Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1963-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" FEVRIER 1963 MONTREAL j BS MB MW\tM§f REVUE DU MOIS N» 266 Le Rapport Williams Nazareth La laïcité Raymond BOURGAULT L\u2019AFFAIRE VAIDEPIIT Marcel MARCOTTE Le fait religieux au Québec Richard ARÈS Le Rapport GUI ¦ ¦¦¦¦¦¦¦¦¦£.Bouvier Les bases spirituelles de l\u2019unité ¦¦¦¦¦MC.Matura La « presse » du journalisme ¦¦¦¦¦¦ J.d\u2019Anjou Tenir à Ottawa, bâtir au Québec ¦ ¦ ¦ ¦ Éditorial ÉCOLE NORMALE CARDINAL-LtüER 6400 - 16e AVENUE ROSEMONT SOMMAIRE février 1963 Éditoriaux.Concile de pasteurs ou de docteurs?¦\u2014 Tenir ferme à Ottawa, bâtir français au Québec.Articles La laïcité.Nazareth.Les bases spirituelles de l\u2019unité L\u2019affaire Vandeput ET LA CONSCIENCE CHRÉTIENNE.Raymond Bourgault .Luigi d\u2019Apollonia .M.C.Matura .Marcel Marcotte .Richard Arès Le fait religieux au Québec.Le Rapport Gill et l\u2019assurance-chômage Emile Bouvier Le Rapport Williams.Edmond Desrochers La « presse » du journalisme.Joseph d\u2019Anjou Le théâtre Georges-Henri d\u2019Auteuil Au service du français : Modestie en minuscules ou en majuscules?.J.d\u2019Anjou Au fil du mois.Canada-Chine-U.R.S.S.\u2014 Louis Massignon.\u2014 La fête des malades.\u2014 Servir la vérité.Les livres.Notes bibliographiques.Avec ou sans commentaire: Louis Veuillot et la liberté 29 30 33 34 35 38 42 44 45 46 47 48 50 55 56 (Relation^ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Josèph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements : 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel du Service de Publications Seg, Limitée, 3305, rue Masson, Montréal-36, RAymond 5-2491.Lucien Laurendeau, C.P.642, Haute-Ville, Québec.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.AMÉLIOREZ VOTRE CONDITION.en suivant le COURS DE PRÉPARATION AUX AFFAIRES donné le soir par des professeurs de grande expérience, à L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES Si vous travaillez, vous pouvez tout de même acquérir un diplôme en 3 à 5 années d'études : a)\tSection générale \u2014 3 ans \u2014\u2022 diplôme d'études commerciales b)\tSection comptable \u2014 5 ans \u2014 diplôme de comptabilité et préparation aux examens d'admission à l'Institut des comptables agréés (C.A.) de la province c)\tOptions diverses \u2014 vous permettant d'obtenir des certificats en correspondance commerciale anglaise et en langues étrangères (italien, espagnol, allemand).N.B.\u2014 Vous pouvez aussi suivre les cours de votre choix à titre d'élève libre.Pour obtenir tous renseignements et prospectus, adressez-vous au Secrétaire général L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES 535, AVENUE VIGER \u2014 Montréal.\tVI.2-3486 XXIIIe année N° 266 Février MONTRÉAL EJLitotiaux.J^Jr*/ v ¦s, Concile de pasteurs ou de docteurs ?ON A BEAUCOUP souligné deux tendances qui se seraient déclarées au Concile: la tendance doctrinale et la tendance pastorale, et, à travers ces deux tendances, une opposition, face au monde, entre les évêques qui ont souci de maintenir l\u2019intégrité de la doctrine, et ceux dont la préoccupation est de présenter cette doctrine aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Ces deux tendances existent et existeront toujours puisqu\u2019elles représentent, chez les évêques et les fidèles, moins des tempéraments différents que le double aspect de l\u2019unique mission de l\u2019Église qui est de donner au monde la vérité sans y retrancher ou sans y ajouter, fût-ce un iota, ce qui est impossible sans une présentation simple, vivante, intelligible aux hommes de chaque âge.La fidélité doctrinale ne va pas sans zèle pastoral, ni le zèle pastoral sans fidélité doctrinale.Ils s\u2019enveloppent l\u2019un l\u2019autre, comme la vérité et la charité.Une doctrine pastoralement inactuelle serait aussi fausse qu\u2019une pastorale doctrinalement accommodante.Ni l\u2019une ni l\u2019autre ne seraient chrétiennes.Plus le zèle s\u2019ouvrira aux questions contemporaines et aux mentalités nouvelles, et plus la doctrine devra être sûre, ferme, entière, pour la fécondité même de l\u2019apostolat de l\u2019Église, évitant soit l\u2019intransigeance dans le zèle, soit l\u2019indifférence dans la doctrine.C\u2019est l\u2019antithèse entre la doctrine et la pastorale qu\u2019il faut dépasser; car les opposer au lieu de les unir, c\u2019est opposer FÉVRIER 1963 vérité et charité, livrer une fausse guerre de concepts et, finalement, mettre en question le christianisme lui-même.Quels que soient donc les tempéraments différents des évêques, leurs mentalités et leurs problèmes particuliers, l\u2019Église ne se situe ni à droite ni à gauche, et son Concile n\u2019est ni progressiste ni conservateur, sinon dans un sens superficiel, puisque ce n\u2019est pas la doctrine qui doit être adaptée sous prétexte qu\u2019elle est trop dure, mais sa présentation, parce qu\u2019elle demande d\u2019être rajeunie; ce qui suppose, en définitive, un approfondissement.Comme le disait récemment le cardinal Feltin de Paris: « Il ne s\u2019agit pas de sacrifier la vérité à la pastorale, mais d\u2019harmoniser la pastorale à la vérité.» Les pasteurs sont des docteurs.Tenir ferme à Ottawa, bâtir français au Québec LAVENIR DE LA CONFÉDÉRATION CANA-' DIENNE, tout particulièrement celui des Canadiens français dans la Confédération, continue à accaparer les manchettes de l\u2019actualité.Direct, serein et objectif, le témoignage récent de Me Noël Dorion, ancien secrétaire d\u2019État dans le gouvernement Diefenbaker, relance vivement la controverse et confirme avec autorité ce que nous savions: Ottawa, encore aujourd\u2019hui, demeure la capitale des seuls Canadians, qui se croient très généreux quand ils y tolèrent quelques lambeaux de présence française.Devant une situation qui s\u2019éternise et s\u2019envenime chaque jour, l\u2019impatience et l\u2019irritation gagnent les Canadiens français.Les uns réclament une enquête royale, les autres, une refonte de la Constitution; d\u2019autres jugent d\u2019avance inacceptables ces demi-mesures et exigent carrément la sortie du Québec de la Confédération canadienne.29 Nous croyons que les circonstances imposent actuellement aux Canadiens français un double devoir: tenir ferme à Ottawa et bâtir français \u2014 le plus rapidement et le plus solidement possible \u2014 au Québec.Tenir ferme à Ottawa.Cela est nécessaire.Citoyens canadiens, vivant en démocratie, nous ne pouvons ni ne devons laisser Ottawa décider sans nous d\u2019une large part de notre sort; il nous faut être là et faire entendre la voix du Canada français, il nous faut tenir, même si, pour le moment, nous ne pouvons guère faire davantage.Car notre présence et nos réclamations continuelles ont au moins l\u2019effet de garder ouverte et posée la question cruciale sur laquelle se décidera l\u2019avenir de la Confédération: le Canada est-il et sera-t-il un pays anglais ou un pays anglo-français?Jusqu\u2019ici la majorité anglophone presque tout entière s\u2019est trop souvent comportée comme si le Canada était et devait rester un pays uniquement de culture anglaise; riche, puissante et agressive, elle a fait du gouvernement du Canada son affaire et n\u2019a accordé que peu de considération aux revendications d\u2019une minorité qui avait, d\u2019une part, le malheur d\u2019être pauvre, faible et hésitante, et d\u2019autre part, la prétention d\u2019être officiellement reconnue son associée et son égale.Il en sera ainsi tant que ne se seront pas modifiées les conditions de base du dialogue, tant que la majorité anglophone n\u2019aura en face d\u2019elle qu\u2019une minorité francophone faible et indécise, sans cesse ballottée entre deux désirs contradictoires: celui de s\u2019affirmer intégralement elle-même et celui de récolter en même temps les avantages matériels et pratiques attachés à l\u2019assimilation.C\u2019est pourquoi il faut bâtir français au Québec, au plus tôt et le plus solidement possible.Là, et là seulement, cette possibilité est offerte aux Canadiens français et avec elle toutes les autres qu\u2019ils recherchent en réclamant une enquête royale et une revision de la Constitution.Là, et là seulement, la tâche qui se présente à eux n\u2019est plus uniquement de tenir, elle est de bâtir et de bâtir français, elle est d\u2019assurer libre cours à la culture canadienne-française et de la doter des institutions accordées à son esprit et nécessaires à son rayonnement.Là, et là seulement, ils peuvent se réaliser eux-mêmes, conformément aux exigences de leur génie national.C\u2019est par Québec que passe d\u2019abord pour les Canadiens français la voie du salut; seul un Québec fort et différent peut leur assurer, non seulement la survivance, mais la reconnaissance par l\u2019autre groupe qu\u2019ils sont l\u2019associé nécessaire, respectable et égal en droit.A bâtir ce Québec fort et différent, les Canadiens français n\u2019ont rien à perdre et tout à gagner.Le jour où il existera vraiment, il pèsera plus lourd sur le destin de la Confédération que toutes les recommandations de n\u2019importe quelle commission royale; ce jour-là, la revision de la Constitution canadienne s\u2019imposera d\u2019elle-même, elle se fera et ce ne sera pas à notre désavantage.LAÏQUE, LAÏCITÉ, LAÏCISME, LAÏCAT\u2014II LA LAÏCITE Raymond BOURGAULT, S.J.IA LAÏCITÉ, LE LAÏCISME ET LE LAÏCAT sont trois aspects importants du problème actuel de notre société.Ils intéressent: le premier l\u2019État, le second l\u2019École, le troisième l\u2019Église.Une introduction générale d\u2019ordre linguistique et philologique annonçait quelques études particulières sur chacun de ces aspects.En voici la première, qui portera sur la laïcité.On fera voir d\u2019abord comment la laïcité affecte en premier lieu l\u2019État, puis comment l\u2019État laïc est, à côté de l\u2019École et de l\u2019Église, un des trois organes essentiels de l\u2019humanité intégrée, enfin comment l\u2019État mondial et laïc, et l\u2019Église catholique et sainte ont besoin l\u2019un de l\u2019autre pour exercer correctement leurs fonctions h Qualité de Y État.La laïcité est une qualité, c\u2019est la qualité de ce qui est laïc.Cette qualité affecte un être, et cet être est avant tout 1.On trouvera dans l\u2019ouvrage collectif intitulé La Laïcité, publié en 1960 aux Presses universitaires de France, les principaux renseignements historiques et juridiques sur le problème de la laïcité dans la plupart des pays modernes.l\u2019État.Est laïc, en effet, ce qui appartient au laos, c\u2019est-à-dire au groupe des hommes valides, entreprenants et courageux qui défendent l\u2019être physique et promeuvent le bien-être matériel du Peuple.Le Peuple, au sens étymologique de multitude et au sens éthique de valeur, c\u2019est la masse, la pluralité anonyme et faible qui accède grâce à l\u2019État à un statut juridique favorable, la laïcité est donc la qualité par laquelle l\u2019État est qualifié pour s\u2019occuper de tout le côté naturel, séculier, temporel, profane, économique et politique du Peuple.Or l\u2019une des manières d\u2019agir habituelles de l\u2019État laïc consiste à administrer les affaires publiques sans tenir compte des opinions et des options religieuses de ses ressortissants.Incroyants et croyants, ou croyants de diverses confessions sont en principe égaux devant la loi et également éligibles aux charges publiques.La qualité de laïc est ainsi un principe intrinsèque à l\u2019État, et c\u2019est une qualité non seulement au sens prédicamental du mot, mais encore au sens moral: c\u2019est en vertu de sa nature d\u2019organe du bien commun que l\u2019État est ou tend à devenir non confessionnel.S\u2019il est sectaire, c\u2019est en vertu d\u2019autre chose que la laïcité, et s\u2019il est confessionnel, ce n\u2019est pas en vertu de sa nature.30 RELATIONS La laïcité est donc l\u2019endroit dont la non-confessionnalité est l'envers, c\u2019est le contenu positif d\u2019une réalité qui apparaît d\u2019abord comme négation d\u2019une autre, qui lui était antérieure.Sous cet aspect négatif, on peut la caractériser comme un ensemble de dispositions juridiques destiné à sauvegarder l\u2019autonomie de fonctionnement des institutions publiques contre les empiétements et les retours possibles d\u2019un régime antérieur et vénérable de confessionnalité unanime.Car si l\u2019État n\u2019est pas par essence confessionnel, il faut reconnaître que par accident il peut l\u2019être et qu\u2019en fait il l\u2019a été le plus souvent.D\u2019ordinaire, en effet, la confessionnalité a précédé la laïcité, qui est toute récente et qui est loin d\u2019être établie partout.La confessionnalité est la règle dans les pays que domine l\u2019Islam et dans les États protestants issus de la Réforme, où la religion officielle est celle du prince ou de la constitution.C\u2019était aussi le cas des vieux empires méditerranéens astreints au culte impérial, et, malgré les apparences, il n\u2019est pas exagéré de dire que c\u2019est le cas de l\u2019U.R.S.S.où se perpétue le césaropapisme de l\u2019État byzantin.La pure essence de l\u2019État a du mal à se dégager de la gangue où l\u2019enserrait l\u2019idéologie de la royauté sacrée et de la monarchie de droit divin de l\u2019Ancien Monde et de l\u2019Ancien Régime, dans lesquelles restaient indifférenciées des fonctions que la suite de l\u2019histoire devait faire apparaître comme distinctes.C\u2019est ce qu\u2019il faut comprendre.corrélative.Le développement des organismes ne se fait point au hasard, mais il est soumis à une structure triphasée qui impose à son cours une direction et un sens, et qui peut être décrite en trois mots: indifférenciation, différenciation, intégration.Dans une première phase, les vivants sont compacts, globaux, potentiels; dans une deuxième phase, des parties se distinguent, des différences s\u2019accusent, des oppositions se dessinent, des spécialisations s\u2019ébauchent; dans une troisième phase, il y a ou bien raidissement des oppositions et hypertrophie des différences, ou bien régression à la compacité première et confusion de ce qui avait été distingué, ou bien intégration dynamique des fonctions différenciées et spécialisées.Le terme idéal auquel tendent les organismes est évidemment l\u2019intégration parfaite des parties dans l\u2019unité d\u2019une totalité vivante et progressive, et ce terme fait connaître aussi bien le chemin qui y conduit que les déviations qui en éloignent.Le théorème général du développement peut être appliqué à l\u2019humanité, moyennant une définition assez compréhensive de son être concret.Deux traits fondamentaux le cernent assez bien.D\u2019une part, il est nature, raison et esprit, et sa nature, sol nourricier de sa raison et de sa liberté, est une capacité d\u2019absolu, d\u2019infini, de totalité, de transcendance spirituelle qui poursuit, par la médiation de la connaissance et de l\u2019amour, la perfection de la raison et de l\u2019esprit.D\u2019autre part, cette capacité d\u2019opération perfective est celle d\u2019une espèce comprenant non pas un seul individu comme les espèces angéliques, mais un grand nombre d\u2019hommes contemporains ou successifs, dont le destin est de constituer peu à peu, par production, échange, conservation et progrès cumulatif, un organisme unifié où la nature, la raison et l\u2019esprit soient intégrés.FÉVRIER 1963 On peut dire la même chose plus techniquement en recourant au langage de la théologie trinitaire.L\u2019humanité est une espèce de nature spirituelle à membres multiples en qui tendent à procéder une même vérité et un même amour.Élle est ainsi constituée par une triple relation: à la nature qu\u2019elle couronne, à elle-même comme conscience en devenir et à Dieu comme terme dernier de son élan.Ces relations tendent chacune à une sorte d\u2019autopossession et de libre donation de soi aux autres pour l\u2019unité du tout au sein duquel elles se déploient.Elles acquièrent ainsi de plus en plus la capacité de subsister et de survivre aux individus en qui elles s\u2019incarnent successivement.Elles sont donc des personnes, des personnes morales, douées d\u2019une forme de conscience et de volonté empruntée aux personnes spirituelles qui les composent.Ces personnes morales sont trois, à l\u2019imitation des personnes divines, et leur fonction est de rendre les personnes spirituelles capables d\u2019accueillir la Trinité ici-bas et d\u2019être accueillies par elle dans l\u2019éternité de la présence.Elles s\u2019appellent l\u2019État, l\u2019École, l\u2019Église.Elles sont spécialisées dans l\u2019exploitation, respectivement: de la nature, par le travail et la répartition équitable des biens; de l\u2019intelligence, par la recherche et la communication de la vérité; de la liberté, par la maîtrise de soi et le rayonnement de la charité.Et elles imitent de ce fait le Père à qui est appropriée la création de la nature, le Verbe à qui est appropriée la révélation de la vérité salutaire, l\u2019Esprit d\u2019Amour à qui est approprié le don de la charité sanctifiante.Ainsi se trouve obtenue par l\u2019action une et conjointe des divines personnes l\u2019intégration dynamique de leur unitrinité dans la circumin-cession de leurs activités propres.Les trois institutions de l\u2019humanité adulte sont horizontalement autonomes et verticalement hétéronomes.Chacune a, en principe, les moyens d\u2019atteindre ses fins propres, mais aucune ne peut les atteindre pratiquement que par sa collaboration avec les deux autres en vue de la fin suprême qui les dépasse toutes.Par exemple, l\u2019État a besoin de l\u2019École pour connaître la nature et de l\u2019Église pour donner aux citoyens la force de vouloir le bien commun.L\u2019École a besoin de l\u2019État pour son équipement matériel, et de l\u2019Église pour les normes spirituelles de sa pensée.L\u2019Église a besoin de l\u2019État pour maintenir la paix et la prospérité sans lesquelles la liberté est rare et difficile, et de l\u2019École pour progresser dans l\u2019intelligence de la foi au rythme du développement de l\u2019homme et de sa maîtrise sur la nature.Mais l\u2019humanité n\u2019est pas encore parvenue à sa phase d\u2019intégration.Les différences se méconnaissent, les fonctions s\u2019opposent, et la tendance de la partie à se prendre pour le tout est puissante.L\u2019État voudrait subjuguer l\u2019École et absorber l\u2019Église, l\u2019École voudrait abolir l\u2019Église et réduire le rôle de l\u2019État, l\u2019Église voudrait faire de l\u2019État un simple bras séculier et de l\u2019École une simple servante.D\u2019autre part, ni l\u2019État ni l\u2019École ni l\u2019Église ne sont encore vraiment des institutions universelles.Nous sommes toujours dans la deuxième phase du développement des organismes.Les États s\u2019opposent, les Écoles se disputent, les Églises sont séparées.Pourtant il n\u2019y a qu\u2019un Dieu, qu\u2019une humanité, qu\u2019une Nature, et, dans l\u2019unique humanité, il y a une tendance à ce qu\u2019il n\u2019y ait qu\u2019une religion, qu\u2019une culture, qu\u2019une civilisation.Pour s\u2019intégrer, le monde a besoin que l\u2019Église soit et qu\u2019elle soit catholique, que l\u2019École soit et qu\u2019elle soit œcuménique, que l\u2019État soit et qu\u2019il soit mondial.Et il a besoin que ces trois soient un seul.31 .à la catholicité de l'Église C\u2019est ce terme idéal, \u2014 d\u2019une part, autonomie horizontale et hétéronomie verticale, d\u2019autre part, mondialité de l\u2019État, œcuménicité de l\u2019École, catholicité de l\u2019Église, \u2014 qui fait comprendre les étapes antérieures de l\u2019histoire et la situation présente.L\u2019humanité ne pouvait pas manifester dès le début l\u2019Idée qui la traverse: les hommes étaient chacun intérieurement divisé, ennemi de son frère et même physiquement éloigné de lui sur la terre immense.Le rassemblement était rêvé par tous, mais empêché en chacun par l\u2019impuissance où il était de connaître l\u2019Idée à la fois immanente et transcendante qui l\u2019habite, et, à supposer qu\u2019il la connût, de consentir à sortir de soi et à accepter l\u2019entrée des autres en lui.Le besoin sans doute vint au secours de l\u2019intelligence et de la volonté déficientes, et l\u2019humanité apprit à faire de nécessité vertu: on finit par se résigner à de plus vastes communions.Mais les choses violentes ne durent pas, l\u2019unité extérieure sans l\u2019unité intérieure à chacun est inopérante, la totalité sans le maintien des différences est une entrave.La royauté sacrée unifiait bien de grandes masses d\u2019hommes, mais en elle la politique, la culture et la religion restaient confuses; elle cumulait les fonctions, ayant sous elles les travailleurs, les scribes et les prêtres.Il n\u2019y avait pas d\u2019intelligentsia indépendante, sûre de ses objets, de ses méthodes et de ses buts, ni de sacerdoce vraiment libre et capable de critiquer la mythologie de la royauté sacrée dont elle profitait et, dans cet imbroglio savamment entretenu, l\u2019État n\u2019était pas encore lui-même, organe dévoué au bien commun de tout le peuple confié à sa garde.C\u2019est alors qu\u2019en Méditerranée, Rome, la Grèce et Israël se sont spécialisés dans la politique, la culture et la religion, que la théorie, spéculant sur la pratique, a commencé d\u2019entrevoir leurs spécificités propres et leur complémentarité, et que la conversion de Constantin a rendu possibles une première application de l\u2019Évangile et un premier essai d\u2019intégration.La distinction commença à devenir réelle du domaine de César et du domaine de Dieu, de la compétence de la raison et de la compétence de la foi, et un désir d\u2019unifier tous les ordres commença d\u2019animer les esprits.De là et de là seul devait sortir pour le bien de toute l\u2019humanité, l\u2019idée de l\u2019État comme organe distinct du bien commun matériel, de l\u2019École comme organe du bien commun intellectuel, et de l\u2019Église comme organe du bien commun spirituel.Le Moyen Âge européen poussa plus avant cette idée, mais il était limité à un continent, et la découverte des autres devait provoquer l\u2019effondrement de cette synthèse provisoire et exemplaire, le retour momentané à des structures inférieures et la libération anarchique des autonomies horizontales.Le monde est de nouveau en miettes et menacé par le feu, mais c\u2019est peut-être dans ce four que sera cuit le pain de la nouvelle et peut-être définitive intégration de l\u2019humanité.Nous sommes peut-être à la veille de voir de grandes choses.Cependant, l\u2019intégration ne se réalisera pas automatiquement, comme par un progrès nécessaire de la raison.Les esprits les plus avertis en Occident seront revenus de cette utopie.L\u2019intégration sera l\u2019œuvre des trois divines personnes, travaillant au moyen de l\u2019État, de l\u2019École et de l\u2019Église, à faire du plus grand nombre d\u2019hommes possible des instruments intelligents et libres pour l\u2019exploitation accélérée de la nature, de la raison et de l\u2019esprit en vue de l\u2019achèvement de l\u2019histoire.Il n\u2019est pas dit que l\u2019opération réussira et il est possible que la fin de l\u2019histoire soit au-delà de l\u2019histoire, et que le sens de l\u2019histoire soit seulement de la signifier et de la poursuivre.Nous avons quand même le devoir de faire comme si elle devait réussir et comme si notre collaboration avec la Trinité avait une réelle efficace sur le futur.Il faut pour cela que les parties cessent de se considérer comme le tout et qu\u2019elles reconnaissent les autres comme complémentaires d\u2019elles-mêmes.Voici trois principes susceptibles d\u2019éclairer le jugement et de guider la réflexion concrète en vue des options locales qui prépareront, dans les groupes partiels, le passage à la limite.L\u2019autonomie ou la laïcité de l\u2019État doit être considérée en dernière analyse comme un fruit de l\u2019Évangile qui apprend à donner à César ce qui est à César et à Dieu: ce qui est à Dieu, et de la théologie augustinienne qui distingue la Cité de Dieu et la Cité terrestre.Les conceptions politiques de l\u2019Orient méditerranéen, au contraire, n\u2019ont pu se départir de 1\u2019 « aura » de divinité qui entourait le Basi-leus, et elles ont même reçu une espèce de justification par la voix d\u2019un évêque de cour, Eusèbe de Césarée, à qui les largesses de l\u2019Impérator ont un peu fait oublier sa théologie.Mais si la laïcité est un produit de la chrétienté, si elle n\u2019existe que là où VÉglise a enseigné /\u2019Évangile et la « politique tirée de VÉcriture Sainte », il n'est pas impensable que son sort soit lié à celui de VÉglise catholique.Il n\u2019est peut-être possible de rendre longtemps à César ce qui lui appartient que là où un organisme indépendant de César enseigne à ses fidèles, qui sont aussi des citoyens, qu\u2019il faut pareillement rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et donne le moyen de mettre en pratique ce que l\u2019on considère comme bien.Inversement, dans une civilisation planétaire au moins, la laïcité, loin d\u2019être en soi antireligieuse, est une qualité par laquelle l\u2019État, en se limitant à régler les activités économiques et profanes, en admettant implicitement que la religion n\u2019est pas de son ressort, se trouve à en favoriser la liberté et le rayonnement.S'il est vrai que la catholicité est essentielle à la laïcité, il est probable aussi que la laïcité est une condition nécessaire de la catholicité pleine et entière de l'Église du Christ.L\u2019Évangile n\u2019aura pas été prêché à toutes les nations, aussi longtemps qu\u2019il y aura des religions d\u2019État, sacrales ou séculières, qui imposent une foi ou une absence de foi à leurs sujets.Il ne faut donc pas plus souhaiter une fusion et une confusion de l\u2019Épée et de la Croix, qu\u2019une séparation hostile du Sacerdoce et de l\u2019Empire.Il faut souhaiter que l'École serve de médiation entre l'État et VÉglise, comme le Verbe entre le Père et l'Esprit.Nous sommes conviés à la table de l\u2019intelligence et de la sagesse.La paix est un fruit de la reconnaissance réciproque, de la réconciliation du ciel et de la terre, de Dieu et du Monde.En tant que la chose dépend de notre libre arbitre, c\u2019est la culture intégralement humaine qui rendra possibles l\u2019État mondial et la conversion à l\u2019Église catholique.C\u2019est par là que l\u2019État est au dedans de nous, et l\u2019Église aussi.Car l\u2019École est une institution mixte et intermédiaire; ni exclusivement profane ni exclusivement sacrée, elle emprunte aux domaines inférieur de l\u2019État et supérieur de l\u2019Église, elle assure un va-et-vient continuel entre les ordres.C\u2019est pourquoi la laïcité ne se pose pas de la même façon pour elle que pour l\u2019État.Ce sera l\u2019objet d\u2019un prochain article.32 RELATIONS NAZARETH Luigi d'APOLLONIA, S.J.UR LA VIE DE JÉSUS À NAZARETH, rien dans saint Marc.Rien non plus dans saint Jean.Marc commence « la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu » par la prédication de Jean le Baptiste.Type même de la catéchèse primitive, son évangile note seulement qu\u2019en ce temps-là « Jésus vint de Nazareth de Galilée » pour se faire baptiser dans le Jourdain.Saint Jean ne procède pas autrement.Après le prologue éblouissant qui dégage le caractère personnel du Verbe, fait chair et dérobant dans une nature humaine la gloire de sa nature divine, il enregistre sobrement: « Voici quel fut le témoignage de Jean.» Nous n\u2019apprendrons qu\u2019indirec-tement, par Philippe, que le Messie, « c\u2019est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ».A quoi Nathanaël répond sur un ton de mépris: « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?» Évidemment, c\u2019était un village sans importance où il ne se passait rien.Pour répondre, sans doute, à la piété des fidèles, saint Matthieu raconte la conception virginale de Jésus, sa naissance à Bethléem, la venue des Mages, la fuite en Égypte et le retour à Nazareth où, sur un avis reçu en songe, Joseph vint s\u2019établir.« Ainsi, poursuit-il, devait s\u2019accomplir l\u2019oracle des prophètes: on l\u2019appellera Nazaréen.» Un sobriquet, c\u2019est tout.Les moyens d\u2019information n\u2019ont pourtant pas manqué à Matthieu, puisqu\u2019il vécut, entre autres, dans la compagnie de Jacques, « frère du Seigneur ».Le retour à Nazareth est voulu par l\u2019Écriture comme la naissance à Bethléem et la fuite en Égypte sont voulues par l\u2019Écriture.Voilà.Pour un peu, ne dirait-on pas d\u2019un écrivain qui imagine une circonstance pour justifier une prophétie ?Èn fait, les exégètes qui scrutent les Livres saints ont du mal à nous dire clairement à quel oracle, à quel prophète est ici fait allusion, le bourg de Nazareth n\u2019étant mentionné ni dans l\u2019Ancien Testament ni dans aucun autre écrit ancien.Mais voici saint Luc, qui se vante au début de son évangile « de s\u2019être soigneusement informé de tout depuis les origines ».Sur les événements qui entourent la naissance de Jésus, il comble, en effet, les lacunes; et le charme de son récit ne cessera d\u2019ici la fin des temps de ravir le cœur des petits et des enfants de tout âge.On est donc en droit de s\u2019attendre, semble-t-il, à ce que, puisant encore aux confidences de Marie, saint Luc nous renseigne, de manière aussi admirable, au sujet de la vie de Nazareth.Sur l\u2019enfance, l\u2019adolescence, la maturité de Jésus, sur les premières impressions et les influences qui façonnèrent son âme, sur le village, la maison, la synagogue et l\u2019atelier de Joseph, sur les champs, les vignobles, le ciel et les saisons de Galilée, sur les joies, les deuils, les fêtes, la trame des jours, que de choses à écrire, et qu\u2019on écrira, sans broder comme ces intarissables auteurs apocryphes! Et les violentes révoltes des Galiléens, la répression sanglante des Romains, le succès de leurs armes, les faux messies, l\u2019insolence des agents du fisc.Car, enfin, Jésus n\u2019a pas été, comme Jean-Baptiste, élevé dans le désert, se formant presque seul sous le regard de Dieu, pour paraître plus tard en prophète dans l\u2019esprit, l\u2019allure et l\u2019accoutrement d\u2019Élie: Jésus est toujours demeuré dans sa famille et son village.FÉVRIER 1963 Or, sur ces longues années passées à Nazareth, Luc ne trouve rien d\u2019autre à rapporter que cet épisode au cours d\u2019un voyage à Jérusalem qu\u2019il fit à douze ans avec ses parents pour la fête de Pâque.« Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth; et il leur était soumis.Et sa mère gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur.Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes.» Deux versets et trois phrases, c\u2019est tout pour raconter trente ans de la vie la plus précieuse qui soit apparue en ce monde.De la part de quelqu\u2019un qui se pique d\u2019être historien, n\u2019est-ce pas un peu concis?* * * Ainsi donc Marc et Jean se taisent.Matthieu aussi.Et Luc, sauf pour cet incident où le secret divin se révèle à demi.Mais s\u2019il n\u2019y avait rien de plus à raconter d\u2019une vie toute simple, pourquoi ne pas se taire ?Comme Lui.Est-ce à dire qu\u2019il ne se passe rien à Nazareth?Dieu serait-il venu en ce monde pour y perdre mystiquement trente ans?Pour attendre tout simplement, avant d\u2019entrer en scène, que s\u2019écoule la neutre succession des semaines et des années pareilles?Comprenons-le: Nazareth est, en vérité, un mystère; un mystère comme la Nativité, comme la Passion, la Résurrection et l\u2019Ascension; un mystère sans éclat et qui révèle, par son obscurité même, l\u2019économie de l\u2019Incarnation et un aspect du Royaume de Dieu.Car, à Nazareth, le Royaume est déjà parmi nous, sans tumulte, intérieur, jalousement caché.« Et il leur était soumis.» Saint Luc dit l\u2019essentiel.Dans un coin perdu de cet empire romain plein de magnificence, de force et d\u2019orgueil, un enfant obéit au long de petites journées sans apparences.Nous voudrions quelque grand geste ou quelque puissant miracle.Mais dès le premier instant de sa conception, celui par qui furent faits tous les mondes, visibles et invisibles, ne commande pas: il est soumis.Il dit à son Père: « Tu n\u2019as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m\u2019as [façonné un corps.Tu n\u2019as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés.Alors j\u2019ai dit: Voici, je viens \u2014 car c\u2019est de moi qu\u2019il est question dans le rouleau du livre \u2014 pour faire, ô Dieu, ta volonté.» Jésus à Nazareth est donc déjà aux prises avec le péché qu\u2019il est venu détruire.Nous voulons quelque œuvre éclatante?Mais il est au cœur même de la mêlée: il est soumis.Et comme par la désobéissance d\u2019un seul, la création a été faussée, ainsi, par l\u2019obéissance d\u2019un seul, le monde est ressaisi, redressé, sauvé.Si les chrétiens, même les plus médiocres, mais qui vivent en état de grâce, comprenaient que l\u2019obéissance au moindre signe de l\u2019autorité divine n\u2019est pas une vertu charmante à laisser aux enfants et dont on peut se passer plus tard; et que ce n\u2019est pas d\u2019avoir des lettres et des grades qui importe d\u2019abord et avant tout, ni d\u2019avoir de la science, de l\u2019éloquence ou de l\u2019influence, mais d\u2019être en juste et parfait accord avec les desseins de Dieu! Nul n\u2019est si grand ou si 33 impuissant qu\u2019il ne puisse obéir.La loi du Royaume que, bientôt, Jésus proclamera, on en retrace la source secrète et sans ride, silencieuse dans sa profondeur, à Nazareth: la volonté du Père faite sur la terre comme au ciel.Et l\u2019enfant grandissait, continue saint Luc.C\u2019est une autre loi du Royaume qui est esquissée ici, et qui condamne nos impatiences et nos inattentions.Jésus nous donnera plus tard cette courte parabole du blé qui de lui-même pousse et mûrit avec le temps: « Il en est du Royaume de Dieu comme d\u2019un homme qui aurait jeté du grain en terre: qu\u2019il dorme ou qu\u2019il se lève, la nuit ou le jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment.» La semence divine est tombée en terre.Elle grandit sous l\u2019œil de Joseph et de Marie à qui Dieu fait l\u2019insigne honneur de s\u2019en remettre jusqu\u2019à ce que s\u2019achève l\u2019œuvre du temps.Tous leurs efforts pour hâter son développement seraient vains.D\u2019ailleurs, ils n\u2019y songent pas.Ils attendent, réfléchissent, admirent en silence.Si Dieu semble laisser aller les choses, ils savent qu\u2019il travaille à faire mûrir le grain, et que le temps est une condition nécessaire.Par contre, autour d\u2019eux, on ignore le secret.Les hommes bavardent, se querellent, s\u2019amusent.Ils se marient et boivent comme au temps de Noé.Ils cultivent leur vigne, bâtissent des maisons, marchandent et signent des contrats.Ils vaquent à leurs affaires.De nouvelles villes naissent en Palestine.Des stations balnéaires sont aménagées sur les bords du lac.Des routes s\u2019ouvrent.Les Romains organisent le pays, tandis que les Juifs rongent leur frein et que, dans l\u2019attente d\u2019une délivrance temporelle, ils montent à Jérusalem y célébrer leurs fêtes.Les hommes dorment et se lèvent et, à leur insu, le blé divin mûrit: d\u2019abord «l\u2019herbe, puis l\u2019épi, puis plein de blé l\u2019épi ».Le Fils de Dieu grandit, le Royaume de Dieu est tout proche, et le monde n\u2019en sait rien.Six mois seulement avant la Passion, les frères de Jésus ne croyaient pas encore en lui, tant sa vie à Nazareth avait été ordinaire.* * * Ne soyons pas trop sévères.En va-t-il autrement aujourd\u2019hui.Les hommes dorment et se lèvent toujours, regardent sans voir et écoutent sans comprendre, pendant que le Royaume de Dieu progresse dans le temps qui continue.S\u2019il venait avec un éblouissement extérieur, peut-être le reconnaîtraient-ils?Mais il vient caché; et s\u2019il grandit à l\u2019extérieur, c\u2019est par sa propre vertu, et sans cesser d\u2019être ce qu\u2019il est.Dieu ne précipitera pas par une intervention fulgurante et le châtiment de ses ennemis le triomphe qui ne peut manquer de venir, mais à l\u2019heure fixée et que personne ne connaît.Car l\u2019énergie du Royaume est intérieure.Secrète est sa force: levain, sel, grain de sénevé, semence encore plus menue que le grain de blé.Elle est la volonté de Dieu aimée silencieusement.Entre les quatre murs d\u2019une maison, si l\u2019on veut: Nazareth.Les évangélistes ont bien fait de se taire.L\u2019Esprit Saint, d\u2019ailleurs, y a vu.LES BASES SPIRITUELLES DE L'UNITÉ M.C.MATURA, O.F.M.* IL N\u2019Y A PAS LONGTEMPS, quelques années à peine dans notre milieu, avoir des préoccupations œcuméniques, travailler pour l\u2019unité, était d\u2019une rare audace.Aujourd\u2019hui l\u2019œcuménisme se répand partout, et c\u2019est là, certes, une grâce de Dieu.Mais il ne faudrait pas que l\u2019expansion, la publicité, la vogue même qu\u2019il rencontre le vident de sa profondeur spirituelle.Car le véritable œcuménisme, celui qui correspond aux vues du Christ, n\u2019est pas d\u2019abord un effort de rapprochement humain, une volonté de s\u2019entendre amicalement entre les chrétiens divisés.Ce n\u2019est pas pour apparaître aux yeux des non-chrétiens comme un bloc compact d\u2019un milliard d\u2019hommes, comme une puissance mondiale, influente, que nous devons œuvrer pour l\u2019unité.Ce n\u2019est pas parce que tous les hommes cherchent à s\u2019unir, ce n\u2019est pas surtout pour former un anticommunisme ou un antimatérialisme que nous voulons devenir un seul corps.Ce qui est à la racine du véritable œcuménisme, le seul qui ait la promesse et la certitude d\u2019aboutir, est une grande réalité de foi.Parce que nous sommes tous baptisés au nom du Seigneur Jésus, en qui nous croyons comme Fils de Dieu et Sauveur, il y a entre nous, à quelque confession que nous 1.L\u2019A., professeur de théologie au scolasticat de Rosemont, a présenté ces réflexions dans une rencontre de fraternité à l\u2019Université de Montréal.appartenions, un lien impossible à rompre.Le baptême et la foi nous ont tellement insérés dans l\u2019unique Corps ressuscité du Christ glorieux, qu\u2019il nous est désormais impossible de ne plus être ensemble.Nous sommes, dans le Christ, les membres les uns des autres: entre chacun de nous il y a désormais plus de ressemblance qu\u2019entre deux frères du même sang, plus d\u2019intimité et d\u2019interrelation qu\u2019entre deux époux: à jamais, nous sommes un, liés pour le meilleur et pour le pire.Et derrière cette unité organique d\u2019un corps, un mystère encore plus profond se dessine: celui même de Dieu qui est un et qui est pourtant Père, Fils et Esprit en relation et dialogue incessants.Notre unité chrétienne visible et invisible est comme soustendue par la profondeur abyssale de Dieu: si le corps du Christ dont nous sommes les membres nous agglomère et nous attire les uns vers les autres, au-delà il y a l\u2019unité même de Dieu en trois personnes qui est le dynamisme irrésistible de notre unification: « Qu\u2019ils soient un, comme nous sommes un: moi en eux et toi en moi, pour qu\u2019ils soient parfaitement un et que le monde sache que tu m\u2019as envoyé et que je les ai aimés, comme tu m\u2019a aimé.» (Jn, xvil, 22, 23.) C\u2019est cette perspective et elle seule qui nous fait prendre conscience du scandale de la division.La division des chrétiens est vraiment l\u2019œuvre du Mauvais, c\u2019est le mystère d\u2019iniquité en œuvre, s\u2019attaquant au Corps du Christ pour le déchirer, s\u2019attaquant d\u2019une certaine façon à l\u2019unité de 34 RELATIONS Dieu, pour empêcher sa manifestation dans l\u2019humanité.C\u2019est le péché proliférant en cancer au sein même de l\u2019œuvre de Dieu.Oui, avant d\u2019être une question de puissance ou de prestige, ou même d\u2019amitié et de concorde, l\u2019unité chrétienne est un grand mystère de grâce et la division celui de péché.L\u2019unité n\u2019est pas à la portée des hommes: aucun effort humain, aucune discussion irénique, aucune négociation habile ne peuvent la rétablir.Elle est et sera œuvre de Dieu seul.Mais que cette œuvre se fasse, pour qu\u2019elle se fasse en nous et à travers nous, puisque, parfois, Dieu a besoin des hommes, il y a certaines attitudes qui s\u2019imposent aux chrétiens.11 faut laisser prier en nous le Christ et son Esprit.Prier ne veut pas dire seulement intercéder et demander: cela désigne une vision intérieure du mystère de l\u2019unité et du scandale de la division, cela signifie une souffrance de tous les jours.Une telle disposition laisse en nous une place libre, un silence où puisse se faire entendre l\u2019ineffable gémissement de l\u2019Esprit qui seul connaît ce qu\u2019il faut demander au Père.Car il ne s\u2019agit pas dans la prière pour l\u2019unité d\u2019imposer à Dieu nos vues, de les faire triompher.Il s\u2019agit que le règne de Dieu arrive, que nous soyons ouverts et disponibles à l\u2019action merveilleuse, déroutante de Dieu.Car ainsi parle le Seigneur: « Ne vous souvenez plus d\u2019autrefois, ne songez plus aux choses passées.Voici que je vais faire du Nouveau qui déjà paraît, ne l\u2019apercevez-vous pas?» (Is., xliii, 18, 19.) Et parce que nous sommes frères, séparés mais frères quand même, membres du même corps, notre attitude la plus fondamentale à l\u2019égard les uns des autres doit être celle du Seigneur à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds.Plus nous sommes convaincus d\u2019être dans la vérité, d\u2019en posséder la plénitude, \u2014 et n\u2019est-ce pas là la tragique raison de notre division?\u2014 plus cette attitude s\u2019impose.Le Seigneur rend à ses disciples un service de valet, d\u2019esclave, de garçon de chambre, alors qu\u2019il sait parfaitement « que le Père a tout remis en ses mains et qu\u2019il est venu de Dieu et retourne à Dieu » (Jn, xm, 3) et au moment même où il affirme: « Vous m\u2019appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis » (Jn, xm, 13).Notre affirmation de la vérité aura plus de chance d\u2019être prise au sérieux si elle se fait aux pieds de nos frères, si elle est accompagnée, mieux encore, précédée d\u2019un humble amour qui ne cherche pas à vaincre, à dominer, mais à servir, à donner sa vie, comme le Seigneur.Non, l\u2019amour ne trahit pas la vérité, il la sert, car celui qui est la suprême Vérité ne l\u2019a pas proposée autrement qu\u2019en lavant les pieds de ceux qu\u2019il a créés.L'AFFAIRE VANDEPUT ET LA CONSCIENCE CHRETIENNE Marcel MARCOTTE, S.J.1E DERNIER SOUPIR D\u2019UN NOUVEAU-NÉ n\u2019a jamais fait dans le monde beaucoup de bruit, et * celui qu\u2019a exhalé à huis-clos, dans son berceau tout neuf, la petite Corinne Vandeput, n\u2019aurait jamais atteint notre oreille si l\u2019opinion publique, fouettée, orchestrée, conditionnée par la presse écrite et parlée, ne l\u2019avait transformé en clameur dramatique.« On entendit une voix dans Rama, des plaintes et des gémissements sans fin: c\u2019était Rachel qui pleurait ses enfants.» Mais Rachel, cette fois, avait tué son enfant de ses mains, et c\u2019est sur elle que tout Rama pleurait! Le procès de Liège n\u2019a pas été simplement celui de la mère aux abois dont l\u2019amour dévoyé ne permit pas à une fillette, née difforme, de survivre; ni encore moins celui du petit clan familial et même du médecin qui trempèrent dans cet assassinat.Non, le procès de Liège a été, il reste encore, celui de notre civilisation occidentale, horriblement écartelée entre son allégeance traditionnelle aux principes et aux idéaux du christianisme, et la tentation qui toujours la travaille de renouer avec le vieux paganisme dont elle porte, dans un recès de sa triperie, l\u2019insondable nostalgie.Qu\u2019il suffit de peu de chose pour qu\u2019au-dedans de nous les monstres assoupis se désengourdissent! Nous gardons la tête chrétienne, mais nos instincts, nos émotions, notre cœur ont encore besoin d\u2019être évangélisés.Ceux qui en doutent, qu\u2019ils relisent dans les journaux et les revues d\u2019outre mer les comptes-rendus, les reportages, les commentaires, incroyablement passionnés et vulgaires, de l\u2019affaire et du procès; qu\u2019ils regardent ce prétoire où une foule partisane vibre à chaque témoignage comme une FÉVRIER 1963 chanterelle; qu\u2019ils écoutent l\u2019indescriptible ovation qui salua dans la salle l\u2019acquittement des accusés et déferla sur toute la ville, tout le pays, toute l\u2019Europe; qu\u2019ils se représentent la folle soirée où, dans une atmosphère de fête foraine, les cinq complices d\u2019un infanticide avoué sont devenus, dès j leur libération, les héros et les saints de tout un peuple v' de baptisés.Une « kermesse de la lâcheté », écrit un journaliste, écœuré par la suprême impudeur du spectacle.Mais la foule, elle, y était comme à une messe, et sans vergogne ni réticence, elle étalait sa foi, sa piété, son amour.A cette liturgie macabre le grand officiant fut un jury de douze hommes parmi lesquels il y avait, dit-on, quelques catholiques convaincus et même militants.A la question rituelle du président de la cour: « Est-il constant qu\u2019à Liège, le 29 mai 1962, un homicide volontaire, avec intention de donner la mort, a été commis sur la personne de Corinne l Vandeput?» ils ont fait, à /\u2019unanimité, cette réponse stupéfiante: « Non ».Ce non voulait signifier, de soi et objectivement, sinon dans l\u2019intention de ceux qui l\u2019ont prononcé, en leur âme et conscience, non pas que les accusés bénéficiaient de circonstances atténuantes (cela, tout le monde l\u2019aurait admis), mais que le crime d\u2019infanticide, dans le cas de la fillette phocomèle, n\u2019existait pas.Le jury a voulu tout effacer, faire table rase, marquer sa désapprobation totale de l\u2019accusation brandie contre les complices au nom de la loi.Voilà le verdict auquel les manifestants de Liège et, avec eux, une large partie de l\u2019opinion et de la presse, trop tard repentante, ont applaudi.Ces gens étaient heureux et pleuraient de gratitude parce qu\u2019on venait de leur accorder officiellement un droit: celui de refuser la 35 , vie à un enfant difforme, celui de tuer un enfant, qui a une âme j peut-être, mais pas de bras T Un gouffre, à ce moment, s\u2019est ouvert sous nos pieds.Car si l\u2019on peut supprimer sans crime un bébé phocomèle, pourquoi ne supprimerait-on pas de la même manière les aveugles-nés, les paralytiques, les chétifs ?Et si le droit de , vivre se fonde sur la santé, l\u2019intégrité, la beauté, où donc s\u2019arrêtera le droit de tuer?La voie n\u2019est-elle pas ouverte à \\j l\u2019arbitraire et, passant des nouveau-nés aux adultes, les individus et la société, pour des raisons d\u2019économie, d\u2019efficience ou d\u2019eugénisme, n\u2019en viendront-ils pas graduellement à éliminer les incurables, les déments, les vieillards, tous ceux qui gâtent à leur entourage le plaisir de vivre et qui ralentissent, en apparence, la marche en avant de l\u2019humanité ?Le monde a frissonné d\u2019horreur en apprenant, au lendemain de la guerre, l\u2019étendue et la cruauté des massacres nazis.Comment des hommes dont le cœur et l\u2019esprit avaient été façonnés par des siècles d\u2019Évangile en étaient-ils arrivés là?N\u2019avaient-ils point lu dans saint Jean: « Ce que vous faites au plus petit d\u2019entre les miens, c\u2019est à moi que vous le faites » et dans saint Paul: « Il n\u2019y a plus désormais j ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, mais le Christ est tout en tous » ?Or le verdict de Liège, au fond, c\u2019est le contrepied et la revanche du jugement de Nuremberg; c\u2019est la réhabilitation posthume des effroyables criminels qui ont conduit à l\u2019abattoir des millions d\u2019êtres humains sous prétexte que, n\u2019appartenant pas à la race élue, ils n\u2019étaient pas dignes de vivre.Les fantômes des bourreaux sont revenus hanter la conscience de leurs victimes, leur âme est passée dans celle de leurs juges.Au fond de sa tombe encore fraîche, le cadavre d\u2019Eichman doit ricaner.On a prétendu qu\u2019entre les horreurs de l\u2019extermination raciste et les cas d\u2019espèce posés par des êtres qui s\u2019avèrent, dès leur naissance, totalement irrécupérables, il y a un abîme.Un abîme?J\u2019aimerais bien savoir lequel.Les cas d\u2019espèce sont-iTs si rares ?Ignore-t-on qu\u2019il naît chaque année sur notre planète des millions d\u2019enfants physiquement ou mentalement déficients et que, dans le monde des adultes, les grands handicapés sont innombrables?Quand donc la vie vaut-elle la peine d\u2019être vécue ?Qui en décidera et * d\u2019après quels critères?Où tracer la frontière entre ce qui justifie la «grâce de mort» et ce qui ne la justifie pas?Il n\u2019y a qu\u2019un moyen de prévenir les hécatombes \u2014 celles qui sont perpétrées dans le secret plus encore que celles qui pourraient être accomplies légalement, au grand jour \u2014 et c\u2019est de proclamer l\u2019inviolabilité absolue, inconditionnelle de toute vie innocente.« Tu ne tueras point le juste! » Ce précepte est de droit naturel, il est inscrit dans notre instinct, approuvé par notre raison, entériné par nos lois partout où l\u2019homme n\u2019est pas assimilé à un outil, un robot, une bête de trait ou de laboratoire.Il n\u2019est donc pas nécessaire d\u2019invoquer la tradition judéo-chrétienne pour en admettre le bien-fondé et pour le mettre en force.Mais l\u2019histoire de l\u2019humanité, ici comme ailleurs, prouve que l\u2019esprit humain, abandonné à lui-même, n\u2019est pas toujours fidèle à ses propres exigences, qu\u2019il ne va pas toujours 1.Morvan Lebesque dans France-Observateur du 15 novembre 1962.jusqu\u2019au bout de son élan.Les Sardes tuaient leurs vieux parents à coups de massue, les Polynésiens, pour des motifs d\u2019économie, avaient choisi de les manger.Les Spartiates précipitaient les avortons et les infirmes du haut du Tay-gète, les Hindous noyaient les incurables et les lépreux dans le Gange.J\u2019en passe.Or, au sommet de la pensée antique, le divin Platon lui-même n\u2019aurait rien trouvé à redire contre ces coutumes barbares.A preuve le discours qu\u2019il mit un jour dans la bouche de Socrate: Dans tout État bien gouverné, chaque citoyen a un devoir à remplir; il n\u2019est loisible à personne de passer sa vie en maladies et en traitements.Tu établiras donc dans l\u2019État, ô Glaucon, une législation et une jurisprudence telles que je les porte dans mon j esprit, de manière à servir les besoins des citoyens bien constitués i/ au physique comme au moral.Quant à ceux qui ne sont pas en bonne santé, on permettra qu\u2019ils meurent.On peut mesurer à ce texte la distance qui sépare la plus haute sagesse païenne de la sagesse chrétienne la plus humble.Depuis que le Christ, les bras ouverts, a lancé son appel: « Venez à moi, vous tous les affligés, les écrasés, les hommes de peine, et je vous soulagerai », la conscience occidentale a parcouru un long chemin.Mais il serait naïf de croire que ce chemin est irréversible, que nous sommes incapables de le rebrousser.Irréversible, au niveau des principes et de la réflexion abstraite, il l\u2019est sans doute encore, mais pour combien de temps ?A une époque où les problèmes les plus graves sont communément abordés sous leur angle sentimental et passionnel, la froide raison a perdu pas mal de son mordant sur les foules, et le législateur, qui interprète en démocratie la volonté populaire, risque tôt ou tard de se laisser déporter par les réactions viscérales de la majorité.Qu\u2019on se rassure, le verdict de Liège ne fera pas jurisprudence, ni en Belgique ni ailleurs.Il sonne quand même un signal d\u2019alarme qu\u2019on aurait tort de négliger, il renferme une leçon qu\u2019il ne faut pas laisser perdre.Cette leçon pourrait tenir en raccourci dans la formule suivante: pour respecter toute la dignité de la personne humaine, en son être même et en chacun de ses états, il faut l\u2019apercevoir sous un éclairage chrétien, dans la lumière de l\u2019Évangile qui seul donne son sens plénier à la vie de l\u2019homme, à son destin, à sa souffrance.Certes, le respect de l\u2019homme n'est pas exclusif aux croyants et l\u2019on a justement remarqué qu\u2019à propos de l\u2019affaire Vandeput, la ligne de démarcation des jugements ne passait pas toujours entre ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n\u2019y croyaient pas.Il n\u2019en est pas moins vrai que le christianisme ajoute à l\u2019existence humaine, par-delà les apparences et les limitations de son enracinement charnel, une dimension d\u2019éternité qui l\u2019ennoblit et la transfigure.Créé par Dieu à son image, racheté par la mort de son Fils, appelé à partager sa vie et son héritage, tout homme, quel qu\u2019il soit, est un reflet de la gloire du Père.L\u2019Église a recueilli sur les lèvres du Christ les paroles, elle continue de recevoir de l\u2019Esprit de Dieu les inspirations, qui doivent diriger en cette matière la pensée et l\u2019action des chrétiens.A ses yeux, toute vie est sacrée, même lorsqu\u2019elle repose encore dans le sein maternel ou qu\u2019elle le quitte trop hâtivement.Comme une mère, elle aime chaque humain dès l\u2019aurore de son existence et se penche avec sollicitude sur sa fragilité.Sitôt conçu, elle le considère comme une personne humaine de plein droit, et quand, plus tard, il entre dans le monde en poussant un cri, elle lui 36 RELATIONS offre un accueil chaleureux et sans réticences, qu\u2019il soit beau ou laid, noir ou blanc, infirme ou bien-portant.Parce que l\u2019essentiel, c\u2019est l\u2019âme que le Seigneur a créée pour un destin éternel, tout nouveau-né est enveloppé de la même tendresse, bénéficie du même respect, même si, pour le regard profane, il s\u2019offre comme « un morceau de chair difforme et déjà douloureux ».Mais l\u2019Église va plus loin: elle nous enseigne que la vie humaine a toujours un sens, que sa fécondité réelle ne se mesure pas à son efficacité apparente et que du malheur même il est possible d\u2019extraire de la joie.Certes, au niveau de la chair et de nos intérêts terrestres, la souffrance, la maladie, l\u2019infirmité sont absurdes parce qu\u2019à ce niveau, elles contrarient nos désirs d\u2019expansion et nous détruisent.C\u2019est pourquoi nous avons le droit et souvent le devoir de nous attaquer au mal en nous et hors de nous, comme le Seigneur lui-même l\u2019a fait si souvent en faveur des pauvres gens qu\u2019il croisa sur sa route aux jours de sa vie mortelle.Mais cette lutte doit être menée sans impatience et sans révolte parce que, pour répondre à l\u2019appel qui retentit tôt ou tard dans sa vie, le chrétien doit prendre sur ses épaules la croix dont Dieu a fait l\u2019instrument même de notre rédemption: «Si quelqu\u2019un veut être mon disciple, qu\u2019il se renonce, qu\u2019il prenne sa croix tous les jours.» Sur la route douloureuse de notre destinée, nous suivons les traces du Christ, qui est passé par là avant nous et qui nous garantit que nous sommes sur le bon chemin quand, après lui, nous nous avançons sur la route étroite, que nous faisons notre chemin de croix, au bout duquel il y a la nuit du calvaire et du sépulcre, mais aussi le matin miraculeux de Pâques.Nous savons combien il est malaisé de s\u2019élever jusqu\u2019à ces hautes cimes de la foi, l\u2019espérance et l\u2019amour, puis de s\u2019y maintenir quand la souffrance n\u2019est pas d\u2019un jour mais de tous-jours.Plus malaisé, souvent, pour ceux qui, sans pouvoir les secourir, voient souffrir leurs bien-aimés \u2014 parmi lesquels des tout-petits \u2014, que pour ceux qui sont ainsi l\u2019objet des prévenances divines.Le spectacle de la souffrance est plus éprouvant, plus corrosif que la souffrance; même les déesses s\u2019en lassent, et les trois mille Océanides, venues consoler Prométhée sur sa croix du Caucase, s\u2019en retournèrent le soir même.On connaît le scénario de ces longues attentes où l\u2019espoir alterne avec le désespoir qui.finalement, s\u2019installe à demeure, parce que la médecine a rendu son dernier verdict, inexorable.Quand pareille situation se prolonge durant des années, durant toute une vie, qu\u2019on est obsédé à longueur de journée par la même angoisse et qu\u2019on s\u2019éveille en sursaut, chaque nuit, avec le même poids sur le cœur, on finit par être envahi, malgré soi, par l\u2019inquiétude, le doute ou parfois même la révolte, et l\u2019on ne sait plus toujours très bien si l\u2019on croit encore ou si l\u2019on ne croit plus.Il est permis de le penser: le désarroi de l\u2019opinion publique, même catholique, autour de l\u2019affaire de Liège, est en grande partie tributaire de l\u2019expérience désolante que chacun fait, tout d\u2019abord en soi-même, de ces faiblesses du cœur qui, chez un croyant, deviennent faiblesses de la foi.Comment condamner chez un autre la réalité d\u2019un acte ou d\u2019un sentiment qu\u2019on est si aisément capable de réfléchir parce qu\u2019on en porte en soi l\u2019ébauche ou la tentation ?« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.» Quand Suzanne j Vandeput s\u2019écrie: « Ma fille n\u2019aurait jamais été heureuse.FÉVRIER 1963 Si je n\u2019avais pas fait ce que j\u2019ai fait, elle me l\u2019aurait reproché j toute sa vie », elle éveille dans la foule des complicités secrètes.De fait, c\u2019est à partir d\u2019une idée chrétienne \u2014\t.l\u2019idée d\u2019amour et de pitié \u2014 falsifiée, pervertie, devenue folle, v que la campagne d\u2019opinion fut menée; c\u2019est autour d\u2019elle que les passions populaires ont cristallisé.Jamais, osa-t-on dire, aucun crime n\u2019avait pris si haut sa source dans l\u2019amour.Car l\u2019amour, on le sait bien, veut le bonheur de l\u2019être aimé, et pour Corinne Vandeput, le bonheur était inaccessible, à jamais.Mais, justement, pour en être si sûr, il fallait définir et situer le bonheur par rapport à une certaine échelle de valeurs qui n\u2019a rien de commun avec celle que l\u2019Évangile inculque: «Que sert à l\u2019homme de gagner l\u2019univers, s\u2019il perd son âme ?» « Cherchez d\u2019abord le Royaume de Dieu et sa justice; tout le reste vous sera donné par surcroît.» Sur quoi Pascal enchaîne: « La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité; car elle est surnaturelle.» Voilà l\u2019ordre! Dans cette optique, le bonheur, qui coïncide avec l\u2019épanouissement de l\u2019homme selon toutes ses dimensions, J n\u2019épouse pas fatalement les contours de son être charnel.Il y a dans l\u2019homme quelque chose qui déborde son corps:* l\u2019esprit; et quelque chose qui dépasse son esprit: la grâce.\" Tant qu\u2019on ne l\u2019a pas compris ni expérimenté, on est dans l\u2019illusion.Et Dieu, précisément, nous aime trop pour nous laisser dans l\u2019illusion.Il ne veut pas que ceux qu'il a créés pour un bonheur de haute volée se satisfassent d\u2019un bonheur au ras du sol.Voilà pourquoi, dans le plan providentiel, la souffrance est appelée à jouer dans chacune de nos vies un rôle capital, irremplaçable.Elle nous éduque, nous forme, nous rend par force perméables à la grâce; elle nous débusque de notre confort physique ou moral, nous arrache à la séduction des mirages, nous relance sur le chemin de la Terre promise.Voilà pourquoi aussi, au sein de la caravane humaine en marche vers le Royaume, Dieu s\u2019est choisi des martyrs, c\u2019est-à-dire des témoins privilégiés de sa terrible exigence.Pourquoi les uns acceptent-ils ce rôle d\u2019un cœur soumis tandis que d\u2019autres se contentent de le subir ?C\u2019est un profond mystère.Mais nous devons le croire: « Dieu est avare, et il ne permet pas qu\u2019aucune créature soit allumée sans qu\u2019un peu d\u2019impureté s\u2019y consume, la sienne ou celle des autres.» (Paul Claudel.) Quand la figure de ce monde aura passé, le voile sera levé, et nous ne croirons plus, nous verrons.En attendant, la présence au milieu de nous de tant de mal-portants, de mal-lotis ne doit pas être considérée simplement comme un rappel à l\u2019ordre.Dans notre bonheur et dans notre santé, la souffrance de nos frères est plantée comme une épine, et aussi comme un aiguillon.Elle nous interdit de refermer notre cœur et nos mains sur nos richesses, elle nous provoque à les partager.Elle nous oblige à la compassion, à la pitié agissante, au service inlassable des membres douloureux du Christ.Mais davantage encore, elle constitue une invitation pressante à déposer aux pieds du Seigneur toutes ces détresses qui, souvent, ne sont pas offertes, afin que ceux qui en sont atteints n\u2019en soient pas broyés, que tant de souffrances ne soient pas perdues, que les révoltes mêmes deviennent fécondes.Car « Jésus sera en agonie jusqu\u2019à la fin du monde: il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.» 37 LE FAIT RELIGIEUX AU QUEBEC Richard ARÈS, S.J.SUR LA PROVINCE DE QUÉBEC, à la suite du recensement de 1961, nous possédons déjà les renseignements suivants, qui nous aident à nous faire une idée de sa physionomie démographique: 1° sa population s\u2019élève à 5,259,211 et compte 28.83% de la population canadienne; 2° les catholiques y sont au nombre de 4,635,610, chiffre qui représente 88.1% de la population québécoise et 55.6% de tous les catholiques canadiens; 3° les Québécois d\u2019origine française, au nombre de 4,241,354, forment 80.63% de la population de la province et 76.55% de tous les Canadiens de même origine; 4° on y dénombre enfin 4,269,689 personnes de langue maternelle française, formant 81.17% de la population québécoise et 83.34% de tous les Canadiens de langue maternelle française 1.Reste à connaître plus en détails les grands traits de la physionomie religieuse du Québec.Voici donc un premier tableau qui nous indique le nombre d\u2019adhérents de chaque religion avec le pourcentage de chacune dans l\u2019ensemble de la population québécoise.Tableau 1 Composition religieuse de la population québécoise, en 1961 Religion\tNombre\tPourcentage Catholique romaine\t4,635,610\t88.1 Eglise anglicane\t193,849\t3.7 Eglise-Unie\t154,938\t2.9 Judaïque\t104,727\t2.0 Presbytérienne\t55,955\t1.1 Grecque orthodoxe\t32,237\t0.6 Luthérienne\t22,857\t0.4 Baptiste\t15,174\t0.3 Ukrainienne (grecque) catholique\t6,576\t0.1 Pentecostale\t5,730\t0.1 Témoins de Jéhovah\t4,287\t0.08 Armée du Salut\t1,981\t0.04 Unitarienne\t1,846\t0.03 Scientistes chrétiens\t1,575\t0.03 Adventiste\t927\t0.01 Frères de Plymouth\t885\t0.01 Mormone\t557\t0.01 Bouddhiste\t548\t0.01 Frères dans le Christ\t471\t\u2014 Eglise méthodiste libre\t386\t\u2014 Confucéenne\t385\t\u2014- Chrétienne réformée\t217\t\u2014 Mennonite\t197\t\u2014 Frères évangéliques unis\t170\t\u2014 Eglises du Christ, Disciples\t147\t\u2014 Alliance chrétienne et missionnaire\t129\t\u2014 Eglise du Nazaréen\t92\t\u2014- Doukhobor\t58\t\u2014 Autres\t16,700\t0.3 Total\t5,259,211\t100.00 1.Voir Relations, janvier 1963, et VAction nationale, novembre et décembre 1962 et janvier 1963.Le catholicisme, avec ses 4,635,610 fidèles représentant 88.1% de toute la population québécoise, possède une énorme supériorité numérique sur toutes les autres confessions religieuses.Même en additionnant ensemble les fidèles des 6 plus importantes confessions protestantes au Québec, on n\u2019obtient que 448,503 adhérents, soit 8.5% de la population du Québec.Sans doute, si l\u2019on ne considère que le nombre des religions \u2014 le recensement de 1961 en dénombre ici au moins 28 \u2014, la société québécoise est manifestement pluraliste, mais cette même société, ne l\u2019oublions pas, se révèle catholiqueJi 88% et chrétienne à au moins 97%.Si l\u2019on met à part l\u2019Église catholique, 4 seulement des 28 religions dénombrées ici, représentent, chacune, plus de 1% de la population québécoise.Il est à noter aussi que ceux que le tableau groupe sous le titre « Autres », soit 16,700, ne représentent que 0.3% de cette même population.(Sous ce titre, sont compris les membres d\u2019autres petites dénominations religieuses et les incroyants.) Au cours de la dernière décennie, toutes les religions, -sauf la mennonite qui a perdu 23 membres, \u2014 ont augmenté le nombre de leurs membres.Le tableau que voici présente l\u2019augmentation de chacune, en chiffres absolus et en pourcentage.On pourra juger de l\u2019augmentation relative de chacune en la comparant avec la croissance de la population québécoise dans le même espace de temps, qui est de 29.7%.Tableau 2 Augmentation des adhérents des principales religions, de 1951 à 1961, dans le Québec Religion\tChiffres absolus\tPourcentage Catholique romaine\t1,071,659\t30.7 Eglise anglicane\t27,088\t16.3 Eglise-Unie\t25,719\t19.8 Judaïque\t22,026\t26.6 Grecque orthodoxe\t18,406\t133.1 Luthérienne\t13.467\t143.4 Presbytérienne\t5,545\t11.0 Baptiste\t3.224\t24.8 Pentecostale\tl,70o\t42.1 Ukrainienne (grecque) catholique\t893\t15.9 Autres\t18,755\t148.8 De 1951 à 1961, l\u2019augmentation totale de la population québécoise a été de 1,203,530; les catholiques y ont contribué par 1,071,659, soit 89%, et leur moyenne de croissance, 30.7%, est légèrement supérieure à celle de la population totale, 29.7%.Par comparaison, les Églises anglicane, unie, baptiste, presbytérienne, etc., ont un taux^de croissance inférieur à celui de la province.Par contre, les Églises grecque orthodoxe et luthérienne ont plus que doublé le nombre de leurs adhérents.On retrouve le même phénomène sous le titre « Autres », qui groupe les membres de petites dénominations religieuses ainsi que les incroyants.Sous ce titre, dans le tableau 2, il faut ranger, entre autres, les Témoins de Jéhovah (passés de 1,422 en 1951 à 4,287 en 1961, soit un gain de 131%), les membres de l\u2019Armée du Salut (passés de 38 RELATIONS 1,325 à 1,981, un gain de 49.8%), les fidèles de l\u2019Église unita-rienne, les Scientistes chrétiens, les Adventistes, les Frères de Plymouth, les Mormons, etc., ainsi que les incroyants, dont le nombre déclaré, en 1961, s\u2019élevait à 6,351 et formait ainsi 0.1% de l\u2019ensemble de la population québécoise2.On répète souvent de nos jours que la société québécoise est devenue pluraliste et l\u2019on sous-entend que la religion catholique y perd du terrain.Est-ce vrai ?Voici ce que nous apprennent, à ce sujet, les divers recensements depuis 1931.Tableau 3 Place occupée par les catholiques dans la société québécoise, de 1931 à 1961 \tPop.totale\tPop.catholique\tPourcentage 1931\t2,874,662\t2,463,145\t85.7 1941\t3.331,882\t2.894,621\t86.9 1951\t4,055,681\t3,563,951\t87.9 1961\t5,259,211\t4,635,610\t88.3 Loin de diminuer, comme on le voit, le pourcentage des catholiques va constamment en augmentant.Il ne s\u2019agit évidemment que d\u2019une constatation numérique, non d\u2019une appréciation de la pratique religieuse.La région de Montréal A cause de sa multiple importance dans la vie de la société québécoise, il est bon de s\u2019arrêter davantage à la région montréalaise.Les données du recensement nous permettent de l\u2019étudier pour ainsi dire en trois tranches: la zone métropolitaine de Montréal, l\u2019île de Montréal et la cité de Montréal.Un premier tableau nous montre la composition religieuse de la grande zone métropolitaine de Montréal, formée de l\u2019île de Montréal, de l\u2019île Jésus, et des parties des comtés de Chambly, Châteauguay, Deux-Montagnes, Laprairie, l\u2019Assomption, Terrebonne et Vaudreuil.Tableau 4 Composition religieuse de la population dans la zone métropolitaine de Montréal, en 1961 Religion\tNombre\tPourcentage Catholique\t1,641.738\t77.8 Anglicane\t128,812\t6.1 Eglise-Unie\t102,913\t4.9 Judaïque\t102,724\t4.8 Presbytérienne\t43,252\t2.1 Grecque orthodoxe\t29,761\t1.4 Luthérienne\t18,980\t0.9 Baptiste\t9,540\t0.4 Ukrainienne (grecque) catholique\t5,537\t0.3 Pentecostale\t3,802\t0.2 Mennonite\t141\t Autres\t22,309\t1.0 Total\t2,109,509\t100.0 2.D\u2019après un renseignement obtenu directement du Bureau fédéral de la statistique, à Ottawa, à la question « Quelle est votre religion?» 6,351 citoyens du Québec ont donné l\u2019une ou l\u2019autre des réponses suivantes: « Aucune », « Sans religion », « Athée », etc.FÉVRIER 1963 Pour saisir le sens de ce tableau, il faut le comparer au tableau 1, qui donne la composition religieuse de la population québécoise.De cette comparaison, il se dégage une conclusion qu\u2019on peut énoncer ainsi: toutes les religions, à l'exception du catholicisme, ont le gros de leurs adhérents dans la zone métropolitaine de Montréal.Quelques exemples: Tableau 5 Concentration des adhérents des religions dans la zone métropolitaine de Montréal Religion\tNombre au Québec\tNombre à Montréal Pourcentage\t Judaïque\t104,727\t102,724\t98.1 Grecque orthodoxe\t32,237\t29,761\t92.3 Ukrainienne (grecque catholique)\t6,576\t5,537\t84.2 Luthérienne\t22,857\t18,890\t83.0 Presbytérienne\t55,955\t43,252\t77.3 Mennonite\t197\t141\t71.5 Anglicane\t193,849\t128.812\t66.4 Eglise-Unie\t154,938\t102,913\t66.4 Pentecostale\t5,730\t3,802\t66.3 Baptiste\t15,174\t9.540\t62.8 Catholique romaine\t4,635,610\t1,641,738\t35.4 Autres\t31,361\t22,309\t71.1 \u2014 Incroyants\t6,351\t5,059\t\t79.6 Total\t5,259,211\t2,109,509\t40.1% La zone métropolitaine de Montréal renferme 40.1% de la population québécoise, mais seulement 35.4% de la population catholique de la province.Par contre, s\u2019y concentre l\u2019immense majorité des fidèles des religions judaïque (98.1 %), grecque orthodoxe (92.3%), luthérienne, presbytérienne, etc.Cette même zone renferme aussi 80% (exactement 79.6%) de tous les citoyens du Québec qui, à la question « Quelle est votre religion ?» ont donné l\u2019une ou l\u2019autre des réponses suivantes: « Aucune », « Sans religion », « Athée », etc., soit 5,059 sur 6,351.Les incroyants formeraient donc 0.2% de la population montréalaise de la zone métropolitaine.Voici maintenant la seconde tranche de l\u2019étude sur Montréal: elle se rapporte à Y île de Montréal dans son ensemble.Tableau 6 Composition religieuse de la population dans Pile de Montréal, en 1961 Religion\tNombre\tPourcentage Catholique romaine\t1,340,143\t76.0 Anglicane\t106,877\t6.1 Judaïque\t98,702\t5.6 Eglise-Unie\t84,025\t4.8 Presbytérienne\t37,293\t2.1 Grecque orthodoxe\t28,853\t1.6 Luthérienne\t15,739\t0.9 Baptiste\t7,946\t0.4 Ukrainienne (grecque) catholique\t5,366\t0.3 39 Religion\tNombre\tPourcentage Pentecostale\t3,038\t0.1 Témoins de Jéhovah\t1,948\t0.1 Armée du Salut\t1,375\t0.08 Scientistes\t935\t0.05 Confucéenne et bouddhiste\t842\t0.04 Adventiste\t377\t0.02 Mormone\t296\t0.01 Chrétiens réformés\t146\t Mennonite\t127\t Frères évangéliques unis\t97\t Eglises du Christ, Disciples\t95\t Autres\t13,476\t0.8 Total\t1,747,696\t100.00 Comparons tout de suite ces statistiques à celles qui ont trait à la cité de Montréal.Tableau 7 Composition religieuse de la population de la cité de Montréal, en 1961 Religion\tNombre\tPourcentage Catholique romaine\t972,698\t81.6 Judaïque\t65,344\t5.4 Anglicane\t47,141\t3.9 Eglise-Unie\t31,665\t2.6 Grecque orthodoxe\t23,045\t1.9 Presbytérienne\t18,985\t1.6 Luthérienne\t9,888\t0.8 Ukrainienne (grecaue) catholique\t4,074\t0.3 Baptiste\t4,047\t0.3 Pentecostale\t2,091\t0.1 Témoins de Jéhovah\t1,320\t0.1 Armée du Salut\t861\t0.07 Scientistes chrétiens\t488\t0.04 Confucéenne et bouddhiste\t673\t0.05 Adventiste\t252\t0.02 Mormone\t135\t0.01 Chrétiens réformés\t72\t Eglises du Christ, Disciples\t62\t Frères évangéliques unis\t59\t Mennonite\t52\t Autres\t8,110\t0.67 Total\t1,191,062\t100.00 Si l\u2019on considère les pourcentages obtenus par les principales religions, il semble que les catholiques se groupent davantage dans la cité que dans l\u2019île (81.6% contre 76%), en sorte que la cité est proportionnellement plus catholique que l\u2019île.Le contraire existe pour les membres des grandes Eglises protestantes: anglicane (106,877 dans l\u2019île et seulement 47,141 dans la cité), Unie (84,025 dans l\u2019île et seulement 31,665 dans la cité), presbytérienne (37,293 dans l\u2019île et seulement 18,985 dans la cité), etc.Les protestants, en géné- ral, préfèrent habiter les banlieues de Montréal, comme Westmount, Mont-Royal, Pointe-Claire, etc.Il est aussi intéressant de noter que, dans la cité de Montréal, la religion qui occupe le deuxième rang en importance numérique est la religion judaïque.Dans la catégorie « Autres », tant pour l\u2019île que pour la cité, il faut inclure d\u2019abord tous ceux dont il est question au tableau 1 et qui ne sont pas mentionnés ici: Unitariens, Frères de Plymouth, Frères dans le Christ, Méthodistes libres, membres de l\u2019Alliance chrétienne et missionnaire, de l\u2019Église du Nazaréen, Doukhobors, puis les membres d\u2019autres petites dénominations religieuses, enfin les incroyants (ceux qui, à la question « Quelle est votre religion ?» ont donné l\u2019une ou l\u2019autre des réponses suivantes: « Aucune », « Sans religion », « Athée », etc.).Dans la cité de Montréal, le nombre de ces incroyants, au recensement de 1961, s\u2019élevait à 3,180, soit un peu plus de 0.2% de la population montréalaise.Comment se comportent les différentes religions, depuis trente ans, dans Y île de Montréal?Le tableau suivant permet d\u2019en juger.(Pour le rendre plus simple et plus clair, nous ne donnons que les pourcentages, non les chiffres absolus.) Tableau 8 Place occupée par les principales religions, de 1931 à 1961, dans File de Montréal Religion\t1931\t1941\t1951\t1961 Catholiques\t72.5\t73.7\t74.8\t76.0 Anglicans\t9.3\t8.9\t7.4\t6.1 Juifs\t5.9\t5.7\t6.1\t5.6 Eglise-Unie\t4.6\t4.9\t5.6\t4.8 Presbytériens\t4.3\t3.6\t2.7\t2.1 Grecs orthodoxes\t0.7\t0.9\t0.8\t1.6 Baptistes\t0.6\t0.6\t0.6\t0.4 Luthériens\t0.5\t0.4\t0.5\t0.9 Seuls les catholiques ont augmenté régulièrement, tous les dix ans, leur pourcentage; les Anglicans et les Presbytériens ont vu le leur diminuer à chaque décennie.Quant aux autres confessions religieuses, elles ont connu des hauts et des bas.Dans les autres municipalités et villes de l\u2019île de Montréal, les catholiques forment le groupe le plus nombreux, sauf à Baie-d\u2019Urfé, à Hampstead, à Montréal-Ouest et en outre dans la ville de Côte-Saint-Luc où la religion judaïque compte 8,307 adhérents sur une population totale^de 13,266.A Pointe-Claire, catholiques et membres de l\u2019Église-Unie sont à égalité: 7,195 catholiques et 7,194 fidèles de l\u2019Église-Unie3.3.Voici, à titre documentaire, quelle est la place numérique occupée par les principales religions dans les autres principales municipalités de l\u2019île de Montréal.(N.B.\u2014 Les religions sont désignées par la première lettre de chacune: catholique par C., anglicane par A., Eglise-Unie par E., presbytérienne par P., judaïque par J., grecque orthodoxe par G.) Municipalités\t1er\t\t3° Anjou\t7,708 C.\t630 E.\t573 A.Baie-d\u2019Urfé\t1,291 A.\t709 E.\t701 C.Beaconsfield\t3,213 C.\t2,956 E.\t2,520 A.40 RELATIONS Les autres agglomérations urbaines Les statistiques fournies par Ottawa nous permettent aussi de nous faire une idée de la composition religieuse de la population québécoise en dehors de Montréal, par exemple dans chacun des comtés de la province.Il serait cependant trop long de les prendre un à un; mieux vaut nous arrêter aux grandes agglomérations urbaines sur lesquelles le recensement nous donne d\u2019intéressantes statistiques.Le tableau suivant les classe selon leur pourcentage de catholiques.Tableau 9 Les catholiques dans les grandes agglomérations urbaines, au Québec, en 1961 Pop.totale\t\tPop.catholique\tPourcentage\t Chicoutimi-Jonquière\t105,009\t103,038\t98.\t.1 Québec\t357,568\t350,549\t98,\t.0 Trois-Rivières\t83,659\t81,794\t97\t.7 Drummondville\t39,307\t38,262\t97.\t.3 Shawinigan\t63,518\t61,761\t97.\t.2 Hull\t82,713\t79,475\t96.\t.0 Valleyfield\t29,849\t28,516\t95.\t.5 Saint-Jean\t34,576\t32,267\t93\t.3 Sherbrooke\t70,253\t62,300\t88.\t,6 Montréal (zone)\t2,109,509\t1,641,738\t77,\t.8 Ces chiffres se rapportent à des agglomérations urbaines; s\u2019il fallait considérer les comtés ruraux, nous aurions facilement, dans certains, 99 et même 99.5% de catholiques.Un comté comme 1\u2019Islet, par exemple, n\u2019a que 68 non-catholiques sur une population de 24,798; Nicolet n\u2019en a que 69 sur 30,827 habitants, et ainsi de suite.Même dans les grandes agglomérations urbaines, le pourcentage catholique ne descend pas au-dessous de 90, sauf en deux cas: Sherbrooke (88.6%) et Montréal (77.8%).La différence entre Montréal et les autres est cependant considérable: 20% de moins de catholiques que dans la plupart d\u2019entre elles: Chicoutimi-Jonquière, Québec, Trois-Rivières, Drummondville, Shawinigan.On notera que c\u2019est Municipalités\t1er\t\t3° Côte-Saint-Luc Dorval Hampstead\t8,307 J.8,498 C.1,560 J.\t2,175 C.4,166 E.1,023 C.\t1,029 E.3,799 A.835 E.Lachine La Salle Montréal-Nord Montréal-Ouest\t26,015 C.22,283 C.43,875 C.1,828 A.\t4,703 A.3,552 A.1,947 A.1,698 E.\t4,630 E.2,448 E.1,236 E.1,362 C.Mont-Royal Outremont Pierrefonds Pointe-aux-Trembles\t8,278 C.17,729 C.6,876 C.19,666 C.\t3,790 E.9,003 J.2,071 A.968 E.\t3,564 A.1,435 G.1,626 E.750 A.Pointe-Claire Saint-Laurent Saint-Michel\t7,195 C.28,450 C.50,877 C.\t7,194 E.7,696 J.1,249 A.\t5,609 A.4,954 A.861 P.Verdun Westmount\t56,743 C.9.330 C.\t9,109 A.6,350 A.\t6,102 E, 3,490 E.le troisième pourcentage à propos de Montréal: la cité est catholique à 81.6%, la grande zone métropolitaine l\u2019est à 77.6% et l\u2019île, à 76%.Ces statistiques montrent qu\u2019à Montréal on peut à juste titre parler d\u2019un pluralisme religieux, bien que le catholicisme y soit la religion des trois quarts et même des quatre cinquièmes de la population.C\u2019est déjà moins vrai à Sherbrooke, à Saint-Jean, à Valleyfield et encore beaucoup moins à Shawinigan, à Drummondville, à Trois-Rivières, à Québec et à Chicoutimi-Jonquière.Ce ne l\u2019est plus du tout, enfin, dans la plupart des comtés ruraux où les autres religions que le catholicisme ne représentent que 1 ou 2% de l\u2019ensemble de la population.On arrive à la même conclusion quand on examine la répartition des incroyants à travers la province: les quatre cinquièmes se concentrent dans la zone métropolitaine de Montréal.(Par incroyants, on entend ici ceux qui, à la question « Quelle est votre religion ?», ont donné l\u2019une ou l\u2019autre des réponses suivantes: « Aucune », « Sans religion », Athée », etc.4.) Tableau 10 Répartition des incroyants au Québec, en 1961 \t\tPourcentage Lieux\tNombre\tdu total des incroyants Montréal (zone métropolitaine)\t5,059\t79.6% -\u2014 Montréal (cité)\t3,180\t50.8% Québec (zone métropolitaine)\t157\t2.4 \u2014 Québec (cité)\t91\t1.4 Sherbrooke (agglomération)\t72\t1.1 -\u2014 Sherbrooke (cité)\t68\t1.0 Trois-Rivières (agglomération)\t38\t0.6 \u2014 Trois-Rivières (cité)\t26\t0.4 Chicoutimi-Jonquière\t26\t0.4 \u2014 Chicoutimi (cité)\t2\t Saint-Jean (agglomération)\t23\t0.3 Valleyfield (agglomération)\t17\t0.2 Shawinigan (agglomération)\t13\t0.2 \u2014 Shawinigan (cité)\t5\t Drummondville\t4\t Autres lieux\t942\t14.8 Québec\t6,351\t100.0 Ce tableau parle de lui-même; tout comme les précédents, il indique pourquoi la situation religieuse à Montréal diffère de celle qui prévaut dans les autres diocèses.Et encore l\u2019étude faite jusqu\u2019ici n\u2019a-t-elle porté que sur la société québécoise considérée globalement, sans distinction d\u2019origine et de langue.Pour savoir jusqu\u2019à quel point le Québec français \u2014 et le Montréal français \u2014 constitue lui-même une société pluraliste du point de vue religieux, il nous faudra attendre quelque temps encore, attendre que le Bureau fédéral de la statistique ait publié les données du recensement de 1961 sur les rapports entre l\u2019origine, la langue et la religion.Nous y reviendrons alors.4.Les renseignements indiqués dans le tableau 10 proviennent directement du Bureau fédéral de la statistique.FÉVRIER 1963 41 LÉ RAPPORT GILL ET L'ASSURANCE-CHÔMAGE Émile BOUVIER, S.J.IE 17 JUILLET 1961, le gouvernement fédéral créait un comité d\u2019enquête relatif à la loi de l\u2019assurance-chômage.Il était composé du président, M.Ernest Gill, et de trois commissaires: MM.Étienne Crevier, le Dr J.J.Deutsch et le Dr J.R.Petrie; il rendit public le 20 décembre 1962 son rapport de 215 pages.A première lecture, le rapport soulève des réactions d\u2019approbation et d\u2019inquiétude.La réaction syndicale du C.T.C.par son président M.Claude Jodoin en est la preuve.Il serait peut-être osé de présenter en vitesse une analyse exhaustive du rapport.Qu\u2019il suffise pour l\u2019instant d\u2019en examiner les grandes lignes, d\u2019en souligner les mérites et de mentionner les aspects qui nous inquiètent.Rappelons les faits: le 31 décembre 1956, le fonds d\u2019assurance-chômage s\u2019élevait à 927 millions de dollars; le 31 mai 1962, il était descendu à un peu plus de 20 millions.Le drainage de la caisse qui s\u2019est produit depuis 1957 a énervé le gouvernement et l\u2019a amené à former en 1961 un comité d\u2019enquête.Le décret CP 1961-1040 en définissant sa fonction lui assignait, entre autres rôles, celui de faire rapport sur la convenance de la portée, des principes fondamentaux et des dispositions de la loi sur l\u2019assurance-chômage, .sur les dispositions nécessaires pour faire face au chômage saisonnier.et sur les relations entre les programmes d\u2019aide aux chômeurs et autres mesures de sécurité sociale.Le comité se mit à l\u2019œuvre; en décembre dernier (1962), il présentait ses conclusions et recommandations.Elles se divisent en trois sections selon qu\u2019elles ont trait: \u2014 au régime d\u2019assurance-chômage; \u2014 aux prestations de chômage prolongées; \u2014 au régime d\u2019assistance aux chômeurs.L\u2019idée de sectionner les problèmes est heureuse.Le comité propose un programme de soutien des chômeurs, constitué d\u2019abord « d\u2019un régime d\u2019assurance financé au moyen des contributions des employés et des employeurs, pour absorber le premier contrecoup du chômage durant une période limitée » (p.9).Puis, suggère « un régime financé au moyen des recettes de l\u2019imposition générale et prévoyant le versement de prestations prolongées aux personnes qui ont épuisé leurs prestations d\u2019assurance-chômage, et.aux personnes dont le chômage revêt un caractère saisonnier » (p.9).Enfin, il propose un régime d\u2019assistance pour apporter secours au chômage résiduel.Parmi ses recommandations sur le régime d\u2019assurance-chômage, la Commission énonce, entre autres, celle-ci: que le régime soit fondé sur les principes de l\u2019assurance sociale et que la participation s\u2019étende à toute personne de plus de 18 ans quel que soit son revenu.Elle inscrit, en outre, parmi les participants au fonds, les employés des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, les employés d\u2019hôpitaux et les instituteurs.En retour, les prestations seront augmentées et leur durée maxima réduite de 52 à 26 semaines.Elle recommande plusieurs amendements à la loi actuelle relatifs à l\u2019assurabilité, aux contributions, aux abus, à la période d\u2019attente et aux exclusions.Il serait trop long de les étudier dans un article.A propos des cas d\u2019exclusion, elle considère excluses des prestations les personnes qui perdent leur emploi par suite d\u2019un différend de travail auquel elles ont pris part, ou auquel elles ont manifesté quelque intérêt en refusant de traverser une ligne de piquetage.42 Quant au régime des prestations de chômage prolongées, le Comité est d\u2019avis de faire porter au régime d\u2019assurance-chômage les premiers contrecoups du chômage, mais seulement les premiers.Le gouvernement fédéral en supporterait le coût à même le revenu des impôts.« Le régime [en conséquence] aurait pour objet primordial d\u2019assumer le fardeau d\u2019un chômage plus étendu que celui qui relève normalement d\u2019un régime d\u2019assurance.» Ces prestations prolongées seraient un moyen terme entre l\u2019assurance-chômage et l\u2019assistance.Enfin, la Commission est d\u2019avis que ces prestations prolongées ne doivent pas durer indéfiniment.Si l\u2019intéressé est toujours en chômage, il faudrait instituer un régime d\u2019assistance qui lui vienne en aide et dont le coût serait réparti entre le gouvernement central et les provinces.Une analyse poussée devrait considérer chacune des conclusions et recommandations et y trier le bon grain de l\u2019ivraie.Qu\u2019il nous suffise pour le moment de relever certaines vues d\u2019ensemble.A première lecture, le rapport est éblouissant de clarté, de simplicité et de netteté dans ses solutions.Si le lecteur le reprend, le retourne, une certaine inquiétude s\u2019empare de lui.Elle vient du fait qu\u2019on peut considérer ce rapport dans deux perspectives très différentes: d\u2019abord la perspective comptable de l\u2019administrateur qui, éclairé par l\u2019actuaire, doit mesurer la somme des contributions aux prestations à verser.A cette fin, le Comité a séparé le chômage à court terme du chômage à long terme, et le soutien dans le chômage à court terme relève de la caisse d\u2019assurance-chômage tandis que l\u2019aide versé pendant le chômage à long terme, sous forme de prestations prolongées ou d\u2019assistance chômage, relève des gouvernements respectifs.Dans la seconde optique, celle de l\u2019économiste qui envisage le chômage dans son ensemble, des doutes sérieux subsistent sur la façon même de poser le problème de l\u2019assu-rance-chômage.L\u2019assurance-chômage peut, il est vrai, se limiter au soutien pendant le chômage à court terme.Le chômage à long terme n\u2019a pas échappé à l\u2019attention des commissaires, mais ils ont laissé à d\u2019autres autorités d\u2019en discuter.Dans le concret peut-on apporter une solution au problème de l\u2019aide aux chômeurs sans avoir d\u2019abord une connaissance plus détaillée des statistiques des chômages à court et à long terme pendant une période assez longue ?Il faudrait connaître les données des chômages chronique, frictionnel, normal, cyclique et technologique et pouvoir mesurer la portée du coût de l\u2019assurance-chômage, des prestations prolongées et de l\u2019assistance.Le comité, il est vrai, a établi le coût des prestations prolongées à environ 150,000,000 de dollars par année.Sur quelle base de calcul ?Sans ces données préalables, comment le comité peut-il connaître ce que coûtera au point de vue actuariel l\u2019assurance, ce que coûteront les prestations prolongées aux chômeurs et l\u2019assistance chômage ?Ces problèmes sont entre eux en relations constantes à tel point que l\u2019économiste estime qu\u2019ils ne peuvent être considérés l\u2019un sans l\u2019autre.L\u2019actuaire peut n\u2019envisager le problème que d\u2019après les exigences de sa profession; l\u2019économiste, lui, peut-il se contenter de cette optique ?Cette confusion des points de vue explique notre première réserve: RELATIONS 1.\tLe défaut de perspective générale Le Comité constate, au point de départ, que les nombreuses modifications apportées au régime depuis son établissement ont peu à peu sapé les solides bases actuarielles sur lesquelles il était d\u2019abord fondé.C\u2019est ce qui, avec l\u2019évolution du climat économique, a entraîné la banqueroute virtuelle de la Caisse.(P.1, n.2.) Aussi, disent les commissaires, « tout programme complet de soutien des chômeurs doit avoir comme premier et principal article un régime d\u2019assurance-chômage, fondé sur des principes d\u2019assurance propres à un tel régime » (p.3, n.7).Il doit avoir en vue d\u2019absorber le premier contre-coup du chômage, quitte à le compléter par un régime de prestations prolongées, puis par un régime d\u2019assistance aux chômeurs.Ici, le Comité nous déroute.Nous comprenons que, devant l\u2019ampleur de la tâche, il ait cédé à la tentation de mettre l\u2019accent sur l\u2019assurance-chômage proprement dite, celle qui couvre le chômage à court terme.Mais comment peut-il améliorer le régime de l\u2019assurance-chômage tel que défini, sans étudier au préalable la situation du chômage au Canada ?Ne l\u2019oublions pas, c\u2019est ce chômage qui a acculé la caisse à la faillite.Le Comité aurait dû d\u2019abord, croyons-nous, définir certains termes tels que chômages frictionnel, résiduel au sens économique et au sens actuariel.Il ne pouvait pas traiter superficiellement les chômages saisonnier, cyclique et technologique.Le Comité aurait dû également fournir les statistiques du chômage depuis 1941 non seulement en rapport avec la population active totale, mais aussi avec la population active ayant un emploi.Sans quoi, toute tentative de calcul actuariel concernant la Caisse ne convainc pas et les recommandations sont discutables.2.\tL'isolement de Vassurance-chômage en rapport avec la politique générale du pays Les commissaires ont eu conscience que le versement de prestations prolongées devrait s\u2019accompagner d\u2019un effort énergique en politique monétaire et financière, en politique commerciale, dans le déplacement et la réadaptation des ouvriers, l\u2019expansion des ressources et des industries, les travaux d\u2019hiver et les moyens de réaliser le plein emploi (p.6, n.16).Mais, ils ont jugé que cette question dépassait leur mandat.Il aurait fallu une section complète sur les données du chômage, afin de prévoir la courbe d\u2019extrapolation des prestations prolongées et évaluer le coût du chômage au Canada.Le rapport ne présente aucune statistique sur le chômage causé par l\u2019automation.Le comité avait mandat de traiter des relations entre l\u2019aide aux chômeurs et les autres mesures de sécurité sociale.Ici on parle du régime des prestations de chômage supplémentaires parce qu\u2019un certain nombre de patrons ont établi de ces régimes.La Commission recommande que la prestation d\u2019assurance-chômage s\u2019établisse au moins élevé des deux montants suivants: la prestation qui serait versée sans qu\u2019intervienne le régime des prestations supplémentaires, ou le montant nécessaire pour fournir au réclamant, \u2014 en réunissant les gains de la semaine, la prestation supplémentaire et la prestation d\u2019assurance chômage \u2014, un revenu égal à 75% de ses gains hebdomadaires normaux, s\u2019il a des personnes à charge, ou à 56% s\u2019il n\u2019en a pas (n.146-147, p.153).Nous aurions souhaité ici une discussion sur le salaire garanti et l\u2019assurance-chômage.Des allocations familiales et de l\u2019assurance-chômage, le Rapport dispose brièvement, en disant que « le programme d\u2019allocations familiales, qui fait partie du programme général de sécurité sociale, répond dans une grande mesure au but social de prestations rattachées au nombre de personnes à charge » (n.83, p.133).Cette solution est-elle évidente?En outre, comment expliquer qu\u2019on omette de discuter les rapports du chômage avec les déplacements de population ?Qu\u2019on se rappelle le cas tragique d\u2019Elliott Lake au Nouvel-Ontario.A quoi bon étendre la participation de tous les salariés à la caisse, si le malaise fondamental n\u2019est pas traité à fond ?Dans les circonstances, à cause de la gravité du problème, n\u2019eût-il pas mieux valu reculer de quelques mois l\u2019échéance de la remise du rapport et offrir au public un dossier complet sur la question avec les statistiques précises sur le chômage, la classification des chômeurs par catégories et le coût global du soutien aux chômeurs ?3.\tLa confusion des termes Question de sémantique, il est vrai, ou de définitions académiques.Mais ces définitions ont leur importance lorsqu\u2019il s\u2019agit de compilations statistiques.Ainsi le chômage cyclique est dit un chômage prolongé.Sans doute, les causes en sont plus profondes que celles du chômage frictionnel ou à court terme.Il y a aussi le chômage chronique, le chômage normal qu\u2019on trouve dans une situation de plein emploi.Une assurance-chômage doit-elle couvrir seulement « le chômage à court terme qui est plus ou moins normal (sic) » (p, 6, n.16) ?Or le chômage dit normal comprend les ouvriers qui changent de tâche et aussi les inemployables.Avec cette confusion des termes, comment le rapport peut-il affirmer à la p.110, n.7 que « le bon fonctionnement d\u2019un régime d\u2019assurance exige.que le risque puisse être prévu d\u2019une façon raisonnable, de sorte que les primes puissent être établies à un niveau propre à compenser les pertes et à permettre ainsi le partage désiré » ?Et la solution qu\u2019on propose au soutien de chômage se limite du point de vue actuariel à protéger l\u2019ouvrier contre le chômage à court terme, abandonnant aux gouvernements respectifs le chômage à long-terme.Il semble possible d\u2019établir d\u2019avance une prime appropriée aux pertes qui découlent d\u2019un chômage de courte durée plus ou moins normal (sic).Toutefois, les pertes découlant d\u2019un chômage généralisé en temps de dépression économique ne peuvent être prévues avec quelque justesse ou avec assez de justesse pour permettre l\u2019imposition et la perception, d\u2019avance, de primes destinées à compenser toute la perte de salaire ou même une proportion raisonnable de celle-ci.Il en est de même du chômage prolongé dans le cas d\u2019un particulier.Ici encore, les circonstances qui conduisent à un chômage dépassant une période relativement courte sont censées représenter un problème exceptionnel, personnel ou économique, et tel qu\u2019il déborde le cadre d\u2019un régime d\u2019assurance.Depuis la dépression de 1930, qui oserait affirmer que le chômage endémique actuel est exceptionnel ?Bref, les recommandations de la Commission Gill sont excellentes lorsqu\u2019elles touchent l\u2019assurabilité, la solidité de la caisse, la correction des abus, les mesures administratives, les taux, les prestations, les périodes d\u2019attente.Mais, hélasf le problème du chômage reste non touché.Qui, de cette omission, faut-il blâmer ?Les commissaires ?Leur mandat ne leur enjoignait pas sans doute d\u2019aborder ce problème.Le Cabinet ?La longue enquête sénatoriale lui suffisait.L\u2019enquête, nous diront les actuaires, porte sur l\u2019administration d\u2019une caisse, sa solidité et son fonctionnement.Elle se limitait au soutien du chômeur.A d\u2019autres le soin d\u2019analyser les données plus précises du chômage, l\u2019étendue et la classification des sans-travail.Peut-être en attendions-nous trop de lumière sur les données du problème?Grâce à ce rapport, tel qu\u2019il est, les législateurs pourront apporter plusieurs correctifs et amendements à la loi d\u2019assurance-chômage.Le problème fondamental et vital, lui, reste à étudier.FÉVRIER 1963\t43 60ÜLE NORMALE CARDINAL-LEGER 6400 - 16e AVENUE ROSEMONT LE RAPPORT WILLIAMS Edmond DESROCHERS, S.J.Ei BIBLIOTHÈQUES UNIVERSITAIRES DU CANADA ont fêté en 1962 deux événements importants: l\u2019arrivée de la bibliothèque centrale de l\u2019Université de Toronto, la première du Canada, à un million de livres (dans le sens large utilisé en bibliothéconomie) et la publication du rapport de l\u2019enquête faite sur les bibliothèques universitaires du Canada par M.Edwin E.Williams b La Conférence nationale des Universités et Collèges du Canada, en effet, désireuse de se rendre compte de l\u2019état des bibliothèques de ses membres et de proposer un programme d\u2019action, créa en 1960 un Comité des Bibliothèques.Ce Comité estima devoir suggérer, avant d\u2019en venir à des recommandations, une enquête sur les richesses et les pauvretés des collections de nos bibliothèques universitaires.Un octroi spécial ayant été obtenu du Council on Library Resources, Inc., les autorités de la Conférence après leur congrès de 1961 invitèrent à mener cette enquête M.Williams, conseiller du directeur pour les collections de la Bibliothèque de l\u2019Université Harvard et chargé spécialement du programme du choix des livres.M.Williams a été associé, depuis son lancement en 1942, au Farmington Plan; c\u2019est une entente spontanée en vertu de laquelle 60 bibliothèques américaines ont accepté des responsabilités spéciales afin d\u2019accroître les ressources totales du pays accessibles à la recherche.Il a été aussi chargé de l\u2019enquête sur le United States Book Exchange, Inc.M.Williams a souligné lui-même la nature de cet organisme dans le numéro spécial de mars J.960 de Canadian Library, consacré aux bibliothèques des Etats-Unis.M.Williams fit son enquête sur nos bibliothèques au printemps de 1962 selon les directives du Comité.Une enquête complète était impossible.Il n\u2019était pas nécessaire d\u2019inclure les collections du domaine des sciences.Même dans les deux domaines retenus, les sciences sociales et les humanités, on estima suffisantes et non sujettes à l\u2019enquête les collections sur le Canada.Cela permettait de déceler plus facilement ailleurs les points faibles.Une enquête, aussi rapide et aussi limitée dans son objectif, devait se concentrer sur les universités canadiennes engagées dans un enseignement proprement universitaire au niveau de la maîtrise et du doctorat, avec au moins une centaine d\u2019étudiants de ce niveau.Le Comité désigna les quatorze universités suivantes : Dalhousie, Nouveau-Brunswick, Laval, Montréal, McGill, Ottawa, Queen\u2019s, Toronto, McMaster, Western Ontario, Manitoba, Saskatchewan, Alberta et Colombie britannique.Comme la visite, réduite à deux jours en moyenne dans chaque université, ne permettait pas une enquête en profondeur, M.Williams l\u2019enrichit au préalable en adressant un questionnaire aux professeurs capables de faire connaître l\u2019état et la valeur à leur point de vue des collections utilisées dans leur spécialité, et en demandant un relevé des collections de revues selon un choix soigneusement établi par lui de dix titres dans chacune des disciplines enseignées.M.Williams reconnaît avoir bénéficié ainsi de l\u2019aide de 400 professeurs et bibliothécaires.Le Rapport de M.Williams comporte quatre parties principales.Le chapitre premier explique l\u2019historique, les buts et la nature de l\u2019enquête et les moyens employés.Le chapitre second, intitulé « Observations préliminaires », situe les 1.Edwin E.\\bh\\kuz: Ressources des bibliothèques des universités canadiennes pour la recherche en humanités et en sciences sociales.Rapport d\u2019une enquête demandée par la Conférence nationale des universités et collèges canadiens.Ottawa, La Conférence, 75, rue Albert, 1963.44 bibliothèques étudiées dans leur contexte géographique, et établit le stade de leur développement actuel, le rythme de ce développement, les objectifs qu\u2019il semble vouloir atteindre.Le chapitre troisième donne le résultat de l\u2019analyse des collections, dans 34 domaines du savoir ou disciplines enseignées dans les 14 universités, selon leur ordonnance dans le système de classification de la Bibliothèque du Congrès.Le chapitre quatrième présente les recommandations.Un programme canadien doit faire la part de la Bibliothèque nationale.Après avoir donné les raisons qui motivent actuellement le rejet d\u2019un plan basé sur le Farmington Plan américain, M.Williams recommande un programme qui tienne compte de la distribution géographique des collections à travers notre pays, de nos moyens financiers limités, et de la pauvreté relative des collections existantes.Il recommande la création à la Bibliothèque nationale d\u2019un organisme de coordination.En somme, il laisse aux bibliothécaires du Canada de composer un programme où l\u2019on trouverait déterminées la part de chaque université et celle de la Bibliothèque nationale.Les richesses particulières des universités françaises ont été notées, par exemple, en littérature française à Laval, en psychologie à Montréal, en philosophie et en histoire religieuse à Ottawa.Dans certains cas, M.Williams a mis en lumière les richesses d\u2019autres institutions comme par exemple les collections de l\u2019Institut d\u2019Études médiévales Albert-le-Grand à Montréal et de Sedes Sapientiae à l\u2019Université d\u2019Ottawa.Dans l\u2019ensemble, toutefois, les universités du Canada français apparaissent extrêmement pauvres en collections de recherche pour études et thèses de maîtrise et de doctorat dans les sciences sociales et les humanités.Quand on songe qu\u2019il a coûté huit millions de dollars pour créer, au cours des années, une collection de un million de livres à la bibliothèque centrale de l\u2019Université de Toronto, on reste étonné de la maigreur du budget des livres et des périodiques de nos bibliothèques universitaires.En effet, au rythme de ces budgets pendant la période 1950-1960, nous n\u2019aurons des collections de recherches suffisantes que dans 50 ans! Une collection dans les sciences se crée en peu d\u2019années.Dans les sciences sociales et les humanités, c\u2019est une entreprise \u2014 M.Williams nous le rappelle \u2014 dont la grandeur est d\u2019un ordre tout différent.Les autorités universitaires auraient besoin que des professionnels étudient ce problème; leurs études pourraient servir de base aux demandes de subventions pour développer de façon adéquate nos bibliothèques universitaires.Malheureusement on n\u2019a pas présenté d\u2019études sur la bibliothèque universitaire devant la Commission royale d\u2019Enquête sur l\u2019Enseignement.Les mémoires des universités et ceux des associations de bibliothécaires ont passé sous silence l\u2019état actuel et les besoins des bibliothèques des universités de la province.Les membres du Comité de la Bibliothèque, les doyens des facultés et des écoles, les professeurs chargés du choix de livres et de périodiques dans chaque discipline rendraient un grand service s\u2019ils faisaient une étude soignée du Rapport de M.Williams et y recueillaient le plus de renseignements possibles comme point de départ à une étude exhaustive du programme de développement des collections de chacune de nos bibliothèques universitaires.M.Williams a voulu indiquer la voie à suivre pour l\u2019ensemble des bibliothèques universitaires du Canada.Son rapport, croyons-nous, répond bien à ce dessein et peut être le point de départ d\u2019un grand développement de nos bibliothèques.RELATIONS LA « PRESSE » DU JOURNALISME Joseph d'ANJOU, S.J.ON COMPREND le sens de ce titre.Personne ne songe à nier qu\u2019il y ait, dans l\u2019exercice du journalisme, un inévitable élément de précipitation.Des quotidiens du matin, dont le premier tirage se distribue vers et parfois avant minuit, trouvent le moyen non seulement de publier les résultats d\u2019élections ou de joutes sportives, dont les derniers chiffres leur sont parvenus à dix ou onze heures du soir, mais de les commenter souvent avec intelligence et originalité.Comment ne pas admirer ce que cela suppose de talent chez les chroniqueurs, d\u2019habileté technique chez les typographes ?Mais, justement, s\u2019il leur arrive d\u2019exécuter presque chaque jour semblables performances professionnelles, peuvent-ils mettre au compte de la bousculade les tendances répréhensibles ou les fautes de langue qu\u2019on découvre dans leurs textes, à cœur de semaine, malgré des avertissements répétés ?Y a-t-il un abonné sérieux pour croire que la teneur de certains titres, dont on coiffe fréquemment nouvelles et rumeurs et sous laquelle rampe une insinuation ou perce une prise de position, s\u2019explique ou s\u2019excuse par la rapidité de sa concoction ?Tel quotidien montréalais, depuis une décennie, ne cesse de briller ( ?) dans cet art de choisir les titres vedettes et de les rédiger de manière à infléchir nouvelles et rumeurs dans un sens déterminé.On a donc le temps de réfléchir à cela ?Pourquoi n\u2019aurait-on pas le_ temps de mettre en valeur et de respecter la pensée de l\u2019Église et du Pape, la morale chrétienne et la correction française?Il suffirait d\u2019avoir l\u2019esprit et le cœur imprégnés de cette pensée, de cette morale, la mémoire nourrie de tournures conformes au génie de notre langue.Bien sûr, imperfections et négligences échapperont quand même à la faiblesse de chacun: la pensée n\u2019aura pas la rigueur doctrinale, au style manquera le fini linguistique auxquels on doit tendre dans un article de revue ou dans un livre longuement mûri, raturé, corrigé et poli.Voici des cas concrets.Systématiquement, depuis des années, la page des spectacles et des livres d\u2019un quotidien qui se prétend catholique recommande des ouvrages pourris et pourrisseurs, des films sévèrement cotés par notre indulgent Office national des Techniques de diffusion.On en a maintenant la quasi-certitude: le premier et le plus loué de tous les films sera celui que l\u2019office a coté le plus sévèrement.Avec moins d\u2019évidence, mais non moins de continuité, la critique littéraire brouille les valeurs dans un fouillis de considérations ambiguës d\u2019où l\u2019esprit chrétien paraît absent.Précipitation, bousculade?On voudrait rire: le scandale éclate trop tristement.Même observation concernant la langue.Que tel chroniqueur reprenne, à trois lignes d\u2019intervalle, une tournure commode et correcte, il n\u2019y a pas de quoi lui en adresser grief.S\u2019il note que M.Diefenbaker « a clairement indiqué » son opinion et que, deux phrases plus loin, il écrit que M.Pearson aussi « a clairement indiqué » son point de vue, le lecteur esquisse un sourire en se disant: le courriériste n\u2019a pas eu le loisir d\u2019éviter cette répétition.Plus comique et moins pardonnable, le correspondant qui signale « les susceptibilités des Canadiens de langue anglaise et celles de ceux de langue fran- FÉVRIER 1963 çaise ».Quelle saveur dans ce « celles de ceux »! Mais lorsque, jour après jour, l\u2019abonné trouve dans son journal des fautes maintes fois redressées sur nos ondes, dans nos revues, voire dans le quotidien qui les imprime à satiété, on pense: il y a quelque chose qui cloche quelque part.Rappelons certaines bourdes que rien n\u2019excuse, vu les remarques et explications fournies à leur sujet.Employer le mot « patronage » dans le sens de favoritisme.Et l\u2019expression « perdre son dépôt » (après une élection), au lieu de perdre (se faire confisquer) son cautionnement.Et la préposition « pour » quand il faut simplement la conjonction et.Ces fautes ont déjà inspiré des commentaires pertinents à un collaborateur du quotidien qui les commet régulièrement.Ajoutez à cela les énormes sottises que représentent les formules « au tout début », ou « les tout débuts » (comble d\u2019ineptie) et « la toute fin »; et les bévues suivantes: « recevoir un téléphone », au lieu de recevoir un appel téléphonique; vis-à-vis « le » nationalisme, « les » députés, « le » Marché commun, puisque la correction exige vis-à-vis du nationalisme, des députés, du Marché commun; les graphies « délin-quent » et « délinquence », alors que les spécialistes français écrivent délinquant et délinquance; « au point de vue art » et « côté mode », maniérisme paresseux qui se corrige par: du (au) point de vue de Vart, du côté de la mode; « état de chose », au lieu d\u2019état de choses; « défrayer le coût des services », pléonasme enfantin, car défrayer signifie: acquitter le prix, payer les frais, et alors on défraie les services simplement; « charger $100 », pour demander $100; « aviseur » légal, pour avocat conseil, conseiller en loi, conseiller juridique; « s\u2019objecter », pour s\u2019opposer.On n\u2019en finirait plus de poursuivre l\u2019énumération, tirée du quotidien qui passe pour le moins mal rédigé de tous nos journaux! Je termine en mentionnant encore les inacceptables « contrôle » et « contrôler », anglicismes chaque fois que par ces mots on veut parler de maîtrise, d\u2019empire, de domination, de pouvoir, de rôle prépondérant.Enfin, l\u2019irritant usage du mot « procédure » dans le sens de pratique, conduite, marche suivie ou à suivre, façon de procéder (à propos du concile), car « procédure » appartient uniquement à la justice.Invoquer la précipitation, la nécessité de composer en vitesse pour se disculper de barbouiller ainsi le français?Non, ça ne « colle » pas.Quelle solution apporter?La plus naturelle du monde: former, embaucher et rémunérer un correcteur compétent.Au départ, il devra connaître parfaitement la syntaxe et convenablement le vocabulaire du français.On le munira d\u2019ouvrages spécialisés: grammaires, dictionnaires, recueils et fiches de linguistique.On lui accordera pleine autorité sur les textes qu\u2019il devra reviser avant et sur ceux qu\u2019il critiquera après publication.De la sorte, le correcteur seul, non le journaliste s\u2019attirerait reproches et suggestions en rapport avec la langue du journal.Il remédierait vite à ses lacunes et insuffisances; sa valeur lui mériterait estime; et les lecteurs n\u2019auraient pas à se demander s\u2019ils peuvent on non se fier au français qui s\u2019imprime chez nous.Pour la qualité religieuse et morale du journalisme.Le problème dépasse par sa gravité le cadre de cet articulet.45 LE THEATRE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.IA REVUE est un genre de spectacle plus difficile qu\u2019on ne croit.On y tombe aisément dans la platitude ou la vulgarité.Et il n\u2019est pas tellement simple de toujours faire rire, et de faire rire de plus en plus jusqu\u2019au dernier numéro qui doit être un sommet capable d\u2019emporter l\u2019adhésion du plus récalcitrant des spectateurs.En fait, l\u2019esprit \u2014 le vrai \u2014 à la fois fin, délicat, narquois, varié, subtil, piquant et pas trop méchant, n\u2019est pas marchandise courante qu\u2019on peut se procurer à n\u2019importe quelle épicerie du coin.Il est rare et précieux, mais comme on l\u2019apprécie si d\u2019aventure on le rencontre! Ce plaisir, nous l\u2019avons eu à plusieurs moments de la dernière revue des fêtes, au titre prometteur: Qui s\u2019y frotte -s\u2019y pique!, présentée sur la scène du Stella par le Rideau-Vert, QUI S\u2019Y FROTTE, S\u2019 Y PIQUE ! Plus que dans les précédentes revues, la musique, cette année, fut à l\u2019honneur, à cause sans doute des auteurs: Jean Rafa, chansonnier connu, Roger Joubert, pianiste versatile et humoristique.Auteurs et, de plus, interprètes savoureux et efficaces pour donner l\u2019élan rythmique, allègre et jeune, exigé par la mise en scène d\u2019Yvette Brind\u2019Amour et où est entrée joyeusement toute la troupe, en particulier la toute menue Marthe Choquette, parfaite de naturel et de charmante simplicité en Bonimenteur du spectacle: la révélation de la soirée.Une fois encore, avec Qui s\u2019y frotte - s\u2019y pique!, le Rideau-Vert nous a présenté une revue des fêtes amusante, sans recourir pourtant au trivial et au grivois.Le rire franc et spontané des spectateurs, suscité par les blagues ou galéjades du texte ou le jeu facétieux des comédiens, éclatait sans gêne ou équivoque pour personne.De cette recherche du bon goût et de la distinction dans le sujet et l\u2019interprétation, il convient de louer chaleureusement la troupe et la direction du Rideau-Vert.* * * Le Théâtre du Nouveau-Monde a voué un indéfectible attachement à Molière.Un culte serait peut-être le mot le plus approprié, à constater la ferveur, le respect, l\u2019enthousiasme qui animent tous les comédiens de la troupe quand ils interprètent une de ses œuvres.Ils y reviennent, cette année, pour le deuxième spectacle de leur douzième saison.Cette fois deux farces paysannes sont à l\u2019honneur: George Dandin et le Médecin malgré lui.Et dans le but de prouver, à ceux qui en douteraient encore, l\u2019universalité du génie de Molière et sa permanente actualité, Jean Gascon a imaginé de transposer l\u2019action de ces deux pièces, ici, au Canada, peu avant la conquête, avec costumes et décors du pays.Préparée par des chants du vieux folklore français et entrecoupée de danses et divertissements du terroir canadien et même indien, la double intrigue de Dandin et du Médecin se déroule dans une cour de ferme d'habitant sous le Régime français.Cela donne aux œuvres une ambiance rustique plaisante et une couleur réaliste qui leur convient si l\u2019on s\u2019en tient aux décors, costumes et accessoires, d\u2019une reconstitution historique parfaite, semble-t-il.Ils aident, 46 en effet, à créer une atmosphère paysanne et fruste bien en rapport avec les textes et jouent donc, avec succès, leur rôle normal.Je n\u2019en dirais pas autant des divertissements, plutôt hors-d\u2019œuvres, entractes au sens premier du mot, qu\u2019éléments complémentaires de l\u2019intrigue et justifiés par elle.La dernière danse surtout du Médecin malgré lui, imitée de la turquerie du Bourgeois gentilhomme, imite vraiment trop les initiations pour touristes de Caughnawaga.Pittoresque, à souhait et très drôle tout de même cette sarabande finale! GEORGE DANDIN, LE MÉDECIN MALGRÉ LUI Venons-en à Molière lui-même.Le sujet de George Dandin est essentiellement tragique: la tragédie du mal-marié.Du mal-marié trompé, bafoué, ridiculisé, humilié, et cela beaucoup par sa faute, d\u2019abord pour avoir épousé une pimbêche de la noblesse, lui paysan; ensuite de ne pouvoir, par sa naïveté et sa balourdise, s\u2019opposer victorieusement aux machinations perverses de sa femme et à la bêtise pommée de ses beaux-parents.Pourtant, ce thème sérieux, Molière a voulu le traiter à la farce.Les péripéties de la pièce, comme les personnages, sont effectivement comiques, mais d\u2019un comique amer et attristant.Malgré soi, on rit « de peur d\u2019être obligé d\u2019en pleurer », comme dira plus tard Figaro.Le plaisir n\u2019est pas sans mélange: la méchanceté des hommes l\u2019emporte vraiment trop facilement sur l\u2019honnête candeur de Dandin et nous sommes gênés des tours qu\u2019on lui joue.Nous pouvons nous reprendre heureusement avec le Médecin malgré lui, farce joyeuse, celle-là, et débridée, bien dans la veine habituelle de Molière qui a fait de la médecine et des médecins une de ses têtes de Turc favorites.Il cogne dessus à cœur joie avec un entrain communicatif et une bonne humeur contagieuse.Ce nouveau Sganarelle, on sent qu\u2019il en a dessiné le portrait avec jouissance et contentement, dans une sorte de libération, à la recherche d\u2019une revanche.Ce personnage devient comme une incarnation symbolique de l\u2019impuissance, pédante et ridicule, de la médecine de son temps à le soulager, lui, Molière, et à le guérir de ses malaises et de ses souffrances.Et qui n\u2019a pas connu, une fois ou l\u2019autre, cette futilité des remèdes et des médecins devant le moindre rhume « qui doit faire son temps » ?Aussi quand Molière daube à bras raccourcis sur les médecins, il trouve en chacun de nous un secret partisan et un complice caché \u2014 ce qui lui assure d\u2019avance notre sympathie et nos applaudissements, en attendant la prochaine grippe.Joyeuse exubérance! voilà la caractéristique du jeu et du du style particulier choisi par les comédiens du Théâtre du Nouveau-Monde pour ces deux farces, sous la direction de Dalmain et de Jean Gascon.Exubérance plus voulue et intentionnelle dans George Dandin, manifeste spécialement chez Dalmain lui-même, interprète de Dandin, et aussi par le couple de quinteux bien-nommés des Sotenville joués avec toute la fatuité voulue par Jean Gascon et Gina Bausson et surtout par les deux valets classiques de Molière, gavroches tout férus de manigances et de ruses en faveur des escapades de leurs maîtres, et interprétés dans un mouvement endiablé par Monique Joly en Claudine et Pierre Thériault, très remarquable Lubin.Monique Leyrac a personnifié la détestable et hypocrite Angélique sans la chaleur que cette artiste sait donner ordi- RELATIONS nairement à ses rôles.Son jeu ne s\u2019intégrait pas facilement dans le rythme comique apparemment désiré par la mise en scène.Gabriel Gascon a eu bien du mérite à faire un sort le moins mauvais possible, ici, à Clitandre, et dans le Médecin, à Léandre, jeunes premiers fades, mièvres et insignifiants, comme il arrive trop souvent chez Molière qui semble n\u2019avoir ni connu ni compris la vraie grâce et la vraie spontanéité de la jeunesse amoureuse.Ces personnages deviennent de lourds pensums à ceux qui ont charge de les défendre.Dans le Médecin malgré lui, l\u2019exubérance s\u2019est muée à de certains moments presque en exaltation sous la poussée du metteur en scène, Jean Gascon, et la bienveillante complicité de Guy Hoffmann, plus en forme que jamais.Le Médecin malgré lui c\u2019est Sganarelle.Or, Guy Hoffmann a été totalement, magnifiquement, glorieusement Sganarelle.Donc.Avec une ardeur juvénile et l\u2019expérience d\u2019un vieux routier, il a joué son rôle avec tout son corps et tout son esprit, ne laissant rien à l\u2019improvisation, pas un mot, pas un clin d\u2019oeil, pas un geste, pas une pirouette et, en même temps, semblant inventer, créer à mesure et sur place, les mots, les clins d\u2019œil, les gestes, les pirouettes.Guy Hoffmann ne serait-il pas notre seul grand comique, actuellement?Hommage qui ne diminue en rien la part des autres acteurs qui virevoltaient à qui mieux mieux autour de lui et dont les cabrioles personnelles et variées complétaient et illustraient l\u2019éblouissant solo du Chef de ballet.Ingénieuse et vivante mise en scène vivement enlevée par les comédiens qui ont brillé, à leur tour, dans la fantasmagorie générale.Une seule note discordante en cette symphonie de couleurs et de sons, soulignée par les rires étouffés, les mouvements divers de la salle: l\u2019exhibition exagérée de l\u2019anatomie « nourricière » de Germaine Giroux.La première de ce spectacle Molière eut lieu une journée ou deux après le désastreux incendie du studio de la troupe, rue Sanguinet.Cet mésaventure n\u2019a pas trop affecté le moral des comédiens qui une fois de plus ont rajeuni Molière par leur jeu et leurs inventions de mise en scène, gage d\u2019un autre succès d\u2019assistance.PRÊTS ÉCONOMIQUES COMPORTANT UNE ASSURANCE-VIE \".elle est à nous grâce à pour 3 muons Diamom Banque de Montréal Plan Financement familial AU SERVICE DU FRANÇAIS Modestie en minuscules ou en majuscules?J\u2019ADMIRE, au sens latin de ce verbe (je constate avec étonnement), l\u2019ingéniosité qu\u2019on déploie souvent pour justifier l\u2019injustifiable.Que des nonnettes candides se donnent à bon marché l\u2019illusion de professer la modestie quand elles écrivent en minuscules l\u2019abréviation du nom de leur congrégation (c.n.d., c.s.c., s.s.a., etc.), je me contente de sourire.Mais qui voudrait invoquer le même argument en faveur (!) d\u2019un vieux Jésuite ou d\u2019un vénérable Dominicain ?Saint Ignace, dans ses Exercices et ses Constitutions, et, j\u2019imagine, saint Dominique, dans sa Règle, en suggèrent de plus pertinents.Quant aux journalistes, on a beau les soupçonner de gauchisme, de laïcisme ou d\u2019intégrisme, c\u2019est probablement leur prêter trop de spiritualité, ou de naïveté, selon le point de vue, que de les croire soucieux de partager des impressions de nonnettes, même au profit de notre vertu.Je m\u2019empresse de les approuver: la modestie n\u2019a rien à voir ici.Mais la logique.Et ils ne manquent jamais de l\u2019observer lorsqu\u2019ils ont à écrire l\u2019abréviation de n\u2019importe quel nom propre collectif, celui de l\u2019O.N.U., par exemple, ou de la C.S.N., voire du R.I.N., du R.P.Q., ou du N.P.D.L\u2019adversaire le plus acharné de l\u2019un ou de l\u2019autre de ces corps publics ne songerait pas à les humilier (?) ou à leur rappeler leurs limites en minusculant (pardonnez) leurs initiales.Et quelque modestie qu\u2019on suppose aux membres les plus obscurs d\u2019un syndicat ouvrier, aux partisans les plus paisibles d\u2019un groupe politique, on ne leur demande pas d\u2019en offrir la preuve ( ?) en usant de minuscules pour marquer l\u2019abréviation du nom de leur famille sociale.Car il s\u2019agit du nom propre de personnes morales officiellement connues sous leur appellation respective: Organisme des Nations-Unies, Confédération des Syndicats nationaux, Parti républicain du Québec.Peut-on comprendre alors que des Jésuites subtils, comme les rédacteurs de la revue Christus, que de savants Dominicains, comme les directeurs des Éditions du Cerf, écrivent S.J.et O.P.en minuscules?Surprenante contradiction: il leur arrive de mêler, dans le même numéro de revue, majuscules et minuscules.Douteraient-ils d\u2019eux-mêmes ?On aurait tout vu! Il n\u2019y a pourtant pas raison d\u2019hésiter.L\u2019abréviation S.J., qui signifie Societatis Jesu (en français: de la Compagnie de Jésus, non pas de la Société, voir Relations, janv.1960, p.19), ne désigne pas un titre commun, mais le nom propre d\u2019une famille religieuse.De même O.P.tient lieu du nom propre de la famille fondée par saint Dominique et se traduit littéralement par Ordre des Prêcheurs; mais on dit plutôt: Ordre des Frères prêcheurs.Notons que le mot ordre prend la majuscule s\u2019il entre dans le nom propre d\u2019une famille religieuse à laquelle il convient (car toute congrégation n\u2019est pas ordre).On parlera de l\u2019Ordre (avec majuscule) des Frères mineurs (O.F.M.), de l\u2019Ordre de saint Benoît (O.S.B.).Mais on écrira: l\u2019ordre des Jésuites; non par respect pour leur modestie, mais parce que leur nom propre est Compagnie de Jésus.Dans la phrase précédente, le mot ordre s\u2019emploie comme un nom commun.La Compagnie de Jésus possède les caractères d\u2019un ordre.L\u2019Ordre des Prêcheurs aussi; mais le mot ordre, faisant partie de son nom propre, s\u2019écrit avec une majuscule.Pourquoi tant d\u2019explications pour tant d\u2019évidence ?Maintes évidences ne sautent aux yeux qu\u2019après remarques réfléchies.Quel dommage si les élucidations de cette chronique rendaient volontairement aveugles ceux qu\u2019elles visent à éclairer! J.d\u2019Anjou.FÉVRIER 1963 47 ¦@u kîL du mob ^ÿ7.Canada - Chine - U.R.S.S.Maintenant que l\u2019abcès sino-soviétique a crevé, l\u2019Union soviétique voudrait prouver au monde que tous les torts sont du côté chinois.Jusqu\u2019ici, elle avait adopté la procédure suivante: les partis communistes de Bulgarie, Hongrie, Italie, Tchécoslovaquie tinrent leurs congrès; la vedette locale (Zhivkov, Kadar, Togliatti, Novotny) faisait l\u2019éloge de Khrushchev et de sa politique, dénonçait tristement l\u2019hérésie chinoise, tout en faisant des vœux pour que l\u2019unité prolétarienne se ressoude; là-dessus, un important personnage soviétique venait confirmer leurs dires: Suslov en Bulgarie, Kuusinen en Hongrie, Frol Kozlov en Italie, Brezhnev en Tchécoslovaquie.Et ça va continuer! Khrushchev s\u2019en va au congrès communiste d\u2019Allemagne orientale; j\u2019ignore qui sera délégué d\u2019U.R.S.S.au congrès communiste français.Ainsi se prépare la grande rencontre communiste à laquelle la Pravda du 7 janvier 1963 conviait l\u2019univers, en vue de préparer le retour chinois au bercail commun.Le Canada a fait aussi sa petite part, mais c\u2019est moins grandiose.Le 29 décembre 1962 parut dans le Vestnik de Toronto une lettre du Comité exécutif central du Parti communiste canadien, datée du 17 décembre et imprimée sous le titre: « Le parti communiste canadien analyse les désaccords dans le monde communiste ».Pas trace d\u2019une réunion du comité exécutif central, ni d\u2019une discussion sur ces désaccords.S\u2019agissait-il d\u2019un document canadien, ou d\u2019une correspondance soviétique?Je téléphonai aux camarades pour savoir si cette lettre existait en anglais ou en français.On m\u2019assura qu\u2019elle avait paru dans la Canadian Tribune du 7 janvier 1963, en anglais.J\u2019allai donc au minable bureau de la rue Saint-Laurent, qui abrite le « Parti communiste canadien » et la maison d\u2019éditions du Globe, le tout apparemment, dans la même petite pièce.La traduction française du document n\u2019est pas encore prête, me dit-on.Quant au texte anglais, on me montra d\u2019abord quelques courts extraits du discours que M.Khrushchev avait prononcé devant le Soviet Suprême le 12 décembre, et qui furent traduits pour la Canadian Tribune du 7 janvier (décidément, les camarades retardent!).Je dus insister à plusieurs reprises: je voulais non pas un discours du camarade Khrushchev, que je connaissais depuis trois semaines, mais la lettre du comité exécutif sur la querelle sino-soviétique, datée du 17 novembre.On finit par me trouver une feuille volante de 10 colonnes sur laquelle était imprimée en anglais cette lettre, mais sous le titre: Strengthen the unity of the world communist movement against thermonuclear war and for peaceful coexistence.La nuance est intéressante, mais je quittai la sombre boutique avec la persuasion que le « Comité exécutif central, etc.» n\u2019avait été, en l\u2019occurrence, qu\u2019un être de raison.La place me manque pour analyser ce document.Il donnerait peut-être une bonne idée de ce qu\u2019on lira bientôt dans une presse plus répandue sur le chantage nucléaire, les « tigres de papier », la querelle indo-chinoise, Cuba, la volonté soviétique de paix, etc.J.Ledit.Louis Massignon Quand Louis Massignon mourut le 31 octobre 1962 dans sa 80e année, la presse quotidienne signala à peine son trépas; bientôt la plupart des revues vinrent s\u2019incliner sur sa tombe.Les dix-huit pays qui l\u2019avaient élu membre de leurs sociétés savantes le considéraient comme le prince des islamologues; tous, dans ce monde, gravitaient autour de lui.Il avait un don pour attirer et inspirer quiconque s\u2019intéressait à la culture arabe.Quand parut La Passion d'Al Hallâj, martyr mystique de l\u2019Islam (2 vol.1922), on admira cette science aussi universelle que précise, et surtout la largeur d\u2019esprit du savant qui reconnaissait la beauté religieuse partout où il la trouvait.Ce qu\u2019il chercha et trouva dans l\u2019Islam, ce fut la splendeur de ses mystiques, de ce soûfisme que, plus que tout autre, il révéla à l\u2019Occident.Il s\u2019en allait sans hésiter vers les sommets; bientôt, son esprit fut conquis par la grandeur d\u2019Abraham, dans lequel il vénérait et aimait l\u2019ancêtre des Juifs, des musulmans qui gardent son tombeau à Hébron, et des chrétiens! Du premier mot jusqu\u2019au dernier, son article sur les Trois Prières d\u2019Abraham, Père de tous les croyants (Dieu vivant, 13 [1949], pp.15-28), est simplement sublime.A mesure qu\u2019il vieillissait, il comprit de plus en plus clairement que la fécondité naissait du dépouillement.Vers la fin de sa vie, devenu prêtre, il s\u2019occupa surtout de Badaliya qui veut dire substitution.Il convoquait ses amis chrétiens, musulmans, bouddhistes à des messes mensuelles, à des pèlerinages, à des jeûnes, leur suggérant de faire pénitence pour ceux qui négligeaient ce devoir qu\u2019il estimait essentiel.Il avait entrevu la terrible grandeur de cette « substitution » dans un article inoubliable sur Notre Dame de la Salette, dans lequel il rejoignait Léon Bloy et Jacques Maritain: « Mystère du sang et mystère des larmes chez ces substituées du Christ, dont le témoignage dans l\u2019Église est si grave que l\u2019Église doit le cribler.» (Dieu vivant, 7 [1946], p.22.) On nous annonce un recueil de ses principaux articles.Espérons que sa bibliographie savante sera publiée.Ses derniers écrits furent ces pauvres feuilles miméographiées de Badaliya par lesquelles il convoquait à la prière et à la pénitence avec des accents de prophète, une science qui n\u2019appartenait qu\u2019à lui, et une irrésistible simplicité.Heureux ceux qui ont la collection complète de Badaliya; c\u2019est peut-être dans l\u2019humilité de ce suprême dépouillement que Massignon révéla toute sa grandeur.J.Ledit.La fête des malades Encore cette année, l\u2019Association de la Croix-de-Lorraine, qui s\u2019emploie à la réadaptation des tuberculeux guéris, organise sa fête des malades; ce sera le dimanche 10 février 1963.La fête chaque année prend de l\u2019ampleur et son organisation s\u2019améliore constamment.Il ne suffit pas toutefois de bâtir les cadres matériels d\u2019une telle initiative, il faut y mettre tout son cœur.On recommande aux clubs sociaux et aux particuliers qui veulent participer à cette journée de n\u2019oublier aucun hôpital ou hospice; on leur conseille également de demander au curé de chaque paroisse la liste des malades soignés à domicile afin que personne ne soit négligé.S\u2019il ne faut pas faire de discrimination entre les malades, il reste que ceux qui sont indisposés depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois apprécieront davantage ce geste d\u2019amitié que le monsieur grippé depuis trois jours.La rose sera de nouveau le symbole de cette charité fraternelle.Une rose, c\u2019est bien peu.Mais c\u2019est un messager de 48 RELATIONS joie dans la chambre d\u2019un malade, surtout quand elle est offerte avec le sourire.Nous encourageons tous les lecteurs de Relations à seconder cette belle initiative, à se mettre en contact avec l\u2019Association de la Croix-de-Lorraine (477, rue Saint-François-Xavier, suite 306, Montréal.Tél.: VI.5-0889) afin que tous les malades aient part à cette joie.Nous sommes en bonne santé.Mais, qui sait ?Un jour viendra peut-être où, à notre tour, nous serons alités ou hospitalisés.Nous accueillerons alors avec plaisir la main amie qui viendra nous donner son affection et son appui.« Fais à ton prochain ce que tu voudrais qu\u2019on te fasse.» Surtout, il y a le Christ présent en nos frères malades et c\u2019est Lui qu\u2019en eux nous reconnaîtrons et visiterons.Jean-Paul Labelle.Servir la vérité Les journalistes, par le temps qui court, s\u2019interrogent sur les risques de leur métier, sur la tentation en particulier qu\u2019il suscite de courtiser la nouvelle pour la nouvelle, de la corser, de la farder, ou encore, tentation plus subtile, de la présenter, diront-ils, dans une objectivité absolue: la vérité d\u2019abord, la vérité toujours! Le reporter du McLean français qui publiait en décembre 1962 son interview du Cardinal peut aujourd\u2019hui s\u2019interroger sur « sa vérité ».Car, aurait-il pu invoquer pour chacun des traits un dire du Cardinal, l\u2019ensemble du reportage est une canaillerie.Il a méconnu les exigences élémentaires du savoir-vivre, les droits de celui qui s\u2019est confié.Il a méconnu également les exigences de la vérité qui dépassent l\u2019exactitude matérielle.M.Paul Sauriol l\u2019observait un jour à propos de M.Bourassa: Un compte rendu est toujours incomplet, et telle épithète qui paraît dure et inacceptable dans un compte rendu écrit, était atténuée par le ton ou la mimique de l\u2019orateur.Telle saillie qui ne détonait pas trop dans l\u2019atmosphère d\u2019une réunion pouvait ainsi prendre une toute autre portée dans le compte rendu du journal, de sorte qu\u2019une apparente exactitude matérielle pouvait fort bien être contestable sur le plan d\u2019une information exacte.(Hommage à Henri Bourassa, 2e éd., 1952, p.243.) La véritable exactitude, en effet, demande qu\u2019on ne défigure pas la vérité mais qu\u2019on lui garde son visage, je veux dire, l\u2019ensemble des traits qui la composent et qui s\u2019équilibrent.Cela signifie ne rien omettre d\u2019essentiel, respecter la hiérarchie des valeurs, tenir compte du contexte, enfin ne point surfaire des détails sans importance.Si, par aventure, une parole peut-être discutable a été prononcée, il n\u2019est qu\u2019honnête de se rappeler que l\u2019auteur, s\u2019y arrêtant, l\u2019aurait nuancée.Si elle ne ressortit point au bien commun, c\u2019est abus de lèse-humanité de la crier au monde par les cent voix, par les mille voix d\u2019une presse folle et déchaînée.L\u2019information religieuse appelle plus de diligence encore, surtout en notre âge où s\u2019élabore, au prix d\u2019efforts admirables, un grandiose essai de rapprochement entre les croyants à quelque religion qu\u2019ils appartiennent.Il serait grave de compromettre cet effort, par inconscience ou surenchère.Un grand théologien protestant, le Dr Oscar Cullmann, en faisait la remarque aux journalistes en sa conférence de presse du 23 novembre dernier en marge du Concile.Ses paroles donnent à réfléchir: Certes, je n\u2019ai pas d\u2019instruction à vous donner.Nous vous serions cependant reconnaissants de ne pas simplifier nos déclarations, mais de tenir compte de leur complexité.Les simplifications sont désastreuses dans tous les domaines, FÉVRIER 1963 mais pour les choses de l\u2019Eglise et de la théologie tout particulièrement.Lorsque l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre nous formule des réserves sur certaines choses, nous vous serions reconnaissants de ne pas dire qu\u2019une « tension » ou même un conflit a éclaté; lorsque nous disons que nous sommes très contents, nous vous serions reconnaissants de ne pas dire que nous sommes « enthousiastes ».Car être contents tout en gardant notre capacité de jugement a beaucoup plus de valeur pour le rapprochement qu\u2019une attitude enthousiaste.Nous vous serions reconnaissants aussi de faire valoir votre influence pour que vos journaux ne mettent pas de titres sensationnels, lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de sensation.Il serait important en outre de ne pas déplacer les accents de nos déclarations, de ne pas donner à une affirmation accessoire une importance qu\u2019elle n\u2019a pas pour nous, ni de laisser de côté ce qui pour nous est l\u2019essentiel, avec le seul but de ne dire aux lecteurs que ce qu\u2019ils veulent entendre.Je sais bien que la capacité de compréhension pour des questions théologiques est limitée chez le lecteur moyen.Mais il faudrait essayer de la développer, et beaucoup d\u2019entre vous y ont d\u2019ailleurs remarquablement réussi en parlant de ce Concile.{Documentation catholique, 16 décembre 1962, n° 1390, col.1620.) On a signalé, à propos de la rencontre Lesage-Johnson, l\u2019honnêteté exemplaire de ceux qui maniaient ce soir-là la caméra.Il est si facile de desservir sournoisement en fixant le regard sur une attitude hésitante, sur un réflexe inconscient.Le journaliste, à sa façon, manipule une caméra qui porte rayon de vie ou de mort.Il ne suffit pas que la capture soit rare, retentissante; elle doit respecter l\u2019homme qui est plus grand que la nouvelle; elle doit respecter la vérité, sans la défigurer, ni la déformer, ni l\u2019exploiter.Car il faut la servir et se grandir à sa mesure.G.Robitaille.CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE 49 Jleô livteâ En COLLABORATION: L\u2019Existence de Dieu.« Cahiers de l\u2019actualité religieuse ».\u2014 Tournai (Montréal, 471, rue Saint-François-Xavier), Casterman, 1961, 386 pp., 21 cm.Prix: 180 fr.b.Non seulement au professeur de métaphysique et à ses élèves, mais encore au non-spécialiste, pourvu qu\u2019il ait le goût de réfléchir sur les vrais problèmes, ce rapport des « rencontres doctrinales » de La Sarte (avril 1960) offre la chance d\u2019approfondir et de renouveler les raisons d\u2019affirmer Dieu.Chez les collaborateurs de ce cahier apparaît le souci de l\u2019actualité, non seulement quant au fond de la doctrine, vu l\u2019importance de l\u2019athéisme contemporain, mais quant à la forme, vu l influence qu\u2019exercent les approches existentialiste, phénoménologique et protestante du problème de Dieu.Impossible de louer ici comme il faut le contenu de ce recueil, qui témoigne de l\u2019érudition, de la clairvoyance et de la sérénité de chacun des collaborateurs; le style même a une remarquable limpidité.Abordez donc avec des philosophes sûrs et clairs l\u2019étude de l\u2019athéisme d\u2019aujourd\u2019hui, marxiste ou autre (lre partie); apprenez quelque chose des philosophies de la religion les plus en vogue aujourd\u2019hui (2e partie) ; voyez les conditions qui rendent valable l\u2019affirmation de l\u2019existence de Dieu (3e partie); parcourez les « voies » qui conduisent à cette affirmation (4e partie) ; enfin examinez le rapport de la raison et de la foi dans cette affirmation (5° partie).Vous comprendrez ensuite que l\u2019agnosticisme est une démission de l\u2019esprit (p.274); qu\u2019un pluralisme de fait dans les jugements des hommes n\u2019infirme aucunement le besoin naturel d\u2019unité dans le vrai qu\u2019éprouve l\u2019intelligence (288).Ouvrage à lire et à méditer.Joseph d\u2019Anjou.Engelbert Mveng, S.J.: Si quelqu\u2019un.Chemin de croix.\u2014 Paris (6, rue Madame), Marne, 1962, 29 pp.19.5 cm.Prix: 3 NF.VrOULEZ-vous entendre, rajeunie par le christianisme, la voix claire de la sombre Afrique millénaire ?Voulez-vous savoir comment, avec Simon de Cyrène, cet homme d\u2019Afrique, timide et peu pressé, elle a gravi péniblement, sous le poids de la croix du Christ et à sa suite, l\u2019âpre montagne du calvaire ?Voulez-vous l\u2019ouïr proclamer en images de feu la ferveur de sa neuve foi ?Voulez-vous goûter son espérance radieuse à travers la symbolique de ses masques ?Accompagnez sur le chemin de la croix cette Afrique qui naît: oyez son âme et son cœur dans les dessins et les strophes d\u2019un jeune Camerounais.Et puis, dites-moi: « Ne vaut-elle pas qu\u2019on prenne le temps de l\u2019écouter, cette Afrique d\u2019hier et de demain ?» René Dionne.4, montée de Fourrière, Lyon.50 Jean Daujat:\tLe Christianisme et l\u2019Homme contemporain.\u2014 Tours, Maison Marne, 1962, 400 pp., 18 cm.Série d\u2019articles réunis en un volume.La pensée de l\u2019A.est forte et authentiquement chrétienne.Dans une première partie, il procède à un diagnostic des causes, des erreurs et des maux du monde moderne; dans une seconde, il montre comment les grands problèmes humains ne peuvent trouver leur solution que dans une vision chrétienne de la vie.De plus particulière importance me paraît, dans cette seconde partie, le chapitre 6 intitulé « Liberté et neutralité », où l\u2019A.aborde, entre autres choses, le problème des rapports entre l\u2019Eglise et l\u2019Etat.C\u2019est la doctrine traditionnelle, mais présentée par un esprit vigoureux et lucide.Richard Arès.Émile POULAT :\tHistoire, dogme et critique dans la crise moderniste.Coll.« Religion et Sociétés ».\u2014 Paris, Casterman, 1962, 704 pp., 20 cm.Cette thèse de doctorat ès lettres, récemment présentée à la Sorbonne, a pour objet de démêler le faisceau des tendances impliquées dans la crise moderniste.L\u2019A.s\u2019est limité à l\u2019étude des cinq années qui vont du petit livre de Loisy, l\u2019Evangile et l\u2019Eglise, à l\u2019encyclique Pascendi (1902-1907).Ce sont d\u2019emblée les années centrales.Mais l\u2019ampleur de la documentation l\u2019a forcé à diviser cette étude en deux sections.Il ne nous donne ici que la première.Après avoir étudié les deux ouvrages de Loisy, l\u2019Evangile et l\u2019Eglise et Autour d\u2019un petit livre, M.Poulat analyse la controverse qui en résulta.De cette controverse, il dégage ensuite trois ensembles de documents.Le premier met en évidence diverses attitudes adoptées alors devant le « progressisme »; le deuxième, les façons opposées de juger des principes de la critique.Le troisième constitue le dossier de la « controverse la plus riche et la plus serrée qui se soit développée autour de l\u2019Evangile et l\u2019Eglise et à laquelle se trouve inséparablement associé le nom de Maurice Blondel »: les rapports mutuels de l\u2019histoire et du dogme (p.513).Un appendice important est consacré à répondre à une question qu\u2019on n\u2019avait jamais étudiée de près jusqu\u2019à maintenant: « La littérature pseudonyme et anonyme fut-elle, ainsi que l\u2019a dit le P.de Grandmaison, une tactique caractéristique du modernisme ?» (P.622.) « Plus que le lit abandonné d\u2019un fleuve, note l\u2019A., la crise moderniste évoque un champ de bataille encore miné où il ne convient pas de pénétrer sans précautions.» (P.7.) Il fallait donc aborder l\u2019étude des documents avec la plus parfaite objectivité.C\u2019est ce qui a été de toute évidence le souci constant de M.Poulat.Est-ce à dire toutefois qu\u2019on puisse aller « au plus total désengagement » à propos de ces questions ?Du point de vue de la foi, comme d\u2019ailleurs des conclusions actuelles de la recherche elle-même, les positions exégétiques et dogmatiques des modernistes étaient et restent inacceptables.On ne peut pas non plus mettre sur un même pied la doctrine du magistère de l\u2019Eglise et les résultats toujours plus ou moins provisoires de la critique.Il n\u2019appartenait pas sans doute à l\u2019historien de se prononcer en qualité de théologien ou d\u2019exégète: il ne nous viendrait pas non plus à la pensée d\u2019en faire le reproche à M.Poulat.Mais, en somme, qu\u2019est-ce qui ressort de son enquête?La « société catholique », nous explique-t-il équivalemment, a traversé ces pénibles années grâce à une sorte de dialectique du « progressisme et du conservatisme ».Au-delà des problèmes particuliers qui étaient en question et des solutions plus ou moins définitives qui leur ont été trouvées, c\u2019était un équilibre du corps chrétien qui se cherchait dans une société qui l\u2019imprégnait de sa culture (p.619).En définitive, toute la crise moderniste se trouve ramenée à un phénomène d\u2019ordre purement sociologique.Perspective assurément légitime du point de vue de l\u2019histoire et de la sociologie \u2014 à laquelle il était même normal de s\u2019attendre dans la collection « Religion et sociétés » \u2014 mais incontestablement minimisante du point de vue de la foi, qui se trouve ici mise en question au plus intime d\u2019elle-même.Aussi il est difficile-de ne pas éprouver une certaine déception après avoir lu ce livre, pourtant rédigé selon les plus strictes exigences des méthodes universitaires.Gilles Pelland.Scolastical de V Immaculée-Conception, Montréal.François Amiot, P.S.S.: 365 Méditations sur les évangiles et saint Paul.\u2014 Tome I: Avent, Noël.II: Septuagé-sime, Carême, Temps pascal.III: Temps après la Pentecôte, juin-juillet-août.IV: Temps après la Pen-côte, septembre - octobre - novembre.Collection « Vie intérieure ».\u2014 Paris, Aubier, 1960-1961,\t288,\t327,\t282, 274 pp., 18.5 cm.Voilà 4 livres « bien nattés » d\u2019esquisses spirituelles basées sur les Evangiles et les Epîtres de saint Paul utilisés à la messe quotidienne.Pour chaque jour est donnée une méditation s\u2019imprégnant de « l\u2019humeur liturgique », solidement appuyée d\u2019extraits et de références bibliques.Ces méditations puissamment descriptives, adaptées d\u2019une façon moderne à notre quotidien, nous font pénétrer d\u2019un seul coup au cœur de la parole divine.Cela nous oblige à réaliser que nous avons peut-être oublié la vraie signification de la Parole; Parole qui pour tout peuple demeure éternelle.Le coup de boutoir ou la réflexion amie qui informe chaque méditation résume et renforce l\u2019idée maîtresse de l\u2019épître ou de l\u2019évangile.Les fêtes des principaux saints ont été incluses à la fin de chaque volume.L\u2019A.y utilise les traits les plus marquants des portraits spirituels de ces saints (v.g., saint Léon le Grand, docteur de l\u2019Eglise: la rectitude et la fermeté de la foi \u2014 saint Jean de Dieu: la charité envers les malades).Cet ouvrage non seulement aide à la méditation mais aussi à une connaissance plus approfondie du Nouveau Testament.Il serait à recommander spécialement aux individus ou RELATIONS groupes de laïques intéressés à l\u2019étude biblique et au perfectionnement spirituel.Un seul point faible: il est regrettable que les éditeurs ne fassent pas plus attention à l\u2019exactitude des références bibliques utilisées.Paul et Jeannette Breton.Avenue de Teck, Montréal.Thomas A Kempis: L\u2019Imitation de Jésus-Christ.Traduction nouvelle par l\u2019abbé Henri Brossard.\u2014 Paris, 174-176, boul, Berthier, Les Editions Robert Marcel, Le Jas du Revest-Saint-Martin, Haute-Provence, 1961, 391 pp., 22 cm.De cette Imitation de Jésus-Christ, « le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes » (Fontenelle), l\u2019abbé H.Brossard nous donne un texte patiemment étudié à la lumière des découvertes scientifiques modernes.Il a utilisé le manuscrit original récemment retrouvé.Selon lui, l\u2019auteur est incontestablement Thomas a Kempis.L'Imitation, ces dernières années, a attiré nombre de traducteurs; pour ne nommer que les plus connus: André Beau-nier (1926), avec préface de Georges Goyau, Fabius Henrion (1933), Gaston Bardet (1957), le chanoine Marcel Michelet (1959), toutes éditions excellentes, Il aurait été trop long de confronter le texte de ces différentes traductions; le travail n\u2019a été fait que pour quelques chapitres; la comparaison n\u2019est certes pas désavantageuse à M.l\u2019abbé Brossard.Il nous a donné un travail sérieux et personnel d\u2019une valeur remarquable.Il a dû accepter le format de la collection du « Club du Livre chrétien » dont son ouvrage fait partie; le livre ne pourrait se glisser dans la poche du gilet et on le voit plutôt sur la table de travail à côté de l\u2019Evangile.L\u2019A.a interverti l\u2019ordre accoutumé, insérant le IVe livre avant le IIIe; ce choix ne nous semble pas heureux; nous préférons à la suite des trois étapes classiques de la vie spirituelle.Ier livre: la voie purgative où l\u2019âme tend vers le ciel par le mépris du monde; IIe livre: la voie illuminative où, à un plan plus élevé, l\u2019âme rencontre le Dieu des consolations; enfin, IIIe livre: vie intime de l\u2019âme avec Dieu.Le IVe livre traite de la sainte Eucharistie.Au début de l\u2019ouvrage, 48 pages d\u2019introduction des plus instructives traitent du choix du titre, de l\u2019identité de l\u2019auteur, des travaux antérieurs.La présentation est de belle qualité: papier et typographie excellents, reliure magnifique en toile avec titres noir et or.L\u2019Imitation n\u2019a pas vieilli.Qu\u2019on l\u2019ouvre au hasard et presque toujours la page offerte semblera écrite pour éclairer l\u2019instant présent.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Marie - Antoinette Grégoire - Coupal : Pourquoi pleures-tu, Madonni-na ?\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1960, 123 pp., 22 cm.En 1953, un bibelot de bazar attire la population de Syracuse.Un relief de la Madone verse des pleurs abondamment, à la vue de tous.Le couple Jannuro reprend confiance en la vie; le mari délaisse les violences socialistes et la femme guérie met au monde un enfant plein de promesses.Les guérisons se multiplient, les foules affluent et la Madone des Larmes connaît bientôt une renommée mondiale.Le récit FÉVRIER 1963 s\u2019agrémente de descriptions prises sur le vif, car l\u2019auteur a visité les lieux et les gens.Après un aperçu sur les divers sanctuaires de l\u2019Italie, on aboutit à cette Sicile ardente et tumultueuse, que Notre-Dame a su toucher par ses pleurs.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Jean Galot, S.J.: Saint Joseph.Museum Lessianum, section ascétique et mystique, n° 53.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1961, 166 pp., 18.5 cm.Par décision de S.S.Jean XXIII, saint Joseph vient d\u2019entrer dans le canon de la messe.Il y a de quoi nous réjouir, Canadiens du Québec, qui possédons le sanctuaire national de l\u2019Oratoire au Mont-Royal.Cet ouvrage du P.Galot contribuera à développer un culte plus éclairé et plus fervent envers ce saint à qui l\u2019Eglise canadienne se confia dès ses premières années.Joseph a exercé un rôle capital dans l\u2019économie du salut.Malgré la mince documentation historique que nous fournissent les évangiles, l\u2019A.n\u2019a pas eu recours aux légendes apocryphes et nous lui en savons gré.Joseph fut simplement un homme de son temps, mais d\u2019une qualité exceptionnelle.Bousculé par les événements parfois imprévus, comme cela peut arriver dans la vie de tout chrétien, sa foi ne faiblit jamais.Modeste charpentier, il s\u2019applique, comme les Juifs les plus pieux de Nazareth, à réaliser dans sa vie en termes profondément humains la volonté de Dieu.Il y voyait sa voie de sanctification.Le P.Galot déplore avec raison que l\u2019imagerie religieuse nous représente encore saint Joseph sous les traits d\u2019un vieillard ou comme une personnalité fade et inconsistante.La vérité des évangiles est tout autre.La vie de Joseph fut un témoignage, donné parfois au prix des pires souffrances d\u2019un cœur pur et aimant.Sa vie contemplative l\u2019a fait surnommer le « Grand Silencieux »; ses gestes de prière et de travail, d\u2019une fermeté virile, sans aucune mièvrerie, s\u2019adaptent bien à nos vies quotidiennes.Nous devons remercier le P.Galot de cette attrayante et savoureuse biographie.Si on a l\u2019habitude de faire le mois de saint Joseph, cet ouvrage édifiera et captivera.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.En COLLABORATION: Renouvellement de la catéchèse.\u2014 Rapports de la semaine internationale d\u2019études d\u2019Eisch-tatt sur la catéchèse dans les pays de mission, dirigée par le R.P.Hofin-ger, S.J.Coll.« Foi vivante », Série « Parole et Mission ».\u2014 Paris, les Editions du Cerf, 1961, 572 pp., 18.5 cm.Plus d\u2019une soixantaine d\u2019évêques, en majorité missionnaires, et une centaine de spécialistes ont participé en 1960 à la semaine d\u2019Eichstatt sur la catéchèse dans les pays de mission.Dans les rapports présentés se décèlent, d\u2019une part, l\u2019influence du P.Hofinger, S.J., et, d\u2019autre part, un compromis entre la méthode traditionnelle et la méthode dite active.Les conférences n\u2019en sont pas pour autant stéréotypées ou uniformes: européens en chrétienté occidentale et missionnaires de l\u2019Afrique, de l\u2019Inde ou du Japon confrontent leurs recherches dans le domaine de la catéchèse.Certains rapporteurs se montrent assez audacieux, d\u2019autres, plus conservateurs; la note dominante porte sur le renouvellement de la catéchèse, ce qui signifie approfondissement, adaptation et organisation.Il nous est impossible de rendre compte dans le détail d\u2019une matière si abondante et variée.Qu\u2019il nous suffise de dire que les conclusions générales de la semaine prennent une saveur spéciale après les rapports sur le renouveau catéchistique, évangélique, soit en Europe, soit dans les pays de mission, sur le rôle du manuel de catéchisme dans les missions, sur la catéchèse et la liturgie, sur le problème des convertis adultes, sur la formation des catéchistes.Une liste des centres et des publications catéchistiques complète l\u2019ouvrage.A notre avis, non seulement ceux qui se préoccupent de catéchèse en missions, mais tous les prêtres et éducateurs chargés d\u2019enseignement religieux agrandiront ici leurs horizons pédagogiques et apostoliques, à l\u2019écoute des meilleurs maîtres de notre temps.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.MAISON SAINT-PAUL Retraites de groupes Retraites fermées Séjour d\u2019étude, de repos et de silence Sur les bords de la rivière des Prairies Confort moderne 3641 est, boul.Gouin \u2014 DAniel 2-7980 Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Un â>aubeprbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal 51 Jacques Pintard: Le Sacerdoce selon saint Augustin.Coll.« In lumine fidei ».\u2014 Paris, Marne, 1960, 424 pp., 20 cm.Nombreuses sont les études publiées récemment pour approfondir l\u2019enseignement des Pères sur les pratiques de l\u2019Eglise, en particulier sur les sacrements.Sous la direction du P.Daniélou, l\u2019abbé Pintard s\u2019est attaché à relever les passages des écrits de saint Augustin qui se rapportent au sacerdoce.Le grand docteur n\u2019a pas fait de dissertation sur le sacrement de l\u2019ordre; l\u2019abbé Pintard a donc dû rechercher minutieusement, dans la correspondance et les œuvres du saint les éléments épars d\u2019une synthèse de sa pensée sur le sacerdoce.Il conclut que, selon saint Augustin, il n\u2019y a qu\u2019un prêtre parfait (unicus verus sacerdos), le Christ, que seul il est à la fois prêtre et victime (oblator et oblatio) dans son sacrifice.Ce sacrifice, il le renouvelle sans cesse, lui, prêtre invisible, par le ministère de prêtres visibles.Ceux-ci doivent donc se conformer à celui qu\u2019ils personnifient:\tils doivent pratiquer la chasteté, la pauvreté, mais surtout la charité pour leurs frères, qu\u2019ils doivent aimer comme le Christ les a aimés, jusqu\u2019à donner leur vie pour eux.Cet ouvrage, bien ordonné, élégamment présenté, dénote une vaste information.Il nous révèle aussi un Augustin aimable, zélé, aspirant à une vie d\u2019étude et de prière, mais sacrifiant ses goûts de solitude au bénéfice des âmes dont on l\u2019a chargé malgré lui.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites Saint- Jérôme.En COLLABORATION: Pastorale du péché.« Bibliothèque de théologie », série II, théologie morale, vol.8.\u2014 Tournai, Desclée & Cie, 1961, 268 pp., 23 cm.Avec profit liront cet excellent recueil, qui fait suite à Théologie du péché, prêtres, professeurs de morale, éducateurs désireux d\u2019aider les autres à s\u2019épanouir et à se sanctifier.Après une introduction qui situe dans l\u2019ensemble chaque chapitre (Ph.Delhaye), des spécialistes étudient la tentation (J.Leclercq): nature, manifestations, finalité; la conversion (B.Hâring): son rapport à la parousie, à l\u2019Eglise et aux sacrements du Christ, ses éléments (repentir, aveu, réparation, désir de charité); la pénitence chrétienne, des origines au XIIe siècle (C.Vogel); enfin, la culpabilité vue par la psychanalyse (Ch.-H.Nodet).En connaissant mieux l\u2019évolution de la discipline pénitentielle dans l\u2019Eglise, on apprécie davantage la part laissée à l\u2019humain par le Christ dans la croissance de son Corps mystique.En saisissant mieux les composantes et les aspects dynamiques de la tentation et de la conversion, on estime davantage l\u2019enrichissement qu\u2019apportent la morale et la spiritualité chrétiennes dans leur souci de syntoniser le cœur aux avances de l\u2019Amour divin.Enfin, sans initiation psychologique, le directeur de conscience risque d\u2019engager ou de maintenir certaines âmes dans de malheureuses impasses.Un sens aigu du péché va normalement de pair avec la recherche de la perfection et le zèle apostolique.De ces dispositions sprituelles la Pastorale du péché favorise le développement et répond de la sorte à un grave besoin de notre temps.Joseph d\u2019Anjou.Marie Aquinas McNamara, O.P.: L\u2019Amitié chez saint Augustin.Coll.« Théologie, pastorale et spiritualité.Recherches et synthèse ».\u2014 Paris, Lethiel-leux, 1961, 240 pp., 20 cm.Peu d\u2019hommes ont eu autant d\u2019amitiés, et d\u2019aussi profondes, que saint Augustin.Il est passionnant de retracer, à travers les confidences consignées dans ses œuvres, l\u2019analyse psychologique de ces amitiés, soit qu\u2019elles fleurissent dans la jeunesse, soit qu\u2019elles s\u2019épanouissent en pleine maturité.L\u2019A.a entrepris une recherche considérable pour situer, dans leur contexte humain et spirituel, les divers amis de l\u2019évêque d\u2019Hippone.Les très nombreuses références accumulées à la fin de l\u2019ouvrage et la bibliographie abondante qui les suit donnent valeur scientifique à l\u2019étude d\u2019un sujet si attachant.C\u2019est un beau document ajouté au dossier de l\u2019amitié.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Jean Levie, S.J.: Michel Levie (1851-1939) et le mouvement chrétien de son temps.\u2014 Louvain (1, rue de Namur), Editions de la Société d\u2019études morales, sociales et juridiques, 1962, 540 pp.25.5 cm, Au premier abord, ce gros volume pourra i.sembler très loin des préoccupations du lecteur canadien.Mais l\u2019homme dont il raconte la vie, en plus d\u2019avoir vécu en excellent chrétien et de s\u2019être constamment posé en chef catholique de première valeur, a été activement mêlé à tous les grands problèmes de son temps.Or, ces problèmes, quand on les examine de près, ressemblent étrangement à ceux qui se posaient vers la même époque au Canada, en particulier dans les domaines social, scolaire et politique.On ne peut lire sans intérêt les cha- pitres consacrées à l\u2019action politique menée par ce grand homme; ils nous font assister à un effort gigantesque pour unir les catholiques entre eux, pour faire cesser les divisions entre conservateurs et libéraux \u2014 on dirait aujourd\u2019hui entre la Droite et la Gauche \u2014, et pour faire un succès de la Démocratie chrétienne en Belgique.En somme, un ouvrage auquel le lecteur canadien s\u2019intéressera facilement, parce que l\u2019histoire qu\u2019il raconte ressemble passablement à la nôtre.Richard Arès.Vies des Pères du Désert, textes essentiels présentés et recueillis par A.Hamman, traduits par Arnauld d\u2019Andilly et Benoît Lavaud.Coll.« Lettres chrétiennes ».\u2014 Paris, Bernard Grasset, éditeur, 300 pp., 19 cm.Cet ouvrage comprend d\u2019abord la Vie de saint Antoine, l\u2019ermite, qu\u2019une « tradition ferme attribue à saint Atha-nase », dit A.Hamman.Suit l\u2019Histoire des Moines de Théodoret de Cyr, trente biographies d\u2019anachorètes syriens, dont celle de saint Siméon le Stylite.C\u2019est une suite presque continue de récits merveilleux, miracles, diableries, pénitences parfois étranges, à peine croyables.« Quelle qu\u2019en soit la valeur historique » (A.Hamman, page 10), les chercheurs sauront gré à Lettres chrétiennes d\u2019avoir rendu plus accessibles des écrits qui, pendant de longs siècles, eurent tant de vogue et d\u2019influence sur la vie d\u2019innombrables chrétiens.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Bénédictines de Stanbrook: Au pied de la grille.Bernard Shaw et l\u2019Abbesse Laurentia.Traduit de l\u2019anglais par J.de la Forest Divonne.\u2014 Paris, Spes, 1961, 251 pp., 19 cm.1E sous-titre « Bernard Shaw et l\u2019ab-j besse Laurentia », s\u2019il étonne quelque peu, se justifie.En effet, cette abbesse de moniales bénédictines, durant vingt ans, entretint une correspondance assez suivie avec le fameux auteur fort peu religieux.L\u2019abbesse sut tenir tête au féroce écrivain irlandais, ne cédant pas le moindre pouce sur les principes.Il semble qu\u2019elle exerça sur l\u2019écrivain une certaine influence si l\u2019on en croit sir David Cockerell, l\u2019ami qui le lui avait présenté.Après la mort de sœur Laurentia, il écrivait aux religieuses du monastère de Stanbrook: « Avec votre chère abbesse, Shaw se tenait très sage et semblait admettre qu\u2019il était en présence d\u2019un être d\u2019une essence supérieure.» Cette bénédictine anglaise fut une femme extraordinaire.Son érudition était très étendue.En contact avec les moines de Solesmes, en particulier Dom Mocque-reau et Dom Pothier, elle travailla ardemment à la restauration du chant grégorien en Angleterre, écrivit même un ouvrage de renommée mondiale, traduit en plusieurs langues: Grammar of Planning.Ses nombreuses amitiés à l\u2019extérieur du monastère ne la détournaient aucunement de ses devoirs à l\u2019intérieur de la grille.La vie religieuse pour elle, elle le répétait avec insistance, ne se trouve pas dans les hautes spéculations sur la prière ou dans les théories compliquées sur la réalisation de l\u2019union à Dieu mais dans la pratique journalière des vertus de foi, d\u2019espérance et de charité, ce qui exige une grande force morale sans exclure les trois qualités que requiert la Romana Associatio Pro T ransvehendis Itinerantibus Missionariis RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpaci Pique Pour vous servir : M.Luc GOU, d irecteur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International 52 RELATIONS vie religieuse: le bon sens, le sens de la mesure et le sens de l\u2019humour.Le célèbre cardinal Gasquet, qui l\u2019estimait beaucoup, écrivait d\u2019elle: « Dame Laurentia a de l\u2019âme humaine une connaissance plus profonde que quiconque, homme ou femme, j\u2019aie rencontré.» Le volume (sans imprimatur) a paru aux éditions Spes.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.En COLLABORATION: Riches et Pauvres dans l\u2019Eglise ancienne.Textes essentiels recueillis et présentés par A.Ham-man; traduits par France Quéré-Jaul-mes et les Bénédictines de Calluire et Cuire.\u2014 Paris (61, rue des Saints-Pères) Bernard Grasset, éditeur, 1962, 318 pp.19 cm.La doctrine des premiers Pères de l\u2019Eglise > sur la richesse et la propriété privée demeure encore mal connue et difficile à saisir à nos esprits modernes.Certains y ont vu même une condamnation radicale de toute richesse ainsi qu\u2019une approbation d\u2019un régime de communauté des biens se rapprochant du communisme.Voici un ouvrage qui aidera à se faire une idée juste de cette doctrine.L\u2019introduction du R.P.Bigo, S.J., situe très bien la perspective à adopter pour bien comprendre l\u2019enseignement des Pères sur la richesse et la propriété: « Les Pères, écrit-il, constituent un maillon nécessaire dans la chaîne qui rattache cette doctrine sociale (de l\u2019Eglise) à l\u2019Evangile et ils proposent déjà les éléments qui feront l\u2019équilibre fondamental de cette doctrine.» Suivent des textes substantiels de Clément d\u2019Alexandrie, Basile le Grand, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Ambroise de Milan et d\u2019Augustin d\u2019Hippone.A fréquenter ces textes, on ne peut qu\u2019acquérir davantage le véritable esprit de l\u2019Evangile.Richard Arès.Charles Gielen: La charité demeure.Essai d\u2019une pastorale et d\u2019une spiritualité de l\u2019entraide.\u2014 Paris, Editions universitaires, 1960, 270 pp., 21 cm.Cet ouvrage « voudrait indiquer les lignes de force d\u2019une renaissance possible dans le seul domaine de nos œuvres de charité ».En le publiant à l\u2019occasion du troisième centenaire de la mort de saint Vincent de Paul et de sa fille spirituelle, sainte Louise de Marillac, l\u2019A.a voulu réussir cette gageure.Les œuvres de charité n\u2019ont pas fait leur temps, elles demeurent.L\u2019Eglise les a toujours considérées comme un de ses apostolats préférés; elles s\u2019exercent d\u2019abord dans la paroisse, cette Eglise en petit, où chacun, du plus grand au plus effacé, peut trouver son rôle.Elle met en pratique le commandement du Seigneur:\t« Aimez- vous les uns les autres.» Elle suppose la justice, entend servir et non pas asservir, comme le prétend le pessimiste Sartre; nous sommes tous frères; la charité est large comme le monde; aussi, on comprendrait mal qu\u2019elle ignore des œuvres authentiques parce qu\u2019elles sont neutres et, en certaines circonstances, leur refuse sa collaboration.Nous sommes maintenant en communication avec les hommes de partout par les moyens les plus rapides.Le communisme en profite; les chrétiens ne doivent pas l\u2019oublier.L\u2019Eglise ne l\u2019emportera que si elle renouvelle l\u2019expression de FÉVRIER 1963 son entraide.18% de la population mondiale consomment les % de la production; il y a là un déséquilibre intolérable.L\u2019Eglise en plusieurs pays a perdu la confiance de la classe ouvrière, observait tristement Pie XI.Notre conscience chrétienne doit s\u2019éveiller davantage aux problèmes que pose l\u2019entraide charitable.Ce qui manque surtout, c\u2019est l\u2019esprit de charité, car s\u2019il est encore assez facile de donner, savoir donner l\u2019est beaucoup moins.La charité doit être une « amitié vraie, un don cordial et discret aux autres de ce qu\u2019on a de meilleur en soi ».Ni saint Vincent de Paul ni Ozanam ne se sentaient bienfaiteurs de ceux dont ils s\u2019occupaient.Le P.Gielen nous invite à repenser la spiritualité de la charité et à reconsidérer nos méthodes d\u2019apostolat auprès des pauvres, en tenant compte de l\u2019évolution sociale et de la pastorale actuelles.Son exposé est pressant, convaincant.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Noël DROGAT, S.J.: Face à la faim.\u2014 Paris, Spes, 1961, 224 pp., 21 cm.Faisant suite à son précédent ouvrage Pays sous-développés et coopération technique, le P.D.aborde ici le problème plus spécifique de la faim.Cette courte synthèse claire, vivante et précise qu\u2019il nous donne du « drame du siècle », selon l\u2019expression du P.Lebret, nous arrive comme un écho retentissant de la « Vaste campagne de (la) lutte contre la faim dans le monde » déclenchée par la F.A.O.en juillet 1960.L\u2019A.ne se contente pas d\u2019éveiller la conscience universelle et de l\u2019appeler à la générosité, il démontre de façon brillante, avec multiples preuves à l\u2019appui, que si plus de deux milliards d\u2019hommes souffrent de la faim, la raison n\u2019en est pas l\u2019insuffisance de la science et de la technique mais l\u2019égoïsme humain.La première partie de l\u2019ouvrage pose le paradoxe de notre monde: pour la première fois dans son histoire, l\u2019homme peut éliminer la faim: néanmoins, il emploie le gros de ses énergies à courir à la lune.Ayant énoncé les prévisions démographiques et les possibilités d\u2019expansion de la production agricole, il établit, sans s\u2019attarder à l\u2019illusoire solution du birth control, qu\u2019un équilibre entre les deux sera possible encore longtemps.Passant en revue les différentes zones de la faim dans le monde, il nous fait distinguer carence quantitative et faim spécifique; une foule de maladies physiologiques et même psychologiques proviennent du manque de tel ou tel aliment.La seconde partie de l\u2019ouvrage montre comment vaincre la faim.Il faut recourir à la science et à la technique: accroître le rendement agricole, conserver et récupérer les sols, mieux choisir et mieux équilibrer les cultures, réduire les pertes, v.g.dues aux parasites, conquérir de nouvelles terres, améliorer l\u2019élevage, développer le rendement des pêcheries; trente pages d\u2019expériences déjà réalisées et d\u2019exemples stimulants.Les chapitres suivants insistent sur la nécessité de l\u2019action éducative; de nouvelles habitudes alimentaires ne seront acceptées que dans la mesure où elles pourront s\u2019intégrer au système existant de croyances et de valeurs.Un dernier chapitre rappelle l\u2019ampleur de l\u2019œuvre accomplie par la F.A.O.Une bibliographie sommaire excellente complète le volume.Pour reprendre une citation de la conclusion: « Bientôt s\u2019imposera le besoin de progresser vers une planification agricole, concertée à l\u2019échelle mondiale.» Livre de choc qu\u2019il ne faudrait pas recommander à ceux qui entendent continuer à dormir, nantis et bien en paix.André Marsan.Rome.Robert-E.Llewellyn (abbé): Liturgies familiales.\u2014 Québec, Editions du Pélican, 1959, 180 pp., 21.5 cm.UN beau livre écrit par un auteur sympathique.Ces pages de spiritualité s\u2019adressent surtout aux familles.A partir des sacrements et de leur contenu théologique, nous aboutissons à une vie du foyer, empreinte de charité et de bonne humeur.Créateur des Equipes de Foyers, l\u2019auteur se montre pratique; chaque chapitre comprend un exposé doctrinal, une méditation élevante et un questionnaire approprié.Nourri par les sacrements, le milieu familial avec ses joies et ses tristesses devient un oasis de paix et d\u2019amour.Plus qu\u2019un texte, ce livre est un manuel d\u2019apprentissage pour la famille chrétienne.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Georges Hourdin: Les femmes célibataires vous parlent.Coll.« A cœur ouvert ».\u2014 Paris (29, boul.de Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1962, 211, pp., 17.5 cm.Prix: 4,95 NF.Une enquête tenue en 1959 auprès des lectrices de la Vie catholique illustrée fournit la substance de ce petit livre.Deux idées appartiennent à l\u2019A.: on a, ces derniers temps, magnifié un peu trop le mariage; il convient aujourd\u2019hui de valoriser le céli- En Terre-Sainte avec les Chevaliers du Saint-Sépulcre à Pâques AVION : 24 jours $1,196 Mgr Roger Marien, C.S.VOYAGES Europe et Moyen-Orient EN BATEAU ET AVION : Du 28 juin au 25 août 1963 44, 59 ou 24 jours (abbé J.Martucci) $1,097, $1,580 ou $1,240 Portugal, Italie, Liban, Syrie, Egypte, Jordanie, Israël, Grèce, France.plus France, Monaco, Italie, Vatican, San Marino, Suisse, Autriche, Allemagne, Belgique.S'adresser à : Agence : VI.4-8817; Centre de la Bible: LA.4-1395 G.Bellefleur, 3973, rue Mentana, Montréal, LA.3-2583 53 bat non seulement religieux, mais laïque, consacré ou non à Dieu (prologue).La société doit sanctionner cette valorisation par ses coutumes et ses lois (conclusion).Le fond de l\u2019ouvrage sort de la correspondance de 500 célibataires, âgées de 30 à 75 ans, plus ou moins instruites, fortunées ou heureuses.J\u2019en dégage les données principales.Vocation (pp.100, 159, 160, 163, 187), le célibat commence, chronologiquement, vers la trentaine et, psychologiquement, lorsqu\u2019on accepte de ne pas se marier (25, 27, 178, 189).La solitude, voilà l\u2019écueil et la souffrance du célibat féminin (passim) ; à quoi s\u2019ajoute le mépris de l\u2019entourage (50, 158, 193.).On en pâtit moins lorsqu\u2019on a une profession estimable et lucrative, sa liberté d\u2019action et des chances de se dévouer, surtout à des enfants (106, 109, 186, 189.); car « la grande misère, c\u2019est de trop penser à soi » (159), et « être indispensable à quelqu\u2019un » apporte une grande joie (186).Pas de célibat honorable et épanoui sans union au Christ (128, 140, 145, 152, 158, 196-197.): «la seule vraie solitude.est absence de Dieu » (198).Qu\u2019on cesse, enfin, de centrer la formation des filles sur le mariage; qu\u2019on les éduque de manière qu\u2019elles deviennent capables de « faire leur vie » seules avec dignité (27, 34, 55, 82, 85-86, 205).Une idée discutable: le refus, par les célibataires, d\u2019associations organisées pour elles (125-128, 187, 190).Il en faut au moins une, je pense, pour plaider et gagner leur cause, vu l\u2019incompréhension générale.Mais consultez ces documents présentés avec une sympathie à la fois chaude, humble et discrète: autant qu\u2019aux célibataires, ils profiteront aux époux, même aux prêtres et aux religieux, surtout éducateurs.Ne vous dispensez pas, cependant de lire le Célibat laïc féminin, étude fouillée, savante, qui touche à tous les aspects de la question (Editions Ouvrières, Paris, Montréal, 1962, 306 pp., 22.5 cm., 15 NF.).Joseph d\u2019Anjou.Ottilie MoSSHAMER: Prêtre et Femme.Essai.Adaptation française d\u2019après extraits par Madeleine Cé et Monique de Lesseps.\u2014 Paris (17, rue Cassette, 6e), Editions Alsatia, 1961, 222 pp., 19 cm.Nous sommes en présence, non de la traduction de l\u2019œuvre originale, mais d\u2019une adaptation française faite d\u2019après des extraits.Le procédé rend le volume plus pratique aux aides des prêtres, aux assistantes paroissiales ou aux auxiliaires féminines internationales, car les soixante-quinze dernières pages leur sont consacrées; mais la première partie ou les cent quarante premières pages donnaient le goût de l\u2019œuvre dans son intégrité.L\u2019A., en effet, aborde avec maîtrise, en les illustrant par des observations perspicaces et des faits de vie éclairants, les notions du sacerdoce des prêtres comme des fidèles, de la féminité, de la virginité, de la maternité.En particulier, elle accorde une place de premier plan à la Vierge Marie, clé par excellence du mystère féminin.Le prêtre est invité à approfondir la psychologie féminine pour mieux remplir son ministère, cependant que l\u2019A.encourage la femme à regarder le prêtre avec foi, afin de mieux collaborer dans le service du presbytère ou dans l\u2019apostolat.L\u2019ensemble du volume sera utile aux prêtres et aux femmes engagées dans le service paroissial; cependant, il ne nous satisfait pas tout à fait.Encore une fois, nous aurions préféré la traduction intégrale de cet ouvrage vigoureux.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Adrienne Choquette:\tLaure Clouet.Nouvelle.¦\u2014- Ottawa, Institut littéraire du Québec, 1961, 135 pp., 19 cm.Nouvelle très simple et bien stylisée.Mademoiselle Laure vit à Québec dans une maison rangée et pleine de souvenirs.Héritière d\u2019un lourd passé, elle vieillit prisonnière d\u2019une famille et de ses coutumes bourgeoises.Douce et charitable, elle sent monter en elle un désir de rajeunissement.Elle ouvrira la maison au jeune couple, qui lui demande l\u2019hospitalité.La servante et les ancêtres n\u2019empêcheront plus l\u2019élan de la vie.Les descriptions de Québec sont évocatrices à souhait et l\u2019analyse de l\u2019âme féminine manifeste une perspicacité prénétrante.En somme, une belle illustration des dons magiques qu\u2019on recherche chez un écrivain.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Marie-Hélène Pauly:\tFleurs\tde lys, Castors et Calumets.\u2014 Montréal, Editions Beauchemin, 1958, 260 pp., 20.5 cm.LÉPOPÉE FRANÇAISE du Ouisconsin, tel < est le sujet de cette excellente étude historique.Au carrefour des Grands Lacs et du Mississipi, cette région attendait l\u2019heure de jouer son rôle.Les explorateurs saisissent vite la position stratégique et les expéditions se succèdent.Les missionnaires ardemment courent à la conquête des tribus indiennes.L\u2019aventure de Nicolet et la mission de Perrot, le martyre du Père Ménard et l\u2019apostolat du Père Allouez prennent ici toute leur dimension.Avec Jolliet et Marquette, le Wisconsin devient français.Les postes se multiplient, mais la Conquête place la région sous trois drapeaux.Alors, se développe le type « Ouisconsinien », incarné par de Langlade, Grignon et autres troqueurs locaux.La documentation riche et vaste n\u2019enlève rien à l\u2019agrément de la lecture.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Yves ThÉRIAULT: Les Commettants de Caridad.Roman.\u2014 Québec, Institut littéraire du Québec, 1961, 300 pp., 19 cm.1ES GAMINS de Caridad lancent des pierres à Herôn, sorte de mendiant difforme de cet endroit.Burlôn, un simple d\u2019esprit, se porte au secours du malheureux.Mais, chose étonnante autant qu\u2019imprévisible, Herôn fuit, courroucé, son protecteur de bonne volonté que dix hommes du bourg viennent d\u2019ailleurs en vitesse menacer de leurs couteaux.Pourquoi ?Les toutes dernières pages du volume répondent à cette question initiale, assurant au roman l\u2019intérêt d\u2019un long « suspense » et éclairant son titre.Cette histoire, présentée sous forme de trois monologues (deux d\u2019hommes, un de femme) offre, en plus du piquant de son contenu, le suc d\u2019un langage populaire primesautier et pittoresque à souhait.Mais les narrateurs semblent obsédés par les problèmes sexuels; ils y reviennent avec un appesantissement prodigieux, un acharnement vraiment rabelaisien.Cette incontinence verbale (dans les deux sens de l\u2019expression) s\u2019avère d\u2019abord récréative, mais elle finit par lasser, car elle insulte à la dignité avec son orgiaque insistance.Par ce qu\u2019elle exprime \u2014 fougue du sentiment amoureux, goût du sang et de la mort, légère pointe d\u2019ascétisme et de mysticisme -\u2014 cette œuvre incarne à sa manière l\u2019âme excessive de l\u2019Espagne et on voudrait pouvoir la recommander à tout le monde.Malheureusement, à cause d\u2019innombrables écarts d\u2019un trop libre tourbillonnement de bacchanale, cette Kermesse de Rubens (en beaucoup plus osé, sinon en priapée) n\u2019est à montrer qu\u2019aux adultes extrêmement avertis.René Daoust.Presbytère Saint-Vincent-Ferrier.Montréal.&iclaciat/ieb DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST, RUE ST.JACQUES, MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-9851 \"À VOTRE SERVICE\" SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D'IMMEUBLES FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAGÈRES et MEUBLES D\u2019ACIER Bibliothèques \u2014 Fichiers \u2014 Appuis-livres \u2014 Classeurs pour plans \u2014 Etagères vitrées pour instruments \u2014 Etagères d'entrepôt, etc.«M0NTEL Claude ROUSSEAU C.P.1 300, Montmagny, Que.et 170-1 80 est, bout.Dorchester, suite 109, Montréal, Que.\t861-7446 Estimations fournies sur demande sans obligation.54 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Raymond Veillet: Le Concile des temps nouveaux.\u2014 Paris, Spes, 1962, 96 pp., 18.5 cm.Brochure qui a le mérite de résumer, d\u2019une façon concise, les notions essentielles sur l\u2019institution conciliaire, sur le IIe Concile du Vatican, sur les moyens de nous y préparer.Exposé clair, note pastorale discrète.Collection « L\u2019Eglise en son temps » Noël DROGAT, S.J.: Le Chrétien et l\u2019aide aux pays sous-développés.\u2014 Paris (17, rue Jean-Goujon), Editions du Centurion, 1962, 140 pp.Sur le problème que l\u2019encyclique Mater et Magistra a qualifié de « peut-être le plus important de notre époque », ce petit ouvrage apporte des statistiques, des indications, un enseignement et des directives.Il répond, en somme, à la question: comment dois-je concevoir, d\u2019une manière très concrète, les formes de mon engagement personnel.Un excellent instrument de travail.Collection « L\u2019Eglise en son temps » André David, S.J.: L\u2019esprit qui est en l\u2019homme.¦\u2014¦ Paris (17, rue Jean-Goujon), Editions du Centurion, 18 cm., 128 pp.Il s\u2019agit de courtes émissions télévisées.A signaler celles de la deuxième partie qui sont des rencontres avec des représentants d\u2019autres religions: bouddhisme, judaïsme, islam, protestantisme, orthodoxie.Un modèle du genre.Revue de l\u2019enseignement supérieur \u2014 Paris (13 du Four), « Les recherches spatiales », n03 3-4, 1962.Numéro spécial.Principaux articles: « Stimulation des techniques par la recherche spatiale », « La fusée au service de la recherche aéronautique », « Les satellites artificiels », « Les télécommunications par satellites », « L\u2019avènement du droit de l\u2019espace et ses problèmes actuels », etc.Nous vous louons, ô Maître de l\u2019Univers.\u2014 Zurich, Thomas-Verlag, 32 pp.Recueil de prières selon la liturgie de saint Jean Chrysostome et de quelques écrits anonymes.Abbé Henri Bisonnier: Introduction à la psychopathologie pastorale.\u2014 Paris (33, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 144 pp.Ces notes de psychopathologie pastorale étudient l\u2019attitude que le prêtre doit adopter face aux malades mentaux.Comme l\u2019écrit, dans la préface, le Dr Rousset, « qui aura assimilé cet ouvrage pourra, je crois, se sentir à l\u2019aise devant un malade ou un infirme psychique, avec le sentiment de pouvoir lui être utile ».FÉVRIER 1963 Jean-Maurice Bonin, Montfortain: Consécration à Marie et promesses baptismales selon saint Louis-Marie de Montfort.\u2014 Montréal (4000, rue Bossuet), Editions Montfortaines, 68 pp.Cette dissertalio ad lauream expose les rapports qui existent, selon saint Louis-Marie de Montfort, entre la consécration de soi-même à la sainte Vierge et les promesses baptismales.Le travail est bien mené, clair et convaincant.Adrien Pouliot, S.J., et Silvio Dumas: Le Vrai Sens de l\u2019exploit du Long-Sault.\u2014 Québec, Revue de l\u2019Université Laval, 1962, 82 pp.Recueil d\u2019articles parus dans la Revue de V Université Laval.Les AA.répondent aux objections faites par certains historiens contre l\u2019authenticité et la grandeur de l\u2019exploit du Long-Sault.Joseph COSTISELLA: Le Scandale des écoles séparées en Ontario.\u2014 Montréal (1130 est, rue Lagauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1962, 124 pp.Dossier troublant, bourré de faits qui, tous, tendent à démontrer l\u2019existence d\u2019un racisme antifrançais.L\u2019A.écrit: « L\u2019Etat provincial de l\u2019Ontario oblige les Français d\u2019Ottawa à apprendre leur langue maternelle comme si elle était une langue étrangère.Il n\u2019est donc pas étonnant que la culture française disparaisse rapidement.» Pour renforcer sa thèse, il publie une traduction française du texte de l\u2019article de M.Blair Fraser paru dans MacLean s du 28 mai 1955.Certaines imputations vont loin et haut, et l\u2019on se demande jusqu\u2019à quel point l\u2019A.pourrait en démontrer le bien-fondé, mais dans l\u2019ensemble le dossier est écrasant.Collection « Les idées du jour » Michel Brochu F Le Défi du Nouveau-Québec.\u2014Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1962, 160 pp.Les lecteurs de Relations connaissent bien Michel Brochu et la cause du Nouveau-Québec qu\u2019il a défendue avec tant de ténacité dans notre revue.Ils retrouveront dans ce volume des Editions du Jour la même documentation minutieuse et les mêmes heureuses suggestions à propos du défi que pose le Nouveau-Québec au vieux Québec.¦ Fernand Lelotte, S.J.: Veux-tu mieux étudier?Indications pratiques.\u2014 Bruxelles (184, rue Washington), Editions « Foyer Notre-Dame »,\t1962, 64 pp.Brochure présentant une série d\u2019indications pratiques pour mieux étudier et s\u2019adressant principalement aux garçons de 14 à 17 ans.L\u2019A.écrit dans son introduction: « Je me propose de voir avec toi quelles « forces » il faut accumuler et quelles méthodes de travail il est utile d\u2019employer pour obtenir le meilleur rendement.» C'est au pied du mur qu\u2019on voit le maçon .et c\u2019est à ses travaux qu\u2019on juge une maison spécialisée en chauffage-plomberie, comme la nôtre.Nos travaux ne se comptent plus pour les églises, maisons d'enseignement, hôpitaux, édifices commerciaux et industriels, particuliers.Nos équipes de techniciens et d\u2019ouvriers spécialisés connaissent leur affaire, et leur concours est apprécié dans les provinces voisines.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada ooo ooo ooo ooo CHAUFFAGE-PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL La haute Fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P.( secr.-trés.(Strictement en gros) Le temple de la lumière BÉLAND 7152, fcoul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* 55 A vec ou ôanô comm en teut25 LOUIS VEUILLOT ET LA LIBERTE En voyant le nom de Louis Veuillot accolé à celui de liberté, quelques-uns de nos lecteurs éprouveront, sans doute, de la difficulté à retenir un geste d\u2019agacement : « Pourquoi, diront-ils, exhumer ce prototype des intransigeants et citer, dans votre revue, le témoignage de ce prince des intégristes ?» La réponse est facile : l\u2019idée n\u2019est pas de nous, elle appartient à certains journalistes qui s\u2019obstinent ¦\u2014\u2022 et un cas tout récent nous en a été fourni par un quotidien de Montréal \u2014 à attribuer à Louis Veuillot la fameuse phrase par laquelle s\u2019exprimerait la duplicité de l\u2019intégrisme catholique : Quand nous sommes en minorité, nous vous demandons la liberté au nom de vos principes, quand nous sommes en majorité, nous vous la refusons au nom des nôtres.Il faut reconnaître que nos journalistes ont, en la personne de Jules Ferry, un illustre ancêtre.Il y a déjà près d\u2019un siècle, il résumait en cette phrase la position de certains catholiques à l\u2019égard de la liberté et il attribuait la phrase à Louis Veuillot.Celui-ci, alors en guerre avec les catholiques libéraux, écrivit, dans /\u2019Univers du 6 juin 1876, un article intitulé « De la liberté.Réponse à une fausse citation de M.Jules Ferry.» En voici quelques extraits, où le polémiste explique clairement ses positions : M.Jules Ferry a rencontré le succès à la tribune en m\u2019attribuant une phrase qui déchire, selon lui, tous les voiles de la tortuosité catholique: « Quand les libéraux sont au pouvoir, nous leur demandons la liberté parce que c\u2019est leur principe, et, quand nous sommes au pouvoir, nous la leur refusons parce que c\u2019est la nôtre.» Le sincère orateur a été couvert d\u2019applaudissements par son parti qui ne ment jamais.Pour le cas où M.Ferry voudrait renouveler la fête, je l\u2019avertis que cette parole « profonde » n\u2019est pas de moi.Elle appartient à M.de Montalembert, lequel a laissé croire qu\u2019il me l\u2019imputait, malgré son invraisemblance.Montalembert devenu libéral ne méprisait pas autant qu\u2019il l\u2019aurait dû tous les mauvais petits procédés oratoires.Un jour, étant de mauvaise humeur, il lui plut de résumer ainsi les sentiments qu\u2019il lui plaisait de nous attribuer.Je crois pourtant que la tournure était moins lourde, et je soupçonne M.Ferry d\u2019y avoir touché.Quoi qu\u2019il en soit, les catholiques libéraux trouvèrent que c\u2019était tout à fait cela.Ils firent circuler le portrait en le déclarant authentique.Désormais c\u2019est une bonne pièce pour un dossier d\u2019otage.J\u2019ai écrit quarante ans, et il ne restera peut-être de moi que cette parole, que je n\u2019ai pas prononcée et qui me paraît médiocrement française.J\u2019en serais fâché si j\u2019étais de ceux qui aspirent à l\u2019Académie; mais je sais m\u2019accommoder des aventures que notre temps ménage à mon espèce, et je pense que je finirai par mourir tout de même, quoique chargé d\u2019une phrase de Montalembert plombée par M.Jules Ferry.Je proteste uniquement pour l\u2019amour de la vérité.J\u2019observe en outre que je n\u2019ai pas demandé la liberté aux libéraux « au nom de leur principe ».Je l\u2019ai demandée et je la demande, parce que c\u2019est mon droit.Une autre preuve que ce n\u2019est pas moi qui ai fourni à M.de Montalembert, et par suite à M.Jules Ferry, la matière de ce résumé, c\u2019est qu\u2019après m\u2019avoir fait parler du principe des libéraux, on me fait supposer la manière dont les catholiques doivent se conduire lorsqu\u2019ils sont au pouvoir.Les rédacteurs de Y Univers n\u2019ont jamais eu beaucoup à réfléchir sur cette éventualité; le temps de notre pouvoir ne nous a jamais paru prochain.Je me suis borné toute ma vie à essayer de donner à quelques-uns de mes contemporains l\u2019amour de la liberté et à leur en faire comprendre les conditions.Je ne me suis jamais occupé de ce que je saurais faire de moi-même lorsque je serais au pouvoir, ou lorsque mes amis s\u2019y verraient.Je vous demande pardon d\u2019en dire si long sur une billevesée catholique-libérale ramassée par M.Jules Ferry, qui en fait la partie brillante et probante de son discours contre la liberté d\u2019enseignement.Le 12 juin, M.Eugène Veuillot ajoutait ce post-scriptum à l\u2019article de son frère, absent : Nos lecteurs désirent probablement connaître la réponse de M.Jules Ferry au démenti si net que le rédacteur en chef de Y Univers lui a infligé.Il n\u2019y a pas de réponse de M.Ferry.Ce comparse du 4 septembre., convaincu d\u2019avoir cité à faux, se tait.Bien qu\u2019il eût affirmé l\u2019authenticité de son texte apocryphe, le citant en homme qui a puisé aux sources, nous pouvions d\u2019abord, et nous l\u2019avons fait, lui accorder le bénéfice de l\u2019ignorance, auquel il a toujours droit; mais son silence devant l\u2019article de M.Louis Veuillot prouve sa mauvaise foi, et de l\u2019erreur possible fait un mensonge obstiné.(Louis Veuillot: « Œuvres complètes », édition Lethielleux, Mélanges, tome XIII, pp.332 à 336.) L\u2019année suivante, en 1877, M.Jules Simon reprit la même phrase et s\u2019attira de /\u2019Univers la riposte suivante, en date du 30 mars : M.Simon, voulant amuser ses auditeurs, leur a conté qu\u2019un homme « d\u2019infiniment d\u2019esprit », mais pourtant catholique, s\u2019expliquant sur la liberté, avait dit à ses interlocuteurs libéraux: Dans l\u2019opposition, je vous demande la liberté, parce qu\u2019elle est votre principe; au pouvoir, je vous la refuse, parce qu\u2019elle n\u2019est pas le mien.Nous ne connaissons pas cet homme d\u2019esprit.Mais nous savons que le propos a été démenti avec toute la raideur désirable, et que l\u2019inventeur n\u2019a pas insisté.(Cf.Mélanges, tome XIV, p.9.) * * * Ce rappel historique mettra-t-il fin à la légende qui se colporte et qui tend à s\u2019accréditer depuis quelque temps chez nous?Il faudrait être naïf pour le croire.En ce moment, la légende fait trop l\u2019affaire de trop de gens.Louis Veuillot, d\u2019ailleurs, a le dos large et, après avoir été longtemps considéré chez nous comme l\u2019orgueil de sa profession, il n\u2019est pas loin d\u2019en être maintenant devenu le mouton noir.Aussi, comme il l\u2019écrivait lui-même, protestons-nous « uniquement pour l\u2019amour de la vérité ».\t LAVALLEE, BEDARD, LYONNAIS,\tGASCON & ASSOCIES Comptables agréés\t Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tLionel Gascon, C.A.Jean Lussier, C.A.\tPaul-L.Noiseux, C.A.Jacques Desmarais, C.A.\tRené Sénécal, C.A.David Crockett, C.A.\tMaurice Saint-Louis, C.A.Marcel Demers, C.A.\tPaul Hébert, C.A.Pierre Bédard, C.A.\tRaymond Fontaine.C.A.André Lussier, C.A.\tJacques Bouvette, C.A.10 est, rue SAINT-JACQUES\tTROIS-RIVIÈRES MONTRÉAL \u2014 Tél.: UN.1-6325\tSHERBROOKE 56\tRELATIONS NOUVEAUTÉS Du rôle de l\u2019Etat dans un Québec fort par le P.Richard ARÈS, S.J.$0.25 l\u2019exemplaire ?Propos spirituels d\u2019un psychiatre par le P.Henri Samson, S.J.$3.50 l\u2019exemplaire L\u2019Éducation, problème social Compte rendu de la XXXVIIIe session des Semaines sociales du Canada.$3.50 l\u2019exemplaire LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11 CONSERVEZ J^elationâ Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes, au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1962.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d\u2019expédition Ecrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 DU.7-2541 nwi .itnr.=ini.=inr ihe Banque Canadienne Nationale Situation au 30 novembre 1962 PASSIF Envers le public : Dépôts.$795,788,209 Divers.5,615,787 $801,403,996 Envers les actionnaires: Capital, réserve et profits inaffectés.46,209,795 $847,613,791 ACTIF Disponibilités de caisse.$118,633,893, Valeurs de gouvernements canadiens (dûment amorties) et autres obligations et actions, ne dépassant pas le cours actuel.241,657,331 Prêts commerciaux et autres avances.473,756,964 (déduction faite des provisions pour pertes éventuelles) Immeubles sociaux et divers.13,565,603 (déduction faite des amortissements)\t_____________ $847,613,791 COMPTE PROFITS ET PERTES Profits nets de l'exercice finissant le 30 novembre 1962, déduction faite du versement au Fonds de pension du personnel, de l'amortissement des immeubles sociaux, de la provision pour l'impôt sur le revenu et des affectations aux réserves latentes à même lesguelles il a été pleinement pourvu aux créances mauvaises et douteuses et aux moins-values du portefeuille\t\t$\t3,484,085 Dividendes\t\t\t2,200,000 Report à nouveau\t\t$\t1,284,085 Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1961\t\t\t925,710 \t$\t2,209,795 Porté au Fonds de réserve\t\t\t2,000,000 Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1962\t\t$\t209,795 Provision pour l'impôt sur le revenu $4,575,000 FONDS DE RÉSERVE Solde au 30 novembre 1961.$ 34,000,000 Transport du compte Profits et Pertes.2,000,000 Solde au 30 novembre 1962.$ 36,000,000 Le président, ULRIC ROBERGE Le gérant général, LOUIS HÉBERT =)0C IQŒ= marabout Collections NAPOLEON ET SON TEMPS le dossier Napoléon Jftjm Burmit G.H.Dumont Emile Waaty SUR LA SELLETTE Conçu dans un esprit neuf, le \u201cDossier Napoléon\" est, par excellence, l\u2019ouvrage qui doit intéresser tout le monde, car il brasse une somme de documents, de témoignages et de révélations sans précédent, En fait, plusieurs spécialistes-deux historiens et un expert militaire particulièrement - ont fait subir un impitoyable interrogatoire à Napoléon, sa famille, ses intimes, ses collaborateurs et ses ennemis.Tous ont livré ce qu\u2019ils savaient de l\u2019Empereur et ont permis de constituer, comme pour un procès, un dossier complet, impartial et révélateur! Il s\u2019en dégage une physionomie nouvelle de Napoléon, plus humaine, plus proche de la vérité que celle transmise par la tradition.(Marabout Université - Prix suggéré : 1,95 $).Des chefs-d\u2019œuvre dans un écrin 8fflU9ÎHH)U! MmBOUT g é a T £ XT E IH T £ 0 R A t ROBINSON ' CRIJSOÊ L\u2019exploit d\u2019un auteur Marabout Robert Stenuit, l\u2019homme-grenouille belge qui a passé 27 heures sous la mer, par 73 mètres de fond, est également un écrivain remarquable, Il vient de publier dans Marabout Junior un saisissant documentaire sur les recherches sous-marines : \u201cLa chasse aux galions\u201d (J.233) Pour occuper ses loisirs au fond de la Méditerranée, Robert Stenuit lisait encore des ouvrages où il pouvait trouver l\u2019occasion de nouvelles aventures.Car la chasse au trésor est loin d\u2019être close et si les plongées de la baie de Vigo, à la recherche des fabuleuses richesses que contenaient les galions sabordés, n\u2019ont pas porté les fruits que l\u2019on pouvait espérer, l\u2019homme-grenouille est déjà prêt pour de nouvelles expériences passionnan- Une grande œuvre n\u2019a pas de limites propres et elle ne nous touche, la plupart du temps, que chargée de l\u2019émotion, de l\u2019admiration de plusieurs générations et entourée d\u2019éléments qui ne font pas partie de l\u2019œuvre, mais qui contribuent à nous la rendre proche.C\u2019est pour cette raison que nous avons décidé de replacer les grands chefs-d\u2019œuvre dans leur plus fastueux décor et de remettre envoguelesplusgéniaux illustrateurs.Quelle révélation ! Le talent des Gustave Doré, des Johannot, des Gavarni ou des Grandville dépasse de loin l\u2019art du dessin.Il est fait d\u2019une sensibilité et d\u2019une intelligence des textes incomparables.Il n\u2019y a jamais eu de meilleur lecteur de \u201cDon Quichotte\u201d (Gi 4 ***) que G.Doré et personne n\u2019a mieux vu \u201cRobinson Crusoé\u201dque Grandville (Gi 5****).Désormais, vous ne pourrez plus évoquer ces chefs-d\u2019œuvre sans leur associer leurs inoubliables illustrations, (Marabout Géant illustré.Prix suggéré: *** 1,50 $ **** 1,95 $).tes au cours desquelles il tentera de ramener à la surface les fabuleux trésors perdus de pirates ou de corsaires, Sa \"Chasse aux galions\" est en tout cas, de par la performance qu\u2019il décrit et le suspense qu\u2019il contient, un des Marabout Junior les plus exaltants, (Marabout Junior.Prix suggéré: 0,65 $).Distributeur général pour les Amériques : D.KASAN - 226, Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.JUàJll .6400-iôe AVENUE ROSEMONT ¦Ui Lii "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.