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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1962-10, Collections de BAnQ.

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[" OCTOBRE 1962 MONTREAL NO 262 REVUE DU MOIS Le Concile I.Notre Concile U.\tL'Église et l'État III.\tParadoxes du Concile IV.\tChrétiens d'Orient et chrétiens d'Occident V.\tCe qu'un laïc attend du Concile \u2022 a?.VI.\tLe mariage et le Concile VII.\tLe Concile et le Droit canon VIII.\tLe Concile et l'Écriture IX.\tLe Concile et la liturgie X.\tDossier sur le Concile NUMÉRO SPÉCIAL SOMMAIRE Octobre 1962 Relation* REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Articles Directeur : Richard Arès.Notre Concile.S.Exc.Mgr Sebastiano Baggio 263 L\u2019Église et l\u2019État.Richard Arès 264 Paradoxes du Concile.Luigi d\u2019Apollonia 267 Chrétiens d\u2019Orient et chrétiens d\u2019Occident: la Réconciliation est-elle prochaine ?Paul Mailleux 269 Ce qu\u2019un laïc attend du Concile .Jean Lacroix 272 Le mariage et le Concile.Jules Paquin 274 Le Concile et le Droit canon .Louis C.de Léry 276 Le Concile et l\u2019Écriture.Julien Harvey278 Le Concile et la liturgie.Gérard Mercier 281 Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Dossier sur le Concile.283 I.La préparation du Concile.\u2014 IL Les questions à traiter.\u2014 III.Une petite histoire des conciles.Au service du français: Plaire et faire plaisir.288 Au fil du mois.288 Le 3e Congrès de Spiritualité.\u2014 Une dernière preuve ?Les livres.290 Notes bibliographiques.296 Publicité : Robert Dumouchel du Service de Publications Seg, Limitée, 3305, rue Masson, Montréal-36, RAymond 5-2491.# Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de ia deuxième classe de la présente publication.AMÉLIOREZ VOTRE CONDITION.en suivant le COURS DE PRÉPARATION AUX AFFAIRES donné le soir par des professeurs de grande expérience, à L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES Si vous travaillez, vous pouvez tout de même acquérir un diplôme en 3 à 5 années d'études : a)\tSection générale \u2014 3 ans \u2014- diplôme d'études commerciales b)\tSection comptable \u2014 5 ans \u2014 diplôme de comptabilité et préparation aux examens d'admission à l'Institut des comptables agréés (C.A.) de la province c)\tOptions diverses \u2014 vous permettant d'obtenir des certificats en correspondance commerciale anglaise et en langues étrangères (italien, espagnol, allemand).N.B.\u2014 Vous pouvez aussi suivre les cours de votre choix à titre d'élève libre.Pour obtenir tous renseignements et prospectus, adressez-vous au Secrétaire général L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES 535, AVENUE VIGER \u2014 Montréal.\tVI.2-3486 Nos meilleurs voeux de succès au Concile LE SÉMINAIRE DES TROIS-RIVIÈRES Trois-Rivières\t\tLes Ursulines TROIS-RIVIÈRES\t\tLes Ursulines de Québec QUÉBEC \t\t\t\t Les Petites\t\tLa Congrégation\t\tL\u2019Hôtel-Dieu- Franciscaines\t\tNotre-Dame\t\tdu-Sacré-Cœur de Marie\t\t\t\t DOLBEAU\t\tAlma\t\tDOLBEAU OCTOBRE 1962 261 Nos meilleurs voeux de succès au Concile Les Soeurs de Sodnt^aul'de-Qhartres Maison Provinciale SAINTE-ANNE-DES-MONTS LE COLLÈGE SAINT-EDOUARD CHICOUTIMI L'HÔTEL-DIEU SAINT-MICHEL ROBERYAL 262 RELATIONS XXIIe année N° 262 Octobre MONTRÉAL NOTRE CONCILE S.Exc.Mgr Sebastiano BAGGIO délégué apostolique au Canada ON ME FAIT L\u2019HONNEUR de me confier l\u2019article liminaire de ce numéro de Relations consacré au deuxième concile œcuménique du Vatican.Il y a quelque temps, la piété d\u2019un groupe de pèlerins réunis au sanctuaire des Martyrs-Canadiens pour répondre à l\u2019appel du Pape à se préparer, par la prière, au Concile me suggérait une réflexion qui semble condenser le message du Délégué apostolique en cette vigile devenue si profondément consciente et réfléchie.Je disais: « Environ quatre-vingt-dix prélats partiront bientôt du Canada afin de siéger avec les quelques trois mille Pères du Concile, dans la nef centrale de la basilique Saint-Pierre.Ils apporteront avec eux le pouvoir ineffable du magistère ecclésiastique dont ils sont revêtus, le trésor de leur expérience et de leur sollicitude pastorale, l\u2019écho des vœux et des inquiétudes du clergé, des religieux et des fidèles confiés à leur sollicitude, du peuple canadien enfin, dont ils sont une partie si éminente.Mais je suis sûr qu\u2019ils apporteront au Concile œcuménique un immense capital de prières, d\u2019œuvres de charité et de pénitence, par lesquelles les catholiques du Canada se feront un privilège de participer de façon intime et substantielle au témoignage sans précédent que l\u2019Église catholique se prépare à rendre devant le monde entier à son divin Fondateur et Chef, Jésus-Christ.» Ce Concile a germé et s\u2019est épanoui dans la prière, comme une rose à la lumière du soleil.Il semble que le Pape ne tienne à rien autant, durant toute la période préparatoire, qu\u2019à assurer à son concile cette dense atmosphère surnaturelle.C\u2019est le thème qui revient dans tous ses écrits, ses discours, ses conversations.Il insiste pour que tous prennent personnellement conscience de leur obligation de participer à cette supplication catholique.Évêques et religieuses, clergé et séminaristes, malades et jeunes gens, moines et hommes d\u2019action, tous ont une tâche spécifique à remplir dans cette immense opération qui fait de l\u2019Église militante une Église en prières.Avant tout, il s\u2019est disposé à la plus grande entreprise de son pontificat par une semaine de recueillement et de prières.Nous pouvons avoir la naïveté de croire que nous agissons seuls quand nous mettons nos satellites en orbite et les rendons dociles à notre contrôle, ou quand nous réussissons à isoler et à désarmer les bacilles de maladies qui frappaient de terreur les générations passées, ou quand une heureuse planification de l\u2019économie et de l\u2019instruction marque un recul de la misère et de l\u2019ignorance.Les optimistes les plus enthousiastes ne s\u2019imagineront jamais que nous pouvons par nous-mêmes donner une impulsion décisive au développement de la foi dans le cœur des hommes et au triomphe de la vérité, que nous pouvons redonner vigueur à la vertu dans la lutte contre le mal, à l\u2019unité des croyants, à la paix et au salut du monde.Tels sont au palier universel les buts du Concile œcuménique; ils deviennent concrets dans leur formulation en termes de catéchisme.Ce sont des objectifs qui mettent le Concile sur la frontière du divin et de l\u2019humain, au seuil du mystère.Ils seront donc une réalité dans la mesure où l\u2019action des hommes appelés à la responsabilité de les réaliser sera secondée et fécondée par la grâce du Saint Esprit.Puisque le Concile veut être une nouvelle Pentecôte, il faut rétablir dans l\u2019Église le climat de la première OCTOBRE 1962 263 Pentecôte, que les Actes des Apôtres nous décrivent comme un climat de prière assidue et persévérante, avec Marie, Mère de Jésus.Le même livre des Actes rapporte la formule des délibérations du Concile apostolique de Jérusalem: « Il a plu à l\u2019Esprit Saint et à Nous.» Celui qui sciemment ou par ignorance ou par distraction négligerait la présence de cet invisible Protagoniste du Concile ne peut exprimer que des jugements bornés ou faux.Aussi avons-nous déjà vu des sceptiques, des mécontents et des désillusionnés par anticipation.La véritable attitude est celle de l\u2019humilité et de l\u2019espérance.D\u2019une espérance raisonnable et confiante car, tous \u2014 du Souverain Pontife jusqu\u2019au dernier des fidèles \u2014-nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour en assurer le succès, certainement plus que pour aucun autre des vingt conciles qui ont précédé celui-ci.Cette généreuse préparation est déjà un passage extraordinaire du Seigneur au milieu de son Église, et un insigne témoignage qu\u2019Elle lui a rendu.Les articles annoncés au frontispice de ce numéro comprennent les sujets principaux sur lesquels une opinion publique éveillée et instruite a intérêt à se renseigner plus profondément.Les auteurs sont des spécialistes.On ne s\u2019attend pas à ce que le Délégué apostolique le soit; il peut donc considérer sa tâche finie et prendre le chemin de Rome, pour se réunir aux autres Pères du Concile, comme titulaire de l\u2019antique siège d\u2019Éphèse.Le terme du Père est aussi suggestif que précis.On a parlé ou écrit de délégués, ou de représentants envoyés au Concile, en se servant de la terminologie habituelle des assemblées ou des Congrès.Les Évêques représentent sans doute au Concile leurs Églises respectives, mais c\u2019est en vertu d\u2019un mandat reçu de Dieu, par l\u2019entremise du Vicaire du Christ.Tout évêque sera l\u2019époux qui agit et délibère au nom de son épouse mystique, le père qui porte en son cœur les intérêts de sa famille spirituelle.Le Concile met en évidence le fait que l\u2019Église n\u2019est pas une société d\u2019égaux, où la multitude délègue et circonscrit les pouvoirs de ses représentants, mais une hiérarchie, à l\u2019image de la famille naturelle, où la représentation est antérieure à la volonté des membres et naît de la fonction même de l\u2019autorité.A la racine de l\u2019une et de l\u2019autre, il y a une préordination divine, un sacrement.Cette considération, elle aussi, peut aider à évaluer la transcendance de cette heure œcuménique et à la vivre plus intensément.L\u2019ÉGLISE ET L\u2019ÉTAT Richard ARÈS, S.J.SELON LE BULLETIN DE PRESSE DU CONCILE, la Commission centrale préparatoire a étudié, entre autres choses, lors de sa septième session, la question de la liberté de religion et celle des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Voilà certes deux questions d\u2019importance capitale à la fois pour l\u2019Église et pour le monde moderne.Les vives controverses et les discussions interminables auxquelles ont donné lieu les dernières élections présidentielles aux États-Unis démontrent à l\u2019évidence que la position catholique sur ces deux points est loin d\u2019être toujours clairement comprise.Certains mêmes y voient l\u2019un des premiers obstacles d\u2019ordre pratique auxquels se heurte toute tentative de rapprochement de la part des autres confessions chrétiennes.Aussi n\u2019est-il pas douteux qu\u2019une œuvre des plus utiles serait achevée si, sur ces deux questions, tellement connexes qu\u2019on peut les considérer comme les deux éléments d\u2019un seul et même problème, le Concile apportait les précisions et les éclaircissements nécessaires.Sur l\u2019une ou l\u2019autre question, d\u2019innombrables études ont paru en ces derniers temps.Mon intention n\u2019est pas de les reprendre ou de les compléter, ni même de les résumer.Je voudrais simplement montrer que, de nos jours, une perspective nouvelle s\u2019ouvre qui nous permet et même nous invite à envisager différemment ce double problème, aussi vieux que le christianisme.Et d\u2019abord un mot de la perspective ancienne.I.\u2014 LA PERSPECTIVE ANCIENNE S\u2019il me fallait caractériser d\u2019un mot la perspective qui a prévalu habituellement jusqu\u2019ici dans la manière d\u2019envisager les rapports de l\u2019Église et de l\u2019État, j\u2019emploierais l\u2019épithète « souverainiste ».Je veux dire par là qu\u2019on s\u2019est accoutumé à considérer le problème comme d\u2019abord et presque uniquement celui des rapports entre deux souverains, indépendants et absolus, avec la conviction que, une fois ces deux pouvoirs d\u2019accord, tout le reste serait réglé par surcroît.Én d\u2019autres termes, on voyait la solution du problème dans une perspective de conférence au sommet : le pape et l\u2019empereur, le pape et les divers monarques ou chefs d\u2019État.La doctrine officielle, d\u2019ailleurs, favorisait le maintien d\u2019une pareille perspective.Il existe, affirmait-elle, deux sociétés parfaites, indépendantes l\u2019une de l\u2019autre, qui se partagent la souveraineté sur les affaires humaines: l\u2019Église, sur les choses célestes, l\u2019État, sur les choses terrestres.Comme leur autorité s\u2019exerce sur les mêmes personnes, ces deux sociétés doivent nécessairement entrer en rapports l\u2019une avec l\u2019autre, mais ces rapports s\u2019établiront par la tête, par le sommet: ce seront des rapports de Puissance à Puissance et il en naîtra des accords bilatéraux, des concordats, des engagements de droit public qui sauvegarderont et mettront en relief la souveraineté des parties.264 RELATIONS Dans cette perspective « souverainiste », le premier et principal problème à résoudre sera celui de déterminer aussi exactement que possible les droits et les devoirs des deux Puissances, des deux Autorités, de savoir, par exemple, si l\u2019une est subordonnée à l\u2019autre, ou si l\u2019Église a un pouvoir direct ou indirect sur le temporel, ou encore, si l\u2019État peut régir en quelque manière le spirituel, ou enfin si, dans les domaines communs, la compétence de l\u2019État doit l\u2019emporter sur l\u2019autorité de l\u2019Église.Dans une pareille perspective, encore, on distinguera entre l\u2019État catholique ou chrétien et l\u2019État non catholique ou non chrétien.Dans le premier cas, on parlera de la thèse et on revendiquera l\u2019union de l\u2019Église et de l'État; dans le second, on parlera de Yhypothèse et l\u2019on se résignera à une séparation entre l\u2019Église et l\u2019État.Le problème est, en somme, toujours envisagé du point de vue des Pouvoirs: ce sont eux qu\u2019il faut avant tout mettre d\u2019accord, c\u2019est leur collaboration qui constitue la nécessité primordiale.Telle est, en ses grandes lignes, la perspective qui a le plus souvent prévalu jusqu\u2019ici dans l\u2019étude du problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Je ne soutiens pas qu\u2019elle est fausse ou à rejeter; j\u2019avance simplement qu\u2019elle me paraît de moins en moins en accord avec la marche des événements et l\u2019évolution des idées et qu\u2019en conséquence il serait imprudent de s\u2019y cramponner et de la défendre à tout prix, comme s\u2019il n\u2019existait pas une autre manière, plus féconde et plus éclairante aujourd\u2019hui, d\u2019envisager ce même problème.II.\u2014 LA PERSPECTIVE NOUVELLE Je qualifierais volontiers cette perspective nouvelle de personnaliste.Je m\u2019explique.Nous vivons une époque qui magnifie, du moins en théorie sinon toujours en pratique, les droits de l\u2019homme, la dignité de la personne humaine.A la suite de la deuxième guerre mondiale, les Nations Unies ont proclamé leur Déclaration universelle des Droits de l'homme et beaucoup d\u2019États particuliers ont suivi leur exemple.Par la voix des souverains pontifes, l\u2019Église, de son côté, n\u2019a cessé, surtout en ces derniers temps, d\u2019exalter et de défendre ces droits et cette dignité.L\u2019homme, répète-t-elle sans se lasser, doit être considéré comme le principe, le sujet et la fin de toute vie sociale, et il faut faire en sorte que la société le traite en tout, non comme un objet, un instrument, un rouage, mais comme une personne, c\u2019est-à-dire comme un être libre et responsable, comme un sujet de droits et de devoirs, comme un agent dont le principe d\u2019action est interne, autonome et infiniment respectable, qui, de ce fait, exige de participer activement à l\u2019accomplissement de son destin, tant social qu\u2019individuel.De cette affirmation sans cesse répétée qui a fini par prendre place dans la conscience universelle, du moins dans la conscience du monde occidental, découlent des conséquences extrêmement importantes, dont deux nous intéressent particulièrement ici, parce qu\u2019elles concernent, la première, la constitution interne de l\u2019Église et de l\u2019État, la seconde, leurs rapports mutuels.La première conséquence de cette mise en vedette comme en valeur de la personne humaine, de sa dignité et de son rôle, a été de déplacer l\u2019accent qui jusqu\u2019alors reposait presque exclusivement sur la Puissance dans l\u2019État et sur la Hiérarchie dans l\u2019Église, en un mot sur les gouvernants.Pour ce qui est de l\u2019État, l\u2019évolution est patente.OCTOBRE 1962 De plus en plus, l\u2019on admet la distinction entre l\u2019État et la société et l\u2019on accorde de l\u2019importance à la voix du peuple; de plus en plus, l\u2019on reconnaît que l\u2019État, en tant qu\u2019organe suprême de direction et de gouvernement, tient du peuple sa légitimité et sa vitalité; de plus en plus enfin, l\u2019on se rend compte que le peuple ne peut vraiment jouer le rôle politique que le régime démocratique, par exemple, exige de lui que s\u2019il se compose de citoyens pleinement conscients de leurs droits et de leurs devoirs, qui par conséquent se considèrent responsables de la conduite des affaires de l\u2019État.A un rythme moins rapide et à un degré moins profond, une pareille évolution est en train de se produire dans l\u2019Église.Il y a quelque temps encore, l\u2019action de l\u2019Église s\u2019identifiait en quelque sorte à celle de la Hiérarchie; mais la naissance de l\u2019Action catholique, le rôle toujours croissant des laïcs, l\u2019admission d\u2019une opinion publique dans l\u2019Église, la reconnaissance explicite par Pie XII de la légitime application du principe de subsidiarité à la vie de l\u2019Église font que maintenant la communauté des fidèles, le peuple chrétien s\u2019exprime et agit à la fois avec une plus grande liberté et avec une plus vive conscience de ses responsabilités.En conséquence, il devient de moins en moins vrai d\u2019identifier l\u2019Église à la Hiérarchie et de définir la première par la seconde en laissant de côté le peuple chrétien.Parlant des laïcs, Pie XII affirmait, en effet, que, non seulement ils appartiennent à l\u2019Église, mais qu\u2019ils sont l\u2019Église, laquelle, précisait-il en mettant l\u2019accent à la base, n\u2019est autre que « la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des évêques en communion avec lui » (20 février 1946).On comprend alors qu\u2019une évolution de ce genre permette d\u2019envisager dans une nouvelle perspective le problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Il ne s\u2019agit plus seulement des rapports entre deux Puissances, mais des rapports entre deux communautés, entre deux peuples, bien plus des rapports auxquels donne naissance dans une même personne son appartenance simultanée à deux communautés distinctes: l\u2019une, politique, l\u2019autre, religieuse.La perspective ancienne n\u2019envisageait, en somme, les rapports qu\u2019à un seul niveau; la perspective nouvelle permet de les considérer à un triple niveau: au niveau individuel des personnes, au niveau social des communautés ou des peuples, au niveau politique des gouvernants.Le niveau individuel des personnes Le problème se pose et doit recevoir sa solution d\u2019abord au niveau des personnes.C\u2019est le même homme, en effet, qui est à la fois citoyen de l\u2019État et fidèle de l\u2019Église; c\u2019est à lui qu\u2019il appartient, en premier lieu et dans la pratique, d\u2019opérer la synthèse harmonieuse de ses droits et devoirs en tant que membre de l\u2019une et l\u2019autre société.Or, pour réussir dans une pareille entreprise, que lui faut-il d\u2019abord et avant tout?Une seule chose, mais absolument nécessaire: la reconnaissance de ses droits primordiaux et de ses libertés fondamentales.Ordonné tout entier et par tout lui-même à Dieu, avant de l\u2019être à la communauté politique, l\u2019homme a, en particulier, le droit et le devoir de rendre à Dieu un culte, tant public que privé, et de pratiquer la religion que sa conscience lui présente comme vraie.Ce droit et ce devoir, l\u2019État ne les crée pas, il les reconnaît; il n\u2019a pas à en fixer le contenu, mais uniquement à en garan- 265 tir et à en faciliter l\u2019exercice.Là où il en est ainsi, le problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État a déjà reçu un commencement de solution.Au niveau individuel des personnes, en effet, rien n\u2019empêche alors le citoyen qui est aussi membre d\u2019une Église d\u2019opérer, dans sa conscience, comme dans ses actes extérieurs, la distinction et l\u2019accord nécessaires entre les deux sociétés dont il est membre; rien ne l\u2019empêche, non plus, de travailler au bien de ces deux sociétés en se montrant, d\u2019une part, excellent citoyen et, d\u2019autre part, parfaitement fidèle à son Église.Il y a, en outre, un grand avantage pour l\u2019Église catholique à poser et à résoudre le problème d\u2019abord à ce niveau.Elle apparaît alors moins préoccupée de se défendre elle-même et de s\u2019assurer une position spéciale ou privilégiée que de défendre l\u2019homme dans ses droits et dans ses libertés, que d\u2019être elle-même fidèle à sa propre doctrine qui fait de la personne humaine le principe, le sujet et la fin de toute vie sociale.Sa position vaut alors pour tous les pays et pour tous les hommes, qu\u2019ils soient catholiques ou non catholiques; c\u2019est une position universaliste que peuvent adopter tous les défenseurs sincères de la personne humaine.Parlant de l\u2019Église, Pie XII affirmait: « Qu\u2019elle combatte pour conquérir ou défendre sa propre liberté, c\u2019est encore pour la vraie liberté, pour les droits primordiaux de l\u2019homme qu\u2019elle le fait.» (25 septembre 1949.) La réciproque est aussi vraie: quand l\u2019Église combat pour assurer les droits primordiaux de l\u2019homme, le droit, par exemple, à la liberté religieuse, c\u2019est, en définitive, sa propre liberté qu\u2019elle défend ou conquiert.Le niveau social des communautés Résolu à ce premier niveau individuel des personnes, le problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État aura bien des chances de l\u2019être aussi au second niveau où il se pose, c\u2019est-à-dire au niveau social des communautés ou des peuples.De quoi, en effet, l\u2019Église, considérée en tant que communauté de fidèles, en tant que peuple chrétien, a-t-elle d\u2019abord et avant tout besoin, sinon de la liberté d\u2019exister comme telle, en tant que communauté, de la liberté d\u2019organiser et de vivre sa vie religieuse selon ses exigences internes et ses propres lois ?La liberté de religion que l\u2019État moderne reconnaît et proclame pour les individus vaut aussi pour les groupes, les associations et les communautés; en s\u2019en réclamant, l\u2019Église se place sur le terrain du droit commun et n\u2019exige pour elle-même aucune situation privilégiée.Mais cette liberté lui permet déjà d\u2019accomplir sa tâche d\u2019animatrice spirituelle de toute la société.Dans une importante allocution, souvent citée, Pie XII a montré comment l\u2019Église, en vivant au cœur de l\u2019homme, contribue à édifier « la puissante armature de la communauté humaine ».Et il ajoutait aussitôt: Sous cet aspect, les fidèles, et plus précisément les laïques, se trouvent dans la ligne la plus avancée de la vie de l\u2019Église; par eux, l\u2019Église est le principe vital de la société humaine.Eux, par conséquent, eux surtout, doivent avoir une conscience toujours plus nette, non seulement d\u2019appartenir à l\u2019Église, mais d\u2019être l\u2019Église.(20 février 1946.) Tout comme il avait déjà reconnu au peuple un rôle nécessaire et primordial dans l\u2019État (message de Noël 1944 sur la démocratie), Pie XII reconnaissait ici le rôle indispensable de la communauté des fidèles dans l\u2019Église.Il 266 reconnaissait du même coup et officiellement que le problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État ne pouvait plus se poser uniquement au niveau des Pouvoirs, tant politique qu\u2019ecclésiastique, mais devait désormais trouver au moins une partie de sa solution au niveau social des communautés ou des peuples en cause dans l\u2019une et l\u2019autre société.Le niveau politique des gouvernants L\u2019aspect le plus délicat du problème restera, sans doute, toujours celui des rapports entre les deux Pouvoirs.A ce niveau, en effet, l\u2019Église sort du droit commun et elle se pose en institution tout à fait spéciale qui tient son autorité et ses pouvoirs directement du Christ, par conséquent d\u2019une intervention directe de Dieu dans l\u2019histoire.En tant que telle, elle ne peut accepter, du moins en principe, de se voir réduite au rang de simple groupement volontaire tenant de l\u2019État ses droits et ses pouvoirs.Elle est d\u2019un autre ordre, dans l\u2019État tout en n\u2019étant pas de l\u2019État.Distincte de ce dernier, supérieure à lui quant à sa fin surnaturelle, elle n\u2019en recherche pas moins sa collaboration, surtout là où une pareille collaboration s\u2019est déjà développée au niveau social des communautés, c\u2019est-à-dire entre la communauté catholique et la communauté civile d\u2019un même territoire.* * * Maintes fois dans le passé, les droits du Pouvoir ecclésiastique ont été définis et proclamés, non seulement en eux-mêmes mais encore dans leurs rapports avec ceux du Pouvoir civil.11 y aurait, semble-t-il, peu d\u2019avantage pratique à les proclamer de nouveau; même, le risque serait grand que l\u2019Église apparaisse alors comme une sorte de forteresse intransigeante, repliée sur elle-même et plus préoccupée de faire valoir ses droits et ses pouvoirs que de servir et de sauver l\u2019homme en détresse.Une proclamation, par contre, des droits primordiaux et des libertés fondamentales, tant de la personne humaine en général que des groupements religieux en particulier, serait aujourd\u2019hui accueillie avec une immense faveur.Rien ne pourrait contribuer davantage à faire tomber une foule de préjugés, qu\u2019entretiennent volontiers les gens qui croient que l\u2019Église pratique une sorte de morale de situation: en minorité dans un pays, elle réclamerait la liberté au nom du droit commun, mais en majorité ailleurs, elle la refuserait aux autres au nom de son propre droit.Que ce soit là une grossière caricature de la vraie position de l\u2019Église, rien ne le prouve mieux que son insistance actuelle sur la dignité de la personne humaine, sur le respect des consciences ainsi que sur la liberté de l\u2019acte de foi.En insistant, à son tour, sur ces mêmes principes, tout particulièrement sur leurs conséquences logiques et pratiques dans la vie en société, le Concile nettoierait l\u2019atmosphère de bien des nuages et établirait un climat favorable au rapprochement avec les autres confessions religieuses.Du même coup, il aurait posé dans une perspective nouvelle le problème des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État, et il l\u2019aurait, sinon entièrement résolu \u2014 l\u2019Église posera toujours des problèmes à l\u2019État \u2014, du moins débarrassé d\u2019une bonne partie des obstacles qui s\u2019opposent présentement à sa solution.RELATIONS PARADOXES DU CONCILE Luigi d'APOLLONIA, S.J.INSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE, le concile œcuménique est une réunion de tous les évêques dans le but de faire face d\u2019une manière particulière à une situation particulière.Le concile est convoqué, préparé et tenu sous l\u2019autorité du pape qui doit en ratifier les actes et décrets.Ainsi à peu près l\u2019établit le droit canon actuel.Réalités historiques et humaines A parcourir, toutefois, l\u2019histoire des conciles, le plus impassible des lecteurs se frotte les yeux.A-t-il bien lu?Les empereurs romains et byzantins convoquent les conciles, y président (sans jamais y voter) et en invalident purement et simplement les décisions! A Éphèse, les principaux prélats se présentent avec leur garde du corps: saint Cyrille avec ses matelots d\u2019Alexandrie; Nestorien, avec des gladiateurs du cirque.Le concile se déroule dans le palais d\u2019été de Constantin, le palais du pape à Rome, la basilique Saint-Pierre, sur les rives du Bosphore, du Rhône, de l\u2019Arno, du lac de Constance ou du Tibre.Certains pères y viennent en grande pompe, d\u2019autres sans suite aucune, un arrivera même avec deux vaches pour subsister jusqu\u2019à la fin du concile.Certains sont des martyrs de la foi; d\u2019autres, des libertins.Tous les évêques du monde?Parfois ils sont à peine deux cents, parfois quelques centaines, parfois ils viennent presque tous de l\u2019Orient, et jamais, même au Ier Concile du Vatican, ils ne viennent tous.Ils discutent et se disputent, vident ou ne vident pas leurs controverses au milieu de rivalités politiques, religieuses, patriarcales et monacales, et s\u2019enflamment d\u2019un feu qui n\u2019est pas toujours divin.A Trente, quand un évêque défend son idée avec une ardeur tout hispanique, il s\u2019entend dire: « Croyez-vous que le concile se tient à Tolède! » Au même concile, l\u2019évêque Sanfelice tire, cette fois avec une impatience tout italienne, la barbe de son confrère, l\u2019évêque Zanettino, et se voit sur-le-champ expulsé de la salle.Au Concile du Vatican, si l\u2019on s\u2019en tient à l\u2019évêque Toulon de Nancy, les pères conciliaires semblaient s\u2019adresser à l\u2019assemblée, pistolet au poing.L\u2019évêque Vérot de Savannah (Géorgie), fatigué d\u2019austères discussions abstraites et en voulant tout particulièrement aux leçons du bréviaire et aux commentaires mystiques de saint Augustin, est rappelé à l\u2019ordre et réprimandé: on ne parle pas ainsi des pères de l\u2019Église; s\u2019il veut plaisanter, ce n\u2019est ni le temps ni le lieu.Et les évêques de s\u2019écrier: « Descen-dat ! Qu\u2019il descende de la tribune! » Ciel ! est-ce bien là une assemblée solennelle et universelle d\u2019évêques réunis pour définir la vérité, corriger les erreurs, guérir les maux de l\u2019Église et du siècle ?Il faut se rappeler que l\u2019Église n\u2019a élaboré que peu à peu l\u2019institution du concile œcuménique, telle que nous le connaissons, et que son trait essentiel n\u2019est ni sa convocation, ni sa préparation, ni même sa tenue, mais la confirmation de ses actes et décrets par le pape, sans laquelle il n\u2019y a pas de reconnaissance œcuménique.De plus, si étranges, pittoresques, drôles même à distance que puissent paraître les événements et le comportement occasionnel de certains pères, ils s\u2019expliquent par la géographie, les moyens de communication, le climat historique, le tempérament, l\u2019en- OCTOBRE 1962 thousiasme des théologiens pour leurs propres idées, et cette bonne vieille nature humaine héritée d\u2019Adam, même par les saints et les lumières des conciles.Aussi faut-il chercher ailleurs les vrais paradoxes du concile, dans le mystère même de l\u2019Église qui continue l\u2019incarnation et la rédemption du Christ à travers les âges: Église de sainteté, mais combattant les abus et se réformant sans cesse; Église de vérité, mais approfondissant toujours sa doctrine inépuisable et en protégeant la pureté; Église de constitution hiérarchique, mais procédant démocratiquement et perpétuellement stimulée par ce que Pie XII a appelé l\u2019opinion publique.Eglise de sainteté La réforme intérieure a toujours été la préoccupation de l\u2019Église.Ses conciles ne se limitent donc pas à défendre les grandes vérités trinitaires et christologiques, le Sacerdoce contre l\u2019Empire, l\u2019Église contre le rationalisme, le fidéisme, le panthéisme; à expliquer et à définir la justification, la grâce, le péché originel, les sacrements, la primauté de Pierre; à chercher la réconciliation avec les Grecs et la fin du schisme.De Nicée au Ier Concile du Vatican, les conciles votent de nombreux canons disciplinaires afin de mettre un terme aux abus dans l\u2019Église et de renouveler l\u2019esprit chrétien: interdiction de l\u2019usure et de la simonie, ordination des prêtres et sacre des évêques, élection des papes et conclave, âge des évêques, mariage des prêtres, accumulation des prébendes, formation des clercs, visite des diocèses, loi de résidence, prédication, réception des sacrements, etc.Écoutez le cardinal Reginald Pole, cardinal-légat, s\u2019adressant aux pères du Corfcile de Trente: « Devant le tribunal de la miséricorde divine, nous devons prendre, nous, les pasteurs, la responsabilité de tous les maux qui affligent le troupeau du Christ.non en un geste de générosité mais en un geste de justice.» Ce besoin de renouvellement perpétuel ne saurait surprendre que ceux-là qui n\u2019ont jamais compris que si l\u2019Église est sainte en son fondateur et son Chef invisible, en son âme qui est l\u2019Esprit Saint, en ses sacrements, sources de sainteté, elle est loin de l\u2019être dans ses membres répandus sur toute la terre et qui, nés pécheurs, n\u2019arrivent qu\u2019en petit nombre à un haut degré de sainteté, parfois à la fin de leur vie.En un sens profond, le pécheur est de chrétienté.Et la tâche de l\u2019Église est de le sanctifier.Comme Jésus, dont le nom signifie Sauveur, l\u2019Église est donnée pour sauver non les justes mais les pécheurs; et comme le Verbe, elle aussi est humiliée par le corps qu\u2019elle revêt dans l\u2019histoire et qui n\u2019apparaîtra sans tache, sans ride, immaculé et glorieux qu\u2019au delà du temps.« O Dieu, qui purifiez votre Église.», telle est la prière du premier dimanche du Carême.Et celle du XVe dimanche après la Pentecôte: «Que votre bonté constamment purifie et protège votre Église, Seigneur.» Rien d\u2019étonnant que, dans l\u2019encyclique Ad Petri Cathedram (3 juillet 1959), Jean XXIII parle d\u2019une « adaptation de la discipline ecclésiastique aux besoins de notre temps » comme d\u2019un des buts du IIe Concile du Vatican.Car même si l\u2019Église n\u2019affronte pas une crise intérieure comme au temps 267 du Concile de Trente ou du IVe Concile du Latran, elle doit en prévenir une en un âge où émerge et se dessine un monde nouveau techniquement, socialement, économiquement, politiquement que les uns ont tendance à refuser comme si l'Église n\u2019était pas dans ce monde, et les autres à embrasser comme si l\u2019Église était de ce monde.Il est vrai que le mot réforme a revêtu une couleur protestante.Il est, toutefois, de frappe bien catholique, et revient tant et plus dans les écrits de saint Paul.Ce qui importe, du reste, n\u2019est pas tant le mot: réforme, contre-réforme, renouveau, renouvellement, mise à la page, adaptation, aggiornamento; c\u2019est la nécessité perpétuelle d\u2019un renouveau dans l\u2019Église, et l\u2019intelligence de ses fondements théologiques.Ni avant ni après le Concile de Trente, cette vérité a-t-elle jamais été contestée.L\u2019Église porte les traits et les affronts des siècles à travers lesquels elle a pérégriné, et si, à chaque âge, elle souffre et tressaille à la fois, comme une Mère au travail, elle se relève, chaque fois, de ses déchirements pour présenter à ses enfants un visage qui, toujours le même, rayonne de l\u2019Esprit « jeune ensemble qu\u2019éternel » qui l\u2019habite et des effusions de la grâce qui l\u2019anime.Il ne faut donc pas avoir peur, mais se réjouir, au contraire, de l\u2019examen de conscience à la face de l\u2019univers que sera le IIe Concile du Vatican.Eglise de vérité Non seulement l\u2019Église se réunit-elle en concile pour se réformer intérieurement mais, bien que détentrice infaillible de la plénitude de la vérité, elle s\u2019assemble pour préciser et expliciter sa croyance immuable.Et c\u2019est là un deuxième paradoxe.Car une chose est de savoir que Dieu nous a parlé de Lui-même, une autre de faire l\u2019inventaire de ce qu\u2019il nous a dit, une autre encore d\u2019approfondir, d\u2019expliquer, de formuler l\u2019éternelle Vérité en un langage à la fois compréhensible aux hommes et fidèle à la Révélation.La Révélation \u2014 et c\u2019est la part de l\u2019action divine \u2014 va au devant de l\u2019intelligence qui doit s\u2019exercer activement \u2014 et c\u2019est la part de l\u2019action humaine.Yahweh a dit et répété, par la voix de ses prophètes, qu\u2019il est seul Dieu et qu\u2019à part Lui il n\u2019est pas d\u2019autre Dieu.Nous envoyant son propre Verbe substantiel, Il nous a dit aussi qu\u2019il y a le Père, le Fils et l\u2019Esprit Saint, tous égaux en gloire, en majesté et en puissance.Cette révélation de l\u2019existence d\u2019un Dieu en trois personnes ne nous a pas été expliquée dans son essence.f)ès l\u2019origine, il a donc fallu concilier le monothéisme le plus strict avec le mystère de la Sainte Trinité.D\u2019où tant d\u2019efforts déployés par l\u2019intelligence humaine (et tant de sang versé par les martyrs) dans la méditation, la discussion des Vérités divines, et leur formulation en termes philosophiques de nature et de personne, de substance et d\u2019union hypostatique, d\u2019attributs et d\u2019opérations: l\u2019univers du dogme, comme l\u2019autre univers, vivant, se développant, exigeant la collaboration de l\u2019homme en réponse à la Parole divine.C\u2019est là l\u2019honneur et la gloire de la théologie.Non pas que les formes qu\u2019elle imprime à la Vérité soient définitives et irréformables (ce qui vient du Saint-Esprit est irréformable, ce qui vient de l\u2019homme est réformable), mais polies et précisées au cours de siècles de recherche, scellées par le témoignage des confesseurs et des martyrs, elles ne sauraient être mises de côté sans de graves dangers.L\u2019Église trouve son unité dans la foi, il est vrai, mais c'est la théologie, sous le magistère de l\u2019Église, qui nous en révèle les profondeurs, les correspondances, les richesses.Prenons la doctrine du Corps mystique, admirablement expliquée dans l\u2019encyclique Mystici Corporis de Pie XII.Cette doctrine a pu paraître nouvelle à certains.Elle se troùve pourtant dans saint Paul et dans l\u2019enseignement des Pères grecs et des Pères latins.Pour parer à une crise particulière, le Concile de Trente et le Ier Concile du Vatican choisirent de clarifier plutôt les aspects juridiques et constitutionnels et les relations vitales implicites dans la doctrine de l\u2019Église, Corps mystique du Christ.A cause des circonstances, le Concile limita la formulation de la vérité de foi; il ne retrancha ni n\u2019ajouta rien à la totalité de la Vérité, mais attendit des jours meilleurs et les progrès de la théologie pour faire la lumière sur une doctrine inépuisablement riche.L\u2019infaillibilité dogmatique de l\u2019Église n\u2019est pas l\u2019omniscience.Si donc on peut, hélas! parler de déformation théologique (qu\u2019on songe à l\u2019erreur moderniste qui avait infesté les séminaires au début du siècle), on ne peut parler de déformation dogmatique ni, par conséquent, de réforme dogmatique si le IIe Concile du Vatican approfondissait, explicitait, définissait la doctrine de l\u2019Église, Corps mystique du Christ.L\u2019idée que l\u2019unité catholique sur la croyance à la divinité du Christ serait le fruit du Concile de Nicée; la maternité divine, le fruit du Concile d\u2019Éphèse, et ainsi de suite: le dogme du péché originel, le fruit du Concile de Trente; l\u2019infaillibilité pontificale, le fruit du Ier Concile du Vatican; et la doctrine du Corps mystique, le fruit du IIe Concile du Vatican, c\u2019est là un contresens vraiment trop épais et trop grotesque.Aucun concile ne s\u2019est assemblé pour annoncer un Évangile nouveau, pour déclarer que certains catholiques croyant une chose et certains une autre, il fallait maintenant, pour avoir la paix, en croire une troisième.Les phrases qui reviennent constamment dans les conciles sont d\u2019un tout autre esprit.Au cours du Concile de Chalcédoine, après lecture du Credo de Nicée et de la « lettre dogmatique » de Léon le Grand sur les deux natures du Christ: « C\u2019est la foi des Pères de l\u2019Église, s\u2019écrièrent les évêques, c\u2019est la foi des Apôtres, c\u2019est ce que tous nous croyons.Par Léon, c\u2019est Pierre qui a parlé ! » Bref, c\u2019est toujours dans le même trésor révélé que les conciles vont puiser infailliblement, avec l\u2019assistance du Saint-Esprit, nova et vetera, du neuf et de l\u2019ancien.Eglise de constitution hiérarchique Un troisième paradoxe surgit de la structure hiérarchique de l\u2019Église, de ce que certains non-catholiques se plaisent à appeler sa nature « monolithique », l\u2019autorité du pape absorbant l\u2019autorité des évêques et pensant pour l\u2019Église universelle.Si bien qu\u2019un évêque anglican pouvait écrire, il y a à peine quatre ans: « Le pape est acclamé comme pasteur universel et juge des fidèles.É\u2019indépendance traditionnelle de l\u2019évêque, représentant du Christ dans son diocèse, si elle n\u2019est pas niée, est gravement battue en brèche.La convocation d\u2019un concile œcuménique semble, désormais, improbable.» (Stephen Neill, Anglicanism, p.428).Il aurait pu citer à l\u2019appui de sa thèse des auteurs catholiques, puisque d\u2019aucuns, à la suite du Ier Concile du Vatican, ne pensaient pas autrement.Les faits mêmes leur 268 RELATIONS donnent tort: hier la consultation universelle pour la proclamation du dogme de l\u2019Assomption, aujourd\u2019hui la célébration d'un nouveau concile.Si, le suprême magistère du pape est, en effet, d\u2019institution divine, le magistère ordinaire des évêques en union avec le pape ne l\u2019est pas moins.Le pape est, sans doute, l\u2019évêque des évêques, comme Jean XXIII aime dire, mais il est l\u2019évêque de Rome, non l\u2019évêque de Montréal ni l\u2019évêque de New York.Ceux-ci également sont choisis par le Christ qui choisit Pierre, mais aussi les autres Apôtres dont les évêques sont les successeurs, non simplement les instruments et les conseillers du pape dont l\u2019infaillibilité en tant que chef visible de l\u2019Église recueillerait tout pouvoir d\u2019enseigner, de sanctifier, de légiférer.Quand chaque évêque s\u2019avancera pour signer les Acta du IIe Concile du Vatican, il écrira: « Moi, Paul, évêque de., en définissant j\u2019ai souscrit.» Du reste, l\u2019histoire des conciles œcuméniques est là pour attester que les évêques parleront avec la liberté des enfants de Dieu sur les questions de doctrine et de législation au Concile qui va s\u2019ouvrir.Ils ont de qui tenir.Ayant « résisté en face » à Pierre sur la question de l\u2019observance des lois mosaïques sans rien retrancher, « fut-ce un instant, de la vérité de l\u2019Évangile », comme il écrira aux Galates, Paul vint à Jérusalem y défendre son apostolat.Il eut gain de cause, grâce à Pierre et à Jacques, et malgré les intrigues des judaïsants.Tel est l\u2019esprit des conciles.En fait, la liberté de parole va tellement de soi qu\u2019il n\u2019est jamais venu à la pensée de l\u2019Église de la garantir par quelque statut d\u2019immunité.Arius défendit lui-même sa cause à Nicée, Nestorius fut invité à Éphèse et H us, qui n\u2019était pas évêque, à Constance.Le Concile n\u2019est pas pour autant une manière de parlement de l\u2019Église, puisque les évêques ne détiennent pas leur mandat du peuple chrétien et que, s\u2019ils y représentent un diocèse, ce n\u2019est pas en tant que députés mais en tant qu\u2019ordinaires de ce diocèse.Le Concile n\u2019est pas non plus une assemblée constituante comme celle qui donna la Ve république à la France, puisque la constitution de l\u2019Église lui vient du Christ et que ni le pape ni les évêques ne peuvent l\u2019altérer en rien d\u2019essentiel.Pas plus le Concile est-il une sorte d\u2019O.N.U.évangélique puisque les pères du Concile ne sont pas là pour surveiller et défendre les intérêts français, américains, canadiens ou indonésiens, mais les intérêts de l\u2019Église catholique dont ils sont les évêques.En résumé, le Concile est l\u2019assemblée de l\u2019Église convoquée par son chef, dans laquelle les diocèses sont incorporés, personnalisés dans leurs évêques et, en ce sens, représentés, mais pour travailler en pleine liberté avec les grâces de lumière de l\u2019Esprit Saint à éclairer la doctrine de l\u2019Église et à adapter à des temps nouveaux sa discipline.* « L\u2019Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d\u2019autres charges que celles-ci qui sont indispensables », écrivaient les Apôtres, au terme du concile de Jérusalem, aux communautés chrétiennes de Syrie et de Cilicie.Paroles remarquables, car elles associent la discussion humaine et l\u2019action de l\u2019Esprit, à l\u2019un des grands tournants de l\u2019histoire du monde.Il en sera de même du IIe Concile du Vatican.Il restera, alors, aux chrétiens de porter ces charges indispensables comme le joug doux et léger du Seigneur, s\u2019ils veulent vraiment que ce Concile, sans conteste le mieux préparé de l\u2019histoire, fructifie pour le bien du monde et de l\u2019Église.Et il n\u2019y a là aucun paradoxe.Car le Christ est toujours vivant; Il sauve toujours par l\u2019Église, et, d\u2019une façon particulière, par l\u2019Église en concile; mais pour accomplir son œuvre de rédemption et de sanctification, Il a voulu avoir besoin des hommes.Chrétiens d'Orient et chrétiens d'Occident : la Réconciliation est-elle prochaine ?Paul MAILLEUX, S.J.1 IE 8 JUILLET 1962, au Waldorf Astoria de New York, S.Exc.Mgr Fulton J.Sheen était l\u2019hôte d\u2019honneur de la Réunion annuelle de la Jeunesse orthodoxe syrienne.En introduisant son hôte, l\u2019archevêque orthodoxe Bashir déclara: « Le catholicisme et l\u2019orthodoxie sont comme deux frères qui se sont tourné le dos et se sont éloignés l\u2019un de l\u2019autre il y a neuf cents ans.» Aussitôt, Mgr Sheen répliqua: « Mon frère successeur des apôtres, peut-être avons-nous été jusqu\u2019ici dos à dos, en tout cas, maintenant, nous sommes joue contre joue ! » Et, sous les applaudissements frénétiques des cinq cents jeunes gens, les deux évêques se donnèrent l\u2019accolade.Éa scène aurait-elle été 1.L\u2019A.est directeur du Centre russe à l\u2019Université Fordham, New York.comme la répétition générale de ce qui se passera demain au Vatican ?Orthodoxes et catholiques pourraient-ils s\u2019y réconcilier, rétablir entre eux l\u2019unité perdue ?Certains, au lendemain de l\u2019annonce du concile, crurent pouvoir l\u2019espérer; d\u2019autres jugent absolument utopique toute attente d\u2019une réconciliation collective.A la veille de la grande assemblée, essayons de faire le point.Recevant un groupe d\u2019Arméniens catholiques, sept jours après avoir annoncé la prochaine convocation d\u2019un concile œcuménique, Sa Sainteté Jean XXIII leur assura que le meilleur gage d\u2019une réconciliation entre orthodoxes et catholiques était leur commune vénération de la Mère de Dieu.«Sentimentalisme!», auront pensé certains.En OCTOBRE 1962 269 réalité, les mots du Saint Père exprimaient toute une théologie: la doctrine mariale commune aux orthodoxes et aux catholiques reflète leur commune position fondamentale sur l\u2019Église.Pour nous sauver, Dieu a voulu le fiat ou l\u2019acquiescement d\u2019une jeune fille de Nazareth qui nous représentait tous; pour nous sanctifier, 11 veut l\u2019intervention d\u2019une Église pleinement humaine, c\u2019est-à-dire visible dans sa hiérarchie, sa liturgie, ses sacrements.Orthodoxes et protestants peuvent bien s\u2019asseoir amicalement côte à côte au Conseil œcuménique des Églises; quand ils parlent de l\u2019Église ils sont en pleine ambiguïté; leurs conceptions de l\u2019Église sont différentes.Par contre, catholiques et orthodoxes partagent la même foi dans une Église visible; ils sont donc bien plus proches les uns des autres et leur désaccord ne commence que lorsqu\u2019ils traitent du gouvernement de l\u2019Église.L'origine du désaccord Il n\u2019est guère difficile aujourd\u2019hui de déceler l\u2019origine de ce désaccord et d\u2019en suivre le durcissement à travers les siècles.C\u2019est dans l\u2019Empire romain que le christianisme connut son premier épanouissement.Après y avoir été persécuté, il devint un jour la religion officielle.Survint bientôt la division de cet Empire et, plus tard, le morcellement de l\u2019Empire d\u2019Occident.Au cours des siècles qui suivraient, l\u2019Évêque de Rome serait amené à affirmer et à préciser, de plus en plus nettement, l\u2019autorité pastorale et doctrinale suprême dont il se savait revêtu en tant qu\u2019héritier de l\u2019apôtre Pierre.Il ferait sans cesse appel à cette autorité pour maintenir l\u2019unité visible de l\u2019Église par-dessus les divisions des peuples et pour défendre son indépendance vis-à-vis des puissances de ce monde.A Byzance, par contre, les traditions de l\u2019Empire romain survivraient beaucoup plus longtemps.Or, dans cet Empire, comme chez les peuples de l\u2019antiquité, le culte du Seigneur avait été envisagé avant tout comme un geste collectif de la nation entière.Les Juifs eux-mêmes n\u2019avaient-ils pas eu, sur le mont Sion, leur Temple national ?Dans cette perspective, l\u2019Église à Byzance resterait avant tout une Église d\u2019Empire, prenant à sa charge la première obligation de l\u2019État, le Culte de Dieu, et, pour cette raison, serait jalousement protégée par lui.Les pays éduqués par Byzance, la Russie en particulier, adopteraient eux aussi cette manière d\u2019envisager les relations entre l\u2019Église et l\u2019État.Ayant grandi dans ce cadre, les Églises d\u2019Orient devaient beaucoup moins éprouver que leur grande sœur d\u2019Occident le besoin d\u2019une autorité religieuse « supranationale », elles ne seraient pas amenées de la même façon à faire l\u2019inventaire de l\u2019héritage laissé par les Apôtres.Cette évolution différente est à la racine de la division qui survint ensuite entre les deux Églises.Les autres divergences, telles que sur la procession du Saint-Esprit, le Purgatoire ou l\u2019immaculée Conception, ne sont que des expressions d\u2019un désaccord plus fondamental qui s\u2019éclaire replacé dans son cadre historique.La position actuelle au plan des idées Cependant de nos jours, la position des chrétiens d\u2019Orient a totalement changé.A part peut-être encore la Grèce et l\u2019Éthiopie, il n'existe plus de pays d\u2019Orient où l\u2019Église soit protégée par l\u2019État.Én certains pays, en Russie par exemple, elle est cruellement persécutée; en d\u2019autres, et tout particulièrement dans le Nouveau Monde, où beaucoup de chrétiens orientaux ont émigré, elle voit ses enfants menacés par le matérialisme contemporain.En fait, elle affronte désormais les problèmes pastoraux que l\u2019Église d\u2019Occident connaît depuis longtemps.Cette similitude des conditions d\u2019existence n\u2019entraînera-t-elle pas une meilleure compréhension mutuelle ?Il semble bien que oui.Le vif intérêt éveillé dans l\u2019élite du monde orthodoxe par les initiatives de Jean XXIII en est un gage.Le prosynode pan-orthodoxe organisé à l\u2019île de Rhodes en automne 1961 permit de constater combien les communautés orthodoxes souhaitent rendre plus solides et plus visibles, par-dessus les contingences humaines, les liens de leur unité.L\u2019annonce du Concile, en outre, a activé le dialogue entre théologiens catholiques et théologiens orthodoxes, en des rencontres personnelles et surtout dans leurs publications.Le moins qu\u2019on puisse dire est que la doctrine catholique sur la papauté n\u2019est plus envisagée par les orientaux non unis à Rome avec la même hostilité que par le passé.Dès le lendemain de l\u2019annonce d\u2019un concile, le Père Georges Florovsky, un des théologiens orthodoxes russes les plus en vue, invitait ses coreligionnaires à repenser et à préciser leur théologie de l\u2019Église et, en particulier, leur position vis-à-vis du catholicisme2.Quelques semaines plus tard, on trouva sous la plume du P.Alexandre Schumemann, doyen de l\u2019Institut de Théologie orthodoxe de New York, les déclarations suivantes: La vie même de l\u2019Église exige une solution au problème de la primauté.On pourrait montrer sans peine que les désordres et les dissensions, qui hélas, ont tant assombri la vie de l\u2019Église orthodoxe dans ces dernières décennies, sont tous, d\u2019une manière ou de l\u2019autre, liés au problème de la primauté, ou plutôt à l\u2019absence d\u2019une conception précise et commune à toute l\u2019Église concernant la nature et la fonction de cette primauté.Et un peu plus loin: L\u2019acuité de la polémique antiromaine provoque souvent de la part des canonistes orthodoxes une attitude totalement négative à l\u2019égard de cette primauté.La vérité historique est celle-ci: bien avant que ne fussent cristallisés en forme définitive les groupes locaux, l\u2019Église, dès les premiers jours de son existence, avait un centre d\u2019unité et d\u2019accord universel.Dès les premières décennies, l\u2019Église de Jérusalem était ce centre, puis ce fut l\u2019Église de Rome, qui, selon l\u2019expression de saint Ignace d\u2019Antioche, « présidait à la charité» (Rom., I, 3).Ce n\u2019est que dans le feu de la polémique que l\u2019on peut nier ces témoignages, leur consensus, leur signification.3.Certes de telles déclarations sont encore plutôt exceptionnelles mais le fait qu\u2019elles ne soulèvent pas de protestations dans le monde orthodoxe montre à lui seul l\u2019évolution qui se produit.En contre-partie, l\u2019intérêt de l\u2019Occident pour l\u2019Orient chrétien s\u2019est fortement accru ces dernières années.Il s\u2019inté- 2.\tVoir le Messager des Étudiants chrétiens russes, 3, 1959, pp.1-5 (en russe).3.\tM.Afanassieff, A.Schumemann et autres auteurs: La Primauté de Pierre dans l'Église orthodoxe.\u2014 Neuchâtel (Suisse), 1960, pp.120 ss.270 RELATIONS resse à sa théologie, à sa liturgie, à son ascèse, à son art; il comprend mieux quel enrichissement spirituel l\u2019Union lui apporterait.Il n\u2019est donc pas contestable que, sur le plan des idées, les deux fractions de la chrétienté marchent à la rencontre l\u2019une de l\u2019autre.En ce domaine, le geste de S.Exc.Mgr Sheen exprimait une réalité.Au plan de la vie concrète Cependant, si l\u2019on quitte le plan de la spéculation pour descendre à celui de la vie concrète, la situation est moins réconfortante.Tout d\u2019abord les quatre cinquièmes des chrétiens d\u2019Orient se trouvent aujourd\u2019hui de l\u2019autre côté du Rideau de fer.Il est invraisemblable que les dictateurs communistes, qui séparent brutalement de Rome les catholiques d\u2019Ukraine, de Lithuanie ou de Chine, consentent à ce que des prélats orthodoxes se rapprochent d\u2019elle.Ils n\u2019ont aucun désir de voir demain se dresser devant eux d\u2019autres cardinaux Wyszynski ! D\u2019autres orientaux, en particulier les coptes d\u2019Égypte, sont isolés dans des pays de forte majorité musulmane.Certains indices font craindre que leurs maîtres arabes verraient d\u2019un mauvais œil tout rapprochement, à fortiori, toute union avec Rome.Dans les pays où l\u2019union pourrait se faire sans se heurter au veto des pouvoirs civils, il reste encore dans les masses beaucoup de mauvais souvenirs à faire oublier.Les croisades, la quatrième surtout qui fit le siège et le pillage de Constantinople, le paternalisme latin qui ensuite régna dans le Proche-Orient ont laissé beaucoup d\u2019amertume.En bien des coins, on crierait encore comme jadis: « Plutôt le turban (des Turcs) que la tiare! » Des conflits malheureux ont aussi dressé les uns contre les autres, au cours du dernier demi-siècle, Russes et Polonais, Serbes et Croates, Grecs et Italiens.Même dans le Nouveau Monde, de douloureuses querelles n\u2019ont pas manqué.80% des Slaves orthodoxes établis aujourd\u2019hui aux États-Unis étaient catholiques lorsque eux-mêmes, ou leurs parents, passèrent l\u2019Atlantique 4.Mal compris, mal accueillis par les catholiques de rite latin qui dominaient en nombre, ils se sont séparés de Rome souvent par paroisses entières.Ces ruptures furent souvent accompagnées de procès au sujet de biens d\u2019église, d\u2019injures, parfois de voies de faits.Les têtes sont encore trop chaudes, hélas, pour qu\u2019on puisse parler d\u2019ecclésiologie en toute sérénité.É)ans ces communautés séparées de Rome \u2014 les orthodoxes eux-mêmes le reconnaissent et s\u2019en plaignent \u2014 les fidèles ont souvent acquis vis-à-vis de leurs pasteurs une liberté d\u2019action qu\u2019ils craindraient perdre en se rapprochant de l\u2019Église catholique.Ils savent que dans l\u2019Église romaine les fidèles doivent accepter le curé que l\u2019évêque leur envoie, que le divorce et la limitation artificielle des naissances y sont proscrits, qu\u2019il faut se rendre à l\u2019église au moins chaque dimanche.La perspective d\u2019être soumis à cette discipline ne soulève pas toujours l\u2019enthousiasme.Et là même où l\u2019on est prêt à dialoguer, il demeure bien difficile de se comprendre.Par suite du malheur des temps, des jougs musulman ou communiste, les communautés orthodoxes furent privées de bons séminaires.Souvent elles ont dû ordonner prêtres et même évêques des hommes d\u2019âge mûr, que distinguaient leur prudence, leur piété, leur 4.Voir V.Pospishil, Code of Oriental Canon Law, Ford City (Pa.), 1960, p.69.connaissance de la liturgie, mais auxquels avait souvent manqué la possibilité d\u2019assimiler les connaissances théologiques souhaitables.Avec eux, il est difficile d\u2019examiner les questions fondamentales, d\u2019envisager les problèmes dans leur ensemble; leurs attaques contre l\u2019Église se font à coups d\u2019épingles au sujet de points particuliers du dogme, de la morale ou de l\u2019histoire; les échanges peuvent durer sans fin sans jamais éclairer.Il faut reconnaître aussi que peu d\u2019évêques catholiques ont de l\u2019Orient chrétien une connaissance suffisante pour se faire comprendre par les Orientaux non unis.Le dialogue entre les frères séparés doit être soigneusement préparé par des spécialistes.Une ère nouvelle Il n\u2019en demeure pas moins que depuis le 25 janvier 1959, c\u2019est-à-dire depuis l\u2019annonce du Concile, une ère nouvelle dans l\u2019histoire des relations catholico-orthodoxes a commencé.Jusqu\u2019à cette date, les contacts œcuméniques étaient sous la surveillance presque exclusive du Saint-Office qui veillait avant tout à protéger les fidèles contre les dangers du relativisme ou du minimalisme religieux.La préparation du Concile a provoqué l\u2019institution à Rome d\u2019un secrétariat spécial qui dirige les relations des catholiques avec les autres chrétiens.Ce secrétariat ne se contente plus de protéger, il organise, il encourage.Il interviendra au Concile pour demander plus de lumière sur les points de la doctrine catholique mal interprétés par les orthodoxes, en particulier sur le rôle de l\u2019épiscopat dans l\u2019Église.Tout permet d\u2019espérer qu\u2019il continuera son activité après le Concile.L\u2019Orient non uni, lui aussi, s\u2019est mis en branle.Le patriarche de Constantinople Athénagoras, qui est la plus haute autorité du monde orthodoxe, n\u2019a perdu aucune occasion de soutenir les efforts du Saint Père.De diverses manières, il s\u2019est efforcé de raffermir l\u2019unité du monde orthodoxe.11 serait insuffisant, en effet, d\u2019aboutir à la réconciliation d\u2019une partie seulement de l\u2019Orient chrétien avec Rome, tandis que l\u2019autre bouderait ou redoublerait peut-être d\u2019hostilité.Il restera toujours vrai cependant que la réconciliation des Orientaux avec Rome, qu\u2019elle soit collective ou individuelle, ne pourra être achevée que par leur découverte et leur acceptation du geste d\u2019amour par lequel le Christ, en confiant à l\u2019héritier de Pierre une mission pastorale suprême, voulut achever l\u2019édifice social de son Église.Cette acceptation sera toujours un acte libre.On ne peut donc la prédire à coup sûr.Elle deviendra cependant beaucoup plus facile aux âmes de bonne volonté si l\u2019Église de Pierre qui doit « présider à la charité » se montre sans cesse plus fidèle à sa mission.Et, dans la pensée du Saint Père, l\u2019accroissement de cette fidélité est précisément le but premier du Concile.Entretemps, les efforts pour la réconciliation garderont une grande valeur, car ils expriment- le refus des chrétiens de prendre leur parti du schisme et leur désir d\u2019accomplir la volonté d\u2019union du Christ.Ces efforts devront se poursuivre inlassablement, tant qu\u2019il faudra, dans les relations sociales ordinaires entre frères séparés comme dans les dialogues entre théologiens, jusqu\u2019au jour où, l\u2019union des esprits et des cœurs étant en fait réalisée, il ne restera plus à un concile qu\u2019à la constater et à la proclamer.OCTOBRE 1962 271 CE QU\u2019UN LAÏC ATTEND DU CONCILE Jean LACROIX1 D\u2019ABORD ET AVANT TOUT, plus importante même que la réunion du Concile, est la décision de le tenir.Par suite de circonstances historiques, et pour lutter plus efficacement contre de multiples déviations des temps modernes, l\u2019Église a dû accentuer sa centralisation, notamment depuis la Contre-Réforme.Dans la dialectique autorité-liberté, la part de l\u2019autorité a été renforcée.Certes entre l\u2019une et l\u2019autre, il n\u2019y a nulle contradiction.La liberté chrétienne n\u2019est point d\u2019opposition ou de repliement sur soi, mais de participation et d\u2019adhésion.Non est libertas nisi legi divinae adhaerentium, dit saint Augustin.Mais si être libre c\u2019est adhérer à la loi divine, il faut bien que le plus petit et le plus pauvre des enfants de Dieu y puisse participer.Le Concile c\u2019est l\u2019affirmation publique de la plénitude et de la signification de la liberté chrétienne.Et cela, quoi qu\u2019il fasse, le Concile le manifeste par son existence même.Il était particulièrement opportun que l\u2019Église montrât à tous que, si elle doit, suivant les époques, mettre l\u2019accent sur tel ou tel point de la doctrine ou de la discipline, elle n\u2019oublie jamais l\u2019intégralité de la Tradition.Ainsi, au moment même où le monde traverse peut-être la plus grande transformation de son histoire, c\u2019est le peuple chrétien tout entier, dans sa diversité accrue comme dans son unité foncière, qui va pouvoir faire entendre sa voix, faire connaître ses besoins, mieux révéler sa condition et dire son espérance.Car, catholiques de tous les pays, nous oublions trop que, comme Israël autrefois, nous constituons vraiment un peuple en marche vers la Terre Promise: le Peuple de Dieu.Le Concile c\u2019est l\u2019Église souffrante, militante, orante qui parle: c\u2019est au sens le plus fort du terme la Voix du peuple de Dieu qui s\u2019exprime, par la médiation surtout de ses évêques.D\u2019une certaine manière, puisque tout homme qui est sauvé l\u2019est par le Christ et son Église (ce que signifie la formule qu\u2019en dehors de l\u2019Église il n\u2019y a pas de salut), c\u2019est l\u2019Humanité même qui parle et qui parle pour tous les hommes.N\u2019est-ce pas en effet par le christianisme que l\u2019Humanité s\u2019exprime le plus profondément et dit sa parole la plus vraie ?En chaque homme il y a une présence de l\u2019universel qui le guide et le dirige, et que les anciens appelaient son esprit ou son conseil.Le Concile est, pour tous, ce conseil, cet esprit qui dit l\u2019universel, et c\u2019est pourquoi déjà les incroyants aussi bien que les croyants sont comme à l\u2019écoute: avant même sa réunion, il est une victoire de l\u2019œcuménisme en sa vérité! * C\u2019est ce que rendent évident les seuls travaux dont il a été l\u2019occasion et qui le préparent.Qui aurait pu penser il y a seulement deux ans que toute la chrétienté allait se mettre aussi bien et aussi vite en état de Concile ?Ce qui 1.Conférencier invité à la Semaine sociale de Montréal, en août dernier, M.Jean Lacroix, professeur, écrivain et philosophe de Lyon, en France, a bien voulu répondre à la question que nous lui avions posée: en tant que laïc, qu'attendez-vous du Concile?272 ne peut manquer de frapper c\u2019est le nombre, la qualité et peut-être surtout la liberté de tant d\u2019études ou enquêtes faites aussi bien par les laïcs que les prêtres ou théologiens; les laïcs particulièrement ont pris ou repris conscience d\u2019un rôle essentiel, qu\u2019ils avaient oublié ou négligé: informer la hiérarchie.Sans doute aussi les évêques ont-ils davantage pris l\u2019habitude de les entendre.Comment n\u2019y a-t-il pas dans chaque évêché une sorte de conseil consultatif composé notamment d\u2019universitaires et de syndicalistes et chargé de donner toutes informations sur l\u2019état religieux, social, intellectuel, économique du diocèse?Certes, à consulter bien des articles ou livres relatifs au Concile, on voit que des erreurs ont été commises, des suggestions inacceptables proposées, des vœux impossibles formulés.Ils ne devraient point donner naissance à des réflexes de peur ou de timidité.L\u2019essentiel est que le peuple chrétien se soit exprimé, qu\u2019il ait tenté de dire ce qu\u2019il vit.Par-dessous les fautes d\u2019expression, ce que j\u2019attends du Concile c\u2019est qu\u2019il dégage les motivations profondes, les besoins fondamentaux et surtout l\u2019espérance.Ces deux années sont un cri plus ou moins bien articulé, un appel vers l\u2019Église.Que l\u2019Église soit ainsi appelée, c\u2019est pour l\u2019Humanité d\u2019aujourd\u2019hui un fait, ou plutôt un acte, d\u2019une portée incalculable.Et je sais bien quelle sera la réponse du Concile: celle de l\u2019universalité, de la catholicité de l\u2019Église, mais en fonction de la diversité des situations.Or cette universalité désormais s\u2019exprime par la promotion religieuse de ce qu\u2019on nomme le tiers-monde.Faut-il préciser?Ce n\u2019est guère possible, et ce serait sans doute impertinent.Si intéressants puissent-ils être parfois, des vœux divers et juxtaposés me semblent téméraires et sans grande portée.C\u2019est à leur source qu\u2019il faut remonter.Et la source est un approfondissement et une purification de la foi.Par définition le laïc chrétien est celui qui appartient à l\u2019Église et au monde, et qui cependant refuse de mener une vie en partie double.Mais définir le laïc, par opposition au clerc, comme l\u2019homme du profane serait bien superficiel et insuffisant.Le mot laïc (du grec la'ikos) vient de laos, qui désigne dans l\u2019Ancien Testament le peuple juif, et dans le Nouveau, l\u2019Église, le nouvel Israël.Le laïc, c\u2019est d\u2019abord celui qui fait partie du Peuple de Dieu, dont on devient membre non point parce qu\u2019on appartient à une race, mais par la grâce du baptême.Certes le laïc est intégré dans une structure hiérarchique mais comme citoyen actif, responsable et solidaire.Et c\u2019est cette activité, cette responsabilité et cette solidarité qu\u2019il appartient au Concile de reprendre, de restaurer et de développer.* De ces idées fondamentales, une application capitale d\u2019abord se dégage.Les années à venir seront marquées par une intellectualisation progressive de l\u2019humanité.Jusqu\u2019ici seule une « élite » a été instruite.Désormais nous allons vivre une « explosion scolaire »: c\u2019est l\u2019ère de l\u2019école pour tous.L\u2019Église a toujours condamné le fidéisme.Mais la foi RELATIONS du charbonnier, demain plus qu\u2019hier, constituera un véritable danger.En un temps où les connaissances profondes se développent à un rythme accéléré, où la science et la technique passionnent et éblouissent les hommes, où l\u2019intelligence devient sans cesse plus exigeante, les connaissances religieuses ne peuvent rester en retard, sous peine de devenir d\u2019irréelles super-structures.Trop souvent la foi du laïc chrétien reste désincarnée, sans prise directe sur le monde moderne, à côté ou au-dessus, sans lien vécu avec lui.La séparation, voire la distinction, de la théorie et de la pratique, est la source la plus commune de l\u2019immoralité, l\u2019hypocrisie même.Le Concile doit rendre à chacun la sincérité et la véracité de sa foi.C\u2019est donc comme toujours une plus grande vérité qu\u2019il s\u2019agit de réaliser.Pour mieux comprendre le sens qu\u2019elle doit revêtir aujourd\u2019hui, il conviendrait de reprendre aux marxistes une notion dont ils ont fait un usage vague et abusif: celle de praxis.11 y a, au sens vrai et complet du terme, une praxis chrétienne, qui n\u2019est ni pragmatisme ni mépris de l\u2019intelligence, mais au contraire interpénétration intime de l\u2019idée et de l\u2019acte, de la pensée et de l\u2019action.Car la Parole du Christ est à la fois Vérité et Vie.La simple réflexion philosophique déjà nous apprend que l\u2019esprit humain est incarnateur2.Comme disait le philosophe Gabriel Madinier, la conscience est gestuelle.Ce qui signifie que l\u2019union de l\u2019âme et du corps est profonde, qu\u2019il n\u2019y a pas de pensée sans mouvement, que l\u2019on ne connaît qu\u2019en esquissant un geste ou en prenant une attitude, que le désir enfin est idéaliste, parce qu\u2019il ne change rien, mais que la volonté est réaliste, parce qu\u2019elle transforme le monde: vouloir c\u2019est toujours vouloir une œuvre.Le christianisme c\u2019est la plus profonde incarnation, puisque c\u2019est Jésus-Christ, Verbe qui s\u2019est fait chair puis qui s\u2019est fait homme.La voie, neuve et traditionnelle, qui s\u2019ouvre au Concile, c\u2019est, en fonction des besoins actuels, un approfondissement de la théologie de l\u2019Incarnation.* Le laïc chrétien, par vocation nécessaire, est avant tout et comme doublement « incarnateur ».Proudhon définissait le travail « l\u2019émission de l\u2019esprit ».Il est en effet l\u2019insertion de la liberté dans la nature.En ce sens toute activité humaine, même spirituelle, est laborieuse.Et l\u2019Église est en travail dans le monde.Ce travail, comme tout autre, plus que tout autre est émission de l\u2019esprit.C\u2019est, mais cette fois dans un sens surnaturel, cette émission de l\u2019Esprit que j\u2019attends du Concile afin qu\u2019il guide et oriente les laïcs dans leur travail incarnateur.Cela implique un grand effort afin d\u2019élaborer une spiritualité pour les laïcs.Depuis plusieurs décades on a fait beaucoup dans le domaine de la spiritualité conjugale et familiale.D\u2019immenses problèmes surgissent encore, ne serait-ce qu\u2019en liaison avec l\u2019angoissante surpopulation du globe.Mais surtout bien peu a été 2.Le terme est souvent employé, notamment par Jeanne Hersch, dans son beau livre L'Être et la Forme; d\u2019un point de vue purement philosophique, et en dehors de toute influence chrétienne, elle définit l\u2019esprit humain comme « essentiellement incarnateur ».Je dirais aussi bien « informateur », entendant par là que le propre de l\u2019esprit est d\u2019insérer une forme dans une matérialité.OCTOBRE 1962 fait en ce qui concerne la spiritualité de l\u2019action temporelle, principalement politique.Et c\u2019est ici qu\u2019il convient de dégager enfin la jonction et la responsabilité du laïcat.Risquerait-on d\u2019être mal compris \u2014 ou abusivement utilisé \u2014 en demandant au Concile d\u2019opérer en ce domaine une certaine « décléricalisation » ?Sur le plan de la Cité, la mentalité des catholiques reste trop souvent maladroitement « cléricale ».Faut-il rappeler que c\u2019est aux chefs responsables, non aux aumôniers, de diriger les mouvements laïcs?pourquoi tout ce qui concerne les problèmes matériels, économiques, financiers ne serait-il pas assumé par des laïcs?Mais il faut dépasser ces évidences.A une époque où la civilisation se « laïcise » de plus en plus, il reste à étudier de près le comportement du laïcat dont la mission propre est de faire retourner le monde à Dieu par une action sociale professionnelle et technique.Peut-être, pour indiquer seulement une direction d\u2019études, a-t-on trop analysé les responsabilités du laïc et le régime de la Cité en fonction des « droits de la vérité » et pas assez en fonction de la «liberté de l\u2019acte de foi »! La dialectique de la liberté et de la vérité est aussi importante et difficile que celle de la liberté et de l\u2019autorité que j\u2019évoquais au début.Elles ne sont pas d\u2019ailleurs sans lien.Ne serait-il pas temps de dépasser les dangers moraux et politiques de la distinction de la « thèse » et de « l\u2019hypothèse » pour donner aux laïcs une doctrine authentiquement chrétienne qui puisse être effectivement vécue ?Ce qui signifie en somme que le Concile devra davantage encore mettre l\u2019Église en état de dialogue.Dialoguer ne signifie certes pas chercher un compromis en mettant la vérité plus ou moins sous le boisseau, mais atteindre l\u2019universel en ce point de pureté où il est débarrassé de notre « mentalité » propre qui risque de le masquer à autrui.Dialoguer c\u2019est, suivant une heureuse formule, se rénover pour susciter l\u2019unité.Et l\u2019unité c\u2019est avant tout avec les chrétiens séparés que nous devons la chercher.Comme le dit Hans Kung, professeur à la Faculté de théologie catholique de Tubingue, «la rénovation de l\u2019Église comme condition préalable pour un retour à l\u2019unité est, selon l\u2019intention du pape, la tâche du concile œcuménique ».On a pu écrire que la recherche du mode d\u2019existence et d\u2019insertion de l\u2019Église dans le monde moderne, qui marque « la fin de l\u2019ère constantinienne », c\u2019est-à-dire de la « chrétienté » au sens médiéval et occidental, était « le sous-sol du concile ».Pour atteindre ce but, le premier effort doit tendre à la réalisation de ce que Jean Grootaers, le rédacteur en chef de l\u2019excellente revue De Maand, appelle les tâches œcuméniques du laïcat.Et si le Concile, dans ses décisions, apporte quelque désillusion à certains, n\u2019oublions pas l\u2019histoire du Concile du Vatican: beaucoup des textes qui avaient été élaborés n\u2019ont pas eu d\u2019issue immédiate, mais ont servi à la rédaction des grandes encycliques de Léon XIII et à l\u2019entreprise de réforme du droit canonique sous Pie X.Les discussions libres restent ouvertes à l\u2019infini.Demander au Concile de les trancher une à une serait minimiser outrageusement son rôle.Ce qu'il faut attendre de lui c\u2019est plus de lumière sur le seul problème aujourd\u2019hui essentiel: l\u2019incarnation du message évangélique dans le monde moderne en fonction d\u2019une humanité de plus en plus responsable et maîtresse de son destin.273 LE MARIAGE ET LE CONCILE Jules PAQUIN, S.J.1 EPUIS L\u2019ANNONCE DU CONCILE, bien des gens croient que l\u2019Église assouplira sa doctrine traditionnelle sur le mariage, comme elle l\u2019a fait, dit-on, en matière de discipline ecclésiastique.S\u2019ils ne sont pas nouveaux, en effet, les problèmes que pose le mariage aux époux chrétiens prennent de nos jours une acuité qui n\u2019échappe pas à l\u2019observateur le plus superficiel.Et l\u2019on attend de l\u2019Église, dont tout le monde reconnaît le souci d\u2019adaptation, qu\u2019en rayonnant la Lumière qui est le Christ, elle éclaire de l\u2019éternelle Vérité les hommes d\u2019aujourd\u2019hui aux prises avec leurs difficultés d\u2019aujourd\u2019hui.Ces difficultés sont réelles; et parce que les principes n\u2019ont de valeur et de vie que si on les applique aux réalités concrètes, l\u2019Église rejette une sévérité outrée qui dogmatiserait dans l\u2019abstrait.Mais ces difficultés ne peuvent pas, d\u2019autre part, être résolues par des concessions aux idées les plus subtilement erronées: non moins que le rigorisme, le laxisme est une méconnaissance de la dignité humaine et chrétienne; il est une négation pratique des possibilités de progrès de l\u2019humanité sur le plan moral et une négation de sa destinée surnaturelle.Le Concile devra donc tenir compte des courants de pensée actuels sur le mariage, afin de fournir les précisions doctrinales qui permettront aux individus et aux nations de s\u2019épanouir pleinement dans la vérité et le bien.Qu\u2019on ne s\u2019attende pas à des petites recettes qui chercheraient à tout concilier dans un esprit de fausse concession; qu\u2019on ne s\u2019attende pas non plus à une simple répétition des principes traditionnels.Le Concile réaffirmera, sans doute, l\u2019enseignement immuable de la Révélation et de la loi naturelle, mais pour montrer comment les problèmes actuels en reçoivent la seule solution qui soit la vraie.* Un premier groupe de problèmes concerne l\u2019institution même du mariage: à) sa valeur relative comparée à celle de la chasteté parfaite; b) ses fins; c) son indissolubilité.Depuis quelques décennies a surgi un nombre considérable d\u2019apologies du mariage, dont la valeur humanisante d\u2019épanouissement et la valeur chrétienne de sanctification ont été chantées sur tous les tons.Dans cet approfondissement des valeurs du mariage, il y a un enrichissement dont il faut se réjouir.Mais ici comme en bien d\u2019autres cas, la réaction contre une mésestime trop générale à l\u2019égard du mariage est allée beaucoup trop loin.En exaltant l\u2019union de l\u2019homme et de la femme, en exaltant aussi pour les chrétiens le sacrement qui consacre cette union, on a méconnu la vraie grandeur de la chasteté parfaite et de la virginité voulues pour un motif d\u2019amour de Dieu.Sans établir de comparaison entre telle ou telle personne mariée et tel ou tel célibataire, même prêtre ou religieux, nous devons, selon la doctrine du Concile de Trente qui l\u2019a 1.L\u2019A est professeur de théologie morale au scolasticat de l\u2019Im-maculée-Conception, à Montréal.puisée dans saint Paul, affirmer sans hésitation la supériorité de la chasteté parfaite sur le mariage.C\u2019est pour corriger les erreurs courantes à ce sujet que le pape Pie XII crut devoir écrire l\u2019encyclique Sacra Virginitas du 25 mars 1954.Bien loin d\u2019être une diminution de la personne humaine, la chasteté vécue pour un motif surnaturel réalise au maximum cet épanouissement tant prôné aujourd\u2019hui.Elle n\u2019est pas un renoncement à ce qu\u2019il y a de perfection dans le mariage, dans la fécondité et dans l\u2019amour: elle est un renoncement à telle forme de fécondité et à telle forme d\u2019amour pour mieux réaliser une fécondité d\u2019ordre supérieur, une fécondité spirituelle, et un amour si total de Dieu qu\u2019en Lui il puisse s\u2019étendre à tous les êtres humains.Pourtant, proclamer la supériorité de la chasteté parfaite sur le mariage n\u2019est pas minimiser celui-ci.Institution naturelle et sacrement de la Loi du Christ, le mariage, en étant au service de la société, est nécessairement aussi au service de la personne et de notre divinisation dans le Christ.Tout en condamnant certaines erreurs, le Concile ne pourra donc que confirmer ce que les études récentes contiennent de vérité dans l\u2019éloge du mariage, moyen d\u2019épanouissement humain et moyen de vie en communion avec Dieu.Dans le cadre général de l\u2019exaltation de la sexualité, qui est une des caractéristiques de notre temps, la théorie officielle des fins du mariage a été, elle aussi, attaquée en divers milieux, même catholiques.On a voulu faire de l\u2019épanouissement des personnes la fin primaire, ou du moins une fin égale à la procréation et à l\u2019éducation.Cette erreur a été jugée assez grave pour entraîner une condamnation du Saint-Office, le 1er avril 1944.En affirmant que l\u2019aide mutuelle est une fin secondaire essentiellement subordonnée à la procréation et à l\u2019éducation, l\u2019Église n\u2019entend pas sous-estimer les valeurs complémentaires que l\u2019homme et la femme reçoivent du mariage.Elle souligne seulement que cet épanouissement humain des époux est lui-même au service des enfants et, d\u2019autre part, qu\u2019il ne doit jamais aller contre la fin primaire.Cette fin primaire comprend à la fois la procréation et l\u2019éducation.É\u2019Église n\u2019est pas nataliste à tout prix; et elle ne saurait encourager la procréation d\u2019êtres que les parents ne seraient pas capables d\u2019élever convenablement.Il y a là un point sur lequel on n\u2019a pas toujours assez insisté, mais qu\u2019on ne saurait ignorer si l\u2019on veut connaître la véritable pensée de l\u2019Église.Rappelons enfin qu\u2019en tant que sacrement, le mariage chrétien a une fin qui lui est propre, et qui est de symboliser l\u2019union du Christ et de l\u2019Église: union intime, une, indissoluble et féconde.A ce titre, le mariage chrétien ne détruit pas ce qu\u2019est le mariage naturel, mais il le surélève en lui donnant une finalité d\u2019un autre ordre.Plus encore qu\u2019un débordement de sexualité, notre monde connaît une crise d\u2019indépendance, qui le fait se dresser contre toute autorité et, de façon plus générale, contre tout ce qui le gêne.Il était inévitable, dès lors, que l\u2019indissolubilité du mariage apparût plus que jamais un 274 RELATIONS joug insupportable, et que le divorce se répandît de plus en plus en certains milieux.Interprète de la loi naturelle et dépositaire de l\u2019enseignement du Christ, l\u2019Église, sur ce point, ne mitigera pas sa discipline.Elle ne le peut pas.D\u2019ailleurs, son apparente sévérité se trouve, une fois de plus, à protéger les hommes contre eux-mêmes et à concourir au bien-être de la société.Ce n\u2019est jamais impunément qu\u2019on viole l\u2019ordre établi par Dieu; et en proclamant l\u2019indissolubilité du lien conjugal, l\u2019Église a conscience de servir le progrès moral et le bonheur de l\u2019humanité.* Plusieurs autres problèmes se groupent autour de celui de la natalité: méthodes anticonceptionnelles, continence périodique, insémination artificielle, stérilisation, avortement.Dans son allocution du 17 avril dernier aux membres de la Société dentaire de Montréal, S.Ém.le cardinal Paul-Émile Léger a traité ce sujet en l\u2019étudiant au niveau des individus et au niveau des nations.Bien des facteurs peuvent contribuer à déterminer ce qu\u2019est le nombre idéal d\u2019enfants dans une famille.La multiplicité même de ces facteurs empêche de donner un chiffre précis valant également pour toutes les familles; mais il est certain que chez nous, par exemple, l\u2019industrialisation rapide du pays et la transformation de la société sous tous ses aspects, rendent beaucoup plus difficile aujourd\u2019hui la natalité très élevée qui caractérisait notre peuple, il n\u2019y a pas si longtemps.Si les sociologues étudient ainsi la natalité en tenant compte de ces éléments nouveaux, les couples, eux, doivent souvent vivre ce problème comme un drame qui les angoisse.Les exigences très grandes de l\u2019éducation dans la société d\u2019aujourd\u2019hui, le coût élevé de la vie auquel ne correspond pas toujours un salaire proportionné, la santé déficiente de la mère, telles sont les principales raisons qui peuvent imposer à des époux de ne pas dépasser un certain nombre d\u2019enfants.Si la confiance en Dieu doit marquer leur attitude concrète sur ce point, elle ne les dispense cependant pas de la prudence surnaturelle.Inutile de dire que la solution à ce problème ne saurait être l\u2019avortement, qui est tout simplement un meurtre.Mais comment concilier les exigences de l\u2019amour conjugal avec le souci de ne pas procréer plus d\u2019enfants que ne le permet la prudence ?Même en supposant que ce soit vraiment la prudence, et non pas l\u2019égoïsme, qui pousse ainsi à limiter le nombre des enfants, la réponse à cette question ne peut être aucun des divers procédés qui contrarient les intentions de Dieu: soit au sujet de la faculté procréatrice (stérilisation préventive de la grossesse pour n\u2019importe quel motif médical, eugénique, social ou autre), soit au sujet de l\u2019acte procréateur lui-même (méthodes anticonceptionnelles).La seule régulation des naissances qui respecte vraiment l\u2019ordre moral est la continence totale ou périodique.Cette solution n\u2019ignore pas les légitimes exigences de la vie conjugale, mais elle élève l\u2019homme et la femme au-dessus des simples pulsions de l\u2019instinct en intégrant le charnel dans l\u2019amour et le respect réciproques.Maîtrise, amour et respect ne sont d\u2019ailleurs vraiment possibles que chez ceux qui dépassant l\u2019égoïsme du seul plan biologique savent se grandir jusqu\u2019au plan proprement humain et surtout jusqu\u2019au plan religieux, surnaturel.C\u2019est aussi ce même respect de la finalité du mariage dans l\u2019amour et le respect mutuel qui interdit aux époux stériles, et pourtant désireux d\u2019avoir des enfants, toute insémination artificielle qui ne supposerait pas entre eux une union normale.De même que les méthodes anticonceptionnelles ne sauraient être admises parce qu\u2019on ne doit pas séparer l\u2019union conjugale de la procréation, ainsi, parce qu\u2019on ne sépare pas non plus la procréation de l\u2019union conjugale, faut-il condamner l\u2019insémination artificielle.Le mariage est une institution sacrée; on ne peut y admettre des procédés qui rabaissent la procréation à une simple fonction biologique.Mais aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus seulement au plan des individus que se pose le problème, c\u2019est au plan des nations et même de la communauté internationale tout entière.Les journaux, la radio, la télévision diffusent régulièrement des études de spécialistes sur l\u2019éclatement démographique de certains peuples, qui se trouvent souvent être précisément ceux dont les moyens de subsistance sont les plus faibles.On craint même que notre planète ne soit incapable un jour de nourrir la population que les statisticiens prévoient pour un avenir relativement rapproché.En face de ce problème, que personne ne songe à nier, on a vite fait de proposer les solutions recensées plus haut: avortement, stérilisation, méthodes anticonceptionnelles.11 est clair que ces procédés qui offensent directement la loi naturelle ne sauraient être admis.Comment, d\u2019ailleurs, ne pas se défier de ces solutions de facilité qui, de l\u2019avis de bien des spécialistes, ne résolvent rien?Il est une autre solution, que recherchent ceux qui croient à la possibilité d\u2019une plus grande et meilleure domination de l\u2019homme sur les richesses de l\u2019univers, ainsi qu\u2019au développement toujours plus étendu du lien de fraternité entre les hommes.Éeur solution est évidemment plus complexe, et elle ne manque pas de difficultés; mais l\u2019optimisme qu\u2019elle nourrit dans les possibilités du génie humain et la foi qu\u2019elle suppose aussi en la Providence sont d\u2019une autre qualité que les procédés de mort et de mutilation.Et si, peut-être, au plan très vaste de toute une nation ou de toutes les nations, il apparaît clairement qu\u2019on devrait diminuer le rythme de l\u2019accroissement de la population, la véritable solution ne pourra jamais être que la continence périodique.A la maîtrise de soi, à l\u2019amour et au respect, toujours nécessaires, devra s\u2019ajouter alors le souci de contribuer à faire de l\u2019humanité considérée dans son ensemble, une œuvre de qualité à la gloire du Dieu Créateur et Père.* Tels nous paraissent, schématiquement proposés, les principaux problèmes concernant le mariage, dont le Concile vraisemblablement s\u2019occupera; tels sont aussi, en résumé, les principes qui le guideront sous la conduite de l\u2019Esprit Saint dans le choix des solutions qu\u2019il nous proposera.Ces solutions se trouvent clairement énoncées dans plusieurs documents des derniers papes.Mais le Concile leur donnera une force nouvelle en les sanctionnant de son autorité et en leur apportant, au besoin, nuances et précisions.Ainsi, sur ce point comme sur tous les autres, le Concile sera source de Lumière, et par là il sera source de Vie.OCTOBRE 1962 275 LE CONCILE ET LE DROIT CANON Louis C.de LÉRY, S.J.1 QUELLES SERONT les mesures disciplinaires du prochain concile à l\u2019égard du peuple chrétien?Bien osé qui le prédirait.Je veux simplement indiquer ici quelques points de la législation ecclésiastique qui pourraient, il semble, subir avec avantage soit des modifications, soit des additions.Un concile peut affecter considérablement la vie des fidèles.Rappelons, à ce propos, quelques faits historiques.Le Premier Concile du Vatican s\u2019acheva brusquement et son activité pastorale fut pratiquement nulle.Mais il n\u2019en fut pas de même du Concile de Trente.On sait généralement que ce concile réaffirma la doctrine du péché originel, de la justification et de la grâce, et jeta les bases d\u2019une théologie sacramentaire.Mais aussi il influença profondément, peut-être l\u2019ignore-t-on, la vie catholique tout entière.Donnons quelques exemples.Le missel et le bréviaire romains remontent au Concile de Trente.C\u2019est pour mettre en œuvre les décrets de ce concile que saint Pie V édita ces deux importants recueils de la piété chrétienne.Ex decreto Sacrosancti Concilii Tridentini, lit-on encore dans le titre de ces livres.Il ne serait pas surprenant que le prochain concile apporte à ces livres de dévotion des changements encore plus substantiels que les légères modifications prescrites par Pie XII et Jean XXIII.En matière de mariage, le Concile de Trente s\u2019attaqua résolument au problème de la clandestinité.Selon le décret Tametsi de ce concile, seuls étaient valides les mariages célébrés devant le propre curé des conjoints, ou un prêtre délégué par lui, et deux témoins.Benoît XIV, il est vrai, exempta de la loi tridentine les mariages entre catholiques et non-catholiques dans les pays de religion mixte, comme le Canada depuis 1764.Mais en 1908, le Ne temere apporta deux importants changements à la « forme » du mariage.Il supprima les effets de la constitution bénédictine, si bien que tout mariage mixte fut soumis à la forme régulière et dut avoir lieu devant le curé ou son délégué.11 substitua la compétence territoriale à la compétence personnelle.Je m\u2019explique.Le Tametsi exigeait que le mariage se fit devant son propre curé.Le Ne temere voulut que tout curé pût assister validement à tout mariage dans les limites de son propre territoire.Nous vivons sous l\u2019empire du Ne temere, confirmé en 1917 par le Code de droit canonique.On soulèvera peut-être, au prochain concile, le problème des mariages mixtes; car le Ne temere, il faut l\u2019avouer, est une occasion de friction entre catholiques et non-catholiques, ceux-ci s\u2019offusquant des exigences de l\u2019Église.Mais il me paraît peu vraisemblable que rien soit modifié pour le moment.Nous recherchons, il est vrai, un rapprochement et l\u2019unité éventuelle avec les Églises chrétiennes non catholiques.D\u2019autre part, la législation actuelle présente l\u2019avantage de la clarté \u2014 tout baptisé dans l'Église catholique étant soumis à la « forme » catholique \u2014, établit une distinction nette entre mariages valides et mariages nuis et offre la meilleure garantie de l\u2019éducation catholique des enfants.1.L\u2019A.est professeur de Droit Canon au scolasticat de l\u2019Imma-culée-Conception, à Montréal.Donnons un troisième exemple d\u2019un décret tridentin qui agit profondément sur la vie chrétienne.Sait-on que les séminaires n\u2019existaient pas avant le Concile de Trente?C\u2019est celui-ci qui décréta leur fondation.Rapidement, sous l\u2019impulsion de saints, comme saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes et Monsieur Olier, les séminaires se multiplièrent.Aujourd\u2019hui, on n\u2019imagine pas que l\u2019Église puisse exister sans eux, ni qu\u2019un futur prêtre puisse étudier la théologie ailleurs que dans un séminaire.Qu\u2019on songe à la formation solide et sérieuse qu\u2019ils assurent aux prêtres, et l\u2019on reconnaîtra que, si le Concile de Trente n\u2019avait promulgué que ce décret, il n\u2019aurait pas été convoqué inutilement.Si le prochain concile traite des séminaires, ce sera pour en prolonger la durée: car la nécessité d\u2019études toujours plus poussées s\u2019impose comme une évidence.Il n\u2019y avait dans ce texte du Concile de Trente, décrétant la fondation de séminaires, rien de spectaculaire, rien pour faire une manchette de journal.Mais que de merveilleux résultats il a produits! Que peut-on attendre encore du prochain concile ?Sans être prophète, on peut espérer ou désirer une revision, une clarification du texte même du Code.Celui-ci est en vigueur depuis 1918.Il était intangible pour son principal artisan, le cardinal Gaspard.Et les mânes du savant canoniste tressailliraient à la seule idée qu\u2019on songeât à y toucher.Mais le secrétaire d\u2019État de Pie XI était assez réaliste pour comprendre que bien des canons auraient besoin d\u2019explications.Et pour ne pas livrer le Code à l\u2019interprétation fantaisiste du premier venu, il avait vu à la constitution d\u2019une Commission d\u2019interprétation des canons du Code.Cette commission a donné de nombreuses réponses, qui ont force de loi.Parfois, un même canon, un seul paragraphe a reçu trois et même quatre interprétations subséquentes.D\u2019autres fois, une réponse de la commission, ou d\u2019une Congrégation romaine dans les matières de son ressort, donne un sens pratiquement opposé à celui du texte officiel.Par exemple, on lit au Canon 934, § 2: «L\u2019indulgence [attachée à une prière] cesse, s\u2019il y a addition, soustraction ou interpolation quelconque.» (C\u2019est moi qui souligne.) Les commentateurs ne furent pas lents à signaler que ce texte était trop rigide.Que dire, par exemple, des braves gens intercalant dans leurs Ave un « pauvres » entre « priez pour nous » et « pécheurs » ?Que penser de la traduction: « Nous vous adorons, ô Jésus » pour « Adoramus te, o Christe ».Etc.La Sacrée Pénitencerie expliqua qu\u2019il s\u2019agissait de modifications « qui changent la substance d\u2019une prière ».Il faudrait maintenant insérer dans le texte même des canons les interprétations authentiques parues depuis 1918.Cette clarification du Code rendrait un grand service à tous, canonistes, étudiants, prêtres et fidèles.On peut donc souhaiter que le concile, par une commission mandatée ad hoc ou autrement, nous procure d\u2019ici quelques années un texte mis au point et intégrant toutes les décisions nouvelles et les interprétations passées concernant le Code.276 RELATIONS Peut-on compter de plus que le concile ajoutera à la législation présente?On peut le croire et le souhaiter.Je vois en particulier deux ensembles de textes canoniques touchant les laïques qui pourraient être ajoutés: l\u2019un à propos de l\u2019Action catholique, l\u2019autre sur les Instituts séculiers.Au moment de la parution du Code (1917), aucune de ces institutions n\u2019existait encore, formellement du moins.Pie XI, peut-on dire, est le fondateur de l\u2019Action catholique.Et Pie XII a donné aux Instituts séculiers leur charte, en promulguant en 1947 Provida Mater Ecclesia, qui procure aux laïques les avantages de la vie de perfection évangélique par la pratique des vertus de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance, tout en les laissant vivre dans le siècle et sans qu\u2019ils se lient par aucun vœu de religion.Même si l\u2019une et l\u2019autre institutions sont encore en plein développement, elles sont déjà suffisamment évoluées pour qu\u2019on puisse leur consacrer quelques solides canons, qui expliqueraient leur nature, leur fin et régleraient leur vie et leurs activités.Cela offrirait un autre avantage, celui d\u2019étoffer un peu plus la part réservée aux laïques au livre des personnes.Qu\u2019on ne croie pas que le législateur a négligé systématiquement le laïque.L\u2019ensemble du Code vise tous les fidèles, et certaines parties, tel le traité du mariage, s\u2019adressent d\u2019abord aux laïques.Il reste que le livre des personnes est plutôt avare, quand il parle des laïques.Si l\u2019on insère dans ce livre des chapitres sur l\u2019Apostolat des laïques et les Instituts séculiers, on aura un ensemble mieux équilibré et traitant de façon égale des clercs, des religieux et des laïques.Une question toujours actuelle est la prohibition des livres, l\u2019index, pour employer le terme connu.Il ne serait pas surprenant que le concile aborde ce problème.Certains voudraient que l\u2019index soit aboli.On s\u2019offusque de ce qu\u2019on appelle une atteinte à la liberté intellectuelle.D\u2019autres lèvent les bras au ciel et disent: pourquoi maintenir une législation qui est si mal observée ?Pour ma part, je ne vois pas que l\u2019Église puisse supprimer la prohibition des livres, mais je souhaiterais peut-être quelques modifications.Remarquons que le droit canonique, droit positif, ne fait que renforcer en ce point la loi naturelle.Personne ne doit mettre en danger sa foi ou ses mœurs: voilà un axiome de droit naturel.Or les lois de l\u2019index ne font que préciser cet axiome, en prohibant les livres qui attaquent la foi ou les mœurs.Même sans l\u2019index, de tels ouvrages resteraient prohibés par la loi naturelle et personne ne pourrait les lire sans un motif grave: nécessité apologétique, professorale ou de critique littéraire.L\u2019argument de l\u2019inobservation de la loi me paraît faible.Il semble exagéré de dire que la plupart n\u2019observent pas les lois de l\u2019index.Et quand ces lois seraient encore plus mal respectées, serait-ce une raison de les abolir?Pour mieux comprendre, comparons deux autres lois positives avec celle de l\u2019index: les lois du jeûne et de l\u2019assistance à la messe les dimanches et jours de fête.Beaucoup de diocèses ont supprimé presque entièrement le jeûne, tout en rappelant la loi inviolable de la pénitence.Les santés plus délicates, les difficultés matérielles, celle, par exemple, de se procurer du poisson, l\u2019habitude de manger à toute heure et dans les restaurants, en un mot les modes de la vie présente expliquent cette suppression.Mais il s\u2019agissait d\u2019une loi purement positive.L\u2019obligation d\u2019assister à la messe les dimanches et jours de fête est assez mal observée dans beaucoup de pays; au Canada, même dans la province de Québec, on constate un fléchissement sérieux sur ce point.Pourtant, l'Église continue à maintenir le précepte grave de la messe du dimanche et des fêtes d\u2019obligation.L\u2019abolition du précepte supprimerait sans doute les péchés de ceux qui ne le gardent pas, mais est-ce qu\u2019elle rapprocherait ces catholiques tièdes de l\u2019Église?Est-ce qu\u2019elle les rendrait plus fervents, plus disposés à obéir à l\u2019Église dans les autres matières ?On peut se le demander.Ce qui n\u2019est pas douteux, c\u2019est que beaucoup de catholiques fidèles à l\u2019assistance à la messe dominicale se relâcheraient vite, si l\u2019obligation grave était abolie.Pourtant, il s\u2019agit là d\u2019un précepte purement positif.En un sens, les lois de la prohibition des livres urgent plus que le précepte de la messe dominicale, puisque, nous l\u2019avons vu, l\u2019index ne fait que confirmer un précepte de droit naturel.Si, pour ces raisons, je ne crois pas que le concile supprime les lois de l\u2019index, il pourrait peut-être y introduire certaines modifications.Il pourrait ordonner la revision du catalogue des livres formellement à l\u2019index, pour en sortir certains ouvrages qui ne semblent plus offrir de dangers à la foi ou aux mœurs.Il pourrait rétablir la règle en vigueur avant 1940.Jusqu\u2019à cette date, quand les œuvres d\u2019un auteur étaient prohibées, on en exceptait les livres qui, au dire des personnes compétentes, étaient inoffensifs.Depuis 1940, tous les livres d\u2019un auteur expressément à l\u2019index sont prohibés, même ceux qui paraissent n\u2019offrir aucun danger.Voilà une règle difficile à observer pour un catholique moins fervent.On pourrait aussi rendre plus aisée la concession des dispenses, actuellement réservée aux Ordinaires.La faculté de dispenser, faite à certains prêtres, recteurs d\u2019universités, supérieurs de collèges, vicaires forains, faciliterait la pratique de demander les dispenses voulues et assurerait une meilleure observance de la loi.Il est une autre matière dont les canonistes verraient avec plaisir la simplification, celle des peines ecclésiastiques, excommunications, suspenses, interdits, etc.Le livre des délits et des peines pourrait, il semble, être abrégé.Beaucoup de peines ne sont pratiquement plus infligées et semblent en voie de tomber en désuétude.Les effets de chaque peine sont très compliqués à expliquer et à retenir.Tout cela n\u2019affecte pas tellement la vie des fidèles, mais alourdit considérablement l\u2019enseignement du droit canonique, sans grand profit.Un allégement de ce traité serait salué avec joie tant par les professeurs que par les étudiants.J\u2019ai voulu signaler ici certaines questions d\u2019ordre disciplinaire qui pourraient être agitées au prochain concile.Je suis loin d\u2019avoir épuisé le sujet.D\u2019autre part, il faudrait être prophète pour savoir quelles matières seront traitées.Au Premier Concile du Vatican, l\u2019infaillibilité pontificale n\u2019était même pas inscrite à l\u2019agenda primitif.Elle devint la question principale, qui marqua de son sceau ce concile.Par ailleurs, bien des sujets qui se trouvaient à l\u2019agenda ne furent pas soulevés.On peut prévoir la même chose pour le Deuxième Concile du Vatican.On introduira dans la discussion des sujets qui ne font pas partie du programme; mais d\u2019autres matières seront retirées, ne fût-ce que pour ne pas prolonger indéfiniment les discussions.En définitive, c\u2019est l\u2019Esprit-Saint qui dirigera les travaux de nos Évêques.A nous tous de le prier instamment qu\u2019il éclaire et conseille les Pères du Concile.OCTOBRE 1962 277 LE CONCILE ET L'ECRITURE Julien HARVEY, S.J.1 CE 11 OCTOBRE, le Saint Père s\u2019agenouillera devant l\u2019autel, au milieu de l\u2019assemblée des évêques de la chrétienté et prononcera la prière en usage depuis douze siècles: « Nous voici, Seigneur, Esprit-Saint, nous voici, malgré la grandeur accablante de nos péchés, spécialement réunis en votre nom.Venez à nous.Soyez avec nous et daignez descendre dans nos cœurs.Enseignez-nous ce que nous devons faire.».Alors l\u2019Église sera, pleinement, en état de concile.Il y aura sur l\u2019autel un livre.La Bible.Et le collège des successeurs des Apôtres commencera ses assises.C\u2019est en définitive sur ce livre que les membres du concile se pencheront.En disant que le concile se penchera sur la Bible, je ne veux toutefois pas laisser entendre que l\u2019Église se sente plus haute que l\u2019Écriture.L\u2019Église n\u2019est pas au-dessus de l\u2019Écriture, mais au-dessus de l\u2019interprétation de l\u2019Écriture.Quand nous affirmons, comme chrétiens, que la norme, le point de repère stable de notre foi est l\u2019Église, nous n\u2019entendons pas que l\u2019Église peut changer l\u2019Écriture, ni le sens de l\u2019Écriture, ni rien y ajouter.Mais seulement qu\u2019elle peut en déterminer avec autorité le sens et en approfondir l\u2019intelligence.Ceci découle directement de la vocation essentielle de l\u2019Église, qui est de transmettre le message, la bonne nouvelle du salut, à tout homme venant en ce monde.Sa fidélité au Saint-Esprit, qui est son âme, inclut sa fidélité à l\u2019Écriture.La Bible que le concile placera sur l\u2019autel sera la Vulgate, la traduction latine de saint Jérôme.Non pas que les pères du concile considèrent cette traduction latine faite au Ve siècle comme directement inspirée, ni comme plus parfaite que toutes les autres; non pas qu\u2019ils ignorent le texte original, hébreu, araméen et grec, auquel seul ils attribuent l\u2019inspiration et l\u2019inerrance; non pas surtout qu\u2019ils dédaignent l\u2019effort scientifique tendu, depuis deux siècles surtout, vers une meilleure compréhension du Livre.Mais tout simplement parce que l\u2019Église a reconnu, à la quatrième session du concile de Trente (8 avril 1546), que la Vulgate est un texte biblique juridiquement authentique, c\u2019est-à-dire reproduisant substantiellement l\u2019original inspiré en particulier sur les questions de foi et de morale et donc pouvant servir de base aux discussions théologiques.Peut-on prévoir que le concile discutera beaucoup sur des problèmes directement bibliques ?Il ne semble pas.Nous n\u2019attendons pas de définitions du sens de textes précis, ni de formulation technique concernant des méthodes d\u2019approche à l\u2019Écriture.Car un concile n\u2019est pas d\u2019abord convoqué pour simplifier ni pour résoudre des problèmes de théologiens ou d\u2019exégètes; il est orienté vers autre chose que nos curiosités.Le présent concile, comme la plupart de ceux qui l\u2019ont précédé, mais plus nettement encore que ceux-ci, est orienté vers trois buts: la vie présente de l\u2019Église en marche dans le temps, l\u2019union de tous les chrétiens, le rayonnement apostolique de l\u2019Église aux yeux des non-chrétiens.Et même si l\u2019on a beaucoup discuté, ces derniers 1.L\u2019A.est professeur d\u2019Écriture Sainte au scolasticat de l\u2019Imma-culée-Conception, à Montréal.temps, sur la priorité à accorder à l\u2019un ou à l\u2019autre de ces trois objectifs, il demeure qu\u2019ils sont tous trois liés, et qu\u2019on ne peut satisfaire à l\u2019un sans s\u2019attacher en même temps aux deux autres.La vie intérieure de l\u2019Église ne peut s\u2019épanouir pleinement que dans la réunion de tous les chrétiens séparés, et le rayonnement missionnaire dépend à la fois de la vie intérieure de l\u2019Église et de son unité.Donc, le concile sera d\u2019abord tourné vers l\u2019Église elle-même.Mais en se tournant vers l\u2019Église elle-même, c\u2019est souvent vers l\u2019Écriture que le concile se tournera.Car c\u2019est dans l\u2019Écriture et la Tradition, pour reprendre les paroles des Pères de Trente, qu\u2019est la source de toute vérité conduisant au salut; cette source, c\u2019est à l\u2019Église que le Christ l\u2019a confiée, pour qu\u2019elle atteigne toute créature.On a très ardemment débattu, surtout dans le contexte œcuménique, la question suivante: le concile de Trente a-t-il voulu déterminer qu\u2019il y a en fait deux sources du dogme chrétien, Écriture et Tradition, ou seulement une, l\u2019Écriture dans la tradition, si bien que la tradition ne contiendrait aucun élément dogmatique qui ne se trouve déjà, au moins de façon voilée, dans la Bible.Peut-être le concile apportera-t-il sur ce point des précisions.Elles seraient d\u2019une valeur presque inestimable dans le dialogue avec les chrétiens séparés, pour qui la notion même de Tradition a toujours constitué une énorme difficulté.Non pas que le concile élimine, ou même puisse éliminer, cette Tradition du vocabulaire chrétien, mais qu\u2019il puisse la situer plus exactement par rapport à l\u2019Écriture, peut-être simplement comme le courant vivant et ininterrompu de l\u2019Évangile vécu à travers les siècles dans le Corps mystique du Christ, courant qui transporte en lui l\u2019interprétation authentique du texte sacré.En plus de cette étude concernant directement la Bible, on peut sans doute prévoir que le concile, s\u2019il parvient jamais à traverser les quelque 16 tomes in-quarto de propositions reçues au temps des commissions anté-préparatoires, précisera certaines questions concernant la création, éclairera le rapport existant entre la loi et la conscience, entre la norme absolue et la situation toujours changeante; ce sont là des questions en grande partie biblique.Mais puisque le concile est d\u2019abord orienté vers « ce que le temps réclame » (saint Bernard), il faut plutôt en attendre des directives et des lumières qui rejoindront plus directement notre vie chrétienne.Et ici ce ne sont pas des décrets sensationnels, mais plutôt des recommandations et des approbations qu\u2019il faut espérer.Sur ce terrain, les points qui semblaient le plus attirer l\u2019attention pendant la préparation du concile se présentent sous la forme suivante: L^Ecriture comme source de vie Beaucoup de mémoires adressés aux commissions conciliaires, provenant en particulier de l\u2019Europe du Nord, se sont préoccupés d\u2019abord des problèmes de l\u2019Église placée au milieu de cultures devenues largement, sinon totalement profanes, et de l\u2019intense effort qui s\u2019impose pour remettre ces cultures en contact avec la Révélation et la vision chrétienne du monde.On a dit et répété que la force d\u2019affirma- 278 RELATIONS tion des chrétiens a diminué, que les chrétiens parlent une langue qu\u2019on ne comprend plus, et cela parce qu\u2019ils raisonnent au lieu d\u2019affirmer, que le monde païen est devenu pour eux un scandale et une tentation permanente, alors qu\u2019il y eut des époques de la vie de l\u2019Église où précisément le contraire se produisait, où l\u2019Église agissait presque irrésistiblement sur le monde païen qui l\u2019entourait.Le concile sera sans doute fortement marqué par ce courant d\u2019idées et insistera plus fortement que jamais sur l'importance que doit prendre la connaissance, la méditation et l\u2019étude de la parole divine dans la vie de chaque chrétien.Le renouveau de la catéchétique est à l\u2019ordre du jour.Non pas qu\u2019il faille le commencer; il est déjà en plein essor.Qu\u2019on remarque par exemple le splendide catéchisme biblique des diocèses allemands, fruit de dix-sept ans de travail d\u2019une commission de spécialistes, déjà en usage depuis 1955 et traduit dans la plupart des langues d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Il faut stabiliser ce mouvement, lui donner sa charte.Ainsi le concile de Trente avait souhaité la composition d\u2019un catéchisme; son désir a été réalisé par le Catéchisme de Trente, de 1567.Il est systématique, procédant par définitions, questions et réponses.Le Petit Catéchisme de Québec en était la fidèle image.Mais depuis lors le Catéchisme de Trente a été remplacé presque partout par des catéchismes où l\u2019histoire du salut fournit le cadre.En d\u2019autres termes, par des catéchismes dont la structure est biblique.On a évolué en ce sens parce qu\u2019on a pu constater, par de longues expériences, que les catéchismes systématiques répondent moins bien aux exigences de l\u2019esprit moderne.Nous n\u2019attendons pas exactement un nouveau catéchisme du concile; dans ce monde en mouvement, un livre d\u2019initiation des jeunes chrétiens devient difficilement international.Nous souhaitons plutôt un directoire catéchétique valable dans toute l\u2019Église et rédigé par une commission internationale de spécialistes de la catéchèse, de la Bible, de la liturgie.Elle devra s\u2019attendre, cette commission, à un immense travail, car il n\u2019est pas facile de faire cette traduction de la langue et des cadres de pensée de la théologie scientifique en la langue et les cadres de pensée dans lesquels le message du Christ peut devenir assimilable à tous (le premier symposium international du Centre d\u2019orientation et de coordination pastorale, tenu à Gazzada au début de mai de cette année, a pu s\u2019en rendre compte).Dans le même domaine, celui de l\u2019Écriture source de vie, le concile s\u2019occupera de liturgie.Ici encore, il abordera quod tempus requirit, pour reprendre l\u2019expression de saint Bernard.Si on regarde, en effet, d\u2019un peu loin le mouvement de l\u2019Esprit dans l\u2019Église de notre siècle, un chemin se dessine bientôt, assez nettement: après une première phase à dominante fortement mariologique (Lourdes, puis Fatima), le renouveau liturgique a commencé d\u2019occuper le premier plan, pour se prolonger en redécouverte de l\u2019Église comme communauté chrétienne et Corps du Christ, redécouverte qui a amené une reprise de contact direct avec l\u2019Écriture et les Pères de l\u2019Église.Et à son tour cette reconquête a en grande partie amorcé le dialogue avec les chrétiens séparés, le mouvement œcuménique.Ce mouvement de l\u2019Église au xxe siècle, c\u2019est la démarche d\u2019un être vivant.Fortement subjective et personnelle, la piété mariale a nourri les âmes et hâté sans doute la définition du dogme de l\u2019Assomption; mais elle a amené un mouvement complémentaire, plus objectif et plus communautaire, la piété liturgique, proche de la Bible, nourrie des Psaumes et des Prophètes, de la prédication des Apôtres et de saint Paul.Nous pouvons seulement noter ici quelques-un.s des espoirs qui se portent vers le concile: revision de la partie biblique de la messe, surtout Épître et Évangile, pour qu\u2019elle offre au fidèle une meilleure image des lignes de fond de l\u2019histoire du salut; insistance sur l\u2019importance à attribuer à l\u2019Évangile de la messe et à l\u2019homélie qui l\u2019explique; revision de la grande prière incessante de l\u2019Église par ses moines, ses moniales et ses prêtres qu\u2019est le Bréviaire, en particulier par une restructuration plus adaptée à la vie moderne des heures canoniales, et par un meilleur choix de textes scripturaires.Faut-il joindre ici un autre espoir: que cette proclamation de la Parole de Dieu à la messe puisse se faire directement dans les langues nationales ?11 semble qu\u2019on puisse espérer que le concile y sera favorable, tout en respectant les bons arguments qu\u2019on peut faire valoir en faveur du latin, langue de l\u2019unité.L^Ecriture comme Lumière La force d\u2019expansion de l\u2019Église dans le monde est un des thèmes constamment repris dans les mémoires présentés aux commissions.Et ici un aspect majeur est souvent relevé: les deux dernières guerres ont fait perdre à la civilisation gréco-romaine beaucoup de son prestige spirituel dans les pays de mission.Il est bien passé, au soir de l\u2019âge colonialiste, après les inutiles cruautés de ces deux guerres, le temps où des théologiens pouvaient insister avec fierté sur le lien qui existe entre la grandeur de la civilisation européo-américaine et la grandeur de l\u2019Église.Pour conserver à l\u2019Église sa force de pénétration dans les circonstances actuelles, plusieurs ont proposé au concile leur désir de voir formuler des directives concernant le minimum d\u2019éléments gréco-latins à conserver dans l\u2019apostolat missionnaire.Et des évêques orientaux et missionnaires ont souhaité que le concile reformule certains dogmes chrétiens en termes plus adaptés à l\u2019Église tout entière.Il est difficile de dire à l\u2019avance ce que voudra le concile; on ne peut renoncer pour sûr à l\u2019acquis énorme que représentent vingt siècles de compénétration de l\u2019Évangile et des cultures occidentales; mais on ne peut non plus nier qu\u2019un certain dépouillement puisse redonner au message missionnaire une pureté qui le fasse accueillir parce qu\u2019on ne sera plus tenté d\u2019y voir une propagande spirituelle des grandes puissances coloniales.Ajouterons-nous que la formation des prêtres, lumière du monde, sera aussi une des grandes préoccupations du concile.Les souhaits formulés au terme de plusieurs enquêtes pré-conciliaires faites par nos évêques rejoignent ici les pétitions venues de toute la chrétienté.Les études théologiques seront vraisemblablement prolongées, s\u2019il faut en croire de nombreux mémoires.La structure même de ces études sera-t-elle modifiée ?Ici, il semble qu\u2019il faut s\u2019attendre à une tension à l\u2019intérieur même du concile entre les exigences de la pastorale dans les pays du Nord, qui ont été profondément touchés, depuis 1936 environ, par le mouvement de théologie kérygmatique, plus proche du Nouveau Testament et des Pères, et celles des pays méridionaux, demeurés plus systématiciens, plus soucieux de donner la première place à l\u2019élaboration plus rationnelle de la Révélation.Non pas que ces deux attitudes s\u2019opposent, ni qu\u2019il faille s\u2019attendre à une nouvelle théologie; il ne peut y en OCTOBRE 1962 279 avoir qu\u2019une, qui est à la fois intelligence plus profonde des mystères de la foi et de leurs relations et en même temps charisme d\u2019exposition des merveilles de Dieu dans l\u2019histoire du salut.Mais dans un tel domaine, un déplacement d\u2019accent signifie beaucoup, et on peut croire à une forte insistance du concile sur la préparation des prêtres à l\u2019intelligence et à l\u2019explication directe du texte biblique.I/Ecriture comme lien entre les chrétiens On n\u2019a pas manqué de souligner, et parfois d\u2019exagérer, une divergence entre ce qu\u2019on a cru être la première intention du Saint Père (qui aurait été l\u2019union des chrétiens séparés) et les travaux des commissions préparatoires (qui viseraient surtout la réforme intérieure de l\u2019Église), et on s\u2019attend encore dans divers milieux à une intéraction constante à l\u2019intérieur du concile entre les préoccupations des pasteurs d\u2019âmes, attachés d\u2019abord à l\u2019union, et celles des juristes, attachés d\u2019abord à des réformes intérieures d\u2019ordre disciplinaire et à des condamnations d\u2019hérésies (85% des mémoires présentés parleraient de condamnation plus solennelle du communisme, un grand nombre d\u2019entre eux de condamnation du laïcisme, etc.).En fait, le Saint Père s\u2019est clairement exprimé sur ce point: il ne ne s\u2019agit pas de faire spécifiquement du Vatican II un concile d\u2019union, au sens des conciles de Lyon (1274) ou de Florence (1439-1442).Comme les deux ont abouti pratiquement à un échec sur ce terrain, le Vatican II ne voudra pas répéter l\u2019expérience ni tenter l\u2019union par le sommet avant qu\u2019elle ne soit mûrie dans le monde chrétien tout entier et méritée par la prière de l\u2019Église chrétienne tout entière.Mais ce qui est sûr, c\u2019est que le concile se préoccupera énormément d\u2019union.La création d\u2019un secrétariat permanent pour l\u2019union des chrétiens en est la meilleure garantie, et, à l\u2019encontre des autres commissions conciliaires, il continuera de fonctionner pendant le concile, et sans doute après.Plus qu\u2019un symbole, il y a là une ouverture permanente de l\u2019Église au dialogue.Et la création de cet organisme permanent marque l\u2019aboutissement d\u2019une longue série de démarches de l\u2019Église concernant l\u2019oecuménisme.Qu\u2019on observe l\u2019évolution de la pensée, et surtout de la sympathie, depuis l\u2019encyclique Mortalium animas (Pie XI, 1928), en passant par l\u2019instruction Ecclesia catholica (Saint-Office, sous Pie XII, 1949) jusqu\u2019à Mystici Corporis; et qu\u2019on remarque que le Saint Père a employé récemment, pour la première fois croyons-nous, l\u2019expression « nos frères qui ne participent pas encore pleinement à l\u2019unité », en parlant des chrétiens non catholiques (discours à des pèlerins de Venise, 8 mai 1962; cf.Osservatore Romano, 11 mai 1962), alors qu\u2019il employait encore en 1959 l\u2019expression consacrée de « frères séparés » (par ex.dans l\u2019encyclique Ad Petri Cathedram).Il ne faut pas voir là une concession de l\u2019Église; nous sommes d\u2019accord, catholiques, protestants et orientaux séparés, sur ce principe évident, que l\u2019union ne peut se faire par compromis dogmatique.Ce qu\u2019il y a ici, c\u2019est un déplacement d\u2019accent, le reportant davantage sur le souci de charité chrétienne.Et même si de très grands obstacles à l\u2019union demeurent, le concile contribuera sans aucun doute au rapprochement.Il y aura contribué de façon très décisive s\u2019il détermine plus nettement les rapports qui unissent les notions d\u2019Église, d\u2019Écriture et de Tradition d\u2019une part, et d\u2019autre part s\u2019il complète le dogme de l\u2019infaillibilité pontificale, défini à la fin du premier concile du Vatican, par une étude approfondie de la situation des évêques par rapport au Souverain Pontife et à leurs prêtres et fidèles.Sur ces points importants pour la vie actuelle de l\u2019Église, le premier Concile du Vatican avait déjà amorcé de considérables travaux, qui furent arrêtés par la dissolution du concile à la suite de la prise de Rome (les observations des évêques sur ces points remplissent 39 colonnes du tome 51 de l\u2019immense Sacrorum Conciliorum amplissima collectio, de G.D.Mansi).Est-ce providentiellement qu\u2019ils ont été abandonnés alors, pour revenir sous un angle nouveau, renouvelés et approfondis, à un moment où tout le mouvement de notre siècle a convergé vers le rapetissement, et en même temps le déchirement, de cette planète, faisant jaillir de toutes parts un désir plus vif que jamais de l\u2019unité.Le directeur de ce Secrétariat pour l\u2019unité des chrétiens, le cardinal A.Bea, bibliste éminent lui-même, faisait remarquer récemment que les études bibliques, tant protestantes que catholiques, avaient été un des principaux instruments de ce rapprochement.L\u2019attention du concile aux problèmes bibliques ne manquera certainement pas de rendre encore plus prochain le jour de la réunion de tous les « frères imparfaitement unis encore » dans l\u2019Église dont le Saint Père disait avec une parfaite certitude qu\u2019elle n\u2019est pas pour eux une maison étrangère, mais leur propre maison (radio-message du 29 oct.1958).Cette sollicitude paternelle a suscité dans les milieux chrétiens séparés des réactions diverses, parmi lesquelles il plaît de relever la suivante, venue du professeur Skyds-gaard, directeur de l\u2019institut œcuménique de l\u2019université de Copenhague: « Les chrétiens évangéliques doivent suivre avec attention le prochain concile romain et s\u2019y intéresser positivement.Ce qui se passe dans l\u2019autre partie du peuple de Dieu ne peut jamais nous laisser indifférents.Aucune Église n\u2019est jamais seule: elle est toujours avec 1\u2019 « autre », et 1\u2019 « autre » n\u2019est pas quelqu\u2019un qu\u2019on a rencontré par hasard, encore moins quelqu\u2019un que je dois considérer comme mon adversaire; non, 1\u2019 « autre » m\u2019a été donné par Dieu comme mon plus proche voisin, comme un don et comme un souci.L\u2019 « autre » est en train d\u2019accomplir quelque chose de grand et d\u2019important; ma tâche n\u2019est pas de le regarder faire d\u2019un œil critique et en gardant les mains dans les poches.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est prêter une attention éveillée et positive et prier pour qu\u2019il se fasse quelque chose qui serve, d\u2019une manière peut-être incompréhensible, au bien de tous.» (Paru dans la revue Kirkens Verden, juill.1961, p.182.) « Qu\u2019il s\u2019agisse de sa préparation de son indiction ou de son déroulement, le Concile demande beaucoup de courage.» S.S.Jean XXIII, à la clôture de la VIe session de la Commission centrale.280 RELATIONS LE CONCILE ET LA LITURGIE Dom Gérard MERCIER, O.S.B.1 DANS SON ENCYCLIQUE Ad Petri Cathedram.du 29 juin 1959, Sa Sainteté le pape Jean XXIII disait que « le but principal du Concile consistera à promouvoir le développement de la foi catholique, le renouveau moral de la vie chrétienne des fidèles, l\u2019adaptation de la discipline ecclésiastique aux besoins et méthodes de notre temps ».L\u2019Église est absolument immuable dans sa constitution divine.Les vérités éternelles révélées par Dieu sont et seront toujours invariables.Mais la manière de les présenter aux hommes peut varier; pour être plus efficace, cette manière doit s\u2019adapter aux mentalités et aux circonstances qui varient beaucoup au cours des siècles.D\u2019autre part, la législation de l\u2019Église ainsi que son action pastorale, qui s\u2019exerce principalement par la sainte liturgie, peuvent contenir des éléments qui ont vieilli et gagneraient à être modifiés.Ce sera l\u2019œuvre du prochain Concile de donner à l\u2019Église et à ses institutions législatives et pastorales un rajeunissement intérieur qui rendra son action salvatrice plus efficace au sein de notre société contemporaine qu\u2019il faut pénétrer de plus en plus des principes chrétiens.Ce vaste programme a été préparé par un certain nombre de commissions composées de cardinaux, évêques, prêtres et religieux des différentes parties du monde, réputés pour leur savoir et leur expérience particulière.Chacune de ces commissions préparatoires eut la mission de préparer les décrets et constitutions qui paraissent les plus indiqués.Je me bornerai ici à exposer le travail de la Commission de Liturgie.Les travaux de cette commission ont déjà suscité un grand intérêt, soit dans le clergé, soit chez les laïcs, et on se demande avec curiosité quelles seront les modifications apportées à la discipline actuelle en matière de liturgie.Disons d\u2019abord que, dans tout son travail préparatoire, cette commission eut toujours devant les yeux les trois principes suivants: 1° Il serait contraire à la sagesse et à l\u2019esprit de l\u2019Église de faire table rase du passé et de prendre pour norme le goût des nouveautés dans la réforme des institutions liturgiques; toute réforme et modification doit se faire avec le respect et la vénération du patrimoine sacré du passé et des rites liturgiques présents; 2° Il est nécessaire d\u2019assurer au clergé une solide formation dans l\u2019intelligence et la pratique de la liturgie; 3° La pastorale doit profiter largement d\u2019une liturgie à laquelle les fidèles participent d\u2019une façon active et consciente.C\u2019est à la Ve Session de la Commission centrale préparatoire au Concile que fut étudié l\u2019ensemble des décrets préparés par la Commission liturgique.Ces décrets seront présentés à l\u2019approbation du Concile lui-même.Ils se divisent en huit chapitres.Le premier chapitre traite des principes généraux; les suivants concernent la sainte messe, les sacrements et les sacrementaux, l\u2019office divin, l\u2019année 1.L\u2019A.fait partie de la communauté bénédictine de l\u2019abbaye Saint-Benoît-du-Lac.liturgiques, les ornements sacrés, la musique sacrée, l\u2019art sacré.Comme il se devait, les principes fondamentaux énoncés au chapitre premier sont tirés de l\u2019encyclique Mediator Dei de S.S.le pape Pie XII.Les décrets de ce chapitre déterminent clairement la nature de la liturgie, la place qu\u2019elle doit occuper dans la vie de l\u2019Église et de chaque fidèle, les principes d\u2019une réforme liturgique, enfin énumèrent les livres liturgiques.On y affirme l\u2019attachement de l\u2019Église à l\u2019usage du latin dans la célébration de la liturgie dans l\u2019Église occidentale; par contre, dans l\u2019Église orientale, plusieurs langues sont utilisées et leur usage sera maintenu.En outre, chacun des chapitres suivants débute par l\u2019énoncé de principes particuliers touchant la matière traitée en ce chapitre.Le chapitre second concerne le « saint sacrifice eucharistique ».Le sacrifice de la Croix est au centre de la vie du Christ et de son culte envers le Père.II s\u2019ensuit que la sainte messe, qui lui est identique, est et sera toujours le point culminant et le centre de la religion chrétienne.Par conséquent, il est nécessaire que la première de toutes nos dévotions soit la dévotion à la sainte messe à laquelle nous devons nous unir le plus possible par une participation personnelle et active, à titre de cooffrants avec le Christ-Prêtre et d\u2019hosties-cooffertes avec Jésus-Hostie.Dire que nous « assistons » à la sainte messe est une expression malheureuse, car nous n\u2019assistons pas à la messe comme nous assistons à un film, par exemple.Non.A la messe, nous sommes tous et nous devons tous être acteurs, participants actifs et non simples spectateurs.Les fidèles de la nef doivent tous s\u2019unir à la sainte messe, qui est leur propre sacrifice, par cette participation active sur laquelle les papes ont tant insisté depuis un demi-siècle.A cette fin, ils doivent s\u2019efforcer de bien comprendre les rites et cérémonies de la messe, s\u2019assimiler leur esprit, s\u2019offrir eux-mêmes avec et par le Christ, intensifier leur union au Christ en recevant la sainte communion, si possible, au moment de la communion du prêtre dans une hostie consacrée au cours de cette messe même.Plusieurs décrets suggèrent des modifications de détail dans la liturgie de la sainte messe.Pour favoriser la compréhension et la piété des fidèles, on demande un choix plus attentif et plus judicieux des textes de l\u2019avant-messe.D\u2019autre part, quelques prières et cérémonies ajoutées au cours des siècles aux prières de la messe ont terni la beauté et la limpidité du texte primitif.Les circonstances actuelles semblent demander le retour à une simplicité qui favorisera davantage la clarté et une plus grande compréhension du saint sacrifice.Les prières préparatoires que le célébrant récite au bas de l\u2019autel, au début de la sainte messe, furent ajoutées au cours des âges; elles pourraient bien disparaître avec le présent Concile ainsi que quelques autres additions faites au texte de la messe en général, et au Canon en particulier.En outre, vraisemblablement, certaines rubriques seront modifiées, comme a déjà commencé à le faire la nouvelle édition (1962) du Missel romain.Quant à l\u2019usage de la langue latine dans la célébration de la sainte messe, il ne faut pas nous attendre à ce que le OCTOBRE 1962 281 Concile l\u2019abandonne et autorise la célébration de la messe dans la langue du peuple.Pour plusieurs raisons excellentes, l\u2019Église tient à la conservation de la langue latine, non seulement dans l\u2019enseignement des sciences ecclésiastiques, mais aussi dans la célébration des rites liturgiques.Tout en tenant compte des besoins particuliers des fidèles et du fait aussi que les laïcs dialoguent toujours davantage les prières de la messe, il semble probable que le Concile permettra de célébrer dans la langue du peuple cette première partie de la messe qu\u2019on appelle « avant-messe » ou liturgie de la Parole.Mais l\u2019usage du latin sera maintenu pour le Canon de la messe.La messe ne sera pas allongée, mais plutôt raccourcie.Quant à l\u2019usage du latin pour les chants du Propre, on ne saurait l\u2019abandonner.Le chant grégorien, qui est le chant même de l\u2019Église et l\u2019un des plus précieux trésors de sa liturgie, est intrinsèquement lié à la langue latine et ne pourrait conserver toute sa valeur en accompagnant un texte d\u2019une autre langue.Le chapitre troisième traite des sacrements et des sacra-mentaux.Les décrets qui concernent les sacrements n\u2019ont pas tant pour but l\u2019aspect doctrinal, déjà défini par le Concile de Trente, que l\u2019aspect pastoral.L\u2019administration de chacun des sacrements s\u2019accompagne de cérémonies qui veulent souligner et faire comprendre le rite sacramentel lui-même et ses effets dans l\u2019âme de celui qui le reçoit.C\u2019est afin de permettre aux fidèles de mieux saisir cette signification des sacrements que l\u2019Église a déjà permis l\u2019usage du Rituel en langue populaire.Tout en maintenant ce qui a déjà été accordé, le Concile aura à étudier la possibilité de modifier certaines de ces cérémonies pour donner une meilleure idée du sacrement reçu.Le Rituel du Mariage, par exemple, gagnerait beaucoup à être réformé.Le chapitre quatrième du schéma sur la liturgie concerne l\u2019office divin.« L\u2019Église, dit Pie XII, fidèle au mandat reçu de son Fondateur, continue la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, principalement par la sainte liturgie.Elle le fait d\u2019abord à l\u2019autel.; ensuite par les sacrements, qui sont pour les hommes les moyens spéciaux de participer à la vie surnaturelle; enfin par le tribut quotidien de louange offert à Dieu, Souverain Bien.» C\u2019est l\u2019office divin, généralement appelé « bréviaire ».L\u2019office divin est donc la prière même de Jésus continuée à travers les siècles par ceux que l\u2019Église a choisis pour cette fonction.Cette prière se compose de psaumes et d\u2019hymnes, de leçons ou lectures tirées de la Sainte Écriture, des Pères de l\u2019Église, des documents pontificaux, et d\u2019écrivains ecclésiastiques surtout quand il s\u2019agit de la courte biographie d\u2019un saint lue le jour de sa fête.L\u2019office divin se récite en latin.A l\u2019occasion du présent Concile, bien des améliorations sont souhaitées pour simplifier l\u2019office divin, et il n\u2019y a pas de doute qu\u2019il en connaîtra plusieurs.Le Psautier, dit de Pie XII, n\u2019a pas rallié tous les suffrages.On souhaiterait un psautier latin qui, tout en tenant compte des recherches des dernières années et en étant conforme à l\u2019original hébreu, se servirait d\u2019un vocabulaire moins recherché et qui s\u2019accommoderait mieux aux lois de la psalmodie grégorienne.D\u2019autre part, le choix des leçons serait mieux fait, quelques biographies de saints disparaîtraient ou subiraient des retouches.De nombreuses améliorations ont déjà été apportées au calendrier et à Yordo; quelques-unes encore s\u2019y ajouteront.Loin d\u2019être allongé, l\u2019office divin, semble-t-il, sera raccourci.11 ne semble pas toutefois que le Concile accordera la permission de réciter l\u2019office divin en langue populaire.Le chapitre cinquième traite de l\u2019année liturgique.« L\u2019année liturgique, dit Dom Guéranger, n\u2019est autre que la manifestation de Jésus-Christ, et de ses mystères dans l\u2019Église et dans l\u2019âme fidèle.Si l\u2019Église renouvelle chaque année sa jeunesse, c\u2019est parce que, au moyen du cycle liturgique, elle est visitée par son Époux dans la proportion de ses besoins.Chaque année, elle le voit enfant dans la crèche, jeûnant sur la montagne, s\u2019offrant sur la Croix, ressuscitant du sépulcre, fondant son Église et instituant ses sacrements, remontant à la droite de son Père, envoyant l\u2019Esprit-Saint aux hommes; et les grâces de ces divins mystères se renouvellent tour à tour en elle.Chaque année, l\u2019Ésprit de Dieu reprend possession de sa bien-aimée, et lui assure lumière et amour; chaque année, elle puise un surcroît de vie.Or, ce que l\u2019Année liturgique opère dans l\u2019Église en général, elle le répète dans l\u2019âme de chaque fidèle attentif à recueillir le don de Dieu.Cette succession de saisons mystiques assure au chrétien les moyens de cette vie surnaturelle.Et quelle source de progrès pour l\u2019âme du chrétien », s\u2019il s\u2019efforce de s\u2019unir au Christ qui revit devant ses yeux, grâce au cycle liturgique, les différents mystères de sa vie.L\u2019année liturgique a été ainsi organisée et disposée pour nous aider à comprendre et à vivre les enseignements et exemples du Christ, et ainsi nous transformer à son image.Tel est le rôle sublime de l\u2019année liturgique.Elle nous apporte, fête après fête, les grâces nécessaires pour nous aider à imiter le Christ dans ses différents mystères.C\u2019est précisément pour mieux mettre en évidence les mystères du Christ que l\u2019Église a voulu réduire le nombre des fêtes de saints, afin que le Sanctoral ne nous fasse pas oublier le Temporal et le sens des différentes saisons liturgiques.En réalité, le cycle liturgique est essentiellement christologique.C\u2019est du Christ qu\u2019il est question du commencement à la fin.Le Sanctoral, loin de nuire à cette unité, la sert, car chacun des saints se comprend en fonction du Christ dont il est le serviteur fidèle et l\u2019imitateur.C\u2019est par le Christ que les saints sont ce qu\u2019ils sont; c\u2019est de Lui qu\u2019ils tiennent cette sainteté et cette gloire qui brillent en eux, et c\u2019est à Lui qu\u2019ils rendent gloire et à Lui que, par leurs exemples et leurs prières, ils veulent nous conduire.C\u2019est un fait que les fidèles oubliaient ce caractère essentiellement christologique du Sanctoral et en éprouvaient un certain dommage dans la vie spirituelle.L\u2019Église fut donc bien inspirée quand elle voulut faire ressortir davantage les mystères du Christ en réduisant le nombre des fêtes de saints, surtout quand il s\u2019agissait de saints anciens inconnus de nos contemporains.Il se peut que quelques retouches se fassent encore dans le même sens.Le chapitre sixième traite des objets sacrés, c\u2019est-à-dire des vêtements et ornements que revêt le prêtre pour la célébration de la sainte messe et les différentes fonctions liturgiques, des vases sacrés, des ornements et parements de l\u2019autel.Tous ces objets sacrés ont leur importance et il faut que chacun d\u2019eux soit bien approprié à l\u2019usage auquel il est destiné et serve à l\u2019édification des fidèles.C\u2019est pourquoi l\u2019Église croit bon de rappeler les lois qui président à la confection ou à la fabrication de ces objets sacrés.Des directives concernent la matière à employer et d\u2019autres, la forme à donner à ces objets du culte.282 RELATIONS Le chapitre septième, sur la musique sacrée, s\u2019inspire en ses directives des documents pontificaux, spécialement de l\u2019encyclique Mediator Dei, de 1947, de l\u2019encyclique Musicae sacrae disciplina, de 1955, et de l\u2019Instruction de la Sacrée Congrégation des Rites De Musica sacra et de sacra Liturgia ad mentem encyclicarum PII Papae XII Musicae sacrae disciplinae et Mediator Dei, du 3 septembre 1958.De ces documents qui font autorité, on a su tirer des décrets qui serviront de normes aux musiciens d\u2019Église.Le dernier chapitre du schéma sur la liturgie traite de l\u2019art sacré.Dans chaque diocèse, une Commission d\u2019art sacré travaillera de concert avec les Commission diocésaines de Liturgie et de Musique sacrée et veillera à ce que soient observées les directives de l\u2019Église en matière d\u2019art sacré et aidera les artistes à créer des œuvres qui mettent vraiment la beauté au service du culte.Comme on peut déjà le constater par ce court résumé du travail de la commission de la Liturgie, les Pères du deuxième Concile du Vatican seront en mesure d\u2019établir une législation d\u2019ensemble appropriée « pour que les cérémonies sacrées, selon le vœu de Sa Sainteté le pape Jean XXIII, retrouvent leur splendeur originelle, incitent plus intensément les fidèles à une piété sincère et les conduisent à la sainteté et à la perfection évangélique ».DOSSIER SUR LE CONCILE I.\u2014 LA PRÉPARATION DU CONCILE De la basilique Saint-Paul à la basilique Saint-Pierre Aucun concile dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise n\u2019aura été l\u2019objet d\u2019une préparation aussi minutieuse et aussi soignée que le IIe Concile du Vatican.Les quelque trois ans que l\u2019Eglise a jugé nécessaire d\u2019y consacrer sont gros de signification.A la clôture de la VIIe session de la Commission centrale préconciliaire (20 juin 1962), le Pape en exprimait sa vive satisfaction: « Nous le redisons volontiers: ces trois années ont été ennoblies par un travail éminent, religieux, dévoué, actif.» Rappelons les principales dates qui marquent les étapes du Concile.25 janvier 1959 : dans la basilique Saint-Paul, en la fête de la conversion de l\u2019Apôtre des Gentils, S.S.Jean XXIII confie à 18 cardinaux son intention de célébrer un concile œcuménique; le lendemain, un court communiqué dans l\u2019Osservatore Romano annonce l\u2019événement au monde entier.17 mai 1959, fête de la Pentecôte: création d\u2019une commission antépréparatoire présidée par feu le cardinal Domenico Tar-dini, secrétaire d\u2019Etat de Sa Sainteté.Cette commission travaillera toute une année.5 juin 1960, fête de la Pentecôte: Motu proprio « Superno Dei nutu » créant dix commissions auxiliaires et trois secrétariats qui pendant toute l\u2019année 1961 accompliront « dans l\u2019ombre un travail fructueux ».Ces commissions sont gouvernées par une Commission centrale, présidée par le Souverain Pontife en personne.14 novembre 1960 : première réunion plénière des commissions et des secrétariats.12-20 juin 1961 : première session de la Commission centrale préconciliaire en laquelle sont représentés 59 pays.7-17 novembre 1961 : deuxième session de la Commission centrale.25 décembre 1961 : bulle d\u2019indiction Humanae Salutis fixant « à la prochaine année mil neuf cent soixante-deux le deuxième saint, œcuménique et universel Concile du Vatican ».Le Pape termine par un vibrant appel à la prière, adressé aux fidèles, au clergé du monde entier et spécialement aux enfants \u2014 « conscient de la puissante intercession de l\u2019innocence auprès de Dieu » \u2014, aux malades et à tous ceux qui souffrent en union avec la croix du Christ.« A ce chœur de prières, ajoute le Saint Père, Nous invitons à participer aussi tous les chrétiens des Eglises séparées de Rome, car le Concile voudra tourner à leur avantage aussi.» 15-23 janvier 1962 : troisième session de la Commission centrale.2 février 1962 : motu proprio « Consilium diu » établissant « au onzième jour du prochain mois d\u2019octobre l\u2019inauguration du deuxième Concile œcuménique du Vatican».20-27 février 1962 : quatrième session de la Commission centrale.26 mars 1962: lettre apostolique Œcu-menicum Concilium demandant de réciter le rosaire pour le succès du Concile: « Que le rosaire soit donc comme le soupir serein des cœurs.implorant de la Mère céleste de grandes grâces pour le prochain Concile.» 3-12 mai 1962 : sixième session de la Commission centrale.12-20 juin 1962 : septième session de la Commission centrale.Avec cette septième session de la Commission centrale prend fin, « dans une atmosphère de grande joie et de commune satisfaction, la période de préparation du IIe Concile œcuménique du Vatican » (Jean XXIII), 1er juillet 1962 : lettre encyclique Paeni-tentiam agere.Le Concile œcuménique étant « une plus haute affirmation des droits divins sur l\u2019humanité rachetée par le sang du Christ et des devoirs qui lient les hommes à leur Dieu et Sauveur », il est naturel, dit en substance Jean XXIII, qu\u2019un tel événement soit précédé d\u2019un appel à la prière et à la pénitence.Jean XXIII exhorte les évêques à organiser des neuvaines solennelles pour invoquer l\u2019assistance du Saint-Esprit.Une indulgence plénière est attachée à la célébration de cette neuvaine.Le Pape recommande ensuite la célébration de cérémonies de pénitence propitiatoires: « Si vous (les évêques) pouvez vous rendre de vos diocèses à Rome pour la célébration du Concile, en emportant avec vous un si riche trésor de biens spirituels, on pourra espérer, à juste titre, qu\u2019une nouvelle et plus heureuse heure puisse sonner pour l\u2019Eglise catholique.» 5 septembre 1962 : motu proprio promulguant le règlement du Concile.11 septembre 1962 : Message radiophonique aux catholiques du monde entier.Le prochain Concile œcuménique cherchera à remédier aux maux engendrés par les deux guerres mondiales; il proposera les solutions « que réclame la dignité de l\u2019homme et de sa vocation chrétienne ».11 octobre 1962 : dans la basilique Saint-Pierre, ouverture du IIe Concile du Vatican.II.\u2014LES QUESTIONS À TRAITER La clôture officielle de la préparation du IIe Concile du Vatican ayant eu lieu, le 20 juin, il restait trois mois avant l\u2019ouverture du Concile.« Pendant ce temps, disait Jean XXIII dans son allocution de clôture, beaucoup de travail devra être accompli par les bureaux du Secrétariat général et par la Commission pour les questions de technique et d\u2019organisation.En même temps, tous les Pères répartis dans le monde entier réfléchiront plus vivement et intensément sur ce grave événement.Ils pourront, en effet, se préparer au Concile en lisant, méditant, annotant les schémas de questions à traiter qui seront envoyés à chacun d\u2019eux en temps voulu.» Dans les jours qui suivirent, les évêques du monde entier reçurent les 69 schémas (57 de décrets, 12 de constitutions) préparés par les diverses Commissions spécialisées du Concile et approuvées par la Commission centrale.Ils formaient 121 fascicules et faisaient ensemble 2,100 pages.En voici, par Commission, les sujets.Commission théologique : 6 schémas de constitutions, en 24 fascicules, sur les sources de la Révélation, l\u2019ordre moral, le dépôt de la foi, la chasteté et la famille, l\u2019Eglise, Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes; OCTOBRE 1962 283 \u2022 f r>) ' ,!( Le Canadien peut-il croire ce qu\u2019il juge vrai ?Peut-il manifester sa croyance par un culte?Peut-il s\u2019unir à d\u2019autres hommes partageant ses sentiments et sa foi?Ce volume qui vient de paraître aux EDITIONS DE L\u2019HOMME répond à toutes ces questions.En vente partout à $1 ou à l\u2019Agence de Distribution Populaire 1130 est, rue Lagauchetière, Montréal LA.3-1182 Dans la vie comme sur les figures ci-contre on ne peut atteindre la bonne place sans être passé parl\u2019étude.La formule de mise à jour annuelle fait des livres culturels CLARTÉS un outil conçu pour faciliter vos études.TECHNIQUES FRANÇAISES, ENR.C.P.213 MONTRÉAL-8, Québec Tel.: CR.7-6871 \t\t\t EE3 EB EE3 ECOLE SUPERIEURE ffl og œ\t\t\tEB EB EB HW5H SCHOOL 83 ppi a r N 1 I\tmm\t\t le tout présenté par le cardinal Alfredo Ottaviani.Commission des évêques et du gouvernement des diocèses: 7 schémas, en 10 fascicules, sur les principales questions de pastorale, les limites des diocèses, les conférences épiscopales, les relations entre évêques et curés, les relations entre évêques et curie romaine, évêques auxiliaires et coadjuteurs, rapports entre évêques et religieux (en collaboration avec la Commission des religieux).Tous ces projets furent présentés par le cardinal Paolo Marella.Commission de la discipline du clergé et du peuple chrétien : 17 schémas, en 17 fascicules, sur la répartition du clergé, la sainteté de la vie sacerdotale, l\u2019habit ecclésiastique et la censure, la provision des paroisses, les devoirs des curés, les offices et les bénéfices ecclésiastiques, le patrimoine historique et artistique de l\u2019Eglise, le soin des âmes, les commandements de l\u2019Eglise, l\u2019enseignement religieux, la revision et la prohibition des livres, les censures, l\u2019association des fidèles, les offrandes de messe, les donations, les ordinations de ministres de cultes non-catholiques convertis.Ces thèmes furent présentés par le cardinal Pietro Ciriaci.Commission des religieux : 1 schéma unique de constitution sur les états de perfection, formant 11 fascicules, fut présenté par le cardinal Valerio Valeri.Commission pour la discipline des sacrements : 9 schémas, en 9 fascicules, traitant de l\u2019ordre, de la confirmation, de la pénitence, du mariage; à propos de ce dernier sont étudiés la préparation, la forme de la célébration, les empêchements, le consentement des époux, les procès matrimoniaux et les mariages mixtes.Ces travaux ont été présentés par le cardinal Benedetto Aloisi Masella.Commission de liturgie : 1 schéma unique comptant 8 chapitres, en 5 fascicules; il traite de la messe, des sacrements, des sacramentaux, de l\u2019office divin, de l\u2019année liturgique, des ornements, de la musique sacrée et de l\u2019art sacré.Ce schéma fut élaboré sous la présidence du cardinal Gaetano Cicognani et, après sa mort, sous la présidence du cardinal Arcado Larraona, C.E.M.Commission des études et des séminaires : 3 schémas de décrets en 6 fascicules, et 2 schémas de constitutions en 6 autres fascicules, portant sur les vocations sacerdotales, l\u2019obéissance au magistère ecclésiastique, les études universitaires, les écoles catholiques, la formation des séminaristes.Ces schémas furent présentés par le cardinal Giuseppe Pizzardo.Commission des Eglises orientales: 11 schémas de décrets, en autant de fascicules, portent sur les sacrements, les rites et les préceptes de l\u2019Eglise orientale, les patriarches, les relations avec les séparés dans les actes du culte, la langue vulgaire, les pouvoirs des évêques, le catéchisme, la célébration de Pâques, l\u2019office divin, l\u2019unité de l\u2019Eglise.Le tout fut exposé par le cardinal Amleto Cicognani.Commission pour les missions : 7 schémas de décrets en 7 fascicules, portant sur la vie des missions, la discipline du clergé, les religieux missionnaires, la liturgie, la discipline des chrétiens, les études dans les séminaires, la coopération missionnaire.Ces schémas furent présentés par le cardinal Grégoire Pierre XV Agagianian.Commission de l\u2019apostolat des laïcs : schéma unique de constitution, en 4 fascicules; il traite les sujets suivants: notions générales, action religieuse, caritative et sociale des laïcs.Ce travail fut présenté par le cardinal Ferdinando Cento.Secrétariat de la presse et des spectacles : schéma unique de constitution, en 6 fascicules, ayant pour thèmes les divers moyens de communication sociale: la presse, le cinéma, la radio, la télévision.Ce schéma fut présenté par S.Exc.Mgr Martin J.O\u2019Connor, recteur du Collège Nord-Américain.Secrétariat pour l\u2019union des chrétiens : 4 schémas de décrets, en autant de fascicules, portant sur l\u2019œcuménisme catholique, la nécessité de la prière pour l\u2019unité, la Parole de Dieu comme moyen d\u2019union, la liberté religieuse; le tout présenté par le cardinal Agostino Bea, S.J.III.\u2014 UNE PETITE HISTOIRE DES CONCILES Du Ier Concile du Nicée au IIe Concile du Vatican Au cours des deux mille ans de son histoire, l\u2019Eglise n\u2019aura tenu que vingt et un conciles œcuméniques.Les huit premiers eurent lieu dans l\u2019orient grec, autrefois le foyer de la pensée théologique; les autres, dans la chrétienté occidentale, Italie, France, Allemagne.De ces conciles, les uns durèrent quelques semaines, d\u2019autres quelques mois, quelques-uns plusieurs années.Fréquents à certaines époques, ils sont en d\u2019autres très rares.En 70 ans, de 381 à 451, il y en eut trois; tandis que trois siècles s\u2019écoulèrent entre le Concile de Trente et le Ier Concile du Vatican qui se tint il y a 93 ans.Les premiers sont convoqués par les empereurs; des impératrices en protègent d\u2019autres.Les moyens de communication demeurent pratiquement les mêmes pour 19 des 20 conciles; l\u2019objet et le mode des délibérations changent ainsi que le nombre des participants.Les conciles ont tous leur décor, leur histoire, leur caractère, leurs controverses, leurs partis, leurs coteries, la nature humaine exigeant son tribut.Mais ce sont tous des réunions d\u2019évêques qui reconnaissent la primauté de l\u2019évêque de Rome en matière de discipline ecclésiastique et de doctrine catholique.Les 21 conciles œcuméniques 325: Ier Concile de Nicée 381: Ier Concile de Constantinople 431: Concile d\u2019Ephèse 451: Concile de Chalcédoine 553: II3 Concile de Constantinople 680-681: IIIe Concile de Constantinople 787: IIe Concile de Nicée 869: IVe Concile de Constantinople 1123: Ier Concile du Latran 1139: IIe Concile du Latran 1179: IIIe Concile du Latran 1215: IVe Concile du Latran 1245: Ier Concile de Lyon 1274: IIe Concile de Lyon 1311-1312: Concile de Vienne 1414-1418: Concile de Constance 1431-1445: Concile de Florence 1512-1517: Ve Concile du Latran 1545-1563: Concile de Trente 1869-1870: Ier Concile du Vatican 1962\t: IIe Concile du Vatican 284 RELATIONS Nos meilleurs voeux de succès au Concile Les Filles de Jésus NEW RICHMOND J.-L.Demers, Ltée 85, rue de la Cathédrale, Rimouski Les Frères de l\u2019Instruction Chrétienne DOLBEAU MAISON PROVINCIALE 3tète à du Sacté-Coeut Rimouski OCTOBRE 1962 285 1.\tIer Concile de Nicée.\u2014Convoqué et présidé par l\u2019empereur Constantin sous le pape Sylvestre Ier (314-335).Arius y défend en personne sa doctrine contre la divinité de Jésus-Christ: « Il fut un temps où Il n\u2019était pas.» De Nicée nous est venu le Symbole que nous chantons, le dimanche, à la messe: « Vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père.» Il fixe la date de Pâques; prescrit que le sacre d\u2019un évêque se fera par au moins trois évêques.Eusèbe, considéré comme le père de l\u2019histoire religieuse, parle d\u2019un peu plus de 250 participants.2.\t7er Concile de Constantinople.\u2014 Convoqué par l\u2019empereur Théodose Ier sous le pape Damase Ier (366-384).Comprend exclusivement des évêques orientaux, environ 150.Définit la divinité du Saint-Esprit contre les « Macédoniens ».Obtient la reconnaissance œcuménique, mais avec une précision.Les Grecs, en effet, comprenaient la formule « qui procède du Père » comme « issu du Père par le Fils », tandis que les Occidentaux tenaient pour la version « issu du Père et du Fils ».Préséance du patriarche de Constantinople, mais après celle de l\u2019évêque de Rome.3.\tConcile d\u2019Ephèse.\u2014 Convoqué en Orient par Théodose II et en Occident par Valentinien III sous le pape Célestin Ier (422-432).159 évêques présents.Cyrille d\u2019Alexandrie, représentant du Pape, ouvre le concile et prononce contre Nestorius, évêque de Constantinople, une homélie sur l\u2019union de deux natures dans l\u2019unique personne du Christ.Après quoi, on passe au jugement: « Le Seigneur Jésus-Christ diffamé par Nestorius décide par le saint Synode que Nestorius soit privé de la dignité épiscopale et exclu de la communion sacerdotale.» On proclame Marie, Mère de Dieu, non simplement Mère de Jésus.Le peuple acclame les Pères du Concile.4.\tConcile de Chalcédoine.\u2014 Convoqué par l\u2019empereur Marcien, le concile est l\u2019œuvre de Léon Ier (440-461) à qui l\u2019histoire conféra le titre de Grand.Sur 600 évêques présents, 5 seulement viennent de l\u2019Occident.On lit devant l\u2019assemblée la « lettre dogmatique » de Léon Ier sur les deux natures du Christ: « C\u2019est la foi des Pères de l\u2019Eglise, s\u2019écrièrent les évêques.C\u2019est la foi des Apôtres.Par Léon, c\u2019est Pierre qui parle! » 5.\tIIe Concile de Constantinople.\u2014 Convoqué par l\u2019empereur Justinien, avec l\u2019accord du pape Vigile (537-555), mais sans sa présence.La doctrine monophysite (une seule nature dans le Christ) était trop enracinée en Egypte et dans les pays voisins pour que le Concile de Chalcédoine fût capable de l\u2019arracher.Condamnation par les 150 évêques présents des écrits de Mop-sueste, de Théodoret de Cyr et d\u2019une lettre d\u2019Ibas d\u2019Edesse, tous nestoriens.Ce n\u2019est que plus tard que le pape Vigile donna son assentiment à la condamnation des « trois chapitres ».6.\tIIIe Concile de Constantinople.\u2014 Convoqué par l\u2019empereur Constantin III en plein accord avec le pape Agathon (678-681).Nombre de participants: 174.Condamnation de la doctrine d\u2019une seule volonté dans le Christ (monothélisme).Comme le pape Honorius Ier avait été partisan du monothélisme, on se demanda si le pape avait erré dans la foi ou s\u2019il avait simplement été négligent dans une question de foi.L\u2019affaire devait faire beaucoup de bruit au Ier Concile du Vatican.7.\tIIe Concile de Nicée.\u2014 Convoqué et protégé par l\u2019impératrice Irène.Pape Adrien Ier (772-795).300 évêques présents.Le culte des images (icônes) se distingue du culte de latrie (rendu à Dieu).Le chroniqueur Théophane résuma ainsi les résultats du Concile: « On n\u2019enseigna rien de nouveau, mais les doctrines des saints et bienheureux Pères furent inébranlablement maintenues et les nouvelles hérésies rejetées.» 8.\tIVe Concile de Constantinople.\u2014 Photius accède au patriarchat de Constantinople à la suite de l\u2019abdication forcée de son prédécesseur Ignace.Le pape Nicolas Ier (858-867) refuse de le reconnaître.Photius « excommunie » Nicolas Ier.C\u2019est le schisme.Nicolas Ier meurt.L\u2019empereur Basile demande au pape Adrien II (867-872) d\u2019apporter sa collaboration à l\u2019extinction du schisme et convoque un concile.Procès de Photius et de ses partisans.La condamnation est dure: « Anathème au courtisan et à l\u2019intrus! » On confirme la liberté du culte des images.Si l\u2019Eglise catholique accorde la reconnaissance œcuménique à ce Concile, il n\u2019en fut pas de même de l\u2019Eglise grecque.9.\t7or Concile du Latran.\u2014 Le Latran fut pendant de longs siècles l\u2019église et la résidence du pape.Convoqué et présidé par Calixte II (1119-1124).Premier concile tenu en Occident.Confirmation du concordat de Worms en vertu duquel l\u2019empereur renonce à l\u2019investiture des évêques par la crosse et l\u2019anneau.Interdiction de la simonie, maintien de la Trêve-Dieu, règles pour l\u2019administration des sacrements.10.\t77e Concile du Latran.\u2014 Pape Innocent II (1130-1143).Le schisme d\u2019Ana-clet II, issu d\u2019une famille d\u2019origine juive et appelé le « pape du ghetto ».Les partisans d\u2019Anaclet II doivent rendre leurs palliums, leurs crosses et leurs anneaux.Poursuite de la réforme grégorienne; interdiction de l\u2019usure, des tournois, des études de médecine par les moines; droit des chapitres cathédraux d\u2019élire les évêques.Une centaine de participants.11.\t777e Concile du Latran.\u2014 Pape Alexandre III (1159-1181).Plus de 300 participants.Election du pape aux deux tiers des voix (Pie XII ajoutera une voix aux deux tiers).Age minimum de l\u2019évêque: 30 ans, décret toujours en vigueur.Anathème contre les Cathares.12.\tIVe Concile du Latran.\u2014 Pape Innocent III (1198-1216).Profession de foi contre les Cathares.Transsubstantiation de l\u2019Eucharistie.Confession et communion annuelles.Aqcun diocèse ne doit demeurer vacant plus de 3 mois.404 participants.13.\t7cr Concile de Lyon.\u2014 Pape Innocent IV (1243-1254).Le pape est en fuite.L\u2019endroit du Concile montre le changement d\u2019équilibre lourd de conséquences.Lutte décisive entre la papauté et les Hohenstau-fen; querelle de l\u2019Eglise et de l\u2019Empire.150 participants, presque tous de France et d\u2019Angleterre.L\u2019empereur Frédéric est déposé.14.\t77e Concile de Lyon.¦\u2014 Le pape Grégoire X (1271-1276) monte sur le trône de Pierre après une vacance de 3 ans, à cause des divisions entre les cardinaux.L\u2019élection pontificale (XJbi Periculum) et l\u2019institution du conclave, la croisade et l\u2019union avec les Grecs furent les thèmes centraux.15.\tConcile de Vienne (petite ville de France).\u2014 Pape Clément V (1305-1314).L\u2019ombre de Boniface VIII, l\u2019exilé d\u2019Avignon, plane sur ce concile.Suppression des Templiers que Philippe le Bel avait déjà arrêtés et dont il avait confisqué les biens.Controverse sur la pauvreté des francis- cains.Création dans les universités des chaires de grec, d\u2019hébreu, et d\u2019arabe comme préparation à l\u2019apostolat missionnaire à la place des croisades.16.\tConcile de Constance.\u2014 Extinction du grand schisme d\u2019Occident, démission du pape romain Grégoire XII (1405-1415); déposition du pape conciliaire Jean XXIII (1410-1415) et du pape d\u2019Avignon Benoît XIII (1394-1415) ; élection de Martin V, le 11 novembre 1417.Condamnation de Jean Hus (Eglise spirituelle).Décret Fre-quens sur la périodicité des conciles et décret Sacrosancta sur la suprématie du concile sur le pape.Martin V condamnera indirectement ce décret en interdisant expressément l\u2019appel, du pape au concile.17.\tConcile de Bâle-Ferrare-Florence.\u2014 Convoqué par le pape Martin V.Aucun évêque à l\u2019ouverture.Le pape mis en demeure de venir se justifier.Le concile est transferré à Ferrare par Eugène IV, successeur de Martin V.Demeurés à Bâle, les conciliaristes « destituèrent » Eugène IV comme hérétique, élirent pape le duc Amé-dée de Savoie (Félix IV).Ce fut leur plus grave erreur.Transféré de Ferrare à Florence, le Concile se mit d\u2019accord avec les Grecs sur le Filioque toujours controversé: c\u2019est-à-dire que l\u2019on admit que « l\u2019Esprit Saint procède du Père et du Fils ».L\u2019on s\u2019accorda également sur la doctrine de la primauté sur toute la terre.Bulle d\u2019union Laetentur coeli qui sera dénoncée quelques années plus tard à Constantinople.18.\tVe Concile du Latran.\u2014\u2022 Jules II (1503-1513) et Léon X (1513-1521).Contre le « concialibule de Pise » convoqué par Louis XII et les cardinaux français.A la mort de Jules II, les Français se soumirent au nouveau pape Léon X.Une seule définition dogmatique: chaque homme a une âme immortelle.La question très sérieuse de la réforme de l\u2019Eglise n\u2019aboutit pas.Léon X n\u2019est pas un pape réformateur.Le concile se clôture le 16 mars 1517.Le 31 octobre de la même année, Martin Luther affiche ses 95 thèses.19.\tConcile de Trente.\u2014A Trente, à Bologne, sous Paul III (1534-1549), et de nouveau à Trente sous Jules III (1550-1555) et sous Pie IV (1559-1565).Par sa durée, le plus long des conciles; par son ampleur, le plus important.Autorité de l\u2019Ecriture Sainte et de la Tradition.Péché originel et justification.Sacrements et sacrifice de la messe.Culte des saints.Nombreux décrets de réforme dont les nonces allaient être chargés de surveiller l\u2019exécution.Le Concile de Trente ne réussira pas à supprimer les divisions religieuses suscitées par Luther, Calvin et les autres réformateurs.Il prouva, toutefois, que l\u2019Eglise était capable de se réformer de l\u2019intérieur.20.\t7er Concile du Vatican.\u2014 Pie IX (1846-1878).Deux jours avant la publication du Syllabus (8 déc.1864), le pape retint les cardinaux et leur dévoila son plan « de remédier par un moyen extraordinaire (un concile) à la détresse extraordinaire de l\u2019Eglise ».Ce concile l\u2019emporte sur tous les autres par le nombre d\u2019évêques présents: 774 sur 1,050.Seule la Russie avait interdit à ses évêques catholiques de faire le voyage.Rapports entre la foi et la science, entre la foi et la raison (constitution Dei Filius).Etendue de la primauté du pape et son infaillibilité doctrinale (constitution Pastor Aeternus).Le lendemain de cette définition, la guerre franco-allemande éclate.Peu après, c\u2019est la chute des Etats pontificaux.Il n\u2019était plus question d\u2019une reprise de ce concile.21.\t77e Concile du Vatican.\u2014Pape Jean XXIII.286 RELATIONS Nos meilleurs voeux de succès au Concile LA MAISON PROVINCIALE\t\tCongrégation de DU BON-PASTEUR\t\tN otre-Dame-du-Saint-Rosaire CHICOUTIMI\t\tRIMOUSKI \t\t Les Matelas gaspésiens\t\tL Externat classique Saint-Jean-Eudes MARIA\t\tQUÉBEC OCTOBRE 1962\t287 AU SERVICE DU FRANÇAIS Plaire et Faire plaisir UNE LECTRICE de Relations me prie de relever une faute qui dépare la langue écrite et parlée des Canadiens français; qui échappe même à des personnages distingués.Orateurs et maîtres de cérémonies disent, secrétaires et journalistes écrivent: « Il me (nous) fait plaisir de » vous présenter, annoncer.A-t-on le droit, s\u2019informe notre correspondante, de donner au verbe faire\u2014transitif, puisqu\u2019il a pour complément direct le substantif plaisir \u2014 un sujet neutre, il, comme dans il fait bon de ?On n\u2019a pas ce droit, madame.Subtil problème, cependant.Dans leur excellent ouvrage intitulé A la découverte de la grammaire (Hachette, p.113), Maurice Fischer et Georges Hacquard notent judicieusement: Ce n\u2019est pas une des moindres utilités de notre pronom personnel (sous la forme neutre du il) de pouvoir s\u2019employer impersonnellement et de permettre à la langue sinon de nommer, du moins de faire figurer dans la phrase des entités vagues qu\u2019aucun nom ne pourrait désigner, mais dont nous sentons, obscurément (du moins dans notre mentalité française), qu\u2019il faut un terme, si insignifiant soit-il, pour les y représenter.Et de citer La Fontaine, ce « virtuose de la langue » (p.xvn) : « Il fait meilleur chez nous.Ma commère, il vous faut purger.Il naquit un lion dans la forêt prochaine.» Or, dans aucun de ces vers, le pronom impersonnel ne commande un verbe d\u2019action muni d\u2019un complément d\u2019objet direct.Tandis que la tournure « il me (nous) fait plaisir de » se compose d\u2019un pronom impersonnel (il) qui gouverne un verbe d\u2019action (fait) suivi d\u2019un complément direct (plaisir).Dans cette rencontre se trouve l\u2019erreur.On emploie correctement l\u2019expres >ion « il me (nous) fait plaisir » si dans la phrase le pronom il se rapporte à un sujet précédemment déterminé.Trois cas peuvent s\u2019offrir, a) A l\u2019expression ne s\u2019ajoute rien d\u2019autre: Pierre se conduit bien; il (Pierre) me fait plaisir.Parfois, un nom qui marque l\u2019action, qui désigne une chose sert d\u2019antécédent: Ton discours frappe juste; il (discours) nous fait plaisir, b) Un complément précise l\u2019expression; et alors, à la particule de suivie d\u2019un infinitif, on substitue la préposition en suivie d\u2019un participe présent: Pierre m\u2019accompagne; il (Pierre) me fait plaisir en acceptant mon invitation, c) Si on veut garder la particule de avec l\u2019infinitif, on doit modifier plaisir par l\u2019article: Jacques nous quitte; il (Jacques) nous fait le plaisir de promettre qu\u2019il reviendra bientôt.Bref, la logique s\u2019oppose à ce qu\u2019un pronom impersonnel (sans antécédent) régisse un verbe d\u2019action suivi d\u2019un complément direct.Vous conservez un doute?En guise de contrôle, applicable à maints autres cas, remplacez un des vocables de la tournure litigieuse par un synonyme ou par un mot de sens voisin.Vérifiez, par exemple, l\u2019ineptie de la formule « au tout début » par le ridicule qu\u2019il y aurait à dire: « au tout milieu ».Pareillement, dans l\u2019expression « il me (nous) fait plaisir d\u2019annoncer », changez faire par causer (produire, occasionner); l\u2019incongruité sauterait à l\u2019esprit de quiconque entendrait ou lirait: « Il me (nous) cause (produit, occasionne) plaisir d\u2019annoncer.» On ne saurait donc assimiler le tour correct « il fait bon de » à « il fait plaisir de ».Dans le premier, le verbe faire n\u2019a pas le sens actif de causer (produire, occasionner), moins encore celui d\u2019accomplir, d\u2019exécuter.Il forme, avec Y adjectif bon, une locution qui équivaut à il est bon de, construction passive, de sens passif.Au contraire, l\u2019expression faire plaisir force à considérer le substantif plaisir comme un complément d\u2019action directe du verbe faire employé transitivement.Faire plaisir ne signifie pas: être agréable, mais causer un agrément.C\u2019est pourquoi le verbe faire exige alors un sujet déterminé.Notre correspondante a raison.J.d\u2019Anjou.u mon / ' Le 3e Cong rès de Spiritualité Nicolet a donc revécu, du 23 au 26 août derniers, dans un décor qui s\u2019embellit sans cesse, cette fois par la construction de sa très originale cathédrale, son 3e Congrès de Spiritualité dirigé par les Pères Carmes.La température, si incertaine cette année, fut particulièrement belle et agréable.L\u2019assistance, à juger à l\u2019œil, fut aussi considérable qu\u2019aux deux premiers congrès; un aussi fort contingent de religieux et de religieuses; mais beaucoup moins de laïques, ce qu\u2019il faut regretter car les deux conférences sur l\u2019apostolat laïc et la prière, sur la vie de prière dans la grisaille de la vie familiale, par M.Claude Ryan et M.et Mme Georges Lachance, leur convenaient de façon exceptionnelle.Ç\u2019aura été, je crois, la note de ce 3e congrès de reprendre le thème de la prière sur un mode plus réaliste et plus proche encore de la vie quotidienne qu\u2019aux deux précédents congrès.Le sujet y invitait en soulignant l\u2019aide ou la gêne qu\u2019apportent à notre prière les conditions majeures de notre vie: travail intellectuel (du prêtre éducateur), tâche professionnelle (de l\u2019éducateur religieux), apostolat laïque, vie familiale, misères ou refoulements psychologiques, éducation de la sensibilité, etc.Les conférenciers avaient puisé dans leur expérience; d\u2019où, en leurs propos, une authenticité, une force et une saveur parfois émouvantes.S\u2019ils ne résolvaient pas tous les problèmes, ils les posaient avec franchise et orientaient dans la bonne voie.Ce réalisme risquait d\u2019aboutir au terre-à-terre.Pas un instant, nous n\u2019en fûmes menacés grâce à l\u2019équilibre des exposés, grâce aussi à ces grands coups d\u2019aile que furent les soirées de conférences et de concert, et la grand-messe, consacrées à célébrer le 4e centenaire de la réforme du Carmel.Les grandes figures de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, du Greco et de Vittoria rétablissaient, au-dessus de la grisaille, le ciel peuplé d\u2019étoiles.Enfin une note de fraternité spirituelle et d\u2019« invisible amitié » marqua ces journées réussies.On fraternisa, on échangea les expériences, les inquiétudes, les espoirs.Dans un large climat d\u2019humanisme chrétien, on refit l\u2019expérience de prières bien faites et la voie s\u2019éclaira vers de nouvelles montées, vers de plus vastes espoirs.Aux PP.Carmes, avant tout, au P.Dominique-de-Saint-Joseph, en particulier, revient l\u2019honneur de cette réussite.La bonhomie du P.Dominique, sa compréhension large, sûre et humaine explique bien des choses, entre autres, ce climat de fraternité qui fit le charme de ce congrès.G.Robitaille.Une dernière preuve?Voilà comblés à souhait ceux qui avaient besoin d\u2019un surcroît de preuve.Le Canada anglais, on l\u2019a noté ici (avril 288 RELATIONS Nos meilleurs voeux de succès au Concile L'HOTEL-DIEU SAINT-VALLIER Chicoutimi Ces Soeurs du ^rès-Suint-Sucrement Chicoutimi LES SOEURS GRISES DE MONTREAL 1190, rue Guy La Maison Provinciale Les Frères Maristes DESBIENS « Le but principal du Concile consistera à promouvoir le développement de la foi catholique, le renouvellement de la vie chrétienne des fidèles, l\u2019adaptation de la discipline ecclésiastique aux conditions de notre temps.Ce sera assurément un admirable spectacle de vérité, d\u2019unité et de charité, dont la vue sera, Nous en avons confiance, pour ceux qui sont séparés de ce Siège apostolique, une douce invitation à rechercher et à trouver cette unité, pour laquelle Jésus-Christ a adressé à son Père céleste une si ardente prière.» S.S.Jean XXIII, Ad Pétri Cathedram, 29 juin 1959.OCTOBRE 1962\t289 L Académie Notre-Dame Les Filles de Je esus New Carlisle L'INDUSTRIELLE Cie d'Assuiances 76, rue de la Cathédrale Rimouski 1962, p.89), ne soupçonne même pas qu\u2019il pourrait avoir mauvaise conscience à la suite des revendications dont le Canada français ne cesse de le harceler depuis quatre-vingt-quinze ans.Un organisme officiel, dans le rapport majoritaire que signent deux anglophones, vient de déclarer que notre présence ou notre absence relative au sein de la fonction publique n\u2019a rien à voir avec l\u2019efficacité de l\u2019administration fédérale.Tel apparaît le sens du dédain avec lequel la Commission Glassco a écarté l\u2019examen du bilinguisme canadien.On devait pourtant prévoir que le troisième commissaire attirerait l\u2019attention des autorités sur cet aspect de l\u2019administration gouvernementale.Ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, patriote reconnu pour son franc parler et son indépendance d\u2019esprit, Me François-Eugène Therrien n\u2019a pas manqué, dans son rapport minoritaire, de signaler le vice qui fausse, au départ, les rouages du régime d\u2019Ottawa.Avec une sérénité digne d\u2019éloge et une fermeté non moins louable, il met en évidence le mensonge du prétendu bilinguisme canadien, le tort qui en résulte pour ses compatriotes et, par conséquent, l\u2019inefficacité administrative qu\u2019entraîne l\u2019ostracisme pratiqué envers les Canadiens français par leurs « partenaires égaux »! Croit-on que notre administration fonctionne efficacement lorsque les injustes préjugés dont elle s\u2019inspire tendent à disloquer le pays ?Osera-t-on nous vanter encore Vefficiency de nos « partenaires », leur « sens des affaires », leur « civisme », leur « opportunisme politique » ?Pour les naïfs et les jardiniers d\u2019illusions, n\u2019y a-t-il pas dans ce fait récent une bonne occasion d\u2019ouvrir les yeux ?Cinq ans nous séparent du centenaire de notre fausse confédération.N\u2019est-ce pas assez pour préparer une célébration qui consacre autre chose que l\u2019hypocrisie et la démission ?J.d\u2019Anjou.CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE AiJirteif Yves CONGAR, O.P.: Aspects de l\u2019œcuménisme.Coll.« Etudes religieuses », n° 756.\u2014 Bruxelles, la Pensée catholique; Paris, Office général du livre, 1962, 128 pp., 19 cm.Le lecteur qui désire se renseigner sur le j problème de l\u2019œcuménisme est ici servi à souhait.Ce volume réunit des conférences prononcées à Paris, Bruxelles, Athènes et Luxembourg.Malgré certaines redites auxquelles il fallait s\u2019attendre, l\u2019intérêt se maintient du commencement à la fin.L\u2019A., qui est théologien, sait aussi tirer admirablement parti de l\u2019histoire et de la psychologie.Il montre comment les relations entre catholiques et protestants ou orthodoxes ont évolué à travers les siècles.Avec une note d\u2019optimisme, il fait appel à plus de foi, de prière, il invite au dialogue et recommande l\u2019éducation des fidèles dans le sens de l\u2019œcuménisme.Nonobstant des difficultés apparemment insurmontables, il faut, de toutes nos forces, collaborer à l\u2019œuvre de l\u2019Esprit-Saint dans la voie de l\u2019unité.Les observations du P.Congar sur le Conseil œcuménique des Eglises, le concile, la semaine de l\u2019Unité éclaireront ceux qui veulent participer au grand courant de l\u2019œcuménisme contemporain.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Louis CAPÉRAN: L\u2019Appel des non-chrétiens au salut.A l\u2019écoule du concile.Coll.« L\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris (17, rue Jean-Goujon, 8e), Editions du Centurion, 1962, 160 pp., 18 cm.Loin d\u2019être un froid résumé de thèse (une thèse qu\u2019autrefois l\u2019A.avait défendue brillamment), cet ouvrage pique l\u2019intérêt par la manière dont il aborde le problème missionnaire de notre époque.L\u2019A.y montre comment le concile devra se préoccuper non seulement de la division des chrétiens (sérieux obstacle à l\u2019évangélisation), mais aussi du salut des non-chrétiens, à qui il faut transmettre le message intégral du Christ.Le réveil des nationalismes, la résurgence de certaines religions, surtout de l\u2019islamisme et du bouddhisme, la menace du matérialisme athée posent au concile de nombreuses difficultés.D\u2019autre part, si nous comparons les missions actuelles à celles qui existaient au temps du Ier Concile du Vatican, nous pouvons être optimistes.L\u2019établissement d\u2019un clergé autochtone, l\u2019essor de la missiologie, la poussée du laïcat missionnaire et de nombreux autres progrès permettent de nourrir de fervents espoirs.De même, la conférence de Rhodes, l\u2019assemblée de New-Delhi, le mouvement œcuménique indiquent une action profonde de l\u2019Esprit-Saint chez nos frères séparés.La prière s\u2019impose donc pour obtenir que, rentrés dans la maison du Père, les fils jusqu\u2019alors éloignés, aient, comme nous, accès aux richesses spirituelles du catholicisme.Que le lecteur ne s\u2019effraie pas devant l\u2019ampleur des sujets; l\u2019A.les lui rend accessibles, en les illustrant de faits concrets.A leur lumière, le concile apparaît comme l\u2019événement majeur de notre temps.Jean-Paul Labelle.Maison Bella.rm.in.Georges Huber: Vers l\u2019union des chrétiens.Coll.« L\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 160 pp., 18 cm.LAuteur, journaliste, a pensé qu\u2019il conve-' nait de vulgariser, à l\u2019intention de l\u2019homme de la rue, le passionnant problème de l\u2019union des chrétiens.Bourré de faits révélateurs et servi par une abondante 290 RELATIONS Nos meilleurs voeux de succès au Concile La Villa Saint-Ignace Retraites fermées CHICOUTIMI\t\tL Institut Saint-Georges Chicoutimi\t\tCes Soeurs du \u2018tBon-Tasteur QUÉBEC \t\t\t\t Les Soeurs\t\tLes Filles\t\tL'Hôpital Maria du Bon-Conseil\t\tde Jésus\t\t \t\t162, boul.du Sacré-Cœur\t\t CHICOUTIMI\t\tRimouski\t\tMaria OCTOBRE 1962 291 documentation, ce livre devrait provoquer chez le lecteur un immense élan vers l\u2019unité.Cinq entretiens (l\u2019A.a repris la forme du dialogue entre M.Dumont, journaliste, et le P.Eugène, historien et théologien, qui avait illustré son livre Vers le Concile) permettent à celui qui est insuffisamment informé de cette question d\u2019en saisir toute l\u2019ampleur et toute l\u2019importance.Un premier chapitre nous familiarise avec le secrétariat pour l\u2019union des chrétiens.(Tout le volume, d\u2019ailleurs, souligne l\u2019action extraordinaire de son président, le cardinal Bea.) Dans un second chapitre, l\u2019A.relève la continuité des initiatives pontificales, de Léon XIII à Jean XXIII, en vue de l\u2019union des chrétiens.Puis, sont décrites les trois étapes de cette union: rapprochement, rencontre, réunion.Enfin, les deux derniers chapitres nous ont plu encore davantage: ils mettent l\u2019accent sur l\u2019aspect spirituel du problème.Ils recommandent, d\u2019une part, la plus stricte fidélité à la vérité, la plus exquise charité à l\u2019égard de nos frères séparés, d\u2019autre part, le recours à la prière et à la pénitence pour obtenir de Dieu, qui seul peut la donner, la grâce de l\u2019union.Ce petit ouvrage réaliste nous communiquera son optimisme et sa santé.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Léon Dehon: Diario del Concilio Vati-cano I, a cura di Vincenzo Carbone.¦\u2014-Roma, Tipographia Poliglotta Vati-cana, 1962, 217 pp., 24 cm.Léon Dehon, futur fondateur des Prêtres j du Sacré-Cœur, était jeune prêtre au Séminaire français de Rome, quand il fut choisi pour être l\u2019un des sténographes du Concile du Vatican I.A ce titre, il devait assister aux congrégations générales; et, pour une meilleure et plus intelligente exécution de leur tâche, on communiquait aux sténographes la même documentation qu\u2019aux Pères du concile.C\u2019est dire que l\u2019auteur de ce journal était bien renseigné.Le P.D.a considéré cette participation à un moment solennel de l\u2019histoire de l\u2019Eglise comme une des grandes grâces de sa vie.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un journal détaillé, mais de notations rapides prises au jour le jour par un jeune prêtre fervent et qui était en pleine sympathie avec les Pères de la majorité.L\u2019introduction et les notes sont en italien.Le texte français du Diario nous donne une juste idée de l\u2019atmosphère de Rome, de l\u2019état des esprits et de la cha- leur des discussions.Sa publication à la veille du Concile du Vatican II est du plus grand intérêt.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie.Montréal.Michel GASNIER, O.P.: Mes homélies sur le « Gloria in Excelsis Deo ».Coll.« La prédication nouvelle ».\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator.1961, 129 pp., 20 cm.En vingt homélies de cinq ou six pages chacune, le P.Gasnier nous offre un commentaire substantiel et chaleureux de « l\u2019hymne de la messe le plus sublime, le plus triomphal, le plus débordant de louanges » fp.7).Trop abstrait pour servir tel quel à une prédication populaire, le texte peut alimenter avec profit la méditation d\u2019âmes choisies.Elles y trouveront, au rythme des phrases de la grande louange liturgique, l\u2019ensemble des vérités de la foi chrétienne exprimées sans recherche, avec une foi sincère et un amour contagieux.Ainsi, « Gloire à Dieu » rappelle que Dieu a tout créé pour sa propre gloire, et les mots « Paix sur la terre.», que la créature n\u2019atteint qu\u2019en Lui son bonheur, sa véritable paix.Plus loin, l\u2019invocation au « Seigneur, Père tout-puissant » permet d\u2019évoquer les merveilles de la création et de la bonté infinie de Dieu, notre père; le « Fils unique du Père » nous invite à méditer sur la Très Sainte Trinité, « No-tre-Seigneur Jésus-Christ », sur l\u2019Incarnation, et « l\u2019Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde », sur la Rédemption; la dernière phrase, tout naturellement, oriente nos pensées vers l\u2019Esprit de Dieu.Fidèle à lui-même, le P.Gasnier sait ici, dans le plus récent de ses nombreux ouvrages, donner vie aux vérités de toujours: grâce à lui, le Gloria de la messe reprend pour nous richesse et saveur.Gérard Hébert.Friedrich Heer: Catholicité d\u2019hier et de demain.Traduit de l\u2019allemand par André Dabezies.\u2014 Paris, Editions Spes, 1961, 187 pp., 19 cm.LEglise, d\u2019origine divine, s\u2019incarne dans ' un monde terrestre.Le viennois F.Heer, à la fois philosophe et historien, expose dans le présent ouvrage comment le catholicisme s\u2019est exprimé chez les divers peuples et, avec une certaine audace, montre comment une foi vivante et authentique peut s\u2019adapter aujourd\u2019hui aux multi- ples problèmes contemporains.L\u2019Incarnation est le grand fait dominant l\u2019histoire; il ne faut pas oublier Jésus lorsqu\u2019on veut définir l\u2019Eglise.Le Royaume de Dieu est le grain de sénevé mis en terre; il ne se développera ni ne grandira si l\u2019on mésestime la valeur des moindres détails ou des plus modestes efforts.Des saints, comme François d\u2019Assise, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, nous rappellent ce souci du détail dans notre pauvre vie quotidienne; dans un service désintéressé, il donne joie et paix.Des « spiritualités rétrécies et angoissées » sollicitent les catholiques d\u2019aujourd\u2019hui; ils doivent s\u2019en dégager et s\u2019accrocher aux rudes tâches quotidiennes pour leur donner visage chrétien.C\u2019est au sein de cette vie « vulgaire et salissante » que le catholicisme retrouvera sa valeur d\u2019universel.Dans les structures anciennes comme dans les nouvelles que devra prendre l\u2019Eglise en Afrique, en Asie, nous devrons vivre dans l\u2019espérance, selon les modèles que l\u2019Eglise nous propose dans ses saints, avec à leur tête la Vierge Marie.Ce premier ouvrage de M.Heer est tout à fait remarquable; il montre bien comment un catholicisme authentique peut s\u2019intégrer au monde du xx° siècle.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Ernest Kirchgassner:\tTentation du bien.Traduit par l\u2019abbé X.Fessier.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1961.176 pp., 19 cm.ON lit à la page 166 de l\u2019ouvrage: « L\u2019homme qui soupçonne la création et ses progrès et y voit une œuvre diabolique possède une vue de taupe et il se montre antichrétien.Et celui qui ne voit dans les bienfaits techniques de notre temps qu\u2019une source de décadence et l\u2019instauration définitive du royaume de Satan prouve qu\u2019il est intérieurement un inadapté et spirituellement un nain.» Cette observation, l\u2019A.la commente en un style débordant de vie et pétillant d\u2019esprit.Il y a une manière chrétienne d\u2019envisager le monde moderne.Pour s\u2019enfermer dans la critique destructive qui prend plaisir à relever toutes les saletés et turpitudes de l\u2019heure, il faut oublier tous les héroïsmes quotidiens, mais anonymes, de la charité, les élans de foi où l\u2019homme retrouve sa dignité d\u2019enfant de Dieu.Le croyant se soucie peut-être trop peu que l\u2019esprit de l\u2019Evangile imprègne toutes les institutions, la presse, la radio, le cinéma, la télévision, les syndicats, les A\t/\t LAVALLEE, BEDARD,\tLYONNAIS, GASCON & ASSOCIES Comptables agréés Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tLionel Gascon, C A.Jean Lussier, C.A.\tPaul-L.Noiseux, C.A.Jacques Desmarais, C.A.\tRené Sénécal, C.A.David Crockett, C.A.\tMaurice Saint-Louis, C.A.Marcel Demers, C.A.\tGuy Préfontaine, C.A.Pierre Bédard, C.A.\tPaul Hébert, C.A.André Lussier, C.A.\tRaymond Fontaine, C.A.10 est, rue SAINT-JACQUES\tTROIS-RIVIÈRES MONTRÉAL \u2014Tel.-UN.1-6325\tSHERBROOKE 292 RELATIONS parlements et, aujourd\u2019hui, nos écoles.Trop facilement, il se contente de répéter ce que son journal neutre, sinon sectaire, lui rabâcle.La Tentation du bien est particulièrement adaptée au besoin et aux aspirations de notre temps: allusions fréquentes aux grandeurs et misères de la vie quotidienne, slogans qui courent et impressionnent le populaire, attitudes choquantes et même scandaleuses de nos catholiques.L\u2019A.se révèle un fin et juste observateur qui comprend de façon étonnante la nature humaine, ses possibilités et ses faiblesses.Le préfacier écrit de l\u2019ouvrage qu\u2019il sera un guide précieux dans les cercles d\u2019étude.Il suffit de l\u2019ouvrir pour lui donner raison.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Maria, Études sur la sainte Vierge, tome VI, Paris, Beauchesne, rue de Rennes, 117, 1961, 867 pp., 25 cm.L OUVRAGE MONUMENTAL, publié SOUS la i direction du P.Hubert du Manoir, S.J., en est à son sixième volume.Un autre suivra, qui contiendra les index de la série complète.C\u2019est, pourrions-nous dire, la somme de ce que nous révèlent sur Marie l\u2019Ecriture et la tradition, la liturgie et l\u2019histoire, en tout temps et en tous lieux.Le P.Henri de Lubac, dans la préface qu\u2019il a écrite pour ce sixième volume, félicite les nombreux collaborateurs de cette œuvre gigantesque, d\u2019avoir conçu leur tâche en « vrais théologiens », qui ne perdent jamais de vue l\u2019ensemble de la doctrine chrétienne, au lieu de s\u2019enfermer dans une spécialité, la « Mariologie ».Il leur sait gré également d\u2019avoir évité les exagérations d\u2019une piété plus fervente qu\u2019éclairée, comme d\u2019attribuer à la sainte Vierge une raison adulte et la conscience dès sa conception immaculée, dès le sein de sa mère, ou la jouissance de la vision béati-fique, au moins à de certains moments.Ce souci d\u2019objectivité transparaît dans toutes les études, notamment dans celle de M.A.Feuillet, P.S.S., sur la Vierge Marie dans le Nouveau Testament.On ne sollicite pas les textes pour leur faire dire ce qu\u2019ils ne disent pas.Signalons l\u2019article du P.Guy de Broglie, S.J., sur le principe ou point de départ d\u2019une théologie mariale.Il ne suffit pas, dit-il, de considérer Marie comme la mère du Fils de Dieu fait homme; il faut inclure le rôle de Rédempteur que l\u2019Homme-Dieu devait jouer sur terre et considérer Marie comme « la Mère du Fils de Dieu né dans une race déchue et pécheresse, pour la sauver par une vie de renoncement expiatoire, et par la participation volontaire des âmes rachetées à cette vie de renonce- ment ».Cela, pour mettre en évidence la participation de Marie, et la nôtre, à la rédemption du genre humain.Tout immaculée qu\u2019elle fût, la Mère du Sauveur eut sa large part des souffrances.C\u2019est le Christ total, le corps mystique, dont Marie est un membre exceptionnel, qui est associé à la Passion du Chef.« Il convient d\u2019autant plus d\u2019y insister aujourd\u2019hui, dit le P.de Broglie, que certaines constructions « christocentriques » modernes, grandioses assurément, tendent un peu trop à oublier.que le Christ est venu en ce monde, non point pour seconder, bénir et diviniser tout ce que le monde peut offrir aux hommes de bon et de légitimement desirable, mais pour renoncer lui-même volontairement à toutes les joies d\u2019ici-bas et pour nous apprendre à Le suivre sur ce chemin de renoncement et de mort à ce monde » (p.321 sv.).La collection « Maria » illustre bien le progrès des études théologiques accompli depuis plus d\u2019un demi-siècle.Les articles qu\u2019elle renferme, écrits par des professeurs de renom, offrent aux lecteurs sérieux une mine de renseignements sûrs touchant les prérogatives de la Bse Vierge Marie.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Gille PHABREY: La Cité fraternelle.Frédéric Ozanam.Sélection Marne 34.\u2014 Tours, Marne, 1961, 272 pp., 20 cm.Frédéric Ozanam est universellement connu comme l\u2019initiateur des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul.On sait moins qu\u2019il fut un des grands érudits de son époque.Mémoire prodigieuse, il s\u2019assimila huit langues étrangères modernes et entreprit de percer le secret des différentes civilisations et des arts.Déjà docteur en droit, il était reçu à vingt-cinq ans docteur en lettres et obtenait bientôt la chaire de littérature en Sorbonne.Ses cours soulevèrent l\u2019enthousiasme.Il avait l\u2019âme d\u2019un prêtre, a-t-on dit.Son enseignement lui fournit l\u2019occasion de faire connaître le rôle incomparable de l\u2019Eglise dans l\u2019éducation des peuples même aux époques de barbarie.« Nous verrons le catholicisme, osa-t-il proclamer un jour, reprendre la tête du siècle; l\u2019œuvre est gigantesque et mon émotion est grande, mais je suis jeune et l\u2019espoir me soutient.Ensemble, nous vaincrons, croyez-en votre compagnon d\u2019armes.» Ses travaux ont sorti de la poussière des bibliothèques l\u2019immortel Dante et les grands poètes franciscains du xme siècle.Son esprit réaliste et l\u2019amour des pauvres, qu\u2019il tenait de ses parents, lui firent reconnaître la misère qui écrasait le peuple; il résolut de s\u2019y attaquer.Ayant rencontré \t\tRAPTIM CANADA Ltée \tRomana\t \t\tAGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \tAssociatio\t \t\tApprouvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.- Tél.VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International \tPro T ransvehendis Itinerantibus Missionariis\t \t\t On juge l\u2019arbre d\u2019après le fruit .et une bonne Maison, comme J.-W.Jetté, d\u2019après les travaux qu\u2019elle exécute.Or, nos travaux en chauffage-plomberie pour hôpitaux, églises, maisons d\u2019enseignement, établissements industriels prouvent que nous disposons d\u2019une main-d\u2019œuvre qualifiée, qui allie la théorie à la pratique.Système de combustion, service d\u2019hydrothérapie, ventilation, buanderies, cuisines, etc., rien en ce domaine ne nous est étranger! Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada OOO OOO OOO OOO PLOMBERIE CHAUFFAGE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL * Haute fidélité Stéréophonie Magnétophones Haut-parleurs Rubans magnétiques CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 TOUS- LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES (Strictement en gros) \t\tk\t« Le temple St\tde la lumière |\tS\t BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., lect.-trés.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* OCTOBRE 1962 293 À VOTRE SERVICE Banque Canadienne ^tolONAEE Les vêtements de distinction r/9 * qjaA tiMirtc \u201cMagasins de haute distinction pour hommes\u201d 974, rue Sainte-Catherine Ouest 281, rue Sainte-Catherine Est MONTRÉAL Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê>aubeprùe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Slig* social : Montréal la célèbre Sœur Rosalie, il eut l\u2019idée des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul.L\u2019Eglise ne devait pas demeurer indifférente au sort des masses laborieuses.Un moment, il traversa une crise de foi; le prêtre qu\u2019il rencontra, l\u2019abbé Voyrot, le comprit et l\u2019aida à s\u2019élever à un amour plus vigoureux encore.Il fut de ceux qui obtinrent de l\u2019archevêque de Paris les célèbres conférences de Lacordaire en la basilique Notre-Dame de Paris.L\u2019institution dure toujours.Il mourut à quarante ans.Gille Phabrey ne nous présente pas une biographie scientifiquement documentée, même si tous les événements qu\u2019il rapporte sont exacts.Il a voulu faire autre chose.Usant très souvent du dialogue, il essaie de reconstituer des scènes de la vie d\u2019Ozanam; son style n\u2019en est que plus vivant.Une petite réserve: je crains que certains détails ne fassent sourire le lecteur de 1962.Cela n\u2019entame pas la valeur littéraire de l\u2019ouvrage.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Gérard LABROSSE, S.J.: Ma religion est-elle en danger?\u2014 Montréal, les Editions de l\u2019Homme, 1962, 125 pp., 20.5 cm.Prix: $1.En confiant à une maison d\u2019édition populaire son étude sur la liberté de religion, l\u2019A.entend vulgariser des problèmes qu\u2019il aurait pu présenter dans une analyse plus fouillée d\u2019allure plus scientifique.Nous le félicitons de son choix, car le peuple a besoin urgent d\u2019être informé, éduqué en cette matière.Après avoir défini, dans un premier chapitre, la liberté et les libertés de religion, de pensée, de conscience et d\u2019association, l\u2019A.envisage de quelle manière la déclaration canadienne des droits, le code criminel canadien, la constitution canadienne traitent de la liberté de religion.Il indique la force et la faiblesse de ces documents et propose des suggestions pour en améliorer la teneur.Dans une deuxième partie, il aborde le problème international en matière de liberté de religion.Sur la déclaration universelle des droits de l\u2019homme, la constitution des Etats-Unis et les diverses constitutions de la Russie, il porte un jugement objectif.Enfin, il souligne à quelles conditions nous pouvons regarder l\u2019avenir en ce qui concerne la liberté de religion au Canada.Il est heureux qu\u2019une édition populaire répande ces saines idées.Dans la présentation, nous le regrettons, quelques imprécisions de style et une ponctuation défectueuse auraient pu facilement être corrigées.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Thérèse Gouin-DÉCARIE: Intelligence et Affectivité chez le jeune enfant.Etude expérimentale de la notion d\u2019objet chez Jean Piaget et de la relation objec-tale.Coll.« Actualités pédagogiques et psychologiques ».\u2014 Neuchâtel (4, rue de l\u2019Hôpital), Delachaux & Niestlé, 1962, 217 pp., 21.5 cm.Lamateur qui lit jusqu\u2019au bout ce savant ' ouvrage y admire la logique et la précision de la pensée, la rigueur des procédés de recherche, la critique réfléchie des travaux antérieurs: modèle de -thèse doctorale.L\u2019A.analyse deux théories de la représentation pour en exposer les corrélations et les divergences.Celle de Piaget, fondée sur le développement de Y intelligence, situe au milieu de la deuxième année la perception objective qu\u2019atteste la rémanence de l\u2019image après disparition de Y objet perçu; celle des psychanalystes, fondée sur l\u2019évolution de Y affectivité, découvre, dès la fin de la première année, une vraie représentation dans certaines attitudes objectâtes qui requièrent une image de Y objet d\u2019amour nettement différenciée.Dans la préface, Piaget lui-même discute, pour les initiés, l\u2019apport original de cette confrontation.Au profane agréera mal un vocabulaire selon lequel l\u2019intelligence ne serait pas une « faculté » (p.20), mais un processus biologique d\u2019adaptation (17), qui, néanmoins, par « déduction » (62, 145, 191, 192, 202), aboutit au « jugement » (103).La psychologie expérimentale, la psychanalyse même (n\u2019en déplaise aux freudiens) peuvent-elles, sans tronquer la réalité qu\u2019elles observent, faire abstraction de la spiritualité de l\u2019âme et de ses facultés (n\u2019en déplaise à Piaget) par lesquelles l\u2019homme agit?L\u2019objectivité, enseigne Piaget (29), suppose insertion dans une totalité.Principe fécond: la psychologie devra s\u2019en souvenir en abordant l\u2019éducation, problème complexe dont une vue totale implique Dieu, sa grâce, son action.D\u2019un essai remarquable par son objectivité scientifique, la langue ne devrait-elle pas briller par son exactitude ?Ici, l\u2019A.prodigue ad nauseam « ceci » pour cela, l\u2019indéfendable « en termes de » (structuration, répartition, stades, phases.), l\u2019incorrect et irritant « au tout début »; emploie « tel que » adverbialement; écrit « à date »; parle de choses « concernées » et d\u2019objets « hallucinés »; enfin donne un sens anglais aux mots adéquat, anticipation, contexte, contrôle(r), item, politique, procédure, confronter, couvrir, développer, endosser.Tant de fautes s\u2019excusent difficilement dans un livre de cette qualité.Joseph d\u2019Anjou.Joseph Folliet (Frère Genièvre): Tu seras journaliste.Petits et grands secrets du quatrième Pouvoir.Coll.« Savoir pour agir ».\u2014 Lyon, Editions de la Chronique sociale de France, 1961, 264 pp., 18.5 cm.«Te style journalistique vaut d\u2019abord E-' par la clarté, la précision, la légèreté, le piquant, l\u2019imprévu.Un style pétillant et mousseux, plus apparenté à l\u2019Asti qu\u2019au sévère champagne.»\t(P.\t156.) Ce pétillant, Joseph Folliet le possède à merveille: nous nous sommes payé une pinte de bon rire à lire les réflexions humoristiques du « bonhomme ».Sous ces dehors malicieux, ne vous y trompez pas, se cache une expérience durement acquise par trente années de pratique dans le métier.Tout ce que l\u2019apprenti journaliste doit savoir se déroule dans un ordre rigoureux, avec une admirable précision de renseignements et de détails: les difficultés de la carrière, les dons et la préparation qu\u2019elle suppose, la classification des différentes presses, la hiérarchie des fonctions dans l\u2019organisation d\u2019un journal, la chasse à l\u2019information, les genres littéraires du journalisme, les styles journalistiques, l\u2019initiation aux diverses étapes de la copie jusqu\u2019à l\u2019impression, des notions claires sur l\u2019administration et, pour terminer, une synthèse du journalisme catholique en France, quelle somme présentée avec un réalisme qui tue les illusions mais non un sain enthousiasme! Nos journalistes canadiens-français ne perdront pas leur temps en étudiant ce vade-mecum savoureux.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.294 RELATIONS Bernard Dupriez: Fénelon et la Bible.Les origines du mysticisme fénelonien.Préface de Henri Goohier.\u2014 Paris, Bloud et Gay, 1961, 231 pp., 25 cm.LOU vr AGE du professeur Bernard Dupriez (professeur à la faculté des lettres de l\u2019Université de Montréal) est une thèse de doctorat de l\u2019Université de Paris.Il constitue une contribution importante à l\u2019histoire de Fénelon et à l\u2019interprétation de sa pensée.Il prend place dans la série des récents travaux sur l\u2019œuvre spirituelle de l\u2019Archevêque de Cambrai, où l\u2019écrivain religieux est présenté sous un jour plus vrai et plus favorable que l\u2019image infidèle et légendaire qu\u2019a laissée l\u2019histoire du xixe siècle, influencée à la fois par le prestige de Bossuet et la spiritualité rationaliste de l\u2019époque.Rejoignant les conclusions de Cognet et de Varillon, mais par des démarches plus méthodiques et des voies plus pénétrantes, l\u2019A.introduit le lecteur jusqu au cœur de la pensée religieuse de Fénelon.Cet apport n\u2019est pas le moindre mérite d\u2019une étude scientifique dont les analyses minutieuses et serrées conduisent à la découverte de la pensée de ce grand spirituel et inspirent le goût de relire son œuvre avec des yeux neufs et plus avertis.Le livre du professeur Dupriez est en premier lieu un ouvrage d\u2019érudition.L\u2019A.a étayé ses analyses sur des sources d\u2019archives, des documents déjà publiés et une connaissance très intime des œuvres de Fénelon.Il s\u2019attache, dans une première partie, à résoudre les questions suivantes: quelles éditions de la Bible a utilisées Fénelon ?Quelles traductions ?Avait-il en mains la Vulgate?A-t-il recouru au texte grec (il devait avoir lu la Septante) ?Quels livres de la Bible a-t-il cités de préférence ?Quels sont les versets le plus souvent cités ?Quel usage en fait-il dans ses œuvres profanes (le Télémaque est une transposition de l\u2019Ecriture, « c\u2019est la Bible du petit prince »), dans ses œuvres philosophiques (qui fourmillent de citations des livres saints) et dans ses lettres spirituelles ?Toutes ces questions ont fait l\u2019objet de recherches minutieuses dont les résultats sont exprimés dans des conclusions précises et parfois consignées en des tableaux et des statistiques.Le rôle et l\u2019influence de Madame Guyon sur la pensée et la vie religieuse de Fénelon sont examinés et définis avec exactitude.L\u2019A.en a précisé le sens et tracé les limites.Grâce à Madame Guyon, Fénelon a accédé à une expérience et à une doctrine qui lui ouvrent l\u2019Ecriture.Cette influence, toutefois, est limitée.Bien des années avant de connaître Madame Guyon, Fénelon à Saint-Sulpice est imprégné par la Bible.Il y puisait comme à une source de vie intérieure pour sa méditation personnelle et pour la direction des âmes qui se confiaient à lui.La correspondance en témoigne.L\u2019ouvrage n\u2019en demeure pas à ces éléments historiques, déjà captivants par les traits qu\u2019ils révèlent sur la formation de Fénelon et sur sa méthode de travail.Les recherches de l\u2019A.aboutissent au centre de la pensée fénelonienne.A cet égard, un chapitre donne la clef.Il est intitulé: « Comment les sentences bibliques ont été comprises et intégrées » (pages 89-116).L\u2019A.a choisi les versets les plus fréquemment cités par Fénelon et il rassemble autour de chacun de ces versets un groupe de passages qui s\u2019y réfèrent afin de montrer la nature et le sens de l\u2019interprétation de la Bible chez Fenélon.Elle est spirituelle et cherche à unir l\u2019âme à Dieu (p.102); elle s'applique à toutes les étapes du progrès de l\u2019âme vers la perfection.Fénelon y puise les leitmotive de sa pensée apostolique (pp.115 et 116).La troisième partie de l\u2019ouvrage intitulée « Essai sur le pur amour » présente une synthèse de la doctrine spirituelle de Fénelon.Le professeur Dupriez suit Fénelon à la trace et relève les passages bibliques qu\u2019affectionne l\u2019écrivain.Cette courte synthèse (cinquante pages), concentrée sur l\u2019essentiel, permet de voir que sous les vocables employés \u2014\u2022 le pur amour, la pure foi, l\u2019abandon, l\u2019inspiration, la petitesse \u2014 Fénelon ne fait pas autre chose que de présenter dans le langage de son époque, la doctrine spirituelle de son époque.Un appendice sur L\u2019Explication des maximes des saints écarte le soupçon qui a pesé sur la mémoire de Fénelon et sur son usage de la Bible et montre l\u2019exacte portée de la condamnation romaine.Seul fut condamné par Rome le livre des Maximes à cause de certaines propositions contenues dans l\u2019ouvrage.Les livres qu\u2019a écrits Fénelon pour la défense des Maximes ne furent pas atteints par la condamnation.Et celle-ci laisse intacte la doctrine spirituelle; davantage, après l\u2019examen approfondi qu\u2019elle a subi à Rome, il est possible d\u2019affirmer qu\u2019elle a reçu une garantie d\u2019authenticité.Cette étude limpide, poursuivie avec méthode, appuyée dans toutes ses démarches sur des faits et des documents, mérite l\u2019attention de tous ceux qui s\u2019intéressent aux lettres, à l\u2019histoire et à la spiritualité.Pierre Angers.Collège Jean-de-Brébeuj.AIR 9 FRANCE LE PLUS GRAND RÉSEAU DU MONDE Aim m mm 6 services jet par semaine sans escale Le moyen le plus pratique pour aller en EUROPE PRATIQUE!\u2014 6 vols par semaine en jet Boeing 707, à partir du 1er novembre PRATIQUE!\u2014départ tous les soirs à la même heure (sauf lundi), 7h.45, de Montréal PRATIQUE! \u2014à Paris, correspondances par Caravelle ou Boeing 707 vers les grandes villes d\u2019Europe et les quatre coins du monde PRATIQUE!\u2014voyage agréable et reposant, service impeccable, dans une ambiance bien française PRATIQUE!\u2014tarifs spéciaux: voyages de 17 jours, tarif familial, voyages par groupe, tarif pour émigrants, avions nolisés, etc.PRATIQUE!\u2014vols de jour, départ de New York, tous les matins à lOh.à partir du 1er novembre CONSULTEZ VOTRE AGENT DE VOYAGES ou votre bureau d'Air France OCTOBRE 1962 295 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES J.-M.GiLLE: Initiation au Mystère de la vie.\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 1961, 104 pp.Un autre ouvrage sur l\u2019éducation sexuelle.Il relate une expérience de dix années réalisée dans un milieu populaire, avec l\u2019accord et la collaboration des parents.Les auteurs s\u2019efforcent de montrer un ensemble, de restituer le Mystère de la Vie, naissance et conception, dans la totalité de la vie humaine et dans le plan de Dieu.Ainsi on fournit à l\u2019enfant et à l\u2019adolescent, une charpente, un squelette sur lequel viendront s\u2019articuler peu à peu ses connaissances en ce domaine.Collection « Centre d\u2019études Laënnec » En COLLABORATION:\tLe Sommeil.\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 1962, 128 pp.Trois auteurs, trois savants se penchent sur le problème du sommeil, problème d\u2019autant plus important que notre civilisation, a-t-on dit, « fabrique des insomniaques ».Le Dr Eck étudie les rythmes du sommeil et les insomnies; le professeur Laget aborde les données physiologiques du sommeil et montre les récents progrès réalisés pour en découvrir les véritables mécanismes; le professeur Léchât définit les hypnotiques et en indique les dangers.En COLLABORATION: Pastoral Directory.The Mass.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Fides, 1962, 116 pp.Traduit de la seconde édition française, ce manuel sur la messe a pour but d\u2019appliquer les directives du Saint-Siège et d\u2019assurer une meilleure participation des fidèles au saint sacrifice.Louis HÉMON: Maria Chapdelaine.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Fides, 1961, 216 pp.Edition scolaire du célèbre roman de Louis Hémon.Le Conseil des Arts du Canada: Cinquième Rapport annuel, 1961-1962.\u2014 Ottawa, 172 pp.Compte rendu détaillé de l\u2019activité du Conseil depuis le 1er avril 1961.Cette année, s\u2019ajoutent quelques considérations sur les humanités, les sciences sociales, les arts et la Commission nationale canadienne pour l\u2019Unesco.Collection « Votre nom \u2014 Votre saint » Marie-Dominique POINSENET: Sainte Thérèse.\u2014 Tours, Maison Marne, 1962, 110 pp.Présentation et récit de la vie de sainte Thérèse d\u2019Avila.Collection « Petite planète » Vincent Monteil: Maroc.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 192 pp.Présentation abondamment illustrée du pays marocain.Vedettes 1962.4e édition.\u2014 Montréal (6235B est, rue Jarry), Société nouvelle de Publicité, 1962, 340 pp.Le sous-titre de cet ouvrage ( Who\u2019s who en français) en indique la nature.Il s\u2019agit d\u2019un recueil contenant la biographie de personnages connus dans le milieu cana-dien-français.Très utile à tous ceux qui ont à inviter ou à présenter un conférencier pour leurs œuvres.Marcel COLIN, F.M.: Personnages bibliques.\u2014 Château-Richer, Québec (7141, rue Royale), Editions Marie-Médiatrice, 1962, 184 pp.Recueil de méditations.L\u2019A.y présente, dans des personnages bibliques, des attitudes à imiter ou à éviter; des faiblesses, des exigences pleines d\u2019enseignement.E.Meyer: Autour de la Confession d\u2019Augsbourg avec mes amis protestants.\u2014 Lyon (177, avenue Félix-Faure), Emmanuel Vitte, 1962, 114 pp.L\u2019A.a eu de longs entretiens avec des protestants, non pas tant des discussions que des échanges loyaux au cours desquels il ne s\u2019agissait que de se comprendre et de se faire comprendre.En écrivant ces lignes, il n a d\u2019autre but que de « témoigner de la possibilité comme de l\u2019efficacité de communications qu\u2019il serait si souhaitable de voir se multiplier entre les membres de bonne volonté des deux confessions ».Sujets traités: justification et sanctification, les saints, les œuvres méritoires, les images, le péché et la pénitence, la sainte Mère de Jésus-Christ, l\u2019Eglise du Christ.En COLLABORATION:\tAu rythme de l\u2019Eglise.\u2014 Montréal (3827, rue Saint-Hubert), l\u2019Action catholique canadienne, 1962, 96 pp.A l\u2019occasion du Concile, l\u2019Action catholique canadienne présente des thèmes d\u2019étude et de réflexion sur l\u2019Eglise, ainsi qu\u2019une série de prières pour l\u2019Eglise.Quatre chapitres à signaler: la mission de l\u2019Eglise, le IIe Concile du Vatican, la communauté paroissiale dans le mystère de l\u2019Eglise, l\u2019apostolat des laïcs.Collection « Sources de spiritualité » L.-J.CALLENS, O.P.: Le Mystère de notre intimité avec Dieu.Tomes I et IL \u2014 Paris (17, rue Cassette), Editions Alsa-tia, 1961, 70 et 84 pp.Premiers fascicules d\u2019une nouvelle collection.L\u2019A.y traite des questions suivantes: En quoi consiste l\u2019intimité divine?Pour quels motifs ne se réalise-t-elle pas dans nos vies ?Comment vivre concrètement, dans nos existences quotidiennes, le mystère de l\u2019intimité divine ?Etc.A.Flury: Lettres à Christine.\u2014Mulhouse, Editions Salvator, 1961, 80 pp.Examen des malentendus et des difficultés qui séparent catholiques et protestants à la veille du Concile: la Papauté, la confession, la messe, le culte de la Vierge, etc.fri \u2022 ;tëC'Vn UN COMPTE D'EPARGNE A a LA BANQUE D\u2019ÉPARGNE aux Seated OUVERTE LE JOUR DE 10 À 3 H.- LE SOIR DE 7 À 8 H.Plus de 50 succursales dans le district de Montréal 296 RELATIONS Nos meilleurs voeux de succès au Concile LES PÈRES RÉDEMPTORISTES IPf r * i fffffî 'mm* $ h M li * » » \u2018 \u2022SmC* -s »\u2014Ttrpyrj, ttttt ' \\v V ¦***&¦< Sainte'éAnne'de-^eaupré marabout actualité Une collection de véritables livres d\u2019art dignes des plus luxueuses bibliothèques.Les chefs-d\u2019œuvre de la littérature illustrés par les plus grands dessinateurs.Des volumes de luxe vendus au prix des \u201cGéant\u201d triples! (Prix suggéré S 1,50) GÉANT ILLUSTRÉS Fort du prodigieux succès, au Canada comme ailleurs, de la collection Marabout Université et de son influence croissante sur l\u2019édition française en général, Marabout vous présente une collection de volumes prestigieux, illustrés par les plus grands maître du genre : Grandville, Gustave Doré, Gavar-ni, Daumier, etc.Cette collection réunira les chefs-d\u2019œuvre de la littérature qui furent illustrés avec le plus de génie, à commencer par : \u201cLes fables\u201d de La Fontaine; \u201c Gargantua et Pantagruel \u201d de Rabelais ; \u201c La Divine Comédie\u201d de Dante; \u201cDon Quichotte\u201d de Cervan-tès ;\u201c L\u2019Iliade et l\u2019Odyssée\u201d d\u2019Homère; \u201cLes Mille et Une nuits\u201d,.Une fois de plus, Marabout se porte résolument à l\u2019avant-garde du progrès et de la diffusion de la culture, tout en triomphant dans sa lutte contre les livres chers ! Distributeur général pour les Amériques : D.KASAN - 226, Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q, il "]
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