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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1963-07, Collections de BAnQ.

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[" ry ^ REVUE DU MOIS F.L.0.MONTREAL Le théâtre La Commission de « Foi et Constitution » Maurice VILLAIN LE RAPPORT PAREIT La régulation des naissances Joseph d'ANJOU Le bon pasteur Jean XXIII Objectivité et honnêteté Les professeurs de philosophie s \u2019organisent Est-il possible d\u2019être antisémite?L\u2019éclipse du 20 juillet SOMMAIRE juillet 1963 Le bon pasteur Jean XXIII.Luigi d\u2019Apollonia 189 Notre nouveau Pasteur.Editorial 191 La Commission de « Foi et Constitution »: de Lausanne 1927 À Montréal 1963 Maurice Villain 192 Le Rapport de la Commission Parent.La Commission universitaire 196 La régulation des naissances.I.-\u2014Principes et difficultés de base.Joseph d\u2019Anjou 199 Les professeurs de philosophie s\u2019organisent.Jean Racette 202 L\u2019éclipse du 20 juillet.Louis Lessard 203 Objectivité et honnêteté.Raymond Bourgault 205 Lectures du mois: Est-il loisible d'être antisémite?.Sœur M.-N.-de-Sion 206 Les congrès: Des régimes scolaires justes et équitables.\u2014 Le français aux sociétés savantes.208 Point de vue: L\u2019enseignement de la grammaire française.Euclide Gervais 209 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 210 Au fil du mois.212 La folle aventure du F.L.Q.\u2014 La colère noire.Au service du français: Dans le même quotidien.J.d\u2019Anjou 213 Les livres.213 Notes bibliographiques.III Une mutuelle d \u2019assurance intégrée à lyéconomie du Canada français ?Une variété de plans d\u2019assurance modernes répondant à des besoins modernes ! L* Kc.J; c O N O TÆ I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - VI.5-3291 JOLIETTE - SAINT-JEAN - QUEBEC - SHERBROOKE - OTTAWA (Relation A REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire à la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 \u2022 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.CONSERVEZ J\\elationâ Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir §2.50 par la poste §2.65 Reliure de votre collection 1962.Le lecteur fournissant sa collection : §3.00 Si nous fournissons la collection : §8.00 Ajouter §0.25 pour frais d\u2019expédition Ecrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 DU.7-2541 XXIIIe année N° 271 Juillet MONTRÉAL LE BON PASTEUR JEAN XXIII JE M\u2019APPELLERAI JEAN, avait-il dit, à la surprise de tous.Car c\u2019est le nom de mon père; c\u2019est le nom de la paroisse où j\u2019ai reçu le baptême; c\u2019est le nom de ma cathédrale de Rome; c\u2019est le nom qui, dans la magnifique succession des pontifes romains, jouit de la primauté numérique; par-dessus tout, c\u2019est le nom de « deux hommes qui furent tout près du Christ Seigneur », Jean le précurseur et Jean le disciple bien-aimé.Jean XXIII ?Pourquoi Jean XXIII, le dernier du nom, un antipape, ayant été déposé par le Concile de Constance en 1414?Nous le savions désormais.Et nous avions une idée de la manière simple et directe dont le nouveau Jean réglerait les vieux problèmes, non pas en les discutant mais en les enterrant d\u2019un geste et les classant à jamais.Dorénavant, qui pensera à l\u2019autre Jean XXIII?Tout n\u2019était pas encore clair, il est vrai.Comment l\u2019eût-il été, à ce moment ?Dans le choix du nom on devinait, cependant, un programme, Jean le précurseur ayant préparé les voies du Seigneur, redressé les sentiers, aplani les voies difficiles, et Jean, le disciple bien-aimé, nous ayant laissé l\u2019Évangile de l\u2019unité et de la charité, la parabole du Bon Pasteur.Comme Jean XXIII l\u2019expliquera, quelques jours plus tard, le jour de son couronnement, s\u2019attendre d\u2019un pape à ce qu\u2019il soit « homme d'État, diplomate, homme de science, organisateur de la vie en commun, ou encore l\u2019homme ouvert à toutes les formes de progrès de la vie JUILLET 1963 moderne, sans aucune exception », c\u2019est prendre une tangente.Le Pape est le bon pasteur: « Ce qui nous tient à cœur plus que tout le reste, c\u2019est la charge de pasteur de tout le troupeau.» Et le « point central » de la parabole, précisait Jean XXIII, « c\u2019est le zèle du Bon Pasteur, prêt à toutes les hardiesses, droit, constant, jusqu\u2019au sacrifice suprême ».Son magistère serait donc un ministère pastoral universel.1.L\u2019unité chrétienne Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent.A peine élu, Jean XXIII reçoit les cardinaux, les personnalités des missions extraordinaires venues au couronnement, comme c\u2019est la tradition, et, geste nouveau, les correspondants de la presse mondiale.Puis, on voit ce vieux berger, le manteau sur les épaules, visiter les enfants, un vieux professeur, les séminaristes du Latran, ceux de la Propagande, les agnelets malades, les brebis volages qui se trouvent en prison.Il est plein de charité, de tendresse, de joie de vivre.Ce vieux berger est solide et bon.Mais il est « pasteur de tout le troupeau ».Dès le 29 octobre, le monde entier entend sa voix; le 15 novembre, le Conseil épiscopal de l\u2019Amérique latine; le 21 novembre, sa chère Vénétie; le 29 novembre, la nation polonaise.Noël passé, on attend son encyclique inaugurale, et voici que, sans éclat, en la fête de saint Paul, il annonce la célébration d\u2019un concile œcuménique.189 A plusieurs reprises, déjà, \u2014 dans son premier message de Noël, lors du consistoire du 15 décembre, dans la salle même du conclave, le 24 octobre, \u2014 le Pape avait affirmé l\u2019unité des baptisés dans le Christ, l\u2019amour des autres chrétiens pour l\u2019Evangile, la qualité de leur vie religieuse.Il n\u2019était pas malaisé de prévoir, dès ce moment, une des orientations majeures de son pontificat: l\u2019unité chrétienne.Toutefois, même dans les milieux œcuméniques comme Irenikon (Belgique), Istina (Paris), Unitas (Rome), Una Sancta (Allemagne), qui, à vrai dire, osait envisager la tenue d\u2019un concile œcuménique, à dessein non seulement de « contribuer à l\u2019édification du peuple chrétien » mais d\u2019« inciter les communautés séparées de Rome à rechercher ensemble les bases du retour à l\u2019unité » ?Ce berger, alourdi par l\u2019âge, allait vite en besogne et manifestait un zèle, « prêt à toutes les hardiesses ».Si bien qu\u2019il y eut, au début, quelque malentendu sur les fins du Concile.Son but principal était Yaggiornameriio, le rajeunissement de l\u2019Église afin que, parée de grâces nouvelles, elle pût apporter le salut à l\u2019humanité.Le Concile, toutefois, se situerait dans la perspective de la réunion des Églises, et en préparerait lointainement la réalisation par une œuvre, comme dira le motu proprio du 2 février, de clarification doctrinale et de charité réciproque.Comme Jean le précurseur, il fallait d\u2019abord aplanir les voies, sous peine de rester en chemin: Il convient que le Concile qui doit se célébrer mette plus abondamment en lumière les points de doctrine et révèle les aspects de la charité fraternelle qui, une fois établis, enflamment les chrétiens séparés du Siège apostolique d\u2019un désir plus vif de cette unité, et leur ménageront comme une voie pour l\u2019atteindre.Invités au Concile, les « observateurs » vinrent.Ils étaient là, alors qu\u2019au Ier Concile du Vatican, ils n\u2019étaient point venus.Et ils restèrent, témoins émus, participants discrets, alors qu\u2019au Concile de Trente ils quittèrent les lieux.Les recevant dans la salle du Consistoire, au milieu du somptueux décor prévu pour les rencontres officielles, Jean XXIII ne s\u2019avança pas vers le trône pontifical.Il prit place simplement autour de la grande table ovale, comme les autres, après avoir remercié, en passant, les Pilgrim Fathers des États-Unis de s\u2019être joints aux Pères du Concile.Over and above the light touch of humor, a écrit l\u2019un d\u2019eux, we felt he was interested in us as individuals, and that his sentiments were deep and utterly honest.It was undoubtedly his innate attribute of solicitude for others that bound even chance acquaintance to him with something like affection.Aucun concile dans l\u2019histoire de l\u2019Église n\u2019aura été l\u2019objet d\u2019une préparation aussi soignée et détaillée que le IIe Concile du Vatican, aucun n\u2019aura réuni autant d\u2019évêques de tous les coins de la terre, aucun non plus n\u2019aura été aussi lié à la personne d\u2019un pape.Jean XXIII demandait qu\u2019on ouvrît les fenêtres, perçât les murs historiques, époussetât les formules vieillies.Il aura même trouvé moyen, grâce au Secrétariat pour l\u2019Unité qui reste un des joyaux de son pontificat, de permettre aux « observateurs » d\u2019observer, bien sûr, mais aussi de proposer et de formuler par voie indirecte.Le Concile a été inspiré, préparé, convoqué, dirigé par Jean XXIII.Bien plus, il a donné sa vie pour sa réussite.Au milieu de sa longue et douloureuse agonie: «Qu\u2019ils soient un », répétait le bon pasteur.2.L\u2019unité humaine Dans la bulle d\u2019indiction du Concile (Humanae Salutis), Jean XXIII disait son espérance de voir la lumière qui en sortirait offrir à notre monde « égaré, confus, anxieux sous la menace continuelle de nouveaux et épouvantables conflits, une possibilité pour tous les hommes de bonne volonté de concevoir des pensées et des propos de paix ».Car si le christianisme n\u2019est pas une religion de salut temporel, il ne peut se désintéresser, notait encore la bulle, « des problèmes et des inquiétudes d\u2019ici-bas » et se devait d\u2019« animer non seulement la vie des âmes mais tout l\u2019ensemble des activités humaines ».Fils de Dieu, l\u2019homme est aussi fils de la terre.Les deux grandes encycliques, d\u2019une si riche ordonnance architecturale, signées Jean XXIII, sont manifestement dans la ligne du Concile; Mater et Magistra est un aggiorna-mento de la doctrine sociale de l\u2019Église, et Pacem in terris un aggiornamento de sa doctrine de paix.L\u2019une et l\u2019autre, Pacem in terris expressément, parlent à tous les hommes, non seulement pour leur annoncer le bonheur dans l\u2019autre monde mais pour se préoccuper de leur bonheur ici-bas, les préservant de l\u2019injustice et de la guerre.Il y avait deux manières d\u2019apporter du neuf en ces questions de justice sociale et de paix: ajouter aux enseignements des prédécesseurs en poursuivant un travail de théologie dogmatique, ou, ne durcissant pas les condamnations anciennes, supposer le problème résolu, et en appeler à un travail de pastorale pratique.C\u2019est la seconde manière que choisit Jean XXIII.Relations ayant déjà consacré des numéros entiers à l\u2019étude de ces encycliques, nous nous contenterons de rappeler ici la place que tiennent l\u2019une et l\u2019autre dans une conception personnaliste et communautaire de la société.Les doctrinaires qui nient soit l\u2019une soit l\u2019autre de ces valeurs en viennent toujours à faire de l\u2019homme la chose, l\u2019objet et le moyen de la société, alors qu\u2019il en est le fondement, le sujet et la fin.Ainsi ouvrent-ils aux tyrans les portes de la Cité.La propriété a une valeur personnaliste et communautaire, tandis que la propriété égoïste ou la propriété collectiviste, que le capitalisme libéral ou le capitalisme d\u2019État exaltent, aboutissent à l\u2019oppression des hommes.11 n\u2019en va pas autrement de la paix qui, étant le fruit du respect absolu de l\u2019ordre établi par Dieu et inscrit dans la nature humaine, ne saurait naître que de ces rapports entre hommes et peuples qui ont la vérité pour fondement, la justice pour règle, l\u2019amour mutuel pour principe d\u2019élan, la liberté pour climat.Ainsi tout ce qu\u2019il y a de vrai dans le socialisme marxiste et le libéralisme économique est assumé par Mater et Magistra; de même tout ce qu\u2019il y a de vrai dans le droit de légitime défense et dans la révolution, d\u2019une part, dans le désarmement et dans la doctrine de non-violence, d\u2019autre part, est intégré dans Pacem in terris.Dans l\u2019une et l\u2019autre encyclique, Jean XXIII, attentif au salut de toute la bergerie, note les signes des temps: le 190 RELATIONS phénomène croissant de la « socialisation » dans Mater et Magistra, et, dans Pacem in terris, la persuasion croissante que la guerre est, en notre ère atomique, un instrument inadéquat pour obtenir justice.Ainsi les deux encycliques introduisent la notion de temps comme élément de solution à ces graves problèmes qui divisent les hommes et les dressent les uns contre les autres.Ce n'est pas la doctrine qui change, mais son application; ce n\u2019est pas l\u2019Église qui passe, mais le monde.Progressisme et intégrisme sont renvoyés dos à dos.Dans l\u2019une et l\u2019autre encyclique encore, Jean XXIII fait état des dimensions planétaires des problèmes.Comment s\u2019étonner que le catholicisme religieux ne soit pas à l\u2019aise dans ce catholicisme temporel qui, voulu par l\u2019unité de la famille humaine et déjà fait par Dieu, reste encore à faire par les hommes ?Chaque homme est responsable des hommes; chaque peuple, des peuples.De sorte que Paeem in terris demande aux catholiques de collaborer « de multiples manières soit avec des chrétiens séparés du Siège apostolique, soit avec des hommes qui vivent en dehors de toute foi chrétienne, mais qui, guidés par les lumières de la raison, sont fidèles à la morale naturelle ».Citant à ce propos Mater et Magistra, Jean XXIII étend le terrain de cette collaboration à « toute matière bonne en soi ou qui peut mener au bien », remettant le soin de « déterminer les modalités et l\u2019ampleur de cette coordination des efforts » aux hommes les plus influents et les plus compétents, en accord avec les « directives des autorités ecclésiastiques ».Comme la sagesse surnaturelle de Jean XXIII refuse de conclure, d\u2019un passé plein de polémiques stériles, de simplifications abusives, de controverses hautaines, voire de répressions légales et de guerres de religion, à l\u2019impossibilité d\u2019une nouvelle Pentecôte qui guérisse les blessures de nos divisions religieuses, ainsi dans sa sagesse naturelle, malgré les divisions de langues, d\u2019idéologies et de civilisations, malgré les injustices sociales, les inégalités de développement entre les peuples, et l\u2019arsenal d\u2019hostilités accumulées dans les cœurs, il refuse de conclure à la tragédie pour notre monde.Il garde larges ouvertes les portes à l\u2019espérance et communique au monde son esprit.* * * Unité chrétienne, unité humaine: berger descendu de sa montagne, Angelo Giuseppe Roncalli voulut s\u2019insérer dans la file des Jean, interrompue depuis tant de siècles, pour y cacher son peu d\u2019importance.A première vue, ses mérites échappaient au regard.Il disait simplement les choses et faisait simplement les gestes.Et le monde crut, un instant, avoir un pape de transition.N\u2019avait-il pas noté lui-même que les vingt-deux souverains pontifes du nom de Jean eurent, presque tous, un court pontificat?Pape de transition, il le fut, en vérité, mais dans un tout autre sens que celui où l\u2019entendait la sagesse de ce monde.Jean XXIII clôt l\u2019ère qui commença à la Réforme et annonce celle qui marche vers l\u2019unité.Il était un homme du siècle à venir: le bon Pasteur marche devant ses brebis, et les brebis suivent, parce qu\u2019elles connaissent sa voix.Luigi d\u2019Apollonia, S.J.ÉDITORIAL Notre nouveau Pasteur AU MOMENT OÙ NOUS ALLONS SOUS PRESSE, l\u2019Église est toujours en deuil, et le conclave ne s\u2019est pas encore réuni.Quand paraîtront ces lignes, l\u2019attente universelle sera passée.Et il sera parmi nous ce désigné du Saint-Esprit, notre joie et, au milieu de nos incertitudes, notre espérance, comme celle de tant d\u2019hommes qui ne partagent pas pleinement la foi catholique.D\u2019ores et déjà, nous voulons dire au nouveau vicaire de Jésus-Christ notre profond respect et notre plus filiale soumission, nous rappelant ce que Jean XXIII, de si douce mémoire, disait aux journalistes venus à Rome des pays les plus éloignés: On parle d\u2019un Pape politique, d\u2019un Pape savant, d\u2019un Pape diplomate, alors que le Pape est tout uniment le Pape, c\u2019est-à-dire le Bon Pasteur qui cherche les moyens d\u2019atteindre les âmes pour répandre la vérité et la bonté.Il ne faut pas se construire un Pape d\u2019après ses propres vues.Sans doute, le nouveau successeur de saint Pierre ne saurait se confondre avec Jean XXIII, pas plus que celui-ci ne se confondit avec Pie XII, ni Pie XII avec Pie XI.L\u2019important, c\u2019est que le Pape est le Bon Pasteur; et, quels que soient ses dons, sa personnalité, l\u2019accent de sa voix, que ses brebis le reconnaissent et suivent son enseignement.Ce qui reste et qui nous émeut, à travers la longue liste des Papes si différents, c\u2019est l\u2019action mystérieuse de l\u2019Esprit-Saint qui, par des hommes, gouverne son Église et paît le troupeau du Seigneur.Il en sera ainsi jusqu\u2019à la fin des temps.Telle est notre foi.17 juin 1963.JUILLET 1963 191 L\u2019OECUMÉNISME La Commission de « Foi et Constitution »: de Lauzanne 1927 à Montréal 1963 MAURICE VILLAIN, S.M.* LA CONFÉRENCE de la Commission Foi et Constitution qui s\u2019ouvrira à Montréal, le 12 juillet prochain, est la quatrième réunion mondiale de cette Commission, les trois autres étant celles de Lausanne 1927, d\u2019Édimbourg 1937 et de Lund 1952.C\u2019est une conférence exclusivement doctrinale et, pour cette raison même, elle attire tout spécialement l\u2019attention des théologiens catholiques: le Secrétariat du cardinal Bea lui enverra des « observateurs » et de nombreux œcuménistes catholiques y assisteront au titre de la presse.Notre propos ici est de tracer à grands traits l\u2019histoire de cette Commission doctrinale qui remonte aux origines mêmes du Mouvement œcuménique; mais, plutôt que d\u2019accumuler des faits, dont l\u2019énumération serait fastidieuse, nous chercherons à dégager, d\u2019étape en étape, la ligne intérieure d\u2019un long effort doctrinal.Le lecteur sera ainsi mieux à même de saisir le sens et l\u2019importance des thèmes du programme de Montréal que nous lui présenterons en terminant L * * * La Commission de Foi et Constitution est due à une initiative généreuse de l\u2019évêque Charles Brent, de l\u2019Église épiscopale des États-Unis.Le trait a été maintes fois raconté.C\u2019était en 1910, à la Conférence universelle des Sociétés protestantes missionnaires qui se tenait à Édim-bourg.Un délégué d\u2019Extrême-Orient se lève, dit son émotion de ce que la division des chrétiens ruine le crédit de l\u2019Évangile en son pays, et supplie les missionnaires d\u2019Occi-dent de ne plus arriver sur le champ de leur apostolat encombrés de tous leurs ismes dénominationnels, sinon le * Spécialiste des questions œcuméniques depuis 1936, auteur de nombreux ouvrages sur ces questions, le P.Villain, venu de Paris à Montréal pour assister à la Conférence de « Foi et Constitution », a bien voulu accepter de présenter à nos lecteurs cette importante conférence de Montréal.1.La Commission de Foi et Constitution a fait l\u2019objet d\u2019une abondante littérature.Notre Introduction à VŒcuménisme (Casterman, 1960, 3e édition), qui contient un Guide bibliographique assez complet, sera la base du présent article, ainsi que nos chroniques de Rythmes du Monde (Abbaye de Saint-André, Bruges, Belgique).192 message du Christ ne sera jamais accepté.Impressionné par cette intervention, Brent décide de consacrer sa vie à conjurer ce scandale.Ce jour-là, le Mouvement œcuménique est né.Lausanne 1927 Quelques années plus tard, un autre pionnier, le Suédois Nathan Sôderblom, archevêque luthérien d\u2019Upsala, élaborait un mouvement de Christianisme pratique (Life and Work), et c\u2019est lui qui réunit la première conférence mondiale de style œcuménique pour tenter de reconstruire, avec les principes de l\u2019Évangile, le monde bouleversé par la guerre de 1914.Ce fut la Conférence de Stockholm 1925, d\u2019inspiration pragmatique, libérale et sociale; elle aboutit à ce résultat imprévu de poser avec acuité la question doctrinale: «Mais, qu\u2019est-ce donc que l\u2019Église?» Aussi bien, l\u2019entreprise de Sôderblom appelait-elle le complément que préparait de longue main l\u2019évêque Brent et qui fut mis en œuvre à la Conférence de Lausanne, en 1927, \u2014 première conférence du mouvement Foi et Constitution.Le programme concernait l\u2019Église, la confession de foi (symbole de Nicée), le ministère de l\u2019Église, les sacrements, l\u2019union des Églises.Bien que le contingent des orthodoxes et des anglicans y fût appréciable, on était, pour ce labeur doctrinal, en plein tâtonnement et l\u2019on s\u2019imaginait qu\u2019il suffirait de tomber d\u2019accord sur un minimum, un plus petit commun dénominateur \u2014 on disait encore: «des points fondamentaux ».Le résultat le plus clair fut la révélation, au sein de la conférence, de deux tendances à contre-pente: un courant « catholique 2 » (celui des Églises orthodoxes, de l\u2019Église anglicane et de la haute Église suédoise) et un courant protestant.Ce dernier était quantitativement beaucoup plus fort; le premier, minoritaire, était plus exigeant.Mais on ne tarda pas à s\u2019apercevoir que tabler sur un minimum commun était un leurre, car les deux partis accusaient des structures de pensée formellement différentes, en lesquelles tout s\u2019enchaînait selon une logique rigoureuse.Là-dessus, l\u2019encyclique de Pie XI Mortalium animos con- 2.Ce mot, que nous écrivons intentionnellement entre guillemets pour le distinguer du catholicisme romain, sera expliqué un peu plus loin, dans le paragraphe sur « la méthode doctrinale d\u2019Amsterdam ».RELATIONS damna sans ménagement le double départ de Stockholm et de Lausanne, à la vérité incertain et périlleux 3.Édimbourg 1937 Dix ans plus tard, la Conférence d\u2019Edimbourg reprenait la tâche commencée à Lausanne en l\u2019approfondissant.Cette seconde conférence, où 122 Églises avaient envoyé des délégués, et Rome trois observateurs, bénéficiait d\u2019un apport considérable d\u2019orthodoxes et d\u2019anglicans, sous la présidence d\u2019un homme prestigieux, le Dr William Temple, archevêque d\u2019York (et bientôt de Canterbury).Le programme était sensiblement le même que précédemment: l'Eglise, les ministères, le culte, les sacrements, la grâce; mais, au lieu de se limiter au morcelage des « points fondamentaux », on s\u2019engagea dans la recherche d\u2019une plénitude.La méthode d'Edimbourg consista à cerner les valeurs qui étaient strictement de foi, en laissant libre jeu à un très large éventail d\u2019interprétations théologiques, de sorte que les comptes rendus les plus autorisés de chaque tendance (orthodoxe, anglicane et protestante) donnent l\u2019impression d\u2019une commune satisfaction, comme si toutes les notes avaient été frappées à la fois et admises en pluralisme.Bien des ambiguïtés, par conséquent, demeuraient sous roche.Jamais pourtant les Églises ne s\u2019étaient confrontées sur un aussi large tour d\u2019horizon, et c\u2019était là un inventaire de la plus grande valeur.On se rendait mieux compte de l\u2019ampleur des difficultés et c\u2019est avec beaucoup d\u2019humilité qu\u2019on souscrivait ce message: Notre unité est une unité de cœur et d\u2019esprit.Sans doute sommes-nous divisés dans les manifestations extérieures de notre vie en Christ parce que nous comprenons diversement Sa Volonté à l'égard de Son Église.Nous croyons cependant qu\u2019une intelligence plus profonde nous conduira vers une compréhension commune de la vérité telle qu\u2019elle est en Jésus.Nous confessons humblement que nos divisions sont contraires à la volonté du Christ, et nous prions Dieu de bien vouloir, en sa miséricorde, abréger les jours de notre séparation et nous guider, par Son Esprit, vers la plénitude de l\u2019unité.La même année, la Conférence du Christianisme pratique concluait, à Oxford, de remarquables accords sur le programme « l\u2019Église, la Nation et l\u2019État », ce qui signifiait, en bref, la condamnation formelle des totalitarismes à la veille de la seconde guerre mondiale.Si celle-ci n\u2019avait pas éclaté, on était disposé à réaliser sans retard, le vœu émis à Utrecht en 1938, de réunir en un même organisme les deux mouvements Life and Work et Faith and Order.Ce projet, dont l\u2019esquisse était déjà dessinée, n\u2019aboutit qu'au lendemain de la tourmente dans la constitution du Conseil œcuménique des Églises, d\u2019abord au stade provisoire (Genève 1946), puis au stade définitif, à l\u2019Assemblée d\u2019Amsterdam 1948.Le principal architecte de ce grand 3.Il n\u2019empêche que les initiatives de Brent et de Sôderblom avaient une valeur prophétique, et sans elles le Mouvement œcuménique n\u2019eût pu prendre son essor, non plus peut-être finalement que le Concile Vatican II.L\u2019Abbé Couturier, qui était un intuitif de génie et un saint, écrivait en 1939 ces lignes étonnantes: « Il semble qu\u2019on pourrait se demander s\u2019il serait téméraire de voir en ces grandes assises successives: Stockholm 1925, Lausanne 1927, Oxford 1937, Édimbourg 1937, comme de premières et lointaines étapes sur la route qui conduirait vers un immense « Concile œcuménique » tel que la Chrétienté n\u2019en aurait jamais connu.Ces assises en seraient les préparations préconciliaires imprévues, providentielles, inaccoutumées, mais déjà discernables.» JUILLET 1963 œuvre fut le Dr W.A.Visser\u2019t Hooft.A cette date, le Mouvement œcuménique sort de l\u2019ère des tâtonnements, s\u2019avance avec une structure nouvelle et un outillage perfectionné.Nous n\u2019avons pas à retracer l\u2019histoire du Conseil œcuménique directement et pour elle-même, mais, du point de vue qui est ici le nôtre, nous devons nous arrêter quelques instants à sa méthode doctrinale, qui est celle même de la Commission de Foi et Constitution et qui est due aux meilleurs théologiens de cette Commission.La méthode doctrinale d\u2019Amsterdam Elle fut expérimentée à Amsterdam dans l\u2019étude d\u2019un sujet capital: « L\u2019Église universelle dans le dessein de Dieu ».Sujet capital, ai-je dit, car la notion d\u2019Église est à la croisée de toutes les difficultés et l\u2019on peut affirmer qu\u2019elle constitue le problème œcuménique.Il s\u2019agit d\u2019une méthode dialectique qui écarte les compromis des conférences précédentes: elle met en évidence les pôles extrêmes de divergence, qui sont des cas limites, entre lesquels oscille toute la gamme des positions réelles, et elle permet de poursuivre le dialogue en toute clarté, sans l\u2019interrompre.Le problème est celui-ci: l\u2019Église qui correspond à l\u2019authentique dessein de Dieu est-elle de style « catholique » ou de style protestant, ou encore, est-elle « institution » ou «événement»?Dans le premier cas: elle est «l\u2019Église du Verbe incarné », prolongeant dans l\u2019histoire l\u2019action et les gestes du Christ, qui lui est immanent, donc une institution fondée sur la succession apostolique, transmise à une hiérarchie par l\u2019imposition des mains; en elle et par elle, l\u2019homme va au Christ et à Dieu d\u2019un mouvement horizontal.Dans le second cas, l\u2019Église est conçue comme un appel de Dieu aux hommes, leur demandant de répondre par la foi en Jésus-Christ médiateur et sauveur, tel qu\u2019un contact direct avec la Bible le leur découvre; on dit encore: l\u2019Église de l\u2019Esprit, ou de 1\u2019 « événement », en laquelle l\u2019homme rejoint le Christ et Dieu d\u2019un mouvement vertical.La découverte d\u2019Amsterdam, ce fut de constater que cette réduction linéaire des deux positions extrêmes (mouvement horizontal, vertical) ne rend pas compte de la réalité, qui est plus nuancée.Les Églises, en effet, ne sont pas exclusivement d\u2019un côté ou de l\u2019autre: les deux mouvements se compénètrent en elles.Le catholicisme a aussi sa montée verticale: ses événements prophétiques, ses mystiques, ses saints.; et le protestantisme, dans son renouveau doctrinal de nos jours, tient de moins en moins pour une Église qui ne serait que la somme des individus qui lui sont agrégés: il est en train de découvrir l\u2019Église-communauté, qui préexiste à ses fidèles et possède déjà, d\u2019une certaine façon au moins, les arrhes du Royaume; et en même temps, il retrouve les valeurs stables de la tradition (quoique celle-ci ne soit pas à ses yeux normative).Ainsi la méthode dialectique inaugurée à Amsterdam permet-elle, sans verser dans des compromis, de récupérer, entre les pôles de divergence, de nombreux éléments de similitude, lesquels demeurent éclairés de leur propre lumière.Sans risquer d\u2019équivoques, on est en mesure d\u2019approfondir la recherche en commun, dans une tension douloureuse et stimulante; et plus on avance, plus on se persuade que finalement la solution est entre les mains de Dieu.C'est pourquoi les 150 Églises réunies à Amsterdam résolurent, malgré des heures de dramatique découragement, 193 de « rester ensemble ».Le Conseil prit conscience, dès l\u2019abord, qu\u2019il formait un vestigium Ecclesiae, une communauté d\u2019attente, eschatologique, tendue vers la manifestation de l\u2019Église universelle, et qu\u2019à certains moments privilégiés \u2014 par exemple, dans la promulgation d\u2019un message général \u2014 le Saint-Esprit parlait en lui.Rome, au jugement d\u2019un O.Tomkins, était présente en creux, par son absence même, et les théologiens catholiques versés dans les questions œcuméniques ne cessaient d\u2019écouter ce passionnant dialogue des Églises.Pousser plus à fond cette analyse de la méthode d\u2019Amsterdam nous éloignerait de notre sujet.Il nous fallait tout de même rappeler ces données où intervinrent les meilleurs dogmaticiens de la Commission de Foi et Constitution \u2014 un Florovsky, un Hodgson, un Tomkins et tant d\u2019autres.La conséquence fut que, dès Amsterdam, on formula le souhait que la Commission de Foi et Constitution, tout en gardant une autonomie suffisante, nécessaire à la poursuite de son difficile labeur, fût intégrée de plus en plus complètement au Conseil œcuménique, au point d\u2019en devenir la commission d\u2019études.Ce projet rencontra, il est vrai, bien des obstacles et ne devait mûrir que lentement.La Conférence de Lund fut en partie consacrée à le faire aboutir.Lund 1952 La troisième Conférence de Foi et Constitution, à Lund en 1952, revêtit une particulière ampleur.D\u2019une part \u2014 nous venons de le mentionner \u2014 on commença à y chercher une formule d\u2019intégration de la Commission au Conseil, mais nous n\u2019entrerons pas dans ce délicat problème juridique qui nous éloignerait de notre sujet.D\u2019autre part, on mit en œuvre un vaste programme sur l\u2019Église, le Culte et l\u2019Intercommunion, dont le Dr Oliver Tomkins, la personnalité la plus marquante de cette conférence, était le principal instigateur.Jamais l\u2019ensemble des positions ecclésiologiques n\u2019avait encore été présenté avec un tel luxe de précision.Aussi bien les orateurs invitèrent-ils les délégués à consentir à un dépassement de la simple confrontation, moyennant les sacrifices qui s\u2019imposaient (Tomkins); dans un effort de synthèse, car, au fond, les points de vue « catholique » et protestant sont complémentaires et impliquent chacun une importante vérité à sauvegarder (Hodgson); dans la pensée enfin que l\u2019ère atomique fait peser sur le monde une constante menace et que le jugement de Dieu approche (Schlink).Si ce dépassement n\u2019eut pas lieu, le problème de l\u2019Église (son mystère, son unité, sa continuité) fut du moins posé pour la première fois avec toute l\u2019exactitude désirable.En liturgie, un pas important fut franchi par la Commission du Culte.On estima très justement que la liturgie pouvait devenir un facteur capital d\u2019unité: elle est, en effet, susceptible d\u2019introduire au sein des Églises, par le truchement des textes empruntés aux grandes liturgies traditionnelles, un potentiel dogmatique commun, selon le vieil adage: lex orandi, lex credendi, \u2014 ce en quoi les controverses théologiques s\u2019avèrent impuissantes.Dans ces conditions, un dépassement est possible, et c\u2019est un fait que déjà, grâce au renouveau liturgique de beaucoup d\u2019Églises protestantes, les textes de Lund accusent un progrès sensible dans la compréhension eucharistique; il est permis d\u2019espérer qu\u2019il en ira de même un jour en ce qui concerne le sacerdoce ministériel.De plus, Éund posa avec force le problème de la tradition, qui est en train de faire brèche au principe protestant de la Scriptura sola (mais répétons ici, comme plus haut, que la tradition n\u2019est pas envisagée comme normative).Une soigneuse enquête sur Y Intercommunion4 inaugura une thèse qui, depuis lors, a fait beaucoup de chemin parmi les jeunes générations 4 5, particulièrement à l\u2019Assemblée de la Jeunesse (Lausanne 1960) et à l\u2019Assemblée de New-Delhi.Plusieurs jeunes théologiens de Foi et Constitution (Philip Potter, Max Thurian) pensent qu\u2019au sein des confessions protestantes qui admettent la présence réelle, la pratique de l\u2019intercommunion pourrait être un facteur très appréciable de regonflement dogmatique, sous la pression de la charité théologale qui unit et purifie.Cette thèse, vigoureusement combattue par des théologiens plus classiques, semble dominer dans les textes de New-Delhi.Deux traits encore ont marqué la Conférence de Lund.La voix des Jeunes Églises, impatientes de construire chez elles sur un terrain neuf, déblayé des controverses des vieilles Églises occidentales, y fut très écoutée.Et un problème nouveau a surgi, celui de l\u2019incidence des facteurs non théologiques: sociaux, culturels, raciaux, etc.(les forgotten factors, ainsi qu\u2019on les a appelés) sur la division des Églises.Ce problème très ardu continue d\u2019être étudié par une commission spéciale et l\u2019on s\u2019apercevra à Montréal de l\u2019importance qu\u2019il a prise en certains rapports.Incidence des Assemblées générales; le texte de New-Delhi sur Y Unité On ne peut séparer l\u2019histoire propre de la Commission de Foi et Constitution de celle des Assemblées générales du Conseil œcuménique; cela va de soi puisque, depuis Lund, Foi et Constitution est un Département du Secrétariat général, intégré dans la Division des Études.En soi, cette intégration laisse intact le travail spécifique de notre Commission.En fait, au sein de l\u2019Assemblée, elle l\u2019alourdit.On en a fait souvent la remarque.Depuis que les Églises s\u2019engagent elles-mêmes par la voix de leurs délégués, l\u2019ère des pionniers (des « Pères », dirait le Dr Visser\u2019t Hooft) est close.A Lund déjà, beaucoup de membres de la Conférence s\u2019avéraient sans compétence doctrinale.Et à fortiori, le Comité de Foi et Constitution qui a paru à Evanston et à New-Delhi, était inférieur en qualité à l\u2019ensemble de la Commission, car n\u2019étaient présents que les délégués d\u2019Églises, et ceux-ci n\u2019étaient pas nécessairement les meilleurs théologiens.Enfin la discussion doctrinale se faisait devant l\u2019Assemblée au complet.Il en résulte un décalage assez considérable entre les conclusions doctrinales d\u2019une Assemblée et celles qui sont élaborées par la Commission.On se rappelle les vicissitudes de la section d\u2019Unité à Evanston: elle se bloqua d\u2019emblée sur une notion purement protes- 4.\tCe mot, qui n\u2019est peut-être pas bien choisi, implique, d\u2019une part, la pratique de la concélébration dans un service de Sainte Cène entre des pasteurs de confessions différentes; et d\u2019autre part, la communion à la même table de fidèles de confessions différentes.5.\tLes jeunes générations protestantes ne sont plus sensibles aux raisons historiques qui ont motivé le morcelage de leurs Églises.194 RELATIONS tante de l\u2019Église, ce qui motiva un refus retentissant des orthodoxes.A New-Delhi, la base trinitaire fut âprement discutée avant d\u2019être votée à une majorité qui était assez loin de l\u2019unanimité.New-Delhi cependant fit un effort plus constructif en acceptant, quasi à l\u2019unanimité, un beau texte sur l\u2019Unité de l\u2019Église, préparé par la Conférence de Saint Andrews.Nous le reproduisons in extenso, car il entre dans le matériel de la Conférence de Montréal.C\u2019est une description de l\u2019Unité rédigée en termes assez souples pour que toutes les Églises membres puissent le souscrire, y compris les Églises orthodoxes.Celles-ci n\u2019ont pas hésité à le faire, car elles sont conscientes de leur meilleure situation dans l\u2019Assemblée depuis qu\u2019elles ont reçu le renfort de l\u2019Église moscovite et des Églises d\u2019au-delà du rideau de fer.Désormais elle ne se tiendront plus à l\u2019écart et travailleront à valoriser ce texte selon son sens doctrinal complet.Nous croyons que l'unité, qui est à la fois un don de Dieu et sa volonté pour son Église, est rendue manifeste lorsque tous ceux qui, en un même lieu, sont baptisés en Jésus-Christ et le confessent comme Seigneur et Sauveur, sont conduits par le Saint-Esprit à une communauté totale, confessent la même foi apostolique, prêchent le même Évangile, partagent le même pain, s\u2019unissent dans une prière commune, en vue d\u2019une vie communautaire qui rayonne dans le témoignage et le service de tous et, en même temps, se trouvent en communion avec l\u2019ensemble de la communauté chrétienne, en tous lieux et en tout temps, en sorte que le ministère et la qualité de membres sont reconnus par tous et que tous peuvent agir et parler ensemble, selon les circonstances, afin que les tâches auxquelles Dieu appelle son peuple soient accomplies.Nous croyons que nous devons prier et travailler pour une telle unité.La Conférence de Montréal L\u2019esquisse que nous venons de tracer aura suffisamment introduit le lecteur catholique, nous l\u2019espérons du moins, dans les antécédents de la Conférence qui va siéger à l\u2019Université McGill du 12 au 26 juillet.Quatre commissions ont préparé cette Conférence pendant de nombreuses années, chacune dans un domaine particulier de recherche, et elles ont rédigé quatre rapports dont les titres sont les suivants: le Christ et VÉglise; (la) Tradition et (les) traditions; le Culte; VInstitutionnalisme.(Ils ont respectivement 77, 79, 69 et 45 pages dans l\u2019édition française 6.) Il est intéressant de noter que les deux premiers rapports ont été élaborés par deux sections distinctes: une section nord-américaine et une section européenne; le troisième, par trois sections: européenne, nord-américaine, asiatique orientale; le quatrième est l\u2019œuvre d\u2019une seule section composée d\u2019Européens et d\u2019Américains du Nord.Malheureusement les orthodoxes sont à peine représentés: un seul dans les trois premières commissions, aucun dans la quatrième.On donne comme excuse que ces nominations ont été faites aussitôt après Evanston, alors que le Conseil œcuménique n\u2019avait pas encore reçu l\u2019appoint de l\u2019Église russe et des autres Églises orthodoxes d\u2019au-delà du rideau de fer.La représentation orthodoxe ne faisant pas le poids, il s\u2019ensuit de regrettables lacunes en ce qui concerne l\u2019Église 6.Conseil oecuménique des Églises.Commission de Foi et Constitution, Genève 1963.Documents nos 38, 40, 39, 37.considérée comme mystère, les exigences de la tradition et l\u2019institution, toutes positions qui devraient être, en ces rapports, minutieusement exposées.Par contre, soulignons avec satisfaction que les brochures ont été soumises à une consultation théologique composée de 34 personnes dont 17 catholiques romains.Cet échange, qui eut lieu à l\u2019Institut de Bossey du 18 au 23 mars, sous la présidence jumelée du Dr Oliver Tomkins et du R.P.Jérôme Hamer, O.P., a été ouverte et fraternelle.La Commission de Foi et Constitution a reçu les rapports écrits de nos théologiens chargés d\u2019apprécier ces documents, et enregistré bon nombre d\u2019interventions dont il pourra être tenu compte à Montréal.Ayant pris part à ce débat, nous devons garder sur lui la discrétion.Les quatre rapports constituent la majeure partie du matériel doctrinal de la Conférence de Montréal; à quoi il faut ajouter, au premier plan, le texte de New-Delhi sur l\u2019Unité de l\u2019Église, que nous avons cité.La Conférence bénéficiera en outre des ressources de plusieurs divisions et départements du Secrétariat général: la Division des Missions et de l\u2019Évangélisation, les Départements des Laïcs, de la Coopération entre les hommes et les femmes, de l\u2019Évangélisation, etc.Il est prévu que les décisions de la Conférence seront (en certaines de leurs parties tout au moins) soumises au Comité central du Conseil œcuménique; elles doivent en effet recevoir l\u2019approbation de celui-ci pour être déclarées « l\u2019expression d\u2019une opinion du Conseil œcuménique ».Sur cette immense matière ecclésiologique vont œuvrer cinq Sections au cours de la Conférence, dont les mandats sont les suivants: Section I: L\u2019Église dans le dessein de Dieu.Section II: L\u2019Écriture, la Tradition et les traditions.Section III: L\u2019œuvre rédemptrice du Christ et le ministère de son Église.Section IV: Le culte et l\u2019unité de l\u2019Église du Christ.Cection V: «Tous en un même lieu » \u2014 Notre cheminement commun.Il serait oiseux, pour le moment, d\u2019en dire davantage, et prématuré de prévoir des conclusions.Notre devoir est de prier pour que l\u2019Esprit de Dieu inspire ce difficile labeur de nos frères chrétiens, et de le faire avec la même ardeur que nous prions pour la bonne continuation du Concile Vatican IL O Saint-Esprit, dispensateur de vie et de lumière, aide ceux qui prennent part à cette conférence à te servir dans l\u2019Église et dans le monde de notre temps.Accorde-leur de penser droite-ment et de parler avec sagesse, et rends-les aussi attentifs à ce que les autres ont à dire.Et sur eux et sur tout ton peuple, veuille répandre le don de ta charité, qui est le lien de l\u2019unité et de la paix, afin que les hommes voient en nous les disciples du Christ, parce que nous avons de l\u2019amour les uns pour les autres; et que d\u2019un seul cœur et d\u2019une seule voix nous rendions gloire à l\u2019éternelle Trinité, Dieu béni à jamais 1.7.Prière éditée pour la 4e Conférence de Foi et Constitution.Conseil œcuménique, 17, route de Malagnou, Genève, Suisse.Paris, Pentecôte 1963.JUILLET 1963 195 LE RAPPORT DE LA COMMISSION PARENT La Commission universitaire de la Compagnie de Jésus IA COMMISSION ROYALE D\u2019ENQUÊTE SUR L\u2019ENSEIGNEMENT déposait, le 22 avril dernier, ¦\u201c* la première tranche de son Rapport.Les réactions n\u2019ont pas manqué depuis, allant de l\u2019enthousiasme à la vitupération.La Commission se serait assurément contentée d\u2019une discussion plus sereine et plus objective.Elle-même a entendu, en séance publique, plus de trois cents délégations, avec une courtoisie et, disons-le, une patience qui ne se sont jamais démenties.Elle a fourni une somme extraordinaire de travail au service de notre province.Elle s\u2019attend sans doute à la discussion de ses recommandations; mais son Rapport mérite un accueil sympathique d\u2019emblée, et une étude aussi sérieuse que celle qui l\u2019a préparé.Nous risquerions d\u2019être injustes si nous ne tenions compte de l\u2019état actuel du Rapport.Ne comportant encore qu\u2019une première tranche, il se prête à des interprétations plus ou moins exactes.Nous ne voulons pas préjuger de la suite, et nous ne ferons état que des idées et suggestions présentées dans cette première partie.* * * Le Rapport a de substantiels mérites: un regard neuf et large sur les problèmes; un effort d\u2019invention pour intégrer les réalités inédites du monde actuel dans le courant de notre culture; une pensée critique qui tente une évaluation des éléments permanents et des éléments caducs de notre tradition; une loyauté courageuse à proposer une nouvelle orientation de l\u2019école et des structures adaptées à la situation présente.Fidèles à l\u2019esprit scientifique, les Commissaires partent de la réalité économique et sociale de notre époque, dont ils dégagent quelques faits significatifs ayant trait aux structures supérieures du système scolaire.Le quatrième chapitre (La Société cCaujourd'hui et Venseignement) manifeste une grande compréhension de la société industrielle et des vraies dimensions, souvent insoupçonnées du public, de la révolution culturelle qui en est solidaire.Il y a là une transformation sociale sans exemple dans l\u2019histoire et par laquelle tous les aiguillages du passé ont été modifiés.C\u2019est une contribution considérable que les Commissaires n\u2019aient pas sous-estimé la dimension et la portée immense de ce phénomène.De cette juste appréciation découle l\u2019implication sous-jacente à tous les exposés, l\u2019innovation et le fait nouveau tendent à prendre désormais l\u2019importance que la tradition et le fait historique possédaient jusqu\u2019en ces derniers temps.De là aussi découle la perspective adoptée dans l\u2019évaluation des diverses données de la situation de l\u2019enseignement dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui: généralisation de l\u2019enseignement à tous les niveaux (art.84, 85, 86, 87, 109, 116, 117, 118, 153), avec les problèmes qui s\u2019y rattachent: expansion des locaux (119), recrutement des maîtres (120), ampleur des investissements financiers (124); l\u2019éducation devenue le fondement de la société contemporaine (94); la 196 nécessaire coopération de tous les groupes intermédiaires et de tous les milieux enseignants (121, 122, 123, 132, 133, 134, 137, 138, 139, 173) pour vaincre l\u2019éparpillement de nos forces et les mesquines divisions du passé et coordonner tous les secteurs de l\u2019enseignement (121, 128, 138, 139, 171); l\u2019esprit prospectif (87, 92, 153, 164, 176, 184); l\u2019enseignement considéré comme un investissement (93, 109, 124); l\u2019éducation des adultes (86, 118); le rôle croissant de l\u2019État et son incompétence relative dans le domaine de l\u2019enseignement (107, 110, 123, 125, 126, 128); la valorisation de l\u2019enseignement technique (153); l\u2019emploi des moyens audiovisuels dans les salles de cours et l\u2019éducation aux techniques de diffusion (98, 99); l\u2019autonomie des corps publics et des institutions privées (123, 145, 162); la nouvelle conception du rôle de la femme (105); enfin la création d\u2019un nouveau cadre de l\u2019administration supérieure (le chapitre v).Ce dernier point constitue la recommandation capitale de la première partie du Rapport; les Commissaires proposent 1\u2019établissement d\u2019un organisme administratif constitué de deux pièces indissociables et en équilibre, un ministère de l\u2019Éducation et un Conseil supérieur de l\u2019Éducation (133, 134, 136, 137, 138, 139, 201, 202).Cette structure reflète, si nous la comprenons bien, une juste appréciation du rôle de l\u2019État dans la Nation: garantir et promouvoir, à l\u2019intérieur du bien commun, le libre épanouissement de la personne humaine et des valeurs qu\u2019elle incarne.Ce raccourci souligne l\u2019importante contribution de la première partie du Rapport aux problèmes d\u2019éducation de la province de Québec.Il montre aussi la philosophie implicite qui s\u2019en dégage.Un système d\u2019éducation peut être conçu et présenté de deux façons distinctes.Ou bien comme un schème idéal fondé sur une théorie de l\u2019éducation.Ou bien comme un projet concret qui, après recension de toutes les données historiques et actuelles, retient les faits significatifs à partir desquels sont déterminés l\u2019orientation, les cadres, les programmes, etc.Les Commissaires ont adopté cette seconde manière.Ce choix n\u2019est pas le fruit d\u2019une mentalité pragmatique.Il résulte au contraire d\u2019une saine réflexion sur le monde actuel; il est mieux approprié au caractère évolutif d\u2019une société en mouvement; il permet un meilleur discernement des éléments caducs et des éléments durables de notre tradition éducative.* * * Sur ce point précis, toutefois, le Rapport nous fait difficulté.Dans les quatre premiers chapitres, les Commissaires se proposent de relever les données de fait dont doit tenir compte la fonction politique pour déterminer ce que sera notre système d\u2019éducation: données historiques (chapitre i), législatives (chapitre n), démographiques (chapitres ni et iv), scientifiques, techniques et sociales (chapitre iv).Dans leurs recommandations des structures supérieures du système d\u2019enseignement (chapitres v à vu), on sent qu'ils ont accordé la plus grande attention à la révolution scientifique et technique, à l\u2019explosion scolaire, à la transformation RELATIONS des conditions de vie, à l\u2019évolution des idées, à la participation de tous les milieux à l\u2019œuvre de l\u2019enseignement.Indubitablement, cette considération est essentielle pour imaginer les tâches de l\u2019éducation dans un monde en accélération.Cependant le souci très légitime de souligner ces facteurs n\u2019en a-t-il pas rejeté dans l\u2019ombre un autre, tout aussi important et plus fondamental encore: le rôle de l\u2019intelligence en tant que créatrice de culture ?La fidélité même à la méthode adoptée par les Commissaires eût exigé la recension et l\u2019analyse de ce déterminant premier de tout système scolaire: n\u2019est-il pas à la racine de tous les autres problèmes de l\u2019éducation, surtout à une époque qui renouvelle tous les savoirs ?C\u2019est l\u2019esprit humain qui est à l\u2019origine des transformations techniques et psychologiques de notre civilisation dont le Rapport a si bien analysé l\u2019ampleur.C'est l\u2019homme instruit et cultivé qui a créé et qui seul maintient la connaissance spéculative, la science expérimentale et ses applications, les valeurs artistiques, le capital des richesses matérielles, les aménagements du globe, le système des lois.Ce sont les personnes qui maintiennent et accroissent ce capital culturel, les hommes qui savent voir, lire, écouter, s\u2019exprimer, inventer, et c\u2019est l\u2019enseignement qui les forme, selon des exigences qui n\u2019appartiennent qu\u2019à l\u2019esprit et sont distinctes des valeurs sociologiques et démocratiques.Une nation qui n\u2019estime pas la formation intellectuelle comme la valeur suprême de l\u2019enseignement est perdue et vouée au déclin.Cette question essentielle eût mérité un traitement: un cinquième chapitre de base, qui eût fait équilibre à l\u2019excellent chapitre quatrième sur La Société ci'aujourd'hui et l'enseignement.Il n\u2019est pas possible en effet de concevoir un système d\u2019enseignement sans tenir compte de la condition faite à l\u2019intelligence et à son effort créateur.En principe général, cela nous semble aller de soi: l'éducation s\u2019adressant à la vie de l\u2019esprit, les conditions intrinsèques de la culture doivent avoir priorité sur les incidences extrinsèques de l\u2019histoire et du milieu.Mais la conjoncture présente fait elle-même à la vie de l\u2019esprit des conditions dont une politique de l\u2019éducation doit tenir compte.Quelles sont aujourd\u2019hui les exigences de la formation de la personne ?quelles sont les exigences de la formation de l\u2019intelligence ?quelles disciplines importe-t-il d'acquérir et d'exercer ?Quelle idée peut-on se faire de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui, du Canadien français de 1963 ou de 1975 ?Cette étude aurait mis en lumière la continuité de la tradition culturelle du Canada français; elle aurait dégagé, dans notre monde changeant, les valeurs permanentes de l\u2019esprit sur lesquelles notre enseignement a été centré dans le passé et doit le demeurer à l\u2019avenir; elle aurait permis de définir les aspects nouveaux et le rôle essentiel de la culture générale dans une époque paralysée dans son progrès par un excès de spécialisation; elle aurait écarté le reproche de pragmatisme adressé au Rapport par des éducateurs de tendance traditionnelle et par bonheur demeurés très sensibles aux valeurs de l\u2019esprit, sans être pour cela moins ouverts à l\u2019épanouissement des sciences et des techniques.Le degré d\u2019attention accordée à ces exigences intellectuelles, inhérentes à l\u2019enseignement, et l\u2019importance relative qui leur est attribuée dans la synthèse de toutes les valeurs sociales et personnelles, exercent forcément une influence sur JUILLET 1963 les décisions à prendre pour construire un système scolaire.Le choix et la programmation des cours, les conceptions didactiques, la répartition des niveaux à l\u2019intérieur du système total et des passages entre cours parallèles, en dépendent nécessairement.Et des options faites sur ces derniers points dépendent à leur tour les cadres supérieurs qui président à la mise en œuvre du système.C\u2019est pourquoi nous aurions souhaité une prise de position préalable de la Commission, l\u2019explicitation de ce que nous appellerions volontiers une politique de l\u2019esprit.Les Commissaires y reviendront sûrement dans la suite de leur Rapport.Nous croyons qu\u2019il y aurait eu avantage à le faire dès les chapitres qui sont à la base de l\u2019ensemble.* * * De cette omission, nous semble-t-il, on peut lire les traces dans les trois derniers chapitres de ce premier Rapport.Les Commissaires y présentent les structures supérieures qu\u2019ils recommandent pour le système scolaire de notre province.Le chapitre v s\u2019attache à justifier la création d\u2019une structure bipartite, ministère de l\u2019Éducation et son Conseil supérieur.Les chapitres vi et vu, respectivement, décrivent le ministère, puis le Conseil, dans leur composition et leur fonctionnement.Peu d\u2019observateurs attentifs contesteront le bien-fondé d\u2019un ministère de l\u2019Éducation au Québec 1963.La présence d\u2019un ministre apparaît nécessaire pour donner « cohésion, dynamisme et souplesse » (133) à un régime qui devra grouper les éléments aujourd\u2019hui incoordonnés et dispersés sous une dizaine d\u2019autorités différentes, sinon divergentes.Mais les Commissaires reconnaissent que « l\u2019éducation comporte d\u2019autres dimensions (psychologiques, sociales, intellectuelles, spirituelles) sur lesquelles d\u2019autres représentants ont le droit et le devoir de faire entendre leur voix » (137).C\u2019est pourquoi ils recommandent une seconde pièce maîtresse: le Conseil supérieur de l\u2019Éducation.Son rôle propre est de faire participer la Nation même à la planification de l\u2019enseignement pour neutraliser au besoin « les tendances centralisatrices d\u2019un plan d\u2019ensemble élaboré par les seuls fonctionnaires du ministère» (138); et de servir en même temps de lieu de rencontre des divers secteurs d\u2019un État pluraliste, pour permettre la confrontation des points de vue et réaliser une coordination d\u2019éléments jusqu\u2019ici incoordonnés (139).Les Commissaires ont voulu, par cette recommandation capitale d\u2019un Conseil supérieur de l\u2019Éducation, prévenir que la fonction politique pût accaparer ce qui doit relever de la Nation.On nous avertit à plusieurs reprises que la suite du Rapport apportera des précisions: aussi ne voulons-nous pas préjuger du plan dans son ensemble.Mais des questions demeurent.Les Commissaires distinguent les trois étapes dans la direction d\u2019un système scolaire (132): «.élaboration des orientations d\u2019ensemble., discussion des projets de loi., application des lois.».Ils reconnaissent en même temps qu\u2019 « une structure conçue de cette façon requiert l\u2019action combinée de trois ordres d\u2019autorité: un conseil consultatif, le conseil des ministres et le parlement, le corps des fonctionnaires » (133).Ne croirait-on pas à un partage des juri- 197 dictions, à l\u2019attribution au Conseil d\u2019une « autorité » vraie?Mais alors, en quel sens le Conseil est-il dit consultatif?Quelle « autorité » possède-t-il vraiment, si les études et les recommandations qu\u2019il fait peuvent être mises de côté par le ministre ?On se méprendrait sur notre pensée, si l\u2019on nous prêtait ici une volonté de limiter l\u2019autorité du pouvoir politique.Nous sommes d\u2019accord avec l\u2019article 175, qui veut remettre au ministère tout ce que les comités catholique et protestant du Conseil de l\u2019Instruction publique avaient assumé de tâches administratives.Et nous reconnaissons que la pleine responsabilité législative appartient au gouvernement et au parlement, et ne peut appartenir à un Conseil (126).Mais nous tenons à ce que l\u2019action conjointe du ministère et du Conseil soit mieux définie.Les Commissaires insistent beaucoup sur leur esprit de collaboration (169, 184, 185, 202).Quelle garantie avons-nous que cette collaboration se maintiendra, si elle n\u2019est inscrite dans les structures juridiques ?Est-il admissible qu\u2019une pièce maîtresse de notre système d\u2019enseignement n\u2019ait de recours, contre un conflit ou même un arbitraire toujours possibles, qu\u2019à la seule opinion publique (178, 179, 185)?Nous croyons qu\u2019une politique de l\u2019esprit, au sens entendu ci-dessus, aurait permis de définir de façon plus précise les compétences respectives du ministère et du Conseil.L\u2019un et l\u2019autre sont habilités et pour la planification et pour l\u2019enseignement (162, 164, 176, 184, 186).Quels sont les domaines propres du Conseil et des fonctionnaires ?Quelles recommandations le ministre attendra-t-il des uns et de l\u2019autre ?D\u2019après quels critères le ministre pourra-t-il décider de ne tenir aucun compte d\u2019une recommandation du Conseil ?comment choisira-t-il entre des recommandations incompatibles, ou même contradictoires, l\u2019une du Conseil, l\u2019autre de ses fonctionnaires ?Dès lors qu\u2019il s\u2019agit des valeurs culturelles dont vit une Nation, le gouvernement ne peut, à notre avis, qu\u2019entériner ce qui existe, donner forme et valeur juridiques à ce qui, déjà et au préalable, est forme et valeur de vie nationale.Nous ne croyons pas qu\u2019aux représentants du peuple il revienne par office, d\u2019analyser et d\u2019expliciter ce qui définit la culture d\u2019une Nation.Aussi est-il normal de faire faire les études préparatoires aux projets de lois par des organismes choisis pour leur compétence propre.Dans tout le domaine culturel, et donc, plus particulièrement en celui de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement, ceux-là sont compétents qui vivent consciemment leur culture, et apprennent aux autres à en vivre: les parents, les éducateurs, l\u2019Église, les universités surtout, qui devraient être l\u2019organe le plus dynamique de la culture nationale.Dans cette perspective, ne devrait-on pas réserver au Conseil la détermination des objectifs culturels, l\u2019établissement d\u2019une politique générale de l\u2019éducation, l\u2019élaboration du plan général de l\u2019enseignement, le choix des méthodologies de base, en un mot les aspects plus fondamentaux d\u2019un système scolaire, aux incidences culturelles plus profondes ou plus étendues ?Les plans et règlements d\u2019application seraient confiés aux services exécutifs du ministère.Les organismes de documentation et de recherche relevant de la compétence du Conseil devraient lui être rattachés.Et si le ministre n\u2019agréait pas une de ses recommandations, 198 au lieu de n\u2019en point faire cas, il devrait la lui renvoyer pour étude complémentaire, à moins qu\u2019elle ne lui apparaisse inopportune « dans une perspective politique et économique plus générale » (132).A mieux délimiter ainsi les compétences respectives du ministre et du Conseil, il n\u2019y a pas à craindre « un ministère de façade » (185): dans une université, le Bureau des Gouverneurs serait bien mal avisé de s\u2019arroger une compétence qui ressortit au Conseil académique; le Bureau des Gouverneurs n\u2019en est pas moins l\u2019instance administrative suprême.La Constitution du Conseil lui-même nous pose aussi des questions.Pourquoi la nomination de ses membres et leur renouvellement par le lieutenant-gouverneur en conseil ?est-ce la plus sûre et plus démocratique façon d\u2019obtenir une représentation équitable de la Nation ?Et puis, ce Conseil peut-il jouer efficacement le double rôle qu\u2019on lui assigne ?On en fait comme la conscience culturelle de la Nation auprès du ministre (137), et en même temps le lieu de rencontre de notre pluralisme culturel (138).Sa composition bigarrée (187) permet d\u2019escompter des résultats utiles sur le plan des problèmes communs à tous (139).Pouvons-nous en espérer autant lorsqu\u2019il s\u2019agira de problèmes propres à un groupe culturel particulier, français ou anglais, catholique ou protestant ou autre ?Appartiendrait-il à un Conseil aussi peu représentatif de conseiller le ministre sur l\u2019enseignement à donner, par exemple, dans les écoles catholiques de langue française ?Nous ne voulons pas insister ici sur d\u2019autres points qu\u2019on aimerait voir élucider.La place des universités et des institutions d\u2019enseignement supérieur dans la vie nationale ?l\u2019autonomie en regard de la fonction politique que doit leur assurer leur rôle à la pointe de l\u2019esprit?Et les écoles normales ?Si l\u2019on tient véritablement à valoriser la profession d\u2019enseignant (120), ne faudrait-il pas leur donner une préparation de niveau universitaire ?Pourquoi ne pas confier à des institutions d\u2019enseignement supérieur, plutôt qu\u2019au ministère, l\u2019établissement des programmes d\u2019études préparant à cette profession ?Posons une dernière question.Les Commissaires sont conscients des droits acquis de l\u2019enseignement confessionnel dans notre province (196, 197).Si les catholiques de France, de Belgique, des États-Unis, des provinces anglo-canadiennes, ont lutté et luttent encore pour l\u2019école libre, ou, comme nous disons au Canada, l\u2019école séparée, ce n\u2019est pas seulement pour enseigner la religion à leurs enfants.C\u2019est pour que la culture même qu\u2019on leur transmet ait bien véritablement sa clef de voûte en Dieu.Peut-on d\u2019ailleurs, en droit britannique, effacer d\u2019un trait de plume les droits acquis par les comités confessionnels de l\u2019actuel Conseil de l\u2019Instruction publique ?Puisqu\u2019il y a effectivement pluralisme culturel dans le Québec, ne vaudrait-il pas mieux le reconnaître dans les structures éducatives mêmes, en habilitant le nombre d\u2019organismes qu\u2019il faudra pour que chaque groupe culturel oriente son enseignement comme il l\u2019entendra ?Nous n\u2019admettons pas que la culture puisse se définir par le seul facteur religion: ainsi catholiques de langue française et catholiques de langue anglaise, protestants de langue anglaise et protestants de langue française, et les autres groupes religieux ou areligieux, peuvent constituer autant de groupes culturels différents.Le Conseil supérieur de l\u2019Éducation tel que prévu jouerait dans ce cas RELATIONS le seul rôle que sa composition l\u2019habilite à jouer: celui d\u2019un Conseil de coopération interculturelle dans un état unifié.* * * Nous sommes bien conscients de la tâche énorme qu\u2019a dû affronter la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019Enseignement.Notre système scolaire avait vieilli.On ne pouvait lui redonner une vie nouvelle sans y apporter des changements radicaux.Nous acceptons la recommandation capitale de la Commission: la création d\u2019un ministère et d\u2019un Conseil supérieur de l\u2019Éducation coordonnés.Nous n\u2019avons mis en question ci-dessus que les relations entre ces deux organismes, dans la seule vue d\u2019obtenir entre eux une plus efficace collaboration.Il nous paraîtrait donc prématuré d\u2019établir une législation à partir des recommandations telles que présentées dans le Rapport.Nous estimons que la discussion déjà amorcée par l\u2019opinion publique, ainsi qu'une définition plus précise de ce que devrait être, pour nous du Québec en cette seconde moitié du xxe siècle, une politique de l\u2019esprit, seraient indispensables avant d\u2019aller plus outre.Pour notre part, nous essaierons dans des articles subséquents de préciser nos propres positions sur les problèmes qui se posent encore.LA RÉGULATION DES NAISSANCES \u2014 / PRINCIPES ET DIFFICULTÉS DE BASE Joseph d'ANJOU, S.J.IES DIFFICULTÉS de la morale conjugale ne datent pas d\u2019aujourd\u2019hui.Quand saint Paul souhaite aux pre-miers chrétiens, à peine sortis du paganisme, la grâce de la virginité (/ Cor., vu, 7), il sait qu\u2019à son appel peu de gens répondront par l\u2019imitation de son exemple.Jésus lui-même avait dit (Mt., xix, 12): «Comprenne qui pourra! » L\u2019Apôtre sait aussi que, s\u2019il vaut mieux se marier que de brûler (/ Cor., vu, 9), le mariage ne procure pas automatiquement équilibre et satisfaction; il en avertit les intéressés: ils connaîtront des épreuves en leur chair (/ Cor., vu, 28).Il avait lu la Bible: il n\u2019ignorait pas le péché d\u2019Onan (Gen., xxxviii, 9-10), et dans sa lettre aux Romains (i, 26-32), il mentionne des perversions dont les coupables ne devaient pas se recruter parmi les célibataires seulement.Depuis lors, les moralistes, appuyés sur l\u2019Écriture et la tradition catholique, n\u2019ont cessé de commenter saint Paul.Us déplorent la virulence et la contagion des désordres sexuels; ils les condamnent au nom de la raison et de la révélation; ils énumèrent les moyens d\u2019y remédier, s\u2019inspirant des conseils d\u2019une pastorale intransigeante sur les principes, compréhensive des situations de fait et pénétrés de la miséricorde à laquelle se confie le pécheur repentant.On s\u2019abuse et on risque d\u2019abuser les autres en isolant l\u2019activité sexuelle de ses composantes spirituelles pour mieux y étudier la part de l\u2019instinct, comme si la raison n\u2019en pouvait découvrir le sens et en ordonner l\u2019exercice; comme si la foi n\u2019avait pas à s\u2019en occuper; comme si la vertu de chasteté, qui donne au masculin et au féminin leur prix spécifique, ne se présentait pas avec des exigences d\u2019une singulière portée, non seulement pour chaque personne, mais pour la société civile et religieuse.En corrigeant cette déformation de la réalité, on ne néglige pas les aspects physiques ou psychologiques du problème sexuel; on n\u2019oublie pas non plus que, dans ce domaine comme en d\u2019autres, la faute ne se pèse pas à la balance de précision et qu\u2019elle échappe souvent à la gravité formelle dont il semble moins facile d\u2019exonérer des actes contraires à la justice et à la charité.L\u2019apprenti moraliste peut railler le souci que, de tout temps, confesseurs et prédicateurs ont montré pour la préservation de la « belle vertu »; dauber leur prétendu silence concer- nant les devoirs sociaux et politiques; il exhibe alors son ignorance des profondeurs de la nature humaine, sans redresser des écarts qui continuent à s\u2019aggraver, en dépit des progrès accomplis dans la diffusion et la pratique de la doctrine sociale de l\u2019Église.Renseigné, aucun esprit ne nie que l\u2019information sexuelle a dangereusement manqué jadis.Mais, honnête, il admet que cette lacune, repérable dans le monde entier, n\u2019a pas affecté la seule terre du Québec; que, partout encore, on tarde bêtement à la combler; enfin et surtout que, concurremment à l\u2019information et proportionnellement à son étendue, s\u2019imposent une discipline et une formation dont les propagandistes du savoir à tout prix, platoniciens qui s\u2019ignorent, refusent non moins bêtement les essentielles conditions.Avec tristesse, on constate cet illogisme dans la légèreté avec laquelle revues et journaux, livres et films, associations et mouvements traitent de la régulation des naissances.Sentimentalisme et recherche de la sensation se conjuguent pour fausser les éléments d\u2019un problème qui s\u2019enracine dans la nature humaine et ne saurait, par conséquent, trouver une solution convenable sans un approfondissement philosophique et théologique autant que psychologique et social.Je voudrais, pour ma part, essayer de dégager les bases de ce problème et offrir, pour le résoudre, des suggestions à long et à court terme.Je suivrai ici, en l\u2019adaptant et en l\u2019allégeant de la plupart de ses notes et références, le cours que j\u2019ai professé à la Semaine sociale de Québec (1959) et qu\u2019on lit dans le volume intitulé Mission et Droits de la famille (Éditions Bellarmin, 1960, pp.65-92).I.\u2014 PRINCIPES DE BASE Le sexe a toute l\u2019importance d\u2019un fait de nature.L\u2019humanité se partage en hommes et en femmes, par la volonté du Créateur.Au commencement, Dieu institua l\u2019union conjugale pour la propagation de l\u2019espèce: « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la » (Gen., i, 28), dit-il au premier couple.Droit et devoir de la fécondité se trouvent ainsi, depuis le premier jour, JUILLET 1963 199 signifiés par l\u2019Auteur de la vie.Droit, puisque la constitution même de l\u2019homme et de la femme rend possible la fécondité d\u2019une union à laquelle les incline leur nature.Devoir, puisque le « Soyez féconds », qui, adressé au couple humain comme tel, peut s\u2019interpréter comme une simple indication du pouvoir de la fécondité, promulgue, à l\u2019endroit du premier couple, un commandement.« Soyez féconds », c\u2019est-à-dire: ayez des enfants qui vous ressembleront.Voilà ma volonté, que manifeste le dynamisme de votre être mutuellement complémentaire.Ainsi, vous peuplerez la terre et, la cultivant, vous en tirerez votre subsistance.Par la découverte, la maîtrise et l\u2019exploitation des forces de l\u2019univers, vous augmenterez, non seulement en nombre mais en qualité, la famille créée que je veux avoir pour ma gloire et votre bonheur.Le péché, s\u2019il introduit des germes de désordre dans la nature et dans le couple, ne modifie pas l\u2019ordre initial.Mais la condition numérique de la famille humaine a changé; elle soulève actuellement des problèmes économiques, sociaux et moraux que n\u2019eurent pas à résoudre les siècles passés.D\u2019autre part, le devoir de fécondité ne se présente pas avec l\u2019urgence du premier jour.Au contraire.Il y a dans le monde près de deux milliards d\u2019êtres humains qui ne vivent ni ne mangent même convenablement; les peuples les moins pourvus économiquement et culturellement mettent au monde le plus grand nombre d\u2019enfants; dans les pays évolués, deux obstacles s\u2019opposent à la promotion de la famille nombreuse: le déchaînement de la licence sexuelle et une situation économico-sociale qui rend difficile et presque honteuse la fécondité familiale.L\u2019humanité, naguère rurale, s\u2019urbanise; les logements des villes, trop exigus, ne peuvent loger une progéniture nombreuse; la prolétarisation des citadins empêche la majorité des couples de donner à plusieurs enfants toute la formation désirable; enfin, une propagande intense prône partout la limitation systématique des naissances.Sociologues et démographes s\u2019emploient à préciser les aspects mesurables du problème: le nombre de ceux qui ont faim, le taux d\u2019accroissement de la population mondiale, les ressources dont on dispose pour nourrir les hommes, celles qu\u2019on obtiendrait par une meilleure exploitation des richesses anciennes et nouvelles, enfin les résultats des campagnes entreprises pour limiter la fécondité.Leurs recherches et conclusions ne cessent de provoquer la pensée psychologique et théologique.Elles ne sauraient ruiner les principes qui fondent la morale sexuelle; mais elles ouvrent des perspectives et invitent à des conseils mieux adaptés à notre temps.Aujourd\u2019hui comme hier, pointe une même nécessité: approfondir le sens et la finalité du sexe humain.Biologistes, psychologues, philosophes et théologiens s\u2019y appliquent consciencieusement.Qu\u2019on se réfère à la Bible ou qu\u2019on réfléchisse sur les données de l\u2019observation directe, on reconnaît toujours au sexe une double fin: l\u2019une personnelle, l\u2019autre sociale.Le sexe existe pour le bien de la personne sexuée elle-même, homme ou femme, et, par le couple, pour l\u2019expansion de l\u2019humanité.Double évidence, dira-t-on.Malheureusement battue en brèche de nos jours par les déviations contemporaines.Or, on naît mâle ou femelle, nécessairement d\u2019un couple.Mais ni la perfection terrestre, ni le salut éternel de la per- sonne, masculine ou féminine, ne dépendent absolument de son union à une autre sexuellement différente, ni de sa fécondité charnelle.Dans un homme ou une femme, l\u2019être spirituel, la personne l\u2019emporte sur le caractère sexuel.L\u2019esprit distingue l\u2019humain de l\u2019animal.Parce que spirituelle, la personne a une finalité qui dépasse le temps; le sexe, non: au delà de la mort, voire « à la résurrection,.on ne prend ni femme ni mari » (Mt., xxii, 30).Et dès ici-bas, par suite de l\u2019appartenance au Christ (/ Cor., m, 22-23), « il n\u2019y a ni Juif ni Grec,.ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme »: nous ne faisons « qu\u2019un dans le Christ Jésus » (Gai, m, 28).La relation personnelle au Christ ne supprime pas le sexe; elle confirme en la surélevant la dignité de la personne sexuée.Incarnée dans un sexe, la personne humaine demeure masculine ou féminine.Il n\u2019y a qu\u2019un «je » en chacun de nous, et il est homme ou femme: esprit et chair sexuée tout ensemble.Qu\u2019on ne voie donc, ni dans la pensée divine, ni dans la réalité actuelle de notre être, opposition entre nature et personne, entre esprit et chair sexuée.Plus justement: il ne doit pas y avoir de conflit.On n\u2019a pas à sacrifier la nature au profit de la personne, ou la personne au profit de la nature.Le bien de la personne consiste à tendre librement à sa fin dans la nature qui la spécifie.Notre perfection est nécessairement masculine ou féminine.Ni ange ni bête, mais homme ou femme; ni plus ni moins que l\u2019autre riche d\u2019humanité; en pleine possession, l\u2019un et l\u2019autre, d\u2019une nature dont la perfection s\u2019acquiert peu à peu par l\u2019influence réciproque du masculin et du féminin; chacun(e), parce que capable d\u2019autonomie personnelle, choisit, dans le mariage ou sans lui, son mode d\u2019échange ou de relation avec l\u2019autre.Le sexe n\u2019apparaît donc pas comme l\u2019ennemi de la personne humaine.Il ne doit pas non plus en devenir le maître.Corps et esprit composent un seul être, masculin ou féminin, et ne font rien l\u2019un sans l\u2019autre.L\u2019esprit donne au corps sa valeur transcendante; le corps révèle l\u2019esprit.De plus, pour accomplir parfaitement son destin personnel, ni le mariage ni la procréation ne s\u2019imposent absolument à l\u2019homme ou à la femme.C\u2019est d'abord comme distincts des animaux et semblables entre eux que Dieu créa l\u2019homme et la femme; puis, il leur enjoignit de procréer.Par son exemple et son exaltation de la virginité, le Christ confirme la primauté de la personne par rapport à la différence sexuelle.L\u2019union des sexes correspond à l\u2019ordre humain quand elle exécute, comme à l\u2019origine, un commandement divin, quand elle réalise une vocation marquée évidemment par les circonstances ou par une révélation (ce qui n\u2019est pas fréquent), et quand elle résulte d\u2019un libre choix entre l\u2019homme et la femme qui s\u2019épousent.Ce faisant, les conjoints acceptent de se perfectionner dans l\u2019exercice de leur aptitude à la fécondité charnelle, aptitude dont la réalité, la signification et la finalité ne relèvent point de leur caprice, mais se découvrent à leur raison comme inscrites dans la nature humaine par un dessein immuable du Créateur.Bref, distinguons dans le sexe humain un état naturel de la personne et un dynamisme de nature lié à cette personne.Comme état, le sexe, décelable dès le deuxième mois de l\u2019existence intra-utérine, imprègne toute la personne, masculine ou féminine, indiquant à chacune les traits de 200 RELATIONS son rôle ici-bas.Dans ce sens, le sexe, de soi, concourt au bien de la personne, autant de l\u2019une que de l\u2019autre, sans qu\u2019on y aperçoive avantage ou désavantage quant à la poursuite ou à l\u2019achèvement de la perfection masculine ou féminine.Comme dynamisme, le sexe en acte, tout en concourant à la perfection de la personne, obéit à une finalité que la nature tient de son Auteur.Qu\u2019est-ce à dire?Toute l\u2019activité de la personne porte la marque du masculin ou du féminin.Lorsque cette activité consiste dans l\u2019union physique de l\u2019homme et de la femme, les époux doivent respecter le sens et la finalité propres à cette union.Ni l\u2019homme ni la femme n\u2019ont créé le sexe; ils n\u2019ont donc pas un pouvoir discrétionnaire sur le sens, la finalité, les effets du sexe en acte.Dans l\u2019état présent de l\u2019humanité, nul homme, nulle femme ne reçoivent l\u2019ordre de s\u2019unir charnellement; et la personne, comme telle, n\u2019a pas besoin de cette union pour se réaliser, ni au masculin, ni au féminin.En consentant à cette union, on accepte librement et mutuellement le sens, la finalité et les effets du sexe en acte.Or, le sexe en acte d\u2019union charnelle entre homme et femme a pour fin première la procréation et l\u2019éducation de l\u2019enfant.Le sexe caractérise le règne animal.Les anges n\u2019ont pas de sexe.Chez les animaux, le sexe tend à la reproduction, qui s\u2019effectue sous l\u2019impulsion d\u2019un instinct aveugle dont l\u2019activité dépend de conditions inconnues des mâles et des femelles.Chez l\u2019homme, le sexe, réalité du règne animal, garde sa finalité charnelle.Mais, d\u2019une part, sa mise en acte a pour terme l\u2019éclosion d\u2019une personne douée d\u2019une âme spirituelle; et Dieu seul crée chaque âme.Entre humains, on ne parle donc plus de reproduction, mais de procréation, mot qui souligne la transcendance de l\u2019activité des époux: participation au pouvoir créateur de Dieu.D\u2019autre part, la raison et non l\u2019instinct règle la conduite de l\u2019homme.De plus, comme l\u2019a montré le Dr Paul Chauchard (la Maîtrise sexuelle, p.20), la sexualité humaine relevant plus du cerveau que des organes génitaux, l\u2019union charnelle de l\u2019homme et de la femme ne se détermine point par suite d\u2019une attirance aveugle, mais par la raison, la liberté personnelle, l\u2019amour conjugal, la responsabilité paternelle et maternelle.Et dans cette union, l\u2019esprit découvre un sens, une finalité, une promesse d\u2019effets qui, fondés sur la nature, s\u2019offrent à lui comme un ordre à observer.Ordre dans un double sens: harmonie d\u2019éléments ou valeurs multiples à intégrer; commandement intimé à l\u2019homme libre par son Maître divin et dont la violation, vu l\u2019immutabilité de la nature et de son Auteur, entraîne nécessairement désordre et sanction, comme il arrive après toute faute commise contre la nature.Or, l\u2019acte de l\u2019union sexuelle est essentiellement insémi-nateur.Chez l\u2019homme comme chez l\u2019animal.Mais l\u2019insémination humaine a pour fin naturelle la procréation: merveille qui fait de l\u2019homme et de la femme les coopérateurs du pouvoir créateur de Dieu, fonction sacrée par laquelle le couple se prête à Dieu pour donner la vie, une vie immortelle, destinée à la vision béatifique.Et de même que nul être humain n\u2019a un pouvoir discrétionnaire sur sa vie ou celle de son semblable, ainsi nul couple n\u2019a un pouvoir discrétionnaire sur l\u2019acte inséminateur de la fonction sexuelle, qui a pour fin naturelle la procréation.Saint Thomas compare à l\u2019homicide le crime du couple qui frustre de sa fin propre un acte aussi grave.De plus, l\u2019enfant, fruit de l\u2019acte inséminateur, a longtemps besoin de l\u2019aide parentale pour parvenir à la plénitude de son développement: il a un besoin absolu d\u2019éducation.Il y a droit absolument.Le couple qui a pris la responsabilité de procréer doit donc assumer la responsabilité d\u2019éduquer.Voilà pourquoi procréation ET éducation constituent ensemble la fin naturelle de l\u2019acte conjugal.Comme cette éducation exige l\u2019union permanente du couple procréateur dans le dévouement amoureux à l\u2019endroit de l\u2019enfant, il ressort que l\u2019acte d\u2019union charnelle d\u2019un homme et d\u2019une femme suppose le mariage, la consécration du couple dans une vie commune, indissoluble.II.\u2014 DIFFICULTÉS DE BASE Contre l\u2019application de ces principes, que rien ne saurait ébranler sur le plan de la raison, se dressent, actuellement surtout, des faits et des propagandes qui troublent le peuple dans ses convictions spontanées, qui jettent même le doute dans les esprits cultivés.On peut les formuler succinctement comme suit.Le mariage a pour fin primaire la procréation et l\u2019éducation des enfants; mais il a pour fin seconde le perfectionnement des époux, singulièrement par l\u2019exercice de leur amour mutuel qui assure un remède à la concupiscence.La recherche de leur perfectionnement, avec le désir qu\u2019elle implique de remédier à la concupiscence, n\u2019autorise-t-elle pas les époux à s\u2019unir charnellement même lorsqu\u2019ils savent que leur acte ne sera pas fécond ?Et si l\u2019on répond affirmativement, une autre question surgit: pourquoi les époux ne choisiraient-ils pas expressément de s\u2019unir en raison même de cette circonstance?Allant plus loin, même dans l\u2019hypothèse où ils savent que leur union portera fruit, n\u2019auraient-ils pas le droit d\u2019empêcher cette fécondité, s\u2019ils agissent par amour mutuel et par le souci légitime de ne pas se charger d\u2019une responsabilité accablante ou d\u2019épargner à l\u2019enfant éventuel des conditions de vie désavantageuses ?Dans les pays surpeuplés et dépourvus de ressources matérielles, l\u2019argument n\u2019a-t-il pas force contraignante, si l\u2019on veut éviter que les enfants ne meurent de faim ou qu\u2019on ne les supprime avant ou après leur naissance?Dans les pays où règne l\u2019abondance, l\u2019exiguïté des logements et le coût élevé de la subsistance ne suggèrent-ils pas la même interrogation ?En outre, l\u2019observation psychiatrique et le débordement de l\u2019immoralité inclinent à penser que l\u2019impulsion sexuelle entre époux ne peut ni trouver satisfaction dans la seule activité féconde, ni s\u2019accommoder de la continence, soit périodique, soit permanente.A l\u2019impossible nul n\u2019est tenu, proclame-t-on.La morale catholique n\u2019a plus cours, même avant le mariage, affirment les enquêtes socio-logiques; à l\u2019observer, on vivrait en marge de ses contemporains, attitude héroïque peut-être, mais à la portée du très petit nombre, la masse courant le risque du déséquilibre et de la névrose.Je n\u2019ai majoré ni les difficultés elles-mêmes, ni leur formulation populaire ou pseudo-savante.Comment les résoudre?Je tâcherai de le dire.Car il y a solution, évidemment.Elle se lit dans les enseignements pontificaux et dans les commentaires qu\u2019en proposent économistes, sociologues, psychologues et théologiens autorisés.JUILLET 1963 201 LES PROFESSEURS DE PHILOSOPHIE S\u2019ORGANISENT Jean RACETTE, S.J.* CE SONT trois jeunes professeurs de philosophie, MM.Fernand Paquette, Laurent Bergeron et Raymond Fredette, qui ont eu l\u2019idée de grouper en association leurs collègues des écoles normales et des collèges classiques de la province de Québec.Ils avaient convoqué, pour le 19 mars dernier, une première réunion.Elle eut lieu à l\u2019Université de Montréal, dans un local de la faculté de philosophie.Une vingtaine de personnes y participèrent: des laïques et des prêtres, des religieux et des religieuses.Tous se montrèrent favorables au projet et convinrent de se réunir à nouveau, un mois plus tard, pour y donner suite.Le 25 avril, donc, nouvelle réunion.Elle se tient, cette fois, au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception.Environ 70 personnes y prennent part, dont quelques dames et demoiselles.Certains sont venus d\u2019assez loin: Cap-de-la-Madeleine, Ottawa, Alma.Le projet est de nouveau exposé par M.Laurent Bergeron, puis par le P.Jean Racette, S.J.Il est de nouveau approuvé à l\u2019unanimité.M.l\u2019abbé Charles Lussier, professeur au séminaire de Sainte-Thérèse et président de la sous-commission de philosophie à la faculté des arts de l\u2019Université de Montréal, annonce que cette faculté des arts ainsi que la Fédération des Collèges classiques voient d\u2019un bon œil la naissance de la nouvelle association.Séance tenante, un comité provisoire est élu qui est chargé de rédiger des constitutions.En font partie, MM.Paquette, Bergeron et Fredette, M.l\u2019abbé Lussier et le P.Jean Langlois, S.J.* Avant que cette association ne soit officiellement constituée, il peut être utile, pour prévenir ou dissiper certains malentendus, d\u2019en faire connaître dès maintenant la nature et les objectifs.D\u2019abord, elle n\u2019entend pas être un syndicat.Elle ne sera pas davantage une société savante de philosophie.Il existe déjà au pays plusieurs sociétés de philosophie dont les membres se réunissent pour se communiquer le fruit de leurs recherches: Sociétés de Philosophie de Montréal et d\u2019Ottawa, section de philosophie de l\u2019Acfas, Association canadienne de Philosophie, etc.La nouvelle association n\u2019a nullement l\u2019intention de leur faire concurrence.Elle encouragera plutôt ses propres membres à faire partie de ces sociétés savantes.Son but, à elle, est d\u2019organiser, entre les professeurs de philosophie des collèges classiques et des écoles normales, une entraide effective, au niveau académique et sur le plan pédagogique, afin de renouveler chez nous l\u2019enseignement de la philosophie.Rien de plus opportun.L\u2019enseignement de la philosophie subit actuellement une crise de croissance.Il est normal que les professeurs de philosophie s\u2019emploient à faire évoluer heureusement cette crise.En se groupant en association, ils parviendront sans doute plus facilement à surmonter les difficultés qui compromettent cet enseignement et à tirer parti des circonstances qui peuvent le favoriser.Indiquons brièvement quelles sont ces circonstances favorables et quelles sont ces difficultés.La raisor d\u2019être de la nouvelle association et les tâches qui l\u2019attendent apparaîtront ainsi plus clairement.* Professeur de philosophie au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception, Montréal.202 La circonstance actuelle probablement la plus favorable à l\u2019enseignement de la philosophie, c\u2019est l\u2019intérêt que suscite les problèmes étudiés par les philosophes contemporains.Les événements qui bouleversent notre époque, les options auxquelles ils donnent lieu, amènent l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui à se poser, plus ou moins explicitement, des questions qui portent sur le sens même de la vie et sur les fondements de l\u2019existence.Or ce sont ces mêmes questions, questions éminemment philosophiques s\u2019il en est, que les penseurs actuels posent eux-mêmes avec une implacable lucidité.Déjà, à la fin du siècle dernier, Blondel se demandait si, oui ou non, la vie a un sens.Durant la seconde guerre mondiale, Camus affirmait qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un problème philosophique sérieux, celui du suicide.Heidegger, le plus illustre peut-être des philosophes actuellement vivants, pose la question la plus radicale qui soit: Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Rien d\u2019étonnant à ce que, chez nous comme ailleurs, les gens qui ont le loisir de penser, les jeunes en particulier, se tournent anxieusement vers les philosophes pour apprendre d\u2019eux l\u2019art de poser et de discuter ces questions cruciales.Une enquête récente, faite dans les Collèges de la Compagnie de Jésus au Canada, révèle que les élèves de ces collèges qui arrivent en philosophie attendent beaucoup de cette discipline.Aux cours du soir du Gesù, à Montréal, tel groupe d\u2019adultes, qui termine cette année un programme de trois ans de philosophie et d\u2019histoire de la philosophie, réclame pour l\u2019an prochain la création d\u2019un nouveau cours où l\u2019on puisse approfondir davantage les problèmes.Pour ce qui est du personnel enseignant de nos collèges et de nos écoles normales, il y a également lieu d\u2019être optimiste.Les déficiences sont encore nombreuses, il est vrai.Mais plusieurs des professeurs actuels sont mieux formés que ne l\u2019ont jamais été leurs prédécesseurs.Les autorités commencent à comprendre que l\u2019enseignement de la philosophie suppose une formation universitaire adéquate et de nombreux loisirs à consacrer à l\u2019étude et au renouvellement de la culture personnelle.La relève s\u2019annonce enthousiaste.La venue des laïques, hommes et femmes, à l\u2019enseignement de la philosophie, constitue, en tout cas, un apport décisif.Les critiques mêmes, dont l\u2019enseignement de la philosophie est chez nous l\u2019objet, manifestent un progrès appréciable dans notre façon de concevoir cette discipline.Il est notable que ces critiques ne réclament pas, en général, la suppression du cours de philosophie; elles demandent au contraire qu\u2019il soit revalorisé.* Cette revalorisation, est-il besoin de le dire, n\u2019est point partout également avancée.Bien des facteurs défavorables peuvent compromettre l\u2019évolution souhaitée.En voici quelques-uns.Il y a d\u2019abord le discrédit qui pèse aujourd\u2019hui sur tout ce qui s\u2019apparente à la « culture générale ».A notre époque, l\u2019homme cultivé, c\u2019est le spécialiste.Or, de plus en plus, la formation du spécialiste doit commencer tôt et se prolonger tard.Ce qui exige que le temps consacré à la formation de base (ce terme nous paraît plus heureux que celui de culture générale) soit réduit au minimum.Toute la question est de savoir qu\u2019est-ce qui doit constituer ce minimum et si la philosophie en doit faire partie.Autrement dit, quelle place lui sera-t-il faite au niveau collégial ?RELATIONS A cette menace qui pèse de l\u2019extérieur, s\u2019ajoute un certain nombre de problèmes inhérents au cours tel qu\u2019il se donne chez nous.Problème de l\u2019unité d\u2019inspiration.Problème de contenu.Problème de structure.Problème de pédagogie.Problème de l\u2019unité d\u2019inspiration.Notre enseignement sera-t-il d\u2019inspiration thomiste?Si oui, en quel sens, de quelle manière et jusqu\u2019à quel point ?Si non, faudra-t-il tenir quand même à une certaine unité de doctrine ?Et laquelle ?Problème de contenu.Une réflexion philosophique n\u2019intéresse les élèves que si elle porte sur l\u2019homme et le monde dont ils ont l\u2019expérience, que si elle répond à leurs problèmes.Quelles sont donc les questions qu\u2019il importe aujourd\u2019hui d\u2019aborder ?Et dans quel ordre ?Problème de structure.Faut-il donner à la fois un cours d\u2019histoire de la philosophie et un cours de philosophie systématique?Quelle importance relative faut-il accorder à l\u2019un et à l\u2019autre?Comment concevoir leurs rapports mutuels?Faut-il les superposer ou tenter de les relier organiquement ?Problème de pédagogie surtout.L\u2019élève, même le mieux disposé, compte sur le professeur pour le captiver et le motiver.Même s\u2019il a soif d\u2019authenticité et s\u2019il dit vouloir aller au fond des problèmes, l\u2019élève ne se livre pas de lui-même, dispersé et accaparé comme il est, aux méditations ardues que requiert la dure conquête de la vérité.C\u2019est au maître à l\u2019aguicher et à l\u2019engager, dès le départ, dans une série de discussions, de recherches et de travaux qui exigeront de lui un effort soutenu, mais sans cesse relancé par la joie de nouvelles découvertes.* Malgré tant de difficultés non encore résolues, plusieurs professeurs, qui s\u2019appliquent à repenser leur enseignement, donnent un cours très convenable et réussissent à inculquer une formation philosophique véritable.Mais il est permis de croire que chacun réussirait beaucoup mieux et progresserait beaucoup plus vite s\u2019il pouvait profiter des points de vue et des expériences de ses collègues.Or l\u2019association qu\u2019on s\u2019emploie actuellement à mettre sur pied se propose précisément de favoriser les échanges et les contacts, d\u2019organiser la mise en commun des expériences.Elle veut convier ses membres à discuter méthodiquement des programmes, des méthodes et des horaires, afin qu\u2019ils puissent en arriver à faire, à qui de droit et en temps opportun, des recommandations pratiques, précises et réfléchies.Elle ambitionne de créer parmi ses professeurs une communauté de pensée et d\u2019expression qui leur permettent de redéfinir ensemble la nature et la fin du cours de philosophie au collégial, d\u2019en déterminer la structure et le contenu, d\u2019en mettre au point la pédagogie.Puisse-t-elle s\u2019engager bientôt dans la voie des réalisations ! L\u2019ÉCLIPSE DU 20 JUILLET Louis LESSARD, S.J.* IL Y AURA, le 20 juillet prochain, une éclipse qui sera totale pour les observateurs situés sur une ligne qui, après avoir passé par le Japon, l\u2019Alaska, les Territoires du Nord-Ouest canadien, traversera la province de Québec pour continuer ensuite jusqu\u2019au Maine.Dans la province de Québec, la bande de totalité sera d\u2019environ 57 milles, et le centre de cette bande passera approximativement par les endroits suivants: Grand-Mère, Princeville, lac Mégantic.L\u2019éclipse sera partielle à l\u2019extérieur de cette région.Notons enfin que la durée de la totalité sera environ de soixante secondes et qu\u2019à Trois-Rivières, par exemple, elle commencera à 5 h.39 m.21.4 s.et se terminera à 5 h.40 m.16.5 s.(heure d\u2019été de l\u2019Est, après-midi) K Cette éclipse, en plus de constituer un phénomène splendide et très rare, est aussi l\u2019occasion d\u2019un grand nombre d\u2019expéditions scientifiques, vers les régions du globe où l\u2019éclipse sera totale.Les quelques informations qui vont suivre éclaireront peut-être quelques-uns de nos lecteurs sur l\u2019importance de cet événement scientifique qui intéressera plus particulièrement notre pays cet été.Rappelons tout d\u2019abord qu\u2019une éclipse peut être soit partielle (si seulement une partie du disque solaire est cachée par la Lune) soit totale, soit annulaire; ce dernier cas s\u2019explique par le fait que la Lune et le Soleil ne sont pas toujours à la même distance de la Terre (puisque la Terre tourne autour du Soleil sur une ellipse et non sur un cercle, et que la Lune tourne autour de la Terre de la même façon).Il en résulte que si la Lune est à une distance telle que son dia- * Étudiant en physique à l\u2019Université de Montréal.1.Voir à ce propos le numéro de mai de Le Jeune Scientifique, 11 est excellent.PP.165-168.mètre apparent soit inférieur à celui du Soleil, nous verrons,-au moment où la Lune sera exactement entre le Soleil et nous, un disque sombre entouré par un anneau lumineux.Avant d\u2019aller plus avant dans la description des observations qui peuvent être faites à l\u2019occasion d\u2019une éclipse, rappelons brièvement la structure du Soleil : Autour des régions intérieures du Soleil \u2014 sur lesquelles l\u2019observation ne nous renseigne qu\u2019indirectement \u2014 une couche mince (un millième du rayon environ) constitue la photosphère, à peu près parfaitement sphérique.Cette couche.est à l\u2019origine du rayonnement observable et constitue le « disque » solaire visible à l\u2019œil nu.Autour de la photosphère, la chromosphère, transparente dans le spectre continu, opaque au centre des raies intenses de l\u2019hydrogène, a une température s\u2019élevant vers l\u2019extérieur de 4,000 à 10,000 ou 20,000 degrés.Alors que l\u2019épaisseur de la photosphère est de quelques centaines de kilomètres, celle de la chromosphère est de quelques milliers de kilomètres.On peut observer la chromosphère soit pendant les éclipses, quand le disque photosphérique est masqué par la Lune, soit à l\u2019aide du spectrohéliographe ou du corono-graphe, soit encore dans le rayonnement radioélectrique de courte longueur d\u2019onde.Enfin, autour de la chromosphère, s\u2019étend à des distances de l\u2019ordre de centaines de milliers de kilomètres une région encore plus ténue, la couronne, de structure très compliquée et qui atteint des températures de l\u2019ordre du million de degrés ou plus.La couronne, observable pendant les éclipses ou en permanence au coronographe, est aussi la région responsable du rayonnement radioélectrique de grande longueur d\u2019onde 2.Il y a dans le texte que nous venons de citer beaucoup de détails qui méritent d\u2019être commentés.Notons tout 2.J.C.Pecker et E.Schatzman, Astrophysique générale, pp.624-625.JUILLET 1963 20Î d\u2019abord que la chromosphère et la couronne sont beaucoup moins lumineuses que la photosphère; de plus, la lumière de celle-ci est fortement diffusée par les molécules de l\u2019atmosphère terrestre (c\u2019est cette diffusion de lumière qui est la cause, par exemple, du bleu du ciel) au point qu\u2019il est impossible, à moins d\u2019utiliser un mécanisme qui permet d\u2019éliminer le plus possible les effets de la diffusion de la lumière dans l\u2019atmosphère et dans les instruments, d\u2019observer la chromosphère et la couronne.Le coronographe cité plus haut remplit ces conditions: on l\u2019utilise dans des observatoires situés à haute altitude, ce qui diminue par un facteur de 10 à 100 la diffusion du ciel, et on prévoit un système optique qui élimine les diffusions et les diffractions parasites à l\u2019intérieur de l\u2019instrument lui-même 3.Durant les éclipses totales, la photosphère est complètement masquée par le disque lunaire, ce qui permet du coup d\u2019observer les deux autres parties du Soleil.L\u2019importance des éclipses totales du Soleil apparaît ainsi immédiatement, au point de vue de l\u2019étude de la chromosphère et de la couronne.Remarquons ici qu\u2019on peut photographier juste avant le commencement et après la fin de la totalité (la Lune ne laissant voir à ces moments qu\u2019un croissant brillant très mince) le spectre produit uniquement par la lumière émanant de l\u2019atmosphère solaire.On sait que le spectre solaire est constitué par un fond continu provenant de la lumière émise par la photosphère et par des raies noires produites par l\u2019absorption, par la matière constituant l\u2019atmosphère solaire, d\u2019un certain nombre de radiations provenant du fond lumineux de la photosphère.Ces raies apparaissent par opposition au fond lumineux sur lequel elles se détachent; mais en réalité, il existe toujours une certaine luminosité de ces raies, et lorsque, durant l\u2019éclipse, le fond lumineux provenant de la photosphère est caché par le disque lunaire, on peut observer directement ces raies qui apparaissent alors brillantes.Le spectre qu\u2019on photographie à ce moment-là a reçu le nom de « spectre-éclair4 ».* Maintenant que nous avons vu un peu ce qu\u2019est le Soleil, du point de vue de sa structure, nous pouvons décrire de façon approchée ce que les observateurs qui seront placés sur le trajet de la totalité pourront voir au moment où le disque lunaire recouvrira complètement la photosphère.Tout d\u2019abord, immédiatement autour du disque sombre, une couche rosée (d\u2019où le nom de chromosphère) dans laquelle on pourra apercevoir, peut-être à l\u2019œil nu, des protubérances plus brillantes, sortes de jets de matière expulsée du soleil par de gigantesques explosions thermonucléaires.Puis tout autour de la chromosphère, s\u2019étendant parfois à des distances égales 3.\tIbidem, pp.237-238.4.\tJean Bosler, Cours d\u2019astronomie, Tome III.« Astrophysique », pp.178-181.à plusieurs rayons solaires, une nébulosité blanche; c\u2019est la couronne: Sa couleur est d\u2019un gris perlé: de longs filaments s\u2019en échappent et peuvent aller très loin, jusqu\u2019à 10 diamètres solaires, tandis que des brèches obscures, issues du bord même de la Lune, séparent les différents panaches 5.En plus de servir à l\u2019étude de la constitution même du Soleil, les éclipses servent aussi à vérifier des théories scientifiques d\u2019un intérêt plus général.Ainsi, par exemple, la théorie de la Relativité d\u2019Einstein prévoit que des rayons lumineux, passant au voisinage de corps de très grande masse, seront déviés: Si donc l\u2019on photographie simultanément le Soleil et les étoiles voisines, ce qui n\u2019est guère possible que lors des éclipses, celles-ci doivent paraître légèrement relevées, comme s\u2019il y avait réfraction dans l\u2019atmosphère solaire, par rapport à la position qu\u2019elles auraient si le Soleil n\u2019était pas là.La déviation doit être avec la loi d\u2019Einstein double de ce qu\u2019elle serait avec la loi de Newton et, dans les deux cas, en raison inverse de la distance apparente de l\u2019étoile au centre du Soleil 6.Cette déviation a été observée au cours d\u2019éclipses précédentes et fournit une des preuves les plus éclatantes de la validité des principes de la relativité.Il y aura encore cette année des expéditions qui auront pour but de refaire ces mesures 7.Rappelons enfin que l\u2019éclipse servira en plus à observer les effets géophysiques du rayonnement solaire.On a pu en effet déceler que le rayonnement solaire avait une influence sur le magnétisme terrestre; et cette année, une expédition japonaise ira en Alaska pour faire des observations sur le champ magnétique terrestre et sur le courant de terre {earth-current) durant l\u2019éclipse8.Notons en passant qu\u2019on peut faire des observations sur l\u2019influence d\u2019ordre géophysique du Soleil même durant des éclipses partielles; alors, par exemple, le rôle d\u2019écran à position variable que joue la Lune permet d\u2019étudier le rayonnement ultra-violet, origine de l\u2019ionisation dans la haute atmosphère 9.On sait que ce sont les différentes couches de l\u2019ionosphère qui rendent possibles les communications par radio.Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les renseignements d\u2019ordre scientifique que peut nous apporter l\u2019éclipse du 20 juillet; nous espérons seulement que ce qui a été dit plus haut suffira à donner une idée du travail qui sera fait à cette occasions 10.5.\tIbidem, p.181.6.\tIbidem, pp.176-177.7.\tCf.Sky and Telescope, mai 1963: p.253: « Notes on July Eclipse Expeditions ».8.\tIbidem.9.\tPecker et Schatzman, op.cit., p.241.10.\tIl pourra être intéressant de consulter les numéros suivants de la revue Sky and Telescope: décembre 1962; janvier, avril et mai, 1963.La théorie et la pratique en éducation Il est d\u2019expérience.que l\u2019enseignement théorique ne rectifie pas ce que la pratique inculque d\u2019elle-même en sens contraire; les classifications vécues l\u2019emportent finalement dans l\u2019esprit sur les classifications justes, au détriment de la science et de la formation.Si l\u2019on n\u2019articule pas la pratique\u2014y compris celle de l\u2019enseignement et des programmes \u2014 sur ce qui s\u2019impose en 204 esprit et en vérité, le danger d\u2019une contre-formation l\u2019emporte sur tout ce que l\u2019on peut faire pour démentir ce à quoi on se plie en réalité.(Florent Gaboriau: L\u2019Entrée en métaphysique.Orientations.Coll.« Nouvelle initiation philosophique », t.I.\u2014 Casterman.1962, p.195.) RELATIONS OBJECTIVITÉ ET HONNÊTETÉ Raymond BOURGAULT, S.J.AU COURS DU DÉBAT télévisé du 28 avril dernier où M.Jean-Noël Tremblay était cité à la barre des journalistes, M.Yves Michaud, de la Patrie, a tenté à quelques reprises d\u2019ébranler l\u2019argumentation de celui qui les mettait en cause en distinguant l\u2019honnêteté et l\u2019objectivité.Un journaliste n\u2019a pas à être objectif mais honnête, a dit en substance M.Michaud.La distinction n\u2019a pas été assez élaborée pour qu\u2019on sache clairement si le directeur de la Patrie pense réellement ce qu\u2019elle signifie ou si ce fut de sa part une tentative ou une échappatoire trouvée sur place pour sortir de l\u2019impasse où son contradicteur l\u2019acculait.Quoi qu\u2019il en soit, elle mérite d\u2019être soumise à un bref examen.Lorsqu\u2019on prétend que le journaliste n\u2019a pas à être objectif mais honnête, on doit vouloir dire à peu près ceci.Il y a une différence entre le journal et la revue d\u2019histoire.Celle-ci peut se payer le luxe d\u2019être scientifique et objective, parce qu\u2019elle raconte l\u2019histoire déjà faite, mais non pas le journal, qui est un moyen d\u2019intervenir dans l\u2019histoire pour la faire.Or on ne fait pas l\u2019histoire en étant objectif, \u2014 d\u2019autant que la pure objectivité n\u2019existe pas, \u2014 mais en proposant des objectifs.Il s\u2019agit moins d\u2019informer que de former et de transformer au moyen des informations; le souci de rapporter exactement ce qui s\u2019est passé le cède à celui de suggérer comment les choses devraient se passer.L\u2019histoire est faite par les grandes personnalités et par les groupes de pression qui sont dans le mouvement de l\u2019histoire, et, à la limite, ceux-là n\u2019ont pas à demander aux autres les normes de leur conduite, de leur jugement et de la sélection qu\u2019ils opèrent parmi les données objectives.Ils possèdent un ensemble de jugements de base qu\u2019ils estiment corrects et c\u2019est en fonction de leurs options fondamentales qu\u2019ils sélectionnent, racontent et commentent les événements.Ce faisant, ils pensent bien non seulement user d\u2019un droit mais même obéir à un devoir.L\u2019éthique de la profession est commandée par la proportion des moyens à la fin proposée: est honnête celui qui est sincère et fidèle à l\u2019esprit du journal ou à la ligne du parti; celui qui ne l\u2019est pas est malhonnête.Nous ferons là-dessus quelques remarques.Premièrement, on peut choisir d\u2019être un journal d\u2019informations ou un journal d\u2019idées, on peut aussi choisir d\u2019être l\u2019un et l\u2019autre, on peut enfin choisir d\u2019être l\u2019un et l\u2019autre ou bien distinctement ou bien confusément.Si la confusion est faite intentionnellement et systématiquement entre la nouvelle et le sens dans lequel on l\u2019infléchit, il est clair qu\u2019on est malhonnête.Mais si, comme M.Michaud l\u2019insinuait, la confusion est la consé-quense involontaire du fait que l\u2019effondrement de notre monolithisme est encore tout récent et que l\u2019usage d\u2019une jeune liberté a conduit à une certaine frénésie de non-conformisme, si, en un mot, elle est un accident temporaire et regretté, il convient de se féliciter que les interventions du P.Brouillé et de M.Tremblay aient contribué à faire si rapidement mûrir au sein de notre journalisme le problème de l\u2019objectivité et de l\u2019honnêteté.Deuxièmement, dire que l\u2019objectivité parfaite n\u2019existe pas et le dire avec assurance et comme une certitude, c\u2019est prouver qu\u2019on pense que l\u2019objectivité parfaite existe.Mais c\u2019est aussi se contredire.Mieux vaut donc considérer l\u2019objectivité comme un point supérieur et compréhensif, dont les opinions particulières et diverses concourent à dégager des aspects complémentaires par approximations successives, essais et erreurs.JUILLET 1963 Troisièmement, la recherche de l\u2019objectivité est le critère de l\u2019honnêteté.La sincérité se mesure à la vérité à laquelle on tend et à l\u2019aveu qu\u2019on est prêt à faire qu\u2019on est faillible.Est honnête quiconque veut faire du bien avec des idées justes ou qui s\u2019ajustent de plus en plus; est malhonnête quiconque prétend obtenir à tout prix un certain résultat en fonction d\u2019idées toutes faites et définitivement arrêtées.Quatrièmement, personne n\u2019ayant le monopole de la vérité, il faut, en démocratie et dans l\u2019ordre concret de la vérité qui se cherche et qui se fait, laisser chacun exposer ce qu\u2019il pense raisonnablement être vrai.C\u2019est le sens de la formule paradoxale du droit à l\u2019erreur.A long terme, cette politique est plus efficace que le contrôle de la presse par l\u2019État.En dehors des pays totalitaires, une société est saine si elle est capable d\u2019inventer les réponses efficaces aux erreurs, non pas en suspectant l\u2019honnêteté de ceux qui les émettent mais en mettant leurs idées à l\u2019épreuve de l\u2019objectivité.Cinquièmement, comme on ne juge pas de la vérité d\u2019un sermon de la même manière que de celle d\u2019un savant traité de théologie, ainsi on ne recourt pas aux mêmes critiques pour apprécier la vérité d\u2019un journal d\u2019idées et celle d\u2019un journal d\u2019informations.Celui qui va écouter un sermon est disposé à se laisser influencer, moyennant un certain sens critique, par le prédicateur.De même, celui qui achète un journal d\u2019idées est déjà de connivence avec les idées maîtresses des éditorialistes et des chroniqueurs ou de la plupart d\u2019entre eux, ce qui ne l\u2019empêche pas de dialoguer intérieurement avec eux.Comme le prédicateur peut abuser de son autorité morale auprès des enfants et des fidèles, le journaliste peut être enclin à abuser de la crédulité de bien des lecteurs.L\u2019un et l\u2019autre doivent se rappeler que l\u2019honnêteté est une vertu difficile.Sixièmement, la remarque précédente place le prédicateur et le journaliste dans un redoutable voisinage.Ce qui est en question, au fond du débat en cours, c\u2019est, en somme, la prophétie, moins quant à son essence qu\u2019à son exercice.S\u2019il est clair que la prophétie est essentiellement une certaine saisie de l\u2019absolu et une protestation véhémente contre le conformisme et l\u2019injustice, inspirée par l\u2019espérance d\u2019un avenir meilleur et par l\u2019appréhension d\u2019une possible catastrophe si les responsables ne modifient pas leur conduite, le problème de savoir qui sont les vrais et qui sont les faux prophètes ne présente pas la même clarté.Car c\u2019est un sujet fréquent de diatribe chez les spirituels que de vitupérer contre les prédicateurs qui se prêchent eux-mêmes et qui transmettent la doctrine à travers le prisme déformant de leurs sentiments et de leurs idées propres.Quant à penser que les journalistes sont d\u2019emblée exempts de mythologie et de rancœur personnelle à assouvir, ce serait leur attribuer plus de vertu qu\u2019ils ne prétendent.La ligne de démarcation passe moins entre les vrais et les faux prophètes qu\u2019entre la part de vérité et la part d\u2019erreur qu\u2019il y a en chacun de ceux qui prennent la parole ou la plume, et en chacun de ceux qui les écoutent ou les lisent.Ce que requiert la situation présente, c\u2019est un progrès de l\u2019intelligence et de l\u2019esprit critique.La religion et la morale sont vraies, la politique et la culture sont vraies, mais l\u2019honnêteté n\u2019est pas acquise une fois pour toutes: elle s\u2019obtient à mesure qu\u2019on se soumet aux vérités objectives.Si l\u2019on se met à voir les choses ainsi, sans s\u2019innocenter naïvement ni accuser morbidement, on aura le moyen de se renouveler constamment et d\u2019améliorer par le fait 205 même les autres.Et nous parcourons en peu d\u2019années une longue carrière, celle que les grandes nations ont péniblement traversée pour que les jeunes profitent de leur expérience.Faisant à temps l\u2019évolution qui s\u2019impose, nous éviterons le pire, car l\u2019évolution, disait plaisamment Bergson, est une révolution qui n\u2019en a pas l\u2019r.Il n\u2019est pas vrai que nous soyons LECTURES DU MOIS EST-IL LOISIBLE D' VOICI, SUR LES JUIFS, deux livres récents qui ne se ressemblent guère: Juifs, mes frères de Jean Toulat (éd.Guy Victor, 1963) et Réflexions sur la Question juive de J.-P.Sartre (Gabalda, réimpr.1962); ils se rejoignent néanmoins par une commune préoccupation relative à la situation faite aux Juifs, principalement en France.Juifs, mes frères.Le livre de l\u2019abbé Jean Toulat, moyen-grand format, illustré, est muni d\u2019une préface du cardinal Gerlier, archevêque de Lyon et primat des Gaules; l\u2019esprit est celui de l\u2019amitié judéo-chrétienne.C\u2019est un grand reportage fort bien fait, d\u2019un journaliste qui est prêtre et désire présenter au public français un ensemble de renseignements concernant les Juifs: leur douloureuse condition au cours des âges, l\u2019attitude chrétienne authentique à l\u2019égard du peuple de la Bible, telle que l\u2019enseignent les évêques de France de nos jours; enfin, le portrait du Juif et du Judaïsme digne de supplanter le portrait stéréotypé que diffuse depuis un siècle toute une littérature antisémite.Lecture fort attrayante.L\u2019auteur présente des tranches de vie juive prises sur le vif: conversations avec le grand-rabbin de France, avec un modeste rabbin de la campagne alsacienne qui l\u2019invite à partager en famille le souper du sabbat, interviews d\u2019hommes de lettres réputés, comme Edmond Fleg ou le rabbin Neher, présentation de la « Communauté pilote » de Strasbourg, d\u2019une yeshiva (école talmudique) des environs de Paris, de la prière de Yom Kippour (jour du Grand-Pardon annuel) etc.Du côté chrétien, ce sont des interviews avec le cardinal Gerlier, avec l\u2019évêque de Strasbourg, Mgr Weber, avec le sociologue Joseph Folliet.Mémoire est faite de Paul Claudel et de sa sincère amitié pour les Juifs.Un chapitre est dédié au souvenir du cardinal Saliège, l\u2019archevêque de Toulouse dont la courageuse dénonciation, en pleine occupation nazie, des méthodes d\u2019extermination des Juifs, est entrée dans l\u2019histoire.Un chapitre est intitulé «Antisémite, pourquoi?», un autre est dédié à l\u2019Amitié-judéo-chrétienne, un autre à la parole célèbre de Pie XI: «Nous sommes spirituellement des Sémites».bref, ce livre nous ouvre au problème des rapports entre Juifs et chrétiens, et donne envie d\u2019en savoir davantage; sa parution fut saluée par M.Jules Isaac comme « une bonne action ».Opinions antisémites Tout autre est le petit volume de J.-P.Sartre.Format de poche, sans illustration, dense, d\u2019allure philosophique quoique de lecture aisée; c\u2019est une suite de « réflexions » sur l\u2019antisémitisme et ses conséquences, de la part d\u2019un homme plus bêtes que les autres.Seulement, nos chances d\u2019être aussi intelligents et d\u2019exister aussi magnifiquement n\u2019ont atteint que depuis peu à l\u2019indice suffisant de probabilité pour que notre émergence soit effectivement réalisable.Pour cette œuvre difficile, nos journaux ont à décider s\u2019ils seront des architectes ou des fossoyeurs.ÊTRE ANTISÉMITE?que préoccupe la situation faite communément aux Juifs en milieu français moyen.L\u2019opuscule se divise assez nettement en deux parties: la première est une analyse fouillée, lancinante à la longue, de la psychologie de l\u2019antisémite, telle que Sartre a pu l\u2019observer en France.Non le nazi qui travaille à l\u2019anéantissement de la « race juive » estimée pernicieuse et dangereuse pour la pureté de la « race aryenne », représentée en son sommet par l\u2019homme germanique, mais l\u2019antisémite, disons, bien-pensant, honnête homme, bon père de famille, foncièrement patriote, probe en sa vie, se piquant occasionnellement de culture, et se targuant volontiers « d\u2019opinions antisémites », qu\u2019il croit pouvoir étayer solidement.Ces arguments, Sartre en présente le réseau serré, filet inextricable d\u2019où le Juif ne peut s\u2019échapper.Quel qu\u2019il soit, quoi qu\u2019il fasse, quelque preuve de patriotisme qu\u2019il ait pu fournir, il reste « l\u2019étranger » inassimilable à la société française.Quelque service qu\u2019il ait rendu à cette société, il porte la tare d\u2019un « péché originel », qu\u2019aucun baptême ne peut laver.Juif il est, Juif il restera, et cette qualité qui lui est inhérente vicie fondamentalement tout ce qu\u2019il fait.L\u2019inconséquence de ces accusations, la fausseté flagrante de quelques-unes d\u2019entre elles, la contradiction qu\u2019elles comportent souvent sont ici mises en relief; mais l\u2019antisémite, étant le moins critique des hommes, est incapable d\u2019analyser lucidement son propre comportement; son antisémitisme l\u2019aveugle.Aussi les coups les plus violents décochés au Juif « dissolvant » de la communauté française, viennent parfois de gens qui n\u2019ont jamais eu de rapports personnels avec des Juifs et qui les jugent sur des slogans.inoffensives?Ce type d\u2019antisémite ne travaille pas à parquer les Juifs en des camps de concentration en vue de les exterminer; il se contente de les parquer en un ghetto spirituel sans issue et de les asphyxier lentement en leur refusant la liberté de respirer.Les qualités humaines, les marques de bonne foi, de patriotisme, d\u2019innocuité.qu\u2019il exige du Juif pour reconnaître en lui un compatriote, sont telles que « l\u2019on pourrait dire en parodiant une phrase de Beaumarchais: A en juger par les qualités qu\u2019on exige d\u2019un Juif pour l\u2019assimiler à un « vrai » Français, combien de Français seraient dignes d\u2019être Juifs dans leur propre pays?» (op.cit., p.105).Une suspicion aussi constante, une malveillance aussi tenace ont nécessairement une répercussion sur les victimes; aussi Sartre, après avoir tracé le portrait de l\u2019antisémite, aborde-t-il la psychologie des Juifs.Selon lui, on y peut distinguer deux catégories: les Juifs « inauthentiques », de beaucoup les plus nombreux, qui fuient tant qu\u2019ils peuvent 206 RELATIONS leur condition juive, et ceux qui acceptent de la revendiquer et d\u2019en porter le fardeau.Les premiers, nous dirions les « assimilationnistes », sont prêts à faire bon marché de leur judaïsme pour obtenir droit de cité dans la société française; ils désirent par dessus tout se perdre dans la masse anonyme, être des hommes sans plus, au milieu de ceux avec qui ils vivent.Mais justement cette qualité même leur est obstinément refusée; plus ils multiplient leurs efforts pour s\u2019assimiler à l\u2019entourage et plus celui-ci les rejette et les contraint à être, en quelque sorte, « juifs » malgré eux.L\u2019autre catégorie, plus noble, est celle des Juifs qui ont pris le parti de s\u2019accepter pour ce qu\u2019ils sont et d\u2019en subir les conséquences.Leur sort n\u2019en est pas moins tragique et « la situation qu\u2019ils ont à revendiquer et à vivre est tout simplement celle du martyr » (op.cit., p.110).Vers une solution de la Question juive?« C\u2019est l\u2019antisémitisme qui crée le « Juif », le phénomène premier est donc 1\u2019 « antisémitisme », dit Sartre (p.173) concluant ses réflexions.En conséquence, dans l\u2019attente de la révolution qui abolira l\u2019antisémitisme par la base, \u2014 celui-ci n\u2019étant qu\u2019une « représentation mythique et bourgeoise de la lutte des classes, ne saurait exister dans une société sans classes » \u2014 (id.), l\u2019auteur préconise contre l\u2019antisémitisme la constitution de ligues nationales et même, si possible, d\u2019une ligue internationale.Par leurs effectifs, par leur organisation, ces ligues seraient en mesure d\u2019intervenir efficacement partout où seraient signalées des menées antisémites; Sartre émet le vœu que leurs membres soient animés, au service des Juifs persécutés, « d\u2019un peu de la passion et de la persévérance que leurs ennemis mettent à les perdre » (p.185).mais le Juif existe-t-il?L\u2019esquisse précédente laisse entrevoir les limites de « l\u2019optique sartrienne » devant la Question juive.Il importe d\u2019en souligner la lacune fondamentale.Le « Juif » pour Sartre est un pur « être de raison », dépourvu de substance, produit aberrant d\u2019une histoire sans contenu, puisqu\u2019elle se réduit à un martyre millénaire, à la base duquel il y aurait l\u2019accusation légendaire d\u2019avoir crucifié le Christ, accusation qu\u2019est venu étoffer le besoin inné d\u2019une société non évoluée de trouver un bouc-émissaire sur qui rejeter la responsabilité des maux qu\u2019elle endure.Le « Juif » n\u2019existe que du fait de l\u2019antisémitisme; avec l\u2019extinction de ce dernier, il disparaîtra.C\u2019est faire bon marché de l\u2019histoire.Sans doute faut-il se souvenir de l\u2019époque et du lieu où furent composées ces « réflexions ».C\u2019était la France des années 40.Il est pro- bable que Sartre écrivant en 1963 n\u2019aurait pu ignorer le réveil du Judaïsme d\u2019après-guerre résolument anti-assimila-tionniste, appliqué à faire revivre les^valeurs juives, aidé en son effort par la résurrection de l\u2019État d\u2019Israël et par le rayonnement de celui-ci, plus récemment, par l\u2019exode et l\u2019apport spirituel de la communauté juive d\u2019Algérie.Quoi qu\u2019il en soit, en France et partout dans le monde, le judaïsme vit et s\u2019impose à l\u2019attention comme une réalité « existencielle » indéniable; il suscite des réactions diverses selon les milieux, et l\u2019antisémitisme aux mille visages le menace encore tragiquement; la presse ne nous en apporte que trop d\u2019échos chaque jour.Juifs et chrétiens en 1963 Si le philosophe athée J.-P.Sartre peut ignorer Dieu, les Écritures et leur message, ignorer la Torah, « patrie portative » d\u2019Israël, le peuple élu, au long de sa dispersion, il n\u2019en est pas de même du chrétien.Pour lui les Juifs sont, nécessairement et avant toute autre considération, les descendants du peuple qui a donné au monde le Christ et l\u2019Église, ils sont le peuple de la Bible et de la Révélation.Le réveil biblique de ces dernières années, la revision de l\u2019enseignement catéchétique, la diffusion de l\u2019esprit œcuménique, l\u2019encyclique Pacem in terris., sans compter les multiples directives de la Hiérarchie, à la suite des papes Pie XI, Pie XII et du bien-aimé Jean XXIII, ces poussées ont créé une ambiance nouvelle, dans laquelle un antisémitisme accepté ne saurait trouver place.Les chrétiens de nos jours n\u2019ont plus l\u2019excuse de l\u2019ignorance et de la crédulité des siècles passés.Ils sont invités de toute manière à se faire une mentalité d\u2019adultes au plan religieux autant qu\u2019au plan humain.Ils n\u2019ont plus le droit de prolonger passivement une attitude séculaire à l\u2019égard de « l\u2019autre », qu\u2019il soit protestant ou juif.Ils doivent se former une opinion personnelle, ce qui suppose évidemment qu\u2019ils s\u2019informent.Nous touchons du doigt la seconde lacune de la position sartrienne.Il ne suffit pas de lutter contre l\u2019antisémitisme et ses manifestations.Il faut développer à l\u2019égard des Juifs une attitude positive.Puisque l\u2019antisémitisme se nourrit de fantômes et de mythes, le meilleur moyen de chasser ces fantômes et ces mythes est de répandre la connaissance objective du judaïsme: la vie juive, la religion juive, les valeurs juives.Voilà ce qui éclaire l\u2019à-propos du livre de l\u2019abbé Jean Toulat.Le chrétien est un disciple du Christ, un fils de l\u2019Église.L\u2019oublier, c\u2019est oublier que « nous sommes spirituellement des Sémites ».Sœur Marie-Noëlle-de-Sion.Centre Ratisbonne, 4701, avenue Dornal, Montréal.L\u2019épiscopat du Québec rappelle.1.\tQue les droits de la famille, de l\u2019Église et de l\u2019État, en matière d\u2019éducation, doivent être harmonieusement et intégralement respectés.2.\tQue l\u2019éducation tout entière doit viser la fin de l\u2019homme et que, par conséquent, les catholiques sont tenus d\u2019assurer à leurs enfants une éducation chrétienne dans leurs foyers et d\u2019exiger « des écoles où soit inculquée, par des maîtres aux convictions solides, une conception chrétienne de la vie, où tout l\u2019enseignement soit donné dans la lumière de la foi » (Jean XXIII, 30 décembre 1959).JUILLET 1963 3.\tQue la famille joue un rôle essentiel dans la société et que l\u2019éducation doit favoriser son épanouissement.4.\tQu\u2019une saine éducation ne se contente pas de constater les désordres sociaux ou les erreurs courantes, mais s\u2019applique à les corriger.5.\tQue la liberté d\u2019enseignement implique qu\u2019on soutienne équitablement, sans altérer son caractère propre, toute institution, privée aussi bien que publique, qui concourt au bien commun.(Communiqué du 11 juin 1963.) 207 LES CONGRES DES RÉGIMES SCOLAIRES JUSTES ET ÉQUITABLES tASSOCIATION des Commissaires d\u2019écoles catholiques de Langue française du Canada a tenu à Ottawa, du 30 mai au 1er juin, son troisième congrès.Ce fut d\u2019emblée, au dire du président, M.Paul Desrochers, et des participants, le congrès le mieux réussi de cette jeune Association.La cause de ce succès?L\u2019actualité aiguë du thème choisi, Justice et équité dans les régimes scolaires au Canada, ainsi que la valeur remarquable des travaux, qui furent suivis d\u2019échanges de vue prolongés et substantiels.Ce fut particulièrement le cas après les conférences du P.Richard Arès et de M.Séraphin Marion.Le P.Arès avait intitulé sa conférence: Justice et équité pour la communauté canadienne-Jrançaise.Après avoir précisé le caractère spécial de cette communauté au triple point de vue numérique, juridique et historique, il en examina l\u2019état de santé culturelle à l\u2019aide des statistiques des derniers recensements.Les tristes conclusions justifiées par ces statistiques l\u2019amenèrent à poser la question: « Qu\u2019exigent pour l\u2019avenir, à l\u2019égard de la communauté canadienne-française, la justice et l\u2019équité?» La réponse fut: Qu\u2019il y ait pour cette communauté un avenir.Le conférencier aurait pu prouver cette exigence fondamentale par des arguments tirés à la fois du droit naturel et du droit positif.Devant les leçons fournies par les expériences vécues au Canada depuis 1867, il préféra en appeler aux seules exigences du droit positif canadien.Elles permettent d\u2019affirmer que « le seul Canada qui soit possible et qui ait un avenir, c\u2019est un Canada fondé sur l\u2019alliance anglo-française.Il n\u2019y a pas d\u2019autre alternative: le Canada sera anglo-français ou il ne sera pas ».Concrètement, cela signifie que l\u2019association des deux grandes communautés culturelles doit donner à chacune des chances et des possibilités égales partout au Canada.Ce qui ne peut se produire si les minorités françaises ne reçoivent pas dans les autres provinces un traitement identique à celui que reçoit la minorité anglaise au Québec.Le sort même de la Confédération est en cause.La conférence du P.Arès produisit sur les délégués une profonde impression *.Celle-ci fut renforcée, le lendemain, par un autre exposé de grande classe, celui de M.Séraphin Marion: Le pacte fédératif et les minorités françaises au Canada.La force de son argumentation venait de ce qu\u2019elle repose sur des témoignages d\u2019Anglo-Canadiens, qui ont vu clair dans le problème des rapports entre les deux principales communautés culturelles du pays.Concluant son tour d\u2019horizon, M.Marion déclara que le Canada anglais éludait la lettre et violait l\u2019esprit du pacte fédératif.« Seule, et depuis bientôt un siècle, la province de Québec observe et la lettre et l\u2019esprit du pacte.» M.Marion tint cependant à signaler les « immenses espoirs scolaires » que le premier ministre de l\u2019Ontario venait d\u2019éveiller chez les Franco-Ontariens.« Victoire véritable, éclatante, mais incomplète.» La Confédération ne sera donc pas une réalité vivante tant et aussi longtemps que l\u2019attitude du Québec ne sera pas intégralement celle des autres provinces.Monsieur G.A.Frecker, le très sympathique ministre de l\u2019Éducation de Terre-Neuve, province qui respecte parfaitement les droits des catholiques, assistait au congrès.Il participa fidèlement aux réunions, et fut vivement applaudi à chacune de ses interventions.Son double titre de catholique et d\u2019initié à la culture française \u2014 il est originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon \u2014 lui donnait une autorité particulière.Il proposa d\u2019assurer à la conférence de M.Marion une large diffusion à travers tout le pays, à cause même de son argumentation établie sur des affirmations d\u2019Anglo-Canadiens.Le congrès a résolu d\u2019imprimer les conférences et de les distribuer dans toutes les écoles secondaires, tous les collèges, toutes les universités ainsi que dans le grand public.La résolution, jaillie d\u2019une conviction intense, fut accueillie avec joie.La conférence de M.Rolland Pinsonneault, Perspective d'une province minoritaire.la Saskatchewan s\u2019est trouvée à illustrer les exposés du P.Arès et de M.Marion.De cette conférence, il est consolant de retenir que « des courants d\u2019idées laissent présager un avenir moins sombre » et que « le biculturalisme, bien que situé principalement sur le plan fédéral, ne manquera pas de faire tache d\u2019huile et de teinter de son esprit les autres provinces ».Comment ne pas espérer puissamment qu\u2019il en soit ainsi ?M.Frecker avait déjà souligné le chemin parcouru depuis dix ans par beaucoup d\u2019Anglo-Canadiens.De son côté, M.Marion avait affirmé: « Le temps travaille pour nous.» Retenons une autre déclaration de M.Pinsonneault: « Nous ne sommes pas.des mendiants qui revendiquent un peu plus d\u2019encre sur les chèques ou des déchirures de drapeau.Il faut que le soleil canadien éclaire d\u2019une lumière égale tous ceux qui habitent notre pays.» Mérite une mention particulière l\u2019allocution prononcée au banquet de clôture par M.Pierre Laporte, ministre des Affaires municipales.M.Laporte a eu maintes fois l\u2019occasion, comme journaliste, de rencontrer les minorités et de s\u2019initier parfaitement à leurs problèmes.D\u2019où la brève mais magnifique synthèse qu\u2019il fit de ces problèmes.Sa présence au sein du cabinet provincial et le message qu\u2019il apporta au nom du premier ministre ajoutaient à ses paroles une saveur toute spéciale.M.Maurice Lamontagne, représentant de M.Pearson, avait de son côté assuré les délégués que le gouvernement fédéral entendait être fidèle aux exigences du biculturalisme.La participation de M.Laporte soulignait la cohésion qui doit durer entre notre province et nos minorités pour que s\u2019établisse plus aisément le règne de la justice et de l\u2019équité dans les régimes scolaires au Canada.Les minorités comptent beaucoup sur l\u2019influence de la province de Québec; d\u2019où leur opposition à la doctrine du séparatisme, même si elles admettent qu\u2019il inspire une crainte salutaire et utile.L\u2019impression des congressistes fut qu'il y a vraiment quelque chose qui bouge.L\u2019Association entend tout faire pour que ça bouge encore davantage.Albert Plante.Vient de paraître * Justice et équité pour la communauté canadienne- fra nçaise par Richard ARÈS, S.J.L\u2019unité: 25 cents\tPrix spécial aux Commissions scolaires LES ÉDITIONS BELLARMIN, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 208 RELATIONS LE FRANÇAIS AUX SOCIETES SAVANTES 3 # PARIONS que plus d\u2019un Anglo-Canadien a quitté l\u2019Université Laval, le mois dernier, avec une énigme de plus dans la tête relativement au Canada français, s\u2019il s\u2019est avisé de comparer à la vague actuelle de séparatisme certains faits qu\u2019il a pu observer pendant son séjour dans la Cité universitaire.A l\u2019occasion du troisième centenaire de la fondation du Séminaire de Québec, l\u2019Université Laval avait invité les sociétés savantes à y tenir leurs sessions de 1963.Une quarantaine d\u2019associations canadiennes, groupant des chercheurs de presque toutes les branches du savoir, se réunissent ainsi annuellement, au début du mois de juin, dans une ville importante du Canada.Tous les écrits émanant de l\u2019organisation générale du Congrès affichaient un caractère bilingue impeccable.On ne retrouva pas la même note dans les réunions de travail de certaines associations.L\u2019assemblée aurait eu lieu à Halifax ou à Vancouver que l\u2019atmosphère n\u2019aurait guère été différente: on pouvait passer des jours entiers sans entendre parler français.Les personnes du bureau d\u2019inscription et de la salle à dîner s\u2019adressaient à vous en anglais, par raison de commodité sans doute; des universitaires de langue française ont présidé des réunions sans prononcer un seul mot de français, alors que, dans certains cas, le conférencier de langue anglaise s\u2019efforçait de répondre en français à une question posée occasionnellement dans cette langue.Une telle situation ne peut se comprendre sans référence à un grave problème, celui de la faible présence des Canadiens français dans les milieux de sciences et d\u2019arts au Canada.La disproportion entre les deux groupes ethniques apparaît à l\u2019évidence dans la liste des participants aux travaux des associations.Ainsi, aux réunions de l\u2019Association canadienne des sciences politiques, seulement 3 des 36 communications ont été présentées en français par des Canadiens de langue française.La Société canadienne de psychologie n\u2019en compta que 17 sur 119.La proportion atteignit 3 sur 10 à la Société canadienne des études classiques.Dans le programme de l\u2019Association canadienne des physiciens, 8 noms français sur plus de 200, et aucun titre d\u2019exposé en français.Pour l\u2019ensemble de ces quatre groupes, une participation de moins de 10%.Apparemment, la proportion dans les autres asso- POINT DE VUE ciations ne différait guère de celle-là.Quelques très rares exceptions, comme à la Société historique du Canada, où 8 conférences de langue française sur 19 manifestent une meilleure représentation.D\u2019où vient pareille absence ?La différence démographique ne peut en rendre compte pleinement, puisque les Canadiens d\u2019origine française forment environ 30% de la population totale du Canada.Le degré de scolarité ajoute un important facteur d\u2019explication.En 1951, de la population d\u2019origine française âgée de 5 ans et plus et ne fréquentant pas l\u2019école au moment du recensement, seulement 4.4% étaient allés en classe plus de 12 années; par contre, la proportion correspondante s\u2019élevait à 10.5% pour la population d\u2019origine britannique, à 6.4% pour les autres et à 9.2% pour l\u2019ensemble des non-français, donnant une moyenne générale de 7.8% pour tous les Canadiens.De fait, parmi ceux qui avaient abordé, sinon complété, des études au niveau collégial, seulement 16% étaient d\u2019origine française.La marge qu\u2019il reste à expliquer, entre ces 16% et les 10% exprimant la participation des Canadiens français aux Sociétés savantes, pourrait tenir, entre autres choses, au peu d\u2019attrait que représente, pour eux, la collaboration à des organisations à majorité anglaise aussi forte.Dans un domaine d\u2019importance primordiale, celui des études supérieures et de la recherche scientifique, nous accusons, du simple point de vue du nombre, un retard considérable par rapport à nos concitoyens de langue anglaise.L\u2019amélioration de notre situation économique aidera sans doute à réduire la distance qui nous sépare d\u2019eux.Plus encore, une volonté sans défaillance de compenser notre infériorité numérique par la qualité et le rayonnement de nos travaux nous assurera une présence influente dans ces milieux où, pour une bonne part, s\u2019élabore la pensée et se prépare l\u2019avenir du Canada.Malgré l\u2019excellence des communications que les nôtres y ont données, le Congrès des Sociétés savantes de 1963 nous a rappelé, dans le langage impitoyable des faits, la mesure présente de notre taille dans l\u2019élite intellectuelle du pays.Gérard Hébert, S.J.L\u2019enseignement de la grammaire française UN PEU PARTOUT, on se plaint des manuels scolaires, on déplore, chez les élèves, l\u2019ignorance du français et, naturellement, on en rejette la faute sur les manuels.A-t-on raison ?Oui et non.A ce mal, il y a, selon nous, une cause plus profonde.Elle provient de ce que l\u2019on ne cultive pas assez la mémoire des élèves, qu\u2019on oublie une loi fondamentale de la psychologie humaine: la mémoire est la servante de l\u2019intelligence.Elle fournit, en effet, à cette dernière, les matériaux nécessaires à ses opérations, si bien que sans cet appui, ce secours naturel, l\u2019intelligence est démunie, inapte à la réflexion, car elle ne progresse, ne se développe que dans la mesure où la mémoire la sert plus fidèlement.Cette loi, un philosophe de l\u2019antiquité, Aristote, l\u2019avait énoncée en ces termes: « L\u2019homme ne pense pas sans images; l\u2019image de la chose lui manque-t-elle, il a besoin de celle du mot.» Or qu\u2019arrive-t-il avec les manuels qu\u2019on a introduits dans les écoles, ces dernières années?La part de la mémoire est négligeable, secondaire, considérablement réduite; les manuels ressemblent trop à des livres de lecture.C\u2019est intéressant, la classe passe vite, mais qu\u2019en reste-t-il ?Pas grand-chose.Pourquoi?Parce qu\u2019on n\u2019a rien appris par cœur.Le mot d\u2019ordre même a été donné de réduire le plus possible le travail de la mémoire, sous prétexte de rendre plus facile la tâche de l\u2019élève l.La nature se venge.Comme, en tout 1.Le Programme des Etudes des Ecoles élémentaires (1959) contient entre autres ces mises en garde: (p.375) « la grammaire n\u2019est pas un formulaire de définitions et de règles que l\u2019enfant doit apprendre par cœur ».[elle] n\u2019est pas non plus un manuel qu\u2019il faut étudier page après page.mais un aide-mémoire auquel on se réfère ».« la grammaire s\u2019enseigne par un procédé JUILLET 1963 209 domaine, le succès correspond habituellement au travail, à l\u2019effort et que, selon l\u2019adage, le temps se venge toujours de ce qu\u2019on fait sans lui, il s\u2019ensuit que la masse des élèves croupit dans l\u2019ignorance.Seuls les plus brillants survivent au naufrage, réussissent en dépit de tout.Ils réussissent! C\u2019est même trop avancer, puisque, l\u2019an dernier 125 étudiants ont fait 4,500 fautes d\u2019orthographe dans leur examen d\u2019admission à l\u2019Université de Montréal: « Il fallait leur donner en un an ce que 12 années de scolarité n\u2019avaient pas réussi à leur faire acquérir, c\u2019est-à-dire, l\u2019habitude d\u2019écrire correctement ».(Guy Ferland, La Presse, 12 janvier 1963.)* 2 Autre conséquence: la mémoire non développée dès le jeune âge devient comme impropre à ses fonctions.C\u2019est comme si elle se durcissait, telle une pellicule longtemps inutilisée, car il importe de se rappeler que la mémoire est une faculté sensible.A-t-on négligé de la cultiver de bonne heure, vient un âge où il est comme impossible d\u2019assimiler quoi que ce soit, et l\u2019aptitude de l\u2019intelligence à la réflexion, au raisonnement est diminuée d\u2019autant.Appliquons ces principes à la grammaire, parce que c\u2019est par elle, en définitive, qu\u2019on apprend à écrire correctement sa langue.On a remplacé la petite grammaire d\u2019autrefois par d\u2019énormes bouquins, dans lesquels la grammaire est abrégée, dispersée ça et là, au point que le professeur lui-même s\u2019y perd.Que penser, alors de l\u2019élève qui devrait avoir sa grammaire sous la main, pour la consulter au besoin, un peu comme il fait pour le dictionnaire ?Pour justifier cette innovation, on rétorque: « l\u2019important, c\u2019est de comprendre! » A la bonne heure! Mais faut-il encore avoir appris quelque chose et avoir des mots pour exprimer sa pensée : inductif qui va de la chose à l\u2019idée » (p.378): « il faut s\u2019en tenir à l\u2019indispensable, laissant de côté les exceptions, les règles trop complexes et bon nombre de verbes irréguliers »; (p.379) « alléger l\u2019effort de la mémoire qu\u2019exige des enfants l\u2019apprentissage d\u2019un vocabulaire trop savant pour leur âge », etc.On comprend qu\u2019avec de pareilles directives, on en vienne à ne plus exiger le par-cœur, si bien qu\u2019un professeur désolé de la passivité des élèves, nous confiait: « C\u2019est à nous de tout faire! » 2.Autre sondage: près de 5,000 copies (sur 20,000) de la dictée donnée aux élèves de 9e année, en juin 1962, ayant été examinées du point de vue de l\u2019orthographe, le résultat officiel a été le suivant: 65.4% des garçons et 41% des filles ont obtenu 50% ou moins; seulement 9.2% des garçons et 17.6% des filles ont obtenu 75% ou plus.La dictée était de difficulté moyenne.L\u2019expression « lamé d\u2019or » fut écrite de 67 manières différentes! Cf.Le Devoir, 9 mai 1963, p.11.« Ce que l\u2019on conçoit bien s\u2019énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément », a écrit Boileau.Oui! dans l\u2019hypothèse qu\u2019on ait emmagasiné des mots et qu\u2019on sache penser avec eux.Toute science a sa terminologie.On n\u2019y progresse que moyennant la connaissance d\u2019icelle.Que dire de la grammaire ?Il y a d\u2019abord une foule de mots à connaître, car l\u2019étude d\u2019une langue est, à la base, affaire de vocabulaire.Ces mots, en outre, il ne suffit pas de les entendre, de les prononcer, il faut encore les écrire; et, comme beaucoup d\u2019entre eux ne s\u2019écrivent pas comme ils se prononcent, il importe d\u2019en apprendre l\u2019orthographe.Autrement, on écrira au son, comme font malheureusement tant de personnes autour de nous.Après l\u2019étude du vocabulaire qui s\u2019acquiert progressivement à mesure qu\u2019on avance dans un livre, il y a celle des règles: règles d\u2019accord des noms, des adjectifs, des participes, etc.Que dire des conjugaisons des verbes: avoir, être et autres?Conjugaisons souvent arbitraires! Pour savoir ces choses, qu\u2019on le veuille ou non, il faut les apprendre de mémoire.C\u2019est la loi! Nous n\u2019y pouvons rien changer.Le travail de l\u2019intelligence suivra, à condition qu\u2019on ait bien assimilé cet ensemble de formes, dans l\u2019acquisition desquelles la mémoire joue un rôle prépondérant.Ces exigences, nos anciens grammariens les avaient réalisées et, dans la composition de leurs manuels, ils avaient tenu compte des lois fondamentales de la nature humaine dont nous parlions précédemment.Est-ce à dire que tout soit à condamner dans les nouveaux manuels?Non; cependant, ils ne peuvent remplacer les autres.Au plus, seront-ils utilisés comme manuels de lecture, avec cet avantage qu\u2019ils illustrent les règles, supposées connues, d\u2019une manière agréable, intéressante.Mais, de grâce, qu\u2019on n\u2019aille pas mettre ces livres à la base de l\u2019enseignement.On juge d\u2019un arbre par ses fruits.Nous connaissons les fruits! Par contre, où ceux qui écrivent correctement le français ont-ils appris cet art ?Dans les petites grammaires de jadis.Telle naguère la petite grammaire Robert, réputée pour sa simplicité et son expérience pédagogique, tellement que tous ceux qui en ont fait usage n\u2019eurent qu\u2019à s\u2019en louer.« L\u2019inconvénient qu\u2019il y aurait à l\u2019adopter, disait malicieusement un principal d\u2019école, c\u2019est qu\u2019avec elle les élèves sauront leur français! » Euclide Gervais, S.J.Maison Saint-René-Goupil, Jacques-Cartier.LE THÉÂTRE Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.SENTANT LES PREMIERS EFFLUVES DE L\u2019ÉTÉ et comprenant les légitimes désirs de détente des spectateurs au terme d\u2019un rigoureux hiver, les directeurs, ou plutôt les directrices, Yvette Brind\u2019Amour, Françoise Berd et Jeanine Beaubien, des compagnies de théâtre encore actives, en cette fin de saison, ont choisi de représenter sur leurs scènes respectives des œuvres légères et distrayantes.Cette constatation ne veut absolument pas être un reproche, car, outre que le rire est sain et psychologiquement utile en nos temps « terribles », il faut bien admettre, comme me le déclarait encore tout dernièrement un auteur de chez nous que le théâtre est aussi une entreprise commerciale \u2014 210 et alors, hop! pour la comédie, qui fait plus facilement recette que le théâtre noir.Sûrement, les amateurs du grand théâtre restent sur leur appétit de gourmets pendant que les autres, les gourmands, se gavent avec plaisir.13 À TABLE Pourvu, toutefois, qu\u2019on ne soit pas treize à table, car Madeleine Villardier ne le souffrira pas.En effet, Madeleine Villardier, l\u2019héroïne de 13 à table de Marc-Gilbert Sauvajon, n\u2019est pas du tout superstitieuse, non, mais elle se met dans tous les états, remue ciel et terre, se donne un taintoin du RELATIONS diable pour que, dans deux heures, à son réveillon de Noël, on ne soit pas 13 à table.Efforts inouïs, entravés de multiples péripéties imprévues, de contretemps fâcheux; efforts parfaitement inutiles, d\u2019ailleurs, qui aboutissent quand même à la catastrophe finale; efforts comiques grâce à l\u2019ingéniosité de l\u2019auteur, et qui constituent toute la matière de la pièce.Donc comique de situation qui suscite un intérêt certain à condition que l\u2019auteur ait le sens des rebondissements de l\u2019intrigue: mérite incontesté de Sauvajon.Et alors les comédiens n\u2019ont plus qu\u2019à s\u2019en donner.S\u2019ils entrent dans le mouvement avec naturel, aisance et vivacité, le succès est assuré \u2014 ce qui est exactement arrivé au Stella pour la troupe du Rideau-Vert, dans la mise en scène de Mercedes Palomino.Bousculés par les projets capricieux et baroques d\u2019Yvette Brind\u2019Amour, hôtesse inquiète et agitée du salon des Villar-dier pour empêcher qu\u2019on soit 13 à table, les comédiens ont interprété avec beaucoup de couleur et dans un rythme pimpant les divers personnages de cette pièce alerte et sainement gaie.Pour sa rentrée au Canada, Denise Pelletier a joué avec chaleur l\u2019éruptive Consuela-Dolores Koukouwsko, les mains chargées de bombes (une nouvelle mode, semble-t-il!) pour venger l\u2019honneur de son pays, quelque part en Amérique du Sud.Beaucoup moins dangereuse, Denyse Saint-Pierre, insouciante et heureuse, s\u2019est contentée de déguster \u2014 un peu fort! \u2014 le champagne de son amie, Madeleine Villar-dier, avec une joie vraiment communicative, par ordonnance d\u2019ailleurs du Docteur Peloursat, tout à fait, lui-même, dans « l\u2019esprit des Fêtes », comme on dit, qu\u2019incarnait un André Cailloux tout jovial et d\u2019accommodement.Jean Duceppe aurait sûrement voulu en faire autant, mais sa qualité d\u2019Antoine Villardier l\u2019oblige à partager les soucis et déboires de son épouse bien-aimée, mais surtout à se débarrasser sans trop de dommages de la fougueuse Consuela-Dolores dont il fut, pour son malheur, jadis, le héros national attendu, une sorte de Bolivar à la manque.Il lui faudra toute sa ruse et sa versatilité pour en sortir, fourbu mais indemne.Pendant que sur ce branle-bas futile et bruyant, Georges Groulx, imperturbable, promènera son regard ironique et narquois de domestique averti.LES GLORIEUSES Pour les habitués du Stella, cette comédie, 13 à table, a été un des bons moments de la saison du Rideau-Vert.On ne peut tout à fait en dire autant de la dernière comédie de Roussin, Les Glorieuses, jouée en clôture d\u2019année.Non pas parce qu\u2019elle est en vers \u2014 vers souvent prosaïques ou maniérés, \u2014 mais plutôt à cause de sa première partie, trop dissertante à mon goût et d\u2019un développement vraiment trop peu étoffé.Deux courts actes dont seul, le deuxième comprend quelques scènes comiques: on nous laisse sur notre faim.Le conflit entre Carruche, auteur sans lecteurs, et sa femme, avide uniquement de gloire et de prestige, laborieusement amorcé dans le premier acte, n\u2019est pas assez approfondi par la suite et tourne court.Nous quittons la salle de bonne heure, voilà l\u2019avantage; mais nous partons de moins bonne humeur que d\u2019habitude, voilà l\u2019inconvénient.Pourtant les acteurs sont bons.Gilles Pelletier, en Car-ruche, essaie de donner le plus d\u2019animation possible à son personnage.Georges Carrère, qui joue une sorte de confident assez pâle, dit oui et non, sourit aux bons endroits, avec bonne volonté.Catherine Bégin, de plus en plus assurée en scène, nuance suffisamment son rôle d\u2019Yvonne Carruche pour rendre le caractère plausible.Trois scènes vraiment amusantes: celle de Lucie de Vienne, solennelle et impérieuse Madame Passepied; celle de Rose Rey-Duzil, toujours savoureuse dans ses rôles de composition; celle, délicieuse, de l\u2019ingénue Rita Imbault, naturelle et primesautière en Jeune Fille.Les trop courtes apparitions de Mariette Duval comme cuisinière naïve et effarouchée nous ont déridés au premier acte, tandis que Mimi d\u2019Estée s\u2019accrochait un peu dans son rôle, bien effacé, de la mère de Carruche.A poursuivre son rythme de production actuel.André Roussin risque de s\u2019essoufler.Avec les Glorieuses, nous commençons à le remarquer.LES VIOLETTES On nous apprend que l\u2019Egrégore déménagera bientôt une fois de plus.Ce n\u2019est pas sans besoin.La minable salle actuelle de la rue Clark manque d\u2019atmosphère et sent la poussière.Aussi on pourrait croire que c\u2019est par gageure que Jean-Pierre Ronfard a voulu y monter \u2014- en première mondiale \u2014 une œuvre de délicate poésie, traversée de courants satiriques, de Georges Shéhadé: les Violettes.Originaire de l\u2019Afrique du Nord, Shéhadé s\u2019est taillé déjà une place enviable dans la jeune littérature dite d\u2019avant-garde.Avec un humour discret, sa pièce traite du conflit entre l\u2019amour, l\u2019amour tout simple de la nature et des humains, et la science moderne, fantastique et meurtrière, destructrice de ses adorateurs; conflit d\u2019où sortira vainqueur l\u2019amour, l\u2019amour tout simple d\u2019un homme qui, à la recherche de violettes pour en façonner des instruments de mort, découvre tout à coup, dans le soir tranquille et doux, l\u2019humble violette d\u2019un cœur de femme sans apprêt.Œuvre charmante que ne gâte pas trop, au contraire qu\u2019enjolive et décore une certaine recherche de l\u2019insolite, ornement obligatoire du théâtre actuel.Elle tient agréablement le milieu entre le conventionnel d\u2019hier et l\u2019excentricité d\u2019aujourd\u2019hui.Animés par un nouveau comédien sur la scène de l\u2019Egré-gore, Gabriel Gascon, dont la personnalité dramatique s\u2019affirme davantage de jour en jour, les interprètes ont joué les Violettes avec élan et conviction, surtout, peut-être, Denise Morelle, une Madame Boromée haute en couleur, et Yvan Canuel, le professeur Kufman aux allures méphistophéliques que terrassera l\u2019amour.OCCUPE-TOI D'AMÉLIE C\u2019est par un Feydeau ébouriffant, Occupe-toi d'Amélie, que Madame Beaubien a inauguré la nouvelle saison d\u2019été du Théâtre international de Montréal, à La Poudrière de l\u2019île Sainte-Hélène.Voilà du théâtre de boulevard de la plus belle veine où le mouvement endiablé, le rebondissement des péripéties, la cocasserie des situations, l\u2019ingéniosité extraordinaire de l\u2019intrigue nous font avaler toutes les originalités, les excentricités, et jusqu\u2019aux accrocs, fréquents, à la morale et au bon goût.JUILLET 1963 211 Depuis le tumulte de la première scène où les personnages veulent parler ensemble, tout au long des trois longs actes Feydeau ne nous donne aucun répit.Heureusement qu\u2019aux entractes on peut se reposer de rire, reprendre son souffle pour le prochain « sprint » avec les acteurs, qui ne cessent de nous entraîner dans leur course échevelée.Le plateau de La Poudrière est bien un peu exigu pour les nombreux personnages de la pièce, leurs multiples va-et-vient et surtout leur incessante agitation.C\u2019est donc à l\u2019honneur du metteur en scène, Ulric Guttinguer, et de l\u2019habileté des acteurs que cela ne nuise pas trop à l\u2019action.De cette distribution considérable je ne puis que dégager quelques éléments majeurs.La révélation de la soirée a été, pour moi, incontestablement, Edouard Wooley, qu\u2019on voit rarement à la scène et dans des rôles de comparses.Ici, il a campé un Van Poutzeboum d\u2019une inoubliable drôlerie.Seul, moi5 La folle aventure du F.L.Q.L\u2019aventure du F.L.Q.est en voie de se terminer devant les tribunaux.De nouveau l\u2019ordre règne à Montréal.Le terrible Front de Libération québécois, qui mit sur les dents nos trois corps de police, fit trembler West.mount en même temps qu\u2019il effrayait touristes et capitalistes de l\u2019étranger, ce mystérieux et terrifiant F.L.Q.ne se composait, en somme, que d\u2019une poignée de jeunes, dont les trois quarts exactement n\u2019avaient pas vingt et un ans.Devant le coroner, ils ont comparu, apeurés, pathétiques et pitoyables, pendant qu\u2019autour d\u2019eux on murmurait: « Ce sont des enfants! » Oui, des enfants, entraînés dans une folle et terrible aventure! Des enfants, qui ont paru si redoutables à notre Justice que, prise de panique, elle n\u2019a pas craint de recourir à tous les moyens que pouvait tolérer la lettre de la loi, et même davantage, avec ce résultat qu\u2019elle a réussi à attirer de la sympathie sur ceux mêmes qu\u2019elle voulait accabler! De cette aventure, se dégagent de multiples leçons.Je n\u2019en retiens qu\u2019une.L\u2019idée de l\u2019indépendance d\u2019un peuple est un puissant explosif avec lequel il ne faut point jouer.Que des jeunes, pour cette grande idée, s\u2019enthousiasment, qu\u2019ils lui consacrent leur vie, qu\u2019ils soient prêts à recourir à la violence pour la faire aboutir, seuls pourront s\u2019en étonner ceux qui ignorent les événements survenus, depuis la deuxième guerre mondiale, dans les pays colonisés, qui méconnaissent l\u2019immense besoin de dévouement et de sacrifice que recèle l\u2019âme des jeunes, qui enfin n\u2019ont pas entendu ces appels constants à la révolte venus de ceux mêmes que les jeunes pouvaient considérer leurs modèles et leurs maîtres, modèles et maîtres pour le moins aussi étourdis.Dans ce beau monde sceptique, en train de pourrir par la tête, en train de détruire une à une ses 212 son jeu se comparait sans désavantage avec celui d\u2019André Valmy, toujours merveilleux d\u2019adaptation à son personnage, dans le rôle de Pochet, père d\u2019Amélie.Lise Lasalle interprétait le rôle d\u2019Amélie.Toujours mutine et assez facilement gamine, elle a joué plutôt dans la note espiègle, s\u2019amusant follement elle-même de toutes les aventures qui lui arrivaient.Ainsi, le caractère d\u2019Amélie gagnait en fantaisie légère et en roublardise amusée ce qu\u2019il perdait en simili profondeur ou sérieux.A tout prendre, Feydeau y gagnait peut-être aussi au moins en santé.* * * Avec toutes ces pièces amusantes, on ne pouvait mieux nous préparer aux vacances!.raisons spirituelles de vivre, quelle autre cause que l\u2019indépendance peut encore susciter chez nos jeunes un enthousiasme collectif allant jusqu\u2019au don de soi ?Il reste que la folle aventure du F.L.Q.se termine en tragédie, et cela parce qu\u2019elle s\u2019est fondée sur la violence.Ceux qui croient à la justice de la cause de l\u2019indépendance québécoise ont peut-être des chances de la faire triompher par des moyens pacifiques et démocratiques, ils n\u2019en ont aucune par la violence et par la terreur.Au Québec, telles sont les circonstances \u2014 de lieu, de nombre et même de mentalité \u2014 que la force, s\u2019ils y recourent, ne peut en définitive que se retourner contre eux et les écraser.Ce n\u2019est pas avec des bombes que se fera l\u2019indépendance du Québec, si jamais elle se réalise, mais bien d\u2019abord et avant tout avec du travail, de la compétence et de la discipline.R.Arès.17 juin 1963.La colère noire Dans son message sur^l\u2019État de l\u2019Union, le 14 janvier dernier, le Président des États-Unis eut ces paroles courageuses: « Nous serons jugés davantage sur ce que nous faisons chez nous que sur ce que nous prêchons à l\u2019étranger.» Le mal causé, depuis, à la politique extérieure des États-Unis par le racisme blanc est très grave, en effet.Mais à l\u2019intérieur aussi, les conséquences sont désastreuses.Et la politique de non-violence de Martin Luther King risque, si l\u2019on ne porte pas un remède rapide aux injustices politiques et sociales, de n\u2019avoir plus prise sur la masse des Noirs.Déjà les extrémistes sont à l\u2019œuvre.L\u2019organisation Black Muslims (les Musulmans noirs) exalte la ^supériorité des Noirs et réclame une tranche territoriale des États-Unis.Aussi longtemps qu\u2019on reléguera les Noirs aux emplois les moins considérés, et leurs familles aux quartiers lépreux, et que, défiant la décision de la Cour suprême (17 mars 1954), on leur refusera l\u2019accès aux écoles des autres, la situation ne saura qu\u2019empirer, et la colère des Noirs monter.Qu\u2019il n\u2019y ait pas par nature de race inférieure ou de race supérieure, la présence des gouverneurs Barnett et Wallace parmi la race blanche et celle de Martin Luther King et de Ralph Johnson Bunche parmi la race noire suffit à le prouver.L.d\u2019Apollonia.RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Dans le même quotidien SI TOUTES LES MODES contribuaient à la santé des humains comme celle du campisme en famille, on régénérerait bientôt le monde.Mais pourquoi gâter par un angliscisme inutile la propagande qu\u2019on orchestre autour de cette mode?Qui nous ou vous oblige à louer les vertus du « camping » ?Depuis plusieurs années, déjà, les linguistes recommandent les mots campisme et campage.Préférons campisme; plus proche de « camping », il paraît plus facile à populariser chez nous.Mais campage a du bon; il ressemble à canotage, qu\u2019aucun esprit sérieux n\u2019aura l\u2019idée, j\u2019imagine, de remplacer par « canoeing », n\u2019en déplaise à tel original qui tient mordicus à « canoë », aux dépens de canot.Plus grave, cependant, que l\u2019anglicisation d\u2019un mot, celle de la pensée.En voici un exemple que je tire d\u2019un éditorial publié dans un quotidien montréalais, le même auquel j\u2019emprunte, depuis plus de trois ans, presque toutes les fautes commentées ici.Lorsqu\u2019il veut suggérer qu\u2019il nourrit un sentiment personnel, discutable peut-être, mais probablement partagé par d\u2019autres, l\u2019Anglais dit: I, for one.Cette nuance s\u2019exprime, en français, par: quant à moi, pour ma part, je suis de ceux qui.Mais quiconque traduit littéralement par « moi, pour un » adultère évidemment la langue de Racine et de Valéry.Combien de fois encore nous forcera-t-on à répéter que, même dans le jargon des sports et ni en anglais ni en français, le bon sens n\u2019autorise un journaliste à parler de parties « de détail » ?Dans le même quotidien, à chaque fin.de saison, revient cette ineptie, jusque sous la signature d\u2019un chroniqueur capable pourtant de trousser un billet d\u2019une verve étonnante à propos de la concurrence qui, lors des joutes éliminatoires (et non pas « de détail ») du mois d\u2019avril, a failli nous priver de voir et d\u2019entendre Phèdre à la télévision.Je crois avoir expliqué (avril 1961, p.94) l\u2019origine saugrenue de ce barbarisme.Il y a peut-être une explication meilleure.Mais qu\u2019importe: l\u2019expression ne se défend.ni en régime de « biculturalisme confédératif », ni en régime d\u2019indépendance absolue.Ne se défend pas davantage le recours, par les collaborateurs les plus haut placés du même quotidien, au mot « patronage » pour désigner le favoritisme ou le népotisme dont se rendent coupables ministres ou fonctionnaires de l\u2019État.Ni l\u2019emploi de l\u2019anglicisme « sauver du temps », puisqu\u2019il faut dire: économiser, épargner, gagner du temps, le verbe sauver n\u2019ayant pas, en français, le sens du verbe to save, en anglais.Indéfendable aussi, le pléonasme souvent lu dans tous nos journaux: « défrayer les dépenses, le coût », voire « défrayer les frais » (quant à en mettre).Le dictionnaire nous apprend que défrayer, sans plus, signifie: acquitter les frais, payer les dépenses.On défraie donc des études, un voyage, l\u2019exécution d\u2019un projet.Incorrect, enfin, l\u2019usage de l\u2019adjectif « responsable » quand on applique ce mot à une chose, à une action.Un des exemples les plus cocasses de cette erreur se rencontrait dans un texte qui parut au début de mai.On informait que « les accidents sont responsables de la majorité des mortalités chez les enfants ».La simple logique de tous les jours, indigne de notre quotidien, cherche à voir comment « les accidents.responsables.des mortalités ».répondront de ces.accidents! Responsable, en effet, veut dire: capable ou susceptible de répondre de quelque chose, incident ou accident, et implique nécessairement personnalité physique ou morale.Même à des auteurs français échappe cette bourde.Ça ne l\u2019innocente pas.J.d\u2019Anjou.R.P.Panici, S.J.: Jésus, Fils de Dieu, notre Sauveur.Les Apôtres.Avec la collaboration des Interprètes de la Passion à Ménilmontant.\u2014 Musique originale d\u2019Albert Tartarin.\u2014 Paris, (89 avenue Mozart), les Productions Françaises Cinématographiques.Disque PFA 5003, 33 t., 12\", monaural.Films fixes 3A et 3B, illustrés en couleurs par Bernard Baray.équilibre très heureux.L\u2019enregistrement est soigné et la qualité du film professionnelle.Excellent instrument pour l\u2019enseignement religieux ou pour l\u2019évangélisation des paroisses.Ce disque et ces films font partie d\u2019une série plus ample réalisée sous la direction du P.Panici.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.et optimiste, qui prolonge jusqu\u2019à notre vie de chaque jour la lumière de ce grand modèle.L\u2019A.a voulu réconforter les âmes inquiètes, découragées, qui croient, parfois bien à tort, à leur faillite spirituelle.De là, ses aperçus, à partir de la vie de saint Joseph, sur la piété intelligente et la dévotion aveugle, le découragement devant l\u2019impossible, les états de perfection, les bienfaits du mariage et ceux de la virginité, le scrupule et la culpabilité, la jalousie, la maîtrise de soi, la confiance en Dieu, la peur de la mort, l\u2019esprit de gratitude, etc.Ces pages éclairent et nourrissent; elle nous attachent à saint Joseph et nous rapprochent de Marie et de Jésus.Il y a plaisir à les recommander.Georges Robitaille.Père PeyriguÈRE: « Laissez-vous saisir par le Christ ».Ecrits spirituels du Père Peyriguère.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 190 pp., 19 cm.Ies Productions françaises cinéma-^ tographiques ont entrepris une excellente initiative en publiant sur des sujets évangéliques, des films fixes accompagnés de disques.Il faut dire que le P.Panici, S.J., contribue pour une large part à la réussite.Les illustrations en couleurs, le commentaire sobre et vivant du P.Panici, la dramatisation discrète des paroles du Christ et de ses interlocuteurs, le fond musical composé expressément pour mettre en valeur textes et images, le tout crée un Francis L.Filas, S.J.: Saint Joseph et notre vie quotidienne.Traduit de l\u2019anglais par Marcelle Loutrel-Tschirret.\u2014 Paris, Marne, 1962, 256 pp., 18 cm.Saint Joseph étant entré, à l\u2019occasion du Concile, au canon de la messe, la dévotion qu\u2019il inspire mérite de se répandre encore et de s\u2019intensifier.L\u2019opuscule du P.Filas y contribuera, car il s\u2019impose par la solidité théologique qui fonde cette dévotion, et par le réalisme spirituel, équilibré Le thème central qui, dans ces lettres j de direction à une religieuse enseignante, unifie les variations inspirées par les circonstances de la vie se résumerait dans le « Pour moi, vivre, c\u2019est le Christ » de saint Paul ou dans la fine fleur de l\u2019évangile de saint Jean.Voici, en deux mots, l\u2019essentiel de cette doctrine: il ne faut pas chercher le Christ hors de nous, car il habite au plus intime de notre âme.C\u2019est dans notre devoir d\u2019état, et non dans une vocation extraordinaire, que nous le trou- JUILLET 1963 213 verons.Il n\u2019est pas nécessaire de faire d\u2019abord le vide en nous, puis de céder la place au Christ; il suffit de le laisser agir, prier en nous, de telle sorte que notre action même devienne contemplation.A qui ne prendrait pas au sérieux ce message, ce volume paraîtra monotone, car se répète toujours le même refrain.Mais celui qui pénètre au cœur de cette doctrine de vie intérieure y perçoit des harmoniques subtils, écho pourtant d\u2019une âme toute simple.Spiritualité héritière directe de celle du P.de Foucauld.D\u2019ailleurs, le P.Peyriguère n\u2019a-t-il pas suivi fidèlement le saint ermite au désert ?Si le devoir d\u2019état vous pèse, lisez ce livre stimulant.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Paulin GlLOTEAUX: Les Paraboles évangéliques.Enseignement didactique.I.Illustrations d\u2019Eugène Burnand.\u2014 Montréal, Sherbrooke et Paris, Apostolat de la Presse, 1962, 198 pp., 19.5 cm.Cet ouvrage présente l\u2019enseignement de Notre Seigneur en paraboles.Sans aucune prétention scientifique, l\u2019A.expose les paraboles qui illustrent la promesse du Royaume de Dieu.Après avoir expliqué la notion, le pourquoi et le fond de la parabole évangélique, il s\u2019emploie à dégager le sens surnaturel de chacune.Les illustrations reprises d\u2019Eugène Burnand, ajoutent à la valeur du texte.Le style est clair, sans recherche.Qui voudra méditer les paraboles du Sauveur trouvera en cet ouvrage une abondante matière.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Jacques LECLERCQ: La Rencontre des Eglises.\u2014 Tournai, Casterman, 1962, 172 pp., 21 cm.1E problème œcuménique est à l\u2019ordre > du jour.Ouvrages, études se multiplient qui précisent les horizons, préparent les voies.Nous ne pouvons que nous réjouir de cette recherche sincère.L\u2019A., bien connu pour son originalité et sa franchise, apporte sa pierre à l\u2019édifice.C\u2019est en catholique qu\u2019il aborde le sujet, un catholique croyant fermement dans la foi de l\u2019Eglise, mais ouvert aux autres confessions.Plutôt que de vouloir éluder les difficultés, il les regarde bien en face.Attitude loyale; c\u2019est d\u2019ailleurs la seule possible.Il montre que l\u2019œcuménisme est le fait d\u2019une élite et n\u2019a pas encore atteint la masse, quelles que soient les Eglises considérées.De plus, il explique que les difficultés doctrinales, si elles ont leur importance, ne sont pas les seules à retarder le retour à l\u2019unité.D\u2019autres obstacles, de source psychologique et sociologique, sont à surmonter.Enfin, il invite les chrétiens, catholiques et frères séparés, à chercher de toute leur âme la volonté du Christ.Car, plus que nos pauvres efforts humains, c\u2019est l\u2019action de l\u2019Esprit qui assurera la cause de l\u2019Unité.Ce livre ne s\u2019adresse peut-être pas aux spécialistes, mais éclairera les prêtres et les laïcs intéressés à l\u2019œcuménisme.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Daniel-RopS: Saint Bernard et ses Fils.\u2014 Paris, Marne, 1962, 215 pp., 22 cm.ON ne compte plus les ouvrages historiques nés de la plume experte et documentée de Daniel-Rops; en voici un nouveau.C\u2019est la vie prodigieuse de ce moine, Bernard, que les événements tirèrent si souvent de son monastère pour l\u2019envoyer arbitrer les différends des souverains.Il eût préféré vivre en son cloître son idéal de prière et de pénitence.Daniel-Rops, ayant étudié les documents récents, nous le dépeint une âme magnanime, même sensible \u2014 maintes occasions le font voir; d\u2019un tempérament fougeux qui pour défendre la foi ne craignait pas d\u2019adresser des remontrances aux plus hautes autorités de l\u2019Eglise; enfin dévoué jusqu\u2019à l\u2019extrême limite de ses forces physiques.Orateur exceptionnel, il prêcha la croisade pour la délivrance du tombeau du Christ.Ses nombreux sermons et ses ouvrages spirituels attestent sa connaissance étendue de l\u2019Ecriture.Daniel-Rops a bien fait revivre cette existence bouleversée et quelque peu douloureuse, car Bernard fut malade toute sa vie.Dans une deuxième partie, Daniel-Rops esquisse l\u2019histoire des fils de Bernard, les moines cisterciens.L\u2019Ordre connut une existence merveilleuse, puis périclita et s\u2019éteignit presque à la Révolution française; il reprit vie au début du xixe siècle; aujourd\u2019hui, la branche, dite de l\u2019Etroite Observance, compte au-delà de 5,000 membres; depuis la seconde guerre mondiale, elle a connu aux Etats-Unis un élan qui étonne chez un peuple qu\u2019on accusait communément de matérialisme.Plus lentement ont surgi les monastères des Cisterciens de la Commune Observance.Nous les rencontrons au Canada, à Rougemont.Cette biographie illustrée, abondamment et avec goût, nous donne un portrait authentique et vivant de saint Bernard.Il fut assurément un très saint moine et peut-être le plus grand homme d\u2019Etat de son temps.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Les Moines de Solesmes: Les Instituts de vie parfaite.Coll.« Les enseignements pontificaux ».Présentation et tables.\u2014 Tournai, Desclée et Cie, 1962, x-796-[123] pp., 17.5 cm.Labbaye de Solesmes a commencé, il - y a quelques années, une collection qui se révèle extrêmement utile, « Les enseignements pontificaux ».On retrouve ainsi groupés dans un même volume d\u2019un format commode et maniable les textes des souverains pontifes se référant à un même sujet: liturgie, mariage, éducation, guerre moderne, etc.Le présent ouvrage contient les enseignements des papes sur la vie parfaite évangélique depuis Benoît XIV (1740-1758) jusqu\u2019à Jean XXIII.Il s\u2019adresse à tous ceux qui s\u2019intéressent à la voie des conseils sous sa triple forme, telle que suivie dans les religions, les sociétés de vie commune et les instituts séculiers.Outre le choix des textes, ce qui fait la valeur de l\u2019ouvrage, ce sont les tables diverses, qui ne remplissent pas moins de 123 pages.Index alphabétique des principales matières.Table logique.Table des auteurs cités.Table des documents et des sources.Un système de numérotage et de renvois dans la marge permet au lecteur de retrouver aisément les textes portant sur le même sujet.Parfois, le texte latin est reproduit en note au bas de la page, pour les passages plus difficiles ou qui prêteraient à controverse.« La collection des « Enseignements pontificaux » publiée par les soins de l\u2019Abbaye de Solesmes s\u2019enrichit aujourd\u2019hui, on peut le dire, d\u2019un véritable trésor », écrit, dans une lettre préface, le cardinal Valeri, Préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux.Louis C.de Léry.Scolasticat de V Immaculëe-Conception, Montréal.Saint Augustin: Oeuvres.Les Confessions.« Bibliothèque augustinienne ».\u2014 Bruges (23, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1962, 712, 696 pp., 17 cm.La Bibliothèque augustinienne pour-j suit un travail d\u2019une immense envergure et d\u2019une merveilleuse utilité en présentant, au texte, avec traduction française, toutes les œuvres du docteur africain, dans des volumes portatifs, munis d\u2019introductions et de notes à la fois savantes et accessibles à l\u2019homme cultivé.Les deux volumes consacrés aux Confessions, tomes 13 et 14 d\u2019une collection qui en comptera plus de 80, entrent dans la deuxième série, sous-titrée « Dieu et son œuvre ».Texte (M.Skutella) et traduction (RR.PP.Tré-horel et Bouissou, A.A.) répondent aux exigences de la meilleure critique.Les neuf chapitres de l\u2019introduction (t.13, 268 pp.), sauf le septième (le style des Confessions), dû au P.Bouissou, ont été rédigés par le R.P.A.Solignac, S.J., et portent sur la vie de saint Augustin, sa formation, la valeur historique, littéraire et spirituelle de son autobiographie.De brèves notes placées au bas des pages éclairent texte et traduction; des « notes complémentaires », renvoyées à la fin, discutent divers problèmes soulevés par l\u2019étude des Confessions (connaissance que saint Augustin avait du grec, l\u2019éducation au temps d\u2019Augustin, l\u2019absolu et le relatif dans la loi morale, Augustin et la mère d\u2019Adéodat, la psychologie augustinienne de la volonté, la mémoire selon saint Augustin, sa conception du temps, de l\u2019amour.).Partout, se remarquent une érudition très étendue, Romand Associatio Po Transvehendis Itinerantibus Missionariis RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International 214 RELATIONS une objectivité parfaite, une clarté d\u2019expression et de présentation qui honorent auteurs et éditeurs.Presbytères, séminaires, couvents, collèges et universités ne peuvent se passer d\u2019une collection de cette qualité.Joseph d\u2019Anjou.Giovanni Papini: La Seconde Naissance.Adaptation de l\u2019italien par Philippe Marceliaire.Préface de Daniel-Rops.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1962, 248 pp., 21 cm.ODYSSÉE SPIRITUELLE SINGULIÈRE que la conversion de G.P.Lui-même nous la raconte en son style éblouissant dans son ouvrage publié vingt ans après sa mort.Baptisé dans l\u2019Eglise catholique, il est exempté des classes de catéchisme à cause de l\u2019athéisme de son père; la foi n\u2019occupe plus aucune place dans sa vie.Longtemps, il chercha « une île » où bâtir son foyer; à 33 ans il crut l\u2019avoir trouvée, à mi-chemin entre une église et un calvaire.Dieu l\u2019y attendait.« Lorsque tu auras découvert par toi-même et tout seul le terrible secret de cet arbre dépouillé, que te restera-t-il à faire sinon de pleurer et de tomber à genoux ?» Au pied de la Croix, il comprit la valeur sanctifiante de la souffrance: « sans la souffrance l\u2019homme serait parfaitement insensible et ne vivrait pas.Mais tout dans l\u2019homme est souffrance et il doit en être ainsi.C\u2019est en acceptant librement cette souffrance que nous arrivons à nous rapprocher de ce que d\u2019aucuns appellent la sainteté.» Elle l\u2019amena auprès des isolés et des pauvres, de tous ces humbles qui n\u2019ont d\u2019autre consolation que leur espoir surnaturel; il s\u2019y fit de nombreux et sincères amis.Le mensonge le révoltait, il supportait difficilement les chrétiens hypocrites, satisfaits d\u2019eux-mêmes, apparemment soumis aux commandements de Dieu, mais empressés de les balayer pour se livrer à la luxure et à l\u2019injustice.Il eut un jour la force de crier à Dieu: « Je ne suis qu\u2019un chiffon dégoulinant, prends-moi, tords-moi, illumine-moi, brûle-moi.» L\u2019humilité l\u2019avait jeté entre les bras de Rome.Malgré qu\u2019il ait un jour étonné par sa théologie un peu courte sur l\u2019Au-delà, il accepta tout l\u2019enseignement de l\u2019Evangile, la divinité de Jésus et toutes les conséquences de sa foi.Cet ouvrage nous découvre à nouveau la personnalité exceptionnelle du converti Papini, l\u2019un des plus éminents pourchassés de la grâce au xxe siècle.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Hilda GRAEF: En laissant leurs filets.Récit d\u2019une conversion.\u2014 Paris, Aubier, Editions Montaigne, 1962, 18.5 cm., 200 pp.1ES RÉCITS DE CONVERSION Sont toujours ^ intéressants; celui d\u2019Hilda Graef ne fait pas exception à la règle.Il s\u2019agit d\u2019une femme exceptionnelle à bien des points de vue: juive d\u2019origine, luthérienne, puis anglicane de religion, elle se passionne pour la théologie, conquiert des diplômes en cette matière, passe une partie de sa vie à étudier les Pères de l\u2019Eglise, saint Thomas d\u2019Aquin et les grands auteurs mystiques, puis, un bon jour, ne pouvant plus résister à la grâce, se fait catholique, entre chez les Carmélites, en ressort assez désabusée et finit par découvrir sa vraie vocation, celle d\u2019écrivain.Son livre sur Thérèse Neumann qu\u2019elle n\u2019aime guère et qu\u2019elle ne prend pas au sérieux cause tout un scandale.Elle maintient encore aujourd\u2019hui ses positions.On lira avec intérêt ses réflexions plutôt amères sur le carmel qu\u2019elle a fréquenté.A ceux qui lui demandent si elle regrette sa conversion, elle répond par un « non » catégorique.A ceux qui lui disent qu\u2019elle n\u2019a pas toute la liberté voulue dans l\u2019Eglise pour écrire et qu\u2019en cas de conflit avec les autorités ecclésiastiques, elle devra se soumettre, elle réplique: « Indépendamment du fait qu\u2019en tant que catholique je crois à l\u2019inspiration de l\u2019Esprit Saint dans l\u2019Eglise, chacun de nous n\u2019obéit-il pas chaque jour à des lois et des règlements qui semblent parfois arbitraires, comme de payer certains impôts qu\u2019on estime trop élevés ou même injustes?Je ne vois pas pourquoi on refuserait de se soumettre à la seule Eglise, alors qu\u2019on obéit à d\u2019autres autorités même lorsqu\u2019on n\u2019est pas d\u2019accord avec elles ?» Richard Arès.Claude Desjardins, S.J.: Dieu et l\u2019Obligation morale.L\u2019argument déontologique dans la Scolastique récente.Coll.« Studia », n° 14.¦\u2014 Bruges (23, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1963, 284 pp., 24 cm.Prix: 200 fr.b.Désireux d\u2019aider « quelque professeur bousculé » (p.16), l\u2019A.offre un ouvrage de maître dont il convient d\u2019abandonner la critique à ses pairs.D\u2019autant que cette thèse, savante et complexe, analyse pertinemment les lacunes que cent ans de progrès scolastique ont laissées dans l\u2019étude difficile de la preuve de Dieu par l\u2019argument de l\u2019obligation morale.L\u2019A.écarte d\u2019abord un triple extrincécisme (fondamental, d\u2019argumentation indirecte, relatif) qui, dans l\u2019obligation, voit trop la dépendance de la nature à l\u2019égard d\u2019une loi extérieure et trop peu la spontanéité unique de la personne, « créatrice » de valeurs; puis, il montre les impasses d\u2019un double intrin-sécisme: « eudémoniste », trop intéressé, ou « intellectualiste », trop abstrait; après quoi il élucide la notion de « raison droite » et expose les possibilités d\u2019argumentation que présente un intrinsécisme « existentiel ».Pareil effort ne pouvait s\u2019accomplir sans un dépistage subtil des erreurs et insuffisances logiques ou métaphysiques dont sont grevées les œuvres antérieures, ni sans une solide et sûre métaphysique.A la fin, on souhaiterait une esquisse positive de l\u2019argument lui-même.L\u2019A.en sème les éléments dans son livre, surtout aux chapitres iv et v et dans des notes, qu\u2019il faut lire pour ne rien manquer de son érudition, de sa finesse d\u2019interprétation; il cite d\u2019ailleurs souvent les deux auteurs les mieux inspirés de la Scolastique contemporaine en ce qui concerne le problème abordé: M.Maritain et le P.de Finance.Le style de l\u2019A., malgré certains tics et quelques incorrections, traduit élégamment les nuances de sa pensée.La qualité de ce travail situe l\u2019A.à l\u2019avant-plan de la recherche philosophique chez nous.Joseph d\u2019Anjou.Florent GaboriaU: L\u2019Entrée en métaphysique.Orientations.Coll.« Nouvelle initiation philosophique».\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1962, 466 pp., 22 cm.Impossible de rendre ici justice à la richesse de pensée contenue dans cet ouvrage.L\u2019A.y définit magistralement l\u2019objet propre de la philosophie, qu\u2019on a perdu de vue depuis Descartes.L\u2019ordre qu\u2019il met dans les parties de cet objet, il en justifie l\u2019originalité, se référant à saint Thomas, voire à Aristote.Le réalisme dont il s\u2019inspire lui permet d\u2019intégrer l\u2019apport de la phénoménologie; il l\u2019applique à l\u2019observation de l\u2019existence (objet de la métaphysique), selon toutes les données, même religieuses, qu\u2019elle présente.Or, l\u2019existence, objet de la métaphysique, englobe la vie : ainsi l\u2019étude de l\u2019âme comme existante (psychologie) entre dans la métaphysique, comme celle de l\u2019exister matériel mobile (physique) ou rationnel (mathématique).Les autres aspects de l\u2019être relèvent, secondairement, de la métaphysique: le vrai (logique), le bien (morale), le beau (esthétique), Yun (politique).On voit ainsi le plan d\u2019ensemble de cette « nouvelle initiation philosophique ».Le premier volume traite des « abords de la métaphysique », résume une histoire des « origines de la métaphysique » (jusqu\u2019à Socrate), puis établit « le point de départ actuel de la métaphysique ».A ses développements essentiels, l\u2019A.ajoute des carrefours (textes importants à discuter, à corriger) qui occupent la moitié du livre, des récapilu- Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de la ê>autiegarlie COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal Belle saison temps des réparations N\u2019attendez pas l\u2019affluence d\u2019automne, confiez dès maintenant à J.-W.JETTÉ le soin de réparer ou reviser votre système de chauffage ou la plomberie.Vous serez plus vite servi, cela va de soi, et plus tranquille quand la bise sera venue! \u2014 Ët s\u2019il s\u2019agit d\u2019installations, appelez-nous: nos techniciens et ouvriers spécialisés allient la théorie à la pratique.Ce qu\u2019ils font est fait pour la vie.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada ooo ooo ooo ooo iiiàiiü CHAUFFAGE-PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL JUILLET 1963 215 lotions qui aident non seulement la mémoire, mais l\u2019intelligence, deux synopses et des bibliographies très utiles.Un style vigoureux, que déparent des fautes de langue et de ponctuation, un usage éclairant et subtil de l\u2019étymologie tiennent le lecteur en alerte et stimulent sa réflexion.On annonce le deuxième volume de la collection; rédigé par le même auteur, il profitera sûrement sinon à nos collégiens, trop jeunes d\u2019ordinaire pour assimiler une métaphysique de cette qualité (la philosophie est « interdite aux moins de 18 ans », écrit l\u2019A., p.196), du moins à leurs professeurs et aux universitaires qui poursuivent des études spécialisées en philosophie.Joseph d\u2019Anjou.Marie-Thérèse Van Eeckhout: Les Rencontres des garçons et des filles.\u2014 Paris, Tournai, Editions Casterman, 1963, 144 pp., 19 cm.Sérieux problème que celui des rencontres des garçons et des filles.Il se pose aussi bien pour les adolescents de douze à dix-huit ans que pour les jeunes gens.Une éducatrice, mère de cinq enfants, nous livre à ce propos des suggestions qui paraîtront parfois audacieuses (nous songeons aux rencontres extrafamiliales organisées entre adolescents en bas de seize ans), mais qui ont le mérite d\u2019être positives.L\u2019A.nous semble tenir le juste milieu entre les rigoristes et les avant-gardistes.Les conseils qu\u2019elle donne pour les trois étapes des rencontres \u2014 adolescents, jeunes gens et fiancés \u2014 sont inspirés par un solide bon sens et par le souci de canaliser des courants qu\u2019il est difficile d\u2019endiguer.Avec raison, l\u2019A.souligne que les initiatives suggérées supposent une initiation sexuelle convenable, une initiation à l\u2019amour équilibrée et une éducation familiale sérieuse.Faute de ces éléments, les rencontres entre garçons et filles ne sauront éviter les écueils et les tentations qui s\u2019y cachent.Tous les éducateurs et les parents liront avec profit cette étude qu\u2019a sanctionnée l\u2019Ecole des Parents et des Educateurs de Bruxelles.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.-TOUS- LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-trés.(Strictement en gros) Le temple de la lumière BiLDND 7152, bout.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* 216 Robert W.Gleason, S.J., et George Hag-MAIER, C.S.P.: Direction, Education et Psychopathologie.Traduit de l\u2019américain.Coll.« La chair et l\u2019esprit ».\u2014 Paris, Aubier, 1962, 371 pp., 18.5 cm.De plus en plus s\u2019imposent les découvertes de la psychologie des profondeurs; après les outrances, les emballements ou les refus absolus, s\u2019est faite la part des choses.Les discours de Pie XII aux psychiatres en congrès ont largement répandu cet esprit d\u2019ouverture prudente aux apports de la psychologie.Les directeurs spirituels doivent donc s\u2019instruire de ces données, non pour jouer aux psychologues ou aux psychiatres amateurs, mais afin de mieux reconnaître leur domaine et, au besoin, d\u2019orienter vers les praticiens compétents ceux qui les consultent.Souvent les problèmes posés sont ambigus; des cas de masturbation, d\u2019homosexualité, d\u2019alcoolisme, de scrupulosité ressortissent au psychothérapeute et au directeur spirituel.Le présent ouvrage éclaire vivement ces problèmes en les considérant d\u2019abord dans leurs conditions psychologiques, puis dans leurs perspectives morales; le P.Hagmaier traite des premières; le P.Gleason, des secondes.Leurs exposés complémentaires sont remarquablement informés et nuancés.Ces cas sont souvent individuels, à juger sur mesure.Il y faut grande prudence.Celle-ci doit être compréhensive, perspicace, ferme en ses principes.Cet ouvrage le rappelle à chaque page.Il rendra service aux prêtres et aux aviseurs spirituels qui se donneront la peine de l\u2019assimiler.Georges Robitaille.En COLLABORATION: Jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Ses problèmes, ses conflits.« Cahiers d\u2019éducateurs », 1.\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1962, 167 pp., 20 cm.Prix: 8,85 NF.CE premier cahier, publié par la revue Educateurs, offre quelques-unes des meilleures études sur la jeunesse que j\u2019aie lues.On s\u2019y occupe surtout de la France; mais même le bilan de l\u2019aide apportée par l\u2019Etat aux jeunes Français peut servir ici.Evidemment utiles, les réflexions psychologiques, sociologiques des collaborateurs.La paresse et l\u2019égoïsme de la société dite adulte causent la crise de la jeunesse, affirment Georges Hourdin et Robert Prigent, sans contredire R.Lafon, qui analyse la « fonction jeunesse » et la difficulté d\u2019en intégrer les éléments mouvants (somatique, sexuel, psychique, social) aux conditions actuelles.Cette difficulté s\u2019atténuera si on cultive les trois aptitudes que, selon le R.P.Rey-Herme, l\u2019éducation contemporaine doit surtout (non exclusivement) assurer aux jeunes: le sens sociologique, le sens critique, le sens de la personne.M.l\u2019abbé Jean Honoré indique les progrès à réaliser dans la catéchèse de la jeunesse.M.Robert de Montvalon cite et commente les réponses faites par d\u2019éminents adultes de plusieurs milieux à des questions qui concernent la formation civique des jeunes.Mme Pauline Archambault propose, pour l\u2019éducation des filles, un féminisme audacieux et réfléchi.M.Robert Boudet expose l\u2019œuvre des mouvements familiaux de France.Et le recueil s\u2019achève sur un résumé de l\u2019œuvre accompli par le haut-commissariat français à la Jeunesse et aux Sports.Qu\u2019on ne manque pas de lire l\u2019introduction du chanoine Merlaud: cet aperçu général de l\u2019ouvrage et des problèmes traités est écrit avec vigueur et une rare élégance.Insistons, car il le faut: on fait ici le procès d\u2019une société scandaleuse (pp.9, 10, 17, 19, 22, 47, 147); mais on sait conclure avec l\u2019optimisme que doivent inspirer les promesses encloses dans le cœur des jeunes et la puissance de la grâce de Dieu.Joseph d\u2019Anjou.Jules BRUNEL: Le Phytoplancton de la baie des Chaleurs.\u2014 Montréal, Université de Montréal, 1962, 363 pp.C\u2019est le premier ouvrage consacré aux algues du plancton de la baie des Chaleurs.L\u2019auteur nous présente, à son habitude, un travail méthodique, bien ordonné.Lors de nombreuses croisières, M.Brunei a cueilli un abondant matériel dans des pêches verticales et horizontales, et il nous en décrit 92 espèces.De nombreuses illustrations, des originaux, ajoutent une grande valeur aux observations de l\u2019auteur.Dans ce plancton gaspésien, il s\u2019agit surtout des diatomées, plantes minuscules.Même les profanes en la matière admireront la variété des formes, leur élégance.Ces diatomées, c\u2019est une petite masse de protoplasme dans un écrin de silice finement ciselé.Plus d\u2019un amateur en feuilletant l\u2019ouvrage de M.Brunei voudra voir ces algues au microscope.Il aura le grand avantage d\u2019avoir en M.Brunei, un guide sûr et, dans son ouvrage, une documentation abondante.Bernard Taché, S.J.Collège Sainte-Marie, Montréal.Cécile CHABOT: Contes du Ciel et de la terre.I: Imagerie.Il: Férié.III: Paysannerie.\u2014 Montréal (251 est, rue Vitré), Beauchemin, 1962, 64 pp., 20.5 cm.De prime abord, le mélange du « merveilleux » et du réel risque de déplaire.La poésie, aussi simple que raffinée, d\u2019une prose musicale vous retient heureusement.Et vous parcourez d\u2019un trait le conte de Noël (I), qui amène Marie et Joseph à l\u2019île d\u2019Orléans, où naîtra Jésus, puis le conte du Jour de l\u2019An (II), qui groupe le peuple de l\u2019île autour du berceau pour l\u2019offrande des présents et des vœux, enfin, le conte des Rois (III), qui narre comment le bedeau a trouvé des mages pour compléter sa crèche, déjà habitée par la sainte Famille.Peu d\u2019auteurs canadiens écrivent avec la fraîcheur et l\u2019harmonie qui enchantent ici.Je regrette que, dans ces albums gracieusement illustrés par l\u2019A., on ait laissé des fautes de français, et que l\u2019A.ne s\u2019adresse clairement ni à des adultes ni à des enfants.Joseph d\u2019Anjou.Marie-Claire Blais: Pays voilés.\u2014 Québec (47, rue Buade), Librairie Garneau, 1963, 45 pp., 20.5 cm.De l\u2019horrible, qui grimace dans ses romans, au suave, qui flotte en ces Pays voilés, le passage de l\u2019A.mérite mention.En vain, toutefois, dans une incohérence sans âge ni poids, qui s\u2019accommode de n\u2019importe quel titre, de n\u2019importe quels mots, chercherez-vous la présence signifiante d\u2019une âme en colloque avec une autre âme, condition de toute poésie digne d\u2019attention.N\u2019en déplaise à Mgr Charles Moeller, qui, dans la préface écrite pour ce recueil, nous convie à l'écoute.d\u2019une absence presque absolue.Joseph d\u2019Anjou.RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Croissance des Jeunes Nations (163, boul.Malesherbes, Paris 17e), « La faim des autres », février 1963.Nouvelle revue fondée par un groupe d\u2019économistes et de journalistes dans le but d\u2019informer ses lecteurs sur les pays du Tiers Monde.A publié des numéros spéciaux sur le Brésil, Cuba, l\u2019Algérie.l\u2019Inde.Ce numéro-ci sur « La faim des autres » devrait être lu dans tous les pays des « bien-nourris »; il contient un dossier instructif et captivant sur la faim dans le monde.Cahiers pédagogiques (13, rue du Four, Paris), « Manifeste pour l\u2019éducation nationale », avril 1963.Numéro spécial ou dossier sur l\u2019état de l\u2019instruction publique en France ainsi que sur les moyens à prendre pour opérer les réformes nécessaires.Sous-titres à connaître: « Une tâche éducative d\u2019une ampleur sans précédent », « Des structures nouvelles », « Un grand ministère », « Contenu moderne de l\u2019enseignement: un humanisme vivant », « Une pédagogie renouvelée », « La formation des maîtres », etc.Famille, Collège et Institut (184, rue Washington, Bruxelles 5), « Le père de famille », mars 1963.Numéro spécial qui groupe des centaines de témoignages de parents, d\u2019aveux, d\u2019appels, de mises au point sur le rôle du père de famille, sur la collaboration des parents avec l\u2019école et sur les empêchements de la profession pour la mission éducative du père.S.S.Jean XXIII: La Paix sur la terre, « Pacem in terris ».\u2014 Paris (17, rue Jean-Goujon), Editions du Centurion, 1963, 126 pp.Edition format livre de poche de la dernière encyclique de S.S.Jean XXIII; comprend une introduction de Lucien Guissard.rédacteur en chef adjoint de la Croix, le texte intégral de l\u2019encyclique, puis un index et une table analytique des thèmes.Cahiers de l\u2019Institut de Science économique appliquée (35, boul.des Capucines, Paris 2) « Le travail », mars 1963.Numéro spécial contenant sept articles fort importants sur le travail.A signaler les articles de MM.Jean Lacroix et François Perroux: « Vers une civilisation du travail ?» et « L\u2019esprit de création et la création collective dans l\u2019économie de ce temps ».Marcelle Pellissier: Miche et les oiseaux au bord du nid.\u2014 Genval (172, avenue Gevaert), Editions « Marie-Médiatrice », 1962, 90 pp.Nouvelle.Une mère de famille considère avec quelque inquiétude ses enfants au moment où ils commencent à voler de leurs propres ailes et à quitter le nid familial.Yvonne Estienne: Notre-Dame de la Salette.\u2014- Genval (172, avenue Gevaert), Editions « Marie-Médiatrice », 1962, 172 pp.(Au Canada, à Château-Richer, Québec).Récit de l\u2019apparition de la Vierge à la Salette et essai d\u2019appréciation du rayonnement de la Salette.Giorgio La Pira: Valeur de la personne humaine.\u2014 Tours, Editions Marne, 1962, 222 pp.Etude philosophique de l\u2019homme, fondée sur la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin.Conclusion de l\u2019A.: « La valeur suprême de l\u2019homme ne consiste pas dans l\u2019action sociale, ni dans l\u2019activité économique, ni même dans l\u2019action culturelle: elle réside dans le rapport intérieur, tout à fait personnel, que l\u2019homme établit avec Dieu sous l\u2019impulsion de la Grâce.» Bulletin de la Société historique franco-américaine, 1961.\t\u2014j Boston, Mass., 1962, 136 pp.Récit des événements survenus en 1961 dans la société franco-américaine.Maurice Lebel: La Tradition du nouveau.\u2014 Propos inédits et interdits sur l\u2019éducation.\u2014 Québec, 1963, 46 et 50 pp.Texte de deux allocutions du doyen de la faculté des Lettres de l\u2019Université Laval, la première à l\u2019ouverture des cours de la faculté, le 12 septembre 1962, la seconde au Congrès annuel de l\u2019Association des Infirmières de la province de Québec, le 2 novembre 1962.Il y a plaisir et profit à lire ces textes d\u2019un homme cultivé qui pense aussi bien son temps et s\u2019exprime avec autant d\u2019aisance.Jacqueline Lemay: Chansonnier n° 2.\u2014 Notre-Dame-du-Cap, Editions RM, Québec, 16 pp.Recueil de dix chansons avec paroles et musique de Jacqueline Lemay, Oblate missionnaire de Marie-Immaculée.Paul-Emile ChÈVREFILS: La Vérité sur la chiropratique.\u2014 Montréal (1130 est, rue Lagauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1963, 190 pp.Cet ouvrage, dont l\u2019auteur est à la fois docteur en médecine et docteur en chiropratique, aborde d\u2019une façon très technique la nature et le champ d\u2019action de la chiropratique.Un profane ne peut que difficilement se retrouver dans ce livre, qui lui apparaît comme une sorte de manuel de médecine à l\u2019usage du peuple.Evidemment, la chiropratique y a sa place, qui n\u2019est pas petite.Henri LÉGARÉ, O.M.L: La Fin première de l\u2019éducation.\u2014 Montréal (25 est, Saint-Jacques), Editions Fides, 1963, 32 pp.Texte de l\u2019allocution prononcée à la Conférence canadienne de l\u2019éducation, à Montréal, le lundi 5 mars 1962.Collection (( Mésopé » Dr Pierre Galimard: L\u2019Enfant de 6 à 11 ans.\u2014 Toulouse (14, rue des Arts), Privât Editeur, 1962, 118 pp.Etude sur l\u2019enfant de 6 à 11 ans, ses problèmes familiaux, ses difficultés scolaires, sa croissance morale, sa découverte de la vie sociale.Petit volume rempli d\u2019excellentes suggestions pratiques.La haute Fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CET JÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 On demande une personne d\u2019esprit oecuménique Un Centre d\u2019oecuménisme s'ouvrira bientôt à Montréal.On demande, pour y remplir une importante fonction, une dame ou une demoiselle bilingue, de formation universitaire, bien instruite de sa foi et douée d\u2019entregent.\u2022 S'adresser au Père Irénée Beau-bien, S.J., 1444, rue Drummond, Tel.: VI.9-2235. OUVRAGES REÇUS Adnès, P.: Le Mariage.Coll.« Le mystère chrétien ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1963, 218 pp.Bellet, Maurice: La Force de vivre.Coll.« Approches ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1963, 159 pp.Breton, S.: La Mystique de la Passion.Etude sur la doctrine spirituelle de saint Paul de la Croix.\u2014 Tournai, Desclée, 1963, 252 pp.DEFOSSA, Jacques et Marie-Louise: Entre tes mains, Seigneur! Prières du soir en famille.\u2014 Bruxelles, Lumen Vitae, 1963, 238 pp.Dumont, Fernand, et Martin, Yves: L\u2019Analyse des structures sociales.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1963, 267 pp.Ferrante, Nicolas: Saint Gérard Majella.Traduit de l\u2019italien par L.-X.Aubin, C.SS.R.\u2014 Montréal, Filles de Saint-Paul, 1963, 382 pp.GAILLARD, Pierre: Accueillir Dieu ou les voies de la prière.I et IL Coll.« Feuillets de vie spirituelle ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1963, 1963, 76 pp.GEORGES-ALBERT, F.S.C.: La Vie religieuse dans le paradoxe de l\u2019Evangile.\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1963, 234 pp.Jomier, J.: La Vie du Messie.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1963, 358 pp.LAURENTIN, R.: Lourdes - Histoire authentique.3: La Quinzaine des Apparitions.\u2014\u2022 Paris, P.Lethielleux, 1962, 317 pp.Lelong, M.-H.: Evangile du Père.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 298 pp.LEROY, Olivier: Sainte Thérèse d\u2019Avila.Eludes carmélitaines.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 205 pp.Louis, Michel: Du pain et des livres.Le jeune chrétien devant la littérature.Coll.« Je sais, je crois ».\u2014 Paris, Librairie Arthè-me Fayard, 1963, 107 pp.MacDougall, Hugh A., O.M.L: The Acton-Newman Relations.\u2014 New York, Fordham University Press, 1962, 199 pp.MATHIEU, Marie-Hélène:\tPerspectives chrétiennes sur l\u2019Adoption.B.I.C.E.Coll.« Etudes et documents ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1963, 239 pp.MURRAY, S.Meredith, O.P.: La Genèse de « Dialogues des Carmélites ».\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1963, 174 pp.Minguet, Philippe: Le Propos de l\u2019art.\u2014 Tournai, Casterman, 1963, 133 pp.Patriarche Maximos IV: Voix de l\u2019Eglise en Orient.Choix de textes.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1962, 205 pp.PAULHUS, E.: L\u2019Educabilité religieuse des déficients mentaux.Coll.« Animus et Anima ».\u2014 Lyon, Emmanuel Vitte, 1962,\t390 pp.PERNOUD, Régine: Jeanne d\u2019Arc par elle-même et par ses témoins.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 330 pp.Peyrade, Jean: Guy de Larigaudie.\u2014 Tournai, Casterman, 1963,\t171 pp.Roche, Eugène, S.J.: Pauvreté dans l\u2019Abondance.\u2014 Tournai, Casterman, 1963, 105 pp.ROGUET, A.-M.: La Vie sacramentelle dans l\u2019année liturgique.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1962, 143 pp.ROTUREAU, G.: Conscience religieuse et Mentalité technique.\u2014 Tournai, Desclée et Cie, 1962, 143 pp.Rudel, Yves-Marie: L\u2019Elément féminin.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1963, 212 pp.Saint Cyrille de Jérusalem: Catéchèses baptismales et mystologiques, traduites et présentées par le Chanoine Bouvet.Coll.« Les Ecrits des Saints ».\u2014 Namur, Belgique, Editions du Soleil levant, 1963, 545 pp.4 , mai Un membre utile à votre écjuipe.le représentant Sun Life SUN LIFE DU CANADA, COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE UNE COMPAGNIE MUTUELLE AVANT SON SIÈGE SOCIAL À MONTRÉAL.Oui, en tant qu\u2019expert pour vous aider à préparer votre succession, le représentant Sun Life peut coopérer étroitement avec votre avocat, votre comptable et votre fiduciaire dans le but de vous prodiguer les meilleursconseils possibles.Pour préserver vos biens, votre succession aura immédiatement besoin d\u2019argent disponible pour couvrir les impôts au décès et les frais de dernière maladie.La Sun Life peut vous procurer cet argent.Depuis plus de quatre-vingt-dix ans, les représentants de la Sun Life du Canada pourvoient à la protection d\u2019un nombre incalculable d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants dans le besoin.La Sun Life, dont l\u2019assurance-vie en vigueur dépasse 10 milliards de dollars, comprenant trois millions de polices individuelles et de certificats de groupe, et qui compte 24 succursales dans la province de Québec, offre des polices modernes qui vont de pair avec notre époque en constante évolution.V41 11 "]
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