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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1963-05, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DU MOIS MAI 1963 N» 269 LE THEATRE LE CINEMA Des pensions transférables pour 50,000 travailleurs /V Gérard HEBERT MONTRÉAL L\u2019Eglise et l\u2019Etat an Québec Pain et perre nucléaire Richard ARES Luigi d'APOLLONIA La liturgie à l'heure du Concile ¦¦¦¦¦¦¦H.SCHMIDT Les récentes journées du « Devoir » ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ G.ROBITAILLE Les « normes » ministérielles en éducation\t¦ ¦ ¦ EDITORIAL montre'al 29 SOMMAIRE mai 1963 Editoriaux.117 L\u2019encyclique Pacem in terris.\u2014 A propos des « normes » ministérielles en éducation.\u2014 De nouveau, à Ottawa, les libéraux.\u2014 Terrorisme au Québec.Articles Paix et guerre nucléaire .\t.L\u2019Église et l\u2019État au Québec .La liturgie â l\u2019heure du Concile Les récentes journées du « Devoir ».Des pensions transférables pour 50,000 TRAVAILLEURS .Mesure et démesure de la mode .Luigi d\u2019Apollonia 119 .Richard Arès 123 Herman Schmidt 125 Georges Robitaille 128 .Gérard Hébert 130 .Joseph d\u2019Anjou 134 Le cinéma : Censure et professionnels du cinéma français.Jacques Cousineau 136 Le théâtre : U Alcade de Zalaméa.\u2014 Les Festivals d'art dramatique.\u2014 Le pain dur .Georges-Henri d\u2019Auteuil 137 Au fil du mois.140 Fidel le bien-aimé.\u2014 Les 50 ans du « Droit ».\u2014 Le petit peuple, aux politiciens.\u2014 La première confession de l\u2019enfant.Avec ou sans commentaires : La responsabilité de l\u2019Intel-tellectuel.142 Les livres.144 Notes bibliographiques.148 Au service du français.III Une mutuelle diassurance intégrée à U économie du Canada français ?Une variété de plans d\u2019assurance modernes répondant à des besoins modernes ! L\u2019 \u2022\tc O N O M X E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - VI.5-3291 JOLIETTE - SAINT-JEAN - QUEBEC - SHERBROOKE - OTTAWA Relation* REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements : 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Numéro spécial\tPacem in terris Le numéro de juin de (Relation* sera entièrement consacré à des commentaires sur la nouvelle encyclique de Jean XXIII : Pacem in terris.Le numéro spécial sur l\u2019encyclique Mater et Magistra (septembre 1961) et le numéro spécial sur le Concile (octobre 1962) ont eu un immense retentissement.Après avoir été tiré à 16,500 exemplaires, le numéro de septembre 1961 a été mis en brochure (tirage de 3,000) dans la collection « Questions actuelles ».Le numéro spécial sur le Concile, tiré d\u2019abord à 16,000, a dû être réimprimé pour atteindre un tirage global de plus de 18,000.Le numéro spécial de juin sur l\u2019encyclique Pacem in terris connaîtra vraisemblablement un succès semblable.On ferait donc bien de commander, dès maintenant, les quantités désirées.Prix : $0.50 le numéro.Remise de 20% à partir de trois numéros.8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 XXIIIe année N° 269 Mai MONTRÉAL ÉDITORIAUX Lr encyclique Pacem in terris ADRESSÉE AU MONDE ENTIER, à tous les hom-mes de bonne volonté, l\u2019encyclique Pacem in terris a reçu du monde entier, de tous les hommes de bonne volonté, un accueil des plus sympathiques et des plus chaleureux.Elle le mérite.Même à première lecture, on découvre qu\u2019elle est de la lignée des grandes encycliques doctrinales et pastorales, de la classe des plus célèbres lettres de Léon XIII, de Pie XI et de Pie XII.Tout comme Mater et Magistra, elle est une encyclique de notre temps, telle que notre époque l\u2019attendait et en laquelle elle se reconnaît; c\u2019est qu\u2019elle y voit exprimées, soutenues et assumées ses aspirations les plus saines, les plus urgentes, les plus profondes.Nous étudierons plus au long, le mois prochain, cette nouvelle encyclique de S.S.Jean XXIII, lui consacrant même, si possible, tout le numéro.Pour le moment, nous en soulignerons deux grands traits caractéristiques: la richesse de la doctrine, et le souci du monde actuel.1.La richesse de la doctrine.\u2014 Pacem in terris est une très grande encyclique doctrinale.Il faut la lire et la relire, car elle présente, sur une foule de sujets d\u2019importance capitale, une synthèse de la doctrine de l\u2019Église, claire, précise et mise à jour.Son objectif essentiel est l\u2019instauration d\u2019un ordre humain dans les multiples États qui se partagent le monde actuel et dans la grande et universelle société politique qui cherche à naître et à établir son autorité.Aussi l\u2019encyclique définit-elle longuement la nature, les conditions et les exigences premières de cet ordre humain.L\u2019ordre doit se centrer sur l\u2019homme, reconnaître pratiquement ses droits et ses devoirs, recevoir l\u2019appui et la garantie de l\u2019autorité publique, se fonder sur la vérité, fonctionner dans la justice et dans l\u2019amour, tendre au développement de la liberté.Pacem in terris ne se contente pas d\u2019assumer les positions traditionnelles sur l\u2019autorité politique, le bien commun, tant national qu\u2019international, sur la paix entre les peuples, les armements atomiques, etc.; elle va plus loin, ajoute des précisions MAI 1963 à l\u2019enseignement traditionnel, fait sagement et hardiment progresser la doctrine et s\u2019efforce de persuader tous les hommes de bonne volonté, à commencer par les fidèles catholiques, de la nécessité de se dépenser à la cause de la paix.2.Le souci du monde actuel.\u2014 L\u2019Église, dans cette encyclique, entend assumer le monde entier, tel qu\u2019il est, avec ses divisions, ses fautes et ses défaillances.Le pape ne condamne personne, il s\u2019adresse à tous ceux qui veulent bien l\u2019écouter et il a conscience d\u2019exprimer « les aspirations les plus ardentes de la famille humaine tout entière ».La doctrine qu\u2019il expose, il la met constamment en référence avec les problèmes du monde actuel, de ce monde du milieu du XXe siècle, qui vit dans l\u2019angoisse et la terreur d\u2019une possible destruction par le feu atomique.Il en épouse les soucis et les inquiétudes, non pour demeurer passif, mais pour lui indiquer la voie de la justice, de la paix et de la liberté.On ne le soulignera jamais trop: les questions que traite l\u2019encyclique sont mondiales; elles intéressent tous les hommes, et pas seulement les catholiques, les chrétiens et les croyants.Le Souverain Pontife parle au nom de l\u2019humanité et sur chacun des problèmes qui la font aujourd\u2019hui gémir et trembler, il pose la lumière de la raison et de la foi; il en indique du même coup la solution la plus humaine.Problème des droits de l\u2019homme et de ses devoirs, problème de l\u2019organisation démocratique de l\u2019État, problème des minorités ethniques et de leur collaboration dans les États modernes, problème de la course aux armements et de la guerre atomique, problème des Nations Unies et des pays en voie de développement économique, etc., l\u2019encyclique les aborde tous et se prononce sur chacun.Rien d\u2019étonnant que le monde entier ait tressailli à cette voix qui lui parle de ce qui le préoccupe et l\u2019angoisse.Que tous ensemble maintenant se mettent à l\u2019œuvre \u2014 tous, c\u2019est-à-dire les catholiques, les chrétiens, les croyants, les hommes de bonne volonté en tous pays \u2014 pour réaliser ce programme d\u2019un ordre humain dans la vie politique.Ainsi la paix viendra, la paix s\u2019établira et régnera sur le monde entier.117 A propos des \"normes\u201d ministérielles en éducation /^AN NE PEUT que juger malheureuse la circulaire du ministère de la Jeunesse du 12 mars 1963 à l\u2019adresse des commissaires et des syndics d\u2019écoles de la province, sur l\u2019organisation des écoles et des classes et la préparation du budget 1963-1964.Le mode d\u2019intervention gouvernementale de même que la teneur des directives ont été l\u2019objet d\u2019une critique unanime dans le monde de l\u2019enseignement.Tour à tour, les directeurs d\u2019études des collèges classiques, la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques, les groupements de professeurs de l\u2019enseignement spécialisé et de l\u2019enseignement secondaire, les fédérations de religieux et de religieuses enseignantes, l\u2019Association d\u2019éducation du Québec et l\u2019Association des principaux d\u2019écoles, tous se sont élevés contre le geste ministériel comme devant un impair pédagogique et administratif.Certes il faut se réjouir de ce qu\u2019ensuite, devant la vive et commune résistance des premiers intéressés, les éducateurs, devant l\u2019émoi de l\u2019opinion publique mise au courant par les déclarations et les mémoires des groupements professionnels d\u2019enseignants, des rencontres aient eu lieu, des pourparlers aient été engagés, des études faites en commun et que de nouvelles directives doivent être envoyées aux commissions scolaires.De ce « différend au sujet des normes » il importe de dégager quelques leçons.1.\tL\u2019autorité provinciale qui contrôle le financement de l\u2019éducation a le droit d\u2019établir des normes générales d\u2019utilisation des locaux et d\u2019emploi du personnel afin de prévenir les abus dans les administrations régionales et locales et en vue d\u2019assurer le meilleur rendement des ressources, financières et humaines, du milieu.2.\tCes normes toutefois devraient être fort souples et ne sauraient être établies sans consulter les intéressés, notamment les commissions scolaires et les syndicats d\u2019instituteurs.Fort heureusement, chez nous dans le domaine de l\u2019éducation, les corps intermédiaires existent et possèdent un rayonnement dynamique.La considération à l\u2019égard de ces organismes constitués et représentatifs s\u2019impose à toute autorité politique par souci d\u2019efficacité.Si les normes deviennent en pratique des conditions de travail et le décret ministériel, une convention collective de portée provinciale, la discussion avec les dirigeants élus de la profession s\u2019impose au nom de la démocratie et de la législation elle-même; elle est conforme aux orientations qu\u2019on trouve dans Mater et Magistra.3.\tLe contrôle financier, s\u2019il ne sait rester dans ses limites, devient vite ingérence dans l\u2019administration 118 scolaire, et même dans la direction pédagogique.Selon la législation en cours, les directives de portée pédagogique émanent des Comités de l\u2019Instruction publique; en 1961, quand il a réclamé le contrôle financier de l\u2019enseignement, l\u2019actuel ministre de la Jeunesse a nettement affirmé son intention de laisser au Département de l\u2019Instruction publique l\u2019administration et la direction pédagogiques.Le geste d\u2019aujourd\u2019hui pose brusquement, avec un certain scandale, tout le problème du ministère de l\u2019Éducation; plusieurs l\u2019ont réclamé à la légère sans en voir les implications et les conséquences, déjà mises en relief alors que légalement le ministère n\u2019existe pas au sens strict et qu\u2019une Commission royale siège précisément pour étudier la question et que son rapport n\u2019est pas encore présenté.4.\tEn éducation, le bien des enfants prime toute autre considération.Aussi les exigences financières doivent-elles céder devant les exigences de la pédagogie et de l\u2019administration pédagogique.Au plan pédagogique, le caractère même et la qualité de l\u2019enseignement, au niveau secondaire notamment, auraient été modifiés notablement et détériorés, si les professeurs avaient dû enseigner 26 heures par semaine à des groupes de 35 élèves.Quant au recrutement des enseignants, responsabilité qui tient une place considérable dans l\u2019administration pédagogique, le tort fait par ces directives, même révoquées, ne saurait se calculer; au moment où la profession d\u2019enseignant au Québec a besoin de 5000 nouveaux professeurs par année d\u2019ici 10 ans \u2014 50,000 nouveaux élèves arrivent annuellement alors que 9% des instituteurs abandonnent la profession \u2014 on donne l\u2019impression que la hausse du niveau professionnel, par l\u2019amélioration des conditions de travail et l\u2019encouragement des études de perfectionnement, est soumise à des considérations utilitaires dans l\u2019esprit des directeurs actuels des finances provinciales de l\u2019éducation, qui en seront peut-être demain les administrateurs tout court ou les dirigeants.Il faut tout faire pour effacer l\u2019impression que les maisons d\u2019éducation et institutions d\u2019enseignement pourraient être des usines sous la coupe de patrons dans l\u2019esprit d\u2019autrefois, d\u2019avant la découverte des « relations humaines ».5.\tL\u2019éducation au Québec exige surtout une politique des ensembles, une vigoureuse planification hiérarchisée et concertée, dans laquelle la primauté aille aux hommes sur les choses, aux enfants et aux professeurs sur les bâtiments et le mobilier.Économie certes, mais pas au prix de la qualité de l\u2019éducation.Nous sommes d\u2019accord pour rattraper les retards qui résultent de l\u2019imprévision, mais non par la surcharge et l\u2019improvisation des professeurs, aux dépens des enfants éduqués ainsi au rabais.Nous attendons une politique de grandeur là où elle s\u2019impose plus que partout, là où l\u2019on hausse les hommes aux tâches de demain.RELATIONS De nouveau9 à Ottatea* les libéraux Grâce aux maladresses répétées des CONSERVATEURS, grâce surtout à l\u2019inhabileté foncière de leur chef à comprendre le Québec et à son incapacité de se l\u2019attacher par des mesures concrètes, lorsqu\u2019il reçut le plus fort contingent de députés conservateurs jamais envoyé à Ottawa par la province, le parti libéral, après six années dans l\u2019opposition, reprend de nouveau le pouvoir dans la capitale canadienne.Sans doute, l\u2019a-t-il repris de justesse et ne possède-t-il pas la majorité absolue, mais dans les circonstances, lui seul peut gouverner le pays et il le doit.Le peuple en a assez des élections, il veut un gouvernement qui gouverne, un gouvernement qui s\u2019attaque résolument aux graves problèmes de l\u2019heure.Ce n\u2019est certes pas l\u2019ouvrage qui va lui manquer.Il lui faudra, et très vite, réétudier toute notre participation à la vie internationale, en particulier à l\u2019OTAN, au NORAD, à l\u2019ONU et prendre des décisions au sujet des armements atomiques; il lui faudra très sérieusement travailler à résoudre le problème du chômage, dont le spectre continue toujours de hanter l\u2019économie canadienne; il lui faudra surtout affronter la question cruciale pour la Confédération: quelle place faire à un Québec de plus en plus désabusé et en révolte, en vue de bâtir un pays solide et dynamique ?Il faut le lui reconnaître: le parti libéral présente une équipe d\u2019hommes de premier plan, une équipe riche en possibilités ministérielles: ceux de la vieille garde encore respectables et ceux de la nouvelle vague particulièrement prometteurs.L\u2019heure présente exige des gouvernants une grande lucidité et un courage à toute épreuve; pour le bien du pays, il faut espérer que les libéraux feront preuve de l\u2019une et de l\u2019autre.De toute façon, pour les partis, le temps n\u2019est plus de songer aux élections, le pays exige maintenant de l\u2019action constructive et une direction efficace.Terrorisme au Québec 'pvEPUIS QUELQUE TEMPS, des bombes éclatent au Québec.Des accidents graves viendront, car les attentats se multiplient et les menaces s\u2019accentuent.Des organisations clandestines en sont rendues à recourir à la violence pour attirer l\u2019attention du public et avancer leur cause.Nous ne pouvons que condamner ces actes de terrorisme et leurs auteurs.Quelle que soit la justice de la fin poursuivie, il n\u2019est pas légitime d\u2019en hâter la réalisation en recourant à la violence et à la terreur: la fin ne justifie pas les moyens.Bien plus, au lieu d\u2019aider leur cause, ces terroristes lui font un tort irréparable: les positions vont se durcir, les solutions politiques deviendront impraticables et à la violence des bombes répondra la violence des armes.Cela dit, il faut affirmer que ces actes de désespérés n\u2019auraient aucune raison d\u2019être si une grande partie de la population québécoise n\u2019avait pas le sentiment d\u2019être injustement traitée dans son pays et dans sa province.La répression par la force \u2014 répression déjà en cours \u2014 ne supprimera pas un pareil sentiment ; seul pourra le faire un traitement plus juste.La paix, la paix nationale comme la paix internationale, est œuvre de justice.Opus justitiæ, pax.PAIX ET GUERRE NUCLÉAIRE Luigi cTAPOLLONIA, S.J.L EST DÉRAISONNABLE de se fermer les yeux au danger des armes nucléaires.Il ne l\u2019est pas moins de tant fixer du regard un aspect de la question qu\u2019on en vienne à oublier les autres et à nier les rapports intimes qui, d\u2019un ensemble, font une réalité mouvante et complexe.Les armes nucléaires, leur éclat, leur souffle dévastateur sont un des termes du problème; le communisme, sa con- N.B.-L\u2019auteur, absent du pays, n\u2019a pu reviser son texte après la publication de l\u2019encyclique Pacem in terris.Il fera, le mois prochain, les commentaires qui s\u2019imposent après ce nouveau document pontifical sur le problème de la paix.MAI 1963 ception de l\u2019homme, sa perversion de l\u2019histoire, son rêve de domination en sont un deuxième; l\u2019état du monde tel qu\u2019il est, son déséquilibre économique et social, son défaut d\u2019organisation juridique en sont un troisième.Qui abhorre la seule violence des armes n\u2019a plus qu\u2019à s\u2019inscrire chez les pacifistes ou, à défaut de motifs moins purs, chez les Combattants de la Paix; qui abhorre la seule violence du communisme athée, qu\u2019à prêcher la croisade ou, à défaut d\u2019intentions moins sublimes, la guerre préventive; qui abhorre la seule violence du désordre international, qu\u2019à se retirer de ce monde misérable, s\u2019il en est capable, et de laisser venir le déluge.Sans doute aspirent-ils tous instinctivement (et 119 profondément) à la paix, mais ni leur angoisse, ni leur agressivité, ni leur fuite ne serviront la tranquillité de l\u2019ordre.C'est à partir de la situation vraie: existence d\u2019engins nucléaires qui ne seront plus « désinventés », présence de blocs qui défendent ou trahissent, qui plus qui moins, des valeurs de civilisation absence d\u2019une communauté politique internationale qui rend toujours possible une injuste agression, que Pie XII, architecte de la paix, s\u2019est posé le problème précis de l\u2019emploi des armes atomiques.Il l\u2019a fait avec courage et lucidité, parce que le droit de la juste guerre, expression militaire de la paix et fonction de celle-ci, n\u2019est pas encore disparu des institutions juridiques pour faire place à un droit de la paix, seul conforme au principe de l\u2019unité du genre humain et de la famille des peuples.1.\tTextes Nous possédons deux textes importants 2 où Pie XII a cherché à introduire la raison au cœur même de la déraison.Non seulement la signature, mais le choix du thème, la souplesse de la manière, l\u2019intensité de l\u2019accent sont bien de lui.Et chaque mot a été pesé, peut-être jusqu\u2019au dernier moment.Le premier texte est extrait de l\u2019allocution prononcée, le 19 octobre 1953, devant les membres de la XVIe session de l\u2019Office international de Documentation de la Médecine militaire.Voici quelques jours, Nous avons encore exprimé le désir que l\u2019on punisse sur le plan international toute guerre, qui n\u2019est pas exigée par la nécessité absolue de se défendre contre une injustice très grave atteignant la communauté, lorsqu\u2019on ne peut l\u2019empêcher par d\u2019autres moyens et qu\u2019il faut le faire cependant, sous peine d\u2019accorder libre champ dans les relations internationales à la violence brutale et au manque de conscience.Il ne suffit donc pas d\u2019avoir à se défendre contre n\u2019importe quelle injustice pour utiliser la méthode violente de la guerre.Lorsque les dommages entraînés par celle-ci ne sont pas comparables à ceux de 1\u2019 « injustice tolérée », on peut avoir l\u2019obligation de « subir l\u2019injustice ».Ce que nous venons de développer vaut tout d\u2019abord pour la guerre A.B.C.La question de savoir si elle peut devenir simplement nécessaire pour se défendre contre une guerre A.B.C.3, qu\u2019il Nous suffise de l\u2019avoir posée ici.La réponse se déduira des mêmes principes, qui sont décisifs aujourd\u2019hui pour permettre la guerre en général.En tout cas, une autre question se pose d\u2019abord: n\u2019est-il pas possible par des ententes internationales de proscrire et d\u2019écarter efficacement la guerre A.B.C.?1.\tLes deux blocs se rencontrent sur des erreurs communes, même si elles revêtent des masques divers, en particulier « la confiance exagérée accordée à l\u2019économie moderne » où il faut voir une forme de matérialisme.La vraie coexistence naîtra de la vérité, disait Pie XII.Or, force est bien de constater que, « tandis que l\u2019une des parties s\u2019efforce encore dans une large mesure, de préserver le droit naturel, le système en vigueur dans l\u2019autre s\u2019est complètement détaché de sa base » (Message de Noël 1954).Dès lors il est bien difficile de s\u2019entendre, même si l\u2019on accepte de dialoguer.2.\tLe texte original et authentique de ces deux documents est en français.3.\tLes armes nucléaires ne sont pas les seules armes hyperboliques.Pie XII avait coutume de bloquer sous le sigle A.B.C.les armes atomiques, bactériologiques, chimiques.Ce qui vaut pour les unes vaut pour les autres, toutes aussi redoutables.Le tabun, gaz toxique 50 fois supérieur à tous les poisons ou gaz connus, rend fou, et la fabrication des armes bactériologiques, comme le virus de la psittacose, est à la portée des pays les plus pauvres.On peut aussi imaginer des projectiles téléguidés à tête bactériologique ou chimique.Chaque époque a les armes qu\u2019elle mérite.120 Le deuxième texte figure dans un discours tenu, le 30 septembre 1954, au VIIIe congrès de l\u2019Association médicale mondiale.Pie XII s\u2019interroge: la «guerre totale» moderne », la guerre A.B.C.en particulier, est-elle permise en principe ?Et il répond: 11 ne peut subsister aucun doute, en particulier à cause des horreurs et des immenses souffrances provoquées par la guerre moderne, que déclencher celle-ci sans juste motif (c\u2019est-à-dire, sans qu\u2019elle soit imposée par une injustice évidente et extrêmement grave, autrement inévitable) constitue un « délit » digne des sanctions nationales et internationales les plus sévères.L\u2019on ne peut même pas en principe poser la question de licéité de la guerre atomique, chimique et bactériologique, sinon dans le cas où elle doit être jugée indispensable pour se défendre dans les conditions indiquées.Même alors, cependant, il faut s\u2019efforcer par tous les moyens de l\u2019éviter grâce à des ententes internationales, ou de poser à son utilisation des limites assez nettes et étroites pour que ses effets restent bornés aux exigences strictes de la défense.Quand toutefois, la mise en œuvre de ce moyen entraîne une extension telle du mal qu\u2019il échappe entièrement au contrôle de l\u2019homme, son utilisation doit être rejetée comme immorale.Ici, il ne s\u2019agirait plus de « défense » contre l\u2019injustice et de la « sauvegarde » nécessaire de possessions légitimes, mais de l\u2019annihilation pure et simple de toute vie humaine à l\u2019intérieur du rayon d\u2019action.Ceci n\u2019est permis à aucun titre.2.Commentaire A la lecture de ces deux textes, il saute aux yeux que le premier devoir des chrétiens et, en particulier, des hommes d\u2019Etat est de tout mettre en œuvre pour éviter la guerre A.B.C., « grâce à des ententes internationales ».C\u2019est l\u2019obligation qui s\u2019impose d'abord.Deuxième évidence: il n\u2019y a pas de condamnation absolue et inconditionnée des armes atomiques.La question de licéité ou d\u2019illicéité se déduira à partir des principes immuables de la théologie de la juste guerre.Quels sont ces principes ?Ordre de l\u2019autorité compétente, juste cause et justes moyens pour atteindre une juste fin, avec espoir raisonnable de succès.Malheureusement, la première condition ne présente pas de difficulté.Nous disons malheureusement, parce que la carence d\u2019une autorité superétatique en mesure de faire respecter ses arrêts, est déplorable.On peut bien affirmer que tout État lésé grièvement dans son droit trouve dans l\u2019O.N.U.l\u2019instance internationale qui lui ferait justice.On ne peut que l\u2019affirmer, toutefois.En fait, l\u2019État ou mieux le groupe d\u2019États \u2014 car la justice et la paix sont l\u2019affaire de tous \u2014 peut se trouver dans la dure nécessité de se comporter en autorité compétente, la morale naturelle accordant le droit de légitime défense aux collectivités comme aux individus.La Charte de l\u2019O.N.U.(article 51) déclare à ce sujet: Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense individuelle ou collective, dans le cas ou un membre des Nations Unies est l\u2019objet d\u2019une agression armée, jusqu\u2019à ce que le Conseil de Sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales.Juste cause Dans l\u2019appréciation de la juste cause, les théologiens contemporains se montrent extrêmement exigeants, pour dire le moins.Il est facile d\u2019entrer dans les raisons de leur sévérité.La guerre moderne n\u2019est plus la guerre des rois, ni la guerre « en dentelles » des aristocraties.Elle est RELATIONS peuple; et elle joue avec un feu qui risque de s\u2019étendre au-delà de toutes les frontières: dans le monde actuel, les coupe-feu sont minces.Le désordre qui en serait la conséquence l\u2019emporterait de beaucoup sur le désordre qu\u2019on aurait voulu conjurer.La raison morale veut donc que les États renoncent à faire des questions de prestige, d\u2019honneur national, de rajustement de frontières une question de guerre.Elle pourra même exiger en faveur de la paix, le sacrifice de ces droits légitimes qui n\u2019engagent pas l\u2019essentiel: lorsque les dommages ne sont pas comparables à ceux de « l\u2019injustice tolérée », on peut avoir l\u2019obligation de « subir l\u2019injustice ».Dans ce cas, les intérêts sacrifiés seraient limités et compensés par l\u2019exemple de grandeur morale donnée aux nations.Ce n\u2019est pas là se dérober, ni renier son droit.De l\u2019application de ce principe naît, toutefois, une difficulté pratique que certains grossissent: toute guerre, désormais, rendrait absolument irrationnelle la résistance armée à l\u2019agression, et toute composition capable de l\u2019éviter vaudrait mieux que son déchaînement.Alors qu\u2019on prêchait autrefois \u2014 et même aujourd\u2019hui dans l\u2019un des deux camps \u2014 des théories barbares sur la guerre « stimulatrice d\u2019initiatives fécondes », « éducatrice du genre humain », « régénératrice des sociétés », « moteur de l\u2019histoire », nombreux sont ceux qui, secrètement, préféreraient à la guerre la sujétion à n\u2019importe quel système politique et social, pourvu qu\u2019on leur assurât la satisfaction de leurs besoins matériels.La réaction de l\u2019homme de la rue est de souhaiter que son pays tire son épingle du jeu.On joue là-dessus.Il est plus facile, en effet, de faire appel à un simple sentiment d\u2019humanité trop souvent nourri d\u2019impressionnabilité que d\u2019inculquer dans l\u2019opinion publique la difficile notion de bien commun international et le sens de « la solidarité de tous les États pour la défense de la paix » (Pie XII, Noël 1948).Effort de la raison morale pour mesurer la violence de l\u2019acte guerrier sur l\u2019injustice, la théologie de la paix évite le dilemme: guerre ou reddition sans condition, capitulation ou annihilation, coexistence ou codestruction.Elle vibre encore moins au slogan Better Red than Dead qui fait le jeu de la pire des injustices.Si Pie XII reconnaît que déclencher la guerre moderne sans juste motif \u2014 c\u2019est-à-dire sans qu\u2019elle soit imposée par une injustice évidente et extrêmement grave, autrement inévitable \u2014 constitue un délit digne de sanctions nationales et internationales les plus sévères, il reconnaît, en même temps, qu\u2019une telle guerre peut être imposée, et, par le fait même, il admet la nécessité absolue de se défendre contre une injustice très grave atteignant la communauté, lorsqu\u2019on ne peut l\u2019empêcher par d\u2019autres moyens et qu\u2019il faut le faire cependant, sous peine d\u2019accorder libre champ dans les relations internationales à la violence brutale et au manque de conscience.Face donc à la guerre A.B.C., il maintient, en 1954, la double conclusion soigneusement pesée et énoncée dans son radiomessage de Noël 1948: .parmi ces biens, il en est de telle importance pour la communauté humaine que leur défense contre une agression injuste est, sans aucun doute, pleinement justifiée.Cette défense s\u2019impose également à la solidarité des nations, qui a le devoir de ne pas abandonner le peuple victime d\u2019une agression.MAI 1963 Une telle guerre, la conjoncture n\u2019ayant pas changé, ne serait pas une guerre nationale pour la défense des biens matériels de la Cité, car elle s\u2019impose à la solidarité des nations.Elle ne serait pas une guerre sainte pour protéger je ne sais quelle chrétienté au nom de l\u2019Église.Elle ne serait pas non plus une guerre d\u2019idéologie, faite pour un principe abstrait auquel on sacrifierait les hommes.Elle serait une guerre de civilisation, faite au nom du bien commun de l\u2019univers.Elle serait tout simplement le moyen suprême pour protéger des choses très simples, très concrètes, très élémentaires, sur lesquelles il n\u2019y a pas moyen de transiger.Une telle guerre n\u2019aurait donc pas besoin d\u2019être justifiée au nom de la foi.Sans être spécifiquement chrétienne, elle défendrait une position chrétienne, puisqu\u2019elle défendrait les fondements même de l\u2019ordre naturel que l\u2019ordre surnaturel n\u2019abolit pas mais achève.En conséquence, dans l\u2019état actuel de la société où n\u2019est en vigueur aucune convention de désarmement nucléaire, la guerre atomique (bactériologique ou chimique) n\u2019est pas, de soi immorale.Jusqu\u2019ici les choses sont à peu près claires.Elles vont l\u2019être moins.Justes moyens Si la guerre A.B.C., en vue de repousser une injuste agression nucléaire, est certainement admissible, toute riposte l\u2019est-elle ?En définissant les conditions d\u2019une juste guerre, on doit tenir compte des ruines qu\u2019entraîne la guerre et des suites très graves qui demeureront, une fois la paix revenue! C\u2019est le problème des justes moyens, ou la loi du minimum de violence justifié par la fin.En effet, le postulat fondamental de l\u2019éthique en cette matière veut qu'en tout état de cause la parade soit réduite au strict nécessaire, d\u2019autant plus que, la violence engendrant la violence, toute guerre est portée, par une logique sombre, à la surenchère.Plus, au départ, le moyen est violent, et moins il échappera à cette loi d\u2019enfer.D\u2019où, cette phrase capitale de Pie XII: Quand, toutefois, la mise en œuvre de ce moyen entraîne une extension telle du mal qu\u2019il échappe entièrement au contrôle de l\u2019homme, son utilisation doit être rejetée comme immorale.Aussi bien, il ne s\u2019agirait plus en ce cas de « défense contre l\u2019injustice » ou de la « sauvegarde nécessaire de possessions légitimes ».Il s\u2019agirait en fait de l\u2019annihilation pure et simple de toute vie humaine à l\u2019intérieur du rayon d\u2019action.Cela n\u2019est pas permis à aucun titre.La mise au point est ferme: il existe un seuil qu\u2019il n\u2019est « à aucun titre » permis de franchir.Mais en deçà de cette guerre totale, perversion radicale du droit et de la morale, jusqu\u2019où les belligérants peuvent-ils s\u2019engager avec les techniques nouvelles de destruction ?Car, sous peine de faire Pie XII se contredire, il faut admettre qu\u2019en 1954 il existait des bombes atomiques dont les effets n\u2019échappaient pas « entièrement au contrôle de l\u2019homme ».De plus, l\u2019expression « annihilation pure et simple de toute vie humaine à l\u2019intérieur du rayon d\u2019action » demande, de toute évidence, une exégèse, puisqu\u2019une simple bombe « conventionnelle » annihile toute vie humaine dans son orbe de déflagration, et que, par ailleurs, son emploi éventuel en cas de légitime défense contre une agression nucléaire ne dépasse pas, selon la pensée de Pie XII, le seuil moral infranchissable.11 eût été tellement simple de dire non abso- 121 lument à toute arme nucléaire.Or Pie XII ne l\u2019a pas dit, quelque grande qu\u2019ait été la tentation.La plupart des moralistes distinguent entre armes tactiques (fusil et canon atomiques) à effets contrôlables, et armes stratégiques (bombes à très grande puissance), à effets les uns incontrôlables, les autres probablement incontrôlables.Les armes atomiques tactiques font déjà partie de l\u2019équipement normal des armées en présence.Il n\u2019y a plus solution de continuité dans leur force destructrice entre les armes atomiques les plus petites et les armes classiques les plus puissantes.Ces armes atomiques ne sont pas condamnées par Pie XII, quoiqu\u2019il paraisse difficile qu\u2019une guerre commencée avec ces armes tactiques n\u2019entraîne pas très vite, bien que l\u2019homme reste libre, le choix d\u2019armes de destruction massive, en vertu de la dialectique même de la violence et de l\u2019enchaînement psychologique des événements.La difficulté d\u2019arriver à une certitude sur ce point du « contrôle », au moins pour les armes stratégiques, incline les moralistes à une extrême prudence.Au lieu de distinguer entre armes tactiques et armes stratégiques, le Père de Soras, qui a beaucoup réfléchi au problème, distingue plutôt quatre degrés de contrôlabilité, cet aspect étant au cœur du problème: 1) destruction sur l\u2019aire atteinte par l\u2019engin, l\u2019aire atteinte étant limitée et ses dimensions contrôlées; 2)\tdestruction sur l\u2019aire atteinte, avec risque au moins accidentel d\u2019atteindre plus que la zone normale prévue; 3)\trisques d\u2019effets génétiques désastreux, dus aux retombées hors de la zone normale immédiatement atteinte, et sur lesquels les savants consultés, sont divisés; 4) aucun contrôle ni dans le temps ni dans l\u2019espace: le belligérant joue le coup de dé.Et il conclut: « Sauf erreur.il semble que ce soit, jusqu\u2019à plus ample informé, le quatrième degré d\u2019incontrôlabilité seulement qui soit directement visé par le Souverain Pontife quand il parle des moyens totalement incontrôlables.» D\u2019autres sont plus sévères que le P.de Soras.Chose certaine, et même si la remarque peut paraître lugubre, on ne peut risquer la destruction de la planète.Si l\u2019on soupire après des solutions toutes faites, force est bien de se rappeler que le problème moral de la guerre se prête \u2014 même si le mot ne plaît pas \u2014 à la casuistique.Les théologiens travaillent, en effet, au milieu de la situation changeante de l\u2019histoire, et sur une matière qui comporte une stratégie mouvante, des méthodes militaires, des secrets techniques rigoureusement protégés par les gouvernements.Par ailleurs, ceux qui invoquent l\u2019hypothèse d\u2019une attaque nucléaire massive aux effets gigantesques et incontrôlables, et qui nient le droit de riposte parce que ce serait un suicide collectif, ceux-là n\u2019ont rien à craindre.Comment supposer, sans délirer, que, totalement annihilés par hypothèse, les morts se lèveront de leurs cendres encore chaudes pour répondre par la bouche de leurs fusées ?On ne peut esquiver une autre question dramatique.En cas de légitime défense, alors que n\u2019existe aucune convention de désarmement nucléaire, l\u2019emploi des armes atomiques serait-il moralement admissible, s\u2019il s\u2019avérait nécessaire ?En d\u2019autres mots, un pays acculé à la défaite dans une juste guerre défensive menée avec des armes classiques, aurait-il le droit de tirer le premier coup de feu atomique ?La plupart des théologiens ne semblent pas clairement et explicitement excuser ce recours.De telles réserves s\u2019ex- 122 pliquent.Il faut être barbare pour n\u2019éprouver aucun sentiment de honte devant la préparation de la guerre nucléaire, fût-ce pour décourager l\u2019agression.Comme il est facile de comprendre non seulement les scrupules des théologiens mais les scrupules et peut-être les remords d\u2019un Oppenheimer et d\u2019un Einstein! Rien, toutefois, dans le texte de Pie XII n\u2019exclut formellement comme ultima ratio, solution « désespérée », l\u2019emploi d\u2019armes atomiques tactiques.Il reste le risque grave de se laisser entraîner dans le tourbillon de la surenchère: résister «jusqu\u2019au bout », au-delà de la défaite honorable, n\u2019est pas nécessairement une preuve de sagesse.Si l\u2019homme d\u2019État, déçu de pareille réponse, croit qu\u2019on le laisse devant ses responsabilités, le moraliste en conviendrait.Il ajouterait, toutefois, que le rôle du moraliste, comme le rôle même de l\u2019Église, n\u2019est pas de dispenser les hommes d\u2019assumer, les yeux ouverts, leurs responsabilités, mais de les encourager à les prendre devant Dieu.La politique militaire américaine, basée sur a) l\u2019arme de dissuasion, b) la capacité d\u2019une riposte nucléaire à une agression massive nucléaire, c) la « miniaturisation » des armes nucléaires jointe à une insistance nouvelle sur les armes classiques, ne semble-t-elle pas vouloir tenir compte de la condamnation qu\u2019oppose la conscience chrétienne à la « guerre totale », et aussi de cette part de vérité contenue dans le pacifisme relatif qui répudie absolument les armes nucléaires?On peut sans se contredire s\u2019armer pour faire peur à la guerre et sauver une paix relative et précaire comme on peut s\u2019armer à contre-cœur en vue de désarmer de plein gré.Notre ciel historique n\u2019est pas d\u2019azur.Les nuages traînent bas.Que devons-nous conclure ?Premièrement, que s\u2019il n\u2019est plus permis de prendre l\u2019initiative de la guerre, la fabrication d\u2019armes nucléaires en vue d\u2019une éventuelle défense dans des cas extrêmement graves n\u2019est pas immorale en soi, les choses étant ce qu\u2019elles sont.La possession de ces armes, non plus.Ces décisions relèvent de la prudence politique, vertu difficile, partant fort rare.Deuxièmement, il est certain qu\u2019étant données les conséquences désastreuses d\u2019une guerre nucléaire, toute médiation et toute composition capables de l\u2019éviter sont dignes de louange.La seule issue à l\u2019impasse actuelle est le désarmement général simultané, progressif, contrôlé et garanti.Car tous les savants s\u2019accordent à dire qu\u2019il suffit de modifications assez simples pour qu\u2019une industrie passe des usages pacifiques de l\u2019atome à des usages militaires.Troisièmement, puisque, d\u2019une part, un pacte peut toujours être dénoncé et que, d\u2019autre part, on ne peut jamais empêcher un groupe (ou un chef) politique mal intentionné de fabriquer la bombe atomique, le désarmement à lui seul n\u2019assurera pas la paix.Il faut renverser la perspective habituelle de nos préoccupations et l\u2019ordre, pour ainsi dire, de nos anxiétés et tout en poursuivant le désarmement, ne fût-ce que pour des considérations pratiques, faire porter l\u2019essentiel de notre effort sur la création RELATIONS de cette communauté juridique internationale qui mette la guerre hors la loi comme incapable dorénavant de servir le bien commun de la société, puisqu\u2019elle entraîne la destruction du droit qui la fonde et qu\u2019elle réduit les rapports entre les peuples à un antagonisme de forces, négateur de l\u2019ordre fécond des êtres et de leurs fins.Ce n\u2019est pas la seule guerre d\u2019agression qui est ainsi condamnée à disparaître, mais toute guerre qui, entreprise jadis au service de la justice et de la paix, pouvait légitimer sa raison d\u2019être fonctionnelle comme ultime sauvegarde du droit.Le danger ne vient pas tant de la « bombe », symbole de la violence militaire, que de la prétention de l\u2019État à la souveraineté absolue et des terribles pouvoirs de justice qu\u2019il assume, à défaut d\u2019un ordre international où l\u2019arbitrage serait moralement obligatoire et ses arrêts juridiquement sanctionnés.Si on a pu écrire que le droit de guerre fut « la plus étonnante réussite du droit », car la guerre, de sa nature, répugne au droit, la théorie de la juste guerre, juste en ses conditions et humaine en ses opérations, est, certes le chapitre le plus paradoxal d\u2019une théologie fondée sur un évangile d\u2019amour et de paix.L\u2019Église n\u2019a pas de plus profond désir que de voir cette guerre se courber, comme l\u2019esclavage, devant la majesté du droit international.Dieu alors, comme le chantait Péguy, pourrait contempler d\u2019un regard paternel « le monde au coin d\u2019un bois jeté comme un gros bourg », et rassemblé dans un beau voisinage.Admirable vision que des générations ont rêvée après chaque nouvelle guerre gagnée ou perdue.Du moins savons-nous aujourd\u2019hui que, pour l\u2019homme, dominer la matière coïncide avec son pouvoir de la désintégrer.L\u2019ÉGLISE I.ET L\u2019ETAT AU QUEBEC - L\u2019héritage du passé Richard ARÈS, S.J.Dans une série d\u2019articles antérieurs, j\u2019ai étudié le problème de l\u2019État, surtout en lui-même et sous ses aspects doctrinaux (voir Relations, 1961 et 1962, «Du rôle de l\u2019État québécois dans la collectivité », « Pour qui l\u2019État?», « Pour quoi l\u2019État?», « Jusqu\u2019où l\u2019État ?», « L\u2019Église et l\u2019État »).Reste à examiner les aspects concrets et existentiels de ce même problème en notre milieu; d\u2019où le titre de ce nouvel article.Il existe au moins deux manières acceptables d\u2019aborder cette question des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État au Québec.On peut, en premier lieu, exposer les grands principes en jeu et rechercher ensuite jusqu\u2019à quel point ils s\u2019appliquent en notre province; on peut aussi partir des faits, interroger cette maîtresse de vie qu\u2019est l\u2019histoire et essayer de déterminer comment s\u2019explique la situation actuelle.De ces deux façons d\u2019aborder un même problème, je préfère d\u2019emblée la seconde, qui me paraît beaucoup plus satisfaisante, beaucoup plus prégnante de vérité.L'histoire nous apprend, en effet, que les solutions données à ce problème varient de pays en pays: la solution de la France, par exemple, se distingue nettement de celle de l\u2019Angleterre, et celle de l\u2019Espagne est loin de s\u2019identifier à celle des États-Unis.En chaque pays, la solution trouvée est lourdement chargée d\u2019histoire et elle ne se comprend que par un retour au passé.Ainsi, par exemple, une âpre controverse fait actuellement rage aux États-Unis à propos de l'aide gouvernementale aux écoles privées confessionnelles, et les deux camps d\u2019invoquer le premier amendement de la constitution américaine, qui défend au Congrès de faire des lois pour établir une religion ou pour en prohiber MAI 1963 l\u2019exercice.D\u2019où vient ce premier amendement et pourquoi l\u2019a-t-on adopté ?Seule l\u2019histoire des États-Unis peut nous donner une réponse satisfaisante.De même, chez nous, bien des situations qui prévalent ont leur origine et leur explication beaucoup moins dans les principes et dans les textes de loi que dans un ensemble convergent et soutenu de faits historiques.Certains, à qui elles déplaisent, s\u2019en irritent, les condamnent en bloc et aspirent à les bouleverser radicalement.Il serait pourtant plus sage d\u2019essayer de comprendre le pourquoi de ces situations, ce qu\u2019elles doivent à l\u2019histoire et ce qu\u2019une histoire subséquente pourrait modifier en elles sans rien sacrifier des principes en cause.En ce domaine des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État, nous vivons encore de l\u2019héritage du passé; avant d\u2019en scruter la valeur à la lumière de nos idées d\u2019hommes modernes, d\u2019hommes du milieu du xxe siècle, il est bon et opportun de le considérer avec les yeux de ceux qui l\u2019ont d\u2019abord vécu et petit à petit constitué.I.\u2014 L\u2019héritage du régime français A première vue, une incursion, même rapide, en régime français peut paraître inutile: que reste-t-il, en effet, de cette lointaine époque coloniale où tout n\u2019était encore qu\u2019à l\u2019état embryonnaire ?On aurait tort cependant de ne pas y recourir, car cette époque a vu naître et même réaliser un double idéal, dont la nostalgie demeure encore dans l\u2019âme populaire: celui de Y unité à la base ou l\u2019idéal de l\u2019unité religieuse et celui de Y union au sommet ou l\u2019idéal de la reconnaissance officielle de l\u2019Église par l\u2019État.(J\u2019emploie ici ce mot « idéal » au sens subjectif, c\u2019est-à-dire que je me 123 place du point de vue des gens de l\u2019époque pour qui l\u2019unité religieuse et l\u2019union des deux pouvoirs étaient considérées comme l\u2019idéal à paursuivrç.) 1.\tL'idéal de l'unité à la base C\u2019est un fait que la Nouvelle-France est née et a grandi sous le signe de l\u2019unité religieuse.Les autorités, tant métropolitaines que coloniales, tant ecclésiastiques que civiles, ont tout mis en œuvre pour lui éviter les guerres de religions qui avaient déchiré et affaibli la mère patrie.Elles ont veillé soigneusement à en écarter les protestants et à n\u2019y laisser pénétrer que des catholiques pratiquants.Il s\u2019y est en conséquence développé une société religieusement homogène, qu\u2019on pourrait qualifier de société confessionnelle, car pour en faire pleinement partie et y jouir des droits civils, il fallait être baptisé et baptisé dans la foi catholique.Société civile et société religieuse avaient alors les mêmes membres et en partie les mêmes chefs, l\u2019une recouvrant exactement l\u2019autre.En somme, s^pliquait rigoureusement en Nouvelle-France, l\u2019adage ^ftopéen Cujus regio, ejus religio : pour habiter le pays, il fallait être de la religion du pays.L\u2019État était confessionnel et exigeait de ses ressortissants, pour les reconnaître sujets de plein droit, une profession de foi catholique L 2.\tL'idéal de l'union au sommet A ce premier idéal s\u2019en ajoute un second, qui le complète et en assure la réalisation: l\u2019idéal de l\u2019union des deux sociétés par leur sommet ou, comme on dit alors, l\u2019idéal de l\u2019union de l\u2019Église et de l\u2019État.Au Canada comme en France, l\u2019Église catholique jouit de la reconnaissance officielle de l\u2019État, elle occupe une place constitutive dans le royaume, elle est l\u2019alliée de l\u2019État, l\u2019Église de l\u2019État.Cela lui vaut de jouir de la protection du pouvoir, qui lui sert volontiers de « bras séculier »; elle doit en retour subir l\u2019intrusion de ce dernier dans ses propres affaires spirituelles: le roi entend nommer les évêques, distribuer les privilèges et surveiller la confection et l\u2019application des lois ecclésiastiques.Ainsi, au Canada, l\u2019évêque fait partie du Conseil souverain, lequel s\u2019occupe sans vergogne des affaires de l\u2019Église.Même s\u2019ils se querellent souvent dans la pratique, il n\u2019en reste pas moins que légalement les deux pouvoirs sont unis et s\u2019appuient mutuellement l\u2019un sur l\u2019autre.Il est à noter que ce double idéal n\u2019est pas particulier au Canada, mais se retrouve alors un peu partout en Europe, dans les pays protestants comme dans les pays catholiques.IL \u2014 L\u2019héritage du régime britannique Un événement va, en 1760, bouleverser toute la vie des Canadiens, à commencer par leur vie religieuse: la conquête britannique, qui impose un nouveau maître ainsi qu\u2019une nouvelle langue, un nouveau droit public et une nouvelle religion.Voici que l\u2019Église canadienne entre dans un 1.Dans la cause Despatie v.Tremblay, en 1921, le Conseil privé de Londres a rappelé la situation qui existait sous le régime français: « It must be remembered that before the cession Canada had been governed by the laws of a country which recognized no religion but the Roman Catholic.Protestants were allowed no civil rights; marriages performed by them were held invalid.» Empire où le catholicisme est alors à peine toléré et où une autre Église occupe officiellement toute la place et y est reconnue Église d\u2019État.Désormais, pour l\u2019Église catholique comme pour les colons canadiens, commence et se poursuit la lutte pour la survivance.L\u2019ancien idéal a reçu un coup fatal.Il est probable qu\u2019un jour ou l\u2019autre un pareil idéal aurait fini par susciter, surtout en Amérique du Nord, de si graves difficultés qu\u2019on aurait dû l\u2019abandonner.Mais la Conquête provoque un abandon dramatique et traumatisant pour la population: c\u2019est un abandon forcé, et non pas dû au libre choix du peuple, brusqué, non pas préparé de longue main par quelque désaccord fondamental entre les deux sociétés, définitif, en ce sens que tout retour en arrière paraît désormais impossible.Est-ce à dire que rien ne subsistera de l\u2019ancien idéal ?Non pas, car il sera repris sous une autre forme, mais il ne commandera plus à l\u2019histoire avec autant de rigueur; c\u2019est plutôt l\u2019histoire qui désormais va lui commander, le remodelant et le soumettant aux faits primordiaux de l\u2019existence.Le double idéal poursuivi sous le régime français se transforme et donne naissance à deux faits fondamentaux qui caractérisent le régime britannique: le fait de l\u2019union de l\u2019Église et de la communauté canadienne-française et le fait de la nécessaire collaboration au sommet.1.Le fait de l'union de l'Eglise et de la communauté canadienne-française La conquête de 1760 brise pour toujours l\u2019idéal d\u2019une société religieusement homogène au Canada, d\u2019une société entièrement composée de catholiques.Les protestants s\u2019installent comme chez eux en Nouvelle-France et même, pour quelque temps, ils y seront les seuls citoyens de plein droit.É\u2019Acte de Québec, en 1774, régularise la situation en reconnaissant aux Canadiens la liberté de pratiquer leur religion.Désormais deux groupes religieux, que tout sépare, vont coexister au Canada et fragmenter la société québécoise.Mais, en même temps, la conquête et le régime qui l\u2019a suivie ont pour effet d\u2019unir plus intimement que jamais l\u2019Église catholique et la communauté canadienne-française.Le vieil idéal de l\u2019unité religieuse va être repris à ce niveau.Durant des années, la cause de l\u2019Église va en quelque sorte s\u2019identifier à la cause de la communauté canadienne-française; celle-ci sera tout entière dans l\u2019Église, et l\u2019Église tout entière dans la communauté canadienne-française; l\u2019une et l\u2019autre auront à leur service les mêmes cadres, les mêmes institutions et parfois les mêmes chefs.Quand l\u2019Église défend, soutient et organise cette communauté, c\u2019est elle-même qu\u2019elle défend, soutient et organise, car les Canadiens sont alors les seuls catholiques et le destin du catholicisme au Canada apparaît lié à celui de ce groupe ethnique.Quand la communauté canadienne-française accepte la présence et l\u2019aide de l\u2019Église, elle sait fort bien que c\u2019est là pour elle une nécessité vitale et qu\u2019elle n\u2019a pas le choix, car en dehors de l\u2019Église tout lui est étranger et même hostile.Aussi, entre les deux sociétés, la liaison se fait-elle tout naturellement, l\u2019union tout spontanément, désirée de part et d\u2019autre, bénéficiaire à l\u2019une et à l\u2019autre, la plus organisée et la plus cultivée fournissant à l\u2019autre sa propre organisation ainsi que ses propres moyens de culture.Par la force des circonstances, l\u2019Église est ainsi amenée à prendre en 124 RELATIONS charge la communauté canadienne-française et à lui fournir, à sa manière et selon ses ressources, la protection et l\u2019assistance qu\u2019un État, étranger de langue, de mentalité et de religion, ne se préoccupait guère de lui procurer.Du même coup, elle s\u2019est trouvée en mesure de reprendre et de poursuivre l'idéal d\u2019une société religieusement homogène, avec cette différence qu\u2019elle devait maintenant en borner l\u2019application à la communauté canadienne-française.2.Le fait de la nécessaire collaboration au sommet Mais l\u2019Église, après la Conquête, ne possède pas sa pleine liberté d\u2019action, elle est même menacée dans son existence.Une condition préalable s\u2019impose à elle: se faire reconnaître légalement par le pouvoir civil, et par conséquent traiter avec les nouveaux maîtres.Les tractations dureront longtemps, se heurteront à bien des difficultés, susciteront des orages, mais finiront par se conclure par l\u2019établissement d\u2019une collaboration au sommet où chacune des deux parties trouvera son profit.D\u2019une part, l\u2019Église obtient: a) pour ses fidèles, le libre exercice de leur religion ainsi que le droit d\u2019accès aux fonctions publiques; b) pour elle-même, en général, une suffisante liberté d\u2019action; c) pour les curés, l\u2019admission du droit à la dîme; d) pour l\u2019évêque, sinon la reconnaissance officielle, du moins une large tolérance qui à la longue y équivaudra.D\u2019autre part, le pouvoir civil s\u2019assure le loyalisme de la hiérarchie catholique, par conséquent son influence et son appui auprès de la population canadienne-française.Ce n\u2019est pas cependant sans difficulté qu\u2019on abandonne le vieil idéal de l\u2019union de l\u2019Église et de l\u2019État.Le régime existe déjà pour l\u2019Église d\u2019Angleterre efi un moment, on crut qu\u2019il allait s\u2019appliquer aussi à l\u2019Église catholique: l\u2019évêque est pensionné par le gouvernement et invité à faire partie du Conseil législatif, tandis que le gouvernement prétend le nommer, lui et les curés, et ne se gêne pas pour intervenir dans les affaires internes de l\u2019Église.Peu à peu cependant s\u2019instaure entre les deux pouvoirs un mode de collaboration fondé, du moins en principe, sur le respect du domaine propre à chacun, le pouvoir civil renonçant à s\u2019ingérer dans les questions religieuses, et le pouvoir ecclésiastique abandonnant toute fonction directement politique.Un nouveau régime commence alors à s\u2019établir: celui que nous connaissons aujourd\u2019hui et qu\u2019on a qualifié de régime de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Nous l\u2019étudierons bientôt en détails.Il fallait auparavant rappeler en quelques mots l\u2019héritage du passé, ce double idéal vécu sous le régime français et transformé par les faits sous le régime britannique; car cet héritage a profondément marqué la communauté canadienne-française, tant dans ses structures extérieures que dans sa psychologie collective.Il a marqué aussi l\u2019Église, en particulier ses chefs, ses évêques, dont certaines attitudes, surtout dans la deuxième partie du xixe siècle, ne peuvent pleinement se comprendre que par le poids de sa présence.Il se retrouve enfin à l\u2019origine de bien des situations qui existent encore aujourd\u2019hui et dont nous aurons à parler dans un prochain article.LA LITURGIE À L'HEURE DU CONCILE' HERMAN SCHMIDT, S.J.L.\u2014 Nous pouvons, ce soir, nous estimer gâtés.Pour parler du schéma sur la Liturgie, notre invité ne sera nul autre que le P.Herman Schmidt, de l\u2019Université Grégorienne et membre très actif de la Commission préconciliaire.Le Père Schmidt connaît pour ainsi dire le long et le large de ce schéma qui a rencontré, comme on sait, une particulière faveur auprès des Pères du Concile.Père Schmidt, un de vos confrères dans la Commission, Dom Vagaggini, n\u2019a pas caché son émerveillement devant cet accueil inespéré, fait par la très grande majorité des Pères, à ce schéma indiscutablement audacieux.Dites-moi, d\u2019abord, une chose: votre propre réaction rejoignait-elle celle de Dom Vagaggini ?S.\u2014 Tout à fait.Je dois dire que nous en avions souvent parlé, ensemble.Nous échangions nos craintes en même temps que nos espoirs.Au sujet de la ligne générale du schéma, 1.Texte de l\u2019entrevue accordée au P.Emile Legault, C.S.C., par le P.Herman Schmidt, S.J., professeur de liturgie à l\u2019Université Grégorienne de Rome, au sujet du schéma sur la Liturgie étudié par les Pères du Concile, lors de la première session de Vatican II.La Société Radio-Canada a télévisé cette entrevue à son programme A l\u2019heure du Concile, le 10 mars dernier, et nous a gracieusement autorisés à en publier le texte, ce dont nous la remercions grandement.Les lettres L et S désignent les deux interlocuteurs en cause: L, le P.Legault, S, le P.Schmidt.nous étions à peu près tranquilles; nous savions que les Pères se montreraient volontiers d\u2019accord.Mais quand nous pensions aux conclusions pratiques que proposait le schéma: par exemple le principe de la décentralisation pour permettre une adaptation plus nuancée.ou encore l\u2019introduction de la langue vulgaire dans la liturgie de la messe et des sacrements.là, je dois avouer que nous étions plutôt sceptiques.Enfin, nous n\u2019espérions pas beaucoup que le schéma rallierait, sur les points de détail, le minimum requis des deux tiers des voix.L.\u2014 Si bien que lorsque vous avez vu la presque unanimité se faire autour des conclusions, amendées ou pas, votre enthousiasme fut complet.S.\u2014 Absolument.Je dois, d\u2019ailleurs, ajouter que le schéma tel qu\u2019amendé par la Commission conciliaire, à la suite de nombreuses interventions des Pères, est encore meilleur qu\u2019avant.L.\u2014 C\u2019est un bon point en faveur de l\u2019Esprit qui a visiblement inspiré le Concile.Mais pour nous en tenir à ses conditionnements humains, qu\u2019est-ce qui, selon vous, a rendu le schéma sur la Liturgie sympathique, dès le départ, aux Pères du Concile ?S.\u2014 Il y aurait ici plusieurs choses à dire.MAI 1963 125 D\u2019abord, la Commission de Liturgie était composée majoritairement de liturgistes qui se connaissaient depuis plusieurs années; nous nous connaissions sinon personnellement toujours, du moins à travers nos œuvres.Notre président, le cardinal Cicognani, était un homme ouvert et cordial.Il aura beaucoup contribué à faire régner, dans la Commission, un climat de collaboration sinon d\u2019unanimité., mettons un climat d\u2019unité.Même les rubricistes présents, ces rubri-cistes qu\u2019on est parfois tenté d\u2019opposer aux liturgistes proprement dits, même les rubricistes entraient d\u2019emblée dans le jeu.Je pense ici particulièrement à un de vos compatriotes, le Père Dubois, rubriciste chevronné, qui a admirablement collaboré.Ensuite, nous nous sommes défendus d\u2019introduire dans le schéma des opinions personnelles d\u2019auteurs: vous voyez ce que je veux dire.Quand des tendances trop particularistes tendaient à s\u2019exprimer, le secrétaire de la Commission, le Père Bugnini, intervenait, avec un rare bonheur toujours.Au lieu de renvoyer dos-à-dos les partisans de telle ou telle opinion, il leur enjoignait de chercher ensemble un terrain d\u2019entente, afin d\u2019en venir à la rédaction d\u2019un texte que chacun d\u2019eux acceptait de signer spontanément.Donc, pas d\u2019expression de tendance., mais fidélité à la tradition éprouvée.Autre chose: la Commission préconciliaire s\u2019est appliquée à travailler constamment de concert, si je puis dire, avec les évêques du monde entier.Nous avions en main les vœux exprimés par l\u2019épiscopat universel lors de la grande consultation préalable.Et non seulement les vœux, mais les réticences et les craintes.Nous tenions compte, systématiquement, de cette ligne mélodique préconciliaire; nous savions, le cas échéant, prévoir les objections; nous nous en tenions à une saine politique de prudence; nous laissions des portes ouvertes.Si bien que lorsque les Pères ont eu en main le schéma, ils se sont en quelque sorte reconnus; ils ont reconnu, pour un très grand nombre, leur propre pensée.L.\u2014¦ Pourtant, comme l\u2019a écrit Dom Vagaggini, on a eu l\u2019impression, à certains moments, qu\u2019une bourrasque s\u2019abattait sur le schéma.S.-\u2014 C\u2019est vrai, mais à mesure que progressaient les discussions, les idées et les positions s\u2019éclaircissaient.On finit par reconnaître que le schéma, bien qu\u2019il soulevât des problèmes épineux et délicats mais urgents tout de même, s\u2019avançait avec prudence et équilibre et que, surtout, il s\u2019inspirait d\u2019une franche compréhension des nécessités de l\u2019Eglise dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Je dois dire, ici, que les Pères du Concile ont manifesté une humilité et une volonté d\u2019accueil singulièrement émouvantes.Ils se sont mis à l\u2019école, littéralement: du Concile, d\u2019abord, puis des spécialistes de la Liturgie, présents à Rome.Nos confrères et moi nous avons donné de nombreuses conférences, en marge des séances officielles.Ces conférences étaient suivies de discussions.Chaque fois, nous étions bouleversés par la simplicité et la compréhension de nos auditoires.J\u2019ajoute que les Pères vivaient eux-mêmes le mystère au cours des célébrations communautaires de la messe chaque matin avant le départ de chaque séance.Ils ont eu l\u2019expérience des différentes liturgies orientales et occidentales et cette pédagogie opérait indiscutablement chez eux.Ils recevaient pour ainsi dire l\u2019enseignement direct du Père au ciel et du Christ présent à l\u2019autel.Quel évêque pourrait ne pas être intéressé profondément par le culte liturgique, puisqu\u2019il est lui-même par mandat divin le Pontifex Maximus, c\u2019est-à-dire le grand liturgiste ?L.\u2014 D\u2019ailleurs, ce schéma venait consacrer, pour ainsi dire, le mouvement liturgique amorcé déjà sur plusieurs points de la chrétienté.126 S.\u2014 Exactement.Pie XII disait que le mouvement liturgique, c\u2019est le travail de l\u2019Esprit-Saint dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui.La Commission préconciliaire n\u2019avait pas à réinventer de toute pièce; elle se laissait porter, en quelque sorte, par ce qui bouge dans l\u2019Eglise depuis plusieurs années: particulièrement, depuis la lumineuse encyclique Mediator Dei de Pie XII.Il faut l\u2019affirmer, sans réticence: sans Pie XII, le schéma sur la Liturgie n\u2019aurait pas connu un tel succès au Concile.C\u2019est parce que les idées qu\u2019il a mises de l\u2019avant étaient déjà familières à plusieurs.C\u2019est parce que les Pères ont vu dans le schéma la consécration de certaines réalisations dans leurs diocèses et ainsi une expression encore plus vitale de la mentalité de l\u2019Eglise moderne, qu\u2019ils s\u2019y sont ralliés avec enthousiasme.Ce qui a frappé, particulièrement, c\u2019est l\u2019effort de ressour-cement biblique de la Liturgie.Le schéma allait à l\u2019essentiel.Et cela dans une langue facile, cursive, et, si je puis dire, agréable à lire et à entendre.L.\u2014 Est-ce qu\u2019on n\u2019a pas précisément reproché d\u2019aventure le style même du schéma, que certains Pères assimilaient à une belle histoire poétique ?S.\u2014Quelques-uns l\u2019ont fait.quelques-uns seulement.Ils oubliaient que la théologie n\u2019est pas d\u2019abord une doctrine d\u2019école mais une vie.D\u2019abord, la vie.La religion est une vie.Et c\u2019est dans cette vie qu\u2019est la doctrine vitale et pastorale par essence.L.\u2014 Je vous arrête, Père, parce que nous risquons d\u2019anticiper sur le déroulement de mes questions.Je vous arrête.pour vous permettre de souligner une autre qualité du schéma, dans sa présentation même.Vous me parliez, l\u2019autre jour, du souci de discrétion qui inspirait la Commission préconciliaire.S.\u2014 Je vois où vous voulez en venir.C\u2019est vrai.Je crois que ça été une des astuces du schéma de ne rien imposer avec force.Il ne disait pas: Vous devez faire cela; vous devez vous orienter dans tel sens.Non! Il se contentait de suggérer; il laissait beaucoup de choses au jugement des évêques.Il exposait les principes et les conclusions jaillissaient naturellement des principes.Sans doute, il proposait des réformes., mais ces réformes étaient conditionnées par leur opportunité relative.Les évêques avaient pris, peu à peu, conscience de leur collégialité; ils se sentaient responsables, tous ensemble, de l\u2019Eglise universelle.Mais en même temps, ils éprouvaient le besoin de respecter le point de vue de leurs confrères.Quand ils votaient d\u2019emblée en faveur de telle ou telle réforme, ils savaient qu\u2019ils demeureraient juges de leur application dans un contexte donné.La chose paraît à première vue assez étonnante, mais l\u2019étude du schéma sur la Liturgie a été l\u2019occasion d\u2019une ouverture de l\u2019Eglise à sa pleine dimension catholique, c\u2019est-à-dire universelle.L.\u2014 Ouverture de l\u2019Église.et, en même temps, consécration d\u2019un principe en quelque sorte révolutionnaire: celui de la décentralisation dans le domaine liturgique.S.-\u2014En effet: pas exactement révolutionnaire, mais mettez plutôt nouveau.Décentralisation, non pas tant en faveur de chaque évêque, ce qui entraînerait un fractionnement excessif, qu\u2019en faveur d\u2019une autorité territoriale supra-diocésaine.L.\u2014 Vous voulez dire que le Saint-Siège ne se réservera plus l\u2019initiative, systématiquement?S.\u2014C\u2019est cela! En tous cas, le Saint-Siège ne gardera plus l\u2019exclusivité de l\u2019orientation liturgique, comme il l\u2019avait fait après le Concile de Trente.RELATIONS C\u2019est particulièrement cette proposition du schéma que nous n\u2019espérions pas voir admise par une majorité suffisante du Concile.Maintenant, c\u2019est fait.Je ne pense pas qu\u2019il y ait eut plus de 35 votes négatifs.C\u2019est une grande chose pour l\u2019avenir d\u2019une liturgie vivante.L.\u2014Liturgie vivante.! Voilà le mot qui va nous permettre d\u2019enchaîner avec ce que vous disiez quand je vous ai interrompu, il y a un instant.Vous parliez d\u2019une théologie en pleine vie.et vous amorciez l\u2019exposé du fondement doctrinal du schéma.Je vais maintenant vous demander d\u2019y insister, parce que nous n\u2019avons pas toujours des idées claires là-dessus.Nous confondons facilement liturgie, dans son essence même, et cérémonie extérieure commandée par des rubriques ou, si vous voulez, les règles du jeu.S.\u2014 Nous touchons là, en effet, mon Père, au point névralgique du schéma.On a voulu mettre l\u2019accent plus fortement que jamais sur l\u2019histoire du salut.Pour l\u2019homme appelé à une éternité de bonheur, tout commence par la Rédemption; tout finit par la Rédemption.Dieu le Père avait promis à l\u2019humanité pécheresse un Sauveur: son Fils bien-aimé, le Christ.C\u2019est Lui qui, par son action sacerdotale au Calvaire, a remis l\u2019homme dans la voie du salut.Le Christ apparaît donc comme le sacrement originel et indispensable de tout culte et de toute sanctification dans le monde.Voilà la vérité essentielle qu\u2019il ne faut jamais perdre de vue.De ce sacrement primordial qu\u2019est le Christ dérive cet autre sacrement qu\u2019est l\u2019Eglise elle-même dans son ensemble, née du Christ pour appliquer parmi les hommes l\u2019œuvre de la Rédemption.La Liturgie c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019exercice de la fonction sacerdotale du Christ.Le Christ est toujours présent: Il est présent non seulement sous les espèces du pain et du vin; Il l\u2019est aussi dans le célébrant, dans le prêtre; Il est présent dans les sacrements: c\u2019est le Christ qui baptise; c\u2019est le Christ qui absout les péchés.Il est encore présent dans la proclamation de la Parole: Il est le Verbe même de Dieu; Il est sa Parole incarnée.Le Verbe s\u2019est fait chair.Nous sommes en pleine vie.En rappelant cette vérité qu\u2019on est parfois tenté d\u2019oublier, le schéma veut empêcher le chrétien d\u2019achopper à une liturgie trop mécanique, trop automatique.Je vais à confesse: ce n\u2019est pas le prêtre qui, fondamentalement, consacre à la messe: c\u2019est le Christ.Et même quand je récite le bréviaire, c\u2019est encore le Christ, le psalmiste par excellence, qui prie par moi.En un mot, la Liturgie c\u2019est le culte public intégral exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, tête et membres.C\u2019est parce que nous sommes du Christ que nous pouvons rendre au Père un hommage acceptable.La Liturgie, si elle n\u2019épuise pas toute l\u2019activité de l\u2019Église, est toutefois le sommet vers lequel tend toute son action et en même temps la source d\u2019où découle toute sa force.Le schéma ne perd pas de vue la Vie une seconde: au centre la vie sacramentelle du Christ.Il est le grand sacrement parce qu\u2019il a donné, à la manière sacramentelle, le salut.L.\u2014 Dom Vagaggini avait raison d\u2019écrire que la perspective liturgique est désormais, dans l\u2019Eglise « une force bouleversante, tout imprégnée du mouvement pastoral, missionnaire, spirituel, œcuménique, théologique.c\u2019est-à-dire des grands mouvements qui, à l\u2019heure actuelle, animent le Corps mystique du Christ ».S.\u2014 Exactement.Et cette force aura d\u2019autant plus d\u2019efficacité que la Liturgie est une réalité incarnée.Toujours la vie, dans la ligne de l\u2019Incarnation.C\u2019est pourquoi le schéma insiste sur le caractère communautaire, je dirais même populaire de la Liturgie.Celle-ci n\u2019est pas réservée à une élite bourgeoise; elle doit s\u2019exercer en pleine pâte; elle réclame la participation active des fidèles, de tous les fidèles.Le schéma réclame des rites simples et clairs, facilement compréhensibles pour les fidèles.Il prévoit même la nécessité d\u2019une adaptation souple, conditionnée par les exigences particulières de tel ou tel pays.Dans une conférence aux journalistes, j\u2019ai tenté de montrer la relation étroite qui existe entre culture et culte: le Christ est venu pour sauver tous les peuples.Il veut s\u2019incarner sous toutes les latitudes, dans tous les contextes ethniques.C\u2019est pourquoi, prudemment mais avec une liberté apostolique, on ouvre la porte à une adaptation possible, lente mais profonde, du rite romain aux nécessités locales des peuples.L.\u2014 De sorte qu\u2019on pourra voir se généraliser, dans une messe africaine par exemple, l\u2019usage du tam-tam et des danses rituelles.S.\u2014 Pourquoi pas ?L.\u2014 Vous n\u2019aimez pas le mot révolutionnaire, au sujet de ce schéma sur la Liturgie; vous admettrez tout de même que dans son retour à la pure tradition de l\u2019Église il nous propose pas mal de choses qui apparaissent comme des nouveautés.Il y aura indiscutablement à prévoir un immense travail d\u2019initiation.S.\u2014 Vous avez raison.Et c\u2019est bien pourquoi le schéma demande que tous, prêtres et fidèles, mais particulièrement les prêtres, se mettent d\u2019emblée à la tâche.Dans les grands séminaires, les cours de Liturgie et d\u2019exégèse prendront la vedette.Il y a toute une pédagogie de la Liturgie à assimiler, par les prêtres d\u2019abord, pour la faire passer en chair et sang, pour ainsi dire, dans la communauté chrétienne.Mais d\u2019abord, il faut commencer par y croire.Tenez, mon Père, je vais chaque semaine faire du ministère dans une paroisse de Rome.J\u2019essaie de promouvoir le mouvement liturgique; le curé est sympathique; il me donne carte blanche.Mais il n\u2019y croit pas vraiment.Ou plus exactement, sa formation au grand séminaire ne l\u2019a pas préparé à y croire, à collaborer efficacement.Eh bien.ça ne marche pas.Si je m\u2019absente un dimanche, tout retombe comme avant.Une cérémonie froide, où chacun prie je l\u2019espère, mais individuellement.La communauté n\u2019existe pas.L.\u2014 La première responsabilité repose donc sur les épaules des prêtres.Estimez-vous toutefois que les laïcs doivent attendre passivement.qu\u2019ils n\u2019ont rien à faire pour se mettre dans le courant du renouveau liturgique ?S.\u2014 Au contraire.Ils doivent déjà commencer à refaire leur mentalité; s\u2019entraîner à substituer à leur conception individualiste de la religion une conception communautaire, une conception de groupe.Remarquez, Père: nous sommes devenus plus sociaux que jamais.Tout ce que nous faisons, sur le plan humain, nous le faisons plus ou moins solidairement.Nous avons des activités de groupes: sportives, syndicales, économiques.Il doit en être ainsi de la religion.Mais nous avons tellement pris l\u2019habitude des attitudes passives à la messe, par exemple; nous sommes tellement rompus à la pratique des actes de dévotion individuels que nous devons faire un effort considérable pour opérer la révolution nécessaire.Encore une fois, il s\u2019agit ici d\u2019une pédagogie profonde.C\u2019est pourquoi je vois l\u2019urgence de cercles d\u2019étude liturgique, de cercles bibliques.Une messe dialoguée, une messe active ne peuvent pas être des initiatives qu\u2019on plaque artificiellement sur des habitudes invétérées; il faut d\u2019abord en donner le sens, en communiquer le goût et le besoin.L.\u2014 Une dernière question, Père.Le renouveau proposé par le schéma entraînera automatiquement la réalisation de nouveaux missels, de nouveaux rituels pour l\u2019administration des sacrements, etc.Dans combien de temps pensez-vous que ce travail pourrait être fait ?MAI 1963 127 S.\u2014Je l\u2019ai dit et suis heureux de le répéter: si tous les spécialistes engagés dans cette tâche veulent vraiment s\u2019y appliquer, avec patience et générosité, dans cinq ans tout devrait être prêt.Dans cinq ans, au plus tard.L.\u2014 Et en attendant.S.\u2014 Il ne faut pas attendre: le Concile sera ce que tous les chrétiens voudront bien le faire.Dans le domaine de la Liturgie, le travail pédagogique doit commencer dès maintenant.Il faut nous inspirer dés.paroisses en pointe qui n\u2019ont pas attendu le Concile pour entendre les grandes invitations de l\u2019encyclique Mediator Dei.Il y a là une charte du renouveau liturgique dont il faut s\u2019inspirer dès maintenant.Nous sommes devant une situation d\u2019urgence: le rajeunissement de notre chrétienté s\u2019impose.Il sera dans une large mesure le fait d\u2019une Liturgie vivante et comprise par l\u2019intérieur.\u2022-\u2014\u2014 \u2022 Les récentes journées du «Devoir» Georges ROBITAILLE, S.J.1ES RÉCENTES JOURNÉES DU DEVOIR à Montréal j et à Québec, organisées avant tout pour rendre au directeur démissionnaire, Gérard Filion, un hommage mérité, ont remporté un franc succès: par l\u2019affluence des amis, par le climat de franchise et d\u2019amitié dans lequel se sont déroulés les échanges de vue, par les grands textes de Gérard Filion et d\u2019André Laurendeau par lesquels s\u2019est défini le Devoir d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Le vieux lecteur, qui a fait du Devoir, depuis des années, sa bible du soir ou du matin, en a eu pour son compte et ces textes de qualité l\u2019ont profondément réjoui, même s\u2019il reste sur son appétit.C\u2019est qu\u2019il en a sur le cœur, ce vieux lecteur, et que depuis des années sa foi baisse et qu\u2019il louche vers quelque journal nouveau qui lui rendrait la flamme sacrée du Devoir, du Devoir de ses amours.Ces journées ont aidé ses convictions et ranimé sa fidélité car il a éprouvé, une fois de plus, que le Devoir demeure aux mains de gens intelligents et de haute valeur.* L\u2019éloge de Filion au banquet par André Laurendeau aurait mérité à celui-ci un nouveau prix si on couronnait en concours l\u2019art du portrait.Le portrait, en effet, est à l\u2019honneur du peintre comme du modèle par l\u2019amitié qui s\u2019y exprime dans la franchise et la pénétration agile et nuancée, dans l\u2019adhésion commune aux valeurs fondamentales que le Devoir sous Filion a servies « sans trahir ».La forte et pittoresque physionomie de Filion directeur du Devoir s\u2019éclaire, sous la touche de Laurendeau, en tous ses aspects majeurs: bon sens et imagination, autorité ferme qui accorde cependant à ses collaborateurs toute la corde pour se pendre (ils en ont profité.), les idées essentielles auxquelles il tient: « sa foi religieuse, son amour des Canadiens français, deux rocs inébranlables », sa sensiblité beaucoup plus vive qu\u2019il ne paraît et qu\u2019il ne l\u2019avoue; sa force de caractère enfin qui a fait du Devoir, en face d\u2019un gouvernement trop puissant et entêté, un des principaux centres de résistance, une force surtout qui, pendant des années, a sauvé le Devoir, au bord de la faillite.Savions-nous que de 1953 à 1958 le Devoir, obéré un moment de 195,000 dollars, ne savait point s\u2019il paraîtrait la semaine suivante?Malgré ces tracas, l\u2019administrateur en Gérard Filion s\u2019effaça toujours devant le directeur de la rédaction.André Laurendeau conclut ainsi son éloge: Prendre la succession de Bourassa et de Pelletier, pour Gérard Filion, ça n\u2019a jamais été une blague ou une aventure: il administrait le bien d\u2019autrui \u2014 et je l\u2019entends des valeurs morales autant que des valeurs matérielles; dans toutes les circonstances importantes, il s\u2019en souvenait et c\u2019est ainsi que nous avons vécu.Chichement, à certains égards.Petit journal, de peu de pages et de faible tirage.Mais sous Filion, nous avons vécu, vécu sans trahir.L\u2019éloge est magnifique et,, croyons-nous, mérité, même si nous aurions souhaité parfois, en ces dernières années, un Filion directeur moins débonnaire, moins loin du Devoir et faisant sentir de plus près sa grosse main solide.Parmi les valeurs morales, il y avait le trésor des vieilles amitiés vouées au Devoir-, je crains que ce trésor ne soit plus ce qu\u2019il était en 1947.M.Laurendeau a esquissé en passant, comme il convenait, la silhouette de celui qui fut, au Devoir, pendant plus de quarante ans, le parfait serviteur des valeurs engagées, M.Orner Héroux; nous lui en savons gré.* La conférence d\u2019adieu de Gérard Filion aura été comme un de ses longs articles colorés dont il régalait le samedi la clientèle, massifs et drus autour d\u2019un gros problème actuel, avec, pour accrocher, des formules simples et populaires.Vraiment, « sa verve va nous manquer » (A.L.).Ce fut avant tout une réflexion et un essai de jugement sur le rôle du Devoir dans les années 1947-1963.A partir des problèmes qui dominaient alors notre histoire québécoise: l\u2019après-guerre, une plus vive conscience des problèmes sociaux, la désaffection passagère à l\u2019endroit des valeurs nationales, l\u2019autonomie provinciale menacée, le raidissement du pouvoir politique, la débâcle enfin avec « un débordement de violence verbale et de propositions souvent saugrenues ».A partir ensuite des forces latentes qui allaient exploser et qu\u2019il fallait canaliser et non simplement contrer.Enfin, à partir des objectifs essentiels d\u2019un journal qui sont d\u2019informer et de juger.Le journal, en effet, doit être le reflet de la société dans laquelle il paraît; il doit chaque jour « construire la maquette de la vie quotidienne ».Il doit en outre, comme une conscience, juger.Devant cette tâche disparate et difficile, quel rôle a joué le Devoir?M.Filion avoue des écarts, des efforts perdus, une œuvre beaucoup moins positive qu\u2019il ne la souhaitait en prenant la direction.Tout compte fait, il estime que le Devoir ne s\u2019en est pas trop mal tiré.Nous avons plus haut marqué une réserve majeure.Ce qui sans conteste aura réjoui l\u2019auditeur, c\u2019est la santé de ces propos nourris d\u2019une sagesse tout près de la réalité, que l\u2019expérience instruit, rend modeste, sans lui enlever son optimisme.Pour l\u2019heure, Gérard Filion croit que le Devoir, après avoir posé des questions en un temps où personne ne parlait, doit maintenant « rechercher des solutions positives.donner des réponses à ceux qui posent des questions ».Car 128 RELATIONS nos gens se laissent facilement déboussoler.« Le peuple canadien-français a besoin, plus que jamais dans son histoire, de guides sûrs.» Enfin, G.Filion a remercié ses collaborateurs et ses lecteurs de lui être restés fidèles, sachant distinguer la ligne de fond, l\u2019orientation générale du journal qui ne bronchait pas, des exagérations parfois aventureuses.Avec André Laurendeau nous regretterons ce départ du Devoir de Gérard Filion.Il y exerçait le rôle du timonnier vigoureux, clairvoyant, avisé.C\u2019est dans la tempête que se révèle un chef.Gérard Filion a fait ses preuves.* Des trois textes capitaux qui ont enrichi ces journées du Devoir, la conférence d\u2019André Laurendeau aux lecteurs me paraît la pièce essentielle.M.Laurendeau, en effet, y a formulé ses positions comme responsable principal de la nouvelle direction collégiale mise à l\u2019essai pour un an.Avec franchise, acuité, courage, il a abordé les vrais problèmes qui préoccupent aujourd\u2019hui le lecteur du Devoir : ceux de l\u2019orientation du journal et de sa fidélité à l\u2019esprit de la fondation.M.Laurendeau l\u2019a rappelé au point de départ: le Devoir pose à ses journalistes un problème de fidélité, car le journal tient de ses fondateurs une vocation.S\u2019il fallait pour s\u2019adapter aux nécessités du jour renoncer à cet idéal, il faudrait, estime M.Laurendeau, le dire franchement, laisser le journal mourir et repartir sur nouveaux frais.On n\u2019y songe point et on entend rester fidèle.Mais de quelle fidélité s\u2019agit-il: selon la lettre ou selon l\u2019esprit ?Il s\u2019agit de « retrouver l\u2019inspiration dans sa source même, de s\u2019en imprégner pour en vivre à son tour ».Or les deux caractéristiques essentielles de l\u2019œuvre, reprend André Laurendeau, me semblent évidentes: l\u2019une, c\u2019est l\u2019inspiration chrétienne, l\u2019autre, le nationalisme canadien-français.Nous assumons ces manières d\u2019être que nous regardons comme fondamentales.La première a un caractère absolu qui transcende l\u2019autre et doit \u2014 soyons modestes, devrait \u2014 inspirer l\u2019ensemble de nos activités et de nos attitudes.Mais il est bien entendu que celles-ci s\u2019exercent ou se réalisent dans le temporel, car le Devoir n\u2019a jamais prétendu être un journal religieux et, même il a toujours pris soin de préciser qu\u2019il n\u2019est pas un porte-parole de l\u2019Eglise et que, par conséquent, il n\u2019engage pas l\u2019autorité ecclésiastique; il y a constamment trouvé une liberté d\u2019action qu\u2019il a estimée nécessaire, et qui est regardée comme légitime.Mais dans l\u2019ordre moral et intellectuel, comme dans l\u2019ordre proprement religieux, son système de référence est catholique: de cela, il ne s\u2019est jamais caché, et il le réaffirme aujourd\u2019hui.La déclaration est capitale et réjouira tous les amis du Devoir.Car elle va loin.L\u2019inspiration chrétienne, en effet, si on l\u2019entend pour ce qu\u2019elle est, est absolue et commande toutes les attitudes.M.Laurendeau le reconnaît: « elle devrait inspirer l\u2019ensemble des activités et des attitudes ».Suffira-t-elle à dissiper le malaise qui fait le problème du Devoir ?Je ne le crois pas, car le problème est moins au plan des principes qu\u2019à celui des engagements quotidiens, implicites dans l\u2019information, explicites dans les commentaires; c\u2019est là que le lecteur éprouve son journal; ce sont les principes vécus qu\u2019il retient et sur eux il juge, garde confiance ou désespère.Le Devoir le rassure-t-il suffisamment en veillant à n\u2019admettre dans son équipe que des journalistes capables de recevoir l\u2019inspiration chrétienne et de s\u2019ordonner à son système de référence catholique ?S\u2019ils n\u2019ont pas la foi, s\u2019ils sont indifférents à des modes valables de concevoir les valeurs chrétiennes, ce serait miracle d\u2019attendre chez eux cet accord essentiel.Les défaillances de 1\u2019 « inspiration chrétienne » sont fréquentes et sérieuses.MAI 1963 Autre principe: le Devoir entend servir toute la communauté et pour cela résister aux entreprises de toute chapelle pour l\u2019accaparer.Excellent principe sur lequel tous seront d\u2019accord; c\u2019est l\u2019application qui fera difficulté, car il faudra définir les chapelles et les identifier.Verra-t-on un esprit de chapelle dans le rayonnement politique et social de notre catholicisme que prônait Aurèle Kolnai dans Cité libre ?A défaut d\u2019unanimité perdue, la forte majorité catholique que nous sommes et son rayonnement sur les institutions demeurent une valeur que des catholiques doivent défendre.Qu\u2019en pense le Devoir?Il a ignoré jusqu\u2019ici A.Kolnai et fait un sort parfois à des démolisseurs, démolisseurs de talent, mais démolisseurs tout de même, comme J.-J.Tremblay.Range-t-il de même dans une chapelle le nationalisme canadien-français à composante religieuse, tel que le professait F.-A.Angers recevant le prix Duvernay, ou prône-t-il plutôt désormais un nationalisme neutre ?Sans doute le Devoir a répondu au plan des principes et je m\u2019en réjouis.Seulement, c\u2019est au plan des engagements qu\u2019il doit aussi répondre, et de façon plus vigilante que par le passé, car la confiance est entamée.Là me paraît être la cause du malaise profond que seuls des redressements de fait arriveront peu à peu à dissiper.Enfin, M.Laurendeau, reprenant les deux objectifs essentiels du journal, informer et juger, a nuancé ce qui lui paraît signifier « être la conscience du milieu ».Sans doute, le journal doit s\u2019efforcer de juger.« C\u2019est un rôle que nous allons continuer d\u2019essayer de jouer.» Poussant plus loin l\u2019analyse, il observe que « conscience » signifie aussi prendre conscience de soi.Dans notre milieu en pleine évolution, il faut d\u2019abord nous connaître avant de porter jugement et cela peut être long et difficile.En ce sens particulier, le Devoir entend être la conscience des élites du Canada français.Il souhaite leur offrir une tribune où elles seront toutes accueillies avec respect, à condition qu\u2019elles apportent la recherche honnête d\u2019un aspect de la vérité.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019est devenu déjà largement le journal avec pour résultat une singulière vitalité.Le tri demeure nécessaire, ajoute M.Laurendeau, et il y a des positions auxquelles le Devoir tient, il y a des œuvres essentielles que le Devoir aidera à bâtir aussi longtemps que Dieu et vous, lecteurs, allez nous prêter vie.* Nous retiendrons la mise en demeure discrète faite ici au lecteur de prendre ses responsabilités.S\u2019il estime le Devoir et tient à ce qu\u2019il vive, il doit apporter son concours.Des esprits distingués, de grands serviteurs s\u2019y dévouent dans des conditions qu\u2019il refuserait souvent lui-même.Le Devoir n\u2019a qu\u2019un homme là où la Presse en compte neuf.Il est pauvre, il est mal équipé.Il est l\u2019objet de critiques incessantes, parfois agressives et tatillonnes.Il convenait que cela nous fût rappelé.Le Devoir en retour ne doit pas oublier la contre-partie; c\u2019est que les deux principes fondamentaux qu\u2019il proclame à nouveau comme sa charte essentielle, son inspiration chrétienne avec système de référence catholique, et son nationalisme, sur lequel on ne lui a jamais fait de reproche fondé, c\u2019est que ces principes demeurent à longueur de semaine et d\u2019année des principes qui vraiment inspirent et un système de référence auquel il se réfère.M.Victor Barbeau a fulminé au cinquantenaire de l'Action nationale une mercuriale retentissante.Il fut chaudement applaudi, et pas seulement par des intégristes.La déclaration de M.Laurendeau vient à point: elle a la fraîcheur d\u2019un retour aux sources; c\u2019est une promesse et un espoir.129 DES PENSIONS TRANSFERABLES POUR 50,000 TRAVAILLEURS Gérard HÉBERT, S.J.IE 1er JANVIER 1963, entrait en exercice un plan de pensions transférables en faveur des ouvriers de la construction de la région de Montréal.L\u2019événement mérite d\u2019être souligné.Le projet constitue probablement le premier exemple en Amérique du Nord d\u2019un système de retraite dont peuvent pleinement bénéficier tous les travailleurs d\u2019une industrie, même en passant fréquemment d\u2019un employeur à un autre.A cause de l\u2019importance numérique de l\u2019industrie de la construction, près de 50,000 travailleurs vont profiter du régime.Historique Depuis plusieurs années déjà, les parties contractantes au décret de la construction de Montréal discutaient d\u2019un plan de sécurité sociale.On ne s\u2019était engagé, en 1957 et en 1959, qu\u2019à étudier la question, et uniquement par entente verbale.Certains songeaient alors à un plan d\u2019assurance-maladie et d\u2019assurance-hospitalisation plutôt qu\u2019à une caisse de retraite.La promesse par le nouveau gouvernement, en 1960, et la mise en application, au début de 1961, de l\u2019assurance-hospitalisation provinciale orientèrent les préoccupations vers le plan de pension.A l\u2019occasion de son congrès, en 1960, la Fédération des travailleurs du bâtiment du Canada (C.S.N.) adopta une résolution demandant qu\u2019un comité soit formé pour étudier la possibilité d\u2019établir une caisse de retraite pour les travailleurs âgés de l\u2019industrie de la construction.Au congrès suivant, le comité d\u2019étude fit rapport de ses activités et présenta les grandes lignes du mémoire que la Fédération soumettrait, l\u2019hiver suivant, au Cabinet provincial.Un événement hâta la réalisation du projet, la grève des métiers de la construction de Montréal, à l\u2019automne de 1961.Le plan de pension actuel apparaît comme un fruit inattendu de cet important arrêt de travail.En effet, dans les demandes que la partie syndicale avait présentées au Builders\u2019 Exchange au printemps de 1961, on ne trouve aucune mention de bénéfices de sécurité sociale.Au cours de la grève, quelques chefs ouvriers soulignèrent la situation défavorable où se trouvaient les ouvriers de la construction: la Loi de la convention collective, en ne permettant pas l\u2019extension de telles clauses, les privait d\u2019avantages dont jouissent la plupart des ouvriers travaillant dans des industries régies par des conventions collectives sous la Loi des relations ouvrières.Les journaux insistèrent sur ce point.Les parties contractantes décidèrent alors d\u2019envisager le problème sérieusement et d\u2019exprimer au ministre du Travail leur désir de voir la Loi de la convention collective amendée dans le sens voulu.Il semble que cette décision ait joué un rôle-clé dans la solution de la grève; on en oublia le litige fondamental de la négociation séparée pour les ferblantiers-tôliers et le projet permit de résoudre les difficultés relatives à l\u2019augmentation de salaire: la formule impliquait une augmentation globale assez semblable à celle que la partie ouvrière réclamait, mais que la partie patronale ne semblait pas disposée à accorder en salaire proprement dit.Apparemment, le ministre du Travail, qui agit comme conciliateur dans les derniers jours de la grève, promit que le gouvernement amenderait la Loi de la convention collective de manière à permettre l\u2019extension juridique des clauses de sécurité sociale sur lesquelles les parties s\u2019entendraient.De fait, le 4 juillet 1962, l\u2019Assemblée législative adoptait une loi modifiant la Loi de la convention collective et permettant de rendre obligatoire pour tous les employeurs et tous les employés un plan de bénéfices de sécurité sociale; la loi accordait en même temps au comité paritaire les droits requis relativement à la perception des contributions et au paiement des bénéfices.Le texte de l\u2019entente qui mit fin à la grève ne comportait aucune précision sur le contenu ou sur la nature précise des bénéfices de sécurité sociale que l\u2019on établirait.Il stipulait qu\u2019un plan contributoire de bien-être social entrerait en vigueur le 1er janvier 1963 et qu\u2019employeurs et employés y participeraient par le paiement de chacun 5 cents pour chaque heure de travail accompli.Les parties formèrent un comité d\u2019étude, composé de quatre représentants patronaux et de quatre représentants ouvriers, deux de chacun des deux conseils de construction.Sur la base déjà fixée d\u2019une contribution de 10 cents l\u2019heure, les membres du comité s\u2019enquirent des possibilités concrètes qui s\u2019offraient à eux, étant donné le nombre et la composition des ouvriers de la construction dans la région de Montréal.Ils envisagèrent deux possibilités, l\u2019une de sécurité sociale proprement dite (assurance-maladie et complément à l\u2019assu-rance-hospitalisation), l\u2019autre d\u2019un projet de caisse de retraite ou de plan de pensions transférables.Ils optèrent pour le plan de pension: le programme provincial d\u2019assurance-hospitalisation résolvait, en bonne partie, le problème des frais d\u2019hôpitaux, et on peut prévoir qu\u2019il recevra les compléments appropriés en temps opportun; de plus, les membres du comité voulurent peut-être innover: en d\u2019autres villes canadiennes, certains métiers de la construction possèdent, dans leurs conventions collectives respectives, des plans d\u2019assurance-maladie, d\u2019assurance-accident, etc.; aucun n\u2019a encore de plan de pension général.Mais comme une caisse de retraite ne pourrait payer de bénéfices avant dix ans, on voulut compléter le plan de pension en y ajoutant une assurance-vie entrant en vigueur immédiatement.Des 10 cents destinés à la sécurité sociale, 9 iraient à la caisse de retraite et 1 à l\u2019assurance-vie collective.Telles furent les recommandations du comité d\u2019étude.Les parties contractantes les endossèrent et adressèrent leur requête au ministre du Travail pour obtenir l\u2019extension du projet à toute l\u2019industrie.L\u2019avis de requête parut dans la Gazette officielle de Québec du 3 novembre 1962; l\u2019arrêté en conseil fut adopté le 19 décembre et il fut publié dans la livraison du 29 décembre de la Gazette officielle; il stipulait que les cotisations seraient exigibles depuis le 1er janvier 1963.Plan de pension Dans les plans de pension habituels, les prestations sont généralement déterminées par le nombre d\u2019années de service de l\u2019employé.A cause du caractère occasionnel et irrégulier de l\u2019emploi dans l\u2019industrie de la construction, il fallut adopter une autre formule.Le montant de la pension sera fixé d\u2019après les sommes que l\u2019employé aura versées à la caisse de retraite pendant ses années actives dans l\u2019industrie.Pour chaque tranche de 100 dollars de cotisations de la part de l\u2019employé (à l\u2019exclusion du montant correspondant venant 130 RELATIONS de l\u2019employeur), l\u2019employé aura droit à une pension de base de $3.20 par mois et à une pension supplémentaire également de $3.20.La pension de base court depuis 65 ans jusqu\u2019à la mort; la pension supplémentaire cesse à 70 ans, au moment où commencent les prestations de la sécurité de vieillesse du Canada.Si un ouvrier travaille pendant trente ans, sans perdre de temps, c\u2019est-à-dire cinquante semaines ou 2000 heures par année, il aura versé à la caisse de retraite, à 5 cents de l\u2019heure, la somme de 3000 dollars.Il aura droit, de 65 à 70 ans, à une pension de 192 dollars par mois, et, depuis 70 ans, à une pension de 96 dollars par mois.(Voir le tableau I.) TABLEAU I Bénéfices normaux selon le plan de pension de l\u2019industrie DE LA CONSTRUCTION DE MONTRÉAL Hypothèses (périodes de travail)\tContributions de remployé\tPension mensuelle\t \t\t65 - 70 ans a\tDepuis 70 ans b 60,000 heures: 30 ans à 2000 heures (50 semaines)\t$3,000\t$192.00\t$96.00 42,000 heures: 30 ans à 1400 heures (35 semaines ou 8 mois)\t2,100\t124.40\t67.20 30,000 heures: 15 ans à 2000 heures (50 semaines)\t1,500\t96.00\t48.00 21,000 heures: 15 ans à 1400 heures (35 semaines ou 8 mois)\t1,050\t67.20\t33.60 Minimum: 14,000 heures\t700\t44.80\t22.40 a Pension de base et pension supplémentaire (voir le tableau II).h Pension de base seulement.Source: Arrêté ministériel 2120 du 19 décembre 1962, art.100-102: Gazelle officielle de Québec, 29 décembre 1961, p.6402-6403.Dans l\u2019hypothèse, plus réaliste, d\u2019un ouvrier qui aurait travaillé 35 semaines par année, soit 1400 heures (environ 8 mois), il recevrait, pour sa contribution de 2100 dollars, $124.40 durant les premiers cinq ans de sa pension, puis $67.20.Et ainsi de suite.Telles sont les prestations que permettent de prévoir les calculs actuariels fondés sur les données actuelles, nécessairement sommaires, que possède le Comité conjoint.Tout porte à croire que les bénéfices pourront être augmentés substantiellement, sans aucun changement à la prime: c\u2019est l\u2019avenir qui révélera les ajustements possibles; on a fait les estimés sur la base la plus conservatrice, de manière à ne pas diminuer les prestations, mais à les augmenter si les circonstances le permettent.Une contribution minimum de 700 dollars est requise de la part de l\u2019employé pour qu\u2019il ait droit à des bénéfices de retraite.Au taux de 5 cents l\u2019heure, ce montant repré- sente 14,000 heures de travail, soit 10 années d\u2019environ 8 mois d\u2019ouvrage dans chaque année.La pension est alors de $44.80 pour les premiers cinq ans, puis de $22.40.Le plan prévoit une grande variété d\u2019adaptations.La première, de caractère obligatoire et déjà mentionnée, concerne la pension mensuelle de sécurité de vieillesse versée par le gouvernement du Canada.C\u2019est en vue de s\u2019adapter à l\u2019aide déjà existante que le plan comporte une pension supplémentaire, doublant la pension de base, entre 65 et 70 ans.Mais le pensionné pourra demander une adaptation ultérieure, selon le montant auquel il aura droit, de par ses cotisations à la caisse de retraite, et selon le montant qu\u2019il recevra comme allocation de sécurité de vieillesse du Canada.(Voir le tableau IL) Si le montant de la pension supplémentaire TABLEAU II Adaptation des bénéfices du plan de pension de la construction de Montréal À LA PENSION MENSUELLE DE SÉCURITÉ DE VIEILLESSE DU CANADA \tPlan de pension\t\tSécurité de vieillesse du Canada {depuis 70)\tPension totale\t\tAdaptations possibles\t Hypothèses\tPension de base 0depuis 65)\tPension supplém.(65-70 ans)\t\t65-70 ans C.(2) + {3)\tDepuis 70 C.(2)+(4)\tPension de base\tPension supplémentaire (1)\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6)\t(7)\t(8) 60,000 heures\t$96\t$96\t$65 *\t$192\t$161\taugmentée\tdiminuée jusqu\u2019à $65 b 30,000 heures\t48\t48\t65 a\t96\t113\tdiminuée\taugmentée jusqu\u2019au montant le plus rapproché possible de $65 ° » Montant de la pension mensuelle de sécurité de vieillesse en vigueur en 1963.b Diminution plus prononcée que l\u2019augmentation de la pension de base, mais actuariellement équivalente à cette augmentation, c Augmentation plus prononcée que la diminution de la pension de base, mais actuariellement équivalente à cette diminution.SOURCE: Arrêté ministériel 2120 du 19 décembre 1962, art.101: Gazelle officielle de Québec, 29 décembre 1962, p.6402-6403.131 MAI 1963 est supérieur à celui de la sécurité de vieillesse du Canada, la pension totale serait alors, de 65 à 70 ans, plus élevée que par la suite; l\u2019employé pourra, s\u2019il le désire, demander que sa pension de base soit augmentée et sa pension supplémentaire diminuée de manière à obtenir un revenu sensiblement égal avant et après 70 ans.L\u2019ajustement de la pension de base et de la pension supplémentaire se fera d\u2019après les données actuarielles.Inversement, si le montant de la pension supplémentaire est inférieur à celui de la sécurité de vieillesse, le pensionné pourra demander que sa pension de base soit diminuée et sa pension supplémentaire augmentée jusqu\u2019à ce que celle-ci atteigne un montant qui soit, actuariellement, le plus rapproché possible du montant de la pension de sécurité de vieillesse.Le système prévoit également la possibilité d\u2019obtenir des bénéfices de pension de retraite à partir de 55 ans.Les travailleurs âgés de la construction trouvent difficilement à s\u2019embaucher: certains travaux requièrent une souplesse qu\u2019ils n\u2019ont plus et les nombreux transferts de main-d\u2019œuvre rendent impossible la reclassification des vieux employés selon des normes précises d\u2019ancienneté.C\u2019est en vue de répondre à cette situation que le plan de pension offre à l\u2019employé ayant atteint 55 ans, l\u2019équivalent actuariel des bénéfices normaux de retraite dont il jouirait s\u2019il ne prenait sa pension qu\u2019à 65 ans.Le projet prévoit aussi un certain nombre d\u2019éventualités.Si un employé ou un ancien employé décède avant d\u2019avoir touché le montant de la pension auquel il a droit, un remboursement correspondant à ce qui lui revient, augmenté de l\u2019intérêt composé à 3% l\u2019an, sera versé à ses héritiers.Si un ouvrier quitte l\u2019industrie ou cesse d\u2019être un employé au sens prévu par le décret, il pourra, après deux ans, réclamer le remboursement de ses cotisations accumulées, avec l\u2019intérêt composé, également à 3% l\u2019an; il pourra, s\u2019il le préfère et s\u2019il a versé le minimum de 700 dollars, laisser ce montant dans la caisse et toucher ses bénéfices de retraite au moment où il y aurait droit autrement.Qui, exactement, peut bénéficier du plan de pension?L\u2019arrêté ministériel 2120 du 19 décembre 1962 définissait l\u2019employé susceptible d\u2019y participer comme « tout employé payé à l\u2019heure visé à l\u2019article 4 du décret [section générale] et tout employé visé dans toute section du deuxième chapitre, s\u2019il y a lieu ».En mars, un avis a paru dans la Gazette officielle de Québec annonçant que les parties contractantes veulent compléter cette définition en y ajoutant « tout employé activement engagé dans l\u2019industrie de la construction que le Comité conjoint des métiers de la construction de Montréal admettra comme participant au plan de sécurité sociale selon les termes de règlements généraux adoptés par le sous-comité de sécurité sociale ».La modification, si elle est sanctionnée par un arrêté en conseil, permettra au comité conjoint d\u2019admettre dans le plan de pension des employés « activement engagés dans l\u2019industrie de la construction », mais qui n\u2019étaient pas inclus dans la première définition, par exemple, des surintendants recevant un traitement annuel, des commis de bureau, et des ouvriers à l\u2019emploi de constructeurs de Montréal travaillant temporairement en dehors de la juridiction territoriale du décret.Comme la loi inclut l\u2019artisan sous la définition du salarié, l\u2019amendement permettrait probablement d\u2019accepter des ouvriers de cette catégorie, à la condition, vraisemblablement, qu\u2019ils paient 10 cents de l\u2019heure, dont la moitié serait considérée comme contribution patronale et l\u2019autre moitié comme contribution ouvrière.Il est probable qu\u2019un tel arrangement rendrait service à plusieurs, étant donné qu\u2019un certain nombre d\u2019ouvriers de la construction passent fréquemment de l\u2019état d\u2019employé proprement dit à celui d\u2019artisan.Le système actuel couvre tous les ouvriers de la construction régis par la section générale du décret de Montréal.Les plombiers ont leur propre plan, en vigueur depuis le 21 janvier; sauf l\u2019établissement d\u2019une caisse distincte, il est identique à l\u2019autre.Les électriciens créeront probablement aussi leur propre caisse.Les autres métiers régis par une section propre dans le décret se rattacheront à la caisse générale, au fur et à mesure que les parties contractantes concernées en feront la demande au ministre du Travail; les poseurs de marbre, de tuile et de terrazzo et les plâtriers lui ont déjà fait parvenir leur requête.Quant au nombre de ceux qui seront atteints, il est trop tôt pour le connaître avec exactitude.De 55,000 à 60,000 travailleurs de la construction recevront du comité conjoint, en juin prochain, leur chèque de vacances pour la période du 1er mai 1962 au 30 avril 1963.Un nombre au moins égal contribuera vraisemblablement à la caisse de retraite au cours de l\u2019année 1963.Dans les années à venir, combien accompliront les 14,000 heures requises pour toucher la pension minimum?Les statistiques actuelles sur la main-d\u2019œuvre dans la construction ne permettent pas de prévoir avec précision quel sera ce nombre.Plan d'assurance-vie Un des 10 cents versés comme contribution au plan de sécurité sociale va à la constitution d\u2019une caisse d\u2019assurance-vie collective.Le bénéficiaire de l\u2019ouvrier éligible recevra, selon le plan actuel, 2000 dollars si celui-ci décède avant 65 ans, 500 dollars s\u2019il meurt âgé de 65 ans ou plus.L\u2019assurance, toutefois, n\u2019est en vigueur, qu\u2019à certaines conditions.Si un ouvrier a versé au moins 15 dollars à l\u2019ensemble du plan de sécurité sociale pendant une période de 3 mois (donc s\u2019il a travaillé 300 heures, c\u2019est-à-dire un peu plus de la moitié du temps), il sera assuré à partir du premier jour du mois suivant (pour permettre au personnel de bureau d\u2019assembler les rapports voulus) et son assurance vaudra pendant trois mois.Ainsi, un ouvrier qui a travaillé l\u2019équivalent de sept semaines et demie entre le 1er janvier et le 31 mars 1963 sera assuré à partir du 1er mai pour une période de trois mois.Un ouvrier qui a travaillé 600 heures et versé 30 dollars dans un espace de six mois, ou qui a travaillé 1200 heures et versé 60 dollars au cours d\u2019une année est également éligible, après un intervalle d\u2019un mois, pendant trois mois consécutifs.A partir du moment où il reçoit sa pension, l\u2019ancien employé demeure assuré pour le reste de sa vie sans aucune contribution.En cas d\u2019invalidité complète, l\u2019assurance demeure également en vigueur tant que dure l\u2019invalidité.Autres exemples de pensions transférables Il existait déjà plusieurs plans de pensions transférables en Amérique du Nord.En 1960, on en comptait, aux États-Unis, près de 800; ils se rapportaient à plus de 3,000,000 de travailleurs; ils visaient principalement des ouvriers et des ouvrières du vêtement et les membres de certaines unions de construction.Au Canada, on en trouve dans l\u2019imprimerie à Toronto, dans le vêtement à Toronto et à Montréal, et dans certaines entreprises de Vancouver avec lesquelles les 132 RELATIONS Métallos unis d\u2019Amérique ont des contrats collectifs.Mais, dans tous les cas, il s\u2019agit d\u2019employeurs qui se sont engagés librement, et le plan n\u2019atteint presque jamais toute l\u2019industrie.L\u2019Ontario aura bientôt son système obligatoire pour toutes les industries.Le premier ministre, M.Robarts, a présenté un bill en ce sens à la session actuellement en cours à Toronto; le bill a subi sa première lecture le 19 mars 1963.Il doit entrer en vigueur le 1er janvier 1965.A la différence du plan de pension de la construction à Montréal, le projet de loi ontarien concerne toutes les industries et s\u2019applique à l\u2019ensemble de la province.(Voir le tableau III.) Par contre, il apparaît, si l\u2019on peut dire, beau- TABLEAU III Comparaison entre le projet de pensions transférables d\u2019Ontario et le plan de pension de la construction de Montréal Aspects\tOntario\tMontréal Industries concernées\tToutes\tLa construction a Etenduegéographique\tLa province\tMontréal b Employeurs soumis\tAyant 15 employés ou plus\tTous Employés soumis\tAgés de 30 ans, au service du même employeur au moins six mois, ayant ensuite versé des cotisations au moins douze mois\tTous ° Age prévu pour les bénéfices\tAu plus tard 70 ans\t65 ans Peuvent être demandés depuis 55 ans Entrée en vigueur\t1er janvier 1965\t1er janvier 1963 » Au sens défini par le décret qui régit les conditions de travail dans cette industrie dans la région de Montréal.b Le territoire soumis au décret de la construction de Montréal, c\u2019est-à-dire File de Montréal et 15 milles de ses limites (entre 10 et 15 milles, seulement les travaux de 25,000 dollars et plus), Valleyfield et Ormstown, moins les districts électoraux soumis à un autre décret de la construction.c Tous les employés à l\u2019heure et tous ceux qui sont engagés activement dans la construction et que le comité conjoint admettra comme participants suivant les règlements qu\u2019il établira à cette fin, sauf la plupart des apprentis.Sources: Ontario: bill 110, 4e session de la 26l: Législature (1962-1963); Montréal: arrêté ministériel 2120 du 19 décembre 1962.coup moins intensif que celui de Montréal.Seuls les employeurs ayant 15 employés ou plus seront tenus d\u2019avoir, dans leur établissement, un plan de pension qui rencontre les exigences de la loi.De plus, pour que s\u2019applique le transfert obligatoire, d\u2019un emploi à un autre, des crédits accumulés dans une caisse de retraite, l\u2019ouvrier devra être âgé de 30 ans, avoir été au service du même employeur pendant au moins six mois et avoir ensuite versé des cotisations pendant au moins douze mois.Selon la formule de Montréal, tous les employeurs et tous les employés régis par le décret, sauf les apprentis (excepté ceux du plâtre, de la tuile et du tarrazzo), sont tenus d\u2019y participer.Parce que le plan de MAI 1963 Montréal concerne une seule industrie, il prévoit que le travailleur, deux ans après avoir quitté celle-ci, peut recouvrer les montants qu\u2019il a versés à la caisse; le projet ontarien interdit le remboursement aux employés éligibles de 30 ans et plus des cotisations correspondant aux bénéfices minima exigés par la loi.D\u2019un autre côté, le plan d\u2019Ontario n\u2019oblige les employeurs visés qu\u2019à un système de pension commençant à 70 ans; à Montréal, l\u2019âge prévu pour la retraite est de 65 ans et, nous l\u2019avons vu, tout employé ayant accumulé le montant requis pourra demander sa pension dès 55 ans s\u2019il le désire.Perspectives d'avenir Le plan de pension de l\u2019insdustrie de la construction de Montréal s\u2019étendra à d\u2019autres régions de la province.Déjà, les parties contractantes du décret de Québec en ont abordé la discussion.L\u2019Association des constructeurs s\u2019est déclarée favorable au principe; le Conseil des métiers de la construction, pour sa part, en demande la mise en application le 1er mars 1964.L\u2019industrie de la construction dans la région de Québec compte établir un plan identique à celui de Montréal.Éventuellement, d\u2019autres régions imiteront Montréal et Québec, ou, si le nombre d\u2019employés régis par le décret local ne permet pas l\u2019organisation d\u2019une caisse distincte, elles se rattacheront peut-être à Montréal ou à Québec.Finalement, toute la province sera couverte et l\u2019article 96, paragraphe d, de l\u2019arrêté 2120 s\u2019appliquera pleinement: on y prévoit le transfert des cotisations lorsqu\u2019un employé passe de la juridiction de Montréal à celle d\u2019un autre décret de la construction dans la province.Un tel système de plan de pension présente des avantages particuliers.Par suite de la Loi de la convention collective, il peut s\u2019appliquer à tous les employeurs et à tous les employés sans exception.Le comité paritaire, déjà solidement établi, paraît tout désigné pour en gérer l\u2019administration et ses ressources financières lui permettent d\u2019en assumer les frais, en tout ou en partie; les bénéfices s\u2019en trouveront augmentés d\u2019autant.Une caractéristique qui distinguera toujours ce plan de ceux qu\u2019on instituera ailleurs ou sous un autre principe réside, justement, dans son rapport au comité paritaire.Le comité paritaire constitue, en quelque sorte, un organisme qui symbolise et représente l\u2019industrie ou la profession comme telles.Dans une industrie comme la construction, où l\u2019emploi est occasionnel et temporaire, le comité paritaire apparaît comme la structure par laquelle l\u2019employé peut conserver un lien permanent avec l\u2019industrie.En ce sens, le plan de pension de la construction de Montréal se rapproche de certains plans qu\u2019ont pu établir diverses associations professionnelles, par exemple l\u2019Association canadienne des bibliothèques: le lien stable n\u2019existe pas avec l\u2019employeur, mais avec un groupe qui incarne la profession.Au point de vue social, le plan de pensions transférables entraînera des conséquences heureuses et importantes.Bien qu\u2019il soit de l\u2019épargne forcée, il comporte quand même des effets psychologiques non négligeables: il assure à un groupe d\u2019ouvriers, dont le travail lui-même est occasionnel et temporaire, un élément de stabilité et de sécurité qui ne peut manquer de produire de bons fruits.133 Mesure et démesure de la mode Joseph d'ANJOU, S.J.D\u2019UNE PART, plusieurs communautés religieuses d\u2019hommes et de femmes s\u2019inquiètent du renouvellement de leurs effectifs apostoliques.D\u2019autre part, école, famille et société déplorent l\u2019aggravation de la délinquance chez les adolescents, la recrudescence des disparitions chez les adolescentes, sans parler des drames que causent, chaque année, les milliers de maternités illégitimes.Il y a pire: le détraquement moral d\u2019une jeunesse à qui de faux adultes instillent, par le moyen du livre, du magazine, du film et des ondes, le poison du scepticisme, mêlé au désespoir de 1\u2019 « impossible chasteté ».Or, que font de vraiment efficace les chrétiens engagés par devoir à la guérison de ces maux?En ce début de mai, mois de la Vierge, et à l\u2019approche de la saison chaude, je voudrais de nouveau attirer l\u2019attention sur un point, hélas! toujours actuel.On s\u2019étonne parfois de la lenteur avec laquelle les religieuses enseignantes consentent à modifier leur costume.Je ne dirai pas que la chose n\u2019a aucune importance.Mais il s\u2019agit là d\u2019un détail secondaire, qui n\u2019a jamais détourné une jeune fille sérieuse d\u2019entrer au noviciat.Infiniment grave, au contraire, la démission de tout le monde, même des éducatrices et des prêtres, en dépit des exhortations répétées des papes, devant le fléau de l\u2019immodestie féminine.Démesure de la mode N\u2019importe qui le constate aujourd\u2019hui, malheureusement sans réagir: on ne peut pratiquement plus distinguer, à sa mise ou à sa tenue, une femme honnête et une courtisane.Ni au foyer, ni dans une salle de conférence, ni dans l\u2019autobus, ni même à l\u2019église.Et l\u2019exhibitionnisme, que le grand et le petit écran exploitent avec d\u2019évidentes intentions d\u2019érotisme pervers, se retrouve jusque dans les classes de nos couven-tines.Je connais toutes les prétendues excuses, objections et protestations des coupables.Nulle ne résiste à la réflexion, à l\u2019expérience, au sens précis des directives pontificales, aux plaintes adressées par la Vierge aux enfants de Fatima, ni au bon sens qui s\u2019exprime dans le témoignage d\u2019une chrétienne et celui d\u2019un incroyant.De Mme Monique Levallet-Montal, dans son beau livre intitulé Pour les vingt ans de Colette, qu\u2019on relise le passage suivant.Nous risquons de commettre ce meurtre spirituel, de porter dans une âme ce coup de mort, tout au moins d\u2019y aggraver certaines crises, d\u2019y rendre plus difficiles certaines luttes, d\u2019y faire revivre de néfastes souvenirs, lorsque quelque chose en nous est une provocation de désirs mauvais, un appel aux pensées impures, un réveil de l\u2019instinct.Or, nous courons indubitablement ce risque lorsque notre toilette dévoile les parties du corps qui, depuis que le péché a été introduit dans la nature humaine, sont spécialement provocatrices de ces désirs, de ces sensations.Disons-le simplement: lorsque notre décolleté découvre la naissance des seins, lorsque nos jupes manquent tellement de soutien qu\u2019elles dévoilent bien haut le dessin de nos jambes, à forti-riori lorsque nous séjournons à portée des regards en costume de bain, ou encore lorsque nos attitudes provocantes sont un appel aux intimités défendues.Et qu\u2019on médite cette riposte lancée à un prêtre qui reprochait à un manufacturier de propager l\u2019indécence: Vous autres, chrétiens, vous vous croyez moralement supérieurs à nous.Nous prouvons le contraire.Nous fabriquons des robes et des costumes d\u2019un déshabillé toujours plus audacieux, j\u2019en conviens, mais ce sont vos femmes, les chrétiennes, qui les portent.On n\u2019a pas encore vu jusqu\u2019où on peut les faire descendre.L\u2019argument à souligner est celui-ci: loin d\u2019habituer innocemment à l\u2019impudeur, comme tant de naïfs l\u2019affirment, la civilisation rend davantage l\u2019esprit sensible au choc troublant de la chair.De plus, c\u2019est d\u2019abord le dépassement des attraits charnels et des biens conjugaux, avec l\u2019apparent sacrifice auquel il donne lieu, qui caractérise, aux yeux du « monde », la vocation religieuse, surtout féminine.Comment se préparer aisément à ce sacrifice quand le milieu familial, scolaire et social entretient une obsession sexuelle partout triomphante?On aura beau, en classe ou en chaire, exalter la virginité, proposer aux jeunes âmes éprises d\u2019idéal l\u2019exemple de Jésus, de sa Mère et des saints, on n\u2019entraînera qu\u2019une poignée de héros si, outre le scandale moussé par une presse et un cinéma d\u2019arriérés psychologiques, nos écoliers doivent encore subir les assauts quotidiens d\u2019une stimulation qui les poursuit à toute heure, en tout lieu.N\u2019y aura-t-il personne pour libérer les femmes d\u2019un esclavage autrement avilissant que n\u2019est pénible aux religieuses le port de leur costume démodé ?Contradictions des contradicteurs Quiconque s\u2019oppose à l\u2019indécence des modes ou des spectacles, comme à l\u2019obscénité des magazines ou des livres, doit avoir le courage de supporter la contradiction.Heureusement, du point de vue théorique de la discussion, ses contradicteurs lui facilitent la tâche par leurs propres contradictions.Signalons-en quelques-unes brièvement, tout juste pour amorcer la réflexion des âmes droites: il y en a même chez les femmes, ces êtres pétris de ruses et de détours, hélas! par la faute des hommes, raides et suffisants (réaction due à un sentiment d\u2019insuffisance éprouvé au contact de leurs chères moitiés).Laissez donc les femmes se vêtir, ou se dévêtir, à leur guise, proposent les uns.N\u2019ont-elles pas droit à la même liberté que les hommes, dont les variations vestimentaires ne vous suggèrent aucun chichi « moralisateur » (ça, c\u2019est le comble de l\u2019inculture, comme le savent les familiers de nos journaux et de nos ondes).Libres, les femmes, de s\u2019habiller à leur gré ?Interrogez-les.Et qui les « fait marcher » ?Des hommes, des mâles en mal (pardonnez) d\u2019érotisme plus évoluant qu\u2019évolué.Pour une dessinatrice de mode, on compte cinq et dix dessinateurs; de même, pour une directrice de production théâtrale ou cinématographique, industrie spécialisée dans l\u2019exhibitionnisme pour voyeurs, on a vingt et cinquante directeurs-exploiteurs.Les femmes ne manifestent guère de liberté qu\u2019à l\u2019intérieur de leur esclavage: par leur bon ou leur mau- 134 RELATIONS vais goût dans le choix qu\u2019elles font d\u2019une coupe ou d\u2019une teinte, de la largeur ou de la longueur d\u2019un accoutrement imposé par la mode.L\u2019indécence les rassemble presque toutes à la même enseigne.C\u2019est elles, d\u2019ailleurs, qui, les premières, dénient leur liberté ou rejettent leur responsabilité.Chaque fois qu\u2019on blâme leur immodestie, elles finissent par admettre le bien-fondé, du reproche, mais elles le renvoient à la mode anonyme et souveraine.Esclaves, par conséquent.Elles croient s\u2019excuser parfois en invoquant les préférences des hommes.N\u2019allez pas conclure qu\u2019elles s\u2019attifent pour (attirer, stimuler) les mâles.Vous les insultez! Ô logique féminine! Elle n\u2019a pas trompé Mauriac, qui prête à toute femme le souci dominant de séduire un éventuel partenaire.Il excepterait sans doute la religieuse, qui consent à s\u2019affubler d\u2019un costume mortifiant.Des femmes s\u2019imaginent qu\u2019elles ripostent efficacement lorsqu\u2019elles lancent: « Nous ne critiquons pas les modes masculines; pourquoi vous occuper des nôtres?» Subtile question, pleine de cette ruse dont nous parlions plus haut.Offrons ici deux courtes réponses.Premièrement, vous êtes, femmes, beaucoup plus sensibles que vous ne l\u2019avouez au charme ou au négligé de la tenue de vos compagnons d\u2019existence.Et, quoi que vous affirmiez, d\u2019une sensibilité sexuelle (naturellement), tantôt avec, tantôt sans réflexe organique.Bien plus, votre indécence vous affecte les unes les autres.Disposées par la prière à une totale sincérité, jeunes et moins jeunes le confessent.Deuxièmement et surtout, votre prétendue insensibilité à l\u2019égard de l\u2019apparence de l\u2019homme tient au fait que votre manière consciente de vous rapporter à lui diffère de sa façon consciente de s\u2019intéresser à vous.Votre désir profond, et magnifique, de la maternité charnelle (gloire de votre sexe, devant laquelle se prosternent les hommes, que le souvenir de leur mère émeut jusqu\u2019aux larmes) vous détourne de voir clairement les jeux de votre instinct, acharné à la poursuite de sa grandiose satisfaction.Vous refoulez alors dans les ténèbres, de peur d\u2019en être troublées, les conditionnements de la maternité, pour lesquels la pudeur, l\u2019éducation et les bêtises abominables des hommes vous inspirent souvent répulsion et horreur.Mais vous ne refusez pas de miser sur les « trucs » explosifs de l\u2019instinct.Voilà votre tort, grave, inexcusable, depuis qu\u2019il y a des hommes pécheurs, obsédés, qui vous en accusent, depuis qu\u2019il y a des éducateurs et des prêtres qui cherchent à éveiller votre conscience aux risques encourus non seulement pour la vertu de vos frères, mais pour votre propre sort.Car sans l\u2019acquisition par l\u2019homme d\u2019une facile maîtrise de soi, \u2014 et cela dépend beaucoup de votre attitude, \u2014 aucune femme ne saurait justifier l\u2019espoir de sauvegarder sa dignité.Des millénaires d\u2019histoire enseignent cette vérité.On pourrait prolonger l\u2019argumentation.Nos remarques devraient suffire à convaincre les meilleures d\u2019entre les femmes non seulement d\u2019admirer, mais d\u2019imiter les Américaines qui ont créé la « mode mariale » (Mary like fashion), aussi élégante qu\u2019irréprochable.Nos voisines n\u2019ont pas craint de mesurer ce qui convient et ce qui ne convient pas, méprisant le sophisme des irréfléchis selon lesquels « la vertu ne se mesure pas à un pouce près de tissu »; les mêmes moralistes improvisés jugent cependant normal et intelligent d\u2019apprécier au pouce et au demi-pouce l\u2019élégance ou la convenance \u2014 décrétée arbitrairement par un couturier en vogue \u2014 d\u2019une jupe ou d\u2019un décolleté! MAI 1963 Mesure de la mode Mode et modestie viennent de modus, qui signifie mesure, moyenne, juste milieu.La modestie est une vertu, et la vertu, dit-on, se mesure au juste milieu: non pas celui d\u2019une rigole creusée entre deux bords élevés, mais celui d\u2019une crête dressée entre deux pentes qui dévalent.Parce qu\u2019elle suppose un choix d\u2019une évidente portée morale, la conduite à l\u2019égard de la mode doit se mesurer d'abord aux exigences permanentes de la vertu, ensuite aux caprices de l\u2019élégance et aux conseils changeants de la civilisation et de l\u2019art.Se modelant sur la Vierge plutôt que sur les « patrons » que, dociles à la coupe de leurs exploiteurs, endossent les catins de ce « monde », puissent les jeunes filles et les femmes de chez nous mépriser à leur tour les contradictions des contradicteurs! Car on aura toujours raison de mesurer le niveau moral d\u2019un peuple à la dignité de ses femmes et à leur volonté d\u2019en maintenir les indispensables attributs.PSALTERIUM BREVIARII ROMANI Petit format \u2014 gros caractères \u2014 présentation pratique \u2014 tous les Psaumes sur une colonne \u2014 remplace couramment le gros volume du Bréviaire.Le nouveau Psautier latin in-18 (4\" x 6pf\") avec cependant les beaux caractères de notre Bréviaire in-12.4e édition \u2014 680 pages \u2014 impression rouge et noir sur papier indien d\u2019Oxford en cuir artificiel noir \u2014 tranches brunes: $8.75; en cuir noir \u2014 tranches or: $13.00; en chèvre chagrin brun avec tranches brunes: $13.00.BREVIARIUM ROMANUM Le grand Bréviaire Pustet Nouvelle édition 1961 in-12 (4H\" x 7\") en deux volumes, avec rubriques simplifiées.Nouveau Psautier seulement.Imprimé en rouge et noir, sur le meilleur papier des Indes.Six reliures différentes.MISSALE ROMANUM Nouvelle édition 1962 in-4 {9pi\" x 12^\").Huit reliures différentes.EDITIONS PALM 1949, 5e Avenue,\tDorval, Montréal, P.Q.135 LE CINÉMA CENSURE ET PROFESSIONNELS DU CINEMA FRANÇAIS Jacques COUSINEAU IA CINÉMATOGRAPHIE FRANÇAISE vient de consacrer son 2000e numéro \u2014 spécial hiver 1962-1963 \u2014¦ à « la plus vaste enquête jamais menée pour déterminer les causes de la plus grave crise qu\u2019ait connue le cinéma français et les solutions à apporter ».Cette enquête a amené la rencontre des « personnalités les plus dynamiques » de l\u2019industrie en cause et provoqué une prise de conscience collective et profonde.Le livre blanc du cinéma français, \u2014-ainsi s\u2019intitule ce numéro extraordinaire \u2014 publie donc les opinions des producteurs, distributeurs, exploitants, auteurs, exportateurs, critiques, réalisateurs, acteurs, publicitaires et techniciens de toute sorte qui participent à l\u2019effort cinématographique.Tous constatent la désaffection du public français pour les salles obscures et la plupart attribuent le fait en grande partie à ce qu\u2019on a convenu d\u2019appeler « la nouvelle vague ».Mme de Tiendra, qui représente les ciné-clubs, est explicite: « Les films de la nouvelle vague ont dégoûté le public.Je me demande si ce n\u2019est pas aussi le fait d\u2019un pessimisme voulu et d\u2019une production qui essaie d\u2019être vraie et qui ne l\u2019est pas, volontairement tournée au noir.» Parmi les auteurs, Michel Audiard se montre même agressif: « Il faut bien reconnaître qu\u2019une bonne partie des films de la NV ont été des échecs énormes, rebutants pour le public.Le film spécifiquement « intellectuel » a écœuré les gens.La nouvelle vague, ça surtout été de la mauvaise photo, pas de dialogue, des acteurs débutants, bref, tout pour dégoûter les gens.» Les producteurs s\u2019accordent avec les réalisateurs, dont l\u2019un, Jean Dré-ville, signale une plaie criante du cinéma français récent: Pour ramener à lui ses clientèles de plus en plus réticentes, le cinéma n\u2019a pas reculé devant l\u2019exhibitionnisme, voire la pornographie à peine déguisée, et la peinture systématique de la laideur et du désespoir, bien disposé à se prostituer s\u2019il le fallait pour raccoler de nouveaux clients.Ce fut (heureusement) peine perdue car le public s\u2019est vite détourné, écœuré par ce bas étalage, déshonorant pcmr ses auteurs.Que n\u2019a-t-on compris plus tôt que la désaffection du public venait de ce qu\u2019il attendait tout autre chose du cinéma, souhaitant seulement de pouvoir se distraire, rire, s\u2019émouvoir ou s\u2019exalter devant les écrans.Il est remarquable que parmi les mesures recommandées par l\u2019ensemble de la Corporation aucune ne regarde, de^près ou de loin, la censure des films récemment exercée par l\u2019Etat, que cette consultation générale et libre des professionnels français concernée n\u2019ait suscité contre la Commission de contrôle du cinéma aucune protestation ni même aucune allusion, sauf celle que fait un critique, d\u2019allégeance marxiste, à la présence encombrante de trois censures en France.Quand on connaît la censure unique mais radicale des pays où règne le totalitarisme marxiste, on ne peut que sourire devant la remarque ! Dans l\u2019ensemble, le témoignage du monde français du cinéma apporte du réconfort à ceux qui croient aux vraies valeurs qui ont donné un sens à la civilisation occidentale.On y proteste contre les « affiches dégueulasses » de films, comme chacun à Montréal peut en voir tous les jours dans un journal « irrévocablement dévoué aux intérêts catholiques et canadiens-français » \u2014 et dans un autre « d\u2019inspiration chrétienne et au système de référence catholique ».Grâce à la complicité des critiques mais grâce surtout au new look de notre Bureau de censure, le choix de films offert aux adolescents québécois contribue à créer le climat culturel dénoncé, à propos d\u2019un autre secteur, par Jacques Vier dans le dernier numéro des Nouvelles littéraires : Un insurmontable ennui sort des champs d\u2019épandage de la littérature contemporaine où, enfin conjointes, l\u2019obscénité des mœurs et l\u2019obscénité de l\u2019esprit viennent crever, à fleur de vase, en bulles putrides.Dans ces conjonctures, le simple et émouvant témoignage d\u2019un maître comme René Clair, un réalisateur qui a fait entrer avec lui à l\u2019Académie française l\u2019art et l\u2019honneur du cinéma, vaut bien plus que certaines affirmations d\u2019un Comité provisoire provincial aux idées faussement progressives d\u2019émancipation de l\u2019industrie cinématographique.Voici la pensée de l\u2019auteur d\u2019A nous, la liberté : Nous abordons le problème de la censure; je suis très partisan de la censure et je crois que je vais vous surprendre: ceux qui protestent contre la censure sont des hypocrites.On ne peut comparer le film aux Fleurs du Mal de Baudelaire, le livre est absorbé dans des conditions d\u2019isolement qui ne sont pas du tout celles des salles de spectacles.Le jour où vous laisserez tout faire au point de vue films, où vous permettrez, par exemple, trop de libertés sexuelles, vous viderez une grande partie des salles, parce que cela s\u2019est déjà passé.Quelques malins ont fait des centaines de millions de bénéfice avec deux ou trois films où il y avait des scènes d\u2019exhibitionnisme.Résultat?Les spectateurs ne sont plus revenus pendant six mois avec leur famille.Et c\u2019est le cinéma tout entier qui en a fait les frais.C\u2019est trop facile, vous comprenez, ils ont triché.Car il faut dire qu\u2019il y a une frontière très nette à ne pas franchir entre l\u2019évocation et l\u2019exhibitionnisme.Est-ce très difficile d\u2019épater une salle en montrant une dame nue avec un monsieur en train de faire des choses ?C\u2019est à îa portée du premier imbécile venu.Il suffit d\u2019avoir un couple complaisant et un appareil photographique.Il y a encore des gens pour dire: comme c\u2019est courageux! Mais il n\u2019y a aucun courage là-dedans si ce n\u2019est que de se remplir les poches.Le principe du contrôle cinématographique ou de la censure des films est admis en France par le monde professionnel du cinéma.Dans les pays civilisés en général.Au Québec aussi, par l\u2019Association compétente et représentative des exploitants et distributeurs.Que viennent faire en ce domaine une poignée d\u2019esthètes qui pensent le contraire?M.Gilbert Cohen-Séat, que personne n\u2019accusera de moralisme, a révélé un aspect nouveau du problème en son livre Cinéma et Télévision (écrit en collaboration avec Pierre Fou-geyrollas) : Le culturéisme, survivance de la culture verbale des élites au sein de la civilisation de masse, se croit tenu de défendre la liberté en exaltant indistinctement et abusivement celle du penseur et de l\u2019artiste, de l\u2019amuseur et du fabricant, et en faisant bon marché de celle de la multitude des hommes massifiés.Il faut au moins reconnaître que la lutte pour la liberté prend de ce point de vue des formes assez inattendues et assez paradoxales.Maintenir le contrôle cinématographique, \u2014 un contrôle intelligent, s\u2019entend, \u2014 c\u2019est lutter en faveur de la liberté des masses contre la tyrannie d\u2019une prétendue élite d\u2019« intellectuels ».136 RELATIONS LE THÉÂTRE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.L'ALCADE DE ZALAMÉA ENFIN DU THÉÂTRE MÂLE, EN SANTÉ.Du théâtre dur parfois, douloureux, jamais déprimant; exaltant au contraire, d\u2019où l\u2019homme sort non avili mais grandi et fier de l\u2019être.Grâce soit rendue au Rideau-Vert de nous avoir procuré cette joie, cette satisfaction.En effet nous avions, le mois dernier, le plaisir d\u2019applaudir sur la scène du Stella un chef-d\u2019œuvre du théâtre espagnol, l'Alcade de Zala-méa de Calderon de la Barca, dans l\u2019adaptation française d\u2019Alexandre Arnoux et la mise en scène très réussie de Georges Groulx.Il y a des réactions qui ne trompent guère.Quand une salle de première, ordinairement réticente, compassée et souvent prétentieuse, manifeste son contentement avec vigueur et enthousiasme, on peut dire qu\u2019alors on assiste à un spectacle de choix.Nous avons vécu cette assez rare expérience, le 15 février dernier, lors de la première de l'Alcade, magnifiquement défendue par l\u2019équipe du Rideau-Vert.Notons immédiatement l\u2019ingénieuse utilisation du décor à transformations multiples par le metteur en scène, ainsi que l\u2019heureux agencement et la succession rapide des diverses scènes.Rien ne lambinait.Rien n\u2019accrochait, non plus.Un bel élan emportait toute l\u2019action dans un mouvement sûr et rigoureux.Et les inventions scéniques de Groulx ont eu raison de l\u2019exiguïté du plateau au Stella, qui, toujours suffisant, n\u2019a jamais paru encombré.Du très beau travail.D\u2019autant que la difficulté était grande.Calderon, contemporain de Corneille et des trois unités classiques du théâtre français, a conçu toutefois son Alcade plutôt à la mode de Shakespeare, en changeant de lieu presque à toutes les scènes et en poussant avec vivacité le rythme de l\u2019action.Dès le début, stimulée par une musique de marche de Maurice Blackburn, une troupe tumultueuse et joyeuse de soldats envahit la scène et le mouvement est lancé à rapide allure entraînant les personnages dans la bousculade des événements et des passions jusqu\u2019à ce que la justice rétablisse l\u2019ordre et la paix, la paix de la mort et du cloître.Car avec l\u2019invasion de la troupe dans le paisible village de Zalaméa, en Extrémadure, Castille, s\u2019est installé un drame entre l\u2019amour et l\u2019honneur, qui devient vite violent comme il.convient en Espagne, et tourne à la tragédie.L\u2019honneur à protéger et à défendre, c\u2019est celui du riche paysan Pedro Crespo, de son fils Juan et surtout de sa fille, la pure et très belle Isabelle que poursuit d\u2019un amour insensé et brutal, un reître qui se croit tout permis parce qu\u2019il se nomme Don Alvaro et qu\u2019il est capitaine de l\u2019armée.En dépit de sa vigilance, de la fougue juvénile et de la vaillance de Juan, de la résistance farouche d\u2019Isabelle, l\u2019honneur de Crespo a été bafoué.La violence l\u2019a emporté.Mais devenu Alcade de son village \u2014 donc une sorte de maire et juge à la fois \u2014 Pedro Crespo a pu prendre sa revanche, terrible pour Alvaro mais triste et pénible pour sa victime qui, selon les coutumes d\u2019alors, n\u2019avait d\u2019autre alternative que d\u2019aller enfouir sa honte dans un cloître, même contre son désir.Problèmes d\u2019honneur, d\u2019amour, de justice, d\u2019opposition de classes aussi: noblesse et armée contre paysans et civils, voilà la matière que Calderon a utilisée et harmonieusement agencée pour construire sa pièce.L\u2019édifice érigé est plaisant.Proportion et bonne distribution des plans, solidité et vérité des matériaux, variété et justesse des tons et des couleurs, tout concourt à façonner un ensemble agréable de qualité.Une forte équipe de comédiens s\u2019est chargée d\u2019édifier sous nos yeux ce monument.On sent qu\u2019ils l\u2019ont fait avec conscience et amour.A son temps, avec grâce et précision, chacun apportait sa pierre qui s\u2019ajustait parfaitement à la précédente; ainsi, petit à petit, s\u2019élevait la maison, sobre et élégante mais aussi de fière allure et bien adaptée à la lumière crue du soleil d\u2019Espagne.A la fin tous reconnurent que les bâtisseurs avaient fait là de l\u2019honnête et belle besogne.Quand tout le monde est à louer, il est toujours pénible d\u2019essayer de départager les mérites et de distribuer des palmes.On ne peut cependant passer sous silence l\u2019admirable interprétation de Gilles Pelletier en Alcade, fort et violent, mais aussi tendre et affectueux, humble et fier; tout cela avec mesure, sans pathos ni mièvrerie, avec l\u2019aisance d\u2019un artiste sûr de son métier.Comme pendant à ce vétéran, je veux souligner l\u2019apparition sur nos scènes professionnelles d\u2019un jeune comédien dont le talent a été distingué, ici, à notre Conservatoire provincial, et en France, Jean Faubert, qui a joué avec tout l\u2019élan requis le rôle, taillé exprès pour lui, du sympathique fils de l\u2019Alcade, Juan.Avec Louise Marleau en Isabelle il formait un couple parfait de jeunesse sincère et spontanée.Un autre couple apporte dans la pièce des moments de diversion et de détente.C\u2019est celui formé par Don Mendo, sorte de réplique de Don Quichotte, et son valet Nuno.Don Mendo, gentilhomme crève-la-faim, amoureux lui aussi d\u2019Isabelle, fait opposition, sur le plan comique, à Don Alvaro.Nuno, qui, lui, meurt littéralement de faim, partage, à son G Banque de Montréal \".elle est à nous grâce à ¦r ri pour 3 muons ouAmm lîliil Plan Financement Familial PRÊTS ÉCONOMIQUES COMPORTANT UNE ASSURANCE-VIE MAI 1963 137 corps défendant, les déboires, les déconvenues et l\u2019abstinence totale de son maître.André Cailloux et André Montmorency incarnent cette paire de fantoches très amusants (j\u2019oubliais le cheval de Don Mendo!) avec beaucoup de brio et de drôlerie.Chez les militaires, par ordre d\u2019importance, il y a André Valmy, en chef de l\u2019armée, Don Lope de Figueroa, pittoresque et équitable sous des apparences de dureté; le toni-tuant et butor Don Alvaro de Jean Lajeunesse; Lionel Ville-neuve, en soldat Rebolledo, l\u2019homme des coups de main et des grosses blagues avec la petite vivandière, Elisabeth Chouvalidzé, bien nommée, Étincelle.En fait tous ont joué avec entrain et conviction leurs rôles respectifs et donné une juste valeur aux personnages attachants de Calderon.LES FESTIVALS D'ART DRAMATIQUE Dans la dernière semaine de mars, au Gesù, a eu lieu l\u2019annuel Festival d\u2019art dramatique du Canada pour la région de l\u2019Ouest du Québec.Avec une constance digne d\u2019éloges, sous la présidence active \u2014 et ici le mot a un sens positif \u2014 du juge Edouard Rinfret, le comité du Festival a mené à terme et avec succès l\u2019organisation difficile et compliquée de ces spectacles.A vrai dire, si l\u2019on s\u2019en tient aux pièces françaises, le Festival de cette année n\u2019a pas été des plus brillants, ni au point de vue des œuvres représentées ni par les réalisations scéniques des participants.Il y a tout de même eu de bons moments et surtout le Festival a permis la production de quelques œuvres originales de nos auteurs et a donné la chance à de jeunes comédiens de se rompre aux difficultés de l\u2019interprétation d\u2019un texte dramatique ou encore à des dessinateurs de décors ou de costumes, à des régisseurs, metteurs en scène de s\u2019initier au périlleux métier du théâtre.Voilà, en effet, l\u2019avantage majeur de ces Festivals qu\u2019il convient, à cause de cela, de garder et d\u2019encourager.L\u2019encouragement, cette année, a été manifeste grâce à l\u2019heureuse innovation de l\u2019entrée gratuite à tous les spectacles, ce qui a valu des salles vraiment débordantes.Le juge-critique régional, M.Guy Beaulne, a été assez sévère pour les deux premières pièces: le Ping Pong d\u2019Adamov et surtout la Nuit héroïque, œuvre originale de Georges Lucas, jugeant celle-ci, en particulier, d\u2019une valeur trop insuffisante pour cm Festival.Il a réservé ses éloges pour les deux autres pièces françaises: les Démoniaques de Michel Durafour et Le veau dort, création du journaliste et critique Claude Jasmin.Durafour nous présente, dans sa pièce, l\u2019image sombre et désabusée de la jeunesse d\u2019après-guerre, se vautrant dans le mensonge et le vice pour essayer d\u2019oublier les malheurs &fiuueuMyïeb DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST, RUE ST.JACQUES, MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-9851 \"À VOTRE SERVICE\u201d SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D' FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE I des temps.M.Beaulne a déploré les coupures \u2014 assez nombreuses, prétend-il \u2014 apportées au texte de l\u2019auteur par le metteur en scène, Richard Martin.Je serais personnellement porté à féliciter M.Martin de ses coupures s\u2019il est vrai qu\u2019il a surtout sabré dans des couplets de propagande d\u2019allure pamphlétaire de Durafour.Sur le plan dramatique, le prêchi-prêcha est aussi faux et répréhensible \u2014 donc digne de censure \u2014 dans une œuvre amère et osée que dans une œuvre saine et pieuse.Mais le respect dû à une œuvre et à son auteur ?Laissez-moi rire! Et parlez-moi donc des louanges unanimes de la critique officielle accordées au tripatouillage éhonté qu\u2019un célèbre metteur en scène de Paris s\u2019est permis sur une comédie de Corneille, l'Illusion comique, naguère jouée par le Théâtre du Nouveau-Monde dans le cadre d\u2019un Festival de Montréal! Ou encore des libertés dont s\u2019autorisent sans récrimination de quiconque, des prestigieux organismes comme la Comédie-Française et le Old Vic, même au sujet des plus grands auteurs, comme Corneille, Molière et Shakespeare! M.Richard Martin n\u2019a pas à trop se tracasser: il est en assez bonne (?) compagnie! Au reste, on aurait désiré qu\u2019Yves Gélinas l\u2019ait imité quand il a mis en scène la pièce de Claude Jasmin, alourdie de remarquables platitudes et tachée d\u2019une faute du plus mauvais goût, digne peut-être des Folies bergères, mais pas d\u2019un Festival.Une bonne saignée là-dedans n\u2019eût qu\u2019avantager la pièce, qui, d\u2019ailleurs, n\u2019en est pas une véritablement, mais un ensemble, sans lien nécessaire entre eux de divers sketches satiriques d\u2019une agressivité passablement puérile comme celle de collégiens en mal de liberté.Aussi le choix de cette œuvre, par le juge, comme la meilleure production, me paraît franchement mauvais, à moins que les éléments tout de même accessoires à une pièce comme les décors, costumes, éclairages, etc., prennent le pas sur la structure, la langue, les caractères d\u2019une composition dramatique.En ce point, les Démoniaques l\u2019emportent de beaucoup sur Le veau dort.Des nombreux comédiens qui ont participé aux différents spectacles de ce Festival, je dégage la forte personnalité dramatique de Pascale Perrault qui s\u2019est affirmée une comédienne de grandes ressources dans son interprétation du personnage d\u2019Eisa des Démoniaques.Une nouvelle et prometteuse recrue pour nos troupes officielles.Puisque nous en sommes au chapitre des Festivals, je m\u2019en voudrais de ne pas mentionner le succès mérité de celui des Collèges métropolitains de Montréal, organisé par l\u2019Association générale des élèves du collège Sainte-Marie et qui s\u2019est déroulé au Gesù, la première semaine d\u2019avril.L\u2019idée d\u2019un Festival dramatique étudiant avait déjà été émise naguère mais sans résultat pratique.Reprise par les dynamiques jeunes de nos jours, elle fut réalisée dans l\u2019enthousiasme et la plus entière collaboration, tant des autorités que des élèves, des collèges classiques féminins et masculins de Montréal.Le choix des œuvres qu\u2019on nous a présentées pourra paraître prétentieux à^ quelques-uns puisqu\u2019on nous conviait soit à pleurer avec l\u2019Éledre d\u2019Eschyle ou l'Antigone de Cocteau, à gambader dans l'Éventail de Goldoni, soit encore à disserter savamment avec le Giraudoux de Sodome et Go-morrhe ou à nous apitoyer sur les malheurs et bouleversements de notre époque évoqués brutalement par Bertolt Brecht dans son Tambours dans la nuit.Sur le plan culturel, ces pièces expriment bien les préoccupations de nos collégiens, bacheliers de demain, mais il y a toute la différence du monde entre analyser placidement en classe et dramatiser en profondeur et en vérité sur la scène les sentiments d\u2019un personnage souvent compliqué.Les jeunes interprètes de ces spectacles ont dû s\u2019en rendre compte au moins par les remarques assez RELATIONS dures, paraît-il, que les juges du Festival et comédiens chevronnés, Madame Charlotte Boisjoli et Messieurs Jean-Louis Millette et Jean-Guy Morin, leur ont servies.On peut, de là, tirer une constatation, à savoir que la bonne volonté, la sincérité et même « l\u2019amour du théâtre » ne suffisent pas à tout et que l\u2019accumulation de plusieurs inexpériences ne fera jamais une expérience valable et utile.Donc, en dépit de cette politique, futile et erronée à mon sens, d\u2019une participation étudiante exclusive sur tous les plans, spécialement celui de l\u2019interprétation, ce Festival a manifesté au grand jour les belles qualités administratives ou artistiques de nos jeunes et nous a révélé le grand talent dramatique de Mademoiselle Louise Deschâtelets, interprète intelligente et sensible de Lia dans Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux.LE PAIN DUR Après une incursion dans le champ de la comédie musicale, le Théâtre du Nouveau-Monde est revenu à un genre plus adapté à cette sérieuse compagnie, en jouant le Pain dur de Paul Claudel.Cette pièce, comme on sait, fait partie, avec l'Otage et le Père humilié, d\u2019un tryptique dont elle est le panneau central.Même si elle fait un tout par elle-même, il est avantageux, pour la mieux comprendre, de connaître l'Otage, à cause des allusions aux personnages et aux événements de cette œuvre.Dans l'Otage, Claudel présentait l\u2019affrontement de l\u2019Ancien Régime et de la Révolution, la victoire du peuple sur la noblesse qui perdait ses biens et ses privilèges au profit de ce dernier incarné par Turelure, ci-devant paysan sans-culotte, futur Baron sous la Restauration, et nouveau propriétaire du domaine de Coûfontaine par son mariage avec la dernière survivante de la famille décimée, Sygne.Le Pain dur, qui nous ramène Turelure, ministre, cette fois, de Louis-Philippe, et Louis, son fils qu\u2019il eut de Sygne, fait état de l\u2019opposition des races et de l\u2019apparition d\u2019une nouvelle noblesse, celle des industriels appuyés sur la machine, spécialement les chemins de fer.C\u2019est la naissance du monde moderne, réaliste et pratique, à qui s\u2019offre le plus bel avenir de puissance et de progrès et qui, par conséquent, n\u2019a plus besoin de Dieu, ce gêneur encombrant.Telle est l\u2019atmosphère qui enveloppe et baigne les personnages de ce drame où l\u2019amour, la patrie, le Christ ne sont que marchandises à vendre ou à troquer, et d\u2019où, bien sûr, tout lyrisme est banni pour laisser place au langage précis des affaires.Pièce accessible à tous les publics et pourtant peu populaire à cause du ton austère et sérieux du sujet, malgré quelques touches mélodramatiques, heureusement peu appuyées par la mise en scène de Jean-Louis Roux qui a voulu dégager davantage les passions intérieures des personnages plutôt que d\u2019insister sur des éléments trop faciles comme, par exemple, le jeu des pistolets, au deuxième acte.En fait, pour peu que l\u2019on connaisse la culture de Roux et son admiration intelligente de Claudel on ne pouvait s\u2019attendre qu\u2019à du beau et du propre travail.En plus de la mise enscène, Roux s\u2019était réservé le rôle de Louis, qu\u2019il avait déjà joué, naguère, au Gesù, avec Madame Pitoëff.Louis ou le mal-aimé! Rejeté par sa mère, délaissé par son père trop occupé à son ambition politique, il s\u2019est lancé dans l\u2019aventure pour se donner une raison de vivre.Il joue les durs, mais c\u2019est un faible qui se décidera à tuer par lâcheté.Une fois de plus repoussé par une femme aimée qui lui préfère sa patrie, la Pologne, il va se jeter dans les bras d\u2019une juive rapace mais qui l\u2019enrichira.Enfin, pour s\u2019en débarrasser, il vend à son futur beau-père pour quatre francs le grand Christ de bronze de l\u2019ancienne abbaye de Coûfontaine, rassemblé pièce à pièce et pieusement raccommodé par sa mère, Sygne, jadis.Roux est à l\u2019aise dans ces rôles tourmentés, tumultueux, aussi a-t-il rendu avec vérité son personnage et dans un rythme bien accordé.Avec fougue et agressivité, Monique Miller a été Sichel, la juive révoltée du sort de paria fait à sa race, prête à tout pour sortir du ghetto et à s\u2019intégrer à la société chrétienne abhorrée.La polonaise Lumir, plus secrète, énigmatique, fanatique patriote jusqu\u2019au mysticisme, impérieuse et violente sous une apparente retenue, a reçu une interprétation nuancée, sincère et émouvante de Michelle Rossignol.Dans Turelure, vieilli mais toujours plein d\u2019astuce et d\u2019âpreté au gain, Guy Hoffmann nous a révélé un aspect peu connu de son talent de comédien: un sens du tragique dans une très juste expression scénique.Il a dessiné une image saisissante d\u2019un Turelure cynique et terrifié qui restera dans le souvenir des spectateurs.Tous ces personnages sont marqués d\u2019une caractéristique commune: un abject intérêt.Ce sont des calculateurs qui soupèsent et apprécient l\u2019autre au poids des profits qu\u2019on en peut tirer.Il se dégage de la pièce, alors, une impression assez pénible de dureté par défaut d\u2019élément sympathique auquel on pourrait s\u2019accrocher.OUVREZ
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