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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1963-04, Collections de BAnQ.

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[" AVRIL 1963 N« 268 REVUE DU MOIS MONTRÉAL MONTREAL 50* re du budget scolaire \u2022Emile GINGRAS Guerre et Pain Le laicat Luigi d'APOLLONIA Raymond BOURGAULT Le fait français à Montréal Richard ARÈS Le scandale de l'Église ¦ ¦ ¦ .M.MARCOTTE Alain Bosquet et la poésie canadienne ¦ ¦ ¦ ¦ R.DIONNE L'enjeu des élections »¦¦¦¦¦¦¦¦¦ ÉDITORIAL SOMMAIRE Avril 1963 r Éditoriaux.85 L'enjeu des élections: un gouvernement qui gouverne.\u2014 Jean XXI11, nos évêques et VAmérique latine.\u2014 Démocratie en péril.Articles Le laïcat.Raymond Bourgault 87 L\u2019équilibre du budget scolaire .\t.Paul-Émile Gingras 91 Guerre et paix.Luigi d\u2019Apollonia 94 Le fait français à Montréal.Richard Arès 96 Le scandale de l\u2019Église.Marcel Marcotte 99 Alain Bosquet et la poésie canadienne .René Dionne 101 Chroniques Au service du français: Bilinguisme ou métissage?.J.d\u2019Anjou 104 Le théâtre: Patate.\u2014 Irma-la-Douce.\u2014 Le Marchand de Venise.Georges-Henri d\u2019Auteuil 105 Au fil du mois.107 L\u2019ACELF va de l\u2019avant.\u2014 La bienheureuse Elisabeth Seton.\u2014 Après la Semaine de l\u2019Éducation.\u2014 « Inquisition »: un téléthéâtre réussi.\u2014 Bravo, monsieur Paré! \u2014 Le Festival d\u2019ouverture de la place des Arts.\u2014 Charmes du bilinguisme.\u2014 Littérature antistalinienne.CIGARETTES h EXPORT II Les livres BOUT UNI OU FILTRE Notes bibliographiques 114 A J^elationâ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication. XXIIIe année N° 268 Avril MONTRÉAL ÉDITORIAUX IPenjeu des élections : un gouvernement qui gouverne UN GOUVERNEMENT QUI GOUVERNE, voilà quel est actuellement le premier et le plus grand besoin du Canada, le véritable et principal enjeu du vote du 8 avril.Le pays est en crise: le chômage et la misère ameutent une large partie des classes populaires et le mécontentement qui gronde au Québec menace l\u2019existence même de la Confédération canadienne.Il faut, en l\u2019occurrence, au pays, non pas tant un gouvernement fortement majoritaire \u2014 une expérience toute récente a démontré que ce ne sont pas nécessairement les gouvernements largement majoritaires, ni même majoritaires, qui gouvernent le plus et le mieux \u2014, non pas tant un gouvernement stable pour longtemps \u2014- une trop grande stabilité, notre histoire politique nous l\u2019apprend, porte souvent un gouvernement à l\u2019immobilisme et à l\u2019inertie, \u2014 mais bien un gouvernement qui gouverne, c\u2019est-à-dire qui administre avec compétence et efficacité les affaires du pays, de façon à ce qu\u2019il en résulte le maximum de prospérité permise dans les circonstances, et qui aussi dirige, oriente, stimule une collectivité d\u2019hommes liés par un même destin, de manière à les faire, dans le respect de tous, non seulement coexister, mais progresser ensemble dans la poursuite d\u2019objectifs communs.Dans les circonstances actuelles, il est clair que seul un gouvernement de cette nature peut sauver le Canada du désastre, ou du moins s\u2019attaquer de front aux graves problèmes qui l\u2019assaillent.Il faut un gouvernement qui gouverne pour trancher avec sagesse et prudence l\u2019épineux problème des armes nucléaires, lequel, soit dit en passant, n\u2019est pas la principale question qui se pose à l\u2019électorat durant cette campagne.Il faut un gouvernement qui gouverne pour remettre en ordre et en marche l\u2019économie canadienne, qui ne sait plus pour quoi et pour qui elle fonctionne, ni où elle doit aller.Il faut un AVRIL 1963 gouvernement qui gouverne afin de réparer les lézardes croissantes dans l\u2019édifice confédératif et pour lui redonner une base nouvelle, acceptable à tous.Nous aurons un gouvernement qui gouverne si l\u2019électorat canadien, le 8 avril, nous le donne.Il ne nous le donnera pas si, en grand nombre, les électeurs indécis s\u2019abstiennent, si la majorité d\u2019entre eux cèdent avant tout, en votant, à l\u2019esprit de parti ou à l\u2019appât des avantages matériels qu\u2019on leur promet à profusion, comme si toute promesse électorale de ce genre ne se payait pas, en définitive, avec l\u2019argent des contribuables.Avant tout, il faut élire des hommes sérieux, hardis, ayant des idées et capables de les faire valoir: les meilleurs hommes au service des idées estimées les plus justes.Le discernement n\u2019est pas aisé.Rarement, vote nous aura demandé, autant que celui du 8 avril, une telle dose de bon sens et de saine raison.Pour le Canada et pour les électeurs, il faut espérer que, ce jour-là, la raison éclairée prévaudra.Jean XXIII, nos évêques et P Amérique latine TL Y A TROIS ANS, en réponse aux invitations pressantes de Jean XXIII, les évêques du Canada adressaient à leurs fidèles une lettre collective « sur la coopération apostolique Canada-Amérique latine », et leur désignaient ce continent « comme le champ qui entre tous » s\u2019imposait à leur apostolat extérieur.Semblable appel ne s\u2019était jamais fait entendre au pays.Or, Jean XXIII vient leur dire aujourd\u2019hui sa joie et sa reconnaissance pour le « zèle prompt et généreux » avec lequel ils se sont mis à la tâche.Lorsque Nous pensons aux projets qu\u2019en ces derniers temps surtout vous avez réalisés avec le concours du clergé et du peuple canadiens, Nous ne pouvons pas ne pas en tirer un doux réconfort.Car un nombre remarquable de religieux 85 et religieuses, de nombreux prêtres et plusieurs laïcs, enflammés du zèle des âmes, ont quitté spontanément leur pays pour aller travailler dans les diocèses de ce continent.Leur magnifique empressement a déjà produit une abondante moisson de fruits apostoliques.Il y a des vérités, toutefois, qu\u2019il est indispensable de répéter, des clous qu\u2019il faut à coups redoublés enfoncer: le clergé de l\u2019Amérique latine est débordé.Jean XXIII rappelle que la population de l\u2019Amérique latine monte en flèche, et qu\u2019il faudra un long temps avant que le nombre de vocations y suffise à chaque pays.Une simple comparaison des effectifs religieux de nos diocèses avec ceux de l\u2019Amérique latine montre, noir sur blanc, combien la situation reste, en effet, douloureuse.Prenons deux diocèses de l\u2019Église du Québec et deux de l\u2019Amérique latine, aux populations sensiblement égales: Montréal et Bogota (Colombie), Québec et Quito (Ecuador).Les statistiques dont nous faisons état sont tirées de YAnnuario Pontificio 1962.\tMontréal\tBogota\tQuébec\tQuito Population\t\t1,650,000\t1,650,000\t673,261\t710,000 Catholiques\t\t1,281,652\t1,630,000\t661,502\t705,000 Paroisses\t\t241\t147\t300\t80 Prêtres diocésains\t1,090\t204\t1,052\t151 Séminaristes\t\t221\t78\t128\t41 Prêtres religieux.\t987\t525\t392\t213 Religieuses\t\t8,761\t3,201\t7,900\t770 Écoliers\t\t235,000\t75,000\t65,000\t29,800 Puisque c\u2019est le Seigneur qui demande des ouvriers pour sa vigne, laïques ou prêtres, il faut les lui envoyer et lui en préparer.Comment ne pas admirer l\u2019œuvre de la plupart de nos diocèses du Québec, de bon nombre de communautés qui, au prix d\u2019efforts très méritoires et puisant même à leur pauvreté, secourent de leurs prêtres et de leurs aumônes les diocèses de là-bas?Quelle joie aussi d\u2019apprendre que, touchés par l\u2019appel du Pape, les dirigeants de la Croisade eucharistique feront faire aux croisés et croisillons, cadets et cadettes, qui sont 500,000, le tour apostolique des pays de l\u2019Amérique du Sud, pendant toute l\u2019année prochaine! Belle croisière qui, à l\u2019aube, leur découvrira de nouveaux horizons.J\u2019avais faim, et vous m\u2019avez donné à manger.J\u2019avais soif, et vous m\u2019avez donné à boire.Les petits comprendront, comme tout naturellement, que cette faim et cette soif ne s\u2019appliquent pas aux seuls néces-cités du corps, à ce que les grandes personnes appellent les problèmes économiques et politiques, qu\u2019il faut sans doute aider à résoudre, mais qu\u2019il importe aussi de dépasser en essayant de voir les choses comme les voit Dieu.La partie qui se joue en Amérique latine prend l\u2019allure d\u2019un défi spirituel.Il y va de tout un continent, d\u2019un tiers de la population baptisée de l\u2019univers.Inutile d\u2019enfler la voix: c\u2019est le problème catholique de l\u2019heure.Démocratie en péril T\u2019AFFAIRE DES FAUX CERTIFICATS ou des bulletins de vote découverts quelques jours avant la consultation électorale provinciale de novembre dernier demeure sub indice.Mais les conclusions de l\u2019enquête du juge Blain, ajoutées aux péripéties sensationnelles des auditions et aux révélations étonnantes des témoins, appellent déjà l\u2019indignation commune devant ces procédés qui vont à fausser un des ressorts essentiels de la démocratie.Le suffrage universel, en effet, qui est la forme actuelle de la délégation du pouvoir politique, sera complètement dévalorisé le jour où l\u2019information qui l\u2019appuie et l\u2019oriente aura perdu elle-même sa capacité de réfléchir la réalité.Autant que les putsch militaires, les putsch publicitaires, tels que la dénonciation orchestrée à point nommé de faux scandales, risquent de mettre en doute un jour la légitimité des gouvernements que nous aurons apparemment élus mais qui en fait nous auront été imposés.En justice commutative et en droit tout court, la fausse représentation annule les contrats.Il peut en être de même quand il s\u2019agit de la représentation du peuple électeur.Aussi la magistrature tout entière, de bas en haut, doit-elle se montrer juste mais rigoureuse dans sa fermeté à punir les abus prouvés en cette matière.Les procureurs de la Couronne, aux dépens même de leur allégeance de parti ou de quelque camaraderie, doivent s\u2019employer avec toute l\u2019intelligence et la diligence dont ils sont capables, à découvrir les coupables et à mettre à nu leurs subterfuges.C\u2019est l\u2019heure où la Couronne, toujours distincte du parti au pouvoir, prend toute sa signification.Il s\u2019agit de garder un sens à la démocratie et la dignité humaine à notre civilisation.18 mars 1963.La presse catholique et la mission de l'Église Mais Nous devons dire, vous devez dire par vos actes et par votre présence toujours plus grande, que la presse coopère à la mission de l\u2019Eglise, non pas tant dans la mesure où elle fait place à l\u2019information religieuse, fût-elle très heureuse et encourageante, que dans la mesure où elle est fidèle à la doctrine sacrée, s\u2019en inspire de manière à pouvoir former l\u2019esprit des lecteurs, en leur offrant de sûres directives, des jugements sérieux, des indications claires.Et tout cela, particulièrement en ce qui concerne certaines questions plus importantes que Nous tenons à citer: liberté de l\u2019Eglise; sainteté du mariage comme sacrement qu\u2019il faut défendre contre toute légèreté et frivolité corruptrices; droits de l\u2019école chargée d\u2019instruire et d\u2019éduquer chrétiennement; action catholique destinée à étendre l\u2019action apostolique du clergé; richesse de la doctrine sociale, intègre et pure, non seulement proclamée, mais intimement acceptée et appliquée dans toute son extension.(S.S.Jean XXIII, Aux journalistes catholiques, le 27 janvier 1963.) 86 RELATIONS LAÏQUE, LAÏCITÉ, LAÏCISME, LAÏCAT\u20141V LE LAÏC A T Raymond BOURGAULT, S.J.1E RADICAL LAÏC - reçoit les trois principaux suffixes nominaux -ité, -isme, -at, qui expriment J respectivement la qualité, le mouvement, l\u2019état.La laïcité est une qualité de l\u2019État non confessionnel, le laïcisme est un mouvement de l\u2019École aristocratique, le laïcat est un genre de vie de l\u2019Église militante.Il nous reste à soumettre à l\u2019analyse cette dernière notion et à mettre en évidence les rapports qu\u2019elle entretient avec les deux autres: il apparaîtra bientôt que la réalité qu\u2019elle désigne est la riposte au défi que la laïcité et le laïcisme lancent à la religion.Fidèle à notre point de départ étymologique, nous montrerons successivement comment le laïcat est une promotion du laos antique, une sublimation de l\u2019esprit guerrier et un haut lieu du combat spirituel.Promotion du laos La plus ancienne humanité semble bien avoir été pacifique.Faite d\u2019une poussière de petites bandes de cueilleurs-chasseurs nomadisant, chacune sur un territoire immense qu\u2019elle occupait en exclusivité, elle livrait au monde animal et à la nature une guerre harassante qui épuisait en peu d\u2019années ses meilleurs sujets et leur enlevait d\u2019ordinaire le temps et le goût de s\u2019attaquer aux autres hommes.Mais depuis le Néolithique au moins, la pratique intense de la pêche, de l\u2019agriculture et de l\u2019élevage inaugura une première et importante différenciation parmi les hommes.Il y eut désormais ceux qui continuaient à vivre libres et besogneux dans le monde infini des steppes arides, parasites d\u2019un gibier toujours plus rare, et ceux que la production de nourriture enrichissait et sécurisait.Parmi ceux-ci, les pasteurs de porcs, d\u2019ovins et de bovins, puis d\u2019ânes et de chevaux, durent apprendre à résister aux prédateurs, et c\u2019est ainsi que certains d\u2019entre eux devinrent des gardiens et des guerriers, à charge seulement pour les éleveurs-agriculteurs de les faire vivre pendant qu\u2019eux-mêmes s\u2019occuperaient de la défense du groupe.Cette disposition finit par être sanctionnée par un pacte sacré et un sacrifice, et des spécialistes du rituel furent chargés de célébrer périodiquement l\u2019alliance et de veiller à l\u2019adapter aux conditions nouvelles.Ainsi dut se constituer la grande famille des peuples de langue indo-européenne avec cette admirable structure trifonctionnelle que les travaux de Georges Dumézil ont si bien mise en lumière: au sommet, les prêtres; au milieu, les guerriers; au bas, les nourriciers.Mais cette structure était idéale et elle ne pouvait régir les relations entre les membres des diverses fonctions qu\u2019aussi longtemps que ceux qui étaient en situation de la maintenir devant les esprits, \u2014 les prêtres, \u2014 s\u2019appliquaient à l\u2019adapter aux circonstances changeantes, et que ceux qui devaient en bénéficier cultivaient les vertus propres de leur état.Difficile et précaire équilibre! En Inde et en Iran, avec le triomphe des brahmanes et des disciples de Zoroastre, les fonctions se durcirent en classes sociales et celles-ci en castes fermées; la caste sacerdotale confisqua à son profit la fonction guerrière et élabora la doctrine en définitive ruineuse de la non-violence.A l\u2019autre bout du monde indo-européen, la Germanie tendait au contraire à absorber la fonction sacerdotale dans la fonction guerrière, avec la force pour seule loi et le surhomme pour idéal.Entre ces extrêmes, la Russie soviétique officielle semble tenir au rêve marxiste d\u2019une société sans classe et homogène, faite uniquement de travailleurs humanisant la nature et naturalisant l\u2019humanité.Cependant, la structure idéale, si bien fondée en nature, n\u2019a pas cessé de solliciter la conscience de l\u2019humanité historique.Dès l\u2019antiquité, on la voit resurgir dans la République de Platon, qui conçoit la cité juste comme composée de gouverneurs, de gardiens et de laboureurs-artisans.Au IXe siècle de notre ère, c\u2019est elle qui inspire Alfred le Grand quand il déclare: «Un roi a besoin d\u2019hommes de prière, d\u2019hommes de guerre et d\u2019hommes de travail.» Et c\u2019est encore à elle que se réfère ce prédicateur hargneux du xive siècle qui coiffe la formule d\u2019une pointe maligne: « Dieu a fait les clercs, les chevaliers et les laboureurs, mais le démon a fait les bourgeois et les usuriers.» On sait enfin que l\u2019Ancien Régime s\u2019est achevé avec la dernière assemblée des États généraux, c\u2019est-à-dire du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-État.Pourtant l\u2019idéal ne meurt point, et la période contemporaine est en train d\u2019élaborer la formule peut-être définitive de la structure, désormais plus humaine que naturelle et plus divine qu\u2019humaine: l\u2019Église, l\u2019École, l\u2019État.C\u2019est ici qu\u2019apparaît le rôle du laïcat chrétien.Car le xixe siècle et la première moitié du xxe ont été occupés à dégager les pures essences de l\u2019État et de l\u2019École par le moyen de la laïcité et du laïcisme.Mais la question se pose maintenant de savoir jusqu\u2019à quel point il est souhaitable de laïciser.N\u2019est-il pas préférable de laisser ceux que cela regarde sanctifier de larges secteurs de l\u2019existence pour qu\u2019elle redevienne authentique?Le binôme du sacré et du profane peut-il sans danger être réduit à l\u2019un de ses termes ?Si l\u2019Occident échoue à inventer la réponse, c\u2019est toute l\u2019humanité qui, pour longtemps peut-être, manquera de structure et sera livrée à l\u2019anarchie.Le laïcat chrétien est ce qui peut apporter cette réponse.Et la raison en est qu\u2019il sera peut-être bientôt le seul à conserver l\u2019indispensable esprit guerrier.En effet, la laïcité et le laïcisme semblent caresser un même espoir: il ne devrait pas y avoir de guerres, et surtout pas de guerres de religions.Tout irait mieux si la religion n\u2019intervenait pas dans les structures de la cité et du savoir, et même dans celles de la conscience; un jour viendra où il n\u2019y aura plus de clercs ni de religions, où le monde enfin rationnel sera délivré de toute aliénation et jouira d\u2019une paix définitive.AVRIL 1963 87 Mais l\u2019humanitarisme qui incite de bons esprits à anticiper ainsi l\u2019élimination de la guerre les force à se déprendre en même temps de toute attache au laos antique, au groupe des hommes d\u2019armes qui se portaient à la défense de la communauté et de sa foi.Et comme ils envisagent une époque où la guerre ne sera plus, c\u2019est à un temps où il n\u2019y aura plus de laïcité ni de laïcisme qu\u2019ils sont forcés de songer, s\u2019interdisant par là de se penser et de se prévoir autrement qu\u2019en se néantissant.Peut-être ont-ils raison, la laïcité de l\u2019État mondial et le laïcisme de l\u2019École marquant la fin des guerres nationales ou impériales et l\u2019apaisement des conflits scolaires et idéologiques.Pourtant il reste un résidu de vérité dans le laos préchrétien que le rêve de paix universelle, même réalisé, ne parviendra sans doute pas à entamer.Déboutée peut-être des relations politiques et culturelles, la guerre subsistera au fond des cœurs, et l\u2019humanité aura encore à lutter contre la Puissances des ténèbres que saint Paul appelle fortement le dieu de ce siècle.C\u2019est pourquoi, même dans une société planétaire régie par une même politique et protégée par une même police, il y aura place encore pour le laïcat chrétien, pour la promotion dernière du laos antique, la sublimation ultime de l\u2019instinct guerrier, l\u2019accomplissement de la violence.Sublimation de l'esprit guerrier Ce paradoxe d\u2019une situation faite de paix et de guerre à la fois, de pacificateurs qui sont en même temps des trouble-fête, mérite considération.Il en est de l\u2019humanité comme de tout vivant.De même que l\u2019animal ne peut rester en vie que s\u2019il se défend contre la constante déperdition de son énergie interne, et que l\u2019homme qui cesse de chercher la vérité et de la faire est à la merci des forces de désagrégation qui l\u2019habitent, ainsi l\u2019humanité ne résiste aux puissances de mort que par la conscience du danger qu\u2019elle court de perdre son âme si elle ne renouvelle pas ou ne laisse pas renouveler son énergie spirituelle.Or, si le rêve des laïcisants à outrance et des marxistes se réalisait, il n\u2019y aurait plus de guerre ni de dialectique, plus de différence de potentiel, plus d\u2019échange par conséquent au plan profond des intelligences et des libertés créatrices, mais une distribution homogène des biens de civilisation à laquelle pourvoirait un État omnipotent.Quoi qu\u2019ils en aient, tôt ou tard, une des fonctions, et ce serait sans aucun doute la fonction nourricière, absorberait les deux autres, s\u2019assujettissant d\u2019abord l\u2019École, puis, grâce à Y engineering monstrueux du conditionnement de la pensée par la propagande, endormant les intelligences et les volontés dans la pseudopossession d\u2019une fin de l\u2019histoire qui ne peut être qu\u2019un non-but décevant.Mais cela ne sera pas, car les laïques chrétiens maintiennent et maintiendront de plus en plus la société planétaire en état d\u2019alerte et sur pied de guerre.Ils l\u2019empêcheront de s\u2019affadir, et on ne pourra pas rester tranquilles avec eux.Ils entrent et ils entreront dans la littérature et dans l\u2019art, dans la science et dans la philosophie, dans la technique et dans la politique, avec fracas ou sur la pointe des pieds selon leurs tempéraments, et ils poseront les questions ultimes qu\u2019un civilisé ne peut éluder.Paradoxalement peut-être pour ceux dont l\u2019horizon historique ne dépasse pas vers le passé la révolution française, et vers le futur la 88 génération présente, la laïcité et le laïcisme ont besoin du laïcat pour être et pour demeurer des institutions d\u2019histoire universelle.Car celui-ci a un sens trop aigu de l\u2019essentielle hétéronomie verticale des trois personnes morales qui s\u2019instituent au sein de la nature humaine historiquement déployée, pour permettre longtemps qu\u2019aucune ne s\u2019insu-larise ou n\u2019asservisse les deux autres.Bien plus, il est assez au dessus de ce qu\u2019il y a de relatif dans sa vie religieuse elle-même pour se mettre courageusement au service, non seulement de l\u2019Église et de sa catholicité, mais aussi de l\u2019École et de son œcuménicité supra-nationale, ainsi que de l\u2019État et de son ordination à l\u2019ensemble de l\u2019espèce laborieuse.C\u2019est ainsi que, à temps et à contre-temps, le laïcat rend Dieu présent au peuple immense des hommes à qui ses jeunes autonomies horizontales montent à la tête et qui est tenté d\u2019oublier son Seigneur et Maître.Quelle est donc la force qui agit ainsi dans le cœur des laïques croyants et militants?Comment la considération des mystères fondamentaux de l\u2019existence ne les écrase-t-elle pas?Pourquoi, sachant que les rochers des hautes cimes dévalent sans cesse au fond des ravins, ne concluent-ils pas comme d\u2019autres au mythe de Sisyphe et s\u2019acharnent-ils à édifier la cathédrale du monde futur au sommet de la montagne ?Pour le comprendre, il nous faut revenir sur un aspect de l\u2019histoire que la section précédente avait réservé et qui trouve ici sa place.Nous voulons parler du progrès historique de la vertu, sur lequel les travaux de quelques brillants philologues ont jeté, ces dernières décades, une vive lumière.Dans les sociétés de pasteurs nomades et de guerriers qui se formèrent au Néolithique en marge des agglomérations paysannes, la ver-tu était la force virile, le courage du héros, du beau gars aux pieds légers et aux muscles de bronze qui l\u2019emportait sur ses rivaux dans la bataille comme dans la joute sportive et qui aspirait à l\u2019excellence en toutes choses, à Varété; ainsi se sont formées les aristocraties indo-européennes et presque toutes les noblesses.Puis, après la fusion des Nordiques et des Méditerranéens, l\u2019âge héroïque prit fin; alors les sages et les législateurs s\u2019appliquèrent à convertir le courage guerrier en justice civique, la vertu de la noblesse en sens de l\u2019équité et de l\u2019égalité devant la loi.Cette vertu était en principe accessible à tous par l\u2019éducation et la culture.Mais ceux qui possèdent la culture ne la communiquent pas toujours, et d\u2019ordinaire le grand nombre n\u2019est pas vertueux.Aussi, la cité prit fin à son tour, et le peuple devint une populace en proie aux démagogues.C\u2019est alors que Platon, Aristote, les Stoïciens rêvèrent d\u2019une nouvelle conversion de la puissance, et c\u2019est depuis ce temps que les vertus intellectuelles de sagesse, d\u2019intelligence, de science et de tout l\u2019empan des vertus morales figurent dans le vocabulaire philosophique.Malheureusement, l\u2019absentéisme des hommes qui s\u2019exerçaient à ces hautes vertus laissait le grand nombre sans guide dans le fratras des mythes et des magies.La tradition judéo-chrétienne prit alors la relève, et c\u2019est à elle surtout que l\u2019humanité présente doit la dernière et définitive conversion de la force, celle qui unit directement à la source de toute puissance par les vertus théologales de foi, d\u2019espérance et de charité.On comprend dès lors ce qu\u2019est un laïque chrétien.C\u2019est un homme qui possède dans la foi une réponse suprêmement intelligente aux problèmes fondamentaux de l\u2019existence RELATIONS humaine, qui est par là délivré de l\u2019angoisse d\u2019avoir constamment à les reprendre à pied d\u2019œuvre à partir de son seul cogito, et qui dispose ainsi d\u2019une énergie qui manquera toujours aux sceptiques et à ceux qui ne sont pas sûrs de leur âme ni de Dieu.C\u2019est un homme encore qui espère en l\u2019homme parce qu\u2019il espère en Celui qui a fait l\u2019homme à son image, et parce qu\u2019il sait que toutes nos humbles activités servent à un admirable dessein de salut et de parfaite connaissance au delà du mode présent sous lequel la conscience s\u2019éprouve, et que les fruits de nos labeurs ne seront pas engouffrés dans l\u2019avenir abyssal d\u2019une hypothétique société bienheureuse dont les membres devront bien mourir à leur tour.C\u2019est un homme enfin qui s\u2019abandonne aux prises et aux entreprises d\u2019un Amour infini, dont il lui arrive de sentir la présence ineffable et qui le lance sur les chemins du monde pour Le faire connaître à ceux de ses frères à qui les humaines amours et aussi les déceptions en ont fait pressentir la douceur et la puissance.A cause de toute cette Lumière et de cette Vie qui l\u2019habitent, il lutte sans défaillir contre les Ténèbres et la Mort.Haut lieu du combat spirituel Encore faut-il qu\u2019il y ait des chrétiens et que les chrétiens s\u2019engagent dans la milice du laïcat.Car nul n\u2019est chrétien naturellement, mais il est donné à certains de le devenir par grâce.Et nul n\u2019est prêtre par droit de naissance, il y faut une ordination singulière.Pareillement, on ne naît pas laïque, on le devient, ou plutôt on est mis en état de le devenir.C\u2019est le Baptême qui fait que le mouvement des âmes converties à Dieu s\u2019achève dans le Christ; c\u2019est l\u2019Ordre qui confère les pouvoirs du Seigneur sur son Corps eucharistique et mystique; c\u2019est la Confirmation qui habilite les baptisés à être des laïques d\u2019Église au sein d\u2019un monde séculier.Mais si les signes sensibles que sont ces sacrements impriment nécessairement un caractère qui fait de ceux qui le reçoivent des participants à des degrés divers au Sacerdoce de Jésus-Christ, il est certain aussi qu\u2019ils ne produisent leur effet dernier de grâce sanctifiante que chez ceux dont la foi vive est informée de charité et de componction.Les sacrements donnent la possibilité d\u2019être fidèles, une réelle assurance que la grâce qui rend la vertu efficace est à la portée du croyant, mais la réalité de l\u2019union au Christ et à sa Puissance dépend de la conversion constante de chacun.D\u2019après cette théologie, on voit qu\u2019un laïque est un soldat du Christ qui, vainqueur du ressentiment qui incline à rejeter sur autrui sa propre culpabilité, a décidé de porter la lutte d\u2019abord contre les ennemis du bien qui sont en lui: l\u2019avidité, l\u2019ambition, la sensualité, l\u2019orgueil, la colère.Un laïque chrétien est donc en premier lieu un homme engagé par la foi et par l\u2019aveu dans le combat spirituel.C\u2019est par là surtout qu\u2019il agit en ce monde et témoigne d\u2019un autre.C\u2019est à le voir honnête, fidèle, chaste, humble, patient, charitable, que les autres se posent des questions à son sujet et se demandent d\u2019où lui vient la force d\u2019être différent.Beaucoup pensent d\u2019abord que c\u2019est à la faveur d\u2019un tempérament moins passionné et d\u2019une éducation particulièrement heureuse qu\u2019il doit l\u2019aisance apparente de sa vertu et de son rayonnement discret.Mais avec le temps, les plus incrédules, même s\u2019ils répugnent à en convenir, finissent par douter de toutes les explications réductrices: il y a une Force qui vient d\u2019ailleurs, il y a un Amour qui fait de ces choses dans l\u2019âme de ceux à qui il accorde de répondre à ses avances.Par contre, le laïque qui ne pratiquerait pas la vertu et ne serait pas fidèle à sa confirmation, aurait beau faire retentir comme une cymbale le nom de Jésus, il ne serait pas écouté, parce que les autres sentiraient que ce n\u2019est pas l\u2019Amour de Dieu qui passe à travers Lui, mais l\u2019amour de soi et l\u2019agressivité contre autrui.Les vrais laïques, remplis de la Parole qui sort de la bouche de Dieu, débordent d\u2019amour effectif.L\u2019Action catholique, organisée ou non, est une redondance, le déversement d\u2019un trop-plein, la mise au service de l\u2019Église hiérarchique d\u2019une énergie spirituelle en disponibilité.Le laïque qui a commencé d\u2019acquérir la vertu sent d\u2019instinct qu\u2019il a le devoir de s\u2019offrir au Christ et à l\u2019Église.L\u2019opinion courante et stupide qui croit voir une opposition radicale entre clercs et laïques ne l\u2019émeut pas, parce qu\u2019il sait que ce n\u2019est pas aux clercs comme tels qu\u2019il soumet son action, mais à Jésus-Christ par le sacrement de l\u2019Église, et que l\u2019unique façon de rendre moins brûlants les frottements inévitables consiste pour l\u2019homme de vertu, soit prêtre soit laïque, à triompher de sa suffisance mesquine.Comme le Christ lui-même, il apprend à obéir par la souffrance, et sachant par la foi qu\u2019il ne sera jamais un homme de Dieu et un collaborateur de son Fils s\u2019il ne consent à être un « serviteur souffrant », il profite des épreuves que lui infligent ses contacts avec des clercs plus imbus d\u2019eux-mêmes que du Christ, pour devenir peu à peu obéissant jusqu\u2019à la mort.C\u2019est seulement lorsque la crainte angoissée d\u2019un retranchement existentiel qui serait dépourvu de toute signification a été exorcisée et évacuée par des mortifications pénibles et salutaires, qu\u2019un homme devient un instrument efficace entre les mains du Christ-Roi.C\u2019est dire qu\u2019on ne devient pas un laïque fervent et un militant d\u2019Action catholique du jour au lendemain par la simple inscription au registre d\u2019un mouvement dûment mandaté par l\u2019autorité ecclésiastique.Le laïcat aussi a son noviciat, et les rigueurs de son ascèse ne le cèdent en rien aux épreuves par lesquelles la Providence achemine les candidats au sacerdoce ou à la vie religieuse vers leur maturité apostolique.Ainsi vainqueur de la mort, le laïque ne perd pas courage même au milieu des pires persécutions, \u2014 car il est persécuté un jour ou l\u2019autre, parce que les gens du monde n\u2019aiment pas ceux qui ne sont pas des leurs.Conscient de sa responsabilité envers le genre humain tout entier, il prend modèle sur l\u2019Unique et ne se laisse ni décontenancer par le fait que les amis de Jésus sont un petit troupeau dispersé au milieu des loups, ni enorgueillir par la faveur qui lui est départie d\u2019être un des porteurs de la Bonne Nouvelle du salut à un monde distrait qui pense n\u2019en avoir pas besoin.Il a beaucoup de projets où il peine à faire avancer le Projet de son Seigneur, mais l\u2019échec des siens ne le déprime pas, parce qu\u2019il sait que la puissance de Dieu éclate dans la faiblesse de l\u2019homme, et que l\u2019échec apparent est souvent la matière d\u2019un réel succès dans l\u2019âme au moins de celui qui a couru le beau risque de ne réussir qu\u2019aux yeux du Père qui voit dans le secret.Conclusion générale Ces considérations inactuelles ont paru de nature à éclairer la signification historique du laïcat et à encourager AVRIL 1963 89 nos confirmés à être fidèles au sacrement qui fait d\u2019eux des soldats de Jésus-Christ.En guise de conclusion générale, on aimera sans doute expliciter des corollaires d\u2019intérêt plus immédiat.En voici quelques-uns.Premièrement, il ne faudrait pas que les laïques se résignent à la laïcité de l\u2019État comme à un moindre mal, mais il convient qu\u2019ils s\u2019en réjouissent comme d\u2019une condition favorable à la catholicité de l\u2019Église et, s\u2019ils sont doués pour y agir, ils ont le devoir de s\u2019engager dans la politique et dans l\u2019administration, pour y produire les effets admirables qui sont le propre des vertus civiques quand elles sont animées par les vertus théologales.Deuxièmement, le laïcisme de l\u2019École, qui ira vraisemblablement croissant, doit peiner les laïques chrétiens à cause de cette essentielle ambiguïté que l\u2019article précédent a mise en relief, mais non pas au point qu\u2019ils refusent de contribuer à dépouiller le monde et la science de la fausse sacralité dont trop d\u2019incroyants les affublent encore avec un splendide illogisme.Et qu\u2019ils travaillent à rendre l\u2019École, à tous ses niveaux, capable de former des esprits qui pensent planétairement et qui se préparent à agir dans un monde où l\u2019Église, l\u2019École et l\u2019État devront s\u2019essayer enfin à monologuer ensemble, à s\u2019orienter vers l\u2019unique Logos, la seule Parole en qui nous puissions nous entendre et que beaucoup adorent déjà sans en connaître le nom.Troisièmement, il y a les sacrements et la technique, les merveilles de Dieu et les merveilles de l\u2019homme.Nos laïques ne bouderont pas la technique, mais ils se convaincront que leur rôle propre consistera à rendre sensible l\u2019extraordinaire efficacité des sacrements pour le progrès de l\u2019humanité, en tous ceux, par exemple, chez qui le sentiment complexuel de culpabilité, \u2014 qui ronge d\u2019autant plus nos contemporains que l\u2019Idée qu\u2019ils se font de l\u2019homme est plus sublime, tandis que les moyens de la réaliser sont de plus en plus reconnus pour inadéquats, \u2014 fait place à l\u2019humble aveu de la culpabilité réelle, qui débloque les puissances d\u2019agir comme aucune thérapeutique et aucune éducation « rationnelle » ne le peuvent faire.Quatrièmement, les laïques seront prêts à utiliser tous les moyens modernes de diffusion afin que l\u2019Évangile soit au plus tôt prêché à toutes les nations et à toutes les classes sociales.Mais ils se prémuniront aussi contre le scandale que la disparition probable et prochaine des dernières traces de chrétienté de type médiéval, et aussi la diminution du nombre des chrétiens par rapport à la masse de ceux qui ne le sont pas et dont la multitude, du moins actuellement, s\u2019accroît proportionnellement plus vite, ne manque- ront pas de provoquer chez ceux qui avaient été habitués à vivre dans une société chrétienne et à entendre célébrer la marche triomphale de l\u2019Église.Nos laïques devront méditer les paraboles évangéliques du Royaume et s\u2019efforcer de croire d\u2019une foi plus vive que l\u2019Église, qui peut être un grand arbre ou une ville en évidence au sommet d\u2019un mont, peut aussi être ce ferment minuscule et invisible dans la pâte que son fondateur avait dit qu\u2019elle serait.Aux yeux de beaucoup, l\u2019Épouse du Christ va peut-être, pour quelque temps, passer dans la clandestinité et cacher sa beauté, et se retrouver, comme le pense le Père Karl Rahner, dans une situation de Diaspora.On peut croire que les plus grandes choses du monde qui vient, dans l\u2019ordre temporel comme dans l\u2019ordre spirituel, seront dues directement à l\u2019action de l\u2019Église, mais il se peut que seules les âmes que la souffrance aura invitées à l\u2019attention s\u2019en aperçoivent et le trouvent admirable, et nous devrons peut-être nous passer de l\u2019estime qu\u2019on a coutume d\u2019accorder aux institutions d\u2019utilité publique.L\u2019Église ayant appris aux hommes à instruire et à éduquer les enfants, à soigner les malades, à protéger les faibles, passera peut-être pour retardataire aux yeux de ceux qui, marchant sur ses brisées, s\u2019attribueront le mérite de tout le bien accompli.Et l\u2019heure est peut-être proche où ceux qui persécuteront les envoyés de Jésus-Christ penseront rendre gloire à Dieu.Cinquièmement, il serait messéant et anachronique que le laïcat que nous espérons voir agir puissamment bientôt chez nous, reproche à l\u2019Église d\u2019hier d\u2019avoir été cléricale, puisqu\u2019elle ne pouvait pas ne pas l\u2019être, faute de monde qui s\u2019opposât à elle, et parce que les laïques étaient bien aises qu\u2019elle le fût.Que nos hommes d\u2019action et de pensée fassent plutôt en sorte que l\u2019Église de demain soit rayonnante et qu\u2019ils s\u2019ingénient à lui donner plus de prêtres.Car c\u2019est en favorisant les formes supérieures de participation au sacerdoce du Christ que le laïcat s\u2019accomplit, et c\u2019est en étant activement intermédiaire entre les clercs et la masse qu\u2019il accomplit le laos antique.Celui-ci est désormais, du moins en principe, différencié sous la triple forme de la laïcité de l\u2019État, du laïcisme de l\u2019École et du laïcat de l\u2019Église.S\u2019il est vrai que sans ce dernier les deux autres ne peuvent éviter d\u2019être infidèles à leur essence, il est également certain que sans le clergé le laïcat est absolument incapable d\u2019être fidèle à sa sublime vocation.Nous terminerons donc par un souhait qui est une prière: que le même Seigneur qui appelle les uns au Sacerdoce, d\u2019autres à l\u2019Action catholique, et qui permet que des masses innombrables travaillent à leur salut dans un monde laïcisé, accorde à tous d\u2019être trouvés fidèles au Jour de son dernier avènement.La presse/ les loisirs et les sports Parlant à des journalistes et remarquant le grand nombre de colonnes qui aujourd\u2019hui sont consacrées à des événements de caractère récréatif, il Nous semble bon de signaler certains points susceptibles de servir d\u2019indication et d\u2019appel.1.Mesure et sens des proportions.De différents côtés, on se demande si, dans la façon de traiter ces sujets, de les présenter, de les colorer, on n\u2019a pas introduit pour le moins une disproportion, par rapport aux sujets de caractère spirituel, réservés, comme on disait jadis, à la troisième page.On ne veut pas dire par là que le journal doive adopter le ton sévère, propre à une 90 revue culturelle spécialisée.Mais c\u2019est un fait \u2014 Laissez-Nous vous le dire \u2014 que dans l\u2019excès d\u2019estime que l\u2019on attache aujourd\u2019hui aux valeurs secondaires, sinon vaines et dangereuses, au détriment des réalités les plus élevées de la famille, de l\u2019étude, du sérieux de la vie, une part de responsabilité, et non la moindre, doive être attribuée à la presse qui favorise ce renversement des centres d\u2019intérêt, en offrant de trop faciles évasions avec une superficialité sans discernement.(S.S.Jean XXI11, Allocution à des journalistes catholiques, le 27 janvier 1963.) RELATIONS L\u2019équilibre du budget scolaire 1'ANALYSE ÉCONOMIQUE, disions-nous ici le mois dernier, révèle que l\u2019enseignement n\u2019est pas simple-ment une dépense, mais le plus rentable des investissements.L\u2019économie d\u2019une société scientifique repose sur la qualité du facteur humain, et celle-ci sur l\u2019enseignement.De la valeur du capital humain d\u2019une nation dépendent désormais l\u2019exploitation efficace des richesses naturelles, du capital financier, de l\u2019équipement, et le rendement même du travail.Il importe donc de donner à l\u2019enseignement la priorité sur les autres secteurs de la politique nationale et d\u2019investir dans l\u2019enseignement la part privilégiée des revenus de la société.Le gouvernement qui veut mettre en œuvre une telle politique rencontre de très sérieuses difficultés.Il lui faut déterminer les méthodes les plus efficaces pour obtenir des individus, des sociétés et de l\u2019État les lourdes contributions nécessaires.11 lui faut mettre en œuvre les moyens propres à former l\u2019opinion publique; à faire comprendre aux citoyens le rôle de l\u2019enseignement dans la société contemporaine; à amener les individus et les groupes à participer aux efforts que requiert le progrès de l\u2019enseignement.Il lui faut encore, compte tenu des ressources disponibles, des besoins et des retards, répartir les investissements dans le domaine de l\u2019enseignement, équilibrer le budget scolaire.Le domaine de l\u2019enseignement, qu\u2019il s\u2019agisse du secteur indépendant ou du secteur public, compte cinq éléments principaux: les immobilisations, les frais de fonctionnement, le personnel enseignant, les étudiants, les services de recherche et de documentation.Équilibrer un budget scolaire revient à partager entre ces cinq postes les crédits disponibles.Reconnaissons qu\u2019il n\u2019est pas facile de concevoir cet équilibre.En l\u2019absence de données et de recherches scientifiques suffisantes, on ne saurait mesurer avec certitude les exigences absolues ou relatives de ces divers postes.Quelles sont les urgences ?Où sont les retards ?Comment marquer les étapes?Comment distinguer l\u2019utile de l\u2019essentiel?Demain, les recommandations de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement serviront sûrement de guide.Pour l\u2019instant, il importe que cet équilibre soit assuré par la consultation et la discussion d\u2019hommes et de groupes compétents et expérimentés, par la comparaison avec les budgets des nations plus avancées dans cette voie.N\u2019oublions pas qu\u2019hier, chez nous, une politique d\u2019enseignement se limitait à la construction d\u2019écoles primaires et que nous étions davantage préoccupés de voirie et d\u2019électrification rurale que d\u2019universités.AVRIL 1963 ÉDUCATION PAUL-ÉMILE GINGRAS, directeur des études au Collège Jean-de-Brébeuf La menace d\u2019aboutir à un budget déséquilibré n\u2019est pas illusoire.Ottawa a commis pareille erreur dans ses intrusions dans le domaine de l\u2019enseignement.Le rapport de la Commission Glassco est, sur ce point, révélateur: pratiquement tous les ministères font des dépenses d\u2019enseignement.L\u2019opération est pleine de doublures et de recoupements.Qu\u2019on se réfère, par exemple, aux subventions accordées aux individus et aux institutions.Une école de médecine peut obtenir aide du Conseil des Arts, de la Société centrale d\u2019hypothèque et de logement, du ministère de la Santé, du Conseil national des recherches, et d\u2019où encore?Certaines écoles fédérales sont privilégiées: collèges militaires, écoles esquimaudes.D\u2019autres sont défavorisées: écoles indiennes, pénitenciers.Personne ne saurait vous dire \u2014 pas même le Bureau fédéral de la Statistique \u2014 quelles sommes exactes le gouvernement fédéral investit dans l\u2019enseignement.Plus encore, à l\u2019intérieur d\u2019un ministère, on ne réussit pas à évaluer avec certitude le total, et, parfois, la teneur même des dépenses d\u2019éducation faites par les différents services! Tout à coup apparaissent les subventions aux universités, puis le Conseil des Arts, puis l\u2019aide fédérale à l\u2019enseignement technique et professionnel.Dans ce dernier cas, le budget monte en flèche: annuellement de quelques unités, il passe, en quatre ans, à 280 millions de dollars.La possibilité d\u2019un budget déséquilibré n\u2019est donc pas utopique.Lorsque nous considérons le partage actuel des investissements du Québec dans l\u2019enseignement, il se lève des points d\u2019interrogation.Depuis la « Grande Charte de l\u2019éducation » jusqu\u2019à l\u2019annonce récente d\u2019un investissement de 400 millions de dollars dans l\u2019enseignement technique et professionnel, quelle politique préside ?Une loi institue une allocation scolaire mensuelle de 10 dollars, à verser à la mère de tout écolier de 16 à 18 ans.Le gouvernement institue un régime de subventions\u2014175 millions de dollars pour cinq ans \u2014 pour les constructions des collèges et universités.Un régime de bourses d\u2019études est établi pour les bacheliers qui s\u2019engagent à devenir professeurs dans l\u2019enseignement secondaire.Les commissions doivent fournir l\u2019instruction jusqu\u2019à la onzième année.Les commissions scolaires enseignent gratuitement dans leurs propres écoles ou paient, jusqu\u2019à concurrence de 200 dollars, les frais d\u2019inscription et de scolarité des enfants soumis à leur juridiction et fréquentant une institution secondaire indépendante.Les collèges classiques et certaines écoles indépendantes bénéficient d\u2019un régime de subventions.Des 91 subventions statutaires sont accordées aux commissions scolaires, pour fins d\u2019administration et d\u2019entretien des écoles.La pension des instituteurs est haussée.L\u2019Office de la langue française, le Conseil provincial des Arts, l\u2019administration des bibliothèques et musées, la direction des conservatoires de musique et d\u2019art dramatique sont confiés au ministre des Affaires culturelles.Toutes ces mesures \u2014 et les investissements qui en découlent \u2014 s\u2019intègrent-elles dans une politique nette ?Le budget de l\u2019enseignement est-il équilibré?Les constructions, le fonctionnement, les étudiants, le personnel enseignant, la recherche et la documentation ont-ils leur juste part?La législation privilégie-t-elle l\u2019enseignement public au détriment de renseignement indépendant?Chaque niveau d\u2019enseignement élémentaire, secondaire, universitaire, reçoit-il une aide relativement équitable et appropriée à ses besoins et à son rôle dans le développement de la nation ?Malgré la meilleure volonté, une intelligence et un esprit de décision remarquables après tant d\u2019années d\u2019inertie, le gouvernement présente un budget d\u2019enseignement, pour le moins, discutable.Prenant pour cadre les cinq postes du budget indiqués plus haut, explicitons notre pensée.Immobilisations Québec a, traditionnellement, privilégié les constructions d\u2019écoles.Les gouvernements précédents versaient des subventions discrétionnaires.De superbes édifices abritaient l\u2019enseignement technique et spécialisé, au détriment des écoles secondaires et des universités.L\u2019aide devient aujourd\u2019hui plus statutaire, bien que le Service des investissements et le ministère de la Jeunesse obligent encore les intéressés à bien des « pèlerinages » et accommodements.Il reste surtout que le gouvernement privilégie indûment les immobilisations.Le programme d\u2019une contribution de 175 millions de dollars pour les constructions des collèges et universités obère-t-il le budget?Le gouvernement n\u2019aurait-il pas dû s\u2019arrêter à garantir les emprunts qu\u2019auraient pu effectuer les institutions elles-mêmes ?Du coup, des dizaines de millions seraient demeurés disponibles, et l\u2019État, au heu de subir la charge d\u2019un coup, par voie d\u2019emprunt, aurait pu l\u2019étendre sur une période de 30 à 50 ans.La Belgique, plutôt que d\u2019assumer les frais de construction des institutions privées, paie annuellement un loyer et participe aux frais de fonctionnement de ces établissements.Du coup, l\u2019aide gouvernementale est allégée et les institutions restent propriétaires des institutions.D\u2019ailleurs une contribution trop libérale de l\u2019État n\u2019inci-tera-t-elle pas les universités, collèges et écoles indépendantes à freiner leur initiative?Si l\u2019État prend sur lui de construire les établissements, d\u2019amortir les dettes, pourquoi les administrateurs d\u2019écoles indépendantes et d\u2019universités se chargeraient-ils de souscriptions publiques?Face à des besoins de locaux, la France a agrandi de façon très économique ses lycées.Ce sont parfois de simples abris, sans luxe, sortes de baraquements temporaires élevés dans les cours de récréation.La France estime plus importants les problèmes des enseignants, de la recherche et des frais de fonctionnement.Il y a sûrement lieu de nous interroger sur l\u2019importance relative des pierres et des hommes dans 92 l\u2019établissement scolaire, sur l\u2019importance relative de la bibliothèque et de la cafeteria ou du gymnase dans une école secondaire.Professeurs La politique des investissements dans les constructions d\u2019écoles éveille en nous d\u2019autant plus de réserve que le gouvernement ne mise guère sur le personnel enseignant.Le programme de bourses de perfectionnement offertes aux professeurs de l\u2019enseignement secondaire ou aux gradués d\u2019université désireux de poursuivre des recherches relatives à l\u2019enseignement est nettement insuffisant.Ce programme est d\u2019ailleurs administré de façon tout aussi insatisfaisante.On estime à 140 le nombre de ces nouveaux boursiers, en 1962, et donc, à quelques centaines de mille dollars, cet investissement.Les candidats ont reçu réponse à leur demande, en juin.Plusieurs centaines de demandes ont été écartées; beaucoup de professeurs ont dû suppléer par des emprunts personnels, recourir à des moyens de fortune ou renoncer à leurs projets d\u2019études et chercher du travail pour l\u2019automne.La même situation semble s\u2019annoncer pour l\u2019année courante.Le besoin de personnel enseignant qualifié est pourtant extrêmement grave.En page 20 de la publication Illustration graphique de Venseignement au Canada, le Bureau fédéral de la Statistique affirme: « Dans les écoles catholiques du Québec, environ 16% des instituteurs ont moins que l\u2019immatriculation junior plus une année de formation.» Pour l\u2019ensemble du Canada, 90% des instituteurs élémentaires et 24% des secondaires ne détiennent pas de grade universitaire.Au niveau universitaire, on estime à 1500 le nombre annuel des Ph.D.que requerrait l\u2019enseignement: la production n\u2019est effectivement que de 300.Quels seront, dans l\u2019école publique élémentaire et secondaire, les besoins en nouveaux professeurs d\u2019ici 10 ans ?De 5,000 à 6,000 nouveaux professeurs par année.On a recours déjà à des expédients: engagement de non-diplômés; surcharge des horaires des maîtres; classes plus nombreuses; enseignement à la demi-journée.Le ministre de la Jeunesse donnait l\u2019exemple, il y a quelques jours, de ce recours à des expédients.Dans ses directives aux commissions scolaires, il recommande de porter à 35, au secondaire, le nombre des élèves par classe et à 26, le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement du professeur.Il ne semble pas y avoir de véritable politique de recrutement, de préparation et de perfectionnement des professeurs.Et pourtant, l\u2019éducation est qualité ou n\u2019est pas.Et la qualité ne tient pas aux bâtiments, mais aux maîtres.Dans les collèges classiques de la province, on compte actuellement 2,944 maîtres et 36,925 élèves, soit la moyenne d\u2019un maître pour 13 élèves.Le professeur de ces collèges donne en moyenne 14 heures d\u2019enseignement par semaine, ce qui, compte tenu des préparations, corrections, consultations, exige 40 heures de travail.Le gouvernement donne maintenant comme directive: 26 heures d\u2019enseignement; 26 élèves par instituteur; 35 élèves par classe.L\u2019Institut pédagogique national de France vient de reconnaître qu\u2019il faut renoncer à un enseignement actif lorsque la classe compte plus de 25 élèves.La mesure proposée chez nous peut créer RELATIONS la marge entre l'éducation et l\u2019instruction massive, entre la boîte à cours et la maison d\u2019enseignement.Si les directives sont appliquées \u2014 et l\u2019approbation des budgets des commissions scolaires par le ministre de la Jeunesse constitue une pressante invitation à le faire \u2014 il s\u2019ensuivra une perte inévitable de la qualité de l\u2019enseignement.Nous aurons des donneurs de cours, abrutis par la dépense nerveuse de leurs enseignements démesurés, désintéressés de leurs trop nombreux élèves, insoucieux de la vie des institutions et, à coup sûr, fermés à leur propre culture et à leur perfectionnement.Le personnel enseignant doit être l\u2019objet d\u2019une attention privilégiée dans le budget de l\u2019enseignement.Il semble bien qu\u2019on le sacrifie actuellement à une politique de constructions.Frais de fonctionnement Le problème se pose particulièrement dans l\u2019enseignement indépendant.Des budgets annuels déficitaires atteignent fatalement la qualité de l\u2019enseignement.En Europe, après une longue et pénible expérience, l\u2019État en vient actuellement à participer davantage aux frais de fonctionnement des institutions indépendantes qu\u2019aux frais d\u2019immobilisations.En Belgique, par exemple, l\u2019État n\u2019accorde aucune subvention pour les constructions scolaires.Mais il paie 60% des frais d\u2019équipement en machines, outillage, appareils et instruments des ateliers, laboratoires, etc.La subvention-traitement est égale à la rétribution, traitement majoré des allocations diverses, à laquelle l\u2019intéressé aurait droit dans un établissement de l\u2019État.La pension et la subvention-maladie, à charge du Trésor public, sont étendues à tous les membres du personnel.Le personnel religieux de l\u2019enseignement secondaire reçoit le traitement minimum, majoré de 15% après 15 ans de service dans l\u2019enseignement.La Hollande, la France (depuis 1959), l\u2019Angleterre offrent une politique de participation aux frais de fonctionnement d\u2019aussi large inspiration.Pourquoi, au Québec, l\u2019État place-t-il l\u2019essentiel de ses subventions dans les constructions ?Le total des subventions pour frais de fonctionnement atteint cette année, pour les collèges classiques, quelque 175 dollars par élève : les élèves du niveau secondaire ont environ 100 dollars et ceux du niveau collégial, 330.Cela constitue une incitation à se retirer de l\u2019enseignement secondaire.Les parents touchent sans doute 200 dollars de la commission scolaire pour payer les frais d\u2019inscription et de scolarité, mais l\u2019institution elle-même ne tire rien de cette aide aux familles.Un budget équilibré devrait partager autrement l\u2019investissement entre les constructions et les frais de fonctionnement.Un Centre national de recherche et de documentation « L\u2019importance des activités d\u2019étude et de recherche, de documentation et d\u2019information, de création de nou- 1.Joseph Majault, «Services d\u2019études et de documentation», dans Y Encyclopédie pratique de l'éducation en France, IPN, Paris, 1960, p.471.AVRIL 1963 veaux moyens techniques de travail est, dans un siècle de progrès scientifique, le signe distinctif d\u2019une grande nation L » Le ministère de l\u2019Éducation nationale a donc organisé cinq groupes de services: 1) un service de documentation et d\u2019études de l\u2019administration centrale; 2) l\u2019Institut pédagogique national; 3) des centres spécialisés d\u2019études, de documentation et de diffusion, tels le Centre de formation pédagogique du second degré, le Centre de recherche et de productivité de l\u2019enseignement technique, le Bureau universitaire de statistique et de documentation scolaires et professionnelles, la Cinémathèque de l\u2019enseignement technique, etc.; 4) des centres d\u2019études dans le cadre de chaque académie et de la plupart des départements; 5) des associations pédagogiques autorisées à fixer leur siège à l\u2019Institut pédagogique national ou dans les centres régionaux ou départementaux.Dans cet ensemble de centres d\u2019études et de recherches, se situent, par exemple le Centre international d\u2019études pédagogiques de Sèvres et le Centre d\u2019études audio-visuelles de Saint-Cloud.Enfin s\u2019ajoutent les activités de documentation et d\u2019information: service central de documentation pédagogique de l\u2019Institut; collections documentaires du Musée pédagogique de Paris; les expositions; la Bibliothèque centrale de l\u2019Enseignement public (riche d\u2019un million de volumes et de 2,500 collections de périodiques); la Phonothèque et la Cinémathèque centrales de l\u2019Enseignement public; les livres et publications; l\u2019enseignement par correspondance, radio et télévision, etc.Planifier l\u2019enseignement exige aujourd\u2019hui une information que, seul, un Centre national de recherche et de documentation peut mettre à notre disposition.C\u2019est une équipe de spécialistes en psychologie, didactique, programmation scolaire, statistique, économie, sociologie; c\u2019est une instrumentation importante et coûteuse; c\u2019est une équipe de spécialistes en documentation: enquêteurs, psychotechniciens, archivistes, bibliothécaires.Il est indispensable de réunir les sources de renseignements de rendre l\u2019information accessible et assimilable, de tenir à jour la documentation du centre et de diffuser par des publications les résultats des chercheurs.Investir sérieusement dans l\u2019enseignement comporte donc nécessairement l\u2019affectation de larges crédits à l\u2019étude, à la recherche, à la documentation et à l\u2019information.Ici encore, il nous est permis de nous demander si les investissements de l\u2019État provincial ont fait une place minimale à ce secteur de l\u2019enseignement.Sans doute la Commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement facilitera notre politique de financement de l\u2019enseignement.Il n\u2019est pas facile de concevoir le partage idéal des investissements et d\u2019équilibrer le budget scolaire de l\u2019État.Il ne faudrait pas, pour autant, privilégier indûment certains postes du budget et négliger d\u2019autres secteurs dont le développement est absolument indispensable au progrès véritable de l\u2019enseignement.Le budget actuel donne sûrement raison de nous inquiéter.93 GUERRE ET PAIX Luigi d'APOLLONIA, S.J.CEUX QUI FONT DES GUERRES JUSTES se proposent la paix, enseigne saint Thomas.Par suite, ils ne s\u2019opposent pas à la paix, sinon à cette paix mauvaise que le Seigneur n\u2019est pas « venu apporter au monde ».C\u2019est bien pour cette seule et unique raison que la guerre évite la condamnation absolue.Elle est Y ultima ratio, comme dit la théologie traditionnelle, la dernière des explications et le dernier des recours, après l\u2019arbitrage, les bons offices, les médiations, voire l\u2019ultimatum.Car, même juste, la guerre reste un moyen horrible où l\u2019irrationnel se mêle au rationnel, la violence homicide à l\u2019amour fraternel.Rien ne nous assure, en effet, que la victoire viendra couronner le droit certain et avéré qui recourt à la fortune des armes pour avoir raison.Et rien non plus n\u2019est plus difficile à expliquer que l\u2019obligation, dans une juste guerre, de tuer son frère qu\u2019on doit continuer à aimer: manière bizarre de pratiquer la charité envers son prochain.Comment s\u2019étonner, alors, si saint Thomas, qui ne parle qu\u2019une seule fois ex professo de la guerre, traite de ce problème au chapitre de la charité?Est-ce toujours un péché de faire la guerre, se demande-t-il?Comme la discorde, la dispute et le schisme, la séduction, la rixe et le scandale, la guerre est une blessure faite à la charité, plus précisément à son effet propre qui est la paix.Saint Thomas écrivait en chrétienté.Les enseignements du Christ ne commandent plus directement et formellement les décisions du Prince, ce qui est un gain, puisque sont mieux distingués l\u2019ordre temporel et l\u2019ordre spirituel.Hélas, l\u2019Évangile ni ne guide ni n\u2019inspire l\u2019État moderne! Même les objecteurs de conscience ne protestent plus, l\u2019Évangile en main; ils préfèrent s\u2019asseoir au milieu de la rue.Comme tant d\u2019autres problèmes, celui de la guerre et de la paix a été laïcisé.* * * Reconnaissons que répondre à un cas de conscience: Utrum bellare sit semper peccatum ?n\u2019équivaut pas, de soi, à élaborer une doctrine de la guerre juste.Pour que ce problème émigre du traité de la charité au traité du droit, il faudra que surviennent de grands changements d\u2019ordre religieux, intellectuel et politique.Les principes de morale naturelle établis par saint Thomas: autorité légitime, juste cause, intention droite, seront éternellement valables.Leur présentation et leur application reflètent, toutefois, un autre ciel historique.Saint Thomas parle de princes et de re publica, de la chose publique.Nulle part ne se rencontre dans ses écrits ce nouveau « personnage », conscient de sa force, à cheval sur son droit, bardé de fer, sujet à nul autre, dictant la loi et même la religion: l\u2019État moderne et souverain.Saint Thomas en ignore jusqu\u2019au nom.Qui le lui reprocherait pourrait tout aussi bien lui reprocher de n\u2019avoir pas prévu les ogives à tête nucléaire.94 En introduisant le droit dans le problème de guerre, et en considérant la paix comme une œuvre de justice, les théologiens du xvie siècle mèneront une admirable et nécessaire entreprise rationnelle, en vue de subordonner la politique à la morale, la justice à la charité, l\u2019ordre temporel à l\u2019ordre spirituel.Les initiateurs sont de taille et portent de très grands noms: Vitoria et Suarez.Ils conserveront les assertions essentielles héritées de la tradition, mais les développeront dans un nouveau contexte.Le droit de légitime défense n\u2019est pas mis en doute.La violence peut toujours repousser la violence.Le bien commun national devient le critère de la juste guerre, non la raison d\u2019État.Mais tout en niant que le pouvoir public puisse se déclarer indépendant de la loi divine, ces théologiens, dans leur volonté de composer avec leur époque, ont inconsciemment pactisé avec la doctrine de la souveraineté absolue de l\u2019État.Par là même ils se condamnaient à ne pouvoir user, à coup sûr, du principe de légitime défense pour discerner les guerres justes des guerres injustes.La compétence de frapper l\u2019injustice, écrit Suarez, « n\u2019appartient pas à une autre autorité supérieure, puisque, d\u2019après notre supposition, les États n\u2019en ont aucune ».Le prince coupable se trouve soumis par son injustice \u2014 ratione delicti\u2014 à la juridiction de celui qu\u2019il a offensé, et la guerre tient lieu d\u2019un tribunal administrant un juste châtiment.La souveraineté de l\u2019État constitue donc le roi juge et partie dans sa propre cause.Mais alors la souveraineté de l\u2019État constitue aussi l\u2019adversaire juge et partie dans sa propre cause, puisque les États ne sont soumis à aucune juridiction ni autorité qui leur soient supérieures.Légistes et politiques ne furent pas lents à conclure, à l\u2019encontre des théologiens, que « la guerre peut être juste des deux côtés », et que tout État souverain possède, dans ses attributions essentielles, le jus ad bellum, le droit de guerre, quitte à déterminer le jus in bello, le droit en temps de guerre, c\u2019est-à-dire le droit des belligérants, des populations civiles, des prisonniers.Face au pouvoir royal d\u2019Espagne, Vitoria avait pourtant introduit dans le problème une notion nouvelle et extrêmement féconde, à savoir que le bien commun de l\u2019univers est la norme ultime de la juste guerre: « Si une guerre, affirme Vitoria, est utile à une province ou à un État, mais au détriment de l\u2019univers ou de la chrétienté (la société internationale), je pense que, de ce fait, la guerre est injuste.» Vitoria voyait aussi dans le droit de migration et de commerce mondial la loi pratique fondamentale de cet univers, Orbis, dont il proclamait l\u2019unité aux regards de la loi naturelle.Malheureusement Vitoria ne sut tirer de ces principes toutes les conséquences.Suarez et lui édifièrent une doctrine de la guerre juste, non une théologie de la paix.Les théologiens qui les suivirent furent médiocres, et ne firent que commenter les textes antérieurs, sans tenir compte RELATIONS de l\u2019évolution politique du monde et de la doctrine des nationalismes triomphants.Il faudra attendre le xixe siècle et le jésuite Taparelli d\u2019Azeglio (1783-1852) pour donner à la notion du bien commun international le rôle qui lui revient dans le jugement moral à porter sur la guerre.U Essai théorique de Droit naturel (1843) élabore déjà la théorie presque complète de cette société internationale que des juristes et des hommes d\u2019État s\u2019efforceront au xxe siècle d\u2019édifier, afin de résoudre les oppositions d\u2019intérêts entre les peuples.D\u2019après Taparelli, il existe une société naturelle entre tous les hommes qu\u2019il appelle ethnarchie.Il distingue celle-ci des confédérations, des alliances, dont le seul principe d\u2019union est la volonté humaine.Il pressent qu\u2019un jour lointain mais certain l\u2019unité de la famille humaine se reflétera aussi dans son organisation politique, et qu\u2019un tribunal fédéral universel rendra illicite l\u2019emploi de la force, assurant ainsi l\u2019autonomie de chaque nation, mais une autonomie dépouillée de toutes prétentions à l\u2019absolu, en consonance avec le droit des autres.Citons une page aussi classique, bien que moins célèbre, que celle écrite, vers le même temps, par de Tocqueville à propos de l\u2019affrontement des États-Unis et de la Russie.(C\u2019est nous qui soulignons.) Nous avons vu que la guerre est lutte de sociétés ou lutte publique, et doit donc avoir lieu par ordre de l\u2019autorité suprême, et que les autorités suprêmes des sociétés membres ont droit de faire la guerre, tant que la société qui les englobe n\u2019a pas atteint la perfection intellectuelle, morale et matérielle nécessaire pour faire régler la justice parmi les sociétés associées.Aussi tant que l\u2019ethnar-chie ne sera pas justement et solidement constituée, les nations pourront licitement faire valoir leurs droits par la guerre.Mais ceci est un état de transition, vu qu\u2019il est clair que la société ethnarchique, comme toute autre société, doit naturellement vouloir que le droit règne entre ses membres, plutôt que la force.Dans l\u2019ethnarchie bien constituée, la guerre ne pourra plus se concevoir qu\u2019entre une nation qui viole l\u2019ordre et opprime ses voisins et l\u2019autorité ethnarchique suprême, aidée par le concours des nations associées.En tout autre cas, assuré du secours des forces de l\u2019ethnarchie tout entière et soumis aux lois ethnarchiques qu\u2019il a lui-même approuvées, chacun de ces peuples pourra, même avec des forces médiocres, être parfaitement rassuré sur son indépendance.Et c\u2019est ainsi que l\u2019on pourra réduire cette énorme charge des armées permanentes.Le mérite de Taparelli est d\u2019avoir rattaché le droit de guerre à l\u2019inorganisation de la société internationale, la paix et l\u2019harmonie au droit qui règne entre les membres.Il est étrange que le nom de Taparelli soit inconnu du grand nombre.Toutefois, les théologiens postérieurs s\u2019inspireront de sa pensée.La thèse du P.Delos, O.P., sur la guerre « procédure de remplacement », à défaut d\u2019organes appropriés de paix, découle en droite ligne de Taparelli; de même l\u2019idée très riche de Pie XII que seules les institutions internationales, solidement constituées, peuvent permettre à l\u2019humanité d\u2019échapper à la « nécessité » de la guerre.Taparelli a renouvelé l\u2019enseignement de la théologie morale en cette matière.Est-il besoin de souligner qu\u2019il ne suffit pas à une doctrine d\u2019être belle et vraie pour qu\u2019elle puisse être immédiatement tra luite dans les institutions ?Qu\u2019elle soit vraie nous assure, toutefois, qu\u2019elle est féconde, pratique, réalisable en soi, et que le but final qu\u2019elle détermine peut être atteint à la longue, malgré les obstacles sociologiques et historiques, grâce à l\u2019intelligence et à la liberté de l\u2019homme, à son sens politique et social et, en dernière analyse, à sa maturité morale.Nous sommes bien loin de compte, dans cet « état de transition » dont parle Taparelli, sur le chemin d\u2019hier à demain qui paraîtra très long à notre malheureuse espèce.L\u2019interdépendance des nations est un fait désormais incontestable.Il n\u2019est personne qui le conteste.Mais il l\u2019est dans l\u2019ordre matériel et économique.Il ne l\u2019est pas dans l\u2019ordre politique et moral, sinon de façon fragmentaire, imposée plutôt que voulue, parce que les nations vivent toujours sur le présupposé de la pleine autonomie politique.La matière, encore une fois, est en avance sur l\u2019esprit.Dans la présente phase d\u2019évolution politique, aucune organisation politique mondiale ne répond à l\u2019unification matérielle du monde.L\u2019O.N.U.n\u2019en est qu\u2019une lointaine et précaire ébauche.On le voit trop.Érigée sur le principe des États souverains et mue par la volonté d\u2019interdire la guerre, elle a vu ses efforts échouer sur la définition même de l\u2019agression, c\u2019est-à-dire de la guerre prohibée, de la guerre qu\u2019elle venait solennellement de proscrire comme instrument de politique nationale.Malgré ses mérites, l\u2019actuelle Organisation des Nations unies est incapable d\u2019atteindre la racine du mal, le portant ce mal dans ses propres États membres dont un des attributs apocryphes, mais reconnus en fait, est le droit de faire la guerre.Miroir des misères de notre monde et de son désordre international, l\u2019O.N.U., en dépit de tout, est aussi le miroir des espérances de ce monde et de son ordre inachevé, et, pour le moment, demeure un moyen politique parmi d\u2019autres, dont les hommes peuvent disposer pour prolonger la trêve entre les nations.La bombe atomique, il est vrai, fait réfléchir peuples et gouvernements.Certains moralistes en sont même venus à condamner absolument la guerre parce que, raisonnent-ils, les conditions de la juste guerre, du moins entre les grandes nations, ne peuvent plus se vérifier.C\u2019est là, croyons-nous, mettre la charrue avant les bœufs, les conséquences avant les causes.Car, si salutaire que puisse être la méditation sur la violence de la guerre moderne et les ruines matérielles et morales qu\u2019elle sème, la crainte de cette violence n\u2019est que le commencement de la sagesse.Elle ne suffit pas par elle-même à résoudre tout le problème intellectuel et moral que pose la guerre.Par delà les effets de la guerre, il faut atteindre ses causes dont les racines politiques et sociologiques plongent dans l\u2019état de la société internationale.La juste guerre, comme l\u2019a bien vu Taparelli, ne perdra sa fonction légitime de suppléance et, du même coup, sa légitimité morale que le jour où, convaincus de la réalité de leur destinée commune et voulant vivre ensemble, les hommes, ayant multiplié les organes capables d'assurer des fonctions internationales, à bout d\u2019erreurs et d\u2019essais, auront organisé cette société politique internationale que la famille humaine appelle.La guerre perdra alors sa raison d\u2019être.Elle deviendra, non seulement en théologie et en philosophie mais en fait et en pratique, une immoralité que la conscience condamnera à son tribunal, et que la société internationale, en état de légitime défense, vengera au sien.Ainsi, la paix écartera la guerre même licite à mesure que AVRIL 1963 95 sera aménagé un ordre international là où n\u2019existe aujourd\u2019hui qu\u2019un grand terrain vague et où chaque État se comporte en souverain, féru de son droit: c\u2019est le cœur du problème.* * * De ce que nous avons dit, est-il possible de dégager quelques conclusions ?D\u2019abord, comme l\u2019enseigne toute la tradition chrétienne, ce qui intéresse avant tout l\u2019Eglise n\u2019est pas les conditions d\u2019une guerre juste, mais le devoir de la paix.Pie XII n\u2019a pas voulu sur sa tombe l\u2019inscription Père de la guerre juste, mais Père de la paix.Deuxièmement, l\u2019instauration de la paix ne dépendra pas uniquement et d\u2019abord d\u2019une condamnation morale de la guerre, toujours facile, mais de la création d\u2019un ordre international par des moyens de liberté, non par des moyens de force, ce qui demandera encore \u2014 ici, toute illusion favorisera la guerre et non la paix \u2014 des années de lutte, d\u2019effort, de « désarmement spirituel », comme disait Pie XII.Nous soldons des dettes séculaires.Enfin, dans l\u2019état actuel du monde \u2014 et aussi longtemps que régnera parmi les peuples l\u2019idée de l\u2019État souverain absolu \u2014 la théorie de la juste guerre, comme ultime sauvegarde de droit, n\u2019est pas périmée.Si fort qu\u2019on puisse le regretter, ceux qui font des guerres justes se proposent la paix.Que penser alors de la guerre nucléaire ?C\u2019est un cas d\u2019espèce que nous étudierons le mois prochain.LE FAIT FRANÇAIS À MONTREAL Richard ARÈS, S.J.MONTRÉAL, répète-t-on souvent, est la deuxième grande ville française du monde.L\u2019exposition universelle qui s\u2019y tiendra bientôt reprendra, sans doute, ce thème pour s\u2019en parer comme d\u2019un titre de gloire.Beaucoup se demandent cependant jusqu\u2019à quel point il est justifié.Sans prétendre apporter ici une réponse complète à cette interrogation, je voudrais présenter et analyser les statistiques les plus récentes \u2014 celles du recensement fédéral de 1961 \u2014 sur la situation du français à Montréal.Nous n\u2019en aurons pas d\u2019autres avant l\u2019exposition de 1967: aussi bien profiter de celles que nous offre maintenant à profusion le Bureau fédéral de la Statistique.A première vue, il paraît simple d\u2019étudier le fait français à Montréal ; dès qu\u2019on ouvre les fascicules que publie actuellement le Bureau fédéral, on s\u2019aperçoit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tâche fort complexe.D\u2019une part, en effet, ils nous présentent sur ce sujet une triple catégorie de statistiques: sur l\u2019origine ethnique, sur les langues officielles et sur les langues maternelles; d\u2019autre part, ils distinguent trois secteurs dans Montréal: la zone métropolitaine, l\u2019île et la cité.Pour être quelque peu complet, il nous faut donc suivre cette présentation du Bureau fédéral.I.\u2014 LA ZONE MÉTROPOLITAINE DE MONTRÉAL Commençons par le plus gros morceau, par ce que le recensement appelle la zone métropolitaine de Montréal.Elle comprend non seulement l\u2019île de Montréal en entier, mais encore l\u2019île Jésus et des parties des sept comtés environnants: Chambly, Châteauguay, Deux-Montagnes, La-prairie, L\u2019Assomption, Terrebonne et Vaudreuil.En elle se concentre 40.1% de toute la population québécoise, soit 2,109,509 habitants sur un total de 5,259,211.Jusqu\u2019à quel point cette zone est-elle française?A cette question, on peut donner une triple réponse, selon que l\u2019on considère l\u2019origine ethnique, la langue officielle et la langue maternelle.Voici un premier tableau qui présente la composition ethnique de la zone métropolitaine de Montréal, avec un double pourcentage pour chaque groupe ethnique: le premier, indiquant l\u2019importance du groupe dans la région montréalaise, le second, son degré de concentration dans la région, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à quel point il est répandu dans toute la province ou concentré à Montréal.Tableau 1 Situation du groupe français dans la zone métropolitaine Groupe ethnique\tNombre\tPourcentage de la pop.de la zone métropolitaine\tDegré de concentration dans la zone métrop.Français\t1,353,480\t64.2\t31.9% Britannique\t377,625\t17.9\t66.5 Italien\t101,466\t4.8\t93.4 Juif\t73,062\t3.4\t97.8 Allemand\t27,873\t1.4\t70.6 Polonais\t26,347\t1.3\t85.5 Ukrainien\t14,519\t0.7\t87.5 Russe\t12,371\t0.6\t90.3 Scandinave\t7,294\t0.3\t64.6 Néerlandais\t7,138\t0.3\t68.3 Autres Européens\t82,012\t3.9\t85.3 Asiatiques\t11,849\t0.5\t80.0 Autres\t14,473\t0.7\t42.8 Total:\t2,109,509\t100.0\t40.1% La population de la zone métropolitaine de Montréal est, pour près des deux tiers, d\u2019origine française, mais fait à signaler: contrairement à tous les autres groupes ethniques, ce n\u2019est pas dans cette zone que le groupe d\u2019origine française concentre le gros de ses effectifs; il est même le seul groupe à présenter un pourcentage inférieur à la moyenne générale.96 RELATIONS Je le répète: la zone montréalaise renferme 40.1% de toute la population québécoise, mais seulement 31.9% des Québécois d\u2019origine française, alors que s\u2019y concentre l\u2019immense majorité des autres groupes ethniques: les Juifs, à 97.8%, les Italiens, à 93.4%, les Russes, à 90.3%, les Polonais, à 85.5%, etc.Un pareil phénomène de concentration ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur les langues parlées dans la région métropolitaine.Pour m\u2019en tenir aux deux seules langues officielles, voici quelle y était la situation en 1961.Tableau 2 Situation du français comme langue officielle dans la zone métropolitaine Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de la zone métropolitaine\tDegré de concentration dans la zone métrop.Franç.seul.\t826,333\t39.1\t25.4% Angl.seul.\t462,260\t21.9\t72.6 Angl.-franç.\t776,603\t36.8\t58.0 Ni anglais ni français\t44,313\t2.1\t77.9 Total:\t2,109,509\t100.0\t40.1% Première constatation: les Britanniques ne sont, dans la zone métropolitaine, que 377,625 (voir tableau 1), et cependant leur langue, l\u2019anglais, est la seule langue que connaissent 462,260 habitants de la région montréalaise, ce qui représente, en somme, un gain de 84,635 pour l\u2019unilinguisme anglais.Le français est dans une situation inverse; la zone montréalaise compte 1,353,480 habitants d\u2019origine française, mais seulement 826,333 qui ne parlent que le français, soit une différence de 527,147, ce qui explique le grand nombre de bilingues dans cette zone: presque aussi élevé que celui des parlants français.Il est intéressant aussi de noter le degré de concentration dans la zone montréalaise.Celle-ci renferme 40.1% de toute la population québécoise, mais 77.9% de tous ceux qui ne parlent ni l\u2019anglais ni le français, 72.6% des unilingues anglais, 58% de tous les bilingues québécois et seulement 25.4% de ceux qui ne parlent que le français.Ces statistiques confirment celles du premier tableau et montrent que, contrairement à l\u2019anglais, le français n\u2019engage pas le gros de ses forces à Montréal.On parvient à la même conclusion si l\u2019on examine la situation de l\u2019anglais et du français en tant que langues maternelles (on désigne ainsi la première langue qu\u2019une personne a parlée et qu\u2019elle comprend encore; pour les enfants, la langue ordinairement parlée au foyer).Tableau 3 Situation du français comme langue maternelle dans la zone métropolitaine Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de la zone métropolitaine\tDegré de concentration dans la zone métrop.Français\t1,366,357\t64.8\t32.0% Anglais\t494,667\t23.4\t70.9 Autres\t248,485\t11.8\t85.1 Total:\t2,109,509\t100.0\t40.1% Même constatation qu\u2019au tableau 2: les Britanniques, qui ne sont que 377,625 dans la zone montréalaise, voient leur langue, l\u2019anglais, devenue la langue maternelle de 494,667 habitants de cette même zone, soit un gain de 117,042; de son côté, le français n\u2019enregistre qu\u2019un faible surplus de 12,877 (la zone renferme 1,366,357 habitants de langue maternelle française et 1,353,480 d\u2019origine française).En outre, les Québécois de langue maternelle française n\u2019ont pas même un tiers de leurs effectifs à Montréal, alors que ceux de langue maternelle anglaise s\u2019y concentrent à 70.9%, et les autres, à 85.1%.Si donc l\u2019issue de la lutte pour la suprématie linguistique à Montréal ne dépendait que de la quantité des réserves en province, le français aurait, sans doute, pour lui, la majorité des chances; mais la situation est loin d\u2019être aussi simple, car l\u2019anglais puise ses réserves dans tout le Canada, aux États-Unis et parmi les immigrants, etc., d\u2019où son gain phénoménal de 117,042 nouvelles recrues dans la deuxième plus grande région française du monde! II.\u2014 L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL Montréal, c\u2019est en second lieu, une île qui renferme plus d\u2019une trentaine de cités, villes et municipalités (exactement 35), île que le Bureau fédéral considère en bloc et sur laquelle il nous fournit des statistiques détaillées.Quelle est dans cette île la situation du français ?Commençons d\u2019abord par situer le groupe d\u2019origine française parmi les autres groupes ethniques.Tableau 4 Situation du groupe français dans Elle Groupe ethnique\tNombre\tPourcentage de la pop.de l\u2019ile\tDegré de concentration dans l\u2019île Français\t1,083,676\t62.0\t25.5% Britannique\t316,157\t18.1\t54.0 Italien\t97,120\t5.5\t89.6 Juif\t70,183\t4.1\t93.9 Polonais\t24,483\t1.4\t79.5 Allemand\t22,785\t1.3\t57.9 Ukrainien\t13,622\t0.8\t82.1 Russe\t11,738\t0.6\t85.7 Scandinave\t5,988\t0.3\t53.0 Néerlandais\t5,408\t0.2\t51.8 Autres Européens\t74,907\t4.3\t77.9 Asiatiques\t11,213\t0.6\t75.7 Autres\t10,326\t0.5\t30.0 Total:\t1,747,696\t100.0\t33.3% L\u2019île de Montréal renferme exactement le tiers de toute la population québécoise; le groupe ethnique d\u2019origine française y forme un peu plus de 60% de la population de cette île, mais il n\u2019y concentre que le quart de ses effectifs québécois, tandis que le groupe juif s\u2019y concentre à 93.9%, le groupe italien, à 89.6%, le groupe russe, à 85.7%, etc.Seule la catégorie des « autres » se rapproche un peu du groupe français, il est facile de comprendre la raison de ce rapprochement, quand on sait que cette catégorie est composée en grande partie d\u2019Esquimaux et d\u2019indiens, gens qui d\u2019ordinaire n\u2019ont pas leur pied à terre dans l\u2019île de Montréal.AVRIL 1963 97 Un coup d\u2019œil maintenant sur la situation du français et de l\u2019anglais en tant que langues officiellement parlées dans l\u2019île.Tableau 5 Situation du français comme langue officielle dans File Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de l\u2019île\tDegré de concentration dans l\u2019île Franç.seul.\t647,198\t37.0\t19.8% Angl.seul.\t398,910\t22.9\t65.5 AngL-franç.\t658,622\t37.7\t48.5 Ni angl ni franç.\t42,966\t2.4\t75.6 Total:\t1,747,696\t100.0\t33.3% Il faudrait reprendre ici les remarques faites à propos du tableau 2: l\u2019anglais enregistre un gain de 82,753 (il y a dans l\u2019île 316,157 personnes d\u2019origine britannique et 398,910 citoyens n\u2019y parlent que l\u2019anglais), tandis que le français, lui, accuse une différence de 436,478 (il y a dans l\u2019île 1,083,676 personnes d\u2019origine française et 647,198 citoyens n\u2019y parlent que le français).A noter que le nombre des bilingues est plus élevé que celui des unilingues français; l\u2019île d\u2019ailleurs fournit près de la moitié de tous les bilingues de la province de Québec, soit 48.5%.A noter aussi que les deux tiers de tous les unilingues anglais du Québec se concentrent dans l\u2019île de Montréal.En tant que langue maternelle, voici maintenant quelle est la situation du français dans l\u2019île.Tableau 6 Situation du français comme langue maternelle dans File Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de l\u2019iîe\tDegré de concentration dans l\u2019île Français\t1,095,398\t62.6\t25.6% Anglais\t419,320\t23.8\t60.1 Autres\t232,978\t13.3\t79.7 Total:\t1,747,696\t100.0\t33.3% Encore ici il faut souligner l\u2019ampleur du gain réalisé par l\u2019anglais: il n\u2019y a que 316,157 Britanniques dans l\u2019île et cependant 419,320 personnes y déclarent l\u2019anglais leur langue maternelle, ce qui fait un surplus de 103,163.Par contre, le surplus enregistré par le français dans la même île n\u2019est que de 11,722.L\u2019anglais y a donc une puissance assimilatrice presque dix fois plus grande que le français.III.\u2014 LA CITÉ DE MONTRÉAL Montréal, enfin c\u2019est une cité, la cité la plus importante de l\u2019île du même nom; à elle seule, elle renferme 68.2% de la population de toute l\u2019île, donc plus que toutes les autres cités, villes et municipalités réunies.La situation du groupe français en 1961 s\u2019y présente ainsi: 98 Tableau 7 Situation du groupe ethnique français dans la cité Groupe ethnique\tNombre\tPourcentage de la pop.de la cité\tDegré de concentration dans la cité Français\t793,599\t66.1\t18.7% Britannique\t147,686\t12.3\t26.1 Italien\t79,841\t6.6\t70.0 Juif\t49,159\t3.8\t65.9 Polonais\t17,210\t1.4\t55.8 Allemand\t13,858\t1.1\t35.1 Ukrainien\t9,199\t0.8\t55.4 Russe\t7,726\t0.6\t56.4 Scandinave\t2,864\t0.2\t25.3 Néerlandais\t2,233\t0.1\t21.4 Autres Européens\t55,554\t4.6\t57.8 Asiatiques\t8,111\t0.7\t54.8 Autres\t6,662\t0.6\t19.3 Total:\t1,191,062\t100.0\t22.7% La cité de Montréal, qui ne renferme pas le quart de la population québécoise, groupe cependant sur son territoire 70% de tous les Italiens du Québec, 65.9% de tous les Juifs, plus de la moitié de tous les Polonais, Ukrainiens, Russes, et autres européens et asiatiques.C\u2019est le groupe français qui y est le moins concentré.A noter que la cité est plus française que l\u2019île : 66.1% contre 62%; que le degré de concentration des Britanniques y est plutôt faible, 26.1%, alors que dans l\u2019île, il est de 54% et dans la zone métropolitaine, de 66.5%.En tant que langue officiellement parlée à Montréal, le français occupe la situation suivante.Tableau 8 Situation du français comme langue officielle dans la cité Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de la cité\tDegré de concentration dans la cité Franç.seul.\t479,411\t40.1\t14.7% Angl.seul.\t212,461\t17.9\t34.9 Franç.-angl.\t462,804\t38.8\t34.8 Ni franç.ni angl.\t36,386\t3.1\t64.0 Total:\t1,191,062\t100.0\t22.7% Il n\u2019y a à Montréal que 147,686 citoyens d\u2019origine britannique, et cependant 212,461 personnes déclarent n\u2019y parler que l\u2019anglais: c\u2019est un gain de 64,775.Par contre, le groupe d\u2019origine française s\u2019y élève à 793,559, alors qu\u2019il n\u2019y a que 479,411 personnes à déclarer ne savoir que le français: une différence de 313,988.En somme, les Français à Montréal apprennent et parlent beaucoup plus l\u2019anglais que les Britanniques, le français.Conclusion que confirme aussi la situation du français considéré comme langue maternelle.RELATIONS Tableau 9 Situation du français comme langue maternelle dans la cité Langue\tNombre\tPourcentage de la pop.de la cité\tDegré de concentration dans la cité Français\t806,106\t67.6\t18.9% Anglais\t203,562\t17.1\t29.2 Autres\t181,394\t15.2\t62.1 Total:\t1,191,062\t100.0\t22.7% Encore ici, il faut souligner la puissance assimilatrice de l\u2019anglais, moins forte toutefois dans la cité que dans nie.La cité de Montréal ne comporte que 147,686 citoyens d\u2019origine britannique, et cependant 203,562 personnes y ont déclaré l\u2019anglais leur langue maternelle, ce qui donne un gain de 55,876.Le surplus du français n\u2019est, par contre, que de 12,507, c\u2019est-à-dire environ presque 5 fois moindre.Il est à noter que c\u2019est dans la cité que la situation du français en tant que langue maternelle est la meilleure; son pourcentage s\u2019y élève à 67.6, alors qu\u2019il n\u2019est que 64.8 dans la zone métropolitaine et de 62.6 dans l\u2019île.* * * De toutes ces statistiques que conclure?Trois choses: 1.\tMontréal\u2014qu\u2019on parle de la zone métropolitaine, de l\u2019île ou de la cité \u2014 se classe vraiment au deuxième rang parmi les grandes agglomérations françaises du monde.Le critère ici doit être celui de la langue maternelle française; or, évaluée selon ce critère, la population de la zone métro- politaine s\u2019élève à 1,366,357, celle de l\u2019île, à 1,095,398 et celle de la cité, à 806,106.Il n\u2019y a vraiment que Paris qui dépasse ces chiffres (Marseille, la deuxième plus grande ville de France, n\u2019avait, en 1959, que 699,421 habitants); 2.\tMontréal constitue à la fois la plus grosse agglomération bilingue du monde et le plus grand centre anglicisateur de toute la province de Québec.Le nombre des bilingues, en effet, s\u2019élève, dans la zone métropolitaine, à 776,603, dans l\u2019île à 647,198, dans la cité à 462,804; je ne crois pas que Bruxelles, sa seule rivale possible, compte autant de bilingues.D\u2019un autre côté, si l\u2019on considère les gains remportés par l\u2019anglais en tant que langue maternelle, on voit que sur un total de 130,345 recrues pour toute la province, il s\u2019en trouve 117,042 ou 89.8% dans la zone métropolitaine, 103,163 ou 79.1% dans l\u2019île et 55,876 ou 42.4% dans la cité; 3.\tMontréal enfin présente cette caractéristique d\u2019être l\u2019endroit où se concentrent massivement tous les groupes ethniques du Québec, à l\u2019exception du seul groupe français.La zone métropolitaine, en effet, ne renferme que 31.9% de tous les effectifs français au Québec, l\u2019île, que 25.5% et la cité, que 18.7%; le groupe italien, par contre et pour ne citer qu\u2019un exemple, se concentre à 93.4% dans la zone métropolitaine, à 89.6% dans l\u2019île et à 70% dans la cité.Bref, que ce soit en bien ou en mal, Montréal exerce et continuera d\u2019exercer une influence capitale et décisive sur l\u2019avenir du français au Québec ainsi qu\u2019au Canada.C\u2019est là que s\u2019affrontent le plus vivement les deux langues, là que l\u2019anglais remporte ses gains les plus considérables et que le français subit ses plus dures pertes.Un peuple qui veut vivre et garder sa langue ne saurait tolérer indéfiniment une pareille hémorragie.Le moins qu\u2019on puisse exiger serait que Montréal francise autant qu\u2019il anglicise.Ce résultat ne s\u2019obtiendra pas en laissant aller les choses et en supportant passivement la poussée des hommes et des événements.Vraiment, nous avons du travail à accomplir et du chemin à faire d\u2019ici 1967.LE SCANDALE DE L'EGLISE Marcel MARCOTTE, S.J.PARMI les catholiques qui nous entourent, les saints sont rares, beaucoup plus rares que les médiocres et les pécheurs.C\u2019est que l\u2019humanité, même baptisée, demeure toujours l\u2019humanité.L\u2019ivraie s\u2019y mêle au bon grain, le vice y côtoie la vertu et la lâcheté y voisine avec l\u2019héroïsme.Depuis deux mille ans que le Christ a fondé son Église, la chrétienté attend encore \u2014 elle attendra sans doute jusqu\u2019à la fin du monde \u2014 l\u2019âge d\u2019or spirituel où, devenue irréprochable dans l\u2019ensemble de ses membres, le Christ sera vraiment tout en tous.Si donc il y a lieu de déplorer les insuffisances dont font preuve, aujourd\u2019hui comme hier, trop de chrétiens, clercs ou laïcs, il serait injuste de prétendre que, pris en bloc, ils ont trahi leur vocation et plus injuste encore de tirer prétexte de cette trahison pour rester à l\u2019écart de la communauté catholique, pour se retirer dans la petite tour d\u2019ivoire spirituelle où l\u2019on rencontrerait enfin Dieu face à face et seul à seul.1.Extrait du quatrième tome de la série Cœur à Cœur qui vient de paraître aux Editions Bellarmin.AVRIL 1963 Or, j\u2019ai l\u2019impression que cette attitude de retrait, de désengagement constitue une tentation subtile £our nombre de chrétiens d\u2019élite que la vie quotidienne de l\u2019Église déçoit ou scandalise et qui éprouvent le besoin de s\u2019en dissocier pour préserver la pureté même de leur idéal religieux.Rappelez-vous le Misanthrope de Molière disant: Il me prend quelquefois des mouvements soudains De fuir dans un désert l\u2019approche des humains! Le chrétien qui se laisse envahir par cette humeur chagrine peut en venir jusqu\u2019à l\u2019abandon des pratiques religieuses imposées par l\u2019Église.Il peut du moins, avec une apparence de bonne foi qui met sa conscience en repos, prendre avantage de la médiocrité générale pour justifier à ses propres yeux et aux yeux de l\u2019entourage les abstentions qu\u2019on pourrait lui reprocher.A quoi bon la messe du dimanche, la confession et la communion, si tout cela reste sans mordant sur la vie et ne transforme pas la conduite ?« Je ne vais peut-être pas à la messe, disait une femme, mais au moins je ne critique jamais les prêtres et je ne scandalise personne en travaillant 99 le dimanche.» Ailleurs, elle confie à l\u2019amie qui m\u2019a écrit: « Je ne prie pas souvent, mais quand je prie, ça compte, car c\u2019est sincère.» Ces deux phrases sont typiques d\u2019un état d\u2019esprit que je crois être assez répandu parmi nos baptisés.Notez tout d\u2019abord qu\u2019elles établissent une distinction très nette et même une véritable rupture entre la religion personnelle et la religion collective, entre soi-même et tous les autres.Moi, je ne vais pas à la messe, mais je m\u2019abstiens de critiquer les prêtres et de travailler le dimanche.Les autres vont à la messe, mais ils critiquent les prêtres et travaillent le dimanche.\u2014 Moi, je ne prie pas souvent, mais ma prière est sincère.Les autres prient plus souvent que moi, mais leur prière est-elle sincère ?Il serait aisé de répondre, évidemment, qu\u2019on peut fort bien aller à la messe sans critiquer les prêtres et prier beaucoup sans manquer de sincérité.Bien des catholiques le font, n\u2019est-il pas vrai ?Mais il est vrai aussi qu\u2019un grand nombre ne le font pas.Et c\u2019est à cela qu\u2019on s\u2019attache, sur cela qu\u2019on insiste.Pourquoi?Au risque de paraître brutal je répondrai que, dans bien des cas, la sévérité dont on accable les autres n\u2019est que l\u2019envers de l\u2019indulgence qu\u2019on s\u2019accorde à soi-même.Pour n\u2019avoir pas à porter le blâme d\u2019une attitude qu\u2019on est souvent le premier à se reprocher, on adresse aux autres des reproches encore pires.Pour se défendre, on attaque; pour ne pas voir la poutre qu\u2019on a dans l\u2019œil, on regarde la paille dans l\u2019œil du voisin.C\u2019est ainsi qu\u2019on prétend se justifier à ses propres yeux et, le cas échéant, aux yeux de l\u2019entourage.Combien de fois, par exemple, les carences et les fautes du clergé, prétendues ou réelles, ne sont-elles pas montées en épingle pour servir d\u2019excuse ou de paravent à de mauvais chrétiens qui prétendent peut-être, par ce moyen, se mettre à l\u2019abri de la Toute-Puissance! Pourtant, Jésus a dit: Les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse : faites tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas ce qu'ils font.C\u2019est le bon sens même! A-t-on le droit de rendre Dieu responsable des erreurs ou des péchés commis par ses ministres?Mais il serait tout aussi injuste de rompre avec l\u2019Église ou d\u2019abandonner la pratique religieuse sous prétexte que les catholiques pratiquants ne sont pas tous des modèles de vertu.On en connaît un bon nombre qui ne sont ni honnêtes, ni purs, ni charitables.Mais est-ce la messe, la confession, la communion qui les ont rendus tels ?S\u2019ils ne pratiquaient pas, ne seraient-ils pas encore moins honnêtes, moins purs, moins charitables?Et si vous, qui avez renoncé à la messe, la confession, la communion, vous croyez plus honnête, plus pur, plus charitable qu\u2019eux, le retour à la pratique religieuse ne vous aiderait-il pas à devenir encore meilleur?Il y a donc une forme de rupture avec l\u2019Église qui procède du mensonge ou à tout le moins de l\u2019illusion.Élle mérite d\u2019être dénoncée avec sévérité et combattue avec vigueur par tous ceux qui ont à cœur les intérêts du Royaume de Dieu.Car, du jour où l\u2019on admet, pour soi et pour les autres, que le peuple chrétien, dans son ensemble, ne vaut pas mieux que le peuple non chrétien, qu\u2019il n\u2019y a pas de différence, au total, entre les catholiques pratiquants et les catholiques non pratiquants, on ouvre la porte toute grande à l\u2019indifférence religieuse et à l\u2019incroyance.A quoi bon rester fidèle si la fidélité ne rend pas ?Quand un arbre ne produit pas de fruits, il n\u2019est plus bon qu\u2019à être jeté au feu.Mais l\u2019éloignement de l\u2019Église et l\u2019abandon de la pratique religieuse peuvent provenir aussi d\u2019une conception trop idéaliste de ce qu\u2019est le christianisme.Cet idéalisme engendre le pessimisme, et le pessimisme à son tour donne naissance 100 à l\u2019esprit de critique, la rancœur, l\u2019amertume, puis à une désaffection profonde.Entre l\u2019idéal évangélique et la réalité chrétienne on constate douloureusement un écart inadmissible.On en souffre, évidemment, mais, ce qui est pire, on en fait souffrir les autres! Le chrétien, croyait-on, c\u2019est l\u2019homme sincère, ennemi de tout respect humain, de toute lâcheté, de tout compromis avec l\u2019esprit du monde; le professionnel de la sincérité vis-à-vis de lui-même comme vis-à-vis des autres, le chevalier sans peur et sans reproche.Hélas! il ne manque dans l\u2019Église ni d\u2019hypocrites, ni de lâches, ni de pieux chenapans! Et les chercheurs de poux en trouveront jusque dans la crinière du lion de Juda! Or, l\u2019idéaliste paraît avoir reçu du ciel un don peu ordinaire de flairer les scandales et de les mettre au jour.Comme le champ ouvert à ses observations est immense, il en déterre tant qu\u2019il finit par en avoir la nausée.Au milieu de ses frères il se sent de plus en plus seul.Il reproche aux fervents d\u2019être trop zélés et aux tièdes de ne l\u2019être pas assez.Il traite les uns de tartuffes et les autres de bourgeois.Aux prêtres qui se jettent dans la mêlée il crie: « Restez dans votre sacristie! » Mais à ceux qui sommeillent derrière leur clôture il crie: « Réveillez-vous et venez sur la place publique! » C\u2019est ainsi qu\u2019il va et vient, une lanterne à la main, à travers toute l\u2019Église, cherchant un disciple du Christ à la mesure de ses exigences.Comme il n\u2019en trouve point, il s\u2019irrite contre tout le monde, sans excepter lui-même, et finit par exclure de la chrétienté jusqu\u2019au dernier des chrétiens.Ce pessimisme n\u2019a rien d\u2019évangélique.Le christianisme est une religion d\u2019incarnation.Pour nous sauver, Dieu s\u2019est fait homme, avec tout ce que cela suppose delimitations, de faiblesses, de possibilités de scandales.Et l\u2019Église, qui prolonge la présence du Christ sur la terre, se compose d\u2019hommes.Non pas d\u2019une élite d\u2019hommes, mais de l\u2019humanité commune qui est tout entière appelée au salut.L\u2019ignorance, la sottise, la bassesse, la convoitise, le mensonge, toute la courbe d\u2019humanité, voilà le poids formidable que le Christ, par son Église, prétend enlever du sol et jeter vers le ciel! Comment s\u2019étonner qu\u2019il y ait du déchet! Qu\u2019un bon nombre de ces êtres charnels et pesants refusent de se laisser soulever, ou qu\u2019après quelques coups d\u2019ailes, ils retombent lamentablement sur la terre! Le Christ pourtant est de taille à vaincre la résistance de toute cette matière opaque et lourde.Lui-même l\u2019a prédit: Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi.Mais il faut accepter que l\u2019emprise du Christ sur l\u2019humanité ne se réalise que peu à peu, par l\u2019effort conjugué de tous les baptisés œuvrant ensemble dans la fidélité, la patience et la charité.Pour les âmes éprises de vraie grandeur, il y a mieux à faire que de mépriser les petitesses, les mesquineries, les fautes de leurs frères, et c\u2019est de les aimer, comme Dieu les aime, en dépit et peut-être à cause de leurs misères.Il y a mieux à faire que de se retirer dédaigneusement à l\u2019écart de la foule ignorante et médiocre, et c\u2019est de s\u2019y mêler, comme le ferment à la pâte, pour la rendre meilleure, en tâchant de se sentir solidaire de toute cette chrétienté où le péché abonde pour que la grâce surabonde.Pourquoi nous fâcher contre les autres ?Dieu n\u2019est-il pas toujours prêt à leur pardonner ?Et pourquoi perdre confiance dans l\u2019Église ?Le Christ n\u2019a-t-il pas promis d\u2019être à ses côtés jusqu\u2019à la fin du monde ?Au lieu de nous dissocier d\u2019elle, de chercher Dieu en dehors d\u2019elle, de la bouder, elle qui est la mère de nos âmes, comme un enfant irrité qui suce son pouce tout seul dans un coin, travaillons simplement à devenir meilleurs.Et nous aurons accompli la plus urgente des tâches, la seule qui soit véritablement à notre portée: nous aurons réformé l\u2019Église en nous-mêmes.RELATIONS Alain Bosquet et la poésie canadienne René DIONNE, S.J.A LAIN BOSQUET est depuis quelques années à Combat, j\\ quotidien de Paris, un critique très attentif à la production littéraire du Canada français.Il compte parmi nos jeunes poètes de bons amis, auxquels il a voué une admiration fervente et dont il ne se fait pas faute de répandre les œuvres et de propager les idées.Son anthologie de la poésie canadienne1 nous le prouve une fois de plus: elle ne fait état que du dernier quart de siècle et sa préface emprunte le ton légèrement fantasque et provocateur de la revue Liberté.Gilles Marcotte 2, critique distingué, a trouvé cette préface « assez décevante »; d\u2019emblée, M.Éthier-Blais 3 l\u2019a jugée « niaise, flagorneuse et insensée », et c\u2019est « du pied » qu\u2019il en a repoussé les idées.L\u2019un et l\u2019autre ont oublié trop facilement, croyons-nous, le propos d\u2019Alain Bosquet.C\u2019est délibérément que celui-ci fait front et choc; il nous en avertit dès ses premières lignes: On peut admettre deux manières de présenter la poésie \u2014-ou n\u2019importe quelle forme littéraire \u2014 d\u2019un pays.La première est impartiale, universitaire, entachée de considérations historiques et de circonstances en marge de cette poésie; elle rend justice au progrès, aux efforts, à toute une série de personnages influents qui en ont poussé d\u2019autres à écrire.La seconde manière est plus directe, moins polie, et résolument ennemie des idées nationales; elle consiste à considérer la poésie comme une suite de beaux objets, et elle ne livre au lecteur \u2014 ce profane à l\u2019affût de sensations fortes et non de doctes excuses \u2014 qu\u2019un choix sévère, en négligeant les mérites que le temps a entamés.(P.11.) Alain Bosquet a choisi la seconde manière; la moins polie certes, car elle fait fi de noms bien établis dans notre histoire littéraire, mais la meilleure en l\u2019occurrence, s\u2019agissant de provoquer l\u2019admiration du lecteur de France.Il était bon qu\u2019un critique de l\u2019extérieur se penchât sur notre poésie pour en extraire un suc de saveur universelle.Un Canadien français se débarrasse difficilement de son passé, et seul un homme libre devant ce passé avait chance de juger impartialement, \u2014 ce qui ne veut pas dire sans appel, nous le verrons plus loin.Il est tout un pan de notre littérature que nous nous refusons à jeter par terre, parce que nous avons peur de nous retrouver seuls en face de ce que nous sommes: un petit être bien jeune et bien frêle, qui n\u2019arrive pas à poser ses deux pieds solides en terre d\u2019Amérique.Nous croyons de bonne guerre, voire de toute nécessité, de nous agripper à nos ancêtres.Pourtant, il nous faudrait faire en certains domaines ce qu\u2019Alain Bosquet a osé en poésie: Il faut le dire sans ambages: tout ce que le Canada français a produit jusqu\u2019à la veille de la seconde guerre mondiale, jusqu\u2019aux œuvres de Saint-Denys Garneau et d\u2019Alain Grandbois pour être précis, relève d\u2019une conception vieillotte, trop sage, trop moralisante, trop accordée aux mœurs \u2014 il faut le dire: aux bonnes mœurs \u2014 des petites localités agricoles, soucieuses de leur salut et de îeurs devoirs civiques.(13.) Il aurait pu ajouter que cette poésie à la Crémazie ou à la Fréchette n\u2019avait guère de souffle que celui de la fausse rhétorique, et que les poèmes à la Lemay, pauvrement lamartiniens, manquaient d\u2019ampleur, tout comme ceux, parfois légers et point désagréables, de Nérée Beauchemin.1.\tLa Poésie canadienne Préface, choix et notices par Alain Bosquet, coll.« Melior » (Paris, Seghers et Montréal, H.M.H., 1962), 222 pp., 22 cm.Prix: 12 NF.\u2014 Notons que, malgré son coût modique, l'ouvrage est d\u2019une présentation luxueuse que sept ou huit coquilles (47, 52, 63, 74, 75, 114, 153, 165) ne réussissent pas à gâcher.2.\tLa Presse, 3 nov.1962.3.\tLe Devoir, 17 nov.1962.AVRIL 1963 Inutile de dire que, n\u2019osant guère quitter leurs maîtres des yeux, nos auteurs d\u2019antan et d\u2019hier avaient tous un petit air d\u2019écoliers, même ceux pourtant assez brillants de l\u2019École littéraire de Montréal.Bosquet a tout de même quelques mots bienveillants pour Nelligan, qu\u2019il considère à juste titre comme « le premier en date des poètes canadiens dignes de ce nom »; il reconnaît qu\u2019on « peut trouver quelque plaisir aux images orientales » de Paul Morin et être « ému par le travail probe et dru » d\u2019Alfred Desrochers; mais il n\u2019hésite pas à coller une note de retard bien méritée à Robert Choquette, qui s\u2019obstine à « perpétuer un genre devenu un anachronisme: la poésie considérée comme de la prose mise en vers ».En somme, écrit-il, et nous lui donnons raison, depuis Épîtres, Satires, Chansons, Épigrammes et Autres Pièces de Vers, de Michel Bibaud \u2014 dont Guy Sylvestre nous dit qu\u2019il est le premier Canadien à publier un livre de poèmes -\u2014 en 1830, jusqu\u2019en 1937, année où Saint-Denys Garneau fait imprimer Regards et Jeux dans l'espace, il ne se passe rien: plus d\u2019un siècle de pauvres et pesantes versifications.Le Canada est à la traîne: romantisme du coin, et Parnasse paysan.(13.) Eveil de la poésie canadienne Que s\u2019est-il donc passé qui a réveillé, ou plutôt éveillé, la poésie canadienne?Il y a d\u2019abord eu, avant 1939, ce sentiment confus que les temps changeaient.Puis, la guerre vint, qui mit « les jeunes en contact avec des réalités brutales » et les força de découvrir que « même la poésie peut s\u2019écrire et se concevoir dans la hâte, l\u2019irréflexion, le déchirement ».A la même époque passèrent en Amérique des Français libres, tels Breton, Supervielle, Caillois, Étiemble; leur influence devait se faire sentir dans les revues canadiennes, et peut-être auprès de certains éditeurs.Peu à peu, il se trouve qu\u2019on lit davantage d\u2019auteurs plus récents, encore qu\u2019on ne dépasse guère, dans le domaine lyrique, Claudel et Péguy.Quand même, « pour le Canada, cela représente un prodigieux saut en avant: il ne lui restera plus qu\u2019une seule génération à rattraper, au lieu de trois ou quatre ».Ici, Bosquet n\u2019a pas souligné assez fortement ce qu\u2019a eu de profondément bénéfique pour le Canada français le fait même de la séparation d\u2019avec la France.Tout se passa comme si, la voix de la mère se faisant plus rare et sa présence plus lointaine, les fils, enfin sevrés, se croyaient sinon obligés de parler, du moins autorisés à le faire.Alors, a noté Jacques Ferron4, « de bons écrivains s\u2019imposèrent », « deux ou trois revues, trois ou quatre éditeurs surgirent », « on imprima sur papier bible, en un seul volume, l\u2019œuvre poétique de Victor Hugo »; bref, « loin de nuire, la perte de la France stimulait tout ce qu\u2019il y avait de français, ici ».Selon le même auteur, l\u2019abaissement de la France nous aurait « enlevé tout sentiment d\u2019infériorité » et, « son malheur (conjurant) les nôtres », « son isolement (balançant) celui dont nous avions souffert », nous aurions perdu « notre complexe d\u2019abandon ».C\u2019est légèrement s\u2019illusionner sur notre compte d\u2019aujourd\u2019hui.Il n\u2019en demeure pas moins que nous nous prîmes un peu plus en charge.De ce sentiment nouveau de responsabilité, nous verrions volontiers une cause plus profonde dans le fait que, en entrant dans la mouvance des Alliés, notre pays prenait place sur la scène internationale et ouvrait bien grandes ses portes aux divers courants de pensée qui 4.Le Quartier latin, 27 févr.1962.101 travaillaient le monde occidental5.Le choc qui devait en résulter pour nos valeurs traditionnelles nous paraît avoir, davantage que les horreurs de la guerre, provoqué nos écrivains.Avec la génération d\u2019Alain Grandbois, Simone Routier, Rina Lasnier et Anne Hébert, la « poésie prend son vrai visage: celui d\u2019une activité concurrente de toutes les autres activités humaines ».Elle se fait aussi plus libre, plus créatrice; elle se sent la force d\u2019inventer et de redéfinir, le droit « de repenser, dans le délire ou la sérénité, la société, l\u2019amour, Dieu ».Toutefois, ce n\u2019est pas encore la grande activité, faute d\u2019un travail en commun, faute d\u2019une « organisation de la révolte ».Celle-ci viendra dix ans plus tard: « Dès 1951 et, de façon plus systématique, à partir de 1958, une pléiade de jeunes poètes va hausser la poésie du Canada au niveau de l\u2019avant-garde internationale.» (17.) Dorénavant, nos poètes sont à l\u2019heure du monde français.Des auteurs méconnus Du saut décisif, final, Alain Bosquet donne crédit aux équipes de la revue Liberté et de deux maisons d\u2019édition, l\u2019Hexagone et Orphée.Ce n\u2019est que justice: autour de ces petits cénacles gravitent, d\u2019une façon ou de l\u2019autre, la majorité de nos jeunes auteurs.On doit les féliciter pour leur courage.Ils ont commencé d\u2019œuvrer dans des conditions matérielles extrêmement pénibles; ils continuent leurs travaux dans un climat d\u2019ignorance ou d\u2019hostilité sourds à leur égard.Parce qu\u2019ils sont jeunes, on les a crus négligeables; parce que, péché de jeunesse, ils s\u2019en prennent avec une impatience violente, et souvent, avouons-le, à tort et à travers, aux vieilles générations, celles-ci les ont rabroués, ou tout simplement boudés, dédaignés.Même la génération de la quarantaine \u2014 chez nous, serait-on déjà vieux à cet âge ?\u2014 ne les a pas encore jaugés à leur vraie valeur.Aussi difficile que soit cette tâche, \u2014 car il n\u2019y a là, somme toute, que des débuts, \u2014 les aînés, surtout les plus proches, sont coupables d\u2019y avoir failli.La première faute a consisté dans un certain manque de sympathie et d\u2019effort pour comprendre.Même au Canada, on ne peut bien voir qu\u2019avec le cœur et ne bien connaître que ce qu\u2019on a apprivoisé.Cela suppose une ascèse.Il leur aurait fallu, à ces aînés, secouer de vieilles habitudes, ouvrir bien grand des yeux tout neufs, et ils ont tout juste fait l\u2019effort requis pour goûter Saint-Denys Garneau, leur contemporain, devenu tout à coup le dernier cri de notre poésie, et comme sa somme.S\u2019arrêtant à lui, ils ont oublié que la percée opérée depuis 1946 continuait son travail de pointe.Ils ont de plus, et c\u2019est là leur seconde faute, manqué d\u2019audace; ils ont craint de s\u2019avancer avec ces jeunes sur un terrain qui laissait les arrières si loin.Plus grave cependant est le manque d\u2019intérêt qu\u2019on remarque chez beaucoup de nos professionnels en la matière: éditeurs, professeurs, étudiants.Au terme d\u2019une enquête, Guy Robert écrivait dans le Devoir6 : Une chose m\u2019a frappé davantage dans l\u2019élaboration du présent travail: l\u2019ignorance et l\u2019indifférence en face de notre poésie, et en face de la poésie tout court, chez des personnes et des personnages qui, à première vue, étaient pour le moins susceptibles de s\u2019intéresser d\u2019assez près à ces phénomènes littéraires.On s\u2019excusait, parfois avec arrogance, en invoquant le manque de temps: pourtant chacun sait que l\u2019on trouve toujours le temps de faire ce qu\u2019on aime, ce à quoi on tient vraiment, ce qui est nécessaire.(.) Quelques sondages à la Faculté des Lettres de l\u2019Université de Montréal ont été particulièrement décevants: très peu d\u2019étudiants connaissent ou lisent notre poésie, ou plus géné- 5.\tPierre Angers, S.J., Problèmes de culture au Canada français (Montréal, Beauchemin, 1960), 13-14.6.\t20 janvier 1962.râlement la poésie.(.) .dans un cours réunissant 35 étudiants théoriquement intéressés à la poésie, vu la forme même du cours: deux de ces étudiants avaient lu une œuvre poétique canadienne publiée en 1961; huit connaissaient en gros l\u2019œuvre de Nelligan, Saint-Denys Garneau ou Grand-bois; trois avaient lu Poèmes de Anne Hébert.(.) L\u2019édition de la poésie locale se fait surtout par l\u2019entremise de petites maisons, souvent éphémères et en continuelle difficulté, ce qui naturellement ne contribue pas à stabiliser le marché.Les grandes maisons ne se soucient pas de risquer quelques centaines de dollars sur la cause de notre poésie.Sans doute, les raisons d\u2019un pareil état de choses sont multiples et complexes; on ne saurait les énumérer.A quoi bon d\u2019ailleurs?Une seule chose importe: prendre conscience de la situation et travailler à l\u2019améliorer.A cette fin, la présente anthologie sera d\u2019un précieux secours.Bien que son auteur n\u2019ait d\u2019abord visé qu\u2019à « mettre fin à l\u2019indifférence \u2014 disons-le carrément: au mépris ironique \u2014 qu\u2019opposent [les] lettrés » de France à la poésie canadienne, nous sommes en droit d\u2019attendre le même résultat chez nous, une indifférence et un mépris non moins injustifiés y ayant jusqu\u2019à présent sévi à l\u2019égard de nos jeunes poètes.Et puis, ne faut-il pas espérer que, reconnus en France, nos auteurs le seront enfin ici, comme ce fut le cas pour un certain chansonnier?Déjà, nous en voyons rougir nos gens « cultivés », pris une fois de plus en flagrant délit! Voudront-ils accélérer leurs études, mal leur en prendra, car beaucoup d\u2019œuvres poétiques récentes sont épuisées en librairie.Tirées à peu d\u2019exemplaires, dédaignées souvent par les bibliothécaires de nos maisons d\u2019enseignement, ces plaquettes sont restées confinées dans les petits groupes qui les ont vues naître.C\u2019est là qu\u2019il les faudra chercher, piteusement.A leur défaut, on pourra recourir au recueil de Bosquet, qui atteindra dès lors son second but : « fournir quelques preuves \u2014 des poèmes introuvables en France, et lus par deux cents personnes au Canada \u2014 de la vitalité' et de l\u2019originalité de la poésie canadienne, depuis une dizaine d\u2019années » (12).Cette anthologie a sa place toute désignée dans la bibliothèque des professeurs; à côté de celle de Guy Sylvestre, qu\u2019elle complète magnifiquement.Pour en comprendre et apprécier avec justesse le message, nos enseignants, surtout ceux d\u2019un certain âge, devront fournir un effort sans doute coûteux, mais peut-être pas aussi épuisant qu\u2019ils l\u2019appréhendent, et certes plus profitable qu\u2019ils ne le croient.En effet, à la suite d\u2019Alain Bosquet et de quelques critiques de chez nous, ils trouveront, s\u2019ils se donnent la peine de quelque sympathie, beaucoup de qualités à nos jeunes poètes.Ce leur sera de plus un excellent moyen de mieux connaître leurs étudiants, et l\u2019occasion de leur offrir une nourriture appropriée, les problèmes de ces derniers approchant fort ceux de leurs aînés immédiats.Visages de notre jeune poésie Et il se trouve que notre jeune poésie reflète nos préoccupations.En effet, comme l\u2019a vu Bosquet, « les problèmes, les équivoques, les malentendus du Canada français \u2014 et c\u2019est là que la poésie canadienne diffère, par son actualité, de la poésie française, laquelle a renoncé depuis un bon siècle à se vouloir nationale, sauf pendant les heures sombres de l\u2019occupation allemande \u2014 se retrouvent dans les poèmes » (18): existe-t-il vraiment un Canadien français?comment, s\u2019il existe, peut-il l\u2019être et le demeurer en face de l\u2019Américain, du Français et du Canadien anglais?comment vivre notre foi dans la situation concrète, historique, qui est la nôtre?est-il possible de faire surgir, avec notre langue infirme et de notre pauvreté d\u2019être, l\u2019œuvre qui aura valeur d\u2019universalité ?La « lucidité amère », qui a trop souvent empreint les réponses données à ces questions vitales, n\u2019a pas empêché, nous assure Bosquet, « l\u2019éclosion d\u2019œuvres ferventes, et de cris 102 RELATIONS qui sont \u2014 il faut qu\u2019on le sache au Canada \u2014 parmi les plus authentiques de la poésie universelle, même si la forme de l\u2019élan est quelquefois rude ou maladroite » (20).Sur les défauts de notre langue, Bosquet ne croit pas utile d\u2019insister, sinon pour renvoyer à notre propre critique: Langue parlée ou langue écrite, les jeunes Canadiens savent que leurs moyens d\u2019expression reflètent leurs autres embarras.La pureté et la correction ne sont pas leur fort, et ils doivent faire face, dans leur commerce quotidien, à une forme particulièrement pernicieuse de l\u2019américanisation du vocabulaire: la traduction mot à mot de locutions anglo-saxonnes, comme la multiplication des formules toutes faites, en anglais, et que le Canada français finit par adopter, sans résistance réelle.(23.) Malgré ces faiblesses grossières, notre langue ne serait pas dépourvue d\u2019une certaine saveur: « Ce dont les jeunes poètes canadiens se rendent peut-être moins compte, c\u2019est à quel point leur vocabulaire est quelquefois savoureux, non seulement à cause des archaïsmes qui nous étonnent, mais à cause d\u2019une audace qui ne paralyse pas le besoin d\u2019inventer des mots nouveaux.» Et Bosquet de fournir l\u2019exemple de Rina Lasnier, que nous tenons d\u2019autant plus à citer que cette poétesse n\u2019a pas encore vu sa valeur reconnue pleinement chez nous 7: dans Présence de l'absence, on trouve ces mots charmants et d\u2019une charge poétique certaine: le planemeni (des ailes), la salure, la glanure, le vent terrai, les têtes feuillardes, le verbe écimer, les entrailles fromenteuses, le verbe buvoter à propos du rossignol, les mou-tonnets, la buvande pour la boisson, les larmes mortifères, la gesture d\u2019amour, Yépiaison, la criblure des étoiles, la fanure du temps, le brûlis de l\u2019hiver, l\u2019usance.Le vocabulaire prend là une allure champêtre du seizième siècle, qui nous ravit.(24.) « En contact avec l\u2019universel depuis qu\u2019il a appris à partager le désarroi de son siècle », le jeune poète canadien a sur ses confrères français de même âge « quelques avantages: il n\u2019est pas pétri de cérébralisme, il ne vise pas à une perfection formelle excessive, il maintient son œuvre en contact avec sa terre, soit pour en chanter la nostalgie, soit pour lui souhaiter une nouvelle et claire « identité » dans le concert des nations.Par-dessus tout, il sait donner en prose une définition valable de sa poésie, c\u2019est-à-dire la hausser au niveau de la pensée.» (25.) Un choix qui appelle des réserves C\u2019est en prophète qu\u2019Alain Bosquet conclut sa préface de combat: « La poésie canadienne va connaître des lendemains chantants: enchantés et enchanteurs.» Le jeu de mots est par trop facile, même si la prédiction est fondée.Facile comme l\u2019est toute la préface d\u2019Alain Bosquet.Il n\u2019arrive pas vraiment à situer avec profondeur notre jeune poésie 8, il n\u2019essaie même pas d\u2019en dégager les thèmes essentiels 9; les 7.\tGilles Marcotte a écrit, en 1955, les plus belles pages critiques que nous connaissions sur l\u2019œuvre de Rina Lasnier; il vient de les publier dans Une littérature qui se fait (Montréal, H.M.H., 1962), 257-271.8.\t« Cette étude est assez décevante, non seulement parce que les sources de M.Bosquet sont trop peu nombreuses: la collection de Liberté et Les Insolences du Frère Untel, mais aussi, mais surtout parce que les faits sociologiques n\u2019y sont pas reliés suffisamment aux faits poétiques.Alain Bosquet signale que \u2014 au contraire de la poésie française \u2014 notre poésie exprime le drame et le combat d\u2019une collectivité, mais il ne cherche pas à dégager les complexes d\u2019images dans lesquels s\u2019exprime ce combat.Il est bien évident, pourtant, que la poésie canadienne-française n\u2019est pas « engagée » explicitement dans le social, le poétique.Alain Bosquet nous dit \u2014 et dit aux lecteurs français \u2014 que les poètes du Canada français sont révoltés, mais sur les objets et les sources de cette révolte, sur son incarnation poétique, il ne propose que des explications extrêmement superficielles.Les diatribes de Jacques Goabout, non plus que celles du Frère Untel, ne suffisent à rendre compte des mouvements profonds de notre poésie.» Gilles Marcotte, la Presse, 3 nov.1962.9.\tM.Éthier-Blais en a dégagé quelques-uns dans la prose critique signalée, au début de cet article.Il a bien noté la tristesse, le manque d\u2019humour de nos poètes.« Cela tient sans doute, écrit-il, à une question de langage; tout, du reste tient à une question de langage.» C\u2019est vrai au niveau de l\u2019expression.Mais avant de s\u2019exprimer, l\u2019humour a besoin, simplement pour exister, qu\u2019un recul soit pris devant la réalité vécue; autrement dit, l\u2019humour implique une possibilité de désengagement, il exige une certaine capacité d\u2019abstraction du sujet.Or, nos jeunes poètes ont un tel sentiment de responsabilité devant notre pauvreté d\u2019être, une telle volonté de l\u2019enrichir, que non seulement se désengager leur répugne mais leur est proprement impossible, trop uniment tendus qu\u2019ils sont vers le but à atteindre.En somme, on peut dire que leur volonté d\u2019être est si forcenée qu\u2019elle les prive d\u2019une certaine liberté d'être.idées qu\u2019il émet sur elle vivent surtout dans le contexte d\u2019une amitié partagée, d\u2019une faveur donnée avec sympathie, voire avec un enthousiasme fervent jusqu\u2019à la naïveté parfois 10 *.Néanmoins, nous persistons à croire que cette préface, ne serait-ce que par son ton provocateur, servira l\u2019ultime propos de son auteur: susciter la curiosité du lecteur, l\u2019amener, surtout s\u2019il est de France, à prendre connaissance des textes qui suivent.Ceux-ci sont précédés, pour chaque auteur, d\u2019une courte notice biographique et critique.Là encore, les jugements de Bosquet appellent des réserves.Est-il bien vrai que, « depuis Jacques Prévert », personne que Jacques Godbout « n\u2019avait su capter avec tant de justesse la drôlerie et l\u2019émotion des simulacres humains » (193) ?Nous admettons que Sylvain Garneau n\u2019a pas reçu chez nous l\u2019attention qu\u2019il mérite, car il a vraiment eu des éclairs de génie; faut-il pour autant le rapprocher de Rimbaud ?Nous avons beau admirer Claude Gauvreau, le trouver fascinant, nous n\u2019arrivons pas à croire que « de tous les lettristes \u2014 un lettriste sans lien avec le mouvement \u2014 il est le seul qui parvienne à convaincre » (114).A ces jugements outrés, nous préférons ceux, plus modérés et plus justes, portés sur Jean-Guy Pilon et Fernand Dumont, et il nous plaît de citer ces lignes lucides à propos de Gatien Lapointe: Sa poésie, âpre, grave et d\u2019une ampleur qui ne se dément pas, possède la solennelle beauté des chants en l\u2019honneur de la terre: une terre solide, mais aussi une terre soudain promue à de curieuses noces avec l\u2019homme en proie au doute moderne.Il y a, à chaque page, des résonances universelles qui font de Gatien Lapointe un poète de grand avenir.(181.) Enfin, même admis les critères de sélection d\u2019Alain Bosquet, on peut s\u2019étonner, à la suite de Gilles Marcotte u, de voir attribuer plus de pages à Jacques Godboutet à Alphonse Piché qu\u2019à Anne Hébert12.De cette poétesse, pourquoi ne pas avoir ajouté « la Fille maigre », « le Tombeau des rois », « Mystère de la parole », poèmes incontestablement plus représentatifs, et certes pas inférieurs à ceux choisis ?A côté de Wilfrid Lemoine, bien d\u2019autres auraient pu trouver place 13! Il reste que l\u2019ensemble des textes choisis reflète fort bien notre jeune poésie et M.Pierre-Henri Simon a raison d\u2019écrire « qu\u2019aucune lecture ne saurait mieux renseigner sur l\u2019évolution du goût littéraire des deux dernières générations canadiennes 14 ».Conclusions Que ce goût ait produit des œuvres qui ont attiré l\u2019attention de la critique française, c\u2019est un fait, et il pourrait suffire pour stimuler notre curiosité.Il y a plus cependant: « La littérature canadienne, écrit M.Auguste Viatte 15, se transforme aussi rapidement que le Canada lui-même.(.) .quelques-uns de ses poètes comptent parmi les meilleurs de l\u2019époque » et, « tous ensemble, ils apportent de neuf » à la poésie de langue française.Voilà un témoignage fort louangeur, et d\u2019un homme dont on ne peut mettre en doute le sérieux.S\u2019ajoutant à quelques autres qu\u2019il fait aussi bon 10.\tNe pourrait-on pas aussi parler d\u2019aveuglement, sinon d\u2019ignorance, lorsque M.Bosquet définit Alfred Desrochers comme « un poète de paysages délicats, de sentiments salutaires, de tristesses tempérées par un peu d\u2019ironie qui vire à la leçon morale » (15) ?11.\tLoc.cit.12.\tNous relevons une erreur dans la notice sur Anne Hébert (75).On y lit que « les plus beaux poèmes des Songes en équilibre (1942), et du Tombeau des rois (1953), ont été repris, sous le simple titre de Poèmes, par les éditions du Seuil, en i960 ».Or, ce dernier recueil reproduit en entier le Tombeau des rois (sauf les divisions et leurs sous-titres, qui rangeaient les poèmes par petits groupes), mais aucun poème des Songes en équilibre.La seconde partie des Poèmes comprend le texte d\u2019une causerie, prononcée le 11 décembre 1958 (lors de la réception au prix Duvernay), et des poèmes inédits (du moins dans leur ensemble).13.\tM.Marcotte a suggéré Françoise Bujold et Luc Perrier {loc.cit.) ; Rina Lasnier a regretté l\u2019absence de Suzanne Paradis (lettre à Jean Hamelin, le 10 déc.1962; publiée dans le Devoir, le 15 déc.).14.\tLe Monde, 2 janv.1963.15.\tLa Croix, 2-3 déc.1962.AVRIL 1963 103 entendre, il appelle, pour être complet, une appréciation qui tienne compte des ombres au tableau : Comme diagnostic final, nous pourrions dire en souriant que notre poésie pourrait aller plus mal: son langage est encore sans doute hésitant et limité, on déplore des bégaye-ments et des zézayements occasionnels; la respiration, un peu courte et parfois haletante, dénonce un manque d\u2019entraînement, de formation; on remarque encore les traces toutes fraîches d\u2019œillères rigides et de cataractes précoces; on s\u2019en sert comme exutoire pour liquider des inhibitions et des complexes, ce qui contribue à lui donner souvent des angles aigus et des cris rauques qui relèvent normalement du pamphlet ou du manifeste; des verdeurs d\u2019expression ouvrent heureusement des chemins neufs, qui réussiront peut-être bientôt à apprivoiser un pays de toute évidence plus grand que son dompteur.Si le poète n\u2019a pas encore pleinement réussi à faire la poésie, la poésie réussira probablement à faire le poète.Le sort de notre poésie me semble désormais assuré.Sa jeunesse, qui la condamnait hier au silence et aux balbutiements, la sauvera demain en lui apprenant à se servir pleinement de sa nouvelle voix, la sienne, après la mue nécessaire 16.En somme, c\u2019est avec optimisme qu\u2019il faut regarder notre jeune poésie: ses œuvres ne sont pas parfaites, elles ne laissent cependant pas d\u2019impressionner le lecteur qui les aborde avec sympathie.Pour un Canadien, elles ont au moins valeur de reflet; car c\u2019est bien notre visage que nous renvoie cette poésie sans rythme et sans joie, pleine de cris et d\u2019efforts.Nous ne sommes pas des plus jolis, et bien pauvres, c\u2019est vrai, mais l\u2019existence, si dénuée soit-elle, est déjà une valeur; combien plus encore doit l\u2019être une existence qui offre autant de possibilités que la nôtre! 4, montée de Fourvières, Lyon.16.Guy Robert, rendant compte de l\u2019enquête signalée plus haut, dans le Devoir, 3 févr.1962.La presse et l\u2019immoralité des spectacles Ici, la préoccupation devient encore plus vive, car il semble qu\u2019on assiste à une détérioration progressive, spécialement en ce qui concerne les formes de divertissement public.Certaines idées n\u2019ont rien perdu de leur efficacité.Tout d\u2019abord, la légitimité de la protestation de la conscience catholique, spécialement des organisations catholiques et, par conséquent, la légitimité de l\u2019intervention des pouvoirs publics; ensuite, le devoir des catholiques de protester et, avant tout, d\u2019agir en plein accord, pour encourager les pouvoirs publics à prendre des mesures dans l\u2019esprit de la loi \u2014 qui est avant tout de droit nature,-\u2014 pour la défense des bonnes mœurs, du respect de la conscience populaire, en particulier des jeunes générations: «.L\u2019idéal serait \u2014 disions-Nous encore \u2014 que tous les citoyens, tous les chrétiens sensés apportent chacun leur contribution à cette œuvre, en s\u2019abstenant d\u2019assister à ces spectacles indécents, en protestant énergiquement dans chaque cas.Ce serait le remède le plus sûr et le plus efficace contre les dangers déplorés.» Cela est naturel, simple et pourtant c\u2019est sur ce point qu\u2019il faut insister en vue de grouper les forces saines et de les rendre conscientes de l\u2019efficacité de leur action commune, afin que les pouvoirs publics de tous les pays du monde se sentent soutenus pour prendre position.Et ils le feront.Car il ne s\u2019agit pas de mortifier la personne humaine, mais au contraire de la défendre dans son honneur, dans son admirable développement harmonieux et bien ordonné.C\u2019est là que la presse catholique peut rendre des services très utiles, et non seulement les grands quotidiens, mais encore la belle floraison de journaux diocésains et paroissiaux, de divers tirage et diffusion, qui sont lus par les catholiques et sont des instruments très efficaces pour la bonne cause.Nous ne cachons pas qu\u2019un sentiment de vive sympathie nous attire vers les formes modestes, mais très efficaces de diffusion des bonnes idées parmi le peuple chrétien, et il serait désirable que là où ils existent, ces petits journaux soient toujours plus perfectionnés et qu\u2019on en publie du même genre dans d\u2019autres endroits.Il ne faut pas craindre le danger de la concurrence; le désir de lire est aujourd\u2019hui si intense que la bonne presse n\u2019est jamais trop diffusée.(S.S.Jean XXIII, aux journalistes catholiques, le 27 janvier 1963.) 104 AU SERVICE DU FRANÇAIS Bilinguisme ou métissage?D\u2019UNE JOURNALISTE ne dites pas qu\u2019elle a « couvert » un défilé de mode, un dîner-causerie.Ni de son confrère, qu\u2019il « couvre » une joute sportive, une campagne électorale.Cet anglicisme, commode et imprécis, répugne au français, langue rigoureuse lorsqu\u2019il s\u2019agit non seulement de l\u2019accord syntaxique, mais du rapport sémantique des mots.On assiste à un défilé de mode, comme on assiste à une comédie; on le décrit, comme on décrit un accident; on relate ce qu\u2019on y a vu, on le commente, on en discute.Ainsi, un chroniqueur glose sur une nouvelle; un critique apprécie une pièce de théâtre; un correspondant résume et juge un débat parlementaire.Ils ne les « couvrent » pas.Mais, au sens propre, vous couvrez un fauteuil d\u2019une housse, un lit d\u2019un édredon, un livre d\u2019une jaquette, votre cou d\u2019une étole.Au figuré: général, vous couvrez (protégez) votre retraite; élève distrait, vous couvrez (dissimulez) votre erreur ou votre honte; professeur paternel, vous couvrez (excusez, taisez) l\u2019incartade d\u2019un étudiant.Si nous avons à cœur de purifier notre langue, cessons de couvrir d\u2019une indulgence néfaste ceux qui découvrent leur impéritie en prétendant « couvrir », par leur présence ou leurs boniments, un discours, un spectacle, un événement.Le même terme n\u2019a pas la même acception des deux côtés de la Manche.Le Français affirme solennellement (énergiquement, avec conviction) telle chose (fait ou principe).L\u2019Anglais déclare la même chose « emphatiquement », sans vouloir s\u2019exprimer alors avec emphase, au sens français de ce mot.Curieusement, le Français, surtout méridional, affectionne l\u2019emphase hyperbolique; mais il garde au mot sa nuance péjorative.L\u2019Anglais, qui cultive la litote (understatement), use et abuse de l\u2019« emphatique » même pour constater le beau temps.Peuvent-ils se comprendre ?N 'endossez rien, sauf à) le vêtement qui se porte sur le dos ou les épaules (manteau, chape, veston) ; b) le document au dos duquel vous apposez votre signature; c) le fardeau physique ou moral que vous assumez, seul ou de compagnie.L\u2019Anglais « endosse » n\u2019importe quoi, pourvu qu\u2019il l\u2019approuve ou simplement ne le contredise point.Il « endosse » votre suggestion, que vous ne le priez nullement de parapher, puisque vous ne l\u2019avez pas écrite; il « endosse » même votre geste, votre attitude.Ne lui demandez pas comment.Si vous insistez, il ripostera, avec humeur et sans humour: « Nous autres, Anglais, ne faisons pas de la clarté une idole! » On s\u2019en doutait.Ils se plaisent à « élaborer », sans préciser quoi.Pour eux, « élaborer », pris absolument, signifie: apporter explication, preuve ou éclaircissement.Questionnés, s\u2019ils répondent vaguement ou brièvement, c\u2019est qu\u2019ils ne veulent pas « élaborer ».Vous devez entendre: expliciter, justifier leur sentiment.Le Français, lui, élabore toujours quelque chose : des projets ou des plans (et ça veut dire qu\u2019il les conçoit, les ordonne, les construit), ou bien une idée, une thèse (il la développe, la fonde sur des raisons, en tire des conséquences).Par lui, le verbe élaborer (produire à la suite d\u2019un travail soigné) ne s\u2019emploie qu\u2019avec un complément.Endossons notre responsabilité linguistique; élaborons des plans efficaces de francisation; ne couvrons plus notre garesse de revendications aussi stériles qu\u2019emphatiques.Evitons le métissage qu\u2019engendre un bilinguisme simiesque.Pensons en français.Parlons français.Quantité de biens nous viendront par surcroît.J.d\u2019Anjou.RELATIONS LE THEATRE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.PATATE AVEC PATATE DE MARCEL ACHARD le Rideau-Vert J-\\ est revenu à son répertoire sinon exclusif du moins plus habituel et coutumier.En fait, la plupart de nos comédiens jouent plus à l\u2019aise le théâtre moderne, léger et sans trop de prétention à la profondeur, qui nous présente des mœurs et des personnages connus et actuels.Patate est de cette veine.Les mœurs sont bien de notre époque.Les personnages ressemblent à tel ou tel de nos connaissances ou amis.Le ton et la langue ne dérogent pas tellement de nos habitudes, quelques jurons en moins.Giraudoux ou Cocteau peuvent en dérouter quelques-uns: ils se retrouvent tout à fait chez Achard.Ce n\u2019est pas pourtant que l\u2019auteur de Jean de la Lune ou de Patate ne puisse inventer des situations graves, des personnages nuancés et faire jouer des passions sérieuses comme l\u2019amour ou la haine, la frivolité ou l\u2019envie.Mais il y a la manière Achard de traiter tous ces thèmes: le don d\u2019émouvoir sans ridicule, de ridiculiser sans méchanceté, d\u2019habiller la bêtise d\u2019humour et de bonhomie, et un total refus, au contraire de toute une littérature dite d\u2019avant-garde, d\u2019avilir délibérément l\u2019homme.Et l\u2019homme moyen et normal \u2014 il y en a encore malgré tout \u2014 lui en sait gré, l\u2019approuve et l\u2019applaudit.Voilà exactement ce qui est arrivé au Stella, ce mois-ci, lors des représentations de Patate, avec Duceppe, dans le rôle titre, et ses compagnons de la troupe: Olivette Thibault, Catherine Bégin, Margot Campbell, Gérard Poirier et Benoît Marleau, sous la direction de Loïc le Gouriadec, metteur en scène.Par la même occasion, nous avons eu une fois de plus la preuve de la valeur de nos artistes quand ils veulent s\u2019en donner la peine, car l\u2019interprétation par les comédiens du Rideau-Vert de cette œuvre d\u2019Achard ne nous a pas fait regretter celle de Pierre Dux et de sa troupe au théâtre Saint-Denis, il y a deux ou trois ans.A cette fin, il s\u2019imposait absolument, d\u2019abord, de trouver un bon interprète pour le rôle de Léon Rollo, alias Patate.Personnage difficile à classer: bon époux d\u2019une femme fidèle qui essaye de le comprendre et surtout de l\u2019aider, bon père de la petite Alexa que le ménage a adoptée, mais en même temps follement embardeux, vivant aux crochets de quelques amis qu\u2019il « tape » sans vergogne, surtout Carradine, ancien condisciple pour qui il éprouve une haine bête et tenace parce qu\u2019il a réussi, et lui, non.Caractère, donc, assez vulgaire et mesquin peu propice à la comédie, mais que l\u2019auteur n\u2019a pas voulu rendre odieux et détestable, plutôt sympathique malgré cette envie insensée et les efforts qu\u2019il consent pour la satisfaire par des trucs de mouchards.Jean Duceppe a saisi les intentions d\u2019Achard et a pu, en dépit de tout, avec aisance et naturel, préserver la note comique de son personnage: tour de force seulement possible à un grand talent.Au reste, ce qui avantage Rollo, aux yeux des spectateurs, c\u2019est que ce Carradine, contre lequel il s\u2019acharne, est encore, avec ses grands airs de dignité et d\u2019élégance, plus canaille que lui.Il profite, pense-t-on, un peu trop de ses avantages jusqu\u2019à la déconfiture finale où Patate enfin prend sa revanche, sans d\u2019ailleurs la jouissance totale escomptée.Gérard Poirier a été un Carradine supérieur, méprisant, infatué et veule successivement, comme il convenait.Trois femmes, à leur manière, interviennent dans le conflit Patate-Carradine.Alexa surtout, jeune adolescente de dix-huit ans, très modern-style, dont les relations avec Carradine vont déclencher la catastrophe que devront subir les deux autres, épouses des deux adversaires, Rollo et Carradine.Olivette Thibault a joué avec beaucoup de mesure et de sincérité le rôle d\u2019Edith Rollo et Catherine Bégin, devenue une gracieuse jeune femme, discrète et distinguée, celui de Véronique Carradine.Margot Campbell s\u2019est révélée une pimpante, alerte, agressive et désinvolte Alexa et, ainsi, a justifié l\u2019importance réelle du personnage dans la pièce.Donc une distribution bien équilibrée qui a fourni une interprétation soignée à l\u2019œuvre que Marcel Pagnol a qualifiée de chef-d\u2019œuvre de Marcel Achard, Patate.IRMA-LA-DOUCE Je ne peux dire que j\u2019ai été emballé par Irma-la-Douce, comédie chantée, que, le mois dernier, le Théâtre du Nouveau-Monde nous a présentée.Voici, en vrac, ce qui m\u2019a déçu.D\u2019abord, le sujet.Les hauts faits des pauvres filles du trottoir, aux petites vertus et au grand cœur, m\u2019intéressent médiocrement sur le plan artistique et encore moins les prouesses des gigolos qui les exploitent.Je comprends et goûte assez bien la langue française, même populaire et peu correcte, mais devant l\u2019invasion massive de l\u2019argot dans cette comédie, je capitule et donne ma langue au chat.Je suis un parfait ignare en musique.Je ne juge donc pas celle que Marguerite Monnot a composée pour Irma-la-Douce qui m\u2019a paru alerte et expressive.Mais je ne crois pas que ce soit trop exiger de celui qui prétend nous chanter quelque romance d\u2019avoir d\u2019abord de la voix.Heureusement les chansons de Guylaine Guy sonnaient bien dans la salle, aussi les airs de Gabriel Gascon et bien sûr ceux du quatuor des habitués du bar des Inquiets, mais Pierre Thériault chantait pour lui et de Percy Rodriguez je n\u2019ai pas compris un traître mot, pourtant j\u2019étais bien placé, à la huitième ou neuvième rangée, et pas de chapeau en avant de moi pour arrêter le son!.Tout cela, en plus d\u2019une certaine monotonie dans la mise en scène due plus à la structure de la pièce elle-même qu\u2019au manque d\u2019imagination de Jean Gascon, je crois.Il convient peut-être maintenant d\u2019en venir au chapitre des qualités.Car il y en a.La toute menue Guylaine Guy chargée du rôle d\u2019irma, chante agréablement et manifeste une grande aisance en scène.Le Nestor-le-fripé, l\u2019autre personnage principal de la pièce, de Pierre Thériault joue mieux qu\u2019il ne chante et il a une binette sympathique.Binettes aussi pittoresques et amusantes que celles des quatre piliers de cabaret: Victor Désy, Léo Ilial, Marc Cottel et Pierre Gi-boyau qui boivent, piaillent, chantent et dansent, \u2014 mais d\u2019une cadence peu variée, vraiment \u2014 pour tuer le temps entre les diverses rencontres d\u2019irma et de Nestor \u2014 ou Oscar, ce qui est la même chose.Nous avons eu un bon moment, presque en hors-d\u2019œuvre cependant, avec la scène du procès, jouée de façon très lou- AVRIL 1963 105 foque par Hoffmann, le juge, Jean Gascon, l\u2019avocat de la défense et Jean-Louis Roux qui s\u2019était fait une tête impossible de procureur de la République.Scène joyeuse, hilarante, malheureusement suivie de celle du pénitentier de l\u2019île du Diable, la plus moche de la pièce, sauvée, cette fois encore, par la fugitive apparition de Roux en ineffable sir Archibald Arlington, amateur de papillons.La pièce a repris son élan avec le retour de Nestor à Pigalle et les complications administratives qui s\u2019ensuivent pour prouver l\u2019innocence de Nestor du meurtre impossible d\u2019un Oscar inexistant.Tout finit par bien finir dans l\u2019exultation de Nestor et d\u2019Irma-la-douce enfin réunis et de leur progéniture qu\u2019on acclame dans un chœur final qui veut être drôle et qui n\u2019est que d\u2019un goût douteux.Irma-la-douce, comédie d\u2019Alexandre Breffort, a fait fureur à Paris où elle a tenu l\u2019affiche pendant quatre ans.J\u2019avoue ne pas comprendre.A moins que ce ne soit pas la même Irma-la-douce qu\u2019on nous ait montrée, ici, à l\u2019Orphéum!.LE MARCHAND DE VENISE Vraiment, les temps sont changés.Après le Rideau-Vert, le Théâtre du Nouveau-Monde, voilà que le Théâtre-Club célèbre son dixième anniversaire de naissance.Sans doute, des compagnies théâtrales, jeunes et pleines d\u2019espoirs, apparaissent encore un moment pour disparaître aussitôt, mais il est réconfortant de constater que de faibles pousses, plantées hier avec une confiante hardiesse, sont devenues de vigoureux arbustes à la faveur de soins vigilants et de sacrifices amoureusement consentis.Le succès maintenant couronne ces généreux efforts.Nous en avons vu les signes évidents, ce mois-ci, à la Comédie Canadienne, où la troupe, réunie par Jacques Létourneau et Monique Lepage, a triomphé dans le Marchand de Venise de Shakespeare.Nos comédiens s\u2019affrontent rarement au « grand Will ».Avec assez de raison, d\u2019ailleurs.Il est difficile à interpréter: il suppose une initiation, un style que peu de nos acteurs possèdent.De plus, il exige ordinairement, même pour une simple comédie, une nombreuse distribution, des costumes et décors d\u2019époque somptueux, et une mise en scène compliquée à cause de la variété des scènes, dispersées dans le temps et dans l\u2019espace, enchaînées pourtant les unes aux autres sans suffisamment d\u2019interruption.Ces difficultés, nous les retrouvons toutes dans le Marchand de Venise.L\u2019action se déroule au siècle de la Renaissance italienne, dans la riche et bruyante Venise et autres lieux avoisinants.Deux grandes intrigues: l\u2019une, amoureuse, impliquant trois groupes différents de protagonistes; l\u2019autre, l\u2019affaire du prêt à l\u2019unique mais étrange condition \u2014 qui vont petit à petit s\u2019entrecroiser et réagir l\u2019une sur l\u2019autre.Et plus de vingt comédiens doivent assumer la tâche de rendre vivante et plausible cette action, claire et simple cette double intrigue.On comprend alors que le public, pas très habitué lui non plus à Shakespeare, prenne quelque temps à s\u2019y retrouver et à entrer dans le jeu, sans que ce soit vraiment la faute des acteurs.Il nous faut d\u2019abord connaître les personnages qu\u2019ils incarnent et leurs rôles respectifs dans la pièce, ensuite nous les suivons avec intérêt et plaisir.La troupe du Théâtre-Club a surmonté ces diverses épreuves glorieusement.Le décor fixe de Jean-Claude Rinfret et quelques dispositifs mobiles évoquaient suffisamment la Renaissance à Venise et faisaient ressortir, avec avantage, la richesse et l\u2019élégance des costumes de Richard Lorrain.Voilà pour l\u2019œil.Liais surtout le jeu alerte, dégagé et naturel de la plupart des interprètes a rendu justice au texte tantôt poétique ou réaliste, mélancolique et tendre ou pittoresque et comique, tragique aussi et âpre ou solennel de Shakespeare.Ce diable d\u2019homme ne s\u2019immobilise jamais dans un même style.Avec une égale virtuosité il joue de tous les instruments pour composer une symphonie verbale qui enchante.On ne peut énumérer tous les défenseurs de ce beau texte.Glanons quelques noms plus importants.A ce titre, on pourrait omettre le personnage du marchand de Venise lui-même.Antonio, qui au début déclenche les événements mais agit médiocrement sur eux par la suite.Yves Létourneau a rempli avec discrétion ce rôle.Les personnages majeurs de la pièce sont Bassanio et Portia, et le juif Shylock.Celui-ci a été confié à Henri Norbert qui l\u2019a rendu presque sympathique par son jeu d\u2019une intensité dramatique intérieure remarquable, au prix même d\u2019une certaine exaltation qu\u2019on aurait désirée plus grande à la scène du jugement.Le rôle de Portia était tout naturellement destiné à Monique Lepage qui l\u2019a joué avec finesse, dignité et assurance, et Albert Miliaire a donné un ton de grande sincérité et conviction à son personnage de Bassanio.Il faudrait louer la joie de vivre et la tendresse amoureuse de François Tassé et de la charmante Louise Latraverse en Lorenzo et Jessica, la fille malheureuse de Shylock; aussi la fougue impétueuse du Gratiano de Jean-Paul Dugas; les minauderies, \u2014 un peu trop genre couventine espiègle, peut-être, \u2014 de Lise Lasalle; la pondération, au contraire, et la dignité de Pierre Boucher en doge de Venise, mais surtout la très impressionnante composition de Jean Besré en Lancelot Gobbo, le bouffon qu\u2019on rencontre toujours dans les pièces de Shakespeare.Celui-ci a trouvé en Besré un interprète de grande classe.Je me garde d\u2019oublier que ce bon travail est le fruit de la mise en scène de Jacques Létourneau qui se mérite, par là, une nouvelle plume à son chapeau.Par ce Marchand de Venise de qualité, le Théâtre-Club prend un départ prometteur pour la prochaine décennie qu\u2019on lui souhaite favorable.Les journalistes et le respect de la vérité Chers fils, veuillez accepter cette invitation à faire retour sur vous-mêmes que Nous adressons aimablement à chacun de vous.Faites-le avec humilité et crainte, et demandez-vous chaque soir de votre vie si vous avez mis votre esprit, votre imagination, votre cœur \u2014 surtout votre cœur \u2014 au service de la vérité.Ayez un religieux respect pour elle, craignez de l\u2019offenser, de la ternir, de la trahir.Imposez-vous la discipline du silence, de la modération, de la patience.La vérité désire seulement être annoncée tout entière.Mais, hélas! combien souvent les oppositions d\u2019intérêts et le besoin avide d\u2019écraser 106 l\u2019adversaire font recourir à d\u2019autres moyens, au détriment de la vérité.Que jamais cela ne vous arrive.Si vous voulez que, au soir de votre vie sur cette terre, que je vous souhaite longue et bien remplie, vous puissiez regarder en face les plus jeunes générations et leur transmettre le témoignage de votre foi et d\u2019un apostolat vraiment chrétien, ne vous laissez jamais entraîner à des méthodes et à un langage qui blessent la vérité.(S.S.Jean XXI11, Allocution à des journalistes catholiques, le 27 janvier 1963.) RELATIONS moi5 y d\u2019un commentaire de l\u2019encyclique Mater et Magistra que l\u2019A.a publié dans la revue Monde nouveau, de Montréal.Il s\u2019agit d\u2019un exposé méthodique et clair des principaux problèmes que connaît aujourd\u2019hui le monde du travail.L\u2019A.tient à aller aux sources, au texte latin de l\u2019encyclique, et il s\u2019efforce d\u2019en donner une interprétation aussi objective que possible.L\u2019ouvrage se complète d\u2019un « lexique », c\u2019est-à-dire d\u2019une sorte de dictionnaire où, pour chacun des mots clefs du monde moderne du travail, se trouvent ramassés les principaux textes pontificaux qui s\u2019y rapportent.Un volume des plus utiles, accessible à tous ceux qui ont déjà quelque connaissance de l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise.Richard Arès.Deux ancres font bon navire Nos techniciens et ouvriers spécialisés allient la théorie à la pratique, c\u2019est ce qui leur permet de collaborer avec les propriétaires et les architectes dans l\u2019élaboration et la réalisation de projets de travaux en chauffage-plomberie.S\u2019agit-il d\u2019installer un système de chauffage par circulation forcée, un service d\u2019hydrothérapie ou d\u2019aménager un pouvoir d\u2019eau privé ?Ces travaux sont menés rondement, et bien menés ! Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada OOO OOO OOO OOO CHAUFFAGE- PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL La haute fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-trés.(Strictement en gros) Le temple de la lumière» Beldnd 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* AVRIL 1963 113 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Jean-François Six: Littré devant Dieu.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 224 pp.Littré a-t-il été, en ce qui concerne la question de Dieu, un authentique adepte du positivisme?S\u2019est-il, oui ou non, converti au catholicisme ?Ce problème a suscité quarante ans de débats passionnés.L\u2019A.présente ici l\u2019histoire de cette controverse et apporte un document inédit qui éclaire, d\u2019un jour nouveau, la vie et la mort de Littré.Collection « Etudes religieuses » Jacques Leclercq: Où va l\u2019homme?\u2014 Bruno H.Vandenberghe, O.P.: Nos Pères dans la foi.\u2014 Bruxelles (40, avenue de la Renaissance), La Pensée catholique, 1962, 96 et 180 pages.Deux brochures d\u2019un grand intérêt, la première, nourrissant notre réflexion sur les problèmes d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, la seconde, alimentant notre piété et notre foi aux sources si riches du passé.Le chanoine Leclercq examine la place de l\u2019homme dans l\u2019univers en même temps que la mission que le christianisme assigne à Canadienne A V O T RE SERVICE Nationale Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê»auti£garîie COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal l\u2019homme, et il confronte cette mission à ce phénomène si répandu au xxe siècle: l\u2019athéisme.Nos pères de la foi, ce sont les Pères de l\u2019Eglise, que l\u2019A.étudie ici précisément en tant que pères de notre foi.G.HuNERMANN: L\u2019Apôtre des jeunes: Don Bosco.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 266 pp.Une nouvelle biographie de Don Bosco par un maître du récit alerte et vivant.Prodigieusement intéressante.Abbé X.: Hé! M\u2019sieu l\u2019Abbé! \u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 174 pp.Journal d\u2019un jeune vicaire américain.Avec humour et bonne humeur, l\u2019A.raconte les débuts d\u2019un nouveau prêtre dans le ministère paroissial.Récit attachant et instructif.Claire McAuLEY: Ceux que Dieu n\u2019a pas unis.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 152 pp.Témoignage d\u2019un couple que « Dieu n\u2019a pas uni », parce que divorcé et remarié civilement.Offre d\u2019utiles réflexions à ceux qui seraient tentés de s\u2019engager dans la même voie.Collection « Nos amis les musiciens )) Jean Gallois: Wagner.\u2014 Lyon (46, rue de la Charité), E.I.S.E., 1962, 124 pp.Intéressante biographie du grand musicien allemand.Albert-Marie Schmidt: Maupassant par lui -même.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 192 pp.Petite biographie abondamment illustrée de l\u2019écrivain français.Revue de l\u2019Enseignement supérieur (13, rue du Four, Paris-VI0), « La prospective des Facultés de Droit et des Sciences économiques », janvier 1963.Numéro spécial de grande valeur sur le présent, l\u2019avenir et le rôle des facultés de Droit et des Sciences économiques.Les problèmes que ces facultés rencontrent aujourd\u2019hui sont d\u2019abord des problèmes de vocation: que sont-elles?Que veulent-elles être ?puis des problèmes de méthodes et enfin des problèmes de moyens: « Les facultés de Droit et de Sciences économiques ont besoin de tout: de nouveaux établissements, de professeurs, de maîtres assistants, d\u2019assistants, de moniteurs; de bâtiments, de matériel, d\u2019administration (la sous-administration des facultés est un scandale), de services sociaux, de relations publiques.» Dom Augustin Savaton, abbé bénédictin: Valeurs fondamentales du monachisme.\u2014 Tours, Maison Marne, 1962, 144 pp.Considérations à la fois simples et profondes sur les lignes maîtresses, les valeurs fondamentales et permanentes du monachisme.L\u2019A.vise à énoncer une sorte de Credo monastique en lequel tous les moines pourraient se reconnaître et qui définirait en particulier les Bénédictins.Biaise Pascal: Textes inédits recueillis et présentés par Jean Mesnard.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 32 pp.Quelques textes inédits extraits d\u2019une nouvelle édition des œuvres complètes de Pascal en voie de publication.Collection « Votre nom, votre saint » Jean-Jacques Bernard: Saint Paul ou la fidélité.\u2014 Tours, Marne, 1962, 96 pp.Dédié à tous ceux dont le prénom est Paul.A lire spécialement le chapitre « Le regard de Paul ».Abbaye Saint-Benoît-du-Lac, 1962, 64 pp.Album contenant de magnifiques photographies publié à l\u2019occasion du 50e anniversaire de la fondation de l\u2019abbaye Saint-Benoît-du-Lac.Saint-Denys Garneau & Anne Hébert.Translations by F.R.Scott.\u2014 Vancouver, Klanak Press, (Readers\u2019 Club, 896 Queen W., Toronto et les Editions HMH), 1962, 50 pp.Un Anglo-Canadien de Montréal a traduit en anglais quelques-uns des plus beaux poèmes de Saint-Denys Garneau et d\u2019Anne Hébert.Présentation luxueuse.Collections « Les matinaux » Alain Horic: Blessure au flanc du ciel.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1962, 50 pp.Recueil de poèmes cosmiques et spatiaux.Homère: L\u2019Odyssée.Extraits.Texte français de Victor Bérard.\u2014 Tours, Marne, 1961, 222 pp.Album de luxe présentant avec d\u2019abondantes illustrations les principaux récits de la célèbre odyssée d\u2019Ulysse.Heureux collégiens d\u2019aujourd\u2019hui qui pourront disposer d\u2019un pareil volume! Léopold BERTSCHE, S.O.Cist.: La Charité, source de vie.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 192 pp.Petit recueil de « perles d\u2019amour ».Pierre Teilhard de Chardin: La Messe sur le monde.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 40 pp.Texte de la belle prière composée en 1923 « dans les steppes d\u2019Asie », par le P.Teilhard.RELATIONS LES ÉDITIONS EELLAEMIN Coeur à Coeur, par Marcel Marcotte, S.J.Quatre volumes sont déjà parus, chaque exemplaire $1.00 Le numéro 4 de cette série vient de paraître.Ces ouvrages mettent le lecteur en contact intime avec une âme de prêtre lucide, chaude et fraternelle.Les principaux problèmes y sont traités: adolescence, vocation, fiançailles, mariage, paternité, vieillesse, maladies, deuils, épreuves et tentations de toutes sortes.Du rôle de l\u2019Etat dans un Québec fort.$0.25 par Richard Arès, S.J.Deux parties dans cette brochure: I.\u2014 Que voulons-nous par un Québec fort?IL \u2014 Quel est le rôle de l\u2019Etat dans l\u2019édification d\u2019un Québec fort ?En retraite avec saint Ignace.$2.50 par Antonio Dragon, S.J.Le Père Dragon est un auteur spirituel bien connu.Son ouvrage veut aider ceux qui désirent faire des exercices spirituels authentiquement igna-tiens.Il s\u2019agit ici de la deuxième édition, revue et augmentée.Introduction aux sciences juridiques.$12.00 par Me Léo Pelland, C.R.« Cet ouvrage.s\u2019élève au-dessus de notre littérature juridique habituelle par son érudition, par la clarté et l\u2019élégance de son langage et surtout par des prises de position nettes qui, même si on ne peut toutes les partager, ont au moins le mérite d\u2019être honnêtes, réfléchies et provocantes.Les ouvrages de cette qualité sont rares au Québec.» (Me Claude-Armand Sheppard, Le Devoir.) La Gauche et la Droite.$0.50 par Raymond Bourgault, S.J.L\u2019auteur désamorce ces vocables explosifs avec un grand souci d\u2019objectivité et un sens aigu des exigences apostoliques.L\u2019Autorité politique internationale et la souveraineté des Etats.$2.00 par Robert Bernier, S.J.Ce sujet, étudié par l\u2019auteur il y a quelques années, reste d\u2019actualité.C\u2019est un ouvrage substantiel.L\u2019Education, problème social.$3.50 Compte rendu de la 38e Semaine sociale, tenue à Montréal en août 1962.Ce volume constitue une somme qu\u2019on aimera posséder.Quatre parties: 1.La situation d\u2019ensemble.2.Quelques problèmes particuliers.3.L\u2019éducation, tâche temporelle et mission d\u2019Eglise.4.Droits et responsabilités en éducation.L\u2019Encyclique « Mater et Magistra ».$1.00 Analyse et commentaires par l\u2019équipe de la revue « Relations » Cette brochure ne contient pas le texte même de Mater et Magistra.Il s\u2019agit de commentaires sur les divers aspects de cette importante encyclique.Le Sociologue canadien, Léon Gérin (1863-1951).$2.00 par Hervé Carrier, S.J.Cet ouvrage (le n° 5 des Cahiers de l\u2019Institut Social Populaire) expose la vie, l\u2019oeuvre et les méthodes de recherche de Léon Gérin.L\u2019auteur, actuellement professeur à l\u2019Université Grégorienne de Rome, écrit dans l\u2019avant-propos: « Le nom de Léon Gérin est désormais associé aux origines de la sociologie canadienne; et l\u2019on ne saurait actuellement critiquer l\u2019image que nous entretenons du Canada français sans revenir à ses minutieuses descriptions de notre milieu.» Cet ouvrage est à connaître et à répandre à l\u2019occasion du centenaire de la naissance de Léon Gérin.Les Témoins de Jéhovah, par Gérard Hébert, S.J.Edition scientifique.$5.00 Edition populaire.$2.00 L\u2019ouvrage s\u2019adresse à tous ceux qui veulent se renseigner sur les Témoins de Jéhovah: fidèles de toutes conditions contraints de discuter avec eux ou simplement intrigués par leurs publications, hommes de loi intéressés à leurs procès, prêtres préoccupés par leur propagande intensive, chercheurs désireux de les mieux connaître.L\u2019édition complète offre aux gens soucieux de remonter aux sources un apparat critique élaboré.L\u2019édition populaire ne contient que le texte sans l\u2019apparat scientifique.Planification économique et organisation professionnelle.$2.50 Compte rendu du premier Colloque des Semaines sociales Depuis 1960, les sessions publiques des Semaines sociales n\u2019ont lieu qu\u2019à tous les deux ans.Entre chaque Semaine sociale, on se propose de tenir un colloque avec un nombre limité de participants.Le colloque de 1961 a porté sur la planification économique et l\u2019organisation professionnelle.Le présent volume contient les travaux donnés à cette occasion.C\u2019est un ouvrage de base pour tous ceux qu\u2019intéresse cet important problème.Pour mieux choisir ce que nos jeunes liront.$1.50 En collaboration.Des spécialistes de la pédagogie et de l\u2019éducation \u2014 prêtres et laïcs, religieuses et femmes du monde \u2014 disent comment et pourquoi choisir les livres qui conviennent le mieux aux jeunes.Propos spirituels d\u2019un psychiatre.$3.50 par Henri Samson, S.J.Clinicien de longue expérience, le Père Samson aborde, en un style plus parlé qu\u2019écriL certains aspects de la vie spirituelle.Vue du côté de la psychologie des profondeurs, la vie intérieure, ou l\u2019échange de l\u2019âme avec Dieu, prend ainsi un reflet nouveau.Le Christ de l\u2019Ascension, en particulier, devient un centre d\u2019intégration de l\u2019âme aux prises avec les difficultés ordinaires de la vie.Bienvenue à notre kiosque au Salon du Livre 5 au 9 avril LES ÉDITIONS BCLLACMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 OUVRAGES REÇUS Alzin, J.: Le « Petit Curé ».Un saint moderne (Le Père Antoine-Mari Pucci).\u2014 Mulhouse (Haut-Rhin), Editions Salvator, 1962, 151 pp.BARSOTTI, Divo: Le Christianisme russe.\u2014 Tournai, Caster-man, 1963, 196 pp.Blinzler, Joseph: Le Procès de Jésus.Traduit de l\u2019allemand par G.Daubié.\u2014 Tours, Marne, 1962, 555 pp.Bougé, Yvonne: Saints sans auréole.\u2014 Mulhouse, Salvator, 1962, 222 pp.BRUNEL, Jules: Le Phytoplancton de la baie des Chaleurs.\u2014 Montréal, Université de Montréal, Département des sciences biologiques, 1962, 363 pp.Chagnon, Gustave, et Robert, Adrien, C.S.V.: Principaux Coléoptères de la province de Québec.\u2014 Montréal, Université de Montréal, département des Sciences biologiques, 1962, 440 pp.Chéry, Henri-Charles: Sainte Catherine.\u2014 Tours, Marne.1962, 124 pp.Congar, Y.-M.-J., O.P.: Sacerdoce et Laïcat.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1962, 495 pp.CUSHING, cardinal Richard: Méditations pour religieuses.\u2014 Sherbrooke et Montréal, Apostolat de la Presse, 1962, 259 pp.DaniÉLOU, Jean: Les Laïcs et la Mission de l\u2019Eglise.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 190 pp.DaUJAT, J.: Psychologie contemporaine et Pensée chrétienne.\u2014 Tournai, Desclée, 1962, 262 pp.Daveluy, Marie-Claire: Jeanne Mance.2e éd.\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1962, 418 pp.DESTOUCHES, Camille: Une femme répond à des femmes.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 1962, 262 pp.DUCHAUSSOY, Jacques: Bacon, Shakespeare ou saint Germain?\u2014 Paris, Editions du Vieux Colombier, 1962, 280 pp.Garigue, Philippe: La Vie familiale des Canadiens français.\u2014 Montréal, Université de Montréal, Faculté des Sciences sociales, économiques et politiques, 1962, 142 pp.rapport annueL Vitalité cooperative PAIEMENTS AUX ASSURÉS ASSURANCE EN VIGUEUR S 2,152,824 465,980 5184,744,777 S 4,818,304 S 12,682,343 5809,723,741 $ 6,096,578 S 15,418,045 $959,004,759.NE MANQUEZ PAS \"DROIT DE CITÉ\u201d à la télévision jk\tet \"FÊTE AU VILLAGE\u201d X la radio Hg.2 réalisations d'envergure nationale L\u2019ASSURANCE -VIE DE S JARDINS LEVIS, CANADA VISITEZ LE CANADA avec la liaison française L\u2019Ouest canadien Winnipeg, Saint-Boniface, Regina, Saskatoon, Calgary, Edmonton, Vancouver, Victoria, la majesté des Rocheuses; les grands endroits de villégiature: Jasper, Banff, lac Louise.Avec le Pacifique Canadien Voyage aubaine du 5 au 21 juillet 1963.A partir de $385, tous frais compris.Voyages idéaux du 14 juillet au 4 août; du 28 juillet au 18 août.A partir de $580.Ce chiffre n\u2019inclut pas les repas, sauf à Banff et au lac Louise.Avec le Canadien National Voyage du 28 juin au 14 juillet.A partir de $495.Ce chiffre inclut les repas dans le train, mais non aux hôtels.Voyage du congrès de l\u2019Acelf du 16 août au 2 septembre.A partir de $495.Ce prix comprend l\u2019inscription au congrès de l\u2019Acelf et les repas dans le train, non aux hôtels.Aussi l\u2019excursion à Victoria.Voyage abrégé avec retour par avion du 16 au 24 août.A partir de $390.L\u2019Acadie Avec le Canadien National.Du 2 au 17 août.Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, île du Prince-Edouard par train, autobus et bateau.A partir de $385.Ce prix comprend toutes les dépenses.Excursion facultative aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon, moyennant un supplément de $62.Pour dépliants et inscriptions LA LIAISON FRANÇAISE INCORPORÉE 75, rue d\u2019Auteuil, Québec-4\tTéléphone : 522-2601 L\u2019agence de voyages Taillon 675 est, boul.Henri-Bourassa,\tMontréal-1 2 Téléphone : 381-4561 L\u2019agence de voyages Gingras 1966, boul.Graham,\tMontréal-16 Téléphone: 731-3355 - 3356 marabout Collections ^cuisine JE REUSSIS TOUS US T$S.: ' I ' : mm*™ vsifttfï.«teste* »#.w: J-LCx:-: è &£(>\u2022 M* iurn t?;f; 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