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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1963-08, Collections de BAnQ.

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[" AOUT 1963 No 272 REVUE DU MOIS Le projet de Code du Travail Gérard HEBERT RENCONTRES AVEC EN FETER PAPE Robert W.KEYSERLINGK Situation juridique / de l\u2019Eglise au Québec Richard ARÈS Le ministère de VÉducation ?Notre différenciation nord-américaine Surpopulation mondiale ou stérilité domestique ?ECOLE Nütfi.w\tLbôtK 6400 - 16s AVENUE ROSEMONT Notre réforme scolaire L\u2019égalité des sexes MONTRÉAL SOMMAIRE août 1963 Éditoriaux.217 Vicaire de Jésus-Christ.\u2014 Le ministère de V Éducation.\u2014 « De nouveau, à Ottawa, les libéraux ».Articles Rencontres avec un futur pape Situation juridique de l\u2019Église au Québec.Surpopulation mondiale OU STÉRILITÉ DOMESTIQUE?.Réflexions sur le projet DE CODE DU TRAVAIL.L\u2019égalité des sexes.« Notre réforme scolaire ».Robert W.Keyserlingk 219 .Richard Arès 221 .Joseph d\u2019Anjou 224 .Gérard Hébert 226 .Marcel Marcotte 229 .Georges Robitaille 231 Au service du français: Récidives et originalités J.d\u2019Anjou 233 La littérature : Notre différenciation nord-américaine.René Dionne 234 Le cinéma: La civilisation du plaisir érotique?.Jacques Cousineau 237 Au fil du mois.238 Pastorale sur pastorale en Amérique du Sud.\u2014 Les derniers vestiges du colonialisme africain.Avec ou sans commentaires.239 L\u2019ordre culturel et l\u2019ordre politique.-\u2014 Planification décentralisée de l\u2019enseignement.\u2014 Autonomie universitaire.Les livres.240 Notes bibliographiques.III J^elationâ REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire à la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.CIGARETTES ii EXPORT // BOUT UNI OU FILTRE , , 5 I t II:::::'!! Il I ;\t1 I :§: \u201cH COURS DE DESSINATEUR SPECIALISE JOUR \u2022 SOIR ENSEIGNEMENT INDIVIDUEL II Messieurs : Sans obligation de ma part, veuillez me faire parvenir votre prospectus illustré \"Une carrière d'avenir\".Nom .adresse .ville .degré d'instruction .age tél.: INSTITUT DE DESSIN TECHNIQUE 5930 RUE PAPINEAU \u2022 MONTRÉAL \u2022 TEL.: 271-2581 Août XXIIIe année N° 272 MONTRÉAL ÉDITORIAUX Vicaire de Jésus-Christ PE NE SERONT CERTES PAS les conseils qui ^ auront manqué à l\u2019Esprit Saint durant la vacance du Saint-Siège! Jean XXIII n\u2019était pas mort que déjà les services de renseignement imprimés ou en ondes se livraient au J eu des pronostics et manifestaient pour l\u2019avenir de l\u2019Église une inquiétude soudaine et touchante.Le Pape serait-il de gauche ou de droite, progressiste ou immobiliste, libéral ou conservateur, italien ou non italien; partisan ou adversaire d\u2019un rapprochement avec l\u2019U.R.S.S.?On décrivait les blocs, on intimait au collège des cardinaux de bien mûrir son choix, on mettait le Saint-Esprit au courant des besoins de son Église.Vraiment, la constitution apostolique Vacantis Sedis apostolicae n\u2019en demandait pas tant! Ni, d\u2019ailleurs, Jean XXIII qu\u2019on prétendait par là, sans doute, honorer, mais qui nous eût conseillé, dans sa mansuétude inaltérable, « de ne pas nous faire un Pape au gré de nos préférences ».L\u2019histoire nous enseigne la vanité de ces supputations.Pie IX candidat des « libéraux » finit « réactionnaire » aux yeux de ceux-ci.Léon XIII qualifié de pape de gauche pour son encyclique Rerum novarum se montra peu « libéral » dans son encyclique Libertas praestantissimum.Pie X était « intégriste » quoique sa canonisation dût, un jour, garantir l\u2019authenticité de sa foi personnelle.Pie XII serait, pensait-on, un homme de gouvernement; or, il se révéla grand docteur.Et Jean XXIII, vieillard de soixante-dix-sept ans, ne devait être qu\u2019un « pape de transition » sous le règne duquel l\u2019Église pourrait rattraper son souffle.Qu\u2019on s\u2019intéresse aux qualités humaines et aux antécédents des papabili, il n\u2019y a là rien que de naturel et de légitime puisque les papes sont heureusement et nécessairement différents, à condition, toutefois, de se rappeler que c\u2019est là une vue courte à laquelle échappe AOÛT 1963 l\u2019essentiel, nous voulons dire le mystère surnaturel de l\u2019Église et l\u2019action profonde de l\u2019Esprit Saint sur les événements et les hommes.C\u2019est le monde lui-même qui exige des chrétiens qu\u2019ils ne soient pas d\u2019abord du monde, et qu\u2019ils ne confondent pas l\u2019accessoire avec l\u2019essentiel, ni cette institution dans le siècle mais non du siècle, dont la forme de gouvernement n\u2019a pas été laissée par le Christ au choix des hommes, et qui est l\u2019Église catholique, avec une communauté politique, une institution sociale ou l\u2019administration d\u2019une grande société.On se plaît à parler de foi adulte, oubliant trop souvent qu\u2019elle rejoint, à force de détachement de soi, l\u2019esprit d\u2019enfance.À un enfant demandez qui est le pape, et il vous répondra, dans sa foi, qu\u2019il est le vicaire de Jésus-Christ.La foi adulte expliquera que le pape n\u2019est pas le vicaire de l\u2019Église et de la multitude des croyants (cela doit être net); que sa juridiction ne remonte pas de l\u2019Église jusqu\u2019à lui, mais descend de lui jusqu\u2019à l\u2019Église, et que, fils de l\u2019Église comme nous, il est, toutefois, universellement et souverainement responsable de la fidélité à la mission reçue du Seigneur dans l\u2019Église.Jésus-Christ reste la Tête et le Chef.Quinze ans collaborateur très intime de Pie XII, premier cardinal créé par Jean XXIII qui eut pour lui un amour de prédilection, disciple de l\u2019un, fils de l\u2019autre, et favori du grand public, le cardinal Montini est, sans doute, apparu au collège des cardinaux comme le prêtre, grand par l\u2019esprit et le cœur, qui pouvait le mieux mener à bien l\u2019œuvre du Concile.Maintenant, il n\u2019y a plus de cardinal Montini: il est devenu Paul VI, successeur de Pierre et vicaire de Jésus-Christ sur terre.Quels que soient sa personnalité et nos sentiments, c\u2019est à ce titre qu\u2019il nous est cher et que nous lui apportons l\u2019hommage de notre obéissance la plus entière in nomine Domini: oui, au nom du Seigneur ! 217 Le ministère de VÊducation ?\"DRESSÉS par les exigences d\u2019une imprimerie en mal de vacances, il nous faut rédiger cet éditorial dans l\u2019incertitude.Que nous réserve, en cette semaine du 7 juillet, le gouvernement québécois: une adoption brusquée ou une remise à l\u2019automne de son projet de loi instituant un ministère de l\u2019Éducation ?Au moment où paraîtront ces lignes, le gouvernement aura arrêté son choix.Quel qu\u2019il soit, certaines considérations demeurent opportunes, voire nécessaires.Jusqu\u2019ici notre système d\u2019enseignement s\u2019inspirait, dans ses structures, de la conception chrétienne de l\u2019éducation; il s\u2019efforçait, en conséquence, de satisfaire et d\u2019équilibrer les droits des trois sociétés principalement intéressées à la formation de la jeunesse: la famille, l\u2019Église et l\u2019État.Il n\u2019y réussissait pas toujours, certes, mais alors il avait mauvaise conscience et se savait infidèle à la philosophie qui l\u2019inspirait.Avec le Rapport Parent et le bill 60, une nouvelle philosophie entre en scène et mène désormais le jeu: l\u2019État est sacré grand responsable et grand maître de l\u2019éducation.Sans doute, quelques concessions sont-elles faites à l\u2019Église et quelques hochets octroyés à diverses autres sociétés, mais la nouvelle philosophie n\u2019admet plus qu\u2019un seul grand Éducateur: l\u2019État.Si le plan proposé est adopté, nous aurons, nous aussi, notre État éducateur et omnipotent: le ministre de l\u2019Éducation aura tous les pouvoirs et le Conseil supérieur de l\u2019Éducation, censé lui faire contrepoids, n\u2019en aura aucun.Pauvre Conseil, en vérité, que celui qu\u2019on nous propose : à son créateur, seigneur et maître, il ne pourra offrir que ses humbles conseils! Le ministère aura à son service une armée de fonctionnaires, travaillant à plein temps et en permanence, mais le Conseil, lui, ne se réunira que de temps en temps, avec un président et un vice-président à demi-temps, et deux secrétaires conjoints chargés de rédiger les procès-verbaux, de transmettre certains documents et de meubler les archives (cf.chap.58 B, art.14) ! Et pour comble, le gouvernement nommera tous les membres de ce Conseil! Vraiment, c\u2019est pousser bien loin la naïveté que de prétendre découvrir dans un tel plan « l\u2019esprit de socialisation préconisé par Mater et Magistra » ! Un simple coup d\u2019œil sur cette encyclique démontre, en effet, que Jean XXIII y revendique fortement /\u2019 autonomie des corps intermédiaires, précisément pour obvier aux dangers de la socialisation: « Nous estimons nécessaire, déclare-t-il, que les corps intermédiaires et les diverses organisations par où se réalise surtout la socialisation, jouissent d\u2019une réelle autonomie.» (N° 65.) De quelle réelle autonomie jouira donc le Conseil supérieur de l\u2019Éducation, lui dont tous les membres seront nommés par le gouvernement et qui ne pourra prendre aucune décision obligatoire dans le domaine propre pour lequel il existe ?Le grand danger que recèle le système proposé est celui de soumettre si étroitement l\u2019ordre culturel à l\u2019ordre politique que la vitalité du premier en soit étouffée.La mission de l\u2019État est d\u2019encadrer et d\u2019ordonner la vie, non de la créer; elle est d\u2019organiser les conditions les plus favorables à la culture et à l\u2019éducation, non de diriger l\u2019une et l\u2019autre.L\u2019ordre culturel ne peut se développer que dans la liberté, que si les forces qui le travaillent et l\u2019animent lui sont intrinsèques, c\u2019est-à-dire sont elles-mêmes de nature culturelle, et non pas extrinsèques, comme la force politique.Là où les premiers responsables de l\u2019éducation et les créateurs de la culture d\u2019un peuple sont mis en tutelle, quels que soient les millions qu\u2019on verse dans la mécanique administrative, la stérilité et la paralysie menacent tout le système.Le bill 60 pose de façon aiguë ce problème des rapports de l\u2019ordre culturel avec l\u2019ordre politique.Il est vraiment curieux que les défenseurs de la liberté soient maintenant changés de camp et que tant de nos intellectuels, dans l\u2019espoir d\u2019assurer le succès de revendications particulières, utilisent aussi facilement le paravent clérical et soient prêts à se jeter pieds et poings liés entre les mains de l\u2019État.Ruit in servitulem, pourrait encore écrire le vieux Tacite, s\u2019il lui était donné de contempler un pareil spectacle.Aujourd\u2019hui comme hier, l\u2019esprit, devenu décadent, se rue dans la servitude.7 juillet 1963.P.S.\u2014\u2022 A la toute dernière minute, nous apprenons que l\u2019étude du bill 60 est remise à la prochaine session.C\u2019est là un geste de bon sens et de sagesse, qui honore le gouvernement et dont nous le félicitons.nouveau9 à Ottawa5 les libéraux99 OUS CE MÊME TITRE, dans cette revue, au mois de mai, nous avons salué en éditorial le retour des libéraux au pouvoir et nous leur avons souhaité courage et lucidité pour affronter les graves problèmes de l\u2019heure.Après trois mois de régime libéral, le même titre s\u2019impose, mais chargé cette fois, d\u2019une exclamation: « De nouveau, à Ottawa, les libéraux! » Car, avec une fidélité déconcertante, le gouvernement libéral actuel, comme si le parti n\u2019avait rien appris durant ses six années dans l\u2019opposition, a repris la même politique de centralisation et d\u2019intrusion dans les affaires provinciales que les gouvernements libéraux antérieurs, s\u2019inspirant des recommandations de la Commission Rowell-Sirois, n\u2019avaient cessé de poursuivre.Cette fois, le gouvernement fédéral est plus riche de déficits que de surplus.Pour l\u2019année fiscale 1962-1963, il annonce un déficit de 709 millions de dollars et il en prévoit un de plus d\u2019un demi-milliard à la prochaine année.Raison excellente, penserez-vous de ne s\u2019occuper 218 RELATIONS que de ses propres affaires! Vous vous trompez! Ottawa, au contraire, comme avant-hier, se lance dans de graves mesures qui touchent au domaine provincial, se crée de nouvelles obligations et recherche de nouvelles occasions de donner de l\u2019argent.Les provinces, à commencer par le Québec, ont beau crier famine, réclamer une plus large part des taxes, faire valoir leurs pressants besoins, surtout dans le domaine de l\u2019éducation, Ottawa ne veut rien lâcher, mais entend se mêler de tout, même de ce qui ne le regarde pas.La juridiction sur les municipalités relève exclusivement des provinces.Ottawa le sait fort bien, il n\u2019en prétend pas moins créer une caisse de 400 millions de dollars pour venir en aide aux municipalités.Ce n\u2019est point de ses affaires; le Québec, par la voix unanime de ses députés, proteste en vain et dénonce cette intrusion; le gouvernement libéral fait le sourd et ne change point sa politique de centralisation fiscale et administrative.Ottawa voudrait saboter les chances d\u2019avenir du fédéralisme au Québec qu\u2019il n\u2019agirait pas autrement.Toutes les enquêtes sur le biculturalisme, tous les progrès du bilinguisme dans les services fédéraux, ne parviendront pas à faire accepter au Québec une politique qui vise ainsi à affamer et à asservir son gouvernement.Les seuls à pouvoir profiter d\u2019une politique aussi retardataire sont les séparatistes; on dirait que le gouvernement libéral actuel, tout en les combattant en paroles, tient à leur fournir, par ses actes, des arguments nouveaux et des armes nouvelles.RENCONTRES AVEC UN FUTUR PAPE Robert W.KEYSERLINGK * EN SE RAPPELANT les impressions profondes qu\u2019on a gardées d\u2019événements passés, on a toujours, devant la marche ultérieure des choses, la tentation de les interpréter après coup, avec le sentiment avantageux de son intuition de l\u2019avenir.Dans les notes qu\u2019on va lire, s\u2019il y a quelque trace de prévision, elle appartient toute à un de mes amis, citoyen du Vatican.A l\u2019occasion d\u2019une audience privée que m\u2019accorda Sa Sainteté le pape Pie XII, en 1946, mon ami insista pour que je rencontre un certain Mgr Montini.J\u2019acceptai.Il me guida dans les corridors de la Secrétairerie d\u2019État, frappa à une porte, me souffla à l\u2019oreille: « È molto papabile.Il est hautement papable », puis me fit entrer et sortir rapidement.J\u2019avais rencontré un futur pape.C\u2019est seulement en 1950 que j\u2019eus la chance de m\u2019asseoir pour causer avec Mgr J.-B.Montini, alors substitut du secrétaire d\u2019Etat.On avait fixé une heure précise pour l\u2019audience; mais on m\u2019avait prévenu de réserver une bonne marge de temps entre cette heure-là et mon rendez-vous suivant.Les audiences de Mgr Montini, m\u2019avait-on dit, se prolongent fréquemment au delà des limites convenues; car, si son visiteur aborde une question qui l\u2019intéresse, monseigneur l\u2019examine à fond.Ce matin-là, on dut lui soumettre nombre de questions intéressantes: mon tour ne vint que deux heures après le moment prévu.Dans l\u2019antichambre, toutefois, petit salon de style dix-neuvième siècle, loin d\u2019éprouver de l\u2019ennui, j\u2019assistai à un défilé fascinant de personnalités: Romano Guardini, que j\u2019avais connu plusieurs années auparavant comme profes- * A deux reprises, directeur de la British United Press au Canada, fondateur de l\u2019hebdomadaire catholique, The Ensign, M.Keyser-lingk dirige aujourd\u2019hui la maison d\u2019éditions Palm Publishers, à Montréal.AOÛT 1963 seur lorsque j\u2019étudiais à l\u2019Université de Berlin; un confrère journaliste de Belgique; l\u2019ambassadeur d\u2019un pays étranger, dont je conservais le souvenir depuis mon séjour à Paris, avant la guerre; des clercs et des laïcs que la mention de leur nom et de leurs titres situait d\u2019emblée parmi les sommités de cette période et qui, des carrefours intellectuels et sociaux de leur pays respectif, apportaient leurs réflexions à l\u2019homme pénétrant et chaleureux qui les attendait, à côté, et dont ils rapporteraient, en le quittant, une impression inoubliable.Mgr Montini attendait vraiment chacun de nous: je le souligne à dessein.Un ancien diplomate des pays balkaniques, longtemps accrédité auprès du Vatican, m\u2019avait averti de ne pas m\u2019étonner si monseigneur m\u2019offrait un fauteuil d\u2019une certaine taille, tandis que lui-même occuperait une chaise ordinaire et sans bras, comme l\u2019interlocuteur désireux d\u2019écouter.Quand on m\u2019introduisit dans son bureau, il me pria de prendre un siège, et c\u2019est justement ce qui arriva.Je venais l\u2019interroger pour connaître ses vues, et c\u2019est moi qui répondais à ses questions.Oh! rien ne ressemblait moins à un interrogatoire; il s\u2019agissait plutôt d\u2019une conversation élégamment dirigée.Je causai avec le fils d\u2019un journaliste, avec un homme parfaitement versé dans la technique du métier, avec un prêtre qui, par les avenues de l\u2019esprit plus que de la chair, orientait fermement le dialogue vers un but défini, et en même temps avec un homme qui avait une connaissance et une compréhension étonnantes des détails relatifs à la vie sociale, politique, économique de plusieurs pays du monde, même très différents et éloignés du sien.Il parla assez peu; je veux dire qu\u2019il ne prodigua point ses commentaires.Il procéda par questions: «Ne pensez-vous pas que.?» C\u2019est ainsi qu\u2019il manifesta ses intérêts et ses avis et me dispensa souvent de l\u2019interroger directement.J\u2019eus, 219 pendant l\u2019entrevue, l\u2019impression exquise de suivre l\u2019envol d\u2019un esprit extrêmement souple, clair et précis, capable de passer d\u2019un thème à un autre avec une rare agilité, à l\u2019affût de l\u2019essentiel, écartant le superflu, cueillant, à l\u2019écoute, des détails qu\u2019il classait, avec d\u2019autres déjà acquis, dans une synthèse plus vaste et fortement charpentée.Il toucha à la situation canadienne.Il parut s\u2019intéresser vivement au rôle spécial que le Canada pourrait avoir à jouer dans l\u2019évolution du monde vers la décolonisation.Dans ses relations avec les États qui accèdent à l\u2019indépendance, le Canada n\u2019a pas d\u2019histoire coloniale à se faire pardonner.Notre pays présente le spectacle presque unique d\u2019une proportion stable de catholiques fidèles et fervents, à laquelle s\u2019offre la possibilité d\u2019exercer une action missionnaire que ne grève aucun passé politique générateur de défiance.Monseigneur possédait une claire vue de l\u2019atmosphère bi-culturelle ou mieux pluri-culturelle du Canada.Il y apercevait, si je ne me trompe, moins de problèmes que de promesses de rayonnement.L\u2019unité dans la diversité, l\u2019unité des catholiques: voilà un thème qu\u2019il développa, examinant la question d\u2019un angle que je crus reconnaître plus tard dans une des lettres pastorales de l\u2019archevêque de Milan.Dans cette pastorale, il parla de l\u2019unité comme il l\u2019avait fait au cours de notre entrevue, alertant ses ouailles contre la manie de n\u2019applaudir le bien que chez l\u2019étranger et d\u2019accabler son prochain de critiques acerbes.Dans cette pastorale, il disait: Cette manie semble fort répandue.Elle s\u2019exprime abondamment dans la littérature contemporaine (pensez à Dostroïevsky, à Mauriac).Elle inspire même des prédicateurs éminents et respectables.Et l\u2019on dirait que leurs émules s\u2019appliquent à s\u2019éloigner de leurs proches pour se rapprocher des étrangers.Un an après mon entrevue de Rome, j\u2019eus l\u2019occasion d\u2019entendre monseigneur parler encore d\u2019unité.Un soir, du palais archiépiscopal de Montréal, le chanoine Drouin me téléphone pour me faire la gentillesse de m\u2019annoncer que Mgr Montini, arrivé à Montréal incognito, célébrera la messe, le lendemain, à huit heures, au camp scout de Vaudreuil.Comme aumônier, il m\u2019y invite avec plaisir.Matin d\u2019automne typiquement canadien; rafales de vent qui arrachent les rares feuilles accrochées aux arbres; nuages de pluie menaçants.Au moment où je laisse la grand-route pour m\u2019engager dans un chemin de campagne, dont ma voiture éclabousse les bords en passant dans les flaques d\u2019eau qu\u2019ont multipliées les averses de la nuit, le contraste me saisit: quelle différence entre ma promenade dans la loggia de la Secrétairerie d\u2019État, au Vatican (avec ses précieux tableaux suspendus à ses murs, le faste, le cérémonial ancien de la cour pontificale), et la fraîcheur en quelque sorte primitive de ce matin d\u2019automne, dans un bois du nord, près d\u2019un lac canadien! Et c\u2019est le même homme que je vais voir.Sur une estrade de bois brut, on a dressé un autel provisoire, que les scouts ont fabriqué de quelques planches assemblées.Un peu plus bas, sur le plancher, des prie-dieu pour les invités.Ce contraste frappa sans doute l\u2019auguste visiteur, mais par sa signification plutôt que par son réalisme apparent.Dans le reportage que j\u2019écrivis, ce matin-là, voici ce que j\u2019ai retenu des mots prononcés devant trois mille scouts par le substitut de la Secrétairerie d\u2019État: « Dans votre pays immense et paisible, on a peine parfois 220 à sentir les périls qu\u2019affronte aujourd'hui l\u2019humanité.Mais ces périls sont énormes.» Il parla des forces diverses qui menacent les chrétiens et entravent l\u2019action de l\u2019Église.Il fit encore allusion à son thème favori: l\u2019unité.C\u2019esl pourquoi je sais que le Saint Père (Pie XII) vous presserait de rester unis.L\u2019union des catholiques réalise la charité au sein du Corps mystique auquel nous appartenons tous dans le Christ.C\u2019est cette union qui doit apparaître comme notre principale force dans le combat que nous livrent les forces du mal mobilisées aujourd\u2019hui contre nous.Quelques années plus tard, j\u2019allai de nouveau à Rome et j\u2019eus une entrevue avec Mgr Montini, que Pie XII avait, depuis, nommé pro-secrétaire d\u2019État.Ce qui me frappa, cette fois, ce fut la persuasion avec laquelle il assura que le bien germerait d\u2019une situation politique dont je voyais surtout les dangers terribles et imminents.L\u2019impression profonde que me laissèrent alors son attitude et ses pensées n\u2019efface pas cependant le souvenir que je garde de la courtoisie personnelle de ce grand homme.Robert, mon fils aîné, étudiant à l\u2019Université de Fribourg, en Suisse, devait me rencontrer à Rome.Mon audience avait été fixée au dimanche, un peu après l\u2019heure du midi.L\u2019occasion me parut bonne d\u2019amener Robert, grâce à mon laissez-passer, afin de lui montrer la loggia et la Secrétairerie.Comme de coutume, monseigneur retint ses visiteurs au delà de l\u2019heure indiquée.De plus, l\u2019arrivée inattendue de l\u2019ambassadeur du Saint-Siège, le comte Mameli, auquel préséance était due, retarda encore les entrevues.Un ami commun se trouvait dans l\u2019antichambre; il nous présenta à l\u2019ambassadeur, qui se mit à raconter des souvenirs d\u2019une mission accomplie antérieurement à Riga, en Lettonie, où il avait rencontré quelques membres de ma parenté.Robert s\u2019adressait au comte lorsque Mgr Montini ouvrit la porte de son bureau et pria l\u2019ambassadeur d\u2019entrer.Mon tour vint ensuite.Nous discutâmes à fond plusieurs sujets.Quand je me levai pour partir, Mgr Montini me demanda si le jeune homme qui faisait antichambre au début de notre entrevue accompagnait l\u2019ambassadeur ou s\u2019il attendait une audience.C\u2019est mon fils, lui répondis-je; il m\u2019attend.« Je veux avoir le plaisir de faire sa connaissance », reprit-il.Et aussitôt de se lever, me laissant dans son bureau, puis de sortir et de se présenter lui-même à Robert.L\u2019ayant suivi, je les trouvai en conversation aimable et aisée, comparant avec beaucoup d\u2019intérêt la vie universitaire du Canada et celle de la Suisse.Robert en éprouva une telle surprise que je dus, après notre départ, confirmer qu\u2019il avait bel et bien parlé avec Mgr Montini lui-même.Dans la personnalité du pro-secrétaire, chez ce prêtre svelte, ardent et dévoué, un des traits les plus marquants était son infatigable application au travail.Je pus m\u2019en rendre compte deux fois par moi-même.A Rome, un soir, j\u2019avais dîné avec mon ami le professeur Cesidio Lolli, de VOsservatore Romano.Nous déambulions dans la Ville, par un splendide clair de lune, en nous rendant au Vatican, où le professeur demeurait.Parvenu à la grille, il m\u2019invita à la franchir avec lui pour admirer les arcades intérieures et les murs qui entourent l\u2019arrière de la basilique: par une nuit pareille, ça valait la peine.Je ne me fis pas prier.Le garde suisse nous laissa passer, et nous fîmes un tour.Les effets d\u2019ombre étaient magnifiques.Tout à coup, se dressa devant nous la silhouette mince et RELATIONS droite d'un monseigneur qui, portant chapeau romain, nous croisa d\u2019un pas vif.C\u2019était Mgr Montini.Il reconnut d\u2019abord le professeur Lolli, puis me salua et s\u2019arrêta un moment pour causer sans apprêt, dans la demi-obscurité de ce décor inoubliable.Je demandai au professeur pourquoi Mgr Montini se rendait si tard à la Secrétairerie; s\u2019il était survenu un événement grave.11 me répondit que monseigneur agissait ainsi tous les jours.En 1950, à l\u2019occasion du premier congrès mondial de l\u2019apostolat des laïcs, je fis une autre visite à Rome.Comme président de la commission de la presse catholique, j\u2019eus la chance de voir Mgr Montini.Il devait, ce jour-là encore, triompher d\u2019un agenda débordant.On avait prévu pour la presse la célébration d\u2019une messe, à minuit, dans une petite chapelle du centre de la Ville.Imaginez ma surprise de constater que l\u2019officiant était Mgr Montini.Il nous parla et nous donna la communion; il ne partit que vers une heure du matin.Lorsque, peu de jours après, rappelant cette messe nocturne, je mentionnai qu\u2019il veillait tard, il dit: « Je suis prêtre, ne l\u2019oubliez pas, avant d\u2019être diplomate et fonctionnaire.Je saisis toute occasion d\u2019exercer le ministère sacerdotal.D\u2019ailleurs, ajouta-t-il en souriant, cette cérémonie m\u2019intéressait personnellement: je suis fils de journaliste.» Une autre circonstance me permit de découvrir la personnalité de Mgr Montini.En 1956, se tenait à Milan la réunion du conseil exécutif de l\u2019Association mondiale de la Presse catholique.J\u2019y représentais le Canada.Une fois terminée la rédaction du programme dont s\u2019acquitterait, l\u2019année suivante, le congrès de Vienne, les journalistes allèrent exposer l\u2019état de leurs travaux à celui qui était alors archevêque de Milan, S.Exc.Mgr J.-B.Montini.Il nous reçut dans son palais et nous proposa comme sujet primordial d\u2019étude et de discussion la compétence professionnelle du journalisme catholique.Il nous parla assez longuement et avec feu, proclamant surtout que le zèle ne supplée pas la compétence et insistant sur les dangers du zèle incompétent.Dans l\u2019après-midi, il y eut cérémonie à l\u2019Université Ambrosienne.Elle s\u2019acheva par une bénédiction du saint sacrement que présida l\u2019archevêque.Après quoi, Son Excellence se mêla aux visiteurs, causant avec eux et avec leurs épouses.Je lui présentai ma femme.Aussitôt il aborda un sujet cher au cœur d\u2019une mère: il parla de notre fils qu\u2019il se rappelait avoir rencontré quelques années auparavant.Je ne sais ce qui me touche le plus: sa délicatesse ou sa remarquable mémoire.Sérieux, appliqué et ordonné dans l\u2019expression de sa pensée, Mgr Montini ne semblait pas moins, aux yeux de chacun, jouir d\u2019une sérénité joyeuse et d\u2019une vie intérieure qui lui permettait de se donner au monde sans se laisser absorber par lui.Dans ses écrits et ses discours, aussi bien que dans sa conversation, on sentait l\u2019optimisme serein de l\u2019homme de Dieu.On en trouve un des meilleurs spécimens dans une des dernières allocutions qu\u2019il prononça comme archevêque de Milan.Le thème en était « Le chrétien et le bien-être temporel ».Il exprimait alors le sentiment que j\u2019avais éprouvé.L\u2019effort.que l\u2019homme moderne déploie pour connaître, maîtriser et exploiter la nature en vue de la domestiquer doit être une réponse digne du don que Dieu lui a fait en la créant.De nos jours encore, la parole originelle du Seigneur indique aux hommes le sens de l\u2019univers: Remplissez la terre et soumettez-la.La nature qui les entoure les invite merveilleusement à l\u2019exploration, à la conquête, à la possession.Mais il ajoutait aussitôt: Le travail et la conquête du monde ne sont qu\u2019une voie ouverte à l\u2019homme pour le conduire à la Source première.11 doit cheminer à travers le monde profane avec le sens religieux d\u2019une présence et aussi d\u2019une attente divine qui, d\u2019une part, se cache dans un profond mystère et, d\u2019autre part, se révèle avec un immense éclat.L'ÉGLISE ET L'ÉTAT AU QUÉBEC \u2014 II SITUATION JURIDIQUE DE L\u2019ÉGLISE AU QUÉBEC Richard ARÈS, S.J.IA SITUATION ACTUELLE de l\u2019Église au Québec ne peut vraiment se comprendre qu\u2019à la lumière de l\u2019histoire 1.Durant tout le régime français, société civile et société religieuse ont coïncidé, formé un seul tout; non seulement il y eut de fait union de l\u2019Église et de l\u2019État, mais c\u2019était là le seul idéal accepté et acceptable à l\u2019époque.Brusquement, le régime britannique a brisé cet idéal, substitué l\u2019Église d\u2019Angleterre au poste qu\u2019occupait l\u2019Église catholique et relégué cette dernière au rang de simple association privée.S\u2019identifiant plus que jamais à la communauté canadienne-française, l\u2019Église entreprit alors d\u2019en défendre les intérêts en même temps que les siens propres.1.Voir Relations, mai 1963.AOÛT 1963 Il lui fallut pour cela engager le dialogue avec les nouvelles autorités, traiter et même collaborer avec elles.Petit à petit elle conquérait sa liberté et acquérait le statut juridique qui est encore le sien aujourd\u2019hui et que je voudrais tenter de préciser, du moins dans ses grandes lignes 2.2.Parmi les travaux récents à consulter en la matière, il faut signaler: 1) Antonio Perrault: Religion, Culture et Liberté au Canada, cours à la Semaine sociale de Montréal, 1945, Compte rendu, pp.177-254; 2) Georges-Michel Giroux: La Situation juridique de l'Église catholique dans la province de Québec, 1945, brochure de 38 pp.réunissant deux articles parus dans la Revue du notariat, octobre et novembre 1945; 3) Marc Lalonde: « Les Relations juridiques Église-État au Québec », cours à l\u2019institut canadien des Affaires publiques, cf.L'Église et le Québec, 1961, pp.77-100.221 tüULE NORMALE CARDINAL-LûüUi 6400 - 16e AVENUE ROSEMONT Déjà éminemment complexe en elle-même, la question des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État l\u2019est encore davantage au Canada du fait que l\u2019État y est à double tête: fédérale et provinciale.La constitution du Canada ne comportant pas, comme celle des États-Unis 3, l\u2019interdiction à nos Parlements de légiférer en matière religieuse, on peut soutenir, du moins en principe, que ceux-ci possèdent encore une certaine juridiction, bien qu\u2019il ne soit pas facile de préciser laquelle ni même qui \u2014 quel Parlement: le fédéral ou le provincial \u2014 doit l\u2019exercer.Pour le moment, je me contente de signaler certains textes de base à connaître, puis de formuler les conséquences pratiques de ces textes sur la situation juridique de l\u2019Église au Québec.I.\u2014 Les textes de base Bien qu\u2019aucun ne jouisse d\u2019une autorité comparable à celle du premier amendement américain, il n\u2019existe pas moins un certain nombre de textes canadiens qui régissent \u2014 directement ou indirectement \u2014 la situation juridique de l\u2019Église au Québec.Pour faire court, je laisse de côté les Capitulations de Québec (1759) et de Montréal (1760) ainsi que le Traité de Paris (1763), qui garantissaient aux catholiques le libre exercice de leur religion, et je m\u2019arrête à quatre textes de base: l\u2019Acte de Québec, de 1774, la loi sur les rectorats ou «rectoreries» de 1851-1852, l\u2019Acte confédératif de 1867 et la Déclaration canadienne des droits de l\u2019homme, de 1960.L\u2019Acte de Québec, de 1774, est une loi impériale qui, n\u2019ayant jamais été rappelée ou abrogée, demeure encore en vigueur.En matière religieuse, elle offre une double garantie: d\u2019une part, aux fidèles catholiques, elle garantit le libre exercice de leur religion, d\u2019autre part, au clergé elle garantit le droit à la dîme, ou plus précisément le droit de « conserver et percevoir les dus et redevances ordinaires et d\u2019en jouir ».Par suite de décisions subséquentes du Conseil privé, il ressort que la première garantie est accordée à des individus, qui sont citoyens canadiens, et non à l\u2019Église catholique comme telle 4, mais que, d\u2019un autre côté, le fait de reconnaître officiellement au clergé catholique le droit à la dîme confère à l\u2019Église une certaine reconnaissance et une situation de privilège 5.3.\tPremier amendement à la Constitution américaine: « Congress shall make no law respecting the establishment of religion, or prohibiting the free exercice thereof » 4.\tDans l\u2019Affaire Despatie v.Tremblay, en 1921, le Conseil privé déclarait: « The religious position in the Province of Quebec, in 1774, was therefore that every individual had the right to profess and practice the Catholic religion without let or hindrance.But it must be borne in mind that this is a privilege granted to the individual.There is no legislative compulsion of any kind whatever.He may change his religion at will.In other words, each member of the Roman Catholic community in Quebec possessed the same privileges as any other citizen so far as religious freedom is concerned.The Legislature dit not put over him as a citizen any ecclesiastical jurisdiction.» 5.\tDans l\u2019Affaire Guibord, en 1874, le Conseil privé faisait cette observation: « Nor do their Lordships think it necessary to pronounce any opinion upon the difficult questions which were raised in the argument before them touching the precise status, at the present time, of the Roman Catholic Church in Canada.It has, on the one hand, undoubtedly, since the cession, wanted some of the characteristics of an Established Church, whilst, on the other hand, it differs materially in several important particular from such voluntary religious societies as the Anglican Church in the Colonies or the Roman Catholic Church 222 La loi de 1851-1852 sur les cures, rectorats ou « rectoreries» est une loi purement canadienne.Adoptée au Parlement du Canada en 1851, elle ne reçut cependant la sanction royale que l\u2019année suivante, en 1852.Pour le Parlement il s\u2019agissait de se dégager de toute intrusion à l\u2019avenir dans les affaires internes de l\u2019Église d\u2019Angleterre, considérée jusque-là comme l\u2019Église officielle.Pour ce faire, il ne se contenta pas de déclarer que cette dernière serait désormais entièrement libre de nommer aux cures ou « rectoreries », sans aucune intervention gouvernementale, mais il profita de l\u2019occasion pour formuler ce qu\u2019il appelle « le principe fondamental de notre politique civile », le principe de « l\u2019égalité, aux yeux de la loi, de toutes les dénominations religieuses » et pour déclarer que désormais il y aurait au Canada pleine liberté assurée à tous les cultes 6.La province de Québec a conservé jusqu\u2019ici, dans ses statuts, l\u2019essentiel de cette loi.Le chapitre 307 de ses Statuts refondus de 1941 s\u2019intitule en effet: « Loi concernant la liberté des cultes » et comporte à l\u2019article 2 la déclaration suivante: La jouissance et le libre exercice du culte de toute profession religieuse, sans distinction ni préférence, mais de manière à ne pas servir d\u2019excuse à la licence, ni à autoriser des pratiques incompatibles avec la paix et la sûreté de la province, sont permis par la constitution et les lois de cette province à tous les sujets de Sa Majesté qui y vivent.Cette loi de 1851-1852, comme on le voit, ne concerne pas directement l\u2019Église catholique, à qui elle n\u2019apporte qu\u2019une confirmation très générale d\u2019un droit déjà garanti par l\u2019Acte de Québec.Elle n\u2019en constitue pas moins une étape importante dans l\u2019histoire des rapports de l\u2019Église et l\u2019État au Canada, puisqu\u2019à partir d\u2019elle il n\u2019y a plus d\u2019Église établie, d\u2019Église d\u2019État, mais seulement des Églises et des religions toutes égales aux yeux de la loi 7, bref il n\u2019y a plus union, mais séparation de l\u2019Église et de l\u2019État 8.in England.The payment of dimes to the clergy of the Roman Catho- lic Church by its lay members and the rate ability of the latter to the maintenance of parochial cemeteries are secured by law and statutes.» 6.\tVoici un extrait du Préambule de cette loi de 1851-1852: « Attendu que l\u2019admisson de l\u2019égalité, aux yeux de la loi, de toutes les dénominations religieuses est un principe reconnu de la législation coloniale; et attendu que, dans l\u2019état et la condition de cette province, à laquelle il est particulièrement applicable, il est à désirer que ce principe reçoive la sanction directe de l\u2019assemblée législative, qui reconnaît et déclare qu\u2019il est le principe fondamental de notre politique civile.» 7.\tCommentant les effets de cette loi, M.Giroux écrit: « Liberté des cultes et séparation de l\u2019Église et de l\u2019État sont actuellement les règles fondamentales de notre système légal.Notre législation n\u2019adhère à aucun système religieux, elle ne donne sa préférence à aucun; elle admet toute Église quelconque.Pour l\u2019État, toutes les religions sont bonnes et peuvent être pratiquées librement, sans intervention du législateur et sans donner lieu à des mesures pénales, pourvu qu\u2019elles ne servent pas d\u2019excuse à la licence, ni qu\u2019elles ne servent d\u2019autorisation à des pratiques incompatibles avec la paix et la sûreté de la province.« Cette loi sanctionne donc: 1) le droit de toute personne d\u2019adhérer à l\u2019Église qu\u2019elle désire et de changer de religion comme elle l\u2019entend; 2) le droit pour tout groupe de se constituer en Église, d\u2019en définir le credo, d\u2019en arrêter la liturgie et d\u2019en préciser les règles et conditions d\u2019admission; 3) Je droit pour toute société d\u2019avoir ses offices religieux et de les faire sans crainte des perquisitions de l\u2019État.» (Op.cit., p.25.) 8.\tLe Préambule de la loi de 1854 sur les réserves du clergé déclare: « Attendu qu\u2019il est désirable de faire disparaître toute apparence d\u2019union entre l\u2019Église et l\u2019État.» RELATIONS L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, de 1867, qui nous sert présentement de constitution, ne s\u2019occupe pas explicitement des questions religieuses.Il n\u2019en faut pas moins signaler l\u2019article 93 sur l\u2019enseignement, parce qu\u2019il comporte des garanties spéciales à des classes particulières « de personnes quant aux écoles confessionnelles ».Les paragraphes 2 et 3 de cet article ne mentionnent nommément que deux confessions religieuses bénéficiaires de ces garanties: la protestante et la catholique romaine; aussi peut-on dire que seules les écoles de ces deux confessions jouissent au Canada d\u2019un statut constitutionnel.Sans doute, cette garantie n\u2019est-elle pas accordée à l\u2019Église catholique comme telle, mais elle est d\u2019un si grand poids que le Québec, par exemple, pourrait difficilement laisser l\u2019Église de côté dans la réorganisation de son système d\u2019éducation.Il reste un dernier texte de base à signaler: celui de la Déclaration canadienne des droits de l\u2019homme, de 1960.C\u2019est un texte fédéral, à caractère déclaratif, mais dont l\u2019importance morale et l\u2019influence juridique ne sauraient être sous-estimées.Entre autres choses, il reconnaît et déclare que, parmi les droits de l\u2019homme et les libertés fondamentales garantis à tout citoyen canadien, il y a « la liberté de religion ».C\u2019est une confirmation, bien qu\u2019uniquement fédérale et déclarative, du principe de l\u2019égalité des cultes et de la liberté religieuse déjà énoncé dans la loi de 1851-1852.A l\u2019Église catholique il ne donne ni n\u2019enlève rien.II.\u2014 Conséquences pratiques De ces textes de base que je viens de citer, quelles sont les conséquences pratiques en ce qui concerne la situation juridique de l\u2019Église au Québec?En voici quelques-unes qui paraissent s\u2019imposer.1.\tTant au Québec qu\u2019au Canada, il n\u2019y a plus de religion d\u2019État, ni d\u2019Église établie.La loi affirme l\u2019égalité de tous les cultes et reconnaît à tous les citoyens le libre exercice de leur religion.L\u2019État se place au-dessus de toutes les religions et de toutes les Églises, qu\u2019il considère comme de simples groupements privés, soumis à son autorité en ce qui concerne les actes extérieurs posés par les citoyens, mais il ne se reconnaît pas le droit de légiférer en matière proprement religieuse, ni de dicter les vérités à croire, ni de forcer qui que ce soit à adhérer à une croyance quelconque 9.2.\tSauf pour les quelques points garantis directement ou indirectement par les Actes de 1774 et de 1867 et passés ensuite dans notre Code civil, l\u2019Église catholique entre dans le droit commun, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle n\u2019est légalement devant l\u2019État qu\u2019une simple voluntary association, comme toutes les autres Églises, qu\u2019une association privée formée dans l\u2019État et recevant de lui ses pouvoirs juridiques 10 *.9.\t« Dans notre pays, il n\u2019existe pas de religion d\u2019État.Personne n\u2019est tenu d\u2019adhérer à une croyance quelconque.Toutes les religions sont sur un pied d\u2019égalité, et tous les catholiques, comme d\u2019ailleurs tous les protestants, les juifs ou les autres adhérents des diverses dénominations religieuses ont la plus entière liberté de penser comme ils le désirent.La conscience de chacun est une affaire personnelle, et l\u2019affaire de nul autre.» (Déclaration du juge Robert Taschereau de la Cour suprême du Canada dans l\u2019Affaire Chaput v.Romain et al., en 1955.) 10.\tVoir sur ce point les remarques pertinentes de M.Georges- Michel Giroux, op.cit., pp.30-33.AOÛT 1963 3.\tC\u2019est dire qu\u2019elle n\u2019est nulle part reconnue pour ce qu\u2019elle est en réalité; une société internationale et même supranationale, indépendante, possédant son propre droit le Droit canon, et douée de pouvoirs propres avant toute intervention des États.Faute d\u2019un concordat ou d\u2019un traité entre l\u2019Église et l\u2019État, elle ne possède comme telle chez nous aucune existence officielle.Quelques-uns de ses membres (curés, évêques) ou de ses institutions particulières (paroisses, fabriques, etc.) jouissent de la reconnaissance légale, sont constitués en corporation, bref ont une situation juridique bien déterminée.Ainsi, par exemple, reprenant un vieux statut de 1849, le gouvernement québécois a, en 1950, fait adopter une loi intitulée « Loi des évêques catholiques romains » et ayant pour but de constituer en corporation les évêques catholiques du Québec et de préciser leurs pouvoirs juridiques 11.Mais cela ne donne pas à l\u2019Église catholique comme telle une existence officielle; étant donné d\u2019ailleurs la compétence restreinte du Québec dans le domaine international, on peut se demander s\u2019il pourrait faire davantage à ce sujet et si l\u2019intervention d\u2019Ottawa n\u2019est pas nécessaire au préalable 12.* * * La situation juridique de l\u2019Église au Québec est donc loin d\u2019être nettement définie.Le principe ou la règle générale, c\u2019est la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, mais il y a les Actes de 1774 et de 1867 dont il faut tenir compte et qui atténuent cette séparation; il y a aussi certains privilèges que l\u2019État québécois a reconnus à l\u2019Église au cours de l\u2019histoire.Plutôt que de m\u2019arrêter ici à ces privilèges, je préfère reprendre le même sujet sous un autre aspect et essayer de répondre à la question: quel est, du point de vue religieux, le caractère de l\u2019État québécois ?Est-ce un État catholique ?chrétien ?religieux ?laïc ?La réponse permettra de préciser davantage la vraie situation de l\u2019Église par rapport à l\u2019État québécois.11.\tVoir Statuts de Québec, 1950, chap.76, «Loi relative à la constitution en corporation des évêques catholiques romains ».12.\t« L\u2019Église catholique, désétablie par la conquête, a cessé alors d\u2019être chez nous une institution d\u2019ordre public, elle est devenue un groupement privé.Conséquemment, l\u2019Église n\u2019est pas chez nous une corporation, une personne légale; elle ne peut donc ni posséder de biens, ni en acquérir, ni ester en justice ni être citée devant les tribunaux.Lorsque l\u2019État accorde des droits ou avantages à l\u2019Église, il les accorde à des personnes, v.g.évêques ou autorités ecclésiastiques, et non au groupement.Nos églises et les biens temporels afférents au culte sont possédés par des organismes bien connus, fabriques, corporations épiscopales, séminaires.Ce ne peuvent être là que des êtres créés par notre État et régis par ses lois.On ne peut y voir d\u2019êtres créés par le Droit canonique, régis par tel droit comme leur loi personnelle et constituante, et admise, comme corporations externes à notre État, à exercer chez nous leurs activités corporatives.Un tel système supposerait que notre État reconnaisse l\u2019Église telle qu\u2019elle est, ce qui en fait n\u2019existe pas.« La reconnaissance de l\u2019Église catholique telle quelle, i.e.comme une société internationale, comme un groupement dont l\u2019autorité est en dehors de notre pays, est un acte d\u2019affaires étrangères, d\u2019affaires extérieures, quelque chose qui concerne la souveraineté de notre pays; c\u2019est là un pouvoir exclusivement réservé au fédéral.La même solution s\u2019appliquerait à la reconnaissance de toute Église existante en dehors de notre pays, v.g.l\u2019Église d\u2019Angleterre, l\u2019Église d\u2019Ecosse.» (G.-M.Giroux, op.cit., pp.32 à 37.) 223 LA RÉGULATION DES NAISSANCES \u2014Il Surpopulation mondiale ou stérilité domestique ?Joseph d'ANJOU, S.J.DEUX GRAVES PROBLÈMES, nous l\u2019avons vu (juill.1963, p.199), se posent de nos jours en fonction de la fécondité humaine : le problème de la faim ou de l\u2019alimentation des peuples pauvres, le problème moral à l\u2019intérieur de chaque foyer.I.\u2014 SURPOPULATION L\u2019alimentation des pays pauvres et surpeuplés ne relève pas de ma compétence.Mais parmi les économistes, plusieurs admettent la possibilité de nourrir aisément toutes les bouches humaines, pourvu qu\u2019on mette en valeur les richesses de notre terre.Il y a une douzaine d\u2019années, les auteurs d\u2019un manuel de sociologie en usage aux États-Unis affirmaient que nos voisins, s\u2019ils exploitaient au maximum les ressources dont ils disposent, pourraient à eux seuls nourrir plus de quatre fois la population du globe au taux d\u2019alimentation des Orientaux, et deux fois au taux d\u2019alimentation des Européens.Encore plus décisive, la conclusion d\u2019une enquête menée par les Nations Unies et terminée il y a deux ans.La faim qui ravage des régions entières et provoque la mort de milliers de personnes ne résulte pas du surpeuplement, mais d\u2019une sous-production anormale.En effet, disait-on, la superficie actuellement cultivée n\u2019atteint pas dans le monde 800 millions d\u2019hectares, soit moins d\u2019un huitième des capacités naturelles de la terre.Les rendements en agriculture ont rapidement augmenté au cours des dernières années et pourront encore augmenter.La mer offre d\u2019énormes possibilités d\u2019exploitation alimentaire.La biochimie de l\u2019avenir procurera à l\u2019homme de l\u2019an 2000 de nouveaux aliments en grande quantité.Sous-production; mauvaise distribution aussi des fruits de la terre.Au lieu de détruire, comme on le fait en certains pays, les surplus de la culture agricole, il faudrait en approvisionner les peuples insuffisamment pourvus.Proposition plus facile à formuler qu\u2019à exécuter?D\u2019accord.Mais si toutes les nations se donnaient la joie de s\u2019entendre là-dessus, qui oserait contester son opportunité, son efficacité ?De plus, les budgets astronomiques de la guerre ou de la défense militaire, les dépenses occasionnées par des expériences scientifiques sans utilité immédiate pour le genre humain, si on les tournait à l\u2019amélioration du sort des affamés, contribueraient sûrement mieux à la préservation de la vie et de la paix que les armes nucléaires ou les explorations lunaires.Même alors, il restera un effort d\u2019éducation à organiser en vue d\u2019apprendre aux couples de tout pays à procréer raisonnablement, de manière qu\u2019ils respectent non seulement la finalité naturelle du sexe, mais la primauté des droits de l\u2019enfant dans l\u2019accomplissement de leur amour conjugal.Qu\u2019ils se conforment aux exigences de la morale, 224 et les hommes apporteront déjà un élément de solution au problème du surpeuplement.Dans le discours qu\u2019il adressa aux associations des familles nombreuses d\u2019Italie, le 20 janvier 1958, Pie XII l\u2019affirme sans hésiter.Grâce au «progrès de la technique », dit-il d\u2019abord, et aux « nouvelles sources d\u2019énergie dont on commence à recueillir les fruits, la terre peut promettre la prospérité à ceux qu\u2019elle accueillera, pendant longtemps encore ».Ensuite, il n\u2019y a pas d\u2019eugénisme qui sache mieux faire que la nature, et il n\u2019est bon que lorsqu\u2019il en respecte les lois.Du reste, .l\u2019histoire ne se trompe pas quand elle indique l\u2019altération des lois du mariage et de la procréation comme ,i première cause de la décadence des peuples.Dieu ne demandera pas compte aux hommes du destin général de l\u2019humanité, qui est de sa compétence, mais des actes distincts voulus par eux conformément ou en opposition aux préceptes de la conscience.D\u2019une part, en effet, il ne saurait y avoir disproportion fatale et sans remède entre les besoins réels de la personne humaine et les ressources nécessaires à leur satisfaction; car Dieu, auteur des uns et des autres, a doué l\u2019homme d\u2019imagination inventive pour découvrir, d\u2019intelligence organisatrice pour exploiter, de raison et de volonté pour utiliser et répartir sagement les trésors de la création.D\u2019autre part, entre la providence de Dieu et le vrai bonheur de l\u2019homme, entre la fidélité à la loi morale, naturelle ou révélée, et l\u2019épanouissement des personnes masculines et féminines, on ne peut concevoir de conflit irréductible.Si la science économique et démographique aperçoit un déséquilibre entre ressources et besoins, il faut soupçonner un désordre dans la conduite morale des hommes et voir à le redresser.II.\u2014 MORALE DOMESTIQUE Un double désordre éclate aux yeux: celui qui affecte l\u2019exploitation et la distribution des produits nourriciers du globe, celui qui résulte de l\u2019inconduite sexuelle.Je laisse aux spécialistes en économie et en politique la responsabilité du premier.J\u2019aborde le second par le biais de la fécondité familiale et du devoir de la régler conformément à la raison, aussi bien du point de vue de la société que du point de vue du couple.Avant d\u2019insister sur l\u2019aspect personnel de la question, un mot de son aspect social.1.Aspect social.\u2014 On n\u2019élimine ni ne prévient toutes les difficultés en affirmant \u2014 d\u2019ailleurs avec justesse \u2014 que, dans un foyer, le droit de procréer, inhérent à la condition d\u2019époux, se subordonne au droit d\u2019être bien élevé, propre à la condition d\u2019enfant.Car de nombreux couples ont plus d\u2019enfants qu\u2019ils n\u2019en peuvent éduquer convenablement.Peu importe qu\u2019il y ait lieu de les taxer d\u2019imprudence ou que leur embarras vienne soit de leur ignorance, soit d\u2019un caprice de la nature (un couple ne choisit pas de mettre au RELATIONS monde des jumeaux ou des triplets), la société, l\u2019Église ont le devoir de secourir les enfants désavantagés.Les modalités de ce secours ressortissent d\u2019abord à l\u2019initiative des proches, puis à la justice et à la charité des autorités, chaque palier administratif accomplissant ce que lui réservent la loi du pays, la coutume de l\u2019apostolat.Les enfants constituent la première richesse d\u2019une nation; il appartient à chaque citoyen de concourir à leur survie, à leur épanouissement.En outre, le devoir de procréer sainement de nombreux enfants peut se présenter avec une certaine urgence aux époux d\u2019un peuple que la stérilité volontaire de ses ménages ou leur insuffisante fécondité menace de déchéance économique, sociale, politique ou morale.Avec sa verve habituelle, Folliet montre que la « mentalité malthusienne » nuit au progrès même matériel et culturel d\u2019une nation {Contrôle ou Régulation des naissances ?Lyon, 1963, pp.74-80).Parlant à des catholiques, \u2014 sel de la terre et ferment de l\u2019expansion du règne de Dieu ici-bas (surtout de nos jours, où s\u2019accuse une disproportion effarante entre le nombre des naissances païennes et celui des naissances chrétiennes), \u2014 on insistera sur la nécessité de mettre au monde et de former des apôtres de la vérité et de l\u2019amour: laïcs exemplaires, prêtres, religieux et religieuses consacrés à la diffusion de la parole rédemptrice, avec la pensée que sacerdoce et sainteté fleurissent mieux dans les foyers où les enfants sont nombreux et bien élevés.2.Aspect personnel.\u2014 Plus directement que les répercussions sociales de leur fécondité, les époux ressentent et discutent les soucis d\u2019ordre moral et personnel qu\u2019entraîne l\u2019exercice de leurs droits et devoirs relatifs à la procréation.Or, pour résoudre les « cas » ordinaires ou exceptionnels qui surgissent des contacts entre hommes et femmes en général et de l\u2019intimité conjugale en particulier, un exposé antérieur (juill.1963, p.199) offre des principes de solution.Appliquons-les brièvement, d\u2019abord, à l\u2019onanisme, ver rongeur de la famille, casse-tête et affliction du ministère paroissial.Le sexe en acte plénier a pour fin naturelle la procréation, A la copule charnelle Dieu même a lié un phénomène d\u2019insémination.Nul n\u2019a donc autorité pour distraire de sa finalité propre un geste d\u2019une signification transcendante, d\u2019une valeur sacrée.Dans l\u2019encyclique Casti Connubii, où il traite du mariage avec ampleur et solennité, Pie XI proclame que tout artifice par lequel un couple prive la fonction génératrice de sa puissance naturelle de procréer s\u2019oppose gravement à la loi divine et à la loi naturelle.Aucune raison, si sérieuse soit-elle, précise-t-il avec force, ne saurait rendre honnête cet acte intrinsèquement contraire à la nature.Après avoir rappelé les paroles de son prédécesseur, Pie XII qualifie le même péché d\u2019« attentat immoral », que nulle « indication », nulle « nécessité » ne peuvent légitimer.Cette doctrine, ajoute-t-il, vraie hier et aujourd\u2019hui, le demeurera jusqu\u2019à la fin des temps (discours aux sages-femmes d\u2019Italie, 29 oct.1951).Plusieurs théologiens pensent que cet enseignement de Pie XI et de Pie XII, vu la fermeté avec laquelle les deux pontifes l\u2019ont promulgué, a la même portée qu\u2019une définition dogmatique.Dogmatisme inhumain, objectent certains, plus sentimentaux que réfléchis, et moins respectueux de la dignité AOÛT 1963 humaine que le représentant infaillible du Sauveur des hommes.Mérite le reproche d\u2019inhumanité non pas celui qui, fidèle aux exigences permanentes de la nature, telles que manifestées à la raison et sanctionnées par la foi, estime ses frères capables de les observer, mais celui qui, érigeant en système l\u2019ignorance ou la lâcheté, conseille une démission préjudiciable aux intérêts de l\u2019âme, avec le risque de causer le délabrement de la chair et le déséquilibre de l\u2019esprit.Ici, plus qu\u2019en tout autre domaine, se vérifie l\u2019axiome: ce qu\u2019on fait contre la nature, la nature s\u2019en venge.Médecine et psychologie clinique en témoignent.Un gynécologue confia naguère à un prêtre que la presque totalité de ses clientes souffraient de malaises, souvent graves, par suite de fraudes commises dans leur activité sexuelle.Malaises physiques, d\u2019abord, car l\u2019organisme féminin s\u2019irrite d\u2019une stimulation que n\u2019apaise pas Ponction de la substance destinée à l\u2019imprégner.Malaises psychiques aussi (plus profonds chez l\u2019homme que chez la femme, comme je tâcherai plus tard de l\u2019expliquer), car aucune activité autre que celle du sexe n\u2019a un rapport plus intime et plus certain avec le psychisme conscient et inconscient.De cela la psychanalyse, freudienne ou non, ne permet plus de douter.On verra pourquoi lorsque viendra le moment d\u2019analyser les valeurs impliquées naturellement dans l\u2019activité procréatrice et d\u2019exorciser l\u2019obsession du « besoin » sexuel: véritable folie, qu\u2019entretiennent malheureusement, outre notre civilisation ( ?) « aphrodisiaque » (Bergson), quantité de gens voués par profession à la traiter, à la guérir.On n\u2019a pourtant pas à chercher de midi à quatorze heures pour s\u2019instruire de ce qui convient à la nature, masculine ou féminine, et constitue la formule même de sa perfection, de son épanouissement.Un mot y suffit: chasteté, soit conjugale, soit virginale.Le mariage seul, union indissoluble et sacrée, justifie la copule sexuelle, dont le Créateur a fait un acte inséminateur.Le mariage seul confère à cette activité, librement consentie par les époux, sa bienfaisance psychique et morale.Ainsi le veut la nature, œuvre du Créateur.Cette même nature commande donc aux époux: accomplissez naturellement l\u2019acte spécifique de votre état, ou abstenez-vous-en.Aux célibataires elle commande: préservez en vous l\u2019intégrité d\u2019une fonction dont l\u2019usage, naturellement orienté à la procréation, suppose consécration et dévouement à des responsabilités qui dépassent la personne seule; loin de vous défavoriser, votre condition vous habilite à un rayonnement culturel, social, surtout moral plus étendu et, dans le sacerdoce ou la vie religieuse, plus sanctifiant, plus profond.Ne nous lassons pas, en effet, de répéter, après Pie XII : le rôle « sublime et noble » qu\u2019assument les époux « n\u2019appartient pas.à l\u2019essence d\u2019un être humain complet ».En renonçant à engendrer, on ne se diminue en aucune manière; on ne mutile pas les valeurs spirituelles de la personne, soit masculine, soit féminine.Exalter outre mesure, comme on le fait souvent de nos jours, la fonction générative, même dans la forme juste et morale de la vie conjugale, n\u2019est pas seulement une erreur et une aberration; c\u2019est aussi une déviation intellectuelle et affective, capable d\u2019étouffer des sentiments bons et élevés, spécialement dans la jeunesse, encore dépourvue d\u2019expérience et ignorante des désillusions de la vie.(Pie XII, discours du 29 oct.1951.) 225 Une telle exaltation conduit souvent à un autre excès, l\u2019hédonisme, également dénoncé par Pie XII.Recherche effrénée du plaisir, l\u2019hédonisme devient singulièrement pernicieux lorsqu\u2019on le propose et l\u2019accepte comme la règle de l\u2019harmonie conjugale, la norme de la réussite dans la vie à deux.A cette illusion cèdent maints auteurs d\u2019ouvrages de sexualité, même catholiques, même chez nous, parfois avec l\u2019approbation de prêtres plus indulgents que sages.On s\u2019étonne qu\u2019ils aient si tôt oublié l\u2019avertissement de Pie XII: Certains voudraient soutenir que la félicité dans le mariage est en raison directe de la jouissance réciproque dans les rapports conjugaux.Non; le bonheur dans le mariage est, au contraire, en raison directe du respect mutuel entre les époux, même dans leurs relations intimes.la nature a donné.le désir instinctif de la jouissance et l\u2019approuve dans les noces iégitimes, non comme fin en soi, mais bien, en somme, au service de la vie.Bannissez de votre esprit ce culte du plaisir et faites de votre mieux pour empêcher la diffusion d\u2019une littérature qui décrit en tous ses détails les intimités de la vie conjugale, sous le prétexte d\u2019instruire, de diriger et de rassurer.Notre enseignement n\u2019a rien à voir avec le manichéisme et avec le jansénisme, comme certains veulent l\u2019insinuer pour se justifier.Il défend l\u2019honneur du mariage chrétien et la dignité personnelle des époux.(Même discours.) Par la psychanalyse, Freud aboutit à la même conclusion (voir Relations, juin 1962, p.166).Dans un ouvrage excellent, Fabienne Van Roy vient à son tour de la reformuler.Le rapport sexuel n\u2019est pas fait pour donner du plaisir, pas plus que l\u2019acte de manger ou de boire n\u2019est fait pour flatter la gour- mandise: celui-ci conserve la vie, celui-là continue la création, et il se trouve qu\u2019ils comportent l\u2019un et l\u2019autre une satisfaction V sensible.L\u2019enfant n\u2019est pas un « accident » dans la recherche du plaisir; c\u2019est lui qui justifie l\u2019attrait pour l\u2019autre sexe.L\u2019acte sexuel est un don qui implique la possibilité de jouissance, mais il est d\u2019abord un don, et c\u2019est dans l\u2019amour qu\u2019il trouve son explication.Quand la question de l\u2019acte sexuel est posée, il faudrait toujours la replacer dans son contexte humain: en dehors de la notion d\u2019amour, il est une aberration, une recherche animale de satisfaction.{UInitiation sexuelle de nos enfants, Casterman, 1962, p.198.) Comme tel, l\u2019amour dépasse le sexe.Les animaux ne s\u2019aiment pas; ils s\u2019accouplent.L\u2019accouplement, même entre humains, n\u2019épuise donc pas par lui-même la notion d\u2019un acte d\u2019amour.Il n\u2019a de sens que par l\u2019amour, mais par un amour dont le propre consiste à viser la gloire et le fardeau de la paternité, de la maternité charnelles.Toute tentative de ramener le sexe, même dans le mariage, à une promesse de jouissance inconditionnée va à l\u2019encontre de la nature, de la raison et de la foi.On trompe ainsi l\u2019humanité; on la pousse à la décadence; on l\u2019écarte de la voie du progrès ouverte par l\u2019Évangile et on l\u2019oriente vers une régression dont le paganisme d\u2019avant le Christ offre le spécimen désolant.Ni puritaines, ni manichéistes, la nature et l\u2019Église ne sont pas davantage natalistes à tout prix.Si elles réprouvent l\u2019onanisme, elles autorisent la continence périodique des époux.Nous verrons pour quelles raisons et à quelles conditions.PROBLÈMES DE VIE CHRÉTIENNE L'ÉO ALITÉ DES SEXES Marcel MARCOTTE, S.J.Mon Père, je viens de lire dans mon missel ces extraits des épîtres de saint Paul concernant la condition de la femme : « Je ne permets pas à la femme d\u2019enseigner ni de commander à son mari.Qu\u2019elle se tienne tranquille.C\u2019est Adam qui fut créé le premier, ensuite Ève.De plus, ce n\u2019est pas Adam qui a été séduit le premier par le diable, c\u2019est la femme qui, séduite, fut entraînée à la désobéissance.Par bonheur, la maternité la sauvera si elle a soin de garder sa famille avec prudence, dans la foi, la charité, la sainteté.» Quand on est une femme, mon Père, on ne peut s\u2019empêcher de penser que saint Paul était bourré de préjugés et qu\u2019il cédait à la tentation, bien masculine, de mépriser la femme du haut de son orgueil.Dans l\u2019Évangile, pourtant, Jésus n\u2019est-il pas plus sévère pour les hommes que pour les femmes ?D\u2019ailleurs, qui a donc bien pu raconter l\u2019histoire du paradis terrestre avec vérité?Peut-être l\u2019auteur du récit biblique fut-il un homme comme saint Paul qui aimait à écraser les plus faibles?Avant sa conversion, saint Paul persécutait les chré- 226 tiens.Après sa conversion, il peut bien lui être resté quelque chose de son ancienne cruauté.Et même s\u2019il est vrai que la femme a été créée après l\u2019homme, ce n\u2019est pas une raison pour que Dieu l\u2019ait moins aimée et lui ait donné moins d\u2019esprit ou une âme infirme.Vous avez dit vous-même, mon Père, que Dieu nous aime comme la meilleure des mères.Alors, comment imaginer que la meilleure des mères aimerait moins les plus faibles de ses enfants et les surchargerait de devoirs et de souffrances ?Pourquoi les femmes seraient-elles condamnées à n\u2019être que des servantes?Pourquoi n\u2019auraient-elles pas leur mot à dire dans la marche du monde ?Je pense, moi, que si la femme était vraiment considérée comme l\u2019égale de l\u2019homme, tout irait mieux sur notre planète.J\u2019ai même la ferme assurance que, suivant la volonté divine, les femmes étaient destinées à être les égales de l\u2019homme et sont appelées à le redevenir.De fait, voici qu\u2019elles se mêlent de donner leur avis, de travailler et d\u2019étudier à la manière des hommes.Depuis ce temps, RELATIONS paraît-il, tout va mal.C'est parce que les femmes, prétend-on, sont sorties du cadre que Dieu leur avait assigné.Je soutiens, au contraire, qu elles auraient dû en sortir bien avant et ne pas attendre que les hommes aient conduit le monde jusqu'au bord de l'abîme.Mon Père, excusez ma longue lettre, je sais que ce n'est pas très beau d'être aussi révoltée.Mais si les hommes ont le privilège d'exprimer leurs idées en toute liberté depuis des siècles, il commence à être temps que les femmes, à leur tour, démontrent qu'elles n'existent pas seulement pour servir d'incubateurs.IL FUT UN TEMPS, et ce temps n\u2019est pas encore entièrement révolu, où la différence des sexes était interprétée en termes de supériorité et d\u2019infériorité, l\u2019inégalité jouant régulièrement au bénéfice de l\u2019homme et au détriment de la femme.Ces préjugés, aujourd\u2019hui, n\u2019ont plus cours nulle part, dans ce sens du moins qu\u2019aucun esprit sérieux et informé n\u2019oserait attribuer à l\u2019homme, du fait même de son sexe, une supériorité réelle et innée sur la femme.L\u2019enseignement de la Bible sur ce point est très clair: Adam et Ève ont été créés l\u2019un et l\u2019autre à l\u2019image et à la ressemblance de Dieu: « Dieu créa l\u2019homme à son image, il le créa homme et femme »; \u2014 « Il n\u2019est pas bon, dit Dieu, que l\u2019homme soit seul: faisons-lui donc une aide semblable à lui.» Il faut conclure de ces textes à une égalité essentielle entre l\u2019homme et la femme, quant à la dignité humaine et aux droits fondamentaux de la personne, et aussi quant à la vocation de l\u2019un et de l\u2019autre à une destinée immortelle.Néanmoins, tant qu\u2019a duré dans le monde l\u2019emprise du péché, l\u2019homme, par un abus de sa force virile, a exercé sur la femme une tyrannie souvent odieuse.Dieu lui-même, aussitôt après la chute, en avait averti Ève: « Ton désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi.» Mais cette domination de l\u2019homme sur la femme n\u2019était pas inscrite dans le plan de Dieu, avant le premier péché.Suivant l\u2019ordre tout d\u2019abord établi, l\u2019homme et la femme auraient vécu côte à côte dans une égalité parfaite.Le grand responsable des inégalités qu\u2019on déplore, c\u2019est le péché.Mais, puisque la rédemption opérée par le Christ doit supprimer les conséquences du péché, le christianisme exige que l\u2019égalité de l\u2019homme et de la femme soit rétablie, en théorie et en pratique.Et d\u2019abord en théorie.Il serait aisé de montrer ici que le christianisme, fidèle aux leçons de la Bible, enseigne que la femme, en plus de jouir de la dignité de personne humaine à l\u2019égal de l\u2019homme, a aussi pour fonction naturelle de le compléter, de l\u2019aider, en devenant sa compagne.Il est vrai que la femme, dans l\u2019histoire du salut, porte la première responsabilité du péché.« C\u2019est par une femme, dit la Bible, que le péché a commencé, c\u2019est à cause d\u2019elle que nous mourrons tous.» Mais, à l\u2019heure de la rédemption, la femme est réhabilitée en Marie, la nouvelle Ève.Ën elle est levée la malédiction qui pesait sur Ève déchue.Cette valeur, pour la première fois, la femme ne la tient pas immédiatement de son association avec l\u2019homme, mais d\u2019elle-même, en tant que femme et que personne humaine, parce que Marie est vierge, que c\u2019est une vierge qui est mise au-dessus de toutes les femmes et à laquelle les hommes eux-mêmes, jusqu\u2019à la fin des siècles, vont rendre hommage.Désormais, on ne pourra plus apprécier la femme exclusivement comme épouse ni exclusivement comme mère, on ne pourra plus l\u2019estimer seulement à cause de l\u2019utilité des fonctions qu\u2019elle remplit, mais il faudra voir en elle, comme dans la Vierge Marie, la dignité de la personne.Célibataire ou mariée, la femme aura le droit de se considérer réellement comme l\u2019égale de l\u2019homme AOÛT 1963 puisque Marie, à la fois vierge et mère, réunit sur sa tête la double dignité de la femme chrétienne hors de toute intervention masculine.C\u2019est ce que le poète Charles Péguy a voulu exprimer en disant que la Vierge Marie est à la fois pure et charnelle, \u2014 pure parce qu\u2019elle est restée vierge pour relever la dignité des vierges; charnelle, parce qu\u2019elle est devenue mère de Dieu, pour affirmer avec éclat la dignité des épouses et des mères.Écoute, mon enfant, je vais t\u2019expliquer, écoute-moi bien, Je vais t\u2019expliquer pourquoi, Comment, en quoi La sainte Vierge est une créature unique, rare, D\u2019une rareté infinie, entre toutes précellente, Unique entre toutes les créatures.A toutes les créatures il manque quelque chose, Non seulement qu\u2019elles ne sont point le Créateur, Dieu leur Créateur, Mais en outre il leur manque toujours quelque chose.A celles qui sont charnelles, il manque précisément d\u2019être [pures, Nous le savons.Mais à celles qui sont pures, il manque précisément d\u2019être [charnelles.Il faut le savoir.Et à Marie au contraire il ne manque rien.Sinon vraiment d\u2019être Dieu même.D\u2019être son Créateur.Car étant charnelle, elle est pure.Mais étant pure, aussi elle est charnelle.Et c\u2019est ainsi qu\u2019elle n\u2019est pas seulement une femme [unique entre toutes les femmes, Mais qu\u2019elle est une créature unique entre toutes les [créatures.Littéralement la première après Dieu.Après le Créateur.[Aussitôt après.Celle que l\u2019on trouve en descendant, aussitôt après que [l\u2019on descend de Dieu Dans la céleste hiérarchie.* * * En pratique, cependant, l\u2019égalité de l\u2019homme et de la femme, en dépit des efforts de l\u2019Église, n\u2019a été admise que très lentement.Comme dans le cas de l\u2019esclavage, le christianisme n\u2019a pu imposer ses vues que petit à petit, en tenant compte de l\u2019état des esprits et des mœurs.C\u2019est ce qui explique certaines prescriptions de saint Paul auxquelles fait allusion la lettre ci-dessus.En réalité, ces prescriptions marquent déjà un tel progrès par rapport aux idées de l\u2019époque, qu\u2019elles doivent nous apparaître comme étant un véritable plaidoyer en faveur de la femme.L\u2019Église eût été bien incapable de transformer d\u2019un seul coup tous les préjugés et toutes les habitudes de ce temps; saint Paul lui-même doit en tenir compte pour ne pas bousculer trop vite l\u2019ordre établi.Mais il n\u2019en marque pas moins d\u2019un trait décisif l\u2019idéal vers lequel il faut tendre: « Dans le Christ, dit-il, il n\u2019y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, mais le Christ est tout en tous.» En attendant que cet idéal soit atteint, saint Paul complète les prescriptions toutes pratiques qu\u2019il donne à la femme, pour l\u2019amener à se soumettre à son mari, par d\u2019autres prescriptions visant à obtenir du mari lui-même une attitude plus équitable et plus charitable à l\u2019égard de la femme: « Maris, dit-il, aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Église en se sacrifiant pour elle jusqu\u2019à la mort.» Il avait dit auparavant: « Femmes, soyez soumises à vos maris comme l\u2019Église est soumise au Christ qui est son chef et son sauveur.» Ainsi donc, dans les deux cas et pour les deux sexes, les rapports entre les époux sont ramenés à ceux qui existent entre le Christ et l\u2019Eglise.La femme doit se soumettre à son mari comme l\u2019Église est soumise au Christ; le mari doit traiter sa femme de la même manière que le 227 Christ traite son Église.Le Christ gouverne par l\u2019amour; Il gouverne en faisant appel à la liberté et au sens de la responsabilité personnelle.Dans le mariage chrétien, l\u2019amour et la liberté doivent donc pareillement régler les rapports entre époux.Le mari qui gouverne, gouverne par amour; la femme qui obéit, obéit également par amour.Gouvernement et obéissance constituent des services d\u2019amour, en dedans desquels la dignité et la liberté personnelles sont toujours respectées.Sans doute, comme dans toute société bien organisée, il faut qu\u2019il y ait, dans la société domestique, une hiérarchie, un ordre.Mais cet ordre, c\u2019est celui que saint Augustin appelle « l\u2019ordre de l\u2019amour ».Le mari, par ses aptitudes et ses dons, est le chef du foyer.Mais, comme tout vrai chef, il doit exercer son autorité non pour assouvir son orgueil et son instinct de domination, mais uniquement pour procurer le bien de ceux qu\u2019il aime.« Je suis venu pour servir et non pour être servi », dit Jésus, Dans le même esprit, le mari doit travailler et se sacrifier pour sa femme et pour les enfants qu\u2019elle lui a donnés, et dans chacune de ses démarches, il doit considérer son épouse non pas comme une servante ou une esclave, mais comme une compagne et une associée.Dans son encyclique sur le mariage chrétien, Pie XI l\u2019a rappelé sans équivoque: La soumission de la femme ne nie pas, elle n\u2019abolit pas la liberté qui lui revient de plein droit, tant à raison de ses prérogatives comme personne humaine, qu\u2019à raison de ses fonctions si nobles d\u2019épouse, de mère et de compagne; elle ne lui commande pas de se plier à tous les désirs de son mari, quels qu\u2019ils soient, même à ceux qui pourraient être peu conformes à la raison ou bien à la dignité de l\u2019épouse; elle n\u2019enseigne pas que la femme doit être assimilée aux personnes que, dans le langage du droit, on appelle des mineurs, et auxquelles, à cause de leur jugement insuffisamment formé, ou de leur inexpérience dans les choses humaines, on refuse d\u2019ordinaire le libre exercice de leurs droits.Mais elle interdit cette licence exagérée qui néglige le bien de la famille; elle ne veut pas que, dans le corps moral qu\u2019est la famille, le cœur soit séparé de la tête, au très grand détriment du corps entier et au péril \u2014 péril très prochain \u2022\u2014 de la ruine.Si, en effet, le mari est la tête, la femme est le cœur, et comme le premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne la primauté de l\u2019amour.Que la femme soit supérieure à l\u2019homme sur le plan de l\u2019affectivité, qu\u2019elle soit plus capable d\u2019amour vrai et désintéressé, de générosité, de dévouement et de fidélité profonde, c\u2019est l\u2019évidence même.Dès l\u2019aube de l\u2019âme humaine, elle a devancé son compagnon sur cette route, grâce à la maternité qui lui a appris à sentir et à chérir, à protéger et entourer de soins ce qui est petit et faible, à respecter la vie, même souffreteuse et vacillante comme la flamme d\u2019un cierge, \u2014 tout simplement parce qu\u2019elle en était la source; tandis que l\u2019homme, chasseur et guerrier, n\u2019attachait de valeur qu\u2019à la force brutale et s\u2019entraînait déjà à la destruction.Mais qu\u2019on songe à ce qui serait arrivé si le mâle, suivant sa vocation comme la femelle suivait la sienne, n\u2019avait pas mis en œuvre toutes ses ressources pour dominer petit à petit par la vigueur du muscle et la puissance inventive de l\u2019esprit toutes les forces de la nature: la faune et la flore, l\u2019eau, le feu et le vent, la montagne et la mer, qui investissaient et menaçaient de toutes parts l\u2019humanité encore fragile?Ce n\u2019est pas tout de vivre, il faut aussi survivre.Tandis que la femme est occupée à donner la vie, l\u2019homme se charge d\u2019assurer la survie.Je ne prétendrai pas qu\u2019il sache toujours s\u2019v prendre de la manière la plus efficace.Son rôle est difficile, plus difficile que celui de la femme.Elle appartient au présent, à tous ces vivants qui l\u2019entourent et qu\u2019elle aime.Il est chargé, lui, de prévoir et préparer l\u2019avenir, l\u2019avenir de ces mêmes vivants que la femme, au cours des siècles, lui a enseigné à chérir.Qu\u2019il se montre, dans son rôle, inférieur à la femme dans le sien, c\u2019est assez normal, il me semble.Il est moins malaisé de cueillir dans un arbre le fruit tout proche qui mûrit au soleil que de décrocher dans le ciel une étoile dansante! Au lieu donc de susciter entre les deux sexes des conflits artificiels, pourquoi n\u2019insisterait-on pas plutôt sur leur complémentarité, sur le besoin que l\u2019homme et la femme ont l\u2019un de l\u2019autre à tous les plans de l\u2019existence, sur l\u2019avantage de mettre en commun leurs aptitudes et leurs dons, corporels et spirituels ?Peut-être alors, se rendrait-on mieux compte que la force de l\u2019un et la tendresse de l\u2019autre ne sont, en réalité, que les deux faces contrastantes d\u2019un même amour.Quoi qu\u2019il en soit, la pensée de l\u2019Église (qui est aussi celle de saint Paul) est très claire: l\u2019homme et la femme sont deux personnes égales en droits et en aptitudes naturelles.En vue de mettre ces aptitudes, différentes mais complémentaires, au service du bien commun familial, Dieu a prévu pour l\u2019homme et pour la femme une diversité de fonctions.Mais cette diversité fonctionnelle ne doit jamais être interprétée en termes d\u2019infériorité ou de supériorité d\u2019un sexe par rapport à l\u2019autre.Les époux ont l\u2019un et l\u2019autre une mission différente et des dispositions naturelles appropriées à cette mission.Chacun d\u2019eux peut et doit, dans l\u2019accomplissement de cette mission, garder son être original, ses possibilités propres, sa personnalité, et les développer lui-même au maximum, tout en aidant l\u2019autre à s\u2019épanouir le plus possible dans le sens de sa nature et de sa vocation.Le mariage est une sorte de cantate à deux voix, où chaque voix, différente de l\u2019autre, devrait conserver toute sa richesse pour chanter le mieux possible sa partie, en tâchant de se fondre avec l\u2019autre dans une harmonie supérieure et parfaite.Au reste, un temps doit venir où toutes ces mauvaises questions de différences sexuelles, d\u2019égalité ou d\u2019inégalité entre l\u2019homme et la femme, ne se poseront plus.« Ne savez-vous pas qu\u2019au jour de la consommation, nous serons comme des anges dans le ciel ?» Aussi longtemps que nous peinons sur la terre, il est impossible de supprimer tout à fait l\u2019armature extérieure et juridique qui enveloppe les relations entre les humains.Il faut que les uns gouvernent tandis que les autres sont gouvernés.L\u2019Église elle-même est soumise à cette loi.Là aussi, il y a des gouvernants et des gouvernés, des subordinations et des inégalités fonctionnelles.Mais la valeur des membres de l\u2019Église n\u2019est pas à juger d\u2019après les tâches qu\u2019ils remplissent et le rang qu\u2019ils occupent dans la hiérarchie; elle dépend de la qualité de leur amour, de la ferveur de leur service.De ce point de vue, le plus réel, car c\u2019est le point de vue même de Dieu, la plus humble paysanne peut avoir plus de valeur que les évêques, les cardinaux et le pape.Quand brillera le jour de l\u2019éternité, tout cet ordre extérieur et juridique éclatera en morceaux et les valeurs authentiques seront manifestées.Alors, la paysanne éclipsera peut-être le pontife.Il en va de même pour l\u2019homme et pour la femme.La subordination juridique d\u2019un sexe à l\u2019autre est destinée au temps de ce monde; clans l\u2019éternité elle n\u2019aura plus de raison d\u2019être et cessera pour toujours.Car « dans le Christ, répète saint Paul, il n\u2019y a plus ni homme ni femme » ; l\u2019ordre juridique s\u2019évanouit et fait place à l\u2019ordre supérieur et définitif de l\u2019amour, dans lequel, dès l\u2019origine, la primauté de la femme était inscrite.228 RELATIONS REFLEXIONS SUR LE PROJET DE CODE DU TRAVAIL Gérard HÉBERT, S.J.IE BILL 54, présenté à l\u2019Assemblée législative le 5 juin dernier, marquera une date importante dans l\u2019his-toire de la législation sociale du Québec.Pour au moins deux raisons.Depuis longtemps, praticiens et observateurs des relations industrielles réclament l\u2019adoption d\u2019un code du travail, qui ordonne, améliore et complète les lois existantes.Animé d\u2019un esprit vraiment social, ce Code devrait se substituer, en ce qui concerne les relations de groupe, aux prescriptions du Code civil, celui-ci étant conçu pour régir et réglementer les relations des personnes entre elles.Le projet soumis à l\u2019Assemblée législative veut remplir cette fonction.De plus, fait inouï depuis de nombreuses années, le gouvernement a décidé d\u2019entendre associations et individus qui désireraient lui faire connaître leurs points de vue; c'est dans ce but qu\u2019il a renvoyé le bill au Comité des relations industrielles.Dès la première séance du Comité, le premier ministre a déclaré explicitement que le texte proposé ne constituait qu\u2019un « document de travail », que le gouvernement n\u2019entendait lier son sort à aucun de ses articles.Les représentants des associations patronales et ouvrières, ceux des organismes comme les municipalités et les commissions scolaires, et les individus qui prirent la parole en leur nom personnel, ont souligné les mérites du gouvernement à ces deux titres.Ils ont mentionné, selon l\u2019optique diverse de chacun, les points qui leur semblaient heureux, s\u2019empressant d\u2019y ajouter leurs doléances.Très tôt, on en oublia les premiers pour s\u2019attacher aux secondes, d\u2019autant plus que ce qui plaît aux uns correspond rarement à ce que souhaitent les autres.Les problèmes soulevés sont d\u2019envergure: limitation du droit d\u2019association relativement à certains employés, limitation du droit de grève, vote de grève obligatoire, suppression du conseil d\u2019arbitrage dans la procédure de règlement des conflits, imposition de la retenue syndicale, réorganisation administrative de la Commission des relations ouvrières, etc.Au lieu d\u2019aborder ces questions complexes où s\u2019affrontent les intérêts divergents des employeurs et des employés, nous aimerions attirer l\u2019attention sur d\u2019autres aspects du projet: le problème de la philosophie sociale d\u2019un Code du travail, le cas particulier des instituteurs et des employés d\u2019hôpitaux, enfin les relations entre la première partie du Code, celle que le gouvernement propose présentement, et les autres qui suivront éventuellement.Philosophie de la loi ?De quelle phisosophie s\u2019inspire le code proposé ?On a donné à cette question des réponses divergentes.Les employeurs le trouvent pro-ouvrier et les chefs syndicaux, timide; d\u2019autres y voient le simple fruit d\u2019un jeu politique par lequel le gouvernement voudrait satisfaire patrons et syndiqués en accédant à quelques désirs des uns et des autres pour se gagner les bonnes grâces de tous.On peut regretter la pratique qui a eu cours jadis de doter les lois importantes d\u2019un préambule où le législateur motivait sa décision en formulant les principes qu\u2019il avait voulu mettre à la base de la loi en question.Sans doute, AOÛT 1963 le fait d\u2019exprimer le but qu\u2019on poursuit dans telle ou telle législation ne supprime pas les problèmes réels et difficiles sur lesquels la loi doit se prononcer et trancher.Un texte de loi, en effet, vise à des mesures d\u2019ordre pratique et doit opter pour l\u2019une ou l\u2019autre de diverses formules possibles, chacune d\u2019entre elles présentant ses avantages et ses inconvénients.Il n\u2019en demeure pas moins que la formulation des objectifs que se propose le législateur demeure utile: elle permet de connaître son intention avec précision et d\u2019interpréter à sa lumière les passages difficiles ou obscurs; elle donne à la loi une orientation et un esprit, qu\u2019il n\u2019est pas toujours facile de dégager des dispositions minutieuses et toujours très abondantes dans un domaine aussi complexe que celui de l\u2019ensemble des relations industrielles.Quant à essayer de dégager la philosophie sociale du Code à l\u2019étude, il ne paraît pas possible d\u2019apporter, ici et en ce moment, réponse à un problème aussi difficile.Instituteurs et employés cThôpitaux Deux groupes particuliers ont retenu l\u2019attention depuis le début des séances du Comité de l\u2019Assemblée législative, celui des instituteurs et celui des employés d\u2019hôpitaux.Leur situation a considérablement changé au cours des dernières années, vu les lois et les dispositions nouvelles relatives aux services concernés.Parmi les articles qui touchent ces deux catégories de salariés, mentionnons le troisième paragraphe de l\u2019article 60: La Commission (des relations ouvrières) transmet un exemplaire ou une copie de toute convention collective signée par une corporation scolaire ou un hôpital au ministre de la Jeunesse ou au ministre de la Santé, selon le cas, et dans les trente jours de la réception, celui-ci peut déférer la convention au tribunal d\u2019arbitrage pour qu\u2019il soit statué comme sur un différend.La procédure relative à l\u2019établissement des tribunaux d\u2019arbitrage concernant les différends entre un service public et une association de salariés accréditée ou reconnue sera considérablement transformée par rapport à la situation actuelle.Les tribunaux d\u2019arbitrage seront formés de juges de districts désignés par le lieutenant-gouverneur en conseil, qui nommera également l\u2019un d\u2019eux président du tribunal.Celui-ci désignera le ou les juges qui entendront tel différend.(Art.82-86.) On comprend l\u2019intérêt que porte le gouvernement à la négociation des conditions de travail des employés d\u2019hôpitaux et des instituteurs à l\u2019emploi des différentes commissions scolaires: par suite de l\u2019assurance-hospitalisation et de la participation de plus en plus grande de l\u2019État provincial au financement de l\u2019éducation, c\u2019est lui qui fait les frais, en bonne partie, d\u2019une amélioration des conditions de travail sur lesquelles les parties directement intéressées ont pu s\u2019entendre.Il y a lieu, semble-t-il, de distinguer le cas des instituteurs de celui des employés d\u2019hôpitaux.Pour ceux-ci, l\u2019État provincial est, d\u2019ores et déjà, le principal intéressé aux négociations.A ce titre, il ne serait que juste qu\u2019il y participe, d\u2019une manière qui reste à déterminer.Cependant, on voit difficilement comment la clause citée plus haut peut contribuer à créer de saines relations entre les hôpitaux et leurs 229 employés: toute clause sur laquelle ils se seront entendus demeurerait sujette à l\u2019approbation ou à la désapprobation du ministre de la Santé; en cas de non-approbation, c\u2019est le tribunal d\u2019arbitrage qui déterminera les normes à appliquer au cours de la durée de la prochaine convention.Avec un tel système, on risque fort de décourager toute négociation et d\u2019établir, peut-être rapidement, une situation de pure réglementation, dans laquelle toutes les conditions de travail des employés d\u2019hôpitaux seront fixées d\u2019autorité par les tribunaux d\u2019arbitrage.C\u2019est déjà même, un peu, la condition présente.Mais la mesure proposée par le Code ne semble guère plus satisfaisante.Outre ces mêmes inconvénients, le cas des instituteurs et institutrices se complique du fait que leurs employeurs se trouvent dans une situation sujette à de profonds changements.Le problème des commissions scolaires et de leurs relations à l\u2019État provincial est intimement lié à celui de la taxation.Le gouvernement actuel manifeste des tendances centralisatrices marquées.N\u2019y aurait-il pas lieu cependant d\u2019envisager sérieusement la possibilité d\u2019un réajustement de la taxe qui permette une plus grande autonomie des différentes commissions scolaires, soit sur le plan local, soit sur le plan régional?N\u2019est-ce pas préjuger des résultats de l\u2019enquête sur la fiscalité, actuellement en cours dans la province, que d\u2019opter pour une solution immédiate de centralisation ?La réponse qu\u2019on pourra toujours modifier le Code du travail, si la chose s\u2019avère nécessaire, ne paraît guère satisfaisante.A quoi bon imposer une mesure temporaire, aux répercussions sérieuses, si on prévoit qu\u2019il faudra changer la loi dans un avenir rapproché ?Relativement aux Commissions scolaires, l\u2019article 60 semble préjuger de l\u2019évolution de leur situation financière.La mesure pourrait elle-même ajouter son propre poids au mouvement de centralisation en ce domaine.La Loi de la convention collective On aurait mauvaise grâce de reprocher au gouvernement de présenter à l\u2019Assemblée législative son projet de Code du travail par tranches successives.L\u2019ensemble des lois ouvrières constitue un tout beaucoup trop vaste pour qu\u2019on envisage de l\u2019étudier autrement que par parties.Le processus toutefois comporte de graves inconvénients, et l\u2019on hésite, quand on considère ceux-ci, à accepter d\u2019emblée le mode de subdivision choisi, surtout en ce qui a trait à la Loi de la convention collective.Le présent projet doit remplacer la Loi des relations ouvrières, la Loi des différends ouvriers de Québec, la Loi des différends entre les services publics et leurs salariés et quelques autres lois.L\u2019ensemble constitue un bloc assez homogène, facilement séparable, par exemple, du problème des accidents de travail, des lois relatives à la sécurité dans les établissements industriels.Il n\u2019en va pas nécessairement de même dans le cas de la Loi de la convention collective, dont l\u2019application comporte de nombreux aspects directement reliés à l\u2019existence et au contenu de la Loi des relations ouvrières.Notons d\u2019abord que l\u2019importance de la Loi de la convention collective ne doit pas être sous-estimée.Environ 20% de tous les salariés engagés dans les industries non agricoles du Québec tombent sous la juridiction de cette loi et voient leurs conditions de travail régies par des décrets pris en exécution de ladite loi.Si on tient compte des secteurs industriels où il n\u2019existe ni décret ni convention collective signée sous la Loi des relations ouvrières, donc de cette partie de la vie économique où l\u2019influence syndicale ne s\u2019exerce pas directement, on voit que l\u2019importance de la Loi de la convention collective par rapport à la Loi des relations ouvrières dépasse de beaucoup les 20% mentionnés plus haut.Les relations entre la Loi des relations ouvrières et la Loi de la convention collective sont nombreuses et complexes.La grande industrie fonctionne d\u2019habitude uniquement sous la Loi des relations ouvrières; en d\u2019autres cas, on aura recours à la seule Loi de la convention collective, ou aux deux lois simultanément.Il y a des situations même plus enchevêtrées, comme dans l\u2019industrie de la construction; dans l\u2019ensemble, celle-ci opère exclusivement sous la Loi de la convention collective et le système des décrets, mais certains métiers ou certaines régions recourent régulièrement et intensément à l\u2019accréditation et à la Loi des relations ouvrières.La première partie du projet de code veut tenir compte de cette situation complexe.La notion d\u2019« association reconnue » vise spécialement des unions qui ne sont pas accréditées mais qui possèdent des conventions collectives, « extensionnées » ou non.Toutefois, la mention n\u2019est qu\u2019occasionnelle et paraît insuffisante si on veut tenir compte des nombreuses difficultés que soulèvent tant les relations entre les deux lois que les situations particulières propres à certaines industries.Dans ces circonstances, on comprend l\u2019hésitation des représentants patronaux et ouvriers des industries concernées à prendre position relativement au projet actuel de Code du travail avant de savoir quel sera le contenu de la prochaine partie, vraisemblablement consacrée à la Loi de la convention collective.Dans la plupart des cas, les intéressés vivent sous le régime des décrets depuis bientôt 30 ans.Le système comporte des inconvénients et des difficultés, mais aussi de grands avantages qu\u2019ils ne veulent pas perdre.Or le projet de code peut éveiller pareille crainte.Pour n\u2019en donner qu\u2019un exemple, l\u2019article 49 permet à une association nouvellement accréditée de déclarer la convention conclue par une association reconnue comme nulle et non avenue.Une telle possibilité constitue une menace constante non seulement au syndicat qui a négocié, depuis peut-être de très nombreuses années, la convention collective dont partie a été étendue par décret, mais à l\u2019existence même du système des décrets et de l\u2019extension juridique dans une industrie donnée.On dira peut-être que l\u2019accréditation d\u2019une nouvelle association de salariés dans de telles circonstances ne ferait que manifester la faiblesse du syndicat précédent et la base fragile sur laquelle aurait reposé, antérieurement, l\u2019extension de la convention collective.Dans des industries saisonnières instables et extrêmement vulnérables aux conditions du cycle économique, comme le sont souvent celles qui se sont placées sous la Loi de la convention collective, le problème est plus complexe qu\u2019on ne peut le croire à première vue.Dans de telles industries, il est quasi impossible de savoir le nombre même approximatif des employés à tel moment donné, quasi impossible également de déterminer un nombre représentatif de l\u2019entreprise, à cause des fluctua- 230 RELATIONS tions constantes de la main-d\u2019œuvre selon les exigences mêmes de l\u2019industrie.En ces circonstances, un syndicat, même relativement actif, simplement reconnu, parce qu\u2019il a déjà négocié et signé plusieurs conventions collectives, peut, à n\u2019importe quel moment, être surpris par une organisation rivale et subitement dépossédé de tous ses droits, droits fondés, dans l\u2019hypothèse, non sur un texte de loi mais sur une longue situation de fait.Pareille disposition semble une porte ouverte, sinon une invitation, au trouble et à l\u2019instabilité.La difficulté se trouve déjà dans les lois actuelles.Il ne paraît guère opportun, toutefois, de la sanctionner en l\u2019inscrivant dans le nouveau Code.La Loi de la convention collective, institution typiquement québécoise, comporte trop d\u2019avantages, malgré ses difficultés, pour n\u2019être pas considérée comme partie essentielle de notre législation du travail.Les aspects inséparables qu\u2019elle comporte par rapport à la Loi des relations ouvrières font souhaiter à tous les intéressés que le futur Code assure une meilleure intégration des deux systèmes et, qu\u2019à tout le moins, la première partie ne contienne aucune mesure définitive qui compromette le fonctionnement normal de l\u2019extension juridique.Idéalement, plusieurs auraient souhaité qu\u2019au moins ces deux parties soient présentées en même temps.Conclusion Les difficultés nombreuses et considérables que comporte un projet de Code du travail ne devraient pas, cependant, faire rejeter dans l\u2019ombre le désir général d\u2019une telle législation, ni l\u2019effort du gouvernement pour répondre à cette attente, ni enfin la bonne volonté que celui-ci a manifestée.Il faut féliciter les promoteurs du projet, en particulier, d\u2019avoir acquiescé au souhait unanime des intéressés que le projet soit reporté à l\u2019automne prochain afin d\u2019en permettre une étude plus approfondie.Le document a trop d\u2019importance: il n\u2019eût pas été sage de l\u2019adopter à la hâte à la fin d\u2019une session.Dans le but de permettre une meilleure discussion sinon du présent projet du moins de ceux qui le suivront éventuellement, on nous permettra de souligner un désir déjà exprimé dans certains milieux, celui de rendre accessibles au public les recommandations du Conseil supérieur du travail.Au lieu de réserver au secret des autorités administratives les conclusions des travaux de cet important organisme, il y aurait grand avantage à ce que le public puisse en prendre connaissance.La vitalité d\u2019un tel groupe et l\u2019utilité de ses travaux en seraient décuplées.Sans doute, le gouvernement gardera toujours non seulement le droit mais le devoir de porter jugement sur les recommandations d\u2019organismes consultatifs de cette nature.Responsable du bien commun, il peut juger que celui-ci exige des mesures différentes de celles que demandent les employeurs et les employés: ceux-ci ne constituent pas la totalité de la population, leur point de vue n\u2019est pas le seul à considérer.D\u2019un autre côté, dans une démocratie vivante, mieux le public sera renseigné sur les problèmes que l\u2019autorité dort trancher, plus celle-ci aura chance de le faire selon l\u2019équité et la justice.1er juillet 1963.«NOTRE RÉFORME SCOLAIRE» Georges ROBITAILLE, S.J.IE MÉMOIRE PRÉSENTÉ par la Fédération des Col-lèges classiques sur Notre réforme scolaire à la Commission royale d\u2019enquête, la Commission Parent, vient de paraître en deux volumes au Centre de Psychologie et de Pédagogie.La première partie, Les Cadres généraux, fut déposée à la Commission en séance publique le 20 juin 1962; la seconde, sur l'Enseignement classique, lui fut remise l\u2019automne dernier.La Commission Parent ayant publié en avril la première tranche de son rapport et prôné la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation muni de tous les pouvoirs de décision, il peut sembler archaïsant d\u2019engager à lire le mémoire de la Fédération qui, elle, soutenait la restauration des pouvoirs du Surintendant, même sur le budget de l\u2019Éducation.Ce mémoire n\u2019est-il pas doublement dépassé et digne tout au plus des archives?Il n\u2019en est rien, croyons-nous.A tout le moins, par toute sa seconde partie qui étudie la situation actuelle de l\u2019enseignement classique dans les collèges; elle demeure une étude pertinente et attachante de l\u2019enseignement et d\u2019un groupe d\u2019institutions qui furent le noyau même de notre richesse culturelle, le foyer où se formèrent, de toutes les classes et pour toutes les classes, nos élites robustes, solides, ouvertes aux vraies valeurs, capables d\u2019aborder, quand il le faudrait, les diverses spécialisations.C\u2019est le témoignage que leur rendait en 1952 le grand éducateur Sydney Smith alors président de l\u2019Université de Toronto: AOÛT 1963 Québec a parfaitement compris l\u2019importance de l\u2019avancement des sciences physiques; il a été un meneur dans le développement des sciences sociales et de la philosophie sociale; cependant dans la poussée vers la spécialisation, il n\u2019a pas abandonné son humanisme classique qui, en recueillant la leçon du passé, ouvre de riches aperçus sur le présent; éducation dont les fruits sont une maturité culturelle, une délicatesse de manière, une ouverture d\u2019esprit et une facilité d\u2019expression auxquelles nous devons rendre hommage.Québec, je le redis, nous rejoindra en technologie avant que nous atteignions son niveau culturel.(II, p.51.) On peut donc sans hésiter lire ce tome II du Mémoire de la Fédération si on veut apprécier comme il convient l\u2019appoint culturel de nos collèges classiques et, au besoin, le défendre contre ceux qui veulent les démanteler, les décapiter, les affamer ou les réduire en tutelle.Le péril n\u2019est pas chimérique h Cette IT partie du Mémoire fut rédigée en collaboration par des membres du conseil général et du secrétariat, puis discutée avec le Conseil général, enfin approuvée par l\u2019Assemblée générale que forment les 91 supérieurs des collèges fédérés.En six chapitres, on discute tous les aspects majeurs de nos collèges: le cours classique, i; le collège classique, il ; les étudiants, ni; le personnel, iv; les services éducatifs, v; la Fédération des collèges classiques, vi.Il serait hors de 1.Voir Florian Larivière, S.J., recteur: Inquiétude au Collège, Bulletin des Anciens, Le Collège des Jésuites, Québec, mai 1963; aussi, Le Devoir, 5 juillet 1963, p.14.231 propos d\u2019analyser ici en détail cette somme d\u2019informations et de réflexions.Pour peu qu\u2019on s\u2019intéresse à l\u2019éducation, à l\u2019éducation dans nos collèges, notamment, on sera conquis par la vitalité qu\u2019attestent ces pages.Nos collèges dans toute la province demeurent fidèles à l\u2019esprit de culture générale qui les définit, et ouverts aux progrès de toute forme que demande la réalité sans cesse changeante.Qu\u2019il s\u2019agisse des programmes d\u2019études, de types nouveaux de formation générale, d\u2019institutions mieux adaptées à des fins particulières: baccalauréat spécialisé ou cas cliniques; qu\u2019il s\u2019agisse des étudiants et de leurs multiples problèmes, qu\u2019il s\u2019agisse surtout des professeurs dont le rôle est décisif, à proportion qu\u2019ils sont des personnalités intégrées, des éveilleurs et forment équipe.Ces pages sur les professeurs sont parmi les meilleures et pourraient inspirer nos sections classiques qui s\u2019organisent et nos institutions secondaires où les jeunes déplorent la rareté des vrais maîtres (Le Devoir, 25 juin 1963).Nos collèges classiques ont bénéficié de maîtres qui étaient dans notre milieu les plus cultivés, à qui leurs études philosophiques et théologiques, leur expérience de la vie assuraient une sagesse de haute qualité.Notre Nation leur doit, pour une très large part, sa santé spirituelle et morale.Le lecteur qui a suivi le développement de l\u2019enseignement dans la province et qui s\u2019interroge sur la part faite aux laïques, les salaires, le financement des institutions, etc., aura plaisir à trouver ici l\u2019inventaire des ressources que mobilisent présentement les institutions classiques pour se rajeunir et se dépasser.Nos collèges demeurent probablement dans notre système scolaire la section la mieux bâtie, la plus solide et la plus vivante.* * * Dans l\u2019inventaire général de notre enseignement qui se poursuit, les collèges ont estimé avoir leur mot à dire.Situés à la jonction des enseignements élémentaire et universitaire comme une charnière, ils ont cru devoir pour leur part se définir et repenser eux aussi notre système.Cela nous a valu la première partie de leur Mémoire: les Cadres généraux, formée de 4 sections: l\u2019état présent de l\u2019éducation, i: les fondements de l\u2019éducation, il; la structure des études, m; notre politique scolaire, iv.La méthode adoptée a mis à contribution de façon suivie les corps professoraux des 91 collèges fédérés.Les rédacteurs, le P.Marcel de Grandpré, C.S.V., et ses assistants, l\u2019abbé J.-B.Comeau et M.Louis Gadbois, en ont profité.Après des échanges de vues et des revisions nombreuses, le Mémoire fut soumis à l\u2019Assemblée générale et approuvé.Il nous a paru tout à fait remarquable: par la richesse de l\u2019information, par l\u2019ordonnance générale, surtout par la solidité et l\u2019équilibre.Il est dommage que ce Mémoire ait été présenté aux dernières séances de la Commission Parent et n\u2019ait reçu des journaux qu\u2019un traitement sommaire.Il garde toute sa valeur et, plus que jamais, il est temps de nous en aviser.Loin qu\u2019il soit éclipsé et déprécié par la première tranche du Rapport Parent, il s\u2019en trouve éclairé à son avantage; il est autrement solide et bâti, et fidèle à notre tradition spirituelle, juridique et nationale, sans pour autant porter d\u2019œillères.Il s\u2019ouvre par une vue de l\u2019état de l\u2019éducation dans le monde et dans la province.A vol d\u2019oiseau, c\u2019est l\u2019évolution qui entraîne notre monde occidental depuis la Renaissance, par suite des grandes découvertes géographiques et du progrès technique.Il en est résulté en éducation la démocratisation, sanctionnée en 1948 à l\u2019O.N.U.par la Déclaration universelle des droits, la scolarité obligatoire et gratuite, la culture et la spécialisation, l\u2019expansion scolaire, les mises de fonds de plus en plus considérables, les besoins de plani- fication.Le Mémoire éclaire bien des difficultés qui tiennent à notre régime fédéral.Ainsi l\u2019éducation relève exclusivement des provinces tandis que l\u2019économique, qui l\u2019alimente et la commande en grande partie, concerne à la fois le fédéral et les provinces.Le Mémoire aurait pu être plus hardi dans l\u2019appréciation des forces techniques qui nous entraînent; en tout cas, nulle routine barre la route.Le chapitre n réaffirme les principes sur lesquels doit se bâtir un système d\u2019éducation.Toute institution d\u2019enseignement, en effet, repose sur une philosophie de l\u2019éducation, chrétienne ou marxiste, ou intermédiaire entre l\u2019une et l\u2019autre.« Cela va de soi et n\u2019avance point les problèmes, répète-t-on, inutile d\u2019y revenir.» Au contraire, il est toujours capital de se rappeler où l\u2019on veut aller, à proportion que l\u2019avion est puissant et rapide.Une des critiques les plus sévères faite au Rapport Parent fut son insuffisance en ce domaine.Ici, au contraire: l\u2019éducation est définie par la dignité de l\u2019enfant qui est une personne; elle intéresse l\u2019enfant, la famille, l\u2019État, l\u2019Église.Ces notions, si elles sont générales, ne sont jamais banales.Toujours elles sont enracinées dans notre milieu, en liaison avec les problèmes que nous nous posons.Ainsi la démocratisation de l\u2019enseignement repousse toute discrimination et justifie nos écoles de recevoir des fonds publics comme toutes les écoles d\u2019État.L\u2019Église éducatrice entreprend de former un chrétien complet.Rassurons-nous: « ce but n\u2019exclut aucune des fins que peuvent se proposer en éducation la famille ou l\u2019État.Il permet de les atteindre beaucoup plus sûrement.» J\u2019aurais souhaité, pour ma part, que le Mémoire, en définissant l\u2019idéal de l\u2019éducation, s\u2019inspire des réflexions du P.Angers dans son opuscule sur les Problèmes de la culture au Canada français et dégage plus nettement ce qu\u2019est la culture, cette vie de l\u2019esprit épris de connaître pour connaître; ce qui commande « une politique de l\u2019esprit » (Relations, juin 1963, p.197).Intellectum valde ama, disait saint Augustin: intégrée dans la charité, la culture intellectuelle contribue singulièrement à la plénitude de la personne.Le troisième chapitre expose la structure des études.Il s\u2019ouvre par un rappel des principes touchant trois ordres de problèmes: la structure des études, la structure de l\u2019autorité supérieure, la structure des institutions.« Il est capital de bien distinguer les problèmes et de les étudier séparément, sans adopter jamais dans un domaine une décision pour des motifs tirés des deux autres.» Nos difficultés au Québec présentement portent sur les trois ordres.Cela explique leur gravité et leur complexité; plus que jamais il faut procéder avec discernement.Enfin, en sa quatrième section, le Mémoire discute le problème des structures supérieures de l\u2019autorité, celui-là même que la première tranche du Rapport Parent a posé devant l\u2019opinion et auquel le gouvernement Lesage, par son bill 60 sur le ministère de l\u2019Éducation, a conféré un caractère d\u2019urgence.De façon remarquable, bien supérieure, à mon avis, à celle du Rapport Parent, le Mémoire de la Fédération éclaire les implications constitutionnelles, juridiques et confessionnelles de ce très grave problème.On ne voit pas que la Commission Parent ait tenu compte de ce Mémoire.On s\u2019est étonné que la Fédération propose simplement de rajeunir notre système scolaire, en lui gardant ses cadres actuels, en remettant même le financement de l\u2019Éducation au Surintendant, alors qu\u2019il s\u2019agit du A ou du A du budget provincial et que des lois récentes ont transféré au ministère de la Jeunesse cette administration.Cette position est moins anachronique qu\u2019il peut sembler.M.Gérard Filion, vice-président de la Commission Parent, n\u2019était-il pas encore de cet avis le 13 mai 1959 quand il écrivait: 232 RELATIONS On nous propose dans certains milieux la création d\u2019un ministère de l\u2019Education.Mais il existe déjà ce ministère; c\u2019est celui de la Jeunesse.Ministère de l\u2019Education non confessionnelle, étatisé, sur lequel l\u2019autorité religieuse n\u2019exerce de surveillance que par simple tolérance.Au lieu d\u2019un ministère de l\u2019Education, il serait autrement plus réaliste de refondre la Loi de l\u2019Instruction publique de manière à placer tout l\u2019enseignement sous toutes ses formes et à tous ses degrés sous l\u2019autorité du Conseil et du Département de l\u2019Instruction publique (.) Dans l\u2019esprit des auteurs de la Loi, celle-ci devrait donner au Conseil et au Surintendant de l\u2019instruction publique une autorité complète sur tout l\u2019enseignement public.Le temps est venu de revoir le problème dans son ensemble et de compléter notre système d\u2019enseignement dans la ligne d\u2019une tradition de cent ans.(P.141.) Dans la même ligne de pensée, un haut fonctionnaire du ministère de l\u2019Éducation en France souhaite pour l\u2019ensemble du système scolaire un statut de liberté, d\u2019indépendance institutionnelle établie, délimitée et protégée par les structures de l\u2019État, qui se compare aux garanties de la magistrature (pp.129 et 130, note).Et M.Yves Prévost, en sa conférence à Chicoutimi, le 25 mai dernier, proposait un ministère de l\u2019Éducation sui generis, comportant à côté du ministre, le Surintendant ou le président du Conseil supérieur de l\u2019Éducation avec autorité pour présenter son rapport à un comité parlementaire permanent.En effet, il s\u2019était bâti chez nous, à l\u2019ombre du droit britannique, un système d\u2019institutions remarquablement ajustées à notre situation pluraliste, respectueux de tous les droits des catholiques comme des protestants, capable d\u2019assurer à ceux qui sont d\u2019une autre croyance ou qui n\u2019en ont aucune la même authentique liberté.Nous y avons mis cent ans.La vie œuvre lentement et ce n\u2019est pas un coup de barre qui a chance d\u2019égaler ses réussites.Voilà pourquoi il est déplorable, comme le déclarait la Fédération des collèges classiques le 23 juin dernier que: « La Commission Parent n\u2019a[it] pas étudié suffisamment chacune des formules administratives possibles.» L\u2019opinion est insatisfaite; on ne l\u2019a point suffisamment éclairée.On ne lui a point prouvé qu\u2019il fallait de tels changements.On peut se demander aussi si la Commission Parent, en acceptant en plus des commissaires, un représentant du ministère de la Jeunesse, n\u2019a point laissé entamer l\u2019indépendance et la liberté de son orientation.Pour s\u2019assurer un parfait équilibre, n\u2019aurait-elle pas dû compter aussi un représentant du Surintendant, nommé en vertu de la Loi de l\u2019Éducation?Nous invitons donc sans hésiter tous ceux qui veulent se renseigner sur les institutions séculaires que l\u2019on va bientôt chambarder, à lire ce chapitre iv du Mémoire de la Fédération.Ils y trouveront une étude fouillée et solide de tout notre système scolaire: le cadre constitutionnel où il s\u2019est construit; les structures essentielles: Surintendant, Conseil de l\u2019instruction publique, Comités catholique et protestant, Département de l\u2019instruction publique; enfin les projets de réforme qui lui rendraient pleine efficacité.Ces pages demeurent actuelles.N\u2019est-ce pas l\u2019argumentation du Mémoire que reprenait dans Le Devoir du 27 juin M.Claude Ryan quand il dénonçait la situation fausse où se trouvera toujours chez nous un ministre chargé de l\u2019orientation pédagogique de notre enseignement tant que nous aurons un enseignement public confessionnel ?Il peut administrer, mais diriger l\u2019orientation confessionnelle, comment le peut-il avec autorité puisqu\u2019il est solidaire d\u2019un cabinet politiquement non confessionnel?La fonction du Surintendant et les attributions de direction accordées aux deux Comités avaient résolu ce problème.Nous avions travaillé au rythme de l\u2019histoire.C\u2019était du beau travail.Le temps se venge souvent de ce qu\u2019on fait sans lui.AOÛT 1963 AU SERVICE DU FRANÇAIS Récidives et originalités PUISQUE tant de nos chroniqueurs récidivent et semblent appliqués au massacre du français, récidivons aussi et redressons, une dernière fois, quelques-unes de leurs gaucheries habituelles.Ils s\u2019entêtent à employer l\u2019adjectif un ou une à la manière anglaise.On lit dans leurs reportages: M.Marion, ancien professeur.et « un » membre de la Société royale.Ou bien: la recrudescence de la tuberculose, « une » maladie qui.A l\u2019anglicisme s\u2019ajoute ici un quasi-pléonasme, car le numéral alourdit la construction de la phase sans lui donner plus de sens.Ils connaissent et utilisent à l\u2019occasion l\u2019expression juste: outrage au tribunal, à la magistrature.Ils continuent cependant d\u2019écrire: « mépris de cour » (contempt of court), au mépris de la courtoisie due à la langue française.Des communiqués nous avertissent que telle visite ou cérémonie se déroulera « sur semaine », au lieu d\u2019en semaine.La publicité invite les clients aux centres « d\u2019achats », qui sont des centres commerciaux.Dans un compte rendu, on reproduit l\u2019incorrection de l\u2019avocat qui, au nom de la couronne, ne « s\u2019objecte » pas à telle question posée par son confrère; orr il faut dire: ne s\u2019oppose pas.De bouche et de plume, on répète la tournure paresseuse et offensante à l\u2019oreille comme à l\u2019esprit: « au point de vue instruction », quand la rigueur française exige: au point de vue de l\u2019instruction.Encore et toujours, on commet le misérable pléonasme « défrayer le coût »; maladresse puérile, car défrayer signifie: acquitter le coût, payer les frais.Enfin, je mentionne de nouveau l\u2019insupportable «en termes de » que des barbouilleurs et même des écrivains de renom nous servent, à l\u2019anglaise, sans rime ni bon sens, comme lorsqu\u2019on fait allusion aux gens qui, traitant de relations internationales, « pensent en termes de défense et d\u2019attaque ».Je connais peu d\u2019exemples où l\u2019illogisme verbal de l\u2019anglais, qui accommode à n\u2019importe quelle sauce l\u2019expression in terms of, corrompt aussi évidemment la logique sémantique du français.Non contents des bourdes lexicologiques et grammaticales, auxquelles se complaît tout le monde, nos griffonneurs quotidiens inventent des cacographies inattendues.Parlant d\u2019une riposte, ils écrivent « répartie », au lieu de repartie.La première forme ne convient qu\u2019au participe passé du verbe répartir, qui signifie distribuer, partager.Estimant, je suppose, trop facile le tour normal: faire tout son possible, ils y ajoutent une encombrante préposition, ce qui donne: « faire tout en son possible », imitation d\u2019une autre tournure, correcte celle-là: faire tout en son pouvoir.Mais pour user correctement de l\u2019une et de l\u2019autre, il importe de discerner l\u2019abstrait et le concret, l\u2019objectif et le subjectif.Nous savions, qu\u2019ils endossent ou font endosser plans et projets, sans qu\u2019il s\u2019agisse de signature apposée au dos d\u2019un document; or, ils.nous apprennent maintenant qu\u2019un tel a « endossé par téléphone » l\u2019opinion de son interlocuteur.Voyez-vous ça! Enfin, il semble que se répande la manie de confondre orgueil et fierté.Les Anglais n\u2019ont qu\u2019un adjectif, proud, pour traduire fier et orgueilleux.La nuance est de taille, pourtant.Malgré les journalistes, nos Montréalais auraient tort de s\u2019enorgueillir de leurs réalisations; qu\u2019ils s\u2019en montrent fiers plutôt.Hélas! la vertu n\u2019a pas meilleure presse que l\u2019orthographe: on écrit s\u2019enorguewillir, et on mêle orgueil et fierté.Progrès ?Déblocage ?Rions avant qu\u2019on ne nous force à pleurer.J.d\u2019Anjou.23a NOTRE DIFFERENCIATION NORD-AMERICAINE René DIONNE, S.J.ONVERGENCES \\ \u2014 on l\u2019a dit, mais il faut le répéter, \u2014 est un fort beau livre; il ne peut que nourrir et stimuler la réflexion du lecteur canadien-français: il le met en question presque à chaque page, et souvent d\u2019une façon provocante.Trop nombreux sont les thèmes abordés par M.Le Moyne pour que nous essayions ici de rendre compte de tous; nous nous contenterons de dégager celui de notre « différenciation nord-américaine ».Nous sommes cPAmérique C\u2019est en lisant Henry James que M.Le Moyne a pris conscience de cette différenciation et qu\u2019il est « revenu » d\u2019Europe.Il se trouvait « quelque part dans l\u2019univers jame-sien » lorsqu\u2019il s\u2019est rendu compte qu\u2019il ne traduisait plus, ¦« de cette traduction qui était référence à (sa) mentalité française ».Il s\u2019est d\u2019abord « émerveillé de cette aisance, mais sans penser à l\u2019interpréter.Depuis, elle n\u2019a fait que s\u2019approfondir: lisant de l\u2019anglais, ma saisie et ma critique se produisent dans le monde où je me trouve et selon lui, sans aucun dépaysement ni besoin de vérification extérieure \u2014 ma lecture engage ma pensée et ses façons.» (P.26.) Il fallait une certaine dose de courage, et peut-être rien moins que la forte personnalité de M.Le Moyne, pour oser reconnaître et proclamer une telle vérité en plein milieu intellectuel canadien-français.Se confesser américain, ou simplement se dire tellement à l\u2019aise dans un milieu anglo-saxon qu\u2019on y découvre « comme des saveurs de patrie », n\u2019est-ce pas renier sa race en même temps qu\u2019avouer sa propre dégradation au niveau du matérialisme et de l\u2019empirisme de qui vous savez ?Un Canadien français n\u2019appartient-il pas à ce haut lieu privilégié de la pensée et de l\u2019humanisme qu\u2019est la culture française ?Suivons M.Le Moyne.Aujourd\u2019hui qu\u2019il a davantage approfondi son expérience de lecteur, il ne craint pas d\u2019affirmer que « la conscience la plus vaste, la plus profonde, la plus nuancée de la dualité nord-américaine qui est la nôtre, nous la devons à James ».Faut-il nous en étonner?Non, rien là que de trèsjiormal, « car lorsque James commençait à écrire seuls les États-Unis présentaient un milieu suffisamment dense et ouvert, assez pourvu d\u2019expérience et d\u2019expression pour entamer avec l\u2019Europe un dialogue en pleine contemporanéité ».De vrai, la qualité d\u2019existence requise pour une semblable prise de conscience, nous ne l\u2019avions pas alors (« enfermés dans une enclave historique, nous étions trop pauvres de tout et trop attardés en tout »), et nous ne l\u2019avons pas encore aujourd\u2019hui.L\u2019aurons-nous jamais?Pourrons-nous, un jour, « rendre compte de nous-mêmes en français » ?M.Le Moyne ne le croit plus, pour la bonne raison que « l\u2019invention et la forme de l\u2019Amérique ne sont pas françaises ».« Il en résulte, écrit-il, que nous sommes soumis à une pression osmotique qu\u2019aucune paroi ne saurait contenir.Le seul obstacle, étant donné une localisation géographique aux frontières indistinctes, serait ce que nous n\u2019aurons jamais: le nombre.» (27.) Cette vue nous semble trop pessimiste.S\u2019il est vrai que « l\u2019invention et la forme de l\u2019Amérique ne sont pas françaises », il reste qu\u2019elles sont, du moins pour une part, nôtres, 1.Jean Le Moyne: Convergences.Essais.Coll.«Convergences », 1.Montréal, Editions H.M.H., 1961, 324 pp., 20.5 cm.et que notre langue demeure le français, nonobstant sa difficile pureté.Qu\u2019on ajoute à cette particularité linguistique nos trois siècles d\u2019histoire, -\u2014 ou d\u2019isolement, \u2014 et un certain lot de traditions propres, et l\u2019on devra, comme M.Le Moyne le fait de temps à autre, admettre l\u2019existence d\u2019un être authentiquement canadien-français.Que cet être soit pauvre, c\u2019est un fait, et qu\u2019il ait mauvaise mine, c\u2019en est un autre, tout aussi indiscutable; mais, que tout pauvre et malingre qu\u2019il soit à l\u2019heure actuelle, il ne laisse point d\u2019exister différent de celui de nos voisins, voilà le fait important, l\u2019essentiel rayon d\u2019espoir, le germe de vie encore gros de possibilités.Nous n\u2019aurons jamais le nombre, \u2014 encore faudrait-il s\u2019entendre sur ce nombre! \u2014mais le nombre n\u2019est pas tout et, de moins en moins, il importe au premier chef, étant donné les relations de plus en plus faciles avec les autres communautés francophones, compte tenu du fait que ces facilités jouent également en sens inverse.Beaucoup plus juste et plus importante la remarque suivante, à savoir que « la chose anglo-saxonne nous est doublement présente: dans son originalité européenne et sa prodigieuse différenciation nord-américaine ».M.Le Moyne a bien vu ce qui a fait la force de cette présence: « Entre les deux formes il n\u2019y a pas eu d\u2019hiatus, l\u2019information de la seconde par la première n\u2019ayant jamais cessé et étant devenue bientôt mutuelle.» On pourrait nuancer en soulignant que l\u2019indépendance américaine a tout de même opéré une certaine séparation, mis une certaine distance entre la mère et la fille.Mais cela s\u2019est fait à la manière d\u2019un sevrage opportun plutôt que d\u2019une rupture ou d\u2019un arrachement, voire d\u2019une mutilation, \u2014 comme dans notre cas, \u2014 et cette distanciation fut immédiatement contrebalancée, quant à ses effets sur nous, par une pénétration britannique plus grande au Canada.Mise à la porte de nos voisins, l\u2019Angleterre réclamait des appartements chez nous; elle ne cessait pas d\u2019habiter l\u2019Amérique du Nord.La France, elle, avait dû quitter pour de bon, emportant le meilleur de nous-mêmes, si bien que « la chose française ne subsiste à vrai dire pour nous qu\u2019en sa source » et « que notre peuple ne peut plus recevoir l\u2019information française au niveau de l\u2019instinct et du quotidien, tandis qu\u2019il est de plus en plus perméable à l\u2019information anglo-américaine, laquelle il tend à identifier avec raison à la vie » (27-28).Littérature française, littérature étrangère Si l\u2019on songe, d\u2019une part, que « l\u2019information dont il est question comporte l\u2019ensemble des cultures engagées, depuis les plus hauts messages spirituels jusqu\u2019aux moindres détails de mœurs, de l\u2019industrie lourde au plus banal appareil ménager », et, d\u2019autre part, que « la littérature n\u2019existe pas à l\u2019état séparé,», mais qu\u2019elle est « conscience organisée d\u2019innombrables modes d\u2019incarnation », on se doit de conclure que « si une littérature est reçue abstraite de quelque façon de sa matière chamelle, c\u2019est qu\u2019elle est plus ou moins étrangère ».Mais alors, quelle peut être la valeur de la littérature française pour nous ?Ayant fait surgir la question, osons la formuler dans sa brutale réalité: la littérature française ne nous serait-elle pas, jusqu\u2019à un certain point, devenue étrangère ?Consciencieusement, pour son propre compte et notre édification, notre auteur s\u2019est interrogé: « .jusqu\u2019à quel 234 RELATIONS degré la littérature française aura-t-elle été pour moi chose vécue et comment puis-je m\u2019attribuer une mentalité française ?» Le jeune Le Moyne, comme plusieurs d\u2019entre nous, a pourtant eu de la chance.Il avait hérité de ses ancêtres « un fonds d\u2019imagerie très riche » et « rien à la maison [n\u2019a fait] volontairement obstacle à l\u2019information française ».C\u2019est en français, « et en Français autant que cela peut être possible hors de France », qu\u2019il a fait, au collège, la « découverte de la conscience et du monde »; on lui a présenté les grands auteurs français, il les a fréquentés avec assiduité, entrant en possession de ces « biens inaliénables » avec une « avidité qui avait la sûre intuition de l\u2019inépuisable vérité ».Aujourd\u2019hui encore, « ce grand monde français de (son) adolescence », « il est toujours présent et visité ».Ce n\u2019est que sur le tard que l\u2019étudiant est venu à la littérature anglaise.Bien sûr, on enseignait l\u2019anglais au collège; mais les grands auteurs anglo-saxons, ils sont tous un peu protestants, et puis les catholiques, même quand ils s\u2019appellent Newman ou Chesterton, ce sont des « apologètes » ! Alors.Les premières lectures anglaises de M.Le Moyne, quelque enrichissantes qu\u2019elles furent, ne l\u2019arrachèrent pas à son milieu français: Et tandis que je m\u2019y avançais, les humanités françaises me régissaient toujours à la manière d\u2019une patrie indiscutée, indiscutable.Pôle d\u2019attraction, centre de gravitation, lieu des critères, des canons et des formes idéales, champ de la sensibilité, la France était tout et tout lui était référé.Je n\u2019avais conscience de n\u2019évoluer que dans cet espace spirituel et selon lui; le reste c\u2019était l\u2019étranger.(25.) Pourtant, sans qu\u2019il s\u2019en rendît compte, s\u2019opérait chez lui une évolution qui aboutirait à la découverte faite chez James.« Rétrospectivement », il peut en voir dans son « aisance égale à voyager avec M.Pickwick et ses amis et avec Pantagruel et sa cour une manière de symptôme ».De toute façon, l\u2019évidence s\u2019impose que les conditions, même particulièrement favorables, de son éducation française ne pouvaient l\u2019abstraire complètement ni longtemps de l\u2019Amérique: Si favorables qu\u2019aient été ces circonstances, elles ne suffisaient quand même pas à faire un Français, ce que je me suis efforcé à croire un long moment de ma vie avec une ardeur désespérée.J\u2019étais ici et né autre et chargé de problèmes particuliers à mes lieux et moments.J\u2019étais, pour une proportion difficile à apprécier exactement mais certainement énorme, absent de ce que j\u2019allais recevoir.Aux images de là-bas, si vives et si passionnément habitées, s\u2019ajoutaient celles d\u2019ici, tissées par le temps et acquises dans sa constance, et plus profondes parce qu\u2019elles atteignaient directement l\u2019inconscient, alors que les premières ne possédaient pas toutes ce pouvoir.La littérature française que j\u2019allais recevoir de maîtres pour la plupart assez absents de Paris, je crois, ne pouvait donc être qu\u2019interprétée et filtrée de toutes parts, par moi d\u2019abord et par eux; elle ne pouvait être en de telles conditions que chose partiellement vécue.(28-29.) « Mais comment expliquer que le vécu partiel ait si longtemps et si bien joué le rôle d\u2019une totalité ?» M.Le Moyne en discerne deux raisons: Premièrement, cela tient au fonds inconscient d\u2019imagerie française, à la fois héritage collectif transmis par la langue et petite somme d\u2019acquisitions familiales.Ma passion utilisait ses pauvres champs de sympathie et de résonance avec une habileté inimaginable pour ce qui s\u2019est toujours trouvé en parfaite coïncidence avec sa propre culture.Peut-être a-t-elle accompli là, par tant de déplacements, d\u2019extensions et d\u2019accommodations, quelque chose d\u2019extraordinaire.Quoi qu\u2019il en soit de ces prouesses intérieures, tout acte de conscience dont l\u2019incarnation était ainsi garantie aura eu pleine valeur d\u2019expérience.AOÛT 1963 Deuxièmement, absent de là-bas, j\u2019étais de plus singulièrement absent d\u2019ici, je veux dire maintenu à l\u2019écart de ce qui s\u2019accomplissait sur le plan matériel, de tout ce qui concernait l\u2019aménagement de notre pays, œuvre essentiellement anglo-saxonne, ou anglo-américaine, comme on voudra.Dans une pareille situation, la chose littéraire reçue et cherchée, étant tout le possible en conscience, apparaissait comme l\u2019actualité du tout.Quant à la mentalité française, sa réalité se trouve réduite au dur noyau des expériences authentiquement incarnées au sens indiqué plus haut.(29-30.) Ajoutez à ces raisons le préjugé tenace qui veut que la France soit non seulement notre lieu culturel, mais aussi celui de la fine fleur de l\u2019humanité, lardez ce préjugé de la méfiance qu\u2019un bon catholique, homme cultivé par surcroît, se doit d\u2019entretenir envers le monde anglo-saxon, protestant et matérialiste, et vous aurez ce qu\u2019il faut pour expliquer notre vie artificielle.Au fond, chez le jeune Le Moyne comme chez tout Canadien français soi-disant cultivé, deux mentalités se côtoyaient, coexistaient.La française, donnée comme « unique centre spirituel », ne l\u2019était qu\u2019 « illusoirement »: elle ne faisait que dominer; l\u2019autre, l\u2019innommée, celle qu\u2019on se refusait à considérer, sauf comme influence indue sinon bête à mépris, c\u2019était la vie, c\u2019était la nord-américaine.Notre différenciation canadienne-française Si vous consentez à la regarder de près, vous y découvrirez, dans un coin noir, toute repliée sur elle-même malgré les soubresauts qui l\u2019agitent, se nourrissant à la nord-américaine qui voudrait bien la digérer une fois pour toutes ou l\u2019éliminer, une toute petite différenciation canadienne-française.C\u2019est l\u2019histoire qui l\u2019a logée là et c\u2019est à force de volonté qu\u2019elle survit.Considérez plus attentivement cet avorton.Faites-le, comme M.Le Moyne, par devoir sinon par goût.Le mal-né souffre de la conquête anglaise, du cléricalisme qui s\u2019ensuivit, du dualisme français et religieux du xvne siècle, et de bien d\u2019autres maux encore.S\u2019ils n\u2019ont pas tout rongé, c\u2019est que, \u2014 y aviez-vous jamais pensé ?\u2014 le protestantisme « assure ici la différence et l\u2019équilibre » : .il représente la réalité infrangible et son libre examen nous tient lieu indirectement de tradition révolutionnaire.Il nous sauve de la corruption, du piétinement et des stériles violences qui sont le lot de la catholique Amérique latine.(.) En tant que groupes sociaux engageant des valeurs, les deux éléments catholique et protestant réagissent l\u2019un sur l\u2019autre \u2014 sans se connaître \u2014 et s\u2019obligent à composer selon l\u2019esprit de compromis de la nation.Dans notre cas à nous, la perméabilité protestante nous sert en contribuant à nous exposer un peu plus aux aventures humaines.(52-53.) De plus, du catholicisme de la France moderne nous est venue une sorte de baume de salut, oint dans la clandestinité: « le salut de l\u2019intelligence au moins et peut-être de la foi ».Malheureusement, ce salut ne vaut qu\u2019imparfaitement: son message de liberté est « sans liens organiques avec ici » ; s\u2019il nous sauve, c\u2019est ailleurs.Nous voilà donc aliénés une fois de plus; notre solitude grandit, notre exil s\u2019amplifie en se perpétuant.« Et pour comble, le dualisme propre à notre vieille religion française s\u2019est greffé d\u2019une morbidité telle que la névrose apparaît chez nous à l\u2019état culturel.» Nous nous sentons coupables: Le monde, exil et vallée de larmes, était donc mauvais et nous [avons eu] à faire la très dure conquête de notre portion.^ La chair était mauvaise et nous nous sommes multipliés énormément.La matière était mauvaise et il nous a fallu contribuer à sa domination, entourés que nous étions de mentalités moins malades et moins peureuses que nous.235 Cette contradiction a déterminé une culpabilité qui nous aura empoisonnés jusqu\u2019à la racine, et terre avec.(190.) En douteriez-vous ?Ouvrez « nos livres » ; ils vous fourniront mille pièces à conviction (si certains ne vous en fournissent pas, vous direz que ce sont des bluettes.).La mère règne et le père est absent, le couple n\u2019existe pas, ni l\u2019amour profond et engagé, de sorte que nos écrivains « ne chantent et ne racontent que les abords de tout ».Atteignent-ils à une certaine universalité, c\u2019est pour mettre en question l\u2019édifice entier de nos valeurs, pour révéler la faillite subjective de nos principales structures, manifester l\u2019illusion de nos assises, la ténuité de notre présence, la rupture de notre unité, les discordances de notre intelligence et de notre affectivité; c\u2019est pour étaler un magma de ressentiment et de révolte\u2014d\u2019autant plus douloureuse qu\u2019elle porte généralement à faux, et de colère \u2014\u2022 ce renouvellement de l\u2019aliénation, et de désir, d\u2019impuissance, de frustration, d\u2019incurable culpabilité et de châtiment.Plus elle devient vraie, plus notre littérature se noircit de malheur.Affreusement solitaire, sans issue, bloqué, ce malheur se dresse dans le désert, il épuise sa substance sans bénéficier comme ailleurs d\u2019une densité humaine qui le soutiendrait, l\u2019alimenterait, le transformerait et lui donnerait une charge positive.(95.) Notre amour, notre expérience de l\u2019amour ?« Amour empêché, amour interdit, amour puni, amour sali, angoisse devant l\u2019autre », etc.Et M.Le Moyne de s\u2019écrier: « Ironie formidable quand on songe au passé conjugal de notre peuple.» Pas d\u2019amour, partant pas d\u2019expérience humaine profonde.Donc, pas de joie.Cette joie, notre joie, Saint-Denys Garneau s\u2019était demandé quand nous l\u2019avions mangée.M.Le Moyne répond: « Notre joie, on nous l\u2019avait mangée ailleurs qu\u2019ici.» A entendre par là, semble-t-il, que le courant dualiste hérité du xviie siècle a été l\u2019ogre, et que notre catholicisme a entretenu cet ogre.Il faudrait faire la part d\u2019une telle affirmation 2, et sans doute notre auteur l\u2019a-t-il faite pour lui-même.Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est un fait que beaucoup d\u2019entre nous peuvent prendre à leur compte ces lignes du Torrent d\u2019Anne Hébert: « J\u2019étais un enfant dépossédé du monde.» Un fait également que, chez Laure Conan aussi bien que chez Marie-Claire Blais, « nous rencontrons au maximum d\u2019explicite certaines constantes de l\u2019expression québécoise qui se peuvent résumer à ceci: il est défendu de s\u2019aimer et d\u2019être heureux, parce que \u2014 devinez comment et pourquoi \u2014 c\u2019est péché » (224).En somme, cela ne fait pas « un très bon monde », ni un très beau.On pourrait reprocher à M.Le Moyne de n\u2019avoir fait ressortir que les ombres3.Il n\u2019ignore pourtant pas les 2.\tEn effet, est-il besoin de noter que cette vision de notre littérature est nécessairement partielle, sinon partiale ?Elle rend compte de certaines œuvres contemporaines en remontant, jusqu\u2019à sa source lointaine et secrète, le courant qui leur a permis de passer devant nous; elle manque, par contre, à en situer d\u2019autres qui, pour moins importantes ou moins intéressantes qu\u2019elles puissent paraître à certains yeux, ne laissent quand même pas d\u2019exister comme reflets de notre âme.A côté d\u2019Anne Hébert, il y a Rina Lasnier; et puis, qu\u2019on l\u2019estime ou non, la présence de Claire France témoigne à sa façon d\u2019une part de nous-mêmes, aussi réelle que les caveaux mirés par Marie-Claire Blais.3.\tLe ton de M.Le Moyne accuse ces ombres.Sans doute à dessein, afin d\u2019attirer l\u2019attention des assoupis et des béats: on dirait que M.Le Moyne, n\u2019aimant naturellement pas qu\u2019on dorme pendant qu\u2019il prêche, sent souvent le besoin de donner de la voix et de frapper du poing les bords de sa chaire; il lui arrive même, descendant dans l\u2019arène, de charger tout simplement, tête baissée, ceux qui s\u2019y trouvent.Comment ne pas déceler dans ce style une certaine agressivité ?De combien de sujets, comme de Saint-Denys Garneau, M.Le Moyne ne peut-il point parler « sans colère » (219) ?Bien sûr, le lecteur reste éveillé.Et il réagit, mais voyez comment: il trouve déplaisantes, 236 clairs: il a reconnu un souffle mystique à nos origines, vu les nobles actions de nos pères, et, à défaut de celles-ci, leur sincérité.Mais il s\u2019agit pour lui d\u2019expliquer notre impuissance à être vraiment, de dire pourquoi nous n\u2019avons pas encore réussi l\u2019expérience de James.On ne saurait trouver brillantes les causes d\u2019un échec, ou d\u2019un demi-succès.Nous ouvrir au monde et à l\u2019homme total L\u2019étonnant, l\u2019admirable, c\u2019est que, après avoir esquissé ce sombre tableau, M.Le Moyne se sente encore plein d\u2019espérance et d\u2019ardeur à la tâche.« Mon espérance, écrit-il, a toutes les mesures de l\u2019espace et du temps »; elle se fonde sur le Christ « qui, lui, ne perd rien, ni personne » (108).L\u2019important, c\u2019est d\u2019être ouvert au monde et à l\u2019homme total; l\u2019essentiel, d\u2019être fidèle à la vie: « La fidélité à notre être s\u2019impose comme à une réalité première dont il serait insensé de vouloir s\u2019extirper de force.A ce moment-ci nous sommes ça.Mais c\u2019est à un être mouvant que nous sommes fidèles, ce qui doit polariser la fidélité sur un avenir qui commencera par le risque immédiat de ce que nous sommes.» (30.) Fidélité ne signifie pas repli sur soi, mais culture de toutes ses possibilités d\u2019être: « Mon héritage français, je veux le conserver, mais je veux tout autant garder mon bien anglais et aller au bout de mon invention américaine.Il me faut tout ça pour faire l\u2019homme total.» (108.) A rejeter donc le nationalisme primitif, orgueilleux et antiévangélique; toujours plus ou moins xénophobe, il tend à l\u2019isolement intellectuel et culturel, il empêche la vie en la réduisant.La suffisance humaine n\u2019est jamais bonne; elle a « l\u2019absurdité d\u2019un enclos dans l\u2019Être ».L\u2019humain local est « sourd à toute interrogation ontologique, étranger à l\u2019insécurité métaphysique ».« Il ne suffit à personne d\u2019être une grosse nature.» Nous avons à apprendre des autres.Nous avons surtout à communier avec eux.Les « grandes rencontres » sont déterminantes dans la vie des peuples comme dans celle des individus.La confrontation européenne nous est une expérience aussi essentielle qu\u2019à James.Faute de la faire nous ne produirons que du régionalisme intéressant, à la Scott Fitzgerald; nous nous caractériserons « par l\u2019incapacité à dépasser une certaine moyenne et par le voisinage plutôt que par l\u2019habitation de l\u2019universel ».Comme James, il nous faut choisir « la totalité en laquelle est incluse l\u2019Amérique », afin de nous situer toujours plus haut « au sommet de l\u2019ambivalence américaine, à la coïncidence organique de notre être dissocié en son élément européen, originel et dominant, et en sa différenciation américaine, à peine amorcée mais irréversible » (203).Il nous faut, comme les mystiques, « tout choisir »; il nous faut conquérir notre terre et rencontrer notre temps; surtout, il faut en nous unifier l\u2019esprit et la chair, et pour cela ne plus craindre de visiter, dans l\u2019amour et par Lui, « ces nappes charnelles que Dieu lui-même a vérifiées par l\u2019Incarnation »: .l\u2019esprit créateur de l\u2019homme n\u2019arrive à sa parfaite expression qu\u2019en occupant le corps jusqu\u2019au tréfonds pour connaître par lui le comble de la vie et admettre par lui la mort et, avec la mort, la dépendance créaturelle pour enfin reconnaître la solidité providente de l\u2019être.Le drame ultime de l\u2019artiste [et de tout homme] se joue dans l\u2019ivresse de la présence au monde, la douleur de l\u2019aliénation essentielle quoique vraies en leur fond, certaines pages, entre autres celles consacrées à Saint-Denys Garneau (219-241) où la passion pour la cause dévore la chaleur de l\u2019amitié; et de toutes, il préfère celles où, parlant musique et musiciens (257-322), M.Le Moyne nous accueille vraiment chez lui comme des frères ou des amis.Là, paraît, dépouillé de ses hargnes, un auteur profondément humain et très attachant; là, s\u2019incarne justement, séduisante, la charité qu\u2019il a prêchée si fort.Qu\u2019il fait bon, là, causer! RELATIONS et la joie bientôt ineffable de la sécurité dans l\u2019Etre incréé.Aucune discipline n\u2019échappe à cette loi qui est celle de l\u2019incarnation elle-même.L\u2019achèvement maximum coïncide avec le maximum de possession charnelle.Et il n\u2019y a pas de raccourci vers l\u2019au-delà esthétique, métaphysique ou mystique, vers l\u2019unique au-delà de ce monde unique.(262-263.) Au bout de ce long itinéraire seulement se trouveront « les belles et claires et pures sensualités » qui ont manqué à notre culture canadienne-française et catholique.Alors périra notre morbidité, jaillira la vie qui « génère » libre le projet d\u2019être et conserve au saint sa santé en le greffant, corps et âme, sur l\u2019Homme-Dieu.Là, « au bout du monde parcouru », la mort acquiert sa réelle dimension; exorcisée par l\u2019Incarnation, elle devient don suprême et total: « il faut absolument se perdre pour être finalement ».Avant ce risque dernier, il y a celui, quotidien, de la vie, et une certaine ivresse est nécessaire; nous ne serons vraiment que le jour où nous y aurons consenti pleinement.4, montée de Fourvière, Lyon.LA CIVILISATION DU PLAISIR ÉROTIQUE?Jacques COUSINEAU, S.J.1ES JOURNÉES du cinéma tchécoslovaque ont apporté aux cinéphiles de Montréal une source d\u2019authentique inspiration; la qualité des films d\u2019animation et des courts métrages surtout n\u2019ont pas manqué de produire le charme auquel on s\u2019attendait.Certes il faudrait habiter le pays totalitaire qu\u2019est devenue la Bohème pour saisir toute la saveur de satire sociale contenue dans Un jour, un chat de Vojtek Jasny.Il suffit de goûter le vrai cinéma pour en apprécier la réalisation, belle malgré sa bigarrure, pour juger que certaines trouvailles attestent un dynamisme magnifique et prometteur.Le progrès accompli depuis le valable mais inégal Désir est une garantie.Malgré quelques aspects intéressants des autres films, souvent de propagande, le Festival de Montréal a confirmé la supériorité que s\u2019est acquise le cinéma tchécoslovaque dans l\u2019art d\u2019animer des marionnettes devant la caméra.L\u2019art y atteint la perfection classique.Les vieux amateurs ont retrouvé leur enthousiasme devant les Trnka et tous, jeunes et vieux, ont admiré la jeunesse fantaisiste, la poésie profonde et la virtuosité technique de Betislav Pojar, un artiste d\u2019un talent extraordinaire, vigoureux, original et souple.La séance Pojar fut le sommet de ces journées.Et pourtant, au long de ces projections délectables, faites à la Comédie-canadienne, un esprit réfléchi ne pouvait pas ne pas comparer la pureté, la fraîcheur et l\u2019élévation des sentiments qu\u2019elles apportaient au sensualisme décadent et au matérialisme brutal que tendaient à glorifier, au cours des semaines précédentes et dans cette même salle, les films de provenance française, telles que les Liaisons amoureuses et l'Eau à la bouche.Une inquiétude prenait à la gorge en songeant que « c\u2019est un monde chrétien (peut-être sans qu\u2019il le sache) que nous montrent beaucoup de films païens; et (que) c\u2019est un monde païen qu\u2019illustrent la plupart des films d\u2019origine chrétienne ».Cette réflexion de Mgr Bernard, président de l\u2019O.C.I.C., à propos du festival de Cannes 1960, me poursuivait littéralement l\u2019autre jour devant les Trnka et les Poyar qui se déroulaient devant mes yeux, splendeurs pour l\u2019esprit et pour le cœur.Je suis trop fermement convaincu que le cinéma est le miroir et le reflet du monde, pour n\u2019être pas frappé de ce contraste et, dans le fond de l\u2019âme, attristé.Il me revenait aussi\u2014de Jean XXIII, qui venait de s\u2019éteindre au milieu de l\u2019universelle sympathie, \u2014 l\u2019exhor- AOLJT 1963 tation qu\u2019il adressa au président de la Commission pontificale pour le Cinéma, la Radio et la Télévision à « employer tous les moyens opportuns pour stimuler les efforts louables de tous Nos fils bien-aimés, afin d\u2019apporter à l\u2019art cinématographique la contribution positive des valeurs chrétiennes \u2014 et à mettre un frein aux spectacles décadents, destructeurs des bonnes mœurs ».Enfin, je venais de prendre connaissance d\u2019un témoignage significatif et combien révélateur, publié par Daniel-Rops dans la dernière livraison d'Ecclesia.C\u2019est la réponse d\u2019un ami d\u2019Extrême-Orient à la question qu\u2019il lui avait posée: qu\u2019est-ce qui vous a le plus frappé depuis que vous êtes en Occident?Après avoir hésité à répondre, il déclara: «Eh bien! je suis inquiet, très inquiet pour vous, pour cette civilisation qui est la vôtre et envers qui l\u2019humanité a tant de raisons de marquer de la gratitude.Il me semble qu\u2019elle est en train de se laisser pourrir dans ses racines.» Et l\u2019interlocuteur d\u2019expliquer son jugement.« Depuis que je suis à Paris, dit-il, j\u2019ai tâché de bien regarder autour de moi, tâché de vous comprendre.J\u2019ai lu vos journaux, considéré vos rues.Chaque fois, ou presque, que je suis allé voir un film récent.j\u2019ai été gêné par des scènes qui, chez nous, feraient scandale, et qu\u2019un public qui semblait composé de très honnêtes gens trouvait toutes naturelles.Il faut bien qu\u2019elles soient toutes naturelles, en effet, puisqu\u2019on les laisse s\u2019étaler sur les murs, en affiches, que la presse s\u2019en empare, que la télévision même en présente d\u2019analogues.« Voilà le danger qui me paraît menacer les sources vives de votre civilisation, et pas seulement en Europe: en Amérique, il en va de même, avec un peu plus d\u2019hypocrisie.La civilisation occidentale me semble en passe de devenir une civilisation érotique, une civilisation hantée par le fait sexuel.» L\u2019ami de Daniel-Rops évoque alors deux faits, dont le deuxième, plus grave, convient à la situation où nous sommes à Montréal après les films tchécoslovaques.Il logeait chez une mère de famille protestante et pratiquante, qui emmenait ses enfants au cinéma, uniquement aux salles qui passent les seuls films soviétiques.Il exprima son étonnement.« Là, au moins, dit-elle, je suis sûre qu\u2019il n\u2019y aura pas de scènes déshabillées et de baisers en gros plan.J\u2019aime encore mieux pour mes enfants une propagande politique à laquelle ils ne sont guère perméables que les étalages des films américains, français ou italiens.» 237 L\u2019étranger conclut alors: « Cette confession d\u2019une honnête mère de famille m\u2019amène à préciser pourquoi je me sens inquiet lorsque je considère votre civilisation.Dans la gigantesque compétition qui est présentement engagée, au terme de laquelle il s\u2019agit peut-être tout simplement de survivre ou de disparaître, l\u2019Occident a deux partenaires.Le monde communiste, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, moins dangereux en apparence présentement, mais, pour l\u2019avenir, plus déterminant sans doute, ce monde auquel j\u2019appartiens, que vous appelez parfois le « tiers-monde », ou encore le monde afro-asiatique.Ma logeuse a fait une constatation que chacun peut faire quant au monde communiste: on y observe une austérité, une dignité morale, une réserve sur certains sujets qui tranche singulièrement avec votre érotisme occidental.J\u2019ai traversé Moscou en venant à Paris; je n\u2019y ai pas vu une seule de ces affiches qui couvrent vos murs,.que je ne voudrais pas laisser voir à mes filles; je n\u2019y ai pas vu annoncer un seul spectacle de strip-tease.« Et, chez nous, il en est de même.Que nous nous réclamions de Confucius ou de Bouddha, nous plaçons très haut les vertus de pureté, de chasteté.Mais je puis vous assurer que, partout ceux qui se considèrent comme les guides de leurs frères, les élites, si vous voulez, ont parfaitement compris le danger et réagissent.Bientôt, en face de ses deux partenaires dans la struggle for life, seul l\u2019Occident sera la civilisation de l\u2019érotisme.Je ne crois pas qu\u2019il ait à s\u2019en féliciter.» En lisant ce témoignage émouvant, je ne pouvais m\u2019empêcher d\u2019évoquer l\u2019ignorance outrecuidante de certains de nos journalistes qui veulent nous faire croire qu\u2019avec la réserve dont nous faisions preuve avant le prétendu déblocage de 1960, nous étions à « nous couvrir de ridicule aux yeux du reste du monde ».Aux yeux de Dieu et du monde communiste et du tiers-monde, c\u2019est le contraire qui est vrai.Les journées du film tchécoslovaque nous rappellent que la beauté cinématographique ne dépend pas du ressort érotique et que la civilisation du plaisir érotique s\u2019achemine vers sa perte, à moins qu\u2019au plus tôt elle ne se redresse.low k totyitmi d'ctûf-Mjît FINANCEZ VOTRE NOUVELLE.selon le service de la Banque de Montréal pour 3 mhuohs dp cmms ta de Financement lâmilia PRÊT ÉCONOMIQUE COMPORTANT UNE ASSURANCE-VIE Pastorale sur pastorale en Amérique du Sud A la suite des évêques du Chili, voici que les évêques du Paraguay, du Pérou et de l\u2019Équateur signent, coup sur coup, en moins d\u2019un mois, des lettres collectives sur la question sociale, et que, prêchant d\u2019exemple, ils distribuent aux paysans, en tout ou en partie, leurs terres.Loin de nous l\u2019idée de simplifier le problème et de confondre les conditions temporelles et spirituelles de pays très différents.Le Paraguay, par exemple, n\u2019a pas accès à la mer et se croit encore à l\u2019abri des vents qui soufflent du large.Les trois lettres récentes ont, toutefois, des points en commun.Toutes insistent sur le scandale des inégalités économiques, la nécessité de la réforme agraire, la honte des taudis et des bidonvilles, la sous-alimentation, l\u2019analphabétisme, plaie surtout de la population rurale.Dans l\u2019ordre des idées politiques, le fond du problème est ce vieux libéralisme doctrinaire selon lequel l'État, organe de l\u2019intérêt public, se fait, à des degrés divers, le gardien de « l\u2019ordre » et des privilèges de classe.« Pour couper court à ce processus de véritable décomposition sociale, dit la lettre des évêques du Pérou, il faut que surgisse une conscience générale de la nécessité et de l\u2019urgence d\u2019un changement profond.» Et la lettre des évêques du Paraguay stigmatise « la mentalité capitaliste qui sous-tend tout le système social du pays ».Sans doute, l\u2019obligation de mettre ses richesses personnelles,^ souvent immenses et stagnantes, au service de ceux que l\u2019Évangile appelle les petits et que le monde appelle les économiquement faibles demeure une exigence chrétienne.Le remède suprême n\u2019est pas là, cependant.Une réforme profonde des structures s\u2019impose, allant, croyons-nous, jusqu\u2019à la démobilisation douanière.Pareille réforme suppose une transformation des cœurs et des esprits.Et il faut faire vite.Autrement, la marée, prévisible déjà, débordera de toutes parts, et il sera trop tard pour sauver quoi que ce soit.L.d\u2019Apollonia.Les derniers vestiges du colonialisme africain Justifié par un écart historique et social, et rendu possible par une supériorité militaire et technique, le colonialisme a trop fait de bien pour en dire du mal, et trop fait de mal pour en dire du bien.Aux historiens de dresser le bilan; aux hommes politiques de reconnaître que cette ère est close.L\u2019Afrique, avant la seconde guerre mondiale, ne comptait que deux pays indépendants; elle en compte aujourd\u2019hui plus de trente, et demain en comptera d\u2019autres: l\u2019Afrique veut en finir avec les derniers vestiges du colonialisme.A la conférence d\u2019Addis-Abéba, première conférence au sommet des pays africains, et, comme la conférence de Bandoeng, événement de très grande portée, les plaidoyers flamboyants en faveur d\u2019une fédération africaine sont tombés sur des oreilles sourdes et sceptiques.Les États, il est vrai, 238 RELATIONS ont signé une Charte de l\u2019Unité africaine, créé des commissions et défini les buts communs de leur politique : non-engagement, coopération panafricaine, lutte contre la menace atomique.Cependant, aucun accord concret n\u2019a abouti entre les trois souverains et les vingt-sept présidents de république, sauf pour prononcer des anathèmes et pour déclarer la guerre contre les dernières possessions européennes en Afrique, y compris l\u2019Afrique du Sud.Un Comité de coordination s\u2019installe à Dar Es Salam, à proximité de la Rhodésie du Sud et du Mozambique.Le choix du lieu est significatif.L\u2019histoire montre que le lien colonial s\u2019est dénoué de différentes manières: par séparation lente, révolte brutale, assimilation totale.L\u2019évolution de l\u2019empire britannique en Commonwealth et de l\u2019empire français en Communauté sont des exemples de la première manière; la guerre d\u2019Indochine et d\u2019Algérie, de la deuxième.Quant à la troisième manière, préconisée par le Portugal, qui, il faut le dire à son honneur, n\u2019a jamais pratiqué la ségrégation raciale, on voit mal comment elle pourra réussir au Mozambique et en Angola.Comment s\u2019imaginer, en effet, que le prestige d\u2019un passé glorieux pourra séduire l\u2019Afrique alors que la France et la Grande-Bretagne y ont perdu leur empire.Il est trop tard.Et le Portugal aura beau dire de ses possessions africaines qu\u2019elles sont des provinces d\u2019outre-mer, il lui sera difficile d\u2019en convaincre les Africains, les Asiatiques et l\u2019Assemblée générale des Nations Unies.On voudrait que le Portugal ne paie pas trop cher son illusion héroïque, et que des liens d\u2019association et de fraternité, plus intimes même qu\u2019ailleurs, puissent survivre à sa politique d\u2019assimilation des races.L.d\u2019Apollonia.A vec ou âanô comm en taiteô L\u2019ordre culturel et l\u2019ordre politique La publication de la première tranche du Rapport de la Commission royale sur l\u2019Enseignement ainsi que la présentation du bill 60 créant un ministère de VEducation donnent un regain d\u2019actualité à certains propos concernant les rapports entre l\u2019ordre culturel et l\u2019ordre politique.Dans l\u2019éducation comme dans la culture, jusqu\u2019où l\u2019Etat peut-il intervenir?« La responsabilité de promouvoir l\u2019éducation » {bill 60, art.2) peut-elle inclure sans danger la tâche de diriger cette même éducation ?Voici, à ce propos, une première réponse, qui est une mise en garde, provenant du Mémoire présenté, en 1954, par le Collège Jean-de-Brébeuf, à la Commission royale d\u2019enquête sur les Problèmes constitutionnels: Le besoin et le désir profonds, à l\u2019heure présente, d\u2019intensifier et de généraliser la culture dans le Québec ne vont pas sans de graves dangers qu\u2019il est nécessaire d\u2019apercevoir clairement et de prévenir.La tâche, sans doute, est urgente.Il faut compenser au plus tôt pour bien des retards.Jusqu\u2019à présent, on s\u2019est préoccupé surtout, et avec raison, de sauvegarder la transcendance de l\u2019ordre culturel par rapport à l\u2019ordre politique, en des circonstances où toute aide étatique menaçait de l\u2019entamer.Mais aujourd\u2019hui que de telles circonstances semblent dépassées, le risque est précisément de faire trop vite.Le danger est d\u2019accepter, sans les examiner à fond, des solutions apparemment simples et faciles, d\u2019accepter, par exemple, une certaine socialisation de l\u2019enseignement à tous les niveaux ou, tout au moins, une certaine centralisation académique et financière, qui, croit-on, faciliteraient la mise en pratique et simplifieraient le mécanisme de l\u2019imposante aide gouvernementale devenue nécessaire aujourd\u2019hui.Ces tendances sont périlleuses.Elles conduisent à affaiblir la vitalité interne AOÛT 1963 des foyers culturels et à favoriser un certain dirigisme de l\u2019enseignement.Plus que jamais, en ce moment où se décide le sens que prendra l\u2019évolution de nos institutions d\u2019enseignement secondaire et universitaire, il importe de comprendre la valeur du pluralisme de foyers de culture autonomes, qu\u2019une sage préoccupation du bien de la culture a établi à la base de notre système d\u2019enseignement supérieur.Ce pluralisme de foyers culturels autonomes doit être maintenu et développé selon les exigences de la culture et avec une ampleur nouvelle.Il s\u2019impose, en conséquence, d\u2019inventer aussi des formes d\u2019aides financières gouvernementales nouvelles et adaptées au vrai développement de l\u2019éducation et de la culture.C\u2019est là une des plus hautes responsabilités et une des plus belles contributions de l\u2019Etat au progrès du pays.(Mémoire du Collège Jean-de-Brébeuf à la Commission royale d\u2019enquête sur les Problèmes constitutionnels, 1954, p.11.) Planification décentralisée de l\u2019enseignement Le Rapport Parent et le bill 60 se prononcent enjaveur d\u2019une planification de l\u2019enseignement, mais sera-ce une planification décentralisée ou centralisée?Dans son Mémoire à la Commission Parent, la Commission universitaire de la Compagnie de Jésus a traité cette question et en a fait même une recommandation particulière, la 10e, qui se lit comme suit: Nous recommandons que la planification, rendue indispensable par l\u2019ampleur même des problèmes que pose la généralisation de l\u2019enseignement, soit décentralisée, de façon que toutes les sources de renseignements et toutes les ressources d\u2019initiative et d\u2019expérimentation de notre système scolaire puissent servir pleinement à son perpétuel renouvellement.Et voici des extraits du commentaire de cette recommandation: La planification s\u2019impose donc.Mais comment faut-il planifier ?A première vue, il était assez naturel, bien qu\u2019un peu simpliste, de confier la planification à une autorité unique, qui dicterait d\u2019en haut le rôle de chacun dans l\u2019entreprise commune.C\u2019est la planification centralisée, qu\u2019ont appliquée les régimes totalitaires, qu\u2019il s\u2019agît d\u2019économie ou d\u2019instruction.Les pays latins, en général, portés au rationalisme, planifièrent l\u2019enseignement de même façon.Ainsi la France, fidèle à l\u2019esprit cartésien, a fortement centralisé son système scolaire, marqué encore au XXe siècle par les structures de l\u2019Université impériale.L\u2019expérience a donc été faite d\u2019une planification scolaire centralisée.Si l\u2019U.R.S.S elle-même a annoncé, il y a quelques années, une décentralisation par grandes régions, ce n\u2019est pas qu\u2019elle ait renoncé à ses principes dirigistes, mais tout simplement parce qu\u2019une planification centralisée devient inopérante.Depuis un petit nombre d\u2019années,.la France s\u2019est engagée dans la décentralisation scolaire.Cette complexité même (des problèmes de l\u2019enseignement) nous fera comprendre que la planification centralisée finisse par se stériliser elle-même.Car il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019organiser dans des cadres traditionnels les ressources existantes, de façon à obtenir un rendement optimum d\u2019un système jugé suffisant.Il s\u2019agit d\u2019innover.Or, innover, c\u2019est prendre un risque, c\u2019est miser sur l\u2019avenir, un avenir qu\u2019il faut essayer de prévoir, mais qu\u2019on ne peut prédire avec certitude, tant sont nombreux et complexes les facteurs qui le détermineront.Est-il un esprit humain qui ose prendre seul ce risque?Est-il un groupe d\u2019hommes, même siégeant dans la capitale d\u2019un pays, loin des problèmes qui se posent au niveau de l\u2019exécution, qui prétende fixer une ligne de conduite uniforme à toute la nation ?Citons en la traduisant la réponse que donne à ces questions Peter F.Drucker: « Le risque d\u2019échec en innovation rend impossible la planification centralisée, la transforme de fait en chaos et en tyrannie, et la conduit tout droit à l\u2019effondrement.L\u2019aléa est tout simplement trop grand pour qu\u2019un plan unique ait chance de réussir.En même temps, le planificateur est forcé, par l\u2019enjeu même engagé dans son plan, d\u2019essayer de tout contrôler: car 239 tout ce qui échappe à son contrôle devient un danger.Les centralisateurs deviendraient vraisemblablement des tyrans en toute hypothèse: le pouvoir absolu réclame toujours plus de pouvoirs.Mais, même s\u2019ils ne le voulaient pas, la planification centralisée les y pousserait inévitablement.Plus un plan central veut embrasser, plus l\u2019entreprise est risquée, et plus les aléas jouent contre sa réussite.» (Cf.Mémoire, pp.21-22.) Autonomie universitaire Le Rapport Parent et le bill 60 proposent tous deux une commission de Venseignement supérieur: quelle sera l\u2019autorité de cette future commission?Sur ce point encore, il paraît opportun de rappeler les considérations faites par la Commission universitaire de la Compagnie de Jésus dans son Mémoire à la Commission Parent.Recommandation 14.Autonomie universitaire.Parce que l\u2019ordre culturel échappe, de soi, à la tutelle des pouvoirs publics, et parce que l\u2019université constitue traditionnellement une communauté autonome en raison de sa responsabilité créatrice dans l\u2019ordre culturel, nous recommandons de sauvegarder et de favoriser l\u2019autonomie universitaire, dont la nature même est incompatible avec toute législation générale sur les institutions universitaires et avec tout organisme, gouverne- mental ou non, exerçant sur elles une juridiction académique quelconque.Quelques extraits du commentaire qui accompagne cette recommandation : L\u2019autonomie universitaire n\u2019est pas le fruit d\u2019une théorie à laquelle on pourrait en opposer une autre.Ce sont les exigences concrètes du développement de la connaissance et de la civilisation qui, dans la conjoncture historique exceptionnellement favorable du XIIe siècle, amenèrent l\u2019ordre culturel à prendre sa consistance propre et les hommes dont la profession avait la culture pour objet à revendiquer le droit de se grouper en corporation libre.L\u2019université naissante doit son succès à la condition même de sa formation: elle est projetée vers l\u2019avenir.Par le fait même elle réclame l\u2019autonomie.Les créateurs d\u2019un univers culturel nouveau contrarient toujours l\u2019ordre existant.Sans une liberté totale en leur domaine, ils se feront constamment mettre au pas et embrigader.D\u2019ailleurs, l\u2019université elle-même verra baisser sa qualité et son prestige chaque fois qu\u2019elle deviendra conservatrice à son tour et ne se préoccupera plus que de transmettre l\u2019acquis, quand l\u2019ordre universitaire se figera en structures rigides et que la règle des milieux académiques deviendra, selon le mot de Cornfield, « que rien ne devrait être fait pour la première fois ».Un rôle capital de la communauté culturelle est d\u2019élaborer les jugements de £*.!husfl Dom Georges Lefebvre: La Foi dans les œuvres.\u2014 Bruges, Desclêe de Brouwer, 1962, 179 pp., 16 cm.Un court traité de l\u2019amour de Dieu inspiré des écrits de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.Comme nous le montre l\u2019A., la doctrine de la carmélite de Lisieux répond justement aux aspirations spirituelles de notre époque et à son goût pour les renouveaux biblique et liturgique.Thérèse, qui ne rêvait pas de hautes faveurs mystiques, avait découvert en lisant l\u2019Ecriture que la voie la plus sûre pour atteindre Dieu est celle du dépouillement avec la foi pour unique soutien.L\u2019A., qui a étudié à fond les écrits de la sainte, en a extrait les textes les plus convaincants qu\u2019elle-même a intensément vécus.Sa prière était toute centrée sur l\u2019acceptation généreuse de la volonté de Dieu.Témoin, son Acte d\u2019abandon à l\u2019Amour infiniment miséricordieux.Cet acte a inspiré au P.L.de fort belles réflexions.La poursuite de la perfection chrétienne est un travail ardu où la grâce, qui a le premier rôle, n\u2019abandonne jamais celui qui se confie en Dieu.En notre temps d\u2019œcuménisme, cet excellent ouvrage de spiritualité met en relief les valeurs religieuses authentiques, propres à réunir tous les chrétiens dans la poursuite de l\u2019amour de Dieu.Car Dieu est Amour.Les âmes quelque peu craintives trouveront ici réconfort, et tous, une base solide pour se diriger dans la voie de la sainteté.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Jean GuiTTON: Regard sur le Concile.\u2014 Paris, Aubier, Editions Montaigne, 1963, 16 cm., 102 pp.Texte de la conférence prononcée, le 14 janvier 1963, dans l\u2019église de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.Seul observateur laïque officiellement délégué au Concile, M.Jean Guitton, de l\u2019Académie française, apporte ici un témoignage où respirent une foi profonde et un sain optimisme.« Il se pourrait, déclare-t-il, que le Concile de 1962 apparaisse aux historiens de l\u2019avenir comme le début d\u2019une nouvelle ère conciliaire dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Il se pourrait que se vérifie la remarque énigmatique: c\u2019est nous qui sommes les premiers chrétiens.» En ce Concile, ajoute-t-il, trois dialogues se poursuivent: le dialogue de l\u2019Eglise avec elle-même, le dialogue de valeur qui permettent la continuité de la vie en société.Ceux-ci, dans l\u2019ordre temporel, ne s\u2019imposent pas au moyen de décrets émis par l\u2019autorité.Ils doivent être agréés par l\u2019intelligence, et on ne peut les faire partager aux autres que par le libre échange de vues.La fonction essentielle de l\u2019université est donc d\u2019aider la société à dépasser ses modes actuels de connaissance et, par là, d\u2019assurer le progrès continu de la culture et de la civilisation.Ce faisant, elle élargit les capacités de l\u2019esprit humain, permet l\u2019unité du savoir, assure le développement des savoirs particuliers de manière qu\u2019ils demeurent des savoirs.La connaissance humaine est toujours, de soi, une recherche en cours, un incessant devenir.De plus, ce devenir ne consiste pas dans une pure accumulation qui laisserait intactes les acquisitions précédentes, mais dans une transformation perpétuelle de la manière même de connaître.L\u2019institution qui doit assurer ce dépassement et inventer un univers culturel encore inexistant ne peut, dans son ordre, être soumise à aucune autre institution.C\u2019est, au contraire, tout l\u2019ordre humain, y compris l\u2019ordre politique, qui sera renouvelé par elle.Il nous faut faire confiance aux hommes et aux institutions qui se situent à la pointe du savoir en marche, parce qu\u2019il n\u2019existe pas de critère extrinsèque à leur travail, qui permettrait de juger celui-ci autrement que par une participation à un libre dialogue (cf.Mémoire cité, pp.27-28).l\u2019Eglise catholique avec les Eglises disjointes, le dialogue de l\u2019Eglise catholique avec les hommes de bonne volonté.Ces trois dialogues sont nécessaires et doivent continuer jusqu\u2019au succès final.Il faut lire, en particulier, les passages sur le rôle du laïque dans l\u2019Eglise, sur la pauvreté de l\u2019Eglise, sur la liberté au Concile, et surtout la prière terminale à l\u2019Esprit Saint.Richard Arès.Jean Guitton : Vers F unité dans l\u2019amour.Coll.« Eglise et temps présent ».\u2014 Paris (61, rue des Saints-Pères), Grasset, 1963, 288 pp., 18.5 cm.Prix: 12 NF.Comme toujours, chez l\u2019A., profondeur et originalité de la pensée s\u2019allient à une parfaite limpidité d\u2019expression.Dans ce recueil d\u2019études, centrées sur l\u2019œcuménisme, il analyse brièvement les trois âges de l\u2019humanité et les crises qu\u2019affronte l\u2019Eglise aujourd\u2019hui.Puis, il montre que le Christ, « synthèse totale », confère seul tout leur sens à l\u2019amour humain, à l\u2019histoire et au temps; or, c\u2019est du Christ rédempteur que l\u2019homme, vu l\u2019échec de ses projets naturels, a besoin.Il présente ensuite l\u2019Eglise comme 1\u2019 « axe de l\u2019histoire », comme « l\u2019organe instaurateur » qui permet « à chaque existence historique de croître conformément à son essence propre » (p.88).Après quoi, il renouvelle de chères études consacrées à Leibniz, à Pascal et surtout à Newman, le grand docteur du « développement » sans discontinuité à l\u2019intérieur du Corps mystique.Enfin, il scrute l\u2019avenir et prévoit l\u2019influence du tiers monde dans l\u2019évolution du christianisme, que déchirent les divisions entre Orient et Occident, capitalisme et marxisme.Il conclut à la possibilité future d\u2019une civilisation chrétienne, qui ne ressemblera point 240 RELATIONS a celle du Moyen Age, mais se caractérisera par une fraternisation plus intime des spiritualités diverses au sein de l\u2019Eglise.Peu de laïcs ont de la théologie et de la philosophie une connaissance aussi sûre et aussi aimablement accordée aux soucis de notre temps.Et que de pensées directement utiles à notre milieu! Dieu a des droits sur nous avant que nous ayons des exigences à son sujet (134).La liberté n\u2019est pas le pouvoir de faire les valeurs (n\u2019en déplaise à Sartre), mais celui de choisir entre les valeurs qu\u2019elle ne pose pas elle-même dans l\u2019existence (183).L\u2019Eglise intègre l\u2019histoire universelle de l\u2019humanité, comme la conscience du moi intègre la personne (199).Seule la foi catholique est une foi totale » (213).Il ne convient donc pas d\u2019offrir aux hommes une spiritualité au rabais, une morale d\u2019accommodements, mais un Evangile exigeant (219-220).On préfère cet œcuménisme aux « aboiements de jeunes êtres qui s\u2019autoposent dans l\u2019être en se proclamant » (256).Joseph d\u2019Anjou.Antoine Wenger, A.A.: Vatican II, première session.Coll.« l\u2019Eglise en son temps ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1963, 348 pp., 18 cm.Accessible au grand public, cette chro-.nique de la première session du concile vaut par sa pertinence et son information exacte.La première partie de l\u2019ouvrage retrace pas à pas les événements conciliaires qui se sont déroulés durant la session.L\u2019A., servi par une abondante documentation, commente faits et discussions avec objectivité.Dans la seconde partie, consacrée au concile et à l\u2019unité, deux aspects nous ont surtout retenus: les rapports Rome-Moscou, Constantinople-Moscou.Bien qu\u2019il y soit aussi question, mais plus brièvement, des confessions protestantes.Enfin, en annexes, paraissent une excellente documentation sur les réactions de la presse soviétique en face du concile et le témoignage de l\u2019Eglise orthodoxe russe.Le lecteur, qui veut mieux suivre l\u2019évolution du concile, gagnera à lire ce volume écrit d\u2019une plume alerte et précise.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.F.LEGRAND, C.I.C.M.: Le Concile œcuménique et l\u2019évangélisation du monde.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1962, 142 pp., 19 cm.Lauteur, consulteur delà Commission des i missions au concile, demande à celui-ci de proclamer que le premier devoir de tout chrétien est de participer à l\u2019évangélisation des païens.L\u2019effort actuel en pays de mission, si louable soit-il, est absolument insuffisant pour atteindre les 1,200 millions de non-chrétiens accessibles.Il faudrait ajouter cent mille prêtres aux 33,000 qui s\u2019y dévouent et multiplier en proportion leurs auxiliaires, religieux et laïques.De plus, pour subvenir à leurs immenses besoins matériels, les catholiques devraient leur donner bien davantage.Ils versent, chaque année, environ 23 millions de dollars à cette œuvre; cela fait une moyenne de cinq cents par personne.N\u2019est-ce pas ridicule ?Au rythme actuel des naissances et des conversions, dans cent ans le nombre des païens aura doublé, tandis que celui des convertis adultes n\u2019aura pas augmenté de 20 millions.« La première tâche pour le concile sera de prendre des mesures afin de créer un grand courant de zèle apostolique, qui entraîne toute l\u2019Eglise et la mette réellement en état de mission.» (P.36.) L\u2019A.suggère des moyens concrets pour obtenir, d\u2019abord ce résultat, puis pour hâter la conversion des non-chrétiens.Son alerte petit livre y contribuera considérablement si, comme nous le souhaitons, il est lu par une forte proportion des catholiques du monde entier.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.René Laurentin: Lourdes, Histoire authentique 3.La quinzaine des Apparitions.\u2014 Paris, Lethielleux, éditeur, 1962, 317 pp., 25 cm.Dans ce troisième des six volumes de la série annoncée, l\u2019auteur étudie minutieusement les « problèmes fondamentaux » que suscitent les apparitions de Lourdes: « le site, la foule, Bernadette, l\u2019extase, l\u2019apparition, les secrets et la chronologie ».Travail de grande patience et de critique judicieuse, qui semble atteindre, ou peu s\u2019en faut, l\u2019exacte vérité sur le célèbre phénomène.Beaucoup d\u2019erreurs, de légendes, d\u2019hypothèses sont rejetées, des jugements sont corrigés, des détails et des dates sont précisés par la confrontation des multiples témoignages accumulés.Livre fort intéressant, précieux pour ceux qui veulent avant tout connaître la vérité en histoire.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Hugh A.MacDougall, O.M.I.The Àcton - Newman Relations.The dilemma of Christian liberalism.\u2014 New York, Fordham University Press, 1962, 200 pp., 21 cm.L auteur, qui a conquis son doctorat à ' l\u2019Université de Cambridge, est doyen de la faculté des arts au collège Saint Patrick de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Son ouvrage est fort intéressant, bien documenté, bien composé, bien écrit.Nous n\u2019avons pas besoin de présenter au lecteur canadien le cardinal Newman; lord Acton est peut-être moins connu.Né à Naples en 1834 d\u2019une vieille famille catholique d\u2019Angleterre, il grandit en Italie.Extrêmement intelligent, ce laïque était profondément attaché à sa foi.Il a connu Newman, il l\u2019a aimé; les deux hommes étaient épris du même idéal: tirer l\u2019Eglise catholique d\u2019Angleterre du marasme où elle était enlisée.Il fallait pour cela secouer l\u2019opinion catholique, l\u2019amener à reconnaître que les catholiques anglais n\u2019étaient pas des citoyens de seconde zone.Les deux hommes ont collaboré dans le domaine de l\u2019éducation et de la presse périodique.Ils ont connu des échecs, parce qu\u2019ils étaient en avance sur leur temps.Ils étaient l\u2019un et l\u2019autre libéraux.Mais tandis que le libéralisme de Newman respecta toujours les limites de l\u2019orthodoxie, celui de John Acton était trop ardent pour n\u2019être pas inquiétant, Disciple du professeur allemand Dollinger.Acton était opposé, lui aussi, à l\u2019infaillibilité pontificale.Il ne suivit pas son maître dans le schisme.Cependant après 1870, il était aigri, désaffectionné de Newman, en qui il voyait, le croirait-on ?un ultramontain.Veut-on savoir ce qui avait uni et ce qui sépara ces deux grands esprits ?Qu\u2019on lise The Acton-Newman Relations.On y apprendra beaucoup de choses sur New- man; on constatera aussi que l\u2019époque du Syllabus et du Concile du Vatican I n\u2019est pas sans ressemblance avec la nôtre.Quand le monde et l\u2019Eglise sont en travail, il est en quelque sorte nécessaire que les intellectuels s\u2019affrontent et se choquent en des combats véhéments, et que des amitiés se brisent: le progrès véritable peut être à ce prix.Mais la vérité et la charité finissent par l\u2019emporter, et ceci doit nous consoler de cela.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie, Montréal.Joseph Augereau: Jeanne Absolu.Une mystique du Grand Siècle.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 1960, 261 pp., 20 cm.Les auteurs spirituels semblent peu j connaître cette mystique du Grand Siècle, malgré que l\u2019abbé Brémond note, dans sa monumentale Histoire littéraire du sentiment religieux en France que « sa biographie est un remarquable document spirituel ».Vie étonnante, en effet, que celle de cette veuve qui, après des essais infructueux en différentes communautés, finit par aboutir à cette originale abbaye de Fontevrault où même les moines promettaient obéissance à l\u2019abbesse.« Dieu et rien de plus », tel est l\u2019idéal qu\u2019elle poursuivait.« Ce doit être, disait-elle, notre ambition de Le suivre de plus près.Pour moi, je veux Le suivre et de si près, que je marche sur ses talons; ce m\u2019est assez que Dieu soit et qu\u2019il soit mon Dieu.» Sa sainteté fut souriante et entraînante; même dans ses plus grandes peines, « elle avait le visage, la contenance et le discours des personnes contentes ».Elle avait un grand sens de l\u2019humour.En somme, selon le mot célèbre, elle_ avait_l\u2019air sauvé.Jeanne Absolu s\u2019est beaucoup humiliée, mais, en même temps, elle a beaucoup aimé.Elle se répétait souvent les paroles de saint Jean de la Croix: « aimer, ce n\u2019est pas éprouver des grandes choses, c\u2019est connaître un grand dénuement et une grande souffrance pour l\u2019Aimé ».C\u2019est là le résumé de toute sa vie.Joseph Augereau a certainement été bien inspiré d\u2019exhumer des vieux écrits du Grand Siècle cet ouvrage qu\u2019il nous présente de façon vivante et intéressante.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Jean Peyrade: Guy de Larigaudie.Coll.« Adolescent, qui es-tu ?» \u2014 Tournai, Casterman, 1963, 174 pp., 17 cm.C\u2019est une bouffée d\u2019oxygène spirituel que cette vie de Guy de Larigaudie tombé à trente ans au printemps de 1940, après une jeunesse de routier-écrivain accomplie.Jean Peyrade l\u2019a esquissée d\u2019un crayon net, pénétrant et sûr.Dans notre monde fabuleux où l\u2019aventure atteint l\u2019échelle interplanétaire, le héros du raid automobile Paris-Saigon peut sembler un déclassé.Il garde intacte, cependant, sa taille exemplaire dans la poursuite de l\u2019aventure par excellence qu\u2019est la recherche de Dieu.« Il n\u2019est pas trop vraiment de quelques années passées sur cette terre étroite et grise pour mériter, dans une très humble mesure, le don de l\u2019infini.» Cette sagesse, chez de Larigaudie, ne fut point verbale mais réelle; elle pénétra et couronna la vie d\u2019un jeune enraciné au passé, avide de posséder le monde, fidèle à Dieu jusqu\u2019à se donner aux jeunes et aux déshérités \u2014 il comptait partir au service AOÛT 1963 241 des lépreux, \u2014 fidèle enfin surtout à l\u2019attente passionnée de Dieu.« Il faut avoir le cœur tout plein de Dieu comme un fiancé a le cœur tout plein de la femme qu\u2019il aime.» Vie et paroles ici sont d\u2019un même métal: celui dont se font les héros et les saints.Il est toujours rare et de grand prix.Georges Robitaille.Joséphine Burton: Le Combat d\u2019une mère.\u2014¦ Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 119 pp., 20 cm.Dans cet ouvrage, nous trouvons la solution chrétienne au problème des enfants nés infirmes.Sous le faux prétexte d\u2019éviter la souffrance à leur enfant né ainsi, des parents osent leur enlever la vie et l\u2019on passe l\u2019éponge sur ce crime atroce, allant jusqu\u2019à les proclamer des héros.Héros monstrueux! Telle ne fut pas l\u2019attitude de madame Joséphine Burton engageant et soutenant pendant des années, pour réhabiliter son fils Anthony, un combat quotidien de plusieurs heures.Mère avisée et consciente des luttes que son petit aurait à affronter, malgré la grande affection qu\u2019elle lui portait, elle se montra ferme, ne craignant pas de l\u2019envoyer à l\u2019école avec les autres enfants de son âge pour lui apprendre à se débattre dans la société; elle-même l\u2019entraîna à différents sports, d\u2019où il se tirait très bien; elle le mit sur les routes de Grèce et d\u2019Italie: que de choses il y apprit, qui contribuèrent à son enrichissement intellectuel et moral.Aujourd\u2019hui adulte et instruit, Anthony Burton est un homme de haute culture admiré dans les milieux les plus sélects de ¦son pays.Le cardinal Suenens, archevêque de Malines, a écrit la préface de l\u2019édition française; il y loue cette maman héroïque qui, malgré que la partie semblât au début totalement perdue, a cru à l\u2019impossible.Madame Burton est une fervente catholique, d\u2019une confiance en Dieu inébranlable.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Gilles BOILEAU: La Population du diocèse de Nicolet.\u2014 Nicolet, Séminaire social Pie-XII, 1963, 21.5 cm., 222 pp.Etude démographique précieuse pour qui veut connaître le diocèse de Nicolet.A côté d\u2019atouts de premier plan, comme une forte natalité, cette population souffre de maux très sérieux: émigration, vieillissement, dépopulation rurale, diminution des habitants dans plusieurs paroisses, etc.Dans ses conclusions, l\u2019A.écrit: « La situation démographique du diocèse de Nicolet n\u2019est pas des plus encourageantes.Sans vouloir être pessimiste plus que de raison, disons que ce diocèse est un de ceux où la situation est la plus critique.Toutes ces conséquences découlent d\u2019un premier mal qui est l\u2019exode régulier d\u2019une grande partie de la population.C\u2019est l\u2019exode d\u2019éléments jeunes et dynamiques qui réduit le pourcentage de la population adulte, qui provoque en partie la diminution de la natalité, augmente le taux de dépendance, grossit l\u2019indice de rupture et réduit l\u2019indice de développement général.» Il serait intéressant et utile d\u2019avoir sur tous les diocèses québécois une étude aussi détaillée et bien faite que celle du géographe Gilles Boileau.Richard Arès.Jean-Marie Aubry, S.J., et Yves Saint-Arnaud, S.J.: Dynamique des groupes.Initiation à son esprit et à quelques-unes de ses techniques.\u2014 Montréal (3200, chemin de la Côte-Sainte-Catherine), Editions du Centre pédagogique des Jésuites canadiens, 1963, 109 pp., 20 cm.Prix: $1.1E titre seul a l\u2019air prétentieux.Il tra-j duit une réalité banale, mais féconde et trop peu exploitée en éducation.Il s\u2019agit, dans un groupe plus ou moins structuré, d\u2019apprendre à dialoguer avec profit.Pour s\u2019initier à ce travail d\u2019équipe, nécessaire et enrichissant, voici un manuel bien fait.Nul bavardage.Des notions précises (groupes: variétés, formation, fonctionnement; meneur, animateur; évaluation; participation; résultats), de brèves explications, des tableaux et des questionnaires, une bibliographie.La présentation est claire; le style aussi; mais on emploie trop d\u2019anglicismes.Après lecture, on admet la conclusion des auteurs: le travail d\u2019équipe est pratiquement le seul moyen d\u2019assurer le respect des valeurs d\u2019une communauté et de garantir stabilité et efficacité aux solutions de l\u2019avenir (p.91).Joseph d\u2019Anjou.Groupe lyonnais d\u2019Etudes médicales : L\u2019Amour maternel.Coll.« Convergences ».\u2014 Paris (79, rue de Gentilly), Editions Spes, 1962, 230 pp., 19.5 cm.Prix: 9,30 NF.Le sérieux du Groupe lyonnais ne se > dément pas; le progrès de ses recherches non plus.On le constate dans la très riche étude qu\u2019il offre de l\u2019amour maternel.Mystère, vu la liaison du biologique et du psychologique dans ce sentiment (p.44) ; in-tentionalité purement humaine, donc dépassant l\u2019instinct et impliquant un choix (68), un jugement de valeur (94), une philosophie, \t\tRAPTIM CANADA Ltée \t\t \tRomand Associatio\tAGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \t\tApprouvée par : 1 A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, MontréaI-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International \tPro\t \tTransvehendis Itinerantibus Missionariis\t \t\t 242 surtout sociale (96), même chez les primitifs (ch.3), l\u2019amour maternel, quoique transcendant le maternage animal, apparaît fragile à cause de son raffinement même (134).En témoignent les déviations effrayantes auxquelles il donne lieu (ch.5).C\u2019est qu\u2019il a besoin d\u2019éducation, suppose un autre amour, difficile, l\u2019amour conjugal (ch.4), et une atmosphère sociale non seulement libérée de « mythes » et de « tabous » irréfléchis, mais respectueuse de la personne féminine (ch.6) et de ses « vocations paramater-nelles » (ch.7).A ce compte, on devine que notre monde piétine encore dans un masculinisme anxieux, et que la Vierge Mère, comme type et réalité totale de la femme (ch.8), a seule pouvoir de le faire évoluer.Qu\u2019on lise, dans ce cahier, les textes des professeurs Buytendijk et Colin, de Mme Dufour, des PP.Goetz et Moingt.Peut-être convient-il de prévenir les âmes sensibles que, sans une bonne dose de psychologie et de théologie et sans une sereine acceptation d\u2019elles-mêmes et de leur famille, elles risquent de trouver dans ce recueil de quoi se troubler.Joseph d\u2019Anjou.Abbé J.Bécaud, Dr M.Denis, Dr9 F.et M.Guy, J.FolLIET: Contrôle ou Régulation des naissances?« Le fond du problème ».\u2014 Lyon, Chronique sociale de France, 1963, 107 pp., 18 cm.Dr Joachim Bodamer: L\u2019École du mariage.Essais psychologiques sur la vie conjugale.Traduit par Pierre et Maryse Lachery.- M.-H.Lavocat, O.P.: Unis pour le meilleur et pour le pire.Aspects du mariage chrétien.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1963, 94, 221 pp., 18, 18.5 cm.Dr J.FÉRlNet abbé G.PONTEVILLE: Amour et Fécondité.Les époux et la régulation des naissances.\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1963, 169 pp., 19 cm.Prix: 65 fr.b.Abbé Pierre DE Locht: A la mesure de son amour.La vie et l\u2019amour.\u2014 Paris (79, boul.Saint-Germain), Editions Universitaires, 1961, 219 pp., 18.5 cm.Prix: $2.80.Rien de neuf dans le premier ouvrage, sauf les pages consacrées par Folliet à la psychologie de la mentalité malthusienne (pp.74-80) et la juste remarque des Dr* Guy relative à « la possibilité tranquille de la continence » comme « signe de maturité.sur le plan sexuel » (40).- Discret, nuancé, plus soucieux de psychologie conjugale et sociale que de directives morales, le livre du Dr Bodamer, bien traduit, mérite attention.Il analyse la peur de la solitude qui trouble l\u2019âme des jeunes, les exigences et les limites de la sincérité en amour, les profits et pertes qui résultent de l\u2019émancipation féminine, la nécessité du don fidèle dans le mariage.- Plus pratiques encore, les allocutions du P.Lavocat, chargées de doctrine et de conseils.Bon théologien, le prédicateur sait encourager les époux qu\u2019exalte leur amour, sans réduire jamais les aspects austères de la sainteté conjugale.Un des plus utiles cadeaux à offrir aux fiancés.- Les époux, que préoccupe le problème de la régulation des naissances, profiteront à lire Amour et Fécondité.A la science du médecin et du prêtre se joignent ici des témoignages obtenus de nombreux couples.Solide plaidoyer en faveur de la maîtrise de soi, condition de l\u2019amour, de l\u2019harmonie au foyer, du progrès chrétien.- Plus complet et d\u2019une portée RELATIONS plus générale, le remarquable essai de l\u2019abbé de Locht.Il traite, pour tous lecteurs, les problèmes du sexe, de l\u2019amour du mariage, de la fécondité.La clarté de la doctrine, la chaleur du sentiment, l\u2019agrément du style en font un des meilleurs manuels de l\u2019amour chrétien.Joseph d\u2019Anjou.Stéphane Berghoff: Femme heureuse, Mariage heureux.Les lois de l\u2019harmonie conjugale et du bonheur familial.Traduit par Pierre et Maryse Lachery.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1962, 146 pp., 18.5 cm.Prix: 7,50 NF.Cet entretien, sérieux sans rigueur, fonde le bonheur du foyer sur l\u2019estime de la dignité féminine et maternelle, sur le respect de la nature et de la grâce dans les relations conjugales.Solidement chrétien, parsemé de conseils qu\u2019inspirent la Bible et l\u2019expérience, l\u2019ouvrage recommande la fermeté dans l\u2019éducation, mais n\u2019oublie ni la douce patience, ni la compétence qu\u2019exige la formation équilibrée des enfants.Avec raison, l\u2019A.blâme les « adultes » qui contaminent le « milieu ».Optimiste, cependant, il croit à l\u2019efficacité de la vie dans le Christ et cite des exemples émouvants.L\u2019amour chaste, fécond, fidèle jusqu\u2019à l\u2019héroïsme n\u2019a pas déserté la terre, et il offre la seule formule de bonheur familial.Traduit dans une langue claire, ce message s\u2019adresse au peuple, qui en a toujours besoin.Joseph d\u2019Anjou.Albert-Pierre Dominique: Instantanés.\u2014 Montréal, Imprimerie Judiciaire Enr.1963, 123 pp., 20 cm.UN PREMIER RECUEIL DE PENSÉES intitulé Phostostats avait signalé l\u2019A.au grand public.Ce second recueil contribuera encore davantage à étendre sa réputation.Dans ses objectifs et son genre, Instantanés ne diffère guère de Photostats.L\u2019A.continue ses observations sur l\u2019homme et la société.Il ne veut pas procéder à la façon du photographe ou du cinéaste.Les vues d\u2019ensemble lui sont inconnues.C\u2019est l\u2019homme au microscope, qui ajuste son instrument, à tout instant, en vue de découvrir une nouvelle facette de l\u2019homme qui vit dans son milieu.Son regard est pointu: il détecte sans cesse les petites faiblesses et les modestes grandeurs, les mignons défauts et les fortes qualités des hommes, ses contemporains.Il le fait avec une complaisance sensible dans la valeur de sa perspicacité.Si son poste d\u2019observation est moins élevé que celui de La Bruyère, si son champ de vision paraît, à la longue, plus étroit, l\u2019A.n\u2019en rejoint pas moins l\u2019homme éternel, celui que Paul de Tarse voyait impuissant à faire le bien qu\u2019il désire et œuvrant dans le mal qu\u2019il réprouve.Ces vues « instantanées » sur les hommes et la société jaillissent dans une forme personnelle, nerveuse, souvent pittoresque.Ce recueil est à lire avec intelligence plus qu\u2019avec passion.Bien qu\u2019il s\u2019en défende, l\u2019A.est un moraliste qui souhaite le perfectionnement de l\u2019homme dans la charité.Comme c\u2019est par l\u2019extérieur qu\u2019il peint les hommes, et par quelques hommes qu\u2019il évoque un groupe social, l\u2019A.n\u2019a pas échappé toujours au piège que lui tendaient et le genre et son tempérament: généraliser et ne pas rendre complètement justice à ceux qui ont l\u2019honneur de tomber sous son microscope.A travers l\u2019humour, on devine que l\u2019A.est un « pèlerin de l\u2019absolu ».AOÛT 1963 Seule une charité compréhensive peut suggérer l\u2019indulgence nécessaire à qui peint les hommes.L\u2019A.affirmait, dans Photostats, qu\u2019un livre pouvait n\u2019être qu\u2019un chapitre d\u2019un autre.Il a justement défini son nouveau recueil.Paul L\u2019Allier.Collège Jean-de-Brébeuf.Chanoine Jacques Leclercq: Eloge de la paresse suivi de quelques autres.\u2014 Casterman, 1962, 185 pp., 18 cm.Essais d\u2019un moraliste pénétrant qui, dans un style bien à lui, une phrase d\u2019une extrême mobilité et une pensée où pétillent l\u2019humour, la fantaisie et le paradoxe, nous livre ses réflexions les plus intimes sur l\u2019homme et sur Dieu.L\u2019A.réagit vivement contre l\u2019artificiel, le vide d\u2019une certaine civilisation moderne, du pseudo-scientisme, revendique les vraies valeurs humaines, celles qui jaillissent de la nature toute simple, de la culture authentique et de la foi, et chante la beauté, la vérité et l\u2019amour qui s\u2019expriment le plus parfaitement en Dieu.Livre tonifiant.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Georges Hourdin: Simone de Beauvoir et la Liberté.Coll.« Tout le monde en parle ».\u2014 Paris (29, boul.de Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1962, 189 pp., 18 cm.Prix: 5,70 NF.Louer le zèle de Simone de Beauvoir > pour la liberté, son talent et la vigueur de son caractère, marquer l\u2019insuffisance de sa pensée, sa partialité, son étroitesse, sa naïveté, suites logiques de son orgueil, voilà les mérites de cet ouvrage.Le défaut consiste à minimiser le scandale d\u2019une vie et d\u2019un effort acharnés à ruiner les plus hautes valeurs: l\u2019adoration de Dieu et la chasteté de l\u2019amour humain.Ni la saine horreur qu\u2019il a du conformisme ne justifie cette lacune, ni son métier de journaliste n\u2019excuse l\u2019A.d\u2019aborder des problèmes qu\u2019il ne peut résoudre pleinement.Car manquent ici une doctrine satisfaisante de la liberté (obéissance au transcendant qui appelle l\u2019homme des profondeurs mêmes de son essence) et une défense convaincante de la chasteté chrétienne.Il ne s\u2019agit que d\u2019un manque; car le livre a de la qualité; il touchera les existentialistes athées, auxquels leurs œillères cachent les horizons de la Vérité.Mais les croyants inexpérimentés risquent de mal comprendre l\u2019A.lorsqu\u2019il répète que S.de B.« a réussi une reconstruction de sa vie morale » et que cela « est bien ».Il note aussitôt que « ce n\u2019est pas suffisant » (p.185), et cette note, non plus, ne suffit pas.En dialoguant avec S.de B., l\u2019A.n\u2019a pas tort d\u2019opposer «son» sentiment à lui et « ses » prétentions à elle.Mais la Vérité dépasse l\u2019une et l\u2019autre; il importe de le dire plus nettement que ne le fait l\u2019A.En classe de philosophie ou de littérature, on profitera quand même des analyses honnêtes et vivantes qu\u2019il présente d\u2019un personnage et d\u2019une œuvre dont « tout le monde parle ».Vulgarisation de journaliste, affirme-t-il avec modestie.Journalisme de haut vol, que dépare seulement un désagréable tic de style: l\u2019emploi (fautif, à mon avis) de la tournure « davantage que »; exemples: « femme davantage qu\u2019homme » (75); « elle davantage que lui » (84) ; « elle a brouillé les pistes davantage qu\u2019elle n\u2019a créé vraiment » (96) ; et encore, et encore.Trop.Joseph d\u2019Anjou.La haute fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ, ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 RÉFÉRENCES La Maison J.-W.Jetté s\u2019honore de la clientèle des institutions religieuses: hôpitaux, églises, maisons d\u2019enseignement, écoles, et les nombreux travaux en chauffage-plomberie exécutés pour le compte de celles-ci constituent pour ses techniciens et ouvriers spécialisés d\u2019excellentes lettres de références.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada uiWi JJErni CHAUFFAGE-PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de la â>aubegatbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Sièg* social: Montréal 243 Pierre DE Boisdeffre: Où va le roman ?Essai.\u2014 Paris (2, rue des Italiens), Editions del Duca, 1962, 309 pp., 19.5 cm.Prix: $2.90.Esprit encyclopédique, écrivain né, romancier à ses heures, déjà célèbre par de monumentales histoires de la littérature française contemporaine, l\u2019A.offre ici une étude historique, sociologique, psychologique et morale du roman français depuis un siècle.Tableau intelligent, aux larges panneaux, découpés dans la pensée aussi bien que dans le temps.De Balzac à Robbe-Grillet, du roman fondé sur une histoire et des personnages au récit surréaliste, pointilliste et abstrait, l\u2019A.dégage et explique, en partie, des conceptions de la vie, des modes d\u2019expression dont nous sommes les héritiers ou les témoins.Essai explicatif sans pédanterie ni bavardage, compréhensif sans démission, et qui se lit comme un roman.On y aperçoit, suggéré par l\u2019A., le rapport qu\u2019entretiennent le genre et la qualité du roman avec l\u2019état de la société, l\u2019évolution des théories philosophiques, esthétiques, voire politiques; et l\u2019on comprend que la crise actuelle du roman, cauchemar d\u2019adolescence frustrée, coïncide avec le mal d\u2019une civilisation détraquée parce que privée du sens de Dieu.Trop ouvert pour bouder la moindre originalité, l\u2019A.a trop de fond pour applaudir toute « nouvelle vague ».Il ne cache pas ses convictions: le roman doit promouvoir des valeurs (p.17) ; les héros classiques ont plus de liberté que les robots du roman naturaliste (31); la révolte d\u2019aujourd\u2019hui, que trahit l\u2019obsession de la mort, de la violence et du sexe (86), aboutit au vide, à la « décréation » (272).Il garde toutefois l\u2019espoir d\u2019un vrai renouvellement.On souhaiterait, ici et là, des jugements de valeur religieuse et morale plus fermes; mais l\u2019ouvrage ne s\u2019adresse ni aux illettrés, ni aux collégiens.Joseph d\u2019Anjou.Jean de Laplante: Le Petit Juif.Roman.¦\u2014-Montréal, Editions Beauchemin, 1962, 163 pp., 20.5 cm.Sous l\u2019occupation allemande, Auguste Kramer, Français d\u2019origine juive, est arrêté et jeté en prison.Après avoir connu les horreurs de la vie concentration- LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES (Strictement en gros) Le temple de la lumière » Beldnd BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-trés.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* naire, il réussit à émigrer en Amérique.Installé à Montréal, il devient, grâce à sa compétence et au jeu de certaines influences, journaliste et professeur de philosophie orientale.Mais il est déprimé par le souvenir obsédant de sa femme captive quelque part outre-mer, par la brusque séparation d\u2019un ami à peine retrouvé, par le remords d\u2019une lourde faute.Cependant tout finit par s\u2019arranger, et, l\u2019âme en paix, Kramer rentre en Europe avec sa nouvelle épouse et leur fils.Ecrit dans un style pittoresque et nerveux, ce roman fait réfléchir sur les problèmes social et religieux.En fait d\u2019incorrections, relèverai-je celle d\u2019avoir attribué les Trois Messes basses à Léon plutôt qu\u2019à Alphonse Daudet ?René Daoust, pire.Presbytère Saint-Vincent-Ferrier, Montréal.André ThÉRIVE: Procès de langage.\u2014 Paris (6, rue Casimir-Delavigne), Editions Stock, 1962, 283 pp., 20 cm.La verve de l\u2019A., relevée d\u2019humour et j parfois de malice, agrémente une érudition qui s\u2019alimente à une demi-douzaine de sources anciennes et modernes.On profite à lire les sévérités que lui inspirent les jargons du P.Teilhard de Chardin, de la politique et de la justice, de la finance ou de l\u2019université.Il discute pertinemment les emprunts faits par notre langue à l\u2019anglais et à l\u2019allemand, raille les faux latinismes des pédants paresseux, et n\u2019a que faveur pour le parler du peuple, même « verdâtre » ou « illogique », puisque les idiotismes, créations intuitives, ne s\u2019analysent pas (p.197).Il les analyse fort bien cependant; mais il ne me rallie pas à ses préférences concernant « meilleurs vœux » (115), « royautés » (148) ou l\u2019usage de « ceci » et de « cela » (210-214), ni aux indulgences qu\u2019il concède à des écrivains médiocres (217-218), ni à la grâce dont il couvre des fautes d\u2019accord (92) et de construction (276).Dans son texte même, je critiquerais le mauvais emploi de l\u2019adverbe guère (193), l\u2019abus de la majuscule, maintes ponctuations et le tour suivant: « certains puristes s\u2019en alarment comme d\u2019une erreur ou un abus de mots » (227), car il faut écrire: ou d\u2019un abus de mots.Enfin, si on les compare aux anathèmes dont il accable chroniqueurs et gaze-tiers (73, 86, 137, 172, 176.), mes propres nasardes (mot cher à l\u2019A.) paraîtront fleurer « la douceur angevine » que chante le sonnet connu de Joachim du Bellay.Joseph d\u2019Anjou.Christian Dedet: Le Métier d\u2019amant.Roman.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 237 pp., 20.5 cm.1e jeune Alain la Varène, de retour de j la guerre d\u2019Algérie, s\u2019en va exercer la médecine à Deauville pour fuir Paris, c\u2019est-à-dire une maîtresse qui y vit et dont il est las, Miriam, l\u2019épouse séparée de Louis Cha-baneau.Celui-ci, ex-sénateur presque sexagénaire, sacrifie lucidement sinon allègrement sa très jeune amante Sonia pour aller retrouver sa femme légitime ou plutôt la sécurité financière avec elle.Mais ce vert galant ne cessant de trousser les jupons, survient une rupture définitive entre les époux à peine raccommodés.Miriam et Alain se retrouvent à Deauville, puis, revenus à Paris, se quittent presque aussitôt, à cause de Sonia, le nouveau béguin du jeune homme.Notre esculape, esclave de son idole, passe tout l\u2019été au bord de la mer avec elle pour l\u2019abandonner ensuite brusquement en fin de saison.Pendant ce temps, Chabaneau esseulé est mort, de façon misérable, entre les bras d\u2019Odile, mère de Sonia et vieille amie de toujours.Ce roman porte en exergue un mot de saint Jean de la Croix: « Plus je vis, plus je meurs.» Voilà bien tout ce qu\u2019il a de religieux.Partout, en effet, y règne l\u2019esprit du monde.Naturellement, la femme y est le jouet de la sensualité masculine; elle constitue le matériau utilisé dans le métier d\u2019amant.Si encore ce métier nous était présenté comme honteux, nettement dégradant, insatisfaisant pour l\u2019âme asservie.La Varène éprouve bien par-ci par-là une sensation de vide, mais la coucherie suivante comble bien vite cet appel d\u2019être et, à aucun moment, il ne se sent diminué dans sa dignité.Qu\u2019il lise parfois une page d\u2019auteur spirituel ou s\u2019attarde volontiers à un choral de Bach, cela ne suffit vraiment pas à nous faire croire qu\u2019il a la nostalgie de la pureté.Son inconduite est trop confortable pour qu\u2019il songe à la quitter.L\u2019auteur d\u2019ailleurs, loin de nous cacher ce qu\u2019elle a de trop délectable, se complaît dans la description de scènes d\u2019alcôve extrêmement troublantes.Hélas! tout cela nous oblige à déconseiller son livre pourtant bien écrit.René Daoust, pire.Presbytère Sainl-Vincent-Ferrier, Montréal.Alba DE CESPEDES:\tJournée d\u2019août.Nouvelles.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 189 pp., 20.5 cm.Groupant une douzaine de nouvelles d\u2019inégales longueurs, où évoluent des personnages de tout âge et de toute catégorie, ce recueil est écrit d\u2019une plume minutieusement réaliste.Comme Maupassant, l\u2019auteur y affiche un pessimisme soutenu.Toutes ses histoires sont tristes et donnent l\u2019impression que l\u2019homme est irrémédiablement seul et incapable d\u2019assurer son bonheur.René Daoust, ptre.Presbytère Saint-Vincent-F errier, Montréal.Jeanne CRESSANGES: La Feuille de Bétel.Roman.Coll.« Presqu\u2019îles ».\u2014- Paris, Editions Casterman, 1962, 226 pp., 19 cm.Jacques abandonne à Paris sa maîtresse pour devenir instituteur dans le gros bourg de son enfance.Mais la vie est tout à fait changée dans ce village depuis qu\u2019une colonie d\u2019Eurasiens, qui s\u2019y est implantée, le menace numériquement.Les préjugés raciaux font des corons un territoire interdit aux Blancs.Pourtant Jacques, antiségrégationniste, y va volontiers voir une jeune Vietnamienne du nom de Flore.En-freindra-t-il impunément les défenses ?Et avec Flore, surmontera-t-il les différences d\u2019habitudes, de coutumes, de pensées, de religions?Voilà les questions qui surgissent à la lecture de ce roman dont la présentation évoque le chant alterné d\u2019un long psaume et le style, les miroitements d\u2019une chape d\u2019or toute neuve.René Daoust, ptre.Presbytère Sainl-Vincent-Ferrier, Montréal.244 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES POUR LES JEUNES Collection « Farandole » G.Delahaye et M.Marlier: Martine à la maison.\u2014 Jeanne CAPPE: Deux lapins tout pareils.- G.DELAHAYE et L.FUNCHKEN: Le Petit Journaliste.\u2014 Tournai, Casterman, 1963, chacun 20 pp.Albums gracieusement illustrés pour les plus jeunes au moment où ils commencent à découvrir le monde extérieur.Collection
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