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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1965-10, Collections de BAnQ.

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[" Irevue du mois, numéro 298, montréal, octobre 1965, prix 50* RELATION La liberté religieuse La télévision Les religieux et l'Eglise \u2014 Concupiscence et médecine.\u2014 La critique littéraire en France.\u2014 Des bibliothèques universitaires.\u2014 Les jeunes et la chanson.\u2014 Grèves et rivalités syndicales.\u2014 Le salaire minimum. SOMMAIRE OCTOBRE 1965 Editoriaux.277 Le pèlerin de la paix.\u2014 Grèves et rivalités syndicales.\u2014 Justice pour les nations pauvres.\u2014 Un salaire minimum comparable à ceux des autres provinces ?Articles Les religieux et l\u2019Église selon le Concile.La liberté religieuse et le Concile Concupiscence et médecine \u2014 II.L\u2019ogresse de ce temps, la télévision Au service du français: Maturité .Géographie de la critique littéraire en France.Fernand Dorais 293 Aurons-nous d\u2019authentiques bibliothèques universitaires?.Edmond Desrochers 295 Expériences: Les jeunes et la chanson.Jean-Paul Labelle 297 Le théâtre: Jean Béraud.\u2014 Mary-Mary .Georges-Henri d\u2019Auteuil 298 Au fil du mois.299 Mission nouvelle de Saint-Jacques.\u2014 La conférence du général de Gaulle.\u2014 La guerre du Cachemire.\u2014\u2022 Enquête de sociologie religieuse chez les Jésuites.\u2014 Le R.I.N.a jùnq ans.\u2014 Radiodiffusion 1965.\u2014 La liberté dans l\u2019Église.Les livres.303 Notes bibliographiques.308 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Irénée Desrochers, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Jacques Cousineau, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Cie des Publications Provinciales Limitée, 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Gilles Langevin 280 Luigi d\u2019Apollonia 284 Marcel Marcotte 287 Robert Claude 290 .J.d\u2019Anjou 292 b\\\\\\e Avez-vous songé à offrir un abonnement a RELATIONS en cadeau ?Ceux qui le font ne le regrettent pas.Partout où l\u2019on vend des stylos de qualité. montréal octobre 1965 numéro 298 RELATIONS ito riaux Le pèlerin de la paix Depuis le mois de mars, des bruits couraient que la Secrétairerie d\u2019État du Vatican se gardait bien soit de confirmer soit de nier.Puis cet été, Mgr Giova-netti, observateur permanent du Saint-Siège à l\u2019O.N.U., annonçait que le Saint-Père avait été invité à se rendre aux Nations Unies par son secrétaire général, U.Thant.Le 14 octobre, il adresserait la parole à l\u2019Assemblée générale, et sa visite durerait 3 jours.Le Pape, toutefois, réservait sa réponse.Le 8 septembre, elle a été communiquée officiellement par le cardinal secrétaire d\u2019État Amleto Cicognani, mais la visite ne durera qu\u2019un jour.C\u2019est donc le 4 octobre qu\u2019aura lieu l\u2019événement, le très grand événement: pour la première fois, le Pape foulera cette terre du Nouveau-Monde que personne n\u2019imaginait même à l\u2019état de rêve, quand Pierre vint à Rome.Par un de ces hasards particulièrement heureux, M.Lyndon B.Johnson qui fait la guerre mais veut la paix, c\u2019est évident, sera à New York, depuis quelques heures déjà.Toutefois, le Saint-Siège est extrêmement soucieux de préciser que ce n\u2019est pas aux États-Unis que le Pape rend visite, mais à l\u2019O.N.U., située en territoire international et à l\u2019invitation personnelle du secrétaire général qui est bouddhiste.C\u2019est le conflit indo-pakistanais qui a décidé Paul VI à précipiter sa visite.Le même jour qu\u2019on l\u2019annonçait, qui était un mercredi, le Pape, lors de son audience générale à Castelgandolfo, ajoutait à son homélie, sur la Nativité de la Vierge, un appel pressant accoralo à la paix entre « deux pays asiatiques ».« Le conflit, disait-il, semble prendre des aspects d\u2019une gravité particulière.» Paix et secours aux nations plus déshéritées, tel sera le thème, paraît-il, de son discours.Car la tâche d\u2019aider efficacement les nations plus pauvres sera trop difficile et trop lente aussi longtemps que les budgets militaires engouffreront des sommes immenses des pays plus, riches; et la paix elle-même restera précaire aussi longtemps que, par défaut d\u2019une société politique mondiale ayant charge du bien commun international et, en premier lieu, de la paix entre les peuples, les nations, pour suppléer à cette grave lacune, devront préparer leur propre défense avec tous les risques d\u2019accroître encore davantage l\u2019anarchie.La conscience humaine, l\u2019intelligence morale a le choix entre la paix permanente et un risque sérieux de destructions inimaginables.Le 4 octobre est la fête de François d\u2019Assise, le saint de la paix.Paul VI y a sans doute pensé.Après avoir été le pèlerin de l\u2019unité chrétienne à Jérusalem, de l\u2019Eucharistie à Bombay, voici qu\u2019il se fait pèlerin de la paix à l\u2019O.N.U.Et cette décision devrait faire taire les voix négatives qui s\u2019élèvent contre cette organisation, imparfaite, bien sûr, mais parce que les hommes sont imparfaits.Grèves et rivalités syndicales Tes nombreuses grèves et menaces de grèves des ^ derniers mois s\u2019expliqueraient-elles par la lutte que se livrent les deux centrales syndicales du Québec ?On ne détruira pas l\u2019hypothèse, juste en affirmant le contraire; elle paraît impossible à écarter complètement.Des ouvriers, directement impliqués, l\u2019affirment carrément; les employeurs à la table de négociation en sont hantés.Cela se comprend.Quand les effectifs d\u2019une centrale syndicale s\u2019accroissent rapidement et OCTOBRE 1965 277 que se produisent d\u2019importants changements d\u2019allégeance, il tiendrait du miracle qu\u2019il n\u2019y ait pas surenchère: le syndicat nouvellement installé a promis un peu plus que la normale; le groupe menacé, lui, veut démontrer qu\u2019il n\u2019a rien perdu de sa vigueur, ou bien croit avoir un urgent besoin de se remettre en pleine lumière dans l\u2019opinion publique.La concurrence, de soi, n\u2019est pas mauvaise.Elle a d\u2019excellents effets.Elle oblige l\u2019homme d\u2019affaires à améliorer sans cesse son produit ou le service qu\u2019il fournit, à offrir l\u2019un et l\u2019autre à meilleur prix; du côté syndical, elle empêche de s\u2019enliser dans une confortable routine, elle peut protéger contre des ententes inavouables qui sacrifieraient les membres aux intérêts des chefs.La concurrence est le meilleur antidote aux abus des monopoles.Mais, effrénée, elle peut être mortelle.Il y a longtemps que des voix d\u2019inspiration même divergente l\u2019ont condamnée comme menant le peuple à la misère.Comment juger la concurrence que se font présentement les centrales ouvrières ?Toute réponse sans nuance, dans un sens ou dans l\u2019autre, risquerait d\u2019être erronée.Si la lutte intersyndicale a fait éclore tant de grèves, c\u2019est qu\u2019il y avait des difficultés réelles dans les entreprises en cause.Des dizaines et des dizaines de milliers d\u2019ouvriers québécois, en toutes sortes de milieux, n\u2019ont pu voter en faveur de la grève uniquement sous la pression d\u2019agitateurs syndicaux ou par crainte d\u2019hypothétiques représailles: ils sont pour cela trop réalistes, trop près des nécessités quotidiennes de la vie pour s\u2019être laissé tous emporter par les paroles enflammées d\u2019orateurs partisans.Le climat actuel a permis de mettre à jour des situations injustes et de leur apporter un commencement de solution.Chaque cas est à juger en lui-même.N\u2019y a-t-il pas, par contre, certain emballement ?Il semble bien.Parce qu\u2019un groupe a obtenu davantage, un autre veut décrocher autant sinon plus.Les plus exposés à la témérité paraissent être les employés des services publics et leurs syndicats: la nature de l\u2019emploi et la situation politique de l\u2019employeur leur donnent un pouvoir de négociation qu\u2019ils peuvent croire infini.L\u2019arme toutefois n\u2019est pas sans danger.Ou ils l\u2019utiliseront à bon escient, ou ils s\u2019exposeront à des mesures restrictives dont ils pourraient bien ne pas être les seuls à souffrir.Le ministre des Ressources naturelles \u2014 qu\u2019on ne peut accuser d\u2019antisyndicalisme \u2014- le rappelait récemment, à l\u2019occasion d\u2019une menace de grève à l\u2019Hydro-Québec.De pareilles grèves, disait-il, risquent d\u2019amener un recul dans la reconnaissance des droits syndicaux pour les employés des services publics.C\u2019est une arme dangereuse parce qu\u2019elle frappe alors directement le public; son utilisation n\u2019est justifiable qu\u2019avec beaucoup de maturité et un sens aigu des responsabilités.278 Justice pour les nations pauvres C\u2019est un appel à plus de justice dans le monde, un appel à une prise de conscience plus vive du devoir de justice sociale internationale qu\u2019à l\u2019occasion de la fête du Travail l\u2019épiscopat a lancé à tous les Canadiens.Déjà dans toute société « nationale », la justice sociale exige que les biens individuellement possédés \u2014 tant ceux du corps que ceux de l\u2019esprit \u2014 soient aussi et en quelque manière au service de tous, spécialement au service des plus défavorisés et des plus pauvres, afin que tous les membres de cette société aient chances égales d\u2019accéder à un niveau humain de vie.Ce devoir de justice s\u2019impose évidemment d\u2019abord et surtout aux possédants, aux riches, aux beati possidentes, et sa mise en exécution relève principalement des institutions d\u2019entraide et de service qui existent dans toute société, elle relève particulièrement de la plus universelle et de la plus puissante de toutes: de l\u2019Etat.Ainsi en est-il dans la société internationale.Les exigences de la justice sociale n\u2019y sont pas moins impérieuses.Ce que les nations possèdent individuellement en biens matériels et spirituels doit aussi et en quelque manière être mis au service de toutes, spécialement de celles dont les besoins sont les plus grands et les plus urgents, afin que toutes, étant donné les ressources mondiales disponibles, soient en mesure de procurer à leurs ressortissants d\u2019égales chances de vivre humainement leur vie d\u2019hommes.Aux nations possédantes, aux nations riches s\u2019impose d\u2019abord et surtout ce devoir de justice, et sa mise à exécution appartient aux institutions d\u2019entraide et de service déjà constituées dans la société internationale, par exemple, aux Nations Unies et à leurs organismes affiliés, mais encore, par suite des lacunes actuelles dans l\u2019organisation de cette dernière, aux États eux-mêmes en tant que présentement \u2014 même si provisoirement \u2014 responsables de l\u2019ordre, de la paix et du progrès social dans la communauté internationale.Le Canada se classe dans la catégorie des pays riches; son niveau de vie est l\u2019un des plus élevés au monde.A lui s\u2019impose donc tout particulièrement le devoir de pratiquer la justice sociale internationale, le devoir de venir en aide, soit par l\u2019intermédiaire des Nations Unies, soit directement par lui-même, aux plus pauvres et aux économiquement plus faibles parmi les nations.Le Canada est un pays en immense majorité de foi chrétienne; la charité du Christ dont il a reçu la révélation devrait le disposer, mieux que tout autre, à saisir les exigences actuelles de la justice sociale dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui et à jouer ce rôle du bon Samaritain qui apporte secours et réconfort à qui gît dans le besoin.Les catholiques enfin forment près de 90% de la population québécoise; à ce titre, ils se doivent, RELATIONS plus que les autres, d\u2019être sensibles au pressant appel que viennent de leur adresser leurs chefs spirituels.Oui, face à la misère et à la détresse de tant de peuples, nous n\u2019avons pas le droit de vivre et de passer indifférents, comme si cela n\u2019était pas de nos affaires.La justice et la charité nous commandent d\u2019y prendre intérêt et de faire notre part.Tel est le sens profond du message épiscopal: « Que chacun des individus et des peuples qui se réclament de l\u2019esprit chrétien le mette en pratique et le monde se redressera.» Un salaire minimum comparable à celui des autres provinces ?La hausse récente du salaire minimum de 70 à 85 J cents dans la région de Montréal et de 64 à 80 cents dans le reste de la province constitue un événement important.Il y avait plus de cinq ans que les taux de l\u2019ordonnance générale n\u2019avaient pas changé.D\u2019autres améliorations accompagnent la hausse.On annonce également que de nouvelles augmentations porteront les minima à $1.05 et $1.00 au plus tard le 1er avril 1967.C\u2019est un pas dans la bonne direction, mais un pas bien timide.Les salariés les plus défavorisés obtiennent ainsi 15 ou 16 cents d\u2019augmentation, alors que le salaire moyen s\u2019est accru de 30 cents dans la même période.Les nouveaux taux demeurent si bas qu\u2019un ouvrier travaillant 40 heures par semaine au salaire minimum de Montréal touchera un montant inférieur à ce que le Bien-être social lui verserait s\u2019il a femme et enfant.Les taux qu\u2019on nous promet pour 1967 seraient, à l\u2019heure actuelle, déjà insuffisants; ils n\u2019atteignent pas la moitié du salaire moyen que donne présentement l\u2019industrie manufacturière au Canada.D\u2019ailleurs les députés viennent de se voter à eux- mêmes une hausse de traitement d\u2019environ $1.00 de l\u2019heure ($2000 par année).En annonçant la hausse du 1er octobre, le ministre du Travail a révélé qu\u2019elle touchera probablement 100,000 ouvriers.Le chiffre manifeste l\u2019ampleur du problème: 100,000 personnes au Québec ne gagnent pas 80 ou 85 cents de l\u2019heure.Pareille situation démontre l\u2019impérieuse nécessité d\u2019un salaire minimum adéquat, comportant des hausses périodiques selon les exigences du coût de la vie, et minutieusement mis en vigueur par un système d\u2019inspection efficace et incorruptible.Le ministre aurait aussi déclaré, si on en croit les journaux, que le nouveau salaire minimum est comparable à celui des autres provinces.Lesquelles ?sûrement pas les plus riches.L\u2019Ontario, la Colombie britannique, l\u2019Alberta et l\u2019Ile-du-Prince-Édouard ont déjà le taux minimum de $1.00 de l\u2019heure, la Nouvelle-Ecosse, celui de $1.05 pour les hommes.Le ministre aurait ajouté qu\u2019avec le taux de $1.05 et de $1.00 le Québec ne sera surpassé par aucune province du Canada.Faut-il croire que les autres provinces vont attendre 1967 pour ajuster leurs taux actuels ?Si le gouvernement veut placer le Québec au niveau des autres provinces, il lui faut réaliser sa promesse de $1.05 bien avant 1967.Le bien social l\u2019exige aussi impérieusement.Les difficultés économiques de plusieurs entreprises sont réelles, et tout le monde comprend qu\u2019il faille procéder par étapes.Mais les hausses doivent être suffisantes et pas trop espacées; autrement nous ne rattraperons jamais le retard des dernières années.Et il ne faudrait pas oublier les employés des hôtels, restaurants, hôpitaux et exploitations foncières,, régis par une ordonnance spéciale; eux \u2014 qu\u2019ils bénéficient ou non du pourboire \u2014 en sont encore, depuis 1960, à 70, 64 et 60 cents de l\u2019heure.Les raisons de « Mysterium Fidei» Parmi les personnes qui parlent ou écrivent de ce mystère très saint, il en est qui répandent au sujet des messes privées, du dogme de la transsubtantiation et du culte eucharistique, certaines opinions qui troublent les esprits des fidèles; elles causent une grande confusion d\u2019idées touchant les vérités de la foi, comme s\u2019il était loisible à qui que ce soit de laisser dans l\u2019oubli la doctrine précédemment définie par l\u2019Eglise ou de l\u2019interpréter de manière à appauvrir le sens authentique des termes ou énerver la force dûment reconnue aux notions.Non, il n\u2019est pas permis, soit dit par manière d\u2019exemple, de prôner la messe appelée « communautaire » de telle sorte qu\u2019on déprécie la messe privée; ni d\u2019insister sur l\u2019aspect du signe sacramentel comme si la fonction symbolique que nul ne conteste à la sainte Eucharistie exprimait de façon exhaustive la présence du Christ dans ce sacrement.Il n\u2019est pas permis de traiter du mystère de la transsubstantiation sans allusion à la prodigieuse conversion de toute la substance du pain au corps du Christ et de toute la substance du vin au sang du Seigneur \u2014 conversioa dont parle le concile de Trente\u2014-et d\u2019en rester simplement à ce qu\u2019on appelle « transsignification » et « transfinalisation ».Il n\u2019est pas permis de présenter et de suivre dans la pratique l\u2019opinion selon laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ ne serait plus présent dans les hosties consacrées qui restent après la célébration de la messe.Nous ne voulons certainement pas nier chez ceux qui répandent ces singulières opinions l\u2019effort louable de scruter ce sublime mystère, d\u2019en faire valoir les inépuisables richesses et d\u2019en révéler le sens aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui; Nous reconnaissons-plutôt et Nous approuvons leur effort.Mais Nous ne pouvons approuver les opinions émises par ces chercheurs et Nous sommes conscients de Notre devoir de vous avertir du danger sérieux qu\u2019elles font courir à la vraie foi.(S.S.Paul VI: Encyclique Mysterium, Fidei.) OCTOBRE 1965 279 r Les religieux et l\u2019Eglise selon le Concile Gilles LANGEVIN, S.J.Il était normal que, dans l\u2019immense effort de réflexion et de renouvellement auquel elle se livre en ces années-ci, l\u2019Église s\u2019interrogeât sur l\u2019état, sanctionné et béni par elle, où se sont engagés par la profession de conseils évangéliques deux millions de nos contemporains.Aussi ne serons-nous pas étonnés que trois documents conciliaires, considérant le sujet de points de vue différents, nous entretiennent de l\u2019état religieux.Une série de propositions portera sur l\u2019adaptation et le renouvellement de la vie religieuse; une section du texte sur la fonction pastorale des évêques sera consacrée aux rapports qui doivent exister entre les pasteurs et les religieux; enfin, un chapitre de la Constitution dogmatique sur l\u2019Église, le seul exposé qui soit déjà promulgué des trois qui nous intéressent ici, situe les religieux dans l\u2019ensemble de la vie de l\u2019Église.Ce dernier texte, le moins important des trois à l\u2019origine, a progressivement éclipsé les autres et a donné lieu, lors de la seconde session du Concile, à de vigoureux débats sur la condition ecclésiale de la vie religieuse.Sans doute les Pères s\u2019entendaient-ils pour placer les considérations sur les religieux dans le prolongement d\u2019un exposé sur la vocation universelle à la sainteté dans l\u2019Église, la pratique des conseils évangéliques apparaissant comme « un témoignage remarquable et un éclatant exemple de cette sainteté » (39).On ne s\u2019opposera pas non plus à ce que ces paragraphes précèdent immédiatement le chapitre qui est consacré au caractère eschatologique de l\u2019Église.L\u2019état religieux ne manifeste-t-il pas mieux que toute autre forme de vie chrétienne l\u2019arrivée des derniers temps et la validité de l\u2019espérance chrétienne (44) ?On s\u2019accordera moins quand il sera question de détacher du chapitre sur la vocation universelle à la sainteté la section relative aux religieux et de l\u2019isoler en un chapitre distinct.La solution qu\u2019on donnait à ce problème, d\u2019allure toute rédactionnelle en apparence, décidait, estima-t-on, de la place qu\u2019on faisait à la vie religieuse dans l\u2019Église.Il y allait, pensa-t-on, de l\u2019affirmation ou de la négation d\u2019un aspect institutionnel à côté de l\u2019aspect commun des éléments dont se compose l\u2019Église; il y allait de l\u2019existence de structures, donc d'éléments essentiels, qui ne soient pas seulement hiérarchiques dans l\u2019Église.On ne voulait pas, d\u2019un côté, que la vie religieuse apparût comme une pure modalité historique de l\u2019appel général à la sainteté; on craignait, d\u2019autre part, de sembler confisquer la perfection chrétienne au bénéfice des religieux en leur consacrant un chapitre, ou de sembler reconnaître un statut d\u2019origine directement divine à l\u2019état religieux.11 faudra se rappeler ces préoccupations des Pères et ces problèmes si l\u2019on veut bien comprendre ce que dit la Constitution Lumen Gentium sur la signification, sur le rôle et sur la place de la vie religieuse dans l\u2019Église.I L\u2019union au mystère de l\u2019Église L\u2019Église se présente à nous, dès le début de la Constitution, comme « le sacrement, c\u2019est-à-dire le signe et le moyen de notre union intime avec Dieu et de l\u2019unité de tout le genre humain » (1).On nous dit encore, pour préciser la source de cette unité, que c\u2019est « un peuple qui tire son unité de l\u2019unité du Père, du Fils et de l\u2019Esprit-Saint » (4).Comme c\u2019est l\u2019Esprit qui unit au cœur de la Trinité, les autres Personnes divines, et qu\u2019il est répandu en nos cœurs avec la charité, parler du mystère de l\u2019Église, c\u2019est parler d\u2019une communion de tous, Dieu et les hommes, dans la charité.L\u2019Amour subsistant du Père et du Fils habite tout entier en chacun des baptisés, comme il habite unique en toute l\u2019Église.Comme c\u2019est au baptême que nous sommes régénérés dans l\u2019Esprit, parler du mystère de l\u2019Église, c\u2019est encore parler de la nature baptismale de la réalité chrétienne.Or, la vie religieuse nous apparaît dans la Constitution Lumen Gentium tout au service de la charité et de la consécration baptismale.On nous dit, en effet, que la profession des conseils évangéliques procède d\u2019un amour où Dieu est aimé par dessus tout (44), et que la perfection de la charité est favorisée ou stimulée de manière spéciale (42), singulière (45) ou puissante (46) par la pratique des conseils.Par les vœux, ou par d\u2019autres liens sacrés, apparentés aux vœux, par lesquels il s\u2019oblige à observer les trois conseils évangéliques (de chasteté, de pauvreté et d\u2019obéissance), le fidèle se donne totalement à Dieu, aimé par-dessus tout, si bien que c\u2019est à un titre nouveau et particulier qu\u2019il s\u2019attache au service et à l\u2019honneur de Dieu.(44.) Nouveau et particulier, ce titre l\u2019est par rapport au baptême, qui déjà consacre à Dieu.Tandis que le baptême porte directement sur la fin à laquelle Dieu me destine et qui est Dieu lui-même, la profession des conseils porte sur des moyens qui me conduiront de façon spéciale vers Dieu et auxquels je me lie par vœu.Sans doute, par le baptême [le fidèle] est-il mort au péché et consacré à Dieu; cependant, pour tirer plus de fruits de la grâce baptismale, il entend, par la profession des conseils évangéliques dans l\u2019Église, se libérer des empêchements qui pourraient le retarder dans la ferveur de la charité et la perfection du culte divin.(44.) Ainsi voit-on que la vie religieuse, loin d\u2019établir en marge de la vocation baptismale et de la voie de la charité, y fait pénétrer plus avant.Loin de se présenter comme un absolu, comme une grandeur qui se suffirait à elle-même, elle se présente, de plus, comme toute relative à l\u2019amour pour Dieu et pour le prochain.Enfin, on perçoit pourquoi « les conseils évangéliques.unissent de façon spéciale ceux qui les pratiquent à l\u2019Église et à son mystère » (44).280 RELATIONS L'union au mystère de l\u2019Église, elle est assurée à des titres divers dans la vie religieuse par les conseils évangéliques.par la vœux qui confèrent une valeur spéciale à la pratique des conseils, par les institutions enfin qui assurent plus de stabilité et de rectitude au mode de vie qui naît de la profession des conseils.C\u2019est d\u2019abord comme moyens de purification du cœur et de libération spirituelle (46) que les conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d\u2019obéissance nous sont présentés; ce sont les conditions d\u2019une liberté supérieure pour qui désire que rien n\u2019entre en comparaison ou en concurrence dans sa vie avec Dieu et le service des frères à qui l\u2019on veut donner Dieu.La renonciation à des biens limités s\u2019effectue en vue d\u2019assurer l\u2019adhésion constante au Bien infini et donc d\u2019établir dans une liberté parfaite.Ainsi la pauvreté installe-t-elle celui qui la choisit par amour de Dieu dans « la liberté des fils de Dieu » (42).Elle apparaît comme une suprême garantie que, sur l\u2019invitation du Seigneur et avec l\u2019assurance de sa protection, le chrétien prend contre les appels de la convoitise et de la cupidité.L\u2019usage des choses du monde et un attachement aux richesses contraire à l\u2019esprit de la pauvreté évangélique (peuvent entraver) la poursuite de la charité parfaite.Aussi l\u2019Apôtre nous met-il en garde: «Ceux qui usent de ce monde ne doivent pas s\u2019y arrêter, car elle passe, la figure de ce monde » (1 Cor.7 1).(42.) En tête des conseils \u2014 dont le Seigneur propose dans l\u2019Évangile l\u2019observance à ses disciples \u2014 il faut placer le don précieux de la grâce que le Père accorde à certains (cf.Mt 19 11 ; 1 Cor 7 7), de se vouer à Dieu seul, plus facilement et sans partage du cœur, par la virginité ou le célibat (cf.1 Co 7 32-34).Cette continence parfaite, qu\u2019on pratique en vue du Royaume des cieux, l\u2019Église l\u2019a toujours tenue en haute estime; elle y voit un signe et un stimulant de la charité, ainsi qu\u2019une source peu commune de fécondité spirituelle pour le monde.(42.) C\u2019est encore dans le dessein de « renforcer la liberté » (43), c\u2019est-à-dire de la libérer pleinement, que l\u2019on choisit « d\u2019obéir à un homme par amour pour Dieu au-delà de la stricte mesure du précepte, en ce qui a trait à la perfection » (42).Pour se prémunir contre toute complaisance envers soi dans la recherche du vouloir divin, on s\u2019abandonne, en une démarche qui est tout le contraire d\u2019une aliénation, aux directives d\u2019un autre.La connexion des conseils avec la charité, c\u2019est dans la vie et dans l'enseignement du Christ que le chrétien l\u2019aperçoit, plus encore que dans l\u2019analyse du comportement humain.Rien ne saurait échapper chez le Christ, on le sait, au propos de glorifier le Père et de sauver les hommes; le mode de vie qu\u2019il a librement adopté est sans doute le plus en accord avec la nature du Royaume qu\u2019il vient instaurer, « Don divin que l\u2019Église a reçu de son Seigneur » (43), les conseils évangéliques de chasteté consacrée à Dieu, de pauvreté et d\u2019obéissance sont fondés sur les paroles et les exemple du Seigneur (43).L\u2019état religieux imite plus fidèlement et sans cesse représente dans l\u2019Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père, et qu\u2019il a lui-même proposé aux disciples qui l\u2019accompagnaient.(44.) Les conseils sont capables, plus que toute autre chose, de conformer le chrétien à cette vie de virginité et de pauvreté que le Christ Notre-Seigneur a choisie pour lui et que la Vierge, sa Mère, embrassa.(46.) OCTOBRE 1965 C\u2019est en vue de la charité, de l\u2019unité qui doit régner dans la communauté, que la Constitution nous invite à éprouver les sentiments qui furent dans le Christ Jésus: il s\u2019est anéanti lui-même, prenant condition d\u2019esclave., obéissant jusqu\u2019à la mort (Phil 2 7-8) et pour nous « de riche qu\u2019il était, il se fit pauvre » (2 Co 8 9).Il faut que se perpétuent au milieu des disciples l\u2019imitation et l\u2019attestation de cette charité et de cette humilité du Christ.Aussi notre Mère l\u2019Église se réjouit-elle de trouver en son sein un grand nombre d\u2019hommes et de femmes qui suivent de plus près et montrent de façon plus éclatante l\u2019anéantissement du Sauveur, embrassant la pauvreté dans la liberté de Dieu et renonçant à leur volonté propre.Ceux-là, au delà de la mesure du précepte, se soumettent à un homme pour Dieu, afin de se conformer davantage au Christ obéissant.(42.) La nature même des conseils devait rapidement amener à en faire l\u2019objet de vœux, ou de promesses faites à Dieu: étroitement reliés à la charité, les conseils sont appelés comme elle à « ne point passer ».Le vœu fait survoler le temps et, imitation sur le mode créé de l\u2019immutabilité divine, enclôt toute l\u2019existence dans un instant pour la vouer au Seigneur.Plutôt pourtant que de s\u2019attarder à ces considérations, le Concile, attentif à tout relier à l\u2019Église, dégage le rapport qui unit le vœu à l\u2019amour indissoluble du Christ pour l\u2019Église.« La consécration sera d\u2019autant plus parfaite que des liens plus solides et plus stables représenteront mieux l\u2019amour indissoluble du Christ pour l\u2019Église, son Épouse.» (44.) C\u2019est de la même source que le mariage et la vie religieuse tirent leur indissolubilité, celle-ci reliant immédiatement à Dieu, celui-là passant par le truchement d\u2019une personne créée.Tout un réseau à'institutions s\u2019est enfin constitué, sous l\u2019autorité de l\u2019Église, pour assurer la stabilité et la qualité de la pratique des conseils et des vœux.Des familles variées se sont constituées, qui procurent à leurs membres les moyens d\u2019une stabilité plus ferme dans le genre de vie qu\u2019ils ont adopté, une doctrine éprouvée pour la poursuite de la perfection, la communion de frères engagés eux aussi dans la milice du Christ, le renforcement de la liberté par l\u2019obéissance.Autant de secours pour exercer en sécurité et garder avec fidélité la profession religieuse, comme aussi pour marcher joyeusement dans la voie de la charité.(43.) II Le rôle dans l\u2019Église: servir et témoigner Parce que la charité, à laquelle la vie religieuse conduit, porte indivisiblement sur Dieu et sur le prochain, l\u2019union au mystère de l\u2019Église implique le service de l'Église et du monde.« Aussi, continue le Concile, convient-il que la vie spirituelle de ceux qui pratiquent les conseils évangéliques soit consacrée au bien de toute l\u2019Église.» (44.) Loin que les religieux soient présentés comme une corporation close sur elle-même, toute consacrée à la seule sanctification de ses membres, ils apparaissent, dans Lumen Gentium, au service de tous leurs frères, les hommes, notamment dans le témoignage qu\u2019ils portent sur des réalités du plus haut prix.Ils ont « le devoir de travailler, dans la mesure de leurs forces et selon leur vocation particulière, soit par la prière, soit par l\u2019activité extérieure, à enraciner et à fortifier dans les âmes le Règne du Christ, et à l\u2019étendre à toutes les parties du monde » (44).Le saint Concile encourage et loue les hommes et les femmes, Frères et Sœurs, qui, dans les monastères, les écoles, les hôpitaux 281 et les missions embellissent l\u2019Épouse du Christ.et rendent généreusement à tous les hommes les services les plus divers.(46.) A ceux qui craindraient que les religieux, « du fait de leur consécration, deviennent étrangers aux hommes et inutiles dans la cité terrestre », le Concile répond: Même si parfois les religieux n\u2019apportent pas une aide directe à leurs contemporains, ils leur sont plus profondément présents dans le cœur du Christ \u2014 intercédant pour eux et souvent à leur place \u2014 et ils collaborent spirituellement avec eux: ils concourent à ce que la construction de la cité terrestre parte toujours du Seigneur et se dirige vers lui, pour que ne travaillent pas en vain ceux qui la construisent.(46.) Par leur vie de charité constante et multiforme, les religieux continuent et rendent présente dans le monde l\u2019œuvre salvifique du Christ lui-même: Avec une grande sollicitude, les religieux mettront l\u2019Église à même de manifester chaque jour davantage, grâce à eux et en toute vérité, aux fidèles comme aux infidèles, le Christ en contemplation sur la montagne, le Christ guérissant les malades et les blessés, convertissant les pécheurs à une meilleure vie, bénissant les enfants, faisant du bien à tous, et surtout obéissant toujours à la volonté du Père qui l\u2019a envoyé.(46.) Mais dans un document où les notions de signe, de témoignage et d'exemple jouent à tous les échelons un si grand rôle, on souligne particulièrement le rôle prophétique de la vie religieuse.L\u2019état religieux proclame et montre à tous les hommes pour qu\u2019ils s\u2019en approchent les réalités dont il vit.Traitant de la diversité qui règne au sein de l\u2019unité ecclésiale, on dira ainsi: Plusieurs, marchant vers la sainteté par une voie plus étroite, dans l\u2019état religieux, stimulent leurs frères par leur exemple.(13.) On lit plus loin: La profession des conseils évangéliques apparaît comme un signe qui peut et doit inciter efficacement tous les membres de l\u2019Église à l\u2019accomplissement joyeux des devoirs de la vocation chrétienne.(44.) Sur quoi la vie religieuse porte-t-elle spécialement témoignage ?Sur la transcendance de Dieu et de son Royaume, nous répond la Constitution; sur le caractère eschatolo-gique de la vie chrétienne; sur la charité et l'humilité du Christ, pauvre, chaste et obéissant; sur la sainteté de l\u2019Église; sur la nécessité d\u2019imprégner de Vesprit des Béatitudes cette transformation du monde à laquelle s\u2019applique l\u2019humanité.Évoquant d\u2019abord l\u2019élément eschatologique, le texte nous dit: Comme le Peuple de Dieu n\u2019a pas ici-bas de cité permanente, mais qu\u2019il chemine, en quête de la cité future, l\u2019état religieux, dont les adeptes sont plus libres à l\u2019endroit des soucis de la terre, manifeste davantage la présence, déjà survenue dans le monde, des biens célestes; témoigne plus éloquemment de la nouveauté et de l\u2019éternité de la vie que la Rédemption du Christ nous a acquise; annonce enfin avec plus de force la résurrection future et la gloire du Royaume des Cieux.(44.) Du Christ, on a déjà vu que la vie religieuse imite et atteste la charité et l\u2019humilité; (42) elle rend manifeste l\u2019activité incessante du Christ dans le monde (46).Dans le paragraphe qui est consacré à la mission prophétique de la vie religieuse, on ajoute: L\u2019état religieux imite plus fidèlement et représente à perpétuité dans l\u2019Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, 282 quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père, et qu'il a lui-même proposé aux disciples qui l\u2019accompagnaient.(44.) Quant à la transcendance du Royaume et à la puissance du Dieu Trinité, on nous dit: L\u2019état religieux manifeste d\u2019une façon particulière l'élévation du Royaume de Dieu \u2014 à quoi l\u2019on sacrifie tout \u2014 au-dessus de toutes les choses terrestres, et il en découvre les exigences souveraines; il démontre aussi la grandeur suréminente de la force du Christ régnant, et la puissance infinie de l\u2019Esprit-Saint, qui agit merveilleusement dans l\u2019Église.(44.) De la sainteté de /\u2019Église, le monde trouve dans la pratique des conseils « un témoignage remarquable et un exemple éclatant » (39).Enfin, par rapport aux tâches terrestres, les religieux, dans leur condition de vie particulière, témoignent d\u2019une manière splendide et singulière que le monde ne saurait être transfiguré ni offert à Dieu sans l\u2019esprit des béatitudes (31).III Caractère institutionnel et charismatique DE LA VIE RELIGIEUSE DANS L\u2019ÉGLISE Étroitement reliée à l\u2019Église considérée comme mystère, tout ordonnée au service de l\u2019Église et du monde, la vie religieuse occupe-t-elle une place à part dans les institutions de l\u2019Église, forme-t-elle une réalité ecclésiale spécifique ?Si c\u2019est une structure définie de la vie de l\u2019Église sans appartenir pourtant à la constitution divine et hiérarchique de l\u2019Église, où la situer par rapport à cette constitution hiérarchique et comment la caractériser?On a déjà dit que ces questions avaient retenu longtemps l\u2019attention des Pères du Concile.Il est d\u2019abord nettement rappelé que l\u2019état religieux n'appartient pas à la structure hiérarchique de l'Église (43, 44), qu\u2019il n\u2019est pas intermédiaire entre la condition cléricale et la condition laïque, puisqu\u2019il reçoit ses membres de l\u2019une et l\u2019autre condition (43).Le Concile reprend ici l\u2019enseignement du Concile de Trente (session XXIII) et du Droit canonique (c.107; c.108 § 3) sur la distinction, d\u2019institution divine, des clercs et des laïcs dans l\u2019Église.En refusant de traiter des religieux avant de parler des laïcs, le Concile montrera combien il tient à ne pas confondre structure hiérarchique et état de vie dans l\u2019Église.S\u2019il parle parfois de trois catégories quand il énumère les membres de l\u2019Église (13; 31), on ne saurait se méprendre sur les rapports qu\u2019il met entre elles.Distinct de la Hiérarchie, l\u2019état religieux lui est soumis quant à la sanction qu\u2019il reçoit comme état canonique, et quant à l'action liturgique qui le sanctifie comme consécration à Dieu.Si les conseils évangéliques sont un don de Dieu à son Église, « l\u2019autorité de l\u2019Église s\u2019est, pour sa part, employée à les interpréter, à en régler la pratique et à instituer à partir d\u2019eux des formes de vie stables » (43).On lit plus loin: La Hiérarchie ecclésiastique a pour mission de paître le Peuple de Dieu et de le conduire vers des pâturages très fertiles (cf.Ez 34 14).11 lui appartient donc de régler avec sagesse par ses lois la pratique des conseils évangéliques.En outre, c\u2019est elle qui, docile aux impulsions de l\u2019Esprit-Saint, accueille les règles proposées par des hommes et des femmes de première valeur et, une fois achevée la révision de ces règles, les approuve avec autorité.Elle RELATIONS accorde aussi la protection de son autorité vigilante aux Instituts érigés en tous lieux pour l\u2019édification du Corps du Christ, afin qu\u2019ils croissent, se développent et fleurissent, fidèles à l\u2019esprit des fondateurs.(45.) Ce n\u2019est pas seulement une activité de caractère juridique que l\u2019Église exerce à l\u2019égard de l\u2019état religieux; elle l\u2019enchâsse, peut-on dire, dans sa liturgie pour l\u2019unir à la consécration parfaite du Fils incarné à son Père: L\u2019Église ne se contente pas d\u2019élever la profession religieuse à la dignité d\u2019un état canonique par la sanction de sa loi; par son action liturgique, elle la présente comme un état consacré à Dieu.L\u2019Église elle-même, en effet, de par l\u2019autorité que Dieu lui a confiée, reçoit les vœux de ceux qui font la profession religieuse; elle supplie Dieu, par sa prière publique, de les aider et de leur accorder ses grâces; elle les recommande à Dieu et leur accorde la bénédiction dans l\u2019Esprit, unissant leur oblation au sacrifice eucharistique.(45.) S\u2019il n\u2019est pas à insérer dans la structure hiérarchique de l\u2019Église, l\u2019état religieux jouit pourtant d\u2019une identité ecclésiale bien définie.Il n\u2019est pas seulement la forme principale que prend dans l\u2019Église la pratique des conseils évangéliques; il en constitue la forme normale, institutionnelle.Le fait qu\u2019on ait détaché du chapitre sur la vocation universelle à la sainteté les considérations sur les religieux n\u2019est pas sans enseignement à ce sujet.Dès le début de la Constitution, on distingue nettement d\u2019autres formes de diversité que celles qu\u2019impose le critère hiérarchique: Le Peuple de Dieu.se compose en lui-même de catégories différentes.Il existe, en effet, entre ses membres une diversité, soit dans les charges (certains remplissant une fonction sacrée en vue du bien de leurs frères), soit encore dans l\u2019état de vie et l\u2019orientation, alors que plusieurs, vivant dans l\u2019état religieux, tendent à la sainteté par une voie plus étroite et stimulent leurs frères par leur exemple.(13.) Le dénombrement, tripartite qu\u2019on fait parfois dans Lumen Gentium des membres de l\u2019Église (30, 31) suggère la même conclusion.Aussi le texte peut-il conclure: Un tel état, qui est constitué par la profession des conseils évangéliques \u2014 il ne s\u2019agit donc pas de la simple pratique des conseils, mais de l\u2019acte public par lequel on s\u2019engage à les pratiquer \u2014 s\u2019il n\u2019appartient pas à la structure hiérarchique de l\u2019Église, est cependant lié de manière indiscutable à la vie et à la sainteté de l\u2019Église » (44).Indiquer ce rapport à la vie et à la sainteté de l\u2019Église, c\u2019est déjà caractériser la structure qui l\u2019assure: elle est de nature charismatique, non hiérarchique.Le Concile n\u2019emploie pas l\u2019expression, mais il nous semble qu\u2019elle recouvre assez bien les termes par où les Pères veulent désigner l\u2019état religieux comme catégorie spéciale dans l\u2019Église.Des conseils, on nous dit qu\u2019ils sont un « don divin, que l\u2019Église a reçu de son Seigneur et que, par le moyen de sa grâce, elle conserve toujours » (43).Les fidèles qui forment l\u2019état religieux « sont appelés par Dieu à jouir d\u2019un don spécial dans la vie de l\u2019Eglise » (43).L\u2019autorité ecclésiastique n\u2019intervient, par rapport à la vie religieuse, que pour reconnaître et sanctionner l\u2019initiative que l\u2019Esprit-Saint a prise chez certains fidèles, en vue d\u2019une réalisation et d\u2019une manifestation institutionnelle de la fin de l\u2019Église (39, 45).On a déjà signalé que le chapitre sur les religieux n\u2019avait pas cette espèce de fraîcheur et d\u2019ampleur que donne à d\u2019autres sections de la Constitution sur l\u2019Église une large et pénétrante utilisation de l\u2019Écriture et de la Tradition.On a noté également un manque de profondeur théologique dans l\u2019étude de la nature de la vie religieuse.Il nous semble, par exemple, qu\u2019on aurait pu dégager davantage le rôle de l\u2019Esprit-Saint dans cette union toute spirituelle à Dieu en quoi consiste la consécration religieuse.Nous aurions aimé, enfin, qu\u2019on se prononçât avec plus de clarté sur la place de l\u2019état religieux dans l\u2019Église.Il faut pourtant savoir gré au Concile d\u2019avoir accordé une telle importance à l\u2019état religieux dans la vue qu\u2019on voulait proposer de l\u2019Église, et d\u2019avoir montré que c\u2019était bien en rapport avec l\u2019Église, nullement en marge d\u2019elle, qu\u2019il fallait considérer la profession des conseils évangéliques.A cet égard, il faut se féliciter de la force avec laquelle on a parlé du service et du témoignage que les religieux sont appelés à rendre dans l\u2019Église et dans le monde.Nous sommes heureux enfin qu\u2019on ait pu situer la consécration religieuse dans le prolongement de la vocation universelle à la sainteté sans avoir pourtant sacrifié le caractère ecclésial spécifique que présenté l\u2019état religieux.Faculté de théologie de la Compagnie de Jésus, Montréal.La règle de langage de la Foi L\u2019Eglise, au cours des siècles et non sans l\u2019assistance du Saint-Esprit, a établi une règle de langage et l\u2019a confirmée de l\u2019autorité des conciles.Cette règle, qui plus d\u2019une fois a donné à l\u2019orthodoxie son mot de passe et ses enseignes, doit être religieusement respectée.Que personne ne s\u2019arroge le droit de la changer à son gré ou sous couleur de nouveauté scientifique.Qui pourrait jamais tolérer un jugement d\u2019après lequel les formules dogmatiques appliquées par les conciles œcuméniques aux mystères de la Sainte-Trinité et de l\u2019Incarnation ne seraient plus adaptées aux esprits de notre temps, et la substitution osée d\u2019autres expressions à celles-là ?De même on ne saurait tolérer qu\u2019un particulier touche de sa propre autorité aux formules dont le concile de Trente s\u2019est servi pour proposer à la Foi le mystère eucharistique.C\u2019est que ces formules, comme les autres que l\u2019Eglise adopte pour l\u2019énoncé des dogmes de Foi, expriment des concepts qui ne sont pas liés à une certaine forme de culture, ni à une phase déterminée du progrès scientifique, ni à telle ou telle école théologique.Elles reprennent ce que l\u2019esprit humain ¦emprunte à la réalité par l\u2019expérience universelle et nécessaire, et en même temps, ces formules sont intelligibles pour les hommes de tous les temps et de tous les lieux.La tâche la plus sacrée de la théologie n\u2019est pas d\u2019inventer de nouvelles formules dogmatiques pour remplacer les anciennes, mais plutôt de défendre et d\u2019expliquer les formules adoptées par les conciles de façon à démontrer que la Révélation divine est la source des vérités qu\u2019elles expriment.On peut assurément, comme cela se fait avec d\u2019heureux résultats, donner de ces formules une explication plus claire et plus ouverte, mais ce sera toujours dans le sens selon lequel elles ont été adoptées par l\u2019Eglise: ainsi la vérité immuable de la Foi restera intacte tandis que progressera l\u2019intelligence de la Foi.Tel est, en effet, l\u2019enseignement du premier concile du Vatican: « Le sens des dogmes sacrés qui doit toujours être conservé est celui que notre Mère la sainte Eglise a déterminé, et jamais il n\u2019est loisible de s\u2019en écarter sous le prétexte et au nom d\u2019une intelligence plus profonde.» (Const, dogm.De Fide Cathol., c.4.) (S.S.Paul VI: Encyclique Myslerium Fidei.) OCTOBRE 1965 283 La liberté religieuse et le Concile Luigi d'APOLLONIA, S.J.* V ARome, le compte à rebours est commencé, et s\u2019ouvrira bientôt la 4e session du Concile, dernière de la série dite aggiornamento.Beaucoup, il est vrai, a déjà été accompli; l\u2019essentiel même avec la constitution dogmatique sur l\u2019Église, la constitution sur la liturgie, le décret sur l\u2019oecuménisme.Il reste cependant fort à faire: 11 schémas* 1, grands et petits, plus ou moins au point, à discuter, amender, voter, promulguer.On votera d\u2019abord sur les amendements au schéma sur la Révélation.Puis, à moins de changements à la dernière heure, on abordera la déclaration sur la liberté religieuse, œuvre de patience, de sagesse, de mesure.Ce sera le premier grand débat.1.ŒUVRE DE PATIENCE Certains Pères ont exprimé le désir de commencer la session avec le schéma XIII sur l'Église dans le monde de ce temps, élevé maintenant à la dignité de constitution pastorale \u2014 une nouveauté pour les canonistes.La discussion de ce texte, monument de 100 pages, promet d\u2019être longue et difficile, et on voudrait assurer plus de temps pour la rédaction définitive.Charitable pensée! Il est peu probable, toutefois, qu\u2019on change l\u2019ordre du jour.« Il sera traité du schéma de la déclaration sur la liberté religieuse lors de la prochaine session du Concile et, si possible, avant que ne soient examinés les autres schémas », a promis le Pape.Et c\u2019est justice! Deux fois renvoyé, une première fois à la fin de la 2e session et une autre fois à la fin de la 3e, après des jours agités où l\u2019on vit, même au Concile, jouer la psychologie des foules, la préséance donnée à ce schéma devrait avoir pour bienfait de rétablir un climat de confiance et de rasséréner le ciel romain.Ce n\u2019est pas que la discussion ne puisse être, encore cette fois, énergique.Du premier texte (textus prior), celui qui fut discuté, l\u2019an dernier, par l\u2019Assemblée, il ne reste plus grand-chose.Ce texte amendé (textus emendatus) au point de devenir pratiquement nouveau, et sur le fond duquel on demandait un vote, n\u2019a pas été discuté dans Y Au/a, et ne le sera pas.A la lumière des observations faites de vive voix et par écrit, on a rédigé un troisième texte (textus reemendatus).C\u2019est celui-ci qui sera, de nouveau, examiné, discuté, corrigé et vraisemblablement approuvé et promulgué pour * Notre rédacteur est maintenant à Rome et y séjournera jusqu\u2019à la fin du Concile.1.Un 12e schéma sur le mariage a été remis au Pape qui le promulguera de son propre mouvement; 5 ont été promulgués; total 17.Avec beaucoup de courage et une hâte juvénile, le Concile, en 1962, en avait préparé 77.devenir enfin, de schéma-toile-de-Pénélope, document conciliaire.Et pourtant, d\u2019après la « Relation sur les observations » du 2e texte, tous les Pères, duobus exceptis, sauf deux sont en faveur d\u2019une déclaration sur la liberté religieuse.Bien plus, une déclaration purement pratique comme celle proposée, l\u2019an dernier, par le cardinal Ritter, de Saint-Louis, ferait l\u2019unanimité conciliaire.D\u2019où vient alors la difficulté ?De ce que la déclaration proposée par le Secrétariat pour l\u2019Unité va plus loin.Le Secrétariat veut une déclaration fondée doctrinalement, justifiant les conclusions à partir de principes, valant pour tous les hommes et toutes les familles spirituelles, en tout temps et en tous lieux.L\u2019enthousiasme pastoral ne suffit pas.A tout prix, on ne veut laisser croire que, minoritaire, l\u2019Église est tolérante; que, majoritaire, elle serait intolérante.L\u2019importance de la question tant pour l\u2019opinion publique que pour l\u2019œuvre missionnaire et le dialogue œcuménique rend nécessaire une telle déclaration à base doctrinale, mais qui soit en quelque sorte parfaite, et qui coule profonde, limpide, eau vive pour tous.C\u2019est pourquoi la Commission propose comme fondement à la liberté religieuse ni le bien commun ni la loi naturelle où les discussions risqueraient de s\u2019enliser, encore moins les droits de la conscience (droite ou erronée), mais « la dignité de la personne humaine (dont) les hommes, à notre âge, prennent de plus en plus conscience ».Ce sont là les premiers mots du schéma.On se rend compte, une fois les esprits apaisés, que l\u2019ancien texte ne satisfaisait ni la minorité qui l\u2019attaquait ni la majorité qui l\u2019approuvait.Une promulgation hâtive n\u2019aurait pas été digne du Concile.Elle aurait fini par trahir l\u2019attente de tous, car « le maximum de clarté doctrinale » lui faisait défaut.Tel est l\u2019avis de Mgr Carlo Columbo, théologien du pape et témoin, le 19 novembre dernier, du Dies irae, du jour de colère.Et il ajoute: On peut comprendre qu\u2019un certain nombre de Pères conciliaires \u2014 particulièrement les Nord-Américains pour lesquels la déclaration sur la liberté religieuse a pour ainsi dire valeur de test stantis vel cadentis Concilii \u2014 aient manifesté quelque impatience devant tout retard qui pouvait empêcher l\u2019approbation immédiate, et surtout qu\u2019ils aient été déçus par le renvoi.Mais, d\u2019autre part, beaucoup d\u2019entre eux également n\u2019étaient pas satisfaits d\u2019une déclaration encore bien imparfaite et, à la réflexion, ils ont compris que le prestige et l\u2019autorité morale de la déclaration en face de l\u2019opinion publique du monde entier aurait été très diminuée par une approbation hâtive qui n\u2019aurait pu réunir une véritable unanimité 2.2.La Revista del C/ero, janvier 1965.La pétition des Pères en faveur d\u2019un vote immédiat aurait, d\u2019après les journalistes et même d\u2019excellents chroniqueurs du Concile, réuni 800 et même plus de 1,000 signatures.Elle en comptait 441.284 RELATIONS Le texte dans sa forme actuelle est-il parfait?A lire les nombreuses observations des Pères, il est à craindre qu\u2019il provoquera de vives discussions avant d\u2019être accepté.De toute façon, l\u2019agitation des eaux conciliaires, à la fin de la 3e session, aura signalé le passage de l\u2019ange.2.ŒUVRE DE SAGESSE Œuvre de patience, de voix diverses, des délais de temps, la déclaration sera aussi, par décantation, une œuvre de sagesse.De la liberté religieuse ou du droit de la personne et des communautés à la liberté en matière religieuse, tel est le titre complet et fort latin de la déclaration.Elle se divise en quatre parties: une déclaration (chap, i), la preuve par la raison (chap, n), la preuve par la Révélation (chap, m), une conclusion pastorale (chap.iv).Les idées maîtresses, au cœur de la déclaration, sont nettes.D\u2019abord, le droit à la liberté en matière de religion est fondé sur la dignité de la personne humaine.Ce qui signifie que ni un homme, ni toute l\u2019assemblée des hommes, ni aucune puissance sur terre ne peut me forcer à penser ou à agir contre ma conscience, soit en privé soit en public, compte tenu de certaines limites.C\u2019est l\u2019aspect individuel et communautaire de la liberté religieuse.Ensuite, ce droit et de l\u2019individu et des communautés doit être reconnu par la loi.C\u2019est l\u2019aspect social et juridique de la liberté religieuse.Enfin, ce droit n\u2019exempte, en aucune façon, l\u2019homme de s\u2019enquérir de la vérité.Ainsi sont repoussés l\u2019indifférentisme, le relativisme et le totalitarisme, et demeure « intacte la doctrine catholique sur la vraie religion et l\u2019unique Église du Christ ».Ce qui frappe à première lecture c\u2019est la méthode même que suit la déclaration.La liberté religieuse, à distinguer des libertés physique, morale, évangélique auxquelles elle est vitalement liée, est un concept juridique, politique et moral.La condamnation au siècle dernier de ce qu\u2019on appelle les « libertés modernes » ayant créé bien des malentendus, la deuxième rédaction officielle (le texte qui ne fut pas discuté) expliquait comment l\u2019Église avait défendu la liberté en combattant le libéralisme dont la fausse philosophie exaltait à tel point « les libertés modernes » que les obligations de l\u2019homme à l\u2019égard soit de la vérité soit du bien commun disparaissaient simplement, englouties dans l\u2019absolue autonomie de la raison, source de toute vérité, et de la volonté, source de tout droit.On laisse tomber ce passage complètement.Il rouvrait de vieilles blessures, n\u2019était pas dans le ton pastoral et œcuménique du Concile.Par contre, on a gardé la preuve par la raison.Mais, comme dans cet ordre la philosophie n\u2019est pas la sagesse suprême, ni la raison le meilleur des guides, on a introduit un chapitre nouveau sur « la doctrine de la liberté religieuse à la lumière de la Révélation ».D\u2019abstrait, l\u2019argument \u2014 un argument de convenance, de consonance \u2014 devient factuel et historique.Le chapitre ni recueille donc en abondance des textes bibliques.Par le récit de l\u2019histoire du salut, les exemples de Dieu dans l\u2019Ancien Testament, de Jésus-Christ et des Apôtres dans le Nouveau, il montre, s\u2019il ne démontre pas, OCTOBRE 1965 le droit de la personne humaine à la liberté religieuse.Bien sûr, la définition de ce droit comme immunité contre toute coercition extérieure en matière religieuse ne se trouve pas formulée en ces termes juridiques dans les Livres saints.Son fondement, toutefois, savoir la dignité de la personne humaine, y est proclamé dans toute sa dimension transcendante.« Que sert à l\u2019homme de gagner l\u2019univers s\u2019il vient à perdre son âme ?» Seul le Christ a dit cela.Autre chose qui surprend agréablement: on a beau lire et relire le texte, on n\u2019y dénichera nulle part l\u2019expression « liberté de conscience ».Ce ne peut être un effet du hasard, car le hasard n\u2019a pas cette perspicacité théologique.La chose est voulue.Même si l\u2019expression peut avoir un sens acceptable comme Léon XIII le reconnaissait dans l\u2019encyclique Libertas praestantissimum sur la liberté, il n\u2019en demeure pas moins que, historiquement, elle fut le cri de bataille du laïcisme européen, sa déclaration d\u2019indépendance à l\u2019égard de Dieu, et que théologiquement, l\u2019expression demeure équivoque et n\u2019est certes pas digne de fonder le droit à la liberté religieuse.La liberté religieuse implique, en effet, une double exigence: n\u2019être pas contraint d\u2019agir contre ma conscience et n\u2019être pas empêché d\u2019agir suivant ma conscience.Or personne ne doit être contraint d\u2019agir contre sa conscience, \u2014 et ce droit est absolu \u2014 non pas parce que sa conscience est libre, mais parce que sa conscience est liée à une loi inscrite dans la nature de l\u2019homme: fais le bien, ne fais pas le mal; fais ceci, ne fais pas cela.La conscience n\u2019est donc pas sa propre norme de rectitude.Elle est réglée par une norme supérieure qui n\u2019est pas l\u2019œuvre de sa création, mais l\u2019œuvre de la loi éternelle de Dieu.Elle n\u2019est pas législatrice mais « légismédiatrice ».Elle n\u2019est pas Dieu, mais la voix de Dieu.Et c\u2019est ma dépendance à l\u2019égard de cette voix que j\u2019écoute et que je consulte et que je fais mienne librement qui fonde mon indépendance à l\u2019égard de tout le créé et de toute puissance sur terre.Et personne ne doit être empêché d\u2019agir suivant sa conscience, non pas encore parce que je suis libre de dire ou de faire ce que je veux, \u2014 c\u2019est souvent le propre des imbéciles, \u2014 mais parce que j\u2019ai des devoirs à l\u2019égard de Dieu et de la société, et que m\u2019empêcher de remplir ces devoirs, c\u2019est porter atteinte à ma dignité de personne humaine, saper ma personnalité morale, entraver mon droit le plus sacré et le plus fondamental qui est d\u2019aimer Dieu et mon prochain comme moi-même.C\u2019est pourquoi, au lieu de chercher à fonder la liberté religieuse sur un sable aussi mouvant que la « liberté de conscience », le Concile l\u2019établit sur le roc de la dignité humaine, non pas Dieu mais image de Dieu.3.ŒUVRE DE MESURE Patience fait sagesse, sagesse fait mesure.Entendez mesure dans le sens négatif de limite, pourvu que vous l\u2019entendiez avant tout dans le sens positif d\u2019harmonie.Qu\u2019il soit dans la nature de la vérité religieuse, comme dans la nature de toute vérité, de n\u2019être pas imposée, la chose est claire.Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est que la liberté religieuse, entendue comme l\u2019immunité contre toute coercition extérieure, est un droit de la personne humaine qui l\u2019exerce dans la société, qui est un corps politique, qui reçoit 285 sa structure d\u2019un ordre juridique et qui gouverne par les pouvoirs publics.Voilà donc la liberté religieuse non seulement liée à Dieu mais reliée à un ordre de choses que la loi humaine fonde, protège et, au besoin, venge.L\u2019homme ne connaît pas l\u2019infinie solitude de Dieu.Par le fait même qu\u2019il appartient à la « nature humaine » et ne l\u2019absorbe pas, l\u2019homme la partage avec d\u2019autres hommes, et est constitué en état d\u2019inachèvement.La plus frêle des créatures, il coexiste et il est co-libre, et d\u2019une co-liberté qui n\u2019existe pas comme du tout fait, mais comme capable de se faire et de s\u2019épanouir.Si donc l\u2019autorité politique, quelle que soit sa puissance» n\u2019a ni autorité ni compétence pour imposer ou pour interdire au domaine secret et ardent des cœurs une croyance religieuse, ni d\u2019ailleurs une philosophie, une biologie, un système mathématique, une école d\u2019art, \u2014 bien que les philosophes, les savants, les mathématiciens, les artistes soient nécessaires à la Cité des hommes, \u2014 dans une société organisée, aucun droit, pas même le droit de liberté religieuse, n\u2019est absolu dans son exercice.Ici commencent les difficultés, qui ne seront jamais tout à fait résolues.Car nous n\u2019avons plus affaire à la simple reconnaissance abstraite d\u2019un droit mais à la détermination de l\u2019ordre des valeurs et des principes qui présideront à l\u2019exercice concret de ce droit dans la société, soit en harmonie soit en dissonance avec la dignité humaine.Le texte ne traite pas des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Le mot État n\u2019est même pas mentionné.Le Concile ne tient pas à faire la leçon aux autorités publiques, ni à rien réclamer pour l\u2019Église expressément.Encore une fois, il entend demeurer pastoral et œcuménique.Et c\u2019est pour tous qu\u2019il demande la liberté religieuse.Il parle donc des rapports entre les communautés religieuses, la chose religieuse, les actes religieux privés et publics, l\u2019exercice de la religion, la liberté religieuse, d\u2019une part, et l\u2019autorité publique, le pouvoir civil, la société civile, d\u2019autre part.Il évite de parler d\u2019ordre spirituel et d\u2019ordre temporel, des choses de Dieu et des choses de César.Il n\u2019en reste pas moins vrai, même avec les termes employés dans le texte, que le premier principe immuable en la matière est la reconnaissance concrète par l\u2019autorité publique des droits de la personne humaine, partant de son droit à la liberté religieuse, puisque la conscience de l\u2019homme ne souffre point de n\u2019être pas obéie, et que l\u2019autorité publique n\u2019a pas autorité pour imposer, interdire, gouverner une religion.Et c\u2019est toujours en vertu de l\u2019éminente dignité de la personne humaine.« Les actes religieux, dit le texte,.de par leur nature transcendent l\u2019ordre des choses terrestre et temporel.» En termes classiques, nous parlerions de la primauté du spirituel, de la supériorité de l\u2019ordre spirituel sur l\u2019ordre temporel, des choses qui sont à Dieu sur les choses qui sont à César.Qui dit distinction dit ordre de valeurs; qui dit ordre de valeurs dit subordination.Mais le texte évite ce langage.Le deuxième principe immuable est la coopération mutuelle entre les communautés religieuses et les autorités publiques, fût-ce pour cette simple raison que l\u2019homme, sujet à la fois de la loi divine et de la loi humaine, ne saurait être coupé en deux.En conséquence, les communautés religieuses et les autorités publiques (nous dirions l\u2019ordre spirituel et l\u2019ordre temporel) ne sauraient vivre dans l\u2019ignorance les unes des autres, ni dans un isolement pur.C\u2019est la grande équivoque du laïcisme.Car, bon gré mal gré, relations il y aura.Si elles ne sont pas des relations de coopération, elles seront des relations d\u2019opposition.La première forme positive de coopération sera pour le pouvoir temporel d\u2019accomplir son devoir d\u2019état par rapport à son ordre propre, c\u2019est-à-dire de créer dans la société des conditions politiques, sociales, économiques, culturelles qui favorisent l\u2019exercice des droits de l\u2019homme, la justice, l\u2019épanouissement de la personnalité, l\u2019obéissance à la conscience afin que l\u2019homme puisse atteindre sa fin ultime: « Du reste, dit le texte, plus la société civile fournira des conditions propices et favorables à la vie religieuse, plus elle jouira de ces biens qui proviennent de toutes parts de la fidélité de l\u2019homme envers Dieu et sa sainte volonté.» Une autre forme positive est la reconnaissance officielle de Dieu, source de tous droits; car si les droits de l\u2019homme sont inviolables et inaliénables, ils ne le sont pas de par une gracieuse faveur de l\u2019autorité politique.Le texte, dans sa forme actuelle, ne touche pas ce point, du moins ouvertement 3.Une incise suffirait puisque le Concile n\u2019entend pas écrire un traité.Une autre forme encore de coopération sera pour les pouvoirs publics de recourir à l\u2019assistance des communautés religieuses pour aider au bien commun temporel lui-même en favorisant les libres institutions, les foyers de charité, la liberté scolaire, en facilitant l\u2019effort des apôtres pour aller aux masses, développer dans le peuple le sens de la liberté, de la justice, de la fraternité, de la paix civile.On voit la chose se produire actuellement chez le peuple américain, à propos de la question raciale et l\u2019aide aux catégories faibles de la société.Le texte, toujours dans sa forme actuelle, parle bien de reconnaître aux groupes religieux le droit à ces activités; il ne parle pas de leur demander leur assistance.Le texte final, sera-t-il plus positif?Cette question est fort importante dans notre monde en voie de socialisation, et qui risque d\u2019enlever tout espace vital à l\u2019action charitable, culturelle, sociale des familles.Dans le cas où une religion, catholique, protestante ou musulmane serait dans un pays acceptée de la très grande majorité, il est évident que les membres de cette confession religieuse seraient pratiquement seuls à jouir de l\u2019aide des pouvoir publics en tant que citoyens.Cet état de fait ne devrait impliquer aucune discrimination contre des minorités religieuses ni au plan civil, ni devant la loi, ni, à plus forte raison, dans l\u2019exercice de la religion.La question d\u2019une religion officielle devient alors une question, somme toute, secondaire et, en grande partie, académique.Ceci dit, l\u2019autorité publique, impuissante à forcer la personne humaine à agir contre sa conscience mais habilitée à protéger l\u2019ordre public, peut exiger que les groupes religieux et les individus ne se mettent pas à l\u2019abri de la liberté religieuse pour violer cet ordre, c\u2019est-à-dire la paix publique qui est le bien politique de la société, la morale publique qui est son bien moral, le droit des autres qui est son bien de justice.3.Les évêques américains ne s\u2019y opposeraient certes pas, puisque les États-Unis se proclament one nation under God et que leur monnaie porte la devise In God we trust.286 RELATIONS Toutefois, l\u2019histoire et la méchanceté des temps actuels enseignent que les pouvoirs publics abusent facilement de ce droit.Aussi l\u2019autorité politique évitera l\u2019arbitraire et agira sous la loi.De plus, prévaudra le principe juridique qu\u2019il faut favoriser la liberté et ne la restreindre que « si nécessaire et dans la mesure où c\u2019est nécessaire ».Le mot tolérance n\u2019est pas prononcé, et le texte ne se réfère ici ni à la loi naturelle à suivre, ni au bien commun temporel à promouvoir, mais à l\u2019ordre public à sauvegarder: « soin suffisant de la paix publique », « protection adéquate de la moralité publique », « composition pacifique.des droits des citoyens ».Ce langage mesuré sous-entend qu\u2019une saine législation \u2014 dont l\u2019objet est de rendre les hommes moralement bons et, en particulier, de résister au relâchement des consciences et à la décadence des mœurs \u2014 doit, cependant, s\u2019adapter à la capacité morale de la multitude.Ce problème est particulièrement difficile, et requiert une grande prudence politique et une extrême mesure.En fin de compte, tout dépendra de la vitalité religieuse et morale des citoyens.Le Pape a fait allusion à la déclaration sur la liberté religieuse en commentant, au cours de l\u2019audience générale du 28 juin, la parole du Christ: « Venez à moi.» Il invite à venir à Lui.Il invite à la foi.Il crée une obligation morale pour les hommes auxquels parvient son invitation; mais il ne contraint pas.Il n\u2019ôte pas sa liberté physique à l\u2019homme qui doit décider de lui-même, consciemment, de son destin et de ses rapports à l\u2019égard de Dieu.Ainsi, poursuivait le Pape, vous verrez résumée une grande partie de ces doctrines capitales par deux propositions fameuses: en matière de foi que personne ne soir empêché; que personne ne soit contraint.Non, le Concile n\u2019aura pas traité à la hâte le grave problème de la liberté religieuse.S\u2019il l\u2019avait fait, comme on le lui aurait reproché! Fruit d\u2019une patience, d\u2019une sagesse, d\u2019une mesure vraiment « collégiales », ce texte, écrit pour un nouvel âge de civilisation, défendra, sans être spéci-quement catholique mais en juste accord avec la Révélation,, la cause de la liberté et la cause de la religion au nom de la dignité et de la vocation de la personne humaine.Car, en fait, tout cela se tient.Et c\u2019est le devoir du Concile de le dire.Concupiscence et médecine \u2014II Marcel MARCOTTE, S.J.IA médecine prend pour acquis et considère comme normaux les désirs que l\u2019homme, à l\u2019instar de tous les vivants sensibles, éprouve pour certaines catégories de biens matériels, à condition que la réalisation de ces désirs coïncide avec la fonction qu\u2019ils sous-tendent et que leur intensité ne fausse pas radicalement le jeu de la connaissance et de la liberté.C\u2019est seulement au delà de cette norme qu\u2019on tombe dans l\u2019anormal, le pathologique, et qu\u2019il y aurait lieu, du point de vue médical, de parler de concupiscence, de mouvement désordonné de l\u2019appétit sensible.Tropismes et réflexes Pour comprendre, au niveau commun des explications scientifiques, comment, par quels mécanismes se forment et agissent en nous des appétits déréglés, il faut poser d\u2019abord une question plus radicale: Comment se fait-il que nous désirions quelque chose ?D\u2019où viennent les attraits, les appétits susceptibles de se dérégler?Pour répondre à cette question, la biologie fait intervenir tout d\u2019abord la notion de tropisme.La vie est par nature assimilation, c\u2019est-à-dire utilisation pour sa propre persistance des éléments extérieurs mis à sa portée par le milieu où elle baigne.Mais cette assimilation serait impossible si la vie ne comportait pas aussi une sensibilité spéciale en présence des éléments assimilables, doublée d\u2019une certaine capacité de choisir entre l\u2019agréable et le déplaisant, l\u2019utile et le nuisible.En langage physiologique, on exprime cette nécessité en disant que la vie ne peut subsister qu\u2019à condition de percevoir certains stimuli en provenance du monde extérieur et de répondre à ces stimuli de façon active.Cette réponse vitale aux stimulations venues du milieu ambiant s\u2019appelle un tropisme.Les explications mécanistes de la vie ont abusé de la notion de tropisme, ramenant tout, même chez l\u2019homme, à de simples réactions des cellules.Néanmoins, l\u2019homme est un vivant et participe, comme tel, aux privilèges et aux infirmités des vivants.Dans la genèse des attraits sensibles qu\u2019il éprouve, il faut bien admettre l\u2019influence de certaines substances chimiques, de certains agents physiques comme la lumière, la chaleur, les odeurs, etc., qui, par le truchement du corps, affectent le psychisme.Dans la mesure où cette influence existe et se fait sentir, les tropismes constituent, au niveau purement biologique, l\u2019amorce de la concupiscence.Cependant, au fur et à mesure qu\u2019on s\u2019élève dans l\u2019échelle des vivants, les mécanismes d\u2019assimilation et de défense se compliquent et deviennent du même coup plus électifs, plus perfectionnés.Les tropismes sont des réactions globales de l\u2019être unicellulaire, ou mieux de la cellule vivante considérée isolément de l\u2019organisme où elle est implantée.Chez les vivants dont la constitution est très différenciée, et notamment chez ceux qui sont dotés d\u2019un système nerveux, apparaissent les réflexes.La notion de réflexe est une notion familière.Il comporte une excitation extérieure, \u2014 physique (lumière, chaleur), chimique (saveur) ou mécanique (choc, contact).Cette excitation est transmise par voie centripète jusqu\u2019à un relais situé dans une cellule nerveuse.Celle-ci réagit par une commande d\u2019influx nerveux qui chemine par voie centrifuge pour aboutir à un organe périphérique dans lequel elle détermine un mouvement précis, automatique: propulsion de la jambe en avant quand la rotule est frappée, contraction de la pupille sous un jet de lumière, retrait de la main qui fuit la brûlure, etc.OCTOBRE 1965 287 Ces réflexes sont innés et spontanés; la volonté ne peut ni les inhiber, ni modifier leur déroulement.Tout se passe en réalité comme si, pour assurer la perpétuité de la vie, toujours menacée, la nature, réfractaire aux risques, avait confié aux réflexes, irrépressibles et immuables, la garde des fonctions les plus vitales de l\u2019organisme: alimentation, conservation des réserves nutritives, leur utilisation pour les activités motrices et psychiques propres à chaque espèce, élimination des déchets, respiration, sommeil, reproduction.Sur chacune de ces grandes activités biologiques, la volonté n\u2019a pas de prise directe, dans ce sens qu\u2019elle n\u2019est pas capable de les empêcher d\u2019exister, \u2014 de supprimer, par exemple, le besoin de boire et de manger, ou encore de radicalement détruire, à l\u2019âge de l\u2019amour, l\u2019attirance des sexes.Tout au plus la volonté peut-elle éduquer les besoins et apprivoiser les instincts correspondants en empêchant que se réalisent les conditions où se déclenchent les réflexes involontaires.On peut étudier dans cette perspective toute la gamme des concupiscences.A l\u2019instinct de nutrition se ramènent la gourmandise et l\u2019ivrognerie.A la fonction de garder des réserves correspondent l\u2019avarice, qui vise à accumuler les biens matériels en marge ou au delà des besoins réels, et l\u2019envie, polarisée vers les richesses, corporelles ou spirituelles, que possèdent les autres.Au besoin d\u2019action, d\u2019utilisation des énergies disponibles, se relie l\u2019orgueil, l\u2019instinct de puissance et de domination, avec son corollaire, la colère, qui est la révolte contre les résistances qui font obstacle à la réalisation du vouloir.Au besoin de repos se rattache la paresse, tandis que l\u2019instinct de reproduction est à l\u2019origine de toutes les formes de la luxure.Tous les péchés capitaux, en somme, s\u2019enracinent dans la chair et peuvent, à ce niveau, être considérés comme des manifestations de l\u2019instinct vital.Cette relation constante marque déjà fortement la liaison entre les états somatiques ou psychiques que la médecine observe et la concupiscence à laquelle la morale est intéressée.Réflexes acquis et habitudes Cependant, les choses se compliquent et s\u2019affinent par l\u2019intervention, dans toute l\u2019épaisseur de la vie du corps et de l\u2019esprit, de réflexes plus particuliers et fortement individualisés qui, au lieu d\u2019être innés, sont acquis.On les appelle, suivant la terminologie célèbre de Pavlov, les « réflexes conditionnels ».Partons de l\u2019expérience la plus connue dans ce domaine.Quand on présente à un chien des mets appétissants, le réflexe salivaire, qui est naturel, inné, se déclenche aussitôt.Si on fait entendre au même chien un son de cloche, il est bien évident que le réflexe salivaire, faute d\u2019excitation appropriée, ne jouera pas.Mais qu\u2019à force de répétitions, on associe, dans la mémoire du chien, l\u2019audition du son de cloche et la présentation des aliments savoureux, la liaison des deux phénomènes deviendra tellement fixée par l\u2019habitude qu\u2019il suffira du son de cloche pour que le chien salive, même si son odorat n\u2019est excité par aucun fumet agréable.Les mêmes résultats peuvent être obtenus à l\u2019aide d\u2019une grande variété d\u2019agents, un jet de lumière par exemple.Et la précision, la délicatesse de ces associations créées par l\u2019accoutumance est telle que l\u2019animal ne réagira pas à une cloche qui ne rendra pas exactement le même son que celle utilisée par son entraîneur, ni à une lumière d\u2019intensité ou de tonalité différentes.288 On tient là l\u2019explication scientifique des habitudes.Le dressage chez l\u2019animal et la première éducation chez l\u2019enfant consistent, pour l\u2019essentiel, dans l\u2019acquisition progressive des réflexes conditionnels \u2014 des bonnes habitudes \u2014 qui doivent suppléer, pour l\u2019un et l\u2019autre, à l\u2019absence ou à la faiblesse de la réflexion et de l\u2019autonomie intérieure.Même chez l\u2019adulte, les réflexes conditionnels, qu\u2019ils aient fait, ou non, l\u2019objet d\u2019un choix conscient et délibéré, qu\u2019ils aient été, ou non, imposés par les circonstances et le milieu de vie, jouent dans le comportement et les attitudes de chacun un rôle immense.Nous sommes toujours, bien plus que nous ne le soupçonnons, bénéficiaires ou victimes de notre passé, des habitudes bonnes ou mauvaises contractées en cours de route, des attirances ou des répulsions, des engouements ou des phobies dont nos conduites s\u2019inspirent.Ainsi, dans le mécanisme de nos désirs et de nos appétits sensibles, un autre facteur intervient, qui n\u2019est plus simplement organique, comme étaient nos réflexes innés, mais psychique aussi bien que somatique, et qui est la mémoire.C\u2019est par elle que se réalise, à la jointure de la matière et de l\u2019esprit, l\u2019individualisation de nos appétits; par elle que les concupiscences natives et spontanées revêtent pour chacun leur forme et leur intensité particulières.Tout être humain, par exemple, est apte à ressentir l\u2019attrait pour la nourriture qui correspond au besoin d\u2019alimentation: il s\u2019agit là d\u2019un réflexe inné.Mais aucun aliment donné n\u2019exerce la même séduction ni ne fait naître le même appétit chez tous les humains.En raison d\u2019expériences passées, remontant parfois très loin, même aux toutes premières sensations de la petite enfance, et dont notre mémoire consciente a régulièrement perdu le souvenir, nous sommes plus ou moins sensibles à tel mets en particulier, ou nous éprouvons au contraire une répulsion plus ou moins vive pour tel ou tel aliment, indépendamment de sa valeur nutritive, de son analyse chimique et même, à l\u2019occasion, des réactions courantes de l\u2019entourage.Non seulement les goûts nationaux diffèrent, mais aussi les goûts individuels.Ces différences s\u2019expliquent par les réflexes conditionnels où la mémoire, et donc l\u2019esprit, fait sentir son influence.On doit faire la même remarque à propos de l\u2019attirance sexuelle.Elle n\u2019est pas chez l\u2019être humain la simple conséquence de la différence des sexes et de l\u2019appel de l\u2019instinct, du moins chez ceux qui sont le moindrement raffinés dans ce domaine.Là se manifeste, à l\u2019intérieur des grands automatismes montés par la nature en vue de la propagation de l\u2019espèce, un choix strictement individuel, lié, comme l\u2019a montré la psychologie des profondeurs, à toutes les expériences antérieures et au contenu de l\u2019inconscient.L\u2019un ne sera sensible qu\u2019à telle couleur de cheveux, telle forme du corps, tel timbre de voix; l\u2019autre exigera de l\u2019être aimé des qualités de cœur et d\u2019esprit dont son entourage familial ou ses rencontres sociales, par abondance ou par défaut, l\u2019ont secrètement prédisposé à subir l\u2019ascendant.Il en va de même pour toutes nos passions.Par delà le fonds commun de grandeur et de misère qui constitue la condition même de l\u2019homme, esprit incarné, elles ont pour chacun la couleur et la force de son tempérament propre et aussi de son passé organique et psychique, de l\u2019histoire de son corps et de son âme; elles sont tributaires tout ensemble des déterminismes, des réflexes spontanés, sur lesquels la liberté n\u2019a pas de prise, et des habitudes de sentir5 RELATIONS de penser, de vivre, des réflexes conditionnels, à l\u2019égard desquels nous ne sommes pas entièrement désarmés.L\u2019homme, dit saint Thomas, n\u2019a pas sur ses passions de pouvoir despotique, mais seulement politique.Impuissant à les extirper jusqu\u2019à la racine, il reste quand même capable de les soumettre à un ordre \u2014 de les ordonner \u2014 en les asservissant à la poursuite de ses fins d\u2019homme, qui sont toujours spirituelles.L\u2019exercice de ce pouvoir, quand il s\u2019inspire de motifs moraux et religieux, coïncide avec l\u2019effort ascétique; autrement, il relève d\u2019une simple pédagogie de l\u2019esprit et de la volonté; mais la médecine, dans un cas comme dans l\u2019autre, est appelée à rendre, à son rang, d\u2019irremplaçables services.Les uns se situent au niveau du diagnostic, les autres, au niveau de la thérapeutique proprement dite.Diagnostic des concupiscences Dans l\u2019optique de la théologie chrétienne, tout homme naît concupiscent et même pécheur.Mais, d\u2019un individu à l\u2019autre, les concupiscences, comme les péchés, varient à l\u2019infini.Ces différences ou ces nuances individuelles, qui font que jamais les appétits de l\u2019un ne ressemblent tout à fait aux appétits de l\u2019autre, n\u2019empêchent pas que les attraits ou les répugnances sensibles ne restent, le plus souvent, dans le cadre de ce que la médecine considère comme normal.Mais il arrive aussi assez souvent que, par gauchissement ou par excès, ils compromettent la santé physique ou l\u2019équilibre psychologique de ceux qui les éprouvent.A ce moment, la médecine juge à bon droit qu\u2019elle doit intervenir.L\u2019intervention commence avec le diagnostic, avec la recherche des signes, des symptômes qui manifestent la présence d\u2019une condition pathologique.Comment, par quels mécanismes, du point de vue médical, un attrait sensible peut-il être faussé ou s\u2019exaspérer au delà du normal ?La réponse à cette question doit tenir compte des facteurs somatiques et des facteurs psychiques qui influent, on l\u2019a vu, sur le jeu des appétits.A un niveau profond d\u2019enracinement dans la chair, on trouve des troubles fonctionnels résultant d\u2019imprégnations chimiques anormales.Il peut s\u2019agir d\u2019intoxication par des substances étrangères à l\u2019organisme: toxines microbiennes, virus filtrants qui imbibent tout l\u2019ensemble du système nerveux.Il arrive aussi que les troubles fonctionnels soient occasionnés par des modifications autogènes.Dans le domaine des glandes endocrines, par exemple, les découvertes récentes de la médecine sont extrêmement éclairantes et suggestives: tendance à la colère de l\u2019hyperthyroïdien, lenteur et paresse du myxoedémateux, érotisation par les hormones sexuelles, etc.Alexis Carrel, dans ses Réflexions sur la conduite de la vie, écrit : Il suffit que le plasma sanguin soit privé de certaines substances chimiques pour que les plus nobles aspirations de l\u2019âme s\u2019évanouissent.Quand la glande thyroïde, par exemple, cesse de sécréter de la tyroxine dans les vaisseaux sanguins, il n\u2019y a plus ni intelligence, ni sens du mal, ni sens du beau, ni sens religieux.(P.35.) Les découvertes récentes de l\u2019endocrinologie n\u2019ont fait que confirmer ces observations.L\u2019état de nos glandes exerce une influence profonde sur la genèse et l\u2019évolution des grandes concupiscences.Certaines altérations anato- OCTOBRE 1965 miques qui les affectent s\u2019accompagnent infailliblement de désordres précis et caractérisés intéressant l\u2019affectivité, l\u2019intelligence, le caractère, le sens moral : lésions de la surrénale et de la thyroïde dans les impulsions à la violence, du pancréas dans les gourmandises, de l\u2019hypophyse ou de l\u2019hypothalamus dans les orgueils, etc.Le jeu des interréactions hormonales est trop complexe pour qu\u2019on conclue toujours à une étiologie élective, à un rapport déterminé entre tel trouble endocrinien et telle manifestation de la concupiscence.Il n\u2019en reste pas moins que toute déficience hormonale retentit à travers l\u2019organisme entier et se répercute dans toute la vie intérieure.Il en va de même à fortiori pour les maladies du système nerveux et du cerveau.Retenons à titre d\u2019indication que les virus filtrants qui lèsent l\u2019intégrité histologique des cellules cérébrales dans l\u2019encéphalite peuvent transformer brusquement en voleur, en menteur, en lubrique, un sujet qui, jusqu\u2019alors, ignorait tout de ces impulsions.Cependant, les perturbations de l\u2019appétit sensible ne sont pas toujours d\u2019origine somatique et organique.Le plus souvent, elles sont liées à des faux plis, à des réflexes conditionnels, des habitudes physiques ou psychiques qui interfèrent avec le jeu normal des besoins et des désirs naturels.Le fait d\u2019avoir cédé une fois, dix fois, cent fois à une impulsion, surtout à un moment où l\u2019on était particulièrement impressionnable et réceptif \u2014 dans l\u2019enfance et l\u2019adolescence par exemple \u2014 accroît dans des proportions qu\u2019on ne pourra jamais évaluer avec exactitude leur force contraignante.Les bonnes habitudes, les habitudes de maîtrise, parce qu\u2019elles imposent aux appétits des limites et des contraintes, ne s\u2019acquièrent que lentement, à force de répétitions.Mais il peut suffire d\u2019un seul abandon, d\u2019un accident en quelque sorte, pour qu\u2019une mauvaise habitude s\u2019installe et devienne aussitôt tyrannique, car il n\u2019y a qu\u2019à suivre alors sa pente.Autour de la passion naissante, on dirait que toute la vie s\u2019agglutine et se fige.Ces cristallisations jouent un rôle très important dans la vie des passions, et notamment dans les déviations sexuelles.Avant d\u2019arriver au stade nettement différencié d\u2019hétérosexualité et de déboucher dans l\u2019amour personnel, l\u2019enfant puis l\u2019adolescent passent par des phases de polyvalence sexuelle au cours desquelles peuvent se produire, sous l\u2019influence de causes variées, imprévisibles, des traumatismes psychiques susceptibles de provoquer des fixations sur certains modes de désir et d\u2019empêcher peu ou prou la sexualité d\u2019évoluer normalement.Nous ne voulons pas nous appesantir sur ce point ni sur d\u2019autres que la psychologie moderne a mis en relief.Retenons seulement que toutes les concupiscence, y compris celles dont l\u2019origine est avant tout organique, poussent tôt ou tard dans le psychisme des racines profondes, et que le médecin, à l\u2019heure du diagnostic, doit tenir compte de cet enracinement pour interpréter correctement les symptômes et amorcer le traitement.A ce moment, psychiatre, neuro-chirurgien ou endocrinologiste, le médecin vient en contact \u2014 et peut-être en conflit \u2014 avec la morale et la religion.Comment, dans quel esprit ces contacts doivent-ils s\u2019établir?Par quels moyens ces conflits peuvent-ils être évités ou résolus ?C\u2019est ce que nous dirons dans notre prochain article.289 L'ogresse de ce temps, la télévision Robert CLAUDE, S.J.* I.\u2014 Visages multiples Que livre au spectateur une émission de télévision?Voici comment se répar tissaient les émission à la télévision française, en janvier 1961: 25%: informations; 22%: variétés; 20%: documentaires (arts, littérature, religion, émissions scolaires); 9.5%: jeunesse; 7.5%: sports; 5%: films; 5%: théâtre; 1%: musique, etc.L\u2019information, qui est le domaine propre de la télévision, y prend de multiples visages.Elle s\u2019adapte aux enfants de différents âges, à la femme qui reste chez elle, à celle qui travaille en dehors, à l\u2019agriculteur, au cinéphile, etc.Elle satisfait les goûts du sportif, de l\u2019amateur de théâtre ou de cinéma, fait rêver l\u2019amateur d\u2019aventures sur les récits de lointains voyages, explique au profane la vie mystérieuse d\u2019un tableau et en donne au connaisseur la rubrique artistique la plus qualifiée.Elle aborde les grands problèmes de l\u2019heure, livre les secrets du monde, ceux de la nature et ceux des grands courants d\u2019idées, perce le mystère de la vie.Elle atteint même l\u2019intime des personnalités et la solitude des consciences, et les révèle à travers un mot, un geste, l\u2019ombre d\u2019un sourire, ou bien dans le silence du sujet interviewé.A la suite d\u2019une interview-choc d\u2019Édith Piaf, un critique disait: L\u2019indiscrétion des mots n\u2019est rien.Ce qui est à craindre, c\u2019est l\u2019indiscrétion des visages.Un pli au coin de la bouche, provoqué par une question, est plus révélateur que n\u2019importe quelle réponse à cette question.L\u2019émission rend au monde ce qu\u2019il a perdu.Qu\u2019il était saisissant à la télévision ce portrait-souvenir de Jean Cocteau, quelques jours après sa mort! Ce mort était là devant nous, tout frémissant de vie.Mauriac note: Ces morts qui reviennent sur le petit écran et qui reviennent chez nous, qui nous parlent familièrement, c\u2019est le miracle propre de la télévision, c\u2019est son mystère.J\u2019ai revu une fois encore Gérard Philippe (l\u2019acteur).« L\u2019influence des voix chères qui se sont tues », Verlaine eût été étonné, il y a 80 ans, si on lui avait prédit que ce vers ne trouverait son sens qu\u2019aujourd\u2019hui.Pour capter les images et les sens qu\u2019elle offrira « en direct » à l\u2019usager, la télévision pénètre partout: au cœur des guérillas vietcongs, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, au palais de l\u2019O.N.U., dans la salle d\u2019hôpital où opère un chirurgien, dans les galeries d\u2019une mine, dans le cratère d\u2019un volcan.Elle s\u2019infiltre dans l\u2019intimité d\u2019un foyer.Même dans les salles des commissions parlementaires.Le célèbre sénateur MacCarthy, s\u2019opposant à l\u2019armée devant la Commission d\u2019enquête, s\u2019entendait dire: « Depuis six semaines le peuple américain vous regarde.» Le débat dura 36 jours et fut suivi par des millions de téléspectateurs américains.Récemment, à l\u2019occasion de son 25e anniversaire, la B.B.C.a réalisé un reportage qui permit à ses spectateurs de saisir la puissance mondiale de la télévision.Dans ce but ses reporters sont allés se promener à travers le monde, partout où fonctionne le petit écran.Les séquences de ce reportage font voir, dans chaque pays visité, les publics de la télé- * Auteur de livres pour la jeunesse: La lumière de la montagne, Adolescent, qui es-tu?et secrétaire de la Compagnie de Jésus pour les communications sociales.vision, leurs réactions, la réalisation des émissions, et même la fabrication des postes.L\u2019impression dominante qui se dégage de la vision de ce reportage, c\u2019est la puissance obsédante de la télévision; c\u2019est aussi la variété de l\u2019usage qu\u2019on peut en faire: transmission immédiate des nouvelles, émission d\u2019un spectacle de cirque à domicile, propagande politique, diffusion de la culture, prolongement de l\u2019enseignement, projection d\u2019un film, musique, sports, etc.La télévision, c\u2019est tout cela, chez nous, à la portée de notre main et de nos yeux.Dans les cafés de Milan, sur les places du Caire, dans les foyers des cinq continents, des hommes, des femmes, des enfants, se rassemblent, devenus soudain immobiles, passifs, bouche bée et yeux fixes, pour regarder les images qui passent rapides sur le petit écran.Combien sont-ils dans le monde à être soumis, chaque jour, à chaque instant, à cette extraordinaire suggestion?II.\u2014 Dictature universelle Il y a aujourd\u2019hui dans le monde environ 130 millions de postes récepteurs, ce qui fait 650 millions de téléspectateurs.En 10 ans, de 1955 à 1965, le nombre total de récepteurs a augmenté de 75 millions.Réservé à l\u2019origine aux pays industrialisés, cet essor a atteint les nations les moins favorisées.La télévision fonctionne aujourd\u2019hui dans 72 pays et est en voie d\u2019installation dans 23 autres.Elle compte aujourd\u2019hui 1962 postes émetteurs.Chaque jour 10 mille nouveaux téléviseurs entrent en service, soit chaque jour 50,000 téléspectateurs.D\u2019après les statistiques officielles, pendant les derniers jeux Olympiques, 25,000 nouveaux appareils ont été achetés en Suède; en Finlande, la vente a décuplé.L\u2019expansion de la télévision est spectaculaire dans des pays comme le Japon, qui possède 108 postes émetteurs et 5 chaînes, ou les États-Unis, dont elle est la quatrième industrie nationale, avec 54 millions de téléviseurs, 592 postes émetteurs indépendants et dans certaines villes 7 programmes simultanément offerts jour et nuit aux téléspectateurs; 98% des foyers y possèdent un poste et 10% de ceux-ci en ont deux l.En 1960, la Belgique possédait 400,000 postes, la France 1,900,000, l\u2019Allemagne fédérale 4 millions, la Grande-Bretagne 12 millions, les États-Unis 53 millions.Ceci fait: États-Unis, 1 poste par 3 habitants; Angleterre, 1 par 4 habitants; Allemagne, 1 par 12; Belgique, 1 par 21; France, 1 par 22.Des pays de vieille civilisation, comme la France et la Belgique, ont longtemps hésité, soit qu\u2019ils n\u2019y croyaient pas, soit qu\u2019ils considéraient la télévision comme un moyen d\u2019expression inférieure.Mais aujourd\u2019hui, ce cap des hésitations et des tâtonnements est franchi d\u2019un pas alerte.Actuellement, en France, un million de postes sont vendus chaque année, soit 3,000 par jour.Sans que nous nous en doutions, la télévision exerce dans les pays les plus démocratiques une véritable dictature.Des centrales de production d\u2019émission choisissent les pièces de 1.N.D.L.R.\u2014 D\u2019après le Rapport du Comité sur la Radiodiffusion, 1965, le Canada compte « 75 émetteurs de télévision et 138 émetteurs-relais ou stations réémettrices » et, en janvier 1965, « le nombre des foyers dotés de la télévision atteignait presque 4,500,000, soit plus de 92 pour 100 de tous les foyers canadiens (pp.9-10).290 RELATIONS théâtre que nous allons voir, nous offrent à domicile certains films et non pas d\u2019autres, composent à notre place les spectacles de variétés qui nous distraient, assemblent et interprètent les événements d\u2019actualité qui nous seront présentés sous un certain angle.Quel risque de conditionnement, et de conditionnement politique, physique, psychique, mental, social, total! Si nous considérons la polyvalence de la télévision et ses aspects multiformes, nous ne pouvons pas ne pas réprimer un premier geste d\u2019effroi.Cette « propagande » dont nous dénonçons l\u2019horreur dans les États totalitaires, parce que, prenant le citoyen dès son enfance, elle le mène à travers les lavages de cerveau jusqu\u2019à une sorte de monotonie totale dans le jugement, la réflexion et les façons de voir, et même de vivre., voici qu\u2019elle apparaît chez nous sous une forme insidieuse, confortable et familiale.III.\u2014 Dans la vie quotidienne Combien de temps passe-t-on devant le poste ?Dans des pays comme la France et la Belgique, il semble que la moyenne, tant pour les jeunes que pour les adultes, soit de 2 heures par jour.Cela ne paraît pas excessif à première vue: mais ces 15 heures hebdomadaires de télévision sont prises sur les 25 heures de loisirs dont dispose normalement un travailleur de ces pays: ceci mérite réflexion.Nous sommes loin cependant de ce que révèle une enquête faite en Californie auprès de jeunes étudiants du secondaire: 30 heures de télévision par semaine, contre 25 heures de classe! Le temps passé devant le poste dépend évidemment de différents facteurs.Pas de l\u2019âge, semble-t-il, bien qu\u2019il existe un âge privilégié de la télévision: de 10 à 12 ans.Freinent l\u2019usage du poste: les tâches professionnelles (on connaît pourtant des médecins qui changent leurs heures de consultation à cause de la télévision), les travaux scolaires, les devoirs sociaux, l\u2019inscription à un club sportif ou à un groupement quelconque.La télévision recule aussi l\u2019heure du coucher.Il est certain qu\u2019en ce siècle de la télévision on se couche tard.Mais la télévision ne fait que suivre le courant du siècle.Avant de charger la télévision, chargeons notre époque de noctambulisme.La moitié des Français reconnaissent se coucher plus tard à cause de la télévision.En Angleterre, plus d\u2019un tiers des enfants sont devant le poste après 22 heures.En Californie, 58% des enfants suivent les émissions après minuit, au moins une fois par semaine.L\u2019influence de la télévision se fait sentir dans l\u2019ameublement et le vêtement.Dans les revues féminines, on trouve la mention: « Vêtements pour le spectacle télévisé: tenues d\u2019intérieur soignées, ou robes somptueuses pour recevoir vos amis.» Et encore: « Pour vos télé-lunches: le « bras-palette », très long, qui présentera vos sandwichs et vos gâteaux sans déranger vos invités \u2014 verres TV, sur pied, de 25 cm: on boit sans quitter des yeux l\u2019écran, etc.» Tel fabricant a fait fortune en construisant des « tables en tiers de cercle », permettant de dîner en famille tout en regardant la télévision.IV.\u2014 Langage nouveau Mais, face à la dictature de la télévision, il y a d\u2019autres techniques de communication: la presse, la radio, le cinéma, le livre permettant à l\u2019usager d\u2019établir des comparaisons, de garder son esprit critique, de se défendre, en un mot, contre l\u2019envahissement du petit écran.Que faut-il en penser?Il y a crise de la presse écrite, quotidienne et périodique; elle est même, dans certains cas, particulièrement grave.En 1958, les journaux nationaux anglais ont vendu 800,000 exemplaires de moins que l\u2019année précédente; en 1959, ils ont continué à perdre des lecteurs.Les_ journaux les plus atteints sont les quotidiens du soir.Aux États-Unis, les quotidiens ont vu leur augmentation de tirage diminuer depuis une dizaine d\u2019années.Le journal écrit est distancé, directement et indirectement, sur le plan de la vitesse, par la diffusion de nombreuses informations audio-visuelles à la maison, et, sur le plan des loisirs, par la diminution du temps réservé à la lecture; l\u2019usager doit choisir entre le journal télévisé et le journal écrit.Situation sans précédent, les journalistes s\u2019adressent aujourd\u2019hui à des lecteurs qui connaissent déjà l\u2019essentiel des faits dont ils vont leur rendre compte.Les quotidiens ont perdu le monopole de la nouveauté.La presse écrite est ainsi rendue à son destin, qui est de commenter, de situer, d\u2019expliquer et de prolonger une nouvelle.Pour les périodiques, la concurrence est encore plus rude.La télévision apporte à ses clients un magazine permanent vivant, et bien plus complet.En Angleterre et aux États-Unis, les périodiques illustrés ont été durement frappés, par la diminution de leur tirage et de leurs recettes publicitaires.Le Collier's et le Picture's Post ont cessé de paraître alors qu\u2019ils atteignaient encore plusieurs millions de lecteurs2.Ils étaient en déficit à cause de la baisse de leurs recettes de publicité; en effet, les grandes marques préfèrent donner leurs annonces aux chaînes de télévision.Pour faire front à cet orage imprévu, les magazines se sont jetés vers la spécificité de la presse écrite, et ont publié davantage d\u2019articles sérieux, accompagnés d\u2019excellentes photos documentaires en couleurs.D\u2019après un sondage de la télévision française auprès du grand public, 54% des téléspectateurs affirment moins lire, 40% autant, 6% plus.Mais une enquête plus approfondie révèle que l\u2019introduction de la télévision dans une ville fait généralement baisser la lecture des romans, et quadrupler la lecture des ouvrages géographiques, des récits de voyages, des manuels techniques et des livres d\u2019art.En un mot, la télévision paraît combler les aspirations romanesques en même temps qu\u2019elle suscite une curiosité nouvelle pour la réalité 2.Y a-t-il concurrence télévision et radio ?Le fait que télévision et radio scolaires coexistent prouve l\u2019utilité de l\u2019une et de l\u2019autre.Mais il est vrai que la télévision réduit fortement le volume d\u2019écoute journalière de la radio: un possesseur de récepteur de télévision, le soir, regardera la télévision plutôt que d\u2019écouter la radio.Cependant la radio conserve son rôle.Les deux techniques ne s\u2019adressent pas exactement au même public.Le transistor se déplace avec bien plus de facilité qu\u2019un récepteur de télévision.De plus, l\u2019émission radiophonique satisfait ceux dont les yeux se fatiguent vite; elle ne s\u2019oppose pas absolument à ce que l\u2019auditeur soit occupé à un certain travail, comme lire et écrire.Ajoutons que la télévision constitue une activité de loisir familial ou amical; l\u2019écoute de la radio tend de plus en plus à devenir une activité individuelle.Mais des données plus fondamentales distinguent les deux langages.La télévision usant de l\u2019image, concrétise ce qu\u2019elle transmet: elle constitue ainsi un mode d\u2019expression merveilleux, mais aussi nettement limité.La radio, aveugle, parce qu\u2019elle laisse l\u2019auditeur créer librement ses représentations, possède un pouvoir d\u2019évocation infini.Elle est à son aise dans le monde de la pensée, de la poésie et de la musique, celui des impressions suggérées.Les enquêtes montrent que la vogue actuelle du disque favorise la radio au détriment de la télévision.2.Le Monde, 16 octobre 1964.OCTOBRE 1965 291 Sans avoir eu à livrer combat, la télévision a conquis également une partie de la place occupée par le cinéma.Aux États-Unis, la fréquentation hebdomadaire est tombée de 82 millions de spectateurs, en 1946, à 46 millions, en 1955.Cependant, d\u2019autres causes que la télévision contribuent à menacer le cinéma: le développement de l\u2019automobile, le plus grand confort des maisons, un goût plus répandu pour une certaine lecture.Pour durer, le cinéma s\u2019est tourné vers ce qui est interdit à la télévision: des productions à grand spectacle, avec écran cinémascopique, figuration somptueuse, d\u2019une durée de trois heures et plus, telles que Les Dix Commandements, Laurence d'Arabie.Le langage cinéma et le langage télévision ont certes des points communs; tous deux présentent au public, par l\u2019intermédiaire de l\u2019image mouvante et sonore, le déroulement d\u2019une action vraie ou imaginaire.Mais ces analogies couvrent des différences.Le film de cinéma possède son champ étendu, son rythme rapide, ses plans larges qui livrent les détails d\u2019une action ou d\u2019un objet.Le cinéma joue à la fois avec le plan d\u2019ensemble et le gros plan, la télévision ne réussit que dans le gros plan.Aussi, le créateur d\u2019images est-il beaucoup plus à l\u2019aise sur un écran cinémascopique que sur le petit écran.Il y a plus.L\u2019impression donnée par un film est nettement différente suivant qu\u2019il est vu par une personne isolée ou une famille ou par un spectateur mêlé aux réactions d\u2019une foule anonyme, et qui a choisi sa salle, son heure et son film.Ces caractéristiques prouvent que l\u2019un et l\u2019autre langage sont appelés à satisfaire des besoins différents.L\u2019enfant préfère la télévision, tandis que l\u2019adolescent reste fidèle au cinéma: il aime sortir de la maison et se retrouver avec d\u2019autres, besoin social et psychologique que la télévision ne peut satisfaire.Il ne faut pas oublier que 45% des amateurs de cinéma ont 16 à 23 ans.V.\u2014 Bouleversements socio-culturels La raison principale de l\u2019influence exercée par la télévision, c\u2019est qu\u2019elle atteint tout le monde dans une société globale donnée.Les hommes, chargés d\u2019établir les programmes ou de réaliser des émissions, s\u2019adressent de plus en plus à l\u2019ensemble de la nation: hommes et femmes, riches et pauvres, enfants, adultes et vieillards, croyants et athées, ruraux et citadins.Ainsi, chaque jour, chaque homme connaît cette magnifique et terrible servitude de la télévision.Il est évident que l\u2019homme qui sera assis devant son petit écran deux heures durant, chaque jour, et cela durant dix ou vingt ans, ne sera plus le même.Un nouvel humanisme est né.Il est évident aussi que cette télévision, qui convient aux riches comme aux pauvres, aux malades comme aux bien-portants, aux actifs et aux retraités, aux Canadiens et aux étrangers, entraîne déjà et entraînera de plus en plus un phénomène de « massification », de standardisation.Nous assistons ainsi à une révolution qui est à la fois politique, sociale, culturelle et religieuse.Nous sommes en face d\u2019un phénomène aussi important dans l\u2019histoire de l\u2019humanité que l\u2019apparition du livre imprimé.Les grandes centrales de la télévision jouent désormais dans le monde un rôle aussi capital que celui pris par les premiers imprimeurs le long des bassins du Rhin et du Rhône, depuis Anvers jusqu\u2019à Milan.La Renaissance, la Réforme, l\u2019apparition du capitalisme, sont nés de quelques inventions dont celle du livre est la principale.De la télévision sont en train de sortir des bouleversements aussi importants.L\u2019homme collectivisé de la télévision sera aussi différent de l\u2019homme des livres que celui-ci l\u2019était de l\u2019homme des cathédrales ou de l\u2019homme des papyrus.292 AU SERVICE DU FRANÇAIS Maturité Suffit-il que des gens, adultes (d\u2019âge) et censés instruits, emploient une expression pour qu\u2019elle obtienne automatiquement droit de cité linguistique ?Des grammairiens, des linguistes, ceux-ci plus que ceux-là enclins à l\u2019indulgence, le croient volontiers.A tort, il me semble.Mais l\u2019usage?On ne conteste pas sa souveraineté.Pardon: il y a bon et mauvais usage.Même Grevisse, grammairien de grande réputation, mais trop complaisant à mon gré, intitule sa grammaire le Bon Usage.Il y en a donc un mauvais?Celui que désapprouve M.Grevisse?Critère au moins discutable.L\u2019usage d\u2019une langue formée diffère de celui grâce auquel elle se forme.Et l\u2019on ne peut sagement soumettre l\u2019évolution du français d\u2019aujourd\u2019hui aux caprices ou à la paresse d\u2019écrivains mineurs ou médiocres, tels Roger Vailland ou Françoise Sagan, tels la plupart des journalistes.Une langue aussi acquiert une certaine maturité, qu\u2019il convient de respecter.Elle vit alors de principes qui lui permettent de durer sans se figer.Or, note Jean Guitton dans son Journal, rien de plus français que l\u2019économie.Pourquoi forger des termes inutiles ?Servons-nous intelligemment des « mots de la tribu ».A quoi bon « solutionner » ?Nous avons résoudre : apprenons à le conjuguer.Résistons à la manie d\u2019inventer des vocables pseudo-savants, surtout quand ils ne sont qu\u2019un décalque de l\u2019anglais ou de l\u2019américain.On entend et on lit, même sous la plume d\u2019écrivains de France, les mots « mature » et « maturé », alors qu\u2019il s\u2019agit de qualifier une personne adulte ou mûre, psychologiquement ou moralement.Or, « mature » (prononcez comme nature) ne peut absolument pas tenir lieu des adjectifs mûr ou adulte.De Jeanne ou de Jean, si vous désirez souligner le défaut de maturité, dites qu\u2019il ou elle n\u2019est pas adulte, pas mûr(e); spécifiez même: psychologiquement, moralement, puisqu\u2019il y a non seulement des degrés, mais des plans de maturité.Ne recourez pas au participe « maturé ».Il faudrait que l\u2019infinitif « maturer » existe ou qu\u2019on en ait vraiment besoin.Ce n\u2019est pas le cas.Le verbe mûrir, l\u2019expression devenir adulte satisfont à la souplesse comme à la clarté.Exemple: Paul a mûri, devient ou est devenu adulte, plus adulte, parfaitement adulte.Vous n\u2019exprimez pas une idée plus nette ou plus juste en traduisant littéralement le participe anglais matured, dérivé correctement de l\u2019infinitif to mature : mûrir, devenir adulte.Le faux adjectif « immature » et le faux participe « immature » ne valent pas mieux que « mature » et « maturé ».Mais avec maturité on compose normalement immaturité.De même, maturation, qui désigne l\u2019acte ou le fait de mûrir, mérite notre accueil; il ajoute une nuance psychologique au sens physique ou biologique de mûrissement.On parlera de la maturation de la personnalité, mais du mûrissement des fruits.Reconnaissons que l\u2019anglais, avec l\u2019épithète immature (prononcez à l\u2019anglaise), marque un point.En français, ni « immature » (comme adjectif), ni « immaturé » (participe) ne correspondent au génie de la langue.Sachons alors dire, comme il le faut: Paul n\u2019a pas mûri, il n\u2019est pas mûr (adulte), il manque de maturité.Par ce respect des exigences du français, vous manifesterez votre propre maturité.Un des traits par quoi se distingue l\u2019adulte consiste dans l\u2019acceptation des ordres de choses qui dépassent sa compétence ou ses prises.Un autre consiste, bien sûr, à créer du neuf, pourvu que cette création enrichisse ou perfectionne un équilibre acquis.Ne confondons pas l\u2019anarchie et le dérèglement avec la création.J.d\u2019Anjou.RELATIONS Géographie de la critique littéraire en France Fernand DORAIS, S.J.* La France d\u2019après-guerre a connu une importante révo-lution dans la critique littéraire.En face de la critique traditionnelle, humaniste ou universitaire, s\u2019est dressée une jeune et vigoureuse nouvelle critique.Le Canada français n\u2019a pas tardé à prendre conscience de ce courant nouveau: dans ses milieux de recherche, dans ses universités, se donnent déjà cette année de nombreux cours sur les orientations actuelles de la critique littéraire en France.Pour faire le pont entre les spécialistes et le grand public, le présent article présente une géographie de la nouvelle critique.Dans une série de conférences données à Paris en 1922, Albert Thibaudet dressait la topographie suivante de la critique en France.Il distinguait la critique des professeurs (qu\u2019on songe ici au lansonisme alors en vigueur), la critique des journalistes (Paul Souday, par exemple, à la tribune du Temps) et la critique des créateurs (de Chateaubriand à Barbey d\u2019Aurevilly).Quarante ans après, le lecteur qui se tourne vers la critique risque d\u2019être bien dépaysé.Le dernier livre paru de Roland Barthes porte pour titre Essais critiques* 1.Une trentaine d\u2019articles le composent, écrits de 1953 à 1963.Ces textes donnent une cartographie de la critique littéraire actuelle en France, en même temps qu\u2019ils en précisent le vocabulaire et la méthode.a)\t« Les Deux Critiques » s\u2019ouvrent par ces lignes qui enregistrent deux tendances et une tension dans la critique littéraire présente en France: Nous avons actuellement en France deux critiques parallèles: une critique que l\u2019on appellera pour simplifier universitaire et qui pratique pour l\u2019essentiel une méthode positiviste héritée de Lanson, et une critique d\u2019interprétation, dont les représentants, fort différents les uns des autres, puisqu\u2019il s\u2019agit de J.-P.Sartre, G.Bachelard, L.Goldman, G.Poulet, J.Starobinski, J.-P.Weber, R.Girard, J.-P.Richard, ont ceci de commun que leur approche de l\u2019œuvre littéraire peut être rattachée, plus ou moins, mais en tout cas d\u2019une façon consciente, à l\u2019une des grandes idéologies du moment, existentialisme, marxisme, psychanalyse, phénoménologie, ce pour quoi on pourrait aussi appeler cette critique-là idéologique, par opposition à la première, qui, elle, refuse toute idéologie et ne se réclame que d\u2019une méthode objective.(P.246.) .et l\u2019A., à la fin du même article, de tracer les trois voies de la deuxième critique, que nous baptiserons du nom de la Nouvelle Critique: .la critique phénoménologique (qui explicite l\u2019œuvre au lieu de l\u2019expliquer), la critique thématique (qui reconstitue les métaphores intérieures à l\u2019œuvre) et la critique structurale (qui tient l\u2019œuvre pour un système de fonctions).(P.251.) * L\u2019auteur poursuit, à l\u2019Université de Montréal, la préparation d\u2019une thèse de doctorat sur le Journal de Charles du Bos.1.Roland Barthes: Essais Critiques, Coll.« Tel quel ».\u2014\u2022 Paris, Ed.du Seuil, 1964, 275 pp.b)\t« Qu\u2019est-ce que la Critique?», pour sa part, fixe les quatre points cardinaux de la Nouvelle Critique: .c\u2019est ainsi que depuis une quinzaine d\u2019années, la critique française s\u2019est développée, avec des fortunes diverses, à l\u2019intérieur de quatre grandes « philosophies ».Tout d\u2019abord, ce que l\u2019on est convenu d\u2019appeler, d\u2019un terme très discutable, l\u2019existentialisme, qui a donné les œuvres critiques de Sartre.Ensuite le marxisme.: celle de L.Gold-mann.Ensuite encore, la psychanalyse; il existe une critique psychanalytique d\u2019obédience freudienne, dont le meilleur représentant en France, actuellement, serait Charles Mauron (sur Racine et sur Mallarmé); mais c\u2019est ici encore la psychanalyse « marginale » qui a été la plus féconde; partant d\u2019une analyse des substances (et non des.œuvres), suivant les déformations dynamiques de l\u2019image chez de très nombreux poètes, G.Bachelard a fondé une véritable école critique, si riche que l\u2019on peut dire que la critique française est actuellement, sous sa forme la mieux épanouie, d\u2019inspiration bachelardienne (G.Poulet, J.Starobinski, J.-P.Richard).Enfin, le structuralisme (ou pour simplifier à l\u2019extrême et d\u2019une façon sans doute abusive: le formalisme): on sait l\u2019importance, on pourrait dire la vogue, de ce mouvement, en France, depuis que C.Lévi-Strauss lui a ouvert les sciences sociales et la réflexion philosophique; peu d\u2019œuvres critiques en sont encore issues.(PP.252-253.) c)\tJusqu\u2019ici, on nous a dit qu\u2019il faut aujourd\u2019hui distinguer critique historique lansonienne universitaire et nouvelle critique.S\u2019orientant dans trois directions (phénoménologique, thématique, structurale), la nouvelle critique évolue le regard fixé sur quatre idéologies (existentialisme, marxisme, psychanalyse, structuralisme).\u2014 « Littérature et Signification » nous apprend que déjà une fissure divise en deux camps la nouvelle critique: La critique de signification dont vous parlez peut elle-même, me semble-t-il, se diviser en deux groupes distincts; d\u2019un côté une critique qui donne une très grande plénitude et un contour très ferme au signifié de l\u2019œuvre littéraire, puisque, pour tout dire, elle le nomme (et l\u2019A.de citer la critique sociologique marxiste de Goldmann et la critique « des profondeurs » de Mauron).Toujours dans la critique de signification, mais en face, le groupe des critiques que l\u2019on pourrait appeler d\u2019une manière expéditive thématique (Poulet, Starobinski, Richard); cette critique peut en effet se définir par l\u2019accent qu\u2019elle met sur le « découpage » de l\u2019œuvre et son organisation en vastes réseaux de formes signifiantes.(PP.267-268.) La nouvelle critique voit donc s\u2019opposer ceux que retient le signifié ou le contenu et ceux qu\u2019intéresse le « signifiant » ou la forme qui structure l\u2019œuvre littéraire.Les premiers retracent la genèse de l\u2019œuvre, soit que celle-ci soit mise en relation avec le contexte sociologique déterminé qui l\u2019a vue naître, soit qu\u2019elle révèle le psychisme profond de l\u2019écrivain.Un certain extrinsécisme, un déterminisme certain commandent de telles études critiques.Les seconds retiennent surtout l\u2019œuvre elle-même et y découvrent de subtiles architectures qui l\u2019explicitent et en donnent le sens vrai.d)\tDans la nouvelle critique, toute la sympathie de M.Barthes va à la critique dite structuraliste, quoique, de OCTOBRE 1965 293 l\u2019aveu même de l\u2019A., très peu d\u2019œuvres critiques en soient jusqu\u2019ici sorties.Toutefois, M.Barthes essaie de préciser le vocabulaire, de dégager une méthode venue de « l\u2019Activité structuraliste » (pp.213-220).A cette fin, il en appelle au système de variations de Troubetskoy en phonétique, à la mythologie fonctionnelle de Georges Dumézil, à la structuration que Propp fit du conte populaire slave, et, évidemment, à l\u2019anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss.Il évoque aussi les règles élaborées par G.-G.Granger pour étudier l\u2019économie et les exposés de J.-C.Gardin sur la statuaire préhistorique.Voilà pour l\u2019A., on le sent bien à travers tous ses Essais critiques, les voies que la nouvelle critique devrait emprunter, les méthodes dont elle devrait s\u2019inspirer pour comprendre l\u2019œuvre des écrivains.A la limite, ne se retrouve-t-on pas en présence d\u2019une sorte de logique symbolique que la critique littéraire est en train d\u2019élaborer ?Du moins, certains passages de Qu'est-ce que la Critique?le laissent à entendre (cf.pp.255-256).Telle est la géographie nouvelle de la critique que nous propose M.Barthes.Comme nous sommes loin déjà de Thibaudet! Claire et vigoureuse, cette géographie est-elle exhaustive?est-elle exacte?Exhaustive: non.Mais qui pourrait se flatter d\u2019être complet dans l\u2019exposé qu\u2019il présenterait d\u2019une littérature qui se crée sous nos yeux ?Il serait bien ambitieux de prétendre tracer en quelques pages les diverses perspectives dans lesquelles s\u2019engage cette sorte de critique « philosophique » dont la naissance a marqué l\u2019après-guerre.Nouvelle critique qui est loin d\u2019être toute la critique actuelle, mais qui confère une nouvelle dignité à un genre qui se situe désormais aux frontières de la philosophie 2.Exacte?Pour notre part, nous aimerions esquisser une physiologie légèrement modifiée de la critique.Le principe qui inspire ce nouveau classement s\u2019énonce comme suit: il est temps, pensons-nous, de distinguer entre idéologie et méthodologie en critique littéraire.L\u2019idéologie est la pensée humaniste ou philosophique, voire théologique, qui baigne une critique; elle fournit presque toujours une critériologie et risque, par là, de faire sombrer la critique littéraire dans le dogmatisme et l\u2019exclusivisme.La méthodologie, elle, emboîte le plus souvent le pas aux sciences exactes qui lui sont contemporaines; elle se propose d\u2019analyser une œuvre avec un instrument précis, sans cesse renouvelé, et le plus objectif (scientifique) possible.I.\t\u2014 IDÉOLOGIES La distinction amorcée nous conduit à considérer une partie de la critique littéraire actuelle comme évoluant dans des « climats » idéologiques variés et souvent critériologiques.Nommons du côté de l\u2019athéisme surtout: l\u2019existentialisme (ou le sartrisme?) et le marxisme; du côté du catholicisme: la critique théologique et la critique morale, le personnalisme; athée ou chrétien: l\u2019humanisme.S\u2019élaborent aussi d\u2019autres conceptions de l\u2019homme et du monde qui inspirent l\u2019anti-théâtre, le nouveau roman, l\u2019apoésie et l\u2019essai métacritique, dont dérive une critique philosophique.II.\t\u2014 IDÉOLOGIES ET MÉTHODOLOGIES Ces « philosophies » favorisent ou créent des méthodologies, mais ne les créent pas toutes.Ainsi l\u2019approche phénoménologique d\u2019une œuvre fait bon ménage avec l\u2019existentialisme; le marxisme rencontre sa critique la plus heureuse dans la sociologie de la littérature.Par contre, certaines « idéo- 2.\tJ.-C.Carloni et Jean-C.Filloux, La Critique littéraire, coll.« Que sais-je ?».\u2014 Paris, P.U.F., 1963, pp.100-101.logies » s\u2019accommodent fort bien de plusieurs méthodologies; que l\u2019on pense à des catholiques aussi différents que Pierre-Henri Simon, Luc Estang et Jean Cayrol, sans oublier Charles Moeller, Louis Barjon et surtout André Blanchet.Enfin, des méthodes éprouvées et depuis longtemps appliquées continuent d\u2019être pratiquées.La méthode universitaire, dite historique et rattachée à Lanson, demeure indispensable.D\u2019aucuns se récrieront, soutenant qu\u2019elle mène jusqu\u2019au seuil de l\u2019œuvre, mais n\u2019en franchit pas la porte, quand elle n\u2019en interdit pas l\u2019entrée.C\u2019est là une charge, et très injuste.Non, la critique universitaire, illustrée par des chercheurs tels que Pierre Moreau et Henri Guillemin, P.-G.Castex, G.Blin et Raymond Lebègue, retient tous ses droits et conserve sa place qui est aux tout premiers rangs dans la critique littéraire.III.\t\u2014 MÉTHODOLOGIES La critique littéraire se divise en trois parties: les auxiliaires de la critique, la critique littéraire proprement dite, l\u2019esthétique3.1.\tLe premier auxiliaire de la critique est Y histoire littéraire, et c\u2019est à Gustave Lanson que revient l\u2019honneur d\u2019en avoir mis au point la méthodologie.Mais, comme nous venons de parler du lansonisme, ou de l\u2019étude des sources, des influences et des genèses strictement historiques, nous n\u2019y revenons pas4.2.\tLa Critique littéraire proprement dite a)\td\u2019abord, une critique d\u2019information pour le grand public, celle que Thibaudet a qualifiée de critique des journalistes.b)\tDe toujours, « la critique des créateurs », selon l\u2019expression de Thibaudet encore une fois, \u2014 ou mieux la critique humaniste (voire impressionniste à la Lemaître).Essentiellement intuitive, cette critique demeure peut-être, en dernière analyse, la plus originale, la plus riche, sinon en aperçus nouveaux, profonds, du moins en approches d\u2019une pénétration juste et juteuse5.Pensons aux notations que Gide consigne dans son Journal sur les lectures qu\u2019il poursuit; au Proust des Pastiches et Mélanges et des Chroniques; aux positions de Claudel, aux articles de Valéry, au marivaudage de Giraudoux, aux bloc-notes de Mauriac.Pour nous, c\u2019est lorsque Sainte-Beuve et Taine, Renan et Brunetière s\u2019oublient et oublient les présupposés de leur critique, c\u2019est lorsqu\u2019ils redeviennent simplement eux-mêmes, les fins humanistes qu\u2019ils étaient, qu\u2019ils nous apparaissent le plus vrais et le plus intéressants.c)\tParallèles, d\u2019autres méthodes s\u2019appliquent toujours avec fruit.Les unes sont d\u2019hier, celles venues de la psychologie soit expérimentale soit pathologique; le « régionalisme », la « géographie des lettres », la notion des « générations littéraires » de Thibaudet.Les autres paraissent plus jeunes, plus neuves; telle la psychanalyse; car, il ne faudrait pas oublier qu\u2019en ce domaine les premières publications de Charles Baudoin remontent à 1924 et 1929.3.\tSur l\u2019esthétique, voir le Traité d\u2019esthétique de M.R.Bayer (1956), la Revue d\u2019esthétique, et les ouvrages de M.Jean Hytier.4.\tSur le lansonisme, bref et bon exposé dans Carloni et Filloux, op.cit., pp.64-71.5.\t« Eternel débat de la critique méthodique et de celle des créateurs: « Notre thèse (proteste Péguy), à nous écrivains, est que nous avons sur les œuvres et sur les vies et dans les œuvres et dans les vies de nos modèles et de nos maîtres des intelligences profondes que les non-écrivains n\u2019ont pas.Il y aura toujours ceux qui sont du métier et ceux qui n\u2019en sont pas.» Cité dans La Critique littéraire en France, par Pierre Moreau, \u2014 Paris, Librairie Armand Colin, 2e éd., 1965, p.174.294 RELATIONS d)\tEnfin, la nouvelle critique.A seule fin de clarté, nous schématisons ici l\u2019exposé: \u2014\tcomme l\u2019a bien montré M.Barthes, une partie de la nouvelle critique se tourne vers la genèse et le conditionnement de l\u2019œuvre: la critique sociologique marxiste de Lucien Goldmann, la critique psychanalytique de Charles Mauron; \u2014\tl\u2019autre face de la nouvelle critique se penche surtout sur l\u2019œuvre elle-même: la critique bachelardienne, sui generis; la critique phénoménologique de Sartre (son Baudelaire, son Saint Genest); la critique thématique des J.-P.Weber, J.-P.Richard, G.Poulet, J.Starobinski; la critique structuraliste.e)\tReste toute une partie de la critique actuelle qu\u2019on rattache à la nouvelle critique et qu\u2019on étiquette métacri-tique ou critique philosophique.Souvent sans allégeance idéologique clairement déclarée, elle ne nous paraît pas non plus présenter une méthodologie toujours bien définie, et définissable.Nous pensons ici, par exemple, à l'Ere du soupçon de Nathalie Sarraute, aux essais de R.Caillois, de M.Butor, de C.-E.Magny; aux écrits sur l\u2019alittérature de C.Mauriac et de Maurice Blanchot; aux réflexions métaphysiques sur la stylistique de G.Antoine, de L.Spitzer, de Jean Paulhan; aux traités de décomposition de Cioran.Et nous en passons, et des meilleurs, puisqu\u2019il s\u2019agit de R.-M.Al-bérès, Gaétan Picon, Alain Bosquet, Maurice Nadeau, etc.Tous ces essais sont des sources vives où vient puiser la critique littéraire actuelle.Bien plus, ils forment l\u2019aile marchante, l\u2019avant-garde audacieuse de cette critique.Mais quant à les classer avec plus de précision, à en dégager une méthodologie critique spécifique, la chose nous paraît encore trop hasardeuse pour que nous nous y risquions.Pour conclure, rappelons que, quelle que soit la géographie de la critique que nous adoptions, la seule chose importante reste toujours d\u2019aller à l\u2019œuvre.L\u2019œuvre qui est miracle à comprendre et à expliquer dans un contexte de foi intelligente.L\u2019œuvre qui, en elle seule et par elle seule, se tient, pour devenir bientôt miroir énigmatique aux générations futures et par là se révéler protéenne.Le critique, lui, demeure l\u2019homme qui, au nom de son époque et avec les instruments par elle fournis, interpelle l\u2019œuvre et transcrit la réponse qu\u2019elle livre.Le critique est un lieu privilégié, un milieu au sens theilhardien, où se poursuit un dialogue entre deux subjectivités qui se rencontrent, subjectivités soumises à l\u2019évolution qui, seule, par et dans l\u2019épaisseur des trois coordonnées temps-espace-événement, révèle l\u2019homme à lui-même et l\u2019œuvre à elle-même et à l\u2019homme.Par ailleurs, les géographies de la critique littéraire en France que nous venons de tracer obligent tout critique littéraire, tout professeur de littérature à s\u2019interroger sur la « métaphysique », si inconsciente qu\u2019on voudra, qui anime leur travail, donne une consistance vraie à leurs exposés.La littérature a fait une embardée du côté de la métaphysique.La critique a suivi qui, selon le mot de Paul Souday, est la conscience de la littérature.On peut déplorer la déviation, on ne saurait l\u2019ignorer.« Tous nous offrent une littérature métaphysique » Pierre de Boisdeffre conclut-il son Histoire vivante de la Littérature d\u2019aujourd\u2019hui.Tous, critiques plus qu\u2019auteurs.Le critique ne peut plus échapper à critiquer sa critique, non plus qu\u2019à la « situer ».Ce qui est requis de lui maintenant, c\u2019est de forger la grille et d\u2019élaborer le chiffre à décoder.Quand une tâche devient inévitable, il n\u2019est que de s\u2019y mettre.C\u2019est ce que nous avons voulu faire dans le présent article.Saint- Jérôme.Aurons-nous d\u2019authentiques bibliothèques universitaires ?Edmond DESROCHERS, S.J.Le récent congrès de l\u2019Association générale des étudiants de l\u2019Université de Montréal, en août 1965, a entendu un rapport excellent sur le problème urgent que pose la bibliothèque universitaire.A partir des paragraphes du rapport Parent consacrés aux bibliothèques universitaires (nos 351 et 1175) et d\u2019un certain nombre de faits indéniables, le rapport recommandait la tenue immédiate d\u2019une enquête par des spécialistes et « une action correspondant à une situation d\u2019urgence: action rapide, incisive et ordonnée ».L\u2019accroissement du nombre des facultés, des écoles et des cours nouveaux, l\u2019explosion scolaire dans le nombre des étudiants, etc.urgent un développement de la bibliothèque.De même, le rythme accéléré de l\u2019édition.Dans un livre qui vient de paraître, un spécialiste de la sociologie de la littérature 1 nous informe que le nombre des livres édités chaque année a presque doublé dans le monde de 1952 à 1962 et aux États-Unis entre 1960 et 1964.La bibliothèque qui doit 1.Robert Escarpit: La Révolution du livre.choisir les livres importants de l\u2019année est obligée, en pareille période, au moins de doubler son budget des livres et d\u2019augmenter proportionnellement ses locaux et son personnel.Incontestablement la bibliothèque de l\u2019Université de Montréal a connu des progrès immenses pendant la période 1950-1965.Le Relevé des Bibliothèques du Bureau fédéral de la statistique y constate un total de 150,000 volumes à la bibliothèque centrale pour l\u2019année 1951, et un total de 300,000 pour l\u2019année 1962-1963.Il faut donc admettre l\u2019immense effort accompli en 12 ans pour ainsi doubler la collection.Progrès analogue dans le personnel.Il est passé de 21 à 50; il a doublé lui aussi.Et il s\u2019est qualifié.L\u2019Université McGill a créé son école proprement universitaire de bibliothéconomie en 1927, et l\u2019Université de Montréal, la sienne, seulement en 1961.Mais cette École, de 1961, aura parcouru en 5 ans les étapes de trois différents programmes afin d\u2019élever son programme d\u2019étude au niveau de la maîtrise.Tous ses professeurs onQaujourd\u2019hui le diplôme de la maîtrise et le directeur de l\u2019École est en train de préparer un doctorat OCTOBRE 1965 295 en bibliothéconomie.Ce corps professoral se^compare bien à celui des autres écoles du Canada et des Etats-Unis.Le nombre des étudiants a crû de même.L\u2019école a commencé en 1961 avec un groupe de 14 étudiants, et déjà le total est monté à 90 étudiants pour 1965-1966.La bibliothèque de l\u2019Université de Montréal, et celles de nos autres universités, ont bénéficié immédiatement de bibliothécaires professionnels à la hauteur de la situation de développement de leurs services; leur nombre cependant ne correspond pas encore aux besoins actuels.On pourrait encore signaler les améliorations accomplies dans certains locaux et la création de quelques bibliothèques de faculté, et conclure de nouveau qu\u2019en 15 ans l\u2019université a fait beaucoup pour le développement de ses bibliothèques.Il semble, cependant, qu\u2019il subsiste un problème d\u2019envergure et urgent, si l\u2019on examine les trois points suivants de la bibliothèque universitaire: la collection, le nombre de prêts et les locaux.Ces points ont d\u2019ailleurs entre eux des rapports étroits.La collection Au sujet de la collection, si on considère l\u2019université simplement comme un college avec des sous-gradués (ils étaient 6,880 en 1963-1964), la bibliothèque leur offre bien au-delà du minimum reconnu comme essentiel pour ce genre d\u2019institution, soit de 100,000 à 200,000 volumes.Mais si l\u2019on considère le groupe des 876 étudiants diplômés et le groupe des 869 professeurs, le terme « université » doit s\u2019entendre dans son sens propre et la bibliothèque qui leur convient est une « bibliothèque de recherche ».Pour appuyer la qualité des licences, maîtrises et doctorats sur des études universitaires de ce niveau, il faut certaines ressources de laboratoire et de bibliothèque.Lesquelles ?Le vice-président de l\u2019American Council on Education, M.Allan Cartter, vient de rappeler leur rareté et leur envergure: Seulement 25 universités (graduate schools) peuvent se vanter de posséder le million et demi de volumes que le Council considère comme un minimum essentiel.il y a un rapport étroit entre l\u2019envergure d\u2019une bibliothèque et la qualité d\u2019une université 2.Au Canada, l\u2019Association nationale des universités et collèges canadiens chargeait, en 1962, M.Edwin Williams de faire enquête dans 14 universités canadiennes dont Laval, McGill et Montréal.Les rapporteurs ont estimé critique l\u2019état de ces bibliothèques et y ont vu un « danger national »; ce jugement a été accepté et confirmé par des présidents, des professeurs et des bibliothécaires.Dans son mémoire à la Commission Bladen, l\u2019Association canadienne des bibliothèques de collèges et d\u2019universités observait: La conclusion la plus importante du rapport de M.Williams est, naturellement, que la plupart de nos collections de recherche sont négligeables et que, dans de nombreuses disciplines, nous ne possédons en fait que peu de collections permettant d\u2019appuyer efficacement un enseignement sous-gradué sérieux.Pendant 10 ans (1951-1961), l\u2019Université de Montréal a acquis en moyenne 15,000 volumes par année.Sans doute la collection a doublé.Mais, à ce rythme, la collection atteindra le tiers du minimum essentiel en 1976, la moitié (ou 750,000 volumes) en l\u2019an 2026, et le « minimum essentiel » (1,500,000) en 2076, c\u2019est-à-dire dans un siècle! En 1963-1964, l\u2019augmentation était à McGill de 43,395 volumes, à l\u2019Université de Colombie de 55,274, à celle de l\u2019Alberta de 57,488, à la seule 2.Time, 3 septembre 1965, p.36 bibliothèque centrale de Toronto de 73,299 et de 31,713 dans les bibliothèques des autres facultés de Toronto.Il semble qu\u2019à l\u2019Université de Montréal une décision majeure s\u2019impose en faveur de l\u2019accroissement de la collection, avec la désignation, comme c\u2019est l\u2019usage dans les grandes universités, d\u2019un spécialiste qui s\u2019occupe à plein temps de ce travail.Les locaux C\u2019est depuis longtemps, en milieu universitaire, un principe que l\u2019ensemble de la collection doit être à la disposition immédiate des professeurs et des étudiants.Depuis 1950.on a conçu les bâtisses en vue de cet objectif pédagogique.A Montréal, le magasin des livres de la tour centrale est absolument incapable de loger la future collection, et surtout d\u2019en permettre l\u2019accessibilité, ce qui est cependant la condition indispensable d\u2019une bibliothèque de travail, d\u2019étude ou de recherche.Depuis quelques années, la priorité n\u2019est plus donnée à la conservation, mais à l\u2019usage pédagogique de la bibliothèque; cela a entraîné la ^construction de bâtisses nouvelles dans les universités.Aux États-Unis, de 1957 à 1962, les universités ont doublé le capital investi dans les nouveaux locaux (211 millions de dollars).De 1963 à 1968, en six ans, elles l\u2019auront triplé, et auront dépensé 650 millions de dollars 3.Au Canada, de 1945 à 1962 les constructions et les agrandissements étaient en plein essor; en 1962, 6 nouvelles bâtisses et 2 agrandissements furent élevés.En 1964, dans au moins 10 universités nouvelles, des bâtisses de bibliothèque étaient en construction ou à l\u2019état de projet.Presque toutes les bibliothèques universitaires du Canada devront s\u2019agrandir avant 1975.L\u2019Université McGill, qui a sa bâtisse pour les sous-gradués, bâtit sa bibliothèque de recherche.A l\u2019Université de Montréal, le Rapport annuel 1963-1964 ne donne pas de renseignements sur la priorité qui doit être accordée à la bâtisse de la bibliothèque générale.Le Plan général d\u2019aménagement semble reporter à un avenir éloigné, indéterminé, la construction de cette bibliothèque.Néanmoins, le tableau I, page 21, du Rapport annuel prévoit 11,700 étudiants en 1968-1969 et 20,000 en 1975.Les locaux actuels sont déjà absolument incapables de desservir les étudiants actuels.On a tendance présentement à constituer des petites bibliothèques de secteur; cela risque de faire obstacle à l\u2019établissement d\u2019une véritable bibliothèque de recherche, indispensable pourtant à une université, sans qu\u2019on n\u2019assure d\u2019ailleurs le service à l\u2019ensemble des étudiants.Les prêts Les bibliothèques de l\u2019Université de Toronto ont dépensé, en 1962-1963, 1,514,099 dollars et celles de McGill 978,858 dollars.Le capital investi dans une bibliothèque est considérable et doit produire des résultats, surtout pédagogiques; on estime que le nombre des prêts est un des indices révélateurs du résultat.Or, on constate une différence effarante entre les institutions du Canada anglophone et celles du Canada francophone.Pour des universités ayant à peu près le même nombre de professeurs et d\u2019étudiants, les statistiques donnent, en 1962-1963, 56,167 prêts de livres à Assumption University, 51,570 prêts à Mount Allison, 104,239 à l\u2019Université de l\u2019Alberta à Calgary, 103,442 à Carleton d\u2019Ottawa, et seulement 13,500 à l\u2019Université de Sherbrooke.On a relevé 649,410 prêts à l\u2019Université de Colombie, 402,000 à l\u2019Université de l\u2019Alberta, à Edmonton, 199,251 en Saskatchewan, 549,116 à la seule bibliothèque centrale de 3.Time, 3 septembre 1965, p.36.296 RELATIONS l\u2019Université de Toronto, et 337,978 à McGill.Par ailleurs, Laval accuse 36,959 prêts, et Montréal, 63,000.11 n\u2019y a pas que la richesse des collections et l\u2019ordonnance des locaux qui expliquent le niveau du service rendu par la bibliothèque aux professeurs et aux étudiants.La méthode d\u2019enseignement en ce domaine est primordiale.Dans les universités anglophones, les cours spécialisés ont pris de plus en plus d\u2019impoitance et les recherches et les études indépendantes ont fait leur apparition au niveau sous-gradué.Les manuels ont été en grande partie remplacés par des canevas de cours avec des listes de références à des ouvrages que les étudiants doivent utiliser.Cette méthode, entre 1960 et 1965, s\u2019est généralisée dans les écoles secondaires et les collèges classiques du Québec.Une nouvelle génération d\u2019étudiants y a grandi, formée à cette méthode, et prête à utiliser, au niveau universitaire, de façon intensive, une bibliothèque telle que l\u2019exigent désormais les^ travaux personnels.Cette méthode est en plein essor à l\u2019Ecole des Hautes Études commerciales, et, en conséquence, on constate à sa bibliothèque 60,000 prêts de livres, presque autant qu\u2019à l\u2019Université de Montréal (63,000), et presque le double des prêts à Laval (36,969).L\u2019ordonnance des locaux et la collection à l\u2019Université de Montréal peuvent, avec peine et misère \u2014 le rapport des étudiants en témoigne bien calmement \u2014 assurer 63,000 prêts ou 80,000.Il faut une collection et des locaux pour les 100.000\tet 200,000 piêts qu\u2019exigeront très bientôt les professeurs et les étudiants.Les locaux de la tour rendent impossibles le véritable service de l\u2019utilisation des livres par les 10.000\tprofesseurs et étudiants de 1965, et on n\u2019ose exprimer ce qui arrivera très vite en 1970 et en 1975.* Ces quelques réflexions voudraient mettre en lumière un problème et son envergure.Elles s\u2019appliquent, croyons-nous, à toutes les bibliothèques universitaires du Québec, quoique McGill ait déjà mis en train son plan de développement.Les enquêtes faites par des spécialistes à Laval, en 1962, et à McGill, en 1964, avec les rapports qui ont suivi ont grandement contribué à décider les autorités universitaires à planifier leurs projets.L\u2019année 1965 devrait apporter à l\u2019Université de Montréal le même service; une enquête par des spécialistes, suivie d\u2019un rapport de qualité, devrait fonder solidement une politique nouvelle de la bibliothèque.EXPÉRIENCES Les jeunes et la chanson Jean-Paul LABELLE, S.J.Il faut féliciter l\u2019Office catholique national des techniques de diffusion d\u2019avoir pris comme thème de sa semaine annuelle « La chanson, reflet du monde ».Et, encore davantage, d\u2019avoir rassemblé une merveilleuse documentation à l\u2019usage des journalistes, des responsables de la radio et de la télévision et des offices diocésains.Nul doute que la réussite de cette semaine, à la fin de septembre, doive beaucoup à cette soigneuse préparation.Les parents et les éducateurs qui ne prêteraient pas attention à l\u2019influence de la chanson sur la vie de nos jeunes manqueraient gravement à leur devoir et risqueraient de laisser se fausser complètement l\u2019éducation de ceux qui leur sont confiés.Depuis trois ans, dans les expériences que nous poursuivons auprès des Cœurs-Joie (des jeunes de treize à quinze ans), nous avons pu toucher du doigt la présence certaine de la chanson dans le comportement de nos adolescents.Il sera bon d\u2019abord de bien situer la chanson.Elle n\u2019est pas un simple divertissement; elle véhicule une philosophie de la vie.Si le christianisme a eu ses OCTOBRE 1965 chansonniers comme Marie-Claire Pi-chaud ou le Père Duval, le marxisme et l\u2019existentialisme ont eu, eux aussi, leurs prophètes.On distingue, dans la chanson populaire (nous ne parlons pas ici du chant folklorique), la chanson de rythme (twist, rock\u2019n\u2019roll, yé-yé, etc.) et la chanson poétique qu\u2019inspirent l\u2019amour, le travail, la souffrance, le mal, la mort, l\u2019espoir ou le désespoir, et qui est attentive aux mille détails de la vie quotidienne: le parapluie, le pont de Paris, etc.Quelle chanson, en particulier, attire et marque les 13-15 ans ?Sans conteste, la chanson de rythme.Les jeunes de cet âge ne prêtent aucune attention aux paroles; ils sont sensibles au rythme qui exalte leur potentiel d\u2019énergie et leur donne la sensation d\u2019entrer dans un monde à part, bien à eux.A ce propos, voici une aventure qui arriva l\u2019an dernier, à un camp d\u2019amitié des Cœurs-Joie (section adolescente du mouvement Jeunesse en marche).Les équi-pières, en général, avaient 14 ans, leurs monitrices, 17.Celles-ci étaient d\u2019anciennes Cœurs-Joie qui venaient nous prêter main-forte.Les monitrices, em- ballées de Vigneault (dont le triomphe a été souligné à Montréal par suite du prix international de Monique Leyrac), de Léveillée, de Leclerc et d\u2019autres chansonniers de la même trempe, voulurent faire partager leur enthousiasme aux jeunes de 14 ans.Elles échouèrent complètement: les plus jeunes se rebiffaient.Je suggérai aux monitrices de laisser les équipières choisir elles-mêmes.Elles réclamèrent les Beatties et se mirent à danser.Les monitrices découragées me demandèrent: « Étions-nous comme cela à leur âge ?\u2014 Certainement ! Vous aussi, vous étiez entichées des chansons de rythme.Vous avez mûri et maintenant vous préférez la chanson poétique qui traduit un message plus riche.» Autre fait qui nous découvre la complexité des influences.Nous roulions en autobus vers le camp des Cœurs-Joie, à Rawdon, et toutes les campeuses chantaient à qui mieux mieux le P.Duval, Jacqueline Lemay ou de la chanson plus profane, d\u2019excellente qualité.Au retour, le même groupe défila tous les hit parade américains et en savait toutes les paroles par cœur, sans en comprendre le sens.297 Ce qui démontre que nous ne devons pas nous faire d\u2019illusion sur notre influence.Il faut, au moyen de chansons-clubs, amener nos adolescents à réfléchir et à développer leur sens critique, tout comme on le fait au ciné-club.Sinon, nos jeunes ne distingueront pas la paille du bon grain et ne mûriront pas.Un autre camp eut une expérience assez révélatrice: au chanson-club, nous avions mêlé disques de qualité et pacotille commerciale.Un disque, en particulier, assez sensuel, fut rejeté à l\u2019unanimité.Mais, quand on mit les Beatties, la moitié de l\u2019auditoire se mit à battre du pied et à frapper des mains, pendant que l\u2019autre moitié (par révérence?par conviction ?) marquait sa désapprobation.Notre groupe était pourtant la crème de nos écoles.Un auditoire moyen serait entré en bloc dans le jeu et aurait acclamé les Beatties.Dernière expérience, cette fois, en milieu ouvrier, à Montréal: elle révéla l\u2019emprise de la publicité sur nos jeunes.Ils étaient 150 élèves.Nous avions fait jouer des chansons de Michel Louvain et de Pierre Lalonde.Nous demandons ensuite: « Aimez-vous cette chanson?\u2014 Oui ! ! ! \u2014 Pourquoi ?\u2014 Yé beau ! (traduisez: le chanteur est beau).» Ce qui les intéressait, ce n\u2019était pas la chan- son, mais le physique du chanteur-idole des moyens publicitaires.La conclusion se dégage d\u2019elle-même: nous devons être très lucides à propos de nos jeunes; nous ne devons pas nous opposer systématiquement à leurs goûts, mais essayer d\u2019abord de les comprendre.Il y a, en gestation, dans la chanson populaire, des valeurs humaines et chrétiennes que nous devons reconnaître et exploiter; elles constituent une excellente pré-catéchèse (il faudrait un autre article pour expliquer comment faire cette pré-catéchèse).Si nous savons relever le défi, nous conduirons nos jeunes vers une maturité rayonnante.Le théâtre JEAN BÉRA UD Dans les derniers jours d\u2019août, le vétéran des critiques dramatiques nous a quittés.Avec Jean Béraud c\u2019est toute une époque qui disparaît.Depuis quarante ans qu\u2019on lui avait confié la chronique du théâtre à La Presse, il faisait le lien entre la génération de la première grande guerre et la nôtre, issue du dernier conflit mondial.C\u2019était un témoin d\u2019une importance unique.Enfoncé dans son fauteuil de spectateur averti et redouté, il a vu de son œil narquois de connaisseur, se dérouler sur toutes les scènes de notre ville les œuvres théâtrales les plus diverses et les plus opposées: tragédies antiques ou classiques, drames romantiques ou bourgeois, pièces à thèse, ébouriffants mélodrames, comédies de tout acabit, farces boulevardières et revues ordinairement fort salées et pimentées.En dépit de cette avalanche hétéroclite peu fournie de chefs-d\u2019œuvre, Béraud est toujours demeuré fidèle au théâtre, sans le sacrifier au nouveau dieu des salles obscures: le cinéma.Avec constance, chaque saison nouvelle \u2014¦ et cet été encore \u2014 il a suivi avec intérêt et sympathie la production de nos troupes comme, celle, épisodique, de compagnies étrangères en tournée.Par une note juste, un jugement ordinairement pondéré, il soulignait en quelques phrases la valeur des pièces présentées.Rien du parti pris ou de la passion dans ses appréciations, qu\u2019il distribuât louanges ou blâmes.Sans doute, comme bien d\u2019autres, l\u2019actuel théâtre d\u2019avant-garde, théâtre de l\u2019absurde ou de la dérision, ou encore théâtre de propagande politique, ne l\u2019emballait pas outre mesure.Certains pouvaient lui reprocher de préférer Guitry à Ionesco: affaire de goût, de tempérament, de formation.Mais, toujours il a voulu rendre justice à ce théâtre, insolite pour lui, et l\u2019apprécier avec la plus grande objectivité.Cette objectivité, il l\u2019a manifestée à l\u2019égard des comédiens qui, c\u2019est bien connu, ont l\u2019épiderme sensible.Certains, je le sais, se sont crus presque persécutés parfois et ont crié à l\u2019incompréhension.Il n\u2019en était rien, j\u2019en suis sûr.Mais appuyé sur une longue expérience et une fréquentation des plus grands interprètes de notre temps, Béraud pouvait s\u2019autoriser à dire la vérité à un artiste.Cette franchise du critique n\u2019avait rien de hargneux ou de méprisant.En effet, Béraud était plutôt encourageant pour les comédiens de chez nous.Il soulignait avec sympathie leurs efforts dans la recherche, le renouvellement, la poursuite ardente d\u2019une plus haute perfection.Sa critique était positive, sachant discerner le toc et le clinquant du matériau solide et vrai.Il savait que tout ce qui brille n\u2019est pas or.Jean Béraud, avec une persévérance admirable a été, pendant quarante ans, un guide judicieux pour l\u2019amateur de théâtre et un vigoureux stimulant pour les artistes de la scène.Il a bien mérité de la cause difficile de la survie du théâtre chez nous.Sa mort brusquée fait disparaître des pages du spectacle du grand quotidien montréalais une figure familière et attachante.Georges-Henri d'AUTEllIL, S.J.MARY-MARY Ce soir-là, le dernier d\u2019août, dans la courette gazonnée de la Poudrière, à l\u2019île Sainte-Hélène, une dame charmante \u2014 et pourtant cultivée \u2014 me disait qu\u2019elle aimait bien une pièce gaie, qui la fasse rire.C\u2019était pour elle, alors, une détente bienfaisante.Beaucoup se récrieront : ceux-là, amers ou déçus qui affirment \u2014- avec le dernier auteur qu\u2019ils viennent de lire \u2014\u2022 que la vie est absurde et ne peut être rien d\u2019autre, et que donc, le théâtre, miroir de la vie, doit tout simplement en refléter l\u2019image; ou ceux encore, l\u2019esprit hanté des grands et sérieux problèmes de l\u2019homme, qui repoussent dédaigneusement le théâtre de « divertissement », comme trop vulgaire et dénué de valeur culturelle.Déjà les anciens enseignaient qu\u2019on ne discute pas des goûts \u2014 qui sont tous dans la nature, \u2014 mais il ferait preuve d\u2019en manquer totalement celui qui ne se plairait pas à la représentation de la comédie de Jean Kerr, adaptée de l\u2019américain par Marc-Gilbert Sauvajon, Mary-Mary, que nous offre, cet automne, madame Jeanine Beaubien, à son petit théâtre de l\u2019île.En effet, gaie, fine, endiablée, cette pièce déclenche le rire le plus spontané et aussi, pour qui sait regarder et écouter, éveille des réflexions non pas très profondes, mais utiles et pratiques.On y apprend, en tout cas, au milieu de folies indescriptibles, que l\u2019amour véritable peut bien, un moment, et ordinairement par notre faute, sembler s\u2019émousser, 298 RELATIONS s\u2019éclipser même et disparaître, il reste pourtant toujours là, tenace, au fond de deux coeurs qui se sont, une bonne fois, déjà totalement donnés.Pas n\u2019est besoin, pour cela de recourir à tout l\u2019arsenal ennuyeux de discours et sentences solennels des pièces à thèse.Un habile agencement de l\u2019intrigue, une heureuse distribution des événements auxquels s\u2019affrontent les personnages suffisent à Jean Kerr pour obtenir ce résultat dans une atmosphère joyeuse et naturelle.Sans doute les raisons de ce rassemblement collectif dans l\u2019appartement de l\u2019éditeur malchanceux Bob Mackella-way, de l\u2019épouse d\u2019hier toujours aimée, de la fiancée d\u2019un jour, du célèbre acteur de cinéma, Dick, en mal de publier d\u2019insignifiants mémoires et du conseiller juridique Oscar, ne sont pas très rigoureuses et nécessaires.Il y a là le coup de pouce de l\u2019auteur; car, enfin, pour qu\u2019il y ait une action dramatique, il faut bien AU FIL Mission nouvelle de Saint-Jacques Il n\u2019y a pas si longtemps, tout le monde croyait que l\u2019église Saint-Jacques de Montréal, où les Sulpiciens ont admirablement œuvré pendant plus de 140 ans, allait être livrée au pic des démolisseurs.Or, voici qu\u2019une mission nouvelle lui est confiée, qui attirera dans ses nefs un flot de fidèles non seulement du diocèse, mais du monde entier.Saint-Jacques, en effet, devient l\u2019église du Métro et de l\u2019Expo 67.Située à la croisée des 3 lignes du Métro, elle est on ne peut mieux placée pour offrir ses services spirituels aux Montréalais et aux visiteurs.Le ministère y sera bilingue et pas moins de quinze messes y seront célébrées chaque dimanche.C\u2019est par une disposition assez providentielle que Saint-Jacques se voit attribuer ce rôle.En effet, le pavillon chrétien accueillant les diverses confessions chrétiennes, il a été décidé que les lieux de culte ne seraient pas sur le terrain de l\u2019Expo, mais au cœur même de la ville.Or l\u2019église Saint-Jacques se trouvera, par le Métro, à trois minutes de l\u2019Expo, aussi facilement accessible que si elle était sur place.Les drapeaux de tous les pays qui participeront à l\u2019Expo 67 sont déjà installés dans Saint-Jacques; ils manifestent des personnages et qui se rencontrent et qui réagissent l\u2019un sur l\u2019autre.Or Dieu sait \u2014 et nous aussi \u2014 s\u2019ils réagissent, les personnages dans Mary-Mary.Et la salle aussi réagit avec bonheur par ses rires et applaudissements sans se poser \u2014 ils n\u2019en ont pas le temps \u2014 toutes sortes de questions sur la vraisemblance de l\u2019arrivée de celui-ci ou de celle-là.On les trouve tous aimables et intéressants, voilà! Cette euphorie des spectateurs provient, elle aussi \u2014 en plus des charmes de la pièce \u2014 de l\u2019interprétation des comédiens qui est proprement enlevée.En Mary, Patricia Nolin est tout à fait remarquable.Cette jeune et élégante actrice a beaucoup évolué et pour le mieux.Très dégagée, naturelle et intelligente, elle incarne son rôle avec une finesse et un mouvement dignes de tout éloge.Son mari.Bob, lui donne la réplique par la bouche de François Car- tier, coutumier des situations complexes et embarrassantes.Par un jeu trop nerveux parfois, il ajoute encore, ici ou là, sans raison au rythme trépidant de la pièce.On désirerait un mouvement plus contenu.Georges Carrère est splendide d\u2019aisance et d\u2019aplomb comme vedette de cinéma assez sophistiquée.En Tiffany, la petite amie temporaire de Bob, spécialiste en diététique et pharmacodynamie, Françoise Lemieux est agréable \u2014 même quand elle récite un peu trop son texte.De son côté, Jean Faucher, qui a remplacé au pied-levé Roger Garceau, joue son rôle de prince sans rire d\u2019Oscar avec beaucoup de naturel.En fait, comme metteur en scène de Mary-Mary, il connaissait bien le caractère des personnages et celui de l\u2019avocat dépanneur de Bob en particulier.Une belle réussite qui devrait faire longue carrière, comme la pièce originale, cet été.DU MOIS à la fois l\u2019intérêt que porte l\u2019Église à cet événement mondial \u2014 non pour y triompher, mais y servir les hommes \u2014 et l\u2019inspiration spirituelle que les peuples attendent d\u2019elle.« L\u2019Église a comme mission de travailler à la civilisation sur la terre des hommes », disait le cardinal Léger à la cérémonie du 8 septembre que nous évoquons ici.Il concluait ainsi son homélie: Que les croyants ne se soustraient pas de ce monde en évolution, mais qu\u2019au contraire, ils s\u2019y incarnent dans un but de rédemption, qu\u2019ils affichent au sein de l\u2019humanité une compétence humaine telle, que leur foi leur donne un goût toujours plus profond de la création dans l\u2019esprit de cette sagesse divine, qui était présente à l\u2019intelligence de Dieu avant même que la terre des hommes n\u2019existât.Le ministère spirituel que Saint-Jacques est appelé à remplir ne durera pas seulement le temps de l\u2019Expo 67.Beaucoup de Montréalais, sans doute, en apprendront le chemin pour s\u2019y recueillir.Elle sera paroisse métropoli-litaine.Le clocher élancé de Saint-Jacques sera illuminé durant l\u2019année de l\u2019Expo: symbole du feu sacré que l\u2019Église apporte à l\u2019humanité rassemblée parmi nous, à toute la terre des hommes.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.La conférence du général de Gaulle Pour la 12e fois depuis son septennat, le président de Gaulle a donné une conférence de presse.Coup d\u2019envoi électoral, le discours intéresse surtout les Français, à trois mois de se désigner un président sans encore savoir si le général daignera présenter sa candidature.Mais comment passer sous silence ce qu\u2019il a dit de l\u2019Europe des Six si l\u2019on a souci de la vérité historique ?Ce qui s\u2019est passé à Bruxelles, le 30 juin, au sujet du règlement financier agricole a mis en lumière deux choses: d\u2019abord une résistance persistante de nos partenaires à faire entrer l\u2019agriculture dans le Marché commun des Six.« Faire entrer l\u2019agriculture.» Faut-il recourir à l\u2019exégèse et dire que le président de France fait ici allusion aux difficultés concrètes des négociations ?Car on ne peut nier que le traité de Rome prévoyait expressément l\u2019inclusion de l\u2019agriculture dans la communauté économique.Pour la C.E.C.A., continuait le général de Gaulle, indépendamment du rapprochement franco-allemand qu\u2019elle voulait manifester, elle consistait essentiellement à rendre à l\u2019Allemagne la disposition qu\u2019elle avait perdue de son charbon et de son acier, et donner à l\u2019Italie, qui est naturellement dépourvue de fer, la possibilité de s\u2019en procu- OCTOBRE 1965 299 rer à assez bon compte, pour se créer à son tour une puissante industrie métallurgique.L\u2019accord, signé en 1952, créant la C.E.C.A.n\u2019était pas d\u2019inspiration allemande ou italienne, mais bien d\u2019inspiration française; et il avait pour but premier ni de rendre à l\u2019Allemagne son acier ni de permettre à l\u2019Italie de s\u2019en procurer à bon compte, mais de poser la première pierre d\u2019une construction européenne.Après quoi, M.de Gaulle pouvait décrire la fédération européenne comme régie par un « aéropage technocratique, apatride et irresponsable », car il n\u2019y a pas de moyen plus simple de critiquer une institution que d\u2019en faire d\u2019abord la caricature.Ni Schuman ni de Gasperi, pour parler des morts, n\u2019étaient des apatrides; et, sans les technocrates « irresponsables », il n\u2019y aurait pas eu de Marché commun.A la suite de cette conférence, Jean Monnet, président du Comité d\u2019action pour les États-Unis d\u2019Europe, et qui est français, a fait à l\u2019agence France-Presse la déclaration suivante: Ce qui me frappe surtout dans la conférence de presse du général de Gaulle, c\u2019est la vue nationaliste qu\u2019il prend des affaires du monde.C\u2019est aussi qu\u2019il répète que l\u2019action collective des peuples d\u2019Europe peut être organisée par la coopération entre Etats, tandis que l\u2019expérience nous a montré que la coopération est une forme périmée, impuissante à réaliser l\u2019union des nations européennes.Luigi d\u2019Apollonia.La guerre du Cachemire La guerre du Cachemire reprend, après seize ans d\u2019un cessez-le-feu.Dans les affaires politiques comme dans les affaires de famille, il importe que les testaments soient couchés en termes précis, surtout si on prévoit que les héritiers se querelleront.* * * Ayant, malgré l\u2019opposition de Gandhi, partagé sur une base confessionnelle entre l\u2019Inde hindoue et le Pakistan musulman les territoires de son ancien empire, la Grande-Bretagne laissa à la succession le soin de décider du sort des nombreux États à maharadjas dont elle était la suzeraine sans être la propriétaire.Deux considérations devaient prévaloir: la proximité géographique et l\u2019accord des populations.Six principautés rallièrent le Pakistan, les autres l\u2019Inde.Il y eut trois cas exceptionnels dont le Cachemire, le plus beau joyau de l\u2019ancienne couronne impériale avec ses ciels purs, ses lacs limpides, ses atouts stratégiques puisque ce pays est à la fois la porte et le verrou de la plaine du Gange.300 Or, le maharadja du Cachemire était hindou, Nehrou y avait vu le jour et sa famille y vivait parmi les roses.Par contre, ce pays prolongeait naturellement le Pakistan et sa population était musulmane aux trois quarts.^ Quand l\u2019Inde voulut en faire le 15e État de l\u2019Union, le Pakistan s\u2019y opposa.Et ce fut la guerre.Le Pakistan porta la question devant le Conseil de Sécurité de l\u2019O.N.U.qui obtint rapidement un cessez-le-feu et recommanda un plébiscite.En attendant, le Pakistan occuperait l\u2019ouest, le nord et le nord-est, partage qui sera respecté par les deux côtés malgré une série d\u2019escarmouches, d\u2019incursions, accompagnée d\u2019explosions verbales à Delhi et à Rawalpindi, les deux capitales, et au Conseil de Sécurité.* * * Il n\u2019est pas douteux que c\u2019est une action pakistanaise qui est à l\u2019origine immédiate du conflit.Il est tout aussi évident que l\u2019Union indienne n\u2019est pas sans reproche.Elle a commis la grave faute de porter la guerre en territoire pakistanais, préférant à la non-violence les armes traditionnelles comme lors de la « glorieuse campagne » pour l\u2019annexion de Goa.Plus encore, c\u2019est elle qui a constamment refusé le plébiscite sous les auspices de l\u2019O.N.U., expressément prévu par l\u2019accord du cessez-le-feu, et vingt fois recommandé par le Conseil de Sécurité à l\u2019unanimité, moins une voix essentielle, celle de l\u2019U.R.S.S.A cause de ce refus inaltérable de l\u2019Inde, la trêve du 31 décembre 1948 n\u2019a pas trouvé sa conclusion logique dans un traité en bonne et due forme.Elle a, au contraire, pris avec les années un caractère passionnel et tourné en obsession.Jamais éteint, le conflit vient de reflamber.Des deux côtés on semble vouloir ignorer les appels à la raison lancés par le Conseil de Sécurité qui se penche sur la question pour la 101e fois, par les chancelleries surtout de Londres et de Washington qui sont fort mécontentes, et par le Pape que « l\u2019affaire, a-t-il dit, afflige et inquiète particulièrement ».Peine perdue! Aux nouvelles qui nous arrivent, la parole est toujours aux armes.Les frères ennemis qui ont eu le même maître, la Grande-Bretagne, et le même apôtre de l\u2019indépendance, le mahatma Gandhi, s\u2019obstinent à poursuivre cette folle guerre au lieu de celle plus digne, plus difficile à mener, contre la pauvreté, l\u2019analphabétisme, la maladie, le sous-développement industriel et agricole.Et dans leur haine mutuelle, ils ne se rendent pas compte qu\u2019ils ne sont pas seuls dans cette affaire.Depuis quelques années, un géant est apparu en maître de l\u2019Asie, lui aussi héritier, mais de l\u2019ancienne Chine impériale.Il a démoli le prestige de l\u2019Inde, conclu des accords frontaliers avec le Pakistan et dans le conflit du Cachemire dénonce les « menées colonialistes » de l\u2019Inde et « l\u2019encouragement de l\u2019U.R.S.S.à l\u2019agression ».« La Chine soutient à fond l\u2019action du Pakistan contre la tyrannie de l\u2019Inde », proclame Chen Yi, ministre des Affaires étrangères de la Chine rouge.Et, dans une note particulièrement violente, Pékin somme Delhi de retirer ses troupes de la frontière sino-indienne plusieurs fois violée.L\u2019U.R.S.S.embarrassée ne prend pas parti ouvertement.Mais le parti communiste indien, vrai porte-parole de Moscou en l\u2019affaire, accuse à grands cris la Chine rouge de faire le jeu des « impérialistes américains » en soutenant le Pakistan.Dans chaque pays, d\u2019ailleurs, les manifestants, comme d\u2019habitude, s\u2019en prennent aux ambassades américaines! * * * Le malheur veut que, fanatisme contre fanatisme, ni l\u2019Inde du Nord (car l\u2019Inde du Sud est loin du théâtre et de la capitale) ni le Pakistan n\u2019aient la moindre conscience de ce qui se passe et ne savent pour qui ils se battent.Delhi et Rawalpindi publient de claironnants bulletins de victoire.Et après ?Luigi d\u2019Apollonia.Enquête de sociologie religieuse chez les Jésuites Récemment les Jésuites annonçaient leur intention de procéder à une étude sociologique de leurs activités apostoliques au Canada français.A l\u2019aide des plus récentes techniques de la sociologie religieuse, un groupe de spécialistes s\u2019efforcera au cours des prochains mois de préciser quelle contribution spécifique la Compagnie ^de Jésus peut apporter à l\u2019effort de l\u2019Église canadienne pour mieux répondre aux besoins nouveaux et aux aspirations religieuses de notre société.Cette révision se fera en tenant compte des programmes de pastorale de NN.SS.les Évêques.Des consultations avec leurs collaborateurs ainsi qu\u2019avec des laïcs sont prévues.C\u2019est une perspective de service qui, dès le départ, a inspiré cette initiative; elle se trouve ainsi dans la ligne de l\u2019adaptation de l\u2019Église au monde moderne prônée par le Concile et conforme aux dispositions de la dernière Congrégation générale des Jésuites.Dans un milieu particulier, un ordre religieux est à la fois une cellule d\u2019Église et une institution de la société civile.De cette situation naît une double série de respon- RELATIONS sabilités dont le contenu doit être déterminé en collaboration avec les autres forces en présence.Cette décision des Jésuites de réexaminer leur action, afin de mieux l\u2019adapter au milieu, survient à une époque où la société canadienne-française subit de profondes transformations dans ses structures et où les chrétiens redécouvrent le sens de l\u2019Église comme peuple de Dieu.Par ailleurs, les responsables de cette recherche entendent poursuivre leurs travaux dans le respect des caractéristiques propres à la Compagnie de Jésus et en union très étroite avec les autres groupements apostoliques qui travaillent dans notre milieu.Malgré la rapidité de l\u2019évolution actuelle, il a semblé qu\u2019il fallait consacrer à cette recherche les ressources et le temps nécessaires et recourir aux méthodes scientifiques les plus éprouvées.Il nous reste à souhaiter plein succès à cet effort de présence de l\u2019Église au monde d\u2019aujourd\u2019hui.Jean-Paul Rouleau.Le R.I.N.a cinq ans Après cinq années d\u2019existence, le Rassemblement pour l\u2019Indépendance Nationale continue de faire parler de lui.Les uns regrettent qu\u2019il ne soit pas déjà disparu, les autres, que son audience demeure encore si limitée.Par un curieux paradoxe, nombre de Québécois, qui ne souhaitent pas l\u2019indépendance politique totale de leur province, reconnaissent pourtant que cette perspective a exercé une influence favorable sur l\u2019ensemble de notre vie politique.C\u2019est précisément cette contribution, qu\u2019à l\u2019occasion de cet anniversaire, nous voudrions analyser brièvement.Pour beaucoup, le premier mérite du R.I.N.est d\u2019avoir présenté une issue politique à une idéologie nationaliste.Mouvement idéologique à ses débuts, il avait lui-même largement contribué au réveil nationaliste de la jeunesse.En acceptant de se constituer comme parti, le R.I.N.a réussi peu à peu à orienter vers l\u2019action politique des énergies dont beaucoup commençaient à dépasser les limites de l\u2019exaspération.Certes, cela n\u2019a pas suffi à désamorcer toutes les bombes, maison peut vraisemblablement penser que, sans lui, la violence aurait fait plus de victimes encore.Partout, les partis politiques, à tort ou à raison, ont plutôt mauvaise presse.Sans prétendre être devenu un modèle du genre, le R.I.N.offre incontestablement l\u2019exemple d\u2019une formation à la fois assez souple pour être démocratique, assez ferme pour éviter l\u2019anarchie.Si les tensions et les ruptures survenues au cours des dernières années ont mis à nu de profondes divergences entre les responsables, elles ont démontré, par contre, que ce groupe avait su éviter le style fasciste, si fréquent parmi les partis de type nationaliste.Enfin, l\u2019accession du R.I.N.au statut de parti politique l\u2019a obligé à donner un contenu à l\u2019idée d\u2019indépendance.Il semble, en effet, qu\u2019au début on ait espéré que les grands partis se rallieraient rapidement à cet idéal.Le R.I.N.dut bientôt se rendre à l\u2019évidence que les hommes au pouvoir, comme ceux de l\u2019opposition, n\u2019oseraient jamais se tourner vers une option aussi radicale à moins d\u2019y être contraints par un puissant mouvement d\u2019opinion.Aussi bien, les responsables du R.I.N.furent-ils très tôt placés devant ce dilemme: ou bien ils continuaient à prêcher l\u2019indépendance sans se préoccuper des réactions passionnées qu\u2019ils soulevaient ainsi dans la jeunesse, mais c\u2019était là amorcer un processus qui ne pouvait aboutir qu\u2019au terrorisme; ou bien il leur faudrait désormais présenter l\u2019indépendance comme un point de départ qui permettrait aux Québécois, une fois affranchis de la tutelle fédérale, d\u2019avoir une politique intérieure et extérieure plus conforme à leurs besoins et à leurs aspirations.C\u2019était là toutefois accepter un défi d\u2019envergure, car il ne s\u2019agissait de rien moins que d\u2019élaborer un programme politique complet et cohérent.Depuis deux ans environ, les responsables du R.I.N.s\u2019emploient à cette tâche et cette nouvelle orientation semble avoir profondément modifié leurs attitudes.Ainsi, il est remarquable de constater que Y Indépendance, l\u2019organe officiel du R.I.N., qui dans les débuts s\u2019attachait presque exclusivement à pourfendre le mythe d\u2019un Canada bilingue, biculturel, etc., s\u2019intéresse désormais beaucoup plus aux problèmes concrets qui touchent immédiatement la population.Tout le monde se rend compte, en effet, que l\u2019aliénation des Québécois n\u2019est pas que politique; elle est aussi économique, sociale, culturelle etc.Mais il appartient au R.I.N.de démontrer, de façon satisfaisante, que sa solution est la meilleure, en d\u2019autres mots que l\u2019indépendance politique est une condition préalable et nécessaire, bien que non suffisante, d\u2019une authentique libération nationale.Fernand Pot vin Radiodiffusion 1965 Le rapport du Comité sur la Radiodiffusion 1965 constitue un modèle de rapport lucide et courageux.Bien composé, structuré en chapitres clairement disposés, rédigé en une langue souple mais incisive, il s\u2019attache au problème existentiel de la diffusion canadienne; sa caractéristique me paraît le ton personnel, concret, vivant, de même que la vigueur du jugement.Les trois membres du Comité ont délibérément écarté la méthode habituelle des commissions royales d\u2019enquête; ils ont lu les mémoires de qui croyait avoir des idées ou des faits à soumettre; ils ont interrogé de leur propre initiative, au Canada ou ailleurs, les autorités qu\u2019ils estimaient compétentes en matière de diffusion; enfin ils ont délibéré entre eux, discutant les rapports d\u2019experts par eux sollicités.Au bout de quinze mois de travail, forts de la vaste expérience de leur pré- LAVALLÉE, BÉDARD, LYONNAIS, GASCON, LUSSIER, NOISEUX, SENÉCAL Comptables agréés\t Hector Lavallée, C.A.\tRomain Bédard, C.A.Roger Lyonnais, C.A.\tLionel Gascon, C.A.Jean Lussier, C.A.\tPaul Noiseux, C.A.René Senécal, C.A.\tPierre Bédard, LL.L., C.A.Maurice Saint-Louis, C.A.\tDavid Crockett, C.A.Marcel Demers, C.A.Paul Hébert, C.A., Syndic\tAndré Lussier, C.A.215, rue\tSAINT-JACQUES, MONTREAL TROIS-RIVIERES\tTel.: 849-7791\tSHERBROOKE OCTOBRE 1965 301 sident, M.Robert Fowler, et de la contribution juridique, sociologique et culturelle des autres, ils livrent aujourd\u2019hui le fruit de leurs travaux.On se sent devant des hommes qui pensent droit et ferme et s\u2019expriment sans ambages, même si la nuance et l\u2019humour accompagnent toujours la précision de leur diagnostic et la hardiesse de leurs orientations.* Le nouveau rapport Fowler va au cœur des problèmes de la radiodiffusion au Canada.En somme, au point de vue technique, notre système actuel de radio-télévision a atteint sa maturité, notre pays jouit des services de postes publics et privés de radio et de télévision qui rejoignent presque tous les usagers possibles; il reste à s\u2019occuper sérieusement de « ce qui est le plus important dans la radiodiffusion.le contenu des émissions; tout le reste est secondaire ».(Ce sont les tout premiers mots du rapport.) Cette production d\u2019émissions doit viser et atteindre certains objectifs nationaux du système général de la radio-télévision canadienne que la législation actuelle a indiqués et qui font l\u2019objet d\u2019un rappel et d\u2019un commentaire approprié par le Comité.Pour y arriver, « les radiodiffuseurs doivent faire preuve de courage, de logique et de hardiesse dans l\u2019élaboration de leurs lignes de conduite » et, parce que « la nécessité d\u2019un contrôle public du système de la radio-télévision ne_ fait aucun doute à notre avis », « l\u2019État ne devrait pas limiter à l\u2019attribution essentielle des fréquences et des canaux sa participation à la radiodiffusion, mais devrait contrôler, surveiller et stimuler le comportement des radiodiffuseurs dans l\u2019utilisation qu\u2019ils font des biens publics qu\u2019on leur a confiés ».Le rapport aboutit donc à cette recommandation centrale: un organisme appelé Régie canadienne des ondes, ayant charge de la poursuite des objectifs généraux de la politique nationale de radiodiffusion, politique que devrait définir éventuellement une loi du Parlement en même temps qu\u2019elle répartirait les responsabilités.Pour compléter et étayer cette loi qui touche un domaine tellement complexe, le Gouvernement devrait, selon le Comité, faire préparer et déposer au Parlement, sous la forme d\u2019un Livre blanc, « un exposé de principes complet qui définisse de façon plus précise les rôles des divers organismes publics et privés concernés et les mesures qu\u2019ils devraient prendre pour collaborer utilement à la réalisation des objectifs du système de la radio-télévision nationale ».On recommande l\u2019établissement de cette Régie canadienne des ondes en 302 fonction de l\u2019excellence de la programmation, de la qualité des émissions, et des principes qui doivent, dit le Rapport, guider les radiodiffuseurs.Cette préoccupation de la qualité constitue le mérite majeur du rapport, bien que l\u2019étude qui en est faite soit d\u2019ordre surtout quantitatif pour des raisons qui se justifient et qu\u2019on a clairement énoncées.On y reconnaît que la radiodiffusion canadienne est dans son ensemble de plus en plus dominée par la plus mauvaise programmation américaine, on y parle, à propos des postes privés, d\u2019une médiocrité systématique des émissions qui serait « déplorable », on regrette que les radiodiffuseurs en général n\u2019aient pas concouru « à éveiller le public canadien aux réalités canadiennes » et on blâme en particulier Radio-Canada de n\u2019avoir pas réussi « à bien s\u2019acquitter de l\u2019obligation qu\u2019elle a de favoriser la compréhension entre les deux grands groupes culturels du pays ».Le secteur privé, en ce domaine, aurait fait moins encore.D\u2019une première lecture rapide du rapport, nous retiendrons une recommandation, à savoir qu\u2019« Il est grand temps pour les radiodiffuseurs publics et privés de concentrer leur attention et leurs ressources sur l\u2019amélioration de la qualité, de la diversité et sur le caractère canadien des émissions.» Il faudra revenir sur les autres aspects du rapport, les structures juridiques et administratives, le traitement séparé accordé à la radio, la place recommandée en faveur de la télévision scolaire et, plus encore, du service de l\u2019éducation.Il convenait de souligner sans retard que le rapport du Comité Fowler a ouvert le débat avec vigueur et autorité sur les problèmes fondamentaux de la radiodiffusion canadienne.Jacques Cousineau.La liberté dans l'Eglise Il faut éviter de confondre la liberté dans l\u2019Église et la liberté dans la société.En matière religieuse, ni l\u2019Église ni la société civile ne peuvent imposer l\u2019acte de foi, ni l\u2019une ni l\u2019autre ne peuvent obtenir l\u2019assentiment intérieur par la coercition extérieure.Ce n\u2019est pas que l\u2019homme ait la liberté de se refuser à la vérité.Tout simplement, il est de la nature de la vérité de n\u2019être pas contrainte.La liberté religieuse n\u2019est pas fille de roi qu\u2019on peut sacrifier en mariage à l\u2019agrandissement du^ royaume ou à l\u2019agrandissement de l\u2019Église.Ici cesse toute ressemblance entre l\u2019Église et la société civile en matière de religion.Avoir la foi, faire un acte de foi, c\u2019est adhérer au Christ et professer le mystère surnaturel qu\u2019est l\u2019Église, corps même du Christ qui en est la tête, et qui conti- nue, en elle et par elle, de sanctifier, enseigner, gouverner la multitude des âmes.Le catholique accepte non seulement l\u2019Église, mystère de grâce et de charité, l\u2019Église invisible, mais le ^mystère de sa constitution qui est l\u2019Église visible, et non seulement sa liturgie et ses sacrements, mais son enseignement et sa discipline.Il se donne corps et âme au Christ présent, vivant, agissant dans l\u2019Église, et embrasse les contraintes que l\u2019Église lui impose, en matière de foi et de morale, parce qu\u2019il se les est imposées à lui-même dans son acte de foi, et que son âme en fait ses délices, les connaissant de moins en moins du dehors comme loi et de plus en plus du dedans comme amour, et entraîné par ce poids.__ Est-ce à dire que l\u2019autorité dans l\u2019Église ne doive adapter sa discipline aux différents âges de civilisation?Loin de là.Au cours des siècles, par souci des âmes, elle l\u2019a fait; et elle s\u2019apprête à le faire de nouveau.On peut donc lui demander avec le respect d\u2019un fils \u2014 c\u2019est le^rôle de «l\u2019opinion publique» dans l\u2019Église \u2014 de ne plus recourir aujourd\u2019hui aux mesures disciplinaires du Droit canon sinon rarement et dans des cas extrêmement graves, de changer les méthodes du Saint-Office, de laisser les théologiens se disputer entre eux.Mais alors c\u2019est la manière d\u2019exercer son autorité qu\u2019on lui demande de modifier, non son droit d\u2019enseigner et de commander.Ceci, elle ne le peut; car son autorité, en matière de foi et de morale, n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019obligation qui la lie à Dieu et à sa mission de servir les âmes et, Berger, de les guider et de les nourrir.Gouverner, c\u2019est servir, comme ne cesse de le répéter Paul VI.Et ce siècle ne peut prétendre « démocratiser » la constitution que le Christ lui-même a donnée à l\u2019Église; et l\u2019autorité pour la protéger vient également de Lui, non du peuple de Dieu; le Pape est le vicaire du Christ.Tandis que dans la société civile, l\u2019autorité monte du peuple tout en venant de Dieu en dernier ressort: les gouvernants sont les vicaires du peuple.On distingue l\u2019Église-jnstitution et l\u2019ÉgHse-événement, ^l\u2019Église visible et l\u2019Église invisible, l\u2019Église juridique et l\u2019Église d\u2019amour.A bon droit.Distinguer, toutefois, n\u2019est pas séparer.Et le fidèle doit comprendre que l\u2019autorité dans l\u2019Église n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019expression juridique de son amour, et que c\u2019est le Pape qui le premier obéit à Dieu en gouvernant quand il demande à qui a la foi d\u2019obéir: Serviteur des serviteurs de Dieu.C\u2019est là un aspect du problème qu\u2019il importe de ne pas oublier.Luigi d\u2019Apollonia.RELATIONS Les livres Abbé René Berthier: Vivre c\u2019est le Christ.Documents pour une catéchèse des adolescents, 2e série.\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1964, 20 fiches de 4 pp.chacune, 30 cm.Déjà, l\u2019A.avait publié une série de fiches auxquelles on avait fait un excellent accueil.La deuxième série continue l\u2019expérience, avec l\u2019espoir que les jeunes qui les utiliseront auront connu les premiers sujets.Les thèmes proposés plongent au cœur des préoccupations des adolescents et traitent autant de problèmes de vie que de questions strictement religieuses.L\u2019A.a le don de joindre l\u2019actualité au message de la Bible.Nul procédé mécanique, mais une recherche vivante.Il n\u2019est pas facile pour les parents et les éducateurs d\u2019amorcer le dialogue avec leurs grands garçons et filles.Ces fiches pourront peut-être servir d\u2019accrochage et lancer les jeunes dans une recherche ardente de la Vérité.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Lucien DEISS, C.S.Sp.: Synopse de Matthieu, Marc et Luc, avec les parallèles de Jean.1.Introduction, notes et vocabulaire.2.Texte.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1963-1964, 192 et 240 pp., 26.5 cm.«TES QUATRE évangiles en un seul », est J-/ un genre heureusement dépassé.Au lieu de niveler les particularités de chaque évangile et de démembrer chaque livre, pour agencer les morceaux dans le cadre d\u2019une vie de Jésus, on essaie maintenant d\u2019être attentif au message inspiré à chacun des évangélistes.Cette révélation spécifique ressort avant tout de multiples détails qui distinguent un évangile des autres.La comparaison minutieuse des évangiles s\u2019impose alors, surtout dans les passages parallèles, et le recours à une synopse devient pratiquement une nécessité.Il faut bien avouer que le public de langue française n\u2019était guère favorisé jusqu\u2019ici, car il ne disposait d\u2019aucune synopse pratique, répondant aux normes généralement admises par les exégètes modernes.Aussi les deux volumes du P.Deiss comblent une lacune et méritent notre gratitude.Le volume 1 est destiné à guider le lecteur dans sa comparaison personnelle des Synoptiques.Une table synoptique commode (répétée au début du volume 2) et une bibliographie étendue précèdent les trois sections principales du volume.La première section introduit aux Synoptiques, en insistant avec raison sur l\u2019aspect littéraire et doctrinal du Mt, Mc et Le.La section centrale ne prétend pas présenter un véritable commentaire des passages synoptiques, mais se limite à des précisions ou observations, qui correspondent ordinairement à ce qu\u2019admet de nos jours l\u2019exégète catholique.Enfin un « vocabulaire » des termes les plus significatifs des Synoptiques complète cet excellent instrument de travail.La présentation du texte synoptique (vol.2) est basée sur deux principes admis par tous actuellement.On ne peut organiser la matière des Synoptiques selon un ordre « idéal » différent de celui de nos trois évangiles; on ne doit pas non plus agencer tous les passages synoptiques en fonction d\u2019un seul évangile.Il faut présenter chaque évangile d\u2019après le plan déterminé par son auteur, quitte à répéter, par la suite, les mêmes textes en fonction de l\u2019ordre ou du contexte différent d\u2019un autre évangile.Par ailleurs, une comparaison précise des textes évangéliques n\u2019est possible que sur l\u2019original grec ou sur une traduction très littérale.Le P.Deiss a été fidèle à ce littéralisme au point de traduire régulièrement de la même manière les mêmes mots ou expressions grecques.La matière de ces deux volume s\u2019est divisée en de nombreux paragraphes numérotés, qui rendent la consultation facile.De multiples renvois permettent d\u2019éviter les répétitions et suggèrent au lecteur les données connexes à la question étudiée.De nombreux tableaux rassemblent utilement les principaux éléments concernant un problème.Il serait difficile de souhaiter une amélioration quelconque dans la présentation pratique de ces deux volumes.Ajoutons que l\u2019éditeur a assuré à l\u2019A.une collaboration efficace: le choix des caractères et la disposition de la matière sont pour ainsi dire impeccables.Avec cette synopse, la collection « Connaître la Bible » prend un second départ.La direction, maintenant confiée aux PP.Bé-guerie et Deiss, nous permet d\u2019espérer que cette collection s\u2019enrichira bientôt d\u2019ouvrages sérieux et pondérés.La qualité de la présente publication constitue une garantie.Jean-L.D\u2019Aragon, S.J.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.m s; 5;'Sr, ÿ 18 magnifiques volumes 6292 pages 276 cartes 2232 illustrations PRIX COURANT POUR SEULEMENT LA NOUVELLE ENCYCLOPEDIE DU MONDE est à la fois Aubaine Unique POUR UN TEMPS LIMITÉ SEULEMENT X UN DICTIONNAIRE - UNE ENCYCLOPEDIE LES ÉDITIONS EUROPÉENNES LTÉE QUEBEC 764 est, rue Saint-Joseph.Tel.: 524-9077 MONTRÉAL 1600, rue Berri, ch.215.Tel.: 844-7655 OCTOBRE 1965 303 Thierry Maertens et Jean Frisque: Guide de l\u2019assemblée chrétienne.Tome I: Du 10T dimanche de l\u2019Avent au 6e dimanche après VEpiphanie.Tome II: De la Septuagésime au Mercredi saint.Tome III: Du Jeudi saint à la fête de la Trinité.Tome IV: Du 1er au 14e dimanche après la Pentecôte.Tome V: Du 15e au dernier dimanche après la Pentecôte.\u2014 Tournai, Casterman, 1964-1975, 250 pp.par volume, 20 cm.A l\u2019heure du renouveau liturgique, .c\u2019est un remarquable instrument de travail que les AA.fournissent ici à tous ceux qui veulent célébrer pleinement l\u2019Eucharistie et en faire le centre de leur vie.Pour chaque dimanche et chaque grande fête, ils offrent 1° un bref commentaire exégétique (une page ou deux) de l'épître et de l\u2019évangile, 2° l\u2019analyse historico-liturgique (trois pages environ) des divers textes de la messe du jour, dont ils dégagent, à la fin, le ou les thèmes principaux, 3° un exposé biblique sur le thème adopté (une page ou deux) montrant son évolution avec abondantes références, depuis les premiers livres de l\u2019Ancien Testament jusqu\u2019aux Epîtres et à l\u2019Apocalypse selon le cas, 4° une assez longue étude doctrinale du même thème (cinq ou six pages) qui fixe le sens principal de la célébration eucharistique par rapport à l\u2019histoire du salut, au Christ et à l\u2019Eglise.Quelques titres d\u2019articles ou de livres complètent l\u2019exposé à l\u2019intention de qui voudrait approfondir davantage le thème.Pour les Quatre-Temps, les semaines du Carême, les octaves de Pâques et de la Pentecôte, les AA.suivent le même schéma de la manière suivante: le commentaire exégétique présente les lectures une à une; l\u2019analyse liturgique, l\u2019exposé et l\u2019étude du thème s\u2019appliquent à la semaine dans son ensemble.Les pages consacrées au Jeudi saint, au Vendredi saint et à la Vigile pascale abordent, dans le même cadre, jour par jour, les grandes célébrations liturgiques et les mystères fondamentaux de notre foi; elles sont particulièrement riches.Les données fournies par le AA.peuvent grandement aider, malgré l\u2019allure un peu savante de certaines d\u2019entre elles, à préparer l\u2019homélie dominicale et le commentaire de l\u2019animateur.Tout ne servira pas, mais tout aura contribué à la culture liturgique Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïaé>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal 304 et spirituelle des usagers de cet ouvqrge.Une mine d\u2019or pour prêtres et laïques, religieux et séculiers; un précieux outil pour les équipes liturgiques.Gérard Hébert.Louis BOUYER: Le Rite et l\u2019homme.Coll.« Lex Orandi » 32.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1962, 303 pp., 20 cm.Affirmer qu\u2019il n\u2019y a que la nature divine .en Jésus-Christ, c\u2019est verser dans le « mono-physisme »; insister au contraire sur l\u2019humanité du Christ au mépris de sa divinité, c\u2019est encourir la qualification de « nestorien ».Le maintien pratique de l\u2019équilibre entre ces deux affirmations: Jésus-Christ est Dieu et il est homme, n\u2019a pas été résolu une fois pour toutes aux grands Conciles du Ve siècle.Car se méprendre dans un sens ou l\u2019autre sur le mystère de l\u2019Incarnation de l\u2019Homme-Dieu est un écueil perpétuellement récurrent, et les liturgistes de notre temps ne l\u2019évitent pas toujours.Il faut reconnaître que le même problème se pose analogiquement pour l\u2019Eglise, Corps du Christ, que pour la personne de Jésus lui-même, surtout quant aux sacrements qui sont gestes du Christ: comment concevoir en effet la sacralité du christianisme comme divine et humaine, transcendante et immanente à la fois, sans d\u2019un côté se méprendre sur le véritable sens du sacré à la racine de toute religion pré- (et prêter-) chrétienne, et sans, de l\u2019autre côté, dissoudre l\u2019apport original du sacramenta-lisme chrétien en une vague déprofanisa-tion de la réalité de l\u2019homme ?Le premier inconvénient aboutit au « monophysisme » de liturgistes préoccupés à maintenir le hiératique, le mystérieux, l\u2019inaccessible, l\u2019institutionneldesritessacra-mentels; le second conduit au « nestorianisme », ou bien de ceux qui ont cherché à ré-interpréter les sacrements au moyen de leurs seuls rapports avec les mystères païens, ou bien de ceux pour qui l\u2019existence humaine entière, rachetée par le Christ, est dans ses gestes les plus simples dépouillée de sa « profanité » pour devenir tout entière sacralisée dans le Christ.Les conséquences pratiques de ces deux positions extrêmes sont graves: d\u2019un côté, abîme infranchissable entre le sacré et le profane \u2014 schisme désastreux pour l\u2019Eglise de la diaspora; de l\u2019autre, confusion totale, où il n\u2019y a plus ni sacré ni profane \u2014 pour l\u2019Eglise des nouvelles chrétientés, syncrétisme non moins équivoque et ruineux.Telles sont les données du problème clairement énoncées par l\u2019auteur.L\u2019enjeu est de taille.Et c\u2019est fort des « possibilités ouvertes aujourd\u2019hui à une intelligence meilleure des rites chrétiens par les ressources conjuguées de l\u2019histoire comparée des religions et de la psychologie des profondeurs » (p.283) que le P.Bouyer s\u2019applique à détailler la phénoménologie du rite et de la parole sacramentels, pour confronter sous leur vrai jour mystères païens et sacrements chrétiens.Quelques considérations sur l\u2019espace et le temps sacrés, quoique en marge du problème majeur abordé, complètent un exposé extrêmement dense et abondamment documenté.L\u2019auteur ne s\u2019était proposé pour but que de « suggérer à d\u2019autres chercheurs l\u2019ampleur et les promesses des voies neuves qui s\u2019ouvrent à eux aujourd\u2019hui » (284): le P.Bouyer a tout le mérité d\u2019une contribution humble mais positive à cette recherche.Louis Cyr.Scolasticat de V Immaculée-Conception, Montréal.Chan.Georges Panneton: Le Ciel ou l\u2019Enfer, II: L'Enfer.\u2014 Paris, Beau-chesne et ses Fils, 1956, 275 pp., 18 cm.IORS de la parution du volume I, sur le > Ciel, en 1955, nous avions l\u2019occasion d\u2019en faire la recension (Relations, nov.1955, p.302).De ce présent ouvrage sur Y Enfer, pendant naturel du premier, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de rappeler ce que nous disions alors: « L\u2019A.a su donner à son ouvrage les trois notes qui en font une œuvre classique: la note théologique qui garantit la sûreté de la doctrine en compagnie des maîtres les plus compétents; la note apologétique, par l\u2019exposé et la réfutation des opinions condamnées ou dangereuses; la note ascétique, qui élève l\u2019âme à mesure que nous pénétrons au cœur des questions.» Comme dans le premier volume sur le ciel, l\u2019A.présente une abondante bibliographie et une table analytique fort détaillée.Nous renouvelons notre suggestion de naguère: « Après ces deux ouvrages, pourquoi l\u2019A.n\u2019achèverait-il pas une trilogie théologique des fins dernières en publiant un semblable traité sur le Purgatoire ?» Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin.Bernard Basset, S.J.: Les Nerfs.à fleur de Dieu.Traduit de l\u2019anglais par J.Biot.-\u2014Tournai-Paris, Casterman, 1964, 143 pp., 20 cm.IL n\u2019est pas habituel qu\u2019un livre de spiritualité qui entreprend de nous mener à Dieu, surtout si nous sommes de la race des « nerveux », des neurotiques qui s\u2019en font pour tout et pour rien, nous laisse dans une jouissance aussi vive qu\u2019un bon roman: vivant, pittoresque, riche d\u2019observation, de fantaisie et d\u2019humour.C\u2019est le charme inoubliable de l\u2019opuscule du P.Bernard Basset: We Neurotics, a handbook for the half-mad, traduit de façon excellente par Romana Associatio\tRAPTIM CANADA Ltée AGENCE INTERNATIONALE DE VOYAGES \t Po\tApprouvée par : 1 A T A, A T C T ransvehendis\tConférences Transatlantique et Transpacifique I tinerantibus\tPour vous servir: Luc Gou, directeur général, Missionariis\t1652, rue Saint-Hubert, Montréal-24, P.Q.Tél.: 845-7223* Nous mettons à votre disposition nos bureaux de Raptim-ltalie, Allemagne, Belgique, France, Hollande, Argentine et Colombie.RELATIONS l\u2019abbé J.Biot sous le titre: Les nerfs., à fleur de Dieu.Nous y rapprenons de façon piquante et souriante, en compagnie de savoureux personnages, le bon sens, la détente, la prière profonde, la vraie physionomie de Dieu et le chemin qui nous conduit à Lui à travers les tensions et les crises de notre vie moderne.De tels livres sont une rareté.On en redemande.Georges Robitaille.Hébert Roux: Le Concile et le dialogue œcuménique.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1964, 176 pp., 20.5 cm.IL est significatif que plusieurs chapitres de ce volume aient paru dans des revues catholiques, alors qu\u2019ils sont écrits par un protestant.C\u2019est dire que le pasteur Roux, observateur au Concile, est une des voix les plus autorisées pour exprimer les vues du protestantisme en matière de dialogue œcuménique.Les traits qui nous ont le plus frappé sont la lucidité du théologien et la sincérité de l\u2019interlocuteur.Qu\u2019il s\u2019agisse de christologie ou de mariologie, de l\u2019attitude à prendre par l\u2019Eglise catholique ou les Eglises protestantes, toujours l\u2019A.demeure fidèle aux convictions de sa foi et expose le point de vue protestant, tout en étant très ouvert aux problèmes que pose et se pose l\u2019Eglise catholique.On sent que le Concile a été pour le pasteur une expérience enrichissante, pleine de promesses; mais l\u2019A.en même temps, a touché du doigt aux principales difficultés ou aux principaux obstacles que suscite le dialogue œcuménique.Pour les surmonter, il se situe dans un plan nettement surnaturel où il est attentif à l\u2019Esprit.Nous avons, en particulier, admiré la vigueur du chapitre sur la mariologie, même si les positions endos- sées ne sont pas les nôtres.Il va sans dire qu un tel volume s\u2019adresse à des lecteurs bien au fait de la théologie.Les spécialistes qui, depuis quelques années, tiennent une table ronde sur les problèmes œcuméniques, y trouveront matière à de fructueux échanges de vues.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Claude Thompson, prêtre: Messe pour PAssemblée.\u2014 Cap-de-la-Madeleine, Editions RM, disque RM 36504, 12\", 33 t., monaural.Des divers points du pays, des spécialistes de la musique sacrée multiplient les expériences afin de doter les fidèles de messes liturgiques en français, simples, religieuses et faciles à chanter.L\u2019abbé Claude Thompson, maître de chapelle à la cathédrale de Trois-Rivières, membre con-sulteur de la Commission nationale de Liturgie et président de la Commission diocésaine de musique sacrée, nous offre, à son tour, une messe empreinte d\u2019une grande simplicité.La première face du disque nous la livre dans sa structure originelle, afin d\u2019en faciliter l\u2019apprentissage aux fidèles des paroisses.Nous la retrouvons incrustée dans l\u2019ensemble d\u2019une messe chantée à l\u2019église Notre-Dame de Trois-Rivières, avec une nef de 900 voix, où elle prend ses vraies dimensions.L\u2019abbé Thompson a voulu, dans cette dernière exécution, intégrer le propre grégorien, un nouveau graduel français, de la polyphonie classique.De même, deux pièces d\u2019orgue de Louis Collard s\u2019harmonisent très bien dans l\u2019ensemble.Bref, un effort qui mérite d\u2019être souligné et encouragé.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Jean WlRTZ: Époux et Parents d\u2019aujourd\u2019hui.Version française par Paul et Renée Dieudonné.\u2014 Mulhouse.Salvator:\tParis-Tournai, Casterman, 1964, 295 pp., 19 cm.UN livre excellent dont on souhaite la lecture aux parents, aux éducateurs et aux grands jeunes gens.Il explore, en effet, tous les problèmes majeurs que pose le foyer aux époux l\u2019un à l\u2019égard de l\u2019autre et aux parents à l\u2019égard de leurs enfants.Ces problèmes sont présentés par un sociologue de grand sens chrétien, de vaste expérience, lui-même aviseur d\u2019une clinique matrimoniale.Rarement se rencontre une telle santé intellectuelle et morale: large, solide, équilibrée, compréhensive, radieuse d\u2019espérance et d\u2019élan.Le dernier chapitre consacré à la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui serait à publier à part.C\u2019est le portrait de l\u2019actuelle jeunesse dans les conditions qu\u2019adultes nous lui faisons.Il faut nous avertir du monde où nous sommes engagés, dont nous accentuons le désordre, qu\u2019il nous appartient aussi de reprendre en main pour vraiment le rajeunir.Georges Robitaille.Eduardo Brazao:\tLa Découverte de Terre-Neuve.\u2014 Montréal (C.P.6128), Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1964, 114 pp., 21 cm.CE petit livre est l\u2019œuvre de l\u2019ambassadeur du Portugal au Canada.Homme de lettres et historien, l\u2019A.s\u2019est intéressé aux voyages antiques des Portugais sur le littoral de l\u2019Amérique du Nord; il nous décrit ces voyages et fait ressortir les titres des navigateurs de son pays à la découverte de Terre-Neuve.L\u2019ouvrage comporte NOUVELLES PUBLICATIONS WALT WHITMAN ses meilleures pages traduites de l\u2019anglais par Rosaire Dion-Lévesque A la demande des nombreux admirateurs du grand poète américain, les Presses de l\u2019université Laval offrent la réédition de ce recueil qui, en 1933, avait fait l\u2019unanimité des critiques.Louis Dantin, pour un, y voyait\" une interprétation lumineuse de tout Whitman dans un langage nouveau qui lui garde sa voix et son âme».5 ¥2 x 8 Yï \u2014 242 pages \u2014 1965 \u2014 broché $3.00 LES INSTITUTEURS LAÏQUES AU CANADA FRANÇAIS \u2014 1836-1900 par André Labarrère-Paulé Cette étude présente des aperçus totalement nouveaux et une conception originale de l'histoire de l'enseignement dans le Québec.Fondée sur des documents pour la plupart inédits, elle est indispensable à la compréhension des problèmes actuels de l\u2019éducation au Canada français.7 x 10 \u2014 XVIII, 474 pages \u2014 1965 \u2014 broché $10.00 LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, Qué.RÉGULIÈRES ET \u201cKING gjlgggf mm CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE OCTOBRE 1965 305 E ! E Mot de passe Un mot de passe qui signifie pour le client : Expérience.Intégrité.,, Efficacité.trois qualités qui ont bâti la réputation de JETTÈ depuis sa fondation dans le domaine du chauffage et de la plomberie.Votre intérêt et votre tranquillité vous conseillent de faire confiance à Jetté.»aii >Ju.CHAUFFAGE-PLOMBERIE 11 Où le travail devient œuvre., chef-d*œuvre 99 849-4107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL Lalonde, Valois, Lamarre, Valois & Associés Ingénieurs-conseils 61 5, RUE BELMONT, MONTRÉ AL-3 L'IMPRESSION PATRIOTIQUE est toujours la plus profonde des IMPRESSIONS J.-AIEX.THÉRIEN président Imprimeurs - Lithographes Studio d'art - Editeurs 8125 Saint-Laurent, Mil 11 388-5781 de nombreuses références et ouvre des voies nouvelles aux chercheurs.En conclusion, l\u2019A.écrit: « Nous aurions pu créer un nouveau Brésil au Labrador, à Terre-Neuve et dans l\u2019île du Cap-Breton.Nous nous sommes bornés à y pêcher l\u2019aliment préféré des Portugais.Mais de la côte nord de ce nouveau continent, il nous reste toujours le souvenir de beaux rêves évanouis.» Richard Arès.Frédéric COPLESTON, S.J.: Histoire de la philosophie.I.La Grèce et Rome.II.Le Moyen Age.III.La Renaissance.\u2014 Paris, Casterman, 1963, 1964, 1958; 552, 664 et 514 pp., 22 cm.La traduction des premiers tomes de > l\u2019histoire de la philosophie du P.Frederick Copleston, S.J., professeur à Hey-throp College et à l\u2019Université Grégorienne, constitue un événement culturel important.Cette histoire, qui compte déjà neuf volumes dans l\u2019édition anglaise, est une des plus fiables, des plus complètes et des plus aisées à lire qui puissent se trouver à l\u2019heure actuelle.Non seulement l\u2019auteur excelle à saisir l\u2019essentiel d\u2019une philosophie et d\u2019un système, mais il sait encore l\u2019éclairer en retraçant progressivement la genèse des idées qui l\u2019ont préparé.A chaque philosophe, il réserve une place proportionnée à l\u2019ampleur de son génie et à la permanence de son influence.A des maîtres comme Platon, Aristote, saint Thomas, Duns Scot, Descartes et Kant, il ne craint pas de consacrer plusieurs chapitres.Par contre, il n\u2019oublie pas des auteurs moins connus et jugés secondaires mais qui ont tout de même exercé en leur temps une influence décisive, tels Marsile de Padoue, Nicolas de Cues et Suarez dont il est question dans le tome consacré à la Renaissance.Sans être prolixe, le P.Copleston ne craint pas d\u2019exposer largement et même de répéter quand l\u2019importance et la difficulté des questions l\u2019exigent.Chaque volume se termine par un index détaillé qui en permet une consultation rapide.Une bibliographie complète chaque chapitre et permet au lecteur d\u2019aller aux œuvres elles-mêmes et aux principales études qui ont été consacrées à chacun des philosophes.Bref, il s\u2019agit d\u2019un ensemble dont il n\u2019est peut-être pas excessif de dire qu\u2019il tient lieu de toute une bibliothèque.Jean Racette.Facultés S.J., Montréal.Emile SiMARD : Communisme et Science.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1963, 527 pp., 23 cm.Lauteur expose les relations entre com-; munisme et science; plus précisément, il étudie la prétention des communistes de fonder les principes de leur doctrine sur les sciences de la nature.L\u2019A.suit dans ce livre la même démarche que dans son volume précédent, « La nature et la portée de la méthode scientifique » : à la fin de chaque chapitre, il illustre son exposé de nombreux textes d\u2019auteurs.Nous avions dit déjà beaucoup d\u2019éloges du précédent livre de l\u2019A.Nous retrouvons ici les mêmes qualités de rigueur, de clarté, d\u2019honnêteté intellectuelle et, en plus, une pointe de combativité et d\u2019ironie dans le ton qui ne déplaît pas du tout.Soulignons aussi l\u2019intérêt captivant des pages qui décrivent l\u2019ingérence du parti communiste dans la grande controverse sur la génétiaue qui fit rage en Russie après 1930; ça se lit comme 306 un roman.Nous recommandons au lecteur sérieux ce livre sérieux, mais pas trop austère, sur un des grands sujets de notre temps.Souhaitons au public que l\u2019A.poursuive sa réflexion philosophique sur des questions aussi engagées.Conrad East.Observatoire de Géophysique, Collège Jean-de-Brébenf.François Duyckaerts: La Formation du lien sexuel.Coll.« Psychologie et sciences humaines ».\t\u2014 Bruxelles (2, Galerie des Princes), Charles Dessart, 1964, 326 pp.Prix: 145 fr.b.Dans son optique exclusivement psychologique, l\u2019ouvrage, pénétrant et serein, me paraît original et recevable par tous.Du premier émoi à la consommation du mariage, le processus du lien sexuel n\u2019est ni simple ni aisé, parce qu\u2019à tous les stades érotisme qui excite et agressivité qui inhibe ont à composer.L\u2019A.étudie le phénomène chez le nourrisson et chez l\u2019enfant qui grandit; alors, il analyse les réactions qui se forment dans l\u2019inconscient (déplacement des schématismes « pervers », formation de l\u2019objet attirant et de l\u2019objet interdicteur, création du noyau pulsionnel, rôle des rêves et de l\u2019imagination).Après quoi, il montre que le narcissisme, entendu avec une profondeur nouvelle, sert de transition entre le conflit installé dans l\u2019inconscient de l\u2019enfant et l\u2019attrait surgi à la conscience de l\u2019adolescent.Si la peur, dont l\u2019A.parle avec acuité (chap, v), fait rater la transition, le sujet peut se figer dans l\u2019homosexualité.Suivent les chapitres qui traitent des préliminaires de l\u2019union et des conditions de la fidélité, du lien.Livre technique, mais relativement facile, sobre et précis, qui s\u2019impose aux spécialistes et aux éducateurs cultivés.Je n\u2019y critiquerai que l\u2019abus du mot « besoin » et l\u2019expression « sexe opposé », bien que le sens de l\u2019ouvrage semble la justifier.Si on admet, avec l\u2019A., l\u2019universalité de l\u2019excitation érotique et son dynamisme, moins vif dans l\u2019enfance que de l\u2019adolescence à la fin de la maturité, on devra conclure à la nécessité de la pudeur domestique et sociale, car l\u2019exhibitionnisme comporte une agressivité génératrice de peur, et la peur nuit à l\u2019amour.Entreprise difficile, l\u2019amour exige maîtrise de soi et constante discipline.L\u2019ignorance imagine que le naturel va de soi; la science de l\u2019A.prouve qu\u2019il résulte d\u2019une patiente purification.Joseph d\u2019Anjou.Théophile GAUTIER: Le Capitaine Fracasse.Coll.« Marabout géant » 15.\u2014 Verviers (Belgique), Gérard et Cie, 1965, 535 pp., 18 cm.Réédition d\u2019une œuvre célèbre du plus pur romantisme, agrémentée de nombreuses illustrations signées Gustave Doré.Dès le premier chapitre, on peut remarquer le chemin parcouru dans la facture du roman depuis les Romantiques à nos jours.C\u2019était l\u2019époque alors des longues descriptions, surchargées des plus intimes détails, des personnes et des choses, dans un style très haut en couleur et avec une abondance verbale capable de faire honte au dictionnaire lui-même.En fait plusieurs mots de ce roman n\u2019ont plus cours dans la langue moderne.Pour raconter les aventures mirobolantes de personnages fantastiques et étranges dans des décors de rêves et de RELATIONS mystères, Gautier s\u2019est cru à bon droit légitimé d\u2019utiliser une langue somptueuse, d\u2019un pittoresque éblouissant et d\u2019une verve endiablée.Ce récit de plus de cinq cents pages rappelle les vicissitudes parfois cocasses, parfois tragiques, jamais banales, d\u2019une troupe ambulante de théâtre, au temps cher aux Romantiques du règne du bon roi Louis XIII en France, à laquelle s\u2019est joint, poussé par la faim et un amour assez romanesque, un jeune baron miséreux, surnommé le Capitaine Fracasse.A vrai dire, les comédiens tiennent surtout le haut du pavé dans la première partie du roman pour céder, ensuite, graduellement, la place au capitaine Fracasse et à ses difficultés amoureuses, surmontées, on s\u2019en doute bien, à son avantage.Le lecteur moderne, s\u2019il n\u2019est pas trop pressé et impatient, tirera profit moins de l\u2019affabulation elle-même de ce roman que de la richesse du vocabulaire, de la parfaite correction de la phrase, de l\u2019éclat presque trop étincelant des images, de l\u2019art remarquable de camper vivement un personnage \u2014 qualités qu\u2019on aimerait retrouver plus souvent chez les écrivains de chez nous.Prière d\u2019envoyer ce coupon à: MONTREAL TRUST\tM.: 777 ouest, boul.Dorchester, Montréal, Qué.Veuillez indiquer ici vos: NOM__________________________________________ ADRESSE______________________________________ NUMÉRO DE TÉLÉPHONE____________VILLE_________ Je désire recevoir, GRATIS, votre brochure en français intitulée \u201cSERVICES FIDUCIAIRES pour les particuliers et les compagnies\u201d.Le mot \"trust\" ne veut pas dire ce que certains pensent- Georges-Henri d Auteuil.Andrée Bourçois-MacÉ: La Culture: richesse accessible.Coll.« La vie de la femme ».\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1964, 128 pp., 17 cm.Petit livre rempli d\u2019excellents conseils pratiques sur les différentes manières de se cultiver: lectures, spectacles, radio et télévision, etc.Parlant des nouvelles publiées dans les quotidiens, l\u2019A.écrit: « Le titre influe toujours sur le jugement du lecteur, même et surtout, s\u2019il ne s\u2019en rend pas compte.» La radio et la télévision ramassent en elles tous les moyens de culture; il ne faudrait pas les réduire au rôle d\u2019une sorte de.« chewing-gum » de l\u2019oreille et de l\u2019œil! « Elles mettent à notre service tous les maîtres de la musique, de l\u2019art, du théâtre, de la littérature, du cinéma.Elles nous promènent à travers le monde, et nous fournissent une documentation universelle.» Pour couronner tous ses conseils, un dernier qui les vaut tous: « Le silence est d\u2019or.» La culture a besoin de silence.Le bruit est antinaturel: il sape l\u2019équilibre nécessaire à la culture et gêne la réflexion.Ouvrage à la portée de tous et riche d\u2019utile conseils.Richard Arès.En COLLABORATION : Adolescence et Vocations.Coll.« Pour les appels de notre temps ».\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1964, 18 cm., 174 pp.Au Canada comme en France, il y a crise de vocations sacerdotales et religieuses.Ce petit livre nous aidera à comprendre pourquoi.Il nous présente les adolescents devant le monde moderne, décrit la crise et le renouvellement des vacations au cours de l\u2019adolescence, ce qui se passe dans les séminaires de jeunes, dans les institutions secondaires libres ainsi que dans les lycées.Son souci majeur est d\u2019arriver à déterminer comment dans notre monde technique, instituer une pastorale des vocations pour l\u2019adolescence d\u2019aujourd\u2019hui.Beaucoup liront avec profit les pages (55 à 80) intitulées « L\u2019Adolescent et l\u2019appel au sacerdoce »: elles sont justes et stimulantes.Richard Arès.le Montreal Trust vous donne toutes explications.Le mot \u201ctrust\u201d peut porter à confusion.Certains le confondent avec \u201ccartel\u201d\u2014groupement d\u2019intérêts qui élimine la concurrence à son unique profit.Si cette définition est valable en Europe, ici le mot \u201ctrust\u201d a le sens que lui donne le dictionnaire anglais: \u201ctrust\u201d, c'est la confiance, l\u2019acte de confier une chose à une personne responsable qui la fait fructifier.Un \u201ctrust\u201d, en somme, c\u2019est un organisme financier digne de votre confiance.Tel est le Montreal T rust: un organisme financier important qui sert les intérêts les plus divers de ses clients en mettant à leur service des spécialistes qui travaillent à faire fructifier leurs biens.Spécialistes de toutes sortes, économistes, experts en questions boursières, immobilières ou fiscales, tous méritent votre confiance la plus complète.Pour la gestion de vos biens (portefeuille de valeurs mobilières, terrains, immeubles, assurance-vie ou tout autre titre de propriété), de votre vivant ou selon vos dispositions testamentaires, le Montreal Trust met à votre service sa compétence et son souci constant de l\u2019actualité économique et financière.Nombre des conseillers du Montreal Trust sont Canadiens-français: ils ont une connaissance plus vivante, plus intime, de vos problèmes.Vous serez heureux de leur avoir fait confiance.Le Montreal Trust n\u2019est pas une administration froide et impersonnelle.Il s\u2019intéresse à chacun de ses clients et aime traiter de personne à personne.Vous recevrez une brochure sur le Montreal T rust et les services qu'il peut vous rendre, en remplissant le coupon ci-dessus.|| Montreal Trust OCTOBRE 1965 307 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES « Pacem in Terris » and World Government.\u2014 Detroit, Michigan, Mary-grove College, The Campus Reporter, 1965 Commencement Issue, pp.31-98.Numéro spécial sur l\u2019encyclique Pacem in terris et le gouvernement mondial.Dix articles en tout.Nombreuses références et abondante bibliographie sur l\u2019organisation de la société internationale et le gouvernement mondial.Dom Jean-Marie Beaurin, O.S.B., et Michel Beauvallet: Saint Michel archange, protecteur du peuple de Dieu.Coll.« Votre nom, votre saint».\u2014 Tours, Marne, 1965, 136 pp.Petit livre qui vise à « aider beaucoup de « Michel » à mieux connaître, et donc aimer leur patron saint Michel ».Recueil des films de 1964.\u2014 Office catholique national des Techniques de diffusion, Montréal (4635, rue de Lori-mier), 1965, 244 pp.Recueil fournissant des renseignements utiles sur tous les films présentés au cours de l\u2019année 1964: générique, résumé du scénario, appréciation artistique, appréciation et cote morales.Vie musicale (Montréal, 2150, rue Saint- Luc), n° 1.Nouvelle revue, qui se définit ainsi: « Vie musicale s\u2019adresse à tous ceux qui, de près ou de loin, s\u2019intéressent à la musique, à la meilleure musique.Elle est plus spécialement destinée pourtant à ceux qui, loin des grands centres plus favorisés, ont parfois l\u2019impression que leurs efforts sont isolés, voire inutiles.» Evariste-C.Jacob, I.C.: La Chanson et les réunions.\u2014 Chicoutimi (114 est, rue Jacques-Cartier), L\u2019Office diocésain des Techniques de diffusion, 1965, 16 pp.Simples notes sur la chanson dans notre milieu.Théodore Tessier, F.S.C.: Possible?Pourquoi pas?\u2014 Arthabaska, Hervé Boisjoli, 1965, 103 pp.Diverses aventures auxquelles prennent part trois grands adolescents d\u2019école secondaire; à travers lesquelles se fait jour, pour deux d\u2019entre eux, l\u2019appel au sacerdoce et à la vie de religieux enseignant.Esquisse plutôt que roman.Alerte, bien présenté.Revue de l\u2019Enseignement supérieur (13, rue du Four, Paris-VI), juillet-septembre 1965.Numéro spécial sur Les Sciences ethnologiques.Trois articles à signaler: « L\u2019ethnologie » de A.Leroi-Gourhan, « L\u2019ethnologie sociale et religieuse » de R.Bastide et « L\u2019ethnologie juridique » de J.Poirier.Maurice Herr et Loys Pétillot: L\u2019aviation racontée à Jean-Pierre.\u2014 Paris (5, rue Bayard), Editions Ciné-Color (Bonne Presse), 60 pp.Grand album illustré pour les jeunes.Le Boréal Express, février-juin 1965.\u2014 Centre des Etudes universitaires, C.P.545, Trois-Rivières.Le numéro porte sur l\u2019an 1790 et met en vedette deux thèmes principaux: le rapport de la commission d\u2019enquête sur l\u2019éducation et une présentation de la nouvelle constitution américaine.Herman Volk, évêque de Mayence: Le Christ et Marie.Fondement dogmatiques de la piété mariale.Coll.« Voies spirituelles ».\u2014 Paris (31, rue de Fleu-rus), Editions Fleurus, 1965, 72 pp.Présentation de la position catholique: ni le dogme ni le culte mariais ne contredisent en rien au primat du Christ.L\u2019A.indique comment un catholique doit comprendre ce qu\u2019il a appris à dire de Marie.Cahiers d\u2019études et de recherche.Publiés par l\u2019Office national des Techniques de diffusion, 4365, rue de Lorimier, Montréal.Prix: $0.50 l\u2019exemplaire.Cahier n° 1: Essai de théologie des moyens de communication sociale, par Yvon Desrosiers, prêtre.Cahier n° 2: Jalons pour une psychosociologie des moyens de communication sociale, par Marc Laplante, sociologue.Cahier n° 3: L\u2019influence des techniques de diffusion collective du point de vue de la recherche empirique, par Yvan Corbeil, travailleur social professionnel.Cahier n° 4: Notes sur l\u2019évaluation critique à la télévision, par Jacques Keable, journaliste.Cahier n° 5: Réflexion chrétienne sur la chanson d\u2019aujourd\u2019hui, par Yvon Desrosiers, prêtre.C\u2019est une œuvre fort utile qu\u2019entreprend l\u2019Office catholique national des Techniques de diffusion.Les moyens de communication sociale occupent désormais dans notre vie une place tellement importante qu\u2019on ne saurait trop les connaître, trop réfléchir sur l\u2019influence qu\u2019ils exercent dans notre milieu.Les divers cahiers déjà publiés nous y aident grandement.« Par leur contenu autant que par leur forme, écrit l\u2019abbé Desrosiers, ces moyens ont contribué à créer un homme et un monde nouveaux, pour lesquels le Mystère chrétien prend un sens spécial et doit être vécu de façon nouvelle.» Les travaux de MM.Laplante et Corbeil forment des textes plutôt techniques, pas toujours faciles à lire, surtout celui de M.Laplante.Quant au cahier n° 4 de M.Keable, il se révèle à la fois instructif et fort intéressant; il faut lire tout particulièrement les « Notes sur la façon de regarder une émission de télévision ».A lire aussi la « Réflexion chrétienne sur la chanson d\u2019aujourd\u2019hui»:\tc\u2019est simple, compréhensif et intelligent.¦ Joseph COSTISELLA: Le Peuple de la nuit.\u2014 Montréal (C.P.206, station N), Editions Chénier, 1965, 128 pages.Ce livre se présente comme « l\u2019histoire de la résistance armée du peuple du Québec contre l\u2019occupant colonialiste.Le « peuple de la nuit », ce sont tous ceux, connus ou inconnus, qui ont choisi volontairement la mort ou la prison pour libérer la nation.» L\u2019A.y lance un cri de désespoir et un appel à la révolte.« JÇe temple de la lumière » Behind Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques BEN BÉLAND, prés.JEAN BÉLAND, Ing.«\u2022cr.-fré».P-, 715 2, boul.Saint-Laurent, Montréal 274-2465* cite de Saint-fréxome est le centre commercial et indus triel le plus important au nord de Montréal.Deux chemins de fer, C.P.R.et C.N.R.Main-d'oeuvre abondante.Elle invite les industriels à venir s'y établir et leur offre tous les avantages possibles.Routes de première classe.Tous renseignements fournis avec empressement.LE CONSEIL MUNICIPAL.308 RELATIONS Histoire universelle >:< >VU f Histoire univeï\u2019seüe Histoire universelle :ÎO W/V'-.f, Àx v Histoire universelle y-A\tîK V-V-vU .5x* ry>-S\"l-»i?U\\l 1 «¦» Distributeur général pour les Amériques : D.KASAN - 226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q. ¦ '¦! * ' 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