Relations, 1 septembre 1963, Septembre
[" revue du mois, numéro 273, montréal, septembre 1963, prix RELAT ION LE BILL 60 ¦ \u2014\tet la démocratie \u2014\tet l\u2019école confessionnelle Constitution\" Robert ROUQUETTE LES TÉMOINS DE JÉHOVAH Le Concile, moment privilégié de la grâce, \u2014 L\u2019enseignement secondaire et l\u2019enseignement supérieur, \u2014 Comment sauver notre langue ?ECÛLE NORMALE CARDIN 6400 - 16e AVENUE SOMMAIRE septembre 1963 Éditoriaux.245 Le Saint-Siège à l\u2019O.N.U.?\u2014 Liberté religieuse derrière le rideau de fer?\u2014 L\u2019accord nucléaire: un premier pas.\u2014 L\u2019art du possible.\u2014 Heureuse Commission Parent! \u2014 Pacem in terris et la rentrée des classes.Articles L\u2019Assemblée de « Foi et Constitution » À Montréal.Robert Rouquette 248 L\u2019enseignement secondaire et l\u2019enseignement supérieur.Robert Picard 250 Le Concile, moment privilégié de la grâce.Jean-Marc Dufort 253 Le bill 60 et l\u2019école confessionnelle.Richard Arès 256 Au fil du mois.260 Racisme au Soudan.\u2014 Au Ceylan.\u2014 Valentina.\u2014 Au Viêt-nam.\u2014 Éducation: le mot, la chose.\u2014 Le jeûne de Marcel Chaput.\u2014 Quatre petits gars ont choisi de mourir.\u2014 Amendements à la Loi des accidents du travail.Où en sont les Témoins de Jéhovah?.Gérard Hébert 263 Réflexions sur l\u2019enseignement.Pierre Angers 267 Bills 60 et démocratie.Jacques Cousineau 268 Comment sauver notre langue ?.Joseph d\u2019Anjou 270 Les livres.272 Notes bibliographiques.276 Au service du français: Pour une régie du français.J.d\u2019Anjou III Une mutuelle d \u2019assurance intégrée à l\u2019économie du Canada français ?Une variété de plans d\u2019assurance modernes répondant à des besoins modernes ! L* -\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - VI.5-3291 JOLIETTE - SAINT-JEAN - QUEBEC - SHERBROOKE - OTTAWA (frétât ion A REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit.Secrétaire à la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements : 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel 1475, rue Decelles, Saint-Laurent, Montréal-9 Tél.: 747-1424 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Pacem in terris Texte complet de l\u2019encyclique de Jean XXIII.Brochure élégante ?Caractères agréables ?Présentation de l\u2019encyclique par le P.Richard Arès ?Disposition et numérotage des paragraphes d\u2019après le texte latin, ce qui est très utile pour les références.$0.50 l'exemplaire.COMMENTAIRES SUR «PACEM IN TERRIS» La revue « Relations» a publié, en juin, un numéro spécial entièrement consacré à l\u2019analyse des divers aspects de cette importante encyclique.Quinze articles.Document substantiel.$0.50 l\u2019exemplaire.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent,\tMontréal-11 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication. montréal septembre 1963 numéro 273 RELATIONS SA itor taux Le Saint-Siège à PO.N.U.?TOUS CEUX QUI S\u2019APPUYAIENT sur la distinction entre l\u2019organisation internationale du monde et cette organisation internationale qu\u2019est l\u2019O.N.U.pour, en esprit, approuver la première et, en fait, repousser la seconde, devront y regarder à deux fois s\u2019ils veulent penser avec l\u2019Église.A la Noël qui suivit la crise de Suez et l\u2019écrasement de la Hongrie, Pie XII, malgré des réserves sévères, mit son autorité morale dans la balance pour sauver l\u2019O.N.U.chancelante: « Si Nous faisons allusion à ces aspects défectueux, c\u2019est parce que nous désirons voir renforcer l\u2019autorité de l\u2019O.N.U.surtout pour l\u2019obtention du désarmement général qui Nous tient tant à cœur.» Même son de cloche dans Pacem in terris : « C\u2019est donc l\u2019ordre lui-même, dit Jean XXIII, qui exige la constitution d\u2019une autorité publique de compétence universelle.» Puis, sans indiquer les structures nouvelles qui s\u2019imposent, \u2014 car cette question technique n\u2019est pas de la compétence de l\u2019Église, \u2014 Jean XXIII poursuit: « Nous désirons donc vivement que l\u2019O.N.U.puisse de plus en plus adapter ses structures et ses moyens d\u2019action à l\u2019étendue et à la haute valeur de sa mission.» Voici maintenant que Paul VI, recevant le secrétaire général de l\u2019O.N.U., lui exprime sa « très haute idée » de cette organisation, « réalité historique de trop grande importance pour laisser (l\u2019Église) indifférente ».A la suite de ces approbations, on s\u2019est demandé, en certains milieux pourquoi le Saint-Siège ne poserait pas sa candidature à l\u2019O.N.U.La réponse est simple.Le Saint-Siège ne saurait accepter d\u2019être solidaire ni moralement, ni juridiquement, ni politiquement de la coercition internationale contre un État membre, comme le prescrit, le cas échéant, la charte de l\u2019O.N.U.Les papes guerriers sont d\u2019un autre âge \u2014 révolu, Dieu merci! Ce n\u2019est pas non plus le rôle de l\u2019Église de trancher communément les conflits politiques.D\u2019ailleurs, des conventions écrites affirment clairement le caractère supranational du Saint-Siège.L\u2019article 24 du Traité du Latran, par exemple: Le Saint-Siège, en raison de sa souveraineté, même sur le plan international, déclare qu\u2019il veut rester neutre, et qu\u2019il restera étranger aux compétitions temporelles entre les autres Etats, et aux Congrès internationaux institués à cet objet, à moins que les parties fassent appel à sa mission de paix, se réservant en tout cas de faire valoir son autorité morale et spirituelle.En effet, quels dommages d\u2019ordre moral résulteraient, pour l\u2019Église, d\u2019une participation aux conflits entre Puissances séculières! Par contre, s\u2019il survenait une affaire internationale, ayant en même temps un aspect spirituel et moral, l\u2019O.N.U., par un vote unanime, ou les États rivaux, d\u2019accord sur ce point, pourraient solliciter la coopération du Souverain Pontife et faire « appel à sa mission de paix ».Une telle procédure ne restreindrait en rien l\u2019« autorité morale et spirituelle » du Saint-Siège.L\u2019article 24 du Traité du Latran intéresse directement la communauté tout entière du Droit des Gens.Or, il maintient le droit du Pape de parler en tant que Pape, et en dehors des tractations de la diplomatie, sans avoir de permission à attendre ou à demander de quelque nation ou groupe de nations que ce soit.SEPTEMBRE 1963 245 Liberté religieuse derrière le rideau de fer ?y\\ ES RUMEURS DE TOUTES SORTES accom- ^ pagnent les allées et venues des représentants du Saint-Siège (et même de l\u2019O.N.U.) à Budapest et à Prague.Faudra-t-il beaucoup de temps pour qu\u2019une solution se fasse jour ?Notre coupe débordera de joie, le jour où le cardinal Mindszenty et l\u2019archevêque Beran obtiendront à leurs Églises les mêmes libertés que le cardinal Wyszynsky, au lendemain de la révolte de la Hongrie, a obtenues à l\u2019Église de Pologne.Jusqu\u2019ici, pour eux, aucune porte ne s\u2019est ouverte.Lors d\u2019un séjour à Vienne, le premier ministre adjoint de Budapest, M.Gyula Kallai, s\u2019est prêté à une conférence de presse.Son régime, a-t-il dit, accepterait la nomination de six nouveaux évêques, à la condition, a-t-il ajouté, que ces évêques « respectent les lois de l\u2019État de Hongrie ».La belle affaire! Depuis près de vingt ans que ces mêmes lois étouffent la vie de l\u2019Église! C\u2019est là tout le problème.D\u2019une façon ou de l\u2019autre, ces lois doivent être amendées, si on veut que le Cardinal et l\u2019Archevêque puissent quitter leur bergerie.Le bon pasteur ne laisse son troupeau que s\u2019il a l\u2019assurance qu\u2019en retour de son sacrifice ses brebis seront marquées clairement et librement du signe de la croix.Autrement, il demeure avec son troupeau.La parole du Christ sur ce sujet est d\u2019une netteté sans ombre.Haeeord nucléaire : un premier pas 1WT HARRIMAN SE DÉCLARAIT « plein d\u2019es-*-\u2022*- \u2022 poir », Lord Hailsham « enchanté », M.Zorine « optimiste ».Pendant ce temps, M.Krouchtchev rappelait aux Chinois communistes que les États-Unis, ce tigre de papier, avait des « dents nucléaires », et la Lettre ouverte de Moscou (14 juin), en réponse à la Lettre en 25points de Pékin (14 juin: un mois de réflexion donc), affirmait que « la tâche historique des communistes était d\u2019éviter la guerre nucléaire ».Opposant son réalisme pratique à un dogmatisme abstrait, Moscou s\u2019apprêtait ainsi à parapher une entente sur l\u2019interdiction des armes nucléaires.La joie du monde fut grande.Si grande, en effet, qu\u2019à se fier aux manchettes, on aurait cru au désarmement intégral, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un premier pas cir- conspect.Le traité n\u2019inclut ni les essais souterrains, ni la fabrication des bombes, encore moins leur destruction.Plus grave encore, Moscou refuse toujours le contrôle par inspection.C\u2019est pourquoi sa décision de ne plus brouiller les émissions de la Voix d\u2019Amérique pourrait s\u2019avérer, à la longue, de beaucoup plus grande importance que cet accord limité sur les essais nucléaires: une brèche importante est pratiquée dans le rideau de fer, une certaine liberté de parole est officiellement admise dans un pays qui ne recevait jusqu\u2019ici que deux journaux anglais: le Daily Worker de Londres et le Daily Worker de New York! Mais, alors, pourquoi cette vague d\u2019optimisme ?On aurait dit, en cette fin de juillet, que la terre faisait peau neuve.Parce qu\u2019on a le sentiment que cet accord en appellera d\u2019autres et, une fois enclenché le mécanisme de la détente, que la guerre froide pourrait prendre fin.La paix nucléaire passait avant tout; pour Krouchtchev, avant même la révolution.Sur ce point, le communisme international se scindait.Commentant l\u2019accord, Radio-Vatican disait, en écho à une parole de Paul VI : « Ce n\u2019est pas beaucoup, c\u2019est à peine un premier pas et à peine un symptôme, mais cela a suffi à faire renaître un espoir.C\u2019est une preuve de bonne volonté.» Il ne faut pas s\u2019attendre à ce que la paix éclate avec bruit.La paix n\u2019est pas la guerre.Elle s\u2019édifiera avec patience et sur des preuves de bonne volonté.Hart du possible TA POLITIQUE EST L\u2019ART DU POSSIBLE et non ^ l\u2019art du mieux en soi, encore moins l\u2019art du mieux quant à soi, c\u2019est-à-dire tel qu\u2019on le désire ou l\u2019imagine.M.Gérin-Lajoie soutient le bill 60 avec l\u2019ultimatum qu\u2019il démissionnera si le bill n\u2019est pas « substantiellement le même que celui qui a été présenté en juin.Substantiellement, ajoute-t-il, cela veut dire deux choses: un ministre qui est vraiment ministre, c\u2019est-à-dire qui détient toutes les compétences et les prérogatives définies dans le bill 60, et un Conseil qui est pleinement mais simplement consultatif.» (.Le Devoir, 13 août 1963.) Après toutes les critiques justifiées et très graves faites à ce bill 60: sur la prétention de l\u2019État à s\u2019ériger grand promoteur de la culture de l\u2019esprit, sur la liberté menacée de l\u2019enseignement, sur la confessionnalité mal 246 RELATIONS respectée, sur l\u2019autonomie et l\u2019orientation légitimes des collèges classiques, etc., il est difficile d\u2019admettre que M.Gérin-Lajoie pratique l\u2019art du possible.Surtout lorsqu\u2019on a lu ou entendu les exposés d\u2019un ancien ministre responsable de l\u2019Éducation, M.Yves Prévost, que l\u2019âge, la direction de ce ministère et l\u2019expérience politique ont instruit.Lui aussi, il croit à la nécessité d\u2019un vrai ministère de l\u2019Éducation, non « un ministère de tutelle »; cependant, il admet, il réclame, comme cela se pratique ailleurs, un partage de l\u2019autorité.L\u2019honorable Gérin-Lajoie nourrit pour l\u2019avenir de l\u2019Éducation dans la province d\u2019ardentes et magnifiques ambitions.Tous y applaudissent et souhaitent le voir les accomplir.Seulement, il ne peut oublier que la politique, même la grande politique, demeure l\u2019art du possible surtout si, comme dans le cas présent, il entend obtenir du pays réel une collaboration profonde et durable.Heureuse Commission Parent ! TES RAPPORTS DES COMMISSIONS ROYALES se suivent sans connaître tous la même heureuse fortune.De ce temps-ci, le gouvernement fédéral se montre très réticent à l\u2019égard de tel et tel: il ne finit plus d\u2019hésiter au sujet de la mise à exécution des recommandations du Rapport Norris et il se prépare, paraît-il (voir The Gazette, 15 août 1963), à mettre au rancart celles du Rapport Glassco, jugées extravagantes et impraticables.Au Québec nous avons présentement beaucoup plus de respect pour le rapport d\u2019une commission royale.Les journalistes \u2014 qui savent tant de choses, même ce qui se passe au Conseil des Ministres \u2014 nous ont appris qu\u2019il ne s\u2019était écoulé que 48 heures entre la déposition du Rapport de la Commission Parent et l\u2019apparition sur le bureau du Premier Ministre d\u2019un volumineux dossier réclamant la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation selon les recommandations dudit Rapport.Deux mois plus tard, en dépit de Chambres lasses aspirant aux vacances et d\u2019une opinion irritée d\u2019être ainsi brusquée, un projet de loi incorporant les grandes recommandations dudit Rapport affrontait l\u2019Assemblée législative.Depuis ce temps, le ministre de la Jeunesse fait croisade pour en presser l\u2019adoption comme s\u2019il s\u2019agissait, non du rapport d\u2019une commission d\u2019enquête, mais de son propre rapport.Le bonheur des Commissaires ne s\u2019arrête point là! D\u2019avance ils sont assurés, par ces mêmes autorités politiques, qu\u2019un sort heureux attend leurs prochaines SEPTEMBRE 1963 recommandations.En effet, le ministre de la Jeunesse a maintes fois servi au public, pour hâter l\u2019adoption du bill 60, la raison suivante: « Lorsque la prochaine tranche du Rapport Parent sera publiée, il faudra que les nouvelles structures administratives soient déjà en place, pour mettre à exécution les recommandations de la Commission sur le plan pédagogique.» {Le Devoir, 8 juillet 1963.) Le seul problème que posent au ministre les futures recommandations de notre Commission, c\u2019est, on le voit, leur mise à exécution.Vraiment, d\u2019Ottawa à Québec, nous avons considérablement perfectionné la technique des commissions royales.Sur ce point, Ottawa a beaucoup à apprendre de Québec; il est au moins sur nous en retard d\u2019une révolution ! Devant la statue d\u2019Achille, Alexandre le Grand se serait écrié, nous dit Cicéron: « Heureux jeune homme qui as trouvé un Homère pour chanter tes exploits! » Devant la croisade du ministre de la Jeunesse en faveur de ce Rapport \u2014 paru et à paraître \u2014, comment ne pas dire: Heureuse Commission Parent.! Pacem in terris et la rentrée des classes COMMENT NE PAS S\u2019EN RÉJOUIR?L\u2019accueil fait à l\u2019encyclique Pacem in terris par des hommes de toutes races, de toutes langues, de toutes religions constitue un phénomène social sur lequel on s\u2019interroge pour en découvrir les causes: personnalité de l\u2019auteur, sujet de l\u2019encyclique, moment de sa publication, ton positif, souffle pastoral, ampleur de l\u2019exposé, rythme de son architecture.Ce succès cache un danger: celui de louer l\u2019encyclique sans la connaître, de la citer sans l\u2019avoir lue.Tel est le sort de nombre d\u2019œuvres; même d\u2019œuvres classiques, au dire des malins.Ce ne doit point être le sort de Pacem in terris.Il faut, au contraire, lire et faire lire cette encyclique, l\u2019étudier, la commenter, la répandre.Elle forme un traité non pas sur la juste guerre et sur le droit de riposte, point où s\u2019arrête la plupart des manuels de philosophie, mais sur la paix véritable à laquelle aspirent tous les hommes, et qui ne saurait être que le fruit de leur libre soumission à l\u2019ordre établi par Dieu.Relations a consacré son numéro de juin à l\u2019analyse de Pacem in terris.On peut aussi s\u2019en procurer la traduction française dans une élégante brochure des Editions Bellarmin.247 L'Assemblée de \"Foi et Constitution\" à Montréal Robert ROUQUETTE, S.J.* DU 12 AU 26 JUILLET s\u2019est tenue à Montréal la quatrième assemblée de « Foi et Constitution » qui est la commission théologique du Conseil \u2022œcuménique des Églises, depuis la fusion en une seule institution des mouvements œcuméniques en 1948.Pour le témoin catholique de ces grandes assises internationales du protestantisme et de l\u2019orthodoxie, l\u2019intérêt majeur est peut-être la découverte expérimentale de l\u2019amitié implicite que créent entre les Églises séparées le sentiment profond de leur commune référence au même Christ, Seigneur et Dieu sauveur, la conviction du scandale de la division des chrétiens, le désir émouvant par sa sincérité de travailler à réaliser une unité visible, et aussi l\u2019humble constatation de l\u2019impuissance des hommes à surmonter la division.Cette conférence de Montréal marque-t-elle un progrès par rapport aux précédentes ?Il n\u2019est pas facile de donner une réponse nette à cette question.Nous sommes encore trop proche de l\u2019événement pour en pouvoir mesurer honnêtement la portée.Il faut laisser décanter l\u2019énorme masse des documents et attendre le retentissement qu\u2019ils auront dans les Églises.On ne trouvera donc ici que les premières réflexions qui pourront être revisées.On attendait beaucoup de la nouvelle méthode de recherche œcuménique préconisée par la précédente conférence de Faith and Order à Lund (1952).Jusqu\u2019à Lund, on s\u2019était contenté de comparer les différentes conceptions de l\u2019Église propres à chaque confession, en s\u2019efforçant de déterminer les points de convergence.Mais cette méthode purement comparative s\u2019était avérée décevante, impuissante à promouvoir une réelle unité.Aussi l\u2019évêque luthérien de Lund, le célèbre théologien Dr Nygren, proposa une autre méthode: un ressourcement de chacune des conceptions dans l\u2019œuvre, la mission et la nature du Christ; c\u2019est-à-dire s\u2019efforcer de déterminer ensemble le rapport de l\u2019Église à la personne et à la mission du Christ.Cette méthode a été appliquée en particulier dans les travaux qui ont abouti en 1960 à un rapport intitulé One Lord, one baptism, studies on the ministry and worship.Ce rapport conduisit assez heureusement à un accord sur la nature du baptême qui exprime toute l\u2019économie du salut dans le Christ et sur « l\u2019efflcacité de l\u2019acte sauveur du Christ ».C\u2019est selon cette méthode qu\u2019ont été rédigés trois des quatre rapports, fruits de dix années de travail en commission, préparatoires à la conférence de Montréal: Le Christ et VÉglise, Tradition et tradi- * Rédacteur à la revue Études, de Paris, l\u2019A.est venu assister à Montréal à la réunion de « Foi et Constitution ».tions, le Culte, qui méritent d\u2019être pris en considération par les théologiens catholiques et qui sont basés sur une christologie, généralement traditionnelle, traduite dans un langage moderne.Malheureusement, cette méthode de ressourcement dans le Christ a été inégalement utilisée dans les cinq sections de la conférence de Montréal et les rapports préparatoires n\u2019ont pas suffisamment été pris comme base des discussions.* De ces sections, la première, L\u2019Église dans le dessein de Dieu promettait d\u2019être la plus fondamentale et la plus intéressante.Or, le rapport auquel elle a abouti est le plus décevant.C\u2019est qu\u2019on a mis un peu la charrue avant les bœufs: un accord profond manquait sur la christologie.Il ne suffit pas d\u2019affirmer la divinité, la seigneurie, le caractère salvifique du Christ, son appartenance à la Sainte Trinité, comme le fait sainement la base dogmatique du Conseil œcuménique, encore faut-il préciser le sens qu\u2019on donne à ces notions fondamentales.Ce devrait être la tâche future de « Foi et Constitution » de chercher, à partir de l\u2019Écriture et de l\u2019expérience de l\u2019Église unie des premiers siècles, une intelligence commune du Christ.Cependant, relevons, dans le rapport final de cette première section, une idée féconde, à savoir que l\u2019action du Christ se situe à la fois en dehors du temps et dans le temps: le salut est accompli par un événement historique précis, l\u2019Incarnation du Verbe Éternel, sa mort et sa résurrection \u2014 mais cet événement temporel domine le temps, il est un acte définitif de la puissance éternelle de Dieu; cependant, il continue de s\u2019insérer concrètement dans les moments successifs de l\u2019histoire.Le rapport emploie des formules assez maladroites en disant que l\u2019action du Christ est « renouvelée », qu\u2019elle devient « de nouveau présente » (becomes anew present) ce qui n\u2019est pas exact; nous dirions plutôt que l\u2019action salvifique du Christ, unique et définitive, est appliquée concrètement à chaque moment de l\u2019histoire.Mais quoi qu\u2019il en soit de cette formulation, le rapport de la section I admet nettement que l\u2019Église est essentiellement l\u2019instrument dont se sert l\u2019Esprit Saint pour introduire ainsi efficacement à chaque moment du temps le salut réalisé par le Christ historique.Il est extrêmement important aussi que le rapport reconnaisse que c\u2019est non seulement par l\u2019annonce du message, mais aussi par l\u2019Eucharistie que l\u2019Église applique le salut du Christ à la continuité discontinue du temps.C\u2019est une idée profondément traditionnelle, gardée par la doctrine orthodoxe et la doctrine romaine, que la fonction essentielle de l\u2019Église est de célébrer le mystère eucharistique.Une réflexion sérieuse des protestants 248 RELATIONS sur ce point pourrait amener à une intelligence nouvelle des ministères et du magistère de l\u2019Église.* Cette même vision du salut en dehors du temps et dans le temps domine le très intéressant rapport de la section II Tradition et traditions qui marque un tournant dans la pensée protestante et une heureuse convergence avec la doctrine orthodoxe et catholique.On sait que le problème du rapport de l\u2019Écriture et de la Tradition a été central dans les controverses entre le protestantisme et le catholicisme depuis la rupture, le catholicisme tendant à faire de la Tradition une source indépendante de la Foi et le protestantisme tendant à rejeter comme invention humaine impure toute explicitation de la lettre de l\u2019Écriture par l\u2019expérience de l\u2019Église.Or, notre siècle est le siècle de l\u2019histoire; nous avons découvert que toute réalité humaine, individuelle et collective, se situe dans le mouvement du temps; nous sommes loin d\u2019avoir épuisé les conséquences de cette découverte.Dans ces conditions, la pensée protestante, aujourd\u2019hui, admet que le message du Christ, consigné dans une formulation absolument privilégiée dans l\u2019Écriture, est « livré » aux générations successives par l\u2019Église, non comme une lettre morte, mais comme une force vivante dont les virtualités se déploient et qui a sans cesse besoin d\u2019être traduite de mieux en mieux.Il n\u2019y a donc pas opposition entre l\u2019Écriture et la Tradition; selon les expressions excellentes du théologien catholique Karl Rahner, l\u2019Écriture qui est rédigée et discernée par l\u2019Église et qui, comme telle, est déjà une tradition, est une norma normanda (une règle réglante) et l\u2019élaboration qu\u2019en fait l\u2019Église au cours des siècles (tradition proprement dite) est une norma nor-mata (une règle de foi réglée par l\u2019Écriture) \u2014 c\u2019est à peu près, dans d\u2019autres formules, ce à quoi aboutit le rapport de la section II et c\u2019est un progrès considérable.Cependant, l\u2019unanimité est loin d\u2019être acquise: un problème capital reste ouvert, celui de l\u2019herméneutique, c\u2019est-à-dire du critère qui permet de reconnaître si la Tradition est fidèle à l\u2019Écriture.Le rapport avoue que les Églises protestantes entre elles, le catholicisme et l\u2019orthodoxie diffèrent irrémédiablement sur ce point.* On pouvait espérer que ces mêmes méthodes, ressource-ment dans le Christ, réflexion historique, permettraient à la IIIe section de donner un rapport fécond sur le problème des ministères si important dans nos divisions.Or, on est à peu près retombé dans l\u2019ecclésiologie comparée, et l\u2019on n\u2019a guère tenu compte de l\u2019inspiration générale du rapport sur la Tradition.Il eût fallu ici appliquer le principe new-manien selon lequel l\u2019antérieur s\u2019explique par le postérieur, précisément par la Tradition conçue comme la vie de l\u2019Église animée par l\u2019Esprit Saint qui est l\u2019Esprit de Jésus-Christ \u2014 l\u2019Écriture à elle seule, témoin de la vie de l\u2019Église à l\u2019âge apostolique ne permet pas de discerner nettement la nature des ministères de l\u2019Église; mais à la fin du Ier siècle et au début du IIe apparaît clairement le ministère des évêques, des prêtres et des diacres, chargé seul d\u2019une fonction sacramentelle et eucharistique, d\u2019un magistère doctrinal, d\u2019une mission disciplinaire de direction.C\u2019est seulement à la lumière de cet « après » immédiat que peut SEPTEMBRE 1963 être interprété 1\u2019 « avant » de l\u2019Écriture.Et plus généralement, il est regrettable que les rapports soumis à Montréal ignorent presque complètement la patristique et l\u2019expérience liturgique de l\u2019Église entre le Ier et le xvie siècle.* Au contraire, le rapport de la Section IV, Le Culte, qui participe du mouvement de renouveau liturgique que l\u2019on constate dans toutes les Églises, tient compte de l\u2019expérience historique de l\u2019Église.Il reconnaît que le culte est un acte de la communauté rendant grâce de l\u2019amour de Dieu et entrant en communion avec Dieu.Les deux actes essentiels du culte le baptême et l\u2019eucharistie sont, l\u2019un et l\u2019autre, une participation au Christ; dans l\u2019Eucharistie, Dieu rend présent par le Saint Esprit la vie, la mort et la résurrection du Christ \u2014 les formulations sont un peu vagues, sans doute, mais elles ont du moins le mérite de ne pas faire des sacrements de simples rappels d\u2019un fait historique passé.Déjà, à Lund, un certain caractère sacrificiel de l\u2019Eucharistie avait été entrevu, redécouverte heureuse pour le protestantisme.A Montréal, de même, on admet que l\u2019Eucharistie est « un moyen par lequel le sacrifice de la croix que nous proclamons agit dans l\u2019Église », formule insuffisante, certes, mais déjà acceptable.Le problème, cependant, de la modalité de la présence du Christ, mort et ressuscité, dans l\u2019Eucharistie n\u2019a pas été abordé.La question douloureuse de l\u2019intercommunion n\u2019a guère avancé.Quant au cinquième rapport, au titre énigmatique, Tous en un même lieu, notre cheminement commun, qui traite du rapport de l\u2019Église locale à l\u2019Église entière, il est moins important.* Cette brève analyse donne une idée de la masse énorme de matière proposée à cette trop courte conférence de deux semaines.Il n\u2019est pas étonnant que ces sujets si vastes et si divers n\u2019aient pu qu\u2019être effleurés, surtout quand on n\u2019a guère tenu compte du sérieux travail des commissions préparatoires comme dans la section I et la section III.La tâche a été rendue plus difficile par la présence de nouveaux pôles de tension.D\u2019une part, pour la première fois, les théologiens de l\u2019école bultmanienne ont participé activement aux travaux.Cette école d\u2019exégèse radicale entend « démythologiser » le message chrétien primitif, c\u2019est-à-dire dégager la substance éternelle de ce message des formes de pensée et de représentation sémitiques et hellénistiques où il s\u2019est exprimé.Mais le résultat est surtout négatif et risque de vider l\u2019Évangile de tout contenu objectif et exprimable.Ce sont les bultmaniens qui ont rendu si difficile une réflexion à partir de la christologie.D\u2019autre part, pour la première fois, la pensée orthodoxe a été largement représentée, grâce à l\u2019adhésion des grandes Églises slaves et roumaines au Conseil œcuménique.Ces Églises témoignent heureusement de la tradition antique et forcent « Foi et Constitution » à sortir des perspectives surtout protestantes qui dominaient auparavant.Mais ces Églises orthodoxes, encore sous le coup de la persécution, ont peu de théologiens de grand poids; elles se contentent d\u2019affirmer avec force leur tradition, mais ainsi elles ne contribuent pas toujours à un dialogue fécond.Il faut souligner l\u2019attention grandissante accordée au catholicisme romain.Ce sentiment s\u2019accentue de l\u2019impor- 249 ECOLE NORMALE CARDINAL-LtÜLK 6400 - 16e AVENUE ROSEMONT tance capitale du catholicisme qui représente la moitié de la chrétienté; avec l\u2019orthodoxie, l\u2019Église de Rome garde une doctrine de l\u2019Église qui est celle des trois quarts du monde chrétien.Il est de plus en plus évident que la recherche de l\u2019unité ne peut pas exclure l\u2019Église catholique.Aussi une certaine audience a-t-elle été donnée aux cinq observateurs officiels dans les sections et l\u2019un ou l\u2019autre des rapports des commissions préparatoires ont un peu tenu compte des travaux des théologiens catholiques, ce qui est assez nouveau.Avant l\u2019ouverture de la conférence de Montréal, une rencontre préparatoire entre théologiens du Conseil œcuménique et théologiens catholiques, avait eu lieu à Bossey, à l\u2019Institut œcuménique, sur les thèmes de Montréal.Les rapports rédigés par les catholiques pour cette rencontre ont été distribués aux membres de l\u2019assemblée de Montréal.Enfin, une soirée de prière commune, avec la participation du prestigieux cardinal archevêque de Montréal, dans le grand auditorium de l\u2019université catholique, a été comme le symbole de cet esprit nouveau.Peut-être le résultat de ces grandes assises paraît-il mince.Un peu de déception se manifestait aux derniers jours de la conférence.L\u2019unité telle que l\u2019assemblée de New Delhi en avait esquissé le but semblait tellement lointaine encore: l\u2019unité substantielle de la foi, un ministère dont la validité serait acceptée par tous.« La lune de miel de l\u2019œcuménisme a pris fin à Lund », a-t-on pu écrire.Ce réalisme sain ne doit pas nous faire méconnaître que des convergences se dessinent et que, surtout, les vrais problèmes se délimitent et se dégagent de mieux en mieux.Cet effort courageux et patient, qui ne désespère pas de l\u2019impuissance des hommes, est un appel pathétique à la toute-puissance de Dieu, un acte de foi dans le dessein souverain de Dieu de réunir ses fils dans l\u2019unité.L\u2019enseignement secondaire et l\u2019enseignement supérieur Robert PICARD, S.J.PROBLÈME DE FRONTIÈRE: où se termine l\u2019enseignement secondaire?où commence l\u2019enseignement supérieur ?Situation embrouillée où la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement aura à cœur de faire la lumière.Le maquis des voies d\u2019accès aux études universitaires, l\u2019ambiguïté du baccalauréat ès arts des collèges classiques, en sont des signes flagrants.Bon nombre de mémoires à la Commission Parent ont souligné ce problème.Les solutions qu\u2019ils proposent sont assez disparates.Elles sont justifiées à peu près exclusivement par des raisons accidentelles: la pratique convergente des pays occidentaux, l\u2019adaptation au milieu nord-américain, notre caractère français, l\u2019économie de temps et d\u2019argent.Autant d\u2019incidences objectives, dont toute solution devra tenir compte.Toutes pourtant demeurent extérieures aux données essentielles du problème: comment définir les niveaux progressifs de l\u2019enseignement, sinon par les étapes de la croissance intellectuelle jusqu\u2019à l\u2019âge adulte ?Or un petit nombre de mémoires seulement ont accordé quelque attention à cet aspect.Il vaut la peine, croyons-nous, d\u2019y revenir.* * * La science psychologique, aujourd\u2019hui, nous apporte des lumières décisives, qui corroborent par ailleurs, en en précisant le sens, la pratique quasi universelle des systèmes scolaires contemporains.Au cours de la vingtaine d\u2019années qui conduiront l\u2019enfant de six ans jusqu\u2019à la fin de ses études universitaires, l\u2019esprit humain modifie peu à peu le mode de sa connaissance.Cette évolution se présente comme une lente accession à la pensée conceptuelle, instrument privilégié de l\u2019adulte, seul capable d\u2019analyse objective et de création scientifique.Nous ne voudrions pas laisser entendre que la raison raisonnante est le sommet de la pensée humaine, ou que l\u2019idéal éducatif soit de s\u2019y fixer.Mais elle en est l\u2019acquisition la plus tardive au cours de la croissance, le moyen suprême de son action créatrice, dans les arts comme dans les sciences.Le petit enfant est encore incapable de pensée conceptuelle pure, autonome.Son esprit possède bien des concepts, mais enfouis dans son expérience vécue, inaccessibles à une prise de conscience claire, dépouillée de toute adhérence du concret.L\u2019enfant n\u2019utilise ses concepts que dans l\u2019action, en les « agissant » au contact des choses ou de leurs représentations.Il réfléchit en manipulant les objets.Il ne peut pas réfléchir par concepts abstraits.C\u2019est l\u2019âge de l\u2019exploration du réel, de la mise en place des habitudes de base, indispensables à ces contacts.C\u2019est l\u2019âge, par exemple, vers 9 ou 10 ans, où l\u2019enfant parlera le plus nettement, le plus bellement, sa langue, si l\u2019on n\u2019a pas négligé 250 RELATIONS d\u2019éduquer l\u2019infinie plasticité de son oreille et de sa voix.C\u2019est l\u2019âge approprié, on le voit, de l\u2019enseignement élémentaire, des acquisitions primordiales, langue parlée, écriture, lecture.Vers la onzième année d\u2019âge se situe une étape capitale dans l\u2019évolution de la pensée.Cette frontière apparaît tranchée au point que l\u2019hypothèse vient spontanément d\u2019une maturation physiologique.Le préadolescent devient capable de pensée conceptuelle pure, de pensée abstraite.Aptitude encore germinale seulement, fragile comme tout ce qui naît, et qui exigera des soins délicats et prolongés pour fleurir en pensée rationnelle adulte.La raison en est simple, évidente.Les concepts du jeune adolescent ne se dégagent pas du jour au lendemain du magma d\u2019images et d\u2019affections où ils se sont formés.A l\u2019adolescence, on se réfugie volontiers et facilement dans le rêve, les émotions sont vives et combien instables, l\u2019objectivité est précaire, les idées portent toutes une irisation d\u2019images, une frange affective.Il ne faut pas le regretter: c\u2019est ce qui donne son originalité, sa richesse à cette étape de la croissance humaine.A cause de ces concepts encore vibrants de chaleur, l\u2019adolescent reste sensible à l\u2019univers des valeurs : les choses ne possèdent pas seulement à ses yeux une essence, une structure objective et analysable; elles sont vivantes encore, elles lui parlent, l\u2019attirent ou lui répugnent.On sait comme le lyrisme est spontané dans les écrits de cet âge.Il est nécessaire que s\u2019exprime ce monde intérieur, pour que la personnalité adolescente prenne sa consistance et finisse par maîtriser et sa vie affective et sa pensée logique.Il faut donner à nos jeunes le loisir de traverser leur adolescence.Un psychologue connu, Maurice Debesse, a écrit: « Une grave difficulté surgit du fait que beaucoup (de jeunes gens), ceux qui sont obligés très tôt de gagner leur vie, n\u2019ont pas le temps, si je puis dire, d\u2019être adolescents.» (U Adolescence, p.115.) Forcés de mûrir trop vite, les jeunes travailleurs sortent de leur adolescence avec un bagage étriqué de concepts vraiment autonomes, ne leur permettant d\u2019objectiver qu\u2019un univers étroit, sans horizon, facilement mesquin; avec, de surcroît, une vie émotive tout en broussailles, non personnalisée, qui justifie le jugement de Laurier: « Les Canadiens français n\u2019ont pas d\u2019opinions, ils n\u2019ont que des sentiments.» L\u2019adolescent qui a pris le temps de faire ses « humanités » \u2014 le mot est riche de promesses \u2014 arrive au contraire à structurer les valeurs de son expérience vécue, en même temps qu\u2019il dégage ses concepts dans leur dépouillement de catégories abstraites; l\u2019une et l\u2019autre conquêtes se conjuguant lui donnent la vision personnelle de son univers d\u2019adulte.C\u2019est l\u2019objectif traditionnel de l\u2019enseignement secondaire.Alors seulement le grand adolescent est prêt, parce qu\u2019il possède un instrument d\u2019analyse rationnelle, à poursuivre ses études sur le mode nouveau qui caractérise l\u2019enseignement supérieur.Etudes qui forcément devront se spécialiser: l\u2019esprit humain ne peut maîtriser tous les concepts de tous les savoirs.Surtout, il ne pourrait devenir créateur s\u2019il se dispersait dans tous les domaines à la fois.Or, c\u2019est d\u2019esprits créateurs qu\u2019a besoin notre monde.D\u2019où l\u2019insistance, à ce niveau, sur les méthodes de travail intellectuel, et les premiers essais de recherche.SEPTEMBRE 1963 De cette trop rapide analyse se dégagent nettement, croyons-nous, trois temps principaux de la croissance intellectuelle: l\u2019enfance, où la pensée conceptuelle n\u2019a encore aucune autonomie; l\u2019adolescence, où la pensée conceptuelle acquiert lentement son autonomie; la jeunesse, où la pensée conceptuelle est devenue autonome, et peut se faire créatrice.Le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence, nous l\u2019avons vu, est net.Il n\u2019en va pas de même du second passage, de l\u2019adolescence à la jeunesse intellectuelle, des concepts encore mêlés d\u2019images et d\u2019émotions aux concepts généraux et systématisables.Cette maturation ne se fait pas au même rythme chez tous.Mais, vers 18 ou 19 ans en moyenne, l\u2019essentiel est acquis.C\u2019est pourquoi, nous semble-t-il, il vaut infiniment mieux définir ce passage par les objectifs et la méthodologie de base de ces deux niveaux d\u2019enseignement, plutôt que par des moyennes d\u2019âge.Est secondaire un enseignement qui fait appel à tous les moyens d\u2019expression de la personnalité, qui s\u2019arrêtera volontiers aux aspects subjectifs d\u2019un savoir, entendant par là « ce que dit à l\u2019homme, à l\u2019élève lui-même » tel élément de savoir, fût-il scientifique.C\u2019est ainsi qu\u2019on étudiera les sciences, au secondaire, pour comprendre ce que sont ces sciences, ce qu\u2019elles apportent à notre monde humain, et non pas pour accumuler des connaissances.Par contre, est supérieur l\u2019enseignement qui fait appel à l\u2019analyse rationnelle, à la systématisation du savoir, dans le but de s\u2019assimiler objectivement les connaissances acquises dans un domaine particulier et les méthodes de recherche propres à les faire progresser.Il ne me paraît pas difficile de préciser où se situe la frontière entre ces enseignements ainsi définis: entre la classe de rhétorique de nos collèges classiques et la première classe de philosophie de ces mêmes collèges.Tous nos élèves reconnaissent spontanément que l\u2019enseignement prend à ce moment une tout autre allure.Il y a rupture nette de continuité.La philosophie ne peut pas être secondaire: parce que, par nature, elle est réflexive.Cette coupure ne se vérifie d\u2019aucune façon, notons-le, après la classe de troisième ou versification, non plus qu\u2019entre la classe d\u2019humanités ou de belles-lettres et celle de rhétorique.Évidemment, si l\u2019on tient à définir l\u2019enseignement supérieur par le terme qui le caractérise le plus indiscutablement, la spécialisation du savoir et la recherche effective, on n\u2019admettra pas facilement que ces premières démarches de pensée rationnelle soient déjà au niveau de l\u2019enseignement supérieur.Mais si on accepte de le définir par l\u2019attitude qui en caractérise aussi indiscutablement le début, l\u2019abandon du subjectivisme adolescent et l\u2019inauguration d\u2019un mode de pensée plus adulte, plus rationnel, il devrait être facile de faire l\u2019unanimité.Cette conception est traditionnelle dans notre monde occidental.La Ratio Studiorum, qui a fortement marqué, on le reconnaît, l\u2019enseignement contemporain, comportait deux parties: la première régissait les studia inferior a, qui se terminaient après la rhétorique; l\u2019autre, les studia supe-riora, qui débutaient après la rhétorique.La Belgique a conservé cette démarcation: l\u2019enseignement « moyen » se termine avec la rhétorique; la « candidature » est déjà de l\u2019enseignement universitaire.Dans d\u2019autres pays, on admet que la première année de cet enseignement « supérieur » se fasse dans les institutions du second degré: cette première année prend forcément figure de transition, puisque les 251 premiers pas de ces apprentis universitaires manquent encore d\u2019assurance.Ainsi, dans plusieurs provinces anglo-canadiennes, la dernière année de high school est équivalente à la première année d'arts course.En France également, les professeurs conçoivent l\u2019unique année de philosophie comme initiation à une attitude d\u2019esprit analytique et réflexive très différente de celle des classes antérieures.M.Marcel Rouault, naguère professeur à la faculté des Sciences de l\u2019Université de Montréal, écrivait au sujet des «études sous-graduées»: «On groupe sous cette dénomination (traduction du terme anglais undergraduate) l\u2019ensemble des études correspondant à la deuxième partie du baccalauréat français et aux deux premiers cycles (propédeutique et licence) de l\u2019enseignement supérieur.Ces quatre années conduisent à un B.Sc.spécialisé {B.Sc.Honours pour les universités de langue anglaise), du niveau de notre licence française, mais de structure un peu différente.» (Revue de /\u2019Enseignement supérieur, 1957, n° 3, p.16.) N\u2019est-elle pas symptomatique la distinction qu\u2019on vient de faire en France entre la première partie du baccalauréat (après la rhétorique), qui devient un examen probatoire, et la seconde (après l\u2019unique année de philosophie), qui reste seule « baccalauréat », « premier grade de l\u2019enseignement supérieur » (Décrets et arrêtés du 29 septembre 1962)?En bonne logique française, un enseignement conduisant à un « premier grade de l\u2019enseignement supérieur » doit avoir quelque chose d\u2019universitaire.Fa majorité des mémoires à la Commission Parent qui ont discuté ce problème adoptent la solution présentée ci-dessus, même s\u2019ils ne la justifient pas par des raisons psychologiques: au Québec, le passage à l\u2019enseignement supérieur devrait se faire après douze années de scolarité élémentaire et secondaire, au niveau de la première année de philosophie de nos collèges classiques.Fes universités Faval et McGill, tout en reconnaissant que cette solution serait la meilleure, accepteraient une frontière sise après la onzième année.On comprendra pourquoi cette solution nous paraît entretenir la confusion que nous souhaitons tous dissiper.Fes professeurs de l\u2019Université de Montréal préconisent, pour leur part, une autre solution, assez particulière.Feur mémoire {La Crise de Venseignement au Canada français, Éditions du Jour, 1961) mérite une étude sérieuse.Il souligne avec force les anomalies les plus grossières institutionnalisées au Québec dans cette zone qui sépare le secondaire de l\u2019universitaire.Fes auteurs n\u2019ont pas de peine à prouver que la source première de la confusion actuelle est l\u2019ambiguïté de notre baccalauréat ès arts, qui a donné naissance au « cours universitaire » des collèges classiques.Nous reconnaissons comme eux que ce cours dit universitaire est le péché capital de notre système.Mais leur solution nous paraît moins heureuse.Ils recommandent en somme de transposer au Canada français les structures de la France: un cours secondaire de sept années, correspondant aux six premières années du cours classique actuel, jusqu\u2019à la rhétorique, plus une seule année de philosophie-sciences.Fa scolarité préuniversitaire compterait donc, au total, treize années, soit six de primaire et sept de secondaire.Fes professeurs se rendent compte de 252 la situation d\u2019infériorité où ils placeraient par là les étudiants canadiens-français par rapport à leurs congénères de langue anglaise, qui s\u2019inscrivent à l\u2019université après onze ans seulement de scolarité.Aussi cherchent-ils à réduire cet écart de deux ans, par leur seizième recommandation (p.78), et espèrent-ils que les mieux doués l\u2019élimineront complètement (p.88).On ne voit vraiment pas quels motifs fondent la confiance des professeurs dans ces « structures françaises ».Ils font appel à maintes reprises à la « tradition française », aux « sources françaises », à « l\u2019esprit français » : voir les pages 25, 26, 42, 49, 55, 57, 64, 86, 88, entre autres, de leur mémoire.Quelle garantie avons-nous que les « structures françaises » répondront aux besoins du Canada de langue française ?Le « mot de la fin » des professeurs est typique de leur attitude tout au long de leur mémoire: « Retour à la terminologie et à l\u2019esprit français; tout le reste viendra par surcroît.» (P.88.) Cette terminologie est-elle à ce point identifiable à Y esprit français ?Et des « sources » conçues et imposées dans l\u2019esprit centralisateur de Napoléon sont-elles les « sources françaises » qui nous conviennent à nous ?Si l\u2019on caractérise l\u2019enseignement supérieur par un mode de pensée propre à l\u2019adulte et nécessaire à toute spécialisation, n\u2019est-il pas normal d\u2019y marquer quand même des temps divers?Avant de s\u2019entraîner effectivement à la recherche dans un domaine forcément circonscrit, il y a lieu de se familiariser avec le savoir acquis dans sa spécialité et avec les méthodes qui ont permis de l\u2019acquérir.Cette période d\u2019initiation, on la veut sanctionnée par un authentique « premier grade universitaire », licence ou B.A.spécialisé.Les grandes supérieurs couronneront l\u2019étape ultérieure.On a beau affirmer que cette seconde étape seule est réellement universitaire, il faut reconnaître que la première constitue un acheminement indispensable vers la seconde.De ce fait, elle se situe déjà, tout entière, au niveau supérieur.Il est étonnant que les professeurs de l\u2019Université de Montréal s\u2019élèvent contre un premier cycle universitaire ainsi conçu.Leur chapitre 7 prouve très bien que les structures universitaires françaises et anglo-canadiennes ne sont pas tellement différentes.Pourquoi dès lors rejeter le « cours collégial » préconisé par d\u2019autres mémoires à la Commission Parent ?Il semble bien que le mobile en soit la crainte d\u2019une nouvelle confusion: tous les collèges classiques du Québec vont-ils prétendre donner le « cours collégial » ?Nous ne croyons pas, pour notre part, que l\u2019ensemble des collèges ait cette naïveté.Mais il faut reconnaître que cette crainte, malheureusement, n\u2019est pas sans fondement.Pour rassurer les professeurs de l\u2019Université de Montréal, ne suffirait-il pas de définir nettement, une bonne fois, la frontière où commence l\u2019enseignement supérieur ?Il appartiendra alors aux universités d\u2019en préciser les normes.Cela, nous ne pouvons pas l\u2019attendre de l\u2019université, au singulier.Au Canada, ce n\u2019est pas l\u2019État qui décerne les grades, comme c\u2019est le cas en France, mais les universités.Ne l\u2019oublions pas, six institutions déjà exercent dans le Québec cette juridiction académique.C\u2019est en association qu\u2019elles doivent se définir au sommet de notre culture, et fixer les normes de l\u2019enseignement supérieur.D\u2019autres institutions pourraient être accréditées, dès lors qu\u2019elles haussent leur enseignement au niveau ainsi déterminé.Il n\u2019y aura vraisemblablement pas à craindre une ruée.RELATIONS Le Concile, moment privilégié de la grâce «X TOICI que je suis avec vous jusqu\u2019à la fin du monde.» V/ (Matthieu, xxvm, 20.) «Vous recevrez une force, celle * de l\u2019Esprit-Saint qui descendra sur vous.Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu\u2019aux confins de la terre.» (Actes, i, 8.) Ces paroles de Jésus, les dernières que les évangélistes aient recueillies, c\u2019est à l\u2019Église qu\u2019elles s\u2019adressent.Ce qu\u2019elles renferment de puissance et de certitude, l\u2019Église n\u2019a cessé, depuis dix-neuf siècles, de l\u2019expérimenter.Je suis avec vous : promesse qui évoque, dans la Bible, l\u2019idée d\u2019une assistance inconditionnée; lorsqu\u2019elle émane de Dieu, elle investit celui qui la reçoit d\u2019une force divine, la force même de l\u2019Esprit « qui tient unies toutes choses ».Telle est l\u2019Église de Jésus-Christ qui nous a engendrés par le baptême à la vie éternelle et dans laquelle chaque jour nous vivons.Cependant la manière dont le Christ assiste son Église varie avec les besoins et les circonstances.Tantôt c\u2019est d\u2019une manière ordinaire et continue qu\u2019il la soutient.Pour elle il fait couler de sa croix salvatrice la source de la grâce et de la vie surnaturelle intarissablement, à travers les siècles.Parfois aussi il lui vient d\u2019une façon extraordinaire, alors que les dangers se font plus graves, les besoins plus pressants, les erreurs plus pernicieuses dans le monde.Parmi les moyens extraordinaires employés par le Christ pour soutenir et rénover son Église, il faut ranger à part le Concile œcuménique.Car s\u2019il est bien des manières employées et des moyens mis en œuvre par lui pour subvenir aux besoins de son Corps mystique et du genre humain, nul d\u2019entre eux ne peut se comparer au Concile œcuménique pour l\u2019ampleur et la profondeur de la grâce qu\u2019il comporte.Et cette grâce, elle s\u2019offre à tous les hommes, en particulier à tous les catholiques comme à ceux de nos frères séparés qui tournent leurs yeux vers l\u2019Église de Rome.A n\u2019en pas douter, le Concile qui s\u2019est ouvert l\u2019an dernier est avant tout une faveur extraordinaire, une marque d\u2019attention et d\u2019amour tout à fait spéciale du Cœur de Dieu pour son Église et pour tout le genre humain qu\u2019il veut ainsi aider d\u2019une façon particulière.Arrêtons-nous à cette première affirmation qui n\u2019a rien d\u2019une pieuse hyperbole.Cette affirmation s\u2019appuie sur un fait dont il nous faut prendre conscience si nous voulons vraiment comprendre comment un Concile œcuménique peut avoir quelque relation avec l\u2019ordre de la grâce.Ce fait, c\u2019est celui de la sacramentalité de l\u2019Église.Prenons comme exemple le Concile qui se déroule présentement.Quelle est la place exacte de ce Concile par SEPTEMBRE 1963 Jean-Marc DUFORT, S.J.rapport à l\u2019Église elle-même et à l\u2019œuvre du salut des hommes dont elle est chargée ?Considéré dans la vie de l\u2019Église, le Concile apparaît comme un événement ayant par lui-même une signification dans l\u2019ordre de la grâce.Le Concile, en effet, est l\u2019une des plus éclatantes manifestations de l\u2019Église visible.Et si l\u2019on considère les évêques unis au Vicaire du Christ comme des chefs spirituels chargés des Églises particulières, comme leur authentique porte-parole et l\u2019incarnation même de leur pensée, on peut alors dire que l\u2019Église devient, en tant que Corps du Christ lui-même, entièrement visible au monde.Elle est, au sens plein du mot, ce « signe dressé au milieu des nations » qui « réunira les dispersés des quatre coins de la terre » (Isaïe, xi, 12) sous l\u2019égide d\u2019un seul Pasteur.Or, en tant que signe visible et dont la signification dépend de la visibilité même, l\u2019Église est déjà, à ce seul titre, porteuse de grâce.La grâce, en effet, se présente dans l\u2019économie actuelle sous une forme visible: dans le Christ d\u2019abord, sa Source; dans les sacrements ensuite qui en sont les signes efficaces; dans l\u2019Église enfin qui est le Sacrement du Christ, au témoignage même de la Tradition.Ce qu\u2019ont vu après saint Jean (Jean, xix, 34) les Pères et les écrivains mystiques en contemplant le mystère de la Transfixion, c\u2019est la naissance même de cette Église issue du sang et de l\u2019eau, du baptême et de l\u2019eucharistie.L\u2019Église visible est donc, comme le Christ, un signe véritable, et comme les sacrements (quoique d\u2019une manière différente) un signe porteur de la grâce du Christ.Ainsi donc, parce qu\u2019elle exprime par tout son être le royaume de la grâce invisible et qu\u2019elle le cause à sa manière, elle est, par tout son être, sacramentelle.Et le Concile qui est, si l\u2019on veut, « l\u2019Église en raccourci », participe de ce caractère.De même l\u2019enseignement que formulera ce Concile nous apparaît non pas seulement comme une série de décrets ayant force de loi ou de normes directives, mais aussi comme une parole jouissant d\u2019un dynamisme particulier, à l\u2019instar de la parole du Christ.Or cette divine Parole proclamée dans le monde confère la grâce si, une fois entendue, elle est suivie d\u2019une réponse de foi dont elle rend d\u2019ailleurs capable l\u2019homme bien disposé.Ce qui nous retiendra davantage, ce n\u2019est pas tant cette donnée fondamentale qui fait encore l\u2019objet de la recherche théologique; c\u2019est ce qu\u2019elle implique dans notre monde pluraliste lancé à la poursuite de la vérité.Il importe ici de considérer les faits à la fois de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur, c\u2019est-à-dire de déterminer dans toute son étendue la signifi- 253 cation d\u2019un événement aussi considérable que l\u2019est celui du Concile, non seulement par rapport à l\u2019Église elle-même et à son action, mais encore par rapport à ceux que le Concile, grâce à ce qu\u2019il est vraiment, peut atteindre.Quelles sont donc, sur le plan de la grâce, les « chances » de ce concile, d\u2019abord dans notre univers, ensuite dans la partie du monde chrétien séparée de l\u2019Église catholique, enfin dans cette Église elle-même ?Tel sera ici l\u2019objet de nos réflexions.La grâce du Concile a l\u2019œuvre dans Funivers Même si de prime abord le Concile œcuménique ne semble concerner que la seule Église catholique, il n\u2019en atteint pas moins en fait le genre humain tout entier.L\u2019Église, en effet, est le lieu du salut et il n\u2019est personne qui soit, sans qu\u2019il le veuille, privé de la grâce du Christ.Saint Paul était bien conscient de ce fait lorsqu\u2019il écrivait aux Romains: « La justice de Dieu [c\u2019est-à-dire sa grâce de salut] par la foi en Jésus-Christ [est] octroyée à tous ceux qui croient, sans aucune distinction.Tous en effet ont péché, tous sont privés de la grâce de Dieu: [tous] sont justifiés gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en le Christ Jésus.» (Romains, m, 22-24.) L\u2019Église du Christ est, comme la grâce qu\u2019elle porte, destinée à tous les hommes.De même, sa situation actuelle et son progrès dans le monde regardent tous les hommes.Disons mieux: c\u2019est en tant qu\u2019elle est catholique que cette Église devient pour nous la source de la grâce: « Ne demande pas, dit saint Cyrille de Jérusalem, où se trouve l\u2019Église, mais où se trouve l\u2019Église catholique, car c\u2019est le nom propre de cette sainte, qui est notre mère à tous, et l\u2019Épouse de Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu.Car il est écrit: « .de même que le Christ a aimé son « Église et s\u2019est livrée pour elle.» (Éphésiens, v, 25.) Elle se présente aussi dans l\u2019Écriture comme une image de la Jérusalem céleste qui est la mère de nous tous.Saint Irénée la comparera encore à un nouveau Paradis d\u2019où s\u2019échappent, comme de l\u2019ancien, des fleuves d\u2019eau vive, l\u2019eau de la grâce.Tel est, nous semble-t-il, le Concile qui va bientôt reprendre ses assises: l\u2019un de ces fleuves puissants qui s\u2019élancent du nouveau Paradis pour irriguer et féconder la terre.Ce fleuve de grâces, il sort de l\u2019Église tout entière et manifeste d\u2019une façon visible et unique sa vitalité spirituelle.Le Concile œcuménique apparaît ainsi comme une occasion extraordinaire offerte par Dieu pour amener à la vraie foi ceux qui en sont encore éloignés.Nous faisions tantôt allusion à la vitalité de l\u2019Église.Pourrait-on en trouver meilleur témoignage que dans cette immense réunion d\u2019évêques venus de toutes les parties du monde pour juger des besoins actuels de l\u2019Église et montrer au monde la voie de la paix et de l\u2019unité ?C\u2019est vers elle en effet que regardent, parfois même malgré eux, les peuples les plus divers.C\u2019est d\u2019elle qu\u2019ils attendent souvent les décisions qui leur serviront, sinon de directive, du moins de guide moral et de garde-fou.Beaucoup d\u2019hommes, il est vrai, semblent aujourd\u2019hui mépriser l\u2019Église, ou encore n\u2019en faire aucun cas.N\u2019allons pas croire cependant que cette négligence ou ce mépris constituent chez eux une attitude exclusive.Sans trop le laisser voir, ils l\u2019admirent, ils en soupçonnent le mystère profond et désirent la mieux connaître.Leurs préjugés les plus tenaces ne sont le plus souvent que l\u2019effet d\u2019une caricature qu\u2019ils se sont faite de l\u2019Église ou de certaines de ses institutions plus ou moins en accord avec leurs idées.Voilà pourquoi cette rénovation et ce rajeunissement de l\u2019Église, si clairement et si fréquemment annoncés par le Pape comme étant l\u2019objectif principal du Concile, ne manqueront pas d\u2019attirer les regards d\u2019un grand nombre d\u2019hommes.Nul doute enfin qu\u2019une telle rénovation ne vivifie profondément son activité missionnaire, ne rende son influence plus efficace, plus pénétrante son action dans les âmes.Tous ces fruits dont le présent Concile nous assure l\u2019abondance sont, en somme, autant de grâces promises au genre humain à une époque qui apparaît, sans hyperbole aucune, comme un tournant de l\u2019histoire.C\u2019est ici qu\u2019il convient de nous interroger; il faut d\u2019abord nous demander si notre monde est vraiment préparé à recevoir une telle grâce.Combien de fois, au cours de l\u2019histoire, Dieu n\u2019a-t-il pas offert son secours au genre humain et combien de fois celui-ci, soit par négligence, soit par indifférence ou par malice, n\u2019en tira qu\u2019un profit minime! Encore un coup, nos contemporains sont-ils plus prêts que leurs devanciers à recevoir cette faveur de la bienveillance divine?Nombre d\u2019indices et d\u2019événements, les uns marqués d\u2019un signe négatif, les autres constituant au contraire un véritable signe positif, nous invitent ici à un examen plus attentif de notre monde.Des signes négatifs affectant \u2014 au moins en apparence \u2014 le progrès spirituel de la race humaine, il n\u2019en manque pas à notre époque.Avance rapide du communisme en certaines parties du monde, matérialisme chronique des bien pourvus et des satisfaits, naturalisme dont se meurent certaines sociétés et qui semble la tentation la plus difficile à vaincre pour nos contemporains.Enfin, note J.Cornélis, « il est une forme du subjectivisme contemporain pour lequel chacun a le droit de créer sa propre vérité.On jugera d\u2019une idéologie d\u2019après la ferveur de ses partisans.On mesurera la valeur d\u2019une doctrine d\u2019après la spontanéité de ses adhérents.» Il ne faut pourtant pas s\u2019appesantir sur des obstacles dont l\u2019Église du Christ finira, certes, par triompher; et le pape Jean XXIII nous a donné sur ce point un exemple d\u2019optimisme vraiment admirable.Au reste, les cataclysmes de la seconde guerre mondiale sont trop présents à toutes les mémoires, le danger de la guerre totale trop immédiat, la peur de voir se détruire la planète trop réelle, trop évidente aussi l\u2019impossibilité pratique de parvenir sans l\u2019Église à une paix véritable, trop fort enfin l\u2019attachement à la dignité de la personne humaine et à ses valeurs pour que le monde entier ne sente pas le besoin d\u2019une autorité supérieure, de nature spirituelle, capable d\u2019apaiser ses conflits, de briser le cercle vicieux de la haine et de la défiance réciproques.Cette difficulté si grande de l\u2019homme à comprendre et à aimer l\u2019homme éveille en lui, plus qu\u2019auparavant, le désir de situer sa recherche à un niveau plus élevé de valeurs.Ainsi s\u2019explique l\u2019efflorescence de certaines sectes qui paraissent répondre à son attente.Le besoin de la religion affleure partout (ne l\u2019a-t-on pas vu poindre en pleine littérature soviétique?) et cela, d\u2019autant plus que la marge entre le progrès technique et les sciences de l\u2019homme s\u2019est considérablement élargie depuis la montée rapide du premier.On sait mieux qu\u2019au xixe siècle quelles sont les 254 RELATIONS limites de ce progrès; mais on est maintenant anxieux de connaître l\u2019avenir de l\u2019homme, les conditions de sa survie; et on sent avec une acuité parfois douloureuse la nécessité, pour donner un sens à cette vie, de chercher dans une lumière supérieure les raisons véritables de son être et de son action.C\u2019est ici que la foi de l\u2019Église, dont le présent Concile approfondira les données, peut apporter des réponses à la fois apaisantes et dynamiques.S\u2019il est bien vrai que le second Concile œcuménique du Vatican deviendra pour les chrétiens l\u2019occasion d\u2019une effusion de grâces, on peut croire que cette effusion prendra normalement la forme d\u2019une expansion missionnaire inusitée.Nul doute qu\u2019à cause de son but tout à fait particulier, le Concile ne donne à cette expansion un nouvel élan.Soyons du moins assurés que notre coopération, soit par la prière, soit par l\u2019action directe, à l\u2019effort missionnaire de l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui est la voie ordinaire qu\u2019empruntera la grâce du Concile pour parvenir aux non-croyants.La grâce du Concile et nos frères séparés On sait quel intérêt a suscité chez eux l\u2019annonce du Concile et sa préparation.Il y a ici, ils le sentent bien, plus qu\u2019un événement historique d\u2019importance majeure pour le catholicisme; cet événement les concerne au premier chef et prend aussi pour eux une importance particulière.Tant de gestes \u2014 à commencer par ces réunions œcuméniques de caractère privé, et surtout par ce secrétariat créé par le Saint Père, \u2014 tant d\u2019écrits, de conférences et de colloques sur cette question ont ancré de part et d\u2019autre la conviction d\u2019une volonté plus pressante du Seigneur: le désir de voir ceux qui sont baptisés en son nom parvenir enfin à l\u2019unité.Le Concile ne serait-il pas précisément cette grâce extraordinaire nécessaire à un retour à l\u2019unité ?Après toutes ces manifestations de la bienveillance divine, il est bien permis de le penser.Que la séparation d\u2019avec l\u2019unique Église du Christ soit un grand mal pour nos frères séparés, c\u2019est par trop évident.Qu\u2019elle soit aussi un mal pour cette Église elle-même, c\u2019est ce qu\u2019en général nous ne sentons pas assez.Combien de forces apostoliques, par exemple, pourraient être lancées de par le monde païen si tous les chrétiens vivaient unis dans une seule Église, celle du Christ! Combien de confusions se dissiperaient chez des non-chrétiens affrontés aux innombrables confessions chrétiennes qui nient tel ou tel sacrement de la foi, le sacrifice eucharistique et le culte des saints; combien de scandales seraient épargnés à des hommes amenés au seuil de la foi, et qui voient des chrétiens se lancer dans des attaques personnelles contre leurs frères baptisés! Comment humainement espérer que le non-chrétien puisse, au milieu du bruit de ces dissensions, entendre la voix de l\u2019unique Pasteur et adhérer à son Église ?Et cependant les temps actuels semblent favoriser davantage cette réunion.Depuis plusieurs décennies le mouvement œcuménique a frayé la voie au dialogue et a ranimé dans bien des âmes le désir de l\u2019unité.Jusqu\u2019ici, il faut l\u2019admettre, les résultats concrets de ce mouvement sont encore minimes.Trop d\u2019obstacles, en effet, jonchent encore la route qui conduit à l\u2019unité: nous pensons, par exemple, à l\u2019impossibilité actuelle de parvenir à une notion commune d\u2019Église, de dresser une liste des vérités fondamentales à croire par tout chrétien.C\u2019est ce désir dont nous SEPTEMBRE 1963 avons parlé, et aussi la conscience très nette de part et d\u2019autre que la séparation est un scandale et un péché, qui sont les résultats les plus nets de ce mouvement.Il convient surtout de bannir des deux côtés toute attitude fausse et de penser vraiment que le retour à la vraie Église ne comporte de soi ni amertume, ni humiliation, mais qu\u2019il manifeste bien plutôt la noblesse et la sincérité de ceux qui s\u2019y résolvent.Au moins nous est-il possible, dans l\u2019intervalle qui nous sépare de l\u2019unité, de demander au ciel, avec ce Juif rabbin du Xe siècle, que l\u2019Esprit-Saint descende sur tout homme, qu\u2019il soit Juif ou non, homme ou femme, esclave ou homme libre, à la mesure de ses actions.La grâce du Concile à l\u2019œuvre dans l\u2019Eglise Les réflexions que nous venons de faire laissent soupçonner quelle est cette grâce du Concile et ses effets à l\u2019intérieur de l\u2019Église et dans chacun de ses membres.Pour reprendre le mot de Jean XXIII, la grâce qu\u2019il faut attendre du Concile est une grâce de rénovation.Cela ne signifie pas que les forces vives de l\u2019Église aient besoin d\u2019être refaites puisqu\u2019elles sont divines et qu\u2019elles conservent toujours la même vigueur.Cela signifie que les membres de l\u2019Église, pris individuellement et en corps, ont besoin d\u2019une rénovation.Et cette rénovation, le Concile veut la faciliter par divers moyens: 1.\tPar la proposition de vérités appropriées à notre temps sous forme de définitions ou d\u2019explications de vérités déjà définies par d\u2019autres Conciles.L\u2019importance de ces propositions se juge au fait que les vérités de foi ne sont pas de pures formules, mais qu\u2019elles sont sources de vie, mystères inépuisables qui font vivre l\u2019Église et donnent la vie au monde.2.\tPar l\u2019application de la doctrine chrétienne aux temps présents.Il ne peut évidemment s\u2019agir de changements dans les dogmes ou les vérités de la foi.Mais ces vérités sont, il faut le redire, des mystères de la vie divine que nous ne finirons jamais d\u2019inventorier.Et c\u2019est par une explication plus profonde et plus complète de ces vérités que le magistère de l\u2019Église, conscient des besoins créés par la vie et la culture contemporaines, s\u2019apprête à répondre à la question qui revient sur toutes les lèvres: comment la loi du Christ doit-elle être vécue et observée aujourd\u2019hui dans notre monde ?3.\tOn pourrait s\u2019étendre encore sur l\u2019adaptation du droit de l\u2019Église et celle de la Liturgie aux conditions présentes de la vie chrétienne.Plus d\u2019une fois le Pape y a fait allusion et, dans sa première adresse aux cardinaux, le nouveau Pape est revenu sur la question de la refonte du droit de l\u2019Église.D\u2019autre part, tous les catholiques ont d\u2019ores et déjà pu constater les heureux effets dans l\u2019Église d\u2019un mouvement liturgique que le Saint-Siège a sanctionné et encouragé, et mesurer l\u2019influence qu\u2019il exerce sur une partie de nos frères séparés.C\u2019est donc revêtu d\u2019une splendeur nouvelle que le Corps mystique du Christ, uni dans la prière et l\u2019action liturgiques, se présente au monde pour l\u2019inviter à chercher en lui la vérité et la vie.Mais l\u2019essentiel sur ce point reste encore à dire: cette splendeur, elle doit venir du dedans.Le but de cette rénovation n\u2019est-il pas, en effet, de faire éclater au dehors cette 255 force divine qui anime l\u2019Église, et de manifester la sainteté de la vie de ses membres ?On est donc loin de compte si on songe à une simple réforme administrative au sein de tel ou tel organisme ecclésial.C\u2019est à une véritable transformation morale et spirituelle que nous sommes conviés; et les réformes extérieures n\u2019auront d\u2019efficace que dans la mesure où cette transformation aura été, au préalable, opérée.Notre foi saura d\u2019abord recueillir de ce Concile la grâce qu\u2019il comporte en tant qd événement.Notre espérance nous éveillera au sens de notre responsabilité envers l\u2019Église dont il faut assurer le rayonnement dans le monde, en vue de la gloire du Christ.Notre charité surtout nous rappellera sans cesse le fait de notre appartenance à l\u2019Église.Elle nous rendra sensibles à la vie de tout le corps du Christ et de Le Bill 60 et l\u2019école Richard ARÈS, S.J.1E BILL 60, par lequel le gouvernement québécois se propose d\u2019instituer un ministère et un conseil supé-rieur de l\u2019éducation dans la province, peut et doit se juger au double point de vue de l\u2019ordre à établir et de la liberté à sauvegarder.Un jugement juste sur un tel sujet ne peut être qu\u2019un jugement qui tient compte à la fois de ces deux aspects du problème.Aux partisans de l\u2019ordre à établir dans le domaine de l\u2019enseignement, il est clair que le bill 60 offre pleine satisfaction.Le ministre jouira de tels pouvoirs que, pour peu qu\u2019il en use avec énergie, il imposera son ordre dans tous les secteurs et beaucoup connaîtront alors ce que c\u2019est que de vivre personnellement l\u2019expérience décrite par le bonhomme La Fontaine dans sa fable Les grenouilles qui demandent un roi.Mais les défenseurs de la liberté sont aussi en droit de se demander jusqu\u2019à quel point le bill 60 respecte les libertés suivantes, qui sont autant de libertés démocratiques: 1) la liberté des groupes intermédiaires (familles, associations et Églises) d\u2019exercer leurs propres droits en éducation et de participer activement à la politique scolaire dans la province; 2) la liberté des écoles privées ou indépendantes de subsister et d\u2019accomplir efficacement leur rôle face aux écoles d\u2019État; 3) la liberté des écoles confessionnelles de continuer pleinement leur œuvre selon l\u2019esprit et les exigences de leur confession respective.Une réponse précise à ces questions est nécessaire à quiconque veut porter un jugement juste sur le bill 60.J\u2019essaie de formuler ici les éléments d\u2019une réponse objective à la troisième question.Le bill 60 inscrit la confessionnalité dans les hautes structures du nouveau système d\u2019enseignement.Sur ce point, aucun doute: la confessionnalité est maintenue; mais 256 chacun de ses membres.Saint Paul pensait bien ainsi lorsqu\u2019il écrivait: « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui.Si un membre est honoré, tous les membres s\u2019en réjouissent.» (/ Corinthiens, xn, 26.) Cette croissance de la vie théologale, les Pères du Concile en ont senti les effets dès l\u2019abord et ils en ont donné des témoignages révélateurs.Premiers bénéficiaires des largesses de l\u2019Esprit, ils n\u2019en sont pas cependant les seuls.La communion des saints s\u2019étend à toute l\u2019Église.Et la grâce du Concile, qu\u2019est-ce donc sinon une manifestation éclatante de la communion des saints, grâce à la puissance de l\u2019Évangile ?Scolasticat de VImmaculée-Conception, Montréal.confessionnelle laquelle?et avec quelles garanties?Ici des questions se posent et des précisions sont nécessaires; une confrontation doit s\u2019instituer entre les exigences, tant catholiques que constitutionnelles, en matière de confessionnalité et les garanties qu\u2019offre le bill 60 en la même matière.I.\u2014 LES EXIGENCES EN MATIÈRE DE CONFESSIONNALITÉ Les exigences catholiques Les exigences catholiques en matière de confessionnalité de l\u2019école ont été maintes fois formulées, tant par les souverains pontifes que par l\u2019épiscopat des différents pays où le problème s\u2019est posé.Voulant faire bref, je me borne à deux témoignages essentiels.Le premier est du pape Pie XI et provient d\u2019un document dont Jean XXIII a réaffirmé, en 1959, l\u2019actualité et la vérité: l\u2019encyclique Divini illius M agis tri sur l\u2019éducation chrétienne de la jeunesse (31 décembre 1929): Le seul fait qu\u2019il s\u2019y donne une instruction religieuse ne suffit pas pour qu\u2019une école puisse être jugée conforme aux droits de l\u2019Église et de la famille chrétienne, et digne d\u2019être fréquentée par les enfants catholiques.Pour cette conformité, il est nécessaire que tout l\u2019enseignement, toute l\u2019ordonnance de l\u2019école: personnel, programme et livres, en tout genre de discipline, soient réglés par un esprit vraiment chrétien, sous la direction et la maternelle vigilance de l\u2019Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l\u2019enseignement, à tous les degrés, non seulement élémentaire mais moyen et supérieur.Pie XII et Jean XXIII ont formulé les mêmes exigences.Pour le premier, seule l\u2019école catholique, c\u2019est-à-dire l\u2019école où la foi catholique étend son rayonnement sur tout l\u2019ensei- RELATIONS gnement, réalise l\u2019idéal éducatif de l\u2019Église L Quant au second, il affirme énergiquement le droit propre de l\u2019Église de posséder des écoles intégralement confessionnelles.Son témoignage vient d\u2019être repris par l\u2019épiscopat du Québec qui, le 11 juin dernier, a solennellement rappelé, entre autres choses: Que l\u2019éducation tout entière doit viser la fin de l\u2019homme et que, par conséquent, les catholiques sont tenus d\u2019assurer à leurs enfants une éducation chrétienne dans leurs foyers et d\u2019exiger « des écoles où soit inculquée, par des maîtres aux convictions solides, une conception chrétienne de la vie, où tout l\u2019enseignement soit donné dans la lumière de la foi ».(Jean XXIII, 30 décembre 1959.) Ces deux témoignages démontrent que, pour l\u2019Église catholique, la confessionnalité de l\u2019école signifie beaucoup plus que la simple adjonction d\u2019un cours d\u2019enseignement religieux aux autres cours déjà existants; elle signifie et exige, ainsi que le déclaraient les évêques catholiques de l\u2019Ontario dans leur récent plaidoyer en faveur de l\u2019école confessionnelle, « une éducation inspirée par la religion », fondée sur « une philosophie de la vie qui imprègne toutes les matières du programme aussi bien que l\u2019atmosphère de la classe », un système qui permet « de former et de développer l\u2019esprit des enfants de telle sorte qu\u2019ils ordonnent toute leur vie conformément à leurs croyances 1 2 ».Les exigences constitutionnelles La Constitution de 1867 accorde des garanties aux écoles confessionnelles québécoises, en ce sens que le Parlement du Québec ne peut, par sa législation, porter préjudice aux droits ou privilèges dont elles jouissaient, de par la loi, à l\u2019époque de la Confédération (article 93, 1°).Ces garanties mériteraient une longue étude, surtout en prévision des recommandations que fera la Commission Parent dans les autres tranches de son Rapport.Les questions suivantes, par exemple, viennent tout naturellement à l\u2019esprit: 1) quelle est l\u2019étendue de ces garanties ?s\u2019appliquaient-elles à toutes les écoles publiques qui existaient au Québec avant 1867 ou uniquement, comme l\u2019a soutenu le Conseil privé, aux écoles déjà existantes à Montréal et à Québec ?2) Quelles sont les conditions externes à remplir pour qu\u2019une école puisse être légalement reconnue confessionnelle?suffit-il qu\u2019elle soit fréquentée par des catholiques, dirigée pédagogiquement par des catholiques ou faut-il, en plus, comme semble l\u2019avoir décidé le même Conseil privé, qu\u2019elle soit administrée par des commissaires élus en tant que catholiques par les seuls électeurs catholiques 3 ?1.\tLettre à Mgr Von Streng, 15 avril 1958.Voir le texte de ce témoignage cité au complet dans la conférence de S.Em.le cardina Paul-Emile Léger: Réflexions pastorales sur notre enseignement, 1961 p.18.2.\tMémoire de l\u2019épiscopat catholique de l\u2019Ontario au gouvernement de cette province.Texte complet français dans le Droit du 29 octobre 1962; extraits dans Relations de décembre 1962.3.\tA ce sujet voir les ouvrages suivants: abbé Lionel Groulx: L'Enseignement français au Canada.Tome I: «Dans le Québec», pp.226 et suiv.\u2014 Antonio Perrault: « Régime scolaire au Québec », dans l'Action canadienne-française, mars 1928.\u2014 Du même: «Religion, culture et liberté au Canada », cours à la Semaine sociale de Montréal, 1945.\u2014 Ulric Laurencelle: «La Loi de l\u2019Instruction publique », dans la Revue du Barreau, décembre 1961.\u2014 P.F.Bar-gen: The Legal Status of the Canadian Public School Pupil, Toronto, 1961.Autre question, actuellement fort pertinente: y a-t-il une définition juridique de la confessionnalité d\u2019une école?Plus précisément, les tribunaux ont-ils défini en quoi consiste le contenu de la confessionnalité scolaire ?et le fait, par exemple, que l\u2019enseignement religieux soit donné dans une école suffit-il, aux yeux des tribunaux, pour que cette école soit reconnue confessionnelle?A cette question, nos cours de justice ont donné un commencement de réponse.En 1927, en effet, le juge en chef de la Cour suprême du Canada, Francis Alexander Anglin, formulait en termes explicites la différence à faire entre une école commune et une école confessionnelle.C\u2019est une erreur, disait-il, de croire qu\u2019on puisse distinguer l\u2019école confessionnelle de l\u2019école commune uniquement par le caractère des exercices ou des études de religion qui s\u2019y font.Les écoles communes et les écoles séparées reposent sur des conceptions fondamentalement différentes de l\u2019éducation.Les partisans des premières estiment qu\u2019il y a avantage à séparer le religieux du profane, alors que les défenseurs des secondes soutiennent que l\u2019instruction et l\u2019influence religieuses doivent toujours accompagner la formation profane 4.L\u2019année suivante, le Conseil privé faisait sienne la distinction établie par le juge Anglin entre école commune et école confessionnelle; il précisait même que, pour les catholiques romains, l\u2019école confessionnelle est une école où l\u2019instruction et l\u2019influence religieuses accompagnent toujours la formation profane 5.Ainsi reconnaissait-il officiellement la doctrine traditionnelle de l\u2019Église sur l\u2019école confessionnelle.II.\u2014 LES GARANTIES DU BILL 60 Je le répète: le bill 60 inscrit la confessionnalité dans les hautes structures du nouveau système d\u2019éducation, ce n\u2019est donc pas, de soi, un projet anticonfessionnel.Si le mot y est, toutefois, s\u2019agit-il de la même confessionnalité que celle que nous avons aujourd\u2019hui, avec le même contenu, la même densité et les mêmes garanties ?voilà la question capitale.Notre système actuel est confessionnel au sens fort du mot et il satisfait pleinement aux exigences, tant catholiques que constitutionnelles, en la matière.Il est confessionnel, non seulement au niveau des écoles publiques, mais encore au niveau supérieur des grands organes d\u2019administration (du moins, jusqu\u2019à tout récemment) et de direction acadé- 4.\t« The idea that the denominational school is to be differentiated from the common school purely by the character of its religious exercises or religious studies is erroneous.Common and separate schools are based on fundamentally different conceptions of education.Undenominational schools are based on the idea that the separation of secular from religious education is advantageous.Supporters of denominational schools, on the other hand, maintain that religious instruction and influence should always accompany secular training.(Syndics catholiques du canton de Tiny [Ontario] v.le Roi, 10 octobre 1927.\t) Cf.Canada Law Reports (1927), pp.637-656.5.\t« As the chief justice of Canada has said, undenominational education is based on the idea that the separation of secular from religious education may be advantageous.But Roman Catholics, at least, hold that religious instruction and influence should always accompany secular training.» (Jugement du 12 juin 1928, Appeal Cases, 1928,\tpp.363-376.) SEPTEMBRE 1963 257 mique.Chacun des deux Comités confessionnels \u2014 le catholique et le protestant \u2014 est autonome et dirige avec pleine autorité les écoles soumises à sa juridiction.Aussi n\u2019est-il pas exagéré de dire que la confessionnalité constitue le principe organisateur et directeur de tout le système.Avec le bill 60, un nouveau principe informateur entre en jeu et occupe presque toute la place: l\u2019État, l\u2019État qui prend en charge tout le système d\u2019enseignement.Mais l\u2019État, l\u2019État moderne, se veut laïc et a-confessionnel; s\u2019il prétend en même temps garantir la confessionnalité du système scolaire, il lui faut ou admettre cette confessionnalité dans ses propres structures, ce qui va contre le principe moderne de la laïcité de l\u2019État, ou accorder une large autonomie aux comités confessionnels, ce qui s\u2019oppose à cet autre principe que l\u2019on affirme de l\u2019ultime et universelle autorité de l\u2019État en éducation.Face à un tel dilemme, le bill 60 s\u2019en tire en proposant une solution mixte, une solution où se mêlent un tout petit peu de confessionnalité dans l\u2019État et un tout petit peu d\u2019État ou d\u2019autonomie dans les comités confessionnels.Voyons, en effet, quelle place font à la confessionnalité les trois principaux organes du système: le ministère, le Conseil supérieur et le nouveau Comité catholique.1.\tLe Ministère Le bill 60 suspend tout au ministère de l\u2019Éducation; il fait tout partir de lui et tout converger vers lui.C\u2019est le cerveau et le moteur de tout le système: direction académique, administration et planification s\u2019y concentrent sous un ministre doté d\u2019une autorité décisive, suprême et presque universelle.Ce ministre, en effet, peut se faire autoriser à établir à peu près n\u2019importe quelle sorte d\u2019école et à exproprier terrains, immeubles et bâtiments nécessaires à cette fin (chap.58A, art.5); il est en outre chargé de coordonner l\u2019enseignement à tous les degrés, « tant dans le secteur privé que dans le secteur public », ainsi que d\u2019établir: les programmes d\u2019études, les examens, les diplômes, les brevets d\u2019enseignement et la qualification du personnel pédagogique, pour tous les enseignements, sauf les enseignements qui conduisent à un grade universitaire et les enseignements privés qui ne conduisent pas à un diplôme décerné sous l\u2019autorité du ministre (chap.58B, art.25).Ce sont là, confiés à un seul homme, des pouvoirs considérables, des pouvoirs qui, dans la pratique, pourraient devenir autant de puissants instruments de contrainte à l\u2019égard de l\u2019enseignement libre et même à l\u2019égard des écoles confessionnelles.Le ministère, ne l\u2019oublions pas, n\u2019est pas, de soi, confessionnel; son titulaire pourrait légalement être un député de n\u2019importe quelle religion ou même sans aucune religion.Les auteurs du bill 60 ont senti l\u2019objection, mais fidèles à leur politique qu\u2019 « un tout petit peu suffira », ils se sont contentés de prévoir la présence, au sein du ministère, de « deux sous-ministres associés, dont l\u2019un de foi catholique et l\u2019autre de foi protestante », exerçant leurs pouvoirs « dans les sphères que détermine le ministre » (chap.58A, art.6).Voilà donc un tout petit peu de confessionnalité dans l\u2019État, mais est-ce vraiment une garantie ?Rien, dans le projet de loi, ne dit d\u2019après quels critères ces sous-ministres associés seront choisis ni quelles fonctions précises ils devront remplir.Qui, par exemple, jugera de la qualité « catholique » du sous-ministre à nommer ?D\u2019après le bill 60, le seul gouvernement.Qui déterminera le rôle que jouera ce sous-ministre « catholique » au sein du ministère ?Toujours d\u2019après le bill 60, le seul ministre.Et si ce dernier décide un bon jour de réléguer dans l\u2019ombre et dans l\u2019insignifiance son sous-ministre « catholique », qu\u2019arrivera-t-il ?La protection serait beaucoup plus grande si le bill prévoyait un organe propre dont le sous-ministre « catholique » aurait légalement la charge et en lequel se concentreraient tous les services relatifs aux écoles catholiques.Mais alors, il faudrait introduire encore un tout petit peu plus de confessionnalité au sein du ministère! 2.\tLe Conseil supérieur Pour assister le ministre dans sa tâche, le bill 60 prévoit l\u2019existence d\u2019un Conseil supérieur de l\u2019Éducation, mais à ce Conseil il ne reconnaît qu\u2019un rôle consultatif.De soi, ce Conseil n\u2019est pas confessionnel, même si les deux tiers de ses membres doivent être catholiques et si un catholique doit en occuper la présidence ou la vice-présidence.Ce sont là les seules garanties \u2014 si l\u2019on peut ici employer ce mot \u2014 concédées à la confessionnalité.Comme ce Conseil ne possède aucun pouvoir de décision et de réglementation, de pareilles garanties n\u2019ont qu\u2019une valeur morale et, en définitive, tout est laissé entre les mains du gouvernement, celui-ci d\u2019ailleurs nommant tous les membres dudit Conseil.Aussi est-il tout à fait inutile de nous attarder plus longtemps à cet organisme.3.\tLe nouveau Comité catholique Tout comme l\u2019ancien système, le nouveau aura son Comité catholique, mais les pouvoirs n\u2019y seront plus les mêmes.L\u2019entière tâche de diriger, administrer et planifier l\u2019enseignement appartenant désormais au ministère, le nouveau Comité catholique en sera réduit à ne s\u2019occuper que de l\u2019aspect religieux de cet enseignement, mais pas partout de la même façon ni avec les mêmes pouvoirs.D\u2019après l\u2019article 16 du chapitre 58B, le Comité catholique aura pour tâche générale « d\u2019assurer aux écoles catholiques.leur caractère confessionnel ».Ce texte peut, à première vue, paraître satisfaisant, mais il n\u2019en soulève pas moins, à la réflexion, une foule de questions fort importantes.Comment et par quels moyens le Comité catholique pourra-t-il accomplir sa tâche?Le texte est muet là-dessus, il ne mentionne explicitement aucun pouvoir à cette fin.De plus, qui va déterminer ce qu\u2019il faut entendre par le « caractère confessionnel » d\u2019une école et dire si une école est catholique ou non: le gouvernement ou le Comité catholique?Si c\u2019est ce dernier, pourquoi ne pas lui attribuer clairement ce droit dans la loi ?Si le Comité catholique enfin prend des décisions pour « assurer aux écoles catholiques.leur caractère confessionnel », aura-t-il aussi le pouvoir de faire exécuter ces décisions ?Sur ce point encore, silence total du projet de loi.Bref, le bill 60 confie une tâche de suprême importance au Comité catholique, mais il ne lui confère aucun pouvoir précis et réel pour la remplir efficacement.C\u2019est là une omission qui paraît inexplicable,.à moins qu\u2019aux yeux du gouvernement le « caractère confessionnel de l\u2019école » ne se réduise à « l\u2019enseignement religieux et 258 RELATIONS moral » dont il est question au paragraphe b du même article 16.Du point de vue de la confessionnalité, c\u2019est là le paragraphe le plus important de tout le projet de loi.Il détermine quatre points concernant les comités confessionnels: a)\tla nature de leur pouvoir : un véritable pouvoir de réglementation; c\u2019est la seule exception au principe général du bill qui réserve au ministère tous les pouvoirs de réglementation; b) la qualité de ce pouvoir : il s\u2019agit d\u2019un pouvoir relatif ou dépendant, car son exercice demeure soumis à l\u2019approbation du lieutenant-gouverneur en conseil; c) Vobjet précis de ce pouvoir : faire des règlements « concernant l\u2019enseignement religieux et moral »; d) le champ d'application de ce pouvoir : « les écoles normales et les écoles publiques élémentaires et secondaires ».Pour être complet, il faut mentionner qu\u2019en vertu du paragraphe c du même article 16, les comités confessionnels reçoivent aussi le pouvoir d\u2019approuver, au point de vue religieux et moral, les manuels et le matériel didactique pour l\u2019enseignement dans ces écoles et de statuer sur la qualification des professeurs chargés de l\u2019enseignement religieux.En somme et en pratique, l\u2019autorité du Comité catholique, pour ne parler que de lui, ne s\u2019étend qu\u2019aux écoles normales et aux écoles catholiques publiques, élémentaires et secondaires: tout le reste échappe à sa juridiction, même, semble-t-il, les instituts familiaux nulle part mentionnés, Dans ces seules écoles, le Comité catholique peut réglementer quelque chose, mais uniquement l\u2019enseignement religieux et moral: tout le reste, dans ces mêmes écoles, relève du ministère, avec cette seule réserve que le Comité catholique approuve, « au point de vue religieux et moral », manuels et matériel didactique et statue sur la qualification des professeurs chargés de l\u2019enseignement religieux.De plus, le pouvoir de réglementation du Comité catholique demeure subordonné dans son exercice, puisque les règlements faits sont « soumis à l\u2019approbation du lieutenant-gouverneur en conseil ».Nous avons ainsi ce paradoxe d\u2019un gouvernement civil et laïc \u2014 incompétent par conséquent en matière religieuse \u2014 qui, par dessus la tête des Églises, s\u2019attribue le droit de juger, en dernier ressort, de l\u2019enseignement religieux et moral donné dans les écoles confessionnelles.Vraiment, on a raison de dire que le bill 60 instaure un système « tout nouveau » dans le monde! Que le Comité catholique enfin puisse faire, en vertu des paragraphes d et e du même article, des suggestions et des recommandations au Conseil supérieur, cela ne peut être considéré comme une garantie, puisque ledit Conseil ne possède aucun pouvoir propre de réglementation et que, étant lui-même non confessionnel, il ne saurait porter un jugement compétent et unifié sur les problèmes religieux que pourrait lui soumettre le Comité catholique.* * * Telles sont les seules garanties que le bill 60 accorde, au niveau supérieur, à la confessionnalité.Sont-elles suffisantes et les catholiques peuvent-ils s\u2019en contenter ?Il serait beaucoup plus facile de répondre si nous connaissions quel sort les autres tranches du Rapport Parent réservent aux commissions scolaires et aux écoles confessionnelles, à leur niveau même.Malheureusement, tout ce que nous avons maintenant ne concerne que les structures supérieures du système et ne touche que la haute direction confessionnelle de l\u2019école.C\u2019est donc à cela qu\u2019il faut nous borner.Or, l\u2019analyse du bill 60 montre que cette haute direction confessionnelle souffre de trois graves défauts au moins: 1° elle est incomplète dans ses objectifs, en ce double sens que, d\u2019une part, elle n\u2019embrasse que l\u2019enseignement religieux et moral et que, d\u2019autre part, elle n\u2019atteint que certaines écoles bien déterminées: les écoles normales et les écoles publiques élémentaires et secondaires; 2° elle est dépendante dans son exercice, puisque tous ses règlements concernant l\u2019enseignement religieux et moral demeurent soumis à l\u2019approbation du cabinet des ministres; 3° elle est incertaine dans ses fonctions, et cela pour les raisons suivantes: a) le sous-ministre catholique, nommé par le seul cabinet, n\u2019a pas, de par la loi, de sphère d\u2019activité propre, mais dépend entièrement du bon plaisir d\u2019un ministre omnipotent et n\u2019est même pas légalement relié au Comité catholique; b)\ten vertu de l\u2019article 25b, le ministre règle « les programmes d\u2019études.pour tous les enseignements »: dans les exceptions, il n\u2019est pas question de l\u2019enseignement religieux, alors la question se pose: que devient la garantie offerte à l\u2019article 16b à propos de ce même enseignement religieux?c)\tles représentants de l\u2019épiscopat ne constituant que le tiers du Comité catholique seront en minorité lorsqu\u2019il s\u2019agira de réglementer l\u2019enseignement religieux: en cas de conflit sur ce sujet précis entre les cinq représentants de l\u2019épiscopat et les dix autres membres du Comité catholique, qui va l\u2019emporter: les membres de la majorité ou les représentants de ceux qui, dans l\u2019Église, ont seuls le pouvoir de légiférer sur l\u2019enseignement religieux?d) outre que ses réunions sont rares \u2014 « au moins quatre fois par année » \u2014, le Comité catholique ne possède aucun exécutif, aucun sous-comité, aucune commission d\u2019enquête ou de recherches, ni même aucun pouvoir de faire des règlements pour sa propre régie interne: c\u2019est une tête sans corps.De tout cela comment ne pas tirer la conclusion que la confessionnalité que nous offre le bill 60 est loin d\u2019être satisfaisante ?qu\u2019elle est loin de remplir les exigences que l\u2019Église catholique a définies et que nos tribunaux ont reconnues en cette matière?Sans doute, faut-il mettre de l\u2019ordre dans notre système d\u2019enseignement, mais ce serait une grave erreur de le faire en réduisant en tutelle toutes les libertés, y compris la liberté des écoles confessionnelles.Notre présent système nous a valu un siècle de paix scolaire.Par l\u2019excessive centralisation qu\u2019il opère entre les mains d\u2019un seul homme, et cela dans un domaine qui ne peut fructifier que dans la liberté; par la confusion qu\u2019il entretient entre le profane et le religieux: un tout petit peu de confessionnalité dans l\u2019État et un tout petit peu d\u2019État dans la confessionnalité; par la menace qu\u2019il fait peser sur l\u2019enseignement libre ou privé; par la faiblesse où il maintient tout ce qui, en éducation, n\u2019est pas de l\u2019État, le système que propose le bill 60 contient les germes de graves conflits pour l\u2019avenir.Aussi faut-il, au nom de la justice comme de la paix scolaires, demander que le gouvernement accepte d\u2019apporter à son projet de loi les modifications qui s\u2019imposent, en particulier celles qu\u2019exige une véritable confessionnalité au niveau des structures supérieures de tout le système.SEPTEMBRE 1963 259 Racisme au Soudan Cette chaîne sans fin de la haine raciste qui appelle la haine raciste, notre génération aura-t-elle assez de dignité humaine pour la briser ?Aux réfugiés de l\u2019Europe orientale, de la Chine rouge, de Cuba, il faut ajouter désormais ceux du Soudan! Près de 60,000 ont réussi à fuir, tandis que 30,000 malheureux languissent dans les prisons.Combien doux, en comparaison, le joug britannique! Au temps de la lutte pour l\u2019indépendance, les Noirs du Soudan, qui forment un tiers de la population et fin de 1960, on a confisqué toutes les écoles primaires catholiques: 720 écoles fréquentées par 250,000 élèves dont 16,000 catholiques.Les parents ont eu beau protester, le gouvernement a renié sa promesse de permettre un enseignement religieux aux enfants catholiques.Tous les professeurs de religion ont dû quitter le pays, à l\u2019expiration de leur permis de séjour.Le manuel unique enseigne un concentré de religion, 60% bouddhiste, 30% musulman et 10% chrétien, démocratiquement mesuré.De plus, et en violation de la Déclaration des droits de l\u2019homme de l\u2019O.N.U.qui re- experts et les cosmonautes américains plus mâles qu\u2019intelligents.Les traits vibrent dans la cible.Qu\u2019y faire, surtout quand elle a raison ?Car elle s\u2019explique, et fort bien.N\u2019ayant que l\u2019embarras du choix parmi treize femmes pilotes, la National Aeronautics and Space Agency leur a brûlé la politesse à toutes.Elles avaient pourtant, ces Américaines, passé tous les tests, sauf un, d\u2019importance: celui du préjugé masculin.Et'c\u2019est là que le bât blesse.Au fond, la N.A.S.A.partageait l\u2019avis de méchants psychologues.Elle se gardait de le dire tout haut, mais n\u2019en pen- AU FIL DU MOIS occupent le sud du pays, acceptèrent l\u2019union avec le nord.Depuis, quel crime ont-ils commis?Un double crime: celui de n\u2019être pas musulmans et celui d\u2019avoir la peau noire.Au Soudan, cela vous mérite d\u2019être méprisé, traqué, emprisonné ou abattu pour avoir tenté de fuir.Khartoum ne conçoit l\u2019unité nationale que fondée sur l\u2019unité de race et de religion.Le « joug britannique », déclare un document des exilés, a été remplacé par un régime qui « méprise tous les Noirs, quelle que soit leur pensée religieuse, politique ou sociale ».Le sort de la minorité soudanaise émouvra-t-il les Africains et les Asiatiques?Ou les Bantous d\u2019Afrique et les Noirs des États-Unis sont-ils seuls dignes de compassion ?Et que dire des querelles sanglantes en Guyane britannique où la population, originaire de l\u2019Inde, mène, cette fois, le bal raciste?Répression, persécution, ségrégation, apartheid, haine! Seigneur, pourquoi nous avoir demandé d\u2019aimer tous les hommes, nos frères ?L.d\u2019Apollonia.Au Ceylan Sortilèges de l\u2019Orient: c\u2019est une femme qui est premier ministre du Ceylan: Madame Bandaranaïke.Dans notre Occident prosaïque, nous n\u2019avons pour orner nos assemblées nationales que des femmes ministres, et que des reines pour lire le discours du trône.Qu\u2019on n\u2019aille pas conclure de la diaprure du sari à un arc-en-ciel de paix sur le Ceylan! Au contraire, on y multiplie les entraves à la marche des œuvres catholiques.A la connaît aux parents le droit de choisir l\u2019école de leurs enfants, la loi interdit aux enfants non catholiques de fréquenter les écoles secondaires catholiques (42), et à celles-ci d\u2019exiger des frais de scolarité.A ce compte, la princesse du Japon n\u2019aurait pu faire son cours chez les Religieuses du Sacré-Cœur de Tokyo, ni le roi du Népal chez les jésuites de Darjeeling.Après les écoles, les autres établissements: le 15 mars de cette année, toutes les religieuses ont du quitter les hôpitaux, celles nées au Ceylan comme celles venues de l\u2019extérieur.Les actes de violence sont rares.En quelques endroits, les fanatiques ont pillé et brûlé les églises.C\u2019est l\u2019atmosphère qui est étouffante.Les catholiques ont de la difficulté à se trouver un emploi.Les missionnaires ne peuvent plus recevoir de renforts; et on laisse planer sur eux la menace de retirer leur visa.Comment éveiller la fameuse « conscience mondiale », et obtenir l\u2019attention du public ?Les catholiques devront-ils s\u2019asseoir au milieu de la rue, les prêtres et les évêques faire la grève de la faim dans les églises ?L.d\u2019Apollonia.Valentina Nous ne reviendrions pas sur l\u2019exploit du Vostok V et du Vostok VI, n\u2019était la magnifique colère de Mrs.Clare Boothe Luce.Quelle joie de l\u2019écouter, quand elle s\u2019indigne et s\u2019emporte! La bêtise des bêtises, dit-elle dans un numéro récent de Life.Il y a des gens qui ne comprendront jamais, à commencer par les space sait pas moins que la femme n\u2019avait ni les nerfs, ni l\u2019endurance, ni la maîtrise nécessaires pour ce grand coup d\u2019aile dans l\u2019espace.Sexe faible, quoi! Et c\u2019est pourquoi Valentina Tereshkova, hier encore simple ouvrière du textile et parachutiste à ses heures, sera à jamais la première cosmonaute de l\u2019histoire.Valentina n\u2019a réussi ni un record de durée, ni un changement d\u2019orbite en vol.La signification aéronautique de son exploit, du commencement à la fin télécommandé, est nulle.En revanche, la signification sociale en est immense.D\u2019autant plus que Valentina est poète à sa manière, poète que tous peuvent comprendre sans se donner des airs: « Je suis la mouette.Je vois l\u2019horizon.Un trait bleu azur.Un trait bleu.Je vois la terre.Quelle est belle! Tout va bien.» Ne dirait-on pas d\u2019une simple chanson ?Brillant numéro de propagande! Assurément.Mais il y a plus: en lançant Ève à la poursuite d\u2019Adam dans l\u2019espace, les Russes ont brillamment donné le pas à l\u2019égalité sociale de la femme sur les simples considérations techniques des savants.Gaganova, championne des tisserands, et Zaglada, championne du maïs (Krouchtchev est toujours le champion) n\u2019ont pas manqué d\u2019exprimer à Valentina la fierté des ouvrières et des paysannes de l\u2019U.R.S.S.Et, l\u2019on aura beau dire et beau faire, la fierté aussi de milliers de femmes, de par le monde, qui lui ont voué leur admiration et, dans le secret de leur cœur, ont chanté son vol.Ne nous laissons pas, toutefois, leurrer.Cette femme dans le ciel est un signe très équivoque.La société sovié- 260 RELATIONS tique, en dépit de l\u2019apologétique officielle, est une société faite par les hommes et pour les hommes; elle réduit la famille au rôle de moyen; et le parti lui-même, maître de l\u2019État, ses cadres et à peu près tous les postes de commande restent bel et bien entre des mains « viriles ».L.d\u2019Apollonia.Au Viet -nam Auparavant, à Hué, à la hauteur du 17® parallèle, le sang avait coulé pour une question de drapeau.On en parla peu.Puis l\u2019image de ce vieux bonze, brûlant comme une torche, au milieu de la rue, en plein Saigon, frappa d\u2019horreur les imaginations, et déclencha le halali sur le régime de Ngô Dinh Diem.Il n\u2019était plus besoin de preuve.Cet holocauste-homicide-suicide suffisait: le gouvernement catholique du Viêt-nam persécutait les bouddhistes.Qu\u2019en est-il ?Nous nous contenterons ici de quelques remarques, sans prétendre tout comprendre aux histoires des autres.Les dépêches, usant de mots comme de pions, parlent constamment du Roman Catholic Government, du Catholic-dominated Government du Viêt-nam.Or, ce Roman Catholic Government comprend le vice-président, le chef du cabinet, douze ministres sur dix-sept (dont le ministre d\u2019Éducation), la majorité de l\u2019Assemblée nationale et seize généraux sur dix-neuf qui ne sont pas catholiques^ A ce compte-là, le gouvernement des États-Unis est Roman Catholic; et le gouvernement de Formose, méthodiste.L\u2019Association générale des Bouddhistes est loin de représenter tous les bouddhistes de robe safran et de robe grise.Les bouddhistes eux-mêmes, \u2014 4 millions au plus, \u2014 ne forment pas cette majorité de 70% et de 80% que, dans un bel élan lyrique, on s\u2019imagine pour les besoins de la cause.Un recensement religieux n\u2019a jamais eu lieu au Vietnam.Parmi les 15 millions d\u2019habitants, il faut aussi compter les confucianistes, les taoïstes, les caodaïstes, les animistes.L\u2019Association générale des Bouddhistes a formulé cinq revendications.La quatrième, celle qui est au cœur du problème, demande que « les bonzes et les adeptes du bouddhisme puissent jouir de la liberté de culte et de la liberté de propagation de la foi ».A quoi le gouvernement répond que « ce point est inscrit en toutes lettres dans la Constitution », que si des réunions sont tenues dans les pagodes « qui n\u2019ont présenté ni statut, ni règlements intérieurs, et ne font partie d\u2019aucun système reconnu par le gouvernement, une autorisation préalable est requise ».Pour des raisons de sécurité nationale, cette loi est la même pour tous.En ce qui concerne la construction de pagodes, d\u2019écoles, d\u2019établissements sociaux bouddhiques, le gouvernement n\u2019a pas imposé de restrictions.Sous le régime présent, 1,275 pagodes nouvelles ont été construites et 1,295 restaurées.Les bouddhistes ont même bénéficié d\u2019un traitement de faveur, le gouvernement ayant consacré plus de 9 millions de piastres à leurs œuvres, dont 5 millions aux pagodes de la région de Hué.Quant à l\u2019affaire de Hué, les responsables ont été punis, les familles des victimes indemnisées.Seulement voilà: l\u2019Association générale des bouddhistes demande davantage.Elle exige que le gouvernement Diem admette avoir fait « lui-même » les victimes.On est en droit de se demander \u2014 et on commence, en effet, à se demander \u2014 si cette offensive de l\u2019association générale des Bouddhistes ne se sert pas de la religion à des fins politiques, et ne vise pas à renverser un gouvernement légitime; d\u2019autant plus que ces actes extrêmement violents de non-violence comme le suicide et la grève de la faim sont totalement étrangers à l\u2019esprit bouddhique.Discuter le programme de Diem et sa prudence politique est une chose.Crier à la persécution religieuse par les catholiques en est une autre.Et, dans un pays déjà livré à une sale guerre, c\u2019est ne rendre service à personne que de les confondre.L.d\u2019Apollonia.Éducation : le mot, la chose L\u2019éducation a rapport à la formation de l\u2019homme comme tel et implique un humanisme, synthèse de pensée inspirant une synthèse d\u2019action, par quoi on vise à définir la personne, sa fin, les conditions de sa croissance, les normes de sa perfection.Philosophie qui débouche au delà d\u2019elle-même, dans le « surnaturel », soit mythique (d\u2019invention humaine), soit divin (ayant Dieu pour auteur).Dépassement inévitable, dans la mesure où, reconnaissant qu\u2019il n\u2019a rien créé de ce qu\u2019il connaît, \u2014 ni la matière, ni l\u2019esprit, ni leurs lois, \u2014¦ l\u2019homme confesse la nécessité d\u2019un Transcendant, cause de l\u2019univers.De là sourdent les questions qui se résument dans le « mystère », l\u2019antinomie de la coexistence du fini et de l\u2019infini, dans la quête de ce qu'est le Transcendant, du sens (signification et direction) à donner au monde et des moyens à prendre pour réaliser ce sens, vu surtout l\u2019autre antinomie, vécue dramatiquement par l\u2019homme, celle de l\u2019abîme de sa misère (physique: souffran- ce et mort; morale: le péché) et de sa grandeur (spiritualité en désir d\u2019infini, liberté morale par laquelle il « se crée » pour ainsi dire soi-même et peut \u2014\u2022 non par ses seules forces, mais par grâce \u2014* participer à la vie de Dieu).Parler d\u2019éducation sans aller jusqu\u2019au bout d\u2019une mystique de l\u2019homme, c\u2019est balbutier ou se mutiler.De cela, la religion, la foi, les Églises, çar définition, possèdent compétence.L\u2019État, non.Un ministère qui s\u2019intitule « de l\u2019Éducation » affiche pourtant une prétention d\u2019ordre mystique.Régression vers une théocratie musulmane ou d\u2019Ancien Testament.A moins que, revenant au mythe de la déesse Raison et aux rêveries des encyclopédistes, on ne veuille, sous prétexte de rendement technique, réduire l\u2019homme à sa misère spirituelle, emprisonner la foi, qui ouvre l\u2019esprit, en confinant la religion à la sacristie ou aux seules leçons de catéchisme et, surtout, en soumettant à la politique, incompétente par définition, le dernier mot d\u2019un système qui relève de la philosophie et de la théologie.Que, s\u2019occupant de ses affaires, l\u2019État, serviteur et non maître des familles et des Églises, se contente d\u2019un ministère de l\u2019Instruction publique.L\u2019essentiel \u2014 formation du personnel, intégration et coordination des classes, choix des manuels, examens \u2014 une fois confié à qui de droit» que César veille à l\u2019économie administrative: ça le regarde.Qu\u2019il s\u2019entende, pour y mieux réussir, avec un Conseil supérieur de l\u2019Éducation, représentatif des Églises, des familles et des professions, et muni des pleins pouvoirs proprement éducatifs.Le reste n\u2019est que sophisme ou propagande.Si chacun fait bien son métier.Jusqu\u2019à présent, on n\u2019a démontré qu\u2019une chose: de notre régime d\u2019éducation grincent non pas les principes, mais les rouages et leur fonctionnement.Qu\u2019on répare ceux-ci ou qu\u2019on les améliore, car on ne remédie jamais au massacre de ceux-là.J.d\u2019Anjou.Le jeûne de Marcel Chaput Du chef nationaliste qui a soutenu pendant plus d\u2019un mois une austère grève de la faim, doit-on faire un héros, le premier soldat de l\u2019indépendance québécoise ?Je n\u2019en sais rien.Quelques certitudes, cependant, ressortent de son geste.1.\tIl a montré plus de courage que ses railleurs, quelques-uns grassement payés à seule fin de ne pas troubler un désordre centenaire.2.\tDes cent mille piastres qu\u2019il a recueillies par son jeûne, quatre-vingt SEPTEMBRE 1963 261 mille au moins totalisent de menus dons offerts par de petites gens.Voilà qui a plus de signification que toutes les enquêtes Gallup du monde.Quel esprit sérieux prétendra que les partisans de l\u2019indépendance ne comptent pour rien au Québec ?Qui doutera que leur mouvement atteint les fibres profondes d\u2019un nombre croissant de Québécois?La réclame dont on entoure les moindres assemblées ou discours favorables au Nouveau Parti démocratique: écran de fumée en comparaison de la flamme répandue par les Laurentiens.3.Quel jugement moral porter sur le jeûne de M.Chaput ?Celui qu\u2019impose le rapport à établir entre le moyen employé et la fin poursuivie.La fin est honnête et noble: obtenir les ressources qu\u2019il faut pour mener à bien la libération d\u2019un peuple.Le moyen, quoique rare et, si on le pousse à l\u2019extrême, dangereux, paraît proportionné à la grandeur de cette fin.Mais vous décrétez qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de libérer un peuple libre.Opinion respectable.Simple opinion pourtant.M.Chaput, lui, estime qu\u2019à ses compatriotes manque la liberté nécessaire à leur épanouissement; qu\u2019on ne peut plus différer l\u2019action propre à les délivrer; dans un ouvrage sérieux et serein, il fonde son sentiment.Pourquoi lui dénier le droit moral de prendre le moyen qu\u2019il a choisi pour éveiller la conscience des siens et savoir si l\u2019on marche à sa suite ?Vous objectez qu\u2019il a mis sa vie en danger.Pas plus gravement que des milliers de gens dévoués à des tâches de moindre conséquence que celle de la libération d\u2019un peuple.Bref, le principe s\u2019énonce aisément: est immoral le recours à un moyen extrême pour réaliser une fin qui ne mérite pas un sacrifice extrême.Or, dans le cas pratique posé par son jeûne, M.Chaput juge, non sans motifs, que s\u2019applique le principe.Consulté avant le fait, j\u2019aurais probablement décidé comme vous.Mais ni vous ni moi n\u2019avons le droit de le condamner.En le ridiculisant, on étale l\u2019abîme de mesquinerie qui sépare le courage, apparemment déraisonnable, du conformisme, apparemment sensé.J.d\u2019Anjou.Quatre petits gars ont choisi de mourir Guy Luckenuick, Michel Morel, Alain Carrier, Pierre Marquis: ces quatre petits gars ont choisi de mourir plutôt que de consentir aux ignobles sollicitations d\u2019un déséquilibré.Celui-ci n\u2019a pu dominer son émotion en rendant témoignage à 262 leur héroïque résistance et à leur piété devant la mort.L\u2019opinion publique s\u2019est soulevée contre un crime aussi odieux.Elle s\u2019est étonnée avec raison qu\u2019on ait libéré sur parole un récidiviste condamné à la détention perpétuelle, et cela malgré l\u2019avis du juge qui avait prononcé la sentence.On peut se demander cependant si la société qui s\u2019indigne n\u2019a pas une grande part de responsabilité en cette affaire.L\u2019obsession sexuelle du dangereux malade était tous les jours exacerbée par ces affiches, ces annonces, ces journaux, ces revues, ces films et ces spectacles où l\u2019exploitation de la chair et l\u2019impudeur se donnent libre cours.Et toutes ces femmes qui s\u2019exhibent en vêtements moulants ou écourtés! Les consciences ne réagissent plus devant ce dévergondage, si ce n\u2019est pour traiter d\u2019esprits étroits et arriérés ceux qui le dénoncent et le combattent.En tout cela, rien d\u2019étonnant quand on voit à quels maîtres la conscience populaire est livrée.Prenons l\u2019exemple du plus puissant de tous, le cinéma.Il glorifie l\u2019amour libre, les ménages à trois, le divorce; il exploite les pires instincts.Dernièrement, la semaine du Film français présentait comme spectacles de choix, 14 productions cinématographiques.Or 12 d\u2019entre elles avaient reçu une cote sévère de différents Offices catholiques de Cinéma, pourtant reconnus pour leur esprit de modération: 5, adultes avec réserves; 3, à déconseiller; 4, à proscrire.Le point de vue sexuel entrait pour une bonne part dans ces appréciations.Et ici même dans Relations (mars 1963) le P.Cousineau s\u2019élevait avec raison contre la littérature érotique que répand le cinéma contemporain, à grand renfort de publicité.L\u2019exemple de nos quatre héros de la chasteté nous invite à nous arracher à cette boue.Même dans notre monde corrompu, il existe, et en plus grand nombre que nous ne le soupçonnons, des amants de la belle vertu qui s\u2019élèvent jusqu\u2019aux plus hauts sommets, sur les ailes de la grâce du Roi de la pureté et de la Vierge Mère.Émile Gervais.Maison Bellarmin.Amendements à la Loi des accidents du travail A la fin de la dernière session, l\u2019Assemblée législative adoptait une série d\u2019amendements à la Loi des accidents du travail.Le bill 72 a d\u2019abord augmenté le montant des indemnités; ainsi un ouvrier frappé d\u2019incapacité totale recevra, à l\u2019avenir, une compensation minimum (et minime!) de vingt-cinq dollars par semaine au lieu de quinze.Mais l\u2019intérêt des modifications récentes et leur signification sociale résident plutôt dans d\u2019autres aspects.Relevons ce qui a trait à la langue du premier avis, à l\u2019accès aux dossiers, à l\u2019étendue de l\u2019application de la loi et à l\u2019obligation, pour la Commission, de motiver ses décisions.Désormais, l\u2019avis que l\u2019employeur fait parvenir à la Commission à la suite d\u2019un accident devra être rédigé dans la langue de l\u2019accidenté, si c\u2019est le français ou l\u2019anglais, ou dans celle de ces langues qu\u2019il choisit, s\u2019il en est autrement.La règle a pour but de garantir à l\u2019ouvrier l\u2019exercice du droit qu\u2019il a de comprendre la déclaration qu\u2019il doit signer.Dans un mémoire au ministre du Travail, en 1961, les centrales syndicales avaient demandé que le travailleur et l\u2019employeur, ou leurs représentants, aient accès au dossier d\u2019un accidenté.Pour répondre à ce désir, au moins partiellement, le législateur décide que « la Commission doit communiquer au médecin traitant de l\u2019accidenté ou au médecin de l\u2019employeur tout rapport médical relatif à l\u2019accident, si l\u2019accidenté ou, selon le cas, l\u2019employeur le demande ».L\u2019article 78 accordait à la Commission le droit de soustraire à l\u2019application de la loi les établissements ou entreprises qui n\u2019emploient pas ordinairement plus que tel nombre déterminé d\u2019ouvriers.La Commission a ainsi exempté diverses industries, comme les entreprises de transport général et de construction de moins de quatre employés.Au moment où il entrera en vigueur, par proclamation du lieutenant-gouverneur en conseil, l\u2019article 12 des modifications récentes abrogera l\u2019article 78 de la loi et supprimera ces exemptions.Toutes les industries de production, quel que soit le nombre de leurs employés, devront alors participer au système gouvernemental d\u2019assurance-accident.L\u2019extension de l\u2019assurance-accident même aux plus petites entreprises constitue une mesure sociale dont il faut se réjouir.On aurait peut-être pu concevoir un régime sanctionnant les systèmes privés, là où ceux-ci paraissent adéquats; on a jugé qu\u2019il valait mieux tout réunir sous une seule organisation.Le changement, toutefois, et l\u2019extension prévue ne pourront se faire que graduellement, vu le nombre très considérable d\u2019entreprises visées par l\u2019amendement.En vertu de l\u2019article 11, les décisions de la Commission devront être motivées.L\u2019obligation faite ici à la Commission des accidents du travail rejoint celle qu\u2019imposait le bill 78 à la Commission des relations ouvrières il y a deux ans.Ce n\u2019est pas par manque de confiance envers les commissaires que les intéressés et le public désirent connaître les motifs de RELATIONS leur décision.De fait, la Commission des accidents du travail avait déjà adopté cette pratique: dès qu\u2019il y a contestation relativement à une réclamation et chaque fois qu\u2019on n\u2019aquiesce pas sans réserve à une demande, on fait connaître à l\u2019intéressé le motif de la décision.La loi vient sanctionner ce qui se faisait déjà depuis près de deux ans.L\u2019accumulation de telles réponses, ici comme dans le cas de la Commission des relations ouvrières, rendra de précieux services.Semblables aux notes que rédigent les juges des hautes cours en prononçant leurs sentences, ces décisions motivées constituent une source d\u2019information et un trésor de sagesse à la disposition des employeurs et des employés, des médecins et des avocats.Les critères d\u2019application de la loi y gagnent en clarté et en précision.Il y a toujours profit à faire, sur tout problème social, le plus de lumière possible.Gérard Hébert.Où en sont les Témoins de Jéhovah?Gérard HÉBERT, S.J.* DU 7 AU 14 JUILLET, près de 75,000 Témoins de Jéhovah envahirent les estrades et les environs du Yankee Stadium, à New York, habitué à des foules plus tapageuses.Le décor lui-même offrait un aspect inaccoutumé.Au monticule, une fontaine; dans le rectangle formé par les buts, des fleurs et des arbustes; derrière le deuxième but, un podium surmonté de trois parasols, d\u2019où les officiers de la Société Watch Tower haranguèrent la foule huit jours durant, de dix heures du matin à neuf heures du soir.Le dernier après-midi, le président parla à plus de 100,000 personnes (107,483 selon le rapport officiel), Témoins, sympathisants et curieux, sur le thème du congrès, « le Règne de Dieu sur toute la terre » ( When God Is King Over All the Earth).C\u2019était la deuxième d\u2019une série de réunions que les Témoins de Jéhovah ont tenues, à travers le monde, depuis le 30 juin, d\u2019abord à Milwaukee, puis à New York, ensuite à Londres et dans une vingtaine d\u2019autres villes d\u2019Europe, du Moyen Orient, d\u2019Asie, d\u2019Australie et des îles du Pacifique.La dernière a lieu au Rose Bowl, à Pasadena, banlieue de Los Angeles, en Californie, du 1er au 8 septembre: elle complète le tour du monde des 600 délégués qui ont accompagné le congrès itinérant et ininterrompu aux quatre coins du globe.La formule remplace celle du congrès international unique, telle que réalisée à New York en 1953 et 1958.A l\u2019occasion de ce dernier déploiement quinquennal des forces jéhovistes, nous tenterons de répondre à la question que plusieurs se posent: après 90 ans d\u2019existence, où en sont les Témoins de Jéhovah?progressent-ils au rythme prestigieux que d\u2019aucuns leur attribuent ?Evolution Les doctrines fondamentales du mouvement n\u2019ont guère changé.Le premier jour du congrès, les orateurs rappelèrent aux participants leur devoir fondamental de rendre honneur * Voir le livre du P.Gérard Hébert, S.J.Les Témoins de Jéhovah.Essai critique d\u2019histoire et de doctrine.Les Editions Bellarmin, 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Edition complète et scientifique, $5.00; édition populaire, $2.00.SEPTEMBRE 1963 au nom de Jéhovah: un Témoin s\u2019acquitte de ce devoir principalement, sinon uniquement, en prêchant le Royaume.Le lendemain, le président général reprit le point le plus sensationnel de l\u2019enseignement de la secte: « La fin du monde est proche! » Le baptême massif, le vendredi, de 2,250 nouveaux Témoins, accompli sur une plage connue de New York, exprimait de façon spectaculaire un autre aspect de la doctrine: le baptême par immersion manifeste le don complet du Témoin à la prédication.Dans son discours de clôture, le président exposa longuement certaines croyances de la secte sur le Royaume.Le Royaume, c\u2019est la réalisation des promesses du Christ à la fin du monde, après la grande bataille d\u2019Harmaguédon, qui ne peut tarder maintenant; les problèmes du monde actuel, les troubles sociaux de toutes sortes et la menace constante d\u2019une guerre nucléaire en sont les signes avant-coureurs certains.F Dans le Royaume, on trouvera deux classes, l\u2019une céleste, formée de 144,000 membres, ni plus ni moins, l\u2019autre terrestre, groupant la grande multitude des brebis qui auront accepté le message de Jéhovah.En un sens, le Royaume serait déjà établi et la Société du Monde nouveau (autre nom de la Société Watch Tower ou des Témoins de Jéhovah) en constituerait les arrhes; le discours final du congrès de 1958 avait justement pour titre: « Le Royaume de Dieu est établi » (God\u2019s Kingdom Rules).Pour sauver ainsi les élus de la « seconde mort » ou annihilation totale (selon les Témoins, il n\u2019y a pas d\u2019âme immortelle), le Christ a payé de son sang le prix de notre rachat; toutefois, Jésus ne serait pas Dieu, mais une créature spirituelle très parfaite, devenue, momentanément, un être humain.Si la doctrine demeure la même dans ses grandes lignes, surtout depuis une trentaine d\u2019années, l\u2019attitude pratique de la Société et de ses membres continue d\u2019évoluer vers une plus grande urbanité.La tactique de la politesse et des bonnes relations, inaugurée par le président actuel peu après son accession au pouvoir en 1942, gagne de l\u2019importance.Ainsi, l\u2019auteur du présent article a pu, en habit ecclésiastique, visiter les quartiers généraux et les ateliers de la Société à Brooklyn.En 1955, un jésuite américain, apparemment le premier prêtre admis à cette visite, avait eu plus de difficulté: on avait dû recourir aux plus hautes autorités.263 pour obtenir l\u2019autorisation.Cette fois, le réceptionniste n\u2019a même posé aucune question.Les Témoins comme individus deviennent aussi moins agressifs, peut-être moins fervents.Des congressistes, dans le métro, demandèrent leur chemin à un prêtre; d\u2019autres parcoururent la ville au lieu d\u2019assister aux réunions; quelques-uns ont même visité les édifices des Nations Unies, bien que la doctrine officielle des Témoins tienne cette organisation pour un instrument du démon.Une vieille dame ayant, dans la foule qui circulait autour du Yankee Stadium, involontairement heurté un clerc, s\u2019excusa en ces termes: « Excuse me, Father »; elle violait ainsi, sans doute par inadvertance, la règle imposée aux Témoins, qui interprètent littéralement la phrase de l\u2019Évangile: « N\u2019appelez personne votre Père sur la terre.» (Matt., 23, 9.) Situation dans le monde L\u2019attitude de provocation adoptée par le second président, le « juge » Rutherford, durant la décennie d\u2019avant la guerre, avait produit d\u2019excellents résultats.L\u2019augmentation annuelle du nombre des Témoins de Jéhovah était alors d\u2019environ 15 à 20%.Depuis dix ans, la moyenne se situe autour de 10%, habituellement un peu au-dessous.Même à ce niveau, elle est considérable et place les Témoins de Jéhovah parmi les groupes religieux dont la croissance est la plus rapide.Dans l\u2019ensemble du monde, ils ne dépassent guère, cependant, 1,000,000 de membres actifs; chaque membre actif est considéré comme un « ministre » directement ordonné par Jéhovah.Numériquement, ils se répartissent en trois parties à peu près égales, l\u2019Amérique du Nord, l\u2019Europe et le^reste du monde.Ils étaient, en 1962, près de 300,000 aux États-Unis et environ 40,000 au Canada; proportionnellement à la population totale des deux pays, ils sont donc plus nombreux ici que dans leur contrée d\u2019origine.Ils augmentent rapidement en Amérique latine.Les chiffres que publie la Société ne concernent que les véritables Témoins de Jéhovah, ceux qui participent à l\u2019œuvre de prédication par la tenue de réunions d\u2019étude dans les foyers, la vente des publications au coin des rues ou la pratique du porte-à-porte.Leur infatigable activité laisse croire à un nombre plus considérable que celui de leurs effectifs réels.Au cours de l\u2019année 1962, chaque Témoin a fourni une moyenne de douze heures de « prédication » par mois.Le tirage du journal principal, la Tour de garde (The Watchtower), dépasse 4,000,000 d\u2019exemplaires; il paraît deux fois par mois en 28 langues, et une fois par mois en 38 autres; le magazine Réveillez-vous! {Awake!) a un tirage bimensuel presque aussi fort, en 25 langues.On ignore le nombre de sympathisants au mouvement, c\u2019est-à-dire le nombre de ceux qui, sans « témoigner » eux-mêmes, fréquentent les Salles du Royaume ou participent à des réunions d\u2019étude dans leur propre maison ou chez des amis.Les Témoins de Jéhovah, friands de statistiques de toute espèce, ne semblent pas s\u2019intéresser à celle-là.Heureusement, le recensement canadien nous fournit une indication précieuse sur ce point; il nous révèle le nombre de personnes qui, de dix ans en dix ans, à la question: « Quelle est votre religion ?», ont répondu qu\u2019elles étaient Témoins de Jéhovah.Situation au Canada En juin 1961, 68,000 personnes ont ainsi déclaré appartenir à la secte, alors que celle-ci fournissait elle-même le chiffre maximum de 40,000 membres actifs au cours de « l\u2019année de service » allant de septembre 1960 à août 1961l.Dix ans plus tôt, le recensement révélait que 35,000 personnes s\u2019étaient dites Témoins de Jéhovah; la même année, Y Annuaire du mouvement donnait 20,000 comme le nombre maximum des Témoins actifs.Les personnes qui, sans prêcher elles-mêmes, se sentent suffisamment attachées à l\u2019organisation pour la considérer comme leur religion représentaient donc un groupe numériquement égal à environ 75% des Témoins véritables et s\u2019ajoutant à ceux-ci.Pour saisir l\u2019importance des chiffres récents, il faut recourir à l\u2019histoire.Dans les paragraphes suivants, toutefois, parce que les données relatives au nombre des Témoins actifs manquent pour le passé2 et qu\u2019elles manquent totalement en ce qui concerne la subdivision par province, nous ne considérons que l\u2019ensemble de ceux qui se sont désignés comme Témoins de Jéhovah, sans y distinguer les Témoins « ordonnés » des sympathisants.Sous cet aspect, l\u2019étude des divers recensements de 1911 à 1961 suggère les observations suivantes.(Voir le tableau I.) Avant la seconde guerre mondiale, les Témoins de Jéhovah ne dépassaient guère, au Canada, la proportion de 0.1%, tant dans l\u2019ensemble du pays que dans les diverses provinces, sauf dans celles des Prairies et de la Colombie.Ils se développèrent considérablement en Colombie canadienne entre 1911 et 1921, et dans les provinces des Prairies entre 1921 et 1931, atteignant en ces deux régions la proportion relativement considérable de 0.3%.Les chiffres du recensement de 1941 présentent une difficulté particulière: les Témoins de Jéhovah furent déclarés association illégale par le gouvernement canadien au cours de la guerre.Ceci explique leur diminution numérique dans toutes les provinces, en 1941, sauf dans le Québec; dans ce dernier cas, l\u2019augmentation n\u2019est guère significative vu le nombre extrêmement restreint de Témoins (90) en 1931 et la proportion considérable de membres de la secte venus de l\u2019extérieur, au cours de la guerre, pour mener ici une intense campagne de publicité.Dans les 20 années qui séparent 1931 et 1951, les effectifs du groupe se sont multipliés par deux ou trois dans l\u2019ensemble du pays, de même qu\u2019en Ontario et dans les provinces des Prairies.La Colombie connut également durant cette période une expansion considérable, portant la proportion des Témoins dans cette province à plus de 0.6%.Au Québec, la comparaison entre les chiffres de 1931 et de 1951 n\u2019a guère de sens, puisque, en 1931, il n\u2019y avait que 90 Témoins dans la province; en 1951, leur nombre total (moins de 1,500) ne représentait encore que 0.04% de l\u2019ensemble de la population.Au cours des dix dernières années, leurs effectifs ont à peu près doublé dans tout le pays et dans chacune des provinces; au Québec, ils ont triplé, comme nous le dirons dans un instant.Pour le pays et les autres provinces, ceci représente une augmentation annuelle d\u2019environ 7%.Compte tenu de l\u2019augmentation générale de la population, ils sont 1.\tTous les Témoins ne prêchent pas toute l\u2019année; quelques-uns, par exemple, ne s\u2019adonnent au « ministère » que durant les vacances.Aussi la Société publie-t-elle toujours deux chiffres représentant respectivement le nombre maximum et le nombre moyen de ses prédicants au cours d\u2019une année.2.\tLe chiffre existe pour 1941, mais c\u2019est celui du recensement canadien qui fait difficulté cette année-là et enlève son sens à la comparaison avec les autres années.En effet, comme on le verra dans le paragraphe suivant, les Témoins étaient alors une association illégale au Canada: il fallait donc, à ce moment, des convictions particulières pour se dire membre du groupe.264 RELATIONS TABLEAU I Nombre de personnes qui se sont déclarées Témoins de Jéhovah aux recensements canadiens de 1911 À 1961 Années\tCanada\t\tProvinces maritimes\t\tQuébec\tOntario\t\tProvinces des Prairies\t\tColombie canadienne\t\tAnnées \t\t%*\t\t%*\t%*\t\t%\u2018\t\t%\u201c\t\t%»\t 1911»\t407\t0.01\t90\t0.01\t1\t171\t0.01\t114\t0.01\t31\t0.01\t1911» 1921»\t6,678\t0.08\t574\t0.05\t53\t2,655\t0.09\t2,183\t0.11\t1,213\t0.23\t1921» 1931»\t13,552\t0.13\t660\t0.07\t90\t4,486\t0.13\t6,720\t0.29\t1,596\t0.23\t1931» 1941»\t6,994d\t0.06\t368\t0.03\t136\t1,649\t0.04\t4,004\t0.17\t836\t0.10\t1941» 1951\t34,596d\t0.25\t2,590»\t0.16\t1,422\t0.04\t11,485\t0.25\t11,743\t0.46\t7,339\t0.63\t1951 1961\t68,018d\t0.37\t5,477»\t0.29\t4,287\t0.08\t23,921\t0.38\t19,667\t0.61\t14,583\t0.90\t1961 *\tLes pourcentages indiquent la proportion des Témoins de Jéhovah par rapport à la population totale du pays ou des provinces concernées.Les pourcentages qui, arrondis au centième près de 1%, demeurent inférieurs à 0.01% ne sont pas mentionnés.b Jusqu\u2019en 1931 inclusivement, les Témoins de Jéhovah furent recensés sous le nom de l\u2019Association internationale des Etudiants de la Bible.C\u2019était le nom qu\u2019ils portaient alors; ils n\u2019adoptèrent le nom actuel qu\u2019à l\u2019été de 1931.*\tDurant la guerre, les Témoins de Jéhovah furent déclarés association illégale par le gouvernement canadien.Ceci explique leur diminution numérique dans toutes les provinces sauf au Québec, où fut menée alors une intense campagne de publicité par des membres de la secte venus apparemment de l\u2019extérieur.d Le chiffre total pour le Canada est supérieur à la somme de ceux des provinces, à cause de la présence de quelques Témoins de Jéhovah au Yukon et dans les Territoires du Nord-ouest: 1 en 1941, 17 (0.07%) en 1951 et 83 (0.36%) en 1961.*\tY compris la province de Terre-Neuve.Source: Recensement du Canada 1911, 1921, 1931, 1941, 1951 et 1961.proportionnellement une fois et demie plus nombreux qu\u2019en 1951 : ils représentaient alors un quart de 1 % de la population totale du Canada et de l\u2019Ontario, ils dépassent aujourd\u2019hui un tiers de 1% des mêmes populations.Bien que le plus grand nombre se trouve en Ontario (près de 25,000), la proportion la plus considérable appartient à la Colombie; ils y atteignent près de 1 % de toute la population.Dans la province de Québec, ils sont passés de 1,500 à près de 4,500 ; leur importance relative a doublé (de 0.04 à 0.08%).Bien que le nombre total y demeure faible, c\u2019est l\u2019augmentation la plus considérable de tout le pays durant la même période.Interprétation Les Témoins de Jéhovah ont écrit que leur principal champ de bataille en Amérique du Nord, depuis la fin de la guerre, avait été la province de Québec.Jusqu\u2019ici leur succès ne paraît pas spectaculaire: 4,500 membres seulement, alors qu\u2019il y en a environ 25,000 en Ontario, 20,000 dans les provinces des Prairies et 15,000 en Colombie; en pourcentage: 0.08% au Québec, contre 0.4, 0.6 et 0.9% dans les autres provinces.Ces dernières proportions présentent un aspect curieux: elles augmentent régulièrement au fur et à mesure que l\u2019on avance vers l\u2019ouest du pays (la Saskatchewan toutefois compte plus de Témoins que l\u2019Alberta, en termes absolus et relatifs).Le phénomène paraît d\u2019autant plus digne d\u2019attention qu\u2019on le retrouve aux États-Unis.On peut aussi le rapprocher du fait que plusieurs sectes religieuses ont leurs quartiers généraux ou leurs principaux centres d\u2019activités dans la même région.Peut-être la population de l\u2019Ouest canadien et américain, moins homogène et émigrée là-bas plus récemment, a-t-elle des traditions moins solides que celles des vieilles colonies; des racines moins profondes l\u2019ex- SEPTEMBRE 1963\t265 posent à donner plus facilement dans tous les genres de nouveautés.Un fait singulier pourrait cependant, s\u2019il persiste, orienter les progrès futurs des Témoins dans une autre direction: c\u2019est au Québec, comme nous l\u2019avons souligné plus haut, qu\u2019ils ont connu leur augmentation la plus forte, proportionnellement à la population totale.Bien malin qui prédirait s\u2019ils sauront encore y tripler leurs effectifs au cours de la prochaine décennie.Il faut pourtant s\u2019interroger sur cette rapide et subite expansion.D\u2019aucuns y voient une manifestation du courant de liberté qu\u2019on note au Québec depuis quelques années.Les Témoins de Jéhovah attachent beaucoup d\u2019importance à ce point; ils se félicitent en particulier de leurs victoires légales contre l\u2019ancien premier ministre et du climat nouveau dont ils jouissent présentement.Sans nier l\u2019importance de cet aspect du problème, un autre a un poids sérieux, moins sujet à varier selon l\u2019opinion de chacun.Dans l\u2019analyse des statistiques, il faut bien tenir compte de ce que le nombre et la proportion des Témoins au Québec ont été, et demeurent, extrêmement restreints: la base de comparaison étant petite, une augmentation numérique relativement faible s\u2019exprime en une croissance proportionnelle beaucoup plus importante.Ainsi, un gain de moins de 3000 membres donne à cette province une croissance beaucoup plus grande que l\u2019augmentation de plus de 7000 adhérents en Colombie.Un troisième facteur à considérer réside dans le caractère catholique de la province de Québec.Les Témoins de Jéhovah soutiennent qu\u2019en général les catholiques sont, à leur point de vue, plus faciles à convertir que les autres; le motif principal paraît être dans leur foi en l\u2019Écriture sainte.La foi en l\u2019inerrance des Écritures constitue la base indiscutée de l\u2019enseignement des Témoins; ils l\u2019interprètent avec rigueur, à leur façon, s\u2019attachant à la lettre de l\u2019expression jusque dans les livres prophétiques et apocalyptiques.Même si peu de catholiques lisent la Bible, tous croient fermement qu\u2019elle contient la parole de Dieu, alors que les courants de libéralisme ont ébranlé cette croyance chez bon nombre de protestants, sans parler des agnostiques et des incroyants.Au congrès mondial des Témoins en 1958, le président de la Société demanda aux anciens catholiques de se lever; selon un témoin oculaire, de 50 à 65% des assistants auraient obéi à son appel.La même proportion s\u2019appliquerait-elle au Canada ?Il n\u2019est pas facile de répondre à cette question.Le succès considérable des Témoins dans les provinces de l\u2019Ouest semble, à première vue, parler en sens inverse; cependant, personne ne sait exactement quelle est, parmi les Témoins des provinces des Prairies et de la Colombie, la proportion des anciens catholiques.Une autre observation se rapporte au milieu social où se recrutent les Témoins.On a souvent affirmé qu\u2019ils trouvaient le plus grand nombre de leurs adeptes dans les classes inférieures de la société.Il n\u2019est pas sûr qu\u2019il en soit encore ainsi.Il semble, du moins dans les centres urbains, que de plus en plus de personnes de classe moyenne, sinon de classe supérieure, embrassent la foi jéhoviste.Dans bien des cas, il s\u2019agit de personnes en quête d\u2019une véritable vie religieuse qui, pour toutes sortes de raisons, n\u2019ont pas trouvé dans leur propre religion satisfaction à ce désir.Les Témoins de Jéhovah, par leur prédication omniprésente, se sont offerts à combler le vide; l\u2019intérêt qu\u2019ils ont porté à ces néophytes et l\u2019affection qu\u2019ils leur ont manifestée ont estompé, à leurs yeux, les contradictions contenues dans l\u2019histoire et la doctrine du mouvement.D\u2019un autre côté, l\u2019esprit inquisiteur d\u2019un certain nombre de ces « convertis » n\u2019a pas pu tolérer longtemps les réponses dogmatiques et sans appel des dirigeants de la Société Watch Tower: quelques-uns ont enfin retrouvé l\u2019Église dans une clarté plus grande que celle de leur foi première.S\u2019ils l\u2019avaient quittée, c\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019ils n\u2019avaient pas obtenu, au moment opportun, réponse à leurs difficultés.Efforts apostoliques Devant cette situation, des catholiques se sont émus.D\u2019anciens Témoins et d\u2019autres catholiques zélés se sont groupés en divers endroits pour aider leurs frères menacés par les objections fallacieuses mais attrayantes de la propagande jéhoviste.Quelques-uns ont voulu se donner une formation théologique solide pour pouvoir répondre avec à propos et objectivité à la prédication des Témoins.Ceux-ci ne présentent toujours que des versets d\u2019Écriture sainte isolés de leur contexte; mais ils en connaissent plusieurs et savent les accoler les uns aux autres, comme on le leur a montré; aussi, il n\u2019est pas toujours facile de réfuter brièvement la quantité d\u2019objections qu\u2019ils peuvent formuler en un temps relativement court.Pour poursuivre une discussion avec eux, il faut à la fois déjà présence d\u2019esprit et une connaissance du dogme et de l\u2019Écriture sainte plus étendue que celle que possèdent habituellement la plupart des catholiques moyens.D\u2019ailleurs, la discussion a rarement converti un Témoin fortement engagé dans le mouvement; par contre, de bonnes réponses, présentées avec calme et fermeté, ont affermi bon nombre de catholiques dans leurs convictions.Une objection demeurée sans réponse dans un esprit curieux et actif ne peut qu\u2019engendrer le doute, et peut-être finalement, si les circonstances y invitent, l\u2019apostasie.En d\u2019autres endroits, des personnes moins bien préparées ont utilisé d\u2019autres méthodes.Quelques-unes ont organisé des lectures bibliques dans des foyers: elles ont offert d\u2019aller lire quelques chapitres de l\u2019Écriture sainte, chaque semaine, dans des maisons où les Témoins avaient déjà commencé à 266 tenir des réunions.Dans leurs réunions d\u2019étude dites bibliques, les Témoins ne lisent que peu l\u2019Écriture sainte et beaucoup les publications de la Société Watch Tower; aux personnes qui ne sont pas encore fanatisées on peut faire prendre conscience de ce fait; comme,^dans la plupart des cas, elles ont pris goût à la lecture de l\u2019Écriture sainte, elles acceptent volontiers que des catholiques retournent dans leurs maisons pour y lire, de temps à autre, quelques chapitres de la Bible.On choisit de préférence les livres du Nouveau Testament, plus faciles à comprendre que ceux de l\u2019Ancien.De simples visites amicales peuvent aussi aider beaucoup.Plusieurs membres de la Légion de Marie ont, de cette manière, contribué d\u2019une manière décisive à garder dans la foi des familles que l\u2019isolement ou des difficultés passagères auraient pu orienter ailleurs.La charité demeure le lien principal qui unit les chrétiens; rien de plus évangélique.Conclusion Le petit nombre et la faible proportion des Témoins de Jéhovah dans l\u2019ensemble du Canada, et en particulier dans la province de Québec, ne présentent pas les proportions d\u2019un phénomène alarmant.Celui-ci, cependant, demeure sérieux, surtout si l\u2019on considère les gains récents et la forte proportion d\u2019anciens catholiques parmi les nouveaux adeptes de la secte.En ce sens, on ne peut écarter le problème comme marginal et ne concernant que de mauvais catholiques.De plus, toute situation qui entraîne des apostasies, quels que soient leur nombre et le milieu où elles se produisent, mérite une attention particulière: il s\u2019agit de la foi de nos frères et de leur appartenance à l\u2019Église du Christ.La propagande des Témoins de Jéhovah, et en général de toutes les sectes religieuses, pose avec acuité le problème de l\u2019enseignement religieux.Les objections des sectaires n\u2019ont de chance d\u2019ébranler les catholiques que lorsque ceux-ci ne sont pas suffisamment instruits de leur propre religion.Tout effort pour accroître l\u2019instruction religieuse, spécialement chez les adultes, ne peut porter que de bons fruits.A côté de l\u2019avancement des connaissances religieuses, le meilleur antidote à la propagande des sectes demeure la charité ingénieuse et active de tous les catholiques.Un changement de religion, même motivé par des considérations intellectuelles, n\u2019est jamais dépourvu de composantes d\u2019ordre affectif; il commence souvent par une situation, ou une simple sensation, de vide et d\u2019isolement, une absence ressentie d\u2019amour et de charité autour de soi.Sur ces deux plans des connaissances religieuses à promouvoir et de la charité à faire rayonner, la tâche à accomplir est immense.L\u2019action en ces domaines sera, dans sa plus grande partie, sinon dans sa totalité, celle des apôtres laïques.Les prêtres y contribueront par leurs suggestions et leur appui, et par l\u2019enseignement donné, en autant que les circonstances le leur permettront, à tous les adultes désireux de poursuivre leur instruction religieuse.Mais, dans presque tous les cas, seuls les laïques peuvent exercer une action apostolique directe.L\u2019initiative leur appartient.Pour eux aussi, la foi est un trésor qu\u2019ils doivent partager.La parabole des talents le rappelle avec insistance: le seul serviteur qui soit condamné, c\u2019est celui qui a enfoui son talent sans le faire fructifier (Matt., 25, 25-30) 3.3.Les lecteurs intéressés par l\u2019une ou l\u2019autre des formes d\u2019apostolat mentionnées dans les paragraphes précédents pourraient communiquer avec l\u2019auteur de l\u2019article.Celui-ci verrait à les mettre en communication avec d\u2019autres personnes ayant les mêmes préoccupations.RELATIONS Réflexions sur l\u2019enseignement Pierre ANGERS, S.J.* IA SOCIÉTÉ canadienne-française comprend-elle la situation de ses enseignants?Est-elle disposée, par-delà le tumulte des événements, à saisir les problèmes qui les préoccupent?Car, il faut bien en convenir, il n\u2019y a pas un éducateur qui ne soit aujourd\u2019hui confronté avec les transformations culturelles du monde nouveau en voie de naître sous nos yeux.Ces transformations radicales remettent en question nos méthodes et nos traditions d\u2019enseignement, nos façons de voir et de sentir, les institutions que nous croyions les mieux enracinées.Les certitudes les plus fermes sont sujets de contestation.L\u2019évolution de l\u2019histoire soulève des questions très complexes qu\u2019un homme, laissé à ses seules ressources, ne parvient plus à poser correctement dans leurs données multiples.L\u2019heure est aux rencontres et aux échanges de vues.Ce n\u2019est pas assez dire que la réflexion sur ces problèmes est appelée à se poursuivre dans un climat démocratique.Cette valeur nouvelle dans notre pays, et encore imparfaitement comprise, ne répond peut-être pas à toutes les exigences des faits.Les nécessités de l\u2019heure réclament sans doute le respect des libertés et des originalités individuelles.Mais elles exigent davantage la prise en charge des intérêts de la collectivité par chacun des individus; elles appellent le concours de tous; elles veulent un effort communautaire de recherche où le dialogue et l\u2019échange se poursuivent librement dans le respect des personnes de toutes tendances, en vue de découvrir en commun les solutions.L\u2019enseignement est par excellence un domaine communautaire.Non pas seulement parce qu\u2019il intéresse chacun des citoyens et la société en son ensemble, mais aussi parce que les problèmes d\u2019enseignement, à cause de leur complexité et de leur ampleur, demandent le concours d\u2019un grand nombre de compétences.Il est possible de distinguer dans le domaine de l\u2019éducation deux catégories d\u2019événements et de problèmes.La première comprend des faits tangibles et des questions qui frappent tous les regards.Ces faits et ces questions sont souvent d\u2019un intérêt dominant et d\u2019une urgence incontestable.Ils saisissent toujours l\u2019opinion publique.Ils peuvent avoir une incidence politique ou sociale.Les rajustements de salaires, et, à certains égards, la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation entrent dans cette catégorie.Ces questions sont importantes, parfois urgentes, et ce serait une erreur d\u2019en négliger la considération.* Extrait de l\u2019avant-propos d\u2019un ouvrage du même titre, qui paraîtra à la fin de septembre aux Éditions Bellarmin.Il existe un autre ordre de faits et de problèmes plus importants que ceux de la première catégorie.Ce sont ceux qui se rattachent aux courants de fond de notre civilisation, sous-jacents par leur action puissante et ininterrompue à toutes les questions du jour, mais qui échappent souvent à l\u2019attention publique et même à celle d\u2019éducateurs éminents mais trop absorbés par les tâches de l\u2019immédiat.Il s\u2019agit de phénomènes considérables que la lenteur de leur production rend imperceptibles.Veut-on des exemples de faits qui entrent dans cette catégorie ?La portée culturelle des transformations de la société, l\u2019explosion scolaire qui en est tour à tour la conséquence et la cause, l\u2019effort général de revision qui se produit dans tous les domaines du savoir sont des événements discrets et sans effet spectaculaire, mais d\u2019une immense portée sur tous les aspects de l\u2019éducation.A longue échéance, ils sont plus gros de conséquences que les problèmes de la première catégorie et que la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation.Dans une certaine mesure, ils recommandent sa création.Mais ils exigent surtout que l\u2019administration supérieure dans un État, pour ferme et forte qu\u2019elle doive être, conserve le souci de demeurer décentralisée.L\u2019éducation a besoin du concours de l\u2019État pour coordonner, équilibrer, fixer les normes et pour rendre les décisions finales.Mais, en ce domaine, l\u2019État doit avoir le plus grand soin d\u2019encourager la diversité, la compétition et l\u2019autonomie des foyers de culture sans quoi la liberté culturelle et l\u2019esprit créateur s\u2019étioleront.Dans les circonstances présentes, si la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation est souhaitable, toute conception de ce ministère n\u2019est pas également féconde.Retenue par les événements du jour, l\u2019opinion publique court le risque d\u2019oublier ces courants de fond dont bon gré mal gré elle subira les conséquences si, dans sa complaisance pour les polémiques, elle ne prenait le temps de réfléchir.Paul Valéry déclarait un jour à André Gide: « Les événements m\u2019ennuient.Les événements ne sont que l\u2019écume des choses.Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est la mer.» Si les courants de fond passent inaperçus de la conscience collective, la société, pourvue ou non d\u2019un ministère de l\u2019Éducation, sera en retard sur son avenir.Elle se tracera un programme d\u2019éducation en désaccord avec les faits de civilisation les plus lourds de conséquences.SEPTEMBRE 1963 267 Bills 60 et démotratie Jacques COUSINEAU, S.J.LES BILLS OU PROJETS DE LOI, marqués du n° 60, n\u2019ont vraiment pas de chance démocratique.Ainsi déjà le bill 60 de la session de 1949 au temps du gouvernement Duplessis intitulé: « Loi concernant les corporations municipales et scolaires et leurs employés.» Déposé en première lecture le vendredi 18 février alors qu\u2019il n\u2019était pas encore imprimé, il fut distribué à l\u2019Assemblée le mardi après-midi 22, voté en deuxième lecture le mercredi 23, et en troisième le jeudi 24.Dans un éditorial d\u2019avril 1949, Relations reprit l\u2019expression de « véritable blitzkrieg exécuté avec une discipline de parti digne des pays totalitaires », expression qui avait déjà été employée en mai 1941 à propos d\u2019une législation du gouvernement Godbout sur les liqueurs alcooliques.Plus loin, l\u2019éditorial citait une réflexion faite en septembre 1944, au sujet de deux bills, l\u2019un^ fédéral, l\u2019autre provincial: « Le procédé des petits coups d\u2019État législatifs tend à s\u2019implanter dans nos mœurs parlementaires, tant à Ottawa qu\u2019à Québec.Il n\u2019est guère démocratique; il entérine des lois élaborées par des cellules actives de fonctionnaires, d\u2019amis et de pressure groups, décidées à imposer leurs idées au pays, presque à son insu.Même quand les idées seraient bonnes, le procédé reste mauvais.Les textes de loi ne sont lancés qu\u2019à la dernière minute, trop tard pour que les députés \u2014 et à plus forte raison le public \u2014 puissent les étudier convenablement, formuler une opinion motivée pour ou contre leur adoption, pour ou contre certaines de leurs modalités.» C\u2019est ainsi que devant nos yeux s\u2019est fabriquée, notamment en 1941, en 1944 et en 1949, de la mauvaise législation par une démocratie qui se discréditait.Heureusement, en juillet dernier, la suite a été interrompue grâce au sens politique, à la clairvoyance et à la fermeté de l\u2019hon.Jean Lesage soutenu par la grande majorité de son cabinet: un putsch législatif ourdi par des fonctionnaires a été épargné à la nation.Au grand chagrin de quelques dirigeants d\u2019organisations syndicales qui avaient fait montre jusqu\u2019ici de plus de sens démocratique, surtout quand ils réclamaient un délai semblable en une matière qui affectait leurs intérêts et qu\u2019ils connaissaient bien, comme à propos du bill 60 de 1949 et du code du travail de 1949 et de 1963.Au scandale tapageur de quelques journalistes, jeunes amateurs en éducation 1 qui se prononcent sans mandat au nom d\u2019un peuple que leurs préjugés et leur ignorance leur font imaginer victime d\u2019une noire oppression.1.Les chroniqueurs officiels attitrés de l\u2019éducation dans certains journaux de Montréal sont des jeunes gens sans grande compétence, ni théorique ni pratique, en ce domaine, puisque sans expérience de l\u2019enseignement et sans diplôme en pédagogie.Eux qui ne pourraient légalement enseigner quoi que ce soit à trente mioches dans une classe d\u2019école publique prétendent former l\u2019opinion publique, influencer des dizaines ou des centaines de milliers de lecteurs sur les problèmes d\u2019éducation.Les gouvernants tiennent compte, semble-t-il, de leur jugement, alors que par eux-mêmes ils ne représentent qu\u2019une minime fraction de la compétence qu\u2019on trouve dans le jugement de la Corporation des Instituteurs, ou de la Fédération des Collèges classiques ou de la Fédération des Commissions scolaires.Faguet avait raison de parler du « culte de l\u2019incompétence ».Nos directeurs de journaux sont gravement coupables de ne pas exiger la compétence de leurs chroniqueurs en éducation.Dès lors, chacun a le droit de faire parvenir à qui de\"droit des amendements au projet de loi.La limite du 1er septembre demeure anti-démocratique, cavalière dans sa parcimonie, et odieuse à cette période de l\u2019année, car elle exige des enseignants et des intéressés un travail considérable en une période reconnue de repos et de détente.La portée des amendements bienvenus a été singulièrement restreinte par les propos étranges de l\u2019hon.Paul Gérin-Lajoie, étranges dans un contexte démocratique et chez un homme qui se propose d\u2019établir près de lui un organisme consultatif dont il suivra, proteste-t-il, les recommandations; n\u2019a-t-il pas répété que l\u2019essentiel du projet de loi serait maintenu « jusqu\u2019au bout », en dépit de toute opposition ?En termes de science politique, quand on sera passé aux actes, cela s\u2019appellera un diktat.D\u2019ici là, la marge de temps et de discussion apparaît bien mince pour un véritable dialogue démocratique sur le projet de loi « le plus considérable depuis la Confédération » (Paul Gérin-Lajoie).Fidélité au rapport Parent ou infidélité ?Il serait long d\u2019esquisser seulement l\u2019économie générale du bill 60.Mieux vaut pour l\u2019instant, tout en suggérant par une autre voie les principaux amendements qui s\u2019imposent, indiquer ses principaux défauts du point de vue démocratique.Le bill 60 est souvent présenté comme une transposition législative du rapport Parent.Il s\u2019en faut de beaucoup qu\u2019il le soit.D\u2019abord le rapport de la Commission Parent dans sa recommandation 1 parle de coordination de « l\u2019enseignement à tous les degrés, tant dans le secteur privé que dans le secteur public » et dans sa recommandation 5 du « rattachement au ministère de l\u2019Éducation des services pédagogiques relevant des autres ministères ».Or le bill 60, par son article 1, chap.58A, art.1, exempte précisément l\u2019administration et les services pédagogiques confiés à^d\u2019autres ministres de la juridiction du futur ministre de l\u2019Éducation 2.Ce qui veut dire que tout le développement du Rapport sur la situation actuelle d\u2019incoordination et sur les avantages de la coordination sous une seule autorité a été faite en vain et qu\u2019on a manqué de courage en haut lieu pour réaliser l\u2019unité recommandée par la Commission royale d\u2019enquête.Après la sale campagne d\u2019opinion menée par les « grands journaux » de Montréal contre le Département et le Conseil de l\u2019Instruction publique, il ne fallait qu\u2019un peu d\u2019audace, semble-t-il, pour tenter d\u2019absorber 2.L\u2019article I, chap.58B, art.25 du bill 60 dit bien en son dernier paragraphe que « les règlements visés aux paragraphes a, b et c (qui regardent la classification des écoles, les programmes d\u2019étude et la coordination de l\u2019enseignement) s\u2019appliquent à toutes écoles et institutions d\u2019enseignement relevant d\u2019un ministère.».Ce qui prouve, à l\u2019encontre de l\u2019argumentation du Rapport Parent et des propagandistes du bill en son « essence », qu\u2019on peut séparer la direction pédagogique de l\u2019administration, du financement, et même des services pédagogiques d\u2019application.Il y a donc en ce projet de loi des clauses qui font s\u2019effondrer toute la structure qu\u2019on prétend établir, et lui soutirent toute sa base de raisonnement.268 RELATIONS le Département et éliminer le Conseil.A notre avis, il aurait été plus logique d\u2019opérer d\u2019abord la fusion des services pédagogiques relevant de différents ministères et, fort de la réussite de cette expérience, on aurait pu alors opérer la fusion du Département de l\u2019Instruction publique et du ministère de la Jeunesse.En pédagogie, on procède par expé-riences-pilotes dans un secteur, pour ensuite étendre la méthode employée à tout le système.Le respect de la personne exige que, dans le domaine de l\u2019éducation, on ne chambarde rien, parce que les dégâts de l\u2019aventure non réussie ne sont pas matériels, et donc réparables, mais moraux et irréparables.La deuxième infidélité du bill 60 à l\u2019égard du Rapport Parent concerne le Conseil supérieur.Voici comment la Commission conçoit le partage des tâches à l\u2019intérieur d\u2019un régime scolaire (n° 12): « La direction d\u2019un système scolaire comporte trois étapes qui pourraient être décrites comme suit: élaboration des orientations d\u2019ensemble en fonction des besoins immédiats ou futurs; discussion des projets de loi au cours de laquelle le gouvernement évalue les projets scolaires dans une perspective politique et économique plus générale; application des lois par les organismes intéressés.Ces trois types de fonctions peuvent relever de personnes ou de groupements différents.» La Commission Parent prévoit donc que la politique scolaire sera préparée par le Conseil sous forme de recommandations.Ce sera son ordre d\u2019autorité (n° 133), la responsabilité qu\u2019il reçoit en partage (n° 134), parce que, « moins influencé par des préoccupations électorales », il peut mieux l\u2019accomplir que le ministre.C\u2019est lui qui « contribuera à donner à la planification nécessaire un caractère démocratique.On pourrait en effet s\u2019inquiéter des tendances centralisatrices d\u2019un plan d\u2019ensemble élaboré par les seuls fonctionnaires du ministère.» La vérité est que « l\u2019éducation comporte d\u2019autres dimensions (psychologiques, sociales, intellectuelles, spirituelles) sur lesquelles d\u2019autres représentants ont le droit et le devoir de faire entendre leur voix.Cela est particulièrement vrai des parents, des Églises et des éducateurs des divers secteurs de l\u2019enseignement.» Or, dans le bill 60, le rôle du Conseil est complètement changé et notablement amoindri.Ce rôle consistera à donner son avis, à titre strictement consultatif, sur certains règlements que le ministre aura fait préparer par ses fonctionnaires.C\u2019est le règne du fonctionnarisme qui commencera en éducation, à moins que ce ne soit celui de la politique.Les hommes que le ministre nommera auront le premier et le dernier mot, parce que, avec les hasards électoraux, lui passera avec son parti.La technocratie bureaucratique s\u2019installera; comme le mandat de ses dirigeants est renouvelable jusqu\u2019à la pension de vieillesse, le système d\u2019enseignement au Québec ne tardera pas à être dominé par des groupes stagnants.Contre cette force bardée de documentation et d\u2019expérience, le Conseil n\u2019aura que des membres ayant un mandat non renouvelable, et donc incapables de jamais acquérir une expérience valable dans l\u2019ensemble et d\u2019autre part dépourvus des moyens de s\u2019appuyer sur des recherches fouillées menées sous leur direction.Il ne s\u2019agit plus que d\u2019un simulacre du Conseil chargé d\u2019élaborer la politique de l\u2019éducation tel que le décrivait le rapport Parent.Je ne reviendrai pas sur les critiques déjà publiées dans Relations (juillet 1963) par la Commission universitaire de la Compagnie de Jésus et par l\u2019éditorial du numéro d\u2019août.Le bill 60 les mérite toutes a fortiori et en mérite d\u2019autres encore.Le Père Arès s\u2019attache dans ce numéro à montrer comment la législation projetée désarticule notre système d\u2019écoles confessionnelles.J\u2019aurai l\u2019occasion de reprendre d\u2019autres points fondamentaux.Pour l\u2019instant, je reviendrai sur mon propos initial de démocratie et conclurai sur un aspect souvent mis de l\u2019avant, en ces temps de propagande confuse, la démocratie organique.Démocratie organique?La démocratie, décidément, est devenue une idée à la mode.Un signe des temps, \u2014 inquiétant ou rassurant ?\u2014 c\u2019est qu\u2019on en parle beaucoup et qu\u2019en prétendant la refaire, on est amené à rechercher ce qu\u2019elle est au fond.Qui, aujourd\u2019hui, ne se dit démocrate ?Quel État se félicite de n\u2019être pas démocratique, celui de Salazar excepté ?Même pour Franco son régime est une démocratie à l\u2019espagnole.Les États communistes totalitaires s\u2019appellent des démocraties populaires.En France, les partisans du gaullisme proclament que la nouvelle République française, avec ses référendums et les contacts constants du peuple avec le chef, constitue une « démocratie directe », plus démocratique que celle de jadis.Qu\u2019en est-il du bill 60 à ce point de vue?Constitue-t-il un progrès de la démocratie?Nous introduit-il dans une démocratie organique ?Ce dernier régime consiste essentiellement dans une délégation de pouvoirs à des corps intermédiaires qui, par rapport au gouvernement, possèdent l\u2019autonomie dans leur sphère propre, une fois qu\u2019elle a été déterminée par le pouvoir législatif de l\u2019État.Les comités paritaires prévus par la loi de la convention collective me paraissent le meilleur exemple de ces corps intermédiaires, dont l\u2019autorité effective vient d\u2019en haut et la composition réelle d\u2019en bas.Il n\u2019y a rien de tel dans le bill 60, puisque aucun pouvoir n\u2019est délégué au corps intermédiaire que pourrait être le Conseil supérieur de l\u2019éducation; le bill 60 supprime même ce qu\u2019il y avait de démocratie organique dans la direction de l\u2019éducation jusqu\u2019ici.Car le Conseil de l\u2019Instruction publique (et ses Comités) détenait une réelle délégation de pouvoir.Cette autorité aurait pu et pourrait encore unifier la direction pédagogique de l\u2019éducation, orienter la politique scolaire générale, laissant à d\u2019autres autorités l\u2019administration et l\u2019application.Quant à la composition du Conseil de l\u2019Instruction publique, on voulait à l\u2019origine en faire une représentation équilibrée de la nation.On oublie trop que le gouvernement nommait la moitié des membres du Conseil, tous, à peu d\u2019exceptions près, des pères de famille et que l\u2019autre moitié, composée d\u2019évêques, nommés comme tels, indépendamment de l\u2019État, contrebalançait heureusement sans la supprimer, la tendance autoritaire du pouvoir établi.Dans une mesure certaine et adaptée à l\u2019époque de sa création, le Conseil a constitué un rouage de démocratie organique; il faut pourtant avouer que sa composition, au long des années, a répondu de moins en moins aux exigences actuelles de la démocratie.Le bill 60 ne donne aux groupements représentatifs \u2014 selon un mode de collège électoral qui est loin d\u2019être démocratiquement au point \u2014 que le droit de présenter des candidats parmi lesquels le gouvernement choisira.Le moins qu\u2019on puisse dire de la formule, c\u2019est que la démocratie n\u2019y trouve pas son compte.Le mode de désignation se révèle moins généreux que celui qui prévaut dans l\u2019Espagne de Franco.Les franquistes mis à part, personne ne voit là de « démocratie organique ».Vaut mieux donc le dire nettement.On ne saurait parler à propos du bill 60, de l\u2019instauration d\u2019une démocratie organique.Ce genre de démocratie exige une délégation permanente de pouvoir exercée par un corps intermédiaire vraiment élu.Faut-il croire alors inévitable le glissement des régimes politiques vers la technocratie centralisatrice et autoritaire, sous la pression des masses, l\u2019empire de la technique et les SEPTEMBRE 1963 269 exigences de la planification, comme en témoigne le bill 60 ?Non.Avec d\u2019autres nous croyons que « l\u2019homme moderne aspire, et c\u2019est un mouvement foncièrement démocratique, à être de moins en moins objet et de plus en plus sujet dans une société qui ne devrait pas être destin subi par chacun mais destinée composée par la coopération de tous » (Étienne Borne).Aussi sommes-nous prêt à une lutte longue, austère pour que triomphe une certaine idée de l\u2019homme, une politique de l\u2019esprit, toutes deux malheureusement absentes du Rapport Parent et du bill 60, toutes deux nécessaires au renouvellement démocratique des structures de l\u2019enseignement.C'Comment sauver notre L ançjue Joseph d'ANJOU, $.J.DU FRANÇAIS dans le monde la situation semble aujourd\u2019hui paradoxale.D\u2019une part, le nombre de ses usagers officiels et, simultanément, sa popularité augmentent, depuis que l\u2019ont adopté plusieurs pays promus à l\u2019indépendance politique.D\u2019autre part, la condition douteuse, voire mauvaise du français autant écrit que parlé, même à Paris, soulève les inquiétudes de quiconque tient à l\u2019intégrité d\u2019un idiome porteur des plus riches trésors de l\u2019esprit.Nul n\u2019a mieux analysé ce paradoxe que M.Aurélien Sau-vageot, linguiste érudit, dans son ouvrage intitulé Français écrit, Français parlé (Librairie Larousse, Paris, 1962, 236 pp., 17.5 cm.).Le problème Aujourd\u2019hui, les francophones rejettent quantité de règles et d\u2019usages que codifient encore les grammaires et les manuels de littérature.Dans le parler, même de l\u2019élite, la prononciation se dilue et varie d\u2019une région à l\u2019autre.Oralement et dans les écrits, le vocabulaire se contamine, par suite d\u2019emprunts faits sans discernement à d\u2019autres langues, surtout à l\u2019anglais; on bouscule sans vergogne, dans la construction de la phrase, l\u2019ordre « logique » que recommandent les grammairiens; la conjugaison s\u2019appauvrit, au détriment de la clarté et des nuances de la pensée: on n\u2019emploie guère l\u2019imparfait du subjonctif et l\u2019on observe rarement l\u2019accord du participe des verbes conjugués avec l\u2019auxiliaire avoir.Enfin, livres, revues et journaux malmènent l\u2019orthographe ou s\u2019en moquent ouvertement.Ce glissement s\u2019explique-t-il ?Appelle-t-il absolue réprobation ?Comment sauver le français en péril ?Car, s\u2019il y a une langue qui mérite de survivre (les langues, comme les civilisations, sont mortelles), c\u2019est bien celle de Pascal et de Racine, de Molière et de La Fontaine, de Bossuet et de Voltaire, de Chateaubriand et de Baudelaire, de Claudel et de Maritain, de Mauriac et de Marie Noël.Le glissement s\u2019explique: par les illogismes et les difficultés inutiles qui abondent dans l\u2019orthographe et même dans la syntaxe du français; par l\u2019ignorance des fondements de la langue (de ses thèmes, insiste M.Sauvageot, et de leur rôle) chez ceux mêmes qui l\u2019enseignent, à plus forte raison chez les usagers du commun: orateurs et journalistes improvisés, potineuses de salon, petites gens sans culture; enfin, par la concurrence de l\u2019anglais.Tout, d\u2019ailleurs, n\u2019a pas la même gravité dans les symptômes de détérioration qu\u2019on signale.A côté de graphies qu\u2019il faut conserver (sans quoi s\u2019efface la marque des origines de la langue et ne se comprend plus le jeu des dérivations), il y en a qu\u2019on devrait simplifier.Des constructions, qui passent pour incorrectes, mais se lisent et s\u2019entendent partout, pourraient gagner l\u2019indulgence des puristes.Certaines règles d\u2019accord et certaines prononciations tombent en désuétude sans dommage apparent; d\u2019autres n\u2019ont plus cours que dans les écrits ou les discours très soignés.Le vocabulaire, enfin, doit évoluer.Mais qui décidera de ce qui convient ou non ?En devenant langue « de masse », le français perdra-t-il sa réputation de langue « d\u2019élite » ?Dans l\u2019embrouillamini des changements et innovations constatés, que retenir et que repousser ?D\u2019après quelle norme ?Au nom de qui ou de quoi ?De l\u2019usage ?Lequel ?Voilà présentement la question capitale.On ne saurait l\u2019éluder.Experts à F œuvre Or, le français, s\u2019il bouge, n\u2019a pas le caractère d\u2019une langue en formation.Formé, il possède une littérature et des chefs-d\u2019œuvre d\u2019une rare valeur, d\u2019un grand prestige et d\u2019un large rayonnement.Il a sa grammaire et ses linguistes.La tradition, la fierté commandent qu\u2019on le préserve de la corruption, de la mort.Pour cela, on doit le mettre à l\u2019abri du caprice des incompétents: menu peuple, demi-lettrés, écrivailleurs de toute encre.Aux experts revient donc la triple responsabilité de l\u2019accommoder aux besoins du temps, d\u2019en faciliter l\u2019apprentissage et d\u2019en maintenir la qualité.Souhaitons qu\u2019ils s\u2019entendent.Pour l\u2019essentiel, ce ne devrait pas être impossible.Restera la tâche de monnayer efficacement leurs décisions.En Norvège, en Hongrie,^pays dont les idiomes n\u2019ont pas l\u2019importance du français, l\u2019État a pris l\u2019initiative de mobiliser les spécialistes, puis de réglementer, d\u2019après leurs conseils, l\u2019usage de la langue.M.Sauvageot applaudit.Il espère que le gouvernement de son pays ordonnera une action 270 RELATIONS destinée à diriger l\u2019évolution du français, de manière à éviter que, par l\u2019effet de contaminations gravement dissolvantes, il ne perde irrémédiablement sa distinction et sa pureté.Au Québec: un projet, une réflexion Ce qu\u2019ont fait Norvège et Hongrie, ce que la France finira sans doute par décréter, pourquoi le Québec ne l\u2019entre-prendrait-il pas ?Il y a plusieurs années déjà que des patriotes ont dénoncé 1\u2019 « état d\u2019urgence » dans lequel s\u2019épuise notre langue.De ce diagnostic quelle action concrète a résulté?On ne s\u2019étonnera donc point que l\u2019urgence demeure, qu\u2019elle s\u2019aggrave même de jour en jour.La création d\u2019un ministère improprement nommé de l\u2019Éducation n\u2019y remédiera pas magiquement.Nous devons concevoir tout de suite des mesures sévères de redressement et prier notre futur Conseil supérieur de l\u2019Éducation de les appliquer sans délai avec la plus ferme rigueur.Je n\u2019évoquerai pas les « résolutions » soumises dans cette revue il y a quatre ans (sept.1959, p.237).Elles gardent pourtant leur actualité.Mais qui en a tenu compte ?Il leur a manqué la force d\u2019un élan discipliné: elle ne pouvait venir que d\u2019une autorité légalement constituée.Or, on peut se demander si, en haut lieu, les déclamations de parade ne masquent pas soit une totale incompréhension du problème, soit une politique d\u2019indifférence et peut-être de confusion.La question se pose devant la ténacité avec laquelle on oblige les écoliers du Québec à étudier l\u2019anglais avant même qu\u2019ils parlent convenablement leur langue maternelle.Dans l\u2019espoir que les événements nous aideront à répudier ce ruineux bilinguisme, formulons, cette fois, un projet et une réflexion.Le projet.Conscrivons notre poignée d\u2019experts en langue, grammaire et pédagogie, à dessein non seulement d\u2019organiser un enseignement vivant du français dans nos écoles, mais encore d\u2019obtenir l\u2019épuration immédiate de la langue dans la presse écrite et parlée du Québec.Après relevé de bourdes typiques et avertissement simple ou répété, une amende devrait atteindre tel chroniqueur de la presse, tel annonceur ou lecteur des ondes qui refuserait ou négligerait de s\u2019y conformer.Pareillement, que peines et récompenses stimulent le zèle de nos instituteurs et institutrices.La réflexion.Nous pouvons, si nous le voulons, opérer plus vite et mieux que nos cousins de France le rétablissement nécessaire.Pour trois raisons, à) Plus vivement que la majorité des Français, nous déplorons notre misère linguistique et désirons une réforme.Enquêtes et statistiques {Relations, mars et avril 1963, pp.65 et 96) suggèrent que notre langue agonisera bientôt si nous ne la traitons immédiatement avec énergie, b) Un sursaut de vitalité nationale ébranle actuellement le Québec, au point de piquer la curiosité du monde extérieur.L\u2019heure semble propice à l\u2019inauguration d\u2019un plan de campagne qui vise à redonner au français de chez nous sa grâce des anciens jours, c) Nous comptons trop peu de compétences pour que leurs discussions, comme on le craint en France, s\u2019éternisent par défaut d\u2019unanimité; il y a donc chance que nous réussissions à élaborer rapidement un solide programme d\u2019action et à l\u2019exécuter sans atermoiements ni chicanes.Autre avantage: nous saurons conserver à notre langue écrite et même parlée des traits dont on accepte, en France, avec plus ou moins de résignation, l\u2019effacement ou l\u2019oubli.Nous garderons, par exemple, la prononciation correcte de la nasale un, à laquelle renoncent même des académiciens raffinés, l\u2019assimilant à sa voisine in.Cette faute (c\u2019en est une), empruntée « à certains patois de l\u2019Est, lorrains ou franc-comtois » (Paul Vuille, Vie et Langage, juin 1963, p.291), a toujours choqué l\u2019oreille d\u2019un Québécois cultivé.M.Sauva- SEPTEMBRE 1963 geot a tort de l\u2019absoudre.Il a tort aussi, selon moi, de mépriser la règle de l\u2019accord du participe passé des verbes conjugués avec l\u2019auxiliaire avoir.Trop de gens, même soi-disant instruits, ne l\u2019honorent plus dans leur conversation.C\u2019est regrettable.Y a-t-il lieu de l\u2019écarter sous prétexte qu\u2019elle exige du locuteur un effort excessif de conscience linguistique ?Je ne le pense pas.Quel collégien, un peu rompu à l\u2019analyse, hésite à dire: la peine que tu m\u2019as faite ?On aurait tort également de céder, malgré Thérive et Sauvageot, devant l\u2019incorrection que commettent les francophones \u2014 de Paris ou de Montréal \u2014 trop paresseux ou distraits pour distinguer entre « je me le rappelle » et « je m'en souviens ».Tort, enfin, d\u2019admettre des mots anglais que le snobisme répand à Paris, mais que nous traduisons, au Québec, en termes simples et précis.A ce sujet, félicitons de nouveau le Comité de Linguistique de Radio-Canada, dont les connaisseurs de France apprécient les travaux.Il continue à distribuer des fiches dont les rectifications et remarques, très justes et très utiles, tardent malheureusement à influencer ceux qu\u2019elles doivent instruire ou convertir.Tant que des sanctions ne forceront pas ses annonceurs et lecteurs à se corriger, en observant au moins les directives offertes par son Comité de Linguistique, Radio-Canada propagera longtemps encore des prononciations fautives, des anglicismes de mots et de tours, des liaisons et des omissions de liaisons semblables aux cacophonies dont souffre (si l\u2019on en croit MM.Georgin et Sauvageot) la radiodiffusion parisienne.Ce serait un mal.Et grave.Car, si nous le voulons, nous avons le moyen de créer au Québec un îlot de résistance à l\u2019effritement qui menace le français aujourd\u2019hui.Mais il faut agir sans retard.Demain.Ou bien nous suivrons la dégringolade qui préoccupe les linguistes de la mère patrie, en nous excusant, je suppose, de ne pas paraître plus français que les Français; ou bien, comme l\u2019ont suggéré de faux apôtres, nous inviterons des Français à rédiger nos manuels, à diriger nos écoles, en soutenant que nos classes ne valent rien et que le Québec n\u2019a pas à en remontrer à la France.Les lecteurs de Relations (août 1962, p.219) savent que cet argument ne m\u2019impressionne pas.Les aveux de M.Sauvageot affermissent ma conviction: dans son pays, « l\u2019enseignement officiel du français ne montre pas une très grande efficacité » (p.191).Il déclare qu\u2019en de nombreux établissements scolaires des deux premiers degrés, tant à Paris qu\u2019en province., les élèves prononcent le français comme bon leur semble, en dehors de tout contrôle ou de toute intervention du maître ou de la maîtresse (p.194).Après avoir affirmé que, même parvenu en classe de littérature, l\u2019écolier « continue à ignorer ce qu\u2019il fait en parlant français », il ajoute (p.195) : Il est vrai qu\u2019il ne diffère pas en cela de ses maîtres, qui sont aussi peu initiés au mécanisme réel de la langue.Ils savent s\u2019exprimer correctement, mais ils ne savent pas ce qu\u2019ils font en se servant des formes qu\u2019ils emploient.Malgré cela, la plupart des Français que nous prierions de coordonner nos efforts succomberaient naturellement à la tentation de proposer leur langage d\u2019aujourd\u2019hui; et ils lui reconnaîtraient toutes les perfections, tous les charmes, même si des autorités comme Le Bidois et Georgin, Thérive et Sauvageot confessent que le français, chez eux, a besoin d\u2019un traitement radical.Loin de moi l\u2019idée de préconiser une sorte d\u2019autarcie culturelle, d\u2019autosuffisance française en Amérique.Au contraire.Étendons et resserrons les liens, multiplions les 271 échanges avec la communauté francophone du monde, conformément aux vœux souvent et pertinemment formulés par M.Jean-Marc Léger.Seulement, malgré le besoin que nous avons des autres et la modestie que nous inspirent nos lacunes, nous n\u2019avons pas à prendre l\u2019attitude servile du colonisé, ni à l\u2019endroit de l\u2019Angleterre et des États-Unis, ni à l\u2019endroit de la France même.Devoir et pouvoir C\u2019est donc à nous qu\u2019il appartient de sauver notre langue.Nous le devons.Nous le pouvons.Nous le devons.Par fidélité à un idiome que nous conservons avec acharnement, quoique avec maladresse.Par souci de maintenir en Amérique la culture que transmet une des langues les plus élégantes du monde contemporain.Bref, par respect de nous-mêmes.Écoutons encore M.Sauvageot (p.226).Partout un immense intérêt se manifeste à l\u2019égard de la langue nationale, de son présent et de son avenir.Malheur aux nations qui s\u2019abandonnent, aux peuples qui oublient leur langue ou la négligent, ils sont voués à la perdition.Remplacer une langue par une autre, cela revient à changer de mentalité.Mais changer de mentalité, c\u2019est se perdre soi-même pour devenir quelqu\u2019un d\u2019autre.Le choix est donc clair: pour rester soi-même, il faut garder sa langue nationale, et pour devenir meilleur, il faut perfectionner celle-ci.Nous le pouvons.Le français n\u2019est pas plus difficile que l\u2019anglais; et il a des ressources d\u2019expression dont ne jouira jamais son rival.Qu\u2019on lise le développement de ces deux propositions dans l\u2019ouvrage de M.Sauvageot (pp.182-184).J\u2019en dégage les conclusions.Faisant le bilan des inconvénients et des avantages, il nous apparaît que le français ne présente pas dans l\u2019ensemble plus de difficultés que l\u2019anglais.l\u2019une et l\u2019autre langue souffrent des mêmes insuffisances: difficulté de former des mots à partir de vocables du cru par le moyen de la dérivation ou de la composition.L\u2019orthographe française est fallacieuse alors que l\u2019anglaise est tout bonnement aberrante.enseigné plus judicieusement, le français devrait s\u2019apprendre plus aisément que l\u2019anglais.Sa prononciation est d\u2019acquisition plus facile, son système de mots-outils n\u2019est pas moins commode, sa phrase est d\u2019un tracé plus simple, et surtout elle est moins soumise aux servitudes de l\u2019ordre des mots.Mais si nous voulons vraiment sauver le français, chez nous, ne faudra-t-il pas l\u2019établir bientôt comme l\u2019unique langue officielle du Québec ?De cette nécessité aussi témoigne M.Sauvageot (pp.170-171).Il n\u2019y a pas de nation sans langue.On peut ériger un État bilingue, voire même multilingue, mais une nation ne prend conscience de son originalité que par la langue qui est commune à tous ceux qui en font partie.Quand le peuple finnois, qui avait partagé durant des siècles les destins de la Suède, a voulu devenir lui-même, il s\u2019est appuyé sur sa langue propre afin d\u2019y parvenir.Autrement, il serait resté, spirituellement tout au moins, une dépendance de la Suède, ou bien, à la longue, il serait devenu un appendice de la Russie.Plus près de nous, nos amis helvétiques nous confirment par leur exemple qu\u2019un État trilingue se partage entre trois civilisations.Un Genevois ou un Vaudois sont plus près d\u2019un Parisien ou d\u2019un Lyonnais que d\u2019un Bernois ou d\u2019un Zurichois .Aux États-Unis, les immigrants d\u2019Europe perdent leur nationalité dès qu\u2019ils ont cessé de se servir de leur langue d\u2019origine.Un bilinguisme corrosif, joint à une aveugle insouciance, mine depuis un siècle les fondements de notre langue et de notre culture.De cette évidence ne finirons-nous par déduire le plan d\u2019une salutaire action ?S.B.MAXIMOS IV: Voix de PÉglise en Orient.Choix de textes du patriarche Maximos IV et de l\u2019épiscopat grec-melchite catholique.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, et Bâle, Herder, 1962, 208 pp., 21.5 cm.CE livre contient de nombreux textes de Sa Béatitude Maximos IV, patriarche de l\u2019Eglise grecque-melchite, en tout 68 pages, qu\u2019il faut lire avec la révérence qu\u2019on doit à un dignitaire d\u2019un rang aussi élevé; les autres communications ont été préparées par ses collaborateurs immédiats: son conseiller Mgr Neophytos Edelby, son auxiliaire Mgr Pierre K.Médawar, son vicaire patriarcal pour l\u2019Egypte et le Soudan, Mgr Zoghby, et le métropolite de Beyrouth, Mgr Philippe Nabaa.Ces prélats catholiques de rite byzantin nous entretiennent avec beaucoup d\u2019élévation des problèmes de leur communauté religieuse et des difficultés que leur suscitent, à l\u2019occasion, les catholiques de rite latin.Même quand leurs récriminations nous étonnent, on doit les accueillir avec un très grand respect; notons surtout les appréciations de Sa Béatitude sur la communicatio in sacris, l\u2019unification de la date de Pâques, l\u2019adaptation de la liturgie.« Que ce rappel du conservatisme liturgique, venant d\u2019un patriarche d\u2019Orient, tempère quelque peu l\u2019ardeur des réformateurs d\u2019Occident et d\u2019Orient.» (P.191.) Joseph Ledit.Cardinal Léon-Joseph Suenens: Promotion apostolique de la Religieuse.\u2014 Bruges et Paris, Desclée de Brouwer, 1962, 212 pp., 20 cm.Ouvrage très neuf, appelé sans doute, par les idées qu\u2019il prône et par la personnalité de l\u2019A., à un grand rayonnement.Car, d\u2019une part, le cardinal Suenens revendique, comme une activité essentielle de la vie religieuse non contemplative, l\u2019action apostolique par laquelle l\u2019âme rayonne sur d\u2019autres âmes l\u2019amour qui l\u2019a consacrée au Seigneur; d\u2019autre part, dans l\u2019esprit de certaines directives de Pie XII, il estime que la religieuse apostolique doit devenir le trait d\u2019union entre le prêtre et le laïcat féminin entendu de la façon la plus large.« On peut dire que la société de demain sera ce que seront nos familles chrétiennes, et que celles-ci seront à l\u2019image de la religieuse qui aura formé jusqu\u2019au bout celle qui sera demain l\u2019épouse, la mère, la chrétienne consciente de ses devoirs apostoliques.» (204.) Telle est la dimension nouvelle de la vocation religieuse apostolique que l\u2019A.s\u2019applique à établir dans ses modalités et ses exigences, en sorte que, selon l\u2019esprit du Concile, la vie religieuse apostolique soit pleinement rajeunie et efficace.D\u2019un regard pénétrant et fort il étreint la réalité, voit les ressources et les faiblesses, propose les remèdes.Par ses principes, il éclaire même les religieux laïcs en leurs essais de renouvellement.On se ralliera d\u2019emblée au vœu que toute vie religieuse active fasse à la préoccupation apostolique sa place, fût-elle réduite; c\u2019est une donnée essentielle et un gage de santé.Quant au rayonnement social élargi à une telle dimension, on pourra hésiter, car la transformation proposée va très loin et dépasserait peut-être les possibilités de nombreuses formes de vie reli- 272 RELATIONS gieuse active.Le Concile aura là matière à réflexion.L\u2019ouvrage fourmille d\u2019observations pertinentes.Religieux et religieuses, en particulier les supérieurs et ceux qui les conseillent, gagneront beaucoup à le fréquenter.Georges Robitaille.François-Michel Williams: Jésus dans son pays et dans son peuple.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 355 pp., 21 cm.UN livre dont on veut, l\u2019ayant ouvert, poursuivre la lecture tout d\u2019une traite car il fait vraiment revivre « Jésus dans son pays et dans son peuple ».L\u2019A., spécialiste des questions bibliques, est au courant des découvertes scientifiques les plus récentes et les exploite sans alourdir son texte.Les documents de la mer Morte lui ont permis d\u2019établir un parallèle poussé et fort intéressant entre les Pharisiens et les Quumramiens.De nombreuses précisions relatives aux mœurs de l\u2019époque éclairent le texte évangélique; d\u2019autres ont trait aux noms de lieux, aux caractéristiques des régions où cheminait Jésus.Elles nous aident à imaginer avec plus de relief Jésus à Nazareth, puis dans ses marches à travers la Palestine.Dans ce cadre plus net, se détache la figure si attachante du Sauveur.L\u2019A.arrête son récit au début de la Passion, comptant sans doute reprendre à part cette dernière partie de la vie du Christ.L\u2019Osservatore Romano du 16 janvier 1962 a grandement loué cet ouvrage riche de réflexions neuves et brillantes et cependant accessibles.Des photographies bien choisies complètent les explications.L\u2019ouvrage mérite sûrement la plus large diffusion.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Joseph Blinzler: Le Procès de Jésus.Traduit de l\u2019allemand par G.Daubié.\u2014 Paris, Maison Marne, 1962, 558 pp., 18.5 cm.Après avoir signalé les difficultés du \u2022 problème et établi la valeur des sources, l\u2019auteur entre dans le vif du sujet.Il analyse les faits depuis l\u2019arrestation de Jésus jusqu\u2019à la mise au tombeau.Il signale les multiples opinions qui ont été émises sur les différentes phases du procès.Des annexes, il y en a 18, ont pour but d\u2019aider à une plus parfaite et meilleure intelligence du sujet.Sur la responsabilité de la sentence injuste, l\u2019auteur est assez nuancé.Il n\u2019est pas possible d\u2019innocenter Pilate et les Romains; mais le poids de la condamnation pèse avant tout et surtout sur les Juifs; et il entend par là les chefs de la nation et les habitants de Jérusalem.Ceux-ci sont moins coupables que ceux-là, parce qu\u2019ils ont été plus agis qu\u2019ils n\u2019ont agi.Quant à la revision du procès dont on parle parfois aujourd\u2019hui, l\u2019auteur affirme qu\u2019elle n\u2019a aucun sens.Nous touchons, écrit-il, à un problème qui se situe en dehors du point de vue historico-juridique.Comme l\u2019a dit un auteur non théologien: « Rechercher culpabilité, complicité ou innocence ne mène ici à rien.Sans la crucifixion de Jésus, pas de salut; sans la sentence de ses juges juifs et romains, pas de Rédemption.Est-ce que nous ne cherchons pas trop et en tous lieux la culpabilité ?Je pense que nous devrions tous nous sentir complices, parce que l\u2019erreur est humaine, elle n\u2019est pas seulement juive ou romaine, et que nous devrions être pleins de reconnaissance, non à l\u2019égard des Juifs, non envers les païens, mais à l\u2019égard de Celui qui avait le pouvoir de permettre qu\u2019il y eût faute et le pouvoir d\u2019empêcher qu\u2019elle fût commise.» (518.) L\u2019ouvrage a connu, en quatre ans, trois éditions allemandes.C\u2019est en dire la richesse, la densité.Mais on aurait tort de croire qu\u2019il se lit comme un roman.Il s\u2019adresse à un public cultivé.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie, Montréal.G.HUNERMANN: Le Chandelier d\u2019or.-Je te fais chevalier.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 237 et 204 pp., 19.5 cm.Voilà deux séries d\u2019histoires, qu\u2019apprécieront certainement les catéchistes.La première, Le Chandelier d\u2019or, raconte le crédo en 21 histoires; la seconde, Je te fais chevalier, illustre de 35 histoires le sacrement de confirmation.Les textes, fort bien choisis, ont été pris à des sources variées:\tEcriture, histoire de l\u2019Eglise, Actes des martyrs, vies des saints, faits contemporains.Grâce au talent du conteur, ils ont une allure vive et entraînante.Nos jeunes raffolent de livres d\u2019histoires pourvu qu\u2019elles soient bien contées; ils trouveront ici à se rassasier.Ce pourrait être un beau cadeau à leur faire à l\u2019occasion de l\u2019anniversaire de leur baptême ou de leur confirmation ou au jour de la première communion.Rosaire Legault.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Mgr A.-C.RENARD: Vie apostolique de la Religieuse aujourd\u2019hui.\u2014 Paris, Descléede Brouwer, 1962,155 pp., 16 cm.Ces cinq conférences à des religieuses font suite à la Vie spirituelle de la Religieuse aujourd'hui.Mgr Renard veut aider les religieuses à s\u2019acquitter d\u2019un devoir qui s\u2019impose à tout chrétien aujourd\u2019hui, celui d\u2019être un témoin du Christ.D\u2019abord par l\u2019exemple.Partout où elle va, la religieuse pose un problème auquel elle fournit la réponse: seul l\u2019amour de Dieu et du prochain justifie le genre de vie qu\u2019elle a choisi.Mais la sainteté n\u2019exclut pas la compétence.Il faut s\u2019adapter aux circonstances et aux personnes d\u2019aujourd\u2019hui.Question délicate, difficile à résoudre.Ce petit livre y contribuera.Il sera utile aux supérieures, à d\u2019autres aussi, aux prêtres et aux laïcs activistes qui, eux, croient trop à la technique et aux slogans.Car, dit encore l\u2019Evêque, à propos de la « Pastorale d\u2019ensemble », les « formules ne remplacent jamais la sainteté d\u2019apôtres, dociles à l\u2019Esprit-Saint, ayant la pudeur de se convertir eux-mêmes, avant de réclamer la conversion des autres ».Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Chanoine Jacques Leclercq: La Liberté d\u2019opinion et les Catholiques, coll.« Rencontres ».\u2014 Paris (29, boul.Latour-Maubourg), Editions du Seuil, 1963, 18.5 cm., 368 pp.IL est peu de questions qui soient aujourd\u2019hui d\u2019un plus vif intérêt que celle de l\u2019attitude des catholiques à l\u2019égard de la liberté d\u2019opinion, surtout depuis l\u2019ouverture du Concile, les discours du cardinal Bea et l\u2019encyclique Pacem in terris.L\u2019ouvrage du chanoine Leclercq aborde cette délicate et difficile question, non pas en partant de principes abstraits et universels, mais en recourant sans cesse à l\u2019histoire, à la psychologie et à la sociologie.C\u2019est l\u2019homme lui-même et son comportement, sa personnalité et son intégration au milieu social, que l\u2019A.entend étudier, non des abstractions.Avec une souplesse souriante et une gamme indéfinie de nuances, il s\u2019en prend aux « mots et locutions » qui font difficulté: intolérance dogmatique et tolérance pratique, thèse et hypothèse, « l\u2019erreur n\u2019a pas de droit », liberté et vérité, certitude et vérité, liberté et égalité, etc.Il se prononce carrément en faveur de la liberté: « L\u2019homme est humain dans la mesure où il est libre.Toute l\u2019organisation sociale, tout l\u2019ordre humain doit être orienté dans ce sens.» (P.330.) Il veut libérer l\u2019Eglise de toutes les protections compromettantes et même des avantages matériels: « L\u2019Eglise doit être la première à protester contre tout avantage accordé à ses membres ».(P.338.) Il pousse cepen- La haute fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ, ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 TOUS LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, pris.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-tréi.(Strictement en gros) Le temple de la lumière BÉLAND 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* SEPTEMBRE 1963 273 dant tellement loin ses exigences de pureté pour l\u2019acte de foi qu\u2019on en vient à se demander si ce n\u2019est pas un acte de foi « angélique » plutôt qu\u2019« humain » qu\u2019il réclame de l\u2019homme, et si le commun des mortels peut en être capable.Le risque d\u2019une pareille position est que la religion catholique devienne le fait d\u2019une très petite élite capable d\u2019une telle pureté.J\u2019aurais aimé aussi que l\u2019A.traite davantage la question fort pratique et actuelle: dans une société où il y a pluralité d\u2019opinions religieuses, les catholiques, lorsqu\u2019il s\u2019agit de questions mixtes, c\u2019est-à-dire ayant rapport à la fois au bien de l\u2019Eglise et au bien de la société, comme les questions du mariage et de l\u2019éducation, peuvent-ils et doivent-ils chercher à faire prévaloir leur opinion jusque dans la législation du pays où, sous prétexte qu\u2019une minorité s\u2019oppose à une pareille législation, ne leur reste-t-il d\u2019autre choix que celui de toujours se plier aux vues de cette minorité ?Richard Arès.Jean-François Six: Vie de Charles de Foucauld, coll.« Livre de vie ».\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 316 pp., 17 cm.«T Tne grande biographie populaire iné-CJ dite qui.renouvelle l\u2019histoire du Frère universel et le met dans sa véritable lumière.» C\u2019est ce qu\u2019annonce le feuillet de propagande, et c\u2019est bien cela.Livre captivant et bienfaisant, qui mérite une large diffusion.La correspondance du P.de Foucauld, copieusement citée, nous permet de le suivre pas à pas et nous révèle sa riche nature et sa grande âme apostolique.Souhaitons que le lecteur ne soit pas rebuté, mais stimulé, par l\u2019héroïque austérité du F.Charles.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Louis BECQUÉ, C.SS.R.: Ames en crise.Lettres et réponses.\u2014 Tournai (Montréal, 471, rue Saint-François-Xavier), Casterman, 1962, 200 pp., 19 cm.De ce courrier l\u2019A.rédige questions et réponses.Dans le ton et avec la vigueur qu\u2019il faut, il expose des difficultés actuelles et sûrement des « cas » vécus.Que les problèmes surgissent à certains âges (adolescence, maturité), ou coïncident avec des conflits d\u2019éducation, de vocation, de fidélité conjugale; qu\u2019ils résultent d\u2019obsessions (foi, chasteté), de troubles religieux (dégoût de la prière, illusions) ou psychologiques (sentiment d\u2019infériorité, découragement), l\u2019A.les formule nettement; puis, au lieu de solutions-recettes, il offre des principes qui aident le lecteur (en crise peut-être) à se diriger au mieux des circonstances et de ses forces.Il a tort, à mon avis, de décrire l\u2019adolescence comme une étape naturellement ingrate (p.41) et de penser que l\u2019accoutumance seule atténue le danger de l\u2019impudeur (184).Sur les autres sujets: athéisme (17), possessivité maternelle (44-46), liaisons (63-87), pessimisme (101, 159),.et spécialement sur les conditions de la confession sacramentelle (125-146) et sur la régulation des naissances, il disserte fort bien.Mais, outre les fautes de syntaxe, d\u2019orthographe et de ponctuation, il multiplie les gaucheries de vocabulaire: emploi de mots anglais inutiles (flash, box, standing, chewing gum.), abus du mot besoin, confusion entre pureté et chasteté.Souffrons ces défauts pour le profit que son ouvrage peut apporter.Joseph d\u2019Anjou.Message de Mgr Cardijn aux jeunes travailleurs canadiens.\u2014- Disque 45 t., durée prolongée, 7\".RM édition spéciale, NDC 456307, monaural.Les deux faces de ce disque contrastent ¦f singulièrement.D\u2019une part, Mgr Car-dijn, sur le ton de la confidence et dans une langue toujours vibrante, raconte son plus beau souvenir de vie sacerdotale: une entrevue avec Pie XI, qui fut décisive pour l\u2019avenir de la J.O.C.et même de l\u2019Action catholique.Sur l\u2019autre face, le grand apôtre des ouvriers, malgré ses quatre-vingts ans, manifeste une vigueur et une force d\u2019expression qui nous étonnent en ces extraits d\u2019une allocution aux jocistes canadiens, lors d\u2019un ralliement national au Cap-de-la-Madeleine; ils débordent de jeunesse et d\u2019élan.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Fabienne Van Roy: L\u2019Initiation sexuelle de nos enfants.\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1962, 332 pp., 20 cm.Prix: 120 fr.b.Guide plus satisfaisant d\u2019initiation sexuelle à l\u2019usage des parents, je n\u2019en connais pas.Documenté par suite de savantes études et de contacts vivants, ce traité, en expliquant pourquoi et comment procéder, convaincra les parents d\u2019assumer, enfin, leur devoir, puisque rien ni personne ne peut les remplacer.En effet, « point névralgique » (p.322) de la direction de la croissance, l\u2019éducation sexuelle commence dès le premier jour, s\u2019accomplit d\u2019abord par la relation affective qui unit l\u2019enfant à sa mère (179, 267, 275, 289) et suppose adaptation formatrice aux étapes du développement sensoriel, émotif, intellectuel Romand Associatio P.o Transvehendis Itinerantibus Missionariis RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, d irecteur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International et moral, bien avant l\u2019entrée à l\u2019école (286) ; adaptation générale à l\u2019enfance et particulière à tel enfant, vu les intérêts, curiosités, capacités de comprendre propres à chaque étape et à chaque enfant par rapport à la sexualité.A ce souci d\u2019adaptation tiennent l\u2019originalité et la difficulté de l\u2019ouvrage: par son ampleur et ses propos techniques, encore que simplement exprimés, il risque de décourager les parents pressés ou peu instruits.Dommage! Tant de lumières surgissent ici de l\u2019expérience et de la réflexion! Mots d\u2019enfants très révélateurs: l\u2019A.en cite beaucoup.Confidences nombreuses d\u2019adolescents et d\u2019adultes qui déplorent le silence et les maladresses de leurs parents.Exemples splendides de renseignements fournis avec tact (115, 129, 161, 163, 196, 216, 231, 291).Pensées et conseils de profonde sagesse: confiance inentamée des enfants à l\u2019égard de parents qui ne cachent, ni ne déforment, ni ne diffèrent la vérité (59, 60, 188, 295); nécessité de la pudeur, protectrice de la personnalité (113, 154); finalité procréatrice du sexe, qui commande un amour oblatif et transcende l\u2019appétit du plaisir (198); importance capitale du modèle de virilité et de féminité qu\u2019offrent le père et la mère; de la sérénité, de la précision et de la tendresse avec lesquelles doivent s\u2019échanger questions et réponses.Mais lisez.Rejetez le lien sans nuance que l\u2019A.établit entre amour et copule charnelle (37, 168), l\u2019abus du mot « besoin » (221, 312).Après ce volume, qui s\u2019occupe du « stade puéril (de 0 à 6 ans) » et du « stade réfléchi (de 6 à 12 ans) », l\u2019A.en promet un autre, qui traitera du « stade critique (12-15 ans) » et du « stade d\u2019intégration (15-20 ans) ».Aucune famille ne devrait s\u2019en passer.Joseph d\u2019Anjou.Sœur Marie-Tharsicius, C.S.C.: L'Expérience poétique de Marie Noël.\u2014-Montréal et Paris, Fides, 1962, 159 pp., 20 cm.Nulle critique de cet ouvrage ne peut valoir la lettre admirable que Marie Noël écrivit à l\u2019A.L\u2019éloge qui y est prononcé ne tient pas de la politesse; il vient du cœur.Ainsi, loin de s\u2019en tenir à la littéralité de l\u2019œuvre de Marie Noël, l\u2019A.a pénétré jusqu\u2019au plus intime de l\u2019âme du Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa Ébaubegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social: Montréal 274 RELATIONS poète.Analyse déliée et sympathique où tous les replis sont dévoilés avec une attention constante.Le livre se divise en deux parties: la première étudie l\u2019âme et le monde de l\u2019enfance de Marie Noël, cependant que la seconde est un merveilleux commentaire des Chansons et les Heures : le mythe de Cendrillon, Cendrillon attend l\u2019amour, Cendrillon s\u2019apaise.Ce qui ne gâte pas le reste, la langue dans laquelle s\u2019exprime l\u2019A.est « nue et pure », comme le dit si bien Marie Noël.C\u2019est un honneur pour nos lettres canadiennes que de compter un essai aussi achevé et réussi.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Philippe MlNGUET: Le Propos de Part.\u2014 Paris, Tournai (Montréal), Caster-mann, 1963, 160 pp., 20 cm.Ces propos sur l\u2019art manifestent chez l\u2019A.une vive sensibilité et un bon sens robuste.Les esthétiques contemporaines y sont éclairées dans leur vraie lumière et dépouillées de tout snobisme tandis que les jugements des critiques d\u2019art actuels y sont scrutés avec beaucoup d\u2019objectivité.Pour cerner la nature de l\u2019art, l\u2019A.adopte les chemins convergents du langage, de l\u2019abstraction, du sacré, de l\u2019histoire, de la science, etc.En étudiant les rapports de l\u2019art avec ces diverses réalités, on saisit mieux les problèmes esthétiques fondamentaux.Le lecteur averti ne souscrit pas nécessairement à tous les jugements de l\u2019A., mais il apprécie la pertinence et la sincérité de sa recherche dans un domaine difficile et délicat.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Antoine GOULET.: Jeux et Sortilèges.Poèmes.\u2014 Québec, Les Editions Nocturnes, 1963, 83 pp.UN recueil de poèmes à couleur très locale dédiés « à ceux qui aiment la Beauté dans la Nature et dans les Arts ».Une première série de courts poèmes en alexandrins, rassemblés sous le titre de Psaumes, contient la naïve expression d\u2019une âme qui rapporte tout à Dieu et d\u2019un cœur qui « bondit de joie » à la pensée et à la vision des merveilles du monde.Pas de grandes envolées, pas de grand souffle: seulement quelques palpitations d\u2019un être qui sent au plus profond de lui-même.Comme les enfants à qui il enjoint de louer le Seigneur, l\u2019A.a été « (comblé) d\u2019oreilles délicates, / Sensibles à tout bruit, sensibles à tout chant.» Dans les Sonnets qui suivent, le poète, tel « ce colibri subtil, créature rusée, / (qui) console (chaque fleur) et se nourrit de pleurs », touche furtivement quelques Beautés de la Nature et en tire une gouttelette de bonheur à partager.Enfin, dans une quarantaine de Poèmes classiques à forme libre, l\u2019A.continue de nous inviter à vibrer avec lui, à propos des thèmes variés allant de certains souvenirs d\u2019enfance à quelques sujets d\u2019actualité.Le recueil se présente sans prétention, et l\u2019on se sent presque désemparé devant la simplicité de l\u2019élan poétique.Fait intéressant à noter: l\u2019A.réussit certains rapprochements qui renouvellent la langue: v.g.« la neige fée »; (la neige), « Cette laine drapant les rares voyageurs »; « Le soleil merveilleux fabrique des étoiles », etc.S\u2019il fallait justifier la publication d\u2019un recueil qui tranche un peu sur ce qu\u2019on est habitué de lire de nos jours, nous dirions, avec le dernier vers de Pastorale : « Ne vous étonnez pas: c\u2019est son cœur qui s\u2019épanche.» Ernest Richer.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Suzanne MARTEL: Quatre Montréalais en Pan 3000.Roman.Coll.« Aventure et science-fiction ».\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1963, 160 pp., 20 cm.Prix: $1.50.Une guerre atomique a ravagé la terre.L\u2019an 3000, sous le mont Royal, une cité électronique, Surréal, se préserve encore avec soin des retombées nucléaires.Or, en même temps que la ville se voit menacée d\u2019une panne d\u2019électricité, par suite d\u2019un séisme, deux garçonnets découvrent une issue vers la surface et révèlent l\u2019existence, à l\u2019air libre, de descendants des anciens Montréalais.Ces gens vivent en « primitifs », dans une atmosphère désormais purifiée.On admire l\u2019imagination « scientifique » de l\u2019A., la cohérence de son récit.Mais plaise au Ciel que son « anticipation » ne se réalise pas! A Surréal, même les enfants, malgré leur initiative et leur généreuse entraide, semblent des robots savants.Leur histoire, qui intéresse, n\u2019émeut guère.Elle manifeste, toutefois, un solide talent, que gâtent ici la négligence du style, l\u2019incorrection de la langue, la gaucherie de la disposition typographique: graves défauts auxquels sait obvier un éditeur compétent.Joseph d\u2019Anjou.Simonne JACQUEMARD: Le Veilleur de nuit.Roman.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 199 pp., 18.5 cm.Siméon Le verrier a séquestré un mois et demi de temps, dans un puits profond creusé à même son jardin, Agathe-Alexandrine, jeune employée de quincaillerie.Il doit répondre de cet acte devant les tribunaux.Comme, durant presque tout son procès, il refuse de parler, le juge en est réduit aux hypothèses pour expliquer son délit.Avec une rare perspicacité, il démonte pièce par pièce le psychisme de l\u2019accusé.Et, dans sa bouche comme dans celle de Leverrier, les rares fois que celui-ci veut bien l\u2019ouvrir, le simple forage d\u2019un puits devient une épopée racontée avec une verve scientifique éblouissante.En exploitant un minimum de matière, l\u2019auteur a réussi une œuvre d\u2019art considérable.René Daoust, pire.Presbytère Saint- Vincent-Ferrier, Montréal.Germaine Leymarie: Colères sous le soleil.Roman.\u2014 Paris (18, rue du Saint-Gothard), Arthème Fayard, 1962, 160 pp., 20 cm.Près de la terrasse d\u2019un café, à Casablanca, le 14 juillet 1955, une bombe explose: sept morts, vingt-six blessés.Mère de trois enfants, Mme Leymarie a vécu au Maroc.Pour elle, comme pour Me Capdeville, personnage du roman, « la vie, .l\u2019air frais du matin, la lumière, la beauté sous toutes ses formes, l\u2019amitié, la charité, l\u2019amour » valent « mille fois plus que la haine ou qu\u2019une idéologie.demain périmée (pp.145-146).Elle veut le montrer ici.Dans un décor marocain, dialoguent des Français de France et d\u2019Afrique avec des Africains de mœurs musulmanes et européennes.Le coup du 14 juillet gâche des œuvres de longue patience, corrompt des sentiments amoureusement tissés, fauche des vies promises au bonheur.Nulle sentimentalité dans ce livre sobrement écrit, mais un peu décousu et superficiel.Une fois (111), l\u2019A.cède à la bêtise courante qui identifie amour et fornication.Son récit évoque tout de même quelque chose du drame qui a déchiré l\u2019Algérie.Joseph d\u2019Anjou.Cahiers Laënnec: Les Ambiguïtés sexuelles.Juin 1962.\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 64 pp., 23 cm.Médecins, pédiatres surtout, infirmières, psychologues et pasteurs d\u2019âmes doivent connaître quelque chose de l\u2019hermaphrodisme.Chez un jeune enfant qui présente des anomalies, la détermination du sexe pose un problème qui intéresse parents et médecins.A la puberté, à l\u2019âge adulte, psychologues et pasteurs ont à s\u2019en occuper: pour la validité du mariage ou le choix définitif d\u2019une conduite sociale.Le cahier que nous recommandons traite fort bien cette question, des points de vue physiologique, chirurgical, psychologique et moral.Joseph d\u2019Anjou.À VOTRE SERVICE Banque Canadienne Nationale PRÉVOYANCE ! Avec un système de chauffage défectueux, pas de bien-être l\u2019hiver prochain! Faites reviser, réparer ou remplacer votre système de chauffage immédiatement.Des réparations d\u2019urgence, l\u2019hiver, sont toujours plus coûteuses! Et n\u2019oubliez pas que notre expérience en chauffage-plomberie nous permet de collaborer rationnellement avec les propriétaires et les architectes dans l\u2019élaboration et l\u2019exécution de leurs projets.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL OOO OOO OOO OOO CHAUFFAGE-PLOMBERIE SEPTEMBRE 1963 275 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Collection « Le fond du problème )) En COLLABORATION: Contrôle ou Régulation des naissances?\u2014 Lyon (16, rue du Plat), Chronique sociale de France, 1963, 108 pp.Sur ce sujet particulièrement délicat, voici un quadruple témoignage: celui d\u2019un médecin praticien, celui d\u2019un foyer de médecins, celui d\u2019un sociologue, celui d\u2019un prêtre.Ils parlent en chrétiens qu\u2019ils sont, ne cherchant pas à dissimuler leur identité spirituelle sous une fausse neutralité.Mais ils s\u2019adressent, par-delà leurs frères chrétiens, à tous les hommes qui veulent vivre, aimer et perpétuer leur lignée en personnes humaines.Un petit livre à connaître.Donum Dei (Cahiers de la Conférence religieuse canadienne) nu 7: Au service de l\u2019Eglise en Amérique latine.I.Documents.\u2014 Ottawa (324 est, avenue Laurier), Conférence religieuse canadienne, 1963, 128 pp.Publication qui livre l\u2019essentiel de ce que les supérieurs majeurs doivent connaître des documents de Pie XII et de Jean XXIII, des directives de la Commission pontificale pour l\u2019Amérique latine et du Conseil épiscopal latino-américain, ainsi que la charte de notre épiscopat canadien sur la Coopération Canada-Amérique latine avec les encouragements qu\u2019il a reçus du Saint Père.?\tu y u rà y rÀ VISITEZ PARIS .L\u2019EUROPE EPARGNEZ ®I5I\u2014 AVEC LE NOUVEAU TARIF EXCURSIUN DE 21 JOURS D\u2019AIR FRANCE (En vigueur du 1er octobre au 30 avril) ?Voyage indépendant - Départ le jour de votre choix.\t?Tours organisés de 21 jours, si désiré.Pour plus de détails, consultez votre agent de voyages, ou Air France, 1020, rue Sainte-Catherine ouest\u2014861-9001.Hors de Montréal: ZENITH 4-5000.AIR FRANCE LE PLUS GRAND RÉSEAU DU MONDE Marcel Colin: La Ligne droite.Vie du Frère Alfano.\u2014 Genval (172, avenue Gevaert, ou 7141, rue Royale, Château-Richer, Québec), Editions Marie-Médiatrice, 1963, 116 pp.La vie simple et généreuse d\u2019un Frère enseignant.Collection (( Clair regard » E.BROSSE: Le Don de la vie.- Frère Marc: Leur crime?Ils sont lépreux! - Jean DE Clairmidy: Vive la vie.-Frère Marcellien: Partage.- Jean Desmartis, S.J.: Ruptures.- P.Eva-RISTE: Une fille héroïque.- T.Rey-MERMET: Le Mal, ce mystère.\u2014 Tournai (au Canada, Secrétariat des Congrégations mariales, 5105, chemin de la Côte-Saint-Antoine), 1963, chacun 16 pp.Petites brochures de spiritualité sur sujets d\u2019actualité.Collection « Récitals » Robert DE FRAGNY: Ninon Vallin, princesse du chant.\u2014 Lyon (46, rue de la Charité), Editions et Imprimeries du Sud-Est, 1963, 200 pp.Vie d\u2019une célèbre cantatrice, « d\u2019une femme qui incarna pour nous la Musique, avec son beau visage, sa voix inoubliée, son souffle.».Dom Philippe ROUILLARD, O.S.B.: Dictionnaire des saints de tous les jours.\u2014 Au Jas du Revest Saint-Martin, Haute Provence, Robert Morel, éditeur, 1962, 362 pp.Le titre dit bien ce qu\u2019est l\u2019ouvrage: un dictionnaire, où l\u2019on trouve 2500 prénoms inscrits au calendrier des saintes et des saints, 2500 notices précisant naissance, pays, vie, activités, miracles, etc., de chaque saint, les dévotions et recours aux saints contre les maladies et les calamités, la table des saints patrons, etc.Collection « Les écrits des saints » Saint IrénÉe: Contre les hérésies.Textes choisis, traduits et présentés par Albert Garreau.\u2014 Namur (33, rue Emile-Cu-velier), Editions du Soleil levant, 1963, 190 pp.Les plus belles pages du grand livre de saint Irénée, « Adversus Haereses », de l\u2019un des pères de notre théologie.Alfred Desrochers: Le Retour de Titus.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1963, 64 pp.Stances écrites il y a trente ans et publiées pour la première fois en 1963.On y retrouve le talent de l\u2019auteur d\u2019A l\u2019ombre de l'Or ford.Nicolas BODSON: Sainte Rita de Cascia.\u2014 Genval (172, avenue Gevaert), Editions Marie-Médiatrice, 1962, 112 pp.On a surnommé Rita de Cascia « la sainte des impossibles et l\u2019avocate des causes désespérées ».Ici, récit de sa vie et dévotions populaires à son égard.276 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Pour une régie du français METTRE AU COMPTE de la chaleur la corruption de la langue dans les pages de nos quotidiens, on le voudrait, par indulgence.Hélas! depuis longtemps, le galvaudage de l\u2019orthographe, du vocabulaire et de la syntaxe auquel se plaisent nos journalistes appelle un redressement.Si nous n\u2019y procédons sans délai, le « biculturalisme » dont on nous menace, au nom de la bonne entente, consacrera la ruine du français, que personne.n\u2019entendra plus.Jugez par les spécimens cueillis cet été,.dans le même quotidien, probablement le moins mal rédigé au Québec.Les autres, alors! Un numéro brocarde, avec raison, le charabia de nos indications routières.Et, le même jour, on y lit: le francophone « non-Canadien », un pacte de « non agression ».Or, il faut biffer le trait d\u2019union dans le premier cas (non canadien) et en ajouter un dans le second (non-agression).Pourquoi?Ou bien non, adverbe, modifie un adjectif et se passe de trait d\u2019union; car on écrit bonnement: plus fort, moins gros, mal acquis, très beau.Ou bien non forme avec un substantif un nom composé, qui prend alors un trait d\u2019union.On écrira donc: les non-catholiques admirent Jean XXIII; mais: les représentants des Églises non romaines qui se réunirent à Montréal.Évidence qui n\u2019a pas encore frappé un éminent éditorialiste.Il oublie également qu\u2019on distingue par la majuscule une Église (assemblée de croyants), même non romaine (sans trait d\u2019union), d\u2019une église, simple temple, édifice cultuel.Notez que, dans le premier exemple cité, l\u2019adjectif canadien n\u2019a droit qu\u2019à une minuscule.Écrivez donc: le francophone non canadien, mais: les non-Canadiens.Le nom propre jouit de la majuscule; l\u2019adjectif, toujours commun (sauf dans les noms géographiques, comme la mer Morte, le mont Royal, l\u2019un et l\u2019autre sans trait d\u2019union), se contente de la minuscule.Il y en a qui joignent par un trait d\u2019union le nom propre (un) Canadien-Français (auquel ils donnent deux majuscules) et l\u2019épithète composée (le peuple) cana-dien-français.Personnellement, je pense qu\u2019il faut écrire: un (le) Canadien français (majuscule au seul substantif, sans trait d\u2019union) et: la nation canadienne-française (deux minuscules et trait d\u2019union).Sans doute parce qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une équipe féminine, un chroniqueur des sports a écrit: « De paire avec » Mlle X, sans réfléchir au fait que de pair avec, locution adverbiale, ne varie pas.Un autre coiffe d\u2019un accent circonflexe le mot traitement, qui n\u2019en porte pas.Un troisième parle d\u2019un homme qui « démarrait son auto » : véhicule amphibie, je suppose, qu\u2019un câble retenait au quai.On démarre une barque amarrée.Mais une auto, un coureur démarrent, sans plus: ils commencent à rouler, à courir; démarrer est alors intransitif.Ailleurs, on vous apprend qu\u2019Un tel a « stationné son auto », comme si le verbe stationner pouvait recevoir un complément direct.Dans sa voiture, un chauffeur stationne.Vide, l\u2019auto stationne.Mais on gare sa voiture; elle est garée, non pas « stationnée ».A l\u2019anglaise, toujours, des reportages annoncent que l\u2019auteur d\u2019un projet « anticipe » une vive opposition; on estime banal d\u2019écrire, correctement, prévoit.On a prêté (ou emprunté ?) à un chroniqueur français, de passage à Montréal, le détestable anglicisme « anxieux de », qui se traduit par désireux de.Pour finir, admirez ce vigoureux contraste: « la calomnie nettement plus salissante ».Salir nettement! Qui reprochera aux journalistes de manquer d\u2019originalité ?Et qui doutera de la nécessité d\u2019établir chez nous une régie du français?\tD>Anjou.ÉTAGÈRES et MEUBLES D\u2019ACIER Bibliothèques \u2014 Fichiers \u2014 Appuis-livres \u2014 Classeurs pour plans \u2014 Etagères vitrées pour instruments \u2014 Etagères d'entrepôt, etc.MONTEL INC.Claude ROUSSEAU C.P.1300, Montmagny, Que.et 170-180 est, boul.Dorchester, suite 109, Montre'al, Qué.\t861-7446 Estimations fournies sur demande sans obligation.LE NOUVEAU MISSEL DE POCHE MISSALE ROMANUM 18° Le missel de poche latin 1963 contient tous les changements effectués au cours des récentes années, y compris les nouvelles messes votives et les quatre nouvelles préfaces.En format de 3 pi\" x 6\", imprimé en rouge et noir sur papier indien, on y trouve un tableau de Canon de la Messe en cinq couleurs tiré d\u2019un évangéliaire de S.Martin-le-Grand à Cologne peint vers 1250.Edition spéciale, reliure économique, cuir artificiel noir, tranches simples, sans custode.$ 8.75 Cuir artificiel noir, tranches brunes et custode.\t10.50 Chagrin noir, tranches or et custode.14.25 Maroquin noir, tranches rouges sous or et custode 16.00 Custode en maroquin de première qualité doublée de soie moirée.5.30 C\u2019est un missel de poche idéal pour le prêtre qui se prépare aux rites sacrés, aussi bien que pour le séminariste qui désire se familiariser avec les textes et les cérémonies: il sert également au laïque sachant le latin et voulant prendre part aux offices liturgiques.Ce petit livre contient le missel latin au complet avec les rubriques tenues à jour.Les propres sont disponibles sur demande.L\u2019économie apportée à la nouvelle reliure a été spécialement conçue afin de satisfaire aux besoins des séminaristes et des étudiants exigeant un missel de poche bon marché.Nous nous sommes servis de la même impression et de la même qualité de papier que pour toutes nos autres éditions.EDITIONS PALM 1949, 55e Avenue,\tDorval, Montréal, P.Q. U f f f f f f f f f f f f f tp f marabout Collections D\u2019ABORD : universelle HUMANITE L\u2019Histoire en 12 volumes richement illustrés EN COULEURS avec index et tables; I NE CONCEPTION NOUVELLE \u201cLe bon historien, écrivait Marc Bloch, ressemble à l\u2019ogre de la légende.Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier\u201d.Le premier mérite de Cari Grimberg, à qui l\u2019on doit la conception originale de cette monumentale Histoire universelle, est d\u2019avoir dépassé largement' l\u2019énumération de faits, de dates et de traités, pour mettre principalement l\u2019accent sur l\u2019histoire de l\u2019humanité en évolution, sur l\u2019aventure des hommes confrontés avec des événements qui les dépassent, au milieu d\u2019innombra-' blés problèmes quotidiens.Cette conception va résolument à l\u2019encontre de l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Histoire, puisque la chronologie ne sert plus, ici, que la charpente à l\u2019histoire des civilisations.L\u2019autre mérite principal de cet ouvrage est de ne pas se limiter aux seuls horizons européens et de traiter, parallèlement, l\u2019histoire des civilisations occidentales, orientales et africaines.Sans doute est-ce là l\u2019apport essentiel et l\u2019originalité profonde de cette Histoire universelle que d\u2019être réellement universelle.E GRANDS, HISTORIENS C\u2019est, nous l\u2019avons dit, l\u2019historien suédois Cari Grimberg qui entreprit l\u2019élaboration de cette Histoire universelle de conception révolutionnaire.Il Histoire universelle D» J'ttubo dsa olvU(«»aon» début»
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.