Relations, 1 juin 1963, Juin
[" JUIN 1963 ^COLL j\\ mm REVUE DU MOIS MONTREAL NO 270 L\u2019encyclique PACEM IN TERRI ANALYSE COMMENTAIRES I.Présentation II.\tUn ordre de droits et de devoirs III.\tPrincipes du progrès féminin IV.\tNos corps intermédiaires et la paix V.\tLe citoyen et l'Etat VI.\tUne autorité politique de compétence universelle VII.\tLa communauté mondiale et les Nations Unies VIII.Indépendance et minorités IX.\tDésarmement intégral X.\tLe catholique et la vie publique XI.\tPrésence chrétienne au monde actuel XII.\tNotre déclaration des droits de l'homme XIII.\tL' encyclique et ru.r.s.s.XIV.\tLes encycliques sur la paix \\ SOMMAIRE juin 1963 L\u2019ENCYCLIQUE « PACEM IN TERRIS » I.L\u2019encyclique de la paix: Présentation.Georges Jarlot 149 IL La paix: un ordre de droits et de devoirs.Richard Arès 152 III.\tPrincipes du progrès féminin .Joseph d\u2019Anjou 154 IV.\tNOS CORPS INTERMÉDIAIRES ET la paix.Irénée Desrochers 156 V.\tLe citoyen et l\u2019État.Georges Jarlot 160 VI.\tNécessité d\u2019une autorité politique de compétence universelle .Robert Bernier 162 VII.\tJean XXIII, la communauté mondiale et les Nations Unies.Jacques-Yvan Morin 165 VIII.\tIndépendance et minorités .Richard Arès 167 IX.\tDésarmement intégral .Luigi d\u2019Apollonia 169 X.\tLe catholique et la vie publique .Yves Prévost 172 XI.\tJalons pour une présence chrétienne dans le MONDE actuel.Claude Ryan 173 XII.\t« PACEM IN TERRIS » ET NOTRE DÉCLARATION des droits de l\u2019homme .Gérard Labrosse 177 XIII.\tL\u2019encyclique et l\u2019U.R.S.S.Joseph Ledit 179 XIV.\tGloses marginales sur « Pacem in terris ».Luigi d\u2019Apollonia 181 XV.\tDossier: les encycliques du XXe siècle sur la paix.Luigi d\u2019Apollonia 182 Les livres.184 Notes bibliographiques.III J^elationà REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage : Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements : 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.mtm- CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE Roger TÊTU, INC.Manufacturier d'ameublement d\u2019écoles et de bureaux Pour plus amples informations demandez nos catalogues gratuits.MONTMAGNY, P.Q. XXIIIe année N° 270 Juin MONTRÉAL Pa cem in terris PRÉSENTATION Georges JARLOT, S.J.1 fpAx tv*H6ÎÎ TIBl L,rST> (aukeImeu ISMHMf 1\u2019ENCYCLIQUE P AC EM IN TERRIS est un événe-ment d\u2019une portée au moins égale à celle de Mater et Magistra.Elle va soulever, parmi les catholiques, parmi les chrétiens, et dans le monde entier parmi les hommes de bonne volonté, auxquels explicitement elle s\u2019adresse, et pour la première fois, un immense intérêt.Car bien intentionnellement elle aborde, pour en proposer la solution catholique, les problèmes les plus urgents de notre époque.Son titre le fait prévoir: « La paix pour toutes les Nations, et ses fondements: la vérité, la justice, la charité, la liberté.» Elle s\u2019inspire exactement de l\u2019esprit du présent Concile et du Pape régnant: elle parle aux hommes de notre temps, dans le langage qu\u2019ils comprennent, pour apporter à leurs angoisses, à leurs craintes, à leurs aspirations, à leurs espérances, la réponse traditionnelle et sûre de l\u2019Église, intelligible et assimilable pour eux.Elle est résolument optimiste, comme veut être optimiste le pape Jean XXIII \u2014 il l\u2019a dit souvent \u2014 même si cet optimisme comporte une certaine audace, car il consiste à faire confiance aux hommes, qui parfois peuvent tromper; et à la divine Providence, qui jamais ne déçoit.Et le Vicaire du Christ, plus que tout autre, a le droit de 1.Professeur à l'Institut de Sciences sociales, Université Grégorienne, Rome.se fier à la Providence, et de faire appel à la loyauté des hommes.Elle plaira, car elle répond à une attente.* * * La paix dans la vérité, dans la justice, dans la charité, dans la liberté: ces formules reviennent plusieurs fois dans le Document.Pas n\u2019importe quelle paix, ni à tout prix.La paix dans la Vérité, c\u2019est-à-dire dans la loyauté, réciproque et universelle.Dans la fidélité à la parole donnée, quoi qu\u2019il en coûte.Dans la sincérité des relations et des conventions.Pas la paix des propagandes, des mensonges, des « intoxications » et des « mises en condition ».Celle que nous enseigne l\u2019Évangile: «Que votre parole soit une.» Celle qui consiste à dire ce qu\u2019on pense, comme on le pense, à présenter les choses comme elles sont, et à pouvoir compter sur la sincérité d\u2019autrui, parce que soi-même on n\u2019aura pas triché.La paix dans la Justice, c\u2019est-à-dire dans le respect en autrui, personnes, groupements, nations et peuples, de leur dignité d\u2019hommes, tous fils de Dieu.Pas la paix des dominations injustes, des pouvoirs usurpés, des menaces brandies, des terreurs imposées, des armements illimités, des armes au pouvoir destructif incontrôlable.La paix JUIN 1963 149 qui repose sur le respect mutuel entre Nations, quel que soit leur armement, ou leur puissance politique, ou leur expansion économique, ou leur développement culturel: parce que tous les peuples, grands et petits, puissants ou faibles, aux souverainetés anciennes ou récentes, sont composés d\u2019hommes libres qui, appuyés sur ces pauvres moyens humains que sont nos prospérités nationales et nos civilisations ancestrales, sont appelés à conquérir leur âme et trouver Dieu.La paix dans la Charité.Pour les peuples comme pour les individus, la vérité ne sera pas observée, justice ne sera pas gardée, si nous ne commençons par nous aimer les uns les autres.« C\u2019est mon commandement, dit le Seigneur, et ce commandement est nouveau.» Pour les Nations aussi.La paix n\u2019est ni juste ni durable, si nous continuons à gaspiller dans le luxe, ou la frivolité, des biens indispensables à autrui, en tolérant que des continents entiers soient menacés par la faim.Si de classe à classe, de race à race, de peuple à peuple, sont entretenus les mépris, les barrières, ce dont vit la haine.Aimez-vous les uns les autres, cela veut dire aidez-vous les uns les autres.Et si le secours le plus urgent consiste à donner à autrui le morceau de pain qui l\u2019empêchera de mourir, l\u2019aide la plus essentielle consiste à lui apporter les moyens matériels, intellectuels et moraux, qui lui permettront de se tirer d\u2019affaire lui-même, et de se développer librement, selon son propre génie.« Beaucoup a déjà été fait, disait Mater et Magistra; beaucoup reste à faire.» La paix dans la Liberté.Qui ne courbe aucun peuple sous la domination d\u2019aucun autre, en quelque manière que ce soit; qui laisse à chacun l\u2019initiative de ses institutions et la responsabilité de son destin; qui favorise leur collaboration spontanée, à conditions égales dans une égale dignité.Et, puisqu\u2019ils ont tous besoin les uns des autres, une paix qui les unisse dans la poursuite du bien de l\u2019humanité tout entière; prospérité temporelle mieux répartie, richesses de l\u2019esprit plus universellement accessibles, biens de l\u2019âme et du cœur généreusement partagés.* * * Tout repose, on le voit, sur la dignité de l\u2019homme.C\u2019est pourquoi l\u2019encyclique s\u2019ouvre sur une déclaration de ses droits.Pour infirmer, ou compléter, ou confirmer celle des Nations unies ?Nullement, encore que celle-ci offre déjà une base avantageuse pour l\u2019organisation universelle des peuples.Mais nos droits ne sont pas seulement certaines valeurs, plus ou moins universellement reconnues, que nous serions convenus de respecter.Ils sont absolus, et il n\u2019y a d\u2019absolu ici-bas que la personne humaine, créée à l\u2019image de Dieu, appelée à se conquérir elle-même sous sa propre responsabilité, pour aboutir au terme à la Vision divine, gratuitement accordée.Cette vocation, elle seule, fonde et rend inviolables nos droits, et nous impose les devoirs correspondants.Un catalogue en peut être dressé, et l\u2019encyclique l\u2019apporte: droit à l\u2019existence et à un niveau de vie décent; droit à la vérité, à l\u2019éducation de base, puis à la culture; droit d\u2019honorer Dieu suivant les exigences d\u2019une conscience droite; droit à choisir librement sa vocation ou son métier; puis les droits sociaux: au travail et à un juste salaire, à l\u2019accession à la propriété; droits d\u2019association, de migration, droits civiques.Et vice versa, car entre droits et devoirs la relation est réciproque; devoir de respecter en autrui ce que nous exigeons pour nous-mêmes; devoir de nous aider les uns les autres dans la poursuite des biens essentiels à la vie sociale.En définitive, devoir de vivre ensemble, appuyés les uns aux autres, dans la vérité, la justice, l\u2019amour et la liberté.La dignité de la personne humaine détermine ses droits et ses devoirs à l\u2019égard des pouvoirs publics.L\u2019autorité de l\u2019État ne sera pas diminuée, mais confirmée, s\u2019il traite les citoyens en personnes libres, ayant conscience de leurs obligations envers la communauté; s\u2019il sait provoquer, solliciter, encourager, stimuler, coordonner leur collaboration intelligente et spontanée.Plus, par la force des choses, il étend le domaine de sa compétence, plus aussi doit-il faire place aux initiatives des corps intermédiaires, géographiques, familiaux, économiques, sociaux, culturels, indispensables à une économie concertée, au progrès harmonieux, à l\u2019équilibre politique du pays.Le développement économique nécessaire évitera les tentations de la technocratie, s\u2019il demeure subordonné au bien-être des générations présentes et futures, au progrès social, culturel, humain, de la Nation.Les citoyens, de leur côté, apporteront d\u2019autant plus volontiers leur concours, qu\u2019ils auront reconnu dans l\u2019autorité son caractère sacré.Car tout pouvoir vient de Dieu, et nul ne saurait lier les consciences qu\u2019en vertu de cette origine divine.Dès lors ils verront dans la loi, non seulement une contrainte qui les soumet au droit, mais d\u2019abord un devoir qui les oblige moralement.Ils envelopperont d\u2019un même respect les détenteurs du pouvoir et les décisions qui en émanent.Les groupes d\u2019intérêts, quelles que soient leur origine ou leur puissance, apprendront à demeurer à leur place dans l\u2019État, loin de le combattre ou de l\u2019accaparer, ou de poursuivre, au détriment du bien commun, des privilèges ou des avantages particuliers.La vie politique exige des institutions stables: une opinion publique loyalement informée, et ayant les moyens de s\u2019exprimer; des assemblées vraiment représentatives, aptes à défendre les libertés publiques, habilitées à établir ou consentir en connaissance de cause les charges et obligations qui incomberont à leurs mandants; un pouvoir maître de sa politique, tourné vers l\u2019avenir et capable de durer; des juges dont l\u2019impartialité soit garantie par leur indépendance et protégée par un statut; le tout en conformité avec les lois fondamentales du pays, écrites ou coutumières, révérées par tous et observées par chacun.Comme à l\u2019intérieur de chaque État, vérité, justice et charité dans la liberté doivent présider aux relations entre peuples.Ici encore, droits et devoirs sont corrélatifs, et fondés en dernière analyse dans les exigences de la personne humaine orientée vers Dieu.Car nulle société n\u2019est à ce point complète, qu\u2019elle puisse par ses seuls moyens fournir à ses membres tout ce qui est nécessaire à leur félicité temporelle et à leur accomplissement dans le bien.Qu\u2019il s\u2019agisse de leur vie économique, de leur sécurité juridique ou de leur progrès culturel, toutes les Nations sont désormais 150 RELATIONS dépendantes les unes des autres.Les unes plus avancées, les autres moins, toutes marchent ensemble vers un idéal qui comporte toujours plus de traits communs.C\u2019est pourquoi elles se doivent mutuellement respect et assistance.La légitime expansion des uns ne doit pas comprimer la liberté d\u2019autrui; les progrès plus rapides de ceux-ci doivent soutenir la marche de ceux-là; la possession de plus grandes richesses, même spirituelles, de la part de certains, ne doit humilier personne.Au reste, dans cette course inégale vers une humanité plus épanouie, dans cette émulation nécessaire et bienfaisante, il s\u2019en faut que les mêmes soient toujours et partout les premiers.Tous ont quelque chose à donner; chacun doit humblement recevoir, et l\u2019histoire des civilisations nous apprend que, chacune à son tour, les hégémonies s\u2019évanouissent et meurent: tel, qui fut un temps premier, peut se trouver un jour dernier.Cette marche en avant peut et doit être concertée.Déjà se constituent des zones plus étendues de libre échange, des marchés communs qui de l\u2019unité économique aspirent à des institutions politiques: plus grands espaces où les hommes se trouvent plus facilement rapprochés par des intérêts plus convergents et des cultures plus semblables.Mais ceux-ci à leur tour ne sauraient se fermer sur eux-mêmes et prétendre se suffire.Leurs frontières doivent demeurer perméables à la circulation des hommes, des biens et des services.Elles doivent surtout être accueillantes et compatissantes à ces pitoyables victimes de la cruauté moderne, que sont les réfugiés politiques et les apatrides.* * * La paix ne doit pas être un vain mot, qui dissimule une hostilité permanente, entretenue par la course aux armements qu\u2019elle provoque.L\u2019équilibre de la terreur est instable autant qu\u2019il est injuste: un accident peut le détruire.Voici presque cinquante ans, Benoît XV lançait un message, qui ne fut pas entendu alors, auquel la bonne volonté des Etats n\u2019a pas encore donné une réponse adéquate.Le point fondamental doit être qu\u2019à la force matérielle des armes soit substituée la force morale du droit; d\u2019où un juste accord de tous pour la diminution simultanée et réciproque des armements, selon des règles et des garanties à établir, dans la mesure nécessaire et suffisante au maintien de l\u2019ordre public en chaque État; puis, en substitution des armées, l\u2019institution de l\u2019arbitrage, avec sa haute fonction pacificatrice, selon des normes à concerter et des sanctions à déterminer contre l\u2019État qui refuserait, soit de soumettre les questions internationales à l\u2019arbitrage, soit d\u2019en accepter les décisions.En termes émus, l\u2019encyclique Pacem in terris renouvelle avec solennité, cette adjuration.Comme Vicaire du Christ Jésus, traduisant les aspirations les plus ardentes de la famille humaine tout entière, obéissant à l\u2019amour paternel que Nous portons à tous les hommes, et à un devoir de Notre ministère, Nous adjurons tout le monde et surtout les gouvernements de n\u2019épargner aucun effort pour imprimer aux événements un cours conforme à la raison et à l\u2019humanité.(N° 116*.) Peut-on aller plus loin ?Jean XXIII le pense et suggère aux peuples de tout l\u2019univers de tenter ce qu\u2019ils n\u2019ont pas encore osé.Pour « mettre la guerre hors la loi », la Société des Nations s\u2019était donné un ensemble d\u2019instruments qui semblaient devoir être efficaces.Et pourtant elle échoua.Les plus sages avaient prévu cet échec, car les États refusaient un sacrifice dont ils reconnaissaient la nécessité: abandonner une parcelle de leur souveraineté à une autorité supérieure, afin que celle-ci pût dire le droit, et lui concéder les moyens de l\u2019imposer.Bien limitées sont les délégations de souveraineté jusqu\u2019à présent consenties à une autorité supra-nationale.Mais si la timidité peut devenir tergiversation, le sens des responsabilités prises devant Dieu conduit aux véritables audaces.Qu\u2019il s\u2019agisse de la paix à construire, de la guerre à éloigner ou simplement de nos progrès humains à poursuivre en commun, Pacem in terris nous invite à franchir ce dernier pas.Est-ce trop demander?Ces pouvoirs publics universels ne seront pas imposés par la force, mais constitués d\u2019un commun accord; ils respecteront la souveraineté interne des États membres dans leur compétence propre.Mais l\u2019enjeu est trop grave.Nul ne saurait se détourner sans examen et se refuser à prendre sa part de risque.Un risque raisonnable, disait Pie XII encourageant les Nations européennes à s\u2019unir.On n\u2019entreprendra jamais rien si on attend d\u2019avoir en mains toutes les chances de succès.Mais qui croit à la Providence, et à ses devoirs envers l\u2019humanité, sait que le succès couronne l\u2019audace, quand les buts sont impérieusement exigés.* Tous les numéros donnés au cours des articles renvoient aux paragraphes établis d\u2019après le texte latin.Plus particulièrement ils se réfèrent à la version française de l\u2019encyclique publiée dans la collection des « Actes pontificaux », aux Éditions Bellarmin, n° 127, mai-juin 1963.L\u2019Égl ise et la paix La paix est une maison, la maison de tous.Elle est l\u2019arc qui unit la terre au ciel.Mais pour s\u2019élever si haut, elle a besoin de reposer sur quatre solides piliers, ceux que nous avons indiqués dans notre encyclique Pacem, in terris.La paix, disions-nous, n\u2019est qu\u2019un mot vide de sens, si elle n\u2019est pas basée sur l\u2019ordre que nous avons, avec une espérance fervente, tracé dans cette encyclique: ordre fondé sur la vérité, construit selon la justice, vivifié et complété par la charité, et réalisé dans la liberté.Ces quatre principes, qui soutiennent tout l\u2019édifice appartiennent au droit naturel inscrit au cœur de tous.Aussi est-ce à toute l\u2019humanité que nous avons adressé notre exhor- tation.Nous sommes convaincus, en effet, qu\u2019au cours des années qui viennent, à la lumière des expériences passées et dans une appréciation objective et sereine du langage de l\u2019Eglise, la doctrine qu\u2019elle offre au monde s\u2019imposera par sa clarté même.Présentée aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui, en dehors de toute déformation partisane, il n\u2019est pas possible qu\u2019elle ne fasse augmenter dans le monde le nombre de ceux auxquels reviendra le mérite et la gloire d\u2019être appelés constructeurs et édificateurs de la paix.(S.S.Jean XXIII lors de la remise du prix Balzan pour la paix, le 10 mai 1963.) JUIN 1963 151 II.- LA PAIX : UN ORDRE DE DROITS ET DE DEVOIRS Richard ARÈS, S.J.IA PAIX, telle que la conçoit et la veut le pape Jean XXIII, demande une remise en ordre de notre monde actuel, qui lui confère d\u2019abord et avant tout un caractère humain.Au fondement, au centre comme au faîte de cet ordre mondial seul capable d\u2019assurer la paix, il faut replacer l\u2019homme, dans toute la grandeur de sa nature, il faut retrouver la personne humaine, dans toute la dignité de ses droits et de ses devoirs.Sans la présence d\u2019un tel ordre, d\u2019un ordre humain de droits et de devoirs, point de paix possible ou, s\u2019il y a paix, c\u2019est une paix indigne de l\u2019homme.En bref, déclare l\u2019encyclique, la paix appelle et exige un ordre qui soit humain à la fois dans son fondement, dans son principe générateur et dans ses principales composantes.Le fondement de Fordre : la personne Il n\u2019est pas sans intérêt de souligner ici ce qu\u2019il y a de neuf, et même d\u2019audacieux, dans cette manière d\u2019aborder le problème de la paix mondiale en partant de l\u2019individu, de la personne humaine.Les manuels de droit international et même les ouvrages de morale internationale, quand ils parlent de la paix, sont tellement préoccupés des États qu\u2019ils en oublient d\u2019ordinaire les personnes individuelles; pour eux, seul l\u2019État, et non pas l\u2019individu, est sujet du droit international.L\u2019encyclique Pacem in terris, elle, centre sa préoccupation sur la personne humaine; pour elle, c\u2019est l\u2019homme, et non pas l\u2019État, qui doit être au fondement « de toute société bien ordonnée et féconde » (8), au fondement même de l\u2019ordre mondial.L\u2019État, la communauté politique, ne vient qu\u2019en second lieu, que dans la deuxième partie; encore n\u2019existe-t-il pas pour lui-même, mais pour l\u2019homme, car sa fin est de réaliser le bien commun, lequel ne peut être défini ni déterminé qu\u2019en référence à l\u2019homme et « réside surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine » (59).De même, le bien commun universel, ce bien qui réclame l\u2019organisation de la communauté mondiale, ne peut se définir qu\u2019en référence à la personne humaine; il ne peut se réaliser que si les pouvoirs publics de cette grande communauté se proposent comme objectif fondamental « la reconnaissance, le respect, la défense et le développement des droits de la personne humaine ».Ainsi, tout l\u2019édifice de la paix retrouve son unique fondement authentique: au lieu de se construire de haut en bas ou uniquement par le haut entre ces entités politiques qui portent le nom d\u2019États, il se construit de bas en haut, en partant de l\u2019homme et en centrant les préoccupations des États et de la communauté mondiale sur la personne humaine, premier et principal sujet de droits et de devoirs, fondement et fin de toute vie sociale et politique.Le principe générateur de Fordre: la loi naturelle L\u2019ordre que réclame l\u2019encyclique et qui seul peut assurer la paix doit être humain, non seulement dans son fondement, mais encore dans son principe générateur et régulateur, c\u2019est-à-dire qu\u2019on ne peut l\u2019établir sans tenir compte 152 de la nature de l\u2019homme, être doué d\u2019intelligence et de volonté libre.Avec l\u2019homme, en effet, nous dépassons le monde purement physique, où des lois toujours et partout semblables à elles-mêmes engendrent automatiquement un ordre purement physique; avec l\u2019homme, nous entrons dans un monde qui est aussi de nature spirituelle et morale et qui, à ce titre, comporte sa loi propre, sa loi fondée sur la nature humaine, la loi naturelle.Étant donné le caractère de cette nature, un ordre engendré et maintenu par la force physique, par la contrainte ou uniquement de l\u2019extérieur, ne sera jamais un ordre digne de l\u2019homme.L\u2019encyclique demande, à ce sujet, de ne pas commettre l\u2019erreur de croire que « les relations des individus avec leur communauté politique peuvent se régler selon les lois auxquelles obéissent les forces et les éléments irrationnels de l\u2019univers » (6).Par la contrainte, on peut arriver à tenir en ordre un bagne ou un camp de concentration, on n\u2019établit pas une société vraiment humaine.Un tel ordre purement extérieur est si peu dans la pensée du pape qu\u2019il écrit: « Une société fondée uniquement sur des rapports de force n\u2019aurait rien d\u2019humain: elle comprimerait nécessairement la liberté des hommes, au lieu d\u2019aider et d\u2019encourager ceux-ci à se développer et à se perfectionner.» (33.) Du fait que l\u2019homme est une personne, qu\u2019il est maître et responsable de ses actes, il s\u2019ensuit qu\u2019on ne peut chercher hors de lui-même le grand principe générateur de l\u2019ordre humain; c\u2019est dans sa nature même, « là où Dieu les a inscrites » (6), qu\u2019il faut découvrir les normes de sa conduite, la loi première de l\u2019ordre: « Le Créateur du monde, affirme le pape, a inscrit l\u2019ordre au plus intime des hommes: ordre que la conscience leur révèle et leur enjoint de respecter.» (5.) Telle est bien, en effet, la grandeur singulière de l\u2019homme: non seulement il porte en lui-même le principe de l\u2019ordre à réaliser, mais encore, grâce à sa conscience, il découvre lui-même cet ordre et s\u2019oblige lui-même à l\u2019observer et à le faire régner.La seule loi qui soit à la mesure de l\u2019homme, être intelligent et libre, respectueuse de sa dignité et capable de l\u2019obliger sans le contraindre et donc d\u2019engendrer un ordre vraiment humain, c\u2019est la loi de sa nature, la loi naturelle.Dans la pensée de Jean XXIII, les principaux droits et devoirs de l\u2019homme découlent de cette loi et se fondent sur elle.« Tout droit essentiel de l\u2019homme, dira-t-il, emprunte sa force impérative à la loi naturelle qui le donne et qui impose l\u2019obligation correspondante.» (29.) Aussi, dans son énumération des droits de l\u2019homme, le pape emploiera-t-il des expressions du genre suivant: « La nature revendique aussi pour l\u2019homme le droit.(12.) De la nature de l\u2019homme dérive également le droit.» (20.) De même, rattache-t-il les devoirs à la loi naturelle, après avoir affirmé leur intime liaison aux droits de nature: « La loi naturelle, précise-t-il, confère les uns, impose les autres; de cette loi ils tiennent leur origine, leur persistance et leur force indéfectible.» (27.) RELATIONS Cette même loi naturelle, le pape le rappelle, étend aussi son champ d\u2019influence aux rapports entre les États; ceux-ci ont, entre eux, des droits et des devoirs réciproques, qu\u2019ils doivent harmoniser en tenant compte des exigences de la nature humaine, car « la même loi morale qui régit la vie des hommes doit régler aussi les rapports entre les États » (79).Quant aux gouvernants, ils ne peuvent en aucune façon, affirme le pape, renoncer à leur dignité d\u2019hommes: « Dès lors, il ne leur est absolument pas permis de trahir la loi de leur nature, qui est la loi morale.» (80.) Ainsi donc, la loi naturelle régit tout le champ de l\u2019agir humain et c\u2019est uniquement en se soumettant à ses prescriptions que l\u2019homme parviendra à instaurer un ordre vraiment à sa mesure et une paix pleinement à son profit.Première composante de Tordre: les droits Une paix au profit de l\u2019homme et un ordre à sa mesure ont nécessairement pour première composante les droits fondamentaux de la personne.Aussi l\u2019encyclique consacre-t-elle une large tranche de sa première partie à l\u2019affirmation de ces droits et revient-elle constamment dans les autres parties sur la nécessité de les reconnaître, garantir et protéger.Dans l\u2019esprit de l\u2019Église, l\u2019ordre que les gouvernants, tant nationaux qu\u2019internationaux, ont à instaurer est avant tout un ordre de droits, c\u2019est-à-dire un ordre centré sur les droits de la personne, axé sur leur reconnaissance, leur défense et leur promotion.Ces droits fondamentaux, ces « droits de nature » (27) comme dit l\u2019encyclique, le pape ne se contente pas de les énumérer, il en tire les principales conséquences et en précise les applications.Affirme-t-il, par exemple, le droit à la vie et à une vie décente, il en déduit pour l\u2019homme le droit à la sécurité en cas de maladie, d\u2019invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage, etc.De même, le droit au travail et à l\u2019initiative dans le domaine économique s\u2019accompagne du droit à des conditions de travail qui ne compromettent ni la santé ni la moralité, mais favorisent la responsabilité personnelle.Il serait trop long de considérer un à un tous les droits rappelés par l\u2019encyclique.Contentons-nous de souligner la sympathie qu\u2019elle manifeste à l\u2019égard de la tendance, dans les États modernes, « à rédiger en des formules claires et concises une charte des droits fondamentaux de l\u2019homme: charte qui est souvent insérée dans les constitutions ou en constitue une partie intégrante » (74).Comment ne pas mentionner aussi le même accueil sympathique à l\u2019égard de la Déclaration universelle des droits de Vhomme, rédigée et approuvée par les Nations Unies ?Même si une pareille déclaration n\u2019est pas sans reproche, son mérite n\u2019en est pas moins considérable, car elle « reconnaît solennellement à tous les hommes sans exception leur dignité de personne » (143).A cet égard et sur ce point, l\u2019Église et l\u2019O.N.U.sont d\u2019accord: elles veulent, toutes les deux, un ordre mondial qui assure la paix en étant d\u2019abord et avant tout un ordre de droits, un ordre qui reconnaisse, garantisse et protège les droits fondamentaux de la personne humaine.Deuxième composante de Tordre: les devoirs L\u2019ordre dans les sociétés humaines n\u2019est pas fait cependant uniquement de droits, il comprend nécessairement JUIN 1963 des devoirs; c\u2019est là sa deuxième composante.Les deux s\u2019imposent et se complètent: un ordre de droits sans aucun devoir serait supra-humain ou même divin, et un ordre de devoirs sans aucun droit serait infra-humain, à la mesure d\u2019une société d\u2019esclaves.Aussi l\u2019encyclique ne se borne-t-elle pas à déclarer les droits de l\u2019homme, elle ajoute aussitôt que ces droits sont liés à autant de devoirs et que la loi naturelle, de même qu\u2019elle confère les premiers, impose aussi les seconds.Ainsi, par exemple, chez l\u2019homme, « le droit à la vie entraîne le devoir de la conserver; le droit à une existence décente comporte le devoir de se conduire avec dignité; au droit de chercher librement le vrai répond le devoir d\u2019approfondir et d\u2019élargir cette recherche » (28).De même, dans la vie en société, au droit des uns correspond chez les autres le devoir de reconnaître et de respecter ce droit.Revendiquer sans cesse ses droits sans se soucier de s\u2019acquitter de ses devoirs est le meilleur moyen de fausser tout le fonctionnement de la vie sociale, car « les hommes ont à vivre les uns avec les autres, et à promouvoir le bien les uns des autres » (30).Chacun doit faire sa part: exercer ses droits, certes, mais aussi accomplir ses devoirs, de lui-même et dans la liberté.Un ordre social vraiment humain ne peut s\u2019établir que si les hommes savent assumer la responsabilité de leurs actes, que s\u2019ils développent en eux le sens du devoir et se laissent guider par lui.Cq n\u2019est pas la force, la contrainte physique, mais la conscience du devoir et le sens des responsabilités qui doivent mouvoir et faire agir les hommes vivant en société: La dignité de la personne humaine exige que chacun agisse suivant une détermination consciente et libre.Dans la vie en société, c\u2019est surtout de décisions personnelles qu\u2019il faut attendre le respect des droits, l\u2019accomplissement des obligations, la coopération à une foule d\u2019activités.L\u2019individu devra y être mû par conviction personnelle, de sa propre initiative, par son sens des responsabilités, et non sous l\u2019effet de contraintes ou de pressions extérieures.(33.) ' On voit quelle est la nature de l\u2019ordre que l\u2019Église voudrait voir s\u2019établir dans et entre les sociétés humaines.Non pas un ordre physique ou mécanique, comme celui qui règne dans l\u2019univers, mais un ordre d\u2019abord moral et spirituel, juridique ensuite, à la mesure et à la hauteur de l\u2019homme, bref un ordre de droits et de devoirs.A partir de là, à partir d\u2019un ordre de cette nature, il est permis de tout espérer, de tout construire, car, ajoute le pape, une fois que les normes de la vie collective se formulent en termes de droits et de devoirs, les hommes s\u2019ouvrent aux valeurs spirituelles et comprennent ce qu\u2019est la vérité, la justice, l\u2019amour, la liberté; ils se rendent compte qu\u2019ils appartiennent à une société de cet ordre.(44.) Cette conception de l\u2019ordre humain et de la paix pourra paraître à certains trop haute ou trop idéaliste, mais elle découle logiquement de l\u2019idée que l\u2019Église se fait de l\u2019homme.Un être de cette dignité et de cette grandeur ne peut se contenter d\u2019une paix qui satisfasse l\u2019animal ou qu\u2019endure l\u2019esclave; il lui faut une paix qui lui garantisse le plein exercice et le respect entier de ses droits, une paix qui lui facilite en même temps l\u2019accomplissement intégral de ses devoirs.C\u2019est la seule paix digne de lui, c\u2019est la paix que réclame pour lui l\u2019encyclique du pape Jean XXIII.153 III.-PRINCIPES DU PROGRES FEMININ Joseph d#ANJOU, S.J.IENCYCLIQUE Pacem in terris offre une doctrine d\u2019une fermeté qui continue la tradition catholique et d\u2019une * souplesse qui convient à l\u2019actualité.Dans la première partie, qui expose des principes généraux, le Pape fonde en peu de mots des lignes de conduite sociale dont les modalités d\u2019application, extrêmement variées, demeurent à la charge des dirigeants de chaque milieu.Sur un aspect particulier de la philosophie sociale, \u2014 les droits et les devoirs de la femme, \u2014 Jean XXIII a écrit quelques phrases seulement; mais elles ont une très large portée.On les trouve aux paragraphes 14-19 et 40 de l\u2019encyclique (Actes pontificaux, Éditions Bellarmin).Pour les mieux comprendre, on devra retenir d\u2019abord que, dans l\u2019encyclique, Y homme désigne Y être humain des deux sexes, sauf quand il y a distinction nette entre la femme et l\u2019homme.De plus, ce qui reste implicite dans les passages consacrés par Jean XXIII aux problèmes féminins proprement dits s\u2019éclaire à la lumière des enseignements précis et développés de Pie XII.On se méprendrait sur Pacem in terris si l\u2019on n\u2019y apercevait le prolongement de la pensée de Pie XII et l\u2019insistance avec laquelle Jean XXIII recourt à la sagesse et aux formules mêmes de son prédécesseur.Or, nul plus et mieux que Pie XII n\u2019a traité le Problème féminin.Qu\u2019on lise, dans la collection « Les enseignements pontificaux », que dirigent les moines de Solesmes (Desclée & Cie, Tournai), le volume qui porte ce titre: les discours et allocutions de Pie XII y remplissent plus de la moitié des pages.C\u2019est donc avec la mémoire de cette somme pastorale qu\u2019on a chance de bien interpréter les quelques lignes de Pacem in terris où Jean XXIII marque les droits et les devoirs de la femme dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Dégageons le sens de ces quelques lignes.1.Le mariage, institution de nature, s\u2019établit de fait par libre contrat entre un homme et une femme qui possèdent la même dignité humaine; leur union ne place ni l\u2019un ni l\u2019autre en état d\u2019infériorité ou de supériorité personnelle à l\u2019égard de son conjoint.En contractant mariage, écrit le Pape, « l\u2019époux et l\u2019épouse interviennent à égalité de droits et de devoirs » (n.14).Aussi bien en Afrique et en Asie qu\u2019en Europe et en Amérique du Sud ou du Nord.Le droit naturel veut que la femme choisisse librement son époux, autant que celui-ci a liberté de choisir son épouse.Cela suppose que l\u2019un et l\u2019autre connaissent et acceptent leurs devoirs en même temps que leurs droits, les premiers commandant les seconds, et non inversement.Parmi ces devoirs, il y a l\u2019exercice de la fonction de chef qui revient au mari, l\u2019exercice de l\u2019obéissance qui incombe à la femme, sans que cette hiérarchie abolisse la parfaite égalité personnelle des conjoints.Commander, obéir définissent non une supériorité et une infériorité de personne, mais une distinction de fonctions, chaque fonction correspondant à un devoir différent, également responsable et nécessaire, également difficile et méritoire.A-t-on suffisamment réfléchi à ces vérités ?Considérant l\u2019autorité humaine, \u2014 fonction, service, ministère, \u2014 dont profitent des sujets, on ne cesse d\u2019employer les mots supérieur et inférieurs pour signifier le rapport de l\u2019une aux autres.Or, le chef, comme tel, ne jouit d\u2019aucune supériorité personnelle sur son subordonné, qu\u2019il n\u2019a pas raison de traiter comme une personne inférieure.Notre vocabulaire trahit donc un gauchissement doctrinal qui va rarement sans abus ni danger.Si nous lisions mieux l\u2019Évangile, nous redresserions nos errements.Le Christ se décerne les titres de Maître et de Seigneur (Jn, xm, 13); néanmoins, il ajoute (Mt., xx, 28): « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir.» Aux apôtres il recommande la même attitude, par exemple, à l\u2019occasion du lavement des pieds, après la Cène (Jn, xm, 13-16).Il leur a pourtant confié toute son autorité (Mt., xxvm, 18; Jn, xx, 21), en les identifiant à lui et à son Père (Le, x, 16): « Qui vous écoute m\u2019écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m\u2019a envoyé.» Saint Paul, qui a parfaitement compris le Maître, reprend cette doctrine dans un passage (Phil., il, 7-11) où il exalte la divinité de Jésus, souligne son abaissement (il dit: son anéantissement), chante son obéissance «jusqu\u2019à la mort, et à la mort sur une croix », et note que cette obéissance précisément « l\u2019élève au-dessus de tout nom.sur la terre et dans les enfers ».Peut-être oublie-t-on que le chef, en commandant, doit aussi obéir: à la raison, à la nature, au Créateur.Et comme «il n\u2019y a point d\u2019autorité qui ne vienne de Dieu,.car elle est un instrument de Dieu pour.conduire au bien » (Rom., xm, 1, 4), le chef n\u2019a jamais le droit d\u2019ordonner en son propre nom, ni pour une fin contraire aux intentions divines.Il doit servir d\u2019intermédiaire entre le Maître, Auteur de l\u2019univers, et ceux que son rôle (spontané, comme dans la famille; désigné, comme dans la société) l\u2019oblige à conduire pour le bien commun.Ainsi se fonde la dignité de l\u2019obéissance.Le sujet n\u2019obéit de fait qu\u2019à Dieu, à travers son ministre.Toute autre conception de l\u2019autorité ravale la personne humaine, masculine ou féminine, en soumettant directement une personne humaine à une autre, son égale.Ainsi se trouve sauvegardée la liberté foncière de tous et de chacun, qu\u2019une autre conception des rapports humains dénie nécessairement aux sujets d\u2019une supériorité usurpée.Cette sujétion inspire la révolte.Mais nul n\u2019a motif de se révolter lorsque le commandement, conçu et exercé comme un ministère sacré, respecte l\u2019égalité naturelle des personnes et sert le bien commun.Autant que d\u2019une revalorisation de l\u2019obéissance libératrice, notre temps a besoin d\u2019une reformulation du sens de l\u2019autorité.A cette tâche, la femme ne saurait se dérober.2.En effet, « l\u2019entrée de la femme dans la vie publique » \u2014 un des « signes des temps », selon Jean XXIII (40) \u2014 force désormais la compagne de l\u2019homme à une intelligence plus claire de son importance dans le monde.De plus en plus consciente de sa dignité humaine, la femme n\u2019admet plus d\u2019être considérée comme un instrument; elle exige qu\u2019on la traite comme une personne aussi bien au foyer que dans la vie publique.154 RELATIONS Investie d\u2019autorité, soit comme éducatrice de ses enfants ou des écoliers qu\u2019elle instruit, soit comme déléguée de l\u2019Église auprès des religieuses qu\u2019elle dirige, la femme a toujours dû apprendre à commander.Même à la célibataire, de nos jours, s\u2019adresse cette injonction, dans la mesure où sa situation sociale lui impose charge d\u2019âmes.Or, Pie XII a maintes fois et fortement déclaré que « nulle activité humaine ne reste interdite à la femme » (14 oct.1956).Il lui a fait un « devoir strict de conscience » d\u2019agir publiquement (21 oct.1945), vu qu\u2019elle possède, généralement parlant, une plus grande perspicacité et un tact plus raffiné pour comprendre et résoudre les délicats problèmes de la vie domestique et familiale, base de toute vie sociale; ce qui n\u2019empêche pas que quelques-unes savent aussi faire preuve d\u2019une grande habileté dans tous les domaines de l\u2019activité publique.Il a soutenu (14 oct.1956) que la femme.devrait influencer dans une plus vaste proportion la vie de la nation et de l\u2019humanité elle-même.Pratiquement, là où seraient respectées davantage les revendications de la femme, l\u2019œuvre de consolidation de la paix se trouverait vivement renforcée.Enfin, selon Pie XII, la plus apte (non la seule apte) à la vie publique active, c\u2019est la célibataire, qui dispose de plus de temps, pourvu qu\u2019elle comprenne et vise à promouvoir le bien commun en général, le bien de la femme et des enfants en particulier (même discours).3.Avant la publication de sa dernière encyclique, Jean XXIII avait parlé dans le même sens.Par exemple, le 6 septembre 1961 (voir Relations, nov.1961, p.320).L\u2019accession progressive de la femme à toutes les responsabilités de la vie sociale réclame son intervention active sur le plan social et politique.La femme n\u2019est pas moins nécessaire que l\u2019homme pour le progrès de la société, spécialement dans tous les domaines qui exigent tajct, délicatesse et intuition maternelle.On ne s\u2019étonnera donc pas que, dans Pacem in terris (17), il reconnaisse à « tout homme », donc à toute femme, le «droit au travail et à l\u2019initiative dans le domaine économique ».Appuyé sur ce principe, on devrait, enfin, cesser de gémir sur le travail des femmes.Comme si, pour citer Voltaire, travailler n\u2019était pas «le lot et l\u2019honneur d\u2019un mortel », au féminin aussi bien qu\u2019au masculin.Comme si l\u2019épouse et la mère de famille ne travaillaient lourdement au foyer.Peu d\u2019hommes, quelque vigoureux qu\u2019on les imagine, supporteraient les fatigues du labeur domestique, auquel les femmes s\u2019adonnent, sans vacances, sans congé, tant que les petits ne peuvent se passer de la présence et des soins de leur mère.Or, à la jeune fille comme au jeune homme s\u2019impose la loi (joie plus que fardeau) du travail personnel et social.Souvent même à l\u2019épouse comme à l\u2019époux, à la mère comme au père de famille, et même en dehors du foyer.Il importe donc de favoriser, pour un sexe comme pour l\u2019autre, l\u2019exercice de la liberté la plus entière, le goût d\u2019assumer des responsabilités professionnelles et sociales (n.19).A chacun(e) de connaître ses devoirs mieux encore que ses droits.A la société d\u2019aider chacun(e) à s\u2019y conformer.Le Pape signale que des différences notables suggèrent des attitudes, des conduites, des charges différentes selon qu\u2019on est homme ou femme, célibataire ou marié(e), père ou mère de famille.On ne résout pas les difficultés qui résultent de ces différences en décrétant l\u2019infériorité du travail féminin et de sa rémunération (dans la carrière de l\u2019enseignement, ce serait une infamie), mais en tenant compte des devoirs propres à la condition de chacun(e).Il y aura toujours des situations marginales que la rigidité des principes n\u2019équilibrera pas d\u2019emblée.Pensons à la stabilité du travail salarié de l\u2019épouse qui vient d\u2019avoir un enfant.Le conflit qui surgit entre le respect dû à la femme, à l\u2019épouse, à la mère et les intérêts légitimes de l\u2019employeur ne se règle pas automatiquement par la considération du service que rend la maternité, ou du droit général de la femme à un travail rémunérateur.Car la mère de famille a des devoirs auxquels se subordonnent ses droits.Au reste, médecins, sociologues et psychologues chrétiens s\u2019alarment aujourd\u2019hui en constatant que l\u2019émancipation féminine, conquête toujours en marche et que les papes ont patronnée, risque, si l\u2019on n\u2019y prend garde, d\u2019aliéner la femme au lieu de la libérer.Dans un opuscule pénétrant et délicat, VÉcole du mariage (Édit.Salvator, Mulhouse, 1963, pp.77-87), le Dr Joachim Bodamer indique comment: le progrès technique, dont la femme n\u2019a pas eu l\u2019initiative, menace les valeurs de l\u2019amour, plus intimement liées au destin profond de la femme qu\u2019à celui de l\u2019homme; la rivalité économico-sociale, dont le culte de la vedette offre la pire manifestation, aboutit à la perte du sentiment de sa dignité morale chez la femme.L\u2019homme, non plus, ne gagne rien à ce jeu.L\u2019insécurité psychologique et morale,, voilà ce que produit, sous prétexte d\u2019égalité personnelle,.le mépris de la différenciation sociale entre l\u2019homme et la femme.Refusons-nous d\u2019une main ce que de l\u2019autre nous accordons à la femme?Au contraire.Il s\u2019agit de donner à la femme toute sa dimension originale: personnelle et sociale.Alors, on ne verra pas les hommes décider, sans leurs compagnes ou contre elles, du sort des mères et de leurs enfants (par la législation de l\u2019avortement), ou du genre de lois qui régiront humainement l\u2019habitation, l\u2019éducation, les loisirs et la paix.« Il y a, écrit Geneviève Honoré-Laîné (« Scènes » de ménage, Éditions Ouvrières, Paris, 1963, p.144), jusque dans la vie même des lois et des constitutions, une vie prénatale, dans laquelle tout mûrit et prend forme.C\u2019est l\u2019aspect très féminin d\u2019un rôle civique qui exige.une collaboration.» Puis, commentant une légende hindoue qui fait de la femme la « gardienne des œuvres de= l\u2019homme », elle ajoute (p.149): « Gardienne des œuvres de l\u2019homme », telle est la femme! C\u2019est en quoi elle est sa compagne.C\u2019est aussi en quoi elle est mère.Que vaut ce qui n\u2019est pas « gardé » ?Que vaut la vie et que vaut l\u2019amour ?A l\u2019homme et à la femme unis, le monde a été offert.Leur divorce est sa ruine.Si la femme n\u2019a rien fait de grand en aucun genre, rien de grand n'a vécu sans elle, et, dès l\u2019origine, 1 homme lui-même la déterminait, qui appela la femme « Ève »: mère des.vivants.4.Le monde moderne semble loin de comprendre ces évidences.On saura gré au Pape qui, pensant aux femmes, souhaite des « conditions de travail en harmonie avec les exigences de leur sexe » (18).Or ici, les femmes n\u2019ont pas seulement des réclamations à présenter.On sait, hélas! à quelles honteuses exploitations, du point de vue moral (prostitution, spectacles obscènes) et sur le plan économico-social, l\u2019homme a asservi et continue d\u2019asservir la femme.JUIN 1963 155 Mais à quelle jeune fille, à quelle femme, aujourd\u2019hui, ne faut-il pas prêcher avec véhémence le devoir de la décence dans la tenue, le vêtement, le langage ?Aussi longtemps que « le deuxième sexe » transportera sur le champ du travail les tactiques appropriées aux séductions érotiques ou aux intimités d\u2019alcôve, Eve se plaindra en vain de l\u2019irrespect auquel Adam l\u2019expose et la voue.Autant que des employées de manufacture, de magasin ou de bureau, nous devons éveiller, sur ce point, la conscience des étudiantes de nos collèges et universités.5.Le relâchement des mœurs et les erreurs contraires à la morale naturelle que propagent des scandales trop connus et des organes de diffusion infidèles à leur mission nous pressent de lier la précédente remarque à la réaffirmation, dans Pacem in terris (15), de l\u2019unité et de l\u2019indissolubilité du mariage.Personne n\u2019ignore qu\u2019à la racine du divorce et des autres désordres sexuels apparaît le refus de la maîtrise de soi, dont la nature même propose l\u2019obligation à chacun de nous.A leur mandat de défenseurs de la nature, œuvre du Créateur, les papes n\u2019ont jamais dérogé.A l\u2019encontre des petits ou des grands prévaricateurs, ils proclament, à la suite de Jésus (Mt., xix, 6): « Ce que Dieu a uni, que l\u2019homme ne le sépare pas.» Aucun pouvoir humain n\u2019a juridiction pour attenter à l\u2019indissolubliité du lien conjugal.Les lois civiles qui permettent le divorce s\u2019attaquent à la nature, à ses exigences, telles que spécifiées par Dieu même.Immoralité foncière, inhumanité, qui \u2014 l\u2019expérience le prouve \u2014 sape les fondements, corrompt « la cellule première et naturelle de la société », dont les législateurs ont pour office de préserver l\u2019intégrité, de faciliter le progrès.Hommes ou femmes, citoyens ou représentants du peuple, époux ou épouses ont même devoir de respect envers la nature, même droit de revendication en faveur du respect de soi et des autres.La publicité tapageuse que la presse, le film et les ondes font aux divorces des irréfléchis et des lâches précipite la démoralisation des femmes et des hommes, ruinant les chances d\u2019épanouissement de la vraie liberté, a 6.Quant à l\u2019éducation, l\u2019Église en a si souvent défini les normes que Jean XXIII se contente, dans Pacem in terris (16), de répéter la tradition: «Aux parents, en tout premier lieu, revient le droit d\u2019assurer l\u2019entretien et l\u2019éducation de leurs enfants.» Mais, si l\u2019on rattache, comme le Pape y invite, le droit au devoir, et si l\u2019on se souvient que le devoir irrécusable de la créature consiste à honorer son Créateur (cela aussi, le Pape le répète plus de vingt fois dans l\u2019encyclique), on conclura que le droit des parents à assumer, avant quiconque, l\u2019éducation de leurs enfants se subordonne au devoir d\u2019orienter ces mêmes enfants vers le Seigneur.Car le droit des parents est conditionnel et soumis non seulement au droit souverain du Seigneur, mais même à l\u2019ordre social et à la poursuite du bien commun, tandis que le droit de leurs enfants est, par nature, absolu.On peut faire exprès pour mal lire et nous imputer ici des velléités de croisade ou d\u2019inquisition; procédé puéril, voire malhonnête: on s\u2019amuse à inventer une sorcière pour convier ses amis à la chasser.Mais rien ni personne n\u2019ébranleront les vérités de base ci-dessus rappelées.La vérité refuse aux parents le droit naturel de priver leurs enfants d\u2019instruction religieuse.La même vérité ne concède à aucun pouvoir civil ou religieux le droit de forcer tels parents à pourvoir leurs enfants de cette instruction.Que conclure ?Il ne saurait y avoir de droit contre la nature et contre son Auteur.Dieu appelle sa créature; il ne la contraint pas.Le bien commun ne peut exiger que je croie ceci ou cela; mais il peut me commander de ne pas nuire, par mes paroles ou mes actes, à un ordre social que mes concitoyens ont librement choisi et dont je ne peux démontrer l\u2019immoralité.Loin de nous l\u2019illusion d\u2019avoir épuisé les développements que recèle la concision du texte de l\u2019encyclique.Nous avons seulement voulu montrer, de Pie XII à Jean XXIII, la continuité de l\u2019enseignement pontifical én ce qui touche aux questions féminines et indiquer, par quelques applications, ce que suggèrent les principes formulés dans Pacem in terris, lorsqu\u2019on en aborde la lecture avec un esprit libre et chrétien.IV.- NOS CORPS INTERMÉDIAIRES ET LA PAIX Irénée DESROCHERS, S.J.A PREMIÈRE VUE, on peut être surpris de trouver dans une encyclique « sur la paix entre toutes les nations » la mention des corps intermédiaires.Quel rapport y a-t-il entre le grand problème de la paix internationale et le rôle de ces associations et groupements volontaires et privés à buts économiques, sociaux, culturels ?Cette paix n\u2019est-elle pas l\u2019affaire des citoyens qui votent, et surtout des hommes d\u2019État, des diplomates et du « service civil international » ?L\u2019importance de ce rapport échappera d\u2019autant plus facilement à nombre de nos compatriotes que les activités internationales de plusieurs de nos corps intermédiaires au Canada français sont encore peu nombreuses, sans beaucoup d\u2019importance, et même quasi inexistantes.Il nous faut prendre conscience que la structure historique des rapports sociaux change sans cesse et s\u2019oriente de plus en plus vers une vie internationale plus intense, et que ce mouvement va s\u2019accélérer.Il suffit de jeter un coup d\u2019œil sur ce qui se passe ailleurs, particulièrement en Europe, pour nous convaincre que nous avons dès maintenant le devoir de prévoir les graves responsabilités (nôtres déjà de fait, même si nous sommes exposés à les négliger) qui nous incomberont indiscutablement demain.11 faut voir plus vite et plus clairement les nouvelles formes de la vocation internationale du Canada français.Pacem in terris, très discrètement il est vrai, par une simple inclusion des corps intermédiaires dans une énumération, souligne la nécessité du développement des 156 RELATIONS activités internationales à l\u2019intérieur des associations nationales, et, comme conséquence, indique l\u2019importance d\u2019associations proprement internationales de caractère privé ou non gouvernemental.Des faits se multiplient.Le nombre des organisations non gouvernementales (O.N.G.) de caractère international a considérablement augmenté.En 1924, on évaluait leur nombre à environ 350.Il y en a présentement dans le monde plus de 1000, la majorité d\u2019entre elles nées après 1945.Il existe même un organisme privé qui les regroupe; c\u2019est l\u2019Union des associations internationales, dont le siège social est à Bruxelles.Les contacts entre des associations locales ou nationales et des associations de type international se multiplient.Des liens se fortifient.Des affiliations apparaissent par lesquelles les corps intermédiaires nationaux participent au rayonnement d\u2019associations internationales et mondiales qui, en plus de leurs activités propres au plan de l\u2019initiative privée, exercent une influence auprès de nombreux gouvernements et jusqu\u2019auprès des Nations Unies.L\u2019article 71 de la Charte de l\u2019O.N.U.est un immense pas en avant dans la construction de cet édifice où les corps intermédiaires que sont les O.N.G.peuvent pleinement collaborer, tout en se faisant reconnaître des organisations intergouvemementales.Cet article prévoit que le Conseil économique et social de l\u2019O.N.U.peut consulter non seulement des organisations internationales, mais aussi, s\u2019il y a lieu, des organisations nationales après consultation du membre intéressé de l\u2019O.N.U.L\u2019ancienne Société des Nations était loin d\u2019offrir si commodément ces avantages.Près de 300 de ces O.N.G.ont obtenu un statut consultatif au Conseil économique et social de l\u2019O.N.U., de même qu\u2019aux institutions spécialisées intergouvemementales telles que l\u2019UNESCO, la F.A.O., l\u2019Organisation mondiale de la Santé, l\u2019UNICEF (fonds pour l\u2019enfance), etc.La participation des représentants des syndicats ouvriers et des employeurs à l\u2019Organisation internationale du Travail est une des plus connues.L\u2019organisation de la société mondiale se réalise organiquement par la construction graduelle d\u2019organisations internationales régionales.Le développement rapide et puissant des corps intermédiaires à l\u2019échelle de l\u2019Europe préfigure ce qui va normalement se passer dans d\u2019autres régions; et beaucoup plus rapidement qu\u2019on ne croit.Dans les communautés de l\u2019Europe des Six, la représentation de corps intermédiaires est efficace et organique.La Communauté européenne du charbon et de l\u2019acier (C.E.C.A.) a un Comité consultatif de 51 membres représentant les producteurs, les travailleurs et les consommateurs.La Communauté économique européenne (C.E.E.), ou Marché commun proprement dit, a conjointement avec la Communauté européenne de l\u2019énergie atomique (Euratom) un Comité économique et social de caractère consultatif, auprès de l\u2019Assemblée parlementaire européenne et des exécutifs des Communautés.Il est composé de 101 représentants des différentes catégories de la vie économique et sociale: représentants des travailleurs, des patrons, des agriculteurs, des négociants et artisans, des professions libérales et de l\u2019intérêt général.\t, Dans ce Marché commun, le rôle de ces corps intermédiaires est d\u2019une certaine façon révolutionnaire: non seulement influencent-ils les décisions des autorités et, dans certains cas, participent-ils à leur application, mais il est prévu que ce Comité économique et social doit être obligatoirement consulté sur certaines questions importantes.Sur le plan psychologique et politique autant que sur le plan technique, les contacts fréquents entre corps intermédiaires et la consultation qu\u2019ils tiennent auprès des autorités des Communautés sont considérés comme très importants.Il devient clair que l\u2019Europe ne peut se faire sans la participation active des citoyens organisés selon leurs intérêts dans des corps intermédiaires, qui d\u2019ailleurs se donnent une nouvelle dimension, une structure européenne.Le Conseil de l\u2019Europe des Quinze aussi sert à la consultation d\u2019organisations non gouvernementales.L\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (O.C.D.E.), formée en 1961 de 18 pays européens, des États-Unis et du Canada, accorde le statut consultatif à un Comité économique et industriel et à une Commission syndicale dans lesquels se trouvent des représentants de corps intermédiaires d\u2019Europe et d\u2019Amérique.L\u2019Organisation des États américains (O.E.A.), incluant les pays d\u2019Amérique latine, les États-Unis et bientôt, espérons-le, le Canada, a un Conseil économique et social qui rappelle celui de l\u2019O.N.U.On le voit, les corps intermédiaires accompagnent le développement des organismes intergouvemementaux, les appuient et même, dans bien des cas, les précèdent et les préparent.L\u2019ensemble de ces faits, Pacem in terris le connaît et s\u2019y réfère par son insistance à répéter partout, dans chacune de ses parties, que les corps intermédiaires ont dans l\u2019établissement de la paix leur rôle à jouer.Une doctrine qui s\u2019enrichit La doctrine des corps intermédiaires, toujours de première importance dans les documents pontificaux, s\u2019est constamment enrichie.Dans Mater et Magistra, où elle est encastrée dans le célèbre passage sur la socialisation, son aspect international est déjà signalé.Cet aspect sera fortement accentué dans Pacem in terris; Jean XXIII, en effet, y remonte aux fondements de la paix internationale: il montre comment la paix entre les individus et la paix à l\u2019intérieur de chaque communauté politique sont reliées à la paix entre les communautés politiques.La paix sociale est pour lui une assise indispensable de la paix politique.D\u2019où le rôle particulier des corps intermédiaires.Les personnes humaines sont le fondement et la fin de toute paix comme de toute activité sociale.Elles en sont aussi le sujet.Et voilà pourquoi les corps intermédiaires existent, car ils sont « capables de poursuivre des objectifs que les individus ne peuvent atteindre qu\u2019en s\u2019associant ».JUIN 1963 157 Bien plus, la création de bon nombre de ces corps « apparaît comme un moyen absolument indispensable pour l\u2019exercice de la liberté et de la responsabilité de la personne humaine ».De façon générale, ils ne sont pas seulement à tolérer, ni seulement permis; ils sont absolument indispensables.Partout où il est question de la personne humaine, se dessinent en filigrane les corps intermédiaires par lesquels elle cherche à mieux s\u2019exprimer et s\u2019épanouir.Les quatre piliers de l\u2019ordre social, \u2014 vérité, justice, amour et liberté \u2014, sont caractéristiques des corps intermédiaires qui remplissent leur rôle d\u2019artisans de la paix.En toute vérité, les corps sociaux doivent reconnaître les droits et les devoirs mutuels et des membres et des groupes.La base de leurs démarches et de leurs négociations doit être la vérité des faits, des chiffres, des principes et des raisons invoquées.La justice et non la force seule, \u2014 soit de l\u2019argent, soit de la grève ou du lock-out, soit du chantage ou des pots-de-vin\u2014, sera le levier qui soulève les obstacles.C\u2019est à ce prix seulement que les rapports sociaux baigneront dans un climat de solidarité, d\u2019amitié et de fraternité, qui entraîne une franche entraide dans la dignité.Enfin, ces corps doivent être libres, et leur présence vivante est l\u2019une des meilleures garanties de la saine liberté dans une société.Ils sont la première cible de toutes les tyrannies.Le Pape signale la promotion économique et sociale, politique et culturelle des travailleurs.Chacun sait qu\u2019elle est due en très grande partie à l\u2019organisation et à l\u2019action des corps intermédiaires.Encore faut-il ne pas oublier que si les avantages de ces corps sont bons pour nous, ils doivent l\u2019être pour les autres, particulièrement dans les pays en voie de développement.Dans la deuxième partie de l\u2019encyclique, où il est question des rapports entre les hommes et les pouvoirs publics, il est tout naturel de retrouver des considérations sur les rapports entre les corps intermédiaires et les pouvoirs publics.Les personnes humaines, sujets de droits et de devoirs, n\u2019étant pas de simples instruments à la disposition des pouvoirs publics et des fonctionnaires, se groupent en des corps qui deviennent intermédiaires entre elles et les gouvernements.Il y a cependant obligation de collaborer dans la paix avec l\u2019action légitime des pouvoirs publics pour protéger et valoriser les droits de la personne.Toute idéologie impliquant la défense des intérêts de groupes spécifiques au détriment du bien commun, à plus forte raison la lutte des classes, est inconciliable avec l\u2019esprit de paix.Une condition fondamentale de cette action libre et privée des corps intermédiaires « qui ajoutent à l\u2019aisance et à la fécondité des rapports sociaux », c\u2019est que les citoyens non moins que les corps intermédiaires, dans l\u2019exercice de leurs droits et l\u2019accomplissement de leurs devoirs, bénéficient d\u2019une protection juridique efficace tant dans leurs rapports réciproques que dans leurs rapports avec les agents publics (68).Dans un tel climat de confiance, les citoyens pourront prendre une part active à la vie publique.« Les modalités de cette participation » incluent sans doute leur action par la voie des corps intermédiaires appelés à participer à l\u2019orientation de la vie économique et sociale de tout le peuple.Une société plus organique est une société plus humaine.Devant pareilles affirmations, on comprend la réaction prompte et élogieuse de nos corps intermédiaires à la parution de Pacem in terris.Seulement, il faut encore une fois nous rappeler que cette doctrine vaut autant pour les pays du tiers monde que pour le nôtre.La construction chez eux de corps intermédiaires solides est reliée à la construction d\u2019un pays libre, où souvent les problèmes du développement économique, du progrès social et de la liberté politique sont aigus.Dans cette perspective, nos corps intermédiaires ont à se demander quelle aide ils doivent offrir aux corps intermédiaires de ces pays où les besoins sont immenses.C\u2019est un aspect important de la paix internationale.C\u2019est dans la troisième partie que sont traités les rapports entre communautés politiques.Ils ne peuvent se ramener aux seules relations entre gouvernements de différents pays.Chaque citoyen garde sa responsabilité personnelle et, comme conséquence, les corps intermédiaires, toujours indispensables, acquièrent une nouvelle dimension.Pour satisfaire à une autre exigence du bien commun universel, chaque communauté politique doit favoriser en son sein les échanges de toute sorte, soit entre les particuliers, soit entre les corps intermédiaires.Il faut donc leur reconnaître le droit et le devoir d\u2019entrer en communauté les uns avec les autres.(99.) Ce que le Secrétaire d\u2019État de Jean XXIII écrivait l\u2019été dernier à la Semaine sociale de France étudiant « l\u2019Europe des personnes et des peuples » peut se dire des relations entre toutes les communautés politiques dans quelque région ou groupement de pays que ce soit: L\u2019instauration de l\u2019Europe, loin d\u2019être l\u2019apanage exclusif des gouvernements, sera donc aussi l\u2019œuvre des peuples.Chacun y a sa part, en s\u2019ouvrant à des idées plus larges et en contribuant à former une opinion politique avertie à l\u2019intérieur des divers groupes naturels.Parmi ces communautés humaines, il faut souligner en particulier l\u2019importance des corps intermédiaires et de la famille.La conclusion de ce passage est très éclairante: Si la tâche des pouvoirs publics est d\u2019aider, de coordonner, et aussi de stimuler, les corps intermédiaires ont leur rôle irremplaçable à assurer, car ils constituent la structure fondamentale des relations entre les peuples.Il faut retenir cette déclaration: les corps intermédiaires ne constituent pas moins que la structure fondamentale des relations entre les peuples.Quel ne sera donc pas leur rôle dans « les mille formes de collaboration économique, sociale, politique, culturelle, sanitaire et sportive »?Il y a une urgence spéciale d\u2019aider les pays du tiers monde.Il faut par une coopération scientifique, technique et financière faciliter la circulation des biens, des capitaux et des experts.Les corps intermédiaires manifesteront leur coopération de diverses façons, en appuyant l\u2019action des institutions intergouvemementales, sans se sentir pour cela paralysés dans l\u2019exercice de leur initiative sur le plan de l\u2019action privée.Cela peut beaucoup aider à dépolitiser une bonne partie des relations entre peuples; à manifester le désintéressement qui est un facteur indispensable pour 158 RELATIONS créer entre les peuples un climat d\u2019amitié et de confiance mutuelle.C\u2019est sur cette confiance que la vraie paix s\u2019édifie.L\u2019influence des corps intermédiaires sur l\u2019opinion publique et leur pression auprès des pouvoirs publics doivent s\u2019exercer de manière à amener les gouvernements à négocier honnêtement la réduction parallèle et simultanée des armements existants et la proscription de l\u2019arme atomique.Les économies incroyables ainsi réalisées permettraient aux pays dégrevés de promouvoir, par leurs gouvernements et leurs corps intermédiaires, le progrès économique et social de tant d\u2019autres peuples en détresse! Que les corps intermédiaires, particulièrement ceux qui sont eux-mêmes habitués aux négociations collectives, soient un exemple vécu qui prêche la paix et engage les peuples à régler entre eux leurs comptes, non par le recours aux armes mais par la négociation.La quatrième partie de l\u2019encyclique traite des « rapports entre individus, familles, corps intermédiaires et États d\u2019une part et communauté mondiale d\u2019autre part » (162).Dans la vision prophétique d\u2019un véritable pouvoir supra-national et mondial, Jean XXIII mentionne encore le rôle des corps intermédiaires.Ayant réaffirmé devant ces éventuels pouvoirs publics de la communauté mondiale le respect et le développement des droits de la personne humaine, il applique de nouveau le principe classique de la subsidiarité.La charte de ce futur organisme mondial devrait donc prendre en considération, sur le plan de la consultation auprès de son Conseil économique et social comme sur le plan de l\u2019action libre et privée, le rôle indispensable et irremplaçable des corps intermédiaires nationaux, internationaux et mondiaux.Ils devront être appelés à participer activement dans la planification interrégionale et planétaire vers laquelle nous nous acheminons.Pacem in terris ouvre des perspectives où sans doute la doctrine des corps intermédiaires aura encore à se développer.Quelques applications et suggestions Mais que font, et que peuvent faire dans l\u2019établissement de la paix, nos corps intermédiaires du Québec?De façon générale, ils sont loin d\u2019avoir développé leurs relations internationales au point que nos militants les plus éveillés peuvent désirer.La plupart n\u2019ont pas encore de véritable service de relations internationales, encore moins de permanent qui y soit consacré.C\u2019est déjà quelque chose que d\u2019être affilié à une O.N.G.La cotisation régulière sert à appuyer les activités de l\u2019association internationale, mais trop souvent elle est purement symbolique.Un échange de télégrammes ou la visite d\u2019un délégué lors des congrès ne suffisent pas à nourrir une vie internationale vigoureuse.Ce sont peut-être les syndicats ouvriers qui sont les plus actifs.Le Congrès du Travail du Canada a un Département de relations internationales dont le budget annuel est de près de 20,000 dollars.Un représentant de la C.S.N.écrivait l\u2019an passé: « La C.S.N.croit à la nécessité de l\u2019action syndicale au plan mondial et elle veut y participer de plus en plus.Elle voit là un moyen très efficace d\u2019atteindre JUIN 1963 les objectifs de justice et de paix que propose Jean XXIII dans Mater et Magistra.» Dans des mémoires au gouvernement fédéral, la C.S.N.a demandé qu\u2019on augmente l\u2019aide canadienne aux pays sous-développés jusqu\u2019à 1% de la production nationale et que cette aide soit fournie par l\u2019intermédiaire de l\u2019O.N.U.« afin de bien démontrer notre désintéressement ».Elle considère que cette aide « contribuera davantage que les armements à empêcher la guerre ».Elle a exprimé l\u2019avis que « les pouvoirs et la structuration de l\u2019O.N.U.doivent être repensés afin de lui donner une autorité réelle pour résoudre les conflits ».La C.S.N.est affiliée à la Confédération internationale des syndicats chrétiens et le Congrès du Travail du Canada à la Confédération internationale des syndicats libres.Leur cotisation régulière per capita s\u2019élève à environ 3 ou 4 cents par membre par année.De plus, la C.I.S.C.et la C.I.S.L.ont toutes deux des « Fonds de solidarité » auxquels les contributions volontaires moyennes de nos syndiqués peuvent varier de 3 à 6 cents par membre par année (le C.T.C.propose à ses membres de contribuer 1 cent par membre par mois).En tout, notre ouvrier syndiqué moyen donne peut-être une dizaine de cents par année par la voie de ses organisations syndicales.Ces fonds servent à des objectifs extrêmement importants et urgents.On sait que les représentants de l\u2019idéologie marxiste se promènent par milliers dans le tiers monde et d\u2019habitude ne manquent pas de fonds.La C.I.S.C.et la C.I.S.L.ont besoin de ressources et d\u2019experts pour aider les syndicats libres d\u2019Afrique, d\u2019Asie et d\u2019Amérique latine à construire leur œuvre de paix: il faut leur fournir une aide technique et financière pour leur permettre d\u2019élargir leurs secrétariats et d\u2019en améliorer l\u2019équipement, de payer des dirigeants et des organisateurs qui puissent travailler à plein temps, de créer des collèges du travail où soient formés les militants capables de s\u2019occuper de services d\u2019éducation.Travail gigantesque.L\u2019aide technique, nos syndicats eux-mêmes commencent seulement à l\u2019offrir.C\u2019est l\u2019étape des pionniers.Un syndicaliste québécois expert en éducation ouvrière vient de rentrer d\u2019une mission de six mois au Sénégal; un autre part ces jours-ci pour une mission de quelques mois en Afrique.L\u2019information et l\u2019éducation de nos syndiqués dans le domaine des questions internationales se font par l\u2019intermédiaire des journaux et revues du mouvement ouvrier.Les responsables admettent que trop peu de travailleurs comprennent l\u2019importance de ces affiliations au plan international et que le résultat de cet effort d\u2019éducation est très modeste.Le Collège canadien des Travailleurs qui cet été doit ouvrir ses portes à Montréal pourra contribuer à former chez nous un plus grand nombre de militants et probablement recevoir des stagiaires venant du tiers monde.Les différentes branches du mouvement coopératif offrent un intérêt spécial pour ce qui est de l\u2019aide aux pays sous-développés.Nos coopératives et caisses populaires rattachées au Conseil canadien de la coopération sont par là affiliées à l\u2019Alliance coopérative internationale qui possède comme la C.I.S.C.et la C.I.S.L.un statut consultatif de premier ordre auprès de l\u2019O.N.U.159 Des stagiaires de l\u2019étranger viennent au Canada étudier nos coopératives.L\u2019Institut Desjardins, en construction cette année à Lévis, sera le premier centre résidentiel coopératif de formation professionnelle de langue française en Amérique.Il faut espérer qu\u2019il deviendra rapidement, comme il le désire, « un carrefour international de langue française pour les boursiers et stagiaires des pays en voie de développement », rivalisant un jour avec l\u2019Institut international Coady d\u2019Antigonish qui a une soixantaine d\u2019étudiants venus d\u2019une trentaine de pays différents.Un de nos agronomes, rattaché à la Coopérative Fédérée, s\u2019est rendu en Afrique remplir une mission d\u2019un an en vertu d\u2019un programme d\u2019assistance technique de l\u2019O.I.T.Chez nous, le monde des patrons et des hommes d\u2019affaires est peut-être exposé à s\u2019intéresser surtout à des missions commerciales.Il y a bien une représentation à TO.I.T., une Chambre de commerce internationale et une Organisation internationale des employeurs avec statut consultatif à l\u2019O.N.U.Mais les liens sont ténus et les activités dans le sens d\u2019une aide aux pays sous-développés semblent très peu importantes.Par ailleurs, la Fédération des Chambres de commerce des Jeunes du Québec s\u2019oriente de façon intéressante avec sa Commission de relations internationales.Nos patrons de l\u2019A.P.I.seront sans doute de plus en plus intéressés par les activités de l\u2019association internationale, l\u2019UNIAPAC, dont l\u2019A.P.I.est membre, particulièrement par les activités en Amérique latine où l\u2019UNIAPAC a favorisé la naissance d\u2019associations patronales d\u2019inspiration chrétienne avec lesquelles les associations patronales chrétiennes d\u2019Europe passent des contrats de coopération.Les dirigeants et les membres actifs de nombreuses associations, de l\u2019U.C.C., d\u2019associations d\u2019infirmières, de travailleurs sociaux, d\u2019instituteurs, de professeurs d\u2019université, etc., trouveront une excellente occasion en lisant Pacem in terris de méditer sur l\u2019expansion et l\u2019orientation des activités internationales de leurs associations.L\u2019État du Québec n\u2019étant pas directement représenté dans les organismes intergouvemementaux, nous avons une raison de plus d\u2019insister pour que le Canada français soit présent dans la vie internationale par l\u2019activité accrue de ses corps intermédiaires.Sa vocation internationale, si brillamment manifestée par le travail de nos missionnaires à travers le monde, doit prendre une dimension nouvelle par l\u2019apport des laïcs non seulement dans le champ de l\u2019apostolat missionnaire et de l\u2019activité d\u2019Organisations internationales catholiques (O.I.C.), mais dans celui de l\u2019action temporelle pour la construction d\u2019une cité des hommes.Plus particulièrement, les pays de l\u2019Amérique latine et les pays d\u2019expression française en Afrique et en Asie nous attendent.Ce peut être, ce doit être l\u2019une de nos principales contributions à la paix.V.-LE CITOYEN ET L\u2019ÉTAT Georges JARLOT, S.J.LENCYCLIQUE Pacem in terris ne fait pas un cours de Droit public, ni même une leçon de Morale poli-¦ tique.Elle rappelle, au sujet de la paix à maintenir entre les citoyens et l\u2019Etat, les principes généraux qui règlent la vie en commun.Sur Y origine du pouvoir, elle évoque la doctrine maintes fois exposée par Léon XIII au début de son règne (Diu-turnum, Immort ale Dei, Liber tas): tout pouvoir vient de Dieu.Un document pontifical n\u2019a pas à trancher la querelle d\u2019école au sujet de l\u2019origine immédiate ou médiate (mediante populo) de ce pouvoir.Au reste, les données de la question ne sont plus celles de 1885 ou 1888: nous ne sommes plus en présence d\u2019un libéralisme neuf et un peu naïf, orgueilleux de ses conquêtes, défendant à partir du contrat social une démocratie formelle: le bulletin de vote étant le signe et le fruit de cette victoire.Depuis, les régimes totalitaires ont passé, et sont encore présents.Sur les droits du pouvoir et ses limites, l\u2019encyclique cite abondamment Pie XI {Mit brennender Sorge, Divini Redemptoris) et Pie XII (Summi Pontificatus, les messages de Noël 1942 et 1944).Il s\u2019agit de la défense de la personne humaine, contre l\u2019invasion de l\u2019État.L\u2019absolu n\u2019est ni la race, ni la classe, ni la nation, mais le bien commun 160 entendu dans ses rapports avec le bien suprême de la personne, qui en est le fondement.D\u2019où la doctrine classique de la résistance à la tyrannie et aux lois injustes.Léon XIII l\u2019avait amorcée dans Diu-turnum, mise au point dans Libert as et Immort ale Dei.Pie XII la rappelle dans les documents cités.Ce principe fait difficulté aux juristes: qui est juge de la justice de la loi ?Si nous abandonnons cette appréciation à la conscience des citoyens, intéressés et mal éclairés, n\u2019introduisons-nous pas un ferment d\u2019anarchie ?Pacem in terris fait trop confiance, avec l\u2019enseignement thomiste traditionnel, à la raison naturelle en face des exigences de la loi naturelle, pour hésiter un instant.Le droit du pouvoir est fondé dans le bien commun à promouvoir.Facilement on abuse de cette expression, sans en déterminer le contenu.Ce n\u2019est ni la somme des intérêts particuliers, ni un bien de l\u2019État, opposable au bien des particuliers.Ce n\u2019est pas non plus la seule prospérité matérielle, ni même la seule félicité temporelle de tout un peuple, ni la seule construction d\u2019un ordre juridique, mais comme le rappelle Pacem in terris, citant une excellente formule de Mater et Magistra, « l\u2019ensemble des conditions de vie en RELATIONS société qui permettent à l\u2019homme d\u2019atteindre sa perfection propre, de façon plus complète et plus aisée » (57).Ces conditions sont d\u2019ordre économique, juridique, culturel et spirituel.Et la référence à la perfection de la personne humaine va au-delà de « l\u2019économie de bien-être » des économistes modernes, qui rappelle l\u2019eudémonisme aristotélicien; ce « bonheur collectif de tout un peuple » contient non seulement les conditions de la vie morale terrestre, ce qui nous ramènerait cette fois à l\u2019hédonisme, mais la référence au moins implicite à la Béatitude finale à poursuivre, qui définit la personne comme telle.A partir d\u2019ici, l\u2019encyclique insiste heureusement sur le rôle des pouvoirs publics à l\u2019égard des droits et devoirs de la personne, sur la promotion de ceux-ci, sur l\u2019équilibre entre ces deux formes d\u2019action du Pouvoir.Ceci est évidemment opposé à la tendance totalisatrice de l\u2019État, porté à traiter les citoyens en objet de sa politique, non en sujets responsables de leur activité, même politique.Ce n\u2019est pas non plus céder au libéralisme individualiste du xixe siècle (c\u2019est évident), ni même au néo-libéralisme actuel, fier de ses succès.Il nous faut, pour l\u2019expliquer, revenir à l\u2019action de l\u2019État moderne en face du citoyen moderne, après la seconde guerre mondiale.Le fait nouveau \u2014 consécutif au reste à la longue dépression économique de 1929 \u2014 est que l\u2019État, même libéral, intervient beaucoup plus dans le domaine économique.La distinction, sinon la séparation, entre ordre économique et ordre politique, appartient au passé.Tous les États, même les plus libéraux, font une politique de plein emploi.Tous utilisent la politique fiscale, la politique du crédit, la politique monétaire, et la sécurité sociale, pour orienter et stimuler l\u2019économie nationale d\u2019une part, d\u2019autre part pour arriver à une meilleure distribution du revenu national.De façon plus ou moins avouée, plus ou moins réglementée, tous font une économie plus ou moins orientée, sinon dirigée, voire planifiée.Pacem in terris ne revient pas sur cette question, longuement considérée par Mater et Magistra, sauf à rappeler le « principe de subsidiarité ».Mais il convient de noter que celui-ci n\u2019intervient pas seul ici, et qu\u2019il joue dans les deux sens.Mater et Magistra avait fort judicieusement joint deux affirmations, qu\u2019elle empruntait à Quadragesimo Anno, et qui sont corrélatives.D\u2019une part, « l\u2019intervention des pouvoirs civils est nécessaire pour promouvoir un juste accroissement de la production, en vue du progrès social et au bénéfice de tous les citoyens ».Et d\u2019autre part: « Cette intervention de l\u2019État pour encourager, stimuler coordonner, suppléer et intégrer, s\u2019appuie sur le principe de subsidiarité.» On sait en quoi il consiste.« L\u2019objet naturel de toute intervention en matière sociale est d\u2019aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ou de les absorber.» En vertu de ce qui vient d\u2019être dit, ce principe joue dans les deux sens: il ne consiste pas seulement à arrêter l\u2019intervention de l\u2019État devant la compétence propre des corps intermédiaires ou des individus, mais aussi à orienter l\u2019activité de ces derniers dans le sens du bien commun.Ce n\u2019est pas de limitation réciproque, mais de dialogue et de collaboration, qu\u2019il s\u2019agit.Pacem in terris n\u2019avait pas à rappeler cette forme de relations entre l\u2019État et ses membres: elle avait été largement développée dans JUIN 1963 Mater et Magistra.Il suffit qu\u2019il y soit fait allusion de temps en temps dans le nouveau document.* * * Restent les structures et le fonctionnement des pouvoirs publics.L\u2019encyclique rappelle immédiatement la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.Hommage rendu à Montesquieu et à la démocratie parlementaire?Je ne le pense pas.Le document vaut pour tout régime.La vie politique exige des institutions stables: une opinion publique loyalement informée, et ayant les moyens effectifs de s\u2019exprimer; des assemblées vraiment représentatives, aptes à défendre les libertés publiques, habilitées à établir ou discuter en connaissance de cause les charges et obligations qui incomberont à leurs mandants; un pouvoir maître de sa politique, tourné vers l\u2019avenir et capable de durer; des juges, dont l\u2019impartialité soit garantie par leur indépendance et protégée par un statut; le tout en conformité avec les lois fondamentales du pays, écrites ou coutumières, révérées de tous et observées par chacun.Ce n\u2019est là donner la préférence à aucun régime politique: présidentiel ou d\u2019assemblée, monarchie ou république, suffrage universel aux modalités variées ou referendum populaire, parlementarisme emprunté au xixe siècle, ou contact plus direct entre les Pouvoirs et la Nation, mais reconnaissance accordée aux corps intermédiaires dans l\u2019État, avec participation effective à la vie politique du pays.Un dialogue doit s\u2019établir.A chacun sa mission: à l\u2019autorité de définir et conduire sa politique; aux citoyens de la contrôler par leurs assemblées, et d\u2019exprimer les opinions variées des diverses familles spirituelles dont est composée la Nation.Tout ceci dans le respect mutuel: le citoyen respecte en ceux qui détiennent le pouvoir une autorité qui vient de Dieu, les gouvernants respectent dans les gouvernés leur dignité d\u2019hommes libres, appartenant par le meilleur d\u2019eux-mêmes à une autre Cité.Ceci représente le minimum de démocratie, auquel Pie XII faisait allusion dans son radiomessage de Noël 1944, qui se retrouve en tout régime qui n\u2019est ni totalitaire ni anarchique: Exprimer son opinion personnelle sur les devoirs et les sacrifices qui lui seront imposés, ne pas être contraint à obéir sans avoir été entendu, voilà deux droits du citoyen qui trouvent dans une démocratie, comme son nom l\u2019indique, leur expression.Ainsi on ne peut prétendre que Pacem in terris fasse au parlementarisme une confiance exagérée.Elle sait que celui-ci, comme tout régime, est mortel.Ce qu\u2019elle propose de démocratie est exigible en toute hypothèse: reconnaître, respecter, revendiquer, promouvoir les droits civils et politiques des citoyens.Peu importe la forme du régime.En l\u2019âge technocratique où nous sommes entrés, il sera requis que la Nation, par une représentation efficace, ait réellement part à sa vie politique, que le Pouvoir soit vraiment contrôlé par une volonté nationale librement exprimée.Et si le contact direct entre le Prince et le peuple est devenu plus facile, l\u2019intervention des corps intermédiaires est aussi plus nécessaire.« Le Prince en ses conseils, le peuple en ses États », disait un vieil adage.Ce qui traduit le principe de droit romain: lex fit decreto Principis et consensu populi.161 Nécessité d'une autorité publique de compétence universelle Introduction PARMI les enseignements de Pacem in terris, il en est un qui commande une particulière attention : R affirmation que « l'ordre moral exige la constitution d'une autorité publique de compétence universelle ».Nous sommes ici devant une déclaration, de caractère doctrinal et normatif, qui constitue un développement de la pensée de l'Église sur une question comportant d'immenses conséquences pour l'avenir de l'humanité.Rapportons plus au long cet enseignement : Dans les conditions actuelles de la communauté humaine, l\u2019organisation et le fonctionnement des États aussi bien que l\u2019autorité conférée à tous les gouvernements ne permettent pas, il faut l\u2019avouer, de promouvoir comme il faut le bien commun universel.L\u2019ordre moral, qui postule une autorité publique pour servir le bien commun dans la société civile, réclame en même temps pour cette autorité les moyens nécessaires à sa tâche.De nos jours, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales.Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d\u2019action prennent, eux aussi, des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l\u2019étendue de la terre.C\u2019est donc l\u2019ordre moral lui-même qui exige la constitution d\u2019une autorité publique de compétence universelle.Cet organisme de caractère général, dont l\u2019autorité vaille au plan mondial et qui possède les moyens efficaces pour promouvoir le bien universel, doit être constitué par un accord unanime et non pas imposé par la force.La raison en est que l\u2019autorité en question doit pouvoir s\u2019acquitter efficacement de sa fonction; mais il faut aussi qu\u2019elle soit impartiale envers tous, absolument étrangère à l\u2019esprit de parti et attentive aux exigences objectives du bien commun universel.C\u2019est pourquoi les pouvoirs publics de la communauté mondiale doivent se proposer comme objectif fondamental la reconnaissance, le respect, la défense et le développement des droits de la personne humaine.Ce qui peut être obtenu soit par son intervention directe, s\u2019il y a lieu, soit en créant sur le plan mondial les conditions qui permettront aux gouvernements nationaux de mieux remplir leur mission.A l\u2019intérieur de chaque pays, les rapports des pouvoirs publics avec les citoyens, les familles et les corps intermédiaires doivent être régis et équilibrés par le principe de subsidiarité.11 est normal que le même principe régisse les rapports de l\u2019autorité universelle avec les gouvernements des États.Le rôle de cette autorité universelle est d\u2019examiner et de résoudre les problèmes que pose le bien commun universel en matière économique, sociale, politique ou culturelle.C\u2019est la complexité, l\u2019ampleur et l\u2019urgence de ces problèmes qui ne permettent pas aux gouvernements nationaux de les résoudre à souhait.Il n\u2019appartient pas à l\u2019autorité de la communauté mondiale de limiter l\u2019action que les États exercent dans leur sphère propre, ni de se substituer à eux.Elle doit au contraire tâcher de susciter dans tous les pays du monde des conditions qui facilitent non seulement aux gouvernements, mais aussi aux individus et aux corps intermédiaires l\u2019accomplissement de leurs fonctions, l\u2019observation de leurs devoirs et l\u2019usage de leurs droits dans des conditions de plus grande sécurité (134-140).On aura facilement saisi l'importance d'un tel enseignement, qui constitue désormais une norme de pensée et d'action pour tes membres de /\u2019Église et que le Souverain Pontife propose également à la réflexion de « tous les hommes de bonne volonté » hors de /\u2019Église, qui cherchent les moyens institutionnels de sauvegarder la paix.En vue d'aider la réflexion personnelle sur cet enseignement, nous avons demandé au P.Robert Bernier, S.J., de reprendre de façon abrégée le sujet qu'il avait traité dans un ouvrage philosophique publié en 1951 par l'Institut social populaire et intitulé L\u2019autorité politique internationale.Certes, les enseignements explicites de l'encyclique, parce qu'ils ont un caractère doctrinal, n'impliquent pas des vues philosophiques comme telles.Nous avons cru, cependant, qu'il serait profitable de juxtaposer au texte pontifical une démarche purement philosophique qui, pour l'essentiel, aboutit aux mêmes solutions.L\u2019autorité politique internationale Robert BERNIER, S.J.I.- 1/ordre politique L\u2019activité de tout homme a valeur de bien commun; en elle-même ou en son terme, elle représente un bien pour d\u2019autres hommes.Toute activité \u2014 du chasseur, de l\u2019agriculteur, du prêtre, de l\u2019artisan, de l\u2019artiste, du penseur \u2014 appelle une communauté.Non seulement par ses fruits, mais par ses préparations lointaines et par son exercice même, dès qu\u2019elle dépasse les premières ébauches, elle est sociale.Chacun, dans son effort pour s\u2019accomplir, fait naître des communautés.L\u2019homme est un être social: qu\u2019est-ce à dire sinon qu\u2019il vit de biens communs et pour des biens communs ?Cependant, ces valeurs instituées et les communautés engendrées par elles ne dureront et ne se développeront que si la pensée les ressaisit pour les protéger, les ordonner, les hiérarchiser dans leur évolution complexe et organique.Surgissant constamment de la vie raisonnable, créatrice de valeurs, les biens communs, en tant qu\u2019ils constituent un ensemble organique, doivent être de nouveau étreints par l\u2019esprit, qui leur impose un ordre: l\u2019ordre politique.La pensée est créatrice de biens et de communautés; elle est ordonnatrice de l\u2019ensemble de ses créations.Et ce rôle ordonnateur est lui-même créateur.La philosophie traditionnelle détaille ainsi cette causalité: l\u2019ordre politique protège, unifie, hiérarchise, détermine selon leurs exigences les biens communs humains; il stimule l\u2019activité qui les engendre et supplée à l\u2019insuffisance de l\u2019initiative privée.Sans la société politique, le milieu social ne peut se perpétuer et croître; grâce à elle, non seulement il le peut, mais il relance l\u2019activité créatrice.En d\u2019autres termes, toute activité humaine, parce qu\u2019elle émane d\u2019un être politique, est doublement causée par la raison: la raison créatrice dont elle naît, la raison ordonnatrice qui donne ultimement d\u2019être au milieu où elle naît.Nous sommes ici en face de deux causalités compatibles, parce qu\u2019elles n\u2019appartiennent pas à un même ordre, et nécessaires, parce que l\u2019homme n\u2019est homme qu\u2019en créant simultanément des valeurs et un milieu social organique qui les porte.Pas plus que les institutions, la société n\u2019est œuvre de nature.L\u2019ordre politique reste inachevé ou se décompose dans la mesure où il ne réussit pas à ordonner tous les autres.162 RELATIONS Qu'il se centre sur un bien en particulier, quelle qu\u2019en soit l\u2019importance, fût-ce la famille ou la religion, alors il se détruit, impuissant à ordonner le tout et à construire la société humaine comme telle.La transcendance de l'ordre politique s\u2019est peu à peu révélée à l\u2019homme, qui.progressivement aussi et partiellement, l\u2019a incarnée dans ses institutions: clan patriarcal, État sacerdotal, régime seigneurial, État bourgeois, État communiste, État technocrate.Un jour, si le développement social de l\u2019humanité ne doit pas se terminer par un échec, l\u2019homme instituera l\u2019État tout court.L\u2019ordre politique, dans sa transcendance, ne comporte pas de qualificatif.Concluant à l\u2019unité de l\u2019État et non à sa fragmentation, comment ces exigences rationnelles peuvent-elles s\u2019adapter en fait à la diversité naturelle de l\u2019humanité?D\u2019ordinaire, on table sur le morcellement historique de l'État et on se met en quête de quelque principe unificateur imposé par les nécessités du moment.Partant, au contraire, des exigences à la fois d\u2019unité et de pluralité inscrites dans l\u2019idée politique, notre tâche consistera à chercher comment elles doivent être satisfaites.Elles ne sauraient l\u2019être, comme nous le conclurons, que par un double effort institutionnel: 1.au moyen d\u2019un ordre politique universel, formé par l\u2019ensemble des biens humains, ainsi que d\u2019une autorité mondiale responsable de pourvoir aux exigences du bien commun universel; 2.au moyen d'ordres politiques seconds, formés par des sous-ensembles de biens humains, ainsi que d'autorités multiples remplissant, en somme, les fonctions des États actuels, à l\u2019exception notable du rôle de suppléance qu\u2019ils exercent en l\u2019absence d\u2019une autorité mondiale.II.- Universalisation, aujourd'hui requise, de l'ordre politique 1.Particularisme historique de l\u2019État La vie politique ne pouvait s\u2019organiser d\u2019abord qu\u2019en des zones limitées, soit à cause de l\u2019absence de liens entre les divers groupes, soit à cause de leur manque de maturité.Dès l\u2019origine ou par la suite, une foule d\u2019autres facteurs ont particularisé l\u2019ordre politique: la vie familiale et tribale qui l\u2019a dominé pendant des siècles, les querelles d\u2019autorités charismatiques, l\u2019intolérance raciale, religieuse ou idéologique, l\u2019impuissance à concevoir la fonction politique en liaison avec la dignité, la responsabilité, les droits de la personne libre ou avec l\u2019unité du genre humain.A la source des divers facteurs qui barrent la route à l\u2019agrandissement de l\u2019ordre politique, on découvre presque toujours cette mentalité, vieille comme notre espèce, qui pousse à juger l\u2019humanité en fonction du groupe auquel on appartient et à tenir selon cette optique le voisin pour blanc ou noir.La méfiance est grande, encore aujourd\u2019hui, à l\u2019égard de toute forme de gouvernement supranational.Le fait de s\u2019en remettre, pour la protection de ce qu\u2019ils considèrent comme leurs droits concrets, à une autorité mondiale semblerait aux nouveaux États, très conscients de leur récente identité, un retour déguisé à l\u2019ère du colonialisme, et aux grands États une abdication de leur rôle naturel de chefs de file, au bénéfice d\u2019une suprématie, anonyme et irresponsable, de jeunes pays que rien n\u2019a préparés à pareille tâche.Sans doute, dès la plus haute antiquité, voit-on surgir des tentatives pour unifier les groupes que rapproche un ensemble quelconque de relations.Le phénomène va croissant à travers les siècles.Des associations d\u2019États se forment qui revêtent les apparences institutionnelles d\u2019un élargissement de l\u2019ordre politique: coalitions, ligues, confédérations, empires, institutions internationales.En fait, à travers elles, chaque État ou chaque bloc continue de poursuivre son propre accroissement indéfini.On se convainc aisément que le plus sûr moyen de procurer le bien général est encore d\u2019augmenter la puissance de son groupe, dont on apprécie les valeurs, alors que « les autres », différents et mal connus, inquiètent.On ne peut s\u2019expliquer autrement que, malgré le développement de la civilisation, qui forge une communauté humaine croissante, liant les hommes entre eux par des rapports toujours plus intimes, le droit international reste basé sur une souveraineté multiple qui échappe à toute forme réelle d\u2019autorité supérieure et donc, au bout du compte, à toute loi proprement dite ainsi qu\u2019à tout pouvoir coercitif.La base d\u2019un ordre de droit normal faisant défaut, il fallait bien qu\u2019un postulat en tînt lieu: le caractère inviolable des traités.Pacta sunt servanda, même s\u2019ils ont été signés par des vaincus sous menace d\u2019extermination.D\u2019où cette nouvelle anomalie: il n\u2019y a souvent d\u2019autre issue à des situations injustes que le fait accompli.Bien plus, dans la perspective du droit international actuel et de la mentalité qui s\u2019y exprime, chaque groupe concevant son autonomie comme un droit inaliénable, on ne voit d\u2019autre solution au problème mondial contemporain que la guerre, par laquelle on vise à subjuguer le bloc opposé au sien, ou que l\u2019équilibre de la peur, pour éviter des maux désormais sans proportion avec les avantages d\u2019une victoire.La paix elle-même exige donc qu\u2019on « dissuade » l\u2019autre d\u2019établir « son » ordre mondial, et on ne peut le faire que si on dispose d\u2019une « force » qui le tienne en respect.Par le fait même, le désarmement, qu\u2019une opinion publique angoissée oblige les voix officielles à prôner, demeure une entreprise fertile en imprévus.Il n\u2019est pas étonnant que l\u2019ordre politique contemporain se révèle inapte à la tâche positive d\u2019ordonner la communauté mondiale: d\u2019équilibrer l\u2019économique, de modérer la propagande, d\u2019assurer les libertés essentielles, comme le simple droit de circuler sur la terre des hommes, de protéger institutionnellement le premier des biens humains, la paix.2.Dépassement de l\u2019ordre international fondé sur la.SOUVERAINETÉ ABSOLUE DES ÉTATS Particularisme de l\u2019État, pur particularisme de fait, qui aurait dû décroître à mesure que croissait l\u2019unité de la civilisation.La situation a trop duré, certes.Toutefois, des résultats positifs s\u2019en dégagent.Et d\u2019abord, la superstructure de pactes et de traités, du fait qu\u2019elle constitue tout de même une situation juridique et qu\u2019elle réussit à maintenir un minimum d\u2019ordre dans le monde, a permis à l\u2019opinion publique, de plus en plus alertée aux problèmes et aux exigences du droit, de faire sentir son poids.Par ailleurs, la montée des peuples et la participation progressive de tous à cet ensemble juridique contractuel tendent à le faire remettre en question, pour cette raison même qu\u2019il se révèle inapplicable, si on le prend à la lettre, dans le cas d\u2019une JUIN 1963 163- centaine d\u2019États.Une fois qu\u2019on a pénétré dans l\u2019univers du droit, on ne peut manquer de subir son influence, et ses déficiences mêmes, plutôt que d\u2019incliner à revenir aux solutions de force, creusent le besoin de son perfectionnement.En second lieu, les collaborations internationales auront, malgré tout, rempli un office pédagogique et préparé des éléments institutionnels qu\u2019un ordre politique mondial pourra éventuellement utiliser.Mais le grand phénomène historique qui prépare le renouvellement des structures politiques est d\u2019un tout autre ordre et agit beaucoup plus en profondeur.11 consiste dans l\u2019interpénétration, de plus en plus accélérée, des valeurs que la foule humaine élabore en tous lieux.L\u2019unité historique qui se révèle aujourd\u2019hui est plus profonde et plus essentielle que les unités propres à des aires données de vie en société.Il n\u2019est aucun bien humain qui ne soit devenu un bien pour tout homme et qui ne solidarise ainsi l\u2019humanité entière.D\u2019une manière qu\u2019on peut scientifiquement analyser, la violation de tout droit menace mes droits.Il arrive, par exemple, qu\u2019elle crée un précédent; que, survenue à l\u2019étranger, elle permette à un groupe de rivaliser injustement avec le mien, menace de me réduire à des conditions inhumaines, me prive de l\u2019apport créateur d\u2019un collaborateur possible qui aurait besoin, lui aussi, de conditions humaines pour travailler efficacement à l\u2019œuvre commune.L\u2019humanité, jusqu\u2019ici, avait survécu, s\u2019était nourrie, vêtue, etc., grâce en partie au décalage qui existe entre les conditions de vie différentes d\u2019individu à individu, de groupe à groupe, de pays à pays.Trop souvent, des possédants avaient exploité, au détriment de populations entières, voire de continents, cette inégalité des niveaux de vie, d\u2019ailleurs plus d\u2019une fois causée ou aggravée par des violations de droits humains élémentaires.La conscience des dangers pour tous que renferme un pareil état de choses s\u2019est accentuée depuis les dernières décennies.On cherche à pallier tant bien que mal, par une aide méthodique aux non-possédants, l\u2019inégale répartition des biens.Pris dans leur ensemble, les peuples semblent reconnaître, pour la première fois dans l\u2019histoire, que c\u2019est la variété des apports humains et non la disparité des conditions de vie qui favorise le développement pacifique de la communauté humaine et, par là même, le mieux-être de chaque groupe.Sous-jacente aux contingences historiques, l\u2019unification de l\u2019humanité est sans terme.Elle naît de l\u2019esprit qui, instituant la pensée dans le milieu social qu\u2019il crée sans cesse, unifie les hommes par la civilisation.Cependant, puisque le particularisme de l\u2019État s\u2019enracine dans un phénomène d\u2019ordre culturel, \u2014 la mentalité qui maintient chaque groupe en réaction de défense contre « le reste de l\u2019humanité », \u2014 c\u2019est, en dernière analyse, des renouvellements de la culture qu\u2019on doit attendre ceux de l\u2019ordre politique.Particulièrement prometteuse à cet égard s\u2019annonce la dimension nouvelle que la culture est en train d\u2019acquérir et qui se caractérise par la multiplicité des approches complémentaires dont dispose la connaissance.Ce qui est par là rendu possible, c\u2019est d\u2019envisager individus et groupes sous l\u2019angle des multiformes relations d\u2019interdépendance qui font d\u2019eux tous un ensemble : la communauté humaine.Dès lors, il devient prévisible que l\u2019humanité pourra dépasser le stade d\u2019une mentalité qui, faisant de chaque communauté politique une sorte d\u2019absolu, empê- chait qu\u2019on aperçût ou qu\u2019on admît l\u2019exigence objective d'un ordre politique universel.III.- Exigence d\u2019un pluralisme politique immanent à l\u2019ordre universel Il ne faudrait pas, pour autant, concevoir l\u2019ordre politique universel comme un État unique, entraînant la disparition des États actuels ou faisant d\u2019eux ses créatures.La réalité sociale, envisagée selon toutes ses dimensions, n\u2019appelle pas une structure politique monolithique, mais un pluralisme immanent à l\u2019ordre universel.Du point de vue qui nous occupe ici, la donnée fondamentale de l\u2019observation est la suivante: en de nombreux points du globe, des ensembles de biens humains atteignent une relative complétude et se terminent, pour ainsi dire, en eux-mêmes.Telle réalisation collective de la vie humaine, parce qu\u2019elle n\u2019a pas une amplitude universelle, qu\u2019elle intéresse prochainement un seul groupe et n\u2019est bien comprise que par lui, ne saurait être considérée comme immédiatement solidaire du bien commun actuel de l\u2019humanité entière.Ainsi en est-il de chaque manière différente de réaliser l\u2019ordre social, que l\u2019homme a inventée, dont il a affecté toutes ses valeurs et qui lui permet d\u2019être plus homme.Les communautés ainsi formées répondent à des exigences objectives lorsqu\u2019elles créent des ordres politiques adaptés à leurs besoins propres.Et il s\u2019agit bien là d\u2019ordres politiques véritables, puisqu\u2019ils ordonnent la vie humaine comme telle, même si le sous-ensemble ainsi ordonné demeure relatif à une unité contingente: celle d\u2019un lieu, d\u2019un passé, d\u2019une langue, d\u2019une civilisation.Ainsi donc, l\u2019avènement d\u2019une autorité mondiale possédant une juridiction directe sur tous les hommes n\u2019implique pas la suppression des sociétés politiques préexistantes.Certes, celles-ci entreraient dans l\u2019orbe de la société nouvelle et bénéficieraient de son rôle.Mais il reste qu\u2019on ne saurait, sans nier d\u2019évidentes exigences, les concevoir comme recevant d\u2019elle leur existence et leurs pouvoirs.Nous ne nous cachons pas que, pour nous en tenir aux pures exigences de nature, il est difficile de déterminer les sphères de juridiction entre l\u2019autorité universelle et les autorités particulières.Néanmoins, nous pouvons tenter de formuler quelques applications de ces exigences.Pour autant, d\u2019une part, que des questions et des valeurs sont prochainement et substantiellement interdépendantes, elles tombent sous la juridiction de l\u2019autorité universelle.Ce qui se vérifie pour la protection des droits de l\u2019homme, la réglementation de la circulation mondiale et des échanges essentiels à la vie de l\u2019humanité, le contrôle de l\u2019énergie nucléaire et des armes lourdes, l\u2019usage de la force à l\u2019égard des États particuliers, etc.Pour autant, d\u2019autre part, que des questions et des valeurs n\u2019ont qu\u2019un rapport lointain avec l\u2019ordre mondial (par exemple: législation concernant des formes de vie sociale particulières à un pays, coutumes locales comme telles, problèmes de circulation ou de distribution intérieures, etc.), elles relèvent d\u2019autorités politiques particulières.En fait, il y aurait évidemment une foule de cas frontières.A qui reviendrait-il d\u2019en juger?Le problème abstraitement considéré appelle une solution dans la perspective que voici: une fois institué, l\u2019ordre universel, plus parfait, chargé du bien commun mondial, serait, par là même, plus apte à juger ce qui ressortit à sa propre compé- 164 RELATIONS tence.Et puisque cet ordre politique \u2014 comme tout ordre politique \u2014 appellerait la distinction des pouvoirs, qui favorise l\u2019exercice de l\u2019autorité, il jugerait les cas litigieux au moyen d'un tribunal constitué particulièrement en vue d\u2019assurer les droits de l\u2019autre partie éventuelle: un État particulier.Dans les limites de sa juridiction, ce tribunal prendrait donc le caractère d\u2019un pouvoir constitutionnel transcendant les deux autorités.Mais ces précisions nous ont déjà conduit à l\u2019intérieur d\u2019une zone mitoyenne où les déterminations concrètes relèvent du droit positif.Conclusion L\u2019examen des exigences objectives de la communauté humaine amène donc à distinguer des ordres politiques analogiques, à reconnaître la nécessité d'un pluralisme politique essentiel, bien différent de la mosaïque actuelle des États.De la nécessité la plus intrinsèque, l\u2019humanité, au cours de son évolution prochaine, verra croître son obligation morale d\u2019instituer un ordre politique mondial et, fonction nécessaire de celui-ci, une autorité universelle, seule douée des moyens nécessaires pour maintenir l\u2019ordre et la paix entre les peuples.D\u2019autre part, les sous-ensembles comme tels de biens communs, qui naissent d\u2019une nature humaine incarnée dans le divers, appellent des ordres et des autorités politiques qui leur soient proportionnés.En son domaine donc, l'autorité particulière ne relève pas de l\u2019autorité universelle.Elle n\u2019en constitue pas une délégation ad beneplacitum, ce bon plaisir fût-il objectif.Ni monisme donc, ni pure multiplicité, mais ensemble et sous-ensembles institutionnels assurant, de plusieurs manières à la fois, l'unité de la vie humaine.VII.\u2014 Jean XXIII/ la communauté mondiale et les Nations Unies Jacques-Yvan MORIN, professeur à VUniversité de Montréal.LUNITÉ DE LA FAMILLE HUMAINE, écrit le Pape dans la IVe partie de son encyclique Paeem in terris, * « a existé en tout temps, puisqu\u2019elle rassemble des êtres qui sont tous égaux en dignité naturelle » (131).Cette seule phrase suffirait à marquer la continuité de la pensée catholique à l\u2019égard de la nature de la communauté internationale.Pour ne remonter qu\u2019à l\u2019origine des temps modernes, le dominicain Francisco de Vitoria soutenait déjà en 1539, dans sa Relectio de Indis prononcée à Salamanque, que tous les hommes font partie d\u2019une société naturelle universelle, qu\u2019il appelait Orbis.Les États ne sont apparus que sur le tard, « après la dispersion », et ne peuvent prétendre oblitérer ce corps social réel, qui existe en fonction du bien commun de tous.Comme il l\u2019écrira ailleurs, les États sont en quelque sorte les citoyens d\u2019une seule république: totius orbis qui in aliquo modo est una respublica.A partir de ce principe, Vitoria développe ses idées sur la situation politique de son époque, qui n\u2019est pas sans ressembler à la nôtre.11 s\u2019élève contre les moyens utilisés par ses compatriotes pour asseoir la domination espagnole en Amérique: la thèse selon laquelle les Indiens des colonies seraient nés pour l\u2019esclavage est fausse, dit-il, même s\u2019ils sont des infidèles.Ils étaient, au contraire, avant l\u2019arrivée des Européens, véritablement propriétaires de leurs biens et il se trouvait parmi eux des princes ayant droit de commandement; ils ont donc droit à leurs biens et à leur indépendance.En revanche, les Espagnols possèdent le droit d\u2019entrer en contact et de commercer avec les indigènes, à condition de ne leur causer aucun préjudice.Si les Indiens refusent de les recevoir, ils se dressent contre le droit naturel reconnu par tous les peuples, le jus societatis et communie adonis, et les Espagnols peuvent alors se défendre.MAI 1963 Les hommes, fussent-ils païens ou barbares, ont donc conservé des droits sur lesquels l\u2019État lui-même ne peut empiéter: droit de libre circulation et, comme Vitoria l\u2019affirmera dans son De potestate civili, droit de s'unifier et « d\u2019élire un chef unique ».A la lecture du chapitre de l\u2019encyclique consacré à la communauté mondiale, on se rend compte que Jean XXIII, comme d\u2019ailleurs Pie XII avant lui, n\u2019a fait que développer cette doctrine extrêmement féconde en l\u2019adoptant aux conditions du monde contemporain.En raison de l\u2019avènement de l\u2019État, à l\u2019époque même où enseignait Vitoria, et de l\u2019apogée de la souveraineté absolue qui prévaut depuis le xvne siècle, il était fatal que sa pensée portant l\u2019empreinte du Moyen Âge, connaisse une longue éclipse.Lui-même concédait que l\u2019autorité de l\u2019Orbis ne pouvait s\u2019exercer que par l\u2019entremise des États (et hoc non nisi per principes), devenus en quelque sorte les organes de la communauté universelle en l\u2019absence d\u2019un pouvoir international concret.Depuis l\u2019établissement de la Société des Nations, cependant, les États avouent implicitement qu\u2019ils ne suffisent plus à la tâche d\u2019assurer la sécurité et le bien-être de leurs citoyens.Tant bien que mal, ils ont entrepris un effort communautaire en vue de faire obstacle à la guerre dans l\u2019immédiat et de créer le climat économique et social nécessaire au maintien de la paix dans l\u2019avenir.Cet effort n\u2019a malheureusement empêché ni la seconde guerre mondiale, ni les violations des droits de l\u2019homme et les génocides qui l'ont caractérisée, ni la guerre froide qui sévit depuis lors.Le diagnostic de Jean XXIII là-dessus est simple et précis: Autrefois, les gouvernements passaient pour être suffisamment à même d\u2019assurer le bien commun universel.De nos jours,.[celui-ci] soulève des problèmes extrêmement graves, difficiles, et qui exigent une solution rapide.D'autre part,.les 165 pouvoirs publics des diverses communautés politiques.ne parviennent plus à affronter et à résoudre efficacement ces problèmes.Non pas qu\u2019eux-mêmes manquent de bonne volonté et d\u2019initiative, mais c\u2019est l\u2019autorité dont ils sont investis qui est insuffisante.(132, 133.) Le seul remède consiste donc dans la constitution d\u2019une «autorité publique de compétence universelle», (136) d\u2019un organisme juridico-politique doté de pouvoirs et de moyens d\u2019action qui soient à la taille des problèmes affrontés.En termes concrets cela ne peut signifier que le renforcement de l\u2019Organisation des Nations Unies, déjà préconisé par Pie XII en 1948, dans son message de Noël.En effet, cet organisme quasi universel et les institutions spécialisées qui en dépendent, possèdent au moins l\u2019avantage d\u2019exister; en outre, ils ont à leur actif des réalisations importantes.Nous désirons donc vivement, écrit Jean XXIII, que l\u2019O.N.U.puisse de plus en plus adapter ses structures et ses moyens d\u2019action à l\u2019étendue et à la haute valeur de sa mission.(144.) 11 faut avouer que les quatre alinéas consacrés à l\u2019O.N.U.sont d\u2019un style quelque peu laconique.Le Pape définit ici et là les buts que doit poursuivre l\u2019autorité publique mondiale: maintenir et consolider la paix, favoriser le désarmement et la collaboration la plus large possible dans tous les secteurs de l\u2019activité humaine, examiner et résoudre les problèmes que pose le bien commun universel en matière économique, sociale, politique ou culturelle, garantir efficacement les droits de la personne humaine; en somme, faire régner l\u2019ordre entre les communautés politiques et les êtres humains.Toutefois, il n\u2019indique guère par quels moyens on parviendrait à ces résultats, ni quelles structures nouvelles devraient posséder l\u2019autorité universelle.Sans doute estime-t-il suffisant d\u2019indiquer la direction, à charge pour les chrétiens d\u2019user de leur jugement et de leur prudence dans l\u2019exécution de la tâche.Glanons cependant à travers l\u2019encyclique quelques données qui'laissent entrevoir la pensée papale quant aux moyens qu\u2019il convient d\u2019employer.En ce qui concerne la course aux armements, l\u2019opinion publique doit être orientée vers une réduction parallèle et simultanée de l\u2019armement existant, la proscription de l\u2019arme atomique et le désarmement dûment effectué d\u2019un commun accord et accompagné de contrôles efficaces.Pour en arriver là, il faut évidemment chercher à créer un climat de confiance: certaines démarches récentes de Jean XXIII nous montrent que le dialogue avec l\u2019Est n\u2019est pas impossible.Sur le plan économique, les pays mieux pourvus (qui sont pour la plupart des pays chrétiens) doivent venir en aide aux nations en voie de développement et tout doit être mis en œuvre pour faciliter la circulation des biens, des capitaux et des personnes.Pour ce qui est de la protection des droits de l\u2019homme, le Pape paraît endosser les efforts accomplis depuis 1950, par la Commission des droits de l\u2019homme et l\u2019Assemblée générale de l\u2019O.N.U., dans le but de rédiger des pactes dont la ratification éventuelle par les membres de l\u2019Organisation entraînera à leur charge une obligation juridique de modifier leur droit interne, de manière à le rendre conforme aux normes internationales (la Déclaration actuelle des droits de l\u2019homme, on le sait, n\u2019a pas cet effet à l\u2019égard des signataires).Déjà la plupart des dispositions définissant les droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques ont été adoptées par un comité de l\u2019Assemblée, mais il reste à compléter cet énoncé de principe par la création d\u2019organismes qui seront appelés à en surveiller l\u2019application.Il conviendrait, en dépit des conflits idéologiques qui opposent les blocs au sein de l\u2019O.N.U., que ces organismes soient habilités à recevoir directement les plaintes des individus et non celles des seuls États, mais cette solution se fera probablement attendre quelque temps.En attendant, il est évidemment plus facile à des groupes d\u2019États relativement homogènes de signer des accords régionaux pour la sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales, comme l\u2019ont fait en 1950 les membres du Conseil de l\u2019Europe.Le Pape n\u2019ignore certes pas que les citoyens de la plupart des pays d\u2019Europe occidentale peuvent désormais porter plainte contre leur propre gouvernement devant la Commission européenne des droits de l\u2019homme; sans doute pense-t-il, dans son encyclique, à des mécanismes de protection de ce genre.Les moyens d\u2019action de l\u2019O.N.U.elle-même doivent également être développés.Que l\u2019Assemblée, à la longue, se voit habilitée, après des transformations visant à la rendre plus représentative, à exercer une compétence législative dans certains domaines intéressant l\u2019ensemble de la communauté mondiale, voilà qui ne contredirait en aucune façon le dessein de Jean XXIII.Que les États se soumettent tous à la juridiction obligatoire de la Cour internationale de Justice pour le règlement de leurs différends et que le maintien de la paix et la protection contre les agressions injustes soient garantis par l\u2019existence d\u2019une force de police internationale, d\u2019une « garde de l\u2019O.N.U.», comme le voulait Trygve Lie, voilà qui s\u2019inscrit assurément dans la ligne du progrès envisagé dans l\u2019encyclique.D\u2019autre part, le Pape fait une mise en garde contre l\u2019instauration d\u2019un pouvoir supra-national par la force, mesure qui favoriserait les nations les plus puissantes; il ajoute que l\u2019organisation internationale doit respecter la liberté des États et s\u2019interdire toute ingérance dans leurs affaires internes.11 ressort du contexte que Jean XXIII pense à la sphère d\u2019action propre à chaque État, à son autonomie, et non à la souveraineté traditionnelle.Entre les deux voies qui s\u2019offrent aux hommes d\u2019État, \u2014 la paix par l\u2019empire ou la paix par le fédéralisme \u2014 le choix du Pape ne fait aucun doute.D\u2019ailleurs, son prédécesseur l\u2019avait déjà laissé entendre, en 1951, alors qu\u2019il recevait les membres du Mouvement pour une confédération mondiale.* L\u2019encyclique Pcicem in terris fait reposer l\u2019ordre international sur deux piliers principaux: d\u2019une part, le respect des droits et des libertés de l\u2019homme et de l\u2019État; d\u2019autre part, le renforcement de l\u2019autorité appelée à gouverner la communauté mondiale.Le progrès est lié à la recherche d\u2019un nouvel équilibre entre ces pôles, équilibre fondé sur le bien commun de tous les peuples.Tous les hommes de bonne volonté voudront travailler à cette rénovation de la dignité humaine et des structures de la communauté.Si l\u2019encyclique a peu innové par rapport à la tradition, Jean XXIII a l\u2019immense mérite d\u2019annoncer clairement que l\u2019heure de VOrbis a sonné.166 RELATIONS VIII.-INDÉPENDANCE ET MINORITÉS Richard ARÈS, S.].PARMI LES NOMBREUSES QUESTIONS auxquelles l\u2019encyclique Pacem touche en passant, il en est deux qui intéressent particulièrement le Canada français, parce qu\u2019elles font pour ainsi dire écho à deux de ses préoccupations majeures d\u2019aujourd\u2019hui: l\u2019indépendance des peuples et le sort des minorités ethniques.Il convient de consacrer au moins quelques lignes de présentation et de commentaires à ce que dit sur chacune d'elles l'encyclique.L\u2019indépendance des peuples Pour saisir l\u2019exacte portée du passage sur l'indépendance des peuples, il importe de le replacer dans son contexte et de tenir compte de la nature du jugement formulé à cette occasion; si l'on oublie l\u2019une ou l\u2019autre de ces deux conditions, on ne peut que se méprendre sur la véritable importance de ce passage.En deux mots, il s\u2019insère, comme une sorte de conclusion, dans la première partie de l\u2019encyclique et son contenu est présenté comme un « signe des temps ».La première partie de l\u2019encyclique, on le sait, porte sur l'ordre entre les êtres humains; elle énonce les conditions d'un ordre vraiment humain capable d\u2019assurer la paix à l\u2019humanité.Un tel ordre doit se fonder sur la personne humaine, lui reconnaître ses droits et lui faciliter ses devoirs partout dans le monde entier.Ainsi, par exemple, il devra garantir le droit de tous d\u2019accéder aux biens de la culture et de prendre une part active à la vie publique; il devra tendre à réaliser une société d\u2019hommes libres, c\u2019est-à-dire « faits pour assumer la responsabilité de leurs actes » (34).Après une description détaillée de cet ordre idéal, l\u2019encyclique signale trois faits, trois « signes des temps », qui marquent chacun une tendance actuelle vers la réalisation d\u2019un tel ordre: la promotion économique et sociale des classes laborieuses, l\u2019entrée de la femme dans la vie publique et la transformation de l\u2019organisation sociale et politique de l'humanité par l\u2019accession des peuples à l\u2019indépendance politique.Voici comment, à propos de ce troisième signe ¦des temps, s\u2019exprime l\u2019encyclique: Plus de peuples dominateurs et de peuples dominés: toutes les nations ont constitué ou constituent des communautés politiques indépendantes.Les hommes de tout pays et continent sont aujourd\u2019hui citoyens d\u2019un État autonome et indépendant, ou ils sont sur le point de l'être.Personne ne veut être soumis à des pouvoirs politiques étrangers à sa communauté ou à son groupe ethnique.On assiste, chez beaucoup, à la disparition du complexe d\u2019infériorité qui a régné pendant des siècles et des millénaires; chez d'autres, s'atténue et tend à disparaître, au contraire, le complexe de supériorité, issu de privilèges économiques et sociaux, du sexe ou de la situation politique.(41-42.) Si l\u2019on considère le contexte général où s\u2019insère ce passage, il paraît clair que le Pape regarde avec satisfaction, avec approbation même, cette marche des peuples vers l'indépendance.Tout comme la promotion économique et sociale des classes laborieuses et l\u2019entrée de la femme dans la vie publique, l\u2019accession des peuples à l\u2019indépendance est présentée ici comme un signe actuel d\u2019un ordre plus humain en élaboration, d\u2019un ordre où les droits de l\u2019homme seront mieux respectés et ses devoirs accomplis plus librement, bref d\u2019un ordre qui permettra à l\u2019homme d\u2019être considéré et de se conduire lui-même comme une personne, douée d\u2019intelligence et de volonté libre, sujet de droits et de devoirs inaliénables.La tentation peut être grande de faire dire à ce texte plus qu\u2019il ne dit; aussi importe-t-il de bien noter la nature du jugement qu\u2019il contient.Le pape n\u2019affirme pas, de façon absolue, le droit de tous les peuples et de toutes les nations à l\u2019indépendance politique, encore moins affirme-t-il ce droit de toutes les minorités ethniques; il se contente de constater un fait: celui de l\u2019accession des peuples à l\u2019indépendance, fait qui lui paraît digne d\u2019être signalé comme marque d\u2019un progrès humain.Le jugement qu\u2019il porte est donc beaucoup plus de fait que de valeur, beaucoup plus de constatation que de doctrine.Est-ce à dire que, pour les Canadiens français, surtout pour ceux du Québec, ce texte ne comporterait aucune application pratique?Nullement, car je ne vois pas pourquoi il ne leur serait pas permis, à la suite du pape, de souhaiter pour eux-mêmes et de considérer comme un progrès humain pour leur communauté nationale tout ce qu\u2019énumère l\u2019encyclique: la suppression des distinctions entre peuple dominateur et peuple dominé; la qualité de citoyens d\u2019un État autonome et indépendant ainsi que la volonté de ne pas être soumis à des pouvoirs politiques étrangers à leur communauté ou à leur groupe ethnique; la disparition de leur complexe d\u2019infériorité et la diminution, chez d\u2019autres, d\u2019un complexe de supériorité, issu de privilèges économiques et sociaux ou de la situation politique.Tout cela est désirable en soi et rien n\u2019empêche les Canadiens français de le désirer aussi pour eux-mêmes; mais le désirable en soi ne s\u2019identifie pas toujours au concrètement et au justement réalisable.Sans traiter explicitement de ce dernier point, l\u2019encyclique y touche quelque peu quand, dans la troisième partie, après avoir demandé que les rapports entre les communautés politiques se conforment aux règles de la justice, elle en vient à parler du sort des minorités ethniques.Le sort des minorités Cette question des minorités ethniques, l\u2019encyclique l\u2019aborde également par une constatation de fait: en dépit des efforts pour faire coïncider communautés politiques et communautés nationales, il y a encore des pays où ne coïncident pas les frontières géographiques et ethniques; « d\u2019où le phénomène des minorités et les problèmes si difficiles qu\u2019elles soulèvent » (93).Mais, alors que, dans la question précédente, l\u2019encyclique se contentait de signaler comme un signe des temps le fait de l\u2019accession graduelle des peuples à l\u2019indépendance, ici elle porte des jugements de valeur et donne des directives tant aux pouvoirs publics qu'aux minorités elles-mêmes.JUIN 1963 167 Aux pouvoirs publics le pape rappelle, en termes énergiques, qu'ils ont à l\u2019égard de leurs minorités un double devoir: d\u2019abord, ne pas leur nuire, ensuite, leur rendre service.Nous devons déclarer de la façon la plus explicite que toute politique tendant à contrarier la vitalité et l\u2019expansion des minorités constitue une faute grave contre la justice, plus grave encore quand ces manœuvres visent à les faire disparaître.Par contre, rien de plus conforme à la justice que l\u2019action menée par les pouvoirs publics pour améliorer les conditions de vie des minorités ethniques, notamment en ce qui concerne leur langue, leur culture, leurs coutumes, leurs ressources et leurs entreprises économiques.(94-95.) En prenant ainsi position en faveur des minorités, l\u2019encyclique ne fait qu\u2019appliquer concrètement la doctrine qu\u2019elle a formulée dans la première partie à propos des droits de la personne humaine et dans la deuxième au sujet du bien commun.Protéger les premiers, réaliser le second, telle est la raison d\u2019être des pouvoirs publics.Or, les droits des minorités se fondent en définitive sur les droits de la personne humaine elle-même et, précise l\u2019encyclique, « les particularités ethniques qui distinguent les différents groupes humains s\u2019inscrivent dans l\u2019aire du bien commun, sans suffire pour autant à sa définition complète » (54).A ce double titre, les minorités ont le droit de compter sur la protection et l\u2019assistance des pouvoirs publics, d\u2019autant plus que, la plupart du temps, elles sont faibles et dans le besoin.Décrivant, en effet, le rôle de l\u2019État, l\u2019encyclique demande à ce dernier de servir les intérêts de tous sans favoritisme à l\u2019égard de telle classe de la société et de ne pas permettre que « la prédominance accordée à des individus ou à certains groupes n\u2019installe dans la nation des situations privilégiées »; puis, elle ajoute: Mais des considérations de justice et d\u2019équité dicteront parfois aux responsables de l\u2019État une sollicitude particulière pour les membres les plus faibles du corps social, moins armés pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts légitimes.(55.) Voilà pour les pouvoirs publics.Aux minorités le pape donne aussi deux directives: ne pas exagérer l\u2019importance de leurs particularités et prendre conscience des avantages de leur condition.L\u2019idée de base qui préside à cette double directive pourrait s\u2019exprimer ainsi: il ne faut pas confondre le national avec l\u2019humain, ni identifier une nation particulière avec l\u2019humanité.L\u2019homme, même s\u2019il s\u2019incorpore nécessairement à une nation, possède, du fait de son esprit, des aspirations et des aptitudes universelles; son bien intégral est plus grand et plus vaste que le bien qu\u2019une seule nation peut lui procurer.Aussi ne doit-il pas se renfermer avec suffisance dans les bornes de sa propre culture nationale, mais s\u2019ouvrir aux autres cultures et s\u2019enrichir, à leur contact, de tout ce qu\u2019il y trouvera d\u2019humain.Cette idée, l\u2019encyclique la développe et l\u2019applique aux minorités dans les termes suivants: On observera pourtant que ces minorités, soit par réaction contre la situation pénible qui leur est imposée, soit en raison des vicissitudes de leur passé, sont assez souvent portées à exagérer l\u2019importance de leurs particularités, au point même de les faire passer avant les valeurs humaines universelles, comme si le bien de toute la famille humaine devait être subordonné aux intérêts de leur propre nation.Il serait normal, au contraire, que les intéressés prennent également conscience des avantages de leur condition: le contact quotidien avec des hommes dotés d\u2019une culture ou d\u2019une civilisation différente les enrichit spirituellement et intellectuellement et leur offre la possibilité d\u2019assimiler progressivement les valeurs propres au milieu dans lequel ils se trouvent implantés.Cela se réalisera s\u2019ils constituent comme un pont qui facilite la circulation de la vie, sous ses formes diverses, entre les différentes traditions ou cultures, et non pas une zone de friction, cause de dommages sans nombre et obstacle à tout progrès et à toute évolution.(96.) Il serait intéressant ici d\u2019appliquer ces considérations à nos minorités au Canada, en particulier à la minorité anglaise au Québec et à la minorité française dans les autres provinces.Est-il vrai de dire de l\u2019une ou de l\u2019autre, de l'une plus que de l\u2019autre ou des deux à la fois qu\u2019elles sont portées à exagérer l\u2019importance de leurs particularités, n\u2019ont pas assez conscience des avantages de leur condition et maintiennent entre elles et la majorité une zone de friction au lieu d\u2019un pont destiné à faciliter les échanges culturels et humains ?La réponse à cette question se trouve dans l\u2019histoire des minorités canadiennes depuis la Confédération jusqu\u2019à nos jours.Qu\u2019il suffise de constater que, dans neuf provinces sur dix, ce n\u2019est pas la minorité française qui a refusé systématiquement de pratiquer l\u2019ouverture à l\u2019autre, d\u2019apprendre la langue de l\u2019autre et même d\u2019assimiler la culture de l\u2019autre jusqu\u2019au point de nuire à la sienne propre.Un pont n\u2019est solide que s\u2019il repose sur au moins deux piliers, il n\u2019est pleinement utile que s\u2019il favorise les communications des deux côtés à la fois.S\u2019il n\u2019admet de circulation qu\u2019à sens unique et toujours du côté majoritaire et si l\u2019un de ses piliers se détériore sans que personne ne se préoccupe de le réparer, un pont finit ou par se détruire lui-même ou par devenir inutile, tout le monde étant rendu sur le même côté L En touchant à ces deux questions de l\u2019indépendance des peuples et du sort des minorités, l\u2019encyclique touche à deux problèmes très actuels de la vie canadienne.D\u2019où sa très grande importance pour nous.Si nous voulons cependant résoudre ces problèmes à sa lumière, nous ne pouvons nous contenter des deux brefs passages qui les mentionnent, c\u2019est la doctrine tout entière de l\u2019encyclique, surtout celle qu\u2019exposent la première et la deuxième partie, qu\u2019il nous faut appliquer à notre pays.1.Cet article était déjà rédigé quand les journaux publièrent de pertinentes observations sur le même sujet par S.Exc.Mgr Sebastiano Baggio, délégué apostolique au Canada.L\u2019illustre prélat demande aux organismes canadiens-français d\u2019étudier avec soin ces paroles du pape,, et il ajoute: « Le Pape, ayant réaffirmé vigoureusement le respect dû aux valeurs ethniques de votre nationalité, vous invite donc à vous approprier l\u2019analogie du pont, à devenir le nœud d\u2019une communication de valeurs.» Il faut lire avec soin l\u2019énumération des valeurs que, selon le Délégué apostolique, les Canadiens français peuvent et doivent communiquer aux autres, et celle des valeurs qu\u2019ils pourraient recevoir des autres qui les entourent: « Jean XXIII n\u2019envisage pas uniquement le danger de se dépouiller en donnant, mais encore la possibilité bien réelle de recevoir dans un commerce loyal et de longue haleine.» (Cf.le Devoir du 6 mai 1963.) 168 RELATIONS IX.-DÉSARMEMENT INTÉGRAL Luigi d'APOLLONIA, S.J.IA TROISIÈME PARTIE de Pacem in terris traite des rapports des communautés politiques entre elles: ¦\u201c* racisme, colonialisme, sort des minorités, équilibre entre populations, terres et capitaux, drame des réfugiés politiques, aide aux pays en voie de développement.Le passage le plus marquant, toutefois, est consacré au désarmement.Nous nous limiterons à ce point.D\u2019ailleurs, il enveloppe les autres puisque le désarmement demandé est le désarmement intégral, matériel et moral.Mais avant de parler de désarmement, il est nécessaire de situer ce problème dans l\u2019unité de l\u2019ensemble dont il est un élément.1.Doctrine de l\u2019ordre Encyclique sur le désarmement, a-t-on dit.Et c\u2019est juste.Nulle part, en effet, mention n\u2019est faite, pour les condamner, de la guerre révolutionnaire, de la guerre subversive, de la guerre léniniste de libération; et nulle part, pour l\u2019approuver, de la guerre de légitime défense.Aucune définition de l\u2019agression.Rien sur l\u2019objection de conscience, la doctrine de la non-violence, le pacifisme.Seul, le désarmement est demandé.Que dis-je demandé?Il est exigé presque par le vicaire du Christ Jésus, Sauveur du monde et Auteur de la paix, traduisant les aspirations les plus ardentes de la famille humaine tout entière, et suivant l\u2019impulsion de (Son) cœur, anxieux du bien de tous.(116.) Une seule fois, auparavant, le Nom au-dessus de tout nom a été prononcé, pour dire aux hommes qu\u2019ils ont été rachetés par le sang du Christ Jésus.Ce Nom ne reviendra plus avant l\u2019exhortation finale.D\u2019où non seulement l\u2019audace tranquille de ce passage sur le désarmement, mais sa solennité singulière.Le recours aux armes est une institution désuète, du moins sous la forme de guerre totale; et il semble bien que le Pape ait de sérieuses raisons pour croire que celle-ci ne peut éclater, sinon par surprise ou par accident.Tôt ou tard, le désarmement aura le dernier mot; et l\u2019effort actuel doit aller dans ce sens par la voie des négociations, la voie de l\u2019O.N.U., la voie de l\u2019organisation politique du monde, puisque la guerre, en dernière analyse, est une manifestation aiguë de son inorganisation.Il serait inconcevable que des chrétiens minimisent par une exégèse subtile la pensée du Pape, ou la majorent parce qu\u2019elle concorde sur tel point avec leurs idées.Et ce serait une perversion de toute l\u2019encyclique que de politiser cet appel au désarmement à des fins de propagande.Tout homme de bonne volonté se demandera, au contraire, quel est le poids spécifique de ce passage et cherchera la place précise qu\u2019il occupe dans l\u2019unité du tout, sans rien passer sous silence, évidemment, surtout l\u2019essentiel.Car cette encyclique se présente comme un traité de paix, logique et majestueux par le plan d\u2019ensemble, noble et serein par le ton, simple et actuel par le vocabulaire.Le désarmement commence par la simple honnêteté devant le texte.Or, ce qui est dit et redit par Jean XXIII, répété et comme martelé, à partir non de la Révélation mais de la raison afin de rejoindre tous les hommes, c\u2019est qu\u2019on n\u2019obtiendra pas le désarmement, la fin de toutes les formes de racisme et de colonialisme, et tout le reste, à moins de bâtir notre monde dans l\u2019ordre.Pour nombre de gens, sinon pour la plupart, paix signifie absence de guerre; mouvement pour la paix, mouvement contre la guerre et la bombe.Mais la paix n\u2019est pas, dans son essence, l\u2019absence de guerre.Elle est un ensemble vita-lement hiérarchisé et harmonisé de valeurs temporelles et spirituelles.L\u2019absence de guerre peut tout aussi bien protéger la tranquillité du désordre.Ubi silentium faciunt, pacem appellant, disait déjà Tacite de la Pax Romana : « Ils appellent paix imposer le silence.» La paix n\u2019est pas cette tranquillité, ni celle du désordre.Elle est « la tranquillité de l\u2019ordre.Et l\u2019ordre, c\u2019est cette disposition qui, suivant la parité ou la disparité des choses, assigne à chacune sa place ».Même si Jean XXIII ne cite pas cette définition célèbre de saint Augustin, toute l\u2019encyclique en est le commentaire.Au grand portail de l\u2019introduction, le Pape a voulu graver cette inscription de noble allure: La paix sur la terre, objet du profond désir de l\u2019humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s\u2019affirmer que dans le respect absolu de l\u2019ordre établi par Dieu.(1.) Toute l\u2019architecture de l\u2019encyclique part de ce préambule.Et à mesure qu\u2019on avance sous l\u2019immense voûte harmonieuse que soutiennent les quatre colonnes gigantesques de la vérité, de la justice, de la charité et de la liberté, chaque ligne de fuite, chaque pierre crient: « Il y a un ordre dans l\u2019univers.Il y a un ordre dans l\u2019homme.Il y a un ordre dans la société.Gloire à Dieu! Paix aux hommes de bonne volonté! » La paix est donc trois fois un ordre: ordre des choses, ordre des êtres humains, ordre des sociétés.Une sagesse positiviste voudrait, il est vrai, que l\u2019ordre humain, qui commande l\u2019ordre de la société, ne soit qu\u2019un cas particulier d\u2019un ordre naturel qui le comprend et le cerne.Que la paix soit un ordre des choses qui relève d\u2019innombrables facteurs physiques, géographiques, biologiques, cette vérité ne prête pas à discussion.Dès les premières lignes de l\u2019encyclique, toutefois, le Saint Père lève l\u2019équivoque que cache l\u2019idée vague et confuse de nature.Il cite l\u2019éloge que fait le psalmiste de l\u2019homme, et qui paraîtrait extravagant s\u2019il n\u2019était inspiré par l\u2019Esprit Saint: Tu l\u2019as fait de peu inférieur aux anges; de gloire et d\u2019honneur Tu l\u2019as couronné; Tu lui as donné pouvoir sur les œuvres de tes mains, Tu as mis toutes choses, sous ses pieds.(3.) Tout l\u2019ordre des choses est donc soumis à l\u2019ordre de l\u2019homme, et l\u2019ordre de l\u2019homme à l\u2019ordre établi par Dieu.JUIN 1963 169 Lieux communs d'une vieille sagesse, dira-t-on.Le Pape n\u2019est pas de cet avis.Il prend la peine de dénoncer formellement\u2014 ce qui est rare \u2014 la pensée contraire: La pensée humaine commet fréquemment l\u2019erreur de croire que les relations des individus avec leur communauté politique peuvent se régler selon les lois auxquelles obéissent les forces des éléments irrationnels de la nature, alors que les normes de la conduite humaine sont d\u2019une autre essence: il faut les chercher là où Dieu les a inscrites, à savoir dans la nature humaine.(6.) Or, cette dualité, affirmée si énergiquement, est l\u2019âme même d\u2019une philosophie politique personnaliste et communautaire.« La même loi, en effet, qui régit la vie des hommes doit régler aussi les rapports entre les États.» Les conséquences qui découlent de cette affirmation sont immenses.Comme les hommes, les communautés politiques sont liées entre elles par des droits et des devoirs réciproques.Par suite, leurs rapports ne sont pas soumis aux dures lois biologiques de la lutte pour la vie, de la sélection naturelle, du survival of the fittest, comme le veulent le marxisme, le libéralisme doctrinal et toutes politiques de domination.La guerre ne répond pas à une nécessité démographique, destructrice des « surplus », ou à un besoin psychologique, remède à l\u2019ennui des nations.Elle n\u2019est pas un instrument de progrès, le « moteur de l\u2019histoire ».Elle n\u2019est ni fatale, ni inévitable.On n\u2019a pas à s\u2019y accoutumer comme le Moyen Âge s\u2019est accoutumé à la peste et à la famine.Elle peut être vaincue, comme la maladie et la misère, car la paix est une loi du créé, à la fois le but et l\u2019effet de la vie en société.Elle est à faire et à refaire dans la mouvance de l\u2019histoire.Sans doute est-elle un don de Dieu et de la dialectique des voies divines qui ne sont pas nos voies: nez de Cléopâtre, grain de sable de Cromwell, miracles de François d\u2019Assise et de Jeanne d\u2019Arc déconcertants pour les méthodes historiques.La paix, toutefois, ne nous tombera pas du ciel.Elle se présente aussi comme l\u2019œuvre de l\u2019homme, du libre exercice de son action, de son intelligent vouloir, d\u2019un labeur de science et d\u2019un labeur de pensée, bref d\u2019un plan rationnel qui, grâce à un effort de patience, d\u2019éducation, d\u2019imagination créatrice, rejoint pour l\u2019épouser l\u2019ordre non pas décrété par l\u2019homme mais établi par Dieu, qui est de rassembler les communautés politiques dans l\u2019unité de la famille humaine tout entière.Si l\u2019encyclique ouvre des perspectives si audacieuses qu\u2019elles peuvent paraître chimériques à d\u2019aucuns, qu\u2019ils se détrompent.Le Pape ne chevauche pas les nuages.Il sait que jadis un Concile du Latran a interdit l\u2019arbalète et ces armes, comme les bombardes, qui s\u2019opposaient aux règles de la guerre « courtoise », et que, depuis Isaïe, aucun pacte de non-agression n\u2019a encore réussi à transformer les glaives en socs de charrue; mais il sait aussi qu\u2019en matière d\u2019armes hyperboliques, on a abouti à quelque interdiction, comme celle de la guerre chimique qui fut respectée, contre toute attente, lors de la Seconde Guerre mondiale.Il sait que, dix-huit ans après la guerre, les vainqueurs n\u2019ont pas réussi à se mettre d\u2019accord pour conclure la paix; mais il sait aussi que, huit ans après la guerre, les ennemis, par le traité de Rome, ont tissé des mailles économiques et politiques qui rendent un nouveau conflit sur le Rhin sinon inconcevable, du moins pratiquement impossible.Munich est là, bien sûr, pour rappeler la vanité des concessions indéfinies, semées de fleurs de rhétorique, mais aussi un accord entre l'Est et l\u2019Ouest qui a pu rendre la liberté à l\u2019Autriche.Le Pape connaît surtout la soif de paix qui travaille les hommes; et s\u2019il est sans illusion sur leur compte, il leur fait confiance.Tôt ou tard, le désarmement aura le dernier mot, disions-nous, car c\u2019est là, déclare Pacem in terris, un objectif raisonnable, désirable et fécond.Le désarmement n\u2019est pas un mauvais rêve: il est dans l\u2019ordre qui repose sur la vérité, se construit selon la justice, reçoit de la charité vie et plénitude, et enfin s\u2019exprime dans la liberté.2.Désarmement matériel et désarmement moral Avec l\u2019affirmation que l\u2019ordre moral « exige une autorité publique de compétence universelle » et l\u2019appel à la collaboration des croyants et des non-croyants en « toute matière bonne en soi ou qui peut mener au bien », ce sont les propos de l\u2019encyclique sur le désarmement qui ont éveillé le plus d\u2019échos dans le cœur des hommes, et recueilli partout, pures ou intéressées, approbation, adhésion, admiration.On peut ici dire sa surprise, au moins aux chrétiens.L\u2019encyclique, à vrai dire, réserve très peu de place au problème de la guerre; et le désarmement est un des thèmes les plus traditionnels dans l\u2019Eglise.Jean XXIII aurait pu citer cent textes, à commencer par ceux de Léon XIII.Il n\u2019en cite que deux de Pie XII, tant il suppose la chose connue, et se contente de renvoyer en note au message de Benoît XV (1er août 1917) aux gouvernants des peuples.Pour ceux qui l\u2019auraient oublié, Benoît XV proposait, avant le président Wilson et en termes moins présomptueux, les conditions essentielles d\u2019une organisation prermanente de la paix internationale: a) réduction simultanée et réciproque des armements selon des règles et des garanties à établir, b) recours obligatoire aux procédures de solution pacifique, c) sanctions internationales pour réprimer les transgressions éventuelles.Dès son premier discours de Noël (1939), Pie XII s\u2019élevait contre « le pesant esclavage de la course aux armements », et, dans le second des Points fondamentaux d'une paix juste et honorable, demandait d\u2019attribuer, dans les conclusions de paix, « une fondamentale importance à un désarmement mutuellement consenti, organique, progressif ».Deux ans plus tard, après la Charte de l\u2019Atlantique, il faisait du désarmement « progressif et adéquat » l\u2019une des « conditions essentielles » d\u2019un véritable ordre international.Il proposait de commencer par « une limitation ample et proportionnée dans la fabrication et la possession d\u2019armes offensives ».Dans son message de Noël (1956), il est plus explicite: il veut voir « renforcer l'autorité de l\u2019O.N.U., surtout pour l\u2019obtention du désarmement général » et « transformer en obligation stricte de droit international » l\u2019engagement de chacun des États, car l\u2019O.N.U.fait preuve d\u2019une étrange timidité en la matière.Rien de neuf dans ce que demande Jean XXIII.Au nom de la justice, de la sagesse, du sens de l\u2019humanité, il réclame a)\tla réduction parallèle et simultanée des armements, b)\tla proscription de l\u2019arme atomique, c) le désarmement dûment effectué d\u2019un commun accord et accompagné de contrôles efficaces.170 RELATIONS « Réduction parallèle et simultanée », « commun accord accompagné de contrôles efficaces », je vois peu d\u2019encouragement dans ces lignes, soit dit en passant, pour tous les partisans d\u2019un désarmement unilatéral, à moins qu\u2019ils n\u2019aillent promener leurs placards derrière le rideau de fer.Mais passons pour rester dans le ton de l\u2019encyclique.Si donc la voix de Jean XXI11 a fait choc, ce n\u2019est pas à cause de la nouveauté de la doctrine.C\u2019est plutôt, croyons-nous, à cause de sa manière d\u2019agir qui est de créer un climat, puis, profitant de la circonstance et choisissant le moment, de parler avec cet accent simple et direct qui est son secret.Ainsi sa voix revêt-elle une étonnante actualité.Il est toujours instructif de noter la date des encycliques.Rerum novarum, en 1891, aux temps lugubres de F Assommoir de Zola et de Bleak House de Dickens, tombait juste.Quadra-gesimo anno, 40 ans après, déplaçait l\u2019accent et tombait juste.Mater et Magistra, trente ans plus tard, résumant tous les enseignements précédents et s\u2019attachant aux « nouveaux aspects de la question sociale », arrivait à point.Pacem in terris de même: elle reflète, peut-on dire, les transformations du monde depuis la guerre, les aspirations de tous les peuples, le bon sens.L\u2019arme de dissuasion a, sans doute, sauvé la paix une fois ou l\u2019autre au cours de l\u2019après-guerre.Cet équilibre de la terreur est, toutefois, précaire, dangereux et, à la longue, inefficace.Les adversaires commencent à s\u2019en rendre compte.La guerre totale moderne ne répond plus à aucune des fonctions historiques de suppléance.Et si les peuples ne sont pas prêts à admettre que la guerre, toute guerre, est une situation objective immorale, l\u2019intérêt commun les pousse dans la voie des négociations et des conventions internationales de désarmement.Tout le monde est d\u2019accord.Aussi Jean XX1IT écrit-il uniment: C\u2019est pourquoi, il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice d\u2019une violation de droits.(126.) Mais alors, demandera-t-on, pourquoi l\u2019échec de tant de plans de désarmement général ou partiel, à partir du plan Baruch jusqu\u2019à la conférence de Genève, pour ne pas remonter à la conférence de La Haye et à Locarno ?Il ne faut pas en chercher la raison dans la complexité, si ébouriffante soit-elle, de ces projets.Le désarmement matériel n'est possible que s\u2019il est précédé et accompagné d\u2019un désarmement moral, c\u2019est-à-dire de la fin des guerres silencieuses, d'un apaisement profond de l\u2019opinion publique, d\u2019une « confiance réciproque », d\u2019une « loyauté dans la diplomatie », d\u2019une « fidélité dans l\u2019observation des traités », bref d\u2019un climat pacifique qui rende ridicules les rideaux de fer, la censure de l\u2019information, les strophes sauvages de certains hymnes nationaux, les vibrantes exaltations des conquérants, la course aux armements.La course aux armements, surtout.Car celle-ci appelle un effort égal chez l\u2019adversaire qui provoque, à son tour, un effort supplémentaire chez le premier afin de conserver ou d'obtenir l\u2019avantage, quitte à le perdre pour le rattraper de nouveau: militairement, la course aux armements est une vis sans fin.De plus, la voracité des armes engloutit des tranches énormes du trésor public, au grand détriment des citoyens, de leur vie décente, d\u2019un logement digne, de JUIN 1963 l\u2019éducation des enfants, sans parler des justes exigences des pays plus pauvres: économiquement aussi, la course aux armements est une vis sans fin.Enfin, cette course sécrète le poison de la peur: peur des peuples qui agit sur les gouvernants, et peur des gouvernants qui agit sur les peuples: psychologiquement aussi, on est pris dans une vis sans fin.Comme l\u2019écrivait Pie XI dans une lettre pontificale (7 avril 1922): « La meilleure garantie de tranquillité n\u2019est pas une forêt de baïonnettes, mais la confiance mutuelle et l\u2019amitié.» On comprend l\u2019insistance solennelle de Jean XXIII: Mais que tous en soient bien convaincus: l\u2019arrêt de l\u2019accroissement du potentiel militaire, la diminution effective des armements et \u2014 à plus forte raison \u2014 leur suppression, sont choses irréalisables ou presque sans un désarmement intégral qui atteigne aussi les âmes: il faut s\u2019employer unanimement et sincèrement à y faire disparaître la peur et la psychose de guerre.Cela suppose qu\u2019à l\u2019axiome qui veut que la paix résulte de l\u2019équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s\u2019édifier que dans la confiance mutuelle.Nous estimons que c\u2019est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité.(112.) Du désarmement, il ne faut attendre ni trop ni trop peu.Nulle part le Pape ne dit qu\u2019il suffit de supprimer les armes pour abolir du même coup la guerre.Il dit même exactement le contraire: qu\u2019il ne faut rien attendre ou presque du désarmement matériel s\u2019il n\u2019est pas le résultat d\u2019un épanouissement des âmes.Le désarmement sera moral, ou il ne sera pas.Les peuples primitifs qui n\u2019avaient que des haches de silex s\u2019entendaient très bien pour faire la guerre.* * * Parce qu\u2019il y a un bien commun universel, le désarmement s\u2019impose.Il ne constitue, cependant, qu\u2019un élément de la paix, relié à d\u2019autres.Jean XXIII voit le monde en marche vers son unité institutionnelle.Bien sûr que cette unité n\u2019est pas pour demain.Dès aujourd\u2019hui, cependant, elle nous place devant des options.Il faut obtenir la cessation des essais nucléaires et l\u2019interdiction de ces engins; il faut adapter les structures et les moyens d\u2019action de l\u2019O.N.U.« à l\u2019étendue et à la valeur de sa haute mission »; il faut mettre en place toutes ses communautés « régionales » qui conduiront, en fin de compte, à l\u2019instauration d\u2019un « pouvoir supra-national ou mondial », à la constitution d\u2019une « autorité publique de compétence universelle » dont l\u2019O.N.U.n\u2019est qu\u2019une approximative esquisse.En d\u2019autres mots, il faut travailler pour que disparaisse l\u2019État-nation.L\u2019impôt du sang sera, en effet, inévitable \u2014 et légitime dans certains cas \u2014 tant que le monde sera divisé en États absolument souverains, et qu\u2019une autorité super-étatique, née du consentement des peuples, sera impuissante à soumettre la volonté des États au droit international, et à faire ainsi de tous les citoyens, au cas de mobilisation illicite, des objecteurs de conscience et, dans leur résistance à l\u2019autorité nationale, des forces de l\u2019ordre sous la protection efficace d\u2019un « pouvoir mondial ».La solution au problème de la paix se trouve dans l\u2019organisation du monde suivant un ordre qui se fonde et s\u2019affirme dans « le respect absolu de l\u2019ordre établi par Dieu ».Cette paix sur terre coïncide avec le désarmement intégral.171 X.-LE CATHOLIQUE ET LA VIE PUBLIQUE Yves PRÉVOST, C.R.UN HEBDOMADAIRE FRANÇAIS, qu\u2019on ne peut certes pas accuser de cléricalisme, France-Observateur, faisait remarquer, dans sa livraison du 18 avril, que « Jean XXIII sera peut-être plus pour l\u2019Histoire le Pape de l\u2019encyclique Pacem in terris que celui qui réunit le Concile Vatican II », ajoutant toutefois « que les événements se rejoignent ».Il est heureux qu\u2019un document pontifical reçoive un tel accueil; il ne faudrait pas croire, toutefois, que le Pape actuel prêche des doctrines complètement nouvelles.Comme il l\u2019a fait d\u2019ailleurs dans tous les domaines depuis qu\u2019il a succédé à Pie XII, Jean XXIII présente sous un éclairage nouveau de vieilles vérités qu\u2019il incarne ainsi davantage dans le siècle.Pour nous convaincre de cette continuité de la parole pontificale, il suffit de noter les nombreuses références que donne le Pape, dans Pacem in terris, aux textes de ses prédécesseurs.Comme de nombreux sujets sont traités dans Pacem in terris, qu\u2019il faut lire d\u2019ailleurs en se souvenant de Mater et Magistra, les deux textes se complétant, chacun peut s\u2019arrêter aux aspects qui l\u2019intéressent davantage.Ayant longtemps participé à la vie publique, sous diverses formes, je voudrais souligner trois points de l\u2019encyclique: le Pape nous fait un devoir de participer à la vie publique; il nous demande de le faire avec toute la compétence et toutes les connaissances requises; enfin il veut que notre foi y inspire tous nos actes.Une fois de plus, écrit Jean XXIII, Nous invitons Nos fils à participer activement à la gestion des affaires publiques et Nous leur demandons de contribuer à promouvoir le bien commun de toute la famille humaine ainsi que de leur propre pays.Éclairés par leur foi et mus par la charité, ils s\u2019efforceront aussi d\u2019obtenir que les institutions relatives à la vie économique, sociale, culturelle ou politique ne mettent pas d\u2019entrave, mais au contraire apportent une aide à l\u2019effort de perfectionnement des hommes, tant au plan naturel qu\u2019au plan surnaturel.(145.) Déjà dans Immort ale Dei, Léon XIII avait écrit qu\u2019 « en règle générale, refuser de prendre toute part aux affaires publiques serait aussi répréhensible que de n\u2019apporter à l\u2019utilité commune ni soin ni collaboration ».Le Pape n\u2019entre pas dans les détails précis de l\u2019activité politique qui varie, il est sûr, avec les hommes et leurs aptitudes.Les uns devront se contenter de servir le bien public comme simples citoyens, en votant consciencieusement lors des élections, en payant leurs impôts sans trop maugréer et en se tenant au courant des problèmes de notre époque, grands et petits.D\u2019autres sont appelés à jouer un rôle plus considérable et ont vraiment une vocation à la vie politique.Il faut pour cela des qualités spéciales dont la plus importante me semble le goût de servir et aussi celui de communiquer avec les gens.Mais que ce soit comme citoyen, comme homme public ou comme homme d\u2019œuvres, nous devons participer à la vie publique avec toute la compétence requise.« Pour pénétrer de sains principes une civilisation, et pour l\u2019imprégner d\u2019esprit chrétien, nous fait remarquer Jean XXIII, on ne peut se contenter des lumières 172 de la foi ni d\u2019une bonne volonté ardente à promouvoir le bien.» (146.) Le Pape souligne que « la civilisation moderne se caractérise surtout par les acquisitions de la science et de la technique et que par conséquent on ne peut agir sur les institutions sans compétence scientifique, aptitude technique et qualification professionnelle » (147).Le Pape veut que nous épousions la réalité temporelle et que nous observions les lois propres à chaque domaine.Bien travailler dans le siècle devient ainsi une manifestation de soumission à la volonté divine, « comme une collaboration à l\u2019œuvre créatrice de Dieu et comme un apport personnel à la réalisation de son plan providentiel dans l\u2019histoire » (149).Le Pape veut que nous réussissions « la synthèse de l\u2019effort scientifique, technique et professionnel avec les autres valeurs spirituelles ».Nous avons peut-être cru pendant trop longtemps qu\u2019il existait deux mondes tout à fait différents, celui dans lequel nous pouvions rechercher une sainteté personnelle en nous éloignant des enfants du siècle et un autre monde où il était dangereux de se brûler les ailes.Le monde politique en particulier a souvent eu la réputation pour des raisons parfois faciles à comprendre, d\u2019être un univers dangereux que les purs regardaient avec dédain.Pour ma part, je me souviens d\u2019avoir dit dans une communication que je présentais en 1955, à Cornwall, aux Semaines sociales du Canada, que « ce n\u2019est certes pas un monde où tout n\u2019est que vertu, un paradis d\u2019où sont disparues toutes les tentations de notre pauvre humanité, mais que ce n\u2019est pas non plus un enfer où tout s\u2019explique par de basses convoitises et par des intérêts sordides ».Aussi, suis-je heureux de constater que Jean XXIII invite les catholiques à participer à l\u2019activité civique.Mais le Pape veut qu\u2019il n\u2019y ait pas deux hommes en nous et que règne au contraire « l\u2019harmonie entre la foi religieuse du croyant et ses activités temporelles ».Déjà dans l\u2019encyclique Divini illius magistri, Pie XI avait écrit de même: « Un bon catholique, en vertu même de la doctrine catholique, est le meilleur des citoyens attaché à sa patrie, loyalement soumis à l\u2019autorité civile établie sous n\u2019importe quelle forme légitime de gouvernement ».Jean XXIII note que « dans des pays imprégnés depuis longtemps de la tradition chrétienne, le progrès des sciences et des techniques est actuellement très florissant, et que les moyens aptes à réaliser ce qu\u2019on désire ne manquent pas », mais il ajoute que « souvent l\u2019esprit et le ferment chrétiens y tiennent peu de place » (150).Une telle situation est à première vue assez surprenante car, comme le note encore le Souverain Pontife, « l\u2019élaboration du système a été et reste largement redevable à des hommes qui, faisant profession de christianisme, règlent au moins partiellement leur vie sur les préceptes de l\u2019Évangile » (151).C\u2019est une anomalie que nous connaissons de plus en plus dans notre société.La grande majorité de notre population demeure profondément catholique; elle a la foi, elle fréquente les sacrements, mais cette vie spirituelle personnelle ne se traduit pas toujours dans la vie professionnelle et dans la vie publique.L\u2019encyclique caractérise très RELATIONS bien la situation en disant que « l\u2019action au plan temporel n\u2019est pas en harmonie avec la foi » (151).Une telle situation dérive en particulier de lacunes dans l\u2019éducation de la jeunesse.Quelques lignes de Jean XXIII, dans Pacem in terris, devraient nous convaincre, si cela est nécessaire, de conserver notre système d\u2019éducation inspiré par la religion.Trop souvent, dans beaucoup de milieux, se trouve rompu l\u2019équilibre entre les études religieuses et l\u2019instruction profane, celle-ci se poursuivant jusqu\u2019au stade le plus élevé, tandis que pour la formation religieuse on reste à un degré élémentaire.Il faut donc absolument à la jeunesse une éducation complète et continue, conduite de telle façon que la culture religieuse et l\u2019affinement de la conscience progressent du même pas que les connaissances scientifiques et le savoir-faire technique sans cesse en développement.(152.) C'est dire que, dans le Québec, nous aurions tort d\u2019abandonner un système que l\u2019encyclique nous demande de conserver; seulement, ce système nous avons le devoir de le perfectionner.Si l\u2019encyclique s\u2019adresse avant tout aux catholiques, elle a cependant une caractéristique qu\u2019on a soulignée en plu- sieurs milieux: elle tient compte des non-catholiques et surtout elle encourage les catholiques et les non-catholiques à collaborer dans le domaine économique, social et politique.Elle nous demande cependant de le faire avec prudence, veillant avec grand soin « à n\u2019admettre aucun compromis nuisible à l\u2019intégrité de la religion ou de la morale » (156).L\u2019encyclique nous demande aussi de distinguer, et c\u2019est une idée qui m\u2019est chère, « entre l\u2019erreur et ceux qui la commettent, même s\u2019il s\u2019agit d\u2019hommes dont les idées fausses ou l\u2019insuffisance des notions concernent la religion ou la morale » (157).Le Pape nous donne une leçon de charité que nous devons toujours pratiquer à l\u2019égard de nos adversaires, lorsqu\u2019il souligne que « l\u2019homme égaré dans l\u2019erreur reste toujours un être humain et conserve sa dignité de personne à laquelle il faut toujours avoir égard » (157).Dans un monde où il faut de plus en plus distinguer l\u2019essentiel et le transitoire, entre les principes et les accidents, l\u2019encyclique Pacem in terris sera un guide précieux.Elle le sera en particulier dans le domaine de l\u2019activité de l\u2019État où se déploie pour le bien de tous l\u2019activité des citoyens et des hommes politiques.XI.\u2014 Jalons pour une présence chrétienne dans le monde actuel I Claude RYAN DANS la cinquième partie de Pacem in terris, Jean XXIII reprend un thème qu\u2019il avait déjà abordé vers la fin de Mater et Magistra : celui de la collaboration des catholiques avec des non-catholiques dans le domaine temporel.On sait combien le Pape actuel a renouvelé l\u2019attitude des milieux catholiques envers les non-catholiques en ce qui a trait aux relations proprement religieuses.En se faisant le promoteur d\u2019un œcuménisme actif, Jean XXIII a mis fin à une séparation froide qui durait depuis quatre siècles entre protestants et catholiques.Il a ouvert à la pensée et à l\u2019action religieuses des horizons insoupçonnés.Ses attitudes ont obligé non seulement les catholiques, mais même les chrétiens appartenant à d\u2019autres Églises que celle de Rome, à reviser leurs attitudes traditionnelles sur le problème brûlant des rapports entre chrétiens.Ce qu\u2019il a fait sur le plan formellement religieux, le Pape en préconise aussi la réalisation sur le terrain temporel, c\u2019est-à-dire dans les domaines culturels, économiques et politiques.Dans Mater et Magistra, Jean XXIII se bornait à constater le fait des rapports quotidiens qui se nouent de nos jours entre catholiques et non-catholiques engagés dans des activités économiques et sociales.Acceptant cette situation comme un fait, il se limitait à donner aux catholiques placés dans une telle situation des conseils pastoraux.Il les exhortait à la vigilance doctrinale, à une collaboration loyale avec les non-catholiques « dans des matières qui sont bonnes en soi ou dont on peut tirer le bien »; il insistait enfin sur la nécessaire soumission des catholiques à la hiérarchie dans les cas où cette dernière juge opportun d\u2019intervenir.Rien de tout cela n\u2019est modifié ou abandonné dans Pacem in terris.Au contraire, la dernière encyclique commence par rappeler les enseignements de Mater et Magistra auxquels nous venons de faire allusion.Le paragraphe qui suit la citation de Mater et Magistra peut être considéré comme de la doctrine classique.Jean XXIII rappelle à ses lecteurs la vieille distinction que l\u2019Église a toujours établie entre l\u2019erreur et ceux qui la commettent.Il souligne qu\u2019un homme égaré dans l\u2019erreur ne doit jamais être considéré comme irrémédiablement perdu.Il note enfin qu\u2019une collaboration entre croyants et incroyants dans le domaine temporel peut souvent être, pour les incroyants, le point de départ d\u2019une démarche qui les mènera éventuellement à la plénitude de la vérité.Les paragraphes 158 et 159 vont cependant beaucoup plus loin.Jean XXIIl y aborde le difficile problème de la collaboration des catholiques avec des mouvements historiques fondés dans un but temporel, mais qui ont souvent dû leur origine ou emprunté leur inspiration à des théories erronées portant sur la nature, l\u2019origine et la finalité de l\u2019homme et de la société.Pour juger de ces mouvements avec justice, il faut désormais, propose Jean XXIII, distinguer plus nettement entre les doctrines et les mouvements eux-mêmes.JUIN 1963 173 Une doctrine, une fois fixée et formulée, ne change plus, tandis que des mouvements ayant pour objet les conditions concrètes et changeantes de la vie ne peuvent pas ne pas être largement influencés par cette évolution.Le Pape veut souligner que les mouvements orientés vers des buts temporels ne suivent pas toujours exactement la trajectoire que laissaient deviner leurs origines ou les thèses qui présidèrent à leur naissance.Agissant sur les données mouvantes de la vie économique, sociale et politique, ils sont nécessairement influencés \u2014 sous peine de disparaître ou d\u2019être réduits à l\u2019impuissance \u2014 par les changements continus qui se produisent dans ce domaine.D\u2019où la nécessité pour les catholiques de ne jamais se satisfaire de simples jugements in camera sur des mouvements dont la réalité n\u2019est pas toujours la même d\u2019une année à l\u2019autre, d\u2019une génération à l\u2019autre.D\u2019où aussi la nécessité pour les catholiques, de ne se laisser emprisonner, à l\u2019égard d\u2019aucun mouvement historique, dans une attitude systématique de repli qui rendrait impossibles les collaborations hier impraticables mais aujourd\u2019hui peut-être désirables.Il peut arriver par conséquent que certaines rencontres, au plan des réalisations pratiques qui jusqu\u2019ici avaient paru inopportunes ou stériles, puissent maintenant présenter ses avantages réels ou en promettre pour l\u2019avenir.(159) Cet enseignement pontifical surprendra plus d\u2019un catholique qui fut habitué naguère à juger les grands mouvements historiques de notre temps à partir des textes, fixés une fois pour toutes, de fondateurs ou de congrès souvent inspirés par une philosophie hostile au catholicisme.En fait, l\u2019enseignement de l\u2019Église n\u2019a pas changé.Les erreurs qu\u2019elle condamnait au temps de Léon XIII et de Pie XI, elle les réprouve toujours.Ce sont les doctrines et les institutions des hommes qui ont beaucoup évolué.Or, ce n\u2019est pas la réalité d\u2019hier, mais celle d\u2019aujourd\u2019hui, qui sert de point d\u2019application à l\u2019action pastorale du Pape.Le mot « socialisme », par exemple, évoquait naguère une réalité monolithique, doctrinaire, sectaire, dont les trois piliers idéologiques étaient une vision matérialiste du monde, l\u2019exaltation de la lutte des classes et le rejet du principe de la propriété privée.Ce socialisme primitif et global demeure inacceptable pour l\u2019Église, mais il n\u2019existe que de plus en plus rarement à l\u2019état pur, du moins dans les pays où ne sont point étouffées les libertés démocratiques.Ce qu\u2019on trouve aujourd\u2019hui dans le monde, c\u2019est une variété infinie de socialismes.Il y a celui de M.Nehru, celui de M.Wilson, celui de M.Willy Brandt, celui de Guy Mollet, celui des Scandinaves, celui de Tommy Douglas, celui de M.Nenni, celui de M.Saragat, celui de certains journaux, celui de certains syndicats, celui de certains intellectuels, celui de certains salons.Entre ces socialismes, la commune mesure ne saurait être la trilogie idéologique naguère rejetée par les papes.Nous sommes en face de formes plus ou moins tempérées de socialisme dont certaines, essentiellement pragmatiques, ont vite évacué toute trace d'idéologie antichrétienne, dont d\u2019autres mêmes durent précisément leur origine à une généreuse inspiration chrétienne.174 Chacun de ces types de socialisme continue, au surplus, d\u2019évoluer sous l\u2019influence des hommes et des événements.Le socialisme du jeune Nehru, par exemple, était fortement marxiste, comme Nehru l\u2019avoue lui-même dans la Découverte de l'Inde, mais il a progressivement évolué vers une sorte de démocratie sociale qui ne présente pas de graves difficultés pour une pensée chrétienne ouverte.Il est sans doute trop tôt pour se poser une semblable question à propos du communisme.Mais déjà, les ruptures qu\u2019on peut observer à l\u2019intérieur de ce bloc naguère très monolithique donnent à prévoir qu\u2019avec le temps certains mouvements qui avaient épousé au départ les postulats idéologiques du marxisme évolueront peut-être vers des attitudes concrètes qui ne seront pas indéfiniment inconciliables avec les exigences d\u2019une pensée chrétienne.Le Pape lui-même formulait un vœu dans ce sens il y a quelques jours, lorsqu\u2019il laissait percer son espoir de voir peu à peu évoluer vers des formes plus acceptables la pensée qui inspire les régimes politiques de plusieurs pays du monde.* * * Si l\u2019on compare les textes du pape actuel à ceux de ses prédécesseurs, on y découvre une importante différence d\u2019accent en ce qui a trait au rôle des laïcs dans le monde.On peut reprendre, par exemple, la table des matières d\u2019un volume intitulé Consigne aux militants, où sont réunies les principales directives des papes modernes à l\u2019intention des laïcs catholiques.Dans l\u2019ensemble, ces textes sont fortement évocateurs de la position de défense où fut acculée l\u2019Église par suite des mouvements historiques qui ont donné sa forme au monde actuel.Il y est beaucoup question de lutte contre l\u2019adversaire, de résistance à ses manœuvres, de témoignage intrépide, de résistance courageuse, d\u2019attachement à la saine doctrine, de précautions à prendre contre l\u2019erreur, de la restauration des droits de l\u2019Église, etc.Pour comprendre ces directives, il faut se rappeler le contexte historique où elles furent conçues.L\u2019entrée de l\u2019humanité dans l\u2019âge moderne s\u2019est faite à la faveur de révolutions institutionnelles et intellectuelles qui finiront par apporter beaucoup de bien à tous les hommes, mais qui firent leur irruption dans l\u2019histoire emprisonnées le plus souvent dans une gangue d'idéologies fausses dont elles tendent péniblement, depuis, à se libérer.En voici quelques exemples: 1.Il y eut d\u2019abord la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Cette séparation se fit le plus souvent en Europe sous la forme de ruptures violentes à l\u2019endroit de régimes politico-cléricaux où les hommes d\u2019Église avaient joué un rôle qui débordait de beaucoup leur mission propre.Certains révolutionnaires embrassaient ensemble dans leur fureur de renversement tout ce qui était relié au régime ancien et à l\u2019Église.Ils ne distinguaient pas, dans l\u2019Église, entre l\u2019essentiel et le contingent, entre le permanent et le transitoire.Leurs successeurs, tout en adhérant à ce que ces révolutions temporelles eurent de valable et de durable, RELATIONS ne se sentent pas nécessairement liés par les erreurs philosophiques ou religieuses de leurs devanciers.Aussi longtemps que la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État fut poursuivie dans un esprit sectaire qui tendait à reléguer l\u2019Église à la sacristie, l\u2019attitude de défense adoptée par les catholiques était parfaitement compréhensible.Maintenant que le concept de séparation évolue vers une interprétation plus pragmatique, moins doctrinaire, la tâche des catholiques n\u2019est plus d\u2019abord de « défendre » l\u2019Église, mais de participer en collaboration avec les hommes de bonne volonté à l\u2019élaboration de formes acceptables de rapports entre l\u2019Église et les sociétés civiles du monde moderne.2.\t11 y eut aussi l\u2019émancipation de la science et de la culture profane vis-à-vis de la tutelle traditionnelle dans laquelle elles avaient été tenues à l\u2019endroit de la théologie et de l\u2019autorité ecclésiastique.Cette émancipation se fit, elle aussi, contre les hommes d\u2019Église et même contre l\u2019Église.Elle s\u2019accompagna de maintes erreurs et de douloureuses injustices.Peu à peu, des hommes de bonne volonté, catholiques et non-catholiques, ont su extraire de cette gangue équivoque les éléments valables.Ils ont, par leur propre compétence alliée à une foi exigeante, montré aux non-catholiques que les valeurs religieuses ne sont aucunement opposées au progrès scientifique; et vice versa ils ont prouvé aux catholiques que le progrès autonome des sciences naturelles ne met pas nécessairement en danger la foi et les valeurs religieuses.3.\tIl y eut aussi l\u2019avènement de la démocratie.Ce phénomène s\u2019accompagna au début de refrains égalitaristes qui firent craindre à l\u2019Église un nivellement dangereux des diversités humaines, des croyances, des options philosophiques.Peu à peu, la démocratie, qui servit au début d\u2019appareil pour combattre et anéantir les anciennes féodalités, apparut comme pouvant être une source de grand bienfait non seulement pour les non-catholiques, mais aussi pour les catholiques et tous les hommes de bonne volonté.Aussi les catholiques qui, dans maints pays, s\u2019étaient d\u2019abord tenus à distance des institutions démocratiques modernes, ont peu à peu discerné les chances d\u2019action positive que ces mêmes institutions offraient aux chrétiens éclairés.Depuis le début du xxe siècle, les catholiques d\u2019Europe, en particulier, ont progressivement abandonné leur ancienne attitude de retranchement en face de la démocratie; ils ont adopté une politique de présence qui leur a permis d\u2019assumer des responsabilités positives dans le déve-lopement récent des institutions démocratiques.4.\tL\u2019avènement de la démocratie mit fin à l\u2019uniformité juridique des opinions et adhésions religieuses qui avait cours sous les régimes antérieurs.Avec l\u2019avènement de la démocratie, l\u2019affiliation religieuse des citoyens cesse de dépendre de la qualité des relations que le prince entretient avec les chefs de telle ou telle Église.Elle devient une affaire de conscience personnelle, une question de liberté qui ne saurait être réglée par personne d\u2019autre que par celui qui est immédiatement concerné.Ici encore, on put craindre au début que ce nouveau pluralisme n\u2019aboutisse à une sorte de syncrétisme religieux JUIN 1963 où, réduites à un dénominateur commun excessivement bas, les diverses confessions seraient vidées de leur substance et de leur contenu vital.Il s\u2019avère au contraire que le pluralisme des sociétés actuelles, loin de détruire les diversités religieuses, est pour chaque Église une invitation à donner à ses membres une formation plus sérieuse en vue de les rendre capables de témoigner de leur foi auprès des hommes d\u2019autres croyances qu\u2019ils sont appelés à côtoyer quotidiennement.S\u2019il était normal dans les premiers temps qui suivirent les révolutions modernes, de discerner et de combattre l\u2019esprit belliqueux qui animait ces réformes et de déplorer les conséquences injustes qui en résultaient pour une Église arbitrairement assimilée aux institutions qu\u2019on voulait détruire, il était non moins normal, sur le terrain de l\u2019action, que les catholiques cherchent d\u2019abord à se grouper et à se défendre contre les empiétements de ceux qui voulaient anéantir leurs croyances et leurs institutions.Ces antécédents expliquent la raison d\u2019être et l\u2019utilité historique de ces grands mouvements de masse catholiques qui fleurirent à la fin du siècle dernier en Europe et que certains rêvent inconsidérément de transposer au Canada en 1963.Ces antécédents expliquent aussi la tendance des catholiques du début du siècle à se donner, même sur le terrain économique et social, des institutions de caractère confessionnel destinées à servir de cadres protecteurs non seulement pour leurs intérêts professionnels, mais aussi pour leur foi religieuse.Ils expliquent enfin la tendance prononcée de l\u2019éducation catholique, pendant ces années, à prémunir la jeunesse contre les périls de l\u2019extérieur plutôt qu\u2019à former cette dernière en vue d\u2019une présence constructive dans le monde.* * * Il serait long de raconter en détail la genèse du déplacement d\u2019accent qui s\u2019est opéré à cet égard dans l\u2019Église au cours de la dernière génération.Les accents nouveaux qu\u2019on trouve depuis quelque temps sous la plume de Jean XXIII étonnent peut-être la masse des catholiques et des non-catholiques.Pour ceux qui ont vécu de près l\u2019expérience de renouvellement qui se poursuit dans l\u2019Église depuis au-delà d\u2019un quart de siècle, ces accents nouveaux sont plutôt la confirmation officielle d\u2019un désir qui s\u2019est lentement fait jour dans l\u2019Église depuis de nombreuses années.C\u2019est ce qui leur donne d\u2019ailleurs cette résonance profonde et durable qui accompagne les enseignements du Pape actuel.Il y eut d\u2019un côté l\u2019élimination progressive, dans les institutions contemporaines, des valeurs idéologiques qui étaient hostiles au catholicisme.Le laïcisme militant et antireligieux du siècle dernier, par exemple, a fait place à une laïcité positive qui consiste non pas à vouloir éliminer toute influence religieuse de la vie civile ou sociale, mais à accorder à chaque confession religieuse un traitement équitable, dans le maintien de la distinction traditionnelle entre l\u2019ordre de Dieu et l\u2019ordre de César.Il y eut aussi, à l\u2019intérieur de l\u2019Église, la découverte progressive des lois nouvelles qui conditionnent de nos jours 175 l\u2019action chrétienne sur le monde.Cette découverte fut préparée pendant deux générations par le travail obscur de l\u2019Action catholique, par le progrès des sciences ecclésiastiques, par l\u2019action patiente d\u2019observation et de contact de la diplomatie romaine à travers le monde, par les rapports et les expériences pastorales des évêques et des curés, par un renouvellement du dialogue entre clercs et laïcs.La clé de ce style nouveau de présence qui s\u2019impose au christianisme dans le monde actuel réside dans une conception renouvelée du rôle des laïcs.Désormais, c\u2019est par leur médiation créatrice plutôt que par des négociations subtiles entre princes des deux ordres, que doit et que peut seule se réaliser au jour le jour la jonction mystérieuse entre l\u2019ordre surnaturel et l\u2019ordre naturel que postule l\u2019idéal chrétien.Ce sont les laïcs qui ont non seulement à édifier, mais à consacrer le monde.Pour accomplir cette tâche, les laïcs doivent dépasser l\u2019idéal de combat et de défense qui s\u2019imposa à leurs devan- PSALTERIUM BREVIARII ROMANI Petit format \u2014 gros caractères \u2014 présentation pratique \u2014 tous les Psaumes sur une colonne \u2014 remplace couramment le gros volume du Bréviaire.Le nouveau Psautier latin in-18 (4\" x 6j4\") avec cependant les beaux caractères de notre Bréviaire in-12.4e édition \u2014 680 pages \u2014 impression rouge et noir sur papier indien d\u2019Oxford en cuir artificiel noir \u2014 tranches brunes: $8.75; en cuir noir \u2014 tranches or: $13.00; en chèvre chagrin brun avec tranches brunes: $13.00.BREVIARIUM ROMANUM Le grand Bréviaire Pustel Nouvelle édition 1961 in-12 (4,K\" x 7\") en deux volumes, avec rubriques simplifiées.Nouveau Psautier seulement.Imprimé en rouge et noir, sur le meilleur papier des Indes.Six reliures différentes.MISSALE Nouvelle édition 1962 in-4 (9yé\" x 12^\").Huit reliures différentes.EDITIONS PALM 1949, 55e Avenue,\tDorval, Montréal, P.Q.176 ciers.Ils doivent s\u2019élever à un idéal de présence active et constructive.L\u2019une des caractéristiques de cette présence active sera la recherche de relations nouvelles avec tous les hommes de bonne volonté, par-delà les différences d\u2019étiquettes ou les mauvais souvenirs hérités du passé.Il appartient d\u2019abord aux laïcs de prendre les devants dans ce domaine.Dès qu\u2019ils se mettent à agir, il est inévitable que les laïcs posent des problèmes nouveaux et remettent en cause des modes de relations entre croyants et non-croyants qui avaient eu cours dans des contextes historiques différents.Il ne faut pas se scandaliser si de tels problèmes sont posés à l\u2019attention des catholiques.Mais une telle action comporte des risques considérables non seulement pour la foi et l\u2019Église, mais aussi pour la saine orientation des institutions temporelles elles-mêmes.C\u2019est pourquoi l\u2019Église demande que ses fils engagés à la fine pointe de l\u2019action dans les institutions temporelles agissent toujours en communion intime avec les autorités ecclésiastiques.Le Pape rappelle dans Pacem in terris que si les décisions dans le domaine temporel appartiennent d\u2019abord aux hommes les plus influents sur le plan politique et les plus compétents dans le domaine où une action est engagée, ces derniers n\u2019en doivent pas moins « suivre la doctrine sociale de l\u2019Église et obéir aux directives des autorités ecclésiastiques ».On se souviendra, conclut le Pape, que « les droits et les devoirs de l\u2019Église ne se limitent pas à sauvegarder l\u2019intégrité de la doctrine concernant la foi ou les mœurs, mais que son autorité auprès de ses fils s\u2019étend aussi aux domaines profanes lorsqu\u2019il s\u2019agit de juger de l\u2019application de cette doctrine aux cas concrets ».(159) Ceci nous amène à dire un mot, en conclusion, du style nouveau de rapport qui doit s\u2019établir dans l\u2019Église entre laïcs et pasteurs.Dans un monde où les laïcs sont appelés à assumer des responsabilités de plus en plus étendues, il ne saurait être question, pour ces derniers, d\u2019aller quémander à tout propos des directives auprès de leurs pasteurs ou de leurs évêques.Il ne saurait non plus être question pour les pasteurs d\u2019imposer arbitrairement aux laïcs des directives qui n\u2019auraient aucune chance de se réaliser dans la pratique et qui ne correspondraient pas aux exigences des temps actuels.Pour que les orientations envisagées par les uns et les autres soient en même temps conformes aux attentes du monde actuel et aux exigences permanentes de la doctrine chrétienne, il est essentiel que s\u2019instaure entre laïcs engagés dans le monde temporel et pasteurs voués au salut des âmes, un dialogue fécond et adulte où sera pleinement respectée la dignité et la responsabilité propre des uns et des autres et où seront abordées en toute franchise les problèmes les plus brûlants de notre époque.Il ne servirait à rien pour les laïcs de revendiquer leur autonomie complète et pour les pasteurs de revendiquer leur droit d\u2019intervention.L\u2019un et l\u2019autre de ces droits ne se réalisera en plénitude que dans la loyale acceptation du droit, de la dignité et des privilèges de l\u2019autre.RELATIONS 2867 XII.- «PACEM IN TERRIS» et notre déclaration des droits de l'homme Gérard LABROSSE, S.J.' 1E 1er AVRIL, 1960, la Chambre des communes du Canada adoptait à l\u2019unanimité la Déclaration canadienne des droits de l\u2019homme ou Loi C 792.Chose étonnante, ce geste mémorable du gouvernement n\u2019a cependant pas semblé retenir l\u2019intérêt de l\u2019ensemble des Canadiens.Pour quelle raison ?Nos hommes politiques et notre monde du Droit n\u2019y ont vu qu\u2019une valeur symbolique et une source d\u2019inspiration morale.La masse de la population, elle, peu renseignée par les journaux, n\u2019a guère eu l\u2019occasion d\u2019en apprécier la signification profonde et d\u2019en saisir la portée.La parution de l\u2019encyclique Pacem in terris nous invite à reprendre la question.Avons-nous besoin d\u2019une Déclaration des droits de l\u2019homme?La Loi C 79 mérite-t-elle que nous nous y arrêtions ?Que pouvons-nous, à cette fin, puiser dans l\u2019encyclique Pacem in terris ?Notre déclaration des droits Le Canada, pays jeune et en plein essor, ne possède pas encore toutes les institutions nécessaires à la saine administration de sa population.De graves malaises existent.De plus en plus on parle de séparatisme, de refonte de la Constitution, d\u2019abus du gouvernement fédéral envers les provinces, d\u2019États généraux du Québec, etc.Une foule de droits humains fondamentaux semblent actuellement menacés dans notre pays, qu\u2019il faudrait garantir par de fortes institutions, sinon, l\u2019unité canadienne pourrait être brisée irrémédiablement.D\u2019ici 1967, les gouvernements du Canada devront refondre la Constitution et lui conférer une autorité juridique munie de pouvoirs efficaces.Pacem in terris devrait guider nos législateurs, nos spécialistes et nos hommes politiques dans ces transformations et améliorations.Selon le Pape, tous les pays sans exception, doivent créer les organismes nécessaires à la protection des droits inaliénables des individus et des sociétés.Car le rôle des gouvernants consiste surtout à garantir la reconnaissance et le respect des droits, leur conciliation mutuelle, leur défense et leur expansion.(59.) Dans l\u2019organisation juridique des Communautés politiques à l\u2019époque moderne, on note tout d\u2019abord une tendance à rédiger, en des formules claires et concises, une Charte des droits fondamentaux de l\u2019homme.(74.) Les hommes de notre temps ont acquis une conscience plus vive de leur dignité.(78.) 1.\tProfesseur de philosophie morale au collège Jean-de-Brébeuf, de Montréal.2.\tDéclaration canadienne des droits.Article 1: « Il est par les présentes reconnu et déclaré que les droits de l\u2019homme et les libertés fondamentales ci-après énoncés ont existé et continueront à exister pour tout individu au Canada quels que soient sa race, son origine nationale, sa couleur, sa religion ou son sexe: a)\tle droit de l\u2019individu à la vie, à la liberté, à la sécurité de la personne ainsi qu\u2019à la jouissance de ses biens, et le droit de ne s\u2019en voir privé que par l\u2019application régulière de la loi; b)\tle droit de l\u2019individu à l\u2019égalité devant la loi et à la protection de la loi; c)\tla liberté de religion; d)\tla liberté de parole; e)\tla liberté de réunion et d\u2019association, et /) la liberté de la presse.» JUIN 1963 Nos législateurs seront donc sages d\u2019adopter d\u2019ici 1967, si possible, une déclaration des droits de l\u2019homme mise à jour et de l\u2019insérer dans la Constitution.L\u2019ordre moral, qui postule une autorité publique pour servir le bien commun dans la société civile, réclame en même temps pour cette autorité les moyens nécessaires à sa tâche.(135.) Or, l\u2019un des instruments les plus souhaitables est sans contredit une déclaration des droits ayant une valeur juridique.La Loi C 79, qui exprime notre présente déclaration des droits, ne mérite pas d\u2019entrer telle quelle dans la future constitution; elle est trop incomplète et trop imprécise.Certaines libertés qu\u2019elle énonce \u2014 liberté de religion, liberté de la presse, liberté d\u2019association, droit à la vie, etc.\u2014 sont sujettes à toutes sortes d\u2019interprétations bizarres et équivoques.Nous en avons eu la preuve depuis trois ans dans des causes jugées dans les provinces et à la Cour suprême du Canada.La Loi C 79, entre autres, ignore une foule de droits humains inaliénables, tels que les droits de la famille, les droits de l\u2019ouvrier, les droits de la femme, les droits à l\u2019instruction et au travail.Un comité d\u2019hommes intègres, sans préjugés raciaux ni religieux, doit donc se mettre à l\u2019œuvre dès maintenant et préciser la nature des droits, les exprimer de façon précise et guider ainsi nos gouvernements pour l\u2019heure où ils adopteront une nouvelle Déclaration.Dans l\u2019élaboration de son travail, ce comité s\u2019inspirera sans doute de la Déclaration de 1960 qui a une certaine valeur: il aurait profit à suivre les directives que formule le Pape dans la récente encyclique.Les directives de l\u2019encyclique 1.\tLa liberté de religion.\u2014 Notre Loi C 79 énonce sans préciser davantage « la liberté de religion », l\u2019expression est des plus vagues.Le Pape, lui, développe: « Chacun a le droit d\u2019honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique.» (13.) Le Pape ajoute à la définition de la liberté de religion un aspect fondamental et essentiel à l\u2019existence de toute religion: la religion est une affaire personnelle.Elle est la relation entre l\u2019homme et Dieu.De plus, dans son plan providentiel, Dieu a voulu que des hommes servent d\u2019intermédiaires entre Lui et ses fidèles et c\u2019est Lui qui appelle à ce rôle par une vocation.« Tout homme a le droit de suivre la vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse.» (14.) Une religion pour des hommes a besoin de ministres.Tout homme, un jour ou l\u2019autre, a besoin de signes formulés ou exprimés par ces ministres, dignes et légitimes.Faute de ceux-ci, il s\u2019en fera d\u2019illégitimes.Par ce rappel du droit qu\u2019a l\u2019homme de répondre à la vocation sacerdotale ou religieuse, le Pape suggère aux croyants le sens profond de l\u2019organisation et de la pratique religieuses.Il leur répète d\u2019une autre façon: Dieu a besoin des hommes, les hommes pour aller à Dieu ont besoin des hommes.2.\tA propos des droits de l\u2019individu à la vie et à la sécurité.nous voyons de même précisé par le Pape l\u2019article de notre Déclaration canadienne.L\u2019encyclique déclare: 177 Tout être humain a droit à la vie, à l\u2019intégrité physique et aux moyens nécessaires en ce qui concerne l\u2019alimentation, le vêtement, l\u2019habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux.Par conséquent, l\u2019homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d\u2019invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu\u2019il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.(10.) Affirmant de façon catégorique un droit, le Pape en même temps sous-entend un devoir correspondant.Ce droit à l\u2019alimentation, au vêtement, aux soins médicaux, etc., ne signifie pas que l\u2019individu a le droit de vivre aux crochets de la société, ce qui serait encourager le vice et la paresse.L\u2019énoncé du Pape déclare que la société, au moyen de son gouvernement ou des organismes intermédiaires, doit mettre sur pied les institutions adaptées telles que l\u2019assurance-chômage, l\u2019assurance-maladie.En soulignant que l\u2019individu doit être aidé « s\u2019il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté », le Pape sous-entend que le paresseux perd son droit à l\u2019aide qu\u2019il pourrait espérer.S\u2019il est aidé, de même que l\u2019inconscient, cela ne sera pas en vertu d\u2019un devoir de justice mais plutôt par un geste de charité qui malgré tout devra être pratique, éclairé, efficace.3.La liberté de la presse.\u2014 Le Pape a confirmé, comme notre Déclaration, la liberté de la presse mais en la situant et en l\u2019ajustant: Tout être humain a droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l\u2019expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l\u2019ordre moral et du bien commun étant sauvegardées; il a droit également à une information objective.(11.) L\u2019ordre moral exige que le journaliste fasse œuvre de vérité dans l\u2019information.Certes, le choix des nouvelles et leur appréciation sont des tâches difficiles, mais de sérieuses agences de presse internationales fournissent à la documentation une source sûre.L\u2019abus réside surtout dans le choix des titres et des manchettes, la majorité des lecteurs ne lisant qu\u2019une partie de leur journal et parfois seulement les manchettes.Les rédacteurs de journaux ne doivent donc pas déformer le contenu d\u2019une nouvelle par un titre tendancieux.Le bien commun approuve parfois la dénonciation de scandales et d\u2019abus, lorsque c\u2019est le moyen le plus efficace ou le seul pour obtenir les réformes nécessaires; lorsque cette nécessité n\u2019existe pas, les devoirs de charité et de bonté prédominent.La calomnie, qui évidemment lèse la justice, ne peut jamais être admise.Le bien de la société exige que le journaliste ait présent à l\u2019esprit le rôle capital qu\u2019il joue dans son milieu, il a entre les mains l\u2019une des armes les plus puissantes: Il est le guide et le conseiller de son lecteur, accomplissant auprès de millions d\u2019adultes, une véritable œuvre d\u2019édu- Appareillage électrique, postes d'entrée haute et basse tension, sous-stations, contrôles de moteurs, interrupteurs «visi-plus », meubles d'acier, etc.*M0NTEL INC.Estimations fournies sur demande sans obligation.C.P.1 300, Montmagny, Que.170-180 Dorchester est - Suite 109 Montréal, Que.\t861-7446 cateur; il exprime au nom de tous les réactions de la conscience libre et mûrie.Il suggère la réflexion sans contraindre le jugement; il entraîne à l\u2019action sans violenter la décision; il suscite l\u2019enthousiasme pour les grandes causes sans déchaîner la passion populaire.(Pie XII.) Les plus grandes réalisations en matière de propagande ont souvent été atteintes, non pas seulement en dirigeant directement la pensée mais souvent en omettant de l\u2019instruire.Forte est la vérité, mais plus fort parfois est le silence sur la vérité.En évitant de mentionner certains sujets, en abaissant un rideau de fer entre les masses et les faits, les chefs politiques et les journalistes peuvent influencer l\u2019opinion d\u2019une façon décisive.Les masses dans leur sensibilité instable et dispersée sont la proie rêvée de la propagande.C\u2019est une raison pour le gouvernement, d\u2019être, par un contrôle modéré, le gardien de la vérité, de la paix et de l\u2019harmonie entre les citoyens.4.Droit à l\u2019éducation.\u2014 Ce droit est absent de notre Déclaration canadienne, mais il devra y être inclus coûte que coûte.Les précisions apportées par le Pape exigeront de nombreuses études et réalisations: La nature revendique aussi pour l\u2019homme le droit d\u2019accéder aux biens de la culture, et par conséquent d\u2019acquérir une instruction de base ainsi qu\u2019une formation technico-professionnelle correspondant au degré de développement de la communauté politique à laquelle il appartient.Il faut faire en sorte que le mérite de chacun lui permette d\u2019accéder aux degrés supérieurs de l\u2019instruction et d\u2019arriver dans la société à des postes et à des responsabilités aussi adaptés que possible à leurs talents et à leur compétence.(12.) Notre communauté politique exige sans aucun doute une profonde formation technico-professionnelle.Les statistiques publiées par le Bureau fédéral le prouvent abondamment.M.Paul-Émile Gingras le rappelait en mars dernier, dans Relations.Surtout, l\u2019homme a « droit d\u2019accéder aux biens de la culture ».Du coup, c\u2019est un champ immense qui s\u2019ouvre pour tous, en nos pays et, plus encore, dans les pays en voie de développement.* * * Les principes énoncés par le Pape dans l\u2019encyclique seront donc une source inépuisable pour nos législateurs quand ils élaboreront une nouvelle Déclaration ou une nouvelle législation; nos hommes politiques en épousant cet idéal contribueront à la paix et à la sécurité de leur peuple et fourniront à la communauté humaine un exemple capable de stimuler les autres et d\u2019assurer entre tous une plus grande fraternité.Pour atteindre ce but, ils ne devront pas seulement affirmer des droits et des devoirs mais ils devront, à la suite du Pape, se rappeler le fondement sur lequel sont basés tous ces droits.Cet ordre moral \u2014 universel, absolu et immuable dans ses principes, écrit le Pape, a son fondement objectif dans le vrai Dieu transcendant et personnel, Vérité première et Souverain Bien, source la plus profonde de vitalité pour une société ordonnée, féconde et conforme à la dignité des personnes qui la composent.(87.) A tout le moins, doivent-ils se rappeler que « les normes de la conduite des hommes., il faut les chercher là où Dieu les a inscrites, à savoir dans la nature humaine » (6).A notre époque où tous les peuples cherchent à se comprendre et à fraterniser en s\u2019appuyant sur des valeurs fondamentales acceptables par les hommes de toutes les mentalités et de toutes les croyances, aucun autre fondement de l\u2019ordre moral ne peut posséder une valeur plus universelle.Qui pourrait refuser ces valeurs?Ne sommes-nous pas tous des hommes ?178 RELATIONS XIII.-L'ENCYCLIQUE ET L'U.R.S.S.Joseph LEDIT, S.J.LE 23 AVRIL 1963, la Pravda donna presque deux pages aux réponses de N.S.Khrushtchev aux questions de Italo Pietra, directeur du journal italien Giorno.Pietra avait été reçu le 20 avril, et son interview parut en primeur à Milan dans l\u2019intervalle.La sixième question, la plus brève, touche à notre sujet.Traduisons-la de la Pravda du 24 avril: Question.¦\u2014 En quoi consiste, d\u2019après vous, la contribution à la paix de la ligne adoptée par Jean XXIII et le concile œcuménique ?Réponse.\u2014 Vous avez posé là une question intéressante.Le problème de conserver la paix concerne tous les hommes, quelles que soient leur nationalité, leur conception de la politique, leur religion.Toute action tendant à préserver et assurer la paix, tout appel sincère à une solution pacifique des problèmes en litige par voie de négociation, doit être appuyé, quelle qu\u2019en soit l\u2019origine.Sous ce rapport, nous ne pouvons faire exception pour la position adoptée par le pape Jean XXIII.Beaucoup observent aujourd\u2019hui que Jean XXIII, à l\u2019encontre de quelques-uns de ses prédécesseurs, prend une position réaliste dans nombre de questions actuelles et, d\u2019abord, dans celle de la paix et du désarmement.Nous acclamons les interventions de Jean XXIII en faveur de la paix.Dans sa récente encyclique, le pape Jean XXIII intervient pour supprimer la course aux armements, faire interdire les armes nucléaires, cesser les expériences nucléaires, procéder au désarmement sous un contrôle international efficace, pour la coexistence, pacifique des gouvernements, l\u2019égalité des rapports entre États et nations, la suppression de la psychose de guerre.Il semble évident que ces déclarations reposent sur une conception réaliste de tout danger de guerre.On s\u2019imaginerait qu\u2019en Occident, où les paroles du chef de l\u2019Eglise catholique sont acceptées, au moins extérieurement, comme une loi à peu près intangible, ces appels à la paix seraient accueillis ainsi.Il semble bien, cependant, que les paroles du pape sur la paix aient mécontenté quelques politiciens occidentaux, intéressés à la course aux armements.Sans doute, on trouvera du monde en Occident prêt à acclamer l\u2019invitation du pape à préserver la paix et à désarmer; cela ne les empêche pas de faire manœuvrer dans la Méditerranée, presque sous les murs du Vatican, des sous-marins armés d\u2019engins nucléaires.Communistes, nous écartons toute conception religieuse.Nous estimons nécessaire, en même temps, de coordonner tous les efforts en faveur de la paix.Je suis profondément persuadé qu\u2019à un moment aussi important pour les destinées du genre humain il existe un bien aussi universel que précieux: la paix.Tous les hommes de bonne volonté, quelles que soient leurs idées philosophiques et politiques, doivent la défendre.Je ne suis pas théologien.Pour autant que je m\u2019en souviens, le Christ de l\u2019Evangile prêcha la paix et non la guerre.Ceci oblige, au moins ceux-là qui se considèrent comme croyants, à ne pas fabriquer de bombes atomiques, de fusées, d\u2019aéroplanes, de canons et autres armes pour détruire les hommes, mais à assurer la paix et la sécurité des peuples.Les hommes de bonne volonté doivent savoir mettre de côté tous les préjugés afin d\u2019unir leurs efforts dans la lutte pour une paix universelle et totale, pour le désarmement universel.2.L\u2019Italie était alors en pleine lutte électorale et la presse soviétique suivait d\u2019assez près les assemblées du chef communiste Palmiro Togliatti.Dès le 24 avril, le jour même où la Pravda publiait les déclarations de Khrushtchev, un correspondant spécial communiquait de Rome qu\u2019elles étaient commentées « partout » dans les assemblées électorales.Les orateurs bourgeois eux-mêmes, disait Ermakov, étaient obligés d\u2019en parler et d\u2019accepter les thèses du chef soviétique.Il fallait en finir avec ces Polaris et ces Jupiter en pleine Méditerranée, etc.Le cinéaste Glauco Pellegrini se réjouissait JUIN 1963 du dialogue entre Orient et Occident.L\u2019accord du Pape et du chef soviétique, disait-il, « ouvre de larges perspectives à une discussion fructueuse des problèmes qui agitent l\u2019humanité », etc.Il fallait s\u2019y attendre et aussi à ce que les communistes italiens utilisent cette bombe contre leurs adversaires de la démocratie chrétienne.Ceux-ci durent être pris au dépourvu, et il faut toujours un peu de temps pour préparer la réponse populaire, à l\u2019emporte-pièce, qui réduit au silence les claques bien organisées.Pendant ce temps-là, les votes se gagnent ou se perdent! Faut-il en conclure que les déclarations de N.S.Khrushtchev furent simplement un instrument de la lutte des classes: lutte électorale en Italie, lutte stratégique pour réserver la fabrication des bombes atomiques, fusées, aéroplanes et autres armes aux non-« croyants » ou, comme on préfère dire au Québec, aux « agnostiques » ?Mieux vaut d\u2019abord essayer de comprendre.3.Rappelons d\u2019abord que le parti communiste soviétique est plus fidèle que jamais au « marxisme », qu\u2019il prêche la lutte contre la religion, et se proclame engagé sans retour dans la transition du « socialisme » au « communisme ».Les chefs du parti et du gouvernement eurent leur troisième rencontre (depuis le 17 décembre 1962) avec les écrivains et artistes soviétiques les 7 et 8 mars.Le « colloque » fut couronné par un discours-fleuve de N.Khrushtchev qui fit le tour du monde.La troisième partie, surtout, retint l\u2019attention.Elle avait pour titre: Nous sommes contre la coexistence pacifique dans le domaine de l'idéologie.Ce mot d\u2019ordre, depuis lors, a fait l\u2019objet d\u2019innombrables commentaires, oraux et écrits.Impossible de suivre le chef soviétique dans l\u2019immensité de son développement.Signalons en passant la délicieuse description d\u2019une veille de jour de l\u2019an qu\u2019il avait passée dans la forêt, du matin jusqu\u2019au soir, parmi « les chères ombres argentées ».Impossible de rendre justice à la douceur de l\u2019original.Il a beau s\u2019excuser de manquer de vocabulaire; on trouve, dans le « marxisme » de ce paysan, par moments si proche de la nature, des vestiges de valeurs éternelles que Boris Pasternak aurait eu la grandeur d\u2019âme de reconnaître et d\u2019applaudir.Khrushtchev ne nomma pas le roman d\u2019Alexandre Solzhenitsyn, Un jour dans la vie d'Ivan Denisovich, une journée aux travaux forcés à l\u2019époque staliniste, qui est d\u2019un effrayant réalisme, et que son silence a l\u2019air d\u2019approuver.La question demeure entière: comment interpréter le slogan: nous sommes contre la coexistence pacifique dans le domaine de l'idéologie?Poètes, romanciers, chansonniers, prosateurs, chorégraphes, musiciens, peintres, sculpteurs, architectes devront, sous peine d\u2019être condamnés au silence, deviner les canons de la nouvelle idéologie et s\u2019y conformer.Le véritable talent créateur va rester certainement non conformiste, on devra toujours compter encore avec les têtes chaudes dont l\u2019Union sovétique a sa part.Enfin, il y a tant de choses dans cette « idéologie ».A la fin de mars 1963, la quatrième assemblée plénière du comité directeur de l\u2019Union des écrivains soviétiques déclara au comité central du parti: « Dans la lutte idéologique de deux mondes, la littérature soviétique multinationale a le devoir d\u2019être Tardent propagandiste de l\u2019idée communiste, l\u2019image de la vie de l\u2019homme socialiste, de l\u2019idéalisme pur et moral de nos hautes aspirations.» Ici encore, nous retrouvons 179 une allusion claire à la réalité belliqueuse qui anime toutes les luttes communistes pour la paix.En effet, la paix communiste ne peut être que le résultat universel de la victoire finale qui suivra inévitablement la lutte des classes.Aussi, en ce qui a trait à la paix et la guerre, le devoir communiste se résume aux tâches suivantes: 1.\tS\u2019il s\u2019agit de guerre économique ou militaire entre pays capitalistes, il faut se lancer dans le défaitisme, le sabotage et la révolution jusqu\u2019à ce que la guerre « impérialiste » se transforme en guerre « civile ».2.\tS\u2019il s\u2019agit de guerre entre pays « impérialiste » et « colonie » ou « demi-colonie », appuyer la « demi-colonie » jusqu\u2019à la victoire complète sur le pays « impérialiste ».Dans le conflit qui oppose Castro aux Etats-Unis, Castro est considéré comme émancipateur d\u2019une « demi-colonie ».Il doit donc avoir l\u2019appui du communisme mondial jusqu\u2019à ce qu\u2019il devienne un avant-poste pour la lutte du camp « socialiste » contre le camp « impérialiste ».3.\tS\u2019il s\u2019agit de guerre (froide ou violente) entre le camp « impérialiste » et le camp « socialiste », appuyer à fond le camp « socialiste » jusqu\u2019à victoire dans tout l\u2019univers.Pour peu qu\u2019ils soient intelligents (et il y en a de très cultivés parmi eux), les marxistes verront immédiatement la-distance qui sépare cette conception de celle que prône Jean XXIII dans Pacem in terris.La « paix » soviétique appartient au domaine de l\u2019antithèse: antithèse qui sépare les Soviétiques des « impérialistes », si l\u2019on tient absolument à ce terme qui est lui-même une arme de combat, en attendant l\u2019antithèse qui oppose Khrushtchev à Stalin, Khrushtchev à Mao Tsétong.C\u2019est pourquoi cette « paix » contient en elle-même la course aux armements, l\u2019inégalité des nations et la psychose de guerre.Pacem in terris, au contraire, élève tout le monde au plan des réalités supérieures de la vérité, de la justice, du bien commun, de l\u2019ordre, auxquelles de par une volonté supérieure à laquelle nous devons tous obéir, nous sommes subordonnés.Et cette volonté supérieure est celle de Dieu, Auteur de la nature.4.\tMaintenant qu\u2019un commentaire sympathique de Khrushtchev a paru dans la Pravda, on lira et on commentera Pacem in terris en U.R.S.S.beaucoup plus qu\u2019on y avait lu et commenté Mater et Magistra.Que Jean XXIII ait réussi à faire regarder les communistes au-delà des luttes humaines, c\u2019est là une histoire qui remonte au nouvel an de 1945.Quand S.Exc.Mgr Angelo Roncalli arriva à Paris le soir du 30 décembre 1944, ce fut pour apprendre qu\u2019en son absence on avait chargé l\u2019ambassadeur soviétique de pré- senter au général de Gaulle les vœux du corps diplomatique.Doyen de droit, le nonce s\u2019empressa de rendre visite à M.Bogomolov, lui emprunta simplement son texte en y ajoutant une phrase ou deux de tournure un peu plus ecclésiastique, et laissa tout le monde dans l\u2019admiration devant tant de simplicité et de savoir-faire.M.Bogomolov, en particulier, resta très impressionné.Quand, plus tard, Mgr Roncalli devint pape, on assure que M.Bogomolov, devenu ambassadeur soviétique à Rome, lui fit parvenir discrètement ses vœux.Les rapports se détendirent; les Soviétiques ^observèrent peu à peu qu\u2019ils s\u2019étaient fait une idée fausse de l\u2019Eglise catholique.Quand parut Mater et Magistra, on l\u2019étudia attentivement en U.R.S.S.où les travaux de Gustav Wetter, S.J., sur le marxisme retenaient déjàj\u2019attention.Il y eut ensuite cette étonnante invitation de l\u2019Église patriarcale au concile.On peut lire dans la Revue du patriarcat moscovite (janvier 1963) un article étonnamment objectif et serein sur le concile; on en promet d\u2019autres.La visite d\u2019Adjubej et de son épouse au Vatican créa une impression favorable dans les cercles dirigeants d\u2019U.R.S.S.Cette situation comporte des risques pour les catholiques; on l\u2019a vu au cours des élections récentes en Italie.On les retrouvera partout où des chrétiens, se prenant pour des héros d\u2019avant-garde parce qu\u2019ils jouent avec le feu, chercheront à justifier leurs affaires en les couvrant de l\u2019autorité pontificale.Cela aussi appartient au domaine de l\u2019antithèse.Et puis, il y a cette « impossibilité de coexistence pacifique ».Les esprits sérieux en U.R.S.S.et partout ailleurs étudieront avec un esprit ouvert les propositions de Jean XXIII.a)\tparce qu\u2019un regard jeté sur les gardes suisses suffira pour nous montrer qui, le premier de tous, a pratiqué le désarmement et qui, par conséquent, a le droit d\u2019en parler avec la souveraine impartialité d\u2019une mère, Mater et Magistra ! b)\tparce qu\u2019un regard jeté sur le corps diplomatique accrédité au Vatican, et un autre sur le concile œcuménique suffiront pour montrer en quoi consiste la coexistence pacifique non seulement dans le domaine des intérêts, mais aussi dans celui où elle est le plus difficile à réaliser: celui de l\u2019idéologie.c)\tparce qu\u2019en retrouvant les notions transcendantes d\u2019ordre, de justice, de vérité, de bien universel, on s\u2019élève jusqu\u2019à la seule fraternité humaine qui repose sur une réalité solide: la paternité de Dieu.Cette réalité, Nikita S.Khrushtchev la pressentit, peut-être, quand il passa dans le silence de la chère forêt russe tout le 31 décembre 1962; c\u2019est avec sympathie qu\u2019on le regarde chercher son chemin dans l\u2019ombre argentée.Si seulement il pouvait lâcher sa position d\u2019implacable antithèse.LAVALLÉE, BÉDARD, LYONNAIS,\tGASCON & ASSOCIÉS Comptables agréés\t Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tLionel Gascon, C, A.Jean Lussier, C.A.\tPaul-L.Noiseux, C.A.Jacques Desmarais, C.A.\tRené Sénécal, C.A.David Crockett, C.A.\tMaurice Saint-Louis, C.A.Marcel Demers, C.A.\tPaul Hébert, C.A.Pierre Bédard, C.A.\tRaymond Fontaine, C.A.André Lussier, C.A.\tJacques Bouvette, C.A.10 est, rue SAINT-JACQUES\tTROIS-RIVIÈRES MONTRÉAL \u2014Tel.: UN.1-6325\tSHERBROOKE 180\tRELATIONS XIV.-GLOSES MARGINALES SUR «PACEM IN TERRIS» La liberté de religion La déclaration de Jean XXIII sur la liberté de conscience illustre admirablement sa manière.Le droit canon (1351) établit que « nul ne peut être contraint à embrasser contre son gré la foi catholique ».C\u2019est, toutefois, la liberté de l\u2019acte de foi, base et fondement de la vie religieuse, qui est ainsi affirmée, comme elle l\u2019est dans ce passage remarquable de l\u2019encyclique Corporis mystici de Pie XII: «S\u2019il en est qui sans croire, sont en réalité contraints à entrer dans l\u2019édifice de l\u2019Église.ceux-là, sans aucun doute, ne deviennent pas de vrais chrétiens; car la foi « sans laquelle on ne peut plaire à Dieu » doit être un libre « hommage de l\u2019intelligence et de la volonté ».Si donc il arrive parfois que, contrairement à la doctrine constante du Siège apostolique, quelqu\u2019un soit amené malgré lui à embrasser la foi catholique, nous ne pouvons nous empêcher, conscient de notre devoir, de réprouver un tel procédé.» Jean XXIII, cependant, va au-delà.Il affirme simplement et uniment, à sa manière, la liberté de conscience et la liberté de religion: « Chacun a le droit d\u2019honorer Dieu suivant la juste règle de sa conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique.» Après quoi, on ne saurait reprocher à l\u2019Église l\u2019ambiguïté du mot « tolérance ».Loin d\u2019être centre la liberté religieuse, l\u2019Église a introduit cette idée dans le monde, en distinguant l\u2019appartenance à la religion de l\u2019appartenance à la Cité.Jean XXIII le rappelle en citant un texte de Léon XIII.Il ne serait pas surprenant de voir la phrase de Pacem in terris sur la liberté de religion entérinée dans le nouveau Code de droit canon, après l\u2019article sur la liberté de l\u2019acte de foi.Elle en a déjà la facture juridique.La question raciale L\u2019encyclique condamne le racisme en des termes dont les versions françaises et anglaises n\u2019égalent pas la rigueur.La question n\u2019est pas absolument simple: il y a le racisme et il y a les faits de race.L\u2019affirmation de l\u2019égalité chez tous les hommes d\u2019une même nature humaine entraîne l\u2019affirmation de « l\u2019égalité naturelle de toutes les communautés politiques en dignité humaine ».Le Pape n\u2019en reconnaît pas moins des « différences très souvent (saepissime) notables » entre les hommes, partant entre les communautés politiques.La conclusion qu\u2019il en tire, toutefois, c\u2019est que « bien loin d\u2019autoriser une domination injuste sur les peuples moins favorisés, cette supériorité oblige à contribuer plus largement au progrès général ».Le racisme est une position doctrinale qui distingue les groupes humains et les classifie d\u2019après leurs caractéristiques génétiquement fixées; les faits de race dépendent de contextes historiques et sociologiques fort complexes.Le racisme sourd de préjugés matérialistes, du chauvinisme national, de la volonté de puissance, d\u2019une zoologie et d\u2019une biologie qui méritent d\u2019être condamnés par la foi, le droit naturel, la science; les faits de race sont des données réelles dont il faut tenir compte.Le racisme se traduit par la discrimination et la ségrégation; les faits de race, par des attitudes concrètes beaucoup moins déterminées.Le racisme nie l\u2019unité de la nature humaine; les faits de race expriment par le déploiement des particularités ethniques et la floraison de cultures JUIN 1963 diverses la richesse de la nature humaine.Le racisme atteint le christianisme au cœur; les faits de race appellent la catholicité.Aussi l\u2019Église aime-t-elle souligner le miracle de l\u2019universalité chrétienne qui rassemble dans l\u2019unité les hommes et les peuples de toutes races.La question coloniale Aux yeux de l\u2019historien de demain, il y a grand-chance que la fin des empires coloniaux apparaisse comme le trait politique dominant de notre époque.Et ce sera l\u2019honneur de l\u2019Europe que d\u2019avoir acheminé les anciennes colonies vers leur indépendance, somme toute, sans grand bouleversement.Après avoir invoqué le droit de colonisation au nom de faux titres juridiques comme la force, la supériorité raciale, la vocation civilisatrice, voire les exigences de l\u2019évangélisation, l\u2019Europe a compris que ce droit ne pouvait, en dernière analyse, se justifier que par un devoir de décolonisation et d\u2019entraide.L\u2019œuvre de décolonisation comme l\u2019œuvre de colonisation ne doit (ou n\u2019aurait dû) s\u2019inspirer que du souci du bien commun universel et du bien commun du pays colonisé.Nous ne disposons pas sur le colonialisme et l\u2019anticolonialisme d\u2019un document pontifical d\u2019ensemble qui soit comparable aux grandes encycliques sur la liberté, le modernisme, la question sociale.Les papes ont abordé ce problème de biais, soit à propos des missions soit à propos de la paix, comme vient de le faire Jean XXIII.C\u2019est, sans doute, la première fois qu\u2019un document pontifical parle de « complexe d\u2019infériorité » et de « complexe de supériorité ».Ce vocabulaire nouveau montre, à lui seul, le chemin parcouru depuis les premières découvertes et les premières conquêtes.Plus importante encore, cette déclaration de Jean XXIII: « Les hommes de tout pays et continent sont aujourd\u2019hui citoyen d\u2019un État autonome indépendant, ou ils sont sur le point de l\u2019être.» L\u2019ère des colonies est close.Mais comment pourrait-on oublier l\u2019accent de tristesse \u2014 le seul dans toute l\u2019encyclique \u2014 avec lequel le Pape parle du « phénomène des réfugiés politiques », victimes de ces régimes qui « vont parfois jusqu\u2019à contester le droit même à la liberté, quand ils ne le suppriment pas tout à fait » ?Le problème de l'aide aux peuples pauvres De ce problème, Jean XXIII disait, dans l\u2019encyclique Mater et Magistra, qu\u2019il était « peut-être le plus grand problème de l\u2019heure ».Et il avertissait que la répartition injuste du revenu mondial est l\u2019ennemi d\u2019« une paix durable et féconde ».Rien d\u2019étonnant alors qu\u2019il revienne sur le sujet dans une encyclique consacrée à la paix, et qu\u2019il le fasse aussitôt après avoir traité du désarmement.Son intention est claire: tourner vers des œuvres de vie les sommes dépensées en armes de mort.Jean XXIII ne discute pas les formes d\u2019aide bilatérale, multilatérale ou internationale, ni les impératifs géographiques, ni les milieux culturels, comme il ne dresse pas de tableaux des calories, des revenus disponibles, des taux d\u2019analphabétisme, de la fréquence des endémies.Il s\u2019agit là de statistiques et de techniques.Il note seulement trois choses.La première, qu\u2019il faut améliorer le sort des pays pauvres « le plus vite possible » : un effort s\u2019impose donc, plus grand que celui déjà fourni.La deuxième, qu\u2019il faut éviter tout 181 empiétement sur l\u2019indépendance des peuples pauvres: ceux-ci doivent donc se sentir « les principaux artisans et les premiers responsables de leur progrès économique et social ».C\u2019est pourquoi il importe souverainement de les aider à s\u2019aider eux-mêmes à devenir les créateurs de leur propre subsistance.A plus forte raison, faut-il s\u2019interdire « le moindre calcul de domination ».Bref, amplifier et purifier notre aide.La raison dernière de cette tâche immense et urgente?« Une commune origine, une égale Rédemption, un semblable destin unissent tous les hommes et les appellent à former ensemble une unique famille chrétienne.» Ici beaucoup, là trop peu, très peu.Pareille situation n\u2019est ni raisonnable ni chrétienne.Luigi d\u2019Apollonia.XV.\u2014 Dossier : les encycliques du XXe siècle sur la paix Pacem in terris est la 14e encyclique sur la paix, à paraître depuis le début du siècle.Omettant les lettres publiques comme celle de Pie X (11 juin 1911) à la Dotation Carnegie pour la paix internationale, les allocutions consistoriales comme Ex quo postremum (25 mai 1914) où le même pape blâmait avec une particulière vigueur la course aux armements, omettant également la note diplomatique du 1er août 1917 par laquelle Benoît XV offrait sa médiation aux belligérants et traçait les grandes lignes d\u2019une organisation juridique internationale, ainsi que les allocutions comme celle que Pie XI (24 décembre 1930) consacrait à la paix internationale, et tous les nombreux radiomessages de Noël et de Pâques de Pie XII, qui en font le pape de l\u2019ordre international, ce dossier ne fera état que des encycliques.Cette prétérition a un sens.Parfois moins riches de doctrine que d\u2019autres actes pontificaux, et moins éclatantes que certaines interventions pacificatrices, les encycliques sont plus importantes par leur caractère universel, et plus définitives par le poids de l\u2019autorité qu\u2019entend leur conférer le magistère suprême.Nous n\u2019avons pas sur la paix d\u2019encyclique de Pie X, qui mourut le cœur littéralement brisé, quelques jours après l\u2019ouverture des hostilités en 1914.« Je bénis la paix », avait-il répondu à l\u2019ambassadeur d\u2019Autriche qui sollicitait une bénédiction pour les armées impériales.Ce pape avait tourné vers d\u2019autres objectifs que la pacification des peuples le souci majeur de son pontificat.Avec les papes qui vont suivre, l\u2019Eglise est régie par des pontifes dont on peut affirmer que le soin de rétablir et de consolider la paix mondiale fut la grande préoccupation.1.Ad Beatissimi, 1er novembre 1914.Parue deux mois après son élévation sur le trône de saint Pierre, cette encyclique inaugure le pontificat de Benoît XV.Le pape y adjure les princes et les peuples de résoudre leurs conflits d\u2019une manière plus humaine et plus sage que par la cruelle effusion du sang: Ah ! qu\u2019ils nous entendent, Nous les en prions, ceux qui ont en main la destinée des peuples.Il est, sans nul doute, d\u2019autres voies et moyens pour réparer les droits, s\u2019il y en a eu de lésés.Qu\u2019ils y recourent, en suspendant les hostilités, animés de droiture et de bonne volonté.C'est Notre amour pour eux et pour toutes les nations qui nous fait parler ainsi, nullement Notre propre intérêt.Qu\u2019ils ne laissent pas tomber dans le vide cette prière d\u2019un Père et d\u2019un ami.La guerre extérieure n\u2019est pourtant pas le seul fléau qui accable l\u2019humanité.Le monde moderne souffre d\u2019un profond désor- dre moral dont Benoît XV discerne, en particulier, quatre causes: l\u2019oubli de la charité, la méconnaissance de l\u2019origine divine et du caractère sacré de l\u2019autorité légitime, les haines et les luttes entre les classes diverses de la société humaine, la convoitise des jouissances matérielles.2.\tQuod jam diu, 1er décembre 1918.Le bruit des armes a cessé.Dix millions d\u2019êtres humains sont morts.Benoît XV adresse aux catholiques une courte encyclique pour les inviter à prier pour la Conférence de paix: Bientôt les délégués des diverses nations se réuniront en congrès pour donner à l\u2019univers une paix juste et durable.Ils sont en face d\u2019un tel règlement qu\u2019il ne semble pas qu\u2019il y en ait eu jamais d\u2019autre plus important et plus difficile pour une assemblée humaine.Et le Pape ordonnait des prières publiques pour que, de cette prochaine Conférence, sorte ce don de Dieu qui est la vraie paix, établie sur les principes de la justice chrétienne.Il prescrivait en outre aux fidèles d\u2019accepter de bon gré et de garder inviola-blement ce qui aurait été établi pour la tranquillité de l\u2019ordre et l\u2019établissement d\u2019une paix perpétuelle dans l'univers.Paix juste et durable, tranquillité de l\u2019ordre, paix perpétuelle de l\u2019univers! Hélas, les peuples vainqueurs, grisés par l\u2019ampleur d\u2019un triomphe chèrement acquis, refusèrent d\u2019entendre les vaincus, et surtout le pape, héraut de la paix! 3.\tPacem Dei, 23 mai 1920.Convaincu que l\u2019esprit du temps de guerre continuait ses ravages et que les passions fratricides ressuscitaient aussi violentes au moindre incident, Benoît XV parle solennellement à la chrétienté: Si, presque partout, on a mis, en quelque façon, un terme à la guerre, si l\u2019on a signé des traités de paix, on n\u2019a pas extirpé les germes des anciennes discordes; et vous ne doutez pas, vénérables Frères, que toute paix est instable, tous les traités sont inefficaces en dépit de longues et laborieuses négociations de leurs auteurs et du caractère sacré des signatures échangées, tant qu\u2019une réconciliation inspirée par la charité mutuelle n\u2019apaise point les haines et les inimitiés.La loi de la charité régit les nations comme les individus: L\u2019Evangile, en effet, ne contient pas une loi de charité pour les individus et une autre loi de charité différente de la première pour les cités et les nations.Pacem Dei explique également le rôle du clergé, le devoir des écrivains catholiques dans la restauration de la paix, et déclare « très désirable » que l\u2019ensemble des Etats, écartent tous les soupçons réciproques, s\u2019unis- sent pour ne plus former qu\u2019une société, ou mieux qu\u2019une famille, tant pour la défense de leurs libertés particulières que pour le maintien de l\u2019ordre social.Cette société des nations répond \u2014 sans faire étal d\u2019une foule d\u2019autres considérations \u2014 à la nécessité universellement reconnue de faire tous les efforts pour supprimer ou réduire les budgets militaires dont les Etats ne peuvent plus maintenant porter l\u2019écrasant fardeau, pour rendre impossibles dans l\u2019avenir des guerres aussi désastreuses, ou du moins pour en écarter la menace le plus possible et assurer à chaque peuple, dans les limites de ses frontières légitimes, son indépendance en même temps que l\u2019intégrité de son territoire.Notons, en passant, que le terme évocateur et intime « famille » pour désigner « l\u2019ensemble des Etats », avait déjà été utilisé par Léon XIII, et qu\u2019il reviendra souvent sous la plume de Pie XII.L\u2019autre terme Gentium consociatio se trouve déjà dans la lettre In plurimis (5 mai 1888), de Léon XIII aux évêques brésiliens, sous la formule consacrée depuis, societas civitatum, société des nations; et Léon XIII ajoute ad similitudinem familiae, à l\u2019instar de la famille.* * * 4.Ubi Arcano Dei, 23 décembre 1922.Cette encyclique inaugure le pontificat de Pie XI.Elle porte comme sous-titre: La paix du Christ dans le règne du Christ.La première partie traite du désordre moral et social du monde contemporain.Elle comporte une triple subdivision: l\u2019existence et l\u2019étendue du désordre, les vraies causes du désordre, les vraies remèdes au désordre.Les belligérants d\u2019hier ont conclu la paix « par un pacte solennel, mais les passions guerrières couvent toujours dans le cœur des hommes ».Le désarmement « moral » n\u2019a pas avancé depuis Benoît XV.Dans une deuxième partie, Pie XI enseigne quelle est la mission maternelle de l\u2019Eglise, messagère de vérité et de sainteté.On y trouve le fragment suivant sur le rôle possible et désirable de l\u2019Eglise dans la communauté des peuples pour y faire comprendre et respecter la cause du droit des gens: En cet ordre d\u2019idées (de l\u2019organisation de la paix internationale), certains efforts ont été tentés jusqu\u2019ici; mais, on le sait, ils n\u2019ont abouti à rien ou presque rien, principalement sur les points où les divergences internationales sont les plus vives.C\u2019est qu\u2019il n\u2019est point d\u2019institution humaine en mesure d\u2019imposer à toutes les nations une sorte de Code international, adapté à notre époque, analogue à celui qui régissait au moyen âge cette véritable Société des Nations qui s\u2019appelait la chrétienté.Elle aussi a vu se commettre, en fait, beaucoup trop d\u2019injustices; du moins la RELATIONS valeur sacrée du droit demeurait incontestée, règle sûre d\u2019après laquelle les nations avaient à rendre des comptes.* * * Si Pie XI ne nous laissa qu\u2019une encyclique sur la paix, Pie XII dont tout le pontificat, comme celui de Benoît XV, se passa sous les coups ou les menaces de guerre nous en laissa 9.Consacrant ses messages de Noël à l\u2019élaboration d\u2019une doctrine de la paix, il réservera la forme de l\u2019encyclique à des appels à la prière publique et à de brèves considérations d\u2019ordre moral.5.\tCommunium Interprètes, 15 avril 1945.Le mois de mai sera consacré à des prières pour la paix: .déjà trop de ruines et de dévastations ont été accumulées d\u2019une façon effrayante,.déjà trop de larmes, trop de sang on été répandus, et.en conséquence les lois divines et humaines exigent absolument qu\u2019un si horrible massacre s\u2019arrête et cesse au plus tôt.La vraie paix ne sera donnée aux hommes que s\u2019ils renouvellent leur esprit et leur cœur: Que ceux-là réfléchissent et songent attentivement devant Dieu que tout ce qui s\u2019écarterait des limites de la justice et de l\u2019équité sera certainement, tôt ou tard, très gravement dommageable pour les vaincus et les vainqueurs, parce que là se cachent des germes de futures guerres qui éclateront un jour.6.\tOptatissima Pax, 18 décembre 1947.Pie XII exhorte les fidèles à la prière, cette fois en vue d\u2019obtenir une harmonie efficace et durable entre les diverses classes sociales et tous les peuples, car la paix très souhaitable qui devrait être « la tranquillité de l'ordre » et la « tranquille liberté », après les vicissitudes d\u2019une longue guerre, se fait encore attendre, comme tous le remarquent avec tristesse et inquiétude.L\u2019expression « tranquille liberté », définissant la paix, est tirée de Cicéron.Dans la même encyclique, parlant de « ceux qui avec un plan prémédité excite les foules.aux soulèvements, aux émeutes, aux atteintes à la liberté.», Pie XII cite aussi un autre auteur païen: Tite-Live.7.\tAuspicia quaedam, 1er mai 1948.De nouveau, c\u2019est le mois de mai.Le pape fait part au monde entier de ses « graves préoccupations » et d\u2019un sujet particulier qui l\u2019afflige et l\u2019angoisse: le conflit entre Juifs et Arabes.Il demande une « sainte croisade de prières » afin que « la situation en Palestine soit finalement arrangée selon l\u2019équité, et que là aussi triomphent enfin la concorde et la paix ».En particulier, chaque diocèse, chaque paroisse, chaque famille se consacrera au Cœur Immaculé de Marie.8.\tIn multiplicibus, 24 octobre 1948.Les événements de Palestine provoquent une situation de plus en plus grave.Le pape énonce la pensée de l\u2019Eglise sur le sort des Lieux saints: en demandant l\u2019internationalisation de Jérusalem, l\u2019Eglise demande pour tous, chrétiens, musulmans, juifs, « la liberté du culte et le respect des coutumes et des traditions religieuses ».9.\tSummi Maeroris, 19 juillet 1950.Les forces de la Corée du Nord ont traversé la frontière, fixée au 38° parallèle.JUIN 1963 Intervention des Nations Unies.Le 4 juillet, 32 membres de l\u2019O.N.U.promettent une aide militaire à la Corée du Sud.Certes, de nombreuses personnes discutent,k écrivent et parlent sur le moyen d\u2019aboutir finalement à la paix tant désirée; mais les principes, qui doivent être les bases solides de cette paix, sont négligés par certains, et même ouvertement repoussés.Que les chefs d\u2019Etat réfléchissent à leurs graves devoirs: Tout ce que le genre humain a produit de beau, de bon, de saint, tout ou presque tout peut être anéanti.Et que les évêques fassent prier et fassent expier le peuple chrétien, et lui rappellent les principes qui, seuls, peuvent fonder la paix véritable: vérité, justice, charité, liberté due à la religion qui, en plus de son but fondamental de conduire les âmes au salut éternel, soutient et protège les bases même de l\u2019Etat.10.\tMirabile illud, 6 décembre 1950.La Chine communiste a envahi la Corée pour attaquer les armées des Nations Unies.La guerre risque de s\u2019étendre.L\u2019Année sainte qui s\u2019achève atteste solennellement devant tous, que tous les peuples dans leur universalité ne veulent ni la guerre, ni la discorde, ni la haine, mais aspirent à la paix.Que chacun songe à l\u2019œuvre de mort que produit la guerre.Toutefois, la paix internationale sera le fruit de la paix intérieure: il faut tout d\u2019abord renouveler le cœur de l\u2019homme, contenir les passions, apaiser les haines, remettre effectivement en application les principes et les normes de la justice, en venir à une meilleure répartition des richesses, réchauffer la charité mutuelle, promouvoir chez tous la vertu et se rappeler que les hommes sont frères et composent de ce fait une seule famille dont Dieu est le Père.Le Saint Père souhaite qu\u2019une neuvaine de prières soit organisée en préparation de la fête de Noël.11.\tLuctuosissimi Eventus, 28octobre 1956.La Hongrie se révolte.Le Saint Père demande que s\u2019élèvent des prières à Celui qui tient entre ses mains le sort des peuples, et non seulement la puissance mais la vie même de leurs chefs, pour que soit mis fin au carnage et que resplendisse enfin la paix véritable fondée sur la justice, la charité et la liberté.Que tous comprennent que ce n\u2019est pas par la force des armes qui porte la mort aux hommes, ni par l\u2019oppression des citoyens qui ne saurait étouffer leurs sentiments profonds, ni enfin par de fallacieuses propagandes qui corrompent les esprits et violent les droits de la conscience civile et chrétienne et ceux de l\u2019Eglise, que peut être affermi l\u2019ordre troublé des peuples, et que ce n\u2019est pas par la violence extérieure qu'on peut éteindre l\u2019aspiration à une juste liberté.Il y a là en raccourci les grands thèmes de Pacem in terris, y compris celui de la liberté.12.\tLaetamur admodum, 1er novembre 1956.Le pape se réjouit des prières publiques qu\u2019on a fait monter vers Dieu, à sa demande, et de la tournure des événements en Hongrie: libérés, les cardinaux Mindszenty et Wyszynski sont accueillis triomphalement par une multitude en fête.Nous avons l\u2019espoir qu\u2019il y a là un bon présage pour la réorganisation et la pacification de ces deux Etats.Mais, tandis que la Hongrie jouit de quelques jours de liberté, les lueurs d\u2019incendie d\u2019une autre action de guerre se sont allumées dans le Moyen Orient, non loin de la Terre Sainte.Ce n\u2019est pas avec les armes, avec les mas sacres, avec les ruines que l\u2019on résout les questions qui opposent les hommes, mais avec la raison, le droit, la prudence, l\u2019équité, d\u2019autant plus que la guerre, se développant d\u2019une petite étincelle, peut devenir un immense incendie.13.\tDatis nuperrime, 5 novembre 1956.Le pape déplore et condamne l\u2019écrasement de la Hongrie.La nouvelle aurore d\u2019une paix fondée sur « la justice et la liberté » ne s\u2019est pas levée: Quant à Nous qui nourrissons à l\u2019égard de tous des sentiments paternels, Nous déclarons qu\u2019aucun acte de force, aucun meurtre, injustement perpétré par qui que ce soit, n\u2019est jamais autorisé : c\u2019est à la paix, fondée et maintenue par la justice, la liberté et la charité, que Nous exhortons tous les peuples et toutes les classes sociales.* * * 14.\tPacem in terris, 11 avril 1963.Lettre encyclique de Sa Sainteté Jean XXIII sur la paix entre toutes les nations.La paix est fille de la vérité, de la justice, de la charité, de la liberté.Elle est la résultante de l\u2019ordre, il n\u2019y aura pas de paix si cet ordre n\u2019est pas totalement respecté: ordre entre les êtres humains, ordre entre les hommes et les pouvoirs publics au sein de chaque communauté politique, ordre des communautés politiques avec la communauté mondiale.L\u2019encyclique s\u2019achève sur des directives pastorales concrètes.Très actuelle, très concrète, très assimilable, cette encyclique est en même temps très traditionnelle.Elle recueille tout l\u2019héritage de l\u2019Eglise, et l\u2019offre à tous les « hommes de bonne volonté » dans un langage extrêmement lisible, même s\u2019il est abstrait.Aux ambassadeurs réunis dans la chapelle Sixtine, le Jeudi saint, jour même de la publication de l\u2019encyclique, Jean XXIII, rappelant la Dernière Cène, disait de l\u2019encyclique qu\u2019elle était un « grand appel à la charité ».Ainsi du premier Jeudi saint au Jeudi saint de cette année, de l\u2019enseignement de Jésus-Christ à l\u2019enseignement de Jean XXIII, son vicaire sur terre, la continuité est splendide: « Je vous donne ma paix.» Luigi d\u2019Apollonia.-TOUS- LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BELAND, Ing.P., secr.-trés.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* 183 Jle5 Lîvteé fl Robert BOSC, S.J.: L\u2019Education face à la vie internationale.Coll.« L\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1963, 160 pp., 18 cm.CE petit livre est le fruit des méthodes actives d\u2019un professeur à l\u2019Institut catholique de Paris, animateur de nombreuses routes, voyages d\u2019études et rencontres internationales.L\u2019ouvrage comporte trois grands chapitres: découverte de l\u2019unité et de la variété du monde, formation du jugement et de l\u2019éducation de la conscience morale (chapitre fort bien réussi), préparation du civisme international.Suivent des indications pratiques et un petit lexique des organisations internationales.D\u2019allure méthodique, ce précis peut rendre de précieux services aux éducateurs, aux organisateurs de voyages, à tous ceux qui, de plus en plus nombreux, cherchent à comprendre notre monde, et non seulement à s\u2019y promener pour leur distraction et agrément.Luigi d\u2019Apollonia.Pierre GRELOT: Le Sens chrétien de l\u2019Ancien Testament.Esquisse d\u2019un traité dogmatique.\u2014 Paris, Desclée et Cie, 1962, 540 pp., 23.5 cm.LAncien Testament évoque plutôt une < bibliothèque entière qu\u2019une collection d\u2019ouvrages, tant il est constitué de livres différents du point de vue des genres littéraires comme du point de vue des sujets traités.Et pourtant cet ensemble, à première vue disparate, est centré sur un unique objet: le dessein que Dieu accomplit dans l\u2019histoire de son peuple.Ce dessein, c\u2019est le mystère du Salut, qui n\u2019est lui-même que « le mystère du Christ, progressivement révélé à Israël et, en même temps, expérimenté par lui d\u2019avance sous le voile des institutions et des événements figuratifs ».Ce qui commande la perspective de l\u2019Ancien Testament, ce n\u2019est donc pas l\u2019explication de vérités abstraites, tout à fait inintelligibles d\u2019ailleurs sans une longue préparation des intelligences et des cœurs; c\u2019est la mise en lumière d\u2019une réalité mystérieuse, perceptible à travers des signes qui sont pour l\u2019homme objet d\u2019expérience La fonction des Livres saints étant ainsi de dégager peu à peu le sens de cette expérience, leur interprétation doit consister corrélativement à « faire ressortir à la lumière du Salut réalisé, la portée définitive des signes qui, par avance, mettaient les hommes en rapport avec le mystère du Christ ».Dans cette perspective, l\u2019A.étudie la Loi, l\u2019Histoire et les Promesses.Elles se révèlent à l\u2019analyse un accueil de la révélation divine, une assurance fondée sur la Parole de Dieu, une obéissance à sa volonté, critère d\u2019un amour authentique.En somme, ce que la théologie classique nomme la foi vivante: une foi qui implique l\u2019espérance et qui est informée par la charité.Nous faisons entièrement nôtre le jugement que portait le P.Jacques Guillet, S.J., sur ce magnifique ouvrage: on y trouvera « une véritable théologie de l\u2019Ancien Testament où toutes les données sont strictement celles que fournit l\u2019histoire la plus exacte, mais où elles tiennent leur signification religieuse de Jésus-Christ, centre et sommet de l\u2019histoire.Avec ce livre, la théologie chrétienne de l\u2019Ancien Testament, que depuis trente ans l\u2019on sentait poindre un peu partout, vient de prendre forme.» (Etudes, févr.1963.) Gilles Pelland.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.Jacques DE Lorimier, C.S.C.: L\u2019Histoire de notre salut.Eléments Latins, huitième année.\u2014 Livre de l\u2019élève, Montréal, Fides, 1962, 258 pp., 28 cm.\u2014 Guide du Maître, Montréal, Fides, 1962, 246 pp., 28 cm.Réussite que cette catéchèse inspirée par les principes du congrès d\u2019Eich-statt.Elle fait constamment appel à la Bible et à la liturgie, car l\u2019histoire du salut ne se comprend bien qu\u2019à la lumière de ces deux sources.Ici, pas d\u2019enseignement froid et artificiel.Ce qui caractérise la méthode c\u2019est que l\u2019élève, sans cesse actif, bâtit en quelque sorte son propre manuel.Il est invité à approfondir sa foi, à développer son espérance et sa charité, à vivre les Béatitudes, à participer au grand Dessein de Dieu sur le monde.Le cadre général correspond aux manuels religieux de ce niveau: histoire du Peuple de Dieu, Vie de Jésus illustrée.C\u2019est donc surtout par « l\u2019esprit » que ce livre se distingue.Les fiches de l\u2019élève et le guide du maître sont, pour le professeur, inséparables: impossible d\u2019utiliser les unes sans recourir à l\u2019autre.De très beaux dessins, en deux couleurs, illustrent les leçons.Deux professeurs d\u2019éléments latins se sont dits enchantés de ses résultats.Ce témoignage vécu complétera notre appréciation plus livresque.Nous attendons avec impatience la suite pour la classe de syntaxe ou la 9e année.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.En Collaboration: The Challenge of Mater et Magistra.\u2014 New York (232 Madison Avenue), Herder and Herder, 1963, 280 pp., 21.5 cm.CE volume comprend huit essais, dont sept plus particulièrement consacrés à l\u2019encyclique Mater et Magistra.Il faut signaler tout d\u2019abord l\u2019étude exhaustive, si l\u2019on peut dire, du P.Campion, S.J., sur les réactions suscitées par l\u2019encyclique dans la presse et les revues du monde entier.Il y a là vraiment quelque chose d\u2019unique.A signaler aussi les trois études suivantes: celle qui traite du problème démographique par M.Burch, celle qui concerne l\u2019agriculture par M.O\u2019Rourke et enfin celle qui touche à la planification gouvernementale par le P.Mulcahy, S.J.Ce dernier répond à l\u2019objection que l\u2019encyclique a des tendances socialistes; il explique le sens à donner au mot « socialisation » et définit le rôle reconnu à l\u2019Etat par l\u2019encyclique.Richard Arès.Abbé René Laurentin: L\u2019Enjeu du concile.Tome 2: Bilan de la première session.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 20.5 cm.136 pp.Un petit livre qui contient l\u2019essentiel de ce qui s\u2019est passé lors de la première session du Concile du Vatican IL L\u2019A.raconte, rapporte les faits en s\u2019efforçant de garder la plus stricte objectivité, ce qui ajoute du prix à son récit.Deux grandes parties dans cet ouvrage: histoire du Concile et bilan du Concile; elles méritent toutes deux une lecture attentive, surtout de la part de ceux qui veulent se préparer à comprendre ce qui s\u2019en vient à la prochaine session du même Concile.Richard Arès.Mgr G.Philips: Pour un christianisme adulte.« Cahiers de l\u2019actualité religieuse ».\u2014 Tournai (Montréal, 471, rue Saint-François-Xavier), Casterman, 1962, 262 pp., 21 cm.Prix: 135 fr.b.Attentif à la rapide évolution de notre - monde (p.7), l\u2019A., muni d\u2019une documentation très étendue et polyglotte, reprend sans se redire le thème de son ouvrage intitulé le Rôle du la'icat dans l\u2019Eglise (Casterman, 1954).Une pensée abondante et ordonnée s\u2019exprime ici avec sûreté, vigueur et souvent une heureuse originalité, que déparent trop de fautes d\u2019orthographe et de ponctuation.Abordant tous les aspects délicats et controversés de son sujet, l\u2019A.définit d\u2019abord le laïc: chrétien qui, baptisé et confirmé dans le Christ, se sanctifie et contribue au salut de ses frères par la consécration du monde d\u2019ici-bas.Adulte, le laïc sait ce qu\u2019il est, ce qu\u2019il dit, ce qu\u2019il fait dans l\u2019Eglise, dont il a, pour son compte, dans son domaine et en dépendance dynamique de la hiérarchie, la responsabilité.Les laïcs forment un peuple de prêtres, de prophètes et de rois: l\u2019A.explique en quel sens.Ils exercent leur ministère dans les tâches qu\u2019exigent la maîtrise de la nature et le progrès temporel.Ce qui suppose estime des valeurs profanes, action courageuse sur les institutions et les mœurs, en coopération pacifique, sans compromis doctrinal, avec les non-chrétiens.Quelques-uns voueront même leur vie entière à l\u2019apostolat en demeurant laïcs.Eux et les autres sauront adresser observations, critiques et suggestions à la hiérarchie, seule cependant chargée par le Christ du gouvernement de son Corps mystique.A quoi reconnaître l\u2019authenticité du témoignage laïque, l\u2019A.le montre en insistant sur le culte de la vérité révélée dont le Pape est le gardien.Réussiront, au sens évangélique, hommes et femmes éminents par leur piété « virile » et leur capacité d\u2019adaptation.Malgré sa sécheresse, ce résumé piquera, j\u2019espère, la curiosité du lecteur.Car il y a beaucoup à tirer de ce bon livre, somme vivante de conseils apostoliques, dont notre milieu, livré à la surenchère de l\u2019ignorance verbeuse, éprouve un pressant besoin.Joseph d\u2019Anjou.184 RELATIONS Jean SteINMANN: Friedrich von Hügel.\u2014 Paris, Aubier, 1962, 581 pp., 20 cm.STEINMANN fait revivre un personnage énigmatique dont le nom, souvent mentionné durant la crise moderniste du début de notre siècle, semble aujourd\u2019hui presque oublié.Le baron Friedrich von Hügel, né d\u2019un père autrichien et d\u2019une mère écossaise, baptisé catholique dès sa naissance, fut toujours très attaché à l\u2019Eglise.D\u2019une piété qui touchait au mysticisme, il consacra sa vie aux études bibliques et à la philosophie, sans avoir fréquenté aucune école.Sa jeunesse s\u2019écoula d\u2019abord en Italie, puis en Belgique, enfin en Angleterre, où il épousa une anglicane convertie au catholicisme.Il y demeura jusqu\u2019à sa mort.Sachant l\u2019allemand, l\u2019anglais, le français et l\u2019italien, outre le grec, le latin et l\u2019hébreu, le baron se livra passionnément à l\u2019exégèse de la Bible, que la critique rationaliste révolutionnait alors.Il était en relation avec tous les exégèses catholiques d\u2019esprit ouvert aux nouveautés, dont les uns furent condamnés par saint Pie X, tandis que d\u2019autres, plus prudents, restèrent soumis à l\u2019autorité pontificale, tout en poursuivant leur marche dans les sentiers nouveaux.Von Hügel fut de ceux-ci.Souvent soupçonné et dénoncé, pour sa liberté de pensée, il continua de justifier les positions de l\u2019Eglise dans les milieux adverses.Fidèle à ses amitiés, il souffrit beaucoup des déchirements qui se produisirent alors et s\u2019efforça de prévenir des défections.Citant copieusement la littérature de l\u2019époque, la volumineuse correspondance du baron et d\u2019autres documents inédits, l\u2019A.nous révèle un grand chrétien, un profond penseur, doué d\u2019une vaste érudition.Il éclaire plusieurs faits restés obscurs, corrige des jugements prématurés sur des personnages imparfaitement connus, en même temps qu\u2019il manifeste sa sympathie pour le progrès scientifique.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Henri DE Lubac, S.J.: La Pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin.\u2014 Paris, Aubier, 1962, 375 pp., 20 cm.CE livre mériterait plus qu\u2019un compte rendu.On le ferme avec l\u2019impression d\u2019avoir pris part à une conversation très noble entre deux grands seigneurs de l\u2019esprit et leurs interlocuteurs.Car l\u2019auteur connaît son Teilhard par cœur et, tisserand incomparable, enfile les citations à travers chaque thème qu\u2019il aborde et chaque page qu\u2019il écrit.Nul doute qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une défense, mais l\u2019amitié et l\u2019admiration n\u2019aveuglent pas le théologien, rompu à l\u2019exégèse et familier de la grande tradition de l\u2019Eglise.Qu\u2019on lise bien, les yeux ouverts, et l\u2019on verra les réserves qui sont faites mais sans appuyer.On parle d\u2019une part d\u2019hypothèse « plus large qu\u2019il (Teilhard) n\u2019en eût convenu », de vues dont quelques-unes « frisaient l\u2019utopie », d\u2019« anticipations risquées », de formules ambiguës à force d\u2019être elliptiques, d\u2019un langage qui n\u2019a pas une « entière fixité », des analogies biologiques qui peuvent donner le change.A partir de ces restrictions et, en particulier, de la part trop faible faite au péché, dont les suites abondent dans le monde si la grâce y surabonde, on pourrait sans doute écrire un autre ouvrage.Ici on a voulu s\u2019attacher au sens de l\u2019œuvre de Teilhard, à son orientation d\u2019ensemble, à la grandeur, profondeur et unité d\u2019une vie spirituelle et de la pensée religieuse qui la fonde, à l\u2019atmosphère naturelle et transformante du milieu divin, au pouvoir d\u2019assimilation du christianisme, enfin à la brûlante intention apostolique d\u2019annoncer le Christ aux générations de l\u2019âge de la science, sans rien sacrifier des dogmes les plus durs comme celui de l\u2019enfer, qui n\u2019est pas sans intimider même les prédicateurs modernes.Ce faisant, le Père de Lubac fait justice de quantité d\u2019accusations mal fondées et, parfois, franchement injustes.L\u2019inventaire des œuvres de Teilhard est presque achevé.La discussion, si elle est avancée, est loin d\u2019être terminée.Les théologiens, en particulier, ont fait un gros travail.Mais de l\u2019œuvre de Teilhard, quelle est la validité philosophique intrinsèque ?Car elle déborde, quoi qu\u2019il en ait dit le « modeste niveau » de la synthèse phénoménale.Le malaise vient-il uniquement de nos cadres habituels de pensée, outres trop vieilles pour contenir le vin nouveau, ou sourd-il des inévitables limites, inhérentes à toute systématisation intellectuelle qui veut réduire le monde à l\u2019unité ?Le dernier Monitum parle d\u2019 « erreurs graves qui atteignent la doctrine catholique ».En tous les cas, si la vie intérieure de Teilhard a connu des « nuits », ni sa foi n\u2019a fléchi, ni son angoisse apostolique n\u2019a cédé au vertige personnel.Le livre du P.de Lubac fait non seulement réfléchir, mais méditer et prier.Luigi d\u2019Apollonia.J.SERVEL, O.M.L: Un autre visage.Textes inédits de Pauline Jaricot.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1962, 239 pp., 18.5 cm.Pauline Jaricot est connue de tous pour l\u2019œuvre de la Propagation de la Foi qu\u2019elle fonda à vingt ans; deux ans plus tard elle l\u2019abandonnait en d\u2019autres mains; sans dépit et surtout sans pour autant se croiser les bras.Beaucoup d\u2019autres œuvres, en effet, devaient jaillir de l\u2019initiative de cette femme extraordinaire qu\u2019un témoin au procès de béatification a comparée à sainte Catherine de Sienne.C\u2019est cet « autre visage » que nous découvre le P.Servel.Ainsi Pauline Jaricot lança le Rosaire Vivant ou la récitation quotidienne d\u2019une dizaine de chapelet avec méditation d\u2019un mystère; elle y voyait un puissant moyen de préserver la foi dans la masse.L\u2019œuvre compta bientôt 3,000,000 d\u2019adhérents.Durant quinze ans, elle l\u2019anima par l\u2019envoi de circulaires où elle fait preuve d\u2019un merveilleux discernement et d\u2019un grand sens pratique.A vingt-trois ans, elle publia un petit livre intitulé L\u2019Amour infini dans la divine Eucharistie : elle l\u2019avait rédigé en une nuit tout d\u2019une traite.Bien des pages splendides sur l\u2019Eucharistie et le sacerdoce pourraient être de la plume d\u2019un théologien chevronné.Elle connut les plaies qui rongeaient la société lyonnaise; elle fréquenta les ateliers où ne pénétrait jamais le soleil, où des négociants cupides exigeaient de jeunes ouvrières 16 heures de travail par jour pour le salaire de 20 sous.Elle entreprit d\u2019y porter remède et fonda l\u2019usine de Rustrel.Deux financiers la ruinèrent; elle sortit de « l\u2019aventure atroce » déconsidérée, insolvable.Elle mourut inscrite sur le rôle des indigents de Lyon.Pendant dix ans ce fut le calvaire; on la traita d\u2019hypocrite, jusqu\u2019aux mendiants qui la poursuivaient du nom de voleuse.On a relevé ce mot cruel d\u2019un prêtre: « C\u2019est une fourmi, il L\u2019expérience n'a pas de prix Bien que nous soyons des spécialistes en chauffage-plomberie pour hôpitaux, églises, maisons d\u2019enseignement, bâtiments industriels, nous ne négligeons pas pour tout cela les particuliers.Construisez-vous?Avez-vous des réparations à faire exécuter, chez vous ?Nous mettons à la portée de toutes les bourses l\u2019expérience de nos techniciens et de nos ouvriers spécialisés.Nous apportons la même conscience professionnelle aux travaux de grande comme de moindre importance.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada ooo ooo ooo ooo 3m,.L CHAUFFAGE-PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL La haute Fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social: Montreal JUIN 1963 185 faut l\u2019écraser.» Ses neveux et nièces auraient pu la sauver; ils l\u2019abandonnèrent.Les sympathies vinrent de l\u2019étranger, de Frédéric de Prusse, de Newman, d\u2019un pauvre évêque missionnaire de Mandchourie.L\u2019auteur a été bien inspiré de nous éclairer cet « autre visage » de cette femme aux yeux grands ouverts sur les besoins de son temps.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme, Québec.Cécile Chabot: Et le cheval vert.Dessins de l\u2019auteur.\u2014 Montréal (251 est, rue Vitré), Editions Beauchemin, 1961, 195 pp., 18 cm.UNE INTELLIGENTE SYMPATHIE à l\u2019égard des hommes et des choses, surtout de la campagne, s\u2019exprime dans cette féerie.Le style, ample et poétique dans les descriptions, nerveux et familier dans le dialogue, traduit ce sentiment.Mais à qui s\u2019adresse l\u2019A.?Adulte, on lit pour soi d\u2019autres ouvrages; aux petits, on lit des contes faits pour eux.Ici, l\u2019enfant se reconnaîtrait dans Cadette, le personnage central, rêverait de posséder, comme elle, un magique cheval vert, et s\u2019intéresserait à monsieur Dumouchel, le vieux pêcheur qui ressemble à saint Pierre, si le vocabulaire, moins abstrait, le style, moins appliqué, l\u2019action, plus animée et mieux harmonisée à la féerie, pouvaient le captiver.Langue, orthographe et ponctuation devraient aussi échapper à tout reproche.L\u2019A.a le talent requis pour satisfaire à ces conditions; il lui faudrait rencontrer un éditeur exigeant.Joseph d\u2019Anjou.Rapport du Comité d\u2019étude sur l\u2019Enseignement technique et professionnel.- Tome I, La situation en 1962.Les programmes d\u2019étude.La didactique.Tome II, L\u2019aménagement et le financement des institutions.Les cadres administratifs et les procédures.- Versions abrégées des principales constatations et recommandations.\u2014Québec, 1962, 266, 334 et 148 pp., 24 cm.IL n\u2019est pas facile de présenter en quelques lignes un travail de cette envergure.Disons qu\u2019il touche à tous les aspects d\u2019un problème à la fois complexe et technique et qu\u2019il apporte des normes précises pour en assurer la solution.Dès le début, par exemple, les auteurs énoncent leur idée de base: « Aucun enfant ne devrait quitter À VOTRE SERVICE Banque Canadienne Nationale 186 l\u2019école avant d\u2019avoir reçu un minimum d\u2019enseignement professionnel et le système scolaire devrait être aménagé de telle sorte qu\u2019il puisse, au moment opportun, offrir à chacun l\u2019enseignement professionnel qui convient à ses aptitudes et à ses ambitions.» Comment, en outre, ne pas partager l\u2019opinion des membres du Comité, lorsqu\u2019ils prennent la défense de l\u2019individu et de son droit « au libre choix de sa carrière professionnelle » ; lorsqu\u2019ils réclament, dans les programmes de l\u2019enseignement professionnel, « une plus large place à des matières telles que l\u2019éthique professionnelle, l\u2019histoire et l\u2019organisation du travail, la sociologie des occupations, les institutions politiques, l\u2019économie, etc.»; lorsqu\u2019ils refusent de « qualifier d\u2019écoles neutres les institutions de l\u2019enseignement spécialisé » et demandent que la formation intégrale des étudiants de l\u2019enseignement professionnel comporte « une éducation morale adéquate ».Je suis moins d\u2019accord quand ils en viennent à justifier les ententes fédérales-provinciales sur la formation professionnelle au point d\u2019écrire: « Elles étaient parfaitement justifiables dans le passé; elles le sont encore davantage dans la perspective des développements considérables qui nous paraissent nécessaires dans ce secteur de l'enseignement.» (Tome II, PP- 121-122.) S\u2019il en est ainsi, pourquoi ne pas accepter les octrois aux universités, les bourses d\u2019études, les subventions aux collèges, aux écoles primaires ?On devra lire avec beaucoup d\u2019attention le chapitre très important sur « La planification » (de l\u2019enseignement technique et professionnel), et cela à cause des valeurs qu\u2019il met en jeu ainsi que des perspectives qu\u2019il ouvre sur l\u2019avenir.Tout le Rapport d\u2019ailleurs est à lire: c\u2019est vraiment de l\u2019ouvrage bien fait.Richard Arès.Seymour Martin Lipset: L\u2019Homme et la Politique.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 464 pp., 20.5 cm.Cet ouvrage de sociologie politique a d\u2019abord paru aux Etats-Unis, en 1960, sous le titre Political Man.Il s\u2019agit d\u2019une œuvre immense et touffue, d\u2019une grande richesse sociologique, sinon idéologique.En quatre grandes parties, l\u2019A.y étudie: 1) les conditions du régime démocratique; 2) la participation électorale dans les démocraties de type occidental; 3) la structure politique de la société américaine; 4) l\u2019appareil politique des syndicats.Certaines observations surprendront, notamment sur le rôle de la religion, en particulier du catholicisme, sur les fascismes ainsi que sur le syndicalisme.Le chapitre qui concerne la démocratie dans les syndicats est à scruter avec attention; l\u2019A.observe en terminant: « Cette analyse nous amène tout naturellement à conclure que dans la plupart des syndicats les conditions ne peuvent être favorables à l\u2019instauration d\u2019une norme démocratique.Il ne peut y avoir de véritable démocratie syndicale que lorsque les différences de situation et de culture entre les dirigeants et les simples adhérents sont très faibles.» (P.427).Dans la « présentation » qu\u2019il fait de cet ouvrage, M.Jean-Marie Domenach se permet plusieurs réserves, tout en soulignant l\u2019utilité d\u2019un pareil volume pour tous ceux qui s\u2019intéressent à la vie politique de l\u2019homme.Un ouvrage plus pour spécialistes que pour lecteurs moyens.Richard Arès.Charles Baudouin: Biaise Pascal ou Tordre du cœur.Coll.« La recherche de l\u2019absolu ».\u2014 Paris (8, rue Garan-cière), Librairie Plon, 1962, 184 pp., 19 cm.L année 1962 marque le troisième cente-i naire de la mort de Pascal.Parmi les ouvrages publiés à cette occasion, il fait plaisir de signaler le petit livre sans prétention mais si enrichissant de M.Baudouin.« L\u2019ordre du cœur », c\u2019est bien l\u2019ordre où Pascal, « cet homme unique », a excellé.L\u2019A., spécialiste de la psychanalyse, dirige les lumières de sa spécialité sur le sujet Pascal et s\u2019essaie à nous le faire comprendre et aimer davantage.Etude simple et prenante sur un homme qui ne laisse personne indifférent quand on l\u2019approche.Pour lecteur cultivé.Richard Arès.Camille Destouches: Une femme répond à des femmes.I: Jeunes d\u2019aujourd\u2019hui et de toujours.Coll.« A cœur ouvert.» \u2014 Paris (29, boul.de Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1962, 262 pp., 17.5 cm.Prix: 6,30 NF.Moins doctrinal que celui de notre P.Marcotte, ce « courrier du cœur » se recommande par un ton, très féminin, il me semble, qui harmonise douceur et fermeté sans que souffre la rectitude des conseils proposés.Optimiste à l\u2019égard des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, TA., mère de famille, sait traiter rondement l\u2019égoïsme, le snobisme, les revendications abusives des geignardes et des écervelées.Mères et belles-mères, pour leur part, apprennent ici à comprendre la jeunesse, à l\u2019aimer vraiment, compte tenu des conditions actuelles de la vie.On approuve la prudence courageuse de TA.dans ses réflexions et avis concernant l\u2019autorité paternelle au foyer (pp.15-16), la camaraderie entre filles et garçons (82-83), le premier amour (87-88, 173), la possessivité parentale (211).Deux rappels opportuns: l\u2019âge « n\u2019apporte pas le droit de faire de sa vie une loi pour la vie des autres » (56) ; trop de mères « se sentent incomprises parce qu\u2019elles ne veulent pas comprendre » (216).N\u2019ayez crainte: le sens chrétien de TA.filtre partout, discrètement.Son style charme par sa limpidité, sa simplicité, sa concision qui exclut tout bavardage; on lui pardonne alors quelques incorrections.Un second volume traitera les problèmes du couple; on le lira sûrement avec profit.Joseph d\u2019Anjou.Jacques Duchesne: Les 16-24 ans.Ce qu'ils sont, ce qu\u2019ils pensent.D\u2019après une enquête de l\u2019Institut français d\u2019Opinion publique.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 246 pp., 18.5 cm.La grande enquête scientifique, menée / auprès de la jeunesse de France par l\u2019Institut français d\u2019Opinion publique, prend toute sa signification dans le commentaire pertinent de Jacques Duchesne.La première constatation qui s\u2019impose, c\u2019est qu\u2019il faut éviter de porter sur cette jeunesse un jugement sans nuances.Les jeunes Français actuels possèdent de remarquables qualités, dont la principale est l\u2019équilibre, le bon sens.Ces jeunes sont raisonnables.Mais trop, car le matérialisme a envahi leurs réactions les plus profondes.La santé et l\u2019argent, pour eux, sont plus importants que les valeurs spirituelles.Ils ne s\u2019engagent guère ni au plan politique, ni au plan religieux.Ils sont prêts à bâtir un foyer, mais RELATIONS surtout pour eux-mêmes et ils ne croient pas plus que de raison à l\u2019amour.D\u2019un mot, la civilisation technique les a marqués à fond.C\u2019est pourquoi on peut affirmer que s\u2019impose une nouvelle évangélisation pour les ramener vers un idéal spirituel et chrétien.Il serait à souhaiter que semblable enquête soit établie pour la jeunesse de chez nous.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.B.C.PAYETTE: The Oregon country under the Union Jack (1813-1818).\u2014 A reference book of historical documents for scholars and historians.\u2014 Montreal, 1962, postscript edition, Payette Radio Limited, 682 pp., 24 cm.Grâce à la générosité personnelle de l\u2019éditeur, nous sommes en présence d\u2019une série de documents de première main, sur l\u2019histoire du nord-ouest étatsunien.En 1811, l\u2019Orégon fut concédé à la Pacific Fur Company, qui avait son quartier général à Montréal.Astor dirigeait l\u2019entreprise, d\u2019où le nom d\u2019Astorians donné aux membres de son équipe.Le livre comprend d\u2019abord le journal de McDonald qui navigua de l\u2019Angleterre jusqu\u2019à la rivière Columbia, en 1813.L\u2019acte de vente à la Compagnie du Nord-Ouest est bref, ainsi que le passage des Rocheuses par Coventry.Mais le journal de Henry déborde de détails typiques sur la température, le paysage, la mer et les poissons, les Indiens et leurs mœurs, les canotiers et les colons.Au moment de l\u2019annexion du territoire aux Etats-Unis, on possède la liste des pionniers et l\u2019état des établissements.Les témoignages de Fran-chère et des deux Cox enrichissent la documentation.La seconde partie regarde la région du Haut Missouri.Le journal de l\u2019abbé Pierre-Antoine Tabeaux se lit avec un extrême intérêt.Dans la plaine sauvage, le fleuve charrie des eaux grises et ronge les rives; la flore et la faune émaillent la prairie, tandis que des tribus incultes rivalisent de fourberie et de massacres.Hunt et Stuart ont laissé une narration de leur expédition, qui va de Saint-Louis à l\u2019embouchure du Columbia et inversement.De son côté, Larocque raconte son voyage aux Rocheuses.Vient ensuite une énumération de tous les engagés de l\u2019Ouest depuis les années 1801 à 1824.Cette documentation abondante et variée met à la portée des chercheurs une source essentielle à l\u2019histoire de l\u2019Ouest américain.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Jean-Paul Pinsonneault: Les Abîmes de Paube.Roman.\u2014 Montréal (251 est, rue Vitré), Editions Beauchemin, 1962, 174 pp., 19.5 cm.Prix: $2.Renvoyé du collège à cause de sa « liaison » avec Laurent, Jean Lebrun ronge son frein chez lui, entre un père faible qu\u2019il aime et une mère qu\u2019il déteste et qui le hait.« Cette femme », comme il l\u2019appelle dans son journal, devine le motif non avoué du renvoi et soupçonne un autre mystère, vu la ressemblance physique qui apparente le fils et son père; le couple, en effet, a naguère adopté Jean âgé d\u2019un an.Le journal du collégien décrit l\u2019atmosphère irritante du foyer, sa propre obession homosexuelle, plus troublante aux approches de l\u2019aube, ses tentatives de relèvement psychologique et moral par le moyen de la prière, de l\u2019amitié franche et nette qu\u2019il entretient avec Pierre, de celle qu\u2019il voudrait nouer avec Sylvie.Vient l\u2019éclatement de la crise entre lui et sa mère.Le collégien en tire une résolution étonnante: il accepte virilement sa misère et l\u2019incompréhension des autres; il continuera son effort de redressement personnel, puisque aussi bien Laurent l\u2019a plaqué.Roman ?Plutôt analyse d\u2019un « cas ».L\u2019A.a compris l\u2019ambivalence de son personnage; il rend bien ses élans et ses retombées.Malgré une certaine application à noircir l\u2019adolescent (p.120), sa mère et même les prêtres introduits dans l\u2019histoire, l\u2019A.traite son sujet avec discrétion.Des pensées justes sortent aisément de sa plume (11, 19, 66, 137, 150, 173); il a de jolis traits descriptifs.Mais le récit manque de vivacité; le style, de mordant; le vocabulaire, de variété.On sait gré cependant à l\u2019A.d\u2019avoir touché avec respect à un thème scabreux.Joseph d\u2019Anjou.Disque: Le Père Ambroise: Les Vraies Dimensions du monde.Vol.I.\u2014 Disque Select., SP.12093, 33yi t., monaural.Récits savoureux qui se passent dans la Martinique, l\u2019Iraq, la Haute-Volta, le Sahara et le Canada.Le Père Ambroise est un conteur incomparable qui allie le pittoresque à l\u2019humour, la verve à l\u2019observation sagace.Jamais, cependant, il n\u2019oublie qu\u2019il est prêtre: son caractère sacerdotal transparaît à travers toutes les aventures qu\u2019il raconte.Et Dieu sait s\u2019il en a eues! Le récit de son ordination à la Martinique où une vieille noire vient l\u2019embrasser, parce que sa mère est absente, est des plus émouvants.Un fond sonore ajoute de la couleur locale à ces histoires vécues.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.André MigOT: Solitudes humaines.\u2014 Tournai, Casterman, 1960, 199 pp., 21 cm.LAuteur nous décrit ses aventures aux i îles de Kerguelen dans l\u2019Arctique et ses voyages dans l\u2019Antarctique.Il a su orienter son goût de la solitude au service de la science et nous communique les résultats de ses recherches; en particulier, il nous fait connaître les faunes arctiques et antarctiques; des illustrations abondantes et bien choisies complètent sa documentation riche et variée.Excellent écrivain, il décrit dans un style poétique et viril les aventures parfois dangereuses et les expériences humaines qu\u2019il a vécues.On ne peut soupçonner les incidents burlesques, tragiques, qui peuvent se produire dans un groupe d\u2019hommes vivant complètement à part, dans une solitude très austère, et ce qui peut en résulter de bouleversant pour certains tempéraments.Rien de tout cela n\u2019a échappé à l\u2019A.et il nous l\u2019a conté de façon prenante.Sa dernière expérience \u2014 le voyage plein d\u2019imprévus dans l\u2019Antarctique\u2014fut la réalisation d\u2019un rêve de jeunesse.L\u2019A.nous en fait revivre les moments palpitants, entrevoir les spectacles féeriques: aurores boréales, immenses glaciers flottants, étincelant comme des diamants sur la mer polaire, dans une solitude grandiose, etc.André Migot est un aventurier de race.Il a voulu « retrouver le flou lancinant du rêve qui précéda cette aventure ».Il a su animer le récit de façon saisissante.Robert Beauchamp.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.L'encyclique de Jean XXIII Pacem in terris Le numéro 127 de la collection des « Actes pontificaux », publiée par les Éditions Bellarmin, contient le texte complet de l\u2019encyclique PACEM IN TERRIS de Jean XXIII.\u2022\tBrochure élégante.\u2022\tCaractères agréables.\u2022\tPrésentation de l\u2019encyclique par le P.Richard Arès.\u2022\tVersion publiée dans l\u2019édition hebdomadaire en langue française de l\u2019OSSERVATORE ROMANO, le 12 avril 1963.\u2022\tDisposition et numérotage des paragraphes d\u2019après le texte latin, ce qui est très utile pour les références.\u2022\tAfin de faciliter l\u2019interprétation de deux passages importants, comparaison de la version française avec le texte latin et la version italienne.64 pages.$0.50 l\u2019exemplaire.Remise de 20% à partir de trois exemplaires Billet de commande Veuillez me faire parvenir.exemplaire(s) de l\u2019encyclique Pacem in terris.Nom .Adresse .LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.JUIN 1963 187 MESSAGE SPÉCIAL AUX NON-ABONNÉS Pourquoi ne vous abonneriez-vous pas immédiatement à (RelationA ?Vous seriez ainsi assurés de recevoir régulièrement votre revue.Les prochains numéros traiteront de sujets de très grande actualité.Plus que jamais, c\u2019est faire un EXCELLENT PLACEMENT que de s\u2019abonner à Relationâ.Prix de Vabonnement : $5 par année.Billet d\u2019abonnement Vous trouverez ci-incluse la somme de $5 pour un abonnement d un an a Relation* .Nom .Adresse .Relationâ 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.188 Ambroise Lafortune, prêtre: Le Mot du Père Ambroise.\u2014 Tome I: Prêchez par-dessus les toits.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1963, 128 pp.$1.50.Le Père Ambroise, Chez Miville, parle > de tout (événements quotidiens, scoutisme, éducation, politique, voyages, rencontres, etc.), mais, au fond, c\u2019est d\u2019un seul sujet qui le possède: la présence de Dieu, l\u2019incarnation du Christ.Peu de prêtres auraient réussi à faire accepter cette formule de pastorale neuve qui insère, dans une émission très joyeuse à la radio, un message spirituel collant de si près à la réalité.Ces mots donnés, jour après jour, l\u2019an dernier, pourront servir de méditations, en particulier, au laïc qui veut plonger sa foi dans la vie quotidienne.Comme ce bouquin est le premier d\u2019une série, nous prions le correcteur de prêter une plus grande attention aux coquilles et aux fautes d\u2019orthographe.Un livre parfait laisse une joie sans mélange.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Gilbert Blardone: Le Circuit économique.Tome 2: L\u2019entreprise.\u2014- Paris (3, rue Garancière), Bloud & Gay, 1963, 256 pp., 21.5 cm.Dans un compte rendu précédent, j\u2019ai signalé les qualités et les mérites du premier tome de cette série sur le circuit économique (voir Relations, août 1962, p.229).L\u2019A.est ici fidèle à lui-même, avec cette nuance qu\u2019il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019initier des élèves à l\u2019économie, mais de tenter de leur faire comprendre toute l\u2019ampleur et la complexité du circuit économique.Les explications deviennent alors beaucoup plus techniques, exigent de la part du lecteur un effort constant d\u2019attention, surtout s\u2019il n\u2019est pas déjà familier avec la matière traitée.Je recommanderais volontiers, non seulement aux futurs économistes, mais à tous ceux qui s\u2019intéressent aux problèmes de l\u2019homme, la lecture du chapitre ni intitulé « L\u2019économie, science dangereuse et complexe », dont les six sections ont pour titre respectif: « L\u2019économie est une science », « L\u2019économie est une science sociale », « L\u2019économie est une science politique »,\t« L\u2019économie est une science dangereuse »,\t« L\u2019économie est une science complexe », « Une nécessité de notre temps: la culture économique », « Activité économique et satisfaction des besoins ».Il y a là en termes simples et concrets, par conséquent à la portée de tous, d\u2019importantes prises de position sur la nature et les objectifs de l\u2019économie.A recommander aux étudiants et aux personnes déjà initiées aux problèmes économiques de leur pays.Richard Arès.Raymond BARBEAU: La Libération économique du Québec.\u2014 Montréal (1130 est, rue Lagauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1963, 159 pp., 20 cm.Prix: $1.Dans une conférence qu\u2019il prononça en février 1962, le professeur (sciences économiques) André Raynauld, de l\u2019Université de Montréal, prétendit que l\u2019indépendance du Québec n\u2019est ni réalisable, ni désirable.Point par point, l\u2019A.réfute la thèse du professeur, signalant ses contradictions, voire son incompétence, vu la complexité du problème.La Confédération cause les maux du Canada français; pau- vreté, retards culturels, démission nationale; elle freine l\u2019essor normal du Québec, qui possède, sans pouvoir les utiliser à plein, les ressources nécessaires à son épanouissement.La Confédération a donné toutes les chances aux anglophones et multiplié les obstacles à notre développement.Situation sans remède, sauf celui de l\u2019indépendance politique.« Nous n\u2019avons pas besoin de la Confédération au point de vue économique », assure M.François-Albert Angers (p.132).Et l\u2019Assemblée générale des Nations Unies a déclaré le 14 décembre 1961, que « le manque de préparation politique, économique, sociale ou en matière d\u2019éducation ne doit, en aucun cas, servir de prétexte pour retarder l\u2019indépendance » (p.149).Or, l\u2019A.prouve que le Québec est prêt.Son ouvrage, solide, serein, appuyé sur une documentation très riche et à jour, mérite considération.Joseph d\u2019Anjou.Disque: La Messe lue avec chants (fête de la Toussaint).Coll.« Assemblées chrétiennes », n° 1.Sous la direction des Chanoines Réguliers de l\u2019Immaculée-Conception.\u2014 RM.Edition spéciale, Notre - Dame - du - Cap, NDC 336302, 33^3 t., 12 pp., monaural.Voici, non pas un concert religieux, mais un exemple authentique de messe lue avec chants.Célébration enregistrée à Trois-Rivières, avec le concours des Oblates de Marie-Immaculée et des membres de l\u2019Institut Voluntas Dei.Pour des raisons techniques, un groupe réduit a été préféré à une foule paroissiale.Le P.Matu-ra, O.F.M., apporte à la célébration la dignité qui convient: paroles clairement énoncées et sans précipitation.Son homélie est un modèle de commentaire pastoral.De même, sont au point les monitions du P.G.Fontaine, C.R.I.C.Les chants, tirés des fiches liturgiques, s\u2019adaptent parfaitement à la messe.Nos paroisses, couvents et collèges pourront s\u2019inspirer de ce disque afin d\u2019améliorer la participation communautaire à la liturgie.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Jean DaniÉLOU, S.J.: Au commencement.Genèse, 1-11.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 126 pp., 19.5 cm.En six petits chapitres, le P.Danié-lou aborde et explique les problèmes soulevés dans les premières pages de la Genèse.Il s\u2019agit de problèmes extrêmement importants et complexes: problèmes de la création du monde, de la nature de l\u2019homme, du mystère du péché, du rôle d\u2019Adam, de la diversité des peuples et de la tour de Babel.Sur chacun l\u2019A.expose l\u2019essentiel, j\u2019allais dire le substantiel, ce qui est à retenir en particulier comme objet de foi.Lui-même écrit: « On voit le grave enjeu de ces pages.Elles portent sur les données les plus essentielles de la condition humaine.La lumière de la révélation permet ainsi d\u2019accéder à ces réalités dernières où la raison n\u2019a pas accès.C\u2019est le sérieux même de cette révélation qui exige de nous que nous soyons impitoyables pour la dégager dans sa nudité et pour ne pas en identifier le contenu substantiel et les représentations secondaires.» (P.76.) Un petit livre lumineux, que tout chrétien cultivé devrait avoir lu.Richard Arès.RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Chanoine Paul Thone: Mois du Très Précieux Sang.\u2014 Genval (172, avenue Gevaert) ou Canada (7141, rue Royale, Château-Richer), Editions Marie-Médiatrice, 1962, 146 pp.Trente thèmes de lectures ou de méditations spécialement pour le mois de juillet.L\u2019A.a voulu répondre à un désir formellement exprimé et plusieurs fois réitéré par S.S.Jean XXIII.Incidences.Revue littéraire, n° 2, mars 1963.Nouvelle revue, publiée par la Faculté des Arts de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Contient des essais, des poèmes, des études et des chroniques.Revue de l\u2019Enseignement supérieur (13, rue du Four, Paris-VI), « Astronomie-Observatoire », janvier-mars 1963, 184 pp.Numéro spécial offrant plus d\u2019une quinzaine d\u2019articles consacrés à l\u2019astronomie en général et aux observatoires de France.Nombreuses illustrations.La Civiltà cattolica (Via di Porta Pin-ciana, 1, Rome, 319), « Chiesa, Stato e famiglia di fronte al problema dell\u2019edu-cazione.II: Obiezioni ed equivoci », par G.De Rosa, S.J., 6 avril 1963.L\u2019Eglise, l\u2019Etat et la famille face au problème de l\u2019éducation.Réponse aux objections et aux équivoques, mises surtout de l\u2019avant par les laïcistes, entre autres celles-ci: le cléricalisme accompagne nécessairement l\u2019action de l\u2019Eglise dans le monde, et l\u2019Etat, pour être laïc, doit être laïciste.Jossé Alzin: Le « petit curé ».Un saint moderne : le P.Antoine-Marie Pucci, premier religieux-curé canonisé.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 164 pp.Le 9 décembre 1962, S.S.Jean XXIII a canonisé le P.Antoine-Marie Pucci, servite de Marie, peu connu au Canada, mais qui, durant les quarante-cinq ans qu\u2019il a été curé en Italie, a laissé une réputation extraordinaire de zèle et de sainteté.Le présent ouvrage raconte la vie et les œuvres de ce « petit curé » d\u2019Italie.Collection « Votre nom, votre saint » Franz Weyergans: François (saint François d\u2019Assise).\u2014 Abel Moreau: Cécile (sainte Cécile).\u2014 Henri-Charles Chéry: Catherine (sainte Catherine de Sienne).\u2014 Tours, Maison Marne (distribué à Montréal par Fomac, 1029, côte du Beaver Hall), 1962, 108, 102 et 126 pp.Petites biographies illustrées de saints et de saintes dont les noms demeurent encore populaires.¦ Collection « Les écrits des saints » Sainte Catherine de Gênes.Textes traduits et présentés par Pierre Debongnie, C.SS.R., Namur (33, rue Emile-Cuve-lier), Editions du Soleil levant, 1962, 220 pp.Deux œuvres de la sainte sont ici présentées: Le Traité du Purgatoire et le Dialogue.A lire et à méditer.Collection « Maîtres spirituels » J.-G.BOUGEROL: Saint Bonaventure et la sagesse chrétienne.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 196 pp.Initiation à la philosophie et à la mystique de saint Bonaventure avec de nombreux textes à l\u2019appui.Emile Coderre: Jean Narrache chez le diable.\u2014 Montréal (1130 est, rue La-gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1963, 126 pp.Considérations en prose par le poète des gueux.Sa rencontre avec le Diable permet à Jean Narrache de nous parler des Canadiens français, des séparatistes (pas toujours d\u2019une façon sympathique), du Conseil des Arts, de la clôture de Mont-Royal, etc.Jacques Leclercq: La Sœur hospitalière.\u2014 Tournai, Casterman, 1963, 122 pp.Triple tâche et esprit de la religieuse hospitalière.Cinq chapitres dans ce petit livre: 1) la spiritualité de la religieuse hospitalière; 2) la vie d\u2019oraison de la religieuse active; 3) l\u2019esprit de collaboration de la religieuse hospitalière; 4) la religieuse hospitalière devant la souffrance; 5) la religieuse hospitalière devant la vie.Collection (( Les maîtres de la spiritualité » Saint Pierre-Julien Eymard: Conseils de vie spirituelle.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Editions Fides, 1962, 182 pp.Ce petit volume présente la doctrine spirituelle préconisée par le Directoire que le saint écrivit à l\u2019usage des personnes du monde, soucieuses de s\u2019unir à la Congrégation des prêtres du Très-Saint-Sacrement.« C\u2019est de fait une méthode de sanctification par l\u2019Eucharistie et pour l\u2019Eucharistie.» Collection « La fontaine d\u2019Elie » Jean-DE-JÉSUS-Hostie, O.C.D.: Notre-Dame de la Montée du Carmel.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques), Editions Fides, 1962, 208 pp.Dans ce premier volume d\u2019une nouvelle collection, dirigée par les religieux du Carmel de Nicolet, l\u2019A.met en évidence l\u2019action continuelle de Marie à travers les doctrines des grands contemplatifs, depuis Albert le Grand jusqu\u2019à Marie Grignion de Montfort.Marcel Colin, mariste: Joseph, l\u2019homme juste.\u2014 Genval (172, avenue Gevaert), Editions « Marie-Médiatrice »,\t1962, 136 pp.Brèves réflexions sur saint Joseph et son rôle dans notre vie de croyants.Collection « Fleur de lys » Guy FrÉGAULT: Le Grand Marquis.\u2014 Montréal (25 est, rue Saint-Jacques) Editions Fides, 1962, 484 pp.Réédition d\u2019un grand ouvrage historique consacré à la vie de Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil, qui gouverna la Louisiane, durant dix ans, et le Canada, durant cinq ans.Un volume de première valeur.1, Valois, Lamarre, Valois Ingénieurs-conseils 615, RUE BELMONT.MONTRÉAL-3 Romana Associatio\tRAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \t Pro\tApprouvée par : 1 A T A Transvehendis\tAT C Conférence Transatlantique 1 tinerantibus\tConférence Transpacifique Missionariis\tPour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International 6639 U f f f f f f f f f f f f f tp f marabout Collections HUMANITE L\u2019Histoire D\u2019ABORD : universelle en 12 volumes richement illustrés EN COULEURS avec index et tables; -1 i NE CONCEPTION NOUVELLE \u201cLe bon historien, écrivait Marc Bloch, ressemble à l\u2019ogre de la légende.Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier\u201d.Le premier mérite de Cari Grimberg, à qui l\u2019on doit la conception originale de cette monumentale Histoire universelle, est d\u2019avoir dépassé largement1 l\u2019énumération de faits, de dates et de traités, pour mettre principalement l\u2019accent sur l\u2019histoire de l\u2019humanité en évolution, sur l\u2019aventure des hommes confrontés avec des événements qui les dépassent, au milieu d\u2019innombrables problèmes quotidiens.Cette conception va résolument à l\u2019encontre de l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Histoire, puisque la chronologie ne sert plus, ici, que la charpente à l\u2019histoire des civilisations.L\u2019autre mérite principal de cet ouvrage est de ne pas se limiter aux seuls horizons européens et de traiter, parallèlement, l\u2019histoire des civilisations occidentales, orientales et africaines.Sans doute est-ce là l\u2019apport essentiel et l\u2019originalité profonde de cette Histoire universelle que d\u2019être réellement universelle.E GRANDS.HISTORIENS C\u2019est, nous l\u2019avons dit, l\u2019historien suédois Cari Grimberg qui entreprit l\u2019élaboration de cette Histoire universelle de conception révolutionnaire.Il Histoire universelle Dt> Yawb» des aux débat» à* iû.Or&o
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