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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1964-02, Collections de BAnQ.

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[" .I MM irnmim ¦ ¦¦¦ revue du mois, numéro 278, montréal, février 1964, prix 501 RELATIONS EN TERRE SAINTE Cinéma 1963 LA LITURGIE Le Nouveau-Québec indien.\u2014 La Loi de la convention collective.\u2014 Valeurs de la sexualité.\u2014 L\u2019univers du roman et l\u2019ordre moral.\u2014 Langues parlées chez les groupes ethniques au Québec.tOSEMONT SOMMAIRE février 1964 Éditoriaux.Ce que l\u2019Église demande au monde.\u2014 Paul VI défend la mémoire de Pie XII.\u2014 Paul VI au peuple de Rome.Articles En Terre sainte avec Paul VI Mgr Les rencontres de Terre sainte .Valeurs de la sexualité.La constitution conciliaire SUR LA LITURGIE.Pour une réforme de la Loi DE LA CONVENTION COLLECTIVE.Le Nouveau-Québec indien : PAYS D\u2019OCCUPATION.Langues parlées chez les GROUPES ETHNIQUES AU QUÉBEC.Chroniques Le cinéma: Le cinéma de 1963 et notre culture.Les lettres: L\u2019univers du roman et l\u2019ordre moral.William Aquin Carew .Joseph Ledit .Joseph d\u2019Anjou Jean L\u2019Archevêque Jean Brunelle Michel Brochu .Richard Arès .Jacques Cousineau .André Vachon Le théâtre: « Les Gueux au paradis ».Georges-Henri d\u2019Auteuil Au service du français: Avant la fin de la saison.J.d\u2019Anjou Au fil du mois.La fête des Malades.\u2014 Le Cardinal en Afrique.\u2014 Une revue vivante et adaptée.\u2014 Nos mœurs chrétiennes.\u2014 Questions et réponses sur le Viêt-nam.\u2014 N\u2019en tient-il qu\u2019à nous ?\u2014 Psychiatrie abusive.Lecture du mois: Étude sociologique de la région de Saint- Jérôme.Jean-Guy Vaillancourt Les livres .Notes bibliographiques 33 34 37 39 41 43 44 47 49 52 55 56 56 59 60 64 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Cousineau, Irénée Desrochers, Gérard Hébert.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Joseph Ledit, André Vachon.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage: Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité : Même adresse.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de l\u2019Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.LA LIBRAIRIE BEAUCHEMIN LTÉE 450, RUE BEAUMONT, MONTREAL, P.Q.vous offre.\u2022\tHISTOIRE DU CANADA, par G.Lanctôt TOME I : Du début au régime royal\t$5.50 TOME II : Du régime royal au Traité d\u2019Utrecht\t$5.50 TOME III : Du Traité d\u2019Utrecht au Traité de Paris (à paraître) \u2022\tANTHOLOGIE DE LA POÉSIE CANADIENNE-FRANÇAISE, G.Sylvestre (réédition) \u2022\tJOURNAL DE SAINT-DENYS GARNEAU (réédition) \u2022\tTA NUIT RESPLENDIRA, R.P.Eric Renhas de Pouzet\t$2.50 UNE ÉDITION BEAUCHEMIN C\u2019EST UN BEAU UIVRE EN MAIN ! montréal février 1964 numéro 278 RELATIONS &dit itonaux Ce que PEglise demande au monde DANS SON DISCOURS DE BETHLÉEM, le pape Paul VI a traité des rapports de l\u2019Église avec les autres communautés chrétiennes ainsi qu\u2019avec le monde.Anticipant en quelque sorte sur les conclusions du célèbre schéma 17 de Vatican II qui vise à préciser les relations que l\u2019Église doit entretenir avec le monde moderne, le Pape a notamment déclaré que le christianisme ne se sent pas étranger au monde, qu\u2019il veut travailler pour l\u2019intérêt et le salut du monde, que sa mission est une mission d\u2019amitié parmi les peuples de la terre et que ses représentants ont de l\u2019estime pour le monde et l\u2019aiment.En retour, que demande Paul VI au monde pour l\u2019Église et pour la religion chrétienne ?La réponse est claire et franche: « Nous ne demandons rien pour l\u2019Église que la liberté de professer et de proposer à qui veut bien l\u2019accueillir, en toute liberté, cette religion.» C\u2019est là, sur les lèvres du Chef suprême de l\u2019Église catholique, une parole remarquable à bien des points de vue.Pour l\u2019Église, à la destinée de laquelle il préside, le Pape ne revendique ni traitement spécial, ni privilège, ni reconnaissance officielle, ni alliance, mais uniquement « la liberté » : celle d\u2019exister et celle d\u2019annoncer son message de salut à ceux qui voudront bien, librement, l\u2019accueillir.Comment ne pas souligner la nouveauté et l\u2019importance d\u2019une pareille déclaration?Le Pape reconnaît la valeur et même la primauté de la liberté, tant pour l\u2019Église face au monde moderne que pour l\u2019individu face au message divin qu\u2019elle lui propose.Au moment où vont se discuter les schémas conciliaires sur la liberté religieuse ainsi que sur les FÉVRIER 1964 rapports entre l\u2019Église et le monde, la parole de Paul VI se révèle libératrice: avec son Chef, à Bethléem, l\u2019Église revient à ses origines, elle se fait humble et pauvre, mais aussi pleinement libre à l\u2019égard des puissants de ce monde.Paul VI défend la mémoire de Pie XII DE FAÇON INATTENDUE, au moment de franchir le no man\u2019s land qui sépare la porte Mandel-baum de la vieille Jérusalem, le Pape, en réponse aux paroles d\u2019adieu du président d\u2019Israël, a pris avec fermeté, avec éclat la défense de Pie XII: Chacun sait ce qu\u2019il a fait pour défendre et sauver tous ceux qui ont été pris dans ces tribulations, sans distinction.Et cependant vous savez les soupçons et même les accusations dont a été l\u2019objet le souvenir de ce grand pontife.Nous sommes heureux d\u2019avoir l\u2019occasion de déclarer, en ce jour et en ce lieu, qu\u2019il n\u2019y a rien de plus injuste que cette attaque contre une mémoire si vénérable.Sans aucun doute, le Pape faisait allusion à la pièce de théâtre d\u2019un jeune auteur allemand, Rolf Hochhuth, créée à Berlin (20 février 1963) et jouée depuis à Bâle, Londres, Paris, en attendant de l\u2019être à New York.Partout, le Vicaire (Der Stellvertreter) a suscité polémiques et charivaris, car l\u2019affabulation dramatique est on ne peut plus transparente et odieuse: Pie XII y est caricaturé; plus précisément, le « coupable silence » qu\u2019il aurait gardé devant l\u2019extermination des Juifs par les nazis y est dénoncé.Dans une lettre au Tablet, hebdomadaire catholique de Londres, Paul VI, alors archevêque de Milan, disait déjà de l\u2019auteur qu\u2019il ne présentait pas l\u2019homme que fut réellement Pie XII: « En fait, il le dénature même totalement.» 33 On a invoqué \u2014 et on invoquera encore \u2014 les droits de l\u2019art.Quels que soient ces droits, ils n\u2019autorisent l\u2019artiste ni à travestir l\u2019histoire, ni à défigurer en pantin cupide celui qui, à Rome, paya la rançon des Juifs pour les sauver de la déportation, leur ouvrit couvents et cloîtres dans tant de pays, et, au témoignage de hautes autorités juives, préserva de la mort des centaines de milliers de proscrits.Au milieu des passions déchaînées de la guerre et de la persécution raciale, s\u2019il n\u2019a pas pu faire davantage, qui donc a fait autant?Et qui mieux que Paul VI, associé de si près aux efforts de Pie XII, est en mesure d\u2019en rendre témoignage?« Nous sommes heureux, a déclaré Paul VI, de dissiper un malentendu à ce sujet, ayant connu de près cet homme vénérable, sa délicatesse de cœur qu\u2019ont appréciée tous ceux qui, après la guerre, sont venus le remercier de leur avoir sauvé la vie.» Paul VI au peuple de Rome TE SAINT PÈRE ATTERRISSAIT dans son diocèse, au soir d\u2019une belle mais assez froide journée d\u2019hiver qui avait commencé par la célébration d\u2019une messe basse dialoguée, là-bas, à Bethléem, dans la terre de Jésus.Puis, par la voie Appienne, Pierre de nouveau pénétra dans Rome, mais acclamé, cette fois, par tout le peuple en liesse.Jamais on n\u2019avait vu manifestation aussi extraordinaire.C\u2019est, d\u2019ailleurs, à la foule massée sur la place Saint-Pierre et en réponse à ses acclamations que En Terre sainte avet Mgr William Aquin CAREW * A CCOMPAGNÈRENT le pape Paul VI durant son h\\ pèlerinage en Terre sainte: son secrétaire d\u2019État, les ^ ^ chefs anciens et actuels de la Congrégation de l\u2019Église orientale, ses trois camériers secrets en office, son majordome, le maître de la Chambre du Pape, son aumônier, son sacristain, ses maîtres des cérémonies papales et cardinalices, ses deux secrétaires particuliers, son valet de chambre, son médecin personnel, son prédicateur, son théologien personnel, les chefs des trois services de la Secré-tairerie d\u2019Etat, cinq prélats de la Secrétairerie, y compris * Originaire de Saint-Jean de Terre-Neuve, Mgr William Aquin Carew est un ancien secrétaire de la Délégation apostolique à Ottawa.Attaché depuis 10 ans à la Secrétairerie d\u2019État de Sa Sainteté, il a été, depuis peu, promu chef de la section de langue anglaise.C\u2019est en cette qualité qu\u2019il faisait partie de la suite de Paul VI lors du pèlerinage mémorable en Terre sainte, dont il fait ici, étape par étape, la chronique.Paul VI, de la fenêtre de son bureau au troisième étage, a livré ses premières impressions.Abandonnant le « Nous » de majesté pour le « je » familier et intime, il expliqua au peuple ce que d\u2019instinct et confusément celui-ci avait senti: que ce pèlerinage était un « événement mémorable et incomparable », un « événement historique », dépassant ses espoirs, présage, peut-être d\u2019autres événements encore plus importants pour la chrétienté et pour l\u2019humanité.Il parla surtout de la joie qu\u2019il avait éprouvée en embrassant, « après tant et tant de siècles, le patriarche de Constantinople, en échangeant avec lui des paroles de paix et de fraternité, et en exprimant le désir de concorde et d\u2019union ».La foule, représentant la masse des catholiques du monde entier, acclama ces paroles; et ces acclamations, à cette heure et en ce lieu, devant cette perspective d\u2019union, étaient aussi un événement, une date que les historiens, un jour, consigneront.Car, jnême si, à chacune de ses rencontres avec les chefs d\u2019État, le Saint Père exhorta le monde à la paix, c\u2019est la rencontre des deux pèlerins, Paul VI de Rome et Athénagoras Ier de Constantinople, sur le mont des Oliviers, à la face du monde entier, grâce aux caméras, c\u2019est leur baiser de paix, leur prière commune, leur lecture commune de l\u2019évangile de saint Jean, leur bénédiction commune donnée à l\u2019assistance qui restent non seulement le moment inoubliable de ces jours, mais un des plus beaux et des plus grands moments de l\u2019histoire de l\u2019Église: l\u2019Orient et l\u2019Occident étaient devenus des faubourgs de Jérusalem.Paul VI les interprètes pour le français, l\u2019anglais et le latin, le secrétaire du Secrétariat pour l\u2019Unité chrétienne, le secrétaire du maître de la Chambre du Pape, le secrétaire du majordome, les directeurs de l\u2019Osservatore Romano et de Radio-Vatican, le photographe du Pape et trois officiers de la gendarmerie pontificale.Les préparatifs Avant d\u2019entreprendre le pèlerinage, le Pape et sa suite participèrent à une courte récollection prêchée dans la chapelle Mathilde, au Vatican, par le R.P.Giulio Bevil-acqua, vénérable religieux de quatre-vingt-trois ans, curé de paroisse.Le prédicateur développa d\u2019abord le thème de la renaissance spirituelle que devait produire le pèlerinage, faisant allusion à Nicodème et à son entrevue nocturne 34 RELATIONS avec Jésus; puis, il expliqua le sens de ce «voyage à Jérusalem ».Entre les deux sermons, le Pape bénit la rose d\u2019or qu\u2019il allait déposer à la basilique de Bethléem, la couronne destinée à la madone de Nazareth et la branche d\u2019oüvier, en argent, qu\u2019il laisserait au saint Sépulcre.La suite du Pape quitta le Vatican à six heures quarante-cinq, le matin du 4 janvier; Sa Sainteté partit un peu plus tard.On s\u2019arrêta à la chapelle de l\u2019aéroport; le cardinal Tis-serant, doyen du Sacré Collège et premier dignitaire du pèlerinage après le Souverain Pontife, récita Yltinéraire, prière des voyageurs.Alors, l\u2019avion (DC-8) spécial se mit en place.On avait peint le gouvernail en blanc et or, et le flanc s\u2019ornait du blason de Paul VI.Quand le Saint Père arriva, une foule nombreuse l\u2019acclama; le président de l\u2019Italie lui adressa un discours de bons souhaits, auquel il répondit, debout sur une estrade préparée pour le corps diplomatique et les autorités civiles et militaires.Ensuite, il entra dans l\u2019avion par la porte de la première classe, et l\u2019appareil commença à vrombir.Le départ Aussitôt, le Pape se rendit en seconde classe et salua personnellement chacun des membres de sa suite.Le décollage effectué, des chasseurs à réaction de l\u2019aviation italienne escortèrent l\u2019avion pontifical au-dessus du territoire de la péninsule.Le Saint Père les salua de la main et, par radiophone dit quelques mots aux pilotes.Vers dix heures, on annonça le déjeuner.Le Pape vint en seconde classe souhaiter bon appétit à tout le monde.Son secrétaire, le Père Pasquale Macchi, distribua des séries de timbres imprimés spécialement à l\u2019occasion du pèlerinage et des cartes postales de la Terre sainte.Le personnel, entièrement masculin, servit un repas simple et léger.Au-dessus de la Grèce, de Rhodes, de la Turquie et de Chypre, puis de la Syrie, le Pape expédia par télégramme des salutations aux chefs de chaque État.En plein vol, on distingua assez bien Nicosie et Beyrouth; mais le reste disparut sous les nuages.A un moment, on se demanda si l\u2019on pourrait atterrir à Amman: un avion nolisé par le cardinal Santos et un groupe de pèlerins des Philippines avait dû obliquer vers Le Caire.Le DC-8 pontifical put cependant atterrir à l\u2019aéroport d\u2019Amman.Un vent froid y soufflait.En Jordanie Le roi haschémite Hussein de Jordanie vint à la rencontre du Pape et le conduisit à une tribune sur laquelle les deux souverains se tinrent debout pendant qu\u2019on jouait l\u2019hymne du Vatican et celui de la Jordanie, et qu\u2019on hissait leur drapeau respectif.Tous les deux, ensuite, se dirigèrent à pied vers un salon de l\u2019aéroport, où ils eurent un entretien privé.Peu de temps après, Paul VI et Hussein pénétrèrent dans la grande salle voisine où les attendaient les représentants et les diplomates du gouvernement.Là, Sa Majesté lut en anglais un discours de bienvenue, auquel le Pape répondit dans la même langue.Il offrit alors au roi des présents destinés au souverain lui-même, à la reine et à la reine mère.Ensemble, ils se rendirent à l\u2019automobile papale, où le roi salua Sa Sainteté.Le cortège partit alors pour Jérusalem, traversa lentement les rues de la capitale que la foule inondait, puis accéléra sur les routes nouvelles qui FÉVRIER 1964 mènent au Jourdain.Parvenu au bord du fleuve, Paul VI, pour mieux voir, descendit de sa voiture, promena son regard et bénit les eaux.Tout le long du trajet, par un désert ondulé de collines stériles, veillaient des sentinelles, les unes à cheval, d\u2019autres juchées sur des escarpements, pour la plupart soldats de la Légion arabe, reconnaissables à leur coiffure rayée rouge et blanc.A Béthanie, l\u2019arrêt suivant, le Pape visita l\u2019église Saint-Lazare.Puis, il revêtit la mozette rouge et l\u2019étole avant d\u2019entrer dans la Ville sainte.Son cortège le précéda; quelques personnes marchèrent avec lui dans les rues étroites de la Via dolorosa, bondées de curieux.L\u2019enthousiasme impétueux de la foule força un moment le Pape à se réfugier dans la chapelle de la sixième station.En arrivant à la basilique du Saint-Sépulcre, simple coupole octogonale que l\u2019obscur carré de la chapelle du Saint-Sépulcre occupe presque entièrement, le Pape se vêtit pour la messe qu\u2019il célébra à l\u2019autel placé vis-à-vis de l\u2019entrée de la chapelle.A la fin, sur un trône, face au sépulcre, il prononça une homélie dont le ton trahit sa très vive émotion; on dut le soutenir pendant qu\u2019il traversait la foule, toujours présente, toujours pressante pour aller au Calvaire, situé tout près, dans la même basilique.Là, seul, il se recueillit quelques instants.Puis, il gagna la Délégation apostolique, au mont des Oliviers.Le soir, il y conféra avec le patriarche Benedicts de Jérusalem.A dix heures et demie, dans le sanctuaire de Sainte-Anne, Paul VI reçut la hiérarchie catholique d\u2019Orient et lui adressa la parole.Il alla ensuite au Jardin de Gethsémani.Dans la basilique de l\u2019Agonie, il y eut des prières spéciales, lecture de l\u2019évangile de la Passion en plusieurs des langues liturgiques de l\u2019Orient; puis, le Pape baisa la pierre de l\u2019agonie.Comme dans les autres sanctuaires qu\u2019il visita, il laissa sur l\u2019autel l\u2019étole qu\u2019il portait et fit cadeau d\u2019un calice précieux et de riches vêtements liturgiques.En Israël Le matin du jour suivant, à sept heures, le cortège automobile quitta la Délégation apostolique et roula vers le nord.Petites villes et villages, toute population dehors, se pressèrent pour saluer le Pontife, dont la voiture noire était entourée de policiers en motocyclette, portant le casque blanc de la Jordanie.La route serpente à travers collines et montagnes, passe par Ramallah et non loin d\u2019Emmaüs, puis par Nablus, avant d\u2019atteindre la frontière d\u2019Israël.Là, les troupes et la milice de Jordanie confièrent le défilé à la garde de la police israélienne, qui l\u2019escorta jusqu\u2019au kibboutz de Megiddo (Harmagedôn, dernier champ de bataille de l\u2019histoire, selon saint Jean, Apoc., xvi, 16).Sous un dais pavoisé aux couleurs blanc et or de l\u2019État pontifical et blanc et bleu d\u2019Israël, le président de l\u2019État lut, en hébreu, un discours de bienvenue, qu\u2019un interprète traduisit aussitôt en français.Le Pape répondit dans cette langue, et quelqu\u2019un l\u2019interpréta en hébreu immédiatement.Après un échange de présents, Sa Sainteté regagna son automobile et, sur la route droite, partit pour Nazareth.Sur ce parcours, le pays apparaît moins accidenté et plus fertile.Dans la basilique de Nazareth, encore inachevée, le Pape visita la crypte, où il célébra une basse messe, qu\u2019on 35 télévisa en circuit fermé pour la foule présente.Après une légère collation, que les Franciscains servirent au Saint Père dans leur couvent, bâti à côté de la basilique, le cortège repartit en direction du nord-est, passant par Cana et Tibériade, qui bordent le lac bleu de Génésareth ou mer de Galilée.Ce chemin traverse aussi Magdala, patrie de Madeleine, et Tabga, dont le nom, dérivé du grec heptapegôn, signifie Sept Fontaines.Là, le Saint Père pria dans l\u2019église qui marque l\u2019endroit de la multiplication des pains et des poissons.A quelques centaines de verges, il visita une petite chapelle qui enchâsse un rocher nu, sur lequel, croit-on, s\u2019appuya Notre Seigneur lorsqu\u2019il dit à Pierre: «Pais mes agneaux, paix mes brebis », l\u2019investissant alors de la primauté apostolique.On croit aussi que sur le même rocher furent déposés les poissons de la pêche miraculeuse, peu après la résurrection, le jour où Jésus mangea avec ses disciples.Le cortège automobile longea le mont des Béatitudes et fila vers Capharnaüm.Le Pape entra dans les ruines de la synagogue qui entendit la grande promesse de l\u2019Eucharistie; il y pria et donna sa bénédiction.On revint au pied du mont des Béatitudes; on le gravit pour aller à la chapelle qui le couronne.Le Saint Père parla aux religieuses qui en ont la garde et pria à l\u2019intérieur.Dans le couvent-hospice établi à côté, on servit le déjeuner.Le Pape mangea dans la grande salle avec les trois cardinaux et toute sa suite.Pendant le repas, S.Exc.l\u2019archevêque Angelo Dell\u2019Acqua, substitut à la Secrétairerie d\u2019État, annonça que le Souverain Pontife nommait évêques deux prélats présents au déjeuner: Mgr Jacques Martin, jusque-là chef de la section française de la Secrétairerie et probablement choisi pour devenir l\u2019évêque confirmant à la basilique Saint-Pierre, et Mgr Jean Kaldany, vicaire général du patriarcat latin de Jérusalem dans l\u2019État d\u2019Israël.Après le déjeuner, la caravane prit le chemin du retour, s\u2019arrêtant seulement au mont Thabor.Vu le mauvais état de la route qui mène au sommet, cinq voitures seulement firent l\u2019ascension.Le Saint Père pria dans la basilique construite à cet endroit.Puis, le défilé s\u2019avança vers le sud, traversant Naïm, Afuleh, Hadera (à quelques milles de la Méditerranée), Petah Tiqvah, Lydda et Ramleh.Tout le long du parcours, même sur les bandes les plus désertes et isolées, des groupes d\u2019Israéliens attendaient dans le froid mordant afin de saluer et d\u2019acclamer Sa Sainteté.Dans les petites villes surtout, des foules nombreuses bordèrent les rues.Aussitôt entrées dans la Jérusalem nouvelle, la voiture du Pape et une couple d\u2019autres allèrent au Cénacle, chambre haute où se réunirent les Apôtres le soir de la Cène et, avec la Vierge, les jours qui précédèrent la Pentecôte.Puis, on visita, porte voisine, l\u2019église de la Dormition.Par erreur, on avait dirigé les autres voitures de la suite vers la porte Mandelbaum; elles stationnèrent à côté du grand abri peint en gris aluminium qu\u2019on avait dressé pour la cérémonie de l\u2019adieu.Bientôt arriva le président d\u2019Israël; puis, le Souverain Pontife.En descendant de voiture, le Saint Père se posa sur un tapis rouge, écouta le président lui lire un discours en hébreu, qu\u2019on interpréta immédiatement en français, répondit dans cette langue, et sa réponse, prise à la sténographie par un interprète, fut lue immédiatement par celui-ci en hébreu.En Jordanie de nouveau Alors, le défilé, reformé, franchit l\u2019espace neutre et gagna la Jordanie.Rendu à la Délégation apostolique, le Pape reçut la visite du patriarche Athénagoras de Constantinople.Le matin suivant, le cortège pontifical se rassembla près de la Délégation, et l\u2019auto du Pape battit la marche vers le sud jusqu\u2019à Bethléem.En se retournant pour admirer Jérusalem, ses tours et ses murs étincelants sous les premiers feux du soleil, on apprécie le surnom de « Ville d\u2019or » qu\u2019on lui a décerné: tous ses édifices comme ses murs, faits de pierre d\u2019un jaune brun au ton chaud, scintillent dans la lumière; des reflets jaillissent et dansent sur la basilique du Rocher, qui domine l\u2019emplacement de l\u2019ancien Temple.De collines en vallons, à travers des villages et par des chemins en lacets, on parvint à Bethléem, où toute la population s\u2019aligna dans les rues pour accueillir l\u2019illustre pèlerin.Le Pape se courba profondément pour s\u2019introduire, par la porte minuscule, dans la basilique latine, qu\u2019il visitait pour la première fois.Par la porte voisine, il entra dans la basilique grecque et descendit dans la grotte de la Nativité.Ayant mis les vêtements liturgiques, il dit une messe basse, à la fin de laquelle il prononça un important discours, la voix, par moments, vibrante d\u2019émotion.De retour à Jérusalem, le cortège dépassa la Délégation et continua jusqu\u2019au sommet du mont des Oliviers, où le patriarche grec orthodoxe a sa résidence: le pape Paul VI rendait sa visite au patriarche Athénagoras.D\u2019abord salué par le métropolite Athénagoras de Thyatire, qu\u2019entourait un groupe de dignitaires ecclésiastiques, le Pape gravit ensuite les marches de la résidence, et là il s\u2019engouffra pour ainsi dire dans les bras du patriarche de Constantinople, auquel sa taille de six pieds quatre pouces et sa longue barbe blanche donnent un air extrêmement majestueux.Sa Sainteté déjeuna à la Délégation; sa suite, à la Maison Neuve; puis, vers midi et demi, on entreprit la fin du voyage, refaisant le trajet de Jérusalem à Amman.Geste étonnant de courtoisie: on avait muni les voitures de la suite pontificale de plaques sur lesquelles se détachaient les lettres de la Cité Vaticane\u2014 SCV, 1, SCV 2, et ainsi de suite, \u2014 tandis que sur leur casquette à visière et le revers de leur costume, les chauffeurs arboraient l\u2019emblème de la tiare aux clefs.A l\u2019aéroport, une dernière acclamation s\u2019éleva de partout dans la capitale; le roi Hussein, toujours vêtu de l\u2019uniforme de l\u2019aviation militaire, mais avec la coiffure de la Légion arabe, vint à la rencontre du Souverain Pontife.Tous les deux, au garde-à-vous, écoutèrent les hymnes de leurs États; puis, ils se retirèrent dans le salon de l\u2019aéroport pour causer quelques instants seul à seul.Dans la salle d\u2019attente, le roi lut un discours en arabe et en anglais; le Saint Père y répondit en anglais.Alors, le roi Hussein offrit au pape Paul VI une sculpture sur bois représentant Jérusalem et Bethléem, deux lampes anciennes, l\u2019une du temps d\u2019Abraham, l\u2019autre du IVe ou Ve siècle, des albums de timbres de la Jordanie et des photos du pèlerinage, enfin des fioles contenant de l\u2019eau du Jourdain.A la suite pontificale, il offrit les timbres spéciaux du pèlerinage et des décorations des divers ordres de la chevalerie jordanienne.36 RELATIONS Il reconduisit alors le Saint Père jusqu\u2019à l\u2019avion et prit congé de lui.Le Pape salua les autorités civiles et religieuses qui se tenaient près de la rampe et monta dans l\u2019avion par la porte de la première classe.Le retour L\u2019avion, équipé du même personnel qu\u2019à l\u2019arrivée, décolla à trois heures dix de l\u2019après-midi.Des réacteurs de combat jordaniens escortèrent jusqu\u2019à la frontière l\u2019appareil du Pape, qui reprit la même route de l\u2019air.Au moment où Paul VI pénétra dans la cabine centrale pour distribuer à chaque membre de sa suite et au personnel du bord les médailles d\u2019argent commémoratives du pèlerinage, un coucher de soleil d\u2019un rouge éclatant flamboyait dans le ciel.Vers six heures, on aperçut la ville de Rome.Le pilote tourna deux fois autour du Vatican, afin de permettre aux passagers de contempler les illuminations qui étincelaient sur la place Saint-Pierre et sa colonnade.On atterrit dix minutes plus tard à l\u2019aéroport de Ciampino, autrefois terminus de Rome, maintenant poste militaire.On avait érigé des tribunes pour les dignitaires du gouvernement, du corps diplomatique et des autres administrations civiles.Au pied de l\u2019échelle de la descente, le président de l\u2019Italie reçut le Pape, qui passa en revue les troupes de la milice de l\u2019air, rangées pour l\u2019accueillir, et se fraya un chemin à travers les tribunes, saluant les personnes qui s\u2019y trouvaient.Après un discours de bienvenue prononcé par le président et la réponse du Pape, l\u2019auto pontificale s\u2019approcha, et le Saint Père s\u2019y installa.On rabattit le toit, et Paul VI, debout, portant la mozette rouge et l\u2019étole et, par-dessus, Les rencontres de Joseph LEDIT, S.J.\\ PEINE LE PAPE PAUL VI eut-il manifesté son inten-L\\ tion de faire un pèlerinage en Terre Sainte qu\u2019une approbation à peu près universelle se manifesta.On aurait dit que cette démarche de pénitence et de paix faisait oublier au genre humain ses querelles.Ce n\u2019est pas que celles-ci aient été éliminées ou même amoindries.Ni qu\u2019on s\u2019attende à un évanouissement miraculeux des difficultés qui harassent l\u2019humanité, l\u2019Église ou le Proche-Orient! Les problèmes demeurent, mais on s\u2019achemine vers une espérance de soulagement.La division religieuse entre l\u2019Orient et l\u2019Occident est profonde.Elle est presque aussi vieille que le christianisme, car longtemps avant la séparation définitive de 1054, il y avait eu de pénibles désaccords entre Rome et l\u2019Orient chrétien.S\u2019agissait-il de différences doctrinales, liturgiques, canoniques, administratives, politiques?On a écrit des bibliothèques entières pour justifier, condamner ou guérir ces divergences! Y avait-il d\u2019indéfinissables problèmes FÉVRIER 1964 un long manteau d\u2019hiver, prit trois heures pour se rendre au Vatican, à travers la foule la plus considérable et la plus enthousiaste jamais vue, son automobile avançant au rythme d\u2019un pas d\u2019homme.Le long de la Via della Conciliazione, qui mène à la place Saint-Pierre, des garçons brandissaient des torches; la place rougeoyait de mille feux et regorgeait de monde.La voiture du Pape rentra au Vatican par l\u2019arche des Cloches.A l\u2019intérieur de la cité, tout le long du chemin qui contourne l\u2019arrière de la basilique et conduit à la cour Saint-Damase, séminaristes, religieuses, étudiants et autres fidèles portaients des cierges allumés et des torches.Il y avait aussi des détachements de la garde suisse, de la garde palatine et des gendarmes en uniforme de gala.Sa Sainteté marcha tout droit vers l\u2019ascenseur et monta à ses appartements; de la fenêtre de son bureau, qui donne sur la place Saint-Pierre, il parla à la foule.La salle du Consistoire rassemblait le collège des cardinaux qui résident à Rome; le Pape les salua et, brièvement, leur rendit compte de son voyage.Puis, il salua et bénit tous ceux qui l\u2019avaient accompagné, leur associant le Père Gardien de la Terre sainte, dont les prévenances et l\u2019amabilité avaient tant fait pour la réussite du voyage.Au terme d\u2019une journée longue et épuisante, le Saint Père, sans paraître fatigué, se retira dans ses appartements.Dieu avait exaucé la prière de Y Itinéraire, récitée à Fiumi-cino avant le départ: « Qu\u2019avec vous comme guide, Seigneur, nous puissions parvenir à destination et revenir sain et sauf à la maison.» Sainte d\u2019amour-propre individuel ou collectif qu\u2019on n\u2019osait même pas regarder en face ?On a décidé que le passé était révolu, et qu\u2019on essaierait de préparer l\u2019avenir dans le respect mutuel, la charité, la liberté et la soumission totale à Jésus-Christ auquel nous devons tous obéissance.Cela, c\u2019est l\u2019essence même du christianisme, l\u2019acceptation de l\u2019autorité paternelle de Dieu qui nous a été révélée par le Fils.Le patriarche Athénagoras n\u2019avait pas envoyé de délégués au Concile du Vatican.On en avait été peiné, non froissé; il vint lui-même rencontrer Paul VI en Terre Sainte, et ce fut une grande joie pour tous ceux qui veulent observer le premier commandement de Dieu.Le saint synode de Grèce désapprouve cette rencontre.On n\u2019en a pas été offusqué, et on attend, dans la paix, que de ce côté-là aussi les nuages s\u2019éloignent.Le Patriarche et le Pape, autant l\u2019un que l\u2019autre, ont dit que la voie de la réunion serait laborieuse.C\u2019est évident; mais quand on veut l\u2019union de part et d\u2019autre dans la soumission commune à Dieu et dans 37 l\u2019ordre voulu et prescrit par Lui, on finit par surmonter les obstacles qui ne sont infranchissables que lorsqu\u2019ils s\u2019appuient sur des absolus intérieurs qui disent non à l\u2019unité.et à Dieu.Si l\u2019Orient et l\u2019Occident se donnent le baiser de paix, ce sera un grand pas en avant vers la réconciliation de tous les chrétiens dans l\u2019unité de Jésus-Christ.C\u2019est pourquoi tant de protestants suivirent avec sympathie les étapes du pèlerinage papal.Le roi Hussein, descendant de Mahomet et héritier de Saladin, accueillit lui-même le chef de l\u2019Église catholique et veilla personnellement à sa sécurité.Jérusalem n\u2019est pas seulement un sanctuaire chrétien; c\u2019est la deuxième ville sainte de l\u2019Islam.Cette hospitalité jordanienne, héritière de celle avec laquelle Abraham avait reçu la Sainte Trinité sous le chêne de Mambré, remua profondément l\u2019Occident où le souvenir chevaleresque des Croisades est resté vivant.Dans la personne du Pape, la chrétienté faisait son pèlerinage de Terre Sainte; elle y reçut la cordiale bienvenue de l\u2019Islam.Jésus-Christ naquit à Bethléem parce que Joseph et Marie se trouvaient dans cette ville en obéissance au décret du souverain romain, étendu à la Palestine par Hérode.C\u2019est à Bethléem qu\u2019Hérode envoya les mages, mais dans une intention perfide.L\u2019Épiphanie fut toute douceur et toute beauté.Le roi Hussein conduisit le Pape à Bethléem avec respect et vénération, tout l\u2019univers entendit le Gloria in Excelsis Deo, entonné par Paul VI dans la grotte où Jésus naquit, prêta l\u2019oreille au message de paix qu\u2019il envoya aux hommes de bonne volonté.Ainsi, tous les croyants se rencontrèrent dans une volonté de paix et de soumission à Dieu.Le premier contact du Pape avec le jeune et antique État d\u2019Israël se fit à Megiddo, l\u2019Armageddon de l\u2019Apocalypse.Il y eut une heure et demie de retard.Paul VI avait été arrêté à la frontière par les réfugiés Arabes.Depuis la guerre palestinienne, la charité pontificale fait vivre un grand nombre de ces infortunés, grâce aux aumônes reçues des États-Unis.Le président d\u2019Israël, M.Talman Chazar, accompagné de son premier ministre, M.Lévi Eshkold, des membres de son gouvernement et des membres du corps diplomatique, souhaita la bienvenue au pape Paul VI et lui prodigua les marques de déférente hospitalité: C\u2019est avec un profond respect et la pleine conscience de la portée historique de cet événement, sans précédent dans les annales des générations, que je viens, au nom de l\u2019État d\u2019Israël et en mon nom propre, accueillir le Souverain Pontife t, Père spirituel de l\u2019Église catholique romaine dans le monde entier, et le saluer de la bénédiction traditionnelle: « Soyez béni, à votre arrivée.» Après traduction en français par le chef du protocole, celui que les catholiques reconnaissent comme Vicaire de Jésus-Christ répondit en français.Il parla du Dieu d\u2019Abraham, d\u2019Isaac et de Jacob auquel croient tous les chrétiens, et qui est, par la bénédiction qu\u2019il donne aux patriarches, 1.Le président ne pouvait employer le mot Sainteté sans provoquer de graves remous; il s\u2019en tira en utilisant la troisième personne et en se servant de la formule « Splendeur de Son Honneur le Pape » que le traducteur officiel traduisit tout simplement par Souverain Pontife.le fondateur de la nation juive.De part et d\u2019autre, on évita toute allusion aux sujets de froissement.Votre Excellence sait, et Dieu nous en est témoin, que Nous sommes inspiré au cours de cette visite par aucun autre motif que spirituel.Nous venons comme un pèlerin, Nous venons vénérer les Lieux saints, Nous venons prier.pour tous les hommes, croyants et incroyants, et Nous y ajoutons avec joie les fils du Peuple de l\u2019alliance.Pèlerin de la paix, Nous prions avant toute chose pour la réconciliation de l\u2019homme avec Dieu, et pour la réelle et profonde concorde entre tous les hommes et tous les peuples.Le Pape résuma ses vœux, ses prières et ses souhaits par ce mot « dont l\u2019écho retentit à travers toutes les pages de la Bible: Shalom! Shalom! ».Le pèlerinage du Pape révéla à tous les hommes de bonne volonté que l\u2019humanité était fatiguée de conflits et avait faim et soif d\u2019un peu d\u2019humilité.En sortant du Vatican pour aller monter à pied la Voie Douloureuse, le Pape nous montrait par un geste très simple et compréhensible à tous qu\u2019il ne désirait qu\u2019une chose: associer l\u2019Église au sacrifice du Christ.On a compris partout que les querelles et les désastres ont toujours la même cause: l\u2019orgueil du péché, l\u2019insoumission à Dieu, l\u2019égoïsme individuel ou collectif.Quand on suivait du regard le pape Paul VI bousculé par une foule sympathique le long de la Voie Douloureuse, une autre image se présentait à l\u2019esprit: celle de Jésus-Christ, qui suivait le même parcours en portant sa croix, après avoir été flagellé, couronné d\u2019épines et condamné à mort.Y avait-il cent mille personnes dans la Jérusalem jordanienne le jour de la visite du Pape ?Quand Jésus fut mené au Golgotha pour y être crucifié, on nous assure qu\u2019il y avait jusqu\u2019à deux millions de pèlerins à Jérusalem, excités jusqu\u2019au délire par l\u2019agitation qui avait rempli toute la matinée du Vendredi saint.Nous devinions alors un peu ce que dut être cette suprême démarche terrestre de Dieu devenu mortel pour nous racheter, et nous discernions dans la foule, cette fois horriblement hostile, sa Mère immaculée à peine protégée par le seul disciple resté fidèle, Jean le Bien-Aimé.Comment les hommes pourront-ils jamais retrouver la paix, s\u2019ils n\u2019acceptent pas de prendre et de porter leur croix à la suite de Celui qui se dépouille de tout pour être obéissant jusqu\u2019à la mort, mortem autem crucis ?Aujourd\u2019hui, le Christ a faim, a soif; il a froid, il est nu, il est malade et prisonnier dans l\u2019immensité sous-développée de l\u2019humanité.Jamais le monde n\u2019a été plus riche, plus jouisseur; jamais, non plus, l\u2019intelligence humaine n\u2019a été plus prétentieuse dans les jugements qu\u2019elle porte contre Dieu; jamais elle n\u2019a trouvé plus d\u2019arguments pour légitimer sa révolte.En approuvant de façon aussi absolue le pèlerinage du Pape, on aurait dit que l\u2019humanité, dégoûtée de sa propre mesquinerie, cherchait à se rapprocher de Jésus-Christ.C\u2019est pourquoi nous voudrions espérer que cette démarche de Paul VI est une aurore de bonté, de charité, de pénitence et d\u2019apaisement.Elle avait été précédée, il n\u2019y a pas si longtemps, d\u2019un autre pèlerinage en Terre Sainte, celui du patriarche soviétique Alexis.Chef d\u2019une Église profondément humiliée et bafouée, ce vieillard avait voulu lui aussi faire son pèlerinage de simple piété.Il était venu placer ses pieds dans les vestiges de Jésus-Christ.Qui sait s\u2019il n\u2019avait pas été élu, dans le mystère des desseins de Dieu, pour être le précurseur de l\u2019espérance ?38 RELATIONS LA RÉGULATION DES NAISSANCES\u2014 V Valeurs de la sexualité Joseph d\u2019ANJOU, S.J.SI L\u2019ON A RÉFLÉCHI au contenu de nos articles précédents, on a compris que la régulation des naissances ne saurait dépendre de procédés purement techniques.Car elle met en cause des valeurs « d\u2019un autre ordre ».Elle suppose une instruction, une éducation du couple qui lui apportent une connaissance juste et lui inspirent le respect de la nature humaine, de la finalité sexuelle, des droits et devoirs spécifiquement conjugaux, des normes de l\u2019amour procréateur.Profondeur du masculin et du féminin En chacun de nous, il n\u2019y a rien de plus intimement lié à notre âme spirituelle que notre condition masculine ou féminine.C\u2019est pourquoi toute activité propre au sexe a rapport aux valeurs de la personne: valeurs psychiques et morales, valeurs religieuses aussi, puisque l\u2019homme, « animal religieux », tend nécessairement vers Dieu, à la vie de qui, par grâce, il peut même participer.Philosophes et théologiens s\u2019accordent pour enseigner que, dans un ordre de nature pure (s\u2019il eût existé), l\u2019être humain aurait pris conscience de sa relation au Créateur surtout par le moyen du mariage fécond.Les rites d\u2019initiation, par lesquels on célèbre, chez les païens, l\u2019accession des jeunes à l\u2019âge nubile, \u2014 quelles que soient d\u2019ailleurs leurs particularités, souvent magiques ou inhumaines, \u2014 attestent cette vérité, déformée ou insuffisamment perçue par ignorance de la révélation chrétienne.On a motif de s\u2019étonner qu\u2019après tant de millénaires, si peu de sociétés, même civilisées, même évangélisées, aient effectué théoriquement et pratiquement la synthèse de l\u2019éducation appropriée à l\u2019homme concret, masculin et féminin.Depuis Aristote, expliqué par saint Thomas, on sait pourtant que l\u2019homme ne résulte pas du mélange de deux éléments pour ainsi dire contraires: d\u2019une part, l\u2019âme spirituelle, et d\u2019autre part, le corps sexué.La doctrine du composé humain ne s\u2019entend que si l\u2019on fait de l\u2019âme-esprit un coprincipe créé pour tel corps masculin ou féminin, de sorte que toute l\u2019âme, immergée dans tout ce corps, ne forme avec lui qu'un homme, qu'une femme.Chaque mouvement, chaque action de ce composé appartiennent, entièrement et à la fois, au corps et à l\u2019âme de cet homme ou de cette femme.Action d'homme (involontaire et irresponsable) ou action humaine (volontaire et responsable), rien, jamais, en nous, n\u2019est exclusivement spirituel ou corporel; même ce qu\u2019on ne peut étudier ou classifier qu\u2019en l\u2019isolant.De cela on avait la claire intelligence jusqu\u2019à la fin du siècle dernier, si du moins on ne s\u2019égarait dans le matérialisme brut de certains encyclopédistes ou dans l\u2019idéalisme cartésien.Mais il a fallu les progrès récents de la biologie et de la psychologie pour compléter cette doctrine par celle de l\u2019imprégnation du corps et donc de l\u2019âme par le sexe.FÉVRIER 1964 Nous ne pouvons entrer dans les développements que proposent biologistes et psychologues.Retenons-en ce qui éclaire notre problème.Premièrement, le sexuel déborde le génital et pénètre l\u2019être physique, psychique et spirituel de l\u2019enfant, dès sa naissance, voire (probablement) dès sa conception.Par conséquent, le désordre dans ce domaine peut affecter tel garçonnet, telle fillette longtemps avant que l\u2019un ou l\u2019autre puisse poser des actes conscients et responsables.Là-dessus ont insisté, chacun à sa manière, les docteurs Berge et Chau-chard, l\u2019abbé (médecin) Marc Oraison et le pape Pie XII.Dans son discours du 13 avril 1953, adressé à des psychologues, ce dernier affirmait: « Le péché matériel est une chose qui ne doit pas être et constitue dans l\u2019ordre moral une réalité qui n\u2019est pas indifférente.» Deuxièmement, vu l\u2019union, la plus intime qui soit, du sexe au corps et du corps sexué à l\u2019âme-esprit, tout dans l\u2019être humain a rapport à tout, lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019évolution concrète vers la perfection soit masculine, soit féminine.Autrement dit, les valeurs liées à la sexualité, nombreuses et profondes, on peut, on doit les distinguer; mais on ne saurait les dissocier dans la conduite sans dommage pour la personnalité.De plus, s\u2019il y a des dommages communs, il y en a de particuliers au masculin et au féminin.Valeurs de la sexualité Énumérons ces valeurs; à les considérer, on sentira l\u2019ineptie de l\u2019érotisme comme du puritanisme, et l\u2019on soupçonnera que le problème de la régulation des naissances ne se résout pas au moyen de recettes physiques ou chimiques.Valeur physiologique : celle de la simple mise en œuvre de la fonction et du plaisir qui s\u2019y joint.L\u2019exercice correct d\u2019une faculté constitue un bien, une valeur, parce qu\u2019il produit de l\u2019être: mouvement, satisfaction, réalité nouvelle.Il en va ainsi pour une des opérations privilégiées de l\u2019animal et de l\u2019homme.La nature y trouve son compte; la gloire du Créateur aussi.Valeur biologique : celle que représente l\u2019être engendré, terme normal de l\u2019union sexuelle.L\u2019âme créée directement par Dieu confère à l\u2019enfant une valeur sacrée.D\u2019emblée, la procréation (« d\u2019un autre ordre » que la reproduction animale) suscite le sentiment religieux.L\u2019enfant n\u2019est pas une chose à utiliser, mais une personne à éduquer.Même le petit animal, chiot ou chaton, dépasse en valeur d\u2019être l\u2019assouvissement de l\u2019instinct dont il dépend pour exister.A plus forte raison, l\u2019enfant.Réflexion capitale, si l\u2019on veut hiérarchiser les éléments du problème traité ici.Valeur sociale : celle du couple, puisque sexe, dans le règne animal, signifie organisation de deux êtres physique- 39 ment complémentaires en vue d\u2019une fécondité consécutive à leur union.Union plus ou moins stable, selon le degré de perfection des êtres.Au sommet du règne de la sexualité, il y a le couple humain.Le caractère sacré que revêt la valeur biologique de l\u2019union sexuelle chez l\u2019homme et la femme place les époux à un niveau transcendant par rapport au couple animal, même le plus uni (celui du lion et de la lionne, de l\u2019aigle et de sa femelle, fidèles l\u2019un à l\u2019autre, paraît-il, jusqu\u2019à la mort).Le couple humain, du seul fait de sa rencontre, qui a pour fin spécifique la procréation, crée une valeur d\u2019ordre social, dont le nom est ménage, foyer, premier organe ou cellule de la société civile (par analogie avec la cellule, organe premier du corps).Impossible à la société de ne pas tenir compte de l\u2019accouplement humain, de ne pas légiférer à son sujet, parce qu\u2019il y a là une valeur sociale.Qu\u2019on lise, pour s\u2019en mieux persuader, l\u2019excellent ouvrage du P.de Lestapis: Amour et Institution familiale (Spes, Paris, 1948).Valeur morale : engagement que comporte, de soi, la rencontre conjugale.L\u2019homme et la femme, marqués par elle physiquement, deviennent solidaires l\u2019un de l\u2019autre moralement.D\u2019une part, ils accomplissent un geste par lequel vibre la conscience de leur singularité complémentaire; d\u2019autre part, cet ébranlement a pour effet d\u2019attirer leur attention sur la gravité d\u2019une conduite qui se rattache à l\u2019origine sacrée de la vie.Or, la procréation et la responsabilité éducative qu\u2019elle impose ont une portée durable non seulement dans le temps, mais dans l\u2019au-delà.Comment imaginer que le Maître de la nature et de la vie n\u2019exige pas le respect de l\u2019ordre inscrit par lui dans son œuvre même ?Valeur psychologique : celle du sentiment lié aux émois divers qui précèdent, accompagnent et suivent la constitution du couple par sa rencontre sexuelle; celle, plus profonde encore, de l\u2019amour nécessaire à l\u2019homme et à la femme charnellement conjugués.Premièrement, pour ne faire de cette conjugaison ni une simple copulation d\u2019instincts, ni un usage égoïste de deux objets ou de deux mécanismes attrayants; deuxièmement, pour assurer à l\u2019enfant possible ou probable la formation équilibrée à laquelle il a droit.Car, sans une union de cœur, d\u2019intelligence, d\u2019âme (en quoi consiste fondamentalement l\u2019amour humain), plus étroite entre les époux que leur union physique, l\u2019enfant ne recevra point l\u2019éducation vertueuse que sa lente croissance réclame absolument.Valeur religieuse, enfin, pressentie dans le mystère de la valeur biologique.Dieu l\u2019a proclamée au début de l\u2019histoire; le Christ l\u2019a réaffirmée en la surélevant à la dignité de sacrement (signe de grâce, participation à la vie divine).On peut, on doit même dire : il était normal que le mariage devînt sacramentel et symbolisât l\u2019union du Christ avec son Corps mystique.Hiérarchie de ces valeurs Faut-il répéter que le puritanisme timide et frileux n\u2019a rien à voir avec le respect moral et religieux dont il convient d\u2019entourer une réalité riche d\u2019autant de valeurs ?L\u2019érotisme encore moins: dépassant à peine le niveau physiologique, il frôle le psychologique, par le sentiment superficiel, à fleur de peau (avec ou sans jeu de mots), auquel il attribue l\u2019importance suprême.C\u2019est par les valeurs spécifiquement humaines de la socialité (le couple), de la psychologie 40 (l\u2019amour), de la morale (la responsabilité conjugale et parentale), de la religion (le sacrement) que notre sexe se différencie de celui des animaux.Or, si l\u2019on peut considérer séparément chacune de ces valeurs, on ne les dissocie pas concrètement sans dommage pour l\u2019unité de la personne.Certes, il est facile aux hommes d\u2019exercer la fonction sexuelle de manière à majorer une valeur au détriment d\u2019une autre, de manière même à gauchir l\u2019orientation essentielle du masculin ou du féminin.De quel pouvoir ne peut-on mésuser?Du langage, par exemple, ordonné au vrai et qu\u2019on tourne à mentir, à calomnier, à blasphémer.Mais le sexe occupe une place unique.Il n\u2019y a pas en nous de fonction qui recoure à autant d\u2019éléments et se réfère à autant d\u2019ordres de valeurs.L\u2019homme et la femme, cependant, demeurent une personne; et c\u2019est l\u2019âme-esprit qui, pour citer encore Pie XII, opère « l\u2019unité intégrative » des valeurs masculines ou féminines.On conclut logiquement que la réflexion, l\u2019éducation doivent découvrir et réaliser dans notre pensée et notre conduite la hiérarchie sans laquelle notre personne ne parviendra point à s\u2019unifier, à s\u2019équilibrer.De plus, à cause non seulement de l\u2019essentielle unité de l\u2019être humain, mais aussi de l\u2019interdépendance des valeurs du sexe, le moindre désordre, dans ce domaine, trouble plus sensiblement et plus infailliblement que dans tout autre domaine l\u2019équilibre psychosomatique de l\u2019homme, de la femme.Et comme, de fait, la seule valeur capable de se subordonner les autres est celle qui met la personne en rapport avec le Maître et Ordonnateur de la nature, on doit dire qu\u2019activer la fonction sexuelle sans conscience religieuse ou sans référence au moins implicite au Créateur (qui l\u2019ordonne à la procréation amoureuse et responsable), c\u2019est la fausser et, du même coup, se fausser soi-même.Conséquence inévitable; d\u2019autant que, de caractère sacré par sa valeur biologique, la sexualité humaine ou bien est soumise à Dieu ou bien dressée en idole.Toute absolutisation du relatif, assurent les psychologues, mène à la névrose.Naturellement inévitable, le déséquilibre, chez la personne qui fausse l\u2019ordre sexuel, est encore naturellement irréparable.Perdue, l\u2019intégrité, masculine ou féminine, ne se restaure pas d\u2019elle-même; l\u2019homme ne peut, par ses seuls moyens, rétablir, s\u2019il le viole, l\u2019ordre moral, qu\u2019il n\u2019a pas constitué, dont il n\u2019est pas le maître.On reste intact ou on ne le reste pas.Ici plus qu\u2019ailleurs, le désordre, même involontaire, mais surtout volontaire menace l\u2019équilibre de la personne.Car, selon la remarque du R.P.Émile Mersch, S.J., « nulle part.la moralité n\u2019est aussi engagée dans l\u2019activité corporelle; nulle part l\u2019activité du corps n\u2019est aussi intrinsèquement d\u2019ordre moral ».C\u2019est pourquoi « rien n\u2019avilit comme ce désordre ».La psychanalyse confirme ce jugement.A la limite, vu qu\u2019il atteint les sources mêmes de la vie, le désordre aboutit au désespoir et au suicide, et cela dans les névroses dont souffrent les hommes plus souvent que dans celles des femmes de notre temps, précisément parce qu\u2019ils sont volontairement moins chastes et peuvent moins qu\u2019elles excuser leur défaut d\u2019intégrité.* Comment pratiquer et réaliser la régulation des naissances de façon que nature, amour, morale et religion, RELATIONS mêlés au problème, concourent harmonieusement à sa solution ?Question difficile, complexe et, de surcroît, brouillée par l\u2019ignorance, les préjugés, le scandale d\u2019une humanité assoiffée de progrès sensible, mais réfractaire à celui, obscur et bienfaisant, de la raison et de la grâce.La régulation des naissances intéresse l\u2019humanité entière par le biais de la surpopulation.Mais c\u2019est d\u2019abord un problème conjugal: « il y a un optimum familial pour chaque foyer », écrit le P.de Lestapis.Problème conjugal, donc La toastitutiott «\tFRUIT DE NOTRE CONCILE », c\u2019est par ces I mots que S.S.Paul VI promulguait le premier document solennel de Vatican II, le 4 décembre dernier.On a beaucoup écrit sur le travail liturgique du Concile actuel L Les journaux ont insisté sur quelques changements d\u2019importance: langue vernaculaire, concélébration, communion sous les deux espèces en certaines circonstances.Des revues viennent de publier le texte intégral de la constitution conciliaire 2.Je voudrais ici informer le laïc moyen du contenu global de ce document, et dégager de ce grand texte quelques traits majeurs.Cette constitution est relativement brève \u2014 30 pages dans un livre ordinaire.Elle se lit aisément.Jean XXIII nous avait réconciliés avec le style ecclésiastique.Paul VI et les Pères du Concile nous gagnent tout à fait.Car nous sommes en présence d\u2019un texte « puisé aux sources », comme on les aime aujourd\u2019hui.Le magistère, certes, fait entendre sa voix: cinq fois sont évoquées les sessions du Concile de Trente.Mais on perçoit plus souvent les accents des Pères de l\u2019Église: Ignace d\u2019Antioche, Cyprien de Carthage, Cyrille d\u2019Alexandrie, Augustin.Et plus souvent encore, parfois à chaque ligne, l\u2019Écriture sainte.Sans oublier des extraits de livres liturgiques vénérables, tel le Sacramentaire de Vérone, et des passages du Missel actuel: préface de Pâques, secrète et postcommunion du temps de la Pentecôte.Tout cela donne au document conciliaire une saveur vraiment chrétienne, riche et simple à la fois, profonde en même temps que limpide, sans grande technicité ni solennité figée.Bref, un style pastoral, dans toute la beauté du mot.Qu\u2019on en juge: Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (/ Tim., n, 4), qui jadis, tant de fois et de tant de manières, avait parlé à nos pères par les prophètes (Heb., i, 1), lorsque vint la plénitude des temps, envoya * Professeur de catéchèse au Collège Jean-de-Brébeuf et à l\u2019Institut d\u2019Études religieuses de l\u2019Université de Montréal.1.\tSoulignons, parmi d\u2019autres, l\u2019excellente revue liturgique canadienne, Liturgie et Vie chrétienne, dont les numéros récents 37-38, 39 et 40 portent sur le sujet.2.\tVoir La Documentation catholique, 15 décembre 1963, t.60, col.1635-1660 et Liturgie et Vie chrétienne, n° 40.FÉVRIER 1964 personnel et social, éducatif et religieux.Malheureusement, on tente de le réduire à une difficulté technique, sans guérir ainsi un mal profondément humain.Baudelaire nous a pourtant prévenus que le progrès ne consiste pas dans la vapeur et l\u2019électricité (il aurait pu ajouter: dans les découvertes de la physique et de la chimie), mais « dans la diminution des traces du péché originel ».Saint Jean avait précisé: dans la victoire remportée sur les trois concupiscences.Victoire d\u2019ordre moral et religieux.Jean L\u2019ARCHEVÊQUE, S.J.* son Fils, le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir les cœurs, comme un médecin charnel et spirituel, le Médiateur de Dieu et des hommes.Car c\u2019est son humanité, dans l\u2019unité de'la personne du Verbe, qui fut l\u2019instrument de notre salut.C\u2019est pourquoi dans le Christ, est apparue la parfaite rançon de notre réconciliation, et la plénitude du culte divin est entrée chez nous.Cette œuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu, à quoi avaient préludé les grandes œuvres divines dans le peuple de l\u2019Ancien Testament, le Christ Seigneur l\u2019a accomplie principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection'du séjour des morts et de sa glorieuse ascension; mystère pascal par lequel, en mourant il a détruit notre mort, et en ressuscitant il a restauré la vie.Car c\u2019est du côté du Christ endormi sur la croix qu\u2019est né l\u2019admirable sacrement de l\u2019Église tout entière.Ces deux paragraphes, nourris et limpides, ouvrent le premier chapitre de cette constitution.Déjà ils indiquent une_manière, ils donnent un ton qui ne se démentiront pas.A le regarder de l\u2019extérieur, le document se présente en 7 chapitres, précédés d\u2019un préambule rattachant le travail liturgique aux grands buts du Concile, et suivi d\u2019un appendice approuvant la revision du calendrier.Le premier chapitre forme le coeur de la constitution: il pose les principes généraux pour la restauration et le progrès de la Liturgie.Ces pages remarquables, dont on donnait plus haut les premiers paragraphes, sont le fruit de la première session du Vatican II, sous Jean XXIII.Les six chapitres qui suivent entrent dans le détail des célébrations et des choses liturgiques: le mystère de l\u2019Eucharistie (chap.2); les autres sacrements et les sacramentaux (chap.3); l\u2019office divin (chap.4); l\u2019année liturgique (chap.5); la musique sacrée (chap.6); l\u2019art sacré et le matériel du culte (chap.7).Si nous plongeons à l\u2019intérieur de ces chapitres, nous nous trouvons en présence d\u2019une pensée théologique profonde, toute centrée sur le Christ mort et ressuscité.Les paragraphes cités plus haut le montraient clairement.C\u2019est dans le Christ que se manifeste la volonté du Père de sauver les hommes, c\u2019est dans sa Pâque que se réalise l\u2019œuvre rédemptrice, c\u2019est de Son côté que naît l\u2019Église, c\u2019est Sa 41 tontiliaire sur la liturgie présence qui vivifie toutes les actions liturgiques.Ainsi la Liturgie est l\u2019action sacrée qu\u2019il accomplit avec l\u2019Église, pour la sanctifier par la vertu de son Sang, l\u2019offrir à Dieu en Lui rendant gloire; notamment dans le sacrifice eucharistique, dans les sacrements, dans la prière communautaire.Cette grande vue synthétique, explicitée dans ce chapitre premier, base de tout le document, est ensuite reprise et monnayée tout au long des chapitres suivants, principalement dans les petits prologues qui introduisent aux normes pratiques.La Messe ?Elle est « sacrement de l\u2019amour, signe de l\u2019unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé » (n° 47).Sacrements et sacrament aux tirent du Christ pascal leur vertu; leur liturgie « a cet effet que, chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du mystère pascal de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ » (n° 61).Le Bréviaire, « c\u2019est la prière du Christ que celui-ci, avec son Corps, présente au Père » (n° 84).L\u2019année liturgique déploie le mystère total du Christ, « de l\u2019incarnation et la nativité jusqu\u2019à l\u2019ascension, jusqu\u2019au jour de la Pentecôte, et jusqu\u2019à l\u2019attente de la bienheureuse espérance et de l\u2019avènement du Seigneur » (n° 102).L\u2019Église, en célébrant ce cycle annuel, vénère d\u2019abord la bienheureuse Vierge Marie, « qui est unie à son Fils dans l\u2019œuvre salutaire par un lien indissoluble » (n° 103); elle fait ensuite mémoire des saints et des martyrs et, par leurs fêtes natales « elle proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui » (n° 104).Partout jaillit une pensée théologique authentique, toute moulée sur l\u2019économie du salut.Catéchètes, liturges, apôtres engagés dans l\u2019action pastorale de l\u2019Église, se réjouiront d\u2019un tel document qui consacre leurs efforts respectifs.Des normes pratiques découlent de ces principes féconds.Je voudrais ici souligner un autre trait majeur de ce document conciliaire: il cherche à rejoindre les hommes.Les rites seront toujours clairs et adaptés, dégagés de longueurs ou d\u2019additions noyant leur signification.C\u2019est ainsi qu\u2019à la Messe la Parole de Dieu sera proclamée dans la langue des auditeurs, plus abondamment qu\u2019aujourd\u2019hui, suivant un rythme qui permettra aux fidèles d\u2019entendre en quelques années « la partie la plus importante des Saintes Écritures» (n° 51).Ée Bréviaire sera restauré «de telle façon que les Heures retrouveront la vérité du temps, dans la mesure du possible »: une bonne prière du matin \u2014 les Laudes \u2014 et du soir \u2014 les Vêpres; une halte au milieu de l\u2019apostolat quotidien, où le prêtre pourra choisir une petite Heure, « la plus appropriée au moment de la journée ».Quant à l\u2019heure des Matines, le prêtre pourra en faire sa lecture spirituelle, car cette Heure « sera adaptée de telle sorte qu\u2019elle puisse être récitée à n\u2019importe quelle heure du jour, et elle comportera un moins grand nombre de psaumes et des lectures plus étendues » (n° 89).Une attention spéciale, en ce document, est accordée aux fidèles.Il rappelle que les rubriques doivent prévoir leur rôle (n° 31).En toute action liturgique, leur participation sera facilitée (ce verbe et ses dérivés reviennent souvent dans le texte).« Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s\u2019acquittant de sa fonction, fait seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques.» (N° 28.) La constitution prévoit beaucoup de simplification (nous sommes au siècle de l\u2019efficacité), mais aussi des restaurations heureuses: communion sous les deux espèces en certaines grandes heures de la vie, prière à l\u2019offertoire, pour les besoins de l\u2019humanité, mise en lumière du rôle des parents et des parrains lors du baptême d\u2019un enfant, reviviscence de l\u2019esprit catéchuménal antique, en temps de Carême.Certes, quelques-unes de ces prescriptions restent vagues; aussi la constitution fait-elle souvent appel aux travaux et recherches des experts et des pasteurs, qui devront prolonger le Concile et voir à l\u2019incarnation de ces directives.Soulignons enfin le grand respect prôné par la constitution pour les tempéraments et les traditions des différents peuples.Le paragraphe 38 est éloquent à cet effet: Pourvu que soit sauvegardée l\u2019unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions, même lorsqu\u2019on revisera les livres liturgiques; et il sera bon d\u2019avoir ce principe devant les yeux pour aménager la structure des rites et établir les rubriques.Cette norme trouve une application concrète, pour ne citer que cet exemple, en matière de chant religieux.La constitution demande une grande estime pour la tradition musicale des peuples: « on accordera à cette musique l\u2019estime qui lui est due et l\u2019importance correspondante, aussi bien en formant leur sens religieux qu\u2019en adaptant le culte à leur génie » (n° 119).L\u2019Église, en son sommet, a parlé.Il nous reste à agir.C\u2019est alors que l\u2019on comprend l\u2019expression: nous sommes tous en état de Concile.Une voie magnifique s'ouvre à l\u2019apostolat moderne: refaire des communautés de foi vivante.Une liturgie renouvelée peut largement y contribuer.Cela suppose que chacun prenne conscience de sa fonction.Nos Pères conciliaires ont vraiment donné le départ.Prêtres et laïcs auront-ils le même souffle ?Message Au terme de leur rencontre à Jérusalem, le Saint Père Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras avec l\u2019accord de son Saint Synode ont reconnu ensemble la grande signification de cet événement et ils ont rendu grâce au Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, qui a guidé leurs pas vers la Terre sainte, où notre commun rédempteur le Christ Notre-Seigneur a vécu, enseigné, est mort, ressuscité, et monté au Jérusalem ciel, d\u2019où il a envoyé le Saint-Esprit sur l\u2019Église naissante.Cette rencontre ne peut être considérée que comme un geste fraternel, inspiré par la charité du Christ, qui laissa à ses disciples le commandement suprême de s\u2019aimer les uns les autres, de pardonner les offenses jusqu\u2019à soixante-dix fois sept fois et d\u2019être unis entre eux.(Communiqué conjoint, 6 janvier 1964.) de 42 RELATIONS Pour une réforme de la Loi de la convention collective DEPUIS SON ADOPTION, en 1934, la Loi de la convention collective, législation unique en Amérique du Nord et répondant à un besoin précis des institutions du Québec, a rendu des services nombreux, éminents.Elle a évidemment été élaborée par des hommes de vision, conscients des caractéristiques du milieu.Avant la lettre, elle constituait un effort remarquable de planification, une réponse aux exigences de l\u2019ordre économique et de l\u2019équilibre social.C\u2019était un outil à notre mesure.Mais cet outil date déjà d\u2019une génération.Il est devenu nécessaire de l\u2019adapter à des conditions et à des mentalités modifiées profondément par l\u2019évolution des trois dernières décennies.De ce besoin on trouve la preuve dans les nombreuses critiques adressées au régime des comités paritaires.Il nous a semblé que ces critiques, du moins celles de la partie patronale, portaient davantage sur certaines applications de la Loi de la convention collective que sur son principe même.Si, dans la loi, de toute évidence, divers aspects doivent être modifiés, il faut en conserver l\u2019esprit.Or, cet esprit, répétons-le, reflète la volonté indiscutable 1° de conférer à des secteurs entiers de l\u2019entreprise québécoise des conditions normales d\u2019efficacité relative et de rentabilité; 2° d\u2019éviter que la concurrence ne se fasse sur le dos des employés; 3° de créer des cadres qui permettent aux parties concernées de travailler de concert au règlement des conflits du travail.C\u2019est dire qu\u2019on réalisait, en 1934, la situation particulière où se trouvait alors l\u2019entreprise du Québec.Formée dans son ensemble de petites et moyennes unités, elle devait et doit encore faire face à un régime de relations patronales-ouvrières d\u2019inspiration nord-américaine, dominé par la grosse entreprise d\u2019une part et, d\u2019autre part, par les grandes centrales syndicales.Si l\u2019on tient compte du fait que dans une vaste majorité les entreprises québécoises sont tributaires ou concurrentes de quelques géants indus- \u2022\tLe 29 octobre 1963, l\u2019Association professionnelle des industriels soumettait au Conseil supérieur du travail un important mémoire en vue d\u2019une refonte de la Loi de la convention collective.\u2022\tLe texte de M.Jean Brunelle, reproduit ici, présente le Mémoire de l\u2019A.P.I.aux lecteurs des Cahiers de l\u2019Institut social populaire.\u2022\tEn effet, les « Cahiers de IT.S.P.» sont heureux de publier, sous le titre de Décrets et Comités paritaires, le texte complet du Mémoire de l\u2019A.P.L, précédé d\u2019une étude du Père Gérard Hébert, S.J., sur la nature et l\u2019histoire de la Loi de la convention collective.\u2022\tCe Cahier sera en vente au cours du mois de février, au prix de trois dollars ($3), aux Éditions Bellarmin, 8100.boulevard Saint-Laurent, Montréal 11.FÉVRIER 1964 Jean BRUNELLE directeur général de VAssociation professionnelle des industriels triels ou commerciaux, on reconnaît qu\u2019elles se trouvent dans une situation précaire, aussi bien du point de vue strictement concurrentiel que du point de vue de la négociation collective.Cette fragilité de nos entreprises est sans doute la principale excuse du pessimisme qui s\u2019exprime à leur endroit et qui porte certaines personnes à ne voir le salut que dans la formation de grands ensembles et de puissants consortiums.Cette opinion est respectable, mais elle ne contient pas toute la vérité.Si nous avons un besoin évident de trouver des formules de fusion propres à éliminer l\u2019incroyable éparpillement de nos forces en une poussière d\u2019entreprises non rentables, il n\u2019en reste pas moins impossible de songer à provoquer, sur une vaste échelle et dans un temps relativement bref, les structurations désirées.D\u2019énormes obstacles matériels et psychologiques se dressent devant la réalisation de pareils projets.Pour sauvegarder et accroître l\u2019entreprise du Québec, nous devrons consentir à utiliser toutes nos ressources, particulières et collectives, y compris ces leviers irremplaçables que sont les lois.Saura-t-on jamais le rôle exact joué par le régime des comités paritaires dans la survie de tel secteur industriel ou commercial ?Peut-on nier, par ailleurs, que les comités paritaires aient servi d\u2019école de formation à nombre de représentants des patrons et des employés ?Cette expérience de trente ans illustre une méthode de travail que notre province pourrait développer avec profit: l\u2019utilisation des hommes compétents du milieu, agissant par l\u2019entremise d\u2019institutions originales, sous la protection et conformément aux exigences de lois appropriées.Certes, cette formule démocratique vaut d\u2019être protégée, répandue.Dans les domaines politique, économique et social, nous avons à démontrer la vitalité de notre personnalité en nous appliquant à créer des organismes où nous puissions évoluer avec aisance, parce qu\u2019ils seront faits pour nous.Cette nécessité apparaît plus nettement au moment où nous sommes conviés à participer à un programme de planification.C\u2019est dans cet esprit que le comité ad hoc de l\u2019A.P.I.aborda le mandat qui lui avait été confié.Il se préoccupa de définir les objectifs fondamentaux, les grandes lignes du projet, et confia à un de ses membres la tâche de rédiger le texte du mémoire.Le résultat constitue un document d\u2019une importance indiscutable.Nous ne croyons, cependant, trahir ni la pensée du comité, ni le prestige de l\u2019A.P.I.en affirmant que ce mémoire est avant tout un instrument de travail.Nous n\u2019attachons pas une égale importance à chacune de nos recommandations.Les délais exigés ne nous ayant pas permis de discuter à fond chacun des nombreux aspects du texte, nous demeurons disposés à accepter certaines modifications.43 La commission, par exemple, dont nous proposons la formation, pourrait fort bien inclure, parmi ses représentants gouvernementaux, les techniciens et fonctionnaires supérieurs actuels du ministère du Travail.Nous avons largement sollicité, par ailleurs, l\u2019opinion de porte-parole patronaux.Pour peu qu\u2019ils se situent dans les cadres de la petite et de la moyenne entreprise, ceux-ci ont manifesté une approbation à peu près unanime.Quelles seront les réactions de la grande entreprise et des groupes syndicaux ?Nous ne prétendons pas avoir apporté toutes les réponses, prévu tous les besoins.Mais ce mémoire étant le résultat d\u2019un effort sincère de compréhension des problèmes du patronat le plus directement intéressé aux questions en cause et d\u2019un effort de conciliation entre les points de vue divers qui s\u2019y rencontrent, nous entretenons l\u2019espoir de le voir soulever une discussion objective et honnête.Pour peu que l\u2019on considère comme dépassés les affrontements stériles, c\u2019est forcément par les voies de la discussion et de la conciliation que nous parviendrons aux solutions bienfaisantes et au réalisme vrai.Pour éclairer certains aspects du mémoire, une étude distincte sur la nature et l\u2019histoire de la Loi de la convention collective en précède le texte lui-même.Des extraits de lois similaires, en vigueur dans d\u2019autres pays du monde, sont reproduits en appendice: la considération des modalités diverses que revêt l\u2019extension juridique en ces différentes régions fournit une source d\u2019inspiration précieuse pour résoudre quelques-unes des difficultés de notre propre système.Enfin, des tableaux statistiques, disséminés au cours du mémoire, soulignent, de manière peut-être plus éloquente que le texte, l\u2019importance et la complexité des questions que soulève le régime des décrets et des comités paritaires chez nous.Constitué de tels éléments, le volume que nous livrons au public s\u2019avérera, croyons-nous, un instrument d\u2019étude et de discussion indispensable.L\u2019A.P.I.souhaite que la diffusion de cet ouvrage contribue à répandre l\u2019esprit de fraternité qui l\u2019a inspiré et qui ne prendra de valeur réelle que s\u2019il parvient à s\u2019inscrire dans l\u2019action.Le Nouveau-Québec indien: pays d\u2019occupation Michel BROCHU LORSQUE DE I960 à 1963, il me fut donné de prendre connaissance sur le terrain et de traiter de la question du Nouveau-Québec esquimau, puis de suggérer la prise en charge globale de ce territoire par le gouvernement du Québec, il ne m\u2019a pas échappé un instant que la question du Nouveau-Québec indien, la partie sud de cet immense territoire, devait, elle aussi, être abordée et qu\u2019il était urgent que cette région également fût prise en main par le Québec.Or, puisque depuis 1963 le Québec a commencé d\u2019affirmer dans plusieurs des postes esquimaux du Nouveau-Québec sa présence, sinon encore son autorité sans partage, j\u2019ai assumé le grave et périlleux honneur d\u2019ouvrir le dossier du Nouveau-Québec indien.Tel qu\u2019il convenait à un géographe de terrain, je me suis rendu à Fort-Sainte-Foy, sur la baie James, en novembre et en décembre 1963, pour étudier sur place les données de la question.Le pays, les habitants On peut considérer que le Nouveau-Québec indien comprend les rives québécoises de la baie James et leurs bassins versants, avec comme limite sud le 51e parallèle, de même que les rives québécoises de la baie d\u2019Hudson, avec comme limite nord le Poste-de-la-Baleine; il s\u2019agit d\u2019un poste mixte esquimau-indien, d\u2019une population de 718 habitants dont 220 Indiens, 428 Esquimaux et 70 Blancs h 1.Les populations sont celles du recensement de 1961.Sur les rives de la baie James il y a quatre postes indiens proprement dits: Fort-Sainte-Foy (1074 habitants, dont 48 Blancs et 25 Esquimaux); c\u2019est, à l\u2019exclusion de Schefferville, le poste le plus important de tout le Nouveau-Québec; Nouveau-Comptoir (378 habitants, dont 6 Blancs) ; Havre-Sainte-Anne (212 habitants, dont 9 Blancs et 1 Esquimaude); Fort-Rupert (528 habitants, dont 15 Blancs).Il faut ajouter Né-miscau (149 habitants, nombre de Blancs inconnu) situé à l\u2019intérieur des terres, sur le lac Némiscau, à environ 168 km (80 m.) à l\u2019est de Fort-Rupert.Le Nouveau-Québec indien et le Nouveau-Québec esquimau, malgré d\u2019importantes similitudes, sous de nombreux aspects sont deux univers différents.Dans le domaine de la Nature, ces différences sont marquées principalement dans la végétation et dans la faune.En effet, tout le bassin de la baie James est en pleine région de forêt ou de taïga (forêt dégradée), alors que les régions esquimaudes sont le domaine de la toundra, à part quelques postes esquimaux comme Fort-Chimo, Port-Nouveau-Québec et Poste-de-la-Baleine, situés, eux, dans la zone de taïga, près de la limite nord de celle-ci.Les forêts de la baie James abritent des mammifères inconnus, ou très rares en pays esquimau, notamment le castor, la loutre, le rat musqué, le vison, l\u2019hermine, la martre, le lynx et l\u2019ours noir.En pays esquimau, au contraire, à part le renard blanc, absent en pays indien, et le renard roux, les mammifères les plus abondants appartiennent au domaine marin, ce sont: le phoque commun, le phoque barbu, le morse, 44 RELATIONS la baleine blanche, qui fournissent la base de l\u2019alimentation et la fourrure de phoque, principal objet d\u2019échange aux comptoirs de la compagnie de la Baie-d\u2019Hudson.Les conditions de vie Sur le plan humain, les Esquimaux et les Indiens de la baie James (de la famille des Cris) présentent des différences de plusieurs ordres: leurs langues respectives (l\u2019esquimau et le cris) sont absolument sans parenté.Par son mode de vie, l\u2019Indien est encore nomade; il vit de chasse à l\u2019intérieur des terres, où il pénètre jusqu\u2019à la ligne de partage des eaux, alors que l\u2019Esquimau, maintenant sédentaire, vit tourné surtout vers la mer où il chasse les mammifères marins, alternant avec la chasse au renard blanc ou roux, non loin des côtes.Les Indiens et les Esquimaux se voient même, à leur corps défendant, séparés du point de vue administratif.En effet, en vertu de la Constitution canadienne de 1867 (chapitre VI, art.91, par.24), les Indiens et leurs terres relèvent du gouvernement du Canada, par l\u2019intermédiaire de la Direction des Affaires indiennes, rattachée elle-même au ministère de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration; toutes les dispositions relatives aux Indiens sont contenues dans la Loi sur les Indiens.Les Esquimaux, pour leur part, sont des citoyens québécois sur le même pied que les autres, sans statut spécial, sans droits ou privilèges spéciaux, sans exemption fiscale et sans aucune réserve territoriale.L\u2019administration qui les concerne (écoles et administration générale) relève du ministère du Nord canadien.Un jugement de la Cour suprême du Canada, en 1939, opine que le gouvernement fédéral n\u2019a qu\u2019un droit de législation, sans plus, sur les Esquimaux du Nouveau-Québec.Bien entendu, dans chaque poste indien comme dans chaque poste esquimau, existe un petit noyau de Blancs: missionnaires, administrateurs, instituteurs, infirmières, qui constitue de 2 à 10% de la population totale.Dans tous les domaines où s\u2019exerce l\u2019influence des Blancs, on trouve ici de grandes analogies avec le Nouveau-Québec: 1.\tDans le domaine économique, c\u2019est la compagnie de la Baie-d\u2019Hudson, qui, ayant un magasin dans tous les postes indiens des rives québécoises de la baie James et à Némiscau, domine le commerce en maîtresse absolue; depuis le début du XXe siècle, elle a éliminé tous ses concurrents, les traiteurs libres comme la compagnie Révillon Frères.Il existe au Poste-de-la-Baleine une coopérative, mais son activité ne vient pas en concurrence avec celle de la compagnie de la Baie-d\u2019Hudson.2.\tDans le domaine religieux, la religion anglicane est non seulement dominante, mais exclusive chez les Indiens dans 4 postes sur 5.Fort-Sainte-Foy est le seul poste indien du Nouveau-Québec où il y ait des catholiques indiens; ils sont 9, soit moins de 1 % de la population indienne du poste.Dans tous les postes, sauf à Némiscau, il y a des pasteurs anglicans et des missionnaires catholiques.Les premiers, arrivés depuis le xixe siècle, ont converti les Indiens à une religion dont les exigences sont assez minces; les missionnaires catholiques installés progressivement, depuis 1922 à Fort-Sainte-Foy, en 1937 à Vieux-Comptoir (maintenant Nouveau-Comptoir), en 1943 à Fort-Rupert et, en 1948 à Havre-Sainte-Anne, restent, depuis ce temps, avec sérénité et ténacité, les témoins de l\u2019Église dans la solitude du Nouveau-Québec indien.Fort-Sainte-Foy, la plus vieille mission du Nouveau-Québec indien, compte 1 Père, 4 Frères et 9 Sœurs grises de FÉVRIER 1964 la Croix; tous se dévouent à l\u2019école-pensionnat et à l\u2019hôpital de la Mission dont il sera question plus loin.3.\tDans les domaines où l\u2019État joue un rôle déterminant, l\u2019administration, les écoles et la santé sont, sauf une exception que nous verrons plus loin, sous la coupe du gouvernement du Canada; c\u2019est une autre pénible analogie du Nouveau-Québec indien avec le Nouveau-Québec esquimau.a)\tLes écoles, sous l\u2019égide de la Direction des Affaires indiennes, suivent le programme des écoles publiques de l\u2019Ontario; la seule langue d\u2019enseignement est l\u2019anglais et il est interdit aux enfants indiens de parler entre eux leur langue.Fait seule exception l\u2019école-pensionnat de Fort-Sainte-Foy dirigée par la Mission catholique; 93 élèves indiens, en majorité anglicans, y sont inscrits; ils ont suivi, jusqu\u2019en 1963, le cours des écoles ontariennes; à l\u2019automne 1963, le directeur de l\u2019école, le Père Damase Couture, O.M.L, a donné un courageux coup de barre en décidant, qu\u2019à partir de la première année, les cours seraient en français, avec, par semaine, plusieurs heures d\u2019indien.A l\u2019automne 1964, ce sera le tour de la 2e et de la 3e année de suivre un programme français et indien; il est prévu qu\u2019en 1966 le cours complet jusqu\u2019en 8e année sera en français et en indien.Inutile de souligner que plusieurs des religieuses enseignantes parlent l\u2019indien, de même que le Père Directeur et deux des Frères de la Mission, et que les enfants ont toute liberté de parler cris entre eux.b)\tDans le domaine de la santé: en chaque poste, il y a une infirmerie avec deux infirmières; elles relèvent du ministère de la Santé du Canada; sauf à Nouveau-Comptoir, elles sont de langue anglaise et ne savent pas l\u2019indien.Il y existe depuis 1930, à Fort-Sainte-Foy, un hôpital; avec ses 29 lits, ses 4 berceaux, son laboratoire, son service dentaire, et ses 4 infirmières, il rend, malgré l\u2019absence de médecin résident, d\u2019incalculables services aux Indiens de Fort-Sainte-Foy.Le personnel de l\u2019hôpital compte deux infirmières laïques qui apprennent l\u2019indien afin de soigner leurs patients dans leur langue.Les Indiens qu\u2019il faut hospitaliser à l\u2019extérieur le sont à Moose Factory, en Ontario, dans un hôpital qui relève du gouvernement du Canada; plus de 60% des patients y sont des Indiens et des Esquimaux du Nouveau-Québec.Ainsi le Québec, par l\u2019assurance-hospitalisation, contribue, pour une part très importante (de 300,000 à 350,000 dollars par année), à l\u2019entretien d\u2019un hôpital du gouvernement du Canada situé hors du Québec, hôpital dont la majorité des patients sont du Québec, et doivent subir, de surcroît, une heure par jour, des cours d\u2019anglais.c)\tL\u2019administration des postes indiens du Nouveau-Québec est dirigée de Moosonee, en Ontario; de là viennent périodiquement en tournée d\u2019inspection des fonctionnaires de langue anglaise.4.\tVis-à-vis des 25 fonctionnaires, infirmières ou instituteurs du gouvernement du Canada, établis au Nouveau-Québec indien, le Québec, lui, n\u2019a sur place qu\u2019un seul fonctionnaire, un garde-chasse, à responsabilité extrêmement limitée, puisqu\u2019il n\u2019a même pas à déterminer les prises annuelles de castors dans le territoire soumis à sa surveillance.Dans le domaine scolaire, le Québec n\u2019a accordé aucune subvention pour la construction de l\u2019école-pensionnat de la mission Fort-Sainte-Foy, et aucun des professeurs, dont 3 sont laïcs, n\u2019est payé par lui.Dans le domaine de la santé, le Québec a versé en 1939, $75,000 pour l\u2019agrandissement de l\u2019hôpital et $25,000 pour son équipement.Contrairement à ce qui se passe dans plu- 45 sieurs postes indiens de la côte Nord du golfe Saint-Laurent, où le ministère de la Santé du Québec envoie à ses frais des infirmières et des médecins, ce ministère n\u2019a encore envoyé aucun médecin ni aucune infirmière au Nouveau-Québec indien où pourtant, depuis 1930, il existe un hôpital.Les mesures à prendre De la désolante situation décrite plus haut, il faut tirer les conclusions qui s\u2019imposent.Comme principe de base, le Québec doit affirmer, sans délai et sans conteste, son autorité dans le Nouveau-Québec indien, tout autant que cela a été admis et a commencé à se pratiquer pour le Nouveau-Québec esquimau.Les réalisations les plus urgentes sont les suivantes: 1.\tDans le domaine de la santé a)\tUn médecin résident, dès que possible, à l\u2019hôpital de Fort-Sainte-Foy; un hôpital sans médecin est un non-sens; il s\u2019agit d\u2019une lacune grave et le ministère de la Santé doit la corriger immédiatement.b)\tEn deuxième urgence, il faudra que les malades esquimaux et indiens de l\u2019ouest du Nouveau-Québec soient hospitalisés en Abitibi; il y a, dans une dizaine d\u2019hôpitaux et dans le sanatorium de Macamic, plus de 700 lits disponibles.C\u2019est une anomalie administrative à corriger au plus tôt, car le Québec n\u2019a pas à contribuer plus de $300,000 par année, même contre services rendus, pour l\u2019entretien d\u2019un hôpital du gouvernement du Canada, situé en Ontario.c)\tIl faudra enfin agrandir à 100 lits l\u2019hôpital de Fort-Sainte-Foy, pour qu\u2019il puisse recevoir tous les Indiens et Esquimaux de l\u2019ouest du Nouveau-Québec.Il est en effet plus normal d\u2019hospitaliser ceux-ci dans leur pays et dans un hôpital où il y a du personnel parlant leur langue (il y a, à Fort-Sainte-Foy une majorité d\u2019indiens et une minorité esquimaude).Fort-Sainte-Foy est évidemment le centre le plus logiquement appelé à devenir le grand centre hospitalier du Nouveau-Québec; d\u2019une part, il y existe déjà un hôpital et, d\u2019autre part, ce poste est situé à la frontière du domaine indien et esquimau.2.\tDans le domaine scolaire a)\tIl importe tout d\u2019abord que le Québec prenne en main les écoles et substitue au cours actuel anglais, réglé par l\u2019Ontario, un cours où le français et l\u2019indien seront les langues d\u2019enseignement.La Commission Glassco a d\u2019ailleurs recommandé dans son rapport que les provinces prennent en charge à la fois l\u2019enseignement et l\u2019hospitalisation des Indiens.b)\tComme l\u2019école-pensionnat de Fort-Sainte-Foy est la seule au Nouveau-Québec où il se donne des cours sérieux d\u2019arts et métiers, il serait hautement désirable qu\u2019y soit ouverte une véritable école d\u2019arts et métiers, avec cours complet de trois ans, où seraient enseignées la menuiserie, la soudure, la mécanique, l\u2019électricité et la plomberie.Pour les filles, des cours différents seront naturellement à prévoir: cours d\u2019arts ménagers, d\u2019infirmière et de garde-bébé, et même de secrétariat; ils pourront être donnés par les Sœurs du pensionnat et de l\u2019hôpital.Cette école pourrait recevoir les Indiens et les Esquimaux (filles et garçons) les plus doués du Nouveau-Québec qui voudraient poursuivre, après leur cours secondaire, des études pratiques et adaptées à leur milieu.Cela éviterait de déraciner de leur milieu des dizaines d\u2019enfants et parerait au danger qu\u2019ils ne perdent leur langue, isolés dans des villes de l\u2019Ontario.Il semble bien que Fort-Sainte-Foy, en raison de la présence de 4 Frères oblats et de plusieurs religieuses hautement spécialisés dans les domaines cités plus haut, soit le seul centre du Nouveau-Québec où il soit possible d\u2019établir cette école d\u2019arts et métiers.3.\tAu point de vue administratif Les postes indiens ne peuvent plus demeurer sans fonctionnaires québécois, d\u2019autant que le Québec possède à Fort-Sainte-Foy une maison confortable et inoccupée, appartenant au Service de la Fourrure du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche et, à Havre-Sainte-Anne, plusieurs maisons également inoccupées qui appartiennent au ministère des Richesses naturelles; on songe malheureusement à les démolir.Ces maisons, situées dans ces deux postes clés du Nouveau-Québec indien, pourraient immédiatement recevoir des fonctionnaires québécois.Ces fonctionnaires devraient avoir des pouvoirs étendus et effectifs afin de prendre véritablement en main tous les secteurs précités, y compris celui de la chasse et de la pêche, parce qu\u2019il est désormais inadmissible que les prises de castors soient réglementées à Moosonee, en Ontario, par un fonctionnaire de la Direction des Affaires indiennes.A l\u2019instar des fonctionnaires québécois du Nouveau-Québec esquimau qui apprennent l\u2019esquimau et parlent déjà la langue, ceux qui seront envoyés en poste au Nouveau-Québec indien devront apprendre le cris.Havre-Sainte-Anne pourrait devenir le centre d\u2019études linguistiques indiennes puisque, d\u2019une part, le missionnaire de l\u2019endroit, le Père Louis-Philippe Vaillancourt, O.M.L, vient de terminer, après plus de vingt ans de recherches, la rédaction d\u2019une grammaire de la langue crise du Québec et que, d\u2019autre part, les Richesses naturelles ont, sur place, de spacieux barraquements capables de loger pour l\u2019étude du cris plusieurs fonctionnaires stagiaires.Il y a, en outre, à Fort-Sainte-Foy, une Sœur grise spécialiste de la langue crise: celle-ci rédige un feuillet hebdomadaire à l\u2019intention des Indiens et prépare des manuels scolaires cris pour les classes du cours primaire.Conclusion Le Québec a négligé, dans le passé, le Nouveau-Québec indien et esquimau; les missionnaires québécois de la baie James, à la vérité, totalement seuls depuis leur arrivée dans cette région, désespéraient de voir jamais le Québec s\u2019occuper de cette partie du territoire.Cette occupation aujourd\u2019hui s\u2019impose pour la seule et suffisante raison que le Nouveau-Québec indien, à l\u2019instar du Nouveau-Québec esquimau, où le Québec a commencé de prendre ses droits, est un véritable pays occupé, administré d\u2019Ottawa et de Moosonee, en Ontario, par des fonctionnaires de langue anglaise ne sachant ni le français, ni l\u2019indien.Ce n\u2019est pas tout de savoir que le fleurdelisé flotte de façon permanente, depuis le 8 décembre 1963, au faîte du grand mât de l\u2019hôpital de Fort-Sainte-Foy et qu\u2019il a été hissé dans les autres postes indiens, en janvier 1964, car un drapeau symbolise et garantit l\u2019autorité et la juridiction effective d\u2019un État sur un territoire.Dès lors que le fleurdelisé flotte sur les postes indiens du Nouveau-Québec, la parole est au Québec et cette parole, ici, ne doit pas signifier des mots, mais de l\u2019action, une action concertée et rapide.Car, même à l\u2019ombre du fleurdelisé, les occupants actuels vont poursuivre leur œuvre néfaste aux intérêts des Indiens et à ceux du Québec, jusqu\u2019à ce que le Québec y mette un cran d\u2019arrêt définitif, et montre qu\u2019il est le patron incontesté dans ces territoires.Cela peut s\u2019accomplir avec la même fermeté, la même détermination, la même célérité, avec la même efficacité que la nationalisation de l\u2019électricité.Le tout pour le Québec est de vouloir et de passer aux actes: il a le pouvoir et les hommes pour le faire.46 RELATIONS LE RECENSEMENT DE 1961 Langues parlées chez les groupes ethniques au Québec Richard ARÈS, S.J.LE QUÉBEC, répète-t-on, est le château fort du groupe français au Canada, c\u2019est sa province.Non pas que ce groupe y soit seul, mais sa prépondérance numérique y est telle qu\u2019elle fait de tous les autres groupes réunis une simple minorité dans l\u2019ensemble de la population.Si l\u2019on se place, en effet, sur le terrain de l\u2019origine ethnique, le Québec, au recensement de 1961, s\u2019est déclaré français à 80.6% et britannique à 10.8%, ce qui ne laisse qu\u2019un mince 8.6% pour tous les autres groupes vivant dans la province.De même, sur le plan de la langue maternelle, la population du Québec s\u2019est révélée française à 81.2% et anglaise à 13.2%, toutes les autres langues ne revendiquant que 5.6% des Québécois.Ce sont là des données générales.Reste maintenant à les préciser grâce aux statistiques récemment publiées par Ottawa.Nous pouvons maintenant, en effet, répondre à la question: quelle est au Québec l\u2019attitude pratique des divers groupes ethniques à l\u2019égard de l\u2019anglais et du français?En d\u2019autres termes, quelle est, dans chaque groupe, la proportion de ceux qui parlent l\u2019anglais et de ceux qui parlent le français ?Au moment où le Québec entend se poser en État français, la réponse à cette question paraît de première importance.Les langues officielles Au Québec le français et l\u2019anglais sont les deux langues officielles.Dans quelle proportion chaque groupe ethnique les connaît-il et les parle-t-il ?Tableau 1 Groupe ethnique\tPourcentage de chaque groupe ethnique connaissant l\u2019anglais seul, le français seul, l\u2019angl.et le franç.\t\t\t Britannique\t66.3%\t4-7%\t28\t7% Français\t0.7\t74.7\t24\t4 Allemand\t60.4\t10.6\t24\t4 Italien\t13.9\t27.3\t34\t7 Juif\t60.8\t0.9\t36\t2 Néerlandais\t64.7\t5.3\t27\t9 Polonais\t57.1\t5.7\t32\t2 Russe\t56.4\t3.7\t37\t9 Scandinave\t60.8\t7.6\t30\t1 Ukrainien\t55.7\t5.4\t33\t9 Autres Européens\t47.8\t13.3\t28\t2 Asiatiques\t40.3\t9.6\t37\t0 Indien et esquimau\t31.3\t22.6\t7\t6 Autres\t61.0\t10.4\t27\t5 Moyenne québécoise 11.6%\t\t61.9%\t25.4%\t FÉVRIER 1964 Une première constatation saute aux yeux: de tous les groupes ethniques \u2014 mis à part, bien entendu, le groupe français \u2014 seul le groupe italien accorde un plus large pourcentage au « français seulement » (27.3 contre 13.9), tous les autres s\u2019adonnant à « l\u2019anglais seulement », la plupart même avec une forte majorité: 66.3% des Britanniques, 64.7% des Néerlandais, 60.8% des Juifs, et des Scandinaves, 60.4% des Allemands, etc.Il est à noter aussi que le groupe français est celui qui affiche la plus haute moyenne d\u2019homogénéité linguistique: 74.7%; aussi est-il proportionnellement le moins bilingue, avec le groupe allemand (24.4%) et les groupes indien et esquimau (7.6%).Les groupes qui comptent la plus forte proportion de bilingues au Québec sont d\u2019abord les Russes (37.9%), puis les Asiatiques (37%) et les Juifs (36.2%), sans doute parce que ces groupes se concentrent surtout dans les villes.Ce premier tableau se complète d\u2019un second, qui va nous dire quelle part les principaux groupes ethniques détiennent dans le nombre des parlant français ou anglais, Tableau 2 Groupe ethnique\tPart des groupes ethniques dans le total des parlant l\u2019anglais seul, le français seul, l\u2019angl.et le franç.\t\t Britannique\t61.8%\t0.8%\t12.2% Français\t5.4\t97.3\t77.3 Tous les autres\t32.8\t1.9\t10.5 \t100.0\t100.0\t100.0 Le point important à signaler ici est, d\u2019une part, l\u2019aide considérable que les Britanniques reçoivent des autres groupes ethniques quand il s\u2019agit de parler « l\u2019anglais seulement », soit près de 40%, et d\u2019autre part, le minime encouragement que ces mêmes groupes accordent au « français seulement », soit 2.7%.En somme, en dehors du groupe français, personne ne semble intéressé à ne connaître que « le français seulement », et cela dans la province de Québec! Les langues maternelles Quelle est la langue maternelle des citoyens du Québec: le français, l\u2019anglais ou une autre langue propre à chaque groupe ethnique?Notre troisième tableau répond à cette question.47 Tableau 3 Tableau 5 Pourcentage de chaque groupe ethnique ayant pour Groupe ethnique\tl\u2019anglais\tlangue maternelle le français\tsa propre langue\t Britannique\t90.2%\t9.4%\t Français\t1.6\t98.2\t\u2014 Allemand\t25.5\t15.0\t57.0 Italien\t5.8\t13.6\t80.1 Juif\t54.7\t2.3\t33.4 Néerlandais\t39.7\t6.5\t51.1 Polonais\t24.5\t6.3\t56.1 Russe\t50.0\t4.0\t28.3 Scandinave\t56.8\t15.4\t25.5 Ukrainien\t20.2\t5.6\t70.2 Autres Européens\t16.8\t15.8\t21.4 Asiatiques\t24.4\t16.3\t32.1 Indien et esquimau\t11.2\t12.3\t76.2 Autres\t74.4\t21.7\t\u2014 Moyenne québécoise 13.2%\t\t81.2%\t5.6% Ce tableau appellerait de longs commentaires.Je me borne à souligner trois faits plus marquants.Tout d\u2019abord, le groupe français est au Québec le groupe le plus fidèle à sa langue: il l\u2019est à 98.2%, alors que les Britanniques ne sont fidèles à l\u2019anglais qu\u2019à 90.2%.Tous les groupes ethniques, sauf deux: les Italiens et les Indiens et Esquimaux, adoptent l\u2019anglais de préférence au français comme langue maternelle, ce qui démontre l\u2019énorme emprise de l\u2019anglais même au Québec.Certains groupes ethniques enfin conservent encore, dans une très forte proportion, leur propre langue maternelle: les Italiens (80.1%), les Indiens et Esquimaux (76.2%), les Ukrainiens (70.2%), sont les plus notables en cette matière.Quelle part les principaux groupes ethniques fournissent-ils au total des parlant français ou anglais?Le tableau 4 nous donne la réponse.Tableau 4 Groupe ethnique\tPourcentage des groupes ethniques dans le nombre des personnes ayant pour langue maternelle l\u2019anglais\tle français\t Britannique\t73.1%\t1.3% Français\t9.7\t97.5 Tous les autres\t17.2\t1.\t100.0\t100.0 Encore une fois apparaît la presque complète solitude du groupe français même au Québec; il constitue, en effet, à lui seul 97.5% du total des personnes ayant déclaré le français leur langue maternelle.Les partisans de l\u2019anglais sont beaucoup plus diversifiés et leur apport, beaucoup plus considérable; en d\u2019autres termes, pour soutenir leur langue au Québec, les Britanniques ne sont pas seuls: ils peuvent compter sur l\u2019appui de tous les autres groupes ethniques, à commencer par le groupe français, qui forme 9.7 % du total des partisans de l\u2019anglais.Je termine ces observations sur le Québec par un double bilan linguistique: celui du groupe français et celui du groupe britannique.48 Bilan linguistique des Québécois 1) d'origine française, en 1961 \t\t\t(1951) D\u2019origine française\t4,241,354\t100.%\t100.% Sachant le français\t4,204,524\t99.1\t99.3 De langue mat.franç.\t4,164,880\t98.2\t98.6 Sachant le franç.seul.\t3,168,046\t74.7\t74.8 Sachant l\u2019anglais\t1,069,355\t25.1\t25.1 Bilingues\t1,036,478\t24.4\t24.5 De langue mat.angl.\t68,339\t1.6\t1.2 Sachant l\u2019anglais seul.\t32,877\t0.7\t0.6 1 d'origine britanniq\tue, en\t1961\t(1951) 100.% D\u2019origine britannique\t567,057\t100.%\t Sachant l\u2019anglais\t539,098\t95.\t95.7 De langue mat.anglaise\t511,293\t90.2\t91.3 Sachant l\u2019anglais seul.\t376,191\t66.3\t67.2 Sachant le français\t190,015\t33.4\t32.8 Bilingues\t172,907\t28.7\t28.5 De langue mat.franç.\t53,383\t9.4\t8.4 Sachant le franç.seul.\t27,108\t4.7\t4.3 La grande conclusion, quelque peu surprenante et paradoxale, qui découle de ce double tableau est la suivante: le groupe français apparaît, du point de vue linguistique, beaucoup plus unifié et solide que le groupe britannique.Pour mieux faire saisir cette conclusion, mettons côte à côte les pourcentages conservés par chacun des deux groupes.Tableau 6 Comparaison entre les pourcentages conservés par chacun des deux groupes français\tbritannique Sachant sa langue\t99.1%\t95.% Fidèle à sa langue maternelle\t98.2\t90.2 Ne sachant que sa langue\t74.7\t66.3 Sachant la langue de l\u2019autre\t25.1\t33.4 Sachant les deux langues\t24.4\t28.7 Ayant adopté la langue de l\u2019autre\t1.6\t9.4 Ne sachant que la langue de l\u2019autre\t0.7\t4.7 Le groupe britannique, comme on le voit, est proportionnellement moins fidèle à l\u2019anglais que l\u2019autre groupe l\u2019est au français; il sait davantage la langue de l\u2019autre (33.4% contre 25.1%), il est proportionnellement plus bilingue (28.7% contre 24.4%), il adopte davantage pour langue maternelle celle de l\u2019autre (9.4% contre 1.6%) et le pourcentage de ses membres qui ne savent que la langue de l\u2019autre est beaucoup plus élevé (4.7% contre 0.7).En bref, la solidité interne du groupe franco-québécois demeure encore très forte, étonnante même; sa puissance assimilatrice à l\u2019égard des Néo-Canadiens est loin, par contre, d\u2019égaler celle du groupe britannique.Solitaire et refermé sur lui-même, il tient admirablement le coup, sans doute, mais, il n\u2019exerce pas sur les autres groupes ethniques l\u2019attraction normale que supposerait sa masse numérique et qu\u2019exigeraient ses présentes aspirations politiques.RELATIONS Le tinéma Je 1963 et notre tulture Jacques COUSINEAU, S.J.DÉCIDÉMENT, au rythme actuel de révolution des films présentés dans les salles publiques, nous serons bientôt un peuple très cultivé.On sait que le Bureau québécois de la Censure complètement renouvelé décerne pratiquement des mandats en blanc à tous les distributeurs de films, sans exiger d\u2019eux ni diplôme ni compétence; depuis lors, nos nouveaux maîtres ès culture populaire par le cinéma, sur lesquels ne s\u2019exerce plus aucune surveillance sérieuse de la part des gardiens attitrés de la moralité publique, s\u2019en donnent à cœur joie dans le choix des nourritures à importer de partout et à servir aux auditoires montréalais désireux de payer, pense-t-on, pour les absorber.La situation Pour juger la situation d\u2019un coup d\u2019œil, il suffit de parcourir les pages d\u2019un journal où paraissent les annonces des spectacles.Je prends le supplément hebdomadaire du quotidien montréalais 1 « entièrement dévoué aux intérêts catholiques et canadiens-français », en son numéro du 26 octobre 1963.Incapable de transposer ici la dimension provocante des titres et les poses érotiques des vedettes, je me contente de transcrire le contenu conceptuel, si l\u2019on peut dire, de cette réclame: 1.\tTrop jeune pour aimer.Mère à 16 ans.! Le drame d\u2019une jeunesse cynique et révoltée.qui n\u2019est pas toujours seule coupable.(Page 15.) 2.\tLes lâches vivent d'espoir.Un film audacieux.Vous serez choqués ou enthousiasmés, mais vous ne resterez pas indifférents.(Page 16.) 3.\tStrip-tease.Les jeunes de moins de 18 ans ne sont pas admis.7e semaine.4.\tWomen of the World.Une incursion dans les affaires les plus primitives et les plus privées des femmes.5.\tThe Stripper.L\u2019histoire d\u2019une fille et des hommes qui l\u2019ont poussée à devenir « effeuilleuse ».6.\tIrma la douce.L\u2019une des plus impudentes comédies pour adultes, toujours populaires.7.\tLa prostitution.Pour la première fois en Amérique, le vrai visage de la prostitution.Perversion! Violence! Chantage! Drogue! Trafiquants de chair humaine! Faits authentiques les plus secrets.(Page 18.) 8.\tLa main chaude.L\u2019amoralité des jeunes! L\u2019immoralité des aînés! Corps torrides.9.\tSeul contre sept.Meurtres et viols au compte de la Mafia! (Page 19.) 10.\tTrafic d'opium.Vice! Passion! Violence! 11.\tLa Vérité.« Et Dieu créa la femme » est une fable pour enfants d\u2019école en comparaison de « la vérité ».12.\tInternées de Kampili.2,000 Blanches prisonnières des Jaunes, exposées aux cruautés, sadisme, viol.(Page 20.) 13.\tTentation diabolique.Notre marché du film sent donc le faisandé et ses rois désormais absolus jugent que notre peuple constitue un 1.J\u2019ai choisi ce numéro parce que l\u2019outrance de sa réclame, non isolée d\u2019ailleurs, m\u2019a décidé à ramasser de la documentation en vue du présent article.Depuis, il semble que les dirigeants de La Presse se soient rendu compte, pour reprendre les expressions d\u2019un de leurs rédacteurs, Albert Brie, de « l\u2019infantilisme.dégradant pour l\u2019esprit » et de « l\u2019érotisme abêtissant de la (leur) réclame de cinéma, qui a des allures de racolage »; les titres sont devenus moins incendiaires et les illustrations moins disgracieuses, ce qui ne veut pas dire que les affiches inconvenantes aient disparu.Toute tendance vers le progrès mérite considération.FÉVRIER 1964 immense gang de voyeurs.De ces 13 films, 6 ont été cotés à proscrire et 1 à déconseiller par l\u2019Office catholique national des Techniques de diffusion, mandaté par l\u2019Épiscopat canadien pour guider les fidèles en leur jugement et action.Encore si l\u2019on avait la consolation de pouvoir dire, malgré l\u2019incompatibilité des phénomènes: notre peuple subit la corruption et se dégrade, du moins il hausse son niveau culturel! Hélas! de tout cet amas de pellicules, fruit d\u2019une civilisation de la lubricité, il n\u2019y a rien à retenir au point de vue esthétique.Aucun des films cités n\u2019a mérité un prix ni même une mention dans un des nombreux festivals internationaux, aucun ne dépasse la médiocrité de la production commerciale en série et la majorité sont des navets.Le Canada français n\u2019aurait rien perdu sur le plan des échanges culturels, si le barrage élevé contre l\u2019exploitation de l\u2019immoralité et de la violence avait fonctionné normalement et éliminé ces déchets.Les nouveaux membres du Bureau de la Censure, en ouvrant complètement les vannes, ont permis à des œuvres très malsaines et plus que médiocres d\u2019encombrer les esprits et de salir les cœurs de nos jeunes et moins jeunes et ont contribué à ravaler notre niveau de culture.Trop de distributeurs en effet, totalement libres de leur choix sur le plan moral, estiment plus rentable la stimulation des bas instincts de la masse.Comme les réalisateurs réputés pour leur valeur ne s\u2019abaissent pas d\u2019ordinaire à faire des œuvres malhonnêtes, il reste à ces distributeurs d\u2019aller puiser dans la zone trouble et médiocre; les œuvres importées variant très peu en nombre d\u2019année en année, il arrive que la nouvelle politique des censeurs prive le public québécois des œuvres valables que les distributeurs seraient contraints de lui fournir.Les statistiques établies annuellement par l\u2019Office catholique national des Techniques de diffusion jettent sur le sujet une lumière impitoyable.Voici deux tableaux qui comparent les films présentés en 1963 à ceux des années antérieures pour leur valeur morale et artistique; un troisième les précède qui montre le rapport entre la cote morale et la valeur cinématographique des films de 1963.Rapport entre les cotes morales et la valeur cinématographique des films en 1963 Valeur morale\tValeur cinématographique Remarquables\tBons Moyens\t\t\tPauvres Tous\t1\t20\t18\t4 Adultes et adolescents\t7\t18\t41\t25 Adultes\t5\t25\t56\t22 Adultes, des réserves\t8\t38\t52\t21 A déconseiller\t1\t5\t20\t14 A proscrire\t\t3\t14\t9 49 Les films de 1963 comparés à ceux des années précédentes\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Valeur morale\t1958\t\t1959\t\t1960\t\t1961\t\t1962\t\t1963\t Tous\t21\t4.4\t11\t2.5\t25\t5.4\t28\t5.8\t38\t9.1\t43\t10.1 Adultes et adol.\t110\t23.2\t125\t28.8\t126\t27.3\t100\t20.7\t66\t15.8\t91\t21.3 Adultes\t207\t43.7\t174\t40\t151\t32.8\t163\t33.7\t131\t31.4\t108\t25.2 Adultes, réserves\t130\t27.4\t109\t25.1\t132\t28.6\t143\t29.5\t126\t30.2\t119\t27.9 A déconseiller\t6\t1.3\t14\t3.4\t24\t5.2\t43\t8.8\t43\t10.3\t40\t9.4 A proscrire\t\u2014\t\u2014\t1\t0.2\t3\t0.7\t7\t1.5\t13\t3.1\t26\t6.1 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Valeur artistique\t1958\t\t1959\t\t1960\t\t1961\t\t1962\t\t1963\t Chef-d\u2019œuvre\t2\t0.4\t\u2014\t\u2014\t2\t0.4\t4\t0.8\t1\t0.2\t\u2014\t\u2014 Remarquable\t17\t3.6\t10\t2.3\t20\t4.3\t27\t5.5\t18\t4.3\t22\t5.1 Bon\t86\t18\t93\t21.3\t139\t30.2\t115\t23.7\t125\t30\t109\t25.5 ;\tMoyen\t260\t55\t235\t54.3\t218\t47.3\t236\t48.9\t192\t46\t201\t47.1 Pauvre\t109\t23\t96\t22.1\t82\t17.8\t102\t21.1\t81\t19.4\t95\t22.3 TOTAL\t474 films\t\t434 films\t\t461 films\t\t484 films\t\t417 films\t\t427 films\t Ce qui frappe, en ces documents, c\u2019est la croissance fantastique du nombre de films moralement dangereux sur le marché québécois: de 1959 à 1963, augmentation de 3 fois plus dans les films à déconseiller et de 25 fois plus dans les films à proscrire; depuis 1960, ces derniers augmentent de 100% chaque année.La valeur artistique dans son ensemble demeure à peu près au même niveau, malgré la fluctuation annuelle et une tendance à la baisse.(En additionnant les trois meilleures catégories, le résultat donne 1960: 34.9%, 1961: 30.0%, 1962: 34.5% et 1963: 30.6%.) Les tableaux indiquent nettement que les distributeurs laissés à eux-mêmes n\u2019hésitent pas pour faire sensation à préférer les œuvres qui pervertissent l\u2019art2.U enjeu Ce récent déluge de films malsains ne peut qu\u2019amener « cette forme de corruption insidieuse, particulièrement parmi les adolescents et les jeunes » dénoncée, quelque temps avant sa mort par Jean XXIII, qui, à cette occasion, rappelait à chaque catégorie de personnes, journalistes, met- 2.Le président du Board of Censors de l\u2019Ontario, M.O.J.Silverthorne, constatait cet abus en son rapport d\u2019avril 1963: « The Board notes with regret that certain writers, directors and producers abuse their new freedom.and use brutality, sex and violence beyond the point necessary for dramatic realism.Such perversion of art for sensational purposes is difficult to deal with.» Cette remarque rejoint la dénonciation récente de l\u2019Osservatore Romano (édition française, 6 septembre 1963, p.7): « Tous les observateurs sérieux sont obligés de constater la courbe qui se précipite de pire en pire, à supposer qu\u2019il reste encore une marge! Après les films sur les nuits européennes, américaines ou asiatiques, tournées dans tous les locaux hybrides où l\u2019argent se prodigue aux dépens de la dignité humaine, voici l\u2019épidémie des déshabillages, l\u2019humiliant « streap-tease », spectacles de complaisances usées et d\u2019exhibitions sans pudeur.Cela devrait répugner, ne serait-ce que pour l\u2019humiliation à laquelle est soumise la protagoniste devant les spectateurs.Le nu féminin, infatigablement mis en lumière et jeté aux yeux par toutes sortes de techniques, par la presse ou par l\u2019écran, semble devenir l\u2019idée fixe et l\u2019emblème de notre civilisation.»\t\t\t\t\t\tteurs en scène, producteurs, parents, éducateurs et prêtres leurs obligations respectives en ce domaine.De son côté, « l\u2019autorité civile a le devoir de défendre et de protéger la décence et le bien commun de la population, et en même temps, celui de respecter leur liberté.» Vatican II vient d\u2019ajouter à cette recommandation le poids de son autorité universelle, en son décret sur les moyens de communication sociale: L\u2019autorité publique enfin, qui est légitimement chargée du bien des citoyens, doit, par la promulgation des lois et leur attentive application, veiller soigneusement à ce qu\u2019un mauvais usage de ces instruments ne porte gravement atteinte aux mœurs publiques et au progrès de la société.Cette vigilance ne constitue nullement une atteinte à la liberté des individus et des collectivités, surtout si ceux qui, en raison de leur charge, utilisent ces instruments, ne prennent pas les précautions voulues.Nos directeurs de police ne viennent-ils pas de dénoncer l\u2019influence néfaste du cinéma actuel dans la délinquance juvénile?La J.O.C., en conclusion de son enquête sur la moralité des jeunes, n\u2019a-t-elle cette année attribué aux films de la télévision et des salles commerciales, pour une bonne part, la dégradation des mœurs en cours?N\u2019avait-elle pas déjà souhaité « que les loisirs commercialisés cessent d\u2019exploiter les instincts les plus bas., que les moyens d\u2019information et de propagande, cinéma, télévision, journaux, cessent de véhiculer de fausses conceptions de l\u2019amour, de la famille et du mariage » ?Ces appels alarmés se justifient par le fait que les films les plus délétères à cause de leurs scènes de violence et d\u2019érotisme sont montrés à des adolescents de 14 ou 15 ans, surtout à Montréal.Le film Strip-tease est demeuré au programme pendant 4 mois et l\u2019on dit que près de 200,000 personnes l\u2019ont vu.L\u2019indication Interdit aux moins de 18 ans que portait l\u2019affiche a surtout servi de truc publicitaire.L\u2019absence de contrôle à l\u2019entrée et d\u2019inspection sérieuse de la part des autorités permet de qualifier de tragique cette importation d\u2019une clause législative des pays d\u2019Europe, faite sans prendre les moyens de l\u2019appliquer normalement.Les\t\t\t\t\t\t 50\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tRELATIONS\t membres actuels du Bureau de la Censure sont de ce fait gravement coupables devant Dieu et les hommes.Les décisions Plusieurs voudraient transférer à la juridiction fédérale, de qui relève le Code criminel, la responsabilité de la moralité publique.Comme si la protection des bonnes mœurs ne relevait pas explicitement du Code civil du Québec et que le sens moral et le sens des valeurs ne relevaient pas de la culture! J\u2019ai l\u2019impression parfois que la notion d\u2019autonomie culturelle n\u2019est pas vraiment comprise par tous, que ses virtualités n\u2019ont pas encore été exploitées.Si le Québec doit devenir fort, ce n\u2019est pas pour penser et vivre exactement comme les autres, c\u2019est pour développer une culture dont le dynamisme ne doit pas être étouffé sous les scories apportées par tous les vents du monde.En Alberta, un tribunal d\u2019appel vient de confirmer la décision du Bureau provincial de Censure qui avait banni le film Jules et Jim: le motif est à retenir: on a trouvé que « le pur amour à trois » constituait un comportement étranger à la pensée et aux mœurs de la grande majorité de la population de l\u2019Alberta.Et pourtant l\u2019Alberta n\u2019est qu\u2019une province comme les autres.Quoi qu\u2019il en soit, si la prétention d\u2019une poignée de journalistes et d\u2019intellectuels était écoutée en haut lieu et si la surveillance de notre moralité publique passait aux mains du pouvoir fédéral, ce serait en notre histoire une capitulation majeure, auprès de laquelle celle du gouvernement Godbout en 1940, sur les ententes fiscales, ne paraîtra qu\u2019un jeu d\u2019enfant.Mais à quel titre abandonnerions-nous le contrôle des films jusqu\u2019ici légalement exercé, même s\u2019il a pu être gauche en plusieurs occasions ?\u2014\u2022 Parce que, dira-t-on, nous serons bientôt la seule province à exercer ce contrôle.L\u2019Ontario ne vient-il pas de répudier la politique des ciseaux, selon une information de presse?\u2014 Comme vous avez raison d\u2019ajouter: selon une information de presse.Cette information est fausse, comme d\u2019ailleurs trop souvent celle que publient nos « grands » journaux de Montréal sur des problèmes qui intéressent une idéologie chère à certains journalistes.J\u2019ai sous les yeux le rapport officiel de M.Silverthorne, président du Bureau ontarien de la Censure, pour l\u2019année se terminant le 31 mars 1963.Des 512 longs métrages examinés, 386 ont été classés pour auditoires de familles, 93 pour adultes et 33 pour auditoires restreints (Restricted category).Des coupures ont été requises et faites dans 36 films à propos de mots grossiers, de scènes de violence et de nudité.Le rapporteur fait part de sa politique à l\u2019égard des films dans lesquels la brutalité, le sexe et la violence dépassent la convenance: il pratique des coupures plutôt que de les rejeter (« In such cases the Board makes eliminations rather than rejections »).Si bien que le Bureau québécois de la Censure se trouve seul à ne pas vouloir couper dans les films.Il faut ajouter: pour raisons morales; parce qu\u2019il accepte que le distributeur coupe à sa guise pour raison de programmation et qu\u2019il modifie les titres des films.Mais qui donc a pris la décision de changer radicalement la politique du contrôle des films au Québec?Qui a décidé d\u2019abroger pratiquement la loi de 1925 passée sous le gouvernement Taschereau, qui a décidé que les règlements approuvés par le Conseil des ministres ne seraient plus appliqués, que les fonctionnaires nommés pour faire exécuter la loi en vigueur auraient le pouvoir de violer la légalité en passant outre aux critères établis par l\u2019autorité légitime, en laissant projeter des films qui n\u2019ont pas obtenu de visa, en délivrant des visas pour un lieu déterminé, en restreignant la catégorie des spectateurs admis aux représentations publiques?Qui a décidé d\u2019opérer cette révolution sans pareille dans l\u2019histoire de nos institutions, disent des journa- FÉVRIER 1964 listes3?L\u2019Assemblée législative seule possède l\u2019autorité de modifier les lois; elle n\u2019est pas intervenue.Le conseil des ministres ne semble pas avoir agi et, s\u2019il a été saisi de la question, il n\u2019a pas publié les nouveaux règlements.Un Comité consultatif de la Censure a bien été formé, de pensée monolithique, il fit rapport sans avoir tenu d\u2019audiences publiques; aucune décision n\u2019a été prise par l\u2019autorité.Et pourtant tout laisse entendre que les fonctionnaires actuels appliquent les conclusions de ce rapport fort contestable, et ce sans que les pouvoirs législatif et exécutif se soient prononcés.Ces procédés constituent un mépris flagrant de la démocratie.De pareilles anomalies fournissent plus de motifs à une enquête royale que l\u2019affaire Coffin.Car les victimes sont cette fois des milliers d\u2019âmes.L'avenir Certes il faut reconnaître que le transfert de juridiction d\u2019un ministère à un autre a favorisé la confusion.Le Bureau de la Censure des films ne relève plus du Procureur général, mais du Secrétaire de la Province.Survint la nomination de nouveaux membres, tous à temps complet, dont la presque totalité héritait d\u2019une école de pensée, celle qui existe à l\u2019Office national du Film, et dont aucun n\u2019avait l\u2019expérience pédagogique des adolescents.Plusieurs d\u2019entre eux connaissent le cinéma; mais, tel que constitué, le Bureau n\u2019est ni représentatif de la population ni équilibré dans sa composition; en cette époque où l\u2019on exalte le pluralisme, on en fait fi sans vergogne dans la réalité, au mépris de la majorité.Il y a pourtant espoir à l\u2019horizon.On annonce une refonte de la loi sur le cinéma, qui tiendra compte des points de vue exprimés en leurs mémoires par des corps représentatifs, comme l\u2019Office catholique national des Techniques de diffusion et les Industries théâtrales unies.Le ministre désormais responsable du contrôle des films a fait au mois de mai une déclaration réconfortante qui augure bien de l\u2019avenir: Personnellement, a dit M.Bona Arsenault, je crois que nous devrions nous diriger vers une censure plus réaliste et plus chrétienne aussi dans le sens de la protection de notre jeunesse.On devra être de plus en plus sévère pour l\u2019admission des mineurs dans les cinémas.Si la loi qui sera présentée à la prochaine session s\u2019inspire d\u2019un réalisme chrétien, la culture au Québec ne s\u2019en portera que mieux et nous n\u2019aurons pas patienté en vain au sein de l\u2019immobilisme de jadis et de la dégradante réaction actuelle4.3.\tLes miroirs déformants peuvent parfois être drôles et révélateurs.Voici l\u2019extrait d\u2019une Lettre de Montréal, signée Louis Marcorelles et publiée dans les Cahiers du Cinéma de Paris (novembre 1963, n° 149, pp.45-46): « Longtemps, rien n\u2019a bougé; le clergé tout-puissant acceptait l\u2019état de choses régnant, maintenait le statu quo avec le voisin anglais pour mieux sauvegarder des privilèges exorbitants.De pair avec cette omnipotence catholique romaine.une censure moyenâgeuse interdisait encore récemment Madame Bovary, Les Enfants du Paradis, coupait sauvagement dans Hiroshima.« En moins de deux ans, tout a changé, les tyrannies spirituelles commencent à vaciller, pratiquement tous les films, dans des versions non mutilées, ont désormais droit de cité sur les écrans.Cette révolution s\u2019effectue de manière fort empirique, sans autre ligne directrice que le désir de rejeter la tutelle de l\u2019ordre bourgeois régnant.On ne remet pas en cause les structures sociales; pour commencer, on exige seulement une complète liberté d\u2019expression.» 4.\tL\u2019Osservatore Romano (article déjà cité) soulignait l\u2019anomalie du problème et faisait appel aux responsables de la cité et de l\u2019opinion publique: « Une oligarchie de gens sales cherche à étendre la contagion du mal encore et encore parmi ceux qui ont gardé des mœurs normales.Et ceux-ci forment, tout de même, la généralité de la population.» 51 twwL.NC-T-UE ~ \"AL-LEGER 6400 - 16e AVENUE ROSEMONT CHRONIQUE DES LETTRES L\u2019univers du roman et l\u2019ordre moral André VACHON, S.J.DANS TOUS LES MILIEUX où le catholicisme fait partie intégrante de la structure sociale, il existe une certaine critique catholique qui croit devoir, avant toute chose, répondre à la question suivante: le livre qui vient de paraître est-il, oui ou non, conforme aux normes idéologiques et morales reçues dans le milieu ?Cette critique suppose une société étroitement régie par le principe de la confessionnalité.Pénétré de l\u2019idée qu\u2019il y a une seule manière de faire son salut, et non pas trente-six, le lecteur moyen s\u2019attendrait à ce qu\u2019on lui dicte une opinion.Dans ces conditions, quelle différence y a-t-il entre une critique catholique et celle qui sévit, par exemple, dans les pays soumis à un régime totalitaire?Or, il faut qu\u2019il y ait une différence, au niveau des objectifs et de la méthode.Mais il y a peut-être une autre manière de poser le problème.Pour y arriver, distinguons d\u2019abord entre les différents champs d\u2019application de la critique littéraire.A première vue, le cas des écrits de caractère théorique semble facile à régler.Un essai, par exemple, n\u2019est-il pas un simple enchaînement d\u2019idées, un pur contenu de pensée, dont la valeur est indépendante du « contenant », de la « forme » dont l\u2019auteur l\u2019a « revêtu » ?Dans ces conditions, il est aisé de comparer ces idées aux normes abstraites fournies par l\u2019orthodoxie, et de porter sur elles un jugement.Mais le problème n\u2019est pas si simple.Car le texte le plus théorique est chargé d\u2019éléments imaginatifs qui lui donnent un sens second, un sens latent, qui prolonge, approfondit, et parfois modifie le sens logique.Le « contenant » a aussi quelque chose à dire, et Descartes écrivain est beaucoup moins cartésien qu\u2019on ne le croit.Deuxièmement, la question de l\u2019orthodoxie ne se pose pas de la même manière, en U.R.S.S., et au Québec, c\u2019est-à-dire en contexte catholique.Car on n\u2019appartient pas à l\u2019Église comme on adhère au Parti.Libre à celui-ci de recruter ses membres en leur promettant le confort intellectuel d\u2019une vérité à posséder.Le chrétien, pour sa part, sait que sa vocatiop est de chercher la vérité, et donc aussi, de vivre dans une radicale insécurité.Voilà qui transforme singulièrement les modalités du jugement critique.Il faudrait revenir sur cette question, pour la traiter plus à fond.Nous espérons le faire dans un prochain article.Pour l\u2019instant, ce sont les problèmes du roman que nous voulons examiner.Parmi les livres qui arrivent sur la table de travail du critique, il y a aussi les recueils de poèmes.En général, on admettra sans plus d\u2019examen que leur sens logique est négligeable, et l\u2019on ne songera guère à porter sur eux un jugement d\u2019ordre moral ou idéologique.Là encore, le problème n\u2019est pas si simple.Mais venons-en tout de suite au roman.Ce qui fait l\u2019ambiguïté de ce genre d\u2019écrits, c\u2019est qu\u2019il paraît relever à la fois de la prose et de la poésie.D\u2019un côté, le romancier met en scène des personnages, et ces personnages sont assez semblables à ceux de la vie quotidienne: ils échan- gent entre eux des propos où passe un certain nombre d\u2019idées, ils ont un comportement qui les situe par rapport à tout l\u2019ensemble des valeurs sociales.Par ailleurs, ce « contenu » est assorti d\u2019éléments fictifs qui semblent le rejeter hors de la réalité.On notera également que le « décor », fait de temps et d\u2019espace, est aussi important que les personnages; ce qui ne serait pas le cas, si le romancier avait pour but d\u2019illustrer des idées ou des comportements qu\u2019il aurait pu tout aussi bien exposer et décrire dans un essai.C\u2019est dire que le roman est un genre littéraire qui se plie difficilement à la distinction, pourtant bien simple, du fond et de la forme, du contenu et du contenant.Or, qu\u2019en est-il au juste de cette distinction ?Car même si l\u2019esthétique la considère comme périmée, au moins depuis Baudelaire, elle se survit toujours par l\u2019utilisation que l\u2019on continue d\u2019en faire.De ce point de vue, rien ne ressemble tant à la critique communiste, qu\u2019une certaine critique catholique.Défensives, répressives, moralisatrices, l\u2019une et l\u2019autre doivent pouvoir abstraire, de l\u2019œuvre globale, pourvue de ses « ornements » littéraires, la valeur morale ou idéologique.Et elles maintiennent la précieuse distinction.Ce faisant, elles contribuent à perpétuer le malentendu selon lequel un roman n\u2019est pas un roman, mais un essai plus ou moins déguisé.Fond et forme, matière et structure Ces critiques supposent en effet que le romancier est une sorte d\u2019essayiste: il cherche à faire passer certaines idées, il recommande tels comportements.Ce qui le différencie du philosophe, c\u2019est son aptitude à présenter son « message » sous une « forme » vivante.Dans le roman, les idées et les actes humains n\u2019apparaissent plus comme les éléments abstraits d\u2019une spéculation, mais ils sont incarnés dans des personnages, et ceux-ci sont situés dans un lieu du monde et à une époque de l\u2019histoire bien déterminés.En devenant romancier, le penseur s\u2019est tout simplement rapproché du lecteur, et son message a acquis un pouvoir considérable de fascination.Il est donc impérieux de pouvoir distinguer, d\u2019une part, un certain « fond » de l\u2019œuvre, qui sera bon ou mauvais, et d\u2019autre part, une certaine « forme », qui sera jugée plus ou moins belle, selon l\u2019habileté avec laquelle l\u2019écrivain aura manipulé les ornements et les techniques dont il dispose.Ainsi, on aura des livres, déficients ou même lamentables au point de vue de la forme, mais qui se rachèteront par leur fond, si l\u2019on n\u2019y trouve que bons sentiments et bonnes intentions.Tandis que d\u2019autres livres, reconnus comme d\u2019extraordinaires réussites, « au point de vue littéraire », « au point de vue style », seront jugés profondément pernicieux ou immoraux, « au point de vue fond ».Mais voilà: un roman n\u2019est pas un essai philosophique, le romancier n\u2019a pas pour but de recommander telles idées 52 RELATIONS ou tel comportement.Cela est déjà apparent dans le fait que l\u2019époque et le lieu, c\u2019est-à-dire le temps et l\u2019espace qui servent de « décor » à l\u2019action, et le « style » lui-même, n\u2019existent pas dans l\u2019œuvre à la manière d\u2019éléments superficiels, interchangeables.Bien au contraire, ils appartiennent à l\u2019essence, au fond même du roman.Et s\u2019il en est ainsi, que devient la distinction sur laquelle toute critique de caractère confessionnel est bien obligée de s\u2019appuyer ?Prenons, par exemple, l\u2019œuvre de Proust.A lire les premières pages de la Recherche du temps perdu, on peut croire que le village de Combray, et les deux chemins de promenade, le côté de chez Swann et le côté de Guermantes, jouent le simple rôle d\u2019un cadre; à ce titre, ils seraient aussi amovibles que le décor en trompe-l\u2019œil d\u2019une pièce de théâtre.L\u2019essentiel résiderait alors dans les actions et les pensées des personnages; on pourrait modifier le cadre, mettre Paris à la place de Combray, supprimer les chemins de promenade ou les multiplier par dix: l\u2019essentiel demeurerait inchangé.En un mot, ce que l\u2019auteur a à dire serait rigoureusement indépendant de la manière dont il le dit.Mais dès qu\u2019on replace Combray et les deux chemins de promenade dans le contexte de l\u2019œuvre totale, cette distinction devient totalement inutilisable.Car la maison d\u2019enfance, sise à Combray, apparaît comme le centre vivant de toute l\u2019œuvre, et les deux chemins qui divergent à partir de son seuil, comme deux voies privilégiées de l\u2019exploration du monde.A travers les quatre mille pages de la Recherche, que fera Proust adolescent, puis jeune homme, puis homme mûr, à Paris, sur la côte normande et ailleurs, sinon retracer le fil de tous les rapports que les Swann et les Guermantes entretiennent entre eux, avec sa propre famille et avec lui-même?Tout part de la maison de Combray, et tout y revient, toujours par les deux mêmes chemins: voilà ce que Proust voulait dire, et en même temps, la manière dont il le dit.Le village, la maison et les chemins constituent une certaine matière romanesque, et cette notion de matière englobe simultanément ce que pouvaient recouvrir les notions anciennes de fond et de forme.Les mêmes observations peuvent être appliquées aux aspects techniques de l\u2019œuvre.Proust n\u2019a pas choisi le procédé du retour en arrière, parmi cent autres qui eussent été également aptes à faire avancer son roman.L\u2019œuvre en question étant une recherche du temps perdu, il y avait une manière, et une seule, d\u2019organiser le temps romanesque.Et de même que les chemins de promenade permettaient à Proust de rattacher chaque point de son œuvre à un certain espace privilégié, celui de la maison de Combray, le retour en arrière était le seul procédé susceptible de relier ces mêmes points à un temps privilégié, celui de l\u2019enfance.Maison et chemins relèvent de la matière romanesque, tandis que le retour en arrière est un fait de structure.Cette notion, tout comme la précédente, englobe à la fois celles de fond et de forme.Rechercher le temps perdu, revenir en arrière: c\u2019est ce que le romancier veut dire, et c\u2019est aussi la manière dont il le dit.Ainsi, on ne peut appliquer au roman les catégories du fond et de la forme, sans se méprendre sur la vraie nature de ce genre littéraire, et sur l\u2019intention même du romancier.Nous l\u2019avons dit plus haut: celui qui fait un roman n\u2019a pas pour but d\u2019« illustrer », de « présenter sous une forme belle » des idées et des comportements qu\u2019on pourrait retrouver, à l\u2019état brut, dans la vie quotidienne.Le seul but du romancier, c\u2019est la construction d\u2019un certain univers', c\u2019est de rassembler, sous une structure spatiale et temporelle unique, un certain nombre d\u2019êtres et d\u2019événements.Et le roman sera bon ou mauvais, selon que ses éléments seront plus ou moins solidement reliés entre eux, et intégrés à cette structure.FÉVRIER 1964 Critique normative et critique descriptive Le critique doit donc décider, tout d\u2019abord, si le livre existe comme roman.C\u2019est la partie normative de son travail.Le livre forme-t-il un tout cohérent?En d\u2019autres termes: le livre est-il vrai ?Y a-t-il, au centre de l\u2019œuvre, un certain regard jeté sur le monde, une certaine expérience du monde qui se trouve commentée, analysée, reprise sous toutes ses faces, par chaque personnage, chaque situation, chaque élément de « décor », et par le « style » lui-même?S\u2019il en est ainsi, cet univers romanesque est vrai; on peut déclarer qu\u2019il existe.Le jugement que porte alors le critique est d\u2019ordre existentiel, et cet ordre englobe à la fois l\u2019esthétique et la morale.Autrement dit, si le livre est faux, il est mauvais, et au point de vue de l\u2019esthétique, et au point de vue de la morale.Le roman devient faux dès que l\u2019auteur renonçant à sa solitude, c\u2019est-à-dire à l\u2019univers singulier qui est le sien, cherche à flatter son public.Rendant compte ici même, le mois dernier, d\u2019un roman de Jean Pellerin, je soulignais certains développements anticléricaux qui me semblaient hors de proportion avec le sujet du livre, et très mal intégrés à l\u2019ensemble.A mes yeux, tout se passait comme si l\u2019auteur s\u2019était complu à développer des idées qu\u2019il savait bien reçues par toute une tranche de son public, oubliant ainsi qu\u2019il était en train de faire un roman.Mais qu\u2019on prenne le sentiment anticlérical dans une œuvre comme le Portrait of the Artist as a Young Man, de Joyce: on verra qu\u2019il peut exprimer une profonde souffrance, et entrer, à titre d\u2019élément essentiel, dans le regard qu\u2019un homme jette sur le monde.Il en va de même de tout autre thème romanesque.L\u2019érotisme, par exemple, ne saurait être déclaré bon ou mauvais, à priori, ni au point de vue de l\u2019esthétique, ni au point de vue de la morale.Mais le roman sera mauvais à ce double point de vue, c\u2019est-à-dire qu\u2019il sera mauvais comme roman, si l\u2019auteur utilise l\u2019érotisme dans une intention pornographique.Mais si l\u2019érotisme intervient dans l\u2019œuvre à titre d\u2019élément nécessaire, s\u2019il joue le rôle exact que lui impose l\u2019univers particulier construit par l\u2019écrivain, il ne peut plus être l\u2019objet d\u2019aucun jugement esthétique ou moral.Cette œuvre existe intensément: voilà tout ce qu\u2019on peut dire; et si l\u2019érotisme, ou l\u2019anticléricalisme, ou le sentiment religieux y ont leur place, c\u2019est qu\u2019ils sont rattachés par un lien de nécessité aux autres éléments et à la structure globale de l\u2019œuvre.S\u2019ils ne le sont pas, le livre a une grande chance d\u2019être mauvais, et tout d\u2019abord au point de vue moral.En effet, les romans édifiants ne sont pas moins immoraux que ceux qui tentent de ruiner la foi et les mœurs.La littérature de bons sentiments est, en général, profondément fausse.Elle décrit un monde utopique, où la poursuite du bien, l\u2019amour, le bonheur sont choses faciles, du moins pour les « bons », tandis que le mal, la souffrance et l\u2019échec apparaissent comme le lot naturel des « méchants ».Cette littérature institue un manichéisme de droit, qui flatte le lecteur en le plaçant d\u2019emblée du « bon » côté, mais qui le rend totalement aveugle à la réalité de la condition humaine.Car le monde n\u2019est pas fait de bons et de méchants, mais d\u2019hommes singuliers qui sont à la fois bons et méchants.La ligne de démarcation entre le bien et le mal passe à l'intérieur de chaque homme, et loin de séparer les hommes entre eux, elle les rapproche.C\u2019est par le péché que nous sommes frères, et aussi par l\u2019effort que nous faisons pour en sortir.« Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère », disait Baudelaire, dans la préface des Fleurs du mal.C\u2019est ce que disent aussi bien des auteurs de romans réputés scandaleux.Et si ces œuvres sont « choquantes », n\u2019est-ce pas parce que le lecteur bien-pensant se reconnaît, sans se l\u2019avouer, dans le héros malheureux ou pécheur, et qu\u2019il commence en même 53 temps à s\u2019apercevoir lui-même, dans sa vérité ?Or, la vérité n\u2019est pas quelque chose qu\u2019on peut aisément mettre en poche; elle est plutôt de nature à remettre brutalement en question celui qui la rencontre sur son chemin.Et bien des romans sont scandaleux dans la mesure, précisément, où ils sont vrais.Pourtant, on continue toujours de leur décerner la cote « mauvais », tandis que les romans édifiants reçoivent invariablement la cote « bien ».On voit donc où intervient, à nos yeux, le jugement moral : il est inséparable du jugement esthétique.D\u2019un mot, disons qu\u2019il est inclus dans le jugement qui porte sur l\u2019existence même de l\u2019œuvre comme roman.Dès que ce jugement a été porté, la partie normative du travail critique est terminée, et c\u2019est là que commence le travail de description.Le roman étant jugé vrai, existant, reste à le décrire, c\u2019est-à-dire, à montrer comment les personnages, les situations, les thèmes, les éléments de décor, viennent s\u2019insérer dans une structure uniquex.Dès lors, il n\u2019est plus question de soumettre ceux-ci à un jugement d\u2019ordre esthétique ou moral.Et qui sait si la critique, en demeurant rigoureusement descriptive, ne deviendrait pas par le fait même « catholique », au sens plénier du terme?D\u2019une critique catholique Pousser à fond l\u2019exploration de l\u2019univers particulier qu\u2019il a sous les yeux, et pour cela, demeurer ouvert à la totalité de l\u2019œuvre: tel doit être le souci constant du critique.Ce faisant, il ne pourra pas ne pas apercevoir les failles, secrètes ou manifestes, qui menacent la solidité de toute construction imaginative.Il n\u2019est point d\u2019équilibre parfaitement stable, point de structure si rigoureusement fermée, qu\u2019elle ne tende à se défaire, à cause de la faiblesse de certains de ses éléments.Comment ne pas voir, par exemple, le caractère destructeur de la fascination qu\u2019exerce le passé, dans l\u2019œuvre de Proust, et en même temps, l\u2019échec réel situé au cœur de cette inimitable réussite?Et que dire de l\u2019univers, apparemment bien solide, de Saint-Exupéry ?D\u2019où vient qu\u2019on y rencontre si peu de femmes, qu\u2019il soit peuplé exclusivement d\u2019enfants et de sur-hommes, et qu\u2019on y trouve, finalement, bien peu d\u2019adultes, c\u2019est-à-dire de vrais hommes et de vraies femmes ?De ce point de vue, les auteurs chrétiens n\u2019ont pas plus de chance de « réussir » que les autres.Qu\u2019on le suppose aussi « convaincu », aussi pratiquant, aussi messalisant qu\u2019on voudra, cet écrivain construira un univers miné par d\u2019inévitables failles.A l\u2019opposé de celle de Proust, l\u2019œuvre de Claudel repose tout entière sur le présent.Mais un observateur sagace constatera qu\u2019en plus d\u2019un endroit, cette adhésion au présent a quelque chose de fébrile, de crispé, d\u2019angoissé.Tout se passe comme si le poète craignait de remettre en question ce qu\u2019il a construit au prix de tant de douleur; et voilà qui compromet, sur certains points, le progrès de l\u2019œuvre.C\u2019est qu\u2019un univers poétique ou romanesque n\u2019est jamais parfaitement cohérent; et cela, le critique a aussi le devoir de le dire.Cela dit, on pourra objecter que le problème demeure.Tel roman qui vient de paraître contient des passages « licencieux »; va-t-on prétendre, sous le prétexte que le livre « existe comme roman », qu\u2019il peut être placé dans des bibliothèques de jeunes?Mais justement: j\u2019ai supposé, tout au long des lignes qui précèdent, un critique qui s\u2019adresse à 1.Sur la critique « structuraliste » on pourra consulter les deux articles suivants: J.-P.Richard, « Quelques aspects nouveaux de la critique littéraire en France », in Le Français dans le monde, n° 15, mars 1963, pp.2-9.\u2014 André Brochu, « L\u2019œuvre littéraire et la critique », in Parti pris, n° 2, novembre 1963, pp.23-36.un public adulte.Et j\u2019ai cru avoir le droit de le faire, parce que la chronique littéraire mensuelle que je donne, à Relations, passe habituellement entre deux articles fort savants, et qui ont parfois un caractère nettement spécialisé.Au reste, pour que le lecteur sache s\u2019il peut mettre le livre entre les mains de ses enfants, il suffit qu\u2019il ait clairement sous les yeux l\u2019argument du livre.Dans ma chronique du mois dernier, je résumais de la manière suivante l\u2019argument d\u2019Amadou, roman de Louise Maheux-Forcier: « Toute jeune, l\u2019héroïne d\u2019Amadou a aimé passionnément une adolescente de son âge.Celle-ci meurt prématurément, mais l\u2019héroïne demeurera fixée sur ce premier amour.A travers les hommes qui passent dans sa vie, c\u2019est toujours la petite Anne qu\u2019elle tente de retrouver.Incapable de ressaisir cet amour dans l\u2019actualité du présent, elle finira par tuer son dernier amant.» Était-il besoin d\u2019ajouter: « Méfiez-vous, fillettes! » Ce livre n\u2019est évidemment pas fait pour les jeunes, et tout lecteur qui sait lire l\u2019aura compris.Pour les adultes, il n\u2019y a pas de problème.On devine l\u2019exploitation facile que l\u2019auteur aurait pu faire du lesbianisme.Mais si le thème intervient dans le livre, c\u2019est uniquement parce qu\u2019il est essentiel à la vérité de l\u2019expérience décrite, comme à l\u2019univers qui se construit autour de celle-ci.On pourra encore objecter que les adultes, bien souvent, ne sont pas des adultes.A ce moment-là, je ne peux que poser la question suivante: à qui la faute?Dans une région de la province où les plus sévères mises en garde avaient été faites contre Amadou, de nombreux jeunes gens, et de très nombreuses jeunes filles ont acheté le livre.« N\u2019est-ce pas en grande partie, poursuit mon informateur, pour le sujet scabreux qui y est décrit?» Je le veux bien.Mais qui a désigné à l\u2019attention de ces jeunes gens le caractère scabreux, et même les pages scabreuses du livre ?Si la matière du roman n\u2019avait pas été présentée comme étant « du lesbianisme », d\u2019un bout à l\u2019autre, le livre n\u2019aurait pas eu un succès de scandale, et les lecteurs, moins nombreux, mais peut-être plus sérieux, l\u2019auraient tout simplement pris pour ce qu\u2019il est: la relation d\u2019une expérience extrêmement douloureuse, faite dans une totale solitude.Cela commande le respect, il me semble, et tout d\u2019abord, le respect d\u2019un critique chrétien.Devant ce problème du passage à l\u2019âge adulte, le critique a une lourde responsabilité.S\u2019il prend une attitude défensive et moralisatrice, s\u2019il devient un spécialiste de la mise en garde, il maintient son public dans une véritable adolescence intellectuelle et morale.On n\u2019a pas le choix: être adulte, c\u2019est n\u2019être plus tout à fait innocent, c\u2019est avoir les mains un peu sales, c\u2019est chercher sa vérité à travers la grâce et le péché.Tout roman valable exprime cela.Il faut alors, ou bien les mettre tous à l\u2019index, ou bien en prendre son parti, c\u2019est-à-dire reconnaître qu\u2019ils peuvent être une peinture vraie de la condition humaine.Si le critique voit cela, s\u2019il le dit, et s\u2019il cherche à décrire dans toute sa vérité le cheminement qui va du péché à la grâce, il contribue à rendre plus adultes ses lecteurs.J\u2019ajouterai que, pour ma part, j\u2019ai ressenti comme un affront personnel ce jugement qu\u2019on a porté sur le roman dont il est ici question: « Amadou ?Des fleurs sur du fumier! » Critique à mes heures, chrétien, et prêtre par-dessus le marché, je m\u2019étais pourtant senti comme le frère de cette Amadou, simplement parce que le livre était vrai, parce qu\u2019il traduisait une expérience authentique de souffrance et de solitude.« Mon semblable, mon frère.» Si la formule de Baudelaire s\u2019applique déjà bien au lecteur, n\u2019est-elle pas, mieux encore, l\u2019exacte définition du critique?Et n\u2019est-ce pas aussi cette attitude de fraternité qui donne la mesure de son catholicisme ?Collège Brébeuf, Montréal.54 RELATIONS LE THÉÂTRE \u201cLes Gueux au paradis\u201d Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.DE RÉCENTES STATISTIQUES nous apprennent que la place des Arts est littéralement assiégée par les Montréalais, avides de belles harmonies dans un décor merveilleux.Par contraste, les théâtres sont abandonnés, au moins momentanément.Pendant la période des Fêtes, après une bien maigre saison d\u2019automne pourtant, on a chômé presque partout.Seul, vaillamment, le Rideau-Vert a tenu le coup au Stella, non pas, comme les années passées, avec une Revue, mais avec une pièce assez bien adaptée à l\u2019esprit de Noël, Les Gueux au paradis, farce flamande de Gaston Martens, adaptée à la sauce française par André Obey.Ainsi, l\u2019honneur du théâtre est sauf! L\u2019œuvre de Martens est connue des habitués des Compagnons d\u2019hier, probablement peu nombreux maintenant, mais elle paraît une nouveauté pour les générations montantes.Habitués à notre grotesque père Noël, la légende de saint Nicolas distribuant des jouets et des friandises aux enfants sages, célèbre et traditionnelle en Flandre, ne réveille pas chez nous beaucoup de souvenirs personnels.Nous nous trouvons un peu comme devant une œuvre folklorique étrangère.Cela explique peut-être la difficulté que nous éprouvons, au début, à entrer dans le jeu.Il nous faut nous familiariser, d\u2019abord, avec les gens, leur esprit, leur appréciation des choses, comme des invités pour la première fois à une joyeuse réunion de famille où nous sommes de purs inconnus.Petit à petit, on s\u2019intéresse, on se laisse gagner par l\u2019entrain ambiant, on sourit aux facéties de celui-ci, aux blagues, peut-être un peu grasses, de celui-là, on se risque à badiner, à son tour, à taquiner un peu sa voisine, à mettre son sel dans la conversation, pour en venir bientôt, à entrer carrément dans la danse, stimulé, au demeurant, par un petit coup ou deux de « whisky blanc » ! Voilà en bref les réactions des spectateurs des Gueux au paradis, au Stella.Des réactions par paliers: curiosité d\u2019abord, intérêt puis amusement, enfin rigolades.Les applaudissements chaleureux de la fin prouvaient sans conteste qu\u2019on partait content, après s\u2019être bien amusé.Ce résultat était particulièrement appréciable chez les enfants, assez nombreux cet après-midi-là: leur bonne humeur, leurs éclats de rire, leur joie bruyante allaient s\u2019augmentant sans cesse selon le déroulement de la pièce; ils étaient graduellement saisis, happés, par le jeu et le fantastique.cfîicliieiai'ieb DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL LIMITÉE 262 OUEST.RUE ST.JACQUES.MONTRÉAL 1 TÉLÉPHONE 842-98SI \"k VOTRE SERVICE\" SUCCESSIONS ET FIDUCIES ADMINISTRATION D'IMMEUBLES FIDUCIAIRES DE FONDS DE PENSIONS GARDE ET GESTION DE VALEURS ANALYSE DE SUCCESSIONS IMPÔT SUR LE REVENU En effet, les Gueux au paradis n\u2019est pas une pièce « raisonnable ».Aucune thèse savante.Aucune idéologie.Non plus une pièce dévote.Et d\u2019abord, ces « gueux » ne sont pas du tout ces indignes et misérables dont parle le dictionnaire.Au contraire, ils ont « du bien ».Ils mangent copieusement \u2014 de la saucisse surtout \u2014 et boivent de même, comme il convient à de bons Flamands.Mais comme « les Gueux » d\u2019autrefois, capables de faire la guerre au roi d\u2019Espagne, ils sont indépendants, fantasques et bons vivants.Pas tellement scrupuleux sur les moyens pour se divertir joyeusement, jusqu\u2019à ce que, travestis en saints évêques, ü leur arrive un banal accident d\u2019automobile qui les envoie ad patres.Et alors vive la fantaisie! C\u2019est une visite incognito en enfer, puis une autre \u2014 aussi incognito \u2014- au paradis; enfin c\u2019est le retour inattendu sur la terre, au bistro dit « A la vache féconde », pour le plaisir de tout le monde, sauf du sacristain et du garde-champêtre.Donc une pièce bien adaptée aux réjouissances des Fêtes et qu\u2019on doit voir dans cet esprit, en s\u2019abandonnant, à la bonne, aux incongruités du spectacle, sans arrière-pensée.Une pièce de détente et qui suppose de revenir à la naïveté toute simple de son enfance, sans se poser de questions comme font les gens sérieux.Cette grosse farce capiteuse, les comédiens du Rideau-Vert se sont efforcés de la jouer avec bonne humeur, dans un rythme rapide et alerte, qui a, d\u2019abord, de la difficulté à accrocher parce qu\u2019il nous paraît un peu trop artificiel, mais qui bientôt nous gagne.La musique y aidait, sauf au début où trop forte elle couvrait les voix des trois jeunes chanteurs, censés nous mettre dans l\u2019armosphère du jeu.Tout le monde a fait son possible, mais c\u2019est Marcel Cabay et André Cailloux, les Gueux, qui ont mené le bal, comme il convenait.Cabay avec la tête en boule et le bedon proéminent du charcutier Boule; Cailloux, dégingandé et goguenard Rietje.Un autre personnage pittoresque, c\u2019est le sacristain, paillard refoulé sous les airs de sainte-nitouche, interprété avec piquant par Gaétan Labrèche.Les rôles féminins ne sont pas très importants et sans relief particulier.Je relève, pour mémoire, le gracieux couplet de la vierge, dans le Paradis, gentiment rendu par Michèle Aubray.Il faut louer certainement l\u2019heureux agencement de la mise en scène de Jean Faucher qui a permis, sans effort apparent, les nombreux et compliqués jeux de scène que suppose la pièce.VOYAGES I.\t-EN TERRE SAINTE 14 mars et 31 juillet Avec Mgr R.Marien et M.l\u2019abbé J.Martucci Avion : 21 jours : $1090, 24 jours : $1240 II.\t\u2014 EUROPE: 2 mois, 12 pays visités III.\t-EUROPE et MOYEN-ORIENT: 18 pays 7e voy.des Anciens Normaliens : bateau et avion Départ : 3 juillet, 62 jours : $1197 et $1570 S\u2019adresser à : Voyages Bel-Air Inc., 2155, rue de la Montagne, 844-8817; M.G.BELLEFLEUR, 3973, rue Mentana, 523-2583 FÉVRIER 1964 55 AU SERVICE DU FRANÇAIS Avant la fin de la saison FÉLICITONS celui qui, de sa voix chaude et bien timbrée, communique à l\u2019assistance et aux auditeurs de la radiotélévision le sens des interruptions produites pendant les joutes de hockey: infractions commises, points obtenus.Depuis plusieurs semaines, il évite une grosse faute que notre chronique a proposé de bannir.Pour préciser à quel moment un joueur a marqué un but, au lieu de répéter, comme naguère: «Le temps» (horreur), cinq minutes et deux secondes, il prononce agréablement: Le but a été compté par.Bernard Geoffrion, à cinq minutes et deux secondes.Bravo! Si un autre a contribué à la réalisation de ce progrès (le directeur du Comité de Linguistique de Radio-Canada, peut-être), qu\u2019il veuille agréer ici nos applaudissements.Cette correction accomplie, on devrait aller jusqu\u2019au bout d\u2019un bel effort.Les grandes équipes ont leur arène ou leur stade et leurs partisans dans une ville déterminée; elles s\u2019identifient par un nom plus ou moins symbolique.A Chicago, il y a les Black Hawks (Éperviers noirs) ; à Détroit, les Red Wings (Ailes rouges).On traduit rarement ces noms.Or, ils se formulent tous au pluriel, tandis que ceux des villes demeurent le plus souvent au singulier.Comme déterminatif dans une phrase, le nom \u2014 singulier \u2014 d\u2019une ville ne se construit donc pas de la même manière que le nom \u2014 pluriel \u2014 de son équipe.Cette remarque entraîne, pour la langue, des applications.En voici quelques-unes dont nos boni-menteurs feront leur profit.Il ne vient pas à l\u2019esprit d\u2019affirmer que l\u2019arbitre a, par exemple, eu raison de sévir contre un joueur « du » Red Wings, ou « du » Bruins.Car il punit un joueur des Red Wings ou des Bruins; et, de même, un joueur des Black Hawks ou des Maple Leafs, non « du » Black Hawks ou « du » Maple Leafs.Pourquoi, alors, déclarer qu\u2019il a infligé une sanction « à » Rangers ou « à » Canadiens ?C\u2019est affreux.Toutefois, en disant: à New York (pour les Rangers) ou à Montréal (pour les Canadiens), on s\u2019exprimerait correctement, même si l\u2019ellipse a un petit air paresseux, puisqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019équipe ou d\u2019un équipier de New York, de Montréal.Mais, plus que paresse, il y aurait sottise à signaler que l\u2019arbitre concède un point « à » Bruins ou « à » Red Wings.Hélas! en pareille circonstance, on entend: « à » Rangers et « à » Canadiens.Bourde évidente.Bourde encore, si l\u2019on rapporte que Goyette a enregistré le but « du » Rangers, ou Tremblay, celui « du » Canadiens.Il faut, en effet, respecter le pluriel des Rangers, des Canadiens et des autres.Admettons une exception pour les Canadiens.Leur nom peut servir d\u2019adjectif et de substantif.On tolérera donc des tours comme ceux-ci: le point du Canadien (au singulier); une punition coûteuse pour le Canadien (signifiant, par abréviation, le club canadien ou le club des Canadiens).Mais on ne saurait pardonner: la défaite « du » Maple Leafs, ni la victoire « du » Rangers.La pire incongruité, dont l\u2019anglais paraît s\u2019accommoder, on la trouve dans la publicité des joutes à venir.Canadiens « à » Rangers, ou Rangers « à » Canadiens (tel jour, telle heure), annoncent nos journaux.Horreur.horrible! Écrivez et dites: Rangers contre Canadiens, ou bien: New York à Montréal; les habitués comprennent que le dernier nom mentionné désigne l\u2019équipe ou la ville qui reçoit son adversaire.De ces erreurs aussi, nous souhaitons de louer bientôt la rectification.J.d\u2019Anjou.AU FIL DU MOIS La fête des Malades Un jeune père de famille, atteint d\u2019un cancer au poumon, vient d\u2019entrer à l\u2019hôpital.Comment sa nombreuse famille pourra-t-elle vivre en son absence ?Qu\u2019arriverait-il s\u2019il fallait qu\u2019il meure?Imaginez l\u2019inquiétude de cet homme.Ailleurs, un prêtre, dans la force de l\u2019âge, subit une opération d\u2019urgence.Il s\u2019ensuivra une convalescence plus ou moins longue.Repos absolu.Confinement à la chambre.Interrompu le magnifique travail spirituel qu\u2019il exerçait auprès des élèves.Une jeune mère de famille, victime d\u2019une dépression nerveuse, suit une cure à l\u2019hôpital.Un autre foyer désorganisé.Telles sont les nouvelles de maladie qui, en quelques heures, nous parviennent.Regardez autour de vous.Constatez la maladie qui atteint vos amis ou vos parents.Que pouvez-vous pour eux ?Au moins, poser un geste de fraternité, d\u2019amitié.Voilà pourquoi la fête des Malades, qui aura lieu le deuxième dimanche de février, a sa raison d\u2019exister.Sous les auspices de l\u2019Association de la Croix-de-Lorraine, cette fête apporte aux malades une présence humaine et chrétienne.Autant que le cadeau (fleurs, fruits, friandises, articles de toilette, livres) que vous offrirez, la chaleur de votre cœur réconfortera celui ou celle qui traverse l\u2019épreuve de la maladie.Partout, en particulier dans les hôpitaux et les hospices, ce dimanche-là sera un jour de joie et de consolation.Aujourd\u2019hui, vous débordez de santé; peut-être, demain, à votre tour languirez-vous sur un lit d\u2019hôpital.Donnez maintenant ce qu\u2019alors vous vous réjouirez de recevoir: la sympathie et la charité d\u2019un cœur chrétien.A tous, individus et associations, nous lançons un appel pour que la fête des Malades remporte un plein succès.J.-P.Labelle.Le Cardinal en Afrique Le long voyage épuisant de S.Em.le cardinal Léger en Afrique, pour y porter à quatre léproseries les aumônes de Carême du diocèse, est un grand geste qui doit nous éveiller de façon durable à la misère du monde sous-développé.Ce qu\u2019il proclame est de la même veine que ce que nous ont rappelé Follereau, le Père Voillaume, l\u2019abbé Pierre, l\u2019abbé Paul Gauthier de Nazareth, l\u2019œuvre allemande Misereor et d\u2019autres.Il faut approfondir aujourd\u2019hui l\u2019enseignement de l\u2019Évangile sur les Pauvres: Je Christ s\u2019est identifié aux Pauvres, l\u2019Église est l\u2019Église des Pauvres, une dignité éminente revient aux Pauvres dans l\u2019Église.56 RELATIONS Notre monde unifié par ses techniques et omniprésent à lui-même découvre l\u2019urgence universelle de la charité.Nos frères les plus pauvres nous sollicitent aujourd\u2019hui de partout; désormais, ils connaissent nos capacités, notre abondance et nous connaissons de même, où qu\u2019ils soient, leur détresse physique, intellectuelle ou spirituelle.Leur voix est la voix de frères qu\u2019il nous revient d\u2019accueillir en frères.Les lépreux du Cardinal, ceux qu\u2019il a secourus et ceux qu\u2019il ambitionne de secourir si nous l\u2019aidons, nous lancent le même appel.Accompli dans le prolongement des sessions conciliaires, le voyage illustre de façon émouvante la sollicitude apostolique universelle qu\u2019appelle la collégialité de l\u2019épiscopat.Nous nous savions près des chrétiens d\u2019Afrique par la prière, les aumônes, nos missionnaires de toutes robes; nous le sommes devenus de façon plus manifeste encore et sans doute particulièrement efficace par la visite du Cardinal.Georges Robitaille.Une revue vivante et adaptée La revue Témoignages, de Chicoutimi, ne fait pas beaucoup de bruit.Quel journal de Montréal ou de Québec en a jamais cité un extrait?Pourtant, elle mérite qu\u2019on s\u2019y arrête, car elle poursuit un travail discret, mais efficace, d\u2019éducation chrétienne, auprès de la population du Saguenay.En quoi consiste surtout la valeur de cette publication?En ce qu\u2019elle rejoint les préoccupations du peuple et qu\u2019elle fait appel, pour ses articles, non seulement aux prêtres, mais aux laïcs de tous les âges et de toutes les conditions.Les jeunes y ont leur mot à dire aussi bien que leurs aînés; le cultivateur et son épouse expriment leur opinion autant que le médecin ou l\u2019assistante sociale.Mensuelle, la revue a le mérite de monnayer le programme de l\u2019Action catholique, qui, cette année, porte sur le monde des jeunes et des adultes.Par le moyen d\u2019enquêtes et d\u2019entrevues, de dialogues et de citations tirées des meilleurs ouvrages, on y évoque la réalité concrète d\u2019un problème, stimulant la réflexion des lecteurs et les engageant à l\u2019action.Cueillons, au hasard des derniers numéros, certains thèmes révélateurs: jeunes angoissés, parents désemparés, éducateurs débordés; la prière en famille, facteur d\u2019unité entre parents et enfants, etc.Nous voulons signaler spécialement le numéro de décembre 1963, qui traite de l\u2019éducation de la liberté.Il contient un exposé lumineux de l\u2019abbé Roland FÉVRIER 1964 Dufour, un échange de vues entre parents, une étude sur le christianisme et la liberté.Tous les aspects essentiels de cette difficile question y sont abordés avec franchise et éclairés.Les directeurs et les collaborateurs de Témoignages ont droit à nos félicitations pour leur réalisme sain, leur esprit apostolique et leur solide bon sens.J.-P.Labelle.Nos moeurs chrétiennes Nos « grands » journaux de Montréal ont tellement mis à la mode le genre noir quand ils apprécient les mœurs, surtout les mœurs politiques du Canada français \u2014 c\u2019est, paraît-il, du nationalisme rajeuni, nouvelle vague ! \u2014 qu\u2019on hésite à signaler pour les louer certains comportements politiques de chez nous.Il en est d\u2019admirables cependant.Jugez vous-même.Le ministre Gérard Cournoyer, député provincial du comté de Richelieu, récemment perdait sa femme, née Madeleine Turcotte, fille de l\u2019ancien député libéral, homme probe s\u2019il en fut.Or le 12 décembre 1963, en plus d\u2019une photo en première page, un éloge de la défunte, d\u2019une délicatesse exquise, paraissait bien en vue, page 3, du Progrès du Richelieu, dont le propriétaire est Bernard Gagné, ancien député de Sorel, de l\u2019Union nationale, candidat battu aux dernières élections par Gérard Cour-noyer.Voici ce texte très humain: A Madeleine Cournoyer « Maman » n'est plus.« Maman », comme l\u2019appelait affectueusement celui qui partagea sa vie pendant plus de vingt ans, vient de mourir.Elle était véritablement le centre de ce foyer joyeux, le plus heureux que j\u2019ai connu, choyée comme une reine par son mari et ses quatre enfants.Elle aimait les fleurs et la musique, et très tôt le matin, son Gérard fredonnait une romance connue, comme pour donner le ton à la journée.Ce couple charmant fut les chéris d\u2019une population qui les adorait.La Providence avait gratifié Madeleine Cournoyer d\u2019un charme indéfinissable.Dans l\u2019ascension politique vertigineuse de son mari, elle conserva la même sérénité, la même douceur, la même simplicité.A travers ce tourbillon social et politique que fut sa vie, elle demeura l\u2019exemple de la foi en Dieu et au destin qu\u2019il nous réserve, de l\u2019amour du prochain, et de l\u2019espérance qui se cristallise au seuil de la mort.Pour des milliers de personnes, Madeleine Cournoyer avait été comblée: beauté physique, charme incomparable, confort, succès au sommet.Mais le mal impitoyable est venu et le calvaire fut long et pénible.Pour Gérard et les enfants, « maman » souffrait.avec patience d\u2019abord.puis avec résignation.Les joies de ce monde sont brèves et ne les enviez à personne.Vous qui continuez à vivre tous ensemble dans la douce chaleur du foyer, ayez une pensée pour ceux qui désormais sont seuls, pendant que « maman » dort sous la neige et les roses.Au moment où il y a tant d\u2019affolement sur les terrains politiques fédéral et provincial et une telle provocation à base de faussetés en notre presse soi-disant d\u2019avant-garde, il est réconfortant que des hommes de chez nous entretiennent, par dessus les barrières des partis, des relations aussi cordiales.Cela n\u2019est que normal dans une civilisation qui s\u2019inspire de l\u2019Évangile, mais tant de haut-parleurs crient la faillite de notre éducation religieuse qu\u2019il s\u2019impose de souligner la haute qualité de ce geste et la lumière qu\u2019il jette sur le contexte scolaire et paroissial qui l\u2019a produit.Ce contexte, il vaut la peine de le garder.Jacques Cousineau.Questions et réponses sur le Viêt-nam Y a-t-il eu persécution religieuse des bouddhistes par le gouvernement Diem ?\u2014 Non.Il y eut des incidents malheureux.Il n\u2019y eut pas de persécution religieuse de la part du gouvernement.Après les événements de Hué, le 8 mai dernier, il y eut confusion du politique et du religieux.Après le 16 juin, l\u2019affaire devint plutôt politique, ralliant les adversaires du régime, communistes ou non.Tous les bouddhistes se sont-ils réunis dans une lutte contre le gouvernement Diem ?\u2014- Non.Entre autres, la communauté Co-Son-Mon qui comprend deux millions de membres ne s\u2019est pas mêlée à cette lutte.Mais les raids contre les pagodes ?\u2014 Dites que je désapprouve carrément ces raids.Tout lieu sacré doit être respecté.On a, toutefois, exagéré et les dommages de ces descentes et l\u2019action de la police.A-t-on mis des obstacles à la mission de l\u2019O.N.U.?\u2014 La presse l\u2019a prétendu, mais c\u2019est, complètement faux.Puisque le rapport de l\u2019O.N.U.ne tire pas de conclusions et ne formule pas de recommandations, quelle utilité voyez-vous à la publication du rapport ?\u2014 C\u2019est la première fois qu\u2019un gouvernement accusé de violer la charte des droits de l\u2019homme faisait l\u2019objet d\u2019une enquête de l\u2019O.N.U.Ce point est tout à l\u2019honneur du président Diem qui a non seulement invité l\u2019O.N.U.à mener l\u2019enquête mais a laissé la commission absolument libre de conduire son travail.Il s\u2019agissait, notez-le, des affaires purement intérieures d\u2019un pays.57 Oui, mais ce rapport aurait-il vraiment porté fruit ?\u2014 Au fur et à mesure que la commission colligeait son dossier, je me rendis compte que le gouvernement Diem était sincèrement disposé à accepter les conclusions de l\u2019O.N.U., ce qui est tout à fait autre chose que d\u2019accepter les conseils et les directives d\u2019un pays en particulier.Qui parle ainsi?Nous n\u2019avons fait que résumer une interview donnée au service de presse de la National Catholic Welfare Conference par M.Fernando Volio, représentant permanent du Costa-Rica aux Nations Unies et membre de la mission d\u2019enquête au Viêt-nam.Son témoignage rejoint celui de Mgr Binh, archevêque de Saigon, qui écrivait à un évêque étranger désireux de renseignements précis: « Il n\u2019y a pas de persécution contre les bouddhistes, ni de la part du gouvernement, ni de la part des catholiques.On ne peut leur faire porter le blâme de certains actes de discrimination isolés, de la part d\u2019individus.La presse a mis tous les faits dans une fausse perspective de persécution et de discrimination.» L.d\u2019Apollonia.N'en tient-il qu\u2019à nous ?Un des plus distingués représentants de l\u2019élite québécoise, M.Victor Barbeau, écrivait récemment qu\u2019il n\u2019en tient qu\u2019à nous d\u2019être français.A mon avis, il a tort autant et même plus qu\u2019il n\u2019a raison.Pour lui et quelques esprits de même trempe, la chose va de soi.Mais pour la masse ?Je comprends, par exemple, qu\u2019un Joseph Folliet, tout couvert de diplômes, raille ces « peaux d\u2019âne ».Mais le collégien de talent moyen, de famille moyenne, qui vit dans un milieu moyen et dont l\u2019avenir s\u2019annonce moins que moyen s\u2019il ne conquiert et ne revêt cette « peau d\u2019âne » appelée baccalauréat, vous voudriez qu\u2019il s\u2019en moque ou qu\u2019il juge banal de l\u2019exhiber dans son salon ?Ainsi, le menu peuple de chez nous, immergé dans une atmosphère qu\u2019il n\u2019a pas créée, mais que deux siècles d\u2019histoire néfaste ont rendue étrangère, voire hostile à sa langue, à son esprit, aux aspirations demeurées chaudes, malgré tout, dans son cœur, vous allez, comme ça, sans pitié, lui lancer à la figure: « Il n\u2019en tient qu\u2019à toi d\u2019être français! » Vous voulez rire.Sinon, je vous trouve cynique.Il suffit d\u2019avoir lu VEnseignement français au Canada, ouvrage capital du chanoine Groulx, pour comprendre ce que je veux dire.Depuis deux siècles, tout ici 58 concourt à dévaloriser le français comme langue, comme nationalité: une politique fédérale de mépris et d\u2019exploitation, une organisation de l\u2019ostracisme antifrançais a mari usque ad mare, d\u2019un océan à l\u2019autre, la farce douloureuse d\u2019un bilinguisme à sens unique, la trahison (comment s\u2019en étonner?) de pseudo-chefs.Mais nous avons nos écoles, collèges et universités; nous formons nos professeurs; nous jouissons de la liberté d\u2019apprendre, de parler, d\u2019écrire le français.Nous n\u2019en profitons pas.D\u2019accord.Mais, pour en profiter, il faudrait que le français et la qualité de Français signifient, pour tous, sans exception, du capitaine au moussaillon, promesse ou chance de succès, de prestige, de grandeur.Ce n\u2019est pas le cas.Non par notre faute.Et puis, nos professeurs et nos écrivains, nos hommes de profession et notre clergé, d\u2019où sortent-ils?D\u2019un peuple brimé depuis deux cents ans, entravé tantôt ouvertement, tantôt hypocritement par des « partenaires » convaincus de leur supériorité, de leur fair-play, dans l\u2019exercice même de leur incompétence ou de leur mauvaise foi.Le vent, Dieu merci, commence à tourner.Plus et mieux peut-être que les favorisés de la fortune, les humbles de chez nous redressent la tête.Gauchement, mais avec courage, ils veulent établir des conditions de vie grâce auxquelles le français comme langue et comme nationalité garantira la réussite professionnelle et sociale, économique et politique.Alors, et alors seulement, il n\u2019en tiendra qu\u2019à nous, à chacun de nous, grand ou petit, d\u2019être vraiment français.J.d\u2019Anjou.Psychiatrie abusive Devant certains délits particulièrement odieux, quantité de gens s\u2019empressent de décréter que le coupable relève de l\u2019asile, non du pénitencier.Il le faut bien, argumentent-ils: autrement, personne n\u2019est plus assuré de rien.Aujourd\u2019hui, demain, n\u2019importe lequel d\u2019entre nous, sain d\u2019esprit (semble-t-il), pourrait se livrer au viol, à l\u2019assassinat, à toutes les formes de sadisme.Et pourquoi n\u2019y aurait-il pas là matière à réflexion?Saint Paul, converti, redoutait les surprises de sa faiblesse.Joseph de Maistre s\u2019effrayait à l\u2019examen de sa conscience d\u2019honnête homme.D\u2019humbles femmes, pieuses et douces, tremblent à l\u2019évocation des rêves qui les assiègent, parfois, la nuit.Eh quoi! nous confient-elles, après tant d\u2019années de courageuse vertu, sentir grouiller en moi ces passions sordides et ne pas mourir de honte et de dégoût! Ne confondez pas rêve et réalité, leur répondons-nous pour les pacifier.Mais de l\u2019un à l\u2019autre, souvent, il n\u2019y a que l\u2019espace d\u2019une circonstance.« L\u2019occasion t\u2019a manqué », lançait Augustin, qui s\u2019y connaissait, à un pharisien de son entourage, trop fier de son intégrité.Or, tant que notre « civilisation » et nos « progrès », notre « libération » et nos « déblocages » ne viseront qu\u2019à « libérer » les pires « occasions », chacun de nous devra craindre de commettre les pires « folies ».Les horreurs des chambres à gaz, a-t-on le goût de les excuser par la folie ?Ceux qui massacrèrent d\u2019innocentes victimes croyaient servir leur patrie : la propagande les en avait convaincus.Nos criminels, peu importe leur âge, cèdent à la même « pression sociale ».Gavez-les de films et de spectacles obscènes ou sadiques, comme ceux qui circulent « libéralement » au Québec, et ne vous étonnez pas ensuite que la résistance à la « libération » de leurs instincts provoque chez eux des « folies » de violence ou de lubricité.Il y a telle chose que le péché originel.Ses effets, terrifiants, agissent en nous de la naissance à la mort.L\u2019éducation, la législation ont pour but d\u2019en refréner ou d\u2019en prévenir les manifestations explosives.Celles-ci, d\u2019autre part, étouffent rarement la liberté.Le Dr Étienne de Greeff, criminologiste de Louvain, a écrit que la plupart des grands meurtriers savent ce qu\u2019ils font et assument la responsabilité de leurs actes.Dans son discours du 10 avril 1958, Pie XII affirmait: « Les dispositions psychologiques anormales ne sont pas toujours contraignantes et n\u2019enlèvent pas toujours au sujet toute possibilité d\u2019agir librement.» Le malade, ici, on le devine, c\u2019est le milieu social, avec, en tête, ses autorités complaisantes au vice et à son étalage contagieux.Hélas! notre malade se croit d\u2019autant plus sain qu\u2019il affiche plus de tolérance envers le déséquilibre.Aver-tissez-le que l\u2019immodestie, l\u2019érotisme, la violence au cinéma et à la télévision détraquent les jeunes et les moins jeunes: il vous rit au nez.Heureusement, une double jeunesse monte qui nous forcera bientôt à nous assagir: celle dont les désordres finiront par nous épouvanter, celle aussi qui a commencé à vomir les faux « adultes » et prépare sa chance de les remplacer, afin d\u2019établir des conditions de vie sociale moins semblables à celles d\u2019une jungle qu\u2019à celles d\u2019un vaste et harmonieux foyer.J.d\u2019Anjou.RELATIONS LECTURE DU MOIS Étude sociologique de lu région de Suint-Jérôme 1E NOMBRE des enquêtes sociologiques j publiées au Québec est encore assez restreint.Aussi doit-on remercier MM.Dumont et Martin, professeurs au Département de sociologie et d\u2019anthropologie de l\u2019Université Laval, d\u2019avoir récemment livré au public les résultats de recherches entreprises en 1956 pour préparer la mission diocésaine de Saint-Jérôme 1.Le léger retard de la parution ne porte pas trop à conséquence, car nous avons ici plus qu\u2019une simple enquête.Une longue introduction sur les modes d\u2019approches sociologiques précède les trois chapitres proprement monographiques sur la région; en conclusion, un chapitre découvre d\u2019intéressantes perspectives méthodologiques.Le premier chapitre \u2014 Voies d\u2019approches \u2014 rappelle que la sociologie est l\u2019analyse des ensembles sociaux.Il souligne l\u2019importance du territoire dans la structuration des phénomènes sociaux.La morphologie sociale en France, l\u2019écologie humaine aux Etats-Unis ont produit d\u2019excellents travaux sur « les substrats matériels de la société » (Durkheim) et sur l\u2019adaptation de l\u2019homme à son milieu.Mais jusqu\u2019à présent, la sociologie n\u2019a pas pu formuler une discipline propre à l\u2019étude des relations de l\u2019homme à son espace \u2022social.Les recherches théoriques, qui intègrent la région dans l\u2019analyse sociologique, sont encore pratiquement inexistantes.Il semble cependant que l\u2019étude des structures sociales régionales, telle qu\u2019elle est présentée par les deux professeurs de Laval, puisse ouvrir une troisième voie à cette branche de la sociologie.Nous souhaitons avec eux que cette approche scientifique des problèmes d\u2019un territoire donné ressemble, dans ses manières de procéder, à la psychologie clinique.La partie monographique du livre comporte trop d\u2019éléments pour être résumée ici de façon satisfaisante.Soulignons-en simplement la structure générale.Les paliers sociologiques choisis sont au nombre de trois, chacun forme le sujet d\u2019un chapitre.Le premier examine la structure démographique: processus de peuplement, caractéristiques actuelles de la population, distribution par catégories d\u2019âges, appartenance confessionnelle et ethnique, et phénomène du tourisme.Ces variables sont appliquées tour à tour à chacune des dix zones écologiques découpées à l\u2019intérieur de la région.Cette typologie territoriale, compte tenu du temps et des moyens limités mis à la disposition des 1.Fernand Dumont et Yves Martin: L'Analyse des structures sociales régionales.Etude sociologique de la région de Saint-Jérôme.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1963, 270 pp.FÉVRIER 1964 chercheurs, a été élaborée de façon très satisfaisante, comme le montrent les cartes de l\u2019appendice IL A un second palier d\u2019analyse, on étudie l\u2019économie et les occupations.Pour chacune des dix zones, on évalue sommairement les types d\u2019exploitations agricoles et leurs transformations récentes, les indices de régression et de dynamisme, les facteurs de pauvreté et de richesse, les marchés et les possibilités de développement.Après une brève esquisse du commerce et des occupations, l\u2019attention est portée sur la répartition et le dynamisme de l\u2019industrie, les fluctuations de l\u2019emploi et des salaires.Le troisième niveau, plus proprement sociologique, nous livre des aperçus éclairants sur la structure sociale d\u2019ensemble.L\u2019organisation sociale et la culture, dans leurs aspects spécifiquement régionaux, y sont diagnostiquées avec précision.L\u2019inadaptation des associations, les déficiences de l\u2019appareil scolaire, l\u2019inefficacité de l\u2019organisation municipale, le manque d\u2019adaptation au plan des mentalités, la dissociation culturelle causée par le tourisme, voilà autant de caractéristiques dysfonctionnelles communes à presque toute la région.Cette situation mouvante et complexe requiert une action sociale efficace.Dans la première zone par exemple (comprenant les municipalités de Grenville, Calumet, Calumet-et-Augmen-tation, Wentworth, Harrington, Montcalm, Lac-des-Seize-Iles, Barkmere, Arundel et Huberdeau), la planification économique devenue nécessaire « devra s\u2019accompagner d\u2019une véritable planification culturelle » (p.147).Le dernier chapitre est le plus important de tout l\u2019ouvrage.Sans enlever à l\u2019unité zonale son incontestable primauté, les AA.y font ressortir les traits spécifiques de la région prise dans son ensemble.Ils reconnaissent l\u2019influence de Montréal, tout en gardant à la notion de région la finesse que requiert un véritable concept opérationnel.Certaines affirmations, nous semble-t-il, restent encore des hypothèses de recherche et ne tiennent pas assez compte du développement et de l\u2019influence croissante de la mégalopolis montréalaise: Saint-Jérôme est le centre d\u2019une vaste région qui, pour une large part, reste à édifier.Dans cette perspective, pour l\u2019ensemble du territoire de la région, il serait ainsi peut-être plus important que la ville de Saint-Jérôme se développe, sur le plan économique comme sur celui de la culture, que celle de Sainte-Thérèse.La vocation profonde de la ville, à notre sens, c\u2019est de devenir le pôle essentiel de structuration de ce vaste territoire dont nous avons dit le manque de cohésion; plusieurs autres zones de la région ne constitueront jamais des sociétés à figure originale si Saint-Jérôme n\u2019en devient pas véritablement le pivot de diversification et d\u2019unité.(P.198.) Ce même chapitre soulève ensuite quelques problèmes de recherche relatifs à l\u2019ensemble de la province de Québec, entre autres le problème de l\u2019urbanisation.L\u2019insuffisance du réseau urbain se manifesterait avant tout par le fait que les fonctions de relai des villes sont encore mal dégagées sur le territoire québécois.Les réseaux de communications sont inadéquats et irrationnels.Les difficiles transformations de l\u2019agriculture, le vieillissement des structures industrielles (v.g.à Saint-Jérôme, Lachute et Terrebonne), les coupures entre générations et catégories de travailleurs, sont quelques-uns des aspects majeurs du sous-développement du Québec.Dans cette conjoncture, les A.ont bien raison de regretter qu\u2019un certain type de paroisse rurale ne permette pas aux gens de s\u2019engager dans la voie des nécessaires transformations sociales.Les Canadiens de langue française attendent encore trop des élites traditionnelles, des « professionnels », des gros cultivateurs et du clergé.La pauvreté de l\u2019organisation sociale se manifeste surtout dans la carence des associations et des groupements spécialisés.Dans ces circonstances, on voit mal sur quels points d\u2019appui pourrait s\u2019édifier une conscience régionale; or, sur le plan de l\u2019aménagement du territoire québécois, c\u2019est là que se trouve peut-être le problème capital.(P.205.) A notre avis, l\u2019analyse du système d\u2019organisations dans une société, plus encore que l\u2019analyse régionale, favorisera l\u2019éclosion de cette sociologie clinique que les AA.illustrent à merveille dans ce dernier chapitre, et que tant d\u2019autres sociologues avec eux désirent promouvoir.Le livre de M.Dumont, Recherches sur les groupements religieux, qui comprend la seconde partie des recherches empiriques sur la région de Saint-Jérôme, sera sans doute une contribution importante dans cette direction.En conclusion de ce chapitre, les AA.tentent de formuler quelques hypothèses pour des recherches méthodologiques ultérieures sur la sociologie régionale.Les études régionales (que le sociologue, soit dit en passant est plus porté à négliger que l\u2019anthropologue) sont devenues indispensables pour la connaissance diversifiée d\u2019une société; d\u2019autre part, elles s\u2019avèrent nécessaires en vue de l\u2019aménagement rationnel du territoire.Il est regrettable que la documentation de base, \u2014 les sources décentralisées de statistiques notamment, que devraient fournir les services gouvernementaux et ecclésiastiques\u2014, fasse souvent 59 défaut quand on s\u2019engage dans ce genre d\u2019enquête.Les AA.signalent également l\u2019absence d\u2019une histoire de l\u2019aménagement du territoire québécois, et le manque d\u2019un modèle scientifique d\u2019analyse régionale.Cette dernière carence a été largement comblée par l\u2019excellent ouvrage que nous présentons ici.Les variables choisies, leur utilisation judicieuse dans un cadre analytique à trois paliers et à divisions multiples et souples, constituent une méthode Joseph A.JUNGMANN, S.J.: La Liturgie des premiers siècles jusqu'à l'époque de Grégoire le Grand, Coll.« Lex orandi », n° 33.\u2014 Paris, les Editions du Cerf, 1962, 476 pp., 20 cm.C\u2019est une matière extrêmement riche que nous propose le P.Jungmann, célèbre liturgiste, en retraçant l\u2019évolution de la liturgie, des origines du christianisme jusqu\u2019au vu® siècle.On y voit comment l\u2019Eucharistie se célébra dans l\u2019Eglise primitive, puis au me siècle, ensuite dans l\u2019Eglise romaine avant Grégoire le Grand.L\u2019A.nous donne des commentaires précis et savoureux sur l\u2019année liturgique, dans les liturgies orientales et latines, et des renseignements précieux sur l\u2019administration des principaux sacrements à cette époque (baptême, confirmation, pénitence, etc.).Il analyse avec beaucoup de discernement la manière dont la liturgie chrétienne réagit devant les influences juives ou païennes, devant les attaques des hérésies.Ce livre ne s\u2019adresse pas aux seuls spécialistes; il passionnera le laïc soucieux de pénétrer l\u2019esprit liturgique en ce qu\u2019il a d\u2019essentiel.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.C.Wiener et J.Colson: Un roi fit des noces à son fils.Coll.« Thèmes bibliques ».\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1962,176 pp., 20 cm.UN roi fit des noces à son fils.» (Matth., xxil, 2.) Le roi, c\u2019est Dieu; le fils, c\u2019est le Verbe, Dieu lui-même.Et l\u2019épousée, dont ne parle pas la parabole mais d\u2019autres textes bibliques, c\u2019est l\u2019humanité, aimée de Dieu et rachetée par Lui.Ce livre, de ton savant, nous invite à suivre, depuis le prophète Osée jusqu\u2019à l\u2019Apocalypse, le cheminement d\u2019une des images les plus chaleureuses et les plus persistantes de la Bible.La première partie, consacrée à l\u2019Ancien Testament, et rédigée par C.Wiener, nous présente les noces de Dieu avec le peuple qu\u2019il s\u2019est choisi.Celui-ci, infidèle, apparaît sous les traits de l\u2019épouse adultère: par la bouche des prophètes Osée et Jérémie, Dieu la réprimande, violemment, mais ne lui retire pas son amour; si elle veut revenir, il l\u2019entoure de mots très doux.Ezéchiel, d\u2019une manière plus ordonnée et plus complète, refait l\u2019histoire d\u2019Israël sous la même allégorie.Dans le Livre de la consolation {Isaïe, chap.40-56), domine l\u2019image escha-tologique de l\u2019épouse rentrée en grâce.Le Cantique des cantiques apparaît comme le grand poème de l\u2019amour de Dieu pour son épouse bien-aimée.Enfin, le psaume 44 apporte à l\u2019allégorie une importante modi- 60 que d\u2019autres pourront imiter avec profit.Il faudrait multiplier les monographies régionales; à partir de celles-ci on pourrait alors entreprendre d\u2019autres recherches plus théoriques sur l\u2019intégration de l\u2019espace dans l\u2019analyse sociologique.C\u2019est le niveau de l\u2019organisation sociale et de la culture surtout qui devrait occuper plus spécialement l\u2019attention des sociologues: les études de mentalité, l\u2019analyse des organisations volontaires, la psychosociologie des atti- fication: l\u2019époux, ce n\u2019est plus Dieu lui-même, mais le Messie, qui apparaît déjà, bien avant la Révélation définitive, comme doté d\u2019attributs divins.Pour le Nouveau Testament en effet (l\u2019étude en est faite par J.Colson), c\u2019est le Christ qui se présente sous les traits de l\u2019époux.De ses noces mystiques avec l\u2019humanité, les Evangiles synoptiques révèlent le caractère eschatologique (le retour de l\u2019époux), moral (la robe nuptiale) et universel (les invités qui se récusent).Saint Paul développe l\u2019aspect ecclésiologique du symbole; le quatrième Evangile l\u2019éclaire par le thème de l\u2019Heure du rassemblement (les fiançailles sanglantes dans la mort, et la résurrection) et par celui de la Femme, mère des hommes (Marie et l\u2019Eglise) et figure de l\u2019humanité (la Samaritaine, épouse déchue et purifiée).L\u2019Apocalypse, après avoir évoqué les noces éternelles \u2014-l\u2019Eglise et l\u2019Epoux dans la gloire \u2014 s\u2019achève sur le cri de l\u2019Epouse: « Viens, Seigneur Jésus.» (Apoc., xxil 20.) \u2014 Dans cette étude, dont l\u2019aspect scientifique limitera peut-être l\u2019éventail des lecteurs, ceux-ci, à travers l\u2019image profondément humaine de l\u2019amour conjugal, retrouveront l\u2019incomparable richesse, théologique et affective, du salut par le Christ; l\u2019Eglise et Marie s\u2019y révéleront aussi à eux dans une lumière resplendissante; enfin, les époux y entreverront la grandeur de leur union, puisque Dieu l\u2019a prise comme symbole de son amour infini pour les hommes.Voilà donc un livre bien adapté aux thèmes actuels de la pensée religieuse: le renouveau biblique, la théologie du mariage et la spiritualité conjugale, l\u2019Eglise-peuple de Dieu en marche vers son Epoux, et Marie dans ses rapports avec le Christ et l\u2019Eglise.Gérard Hébert.Jean-Rémy Palanque et Jean Chelini: Petite Histoire des grands Conciles.Coll.« Présence chrétienne ».\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1962, 311 pp.et 3 cartes, 18.5 cm.ON pouvait s\u2019attendre à ce que le présent concile soit l\u2019occasion de nombreuses études sur ceux qui l\u2019ont précédé.Parmi les travaux de vulgarisation parus à ce propos, Petite Histoire des grands conciles est assurément l\u2019un des meilleurs.Les AA.ont heureusement évité deux écueils: le fatras d\u2019une érudition fastidieuse et les détails d\u2019une histoire purement anecdotique.L\u2019essentiel était de faire comprendre les graves problèmes qui ont nécessité la convocation de ces assises solennelles, et de faire voir les résultats auxquels on tudes des « leaders », pourraient former le champ privilégié de leur investigation.Puissent-il le faire avec autant de compétence que les deux professeurs de Laval.Leur livre est sans contredit un des meilleurs ouvrages sociologiques publiés au Canada.Jean-Guy Vaillancourt.Université Grégorienne, Rome.est parvenu, souvent en dépit d\u2019obstacles que la prudence humaine aurait pu juger insurmontables.Signalons particulièrement le très sobre mais intéressant chapitre consacré au premier Concile du Vatican.Pour les non-initiés, un vocabulaire et des cartes ont été ajoutés en appendice.Qu\u2019on nous permette un seul regret: les indications bibliographiques sont vraiment trop sommaires.On eût rendu service en introduisant le lecteur aux ouvrages de base concernant la littérature conciliaire.Gilles Pelland.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.Xavier de Chalendar: Les Prêtres.Coll.« Le temps qui court ».\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 17.5 cm.192 pp.J\u2019avoue avoir commencé avec quelque méfiance la lecture de ce livre.D\u2019après le titre, je m\u2019attendais à des descriptions plus ou moins archéologiques puisées aux grandes civilisations ayant compté dans leur sein une classe sacerdotale.Je me trompais: il ne s\u2019agit ici que des prêtres catholiques et de l\u2019évolution de leurs tâches sacerdotales depuis les députs du christianisme jusqu\u2019à nos jours.L\u2019A.se veut objectif, présente le pour et le contre, se contentant de décrire les situations historiques et de citer des témoignages contemporains.Il parle rarement à son compte; une fois pourtant il énonce ainsi les deux caractéristiques: « Tout d\u2019abord, le prêtre n\u2019est plus un citoyen privilégié: son statut s\u2019en trouve profondément modifié et par contre-coup sa psychologie; cette situation semble d\u2019ailleurs irréversible: l\u2019ère constan-tinienne est close.D\u2019autre part, le prêtre vit au milieu d\u2019un monde païen; au contact tout proche des incroyants, il doit découvrir un nouveau style de présence et d\u2019apostolat; ses fonctions ne sont plus les mêmes que jadis.» Un volume d\u2019un grand intérêt, à la portée de tous, abondamment illustré, utile surtout à ceux qui n\u2019ont pas le temps ou le courage d\u2019aborder des ouvrages plus considérables et plus sérieux.Richard Arès.Marcel LÉGAUT:\tTravail de la foi, Quelques approximations spirituelles.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1962, 156 pp., 18.5 cm.« /Confession d\u2019un intellectuel » -\u2014 c\u2019est le titre du premier essai \u2014 qui a renoncé à l\u2019enseignement universitaire, il y a vingt ans, pour se consacrer au travail de la terre: depuis 1942, Marcel Légaut, autrefois professeur de sciences à Nancy et à Rennes, exploite une ferme isolée dans les montagnes du Haut-Diois.De ces vingt RELATIONS Les livres années de dure expérience sourd le témoignage sincère et lucide, sans inflation [pp.71-74] (le 4e essai [pp.68-81], porte sur « le témoignage de l\u2019adulte »), d\u2019une longue recherche spirituelle (3e essai) menée dans la sincérité même de la chair, dans la foi douloureuse qui accomplit l\u2019homme (essais sur « la vie de foi », « l\u2019échec à la dimension de l\u2019existence », « l\u2019accomplissement spirituel »).L\u2019enseignement a cédé la place au témoignage; la fécondité de ce dernier, assurée par la sincérité du témoin, se situe dans l\u2019ordre de la sagesse des Béatitudes douloureuses et pacifiantes du Christ, comprises dans le dénuement vécu de la foi.A tous ceux qui ont faim et soif, une nourriture amère mais solide est offerte en ces quelques essais.Guy Bourgeault.Scolastical de V Immaculée-Conception, Montréal.Mère Marie Lioba, M.-L.-de-G.: Le Vrai Visage de saint Jean Berchmans.\u2014 Bruges, Les Editions de la Vigne, 1962, 109 pp., 20.5 cm.ON ne saurait comprendre saint Jean Berchmans en l\u2019isolant de son temps.On peut ne voir en lui qu\u2019un pieux novice, porté par sa jeunesse à un peu d\u2019exaltation et dont la mort à vingt-deux ans est de nature à émouvoir les cœurs sensibles.« Rien ne serait plus faux », écrit le chanoine Hoor-naert.Et, en effet, le Vrai Visage de saint Jean Berchmans nous montre un jeune homme parfaitement équilibré, dont la vertu dominante fut la charité.Le calme et la sérénité qu\u2019il garde au plus fort de ses épreuves s\u2019expliquent par cette note qu\u2019on a trouvée dans ses papiers: « De la personne du Christ, j\u2019ai appris la joie.» Ouvrage bien présenté, écrit d\u2019un style alerte et dont la valeur est rehaussée par 17 illustrations de bon goût.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie, Montréal.Michel Guy: Le Cœur humain de Lacor-daire.Paris, Sélection Marne, 1962, 256 pp., 12.5 cm.Une anthologie de courts extraits des conférences et des sermons de Lacor-daire, précédée d\u2019une introduction, suivie d\u2019une biographie et d\u2019une chronologie.L\u2019ensemble nous permet de connaître la carrière et d\u2019apprécier la manière du grand orateur.Mais les passages cités sont vrai- ment trop brefs, une page en moyenne, pour nous entraîner dans l\u2019élan oratoire et la vie frémissante qui soulevaient les auditeurs.Le lecteur n\u2019est pas préparé à sentir la chaleur que le cœur et la voix de Lacor-daire communiquaient à son auditoire.On aime, tout de même, à relire ces morceaux choisis qui nous reportent à l\u2019époque où le romantisme était de mise, jusque dans la chaire sacrée.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint-Jérôme.Nicolas Ferrante, C.SS.R.: Saint Gérard Majella.Traduit par L.-X.Aubin, C.SS.R.\u2014 Montréal, Filles de Saint-Paul, 1962, 345 pp., 25 cm.« T T NE MERVEILLE DE SAINTETÉ », ditl\u2019au-LJ teur.C\u2019est vrai.Dès l\u2019âge de cinq ans, semble-t-il, l\u2019enfant était déjà dans les sphères mystiques.Apprenti tailleur, il lui arrivait de tomber en extase sous sa table, oubliant le travail entrepris.La plupart se moquaient de lui, d\u2019autres en avaient pitié, tant il était aimable et complaisant.Il voulait entrer en religion, mais il était refusé comme sujet inutile.Ayant forcé la porte des Rédemptoristes, dont un des supérieurs pressentit ce qu\u2019il était, ce maladroit devint d\u2019une grande efficacité dans tout ce qu\u2019on lui commandait.Bientôt il se mit à faire des miracles, à lire dans les consciences, à diriger les âmes.A la fin de sa vie l\u2019humble Frère semblait avoir la toute-puissance divine à sa disposition.C\u2019était un défi à l\u2019incrédulité du xvme siècle.Il mourut en 1755, à vingt-neuf ans.Contemporain de saint Alphonse de Liguori, son supérieur majeur, le jeune saint dépassa de beaucoup l\u2019austérité de vie que le grand fondateur imposait à sa congrégation naissante.Les effroyables pénitences, la soif de souffrance de Gérard, jointe aux misères de la Pouille, répandent sur sa biographie un air sombre que son sourire inaltérable et son humeur joyeuse ne dissipent pas complètement.Cette vie du saint est présentée comme définitive.L\u2019auteur s\u2019appuie sur d\u2019innombrables documents, dont il a fait l\u2019examen critique.On peut regretter qu\u2019il s\u2019attarde parfois trop à nous parler des personnes qu\u2019il rencontre en chemin, regretter aussi que l\u2019édition canadienne n\u2019ait pas été plus rigoureusement corrigée.Adélard Dugré.Noviciat des Jésuites, Saint- Jérôme.François Malley: Inquiétante Amérique latine.Coll.« L\u2019Eglise aux cent visages ».n° 7.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 1963, 175 pp., 18 cm.Opuscule éclairant et tonifiant, qui donne une information précise et bien équilibrée sur les immenses problèmes qu\u2019affronte aujourd\u2019hui l\u2019Amérique latine.Problèmes humains: population, poussée démographique, concentration urbaine, misère et analphabétisme, sous-alimentation.Problèmes d\u2019une économie surtout primaire faiblement industrialisée, avec secteur tertiaire hypertrophié.Problème social et politique.Surtout problèmes de la revitalisation du catholicisme.C\u2019est un catholicisme de masse, a-monastique et tourné vers l\u2019action, menacé par le communisme, le protestantisme et le spiritisme, affligé d\u2019une grande pénurie de prêtres.Au point qu\u2019il est urgent de passer de la quantité à la qualité et d\u2019apporter une solution au très grave problème social.L\u2019espoir d\u2019un renouveau, d\u2019autre part, se justifie par la foi et la santé morale des masses, par la présence de minorités bien formées, dynamiques et agissantes.Avec CELAM (Conseil épiscopal latino-américain) le continent tout entier s\u2019organise.L\u2019aide des catholiques de l\u2019extérieur doit continuer.L\u2019A., s\u2019adressant à des Français, précise ce que pourrait être leur apport.En annexe figure l\u2019Appel de notre épiscopat canadien en faveur de l\u2019Amérique latine.Ce petit volume est à répandre.Il avivera l\u2019intérêt que nous portons à nos frères de l\u2019Amérique du Sud, il stimulera notre zèle à les aider de toutes nos forces.Georges Robitaille.Françoise Gaudet-Smet : Heures d\u2019amour.\u2014Notre-Dame-du-Cap, Radio-Marie (RM), NDC 336308, 33 1/3 t., monaural.Des poèmes très simples, dits avec un accent canadien, mais n\u2019en gardant pas moins une portée universelle, chantent les joies et les grandeurs de la maternité.Tous les jeunes couples, et les plus vieux aussi, aimeront retrouver, au contact de ces textes, leurs émotions les plus pures.Le disque comprend six poèmes: Feu et lieu, Magnificat, Heures d\u2019avant, Notre-Dame de l\u2019attente, Mains jointes et Première sortie.Ce message d\u2019amour rappelle opportunément à la femme que, si elle doit être pleinement épouse, il lui est aussi donné d\u2019être mère.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.\t LAVALLEE, BEDARD, LYONNAIS,\tGASCON & ASSOCIES Comptables agréés\t Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tLionel Gascon, C.A.Jean Lussier, C.A.\tPaul-L.Noiseux, C.A.Jacques Desmarais, C.A.\tRené Sénécal, C.A.David Crockett, C.A.\tMaurice Saint-Louis, C.A.Marcel Demers, C.A.\tPaul Hébert, C.A.Pierre Bédard, C.A.\tRaymond Fontaine, C.A.André Lussier, C.A.\tJacques Bouvette, C.A.10 est, rue SAINT-JACQUES\tTROIS-RIVIÈRES MONTRÉAL \u2014Tel.: UN.1-6325\tSHERBROOKE FÉVRIER 1964\t61 Carl Grimberg: Histoire universelle.Tome 2: La Grèce et les origines de la puissance romaine; tome 3: Rome, VAntiquité en Asie orientale, les grandes invasions.Adaptation française sous la direction de Georges-H.Dumont.Bibliothèque Marabout-Université.\u2014 Verviers, Ed.Gérard & Cie, 1963, 402 pp., 382 pp., 18 cm.Lhistoire de l\u2019Antiquité contient sans r doute bien des guerres qui orientèrent souvent de façon décisive la civilisation, mais elle recèle aussi des richesses toujours vivantes de la culture que produisirent les génies de la littérature, de l\u2019art, de la philosophie et des sciences.Les noms prestigieux de la Grèce et de Rome acquièrent encore plus de consistance lorsque nous prenons un contact, sommaire il est vrai, avec leurs œuvres.Ces deux volumes constituent une excellente présentation de l\u2019histoire antique et ils conviennent à un large public.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Epargner tout en protégeant les vôtres avec un plan de Hui â>aubegartre COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social: Montréal La haute Fidélité stéréophonique à son meilleur ^ va Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, LA.5-2551 Guy Frégault et Marcel Trudel: Histoire du Canada par les textes.Tome I, 1534-1854.Michel Brunet: Tome II, 1855-1960.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1963, 262 et 282 pp., 23 cm.Prix: chacun, $4.Cette réédition d\u2019un ouvrage bien connu de nos étudiants constitue une refonte totale, tellement que l\u2019ouvrage se présente maintenant en deux tomes assez considérables.On y trouve des textes absolument indispensables à un enseignement sérieux et scientifique de notre histoire; des textes qui font plus impression que n\u2019importe quel récit d\u2019historien.Qu\u2019on lise, par exemple, les extraits du journal du colonel John Winslow concernant la déportation des Acadiens (tome I, pp.95-96).Le deuxième tome nous mène jusqu\u2019à l\u2019année 1960 et contient une foule de textes intéressants, par exemple, des extraits de la Lettre pastorale de l\u2019épiscopat québécois sur le problème ouvrier (1950).Ici et là cependant, M.Brunet laisse percer ses sentiments dans la présentation des textes.Je me demande jusqu\u2019à quel point l\u2019histoire est servie, quand il accuse le Rapport de la Commission Tremblay de manquer de réalisme, de s\u2019appuyer « sur une conception très théorique du fédéralisme » et quand il se demande « si le fédéralisme auquel réfèrent constamment les commissaires est possible » (p.232).Dans la présentation qu\u2019il a faite du Rapport de la Commission Rowell-Sirois ainsi que du Rapport de la Commission Massey, M.Brunet paraît avoir été beaucoup plus objectif.Il serait dommage qu\u2019un jour l\u2019histoire en marche vienne démentir les présentations de l\u2019historien.Richard Arès.Juliette CHABOT: Montréal et le rayonnement des bibliothèques publiques.\u2014 Montréal, Fides, 1963,189 pp., 20.5 cm.Les citoyens de Los Angeles ont effec-j tué, en un an, un total de 13,537,939 emprunts de livres à leur bibliothèque municipale; ceux de Toronto, en un an, un total de 5,243,682; les citoyens de Montréal, en un an, ont emprunté 1,169,460 livres de la Bibliothèque Municipale.Cependant, il y a quatre ans, Toronto avait le bénéfice d\u2019une enquête faite par des experts sur son système de bibliothèque.Cette année, c\u2019est la bibliothèque de Los Angeles qui institue son enquête.Il est fort souhaitable que les autorités de la ville de Montréal utilisent elles aussi ce moyen si précieux pour l\u2019amélioration de tout système de bibliothèque.Avec l\u2019ouvrage de Mlle Chabot, les enquêteurs auraient entre les mains un premier instrument de travail: une descrip- tion du système actuel, accompagnée d\u2019une série de « recommandations ».Cette étude, en effet, nous offre le texte d\u2019une thèse de maîtrise en bibliothéconomie de l\u2019A., conservateur adjoint de la Bibliothèque municipale de Montréal.En plus de la bibliothèque municipale, l\u2019A.entend décrire brièvement les onze autres bibliothèques publiques du grand Montréal.Les recommandations viennent après la considération de deux séries de critères: d\u2019abord deux cas de bibliothèque municipale dans des villes comparables à Montréal (Toronto et Boston), et ensuite les normes d\u2019excellence pour les bibliothèques publiques, tant américaines que canadiennes, en vigueur à l\u2019époque où la thèse fut composée.Les nouvelles normes établies depuis ne changeraient pas substantiellement les conclusions tirées par l\u2019auteur et le lecteur.Dans la série de recommandations générales, les renseignements donnés sur la législation se rapportent dans l\u2019ensemble à la situation qui existait avant 1959.Aujourd\u2019hui, devraient s\u2019ajouter l\u2019analyse de la législation de 1959, la description du travail de la Commission des Bibliothèques publiques et surtout du Service des Bibliothèques publiques, \u2014 et des recommandations sur les améliorations désirables.Les recommandations particulières portent d\u2019abord sur la Bibliothèque municipale de la cité de Montréal.Une brève mention d\u2019un certain nombre d\u2019améliorations (pp.125 à 134) est peut-être en rapport avec les objectifs d\u2019une thèse, mais est bien loin de la planification des bibliothèques de Montréal qu\u2019appellerait une enquête d\u2019experts.Les recommandations particulières tiennent compte du fait que le service de bibliothèque d\u2019une ville située au centre d\u2019une vaste région métropolitaine doit être aussi coordonné avec les autres bibliothèques.La bibliographie des ouvrages consultés est suivie d\u2019une « bibliographie-conseil » dont on ne voit pas le rapport avec le sujet de la thèse, et de quatre appendices offrant des textes de documents.Une étude approfondie de la sociologie de la région montréalaise que nous donnerait une thèse de doctorat en bibliothéconomie ou une enquête par des experts, reste nécessaire pour établir un plan pour la création et le développement des bibliothèques de la région.Sur les 52 villes de la région de Montréal, seulement 6 ont des collections de plus de 10,000 livres.Au lieu d\u2019un minimum de 4,219,018 livres au service des citoyens, les bibliothèques publiques de toute la région n\u2019en ont que 866,685, ou moins que le quart.Le « rayonnement » qu\u2019annonce le titre est un objectif à atteindre dans l\u2019avenir et non pas un jugement de l\u2019état actuel, qu\u2019il conviendrait plutôt de décrire comme un état de pauvreté et de quasi-stagnation.Romana Associatio\tRAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \t Po\tApprouvée par : 1 A T A , A T C Transvehendis\tConférences Transatlantique et Transpacifique Itinerantibus\tPour vous servir : M.Luc GOU/ directeur général, Missionariis\t1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.Tél.: VI.5-7223* Nous mettons à votre disposition nos bureaux de Raptim-ltalie, Allemagne, Belgique, France, Hollande, Argentine et Colombie.62 RELATIONS Une source de renseignements en langue française nous manquait sur les bibliothèques publiques de Montréal.Ce livre nous l\u2019apporte; il permettra de combattre avec plus d\u2019efficacité la scandaleuse ignorance des Montréalais en matière de bibliothèque.A ce titre, il est appelé à rendre de très grands services, et doit être recommandé à toutes nos bibliothèques scolaires et publiques.Edmond Desrochers.Maison Bellarmin.Charles Moeller: Mentalité moderne et Evangélisation.Dieu, Jésus-Christ, Marie, l\u2019Eglise.2e édition revue et augmentée.\u2014 Bruxelles les Editions de Lumen Vitae, 1962, 365 pp., 23.5 cm.C\u2019est aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il faut annoncer le message chrétien.Il faut donc s\u2019adresser à eux compte tenu de ce qu\u2019ils sont et des problèmes qu\u2019ils se posent maintenant.Voilà sans doute une évidence, mais qu\u2019on gagnera à se rappeler Ï)arfois si l\u2019on veut éviter de minimiser eurs difficultés ou même d\u2019engager des dialogues de sourds.Dans ce contexte, la première édition de l\u2019ouvrage de Moeller était déjà un fort bon instrument de travail.La deuxième édition, revue et augmentée, remet le livre à jour et le complète heureusement.L\u2019essai \u2014 qui est en fait surtout un ouvrage de consultation \u2014 est ordonné autour de deux axes: la mentalité contemporaine d\u2019une part et les orientations actuelles de la catéchèse d\u2019autre part.Sous ce double éclairage, l\u2019A.analyse quelques-uns des problèmes les plus fondamentaux du dogme, réunis sous quatre thèmes: Dieu, le Christ, Marie et l\u2019Eglise.L\u2019ensemble ne forme pas un exposé didactique: il permet plutôt de faire le point, d\u2019ouvrir des perspectives en vue d\u2019une présentation vraiment renouvelée du message chrétien.Le centre de la première édition, note l\u2019A., était Jésus-Christ.Il l\u2019est toujours, mais d\u2019une autre manière: l\u2019attention se porte davantage sur l\u2019Eglise car c\u2019est à travers elle qu\u2019on interroge aujourd\u2019hui les signes de Jésus-Christ.Moins que jamais l\u2019homme de la rue ne sépare Dieu de ses témoins.Clair, vigoureux, substantiel, cet ouvrage devrait être à la portée de la main de tous ceux qui ont à enseigner la religion.Gilles Pelland.Evariste-C.Jacob, I.C.: Le Cinéma et l\u2019Adolescent.\u2014 Montréal, Fides, 1962, 190 pp., 19 cm.Le premier livre canadien sur le cinéma j porte sur l\u2019éducation cinématographique des jeunes et sort de la plume d\u2019un éducateur chevronné, animateur de ciné-clubs.Autour d\u2019une vaste enquête sur le cinéma et l\u2019adolescent de chez nous, l\u2019auteur a placé un chapitre préliminaire sur le cinéma et sur l\u2019adolescent et des chapitres subséquents d\u2019interprétation et de conclusion sur l\u2019action du cinéma, les attitudes qu\u2019il suscite et l\u2019orientation à donner à la formation cinématographique.Des appendices sur la censure des films et le matériel de l\u2019enquête, une bibliographie bien choisie et la liste des tableaux et graphiques complètent le volume.L\u2019angle de vision est ici nettement éducatif.Le résumé de ce qui a été publié sur le cinéma et son influence sur les jeunes réyèle de la probité et de l\u2019ouverture d\u2019esprit.Il ne faut pas y chercher l\u2019originalité ou la profondeur.Les idées qui dominent sont justes sur la politique à suivre envers les jeunes.Je crois que le livre doit figurer dans toute bibliothèque d\u2019éducateurs, sans aucun doute, puisqu\u2019il est le seul livre publié au Canada sur le sujet; il devrait intéresser les parents soucieux de la formation de leurs enfants qui grandissent; il Ï)ourra intéresser, parmi les plus avancés, es jeunes qui ont un souci de leur culture.Jacques Cousineau.Jean Demal et Louise-Marie Waucomont: Zoologie.Coll.« Sciences et humanités ».\u2014 Paris, 1963, 128 pp., 21.5 cm.Petit bijou de manuel, d\u2019une présentation attrayante et propre, abondamment illustré de photos en noir ou en couleurs et de dessins.La matière ne rebute pas, car le texte est simple et vivant, non encombré de tous les termes techniques; les principales caractéristiques des groupes d\u2019animaux sont bien notées.Ce manuel élémentaire, le premier d\u2019une nouvelle série de 6 volumes à paraître, s\u2019inspire de la plupart des manuels récents et pour l\u2019ordre de la matière et pour la présentation; aussi, il n\u2019apporte peut-être rien de neuf.Les auteurs ont systématiquement mis de côté titres et divisions, qui facilitent habituellement le travail de la mémorisation; le manuel devient plutôt un livre de lecture agréable qui complétera bien les schémas du professeur.Car les jeunes auxquels ce livre s\u2019adresse ont encore besoin, je crois, qu\u2019on leur indique clairement ce qu\u2019il faut retenir après les longues explications.Zoologie, de Demal et Waucomont, est donc conçu dans l\u2019esprit des manuels actuels, attrayants, sans doute, mais plutôt déroutants pour l\u2019étude en vue d\u2019un examen.Dollard Senécal.Collège Saint-Ignace, Montréal.Igor-A.CARUSO : Psychanalyse pour la personne.Coll.« Esprit ».\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1962, 190 pp., 20.5 cm.Technique appliquée au traitement des pulsions inconscientes, la psychanalyse, par la situation qu\u2019elle établit entre le thérapeute et son client, concourt à libérer celui-ci des liens affectifs qui entravent son élan vers un autonome achèvement de soi.L\u2019A.met en relief l\u2019importance du symbole (qu\u2019utilisent langage, rêves et conduite) et de son interprétation, dans la cure psychanalytique.Par le fait même, grâce à sa connaissance de la philosophie et de la théologie, il corrige les erreurs, comble les lacunes du freudisme et des systèmes qui en dérivent (Jung, Adler.), surtout en ce qui concerne le narcissisme (12-13, 123-124), la sexualité (93-95), le mythe de «l\u2019instinct de mort» (43, 97, 106, 113, 153), la conscience morale (115-116), les variétés d\u2019« aliénation » humaine (chap.3-6), le facteur social dans la formation de la personnalité et des névroses (chap.7), enfin la religion (chap.8).Au patient libéré de ses complexes névrotiques, il reste à se définir et à se réaliser; tâche impossible sans la grâce.La psychanalyse ne s\u2019oppose ni à la morale ni à la religion; en guérissant la névrose, qui constitue toujours une sorte d\u2019idolâtrie, d\u2019absolutisation du relatif (44-46), elle prépare le terrain à l\u2019action de la foi, de l\u2019espérance, de la charité (153-156).Non seulement au spécialiste, mais au lecteur cultivé qu\u2019intéresse une pensée originale et juste, cet ouvrage plaira sûrement.Joseph d\u2019Anjou.Relieurs de Bibliothèque A votre service depuis 16 ans.LES ATELIERS DE RELIURE marcel beaudoin 4662, 18e Avenue, Rosemont Montréal-36, P.Q.- CL.5-7333 TOUS- LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.P., secr.-trés.(Strictement en gros) Le temple de la lumière» Belong 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal 274-2465* L'expérience n'a pas de prix Bien que nous soyons des spécialistes en chauffage-plomberie pour hôpitaux, églises, maisons d\u2019enseignement, bâtiments industriels, nous ne négligeons pas pour tout cela les particuliers.Construisez-vous?Avez-vous des réparations à faire exécuter, chez vous?Nous mettons à la portée de toutes les bourses l\u2019expérience de nos techniciens et de nos ouvriers spécialisés.Nous apportons la même conscience professionnelle aux travaux de grande comme de moindre importance.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada ooo ooo CHAUFFAGE-PLOMBERIE Victor 9-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL FEVRIER 1964 63 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Collection « Feuillets de vie spirituelle )) Pierre Gaillarc: Accueillir Dieu ou les voies de la prière.Tomes I et II.\u2014 Paris, (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1963, chacun 80 pp.Initiation aux voies d\u2019accès à une prière adulte.L\u2019ouvrage traite des caractères communs à toute forme de prière, des rapports entre la prière de l\u2019Eglise et la prière dite personnelle, des obstacles que rencontre toute vie de prière, et de la manière dont on a chance de les surmonter.Collection « Présence chrétienne » Maurice ZunüEL: Morale et Mystique.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1962, 144 pp.La conscience chrétienne doit dépasser le niveau de la seule obligation morale et s\u2019ouvrir à un certain « réalisme mystique ».Petit livre de spiritualité particulièrement adapté aux besoins des lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui, surtout des chrétiens dans le monde.L'Église devant les masses rurales.« Rapports et compte rendu de la XXXIIe Semaine de Missiologie, Louvain 1962 ».\u2014Bruges, Desclée de Brouwer, 1963, 308 pp.Travaux variés qui nous font faire le tour du monde missionnaire sous son aspect rural.A signaler: « Transformations actuelles du monde rural », « La faim dans le monde », « La F.A.O.et les missions »; des rapports locaux accompagnent ces travaux généraux et décrivent la situation en Afrique, en Asie et en Océanie.Jacques TRUCHET: Bossuet, panégyriste.\u2014 Paris (29, boul.Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1962, 190 pp.Ouvrage sérieux, richement documenté, qui nous fait découvrir des aspects importants, jusqu\u2019ici trop négligés, de l\u2019intelligence et de l\u2019art de Bossuet.André CONQUET: Comment participer à une réunion.\u2014 Paris (17, rue Jean-Goujon), Editions du Centurion, 1963, 64 pp.Conseils judicieux sur l\u2019art de participer à une réunion.Brochure illustrée à la portée de tous.Collection (( Maîtres spirituels » Paul COCHOIS: Bérulle et l'École française.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 192 pp.Initiation à la vie, aux œuvres et à la doctrine du cardinal de Bérulle.Collection « Le temps qui court » Alain Ducellier: Les Byzantins.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1963, 192 pp.Présentation abondamment illustrée de l\u2019histoire de l\u2019Empire romain d\u2019Orient, de 330 à 1453.Tous les aspects sont touchés: univers religieux, vie économique et sociale, vie intellectuelle, art byzantin, etc.G.HuNERMANN: Les Tables de Moïse.Les commandements racontés aux jeunes.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1963, 204 pp.35 récits, tirés de l\u2019Ecriture, de la vie des saints, de la réalité quotidienne et destinés à mieux faire comprendre aux jeunes d\u2019aujourd\u2019hui le sens des commandements de Dieu et de l\u2019Eglise.Toon KORTOOMS: 125 kilos au service de de Dieu.Un Capucin curé malgré lui.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1962, 256 pp.Récit romancé de l\u2019arrivée et du séjour d\u2019un gros Capucin dans une paroisse excentrique de Hollande.Expériences pastorales inédites.AMÉLIOREZ VOTRE CONDITION.en suivant le COURS DE PRÉPARATION AUX AFFAIRES donné le soir par des professeurs de grande expérience, à L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES Si vous travaillez, vous pouvez tout de même acquérir un diplôme en 3 à 5 années d'études : a)\tSection générale \u2014¦ 3 ans \u2014- diplôme d'études commerciales b)\tSection comptable \u2014 5 ans \u2014 diplôme de comptabilité et préparation aux examens d'admission à l'Institut des comptables agréés (C.A.) de la province c)\tOptions diverses \u2014 vous permettant d'obtenir des certificats en correspondance commerciale anglaise et en langues étrangères (italien, espagnol, allemand).N.B.\u2014 Vous pouvez aussi suivre les cours de votre choix à titre d'élève libre.Pour obtenir tous renseignements et prospectus, adressez-vous au Secrétaire général L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES 535, AVENUE VIGER \u2014 Montréal.\tTEL.: 844-2821 64 RELATIONS El HE Banque Canadienne Nationale Situation au 30 novembre 1963 PASSIF Envers le public: Dépôts.$844,730,099 Divers.4,688,086 $849,418,185 Envers les actionnaires: Capital, réserve\tet profits inaffectés .56,365,140 $905,783,325 ACTIF Disponibilités de caisse.$127,451,127 Valeurs de gouvernements canadiens (dûment amorties) et autres obligations et actions, ne dépassant pas le cours actuel.242,271,956 Prêts commerciaux et autres avances.520,710,807 (déduction faite des provisions pour pertes éventuelles) Immeubles sociaux et divers.15,349,435 (déduction faite des amortissements)\t_____________ $905,783,325 COMPTE PROFITS ET PERTES Nouveauté Bibliographie de Pédagogie religieuse par René Barbin, S.J.Cette bibliographie de pédagogie religieuse veut être un instrument de travail pour les professeurs, les directeurs (trices) d\u2019œuvres, les responsables de formation religieuse, les laïcs désireux de parfaire leur formation.C\u2019est une bibliographie organisée et commentée.276 pages.$4.50 l\u2019exemplaire.Réflexions sur l'enseignement par Pierre Angers, S.J.Très connu par son enseignement universitaire, ses conférences et ses écrits, le P.Angers présente dans ce volume des considérations qui ne manquent pas de susciter la réflexion sur des problèmes importants de l\u2019éducation.204 pages.$3 l\u2019exemplaire.S'adresser à son libraire ou aux EDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 Profits nets de l'exercice finissant le 30 novembre 1963, déduction faite du versement au Fonds de pension du personnel, de l'amortissement des immeubles sociaux, de la provision pour l'impôt sur le revenu et des affectations aux réserves latentes à même lesguelles il a été pleinement pourvu aux créances mauvaises et douteuses et aux moins-values du portefeuille.$\t3,705,256 Dividendes.2,648,608 Report à nouveau.$\t1,056,648 Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1962\t.209,795 $\t1,266,443 Porté au Fonds de réserve.800,000 Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1963\t.$\t466,443 Provision pour l'impôt sur le revenu $4,285,000 FONDS DE RESERVE Solde au 30 novembre 1962.$ 36,000,000 Prime d'émission.7,120,719 Transport du compte Profits et Pertes.800,000 Solde au 30 novembre 1963.$ 43,920,719 Le vice-président,\tLe gérant général, J.M.DESSUREAULT\tLOUIS HEBERT CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1963.Le lecteur fournissant sa collection: $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d\u2019expédition Ecrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 387-2541 LE LIVRE D'OR DE LA PRIERE citation de l'auteur qui définit l'importance et la portée de l'ouvrage : \" sur le plan de la recherche historico-religieuse, il n\u2019est pas de sources plus instructives que les prières et les témoignages sur les ^marabout f f f f f f f f f Etude historique et approche des religions du monde entier, anthologie poétique et livre de méditation, ce recueil s'adresse à la fois aux croyants et aux autres, qu'ils s'intéressent à la substance dé la vie religieuse ou à l\u2019itinéraire du développement spirituel de l\u2019humanité.Toutes les prières de I' \"homo religiosus \" depuis les temps les plus reculés sont citées dans cet ouvrage de bonne foi, des chants de primitifs, des cinq continents jusqu\u2019aux grandes cérémonies des religions universelles.Enfin, la prière personnelle est largement évoquée, partant des textes admirables de Saint Augustin pour en arriver aux poèmes de Paul Claudel.On le voit, entre toutes les anthologies, \" celle-ci occupe une place à part.L'esprit aussi bien que la méthode qui ont présidé à sa composition font de l\u2019ouvrage une contribution à l\u2019histoire des religions et aussi à l\u2019anthropologie\" (Le Monde).Ce recueil original intéressera autant par l'immensité de la fresque historique qu'il dresse que par la scrupuleuse et large évocation des textes sacrés, allant de l\u2019incantation du primitif jusqu'aux pages sublimes de la liturgie ou de la littérature chrétienne.De plus, il touchera par sa très grande richesse poétique car, comme le dit Pierre Seghers dans sa préface, \"on ne profanera pas ces textes en oubliant passagèrement leur statut religieux, pour les considérer comme des actes littéraires\u201d.C\u2019est pourtant une Collections prières.Elles caractérisent une religion, une époque religieuse, un homme reli-> gieux, de façon plus efficace que la mythologie, la légende, le dogme, la morale, ou la théologie.\" En ce sens, la prière, substance même de l\u2019histoire spirituelle de l\u2019humanité, doit être considérée comme un élément essentiel de la connaissance de l\u2019homme universel \" (Un volume $ 1.95) au prix suggéré de L'OCCULTISME Alfoxiso M.di Noîa Le Livre cTGr de la Prière
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