Relations, 1 février 1965, Février
[" revue du mois, numéro 290, montréal, février 1965, prix 50 i RELATIONS RAPPORT PARENT ANALYSES ET COMMENTAIRES VIVEZ LE RAPPORT PARENT!\trapport PARENT FORMEZ DES GROUPES, DES CELLULES D\u2019ÉTUDES RENSEIGNEZ-VOUS SUR La lecture par la méthode du sablier (par Mme Gisèle Côté-Préfontaine, institutrice, et M.Robert R.Préfontaine, directeur d\u2019école) tome III page 30 rubrique 587 vi.cours de phonétique « Tous les élèves, français ou anglais, tireront profit, tout le long de leurs études, d\u2019un bon cours de phonétique donné dès le niveau élémentaire; l\u2019initiation aux symboles phonétiques internationaux leur servira dans l\u2019apprentissage subséquent des langues vivantes mais surtout les rendra attentifs aux sons du langage; ils apprendront ces symboles en s\u2019amusant, les enfants ayant souvent le goût des codes ou des jargons réservés.» Institutrices \u2014 Professeurs \u2014 Directeurs \u2014 Directeurs d\u2019études \u2014 Enseignants \u2014 Recherchâtes ! CHOISISSEZ LE LIEU, LA DATE, L\u2019HEURE afin d\u2019entendre les conférenciers-auteurs À date : réunions, rencontres, expérimentation à: Montréal - Longueuil - Saint-Hilaire Franklin Centre - Saint-Hyacinthe FÉVRIER 1\t2\t3\t4\t5\t6 7 8\t9\t10\tII\t12\t13 14 15\t16\t17\t18\t19\t20 21 22\t23\t24\t25\t26\t27 28 MARS\t\t\t\t \t1\t2\t3\t4\t5\t6 7\t8\t9 10 11\t12\t13 14\t15\t16 17 18\t19\t20 21\t22\t23 24 25\t26\t27 28\t29\t30 31\t\t AVRIL\t\t\t\t \t\t1\t2\t3 4\t5\t6\t7\t8\t9\t10 11\t12\t13 14 15\t16\t17 18\t19\t20 21 22\t23\t24 25\t26\t27 28 29\t30\t Drummondville - Chicoutimi Communiquez avec le Secrétariat des Ventes Repentigny 450, avenue Beaumont, Montréal-15 \u2014 Tél.: 273-5181 * f '\u2022«««««aF ENCORE JAMAIS VUE ! La première méthode de lecture enseignée à partir de comptines et s\u2019appuyant sur les symboles phonétiques du français international.La lecture par la méthode du sablier par Mme Gisèle Côté-Préfontaine, institutrice, et M.Robert R.Préfontaine, directeur d\u2019école.1er livre \u2014 93 pages \u2014 1er cahier \u2014 2e cahier \u2014 année : 2e livre \u2014 3 e cahier \u2014 4e cahier \u2014 Guide pédagogique 1.25 \u2014 actuellement en vente 3.60 \u2014 actuellement en vente 3.60 \u2014 actuellement en vente 1.25 \u2014 actuellement en vente 3.60 \u2014 actuellement en vente 3.60 \u2014 actuellement en vente \u2014 actuellement en vente En préparation : la série complète de la 2e année Une méthode mixte de l\u2019enseignement de la lecture.ê LIBRAIRIE BEAI CHEMIN LIMITÉE maison établie depuis 1842 450, avenue Beaumont, Montréal-15 Tél.: 273-5181 m AU SERVICE DU FRANÇAIS Phobie du neutre ?Comment le croire ?Nos journalistes ont la phobie du neutre.Oh! non pas scolaire, mais syntaxique.Que ne changent-ils de phobie, eux qui prisent la nouveauté ! D\u2019un étudiant ils annoncent qu\u2019il a « échoué son bachot ».Comme le morutier échoue sa barque (l\u2019esquif de la navigation collégiale) sur la grève ou sur un récif (l\u2019écueil des examens), je suppose.Or, le malheureux potache échoue, a échoué aux épreuves du bachot; car, dans ce sens, le verbe échouer, neutre et non actif, ne supporte pas le complément direct.On peut dire, si l\u2019on veut, que Paul a raté, manqué ou, en argot, loupé le (son) bachot.Mais à quoi bon se forcer pour inventer des fautes?L\u2019expression juste ne requiert ni plus de science ni plus d\u2019effort.Quant à l\u2019originalité, elle consiste, de nos jours, dans la correction, la grammaticale et.l\u2019autre.Nos chers chroniqueurs sportifs ont la tête farcie de tournures traduites servilement de l\u2019anglais.La liberté de la presse, mon bon ami, qu\u2019en faites-vous?Libre, vous n\u2019imiterez pas le confrère anglophone qui écrit: John protested the referee\u2019s decision.Dans sa langue, il s\u2019exprime comme il faut.Mais vous n\u2019avez pas, en français, liberté de « protester la décision » de l\u2019arbitre (affreux barbarisme); vous écrivez que John a contesté cette décision ou qu\u2019il a protesté contre elle.Non, ne protestez pas que ça dépasse votre degré de culture; ne contestez pas, non plus, le bien-fondé de mon observation.Autrement, vous commettrez des cocasseries analogues à celles dont je viens de parler.Il y a quelque temps, je lisais dans un journal que certaines autorités américaines de la boxe ont « déchu Clay » de son titre.Aussi neutre que protester, le verbe déchoir ne peut se construire avec un complément direct.Quelqu\u2019un déchoit (de son rang, de sa dignité).On dégrade un capitaine, on détrône, on découronne un champion; on le dépouille de son titre, de ses honneurs.Il déchoit alors; on ne « le déchoit » pas.Choir et déchoir ressemblent un peu à tomber par rapport et au sens et à la construction qui convient.Pierre tombe, ou vous le faites tomber; vous ne le tombez pas, sauf en langage populaire, lorsqu\u2019on dit que Jacques, le lutteur, a tombé son adversaire, qu\u2019il l\u2019a renversé et immobilisé.Le verbe tomber, alors actif, se conjugue avec l\u2019auxiliaire avoir; dans les autres cas, il exige l\u2019auxiliaire être : nous sommes tombés (dans la neige, sur le dos, sur un mauvais plaisant qui nous a rasés).Déchoir, s\u2019il marque une action, s\u2019appuie sur avoir : depuis cette affaire, Bernard a déchu de jour en jour; mais sur être, s\u2019il marque un état : il est déchu de ses privilèges.Déchu, le champion Clay n\u2019est pas tombé de son haut: il méprise le sort qu\u2019on prétend lui infliger.Encore un exemple de la phobie du neutre.A propos d\u2019un incident qui a dégénéré en querelle, un jargonneur de la page des sports écrit: Powers avait « officié la partie ».Or, neutre comme les précédents, le verbe officier ne souffre pas qu\u2019on lui colle un complément direct.Powers avait surveillé l\u2019application des règles du jeu, exercé l\u2019office d\u2019arbitre, officié lors de la rencontre des équipes.En anglais, to officiate s\u2019accommode du complément direct; en français, officier (verbe) ne s\u2019en accommode pas.Une fois de plus, laissons l\u2019anglais aux Anglais: ça leur échoit.Pour ne pas déchoir (de notre authenticité), ni échouer (sur les battures de l\u2019anglicisme), n\u2019offensons pas le français par la phobie d\u2019un neutre qui n\u2019a rien, celui-là, d\u2019offensif.J.d\u2019Anjou.90e RAPPORT ANNUEL \u201e 1964 , Banque Canadienne Nationale Situation au 30 novembre 1964 PASSIF $899,079,478 5,884,973 $904,964,451 57,666,154 $962,630,605 $145,796,194 239,380,500 558,768,979 18,684,932 $962,630,605 COMPTE PROFITS ET PERTES Profits nets de l\u2019exercice finissant le 30 novembre 1964, déduction faite du versement au Fonds de pension du personnel, de l\u2019amortissement des immeubles sociaux, de la provision pour l\u2019impôt sur le revenu et des affectations aux réserves latentes à même lesquelles il a été pleinement pourvu aux créances mauvaises et douteuses et aux moins-values du portefeuille .Dividendes .Report à nouveau .Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1963 .Porté au Fonds de réserve .Solde du compte Profits et Pertes au 30 novembre 1964 .Provision pour l\u2019impôt sur le revenu $4,785,000 FONDS DE RÉSERVE Solde au 30 novembre 1963 .Prime d\u2019émission .Transport du compte Profits et Pertes .Solde au 30 novembre 1964 .$ 4,079,504 2,879,793 $ 1,199,711 466,443 $ 1,666,154 ___1,000,000 $\t666,154 $ 43,920,719 79,281 1,000,000 $ 45,000,000 ENVERS LE PUBLIC : Dépôts .Divers .ENVERS LES ACTIONNAIRES : Capital, réserve et profits inaffectés .ACTIF Disponibilités de caisse .Valeurs de gouvernements canadiens (dûment amorties) et autres obligations et actions, ne dépassant pas le coût actuel .Prêts commerciaux et autres avances .(déduction faite des provisions pour pertes éventuelles) Immeubles sociaux et divers .(déduction faite des amortissements) Le président, LOUIS HÉBERT m Le gérant général, ANDRÉ LAÇASSE 8 FÉVRIER 1965 33 SOMMAIRE Février 1965 Au service du français: Phobie du neutre ?.J.d\u2019Anjou 33 LE RAPPORT PARENT I.\tApprobations, réserves et inquiétudes.Richard Arès 35 II.\tL\u2019École est l'affaire de tous .Pierre Angers 36 III.\tLe Rapport Parent et les collèges classiques .Florian Larivière 38 IV.\tFormation morale et religieuse Marcel Marcotte 40 V.\tTome ii, chapitre viii: Les maîtres .Gérard Plante 43 VI.\tLe statut scolaire du citoyen moderne.Paul-Émile Gingras 45 VII.\tLes institutions privées et le Rapport Parent.Robert Picard 48 VIII.\tLes corps intermédiaires et le système d'éducation .Irénée Desrochers 50 IX.\tAvant tout, maîtriser NOTRE LANGUE maternelle .Joseph d\u2019Anjou 53 X.\tFaut-il balancer les langues anciennes ?.Ernest Richer 55 XI.\tLes bibliothèques.Edmond Desrochers 57 XII.\tInterrogations sur l'indépendance des INSTITUTIONS « indépendantes » .Irénée Desrochers 59 XIII.\tUn « grand saut en avant.» ?Georges Robitaille 61 Le théâtre: Le Jeu de Vamour et du hasard.\u2014- Le Système Fabrizzi.Georges-Henri d\u2019Auteuil 62 Les livres.-\t63 Notes bibliographiques.68 Ouvrages reçus.III RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Irénée Desrochers, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Émile Bouvier, Jacques Cousineau, Joseph Ledit.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Tirage : Clarence Dontigny.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Même adresse M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.PARAÎTRA PROCHAINEMENT La Constitution dogmatique sur l\u2019Eglise.Le décret conciliaire sur l\u2019oecuménisme.Le décret conciliaire sur les Eglises orientales.Ces trois textes importants seront publiés ensemble dans un numéro spécial (hors série) de la collection des « Actes pontificaux ».La traduction a été établie par les PP.Jean-Marc Dufort, S.J., et Gilles Langevin, S.J., professeurs à la Faculté de Théologie du scolasticat de l\u2019Imma-culée-Conception à Montréal.Un tiré à part sera fait du décret sur l\u2019œcuménisme.On ferait bien de donner sa commande sans tarder.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-11.CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes, au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1964.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d\u2019expédition Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 387-2541 ùëü! 34 RELATIONS montréal février 1965 numéro 290 RELATIONS LE RAPPORT PARENT I.- Approbations, réserves et inquiétudes T^n consacrant la présente livraison de notre revue ' au Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019Enseignement au Québec, nous entendons souligner l\u2019importance particulière de ce document et reconnaître l\u2019influence décisive qu\u2019il est appelé à exercer dans la vie de la société québécoise.Aucun écrit jamais publié chez nous n\u2019aura autant touché le sort d\u2019un aussi grand nombre, aucun non plus n\u2019aura autant mérité de la part de tous une considération aussi attentive.Si complet et si audacieux apparaît ce projet de rénovation scolaire qu\u2019il amorce vraiment un des grands tournants de notre histoire et ouvre pour la collectivité québécoise un destin nouveau.Nous avons, le mois dernier, abordé cette œuvre monumentale; nous y revenons, ce mois-ci, plus en détail en tout ce numéro où des spécialistes expriment librement leur point de vue sur certaines des réformes que propose la Commission royale d\u2019enquête.Toute la matière n\u2019y est pas traitée, loin de là; plusieurs points vitaux le sont, à propos desquels on trouvera des approbations, des réserves et des inquiétudes.1.Des approbations.\u2014 Le Rapport fourmille d\u2019idées grandes, belles et généreuses avec lesquelles il est impossible de n\u2019être pas d\u2019accord.Quand il réclame pour et dans notre système scolaire plus de démocratisation, de libéralisation et de décentralisation, quand il recommande une intégration plus complète de toutes les institutions d\u2019enseignement et une accentuation plus marquée de leur caractère public, quand il insiste sur le respect de la personnalité de l\u2019enfant et sur la nécessité de mieux adapter l\u2019enseignement aux besoins actuels de notre société, nous ne pouvons qu\u2019applaudir.De même, comment ne pas approuver tout ce qui, dans les recommandations des Commissaires, tend à favo- FÉVRIER 1965 riser la formation du personnel enseignant, l\u2019accès du plus grand nombre à la culture générale, l\u2019éducation permanente, une meilleure formation scientifique, technique, artistique, cinématographique, etc.?Bref, avec l\u2019idéal que trace le Rapport Parent ainsi qu\u2019avec les objectifs généraux qu\u2019il fixe à notre futur système scolaire nous ne pouvons être que d\u2019accord.2.Des réserves.\u2014 Seulement, nous vivons sur terre, dans une société déterminée, qui a ses besoins propres, des ressources en hommes et en argent tout de même limitées, et qui déjà possède au secondaire un réseau considérable d\u2019institutions d\u2019enseignement.Est-il bien sage et bien pratique, dans ces conditions, de prétendre tout reconstruire à neuf ou en marge de ce qui existe actuellement ?Nous faisons partie d\u2019une communauté nationale dont la situation est unique et pleine de périls en Amérique du Nord, d\u2019une communauté qui se distingue de ses voisines par des valeurs propres \u2014 culturelles, morales, intellectuelles et spirituelles \u2014-, lesquelles contribuent à la maintenir dans l\u2019existence et confèrent à ses membres un mode original de penser, de sentir et d\u2019agir, bref un mode de vie particulier et distinctif.Est-il bien sage de reléguer à l\u2019arrière-plan ces valeurs qui ont fait notre force jusqu\u2019ici et d\u2019emprunter aussi généreusement celles des autres peuples ?Ainsi, par exemple, quel sort attend notre humanisme classique dans ces écoles polyvalentes, dans ces instituts surtout où, comme on l\u2019a dit, les élèves ne feront que passer, « inconnus dans la maison, étrangers les uns aux autres et à leurs maîtres », et qui, dans les circonstances actuelles et en dépit des vœux des commissaires, risquent fort de se transformer en énormes usines automatisées d\u2019où sortiront en série des citoyens de formation planétaire, mais déracinés et inter- 35 changeables, neutres d\u2019esprit et de cœur?Pour se réaliser, la démocratie exige-t-elle vraiment que tout le monde soit coulé dans le même moule, versé dans les mêmes cadres et façonné dans un seul et même type d\u2019école?Avec beaucoup de penseurs, nous nous permettons d\u2019en douter.3.Des inquiétudes.\u2014 Sur trois points en particulier nos réserves vont jusqu\u2019à l\u2019inquiétude.Ce réseau d\u2019institutions privées qui jusqu\u2019ici a porté presque seul le fardeau de l\u2019enseignement secondaire et y a assuré une certaine qualité de la culture, que deviendra-t-il ?Le moins qu\u2019on puisse dire, après lecture des recommandations du Rapport Parent, est que son avenir paraît fort compromis.Il lui faudra s\u2019intégrer ou périr, et même en s\u2019intégrant, il n\u2019est pas du tout assuré de survivre.L\u2019inquiétant n\u2019est pas que l\u2019État entre dans ce domaine de l\u2019éducation, mais qu\u2019il y entre en maître et y occupe toute la place, si bien que désormais, sans son consentement, personne ne pourra plus s\u2019y mouvoir.Inquiétude aussi en ce qui concerne le caractère confessionnel de l\u2019école future.A l\u2019encontre des exigences très claires du bill 60, la confessionnalité y sera-t-elle réduite au seul cours de religion ?Et ce cours, au niveau secondaire surtout, deviendra-t-il une option parmi une foule d\u2019autres options ?La religion y conservera-t-elle sa valeur d\u2019intégration et d\u2019unification de la personnalité chez l\u2019enfant ou sera-t-elle considérée seulement comme une valeur parmi la multitude des autres valeurs offertes par cette école polyvalente qu\u2019on nous présente comme une sorte de panacée ?La démocratie exige-t-elle vraiment que la place de la religion à l\u2019école soit réduite au strict minimum et que les catholiques se contentent d\u2019une confessionnalité tronquée et compartimentée?Avec beaucoup d\u2019auteurs sérieux, nous nous permettons de le contester.Inquiétude enfin à l\u2019égard d\u2019un ministère de l\u2019Éducation qui donne l\u2019impression de vouloir tout faire, tout seul, tout à la fois et tout au plus vite.« Une société ne se fait pas, a écrit Durkheim, elle pousse.» Ainsi en est-il d\u2019un système scolaire: ce n\u2019est pas du mécanique, c\u2019est de l\u2019organique, voire de l\u2019humain.Si, pour la fleur, les conditions de croissance ne sont pas réalisées, il est inutile et dangereux de tirer sur la tige pour en hâter l\u2019épanouissement; de même, tous les bureaucrates du monde, tous les technocrates et tous les planificateurs ne parviendront pas à faire pousser un nouveau système scolaire si l\u2019humain qu\u2019apportent principalement les maîtres y demeure absent.Tout comme les faits sociaux, les faits scolaires ne sont pas des choses; ils possèdent leur vie propre, une vie qui a ses lois internes et dont la première est qu\u2019on n\u2019engendre de l\u2019humain à l\u2019école qu\u2019avec de l\u2019humain.et du temps.Un système scolaire ne se fait pas, il pousse; il ne peut vivre et croître que s\u2019il s\u2019enracine dans la vie, non dans les systèmes d\u2019idées, eussent-ils pour eux la magie des mots et de la propagande.La rénovation de notre système scolaire doit se faire avec la collaboration de tous, non contre un groupe d\u2019hommes ou d\u2019institutions.A cette condition seulement, les grands espoirs qu\u2019a fait naître la publication du Rapport Parent auront des chances de se réaliser.Richard Arès, S.J.II.- L\u2019École est l\u2019affaire de tous Pierre ANGERS, S.J.Ie second tome du Rapport Parent \u2014 les structures pédagogiques et les programmes du système scolaire \u2014 propose par ses recommandations un effort considérable pour démocratiser l\u2019École.Dans les recommandations du Rapport, cette démocratisation se présente sous deux aspects fondamentaux.Le premier concerne les jeunes et il est devenu familier à l\u2019opinion publique: de la base au sommet, de la maternelle jusqu\u2019à l\u2019Université, l\u2019École est ouverte, rendue accessible à tous les talents et diversifiée à souhait.Elle offre à tous les jeunes des chances égales de s\u2019instruire, d\u2019atteindre au plus haut degré de culture générale et de qualification professionnelle, selon la mesure de leurs goûts et de leurs aptitudes, quelles que soient leurs origines sociales.La polyvalence, l\u2019orientation, les cycles, les services médicaux et psychologiques sont des mesures de cet ordre.Elles ne réalisent pas d\u2019elles-mêmes la démocratisation, du moins font-elles tomber des obstacles majeurs à sa réalisation.Le Rapport tend en outre à démocratiser l\u2019École par une autre série de recommandations, aussi fondamentales que les précédentes.Celles-ci concernent les adultes et elles leur sont moins familières.Pour faire éclater des cadres jusqu\u2019à ce jour trop étroits et pour offrir aux jeunes un enseignement diversifié, le Rapport exige une collaboration intense de tous les groupes de la société.D\u2019abord les éducateurs qui vivent au cœur de la réalité scolaire et qui dispensent l\u2019enseignement; mais aussi les parents, les groupements intermédiaires, les Églises, l\u2019État.Ce concours de toutes les énergies ne s\u2019accomplira qu\u2019au prix d\u2019un grand effort, mais il est essentiel de le fournir pour réaliser une École démocratique.La Commission Parent ne propose pas une solution facile lorsqu\u2019elle fait appel à la liberté et à la responsabilité des personnes et des groupes pour accomplir la démocratisation de l\u2019École.Le Rapport demande aux enseignants de renoncer à des droits acquis, à une tradition qui s\u2019est développée dans des 36 RELATIONS cadres communs, de modifier des habitudes de voir et des méthodes d'enseigner, d\u2019élargir les horizons de leurs activités et de leur pensée.D\u2019autre part, la société qui a pris l\u2019habitude facile de critiquer les maîtres sans nourrir le dessein de les aider est appelée à s\u2019engager.L\u2019appel s\u2019adresse aux parents, aux associations, aux groupements intermédiaires à qui l\u2019on demande de fournir d\u2019une façon ou d\u2019une autre une contribution active à l\u2019œuvre de l\u2019éducation.Dans la conception du Rapport, l\u2019enseignement dans la province devient une entreprise collective où la responsabilité des personnes et des groupes est mobilisée au service de l\u2019École.Cette participation de la société à l\u2019éducation n\u2019est pas tout à fait nouvelle dans la province.Depuis quelques années, l\u2019opinion publique secouait sa longue léthargie; elle s\u2019éveillait aux problèmes d\u2019éducation, elle commençait à prendre part aux débats et s\u2019interrogeait sur les institutions, les manuels, les maîtres, leur compétence et leur préparation.Les audiences de la Commission royale et la parution de la première tranche du Rapport ont sensibilisé le public à la complexité des questions en ces matières; les discussions ont gagné en modération et en justesse.Mais le second tome du Rapport Parent apporte un aspect nouveau et décisif par rapport aux attitudes précédentes: c\u2019est la première fois dans le Québec que le public est appelé à participer officiellement à la mise en place et au maintien des structures de l\u2019enseignement; la première fois aussi que cette participation est présentée avec une pareille vigueur et une grande netteté de vues, jusque dans la conception des structures et la définition des tâches; la première fois enfin que cette expérience est proposée sur une échelle aussi vaste, étendue à l\u2019ampleur de la province.A mon sens, cette innovation sociale est plus originale, plus audacieuse, et d\u2019une portée plus grande sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement et sur l\u2019évolution de la société au Québec que les réformes de structure.Le Rapport est ferme sur ces points: il propose des formes précises dans lesquelles se réalisera cette collaboration des groupes et des personnes: corporations de caractère public, organismes de consultation et d\u2019administration, comités d\u2019étude.Par le truchement de ces organismes divers et nombreux, un large public est appelé à participer à la préparation des décisions qui se prendront dans les domaines de l\u2019éducation, le monde des enseignants est mis en contact avec les courants de l\u2019opinion, le ministère ne travaille plus en vase clos, la collectivité tout entière prend en charge l\u2019enseignement.Cette dernière le soutient de son temps, de ses ressources, de sa vigilance et de ses conseils.Les structures recommandées par le Rapport Parent ne verront le jour et ne porteront des fruits que dans la mesure où cet esprit de dialogue et de participation active remplacera la critique stérile et l\u2019absence d\u2019échanges constructifs que nous avons connus ces dernières années.Mais pour établir ce climat de dialogue démocratique dans la communauté de demain, il faut rompre avec des habitudes de sentir et des manières de se comporter.Bref, ce que propose le Rapport, c\u2019est un changement de mentalité.La réforme institutionnelle exige en même temps la réforme psychologique.Et le changement affecte tout le monde: les enseignants, les administrateurs de l\u2019École, les groupements socio-économiques, les associations professionnelles, les syndicats ouvriers.Quel individu, quel grou- FÉVRIER 1965 pement intermédiaire oserait prétendre que l\u2019éducation le laisse indifférent?Le Rapport Parent réplique précisément qu\u2019aucun corps, aucun groupe n\u2019a le droit de se désintéresser de l\u2019enseignement dans la société d\u2019aujourd\u2019hui.Celui-ci est devenu une fonction sociale aussi nécessaire à la collectivité du xxe siècle que le pain et le loisir quotidiens.En outre, l\u2019ampleur des changements est considérable.Les nouvelles structures brisent des traditions profondément ancrées; elles ne seront édifiées qu\u2019en dépassant des sensibilités personnelles, en surmontant des intérêts locaux, en augmentant les budgets.Personne ne peut se flatter d\u2019échapper à des étroitesses de vues, d\u2019être à l\u2019abri d\u2019intérêts particuliers.Ce qui est demandé à tous les groupes pour démocratiser l\u2019École, c\u2019est un élargissement de sa vision personnelle, un effort de dépassement, une conversion de mentalité.Enfin, il faut aussi que le ministère accepte de jouer le jeu de la participation.11 serait inutile d\u2019imposer aux groupes l\u2019acceptation du dialogue et de la participation si les représentants du pouvoir ne font pas eux aussi une conversion en vue du dialogue.11 n\u2019est pas toujours facile pour ceux qui détiennent le pouvoir de se défendre contre les intoxications qui proviennent de l\u2019exercice de l\u2019autorité.L\u2019humilité n\u2019est pas généralement la vertu capitale des dirigeants politiques; or, il faut de l\u2019humilité pour s\u2019engager dans le dialogue; cela suppose qu\u2019on sache écouter et apprendre, que l\u2019on connaisse ses limites, qu\u2019on respecte l\u2019interlocuteur.La démocratie de l\u2019École insérée dans la société que préconise le Rapport Parent est une démocratie de l\u2019échange et du dialogue, elle repose sur le respect d\u2019autrui et sur l\u2019effort pour comprendre l\u2019autre.Ces dispositions fondamentales à l\u2019autonomie et à la participation exigeront de notre société québécoise un effort difficile de dépassement.Il ne faudrait pas atténuer la portée des recommandations du Rapport, ni se dissimuler les difficultés d\u2019application.Lorsqu\u2019on s\u2019arrête un moment à réfléchir à l\u2019ampleur des tâches, on est enclin à croire que l\u2019innovation sociale du Rapport frôle l\u2019utopie.Car jusqu\u2019à un passé très récent, le domaine de l\u2019Éducation au Québec a été un monde divisé, coupé par des cloisons étanches.Le domaine des collèges classiques s\u2019est développé en marge du secteur public et à peu près sans rapport avec lui.L\u2019école secondaire publique a évolué dans un milieu très différent et a servi une toute autre clientèle.L\u2019école technique a construit ses propres structures dans une sphère distincte et sans relation avec le secondaire privé ou public.L\u2019Université critiquait les niveaux inférieurs de l\u2019enseignement non sans un certain complexe de supériorité, mais sans les animer ni les féconder profondément de l\u2019intérieur.L\u2019esprit, un esprit de culture et de recherche, de fécondation mutuelle n\u2019a pas réellement circulé du haut en bas des structures scolaires.Le monde de l\u2019éducation a été constitué d\u2019une mosaïque de pièces juxtaposées où la communication, sans être totalement absente,, ne fut jamais stimulante.Et j\u2019omets les conflits qui ont opposé, qui opposent encore parfois durement clercs et laïcs, professeurs et administrateurs.Ces cloisonnements ont entraîné entre les enseignants des diverses écoles et des divers niveaux une ignorance mutuelle, des incompréhensions, des méfiances réciproques, des divisions, le foisonnement des individualismes; ils ont entraîné aussi des conflits entre l\u2019École et la société.11 en est résulté en fin de compte une dispersion de l\u2019équipement et des ressources humaines 37 qui a joué au détriment de la qualité de l\u2019École et plus encore de l\u2019élève.Avec une audace tranquille, la Commission Parent fait éclater la situation institutionnelle jusqu\u2019en son noyau.C\u2019est une intervention chirurgicale.Elle situe les nouvelles structures de l\u2019École au delà des conflits de naguère et d\u2019aujourd\u2019hui, au delà des oppositions et des rivalités; et elle insère l\u2019École dans la société.Elle conserve toutes les ressources matérielles et humaines en plaçant ces dernières sur le plan de la compétence, un plan que tous respectent aujourd\u2019hui.Et elle ouvre la porte au dialogue.Mais pour qu\u2019il soit réussi, il faut que les corps intermédiaires et leurs membres soient soucieux de participer à l\u2019action commune au service des autres; et que les enseignants soient ouverts à ce dialogue et équipés pour le soutenir.Là est le défi de ce Rapport et les risques de l\u2019entreprise collective qu\u2019il propose.Beaucoup plus qu\u2019une transformation des structures, le Rapport exige une conversion de la mentalité, un entraînement aux vertus démocratiques du dialogue.La mise sur pied des nouvelles structures me paraît chose vaine si l\u2019on ne change pas de mentalité à l\u2019égard de l\u2019École; si l\u2019on n\u2019a pas conscience des interdépendances entre l\u2019École et la communauté; si l\u2019on ne travaille pas énergiquement à l\u2019y insérer.Le temps n\u2019est plus de critiquer passivement et en spectateur indifférent les institutions, de mettre en procès les maîtres, de désigner du doigt la paille qui est dans l\u2019œil du prochain.Le temps est venu de s\u2019élever à l\u2019action constructive, de dépasser les ressentiments d\u2019hier, de fournir aide et assistance, concours et support personnels, attention sympathique et vigilance.Au début du xixe siècle un écrivain déclarait en France: « La démocratie est une idée neuve en Europe.» Nous approchons du dernier quart du xxe siècle et cette idée est encore neuve au Québec.Elle exige une conversion de nos mentalités.Là est la révolution et le défi du Rapport Parent.Il n\u2019appartient pas aux seuls maîtres de relever ce défi; c\u2019est à la collectivité tout entière qu\u2019échoit désormais cette responsabilité.L\u2019École est l\u2019affaire de tous.HL - Le Rapport Parent et les tollèges classiques Florian LARIV1ÈRE, S.J.* Depuis dix ans, tout en restant fidèles à l\u2019essentiel de leurs traditions pédagogiques, les collèges classiques s\u2019étaient engagés sur la voie du renouvellement de leur équipement d\u2019abord et de leur programme ensuite pour y introduire le système des options et une part plus large pour les sciences et la littérature contemporaine; ils envisageaient maintenant une réforme de leurs structures administratives.Pendant le même laps de temps, ils avaient vu leurs effectifs passer de quelque vingt mille à quarante-six mille.Il leur avait fallu par conséquent pourvoir en même temps au recrutement du personnel, immense effort qui dépassait les ressources des institutions existantes.C\u2019est ainsi qu\u2019une proportion de plus en plus importante de professeurs laïques était entrée dans les collèges.Cet apport, encore nouveau, était à la veille de jouer un rôle prépondérant, c\u2019est pourquoi la mise au point de nouvelles structures administratives s\u2019imposait.Telle était en bref la situation des collèges classiques au moment de la parution de la deuxième tranche du Rapport Parent.Des 94 collèges, membres de la Fédération des Collèges classiques, 68 donnaient le cours de huit ans et 19 donnaient l\u2019enseignement exclusivement à des jeunes filles.Le cours classique Le Rapport Parent met en cause la conception traditionnelle en notre province des études classiques: un cours * Recteur du Collège Saint-Ignace de Montréal et président de la Fédération des Collèges classiques du Québec.38 nettement sélectif, s\u2019adressant à des étudiants généralement bien doués et portant sur des matières soigneusement choisies pour leur apport culturel.D\u2019abord exclusivement littéraire, l\u2019humanisme classique s\u2019était ouvert progressivement aux sciences et, dans son rapport à la Commission Parent, la F.C.C.proposait quatre types de cours d\u2019humanités: humanités gréco-latines, scientifiques, modernes et artistiques.La préférence des maîtres allait dans le sens d\u2019un travail en profondeur avec un groupe choisi d\u2019étudiants ou d\u2019étudiantes.Le Rapport Parent non seulement fait appel à toutes les formes de culture, mais il souhaite la réunion de tous les étudiants sur un même campus sans distinction d\u2019aptitudes particulières.Il propose un cours largement polyvalent, capable de satisfaire tous les goûts.Du même coup, le cadre étroit de la classe, comme groupe de travail, celui même de la section \u2014 classique ou scientifique \u2014 est dépassé; on n\u2019appartient plus tellement à une classe qu\u2019à une séquence d\u2019options dont les cours se développent sur plusieurs années.Chaque individu cherche à se situer selon ses tendances et ses goûts dans un vaste ensemble; à la limite, il pourrait y avoir autant de cours que d\u2019individus.Cet éparpillement rend plus difficile l\u2019action éducatrice des maîtres.Les matières plus exigeantes risquent d\u2019être délaissées.Un glissement vers la médiocrité est à redouter.Nous admettons la préoccupation de rendre accessibles à un plus grand nombre les valeurs culturelles, nous souhaitons même que les humanités techniques fleurissent chez nous, mais nous appréhendons un fléchissement des exi- RELATIONS gences intellectuelles et une mise en veilleuse des valeurs éducatives.Le Rapport Parent divise en deux niveaux bien distincts l'enseignement traditionnellement donné dans nos collèges: le niveau secondaire de cinq ans et l\u2019Institut de deux ans.Déjà, la séparation entre le secondaire et le collégial préparait à accepter cette séparation des niveaux.L\u2019orientation de ces dernières années concevait cependant une étape plus longue au niveau du pré-universitaire que nous appelons le collège.L\u2019étape de deux années réservée à l\u2019Institut paraît bien courte, surtout s\u2019il s\u2019agit de constituer des institutions distinctes à ce niveau.Les élèves n\u2019y feront qu\u2019y passer, étrangers les uns aux autres, inconnus des maîtres sollicités de toute part.Les adolescents ont besoin de cadres précis.Il faudra trouver le moyen de structurer ce milieu nouveau tout en assurant un climat intellectuel favorable aux échanges fructueux qu\u2019on souhaite à cette étape.Le Rapport Parent préconise un système où l\u2019institution privée doit s\u2019intégrer fortement ou rester marginale.Il serait malheureux que nos collèges s\u2019isolent de leur milieu, certains devront trouver une place dans la régionalisation au niveau secondaire.Par ailleurs, nous ne croyons pas que les objectifs de démocratisation de l\u2019enseignement poursuivis par le Rapport Parent imposent la disparition de toutes les institutions indépendantes.L\u2019enseignement public, même fortement décentralisé comme on le suggère, reste toujours limité dans ses objectifs en raison même du pluralisme d\u2019opinions qu\u2019il doit respecter.L\u2019école indépendante peut mieux satisfaire les exigences de citoyens désireux d\u2019engagements plus précis, qu\u2019ils soient d\u2019ordre culturel ou religieux.C\u2019est pourquoi nous espérons que les écoles indépendantes pourront être maintenues sans préjudice d\u2019une collaboration plus étroite à tous les niveaux avec le secteur public.L\u2019uniformité des programmes devrait contribuer à rapprocher les établissements.Les objectifs particuliers de nos maisons Le Rapport Parent trace un vaste programme d\u2019enseignement à l\u2019usage des masses sans se préoccuper des objectifs particuliers de tel ou tel groupe d\u2019éducateurs.Pour les séminaires diocésains, le recrutement des vocations constituait un objectif majeur qui entraînait souvent des sacrifices financiers considérables; il en était de même pour les séminaires religieux, voués au recrutement de telle ou telle famille religieuse.Même pour les collèges de garçons et les collèges de filles, le souci d\u2019orienter vers certaines valeurs, la mise en relief de certaines préférences, constituaient un stimulant pour tout le personnel.L\u2019éducation, comme la charité qui l\u2019inspire, découvre de ces subtilités.C\u2019était un enrichissement pour la société, une gamme de couleurs, discrètes si l\u2019on veut, mais précieuses à l\u2019ensemble.Le Rapport Parent est préoccupé de relations interdisciplinaires; la fonction sociale de l\u2019enseignement l\u2019emporte dans son optique sur l\u2019excellence intrinsèque de telle ou telle formule.Pour jouer leur rôle social, nos institutions devront-elles se dépersonnaliser?La liberté reconnue aux éducateurs par le Rapport Parent est-elle une garantie suffisante ?Certains objectifs, comme la culture des vocations, ne pourront être maintenus que pour des groupes restreints d\u2019élèves.Pour FÉVRIER 1965 d\u2019autres objectifs d\u2019ordre général: insistance sur la culture artistique, sur le travail créateur, sur l\u2019esprit d\u2019équipe, le climat de liberté générale proposé par le Rapport devrait suffire à les maintenir, c\u2019est du moins ce que nous espérons.Qu\u2019une adaptation et une rénovation des processus pédagogiques soient désirables, qu\u2019un élargissement de la culture soit profitable à tous, nous l\u2019admettons volontiers et nous reconnaissons au Rapport Parent l\u2019immense mérite d\u2019inaugurer une ère nouvelle qui fera de l\u2019éducation une préoccupation majeure de la cité, et, du métier d\u2019enseignant une fonction éminemment sociale, capable de susciter l\u2019enthousiasme des meilleurs de nos étudiants.Nous ne voudrions pas cependant que soient abolies du même coup des formules que d\u2019autres grandes nations ont cru bon de préserver et cela pour des raisons qui dépassent les préjugés de classe.Il faut que les citoyens appelés à siéger sur les conseils des Régionales ou des corporations d\u2019institut prennent la responsabilité de sauvegarder l\u2019intégrité de certains établissements en raison du climat de ferveur intellectuelle qui y règne et de leurs capacités d\u2019adaptation.Il faut éviter le gaspillage des énergies et, surtout, maintenir un climat de sécurité, autrement nos élèves seront désorientés et perdront confiance dans leurs aînés.La tâche la plus importante est de remédier aux lacunes des institutions existantes, d\u2019en créer d\u2019autres pour satisfaire aux besoins nouveaux, de susciter un climat de collaboration en faisant appel à toutes les compétences et de ne s\u2019engager dans la voie tracée par le Rapport Parent qu\u2019après s\u2019être bien assuré que la qualité de la formation intellectuelle et morale de la génération dont nous sommes responsables sera maintenue et même améliorée b 1.N.D.L.R.\u2014 Dans sa causerie du 13 janvier 1965 au Club Richelieu-Québec, sur « Les Collèges classiques à l\u2019heure du Rapport Parent », le P.Larivière a déclaré ce qui suit: « Le Rapport Parent, en proposant le remplacement du régime des sections par celui des options et la concentration dans une même école de tous les effectifs scolaires, supprime à toutes fins pratiques le cours classique traditionnel.Nous nous attendions à ce que l\u2019Etat puisse enfin assumer de plus larges responsabilités dans le domaine de l\u2019éducation publique, nous le souhaitions même, mais nous ne croyions pas que ce dût être au détriment des institutions existantes.Nous concevions bien que certaines institutions privées puissent s\u2019intégrer au système public, mais nous n\u2019étions pas prêts à accepter une intégration complète, comme si l\u2019Etat devait être le seul maître.Si aucun mode de financement suffisamment autonome n\u2019est prévu pour l\u2019institution privée, ce sera sa disparition à brève échéance.Quelle que soit la valeur des préambules du bill 60 en regard du libre choix des parents, l\u2019école privée n\u2019existera plus « A notre point de vue, les besoins des étudiants et ceux de la société en général ne semblent pas justifier la disparition pure et simple des institutions privées.Il y a là des équipes de professeurs animés d\u2019un idéal particulier, stimulés par leurs responsabilités, désireux de servir eux aussi l\u2019ensemble de la population, mais selon des modalités et dans des cadres particuliers; ce serait une erreur de les supprimer.Le système public lui-même ne sera vraiment capable de profiter de la nouvelle liberté que le Rapport Parent souhaite pour lui que s\u2019il y a à côté de lui des institutions déjà entraînées à assumer certaines responsabilités.» 39 IV.- Formation morale et religieuse Marcel MARCOTTE, S.J.La troisième tranche du Rapport Parent consacre tout un chapitre (xxv) à la formation morale et religieuse des jeunes.De l\u2019aveu des rapporteurs eux-mêmes \u2014 et du nôtre \u2014, le sujet est d\u2019extrême importance.Il appelait, naturellement, un traitement de choix.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019il ne l\u2019a pas obtenu.Pourquoi donc est-il si difficile d\u2019interpréter ce texte, d\u2019en cerner l\u2019inspiration fondamentale et d\u2019en fixer les orientations décisives ?On a le sentiment qu\u2019il pèse sur l\u2019ensemble du chapitre une lourde \u2014 très lourde \u2014 équivoque.Cette équivoque ne sera levée, croyons-nous, qu\u2019au moment où, dans la dernière tranche du Rapport, les commissaires traiteront expressément de la confessionnalité de l\u2019école.De la solution qu\u2019ils envisagent d\u2019apporter à ce problème capital, nous nous défendons bien de vouloir préjuger.Mais celle qui s\u2019inscrit en filigrane et s\u2019exprime, à tout le moins de manière implicite, dans le texte que nous avons sous les yeux, a de quoi inquiéter vivement tous ceux qui croient et qui tiennent à la véritable école chrétienne.Aussi bien, formation morale et formation religieuse paraissent ici conçues en fonction d\u2019un système où la confessionnalité de l\u2019école, même si elle conserve une existence nominale et juridique, ne s\u2019exprimera plus avec la même force au niveau des structures pédagogiques et cessera d\u2019être, pour toutes fins pratiques, ce facteur irremplaçable d\u2019intégration des enseignements et des éducations, cette âme de l\u2019école, que dans le Québec elle a toujours été, en fait et en droit, depuis les débuts de la Confédération.Certes, on peut concevoir pour l\u2019école confessionnelle différentes manières d\u2019exister, et l\u2019évolution du milieu québécois suggère et peut-être même impose un rajustement ou un assouplissement de la formule actuelle, en vue de rendre l\u2019école chrétienne, dans son rôle d\u2019école publique, plus accueillante aux minorités qui, à l\u2019intérieur des cadres traditionnels, se sentent ou pourraient se sentir, fort justement, à l\u2019étroit.Voilà pourquoi, en attendant que ces minorités \u2014 exiguës dans les villes, inexistantes dans les campagnes \u2014 grandissent assez pour se mériter des écoles de leur choix, nous verrions d\u2019un bon œil, par exemple, que « l\u2019enseignement d\u2019une religion particulière, même s\u2019il est fait dans le meilleur esprit, ne puisse être imposé à des enfants d\u2019une autre croyance religieuse, ou auxquels leurs parents auraient choisi de n\u2019en donner aucune ».Nous consentirions même volontiers, sous certaines réserves, aux suggestions du Rapport qui, par respect de la liberté intérieure de l\u2019enfant et du caractère spontané de l\u2019acte de foi et de piété, visent à éliminer de la pédagogie religieuse tout ce qui porte la marque de la pure contrainte, tout ce qui, dans l\u2019enseignement ou la pratique de la religion, apparaît encombrement et surcharge.Si nous en avions le loisir, nous donnerions pareillement notre accord à bien d\u2019autres dispositions de détail, qui ne font d\u2019ailleurs, dans la plupart des cas, qu\u2019entériner des constatations déjà faites ou des expériences en cours.Faut-il rappeler, 40 à ce propos, qu\u2019en matière de pastorale scolaire et de pédagogie de la religion, nous ne partons pas exactement de zéro ?Mais, c\u2019est avec l\u2019ensemble de la réforme proposée que nous nous sentons en désaccord.Plus précisément, c\u2019est avec l\u2019esprit qui paraît l\u2019inspirer.Au nom, semble-t-il, d\u2019une certaine conception de la démocratie qui, par un curieux paradoxe, consiste à réduire au minimum les exigences normales de la majorité, pour satisfaire au maximum à celles de la minorité, les commissaires en arrivent, bon gré mal gré, à édulcorer et affaiblir à tel point la notion et la réalité de l\u2019école confessionnelle, que la confessionnalité, en pratique, s\u2019en trouve évacuée et que l\u2019école chrétienne ne répond plus à sa définition.Ce jugement est sévère; nous souhaitons ardemment que la dernière tranche du Rapport le démente; mais ce démenti, pour apaiser nos craintes, devrait avoir assez de clarté et de force pour nous imposer une réinterprétation radicale du chapitre qui les a fait naître.Jusqu\u2019à plus ample informé, nous maintenons que notre inquiétude est fondée, nos pronostics valables et nos rigueurs justifiées.Formation morale A l\u2019heure présente, dans nos écoles, morale et religion marchent de pair.Aussi bien, le christianisme n\u2019est pas seulement un corps de doctrine, il est une règle de vie.Cette règle morale, quand elle joue au plan de l\u2019existence quotidienne, recoupe sur la plupart des points les données essentielles de la morale dite naturelle.Pour le spectateur du dehors, elle n\u2019y ajoute rien.Ainsi, la loi de tempérance est fondamentalement la même dans toutes les morales, qu\u2019elles s\u2019inspirent ou non de la croyance religieuse.De même, le devoir de respecter la vie et la propriété d\u2019autrui.La différence des conduites, d\u2019un peuple à un autre peuple, d\u2019une époque à une autre époque, tient sans doute bien moins à un écart sur les principes qu\u2019à l\u2019énergie variable qu\u2019on met à en forcer l\u2019application.D\u2019où l\u2019aisance apparente avec laquelle, dans les milieux pluralistes, on réussit à édifier, sur la base d'un consentement unanime, cette espèce de morale des honnêtes gens dont le chrétien lui-même, dans sa vie de tous les jours, peut assez facilement s\u2019accommoder.D\u2019où aussi la tentation, chez les chrétiens par trop sensibles à l\u2019ambiance, de réduire la morale évangélique à une sorte de plus petit commun dénominateur, à un ensemble d\u2019attitudes et de règles pratiques à propos desquelles, dans un milieu donné, tout le monde paraît d\u2019accord.On garde le sentiment, ce faisant, de ne rien sacrifier d\u2019essentiel.Après tout, pense-t-on, la morale est partout la même: ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, etc.Tout ce qui vient s\u2019ajouter à cette morale universelle n\u2019a pas beaucoup d\u2019importance et relève, au sens strict, des « commandements de l\u2019Église », c\u2019est-à-dire de la discipline particulière que l\u2019Église impose à ses membres fidèles.RELATIONS C\u2019est une conception semblable qui se fait jour dans la partie de notre chapitre consacrée à la formation morale de l\u2019enfant.Après avoir dûment constaté que « la morale a toujours été enseignée, dans les écoles catholiques du Québec, en relation quasi exclusive avec la religion », les commissaires, à plusieurs reprises, expriment le vœu que cette situation soit corrigée et que morale et religion, désormais, s\u2019enseignent à part l\u2019une de l\u2019autre.Ce qui les préoccupe avant tout, semble-t-il, c\u2019est de permettre à tous les enfants exposés à ce type de formation morale, de « faire ensemble un long bout de chemin ».La plupart d\u2019entre eux seront catholiques, bien sûr; mais, comme il peut se glisser dans la troupe d\u2019autres enfants qui ne le seront point, il faut bien trouver le moyen de les soumettre les uns et les autres, sans référence au catholicisme, à un minimum d\u2019éducation morale.Ce moyen, l\u2019Angleterre, les États-Unis et la France \u2014 comme le montrent cinq documents qu\u2019on étale sous nos yeux avec assez de complaisance \u2014 l\u2019ont recherché et découvert pour leurs écoles neutres.Ne pourrions-nous faire de même pour nos écoles confessionnelles ?Il suffirait pour cela de rétrécir le champ de la morale, de lui assigner des objectifs immédiats et pratiques, communs à tout le monde: développement des bonnes habitudes, acquisition d\u2019une bonne hygiène physique et mentale, entraînement au civisme, à la technique du travail intellectuel, etc.Au sortir de l\u2019opération, l\u2019enfant ne sera peut-être pas équipé pour remplir sa vocation de fils de Dieu, mais il le sera pour remplir sa vocation d\u2019honnête homme et de membre du corps social.C\u2019est l\u2019essentiel, qu\u2019il faut tâcher d\u2019assurer à tout le monde.Pour le reste, il revient à la formation religieuse, chez ceux qui y seront soumis, d\u2019y pourvoir par surcroît.Au regard d\u2019un chrétien, pareille dissociation de la morale et de la religion est irrecevable, et l\u2019école qui l\u2019érigerait en système cesserait d\u2019être, au sens fort, une école chrétienne.Car, enfin, l\u2019enfant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019éduquer est-il un baptisé, oui ou non ?Et s\u2019il l\u2019est, comment croire qu\u2019il puisse régler sa vie et accomplir son destin suivant les mêmes normes que celui qui ne l\u2019est point?Le chrétien, assurément, reste un homme.Il mange, il boit, il travaille, il se repose, il souffre et il meurt selon la loi commune à tous les hommes.C\u2019est même une affirmation capitale du christianisme que, l\u2019humain étant assumé par le divin, la nature par la grâce, la vie du chrétien reste soumise en son entièreté aux conditions naturelles.Voilà pourquoi, nous l\u2019avons dit, au niveau de l\u2019existence quotidienne, la morale chrétienne ne se différencie guère de la morale simplement humaine.Mais, à côté \u2014 ou plutôt au-dessus \u2014 de ces normes communes, il existe pour le chrétien des orientations particulières et décisives qui donnent à sa vie son vrai sens et sa suprême valeur.Elles se rattachent toutes au plan divin de la création et de la rédemption du monde, à la construction du Royaume de Dieu à laquelle chacun collabore en travaillant principalement à le réaliser en lui-même; et non pas d'abord par la pratique des vertus naturelles, mais par l\u2019exercice, sous la mouvance de l\u2019Esprit de Dieu, des vertus théologales de foi, d\u2019espérance et de charité.Telle est la tâche spécifique de la morale chrétienne.De cette rude matière de corps et d\u2019âme, qui est le lot de tous, le chrétien doit réussir à tirer, pour finir, non pas seulement la forme de l\u2019homme, mais la forme du FÉVRIER 1965 Dieu que, par son baptême, il est sommé de devenir.« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait »; tel est le précepte de l\u2019Évangile; il embrasse tous les autres et en fixe le sens et la portée.Pour s\u2019égaler à l\u2019idéal qui lui est proposé, le chrétien doit compter sur d\u2019autres lumières, d\u2019autres secours, d\u2019autres exemples que ceux qui suffisent, ou paraissent suffire, à l\u2019humanité commune.Le monde où il respire est un monde surnaturalisé; un monde sorti des mains de Dieu, marqué par le péché, racheté par le Christ; un monde où le Bien et le Mal sont des personnes et où, derrière les apparences, se joue le grand jeu de l\u2019enfer et du ciel.C\u2019est pourquoi la conscience d\u2019un chrétien n\u2019est pas un simple champ de bataille des instincts; sa morale n\u2019est pas une pure hygiène des sens ou de l\u2019esprit; la foi n\u2019est pas seulement un raisonnement juste qui sollicite l\u2019intelligence; la tentation, un appétit charnel qui tend à la suborner.A peine rend-on ainsi compte des épisodes les plus vulgaires du grand combat livré en nous.L\u2019homme \u2014 l\u2019homme moyen, l\u2019homme abstrait qui, en fait, ne se rencontre nulle part \u2014 serait censé ne rechercher, pour lui-même et pour les autres, que l\u2019agréable et l\u2019utile, la réflexion guidant son choix.Il n\u2019aurait à se préparer qu\u2019à de petits affrontements, à des escarmouches sans importance.Dans un pareil univers d\u2019animaux sensibles et raisonneurs, il n\u2019y a pas de place pour le héros moral, pour le saint, ou même pour le simple chrétien qui prend son baptême au sérieux.Pas de place non plus pour une morale résolument chrétienne.La sagesse des sages et la prudence des prudents devraient suffire, en dehors de la folie de la Croix.A la limite, un manuel de bonnes manières prendrait la place du Sermon sur la montagne.Mais nous savons que, en réalité, aucun être humain ne vit à ce niveau moyen, médiocre.Chacun est en proie à la lumière et aux ténèbres, travaillé par les Puissances qui, tantôt l\u2019entraînent vers le bien, tantôt le précipitent dans le mal, en direction de Dieu ou en direction du diable.Chacun ne peut que monter au-dessus ou descendre au-dessous de lui-même; au-dessus ou au-dessous de l\u2019homme en lui qui est toujours plus \u2014 infiniment plus \u2014 qu\u2019un homme, parce que Dieu, après l\u2019avoir créé à son image, l\u2019a appelé \u2014 qu\u2019il soit conscient ou non de cet appel et décidé ou non à y répondre \u2014 à se rendre « conforme à l\u2019image de son Fils ».Mais ce qui est vrai de tout homme est encore plus vrai du chrétien.De lui surtout, on peut dire, avec Pascal, que « l\u2019homme passe l\u2019homme ».Car Dieu ne l\u2019a pas seulement appelé, mais « élu » et « prédestiné » pour devenir, dans un sens très réel, «participant » de sa propre vie; il lui a ouvert les portes de son Royaume, il l\u2019a fait entrer dans sa maison; il l\u2019a traité comme un ami, un familier, un fils.« Nous sommes nés de Dieu, dit saint Jean, et la semence de sa nature demeure en nous.» Voilà pourquoi la morale chrétienne passe la morale humaine.Noblesse oblige! Les enfants doivent ressembler à leur Père: « Soyez les imitateurs de Dieu comme il convient à des enfants bien-aimés.» Le chrétien n\u2019a pas le choix: pour jouer à fond son rôle, pour remplir pleinement son destin, pour devenir progressivement tout ce qu\u2019il est, il lui faut adopter des « mœurs divines », revêtir à fond les « sentiments du Christ-Jésus », qui est « la splendeur de la gloire du Père, l\u2019image du Dieu invisible ».Nous tenons là l\u2019essence de la morale chrétienne dans ce qu\u2019elle a tout à la fois de spécifique et d\u2019irrempla- 41 çable.Par delà le bien et le mal, tels qu\u2019ils sont mesurés et pesés par les philosophes et autres sages de ce monde; par delà les catégories abstraites de l\u2019esprit et les règles immédiates de l\u2019action; par delà même les exigences rigoureuses de la justice, \u2014 elle propose à l\u2019homme divinisé, à travers les paroles et les exemples de Jésus-Christ, un idéal à sa mesure; elle le provoque à l\u2019héroïsme et l\u2019oblige à se dépasser sans cesse en mettant, comme le Christ lui-même, toute sa vie sous le signe impérieux de l\u2019amour: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.C\u2019est le plus grand et le premier commandement.Le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.De ces deux commandements, toute la loi dépend.» On ne saurait dire plus nettement que toutes les prescriptions morales, y compris celles qui régissent les activités les plus banales et les plus quotidiennes, et jusqu\u2019aux occupations de l\u2019écolier, n\u2019ont de sens et de valeur qu\u2019en fonction et en dépendance de l\u2019amour: « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez n'importe quoi, faites tout pour la gloire de Dieu.» Le chrétien (c\u2019est là son originalité et la source de ses exigences morales propres) est un homme qui engage toute sa vie sur cette conviction que « Dieu est amour », et qui répond à cet amour démesuré, dont la preuve lui a été donnée et signée dans le sang, par un amour qui se veut pareillement sans mesure: «Nous, nous avons connu l\u2019amour de Dieu pour nous, et nous y avons cru.Nous aimons, parce que, le premier, il nous a aimés.» Aussi, le Christ a-t-il pris soin de nous rappeler avec insistance qu\u2019il avait pour ses disciples des visées plus hautes et des ambitions plus pures que celles qui s\u2019expriment dans les morales humaines: « On vous a dit.Moi, je vous dis.» Non pas que son enseignement moral conteste ou renie les dispositions de la loi naturelle, bien au contraire.Mais, au moment même où il les reprend à son compte, il les éclaire, les élève et les transfigure, comme il a fait de notre humanité même, en les poussant à la limite et les ouvrant sur l\u2019infini.En sorte que le chrétien, soumis à la loi du Christ, trouve dans cette soumission le moyen, non seulement de penser et de vivre en chrétien, mais de s\u2019accomplir, comme homme, en plénitude.On le voit bien lorsque, pour le bénéfice de ses frères, il redescend de la montagne où Dieu lui fut montré et se replonge dans l\u2019humanité commune; lorsque, sous l\u2019éclairage de sa foi, il reprend à pied d\u2019œuvre, pour le compte de la raison, la construction laborieuse du royaume de ce monde, et la mène sans broncher, dans toutes ses parties essentielles, jusqu\u2019à son dernier achèvement.Avec quelle autorité, quelle certitude, quelle ferveur aussi, il parle à son tour de la dignité humaine, qu\u2019il faut respecter en soi-même et dans les autres, de la fraternité des hommes et des peuples, de la liberté, la vérité et l\u2019amour, de toutes les valeurs, charnelles ou spirituelles, personnelles ou sociales, que les morales, partout et toujours, cultivent et véhiculent.Aussi bien, si le christianisme nous oblige, dans un premier moment, à quitter ce monde pour chercher l\u2019absolu (« Mon Royaume, dit Jésus, n\u2019est pas de ce monde »), il nous enseigne aussi, dans un second moment, à y revenir, pour le consacrer, avec ce même Christ incarné qui, s\u2019il est, comme Dieu, la clef de voûte du monde invisible, est aussi, comme homme, le centre et la fin du monde visible.Tel est, dans tous les ordres de la pensée et de l\u2019action, le vrai fondement de l\u2019humanisme chrétien.Il suppose que, dans chacun des membres du Christ, comme dans le Christ lui-même, le divin, partout, enveloppe l\u2019humain et, en même temps, l\u2019anime, le dilate et le féconde.11 exige qu\u2019on soit chrétien, d\u2019abord \u2014 et le meilleur chrétien possible \u2014, afin d\u2019être homme, ensuite, et comme par surabondance: « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît.» Voilà pourquoi on ne saurait admettre, dans la formation morale du chrétien \u2014 surtout si ce chrétien est un enfant \u2014 une espèce de divorce entre la foi et les mœurs, entre la religion et la vie.Pourquoi demander à la réflexion et à l\u2019autorité des hommes ce qu\u2019on tient déjà en plus net, en plus abondant, en plus sûr, de l\u2019autorité du Christ et de l\u2019Église ?Les moralistes catholiques, comme Étienne Gilson l\u2019a bien montré à propos de saint Thomas d\u2019Aquin, n\u2019ont jamais admis que la règle de vie en usage dans le monde chrétien pût se constituer en marge de la Révélation.Leur philosophie morale, en réalité, reste toujours une théologie, c\u2019est-à-dire la morale de l\u2019Évangile pensée et mise en ordre sous l\u2019éclairage de la raison.Cette attitude, nous l\u2019avons vu, reflète une exigence fondamentale du christianisme qui, en même temps qu\u2019il s\u2019offre comme une explication totale du monde, réclame un empire total sur la direction et l\u2019organisation de la vie.Or, les rédacteurs du Rapport Parent ont ignoré ou méconnu cette exigence en préconisant, pour l\u2019école confessionnelle, un type de formation morale incomplet par nature et sans aucune racine dans la tradition catholique.Dans le souci louable de respecter la liberté et de pourvoir aux besoins d\u2019un tout petit nombre, ils sacrifient avec désinvolture les droits et les aspirations légitimes, du très grand nombre.Cette logique est curieuse.Pour une poignée de gens qui refusent de « marcher à l\u2019étoile », faudra-t-il que tout le monde chemine à la lueur d\u2019un lampion ?Nous aurons l\u2019occasion de montrer, dans un prochain article, que la formation religieuse proprement dite est conçue dans le même esprit.Là encore, on assiste à une mise en veilleuse de la tradition et des valeurs chrétiennes, à une sorte de disjonction entre le profane et le sacré, qui nous paraissent incompatibles avec l\u2019humanisme que nous venons de décrire.Tout cela \u2014 qu\u2019on nous pardonne de le dire \u2014 est de fort mauvais augure.Si cette tendance, dans la dernière tranche du Rapport, allait être poussée à fond, aurions-nous encore une école chrétienne ?Une collaboration sans réserve?Nous regrettons de ne pouvoir engager notre effort de collaboration sans une gêne et une inquiétude qui méritent considération.Une collaboration sans réserve supposerait plus de réalisme.Une collaboration sans réserve supposerait une réponse plus satisfaisante au danger du nivellement par en bas, en particulier au niveau de «l\u2019institut ».Le système des passages n\u2019évitera pas l\u2019invasion des médiocres.La souplesse et la flexibilité des options n\u2019empêcheront pas que la coexistence rapprochée ne devienne tentation de passer du plus exigeant au plus facile.Une collaboration sans réserve à un effort de démocratisation de notre enseignement supposerait enfin l\u2019assurance que nous n\u2019allons pas trahir la démocratie elle-même en la privant d\u2019une aristocratie intellectuelle formée par un système, évidemment pas irréformable mais qui, tout de même, a fait ses preuves en formant et ceux qui pensent l\u2019essor actuel du Québec et ceux qui proposent de réformer son enseignement.(Louis-Bertrand Raymond, S.J., dans le Bulletin des Anciens du Collège Jean-de-Brébeuf, décembre 1964.) 42 RELATIONS V.-Tome II, chapitre VIIILes maîtres « r I ^ome II, chapitre vin »: cela désigne, dans le Rapport ; Parent, le chapitre consacré à « La formation du personnel enseignant ».Tout est important, dans ce Rapport Parent; mais ces 62 pages (constituant le chapitre le plus volumineux, après « L\u2019enseignement supérieur») ces 85 paragraphes, qui n\u2019ont pas l\u2019attrait de sublimes considérations sur l\u2019humanisme nouveau ou sur la démocratie, qui ne traitent pas des ingénieuses combinaisons de la polyvalence et des options graduées, sont cependant les seules dont les commissaires eux-mêmes affirment qu\u2019elles plongent le lecteur « au cœur de la réforme scolaire ».« Tome II, chapitre vm »: ces mots devraient être écrits sur la montre du ministre de l\u2019Éducation et celles de ses grands clercs, afin de ramener sans cesse leur attention sur Vunum necessarium de la réforme en cours et des réformes projetées.Toutes les rénovations entreprises dans notre système scolaire tourneront à la « pagaille » si l\u2019on ne prend pas à temps les mesures nécessaires pour former les artisans de ces rénovations.Mais la voie que trace au ministère le Rapport Parent dans ses recommandations concernant la formation du personnel enseignant est-elle la bonne ?Nous estimons que oui, pourvu que cette voie large et montante ne soit pas transformée en un petit « sentier de la guerre » où une tribu s\u2019engage impétueusement à l\u2019attaque de l\u2019autre.* Que propose, en effet, le Rapport Parent ?D'abord une image idéale (ce qui ne veut pas dire utopique) de l\u2019enseignant qu\u2019on souhaite pour nos écoliers, de la maternelle à la 13e année.Ce professeur aura été recruté parmi les jeunes gens « de calibre universitaire 1 » (440); on aura vérifié son « équilibre psychologique et affectif » et ses « motivations »; s\u2019il enseigne au niveau élémentaire, on se sera assuré de son « esprit d\u2019invention » et de sa « possibilité de s\u2019adapter aux méthodes actives »; on aura sondé son « goût littéraire et artistique », son « tact religieux et moral », ses « connaissances religieuses ».S\u2019il s\u2019agit d\u2019un professeur du niveau secondaire, il aura fait preuve de « sérénité » et de « maturité personnelle »; il aura acquis une « solide formation de l\u2019esprit » ainsi que 1\u2019 « esprit de synthèse » et il maîtrisera « différentes méthodes de recherche »; la «correction et la précision de la langue» s\u2019associeront chez lui à une « connaissance sérieuse des disciplines enseignées ».Pour former ce professeur idéal le Rapport suggère un système qui se caractérise par une grande souplesse fondamentale, laissant place au noble souci de la qualité et aux nécessaires exigences de la quantité, aux préoccupations à 1.Toutes nos références sont indiquées par le numéro de paragraphe du tome II du Rapport.\u2014 Les expressions citées dans ce paragraphe de notre texte sont tirées des nos 440-441 du Rapport.FÉVRIER 1965 Gérard PLANTE, S.J.long terme et aux préoccupations transitoires.Voyons les principaux aspects de ce système.La mesure capitale consiste à confier aux universités la formation des professeurs de tous les niveaux: de l\u2019école maternelle à l\u2019enseignement supérieur.Sans doute le ministère de l\u2019Éducation garde-t-il l\u2019autorité et les rouages nécessaires pour établir les normes relatives aux diplômes, pour juger de la valeur du corps enseignant formé par les universités, pour conférer les permis d\u2019enseigner, pour prévoir les changements de méthodes et de programmes; mais il renonce à son réseau d\u2019écoles normales; il ne compte plus au nombre de ses fonctionnaires les professeurs affectés à la formation des enseignants.Voilà certes une mesure qui n\u2019est pas étatisante.Mais elle a une immense portée.É)ans vingt ans, presque tous les maîtres qui formeront l\u2019esprit et le cœur de notre jeunesse et qui la prépareront à sa vie professionnelle auront fait des études universitaires régulières.Le prestige de la profession enseignante en sera rehaussé; sa valeur intellectuelle sera comparable à celle des autres, du moins de la plupart des autres professions.C\u2019est après une 13e année pré-universitaire que le candidat à la profession enseignante entrera à l\u2019université: soit dans une université à charte complète, soit dans une université à charte limitée, soit dans un Centre d\u2019études universitaires.Toutes ces institutions d\u2019enseignement supérieur seront en mesure d\u2019offrir des cours dans les sciences de l\u2019éducation et dans les diverses disciplines enseignées à l\u2019école élémentaire et à l\u2019école secondaire polyvalente; elles auront aussi toutes les ressources nécessaires pour organiser des stages d\u2019enseignement dirigés.Le rapport Parent souhaite même que la « faculté des sciences pédagogiques » ait « un pavillon qui pourra réunir, tout en maintenant les distinctions utiles, d\u2019une part, les salles de cours, les laboratoires, les bureaux des professeurs et les salles de réunions, d\u2019autre part, l\u2019école d\u2019application et même un centre de documentation ouvert aux enseignants de la région et aux parents » (453).Une fois admis dans un de ces centres universitaires de formation pédagogique, le candidat peut obtenir un diplôme, soit après un an d\u2019études (certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement élémentaire), soit après deux ans (diplôme de spécialiste dans la discipline étudiée au cours de la 2e année de la licence d\u2019enseignement), soit après la 3e année (licence d\u2019enseignement élémentaire, licence d\u2019enseignement secondaire, licence en pédagogie, licence d\u2019enseignement des arts plastiques, de la musique, de l\u2019éducation physique 2).Quant aux qualifications exigées pour les maîtres du deuxième 2.Que le candidat puisse suivre dans un Centre d'études universitaires tous les cours d\u2019une licence d\u2019enseignement, on est porté à le croire en lisant la recommandation 162 et les explications au n° 404.En revanche, la recommandation 121 et la description du Centre d'études universitaires, au n° 333, limitent à une année ou deux l\u2019enseignement donné par ces établissements.43 cycle du secondaire, à savoir la licence spécialisée jointe à un certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement secondaire, le candidat pourra les obtenir dans une université à charte complète après trois ou quatre années d\u2019études.Après quatre ou cinq ans, un autre diplôme est d\u2019ailleurs accessible: le diplôme d\u2019études supérieures, qui, complété par un semestre de cours pédagogiques et de stages, habilite à l\u2019enseignement dans les instituts.Les plans d\u2019études conduisant à ces diplômes seront de trois types différents.Une première formule répartit sur deux étapes la préparation du candidat.La formation pédagogique (étude des sciences de l\u2019éducation et initiation pratique) occupe une étape; les études spécialisées, dans une des disciplines à enseigner, occupe l\u2019autre.Les études spécialisées peuvent précéder ou suivre la formation pédagogique.La deuxième formule intègre dans un même cours les études en sciences de l\u2019éducation et les études de licence dans une ou deux disciplines à enseigner.La troisième formule ne comprend qu\u2019une année d\u2019études aboutissant à un certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement (pré-scolaire, ou élémentaire, ou musical ou artistique), les autres formules exigeant trois ou quatre ans.Dans ces trois formules, la part des études pédagogiques, pratiques et théoriques, est variable.Occupant 75% du programme du certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement pré-scolaire ou élémentaire, elle est réduite à 30% ou 25% dans la licence d\u2019enseignement et à 20% dans le certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement secondaire qui s\u2019ajoute à une licence spécialisée.Le Rapport Parent précise au surplus, très justement, que cette formation pédagogique, en aucun cas, ne doit viser à faire de l\u2019enseignant un « exécutant aveugle de directives et de programmes statiques et intangibles, mais une personne libre pour prendre des initiatives et pour assumer des responsabilités » (443).Aussi les cours, en ce domaine, doivent-ils éviter de transmettre de simples recettes et procéder, plutôt, selon des méthodes universitaires: inventaire de la documentation, recherche personnelle, expérimentation.Ce bref aperçu révèle que le système proposé par le Rapport Parent est d\u2019une extrême souplesse.Il fourmille, au surplus, de suggestions concrètes et détaillées précisant tantôt l\u2019échelonnement des matières, tantôt l\u2019organisation des stages, ou l\u2019esprit de telle étape, ou la nuance particulière à la préparation des enseignants de telle ou telle catégorie.Il prévoit la formation des professeurs non seulement des matières de culture générale, mais aussi celle des spécialistes destinés à l\u2019éducation de l\u2019enfance exceptionnelle ou à l\u2019enseignement des arts plastiques, de la musique, de l\u2019éducation physique, des sciences domestiques et des matières technologiques.Il propose des plans de perfectionnement et de recyclage pour les maîtres en fonction, et traite même (superficiellement, admettons-le) de la recherche et de l\u2019expérimentation dans les sciences pédagogiques.Tout cela s\u2019efforce de tenir compte des exemples étrangers et des conditions particulières de notre milieu.* Lorsque après avoir lu ces pages traitant de la formation des futurs maîtres, on aborde la section consacrée à la prévision des effectifs enseignants requis par le développement de notre système scolaire, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019éprouver une certaine inquiétude.Ce beau plan est-il réalisable?Dès 1966-1967, quelque 6,500 nouveaux maîtres catholiques et environ 500 nouveaux maîtres protestants devront sortir des centres de formation pédagogique, pour répondre aux besoins des écoles maternelles, des écoles élémentaires, des écoles secondaires et des instituts (432).Plus de la moitié de ces maîtres, au dire du Rapport, devront être licenciés, parce que destinés aux écoles secondaires et aux instituts.Pour la période de 1966 à 1971, la Commission Parent estime que « les universités françaises » devraient fournir «annuellement au moins 1,900 » licenciés (430).« Ce qui paraît utopique », de continuer le Rapport.« Ce sera là, on n\u2019en peut douter, la principale pierre d\u2019achoppement à toute réforme du système d\u2019enseignement dans les prochaines années.» « Il faudra, conclut le Rapport, prendre les mesures les plus énergiques pour faire face à cette situation d\u2019urgence.» Les commissaires ne suggèrent pas de « mesures énergiques »; mais la souplesse même du système qu\u2019ils proposent est déjà un moyen de remédier à la pénurie de professeurs.Ainsi, par exemple, au niveau élémentaire et préscolaire, la Commission Parent estime qu\u2019on peut se contenter d\u2019un certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement élémentaire, obtenu après un an d\u2019études universitaires.D\u2019aucuns affirmeront que c\u2019est insuffisant; mais c\u2019est mieux que l\u2019actuelle qualification minimum, le brevet B; et cela permet d\u2019amener dans nos écoles bien des maîtres, des maîtresses surtout, qui n\u2019y viendraient pas autrement.Les étudiants qui se sont engagés dans des études de licence ou de baccalauréat spécialisé en sciences, en lettres, en sciences sociales, en mathématiques, voire en génie, constituent aussi un champ de recrutement pour la profession enseignante.Les programmes que suggère le Rapport Parent pour les licences d\u2019enseignement et les certificats d\u2019enseignement doivent être assez souples pour offrir à de tels étudiants, qu\u2019une réorientation amènerait à l\u2019enseignement, des études appropriées à leur niveau intellectuel, des cours différents de ceux qu\u2019on donne aux candidats venus d\u2019une 13e année.Le Rapport propose encore que les professeurs d\u2019éducation physique reçoivent une formation bivalente, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils soient préparés à enseigner, outre l\u2019éducation physique, une autre matière dans le domaine de la physiologie ou de la biologie.Le Rapport souhaite aussi que les institutrices mariées puissent être engagées à temps partiel, tandis que des cours télévisés leur permettront de se perfectionner.Et il affirme en général qu\u2019 « il serait inadmissible, en ces temps de pénurie, de refuser des candidats intéressants parce qu\u2019ils n\u2019ont pas suivi les voies communes ».* «Tome II, chapitre vin »: cette partie du Rapport Parent mérite sans conteste de grands éloges.Surtout de la part des techniciens de la formation pédagogique.Ceux qui s\u2019intéressent avant tout à la philosophie de l\u2019éducation constateront que les commissaires font abstraction d\u2019un aspect important de ce problème de la formation des maîtres.Un professeur, en effet, est un éducateur: et l\u2019on ne peut éduquer sans être inspiré par une vision du monde et sans la transmettre.La formation d\u2019un maître ne peut pas ne pas être associée à une vision du monde.Sur ce point, 44 RELATIONS les commissaires ne se prononcent pas.En vérité, nous comprenons leur attitude.Pour le bien de la société, ils proposent un système qui garantit techniquement la compétence des professeurs, que ceux-ci soient catholiques ou non catholiques, chrétiens ou non chrétiens.L\u2019esprit qui doit animer le système viendra des responsables de cette formation: les centres universitaires de formation pédagogique.Ceci nous ramène au point central du système proposé par la Commission Parent: le transfert aux universités de la responsabilité de former le corps enseignant de toute la province.Nous avons signalé plus haut les avantages de cette mesure.Il convient maintenant de considérer, brièvement, quelques conséquences qui en découlent.Pour les parents, d\u2019abord.Leurs enfants seront confiés à des maîtres qui auront puisé dans nos universités leur vision du monde.Tant vaudront nos universités, tant vaudront nos éducateurs: cela sera vrai sur le plan intellectuel et sur le plan religieux.Les parents ne peuvent donc plus se désintéresser de l\u2019enseignement supérieur, de son expansion, de son évolution, de son esprit.Dans son rôle proprement scientifique et technique de recherche l\u2019université échappe à bon droit au contrôle des parents.Mais dans son rôle nouveau d\u2019éducatrice des éducateurs elle ne peut ignorer les aspirations des parents.Il incombe à ceux-ci de s\u2019éclairer.Le ministère de l\u2019Éducation n\u2019est pas le moins affecté par le changement que propose la Commission Parent.Il lui faudra, en plus de son Opération 55, s\u2019occuper sérieusement de l\u2019enseignement supérieur.Notre « réseau » universitaire comprend actuellement trois institutions.Il faudrait que, de 1966 à 1971, elles fournissent à nos écoles secondaires catholiques, pour les enseignements généraux et les enseignements techniques, 19,400 diplômés 3 (« diplômés », pas nécessairement « licenciés »).C\u2019est donc avec raison que la Commission Parent réclame la création de quelques nouvelles universités à charte limitée et de quelques 3.Rapport, tranche II, p.295.Centres d'études universitaires.Sur ce point l\u2019action du ministère ne révèle certes pas une hâte intempestive.Le ministère doit aussi, selon le Rapport Parent, procéder à la liquidation du réseau de nos écoles normales.Cette opération requerra beaucoup de discernement.Les petites écoles normales, si nombreuses dans la province, ne peuvent sans doute trouver place dans une conception universitaire de la formation des maîtres.Mais en les supprimant, il ne faudrait pas oublier que ces institutions étaient pour ainsi dire des postes de recrutement pour la profession enseignante, dans les localités éloignées des grands centres urbains.Aux instituts qui les remplaceront il serait bon de rappeler que leur service d\u2019orientation peut jouer ce rôle.Quant à certaines grandes écoles normales (par exemple, l\u2019école normale Jacques-Cartier, le Scolas-ticat central de Montréal, pour n\u2019en nommer que deux), elles ont des ressources humaines et matérielles qui peuvent enrichir des centres universitaires de formation pédagogique.Elles sont, au surplus, déjà en mesure, plus que les universités présentes et à venir, de produire certaines catégories de diplômés que réclament l\u2019expansion et la réforme de notre système scolaire.Il est normal qu\u2019on songe moins à les faire disparaître qu\u2019à les intégrer dans l\u2019enseignement supérieur.Enfin nos universitaires doivent réfléchir sur le fait qu\u2019on veut leur confier en exclusivité une tâche qui, jusqu\u2019ici, n\u2019était que partiellement de leur ressort.Leurs attitudes à l\u2019égard du personnel actuel des grandes écoles normales, à l\u2019égard des jeunes candidats qui viendront à eux avec la modeste ambition d\u2019obtenir un simple certificat d\u2019aptitude à l\u2019enseignement élémentaire, à l\u2019égard des candidats plus âgés et déjà en service qui viendront à l\u2019université chercher une qualification supérieure, ces attitudes de nos universitaires, disons-nous, favoriseront ou retarderont la mise en application des recommandations du Rapport Parent visant à doter notre système d\u2019enseignement d\u2019un personnel de plus en plus compétent.L\u2019accueil, la compréhension, la souplesse seront des attitudes favorables; la réticence, la hauteur, des attitudes défavorables.VL ¦ Le statut scolaire du citoyen moderne Paul-Émile GINGRAS I\u2019école a toujours été liée à la société.L\u2019histoire de l\u2019édu-cation montre comment les nations et les classes sociales ont marqué leurs écoles.Mais l\u2019opinion publique en était inconsciente: les pédagogues évoluaient dans un monde autonome, que respectaient les gouvernements.Récemment, des facteurs nouveaux sont apparus: croissance démographique, éclatement du cadre social, société industrielle, humanisme scientifique, démocratisation de l\u2019enseignement.Et, dans le monde de l\u2019école, il a fallu introduire un élément révolutionnaire: la planification de l\u2019enseignement.Phénomène mondial, la planification scolaire fixe les buts et l\u2019orientation de l\u2019école, pour une longue durée, selon les données nationales, économiques et sociales d\u2019un pays ou d\u2019une région.Scientifiques et techniciens, pédagogues et FÉVRIER 1965 sociologues imposent à l\u2019école ses objectifs quantitatifs et qualitatifs.Parmi les pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, la France, les Pays-Bas et la Suède ont des plans scolaires qui remontent déjà à la fin de la guerre.L\u2019Union soviétique applique des plans quinquennaux.L\u2019O.C.D.E.a élaboré un Projet régional méditérranéen.L\u2019UNESCO planifie l\u2019organisation de l\u2019enseignement pour l\u2019Afrique, l\u2019Asie et l\u2019Amérique latine.Le Rapport Parent est de l\u2019ordre de ces projets de planification.C\u2019est le plan d\u2019ensemble, pour une longue durée, qui détermine le statut scolaire du citoyen du Québec.Comme tel, nous considérons le Rapport Parent comme un instrument indispensable à toute politique scolaire.C\u2019est un plan hardi et vaste.Il retient les expériences et les courants des planifications scolaires modernes.Au cœur du 45 Rapport Parent, se retrouvent les grandes questions que se posait, par exemple, la Conférence européenne de F UNESCO, à Sèvres, en 1958: « conception de la culture générale nécessaire à l\u2019homme moderne, intégration de la technique à cette culture générale, fondements et méthodes de l\u2019éducation civique et morale, place respective à faire aux sciences de la nature comme aux sciences de l\u2019homme,.organisation de l\u2019enseignement post-primaire, problèmes de l\u2019orientation, transformations qu\u2019elle implique dans le régime des examens 1 ».Certains plans scolaires tiennent compte davantage de la croissance démographique ou du développement du potentiel économique.Les études du Rapport Parent restent courtes, à ces deux points de vue, et nécessiteront des travaux complémentaires de statisticiens et d\u2019économistes de l\u2019enseignement.Le Rapport Parent met plutôt l\u2019accent sur le troisième moteur de toute planification scolaire moderne: la démocratisation de l\u2019enseignement.L\u2019évolution démocratique du Québec et l\u2019ancien état du système scolaire ont probablement amené les commissaires à cette perspective dominante.La démocratie \u2014 et le commissaire Guy Rocher l\u2019a confirmé \u2014 est un « concept clé », une option fondamentale du Rapport Parent.C\u2019est l\u2019aspect de ce rapport que nous voulons souligner dans cet article.L'école publique Le premier caractère de l\u2019école démocratique, c\u2019est d\u2019être une école publique.Déjà, dans la première partie du Rapport sur les structures supérieures, l\u2019école devenait une responsabilité du pouvoir politique: Il est certain que l\u2019initiative privée ne saurait poursuivre efficacement des objectifs aussi ambitieux, ni suffire à tant de tâches:\tconstructions, aménagement géographique, coordination, recrutement du personnel, financement.C\u2019est au gouvernement de replacer les questions dans une perspective globale.Il faut un plan d\u2019ensemble, une orientation unifiée en vue du bien commun, une économie de tout le système qui évitera les dédoublements, concentrera les efforts, établira les priorités budgétaires en vue d\u2019une meilleure utilisation ou d\u2019une multiplication des ressources actuelles.Cette tâche d\u2019organisation et de financement appartient en propre au pouvoir politique responsable du bien commun.(I, 125.) Ces considérations amenaient la recommandation de nommer un ministre de l\u2019Éducation dont la fonction serait de promouvoir et de coordonner l\u2019enseignement à tous les degrés, tant dans le secteur privé que dans le secteur public (I, 143).Pour être démocratique cependant, l\u2019école ne doit pas être simplement remise au « ministre responsable devant la législature et devant le peuple » ; « la responsabilité démocratique n\u2019est pas assurée que par les élus du peuple; ceux-ci sont investis du pouvoir d\u2019administrer les fonds publics au nom de la collectivité.Mais l\u2019éducation comporte d\u2019autres dimensions (psychologiques, sociales, intellectuelles, spirituelles) sur lesquelles d\u2019autres représentants ont le droit et le devoir de faire entendre leur voix.» (I, 137.) D\u2019où la recommandation de créer un Conseil supérieur de l\u2019Éducation: « représentatif et consultatif, le Conseil contribuera à donner à la planification nécessaire un caractère démocratique » (I, 138).« La troisième condition d\u2019une action efficace et démocratique, c\u2019est une direction décentralisée.Nous croyons que le ministre et le Conseil devront prévoir des formules de décentralisation régionale.» (I, 142.) De fait, la deuxième partie du Rapport explicite ces formes de décentralisation démocratique.1.Conférence européenne de l\u2019UNESCO, Sèvres, avril 1958, p.3.46 Au niveau de l\u2019université et de l\u2019institut, le Rapport recommande une forme plus démocratique d\u2019administration: Nous recommandons que le soin d\u2019organiser et d\u2019administrer l\u2019institut appartienne dans chaque région à une corporation de caractère public, contrôlée par l\u2019Etat mais constituant un organisme administratif distinct, et dans la composition de laquelle les corps intermédiaires de la région seraient régulièrement appelés à dire leur mot.(II, 302, rec.92.) Nous recommandons que la corporation soit formée de membres nommés par le ministre de l\u2019Education suivant des listes fournies par des groupements ou organismes locaux intéressés, tels que les établissements d\u2019enseignement susceptibles de collaborer à l\u2019institut, les associations de professeurs intéressés, les associations de parents, les commissions scolaires régionales du territoire desservi par l\u2019institut, des représentants de l\u2019industrie, du commerce et des unions ouvrières de la région, l\u2019institution d\u2019enseignement supérieur la plus rapprochée.(II, 302, rec.93.) Nous recommandons que tout nouvel établissement universitaire soit constitué en corporation par une loi réservant à l\u2019Etat la nomination d\u2019au moins la majorité des membres du conseil d\u2019administration mais reconnaissant à des groupements d\u2019enseignants ou de personnes intéressées à divers titres à l\u2019enseignement le droit de proposer à l\u2019Etat la nomination de personnes de leur choix.(II, 374, rec.124.) Nous recommandons que les chartes et statuts des universités existantes soient révisés pour donner à l\u2019administration des institutions un caractère plus démocratique et mieux adapté aux exigences contemporaines, en ce qui concerne en particulier la composition et les pouvoirs du conseil d\u2019administration et du conseil pédagogique, la nomination et les fonctions de la direction, et que ces revisions se fassent après consultation des professeurs et des étudiants.(II, 374, rec.142.) Les plans de régionalisation de l\u2019enseignement secondaire sont dans la même perspective de décentralisation démocratique.La place et le rôle des commissions scolaires dans l\u2019organisation de l\u2019enseignement seront traités dans la dernière tranche du Rapport, mais déjà les éléments de planification, de consultation et d\u2019exécution démocratiques sont inscrits dans la trame du plan: commission scolaire régionale: c\u2019est au niveau de la commission scolaire régionale qu\u2019il sera possible d\u2019établir une décentralisation administrative et pédagogique à laquelle doit songer le ministère de l\u2019Education.(II, 244.) directeur régional des écoles: cet homme sera le penseur, l\u2019organisateur et l\u2019animateur de l\u2019enseignement pour des milliers de jeunes gens d\u2019un vaste territoire.(II, 245.) principal d\u2019école (II, 251); Conseil de l\u2019école: ce conseil veillerait, avec le principal de l\u2019école, à l\u2019organisation pédagogique, administrative et disciplinaire et s\u2019appliquerait à résoudre les principaux problèmes de la vie scolaire.(II, 254.) Conseils régionaux: [qui] joueraient, sur le plan de la région et par rapport à la commission scolaire régionale, le rôle du Conseil supérieur de l\u2019Education sur le plan de la province et par rapport au ministre de l\u2019Education.(II, 255.) Conseils des étudiants (II, 239) et régime d\u2019accréditation des institutions (II, 236).Cette décentralisation entraînera automatiquement la province entière à s\u2019intéresser directement à l\u2019enseignement.Le P.Pierre Angers, dans un autre article de la présente livraison, signale cet élément de la démocratisation de l\u2019école.Jamais, au Québec, n\u2019a-t-on vu autant de personnes, autant d\u2019institutions et de_corps intermédiaires embrigadés dans une réforme scolaire.Étudiants, parents, enseignants, administrateurs et conseillers locaux, régionaux et provinciaux se penchent actuellement, par milliers, sur l\u2019avenir de notre RELATIONS enseignement.Une collaboration démocratique est engagée dans un authentique dialogue.Si le pouvoir politique et les fonctionnaires ne cèdent pas à la tentation de l\u2019étatisme et de la bureaucratie, si les corps intermédiaires décident de rester présents aux tâches de l\u2019État, l\u2019école du Québec répondra aux exigences d\u2019une authentique démocratie.Ne serait-ce que pour relever ce défi, le Rapport Parent mérite notre collaboration positive.Premier caractère de l\u2019école démocratique, une école publique, responsabilité du pouvoir politique ou du ministre de l\u2019Éducation.Mais une école sur l\u2019avenir de laquelle beaucoup d\u2019autres représentants du peuple ont le droit et le devoir de faire entendre leur voix.Une école publique enfin dont la direction est fortement décentralisée et remise à des commissions scolaires régionales et à des corporations de caractère public.L\u2019école des masses Le second caractère de l\u2019école démocratique est d\u2019être une école ouverte, non seulement à l\u2019élite, mais au commun des hommes.L\u2019école a pour fonction de transmettre aux jeunes la culture d\u2019un milieu et de développer en eux les aptitudes diverses qui leur permettront, demain, de s\u2019intégrer dans la société.Ainsi, l\u2019école évolue avec la culture, avec l\u2019état des connaissances, avec les besoins de la société.Les primitifs laissaient à la famille le soin d\u2019initier les jeunes à la vie des adultes.Tout récemment encore, la masse des enfants ne fréquentait chez nous que l\u2019école élémentaire, l\u2019école secondaire étant le lot surtout d\u2019une élite bourgeoise.La révolution actuelle de la culture, de la société scientifique et technique nous force à repenser le type d\u2019école qui convienne à notre temps.Les connaissances humaines se renouvellent, dit-on, toutes les décennies.Le monde du travail, la dimension des loisirs, le logement, la sécurité sociale, les communications, les techniques, toute notre vie est substantiellement modifiée.Un fait majeur s\u2019impose: le travail s\u2019intellectualise.On ne peut demeurer indifférent devant le fait que, d\u2019ici peu, de 75% à 80% des hommes auront des emplois requérant une formation générale et une technique, ou devant cet autre fait que le tiers des journaliers, des manœuvres et des ouvriers non spécialisés sont tombés en chômage, en 1961, lors d\u2019une légère récession économique.Cette situation nouvelle oblige la société moderne à rendre l\u2019école accessible à tous, à prolonger la scolarisation, à instaurer l\u2019éducation permanente et l\u2019éducation des adultes, à créer une école où tous accèdent à une formation générale, chacun développant ses aptitudes personnelles, à un rythme qui lui soit adapté.Cette école pour tous, cette école polyvalente, c\u2019est celle que, démocratiquement, le Rapport Parent nous propose.Cette école pour tous, la Commission Parent sait qu\u2019elle se butera à bien des difficultés et des préjugés.Défendant, plus ou moins consciemment, des privilèges et des situations, certains posent en principe qu\u2019il existe « un nombre réduit et constant d\u2019élèves doués » et que ces élèves se recrutent dans les classes bourgeoises.De fait, les élèves des humanités classiques se recrutaient chez nous surtout dans les classes aisées.Selon la Fédération des collèges classiques, les parents des élèves étaient, dans une proportion de 45.6%, des propriétaires, des administrateurs et des professionnels; les autres classes sociales ne semblaient pas envoyer au collège plus que le cinquième des enfants doués.Et le Rapport Parent de rappeler: On sait trop combien la situation socio-économique détermine encore aujourd\u2019hui l\u2019orientation des élèves.Les enfants des milieux aisés ont plus de chance que les autres d\u2019accéder à des études supérieures.(II, 13.) FÉVRIER 1965 Le problème est d\u2019ailleurs commun et plus grave en Europe: La proportion des admis à l\u2019enseignement supérieur ne représente pas le tiers, quelquefois pas même le dixième des étudiants capables de poursuivre des études supérieures 2.La France ne peut accepter que les enfants des salariés agricoles représentent moins de 30% de leur catégorie dans les classes de sixième 3.Mais l\u2019idée même d\u2019une proportion définitivement réduite d\u2019enfants doués est discutable: L\u2019argument selon lequel il n\u2019y a qu\u2019un nombre réduit et constant d\u2019élèves doués est faux.L\u2019expérience de l\u2019histoire enseigne que de grandes révolutions comme la Révolution française ou la Révolution russe ont éveillé de vastes sommes de talents: tout semble indiquer que la grande révolution de vie instaurée dans la société industrielle par la science et la technique produira de semblables effets.La poursuite de la démocratisation de l\u2019enseignement est possible car les réserves de dons ne sont pas encore épuisées.Vouloir que tous fréquentent l\u2019école moyenne sur laquelle se greffe une vaste culture acquise au lycée ou à l\u2019université n\u2019est plus une utopie 4.Le Rapport Parent prend parti pour cette école des masses et la reconnaît comme une nécessité vitale de la société moderne.D\u2019elle dépendront, demain, l\u2019emploi de chaque individu comme le niveau général de développement de la nation.En dépit des difficultés, il faut tendre à cette forme de démocratisation.Mais quelle école offrir à ces masses ?Le Rapport Parent propose l\u2019école polyvalente.Chaque école offre l\u2019ensemble des enseignements d\u2019un niveau et chaque élève se forme à l\u2019aide des langues, des sciences, des arts et des techniques.Il y a une formation générale commune.Puis, par le jeu de l\u2019orientation progressive et d\u2019un système d\u2019options graduées, les jeunes développent leurs aptitudes selon le niveau et la forme de leur intelligence et selon leur rythme personnel.Les objectifs sont nets: offrir une formation générale plus poussée à la masse des étudiants, perfectionner l\u2019orientation par un jeu d\u2019options progressives.(II, 24.) une éducation humaniste pour le plus grand nombre, où s\u2019imbrique une spécialisation graduée et progressive.(Ibid.) L\u2019humanisme et la culture générale à inculquer à un élève doivent être un humanisme et une culture avec une dominante, soit littéraire, soit scientifique, soit technique.(Il, 77.) Cette école commune se caractérise encore par le fait qu\u2019elle tend à rapprocher des milliers d\u2019enfants venus de milieux sociaux et économiques divers.Notre élite bourgeoise acceptera-t-elle le défi?Nous le souhaitons.Cette forme de socialisation nous apparaît essentielle au statut scolaire du citoyen moderne.Elle nous épargnera peut-être une révolution plus violente des classes populaires contre les classes dirigeantes.Nous ne minimisons pas, avec le Rapport Parent, les difficultés de la tâche de l\u2019école des masses et de la polyvalence de l\u2019enseignement.Élever le niveau culturel d\u2019une collectivité n\u2019est pas sans risque pour la culture! Les maîtres, les institutions existantes n\u2019ont pas œuvré jusqu\u2019ici dans cet esprit.Une telle école relève davantage d\u2019un esprit que d\u2019une structure et d\u2019une administration.Si l\u2019on veut que nos enfants s\u2019intégrent demain dans la société nouvelle, si l\u2019on tient à continuer de vivre en démocratie, il nous apparaît que la perspective du Rapport Parent doit être acceptée.2.\tFrank Bowles, Access to Higher Education, Unesco, 1963, vol.1.3.\tJean Capelle, Repères, n° 1, 1964, p.17.4.\tB.Van Mutius, « La Planification de l\u2019enseignement en Europe », dans Repères, n° 4, 1964, p.60.47 VII.- Les institutions privées et le Rapport Parent Robert PICARD, S.J.Jusqu\u2019à tout récemment, l\u2019autorité civile dans le Québec avait laissé large part à l\u2019initiative privée dans tous les domaines de l\u2019enseignement.Sommairement, on peut dire qu\u2019elle n\u2019avait pris en charge, avec l\u2019école élémentaire, que l\u2019enseignement technique, et quelques grands instituts technologiques.Toutes les universités, et la très grande majorité des maisons d\u2019enseignement secondaire, ainsi qu\u2019un nombre considérable d\u2019écoles disparates de nature très variée, ont été créées par des corporations sans but lucratif.Or le Rapport Parent recommande au gouvernement d\u2019établir un réseau scolaire unifié, que tous les jeunes puissent parcourir au mieux de leurs aptitudes, sans plus d\u2019impasses ni de sens interdits.Et dans cette vue, il invite toutes les institutions de fondation privée à s\u2019intégrer dans ce système d\u2019ensemble.Les modalités de cette intégration n\u2019étant pas nettement définies, il n\u2019est guère étonnant que les institutions privées se posent des questions et manifestent une certaine inquiétude.Les réflexions qui suivent s\u2019appliquent à comprendre la place nouvelle qu\u2019on leur fait au service de notre jeunesse, et le rôle qu\u2019elles pourront jouer avec leurs ressources et leurs équipes d\u2019enseignants.* * * Avant le xxe siècle, l\u2019école n\u2019eut jamais l\u2019importance que lui reconnaît la société d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019Empire romain lui-même ne créa jamais un système national d\u2019enseignement.Allait à l\u2019école qui en sentait le besoin: c\u2019était affaire privée, et de classe sociale.Les enfants du peuple ne recevaient pas plus que l\u2019éducation familiale, avec l\u2019apprentissage pratique de ce qui serait leur métier.Aussi l\u2019établissement des écoles était-il abandonné à l\u2019initiative privée: l\u2019enseignement était un métier parmi les autres métiers, peu honorable d\u2019ailleurs et très mal rémunéré, exercé même souvent par des esclaves.La société chrétienne se constitua peu à peu sur les ruines de l\u2019Empire romain.L\u2019école n\u2019y joua pas un autre rôle.Seule l\u2019Église eut le souci de pourvoir à la formation de ses ministres: d\u2019où naissance d\u2019écoles épiscopales, pres-bytérales, monacales.Longtemps il n\u2019y en eut aucune autre.Les fonctionnaires dont Charlemagne eut besoin, c\u2019est à ces écoles qu\u2019il les demanda.A la Renaissance, le progrès de la culture, le développement du commerce, le souci de se distinguer qui animait les classes privilégiées, donnèrent à l\u2019école une certaine expansion.C\u2019est l\u2019époque des mécènes: bienfaiteurs richissimes, ou, parfois, municipalités, qui fournissaient aux enseignants professionnels, clercs ou laïcs, les instruments de leur action.Cela ne dépendait encore que de l\u2019initiative privée.Mais, à partir surtout du xvme siècle, le mouvement scientifique, le développement industriel et commercial, engendrent des besoins nouveaux.La préparation du gagne- pain désormais se fait plus exigeante.Et les écoles se diversifient.Ce n\u2019est quand même encore le fait que d\u2019une minorité, les occupations manuelles retenant l\u2019ensemble de la main-d\u2019œuvre.Et cela reste donc affaire d\u2019initiative privée.Mais l\u2019autorité civile commence à s\u2019y intéresser, et s\u2019emploie à en étendre les bienfaits.Dans les États allemands, très tôt, dès le xvie siècle; en Lrance, à partir surtout de la Révolution; en Angleterre, très tardivement, seulement au XXe siècle.Mais partout, l\u2019initiative privée garde sa place privilégiée.Cette lente montée sociale arrive aujourd\u2019hui à son sommet.Au Canada, comme dans le monde entier.Nos ancêtres, occupés surtout à l\u2019exploitation des ressources primaires qu\u2019offre la nature, pouvaient bien se contenter de l\u2019apprentissage d\u2019un métier, que complémentait parfois un mince bagage de connaissances « lettrées ».Mais le progrès scientifique et technique de notre temps a engagé les sociétés contemporaines dans une économie de transformation requérant des préparations autrement sérieuses.L\u2019industrialisation, l\u2019expansion des réseaux d\u2019échange, les concentrations de capitaux qu\u2019elles entraînent, multiplient aussi bien les besoins intellectuels, et donc les réseaux d\u2019institutions d\u2019enseignement.Évolution irréversible, où l\u2019automatisation appliquée même aux instruments de la pensée créatrice nous laisse prévoir un univers nouveau en expansion continue.Pour garder la maîtrise, demain, de ce monde qu\u2019il se sera créé en obéissant à l\u2019injonction du Créateur \u2014 « emplissez la terre et soumettez-la » \u2014 l\u2019Homme devra étudier de plus en plus, et renouveler même ses études au rythme des connaissances nouvelles.Il faut nous en rendre compte: l\u2019Humanité tourne le cap d\u2019une transformation sociale sans précédent dans son histoire.Plus que de ses mains, l\u2019avenir qui s\u2019ouvre devant lui sera l\u2019œuvre de son intelligence.Le progrès des savoirs devient facteur premier du bien commun.Et donc aussi l\u2019enseignement: ce qu\u2019il n'avait jamais été avant notre temps.L\u2019école fut toujours, dans le passé, l\u2019apanage du petit nombre.Dans une société de structure paternaliste, il paraissait suffisant que les dirigeants acquissent la culture; les autres étaient surtout des exécutants.Il n\u2019en est plus de même aujourd\u2019hui.Les métiers les plus modestes supposent une technologie élémentaire: on ne peut plus devenir compétent que par un entraînement éclairé par l\u2019étude.Et à tous les niveaux, l\u2019effort de l\u2019homme doit devenir créateur: il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019accumuler des connaissances; il faut cultiver sa créativité, et entraîner son esprit plus encore que ses mains.L\u2019enseignement, facteur du bien commun de tous les citoyens sans exception, devient nécessairement la responsabilité de l\u2019autorité civile.Ni les familles, ni aucune société privée ne peuvent aujourd\u2019hui mettre sur pied ce qu\u2019exige de ressources pédagogiques et matérielles une entreprise de cette envergure: fournir à toute la jeunesse, et même 48 RELATIONS à tous les adultes, de la nation, tous les moyens indispensables à une éducation pour notre temps.C\u2019est la perspective où se place le Rapport Parent (I, art.125).Le temps est révolu où l\u2019enseignement pouvait être abandonné à la seule initiative privée.A cette œuvre de bien commun, l\u2019enseignement privé est invité à collaborer.Il a ses lettres de noblesse, une longue expérience, des ressources considérables, des équipes constituées.La Commission royale souhaite qu\u2019il en fasse profiter le système unifié.Quelle place y trouvera-t-il ?* * * A relire l\u2019histoire de l\u2019éducation, il est évident que la primauté de l\u2019initiative privée, dans le passé, est un accident historique, non pas un fait de nature.Le bien commun, dans les formes de civilisation anciennes, ne demandait pas l\u2019école.L\u2019autorité civile n\u2019eut donc pas l\u2019idée de l\u2019offrir à tous.La demande étant le fait du petit nombre, l\u2019offre ne pouvait venir que de l\u2019initiative privée.La situation est aujourd\u2019hui bien différente.L\u2019enseignement privé peut encore survivre s\u2019il parvient à se définir un rôle utile.Sinon, il sera fatalement, avec le temps, absorbé par l\u2019enseignement public.Quels rôles complémentaires voit-on jouer, par le monde, aux institutions privées ?Quelques enseignements très spécialisés, surtout techniques, dont la demande est restreinte, l\u2019enseignement aux adultes, l\u2019enseignement aux enfants de groupes minoritaires, surtout l\u2019enseignement confessionnel.Il y aura vraisemblablement place encore, au Québec, pour les enseignements privés très spécialisés, industriels par exemple.Mais l\u2019enseignement aux adultes, dans le projet du Rapport Parent, est intégré au système public.Même les groupes minoritaires se trouvent pourvus par la possibilité d\u2019étudier les langues étrangères.Quant à l\u2019enseignement confessionnel, il est maintenu tel quel.Du moins en principe: car il reste à voir, dans la pratique, si l\u2019on estime que le seul enseignement de la religion rend une école vraiment confessionnelle.L\u2019enseignement classique, l\u2019enseignement pédagogique, l\u2019enseignement des beaux-arts et de la musique, les enseignements techniques sont tous intégrés dans l\u2019école et les instituts polyvalents.Tout paraît prévu.Aussi le Rapport Parent ne voit-il rien à offrir aux institutions privées que la collaboration au système public (I, art.50, 109, 123; II, art.242, 286-290).Ce regroupement de toutes les ressources éducationnelles de la province pour le bien commun de toute notre jeunesse nous paraît dans la logique de l\u2019évolution sociale.Il reste concevable qu\u2019un groupe de familles ait l\u2019idée d\u2019entretenir à son service l\u2019une ou l\u2019autre maison d\u2019éducation d\u2019un type préféré.Pareil établissement marginal prouverait, il faut le craindre, qu\u2019on n\u2019a rien compris à ce qui se passe: la terre des hommes est à s\u2019unifier sous nos yeux, et il paraît vain et néfaste de tenter d\u2019isoler des classes sociales dans un monde qui s\u2019intégre en société adulte.Mais il est un point où le Rapport Parent paraît méconnaître une des valeurs de l\u2019enseignement privé.Il marque bien l\u2019importance capitale du travail d\u2019équipe (par exemple, II, art.191, 231).Pourtant il ne semble tenir compte parfois (II, art.229) que des équipes à constituer.Or l\u2019enseignement privé possède cette richesse irremplaçable: des équipes déjà constituées et bien vivantes.FÉVRIER 1965 Les collèges classiques en particulier ont recruté des enseignants qualifiés, clercs et laïcs, travaillant depuis souvent de longues années.Ce sont ces personnels, héritiers de longues traditions, qui font la valeur de ces institutions, et leur conservent une clientèle fidèle.Même si leurs établissements, dans certains cas, pouvaient plus difficilement être utilisés dans les regroupements à effectuer, il faudrait passer avec ces équipes d\u2019enseignants des contrats collectifs qui les maintiennent dans leur unité organique, et leur confier des tâches d\u2019équipe, fût-ce au sein d\u2019une institution polyvalente.Une équipe en santé fera plus, par le rayonnement de son expérience, pour le niveau général de l\u2019enseignement que cinquante individus détachés de l\u2019équipe où ils donnaient leur rendement, et dispersés au hasard des besoins immédiats.On pourrait en dire autant des écoles normales, des instituts familiaux, et d\u2019autres institutions dont on laisse prévoir l\u2019absorption dans les instituts.Cette intégration, que semblent bien demander la coordination et la démocratisation de notre système scolaire, laisse quand même subsister des hésitations et des interrogations chez les éducateurs.Le Rapport Parent insiste à maintes reprises sur l\u2019autonomie à conserver aux institutions, publiques ou privées, à l\u2019intérieur de ce système intégré: il est nécessaire de mettre en place un organisme de direction pédagogique assez puissant pour coordonner tous les efforts, assez souple pour effectuer cette coordination sans entraver la liberté d\u2019initiative nécessaire à tout progrès et assez profondément enraciné dans tous les milieux intéressés à l\u2019éducation pour que le système d\u2019enseignement reste véritablement, comme il se doit, une entreprise collective.(I, art.94.) On citerait ici une foule de passages soulignant la même exigence (I, art.110, 123, 138; II, art.142, 192, 298; III, art.1107-1109; etc.).Le nombre même de ces passages trahit une inquiétude, que le Rapport ne se fait pas faute d\u2019expliciter: On pourrait.s\u2019inquiéter des tendances centralisatrices d\u2019un plan d\u2019ensemble élaboré par les seuls fonctionnaires du ministère.Comment alors un tel plan pourrait-il être réalisé sans être imposé par la force ?Cette coercition répugne à un gouvernement démocratique.L\u2019efficacité du plan découle du fait qu\u2019il est l\u2019œuvre de tous les groupes intéressés et que ceux qui l\u2019appliqueront auront contribué à son élaboration.C\u2019est d\u2019ailleurs à ce prix que le plan, collé aux structures existantes, sera réaliste et gagnera l\u2019adhésion du public.(I, art.138.) Un fonctionnarisme est facilement, presque spontanément, centralisateur.Celui du Département de l\u2019Instruction publique l\u2019a été.A-t-il changé en passant au ministère?La formation toute récente d\u2019un comité consultatif pour les instituts, bien que tardive, est un geste dans la bonne voie.Ce serait fausser complètement l\u2019esprit du Rapport Parent que de procéder sans tenir compte des enseignants.Les institutions privées peuvent rendre de précieux services à notre communauté nationale en s\u2019intégrant dans le système commun.Mais qu\u2019elles y gardent bien vivant leur esprit créateur.Au besoin, devant toute velléité de décision unilatérale, elles n\u2019hésiteront pas à faire les représentations opportunes.L\u2019enseignement, dans notre province, devient l\u2019affaire de la communauté nationale.Il n\u2019y aura pas trop de toutes ses forces vives pour réaliser le grand œuvre conçu par la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement.C\u2019est par leurs équipes déjà constituées que les institutions privées y apporteraient leur plus utile collaboration.A la condition qu\u2019on respecte leur liberté d\u2019initiative dans l\u2019esprit du Rapport Parent (I, art.110; III, art.1107-1108).49 VIII.- Les corps intermédiaires Irénée DESROCHERS, S.J.et le système d\u2019éducation IL Y a dans la deuxième tranche de son Rapport plusieurs passages où la Commission Parent parle de corps intermédiaires de toutes sortes, en particulier lorsqu\u2019elle traite de plusieurs niveaux différents de l\u2019enseignement.Quel rôle assigne-t-elle à ces groupements intermédiaires?Et pourquoi le fait-elle ?Quelles responsabilités en découlent pour les dirigeants de ces associations ?La Commission a pris nettement position en faveur d\u2019un rôle primordial attribué à l\u2019État, équilibré cependant par divers types de décentralisation.Quel est l\u2019effet de ce choix au niveau des institutions d\u2019enseignement elles-mêmes?Les institutions privées subiront des pressions ou « encouragements » pour qu\u2019elles s\u2019intégrent au secteur public.Les institutions d\u2019enseignement doivent pourtant, publiques ou privées, jouir d\u2019une certaine mesure d\u2019autonomie.Dans cet aspect de la décentralisation, quel rôle est attribué aux corps intermédiaires, particulièrement dans ces corporations de caractère public recommandées pour tous les « instituts » et toutes les nouvelles universités ?Pour bien comprendre la réponse de la Commission à ces questions, et surtout saisir l\u2019esprit dans lequel elle donne ses réponses, il est indispensable de replacer le problème dans le cadre général qu\u2019elle a défini dans le premier volume de son Rapport, consacré aux structures du système scolaire.A cause du rôle très vaste qu\u2019elle a attribué à l\u2019État, la Commission a voulu équilibrer cette puissance de direction en dotant la société de structures de participation et de décentralisation.Au niveau des structures supérieures, pour obtenir une politique scolaire à la fois démocratique et efficace, elle a affirmé la nécessité, à côté d\u2019un ministère puissant, d\u2019un organisme largement représentatif de l\u2019ensemble des intéressés: le Conseil supérieur de l\u2019éducation.Ce Conseil assurerait la liaison entre le grand public et le gouvernement.Ces contacts assidus avec tous les milieux inciteraient le Conseil à mettre l\u2019éducation « non pas au service de l\u2019État ou d\u2019un parti comme en régime totalitaire, mais au service de toute la population » (I, 179).Car « la représentation démocratique n\u2019est pas assurée que par les élus du peuple » (I, 137); «le gouvernement n\u2019est pas à lui seul toute la démocratie; celle-ci se réalise de bien des manières à travers les associations et les groupes variés » (I, 183).Le Conseil devra donc compter, en plus de l\u2019apport des parents, des Églises, des éducateurs et des administrateurs scolaires, sur la collaboration constante de divers groupes professionnels et socio-économiques1 : associations patronales, professionnelles, ouvrières, agricoles, étudiantes, etc.(I, 183).Au niveau de Renseignement secondaire et des régions Dans son premier volume, la Commission Parent avait indiqué que l\u2019une des trois conditions d\u2019une planification efficace et démocratique était une direction décentralisée: 1.De fait, avant de constituer le Conseil supérieur de l\u2019éducation, le gouvernement a consulté une cinquantaine de groupes intermédiaires représentant les parents, les enseignants, les administrateurs scolaires, les corps socio-économiques ainsi que les autorités religieuses (Hebdo-éducalion, Bulletin du ministère de l\u2019Éducation, 4 septembre 1964, p.79).elle suggérait la création de « conseils consultatifs régionaux » pour l\u2019étude des problèmes particuliers à une région (I, 142).Dans son deuxième volume, au chapitre où elle traite de l\u2019enseignement secondaire, la Commission demande que le directeur régional des écoles tienne compte du Conseil régional de l\u2019éducation.Les conseils consultatifs régionaux, par leur composition, par leurs attributions, joueraient, par rapport à la commission scolaire régionale, le rôle que joue le Conseil supérieur de l\u2019éducation sur le plan de la province par rapport au ministre de l\u2019Éducation.Ces organismes de consultation et de vigilance, la Commission les veut bien représentatifs du milieu (II, 255).C\u2019est dans le même esprit que le ministre de l\u2019Éducation, dans l\u2019Opération 55 qu\u2019il a qualifiée d\u2019opération « de démocratisation, de décentralisation, de restructuration », a provoqué la création de « comités régionaux de planification scolaire » qui agiront à titre consultatif auprès de chaque commission scolaire régionale et auprès du ministère.Certaines paroles du ministre éclairent bien l\u2019esprit dans lequel les corps intermédiaires sont appelés à participer: C\u2019est toute la communauté régionale qui devra porter la responsabilité de ce plan.On devra pouvoir compter, en premier lieu, sur la coopération franche et totale de toutes les institutions, publiques et privées, qui existent déjà sur le territoire de la régionale et l\u2019on verra à s\u2019associer, dès le début de l\u2019élaboration du plan, les instituteurs et les parents dont la collaboration n\u2019a été sollicitée, jusqu\u2019ici, qu\u2019au niveau de l\u2019exécution.Enfin, les représentants des groupes socio-économiques, qui agissent dans le milieu régional, devront être intégrés eux aussi au travail de préparation du plan.La démocratie, aujourd\u2019hui, ne se localise plus au sommet.Elle est autant démocratie de participation que démocratie de représentation: la participation des citoyens et des groupes à la gestion des affaires qui les concernent est aussi importante, pour la vigueur de notre démocratie, que la tenue d\u2019élections libres ou la souveraineté du parlement2.Au niveau de Renseignement pré-universitaire et professionnel La Commission Parent, dans son premier volume, tout en admettant « que les institutions, qu\u2019elles soient publiques ou privées, doivent jouir d\u2019un certain degré d\u2019autonomie, favorable au progrès qui résulte d\u2019une saine émulation », avait conclu que « la création d\u2019un véritable système d\u2019éducation requiert l\u2019intégration selon une formule équitable des secteurs privés qui ont besoin de l\u2019aide financière de l\u2019État (I, 123).Coordination et financement d\u2019une part, autonomie de l\u2019autre: dilemme à résoudre, particulièrement pour les institutions privées.Le deuxième volume du Rapport aborde ce problème surtout aux endroits où il est question des « instituts » et des nouvelles universités.Les instituts, selon le Rapport, devront se constituer par un regroupement des ressources existant dans les institutions publiques et privées actuelles.L\u2019intégration de ces ressources dans le nouvel ensemble devra se faire au moyen d\u2019accords ou contrats.L\u2019entité juridique appelée à négocier de tels accords devra certainement être investie de pouvoirs spéciaux, 2.Hebdo-éducalion, 11 septembre 1964.50 RELATIONS lui donnant dans une certaine mesure le caractère d\u2019un corps public, et devra disposer de plus amples ressources qu\u2019un simple établissement privé.La Commission n\u2019ayant pas cru que les commissions scolaires, corps publics déjà constitués, devraient être autorisées à étendre jusqu\u2019au niveau de l\u2019institut l\u2019enseignement qu\u2019elles dispensent, reste la grande question de savoir si le ministère de l\u2019Éducation de son côté, en mesure, lui, d\u2019accomplir cette tâche, ne devrait pas créer lui-même directement les instituts nécessaires comme établissements d'Etat.La Commission rejette cette dernière solution parce que ce serait « s\u2019engager dans la voie d\u2019une centralisation » qui paraît répugner à la population.C\u2019est ainsi qu\u2019elle est conduite à recommander que le soin d\u2019organiser et d\u2019administrer l\u2019institut appartienne dans chaque région à une corporation de caractère public, contrôlée par l\u2019Etat mais constituant un organisme administratif distinct, et dans la composition de laquelle les corps intermédiaires de la région seraient régulièrement appelés à dire leur mot (287).Les administrateurs de l\u2019institut sont donc des délégués de l\u2019État: il a confiance en eux, et peut leur déléguer en toute sécurité les pouvoirs administratifs et les responsabilités qui sont les siens.L\u2019institut doit en même temps être la chose de la population régionale, qui doit s\u2019y sentir intéressée et engagée: la corporation de l\u2019institut doit donc en quelque sorte épouser les structures socio-économiques de la région.La corporation de l\u2019institut doit se sentir suffisamment libre devant des intérêts particuliers.Elle doit aussi se sentir assez libre à l\u2019endroit du ministère; « elle ne doit pas agir comme une simple créature ou comme un organe du gouvernement » (288).Pour concilier ces diverses exigences, le conseil d\u2019administration de la corporation sera constitué de membres nommés par le ministre de l\u2019Education, sur la proposition des organismes régionaux intéressés: les établissements d\u2019enseignement susceptibles d\u2019entrer dans le projet de l\u2019institut, les associations de professeurs, les associations de parents, de représentants de l\u2019industrie, du commerce et des syndicats ouvriers de la région, les commissions scolaires régionales du territoire desservi par l\u2019institut, ainsi que l\u2019institution d\u2019enseignement supérieur le plus rapproché.On pourrait réserver au ministre de l\u2019Education la nomination exclusive d\u2019un ou deux membres (288).Les fonctionnaires du ministère doivent faire confiance aux administrateurs et aux professeurs des instituts, et leur laisser une ample marge d\u2019initiative et de liberté (298).Les représentants des corps intermédiaires qui collaborent au niveau des instituts seront d\u2019une certaine façon en rapport avec ceux qui « participent » au niveau des structures supérieures, particulièrement avec ceux qui siègent à la « Commission de l\u2019enseignement pré-universitaire et professionnel » rattachée elle-même au Conseil supérieur de l\u2019éducation3.Au niveau de l\u2019enseignement supérieur Au niveau des universités, le problème est résolu à peu près de la même façon4.Tous les nouveaux établissements universitaires, devant être presque entièrement construits avec les deniers publics, ne devraient pas avoir le statut d\u2019institutions privées.Il ne serait pas avantageux, par contre, que ces établissements soient purement et simplement des établissements d\u2019État, directement régis et administrés par des fonctionnaires du gouvernement.Il faut donc créer une 3.\tLes membres de la « Commission de l\u2019enseignement préuniversitaire et professionnel » seraient nommés après consultation des corporations des instituts, des établissements qui collaborent avec les instituts, des professeurs d\u2019instituts, « ainsi que des universités et des représentants du marché du travail pour lesquels préparent les instituts » (300).FÉVRIER 1965 corporation de caractère public particulier; il faut y associer à l\u2019État, pour la nomination du Conseil d\u2019administration, des groupements représentatifs à la fois des enseignants et de la collectivité tout entière.L\u2019État nommerait au moins la majorité des membres du Conseil d\u2019administration mais reconnaîtrait à des groupements le droit de lui proposer la nomination de personnes de leur choix.C\u2019est ainsi que pour le premier conseil d\u2019administration trois séries d\u2019institutions et de groupements pourraient proposer des noms: une première série formée par des établissements universitaires existants, des associations de professeurs d\u2019université, et des établissements qui auraient accepté de contribuer à la mise sur pied de la nouvelle institution; une deuxième, par des organismes régionaux intéressés à l\u2019éducation, instituts, commissions scolaires, associations de maîtres et associations de parents; une troisième, par des groupements socio-économiques de la région, chambres de commerce, associations professionnelles et patronales, syndicats ouvriers, etc.Par la suite, pourraient s\u2019y adjoindre les propositions du corps professoral et des étudiants du nouvel établissement lui-même (334).Les chartes et statuts des universités existantes devraient être révisés systématiquement.Le personnel administratif et enseignant de l\u2019université serait représenté au conseil d\u2019administration.Ces universités devraient de même étudier l\u2019opportunité de s\u2019appliquer « la notion de corporation de caractère public particulier » telle qu\u2019expliquée dans le cas des nouvelles institutions universitaires (363).Pourquoi ce rôle des corps intermédiaires Voilà donc des textes qui aident à saisir la philosophie sociale et politique exprimée dans le Rapport Parent.Les raisons qui motivent cette position ne se réduisent pas à quelques éléments divers; elles naissent d\u2019une vaste conception d\u2019ensemble.Sans doute, la coordination de l\u2019enseignement technique et professionnel avec le monde du travail, dans des institutions polyvalentes, fait désirer la participation de certains corps intermédiaires5.La conception de l\u2019éducation des adultes comme d\u2019une éducation permanente est une autre raison de souhaiter la présence de corps intermédiaires dans des comités consultatifs6 (Recommandation 174).Les raisons générales et dernières de cette représentation des groupes sociaux les plus variés dans les structures à tous les niveaux se retrouvent dans une conception des problèmes de financement et de démocratisation.Ces deux points de vue d\u2019ailleurs semblent intimement reliés.C\u2019est parce que des subventions du gouvernement, des deniers publics sont engagés, que l\u2019on désire la présence de 4.\tLa « Commission de l\u2019enseignement supérieur » rattachée au Conseil supérieur de l\u2019éducation permet à son tour une certaine présence morale de corps intermédiaires (I, 199).5.\tLe Rapport du Comité d\u2019Etude sur l\u2019Enseignement technique et professionnel (présidé par M.Arthur Tremblay) avait beaucoup insisté sur l\u2019importance de cette participation active de divers groupements sociaux et souhaité que les consultations prennent une forme organique dans des comités consultatifs composés en partie de représentants du monde du travail, entre autres dans un « Conseil supérieur de l\u2019enseignement technique ».Voir le Rapport du Comité d'Etude sur VEnseignement technique et professionnel, tome II, 1962, pp.155, 159, 160, 235, 245.6.\tLe Rapport Parent (II, 460) endosse les conclusions principales du Rapport du Comité d\u2019étude sur l\u2019éducation des adultes (présidé par M.Claude Ryan) qui avait recommandé un « Conseil consultatif de l\u2019éducation des adultes » pour aider l\u2019Etat à « se tenir en contact étroit avec les groupements intermédiaires qui représentent les différents secteurs de la population ».Un membre de ce Conseil siégerait au Conseil supérieur de l\u2019éducation.Voir le Rapport du Comité d\u2019étude sur l\u2019éducation des adultes, I.C.E.A.], février 1964, n°» 191 et 194.51 représentants de corps intermédiaires, comme délégués du public et de l\u2019État.On la désire aussi afin de favoriser « l\u2019apport des contributions financières locales » (334).C\u2019est un type de démocratisation qui explique encore l\u2019attitude de la Commission Parent par rapport au rôle des corps intermédiaires.Au delà de la démocratisation de l\u2019enseignement entendue au sens d\u2019une accessibilité de tous, au delà d\u2019une démocratisation obtenue par la polyvalence dans des institutions d\u2019enseignement de grande dimension où vivent ensemble des étudiants de toutes les classes sociales et de toutes les orientations, il y a la démocratisation de la planification de tout le système de l\u2019enseignement.Le principe de base est le suivant: l\u2019enseignement étant « une préoccupation de toute la société » (301), c\u2019est toute la société, tous les secteurs sociaux de la population qui doivent y être intéressés et participer à son orientation.Plus enracinée, la planification sera plus réaliste et plus efficace.La Commission Parent applique au monde de l\u2019éducation ce qu\u2019elle appelle, en parlant de la société en général, « la nouvelle démocratie », « démocratie organique », « démocratie de participation » (465).Le président de la C.S.N.avait exprimé cette même raison, à la Semaine sociale du Canada en 1962 : « L\u2019angle principal sous lequel les corps sociaux intermédiaires ont, en matière d\u2019éducation, des droits et des responsabilités, c\u2019est, à mon avis, le caractère démocratique de l\u2019enseignement7.» Responsabilités des corps intermédiaires Pour bien accomplir leur tâche de participation active, les groupes sociaux doivent fournir des représentants engagés, dévoués et compétents.Il faut nous mettre en peine de leur assurer le dynamisme et l\u2019envergure voulue.En éducation, la compétence des corps intermédiaires varie selon leurs objectifs spécifiques; la compétence de l\u2019un peut être complémentaire de l\u2019autre.Avant tout il importe d\u2019avoir des « compétences ».Cela va entraîner le développement des services d\u2019éducation et de recherches, l\u2019intégration d\u2019experts dans les cadres du mouvement.Cela va poser aussi le problème du choix des représentants.Les corps sociaux devront d\u2019autant plus choisir judicieusement les noms qu\u2019ils proposeront au gouvernement, que celui-ci veut souvent se réserver de choisir dans des listes de noms proposés plutôt que d\u2019agréer simplement le représentant présenté.Une autre responsabilité très pratique sera de prévoir et de préparer des représentants en nombre suffisant pour les nombreux postes qu\u2019il faudra remplir à tous les paliers.Déjà dans plusieurs cas, les officiers supérieurs sont débordés par les tâches de représentation en d\u2019autres secteurs de la vie sociale et publique.La formation de cadres plus nombreux, aptes à ce type de représentation valable, est une tâche sérieuse et urgente, si l\u2019on veut éviter le pur formalisme.Certains groupes, en outre, sont assez faiblement organisés, \u2014 exemple classique: les parents; d\u2019autres ne sont pas encore organisés en fédérations à des paliers supérieurs.Le mouvement de socialisation qui permettra une représentation véritable de « toute la société » est loin d\u2019être achevé.Dans le circuit démocratique où ils devront s\u2019engager, les représentants des groupes recevront probablement autant ou plus qu\u2019ils ne donneront.Leur présence éveillée leur vaudra d\u2019obtenir sur les problèmes d\u2019éducation beaucoup d\u2019informations qu\u2019ils devront souvent diffuser dans les milieux qui les mandatent (I, 179).Par cette réceptivité des représentants et ce flot d\u2019informations qui descendra vers la base et qu\u2019un 7.\tJean Marchand, « Droits et responsabilités des corps sociaux intermédiaires », L\u2019Education, problème social, Semaines sociales du Canada, 1962, les Editions Bellarmin, p.208.service d\u2019information et des réunions d\u2019étude feraient aboutir, les membres des corps intermédiaires participeront à une forme importante de « l\u2019éducation permanente », dans tous les milieux.C\u2019est à cette condition que la représentativité sera réelle et la participation des corps pleinement démocratique.Il ne faut pas nous faire d\u2019illusions: le maintien de cette vitalité exigera un travail ardu et indéfini.S\u2019il n\u2019est pas accompli sérieusement, les représentants des corps intermédiaires, malgré toute l\u2019importance théorique de leur rôle, seront bien souvent des quasi-nullités, des instruments passifs entre les mains de fonctionnaires qui seront peut-être tentés de brusquer les processus délicats de la vraie et profonde démocratie.Ces ombres de représentants pourraient devenir des paravents, des écrans derrière lesquels s\u2019accomplirait peut-être une centralisation étatique indésirable.Du moins pouvons-nous dire avec le ministre de l\u2019Éducation lui-même, \u2014 il parlait d\u2019écoles de métiers, mais ses paroles peuvent s\u2019appliquer à bien des organismes ou corporations de caractère public, ¦\u2014 que cette conscience collective elle-même qu\u2019assureront les corps intermédiaires « dissipera l\u2019impression que le gouvernement régit l\u2019école complètement de loin 8 ».Corps intermédiaires et sessions d'étude Il reste encore, alors que nous attendons la dernière tranche du Rapport Parent, certaines obscurités sur le rôle exact que la Commission assigne aux corps intermédiaires, sur les conséquences de ce rôle.L\u2019une de ces obscurités touche au problème très grave de la confessionnalité.Le seul endroit dans le deuxième tome où la Commission Parent parle de la relation entre corps intermédiaires et confessionnalité semble être celui dans lequel elle discute du projet d\u2019université pour la population anglo-catholique.Même si la Commission finit par spécifier que cette nouvelle université doit être une corporation de caractère public du type classique déjà expliqué (334), elle commence par dire que les membres de cette nouvelle corporation « seront nommés en majorité par le lieutenant-gouverneur en conseil sur la proposition des institutions et groupements anglo-catholiques intéressés » (340).Cette particularité, évidemment plus qu\u2019incidence simplement curieuse, éclaircit la pensée de la Commission Parent qui veut sans doute concéder le même droit, bien que dans ce deuxième tome elle ne l\u2019ait dit nulle part explicitement semble-t-il, à la population catholique de langue française.Une autre obscurité est connexe au problème de l\u2019avenir des institutions indépendantes et à la façon dont les corps intermédiaires pourront influencer la recherche pour ces institutions de nouvelles formules d\u2019existence 9.Dans l\u2019ensemble, le Rapport Parent a fort bien décrit le rôle lui-même des corps intermédiaires; c\u2019est peut-être l\u2019un des aspects les plus positifs et les plus encourageants du Rapport.Les groupements intermédiaires de tous ordres, s\u2019ils veulent entrer dans l\u2019esprit du Rapport, auront indéfiniment de quoi tenir des sessions d\u2019étude pour mettre au point l\u2019action qu\u2019ils veulent exercer sur le développement et l\u2019orientation du système d\u2019éducation de la province.Pour l\u2019instant, ils réfléchissent sur les implications du Rapport Parent et préparent probablement des journées d\u2019étude dans le genre de celle que tiendra à Montréal le 13 février prochain l\u2019Association d\u2019éducation du Québec (A.E.Q.).Le dynamisme des corps intermédiaires, nourri du sens de leur autonomie, s\u2019il est éclairé et vrai, est une des meilleures garanties d\u2019une démocratie authentique et vigoureuse.8.\tDiscours à Drummondville, Le Devoir, 5 oct.1963.9.\tVoir infra l\u2019article: « Interrogations sur l\u2019indépendance des institutions indépendantes ».52 RELATIONS IX.- Avant tout, maîtriser notre langue maternelle Joseph d\u2019ANJOU, S.J.Dans le volume que la Commission Parent consacre aux « programmes d\u2019études » et aux « services éducatifs » (t.il, B., vol.3, chap, xi à xxxm), il y a un chapitre qui concerne « la langue maternelle » (chap, xn, nn.570-631.recommandations 196-211); le suivant traite des « langues étrangères, anciennes et modernes » (chap, xm, nn.632-717, recommandations 212-220).Dans ces chapitres, comme dans le reste du rapport, on lit des considérations et des recommandations excellentes parmi d\u2019autres fort discutables, voire inacceptables.Mes réflexions porteront presque uniquement sur la langue maternelle.* « La communication par le langage, écrivent les commissaires (n.571), est à la base de la vie sociale et de l\u2019évolution humaine.» Surtout « dans une civilisation de masse » comme la nôtre (n.572).Par le langage, on apprend à penser, à échanger avec son semblable et, de la sorte, à progresser dans la compréhension des choses et des hommes.La perfection de la langue va de pair avec la perfection de la culture.Un système scolaire doit viser à rendre le peuple capable d\u2019exprimer clairement et correctement sa pensée dans son idiome.La langue d\u2019un peuple constitue donc le critère de sa qualité culturelle.Qui se respecte a l\u2019ambition de connaître, de parler et d\u2019écrire parfaitement sa langue.Notre langue maternelle est le français.Nous l\u2019apprenons par l\u2019ouïe d\u2019abord, puis par la vue.Il faudrait que, partout et toujours, au foyer, à l\u2019école, dans la rue, devant l\u2019écran familial ou sur les ondes, dans les journaux et les livres, notre jeunesse n\u2019entende et ne voie que du français pur (n.575).Malheureusement, des circonstances deux fois séculaires nous rendent très difficile l\u2019acquisition d\u2019un parler et d\u2019un style dignes de notre langue, l\u2019une des plus belles du monde contemporain.Un effort spécial incombe au Canadien français désireux d\u2019authenticité nationale et d\u2019achèvement culturel.Chaque individu et chaque groupe social doivent y coopérer: la famille, l\u2019école, les organes de diffusion, le gouvernement.Normalement, on n\u2019a pas de mal à l\u2019entretenir.« Celui qui s\u2019exprime bien, de façon efficace et agréable, possède dans la vie un atout irremplaçable.» Mais de cette vérité, opportunément rappelée par la commission (n.580), notre peuple n\u2019a pas encore la pleine conviction.Une longue dépendance à l\u2019égard de forces étrangères a fini par le persuader que l\u2019anglais avait plus d\u2019utilité que le français dans sa vie quotidienne.L\u2019école avait beau enseigner notre langue, le prestige de la voisine, dans les affaires, suscitait un engouement irrésistible et entraînait une contamination et même un véritable abâtardissement du parler maternel.On reconnaît, aujourd\u2019hui, qu\u2019une pareille situation ne peut durer: il faut opter ou pour l\u2019anglicisation décisive ou pour une décisive restauration du français.L\u2019option semble faite; comment la traduire en actes?Tâche gigantesque; elle réclame le concours de tous.FÉVRIER 1965 D\u2019abord de l\u2019école.Elle doit enseigner le français comme une langue vivante et qui fait vivre, non comme le reliquat d\u2019un passé aboli (n.577).Que tout serve à exalter chez les écoliers le goût de la correction autant parlée qu\u2019écrite, sans obsession, toutefois, de manière à ne pas nuire à la spontanéité des jeunes (n.582).Les enseignants donneront l\u2019exemple.Non pas seulement le titulaire de la classe et le spécialiste du français, mais le professeur d\u2019une autre matière ou discipline (nn.581, 614): arithmétique ou géographie, religion ou culture physique.Et qu\u2019on stimule les élèves à parler, non à se taire (n.595) ! On utilisera les moyens techniques les meilleurs pour habituer l\u2019oreille des jeunes à la pureté des sons, à la justesse du rythme qui caractérise le français: laboratoire de phonétique, enregistrements au magnétophone, auditions de disques, exercices de lecture à haute voix, d\u2019improvisation, d\u2019interprétation dramatique (nn.583-588).L\u2019école se montrera vigilante à corriger dès le début les défauts que manifestent les jeunes dans la prononciation, la lecture (nn.586; 589, 611).La langue écrite ne mérite pas moins d\u2019attention.Pour la bien enseigner, on insistera sur la précision et la richesse du vocabulaire, la fréquentation des bons auteurs, la connaissance de la syntaxe, l\u2019analyse littéraire, la mémorisation de beaux textes, la composition personnelle, selon le développement et l\u2019âge des écoliers (nn.592-603).A l\u2019élémentaire, l\u2019enseignement de la langue maternelle « pourra occuper 15 heures par semaine durant les trois premières années et environ 10 heures par semaine les trois années suivantes »; au secondaire, « la moyenne générale obligatoire pourrait être d\u2019une heure par jour » (n.606).Quant à la lecture, « chaque élève du niveau secondaire devrait pouvoir fournir, chaque année, la liste d\u2019au moins une trentaine de volumes qu\u2019il a lus au cours de l\u2019année, et qu\u2019on pourrait le laisser choisir à son gré parmi une liste de cent ou deux cents volumes »; de plus, « on pourrait exiger que quelques œuvres soient lues plus à fond et fassent l\u2019objet d\u2019un compte rendu » (n.602).Outre l\u2019outillage nécessaire à cet enseignement (laboratoire, manuels.), la condition principale du succès réside évidemment dans la compétence des professeurs (nn.608, 614, 615).Qu\u2019on les prépare, qu\u2019ils se rencontrent pour échanger leurs observations et discuter leurs méthodes (n.609), et que les plus expérimentés jouissent d\u2019une large initiative dans le choix des procédés et dans la fidélité aux programmes (n.604).On encouragera également les recherches pédagogiques (nn.591, 618), afin de résoudre les difficultés que présente notre enseignement du français, difficultés qui résultent de ce que le bilinguisme officiel pèse sur le Québec et du fait que les Canadiens français cultivent certains défauts de prononciation, qu\u2019à leur vocabulaire et à leur syntaxe se mêlent quantité d\u2019anglicismes.Les manuels ont aussi besoin de réforme (nn.616-617).Bref, il répugne désormais de penser que le premier venu puisse enseigner le 53 français au Québec; seul le professeur dûment spécialisé aura bientôt la faculté de le faire (n.615).* A ces propositions, il nous plaît de souscrire sans réserve.Et même à une suggestion sûrement acceptable, mais compromise dans son application.En effet, la dernière recommandation du chapitre xn souhaite que la législature du Québec soit invitée à promulguer des lois et règlements pour faire reconnaître et respecter partout le français dans les documents administratifs, la publicité et l\u2019affichage, dans les services publics, l\u2019hôtellerie, le commerce et l\u2019industrie.Par sa teneur cette recommandation demeure si vague qu\u2019on ne voit pas bien par quels procédés et quelles sanctions le gouvernement la mettra à exécution.Tant que le bilinguisme du Québec favorisera l\u2019anglais et que le peuple n\u2019exigera pas lui-même l\u2019unilinguisme français chez nous, je doute que le gouvernement provincial ait la juridiction et les moyens qu\u2019il faut pour influer efficacement sur la qualité du français dans les affaires et la vie publique.Or, la Commission Parent accepte d\u2019emblée, comme un bienfait, le bilinguisme qui sévit au Québec (nn.647-648).Elle recommande qu\u2019on enseigne l\u2019anglais au cours primaire français (n.700), sous prétexte, j\u2019imagine, qu\u2019il faut enseigner le français aux enfants anglophones de la province.Comme s\u2019il y avait parité.Comme si les arguments généraux des « savants » avaient de quoi nous impressionner.Personne ne nie la « plasticité » du cerveau enfantin, ni la facilité propre aux jeunes à\u2019apprendre une ou deux langues en même temps que leur langue maternelle: au jeu et en se jouant.Mais on ne résout pas le problème qui se pose chez nous sans tenir compte de notre milieu et de nos besoins.Pour admettre les avantages du bilinguisme, et encore avec restriction, il faudrait deux conditions, inexistantes au Québec: a) que le jeune ait la chance certaine Rapprendre correctement sa langue, au foyer, dans la rue, partout; b) qu\u2019on ne lui enseigne à parler aucune langue étrangère avant qu\u2019il ne maîtrise la sienne.De plus, la lettre et l\u2019esprit du rapport Parent s\u2019opposent à trois énoncés dont il ne paraît guère raisonnable de se débarrasser sans discussion: a) le bilinguisme parfait n\u2019est pas à la portée du peuple en général, mais seulement d\u2019une élite; b) il vaut mieux parler parfaitement une langue que deux médiocrement; c) enfin, pour mériter l\u2019honneur de compter parmi les gens cultivés, il n\u2019y a pas obligation de parler deux ou plusieurs langues: il suffit de savoir les lire.Utile, le bilinguisme ou le multilinguisme, nécessaire même dans certaines professions ou certains emplois; la motivation personnelle, l\u2019intérêt immédiat de chacun en facilite alors l\u2019acquisition; ce n\u2019est pas le cas dans une classe d\u2019école primaire.Qu\u2019on aide donc nos enfants à maîtriser d\u2019abord le français.Cela fait et seulement une fois fait, ils étudieront, pour les parler et les écrire, d\u2019autres langues, à leur choix, et cette étude ne leur nuira pas, au contraire.Mais, de grâce, trêve d\u2019utopie et de rêve: on n\u2019obtiendra pas ce résultat avant la fin du siècle, ni sans établir l\u2019unilinguisme français au Québec, ni sans exclure l\u2019enseignement de l\u2019anglais à l\u2019école primaire.Il nous faut, en effet, convertir à la correction française tous nos foyers, surtout ceux qui élèvent de jeunes enfants.Idéal irréalisable, nous l\u2019avons dit à maintes reprises, si tous les instituteurs de tout degré et de toute discipline ne deviennent des modèles d\u2019élocution française, et si le peuple, même peu instruit, n\u2019a pas la certitude qu\u2019il vaut mieux, dès maintenant, pour la réussite de sa vie économico-sociale, posséder sa langue parfaitement.Les exigences de notre situation culturelle nous pressent donc de refuser qu\u2019on impose à nos écoliers les programmes élaborés par la Commission Parent, puisque l\u2019anglais y figure comme seconde langue obligatoire et que l\u2019arabe et le chinois y sont mentionnés comme langues de libre choix, au même titre que le grec et le latin (nn.647, 648, 655).Il ne s\u2019agit pas de sous-estimer la valeur de ces idiomes, plus anciens que les parlers méditerranéens; il s\u2019agit de ne pas ratiociner la tête dans les nuages.Nous appartenons à l\u2019Occident gréco-latin.Le français sort du grec et du latin.Il s\u2019appauvrit, quoi qu\u2019on dise (nn.640-644), dès qu\u2019il s\u2019écarte de ses sources.Enfin, la culture qui nous convient, culture française et chrétienne d\u2019Occident, passe par les chefs-d\u2019œuvre de la pensée et de la littérature grecques et latines.Mais un autre collaborateur aborde cet aspect du problème; je n\u2019ai pas à m\u2019y attarder.Non moins inacceptable, à mon avis, la hâte avec laquelle les commissaires proposent et le gouvernement décide (voir le Soleil, Québec, samedi, 9 janvier 1965, p.26) d\u2019importer au Québec des professeurs et des manuels belges et français.Je n\u2019ai rien à retirer des arguments formulés ici (août 1962, p.219) contre ce projet que d\u2019aucuns s\u2019acharnent à soutenir.Éliminons « sans pitié tous les manuels.qui contribuent, par la mauvaise qualité du français, à abâtardir la langue déjà pauvre des écoliers » (n.616); soumettons à l\u2019approbation d\u2019un comité de linguistes, d\u2019artistes et de critiques littéraires les manuels dignes de servir dans nos écoles (n.616) ; n\u2019embauchons, à partir de 1970, par exemple, que des professeurs de français munis de diplômes et habiles à enseigner (n.614).D\u2019accord.Je veux bien qu\u2019 « à défaut de bons ouvrages produits ici », on adopte « des manuels français de bonne qualité » (n.616), si l\u2019on démontre qu\u2019il n\u2019y a pas « de bons ouvrages produits ici ».Or, il y en a.Qu\u2019on les exploite, même s\u2019ils ont pour auteurs des Frères enseignants.Quant aux professeurs, je maintiendrai mordicus que les nôtres, convenablement préparés (ce n\u2019est ni la mer ni la terre à boire), sauront toujours mieux former les enfants de chez nous que les maîtres empruntés à l\u2019étranger.Aux Cours du Gesù, depuis quelque temps, on offre des leçons et on dirige des exercices pratiques grâce auxquels il est aisé de parvenir à la maîtrise de la prononciation française.Des appareils, mis au point par le Dr Alfred Tomatis, de Paris, servent à conditionner ou à rééduquer l\u2019oreille et, par l\u2019oreille, la voix même.Celui qui parle dans le micro entend sa propre voix, mais il l\u2019entend modifiée selon le spectre de fréquences propre au français international.Peu à peu, l\u2019oreille fait sien ce « spectre sonore », et la voix le reproduit.Des exercices correctifs, s\u2019il y a lieu d\u2019y recourir, améliorent les sons plus ou moins déformés ou mal timbrés; d\u2019autres exercices familiarisent avec le rythme du français tel qu\u2019il se parle soit en conversation, soit dans la lecture ou le discours.Pourquoi ne pas généraliser d\u2019abord des cours comme ceux-là ?Après, seulement après, on songera à inviter des professeurs étrangers.Car, aussi bien chez nous qu\u2019en France ou en Belgique, celui qui a le talent et le diplôme qu\u2019il faut pour enseigner trouvera en lui-même les ressources requises pour apprendre, en quelques mois, à prononcer le français dignement.Puis, à mesure qu\u2019il se perfectionnera par l\u2019exercice, par l\u2019étude personnelle et les cours de vacances, il deviendra, en quatre ou cinq ans, un expert de l\u2019enseignement du français, au moins pour les écoliers du niveau primaire.Plus que la plupart des corps sociaux, celui des professeurs a intérêt à ce qu\u2019on ne brusque pas les choses.Il fera bien de résister à l\u2019empressement qui trahit, chez certains propagandistes du rapport Parent, plus d\u2019arrivisme que de sens politique et un piètre souci de notre bien commun.54 RELATIONS X.- Faut-il balancer les langues anciennes?Ernest RICHER, S.J.* Ala lecture du Rapport Parent, beaucoup de pédagogues seront sans doute déçus par le chapitre xm du L tome II (suite) sur « les langues étrangères anciennes et modernes »: les sections I et II de ce chapitre n\u2019offrent vraiment pas la profondeur ni le sérieux qu\u2019on serait en droit d\u2019en attendre, vu l\u2019importance du sujet.Une thèse à défendre Après avoir soutenu, au numéro 598, qu\u2019 « on tomberait dans une simplification dangereuse si l\u2019on proposait d\u2019abolir l\u2019étude du latin et du grec 1 », le Rapport propose, en dernière analyse, une abolition quasi totale de l\u2019étude du latin et du grec.En effet, fournissant d\u2019abord certaines données historiques exactes dont il convenait de faire état en l\u2019occurrence2, le Rapport affirme tout de go que « l\u2019utilité de l\u2019étude (du latin) » invoquée par « les adeptes des humanités gréco-latines » est « de plus en plus contestée3 », sans toutefois préciser d\u2019où vient la contestation, ni à quels points de vue elle est effectuée.En outre, dès les premiers paragraphes (nos 634-635), la manière dont on commente les arguments des traditionalistes ne laisse aucun doute sur les intentions du Rapport: le lecteur est invité clairement à réviser ses opinions et convictions sur le sujet.Quant aux affirmations suivant lesquelles « déjà des sections d\u2019humanités modernes ont remplacé l\u2019étude du grec et du latin par celle de langues vivantes4 » et que « par ailleurs bien des jeunes optent nettement pour l\u2019étude de langues modernes6 », elles entraînent, pour les auteurs du Rapport, que les disciplines en cause doivent tomber, sans autre forme de procès.A-t-on seulement pensé à se demander si certains inconvénients de notre enseignement actuel ne pourraient pas relever tout simplement d\u2019une pédagogie un peu en retard ?Un peu plus loin, dans le même chapitre, on affirme que « la polyvalence dans l\u2019enseignement des langues étrangères servira probablement aussi bien la jeunesse du Québec que la traditionnelle prédominance gréco-latine6 ».Abstraction faite d\u2019un « probablement » qui en dit long sur les convictions du Rapport, le lecteur demeure en droit de regarder semblable affirmation comme toute gratuite, aussi longtemps qu\u2019elle n\u2019aura pas été étayée de preuves convaincantes.Gratuit aussi le numéro 650 tout entier, dans lequel, plus particulièrement, on juxtapose les deux jugements suivants: 1) « le grec et le latin, dans l\u2019humanisme contemporain, ne * Docteur ès lettres (linguistique), membre de la Société de Linguistique de Paris, chargé de cours au Département de Linguistique de l\u2019Université de Montréal, où il enseigne la linguistique structurale, le P.Richer est aussi l\u2019auteur d\u2019un récent ouvrage intitulé Français parlé, français écrit.1.\tChap, xii, I, p.35.2.\tCf.les n°* 634, 635, 636 du chap, xm, I.3.\tN° 637.4.\tAux n°* 637-639.5.\tN° 636.6.\tN° 646.FÉVRIER 1965 semblent pas offrir plus d\u2019avantages \u2014 intellectuels, culturels et utilitaires \u2014 que les autres langues » et 2) « il serait sans doute artificiel de continuer d\u2019entourer les langues mortes d\u2019un prestige absolu et exclusif ».Nous aimerions savoir d\u2019où sortent ces jugements de valeur et comment on peut les démontrer de façon péremptoire.Ces énoncés se comprendraient s\u2019ils venaient à la suite d\u2019un examen minutieux ou à la fin d\u2019une discussion franche et hautement documentée: ici, ils ne font pas une preuve.D\u2019autant que \u2014 et ceci trahit plus visiblement la thèse à défendre \u2014 le numéro 640, en appendice à une argumentation assez faible sur la tradition chrétienne, amène une petite remarque à l\u2019aspect bénin, dont l\u2019astuce pourtant n\u2019échappera pas aux lecteurs avertis: « Et le latin peut rester l\u2019une des possibilités du programme, à côté de l\u2019espagnol, ou des autres langues enseignées dans l\u2019école.» Généreuse concession, vraiment! Voulait-on endormir quiconque serait tenté de regimber ?.Qui plus est, deux numéros plus loin (642), on raisonne comme suit: « les tournures syntaxiques contemporaines qui ne s\u2019expliquent que par leur source latine sont relativement rares, et ne valent certainement pas le nombre d\u2019heures qu\u2019on passe à étudier le latin, si la raison de cette étude est vraiment de mieux faire connaître le français.Pour bien connaître le français, mieux vaut apprendre le français même, semble-t-il.» Pourquoi cette ironie ?Pourquoi surtout cette remarque sur la supériorité de l\u2019étude du français par le français, dans un contexte général où se trouve exaltée (à bon droit, d\u2019ailleurs) la comparaison des structures linguistiques7?De plus, on place toutes les langues étrangères sur un même pied, comme si le latin et le grec étaient en tous points équivalents à l\u2019espagnol et aux autres langues contemporaines.Il y a quand même du latin au français un rapport qui entre en ligne de compte dans l\u2019appréciation de l\u2019étude du latin et l\u2019apprentissage de cette dernière langue représente, pour nous, certaines valeurs culturelles à distinguer de celles (non moins appréciables, bien entendu, mais différentes) que peut comporter l\u2019étude des langues vivantes.Avant de mettre au ban un système pédagogique tout entier comme celui qui a présidé à la formation de tant de générations en Occident, il vaut peut-être la peine de s\u2019arrêter à examiner la question dans ses moindres détails.Que si, malgré tout, le Rapport tient absolument à considérer égales entre elles toutes les langues étrangères, nous ne voyons plus bien, alors, à quoi servirait de changer de langue de comparaison, en vue d\u2019une meilleure intelligence du français.Et pourquoi, également, ne pas concéder à qui choisirait le latin comme langue étrangère de commencer cette étude aussi tôt que le ferait celui qui choisirait une langue vivante ?Pour quels motifs retar-derait-on l\u2019étude du latin, quand on favorise si ouvertement l\u2019initiation précoce aux langues vivantes?En résumé, la lecture du chapitre xm (I et II) laisse une pénible impression: voudrait-on vraiment rayer d\u2019un trait 7.\tCf.n01 633, 641, 642, 643, en plus de 598, au chap.xii.55 de plume les multiples composantes d\u2019un apport culturel auquel, en fin de compte, nous devons ce que nous sommes et ce que nous avons ?Proposer quelque débat autour des problèmes relatifs à l\u2019enseignement des langues anciennes eût été élégant en même temps qu\u2019utile.Le débat en vaut la peine.Une thèse mal défendue Ce n\u2019est pas tout.Non seulement le Rapport impose ses vues, mais encore il défend mal sa thèse.Au départ, il prétend que « notre enseignement traditionnel considérait, du côté français, l\u2019étude de la grammaire française comme à peu près terminée au début du secondaire, et la remplaçait par l\u2019apprentissage du latin8 ».Nulle part, à notre connaissance, semblable remplacement ne s\u2019est réalisé.Bien au contraire, les institutions secondaires ont toujours, dans leurs programmes, réservé à l\u2019étude des divers aspects de la langue maternelle un nombre d\u2019heures raisonnablement proportionné, et ce, dans ces certains cas, jusqu\u2019aux années de Philosophie inclusivement.Ensuite, relevant l\u2019argument de certains traditionalistes, d\u2019après lequel « l\u2019inutilité à peu près totale » des études gréco-latines « en constitue l\u2019élément culturel9 », le Rapport y décèle un sophisme.Cependant, il ne s\u2019aperçoit pas qu\u2019il raisonne lui-même un peu mal, quand il s\u2019appuie sur « cet autre paradoxe traditionaliste: la culture, c\u2019est tout ce qu\u2019on a oublié 10 ».D\u2019abord, le dicton prend plutôt la forme suivante: « La culture, c\u2019est ce qui reste, quand on a tout oublié » \u2014 ce qui change l\u2019argumentation du tout au tout.Mais en toute hypothèse, il y a un vice de raisonnement dans le texte du Rapport.L\u2019 « inutilité » à laquelle fait allusion le dicton est d\u2019ordre purement intellectuel: c\u2019est une étiquette commode recouvrant la réalité selon laquelle l\u2019accent est mis, dans la formation gréco-latine, sur le développement des facultés humaines, dût (à la limite) la matière enseignée ne jamais servir comme telle dans la vie concrète de chaque jour; l\u2019« inutilité », par contre, avec laquelle le Rapport argumente, en est d\u2019ordre purement matériel et pratique, rattachée à l\u2019idée d\u2019utilisation du russe, de l\u2019allemand, etc., par un médecin ou un avocat canadien-français.Mais il y a plus grave.Le Rapport laisse entendre que pour lui, l\u2019étude du latin a pour but d\u2019éclairer les « réminiscences », les « citations », les « tournures latines * 11 ».Nous avouons ne plus rien comprendre.Il y a quelque chose de véritablement attristant, dans l\u2019attitude des auteurs du Rapport: ceux-ci paraissent attribuer à l\u2019initiation au latin les dimensions et la valeur culturelle d\u2019une consultation des pages roses du Larousse.Ils vont même jusqu\u2019à mentionner froidement « ces liens, en vérité assez ténus, avec l\u2019inspiration latine ou grecque dont on trouve des traces dans la littérature occidentale12».La méprise est vraiment grossière: quiconque a tâté un peu de l\u2019histoire de la civilisation occidentale et s\u2019est frotté un tant soit peu à ses institutions de tous ordres saura qu\u2019il s\u2019y trouve infiniment plus que des « traces » de l\u2019inspiration grecque ou latine.D\u2019autre part, le Rapport conclut comme suit toute son argumentation sur ce point: « Quant aux civilisations et aux littératures antiques, on peut les connaître par des traductions et par des études nombreuses et remarquables13.» C\u2019est faire bon marché des problèmes inhérents à la traduc- 8.\tN° 637.9.\tN° 638.10.\tIbid.11.\tCf.les nos 639 et 641 12.\tN° 639.13.\tN° 639.tion et des i ^perfections des œuvres traduites.Que penserait-on de la culture française d\u2019un Allemand qui ne connaîtrait Racine, Voltaire et Camus qu\u2019à travers des traductions dans sa langue maternelle ?Pas plus sérieuse, hélas! l\u2019argumentation passablement orchestrée sur « la correspondance étymologique du latin au français », avec l\u2019exemple de « hacher des légumes 14 ».C\u2019est un peu bien mince comme bélier: aucune muraille ne cédera devant cela.Quant à savoir si « les nuances de signification qui séparent le mot « générosité » ou le mot « glorieux » dans leur sens du xvne siècle et leur sens du xxe siècle affineraient mieux la perception et la psychologie linguistique que ne le fait la connaissance de l\u2019origine latine de ces mots 15 », nous ne nous en occuperons pas: nous nous préoccuperons plutôt de savoir pourquoi le Rapport se limite à un point de vue aussi partiel, dans une question d\u2019envergure comme la mise en procès des humanités gréco-latines ?Enfin, pour mettre un terme à des remarques qui pourraient facilement se multiplier, il faut se demander si le Rapport est sérieux, quand il propose, au numéro 649, les « caractéristiques intrinsèques de la langue même » comme critères de choix d\u2019une langue étrangère.Tout pédagogue consciencieux se méfierait d\u2019un choix fondé sur de semblables considérations: le Rapport verse décidément dans l\u2019utilitarisme, la complaisance, le caprice, pour ne pas dire l\u2019amusement.Un problème qui reste entier Le Rapport en ces 86 paragraphes et 9 recommandations, irait donc à saper une institution qui a ses lettres de noblesse et qui s\u2019inscrit dans une tradition encore digne de respect.Tout en recommandant « un système d\u2019options assurant un choix vraiment libre entre l\u2019étude du grec, celle du latin et celle d\u2019au moins deux langues vivantes, à part le français et l\u2019anglais 16 », le Rapport a délibérément retardé l\u2019accès au latin et battu tambour pour les langues modernes, sacrifiant à des revendications relatives et partielles des valeurs avérées, de portée générale et d\u2019ordre hautement culturel.Il faut déplorer le fait que tout ce qu\u2019il y a de bon dans les recommandations du chapitre xm (car il s\u2019y trouve du bon) soit d\u2019ordre secondaire et pratique.La recommandation elle-même des « cours-options en espagnol, en allemand, en italien, en russe, en hébreu, en arabe, en chinois ou en japonais 17 » n\u2019a rien de bien rassurant, puisqu\u2019on ne spécifie nulle part quelle méthodologie devrait présider à un enseignement profitable de ces langues et que, de plus, la comparaison de celles-ci avec les langues anciennes n\u2019a été faite qu\u2019aux plans du vocabulaire 18, des tournures syntaxiques 19 et de la phonologie20: ces plans relèvent beaucoup plus de l\u2019information que de la culture proprement dite.Disons-le sans ambages: le Rapport a cédé à une pression: « L\u2019inutilité même du latin est l\u2019un des aspects par lequel il rebute aujourd\u2019hui certains jeunes collégiens intelligents et laborieux qui préféreraient l\u2019allemand, par exemple 21.» On serait tenté d\u2019ajouter: mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils en feront, de l\u2019allemand, ces « jeunes collégiens intelligents et laborieux » ?Leur suffira-t-il de connaître désormais le sens étymologique de la Weltanschauung et de Y Ersatz?Seront-ils certainement mieux formés du seul fait qu\u2019ils auront maîtrisé non plus les 14.\tN° 637.15.\tN° 646.16.\tRecommandation 212, p.83 17.\tRecommandation 214, p.83.18.\tN° 641.19.\tN° 642.20.\tN° 643.21.\tN° 638.56 RELATIONS déclinaisons latines ou grecques, mais les déclinaisons allemandes (ou russes) ?Car là réside toute la question.Même en faisant abstraction du parti pris contre les langues anciennes sous-jacent à tous les arguments du chapitre xm, il y a un point qui demeure à la fois obscur et fort inquiétant: comment se réalisera l\u2019initiation aux langues étrangères?Parmi toutes les méthodes mises sur le marché pour l\u2019introduction aux langues vivantes, les auteurs du Rapport en recommandent-ils une de préférence à d\u2019autres?Ou faudrait-il en créer d\u2019autres encore?La connaissance de civilisations différentes de la nôtre représente un élément culturel souligné à bon droit par le Rapport: mais quelle proportion de l\u2019horaire sera attribuée à ce secteur de l\u2019enseignement?Par qui, comment et pendant combien d\u2019années se fera l\u2019initiation aux civilisations étrangères ?En ce qui concerne le français, il est exact que la comparaison de la structure de langues étrangères avec celle de notre langue est de nature à éclairer considérablement l\u2019intelligence de celle-ci, et le Rapport a raison de souligner à plus d\u2019un endroit cette réalité.Pourtant, une série de questions ne laissent pas de se poser, également, en ce qui concerne « le français par le français » (cf.les propos du numéro 642): à ce sujet, s\u2019est-on arrêté à quelques principes bien définis de psycho-pédagogie ?Quelles normes devrait-on suivre pour une saine initiation à la langue française et à la civilisation tout entière dont cette forme d\u2019expression est le reflet ?Quels procédés pédagogiques détermineront, aux différents niveaux, l\u2019enseignement du français comme langue maternelle chez les francophones et comme langue seconde chez les anglophones?A quel moment et de quelle manière se fera l\u2019initiation aux données phonologiques, morphologiques, syntaxiques, sémantiques et stylistiques du français?Comment les données de l\u2019histoire du français, depuis l\u2019époque romane jusqu\u2019à nos jours, seront-elles exploitées?De tout cela le Rapport ne dit rien.* * * La préparation du « petit d\u2019homme » à son rôle futur dans la société est une tâche difficile et complexe.Nous avions une chance de procéder sereinement à un examen objectif de notre enseignement dit « classique », pour en déterminer les valeurs culturelles permanentes et y déceler les éléments peut-être un peu vieillis; nous avions l\u2019occasion de procéder à une mise à jour de notre pédagogie, à l\u2019intérieur d\u2019un système dont tout ne peut être devenu faux ou délétère en l\u2019espace de quelques années; nous espérions pouvoir greffer sur une institution vénérable quoique rajeunie les apports précieux de disciplines contemporaines comme la psychopédagogie, la linguistique, la théorie des ensembles et tant d\u2019autres: au lieu de tout cela, un chapitre xm du tome II du Rapport Parent fait éclater les cadres existants, pour lancer nos jeunes dans une aventure qui leur plaît.Cette dernière expression rendrait assez bien la mentalité des sections I et II du chapitre en cause.Reste à savoir, maintenant, si les pédagogues emboîteront le pas sans discussion ou s\u2019ils regimberont.XL- LES BIBLIOTHEQUES Edmond DESROCHERS, S.J.* E bibliothèques scolaires sont royalement traitées par le Rapport Parent.Les bibliothèques publiques, elles, envisagées brièvement, avec indifférence et moindre compétence, seront, si l\u2019on suit le Rapport, fondues ou plutôt confondues avec les bibliothèques scolaires.La profession de bibliothécaire disparaîtra et laissera la place soit à des spécialistes des différentes disciplines soit à des techniciens qui auront étudié la bibliothéconomie de façon superficielle au niveau de la 2e année d\u2019un « Junior College ».Voilà le curieux mélange que présente le Rapport: des choses excellentes et des erreurs monumentales.I.\u2014 Les bibliothèques scolaires Les volumes deux et trois du Rapport exposent une conception complète et excellente des bibliothèques scolaires à tous les niveaux.La pédagogie des méthodes actives exige la bibliothèque (n° 186), à l\u2019école élémentaire (n°8 187, 1166 à 1169), à l\u2019école secondaire (n08 234, 1170 à 1173), à l\u2019institut * Maître en Bibliothéconomie de l\u2019Université Columbia de New-York, ancien président de l\u2019Association canadienne des Bibliothécaires de Langue française, fondateur de la Section des Bibliothèques scolaires et de celle des Bibliothèques publiques, président en 1963-1964 de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques \u2014 Canadian Library Association, l\u2019A.est aussi bibliothécaire de la Maison Bellarmin.FÉVRIER 1965 (n08 285, 289, 1174), à l\u2019université (nos 351, 1175).La pédagogie de la lecture est abondamment traitée (nos 25, 166, 589, 591, 602, 605, 939, 1162, 1166, 1169), même la lecture des albums (n° 1166), des revues (n° 1174) et des journaux (n08 87, 1013, 1168).L\u2019enseignement doit dépasser le manuel, conduire à d\u2019autres manuels, aux livres, et aux travaux en bibliothèque (166, 170,187, 234, 279, 351, 1112, 1162, 1163, 1166, 1169, 1173).Le travail personnel de l\u2019étudiant, dont il est question partout, doit être poursuivi surtout à la bibliothèque (187, 234, 279, 351, 1166, 1169, 1173, 1175).Les professeurs doivent apprendre à utiliser la bibliothèque comme un moyen pédagogique d\u2019enseignement (1163, 1166, 1169 et surtout 1173).Les bibliothécaires et les professeurs doivent apprendre aux étudiants comment faire usage d\u2019une bibliothèque (1166, 1169, 1172), leur « apprendre les méthodes de consultation et de recherche soit dans le fichier, soit dans les ouvrages de référence » (1169), et leur donner « une initiation à la recherche et au travail scientifique » (1173).Une telle pédagogie exige un horaire scolaire qui favorise une fréquentation constante de la bibliothèque (220, 351, 1166, 1169, 1173), car il faut « une bibliothèque assidûment fréquentée, ouverte aussi bien en dehors des heures de classe que pendant celles-ci » (234).57 L\u2019envergure de la collection des livres est reconnue pour l\u2019élémentaire (1167), le secondaire (1170), l\u2019institut (1174), et l\u2019université (351, 1175).Les salles de travail à capacité de 10% des étudiants sont exigées [(1167), et RECOMMANDATIONS (358), (359), (388) et (395)1.Les locaux sont mentionnés (1213, 1214, 1226), mais leur grandeur totale n\u2019est pas étudiée.Par contre, le personnel nécessaire et sa formation font l\u2019objet de considérations fort disparates: sur les « assistants » [(436, 1172 et la RECOMMANDATION (171)], les professeurs-bibliothécaires (teacher-librmians) (436, 1177), « les spécialistes des grandes disciplines » (351), les « auxiliaires professionnels » (424), les « bibliothécaires en titre » (412), le « bibliothécaire professionnel.directeur d\u2019une bibliothèque » (1172), sur « le personnel suffisant pour les travaux de secrétariat, de dactylographie, de statistique et de prêt de volumes » (1172), sur « les documentalistes » (1177).Le Rapport ne précise pas si, après des études en bibliothéconomie, on donnera un « certificat » (1174) ou un « diplôme » (1177).Nous suggérons qu\u2019une étude professionnelle compétente renseigne le ministère de l\u2019Éducation sur le personnel des bibliothèques scolaires.Les besoins en locaux, collections et personnel doivent se traduire par des précisions budgétaires, qu\u2019il s\u2019agisse de création ou d\u2019entretien annuel.Ceci est à peine touché par le Rapport (1168, 1175).On y a vaguement conscience de l\u2019envergure des provisions financières nécessaires: « l\u2019œuvre à entreprendre est immense » (1165).La qualité des bibliothèques au gré du Rapport ne sera pas laissée dans le vague.Elle sera déterminée par des normes qui feront partie des normes mêmes d\u2019accréditation de l\u2019institution (236, 298, 299).Une bibliothèque scolaire n\u2019est pas simplement un local et un amas de livres.Elle est primordialement une réalité dynamique de nature pédagogique.Son efficacité, à la différence des autres types de bibliothèque, dépend des professeurs bien plus que des bibliothécaires.Souhaitons que les professeurs apprennent à apprécier le rôle pédagogique de la bibliothèque et n\u2019aillent pas la faire détester des étudiants par des exigences exagérées comme cela se produit déjà un peu partout.Le Service des Bibliothèques scolaires créé il y a trois ans, avec à peine les moyens de desservir une grande ville, devra doubler et tripler immédiatement ses disponibilités si le ministère entend établir un service aux dimensions de toute la province.« Cette importance du livre dans la pédagogie contemporaine est aujourd\u2019hui admise.» (1163.) Les principes de la bibliothéconomie scolaire que prône le Rapport Parent sont exactement ceux que les ministères de j\u2019Éducation ont adoptés ces dernières années à travers les États-Unis et les provinces du Canada.Pour la pleine réussite de ce Service du ministère, souhaitons que le service s\u2019adjoigne des experts qui auront acquis une maîtrise en bibliothéconomie et en pédagogie.II.\u2014 Les bibliothèques publiques Le Rapport Bouchard reposait sur une conception complètement fausse du rôle des bibliothèques dans notre société; par ses recommandations il favorisait un réseau de librairies comme si elles étaient les seuls soutiens de la culture, et il pénalisait toutes les bibliothèques de langue française.Le Commissaire n\u2019avait pas consulté les Écoles universitaires de bibliothéconomie ni les associations professionnelles de bibliothécaires.De même, les rédacteurs du Rapport Parent qui se prononcent sur les bibliothèques publiques.Ils n\u2019ont certainement pas consulté la Commission des Bibliothèques publiques, ni le Service des Bibliothèques publiques, ni les Sections spécialisées en bibliothèques publiques des associations de bibliothécaires, ni les Écoles universitaires de bibliothéconomie.Eux-mêmes cependant, dans leur Rapport, recommandent souvent aux autres de consulter les corps intermédiaires, les universités, les corporations professionnelles, etc.Cette omission nous vaut des recommandations peu sérieuses.Le Rapport recommande qu\u2019une école ouvre la porte de sa bibliothèque scolaire au public, et semble croire que celle-ci deviendra ipso facto une bibliothèque publique.Il demande d\u2019« organiser une bibliothèque qui servirait à la fois aux écoles et au public en général » (1176).L\u2019argument qu\u2019il invoque est celui de l\u2019économie.Cela étonne, car le Rapport suppose disponibles des ressources considérables et recommande ce qui exigera la dépense d\u2019environ 100 millions de dollars seulement pour créer et développer les collections de livres, et de 100 à 200 millions de dollars pour les bâtisses, les locaux, les salaires, la reliure, etc.On ne comprend pas, après cela, qu\u2019on puisse refuser les deux ou trois millions de dollars dont a besoin le ministère des Affaires culturelles pour poursuivre l\u2019œuvre urgente du développement dans le Québec de son réseau de bibliothèques publiques.La connaissance réaliste des besoins en livres qu\u2019ont les citoyens qui lisent et qui étudient et ceux de l\u2019éducation permanente établit que le rôle des bibliothèques publiques est extrêmement important pour les étudiants de tous les pays, même de ceux qui bénéficient depuis très longtemps de l\u2019éducation permanente.Or une bibliothèque publique est formellement différente d\u2019une bibliothèque scolaire, et ce serait une grave erreur, dommageable aux écoliers et à l\u2019éducation permanente, que de les fondre ou de les confondre.Il faut plutôt retenir du Rapport la recommandation qu\u2019il faut coordonner la création et le développement de ces deux types de bibliothèque; on trouve ces éléments dans le n° 1176 et la RECOMMANDATION (364).III.\u2014 Les écoles de bibliothéconomie L\u2019École de Bibliothéconomie de McGill offre présentement à ses élèves un programme de maîtrise de deux ans, au niveau des 17e et 18e années de scolarité.Elle a abandonné son programme d\u2019un an parce que les exigences intrinsèques de la bibliothéconomie actuelle imposent une formation universitaire plus élevée et plus profonde.L\u2019École de Bibliothéconomie de l\u2019Université de Montréal, obligée de prendre des candidats après une 15e année (i.e.ayant un « baccalauréat ès arts ») et de se limiter à un programme d\u2019un an, se voyait en conséquence refuser les moyens d\u2019obtenir l\u2019accréditation.Il y a un an le Conseil de l\u2019École optait en faveur d\u2019un programme de deux ans: une 16e année de culture générale et une 17e année de bibliothéconomie.Désormais, dans les perspectives qu\u2019ouvre le Rapport, elle entend, tout comme TÉcole de la Bibliothèque nationale de Paris et les autres Écoles du Canada et des États-Unis, exiger des candidats une licence (Bachelor's degree) acquise après une 16e année.Elle doit établir un programme en bibliothéconomie d\u2019un an ou deux, selon les moyens que l\u2019université mettra à sa disposition, en vue d\u2019un diplôme d\u2019études supérieures équivalant au Master's degree de McGill.Les Commissaires, cette fois non plus, n\u2019ont consulté ni l\u2019Association des Écoles de Bibliothéconomie, ni les différents types d\u2019associations professionnelles de bibliothécaires en dehors des bibliothèques scolaires et académiques et qui doivent^faire connaître leurs besoins aussi aux universités, ni les Écoles de Bibliothéconomie de notre province.Ils écrivent cependant: « Nous recommandons qu\u2019on accorde 58 RELATIONS un certificat en bibliothéconomie après un cours d\u2019un an, où l\u2019on serait admis après au moins une 13e année d\u2019études » (361).Ce qui signifie que nous serions le seul pays à agir ainsi, où il ne serait pas question de bibliothécaires professionnels qualifiés selon le standard international.Le Rapport recommande l\u2019équivalent des library assistants d\u2019Angleterre, appelés au Canada et aux États-Unis trained clericals ou trained assistants.Les trained clericals du Québec ne pourraient en conséquence continuer leurs études professionnelles en vue d\u2019une maîtrise ou d\u2019un doctorat en bibliothéconomie, ni faire partie des corporations professionnelles de bibliothécaires du Canada.Le Rapport recommande la disparition de la profession.Nous croyons qu\u2019il revient aux universités et aux associations de bibliothécaires de bien expliquer au ministère de l\u2019Éducation la nature exacte de la bibliothéconomie actuelle, et de lui faire comprendre l\u2019envergure des répercussions sur les bibliothèques du Québec qu\u2019aurait une recommandation qui supprimerait chez nous les professionnels.Il est utopique de croire que, avec la pénurie de professeurs que nous aurons dans les dix prochaines années, et aussi que devant l\u2019éventail des possibilités qu\u2019offriront les autres professions, des candidats pourvus de licences, de diplômes d\u2019études supérieures et de doctorats dans différentes disciplines, retourneront au niveau d\u2019une 14e année étudier une bibliothéconomie enfantine parce qu\u2019ils se sentiraient la vocation de prendre la place des bibliothécaires professionnels actuels.Et quel directeur de bibliothèque dans son bon sens souhaiterait avoir des aides aussi incompétents en bibliothéconomie ?Au Québec français nous n\u2019avons encore que peu d\u2019estime pour les bibliothécaires professionnels.Au Québec anglais, c\u2019est le contraire.L\u2019École française de Bibliothéconomie créée à Montréal en 1937 n\u2019a pas encore reçu, en 1965, d\u2019une université française les moyens de former des bibliothécaires ayant la qualité culturelle et professionnelle^de leurs collègues de langue anglaise au Canada eQ aux États-Unis ou de leurs collègues qui ont fréquenté l\u2019École de la Bibliothèque nationale de Paris.Le Rapport Parent recommande que l\u2019École française actuelle abaisse son niveau de la 16e année à la 14e, c\u2019est-à-dire à celui de la 2e année d\u2019un Junior College.On ne sert pas la culture française en substituant des techniciens de second ordre à des universitaires formés.Il ne serait que raisonnable que le^ministère de l\u2019Éducation fonde ses décisions à propos des Écoles de Bibliothéconomie sur une étude universitaire du problème plutôt que sur la recommandation vraiment peu sérieuse du Rapport Parent.XII.- Interrogations sur l'indépendante des institutions \"indépendantes \" Quand on lit la deuxième tranche du Rapport Parent, on se pose des questions sur l\u2019avenir des institutions indépendantes ou privées, et sur la forme précise que leur collaboration devrait prendre avec l\u2019enseignement public.Dans le cas, par exemple, de l\u2019entité juridique des futurs « instituts », la Commission Parent en est arrivée à la conclusion que seule une corporation de caractère public pourra exister.La question alors surgit de savoir si la théorie de la planification démocratique de l\u2019enseignement ne permettrait pas d\u2019aboutir à une réponse un peu plus souple.Est-ce que, sans donner l\u2019exclusivité ni à l\u2019un ni aux autres, on ne pourrait pas trouver une formule conciliant un secteur public « particulier » (la Commission Parent parle de corporation de caractère public particulier) avec un certain nombre d\u2019institutions privées d\u2019un caractère « particulier » elles aussi, c\u2019est-à-dire d\u2019institutions indépendantes qui seraient comprises non selon des façons de voir traditionnelles, mais dans une rénovation qui leur donnerait un caractère plus social, en sorte qu\u2019elles répondent pleinement aux exigences du bien commun ?Des « instituts » indépendants ne peuvent-ils pas, en effet, remplir un FÉVRIER 1965 ensemble de conditions raisonnables, ne s\u2019en tenant pas seulement à offrir au public et au gouvernement toutes les garanties nécessaires pour éviter des écarts, mais offrant positivement, et conjointement avec des instituts publics, les possibilités d\u2019une planification au maximum démocratique et efficace ?Un ensemble de conditions raisonnables Tout d\u2019abord, des institutions privées peuvent, elles aussi, se regrouper pour former au moins le noyau principal ou central de certains ensembles plus vastes et d\u2019une polyvalence plus ouverte aux besoins du milieu.Le Rapport Parent a négligé d\u2019explorer vraiment avec ses lecteurs cette possibilité: quand il entend démontrer en son argumentation que tout institut doit nécessairement être une corporation de caractère public, il voit la difficulté pour un établissement privé, si important soit-il, de se charger de la création d\u2019un institut.Mais que pourraient faire plusieurs de ces institutions indépendantes en se regroupant?Des « ententes », « accords » ou « contrats » peuvent aussi s\u2019effectuer entre institutions privées, entre leur nouvel ensemble et des établissements d\u2019État, sans que l\u2019institut doive nécessairement être une corporation de caractère public tel qu\u2019entendue par la Commission Parent.La représentation des corps intermédiaires 1 dans des conseils consultatifs et dans le conseil d\u2019administration des institutions indépendantes est non seulement fort possible, mais répond déjà à des suggestions qui prennent corps.Ainsi à une assemblée générale de la Fédération des collèges classiques en mai dernier, \u2014 avant même la parution de la deuxième tranche du Rapport Parent, \u2014 le vice-président, Mgr Lucien Beauchamp, déclarait que les collèges classiques doivent considérer de nouveau les buts qui les inspirent et reviser leur statut juridique de façon à permettre à des représentants du milieu qu\u2019ils desservent d\u2019entrer dans leur conseil d\u2019administration 2.Des réalisations en ce sens sont déjà en marche.Cette orientation cadre aussi avec des 1.\tSur le rôle assigné par le Rapport Parent à la représentation des corps intermédiaires dans le conseil d\u2019administration des corporations de caractère public, voir plus haut l\u2019article: « Les corps intermédiaires et le système d\u2019éducation ».2.\t« Les collèges classiques: vers des réformes profondes?» Le Devoir, 15 mai 1964, p.12.59 encouragements du ministre de l\u2019Éducation lui-même qui, à Drummondville, en octobre 1963 disait: « Pourquoi les institutions indépendantes ne songeraient-elles pas à former des conseils consultatifs qui ne les lieraient pas à une volonté extérieure, mais qui leur assureraient l\u2019appui du milieu 3 ?» Il n\u2019est donc pas du tout nécessaire pour que les corps intermédiaires soient représentés et que l\u2019institut soit démocratiquement « enraciné » dans le milieu qu\u2019il soit toujours et nécessairement une corporation de caractère public au sens limité du Rapport Parent.La coordination, si nécessaire dans l\u2019ensemble du système d\u2019éducation de la province, ne peut-elle vraiment être obtenue, que s\u2019il y a, au niveau des instituts, un monopole absolu de corporations de caractère public ?Un certain nombre d\u2019instituts indépendants, à côté d\u2019instituts de caractère public, ne pourraient-ils pas fort bien assurer cette coordination, par la voie de certaines réglementations du gouvernement qui constitueraient un cadre d\u2019opération, et par un système valable d\u2019accréditation ?L\u2019équivalence serait ainsi assurée, sans qu\u2019il y ait uniformisation indue.Ou faudrait-il croire que le gouvernement craindrait cette « saine émulation » favorable au progrès dont parlait jadis la Commission Parent dans son premier volume (1,123) ?Chercher au delà du sens habituel des mots Dans cette zone où se rencontrent le public et le privé, il faut se défier du sens habituel qu\u2019on est porté à donner aux mots.Ces institutions dites « indépendantes » jouiraient d\u2019une liberté limitée par les cadres de la planification générale, seraient enracinées dans le milieu par la représentation des corps intermédiaires, serviraient, elles aussi, la société et seraient reliées aux pouvoirs publics: elles seraient en fait relativement dépendantes; plus que jamais ces institutions dites « privées » exerceraient une fonction publique, rendraient un service public.Elles contribueraient pour leur part à une formule de socialisation de l\u2019ensemble du système de l\u2019éducation; et ce système général, incluant à la fois des institutions d\u2019un caractère privé particulier et des corporations de caractère public particulier, en pourrait être plus souple, plus réaliste, plus efficace et plus démocratique.Reste donc à savoir si nous n\u2019aurions pas à profiter d\u2019une ouverture suggérée semble-t-il par la Commission Parent elle-même, lorsqu\u2019elle écrit: « Entre la formule de l\u2019institution privée et celle de 3.Le Devoir, 5 octobre 1963, p.1.l\u2019établissement d\u2019Êtat, se situent diverses possibilités » (334); c\u2019est-à-dire, entre le privé entendu d\u2019une façon traditionnelle, ou d\u2019une façon aujourd\u2019hui trop étroite, et le public tel que l\u2019a conçu strictement le Rapport Parent dans le type particulier de corporations exclusivement de caractère public, y a-t-il une ouverture que nous pourrions exploiter pour retoucher le système d\u2019ensemble conçu par la Commission et le rendre meilleur encore ?Trouver de nouvelles formules La Commission énonce que, dans ce champ public-privé, il faut « chercher », « chercher à créer » (334).Elle n\u2019a trouvé qu\u2019une seule formule, érigeant ainsi un monopole: pour elle, tout institut devra être une corporation de caractère public tel que défini.Y aurait-il quelque autre formule complémentaire qui épouserait heureusement les exigences du bien commun ?La Commission Parent n\u2019a pas directement envisagé cette hypothèse; pourrait-on dire qu\u2019elle en fait simplement abstraction et qu\u2019elle ne l\u2019a pas explicitement rejetée?Analysant sa pensée, quel poids faut-il donner à ce qu\u2019implique la nature de sa demande en faveur de l\u2019initiative privée dans le cas de l\u2019éducation permanente?Elle écrit en effet: « L\u2019État sera donc soucieux de respecter l\u2019initiative privée dans le domaine de l\u2019éducation permanente et de l\u2019aider lorsqu\u2019elle s\u2019avère sérieuse et utile.» (479.) En conséquence, au nom de l\u2019avenir et non du passé, du bien commun de la société globale et non d\u2019intérêts particuliers, quelles formules inventerons-nous qui sauvegardent, dans une authentique planification d\u2019ensemble, les droits mentionnés dans le préambule du Bill 60 (chapitre 58A) ?On y lit en effet: « Les parents ont le droit de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants » ; « les personnes et les groupes ont le droit de créer des institutions d\u2019enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins ».Les parents d\u2019élèves, constitués en associations fédérées, qui désireraient voir leurs enfants poursuivre leurs études dans un « institut » de caractère privé, \u2014 mais « particulier » parce que, dans un monde pluraliste, très bien coordonné aux autres institutions soit publiques soit privées à l\u2019intérieur d\u2019un plan général d\u2019éducation de la province, \u2014 auront-ils ce choix, avec en plus l\u2019assurance qu\u2019ils pourront eux aussi, sans discrimination, recevoir du gouvernement « les moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins » ?Un meilleur équilibre public- privé L\u2019opinion publique et le gouvernement lui-même pourront et devront, croyons-nous, se demander s\u2019il n\u2019y a pas lieu de compléter le tableau brossé par la Commission Parent, et de faire des retouches dans l\u2019application des principes de base qui ont trait à une planification suffisamment décentralisée, celle même qui est la plus pleinement démocratique et en fin de compte, en qualité, la plus efficace au service de la communauté.Au fond, c\u2019est en recherchant, dans cet esprit, Yéquilibre si délicat et si précieux entre le public et le privé, qu\u2019il faudrait découvrir de nouvelles formules de « socialisation ».Il reviendrait à d\u2019excellents avocats de discuter à fond les formulations juridiques correspondantes.(D\u2019ailleurs n\u2019y aurait-il pas lieu que des juristes nous précisent sous quelles formes juridiques \u2014- plusieurs peut-être seraient possibles \u2014 pourraient se réaliser, selon notre droit, ce que la Commission Parent appelle des corporations de caractère public particulier ?) La collaboration entre le gouvernement et les institutions indépendantes devrait nous conduire, dans une saine conception du bien commun, à cet équilibre renouvelé entre le public et le privé dont parle l\u2019encyclique Mater et Magistra à la fin du passage consacré à la socialisation: « Les États parviendront d\u2019autant plus facilement à un ordre véritable que sera mieux réalisé l\u2019équilibre entre l\u2019autonomie des individus ou des groupes qui collaborent à un même objectif et l\u2019intervention des pouvoirs publics en vue de coordonner et d\u2019encourager les initiatives privées 4.» Liberté au service du bien commun N\u2019y a-t-il pas lieu de nous interroger, puisque le Rapport Parent pose le problème, sur le sens profond de la démocratisation véritable du système entier de l\u2019enseignement dans la province, en respectant à leur mérite et la valeur liberté et la valeur autorité?La planification de l\u2019enseignement, nous l\u2019aurons.Mais l\u2019au-rons-nous dans le parfait respect de toute liberté légitime qui soit bienfaisante pour le service du bien commun?Dans le domaine particulier de l\u2019éducation, quelle dose de liberté exige une planification pleinement démocratique?C\u2019est là la question fondamentale et préalable à laquelle nous aurions aimé trouver meilleure réponse dans le Rapport de la Commission Parent.Irénée Desrochers, S.J.4.Encyclique Mater et Magistra, traduction par VAction populaire, Paris, Spes, 1962, n° 66.60 RELATIONS XIII.-Un \u201cgrand saut en avant.\u201d?C\u2019est de façon catégorique et sans point d\u2019interrogation que l\u2019éditorialiste de la Gazette du 17 décembre dernier décernait cette qualification élogieuse au Rapport Parent dont la 3e tranche venait de paraître.Dans l\u2019affairement et le brouhaha des Fêtes, l\u2019article a passé inaperçu et n\u2019a provoqué, que je sache, aucun commentaire malgré qu\u2019il le méritait.Il est bienveillant, sympathique; il se ramène en substance à trois idées principales: un jugement global, des observations de détail, une démarche pratique.Le jugement global est que la Commission ayant le choix entre une évolution de notre système d\u2019enseignement et une révolution, a choisi celle-ci.L\u2019air du temps rendait possible cette audace et même y invitait.Le journaliste constate le fait, il ne le juge pas.Les observations de détail font la part des choses.Elles débutent par une grave réserve au sujet des écoles nouvelles et se terminent par une autre aussi sérieuse à propos des instituts.La grosse difficulté inhérente à la révolution en projet est que nous n\u2019avons pas \u2014 pour des années et des années \u2014 ni les écoles et les équipements nécessaires, ni les maîtres qualifiés pour faire aboutir (bring about) le système proposé.D\u2019autant que le Rapport, avec ses très nombreuses recommandations, souvent peu précises, laisse dans l\u2019incertitude pratique, abandonnant au ministère d\u2019achever la tâche.L\u2019article relève des appoints positifs: les sciences auront plus d\u2019importance, les langues secondes, française et anglaise, seront enseignées de façon efficace, les mathématiques feront un bond chez tous, etc.Par contre, le journaliste s\u2019interroge sur la valeur pratique de l\u2019enseignement technique au rythme d\u2019une heure par semaine, sur l\u2019à-propos d\u2019une année supplémentaire imposée même aux sujets brillants avant l\u2019entrée à l\u2019université.Surtout, il porte sur les instituts projetés ce jugement réticent.Toute cette idée des instituts intermédiaires entre le high school et l\u2019université demeure vague et sujette à reconsidération.Si nous faisons le bilan des éloges et des critiques, celles-ci sont autrement graves et profondes.Des deux institutions clés que recommande la Commission Parent, l\u2019une est jugée impraticable pour longtemps et l\u2019autre, l\u2019institut, vague et à réexaminer.FÉVRIER 1965 Peut être comprenons-nous mieux ainsi la démarche pratique qui suit.En voici l\u2019énoncé (nous donnons en note l\u2019original 1) : Les Ecoles protestantes, qui en général ont établi leurs propres standards par leur propre système de planification, souhaiteraient bien recevoir l\u2019assurance qu\u2019elles seront encore libres de continuer à dresser leurs plans et à fixer la marche de leurs progrès de la façon qu\u2019elles jugent le mieux convenir à leurs propres besoins, sans être nécessairement liées par les normes générales.Blanc sur noir, c\u2019est une demande d\u2019exemption, c\u2019est le vœu qu\u2019on leur laisse la liberté académique et en partie administrative qu\u2019elles ont jusqu\u2019ici possédée.Si je signale ce vœu, ce n\u2019est pas pour en contester le bien-fondé ni la convenance, mais pour dégager la valeur des éloges que les anglo-protestants décernent au Rapport Parent: il est excellent, c\u2019est une bouffée d\u2019air frais, une grande source permanente d\u2019inspiration, « c\u2019est un grand saut en avant».\u2014Mais.sautez vous-mêmes, messieurs les Canadiens français.Nous, nous préférons ne point sauter.Laissez-nous de grâce avancer pas à pas, à la manière que nous avions choisie et qui nous va très bien.La contrepartie de tout cela est qu\u2019avec le beau Rapport Parent, dont on nous menace en haut lieu de précipiter la mise en application, nous allons faire, nous, un grand saut dans la nuit.C\u2019est la nuit parce que les institutions clés qu\u2019on introduit, l\u2019école polyvalente et l\u2019institut, sont des entités nouvelles chez nous et partout fort difficiles à réussir.Conant a retenu en avoir trouvé 8 aux États-Unis, sur les 55 qu\u2019il a visitées \u2014 toutes réputées et représentatives \u2014 qui atteignaient de façon satisfaisante les trois objectifs majeurs d\u2019un comprehensive high school.Sa critique principale sur l\u2019ensemble est que l\u2019élève doué pour les études, règle générale, n\u2019est pas suffisamment provoqué, ne travaille pas assez dur et n\u2019a pas un programme académique de suffisante envergure.(J.B.Conant: The American High School of to-day, 1959, pp.17, 22, 40).1.The Gazette, Thursday, December 17, 1964 : « And the Protestant Schools, which have, in general, set their own standards by their own planning, would like the assurance that they will still be free to continue to plan and advance in ways considered most suitable to their own needs, and not necessarily be bound to generalized standards.» Il y faudra des orienteurs par centaines, par milliers.Nous n\u2019en avons actuellement que 200 alors que les besoins actuels, plus modestes, en réclament 2,000 pour les 400,000 enfants de nos écoles (Radio-Canada, Les 15-25).Il y faudra des tuteurs formés et dévoués à la place des titulaires que l\u2019on supprime en substituant les options généralisées aux sections actuelles.Que disent les enfants du système de maîtres spécialistes parmi lesquels ils ne trouvent personne à qui parler (Les 15-25) ?Que penser même du regroupement massif et bigarré que sera l\u2019école polyvalente ?C\u2019est exactement le contrepied de la politique à laquelle furent amenés non seulement les « féodaux et les bourgeois » des collèges classiques, mais la commission scolaire catholique de Montréal en ses sections classiques, et bien d\u2019autres.Nous avions des institutions \u2014 collèges, instituts familiaux et autres \u2014¦ que les Anglo-Canadiens nous enviaient.Le docteur Sydney Smith, président de l\u2019Université de Toronto, le déclarait en 1952 au 29e congrès de la Canadian Education Association: [La province de] Québec s\u2019est montrée pleinement consciente de l\u2019importance des progrès en science physique; elle a battu la marche dans le développement des sciences et de la philosophie sociales; et, malgré des invitations pressantes en faveur de la formation technologique, elle n\u2019a jamais abandonné son humanisme classique qui, en recueillant la leçon du passé, ouvre de riches aperçus sur le présent; [c\u2019est une] éducation dont les fruits sont une maturité culturelle, une délicatesse de manières, une ouverture d\u2019esprit et une facilité d\u2019expression auxquelles nous devons rendre hommage.Québec, je le prédis, nous rejoindra en technologie avant que nous n\u2019atteignions son niveau culturel.(Canadian Education, Déc.1952, p.34.) Serions-nous en train de lui donner le démenti ?Le Rapport Parent, quoi qu\u2019on dise, démantèle, liquide et monnaye nos foyers de culture les mieux éprouvés; il pense jeter dans la masse comme un levain les ressources culturelles qu\u2019on y avait accumulées.Oublie-t-il qu\u2019un levain pour agir réclame des conditions précises?Nulle part, lui-même, il ne fait la preuve convaincante que nous les retrouverons, d\u2019ici longtemps, en sa formule d\u2019éducation de masse.Ce Rapport nous conduit, si on en précipite l\u2019application, à un grand saut dans la nuit.Georges Robitaille.61 Le théâtre Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.Il est des pièces qu\u2019on est content d\u2019avoir vues, sans plus.D\u2019autres, au contraire, nous plaisent davantage chaque fois que nous les voyons.Moins préoccupés du déroulement de l\u2019intrigue vers un dénouement imprévu, nous jouissons mieux de la structure de l\u2019œuvre, de la psychologie des personnages, des beautés de la langue utilisée.Pourvu toutefois que tous ces éléments soient marqués d\u2019une valeur artistique vraiment authentique, que nous nous trouvions en face d\u2019un réel chef-d\u2019œuvre \u2014 ce qui est et a toujours été rare.LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD La pièce bien connue de Marivaux, Le Jeu de l\u2019amour et du hasard est une de ces comédies dont on ne se lasse pas, qui enchantent de plus en plus d\u2019une représentation à l\u2019autre.Au gré de ses dispositions d\u2019esprit, on peut se délecter du style unique de Marivaux, si raffiné et si clair à la fois, suivre le cours sinueux de la psychologie amoureuse des personnages, s\u2019amuser de la virtuosité du cheminement si fantaisiste de l\u2019intrigue, admirer la délicatesse de ton et la remarquable distinction du langage, des manières, des attitudes \u2014 ce qui nous change de la vulgarité si souvent affichée et recherchée dans une certaine littérature, dite moderne.Voilà assez de raisons, à coup sûr, pour justifier le choix de cette pièce par la nouvelle équipe du Théâtre du Gesù qu\u2019elle a offerte récemment aux étudiants de nos institutions scolaires.Et le fait que la salle du Gesù ait débordé, pendant deux semaines, de jeunes spectateurs enthousiastes prouve une fois encore que la majorité de nos étudiants et étudiantes savent apprécier l\u2019éternelle jeunesse d\u2019une œuvre belle.A condition sans doute qu\u2019on la fasse vivre devant eux avec éclat et sincérité.Ce n\u2019est pas tellement simple.Marivaux n\u2019est pas de tout repos.Je le juge plus difficile que Molière, sûrement plus que les comiques modernes.Il requiert une grâce et une nuance d\u2019expression qui ne sont plus de notre époque et une pudeur de sentiments encore moins actuelle.Seuls des comédiens en possession d\u2019un métier éprouvé peuvent risquer de lui faire un sort sans perdre quelques plumes.Les interprètes, choisis par Françoise Graton et dirigés par Georges Groulx, y ont réussi, bien que tous assez jeunes, sauf le vétéran François Rozet, très juste dans le rôle de M.Orgon, père de Sylvia.Ce personnage de Sylvia, personnage central de la pièce, n\u2019est pas du tout comique.Jeune fille raisonnable et sérieuse \u2014 presque trop pour son âge \u2014 capable de disserter de l\u2019amour et du mariage comme une habituée du salon de Madame du Deffand, elle prétend prendre toutes les précautions possibles avant d\u2019épouser celui que son père lui destine.Mais vite, elle s\u2019aperçoit qu\u2019on ne joue pas avec l\u2019amour, comme dira Musset, car son cœur n\u2019est pas aussi raisonnable que son esprit.Et ce qui devait être une innocente fantaisie vient près de tourner au tragique.Pour camper ce caractère en vérité, en justifier les divers états d\u2019âme, en faire valoir les contradictions et les rendre plausibles, on ne pouvait mieux trouver que Monique Miller qui a parfaitement incarné le rôle.Dans l\u2019ombre de Sylvia, soumis aux mêmes aléas de l\u2019intrigue, Dorante a été bien servi aussi par François Tassé.Françoise Graton et Marc Favreau, pleins de mouvement et de fantaisie, même de désinvolture, ont joué avec justesse le joyeux couple des domestiques mués pour un temps en maîtres, Lisette et Arlequin.Et Jean Faubert a donné de la présence au rôle épisodique de Mario, frère de Sylvia.Cette représentation très soignée et de bon goût permet de fonder de solides espoirs sur cette nouvelle troupe qui s\u2019adresse spécialement à la gent étudiante, heureuse bénéficiaire d\u2019un théâtre de qualité.LE SYSTÈME FABRIZZI Il y a plus de dix ans déjà, Albert Husson nous avait fort amusés avec sa Cuisine des anges.Du même auteur, le Théâtre du Nouveau-Monde vient de présenter, à l\u2019Orphéum, le Système Fa-brizzi, qui nous a fait moins rire.Un certain italien, nommé Fabrizzi, sorti on ne sait d\u2019où, a inventé un assez drôle de système financier: il prête à 3% et emprunte à 30%.Ces transactions pour le moins originales excitent à bon droit la curiosité des banquiers, de la police et des curés, représentés en l\u2019occurrence par un assez piteux évêque, qui, tous, enquêtent sur cet étrange cas.Mais Antonio Fabrizzi, rêveur idéaliste, insouciant jusqu\u2019à l\u2019invraisemblance, est indifférent à tout sauf aux charmes frustes et très nature de la petite friponne et coureuse Amélia qu\u2019il vient tout à coup de découvrir.Tout cela tourne même au mariage, mais aussi à la déconfiture financière et à la fin de la pièce.Donc sujet assez mince qui tient un peu du suspense policier et un peu de la fantaisie à la Giraudoux.Rien de très net; on cherche les mobiles de l\u2019action sans parvenir à les saisir jusqu\u2019à la fin, où l\u2019inspecteur de police Paco s\u2019essaie péniblement à nous expliquer Fabrizzi et son insolite attitude.De plus, cette histoire déjà assez confuse aurait demandé beaucoup de mouvement et de légèreté dans l\u2019interprétation.Or, ce soir de la première, le jeu fut beaucoup trop lent, hésitant et comme embarrassé, par la faute en particulier de Georges Carrère, terriblement gêné par sa mémoire.Il y eut quand même de bons moments grâce à la verve truculente de Kim Yaroshevskaya, en madame San-tori, à la piquante ingénuité d\u2019Amélia, jouée par une débutante qui promet, Isabelle Jan, à la rondeur matoise de Paul Berval, commissaire de police, mais plutôt inhabile à tirer le pistolet.Albert Miliaire a été un Fabrizzi élégant, dégagé, mais pas assez convainquant.Et Henri Norbert est certainement plus à l\u2019aise en Tartuffe qu\u2019en évêque.Plusieurs nouvelles figures complétaient la distribution, ce qui est à louer.On les aurait toutefois aimées plus alertes, exubérantes, plus italiennes, quoi! Il est probable que tout fut bien mis en place aux représentations subséquentes et que les spectateurs ont pris plaisir à ce Système Fabrizzi qui ne nous a pas emballés.62 RELATIONS Les livres J.ÜHEILLY: Dictionnaire biblique.\u2014 Tournai, Desclée, 1964, 1259 pp.et XIV tabl., 21.5 cm.1ES BONS INSTRUMENTS DE TRAVAIL pour j l\u2019étude de la Bible se multiplient.On les ouvre d\u2019abord avec quelque appréhension, craignant qu\u2019ils ne fassent double emploi avec d\u2019autres déjà publiés.Dans ce cas-ci, la crainte était vaine.Les manuels et les ouvrages de vulgarisation ont constamment besoin d\u2019être mis à jour, tant la recherche progresse vite et rend bientôt caduques les meilleures synthèses d\u2019érudition ou de pensée.En outre, même les spécialistes tirent volontiers parti de ces modestes livres, car ils ont assez d\u2019esprit pour ne pas s\u2019encombrer la mémoire de détails que les livres conservent si bien, avec l\u2019humble fidélité des bons serviteurs.S\u2019il est vrai que ce genre d\u2019ouvrages donnent aux usagers ce qu\u2019on leur demande, on peut dire qu\u2019on aura raison de beaucoup demander à celui-ci, qui offre une réponse succincte, précise et nuancée aux questions sur lesquelles les biblistes, les théologiens, les professeurs d\u2019Ecriture sainte, les animateurs de cercles de Bible aimeront l\u2019interroger.Il faut remercier l\u2019auteur de la peine qu\u2019il s\u2019est donnée pour rassembler cette riche documentation, et l\u2019éditeur du soin qu\u2019il a mis à présenter un livre maniable et bien imprimé.Un papier plus fin aurait rendu le maniement du bouquin encore plus commode; peut-être pourra-t-on y songer lors des prochaines éditions.Car c\u2019est un livre que beaucoup aimeront avoir sur les rayons de leur bibliothèque.Raymond Bourgault.Collège Sainte-Marie, Montréal.Adrien Brien: Le Cheminement de la foi.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1964, 240 pp., 20.5 cm.Lauteur se défend d\u2019avoir écrit un traité; il ne cherche pas à définir la foi, mais à montrer comment les hommes la trouvent et par quelles pistes ils arrivent au Dieu vivant.Son ouvrage est sérieux et demande, pour être compris, une forte concentration de l\u2019esprit, mais au bout de l\u2019effort grande est la récompense.Quelques titres de chapitres indiquent le contenu de ces pages: l\u2019homme moderne devant la foi, l\u2019entrée dans la foi, la liberté devant la foi, la foi et l\u2019existence adulte, les collectivités et la foi, la foi et la technique, l\u2019homme moderne peut-il croire à la vie éternelle ?L\u2019un des chapitres les plus « pratiques » peut-être à l\u2019heure actuelle me paraît celui qui concerne les rapports entre la foi et la technique.L\u2019A.établit très bien en quoi consistent la civilisation et la mentalité techniques, puis il montre ce que le christianisme peut apporter d\u2019indispensable aux hommes techniques.Il conclut en disant: « Ainsi se manifestera dans notre civilisation technique la spécificité du christianisme.Cette civilisation agit sur les religions comme un processus d\u2019analyse, au sens chimique de ce mot: elle est un réactif qui décompose tout ce qui n\u2019est pas pur.Il semble que le christianisme authentique puisse résister à cette désintégration.Car il exalte la création comme une œuvre qui s\u2019accomplit avec la participation des hommes, il sanctifie la liberté et son effort temporel, il révèle chaque homme à lui-même en l\u2019appelant à répondre personnellement à l\u2019appel d\u2019un amour qui transfigure sa vie et le fait entrer dans le royaume de la communion et de la paix.» (P.211.) Un pareil ouvrage devrait être lu par tous les laïcs sérieux en quête d\u2019un renouvellement de leurs connaissances religieuses et d\u2019un approfondissement de leur foi face aux exigences des temps présents.Richard Arès.En collaboration: Maria.Études sur la sainte Vierge (sous la direction d\u2019Hubert du Manoir, S.J.).Tome VII.\u2014 Paris, Beauchesne, 1964, 457 pp., 25 cm.CET IMPORTANT OUVRAGE Conclut Une vaste enquête, menée depuis quinze ans, sur les divers aspects de la théologie mariale.Dans une première partie, on trouvera d\u2019excellentes synthèses sur le dogme de l\u2019immaculée Conception (J.Ga-lot), la maternité virginale de Notre Dame (J.-A.de Aldama), le mystère de l\u2019Assomption (J.Galot) et la théologie mariale dans l\u2019orthodoxie russe (D.Stiernon).La seconde partie est formée de trois études: la doctrine mariale et la théologie chrétienne de la femme (M.-J.Nicolas), Marie et l\u2019Eglise (Mgr G.Philips), Marie et la Trinité (M.-J.Nicolas).Chacun des exposés est complété par une abondante bibliogra- phie qui tient compte des plus récentes recherches.« Seule une connaissance étendue et exacte de la doctrine et de la piété mariales à travers les siècles, écrit le cardinal Bea dans la préface, permet de repérer la voie juste dans les questions embrouillées se présentant à quiconque veut unir harmonieusement une authentique mariologie.avec un amour ardent et effectif de l\u2019unité de ceux qui croient au Christ.C\u2019est en cela que consiste l\u2019importante contribution à la cause œcuménique que nous offre Maria.» (P.xiii.) C\u2019est dire que cette encyclopédie \u2014 car c\u2019en est une! \u2014 rendra le plus grand service, non seulement en raison de la qualité de son contenu mais aussi en raison de son opportunité, à l\u2019heure de Vatican II et du rapprochement entre chrétiens.Gilles Pelland.Scolaslicat de VImmaculée-Conception, Montréal.Henri SANSON, S.J.: Spiritualité de la vie active.\u2014 Le Puy et Lyon, Editions Xavier Mappus, 1962, 325 pp., 23 cm.Voici un ouvrage de spiritualité appelé à devenir, croyons-nous, un classique du genre, comme ceux du P.J.de Guibert, dont il reprend et prolonge le dessein.C\u2019est, en effet, une ample et profonde réflexion sur la vie spirituelle à partir de ces dynamismes fondamentaux que sont la foi, l\u2019espérance et la charité, dynamismes que l\u2019Esprit Saint en toute âme touche et anime; avec des dominantes cependant qui structurent la vie spirituelle selon la vocation dans l\u2019Eglise.Ce qui donne des spiritualités soit de contemplation, soit de « connaissance » nourrie par la foi, soit d\u2019action pénétrée de charité.La dominante ici retenue est celle de la vie active dont le dynamisme structurant est la charité.Prêtres, religieux et laïcs dont la vocation est de vie active, et ceux qui les forment ou les dirigent, trouveront grand profit à lire et à relire ces pages parfois difficiles.A partir des principes s\u2019y éclairent de nombreux problèmes souvent sans réponse: quelle place faire dans leur vie à la prière, à la « connaissance » dans la foi ?Quand y a-t-il manque ou excès ?La spiritualité qui leur convient se compare-t-elle à celle qu\u2019ont décrite les grands maîtres de la vie contemplative ?Est-elle aussi sainte et sanctifiante ?à quels signes reconnaître qu\u2019elle progresse, qu\u2019elle traverse une « nuit » ?L\u2019examen de conscience bien compris reprend ici son importance et son rôle irremplaçable.Ces questions et bien d\u2019autres sont ici renouvelées « JÇe temple de la lumiete » Beldnd Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.secr.-trés.P., 7125, boul.Saint-Laurent, Montréal 274-2465* VOYAGES I.\t\u2014 PÂQUES A JÉRUSALEM : 21 jours (avec Mgr R.Marien).$1090 II.\t\u2014 EUROPE y COMPRIS LA GRECE: été 1965, 2 mois, 12 pays.$1245 (bateau ou avion).III.\t\u2014 MOYEN-ORIENT': 21 jours, été 1965 (avec M.l\u2019abbé Fournier).$1090 IV.\t\u2014EUROPE ET MOYEN-ORIENT : combinés.Renseignements : Voyages Bel-Air: 2155, rue de la Montagne, 844-8817; M.G.BELLEFLEUR, 3973, rue Mentana, 523-2583 FÉVRIER 1965 63 en profondeur par une vue des choses à la fois large et précise, traditionnelle et nouvelle, qui embrasse d\u2019ensemble toute la vie spirituelle.Si l\u2019ouvrage enrichit d\u2019abord la tradition spirituelle ignacienne, il éclaire à vrai dire toutes les autres spiritualités chrétiennes authentiques.C\u2019est un grand livre.Georges Robitaille.François Bouchard, C.SS.R.: L\u2019Homme de demain.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1963, 310 pp., 19.5 cm.Livre sympathique.L\u2019auteur oppose les j formes principales de l\u2019athéisme moderne, le marxisme et l\u2019existentialisme athées, au mystère du Christ.Comme méthode de travail, il a choisi l\u2019analyse descriptive; son ouvrage est surtout destiné aux jeunes.N\u2019allons pas y chercher une érudition rébarbative.Une doctrine sûre, une appréciation juste, loyale et suffisamment documentée de l\u2019adversaire, un sens de la beauté et du mystère, une aimable modestie, une grande force d\u2019espérance, un entraînant appel à l\u2019engagement.On trouvera tout cela, et d\u2019autres choses encore, à suivre le Père François Bouchard quand il s\u2019adresse aux jeunes.Joseph Ledit.René-Salvator Catta: Pourquoi suis-je venue?\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1964, 272 pp., 21 cm.Les Auxiliatrices du Purgatoire, > maintenant établies au Canada, sont bien connues surtout pour leurs activités dans le domaine de la catéchèse.Sait-on que la première Canadienne (Alexandrine Pouliot) entrée dans cette congrégation dut s\u2019expatrier loin de son pays pour suivre sa vocation ?Sagement dirigée par le célèbre P.Pichon, S.J., Alexandrine posa un geste héroïque en son cas, en quittant sa famille (en particulier son frère Camille) à laquelle elle était extrêmement attachée.Une abondante et savoureuse correspondance prouve qu\u2019elle n\u2019oublia jamais les siens.La vie de Mère de l\u2019Ange-Gardien fut parfois très mouvementée (tremblement de terre de San Francisco; guerre de 1914 en France où elle catéchisa les soldats blessés), parfois L'IMPRESSION PATRIOTIQUE est toujours la plus profonde des IMPRESSIONS J.-ALEX.THÉRIEN président Imprimeurs - Lithographes 8125 Saint Laurent, Ml! 11 388 5781 plus calme (auprès de la Mère générale à la fin de sa vie), mais toujours active au service des familles pauvres, des malades et de ses chers catéchumènes.Esprit singulièrement ouvert, doué pour la littérature, Mère de l\u2019Ange-Gardien alliait un recueillement profond à un zèle infatigable.Longtemps, elle souhaita une fondation de sa communauté au Canada, mais son rêve ne devait pas se réaliser de son vivant.Cette biographie que nous a écrite M.Catta palpite de la vie intime de la famille Pouliot à Rivière-du-Loup et de celle des milieux des États-Unis et de France où séjourna Mère de l\u2019Ange-Gar-dien.En plus d\u2019être une bonne œuvre, cette biographie est une belle œuvre littéraire.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.E.ROBERTO: « L\u2019Endormie » de Paul Claudel ou la naissance du génie.\u2014- Cahier canadien Claudel I, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1963, 193 pp., 20 cm.La Société Paul-Claudel du Canada, / fondée à Ottawa en 1963, publie un premier Cahier canadien Claudel, dû aux soins du professeur Eugène Roberto, attaché au département de littérature française de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Le premier titre de la collection présente une édition critique d\u2019une pièce que Claudel écrivit vers l\u2019âge de 18 ans, VEndormie.Le texte est établi d\u2019après l\u2019unique manuscrit appartenant à la bibliothèque de l\u2019Arsenal (Fonds Rondel, Ms 1187).En notes infrapaginales sont relevées les fautes survenues dans les éditions précédentes (l\u2019édition « Ides et Calendes », l\u2019édition « Gallimard »), ainsi que certaines indications \u2014 orthographe, mots surchargés, biffés ou raturés \u2014 apparaissant sur le manuscrit.Une longue et précieuse introduction du professeur Roberto (pp.11-155) précède la présentation du texte.Une première partie, courte mais pleine d\u2019intérêt, raconte l\u2019histoire du manuscrit.Celui-ci, déposé à l\u2019Odéon en 1886 par le jeune poète, fut refusé par la Direction de la troupe; il fut vite enfoui et oublié dans les vieux papiers; il fut exhumé par un fureteur, probablement Auguste Rondel, en 1925, qui le plaça cette même année à la bibliothèque de l\u2019Arsenal.Les chapitres principaux de l\u2019introduction sont consacrés à une étude des sources et à un essai cherchant à définir les traits d\u2019un génie qui commence à s\u2019affirmer.L\u2019analyse des sources est longuement élaborée.L\u2019A.se livre à une étude méthodique et détaillée des influences diverses qui ont pu exercer une action sur la composition et le climat de VEndormie : influence des idées qui avaient cours daas le milieu parisien à l\u2019époque où Claudel composait sa pièce; influence des lectures de Claudel durant ces années de sa formation, auteurs anciens et écrivains contemporains, Mallarmé (affinités entre l\u2019Après-midi d\u2019un faune et l\u2019Endormie), Rimbaud (mots, images, inflexion de la phrase dans les Illuminations), Shakespeare (dont le Songe d\u2019une nuit d'été était porté à la scène au printemps 1886), Laforgue.Le contexte littéraire et historique de l\u2019Endormie est largement évoqué par un ensemble considérable de faits dont l\u2019analyse est minutieusement poursuivie.Malgré certaines conjectures fragiles, certains rapprochements séduisants qui laissent planer des doutes dans l\u2019esprit du lecteur, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019A.donne en ces pages un travail solide, inspiré par la critique des sources.Mais l\u2019analyse des influences ne pénètre pas réellement dans l\u2019intimité d\u2019une œuvre, elle n\u2019atteint que l\u2019écorce, elle passe à côté de l\u2019essentiel.M.Roberto le reconnaît lui-même \u2014 il le dit expressément \u2014 et il tente dans une dernière partie d\u2019esquisser la physionomie du génie claudélien à son point de départ.Malheureusement cette partie demeure faible et elle laisse le lecteur sur son appétit.Tandis que l\u2019étude des sources est traitée avec ampleur et un soin minutieux, le Claudel de VEndormie demeure confus.Les catégories de l\u2019analyse ne cernent pas bien le sujet.Dans cette partie, le style, d\u2019un caractère métaphorique, ne me semble pas approprié à ce genre d\u2019étude et il nuit à la clarté de l\u2019exposé.Pierre Ancers.Collège Jean-de-Brèbeuj, Montréal.Noël Barbara, O.F.M.: Catéchèse catholique du mariage.\u2014 Saint-Maurice (Suisse), Editions Rhodaniques (Québec, Club du Livre civique, Case postale 205, Haute Ville), 1963, 680 pp., 21.5 cm.Prix: $8.10.Petite encyclopédie, la catéchèse du P.Barbara, dans la première partie, sous forme de questions et de réponses (il y en a 329), explique aux époux le sens et la dignité du mariage (contrat et sacrement, préparation et empêchements), la chasteté conjugale (conditions et beauté), leur devoir de se sanctifier (en luttant contre le péché) et d\u2019éduquer chrétiennement leurs enfants; la seconde partie offre 350 pages de textes et citations empruntés à la Bible, aux papes, à des évêques, à des prêtres et à des médecins, qui confirment les réponses fournies par l\u2019A.Trop de chrétiens, ignorant la nature et les obliga- Romana Associatio Pro\tRAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \tApprouvée par : 1 A T A, A T C T ransvehendis\tConférences Transatlantique et Transpacifique Itinerantibus\tPour vous servir: Luc Gou, directeur général, Missionariis\t1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.Tél.: 845-7223* \tNous mettons à votre disposition nos bureaux de Raptim-ltalie, Allemagne, Belgique, France, Hollande, Argentine et Colombie.64 RELATIONS tions de leur état, subissent l\u2019influence païenne du « monde »; il faut les ramener à l\u2019esprit de l\u2019Evangile (pp.xv-xix).L\u2019A.invite donc les époux à la sainteté par la Croix: idéal irréalisable sans la foi et la grâce, sans l\u2019ascèse d\u2019une chasteté fière parce que signe d\u2019amour, humble parce que fragile, prudente parce que diaboliquement attaquée.Justement sévère à l\u2019endroit de l\u2019onanisme, de l\u2019étreinte réservée, du scandale de l\u2019impudeur, l\u2019A.pourrait nuancer ce qu\u2019il écrit de l\u2019allaitement maternel (n.155), des châtiments corporels (n.285) et développer un peu l\u2019hygiène naturelle de la chasteté (nn.210, 321).Ce qui regarde l\u2019éducation ne mérite qu\u2019éloge.Pour faciliter la consultation de son livre, l\u2019A.a préparé des tables détaillées.Les couples désireux de perfection et de rayonnement chrétien, les prêtres engagés dans le ministère étudieront avec profit et répandront cette catéchèse, dont les leçons, si on les observe, contribueront au bonheur des familles et à la paix de la cité.Joseph d\u2019Anjou.Fernand Dumont: Pour la conversion de la pensée chrétienne.Essai.Coll.« Constantes ».\u2014- Montréal, Editions HMH, 1964, 240 pp., 20.5 cm.La parution de cet ouvrage me paraît j constituer un événement au Canada français.Voici un laïc qui aborde le problème de la crise religieuse actuelle, s\u2019efforce d\u2019en saisir le sens profond et tente de formuler quelques solutions positives.Nous sommes en face d\u2019un esprit vigoureux et universel, dont le champ de réflexion et d\u2019application s\u2019étend au monde entier, ou plus exactement à l\u2019Eglise dans sa condition occidentale.S\u2019il n\u2019y avait, ici et là, des allusions à des faits de chez nous, cet ouvrage pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un Européen; aussi sa portée dépasse-t-elle de beaucoup les limites du Canada français.Il ne faut pas s\u2019attendre à trouver dans ce livre de l\u2019eau de rose ou même de l\u2019eau bénite.L\u2019A.critique fortement les déficiences de la pensée chrétienne et son chapitre vi institue « le procès des structures de la société chrétienne », mais tout cela se fait par quelqu\u2019un qui se sait et se veut à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise.« Quant à moi, j\u2019espère que l\u2019on discernera ici le témoignage de ma foi.Il m\u2019était loisible, comme à chacun, de parler abondamment des tares de l\u2019Eglise ou, à l\u2019inverse, des signes de sa grandeur.Quitte à doser, avec de savantes minuties, les unes et les autres.Survivance raffinée d\u2019une apologétique qui ne me séduit guère.Comme beaucoup de chrétiens sans doute, combien de fois me suis-je examiné: l\u2019Eglise est-elle le lieu nostalgique de nos enfances ?.Mais jamais je n\u2019ai pu m\u2019arracher la conviction que le Christ habite cette vieille maison.Misérable du dedans et du dehors, couverte d\u2019oripeaux, faite de blocs solides et de pauvres cailloux branlants, cette maison est à moi et je la reconnais comme mon héritage, pierre par pierre.» (PP.8-9.) Un grand livre dans un pays qui en a produit peu jusqu\u2019ici.Richard Arès.Henry Bars, ptre: Le Soir du sixième jour.Les fondements de l'humanisme éternel.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1963, 247 pp., 19 cm.Prix: 186 fr.b.Outre les maladies de la morale, voire de la vertu, dont parlent certains spécialistes, l\u2019A.pense qu\u2019il y a des maladies de l\u2019intelligence et de la culture.Il en décrit les symptômes et les effets.Mais son traitement est positif.Sans négliger l\u2019examen des troubles issus des fièvres marxiste, surréaliste et existentialiste, il veut susciter le courage intellectuel (ch.vi-ix).De cet idéal, qui résume son « éthique de l\u2019intelligence », l\u2019Evangile seul garantit l\u2019authenticité; car la liberté qu\u2019il suppose vacille sans l\u2019appui des vertus chrétiennes d\u2019humilité, de charité, de piété.En trois domaines risque de défaillir le courage intellectuel: l\u2019histoire, la politique, la philosophie.Sur chacun d\u2019eux l\u2019A.propose des réflexions pénétrantes (ch.m-v).Maître humaniste, il évoque avec élégance le travail culturel (ch.i) et exalte la mémoire qui le facilite (ch.il).Prêtre et apôtre, il redresse les fautes des intellectuels (ch.x) et souligne les besoins religieux d\u2019un esprit dont toute l\u2019activité dépend de l\u2019Esprit (ch.xi).Homme, il a conscience du rôle de la femme dans la marche du monde vers la connaissance et l\u2019amour (ch.xn).Comme dans ses autres livres, l\u2019A.sait prendre tous les tons: dialogue et paradoxe en guise de préface, méditation poétique en guise de conclusion, développements tantôt rigoureux (2e et 3e parties), tantôt mêlés d\u2019allégorie (ch.i).Plénitude de pensée et de vie, étendue et profondeur de culture, souplesse et clarté d\u2019expression recommandent cet essai qui, conformément au sous-titre, pose les fondements de l\u2019humanisme éternel.Joseph d\u2019Anjou.Chanoine Lionel Groulx: Chemins de l\u2019avenir.\u2014 Montréal (245 est, boul.Dorchester), Editions Fides, 1964, 163 pp., 20 cm.Prix: $2.Voici le bréviaire de notre jeunesse, aujourd\u2019hui.Elle y trouve son portrait, non pas flatté, certes, mais vrai, avec ses lignes de force et ses ombres, ce qui explique les unes et les autres, le moyen d\u2019accentuer les premières, d\u2019atténuer les secondes.La crise du patriotisme (oscillation entre le reniement et la violence) accompagne la crise religieuse.De celle-ci, l\u2019A.dresse, avec sa force et sa lucidité coutumières, le juste bilan.Il y a, d\u2019une part, le contrecoup, subi chez nous comme ailleurs, d\u2019événements mondiaux; d\u2019autre part, puisque la liberté écrit l\u2019histoire humaine, il y a la démission coupable des maîtres autorisés.En conséquence, un pullulement de « petits maîtres » sans compétence ni mandat, à la faveur du désordre des idées et de l\u2019action au sein même d\u2019organes de doctrine et d\u2019apostolat.Pessimisme ?Non.Car si l\u2019A.brosse une apologétique adaptée à notre jeunesse actuelle et s\u2019il lui montre les « tâches exaltantes » à accomplir (politique, économique, sociale, culturelle, spirituelle), c\u2019est qu\u2019il ne doute ni de l\u2019intelligence, ni du courage, ni des capacités d\u2019idéal qu\u2019elle possède.Malgré son âge, l\u2019A.aurait eu tort de se taire, quoi qu\u2019en ait dit certain jeune journaliste.Il faut trouver le moyen de faire lire, méditer, discuter par tous les jeunes de 16 à 25 ans, garçons et filles, le dernier livre du chanoine Groulx.Joseph d\u2019Anjou.Henry Bars, ptre: La Littérature et sa conscience.\u2014 Paris (61, rue des Saints-Pères), Bernard Grasset, 1963, 380 pp., 20.5 cm.Prix: 19,50 F.Comprendre et aimer les lettres aussi bien que l\u2019A., on le souhaite aux écrivains et aux critiques, aux professeurs et à leurs élèves.En lisant son beau livre, on a l\u2019impression que l\u2019A.incarne lui-même « la littérature qui prend conscience d\u2019elle-même » (p.288), tant la littérature existe sérieusement pour lui (259).Comme pour Charles du Bos, qui écrivait (353) : « Sans la vie, la littérature serait sans contenu; mais sans la littérature, la vie ne serait qu\u2019une chute d\u2019eau., privée de sens.» Une érudition très étendue mais assimilée, une verve qui prend tous les tons et garde lucidité et sérénité, une sympathie qui n\u2019écarte rien sans rien gober permettent LAVALLÉE, BÉDARD, , GASCON, LUSSIER, NOISEUX, SENÉCAL Comptables agréés Hector Lavallée, C.A.Roger Lyonnais, C.A.Jean Lussier, C.A.René Senécal, C.A.Maurice Saint-Louis, C.A.Marcel Demers, C.A.Paul Hébert, C.A., Syndic Romain Bédard, C.A.Lionel Gascon, C.A.Paul Noiseux, C.A.Pierre Bédard, LL.L., C.A.David Crockett, C.A.André Lussier, C.A.215, rue SAINT-JACQUES, MONTREAL TROIS-RIVIERES\tTel.: 849-7791\tSHERBROOKE FÉVRIER 1965 65 C9D à l\u2019A.de soulever la plupart des problèmes littéraires et de les éclairer profondément: ceux des livres et de la lecture pour l\u2019amateur, de la vocation et du métier pour l\u2019écrivain; ceux de la conception et de l\u2019exécution, des genres et de l\u2019expression pour l\u2019oeuvre même, en prose ou en vers; ceux des rapports entre la création et la critique, entre un auteur et son public.Vraie somme, on le devine, qui peut servir de base à un cours savant, d\u2019amorce à des discussions d\u2019étudiants, d\u2019appel à un talent craintif, de norme à une critique inexpérimentée, de correctif à des jugements trop sommaires, voir de modèle de style en maints passages de chaque chapitre.Il faudrait citer les aperçus neufs qui concernent Breton et le surréalisme, Bergson, Bremond, Claudel, Conrad, Mallarmé, Proust, Ramuz Valéry,.la philosophie et l\u2019art littéraire, le sacerdoce et les lettres, relever les traits piquants ou subtils.M\u2019est avis que seul un prêtre pétri de philosophie et de théologie (qu\u2019on lise Maritain en notre temps) peut élucider les secrets et les nuances de la chose littéraire avec une telle maîtrise et une telle élégance.Son ouvrage méritait une meilleure présentation.Joseph d\u2019Anjou.Michel de Saint-Pierre: Les Nouveaux Prêtres.Roman.\u2014 Paris, Editions de la Table ronde, 1964, 316 pp., 20 cm.Cet essai de roman a soulevé dès sa parution en France toute une controverse.Il suffit de le lire pour comprendre: il institue le procès d\u2019une école de pensée et d\u2019action dans le monde sacerdotal fran- çais.L\u2019A.y décrit le mode d\u2019agir de certains prêtres dits progressistes, atteints du virus marxiste, et qui, parce qu\u2019ils ont plus de voile que de gouvernail, finissent par abandonner leur idéal sacerdotal.Il est difficile pour un Canadien de se faire une idée juste de la situation en France, mais il semble bien que l\u2019A.pousse sa description jusqu\u2019à la caricature et ne manque guère l\u2019occasion de décocher quelques flèches à ses adversaires, d\u2019où les jugements très sévères portés en certains milieux sur ce livre.De tels prêtres existent-ils vraiment en France ?L\u2019A.l\u2019affirme.J\u2019avoue que leur zèle dévorant et que leur amour du pauvre nous les rendent très sympathiques, ce qui nous porte à regretter d\u2019autant plus leur fin tragique.Bref, l\u2019A.a écrit un roman à thèse qu\u2019on aimera ou qu\u2019on détestera selon qu\u2019on partage ou non les vues du romancier sur le rôle du prêtre dans la société d\u2019aujourd\u2019hui.Richard Arès.H.Stuart HUGHES: Histoire de l\u2019Europe contemporaine.2 vol.Coll.« Marabout Université ».\u2014 Québec (226 est, rue Christophe-Colomb), Editions Marabout, 1964, chacun 320 pp., 18 cm.Bien qu\u2019elle ait pour auteur un Américain, cette histoire de l\u2019Europe contemporaine (1914-1960) se fonde sur une connaissance approfondie de la situation dans les divers pays d\u2019Europe.Le récit en est simple et très facile à suivre; non seulement il soutient l\u2019attention, mais captive le lecteur, ce qui n\u2019est pas un mince mérite étant donné l\u2019énorme complexité des événements.On pourrait reprocher à l\u2019A.de ne faire à l\u2019Eglise catholique qu\u2019une très petite place dans son histoire; en fait, l\u2019Eglise n\u2019apparaît que deux ou trois fois: lors de la publication de l\u2019encyclique Quadragesimo anno et à propos de l\u2019affaire des prêtres-ouvriers.Partout cependant l\u2019A.s\u2019efforce d\u2019atteindre à la plus grande objectivité: il ne développe aucune thèse préconçue ni ne cherche à faire de la propagande, il expose les faits, soulignant au passage l\u2019importance d\u2019un événement ou l\u2019apparition d\u2019un homme de plus grande envergure.Sur ce point, sa manière de parler de la Révolution russe, de Lénine, de Staline et du communisme en général est tout à fait remarquable d\u2019objectivité.Richard Arès.Gaston Morissette, O.M.L: Cartes sur table.Foi d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Montréal (2585, rue Letourneux), Editions « Rayonnement », 1964, 224 pp., 18 cm.Ouvrage populaire, où sont abordées toutes les questions concernant la foi du catholique d\u2019aujourd\u2019hui, depuis le Concile jusqu\u2019au reçu d\u2019impôt.Descendu de chaire, le curé fait sa visite paroissiale, au cours de laquelle il se fait poser des « colles » sur la religion; il y répond d\u2019une façon familière, à la portée de tous, en utilisant aussi bien le bon sens que la théologie.Au lecteur avide de considérations élevées et profondes, l\u2019ouvrage apparaîtra quelque peu superficie], mais il rendra certainement service aux gens du peuple, aux simples fidèles qui s\u2019interrogent aujourd\u2019hui sur l\u2019évolution de leur Eglise.Richard Arès.V\\/ W; F SPfiG :Ha§0 2232 illustrations PRIX COURANT POUR SEULEMENT LA NOUVELLE ENCYCLOPEDIE DU MONDE est à la fois Aubaine Unique POUR UN TEMPS LIMITÉ SEULEMENT X 18 magnifiques volumes 6292 pages 276 cartes UN DICTIONNAIRE - UNE ENCYCLOPEDIE QUEBEC LES ÉDITIONS EUROPÉENNES LTÉE MONTRÉAL 764 est, rue Saint-Joseph.Tel.: 524-9077 1600, rue Berri, ch.215.Tel.: 844-7655 66 RELATIONS f Mt*Y ' 3011$ des bêtes \u2022j* ?$ < : *:> *-t \u2022X«RWVttj* ItsjWS SMC ,S$ «U'SKfe » v& v:us pans eves PAUl ALfeA&Y \\x&K4Xs*6 M mo«W Y #COPB Ml \u2022 i| trésors fart reman LE LIVRE DE L\u2019AN 2000 marabout UN NOUVEAU LANGAGE Le mariage parfait du texte et de l\u2019illustration est enfin conclu.Devenus indissociables et se mettant en valeur l\u2019un l\u2019autre, le mot et l\u2019image combinés créent un mode d\u2019expression nouveau, adapté aux tendance^ les plus modernes de notre \u201ccivilisation de l\u2019image\u201d.DES COLLABORATEURS PRESTIGIEUX.Président de \u201cl\u2019Association des Gens d\u2019images\u201d, pionnier du langage photographique, ALBERT PLECY assume la direction de la collection.Il s\u2019est assuré la collaboration des plus grands photographes du moment et des écrivains les plus réputés.DES LIVRES DE GRANDE CLASSE.Le papier spécial des volumes, les techniques de mise en page, de retouche photographique et d\u2019impression les plus modernes, garantissent la qualité de ces livres de poche révolutionnaires.Marabout Scope s\u2019adresse autant aux amateurs de beaux livresr qu\u2019aux lecteurs habituels.PRESENTABLES EN 2 FORMATS PRIX SUGGÉRÉ : 8 1.50 MARABOUT EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES CATALOGUE GRATUIT SUR DEMANDE.EDITIONS MARABOUT-KASAN - 226 EST, CHRISTOPHE COLOMB - QUEBEC P.Q.FEVRIER 1965 Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ha ê>aubeprbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal La haute fidélité stéréophonique à son meilleur Grand choix de disques stéréo CITÉ ÉLECTRONIQUE 3165, rue Hochelaga Montréal 4, 525-2551 - INTÉGRITÉ - EXPÉRIENCE - EFFICACITÉ TROIS MOTS, mais des mots dont nous connaissons la portée: des mots sur lesquels s\u2019axe toute notre activité.TROIS MOTS, mais des mots qui traduisent éloquemment ce que recherche le client.ce qu\u2019il trouve chez nous.ooo ooo ooo ooo CHAUFFAGE-PLOMBERIE « Où la fierté du travail bien fait est partagée par le client.» 849-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL NOTES BIBLIOGRAPHIQUES OUVRAGES POUR LES JEUNES Collection « Belle humeur » Albert Hublet: Le Dossier 1248.- Jeanne Ancelet-HuSTACHE: La Tunique déchirée.- José-Marie Bouchet: Les Condors du Vorarlberg.- Michel Re-NOUARD: Lumière sur Kerlivit.- Norman Wymer: Harry Ferguson.\u2014 Nicole CHANTAL: La Dame à la turquoise.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1964, chacun environ 150 pages.Romans, récits d\u2019aventures, biographies, voilà ce que présentent aux jeunes les nouveaux venus de la collection « Belle humeur ».Présentation soignée, contenu sain et stimulant.Collection « Albums du petit berger » Geneviève Agel: Mon beau sapin.Contes de Noël.- Lucienne Desnoues: L\u2019Œuf de plâtre.- Joan Walsh Anglund: Jim Cow-boy et son ours.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1964, chacun environ 50 pages.Petits albums illustrés contenant des récits pour les enfants.¦ Léonce Bourliaguet: Les Contes du fileur de verre.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1964, 58 pages.Quatre contes illustrés pour les enfants.Collection
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