PANARABISME LE THEATRE MONTRÉAL Jusqu\u2019où l\u2019État?Richard ARÈS L\u2019Europe au tournant Luigi d'APOLLONIA LA LIBERTE DE RELIGION John Courtney MURRAY Organisation professionnelle et planification économique Irénée DESROCHERS Continence périodique et perfection chrétienne Marcel MARCOTTE wmmmm \t \t ____________ \t \t \t SOMMAIRE mai 1962 Éditorial.117 De la liberté de religion au Québec.Articles La liberté de religion .Organisation professionnelle et PLANIFICATION ÉCONOMIQUE L\u2019Europe au tournant .Jusqu\u2019où l\u2019État?.Horizon international.Continence périodique et PERFECTION CHRÉTIENNE .« Veterum Sapientia.»: LE LATIN DANS L\u2019ÉGLISE .Le théâtre.Le panarabisme, un mythe?John Courtney Murray 118 Irénée Desrochers 120 .Luigi d\u2019Apollonia 124 .Richard Arès 127 .Joseph Ledit 130 .Marcel Marcotte 132 .Georges Robitaille 133 Georges-Henri d\u2019Auteuil 135 .Georges Sader 136 Au fil du mois.137 Au secours de l\u2019amour conjugal ?\u2014 Le R-7.\u2014 La faim dans le monde.Correspondance.138 Au service du français: La paille et la poutre.Joseph d\u2019Anjou 139 Avec ou sans commentaires.140 L\u2019opinion du juge Taschereau sur Lady Chatterley\u2019s Lover.\u2014 Nos protestants français et le Mouvement laïque.\u2014 Enseignement supérieur et progrès économique.Les livres.143 Notes bibliographiques.147 Le pape nous parle.148 ¦\tUN CAPITAL À VOTRE DISPOSITION ¦\tDES REVENUS POUR LA RETRAITE ¦\tPROTECTION AU DÉCÈS L\u2019ENTRAIDE IMMOBILIÈRE LAURENTIENNE 1344 est, rue Sherbrooke, Montréal LA.1-3698-3847 \t Complétez ce\tSans obligation de ma part, coupon et mettez-le à la\tveuillez me donner des détails complets sur les points ci-dessus.poste, ou bien\t écrivez ou\tNom \t téléphonez pour de plus amples\tAdresse \t renseignements.\tVille \t (facial ionâ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.CONSERVEZ Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia (Vie religieuse et Politique internationale), Jacques Cousineau (Vie ouvrière), Joseph-H.Ledit (Horizon international).Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Robert Bernier, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Albert Plante.Tirage : Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 Publicité: Robert Dumouchel du Service de Publications Seg, Limitée, 3305, rue Masson, Montréal-36, RAymond 5-2491.\u2022 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.rM\"*' J^elationA Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.63 Reliure de votre collection 1960.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $7.00 Ajouter $0.25 pour frais d\u2019expédition 8100, boul.Montréal-11 Saint-Laurent DU.7-2541 Ecrivez ou téléphonez Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication. XXIIe année N° 257 Mai 1962 MONTRÉAL £ditotiaL De la liberté de religion au Québec AVEC LE PRÉSENT NUMÉRO débute la série d\u2019articles annoncée le mois dernier, sur l\u2019important problème de la liberté de leligion et de croyance.L\u2019auteur est un théologien américain, qui écrit d\u2019abord pour son pays et qui, par conséquent, a devant les yeux une société pluraliste de droit et de fait, au sein de laquelle les catholiques ont toujours constitué une minorité.Il s\u2019efforce, en l\u2019exposant avec le plus d\u2019objectivité possible, de faire comprendre le point de vue catholique et surtout d\u2019en démontrer la parfaite concordance avec les exigences premières de la raison humaine.La position qu\u2019il adopte offre, semble-t-il, un terrain de rencontre acceptable à tous ceux qui veulent sauvegarder les bases morales et spirituelles de notre civilisation en même temps qu\u2019établir une société politique jouissant, autant que la condition humaine le permet, de la paix religieuse et sociale.La situation des catholiques canadiens-français du Québec diffère grandement de celle des catholiques aux États-Unis, mais les principes exposés par le P.Murray s\u2019appliquent aussi bien ici que là.Du point de vue reli- gieux, les Canadiens français ont toujours jusqu\u2019ici constitué une communauté remarquablement homogène, une communauté qui, si elle comptait maints anticléricaux \u2014 en réaction sans doute contre une trop grande influence cléricale \u2014 ne connaissait guère de problème religieux interne, parce qu\u2019infime y était le nombre des non-catholiques: protestants, juifs, agnostiques ou incroyants.Depuis la fin de la seconde guerre mondiale cependant, cette situation tend à se transformer.D\u2019une part, l\u2019immigration nous a valu un bon nombre de non-catholiques de langue française qui, pour la plupart, se sont établis à Montréal; d\u2019autre part, la communauté catholique canadienne-française subit elle-même présentement une crise de foi et chez elle augmente le nombre des non-pratiquants, des indifférents et des incroyants.D\u2019où le problème nouveau qui se pose à elle et qu\u2019elle ne peut plus ignorer.Ce grave problème à la fois religieux et politique, pour être résolu dans la justice, demande, de part et d\u2019autre, beaucoup de bonne volonté, de largeur de vue et de compréhension mutuelle.Le fanatisme et le sectarisme \u2014 qu\u2019ils soient de droite ou de gauche \u2014¦ ne peuvent que l\u2019envenimer et en retarder la solution.Sans rien sacrifier des positions catholiques, le P.Murray propose un terrain d\u2019entente.Nous croyons que sa proposition devrait intéresser tous ceux qui, sincèrement et même parfois dans l\u2019angoisse, cherchent une solution satisfaisante pour tous au douloureux problème qu\u2019affronte aujourd\u2019hui la communauté canadienne-française du Québec.Ho rs du Québec 1,000/000 de Canadiens français attendent l'appui de la Fraternité française d\u2019Amérique.Aidez-la à les aider: souscrivez généreusement à sa 8e campagne annuelle, du 15 avril au 15 mai.MAI 1962 117 LA LIBERTE DE RELIGION John Courtney MURRAY, S.J.ON POURRAIT ABORDER LE PROBLÈME DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE * à partir de l\u2019histoire ou à partir des principes.On y gagne, je crois, à commencer par un exposé des principes, puisqu\u2019il est impossible, qu\u2019on soit catholique, protestant ou juif, d\u2019écrire l\u2019histoire sans porter de jugements, ne fût-ce que par la couleur des épithètes.Or si, pour être valides ou simplement compris, ces jugements doivent tenir compte du climat historique et de l\u2019écart qui existera toujours entre l\u2019idéal et les faits, à plus forte raison doivent-ils reposer sur des principes.Le problème des formules La position catholique est assez complexe, et la formuler de manière à en dégager les lignes maîtresses est une tâche délicate mais qui s\u2019impose.Il est vrai qu\u2019on la résume parfois en une double formule: intolérance en matière de dogme, tolérance à Végard des personnes.Mais comme aucune des deux ne se retrouve dans les documents ecclésiastiques officiels, et que ni l\u2019une ni l\u2019autre n\u2019appartiennent en propre au vocabulaire de la théologie, on est, certes, libre de les critiquer comme inadéquates, et même de les rejeter comme malheureuses.D\u2019abord, en opposant de la sorte intolérance et tolérance, on fausse le problème dans la plupart des esprits.On laisse croire, en effet, que le point de vue catholique est à la fois intolérant et tolérant, au sens ordinaire de ces mots.Je crains fort aussi qu\u2019on ne propose à la volonté populaire un mauvais choix.Les bonnes gens, on en conviendra, ne sont pas habituées à distinguer pour unir.Aussi leur sert-on des slogans, des affirmations générales, celle-ci par exemple: la pensée catholique est intolérante; la pensée protestante, tolérante.De sorte que, mise en demeure de choisir entre l\u2019intolérance et la tolérance, la volonté populaire, barattée par l\u2019opinion courante et mue par le sentiment, n\u2019hésitera pas et choisira la tolérance avec toutes ses conséquences pratiques.Cette question de vocabulaire mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.L\u2019Église a dû, parfois, renoncer à des termes magnifiques.Qu\u2019on se rappelle l\u2019appellation « démocratie chrétienne » qui sombra aux jours d\u2019orage.Ce n\u2019est que récemment \u2014 un demi-siècle après les malheureuses querelles françaises \u2014 qu\u2019on a pu renflouer * Voici le premier d\u2019une série d\u2019articles sur l\u2019important problème de la liberté de religion.L\u2019auteur est directeur de la revue Theological Studies, où il a publié la^plupart de ses grands travaux sur les rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Il nous a gracieusement autorisés à puiser à cette source ce qui nous semblerait le plus apte à intéresser et à éclairer nos lecteurs.ce beau vocable.Les mots naissent et meurent; ils changent aussi de sens; et comme nous ne sommes pas en mesure de contrôler ni le sens des mots, ni leur choc émotif, mieux vaut, en principe, éviter, autant que faire se peut, en une question aussi explosive que celle de la liberté religieuse, l\u2019emploi de ces mots qui jouent contre nous.Entendons-nous bien.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019être hardi ou d\u2019être pusillanime: la thèse doit être entièrement maintenue.C\u2019est la manière de présenter cette thèse qui seule est en cause.Sans doute, je reconnais avec Kerryman la nécessité « parfois d\u2019en venir aux coups pour la foi », mais on ne m\u2019en voudra pas si je préfère ne pas imiter le boxeur qui va au-devant des coups en présentant le menton.L\u2019expression « intolérance en matière de dogme » est particulièrement inadmissible de nos jours.Nous sommes désireux, il va de soi, de prouver que notre attitude à l\u2019égard de la liberté de religion est, en dépit de sa complexité, tout à fait conforme à la raison.Il semblerait donc plus sage d\u2019éviter une formule qui, de prime abord, milite contre le caractère raisonnable de notre cause.Qu\u2019on le veuille ou non, le mot « intolérance » est synonyme, dans la pensée des gens, de tout ce qui n\u2019est pas raisonnable.C\u2019est un mot détestable.Consultez les dictionnaires.Il ne signifie pas une attitude intellectuelle sereine, illuminée par la vérité totale et imprégnée de charité.Au contraire, il évoque une tournure d\u2019esprit étroite, partiale, fermée au dialogue, têtue, imbue de préjugés, agressive, arrogante et persécutrice.Autant d\u2019accusations que nous repoussons à juste titre.Mais alors pourquoi donner prise à un malentendu en soutenant que notre position se fonde sur « l\u2019intolérance en matière de dogme » ?.Bien sûr qu\u2019on se donne beaucoup de mal pour débarrasser le mot « intolérance » de tout sous-entendu péjoratif.On dit, tour à tour, que « la vérité est intolérante », que « chacun est intolérant en certaines matières », que « nous ne sommes pas intolérants à un point où l\u2019intolérance devient réellement intolérante ».ce qui devient bien compliqué.D\u2019abord, la vérité n\u2019est pas intolérante.Tout simplement, la vérité est.Et, comme la lumière, elle est la sérénité même.Pourquoi alors coller à la vérité religieuse une épithète blessante dont on ne coiffe aucune autre vérité ?Quant à dire que chacun est intolérant en certaines matières, n\u2019est-ce pas donner l\u2019impression qu\u2019on se dérobe et qu\u2019on cherche des excuses ?Chose certaine, cette formule ne répand aucune clarté sur le problème.Répondre à une accusation par une contre-accusation appelle une dénégation, c\u2019est tout.On n\u2019a pas fait avancer la question d\u2019un pas.Quant à la troisième formule, elle est vraiment trop subtile.Les variétés d\u2019intolérance n\u2019intéressent 118 RELATIONS pas l\u2019homme moderne.Il les hait toutes.Et quand je suggère d\u2019éliminer en douceur la formule « intolérance en matière de dogme », c\u2019est à lui que je pense surtout.D\u2019ailleurs, cette expression n\u2019est pas d\u2019origine catholique.On nous en a marqués, il est vrai.Mais pourquoi ferions-nous semblant de l\u2019accepter en nous mettant martel en tête pour l\u2019atténuer à coup de distinctions?Il n\u2019y a qu\u2019une chose à faire: l\u2019enterrer.Rayons-la, du moins, de notre vocabulaire comme un premier obstacle à l\u2019intelligence exacte de notre position.La formule « tolérance à l\u2019égard des personnes » ne vaut guère mieux.La pensée catholique peut certainement trouver une tournure plus authentique qui fasse honneur aux grandes et belles vertus chrétiennes de justice et de charité.Tolérance à l\u2019égard des personnes ne dit pas ce qu\u2019elle est censée dire.Et une formule qui ne dit pas ce qu\u2019elle veut dire est une formule jugée.Je l\u2019enterrerais aussi à côté de l\u2019autre.La formule est simple, dit-on.Mais dans cette question de la liberté de religion, il faut éviter à tout prix de trop simplifier.Il est si facile de déceler le simplisme dans les théories de nos adversaires et, plus particulièrement, dans leurs formules.Pourquoi en serait-il autrement pour les non-catholiques?A ma connaissance, des propositions jumelées qui expriment, sans le déformer, le point de vue catholique n\u2019existent pas.Ce que nous pouvons faire de mieux, semble-t-il, est d\u2019expliquer clairement et franchement la tension entre deux vérités, si caractéristique de notre position, et qu\u2019il faut sauver l\u2019une par l\u2019autre.Nous aimons Dieu dans la vérité qu\u2019il nous a donnée, et nous aimons l\u2019homme en ce qu\u2019il y a de plus divin en lui: sa conscience.Nous aimons Dieu et sa vérité avec une loyauté qui nous défend de transiger avec la vérité, même sous l\u2019impulsion de ce qui peut paraître amour de l\u2019homme.S\u2019il en était autrement, notre amour tant de Dieu que de l\u2019homme s\u2019appellerait caritas ficta, une bien pauvre charité.Et nous aimons aussi l\u2019homme avec une loyauté qui nous interdit de violer sa conscience, même sous l\u2019impulsion de ce qui pourrait paraître amour de la vérité.Autrement, notre amour envers Dieu et envers l\u2019homme serait encore une caritas ficta.Dans les deux cas, nous abhorrons tout ce qui ressemble à un faux-fuyant.Saint François de Sales n\u2019était peut-être pas si loin d\u2019une heureuse formule à double versant quand il parlait de la « vérité charitable » et de la « charité véritable ».La difficulté vient, on le voit, de ce qu\u2019on ne trouve pas de double formule excellente.La faiblesse de celle que nous avons dénoncée tantôt est de brouiller ce qu\u2019il importe avant tout d\u2019éclairer.Elle porte l\u2019homme de la rue à penser que le catholique commence par être arrogant et finit par être persécuteur, quand les moyens politiques le lui permettent.Elle porte aussi l\u2019homme cultivé à penser que nous en appelons d\u2019abord à l\u2019autorité de l\u2019Église pour être intolérants en matière de dogme, et finissons par demander à l\u2019autorité de l\u2019État, MAI 1962 quand nous le pouvons, de soutenir l\u2019autorité de l\u2019Église et son intolérance en matière de dogme.La première interprétation est évidemment ridicule; la seconde est loin d\u2019être exacte, et risque d\u2019engager sur une fausse piste.Un problème à trois dimensions En fait, pour qui a sérieusement étudié le grand conflit moderne autour de la liberté de religion que déchaînèrent les fameux « principes de 89 », il est clair que l\u2019Église en appela, au début, non pas à l\u2019autorité de l\u2019Église, mais à la raison humaine.Face aux assertions doctrinales des soi-disant libéraux sur la conscience de l\u2019homme et ses « libertés », sur l\u2019État et ses « droits », elle opposa la doctrine de la conscience de l\u2019homme et de ses devoirs, celle de l\u2019État et de ses limitations.Et elle remporta des succès.Évidemment, le fond du débat était théologique; et c\u2019est de l\u2019Église que les « libéraux » disaient: « Voilà l\u2019ennemi! » Toutefois, le point précis et initial de l\u2019affrontement n\u2019était ni un dogme révélé, ni la constitution de l\u2019Église, ni son autorité, mais une série de questions de philosophie morale et politique: qu\u2019est-ce que la liberté, qu\u2019est-ce que la conscience, qu\u2019est-ce que l\u2019État ?Il est donc de toute première importance d\u2019exposer avec clarté que la liberté de religion ne repose pas, d\u2019abord et essentiellement, sur l\u2019affirmation dogmatique d\u2019une théologie de l\u2019Église et de son autorité, mais sur une explication philosophique de la nature de la conscience et de la nature de l\u2019État.A cela, la raison suffit.Évidemment, on ne saurait résoudre l\u2019ensemble du problème au seul niveau de la philosophie.L\u2019ordre actuel est l\u2019ordre de l\u2019Incarnation.Dans cet ordre, la philosophie n\u2019est pas la sagesse suprême; ni la raison, le meilleur des guides.La foi est une source de lumière plus puissante, et les principes de la théologie complètent, sans les annuler, ceux de la philosophie.C\u2019est pourquoi le problème de la liberté de religion doit pousser plus loin que la simple philosophie, et recevoir de la théologie une formulation plus complète.Il arrive, alors, que la philosophie de la conscience et celle de l\u2019État sont exhaussées à un nouveau palier où elles serviront de pivot à la solution même théologique du problème.Par ailleurs, comme la liberté de religion touche de près la vie sociale de l\u2019homme en tant que cette vie se déroule dans un contexte de circonstances, le problème de la liberté de religion ne recevra, finalement, sa formulation complète qu\u2019en tenant compte des divergences et des contingences du milieu social.Telle est la structure du problème qui commande la réponse de l\u2019Église.Mais les formules brumeuses: « intolérance en matière de dogme » et « tolérance à l\u2019égard des personnes », loin de révéler cette architecture de pensée, la cachent au contraire, et ne laissent rien soupçonner de son ordonnance logique.119 Notre dessein sera de démontrer que la solution catholique du problème de la liberté de religion est fonction de trois ordres différents: éthique, théologique, politique.Il y a là, en effet, trois problèmes distincts qui, vu le plan actuel de la Rédemption, sont inséparables.Parce que leurs relations se multiplient au fur et à mesure qu\u2019on avance, il importe de les traiter dans leur ordre si on veut aboutir à des conclusions particulières et les recueillir toutes en une synthèse lumineuse et harmonieuse qui mette en valeur la structure organique de la position catholique, les puissantes lignes de sa logique et l\u2019esprit de plénitude avec lequel elle tient compte de toutes les valeurs engagées.Le premier problème est d\u2019ordre théorique et moral.La source de sa solution est uniquement la lumière de la raison.A proprement parler, c\u2019est le problème de la liberté de conscience.Les facteurs sont: Dieu, la loi naturelle, la conscience humaine et l\u2019État, au sens d\u2019autorité civile dont la fonction est de diriger efficacement les citoyens vers le bien commun de la société.Le second problème est d\u2019ordre théorique et théologique.La source de sa solution est la lumière de la Révélation en tant que complémentaire de celle de la raison.A proprement parler, c\u2019est le problème de l\u2019Église et de l\u2019État.Les facteurs sont: Dieu et la loi naturelle, le Christ et la loi de l\u2019Évangile, l\u2019Église, la conscience catholique et l\u2019État, au sens défini plus haut.Le troisième problème est d\u2019ordre pratique et politique.Les sources de sa solution sont la lumière de la Révélation, complétant celle de la raison, et les préceptes de prudence politique relatifs à l\u2019obtention du bien commun d\u2019une collectivité sociale.A proprement parler, c\u2019est le problème des dispositions constitution- nelles garantissant les droits de la conscience soit dans la société internationale comme telle, soit dans les relations sociales-religieuses à l\u2019intérieur d\u2019un pays donné.Les facteurs sont: Dieu et la loi naturelle, le Christ et la loi de l\u2019Évangile, l\u2019Église et la conscience des catholiques, les Églises protestantes, les synagogues et la conscience de leurs adhérents (peut-être aussi les agnostiques et leur « conscience ») et enfin l\u2019État, tel que défini plus haut.La complexité croissante du problème, à mesure que celui-ci embrasse les trois dimensions du débat, saute aux yeux.Il est non moins clair, de par la simple énumération des facteurs en jeu, que nous sommes devant un problème d\u2019organisation de la pensée en un système cohérent et vivant qu\u2019on peut transposer en un ordre juridique: loi naturelle, droit canonique, droit civil.Arrivé là, le problème est résolu mais en théorie seulement, car l\u2019ultime solution concrète se fonde sur les vertus de justice et de charité, non sur une élaboration du droit, si complète qu\u2019elle soit.Scruter la nature de chacun des facteurs mis en cause et traiter le problème sous ses trois aspects corrélatifs nous entraîneraient trop loin.Dans un prochain article, nous nous proposons de situer le problème de la liberté de religion dans sa perspective catholique.Nous nous contenterons, ensuite, de l\u2019étudier à la seule lumière de la raison, comme l\u2019Église l\u2019a d\u2019abord fait quand elle s\u2019est attaquée au libéralisme doctrinal.C\u2019est donc le premier aspect du problème qui nous retiendra surtout, c\u2019est-à-dire sa dimension théorique et morale.ORGANISATION PROFESSIONNELLE ET PLANIFICATION ÉCONOMIQUE Irénée DESROCHERS, S.J.IL SEMBLE que le type de planification décrit jusqu\u2019ici, \u2014 au niveau des principes généraux répondant à la doctrine des documents pontificaux, \u2014 puisse fort bien s\u2019appeler une planification démocratique et organique.*.Ce sont précisément les problèmes posés par la démocratisation de la planification et par la forme plus organique de sa structure qui soulèvent la question de l\u2019organisation professionnelle.Quels sont les rapports entre planification et organisation professionnelle?Est-ce qu\u2019elles se concilient et se complètent, ou s\u2019opposent ?* Extraits de la deuxième partie d\u2019un travail intitulé « Planification économique et organisation professionnelle dans les documents pontificaux », présenté au 1er Colloque des Semaines sociales du Canada.Le compte rendu des travaux de ce Colloque vient de paraître aux Éditions Bellarmin, sous le titre de Planification économique et organisation professionnelle.Dans la perspective d\u2019une planification en voie d\u2019organisation et de perfectionnement, n\u2019est-il pas à prévoir que devront être inventées des formes rénovées de démocratie, qui donneront un cadre institutionnel plus adapté aux principes évoqués au sujet des corps intermédiaires ?Dans ce cas, quelles sont les chances d\u2019une organisation professionnelle ?.Une collaboration Pour étudier le rapport entre semblable transformation et l\u2019organisation professionnelle, il nous faut loyalement considérer un fait: il existe dans une branche donnée de la vie économique une interdépendance réelle entre tous ceux qui y exercent leur activité.Or une communauté d\u2019intérêts et de responsabilités ne les poussera-t-elle pas à exprimer 120 RELATIONS éventuellement cette situation et à établir entre eux des rapports sociaux ?Autour de ce centre qu\u2019est le bien commun de leur secteur, les intéressés ne seront-ils pas portés à se grouper?Des rencontres purement accidentelles ou occasionnelles ne suffiront probablement pas à répondre au caractère durable et permanent de leurs intérêts communs.Pour mieux assurer le dialogue et la coopération, on pourra adapter certaines institutions ou mettre en branle le principe de la libre association et fonder une nouvelle organisation, autre progéniture de la « socialisation » en marche.Le dialogue tend à s\u2019institutionnaliser, c\u2019est-à-dire à prendre forme dans une structure établissant des relations entre les parties composantes du tout; des rapports réguliers et durables offrent de meilleures chances d\u2019atteindre les objectifs communs.L\u2019efficacité est reliée à la stabilité.Dès l\u2019abord, il faut bien s\u2019entendre sur la distinction entre le principe d\u2019une structure de collaboration dans une branche d\u2019activité économique et son incarnation dans telle ou telle forme concrète.C\u2019est le principe général qui est affirmé dans les documents pontificaux.Le problème technique de la structure de pareille organisation à adapter ou à créer est autre chose: il relève des libres options des intéressés, cherchant selon les temps et les lieux à concevoir la configuration précise de leur institution et à délimiter les frontières de son territoire.Non seulement ces formes concrètes sont-elles laissées à la sagesse des intéressés dans leurs premiers efforts d\u2019invention; elles sont susceptibles aussi de varier à mesure qu\u2019elles devront s\u2019adapter de nouveau aux progrès techniques, économiques et sociaux.De cette distinction, il reste à tirer une conséquence.C\u2019est que le mot professionnel, dans l\u2019expression « organisation professionnelle », ne doit pas être la source d\u2019une opposition au principe lui-même, tout simplement parce que sur le plan technique on a envisagé une définition trop étroite à laquelle on répugne.C\u2019est pourquoi les papes parlent souvent de branche d\u2019activité économique, prise dans un sens large et souple.Certains chefs syndicaux laissent parfois de côté le mot professionnel et parlent plutôt d\u2019organisation « industrielle », pour éviter, par exemple, de faire allusion à des métiers particuliers, cette base leur paraissant trop étroite.D\u2019autres préféreront l\u2019expression: démocratie organique.De toute façon, la réalité économique et sociale de cette interdépendance n\u2019attend pas, pour exister, le règlement des querelles de mots.Elle est toujours là et appelle une certaine institutionnalisation.Il ne s\u2019agit pas, non plus, de nier les intérêts particuliers des parties composantes, parce qu\u2019il existe entre elles un intérêt commun; ni de penser que le mouvement syndical ayant fonction de défendre ces intérêts particuliers perd sa raison d\u2019être.C\u2019est une autre réalité ou, si l\u2019on veut, une autre facette de la réalité qu\u2019il importe en ce moment d\u2019envisager: la solidarité entre employeurs et employés dans une même branche.Cette organisation dite professionnelle ne peut donc pas s\u2019identifier tout simplement à une association patronale (comme il arrive parfois dans le langage courant).La pleine organisation professionnelle implique une unité supérieure qui relie toutes les parties.L\u2019organisation professionnelle, affirmait le cardinal Tar-dini, secrétaire d\u2019État de Jean XXIII, dans une Lettre à la Semaine sociale du Canada, est une « idée directrice qui court tout au long de l\u2019enseignement pontifical de Léon XIII MAI 1962 à Jean XXIII 1 ».Ayant rappelé que le syndicalisme et l\u2019organisation professionnelle ne sont pas à considérer comme deux structures alternatives, l\u2019une excluant l\u2019autre, mais comme complémentaires, il ajoute: De fait, les souverains pontifes ont toujours eu en vue, dans toute forme d\u2019organisation professionnelle, non seulement la pacification des rapports sociaux, mais plus encore la construction d\u2019un ordre harmonieux où chacun, suivant sa condition, aurait sa part de responsabilités et sa participation équitable aux fruits de l\u2019effort collectif.Ceci n\u2019a peut-être pas été toujours suffisamment remarqué.Il ne s\u2019agit pas seulement, en effet, d\u2019une juste distribution de salaires, ni seulement de l\u2019organisation interne de la profession à des fins économiques et sociales, mais bien plus encore d\u2019un équilibre à trouver, d\u2019une collaboration à organiser, d\u2019initiatives à provoquer, de responsabilités à confier, à l\u2019intérieur des corps professionnels, comme entre eux à l\u2019intérieur de l\u2019État, comme à l\u2019intérieur de la communauté humaine 2.Dans Mater et Magistra, Jean XXIII se réfère plus d\u2019une fois au même type d\u2019organisation de la société, en termes discrets, écartant tout ce qui pourrait rappeler des controverses qui divisent.Ainsi, il demande que « les corps intermédiaires et les initiatives sociales diverses.poursuivent leurs intérêts spécifiques en rapports de collaboration loyale entre eux 3 ».De plus, pour qui connaît le texte de l\u2019encyclique Quadra-gesimo anno, l\u2019allusion suivante de Jean XXIII à l\u2019organisation professionnelle semble suffisamment claire; elle se trouve dans Mater et Magistra, à la fin du long passage où il a expliqué la « socialisation » et porté sur elle un jugement.Si les lois morales et les normes qu\u2019il a rappelées sont respectées, affirme-t-il en parlant de la « socialisation », « on doit espérer qu\u2019elle.réorganisera même la vie commune ».Dans les textes pontificaux, des expressions comme ré-organiser, re-constituer, re-construire la société humaine réfèrent à un ensemble qui inclut particulièrement ce qu\u2019on appelle l\u2019organisation professionnelle 4.La traduction italienne de Mater et Magistra est peut-être ici plus directe que la traduction française; elle utilise une expression qui se rend ainsi: « une recomposition organique de la vie commune ».D\u2019ailleurs, Jean XXIII reprend: «Cette réorganisation désirée, comme Notre prédécesseur Pie XI l\u2019enseigne dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno, est une condition indispensable en vue de satisfaire pleinement aux droits et aux devoirs de la vie sociale 5.» En même temps qu\u2019il renvoie à Quadragesimo anno, Jean XXIII affirme désirer lui-même cette réorganisation de la vie sociale.Quand dans son discours du 15 mai 1961 il a annoncé la parution prochaine de Mater et Magistra, il s\u2019est exprimé ainsi: « Les exigences de la justice ne peuvent vraiment être satisfaites si la société 1.\tLettre à la Semaine sociale du Canada, 11 septembre 1960; voir Syndicalisme et Organisation professionnelle (Compte rendu de la Semaine sociale du Canada, 1960), Montréal, Éditions Bellarmin, p.11.2.\tIbid., p.12.Voir aussi p.9.3.\tMater et Magistra, p.40.C\u2019est nous qui soulignons.4.\tVoir, par exemple, Quadragesimo anno, n° 97: «Si donc l\u2019on reconstitue, comme il a été dit, les diverses parties de l\u2019organisme social.» 5.\tLa traduction française de ce passage de Mater et Magistra a été reprise d\u2019après le texte officiel latin: « est in spe ponendum fore ut id.etiam ad congruentem humani convictus compaginem féliciter conducat; quae optata compages, quemadmodum Decessor Noster f.r.Pius XI in Encyclicis Litteris Quadragesimo anno monet, omnino necessaria est, ad socialis vitae iuribus et officiis cumulate satisfaciendum » Voir Acta Apostolicae Sedis, 1961, p.418.121 ne se refait pas organiquement, par la reconstitution des corps intermédiaires à but économico-social 6.» Jean XXI11 considère les corps intermédiaires de façon globale.Sa façon de parler n\u2019exclut pas l\u2019organisation des branches d\u2019activité économique.Cette organisation professionnelle qui permettra à la société de se refaire organiquement est un corps intermédiaire, par excellence si l\u2019on peut dire.Aussi le pape actuel parle-t-il de « la reconstitution des corps intermédiaires à but économico-social ».Dans Mater et Magistra, l\u2019organisation professionnelle est contenue dans les corps intermédiaires; elle est donc présentée, très discrètement, comme faisant partie d\u2019un vaste ensemble de corps sociaux qui forment un tout complexe7.Cette discrétion fait ressortir l\u2019idée que la plus grande liberté est laissée à ceux qui créeront, par le développement de la « socialisation », les formes concrètes de la collaboration dans les branches de l\u2019activité économique.Participation à la planification La transformation graduelle des structures de la société sous l\u2019influence de la planification économique entraînera-t-elle, dans un ensemble difficile à dessiner d\u2019avance, une organisation professionnelle?Elles sont évidentes et certaines les relations qui existent entre les corps intermédiaires et la planification vraiment démocratique, organique: on l\u2019a vu plus haut en étudiant les agents de la planification.Il est également évident que la structure plus complète appelée organisation professionnelle correspond d\u2019une manière particulière à ces mêmes caractères de la planification.L\u2019organisation des branches d\u2019activité de l\u2019économie permettra de poursuivre plus démocratiquement le bien commun et d\u2019appliquer plus parfaitement le principe de subsidiarité.Ce type de décentralisation efficace tend, en conséquence, à promouvoir un meilleur équilibre entre les pouvoirs publics et le secteur privé.C\u2019est avec raison qu\u2019on se plaît à l\u2019appeler la démocratie organique.Planification économique et organisation professionnelle sont complémentaires.Ce sont comme deux mouvements allant à la rencontre l\u2019un de l\u2019autre; l\u2019un, si l\u2019on veut, partant plutôt d\u2019en haut, l\u2019autre, d\u2019en bas.L\u2019organisation professionnelle, « une collaboration organique que la nature elle-même recommande 8 », tendrait à la planification.Cette action professionnelle qui cherche à s\u2019institutionnaliser a pour but d\u2019organiser plus rationnellement, du point de vue économique et social, les branches de l\u2019économie.On retrouve là les éléments d\u2019une définition très générale de la planification.La poursuite, dans chacune de ces branches, d\u2019un bien commun relié et ordonné au bien général de l\u2019économie poussera ces organisations à collaborer entre elles à des niveaux interprofessionnels.En met- 6.\tJean XXIII, Discours à des travailleurs réunis à Rome pour commémorer l\u2019encyclique Rerum novarum, 15 mai 1961, A.P., n° 116, p.15.7.\tVoir l\u2019opinion du Père T.Mulder, « Le grandi linee della nuova enciclica sociale », La Civiltà Cattolica, 5 août 1961, p.294.Il écrit: « L\u2019encyclique Quadragesimo anno assigne aux « ordines » professionnels [aux « ordres » professionnels ou organisations ordonnées des branches de l\u2019économie] une fonction très en relief et autonome dans l\u2019ordonnance de la vie économique, tandis que Mater et Magistra envisage ces « ordines » plutôt comme une partie de tout l\u2019ensemble des formes d\u2019association de la vie humaine.» 8.\tPie XII, Radiomessage au Congrès des catholiques allemands, 4 septembre 1949, A.P., n° 53, p.10.122 tant au départ un certain accent sur la base, les liens avec le sommet ne sont pas négligés.Dans cette action, le rôle propre des pouvoirs publics, \u2014 qui a un caractère d\u2019orientation, de stimulant, de coordination, de suppléance et d\u2019intégration, \u2014 est toujours respecté.En se développant, une organisation professionnelle authentique réaliserait donc une coordination intime de son activité avec celle des organismes de planification.Si on part plutôt de la notion de planification, on conclura qu\u2019une planification véritablement démocratique tendra à développer une société économique plus organique.Dans un mouvement descendant, elle favorisera ainsi l\u2019éclosion d\u2019une organisation professionnelle.On sait l\u2019intérêt que les syndicats des travailleurs et les associations patronales, parties constituantes d\u2019une future organisation professionnelle complète, portent déjà à la planification.Ils réclament fortement, le syndicalisme ouvrier surtout, la démocratisation parfaite de la planification.Or semblable planification exerce à un dialogue qui a lieu non seulement entre les pouvoirs publics et les corps sociaux, mais entre ces derniers eux-mêmes.L\u2019État qui veut jouer son rôle sans autoritarisme poussera les syndicats d\u2019employeurs et les syndicats d\u2019employés à collaborer entre eux pour mieux s\u2019entendre avec lui.Et ces groupements, soucieux de protéger leur autonomie relative, essaieront de s\u2019entendre.Par ces contacts plus fréquents, même réguliers, qu\u2019aura exigés une planification démocratique, l\u2019organisation professionnelle tendra à surgir.Tout en poursuivant sa propre fin, \u2014 la défense des intérêts de ses membres \u2014 le syndicalisme patronal ou ouvrier doit s\u2019inspirer du principe de la collaboration.« Le syndicalisme appelle une organisation professionnelle dans laquelle il vient s\u2019intégrer 9.» De plus, il doit faire entendre sa voix « à tous les échelons » de la planification.Avec l\u2019État et les autres corps sociaux, il est générateur de l\u2019ordonnance, de la démocratisation et du caractère organique de l\u2019économie.Il porte en lui le germe de l\u2019organisation professionnelle.Il est la clé de son devenir.Dans un texte de Pie XII qui traite de la « démocratisation de l\u2019économie » par « une nouvelle organisation des forces productives du peuple », on retrouve cet entrelacement de la planification et de l\u2019organisation professionnelle: Au-dessus, en effet, de la distinction entre ceux qui procurent et ceux qui exécutent le travail, que les hommes sachent voir et reconnaître cette unité plus haute qui se trouve dans tous ceux qui collaborent à la production, à savoir leur liaison et leur solidarité dans leur devoir de pourvoir ensemble, dans la stabilité, au bien commun et aux besoins de toute la communauté.Que cette solidarité s\u2019étende à toutes les branches de la production, qu\u2019elle devienne le fondement d\u2019un ordre économique meilleur, d\u2019une saine et juste autonomie, et ouvre le chemin à toutes les classes laborieuses pour acquérir honnêtement leur part de responsabilités dans la conduite de l\u2019économie nationale io.Orientations En pratique, il semble que la planification ait des chances de nous aider à imaginer du neuf dans la façon 9.\tLettre à la Semaine sociale du Canada, 11 septembre 1960 (signée du cardinal Tardini); voir Syndicalisme et Organisation professionnelle, p.9.10.\tPie XII, Discours aux travailleurs italiens, 11 mars 1945, A.P., n° 7, pp.12-13.RELATIONS concrète et réaliste de concevoir les formes d\u2019une organisation professionnelle adaptée à notre milieu et à notre temps.Des spécialistes de la planification peuvent se surprendre à entrevoir un avenir encourageant.Ainsi (en France), le commissaire général au Plan, Pierre Massé: Enfin le Plan, s\u2019inscrivant dans une perspective dynamique, tend à substituer aux situations de conflit qui ont joué un si grand rôle dans la théorie économique de Cournot à Marx et de Marx à von Neumann, des situations de coopération qui ouvrent peut-être une des portes de l\u2019avenir n.Dans ces situations de coopération, certains participants à la planification française aperçoivent une orientation vers l\u2019organisation professionnelle.Le mouvement patronal chrétien de France, la C.F.P.C., a mis à son programme d\u2019étude de 1961, \u2014 préparatoire à ses assises nationales de 1962, \u2014 les questions d\u2019organisation professionnelle, d\u2019organisation économique et de planification.A cette occasion, la direction du journal de la C.F.P.C.écrivait: « Nous ne voyons qu\u2019avantage à ce que le plan devienne cette « institution essentielle ».Nous pensons même que l\u2019organisation professionnelle mixte, faute de s\u2019être développée d\u2019elle-même, pourrait recevoir du Plan une impulsion décisive.Il y aurait là un programme d\u2019avenir pour une authentique promotion sociale 12.» Plus tard le journal reprenait la question: Ce serait en effet une lourde erreur de croire que l\u2019entreprise puisse trouver son équilibre et les hommes y vivre en bonne entente dans une économie générale qui elle-même ne soit pas saine.Aucune paix sociale durable ne sera possible dans les entreprises s\u2019il n\u2019y a, au-dessus d\u2019elles, des organisations professionnelles bien structurées, associant employeurs et salariés, et jouant le rôle de relais entre les entreprises et les organismes directeurs de l\u2019économie au niveau de l\u2019État, ceci non seulement pour l\u2019élaboration des plans économiques, mais aussi pour leur exécution.Sur ce terrain aussi une heureuse évolution s\u2019opère dans les esprits is.Eugène Descamps, vice-président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (la C.F.T.C.) et membre du Conseil économique et social (qui est en France l\u2019un des organismes faisant partie du système de la planification), déclarait dans un cours à la Semaine sociale de France en 1960: « Il faut obtenir, dans l\u2019avenir, de véritables comités industriels d'orientation et de contrôle par branche d\u2019industrie.Ces organismes doivent servir de relais permanent à l\u2019élaboration et à l\u2019exécution du plan 14.» La conception que Descamps se fait de ces comités industriels d\u2019orientation et de contrôle est éclairée par le nombre et l\u2019importance des tâches qu\u2019il attribue à ces organismes où, évidemment, la participation du syndicalisme doit être entière: Quel sera leur rôle ?Discussion des investissements à réaliser au niveau de la branche, \u2014 examen en commun des problèmes posés par le progrès technique ou la conjoncture économique (décentralisation, concentrations, fusions), \u2014 ajustement en cours 11.\tPierre Massé, «Une approche de l\u2019idée de Plan », L\u2019Univers économique et social, p.9.24.3.12.\t« Le Plan », Professions (Journal chrétien du chef d\u2019entreprise), 31 mai 1961, p.1.Article signé « Professions ».Le directeur de publication est André Aumônier.13.\t« Nos travaux de l\u2019an prochain », Professions (Journal chrétien du chef d\u2019entreprise), 15 juillet 1961.Article signé «Professions ».14.\tEugène Descamps, « Économie concertée et démocratie économique », Socialisation et personne humaine (Compte rendu de la Semaine sociale de Lrance, tenue à Grenoble en 1960), Lyon, Chronique sociale de France, 1961, p.386.C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.de réalisation du plan des objectifs initiaux en fonction de changements importants intervenus, \u2014 arbitrage intéressant l\u2019industrie, dans le cas d\u2019investissements à même objet et de reconversions à entreprendre, \u2014 négociation de conventions collectives de branches d\u2019industrie, \u2014 mise en œuvre de plans de progrès social pendant la durée du plan d\u2019équipement (réduction de la durée du travail \u2014 avancement de l\u2019âge de la retraite \u2014 formation professionnelle, etc.) is.Il y a donc fondement à un certain optimisme.Nous pouvons travailler en même temps à développer la structure de la planification et à faire naître et croître l\u2019organisation professionnelle.Sans aucunement diminuer le rôle propre de l\u2019État, l\u2019activité des corps intermédiaires augmentera.L\u2019État sera plus libre et son action plus efficace pour accomplir sa tâche propre, parce que les corps intermédiaires auront manifesté plus d\u2019initiative, réussi une meilleure collaboration entre eux et participé plus étroitement à la planification.Voilà donc la conception d\u2019ensemble.D\u2019une part, planification vraiment démocratique et organique.D\u2019autre part, organisation professionnelle, c\u2019est-à-dire organisation de la collaboration entre toutes les parties constituantes à l\u2019intérieur de chacune des branches de l\u2019économie, organisation de la collaboration des branches entre elles à l\u2019intérieur de la communauté nationale, organisation jouissant « d\u2019une autonomie efficace devant les pouvoirs publics », mais aussi organisation collaborant avec l\u2019État.La relation entre planification et organisation professionnelle est très intime; l\u2019articulation, absolument nécessaire.Songeant sans doute à l\u2019ensemble complexe de la vie commune, certains parleront d\u2019une conception et d\u2019une conformation « organico-pluraliste » de la communauté 16.Planification économique ou organisation professionnelle?Une démocratie personnalisante demande les deux.L\u2019organisation professionnelle ne pourra se bâtir que progressivement.Une construction réaliste suppose l\u2019expansion du syndicalisme et un équilibre entre les forces sociales.Il faut de plus un État fort, et une éducation sociale qui infuse le sens pratique du bien commun, si l\u2019on veut éviter que l\u2019organisation des branches de l\u2019activité économique ne se réduise à la formation de groupes d\u2019intérêt pur et simple.L\u2019âme de l\u2019organisation professionnelle, \u2014 la justice et l\u2019équité couronnées par la solidarité dans la fraternité humaine, \u2014 peut seule assurer la maturité requise pour l\u2019exercice de l\u2019esprit démocratique véritable.Devant cette économie plus humaine à faire croître, le plus grand des problèmes est le nombre insuffisant d\u2019hommes compétents.La pratique autant que la théorie nous ramène d\u2019habitude à cette conclusion.François Perroux le rappelle: « J\u2019allais oublier l\u2019essentiel: pour faire un plan, il faut des hommes qui le conçoivent et l\u2019établissent; pour le réaliser, il faut des hommes qui animent les populations et des populations capables d\u2019être animées.Le modèle idéal du plan montre clairement que la construction (ou « production ») de l\u2019homme par l\u2019homme est l\u2019essentiel: c\u2019est là, précisément, que les mesures statistiques sont le moins faciles 17.» Analysant les causes du développement écono- 15.\tIbid., pp.386-387.16.\tVoir la Déclaration finale de la XXIVe Semaine sociale d\u2019Italie, tenue à Gênes en septembre 1951, sur le thème « L\u2019organisation professionnelle », Documentation catholique, 1951, col.1646.17.\tFrançois Perroux, «Qu\u2019est-ce que le développement?», Études, janvier 1961, p.21.C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.MAI 1962 123 mique d\u2019un pays, Perroux constate que « les modèles du capitalisme et du plan supposent acquise, mais c\u2019est à tort, la construction (ou la « production ») permanente de l\u2019homme par l\u2019homme qui est le tout du développement18 ».11 faut des dialogues pour remplacer les monologues, monologues de ceux qui prônent encore le pur libéralisme économique et de ceux qui rêvent d\u2019une planification intégrale et totalitaire en oubliant que « la dictature sur le prolétariat est très différente de la dictature du prolétariat19 ».Il faut donc des hommes qui sachent dialoguer.Mais changer des conflits en dialogues est une tâche exigeante.Elle nécessite la rénovation des hommes.18.\tIbid., p.19.C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.19.\tFrançois Perroux, « Qu\u2019est-ce qu\u2019un plan ?», La Vie intellectuelle, août-septembre 1945, p.77.Comment l\u2019oublier ?« Le développement est plénier dans la mesure où, par la réciprocité des services, il prépare la réciprocité des consciences 20.» Le dialogue qui aboutit à la collaboration véritable s\u2019appuie sur cet accord profond.Le message social de l\u2019Église puisé dans les documents pontificaux est « basé sur la nature humaine et pénétré des principes et de l\u2019esprit de l\u2019Évangile 21 »; synthèse organique des principes fondamentaux, il offre « une conception toujours actuelle de la vie sociale22 » et une « orientation sûre 23 » capable de rallier les esprits.20.\tFrançois Perroux, « Qu\u2019est-ce que le développement ?», Études, janvier 1961, p.33.21.\tMater et Magistra, p.15.22.\tIbid., p.114.23.\tIbid., p.116.L'EUROPE AU TOURNANT Luigi d'APOLLONIA, S.J.\\ PRÈS LES ÉCHECS du «pool vert» (10 juillet 1954) L\\ et de la Communauté européenne de défense -4-\t(30 août 1954), le Marché commun (25 mars 1957) pouvait passer pour une belle grande idée.Depuis qu\u2019il y a des Européens qui parlent de « faire » l\u2019Europe.Aujourd\u2019hui, pourtant, on chante en chœur les mérites du Marché commun, et tous croient en son succès.Les frontières se sont ouvertes; les échanges, multipliés; les niveaux de vie, élevés; les blessures, lentement fermées.Cette vieille Europe, paralysée par les nationalismes et meurtrie par les guerres, paraît jeune, vibrante, entreprenante.« Petit cap » de l\u2019Asie, elle est la « nouvelle frontière », l\u2019Eldorado où affluent les investissements.Le Marché commun industriel n\u2019est-il pas 30 mois en avance sur son calendrier de 12 ans ?Pour éviter le déclin, la Grande-Bretagne qui n\u2019a que des « intérêts éternels », pour parler comme lord Palmerston, sort de son splendide isolement européen, et, veuve de son empire, négocie son entrée comme une demanderesse.Ce qui n\u2019est pas sans émouvoir le Commonwealth: la Nouvelle-Zélande craint pour ses produits laitiers et son mouton congelé; les pays d\u2019Afrique, pour leur cacao et leurs bananes; l\u2019Inde, pour ses cotonnades; Chypre, pour ses vins; le Canada, pour son blé.A la suite de la Grande-Bretagne, l\u2019Irlande, le Danemark et la Norvège font patiemment antichambre; la Turquie, l\u2019Espagne et même les trois pays neutres, Suisse, Autriche et Suède, recherchent l\u2019association; tandis que les États-Unis veulent rompre avec 70 ans de protectionnisme en abaissant de 50% les tarifs douaniers sur toute une série d\u2019articles: Il va se constituer, a dit le président Kennedy, de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, un partenaire commercial qui pratiquera, en matière de droits de douane pour l\u2019étranger, une politique commune semblable à la nôtre, doublée d\u2019une économie presque égale à la nôtre.Nous adapterons-nous ici à ces nouvelles perspectives ou attendrons-nous que les événements nous aient dépassés ?Tant d\u2019hommages n\u2019ont pas grisé la « petite Europe ».Elle reste accueillante à tous les pays qui veulent profiter de sa réussite matérielle à la condition qu\u2019ils poursuivent avec elle un même dessein politique, et jouent jusqu\u2019au bout le jeu de la franchise.Car la « petite Europe » a juré de ne perdre ni son temps ni sa route.En dépit de difficultés inouïes, elle vient de mettre en place une politique d\u2019unification agricole, passant par le fait même à la deuxième étape du Marché commun.I.\u2014 LE MARCHÉ COMMUN DE L\u2019AGRICULTURE A Bruxelles, on a parlé jusqu\u2019à épuisement de produits agricoles et de « produits dérivés », de blé, légumes, fruits, vins, veaux, vaches, cochons, couvées.Pourtant, malgré l\u2019humilité (et l\u2019aridité) du sujet, on élaborait une construction originale, une solution révolutionnaire et, qui sait?la naissance de la nouvelle Europe.L\u2019avenir le dira.L\u2019ensemble des textes adoptés est considérable; les mécanismes imaginés, fort ingénieux; les dispositions prises, plus touffues qu\u2019un buisson.Comment pouvait-il en être autrement puisqu\u2019il s\u2019agissait de fondre six types d\u2019agricultures nationales, elles-mêmes compliquées, en une seule agriculture européenne ?Tâche si difficile et si délicate, en fait, qu\u2019on dût, comme jadis sous la IIIe République quand l\u2019Assemblée nationale n\u2019avait pas voté, le 31 décembre à minuit, le budget de l\u2019an neuf, arrêter la pendule pour prolonger fictivement le temps et continuer à délibérer contre la montre jusqu\u2019à l\u2019aube du 14 janvier comme si on était encore en 1961.O temps, suspends ton vol.Les nouveaux accords agricoles visent à réaliser en 7 ans-et demi (1er juillet 1962 \u2014 31 décembre 1969) un Marché commun de l\u2019agriculture sans contingents, droits de douane, prélèvements, prix minima à l\u2019importation, l\u2019application de la politique agricole commune devant aller de pair avec l\u2019ouverture des frontières.Semblable métamorphose de l\u2019Europe comporte des risques.Qu\u2019on songe simplement au coût de certaines « réformes agraires » en Chine, à Cuba et en U.R.S.S.124 RELATIONS qui se proposaient non pas de fusionner des agricultures nationales mais de « planifier » une agriculture unique.C\u2019est par millions qu\u2019il faut compter les morts.Et, après 50 ans, le problème de l\u2019abondance communiste attend toujours sa solution en U.R.S.S.M.Krouchtchev est même très amer.Il en veut à tout le monde, et vient de remplacer 12 ministres de l\u2019Agriculture des Républiques fédérales (sur 15).Il a même renvoyé à 1970 les 25 millions de tonnes de viande promis en 1957 pour.1960; et pour y arriver, il compte maintenant sur un bon vieux procédé capitaliste: l\u2019intérêt! Nous ne rappelons pas ces échecs pour contenter une hargne anticommuniste, mais pour souligner les difficultés extraordinaires auxquelles s\u2019affrontent les Six.Il est trop clair qu\u2019une société civilisée, pour qui le paysan n\u2019est pas une bête noire, s\u2019y prendra autrement que par la planification socialiste.Encore doit-elle se méfier du mythe du libéralisme si elle veut rompre l\u2019isolement pénible du paysan et corriger de graves inégalités intérieures; car, jusqu\u2019ici, ce sont les ouvriers de la ville qui ont tiré les plus gros marrons du Marché commun.Pour promouvoir la condition paysanne et la prémunir contre d\u2019intolérables bouleversements, le Marché commun de l\u2019agriculture a prévu trois mécanismes d\u2019adaptation: les prélèvements, le Fonds européen d\u2019orientation et de garantie, des mesures de sauvegarde.Prélèvements Dès le 1er juillet 1962, la Communauté économique européenne sera protégée, en ce qui concerne la plupart des produits agricoles et des « produits dérivés », par un système de prélèvement qui jouera tant aux frontières intérieures qu\u2019aux frontières extérieures.Qu\u2019est-ce qu\u2019un prélèvement?La clé de voûte de l\u2019édifice.Et encore ?Une somme d\u2019argent représentant la différence entre le prix de mise dans le pays importateur et le prix (généralement moins élevé) offert par le pays exportateur.Donnons un exemple.Les Italiens, on le sait, ne tiennent pas à être maigres comme des clous, et ne comptent pas leurs calories comme nos minces beautés.Ils raffolent de pâtes.Un minotier de Milan pourra donc acheter son blé soit en France soit au Canada.S\u2019il l\u2019achète en France, il le paiera aussi cher que s\u2019il l\u2019achetait en Italie; un « prélèvement » ramènera le blé français au prix italien.Mais s\u2019il l\u2019achète au Canada, en dehors du Marché commun, il le paiera plus cher encore que le blé français ou le blé italien.Cette forme de taxe n\u2019a que les apparences d\u2019un droit de douane.Premièrement, les prélèvements n\u2019ont pas de montant fixe, mais s\u2019élèvent à la différence existant entre le prix du pays exportateur et le prix intérieur du pays importateur.Deuxièmement, ils sont moins élevés dans les échanges entre les Six, assurant ainsi une préférence aux produits agricoles du Marché commun.Troisièmement, ils sont dégressifs à l\u2019intérieur des Six.Quatrièmement, ils sont provisoires et disparaîtront complètement en 1970, alors qu\u2019ils seront maintenus pour les pays tiers.Fonds agricole Un fonds européen agricole a été établi.Il remplacera peu à peu tous les fonds nationaux et prendra en charge MAI 1962 les problèmes agricoles du grand ensemble des Six.Ses fonctions sont multiples: soutenir les marchés agricoles, favoriser l\u2019exportation des surplus, financer des réformes de structure, améliorer les conditions de production.D\u2019où la dénomination officielle de cette caisse: le Fonds européen d\u2019orientation et de garantie.Pendant la période transitoire, ces dépenses seront à la charge et des États nationaux et de la Communauté, le Fonds agricole contribuant de plus en plus aux frais: un sixième en 1962-1963, deux sixièmes en 1963-1964, trois sixièmes en 1964-1965.A ce moment-là, le problème sera remis à l\u2019étude, l\u2019Allemagne n\u2019ayant pas voulu s\u2019engager au-delà.Elle a toutefois accepté qu\u2019à la fin de la période transitoire le Fonds finance l\u2019ensemble de ces dépenses.Mais d\u2019où viendra l\u2019argent au cours de la période de transition ?De deux sources: des prélèvements et du budget de chaque État.Le système des prélèvements accepté, il fallait préciser à qui serait versé leur montant.S\u2019il avait été laissé à l\u2019État importateur, la préférence sur le Marché commun de l\u2019agriculture n\u2019aurait pas joué.L\u2019importation, en effet, de denrées alimentaires des pays tiers aurait été une source de gains pour l\u2019État importateur et non pour la Communauté.Dans la période transitoire, le Fonds sera donc alimenté, la première année (1962-1963), par des contributions budgétaires, calculées d\u2019après la « clé de répartition » fixée par le traité de Rome (article 200): 28% pour chacun des trois Grands, France, Allemagne, Italie; 7.9% pour les Pays-Bas.et la Belgique; 0.2% pour le Luxembourg; la seconde année (1963-1964), il sera formé à concurrence de 90% par des contributions budgétaires et de 10% par le produit des prélèvements; la troisième année, à concurrence de 80 et de 20%.A l\u2019issue de cette période de trois ans, de nouvelles règles seront établies.Dans la période finale, une fois réalisé le Marché unique, le Fonds sera constitué par les contributions budgétaires nationales réparties selon la clé donnée plus haut, et par la totalité des prélèvements sur les importations agricoles en provenance des pays tiers.La France, qui a fait triompher le principe de la responsabilité commune des surplus, a demandé aussi que, dans la période définitive, les prélèvements soient intégralement versés dans une caisse commune.Elle l\u2019a obtenu.Mesures de précaution On sait la fragilité des marchés agricoles et la variabilité des cours.Aussi pour se protéger contre des conséquences trop brutales, les pays de la Communauté, encore responsables de la situation, ont adopté des mesures de précaution: la clause de sauvegarde et l\u2019intervention des prix minima.La clause de sauvegarde permet à un pays, le cas échéant, de suspendre les importations d\u2019un pays membre de la Communauté, cette suspension s\u2019étendant aux pays tiers.A quelques exceptions près, voici comment joue la clause.1.Dès que l\u2019État membre a pris sa décision, il doit la notifier à la Commission et aux autres pays de la Communauté.La décision ne peut être mise en vigueur que trois jours après la notification, ce délai étant destiné à permettre aux denrées périssables, déjà chargées, d\u2019atteindre leur destinataire.125 2.\tDès la notification, la Commission, par l\u2019intermédiaire du Comité de gestion établi pour chaque produit, doit décider, dans un délai de quatre jours ouvrables, si les mesures seront maintenues, modifiées ou supprimées.Cette décision est immédiatement exécutoire.3.\tCette décision de la Commission est, toutefois, susceptible d\u2019appel devant le Conseil des ministres.Mais l\u2019appel ne suspend pas la décision de la Commission.Les États ne peuvent donc prendre de mesures autonomes que pendant un délai de quatre jours.Pour tous les produits qui ne bénéficient pas de la clause de sauvegarde, un système de prix minima, dont le principe a été posé par le Traité de Rome (art.44) et qui est actuellement en vigueur, continuera de s\u2019appliquer au cours de la période transitoire.Si donc, par suite d\u2019importations excessives, le prix de certaines denrées agricoles faisait une chute dangereuse, il sera possible à ce pays, membre de la Communauté, d\u2019en réduire ou d\u2019en suspendre les importations.il.\u2014 l\u2019europe politique Le Marché commun de l\u2019agriculture n\u2019est pas, nous l\u2019avons dit, la coordination de six agricultures nationales, mais leur fusion en une seule agriculture européenne.Entreprise audacieuse, la première de son genre dans l\u2019histoire, elle pratique une large brèche dans les parapets des États souverains; et c\u2019est là, on ne le dira jamais trop, son plus grand mérite.Y a-t-il décision plus politique que la fixation du prix des céréales ?Or, elle va échapper à la souveraineté et être prise par disposition d\u2019un Conseil européen, unanime, il est vrai, dans la période transitoire mais majoritaire dans la période finale.Bien plus, les accords de Bruxelles, en ouvrant la deuxième étape du Marché commun, dispense déjà les Six de la règle de l\u2019unanimité.En plusieurs circonstances, une majorité étrangère peut dorénavant fixer la loi et passer outre à l\u2019opposition d\u2019une des «patries »: ce qui est précisément l\u2019une des notes de la supernationalité.D\u2019ailleurs, d\u2019autres décisions ont été arrêtées à Bruxelles: un règlement sur la sécurité sociale des travailleurs migrants qui permet à ceux-ci de bénéficier, en matières de sécurité sociale, des avantages acquis dans les divers pays où ils ont travaillé; l\u2019institution du Fonds social européen qui rembourse la moitié des dépenses consacrées par les États membres au reclassement et surtout à la rééducation professionnelle des travailleurs; un premier règlement sur la libre circulation des travailleurs qui entend répondre, par-delà les frontières, aux offres et demandes d\u2019emploi; la mise en place de règles de concurrence uniformes afin de prévenir les abus possibles des concentrations et des ententes; legalisation des salaires masculins et féminins qui ramène les différences trop marquées à 15% avant le 30 juin 1962, à 10% avant le 30 juin 1963, et au même niveau avant le 31 décembre 1964.Or, à qui fera-t-on croire que pareilles décisions et tant d\u2019autres portant sur le niveau de vie, les structures agricoles, les structures économiques, l\u2019équilibre agriculture-industrie, une politique commerciale commune à l\u2019égard du reste du monde ne font pas l\u2019objet, en dernière analyse, d\u2019une politique commune qu\u2019il s\u2019agira maintenant de traduire en institutions politiques communes ?Dès le 9 mai 1950, en formulant les propositions qui devaient conduire à la naissance de la Communauté européenne du Charbon et de l\u2019Acier, Robert Schuman y voyait: « les premières assises concrètes d\u2019une fédération européenne, indispensable à la préservation de la paix ».En fait, une même volonté politique a soutenu les Six au cours des tractations homériques de Bruxelles.Ils se rendaient parfaitement compte qu\u2019un échec eût appliqué un violent coup de frein au Marché commun, et donné un argument considérable aux tenants de l\u2019union douanière et des ententes cordiales.L\u2019Europe se serait tout simplement trompée de siècle.Car nos grands-parents ont connu un monde sans douane et « cordialement » lié, ce qui nous a donné ce qu\u2019on voudra, mais certes pas la paix.Tandis qu\u2019une Europe communautaire et personnaliste, parce qu\u2019inscrite dans « la nature des choses », est une idée féconde, et, sans doute, plus utile à la paix que les pactes militaires ou que l\u2019O.N.U.où l\u2019on parle beaucoup pour prouver son importance.Le passage à la seconde étape du Marché commun va permettre l\u2019avènement d\u2019une véritable union économique des Six.Elle annonce, cependant, autre chose qu\u2019une Europe faite de mathématiques, de techniques et de statistiques: la volonté de poursuivre jusqu\u2019au bout l\u2019aménagement d\u2019une Communauté, capable de faire entendre sa voix parce qu\u2019elle aura su mettre en commun ce qui lui est commun afin de mieux sauvegarder la richesse des personnalités nationales.Sans doute, les Six connaîtront-ils des jours encore plus accidentés que ceux de Bruxelles.Mais il revient à l\u2019Europe qui l\u2019a exalté d\u2019exorciser l\u2019État souverain, ne fût-ce que pour l\u2019édification des nations juvéniles.Les prophètes de l\u2019État souverain sont morts, il est vrai, et il n\u2019y a plus moyen de les lapider; mais leurs fils ont mangé les raisins et en ont eu les dents agacées.La misère imméritée du travailleur n\u2019offre plus de point d\u2019appui au levier de la révolution dès qu\u2019elle fait place à un authentique bien-être du peuple.Ainsi de ce qu\u2019on appelait naguère «l\u2019égoïsme sacré»: il n\u2019offrira plus de point d\u2019appui à la volonté de puissance si, d\u2019aventure, il cède la place à un sens authentique du bien commun.Bien loin de voir les petits-fils d\u2019Eisenhower ou d\u2019Adenauer vivre sous le communisme, peut-être verrons-nous, si tout va bien, les petits-fils de Krouchtchev demander la participation à la Communauté européenne.C\u2019est, sans doute, pourquoi il tient tant à en empêcher la naissance.VIENT DE PARAITRE PLANIFICATION ÉCONOMIQUE ET ORGANISATION PROFESSIONNELLE Compte rendu du Premier colloque organisé par les Semaines sociales du Canada.En vente aux Editi ons Bell armin : $2.50 l\u2019exemplaire.126 RELATIONS JUSQU\u2019OÙ L\u2019ÉTAT?Richard ARES, S.J.EN TERMINANT mon troisième article sur le rôle de l\u2019État dans notre collectivité (voir Relations, avril, mai et juin 1961), je laissais entendre que la prochaine question serait celle-ci: Jusqu\u2019où l\u2019intervention de l\u2019État dans la société ?Le temps est venu de tenter une réponse à cette question.Je rappelle tout d\u2019abord que je considère l\u2019État comme l\u2019organe suprême de gouvernement de la société politique d\u2019aujourd\u2019hui et que je lui ai assigné un double rôle.Puissance publique, l\u2019État a pour premier rôle, ai-je écrit, de protéger les droits et les libertés des individus et des groupes ainsi que de leur venir en aide dans leurs besoins communs.Pouvoir politique, il a aussi pour rôle de créer et maintenir, au sein de la collectivité dont le bien commun lui est confié, un ordre rationnel, c\u2019est-à-dire un ordre de justice et de liberté.Dans l\u2019accomplissement de ce double rôle, jusqu\u2019où l\u2019État peut-il et doit-il aller?Avant de formuler une première réponse générale, je voudrais indiquer brièvement comment le problème se pose actuellement au Québec.I.\u2014 LE PROBLÈME ACTUEL AU QUÉBEC Dans notre milieu en effervescence, le problème de l\u2019intervention de l\u2019État ne pouvait pas ne pas se poser.J\u2019ai noté (en avril 1961) que trois courants de fond \u2014 «socialiste », « nationaliste » et « laïciste » \u2014 agitent actuellement la communauté canadienne-française, la poussent à tourner de plus en plus ses regards vers l\u2019État et à lui confier l\u2019orientation de son destin.A ces notations antérieures, j\u2019ajouterai ici un bref aperçu de l\u2019évolution des tendances à cet égard dans les cinq principaux domaines où le problème se pose aujourd\u2019hui.Et d\u2019abord, dans le domaine économique et social.Il y eut un temps, qui n\u2019est pas si éloigné, où le libéralisme économique le plus pur régnait chez nous.Point d\u2019intervention de l\u2019État, disait-on, qu\u2019on laisse faire, qu\u2019on laisse passer, et la prospérité commune et la justice en résulteront, la liberté corrigeant elle-même les maux qu\u2019elle aura causés.Aujourd\u2019hui, nous sommes bien revenus de cette naïveté; la tendance est, au contraire, à faire large place à l\u2019intervention de l\u2019État, à lui demander de réglementer et de planifier l\u2019économie, de se charger de la sécurité sociale, de financer le coût des grands services sociaux, et même de nationaliser complètement les compagnies productrices d\u2019énergie électrique.Ensuite, dans le domaine de la vie nationale canadienne-française, nous commençons à peine à sortir d\u2019une longue période où l\u2019initiative privée a à peu près tout fait.Si les Canadiens français ont survécu comme groupe, s\u2019ils se sont développés au point de former aujourd\u2019hui une nation de plus de cinq millions, le crédit n\u2019en revient pas d\u2019abord et principalement à l\u2019État, pas même à l\u2019État québécois.Mais, soutient-on maintenant, cette abstention de l\u2019État n\u2019a que trop durer: il faut, affirme-t-on, que l\u2019État québécois cesse d\u2019être neutre du point de vue national, qu\u2019il se mette résolument au service de la nationalité canadienne-française et MAI 1962 qu\u2019il devienne vraiment l\u2019État national des Canadiens français.Sans son aide, ajoute-t-on, sans son intervention, la vie nationale canadienne-française est vouée à la stagnation et à l\u2019impuissance.Ainsi en serait-il dans un troisième domaine où l\u2019on réclame avec non moins de véhémence l\u2019intervention de l\u2019État: celui de renseignement.Encore ici, l\u2019initiative privée a presque tout créé et presque tout maintenu.Mais aujourd\u2019hui, la situation se transforme rapidement: l\u2019État intervient de plus en plus, non seulement pour aider financièrement les institutions privées, mais encore pour créer ses propres écoles; des pressions s\u2019exercent sur lui pour qu\u2019il prenne en charge tout le système d\u2019enseignement et le dirige de haut par l\u2019intermédiaire d\u2019un véritable ministère de l\u2019Instruction publique.Dans un quatrième domaine cependant, la tendance actuelle va en sens inverse et l\u2019on s\u2019oppose farouchement à toute intervention de l'État.Il s\u2019agit du domaine des moyens modernes de diffusion : presse, radio, cinéma, télévision.Jusqu\u2019ici, au Québec, seul le cinéma a été soumis à la censure préalable de l\u2019État.Aujourd\u2019hui, toute une clameur se fait entendre: pas de censure, pas d\u2019intervention de l\u2019État, à chacun son âme, à chacun sa liberté comme à chacun sa vérité.Reste un dernier domaine où la question commence à peine à se poser au Québec: le domaine de la religion ou des Églises, plus précisément celui des rapports entre VÉglise et l\u2019État.Officiellement, légalement, il n\u2019existe pas au Québec d\u2019union entre l\u2019Église et l\u2019État, mais telle a été l\u2019influence historique exercée par l\u2019Église catholique sur la société canadienne-française que les deux se sont intimement unies au niveau même de la vie sociale, de sorte que l\u2019État ne peut pas ne pas en tenir compte dans son action.Un mouvement cependant vient d\u2019être lancé, qui a pour but de réclamer la laïcité de l\u2019État québécois, c\u2019est-à-dire, semble-t-il, sa complète indépendance à l\u2019égard de toutes les confessions religieuses: l\u2019État n\u2019interviendra pas dans leurs affaires, mais elles-mêmes devront s\u2019abstenir de toute intervention dans les affaires de l\u2019État.Voilà, en bref, comment et en quels domaines se pose actuellement au Québec la question: jusqu\u2019où l\u2019État peut-il et doit-il intervenir?La réponse exige de longs développements; je m\u2019en tiens pour l\u2019instant à quelques données très générales.II.\u2014 LES PREMIERS ÉLÉMENTS DE SOLUTION Quiconque entreprend de déterminer la légitimité de l\u2019intervention de l\u2019État dans les affaires de la vie humaine en général doit nécessairement tenir compte de deux facteurs fondamentaux, l\u2019un d\u2019ordre doctrinal, à savoir la conception de l\u2019homme et de la société qui prévaut dans le milieu, l\u2019autre d\u2019ordre pratique, c\u2019est-à-dire les nécessités de l\u2019heure ou les exigences concrètes et actuelles du bien commun de la collectivité en cause.127 1.La conception de l'homme et de la société Au point de départ, il y a toujours une certaine conception générale de l\u2019homme et de la société, une certaine philosophie de l\u2019État; qu\u2019elle soit communément acceptée de la population ou qu\u2019elle soit imposée par le parti au pouvoir, elle n\u2019en constitue pas moins, dans le milieu, le premier critère pour juger de la légitimité de l\u2019intervention de l\u2019État.C\u2019est qu\u2019elle comporte déjà en elle-même un choix initial au sujet de la valeur qui sera considérée comme suprême et ordonnatrice de toutes les autres, un choix en particulier entre l\u2019homme et l\u2019État.Dans les sociétés où le choix initial s\u2019est fait en faveur de l\u2019État et où ce dernier se pose en valeur suprême \u2014 et il en est fondamentalement ainsi dans les sociétés totalitaires de type fasciste, nazi ou marxiste \u2014, il devient doctrinalement impossible de poser une limite à l\u2019intervention de l\u2019État et de dire à ce dernier: tu peux intervenir jusque-là, mais pas plus loin.Au nom de quoi, au nom de quel principe pourrait-on le faire, puisque, par définition, tout est dans l\u2019État et que tout, à commencer par l\u2019homme, est pour l\u2019État ?La pensée occidentale, dans son ensemble, n\u2019a jamais pu se rallier à une pareille conception; là surtout où elle est demeurée fidèle à son inspiration chrétienne, elle a toujours maintenu son choix initial en faveur de l\u2019homme et l\u2019a posé comme la valeur suprême à laquelle tout, dans la vie sociale et politique, devait être ordonné.Mais l\u2019homme qu\u2019elle valorise ainsi est l\u2019homme complet, avec toutes ses dimensions, spirituelle et surnaturelle en particulier.Pour elle, l\u2019État, tout comme les autres institutions sociales, est au service de l\u2019homme et doit tendre à lui assurer le bien complet de la vie humaine, à lui favoriser l\u2019accès à la vie personnelle.Car c\u2019est là l\u2019ultime objectif que la doctrine chrétienne assigne à la vie sociale: aider l\u2019homme à se hausser au niveau de la vie personnelle, l\u2019aider à devenir pleinement ce qu\u2019il doit être, c\u2019est-à-dire une personne, un vivant qui s\u2019alimente de connaissance et d\u2019amour, et qui grandit dans la liberté et la responsabilité.Aussi maintient-elle que le bien commun dont l\u2019État a la charge est, en définitive, le bien d\u2019une société de personnes, comportant sans doute un élément de bien-être matériel, mais aussi et principalement un élément spirituel et moral qui, facilitant le jeu des libertés et la prise des responsabilités, permette à l\u2019homme d\u2019épanouir toutes ses facultés et ainsi de s\u2019achever lui-même et d\u2019atteindre à la fin de sa nature L 1.Pie XII enseigne que la mission de l\u2019État est de faire converger harmonieusement les activités privées et individuelles vers le bien commun, « lequel ne peut être déterminé par des conceptions arbitraires, ni trouver sa loi primordiale dans la prospérité matérielle de la société, mais bien plutôt dans le développement harmonieux et dans la perfection naturelle de l\u2019homme, à quoi le Créateur a destiné la société en tant que moyen » (encyclique Summi Pontificatus, 1939, n° 47).Le même Pie XII écrivait : « L\u2019origine et la fin essentielle de la vie sociale, c\u2019est la conservation, le développement, le perfectionnement de la personne humaine.A travers tous les changements et toutes les transformations, la fin de toute vie sociale reste identique, sacrée, obligatoire: le développement des valeurs personnelles de l\u2019homme en tant qu\u2019il est l\u2019image de Dieu.Toute l\u2019activité politique et économique de l\u2019État est ordonnée à la réalisation durable du bien commun, c\u2019est-à-dire de ces conditions extérieures nécessaires à l\u2019ensemble des citoyens pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de de leur vie matérielle, intellectuelle et religieuse.» (Message de Noël 1942.) 128 Pour la doctrine chrétienne, l\u2019homme est et doit demeurer le principal agent et le premier sujet de la vie sociale et politique, il doit en être, non le rouage inconscient, mais le principe vital.En conséquence, est à approuver, en principe, toute intervention de l\u2019État tendant à libérer l\u2019homme des obstacles matériels ainsi que des servitudes qui l\u2019empêchent de jouer son rôle de personne dans la société; de même, est à condamner, encore en principe, toute intervention de l\u2019État qui ne viserait qu\u2019à asservir l\u2019homme à l\u2019État ou qui, sous prétexte de libération matérielle, violerait les droits spirituels de la personne, ou encore qui réduirait à néant son rôle d\u2019agent vital de la société 1 2.Tout ce que l\u2019on pourrait ajouter, en demeurant dans l\u2019ordre des principes, ne serait que commentaires de cette grande règle générale sur la légitimité ou l\u2019illégitimité de l\u2019intervention de l\u2019État.Pour plus de précisions, il faut descendre à l\u2019ordre pratique ou au domaine des faits et voir comment, dans chaque pays, le problème se pose concrètement, quelles sont, en particulier, les nécessités de l\u2019heure et les exigences actuelles du bien commun.2.Les exigences concrètes du bien commun L\u2019État, à la fois Puissance publique et Pouvoir politique dans une société déterminée, a la charge du bien commun; il doit non seulement le sauvegarder, mais encore le promouvoir, c\u2019est-à-dire travailler à sa façon à la prospérité commune, au mieux-être matériel et spirituel des citoyens de la collectivité.Sauvegarder et promouvoir le bien commun, telle est la règle première et la loi suprême de son action ainsi que de toutes ses interventions.Or, c\u2019est un fait d\u2019observation courante que le bien commun n\u2019a pas partout et toujours les mêmes exigences concrètes.Que l\u2019on considère, par exemple, la centaine de collectivités politiques qui font aujourd\u2019hui partie des Nations Unies: de l\u2019une à l\u2019autre, il paraît évident que les exigences concrètes du bien commun varient en intensité et en urgence.Ainsi, au Congo actuellement, le bien commun a de pressantes exigences d\u2019unité et de paix intérieure et l\u2019on peut dire que, dans les pays du Tiers Monde en général, la lutte contre la faim, la maladie et l\u2019ignorance est maintenant devenue une exigence impérieuse du bien commun.Il est à noter aussi que, dans un même pays, peuvent varier considérablement, au cours de son histoire, les exigences concrètes du bien commun, selon que ce pays est en paix ou en guerre, selon qu\u2019il y règne la prospérité ou la misère, le plein emploi ou le chômage, la bonne entente ou la mésentente entre les 2.« Sauvegarder le domaine intangible des droits de la personne humaine et lui faciliter l\u2019accomplissement de ses devoirs doit être le rôle essentiel de tout pouvoir public.N\u2019est-ce pas là ce que comporte le sens authentique de ce bien commun que l\u2019État est appelé à promouvoir ?D\u2019où il suit que la charge de ce « bien commun » ne comporte pas un pouvoir si étendu sur les membres de la communauté qu\u2019en vertu de ce pouvoir il soit permis à l\u2019autorité publique d\u2019entraver le développement de l\u2019action individuelle.» (Pie XII, Message de la Pentecôte 1941.) « Ces droits essentiels sont tellement inviolables que, contre eux, aucune raison d\u2019Ëtat, aucun prétexte de bien commun ne saurait prévaloir.Ils sont protégés par une barrière infranchissable.En-deçà, le bien commun peut légiférer à sa guise.Au-delà, non; il ne peut toucher à ces droits, car ils sont ce qu\u2019il y a de plus précieux dans le bien commun.» (Pie XII, Allocution aux membres du Congrès international des études humanistes, le 25 septembre 1949.) RELATIONS citoyens, les communautés ethniques et les divers groupes dont se compose la collectivité.Or, par position et par devoir, l\u2019État est le premier et principal intéressé aux exigences concrètes du bien commun.Il doit non seulement les connaître et les apprécier, mais encore y répondre en adaptant son action dans chaque cas.Il est le Pouvoir politique et, en tant que tel, il lui appartient d\u2019intervenir chaque fois que cela est nécessaire pour sauvegarder la primauté du bien commun contre les intérêts privés et individuels, pour maintenir la paix entre les diverses classes sociales comme entre les divers groupes ethniques, pour coordonner, orienter et stimuler les efforts de tous vers le bien général de la collectivité.Il est aussi la Puissance publique et, en tant que telle, il détient la fonction de protecteur suprême et il joue le rôle d\u2019auxiliaire universel.Ici surtout, c\u2019est-à-dire dans l\u2019accomplissement de ce dernier rôle, se pose vraiment le problème de son intervention.Il doit aider et suppléer: aider les individus et les groupes à s\u2019acquitter de leurs fonctions sociales et suppléer à leurs déficiences.Aider et suppléer, il faut insister sur ces deux mots, car ils expriment les objectifs que doit poursuivre toute intervention de l\u2019État dans une société dont la philosophie de base demande que l\u2019homme soit le principe vital de toute la vie sociale.Voilà pourquoi les souverains pontifes ne cessent de rappeler aux gouvernants que leur action, dans le domaine économique et social par exemple, « doit être inspirée par le principe de subsidiarité » (Jean XXIII, Mater et Magistra), c\u2019est-à-dire qu\u2019elle doit d\u2019abord tendre à aider tout ce qui est principe de vie personnelle, de vie par conséquent libre et responsable, dans la société, et n\u2019intervenir directement que dans les cas où l\u2019initiative privée, même assistée du secours de l\u2019État, se révèle impuissante à satisfaire aux nécessités de l\u2019heure, aux exigences concrètes du bien commun.Quand et jusqu\u2019où aider et suppléer?Encore ici on ne peut donner qu\u2019une réponse générale; il faut se contenter de dire: chaque fois et dans la mesure où l\u2019exige concrètement et actuellement le bien commun de la société en cause.Il est aujourd\u2019hui des peuples où une aide généralisée et même une suppléance fort considérable de la part de l\u2019État constituent des conditions nécessaires à la réalisation de leur bien commun.Si l\u2019État n\u2019intervenait pas, s\u2019il n\u2019entreprenait pas lui-même certaines tâches, rien ou presque rien ne se ferait, pour le plus grand détriment de ces peuples.Il en est d\u2019autres, par contre, où une trop grande intervention de l\u2019État a nui considérablement à l\u2019esprit d\u2019initiative et à la prise des responsabilités chez les individus, diminuant d\u2019autant le degré de vie vraiment personnelle.Il n\u2019existe donc pas de solution toute faite, s\u2019appliquant uniformément à tous les peuples et valable pour toutes les situations historiques auxquelles un seul et même peuple a à faire face 3.On voit, en conséquence, quelle est la première réponse à donner à la question: Jusqu\u2019où l\u2019État au Québec?Deux choses, en effet, sont à considérer: la conception générale de l\u2019homme et de la vie à laquelle les Québécois entendent demeurer fidèles et les exigences actuelles et concrètes du bien commun de la collectivité québécoise.La fidélité à notre conception chrétienne nous obligera à mettre davantage l\u2019accent sur l\u2019homme, sur son rôle vital irremplaçable dans la société, sur la nécessité de maintenir et de favoriser la vie vraiment personnelle chez le plus grand nombre possible des citoyens, et par conséquent de ne pas absorber la vie sociale dans la vie politique, la société dans l\u2019État.Mais, si nous voulons vraiment être pratiques, il nous faudra aussi tenir compte des nécessités de l\u2019heure et nous demander dans chaque cas jusqu\u2019à quel point le recours à l\u2019État s\u2019impose pour les satisfaire.C\u2019est dire que nous ne pouvons plus alors nous contenter d\u2019une affirmation générale de principes, mais que nous devons acquérir une connaissance aussi compréhensive que possible des faits en chacun des domaines où se pose le problème de l\u2019intervention de l\u2019État.Au Québec, je l\u2019ai noté tout à l\u2019heure, ces domaines sont actuellement au nombre de cinq: le domaine économique et social, le domaine de la vie nationale canadienne-française, celui de l\u2019enseignement, celui des moyens modernes de diffusion et celui des religions et des Églises.Pour déterminer si l\u2019État peut et doit y intervenir, et jusqu\u2019où, il faut prendre chacun de ces domaines en particulier, y étudier les exigences concrètes et actuelles du bien commun et tâcher même d\u2019estimer si, en définitive, l\u2019intervention de l\u2019État pour diriger, réglementer, surveiller, aider et suppléer, se soldera par un accroissement ou par une diminution de la prospérité publique, de la paix sociale et du progrès humain au sein de la collectivité québécoise.Nous espérons fournir réponse à la question posée en chacun de ces cinq domaines.3.« En ces matières, la délimitation des domaines respectifs de l\u2019État et de la liberté ne saurait être arrêtée en termes parfaitement nets.La mesure légitime de l\u2019intervention directe de l\u2019État et de la contrainte qu\u2019elle exercera sur la liberté des individus variera avec les sociétés en raison de leurs besoins, de leurs mœurs et surtout de l\u2019énergie naturelle et de l\u2019esprit d\u2019entreprise des citoyens.Il n\u2019existe pas de solution immuable.Un peuple indolent et passif, ignorant et incomplètement civilisé, n\u2019est guère capable de tirer parti de son autonomie; il a besoin d\u2019une vigoureuse impulsion extérieure: l\u2019intervention énergique de l\u2019État, traçant la voie à son initiative lui sera bien plus une secourable tutelle qu\u2019une entrave gênante.L\u2019éducation faite, le cadre administratif, loin de soutenir plus longtemps l\u2019activité de l'homme, paralysera ses énergies arrivées à maturité: il faudra relâcher.On le voit, autonomie individuelle et réglementation sociale se combinent dans des proportions variables.Qui s\u2019en étonnera?La société vit et se développe.» (A.Muller, S.J.: La Mission sociale de l'Etat, pp.17-18.) Nécessité de l\u2019organisation professionnelle L\u2019organisation professionnelle est indispensable.Les organismes syndicaux sont, pour les patrons et pour les ouvriers, les moyens normaux d\u2019une collaboration saine et efficace; et ceci en période de prospérité comme en période de crise.L\u2019appartenance à un syndicat est non seulement un droit, mais un devoir.Les responsabilités syndicales sont un service.Pour ce motif, les responsables syndicaux sont particulièrement dignes de respect.Une sanction contre un responsable syndical, en tant que tel, est une injustice.\t_ L\u2019absence d\u2019organisation professionnelle voue le monde du travail à des alternances d\u2019apathie et de colère.Elle laisse les entreprises à la précarité de leur isolement, et partant à leur impuissance.L\u2019effort commun doit assurer l\u2019organisation et la sécurité pour le juste bien de tous.Nous serons jugés sur la justice et la charité.(S.Exc.Mgr F.Marty, archevêque de Reims, 2 décembre 1961.) MAI 1962 129 4i orison international U.R.S.S.A SUIVRE LES QUERELLES d'intérêt plutôt restreint dont nous régalent les grands journalistes de notre Landerneau (elles durent d\u2019ordinaire un mois chacune), on dirait qu\u2019il ne se passe rien dans le monde.Il y eut pourtant, du 5 au 9 mars dernier, une « gigantesque » (c\u2019est le mot à la mode) assemblée du comité central du parti communiste soviétique à laquelle on invita non seulement les 395 membres du comité central (175 « membres », 155 « suppléants » et 65 « reviseurs »), à l\u2019exception de M.Mikoyan envoyé à Leipzig prononcer un discours\u2014, mais un nombre presque incalculable de petits et grands fonctionnaires.Il faut révolutionner la situation agricole.Elle est mauvaise.Le problème agricole C\u2019est vrai, nous a dit le chef de l\u2019U.R.S.S.au cours d\u2019une déclaration d\u2019ouverture qui dura sept heures, que « le développement des forces productrices en U.R.S.S.est gigantesque », parce que « l\u2019enthousiasme révolutionnaire des masses, c\u2019est une force gigantesque, créatrice, constructrice ».Une longue colonne de statistiques, gigantesque comme tout le reste, prouve que de 1953 à 1961 la production du grain a augmenté de 166% (le blé, de 161%; le blé-d\u2019Inde, de 650%), la graine de tournesol, de 179%, les pommes de terre, de 116%, le lait, de 171%, et je vous fais grâce du reste.Le bétail s\u2019est multiplié à un rythme aussi merveilleux: les bêtes à corne ont monté de 55,800,000 à 82,100,000; les brebis de 115,500,000 à 144,400,000, et les cochons de 33.300.000\tà 66,600,000.Durant la seule année 1961, le troupeau de vaches grossit de 1,500,000 têtes, cependant que 7,900,000 cochons s\u2019ajoutèrent en rangs serrés aux bataillons porcins de 1961.Pourquoi faut-il que M.Nikita gâche le plaisir en continuant : Ce qu\u2019il nous faut, ce n\u2019est pas un étalage acrobatique de chiffres sur la solution du problème du grain, mais un changement dans la situation actuelle, de sorte qu\u2019on puisse satisfaire entièrement les besoins de la population en grains d\u2019approvisionnement et de fourrage.La voilà, la solution du problème.Si quelqu\u2019un a jonglé avec les chiffres, le 5 mars dernier, n\u2019est-ce pas notre Nikita?Il nous a dit encore que la population soviétique a augmenté, depuis 1953, de 29 millions de personnes.L\u2019an dernier, il avait fait des efforts désespérés pour fouailler les cultivateurs et augmenter leur rendement (.Relations, 1961, pp.205-206); durant cette année 1961, 1 milliard de boisseaux de grain ne répondirent pas à l\u2019appel du plan septennal.Il manqua 3 millions de tonnes de viande et 16 millions de tonnes de lait.Krushchev détailla cette catastrophe générale comme suit : La Russie devait produire 5,300,000,000 boisseaux de grain; elle en produisit 4,600,000,000; les 6,200,000 tonnes de viande escomptées devinrent en réalité 4,500,000; les 43.400.000\ttonnes de lait, prévues sur les plans, ne furent plus dans les bidons que 34,500,000.En Ukraine, la production du grain fut à peu près ce qu\u2019on avait prévu; mais elle donna 2,100,000 tonnes de viande au lieu des 3,000,000 de tonnes attendues.Khrushchev nous promena ainsi à travers les républiques fédérées du Kazakhstan (où ça va mal, très mal!), de la Russie blanche, de la Moldavie, du Caucase, etc.C\u2019était partout la même tragédie! Si on se lançait comme il faut dans la culture du blé-d\u2019Inde.auquel on a donné en U.R.S.S.le gentil nom de kukuruza, on n\u2019a pas idée du pays de cocagne communiste qui surgirait du sol dès l\u2019année prochaine.Dans les terres noires du Kuban, par exemple, on sème 900,000 hectares en graminées et 450,000 en blé-d\u2019Inde.J\u2019abrège un peu en gardant les chiffres et en rationnant l\u2019éloquence: Si vous semez ces 900,000 hectares de graminées en blé-d\u2019Inde, avec des récoltes de 50 quintaux par hectare (et vous avez des terres qui donnent 60, 70, 80 quintaux), ça vous donnera un surplus de 270 millions de boisseaux de grain.Avec les 120 millions de boisseaux que vous vendez déjà à l\u2019Etat, ça ferait 390 millions.Mais voici ce qu\u2019il faut faire.Partagez ces 900,000 hectares: 500,000 en blé-d\u2019Inde pour grain; à raison de 50 quintaux par hectare, ça fait 150 millions, plus les 120 millions que vous vendez à l\u2019Etat; vous lui vendrez aussi 270 millions de boisseaux de grain.Les autres 400,000 hectares donneront aussi du blé-d\u2019Inde, mais pour être mis en silo.Cela vous donnera assez de fourrage pour produire quatre millions de quintaux de viande.L\u2019an dernier, camarades, vous avez vendu 1,500,000 quintaux de viande.Et cela, camarades, ce n\u2019est pas de l\u2019arithmétique acrobatique, mais la véritable arithmétique des manuels scolaires.Personne n\u2019est capable de réfuter les quatre opérations, pas plus vous que les autres, camarades de Krasnodar.Des problèmes comme celui-là, Nikita Khrushchev en a posés et résolus une quantité acrobatique, mais sur papier seulement.Sous les tsars, la Russie était le grenier de l\u2019Europe et les paysans russes mangeaient à leur faim.Depuis l\u2019avènement du bolchévisme, la famine s\u2019est installée à demeure en U.R.S.S.Aux États-Unis, déclare Khrushchev pour consoler son monde, il y a famine et chômage (sic !) mais en production agricole, nous restons encore bien en arrière des Etats-Unis, même si quelques-uns des camarades pensent que nous n\u2019avons plus rien à apprendre des capitalistes en matière de production agricole.Ce point de vue n\u2019est pas correct.Khrushchev parlait ainsi le 5 mars.Le 9 mars, après une ivresse verbale de cinq jours, il se trouva une éloquence plus vigoureuse.D\u2019abord, prenez les Etats-Unis d\u2019Amérique, pays très développé du point de vue agricole, ôtez la kukuruza et ils mourront de faim; le blé-d\u2019Inde est d\u2019importance capitale pour l\u2019Amérique latine.Et voyez comme le champion producteur du blé-d\u2019Inde se fit battre par les Soviets.La première fois que Garst se rendit en U.R.S.S., il se comporta, paraît-il avec la morgue de qui n\u2019a pas grand-chose à apprendre et beaucoup à enseigner; mais quand il vit un énorme pied de blé-d\u2019Inde hybride, comme les savants soviétiques l\u2019ont développé, il l\u2019embrassa.Désormais, dit-il, vous ne m\u2019acheterez plus de blé-d\u2019Inde.Khrushchev lui répondit: « Monsieur Garst, si vous voulez acheter du blé-d\u2019Inde chez nous, nous vous en vendrons avec plaisir.» Garst répondit: « Même si je n\u2019achète pas de blé-d\u2019Inde chez vous, vous ne manquerez jamais d\u2019acheteurs pour un blé-d\u2019Inde comme celui-ci.» En attendant que le pied de blé-d\u2019Inde, embrassé par M.Garst, croisse, se multiplie et remplisse la terre, il va falloir se serrer la ceinture, et pas seulement en U.R.S.S.130 RELATIONS C\u2019est à se demander si les Chinois de Mao Tse-tung n\u2019en veulent pas aux Soviets justement parce que ces derniers les laissent mourir de faim.Car la famine chinoise semble être terrible ! Comme les Cubains et les autres « progressistes-révolutionnaires » d\u2019un peu partout, ils voudraient se faire ravitailler par les États-Unis et le Canada.Faut-il s\u2019étonner si ces deux pays demandent aux intéressés de mettre leur pistolet de côté, avant de causer affaires?Dire que les « impérialistes », les « colonialistes », etc., nourrissent le monde de blé, de lait, de beurre et de viande, alors que les « libérateurs », les « champions des opprimés », etc., n\u2019ont à offrir que des mégatonnes d\u2019explosifs et de papier?L\u2019étrangeté du contraste finira par s\u2019infiltrer dans les vestiges les mieux pétrifiés de l\u2019époque paléozoïque; dans l\u2019intervalle, qui faut-il rendre responsable du désastre agricole, au moins dans les pays où on ne peut pas chloroformer l\u2019opinion publique en l\u2019intéressant à de misérables petites chicanes, comme celles dont nos grands nous régalent au Canada et en France ?Les causes M.Khrushchev nous parla surtout de Vassili Robertovich Williams et je dus aller fouiller dans une encyclopédie soviétique pour savoir qui c\u2019était.Williams mourut en 1939 à l\u2019âge de 76 ans.Membre du parti communiste depuis 1928 (il avait alors 65 ans), il avait donné le meilleur de lui-même sous le régime tsariste.Il a laissé une œuvre scientifique assez considérable, surtout sur les sols.A une époque où les engrais chimiques étaient difficiles à obtenir, il renouvelait la fécondité de la terre en y faisant pousser de l\u2019herbe.La science soviétique est-elle restée stationnaire de 1939 à l\u2019explosion de 1962?La chose paraît incroyable, surtout si on tient compte que, depuis lors, il y a eu Trophime Denisovich Lysenko (1898-\t), nommé en 1938 (à 40 ans) prési- dent de l\u2019Académie des Sciences agricoles d\u2019U.R.S.S.; Khrushchev lui décerna, dans son discours, du 9 mars 1962, l\u2019éloge suivant: Lysenko vint alors (1938) me demander de tout faire pour qu\u2019il ne fût pas promu à ce poste.Il disait: Je ne peux pas travailler à l\u2019Académie.J\u2019ai besoin de terre pour y faire mes expériences.Sans ça, je ne peux pas vivre.Je fis tout mon possible, mais on le recommanda quand même à ce poste-là.Il fut éluprésident de l\u2019Académie agricole d\u2019U.R.S.S.; il insista qu\u2019on lui donnât une terre; on lui donna les « collines de Lénine ».Lysenko devint académicien, fut trois fois lauréat du prix Stalin, cinq fois décoré de l\u2019ordre de Lénin, fut député au Soviet suprême et, au moins en 1946, élu vice-président du Soviet suprême d\u2019U.R.S.S.Vers 1946, son autorité était absolue et eut un retentissement considérable même en Occident1.Tout le monde avait entendu parler de Lysenko; personne ne comprend pourquoi Khrushchev est allé chercher Williams dans son tombeau.Afin de le déshonorer?Cet homme a-t-il la manie de déterrer les cadavres?Tout le monde sait que le véritable problème de la production soviétique vient de sa bureaucratie.Pour ce qui a trait à l\u2019administration centrale de l\u2019agriculture soviétique, M.Khrushchev nous assure qu\u2019il n\u2019y a eu aucun progrès depuis.1894, l\u2019année où il naquit! Dans son discours du 5 mars 1962, il cita de longs extraits d\u2019une brochure officielle du ministère tsariste de l\u2019Agriculture, publiée en 1894, et conclut que la structure du ministère n\u2019avait en rien changé depuis 68 ans: 1.Lysenko fut très louangé par Khrushchev.Puis, le vent changea.Le 5 avril, il démissionna et laissa la présidence de l\u2019Académie des Sciences agricoles à Mikhail A.Olshansky, ministre de l\u2019Agriculture.MAI 1962 Au lieu de la petite économie paysanne, nous avons créé la grosse économie socialiste, mais l\u2019appareil administratif est resté le même depuis les temps les plus reculés.Que penser alors de toutes les réformes, plus fracassantes les unes que les autres, accomplies depuis l\u2019avènement du communisme: la collectivisation du premier plan quinquennal, le régime kolkhozien, le rétablissement d\u2019une petite exploitation privée lors de la Constitution de 1936 ?Depuis qu\u2019il arriva de Kiev à Moscou, et surtout depuis la mort de Stalin (1953), Khrushchev a pris en mains la direction de l\u2019agriculture soviétique.C\u2019est lui qui concentra les kolkhozes en macro-entreprises, créa les agrovilles, supprima les stations de machines et de tracteurs.Dans ses assemblées, il entra dans les détails les plus insignifiants d\u2019administration bureaucratique, de personnel, de culture, d\u2019automation, d\u2019élevage.C\u2019est lui qui lança les paysans soviétiques, volontaires et involontaires (comme nos colonisateurs à l\u2019époque du chômage), vers les terres vierges de Sibérie et du grand Nord.Si la production n\u2019est pas ce qu\u2019elle devait être, il peut s\u2019en prendre à qui il voudra: à Stalin, à Malenkov, à Williams.Quand vint la discussion du rapport Khrushchev, la plupart des orateurs louèrent la sagesse, la profondeur scientifique de celui qui l\u2019avait composé.On insista aussi sur la nécessité d\u2019avoir plus d\u2019engrais chimique, des recherches plus sérieuses dans les laboratoires et les instituts scientifiques, un renouvellement des méthodes dans les régions montagneuses où les énormes machines créées pour la culture des plaines ne pouvaient servir.M.Khrushchev ne peut penser tout seul à tout! La réforme Le décret du 22 mars 1962 envisage surtout une réforme administrative.En montant de bas en haut, on aura d\u2019abord une direction régionale, qui groupera un certain nombre de kolkhozes ou de sovkhozes, et sera immédiatement responsable de la production agricole; ceci est l\u2019élément nouveau de la réforme.Au dessus de ces organes régionaux, il y aura des comités pour toute une république ou région autonome, et d\u2019autres comités pour chacune des grandes républiques « souveraines ».L\u2019Union soviétique sera régie par le Comité de l\u2019exploitation agricole présidé par un des vice-présidents du Conseil des ministres d\u2019U.R.S.S.Les membres du comité seront choisis dans le parti communiste et dans les diverses administrations qui ont intérêt à l\u2019agriculture.C\u2019est donc avant tout une autre réforme administrative.Première conséquence, elle entraînera une surabondance pléthorique de fonctionnaires.De 1953 à 1961, la population soviétique a augmenté de 29 millions; 1 million seulement de ceux-ci vivent à la campagne.Les autres, nous assure M.Khrushchev, sont des citadins.Combien d\u2019entre eux sont des fonctionnaires?N\u2019allons surtout pas conclure que l\u2019agriculture soviétique est dans un état désespéré.Ni qu\u2019elle est en plein essor.Les Soviétiques mettent en œuvre leurs immenses ressources du mieux qu\u2019ils peuvent, en surmontant les difficultés d\u2019un climat pas toujours favorable, et surtout en essayant de se rappeler, de temps à autre, que les hommes et femmes d\u2019U.R.S.S.ne sont pas des machines.Ceux qui veulent avoir une idée complète et précise de l\u2019agriculture soviétique liront utilement le beau livresque Jean Chombart de Lauwe a publié l\u2019an dernier aux Éditions du Seuil, après deux voyages prolongés en U.R.S.S.et un troisième en Roumanie; il base son étude sur l\u2019examen minutieux d\u2019une documentation d\u2019inégale valeur.Il inspire une confiance d\u2019autant plus grande qu\u2019il présente, avec beaucoup de modestie, les résultats de son enquête.Nous expliquerons que l\u2019industrialisation de l\u2019agriculture, même en U.R.S.S.où le milieu s\u2019y prête singulièrement 131 bien, est une affaire délicate et qu\u2019elle ne peut encore être considérée comme un incontestable succès.Et ceci nous conduit, pour terminer, à montrer les perspectives de cette industrialisation de l\u2019agriculture soviétique et à dégager des enseignements pour l\u2019avenir, un peu incertain, des paysans du monde entier (p.13).A travers l\u2019Union soviétique, on taille les nouvelles machines administratives sur le nouveau patron, préparé au Comité central élargi au début de mars.Le 27 mars, il y eut la première assemblée du comité agricole de la république de Russie et Khrushchev vint y prononcer un discours.Cette intense activité agricole, ou rhéto-agricole, n\u2019a pas diminué le volume des lettres que le chef soviétique écrit aux hommes d\u2019État du monde.A dire vrai, nos journaux ne parlent à peu près plus de cette correspondance-fleuve qui dépasse, nous l\u2019avouons, nos moyens d\u2019étude.On a à peine fini d\u2019étudier PROBLÈMES DE VIE CHRÉTIENNE une lettre qu\u2019il en survient cinq ou six autres, dont les services de propagande soviétique fournissent des résumés aussi inutiles et nuisibles que tendancieux.Je cherchai en vain dans notre presse quelque allusion au courrier Diefenbaker-Khrushchev qui, en février dernier, s\u2019étalait dans la Pravda Pour l\u2019instant, on voudrait nous faire étudier un texte de Traité sur le désarmement général et complet sous un strict contrôle international (Projet de V Union des Républiques Socialistes Soviétiques) que les manifestants antinucléaires brandiront peut-être ces jours-ci sous les fenêtres du consulat américain.Que vaut ce traité et que veulent dire ces manifestations ?Que signifièrent, surtout, les explosions nucléaires de l\u2019U.R.S.S., l\u2019automne dernier, et le silence dont nos manifestants d\u2019aujourd\u2019hui les accompagnèrent ?Joseph Ledit.CONTINENCE PÉRIODIQUE ET PERFECTION CHRÉTIENNE Marcel MARCOTTE, S.J.Mon Révérend Père, il n\u2019est pas douteux que les découvertes du docteur Ogino et du docteur Knaus, en permettant aux époux chrétiens de pouvoir mieux contrôler Vespacement des naissances, ont rendu beaucoup plus facile la pratique de la morale conjugale.Si l\u2019on ajoute à ces premières découvertes d\u2019autres découvertes plus récentes (méthode des températures et méthode des tests au glucose), on a l\u2019impression que, bientôt, nos catholiques n\u2019auront presque plus d\u2019effort à fournir pour sjélever jusqu\u2019au niveau des exigences de la loi de Dieu et de l\u2019Église.Mais, ne croyez-vous pas que cette facilité meme comporte des dangers redoutables ?De meme que le confort excessif peut engendrer la mollesse, ainsi des techniques qui visent à réduire au minimum le rôle de l\u2019effort et du sacrifice peuvent amener de la faiblesse morale.Sur le plan naturel et humain, la continence périodique consütue sûrement un progrès, mais sur le plan moral et religieux, ce progrès ne se soldera-t-il pas, à la longue, par un recul?OU\u2019ON ME PERMETTE D\u2019ABORD DE RAPPELER que Pie XII, parlant un jour de la continence périodique, n\u2019a pas craint de formuler très explicitement le souhait que d\u2019autres découvertes de la biologie et de la médecine permettent d\u2019en élargir encore davantage le champ d\u2019application en la rendant plus accessible et plus sûre.A ses yeux, les découvertes d\u2019Ogino et de Knaus représentaient donc, dans l\u2019ensemble, un progrès non seulement sur le plan naturel et humain, mais sur le plan moral et religieux, auquel le Pape, comme tel, est plus immédiatement intéressé.Aussi bien, les problèmes de la natalité au foyer ne se posent pas aujourd\u2019hui dans les mêmes termes qu\u2019autrefois.La mortalité infantile, les épidémies, qui faisaient naguère dans les rangs des familles des coupes sombres, ont été à peu près éliminées: dans nos pays civilisés, la plupart des enfants qui naissent survivent jusqu\u2019à l\u2019âge adulte.D\u2019autre part, l\u2019économie des peuples n\u2019étant plus comme jadis fondée exclusivement, ou presque, sur l\u2019agriculture, chaque enfant qui voit le jour n\u2019est plus pour ses parents une source de richesse mais plutôt, on doit l\u2019admettre, un fardeau supplémentaire.Ainsi, le problème de la limitation des naissances qui ne se posait, il y a cent ans à peine, qu\u2019en fonction de la santé de la mère, se pose, depuis le passage de la civilisation rurale à la civilisation urbaine, en fonction d\u2019un grand nombre d\u2019autres facteurs, économiques, sociaux, éducation- nels, dont les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui peuvent et même doivent tenir compte dans l\u2019exercice de la fonction génératrice.C\u2019est pourquoi il est permis de se réjouir, avec Pie XII, des progrès scientifiques déjà réalisés qui permettent à nos contemporains de mettre d\u2019accord, dans des circonstances extrêmement difficiles, les requêtes de l\u2019amour conjugal et les impératifs de la morale catholique.Il est même permis de faire des vœux pour que de nouveaux progrès leur facilitent encore plus l\u2019accomplissement, tout à la fois prudent et généreux, de leur devoir procréateur.Au reste, je ne partage pas du tout l\u2019avis de ceux qui pourraient prétendre que la continence périodique est une voie de facilité.Je suis, au contraire, bien convaincu qu\u2019elle exige de la part de ceux qui la pratiquent (pour des motifs sérieux et graves, insiste Pie XII) une grande maîtrise d\u2019eux-mêmes et un grant esprit de sacrifice.J\u2019irai plus loin: l\u2019effort qu\u2019elle requiert est si considérable que j\u2019estime, comme la plupart des prêtres expérimentés, qu\u2019elle n\u2019est pas à la portée de tout le monde.Eh bien, oui! la continence périodique est difficile.A telle enseigne qu\u2019on hésite parfois à la conseiller, sachant trop bien qu\u2019elle risque d\u2019être, pour des chrétiens mal aguerris, incapables de renoncements prolongés, un piège pour l\u2019âme, un chemin vers l\u2019onanisme ou la fraude conjugale.D\u2019un autre côté, il importe de bien voir que si la méthode Ogino-Knaus, avec les améliorations qui lui ont été ou qui lui seront apportées, permet à certains époux un usage plus judicieux, plus rationnel de la vie sexuelle, elle ne supprime pas pour cela les vraies exigences morales.Elle ne fait que mieux en situer les points d\u2019application, mieux permettre aux époux de se rendre compte que le devoir moral n\u2019est pratiquement jamais terminé.A mesure qu\u2019ils deviennent davantage maîtres de leurs forces naturelles, grâce aux découvertes de la science, leurs exigences spirituelles doivent s\u2019accroître.Car, ne l\u2019oublions pas, ce n\u2019est rien moins que la perfection qui est exigée des chrétiens: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.» Pour parler net, à supposer que le devoir de chasteté soit rendu plus facile, le devoir de charité devient plus grand, dans ce sens que les énergies qu\u2019on aurait employées, à défaut de cette technique, à maîtriser les impulsions de l\u2019instinct, doivent être récupérées, pour ainsi dire, et utilisées pour le développement de l\u2019amour 132 RELATIONS tout court.Un chrétien doit donner sa mesure, toute sa mesure, et s\u2019il est marié, il doit prendre dans l\u2019amour sa taille, toute sa taille, sa pleine stature d\u2019homme et de fils de Dieu.L\u2019effort dont la continence périodique le dispense, il doit continuer à le fournir, mais dans un autre sens et sur un autre plan plus élevé: celui de la charité.Ai-je besoin de préciser que cette charité peut trouver à s\u2019exercer déjà au niveau même de l\u2019amour physique, soit en rendant la femme plus accueillante, plus sympathique, plus ouverte aux avances de son compagnon, soit en rendant le mari plus délicat, plus tendre, plus patient à l\u2019égard de sa compagne?Quand les deux époux en arrivent à se soucier davantage de la joie de l\u2019autre que de leur joie propre, à ne pas faire de la rencontre amoureuse une recherche calculée de plaisirs égoïstes, mais un véritable échange de tendresse; quand l\u2019âme, même à ce moment, « enveloppe le corps », selon le mot de Nietzche, on peut affirmer sans crainte que l\u2019effort spirituel que chacun doit fournir pour s\u2019élever du simple plaisir jusqu\u2019à l\u2019amour, est bien plus moralisant et sanctifiant pour les époux qu\u2019un renoncement consenti de mauvaise grâce pour ne pas tomber sous le coup de la loi.Dans cette optique, je me demande si mon correspondant, à son insu, n\u2019assigne pas à la morale et à la religion une fonction trop négative et si l\u2019effort dont il parle ne s\u2019inspire pas d\u2019une conception trop limitative et restrictive de l\u2019ascèse chrétienne.Pour être fidèle à l\u2019esprit de l\u2019Évangile, il faut assigner à la morale un rôle positif: celui de nous indiquer dans quelle direction nous devons orienter notre vie pour qu\u2019elle corresponde à notre vraie nature et qu\u2019ainsi nous réalisions notre véritable épanouissement dans la paix et la joie.L\u2019effort spirituel auquel nous sommes conviés ne doit jamais aller à l\u2019encontre du grand commandement « Tu aimeras », dans lequel toute la loi, au dire de saint Paul, trouve son accomplissement.La morale conjugale ne fait que préciser les exigences concrètes du commandement de l\u2019amour dans un secteur important de la vie conjugale en rappelant aux époux la volonté de Dieu à leur égard.Cette volonté a une portée essentiellement positive.« Ils seront deux dans une seule chair » (dans une seule vie), dit la Bible.L\u2019homme et la femme, différents mais complémentaires l\u2019un de l\u2019autre, s\u2019unissent ensemble pour créer une communauté de vie et d\u2019amour à l\u2019aide des ressources variées que le Créateur a déposées dans leur corps, leur esprit, leur cœur.Dans l\u2019instauration et la consolidation de cette communauté d\u2019amour, les éléments spirituels ont ou devraient avoir plus d\u2019importance que les éléments charnels, mais ils ne les excluent pas.Ce qui importe, bien sûr, c\u2019est d\u2019aimer de tout son cœur en réprimant \u2014 en contenant \u2014-, au besoin, les convoitises de la chair égoïste.Mais nous ne sommes pas de purs esprits.Notre corps, lui aussi, est appelé à bâtir cette communauté de vie et d\u2019amour, à y apporter, en sous-ordre, son indispensable contribution.Car tel est l\u2019ordre voulu de Dieu, il est impossible d\u2019en douter, et c\u2019est en dedans cie cet ordre que le mariage doit atteindre son but qui est double: la transmission de la vie, et le commerce d\u2019amour entre les époux.L\u2019amour charnel peut être mis au service de la vie de deux manières, soit en s\u2019orientant directement vers la procréation, soit en favorisant entre les époux cette bonne entente indispensable à une saine éducation.On constate, en effet, que des carences prolongées ou même constantes sur le plan de l\u2019amour physique, aggravent les difficultés quotidiennes du foyer et les conflits inévitables entre époux, avec de fâcheux contrecoups sur l\u2019éducation des enfants.D\u2019autre part, on sait assez \u2014 on sait peut-être un peu trop \u2014 que, dans la vie des époux, l\u2019union physique est un point de rencontre qui renforce et recrée un amour que la vie, avec ses heurts, ses fatigues, aurait pu affaiblir.Sans doute n\u2019est-elle pas le but, ni le terme, mais elle constitue un moyen de rapprochement dont il serait dangereux de sous-estimer l\u2019importance pour le bien de l\u2019amour et la santé du foyer.Voilà pourquoi j\u2019estime que les techniques et les méthodes qui permettent de supprimer certains obstacles, d\u2019atténuer certaines difficultés que les époux rencontrent dans l\u2019exercice de la vie amoureuse, bien loin de nuire à leur montée spirituelle, ne peuvent, au contraire, que la favoriser.A condition, évidemment, qu\u2019ils en fassent bon usage, c\u2019est-à-dire, au fond, qu\u2019ils les mettent au service de l\u2019amour total, de l\u2019amour considéré dans sa double dimension, naturelle et surnaturelle, de l\u2019amour-charité qui est à la fois et indissolublement tendresse pour l\u2019homme et soumission à Dieu.«Veterum sapientia » : Le latin dans l'Eglise Georges ROBITAILLE, S.J.1ES MOTS Veterum sapientia désignent la constitution apos-tolique que Sa Sainteté Jean XXIII a publiée le 22 février en la solennité de la Chaire de Saint-Pierre, sur la restauration de la langue et de la culture latines dans la formation des clercs de rite latin, et sur la place que le latin doit conserver dans la liturgie et dans l\u2019administration de l\u2019Église.Le document, paru alors que nous étions pris par les triomphes de Glenn ou les horreurs d\u2019Algérie, a passé ici complètement inaperçu.Il a fallu la lettre de S.Exc.le Délégué apostolique aux Archevêques et Évêques du Canada pour nous le signaler.Une traduction française, médiocre hélas!, a paru dans l'Action catholique des 27 et 28 mars ainsi que dans la Revue eucharistique du Clergé d\u2019avril.La Documentation catholique du 18 mars vient d\u2019en publier une traduction bien supérieure.Le Tablet de Londres, dès le 3 mars, donnait une excellente traduction anglaise et soulignait dans un éditorial la qualité du document.Il est en effet d\u2019une exceptionnelle importance, tout autre que nous pourrions penser à première vue: tant de fois les souverains pontifes ont dû rappeler aux clercs l\u2019importance de la parfaite connaissance et maîtrise du latin! Le courant liturgique poussant à l\u2019emploi des langues vivantes dans la liturgie, la Constitution serait-elle une mesure de freinage ?Le sens du document est bien autre.Il est adressé à la Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités et non à la Congrégation des Rites.Il ne touche que par exception à l\u2019emploi du latin dans la liturgie.^Surtout, il traite ex professo de la formation des clercs de l\u2019Église latine, alors que les concessions liturgiques \u2014 les dernières connues sont de janvier dernier au cardinal de Pologne (Tablet, 24 mars, p.288) \u2014 furent faites dans une intention pastorale, afin de rendre plus accessibles aux fidèles les richesses de la liturgie.L\u2019importance de la nouvelle Constitution se manifeste d\u2019abord par la solennité dont le Pape a voulu en entourer la signature et la promulgation.Chaque année, le Saint Père MAI 1962 133 à la veille du carême réunit les curés et les prédicateurs de Rome.Le Pape les a convoqués cette année comme d\u2019habitude, mais, cette année, il a convoqué avec eux tout le clergé de Rome.Cela veut dire en février 1962: tous les séminaristes et étudiants ecclésiastiques des séminaires, universités ou instituts pontificaux- leurs professeurs; tous les ecclésiastiques des congrégations romaines et jies tribunaux de l\u2019Église; les prélats de la Secrétairerie d\u2019État, les assesseurs et secrétaires des congrégations romaines, les évêques présents à Rome, une centaine, et les quarante-six cardinaux alors à Rome, ainsi que la Commission centrale de la préparation du Concile.Une sorte d\u2019avant-goût du Concile, a dit le Pape.Une sorte de prélude aussi, car le Pape, dans^son discours, a rappelé de façon très nette son autorité suprême sur toute l\u2019Église, sur tous les évêques, sur tous et chacun des fidèles.Délicatement mais très nettement et très fermement.Le second Concile du Vatican, soyons-en rassurés, ne détruira pas ce qu\u2019a édifié le premier.L\u2019Église du Christ demeure bâtie sur Pierre et c\u2019est Pierre qui donne à tous ses frères dans l\u2019épiscopat leur indéfectible solidité dans la foi et dans l\u2019autorité.On aurait pu concevoir que le Pape renvoyât au Concile cette question du latin.Il a entendu la traiter lui-même et la régler par lui-même.Chargé plus que tous de la catholicité de l\u2019Église, il veut garder à l\u2019Eglise sa langue catholique, celle par laquelle il peut s\u2019adresser à toutes les nations, en laquelle aussi tous les pasteurs peuvent connaître sa pensée et communiquer avec lui.* C\u2019est un vouloir de Jean XXIII qui restaure le latin; c\u2019est aussi une vue providentielle de Jean XXIII d\u2019une exceptionnelle hauteur qui a éclairé son action.Ces hautes considérations, nous les trouvons dans la constitution et dans le discours qui en accompagna la signature à Saint-Pierre; La constitution pour une part, certes, en sa première partie consacrée à l\u2019excellence et aux mérites du latin, est une reprise de considérations formulées déjà par les papes précédents, surtout par Pie XI qui avait étudié le sujet avec une rigueur scientifique.Mais la touche est nouvelle et c\u2019est bien celle que nous retrouvons dans les documents de Jean XXIII: noblesse, sérénité, netteté, sobriété, simplicité.On citera désormais à la gloire des lettres anciennes ces pages splendides où sont rappelés: la mission providentielle des penseurs de l\u2019antiquité grecque et latine; le rôle de Rome et de sa langue dans la diffusion du christianisme; les qualités culturelles qui ont fait du latin la langue fondamentale de l\u2019Europe pendant plus de mille ans, jusqu\u2019à ce qu\u2019il bourgeonne en nos langues romanes devenues adultes à leur tour; les raisons historiques qui ont fait du latin la langue de l\u2019Église; ces raisons religieuses et intrinsèques surtout \u2014 son universalité, sa fixité, sa noblesse \u2014 qui l\u2019ont fait survivre dans l\u2019Église comme la langue qui lui convient en sa mission doctrinale et disciplinaire, universelle et indéfectible.Le latin ouvre le trésor de la tradition catholique constitué au cours des siècles.Il garde toute sa valeur formative et on peut lui confier les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, sûr qu\u2019il fera mûrir, jusqu\u2019à leur plénitude, leurs dons de pensée et d\u2019expression.A l\u2019heure où notre monde canadien-français revise ses formules d\u2019éducation, à l\u2019heure où il subit la fascination du monde de la technique, il aura profit à lire cette constitution apostolique et à méditer cettë recommandation de Jean XXIII en faveur du latin: (L\u2019homme) n\u2019en doit que davantage acquérir ce qui fait sa culture et son ornement, pour que les pauvres mortels ne deviennent pas semblables aux machines qu\u2019ils fabriquent: froids, durs et sans amour.(D.C., t.LIX, col.364.) Mais à ces raisons traditionnelles s\u2019est ajoutée la vision nouvelle du problème tel que Jean XXIII l\u2019a saisi et tel qu\u2019il 134 nous le déclare.Le latin lui est apparu en notre conjoncture historique comme un grand moyen pour l\u2019Église de répondre aujourd\u2019hui à sa mission universelle.Le latin, en effet, « ne suscite pas de jalousies, il est impartial envers toutes les nations, il n\u2019est le privilège d\u2019aucune, il est accepté par toutes tel un ami » (D.C., ibid., col.362).Surtout en son discours à Saint-Pierre, le Pape a explicité sa pensée: le latin est la langue par laquelle l\u2019Église affirme sa transcendance et sa maternité à l\u2019égard de tous.Des motifs historiques et affectifs incitent à la fidélité et au culte de la langue latine, comme dit la Constitution Veterum sapientia; mais il Nous plaît surtout de rappeler ici l\u2019importance et le prestige de cette langue dans le présent moment historique où, en même temps qu\u2019une plus grande exigence d\u2019unité et d\u2019entente entre tous les peuples, les manifestations d\u2019individualisme ne font cependant pas défaut.La langue de Rome, employée dans l\u2019Eglise du rite latin, particulièrement entre ses prêtres d\u2019origines diverses, peut, aujourd\u2019hui encore, rendre de nobles services à l\u2019œuvre de pacification.Elle peut les rendre aussi aux nouveaux peuples qui apparaissent, confiants, sur la scène de la vie internationale.En effet, elle n\u2019est liée aux intérêts d\u2019aucune nation; elle est source de clarté et de sûreté doctrinale; elle est accessible à tous ceux qui ont accompli des études secondaires et supérieures; elle est surtout un instrument de com-préhention réciproque.Magni pretii vinculum (un lien d\u2019un grand prix) selon les paroles de Pie XII.(Magis quam, A.A.S., 1951, p.737.) Ainsi c\u2019est la grande pensée du Concile, la pensée même de l\u2019Église Mère et Maîtresse de toutes les nations, qu\u2019elle aime, qu\u2019elle embrasse, qu\u2019elle veut rapprocher dans l\u2019amour de Dieu et dans l\u2019amour mutuel, qui dicte à Jean XXIII sa décision de restaurer en sa première vigueur, si elle avait disparu, le latin dans l\u2019Église.Nous sommes loin d\u2019une simple mesure disciplinaire, d\u2019une fidélité historique plus ou moins routinière; c\u2019est une vision de l\u2019apostolat actuel vaste comme le monde, de très haute et très grande portée.« Thank God » for Pope John's « Veterum Sapientia », écrivait un diplômé d\u2019Oxford et de Cambridge dans le Tablet du 10 mars.Thank God for the wisdom of Pope John now before us and, also.for the manner in which that wisdom expresses itself in affirmation, for our benefit, of that which he has chosen to affirm.* La seconde partie de la constitution précise les mesures qui assureront cette restauration du latin.La plus décisive est la création d\u2019une Académie latine dont le rôle sera de promouvoir la culture du latin, en veillant sur le vocabulaire, en groupant de partout des maîtres qualifiés qui l\u2019enseigneront tel qu\u2019il fut en usage à toutes les époques depuis la période classique jusqu\u2019aux Pères ou aux Scolastiques, comme saint Bernard et saint Thomas.L\u2019Église de partout pourra envoyer des maîtres se former.Elle aura ainsi, de partout et partout, des ouvriers qualifiés pour assurer en sa langue l\u2019enseignement de ses hautes disciplines et sa haute administration.Ne sera-ce pas aussi la voie la plus simple et la plus directe à l\u2019internationalisation, tant souhaitée, de l\u2019administration de l\u2019Église?Ne sera-ce pas aussi, pour les maîtres de la pensée ecclésiastique, une facilité nouvelle pour les rencontres, les échanges, les enrichissements mutuels ?Le Père Auguste Valensin estimait qu\u2019il suffirait de peu de chose au latin pour qu\u2019il redevienne la langue universelle des savants.Les dispositions prises par Jean XXIII auront peut-être par surcroît ce résultat.Quoi qu\u2019il en soit, le problème du latin dans l\u2019Église, par l\u2019intervention de Sa Sainteté Jean XXIII, est complètement renouvelé.Quel prêtre, quel étudiant ecclésiastique ne comprendrait ce message solennel du Vicaire du Christ?RELATIONS LE THEATRE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.REQUIEM POUR UNE NONNE LE FESTIVAL CAMUS du Théâtre-Club comportait une remarquable représentation du Requiem pour une J nonne de l\u2019auteur américain William Faulkner, adapté par Albert Camus, dans une mise en scène de Louis-Georges Carrier.Cette œuvre \u2014 une des dernières de l\u2019auteur de la Peste \u2014 est bien différente, par plusieurs aspects, de Caligula, spécialement en ce qu\u2019elle ouvre à l\u2019âme des perspectives d\u2019espcir inconnues jusqu\u2019alors chez Camus.En effet, ce Requiem raconte, sur un ton dolent, la tragique déchéance de Temple Stevens qui, pourtant, au plus profond de l\u2019humiliation, perçoit un petit carré bleu du ciel d\u2019où pourra venir de nouveau le bonheur, grâce au sacrifice accepté avec foi par sa domestique noire, Nancy, assassin par amour.Ainsi, après deux longues heures d\u2019atmosphère étouffante, quand Gowan Stevens, dans un geste d\u2019accord et de sympathie, vient chercher sa femme, Temple, à la porte de la prison de Nancy, on sent que les deux époux réconciliés s\u2019éloignent peut-être, la main dans la main, vers un possible rachat.Sombre drame, non désespéré.Sombre drame que Carrier n\u2019a nullement tenté d\u2019égayer.Sa mise en scène cérébrale, abstraite et funèbre, a voulu se centrer tout entière sur le monde intérieur des personnages.Des jets blafards de lumière découpant, dans le noir total, des silhouettes lugubres, parfois même seulement des visages tourmentés; des attitudes souvent figées, presque hiératiques, comme hors du temps; pas de décor, quelques dispositifs scéniques, le strict nécessaire.Cela faisait extrêmement saisissant mais dépouillé à l\u2019excès et, surtout, donnait l\u2019impression \u2014 sûrement non voulue \u2014 d\u2019un mélodrame destiné à faire peur.Surgissaient devant nous des apparitions, plus ou moins fantastiques et étranges, plutôt que ne vivaient et souffraient des êtres réels, humains et charnels comme chacun de nous.D\u2019ailleurs, la facture même de la pièce rendait difficile sa représentation scénique.En effet, Requiem pour une nonne est plus un récit d\u2019une aventure passée qu\u2019une action dramatique déroulée sous nos yeux.La longue confession de Temple Stevens chez le gouverneur, complétée par l\u2019évocation de la courte scène de la querelle Nancy-Temple, qui se clôt par le meurtre de l\u2019enfant de Temple, constitue presque entièrement le sujet de l\u2019œuvre.Sujet de roman qu\u2019il aurait fallu récrire entièrement pour en faire du théâtre.Aussi n\u2019y a-t-il qu\u2019un rôle, à vrai dire, dans cette pièce, celui de Temple Stevens qui effeuille sa vie, pétale par pétale, jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019en reste qu\u2019une tige ridicule et desséchée.Est-ce pour cela que Monique Lepage a choisi et la pièce et le rôle ?En tout cas, le personnage, dramatique à souhait, convenait bien à son genre.Avec une égale aisance, elle sait jouer du cynisme, de la violence ou de l\u2019abattement.Et sa voix bien posée, sa diction précise et ferme ajoutent à la valeur de l\u2019interprétation.Les autres rôles, de peu de relief, furent joués avec talent par Benoît Girard, le mari Stevens maladroit et capricieux, Yves Létourneau, avocat consciencieux, Henri Norbert, gouverneur bon enfant, Jean-Louis Paris, gardien de prison facétieux, Guy Godin, vision fugitive de l\u2019amour, et Dietrah Thomas, noire authentique, simple et sympathique Nancy.Comme on avait voulu bien faire les choses en tout, les robes de ces dames, Monique Lepage et Dietrah Thomas, MAI 1962 étaient signées Raoul-Jean Fouré, un maître de la haute couture canadienne.N\u2019assistant pas assidûment aux parades de modes, les épithètes me manquent pour caractériser comme il conviendrait ces créations, sans doute merveilleuses! Heureusement mon ignorance, dont je m\u2019excuse, n\u2019a pas trop nui au plaisir que j\u2019ai ressenti à écouter ce Requiem de Camus.LE MENTEUR Le Théâtre-Club persitera-t-il à offrir aux étudiants des matinées classiques?Consentira-t-il longtemps à en assumer les frais élevés pour une poignée de spectateurs?En effet, les collèges et les couvents n\u2019ont pas marché au Menteur de Corneille, monté par Florent Forget.J\u2019ai assisté à la dernière représentation.Salle désolante.Comme toujours, seuls les examens préoccupent nos futurs bacheliers, et le Menteur, une comédie perdue au milieu des grandes tragédies de Corneille, n\u2019est pas au programme ordinaire du baccalauréat, alors.pas intéressés! Or il était très intéressant le menteur de Georges Carrère, désinvolte, versatile, élégant, fort à l\u2019aise dans l\u2019enchevêtrement des inventions de son imagination.Un amusant Dorante de belle venue, quoi! Et pour lui donner la réplique, entre autres, une Monique Lepage mutine, intelligente et rouée autant que lui.Une réserve d\u2019importance toutefois: le terne Cliton de Pierre Giboyau, valet dépourvu de verve et d\u2019invention comique, et comme il semblait parler avec une patate chaude dans la bouche, jugez un peu du sort qu\u2019il fit aux vers de Corneille! Oui, il est malheureux qu\u2019un théâtre de valeur et inconnu de la plupart, représenté, avec qualité, dans des décors et costumes appropriés par quelques-uns de nos meilleurs comédiens, soit ainsi négligé par ceux-là mêmes qui déploreront demain leur culture insuffisante.En dépit de tout, il faut louer et encourager l\u2019initiative du Théâtre-Club et espérer que les circonstances seront plus favorables, une autre fois.PARTAGE DE MIDI Joué au Stella, par le Rideau-Vert, pendant tout un mois et devant des salies débordantes, Partage de midi de Claudel aura été un des sommets de notre production dramatique cette année, à Montréal.Succès merveilleux dont il faut féliciter les comédiens qui le méritent bien.Succès étonnant et, disons-le, un peu imprévu, du côté public d\u2019abord peu habitué à la prose somptueuse et imagée presque à l\u2019excès de l\u2019auteur, du côté spectacle aussi à cause de la difficulté de réaliser avec justesse de ton, sans ridicule, le lyrisme fougueux du verbe et la passion brûlante des âmes.Claudel, poète plus qu\u2019homme de théâtre, n\u2019a nul souci des efforts qu\u2019il exige des interprètes de ses personnages comme, dans le deuxième acte de Partage de midi, justement, la grande scène d\u2019amour d\u2019Ysé et Mésa: une impossible gageure.Qu\u2019Yvette Brind\u2019Amour, spécialement, parce qu\u2019elle y a une part prépondérante, ait surmonté l\u2019épreuve et gagné le pari classe cette comédienne parmi les grandes artistes.Mais c\u2019est à toutes les pages que Claudel sème les obstacles.Je pense à ces comparaisons et métaphores chargées de couleurs, de parfums et de volupté qui émaillent à tout moment le dialogue banal de voyageurs oisifs sur le pont d\u2019un navire.Je pense plus encore à la nécessité de faire sentir 135 à travers les violences charnelles la présence du surnaturel, de Dieu cherché ou refusé.Car Partage de midi qui peut ne paraître à certains que le vieux drame entre mari, femme, amant est, plus profondément, le terrible combat dans le champ clos d\u2019une âme entre deux amours: la femme, Dieu.Par là cette œuvre éperduement sensuelle reste dans la ligne spiritualiste de la pensée claudélienne.J\u2019ai plus haut souligné la parfaite interprétation d\u2019Ysé par Yvette Brind\u2019Amour, sensible, vibrante, expressive et nuancée, surtout d\u2019une retenue et d\u2019une possession de soi remarquables.Tout bien en place; rien de choquant \u2014 si ce n\u2019est peut-être ce fort décolleté du troisième acte qui a dû déplaire à ma sympathique et anonyme correspondante de Québec peu bienveillante dans son appréciation des toilettes de nos comédiennes, en ce domaine de la modestie vestimentaire.Les rôles des trois compagnons de voyage d\u2019Ysé ont été rendus avec beaucoup de talent par Albert Miliaire, Gilles Pelletier, Gérard Poirier.Le plus jeune, Miliaire, assumait le rôle écrasant de Mésa, personnage complexe, tourmenté, travaillé par une sincérité qui se trompe toujours d\u2019objet.En dépit d\u2019un certain manque de poids, interprétation émouvante et réelle intelligence du texte.Amalric, contrepartie de Mésa, charnel uniquement attaché à la terre et aux satisfactions qu\u2019elle peut apporter, homme d\u2019une seule vie, celle d\u2019ici-bas, et dont il veut jouir pleinement, Pelletier nous en a présenté une image inoubliable de vérité et de cynisme.En contraste, Poirier a montré avec justesse la futilité, la légèreté d\u2019âme du mari d\u2019Ysé, De Ciz, sans autre préoccupation que le caprice volage du moment.Trois types d\u2019humanité tournoyants autour de la Femme, Ysé, chacun selon son caractère: exalté, jouisseur, puéril.En tout point, ce Partage de midi du Rideau-Vert, est certainement un des beaux Claudel qu\u2019il nous ait été donné de voir.Un théâtre de grande classe.CAPITAINE B AD A Juché au dernier rang du petit théâtre des Apprentis-Sorciers, la Boulangerie, j\u2019écoutais débiter avec beaucoup de ferveur le texte fuligineux et torrentiel de Jean Vauthier, très moderne et nouvelle vague, et, tout à coup, de façon saugrenue, je l\u2019avoue, me revint à la mémoire le mot du très classique et ancienne vague, Boileau: « Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire.» Ce réflexe sacrilège me classera sûrement parmi les vieux pédagogues périmés.Je m\u2019en bats l\u2019œil.On dira tout ce qu\u2019on voudra: un sot bavardage sera toujours du bavardage et la vocifération d\u2019un interminable monologue \u2014 en effet, selon Marc Beigbeder, le Capitaine Bada de Vauthier est un exemple typique de la « théâtralité criée » \u2014-ne fera jamais du théâtre.Je ne marche vraiment pas.Sous forme de roman, le Capitaine Bada pourrait peut-être s\u2019accepter; on aurait alors le loisir, au moins, de fermer le livre avant complète saturation.Comme spectacle, et trois heures durant, non.Par acquit de conscience, je les ai souffertes, ces trois heures d\u2019orgie verbale du pauvre Bada, illusoire héros en quête de possession exaltante et de domination absolue, rongé au contraire d\u2019une sorte de leucémie intellectuelle par un envahissement progressif des mots au détriment des idées et des actes jusqu\u2019à ce qu\u2019un croquemort vienne lui annoncer son décès et le conduise, enfin, au monde du silence.Là ou « Sire le Mot » joue un rôle prépondérant et se suffit à lui-même l\u2019action dramatique se trouve réduite à partie congrue et la mise en scène \u2014 qui en est l\u2019expression \u2014 devient quasi impossible.A moins \u2014 solution adoptée par les Apprentis-Sorciers \u2014 d\u2019accompagner les vocables d\u2019atti- tudes plastiques et de mouvements rythmiques susceptibles d\u2019évoquer corporellement les idées et sentiments intérieurs des personnages déjà énoncés par les mots.Voilà qui n\u2019est pas chose facile, surtout si les idées sont confuses et les sentiments incohérents, plus encore si l\u2019on piétine sur place et répète toujours les mêmes choses.Les deux jeunes Apprentis chargés de défendre la pièce se sont donnés un mal de chien pour y arriver et leur effort est hautement louable, spécialement la fantastique endurance physique de l\u2019interprète de Bada, sa souplesse merveilleuse et sa présence scénique prodigieuse.Mais ils n\u2019ont pu sans cesse varier, renouveler les gestes, les mouvements, les évolutions.Comme les mots et les sentiments, vite, l\u2019action rythmique a perdu sa vertu de choc et s\u2019est installée dans une monotone répétition lassante.Si ce choix du Capitaine Bada me paraît malheureux cela ne diminue en rien l\u2019estime que j\u2019éprouve pour le travail consciencieux et désintéressé des Apprentis-Soricers, signe éclatant de leur véritable amour du théâtre.On annonce qu\u2019ils s\u2019agrandissent et élargissent leur champ d\u2019action.Tant mieux.Pourvu qu\u2019ils n\u2019y perdent pas leur idéal! \u2022-\u2022 LE PANARABISME, UN MYTHE?IL Y A SIX MOIS, la Syrie se séparait de la R.A.U.(République Arabe Unie).Plus récemment, les relations de la R.A.U.et du Yémen ont été rompues.Cela semble confirmer l\u2019affirmation très commune que le « panarabisme est un mythe ».Conclure rapidement de l\u2019échec de l\u2019expérience syro-égyptienne à la négation de toute possibilité d\u2019union entre les pays arabes, sans essayer de découvrir ce que panarabisme peut signifier et signifie en fait, sans préciser les éléments valables qu\u2019il peut présenter, c\u2019est faire un procès de tendance.Si la Syrie renonce à l\u2019union qu\u2019elle avait elle-même sollicitée en février 1958, elle ne renonce pas pour autant à toute forme d\u2019union entre les pays arabes.Elle accuse Nasser de n\u2019avoir pas su la réaliser, de l\u2019avoir trop centrée sur l\u2019Égypte, d\u2019avoir méconnu la réalité économique et la personnalité de la Syrie, et enfin d\u2019avoir usé de méthodes policières et comprimé les libertés.Pour bien montrer qu\u2019elle n\u2019abandonne rien de son idéal arabe, la rupture une fois achevée, elle se déclare, non plus la « République Syrienne » d\u2019avant l\u2019union, mais bien « République Arabe Syrienne ».De plus, son gouvernement provisoire s\u2019empresse d\u2019adresser aux pays arabes un plan d\u2019union en 14 points (cf.New York Times, 12 oct.1961, p.6).Ce serait une sorte de fédération qui porterait le nom d\u2019« États arabes unis ».Le soulèvement syrien était donc dirigé contre une mauvaise conception de l\u2019union et non pas contre le principe même de l\u2019union.L\u2019échec de l\u2019expérience syro-égyptienne aura eu pour résultat d\u2019amener les Syriens à une conception plus réaliste et plus objective de l\u2019union dont rêvent tous les Arabes.Toute union n\u2019est cependant pas un rêve ni toute forme de « panarabisme » un mythe.De plus, tout « panarabisme » n\u2019est pas nécessairement islamique.Il est vrai que la religion musulmane est celle de la majorité des Arabes.Elle constitue 136 RELATIONS par là un lien assez fort.Cependant, il y a bien d\u2019autres liens communs à tous les citoyens des pays arabes, sans distinction religieuse.En effet, des intérêts économiques communs, l\u2019unité linguistique, culturelle, géographique, historique et stratégique constituent autant d\u2019éléments pouvant légitimer un désir d\u2019union et former une base d\u2019union entre ces pays, à l\u2019heure où le monde s\u2019achemine vers une plus grande unification, comme celle que tentent les pays de l\u2019Ouest de l\u2019Europe.C\u2019est en s\u2019appuyant sur ces liens communs que les idéologues arabes ont conçu un nationalisme moderne, qui ne soit ni racial ni religieux, mais susceptible de rallier tous les citoyens, sans distinction de race ou de religion, dans la reconquête de l\u2019indépendance.C\u2019est sur cette base que chrétiens et musulmans en Syrie, au Liban, en « Palestine », en « Transjordanie », en Irak ont collaboré pour libérer leur pays de l\u2019occupant, tour à tour turc, musulman et européen chrétien.C\u2019est sur cette base que le parti de la Renaissance arabe socialiste cherche à unifier les pays arabes.C\u2019est grâce à ce parti que l\u2019union syro-égyptienne a pu se réaliser, et sa doctrine, à partir de ce moment, anima la politique panarabe de Nasser.^Un tel « arabisme », du moins au niveau des hommes d\u2019État, n\u2019était point islamique.Ce nationalisme arabe, purement politique et social, ce « néo-arabisme », a séduit la jeunesse arabe en quête d\u2019évolution, de progrès et de modernisation.Les chrétiens y voyaient en plus la solution de leur problème civique, puisqu\u2019il met fin, au moins théoriquement, à leur condition d\u2019infériorité civique et d\u2019insécurité sous un gouvernement islamique \u2014 comme ils ont en fait l\u2019expérience sous les Ottomans \u2014 et les dispense par là de la protection que les États européens avaient pris l\u2019habitude de leur apporter.Cependant, cette doctrine est loin d\u2019être partagée par tous les pays arabes.En Égypte, elle reste très superficielle et mal comprise; elle n\u2019y est devenue la doctrine officielle que depuis l\u2019union avec la Syrie.Dans d\u2019autres pays, comme le Liban, elle est farouchement discutée.En Syrie, où elle est le mieux représentée, elle a des partisans jeunes et dynamiques, aussi bien parmi les chrétiens que parmi les musulmans; elle est loin cependant d\u2019être partagée par tous les citoyens; la grande masse paysanne continue à y confondre « arabe » et « musulman ».De plus, un parti puissant, celui des Frères musulmans, refuse de reconnaître à l\u2019arabisme d\u2019autre base que l\u2019islam et d\u2019autre législation que le Coran.Les autres partis (populiste et national), n\u2019ont pas, sur ce problème, de position nette; ils préfèrent l\u2019éluder, tout en reconnaissant aux chrétiens une citoyenneté à part égale.C\u2019est pourquoi ce nationalisme arabe peut encore constituer un danger pour les chrétiens: celui d\u2019une intégration se soldant par l\u2019absorption.Aussi, en face de ce nationalisme, voyons-nous les chrétiens se diviser: les plus sceptiques pensent que les chrétiens seuls en feront les frais; les plus audacieux y voient tout un programme, qui comporte ses risques, certes, mais dont il faudrait se constituer les champions pour en hâter la réalisation.Quoi qu\u2019il en soit, que 1\u2019 « arabisme » puisse déplaire à certains, présenter des dangers pour les chrétiens, il n\u2019en demeure pas moins une réalité objective et l\u2019expression d\u2019une aspiration réelle.Il lui reste à trouver ses formes constitutionnelles et à les faire admettre par tous les Arabes.Georges Sader.Damas, le 30 mars 1962.P.S.\u2014 Le dernier coup d\u2019Êtat du 28 mars avait pour but de corriger la politique du gouvernement issu de la sécession du 28 septembre 1961 dans la ligne de l\u2019arabisme socialisant, laïcisant et plus ouvert aux autres pays arabes.MAI 1962 Au secours de l'amour conjugal Pour honorer la mémoire d\u2019un médecin belge, Guy Van der Stappen, qui a donné sa vie à traiter des femmes d\u2019ouvriers dans la région de Nantes, les docteurs Bernard et Annick Vincent ont composé un ouvrage intitulé la Grande Joie d'aimer.Car le mérite du Dr Van der Stappen auprès de sa clientèle a consisté dans une éducation ou une rééducation de l\u2019amour conjugal.Or, les époux Vincent, comme le couple Van der Stappen qu\u2019ils imitent, comme le R.P.de Lestapis qui préface leur ouvrage et le Dr Maurice Mousseau qui en signe l\u2019introduction, comprennent l\u2019urgence d\u2019unir dans un apostolat de même nature les esprits et les cœurs droits.Rien d\u2019étonnant qu\u2019ils protestent contre le scandale répandu par les profanateurs de l\u2019amour humain.Voici, en particulier, l\u2019apostrophe qu\u2019ils adressent aux journalistes et aux cinéastes d\u2019Europe.Il est évident que cet effort serait inutile si l\u2019amour, dans ce qu\u2019il a de plus grand, était constamment battu en brèche par ceux qui ont la responsabilité de l\u2019information, sous le fallacieux prétexte de montrer la réalité.Avouez, messieurs les journalistes, avouez, messieurs les cinéastes, qu\u2019à force de nous repaître de fausses amours soi-disant véridiques, vous amenez les gens qui aiment d\u2019une autre façon à se considérer comme des anormaux.Sous prétexte de vérité, vous arrivez alors à prêcher le mensonge, et c\u2019est, à n\u2019en pas douter, une entreprise aussi néfaste pour une nation que bien des cataclysmes naturels.L\u2019hygiène de la société porte les lourdes conséquences de vos actes, et nous vous considérons comme un des fléaux sociaux au même titre que la tuberculose, le cancer ou l\u2019alcoolisme.Vous nous répliquez en brandissant la liberté et la tolérance; mais votre liberté n\u2019est autre chose que de la licence, et la tolérance suppose des limites que l\u2019intolérable ne saurait franchir.Sous prétexte de tolérance, laisserez-vous les alcooliques devenir dangereux pour autrui ?Non, la société doit se garantir contre vos excès, et elle vous considérera comme suspects tant que vos excès l\u2019incommoderont.(Ouvr.cité, coll.« Mappemonde », Paris, 30, rue de l\u2019Université, René Julliard, 1962, 19 cm., 230 pp., p.226.) Les médecins apôtres qui conduisent « l\u2019expérience de Nantes » ont des émules à Montréal (voir Montréal médical, vol.XII, n° 7, 15 déc.1960).Ceux-ci n\u2019auraient-ils pas lieu de servir à certains sophistes de chez nous \u2014 journalistes, critiques de films, pseudo-psycho-scientifico-sociologues et autres adeptes du laisser-faire \u2014 le grave avertissement des docteurs Vincent ?J.d\u2019Anjou.Le R-7 Il ne s\u2019agit ni d\u2019une arme, ni d\u2019une société secrètes.Avant d\u2019entreprendre leur année scolaire, en septembre 1961, vingt-trois collégiens de Québec (humanistes, rhétori-ciens, philosophes) passèrent toute une semaine dans la méditation et la prière selon le plan et la méthode des Exercices spirituels de saint Ignace.Silence absolu pendant sept jours.L\u2019expérience les bouleversa.On le sait par le journal 137 de leur collège (Garnier, févr.1962) qui rapporte leurs aveux intitulés « Les voix du silence ».A quelques reprises, nous avons fait écho à des confidences semblables que publièrent des collégiens, des collégiennes.Par leur actualité, par leur mordant, celles-ci méritent une attention spéciale.Qu\u2019on les lise pour s\u2019en rendre compte, au moins celles que livrent Yvon Naud, Édouard Champoux et Jérôme Guay, étudiants de seconde année de philosophie.Dans le dialogue sans masque de leur âme avec le Christ vivant et présent, ils ont découvert la Vérité qui libère.Du même coup, ils ont compris que, sans adhésion à cette Vérité, la sincérité de chacun n\u2019a de valeur que superficielle, provisoire, et ne saurait fonder une règle de vie pour eux-mêmes, ni servir de témoignage aux autres.Pour donner une base permanente à leur adhésion, ils ont inauguré le R-7, mouvement des Retraitants de 7 jours.Ni congrégation, ni club.Simple groupe de jeunes catholiques auxquels le Christ, Verbe incarné, ne peut plus apparaître comme un maître parmi tant d\u2019autres, mais comme le Maître devant lequel on se grandit en l\u2019adorant.Justement convaincus que la foi consiste dans une consécration lucide de l\u2019intelligence bornée à l\u2019Intelligence infinie; assurés que l\u2019attachement au Christ par l\u2019esprit et par le cœur a plus d\u2019importance que la vie même, ils ont résolu de se compromettre afin de prévenir toute lâcheté personnelle et d\u2019aider les autres à ne pas trahir.Ils se réunissent chaque mois pour approfondir ensemble leur foi et pour se former à répandre la séduction d\u2019un humanisme surnaturel.Quod isti.Cet exemple, pourquoi d\u2019autres ne le suivraient-ils pas ?On aurait tort d\u2019identifier toute notre jeunesse collégiale à la bande d\u2019écervelés qui barbouillent les pages de certains journaux d\u2019université.Les raisons d\u2019espérer dans l\u2019avenir culturel et religieux du Québec ne manquent pas, en dépit du tapage qu\u2019organisent une poignée de jeunes transfuges, avec la complicité de naïfs à cheveux gris.Croyons que nos jeunes peuvent valoir mieux que leurs aînés.Il suffit que, parmi ces derniers, quelques-uns aiment assez la jeunesse pour lui présenter comme idéal autre chose que la démission et la neutralité.J.d\u2019Anjou.La fa im dans le monde Sur la foi d\u2019une déclaration faite par lord Boyd-Orr, peu de temps avant son retrait du poste de directeur général de la F.A.O., tout le monde a su que les deux tiers de l\u2019humanité souffraient de la faim.Or, selon M.Colin Clark, un des plus grands économistes de notre temps, « ce que tout le monde sait sur ce sujet, comme sur bien d\u2019autres, est absolument faux ».Ce chiffre a, d\u2019ailleurs, été dénoncé comme une simple erreur mathématique, il y a déjà plusieurs années, dans le livre The World\u2019s Food, de K.Bennett, l\u2019homme qui, ajoute Colin Clark, « fait autorité en la matière ».Il est sans doute fort difficile de dresser une carte de la faim dans le monde.Mais dans une communication présentée devant la Société royale de la statistique à Londres, en mai 1961, le docteur Sukhatme, directeur des Services statistiques de la F.A.O., a établi la proportion des sous-alimentés entre 10 et 15%.Encore ne faut-il pas en blâmer uniquement l\u2019agriculture mais, pour une part, la « réforme agraire » de la Chine rouge et, pour une autre part, le système des castes de l\u2019Inde qui survit toujours malgré son abolition théorique.Parce que la fraction de la population qui souffre de la faim est beaucoup moindre qu\u2019on ne l\u2019a dit, ce n\u2019est certes pas là une raison pour se donner bonne conscience.La sous-alimentation est à la fois une tragédie et un problème.Tragédie, elle doit scandaliser notre sens chrétien; problème, elle exige la lucidité des experts, car il ne faudra pas faire la même chose pour nourrir 66% de la population mondiale que pour en aider 15% seulement.En économie comme en sociologie, il existe ce qu\u2019on appelle des « seuils » : à partir d\u2019un certain point, le problème change de nature.Et cela a beaucoup d\u2019importance.L.d\u2019Apollonia.Notre collaborateur, Michel Brochu, a reçu d\u2019un missionnaire au Nouveau-Québec la lettre suivante, que nous croyons utile de reproduire intégralement.Moosonee, le 15 mars 1962.Bravo! Monsieur Brochu, pour votre article dans Relations, sur les grands problèmes du Nouveau-Québec.Votre article aurait dû paraître il y a cinquante ans.Vous avez bien fait; enfin, on va ouvrir les yeux et changer une situation si humiliante pour la province de Québec.Mais, Monsieur Brochu, votre article n\u2019est pas complet.Vous ne parlez que d\u2019une partie du Nouveau-Québec à reconquérir par Québec.Il y a une autre région aussi grande que celle-ci, la région qui s\u2019étend de la rivière Harricana jusqu\u2019à la rivière de la Grande-Baleine, et qui couvre aussi des centaines de milles à l\u2019intérieur des terres: la région que l\u2019on appelle la côte est de la baie James et de la baie d\u2019Hudson.Cette région est complètement anglaise et protestante.Sauf les missionnaires catholiques, tout y est anglais.Tous les noms sont anglais, sauf celui de Vieux-Comptoir, que les Anglais appellent Old Factory.Il y a quelques années, il fut question de transporter ce poste à un autre endroit.Quel nom a-t-on donné à ce nouveau poste ?Un nom français?Jamais.On l\u2019a appelé 138 CORRESPONDANCE Paint Hills.Et bien mal venu aurait été celui qui aurait proposé à l\u2019agent des Indiens de donner à ce nouveau poste un nom français.Pratiquement, nous sommes considérés comme une partie, un comté de la province de l\u2019Ontario.Monsieur Brochu, allez visiter cette région, et écrivez un autre article dans Relations pour rendre public l\u2019état de choses qui existe.Peut-être que Québec se réveillera et réclamera ses droits sur son propre territoire.Inutile et ridicule de demander du français à Ottawa, quand un tiers de la province de Québec est aux mains des Anglais, quand sur un tiers du territoire de la province de Québec, la langue française n\u2019a pas droit de cité, quand dans ce tiers du territoire de la province, les Canadiens français ne peuvent pas se faire servir en français, quand le gouvernement du Québec emploie des gens qui s\u2019introduisent par ces mots: « I am sorry, Father, I don\u2019t talk French.» Quand donc cette situation changera-t-elle?Quand donc le gouvernement du Québec sera-t-il maître chez lui ?Une enquête s\u2019impose et sans tarder; je me demande s\u2019il n\u2019est pas trop tard.Aux yeux des Indiens, nous sommes, Canadiens français, une peuple vaincu et faible, parce que, sur notre propre territoire, nous n\u2019avons pas la force d\u2019être les maîtres, nous n\u2019avons pas le souci de parler et d\u2019enseigner notre langue.Si le français ne vaut rien, se disent-ils, pourquoi l\u2019apprendre?Apprenons l\u2019anglais qui nous donnera des chances de vivre.L\u2019agence indienne est établie en Ontario et a comme territoire une partie de la province de l\u2019Ontario et une partie de la province de Québec.En conséquence, tout est anglais, tous les rapports doivent être rédigés en anglais.Même chose pour les services médicaux.L\u2019hôpital est dans l\u2019Ontario, et tout passe par l\u2019Ontario et vient de l\u2019Ontario.Il faut donc que, sans tarder, une agence soit créée pour la côte est de la baie James et de la baie d\u2019Hudson, qu\u2019un hôpital avec médecins résidents soit érigé à Fort Georges, qu\u2019on oblige les édifices publics à arborer le drapeau de la province, que la police soit française, qu\u2019on exige dans toutes les écoles l\u2019enseignement du français, sous peine de perdre les subsides du gouvernement, qu\u2019on crée, en cette région, une administration française, etc.En voilà assez, Monsieur Brochu, pour vous donner une idée de la situation qui existe dans cette région.Allez la visiter, et écrivez; si vous pouvez, par vos écrits, reconquérir le tiers de la province, vous serez un grand patriote et vous aurez beaucoup mérité de la patrie.Un missionnaire.RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS La paille et la poutre UN ORGANISME DIOCÉSAIN de province a sollicité du gouvernement de Québec l\u2019autorisation de fonder une université.Le style maladroit de la requête a provoqué la raillerie d\u2019un quotidien de la métropole.On approuverait cette critique si, le même jour, notre railleur n\u2019avait servi du petit nègre dans ses colonnes et s\u2019il avait su, naguère, dénoncer le galimatias des universitaires qui dirent non aux Jésuites (voir Relations, avril 1961, p.110).Sans dépasser les deux premières pages du numéro en question et sans épuiser la cueillette, voici quelques spécimens des attentions linguistiques dont le quotidien de « la deuxième ville française du monde » comble ses lecteurs.1.A la une, vous lisez qu\u2019une commission recommande la fermeture « du foyer Ste-Luce de Disraéli, un hôpital privé », et le reste.La correction exige Sainte et condamne l\u2019emploi du numéral un.On détermine de la sorte une apposition lorsqu\u2019on veut distinguer, parmi d\u2019autres semblables, la personne ou la chose dont il s\u2019agit.S\u2019il y avait plusieurs hôpitaux privés à Disraéli, le journaliste écrirait avec justesse: « du foyer Sainte-Luce, un des hôpitaux privés ».Hélas! même des textes rédigés en France présentent cette faute: « M.Plume, un auteur»; copie de « Mr.Pen, an author ».Correcte en anglais, la tournure choque dans notre langue.Selon le même communiqué, « la commission s\u2019étonne qu\u2019une telle situation ait pu se développer ».Autre traduction paresseuse et détestable.L\u2019anglais use du verbe to develop pour rendre des idées que le français exprime par les verbes établir ou créer, maintenir, nourrir ou entretenir, aggraver ou envenimer.Toujours à la une, on parle de la « procédure d\u2019emprunt des villes de banlieue ».Il faut dire: mode d\u2019emprunt, car en français, « procédure » a un sens purement juridique.Puis, vous apprenez que « le boulevard métropolitain.est devenu une responsabilité provinciale ».Le Français a trop de logique pour identifier un boulevard à une responsabilité; il notera que la construction ou l\u2019entretien du boulevard tombe sous la responsabilité de la province, ou que la responsabilité d\u2019entretenir le boulevard appartient à la province.Admirons, enfin, ce fragment de.poème.On a retiré à la Corporation (anglicisme) de (pour du) Montréal métropolitain « le pouvoir de rendre à une municipalité qui en fait la demande tous services se rapportant aux matières d\u2019urbanisme concernant cette municipalité ».Molière se pâmerait: « Ah! qu\u2019en termes galants ces choses-là sont mises! » 2.Parcourons la deuxième page, celle où l\u2019on se moque de la pétition diocésaine.D\u2019après le chroniqueur, l\u2019organisme pétitionnaire « souligne que.les grandes facultés », et le reste.Strictement, on souligne un mot, une phrase; par extension et figure, on souligne une pensée que formule ce mot, cette phrase.Mais souligner que!.Les grammairiens réprouvent ce tour, facile à remplacer par : indiquer, marquer, affirmer, avancer que.Et le folliculaire de continuer: « Le Conseil d\u2019administration.ne précise pas.quelles réformes précises il préconise.» N\u2019insistons pas.Les journalistes travaillent vite.Excuse acceptable.Mais on nous assure que leur aptitude à écrire convenablement le français conditionne leur embauchage.En juge sans doute un conseil de pharisiens: scandalisés par la paille de l\u2019inélégance qui brouille le discernement littéraire d\u2019un « organisme diocésain », ils arborent, avec l\u2019insolence d\u2019Artaban, la poutre qui obstrue leur propre vision.J.d\u2019Anjou.Cabines ultra-modernes, repas succulents, vins gratuits .La \"Transat\u201d a pensé à tout pour faire de votre traversée un inoubliable \"weekend\u201d prolongé.Voyez votre agent de voyages.FRANCE'-Plus qidun nouveau paquebot\u2014' Place Phillips, Montréal un nouvel art de voyager! MAIS OUI! A bord du FRANCE, ceci, c'est la classe TOURISTE! MAI 1962 139 -flvec ou 5anô commentaiteô L\u2019opinion du juge Robert Taschereau sur « Lady Chatterley\u2019s Lover » On sait que notre Cour suprême, le 15 mars dernier, a déclaré, à la faible majorité d\u2019une voix, que l'ouvrage de D.H.Lawrence, Lady Chatterley\u2019s Lover, ne tombait pas sous le coup de la section 8 de l\u2019article 150 A du Code criminel, section adoptée en 1959 où il est dit, entre autres choses : « Aux fins de la présente loi, est réputée obscène toute publication dont une caractéristique dominante est Vexploitation indue des choses sexuelles.» En rendant sa décision, le juge Robert Taschereau l\u2019a ainsi motivée : Avant que ne soit adopté cet amendement, la loi était loin d\u2019être claire et laissait la porte ouverte à de subtiles distinctions, qui trop souvent permettaient aux éditeurs de continuer la diffusion de littérature obscène et immorale.Il est certain que l\u2019amendement de 1959 avait pour but d\u2019éliminer la distribution de littérature de ce genre, et d\u2019empêcher ce qui peut être justement appelé un assaut légalisé contre la moralité.Le but de la législation fut sans doute de nettoyer les kiosques de cette littérature impudique et dégoûtante, publiée sûrement pas pour servir le bien public mais uniquement pour des gains pécuniaires.La question qu\u2019il faut résoudre est la suivante: Y a-t-il dans ce livre « une caractéristique dominante » qui est « l\u2019exploitation indue des choses sexuelles » ?Dans l\u2019affirmative, cette publication est réputée obscène.Je ne crois pas qu\u2019il soit nécessaire de déterminer si cette définition est complète ou non.Il suffit, je crois, de dire que si nous trouvons dans le livre une caractéristique dominante qui est l\u2019exploitation indue des choses sexuelles, le livre doit être interdit.La loi précise qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une caractéristique dominante et non pas de la caractéristique dominante.De plus, je crois, sans décider de leur légalité ou de leur illégalité, qu\u2019on a attaché trop d\u2019importance aux témoignages des experts qui ont été entendus.La circulation légale ou illégale d\u2019un livre ne peut pas être subordonnée aux goûts subjectifs ou aux inclinations de témoins, quelles que soient leurs aptitudes littéraires.Il faut nécessairement considérer l\u2019aspect légal de la question qui est plus objectif.(Dans ce livre), rien n\u2019est laissé à l\u2019imagination la plus vive.Tous les incidents sont brutalement décrits, et la conversation échangée entre les deux amants est d\u2019un caractère vulgaire et inférieur.On emploie des mots dont aucune personne décente ne voudrait faire usage sans blesser le sens moral de tous ceux qui croient dans le standard ordinaire de la décence, du respect de soi-même et de la dignité.Je crois que ce livre a été l\u2019objet de louanges exagérées.Lawrence a pu produire de remarquables ouvrages., mais toutes les choses magnifiques qu\u2019il a écrites ne peuvent pas légaliser ce que défend la loi.Il a sans doute un don particulier de description, pour extérioriser ce qui est le produit de son imagination fertile, mais tout l\u2019art qu\u2019il déploie ne change pas l\u2019essence de Lady Chalterley\u2019s Lover.Je n\u2019ai jamais pensé que le cadre pouvait faire la peinture.Même si, tel qu\u2019on le prétend, ce livre est une œuvre d\u2019art, je crois que l\u2019art peut coexister avec l\u2019obscénité et ne l\u2019exclut pas.Evidemment, une nudité n\u2019est pas une obscénité.Les plus grands musées de l\u2019univers sont remplis de peintures qui décrivent le corps humain, et il serait insensé de penser que Rembrandt, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphael ou Renoir ont peint des obscénités.Il n\u2019y a rien dans ces chefs-d\u2019œuvre qui offense la modestie ou la décence, ou qui suggère des pensées lascives, comme Lady Chatter ley's Lover.Je suis d\u2019opinion que si des maux industriels ont existé ou existent actuellement en Angleterre, et que s\u2019il y a des conflits entre le capital et la classe ouvrière, la solution du problème ne peut se trouver dans le Compliment4 di VOLCANO LIMITEE Manufacturiers d\u2019appareils de chauffage automatique MONTRÉAL - TORONTO - QUÉBEC - ST-HYACINTHE Les voyages d'été L\u2019Ouest canadien avec le Pacifique Canadien :\tïKQOA\t Voyage aubaine du 6 au 22 juillet.Voyages idéaux : 15 juillet - 5 août 29 juillet - 19 août.\tA partir de ! A partir de *680 L\u2019Ouest canadien avec le Canadien National :\t% A\t Du 29 juin au 21 juillet.\tA partir de w * U L\u2019Acadie avec le Canadien National :\t^7*713\t 3-18 août.\tA partir de L\u2019Europe avec Etapes et Rencontres :\tS1 1 0*7 2 juillet - 8 août \t\t 2 juillet - 16 août (Incluant cours d\u2019été à Paris) \t\t*1175 27 juillet - 26 août\t\t*1195 Le Mexique : 6-22 juillet\tPrix global : $g25 Dépliants et réservations LA LIAISON FRANÇAISE INC.75, rue d\u2019Auteuil, Québec-4, Téléphone : 522-2601 L'Agence de voyages GINGRAS 1966, boulevard Graham, Montréal-16, Téléphone : REgent 1-3355 * 140 RELATIONS livre de Lawrence.Afin d\u2019améliorer les conditions sociales en Angleterre, si elles ont besoin de l\u2019être, j\u2019ai plus de foi et d\u2019espérance dans une sage législation adoptée par le Parlement, que dans les scènes d\u2019adultère décrites par Lawrence dans son livre.Ce que je crois répréhensible n\u2019est pas le but poursuivi par l\u2019auteur, malgré que je le pense une promesse illusoire de bonheur futur, mais les moyens employés pour la démonstration de sa thèse.Sa confiance repose sur les choses sexuelles et l\u2019adultère pour dissoudre les nuages de périls sociaux qui, selon lui, planent au-dessus des deux de l\u2019Angleterre.En faisant cela il viole, je crois, l\u2019article 150 A, par.(8) du Code criminel, et je suis convaincu qu\u2019il faut nécessairement trouver dans le livre une exploitation indue des choses sexuelles, qui sont une caractéristique dominante de ce livre.« Indue » dans la langue française ordinaire signifie évidemment « déraisonnable », « injustifiable ».Ce mot comporte l\u2019idée que ce qui est dit va au delà de ce qui est approprié ou nécessaire pour établir la thèse que l\u2019on veut démontrer au public.Je ne connais personne capable de trouver des mots ou d\u2019imaginer des scènes qui pourraient être ajoutés à ce volume pour le rendre plus obscène.Au delà des trois-quarts du livre, ou 250 pages, représentent des descriptions obscènes et ordurières qui blessent la décence, et qui sont entièrement superflues pour établir la thèse de l\u2019auteur.Personne ne pourrait sérieusement penser que ce roman serait susceptible d\u2019être montré à la télévision, et aucun éditeur respectable ne reproduirait le texte de Lady Challerley's Lover dans un journal ou dans une revue, sans blesser les sentiments de citoyens normaux.Je n\u2019ai jamais su que l\u2019obscénité est, en vertu de la loi, le privilège exclusif des romanciers, quels que soient leurs talents remarquables.Je n\u2019ai aucune hésitation à conclure que ce livre tombe clairement sous le coup de l\u2019interdiction de la loi, et que les trois appels doivent être rejetés.Nos protestants français et le Mouvement laïque Au congrès de fondation du Mouvement laïque, l\u2019an dernier, des protestants de langue française avaient laissé entendre qu\u2019ils appuyaient les revendications de ce Mouvement.Le pasteur Jacques Beaudon, par exemple, après y avoir évoqué les bienfaits d\u2019une école ouverte à tous, quelles que soient les différences religieuses ou philosophiques, avait déclaré: « Seul un système non confessionnel, laïque ou neutre, permettra cet œcuménisme dans toute son ampleur.» Ce qui l\u2019avait conduit à souhaiter aux dirigeants du Mouvement « tout le succès possible » et à les assurer de sa fidélité, à condition qu\u2019ils n\u2019en fassent pas un groupe « bassement antireligieux ».Sa conclusion avait été: « Restons neutres en toutes choses.» (Cf.L'école laïque, Editions du Jour, 1961, p.80.) Quelques mois plus tard cependant, le même pasteur se montrait beaucoup moins affirmatif.Il n\u2019abandonnait pas, écrivait-il, ses amis du Mouvement laïque, mais il leur demandait de comprendre que les protestants de langue française, au moment même où ils venaient d\u2019obtenir justice dans leurs revendications, ne pouvaient les suivre jusqu\u2019au bout: « Nos amis comprendront cependant que hic et nunc nous ne pouvons lâcher la proie pour l\u2019ombre.» (Editorial de Credo, journal de l\u2019Eglise unie du Canada, février 1962.) MAI 1962 Mais un laïc protestant se montrait beaucoup plus sévère dans le même journal, le mois suivant.Selon M.André Luchaire, il y a des raisons qui empêchent les protestants de langue française de s\u2019engager plus avant.Dans la mesure, écrit-il, où le combat que livre le Mouvement laïque est bien celui de la liberté, nous l\u2019appuyons.Ainsi, par exemple, nous admettons les idées exprimées aux paragraphes 1, 2 et 5 de l\u2019article II qui énonce les principes et les buts du Mouvement.Non sans réserves toutefois.Au lieu de l\u2019expression « respect de toutes les idéologies, doctrines et opinions », écrit M.Luchaire, « je préférerais, pour ma part, parler plutôt de respect absolu des personnes qui expriment une opinion différente de la nôtre, et d\u2019engagement de discuter, le cas échéant, ces opinions en pleine liberté réciproque, et exclure explicitement une reconnaissance à priori de l\u2019équivalence de toutes les opinions et l\u2019engagement de ne jamais les discuter, (ce) qui serait en somme du scepticisme généralisé ».De plus, que le Mouvement laïque s\u2019engage à se porter « à la défense des individus ou des groupes dont les droits seront lésés à cause de leur confessionnalité ou de leur non-confessionnalité », nous l\u2019admettons volontiers, mais à la condition que ces individus ou ces groupes « ne se soient pas eux-mêmes rendus coupables mm Vous aimerez les vols de jour! 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mais elle peut signifier aussi la laïcisation complète de l\u2019Etat, et de ses diverses activités.Sur ce point, j\u2019avoue être moins optimiste que ceux d\u2019entre nous qui ont donné leur accord public à ce paragraphe sur la laïcité.« Pour deux raisons.La première est que je ne suis nullement convaincu que la laïcité intégrale soit voulue par Dieu.La seconde est que la laïcité partielle aboutit trop souvent à la laïcité intégrale.Vous me direz que le paragraphe 3 ne parle pas de « laïcité intégrale », mais prévoit au contraire le « respect du fait religieux » et « des intérêts légitimes », mais l\u2019histoire nous fournit d\u2019abondants et décisifs exemples de la précarité de ce respect, une fois qu\u2019on s\u2019est engagé dans la voie de la laïcité d\u2019Etat.Or, c\u2019est là, sur le plan pratique, que se pose le problème entre croyants et incroyants.» Quant au paragraphe 4, qui reconnaît comme autre but essentiel du Mouvement « rétablissement d\u2019un secteur scolaire laïque, c\u2019est-à-dire non confessionnel, égal en droit et parallèle au secteur multiconfessionnel déjà existant », M.Luchaire le critique en ces termes: « Quelques mois à peine se sont écoulés depuis la fondation du Mouvement que déjà ce dernier propose un secteur laïque qui engloberait les protestants de langue française et les Juifs: le glissement vers le laïcisme intégral est évident.Alors de qui se moque-t-on ?«Soit dit en passant, l\u2019on est d\u2019autant plus en droit de se méfier que l\u2019on peut constater avec quelle facilité les tenants d\u2019un laïcisme antireligieux profitent des listes d\u2019adresses du Mouvement laïque pour diffuser un matériel de propagande anticléricale d\u2019une espèce particulièrement stupide, remontant visiblement aux temps où, par exemple, en France, des villageois fanatiques obligeaient les fidèles catholiques à piétiner les hosties consacrées.et qui, personnellement, en tant que chrétien non catholique, m\u2019écœure, je le dis sans ambages.« Cela autorise de légitimes inquiétudes sur ce que serait la liberté des croyants au terme de l\u2019évolution vers la laïcité intégrale.Nous nous battons volontiers pour la liberté des agnostiques et des « libres penseurs », mais à condition qu\u2019on ne brime pas notre liberté à nous, chrétiens.Puisqu\u2019il nous faut tous jouer la divine comédie de la liberté, qu\u2019on nous la laisse jouer à nous aussi, chrétiens.Nous ne Sous ce titre, dans la Revue de l\u2019Enseignement supérieur (octobre-décembre 1961), M.Alfred Sauvy, directeur de l\u2019Institut national d\u2019études démographiques en France, se livre à des considérations fort instructives, que devraient méditer tous ceux qui s\u2019intéressent à la libération économique du Canada français.Autrefois, écrit-il, s\u2019adonner à la culture supérieure, c\u2019était se retrancher de la vie économique, c\u2019était cultiver son esprit, à l\u2019abri des vicissitudes matérielles.Bien plus, pour les économistes, l\u2019élément important, c\u2019était le capital, l\u2019argent.Une fois en possession de capitaux, l\u2019homme d\u2019affaires n\u2019avait plus qu\u2019à agir.« Mais ce qui est vrai pour l\u2019individu n\u2019est pas vrai pour la nation.Sans hommes qualifiés, les capitaux les plus importants n\u2019ont pas de sens.» La preuve en est que maintenant diverses grandes entreprises se préoccupent de former du personnel, même si elles ne sont nullement assurées de conserver ces hommes une fois formés.La formation d\u2019un ingénieur, par exemple, coûte l\u2019équivalent de trois à quatre années de travail; mais, par sa présence, cet ingénieur permet chaque année une production très supérieure, tout en étant un précieux apport à la collectivité.Le niveau de production d\u2019une collectivité se situe maintenant à la hauteur du savoir des hommes qui la composent.« Lorsque Marx a décrit l\u2019accumulation du capital, la situation était bien différente de celle d\u2019aujourd\u2019hui.Ce qui compte maintenant plus encore, c\u2019est Y accumulation du savoir.» Aussi, « lorsqu\u2019une personne de haute qualification quitte un pays pour un autre, celui-ci réalise un profit très important au détriment du premier ».Des pays pouvons absolument pas renoncer à ce droit.« Et il n\u2019est pas sûr du tout que la société laïque qu\u2019enfanterait le « Mouvement laïque de langue française » nous faciliterait les choses, au contraire.Après tout, le problème du Québec n\u2019est pas de se déchristianiser davantage, mais bien de se rechristianiser.Voilà certainement qui nous impose une extrême prudence vis-à-vis d\u2019un mouvement qui, comme l\u2019Apprenti sorcier, pourrait déclencher un mécanisme plus fort que lui et qui étoufferait notre liberté de chrétiens et, en fait, la liberté de tous.» {Credo, mars 1962, « Le Mouvement laïque », par André Luchaire, p.3.) comme Israël et les Etats-Unis l\u2019ont compris qui attirent chez eux des techniciens de qualité, pour leur plus grand avantage, mais au détriment des pays qui exportent ainsi leur « matière grise ».Et l\u2019auteur de suggérer qu\u2019une somme élevée soit versée par le pays recevant au pays perdant, au titre de dédommagement.Sa conclusion est à retenir, surtout par ceux que préoccupe l\u2019avenir économique du Canada français: « N\u2019oublions pas que lorsque l\u2019école, l\u2019université, dans le sens le plus large du mot, livre un homme à la vie, celui-ci va agir pendant quarante ou quarante-cinq ans selon ce qu\u2019il sait faire et va peser sur l\u2019économie de son pays par son sous-emploi ou sa faible efficience, ou, au contraire, fertiliser cette économie par son savoir.» HOMMAGES DU Séminaire de Enseignement supérieur et progrès économique c à =iii '* Ul u ' v- «***\u201cZ***.UN COMPTE D'EPARGNE LA BANQUE D'EPARGNE aux /ùuted OUVERTE LE JOUR DE 10 À 3 H.- LE SOIR DE 7 À 8 H.Plus de 50 succursales dans le district de Montréal 142 RELATIONS Jle5 livtei Jean DaniÉLOU, S.J.: Scandaleuse Vérité.Coll.«Les idées et la vie».\u2014 Paris (18, rue du Saint-Gothard), Ar-thème Fayard, 1961, 173 pp., 19.5 cm.CE maître ouvrage aborde par le fond les problèmes essentiels.Aliment de l\u2019intelligence créée, la vérité a Dieu pour auteur et pour maître, pour objet et pour fin.Dans la Bible, le contraire de la vérité n\u2019est pas l\u2019erreur, comme le pensait Platon, mais le mensonge, qui a le diable pour père (p.19).Les esprits malades d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui achoppent à cette révélation; ils y trouvent occasion de scandale.Car, sous prétexte d\u2019humanisme, ils s\u2019enferment en eux-mêmes, refusant de s\u2019ouvrir à la transcendance, que la nature appelle pourtant par le sentiment douloureux de son insuffisance et par l\u2019angoisse de la mort.Sous prétexte de liberté, ils préfèrent la recherche indéfinie à la certitude fondée sur le témoignage de Jésus-Christ, le Sage qui s\u2019affirme Dieu.Sous prétexte de respect pour les autres, l\u2019agnostique voudrait empêcher qu\u2019on leur enseignât pourquoi ils naissent, vivent et meurent, avec le risque qu\u2019ils ne le découvrent jamais.Contradiction, superficialité, arriération: maladies d\u2019intellectuels plus littéraires que savants (140, 142); leur influence néfaste tient au prestige dont les entourent l\u2019ignorance, l\u2019hypocrisie et la mode.Or, « nous n\u2019avons pas à inventer un type d\u2019humanité; celui-ci nous est donné, et nous avons à l\u2019aider à s\u2019accomplir » (166); la «relation avec Dieu.est constitutive de l\u2019homme comme tel » (160); « un homme qui n\u2019adore point n\u2019est pas un homme » (137); l\u2019incroyant « est un homme mutilé d\u2019une part essentielle de lui-même » (88); «sans .vie surnaturelle, l\u2019homme n\u2019est pas pleinement homme », et « il n\u2019y a d\u2019humanisme que chrétien » (113).De plus, quand on cesse de chercher l\u2019absolu où il est, « au delà de la société économico-politique », on « le projette dans cette société où il n\u2019a que faire »; alors, la volonté populaire devient la norme du vrai et du bien; le despotisme aveugle du nombre étouffe la liberté (145).Loin d\u2019asseoir l\u2019homme dans le confort intellectuel, la foi l\u2019arrache à l\u2019infantile et frileuse possession de soi-même, aux facilités du malheur et du désespoir.Elle l\u2019entraîne au dépassement selon les exigences de Dieu, autrement hautes et crucifiantes que celles d\u2019un naturalisme étroit, d\u2019un égoïsme appauvrissant pour soi et les autres.Le bonheur est difficile: surnaturel, édifiant, conquérant (54-56, 76, 78, 85, 106-108).Peu de livres s\u2019imposent à l\u2019attention autant que celui-ci; on regrette de n\u2019en offrir qu\u2019un bref résumé.Joseph d\u2019Anjou.François RUSSO, S.J.: Technique et Conscience religieuse.Coll.« Qu\u2019en pense l\u2019Eglise ?».\u2014 Paris, Ed.Bonne Presse, 1961, 170 pp., 19 cm.Prix: 8.95 NF.La technique est omniprésente aux peu-' pies économiquement évolués.Imposante, elle force l\u2019admiration par ses MA! 1962 réussites; flatteuse, elle a pour chacun des égards qui concourent à son mieux-être et multiplient ses loisirs.Mais chaque jour, elle rencontre des juges, souvent des détracteurs.N\u2019est-elle pas l\u2019esclave des capitaux affamés de profits ?N\u2019asservit-elle pas l\u2019ouvrier à des gestes d\u2019une monotonie inhumaine ?Et cette société dont elle allège les peines, ne va-t-elle pas l\u2019épuiser par l\u2019agitation fébrile qu\u2019elle lui impose et les besoins factices qu\u2019elle lui crée ?Le procès, ouvert depuis longtemps déjà, se continue.Dans Technique et Conscience religieuse, deux témoignages autorisés et sereins nous sont offerts: celui d\u2019un prêtre dont la compétence est reconnue (le Père Russo est conseiller du Centre catholique de Coordination auprès de l\u2019Unesco) et celui du Saint-Siège.L\u2019ouvrage comprend donc deux parties.La première rédigée par le R.P.Russo, est une analyse pénétrante des valeurs indé- niables de la technique considérée comme réalisation de l\u2019esprit humain et comme servante de la société.A la lumière des principes chrétiens et d\u2019une saine philosophie le Père Russo poursuit ensuite son témoignage en considérant les abus de la technique et les dangers quelle présente.Cette étude est plus qu\u2019un témoignage; c\u2019est un exposé qui éclaire le lecteur même averti et présente, bien classés et bien pesés, les éléments divers du débat.La deuxième partie est un recueil de textes pontificaux, extraits des Actes de Pie XII et de S.S.Jean XXIII.Nous y trouvons la pensée authentique de l\u2019Eglise qui regarde la pensée et l\u2019agir humains dans une perspective d\u2019au-delà.Ces extraits, ordonnés par ordre chronologique, ont un certain décousu, mais une bonne table analytique permet au lecteur de s\u2019y retrouver aisément.L\u2019ouvrage se termine par une excellente bibliographie.Un livre d\u2019actualité, un livre de consultation, un livre de qualité.Roméo Beauséjour.Collège Jean-de-Brébeuj, Montréal.B.I.C.E.: Dix années de travail caté-chétique dans le monde.\u2014 Collection « Etudes et documents ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1961, 503 pp., 22 cm.e FORT VOLUME établit le bilan de 26 pays, dans les cinq continents, en matière de progrès catéchétique.Spécia- C' VOLS QUOTIDIENS sans escale vers L\u2019EUROPE à bord des RAPIDES RÉACTÉS DC-8 ou des ÉCONOMIQUES DC-7C Consultez votre agence de voyages ou téléphonez à KLM Bureaux KLM dans les 14 principales villes du Canada KSIAU MONDIAL 143 listes éminents et, pour la plupart, responsables d\u2019organismes officiels, les rapporteurs ont suivi le schéma suivant: analyse de l\u2019effort antérieur à 1948; description de l\u2019organisation (depuis dix ans), de la pédagogie, de la littérature catéchétiques, et bilan du mouvement catéchétique.Etudes d\u2019un prodigieux intérêt pour tout prêtre, éducateur ou catéchiste.On y saisit l\u2019évolution remarquable accomplie dans ce domaine par les Eglises des divers pays.Conscients des faiblesses et des lacunes à corriger, presque tous ont organisé l\u2019enseignement selon les voies ressourcées du kérygme.Ce retour à la tradition de l\u2019Eglise se traduit dans les manuels plus vivants, mieux illustrés, mieux adaptés à la pastorale contemporaine.De même, le souci de mieux préparer les catéchistes est sensible partout.Un tel inventaire est encourageant: il exprime le passage de l\u2019Esprit sur l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Laurent VOLKEN, M.S.: Les Révélations dans PEglise.\u2014 Mulhouse, Salvator; Paris, Tournai, Casterman, 1961, 309 pp., 19.5 cm.Cet ouvrage a sa place sur les rayons de nos bibliothèques de théologie.Car l\u2019A.y aborde une matière explorée certes mais le plus souvent par manière de corollaire.La foi aujourd\u2019hui, dit-on, est moins démonstrative et surtout moins raisonneuse; par contre, nos gens ont souvent un goût irréfléchi pour le merveilleux et se précipitent dès qu\u2019on parle de révélations, visions, apparitions, etc.L\u2019Eglise invite à la prudence.Le P.Volken a voulu constituer une synthèse théologique des questions concernant les révélations.Trois parties.Dans la première, il rappelle le fait des révélations affirmé à toutes les époques de l\u2019histoire et attesté par les saintes Ecritures, les Pères de l\u2019Eglise, les théologiens, la vie des saints et le magistère.Dans la deuxième partie, il présente les critères internes et externes qui permettent d\u2019établir s\u2019il y a eu vraiment révélation surnaturelle; enfin dans la troisième, il cherche à déterminer le sens et les fruits qui établiront aux yeux de l\u2019Eglise l\u2019authenticité d\u2019une révélation telle qu\u2019elle l\u2019entend.Les témoignages cités sont de valeur et puisés chez les maîtres: saint Augustin, saint Thomas, sainte Thérèse d\u2019Avila, saint Jean de la Croix.L\u2019exposition demeure claire malgré l\u2019austérité du sujet; cette lecture aidera à mieux comprendre les lenteurs prudentes de l\u2019Eglise en face de révélations privées.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Joseph-B.Gremillion: The Catholic Movement of Employers and Managers.\u2014 Rome, Libreria Editrice della Pontificia Universita Gregoriana, 1961, 217 pp., 26 cm.LAuteur est le premier à présenter l\u2019his-> toire du mouvement catholique des patrons et des chefs d\u2019entreprise.L\u2019Union internationale des Associations patronales (UNIAPAC) lui sert de point central autour duquel il fait pivoter ses observations.Le volume comprend six chapitres et se divise en deux parties dont la première porte sur l\u2019histoire des associations patronales et la seconde sur la doctrine.Dans la première, il brosse rapidement l\u2019histoire des seize mouvements patronaux, membres de l\u2019UNIAPAC; dans la seconde, il élabore la pensée patronale catholique sur les principaux sujets tels que: syndicats, conventions collectives, grèves, sécurité de l\u2019emploi, propriété, cogestion, participation aux bénéfices, personne humaine, famille, organisation professionnelle et institutions nationales et internationales.Puisque l\u2019ouvrage se présente comme une étude scientifique incluse dans la collection de l\u2019Université Grégorienne, certaines réserves s\u2019imposent.L\u2019UNIAPAC est une fédération de mouvements patronaux indépendants et autonomes nés de circonstances et d\u2019idées différentes.Vouloir les relier dans un mouvement international (sous l\u2019étiquette de l\u2019UNIAPAC) paraît un tour de force.L\u2019A.aurait dû marquer davantage, tant dans la structure que dans les idées, la distinction entre ce corps et ses parties fédérées.En outre, ses sources viennent souvent de conversations et de contacts.Il en résulte que certains renseignements historiques sont inexacts.Exemple: Il serait faux de prétendre que l\u2019A.P.I.du Canada soit née de l\u2019inspiration belge.Elle est l\u2019aboutissement d\u2019efforts canadiens; elle jaillit en 1942 de l\u2019initiative de MM.Boisclair et Gibeau.M.G.Theunis fut consulté en 1945 quand la guerre l\u2019appela à New York.Détail secondaire mais qui influe sur l\u2019objectivité scientifique de l\u2019ensemble.Le silence sur le rôle des patrons protestants à l\u2019A.P.L, sur le rôle de Thomas Lhoest à l\u2019A.P.I.C., le silence sur les démarches de l\u2019A.P.I.C., l\u2019A.P.I.et l\u2019A.K.W.V.en Hollande, en 1948, à propos des précisions apportées sur la propriété, la cogestion et les bénéfices, auprès des autorités romaines, sont des omissions substantielles.Il est très prématuré d\u2019écrire l\u2019histoire de l\u2019UNIAPAC Elle n\u2019a vraiment pris son essor qu\u2019en 1949.Cette thèse, toutefois, peut servir de point de départ, à des recherches scientifiques futures.Emile Bouvier.Georgetown University.Camille ScailteuR: Le Contribuable et PEtat.Déontologie de la fiscalité.\u2014 Louvain (9, rue de Namur), Editions de la Société d\u2019études morales, sociales et juridiques, 1961, 172 pp., 19 cm.L'impôt tient une place de plus en plus ' considérable dans la vie économique, sociale et politique.Il avait déjà sa technique de rendement; voici qu\u2019il a maintenant sa déontologie.Cette pouvelle science \u2014 la déontologie de la fiscalité \u2014 tend, nous dit l\u2019A., à établir des règles de conduite pratique et à élaborer un code des devoirs du contribuable et de l\u2019Etat.Quels sont les droits de l\u2019Etat?ses obligations?Où sont les responsabilités de la fraude ?A ces questions, l\u2019A.répond d\u2019une façon claire et précise, avec intelligence et bon sens.Je cite sa conclusion: « La sagesse des gouvernants et l\u2019efficacité d\u2019une administration dévouée et intègre doit démontrer à l\u2019évidence que le sacrifice imposé correspond à un service réel et porte ses fruits.» Un petit livre qui vient à point.Richard Arès.Marcel Marcotte, S.J.: Cœur à cœur, vol.2.\u2014 Montréal, les Editions Bellarmin, 1962, 160 pp., 17 cm.IL Y A À PEINE QUELQUES mois (Relations, nov.1961), nous avons loué le premier recueil du Père Marcotte.Les 15,000 exemplaires s\u2019étant écoulés rapidement, l\u2019A.a récidivé.Ce deuxième volume nous semble encore meilleur que le premier.Le style en est plus direct.Au lieu de se tenir dans les principes et de les exposer au long, l\u2019A., tout en s\u2019en inspirant, est plus attentif à la personne qui lui pose son problème.Bien que le prêtre soit toujours là, avec sa foi lumineuse et sa charité discrète, l\u2019homme apparaît plus sensible aux misères.Quant aux sujets, nouveaux et palpitants de vie, ils sont encadrés dans la même division: vie personnelle, conjugale, familiale, mo- DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST, RUE ST.JACQUES, MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-9851 \"À VOTRE SERVICE\" SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D\u2019IMMEUBLES FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE REVENU Nouveauté JÇa Qauche et la Jbtoite par le P.Raymond Bourgault, S.J.Cette brochure désamorce avec objectivité et sérénité des vocables explosifs.40 pages.5\" x 8\u201d.$0.50 l'exemplaire.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 144 RELATIONS rale, catholique.Parmi les chapitres qui nous ont frappé, nous signalerions: l\u2019art d\u2019aimer et d\u2019être aimé; jalousie de la femme; jalousie du mari; le pire ennemi de la femme: la fatigue; les films, les jeunes et les parents; mariage et perfection chrétienne.Il faudrait tout citer! Nul doute que ce deuxième tome du Père Marcotte continuera d\u2019élargir le sillage de bienfaisance qu\u2019avait déjà tracé le premier.Il ne nous reste plus qu\u2019à formuler, dans une demande, un souhait: à quand le troisième ?Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Emile Baas: Introduction critique au marxisme.Nouvelle édition remaniée.-\u2014 Paris (17, rue Cassette), Editions Alsatia, 1960, 200 pp., 19 cm.La première édition de cet ouvrage a ' reçu un accueil des plus favorables, tellement que l\u2019A.a cru bon de reprendre son texte, de le remanier et de le compléter, afin de mieux répondre encore à la demande du public.Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage accessible à tous, qui peut servir d\u2019instrument de travail dans les cercles d\u2019études.Il se compose essentiellement de deux parties: l\u2019une, consacrée aux perspectives marxistes, l\u2019autre aux perspectives chrétiennes.La critique du marxisme faite par l\u2019A.est intelligente et sympathique; elle concède tout ce qui peut honnêtement être accordé, mais demeure toujours fidèle aux exigences de la foi chrétienne.Il faut lire la deuxième partie où marxisme et christianisme sont mis face à face et où l\u2019A.motive et justifie son choix en même temps que son espérance pour l\u2019avenir.Richard Arès.Groupe lyonnais d\u2019Etudes médicales: Perspectives et Limites de l\u2019expéri-mentation sur l\u2019homme.Coll.« Convergences ».\u2014 Paris (79, rue de Gen-tilly), Spes, 1961, 214 pp., 20 cm.Prix: $3.65.Le profit à tirer de ce recueil excellent: la > réserve que doivent inspirer les certitudes de la science; le danger (pour un esprit clos et hostile à la transcendance): le relativisme appliqué à toute connaissance.Non que les auteurs ne sachent point dépasser les insuffisances scientifiques: philosophes et croyants, ils adhèrent d\u2019autant mieux à la Vérité qu\u2019ils reconnaissent la caducité des approximations expérimentales.Aussi fidèles à la rigueur de Claude Bernard qu\u2019à celle de saint Thomas d\u2019A- Le collège Saint-Ignace \u2022 EXTERNAT CLASSIQUE dirigé par LES PÈRES JÉSUITES 1800 est, Henri-Bourassa, MONTRÉAL-12 quin, ils distinguent hypothèses et lois, observation et expérimentation (J.Viala-toux), expérience humaine (d\u2019ordre moral) et déshumanisation technique (Chauchard, Duchêne, Folliet, Viderman).Ces derniers montrent bien les limites et les avantages d\u2019une certaine expérimentation dans les domaines biologique, social et psychologique.Michel Carrougues, pour sa part, en des pages très pénétrantes, analyse l\u2019expérimentation que constituent les formes littéraires à travers les siècles.Et Dom Duesberg expose, avec une simplicité émouvante, l\u2019expérience, ou le dialogue que le Seigneur poursuit avec l\u2019humanité depuis les origines; son commentaire biblique, à lui seul, vaut le prix de l\u2019ouvrage.Joseph d\u2019Anjou.Albert-DU-SaCRÉ-CœUR, O.C.D.: Approches du mystère de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.\u2014 Paris et Colmar, Editions Alsatia, 1961, 334 pp., 19 cm.Lauteur nous présente son ouvrage comme f un timide essai pour mieux pénétrer le mystère de la sainte universellement connue et invoquée, Thérèse de Lisieux.Il est modeste; car l\u2019étude des manuscrits de la sainte publiés en photocopie lui a permis d\u2019écrire un riche et solide exposé de l\u2019histoire splendide de cette âme où nature et grâce se sont merveilleusement compénétrées.Nous y suivons les cheminements de cette carmélite qui encore enfant rêvait de sainteté.Elle a réalisé son rêve mais non sans connaître les aspérités de la montée qui conduit à la perfection religieuse: scrupules pénibles, maladie de son père, « la coupe la plus amère et la plus souffrante », sécheresses spirituelles, incompréhensions; bref, la nuit obscure « horrible et épouvantable » dont parle saint Jean de la Croix.Jamais cependant elle ne perdit confiance et elle nous a laissé d\u2019admirables pages sur le saint abandon au bon plaisir divin.Nous savons gré au R.P.du commentaire stimulant et consolant qu\u2019il donne de l\u2019Acte d\u2019offrande de la sainte à l\u2019Amour miséricordieux de Jésus.En nos temps épris d\u2019apostolat, nous sommes heureux de voir rappeler que Thé- rèse Martin entrant au Carmel se voulait apôtre: « je suis venue au Carmel pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres; quelle est belle la vocation ayant pour but de conserver le sel destiné aux âmes! » Tout le long de son ouvrage, l\u2019A.laisse beaucoup parler la sainte; les citations bien choisies, saisissantes, éclairent vivement son itinéraire spirituel.Les travaux modernes de la psychologie ont été mis à contribution mais sans perdre de vue les principes de spiritualité surtout carmé-litaine; le livre est de grande valeur.Rosaire Legault.Maison Bellarmin.Thomas Ohn: Les principaux faits de l\u2019histoire des missions.¦\u2014 Traduit de l\u2019allemand.Coll.« Eglise vivante ».\u2014 Tournai, Desclée et Cie et Casterman, 1961, 164 pp., 21 cm.L auteur est depuis longtemps directeur t de l\u2019Institut de Missiologie de Munster, universellement réputé.Ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019il a été appelé à collaborer aux travaux préparatoires du prochain concile œcuménique.Apparemment austère, ce « vade-mecum » rendra de grands services à tous ceux qui sont aujourd\u2019hui engagés, à un titre ou l\u2019autre, dans le champ apostolique.Mieux qu\u2019hier peut-être, les ouvriers actuels se rendent compte à quel point l\u2019histoire des missions est le lieu privilégié de la réflexion religieuse sur l\u2019évangélisation.Sans doute cet instrument de travail ne dispense pas de nombreuses lectures, mais il permet de situer les événements missionnaires à leur juste place, et c\u2019est l\u2019essentiel.Marie Noël: Notes intimes.\u2014 Paris, Librairie Stock, 1959, 363 pp., 20 cm.Labbé Mugnier ne s\u2019est pas trompé lors-' qu\u2019il a conseillé à Marie Noël d\u2019écrire ses notes intimes.Tous y trouvent leur profit: l\u2019A.a mieux pénétré son univers intérieur, les incroyants y touchent Dieu et les âmes chrétiennes affrontent les problèmes les plus fondamentaux de leur spiri- mm VFÏ9B211 \".elle est à nous grâce à iimir POUR 3 Millions Dtcmom ^Banque de Montréal Plan Financement Familial PRÊTS ÉCONOMIQUES COMPORTANT UNE ASSURANCE-VIE MAI 1962 145 Lalonde & Valois INGÉNIEURS-CONSEILS 615, rue Belmont, Montréal-3 Les vêtements de distinction c/?* \u201cMagasins de haute distinction pour hommes\u201d 974, rue Sainte-Catherine Ouest 281, rue Sainte-Catherine Est MONTRÉAL Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de tualité.Ecrit dans une langue admirable, ce livre, tantôt sombre, tantôt lumineux ou agrémenté de malice gauloise, reflète comme un miroir l\u2019âme du grand poète, avec ses lumières et ses ombres, sa profondeur et sa complexité.Ces confidences n\u2019étaient pas destinées à la publication; elles sonnent franc, et l\u2019ouvrage est l\u2019un des plus vrais de la littérature non seulement française, mais universelle.Qu\u2019il s\u2019agisse de Dieu ou du Mal, de Satan, de la liberté, de la naissance, de la mort, le cri de Marie Noël retentit du fond des abîmes et nous atteint à la moelle de l\u2019âme.Dans sa poésie, la musique du vers berçait la souffrance et la peine; les joies y avaient une large part.La prose, tout en conservant un registre nuancé, a un ton beaucoup plus dru, plus direct.L\u2019inquiétude et l\u2019angoisse s\u2019y expriment sans fards; mais aussi la foi, malgré les doutes, la charité, malgré le sentiment de détruire son œuvre poétique, la prière, malgré la nuit, soutiennent Marie Noël et la gardent dans le chemin de Dieu.La tempête secrète eut beau faire rage, Marie Noël, chaque matin, se rendait à la messe, communiait, disait son chapelet.Dieu l\u2019a récompensée: son œuvre poétique qu\u2019elle croyait sacrifiée s\u2019est épanouie comme une rose vivace, sa charité a multiplié le bonheur des autres et, en ses derniers jours, elle a connu la paix.Il faut relire, en les méditant, ces Notes intimes : ce sont des gouttes de feu qui attestent le passage de l\u2019Esprit.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.E.J.EDWARDS, S.V.D.: Ces deux mains.Roman.Traduit par Mireille Dejean.\u2014 Paris, Editions Alsatia, 1960, 215 pp., 20 cm.Pris de peur, le Père Frank Templeton néglige de porter secours à une lépreuse agonisante qui meurt sans sacrements.Vivement blâmé par son supérieur, il perd son poste de professeur à Mindanao pour se voir attribuer la mission lointaine et effacée de Santa Cruz.Pendant un an, il s\u2019y ennuie ferme, ne frayant qu\u2019avec des intimes et ne s\u2019offrant pour distractions que quelques excursions de pêche, au cours desquelles d\u2019ailleurs il commet, désespéré, deux autres lâchetés.Son ami, le Père James Anthony Conners, lui conseille de se livrer à fond à son ministère, de prendre contact avec toutes ses ouailles et de s\u2019intéresser véritablement aux problèmes de chacune.De bonne volonté, le Père Temple-ton s\u2019engage à suivre ce conseil.Perdant progressivement de vue sa propre faiblesse, il tâche à ne compter, comme saint Paul, que sur la toute-puissance divine.La Providence bénit ces généreux efforts et, peu à peu, le missionnaire fait merveille.Afin de préserver ses paroissiens du fléau de la dysenterie, il prend des mesures pour que les approvisionnements d\u2019eau soient hygiéniques; pendant une épidémie de cette terrible maladie, il se dévoue sans compter auprès des victimes, jusqu\u2019à contracter leur mal; au cours d\u2019une rixe dangereuse, il expose sa vie dans le but de protéger un adversaire en mauvaise posture; grâce à la fermeté d\u2019un reproche bien mérité, il raccommode, pour le bien général de la population, un père influent et son fils; enfin, lors de la conflagration qui rase sa mission, il n\u2019hésite pas à administrer de ses mains brûlées un lépreux que, dans un geste héroïque, il vient d\u2019arracher aux flammes.Après son rétablissement à l\u2019hôpital de Manille, handicapé, il doit, sur l\u2019ordre de son supérieur, rentrer aux Etats-Unis.Cependant, à la suite d\u2019une requête personnelle, il obtient la permission de reprendre, auprès de ses chrétiens éprouvés, son travail apostolique.Mais Santa Cruz est d\u2019ores et déjà entièrement conquise et le Père Templeton, vainqueur de la peur, ne s\u2019y ennuiera plus.Ce roman rend sensible l\u2019œuvre transformatrice de la grâce dans un cœur sacerdotal trop humain.Il évoque avec bonheur les mœurs simples des Philippins dans le décor chatoyant d\u2019une nature sauvage et ardemment poétique.René Daoust, pire.Presbytère Saint- Vincent-Fèrrier, Montréal.Philippe Sollers: Le Parc.Roman.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1961, 155 pp., 18.5 cm.Je Parc de Philippe Sollers n\u2019a rien d\u2019un Ljardin de Le Nôtre.Les principes qui ont présidé à son dessin sont fort éloignés des mesures géométriques de la raison.L\u2019appellation de jardin anglais ne lui convient même pas, tant est grande l\u2019incohérence de ses allées sans direction qui forment une sorte de réseau illusoire de rêve.Parsemées au hasard de cet enchevêtrement de lignes, et à peine dégagées de la pierre, quelques statues évoquent, de loin en loin, les préoccupations oscillantes du héros: une femme, un ami, un enfant.Mais sur ce labyrinthe d\u2019une originalité si bizarre, le style de l\u2019auteur verse tant de douces couleurs, répand tant d\u2019agréables parfums qu\u2019on en oublie presque le déplaisir de se sentir plus que dépaysé, perdu.René Daoust, pire.Presbytère Saint- Vincent-Ferrier, Montréal.la ü>aubegarlie COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Sléo* social : Montréal Romana Associatio Pro Transvehendis I tinerantibus Missionariis RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.- Tél.VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International 146 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Jean-Paul Lefebvre et Roland Paren-TEAU: Comment joindre les deux bouts.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1961, 160 pp.Prix: $1.Rempli de conseils judicieux, ce petit volume aidera les familles, riches ou pauvres, qui sentent le besoin d\u2019introduire des normes dans la conduite de l\u2019économie familiale.Faisant suite à la télémission du même nom, il en prolonge la valeur éducative.Revue de l\u2019Enseignement supérieur (13, rue du Four, Paris), « Promotion supérieure du travail », octobre-décembre 1961 et janvier-mars 1962.Deux numéros spéciaux.A lire, entre autres, les articles suivants: « Qu\u2019est-ce que la Promotion supérieure du travail?», par M.Souriau; « L\u2019enseignement supérieur et le progrès économique », par S.Sauvy; « Promotion supérieure du travail », par L.Weil, etc.Le numéro de janvier-mars porte sur « Les problèmes de la promotion supérieure du travail ».Louis-Edmond Hamelin: Evolution numérique séculaire du clergé catholique dans le Québec.\u2014 Québec, Recherches sociographiques, Faculté des Sciences sociales, 1961, 60 p.Tiré-à-part d\u2019une étude parue dans la revue Recherches sociographiques de l\u2019Université Laval.Document fort instructif sur l\u2019évolution numérique du clergé au Québec.Dans sa conclusion, l\u2019A.écrit: « En 1959, la plupart des « vocations » étaient issues des milieux des affaires et de l\u2019administration, des milieux agricoles, des milieux professionnels et des milieux de métiers spécialisés.En 1945, seulement 40% des prêtres font exclusivement du ministère, ce qui remonte la moyenne de 500 habitants par prêtre à plus de 1,200.Le glissement des « vocations » vers le clergé régulier risque de faire augmenter encore ce quotient.De plus, une partie du clergé est « vieux », socialement et biologiquement.Moins de 60% des prêtres seraient aptes à fournir un « plein rendement ».Dans les villes, notamment dans Montréal, la majorité des prêtres versés directement aux œuvres du ministère sont « surchargés » de travail.» En COLLABORATION: Chez Miville.comme si vous y étiez! \u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1962, 160 pp.Choix de textes, de réflexions et d\u2019anecdotes humoristiques provenant du popu- laire programme de Radio-Canada.« Humour en bonne santé », « saine distraction » « lecture pour tous », ces expressions du réalisateur Paul Legendre disent bien ce qu\u2019il faut s\u2019attendre à trouver dans ce volume.André Laurendeau: La Crise de la conscription 1942.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), 1962, 160 p.Récit captivant de la tragique aventure vécue par le Canada français en 1942, et à laquelle l\u2019auteur fut intimement mêlé.C\u2019est du meilleur Laurendeau, un Laurendeau très près du peuple, sensible à ses émotions et partageant ses sentiments, auquel il faut savoir gré de ne pas renier « les attitudes qu\u2019il a alors adoptées ».&.Jean-Réal CARDIN: Organisation professionnelle et syndicalisme.\u2014 Québec (Relations industrielles, Université Laval), 1961, 16 p.Tiré-à-part d\u2019un article paru dans la revue des Relations industrielles de Laval.?Raymond Bourgault, S.J.: La Gauche et la Droite.Collection « Questions actuelles », n° 3.-\u2014 Montréal (8100, boul.Saint-Laurent), Editions Bellar-min, 1962, 40 p.Brochure renfermant les quatre articles parus sur le même sujet dans la revue Relations.Etude à la fois profonde et nuancée d\u2019une question fort difficile.En COLLABORATION: Aux sources du présent.Etudes présentées à la Section I de la Société royale du Canada.\u2014 Toronto, University of Toronto Press, 1960 112 pp.Une dizaine d\u2019études se rapportant à la période qui va de 1910 à 1935.Chaque auteur y présente tour à tour un aspect particulier de notre vie canadienne: politique, culturel, éducatif, littéraire, théâtral, scientifique, etc.La préface et la conclusion n\u2019auraient pas été parfaites sans la présence du couplet obligatoire sur la « bonne entente » : « Ce terme peut encore provoquer le sourire de quelques-uns, il n\u2019en représente pas moins le sentiment qui a animé la bonne volonté de ceux à qui nous devons les débuts d\u2019une collaboration fondée sur l\u2019amitié et la compréhension des Canadiens français et des Anglo-Canadiens.» (P.111.) TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, pré.JEAN BÉLAND, Ing.P., iecr.-fréi.(Strictement en gros) Le temple de la lumière Bélond 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* Haute fidélité Stéréophonie Magnétophones Haut-parleurs Rubans magnétiques cité électronique == 3165, rue Hochelaga ¦ Montréal 4, LA.5-2551 - .\u2014 De mauvais grain, jamais bon pain .et d\u2019un système de chauffage défectueux, pas de bien-être l\u2019hiver prochain! Faites reviser, réparer ou remplacer votre système de chauffage immédiatement.Des réparations d\u2019urgence, l\u2019hiver, sont toujours plus coûteuses! 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de sanctification personnelle et féconder son ministère sacré.A côté de la prière et inséparable d\u2019elle, il y a pour tout prêtre le devoir de l\u2019enseignement, le devoir de la prédication sacrée.Prière et ministère de la parole: celui-ci provient de celle-là, comme la fleur de la racine.De même que Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis, de même le prêtre, spécialement le curé, doit connaître ses propres fidèles, connaître les besoins, les épreuves, les angoisses et les peines de chacun; il y a les ignorants, les hésitants, les malades de l\u2019âme et du corps, les pauvres, les ouvriers, les jeunes, les enfants.Dans la prédication, il faudra éviter ce qui est vague, recherché, nébuleux; exclure absolument la polémique, les allusions à des faits compromettants, à des personnes que l\u2019on peut identifier; s\u2019oublier soi-même et avoir en horreur la tentation de faire bonne contenance, de s\u2019imposer à l\u2019opinion publique, d\u2019attirer les applaudissements; délaisser les oripeaux de l\u2019érudition, « laisser de côté les questions inutiles »; et faire de toute prédication une sorte de catéchisme.La doctrine doit être exposée dans sa clarté essentielle; l\u2019enseignement moral possède en lui-même la force de convaincre; les âmes se convertissent par l\u2019action combinée de la grâce et de la bonne volonté.C\u2019est cela que doit préparer le prêtre et rien d\u2019autre.Pour que la parole produise tous ses effets, il faut que s\u2019y unisse la force de l\u2019exemple, sans lequel nous ne serons qu\u2019un airain sonore.Humilité donc, esprit de sacrifice, zèle pour les âmes, générosité, charité à toute épreuve, oui, charité patiente, telles sont les vertus dont tout prêtre doit faire preuve à l\u2019égard des fidèles.Lui sont surtout nécessaires le souci et le culte de l\u2019unité des cœurs qui, dans l\u2019exercice de cet enseignement, donné en évitant les querelles ou les éclats dangereux pour la sérénité de la famille des croyants, édifie les fidèles dans la charité.» Séminaires et vocations 27 février: Allocution à la clôture de la IVe session de la Commission centrale préconciliaire.\u2014 « Il faut veiller à ce que les séminaristes apprennent les sciences sacrées ainsi que, mais d\u2019une façon modérée, les sciences profanes et la littérature; tout ce qui a trait à la diffusion et à la progression la plus^ étendue possible de l\u2019Evangile doit aussi être étudié et organisé comme il convient.Tous doivent unir leurs efforts et leurs préoccupations aux Nôtres pour que les jeunes gens appelés au sacerdoce trouvent l\u2019aide dont ils ont besoin pour la préparation aux tâches qui les attendent.Les peuples chrétiens, et même tous les peuples, souhaitent ardemment \u2014 peut-être inconsciemment \u2014 et demandent à Dieu de faire que les prêtres de leur Eglise soient saints, pleins de sagesse.» L\u2019union des chrétiens 8\tmars: Allocution au Secrétariat pour l\u2019union des chrétiens.\u2014 « A la manière d\u2019un vent d\u2019origine spirituelle, un souffle parcourt l\u2019Orient et l\u2019Occident et soulève l\u2019attente et l\u2019espoir de ceux qui s\u2019honorent du nom chrétien.Nous disons plus.Dans le monde entier, il y a des hommes droits et qui ont la crainte de Dieu, qui, sciemment ou non, apportent d\u2019une certaine manière leur collaboration à l\u2019avènement du Règne de Dieu.En de telles circonstances, l\u2019Eglise catholique fera tout, dans la conscience quelle a de son devoir, pour répondre aux nécessités actuelles de sa charge pastorale.» L\u2019encyclique (( Mater et Magistra )) 9\tmars: Allocution lors de l\u2019audience accordée à S.Em.le cardinal Etienne Wys-zinski, archevêque de Varsovie.\u2014 « Votre allusion à l\u2019encyclique Mater et Magistra éveille aussi dans Notre âme un écho de paternelle satisfaction.Le Document a voulu, une fois encore, attester la sollicitude témoignée par la sainte Eglise aux problèmes sociaux, qui ont surgi avec une telle urgence pendant le siècle écoulé.Les légitimes aspirations des milieux ouvriers, les transformations survenues dans la société ont trouvé l\u2019Eglise toujours vigilante et attentive: Mère pour tous ses fils, Educatrice de vérité et de justice.C\u2019est de la mise en pratique de la doctrine sociale de l\u2019Eglise que dépend l\u2019équitable solution des problèmes du monde du travail; ce n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il sera possible d\u2019obtenir une justice sociale plus grande, une collaboration plus étroite entre patrons et ouvriers, un véritable progrès quant au respect mutuel des droits et des devoirs de chacun.» Collège Jean-de-Brébeuf\t\t1E COLLÈGE SAINTE-MARIE sous la direction des Pères Jésuites\t\tAu coeur de Montréal ?J4umanite£ gtéco-latineà et àcienceà Pensionnat \u2014 Externat\t\tPour une 115e année, l\u2019enseignement classique est distribué à des élèves de toutes les classes sociales et de tous les quartiers de la région métropolitaine.A Sainte-Marie, la Compagnie de Jésus, avec la collaboration de nombreux maîtres laïcs, se préoccupe de former des Canadiens équilibrés, conscients de leur valeur d\u2019homme et de chrétien et capables de création.?Cours de huit ans et classe préparatoire\t«\tDes concentrations en science, en économique, en littérature et en d\u2019autres disciplines sont offertes au niveau des classes de philosophie.?Quatre options au niveau des classes de Philosophie: Physique \u2014 Biologie-Chimie Sciences sociales \u2014 Lettres Examens d'admission pour les élémentaires : 12 mai - 2 juin - 16 juin LE SECRÉTAIRE DES ADMISSIONS 3200, chemin Sainte-Catherine, Montréal-26\tRE.8-1161\t\tCOURS DU GESÙ Cours du soir pour adultes.\u2022\tconduisant au baccalauréat.\u2022\td\u2019intérêt strictement culturel.Prospectus sur demande soit pour le Collège soit pour les Cours du Gesù.1180, rue Bleury, Montréal 2.\tUN.6-3611 148 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Altaner, Berthold: Précis de patrologie.\u2014 Mulhouse (Haut-Rhin), Editions Salvator, 1961, 785 pp.AUGEREAU, Joseph: Jeanne Absolu, une mystique du grand siècle.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1960, 261 pp.BlSSONNIER, Henri: Introduction à la psychopathologie pastorale.\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1960, 142 pp.BURKE-GAFFNEY, M.W., S.J.: Daniel Seghers (S.J.) 1590-1661.\u2014 New York, Vantage Press, Inc.1962, 54 pp.COLINON, Maurice: Notre Dame des Roulottes.\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1961, 192 pp.COLOMBAS, Dom Garcia M.: Paradis et Vie angélique.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1961, 289 pp.Cronin, Kay: Cross in the Wilderness.\u2014 Vancouver, Mitchell Press, 1960, 255 pp.Centre pastoral des Missions à l\u2019intérieur: La Mission générale - Dix ans d\u2019expérience au C.P.M.I.Rencontres, 63.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1961, 336 pp.Ecrits du Canada français, IX: Gilles Delaunière: L\u2019Auberge des trois lacs.Pierre VadeB0NC0EUR: Syndicalisme américain.Louis-Marcel RAYMOND: Saint John Perse.Nairn Kattan, André-Pierre Boucher, Pierre-de-Sales LaterriÈre : Mémoires.Ecrits du Canada français, 480 ouest, rue Lagauchetière, Montréal, 1961, 348 pp.Froidure, E.: L\u2019Education aux valeurs.\u2014 Bruxelles, Editions des Stations de plein air, 1961, 382 pp.Gielen, Charles: La charité demeure.\u2014 Paris, Editions universitaires, 1960, 261 pp.Godoy, Armand: Traductions poétiques.\u2014 Paris, Bernard Grasset, 1961, 249 pp.GOULET, Robert: The Violent Season, Roman.\u2014 New York, Georges Braziller, 215 Park Avenue South, New York 3, 1961, 383 pp.GrÊGOIRE-Coupal, Marie-Antoinette: Pourquoi pleures-tu, Madonnina?\u2014 Montréal, Fides, 1960, 123 pp.GrÉGOIRE-Coupal, Marie-Antoinette: Des pins, des tuiles et du soleil.\u2014 Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1960, 170 pp.GrivOT, abbé Denis: Le Diable dans la cathédrale.\u2014 Paris, Editions Robert Morel, 1960, 252 pp.HUNERMANN, G.: De l\u2019Alaska à la Terre de Feu.Histoire des Missions, I.\u2014 Mulhouse (Haut-Rhin), Editions Salvator, 1961, 324 pp.Hurteau, Laure: L\u2019Ecole de la vie.\u2014 Montréal, Fides, 1961, 170 pp.JERPHAGNON, Lucien: Qu\u2019est-ce que la personne humaine?\u2014 Toulouse, Privât éditeur, 1961, 125 pp.KlRCHGASSNER, E.: La Tentation du bien.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 175 pp.Le Franc, Marie: La Randonnée passionnée.\u2014 Montréal, Fides, 1961, 159 pp.Leppich, J., S.J.: Le Christ à l\u2019Est et à l\u2019Ouest.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 250 pp.Moschus, Jean: Le Pré spirituel.Traduit, préfacé et annoté par M.-J.Rouet de Journel, S.J.\u2014 Paris, Le Club du Livre chrétien, 1960, 309 pp.Mus, Paul: Guerre sans visage.\u2014 Lettres commentées du sous-lieutenant Emile Mus.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1961, 187 pp.NlEDERMEYER, Albert: Précis d\u2019hygiène pastorale.Traduit et adapté par L.Brevet.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1960, 370 pp.Le Séminaire de Joliette Institution d'enseignement classique sous la direction des CLERCS DE SAINT-VIATEUR aidés par les prêtres séculiers du diocèse Cours latin-grec et latin-sciences.Bibliothèque, laboratoires, piscine, gymnase très modernes.Hommages du COLLÈGE NOTRE-DAME DE BELLEVUE C.N.D.1605, CHEMIN SAINTE-FOY Québec-6 COLLÈGE MARGUERITE-BOURGEOYS 4873, avenue Westmount, Montréal-6 ?Cours classique pour jeunes filles.Baccalauréat ès arts Sections : Latin-grec et latin-sciences Art culinaire \u2014 Couture \u2014 Chant \u2014 Piano \u2014 Dessin Formation intégrale de la jeune fille ?Externes \u2014 Pensionnaires (chambres privées) Ouverture des classes : 13 septembre, 9 heures du matin HU.64644\tHU.9-5693 AU SERVICE DE L'ÉDUCATION DEPUIS 1827 COLLÈGE DE SAINTE-AIE-DE-LA-POCATIÈRE Sainte - Anne -de -la -Pocatière (KAMOURASKA), P.Q.725, rue du Collège, Bathurst, N.-B.UNIVERSITÉ DU SACRÉ-COEUR COURS CLASSIQUE : B.A.avec options en lettres, sciences et sciences de l'homme (Baccalauréat reconnu par les Universités françaises et anglaises du Canada) Cours d\u2019été En vue du Baccalauréat ès Arts, du Baccalauréat en Pédagogie et des certificats d'enseignement.PAVILLON POUR LES PHILOSOPHES LABORATOIRES ET GYMNASE MODERNES Information : REGISTRAIRE UNE OFFRE I LIVRES I POUR I LE PRIX | D\u2019UN SEUL SENSATIONNELLE DE LA GUILDE CHRÉTIENNE 384 PAGES \u2022 85 ILLUSTRATIONS CE VOLUME SE VEND JUSQU\u2019À 3 FOIS PLUS CHER EN LIBRAIRIE BERNADETTE ET LOURDES de MicheI de Saint-Pierre.Dans ce livre \u201csi humain et si émouvant\", le grand talent de l'auteur vous révèle le mystère, la simplicité, la pureté et la souffrance de Bernadette Soubirous; \u201cune oeuvre qui comptera et restera\u201d.LA TRAPPE de Robert Serrou et Pierre Vais.Par un privilège très rare, les auteurs ont pu pénétrer dans la clôture de la Grande Trappe.Leur livre est à la fois un reportage unique sur la vie quotidienne des moines et une révélation de l'importance spirituelle de cet ordre dans le monde d'aujourd'hui.JEAN XXIII de Pietro Ambro- giani.\u201cLe souci constant du Saint-Père est de multiplier les moyens de correspondance avec les fidèles\u201d.Ce livre est le récit, au jour le jour, de la vie riche en événements de celui qui, de son propre voeu, est \u201cle curé du monde\u201d.LES MARTYRS de Daniel- Rops, de l\u2019Académie française.L'oeuvre magistrale d'un des plus grands écrivains de notre temps surlessouffrancesetlagloiredes premiers \u201ctémoins du Christ\u201d.Seul, Daniel-Rops pouvait écrire l'histoire de cette époque si lointaine et pourtant si proche.Voici enfin un Club du Livre qui vous apporte le rayonnement spirituel et la richesse des meilleurs livres catholiques tout en les mettant à la portée de tous les budgets.Tous les trois mois, en effet, la Guilde Chrétienne réunit pour vous sous une même couverture quatre livres d\u2019un intérêt authentique et sûr\u2014ILS ONT TOUS L\u2019IMPRIMATUR \u2014 choisis parmi les plus grands textes, les sujets les plus passionnants et les auteurs les plus célèbres.Grâce à la Guilde Chrétienne, vous pourrez lire les meilleures oeuvres d'auteurs comme 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spécialement choisies pour les membres de la Guilde Chrétienne par M.Daniel-Rops, de l'Académie française, qui me coûtera seulement $2.86 (plus 14ÿ de frais de poste et de manutention).Il est entendu que je peux quitter la Guilde Chrétienne à tout moment, sans aucune obligation.J'acquitterai le coût de chaque volume dans les dix jours de leur réception.NOM .ADRESSE .VILLE ."]
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