Relations, 1 novembre 1963, Novembre
[" revue du mois, numéro 275, montréal, novembre 1963, prix 501 RELATIONS L 'ÉGLISE ET LES NOIRS AUX ÉTATS-UNIS John LAFARGE Droits et libertés de base en éducation \u201cPARTI PRIS\u2019\u2019 La réforme de la Curie romaine.\u2014 Corps intermédiaires et bill 60.\u2014 Le Conseil supérieur du travail.\u2014 Le nouveau conseil économique du Canada.\u2014 Le Nouveau-Québec. SOMMAIRE novembre 1963 Éditoriaux.309 Paul VI et le Concile.¦\u2014 Démocratisation du processus légis-latij.Articles La réforme de la Curie romaine .\t.Luigi d\u2019Apollonia 310 Note sur les fins du mariage .\t.\t.Joseph d\u2019Anjou 311 Droits et libertés de base en éducation.Richard Arès 313 L\u2019Église et les noirs aux États-Unis.John LaFarge\t315 Corps intermédiaires et bill 60 .\t.Jacques Cousineau 318 Le nouveau Conseil économique du Canada et le Québec .\t.\t.Irénée Desrochers 320 Le théâtre: Un dimanche à New York.\u2014 Romanoff et Juliette.\u2014 Bérénice et Phèdre Georges-Henri d\u2019Auteuil 323 Perspectives de la recherche scientifique au Nouveau-Québec.Michel\tBrochu\t325 « Parti pris »: de la révolte À la révolution.André Vachon\t326 Les lettres: Alain Grandbois, explorateur André Vachon 329 Le Conseil supérieur du travail, les lois ouvrières et le public.Gérard Hébert 330 Au service du français: Encore l\u2019orthographe.Joseph d\u2019Anjou 332 Au fil du mois.333 Le droit des parents.\u2014 Aveugles et complices.\u2014 Unilinguisme, pourquoi ?Le livre du mois: Le destin de Frère Thomas.G.Robitaille 334 Les livres.335 Notes bibliographiques.340 Ouvrages reçus.HI Relation 3 REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur : Richard Arès, Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia.Jacques Cousineau, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit, André Vachon.Secrétaire à la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Robert Dumouchel # Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: DUpont 7-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Une mutuelle d 9assurance intégrée à U économie du Canada français ?Une variété de plans d\u2019assurance modernes répondant à des besoins modernes ! X,*\t- Q C O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - VI.5-3291 JOLIETTE - SAINT-JEAN - QUEBEC - SHERBROOKE - OTTAWA Pacem in terris Texte complet de l\u2019encyclique de Jean XXIII.Brochure élégante # Caractères agréables # Présentation de l\u2019encyclique par le P.Richard Arès #> Disposition et numérotage des paragraphes d\u2019après le texte latin, ce qui est très utile pour les références.$0.50 l\u2019exemplaire.COMMENTAIRES SUR «PACEM IN TERRIS» La revue « Relations» a publié, en juin, un numéro spécial entièrement consacré à l\u2019analyse des divers aspects de cette importante encyclique.Quinze articles.Document substantiel.$0.50 l'exemplaire.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent,\tMontréal-11 montréal novembre 1963 numéro 275 RELATIONS éLJ;t itoviaux Paul VI et le Concile TAÈS LE LENDEMAIN de son élection, Paul VI recueillait officiellement l\u2019héritage du Concile et, moins d\u2019une semaine plus tard, le 27 juin, annonçait la convocation de la deuxième session.Le nouveau Pape ne perdait pas de temps.Ce serait, toutefois, interpréter de façon étroite une volonté aussi prompte que d\u2019y voir uniquement l\u2019expression d\u2019une fidélité à Jean XXIII: Paul VI reste lui-même.Les notes intimes de Jean XXIII montrent que, tout en se berçant de l\u2019espoir de mener à bonne fin le Concile, il n\u2019étendait pas son regard au-delà de l\u2019événement.Il était au soir de sa vie.On sentait chez lui de la hâte.Certains pensent même qu\u2019il n\u2019aurait pas réuni le Concile dès l\u2019automne de 1962, n\u2019avait-il senti ses forces décliner.On sait d\u2019ailleurs qu\u2019il envisageait l\u2019achèvement des travaux pour Noël prochain.Paul VI est moins pressé.Non seulement songe-t-il à une troisième, voire à une quatrième session, mais aux années qui seront nécessaires pour faire passer, dans la vie de l\u2019Église, l\u2019esprit du Concile, ses initiatives et ses décisions.Le Concile occupera « la partie la plus importante de son pontificat », a-t-il dit.De plus, Paul VI dégage un plan d\u2019ensemble pour l\u2019immense discussion, une ligne de fond pour le Concile.Cardinal de Milan, il avait déjà écrit à ses diocésains que les Pères rassemblés « sous le signe d\u2019une grande liberté » \u2014 ce dont il fallait grandement se réjouir \u2014 perdaient de vue l\u2019idée que Jean XXIII avait mise en avant, à savoir la mission de l\u2019Église dans le monde.Il était même intervenu, vers la fin de la première session, pour regretter, après le cardinal Suenens, que tous les schémas conciliaires ne fussent pas organiquement liés à ce thème central.Le discours qu\u2019il prononçait, lors de l\u2019ouverture de la deuxième session (29 septembre), reprend cette donnée.Ce discours clef est admirable d\u2019unité et de clarté.Paul VI veut que l\u2019Église en concile dise elle-même ce qu\u2019elle est: aux catholiques d\u2019abord, aux « autres frères » ensuite, à tous les hommes enfin.L\u2019heure est venue, semble-t-il, où la vérité concernant l\u2019Eglise du Christ doit être explorée, ordonnée et exprimée, non pas peut-être en ces formules solennelles qu\u2019on nomme définitions dogmatiques, mais en déclarations du magistère ordinaire dans lesquelles l\u2019Eglise se dit à elle-même, de façon plus explicite et toujours digne de foi, ce qu\u2019elle pense elle-même.D\u2019où l\u2019hymne vibrant de Paul VI au Christ qui a voulu son Église et qui, par elle et en elle, continue son action, toujours présente et toujours actuelle, gouvernant, instruisant, sanctifiant l\u2019humanité: le Christ, hier, aujourd\u2019hui, demain, espérance des hommes et leur seul souverain Maître.Il est étonnant que, de ce grand discours, on ait mis en vedette le passage où le Pape, en notre nom à tous, demandait humblement pardon à Dieu, et sollicitait l\u2019indulgence de nos frères « si, dans les causes de cette séparation (des Églises) une faute pouvait nous être imputée ».Cette note d\u2019humilité et de simplicité, qui rappelait Jean XXIII, était bouleversante, bien sûr.Ce n\u2019était, pourtant, ni l\u2019essentiel de ce qu\u2019il avait dit aux Observateurs, encore moins l\u2019essentiel de ce qu\u2019il avait dit aux Pères du Concile.L\u2019Église du Christ, lumière des nations, telle est l\u2019intuition première qu\u2019avait eue Jean XXIII.De cette grande pensée, le Concile prend de plus en plus conscience, et Paul VI, de son exemple et de sa parole, l\u2019engage à en explorer, ordonner, exprimer le mystère au cœur de l\u2019histoire du salut.NOVEMBRE 1963 309 Démocratisation du processus législatif AT OUS ASSISTONS depuis quelque temps à une -L ^ heureuse évolution du processus législatif.Sous diverses pressions, venant de sources différentes selon les cas, le gouvernement a accepté le dialogue avec la population sur les questions à propos desquelles il veut légiférer.Dans telle ou telle circonstance, il a même pris l\u2019initiative d\u2019inviter les gens à s\u2019exprimer librement.De leur côté, les citoyens, des plus humbles aux plus dignes, ont loyalement participé à la confrontation des opinions que suppose toute véritable démocratie.L\u2019intérêt pour les problèmes de l\u2019État au Québec n\u2019a peut-être jamais été aussi vif qu\u2019en ces derniers temps.Pour en permettre la discussion, le gouvernement a ainsi heureusement différé l\u2019adoption de deux lois d\u2019importance capitale.Après l\u2019effort de réflexion suscité par les sessions de la Commission Parent, les mémoires et les discours relatifs au bill 60 ont permis d\u2019approfondir le problème des structures supérieures de l\u2019éducation.De son côté, le projet de Code du travail fut, devant le Comité des relations industrielles de l\u2019Assemblée législative, impitoyablement criblé par les intéressés.La décision récente prise par le Conseil supérieur du travail, avec l\u2019approbation du gouvernement, d\u2019inviter le public à lui soumettre des mémoires sur la Loi de la convention collective, constitue également un appel à collaborer, à une étape préliminaire, à la revision d\u2019une loi importante.Ainsi, en deux domaines particulièrement importants, l\u2019éducation et les relations patronales-ouvrières, les citoyens et les groupes intermédiaires ont-ils pu participer à l\u2019élaboration de la législation.N\u2019est-ce pas là une forme de cette socialisation dont Sa Sainteté Jean XXIII, dans l\u2019encyclique Mater et Magistra, a dit « qu\u2019elle permettra l\u2019épanouissement des qualités naturelles de l\u2019homme et contribuera à créer une harmonieuse communauté humaine, indispensable.pour satisfaire pleinement aux droits et devoirs de la vie sociale » ?En plus d\u2019assurer de meilleures lois, l\u2019expérience marquera une étape et, nous l\u2019espérons, un nouveau départ dans une heureuse et progressive démocratisation du processus législatif.La réforme de la Curie romaine Luigi d'APOLLONIA, S.J.C\u2019EST DE ROME qu\u2019est parti le mot d\u2019ordre d\u2019aggior-namento, qui signifie « le perfectionnement de toute chose intérieure et extérieure de l\u2019Église ».Aussi Paul VI craint-il si peu de parler de mise à jour qu\u2019il se situe lui-même dans la ligne des réformateurs.La Curie romaine, c\u2019est-à-dire ses propres ministères que sont les congrégations romaines, prendra la tête du mouvement et, la première, se mettra à l\u2019heure du Concile: « Il y a des critiques qu\u2019il faut accueillir avec humilité, avec réflexion et avec reconnaissance aussi », a-t-il dit en s\u2019adressant aux cardinaux et au personnel de la Curie, une semaine avant l\u2019ouverture de la seconde session.Il serait puéril de rabaisser l\u2019institution de la Curie romaine.Paul VI parle de service « sublime et indispensable », de tâche « très vaste et très noble ».Comme la création des séminaires, la formation de la Curie, dans ses structures essentielles, est un des résultats historiques du Concile de Trente.A moins, toutefois, de vouloir se donner le ridicule d\u2019être plus catholique que le Pape, ou de subodorer chez les Pères du Concile un mouvement cryptomoderniste, qui oserait prétendre que la Curie romaine, bien que née elle-même d\u2019une réforme, soit à l\u2019abri de toutes routines bureaucratiques, ait été préservée, au cours des siècles, de toutes faiblesses humaines, de tous abus de pouvoir, et miraculeusement conservée, fraîche, vivante, jeune d\u2019esprit?Le Pape a dit, au contraire, de la Curie qu\u2019elle se ressentait du « poids de son âge vénérable ».En cette matière de réformes possibles, Paul VI a des idées bien précises, une longue carrière de 30 ans à la Curie, dont plusieurs à la tête d\u2019un organisme essentiel, la Secrétaire d\u2019État, lui ayant permis d\u2019en partager les travaux et les responsabilités, d\u2019en connaître les qualités, les défauts les excès de zèle.Les réformes se feront « dans la ligne des traditions vénérables et raisonnables, d\u2019une part; et en rapport avec les besoins du temps, d\u2019autre part ».Du reste, ajoutait le Pape, la tâche de la Curie est de telle nature qu\u2019elle ne peut jamais être assez bien remplie: « La mesure du don n\u2019est jamais satisfaite là où il s\u2019agit de servir la cause de Jésus-Christ et des âmes.» Certaines critiques « souvent mal fondées » l\u2019oublient.Mais que demande le Pape?La disparition de tout ce qui est caduc et superflu dans les formes et les règles, un fonctionnement plus efficace et plus approprié, moins de prérogatives temporelles.Mais plus précisément et plus concrètement, que veut-il ?Dans la composition de la Curie, un recrutement plus international; dans la préparation de ses membres, une formation plus œcuménique; dans son esprit, la solidarité, l\u2019obéissance, la collaboration, la prière; 310 RELATIONS dans la réforme de ses structures, la décentralisation.A ce propos, Paul VI a parlé de certaines décisions qui peuvent être mieux prises par l\u2019Ordinaire du lieu ou les conférences épiscopales, « sans porter atteinte à l\u2019ordre ecclésiastique universel ».Il ne s\u2019est pas arrêté là, pourtant.Il a dit plus, beaucoup plus.Telle que constituée, la Curie romaine reflète la juridiction universelle et immédiate du Pape qu\u2019il est seul à posséder sur chaque fidèle, laïc, prêtre, évêque.Elle est loin de refléter, toutefois, la mission universelle des évêques en tant même que collège.Car les évêques n\u2019ont pas seulement la charge d\u2019une communauté particulière.Ils ne sont pas uniquement les chefs de leurs diocèses respectifs.Ensemble, ils forment avec le Pape, selon la volonté du Christ lui-même, le collège des évêques, successeur du collège des apôtres au sein duquel l\u2019évêque de Rome, successeur de Pierre, exerce une primauté de magistère et de juridiction.Le Pape ne peut se passer des évêques qui ne sont pas ses délégués, les agents de son pouvoir central; ni les évêques, du Pape qui n\u2019est pas leur élu, ni leur président, mais l\u2019élu du Saint-Esprit et le vicaire de Jésus-Christ.C\u2019est pourquoi Paul VI, soulignant que des évêques font déjà partie de la Curie, a fait allusion au vœu manifesté lors de la première session: que le corps des évêques comme tel, en la personne de quelques représentants chargés d\u2019un diocèse, soit associé, d\u2019une certaine manière, « conformément à la doctrine de l\u2019Église et à la loi canonique », au chef suprême de l\u2019Église lui-même « dans l\u2019étude et la responsabilité du gouvernement ecclésiastique ».Il s\u2019agirait, en quelque sorte, d\u2019un concile permanent en miniature.Ce ne sera certes pas la Curie romaine, assure le Pape, qui s\u2019opposera à un tel projet, si le Concile le veut, puisqu\u2019elle deviendrait à la fois l\u2019instrument du Pape et celui du collège des évêques uni au vicaire de Jésus-Christ, et qu\u2019à son rang administratif, consultatif, exécutif, sa nécessité, son utilité, sa dignité, son autorité en seraient accrues.* * * Avant de commencer son discours, le Pape s\u2019entretint à bâtons rompus avec son personnel.Il leur promit un jour de congé: applaudissements! Il lui annonça aussi une hausse des salaires: nouveaux applaudissements! Quand il eut fini de dire ce qu\u2019il avait à dire à la Curie, les applaudissements redoublèrent, bien qu\u2019on sût que ce discours, merveille de tact et de franc-parler, était un glaive à deux tranchants.C\u2019est tout à l\u2019honneur de la Curie, siège, aux yeux de tant de gens, de la résistance à l\u2019aggiornamento.Car « tout à Rome fait école, comme disait Paul VI, la lettre et l\u2019esprit, la manière dont nous pensons, étudions, disons, sentons, faisons, souffrons, prions, servons, aimons ».C\u2019était nous dire à tous que l\u2019aggiornamento n\u2019en restera pas là.Les problèmes de l\u2019heure ne sont pas les problèmes d\u2019une administration quelque peu rouillée et insuffisante.Les problèmes sont ceux d\u2019un monde à renouveler, en renouvelant l\u2019esprit et le cœur des chrétiens.Notre tour viendra, puisque la Curie, elle-même réformée, contribuera à « ces réformes dont l\u2019Église en tant qu\u2019institution humaine a un besoin perpétuel ».LA RÉGULATION DES NAISSANCES \u2014 III Note sur les fins du mariage Joseph d'ANJOU, S.J.IA MORALE CONJUGALE qu\u2019elle professe avec tant de constance et de fermeté, l\u2019Église la fonde sur la nature humaine, répètent à l\u2019envi papes et théologiens.De biais ou de front, la plupart de ceux qui supportent mal les applications de cette morale en attaquent le fondement.Ainsi, une conception de l\u2019homme, de sa vraie nature constitue l\u2019enjeu du débat.On dit, en somme, la même chose lorsque, avec les papes, surtout Pie XII, on insiste sur la hiérarchie des fins du mariage, sur leur essentielle subordination.Pour mieux le comprendre, le lecteur voudra bien garder présentes à l\u2019esprit les explications fournies précédemment (1963, juill., p.199; août, p.224) et réfléchir à ce qui suit.Après quoi, il admettra sans effort les conclusions pratiques de la morale conjugale, que des gens sincères mais légers osent juger inhumaines.A l\u2019encontre de préjugés souvent formulés de nos jours, nous avons rappelé que la personne humaine, quoique tout imprégnée de sexualité, soit masculine, soit féminine, transcende le sexe et n\u2019a pas besoin de la copule charnelle pour s\u2019épanouir librement.Nous y reviendrons plus longuement.De plus, l\u2019acte conjugal, vu la finalité procréatrice dont témoigne son caractère inséminateur, a) s\u2019ordonne, de soi, au bien de l\u2019enfant plus qu\u2019à celui des époux et, pour cela, b) se justifie seulement dans le mariage monogamique et indissoluble.D\u2019autre part, le droit (qui suppose la capacité) d\u2019accomplir l\u2019acte conjugal définit l\u2019essence même du mariage, communauté de vie propre au couple humain.Or, a) cet acte implique et exprime normalement, d\u2019une manière sinon exclusive, du moins privilégiée, l\u2019amour spécifique des époux (un amour dit conjugal) et contribue ainsi à leur perfection mutuelle, au progrès du couple comme tel; b) sa finalité procréatrice n\u2019épuise donc pas sa valeur et son sens: accompli par des époux qui s\u2019aiment, il rend NOVEMBRE 1963 311 ceux-ci plus vertueux, plus humains, peu importe que sa fécondité se réalise ou non.Celle-ci, d\u2019ailleurs, relève de conditions que le couple ne pose ni ne dirige à son gré.Premièrement, malgré l\u2019avancement des connaissances dans ce domaine, on ne peut pas encore prévoir avec une absolue certitude le résultat de tel accouplement humain.Une certaine zone de mystère entoure donc l\u2019effet, cependant naturel, de l\u2019acte conjugal, auquel les époux ont droit et par lequel, traduisant leur amour, ils tendent à la perfection de leur état.Parviendra-t-on jamais à réduire, voire à effacer cette zone de mystère ?Problème important, certes, du point de vue pratique, mais, quoi qu\u2019on pense, secondaire en regard des principes.En effet, deuxièmement, la qualité humaine de l\u2019acte conjugal, son aptitude à procurer aux époux accroissement d\u2019amour et de perfection ne tiennent pas d\u2019abord et surtout au fait de sa fécondité, mais à sa conformité avec la nature, œuvre et signe de la volonté du Créateur.En d\u2019autres termes, on peut abuser.correctement du droit conjugal: en procréant sans prudence; car la procréation \u2014 nous l\u2019avons signalé \u2014 se subordonne à l\u2019éducation.On peut aussi fausser l\u2019exercice même de ce droit, en faisant artificiellement échec à la finalité procréatrice de la copule humaine.La fécondité ou la stérilité de tel couple peut demeurer mystérieuse, inexplicable de fait, en dépit de la perfection physique et morale avec laquelle les époux, pour leur part, accomplissent leur « devoir ».La perfection conjugale, comme telle, ne saurait donc dépendre d\u2019un élément dont tous les époux n\u2019ont pas, à titre égal, la libre gouverne.Au contraire, tous les époux, comme tels, peuvent et doi-v ent tendre à la perfection de leur état, en accomplissant, selon les exigences physiologiques de sa nature et les conseils moraux de la prudence, l\u2019acte spécifique de leur amour.On voit de la sorte que nous puissions affirmer (août 1963, p.226): «Ni puritaines, ni manichéistes, la nature et l\u2019Église ne sont pas davantage natalistes à tout prix.» Elles n\u2019autorisent pas l\u2019exercice de la fonction sexuelle à la seule condition qu\u2019il y ait chance ou possibilité de procréation.La prudence inspirant la conduite des époux qui doivent subordonner la faculté procréatrice à l'obligation éducatrice, on ne leur prêche que le respect du caractère inséminateur d\u2019un acte naturellement sacré, puisqu\u2019il a, de soi, pour fin de rendre les époux participants du pouvoir créateur de Dieu.La procréation impose aux parents le devoir inconditionné de l\u2019éducation; la faculté procréatrice ne donne aux époux qu\u2019un droit conditionnel, soumis à la nature même de cette faculté et au droit premier de l\u2019enfant.Or, savoir avec certitude que telle copule parfaitement accomplie demeurera inféconde ne rend pas son accomplissement contraire à la nature.Pourvoir artificiellement à son inefficacité, quand on la présume féconde, voilà l\u2019immoralité contre nature.Tous, après Pie XII, souhaitent que les recherches scientifiques établissent un jour, sans risque d\u2019erreur, le cycle de la fécondité féminine, de manière que les époux exercent, sans inquiétude et sans péché, leur droit conjugal, lorsque la prudence déconseille la fécondité d\u2019une rencontre désirée par l\u2019amour.Ainsi, conformément à la nature et à la grâce, se trouvent sauvegardée la hiérarchie des fins du mariage, que les papes n\u2019ont cessé de proclamer.Explicitons un peu.312 La perfection humaine, ni masculine, ni féminine, ne dépend, de soi, du mariage.Considérée dans son essence, comme institution voulue par l\u2019Auteur de la nature, l\u2019union des époux ne saurait donc avoir pour fin première le bien, la perfection ou l\u2019épanouissement des personnes humaines comme telles.Évidemment, les fiancés qui échangent librement leur consentement doivent, sous peine de faute, avoir une intention droite et viser, comme en tout autre acte, leur bien personnel, leur perfection morale; mais cette perfection, appelée conjugale, qu\u2019ils désirent, ils la poursuivent par le moyen d\u2019une institution de nature, essentiellement ordonnée par le Créateur à la procréation et à l\u2019éducation.Bref, la fin que les époux doivent rechercher comme personnes, leur perfection morale, se subordonne, dans le mariage, institution de nature établie par Dieu, à la fin propre de cette institution.L'état conjugal, comme institution de nature, donc inviolable, impose sa finalité procréatrice et éducatrice aux époux qui y cherchent librement (comme personnes, ils pourraient la chercher ailleurs) leur perfection.Dans cette perspective, comment douter que la procréation et l\u2019éducation, droits stricts des époux, concourent efficacement à leur perfection, s\u2019ils les exercent en dépendance (normale) de leur devoir \u2014 plus rigoureux que leur droit \u2014 de procéder le mieux possible au bien (premier) de leurs enfants ?Pie XII a magnifiquement mis en relief, surtout en parlant aux pères et aux mères de familles nombreuses, cette interdépendance des fins du mariage.La perfection à laquelle doivent tendre les époux, jointe au vœu créateur de leur amour sexuel, les porte normalement à désirer, à acquérir, à cultiver, par leur apostolat auprès de la famille quantitativement et qualitativement accordée à leur compétence parentale, les vertus qui sanctifient: tendresse et chasteté, force et douceur, prudence et humilité, toutes résumées et couronnées par l\u2019amour de charité.On a eu tort naguère, au moins dans certains livres, de sous-estimer les chances merveilleuses de perfectionnement qu\u2019offre la vie conjugale intelligemment comprise; avec le résultat déplorable que les époux se classaient, plus ou moins explicitement, parmi les gens sans vocation à la sainteté, acceptant de vivre un christianisme au rabais, comme si la perfection, la sainteté ne pouvaient fleurir que dans le célibat consacré à Dieu.Par réaction, on aurait tort aujourd\u2019hui, féru d\u2019une pseudo-science mal digérée, de déprécier le célibat, même dans le monde, comme si, dans le langage et la réalité, équilibre et épanouissement personnels n\u2019avaient de sens et de vérité que par et à travers la vie conjugale.La multiplication des « cliniques matrimoniales » devrait atténuer certains emballements à ce sujet.Équilibre, épanouissement, perfection, sainteté: mots et choses trop riches pour tenir à l\u2019aise dans des formules ou des cadres étroits.Même au simple point de vue naturel.Quant à la grâce, elle a depuis toujours fait éclater systèmes et catégories psychologiques ou sociologiques.Pour s\u2019en rendre compte, on n\u2019a qu\u2019à parcourir l\u2019histoire de l\u2019héroïsme et de la sainteté.La brève note qu\u2019on vient de lire facilitera, sans doute, l\u2019acceptation des conséquences tirées du « respect de la nature », principe que nous ne cesserons d\u2019invoquer.RELATIONS Droits et libertés de base en éducation Richard ARÈS, S.J.PLUS IMPORTANTE PEUT-ÊTRE que les amendements au bill 60 qu\u2019elle accompagnait et présentait, se révèle, après une étude attentive, la Lettre du président de l\u2019Assemblée épiscopale du Québec au premier ministre de la province, en date du 29 août dernier.Un point en particulier mérite d\u2019être signalé, parce qu\u2019il laisse présager une évolution extrêmement significative dans la pensée catholique au Québec: les évêques justifient leurs suggestions et demandes, non pas en faisant valoir, comme d\u2019habitude, les droits de l\u2019Église, mais en mettant de l\u2019avant « les droits fondamentaux de la personne » engagés dans le domaine de l\u2019éducation.Le schéma classique en la matière partait toujours des trois grandes sociétés intéressées conjointement à l\u2019œuvre de l\u2019éducation: la famille, l\u2019Église et l\u2019État; il distinguait les droits de chacune et s\u2019efforçait de les coordonner et de les ajuster.La Lettre épiscopale du 29 août abandonne ce schéma \u2014 dont l\u2019inconvénient majeur était d\u2019oublier les droits du principal intéressé, c\u2019est-à-dire de l\u2019enfant \u2014 et s\u2019appuie uniquement sur la base universellement reconnue que sont « les droits fondamentaux de la personne ».Laissant dans l\u2019ombre les droits de l\u2019Église, elle renverse en quelque sorte la perspective, imitant en cela l\u2019encyclique Pacem in terris de Jean XXIII, qui bâtit son ordre de paix mondiale, en partant, non pas des droits des États, mais des droits de la personne humaine.Tout comme l\u2019édifice de la paix dans Pacem in terris, l\u2019édifice de l\u2019éducation dans la Lettre épiscopale se bâtit de bas en haut, en partant de l\u2019homme, de ses droits et de ses devoirs, en centrant sur la personne humaine les préoccupations de tous les groupements sociaux intéressés à l\u2019édifice.Dans cette perspective, l\u2019Église ne revendique pour elle-même rien qu\u2019elle ne revendique aussi et en même temps pour les autres.Au nom des droits fondamentaux de la personne, en particulier \u2014 et ceci est tout à fait nouveau chez nous \u2014 au nom de « la liberté de conscience », l\u2019Église du Québec, par la voix de ses chefs hiérarchiques, demande que le bill 60 « contienne une déclaration explicite des libertés et des droits de base en matière d\u2019éducation », qu\u2019il reconnaisse et garantisse tout particulièrement les trois groupes de droits suivants: celui de l\u2019enfant, celui des parents et celui des enseignants.L\u2019évolution est de taille et mérite une attentive considération.Le droit de l\u2019enfant Le premier intéressé en la question, celui dont les droits sont directement et principalement en cause, est sans contredit l\u2019enfant.Aussi la Lettre épiscopale demande-t-elle que le bill 60 mentionne explicitement et en premier lieu le droit pour tout enfant de bénéficier d'un système d'éducation qui favorise le plein épanouissement de sa personnalité.Une pareille formule devrait, semble-t-il, rencontrer chez nous un accord unanime: les Nations Unies, dans leur Déclaration des Droits, en ont employé une semblable1 et l\u2019encyclique Pacem in terris, dans sa première partie, a développé une idée équivalente2.A noter que la formule de la Lettre assigne pour fin au système d\u2019éducation, non pas une meilleure production, une plus grande adaptation à la société, la grandeur de la nation ou le service de l\u2019État, mais le plein épanouissement de la personnalité de l\u2019enfant: c\u2019est là vraiment la première et principale fin que doit s\u2019assigner un système d\u2019éducation qui se veut humain, c\u2019est-à-dire au service de l\u2019homme avant d\u2019être au service de n\u2019importe quel groupement social.Si nette et si simple qu\u2019elle soit, la formule n\u2019en soulève pas moins, sans les résoudre, certains gros problèmes, par exemple les deux suivants, que je me contente de signaler: de la part de qui ce droit de l\u2019enfant à l\u2019éducation est-il exigible ?et que faut-il entendre par « le plein épanouissement de sa personnalité » ?Il est clair, en réponse à la première question, que les parents demeurent encore les premiers responsables, mais la société est certainement en cause, de même que les Églises, et dans la société civile, tout particulièrement l\u2019organe principal d\u2019organisation et de gouvernement qui a nom l\u2019État.La part de chacun n\u2019est pas facile à déterminer dans l\u2019abstrait; ce qui est sûr, c\u2019est qu\u2019elle doit être telle que l\u2019ensemble contribue au plein épanouissement de la personnalité de l\u2019enfant.D\u2019où l\u2019importance d\u2019avoir une idée aussi juste que possible de cette dernière.Pour les catholiques, en tout cas, un système scolaire n\u2019est satisfaisant que s\u2019il se révèle éducateur de l\u2019homme en toutes ses dimensions, y compris sa dimension spirituelle et religieuse.L\u2019enfant, créature de Dieu en marche vers Dieu, a droit à un système d\u2019éducation qui favorise son épanouissement en tant qu\u2019être religieux, qui par conséquent ne bloque pas son élan vers Dieu.L\u2019enfant y a droit et ce droit demeure exigible à l\u2019égard de ses parents et de la société, même là où parents et société refusent d\u2019en tenir compte.Le droit des parents Il ne faut pas l\u2019oublier, en effet: c\u2019est du droit de l\u2019enfant que découlent principalement tous les autres droits en éducation, en particulier le droit des parents.Ceux-ci, ayant mis au monde un enfant, ont le devoir de le conduire 1,\t«Toute personne a droit à l\u2019éducation.L\u2019éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales.» (Art.26 de la Déclaration universelle des Droits de l\u2019homme.) Voir aussi dans le même sens l\u2019article 7 de la Déclaration des Droits de l\u2019Enfant adoptée par les Nations Unies en 1959.2.\t« La nature revendique aussi pour l\u2019homme le droit d\u2019accéder aux biens de la culture et, par conséquent, d\u2019acquérir une instruction de base ainsi qu\u2019une formation technico-professionnelle correspondant au degré de développement de la communauté politique à laquelle il appartient.» {Pacem in terris, n° 12.) NOVEMBRE 1963 313 et de l\u2019éduquer jusqu\u2019à la vie pleinement humaine: d\u2019où leur droit, leur droit prioritaire qu\u2019affirment les Nations Unies 3 et que la Lettre épiscopale du 29 août voudrait voir reconnu dans le bill 60 en ces termes: « Droit pour les parents de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants ».Premiers gardiens et premiers promoteurs des droits de leurs enfants, les parents sont aussi chargés d\u2019exercer provisoirement ces mêmes droits, non en vue de leur propre bien à eux, mais en vue de celui de leurs enfants.Aussi leur droit de choisir pour ces derniers les institutions d\u2019enseignement les plus appropriées ne doit-il pas s\u2019exercer en ne considérant que leurs propres convictions; toujours, même à eux, s\u2019impose « le respect des droits de leurs enfants ».L\u2019enfant n\u2019est point leur chose: il est déjà un sujet de droits, une personne humaine en voie de formation et d\u2019épanouissement.A noter enfin que, dans une société où s\u2019expriment des croyances diverses, ce droit de choisir ne peut s\u2019exercer librement et efficacement que si, de fait, il existe une pluralité de choix à l\u2019égard de l\u2019école, et non pas un monopole scolaire, quel qu\u2019il soit.En vertu de ce principe et dans la mesure où le Québec devient une société religieusement pluraliste, une plus grande diversité des institutions d\u2019enseignement y apparaît désormais nécessaire.Ce besoin, nos évêques sont les premiers à le reconnaître: « Loin de vouloir imposer aux autres leurs propres conceptions de la culture et de l\u2019éducation, nos catholiques estiment nécessaire que, par des structures pluralistes et souples, le gouvernement assure à chacun une juste liberté.D\u2019autre part, obéissant à leur conscience, ils demandent pour eux-mêmes des écoles confessionnelles.» (Lettre du 29 août.) En conséquence, la question de l\u2019ouverture d\u2019écoles non confessionnelles au Québec n\u2019en est pas une de principe, c\u2019est une question de fait, un problème pratique dont la solution concrète relève à la fois des premiers intéressés à ces écoles et de la prudence des gouvernants.Aux yeux des catholiques québécois, un pareil événement peut apparaître comme un malheur: il n\u2019en découle pas moins de l\u2019application de deux grands principes de base en éducation: le droit de choisir son école selon ses convictions et celui de la liberté de conscience.Le droit des enseignants En plus de ces deux premiers droits: celui de l\u2019enfant et celui des parents, les évêques voudraient que le bill 60 garantisse aussi celui des enseignants; c\u2019est-à-dire que soit reconnu aux personnes et aux groupes aptes à enseigner le droit de le faire en toute liberté et dans des conditions académiques et financières suffisantes à l\u2019accomplissement de leurs fonctions.Nous touchons ici au grand principe de la liberté de l\u2019enseignement, considéré surtout dans ses applications aux institutions non officielles et non étatiques.Le bill 60, disent les évêques, doit tenir compte du droit pour les personnes et les groupes de créer des institutions d'enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins.3.« Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d\u2019éducation à donner à leurs enfants.» (Déclaration universelle des Droits de l\u2019homme, art.26, par.3.) Le respect d\u2019un tel droit est la pierre de touche de la démocratie ainsi que de la paix scolaire dans un État.En témoigne un pays comme la Hollande, où le gouvernement subventionne généreusement les institutions privées qui satisfont aux normes communes établies par lui.En témoignent aussi, mais en sens contraire, les États-Unis, où les écoles catholiques ne peuvent recevoir aucune aide directe du gouvernement fédéral et doivent se financer elles-mêmes en imposant des taxes supplémentaires aux parents catholiques.Il en est ainsi dans beaucoup de nos provinces canadiennes, où l\u2019on concède aux écoles catholiques une certaine liberté juridique, mais non la liberté financière correspondante.Comment la justice peut-elle être sauvegardée quand le droit de choisir son école selon ses convictions s\u2019accompagne ainsi d\u2019une forte pénalité financière?Comment, d\u2019un autre côté, peut-on parler de liberté de l\u2019enseignement là où les institutions officielles monopolisent les privilèges académiques et économiques ?Affirmer le droit de choisir ne suffit pas: il faut que ce droit puisse s\u2019exercer à l\u2019égard d\u2019institutions jouissant de conditions d\u2019existence sensiblement les mêmes, autrement la possibilité du choix n\u2019existe plus en pratique 4.En demandant, dans leur Lettre du 29 août, que notre futur système d\u2019éducation repose sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et garantisse en particulier le triple droit de l\u2019enfant, des parents et des enseignants, les évêques du Québec amorcent, en notre milieu, une évolution \u2014 peut-être même faudrait-il dire une révolution \u2014 beaucoup plus profonde et beaucoup plus prometteuse de paix scolaire que celle que prétend réaliser le bill 60 en recourant au très vieux et trop facile remède de tout remettre entre les mains de l\u2019État.Au nom de la personne humaine, de la liberté de conscience et de la liberté de l\u2019enseignement, les évêques demandent, en somme, trois choses: 1° qu\u2019on édifie au Québec un système d\u2019éducation qui permette à tout enfant, sans doute de s\u2019instruire, mais aussi de développer au maximum sa propre personnalité, en toutes ses dimensions, y compris la dimension religieuse; 2° que ce nouveau système d\u2019éducation respecte entièrement le droit des parents et leur offre, en particulier, la possibilité de choisir, sans être financièrement pénalisés, les institutions d\u2019enseignement qu\u2019ils estimeront les plus aptes à assurer le respect des droits de leurs enfants; 3° que toutes les institutions qui satisfont aux normes communes établies par l\u2019État jouissent, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, de conditions équivalentes aux points de vue juridique, académique et financier, de manière à ce que soit pleinement sauvegardée, en pratique comme en théorie, la liberté de 4.Voir à ce sujet l\u2019ouvrage récent de Virgil C.Blum, S.J., Freedom of Choice in Education, signalé plus loin à la page 337.Voir aussi le projet de Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels élaboré par la Commission des droits de l\u2019homme des Nations Unies; ce projet prévoit avec grande netteté la liberté de l\u2019enseignement: « Dans l\u2019exercice des attributions qui leur incombent en matière d\u2019éducation, les États parties au présent pacte s\u2019engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légitimes, de choisir pour leurs enfants des établissements autres que ceux des pouvoirs publics, mais conformes aux normes minima qui peuvent être prescrites ou approuvées par l\u2019État en matière d\u2019éducation, et de faire assurer l\u2019éducation religieuse de leurs enfants conformément à leurs propres convictions.» 314 RELATIONS choix des parents et des enfants à l\u2019égard des institutions d\u2019enseignement.L\u2019expérience démontre que, là où ces principes et ces droits sont respectés, la paix scolaire règne et que, là où ils ne le sont pas, des conflits sans cesse renaissants déchirent le corps social et empêchent l\u2019amitié civique.Aussi faut-il souhaiter que le gouvernement du Québec, dans sa nouvelle version du bill 60, non seulement proclame ces principes et ces droits, mais s\u2019en inspire profondément, au point d\u2019en faire, ainsi que le suggère la Lettre épiscopale, « comme l\u2019âme du système d\u2019éducation et des structures qu\u2019on veut établir ».L'Église et les Noirs aux États-Unis John LaFarge, S.J.Quand je frappai à sa porte, il vint vers moi, malgré son grand âge, et me demanda si je voulais me confesser.A quoi je répondis que, pour le moment, je voulais m'entretenir avec lui du problème racial aux États-Unis.Il m'indiqua une chaise: « Et puis, me demanda-t-il, que pensez-vous de la Marche sur Washington, cet été ?» Et sans attendre ma réponse: « Extraordinaire, dit-il, n'est-ce pas ?Ni les Noirs ni les Blancs ne seront plus les mêmes.» Ce vieux prêtre, courbé par l'âge, avait consacré plus de 50 ans de sa vie à la promotion des Noirs.Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet: Interracial Justice, The Race Question, No Postponement, The Catholic Viewpoint on Race Relations, etc.Né en 1880, fils de John LaFarge, artiste-peintre célèbre, et de Margaret Perry, arrière-petite-fille du Commodore Perry qui ouvrit te Japon au monde occidental.Harvard, promotion de 1901.Ordonné prêtre à Innsbruck, Autriche, le 26 juillet 1905.Novice jésuite, 12 novembre 1905.Envoyé provisoirement dans les missions du sud du Maryland, il y exerce son apostolat pendant 11 ans.Rédacteur à la revue America depuis 1926.Cofondateur de la Liturgical Arts Society, du Catholic Interracial Movement.Tous ces détails se trouvent, sans doute, dans quelques dictionnaires des vedettes (Who\u2019s Who en français).Rien ne saurait rendre la lumière du regard, l'intelligence du sourire, la courtoisie du geste, ni exprimer la familiarité avec la sagesse, la faim et la soif de justice, la présence calme et attentive au surnaturel de ce prêtre qui se veut « américain comme les autres ».Voici les questions que je lui posai, et les réponses qu'il me donna.Luigi d\u2019Apollonia, S.J.COMMENT EXPLIQUER que les jésuites et les carmélites, établis clans le Maryland, avaient des esclaves ?Évidemment, il est nécessaire de se rappeler la situation historique: toute l\u2019économie du Maryland, à la suite de l\u2019intrusion des Virginiens, reposait sur l\u2019institution de l\u2019esclavage.Impuissants à modifier cette structure, les jésuites estimaient que, dans les circonstances, l\u2019agriculture avait besoin de bras, comme vous dites, de bras noirs.Par ailleurs, les jésuites considéraient les Noirs comme leurs pupilles, qui avaient, par conséquent, droit à l\u2019Évangile, droit au ministère du prêtre, droit à leur banc à l\u2019église; le plus souvent à l\u2019arrière, il est vrai, ou dans le jubé.Dans certaines églises, cependant, \u2014 l\u2019église Saint-Nicolas, par exemple, \u2014 Noirs et Blancs prenaient place côte à côte.Pendant tout le temps du carême, les cours de catéchisme se donnaient au manoir.Plusieurs gentlemen catholiques en faisaient autant.Et ces cours, je dois le dire, étaient fort complets.Les Noirs avaient d\u2019excellentes mémoires.Ils avaient leur Congrégation de la Sainte-Vierge, leurs associations pieuses.Vieillards, malades, invalides étaient à la charge des Pères.Tout compte fait, les jésuites firent preuve de zèle et de charité, et se comportaient avec les Noirs comme saint Paul prescrivait à Philémon de se comporter avec Onésime, l\u2019esclave fugitif.C\u2019était chose connue.Voilà pour l\u2019aspect religieux.Quant à la promotion sociale et culturelle des Noirs, elle était laissée à l\u2019initiative d\u2019un chacun.Avant la guerre civile, on n\u2019y pensait guère.Après la guerre civile, il y eut de magnifiques apôtres sociaux avec lesquels j\u2019ai eu le bonheur de travailler, le Père Abraham Emerick, venu du nord, le Père Brent Matthews, d\u2019une vieille famille du Maryland.Ces hommes avaient à cœur l\u2019éducation des Noirs.Ils passaient pour quelque peu « excentriques ».Car la promotion des Noirs était laissée au compte d\u2019un chacun.Aucun plan d\u2019ensemble, aucun effort concerté, aucune ligne de conduite adoptée en haut lieu.Dommage! Bref, l\u2019esclavage était une institution inhumaine dont les jésuites ne pouvaient que mitiger l\u2019injustice profonde.Une fois, une seule fois, à St.Inigoes, ils vendirent des Noirs.Ce fut une erreur monumentale qu\u2019il est impossible de se rappeler sans un serrement de cœur.Mais cette histoire serait trop longue à raconter.Pour ce qui est des Carmélites, je n\u2019ai aucune lumière spéciale à leur sujet.Je sais ce que tout le monde sait, que les esclaves faisaient partie de leur dot.En quoi Vattitude de /\u2019Église catholique a-t-elle différé de l'attitude des diverses Églises protestantes ?Elle fut certainement différente, encore qu\u2019il y eût des protestants d\u2019une remarquable ouverture d\u2019esprit et de NOVEMBRE 1963 315 cœur.Sauf cas très rares, on n\u2019a pas interdit aux Noirs l\u2019entrée de nos églises.Et il n\u2019y eut pas une Église catholique pour les Noirs, comme il existe une Église baptiste pour les Noirs.Si l\u2019on veut saisir les comportements différents des pays catholiques et des pays protestants, il faut lire l\u2019excellent petit livre de Frank Tannenbaum, professeur à l\u2019Université Columbia.Le titre est Slave and Citizen.Au palmarès, Espagnols et Portugais arrivent bons premiers; Anglais et Hollandais, bons derniers.Mother Katharine Drexel a consacré sa vie à la cause des Noirs.Pour eux, elle a fondé la Congrégation des Blessed Sacrament Sisters.Comment expliquez-vous qu'elle établit V Université Xavier, à la Nouvelle-Orléans, sur le principe que vous avez toujours combattu: la ségrégation ?Il fallait secourir les Noirs, répondait Mother Katharine.Se faire défenderesse de leurs droits civils eût été se condamner à ne rien faire, à tout perdre sous prétexte de vouloir tout gagner.En fait, les évêques du Sud se sentaient incapables de faire face sur ce point aux préjugés de la vaste majorité protestante.Ils n\u2019auraient pas appuyé Mother Katharine.Elle se rendit compte plus tard de la sagesse du Mouvement interracial catholique.Ses anciennes élèves ne pouvaient obtenir fût-ce un emploi de secrétaire, parce qu\u2019elles avaient la peau noire.Ce n\u2019était plus une question de compétence, mais une question de race: un problème de justice interraciale, un problème moral.Il fallait donc éduquer aussi les Blancs.C\u2019est étrange: sa sœur, madame Louise Morrell, comprit avant Mother Katharine; elle n\u2019était pas une sainte, cependant.Mother Katharine, au début de son apostolat, fut en butte à toutes sortes d\u2019oppositions de la part des laïques catholiques.De la part de certains évêques aussi.Or, cette fille de Dieu était, par nature, d\u2019une très grande prudence.De plus, elle était convaincue que, pour toucher le cœur des plus pauvres parmi les pauvres, il fallait embrasser une vie de sacrifices et d\u2019humiliations.Ce qui n\u2019était pas si mal pour une fille de la haute société de Philadelphie, dont le père était riche à millions.Entre la lettre collective des évêques de 1943 et celle de 1958, les catholiques ont-ils pris conscience de la gravité morale de ce problème ?Y a-t-il encore des églises où les Noirs doivent «garder leur place », venir communier après le Blancs ?S\u2019il n\u2019y avait pas eu de progrès, ce serait à désespérer.La décision unanime de la Cour suprême, en 1954, renversant la doctrine du separate but equal de la même cour, en 1896, porta un coup mortel au principe de la ségrégation.L\u2019Église dans le Sud n\u2019avait plus à craindre d\u2019enfreindre la loi, de troubler l\u2019« ordre ».La déclaration faite par les évêques, en 1958, me semble tenir du miracle.Cette déclaration sur les droits civils eut été inconcevable sans le courage du P.John Cronin, S.S., porte-parole officieux de l\u2019assemblée nationale des évêques sur le problème du communisme.Depuis ce jour, non seulement les évêques ont-ils signé une autre lettre conjointe sur les droits civils des Noirs, mais 42 évêques parmi lesquels 4 cardinaux sur 5 (le cardinal McIntyre est la seule exception) ont ajouté à cette lettre collective une lettre personnelle à leurs diocésains.Quelques-unes vibrent d\u2019éloquence et de conviction.Sept évêques prirent part à la marche mémorable sur Washington, le 28 août dernier, et plusieurs y déléguèrent leurs représentants.Dans les églises du Sud, les Noirs s\u2019approchent de la sainte Table avec les Blancs.Il peut y avoir de rares exceptions.Souvent, ce sont les Noirs eux-mêmes qui hésitent: la persistance de vieilles coutumes est un fait sociologique très connu.Comment les catholiques \u2014 je ne dis pas l'Église \u2014 ont-ils accueilli la décision de la Cour suprême en 1954 ?Les catholiques, pour la plupart, s\u2019intéressent peu aux décisions de la Cour suprême.Ils sont aussi quelque peu lents à mettre en pratique les enseignements de la morale catholique.Le duel est un exemple consigné par l\u2019histoire.Ce n\u2019est que par un long et patient labeur d\u2019enseignement qu\u2019une décision comme celle de la Cour suprême peut pénétrer au cœur des masses.Et c\u2019est là précisément la raison d'être du Mouvement interracial catholique.L\u2019idée que la ségrégation raciale est une pure affaire civile, étrangère à notre sainte foi, s\u2019explique par l\u2019histoire de l\u2019immigration catholique au pays.L\u2019Église se donnait beaucoup de mal à défendre ses propres enfants méprisés, irlandais, allemands, polonais, italiens.Ce n\u2019est que tout récemment que nous sommes sortis de ce cercle de nos préoccupations.Il faut voir là, je pense, un effet sociologique du brassage d\u2019hommes accompli par la dernière guerre.Mais on ne dira jamais trop aux catholiques que la justice sociale relève de la morale chrétienne avant de relever de la politique.Il faut le redire sans relâche, sans répit, à tort et à travers.Quelle influence peuvent avoir un monsieur Leander Perez et une madame Gaillot à la Nouvelle-Orléans ?Aucune.Absolument aucune.Ils ne comptent pas.L\u2019attitude ferme de l\u2019archevêque John Cody a disposé d\u2019eux.Que pensent les Noirs de l'attitude de /\u2019Église ?Le pasteur Martin Luther King, Roy Wilkins, Phil Randolph ?Y a-t-il un dialogue réel entre eux et l'Église ?Pacem in terris qui traite du problème racial et des droits des minorités les a-t-il atteints ?D\u2019une manière générale, les Noirs au courant sont fort impressionnés par l\u2019enseignement de l\u2019Église sur le problème racial.Roy Wilkins, Phil Randolph, Kenneth Clark, Benjamin McLaurin et d\u2019autres ont, à maintes reprises, professé publiquement leur admiration pour l\u2019Église.Quant au pasteur Martin Luther King, il était d\u2019abord réservé, froid même.Depuis, il est devenu un ami.Les Noirs ne connaissent pas l\u2019encyclique Pacem in terris.Les catholiques eux-mêmes la connaissent-ils pour la peine ?Comme je l\u2019explique dans mon livre No Postponement, la doctrine sociale de l\u2019Église, les principes de Quadragesimo Anno trouvent des applications très concrètes dans la situation des Noirs aux États-Unis.Il faut vraiment être aveugle pour ne pas les voir.Comment expliquer le petit nombre de catholiques noirs aux États-Unis ?Les esclaves noirs prirent la religion de leurs maîtres qui étaient tous protestants, hormis au Maryland et en Louisiane.Il reste que l\u2019Église a raté de magnifiques occasions, tant dans le Nord que dans le Sud du pays, de se 316 RELATIONS rallier les Noirs.Il y aurait tant à dire là-dessus; et je ne voudrais en rien mésestimer le travail qui s\u2019est fait, ni, bien sûr, diminuer le mérite de magnifiques apôtres.Je me contenterai donc de noter quelques faits saillants.a)\tLa conversion des Noirs s\u2019est butée à de graves obstacles, par la faute parfois des catholiques eux-mêmes.A dire vrai, on n\u2019a pas toujours voulu des Noirs dans nos paroisses.Quand feu le cardinal Hayes lança l\u2019apostolat parmi les Noirs de New York, il était mû sans doute par le zèle des âmes.N\u2019empêche qu\u2019il voulait aussi tenir les Noirs à l\u2019écart des paroisses des Blancs; il ne voulait certainement pas les voir dans la paroisse de la cathédrale St.Patrick.La présence des Noirs dans nos vieilles paroisses eut été une sorte de tache sociale.Elle eut retardé la montée des immigrants catholiques.Les Noirs dans l\u2019Église universelle, ça oui! Pas trop proche, toutefois! Pas dans sa paroisse! Du reste, ils étaient «beaucoup plus heureux à part»! b)\tLes catholiques étaient moins sympathiques à la cause de l\u2019abolition de l\u2019esclavage qu\u2019on eût été en droit de s\u2019attendre.A cela, il y avait diverses raisons, les unes, ma foi, fort respectables.Les « abolitionnistes » étaient souvent de remuants antipapistes, de sorte que les catholiques se trouvaient à appuyer, en politique, ceux-là qui ne leur étaient pas hostiles mais qui, hélas, étaient partisans de l\u2019esclavage.Il est triste quand même de voir dans les années qui précédèrent ou suivirent immédiatement la guerre civile, des chefs catholiques, comme l\u2019évêque England de la Caroline du Sud, chercher refuge dans la « prudence », cependant qu\u2019à Rome on ne comprenait que peu ou prou de quoi il revenait, sinon que la question était brûlante, qu\u2019il fallait y aller piano mâ sano, ce qui voulait dire piétiner sur place.c)\tPersonnellement, je regrette que les jésuites du Sud des États-Unis n\u2019aient pas fait assaut de zèle.Ils n\u2019ont commencé à payer d\u2019audace que récemment.Le Collège Spring Hill (Mobile, Alabama), cependant, a tracé la voie à la déségrégation, longtemps avant la décision de la Cour suprême.d)\tCompte tenu des circonstances, sans oublier non plus l\u2019exemple de tant d\u2019apôtres et le souci de tant d\u2019évêques, l\u2019Église, vers la même époque, a perdu une chance unique, à mon avis, d\u2019évangéliser les Noirs.Aucune langue étrangère à apprendre.Aucune longue distance à franchir.Aucun exil à s\u2019imposer.Aucune coutume tribale à comprendre.Les Noirs étaient là, à tout bout de champ, pour ainsi dire.Il est vrai que la population catholique était alors, en très grande majorité, urbaine, et la population noire, en très grande majorité, rurale.Il était difficile à l\u2019Église de rejoindre les Noirs sur les plantations protestantes.Cependant, lorsque les Noirs commencèrent à émigrer vers les villes, au point où on les croisait à tous coins de rue, on fit si peu que rien pour les accueillir, les prendre pour frères.Au contraire, on vit les catholiques courir s\u2019inscrire dans les « ligues de défense ».e)\tEnfin, le problème des droits civils des Noirs était une question que, pour toutes sortes de raisons historiques, les catholiques préféraient ne toucher que du bout des doigts.L\u2019archevêque Ireland de Saint Paul, Minnesota, fut une exception prophétique.Si grands et perspicaces qu\u2019ils fussent, par ailleurs, plusieurs prélats américains voyaient NOVEMBRE 1963 dans les réclamations des Noirs une forme rampante de socialisme et, plus récemment, une forme clandestine de communisme.Ce n\u2019est qu\u2019en l\u2019an de grâce 1963 que l\u2019épiscopat américain s\u2019est dressé de toute sa taille et a vu dans la revendication des droits civils pour les Noirs une question morale qui nous concerne tous en tant même que catholiques.Ce fut long à venir! Vous avez beaucoup travaillé avec les Noirs.Quelles qualités d'esprit et de cœur leur reconnaissez-vous qui embelliraient l'Église ?Les Noirs, les femmes comme les hommes, sont de remarquables organisateurs.On les dit grégaires; je préfère les dire sociables et gais.De tempérament, ils ne sont pas rebelles.Loin de là.Ils sont plutôt conservateurs et respectueux.Savez-vous qu\u2019à part les Indiens, ils forment le seul groupe aux États-Unis qui n\u2019a pas d\u2019attaches étrangères ?Ils aiment le théâtre, le rythme, la danse.La liturgie silencieuse de nombre de nos paroisses ne peut avoir que peu d\u2019attraits pour eux.Le chant grégorien ne les touche pas.J\u2019ai enseigné moi-même le chant grégorien à un groupe mixte.Les enfants blancs chantaient suivant les indications données; les enfants noirs d\u2019instinct se mettaient à improviser et à harmoniser leur propre mélodie.La solution à ce problème n\u2019est pas de créer des paroisses « spéciales » pour les Noirs.Elle est dans la participation de tous aux saints mystères.Oui, les Noirs se sentiraient beaucoup plus chez eux dans nos paroisses si la piété s\u2019y exprimait de manière moins individualiste, comme le veut le tempérament irlandais, et beaucoup plus communautaire, comme le veut la liturgie elle-même.Quelles vertus fondamentales devraient caractériser notre conduite à l'égard des Noirs ?Deux: l\u2019amour et la patience.Aimer les Noirs non pas parce qu\u2019ils sont Noirs, \u2014 c\u2019est là être fantasque, \u2014 mais parce qu\u2019ils sont des personnes humaines, créées à l\u2019image de Dieu et rachetées par le sang du Christ.De la patience ensuite, beaucoup de patience, car ils sont pauvres, et leur psychologie a été profondément marquée par une expérience historique.L\u2019essentiel est de comprendre que nous n\u2019avons pas affaire à des statistiques, mais à des êtres humains comme vous et moi.La marche récente sur Washington à laquelle prirent part tant de prêtres laisserait-elle présager un mouvement de conversion ?Nul doute, ce fut un événement extraordinaire.J\u2019avais quelque crainte.Tout se déroula dans l\u2019ordre, la dignité, l\u2019harmonie, avec des chants, des hymnes et des discours.Spectacle inoubliable.J\u2019y ai assisté du monument Lincoln.Plus de 1000 prêtres et 7 évêques y participèrent.Il y aurait eu autant de cornettes, si l\u2019archevêque de Washington n\u2019avait pas demandé à ses religieuses de consacrer ce jour-là à la prière.Non, je ne prévois pas de mouvement de conversion chez les Noirs.Comme je vois la chose, leur conversion dépendra du lent travail du mouvement œcuménique, qui réunira les divers groupes religieux dans un même effort concerté en vue de faire des Noirs des citoyens à part entière.Les Noirs en profiteront spirituellement, et l\u2019Église elle-même en sera comme vivifiée.Dieu le veuille! Que, dans sa bonté, Il fasse que l\u2019attente ne soit pas trop longue! 317 Corps intermédiaires et bill 60 Jacques COUSINEAU, S.J.DEPUIS LA PARUTION des encycliques Mater et Magistra et Pacem in terris, la réflexion s\u2019est beaucoup portée sur les corps intermédiaires dans tous les milieux, et ce, particulièrement dans le nôtre sensibilisé à cette réalité sociale par plusieurs éditions et commentaires de ces documents.La campagne orchestrée autour du bill 60 a donné une résonance concrète et pratique à cette prise de conscience, sans toutefois dissiper la confusion qui règne à ce sujet.Ce regain de faveur auprès des mêmes autorités sociales, qui tout récemment combattaient toute institutionalisation des rapports économico-sociaux, ne laisse pas que d\u2019étonner et invite à une sérieuse recherche en la matière.Le sens des mots Dans son message de la fête du Travail, la Conférence catholique canadienne (C.C.C), qui réunit les Cardinaux, Archevêques et Évêques du Canada, appelle corps intermédiaires « les diverses associations, organisations et institutions établies indépendamment de l\u2019initiative publique ».Un manuel français qui fait autorité, Initiation économique et sociale (Chronique sociale) les définit « des groupes organisés, institutionnels, situés entre la personne et l\u2019État » et donne comme exemples la famille, la commune, les sociétés professionnelles.On le voit, l\u2019extension du vocable est plus large dans le premier cas et englobe sous un seul chef ce que la Semaine sociale de Caen, en France, tenue en juillet dernier, distingue par deux mots: groupes et corps.Le qualificatif « intermédiaire » réfère toujours à la médiation entre l\u2019individu et l\u2019État.De fait, les groupes intermédiaires s\u2019entendent de plus en plus, dans l\u2019usage courant inspiré de l\u2019américain, de groupes de pression et évoquent, dans un contexte de socialisation et d\u2019intervention plus fréquente de l\u2019autorité politique dans la vie sociale, les luttes menées d\u2019ordinaire pour obtenir des pouvoirs publics des décisions plus conformes aux intérêts ou aux idées d\u2019une catégorie de citoyens.Dans la plupart des cas, ce sont des groupes d\u2019intérêts; ils réunissent un ensemble d\u2019individus possédant une ou plusieurs caractéristiques communes, chez qui a joué un mécanisme volontaire d\u2019unification quand l\u2019intérêt commun a été assez vivement ressenti par eux pour désirer ou accepter une organisation qui prenne cet intérêt en charge.Ils ne forment pas une catégorie homogène; ce peut être des groupements dont l\u2019action politique est l\u2019unique moyen d\u2019action et d\u2019autres dont elle n\u2019est que l\u2019une des préoccupations.On peut y distinguer deux sortes d\u2019organismes.Les uns ont pour objectif principal la conquête d\u2019avantages matériels ou l\u2019accroissement de bien-être pour leurs adhérents; exemples: les organisations syndicales, telles que la F.T.Q., la C.S.N.Les autres puisent leur raison d\u2019être dans la défense de positions spirituelles ou dans la pro- 318 motion de causes; ce sont des groupes à vocation idéologique, comme la Ligue d\u2019Action nationale ou les Chevaliers de Champlain.Ainsi compris, le groupe de pression se définirait tout groupement permanent de personnes que rassemble une communauté de situation, d\u2019intérêts ou d\u2019idées et qui vise à défendre cette communauté auprès du pouvoir politique et à lui assurer la place la plus large possible dans la société.Le corps intermédiaire authentique, lui, se distingue du groupe d\u2019intérêts pur et simple; tandis que ce dernier a pour principe, en règle générale, la défense, parfois même l\u2019offensive, le corps intermédiaire est d\u2019abord le gérant d\u2019une part du bien commun, sa tâche essentielle est une tâche de gestion, avec, sur ses membres, une action d\u2019autodiscipline et de développement personnel.Le groupe d\u2019intérêt ou de pression naît « contre », le corps intermédiaire agit « pour ».M.Jean Rivero concluait une analyse similaire: « Il y a corps intermédiaire partout où une communauté prend conscience de son unité, s\u2019efforce de se discipliner et de se développer elle-même et accepte de soumettre ses intérêts au primat de l\u2019intérêt général.» Dans le domaine de l\u2019organisation professionnelle, les comités paritaires prévus par la loi de la convention collective semblent être le meilleur exemple que nous ayons de ces corps intermédiaires.Dans le secteur de l\u2019éducation, la commission scolaire offre le modèle caractéristique par excellence, puisque sa raison d\u2019être découle des droits de la famille et de ceux de la commune, les parents ayant reçu de la nature le droit de décider ce qui regarde l\u2019éducation de leurs enfants et les voisins possédant le droit, fondé sur leurs besoins de fait, de se grouper en unité territoriale.Pour reprendre les expressions de Me Paul Gérin-Lajoie et de M.Arthur Tremblay, rédacteurs du Mémoire de la Fédération des Commissions scolaires à la Commission Tremblay, « nous croyons devoir souligner que les corporations scolaires sont, elles aussi, un genre de gouvernement responsable ».La doctrine des corps intermédiaires L\u2019attribution de droits aux corps intermédiaires découle d\u2019un ensemble de principes qu\u2019éclaire la vision chrétienne de l\u2019homme et de la société.L\u2019exposé fondamental se trouve dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno; ce texte de Pie XI est, sous une forme solennelle, un remarquable dosage de fermeté et de souplesse, de certitude dans les principes et de nuance dans les applications; le voici (les italiques sont de nous): Un très grave principe de philosophie sociale demeure fixe et immuable, et l\u2019on ne saurait l\u2019ébranler ni le transformer: de même qu\u2019on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce RELATIONS serait commettre une injustice en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes.L\u2019objet naturel de toute intervention en matière sociale est d\u2019aider les membres du corps social, et non pas de les détruire, ni de les absorber; que l\u2019autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur les affaires de moindre importance où se disperserait à l\u2019excès son effort, elle pourra dès lors assurer plus librement, plus efficacement, plus puissamment les fonctions qui n\u2019appartiennent qu\u2019à elle, parce qu\u2019elle seule peut les remplir: diriger, surveiller, stimuler, contraindre, selon ce que réclament les circonstances et la nécessité; que les gouvernements s\u2019en persuadent: plus parfaitement sera réalisé, dans le respect de ce principe de la fonction subsidiaire de tout groupe social par rapport au groupe inférieur, l\u2019ordre hiérarchique entre les diverses composantes du corps social, plus grandes seront l\u2019autorité et l\u2019efficience sociale, plus heureux et plus prospère l\u2019état des affaires publiques.Jean XXIII, qui cite en son encyclique Mater et Ma-gistra ce passage capital, précise dans quelles conditions doit s\u2019appliquer cette doctrine: Il est requis que les hommes investis d\u2019autorité publique soient animés par une saine conception du bien commun.Celui-ci comporte l\u2019ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les hommes ce développement intégral de leur personnalité.Nous estimons, en outre, nécessaire que les corps intermédiaires et les initiatives sociales diverses, par lesquelles surtout s\u2019exprime et se réalise la « socialisation », jouissent d\u2019une autonomie efficace devant les pouvoirs publics, qu\u2019ils poursuivent leurs intérêts spécifiques en rapport de collaboration loyale entre eux et de subordination aux exigences du bien commun.On aura sans doute remarqué deux points en cette précision donnée: une définition du bien commun, contrastant singulièrement avec d\u2019autres entendues récemment, lesquelles trahissent une conception moins saine de la chose, \u2014 et une affirmation de la nécessité d\u2019une « autonomie efficace » accordée aux corps intermédiaires.Jean XXIII est le premier souverain pontife à appeler officiellement « principe de subsidiarité » cette justification doctrinale des corps intermédiaires.La terminologie va nous aider à mieux comprendre ce principe.Il peut en effet recevoir et a reçu de fait deux interprétations, l\u2019une négative, l\u2019autre positive.La première, mettant l\u2019accent sur ce que les groupements d\u2019ordre inférieur peuvent accomplir par eux-mêmes, tend à ne confier à l\u2019État que les entreprises déficitaires et les besognes obscures, difficiles ou autrement impossibles.Dans un climat où les phénomènes de socialisation se multiplient et prennent de l\u2019extension, accepter cette conception, c\u2019est livrer un combat d\u2019arrière-garde voué à l\u2019échec: l\u2019État finirait par absorber tout ce qui est difficile, et donc ce qui est d\u2019envergure et de dimension nationale.Tout aujourd\u2019hui devient national! Dans cette conception, l\u2019État et les corps intermédiaires sont comme des rivaux.La perspective est tout autre si l\u2019on adopte une conception positive de ce principe.Un jésuite allemand qui a collaboré à la préparation de Quadragesimo anno, le R.P.von Nell-Breuning, a déjà signalé que subsidium veut d\u2019abord dire aide, assistance et non remplacement ou ersatz, et donc qu\u2019appliquer le principe de subsidiarité ce n\u2019est pas confier aux pouvoirs publics un rôle supplétif d\u2019assistance mais une tâche positive, à la mesure de leur capacité, en sorte qu\u2019ils aideront leurs membres et favoriseront leur épanouissement.Quadragesimo anno le dit formellement: « L\u2019objet naturel de toute intervention en matière sociale est d\u2019aider les membres du corps social et non pas de les détruire ni de les absorber.» Le P.von Nell-Breuning ajoute: « Le principe de subsidiarité doit être appliqué aux groupes sociaux inférieurs et par leur intermédiaire à l\u2019homme.» Le critère ultime de l\u2019intervention de l\u2019État est donc l\u2019homme, sa personne et son épanouissement complet.Membre de la société politique et comme tel soumis à l\u2019autorité de l\u2019État, l\u2019homme développe sa liberté dans des corps intermédiaires.Aussi le pouvoir politique doit-il lui permettre de grandir à l\u2019aise dans les communautés fondamentales, telles que la famille et la municipalité, \u2014 et de créer d\u2019autres communautés, dans lesquelles s\u2019exercent ses droits et devoirs, et toutes libertés solidaires.Certes, à notre époque et dans l\u2019univers de la socialisation qu\u2019envisage Mater et Magistra, « l\u2019intervention de l\u2019État doit se faire de plus en plus multiforme et pénétrante pour remplir sa fonction qui est « d\u2019encourager, stimuler, suppléer et intégrer » (expressions de Quadragesimo anno reprises dans Mater et Magistra); mais cette intervention n\u2019a de sens que si elle porte sur des libertés » (P.Roger Hec-kel, S.J.) qui se développent dans leur champ normal d\u2019exercice, les corps intermédiaires, selon la responsabilité et les moyens propres de chacun.Précisément, les corps intermédiaires permettent à la personne de s\u2019épanouir dans un champ à sa mesure; ils protègent sa liberté contre les empiétements des individus, des autres corps et des pouvoirs publics.D\u2019autre part, ces corps structurent la société et lui assurent stabilité et souplesse, en la rendant organique; « s\u2019ils limitent l\u2019action de l\u2019État, ils la facilitent cependant, car ils le déchargent de besognes qui ne sont pas les siennes » {Initiation économique et sociale, T.I, p.146).Dès lors, on s\u2019explique ce jugement d\u2019un moraliste politique: « L\u2019intervention immédiate de l\u2019État (celle qui ne compte pas sur les corps intermédiaires) serait injuste pour les personnes, ruineuse pour le dynamisme social et généralement inefficace.» (P.Heckel.) Cette doctrine des corps intermédiaires vaut pour tous les secteurs de l\u2019activité humaine.L\u2019importance et la nature de leur participation à la vie sociétaire doivent certes entrer en ligne de compte quand il s\u2019agit de structurer la société ou de la rendre organique.Un groupement culturel comme le Festival international du Film de Montréal ne saurait prétendre jouer auprès du Conseil supérieur du Travail un rôle égal à celui des groupements patronaux et ouvriers.Mais « le pouvoir politique a le devoir de traiter également tous les groupements selon des critères objectifs et juridiques, qui ne tiennent pas compte de la faveur ou de la fantaisie politique » (Daniel Pépy).Application au bill 60 Le bill 60, dans sa teneur actuelle, nous introduit-il dans une démocratie organique?Ce régime consiste essentiellement dans une délégation de pouvoirs à des corps intermédiaires authentiques qui, par rapport au gouvernement, possèdent l\u2019autonomie dans leur sphère propre, une fois que celle-ci a été déterminée par le pouvoir législatif de l\u2019État.Il n\u2019y a rien de tel dans le bill 60, puisque aucun pouvoir réel n\u2019est délégué au corps intermédiaire que pourrait être le Conseil supérieur de l\u2019Éducation.NOVEMBRE 1963 319 Suffit-il pour établir la démocratie organique dans l\u2019enseignement, que la nomination des membres du Conseil supérieur de l\u2019Éducation soit faite par le pouvoir exécutif « après consultation avec les autorités religieuses et les associations ou organisations les plus représentatives des parents, des enseignants, des administrateurs scolaires et des groupes socio-économiques » (Bill 60, chap.58B, art.5) ?La procédure qui constituera le collège électoral ne figurant pas dans le projet de loi, on ne peut que juger d\u2019après ce fait brut: les groupements représentatifs ont le droit, \u2014 collectif ou individuel, on l\u2019ignore, \u2014 de présenter des candidats parmi lesquels le gouvernement choisira ses élus.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que la démocratie organique n\u2019y trouve pas son compte.Il faut ajouter que le communiqué ministériel qui propose la composition du collège électoral du Conseil accorde à des groupes de pression politique autant d\u2019influence qu\u2019aux corps intermédiaires responsables de l\u2019enseignement.C\u2019est aller nettement à l\u2019encontre de la doctrine exposée plus haut.Enfin, manquent les critères objectifs et juridiques qui détermineront la représentativité entre les groupements choisis à l\u2019intérieur des secteurs; cela ne laisse pas d\u2019inquiéter: des groupements peu représentatifs auront-ils autant de poids que d\u2019autres très représentatifs ?Les candidats proposés seront-ils nombreux au point que le gouvernement nommera qui il voudra ?Le seul pouvoir que délègue l\u2019actuel bill 60 est accordé aux comités confessionnels.Même en ce cas, personne ne peut prétendre que cette concession limitée consacre l\u2019autonomie des comités et des systèmes d\u2019écoles tels qu\u2019ils existent présentement.La conclusion s\u2019impose: le bill 60 n\u2019instaure pas la démocratie organique.Ce genre de démocratie exige une délégation permanente de pouvoir exercée par un véritable corps intermédiaire réellement élu.Resterait à examiner si le fait de confier toutes les destinées du régime scolaire à un ministre élu rend cet enseignement plus démocratique.La question pose le problème de la démocratisation de l\u2019enseignement et de la démocratie tout court.Le problème vaut d\u2019être traité à part.Le nouveau Conseil économique du Canada et le Québec Irénée DESROCHERS, S.J.AVEC L\u2019ÉTABLISSEMENT du nouveau Conseil LX économique du Canada, une étape historique vient d\u2019être franchie dans la création d\u2019institutions canadiennes importantes.La France s\u2019est donné, dès l\u2019après-guerre, son Commissariat général au Plan et son Conseil économique.Les Pays-Bas ont créé, dès l\u2019après-guerre aussi, leur « Bureau central de planification », formule un peu plus souple peut-être que la formule française.Et les Américains, pas mal conservateurs à nos yeux, ont leur Council of Economie Advisors depuis 17 ans! Le Rapport final de notre Commission Gordon rappelait, il y a six ans déjà, l\u2019existence de ce conseil américain et déclarait (p.451) qu\u2019« il serait bon d\u2019instituer (chez nous) un organisme composé d\u2019économistes et chargé d\u2019indiquer au gouvernement les changements à apporter à la politique économique ».Nos gouvernements néanmoins ont longtemps continué à tenter de régler nos problèmes économiques sans l\u2019aide de semblables organismes permanents de recherche, de consultation et de recommandation.Seulement, d\u2019élection en élection,\u2014 et Dieu sait s\u2019il en a fallu, \u2014 le peuple a réussi à faire prendre conscience aux législateurs qu\u2019ils devaient s\u2019aviser et se préoccuper efficacement des milliards perdus à cause du chômage chronique excessif et de notre taux moyen de croissance réelle insuffisant.En mai 1960, le parti libéral, alors dans l\u2019opposition, proposa d\u2019instituer un « conseil consultatif national »; la proposition fut rejetée par le gouvernement conservateur.Ce dernier préféra établir, en décembre de la même année, un « Conseil national de la productivité », organisme d\u2019une beaucoup moindre envergure.Ce conseil de productivité fit du bon travail; mais il fut vite clair qu\u2019un véritable conseil économique s\u2019imposait.De graves difficultés devenant à peu près permanentes, l\u2019électorat aidant, \u2014 et l\u2019Angleterre elle-même ayant institué son National Economie Development Council à la fin de 1961 et au début de 1962 (l\u2019exemple de l\u2019Angleterre impressionne encore à Ottawa) \u2014 le gouvernement conservateur, en novembre dernier, présenta un projet de loi (n° C-87) pour établir un « Office national de développement économique ».Il ne réussit pas cependant à faire adopter la mesure, assez modeste d\u2019ailleurs, avant la dissolution des chambres.L\u2019actuel projet de loi du nouveau gouvernement libéral (bill C-72) est un peu plus vigoureux; il a été adopté rapidement.Enfin, depuis le 2 août, une loi autorise le gouvernement à instituer un « Conseil économique du Canada ».Québec aussi possède depuis 1961 son Conseil d\u2019orientation économique.A quoi rime alors, surtout pour la province de Québec, ce Conseil économique du Canada ?320 RELATIONS Constitution et fonctions A la tête du nouveau Conseil siégeront un président et deux directeurs dont l\u2019un toujours très probablement cana-dien-français.Ces trois responsables devront consacrer « tout leur temps » à l\u2019exercice de leurs fonctions.Cela indique l\u2019importance de l\u2019organisme.Vingt-cinq « autres » membres pourront être nommés, « après consultation » avec «les organismes représentatifs compétents»; ces membres représenteront sans doute, du moins indirectement, les grands secteurs de l\u2019économie: l\u2019industrie et le commerce, le travail, l\u2019agriculture et les industries primaires, le grand public et peut-être certains ministères du gouvernement fédéral.Les trois grands, \u2014 le président, fonctionnaire administratif supérieur du Conseil, et les deux directeurs, \u2014 auront évidemment à leur disposition, avec le reste des membres du Conseil, un personnel permanent: des fonctionnaires et des employés en nombre suffisant pour répondre au bon fonctionnement du Conseil.De plus, ils pourront retenir, à titre provisoire, les services de conseillers techniques et spéciaux.Et des comités consultatifs pourront inclure des personnes autres que les membres du Conseil.Une très solide équipe est donc possible.Pour que le Canada atteigne aux « plus hauts niveaux d\u2019emploi et de production », à un « rythme accéléré et soutenu d\u2019expansion économique » « et que tous les Canadiens puissent participer à la hausse du niveau de vie », le Conseil doit d\u2019abord évaluer périodiquement les perspectives économiques à long et à moyen termes et les comparer aux possibilités d\u2019expansion de l\u2019économie, puis recommander les programmes d\u2019action du gouvernement les plus propres à faciliter la réalisation de ces possibilités.Sont aussi énumérés plusieurs aspects plus particuliers, comme la situation financière et commerciale du Canada au plan international, l\u2019équilibre entre les régions du pays, etc.Études, enquêtes et travaux, que le Conseil doit entreprendre de sa propre initiative ou à la demande du ministre désigné pour les suivre, seront la source de rapports, d\u2019avis et de recommandations au gouvernement.Le Conseil aura aussi, comme fonctions supplémentaires, de stimuler la productivité dans tous les secteurs de l\u2019économie, en poursuivant l\u2019œuvre du Conseil national de la Productivité, ce dernier conseil étant appelé à s\u2019intégrer au Conseil économique.Le Conseil devra renseigner pour persuader et jouera un rôle éducateur important.Il va de soi qu\u2019un rapport annuel sur l\u2019activité du Conseil sera soumis au Parlement.Surtout, chaque année, le Conseil devra préparer et faire publier un exposé des perspectives et des problèmes économiques à long et à moyen termes.Pareil exposé, \u2014 que le projet de loi de l\u2019an dernier ne prévoyait pas, \u2014 recevra certainement, comme le Rapport économique du Président aux États-Unis, une très large diffusion et sera l\u2019objet d\u2019une analyse poussée.Ce sera un premier instrument de travail très précieux, dont les traditionnels discours du budget ne peuvent donner qu\u2019une assez pauvre idée.Enfin, sans demander aucune autorisation au ministre désigné, le Conseil peut, s\u2019il le juge opportun, faire publier « les études et les rapports préparés à son intention »; on en déduit que les « recommandations » faites par le Conseil au ministre désigné ne pourront être publiées que si le ministre y consent.De toute façon, il faut s\u2019attendre à ce que le gouvernement transmette lui-même au Parlement des « programmes d\u2019action » à la préparation desquels l\u2019activité du Conseil aura contribué.Est-ce de la planification?Voilà donc le contenu de ce projet de loi, dont le texte peut sembler vague à qui songe explicitement à la planification.Alors que le Conseil d\u2019orientation économique du Québec a pour tâche d\u2019élaborer « le plan » de l\u2019aménagement économique de la province, le Conseil économique du Canada ne parle que de « programmes » au pluriel et ne mentionne nulle part \u2014 le texte anglais ici éclaire très bien le texte français \u2014 de « plan » pour le Canada.Le mot planification semble avoir été très soigneusement évité.Une autorité véritable pour faire « un plan » et les moyens précis pour en assurer effectivement la réalisation sont laissés dans l\u2019ombre.En ce sens, le gouvernement qui veut appliquer cette loi semble se réserver beaucoup de latitude dans le choix de la formule concrète.On a voulu, semble-t-il, ne pas effaroucher.Que représentera ce Conseil en pratique ?On peut, pour le savoir, écouter les explications du gouvernement actuel.Le discours de présentation de l\u2019honorable Maurice Lamontagne, président du Conseil privé, à la deuxième lecture du projet de loi, et les explications qu\u2019il donna ensuite en Chambre méritent les éloges qu\u2019ils ont reçus.Ils valent aussi d\u2019être scrutés, car ils éclairent directement le sens que le gouvernement veut donner au projet.Le but, avoue-t-il carrément, est d\u2019établir « la planification économique » dans notre pays.Pour surmonter nos présentes difficultés, il faut « un plan ».Ayant cité des extraits de l\u2019encyclique Mater et Magistra de Jean XXIII, M.Lamontagne conclut « que dans la pensée du pape, l\u2019action des pouvoirs publics ne peut s\u2019exercer efficacement sans planification ».Cette planification que le gouvernement entend instaurer est essentiellement « indicative » : Cette méthode.assure une meilleure connaissance des perspectives et des objectifs visés et fournit des stimulants dans le domaine du crédit et des taxes, mais exclut la contrainte et la régie directe comme instruments ordinaires de l\u2019intervention de l\u2019État.{Débats de la Chambre des Communes, 11 juillet 1963, p.2186.) Elle ne sera pas «impérative »: elle sera sans contrainte et sans « contrôle ».Il s\u2019agit de « préparer un plan » et de « recommander les méthodes et les mesures propres à garantir la réalisation du plan », en consultation étroite avec les provinces et le secteur privé de l\u2019économie.Il s\u2019agit pour le Canada, poursuit M.Lamontagne, « de s\u2019inspirer de ce qui se fait dans des pays tels que la Hollande et certains autres ».Il ajoute: « Je crois que, d\u2019une certaine façon, le Conseil économique remplira le rôle de commissariat au plan comme il existe en France.Je ne veux pas dire que nous irons aussi loin que cela dès le début.» Instruits par la planification en d\u2019autres pays et par les difficultés spécifiques que présente la planification au Canada, nous aurons à tenir compte de la présence chez nous d\u2019un capital étranger très important, de la proportion diffé- NOVEMBRE 1963 321 rente du secteur des entreprises publiques par rapport au secteur des entreprises privées, et particulièrement de notre régime fédératif.Sur ce dernier point, tous s\u2019accordent à dire que le problème est délicat, même difficile.L\u2019article 10 (j) de la loi se lit comme suit: « Le Conseil doit.chercher à établir de façon régulière des consultations poussées avec les organismes compétents du gouvernement de chaque province.» M.Lamontagne se dit persuadé que le gouvernement d\u2019Ottawa peut compter sur la collaboration pleine et entière des provinces, et plus particulièrement de la province de Québec, tout en admettant que le Conseil d\u2019orientation économique du Québec a des fonctions « qui sont à peu près les mêmes que celles du Conseil économique ».Le président du Conseil privé laisse prévoir que, le temps étant venu d\u2019organiser les politiques concrètes et de voir à ce que les gouvernements agissent plus ou moins dans le même sens, DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST.RUE ST.JACQUES.MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-985J \"À VOTRE SERVICE\" SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D'IMMEUBLES FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE REVENU y tour (c lïlAttfMMt ût(l(]|#twt FINANCEZ VOIRE NOUVELLE.selon le service de la f Tll'\tfi 1 \" [\tn.Banque de Montréal F POUR 3 MIUIOMS Df (AMMINS GP h de Financement Familial \" PRÊT ÉCONOMIQUE COMPORTANT UNE ASSURANCE-VIE nous organiserons, à ce moment-là,.de nouvelles structures à l\u2019intérieur de notre fédéralisme, incluant peut-être un secrétariat fédéral-provincial, mais aussi des conférences fédérales-provin-ciales annuelles qui auront pour fonction non seulement de discuter les problèmes fiscaux, mais aussi les problèmes d\u2019emploi, de développement, de croissance et de prévision économique.{Ibid., 31 juillet 1963, p.3012.) La coordination du plan d\u2019Ottawa avec le plan du Québec, comme avec les plans des autres provinces, se fera dans « un fédéralisme coopératif ».L'effet sur le Québec Le Conseil d\u2019orientation économique du Québec va certainement ressentir d\u2019ici quelque temps de fortes pressions de la part d\u2019Ottawa, ne fût-ce qu\u2019à cause du poids même d\u2019un Conseil économique du Canada qui s\u2019organise fortement avec une excellente équipe d\u2019économistes.L\u2019éminent universitaire et économiste de marque, le professeur John J.Deutsch, qui a déjà en plusieurs occasions mis sa grande compétence au service du gouvernement d\u2019Ottawa et de quelques provinces, en a accepté la présidence.Le Québec a déjà mis (ou « perdu » ?) au service du gouvernement fédéral quelques-uns de ses bons économistes: ainsi, en plus de M.Lamontagne lui-même (qui sera sans doute le ministre désigné), M.René Tremblay, ancien sous-ministre du Québec qui s\u2019occupait précisément du Conseil d\u2019orientation économique de la province; il est maintenant ministre sans portefeuille dans le cabinet fédéral.Le Québec « sacrifiera » peut-être en plus quelques-uns de ses économistes pour les mettre au service du Conseil du Canada.Le choc en retour de cette création du Conseil économique du Canada doit être qu\u2019il trouve au Québec un Conseil d\u2019orientation économique extrêmement bien préparé à mener avec Ottawa un dialogue ferme, franc et habile.L\u2019ex-ministre des Finances, M.Nowlan, trouvait que le projet de loi C-87, présenté en novembre dernier par le gouvernement conservateur, était « jusqu à un certain point, presque révolutionnaire ».Pour M.Lamontagne, dans la loi actuelle « il n\u2019y a rien de très révolutionnaire ».C\u2019est ce dernier surtout, croyons-nous, qui a raison.Le Conseil économique représente sans doute chez nous du neuf.Mais il n\u2019est après tout qu\u2019un modeste commencement.Tous les partis ont approuvé le principe et l\u2019ensemble du projet de loi actuel, même si les uns y voient en pratique la menace d\u2019une planification complète et impérative, alors que les autres n\u2019y trouvent même pas les traces d\u2019une planification indicative! Le Canada est tellement en retard dans ce domaine que, pour l\u2019instant, il n\u2019y a aucune crainte à faire ce premier pas: il est dans la bonne direction et il faut le faire hardiment.Le succès dépendra de la valeur des trois grands et des autres membres du Conseil et de son personnel; de l\u2019éducation des agents économiques et du public, appelés à « une nouvelle association entre le secteur public et le secteur privé »; il dépendra aussi, comme le dit encore M.Lamontagne, d\u2019une « direction plus audacieuse et plus dynamique de l\u2019État ».Reste par-dessus tout le problème de ce dialogue sincère et réaliste entre Ottawa et les provinces, dont le but est de permettre le succès d\u2019un nouveau fédéralisme coopératif basé sur des négotiations sérieuses.Ottawa se prépare.Le Québec est averti.322 RELATIONS Le théâtre SANS DOUTE à cause de l\u2019inauguration de la place des Arts, en fin de septembre, et des nombreux spectacles et concerts prévus pour célébrer l\u2019événement tant attendu, la saison de théâtre a été lente à démarrer à Montréal.Et les chicanes de dernière heure étaient loin de pouvoir hâter les choses.Sans le fidèle Rideau-Vert et le Théâtre international de Madame Beaubien à la Poudrière, nous aurions dû anticiper le carême en septembre.Non pas certes que les plats offerts fussent plantureux, mais comme « entrée » c\u2019était tout de même acceptable.On nous présentait, au choix, sur la scène du Stella, une comédie américaine de Norman Krasna, Un dimanche à New York, dans une adaptation française de Barillet et Gredy, assez coutumiers du théâtre facile, et, à la Poudrière, en version française, Romanoff et Juliette, de Peter Ustinov.UN DIMANCHE À NEW YORK Comme à l\u2019accoutumée, après la relâche des vacances, la directrice du Rideau-Vert, Madame Yvette Brind\u2019Amour a voulu relancer la nouvelle saison du Stella par un divertissement léger, encore à l\u2019affiche à Paris.A la vérité, le sujet à\u2019Un dimanche à New York est très mince.Une jeune fille \u2014 tout de même de vingt-cinq ans! \u2014 déçue de la conception de l\u2019amour chez les jeunes de nos jours, débouche à New York, à l\u2019improviste, demander conseil à son frère, célibataire lui aussi.Naturellement, comme par hasard, elle rencontre un jeune homme, déluré et un peu flirt, dont elle tombe amoureuse après quelques péripéties cocasses.Peu de choses, donc, que l\u2019auteur, sagement, n\u2019a pas voulu enjoliver de fanfreluches ni alourdir de réflexions soit-disant savantes.Une intrigue simple, enlevée rapidement, à l\u2019américaine! On pourrait se demander: Pourquoi un dimanche?Pourquoi à New York?Cela n\u2019a aucune importance.L\u2019action se déroulerait aussi bien à Paris, à Londres, à Chicago ou à Montréal et le style de vie des personnages de la pièce peut s\u2019adapter à n\u2019importe quelle grande ville moderne.Les idées émises, les sentiments manifestés, les gestes et les attitudes font partie de la banalité quotidienne de notre époque et conviennent à tous les cadres.La pièce de Krasna vaut surtout par son mouvement.L\u2019action prime tout.Courtes scènes, à l\u2019allure emportée, où rien ne traîne, où tout se dit et se fait praesto, où la psychologie des caractères se dessine par touches successives, juxtaposées, sans appuyer, juste l\u2019essentiel.Presque un rythme de twist, voilà ce que demande cette pièce.Et c\u2019est justement par là que brille l\u2019interprétation des comédiens du Rideau-Vert.Entraînés par Hubert Loiselle, ils se sont émoustillés à qui mieux mieux avec une belle ardeur et un plaisir communicatif, au point que la Peggy de Margot Campbell en vint à oublier son âge.En effet, elle faisait trop adolescente pour une jeune femme de vingt-cinq ans.François Cartier, en Russel le fiancé évincé, et Louis Aubert, le grand frère pas plus sérieux qu\u2019il ne faut, dansaient, eux, dans la note voulue.Le tout s\u2019est terminé pour le mieux et à une heure favorable aux « couche-tôt ».Donc une autre qualité de la pièce: si elle embête elle m\u2019embête pas longtenps.ROMANOFF ET JULIETTE Au contraire, la dernière de Peter Ustinov, Romanoff et Juliette, est longue, et dans toutes les acceptions du terme.NOVEMBRE 1963 Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.En fait, il y a beaucoup de choses dans cette pièce: de la satire des forces armées, de l\u2019administration publique, des célébrations patriotiques, de la diplomatie, des idéologies courantes, surtout d\u2019un certain marxisme, avec, en filigrane, une pâle intrigue d\u2019amour, une sorte de parodie comique du drame de Shakespeare, Roméo et Juliette.Fondamentalement, c\u2019est le même thème: l\u2019amour impossible (on peut le penser) entre la fille de l\u2019ambassadeur des É.-U.et le fils de l\u2019ambassadeur de l\u2019U.R.S.S., dans un petit pays quelconque d\u2019Europe.Mariage impensable, assurément, par l\u2019opposition irréductible des familles et des principes; mariage, pourtant, qui se fera, par la vertu d\u2019un général-président-de-République-magicien, dans une embrassade universelle et avec la bénédiction d\u2019un Grand Appariteur, sourd et sot.A vrai dire, cet amour est plutôt l\u2019occasion de la pièce que la pièce elle-même; de plus, caricatural, il tourne à la farce pour être, semble-t-il, dans le ton général de l\u2019œuvre.Car, d\u2019une façon assez futile, même si on s\u2019en amuse, Ustinov se moque un peu de tout sans vergogne.Et il s\u2019en moque en vrac, selon l\u2019inspiration du moment, on dirait, au gré d\u2019une fantaisie débridée.De sorte que chaque trait peut être coloré, brillant, incisif; mais, par manque d\u2019intégration en un tout, selon une conception précise, cela ne produit pas un tableau cohérent.On s\u2019amuse en détail, on ne jouit pas en gros.On peut dire la même chose de l\u2019interprétation.On y trouve de tout.De l\u2019excellent: Henri Norbert en particulier qui réussit assez bien à coordonner tous les disparates de la pièce et à y mettre une certaine touche légère de poésie; du convenable: les deux ambassadeurs, Jean La jeunesse et Boudha Bradon, et aussi les deux amoureux, malgré le peu d\u2019importance de leurs rôles, Claude Préfontaine et Michèle Chicoine, qui a su garder tout le long de la pièce un petit accent anglais charmant; du très mauvais, par exemple, la détestable prononciation de Périard.Je souligne en passant le jeu désinvolte de Guy Sanche.Cela frise l\u2019insouciance.Il semble s\u2019ennuyer sur la scène.On s\u2019attend qu\u2019il nous crie: « Moi, je voudrais bien m\u2019en aller! » Si nous l\u2019imitions?.BÉRÉNICE ET PHÈDRE La récente Exposition française, à Montréal, a voulu nous montrer un visage nouveau de la science et de l\u2019économie de la France d\u2019aujourd\u2019hui.Cependant grâce à des activités marginales, on nous a présenté aussi certains aspects de la culture dont nous sommes héritiers et profondément tributaires.Cela nous a valu la visite de la compagnie théâtrale Marie Bell.Toutefois, fait à remarquer, au contraire de l\u2019Exposition du palais du Commerce, franchement orientée vers l\u2019avenir, Marie Bell avec Racine, nous a retourné au passé classique, donc à l\u2019éternel toujours vrai hier comme demain.Ainsi la vaste salle de la Comédie canadienne, pendant toute cette semaine du milieu d\u2019octobre, a retenti d\u2019applaudissements et d\u2019acclamations non pas pour quelque chansonnier à la mode \u2014 donc éphémère \u2014, mais pour le chantre le plus authentique de la poésie française, Racine.Spectacle réconfortant et prometteur.Sans doute le prestige des vedettes, surtout de Marie Bell, est-il pour quelque chose dans cet enthousiasme.Mais à travers les comédiens, les bravos exaltaient la splendeur de la langue, l\u2019harmonie incomparable des vers, la force ou la douceur, et la grandeur, des sentiments de l\u2019auteur de Phèdre et de Bérénice.323 En effet, Marie Bell a choisi de faire passer les mers à Bérénice et à Phèdre, deux des héroïnes les plus représentatives, sûrement, du génie racinien.Plusieurs pensent même que Bérénice est la plus racinienne de toutes les tragédies de Racine.C\u2019est vrai, et pourtant le sujet du drame et surtout sa conclusion nous rappellent Corneille.En effet, le thème de la tragédie se résume en peu de mots: l\u2019empereur Titus décide de régner sur Rome plutôt que de régner sur le cœur de Bérénice.Donc le devoir, représenté par le service du bien commun et de la gloire de Rome, l\u2019emporte sur l\u2019amour le plus vrai, le plus sincère, le plus légitime.Sujet cornélien, certes, mais que Racine transforme en un hymne à l\u2019amour.A un amour si beau, mais impossible: impossible pour Antiochus que repousse Bérénice, impossible aussi pour Bérénice et Titus, séparés par l\u2019infranchissable barrière de la raison d\u2019État.A un amour, même plus fort que la mort puisqu\u2019ils consentent, tous trois, à continuer de vivre pour en savourer l\u2019amer souvenir dans la plus vide des solitudes, annoncée par le dernier mot de la pièce, Yhélas ! plein de tristesse et de désespoir d\u2019Antiochus.Le ton encore est bien de Racine: contenu, réservé, centré sur l\u2019expression intérieure des sentiments plus que sur l\u2019éclat verbal, un peu solennel, presque compassé, et au surplus si touchant! Il y a beaucoup de pleurs, de regrets, d\u2019attendrissements mélancoliques dans Bérénice, versés, cependant, ou manifestés avec pudeur, comme à la dérobée, jamais avec violence.Un cri ou deux, mais vite étouffés par un impitoyable contrôle du cœur et des passions qui y bouillonnent, mais qu\u2019il ne convient pas d\u2019étaler sur la place.Cette absence entière d\u2019imprévu dans l\u2019action et ce total dépouillement dans l\u2019expression constituent une simplicité dramatique hors de pair, mais qui exige un grand effort à la sensibilité moyenne des auditeurs.C\u2019est donc, à mon sens, le plus grand hommage à Marie Bell et à ses compagnons qu\u2019on ait écouté cet admirable texte de Bérénice avec une attention, je dirais avec un respect si profond, et ovationné ensuite les interprètes, et cela sans l\u2019appoint d\u2019une mise en scène originale.Au contraire, André Barsacq l\u2019a voulu la moins animée possible, d\u2019une grande économie de gestes et de mouvements, dans un décor imposant et froid et les personnages drapés d\u2019amples tuniques retombant jusqu\u2019à terre.Le triomphe de la mesure: voilà Bérénice.* * * Et voilà Phèdre : le triomphe du mouvement, de la fougue, de la violence, des sauvages passions; l\u2019évocation de l\u2019âge des Titans, des monstrueux fruits de l\u2019alliance des dieux avec les hommes, de leurs interventions fantastiques dans la vie des mortels; l\u2019histoire, la sombre histoire de l\u2019incestueuse et meurtrière « fille de Minos et de Pasiphaé ».Que nous sommes loin de la civilisation policée des empereurs romains, de la courtoisie cérémonieuse des propos comme de la régularité bien sage des plis des costumes.Qui nous a changé notre doux et élégiaque Racine en ce fauve tumultueux et indompté ?Jamais comme dans cette mise en scène de Raymond Gérôme exécutée par les comédiens de Marie Bell.Phèdre ne m\u2019a autant paru contenir en germe tout le romantisme, comme le prétendait jadis Brunetière.Oui, sans doute, sont toujours présentes les trois unités, mais l\u2019atmosphère est nouvelle, on y respire par moments un air d\u2019épopée par l\u2019effet des dimensions des événements, de l\u2019influence constante et directe des dieux sur l\u2019action, du caractère exceptionnel des catastrophes qui frappent les personnages, ressemblants comme des frères aux héros d\u2019Homère bien plus qu\u2019au « pieux Énée ».On peut être surpris de cet accroc au classicisme officiel de Phèdre, comme on s\u2019étonna de l\u2019interprétation révolutionnaire par Robert Hirsch de Néron dans le Britannicus que nous présentait naguère la Comédie-Française.Au contraire, ces rajeunissements établissent de façon plus indiscutable la richesse d\u2019une œuvre et font mieux valoir ses qualités permanentes \u2014 que les spectateurs, jeunes et vieux, ont bien su reconnaître et applaudir avec enthousiasme.Dans ces tournées d\u2019artistes étrangers, il arrive bien souvent que des vedettes prestigieuses soient entourées très médiocrement par de pâles comparses.Certaines n\u2019en souffrent pas tellement: l\u2019action étant centrée sur un personnage ou deux.Mais de grandes œuvres, comme celles de Racine, exigent une distribution de qualité pour tous les rôles.Madame Bell l\u2019a compris et tous les acteurs, en général, font bonne figure.Leur jeu honnête s\u2019intégre bien dans l\u2019action commune.En particulier, le rythme de tous s\u2019adapte bien à la pensée du metteur en scène: sobre et nuancé dans Bérénice, fougueux et tourmenté dans Phèdre.Certains comédiens ont toutefois brillé d\u2019un plus vif éclat.Le Titus de Claude Giraud dans Bérénice m\u2019a paru assez terne, trop retenu, trop amoureux et pas assez empereur; en revanche il fut, en Hyppolyte, superbe d\u2019ardeur, de force, de jeune violence, d\u2019éclatante sincérité: un Hyppolyte de grande classe.Jean-François Calvé n\u2019a paru que dans Bérénice.Son Antiochus m\u2019a beaucoup plu parce qu\u2019il a su allier une belle vigueur à l\u2019expression d\u2019une tendresse amoureuse profonde.Comme Thésée, dans Phèdre, Alain Cuy ne pouvait mieux répondre aux conceptions de Raymond Gérôme.Une réelle force de la nature que l\u2019âge, les travaux, les exploits, les amours n\u2019ont pas encore réussi à dompter.D\u2019une stature de colosse, il entre, et tout de suite impose sa présence.Il parle, et l\u2019on croit entendre le bruit de cailloux dévalant le torrent.Pieds nus, d\u2019un pas puissant et silencieux, il marche, il tourne, comme dans une arène, le regard farouche, soupçonneux, prêt à bondir sur l\u2019ennemi qu\u2019il guette.Un vrai Thésée, le vainqueur du Minautore! Capable pourtant de tendresse, lui aussi, brutal et juste tout ensemble.Le Thésée de Cuny est inoubliable.On est porté à voir Aricie, la « triste » Aricie, selon le mot de Racine lui-même, sous les voiles de la mélancolie.Avec raison, Danielle Voile a détruit cette légende de la pauvre brebis vouée au sacrifice, elle nous a présenté une Aricie pleine de spontanéité, de jeunesse, tout à fait prête à vivre et à aimer \u2014 et très heureuse de l\u2019être à son tour et selon son cœur.L\u2019auditoire a manifestement approuvé cette interprétation de la rivale de Phèdre par ses applaudissements.Henriette Barreau, tout de noir habillée, a été une Œnone plus conventionnelle et sa voix manquait souvent de la vigueur requise par son rôle.Toujours dans Phèdre, par la bouche de Marcel Tristani, le célèbre récit de Théramène nous a paru renouvelé.Avec lui nous avons revécu la scène de l\u2019épouvantable trépas d\u2019Hyp-polyte, nous avons partagé son intense et sincère émotion.Un des bons moments de la représentation.Je n\u2019oublie pas que c\u2019est la Compagnie Marie Bell qui nous vaut ces rares spectacles et que Marie Bell incarnait les deux héroïnes de Racine, Bérénice et Phèdre.Inscrite comme Sociétaire honoraire au palmarès de la Comédie-Française dont elle fut la gloire jadis, Marie Bell dirige maintenant sa propre troupe au théâtre du Gymnase de Paris.On la proclame « notre plus grande tragédienne ».Est-ce à cause de l\u2019âge \u2014 qui doit tout de même commencer à peser \u2014 ou du tempérament, Marie Bell m\u2019a 324 RELATIONS semblé plus accordé au personnage de Bérénice qu\u2019à celui de Phèdre.Dans Bérénice, elle a été plus parfaitement égale, sa voix était mieux adaptée, son émotion, plus sentie.Cette impression provient peut-être, en partie, de la plus grande valeur du jeu de ses collaborateurs dans Phèdre que dans Bérénice où elle occupait davantage le centre de la pièce et où son caractère prenait plus de relief?Dans Phèdre aussi elle a mieux rendu l\u2019abattement, le remords, l\u2019écrasement de son âme, de tout son être, que les mouvements de révolte ou de haine: sa voix alors n\u2019arrivait pas toujours à donner aux sentiments la violence qui saisit et empoigne le spectateur jusqu\u2019au frisson de terreur ou de pitié \u2014 fin de toute tragédie.Le rapide passage de la Compagnie Marie Bell nous a donc permis un contact fort enrichissant avec des œuvres théâtrales qu\u2019on ne peut jamais trop approfondir et goûter \u2014 plaisir qui n\u2019est pas tellement fréquent, chez nous.Perspectives de la recherche scientifique au Nouveau-Québec-1 Michel BROCHU IL VA DE SOI que, du point de vue scientifique, le Nouveau-Québec n\u2019est pas tout à fait inconnu : dans certains domaines, les connaissances d\u2019ensemble sont relativement avancées en botanique, par exemple, grâce aux observations de M.Jacques Rousseau, en géologie également, grâce aux travaux de la Direction générale des Mines, du ministère des Richesses naturelles du Québec (ministère des Mines, avant 1960) et en hydrologie, depuis 1954, grâce aux travaux de la Direction générale des Eaux du même ministère; dans plusieurs autres domaines, des premiers travaux ont débrouillé le terrain: en morphologie glaciaire et périglaciaire, en géomorphologie, en géologie du quaternaire, en ornithologie, en ichtyologie, en météorologie, en ethnologie et en archéologie; d\u2019autres domaines, enfin, ont été à peine abordés: océanographie des côtes (exception faite des sondages bathymétriques reportés sur les cartes marines) entomologie, séismologie, études des aurores boréales et de la physique de l\u2019atmosphère, zoologie des mammifères du Nouveau-Québec.Cependant, quels que soient, en quelque secteur, l\u2019avancement et l\u2019étendue de nos connaissances, il faut avoir la modestie de reconnaître que la recherche scientifique au Nouveau-Québec réserve, pour l\u2019avenir, peu de très grandes découvertes aux hommes de science, tout au moins dans le sens accordé à ce terme au cours des siècles précédents.En effet, les fécondes et passionnantes époques où les savants pouvaient encore découvrir un fleuve nouveau, d\u2019immenses lacs inconnus, des plantes et des animaux jusqu\u2019alors ignorés et non décrits et y attacher leur nom sont maintenant révolues.Tout au plus, quelques savants heureux pourront-ils découvrir au Nouveau-Québec, quelques sous-espèces nouvelles de plantes, d\u2019insectes ou de poissons et, encore, sera-ce exceptionnel.La photographie aérienne systématique de toutes les régions, connues ou inconnues, à l\u2019échelle du globe et dont les détails sont reportés sur les cartes à grande et à petite échelle, frustre irrémédiablement les hommes de science de l\u2019espoir et de l\u2019attrait d\u2019une découverte nouvelle.Dès lors, au XXe siècle, contrairement aux époques anciennes et aux siècles précédents, les hommes de science, en raison même de l\u2019extrême perfectionnement des techniques de recherche, possèdent avant même de fouler des territoires inconnus, les cartes de ces régions encore presque vierges et savent, en quelque sorte à l\u2019avance, ce qu\u2019ils y verront: il leur reste toutefois à décrire et à interpréter surtout les phénomènes déjà découverts, ce qui, dans l\u2019ordre de l\u2019esprit n\u2019est ni le moins facile, ni le moins fascinant.Ainsi, les hommes de science dans quelque sphère que ce soit, connaissent, dans les grandes lignes, ce qu\u2019ils peuvent s\u2019attendre à observer au Nouveau-Québec.Considérant ce qui précède, il appert que l\u2019intérêt véritable de la recherche scientifique au Nouveau-Québec résidera, d\u2019une part, dans des recherches régionales détaillées, à fondements numériques et, d\u2019autre part, dans l\u2019interprétation de celles-ci, et dans l\u2019élaboration de grandes synthèses à l\u2019échelle du Nouveau-Québec et aussi à l\u2019échelle de l\u2019Arctique et des autres régions arctiques et sub-arctiques du globe.C\u2019est dans cette optique que se feront les véritables découvertes nouvelles.Dans plusieurs domaines des sciences de la terre, en géographie physique et en géomorphologie, notamment, et ce, jusqu\u2019à une époque toute récente, on se contentait de descriptions qualitatives justes et intéressantes, mais fondées sur des données numériques d\u2019une grande rareté, aussi les futures observations dans tous les domaines, qui seront basées sur des données numériques constitueront des contributions irremplaçables qui auront, de plus, le mérite de pouvoir être comparées, selon les années et selon les régions, au Nouveau-Québec même, ou ailleurs, dans les autres régions arctiques ou subarctiques du globe.On se rend compte que des données numériques sur un phénomène quelconque constituent, même si elles sont entachées d\u2019une certaines marge d\u2019erreur, des points de référence beaucoup plus sûrs que des observations purement qualitatives: en effet, si les interprétations peuvent être revisées ou remises en question à la lumière de faits plus précis et de théories nouvelles, l\u2019avantage des données numériques est de rester un fondement pérenne sur lequel s\u2019appuient les interprétations, quelles qu\u2019elles soient par ailleurs, ce qui, évidemment, n\u2019est pas possible avec des observations qualitatives.Naturellement, de grandes synthèses seront élaborées à la suite des études régionales détaillées et en seront comme le couronnement.Ces travaux de synthèse devront porter non seulement sur des domaines particuliers, mais sur la mise en corrélation des observations de différents domaines; par exemple: mise en parallèle de la répartition de l\u2019ours blanc avec les données sur les glaces flottantes, celles portant sur la météorologie et celles concernant les différentes espèces de phocidés dont l\u2019ours blanc se nourrit.Maricourt, Nouveau-Québec.\t(À suivre) NOVEMBRE 1963 325 \u201cParti pris\u201d: de la révolte à la révolution André VACH01M, S.J.A PRÈS Cité libre, il y eut Liberté.Après Liberté, voici / V Parti pris, terme ultime d\u2019un mouvement qui était JTjL voué, dès le point de départ, à déborder sans cesse sur sa propre gauche.La nouvelle revue entend lutter « pour un État libre, laïque et socialiste ».Là-dessus, le texte de présentation ne laisse place à aucune ambiguïté.L\u2019équipe de rédaction déclare tout net ses intentions et, en premier lieu, la conviction profonde, irrévocable, qui va motiver toutes attitudes: les structures en place \u2014politiques, économiques, culturelles\u2014sont aliénantes.Il faut donc les détruire; et pour cela, tout d\u2019abord les démasquer comme aliénantes.C\u2019est dire que la revue sera, au premier chef, une « entreprise de démystification ».Mais c\u2019est là le temps négatif d\u2019une entreprise qui se veut, finalement, critique et réflexive: la revue exprimera aussi « la révolution prenant conscience d\u2019elle-même à mesure qu\u2019elle se fera ».Tels sont les objectifs, telle est aussi la méthode de Parti pris.Voyons tout de suite comment celle-ci est mise en œuvre, dès cette première livraison.De ses soixante-quatre pages, trente environ sont occupées par trois articles de fond.Viennent ensuite des poèmes et, enfin, des chroniques, qui sont autant de prises de position sur des problèmes actuels: le procès du F.L.Q., le R.I.N., le Bill 60, etc.De ces chroniques, retenons la page courageuse où Jacques Godbout dénonce un abus caractéristique de la propriété privée: la « belle province » est un des endroits du monde les mieux pourvus en cours d\u2019eau, en lacs, en espaces libres, et, pourtant, où irez-vous piqueniquer, le dimanche matin, si vous n\u2019êtes pas parmi les privilégiés qui possèdent les bords de tous nos lacs, de toutes nos rivières, avec les espaces boisés ou verdoyants qui les entourent?Il vous restera \u2014 c\u2019est-à-dire qu\u2019il reste à la majorité des citoyens \u2014 le bord de la route ou la plage publique.Situation dont s\u2019étonnent tous ceux qui arrivent d\u2019outre-Atlantique: là les communes possèdent de vastes plans d\u2019eau, aménagent leurs abords en terrains de camping, et ainsi, rendent au premier venu le droit strict qu\u2019il a de jouir des beautés naturelles de son pays.Les poèmes ressortissent à un autre type de littérature engagée, et j\u2019y reviendrai tout à l\u2019heure.Quant aux articles de fonds, les deux premiers surtout retiennent l\u2019attention, à la fois par leur solidité et par leur longueur.L\u2019un et l\u2019autre visent à dénoncer des structures aliénantes.Celui de Jean-Marc Piotte est une histoire de l\u2019aliénation économique des Canadiens français, depuis 1760 jusqu\u2019à nos jours.On ne trouvera là rien qui n\u2019ait déjà été dit par MM.Guy Frégault et Michel Brunet, par les auteurs des Essais sur le Québec contemporain, et plus récemment, par M.Philippe Garrigue.Mais l\u2019article constitue, en même temps qu\u2019un rappel opportun, un excellent précis de la question.L\u2019auteur rapporte des faits, plus qu\u2019il ne les interprète, et prophétise à partir de ceux-ci un certain avenir.On peut adhérer ou non à la prophétie, mais on ne peut récuser les faits.Tout autre est l\u2019article de Pierre Maheu.Ici, description et interprétation se trouvent liées de la manière la plus intime.« De la révolte à la révolution » : ce titre est déjà tout un programme, et l\u2019article lui-même, une application magistrale de la méthode esquissée dans les pages liminaires.Ce que Pierre Maheu veut dénoncer ici, c\u2019est le caractère aliénant de certaines structures culturelles fondées sur des valeurs religieuses.On devine qu\u2019il y a là, au détour de chaque paragraphe, de chaque phrase, des formules qui font bondir.Mais nous ne sommes plus en 1950.Cité libre et Liberté commencèrent par nous agacer, par nous irriter, et peu à peu, tout au long de ces années, il nous firent beaucoup réfléchir.Aujourd\u2019hui, nous bondissons encore.Mais nous ne pouvons plus en rester là.Ayant bondi, nous revenons tout de même au sol.Et nous retrouvant devant ces formules chargées de rancœur, parfois même de haine, nous commençons à percevoir ce qu\u2019elles contiennent de vrai.Le mieux est donc de retracer ici, étape par étape, la démonstration de Pierre Maheu.Comment la religion a-t-elle pu devenir, chez nous, un agent d\u2019aliénation?Pour répondre à cette question, il faut d\u2019abord remonter à la source, au commencement, c\u2019est-à-dire à 1760.« Le peuple canadien-français, dépossédé de ses principales institutions politiques, avait effectué une sorte de repli culturel; et la famille, faute de mieux, était devenue la principale institution sociale .» Mais la famille était d\u2019un type bien particulier: elle était avant tout cellule de la paroisse et, donc, cellule de l\u2019Église une, sainte, catholique et apostolique.C\u2019est dire que l\u2019enfant, dès son entrée dans le monde, se trouvait pris dans un système social, non seulement trop vaste pour lui, mais aussi trop rigide, puisque toute possibilité de le remettre en question était exclue a priori.L\u2019autorité des clercs, des parents, les institutions découlant du système: tout était de droit divin.Dans tout cela, que devenait l\u2019enfant ?« Notre être nous était volé », répète sans cesse Pierre Maheu.On voit dans quel sens jouait le mécanisme de l\u2019aliénation.Chaque geste, chaque attitude de l\u2019enfant, loin d\u2019être l\u2019expression de ce qu\u2019il avait de plus intime, devenait un geste, une attitude susceptible de « faire plaisir » au petit Jésus, ou de le « faire pleurer ».Après la famille, l\u2019école perpétuait la même aliénation.L\u2019école, c\u2019était encore une cellule de l\u2019Église universelle; les comportements de l\u2019enfant s\u2019y déroulaient encore et toujours « sous l\u2019œil de Dieu-qui-voit-tout-et-nous-juge », et la religion envahissait jusqu\u2019aux matières les plus profanes.Au collège, ce furent les « billets de direction » ou de confession, et comme toujours, depuis le commencement, les sanctions disciplinaires appliquées au domaine le plus intime de la vie personnelle, et les sanctions morales, religieuses, appliquées aux comportements les plus profanes, les plus quotidiens.En un mot, 326 RELATIONS écrit Pierre Maheu, « le système exigeait dans l\u2019absolu une adhésion totale et ontologiquement impossible; aussi vivions-nous notre singularité (le simple fait de n\u2019être pas comme les autres) dans la mauvaise conscience, comme un étre-pas-comme-les-autres ».D\u2019où la révolte, et bientôt, c\u2019est-à-dire aujourd\u2019hui, l\u2019étape de la révolution organisée.« Faire violence aux mythes établis », voilà donc le premier devoir.« Détruire, en en découvrant les contradictions, la moralité et la légalité officielles », voilà le but que s\u2019assigne le groupe de Parti pris.Nous aurons donc à compter désormais avec un « Front intellectuel de Libération du Québec ».Je l\u2019ai dit tout à l\u2019heure: description et interprétation sont ici constamment associées.Essayons maintenant de les distinguer, dans la mesure du possible.Notons d\u2019abord que Pierre Maheu propose tout simplement à ses lecteurs une hypothèse de travail.Il dit et répète que l\u2019enquête sociologique, loin d\u2019être complète, est à peine amorcée.A mesure qu\u2019elle deviendra plus précise, la description s\u2019enrichira de toutes les nuances provenant de la diversité des milieux et des situations, comme aussi de leur distribution dans le temps et dans l\u2019espace: cela, l\u2019auteur le sait et il le prévoit.Il faudrait donc, note-t il, « consacrer une étude beaucoup plus longue » à cette question, vu que les situations, « malgré les constantes, sont quand même assez variables ».Au terme de l\u2019enquête, on verrait sans doute mieux, tout d\u2019abord, si la religion a vraiment été, dans la plupart des cas, une fonction culturelle aliénante; et ensuite, si le mécanisme de l\u2019aliénation a toujours joué selon le modèle qu\u2019on nous propose.Mais enfin, toute enquête a besoin d\u2019une hypothèse de travail, et le texte de Pierre Maheu a le mérite d\u2019en formuler une, très clairement.Reste a voir si l\u2019hypothèse elle-même ne devrait pas être nuancée, dès le point de départ.Par exemple, que gagne-t-on, à rechercher les vrais coupables du « Système », à désigner le clergé comme le grand responsable du processus d\u2019aliénation décrit ci-dessus?Sans doute, le repli culturel avait-il lieu « sous l\u2019égide des curés qui eux aussi profitaient du vide politique et remplaçaient l\u2019éthique sociale par une morale de la crainte ».Mais en fait, cette morale profitait à tous, précisément parce qu\u2019elle était défensive.Ses effectifs réduits à quelques dizaines de milliers d\u2019âmes, le peuple canadien-français décapité de ses élites, avait d\u2019abord à se défendre.Avant tout, ne rien perdre du peu qui existait déjà: tel était l\u2019unique impératif.Le peuple ne pouvait donc que secréter la morale exigée par la situation.Et comme la paroisse était l\u2019unique structure offrant quelque solidité, et le prêtre, l\u2019unique personnage qui représentait des valeurs culturelles, le peuple allait tout de suite se mettre à secréter, à partir de la base, la fonction sociologique la plus apte à assurer sa survie: un clergé à son image.Cette morale de la crainte et du repliement, c\u2019est le clergé qui la prêchait, bien sûr; mais il la prêchait parce qu\u2019on la lui demandait.C\u2019était bien ce clergé-là que le peuple voulait, et qu\u2019il ne cessait de se donner à lui-même, de génération en génération.Et cette conception de l\u2019amour où toute la personnalité de la femme se trouve dévorée par son « rôle de mère », était-ce simplement, pour le clergé, une manière de « s\u2019approprier la famille » ?N\u2019était-ce pas plutôt, pour le peuple tout entier, une manière de se rappeler à lui-même, de se crier à lui-même, à temps et à contre-temps, l\u2019impératif de la procréation?Au niveau de l\u2019école, le même mécanisme allait encore jouer.Réduit à des structures sociales élémentaires, le peuple allait résoudre, avec les moyens du bord et de la manière la plus économique, le problème de l\u2019éducation: une fois de plus, il eut recours à la fonction cléricale.Dans cette aventure, il n\u2019y a donc pas, d\u2019une part, des victimes et, d\u2019autre part, des coupables.Les schèmes du NOVEMBRE 1963 matérialisme dialectique s\u2019appliquent bien mal à notre situation.Peuple et clergé n\u2019entretenaient nullement entre eux un rapport de classe opprimée à classe opprimante.Le clergé venait tout entier de la base, il reflétait parfaitement les idéaux de la base, et c\u2019est pourquoi il s\u2019est si longtemps maintenu dans sa fonction sociale.On chercherait donc vainement à identifier les coupables.Clercs et laïcs, peuple et élite étaient dans le même bain et, dans une profonde complicité, faisaient face à une commune situation, élaboraient un commun système de défense.Si le « Système » est devenu aliénant, nous en sommes tous coupables.Et s\u2019il a aussi permis ce « miracle » qu\u2019est la survie matérielle du Canada français, nous en sommes tous, clercs et laïcs, peuple et élite, solidairement responsables.Avant d\u2019en venir aux leçons qu\u2019on peut tirer des analyses de Pierre Maheu, deux observations s\u2019imposent.D\u2019abord, les critiques formulées par le groupe de Parti pris ne s\u2019adressent nullement à l\u2019Eglise en soi, à l\u2019institution cléricale en soi, mais bien à l\u2019Église d\u2019ici, au clergé d\u2019ici.Cette critique n\u2019est pas théologique, elle est sociologique.Il est donc inutile d\u2019en appeler à la sainteté de l\u2019Église ou aux bonnes intentions des générations de prêtres qui ont guidé le peuple canadien-français.Par ailleurs, il faut renoncer à savoir dès maintenant, avec précision, dans quelle mesure on peut généraliser l\u2019hypothèse selon laquelle la religion, ici, aurait eu un effet aliénant.Pourtant, les enquêtes même fragmentaires que nous possédons sur la pratique religieuse montrent clairement qu\u2019une part notable de nos masses urbaines s\u2019est déjà détachée de l\u2019Église.Si l\u2019enquête était poussée de manière plus précise dans le milieu des professions libérales, on constaterait certainement un pourcentage de défections encore plus élevé.De cet état de choses, faut-il rendre responsable la structure particulière de la vie urbaine, ou certaines idées importées d\u2019Europe, ou tout simplement la mauvaise volonté, l\u2019« orgueil », l\u2019esprit de contradiction de nos élites?Nous l\u2019avons dit plus haut, nous sommes tous solidairement responsables de tout ce qui s\u2019est passé et continue de se passer au Canada français.Et dans le phénomène actuel de désaffection vis-à-vis de l\u2019Église, il serait étonnant que le clergé n\u2019ait pas lui aussi sa part de responsabilité.Ainsi, et compte tenu de sa partialité, de ses inexactitudes, le texte de Pierre Maheu pourrait servir de point de départ à de fécondes réflexions pastorales.Il pourrait nous aider, en particulier, à nous formuler à nous-mêmes un certain nombre de questions.Celles-ci,^ par exemple.Avons-nous bien compris que la morale de l\u2019Évangile est essentiellement fondée sur les notions de liberté et de progrès?Celle que nous prêchons n\u2019est-elle pas plutôt dominée par les idées d\u2019obligation positive, de faute et de sanction?Et l\u2019idée que nous nous faisons communément de la vérité, sommes-nous bien sûrs qu\u2019elle n\u2019est pas aliénante, pour nous et pour les autres ?« La Vérité », pour nous, est-ce bien quelque chose qui favorise le développement de la pensée et de la vie, ou au contraire, quelque chose qui dès le point de départ leur ferme toutes les issues ?Autrement dit, avons-nous compris que la vérité, selon l\u2019Évangile, loin d\u2019être une chose qui puisse se posséder, doit être conçue comme l\u2019objet d\u2019une perpétuelle recherche?Peut-être serons-nous tentés de répondre affirmativement à ces questions.Mais interrogeons les laïcs, et ils nous feront certainement voir tout ce qu\u2019il demeure encore de négatif dans notre notion du Bien et du Vrai.Eux seuls, aussi, pourraient désigner à notre attention l\u2019énorme surenchère de la maternité qui déforme encore notre conception de l\u2019amour humain; eux encore, qui pourraient nous faire percevoir, au niveau par exemple des situations scolaires, l\u2019extrême confusion des valeurs religieuses et des valeurs profanes.En un mot, une philosophie de l\u2019éducation, une morale, une théologie authentiques ne peuvent être 327 élaborées qu\u2019au sein d\u2019un dialogue entre tous ceux qui sont appelés à en vivre.De ce dialogue, le groupe de Parti pris s\u2019exclut lui-même, délibérément, et d\u2019entrée de jeu.Cela, la première livraison de la revue le répète à satiété.Il faut le regretter.Pour nous et pour eux.Pour nous d\u2019abord, car nous venons de voir tout ce qu\u2019il y a à tirer de leurs réflexions.Pour eux ensuite, car ils se condamnent ainsi à être très tôt dépassés par les événements.Déjà toute une partie des analyses de Pierre Maheu ne colle plus exactement aux faits actuels.La situation telle qu\u2019elle était « au commencement » s\u2019est peut-être perpétuée, monolithique, jusqu\u2019à ces dernières années.Ce serait à voir.Mais partout, le Canada français est en train d\u2019évoluer extrêmement vite.Cette surenchère de la maternité dans la morale conjugale, notre clergé en a déjà pris conscience \u2014 un récent colloque tenu chez les PP.Dominicains de Montréal l\u2019a bien montré.Et les toutes récentes Réflexions sur l'enseignement, du P.Pierre Angers, ne manifestent-elles pas l\u2019existence d\u2019un clergé infiniment clairvoyant, souple et adaptable, dans le domaine de l\u2019éducation?Un simple décalage de quatre ou cinq ans entre le groupe de Parti pris et les actuels élèves de nos collèges fera que beaucoup de ceux-ci auront du mal à se reconnaître dans certaines descriptions de Pierre Maheu.« Nous étudiâmes la littérature en oubliant le dix-huitième siècle, et la philosophie, en les oubliant tous, sauf celui de saint Thomas.» Mais l\u2019enseignement actuel des Lettres dans nos collèges n\u2019oublie ni le XVIIIe, ni le XXe, dans ce qu\u2019il a de moins catholique.Et je sais aussi que tel de mes collègues fonde tout son enseignement de la philosophie sur Merleau-Ponty.Ce faisant, il n\u2019a nullement le sentiment de suivre une mode, mais bien d\u2019obéir à l\u2019impératif chrétien de la recherche de la vérité.Je sais aussi que tels collèges « classiques » offrent actuellement, au niveau du baccalauréat, des options en science politique, en économie, en physique, chimie et biologie.Devant ces faits, peut-on dire que nos enseignants continuent de bouder les réalités du monde actuel ?Sans doute ne faut-il pas généraliser ces observations, symptomatiques peut-être, mais isolées.Mais il faut aussi demander à Parti pris de ne pas généraliser ses propres interprétations; en un mot, et précisément pour que se fasse la révolution, de ne pas se réserver le monopole de la révolution.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit, à la fin.Cette révolution, nous voulons tous qu\u2019elle se fasse.Il faut, me semble-t-il, pouvoir écrire ce mot bien posément, oublier sa charge émotive, ou explosive, et ne retenir que son sens: une évolution, un changement en profondeur.Or, aura-t-on vraiment avancé dans ce sens-là, lorsqu\u2019on aura substitué, au conformisme de droite, un conformisme de gauche, et une orthodoxie à une autre ?C\u2019est bien cela que propose Parti pris, en se refusant à tout dialogue: un nouveau conformisme, une nouvelle orthodoxie, un nouveau monopole de la vérité.Telle est l\u2019illusion de tous les messianismes idéologiques.Merleau-Ponty a pourtant dénoncé cette illusion dans ses Aventures de la dialectique: il n\u2019y a pas à rêver d\u2019une manifestation définitive, et actuellement possédée, du Bien et du Vrai.C\u2019est là un thème majeur de l\u2019Évangile, qui reporte dans un futur infiniment lointain l\u2019avènement plénier du Royaume.Dans l\u2019existence temporelle, on ne peut que vivre des situations profondément ambiguës.Tel qui prétend faire violence aux mythes établis retombe peut-être, à son insu, dans une mythologie tout aussi oppressive.Roland Barthes, dans ses Mythologies, et Marie Bonaparte, dans ses Mythes de guerre, ont montré que la vie moderne, toute séculière qu\u2019elle soit, est elle aussi farcie de mythes.Le moyen d\u2019en sortir ?Le dialogue.Car la liberté n\u2019est pas une aventure solitaire.On n\u2019est libre que devant et avec les autres.Mais c\u2019est peut-être ici qu\u2019il faut, non pas déroger au catéchisme sartrien, mais être résolument plus sartrien que Sartre lui-même.Ces « autres » avec lesquels je vais dialoguer, est-ce que ce seront tout simplement les petits copains, ceux-qui-ont-les-mêmes-idées-que-moi, ceux qui partagent la même orthodoxie, qui professent le même conformisme ?Ceux-là, au fond, ce ne sont pas de vrais autres.Les autres, les vrais \u2014 et j\u2019ai envers moi-même le devoir d\u2019entrer en dialogue avec eux \u2014 ne sont-ce pas plutôt ceux qui sont le plus différents de moi, ceux qui par la forme même de leur pensée et de leur être me remettent totalement en question, qui sont devant moi comme une constante menace, mais qui constituent aussi le seul moyen dont je dispose pour me formuler à moi-même une interrogation objective et totale.Dans ces conditions, le dialogue n\u2019est plus ce jeu futil, « abstrait », qu\u2019imagine Pierre Maheu.Il devient une plongée à l\u2019intérieur de ma propre ambiguïté, une véritable recherche.Et tout d\u2019abord, une recherche de moi-même, par et avec les autres.En un mot, le dialogue authentique doit se fonder sur une altérité aussi radicale que celle qui sépare les sexes.C\u2019est ce que disent, à leur manière, les poètes de Parti pris.Est-ce un hasard si la redécouverte du pays se trouve indissolublement liée, chez eux, à l\u2019expérience de l\u2019amour ?Lorsqu\u2019André Major chante « Marielle blancheur de moi-même », ne chante-t-il pas aussi la parfaite blancheur du pays enseveli sous la neige ?Il y a là une ambiguïté profondément poétique, qu\u2019on retrouve, modulée sur un autre registre, dans la très belle Romance d\u2019André Brochu.Mais c\u2019est peut-être chez Paul Chamberland que le thème est exploité avec le plus de bonheur.On est ici devant un poète; engagé, bien sûr; mais enfin, un poète avant tout, c\u2019est-à-dire un homme chez qui l\u2019image précède toujours d\u2019un pas la pensée, et la tire impitoyablement sur sa propre trajectoire.Ces Poèmes de l'antérévolution sont en fait l\u2019hymne de la renaissance mythique, ou, si l\u2019on veut, de la seconde naissance.Sous la dialectique du feu et du froid, de la flamme et de la blancheur de neige il y a, bien sûr, le désir d\u2019allumer enfin « l\u2019incendie d\u2019être libres et d\u2019épouser au long de ses mille blessures notre terre Québec ».Mais ce pays, précisément, on l'épouse^Et quand le poète dit son désir d\u2019être rendu « neuf à l\u2019Élément », quand il « traverse la rose nocturne », quand il écrit je mords à l\u2019écorce immédiate ô résine ô parfum primordial et j\u2019exige la science nue de naître au tranchant de mon nom j\u2019exige d\u2019être au lieu premier de mon affirmation, que fait-il d\u2019autre, sinon affirmer la profonde identité de la femme aimée et du pays.Ces « cils », ces « lèvres », ce ce sont bien ceux de « notre terre Québec ».Que fait Paul Chamberland, sinon poursuivre l\u2019aventure d\u2019un Alain Grand-bois, qui n\u2019a cessé d\u2019œuvrer, dans une totale solitude, au profond remaniement de notre imagerie, et de notre langue tout entière.Mais alors, ne suffit-il d\u2019être poète pour être « engagé », pour œuvrer dans le sens de la révolution ?Et puisque Parti pris semble s\u2019assigner pour objectif d\u2019être les Temps modernes du Canada français, ses poètes ne pourraient-ils pas chercher à dépasser Sartre, ici encore, dans le sens même de Sartre ?Littérature engagée?Fort bien.Mais toute littérature authentique n\u2019est-elle pas engagée?L\u2019« engagement » politique n\u2019est-il pas souvent une solution de facilité, c\u2019est-à-dire un moyen un peu trop simple, un peu trop rapide de se donner bonne conscience ?Mais l\u2019aventure poétique toute nue n\u2019est-elle pas déjà quelque chose de terriblement compromettant ?Et la vocation du poète n\u2019est-elle pas, comme l\u2019a dit Saint-John Perse dans son discours de Stockolm, d\u2019être « la mauvaise conscience de son temps » ?328 RELATIONS CHRONIQUE DES LETTRES Alain Grandbois, explorateur André VACHON, S.J.VOICI enfin réunis en un seul volume les trois recueils poétiques d\u2019Alain Grandbois l.S\u2019il est une oeuvre qui décourage tout essai de critique explicative, c\u2019est bien cette somme de poésie, abrupte, hermétique, mais qui est aussi un monument unique dans notre littérature.Ici, le lecteur n\u2019a pas à rêver d\u2019appuis extérieurs à l\u2019œuvre.Livré à ses propres ressources, il ne lui reste plus que l\u2019attaque directe: pénétrer, donc, en pleine masse poétique, et y tracer lui-même les sentiers de son exploration.L\u2019attention est d\u2019abord attirée par l\u2019imagerie géographique qui caractérise déjà l\u2019œuvre en prose de Grandbois.Comme Louis Jolliet, comme Marco Polo, le lecteur circule ici sur des surfaces liquides, mers ou fleuve parsemés d'îles, bordés de plages, de rivages, et toujours sous la dure coupole du ciel nocturne constellé d\u2019étoiles.Ces mouvements pourraient sembler bien superficiels si l\u2019on ne remarquait en même temps, au niveau des mots-outils, toute une dialectique du e, du tu et du nous, et, dans les temps des verbes, l\u2019alternance tout aussi énigmatique du présent et de l\u2019imparfait.Ces particularités syntaxiques montrent qu\u2019il y a ici autre chose qu\u2019un homme au milieu d\u2019un univers purement cosmologique: au centre de cet espace il y a un je et un tu, il y a une histoire.Cet univers a donc une structure spatiale et une structure temporelle bien définies.Et l\u2019on comprend très tôt que l\u2019imparfait des verbes renvoie toujours à une époque antérieure à une certaine date, et qui est tout entière dominée par le présent, le seul présent digne de ce nom.C\u2019est peut-être le dernier poème des Iles de la nuit (93-96) qui peut le mieux servir à élucider ces rapports dans le temps et dans l\u2019espace.L\u2019exploration du monde, le départ vers les « sept mers », est consécutive à l\u2019expérience d\u2019un grand amour, et à l\u2019échec de cet amour.L\u2019univers spatial de Grandbois se construit donc à partir d\u2019un point précis du temps.Et c\u2019est pourquoi le monde et le corps de l\u2019être aimé apparaissent, tout au long de ces poèmes, en constante surimposition.Le poète explore simultanément l\u2019un et l\u2019autre, l\u2019un par l\u2019autre.« Tu marchais, écrit-il, avec tout l\u2019horizon comme une coupole autour de toi.» C\u2019est dans cette optique qu\u2019il faut relire la pièce intitulée Avec ta robe (48-49), qui est aussi un des sommets de notre littérature.On assiste déjà ici à cette cosmisation de la femme décrite par Bachelard.Femme-paysage, la Fiancée fait corps avec les sources, avec le rocher, et son genou lui-même est une île.Aussi, ne faut-il pas s\u2019étonner de ce que l\u2019imagerie géographique se trouve doublée, d\u2019un bout à l\u2019autre du recueil, d\u2019un second système d\u2019images, emprunté au corps.On remarquera, en particulier, l\u2019importance que prennent ici les bras, les mains, les doigts, instruments d\u2019une exploration toujours plus fine de l\u2019espace corporel.A partir de ces quelques points de repère, on peut voir se dessiner une sorte d\u2019érotique transcendentale qui définit 1.Alain GRANDBOIS: Poèmes (Les Iles de la nuit, Rivages de l'homme, L'Etoile pourpre).\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1963.Les chiffres entre parenthèses renvoient aux pages de cette édition.NOVEMBRE 1963 assez bien le recueil entier des Poèmes.Je veux dire que la connaissance du corps et la connaissance du monde sont, chez Grandbois, la médiation d\u2019une authentique expérience spirituelle.Tel est le sens de ces extraordinaires mouvements de plongée où nous entraîne le poète.La pièce intitulée Ah toutes ces rues est, à cet égard, bien révélatrice.On y voit le poète progresser, toujours plus loin de la surface, vers le centre brûlant de la terre, qui est aussi la fine pointe de l\u2019âme et le cœur de l\u2019être aimé, centre de l\u2019espace corporel.Ce cœur répond d\u2019ailleurs à Y étoile solitaire (qu\u2019il ne faut pas confondre avec les étoiles anonymes de la voûte céleste), perpétuellement suspendue à la verticale de l\u2019univers.Centre de l\u2019espace extérieur, centre de l\u2019espace intérieur, le cœur et l\u2019étoile finissent pourtant par coïncider, dès qu\u2019est amorcée l\u2019intégration des deux espaces: le cœur pourpre du second recueil (126), n\u2019est-ce pas déjà cette étoile pourpre qui donne son titre au troisième ?En prenant cette seconde forme, l\u2019image du centre semble avoir acquis une valence nettement érotique.Il faut peut-être alors la relier à tout un train d\u2019images qui apparaissent dès les premiers poèmes, et qui, sous des différences toutes superficielles, semblent bien avoir la même fonction poétique: la « racine des vents » (16), le « centre des tempêtes » (18), le « nœud profond des cyclones » (28), le « cœur du typhon » (74), etc.Mais là encore, il ne faut pas oublier que ces images du centre, ponctuelles dans l\u2019espace, ont leur pendant temporel: il y a un point précis et central de l\u2019espace vers lequel le poète progresse, mais il y a aussi un « mortel instant d\u2019une fuyante éternité » (25, 42), un « éternel instant » (44), une « heure parfaite »(61), si parfaite, « qu\u2019enfin l\u2019éternité naisse » (63).Cet instant est donc le point central du temps.Du temps et de l\u2019espace, car le poète ne travaille-t-il pas, depuis le début, à la parfaite intégration de ces catégories?Les images du centre, quelle que soit leur matière, renvoient toutes à Yinstant où le je et le tu, et autour d\u2019eux, le monde total, commencent à exister dans V espace.Il faudrait aussi consacrer toute une étude à l\u2019image de l\u2019axe, telle qu\u2019elle apparaît à la fin du second (157-159) et du troisième recueils (235-239).Dans ce dernier poème, Grandbois réussit à intégrer toutes les valences de son imagerie: l\u2019axe cosmique, celui autour duquel le monde entier prend corps, ce n\u2019est plus exactement la colonne du cyclone ou du typhon, mais le double corps de l\u2019amant et de l\u2019amante qui à la fois plonge et remonte d\u2019un pôle à l\u2019autre de l\u2019univers.Tel est bien le point, l\u2019instant où a lieu la « naissance du monde ».Ces trop brèves observations n\u2019ont évidemment pour but que de tracer quelques sentiers à travers un univers qui reste encore à découvrir.Et concluons en reproduisant ici trois vers qu\u2019il faudrait longuement, oui, très longuement méditer.Ils sont aussi l\u2019un des ultimes « cris » du poète: Ils disent que nous nions Dieu Alors que nous ne cherchons que Dieu Que Lui seul Lui.Collège Jean-de-Brëbeuj, 329 LA DÉMOCRATIE EN PROGRÈS Le Conseil supérieur du travail, les lois ouvrières et le public Gérard HÉBERT, S.J.INAPERÇU du grand nombre aura été un entrefilet, inséré dans les journaux du 26 août dernier.Le Conseil supérieur du travail y invitait tous les intéressés, individus et associations, à lui formuler, avant le 16 octobre, leurs représentations concernant la Loi de la convention collective; le Conseil devait entreprendre alors, à la demande du ministre du Travail, l\u2019étude de ladite loi.Celle-ci, revisée, formera la seconde partie du futur Code du travail.Nous aimerions prendre occasion de cette initiative pour soumettre quelques réflexions sur l\u2019ensemble des activités du Conseil supérieur du travail, spécialement sur leur caractère plus ou moins public, en rapport avec le processus démocratique de l\u2019élaboration des lois ouvrières.Un précédent heureux L\u2019article 1er de la Loi instituant le Conseil supérieur du travail déclare qu\u2019il sera un organisme consultatif, et l\u2019article 3, qu\u2019il entreprendra ses études à la demande du ministre, ou spontanément, mais cette fois avec l\u2019approbation du ministre.Les sujets auxquels l\u2019article 2 lui donne pour mission de s\u2019arrêter 1 manifestent l\u2019importance que le législateur lui attribue non seulement comme conseiller du ministre du Travail, pour l\u2019élaboration d\u2019une meilleure législation, mais comme foyer d\u2019étude et initiateur de recherches sur tous les grands problèmes sociaux.De ce point de vue, la responsabilité du Conseil dépasse celle de consultant du ministère et il devient comptable de ses travaux envers toute la population.Qu\u2019un organisme de cette nature consulte lui-même les intéressés par une invitation générale au grand public, il semble bien que ce soit là un précédent: apparemment aucun autre corps semblable ne l\u2019avait fait jusqu\u2019ici.Bien que la loi ne le prévoie pas explicitement, elle ne l\u2019interdit pas non plus.Le Conseil peut déjà demander à d\u2019autres personnes qu\u2019à ses propres membres et aux fonctionnaires qui lui sont attachés des études, des enquêtes et des rapports (art.13).Il peut même assigner qui il veut à comparaître devant lui comme témoin, et, à cette fin, il possède les pouvoirs conférés aux Conseils de conciliation et d\u2019arbitrage par la Loi des différends ouvriers de Québec (art.14).Étant donné ces privilèges, il ne paraît pas déraisonnable que le Conseil puisse inviter, d\u2019une manière générale, tous ceux qui ont des idées à les lui soumettre.Lui-même fera le tri: il y trouvera sans doute de précieux filons.1.« Le Conseil a particulièrement pour mission l\u2019étude des questions relatives à la protection des ouvriers et des salariés, à la rationalisation du travail, aux conventions collectives de travail, aux minima de salaires, à l\u2019inspection du travail, à la prévention des accidents du travail, à l\u2019apprentissage, à l\u2019orientation professionnelle, à la réhabilitation des chômeurs, à l\u2019assurance et à l\u2019assistance sociales, à la suppression des taudis et à l\u2019accession des travailleurs à la propriété.» (Statuts refondus de Québec 1941, ch.159, art.2.) N\u2019eussent été la brièveté du délai accordé et la difficulté» à cette époque de l\u2019année, de préparer les mémoires requis» tous les intéressés auraient accueilli l\u2019initiative du Conseil supérieur du travail avec la plus complète approbation.En effet, la vraie démocratie vit ainsi de la plus grande participation possible des citoyens \u2014 habituellement par le moyen des groupes^ intermédiaires \u2014 aux divers rouages et mécanismes de l\u2019État.Cet heureux événement éveille des désirs quant au rôle plus étendu que pourrait jouer le Conseil et quant à la connaissance que le public peut avoir de ses importants travaux.Rapports d'activités En vertu de l\u2019article 16, « le secrétaire prépare un rapport annuel qui est approuvé par le Conseil supérieur en séance plénière et est ensuite soumis au ministre du Travail ».De fait, le Rapport général du ministre du Travail contient un tel rapport, sauf de 1955 à 1960, années pendant lesquelles le Conseil, pour les raisons qu\u2019on sait, a interrompu ses activités.Ces rapports indiquent le nom des membres et le nombre des réunions tant du Conseil que de la Commission permanente; ils contiennent aussi, habituellement, une brève énumération des principaux sujets étudiés au cours de l\u2019année.Ce genre de comptes rendus nous paraît insuffisant, vu la responsabilité d\u2019un tel organisme vis-à-vis de la société et le rôle qu\u2019il peut jouer dans une démocratie de plus en plus vivante.En divers milieux, s\u2019exprime le souhait que soient publiés non seulement le rapport des activités mais le texte, ou à tout le moins un résumé, des principales études faites par le Conseil ou préparées à sa demande.Il semble d\u2019ailleurs que ce soit là une étape normale dans l\u2019évolution d\u2019une démocratie en progrès.Rapports d'études On peut concevoir deux types de rapports d\u2019études, un rapport annuel général sur l\u2019état du secteur relevant de l\u2019organisme en question, et des rapports ad hoc sur des points particuliers, dont le Conseil a entrepris la considération à la demande du ministre ou de sa propre initiative.La loi fédérale instituant le Conseil économique du Canada et le bill 60 sur l\u2019éducation dans le Québec prévoient, l\u2019un et l\u2019autre, ces deux genres de rapports2, mais sans les rendre également obligatoires.La loi fédérale déclare, en effet, dans les deux derniers paragraphes de l\u2019article 21, ce qui suit: 2.La Loi concernant le Conseil d\u2019orientation économique de Québec ne lui impose rien d\u2019autre qu\u2019un rapport de ses activités: « Le Conseil présente, au moins une fois l\u2019an, un rapport de son activité au lieutenant-gouverneur en conseil par l\u2019entremise du premier ministre.» (Art.12.) 330 RELATIONS (2)\tChaque année, le Conseil doit préparer et faire publier un exposé des perspectives et des problèmes économiques à long et à moyen termes.(3)\tLe Conseil peut faire publier les études et les rapports préparés à son intention, dont la publication lui semble opportune.De son côté, le bill 60 stipule, à l\u2019article 9 du chapitre 58B, que le Conseil supérieur de l\u2019éducation doit: c) transmettre au ministre qui le communique à la Législature un rapport annuel sur ses activités et sur l\u2019état et les besoins de l\u2019enseignement.On conçoit bien que le Conseil supérieur du travail prépare, de temps à autre, un rapport sur l\u2019état général des relations patronales-ouvrières dans la province; ce rapport serait comme une prise de conscience périodique, annuelle ou bisannuelle, du climat social, ouvrier et patronal; il offrirait une analyse de la situation courante, quelques prévisions d\u2019avenir et les recommandations à en dégager3, auxquelles il pourrait adjoindre, avec profit, une description de l\u2019état de la recherche sur les mêmes problèmes.Pourtant, avec le travail que représente la codification graduelle de nos lois ouvrières, il semble peu probable que le Conseil supérieur ait le loisir et les ressources voulus pour s\u2019attaquer à une rétrospective et à une prospective de cette nature.Tout en les souhaitant, on comprend qu\u2019elles paraissent difficilement réalisables dans un avenir rapproché.Quant à la publication du fruit de ses études, spécialement de celles qui se rapportent au projet de Code, il devrait être possible de la réaliser sans retard.Le pour et le contre A côté des avantages primordiaux, sur lesquels nous reviendrons dans un instant, la mesure comporte, il faut l\u2019admettre, un certain nombre d\u2019inconvénients, non pas vraisemblablement pour les études que d\u2019autres feront à la demande du Conseil, mais pour les travaux du Conseil lui-même.Il se peut que la perspective de voir leurs conclusions publiées enlève aux membres du Conseil supérieur du travail une certaine spontanéité et que des représentants du groupe patronal ou du groupe ouvrier soient tentés d\u2019évaluer leurs recommandations en fonction de la réaction de leurs ressortissants plutôt que du seul bien commun.Un gouvernement pusillanime peut aussi craindre d\u2019y perdre trop de sa liberté d\u2019action : tant que les études du Conseil demeurent transmises au ministre dans le secret, un tel gouvernement se sent plus libre d\u2019y passer outre; si elles sont connues, l\u2019opinion publique peut s\u2019en emparer pour critiquer une mesure qui n\u2019en tiendrait pas assez compte.Il nous semble cependant que les avantages à retirer de la publication des études remises au ministre dépasseraient de beaucoup les inconvénients possibles.Par rapport au Conseil, il ne fait pas de doute que la maturité et la conscience professionnelle de ses membres les inviteraient à agir, en toute hypothèse, en vue du bien général et non en fonction d\u2019un intérêt mesquin.Il y aura des rapports minoritaires, mais un rapport minoritaire n\u2019est pas nécessairement un mal ; de plus, la chose paraît inévitable dans un corps multiple, et elle se rencontre 3.Le rapport de la Commission Parent attribuait au Conseil supérieur de l\u2019éducation la même fonction en son domaine propre: « C\u2019est au Conseil supérieur de l\u2019éducation que reviendra surtout la responsabilité de maintenir le système d\u2019enseignement en contact avec l\u2019évolution de la société et celle d\u2019indiquer les changements à opérer et d\u2019inspirer des plans à long terme.» (Province de Québec, Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement, Ire partie, n° 176.) NOVEMBRE 1963 dans tous les organismes analogues des différents pays du monde libre.Quant au gouvernement, le désir de servir la communauté sociale de la manière la plus démocratique possible lui fera souhaiter \u2014 hors les cas exceptionnels où le bien commun lui-même exige une procédure à huis clos \u2014 que les rapports à lui soumis par les organismes consultatifs gouvernementaux soient connus du public.Aux yeux des citoyens consciencieux, une attitude ouverte sur ce point est peut-être le meilleur atout d\u2019un parti au pouvoir.De cette exigence, on pourrait trouver un indice dans les événements qui ont entouré les séances du comité des relations industrielles de l\u2019Assemblée législative, en juin dernier, à l\u2019occasion du bill 54; celui-ci contenait, on s\u2019en souvient, la première tranche du Code du travail projeté.Selon des rumeurs, le texte du bill aurait ignoré certaines recommandations, même unanimes, du Conseil supérieur du travail.L\u2019impossibilité, pour le public, de connaître leur teneur créait un malaise sérieux, qui s\u2019aggravait de l\u2019apparente précipitation du gouvernement à faire adopter le bill, avant la fin prochaine de la session.L\u2019atmosphère ne s\u2019est dégagée vraiment qu\u2019au moment où fut décidé le renvoi du bill à l\u2019automne, de manière à donner au gouvernement le temps de réfléchir sérieusement sur les considérations entendues au cours des séances du comité et de rédiger un nouveau projet en conformité avec les commentaires présentés devant lui.Du point de vue de la société tout entière, la publication des études faites par le Conseil supérieur du travail lui permettrait de participer pleinement à l\u2019élaboration progressive des lois ouvrières.Une opinion publique éclairée n\u2019est-elle pas le fondement, la vie même d\u2019une saine démocratie?Une comparaison pourrait nous éclairer.On concevrait mal une commission royale d\u2019enquête dont le rapport ne serait pas publié; or sur les points importants qu\u2019ils étudient, les conseils consultatifs gouvernementaux constituent, en quelque sorte, des commissions d\u2019enquête permanentes.Le rapport de la Commission Parent l\u2019affirmait explicitement à propos du Conseil supérieur de l\u2019éducation: Le Conseil contribuera à canaliser vers le gouvernement les revendications du public, en s\u2019assurant toujours que tous les points de vue sont entendus et reçoivent l\u2019attention qu\u2019ils méritent; il jouera en quelque sorte de façon permanente le rôle que remplit temporairement une commission d\u2019enquête.(Ire partie, n° 178.) Dans le cas d\u2019un conseil consultatif, comme dans celui d\u2019une commission d\u2019enquête, le gouvernement non seulement demeure libre, mais il est tenu de ne choisir que les recommandations qu\u2019il croit sages et même d\u2019opter pour d\u2019autres solutions qui lui sembleraient meilleures.A lui de prendre ses responsabilités; mais un gouvernement vraiment démocratique aura toujours grand avantage, à tous points de vue, à se décider dans la pleine lumière.Modalités Une fois admis le principe de la publication des travaux du Conseil, reste à en déterminer les modalités.Comme la loi actuelle relative au Conseil supérieur du travail ne contient là-dessus aucune indication, toute décision de cette nature, pour l\u2019instant, dépendra du bon vouloir du ministre ou du Cabinet.Une loi refondue du Conseil supérieur devrait fixer les grandes lignes d\u2019une politique de publication.Par exemple, elle devrait statuer, à notre avis, que le rapport annuel détaillé des activités et le rapport, annuel ou bisannuel, sur l\u2019état général des relations patronales-ouvrières seront tou- 331 jours publiés.Quant aux études, il faudra tenir compte de leur importance, du coût de publication (publier ne veut pas dire nécessairement faire imprimer) et peut-être de certaines circonstances particulières.Il peut, en effet, se présenter des cas où, soit à la demande du ministre, soit au jugement du Conseil lui-même, il serait préférable de remettre au ministre tel ou tel rapport à titre confidentiel.Il revient au Conseil lui-même, croyons-nous, de juger de ce qui doit être publié.A moins qu\u2019on ne décide de tout publier, on ne voit pas d\u2019autre formule qui puisse pleinement satisfaire aux exigences d\u2019un public dûment éclairé: on ne peut logiquement laisser au gouvernement le soin de décider ce qu\u2019il publiera sans faire perdre, ipso facto, au principe de la publication toute sa vigueur et son efficacité.Si le Conseil veut jouer pleinement son rôle non seulement vis-à-vis du ministère mais par rapport à toute la population, il doit pousser ses projets de recherche et d\u2019étude le plus loin possible.En vue de faire participer le public aux fruits de ses travaux, il voudra publier tous ceux qu\u2019il pourra, dans les limites du budget le plus généreux, et il déposera les autres en un lieu accessible à tous.Devant l'Assemblée législative A la lumière des études et des recommandations qu\u2019aura préparées le Conseil supérieur du travail, le public sera plus en mesure de se faire une opinion avertie sur tout projet de loi ouvrière déposé devant l\u2019Assemblée législative.Pour que les citoyens puissent participer pleinement, et d\u2019un bout à l\u2019autre du processus, à l\u2019élaboration démocratique des projets de loi d\u2019une certaine importance, il semble nécessaire aussi de compléter la consultation et l\u2019information des étapes précédentes en donnant au public, une fois connu le texte même de la loi proposée, une dernière occasion d\u2019exprimer ses points de vue.On ne peut songer évidemment à renvoyer tous les bills aux divers comités de l\u2019Assemblée législative; mais ne pas le faire pour les projets de loi de grande envergure, c\u2019est, nous semble-t-il, amputer notre système parlementaire et démocratique d\u2019une de ses plus heureuses et plus fructueuses procédures.L\u2019expérience faite à l\u2019occasion de la première tranche du Code du travail parle clairement en ce sens.Conclusion Par la consultation que peuvent mener, auprès du public, les organismes consultatifs eux-mêmes, par la publication de leurs conclusions et recommandations, par le moyen enfin du comité de l\u2019Assemblée législative, le gouvernement permet à toute la population de vivre pleinement la vie démocratique qui lui revient.Ce n\u2019est pas seulement le jour du vote que le citoyen doit participer à la chose publique; il doit s\u2019exprimer, habituellement par les organismes appropriés, à toutes les étapes principales du processus législatif, et les institutions démocratiques doivent lui fournir l\u2019occasion de le faire commodément.La marche du gouvernement s\u2019en trouvera peut-être ralentie; le retard n\u2019est qu\u2019apparent: dans la mesure où tous peuvent ainsi participer plus pleinement à la vie de l\u2019État, la méthode assure, à la population qui s\u2019impose cet effort, une meilleure législation, qui requerra moins d\u2019amendements à moins brève échéance.Dans cette perspective générale, les divers groupements et les citoyens intéressés aux problèmes du travail se réjouissent de la récente initiative du Conseil supérieur et de l\u2019attitude prise par le gouvernement à cette occasion.Ils souhaitent que l\u2019expérience se renouvelle, et ils sauraient gré, au gouvernement et au Conseil, de poursuivre dans la voie où ils se sont heureusement engagés.332 AU SERVICE DU FRANÇAIS Encore l\u2019orthographe 1ES GRANDS ÉCRIVAINS se moquent-ils de l\u2019ortho-graphe?Leur prestige vaut-il mieux que le service rendu par les grammairiens aux usagers de la langue ?Beaux thèmes de discussion.Chose certaine: sans une connaissance sérieuse de l\u2019orthographe, on ne peut écrire convenablement, ni même parler correctement.Cela s\u2019applique aux subtilités, voire aux curiosités du français.Le genre des noms, par exemple, intéresse l\u2019orthographe; il affecte aussi l\u2019élocution.Si vous croyez que le substantif harmonique est féminin, votre erreur offensera l\u2019œil de celui qui vous lit et l\u2019oreille de votre auditeur.On dit et écrit, on doit écrire et dire: un harmonique, de nombreux harmoniques (breu-zar), non pas les « nombreuses » harmoniques (breuze-zar); tous les harmoniques, non pas « toutes ».Négligeant de consulter le dictionnaire, trop d\u2019auteurs changent le genre de ce mot.Ils ont tort.D\u2019abord adjectif, le mot harmonique employé substantivement oblige à sous-entendre le mot son, qui est masculin.Voilà pourquoi, comme substantif, harmonique se modifie au masculin, non au féminin.Car un harmonique se définit: son accessoire qui s\u2019ajoute à un son fondamental (Larousse).Il n\u2019en va pas de même du mot acoustique, normalement adjectif aussi, mais du genreféminin lorsqu\u2019on le prend comme substantif.On ne sous-entend pas alors le mot son, mais le mot résonance, qui signifie: transmission du son et, plus spécialement, « propriété d\u2019accroître la durée ou l\u2019intensité d\u2019un son » (Larousse).L\u2019acoustique d\u2019une salle désigne donc son aptitude à communiquer les sons qui s\u2019y produisent, qui s\u2019y perçoivent.Mot féminin, puisque Y acoustique (substantif) se conçoit comme une résonance.Écrivez et dites, par conséquent: une bonne ou mauvaise acoustique, une acoustique bonne ou mauvaise.L\u2019orthographe \u2014 ici, comme souvent, le sens \u2014 l\u2019exige.Mais pourquoi le mot résonance se satisfait-il d\u2019un seul n, tandis que résonner, résonnant, résonnement (ne pas confondre avec raisonnement, bien que, parfois.) en réclament deux ?Curieusement, résonateur n\u2019en a qu\u2019un, lui.Caprices ?Je le pense.Et pourquoi l\u2019orthographe n\u2019en aurait-elle pas ?Expliquer le passage du féminin au masculin dans le cas d\u2019atmosphère et d\u2019hémisphère, qui le pourra ?Rares, ceux qui se trompent sur le genre de sphère, substantif féminin.Moins rare, même chez nos bacheliers et bachelières, l\u2019emploi fautif d\u2019atmosphère au masculin et d\u2019hémisphère au féminin.Or, chacun doit écrire et dire: une chaude et douce, ou une froide et pernicieuse atmosphère.Et qu\u2019il s\u2019agisse de la moitié du globe terrestre ou de la demie d\u2019une boule quelconque à deux couleurs, on vous prie d\u2019écrire: l\u2019hémisphère boréal, et de dire: un hémisphère blanc ou brun.Raisonne-t-on (et non pas résonne) pareils phénomènes ?Dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française, Adolphe Thomas nous avertit que sphère, nom féminin, n\u2019a que deux dérivés masculins: hémisphère et planisphère.Parce que planisphère vient de planus : plan, nom masculin, en français, et qu\u2019hémisphère se forme avec le préfixe hémi, équivalent neutre (?) de demi ou de semi?Peut-être.On aura noté, plus haut, Ve muet qui termine le mot demie.Or, le Petit Larousse nous offre la même définition (moitié d\u2019une unité) et pour demi, substantif masculin sans e muet, et pour demie, substantif féminin avec e muet.Mystère ?A résoudre le mois prochain.J.d\u2019Anjou.RELATIONS Le droit des parents Des journalistes, qui font sans nuance ni réticence propagande en faveur du bill 60, ont cru trouver dans le silence gardé jadis, quand les lois antérieures privaient les parents de leurs droits en éducation, un argument ad hominem inéluctable contre ceux qui reprochent au projet de loi de ne confier aux parents qu\u2019un rôle mineur.Ce prétendu silence n\u2019est pas une donnée de fait; les journalistes qui l\u2019affirment ne prouvent par là que leur ignorance, leur jeunesse peu informée qu\u2019à suivre la procédure prévue aux articles 127 et suivants de la loi générale pour désigner des délégués qui, selon la même procédure, choisiraient leurs trois commissaires.Nous parlons de « chefs de famille » et non de contribuables, parce que dans nos deux grandes cités les propriétaires trop peu nombreux ne représentent plus adéquatement l\u2019ensemble des parents.Ce mode de choisir les commissaires est simple et juste.Il favoriserait un regain d\u2019intérêt et d\u2019esprit de collaboration des parents, tout en écartant les frais, difficultés administratives et inconvénients d\u2019une élection aux poils, à l\u2019échelle de grandes villes.Que, de fait, telle œuvre littéraire, théâtrale ou cinématographique « énerve » ou non (pour employer le vocabulaire d\u2019un journaliste irréfléchi) n\u2019a rien à voir au problème.Certaines maladies et la folie rendent souvent insensible aux stimulants normaux de la sexualité; on les traite à l\u2019hôpital, non au confessionnal.Objectivement, de soi, et au jugement de n\u2019importe quel esprit équilibré, le film dont nous parlons viole le caractère sacré du sexe et offense la dignité humaine tant masculine que féminine.Il ne peut donc échapper à la condam- AU FIL DU MOIS sur le passé, leur peu de mémoire ou leurs préjugés.En 1947 la Législature provinciale modifia la composition des Commissions scolaires de Québec et de Montréal par les bills 8 et 9.Relations dénonça alors, en deux éditoriaux (mars et avril) étoffés et énergiques, les manœuvres politiques qui se pratiquaient.Chaque nouvelle administration provinciale est ainsi tentée de vouloir s\u2019assurer la prépondérance d\u2019influence au sein de nos deux plus grandes organisations scolaires urbaines, Montréal et Québec, par le remplacement de tous les commissaires à l\u2019occasion de la mise en vigueur d\u2019une nouvelle loi.Avec le temps, cet abus menace de devenir tradition.(Relations, mars 1947, p.65).Ayant rappelé l\u2019évolution historique à Montréal depuis 1846, l\u2019éditorial demandait « un redressement plus profond »: Dans toute autre municipalité scolaire de la province, cinq commissaires ou trois syndics (art.131) sont élus par les contribuables pour une durée de trois ans (art.179), ce qui conserve aux chefs de famille la responsabilité première de l\u2019éducation sur le plan local.Pour s\u2019écarter de cette ligne sûre, on ne saurait invoquer l\u2019impossibilité ou l\u2019inopportunité de l\u2019élection locale.On nous permettra de suggérer un moyen de réalisation très simple et dans l\u2019esprit de la loi de l\u2019Instruction publique (S.R., 2, 1941, ch.59).Le nombre des commissaires serait de cinq (art.131), dont trois seraient élus par les chefs de famille, un nommé par le gouvernement, un autre par l\u2019archevêché, ou celui qui exerce ses pouvoirs.Les chefs de famille garderaient ainsi, sur le plan local, la gouverne de leurs affaires, tout en profitant de la juste collaboration de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat.Les chefs de famille de chaque paroisse, réunis en assemblée, n\u2019auraient L\u2019éditorial concluait, à une époque où le gouvernement de l\u2019Union nationale résistait à l\u2019offensive centralisatrice du gouvernement fédéral dirigé par les libéraux: On ne défendra jamais trop l\u2019autonomie provinciale à l\u2019encontre des empiétements fédéraux.Cependant, l\u2019autorité provinciale ne ralliera jamais si bien tous les citoyens et n\u2019en imposera davantage aux centralisateurs fédéraux, que lorsqu\u2019elle respectera et favorisera elle-même l\u2019autonomie municipale, civile ou scolaire et une saine décentralisation.Ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que les droits des familles ont chez nous des défenseurs.J.Cousineau.Aveugles ou complices Pourquoi s\u2019interroger ou nous interroger sur la qualité d\u2019un film aussi évidemment scandaleux que Striptease?Aucun motif n\u2019excuse ni la fabrication, ni la diffusion, ni l\u2019annonce publicitaire d\u2019un tel spectacle.Il suffit d\u2019en connaître la teneur pour savoir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une production objectivement obscène.Devrons-nous indéfiniment répéter en quoi consiste l\u2019obscénité?Est obscène un livre ou un spectacle qui présente le désordre sexuel soit en l\u2019approuvant, soit en l\u2019ornant d\u2019appas séduisants, ou qui traite de sexualité même honnête de manière à exciter physiquement la passion.A l\u2019exhibition scénique de la nudité et surtout au déshabillage minuté en vue de cette excitation (sens obvie du mot striptease), s\u2019applique, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, la marque infamante de l\u2019obscénité.nation que naguère, en des termes impressionnants et sévères, l\u2019archevêque de Montréal porta contre de semblables impudicités.Voici comment il s\u2019exprima le soir qu\u2019il consacra son diocèse à la sainte Vierge (le Devoir, 1er mai 1953, P.5): .comme chef spirituel de ce diocèse et dans l\u2019exercice de la puissance pastorale que Dieu m\u2019a confiée, je condamne les spectacles immoraux qui sont à l\u2019affiche dans notre ville.Je réprouve au nom de la morale chrétienne le spectacle qui se donne dans un théâtre situé au coin de deux grandes rues de cette ville et je rappelle à tous les fidèles qui veulent vraiment être des enfants de l\u2019Eglise qu\u2019ils n\u2019ont pas le droit de pénétrer dans ce lieu et que le seul fait d\u2019y entrer constitue une faute grave de scandale.Avais-je besoin de souligner ?Il semble que oui, puisque les pouvoirs publics de chez nous encouragent ces scandales et les tolèrent, sous prétexte que les mêmes spectacles circulent dans toutes les grandes villes de l\u2019Occident.Affreuse responsabilité, car, selon la remarque de Pie XI (Casti Connubii): Ils ne sont pas rares ceux qui pensent que la loi morale autorise ce que les lois de l\u2019Etat permettent ou du moins ce qu\u2019elles ne punissent pas; ou qui, même à l\u2019encontre de leur conscience, usent de toutes les libertés consenties par la loi, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas la crainte de Dieu et qu\u2019ils ne trouvent rien à redouter du côté des lois humaines.Ainsi ils sont souvent cause de ruine pour eux et pour beaucoup d\u2019autres.Aveugle ou complice qui ne travaillerait pas à endiguer les flots de pourriture déversés actuellement sur notre peuple, à la faveur du pseudo-déblocage dont se gaudissent certains malaxeurs d\u2019opinion, NOVEMBRE 1963 333 aux yeux desquels paraît suspect d\u2019hypocrisie tout jugement de valeur morale un peu exigeant ou simplement chrétien.J.d\u2019Anjou.Unilinguisme, pourquoi?Quiconque appartient à une nation civilisée doit avoir à cœur de bien connaître sa langue, surtout si elle a conquis une relative perfection et, par les œuvres qui la véhiculent, une renommée mondiale.C\u2019est le cas, aujourd\u2019hui, de ceux qui ont le français pour langue maternelle.Or, pour bien écrire et parler le français, le mimétisme pratiqué au foyer ne suffit pas, même en France.Une étude méthodique s\u2019impose; on s\u2019y adonne à l\u2019école.D\u2019autre part, nul ne conteste l\u2019aisance avec laquelle, simplement à jouer souvent avec des camarades d\u2019une autre nationalité, le jeune enfant peut apprendre les éléments pratiques d\u2019une langue seconde.La « plasticité » reconnue du cerveau enfantin facilite cette apprentissage.Mais deux considérations entrent ici en ligne de compte.Premièrement, apprendre ne signifie pas étudier.Deuxièmement, la langue maternelle n\u2019a pas à redouter la concurrence d\u2019une étrangère quand celle-ci ne jouit pas d\u2019un plus grand prestige et quand la première règne vraiment au foyer, non seulement par un usage exclusif, mais par sa qualité.Or, le français a dégénéré chez nous depuis deux siècles; et l\u2019anglais exerce, même sur les enfants, par la contagion du milieu, une séduction envahissante.Le simple apprentissage spontané de l\u2019autre langue risque donc de nuire et, de fait, nuit à l\u2019acquisition de notre langue maternelle.A plus forte raison, Y étude prématurée de l\u2019anglais.Situation regrettable: on élargit sa culture lorsqu\u2019on lit et parle plusieurs langues.A la condition, cependant, de posséder parfaitement la sienne, par suite d\u2019un apprentissage spontané dans une famille soucieuse de belle parlure et d\u2019une étude réfléchie et compétente à l\u2019école.L\u2019un et l\u2019autre manquent présentement à notre jeunesse.Si nous voulons établir en Amérique un foyer de culture française, il faut que notre jeunesse n\u2019entende au foyer et n\u2019étudie à l\u2019école qu'une langue, la sienne, restaurée partout dans sa pureté.Une fois redevenus fiers et sûrs de leur idiome, les descendants des générations actuelles se permettront sans inconvénient de favoriser chez leurs enfants Y apprentissage spontané d\u2019une autre langue.Mais, même alors, Y étude de cette langue ne devra commencer qu\u2019après l\u2019acquisition solide du français.Il importe, en effet, d\u2019éviter aux jeunes le passage d\u2019une réflexion idiomatique à une autre.Avant la fin de la première adolescence (16-18 ans), la plasticité du cerveau, loin d\u2019aider l\u2019écolier, l\u2019entrave dans le maniement non plus élémentaire mais réfléchi de plusieurs langues vivantes.Car, à cet âge, sa capacité de réflexion n\u2019a pas la souplesse et la vigueur requises pour opérer, sans effort excessif et sans erreur, le discernement qu\u2019exige l\u2019usage correct et de la langue maternelle et d\u2019une autre langue.Libre à nous, évidemment, de renoncer au français.Mais si nous y tenons, comme à une langue parfaite et vraiment nôtre, l\u2019unilinguisme prôné par la Société Saint-Jean-Baptiste ne souffre pas discussion, mais réclame immédiate réalisation.J.d\u2019Anjou.LE LIVRE DU MOIS Le destin de Frère Thomas * Iivre aguichant et ambigu.Il est sans > doute intéressant de nous interroger sur le problème que pose le grand nombre de religieux enseignants qui rentrent dans RAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES Approuvée par : I A T A AT C Conférence Transatlantique Conférence Transpacifique Pour vous servir : M.Luc GOU, directeur général, 1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.-Tél.: VI.5-7223* Bureau accrédité de RAPTIM International 334 Romana Âssociatio Pro Transvehendis Itinerantibus Missionariis le monde après parfois une dizaine d\u2019années vécues en communauté.Plusieurs d\u2019entre eux estiment n\u2019avoir découvert qu\u2019après ces nombreuses années leur inaptitude foncière à cet état.Il est heureux qu\u2019ils puissent rajuster leur vie et repartir dans la paix de Dieu et l\u2019estime de leur entourage.De cette expérience « frère Thomas » nous fournirait le type.C\u2019est, en effet, l\u2019histoire d\u2019un jeune entré au juvénat à treize ans; en ses dix années de vie religieuse écoulées au noviciat, au scolasticat et dans des maisons d\u2019enseignement, grandes et petites, il affronte deux crises majeures: l\u2019une de sa foi, à la suite de ses difficultés dans la prière; il en sort vainqueur.L\u2019autre, la plus étudiée, est celle que pose l\u2019adhésion profonde et définitive au style de vie de la communauté.Ayant examiné une à une toutes les données, il se juge incapable de ce lot et rentre dans la vie séculière, fidèle, croit-il, à l\u2019authentique appel de Dieu.Une pareille odyssée est possible et s\u2019explique souvent par le jeune âge au moment de l\u2019entrée, par la claustration trop étroite qui régnait jadis, par l\u2019insuffisance de la direction spirituelle, par les pressions sociales latentes de la famille, de la communauté ou d\u2019autres, propres à retarder l\u2019heure de la maturité que suppose une option définitive.La psychologie nouvelle a révélé ces dernières implications et les solutions boiteuses qu\u2019elles entraînent; il faut nous en réjouir.D\u2019autre part, il faut discerner exactement dans la vie religieuse les valeurs essentielles, permanentes, authentiquement traditionnelles, de celles qui sont accidentelles, transitoires, fruits de routines ou de vieillissement.Sans quoi, sous le masque qu\u2019on ridiculise, sous les déformations qu\u2019on dénonce, c\u2019est le visage même de la vie religieuse qu\u2019on meurtrit.Or tel me paraît le défaut capital de ce récit-roman.L\u2019analyste ne possède pas une vue suffisamment profonde et nette de l\u2019unité qui intègre, dans une vie religieuse active, la contemplation et l\u2019action apostolique.De même, ayant mis à part la messe et les sacrements, il juge en bloc assez superficiellement tous les éléments de la vie religieuse sans distinguer les données essentielles toujours valables: esprit du fondateur, vœux, constitutions, de celles que le temps entame et renouvelle.Faute de ces précisions et de bien d\u2019autres, l\u2019examen critique est moins lucide et moins convaincant qu\u2019il ne paraît.Le lecteur ordinaire, peu armé pour combler ces insuffisances, charmé d\u2019autre part par un récit vivant, coloré, humoristique, garde une impression mêlée, défavorable au fond à cette forme de vie religieuse.« C\u2019est cela, cette vie religieuse: bizarre, formaliste, tatillonne.On a raison d\u2019en rire et d\u2019en sortir.» Malgré les bonnes intentions et les coups de chapeaux, malgré l\u2019aveu qu\u2019il y eut « libertinage intellectuel » et malgré les redressements partiels du Frère Antoine, on retient les images caricaturales, n\u2019ayant rencontré nulle part d\u2019authentique figure pleinement réussie.L\u2019ouvrage atteste le talent du conteur, du portraitiste et du styliste.Il demeure équivoque et sujet à caution.Georges Robitaille.* René Charbonneau: Le Destin de Frère Thomas.Roman.\u2014 Montréal, les Editions de l\u2019Homme, 1963, 157 pp., 20 cm.RELATIONS Les livres Abbé Pierre GRELOT: Le Couple humain dans PEcriture.Coll.« Lectio divina ».\u2014 Paris (29, boul.de Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1961, 112 pp., 23 cm.Prix: Prix: 5,70 F.Densité, richesse de doctrine, en peu de pages clairement ordonnées et proprement écrites, voilà ce qui recommande cet opuscule.Dans l\u2019A.T., il y a plus d\u2019amour qu\u2019on n\u2019a coutume de le dire: amour de Dieu pour son peuple, préparation de l\u2019union du Christ avec son Eglise; l\u2019un et l\u2019autre, archétypes (dans un sens neuf, parfaitement expliqué par l\u2019A.) de l\u2019amour conjugal qui unit l\u2019homme et la femme.Sans doute, le mariage sous l\u2019ancienne Loi reste contaminé par le milieu païen.Mais les Livres saints, de Moïse aux derniers prophètes, proposent déjà la théorie et la pratique de l\u2019idéal que le Christ restaurera, que saint Paul commentera.Exégèse, histoire des religions, psychologie servent à l\u2019A.pour montrer que le mariage et le célibat, chacun à sa manière, réalisent les vœux de la nature et de la grâce.Le lecteur goûte, en même temps, les justes pensées de l\u2019A.concernant l\u2019universelle sacralisation du sexe, le péché originel et ses suites, la nécessité de la grâce rédemptrice pour que l\u2019homme déchu respecte la nature elle-même, enfin la présence actuelle et active du Royaume de Dieu en notre monde, même si son achèvement se situe dans l\u2019autre.Peu de traités du mariage méritent lecture attentive autant que ce modeste exposé.Joseph d\u2019Anjou.A.-M.DUBARLE, O.P.: Le Péché originel dans PEcriture, Coll.« Lectio divina », n° 20.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1958, 202 pp., 23 cm.La collection « Lectio divina » \u2014 que le j P.Dubarle a lui-même inaugurée, en 1946, avec Les Sages d'Israël \u2014 publie « aussi bien des études d\u2019exégèse.que des travaux de théologie biblique ou d\u2019exégèse « spirituelle » renouvelée ».Le présent ouvrage fait en quelque sorte la synthèse de ces genres divers: la valeur des études exégétiques qui y sont réunies est attestée par leur publication antérieure dans des revues spécialisées (Revue biblique, Revue thomiste, Revue des Sciences philosophiques et théologiques, Scripture), et ces études fournissent une abondante matière à l\u2019élaboration \u2014 ici seulement amorcée \u2014 d\u2019une théologie biblique de la condition humaine, du péché, de la justice, etc., apte à nourrir une féconde réflexion spirituelle.Aussi nous apparaît-il comme un devoir de présenter à nos lecteurs, même si la publication n\u2019en est plus très récente, cette œuvre rapidement devenue classique, sur un problème toujours actuel de la foi chrétienne.Deux textes fondamentaux sont scrutés avec attention: Genèse 3; et son interprétation inspirée dans Romains 5, 12-21.L\u2019analyse en est menée avec une parfaite honnêteté: fidélité aux textes et aux contextes, respect des silences et des ombres, exposition sereine des difficultés les plus embarrassantes pour l\u2019exégète et le théologien (cf.la discussion serrée, présentée au chapitre v, des diverses interprétations de Romains 5).Pour permettre une meilleure intelligence de ces passages capitaux, l\u2019A.les a judicieusement situés dans leur contexte biblique général \u2014 contexte littéraire et contexte thématique: vie et mort, solidarité humaine, histoire du salut.Ainsi, à mesure que nous progressons avec l\u2019A.dans la lectio divina des textes de l\u2019Ecriture \u2014 de la Genèse aux épîtres de Paul \u2014 la notion de péché originel se dégage, se précise, s\u2019enrichit; en même temps que notre compréhension de la situation de l\u2019homme vis-à-vis de Dieu.Un ouvrage rigoureux, mais qui ne comporte rien d\u2019abstrus.Un chrétien vraiment soucieux d\u2019approfondir sa foi y trouvera une nourriture solide et savoureuse.Guy Bourgeault.Scolasticat de VImmaculée-Conception, Montréal.Pierre-E.Bonnard: Le Psautier selon Jérémie.Influence littéraire et spirituelle de Jérémie sur trente-trois psaumes, Coll.« Lectio divina », n° 26.\u2014 Paris, Cerf, 1960, 281 pp., 23 cm.Castellino, Gelin, Gunkel, Podechard, Steinmann \u2014 pour ne nommer que quelques grands noms \u2014 avaient maintes fois signalé déjà les nombreux points de contact, à la fois littéraires et spirituels, qui rattachent à une semblable expérience religieuse les confessions-lamentations de Jérémie et les supplications de plusieurs psalmistes.On déplorait toutefois l\u2019absence d\u2019une étude systématique sur ce sujet.L\u2019ouvrage de Pierre-E.Bonnard comble cette lacune.Une première partie\u2014 qui sert d\u2019introduction générale à l\u2019ouvrage \u2014 définit à grands traits l\u2019expérience d\u2019intimité avec Dieu que vécut Jérémie, le prophète persécuté, mais toujours confiant d\u2019Anatot.Cette expérience éminemment personnelle, que racontent les confessions jérémiennes (Jér., 11; 15; 17; 18; 20), est généralisée par le prophète, qu\u2019elle habilite à mieux comprendre et exprimer les dimensions intérieures, personnelles et salvifiques de la véritable religion.De là l\u2019importance du message prophétique de Jérémie et de son influence sur les auteurs sacrés postérieurs \u2014 dont un groupe de psalmistes.La deuxième partie \u2014 d\u2019emblée la plus développée: pp.25-232 \u2014 retrace minutieusement cette influence dans les poèmes du Psautier.Reprenant les intuitions de ses devanciers, l\u2019A.les discute, les nuance, et souvent les complète.Chacune des trente-trois analyses que comporte cette section est conduite avec une stricte rigueur scientifique: recourant constamment au texte hébreu, l\u2019A.y reste toujours fidèle et respecte scrupuleusement les conclusions des autres exégètes dont il s\u2019inspire.La thèse, qui paraît parfois un peu rigide, aurait pu entraîner l\u2019A.à des simplifications abusives; les conclusions généralement nuancées \u2014 et le plus souvent « minimales » \u2014 de ses analyses manifestent qu\u2019il a su résister à cette tentation.L\u2019A.a également évité \u2019écueil du litté-ralisme desséchant auquel n\u2019échappent pas toujours les études du type de celle-ci.Au-delà des mots \u2014 et le plus souvent grâce à eux, à travers eux \u2014 ses analyses nous font pénétrer dans l\u2019esprit des textes étudiés.Une spiritualité des psalmistes disciples de Jérémie peut dès lors être dégagée: c\u2019est l\u2019objet de la troisième partie de l\u2019ouvrage.Spiritualité du « pauvre de Yahweh », chez qui la persécution engendre sans doute le désir de la vengeance, mais aussi la contrition du cœur s\u2019exprimant dans l\u2019appel confiant à Dieu.Une quatrième et dernière partie \u2014 une conclusion \u2014 nous fait voir cette spiritualité assumée par le Christ, le « Pauvre » par excellence qui, dans l\u2019anéantissement de l\u2019Incarnation, a fait sienne les prières du psautier selon Jérémie pour en réaliser, dans l\u2019exaltation de la Résurrection, les vœux profonds.Si l\u2019ouvrage ne s\u2019adresse pas aux non-initiés, il n\u2019est toutefois pas hermétique.Les analyses qu\u2019il présente (et les excellentes tables de textes, de mots et de thèmes) permettront au lecteur déjà familier du Psautier une intelligence des psaumes à la fois plus précise et plus cordiale.Guy Bourgeault.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.Abbé Robert GUELLUY: Vie de foi et Tâches terrestres.« Cahiers de l\u2019actualité religieuse ».\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1960, 203 pp., 21 cm.Unissant, avec un rare bonheur, dogme et spiritualité pratique, profondeur de pensée et aisance d\u2019expression, cet ouvrage se lit et se relit sans lassitude.L\u2019A.y aborde des thèmes essentiels qui éclairent l\u2019esprit et orientent la conduite.C\u2019est la « foi au Dieu créateur » qui permet un saint usage de la création et normalise le progrès civilisateur.La « foi au Dieu sauveur », loin de ruiner le vrai humanisme, en garantit l\u2019équilibre dans un monde qui ne peut, sans erreur et sans péril, renier la primauté du « salut ».Après cela, se résout de lui-même l\u2019apparent paradoxe dressé et grossi par l\u2019irréflexion entre les « tâches à réussir » et les « échecs à convertir ».Bref, ici-bas, rien ne se comprend à fond, ni ne s\u2019achève heureusement en dehors d\u2019une théologie vécue de la rédemption.Notre « vocation » permanente consiste à le croire de cœur et d\u2019action.L\u2019A.nous aide admirablement à la réaliser.Joseph d\u2019Anjou.Raïssa Maritain: Notes sur le « Pater ».Coll.« Vie et prière ».\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 166 pp., 16 cm.Dans l\u2019avant-propos, Jacques Maritain nous apprend que ces Notes devaient constituer la première partie d\u2019un livre que sa femme, Raïssa, projetait d\u2019écrire sur la prière.La maladie ne lui a pas permis de terminer l\u2019œuvre entreprise; son mari a dû même compléter les présentes réflexions.Après un premier chapitre qui nous offre un conspectus général du Pater et quelques considérations sur son esprit, en particulier sur la paternité de Dieu, l\u2019auteur considère une à une les sept demandes de la prière dominicale, selon la division traditionnelle parmi les Pères de l\u2019Eglise et les théologiens; un dernier chapitre, sur « La prière de Jésus », souligne le caractère privilégié du Pater en raison de ce que toute prière humaine n\u2019a de sens et de valeur qu\u2019en relation avec la prière du Christ.Les réflexions que nous livre Raïssa Maritain sont tantôt d\u2019ordre théologique, tantôt d\u2019ordre mystique.Elles NOVEMBRE 1963 335 révèlent une grande érudition et une délicate piété.Les références nombreuses à l\u2019Ecriture sainte, aux Pères de l\u2019Eglise, à saint Thomas (qu\u2019elle cite avec une affection particulière), aux exégètes et aux théologiens, sans oublier les philosophes et les littérateurs, manifestent l\u2019étendue de ses connaissances.Son infini respect de Dieu, ses mots touchants quand elle parle de fraternité humaine et de charité, son invitation à méditer chaque demande du Pater « en tâchant d\u2019entrer dans les sentiments de Jésus lui-même » (p.151) nous livrent quelques traits de son âme profondément chrétienne.Ajoutons, de surcroît, le plaisir que procure un texte bien écrit: le vocabulaire est abondant et précis; la grande phrase classique enlumine, de-ci de-là, une pensée toujours limpide.Un beau livre, simple, pieux et même, en un sens, savant.Gérard Hébert.G.ROTUREAU, de l\u2019Oratoire: Amour de Dieu et Amour des hommes.-\u2014 Tournai, Desclée et Cie, 1958, 216 pp., 19.5\tcm.Notre amour pour Dieu nuit-il à notre amour pour l\u2019homme ?Si Dieu exige tout, s\u2019il doit être premier servi, que vaut le reste donné à notre semblable ?Le service de Dieu se concilie-t-il avec la maturité humaine?Faux dilemme?Voire.Tension permanente que produit le nécessaire amour de soi chez une personne qui est nécessairement d\u2019un autre.Existentialisme et laïcisme renouvellent non pas le problème, mais la conscience qu\u2019on en peut avoir; plaintes et objections populaires l\u2019expriment d\u2019ailleurs tous les jours.Or, Dieu, le Transcendant, n\u2019en est pas moins l\u2019Amour.Il n\u2019entre pas en concurrence avec sa créature; il aime le premier, de la création jusqu\u2019à l\u2019incarnation rédemptrice.Voilà pourquoi nous devons nous aimer les uns les autres, « pour » lui, « à cause de » lui, ce qui veut dire « comme » lui, avec bienveillance et bienfaisance, efficacité et générosité.Mais lisez cet excellent ouvrage, qui présente un thème séculaire avec l\u2019accent de l\u2019actualité.Joseph d\u2019Anjou.En COLLABORATION: Pastorale entre hier et demain.Coll.« Chemins de la foi ».\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1962, 400 pp., 18.5\tcm.Des spécialistes, dans ce volume substantiel, étudient le problème de la pastorale en Allemagne.Leurs exposés À V O T RE SERVICE Banque Canadienne Nationale valent surtout par une remarquable unité de pensée.Partout, les thèmes majeurs resurgissent, tels des leitmotive: la paroisse ne doit pas se replier sur elle-même, mais devenir missionnaire; les prêtres doivent planifier leur pastorale, en faisant appel aux œuvres qui répondent le mieux aux besoins de la paroisse; ils doivent former les laïcs pour que ceux-ci évangélisent le monde profane; la prédication doit partir de la mentalité moderne des auditeurs, etc.A plus d\u2019une reprise, les AA.expriment leur admiration de l\u2019expérience pastorale française.Mais ils n\u2019en sont pas tributaires au point __ de perdre leur originalité propre.Ces réflexions nous engageront, nous, du Canada français, à évaluer notre milieu au point de vue pastoral et à lui trouver des solutions vraiment efficaces.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.En COLLABORATION: Catholiques et protestants.Confrontations théologiques.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1963, 318 pp., 20.5\tcm.Les ouvrages se multiplient qui, dans un ¦/ esprit irénique, confrontent la pensée théologique d\u2019une Eglise à celle d\u2019une autre.Dieu en soit loué! Ce livre, qui a d\u2019abord vu le jour en anglais chez Sheed & Ward, relève, toutefois, d\u2019un autre genre.Douze théologiens qui appartiennent tous, du côté protestant comme du côté catholique, au mouvement œcuménique examinent en commun des points précis.Cinq thèmes ont été choisis: Ecriture et Tradition, la Bible et l\u2019Herméneutique, l\u2019Eglise, les Sacrements et la Justification.A travers chacun de ces thèmes, un catholique et parfois jusqu\u2019à trois protestants frayent des voies de communication là où on aboutissait à des culs-de-sac.Aucune polémique, aucune complaisance.L\u2019esprit de vérité éclaire doucement ces pages.Mais on a affaire à des maîtres éminents; et quoique ce travail soit un modèle, le genre lui-même suppose un fonds sérieux de connaissances scripturaires et dogmatiques.S\u2019il est armé théologiquement, bien loin de s\u2019ennuyer, le lecteur trouvera cet ouvrage d\u2019une lecture passionnante.L.d\u2019Apollonia.Hans KÜNG: Le Concile, Epreuve de FEglise.Traduit de l\u2019allemand sous la direction de Maurice Barth, O.P.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1963, 256 pp., 20.5\tcm.Le courage et la lucidité marquent cet v effort de réflexion théologique autour des grands thèmes agités par Vatican II: nature du concile, réforme de la liturgie, problèmes de la révélation, de la collégialité des évêques, etc.Certains chapitres, en particulier, sont d\u2019une remarquable densité: le catholicisme primitif dans le Nouveau Testament; ministère de Pierre et ministère des Apôtres, etc.Mais, ce qui domine chez l\u2019A., c\u2019est sa préoccupation pastorale et œcuménique; cette tendance se dessine également au concile.L\u2019A.est convaincu que la réunification des chrétiens ne se fera pas sans un rajeunissement, un renouvellement de l\u2019Eglise.Ce qui suppose des réformes, non pas par simple goût du nouveau, mais par véritable retour à la tradition authentique de l\u2019Eglise.Tout le reste s\u2019éclaire à la lumière de cette direction capitale.Par exemple, la réforme de la messe ou du bréviaire, la question du latin comme langue liturgique doivent être envi- sagées dans cet esprit.Un autre trait nous frappe: sans cesse, l\u2019A., dans ses études, se réfère à la pensée de Jean XXIII.C\u2019est une garantie de l\u2019authenticité de sa recherche.Si l\u2019on songe que ces chapitres constituèrent d\u2019abord des conférences données aux évêques en marge de la première session de Vatican II, on mesure toute l\u2019importance de l\u2019apport qu\u2019ils ont fourni pour créer dans le collège épiscopal cette mentalité pastorale et œcuménique qui suscite l\u2019espoir de tous les chrétiens désireux d\u2019unité.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Peter Schlinder: Sur la route de Rome.Traduit du danois par P.Grégoire, O.P.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 1962, 283 pp., 18.5 cm.Mgr Schindler raconte ici son acheminement vers le catholicisme.Dès son adolescence, il opta pour la carrière ecclésiastique dans l\u2019Eglise de son pays.Mais ne trouvant pas dans la théologie luthérienne la chaleur et la certitude qu\u2019il en attendait, il se mit à fréquenter d\u2019humbles églises catholiques, où d\u2019humbles fidèles priaient avec ferveur.Pour le dégoûter du catholicisme, son rigide père l\u2019envoya passer un an en Italie où, pensait-il, la vue du culte superstitieux le guérirait de ses folles idées.L\u2019effet contraire se produisit.De retour au Danemark, en 1914, Peter abjura le luthéranisme, à vingt-deux ans, et retourna à Rome se préparer au sacerdoce.Ce livre sincère nous révèle, outre l\u2019âme droite et généreuse de l\u2019auteur, l\u2019état religieux des Danois, que nous connaissons si peu.Il nous met aussi en garde contre les maladresses de convertisseurs plus zélés que psychologues, et nous avertit de l\u2019effet désastreux que produit sur les néophytes la conduite des catholiques dont la vie contredit la croyance.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.Gabriel Madinier: Nature et Mystère de la famille.« Cahiers de l\u2019actualité religieuse ».\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1961, 139 pp., 21 cm.Une philosophie nuancée inspire ce recueil d\u2019articles centrés sur l\u2019interaction de l\u2019intimité et de la fécondité dans la vie du couple.De la famille, le « mystère » \u2014 réalité qui nous comprend plus que nous ne la comprenons (p.12) \u2014 appartient à la nature.D\u2019une part, la personne, qui se sait incommunicable, ne peut naître que de la communion des époux et ne s\u2019épanouit que par l\u2019amour parental; d\u2019autre part, sans le don qu\u2019ils se font l\u2019un à l\u2019autre et, conjugués, à leurs enfants, les époux ratent leur achèvement personnel.On devine que le spirituel ici dépasse le charnel; mieux, dans le mariage, il l\u2019intègre et lui confère tout son sens; on comprend aussi que le célibat ne diminue pas l\u2019être humain, ni ne ruine ses chances de perfection personnelle, de rayonnement social.Célibataire ou non, on ne réussit que grâce à l\u2019acceptation de soi: forces et limites.Les parents, eux, doivent accepter non seulement la subordination du sexe à l\u2019amour, de la procréation à l\u2019éducation, mais encore le « mystère » de la lente, obscure et incertaine maturation de l\u2019enfant au soleil de leur amour, puis l\u2019obligation de libérer de ses procréateurs pour le rendre pleinement 336 RELATIONS à lui-même le fruit de cet amour.De nombreuses fautes d\u2019expression et quelques insuffisances de pensée (relatives à des opinions d\u2019autres auteurs: le Dr Richard, von Hildebrand, Faguet) déparent un peu ce très beau livre, dont profiteront les époux chrétiens.Joseph d\u2019Anjou.Centre d\u2019Etudes Laënnec: La Régulation des naissances.\u2014 Paris (10, rue Cassette), Lethielleux, 1961, 211 pp., 19 cm.Histoire (le P.Riquet), démographie (le Dr Sutter), sociologie (le P.de Lesta-pis), médecine (les docteurs Dubost et Chartier), théologie (le P.Simonnet) et éducation (les docteurs Cordier et Dorge) s\u2019unissent, ici, pour expliquer et justifier la doctrine catholique dans son application à la régulation des naissances.Textes à lire, surtout ceux de la fin, qui redressent des préjugés, réfutent des objections et présentent la vraie perspective: la « nature », que l\u2019Eglise commande de respecter, exige connaissance rationnelle, éducation affective et progrès moral.Pour résoudre le problème sexuel, les personnes et la société ont surtout besoin de mûrir psychologiquement et d\u2019apprendre à aimer spirituellement.Joseph d\u2019Anjou.Régine Pernoud: Jeanne d\u2019Arc par elle-même et par ses témoins.\u2014\u2022 Paris, Editions du Seuil, 1962, 334 pp.Lauteur est une spécialiste de Jeanne ' d\u2019Arc et de son temps.Toute cette belle histoire nous revient telle que racontée par les témoins en leurs dépositions.A sa grande érudition, l\u2019auteur joint un art de la narration qui fait de ce volume un chef-d\u2019œuvre.On y voit les intellectuels de l\u2019Université de Paris soutenir les thèses conciliaires au concile de Bâle, « la plus grande assemblée d\u2019indiscipline que le monde ait connue », pencher du côté du roi d\u2019Angleterre et condamner Jeanne à mort.L\u2019évêque Cauchon, Jean Beaupère, Nicolas Loiseleur et les autres qui ont déjà trahi autant leur conscience que leur honneur, verront en Jeanne une adversaire de toutes ces puissances temporelles qu\u2019il prétendent servir.Le témoignage de Jeanne sauva son époque du péché général de veulerie.La plus grande objectivité possible n\u2019enlève rien à l\u2019admirable figure de la Pucelle.Jean Genest.Virgil C.Blum, S.J.: Freedom of Choice in Education.Revised Edition.\u2014 Glen Rock, New Jersey, Deus Books, Paulist Press, 1963, 18 cm.224 pp.Prix: $0.95.ON CONNAÎT la situation faite aux écoles catholiques aux Etats-Unis: elles ont droit d\u2019exister, mais non de recevoir des subventions du gouvernement fédéral.Ainsi en a décidé la Cour suprême de ce pays dans l\u2019interprétation qu\u2019elle a donnée du premier amendement de la Constitution américaine.L\u2019A.reprend ici toute la discussion du problème et propose une solution tout à fait constitutionnelle.Il ne faudrait pas cependant croire que son ouvrage n\u2019intéresse que les catholiques américains; au contraire, les changements qui s\u2019opèrent dans notre système scolaire au Québec et la déclaration des droits et libertés que l\u2019épiscopat de la province voudrait voir ajouter au bill 60 confèrent à ce livre un caractère de brûlante actualité et de pre- mière importance pour tous les catholiques du Québec.« Freedom in a Democracy », « Freedom of Thought and Belief », « God-Centered Education », « Government Neutrality in Education », « Public Payment for a Public Service », « The Survival of Private Higher Education », tels sont quelques titres de chapitres de ce livre.Aucun de ces sujets, on le notera, qui ne soit aujourd\u2019hui âprement discuté dans la société québécoise.C\u2019est pourquoi Freedom of Choice in Education est un livre à lire par tous ceux qu\u2019intéresse la réforme de notre système scolaire.On y verra que le Québec a déjà mis en pratique quelques-unes des solutions que l\u2019A.propose, mais qu\u2019il reste encore beaucoup à faire même chez nous pour que la liberté de choix en éducation soit assurée pour l\u2019avenir.Richard Arès.Louis-Philippe Audet: Educateurs.Parents, Maîtres.\u2014- Québec, les Editions de l\u2019Action, 1963, 145 pp., 22.5 cm.IL faut d\u2019abord louer l\u2019excellent esprit dans lequel est conçu cet ouvrage: il est ouvert à la fois à la culture et à l\u2019idéal chrétien.Même si ces courts chapitres ont été d\u2019abord rédigés comme articles dans le journal l\u2019Action, ils forment un tout organique, cohérent, harmonieusement agencé.L\u2019A.insiste avec raison sur l\u2019importance dans notre système d\u2019éducation de l\u2019école normale.En outre, il montre combien la profession d\u2019éducateur mérite d\u2019être considérée l\u2019une des plus importantes dans notre société.Enfin, une bonne partie du livre est consacrée à détailler les qualités physiques, intellectuelles, morales et surnaturelles nécessaires aux parents et aux maîtres pour qu\u2019ils soient de véritables éducateurs.Dernière notation digne de mention: aucun effort ne doit être négligé pour que nos maîtres complètent heureusement le travail éducatif entrepris par les parents.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Laurent Tremblay: Entre deux livraisons, 1913-1963 \u2014 Ottawa (375, rue Rideau), Le Droit, 1963, 216 pp., 18.5 cm.CE volume nous présente dans un style alerte l\u2019histoire des cinquante années du journal Le Droit d\u2019Ottawa.L\u2019A.sait écrire.Et son sujet le stimule.D\u2019où un ouvrage à la fois documenté et susceptible d\u2019une large diffusion.Ceux qui le liront \u2014 je souhaite qu\u2019ils soient nombreux \u2014 revivront, non sans émotion, les luttes scolaires ontariennes centrées autour du fameux Règlement XVII.L\u2019histoire des quinze premières années du Droit, dont le premier numéro parut le 27 mars 1913, est l\u2019histoire même de ces luttes extraordinaires, que le journal mena avec entrain, fidèle à sa devise: L\u2019avenir est à ceux qui luttent.A lire ces pages, on mesure l\u2019immense chemin parcouru depuis les invraisemblables stipulations du Règlement XVII.En 1963, elles seraient impensables.Espérons qu\u2019un phénomène du même genre se produira sur toute l\u2019étendue du Canada, et de façon plus absolue, au cours des cinquante prochaines années.Le Droit, journal quotidien, ne s\u2019est évidemment pas contenté de suivre les problèmes scolaires.Il s\u2019est intéressé à toutes les questions du jour.C\u2019est ce que prouve l\u2019A., qui sait faire des synthèses rapides mais substantielles.Il sait également nous montrer les progrès constants d\u2019un journal, devenu une institution solide et constamment ouverte au progrès.Le Droit méritait cette étude consciencieuse et dynamique.Albert Plante.Maison Bellarmin.Philippe Garrigue: L\u2019Option politique du Canada français.Une interprétation de la survivance nationale.\u2014 Montréal (2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine), Editions du Lévrier, 1963, 23 cm.176 pp.Bien que de lecture difficile par endroits, cet ouvrage vaut d\u2019être lu avec attention.Doyen de la faculté des sciences sociales de l\u2019Université de Montréal, sociologue de profession, l\u2019A.s\u2019intéresse depuis fort longtemps aux problèmes du Canada français.Pour la première fois, à ma connaissance, il aborde ici l\u2019étude de l\u2019aspect national et politique de ces problèmes.Il le fait en sociologue qui a observé et qui décrit et généralise.En quelques brefs chapitres, il analyse « les fondements de la légitimité nationale », « la primauté de l\u2019autonomie culturelle », la « situation de dépendance » faite depuis toujours aux Canadiens français, ce qui explique leur nationalisme.C\u2019est avec un intérêt grandissant qu\u2019on arrive à la conclusion de l\u2019ouvrage, où l\u2019A.esquisse sa solution pour l\u2019avenir.Toute l\u2019histoire du Canada français, dit-il, a été influencée par la situation de dépendance: « Dégager le Canada français de sa situation de dépendance est donc le but d\u2019une réflexion qui se veut constructive.Nous ne sommes pas ici devant un problème social ordinaire; l\u2019existence d\u2019une nation est en jeu.» Comment le résoudre: par le séparatisme ?ce peut être « une solution logique à l\u2019impasse constitutionnelle », mais à quel prix ?Par le fédéralisme alors ?Pas par un fédéralisme du même genre que celui que nous avons actuellement.Le nouveau fédéralisme « doit partir du principe que les Canadiens français et les Canadiens anglais forment deux nations qui coexistent et s\u2019interpénétrent dans la totalité du Canada.Au lieu delà présente organisation suivant un principe de représentation « territoriale », et d\u2019une organisation gouver- Conscience professionnelle Un système de chauffage en parfait état de fonctionnement est à la base même de votre bien-être.A l\u2019approche de l\u2019hiver, confiez-nous le soin de réparer ou de reviser le vôtre.S\u2019agit-il d\u2019installations pour des particuliers, pour des institutions religieuses, des édifices commerciaux ou industriels?Nos techniciens et nos ouvriers spécialisés apportent à chaque installation ou à chaque réparation la même conscience professionnelle.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL NOVEMBRE 1963 337 nementale fonctionnant selon la simple majorité, le fédéralisme canadien, pour être une solution valable, devrait partir d\u2019une représentation « nationale » par groupe linguistique.L\u2019organisation fédérale exprimerait alors la séparation et la collaboration des deux nations représentées à partir de la dimension linguistique de leur identité.» (P.170-171.) Dommage que ce chapitre si intéressant soit si court et que demeurent tant de points d\u2019interrogation sur l\u2019aspect pratique des suggestions faites! Richard Arès.Gustave Chagnon et Adrien Robert, C.S.V.: Principaux Coléoptères de la province de Québec.2e édition.\u2014 Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1962, 440 pp., 21.5 cm.Cette réédition s\u2019imposait, car, depuis longtemps, les naturalistes regrettaient l\u2019épuisement de la première.Les volumes d\u2019entomologie en français sont plutôt rares et les fascicules de Chagnon sur les coléoptères demeuraient sans remplaçant.Dans la préface, l\u2019un des auteurs justifie la réimpression sans modification du texte.Même si le volume est abondamment illustré, nous aurions apprécié une illustration encore plus abondante, à cause des difficultés réelles que présente l\u2019identification des coléoptères.Les clés sont simplifiées, mais l\u2019utilisation de ces clés restera toujours difficile pour les simples amateurs.La description de la vie des coléoptères, au début du volume, et les notes occasionnelles sur les mœurs de tel ou tel insecte présentent un grand intérêt.Quelques rares expériences d\u2019observation et de recherche sont suggérées et nous en souhaiterions en abondance.Les naturalistes ne regretteront pas de s\u2019être procuré cet instrument de travail indispensable.Dollard Senécal.Collège Saint-Ignace, Montréal.Werner Koch: Journal de Pilate.Roman.Traduit de l\u2019allemand par Louise Servi-cen.\u2014 Paris-Tournai, Casterman, 1963, 209 pp., 20 cm.Rentré à Rome, en pleine disgrâce vis-à-vis de l\u2019empereur, veuf depuis peu, sujet à de terribles migraines dont le rythme s\u2019accélère, l\u2019ex-gouverneur de Jérusalem se livre à la seule occupation qui l\u2019intéresse encore: écrire quotidiennement son journal.Il y raconte par le détail les menues actions d\u2019un homme désœuvré, esseulé, revenu de tout: ses promenades sur le bord du Tibre, ses visites au musée des monstres, ses rares rencontres avec des chrétiens, ses rapports journaliers avec sa chatte, ses rêves nocturnes, etc.Il y reprend aussi de vieux souvenirs: ses entretiens avec Barabbas, sa conduite contradictoire avec son épouse Claudia, son comportement au cours du procès de Jésus, etc.Plus avance le journal, plus s\u2019accentuent la méfiance et le délire interprétatif de son auteur, plus fréquentes aussi sont les références au cas de Jésus, sous forme de tentatives d\u2019autojustification ou de simples interrogations religieuses sans réponses.Tout finit dans une explosion de démence.En lisant ce roman, on ne peut se défendre d\u2019un sentiment de pitié pour ce Pilate qui, ayant sacrifié le Christ pour rester en place, connaît quand même les tristesses de la déchéance sociale.On a pitié du pauvre type qui a perdu sa réputation, après avoir perdu son honneur.On a pitié du pauvre bougre à qui les malheurs et la solitude morale ont dérangé le cerveau.Ecrit d\u2019un style familier et primesautier, l\u2019ouvrage saura plaire à tous les amateurs de littérature intimiste.René Daoust, pire.Presbytère Saint-Vincent-Férrier, Montréal.Ernest RICHER, S.J.: Français parlé, Français écrit.Description du système de la langue française contemporaine.¦\u2014-Montréal (3200, chemin de la Côte-Sainte-Catherine), Editions du Centre pédagogique des Jésuites canadiens, 1963, 205 pp., 26.5 cm.En français, les mots n\u2019ont pas un rôle syntaxique propre (p.14); c\u2019est par leur connexion qu\u2019ils l\u2019acquièrent (8, 17-19).A partir de la langue parlée, non de la langue écrite (23-24), l\u2019analyse linguistique établit les rôles syntaxiques, différents des rôles sémantique, logique, stylistique (10).Cela suppose l\u2019étude des fonctions constitutives de la structure du français; l\u2019A.y procède, au moyen d\u2019un vocabulaire rébarbatif, qu\u2019il réduit même en symboles (I, O, A, E: Ea, Ei, En).Heureusement, exemples et tableaux illustrent ses explications relatives aux fonctions grammaticales: fonctions de procès (I), de dénomination (O), de spécification (A), de signalisation (E), qu\u2019il dissèque, soit hors du discours (phénomènes syntagmatiques), soit dans le discours (phénomènes syntaxiques).Et il conclut que le français forme un réseau de fonctions dont l\u2019ensemble et le détail révèlent des rôles syntaxiques remplis par des unités de langage aux dimensions variables, qui obtiennent leur valeur dans l\u2019énoncé total que ces unités contribuent à édifier (173).Connaissant mieux la structure de la langue, on a chance de la mieux comprendre et manier.S\u2019ensuit-il que, par ses exigences, le français écrit brime le français parlé (23) ?Et qu\u2019il faut laisser à celui-ci toute liberté d\u2019évoluer (24) ?Je ne le pense pas.Le français écrit souffre de certaines servitudes (129, 132, 133); mais pas plus que d\u2019autres langues.Logique n\u2019est pas servitude; elle exige qu\u2019on n\u2019écrive pas: « tel que vu (précédemment), l\u2019importance de savoir » (144), et qu\u2019on ne coupe pas par une virgule la locution consécutive « dans des conditions telles (,) que » (174), même si « telles » appartient à la fonction A et « que » à la fonction En.Reste à montrer l\u2019usage et le profit scolaires d\u2019un travail aussi pertinent, dont on regrette de ne pouvoir offrir ici un commentaire plus complet.Joseph d\u2019Anjou.Florent Helbo, S.J.: Ces inutiles.Propos sur la vie religieuse.\u2014 Gembloux, (Belgique), Editions J.Duculot S.A.\u2014 Paris, Centre national des Vocations, 2° édition 1962, 363 et 198 pp., 24.5 cm.Idée ingénieuse que d\u2019associer la caricature à des textes originaux sur la vocation.Le trait stigmatise d\u2019abord les bruits qui courent sur la vie religieuse; on se rend compte immédiatement qu\u2019il ne peut en être ainsi.L\u2019appel du Christ se présente ensuite sous forme de dialogue; profondeur et simplicité entraînent le cœur à l\u2019engagement total.Un beau choix de citations évangéliques, le journal imaginaire d\u2019un frère missionnaire, la caricature de la vie monacale, les réflexions d\u2019un frère enseignant, autant de sujets touchants par leur fraîcheur naïve.Le chapitre intitulé « cloître en haute mer » illustre quelques paroles de sainte Thérèse de Lisieux; petite et grande voie s\u2019harmonisent avec chaleur contagieuse.Il en est de même pour la prière du vieux frère.Un beau livre, plein de rajeunissement.Paul-Emile Racicot.Maison Bellarmin.Roland Victor: Terre à lézards.Roman, Coll.« Presqu\u2019îles ».\u2014 Paris-Tournai, Casterman, 1963, 232 pp., 19 cm.Des pans dorés de moissons cernés de genêts, la tasse de faïence bleue du ciel renversée sur la soucoupe d\u2019un cirque de montagnes, la danse des intempéries, le bétail nourricier, un peuple de lézards habitués aux hommes, etc., voilà la matière lourde de vie à laquelle s\u2019incorporent les personnages de ce roman.Quant à ceux-ci, nombreux, ils entrecroisent, avec leurs pas besogneux, leurs destinées souvent tourmentées.Ainsi, par exemple, la jeune Génie Taillat, qui a fauté avec Raymond, mort depuis à la guerre, cherche fiévreusement l\u2019homme qui voudra bien l\u2019épouser avec l\u2019enfant qu\u2019elle porte.Ce roman, tout gonflé de la poésie de la montagne, de l\u2019eau et de l\u2019air, tout frémissant du sort hasardeux d\u2019un village, ne pourra manquer de plaire aux âmes sensibles.Pour adultes avertis.René Daoust, pire.Presbytère Saint-Vinceni-Ferrier, Montréal.Groupe lyonnais d\u2019Etudes médicales: L\u2019Action de l\u2019homme sur le psychisme humain.Coll.« Convergences ».\u2014 Paris (79, rue de Gentilly), Spes, 1963, 237 pp., 20 cm.Prix: 10,20 NF.Vieille COMME LE monde, l\u2019action psychologique a pris des proportions inquiétantes.Tant mieux! Il faudra réfléchir et trouver le moyen de sauver l\u2019homme menacé par lui-même.Car le problème ne surgit jamais des techniques; il est dans l\u2019homme.Qu\u2019il le pose et le résolve! Impossible sans une idée juste de sa dignité, de sa liberté, de sa responsabilité, voire de sa transcendance (car « l\u2019homme passe infiniment l\u2019homme »).Education (Debesse), langageordinaire (Niel) ou persuasif (Hahn), publicité et propagande (Folliet), traitement par drogues, suggestion hypnotique (Broussoles), psychothérapie individuelle ou collective (Bergeret), voire prédication et liturgie (Bidot), tous ces moyens d\u2019influence se fondent sur une vue de l\u2019humanité et visent une adaptation, modification ou amélioration de la vie humaine ici-bas.Nature de ces moyens, règles et suites de leur action, voilà ce qu\u2019on explique dans ce recueil, en se fondant sur une conception plénière (expérimentale, philosophique et théologique) de l\u2019homme.Ouvrage digne de la collection « Convergences », sauf quant aux nombreuses fautes (vocabulaire, orthographe, syntaxe et ponctuation) que les directeurs ont le tort de tolérer.Joseph d\u2019Anjou.338 RELATIONS LES OBLIGATIONS D\u2019ÉPARGNE DU CANADA FACILES À ACHETER Faciles à acheter, comptant ou par versements, à votre travail selon le mode d'épargne sur le salaire, ou à votre banque, courtier en valeurs mobilières, agent de change, société de fiducie ou caisse populaire.Elles sont disponibles en coupures de $50, $100, $500, $1,000 et $5,000, jusqu'à $10,000 par personne.Les Obligations d'Épargne du Canada sont vraiment à la portée de tous! SIMPLES À ENCAISSER Simples à encaisser, en tout temps à leur pleine valeur plus l'intérêt.Si vous désirez obtenir votre argent, vous n'avez qu'à remplir la demande de remboursement sur l'obligation même et présenter celle-ci à votre banque.Vous recevrez votre argent immédiatement.Une Obligation d'Épargne du Canada, c'est vraiment mieux que de l'argent comptant! BONNES À GARDER Bonnes à garder, puisqu'elles vous donnent un bon intérêt le 1er novembre de chaque année: 41/2% chacune des 2 premières années, 5% chacune des 6 années suivantes et 5%% chacune des 4 dernières années; soit une moyenne de 5.03% l'an si détenues jusqu'à l'échéance.Avec les intérêts accumulés,une Obligation d'Épargne du Canada de $100 vaudra $161 dans 12 ans! OBLIGATIONS D'ÉPARGNE DU CANADA CSB-10F La haute Fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 TOUS- LES ACCESSOIRES ELECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-trés.7152, bout.Saint-Laurent, Montréal CR.4-2465* (Strictement en gros) Le temple de la lumière Béliind Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de la £§>aubegartie COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Sièg* social : Montréal NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Jacque DE Roussan: Mon Père, vous avez la lèpre 1 \u2014 Montréal (25 est, Saint-Jacques), Editions Fides, 1963, 104 pp.Franciscain et missionnaire en Amazonie, le P.Donat Cournoyer y contracta la lèpre et revint au Canada se faire soigner à la léproserie de Tracadie, au Nouveau-Brunswick.L\u2019A.raconte la vie pénible de ce missionnaire devenu lépreux, et il en conclut que nos gouvernements devrait reviser une loi qui « n\u2019a pas changé profondément depuis 1906 et est révolue tant sur le plan social que sur le plan médical ».Un témoignage émouvant dont la lecture devrait aider la cause des lépreux dans le monde entier.Collection (( La vie de la femme » Guillemette DE Beauville: Sport et Evanouissement féminin.\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1963, 128 pp.L\u2019A.montre que féminité et pratique régulière des sports, loin de s'exclure, s\u2019appellent, à condition qu\u2019on entende bien l\u2019une et l\u2019autre.Il passe en revue les principaux sports individuels ou d\u2019équipe et donne à leur sujet tous les renseignements pratiques nécessaires.Collection
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