Relations, 1 août 1962, Août
[" AOUT 1982 N» 260 wm REVUE DU MOIS Crise financière et programme d\u2019austérité Irénée DESROCHERS La conscience John Courtney MURRAY Péché originel et' 1 \" Luigi d'APOLLONIA MONTRÉAL DIEU ET L'ÉCOLE AMERICAINE\tLe succès des créditistes Bibliothèque et enseignement Des manuels de France, pourquoi ?L\u2019économie esquimaude au Nouveau-Québec Les problèmes fondamentaux de notre enseignement 1533 SOMMAIRE Août 1962 Éditoriaux.205 Dieu et l'école américaine : 1.L'irréligion à l'école.2.et la religion dans l\u2019Etat.3.La leçon vaut pour nous.\u2014 La Société générale cle Financement.Articles La conscience.John Courtney Murray 207 PÉCHÉ ORIGINEL ET ÉVOLUTION .Luigi d\u2019Apollonia 211 Crise financière et programme d\u2019austérité.Irénée Desrochers 213 Les problèmes fondamentaux de notre enseignement.La Commission universitaire 216 Des manuels de France, pourquoi?.Joseph d\u2019Anjou 219 Bibliothèque et enseignement .Edmond Desrochers 220 Horizon international.Joseph Ledit 221 Au service du français: Nous corriger, enfin! .J.d\u2019Anjou 223 Le succès des créditistes.Emile Bouvier 224 L\u2019économie esquimaude au Nouveau- Québec \u2014 I.Michel Brochu 225 Au fil du mois.226 Décidément, la vie n\u2019est pas rose.\u2014 La troïka au Laos.Finira-t-on par comprendre ?Les livres.228 Notes bibliographiques.231 Le pape nous parle\t.\t 232 J^elationâ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia (Vie religieuse et Politique internationale), Jacques Cousineau (Vie ouvrière), Joseph-H.Ledit (Horizon international).Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Robert Bernier, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Albert Plante.Tirage : Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 Publicité: Robert Dumouchel du Service de Publications Seg, Limitée, 3305, rue Masson, Montréal-36, RAymond 5-2491.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Une mutuelle d\u2019assurance intégrée à l\u2019économie du Canada français ?Une variété de plans d\u2019assurance modernes répondant à des besoins modernes ! I*\u2019\tc O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - VI.5-3291 JOLIETTE - SAINT-JEAN - QUEBEC - SHERBROOKE - OTTAWA CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE XXIIe année N° 260 Août 1962 MONTRÉAL £ditotiau)c ^ {- / ' i Dieu et Vécole américaine l.L'irréligion à l'école.COMBATTUE par cinq familles de l\u2019État de New-York, une petite prière de vingt-deux mots que l\u2019école était libre d\u2019introduire et l\u2019élève de réciter est parvenue, d\u2019instance en instance, jusqu\u2019à la Cour Suprême des États-Unis qui l\u2019a déclarée anticonstitutionnelle par six voix contre une, deux juges étant absents.Cette prière, la voici: Dieu tout-puissant, nous reconnaissons que nous dépendons de Vous, et nous Vous supplions de nous bénir, nous, nos parents, nos maîtres et notre patrie.La Cour Suprême juge que le gouvernement en ce pays « n\u2019a pas le pouvoir de prescrire par loi une prière particulière sous quelque forme que ce soit.».Que la prière soit « confessionnellement neutre » et l\u2019élève libre de la réciter n\u2019en corrige pas le vice constitutionnel, car, établit la Cour Suprême, ce n\u2019est en aucune façon l\u2019affaire du gouvernement de composer des prières officielles qu\u2019un groupe quelconque d\u2019Américains serait appelé à réciter comme partie d\u2019un programme religieux organisé sous les auspices du gouvernement.Même si on en réduit la portée à des « défauts constitutionnels » dans un cas singulier, ce jugement pose un précédent lourd de menaces.Il tend nettement à créer un climat hostile à la religion puisqu\u2019il protège, au détriment des droits et des croyances de l\u2019immense majorité des citoyens, les « droits » et l\u2019incroyance de deux groupes minoritaires: ceux qui croient que Dieu est de trop dans cette vie et dans l\u2019autre, et ceux qui croient qu\u2019il est insignifiant dans cette vie sinon dans l\u2019autre.Sur un point qu\u2019on étendra maintenant, il consacre le vieux libéralisme rationaliste si contraire à la tradition et à la pratique américaines : à l\u2019école, l\u2019État n\u2019a pas le droit de reconnaître Dieu, mais le droit de ne pas le reconnaître; il garantit non le droit de prier, mais le droit de ne pas prier; et il accorde la protection de la loi moins à la liberté de pratiquer la religion (pluralisme religieux) qu\u2019à la liberté de ne pas la pratiquer (pluralisme idéologique).Ce jugement, comme bien l\u2019on croit, a semé le scandale, tant chez les protestants que chez les catholiques, à la grande surprise, dit-on, de la Cour Suprême.Plus libre que le président Kennedy, deux anciens présidents, MM.Hoover et Eisenhower, ont dit publiquement leur désaccord; et les gouverneurs de tous les États, sauf un, sont allés jusqu\u2019à demander que la Constitution soit amendée.En effet, si telle est l\u2019interprétation authentique du premier amendement sur la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, et que les parents à qui revient la responsabilité première de l\u2019éducation de leurs enfants demandent au gouvernement de chaque État que soit maintenue une prière très générale, leur volonté serait-elle contraire à la Constitution ?Si tel était le cas, l\u2019incroyance d\u2019une minorité « éclairée » imposerait sa volonté à la vaste majorité, et le laïcisme deviendrait le dogme officiel promu par l\u2019État dans les écoles, ce qui est absurde et manifestement contraire à l\u2019esprit de la Constitution.2.et la religion dans l'État LE JUGE POTTER STEWART, seul dissident, a J relevé maintes contradictions entre l\u2019interprétation courante du premier amendement sur la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, et le caractère religieux AOÛT 1962 205 de l\u2019État américain.Il est loin, cependant, de les avoir soulignées toutes.Le président des États-Unis prête serment sur la Bible en invoquant l\u2019aide de Dieu; à son investiture, on récite toujours une prière officielle.Les séances quotidiennes de la Chambre et du Sénat qui ont un aumônier attitré s\u2019ouvrent également par la prière; et, à la Cour Suprême elle-même, chaque jour qu\u2019on siège, l\u2019un des assesseurs demande la protection divine: « God save the United States of America and this Honorable Court! » Tout le monde sait que la monnaie américaine et ses timbres-postes sont frappés de la devise: In God We Trust; qu\u2019à l\u2019école aussi, chaque matin, on prête allégeance au drapeau de « cette nation soumise à Dieu » (Acte du Congrès, 1954), et qu\u2019on y chante God Bless America.L\u2019hymne national, The Star-Spangled Banner (Acte du Congrès, 1931) contient ces mots: « Que ceci soit notre devise: In God We Trust! » Pour le juge Hugo Black qui rédigea le jugement majoritaire, ce sont là des cérémonies patriotiques et solennelles qui n\u2019ont aucun point commun avec « l\u2019indiscutable exercice religieux » sur lequel devait se prononcer la cour.Il a trouvé moyen de glisser dans une note cette distinction qui fait honneur à sa subtilité juridique mais non à la pensée claire.D\u2019un avis différent, le juge William Douglas est, au moins, net.Il a composé un dictum, c\u2019est-à-dire un jugement qui n\u2019engage que lui-même et qui ne se rapporte pas précisément et directement au point en litige.Le juge Douglas entend donc traiter le fond du problème: « Le point à décider, dit-il, est de savoir si le gouvernement respecte la Constitution quand il prête une aide financière à une action religieuse.Notre système, tant au niveau de l\u2019État fédéral qu\u2019au niveau de chaque État, est, en fait, criblé (honeycombed) par ce genre d\u2019aide financière.» C\u2019est la première fois, croyons-nous, qu\u2019un juge de la Cour Suprême opine que toutes formes, directe ou indirecte, d\u2019aide financière à des institutions religieuses ou dirigées par des groupements religieux est contraire à l\u2019esprit et à la lettre de la Constitution américaine, n\u2019y enseignerait-on que les mathématiques, les sciences ou le soin des malades.Dans une note, le juge Douglas va au bout de sa pensée.Les aumôneries des armées, des prisons, des hôpitaux de l\u2019État n\u2019émargeraient plus aux fonds publics.Et même le président des États-Unis ne pourrait plus demander à son peuple le secours de ses prières.Telle est bien la logique du libéralisme rationaliste et radical.Heureusement que le jugement majoritaire n\u2019a pas voulu suivre le juge Douglas jusque-là.C\u2019est une fiche de consolation.temporaire, cependant, car il est à prévoir que les secularists vont maintenant mener le diable et son train et déposer une multitude d\u2019actions en justice contre des traditions séculaires.La Cour Suprême ne l\u2019aura pas volé! Comme nous sommes loin de l\u2019esprit des Founding Fathers des États-Unis qui n\u2019entendaient nullement retirer à Dieu ce qu\u2019il refusait à une Église d\u2019État! Le texte du premier amendement à peine voté, le Sénat chargea un comité de « se rendre chez le président des États-Unis afin qu\u2019il recommandât au peuple d\u2019observer un jour d\u2019action de grâces et de prière ».In God We Trust : la monnaie américaine, à défaut des grandes écoles de droit et de philosophie où se forment les futurs juges, finira, nous l\u2019espérons, par sauver les États-Unis d\u2019un certain sous-développement « libéral » plus grave que le sous-développement matériel d\u2019autres pays.3.La leçon vaut pour nous APRÈS AVOIR DÉNONCÉ la récente décision de la Cour Suprême des États-Unis déclarant anticonstitutionnelle la récitation d\u2019une prière dans les écoles publiques, la revue America (7 juillet) tire de l\u2019événement deux leçons.Une pareille décision, écrit-elle, montre de façon dramatique devant tout le peuple américain combien il est irréaliste et futile de fonder le cours de la politique et du droit public sur les protestations constantes et bruyantes d\u2019une minorité bien organisée et querelleuse.Elle établit ensuite avec évidence pour quelles raisons des millions de parents insistent, et vont continuer d\u2019insister, sur leur droit de fonder et de maintenir des écoles indépendantes qui soient libres des limitations asservissantes du dogme laïciste.La leçon vaut pour nous aussi, et il serait bon que nous la méditions.Nous n\u2019en sommes pas rendus, sans doute, à bannir la prière de l\u2019école, mais chez nous aussi une minorité bien organisée et querelleuse s\u2019efforce, par ses revendications constantes et bruyantes, d\u2019orienter la politique et de modifier le droit public.Cette minorité renferme dans son sein des éléments qui ne seront satisfaits que lorsque Dieu aura été mis à la porte de l\u2019école.Voilà pourquoi chez nous aussi les parents doivent lutter pour conserver ce qu\u2019ils possèdent conformément à leur droit: une école où leurs enfants apprennent à la fois leurs devoirs de chrétiens et leurs devoirs de citoyens, sans être soumis au souffle desséchant et stérilisant d\u2019un laïcisme négateur de Dieu.La Société générale de Financement ADOPTÉ A L\u2019UNANIMITÉ, après avoir été présenté \u2022 par le gouvernement comme une étape décisive dans la lutte pour notre libération économique, le projet de loi établissant la Société générale de Financement doit désormais être mis à exécution.C\u2019est le plus difficile.Au succès d\u2019une pareille entreprise deux conditions au moins sont indispensables: des hommes compétents pour l\u2019administrer et la diriger, un public confiant et intéressé pour souscrire sa part du capital.Sans les 206 RELATIONS premiers, la nouvelle société n\u2019inspirera point confiance et tournera à l\u2019aventure; sans le second, elle ratera le départ et ne réalisera pas l\u2019un de ses principaux objectifs: faire participer le peuple à sa propre libération.Dans les deux cas, elle demeurera si faible qu\u2019elle ne pourra rendre les grands services qu\u2019on attend d\u2019elle.La Société générale de Financement doit réussir, car si elle échoue, il y a grand risque que la population du Québec, dans son désir de libération économique, se tourne en bloc vers ce moyen de dernier ressort qu\u2019est la nationalisation.Les premiers à en souffrir alors seraient ceux-là mêmes qui, par leurs manœuvres de dénigrement et d\u2019obstruction, auraient rendu inefficace le fonctionnement de la nouvelle société.Il serait bon que ceux-là comprennent avant qu\u2019il ne soit trop tard.LA LIBERTÉ DE RELIGION \u2014 IV LA CONSCIENCE John Courtney MURRAY, S.J.IL N\u2019ÉTAIT GUÈRE POSSIBLE d\u2019aborder le problème de la liberté de religion sans d\u2019abord formuler, fût-ce de façon sommaire, une doctrine des relations entre la liberté et la loi.Il faut maintenant pousser plus loin et porter notre attention sur la cheville maîtresse du schème doctrinal que nous avons donné (Relations, juin 1962) : la conscience est, en effet, la donnée intermédiaire entre la liberté et la loi.I.\u2014 NATURE ET RÔLE DE LA CONSCIENCE Le mot conscience appartient à cette famille de vocables dont la définition donne bien du fil à retordre à la pensée contemporaine.On ne sait au juste que mettre sous ce mot, surtout à propos de « la liberté de conscience ».D\u2019où tant de dialogues de sourds.Il n\u2019est pas rare que le mot soit vidé de tout contenu moral et signifie faire à sa guise, au point de repousser toute norme objective de conduite et l\u2019ombre même d\u2019une limitation.Ainsi les écoles de pensées subjectiviste et laïciste.Et pourtant, la morale traditionnelle a défini ce terme avec rigueur et simplicité en reliant la liberté de l\u2019homme à l\u2019ordre de la raison.La personne humaine est gouvernée par la loi, et par une loi qui lui est « donnée ».Cependant, la personne se gouverne elle-même et se donne à elle-même la loi.La doctrine de la conscience n\u2019est ni plus ni moins que la synthèse de ces deux affirmations dont elle dénoue la contradiction apparente.Aussi sa fonction est-elle essentiellement médiatrice.Ce n\u2019est pas plus son affaire de créer la loi de la vie humaine que de créer Dieu, la nature humaine, la société humaine, car ces réalités lui sont « données » et, avec elles, la loi de la vie humaine.Vivant donc sous le régime de la loi « donnée », la personne humaine se trouve placée sous le signe de l\u2019hétéronomie, quoiqu\u2019elle garde son autonomie propre et la maîtrise de ses actes, douée qu\u2019elle est de raison et de volonté.Hétéronomie et autonomie, tel est le dilemme qui enserre de toutes parts la personne humaine.Il n\u2019est qu\u2019une façon d\u2019en sortir: il faut AOÛT 1962 que la loi, tout en demeurant loi, s\u2019intériorise de quelque façon dans l\u2019homme qui se donne cette loi à lui-même mais sous l\u2019aspect d\u2019une loi qui lui est donnée.Comment cela se fera-t-il ?Par le moyen de la conscience qui est le jugement pratique de la raison.A la lumière de la loi qu\u2019il connaît, l\u2019homme juge de la moralité de l\u2019acte: s\u2019il est licite, prescrit ou interdit.En vertu de cette opération du jugement, la loi objective est transmise à l\u2019homme qui se l\u2019approprie comme sienne.On voit que la conscience est la norme subjective prochaine de l\u2019agir humain, une norme que l\u2019homme s\u2019impose à lui-même et dont dépend la qualité morale de son acte.Toutefois, la conscience n\u2019est pas à elle-même sa propre norme de rectitude; elle est réglée par une norme supérieure qui n\u2019est pas l\u2019œuvre de sa création mais de la loi éternelle de Dieu, elle-même connue soit par la lumière de la loi naturelle, soit par les déterminations légitimes de la loi naturelle.De cette norme supérieure, la conscience n\u2019est pas juge; elle est, au contraire, par elle jugée.La conscience n\u2019est pas légis-latrice mais légis-médiatrice : elle est l\u2019interprète d\u2019une loi supérieure qu\u2019elle applique à telle ou telle situation concrète et présente.En posant un acte moral, l\u2019homme respecte son autonomie puisqu\u2019il obéit au verdict de sa propre conscience, et il respecte également son hétéronomie puisque ce verdict exige ultimement obéissance à la dictée de la loi éternelle.De sorte que la conscience se trouve placée entre la loi objective et l\u2019acte libre.Sa fonction, encore une fois, est essentiellement médiatrice, et consiste à se conformer elle-même à l\u2019ordre de la « raison divine » en vue d\u2019y conformer l\u2019acte humain.Non sans raison, Newman compare la conscience au prêtre, car elle bénit et condamne, approuve et accuse, non, certes, en son nom mais au nom de Dieu.Une métaphore traditionnelle résume avec plus de bonheur encore la nature et la fonction de la conscience.On l\u2019appelle la voix de Dieu.Expression admirable qui dit tout, sans concéder un iota à deux positions extrêmes, l\u2019une et l\u2019autre fausses.La conscience est vraiment 207 la voix de Dieu, non Dieu lui-même.Elle n\u2019est donc pas l\u2019arbitre suprême du vrai et du faux, du bien et du mal.Je serai jugé sur ma conscience, mais Dieu juge les consciences.La conscience n\u2019en reste pas moins la voix de Dieu, non de l\u2019homme.D\u2019où il suit que ses ordres nous arrivent investis de l\u2019autorité divine; et que les enfreindre, c\u2019est commettre une faute.Monitrice souveraine et sacrée, la conscience nous parle.Qui l\u2019écoute, écoute Dieu lui-même qui lui parle.Telle est la dignité de la conscience et telle est sa dépendance.A vrai dire, sa dignité émane de sa dépendance comme la dignité du discours émane de l\u2019orateur.C\u2019est pourquoi, l\u2019effet le plus immédiat de la conscience, constatons-le, est de lier et non, comme on le croit souvent, de libérer.A sa source, la conscience est le principe de notre inféodation à Dieu et à sa loi éternelle.Dans les impératifs de la conscience, Dieu franchit, en quelque sorte, le seuil de la raison et prend possession de notre être présentement.Par le fait même et précisément parce que la conscience fait de moi le féal de Dieu, elle me rend libre à l\u2019égard de tout le reste de la glorieuse liberté des enfants de Dieu, car la même voix qui me commande d\u2019obéir, interdit aux autres, en même temps, d\u2019entraver ma liberté d\u2019obéir.Pour parler en termes juridiques, la conscience a des droits parce qu\u2019elle a des devoirs.Nous verrons plus tard quels sont ces droits.Mais d\u2019ores et déjà il est clair que je ne saurais trouver parmi ceux-ci le droit de nier ma dépendance à l\u2019égard de Dieu, de méconnaître le Législateur suprême, de faire mes quatre volontés et de ravaler ainsi la dignité de ma conscience.Misérable caricature que la conscience qui invoquerait de tels « droits » ! Voix creuse, en vérité, qui ne renverrait à l\u2019homme aucun écho de l\u2019Au-delà! II.\u2014 RÈGLES DE LA CONSCIENCE Le premier devoir de la conscience est de s\u2019éduquer elle-même; et c\u2019est un devoir qui dure toute la vie.Au principe de la vie morale, la voix de Dieu dit avec clarté que le bien se distingue du mal, et qu\u2019il faut faire le bien et éviter le mal.Tout le reste s\u2019apprend à une dure et longue école.Newman l\u2019a dit admirablement: Le sens du bien et du mal qui constitue le premier élément de la religion est si délicat, si tâtonnant, si facilement embarrassé, obscurci et perverti, si subtil dans sa façon de raisonner, si malléable par l\u2019éducation, si faussé par l\u2019orgueil et la passion, si incertain dans sa marche, qu\u2019aux prises avec la vie et au milieu de tous les exercices et les triomphes de l\u2019intelligence humaine, ce sens est à la fois le plus noble et, pourtant, le moins lumineux de tous les maîtres.Que faire pour le rendre plus lumineux?Cette question appellerait de longs développements.Je me bornerai à trois remarques.D\u2019abord la formation de la conscience exige de chacun cette somme de connaissance morale qui le mette en mesure de prendre les décisions et de remplir les obligations de son devoir d\u2019état familial, professionnel, social.Qu\u2019il faille pour acquérir cette science morale se renseigner auprès des grands moralistes de l\u2019histoire, c\u2019est l\u2019évidence même.Celui qui dit: à chacun sa conscience, et se croit apte à penser tout seul sa vie morale court le plus souvent à sa perte.La formation de la conscience exige, en outre, que soit cultivée la prudence, vertu de l\u2019intellect pratique, qui permet à la conscience de déterminer les moyens à prendre et d\u2019appliquer les conclusions de la science morale aux cas particuliers avec plus de facilité et de promptitude.Enfin et surtout, on s\u2019exercera à la discipline morale.L\u2019éducation de la conscience ne s\u2019obtient, en effet, qu\u2019au prix d\u2019un grand effort puisqu\u2019il s\u2019agit de sauver la raison de l\u2019orgueil, du préjugé, de la passion, des ruses de l\u2019amour-propre, des astuces de la mauvaise habitude et, en général, des ténèbres dont le péché et l\u2019insincérité offusquent toujours la raison et la conscience.«Ah! les voix, mourez donc, mourantes que vous êtes! », implorait le poète Baudelaire.Les règles générales qui définissent le rôle de la conscience dans la vie réligieuse et morale de l\u2019homme découlent de la nature même de la conscience.Elles peuvent se résumer comme suit: lorsque la conscience commande ou interdit tel acte, on doit toujours lui obéir et jamais ne lui désobéir; lorsqu\u2019elle permet tel acte (parce que son objet est de soi indifférent), on est libre de la suivre.Invariables et universelles, ces règles sont très générales, partant très vagues.Elles ne tiennent pas compte de deux grands problèmes qui ont préoccupé, pendant des siècles, les théologiens les plus éminents: celui de la conscience « douteuse » et celui de la conscience « erronée ».Car douter et ignorer sont deux choses, et il ne faut pas attendre qu\u2019on juge semblablement deux états d\u2019esprit dissemblables.La conscience douteuse est l\u2019état d\u2019esprit de celui dont la pensée religieuse ou morale, loin d\u2019être ferme devant une alternative, pèse le pour et le contre, reste en balance et ne peut se décider en faveur de l\u2019un ou l\u2019autre des termes.Quelle décision prendre ?Quel chemin suivre ?Elle ne le sait.Ce problème a fait couler beaucoup d\u2019encre.Qu\u2019il suffise de dire ici qu\u2019une conscience douteuse ne saurait être une règle de rectitude morale.Poser un acte dans un tel état d\u2019esprit, c\u2019est pécher, car, dans ces circonstances, c\u2019est tenir pour indifférente la loi de Dieu et s\u2019exposer sciemment et volontairement à l\u2019enfreindre.La conscience doit déposer son doute avant d\u2019agir; et, pour ce faire, il est de mon devoir de consulter, de me renseigner, de m\u2019informer ou, de guerre lasse, d\u2019obtenir une certitude relativement à l\u2019action en me formant la conscience à l\u2019aide d\u2019une règle légitime de conduite.Plusieurs théories morales ont été élaborées dont la principale, le probabilisme, admet comme règle légitime d\u2019action une opinion probable comme telle.Je n\u2019ignore pas qu\u2019il est fashionable de faire des gorges chaudes sur ce chapitre de la philosophie morale, de frappe si catholique.Casuistique, raisonnements sur pointes d\u2019aiguille, chinoiseries! A la vérité, ces « chinoi- 208 RELATIONS series » sont fort nobles et fort pratiques.Évitant le rigorisme comme le laxisme, ces systèmes moraux témoignent glorieusement de la préoccupation constante de toute la pensée catholique: souci profond de la sainteté absolument inviolable de la loi divine, et sens affiné de l\u2019intégrité de la conscience dont les exigences doivent être entièrement respectées et la liberté intérieure jalousement sauvegardée.L\u2019autre problème est celui de la conscience erronée.Que la conscience puisse commander ou permettre ce qui est mal, et interdire ce qui est bien, le fait lui-même crève les yeux.La raison a mille manières d\u2019être trompée et en trouve mille autres pour se tromper elle-même.Les hommes confondent le bien et le mal, l\u2019erreur et la vérité.Et ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est sincère que la confusion cesse d\u2019être la confusion.La sincérité prouve quoi au juste ?Qu\u2019on est sincère, voilà tout! Elle ne prouve pas qu\u2019on soit sage ou qu\u2019on ait raison, puisqu\u2019on peut être sincèrement dans l\u2019ignorance et sincèrement dans l\u2019erreur.Au reste, Dieu qui nous commande d\u2019être sincère nous commande également de faire le bien et de fuir le mal.La question se pose donc de savoir si la conscience peut nous commander de faire le mal et nous interdire de faire le bien.III.\u2014 LA CONSCIENCE ERRONÉE Et d\u2019abord, qu\u2019est-ce qu\u2019un conscience erronée ?Un jugement de la raison pratique, de caractère religieux ou moral, formé dans l\u2019ignorance des faits concrets, et contraire à l\u2019ordre objectif.L\u2019ignorance étant à la racine de l\u2019erreur de jugement, il suit de là immédiatement que le statut moral de la conscience erronée dépendra de la nature même de l\u2019ignorance qui en est la cause.D\u2019où la distinction classique entre ignorance vincible et ignorance invincible.Considérons d\u2019abord le cas de l\u2019ignorance vincible.Je suis dans l\u2019ignorance, mais ma conscience me tracasse.Sans doute, j\u2019ai de « bonnes raisons » pour justifier ma conduite, mais, à part moi, je me rends compte que ces raisons sont « plus ou moins bonnes » et que, si je voulais aller au fond du problème, ce ne sont pas les « vraies raisons ».Je soupçonne au moins que je suis en train de me tromper moi-même.Mon ignorance est donc réelle; et puisqu\u2019elle est reconnue comme telle, elle peut être vaincue.Malgré tout, je forme un jugement qui, en fait, est erroné.Pareil jugement de conscience est-il une norme valide de l\u2019agir humain ?Non, évidemment.Je ne puis ni obéir ni désobéir à une telle conscience.A toutes fins pratiques, j\u2019ai affaire à une conscience douteuse, inapte à donner des permissions ou à dicter des ordonnances.Il me faut lever ce doute, dissiper mon ignorance, étudier le cas concret, consulter, prier.Entre temps, je n\u2019ai pas le droit d\u2019agir, car l\u2019ignorance vincible n\u2019excuse pas du péché.Mais supposons le cas d\u2019un homme qui ne peut sortir de son ignorance pour la simple raison qu\u2019il ne AOÛT 1962 conçoit pas le moindre doute sur son état.Il a réfléchi, prié, épuisé tous les moyens raisonnables et à sa portée pour se former un jugement droit.Pas l\u2019ombre d\u2019une inquiétude ne l\u2019effleure.Il est parfaitement à l\u2019aise dans sa bonne foi.Bref, son ignorance est invincible.Cependant, le jugement pratique qui découle de cette ignorance est erroné.Que penser de son cas ?Les moralistes sont unanimes.Si une conscience invinciblement erronée permet telle option religieuse ou tel acte, il est licite de la suivre.Bien plus, si cette conscience le commande ou l\u2019interdit, elle oblige.Il faut en chercher la raison dans la nature même de l\u2019homme.Comment raisonnablement la chercher ailleurs sans jeter sa boussole à la mer pour mieux se guider ?Dieu, en créant l\u2019homme, l\u2019assujettit aux lois d\u2019une nature raisonnable.Or au nombre de ces lois se trouve la loi générale voulant que toutes les lois d\u2019une nature raisonnable parviennent à l\u2019homme par le ministère de la raison et des jugements pratiques de la raison.Il n\u2019existe pas d\u2019autre moyen qui soit en harmonie avec la dignité humaine.Et s\u2019il est vrai que la raison, dans sa marche discursive, peut faillir lamentablement et prendre midi pour quatorze heures, il n\u2019en demeure pas moins que la raison elle-même ne peut détruire sa fonction propre qui est, par nécessité de nature, d\u2019interpréter la « raison divine », norme suprême de toutes choses.Il faut monter jusque-là pour trouver la force d\u2019obligation de la conscience erronée.Saint Thomas l\u2019enseigne on ne peut plus clairement: Quand la raison erronée propose quelque chose comme un ordre de Dieu, alors c\u2019est une seule et même chose de mépriser le jugement de la raison et l\u2019ordre de Dieu.Saint Thomas éclaire ce principe par un exemple classique tiré de saint Augustin, car le problème est vieux: Si quelqu\u2019un prenait l\u2019ordre du proconsul pour celui de l\u2019empereur, en méprisant l\u2019ordre du proconsul, c\u2019est l\u2019ordre de l\u2019empereur qu\u2019il mépriserait.La conscience, en effet, n\u2019est pas 1\u2019 « empereur », c\u2019est-à-dire Dieu; mais la conscience est le « proconsul », qu\u2019elle fausse ou non les ordres de l\u2019empereur.Sous-tendant cette affirmation sur le rôle de la conscience même erronée, il y a toute une métaphysique qui donne à la raison la place d\u2019honneur entre la volonté et son objet: Comme l\u2019objet de la volonté est ce qui lui est proposé par la raison, comme je l\u2019ai dit, il en résulte que la volonté agit mal chaque fois qu\u2019elle se porte sur quelque chose que la raison lui présente comme un mal.Et saint Thomas va inexorablement au bout de ce raisonnement: Croire au Christ est en soi une chose bonne et nécessaire au salut; mais la volonté n\u2019y consent que sous l\u2019aspect que la raison lui propose.En sorte que si celle-ci le lui propose comme un mal, la volonté agira mal en y adhérant, non pas qu\u2019il s\u2019agisse là d\u2019une chose mauvaise en soi, mais mauvaise par accident, du fait que l\u2019appréhension de la raison se la représente ainsi.Le Docteur angélique conclut avec ce qui est la loi universelle de la nature en la matière: 209 Il faut donc conclure purement et simplement que l\u2019acte volontaire qui ne s\u2019accorde pas avec la raison, vraie ou fausse, est toujours mauvais.Ainsi donc on est amené à distinguer comme deux volontés de Dieu: la volonté suprême exigeant de la raison et de ses jugements pratiques qu\u2019ils soient toujours conformes à l\u2019ordre éternel de la « raison divine »; et une autre volonté, pour ainsi dire, exigeant que l\u2019acte volontaire de l\u2019homme soit toujours conforme à sa propre raison et à ses jugements.En d\u2019autres mots, Dieu veut que la conscience humaine soit toujours droite et vraie; et Dieu veut aussi que l\u2019homme ne désobéisse jamais à sa conscience.Parfois, ces deux volontés de Dieu ne sont pas respectées simultanément.Il arrive que l\u2019homme agisse de bonne foi contre l\u2019ordre éternel de la raison divine.Son acte sera en accord avec sa conscience, mais en désaccord avec Dieu.Cette excentricité illustre à la fois la grandeur et la misère de la conscience de l\u2019homme, et force, si l\u2019on veut continuer à raisonner juste, à tenir ferme deux principes: d\u2019une part, la conscience, même invinciblement erronée, oblige; d\u2019autre part, même si elle oblige, la conscience invinciblement erronée ne cesse pas d\u2019être dans l\u2019erreur.Il faut tenir à tout prix ces deux principes sous peine ou d\u2019admettre que la conscience est Dieu ou de nier que la conscience est la voix de Dieu.IV.\u2014 FONCTION MORALE ET FONCTION JURIDIQUE Est-ce tout ?Non, bien sûr, puisque surgit maintenant une autre question qui intéresse plus particulièrement la liberté de religion.Si la conscience erronée oblige à l\u2019égal de la conscience droite, jouit-elle du même statut ?La réponse à cette question brûlante demande qu\u2019on distingue entre ce que j\u2019appellerais la fonction morale de la conscience et sa fonction juridique.Je m\u2019explique.La conscience erronée, tout comme la conscience droite, assure l\u2019homme que son acte est sans reproche aux yeux de Dieu.Celui, par exemple, qui tiendrait la polygamie pour chose honnête en soi ne commet pas une faute en prenant plusieurs femmes.Matériellement mauvais, son acte est subjectivement bon pour lui, voire méritoire même s\u2019il n\u2019est pas vertueux.A la différence, toutefois, de la conscience droite, la conscience erronée ne confère aucun droit coactif contre l\u2019autorité légitime, ni contre le droit des autres qui est conforme à l\u2019ordre objectif des valeurs.Aussi le polygame, quelle que soit sa bonne foi, ne pourra, dans une société bien ordonnée, invoquer les droits de la conscience pour faire rappeler comme mauvaise la loi contre la polygamie.Autre exemple: Robin des Bois est convaincu qu\u2019il est moralement bon de voler pour venir en aide à la veuve et à l\u2019orphelin; Robin des Bois ne commet aucune faute s\u2019il vole; mais l\u2019impératif de sa conscience erronée ne lui donne aucun droit juridique sur le citoyen qui n\u2019entend pas se laisser détrousser, ni contre l\u2019État qui cherchera à lui frotter les oreilles.Bien entendu, une chose reste évidente: l\u2019État ne peutforcer le domaine intime de la conscience et contraindre l\u2019homme à croire que la polygamie à des fins de peuplement ou l\u2019escroquerie à des fins de charité est moralement un mal; car les actes intérieurs échappent à sa compétence.Il peut, toutefois, légitimement défendre à un homme de convoler avec deux épouses le même matin, ou de voler pour faire l\u2019aumône; et il peut le poursuivre comme un criminel s\u2019il désobéit.En agissant de la sorte, l\u2019État ne lèse aucun droit de la conscience pour la simple raison qu\u2019il n\u2019y a aucun droit à léser.De plus, l\u2019État ne contraint ni le polygame ni Robin des Bois à agir contre sa conscience.D\u2019un avis contraire, au leur, il ne fait qu\u2019affirmer sa compétence dans le domaine de la moralité publique et prendre fait et cause pour l\u2019ordre des choses, la loi naturelle, le bien commun, le droit légitime des autres dont il est le gardien.Enfin, l\u2019action de l\u2019État est, à vrai dire, médicinale et pédagogique.Elle avertit Robin des Bois que sa conscience est dans l\u2019erreur, et le polygame qu\u2019il doit mettre sa vie un peu plus en harmonie avec sa nature raisonnable.Cette distinction entre la fonction morale et la fonction juridique de la conscience est capitale: l\u2019une atteste la bonté des actes, l\u2019autre crée des droits.A ne considérer que l\u2019inviolabilité de la personne, le problème de la conscience erronée se tranche donc facilement.Dieu qui sonde les cœurs pardonne nos ignorances invincibles, dans cette vie et dans l\u2019autre.Mais le salut personnel n\u2019est pas seul en cause.Incapable de se suffire à lui-même, l\u2019individu est, bon gré mal gré, engagé dans tout un réseau de relations personnelles.Avant même que de naître, il est partie d\u2019un milieu nourricier,, solidaire des êtres et des institutions.Il coexiste et, par voie de conséquence, il est « co-libre ».Ce qu\u2019il croit et ce qu\u2019il fait ont des répercussions sociales, rapprochent ou éloignent les hommes.Quand donc, suivant sa conscience, il se projette par ses actes dans une société, le voilà lié et relié à un ordre de choses qui est un ordre social et juridique que la loi fonde, protège et, au besoin, venge.Sa « liberté » d\u2019agir conformément à sa conscience se trouve sujette aux exigences légitimes de cet ordre juridique qu\u2019il importe nécessairement de garantir puisqu\u2019on ne peut vivre hors de lui; et sa conscience erronée ne crée aucun droit contre cet ordre de justice.Elle n\u2019est un principe valide de liberté qu\u2019au for interne de la moralité privée où la seule loi qui tienne est celle de la conscience; elle n\u2019est pas un principe valide de liberté au for externe de l\u2019ordre social et juridique où se rencontre également une autre loi qui assure l\u2019ordre et la paix.Si l\u2019État, en effet, ne peut faire un crime aux citoyens de ce qui est une simple opinion religieuse ou morale, il ne saurait souffrir que des citoyens, à leur tour, fassent de ce qui est un crime une simple opinion religieuse ou morale.210 RELATIONS PECHE ORIGINEL ET EVOLUTION Luigi d'APOLLONIA, S.J.MALGRÉ TOUS SES AIRS, l\u2019homme est peu de chose, paille et poussière.Il est même rien et moins que rien par cet extraordinaire don de la liberté qui, pouvoir d\u2019abord de faire le bien avec l\u2019aide de Dieu, est aussi pouvoir de faire le mal tout seul.Dieu qui créa les phénomènes curieux et terrifiants de la nature, Léviathan et les profondeurs de la tempête n\u2019a pas créé le veau d\u2019or ni les ténèbres du mal.Dans la ligne du péché, l\u2019homme est cause première; et Dieu, Être parfait et tout-puissant, n\u2019y entre pour rien, parce que faire le péché c\u2019est faire du rien dans l\u2019ordre de la philosophie et de l\u2019être; et que dans l\u2019ordre de la théologie et de la grâce, c\u2019est faire moins que du rien selon la parole mystérieuse de Jésus à propos de Judas: « Mieux eût valu qu\u2019il ne fût jamais né.» En d\u2019autres mots, le néant est, pour ainsi dire, un état meilleur que la mort éternelle par rapport, il va de soi, aux damnés eux-mêmes, car par rapport à Dieu, sa toute-puissance en tire sa gloire par l\u2019accomplissement de sa justice, ce qu\u2019il ne saurait faire avec le néant.Cette considération liminaire nous donne quelque idée du drame de l\u2019histoire qui, au matin du monde, s\u2019est noué dans le cœur de nos premiers parents et retentira jusqu\u2019à la fin des temps dans le cœur de tous les hommes, intérieurement travaillés par les résistances à la grâce.Déjà mystérieux en lui-même, voici que l\u2019analyse de ce drame \u2014 qui n\u2019est autre que celui du péché originel \u2014 se complique de nos jours avec les progrès de la théorie de l\u2019évolution et, plus précisément, avec les avances de la paléontologie.Rappelant donc, dans un premier article, la doctrine du dogme catholique, nous la confronterons, en un second, aux diverses hypothèses actuelles sur l\u2019apparition de l\u2019homme.1.Avant saint Paul L\u2019Église enseigne donc l\u2019existence d\u2019un péché d\u2019origine, transmis par génération à tous les hommes, propre à chacun, le blessant dans sa nature non par une simple absence mais par une véritable privation de la grâce et des dons de la justice originelle qui devraient l\u2019orner, et sans lesquels l\u2019homme n\u2019est plus ce qu\u2019il devrait être; c\u2019est essentiellement un état de péché, triste dot d\u2019un péché commis par le premier homme, ou mieux par le premier père de te us les hommes en qui se décidait le sort de tous et de chacun: la participation à la béatitude éternelle.Le texte de la Genèse est bien connu.Il n\u2019est pas le plus précis, mais il est le texte fondamental qui, toujours à l\u2019arrière-plan, ne livrera tout son sens qu\u2019à AOÛT 1962 la lumière de la tradition judaïque, de la doctrine de saint Paul et de l\u2019enseignement de l\u2019Église.Le vocabulaire hébreu du péché puise aux images concrètes.Il ne recèle aucune spéculation théologique.Le péché est un mensonge, un reniement, un parjure, un manquement, une révolte, une rupture, un adultère.Il est personnel : « Contre toi, contre toi seul j\u2019ai péché.» Il souille même l\u2019homme dès sa naissance: «Vois: mauvais je suis né, pécheur ma mère m\u2019a conçu », gémit le roi David.Le psaume Miserere ne précise pas davantage, mais il est probable que le psalmiste a présent à l\u2019esprit le récit de la Genèse.D\u2019autres textes le diront explicitement.Dans le Livre de la Sagesse, on lit : Oui, Dieu a créé l\u2019homme incorruptible, il en a fait une image de sa propre nature; c\u2019est par l\u2019envie du diable que la mort est entrée dans ce monde.(n, 23-24.) \\ Et dans VEcclésiastique : C\u2019est par la femme que le péché a commencé et c\u2019est à cause d\u2019elle que tous nous mourrons, (xxv, 24.) Il est vrai que ces textes qui remontent à la source et rattachent à Adam la misère de l\u2019homme sont très rares et très récents; mais déjà, dans leur lutte contre le péché, les grands prophètes Isaïe et Jérémie sentaient profondément l\u2019aspect universel de la faute.Car, le péché est aussi collectif.Isaïe perçoit, par exemple, son impureté foncière: « Malheur à moi, je suis perdu.Car je suis un homme aux lèvres souillées.» Il perçoit en même temps, qu\u2019il partage cette souillure avec le peuple de sa naissance: « Et j\u2019habite au milieu d\u2019un peuple aux lèvres souillées.» Jérémie est plus pathétique encore.Il est « meurtri de la meurtrissure » de son peuple.Yahweh veut « faire grâce » à Jérusalem.En vain cherche-t-il par les rues et les places de la ville un homme, « un seul qui pratique la justice ».Il ne trouve personne.Non seulement les petits, « ceux qui ne connaissent pas la voie de Yahweh », mais les grands, « ceux qui connaissent la voie de Yahweh, la loi de leur Dieu, tous ensemble ils ont brisé le joug, rompu le lien ».Si on ne trouve donc pas dans l\u2019Ancien Testament de formule qui corresponde exactement au dogme chrétien du péché originel, à sa nature et à sa transmission, on voit le peuple élu lui-même traînant à travers son histoire l\u2019héritage du péché et de la mort, malgré les interventions extraordinaires de Yahweh, solidaire de l\u2019alliance et du salut mais aussi du mal, du poids et de la chute.La construction de l\u2019arche, la sortie d\u2019Abraham de son peuple, l\u2019exode de l\u2019Égypte, le passage de la mer Rouge, ces « magnalia », ces « terribilia », ces « mirabilia » arrachent des élus ou le peuple élu du milieu des Gentils: ils ne réussissent 211 pas à changer les cœurs et à délivrer de la mort.« Mais qui donc extraira le pur de l\u2019impur ?» se demande le saint homme Job.Et il répond: « Personne.» Seul Jésus peut accomplir ce miracle.Les prophètes annoncent bien sa venue.Hélas! Lui non plus ne sera pas écouté par « cette génération perverse et dévoyée », cette génération « adultère et pervertie ».Et déjà, derrière la génération qui répudia Jésus, se profile une collectivité plus vaste encore, celle à qui saint Jean donnera son nom définitif: le monde, le monde qui commet le péché des Hébreux au désert, le monde qui refuse Dieu et le Fils de Dieu, le monde aveugle à ses miracles, insensible à sa doctrine, condamné sans recours, le monde pour qui Jésus ne prie pas et qui a son Prince, le monde qui refuse, voire qui hait le don de Dieu: « Si le monde vous hait, sachez qu\u2019il m\u2019a haï avant vous.Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n\u2019êtes pas du monde, et que mon choix vous a tiré du monde, le monde vous hait.» N\u2019y a-t-il rien de plus explicite?On a souvent dit que l\u2019Évangile ne parle pas du péché originel, sinon de façon implicite en nous plaçant devant la mission du Rédempteur.Les théologiens aujourd\u2019hui signalent, cependant, certains passages, celui de saint Jean, par exemple, sur la nécessité de la nouvelle naissance par l\u2019Eau et l\u2019Esprit, « car ce qui est chair est né de la chair, ce qui est esprit est né de l\u2019Esprit ».Ils notent en particulier le passage où Notre Seigneur dénonce l\u2019action du diable dans le monde: Vous avez pour père le diable et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir.Dès l\u2019origine, ce fut un homicide; il n\u2019était pas établi dans la vérité parce qu\u2019il n\u2019y a pas de vérité en lui: quand il dit des mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu\u2019il est menteur et père du mensonge, (vm, 44.) Enfin, les théologiens signalent la parabole de l\u2019ivraie et du bon grain qu\u2019on trouve dans saint Matthieu.Notre Seigneur a pris la peine de l\u2019expliquer lui-même à ses disciples qui lui demandaient de la dire « en clair »: Celui qui sème le bon grain, c\u2019est le Fils de l\u2019homme; le champ, c\u2019est le monde; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume; l\u2019ivraie, ce sont les sujets du Mauvais; l\u2019ennemi qui la sème, c\u2019est le Diable; la moisson, c\u2019est la fin du monde; et les moissonneurs, ce sont les anges.Ce milieu naturel, hostile à Dieu, auquel nul n\u2019échappe, cette paternité du Diable homicide, ce champ de l\u2019humanité où le Diable a semé l\u2019ivraie, est-ce assez pour dire que l\u2019Évangile formule une doctrine explicite du péché originel telle que nous la recevons de l\u2019Église ?Non, car ce dogme est terriblement précis.Il inclut essentiellement deux grandes affirmations, l\u2019une et l\u2019autre historiques: une déchéance de l\u2019homme qui suppose un « paradis terrestre » perdu par la faute de nos premiers parents; une solidarité dans cette faute que nous n\u2019avons pas personnellement commise mais que nous avons tous personnellement contractée : véritable état de péché pour la rédemption duquel le Christ a versé le prix de son sang, nous restituant dans l\u2019état de fils de Dieu.2.Dans saint Paul Il appartenait à saint Paul de nous révéler pleinement ce mystère.L\u2019épître aux Romains n\u2019est pas seulement une peinture fauve du monde sans Dieu, elle est une synthèse doctrinale de la justification par la foi, même s\u2019il ne faut pas y chercher l\u2019ordonnance d\u2019un traité et le vocabulaire technique de la théologie.Dans le chapitre Ve, l\u2019Apôtre étend son regard sur l\u2019histoire du salut dans le déroulement des siècles.« Il n\u2019y a pas un qui soit juste », constate-t-il.Le parallèle des deux Adam émerge et découvre ce qu\u2019a été pour l\u2019humanité entière le désastre du péché du premier homme: De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort., ainsi la mort a passé en tous les hommes du fait que tous ont péché.L\u2019interprétation la plus simple de ce texte serait que tout homme a mérité la mort, comme Adam, pour son propre compte et par ses propres péchés.Saint Paul écarte expressément cette interprétation: Cependant la mort a régné d\u2019Adam à Moïse même sur ceux qui n\u2019avaient point péché d\u2019une transgression semblable à celle d\u2019Adam, figure de celui qui devait venir.Ce ne sont donc pas nos péchés personnels qui nous méritent la mort, mais le péché singulier d\u2019Adam auquel tous les hommes participent: si tous sont morts, c\u2019est « parce que tous ont péché » de ce péché-là.Au milieu du Jardin, Dieu avait averti de ne pas toucher à l\u2019arbre de la connaissance du bien et du mal: « Vous n\u2019y toucherez pas, sous peine de mort.» L\u2019évocation du vieil Adam dans ce rôle d\u2019universelle causalité pour le péché et pour la mort n\u2019a été faite que pour introduire aussitôt la figure du nouvel Adam, cause universelle de grâce et de vie: Mais il n\u2019en va pas du don comme de la faute.Si, par la faute d\u2019un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d\u2019un seul homme, Jésus-Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude.Et il n\u2019en va pas du don comme des conséquences du péché d\u2019un seul: le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation, l\u2019oeuvre de grâce à la suite d\u2019un grand nombre de fautes aboutit à une justification.De part et d\u2019autre, nous trouvons l\u2019opposition entre « un seul » et la « multitude ».Quelle différence, toutefois! Dans un cas, on va d\u2019« un seul péché » d\u2019« un seul homme » à la condamnation qui pèse sur tous; dans l\u2019autre, on aboutit à la justification par « un seul homme, Jésus-Christ », non plus d\u2019un seul péché, mais d\u2019« un grand nombre », ce qui signifie ici de tous.Et saint Paul enchaîne par une nouvelle et saisissante affirmation du péché originel: La désobéissance d\u2019un seul homme a suffi à constituer tous les hommes non seulement mortels mais pécheurs : inversement, par l\u2019obéissance d\u2019un seul nous sommes constitués justes: Comme, en effet, par la désobéissance d\u2019un seul homme la multitude a été constituée pécheresse, aussi par l\u2019obéissance d\u2019un seul la multitude sera-t-elle constituée juste.212 RELATIONS Il est clair que tout ce passage se rapporte au récit de la Genèse, mais interprété à la lumière du Christ.Paul pense au second Adam, à son œuvre rédemptrice: l\u2019homme nouveau.C\u2019est cela même qui permet à l\u2019Apôtre de manifester ce que fut le premier Adam, son œuvre destructrice: le vieil homme.Ce passage n\u2019est pas le seul dans saint Paul, mais il est capital.Et quelles que soient les divergences dans l\u2019établissement du texte, tous les exégètes catholiques y reconnaissent d\u2019une façon ou de l\u2019autre la doctrine du péché originel.Ils nous font d\u2019ailleurs remarquer avec pertinence que la seule manière dont parle saint Paul suppose qu\u2019une doctrine du péché originel \u2014 catastrophe ancestrale \u2014 appartenait à la croyance commune.Car s\u2019il avait eu conscience de révéler un dogme entièrement inconnu encore, sous les voiles du péché, de la souffrance et, en particulier, de la mort, l\u2019Apôtre ne se serait certes pas contenté de l\u2019énoncer simplement comme l\u2019un des termes d\u2019un parallèle pour illustrer l\u2019autre.Les tâtonnements de l\u2019Ancien Testament nous ont livré les linéaments du dogme du péché originel.L\u2019Évangile, nous a placés devant un Dieu incarné et cloué à la croix par « le monde », nous révélant ainsi à la fois la dimension tragique du péché et la surabondance de la grâce.L\u2019admirable « discrétion » de la pédagogie divine atteint la plénitude de la Révélation avec saint Paul: la doctrine exacte du péché originel fait son entrée dans la pensée chrétienne pour ne plus jamais en sortir.CRISE FINANCIÈRE ET PROGRAMME D'AUSTÉRITÉ Irénée DESROCHERS, S.J.LE CANADA TRAVERSE une importante crise financière, sur laquelle tout citoyen doit réfléchir.Elle se préparait depuis assez longtemps.Le fait que la campagne des élections fédérales ait coïncidé avec les derniers soubresauts de la crise sans que nos hommes politiques ne parlent sérieusement au peuple ni de la gravité de la situation, ni de ses causes profondes, ni surtout des remèdes sévères à y apporter, \u2014 remèdes contraires à de belles promesses qu\u2019ils faisaient en ce moment même à l\u2019électorat, \u2014 doit nous amener à nous interroger sur le niveau culturel de notre vie politique.Acuité du problème Essayons de saisir la dimension du problème.Notre pays a connu un déficit, au compte courant de sa balance des paiements internationaux, tous les ans, sauf un, depuis 1950.Les six dernières années, le déficit annuel fut en moyenne d\u2019environ 1 milliard et quart de dollars.La somme de ces déficits, de 1950 à la fin du premier trimestre 1962, s\u2019est élevée (compte tenu du surplus de 1952) à 10 milliards 285 millions de dollars; quand nous aurons les chiffres pour le deuxième trimestre de cette année, nous apprendrons sans doute que nous avons dépassé 10,500,000,000 de dollars.Nous continuions à surnager parce qu\u2019il entrait au Canada autant de capitaux étrangers qu\u2019il en fallait pour contrebalancer ces immenses déficits.Notre développement économique s\u2019est accompli à ce prix; notre niveau de vie est de fait lié à ce phénomène.Le total de la dette internationale nette du Canada, à la fin de 1960, était déjà de 17 milliards de dollars (la dette brute s\u2019élevait à 26.4 milliards).Alors que les capitaux étrangers, depuis plusieurs années, avaient afflué massivement et sans difficulté, nous en étions rendus, au premier trimestre de cette année, à subir l\u2019humiliation de voir une sortie nette de capitaux.AOÛT 1962 Vivant d\u2019emprunts, nous devons aujourd\u2019hui constater qu\u2019on ne peut pas indéfiniment, à n\u2019importe quelles conditions, rembourser des emprunts toujours grandissants, par de nouveaux emprunts.Les prêteurs étrangers, qui semblent suivre de plus près que nous nos propres affaires, se sont posé, eux, des questions, ont posé un geste de non-confiance en nous, \u2014 et sans doute en la qualité de notre leadership, \u2014 au moment où nous étions incapables de nous donner un gouvernement stable et où nous avions, semble-t-il, la faiblesse de paraître surpris de l\u2019annonce de cette crise financière.(Les sermons de l\u2019ex-gouverneur de la Banque du Canada, M.Coyne, et « l\u2019affaire » de sa démission avaient tout de même, \u2014 quelle que fût la valeur des remèdes qu\u2019il proposait, \u2014 indiqué une bonne partie du problème.Nous ne fîmes rien.) Et, pendant plusieurs beaux jours, les capitaux étrangers s\u2019en allèrent ailleurs.L\u2019Europe, elle aussi, entre autres, a ses attraits.La réaction Il eût fallu nous demander si nous pouvions soutenir ainsi notre train de vie en évitant de nous priver quelque temps.Pouvons-nous progresser sainement sans accepter en notre vie économique une meilleure discipline ?Nous servir, en effet, de nos avoirs officiels en or et en devises étrangères pour combler le vide n\u2019est qu\u2019un palliatif.Pourtant, d\u2019urgence, il a fallu l\u2019appliquer.Mais quelle hémorragie! Le fonds des changes, s\u2019élevant à 2.1 milliards de dollars en octobre 1961, était tombé, au 24 juin dernier, au moment où nous célébrions calmement la grande fête nationale des Canadiens français, à 1.1 milliard.La valeur du dollar canadien exprimée en monnaie américaine avait passé d\u2019un sommet de 1.06 dollar, il y a environ deux ans, à 95 cents, puis à 92.5 cents au début de mai cette année.Malgré cela, le fonds d\u2019or et de devises, ayant sacrifié 102 millions 213 de dollars en mai, perdait en un seul mois, juin, encore environ 400 millions de dollars.A ce rythme accéléré, la réserve pouvait se trouver à sec en 2 ou 3 semaines.C\u2019est alors, \u2014 seulement après avoir consciemment voté au fédéral, \u2014 que nous nous sommes réveillés.Endettés au-delà de toute mesure, nous cherchons, pour faire face au problème immédiat de nos dettes à l\u2019étranger, à contracter de nouveaux emprunts.Le capital étranger qui recherche les bons placements nous fuit.Il faut recourir à des emprunts de caractère politique ou officiel auprès « de pays et d\u2019institutions amis », comme l\u2019a dit le premier ministre en les remerciant en notre nom de leur geste d\u2019amitié.C\u2019est ainsi que les Canadiens, jouissant du deuxième ou du troisième plus haut niveau de vie au monde, sont pour ainsi dire réduits, \u2014 est-ce une expression juste ?\u2014 à demander la charité.Le Canada a donc emprunté 300 millions de dollars au Fonds monétaire international, 250 millions aux banques de réserve fédérales aux États-Unis, et 100 millions au Royaume-Uni; il s\u2019est assuré aussi des crédits de 400 millions auprès de la Banque Export-Import de Washington.Programme cPaustérité (( temporaire )) Ce cercle vicieux d\u2019emprunts, sans plus, ne pourra pas durer.Des amis nous secourent, à certaines conditions.Nous repaierons sans doute un jour nos dettes, nouvelles et anciennes; pour l\u2019heure il nous faut indiscutablement un programme de redressement.Aux enfants gâtés, illusionnés, mal informés peut-être, que nous sommes, le nouveau gouvernement propose son programme d\u2019austérité.Augmentation de 5 à 15%, selon le cas, des tarifs douaniers déjà existants sur plus de la moitié de nos importations; ces surcharges « temporaires » rapporteraient au gouvernement, en une année fiscale, 200 millions de dollars.Réduction de l\u2019exemption de droits sur les marchandises rapportées de l\u2019étranger par les touristes canadiens; ce qui représenterait une économie de 100 millions dans notre compte courant de la balance des paiements.Réduction de 250 millions dans les dépenses du gouvernement fédéral cette année.Enfin, la Banque du Canada a fixé son taux d\u2019escompte à 6%; cette mesure ambitionne de hausser nos taux d\u2019intérêt, d\u2019augmenter la marge entre nos taux et ceux de l\u2019étranger et d\u2019attirer ainsi le capital étranger au Canada.Le gouvernement espère ainsi lui redonner confiance.Le déficit budgétaire fédéral pour l\u2019année fiscale courante, annoncé en avril, devait s\u2019élever à 745 millions; il serait réduit de 450 millions.Et le déficit au compte courant de notre balance des paiements, \u2014 qui semblait parti cette année pour atteindre 1.25 milliard, \u2014 serait diminué de 300 millions.Voilà les consolations que le gouvernement nous offre aujourd\u2019hui, alors que, durant les cinq années précédentes seulement, les déficits budgétaires fédéraux se sont accumulés jusqu\u2019à un total de 2.2 milliards, et que la balance des paiements internationaux a marqué un déficit global de 6.3 milliards.Bien des hypothèses entrent dans les prévisions du gouvernement.A-t-il été trop optimiste ?Programme à long terme De toute façon, la valeur immédiate du programme d\u2019austérité imposé est inséparable des mesures constructives d\u2019ensemble à long terme par lesquelles le gouverne- 214 ment s\u2019attaquera aux problèmes fondamentaux de notre économie.Si le programme actuel d\u2019austérité peut sembler devoir être temporaire, nos difficultés véritables, elles, ne le sont pas.Aux maux profonds, il faut des remèdes de base.La thérapeutique ne doit pas seulement viser les symptômes, mais s\u2019attaquer aux causes réelles.C\u2019est ce programme à long terme que nous attendons du gouvernement.Et comme, à ce titre aussi, il y a urgence, le parlement, pour nous le donner, devrait, croyons-nous, se réunir au plus tôt.Dans la conjoncture politique actuelle, il y a risque que la discussion et surtout la mise en œuvre de pareil programme ne prennent bien du temps, hélas! Raison de plus pour commencer tôt.Les courants de fond qui entraînent l\u2019économie canadienne n\u2019attendent pas.Pouvons-nous nous payer le luxe d\u2019aller de crise en crise ?La crise exigeait sans doute une solution immédiate et des moyens drastiques.Certaines mesures du programme d\u2019austérité sont acceptables.Nous devons cependant prendre conscience en particulier de la contradiction qu\u2019il y a entre certains points de ce programme immédiat, \u2014 la hausse des tarifs et celle des taux d\u2019intérêt, par exemple, \u2014 et les exigences de notre économie, du moins en longue période, et même dès que la crise aiguë sera passée.Le programme d\u2019austérité, en ce sens, est incohérent.Les deux programmes sont-ils compatibles?En haussant une bonne partie de nos tarifs, nous indisposons des nations où nous comptons exporter et nous les invitons à user de représailles en haussant à leur tour leurs tarifs à nos exportations.Le commerce finalement doit aller dans les deux sens.Surtout, ces surchages sur les importations vont complètement à l\u2019inverse du grand mouvement de réduction des tarifs, déjà favorisé par GATT, qui se poursuit vigoureusement à l\u2019intérieur du Marché commun européen, se communique au Royaume-Uni qui s\u2019apprête à y entrer, et ébranle les États-Unis où un bill en ce sens a déjà reçu l\u2019approbation de la chambre des représentants.Le Canada, qui fait la très vaste majorité de ses échanges avec l\u2019ensemble de ces pays, s\u2019isolera de plus en plus dans la mesure même où cette hausse des tarifs se prolongera; il doit donc prévoir la nécessité qu\u2019il y a de se rapprocher le plus tôt possible du cours actuel, en négociant de nouveaux accords internationaux selon une politique absolument à l\u2019inverse de celle que nous poursuivons en ce moment.Pour l\u2019instant, il y a plus grave: le dilemme que pose le choix entre certains remèdes qu\u2019on nous propose pour protéger la valeur du dollar canadien à l\u2019étranger et les mesures que requièrent nos problèmes domestiques de croissance et de chômage.Le Royaume-Uni a connu lui aussi un programme d\u2019austérité: on constate que la solution de la crise financière coïncide avec un taux assez bas de croissance de son économie.Il faudrait que nous évitions de passer du dilemme à la contradiction permanente: telle façon de couper les dépenses au budget fédéral peut nuire à notre croissance et augmenter le chômage, et un taux d\u2019intérêt élevé tend lui aussi à contracter notre économie.Chômage et croissance Le taux de chômage, déjà excessif, n\u2019attendrait que cela pour remonter à un niveau criant.Il était tombé au Canada, RELATIONS en mai, à 5.1% de la main-d\u2019œuvre; il est surtout important de remarquer que ce taux s\u2019élève à 5.6% si on élimine l\u2019effet des variations saisonnières.C\u2019est déjà beaucoup trop élevé pour une année qui est maintenant considérée comme la meilleure du présent cycle économique.L\u2019optimisme que manifestait le ministre des Finances fédéral en nous annonçant au budget d\u2019avril une croissance économique de 7% cette année n\u2019est plus justifiable.Les chiffres du premier trimestre concernant l\u2019accroissement du produit national brut rendent sa prédiction absolument invraisemblable, même dans l\u2019hypothèse d\u2019une bonne récolte cette année.Selon les taux corrigés pour éliminer l\u2019effet des variations saisonnières, le rythme d\u2019augmentation, d'un trimestre à l\u2019autre, du produit national brut non agricole a constamment ralenti au cours des quatre trimestres qui vont du premier trimestre 1961 (2.6%) au premier trimestre 1962 (1.08%).En dollars constants, cependant, ce taux d\u2019accroissement de 1.08% au cours du premier trimestre 1962 tombe à moins de 1%.De plus, durant le premier trimestre cette année, compte tenu des variations saisonnières, les investissements en construction non domiciliaire et en machines et équipement baissaient.Pourquoi ne pas penser que le taux désaisonnalisé du chômage pourrait fort bien grimper à près de 7%, et plus, dans quelques mois ?L\u2019allure présente de plusieurs indicateurs économiques laisse donc entendre que notre économie pourrait bien, cet automne, \u2014 à moins d\u2019un nouveau coup de barre excessivement rapide dans le sens de l\u2019expansion, \u2014 s\u2019essouffler et atteindre un plateau.Une nouvelle récession, dès la première partie de 1963, ne surprendrait pas trop.C\u2019est dans ce cadre de circonstances que le programme d\u2019austérité s\u2019insère et tend à contracter le mouvement économique alors qu\u2019une politique expansionniste semble plutôt indiquée.Des taux d\u2019intérêt élevés, même si les fonds sont disponibles, rendent nos investissements plus difficiles.L\u2019étranger désire trouver chez nous des taux d\u2019intérêt élevés qui l\u2019attirent; cela nous vaudrait les capitaux étrangers nécessaires au rétablissement de notre balance des paiements.Mais vu de l\u2019intérieur, l\u2019état présent de l\u2019économie appelle plutôt des taux d\u2019intérêt plus bas.Le ministre des Finances disait, en effet, en avril, en son discours du budget: « 11 ne faut absolument pas freiner avant l\u2019heure l\u2019essor qui se dessine.La politique financière doit continuer à aiguillonner l\u2019économie.» Au chapitre des dépenses fédérales à réduire, il faut distinguer selon les cas.Il serait, par exemple, très malheureux que le Canada sacrifie le peu d\u2019aide qu\u2019il accorde aux pays en voie de développement.Mais dans la perspective des facteurs économiques, il faut distinguer les diverses réductions budgétaires en attachant beaucoup d\u2019importance à l'incidence de chacune sur l\u2019emploi.Les importants déficits, ces dernières années, ont été exigés par le faible taux de croissance et le niveau élevé du chômage; ils sont dus au fait qu\u2019on a attendu trop tard pour appliquer les remèdes véritables.Ce n\u2019est sans doute pas par plaisir que le ministre prévoyait encore cette année un déficit aussi élevé de 745 millions.Il ne faudrait donc pas confondre les cas où, par exemple, on remettrait à plus tard l\u2019achat à l\u2019étranger d\u2019appareils de défense ou certaines dépenses militaires à l\u2019étranger, \u2014 ce qui n\u2019affecterait pas l\u2019emploi AOÛT 1962 au Canada, \u2014 avec les cas où on renoncerait pour l\u2019instant à une série de travaux publics qui procureraient de l\u2019emploi chez nous.L\u2019austérité, pour qui?Malgré tout, un programme d\u2019austérité immédiat s\u2019impose.Oui, mais pour qui ?Pour tous, dira-t-on.Encore faut-il ne pas oublier le problème social et humain que pose la possibilité d\u2019une incidence variable de ce programme sur les différentes catégories et les différentes couches de la société.Les revenus personnels perçus sous forme d\u2019intérêts ne seront guère affectés, ni, dans bien des cas, les revenus personnels sous forme de dividendes versés.Si de fait le programme d\u2019austérité a pour effet de faire planer la menace du chômage, les revenus sous forme de salaires, surtout ceux des économiquement plus faibles, courent de plus grands risques.A un niveau de revenu plus favorisé, on fera bien sa part: monsieur paiera plus cher ses vins et alcools importés, et son auto de luxe; madame paiera plus cher sa voiture, ses bijoux et ses parfums importés; mais ni l\u2019un ni l\u2019autre ne se priveront guère, ni surtout ne souffriront vraiment.Des personnes de revenus plus modestes feront des sacrifices, dont le poids peut être proportionnellement plus lourd.Mais le plus gros problème de tous serait celui de ceux qui perdraient leur emploi ou ne pourraient pas, à cause de l\u2019effet de la politique restrictionniste, en trouver un.Est-il équitable de serrer la ceinture du voisin plus que la sienne propre, surtout quand ce prochain est économiquement plus faible que soi ?Pour la famille du chômeur, il n\u2019est pas question de faire des sacrifices par la réduction de l\u2019exemption des droits sur les marchandises rapportées de l\u2019étranger: elle n\u2019ira même pas se cultiver à l\u2019étranger en voyages de tourisme; elle n\u2019achètera pas d\u2019objets de luxe importés devenus plus dispendieux.Elle paiera durement par une chute de son revenu, chute sans proportion avec les sacrifices des non-chômeurs.Ses sacrifices la toucheront en des biens et des services importants, essentiels même.Et elle aura peut-être en même temps à faire face à un coût de la vie qui monte, car c\u2019est l\u2019un des résultats possibles du programme d\u2019austérité.En fixant le taux du change à 92.5 cents et en cherchant par le présent programme d\u2019austérité à soutenir ce taux à tout prix, ce pourrait être surtout le chômeur et sa famille qu\u2019on fixerait, comme l\u2019a dit un économiste, à une croix en or.Qu\u2019elle soit en or ou non, c\u2019est une croix que ceux qui n\u2019y sont pas fixés comme chômeurs trouvent malheureusement moins pénible qu\u2019elle ne l\u2019est.Serait-ce vraiment fraternel?Équitable?Certains points du programme actuel d\u2019austérité peuvent continuer à être « temporaires »; d\u2019autres doivent cesser le plus vite possible.Ce qui s\u2019impose le plus, c\u2019est une étude de tout le programme positif à long terme.Le Parlement aura à établir la nouvelle législation que la situation exige et à voter un nouveau budget.La crise financière est pour les futurs électeurs une occasion excellente de poursuivre leur éducation économique et politique.La prochaine session parlementaire le sera aussi; qu\u2019ils ne manquent pas d\u2019en profiter.215 Les problèmes fondamentaux de notre enseignement La Commission universitaire de la Compagnie de Jésus 1 UNE MÉTHODE DE CONVERGENCE ET DE CONCENTRATION a guidé le travail et la composition de ce mémoire.Le comité des rédacteurs a fait choix, parmi la masse confuse des questions, d\u2019un ensemble fondamental de problèmes dont l\u2019importance lui a paru capitale, vu le caractère actuel de la civilisation en Occident et dans la province de Québec.L\u2019intérêt primordial de ces problèmes vient de ce que la manière de les poser et de les résoudre commande le règlement de la plupart des questions particulières qui en découlent.Le comité a concentré ses réflexions et ses recommandations sur les faits prédominants de notre temps et sur les éléments qui gouvernent et éclairent les cas particuliers.Il a suivi cette méthode convergente pour voir clair, pour sérier les problèmes selon leur importance, pour maintenir les distinctions nécessaires et les liaisons essentielles, tout en gardant en main le fil conducteur.Cette méthode a permis de distinguer l\u2019essentiel de l\u2019accessoire et de saisir, sous l\u2019agitation des événements et des polémiques, le courant profond qui est seul important.L\u2019enseignement et l\u2019avenir de la province Deux ordres de phénomènes dominent, pour les prochaines décennies, tous les problèmes de l\u2019enseignement dans la province de Québec comme dans les pays occidentaux: d\u2019une part, les transformations de la société et, d\u2019autre part, la transformation des savoirs et de la culture.Ces deux ordres de phénomènes s\u2019influencent réciproquement et se compénètrent sous la poussée de facteurs multiples et complexes, et ils forment la trame de la civilisation contemporaine, à prédominance scientifique et industrielle.La transformation de la société est visible à plusieurs indications, toutes liées au progrès scientifique et technique.L\u2019un des traits les plus saillants de la civilisation scientifique, c\u2019est la généralisation de l\u2019enseignement.Depuis un siècle, l\u2019enseignement primaire s\u2019est généralisé en Occident et dans la province de Québec.Aujourd\u2019hui, la vague montante des élèves déferle sur les classes au niveau secondaire: bientôt, dans trois ou quatre ans, la vague atteindra les classes supérieures des collèges classiques et l\u2019université.1.La Compagnie de Jésus a présenté, à la fin de juin, à la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019Enseignement, un mémoire, que le Président qualifia, en recevant la délégation, de document « exceptionnel »; les journaux en ont publié de nombreux et larges extraits.Le document est considérable; c\u2019est un corps principal de 452 pages, suivi d\u2019un ensemble d\u2019annexes presque aussi étendu.Il fut préparé en équipe par un comité d\u2019une vingtaine de rédacteurs et soumis, sous forme de recommandations expliquées et justifiées, à la Commission universitaire qui avait reçu mandat d\u2019étudier ces problèmes.Le mémoire aborde les problèmes majeurs de notre enseignement; nous en donnons ici les grandes lignes.216 Ce phénomène d\u2019une grande ampleur, bousculant nos habitudes, nos conceptions usuelles et les cadres traditionnels de notre enseignement, provoque un état de crise.Il est toutefois le fondement d\u2019un grand espoir pour notre province, car, dans la civilisation contemporaine, fondée sur la science et la technique, les talents bien formés constituent la ressource la plus précieuse d\u2019un pays.Pour cette raison, l\u2019enseignement est la clé du progrès de la province; dans une politique de développement, il devrait obtenir priorité.L\u2019essor de l\u2019activité économique, sociale, culturelle et religieuse dépend en dernier ressort de la compétence et de la valeur des hommes.C\u2019est dire combien il importe à la province de généraliser l\u2019enseignement secondaire et de développer l\u2019enseignement supérieur.Orientations culturelles La transformation des savoirs est le second facteur-clé de la situation de l\u2019enseignement.Un nouveau type de culture est en cours de formation; tous les traits n\u2019en sont pas encore nettement dessinés; mais il est possible d\u2019en définir quelques aspects.Une chose déjà est claire: l\u2019ancien humanisme, de type surtout littéraire, intuitif et affectif, fait place à un humanisme nouveau qui, sans renoncer aux valeurs essentielles de l\u2019héritage classique, comporte désormais, comme des données fondamentales, une large part de connaissances scientifiques et techniques et un esprit expérimental.La culture contemporaine cherche à humaniser même la technique.L\u2019évolution des savoirs et de la culture impose donc à la société des tâches précises; elle doit inspirer à l\u2019enseignement et à la recherche certaines orientations: définition nouvelle des objectifs, refonte des programmes, nécessité d\u2019une formation générale, développement de l\u2019enseignement des adultes, organisation de la recherche.Le caractère évolutif de la société contemporaine ne laisse pas à l\u2019éducateur et à l\u2019homme politique d\u2019autre choix efficace qu\u2019une étude à long terme des problèmes d\u2019éducation, considérés dans un esprit prospectif.Il s\u2019agit de bâtir aujourd\u2019hui la société canadienne de 1975, à laquelle les adultes préparent les jeunes de 1962.La planification concertée La généralisation de l\u2019enseignement et l\u2019évolution de la culture soulèvent une quantité de problèmes qui impose une planification.Sans un plan concerté pour résoudre des problèmes de cette ampleur, on livre au hasard et à l\u2019improvisation le développement de l\u2019enseignement et l\u2019avenir de notre province qui en dépend; on risque de gaspiller talents RELATIONS et énergies.Mais, en raison même de la complexité des tâches et de l\u2019ampleur des risques inhérents à toute innovation, il est prudent de décentraliser la planification.L\u2019esprit humain est limité, et l\u2019expérience d\u2019un groupe d\u2019hommes, trop étroite pour qu\u2019ils réussissent à eux seuls une planification de l\u2019avenir.Sans doute faut-il une direction centrale qui coordonne, équilibre, fixe les normes; mais elle doit décentraliser ses responsabilités.Dans cette perspective, il y a lieu: de distribuer les tâches, de laisser de l\u2019initiative aux organismes de direction régionaux et locaux et aux institutions, enfin, de favoriser l\u2019école indépendante, à côté de l\u2019école publique.Il est prudent, en particulier, de respecter l\u2019autonomie universitaire, qui est conforme à une longue tradition occidentale, essentielle à la liberté de la connaissance et qui, à l\u2019heure présente, est appelée à rendre de grands services.Evidemment, la répartition équilibrée des responsabilités et les décisions concertées exigent que la fonction administrative, devenue familière aux enseignants, soit exercée avec compétence, à tous les échelons de la hiérarchie.Une préoccupation maîtresse inspire cet ensemble de recommandations: le respect de l\u2019ordre des priorités dans l\u2019éducation.En premier lieu, l\u2019élève et l\u2019étudiant, pour qui existe la fonction éducative; en second lieu, les institutions, qui constituent le milieu éducatif; en troisième et dernier lieu, les structures: un système scolaire n\u2019a pas sa fin en lui-même.Institutions et structures Cependant, il faut des cadres à l\u2019administration pédagogique, et qui soient fermes.Ils doivent, d\u2019autre part, demeurer souples, en vue de s\u2019adapter sans cesse aux exigences d\u2019une société et d\u2019une culture en évolution perpétuelle.Ils ont d\u2019ailleurs évolué au cours des siècles, en Europe et en Amérique, et les progrès de la pédagogie les feront encore évoluer.C\u2019est donc dans une perspective de courte échéance et par rapport aux circonstances présentes que le comité des rédacteurs propose les recommandations relatives aux structures; il s\u2019est inspiré du système scolaire de l\u2019Occident moderne, qui, sous la diversité de vocabulaire, présente un ensemble de constantes fort significatif.Aux niveaux d\u2019enseignement précis correspondent des diplômes académiques déterminés, intelligibles dans la province de Québec, au Canada et à l\u2019étranger.En particulier, l\u2019ambiguïté de notre B.A.actuel est dissipée.Aux niveaux primaire et secondaire, il est sûr qu\u2019avec la généralité de l\u2019enseignement, l\u2019école publique est appelée à remplir une fonction capitale.Elle recevra la grande majorité des élèves.D\u2019autre part, l\u2019école indépendante, aux deux niveaux, mais surtout au niveau secondaire, est appelée à rendre un réel service public, dans la mesure où elle collabore au bien commun.L\u2019organisation d\u2019un service public avec existence parallèle de la liberté d\u2019enseignement est aujourd\u2019hui le système le plus courant dans les pays occidentaux.Dans l\u2019enseignement supérieur existent déjà diverses formes d\u2019institutions: les universités et les grandes écoles.Il y aurait lieu d\u2019y adjoindre quelques collèges universitaires, AOÛT 1962 pourvus des mêmes droits et pouvoirs que les universités, mais ne les exerçant que dans le domaine des arts et des sciences, au premier cycle des études supérieures.Le comité des rédacteurs recommande de maintenir \u2014 pour ne pas dire de restaurer \u2014 dans la province la fonction primordiale de l\u2019université, qui consiste dans l\u2019intégration et l\u2019unité de tous les savoirs, réalisés par les disciplines fondamentales que sont les arts et les sciences.Organismes provinciaux à créer Le comité des rédacteurs estime que la coordination des enseignements de caractère universitaire devrait se faire par une Association d\u2019universités et de collèges qui forme la communauté des institutions universitaires; il propose, en outre, la fondation d\u2019une Commission des subventions aux universités, chargée de conseiller le gouvernement en matière d\u2019expansion et de financement des universités et collèges, et enfin, celle d\u2019un Conseil de prospective éducationnelle et d\u2019un Centre de recherche et de documentation, organismes indispensables, en période d\u2019évolution rapide, pour évaluer sans cesse les besoins nouveaux.La multiplication des institutions Prévoyant, d\u2019une part, la montée en flèche des élèves au niveau secondaire et l\u2019augmentation rapide des étudiants dans l\u2019enseignement supérieur; connaissant, d\u2019autre part, les besoins croissants et les retards de la province relativement aux personnels qualifiés, le comité des rédacteurs recommande la multiplication des institutions d\u2019enseignement de tous les types et à tous les niveaux.La création de collèges universitaires pourrait constituer une étape dans le développement de l\u2019enseignement supérieur \u2014 étape intermédiaire préparant une évolution ultérieure suivant les besoins de la société et la capacité des institutions.A ce propos, le mémoire suggère des conditions et des normes; entre autres, une recommandation faite au gouvernement provincial par la Commission des subventions devrait être une condition préalable à la fondation de nouvelles institutions universitaires, tout comme à un développement entraînant de lourdes dépenses dans les universités existantes.Le personnel enseignant L\u2019accroissement et la compétence du personnel enseignant sont l\u2019un des problèmes les plus graves qu\u2019affronte la province à l\u2019heure actuelle.Un système d\u2019enseignement n\u2019est jamais meilleur que ses maîtres.Or, la province de Québec, comme nombre d\u2019autres États, souffre d\u2019une grave pénurie de professeurs et, en particulier, de professeurs réellement qualifiés.Cette pénurie existe à tous les niveaux de l\u2019enseignement.Beaucoup de problèmes dépendent de cette situation, notamment la pauvreté de la création dans le domaine pédagogique, l\u2019insuffisance de la recherche et la médiocrité des manuels.Il faut donc favoriser l\u2019accès des meilleures intelligences à la carrière de l\u2019enseignement et donner aux professeurs une formation qui les rendra capables de remplir la mission toujours plus exigeante qu\u2019une société en pleine évolution leur confie.Le comité 217 des rédacteurs recommande aussi une définition plus précise du statut des enseignants.Ses modalités peuvent varier entre l\u2019école publique et l\u2019institution indépendante.Il importe, en particulier, de sauvegarder l\u2019égalité entre les enseignants dans une institution, quel que soit leur état.La conception des programmes Le comité des rédacteurs a fait quelques recommandations concernant les programmes du niveau secondaire et du premier cycle universitaire.Ces recommandations visent à diversifier les types de programmes du secondaire, à marquer les étapes par des cycles; pour le premier cycle universitaire, on propose l\u2019établissement de programmes de concentration au premier biennium et de spécialisation au second biennium.Suit un ensemble de recommandations touchant les objectifs, les méthodes et les programmes de quelques disciplines.Ces recommandations \u2014 à court terme \u2014 s\u2019inspirent de l\u2019expérience des milieux d\u2019enseignement dans la province de Québec, au Canada et à l\u2019étranger.Cependant, le comité des rédacteurs sait que ce domaine est en pleine évolution et que des recherches du plus vif intérêt se poursuivent depuis quelques années, dans plusieurs institutions européennes et américaines, par des savants préoccupés de l\u2019amélioration des méthodes pédagogiques.La province de Québec a grand intérêt à suivre ces courants de pensée.L'investissement financier Quant au financement des institutions, les recommandations du mémoire permettent de prévoir l\u2019ampleur des crédits qu\u2019il faudra consacrer à l\u2019enseignement durant les prochaines années.L\u2019enseignement coûte cher; son coût s\u2019élève plus vite que le coût de la vie.Mais les crédits consacrés à l\u2019enseignement sont à la source du progrès de la nation; ils constituent le premier et le plus rentable des investissements.Il importe alors d\u2019utiliser au maximum les sources du financement et d\u2019en conserver la diversité; d\u2019équilibrer le partage des investissements et, à cette fin, de confier à l\u2019étude d\u2019experts les méthodes de financement et le budget général de l\u2019enseignement.Certaines mesures nous apparaissent déjà souhaitables: la gratuité scolaire au niveau secondaire, tant dans les écoles indépendantes que publiques; la création d\u2019une commission provinciale de subventions universitaires; une aide accrue aux professeurs, aux étudiants, et, spécialement aux candidats à la carrière de l\u2019enseignement.Ligne de fond Ce résumé fait apparaître la ligne de fond du Mémoire.Seuls, les problèmes fondamentaux ont reçu l\u2019attention du Comité.Il est facile d\u2019en comprendre la raison: l\u2019étude de ces problèmes est à la base de toute réflexion sérieuse sur la situation actuelle de l\u2019enseignement dans la province; elle commande l\u2019examen des autres questions, en présentant la perspective qu\u2019il faut pour les poser correctement dans leurs données actuelles et dans leurs conséquences futures, et pour les situer selon leur ordre d\u2019importance.Ces vues s\u2019éloignent peut-être de l\u2019appréciation commune de notre milieu: c\u2019est le propre d\u2019une enquête et d\u2019une recherche de révéler les problèmes sous un jour qu\u2019on n\u2019avait pas jusqu\u2019alors aperçu.Chacun pourra se rendre compte que les éléments fondamentaux dont s\u2019inspire le Mémoire sont des valeurs chrétiennes: l\u2019unité du savoir, le souci de la vie intérieure et de ses dynamismes, la confiance dans l\u2019intelligence et le progrès, la liberté de l\u2019enseignement, l\u2019autonomie universitaire, le respect des consciences, l\u2019intérêt accordé aux réalités profanes.Ces valeurs et ces attitudes sont liées à la foi chrétienne.Le Christ a libéré dans l\u2019homme des forces qui en soi sont naturelles, mais qui ne se développeraient pas à plein en dehors de la Révélation.Il est vrai que, depuis près de deux siècles, la culture tend à se séculariser; et, précisément dans la mesure où la culture rejette la vérité venue par l\u2019Église, elle tend à s\u2019abolir elle-même.Aussi faut-il prendre, parfois contre ses pères, le parti des aïeux.La référence chrétienne apparaît commune et fondamentale dans les pays de culture occidentale, dans ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le monde libre.Avec raison.Car ce qui caractérise le monde libre, c\u2019est la contestation de toutes les idéologies politiques, selon qu\u2019elles érigent en absolu certaines données de la société temporelle.Plusieurs observateurs en sont arrivés à penser que ces idéologies sont la source des pires maux de l\u2019humanité présente: elles constituent les religions séculières.Contre elles, contre l\u2019absolu de la volonté nationale ou de celle d\u2019une classe, contre la tentation de puissance qui consiste à faire de l\u2019État une instance suprême, la tradition de la communauté occidentale des peuples affirme l\u2019existence d\u2019un système de valeurs qui s\u2019impose à tous, « le respect pour la valeur intrinsèque de la personne humaine » (Rapport du congrès de Bruges sur la Communauté atlantique).Cette notion de personne implique une valeur de fin, une destinée transcendant la société politique ou économique, ainsi que le jugement qu\u2019 « une seule pensée de l\u2019homme vaut mieux que tout l\u2019univers » (saint Jean de la Croix).Dans cette ligne de pensée, il est vrai aussi de dire que la foi chrétienne et la tradition occidentale sont d\u2019accord pour que chaque culture apporte au patrimoine humain sa contribution propre, les nations étant « destinées à enrichir et embellir l\u2019unité du genre humain par la communication de leurs qualités particulières et par l\u2019échange réciproque de leurs biens » (Pie XII).Le droit universitaire britannique fait partie des institutions du milieu, tout comme le droit civil, la culture française et le collège classique.L\u2019innovation doit tout garder pour mieux le transformer.Valeurs chrétiennes, traditions occidentales, institutions du milieu, telles sont apparues au comité des rédacteurs, au cours de l\u2019étude faite en vue de ce Mémoire, les constantes culturelles qui leur permettraient, à même une réalité sociologique observée dans son dynamisme et un progrès de la connaissance envisagé dans un esprit de prospective, de constituer, en vue des problèmes d\u2019enseignement à résoudre, des modèles évolutifs qui orientent constamment leurs options et leur aménagement, et qui doivent être sans cesse socialement vérifiés pour adapter les formules et décisions selon la méthode expérimentale.218 RELATIONS DES MANUELS DE FRANCE, POURQUOI?Joseph d'ANJOU, S.J.DES PROFANES, qui jouent aux pédagogues, et certaines personnes, qu\u2019on juge sérieuses, proposent de remplacer nos manuels scolaires par des ouvrages empruntés à la France.Cette proposition a le désavantage de rallier des esprits moins préoccupés de culture que d\u2019agitation et une clique bruyante dont le laïcisme antireligieux écœure par sa mesquinerie et sa bêtise.Parmi les croisés de la pureté française à l\u2019école québécoise, se rencontrent trop de gens pareils aux brouillons que nous avons épluchés le mois dernier (p.196); et trop peu s\u2019inquiètent du virus injecté quotidiennement dans la cervelle de nos écoliers par le bilinguisme de notre école primaire (de notre vie publique aussi) et dans la tête de nos étudiants par la prolifération des livres américains au sein de nos universités.A l\u2019opinion des partisans des manuels français, que reconnaître, objectivement, d\u2019acceptable?Forgés par la malveillance et les préjugés, exagérément acérés tant qu\u2019on voudra, quantité de traits dardés contre les manuels de nos écoles atteignent des défauts réels.Mais, avant d\u2019assiéger la Bastille de notre régime scolaire et de jeter au bûcher de l\u2019inquisition « neutre » nos manuels et leurs auteurs, arrêtons-nous à une poignée de considérations élémentaires.Les sans-culottes de notre révolution pédagogique soupçonnent-ils les difficultés inhérentes à l\u2019élaboration d\u2019un bon manuel ?Des maîtres y ont appliqué leur génie sans réussir.Maritain renonça naguère à terminer le manuel ( ?) de philosophie dont Y Introduction et la Logique mineure seulement vinrent au jour.Chez nous, M.Jean-Marie Laurence, linguiste chevronné, professeur et vulgarisateur de renom, a publié une grammaire discutée, discutable.Des manuels qu\u2019on utilise dans la province, j\u2019en ai pesé quatre ou cinq dont le calibre fait honneur à notre milieu.Ils ont pour auteurs des gens du Québec; la langue y brille par sa justesse; on y admire un sens averti de la pédagogie, une érudition vaste et discrète, une largeur de vues appropriée aux exigences de notre temps.Entre autres, chacun selon son genre et son dessein particuliers, je cite le Cours de français (6e et 7e années) et les Lectures littéraires des Frères de l\u2019Instruction chrétienne (voir Relations, déc.1961, p.325; Collège et Famille, févr.1962, p.30); les recueils de belles pages qu\u2019a préparés M.Maurice Gosselin pour les élèves des 4e, 5e, 6e et 7e années; Neuve-France, esquisse d\u2019une histoire du Canada français qui manifeste le patriotisme réfléchi de Mgr Albert Tessier; le Français au cours secondaire, œuvre de collaboration intelligente (voir Relations, mars 1962, p.80).Et l\u2019on pourrait allonger cette courte énumération.Malgré la peine que j\u2019en éprouve, la vérité m\u2019oblige à noter: les Français qui vivent parmi nous, qui écrivent, voire qui enseignent leur langue et se glorifient de lui vouer un culte fervent ne se montrent pas plus aptes, loin de là, que nos compatriotes à rédiger pour nos écoliers des manuels formateurs.A regret, contraint par le tapage indécent qui brouille notre débat, je mentionne une expérience personnelle: pendant les huit ans que j\u2019ai passés au secrétariat de Relations, on ne m\u2019a pas remis un seul article rédigé par un Français dont je n\u2019aie dû corriger l\u2019orthographe, le vocabulaire, la syntaxe ou le style.Récemment, par souci de probité, il m\u2019a fallu atténuer les louanges que m\u2019inspirent des ouvrages signés de noms amis (Vinay, Chentrier, Clément, pour ne parler que de Français entièrement ou presque canadianisés) en déplorant les insuffisances graves de leur rédaction.Or, je AOÛT 1962 tiens pour magistral, quant au fond, le Traité de formation sociale de Marcel Clément.Concluez: impossible de garantir qu\u2019un manuel de France diffusera automatiquement une langue supérieure à celle de nos bons manuels québécois.On objectera que le vocabulaire des livres de France l\u2019emporte par sa richesse.En général, je le concède.Dans le cas du Cours de français, je ne le pense pas.Et puis, un manuel d\u2019outre-mer n\u2019a cure de s\u2019adapter à la réalité d\u2019ici.En France, les intérêts au moins accidentels et parfois substantiels de l\u2019éducation et de l\u2019instruction diffèrent des nôtres; les exemples historiques et sociaux qui contribuent à l\u2019édification de la conscience des jeunes Français ne signifient à peu près rien pour nos écoliers.Enfin, quel aliment religieux importeraient de France, pour la jeunesse catholique du Québec, nos Savonaroles de la neutralité?Aux fidèles qui protestent: on choisira des ouvrages composés par des Français qui partagent notre foi, répondons: ces ouvrages resteront inadaptés aux enfants du Québec.J\u2019ai enseigné la religion en me servant de splendides manuels belges et français, ceux des collections « Témoins du Christ » et « Fils de lumière »; aucun ne convenait à mes élèves, filles ou garçons.Mieux vaut les employer que d\u2019abrutir nos écoliers avec des âneries ?Évidemment.Mais nul n\u2019a l\u2019intention d\u2019abrutir personne.Et nous avons vu, le mois dernier, que l\u2019abrutissement le plus à craindre ne couve pas nécessairement dans nos manuels.D\u2019ailleurs, nous en possédons d\u2019excellents, et aussi des maîtres capables d\u2019en créer, dans la plupart des disciplines.Pour aller au bout du sujet, je dirai que, si nous savions les repérer, les soutenir financièrement, nous mettrions tout de suite à contribution pour la culture extrascolaire de notre jeunesse plusieurs artistes, conteurs, romanciers, vulgarisateurs dont le talent rejoint celui des Européens, dont le français est plus sûr, dont la pédagogie satisfait mieux les besoins culturels de nos enfants.Je ne rêve pas.Des œuvres ont paru, qui méritent ces éloges; d\u2019autres paraîtront, qui les méritent encore davantage.A la production de ces œuvres de qualité aucun Français, aucun Belge n\u2019a coopéré.Tandis que nombre de piètres livres et albums destinés à nos enfants, piètres par le texte et les illustrations, ont eu des Français d\u2019origine pour parrains ou pour éditeurs.Devant ceux qui ont lu ce que je répète depuis des années concernant notre devoir de parler et d\u2019écrire un français sans bavures, je n\u2019aurai pas à me défendre du reproche d\u2019animosité envers les Belges ou les Français.Je ne prends que la part du bon sens.Encourageons à la tâche nos maîtres et nos auteurs.Assurons-leur les moyens de viser à la perfection.Ceux de nos laïcs qui se croient en mesure de composer un manuel dans telle discipline et pour tel degré, qu\u2019on les presse de donner leur nom au Conseil de l\u2019Instruction publique et de présenter en même temps, comme spécimen de leur habileté, un ou deux chapitres du manuel conçu, avec le schéma complet de l\u2019ouvrage.On exigera de l\u2019auteur dont on approuve le projet qu\u2019il confie la revision de son travail à trois spécialistes: un linguiste, un maître de la discipline traitée, un professeur expérimenté dans l\u2019art d\u2019enseigner avec succès cette discipline.A chaque congrégation enseignante on intimera l\u2019ordre ou de composer les manuels qui lui agréent, ou d\u2019indiquer ceux qu\u2019elle recommande, ou de collaborer avec une autre congrégation à la rédaction de tel manuel utile ou nécessaire.Et qu\u2019on soumette également ces « produits » à une revision compétente.219 Un comité d\u2019experts en chaque domaine, que nommeront nos autorités scolaires, décidera ensuite, après examen approfondi, quels manuels guideront notre l\u2019enseignement.On aura chance alors d\u2019éviter le favoritisme ou la spéculation qui, semble-t-il, ont influé dans le passé sur le choix de nos manuels scolaires.Il y a belle lurette qu\u2019on aurait dû procéder ainsi.Remarquons cependant que, même sous l\u2019empire de ces précautions, les manuels ne jouiront ni de l\u2019infaillibilité, ni de la faveur ou de l\u2019efficacité absolues; les écoliers auront toujours à trimer; la famille devra offrir une atmosphère propice à l\u2019étude; les instituteurs seront tenus de se cultiver, de se dévouer, de progresser.Et l\u2019on découvrira encore, indéfiniment, matière à critique et à réforme.On saura du moins s\u2019y livrer avec pertinence et espoir de profit.Afin d\u2019écarter toute équivoque, je spécifie que, dans cette brève note, il s\u2019agit surtout de l\u2019enseignement primaire.Tant que des écoliers n\u2019ont pas reçu le minimum d\u2019instruction qui leur permet d\u2019étendre leurs horizons intellectuels, il importe de leur fournir des connaissances imprégnées du parfum des choses dont ils vivent au jour le jour.Parce que nous aspirons à participer intimement à la culture de la communauté française du monde, nous désirons que nos écoliers apprennent le français universel et correct (non pas l\u2019argot de Paname, ni la langue abâtardie des échotiers de la mode ou du sport) ; mais nous désirons qu\u2019ils l\u2019apprennent de nous, non des autres Français.Si cela peut se faire.Et cela peut se faire.Il n\u2019est pas question de bannir tous les manuels qui viennent de la mère patrie.Ni aujourd\u2019hui, ni demain, ni jamais.Ni à l\u2019école primaire, ni à aucun degré de l\u2019enseignement.Nous réclamons seulement le respect de la dignité qui nous appartient comme Français civilisés d\u2019Amérique: le droit et les facilités, puisque nous en avons les ressources, de former nous-mêmes, aussi totalement et parfaitement que possible, par nos propres œuvres et pour leur épanouissement original, les enfants de chez nous.BIBLIOTHEQUE ET ENSEIGNEMENT Edmond DESROCHERS, S.J.IL N\u2019EXISTE PAS, dans la province de Québec, une seule institution d\u2019enseignement aux niveaux secondaire, collégial et universitaire, où les étudiants et les professeurs ont fait l\u2019ensemble de leurs études en profitant d\u2019une bibliothèque centrale, scientifiquement organisée en vue des objectifs pédagogiques de l\u2019institution.Les professeurs, même les professeurs d\u2019école normale, n\u2019ont pas connu d\u2019expérience, pendant leurs propres études, la bibliothèque centrale scolaire ou la bibliothèque centrale d\u2019école normale, c\u2019est-à-dire celle où la coopération de bibliothécaires professionnels compétents permet au corps professoral de tenir compte pédagogiquement des livres et des revues de l\u2019école.Nous avons dans la province environ 3,000 institutions d\u2019enseignement aux niveaux secondaire, collégial et universitaire, chez les catholiques de langue française.Ce monde de l\u2019enseignement, toutefois, ne s\u2019est donné que 400 bibliothécaires professionnels.D\u2019après les plus récentes statistiques publiées, l\u2019Université McGill en possède 44, l\u2019Université de Toronto 57, l\u2019Université de la Colombie britannique 29, tandis que notre Université Laval en a seulement 6, l\u2019Université de Montréal 12 et l\u2019Université de Sherbrooke 1.L\u2019ensemble de nos collèges devraient en avoir au moins 300, ils en ont seulement 40.La grande majorité de nos institutions n\u2019en ont pas du tout.Les Mémoires présentées à la Commission royale d\u2019En-quête sur l\u2019Enseignement reflètent que notre pensée pédagogique n\u2019a pas pris conscience de ce qu\u2019est une bibliothèque ni surtout de ce qui est l\u2019essentiel: son rôle pédagogique.Cependant, le Département de l\u2019Instruction publique a créé un Service des Bibliothèques scolaires.Il a organisé sur la bibliothèque scolaire un cours d\u2019été de 100 heures au bénéfice d\u2019une centaine de professeurs chargés de ces bibliothèques.Il a commencé l\u2019an passé une importante série d\u2019articles dans la revue Instruction publique sur la lecture et sur la bibliothèque scolaire.La Fédération des Collèges classiques travaille depuis des années à obtenir dans les collèges de meilleures bibliothèques.Toutefois, pour stériliser cet effort, il suffit d\u2019un groupe: celui qui au gouvernement approuve les plans d\u2019écoles ou de collèges et peut bloquer ou rendre très médiocres les plans de nouvelles bibliothèques; celui des architectes continuant à concevoir les bibliothèques comme des entrepôts et anni- hilant ainsi leur rendement pédagogique; ou, pis encore, il suffit de commissaires d\u2019école et de supérieurs encore, par l\u2019esprit, à l\u2019époque des gymnases, des cafeterias et des auditoriums, et refusant d\u2019accorder priorité aux locaux d\u2019une véritable bibliothèque.Les Facultés des Arts de Laval et de Montréal, avec leur nouveau programme ou leurs nouveaux règlements, exigent désormais une intense utilisation pédagogique d\u2019une bibliothèque de collège bien organisée, desservie par plusieurs bibliothécaires professionnels compétents.Nos collèges affiliés sont loin de compte enjocaux, collections, personnel et budget nécessaires.Aux États-Unis, les six associations régionales d\u2019universités et collèges habilitées à accorder l\u2019accréditation ont exigé de chaque institution qu\u2019elles accréditent, une bibliothèque ayant un minimum indispensable de qualités.Il faudra ici quelque chose du genre.A moins d\u2019accorder de tels pouvoirs aux Facultés des Arts ou à la Fédération des Collèges classiques et au Département de l\u2019Instruction publique, à moins de prévoir les moyens financiers qui assurent les locaux, les collections et le personnel, il est difficile d\u2019espérer qu\u2019une simple recommandation dans un Rapport de la Commission royale d\u2019Enquête amènera des changements majeurs.Stimulés par la nécessité d\u2019obtenir l\u2019accréditation, les collèges et universités catholiques des États-Unis ont envoyé des professeurs, prêtres, religieux, religieuses et laïcs préparer la maîtrise en bibliothéconomie, le plus souvent en suivant les cours d\u2019été des Écoles catholiques de Bibliothéconomie.Chez nous, les bibliothécaires professionnels sont peu nombreux, ont peu de prestige et peu d\u2019influence.Les éducateurs doivent donc s\u2019occuper eux-mêmes de la création et du progrès de nos bibliothèques.C\u2019est à eux^que revient la responsabilité d\u2019envoyer des professeurs à l\u2019École de Bibliothéconomie de l\u2019Université de Montréal, seule école catholique dans la province à offrir un programme qui conduise à un baccalauréat en bibliothéconomie et à le donner dans un cycle de cours d\u2019été.Il faudra nous résoudre à des changements majeurs si nous voulons que nos institutions d\u2019enseignement secondaire, collégial et universitaire aient dans dix ans le nombre minimum de bibliothécaires professionnels nécessaire et possèdent des bibliothèques capables de soutenir, de nourrir et de faire progresser notre enseignement à tous les degrés.220 RELATIONS Jjotiyon international U.R.S.S.\tTA LUTTE SOVIÉTIQUE CON- I.\u2014 Persecution Ls TRE LA RELIGION ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÉTAPE.Pour la première fois depuis des années, le gouvernement a rendu impossible la célébration de Pâques : « Pour répondre aux désirs des travailleurs, a-t-il déclaré, le Conseil des Ministres d\u2019U.R.S.S.a décrété de transférer le jour de congé du dimanche 29 avril au lundi 30 avril 1962.» (Pravo-slavnaia Rus.15-28^mai 1962.) Le 29 avril, d\u2019après le calendrier julien que l\u2019Église patriarcale de Russie suit encore, c\u2019était Pâques.Quand on sait ce que signifie Pâques pour un Russe, on devine l\u2019horreur qui a dû saisir les pauvres chrétiens devant cette provocation.J\u2019aimerais savoir comment ils ont réagi, car il arrive aux persécutés de montrer souvent un courage héroïque.Qu\u2019on ne se laisse pas impressionner par le mensonge officiel selon lequel la mesure a été prise « pour répondre aux désirs des travailleurs ».Traduisez: pour répondre au désir des athées, le gouvernement a supprimé la Pâque des chrétiens.Les chrétiens, ce jour-là, durent aller travailler car un manquement à_ la discipline du travail en U.R.S.S.est un délit contre l\u2019État.Quant au monde libre, il n\u2019a même pas froncé le sourcil.Dans les Questions philosophiques (avril 1962) publiées par l\u2019Institut philosophique de l\u2019Académie des Sciences d\u2019U.R.S.S., a paru un article considérable de F.N.Oles-chuk sur le Testament athée de Lénin.Olestchuk n\u2019est pas un inconnu.Il fut un des militants les plus en vue de l\u2019Union des Athées militants qui se développa avec un élan extraordinaire durant les dix premières années du stalinisme.Il publiait alors, dans la revue mensuelle de l\u2019Union, Anti-religioznik, des articles qu\u2019il qualifiait de scientifiques.A tort ou à raison, on le prenait pour le bras droit (ou gauche) du président de l\u2019Union des Athées militants, Émilien Yaroslav-skij, historien très en vue du parti communiste jusqu\u2019au jour où il se fit botter par Stalin.Yaroslavskij disparut dans cette obscure disgrâce qui est le lot des communistes russes après leur apogée; quand il mourut, il y a une vingtaine d\u2019années, on lui donna deux ou trois lignes dans une colonne de faits divers; sa comète, après une longue éclipse, réapparaît dans le ciel de l\u2019athéisme militant.Le présent article sur le testament athée de Lénin est celui qu\u2019il donna à la revue Sous le signe du marxisme en mars 1922 sous le titre: « De l\u2019importance du matérialisme militant », Avec la flexibilité d\u2019un patineur de fantaisie, Olestchuk reproche à Stalin d\u2019avoir poussé les gens à.la pratique religieuse! Les violations massives de la légalité durant la période du culte de la personne ont affecté des milliers de familles, et bien des personnes, surtout parmi les groupes moins conscients et moins affermis dans leurs convictions, ont été poussées à perdre confiance dans la vérité et la justice, et à se chercher un refuge auprès de dieu.(P.17.) Dieu avec minuscule, bien entendu! Il y a là de quoi faire sursauter Stalin dans sa deuxième tombe.Avec Khrushchev, les choses ont changé d\u2019allure.Il a sans doute envoyé au pape Jean XXIII un message de félicitations en son 80e anniversaire de naissance; il a encore AOÛT 1962 reconnu que le Pape, pour avoir invité les gouvernements à résoudre leurs différends par des moyens pacifiques, méritait approbation, mais pour la première fois dans toute l'histoire de notre parti, le XXIIe Congrès a inséré dans le Règlement du Parti communiste de l\u2019Union soviétique une directive selon laquelle tout communiste a l\u2019obligation de faire « une lutte décisive à la religion ».(P.20.) Cette directive, pense Oleschuk, est plus qu\u2019opportune.D\u2019autre part, les citoyens soviétiques ont la nausée de cette agitation antireligieuse, qu\u2019on juge plus indispensable que jamais après 45 ans de régime bolchévique.Les sans-Dieu convaincus qui luttent à fond sur le front athée se font rares! Surtout chez les gens cultivés.Notre affaire, disent-ils, c\u2019est la science et non l\u2019agitation et la propagande.Même à la Société pour la diffusion des connaissances politiques et scientifiques qui réunit plus d\u2019un million de spécialistes des secteurs les plus variés des connaissances humaines, seul un petit cercle d\u2019athées professionnels s\u2019occupe de la propagande antireligieuse.Les sections de physique, de chimie, d\u2019astronomie, de biologie, d\u2019histoire, et même de philosophie préfèrent se tenir à l\u2019écart.Olestchuk leur rappelle que la théorie en U.R.S.S.est étroitement unie à la pratique et que la lutte contre la religion n\u2019est pas moins importante, tenez-vous bien! que « la lutte contre le néo-kantisme, le freudisme et le néo-thomisme » (p.20).Des néo-thomistes en U.R.S.S., et qui pèsent tellement lourd que, pour les combattre, les philosophes officiels laissent tomber la lutte contre la religion! D\u2019étranges tressaillements doivent remuer les profondeurs de ce maquis intellectuel; on s\u2019explique plus aisément l\u2019explosion de volcans littéraires comme le docteur Zhivago.Après 45 ans de régime soviétique, la lutte antireligieuse est devenue « plus difficile et compliquée » (p.18).La religion a rajusté son apologétique au développement scientifique du pays; elle est devenue plus souple et intelligente.L\u2019Église orthodoxe soviétique veut être présente partout; elle fait loyalement la politique du gouvernement, ce qui témoigne peut-être plus de son habileté que de son courage.A New Delhi, au Conseil mondial des Églises ou à la Conférence chrétienne pour la défense de la paix, elle défend les intérêts de l\u2019U.R.S.S.avec autant de souplesse que de vigueur.Elle travaille à faire reconnaître par les chrétiens d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine et par certains chrétiens gauchistes d\u2019autres pays, que les intérêts soviétiques coïncident avec l\u2019idéal chrétien.Ëlle donne d\u2019énormes gages au gouvernement; celui-ci, néanmoins, lance contre elle toute sa puissance, autant celle du parti que celle de l\u2019administration.Ici, il faut citer textuellement: La lutte contre la religion doit être menée systématiquement, de façon organisée, d\u2019après un plan, en y attirant les forces de toutes les organisations et institutions, en utilisant toutes les méthodes et manières, én y faisant participer tous les groupes et secteurs de la population, surtout la jeunesse et les croyants eux-mêmes.Il va de soi, que dans ces conditions (c\u2019est moi qui souligne, J.L.), la propagande individuelle devra prendre une place importante dans la lutte contre la religion, en tenant 221 compte des raisons concrètes pour lesquelles chaque croyant individuel fait de la religion.Durant les dernières années, la propagande scientifique athée est devenue notablement plus forte; il y a eu plus de conférences, on a organisé des séminaires et des cours afin de préparer les orateurs qui traiteraient de sujets antireligieux; les éditeurs ont publié plus de matériel de propagande.La récente conférence pan-soviétique, organisée par la Société constituée pour la diffusion des connaissances politiques et scientifiques, par le Comité central des Jeunesses communistes, le ministère de la Culture de l\u2019U.R.S.S.et le Conseil central des Syndicats soviétiques, a montré qu\u2019on a eu du succès dans la lutte contre les survivances religieuses.A la demande des masses qui se sont détachées de la religion, on ferme des maisons de prière.Il y a un nombre considérable de villes et de districts où il n\u2019y a plus une seule maison de prière, plus un seul ministre du culte.De plus en plus les ministres du culte eux-mêmes rompent avec la religion, même ceux qui sont en vue comme A.Osipov, qui avait été professeur à l\u2019Académie ecclésiastique de Léningrad.Récemment, trois séminaires ecclésiastiques ont été fermés faute de candidats.Dans une série d\u2019endroits, on a introduit avec succès des fêtes, cérémonies et coutumes nouvelles, antireligieuses.Dans les républiques baltes, où domina le catholicisme, et où l\u2019influence des prêtres catholiques avait été jusqu\u2019ici très forte, quand les enfants arrivent en âge, on marque l\u2019événement non plus par la confirmation religieuse, mais par des cérémonies et solennités laïques.Il reste pourtant beaucoup de lacunes et d\u2019insuffisances dans l\u2019éducation athée des travailleurs.On ne donne pas à l\u2019activité grandissante des gens d\u2019Eglise, surtout à ceux des petites sectes, la réplique nécessaire et immédiate.Ce texte qui rappelle les pire divagations des sans-Dieu militants prouve ceci; pour F.N.Olestchuk, pour la revue Questions philosophiques qui tire à 26,900 exemplaires, pour l\u2019Académie des Sciences, pour le parti communiste d\u2019U.R.S.S.et pour le Gouvernement soviétique, la coexistence pacifique avec la religion veut dire sa destruction complète.On voit par là ce que valait le télégramme de Nikita Khrushchev au pape Jean XXIII à l\u2019occasion de son 80° anniversaire; ceux qui savent lire ont saisi tout de suite que, malgré F.N.Olestchuk, malgré la revue Questions philosophiques, malgré l\u2019Académie des Sciences, malgré le parti communiste d\u2019U.R.S.S.et le Gouvernement soviétique, la religion en U.R.S.S.est bien vivante et que la propagande antireligieuse a fini par assommer tout le monde.II.\u2014 Mater et Magistra JA MÊME LIVRAISON Lj DE LA REVUE {avril 1962) consacre un article de 17 pages au « nouveau programme social du Vatican »; il s\u2019agit de l\u2019encyclique Mater et Magistra {pp.85-96).Il y a par page de 50 à 60 lignes; c\u2019est donc une pièce considérable; l\u2019auteur, L.N.Velikovich, réfute l\u2019encyclique plutôt qu\u2019il en expose la doctrine.Essayons de dégager les idées principales de l\u2019article, tout en rectifiant quelques inexactitudes majeures.1.\tL\u2019encyclique succède à Rerum novarum et à Quadra-gesimo Anno; c\u2019est « un document politique^ plutôt que religieux; il y est question des rapports de l\u2019Église catholique avec le développement économique et social bien plus que de religion ».Les « auteurs de l\u2019encyclique » ont évité les expressions sévères et les attaques contre le communisme; le mot « communisme » n\u2019y est même pas; néanmoins, « toute l\u2019encyclique est inspirée par l\u2019esprit de l\u2019anticommunisme; c\u2019est un essai de base idéologique pour l\u2019anticommunisme L On n\u2019y trouve pas davantage le mot « capitalisme ».La presse de tous les pays a fait grand bruit autour de Mater et Magistra.Le Bureau directeur du Parti social démocrate d\u2019Allemagne 1.\tL\u2019encyclique n\u2019entendait pas condamner une fois de plus le communisme mais exposer de façon positive la doctrine sociale de l\u2019Église.Velikovitch, qui rapporte tout au communisme, finira par apprendre que le développement économique et social ne peut divorcer d\u2019avec la morale ni donc d\u2019avec la religion.remercia Jean XXIII de son encyclique.Le Pape aurait déclaré qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019incompatibilité entre la doctrine catholique et les positions fondamentales de la démocratie-sociale en politique et économique.Après avoir rapporté, d\u2019après le Monde du 15 septembre 1961, comment Jean XXIII aurait fait rédiger l\u2019encyclique, il croit savoir que le but aurait été d\u2019enrayer les progrès des idées communistes à travers le monde et de sauver le capitalisme.« L\u2019encyclique est le programme catholique et idéologique du capitalisme contemporain; son but est de neutraliser, d\u2019affaiblir l\u2019influence de l\u2019idéologie communiste sur les masses.» (86.) L\u2019encyclique est un « programme pour défendre et sauver le capitalisme » (87), etc.Seul un communiste pouvait imaginer chose pareille 2.2.\tLa seconde section de cet article est la plus importante (171 lignes) et prétend résumer la pensée sociale de Mater et Magistra.On y trouve cinq importantes citations: sur le contraste inadmissible entre la misère de la majorité et le luxe d\u2019une minorité de privilégiés, sur les facteurs qui déterminent le juste salaire, sur les principes qui gouvernent la collaboration entre les ouvriers et la direction de l\u2019entreprise, sur le droit de propriété privée, sur la diffusion de la propriété privée.Cette dernière citation est la plus longue.L\u2019auteur y voit la base idéologique d\u2019un « capitalisme populaire »; il pense, lui, qu\u2019il faut commencer par supprimer tout capitalisme afin d\u2019arriver au communisme qui, pour lui, constitue le véritable progrès.Il ne répond pas à une objection qui pèse très lourd dans la pensée de beaucoup: à savoir que le communisme actuel n\u2019est autre chose que le capitalisme d\u2019État, et le plus opprimant des capitalismes, surtout quand l\u2019État, c\u2019est Stalin.Il n\u2019a pas relevé, non plus, le passage où Jean XXIII traite de la socialisation de la production.3.\tA la question agraire Velikovich consacre 45 lignes.Il reproche au Pape de ne pas avoir proposé la réforme agraire par la suppression des grosses propriétés; pas étonnant, pense-t-il, car « le Vatican est lui-même un gros propriétaire terrien 3 ».Les mesures proposées par Jean XXIII ne seraient que des palliatifs: « Ces demi-mesures sont couronnées par l\u2019appréciation pharisaïque du travail des cultivateurs proposée par l\u2019encyclique: « Les paysans peuvent aisément se persuader combien leur labeur est noble.Il se fait dans le temple majestueux de la création, en relation continue avec la vie des plantes et des animaux.» C\u2019est la seule citation sur le sujet.Velikovich ne paraît pas savoir que la collectivisation des terres, en U.R.S.S., fut une des opérations les plus meurtrières de ce stalinisme aujourd\u2019hui si décrié, même en U.R.S.S., que les « communes » chinoises n\u2019ont pas meilleure réputation, et que nombre de pays « socialistes » viennent s\u2019approvisionner en blé au Canada et aux États-Unis.Les mesures proposées par Jean XXIII méritaient une étude plus attentive.4.\tIl s\u2019étend davantage sur la partie où l\u2019encyclique traite de l\u2019aide aux pays sous-développés.Deux citations intéressantes: l\u2019une, sur la grande détresse de ces pays; l\u2019autre, sur le danger de profiter à des fins politiques de l\u2019assistance qu\u2019on fournit.Il reproche aux « auteurs de l\u2019encyclique », c\u2019est-à-dire au pape Jean XXIII qui en a pris l\u2019entière responsabilité, de ne pas avoir poussé son analyse jusqu\u2019au bout et de ne pas avoir proclamé que « le retard économique des pays d\u2019Asie et d\u2019Afrique est le résultat de la longue domination 2.\tLe communiste voit toutes choses en fonction du communisme; il est incapable d\u2019étudier objectivement un programme.Quant à la force des « idées » communistes, on sait ce que valaient les « idées » durant les trente ans du stalinisme.3.\tIl doit avoir en vue la ferme de Castelgondolfo! C\u2019est une exploitation agricole minuscule.222 RELATIONS des colonisateurs »; cela, parce que « l\u2019Église catholique fut l\u2019alliée et la complice du colonialisme ».L\u2019encyclique « non seulement ne soutient pas la lutte des peuples pour l\u2019indépendance nationale, mais elle bénit les guerres coloniales conduites contre les peuples amis de la liberté » (p.92).On n\u2019a à discuter ici ni le rôle des États colonisateurs, ni celui des États libérés.Ils ont leur tribune aux Nations Unies avec ou sans l\u2019accompagnement des coups de semelle de M.Khrushchev.Quand nos missionnaires catholiques quittèrent leurs familles et leurs pays, ils apportèrent avec eux leur dévouement, leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs dispensaires, leurs imprimeries.Ils firent une œuvre magnifique surtout dans l\u2019Afrique noire qu\u2019ils menèrent du pagne au frigidaire.Leur œuvre accomplie, ils remirent le tout entre les mains du clergé autochtone qu\u2019ils avaient formé.Le Congo était presque mûr pour l\u2019indépendance quand Patrice Lumumba devint communiste, puis secrétaire des Jeunesses communistes d\u2019Afrique centrale.A ce titre, il fit son cours d\u2019espionnage et de sabotage à Prague en 1950-1951 avec Raul Castro, Alain Araujo et d\u2019autres.Quand il revint, il organisa au profit de ses éducateurs ce fantastique chambardement qui vida le Congo de ses finances, terrorisa ses instituteurs, fit d\u2019innombrables victimes et créa ce désordre qu\u2019il faudra des années à réparer.Quand il cessa d\u2019être utile, il fut tué.Sa tâche était finie.Stalin se fit appeler souvent le Père des Peuples d\u2019U.R.S.S.Les communistes d\u2019aujourd\u2019hui nous expliquent qu\u2019il fut le premier des oppresseurs et des assassins.Khrushchev, lui, voudrait qu\u2019on l\u2019appelât le Père des Peuples sous-développés; il continue l\u2019œuvre de son sanglant prédécesseur.Les missionnaires catholiques continuent au risque de leur vie à préparer la magnifique relève de couleur.C\u2019est elle qui baptise, éduque et conduit les peuples au bonheur humain en attendant le jugement de Dieu.3.Trois citations résument la doctrine de Mater et Magistra sur la paix et la guerre.Celle-ci, surtout, agace les bolchéviques: « La confiance mutuelle entre les hommes et les États ne peut naître et grandir que par l\u2019acceptation et le respect d\u2019un code moral, mais ce code ne trouve sa force qu\u2019en Dieu.» Aussi, disent-il, le Pape aide les impérialistes dans la guerre froide.La bulle papale récemment publiée pour convoquer le concile œcuménique de 1962 appelle à la lutte contre « l\u2019athéisme militant » qui opère sur une base mondiale.Evidente tentative d\u2019attirer les croyants à la lutte contre l\u2019athéisme comme contre le principal ennemi et par le fait même, de justifier l\u2019activité des impérialistes qui menacent la paix et la sécurité des peuples.(95.) L\u2019œuvre pacifiste des Soviets vaut ce qu\u2019elle vaut.Si l\u2019Union soviétique était réduite aux dimensions de l\u2019État du Vatican, avec une armée rouge équipée comme sont les gardes suisses, il serait plus facile de croire au désintéressement communiste.Il y aurait beaucoup à dire sur l\u2019article de Velikovitch.Disons-lui au moins notre reconnaissance, pour avoir fait connaître aux intellectuels soviétiques l\u2019existence de Mater et Magistra.Il aura certainement éveillé leur curiosité car on sait lire entre les lignes, là-bas.Si on pouvait abandonner cette idiote propagande antireligieuse à des émergumènes comme F.N.Olestchuk, et causer sociologie entre gens intelligents, et si le parti communiste et le gouvernement soviétique pouvaient simplement laisser en paix la religion, on pourrait peut-être dialoguer.Signalons ce commencement d\u2019espérance.Il est peut-être dû au concile œcuménique qui déjà, avant de commencer, a d\u2019étonnantes résonances.Joseph Ledit.AOÛT 1962 AU SERVICE DU FRANÇAIS Nous corriger, enfin ! 3 LINGUISTES FRANÇAIS déplorent le sabotage de la langue auquel se livrent, entre autres, les journalistes de Paris et de la province.A preuve, les chroniques offertes au Devoir (qui les demande sans doute) par M.Robert Le Bidois; celle, en particulier, qui parut le 27 juin dernier.Mystère, alors, \u2014 d\u2019entêtement, d\u2019incompétence ?\u2014 que la répétition, dans le même journal, des fautes signalées et corrigées déjà soit par le grammairien français, soit par l\u2019expert de l\u2019équipe, le pertinent Empédocle.Nous tous qui prétendons avoir à cœur le salut du français, ne commencerons-nous pas, enfin, à donner l\u2019exemple ?Si nous continuons \u2014 et il importe de continuer \u2014 à redresser les gauchissements que « les autres » infligent à notre langue, ayons la décence de nous amender nous-mêmes et de ne pas récidiver.Ou bien, que l\u2019honnêteté nous inspire la résolution de renoncer à la critique, si nous n\u2019avons pas la liberté de renoncer à noircir du papier.Le directeur et le correcteur (s\u2019il y en a un) du quotidien dans lequel on imprime les articles de M.Le Bidois, les commentaires d\u2019Empédocle, les plaidoyers impérieux de M.Jean-Marc Léger ne peuvent-ils vraiment apprendre à leurs collaborateurs qu\u2019on ne « fait » pas une maîtrise, mais qu\u2019on Y obtient à l\u2019université; qu\u2019un grade accordé à un candidat insuffisamment instruit ne se qualifie pas de grade « à », mais au rabais; que les Canadiens anglais ne « contrôlent » pas la compagnie d\u2019électricité de Shawinigan (malgré la tolérance du Petit Larousse sur ce point), mais qu\u2019ils en possèdent les capitaux, la direction; qu\u2019un rapport ne s\u2019inscrit pas « dans le cadre du thème » (!) d\u2019un congrès, \u2014 singerie paresseuse d\u2019un baragouin de cuistre, \u2014 mais développe, traite, explique ce thème; qu\u2019une troupe de théâtre (à l\u2019Anjou par-dessus le marché) ne « débute pas une saison » (monstruosité), mais Yinaugure, l\u2019ouvre ou, bonnement, la commence; qu\u2019après les observations communiquées par le directeur de notre Office de la Langue française, on doit parler non du « service civil », mais de la fonction publique, non du « patronage », mais du favoritisme, du népotisme ou, selon le cas, de la gabegie dont se rendent coupables ministres ou députés; que, dans une réunion où l\u2019on pérore et discute en plusieurs langues, il ne s\u2019agit jamais de présenter une « traduction », mais une interprétation simultanée (la traduction digne de ce nom requiert un temps et une réflexion dont ne dispose pas celui qui, au fur et à mesure, reformule dans une langue des pensées exprimées d\u2019abord dans une autre langue) ?Faudra-t-il jusqu\u2019à la fin du monde pester contre le pléonasme des ignorants qui « défraient » le « coût » ou les « frais » d\u2019une action ou d\u2019une chose ?Défrayer, comme l\u2019indique la composition de ce verbe, signifie: acquitter, payer le coût, les frais.On défraie donc un cours d\u2019études, un voyage, l\u2019achat d\u2019une maison, l\u2019exécution d\u2019un projet.Enfin, y a-t-il moyen de comprendre qu\u2019à Montréal, « la deuxième ville française du monde » (!), un journal, dont la rédaction se pique de refléter la culture de nos « élites » (!), méprise le français au point de jeter à la face de ses lecteurs cette gaffe syntaxique: « le combat (en Algérie) reprenait de plus bel » ?En consultant le Petit Larousse, même un enfant trouve la locution de plus belle, avec son sens: de plus en plus, et il devine le mot sous-entendu, manière ou façon.Nos journalistes cultivent volontiers le style sans-façon.J.d\u2019Anjou.223 L'ACTUALITÉ POLITIQUE LE SUCCES DES CREDITATES Émile BOUVIER, S.J.ECANADA se remet à peine, après un mois, de la surprise de l\u2019élection fédérale du 18 juin.Qui aurait cru que, dans une lutte à quatre, un modeste vendeur d\u2019automobiles du Québec remporterait dans sa province vingt-six sièges?Après avoir été traités de naïfs, d\u2019insignifiants, de dupes, M.Réal Caouette et ses vingt-cinq créditâtes, sans l\u2019appui ni de caisses électorales, ni de l\u2019élite intellectuelle, de la presse, de la télévision et de la radio, ni l\u2019appui des chefs des centrales syndicales, ont percé la ligne apparemment infranchissable de l\u2019arène fédérale.Et maintenant, maîtres de la bascule du pouvoir, ils inspirent la crainte et la confiance.Libéraux, conservateurs, journalistes, financiers redoutent ce spectre qui menace déjà les prochaines élections.Dans un éditorial du 21 juin, le Devoir affirmait que « la victoire créditiste est un phénomène spécifiquement canadien-français ».Elle signifierait que, du point de vue politique, les vieux partis ont perdu leur emprise sur la masse et que, du point de vue social, les Canadiens français manquent de confiance dans les solutions qu\u2019ils offrent aux problèmes majeurs comme ceux du chômage, de l\u2019impôt et de la sécurité.Un état-major nouveau, libre, sans liens financiers monte et aspire à remettre le Canada en équilibre.Il n\u2019a point d\u2019expérience.Peut-on quand même faire confiance à cette équipe ?De partout, de la part d\u2019hommes sérieux et avertis, les questions fusent, des doutes se multiplient.Peut-on prendre le risque ?Question épineuse que seuls les actes et les faits trancheront.Pour le moment, distinguons entre les hommes et la théorie elle-même du crédit social.Les hommes, sans aucun doute, se sont signalés par la ténacité, le dévouement et surtout par la mystique et la conviction personnelle, et ici nous englobons tous les précurseurs du crédit social.Depuis 1936, dans toutes les régions de la province, ces volontaires ont sacrifié leurs aises, leur argent, leurs loisirs pour se donner à cette croisade contre les abus du capitalisme et la dictature financière.Ils ont eu la patience de former des cellules familiales et de parcourir les rangs de nos campagnes pour prêcher une distribution plus juste de la richesse.Le porte-en-porte, les congrès régionaux, le dialogue quotidien avec la masse des cultivateurs, des ouvriers, et des journaliers donnent leur fruit.Journal, feuillets, cours, cercles, discussions, ils n\u2019ont rien épargné pour mener à bien l\u2019éducation du peuple.Ils l\u2019ont amené à se renseigner, à étudier, à discuter et ainsi, par leur dévouement et leur sincérité, ils ont gagné le suffrage populaire.En dépit de divisions internes et de chicanes de familles, avec des moyens de fortune, un régime de vie et de voyages modeste, ils ont prôné par leurs convictions et leurs gestes, le désintéressement et la sincérité dans le service de la chose publique.Le vote du 18 juin a reconnu ces mérites.Ce qui inquiète leurs amis et leurs sympathisants, c\u2019est que dans la conduite des affaires de l\u2019État, ni la bonne volonté ni la sincérité ne suffisent seules.En plus du caractère, il faut des esprits qui voient juste, clair et loin.Les nouveaux élus réalisent-ils que le peuple a voté pour les hommes et non pour la théorie créditiste?Car cette théorie économique sur laquelle repose la réorganisation de la société par l\u2019application du théorème A + B, l\u2019escompte compensé et le dividende national, a été classée depuis trente ans par les économistes les plus sérieux.Les électeurs en leur faisant 224 confiance se sont probablement laissé guider par l\u2019expérience créditiste de l\u2019Alberta.Or, quoiqu\u2019au pouvoir depuis vingt-sept ans, ni Aberhardt, ni Manning n\u2019ont réalisé dans la pratique la théorie créditiste; ils ont simplement appliqué les principes d\u2019une saine administration provinciale.De fait, leur premier essai d\u2019escompte compensé et de dividende échoua après un mois.Aussitôt ils concentrèrent leur activité sur une administration publique sans pot-de-vin, ni patronage, ni passe-droit.Et c\u2019est ce qui fit leur succès.Dans leurs discours de la récente campagne, les candidats créditistes n\u2019ont pas dissipé toute inquiétude à ce sujet.Si l\u2019on examine les principes de base de leur politique, formulés par le chef national, M.Robert Thompson, et par le chef national adjoint, M.Réal Caouette, dans leur déclaration conjointe au lac Beauport le 29 juin dernier, ils ont fait silence sur le célèbre théorème, l\u2019escompte et le dividende national qu\u2019ils ne mentionnent même pas.Se seraient-ils libérés en leur idéologie de leurs erreurs économiques ?Même si leur programme paraît incomplet, qui peut s\u2019objecter à ce que soit reconnue la primauté de l\u2019âme humaine, de la personne, de la famille, comme ils le mettent de l\u2019avant ?Il faudrait même les en féliciter.Citons: 1.\tL\u2019être humain est la créature la plus précieuse de toute société organisée.Puisque l\u2019homme est une créature divine douée d\u2019une âme, il a des droits indéniables vis-à-vis des biens spirituels et temporels et ceux-ci doivent être respectés et sauvegardés intégralement.Le Crédit social s\u2019oppose irrévocablement au communisme, au fascisme et à toute forme de gouvernement totalitaire qui rend l\u2019individu esclave de l\u2019Etat.Il est opposé à toute organisation politique qui ne s\u2019occupe que des intérêts particuliers et égoïstes.Le Crédit social reconnaît la primauté de la famille comme base de la société et le foyer comme le pilier de la civilisation chrétienne.Le but de l\u2019industrie est de procurer la richesse véritable.Nos industries et nos commerces n\u2019existent que pour produire et distribuer des marchandises et des services à tous et à chacun des consommateurs, avec la plus grande économie de ressources matérielles et humaines.2.\tLe rôle d\u2019un gouvernement élu et responsable est de fournir au peuple les résultats qu\u2019il désire dans l\u2019administration des affaires publiques, en autant qu\u2019ils soient physiquement possibles et moralement souhaitables.3.\tTout homme doit avoir la possibilité de choisir librement parmi les choses moralement bonnes.La sécurité économique ne doit pas être une entrave à l\u2019exercice de cette liberté; elle doit, au contraire, en favoriser l\u2019expression entière.A l\u2019article 4, ils répètent leur célèbre leitmotiv: « Il faut rendre financièrement possibles les choses physiquement réalisables ».Ici, que les créditistes se méfient de l\u2019erreur à vouloir émettre le crédit sur la production selon la thèse de Douglas! Il serait peut-être plus sage et plus sûr de suivre l\u2019Europe qui leur donne des exemples patents de relèvement économique et social par la saine orientation du crédit par les banques centrales.Ainsi la France par son Quatrième Plan économique qui couvre la période 1962-1965, est-elle en train de relever la production et l\u2019embauchage \u2014 au delà de 930,000 emplois de plus en 1965 \u2014 par une planification volontaire, libre, guidée par les classes professionnelles et appuyée par une saine politique de crédit de la Banque de France.Ici, les créditistes pourraient se dégager des ornières et innover de façon constructive sans céder à l\u2019illusion et à l\u2019utopie.RELATIONS / En outre, l\u2019attraction américaine domine l\u2019économie canadienne.Les États-Unis contrôlent les industries fortement rentables tandis que le Canada domine l\u2019industrie des services publics déficitaire.Ici encore les créditistes pourraient rétablir l\u2019équilibre de la balance commerciale en gardant au Canada les revenus formidables qui alimentent les coffres étrangers.En outre, ils veulent « restreindre le taux d\u2019intérêt excessif sur les achats à crédit et mettre un frein aux pratiques financières injustes.» Ici nous applaudissons; ils peuvent freiner aussi certains monopoles et pouvoirs concentrationnaires, freiner une politique arbitraire des prix qui recourt à l\u2019usage des kick backs camouflés par des prêts au rabais.Qu\u2019ils apportent au chômage une solution énergique et courageuse selon la méthode française actuelle et ils gagneront définitivement la confiance du peuple.Qu\u2019ils soient favorables à l\u2019entreprise libre, soit! mais que cette entreprise évolue selon un programme de planification nationale, provinciale et régionale qui assure la sécurité par la splendeur de l\u2019ordre.Si les créditistes abandonnent la théorie monétaire et centrent la volonté nationale sur l\u2019équilibre entre les secteurs d\u2019activités économiques, entre les investissements productifs et les investissements sociaux, entre la planification et la liberté par le concours des classes ouvrières, patronales et agricoles, ils s\u2019engageront dans une voie sûre.A eux de s\u2019entourer de cerveaux qui les éclairent et les guident dans la poursuite de leur objectif.Voilà un démarrage qui donnera confiance ! L'ECONOMIE ESQUIMAUDE AU NOUVEAU-QUÉBEC -1 Michel BROCHU IES RÉGIONS à économie attardée ou sous-développée sont presque toujours des régions à économie unique, c\u2019est-à-dire n\u2019ayant qu\u2019un seul grand type d\u2019activité économique: c\u2019est précisément le cas du Nouveau-Québec.En effet, l\u2019économie des postes esquimaux du Nouveau-Québec est essentiellement orientée vers la chasse et vers la pêche.Ceci est corroboré par l\u2019examen des cartes économiques de Y Atlas du Canada de 1958 qui montre l\u2019absence absolue de toute exploitation minière, de toute usine ou fabrique en quelque domaine que ce soit: produits alimentaires, produits métalliques, usines de transformations; de 1958 à 1962, rien dans ce tableau n\u2019a changé si ce n\u2019est la construction d\u2019un entrepôt frigorifique à Havre-Turquetil et à Port-Nouveau-Québec pour la conservation de l\u2019omble de l\u2019Arctique avant son expédition vers les villes durant l\u2019été.C\u2019est donc à partir de cette constatation de base que nous étudierons les grands traits de l\u2019économie du Nouveau-Québec.I.\u2014 LES FAITS A.La chasse et la pêche: le problème de l'économie unique Le fait que l\u2019économie du Nouveau-Québec repose sur une économie unique fondée sur la pêche et la chasse n\u2019est pas sans poser de graves problèmes; en effet, les années où le renard et le phoque sont abondants, les Esquimaux arrivent à vivre convenablement, mais les années où, soit le caribou, soit le phoque, soit le renard font défaut, les Esquimaux se voient souvent au seuil de la misère et ne peuvent espérer se rattraper sur rien d\u2019autre; dans un passé encore tout récent, entre 1900 et 1940, ils ont subi plusieurs famines si graves que plusieurs d\u2019entre eux sont morts de faim au sens littéral du mot et que la plupart des survivants ont dû, pour subsister, manger des chiens affamés et jusqu\u2019à des cordages et des traits en peau de phoque.Il est vrai que les Esquimaux sont partiellement responsables de la gravité des famines qui les éprouvent; c\u2019est le fait de leur conception de la vie au jour le jour, de leur imprévoyance à faire des réserves de nourriture, quand la chasse est bonne, et, surtout peut-être, de leur incapacité à dépenser judicieusement l\u2019argent qu\u2019ils gagnent et encore moins à économiser.Le problème est aggravé du fait que les Blancs ont faussé le mécanisme de l\u2019économie esquimaude en introduisant AOÛT 1962 l\u2019appât du gain et en établissant les Esquimaux sous la dépendance du magasin de la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson en leur créant des besoins nouveaux.Voici, à ce sujet, le témoignage du R.P.Buliard, O.M.L, dans un mémoire au ministère du Nord canadien à Ottawa, le 10 mai 1952: Le coût croissant des allocations provient du fait que les Blancs ont fait des Esquimaux des trappeurs: des trappeurs dont le temps est consacré essentiellement à cette nouvelle et périlleuse façon de gagner sa vie; des trappeurs dont les captures se révèlent souvent insuffisantes à cause des profits indus réalisés sur eux par les traitants dans le passé.De plus, le changement de vie et l\u2019importation insensée de toutes sortes de marchandises ont créé des besoins nouveaux chez les Esquimaux et le goût de certains aliments (pas tous sains) ; systématiquement le commerce a gâté les Esquimaux les rendant esclaves de choses dont ils n\u2019avaient pas senti le besoin auparavant.Le R.P.Buliard poursuit plus loin dans le même mémoire: Le déclin de l\u2019indépendance a été causé par notre politique commerciale; même s\u2019ils n\u2019en sont pas tellement conscients, les commerçants ont toujours souhaité garder les Esquimaux dans la dépendance comme dans une gangue.Le trappage a éloigné les Esquimaux de la chasse qui assurait leur subsistance, le commerce leur a donné de nouveaux besoins, l\u2019âpreté au gain leur a enlevé un peu de cette indépendance que l\u2019aisance leur aurait assurée.Les commerçants se sont rendus indispensables (comme ils le voulaient) et leurs marchandises même inutiles sont maintenant devenues pour les Esquimaux nécessité essentielle.B.Revenus exceptionnels ou d'appoint Dans la plupart des postes, la sculpture est devenue, depuis quelques années, un appoint intéressant, quoique secondaire; il y a cependant une exception: celle du poste de Povungnituc où, grâce à la coopérative fondée par le R.P.André Steinmann, O.M.L, les revenus tirés de la sculpture sur stéatite (pierre à savon) et sur ivoire de morse équilibrent, à peu près, ceux que donnent la chasse et la pêche.Quelques Esquimaux par poste sont employés à salaires fixes par certains organismes: Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson le ministère des Transports; quelques familles de Notre-Dame-de-Koartac travaillent au poste de radio de cap Dollard-des-Ormeaux (Cap Hopes Advance) et de l\u2019île Resolution; d\u2019autres pour le ministère du Nord, dans divers postes.Au total, là où il y a des Blancs, il y a en moyenne 1 ou 2 chefs de familles esquimaudes à leur emploi; dans les 225 postes de Fort-Chimo, de Grande-Baleine et Port-la-Pérouse, le nombre des chefs de familles employés par les Blancs est plus élevé: de 5 à 10.Il reste plusieurs postes où aucun Esquimau n\u2019est employé de façon régulière; il s\u2019agit de Havre-Turquetil (Port Burwell), Port-Nouveau-Québec (George River), Lomer-Gouin (Hopes Advance), François-Babel (Baie Payne) et des Esquimaux des îles Belcher.C.Commerce Dans le domaine commercial, il n\u2019y a qu\u2019une maison, qu\u2019une firme à succursales multiples dans le Nouveau-Québec et c\u2019est la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson; elle a des comptoirs principaux à Fort-Chimo, Sugluc, Povungnituc, Port-la-Pérouse et Grande-Baleine et des comptoirs secondaires sous la direction d\u2019un représentant esquimau à Port-Nouveau-Québec, à Sainte-Anne-de-Maricourt (Baie Wake-ham) et à Notre-Dame-d\u2019Ivugivic.Ce monopole commercial exclusif et absolu est une autre caractéristique de cette région à économie unique qu\u2019est le Nouveau-Québec.Il est à noter que la situation est encore pire qu\u2019elle ne l\u2019a été dans le passé, c\u2019est-à-dire à la fin du xix° siècle et au début du xxe siècle, alors que deux maisons se faisaient concurrence: les compagnies Révillon Frères et de la Baie-d\u2019Hudson; les Esquimaux pouvaient alors traiter au magasin de l\u2019une ou l\u2019autre compagnie, lesquelles avaient intérêt à ne pas abuser les Esquimaux par des prix trop élevés; mais depuis l\u2019élimination progressive de la maison Révillon Frères achevée autour de 1903, la compagnie de la Baie-d\u2019Hudson est seule dans la place comme d'ailleurs dans tout l\u2019Arctique canadien et fixe, à son gré, les prix du renard et celui des articles d\u2019importation et peut refuser crédit aux Esquimaux.Au cours des années difficiles, elle peut même aller jusqu\u2019à acculer ceux-ci à la famine et à mourir de faim comme cela est arrivé à Fort-Chimo.Dans ce territoire du Nouveau-Québec, grand comme la moitié du Québec, il n\u2019y a donc aucun autre commerce quel qu\u2019il soit: épicerie, boucherie, mercerie, cordonnerie, boutique de coiffeur ou succursale de banque.Au point de vue commercial, le Nouveau-Québec en est vraiment au stade le plus primitif qui soit, et le système du troc est encore pratiqué entre les Esquimaux et souvent entre Blancs et Esquimaux.D.Essor des coopératives L\u2019introduction du système coopératif est en train d\u2019améliorer d\u2019une façon certaine l\u2019économie esquimaude.Deux de ces coopératives ont été établies sous l\u2019égide du Gouvernement du Canada, l\u2019une à Havre-Turquetil (Port-Burwell), l\u2019autre, à Port-Nouveau-Québec; les deux coopératives comprennent un entrepôt frigorifique d\u2019une capacité de 9,000 kg et ont pour but d\u2019aider la vente du poisson: saumon ou truite saumonée, sur les marchés du Sud; la coopérative de Port-Nouveau-Québec comprend en plus une scierie qui fonctionne au printemps et en été; le bois est coupé en hiver en amont de la rivière.Le ministère du Nord canadien a aussi mis sur pied une scierie coopérative à Fort-Chimo dont les activités devaient commencer au cours de l\u2019été 1962.Une troisième coopérative existe à Povungnituc.Elle a été fondée par le R.P.André Steinmann, O.M.L; il s\u2019agit essentiellement d\u2019une coopérative d\u2019artisanat esquimau dont les principales activités sont la sculpture sur stéatite et sur ivoire, la gravure et la confection de vêtements esquimaux.Il est question que cette coopérative s\u2019étende aussi à la consommation; de ce fait, elle entrerait directement en concurrence avec la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson.Le succès de cette première initiative dans le domaine de la consommation est assuré à l\u2019avance parce que, dans l\u2019état actuel des choses, il n\u2019est pas difficile de vendre moins cher que ce monopole.Ajoutons que seul le système coopératif peut faire une concurrence efficace à la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson.Inutile de souligner que ce sont les Esquimaux eux-mêmes qui sont les directeurs de leurs coopératives et que peut-être le plus beau résultat de cette initiative a été, nous disait le R.P.Steinmann, de donner le sens de la dignité et de l\u2019indépendance aux Esquimaux; ils avaient perdu ce sentiment depuis l\u2019arrivée des traiteurs blancs dans le Nord.(A suivre.) Décidément, la vie n\u2019est pas rose.Six mois après la conférence de Varsovie, le Comecon (Comité d\u2019entraide économique) s\u2019est de nouveau réuni, cette fois à Moscou, en séance extraordinaire puisqu\u2019y participèrent non seulement les responsables mais les chefs de gouvernement et les premiers secrétaires des partis communistes.Avec le printemps et le temps des semailles, il est dans la tradition soviétique de dédier un hymne à l\u2019âge d\u2019or du communisme.En mai 1957, Krouchtchev affirmait que 226 l\u2019U.R.S.S.pouvait «_dans les deux ou trois prochaines années » rattraper les Etats-Unis « en ce qui concerne la production par tête d\u2019habitant des principales denrées agricoles » et, par-dessus le marché, qu\u2019on y raserait gratis.Quelle ne fut pas la surprise des Russes d\u2019entendre qu\u2019on leur appliquerait, cette année, un tour de vis: la viande se paierait 30% plus cher, et le beurre 25%! Donc, en U.R.S.S., malgré 55 millions d\u2019agriculteurs, c\u2019est toujours la sous-production des denrées; aux États-Unis, avec 7 millions de cultivateurs, c\u2019est toujours le problème de la surproduction.Décidément, la vie en pays communiste n\u2019est pas rose.Les États-Unis ne sont pas les seuls qu\u2019il faut rattraper; il y a aussi le Marché commun dont la santé rend verts de jalousie les dirigeants communistes.A l\u2019occasion de la visite à Moscou du président du Mali, Krouchtchev, dans un discours dont il lut le texte pendant 45 minutes, a mis en garde les pays qu\u2019on appelle neutres contre toute association avec la Communauté économique européenne, et s\u2019est lancé à fond de train contre le néo-socialisme et les « projets agressifs des monopoles occidentaux ».M.Krouchtchev devait enchaîner, à l\u2019inauguration de la foire italienne à Moscou, en prédisant au Marché commun (admirons son RELATIONS savoir-vivre!) un échec rapide: « L\u2019arbre périra avant d\u2019avoir donné de bonnes pousses.» La hausse massive des prix et ces salves oratoires préludèrent à la conférence de Moscou.Comme c\u2019est la première fois que le Comecon se réunit ainsi au « sommet », il faut croire que le Marché commun pose de graves problèmes à la politique économique du bloc oriental.Décidément, la vie n\u2019est pas rose.L.d\u2019Apollonia.La troïka au Laos Le Laos, devenu indépendant, en 1954, par les Accords de Genève, offrait d\u2019incroyables problèmes: population restreinte (2,500,000 habitants) 42 ethnies diverses (les Khâs et non les Thaïs ayant la majorité), absence d\u2019une langue commune, analphabétisme, faiblesse des cadres politiques et militaires, carence pratiquement totale d\u2019hommes de profession et d\u2019hommes de métier, sous-développement économique criant, pays sans industrie, sans routes, sans débouché sur la mer, mais pays pourvu de deux capitales, de frontières avec la Chine rouge et le Viet-Minh et, pour comble, rongé par un mouvement communiste (le Pathet Lao) fort de sa propre armée, épaulée par les soldats vietminhs et ravitaillée par avions russes pour la conquête militaire du nord jusqu\u2019au fleuve Mékong.Dans ces circonstances, le gouvernement de Washington a décidé d\u2019abandonner le Laos à une troïka neutraliste plutôt que d\u2019y risquer une guerre à la coréenne.A moins d\u2019être aveugle, qui espère vraiment que le Laos tirera franc sous cet attelage à trois têtes, dans un pays où l\u2019indolence le dispute à l\u2019incohérence?Fasse le ciel que le Laos puisse régler seul et dans la paix ses problèmes! Mais le Pathet Lao ne se contentera jamais de la place qu\u2019il s\u2019est taillée \u2014 sinon provisoirement.C\u2019est pourquoi, d\u2019ailleurs, le gouvernement de Washington neutraliste au Laos est interventionniste en Thaïlande avec ses fusilliers, et au Vietnam avec ses paras à béret vert.Car le véritable problème qui se pose est celui de tout le Sud-Est asiatique.Ce n\u2019est que partie remise sur les rives molles du Mékong, parmi les palmiers et les bambous.L\u2019Américain reste la bête noire, le tigre de papier.Et tout l\u2019effort de la propagande et de la subversion porte sur la nécessité de l\u2019éliminer.L.d\u2019Apollonia.Finira-t-on par comprendre?Heureuses coïncidences: pendant que des esprits obnubilés s\u2019efforcent de discréditer les congrégations enseignantes, des Frères répandent la clarté sur des problèmes graves d\u2019éducation et de vie sociale.Outre l\u2019admirable apologie (les Robes noires dans l'école) par laquelle le Frère Paren-teau, I.C., démontre les titres supérieurs des religieux à la profession de maîtres de la jeunesse (apologie qui étonne jusqu\u2019à les réduire au silence les prédicants de la neutralité), je pense aux lettres documentées que le Frère Arthur Hébert, S.C., a envoyées au Devoir pour réfuter les arguties des laïcisants acharnés à défendre un civisme sans fondement parce que sans religion.Ajoutez les réflexions des Frères de la Charité, directeurs du Mont-Saint-Antoine, qui réclament avec urgence l\u2019aide morale, le bon exemple de la société pour consolider leur œuvre de rééducation des inadaptés.Plus récemment, une enquête menée à Hull par le Frère Daniel, E.C., auprès de 1860 adolescents et adolescentes aboutit à la même réclamation, exprimée cette fois par les jeunes eux-mêmes.AOÛT 1962 En dehors de ces communautés, peu de gens se préoccupent d\u2019obtenir de la société une réaction logique et efficace.On se contente d\u2019élucubrations, justes en soi, mais qui concernent l\u2019influence capitale du foyer au cours de la première enfance.Des psychologues, négligeant leurs hypothèses freudiennes les mieux assises, chargent à fond contre l\u2019école, dont ils voudraient accommoder la pédagogie aux déviations et démissions familiales plutôt que d\u2019enseigner aux parents l\u2019art de structurer sainement l\u2019émotivité de l\u2019enfant et de protéger ensuite le fragile équilibre de cette structure durant les années décisives de l\u2019adolescence.Quand vient la crise, que suscite toujours la faillite des adultes, on entend les mêmes hâbleurs rabâcher leurs condamnations de l\u2019école ou du foyer, oubliant les exigences sociales de l\u2019adolescence.Car le souci fondamental des adolescents en marche vers la plénitude de la maturité humaine consiste à s\u2019intégrer avec honneur et fécondité dans le milieu social, et cela, comme hommes, comme femmes.Hélas! on ignore ou l\u2019on feint d\u2019ignorer la vraie notion et la vraie pratique de la maturité sociale, tant masculine que féminine, de même que la signification essentielle de l\u2019adolescence.On s\u2019enferme dans une conception de l\u2019oblativité (caractéristique de toute maturité) qui n\u2019ose guère franchir les bornes de la famille et de l\u2019école.Et si l\u2019on traite de maturité sociale, c\u2019est le plus souvent d\u2019après une vue aberrante de la liberté qui ne respecte aucunement la dignité et le rôle du véritable adulte.Voilà de quoi souffrent et se plaignent les adolescents, comme le suggère le résultat de l\u2019enquête de Hull.Ils écrasent sous des difficultés qui dépassent leur âge; l\u2019obsession sexuelle de leur entourage les abrutit, parce que les « adultes », manquant à leur devoir de créer et de maintenir le climat de santé morale hors duquel dépérit l\u2019âme adolescente, fomentent et propagent tous les genres de corruption par leurs moyens de propagande: modes, journaux, revues et livres, cinéma, radio et télévision (le Devoir, mere.4 juillet 1962, p.12).On préviendrait le mal en acceptant de cœur et de fait l\u2019évidence de quelques propositions, a) L\u2019adolescence a pour fonction l\u2019apprentissage de la maturité, b) La maturité s\u2019identifie avec la paternité, la maternité: fécondité spirituelle de la personne autonome et responsable de ses actes devant les enfants et les adolescents (d\u2019âge ou de développement).c) Un apprentissage exige des maîtres, d) Pour les adolescents, désireux d\u2019intégration sociale, se trouvent constitués maîtres de maturité tous les citoyens parvenus à la majorité civique, e) Tenus avec rigueur d\u2019offrir des leçons théoriques et pratiques de maturité, il y a l\u2019école et le foyer, considérés sous l\u2019angle de l\u2019oblativité sociale et face aux adolescents que soulève l\u2019ambition naturelle de se tailler une place noble et féconde dans la société./) Le scandale qui cause révolte et délinquance vient des faux adultes: parents, maîtres, citoyens, chefs sociaux, qui refusent d\u2019établir une atmosphère favorable à l\u2019épanouissement moral des adolescents, celui qui importe le plus à leurs yeux, avec raison.Bref, sous prétexte de revendiquer ou de préserver une pseudo-liberté de pseudo-adultes, on démoralise sans vergogne les adolescents, et l\u2019on ne cesse de leur prêcher des vertus que la société bafoue et ridiculise copieusement.Cette contradiction, Folliet et maints autres l\u2019ont dénoncée avec force.et peu de succès.Finira-t-on par comprendre ?La licence dressée en norme de liberté par les étourdis de la presse, les galvaudeurs de la psychologie et les aventuriers de la politique trahit l\u2019âme adolescente dans ses profondeurs.La pire frustration, la plus traumatisante pour elle, réside dans la privation des exemples élevants auxquels il lui jaut s\u2019attacher pour grandir et se réaliser.J.d\u2019Anjou.227 AUteci/t Daniel-R0PS: La Vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus.\u2014 Paris, Hachette, 1961, 544 pp., 20.5 cm.Ouvrage qu\u2019une seule lecture ne saurait épuiser.Non pas que le texte soit si dense que le lecteur moyen ne puisse l\u2019aborder, mais les détails concrets, piquants, révélateurs sont si nombreux que la mémoire est incapable de les enregistrer tous.Après avoir parcouru ces chapitres richement documentés (quatre sources leur servent surtout de base: la Bible, les Apocryphes de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament, Flavius Josèphe et le Talmud), nous découvrirons dans les évangiles une nouvelle saveur, nous serons plus familiers avec les milieux géographique, historique, social et religieux du temps de Jésus.La vie quotidienne du peuple juif, comme dans un film, nous est détaillée: les institutions sociales, l\u2019habitat, la nourriture, le vêtement, les us et les coutumes, etc.Surtout, le caractère profondément religieux d\u2019Israël est sans cesse souligné.Ainsi, nous apprenons à mettre plus de nuances dans nos jugements à l\u2019égard des Juifs du temps de Notre-Seigneur, à mieux comprendre leurs attitudes profondes, à mieux évaluer les réactions et les problèmes que provoquèrent dans la conscience juive l\u2019arrivée et le message de Jésus.Un beau livre à recommander à tous les lecteurs de Relations, aussi bien laïcs que prêtres ou religieux.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Bernard Leeming, S.J.\u2014 Principes de théologie sacramentaire.Traduit de l\u2019anglais par J.-M.Richards et P.Godfrey, adapté par A.Giraud, P.S.S.\u2014 Tours, Marne, 1961, lxxiv - 941 pp., 19.5 cm.CET ouvrage considérable et singulièrement opportun devrait attirer l\u2019attention des professeurs de théologie et de tous ceux qui travaillent au rapprochement des Eglises chrétiennes.L\u2019auteur, un vétéran de l\u2019enseignement théologique, a su faire œuvre personnelle en traitant une matière étudiée depuis plusieurs siècles.Bien au courant des doctrines professées au sujet des sacrements, non seulement parmi les catnoliques, mais aussi dans les Eglises orientales et les différentes confessions issues du protestantisme, il expose d\u2019abord l\u2019enseignement catholique et les opinions des théologiens sur les points discutés, avec leurs arguments, puis il rapporte, avec non moins d\u2019ampleur et de sérénité les vues des auteurs non catholiques.La littérature protestante lui est particulièrement familière.Ce gros volume est une mine de renseignements, historiques et patristiques, sur les sujets trop peu connus des catholiques.C\u2019est aussi un instrument de travail précieux, grâce à son index analytique et à ses bibliographies très étendues.228 Mais l\u2019auteur n\u2019a pas seulement en vue les spécialistes de la théologie.Grand nombre de « gens ordinaires », dit-il en préface, ne se contentent plus d\u2019explications qui ne sont pas satisfaisantes.Il faut leur présenter clairement « les distinctions à faire entre ce qui est de foi et ce qui reste matière à discussion libre,.Ce souci explique le succès que l\u2019original anglais, publié en 1954, a déjà obtenu.Le P.Leeming ambitionne encore autre chose: il croit que la discussion théologique, « par une compréhension plus profonde de cette vitalité divine que nous appelons la grâce,.peut fortifier, approfondir et élargir la vie spirituelle ».Ajoutons que ce livre, élégamment relié en toile, a l\u2019apparence typographique d\u2019une édition de luxe.Malgré quelques fautes d\u2019orthographe ou d\u2019impression, comme il s\u2019en rencontre parfois dans les traductions, tout l\u2019ensemble concourt à nous faire oublier l\u2019austérité coutumière aux traités théologiques.Puisse ce long travail produire les heureux résultats qu\u2019il mérite.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.M.Poncelet, R.S.C.J.: Le Mystère du Sang et de PEau dans Févangile de saint Jean.Coll.« L\u2019eau vive ».\u2014 Paris, les Editions du Cerf, 1961, 182 pp., 17 cm.Lauteur écrit: « Tout au long de son ' évangile, Jean décrit le mystère du Christ au moyen de symboles.Même les faits réels, tels que les miracles qu\u2019il relate, ont une signification symbolique.Le symbole est la façon la moins inexacte d\u2019exprimer le mystère divin.Le symbole n\u2019est pas comme une définition théologique, une analyse, une élucidation partielle du mystère; il nous permet cependant de le saisir dans sa totalité, de façon inadéquate et confuse, mais avec ses composantes et ses harmoniques.Il permet à l\u2019âme tout entière, non de percevoir sa nature exacte et ses dimensions, \u2014 chose impossible, \u2014 mais de saisir et de savourer à sa mesure à elle, ses richesses.» (P.43.) Cette saisie globale et intuitive, « inadéquate et confuse » de la révélation du Sacré Cœur est propremant l\u2019objet de l\u2019auteur.Il s\u2019est arrêté au geste symbolique par excellence que fut l\u2019épanchement du Sang et de l\u2019Eau sous le coup qui transperça le Cœur divin.Il le contemple, il en explore le mystère d\u2019amour à l\u2019aide d\u2019autres paroles ou d\u2019autres gestes apparentés de Jésus.Le symbole s\u2019éclaire par le symbole, sa lumière même s\u2019avive mais dans son ordre, dans sa tonalité propres.Ayant fixé sa contemplation en cette révélation suprême du Cœur du Christ, il atteint les grands sentiments du Sauveur: son amour envers le Père, son amour envers les hommes, et en explore, pour nous et avec nous, l\u2019insondable mystère.Comme d\u2019un joyau dont on présenterait à la lumière une à une toutes les facettes.Ces pages prolongent l\u2019Evangile.Elles retiendront par leur richesse doctrinale, par leur ferveur diffuse et aussi par leur charme qui est leur manière proprement johannique.Georges Robitaille.Dom Eugène Vandeur, O.S.B.: Sang du Christ, sauvez-nous.Méditations sur les litanies du Précieux-Sang.\u2014 Mont-Laurier, Editions des Moniales Bénédictines du Précieux-Sang, 1961, 176 pp., 21 cm.Dom Georges Mercure, O.S.B.: Litanies du Précieux-Sang.Mélodie grégorienne et accompagnement modal.\u2014-Même éditeur, feuillet de 4 pages, 20 cm.Dom G.Mercure a eu l\u2019heureuse idée de mettre en musique les nouvelles Litanies du Précieux-Sang, approuvées et vivement recommandées par Jean XXIII.La courbe de sa mélodie grégorienne est non seulement élégante, mais elle jaillit de l\u2019âme.Quant à l\u2019accompagnement, il est très personnel (ce si bécarre.) et lumineux.Sur ces mêmes Litanies, Dom Vandeur, dont la réputation n\u2019est plus à établir, a écrit une suite de méditations embaumées d\u2019onction (tout le contraire de la sensiblerie et de la sentimentalité), fortement nourries d\u2019Ecriture et de Liturgie.L\u2019exposé se divise en trois parties: un appel à la sainte Trinité; une élaboration priée de la doctrine relative au Précieux-Sang; un inventaire ému des grâces et des bienfaits que nous en attendons.Livre qui enrichira l\u2019âme du prêtre, du religieux, de la religieuse, du chrétien attirés par cette grande dévotion qui, avec le culte du Sacré Cœur et la dévotion au Saint Nom de Jésus, glorifie Dieu par Notre-Seigneur.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Disques Radio-Marie René-Salvator Catta, interprète: Si tu savais le don de Dieu.Conseiller exé-gétique: S.Pagano, O.M.L, 1.c.s.\u2014 Radio-Marie, NDC 456101.NOUS CROYONS CONNAÎTRE LES ÉVANGILES.Cependant, à écouter M.Catta, voici qu\u2019ils acquièrent une saveur nouvelle.Le moindre détail ressort avec un relief qui confère à l\u2019ensemble une majesté impressionnante, sans perdre la simplicité qui caractérise le récit évangélique.Trois textes: La samaritaine {Jean, iv, 5-42), Le paralytique {Jean, V, 2-21) et La femme adultère {Jean, vm, 2-11) sont interprétés tour à tour.Le compositeur Louis Collard, à l\u2019orgue, introduit et clôt chaque passage par des textes musicaux profondément religieux.Nous souhaitons une large diffusion à cette interprétation respectueuse et vivante de la Parole de Dieu.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.G.HuNERMANN: A la table du Seigneur.Traduit par Y.Claude.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 182 pp., 19.5 cm.Quelques pages de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament modernisées, comme sait le faire Hunermann, et fort bien choisies pour les jeunes préparant leur pre- RELATIONS mière communion.Nombre de récits de l\u2019Ancien Testament préfigurent la sainte Eucharistie: l\u2019Agneau pascal, Elie nourri au désert par un ange, etc., c\u2019est la première partie.La deuxième fait revivre le Seigneur appelant à lui les petits enfants et promettant l\u2019Eucharistie.La troisième, la Nuit de l'amour, raconte l\u2019institution de l\u2019Eucharistie.Enfin, quatrième partie, deux incidents de la vie de saint Paul à l\u2019occasion d\u2019agapes eucharistiques.Le style alerte et imagé et les détails pittoresques animent ces pages qui intéresseront des jeunes et peut-être de moins jeunes.L\u2019ouvrage ferait un magnifique cadeau de première communion.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Commission internationale catholique POUR LES MIGRATIONS: Intégration de l\u2019immigrant catholique.Quatrième congrès international catholique de migrations, 21-25 août 1960.\u2014 Genève (11, rue Cornavin) et Montréal (637 ouest, rue Craig), C.I.C.M., 1960, 533 pp., 26 cm.Prix: $3.50.Outre la courte allocution du cardinal Léger sur la migration dans la Bible, et le sermon si sobre mais si émouvant de S.Exc.Mgr Swanstrom sur les grandes migrations contemporaines, signalons, parmi les actes de ce congrès tenu à Ottawa en 1960, trois conférences-clés: la conférence d\u2019ouverture de S.Exc.Mgr Ferretto (aujourd\u2019hui cardinal) sur la constitution apostolique Exsul Familia dont il fut l\u2019un des architectes; la conférence de M.Claude Ryan qui, à partir d\u2019un proverbe portugais qu\u2019il attribue à Claudel en le citant à peu près, raisonne droitement et chrétiennement sur les migrations, espoir de l'Eglise; enfin la conférence de l\u2019abbé Robert T.Fox sur l\u2019apostolat parmi les Porto-Ricains de New-York où l\u2019effort consiste non pas à leur ériger des paroisses nationales au sens canonique du mot, mais à leur procurer une abondance de prêtres-missionnaires.Mais comment résumer les actes d\u2019un congrès ?Même si on en analysait tous les papers, le compte y serait-il ?Le plus précieux et le plus pratique se trouve souvent dans les rapports de documentation qui nous promènent de l\u2019Argentine à l\u2019Allemagne, et de la Belgique au Viêt-Nam, c\u2019est-à-dire partout où notre Mère l\u2019Eglise est présente à la douleur de ses fils déracinés.Excellent instrument de travail, riche d\u2019indications pastorales, et qu\u2019on peut se procurer pour une chanson, ce qui n\u2019est pas toujours le cas.L.d\u2019Apollonia.Roger HECKEL, S.J.: Le Chrétien et le Pouvoir.Légitimité, résistance, insurrection.\u2014 Paris (17, rue Jean-Goujon), Editions du Centurion, 1962, 176 pp., 18 cm.Petit volume qui traite de grandes questions.Voici, par exemple, trois de celles qu\u2019il aborde: d\u2019un pouvoir né dans l\u2019illégalité, à quel moment peut-on dire qu\u2019il devient légitime?\u2014 d\u2019un pouvoir légalement constitué et s\u2019exerçant avec toutes les majorités requises au service d\u2019une tyrannie, à quel moment peut-on dire qu\u2019il y a rupture entre la légalité et la légitimité ?\u2014 d\u2019un pouvoir légalement constitué, mais devenu impuissant, incapable durablement de s\u2019exercer, à quel moment peut-on dire qu\u2019il perd sa légitimité?L\u2019A.est un Français qui s\u2019adresse à des Français à propos d\u2019événements sur- AOÛT 1962 venus en France, tout particulièrement durant la guerre d\u2019Algérie, mais les principes qu\u2019il pose et les solutions qu\u2019il donne intéressent les chrétiens du monde entier.Procédant par cas concrets (par exemple, « une loi prétend imposer aux médecins d\u2019un pays la pratique de l\u2019avortement »), le P.Heckel indique nettement la doctrine à suivre ainsi que l\u2019attitude à prendre; il a, de plus, la préoccupation constante de situer clairement la responsabilité religieuse dans chaque cas et de la distinguer de ce qui est la responsabilité propre de chacun, et son risque.Richard Arès.Robert Bosc: La Société internationale et l\u2019Eglise.Coll.« Bibiothèque de la recherche sociale ».\u2014 Paris, Spes, 1961, 416 pp., 23 cm.Prix: 24 NF.Voici un livre comme je les aime quand on traite de philosophie politique et qu\u2019on tient à être compris: il est clair, ordonné, étoffé.Non seulement le titre est vrai \u2014 ce qui est un mérite à une époque où le titre trop souvent dit plus que le livre \u2014, mais de la première à la dernière page, chapitre après chapitre, l\u2019auteur creuse son sujet sans se laisser distraire ou troubler, qu\u2019il s\u2019agisse de la guerre, de la bombe, du conflit Est-Ouest, du colonialisme, de l\u2019O.N.U.Les lumières de la raison et de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise lui suffisent.Dans une première partie, l\u2019auteur étudie les « tensions internationales » qui ont caractérisé depuis toujours l\u2019histoire des peuples; dans une seconde, 1 \u2019« organisation internationale » où, après bien des ébauches et des échecs, il faudrait bien, un jour, aboutir si les peuples veulent continuer à vivre sur la même planète.Tout ceci, encore une fois, sans les faux prestiges d\u2019une langue hermétique, d\u2019un appareil scientifique pour spécialistes, et de notes en bas des pages laissant entendre tout ce que l\u2019auteur pourrait encore dire et qu\u2019il n\u2019a pas dit et qu\u2019il ne pouvait, en fait, dire parce qu\u2019il lui manquait des principes de base.Ce livre sera d\u2019un grand secours à tous les professeurs de philosophie politique et de sociologie de nos collèges.L.d\u2019Apollonia.René COSTE: Le Problème du droit de la guerre dans la pensée de Pie XII.\u2014 Paris, Aubier, 1962, 528 pp., 22.5 cm.Sur les questions de la paix, de la guerre, de l\u2019organisation de la société internationale, l\u2019enseignement de Pie XII a été si constant et si abondant qu\u2019il continue à donner naissance à de nombreuses études tant d\u2019analyse que de synthèse.Celle de M.René Coste dépasse cependant en envergure comme en richesses tout ce qui s\u2019était publié jusqu\u2019ici sur le sujet.Je pense que ce monumental ouvrage demeurera, deviendra classique et fera autorité, tout comme celui de Regout publié en 1934 sur La Doctrine de la guerre juste.Voici quelques titres qui démontrent la grande richesse de ce volume: « Le vrai visage de la guerre », « Faut-il une révision de la doctrine traditionnelle ?», « Le fondement du droit de guerre et les conditions rigoureusement indispensables de son exercice ».\t« La guerre d\u2019agression », « Guerre défensive, guerre offensive, guerre préventive », « Intervention et neutralité », « Guerre froide et coexistence pacifique », « La conscience individuelle devant la guerre », « Vers l\u2019organisation juridique de la société internationale », « La sauvegarde de la sécurité et de la paix », « La disparition de la guerre juste », etc.L\u2019état de guerre froide dans lequel nous vivons depuis des années pose à la conscience chrétienne une foule de douloureux problèmes.De part et d\u2019autres, les prises de positions catégoriques ne manquent pas, même dans notre milieu.A tous ceux qui, par delà les fanatismes, cherchent sincèrement à s\u2019éclairer sur ces problèmes qui engagent l\u2019avenir de l\u2019humanité, à commencer par celui de chacun, nous recommandons l\u2019ouvrage de M.Coste: ils en trouveront difficilement de meilleurs.Richard Arès.G.BLARDONE: Le Circuit économique.Tome I: Le capitalisme.\u2014 Paris (3, rue Garancière), Bloud & Gay, 1962, 208 pp., 21.5 cm.Simple initiation à l\u2019économie.Le titre du premier tome peut induire en erreur, en laissant croire à une étude exclusive sur le capitalisme.En réalité, l\u2019A.nous présente un tableau à la fois historique, analytique et synthétique de l\u2019économie du monde occidental, depuis la révolution industrielle jusqu\u2019à l\u2019époque contemporaine.La présentation en est facile à saisir, à la portée de tous, la pensée de l\u2019A.étant à la fois vigoureuse et fort claire.Pour lui, nous vivons actuellement une économie de transition, où la propriété privée des moyens de production est de plus en plus concentrée, où l\u2019Etat coordonne, en fait, les plans des divers sujets économiques et où le risque essentiel réside dans la possibilité, pour cette économie, d\u2019évoluer rapidement vers la technocratie.L\u2019objectif à atteindre serait une démocratie politique, économique et sociale adaptée aux problèmes de notre temps, démocratie qui exigerait une participation de tous, à des degrés divers et par le canal de représentants élus, à la gestion des affaires communes sur le triple plan politique, économique, social.L\u2019A.écrit à ce sujet: « Cette Romand Associatio Pro Transvehendis I tinerantibus Missionariis RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.- Tél.VI.5-7223\u2019* Bureau accrédité de RAPTIM International 229 participation peut seule éviter la technocratie sur le plan interne en institutionnalisant le contrôle de tous les citoyens, par leurs représentants qualifiés, sur l\u2019élaboration et l\u2019exécution des décisions.Dans le monde moderne, le conflit n\u2019est plus entre la propriété et le travail, mais entre le pouvoir (politique, économique et social).et la liberté des hommes.Le conflit ne peut être résolu que par une participation au pouvoir des divers groupes sociaux.» (P.177.) Un bon essai d\u2019initiation à l\u2019économie contemporaine.Richard Arès.Marcel CLÉMENT: Traité de formation sociale.\u2014 Québec (639, rue de Montmartre), Editions du Pélican, 1961, 448 pp., 22 cm.Prix: $4.75.Quelle chance ont eue les étudiantes à qui l\u2019A.a expliqué ce maître ouvrage! Synthèse solide, nuancée, relativement complète, mise à la portée des jeunes intelligences avec un sens pédagogique qui ne frelate rien, ni ne dispense de l\u2019effort requis pour l\u2019assimilation d\u2019une matière difficile, voilà le mérite de ce traité.On y apprécie non seulement l\u2019exposé correct de la seule doctrine sociale qui se justifie pleinement, mais un plan original, autant d\u2019aisance dans la formulation imagée que de rigueur dans les définitions et distinctions scientifiques, une vaste érudition qui sait se régler sur les capacités restreintes de simples élèves.En sept parties et soixante chapitres, l\u2019A.initie à la compréhension chrétienne de la personne humaine, de la société en général, de la méthodologie sociale, de la société familiale, de la société politique, de la société des Etats, enfin de l\u2019économie sociale.Œuvre de principes, comme il convient à un « traité de formation », les certitudes de la philosophie et de la théologie y occupent, normalement, plus de place que les approximations sociologiques et statistiques, dont l\u2019A.ne sous-estime ni ne néglige les apports.Trois thèmes de fond commandent les développements: dépendance de la nature physique et spirituelle à l\u2019égard du Maître de la nature, souveraineté de la vérité et du bien moral comme fins de la personne et des diverses sociétés, enfin (et logiquement), primauté de la réforme des mœurs par rapport à celle des institutions.On admirera, entre autres, les chapitres v (la liberté), xx (l\u2019autorité sociale), xxvi (le corps social et ses maladies), xxvn (l\u2019étude scientifique de la vie sociale), xxxm (les membres de la société conjugale), xxxiv (la femme dans la société contemporaine) et quelques autres de la dernière partie.Une aimable sérénité règne dans ce manuel qu\u2019inspire l\u2019enseignement pontifical.Je regrette d\u2019avoir à signaler que des fautes impardonnables de langue, de syntaxe, de style et de ponctuation gâtent, presque à chaque paragraphe, la lecture et l\u2019étude de ce livre d\u2019ailleurs magistral.Joseph d\u2019Anjou.G.HUNERMANN: Le Rebelle obéissant, le P.François Pjanner, fondateur et abbé de Marianhill.Trad.R.Virrion.\u2014 Mulhouse, Salvator, 1960, 264 pp., 19.5 cm.Le P.P fanner fut un trappiste bien ori-> ginal, une espèce de surhomme débordant de zèle, engagé en des œuvres, audacieuses pour un contemplatif.Franc, ardent, pas toujours diplomate, « il prenait facilement le mors aux dents ».Aussi trouva-t-il de l\u2019opposition même de la part de ses supérieurs.« Une cervelle brûlée », s\u2019était permis d\u2019écrire l\u2019abbé d\u2019Oelenberg.Prêtre séculier, il brandissait facilement les foudres du ciel quand il croyait en jëu l\u2019honneur de Dieu; son bon cœur mieux connu, on se rangeait et on l\u2019aimait.Entré à la Trappe, il s\u2019offrit, malgré sa faible santé, à partir en Afrique où l\u2019on réclamait l\u2019établissement d\u2019un monastère en pleine brousse.Avec quelques Pères et Frères, il mena une lutte gigantesque contre le désert, lui arrachant pouce par pouce le terrain cultivable.Le salut des âmes le pressant, il multiplia les postes autour de son abbaye: « quand il s\u2019agit du Royaume de Dieu, il n\u2019y a pas de limites ».On le blâma, on lui retira toute autorité sur les trappistes d\u2019Afrique; il se soumit sans arrière-pensée, d\u2019où le titre justifié du biographe.Il aima profondément les Noirs: « Ce que l\u2019on vaut aux yeux de Dieu, répétait-il, ne dépend pas de la couleur de sa peau.» Sa plus grande peine, héroïquement acceptée, lui vint de Rome, qui jugea inconciliable la vie monastique et l\u2019activité missionnaire.La Trappe d\u2019Afrique fut séparée du grand Ordre cistercien.Cette vie de courageux apôtre et défenseur des Noirs plaira et vous la lirez d\u2019une traite car elle est de la même veine que les autres ouvrages biographiques de l\u2019abbé Hunermann.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Théo Chentrier: Psychologie de la vie quotidienne.Ou l'art de vivre avec soi-même et avec les autres.Préface de Mgr Irénée Lussier.\u2014¦ Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1961, 159 pp., 20.5 cm.Prix: $1.Des entretiens écrits de « grand-papa Chentrier » (p.110), le ton conserve la familiarité qui plaît à ses auditeurs de la radio.On en goûte la bonhomie (12, 14, 115), la sagesse apaisante (20, 131-132 149) et plus traditionnelle (34 et 107, 74, 97) que ne le croit l\u2019A.(50), l\u2019optimisme encourageant (41-43, 111, 113, 133-135), parfois la profondeur (32-33, 82-83, 98, 101, 129, 125 et 138).Mais la brièveté expose l\u2019A.à des simplifications regrettables, comme à propos de la délinquance (44-46, 63-64), de la lecture (47-48), de l\u2019obscénité (57-58), de la maternité hors mariage (34, 108).On déplore quelques contradictions relatives à l\u2019amour (28, 69, 147) et surtout à l\u2019abus obstiné du mot besoin dans le sens d\u2019appétit, de tendance (74, 75, 91, 130, 152), chez un psychologue qui admire (140) cette pensée de Bachelard: « L\u2019homme est une création du désir, non pas une création du besoin.» On souhaiterait que l\u2019A.illustre mieux le culte qu\u2019il a voué à la langue française (52) : trop de négligences de vocabulaire, de syntaxe et de tournure (22, 40, 49, 124, 131.) déparent un style qui ne manque ni de finesse ni de vivacité.Joseph d\u2019Anjou.Adalbert SeipOLT: Le Canard du cardinal.¦\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 185 pp., 18.5 cm.Voulez-vous quelques heures de franche et délicieuse détente ?Prenez et lisez ces récits.Des incidents, des travers, comme il s\u2019en rencontre assez souvent dans notre monde religieux et sacerdotal, que l\u2019A.a saisis avec beaucoup d\u2019esprit.Tour à tour passent sous vos yeux: de ferventes religieuses embarquées dans un concours de pronostics sur le football, un religieux à qui un bain en voyage cause toutes sortes de mésaventures, des curés qui rusent avec leurs paroissiens récalcitrants, un prédicateur dont le sermon a des effets cocasses, un cardinal enfin à qui on attribue un canard fantaisiste; ce dernier récit donne le titre au recueil.Adalbert Seipolt sait conter; mots imagés, plaisants, détails comiques fusent à tout moment et soutiennent l\u2019intérêt.L\u2019illustration caricaturale ajoute à la gaîté du recueil.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.RELATIONS Ml F POUR 3 MUONS Dé CANADIENS _ Jour par jour.De génération en génération, les Canadiens ont fait confiance à la Banque de Montréal.Aujourd\u2019hui, plus de trois millions de personnes, d\u2019un océan à l\u2019autre, appellent la B de M \u201cMA BANQUE\u201d.Banque de Montréal T^nettUène Seuu^ue eue AU SERVICE DES CANADIENS DANS TOUTES LES SPHÈRES DE LA VIE DEPUIS 1817 230 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Fr.Ignace Thiry, mariste: La Passion des Frères maristes en Chine.- L\u2019Institut des Frères maristes face à la persécution.\u2014 Château-Richer (7141, rue Royale), Editions Marie-Médiatrice, 1956 et 1960, 100 et 142 p.Deux volumes qui nous renseignent sur l\u2019apostolat et les souffrances des Frères Maristes dans le monde, tout particulièrement en Chine.Mme Y.Dunoyer de Segonzac: Les plus jeunes et nous.Sourire, comprendre, aimer.\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1962, 126 p.Publié dans la collection « La vie de la femme », ce petit livre est rempli de conseils judicieux sur l\u2019art de rester jeune et de vivre dans la joie ce moment difficile où nous sommes.En COLLABORATION: Face à la lumière.L\u2019éducation de la foi chez l\u2019enfant.\u2014 Montréal, Editions des Foyers Notre- Dame, 1961, 128 p.Ce volume reproduit les excellents travaux présentés au deuxième congrès des Foyers Notre-Dame, tenu à Montréal, en septembre 1961.A relever, en particulier, la conférence du P.Babin, O.M.I., et le message du cardinal Paul-Emile Léger (voir le compte rendu du congrès par le P.Cousineau dans Relations, novembre 1961, p.216).Faith Walks the Land.The Christian Communities in Israel.\u2014 Cleveland, Reniarc Associates, 1961, 96 pp.Album abondamment illustré sur le statut des communautés chrétiennes en Israël.Collection « Les écrits des saints » Saint François Xavier.Textes choisis et présentés par le P.Charles Couturier, S.J.- Saint Cyprien.Textes choisis et présentés par le Dr Denys Gorce.\u2014 Bienheureux Jean d\u2019Avila.Textes choisis, traduits et présentés par Jean Krynen.\u2014 Namur (33, rue Emile-Cuvelier), Editions du Soleil levant, 1961, chacun 190 pp.Trois ouvrages qui révèlent bien chacun leur auteur.Personne ne pourra, en particulier, lire les lettres de saint François Xavier et demeurer indifférent à l\u2019appel brûlant qu\u2019elles lancent en faveur des missions.Progrès technique et vie chrétienne.\u2014 Paris (18, rue de Varennes), 1961, 84 pp.Actes du quatrième congrès international des ingénieurs, des agronomes et des cadres économiques catholiques, tenu à Essen (Allemagne) en mai 1960.A signaler: « L\u2019ingénieur chrétien dans le monde technique », « Le sens chrétien de l\u2019ingénieur à l\u2019étape de la conception », « Monde moderne et foi traditionnelle », etc.AOÛT 1962 Collection « Le temps qui court » Alfred Métraux: Les Incas.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 192 pp.Petit volume illustré qui nous raconte l\u2019histoire et nous décrit la civilisation des Incas.LES MOINES DU MONT-PELÉ: Le Cœur de Jésus, source d\u2019eau vive.\u2014 Saint-Pierre, Martinique, 1960, 54 pp.Considérations sur le Sacré Cœur.Collection « Notre catéchèse » En COLLABORATION: L\u2019Eglise-Jérusalem au catéchisme.- Les thèmes du pasteur et de la route au catéchisme.\u2014 Bruges, Editions de l\u2019Apostolat liturgique, 1961, 72 et 118 p.Gustav L.VOGEL: Psychologie des profondeurs et amour du prochain.\u2014 Paris (79, rue de Gentilly), Editions Spes, 1961, 96 p.Dans ce petit livre l\u2019A.se demande s\u2019il existe vraiment un antagonisme entre la psychologie des profondeurs et l\u2019amour du prochain.Sa réponse est qu\u2019il n\u2019y a ni concurrence ni coexistence, mais « inhérence ».C\u2019est dans l\u2019amour du prochain que doit être pratiquée la psychologie des profondeurs.A.CHRISTIAN: Ce sacrement est grand.\u2014- Paris (86, rue de Gergovie), Editions familiales de France, 1961, 300 p.Réédition d\u2019un ouvrage très populaire et qui a rendu de grands services à bien des foyers chrétiens.Jacques Leclercq: Le Prêtre et les Epoux.\u2014 Paris (86, rue de Gergovie), Editions familiales de France, 1962, 90 p.« Toutes les pages qui suivent ont pour but de faire réfléchir, faire réfléchir le prêtre à l\u2019attitude qu\u2019il doit adopter à l\u2019égard des époux, accessoirement \u2014 car ceci sera aussi lu par un certain nombre d\u2019époux \u2014 faire réfléchir les époux à ce que doit être l\u2019orientation de leur vie conjugale.» (Extrait de l\u2019avant-propos.) En COLLABORATION: La Pensée sociale de Jean XXIII d\u2019après l\u2019encyclique « Mater et Magistra ».\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Fides, 1962, 168 p.Textes des conférences prononcées à Montréal et à Québec, en 1961, lors des journées d\u2019étude de la Commission générale des hôpitaux catholiques de la province de Québec.Les auteurs suivants y ont participé: Richard Arès, Fernand Dumont, Clément Lockquell, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers, Louis-Philippe Roy, Claude Ryan, Jean-Paul Dallaire.Zénon Roberge, O.F.M.: Avec rimes et raisons.\u2014 Trois-Rivières (890, rue Saint-Maurice), 1962, 48 p.Poèmes religieux et familiaux.Paul-Eugène TRUDEL, O.F.M.: Mgr Ange-Marie Hiral, O.F.M.Tome 5: Gardien et curé aux Trois-Rivières.\u2014 Montréal (2080 ouest, boul.Dorchester), Editions franciscaines, 1961, 230 p.Récit, avec de nombreux documents à l\u2019appui, des activités du P.Hiral, de 1915 à 1920, en tant que gardien et curé aux Trois-Rivières.Yvonne Denetter-Schoenfeld: Au jour le jour.\u2014 Genval (172, avenue Ge-vaert), Editions Marie-Médiatrice, 1961, 96 p.Extraits de lettres d\u2019une convertie.« Le secret du bonheur, du vrai bonheur, stable et profond, c\u2019est de créer de la joie.Etre bon, pour devenir meilleur.» Vertu trouve toujours sa récompense .et celui qui s\u2019adresse à une bonne Maison pour ses travaux en chauffage-plomberie est bien avisé: confiez-vous les vôtres.Construisez-vous ?Faut-il réparer ou reviser votre système de chauffage ?.Nous disposons d\u2019une main-d\u2019œuvre experte, qui travaille bien et rapidement.Travaux d'envergure, travaux de moindre importance, nos techniciens et ouvriers spécialisés travaillent toujours consciencieusement: ce qu\u2019ls font est fait pour la vie.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada.Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL ooo ooo ooo ooo PLOMBERIE CHAUFFAGE Haute fidélité Stéréophonie Magnétophones Haut-parleurs Rubans magnétiques cité électronique = 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 231 LE PAPE NOUS PARLE La France 24 avril: Allocution à des pèlerins français.\u2014 « Je veux recommander aux prêtres, comme aux fidèles, comme un grand bien à désirer, à espérer: de garder pour le Seigneur leur tête, leur cœur et leur langue! Que le bon Dieu nous garde dans la tête des idées saines, de bonnes idées dans une tête robuste.Qu\u2019il nous garde le cœur jeune, ce cœur qui pourrait devenir mauvais, qui pourrait être un mauvais conducteur, s\u2019il nous guidait par le caprice.Qu\u2019il nous garde aussi la langue! Cette langue qu\u2019il a donnée aux petits oiseaux pour chanter ses louanges.A nous aussi, il nous l\u2019a donnée pour cela: pour chanter les louanges de Dieu; mais aussi pour répandre la douceur, véritable trésor de la vie domestique, des rapports sociaux, de la compréhension mutuelle.« Et je souhaite que la France garde bonne tête.Qu\u2019en France on continue à donner la lumière aux autres peuples.Que la France demeure une « porte-lumière », que son cœur soit comme une bonne terre qui garde la parole et la fasse fructifier., qu\u2019elle utilise sa langue pour répandre la paix partout et surtout dans les rapports politiques et sociaux.Elle le fera principalement en regardant et en répandant l\u2019enseignement que l\u2019Eglise continue de donner.Je ne pensais pas qu\u2019une encyclique écrite dans des termes si simples se répande ainsi.Mais vous avez compris qu\u2019en acceptant cette encyclique, c\u2019est la doctrine même de Notre-Seigneur que vous acceptiez.Cette doctrine de justice et de, vérité, cette doctrine du respect des autres c\u2019est celle même de l\u2019Evangile.Sans doute, je prie pour tous les fidèles du monde entier.Mais je me souviens volontiers des pays qui ont été le lieu de mon service.Pour eux, j\u2019offre spécialement les heures de l\u2019Office.Lorsque je suis à Tierce, je suis en France.J\u2019y suis avec mes souvenirs, mais aussi avec les palpitations de mon cœur.» Saint Martin de Porrès, O.P.6\tmai : Homélie pour la canonisation du Frère Martin de Porrès.\u2014La sainteté est le premier objectif du Concile, le nouveau saint nous en donne des leçons.« Nous trouvons tout à fait opportun qu\u2019au cours de cette année qui.verra la célébration du Concile œcuménique, les honneurs des saints soient décernés à Martin de Porrès, car les sommets de la sainteté chrétienne auxquels il est parvenu, les magnifiques et éclatantes vertus dont toute sa vie donne le brillant exemple sont tels que l\u2019on peut y voir comme les fruits salutaires que Nous espérons avant tout de cet événement tout proche et des plus solennels, tant pour l\u2019Eglise catholique que pour la société humaine tout entière.» 7\tmai: Allocution aux pèlerins venus pour la canonisation de Frère Martin de Porrès.\u2014 Trois passions ont brûlé dans le cœur du nouveau saint: la charité, la pénitence et l\u2019humilité.« L\u2019humilité réduit la vision que l\u2019homme a de lui-même à ses vraies limites indiquées par la raison.Elle conduit à sa perfection le don de la crainte de Dieu par lequel le chrétien, conscient de ce que le souverain bien et son authentique grandeur ne se trouvent qu\u2019en Dieu, lui témoigne un souverain respect et évite le péché, le seul mal qui puisse le séparer de lui.Telle est la clé de la sagesse pratique qui règle la vie des hommes prudents et discrets.» 232 L\u2019idée du Concile 8\tmai: Allocution à des pèlerins de Venise.\u2014 « Cette réunion si libre et familière Nous donne l\u2019occasion de faire à ces fils si chers quelques confidences et de leur montrer le pouvoir d\u2019une disposition d\u2019âme simple et humble devant Dieu, pour toujours écouter ses inspirations et faire sa sainte volonté.Prenons, par exemple, l\u2019idée du Concile œcuménique.Comment est-elle venue ?Comment s\u2019est-elle développée ?D\u2019une façon qui, lorsqu\u2019on en fait le récit, semble invraisemblable, tellement fut soudaine la pensée d\u2019une telle possibilité, suivie sans plus attendre, de la mise au travail pour sa réalisation.« Des questions étudiées, au cours d\u2019un entretien particulier avec le secrétaire d\u2019Etat, nous montrèrent dans quelles graves angoisses et agitations était plongé le monde actuel.Nous constatâmes, entre autres, qu\u2019on proclame vouloir la paix et la concorde, alors que, hélas! bien souvent cela finit par une recrudescence de conflits et de menaces.Que fera l\u2019Eglise?La barque mystique du Christ va-t-elle devenir le jouet des flots et se laisser entraîner à la dérive?N\u2019attend-on pas d\u2019elle, au contraire, non seulement un nouvel avertissement, mais encore la lumière d\u2019un grand exemple ?Quelle pourrait être cette lumière ?« Notre interlocuteur écoutait dans une attitude de respectueuse attente.Soudain, une grande idée surgit en Nous et illumina Notre âme.Nous l\u2019accueillîmes avec une indicible confiance dans le divin Maître, et une parole monta à Nos lèvres, solennelle, impérative.Notre voix l\u2019exprima pour la première fois: un concile! A vrai dire, Nous éprouvâmes tout de suite la crainte d\u2019avoir suscité de la perplexité, sinon de l\u2019effarement.Sans doute, devions-Nous Nous attendre à une première énumération de graves difficultés, ne serait-ce que parce que cette annonce à l\u2019improviste faisait naturellement penser à la longue préparation qu\u2019un tel projet devrait comporter.« Au contraire, la réponse ne se fit pas attendre.Une émotion manifeste transparut sur le visage du cardinal: son aquies-cement fut immédiat, enthousiaste.C\u2019était là, pour Nous un premier signe certain de la volonté du Seigneur.Qui ne connaît, en effet, la pondération nécessaire et réfléchie avec laquelle la curie romaine a coutume d\u2019examiner les questions qui lui sont soumises, quelle que soit leur importance?.» La personnalité du chrétien 9\tmai: Allocution aux pèlerins de VAssociation Kolping (Allemagne, Autriche, Suisse et Hollande).\u2014 «Tout disciple suit Jésus de la manière qui lui est personnelle; chacun développe sa personnalité, en transformant en réalité un des aspects du Christ.La personnalité de l\u2019homme doit avant tout se manifester dans sa cohérence individuelle.La vie ne fournit pas de solutions toutes faites.Chaque homme diffère des autres, ses semblables, et cela par les dons naturels, par la formation du caractère et par l\u2019éducation reçue.Ce qui a,de l\u2019homme à se former, ce sont \u2014 avec la famille et l\u2019Eglise\u2014-les relations sociales et la profession sociale.Lorsque les fils de Kolping travaillent unis, en priant ensemble et cultivant un esprit fraternel, leur personnalité se met mieux au service de tout le peuple.« En outre, l\u2019homme perfectionne sa personnalité par son attitude spirituelle.Le couronnement de la personnalité du chrétien est donc un idéal spirituel.Le sportif, l\u2019artiste, l\u2019homme politique ne sont pas des personnalités à cause de leur profession, mais le deviennent par le comportement spirituel avec lequel ils exercent leur profession.La personnalité du chrétien.n\u2019est réalisée qu\u2019au moyen d\u2019un courageux effort, qui répond à une attitude spirituelle claire et nette.« Mais la personnalité signifie encore davantage.Elle comprend aussi un effort moral, une victoire sur soi-même.L\u2019idéal de l\u2019homme chrétien est donc un idéal de vertu.La racine latine vis et virtus indique elle-même un don concernant de manière spécifique l\u2019homme.La vertu comprend donc un élément éminemment viril, une force morale.» Le Concile 12\tmai: Allocution lors de la clôture de la VP session de la Commission centrale pré-conciliaire.\u2014 « Il ne fait pas de doute que le Concile œcuménique, à cause de l\u2019importance des questions à traiter, et surtout de leur multiplicité, comporte de graves difficultés de divers ordres dont aucune ne Nous échappe.Il ne s\u2019agit pas de les minimiser, mais bien plutôt de les placer dans le cadre général des choses pour lesquelles, chacune à sa place, on s\u2019efforcera de trouver une solution opportune et convenable.Qu\u2019il s\u2019agisse de sa préparation, de son indiction ou de son déroulement, le Concile demande beaucoup de courage.Pour Nous, c\u2019est dans la foi que ce courage plonge ses racines profondes.On compare souvent d\u2019une façon heureuse le Concile œcuménique à une nouvelle Pentecôte de lumière et de grâce qui vaudra à l\u2019Eglise catholique et même à l\u2019humanité tout entière des fruits salutaires et abondants.Il est vain d\u2019espérer qu\u2019on pourra un jour connaître une tranquillité parfaite sur cette terre; et ils se trompent, ceux qui pensent que l'ennemi de la vérité revêt toujours le même visage.C\u2019est pourquoi nous devons nous garder de mettre trop d\u2019espoir dans les secours et les appuis que peuvent nous promettre les institutions terrestres quelles qu\u2019elles soient Ces institutions, en effet, qu\u2019elles agissent avec honnêteté ou d\u2019une façon blâmable, sont préoccupées avant tout du bien matériel et du progrès économique.Nous devons le constater avec tristesse, mais sans peur ni découragement, le royaume de ce monde étouffe souvent les plus nobles efforts et désirs des hommes et empêche le progrès spirituel qui conduit à la béatitude céleste.Mais nous \u2014 il est bon de le répéter \u2014 nous sommes réunis ici pour le royaume de Dieu; c\u2019est pourquoi il est absolument nécessaire que chacun de nous brille par ses exemples, tandis que nous travaillons au service de cette sainte cause pour le bien de toute la famille humaine.» L\u2019Action catholique 13\tmai: Allocution aux délégations des hommes de VAction catholique italienne.\u2014 Trois points importants de votre programme:\t« esprit surnaturel; formation chrétienne de la jeunesse; présence chrétienne dans la vie sociale » Il faut inculquer aux membres la nécessité de cet esprit surnaturel.« C\u2019est là le secret de la fécondité spirituelle de toute activité, de toute forme d\u2019apostolat.C\u2019est là le point de départ pour le renouvellement, aussi bien RELATIONS des consciences que de la vie organisée, qu\u2019on invoque de tant de côtés.Si l\u2019on supposait pouvoir obtenir cette transformation seulement par des moyens humains, même licites et bons, l\u2019obtenir \u2014 disons-Nous \u2014 par les dons de l\u2019intelligence et de la parole, on ferait fausse route.L\u2019action extérieure doit provenir d\u2019un fond intimement empreint de grâce divine, par la fréquence des saints sacrements de la Confession et de la Communion, par la prière constante, épanchée et réalisée ensuite dans la charité.C\u2019est seulement alors que l\u2019action produit ses fruits, qui ne sont pas la luxuriance éphémère d\u2019un moment, mais l\u2019efficacité d\u2019une force intérieure, alimentée par les sources de la vie même de Dieu.« Seule la connaissance approfondie de la doctrine chrétienne peut garantir que les jeunes sauront répondre aux espérances de l\u2019Eglise.Cette œuvre grandiose se révélerait un vain effort si elle ne partait pas du cœur même des familles chrétiennes.C\u2019est là que les enfants grandissent pour les luttes de la vie; c\u2019est là que sont réclamés avant tout l\u2019action et l\u2019exemple des Hommes catholiques.Dans les familles où le père prie et a une foi joyeuse et consciente, fréquente les cours catéchistiques et y amène ses fils, il n\u2019y aura pas d\u2019orages et de désolations d\u2019une jeunesse rebelle et sans amour.Nous sommes persuadé qu\u2019en certaines manifestations décourageantes de la vie juvénile, la plus grande responsabilité doit être recherchée tout d\u2019abord chez ces parents, spécialement les pères de famille, qui se dérobent aux devoirs précis et graves de leur état.« Enfin il faut que votre action tende à une active présence chrétienne dans la vie sociale.Dire « Homme » signifie tout d\u2019abord qu\u2019on parle du tissu qui lie la société, parce que c\u2019est à lui que sont confiées les tâches graves et astreignantes de la société civile; dire « Homme d\u2019Action catholique » voudra donc signifier un devoir concret d\u2019action dans le groupe social, une présence prudente et agissante, un témoignage généreux de cohérence et d\u2019amour.C\u2019est une grave responsabilité que ces paroles (de l\u2019encyclique Mater et Magistra) rappellent: elle vous engage à une application continue de l\u2019enseignement social des pontifes romains, pour assurer à celui-ci un rayonnement bienfaisant dans le monde du travail.Dans le domaine social, comme dans tout autre secteur de la société humaine, le catholique est conscient de la vérité qu\u2019il possède.Une vérité qui répand de la lumière partout et assure un développement harmonieux à la personne, de la dignité à la famille et au travail.Le catholique a des indications précises, dont la plénitude, la modernité et l\u2019efficacité sont universelles et directrices.Soyez donc fermes dans la fidélité à cette doctrine, généreux et unis dans son application, inlassables dans sa diffusion, afin que votre présence dans la vie sociale puisse donner, dans la lumière de l\u2019Evangile, un apport irremplaçable au processus d\u2019amélioration qui y est en cours.» Semaine sociale de Montréal (du 23 au 26 août 1962) L\u2019Éducation, problème social Jeudi soir 23 août 8\th.30 Séance publique Déclaration d\u2019ouverture.Conférence: Notre système d'enseignement face à l'évolution de notre société.\u2014 M.Arthur Tremblay.Vendredi 24 août 9\th.30 Cours: La conception chrétienne de Véducation.\u2014 R.P.Germain Lesage, O.M.I.10 h.45 Equipes d\u2019études: examen des différents secteurs et niveaux de notre système d\u2019enseignement en fonction de la conception chrétienne.2 h.30 Séance plénière: Rapports des équipes d\u2019études et discussion générale.4 h.Carrefours: exposés et discussions sur divers problèmes de notre milieu: 1.\tL\u2019école neutre et l\u2019école confessionnelle 2.\tLes institutions privées et les institutions publiques 3.\tL\u2019orientation et l\u2019administration du système scolaire 4.\tL\u2019orientation scolaire 5.\tLes activités extra-scolaires et l\u2019école 8 h.30 Séance publique Conférence: Crise de Véducation, crise de la civilisation : le point de vue chrétien.\u2014 M.Jean Lacroix.Samedi 25 août 9 h.30 Cours: Le partage des droits et des responsabilités en éducation.\u2014 R.P.Louis Lachance, O.P.11 h.Carrefours: Les droits et les responsabilités : 1.\tdes parents.\u2014 Réal Charbon-neau 2.\tdes éducateurs.\u2014 R.F.André-Hector Parenteau, I.C.3.\tdes corps sociaux intermédiaires M.Jean Marchand 4.\tdes commissions scolaires 5.\tde l\u2019Etat.\u2014 Me Gilles Poirier 6.\tde l\u2019Eglise.M.l\u2019abbé Félicien Rousseau.2 h.30 Carrefours: suite.4 h.Cours: L\u2019éducation des adultes, réalité moderne 8 h.30 Séance publique Réunion plénière: rapports des travaux des carrefours et discussion générale.Dimanche 26 août 10\th.Cours: Le citoyen et l\u2019éducation.Me Yves Prévost, M.P.P.11\th.30 Messe communautaire.12\th.15 Dîner en commun.Allocution: L\u2019Eglise enseignante dans le monde moderne.\u2014 S.Em.le cardinal Paul-Emile Léger.Canadienne Nationale Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., sect.-très.7152, boni.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* OUVRAGES REÇUS CAPÉRAN, Louis: L\u2019Appel des non-chrétiens au salut.Coll.« L\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1961,\t157 pp.CARRÉ, A.-M., O.P.: Prêtres et Laïcs apôtres de Jésus-Christ.Conférences de Notre-Dame de Paris 1961.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1961, 172 pp.CHRYSOSTOME, saint Jean: Homélies sur saint Matthieu.Sermons christologiques réunis, traduits et présentés par Bruno H.Vanderberghe.Coll.« Les écrits des saints ».\u2014 Namur, Les Editions du Soleil levant, 1961, 185 pp.De Greeff, Etienne: L\u2019Homme et son Juge.Coll.« Textes et études anthropologiques ».\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962,\t183 pp.Favrod, C.-Henri: L\u2019Afrique seule.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1961, 255 pp.Filchner, A.: Audite Filii.Coll.« Le prédicateur des enfants ».\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris, Tournai, Casterman, 1961, 209 pp.GORCE, Denys: Le Martyre de Newman.\u2014Paris, Editions Alsatia, 1961, 262 pp.Guelluy, Robert: A l\u2019écoute de Dieu.\u2014 Tournai, Casterman, 1961,\t222 pp.HUANT, Dr Ernest: Le Péché contre la chair.\u2014 Paris, Beau-chesne, 1961, 124 pp.Huber, Georges: Vers l\u2019union des chrétiens.Coll.« L\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 156 pp.Hunermann, G.: Les Lèvres scellées.Le sacrement de pénitence raconté aux jeunes.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 237 pp.Kierkegaard, Soren: Discours édifiants.Traduction de Jacques Colette, O.P.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 134 pp.Leclercq, Jacques: Saisir la vie à pleines mains.\u2014 Tournai, Casterman, 1961, 288 pp.Martin-Vigil, José-Luis: La Puissance et l\u2019Honneur.Traduit de l\u2019espagnol par Jean Huguet.\u2014 Tournai, Casterman, 1962,\t205 pp.McNamara, Marie Aquinas, O.P.: L\u2019Amitié chez saint Augustin.Traduction de J.Boulangé et F.Van Grouenendael, S.J.\u2014 Paris, P.Lethielleux, 1961, 235 pp.Mende, Tibor: Des mandarins à Mao.Traduit de l\u2019anglais par Danièle Riès-Nadaud.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 174 pp.Moreau, Abel: Saint Philippe Néri.Coll.« Votre nom, votre saint », n° 12.\u2014 Tours, Marne, 1961, 100 pp.Moreau-Rendu, S.: Le Couvent Saint-Jacques.Evocation de l\u2019histoire des Dominicains de Paris.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1961, 276 pp.MOSMANS, Guy, P.B.: L\u2019Eglise à l\u2019heure de l\u2019Afrique.\u2014 Tournai, Casterman, 1961, 254 pp.Neher, André: L\u2019Existence juive.Solitude et A ffrontements.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1961, 283 pp.QUARDT, Robert, S.J.: Sermons pour les fêtes de la très sainte Vierge.\u2014 Mulhouse, Salvator, 1962, 148 pp.Renard, Mgr, évêque de Versailles: Vie apostolique et religieuse d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 153 pp.ROSTOW, W.W.: Les Etapes de la croissance économique.Traduit par M.-J.du Rouret.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 202 pp.SALEMI, J.-C.: Evangile de saint Matthieu.\u2014 Paris, Editions du Vieux Colombier, 1962, 275 pp.SCHREIBER, Thomas: Le Christianisme en Europe orientale.\u2014 Paris, Spes, 1961, 222 pp.Semaine sociale de France: 48e session: La Montée des jeunes dans la communauté des générations.\u2014 Lyon, Chronique sociale de France, 1961, 397 pp.SOURCES ORIENTALES: La Lune, mythes et rites.Egypte, Sumer, Babylone, Hittites et Hourrites, Canaan, Israël, Islam, Iran, Inde, Cambodge, Chine, Japon, Sibérie.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 373 pp.Teilhard de Chardin, Pierre, S.J.: Genèse d\u2019une pensée.Lettres 1914-1919.\u2014 Paris, Grasset, 1961, 404 pp.Van DER Meer DE WALCHEREN, Pierre: Journal d\u2019un converti.Traduit du néerlandais par l\u2019auteur.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 266 pp.Vandeur, Dom Eugène, O.S.B.: Sang du Christ, sauvez-nous.Méditations sur les litanies du Précieux-Sang.\u2014 Mont-Laurier, Canada, Editions des Moniales Bénédictines du Précieux-Sang, 1961, 174 pp.VOGEL, Gustav.L.: Psychologie des profondeurs et amour du prochain.Traduit de l\u2019allemand par Simone Hutin.\u2014 Paris, Editions Spes, 1961, 90 pp.WENTINCK, Charles: Histoire de la peinture européenne.Coll.« Marabout université ».\u2014 Venders, Belgique, Editions Gérard & Co., 1961, 190 pp.Zundel, Maurice: Morale et Mystique.Coll.« Présence chrétienne ».\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 139 pp.&ic(uC\u20ac\u20acM?teb DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST.RUE ST.JACQUES, MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-9851 \"À VOTRE SERVICE\" SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D'IMMEUBLES FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAGÈRES et MEUBLES D\u2019ACIER Bibliothèques \u2014 Fichiers \u2014 Appuis-livres \u2014 Classeurs pour plans \u2014 Etagères vitrées pour instruments \u2014 Etagères d'entrepôt, etc.teMONTEL Claude ROUSSEAU, prés.C.P.1 300, Montmagny, Qué.el 170-180 est, bout Dorchester, suite 109, Montréal, Que.\t861-7446 Estimations fournies sur demande sans obligation.\u2022\u2018AL
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