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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1966-05, Collections de BAnQ.

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[" 25\u2018 anniversaire n° 305, mai 1966, 50* LA FA QUEBEC La famille au Québec Nulle institution, après l\u2019Église, n\u2019a plus que la famille contribué au façonnement psychologique et à la survivance du peuple canadien-français.Aussi convenait-il que nous lui accordions une attention particulière dans cette série d\u2019études que nous publions sur l\u2019état de la société canadienne-française à l\u2019heure de la révolution tranquille.D\u2019où le contenu de ce deuxième numéro spécial de Relations à l\u2019occasion de son 25e anniversaire.Autrefois, objet d\u2019admiration pour sa vitalité, son unité, et sa stabilité, la famille chez nous suscite maintenant de vives inquiétudes.Elle est en crise; de tous les maux qui bouleversent notre société, que ce soit sur les plans économique, social, scolaire, culturel et religieux, il n\u2019en est aucun qui n\u2019ait ses répercussions sur la petite cellule familiale.Aussi, parle-t-on volontiers aujourd\u2019hui de son éclatement et de sa désintégration; certains vont même jusqu\u2019à se demander s\u2019il y a, pour elle, un avenir dans nos grandes villes industrielles et si le monde des valeurs d\u2019intimité et de communauté qu\u2019elle représente n\u2019est pas voué à disparaître ou à dépérir.Chose certaine, la figure traditionnelle de la famille, celle qui empruntait ses traits à notre civilisation rurale d\u2019autrefois, s\u2019est déjà considérablement transformée et elle est en train de se donner des traits nouveaux sous la pression des exigences de notre présente civilisation urbaine.Pour le moment, cependant, en proie à la fièvre du changement qui agite notre société, la famille n\u2019est plus au même degré ce qu\u2019elle avait coutume d\u2019être chez nous, c\u2019est-à-dire une source abondante de vie, un principe permanent d\u2019unité et de stabilité, une gardienne très fidèle des traditions nationales et religieuses.Faible et menacée de toutes parts dans un monde plus ou moins inconnu et hostile, la famille se cherche désespérément des appuis et appelle au secours.Ce secours, d\u2019où peut-il et d\u2019où doit-il lui venir ?De trois sources principales, répondent nos collaborateurs: des familles elles-mêmes, de l\u2019État et de l\u2019Église.Il appartient d\u2019abord aux familles de s\u2019aider elles-mêmes, c\u2019est-à-dire de prendre en main leur destin pour l\u2019accomplir au lieu d\u2019uniquement le subir, et cela en unissant leurs forces, en s\u2019organisant, en mettant sur pied un efficace et puissant mouvement familial, capable de parler en leur nom en tout domaine et en toute occasion, capable surtout de les représenter et de les défendre auprès des autorités publiques.Il faut que les familles le comprennent: l\u2019ère de leur isolement tranquille est passée.Si elles veulent se faire écouter et défendre efficacement leurs droits, par exemple, dans le domaine de l\u2019éducation, comme le montre M.Zalloni, les familles n\u2019ont présentement pas d\u2019alternative: elles doivent s\u2019unir et parler d\u2019une même voix.Toutes seules cependant elles ne parviendront pas à triompher des énormes difficultés qui les assaillent: il leur faut l\u2019aide de l\u2019État.Sur ce point nos collaborateurs sont unanimes: pour l\u2019État du Québec, une authentique et progressive politique familiale \u2014 politique dont MM.Garigue et Henri-pin énoncent ici les grandes lignes et les principaux objectifs\u2014, loin d\u2019être un luxe, est devenue une criante exigence du bien commun, une nécessité vitale pour la société canadienne-française, dont le salut a toujours passé par celui de la famille.Ce salut ne pourra toutefois s\u2019opérer que si la famille demeure fidèle à certaines des valeurs spirituelles qui ont fait sa grandeur et sa force autrefois.Pour la soutenir dans cette tâche, elle pourra certainement compter sur le secours indéfectible de l\u2019Église; déjà celle-ci renouvelle sa catéchèse et sa pastorale afin de les mieux adapter à la vie familiale d\u2019aujourd\u2019hui.Elle pourra aussi compter sur l\u2019aide de ces mouvements, associations, groupements, équipes, dont nous avons essayé d\u2019établir l\u2019inventaire un peu plus loin, et qui tendent tous à procurer à la famille une meilleure vie morale, spirituelle et religieuse.Dans la confusion du temps présent, il n\u2019est pas de signe plus évident de vitalité, de lueur plus réconfortante d\u2019espérance.Richard Arès.SOMMAIRE RELATIONS La famille au Québec Richard Arès Aux familles du Québec .S.E.le général Georges-P.Vanier L\u2019éclatement des cadres familiaux traditionnels au Canada français.Marc-Adélard Tremblay Le droit de la famille au Québec .Albert Bohémier Services sociaux à la famille au Québec Gilles Lacroix Besoins économiques des familles et prestations familiales.Jacques Henripin Famille et fécondité : perspectives sociologiques .Mme Colette Carisse L\u2019éducation de la foi en milieu familial.Mme Paul David Une politique familiale québécoise .Philippe Garigue La famille et l\u2019école.François Zalloni Lignes de faîte d\u2019une spiritualité conjugale .Marcel Marcotte Document: L'école chrétienne est l'affaire de tous.S.Ém.le cardinal Léger Inventaire: Au service de la famille.Bibliographie sur la famille au Québec.II 129 131 132 137 138 141 144 146 149 150 154 156 162 REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Rédaction et abonnements: 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Publicité: Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication. MONTRÉAL MAI 1966 NUMÉRO 305 ATOMS AUX FAMILLES DU QUÉBEC S.E.le général Georges-P.VANIER gouverneur général du Canada IL est incontestable que le monde fait face à une crise de notre système social, à une vague de plus en plus forte de délinquance et de crime ainsi que de comportement anti social.Le Canada en général n\u2019y a pas échappé, le Québec non plus, au contraire.La délinquance est devenue un problème social majeur.Elle a doublé entre 1956 et 1961, et un rapport de la Cour du bien-être social à Montréal révèle qu\u2019il y a eu, en 1964, six fois plus de comparutions qu\u2019en 1961.Chose également alarmante, et dont on ne semble pas se rendre compte, est la baisse très marquée de la natalité dans le Québec.En 40 ans, le taux de la natalité est tombé de 35.5 à 21.4, soit de 14.1, tandis que dans l\u2019Ontario la différence ne fut que de 23.7 à 21.4, soit de 2.2.Actuellement le Québec se trouve en dernière place avec la Colombie-Britannique.Ces chiffres de la délinquance et de la natalité révèlent combien la vie familiale au Québec s\u2019est transformée.C\u2019est une véritable crise.N\u2019étant pas sociologue, je ne peux pas décrire adéquatement l\u2019importance du rôle qu\u2019a joué, et joue toujours, la famille dans notre histoire.Je cite donc une autorité en la matière, le docteur Philippe Garigue, doyen de la faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal: Pour comprendre ce qu\u2019a été et ce qu\u2019est le Québec, il nous faut descendre aux sources mêmes de la vie.Il nous faut connaître le passé et le présent de la famille québécoise.En effet, c\u2019est la famille qui a assuré l\u2019existence du Canada français, non seulement en permettant le peuplement MAI 1966 129 d\u2019une partie du continent nord-américain par les descendants des dix mille colons français venus pendant les 150 ans de la Nouvelle France; mais elle a aussi assuré la survivance culturelle des Canadiens français après la Conquête, parce qu\u2019elle leur a donné un cadre social largement fermé aux influences étrangères.Parce que la famille fut la source première de la nation canadienne-française, parce qu\u2019elle a été l\u2019instrument principal de la survivance, sa position parmi les institutions québécoises est l\u2019élément majeur de l\u2019identité sociale du Québec.C\u2019est elle qui encapsule en même temps toutes les traditions et toutes les espérances qui sans interruption rattachent les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui aux premiers colons qui mirent les pieds sur les bords du Saint-Laurent.C\u2019est donc dans la famille qu\u2019il nous faut chercher les causes de la crise que subit la société et y trouver des solutions préventives.Chez l\u2019enfant il est assez facile, avec patience et amour, de faire disparaître, au moins en partie, les instincts d\u2019égoïsme qui sont souvent au début superficiels.Les parents, en s\u2019appuyant sur l\u2019amour filial des enfants, peuvent enrayer ces tares naissantes.Les enfants, sentant l\u2019amour profond des parents pour eux, répondront par leur amour et leur obéissance.L\u2019amour attire l\u2019amour.L\u2019enfant a besoin du guide paternel et de l\u2019affection maternelle.Son développement exige un milieu harmonieux.Le petit est excessivement sensible à toute discordance.Un enfant élevé dans un milieu d\u2019affection cultivera des dispositions qui développeront chez lui l\u2019amour et la générosité.La famille doit être une, un centre de paix et d\u2019amour.Une société faite de familles profondément unies sera une société profondément heureuse.Mais cette unité ne doit pas être un égoïsme où les deux conjoints se replient sur eux-mêmes et sur leur propre bonheur aux dépens des enfants.Elle doit être une source de dévouement et de fécondité.D\u2019un foyer uni sortiront des enfants sains et généreux.Je supplie les parents de reconnaître leurs devoirs de chrétiens.Orienter leurs enfants est une tâche dont ils devraient être fiers.Sans leur collaboration active il y a peu d\u2019espoir de vaincre la délinquance qui nous envahit.Dans la famille traditionnelle, la femme était le centre « affectif » de la vie familiale; elle était vraiment celle qui, par ses activités diverses, maintenait la chaleur et l\u2019amour du foyer.Aujourd\u2019hui, elle se tourne vers les activités politiques, économiques et sociales.Ce désir implique qu\u2019elle n\u2019est plus aussi intensément ce centre « affectif ».Mais il serait faux de demander à la femme de faire un retour complet en arrière.Je fais néanmoins appel au cœur de l\u2019admirable mère canadienne-française pour qu\u2019elle revienne, au moins en partie, et tenant compte des conditions modernes, aux vieilles traditions qui ont assuré la survivance du Canada français.L\u2019œuvre d\u2019unification dans la famille n\u2019est pas une chose qu\u2019on impose.C\u2019est à chacun de nous, dans sa vie privée, de faire un examen de conscience.C\u2019est en reformant humblement nos propres cœurs et nos attitudes que nous pourrons contribuer au renforcement de la famille.Notre responsabilité est grande.Ayons le courage de l\u2019accepter.Soyons à la hauteur de la mission que Dieu nous confie.Elle est belle et noble cette mission, puissions-nous l\u2019accueillir avec joie et fierté! Que la famille continue d\u2019être, comme nos ancêtres l\u2019ont connue, la première école où l\u2019enfant, sur les genoux de sa mère, apprend à connaître Dieu et à aimer ses frères.Que la devise de la famille soit « l\u2019amour dans la fécondité »! 130 RELATIONS L\u2019éclatement des cadres familiaux traditionnels au Canada français Marc-Adélard TREMBLAY, Ph.D.* NOUS reprenons ici quelques-unes des observations que nous avons consignées récemment sur l\u2019évolution de la famille canadienne-française b Toute analyse des changements dans les structures et les fonctions familiales, si brève soit-elle, doit se fonder sur des perspectives théoriques de même que sur une stratégie de l\u2019expérimentation sociale que le présent mandat ne nous permet guère d\u2019expliciter.Qu\u2019il suffise de mentionner que nous emploierons les étapes, habituellement suivies, dans l\u2019analyse du changement social.Dans un premier temps nous énoncerons les principaux traits de la famille traditionnelle.Suivra une énumération des principaux moteurs de changement.Les transformations de la famille canadienne-française constitueront la partie maîtresse de l\u2019exposé.I Familles et société traditionnelles Ce qui caractérise la société traditionnelle ce sont des techniques de subsistance plutôt simples et une grande homogénéité dans les types d\u2019occupation et dans l\u2019emploi du temps; c\u2019est un mode d\u2019organisation sociale qui privilégie la famille et le système de parenté en tant que structures d\u2019encadrement et principes directeurs dans l\u2019élaboration des relations sociales, créant ainsi de multiples liens de solidarité entre tous les membres de la communauté; c\u2019est, enfin, un ensemble de valeurs transmises qui créent chez les individus une image de soi et une compréhension unanimes de la réalité.On comprendra que ce genre d\u2019orientation culturelle produit une obéissance automatique aux normes héritées et une très grande uniformité dans les comportements sociaux.La communauté familiale est de type patriarcal, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle est dirigée par le grand-père, qui est à la fois le chef * M.Marc-Adélard Tremblay, professeur d\u2019anthropologie à la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université Laval de Québec.1.« Modèles d\u2019autorité dans la famille canadienne-française », article qui paraîtra dans Recherches sociographiques, vol.VII, nos 1 et 2, 1966.\u2014 « Les nouvelles structures d\u2019autorité dans la famille au Canada français », article qui paraîtra dans Les Cahiers de Droit, printemps 1966.MAI 1966 de la famille et le gérant de l\u2019atelier agricole, et qu\u2019elle renferme tous ses enfants de sexe masculin mariés ou non ainsi que leur progéniture.Le patriarche est un homme de tous les métiers.Il est nanti, de par son statut, de responsabilités très larges et d\u2019un pouvoir qui lui permet de les assumer selon son génie propre tout en respectant les coutumes établies.Ses directives sont rarement contestées: il est non seulement craint de ses enfants et de ses petits-enfants mais aussi de sa femme qui lui est soumise.Elle lui est totalement subordonnée dans ses fonctions de coproductrice et dans ses tâches d\u2019éducatrice des enfants.La famille est aussi une institution qui se suffit à elle-même sur les plans économique et socio-culturel.En effet, elle produit tous les biens et les services requis pour satisfaire l\u2019ensemble des besoins de la maisonnée.Bien plus, de par la multiplicité de ses fonctions (entre autres, la transmission des traditions, la protection et l\u2019éducation de ses membres) elle constitue un véritable univers de pensée et un mode d\u2019existence à l\u2019image de la société plus large.En bref, elle est un véritable microcosme de la configuration culturelle globale.Finalement, le profil des valeurs et des attitudes familiales dénote une vision spiritualiste du monde centrée sur la vocation exemplaire du mariage, sur les liens sacrés qui unissent tous les membres d\u2019une même famille et, enfin, sur la famille en tant que gardienne des valeurs religieuses et nationales.II Les moteurs de changement Les diverses études portant sur les dynamismes de changement au Canada français accordent une place de choix à l\u2019avancement technologique.Il est incontestable que le progrès technique entraîne de nouveaux modes de production et d\u2019organisation économiques (industrialisation), crée de nouveaux centres résidentiels et de nouvelles conditions de vie (urbanisation); il réduit, enfin, les distances qui séparent les peuples et permet des échanges autrefois impossibles (contacts de civilisation).L\u2019ensemble de ces facteurs a rompu l\u2019isolement culturel du Canada français et permis la pénétration de valeurs étrangères qui ont fait éclater les anciens cadres sociaux, y compris la communauté familiale.C\u2019est le système social dans sa totalité qui est remis en question parce qu\u2019il a perdu sa signification et son authenticité.Nous nous bornerons à examiner les transformations qui apparaissent d\u2019emblée dans l\u2019institution familiale.III Les transformations familiales 1.\tL'émergence de la famille conjugale Une des caractéristiques dominantes de la famille dans la société technique est la disparition des obligations parentales de la famille étendue et l\u2019abandon graduel de certaines fonctions sécuritaires maintenant assurées par « l\u2019État-Provi-dence ».L\u2019émergence de la famille conjugale a coïncidé avec l\u2019apparition d\u2019une économie centrée sur les salaires et orientée en fonction de la consommation.Mais si cette structure nouvelle permet une plus grande liberté de décision et de mouvement chez ses membres, elle leur impose, par ailleurs, des responsabilités individuelles plus grandes.L\u2019incapacité d\u2019un des membres à assumer pleinement la multiplicité de ses rôles (un père en chômage prolongé, ou une mère malade, par exemple) entraîne de graves répercussions et constitue une menace continuelle au maintien de l\u2019unité et à son indépendance.La famille est une des multiples institutions de la société technique \u2014 qu\u2019on songe à la prolifération des groupes spécialisés \u2014 et, pour autant, exerce une influence réduite sur ses.membres dans les divers univers sociaux où ils agissent.2.\tU égalitarisme et V émancipation féminine Une deuxième tendance de la famille moderne c\u2019est l\u2019idéologie égalitaire du couple qui s\u2019exprime dans des manifestations les plus diverses, telles que la complémentarité dans la conception et le partage des tâches familiales, l\u2019orientation des relations interpersonnelles, et la participation accrue de la mère dans, des activités extrafamiliales de son choix.L\u2019affranchissement de l\u2019épouse de la puissante autorité de son mari est une consécration de l\u2019importance des fonctions féminines au foyer et une recon- 131 Le droit de la famille au Qaébet naissance de la possibilité de réaliser un épanouissement plus grand encore dans des tâches énonomiques, sociales et artistiques en dehors du foyer.3.\tLa démocratisation des relations parentales La distance psychologique qui existait autrefois dans les relations entre les parents et les enfants s\u2019est rétrécie à un point tel que ces derniers sont à peine dans une position de subordination vis-à-vis de ceux-là.Si les jeunes sont dans une dépendance économique plus grande vis-à-vis de leurs parents plus longtemps (par le prolongement de la scolarité) ils désirent, par ailleurs, que leurs aînés leur fassent confiance dans les projets qu\u2019ils conçoivent eux-mêmes.Ils aspirent à assumer des responsabilités d\u2019adultes et à participer à la construction d\u2019une cité nouvelle.La culture des adolescents constitue d\u2019ailleurs un point d\u2019appui, un groupe d\u2019opposition ou de contestation selon les circonstances.4.\tL\u2019uniformisation des normes de consommation La famille de 1966 est urbaine et salariée.Elle est fortement influencée par la culture de masse (publicité commerciale, organes d\u2019information) dans l\u2019élaboration de ses besoins et de ses aspirations.Toutes les familles s\u2019orientent dans leur style de vie et dans leurs patterns de consommation en fonction d\u2019un ensemble de biens et de services qu\u2019elles jugent non seulement comme des nécessités mais aussi comme des droits.Les groupes de référence sont de plus en plus puissants dans les contraintes qu\u2019ils imposent aux individus et aux familles et les normes de consommation s\u2019élèvent continuellement.Comment freiner les désirs, contenir les aspirations ?IV Conclusion L\u2019influence du progrès technique dans l\u2019évolution de la famille est visible à plusieurs niveaux même dans une analyse aussi modeste que celle-ci.Les tendances que nous avons regroupées nous apparaissent comme des mécanismes d\u2019adaptation, comme les éléments d\u2019une nouvelle tradition qui est en voie de s\u2019élaborer et qui s\u2019appuie sur une plus grande liberté et participation individuelles.Vus sous cet angle, les éléments de désintégration socio-culturelle, ou encore, les erreurs dans les choix individuels, et même les brouillages dans les prises de conscience nous apparaissent comme des expériences éminemment constructives.Albert BOHÉMIER* Le droit de la famille n\u2019est pas encore une expression très familière au juriste québécois.Ainsi, elle met en évidence le caractère quelque peu archaïque de certaines dispositions du Code civil et leur inadaptation au contexte sociologique contemporain.En effet, la notion de famille est une acquisition relativement récente dans le vocabulaire juridique.On ne la retrouve pas dans le Code Napoléon sinon dans l\u2019expression de « conseil de famille ».Le Code civil québécois ne l\u2019utilise guère davantage.Toutefois il nous en fournit une définition à l\u2019article 979 c.c.du chapitre relatif à la prohibition d\u2019aliéner: « Le terme famille non limité s\u2019applique à tous les parents en ligne directe ou collatérale.».On a soutenu l\u2019opinion que cette omission à peu près constante de l\u2019expression famille fut volontaire.Fidèles à l\u2019esprit révolutionnaire du xvme siècle, les rédacteurs du Code Napoléon, dont se sont inspirés nos propres commissaires, auraient refusé de reconnaître la famille comme une institution propre, susceptible de contrecarrer l\u2019autorité de l\u2019État et de brimer la liberté de l\u2019individu x.L\u2019ignorance de la famille, affectée par le Code Napoléon et notre propre Code civil, s\u2019explique plutôt par les conceptions familiales qui prévalaient à l\u2019époque de leur formulation 2.Les rapports familiaux étaient conçus essentiellement comme des droits, devoirs et obligations d\u2019individus par rapport à d\u2019autres individus et nullement comme un ensemble de règles organiques orientées vers un intérêt familial, collectif et supérieur.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi notre Code civil expose les diverses obligations des membres de la famille dans des titres distincts et indépendants, comme le mariage, la * Me Albert Bohémier, assistant-professeur à la Faculté de Droit de l\u2019Université de Montréal et secrétaire du Comité du Droit des Personnes et de la Famille.1.\tR.Savatier: Le Droit, l\u2019amour et la liberté, Paris, 2e éd., 1963, p.14.2.\tR.Théry: Trois conceptions de la famille dans notre droit, Dalloz, 1953, chronique, p.47.séparation de corps, la filiation et la puissance paternelle.Depuis lors, la famille a considérablement évolué.Elle s\u2019est à la fois affaiblie et renforcée tant sur le plan juridique que sociologique.A l\u2019origine, la famille était formée du lignage, de la parenté au sens large, c\u2019est-à-dire de toutes les personnes unies ensemble par un lien suffisamment identifiable d\u2019alliance et de parenté 3.Aujourd\u2019hui la famille tend à ne comprendre que le père, la mère et les enfants.Ainsi les autres parents seraient exclus de la famille proprement dite et ne feraient véritablement partie que de la parenté 4.Ce resserrement du cercle familial s\u2019est par contre accompagné d\u2019un renforcement de l\u2019institution elle-même.La famille a lentement pris figure d\u2019une entité autonome, à la fois distincte des membres qui la constituent et de l\u2019État qui lui doit sa protection 5.La famille appa- 3.\tH., L.et J.Mazeaud: Leçons de Droit civil, Paris, 2e éd., vol.1 (1959), p.685.-Josserand: Cours de Droit civil, vol.1 (1938), n° 675.- L.Beaudoin: Le Droit civil de la province de Québec, Montréal Wilson et Lafleur, 1953, p.147.4.\tJean Carbonnier: Droit civil, vol.1 (1962), p.292.\u2014 R.Savatier: Les Métamorphoses économiques et sociales du droit civil d\u2019aujourd\u2019hui, lre série (1964), p.153.\u2014 Philippe Garigue:L« Vie familiale des Canadiens français, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1962, p.51.En droit positif, la notion n\u2019est pas encore fixée.Le législateur emploie indistinctement le mot famille dans son sens large comme dans son sens restreint D\u2019ailleurs, le législateur utilise de plus l\u2019expression ménage pour référer à la famille au sens restreint (art.1425B c.c.en 1931; art.1292 c.c.en 1964).Par contre l\u2019art.174 c.c., adopté en 1964 en vertu du Bill 16, emploie le mot famille pour signifier le père, la mère et les enfants.Enfin il est possible que la législation sociale donne un nouveau sens au mot famille: elle comprendrait toutes les personnes qui vivent de fait ensemble comme les membres d\u2019une même famille, peu importe leur véritable rapport juridique.5.\tDéclaration universelle des droits de l'homme \u2014 1948; art.16 (3): « La famille est l\u2019élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l\u2019Etat.» Loi du ministère de la Famille et du Bien-Etre social 1964, S.R.Q., chap.212.Loi du Conseil supérieur de la Famille, 1964, S.R.Q., chap.213.132 RELATIONS raît ainsi comme un corps intermédiaire autonome, qui sans être véritablement une personne morale6, forme une entité juridique réelle et irréductible, dont le législateur doit tenir compte dans l\u2019élaboration de sa politique et qui de plus tend à moduler le droit civil lui-même.Ainsi, selon les auteurs modernes, la famille repose sur le mariage et la filiation, son organisation consiste dans les rapports juridiques entre les époux et entre les parents et les enfants et enfin sa désorganisation résulte de la séparation de corps et du divorce.Malgré cette évolution de la famille, le législateur n\u2019a pas encore modifié sa législation d\u2019une façon substantielle.C\u2019est pourquoi, pour décrire l\u2019état actuel de notre droit familial, nous adopterons le plan retenu par le Code civil lui-même.Nous reprendrons les principaux titres relatifs aux relations familiales et nous tenterons d\u2019en dégager les postulats fondamentaux.Le droit de la famille est principalement contenu dans les titres V à VIII du livre premier du Code civil, relatif aux personnes.Le titre cinquième porte sur le mariage (art.115 à 185 c.c.), le titre sixième porte sur la séparation de corps (art.186 c.c.à 217 c.c.), le titre septième sur la filiation (art.218 c.c.à 241 c.c.) et enfin le titre huitième, sur la puissance paternelle (art.242 c.c.à 245 c.c.).Il faut de plus tenir compte de la loi fédérale en vertu de laquelle un divorce parlementaire peut être obtenu pour cause d\u2019adultère7, de même que de la loi d'adoption qui permet la création d\u2019un lien artificiel de filiation 8.Les dispositions du Code civil ont été adoptées en 1866 par le Parlement du Canada-Uni et elles n\u2019ont par la suite fait l\u2019objet que de rares amendements législatifs.En 1867, l\u2019article 91 (26) de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique reconnaissait la compétence exclusive du Parlement fédéral sur le mariage et le divorce.Par contre les paragraphes 12 et 13 de l\u2019article 92 du même acte accordait aux Législatures provinciales des pouvoirs exclusifs sur la propriété et les droits civils, de même que sur la célébration du mariage.C\u2019est pourquoi, toute révision importante du droit de la famille soulève nécessairement un problème de droit constitutionnel.Il faut 6.\tR.Savatier: op.cil., Les métamorphoses, p.153 s.s.: Une personne morale inconnue: la Famille en tant que sujet de droit.7.\tLoi autorisant le Sénat du Canada à dissoudre ou annuler le mariage, S.C.(1963), 1-2 Eliz.II, chap.10.8.\tLoi de l\u2019adoption, S.R.Q., 1964, chap.218.MAI 1966 espérer que cette possibilité de conflits ne constituera pas un obstacle à l\u2019évolution du droit de la famille.I.\u2014 Le mariage Le Code civil considère le mariage comme un acte civil.Le Code en détermine les conditions de formation et les effets.Cependant les commissaires, chargés de la revision des lois du Bas-Canada, ont donné en 1866 un caractère religieux au mariage québécois.En effet, ils ont introduit les empêchements religieux dans le droit civil9 et ils ont imposé la célébration religieuse du mariage 10.Des besoins d\u2019efficacité juridique et un respect des croyances religieuses diverses expliquent cette décision des commissaires.En premier lieu, ils ont voulu conserver le système alors en usage suivant lequel la tenue des actes de l\u2019état civil était confiée aux ministres des différentes religions n.Ainsi, en confiant la célébration du mariage aux ministres des diverses religions, qui tenaient déjà les actes de l\u2019état civil, la loi, tout en respectant l\u2019ordre établi, donnait une publicité suffisante au mariage et en assurait un moyen de preuve efficace.En deuxième lieu, les commissaires ont voulu conserver à tout citoyen « la jouissance de ses usages et pratiques suivant lesquels la célébration du mariage est confiée aux ministre du culte 12.» La société québécoise de 1866 était dans son ensemble profondément religieuse 13.La loi qui obligeait en 1866 chaque citoyen à faire célébrer son mariage devant le ministre de sa religion était en quelque sorte une loi profondément libérale et respectueuse des droits de la minorité.Cette loi n\u2019imposait point une cérémonie particulière au citoyen, mais elle légalisait la situation de fait suivant laquelle chaque citoyen pouvait faire célébrer son mariage suivant les rites de sa propre religion.Et c\u2019est là sans doute l\u2019une des raisons pourquoi 9.\tArt.127 c.c.10.\tArt.128 et 129 c.c.11.\tSecond Rapport des commissaires, Code civil du Bas-Canada, Québec, 1865, p.156.12.\tIbid., p.176.13.\tAinsi F.Langelier écrivait en 1905 dans son Cours de droit civil, Montréal, Wilson et Lafleur, T.1, p.138: « Comme d\u2019une part, chez tous les chrétiens, la naissance, le mariage et le décès sont accompagnés de cérémonies religieuses; comme, d\u2019autre part, notre loi ne suppose qu\u2019il puisse exister quelqu\u2019un sans aucune croyance religieuse, on a cru devoir charger de la tenue des registres de l\u2019état civil dans lesquels ils doivent être constatés, les mêmes ecclésiastiques qui ont mission de faire les cérémonies religieuses qui les accompagnent ou les suivent généralement.» l\u2019on a attribué à la Législature provinciale la compétence exclusive de légiférer sur la célébration du mariage dans l\u2019article 92 (14) de l\u2019A.A.B.N., de 1867.Ainsi, le législateur a marqué le droit du mariage d\u2019un premier caractère religieux en imposant sa célébration publique devant un fonctionnaire qui fût nécessairement un personnage religieux H.Cependant, là ne s\u2019est pas arrêté le législateur.Il a voulu, de plus, donner une valeur juridique aux empêchements au mariage reconnus en 1866 par les diverses religions.Ainsi au chapitre consacré aux « qualités et conditions requises pour pouvoir contracter mariage », l\u2019art.127 stipule: « Les autres empêchements admis d\u2019après les différentes croyances religieuses, comme résultant de la parenté ou de l\u2019affinité et d\u2019autres causes, restent soumis aux règles suivies jusqu\u2019ici dans les diverses Églises et sociétés religieuses.» Cependant les tribunaux, à la suite de longs débats judiciaires, eux-mêmes teintés d\u2019éléments non juridiques pour ne pas dire politiques, sont parvenus à enlever toute portée juridique à cette disposition.Le coup mortel a été rendu dans la curieuse et célèbre affaire Despaties c.Tremblay jugée par le Conseil privé lui-même en 1921 15.Ainsi aujourd\u2019hui, malgré les réticences encore occasionnellement exprimées dans certaines décisions judiciaires 16 il faut reconnaître que les empêchements religieux n\u2019affectent en aucune façon la validité juridique d\u2019un mariage.En résumé, dans notre Code civil, le mariage est un acte purement civil.Seu- 14.\tCe dernier est en principe tenu légalement de célébrer le mariage: c\u2019est un devoir que la loi lui impose.Cependant il ne peut pas être contraint de le faire s\u2019il existe quelque empêchement au mariage selon ses propres croyances religieuses: article 129 c.c.Il est important de retenir qu\u2019en vertu de la Déclaration Bénédictine le mariage d\u2019un catholique et d\u2019un anglican, même célébré devant un ministre anglican, était valide en 1866.15.\tDespatie c.Tremblay (1921) 1 A.C.702; Critique de Léo Pelland (1932) 10 R.du D.451; La loi du mariage dans la province de Québec; C.-E.Dorion, Livre-Souvenir des Journées de Droit civil Français, 1936, p.111.\u2014 Hébert c.Cloua-tre (1912) 41 C.S.249; In re marriage Laws (1912) 46 R.C.S.132; (1912) 7 D.L.R.629 (Conseil Privé).16.\tLa Cour supérieure et la Cour d\u2019appel de la province de Québec ont d\u2019une façon générale évité de se prononcer sur le jugement rendu dans l\u2019affaire Despaties c.Tremblay.\u2014 Howard c.Bergeron (1941) 71 B.R.154; Yorksie c.Chalpin (1946) B.R.51; Burelle c.Dame Grand-mont (1964) C.S.314; Dubé c.Dame Ouellet (1966) C.S.16.133 lement il conserve une apparence religieuse en ce que seul un personnage religieux est légalement habilité à le célébrer et ce dernier n\u2019est pas tenu de le faire s\u2019il existe quelque empêchement au mariage en vertu de ses propres croyances religieuses.Cette situation comporte évidemment une certaine injustice.Tout citoyen, quelles que soient ses convictions religieuses personnelles, doit pouvoir contracter à volonté un mariage purement civil, sans être obligé de se soumettre à une cérémonie religieuse, à laquelle il n\u2019attache aucune importance.Il est du devoir même du législateur d\u2019intervenir.Il lui suffira d\u2019autoriser certains fonctionnaires publics à célébrer mariage et à tenir en conséquence des registres des actes de l\u2019état civil.Ce ne serait là toutefois qu\u2019une solution de compromis.Car, selon notre avis personnel, dans l\u2019ordre juridique, le mariage ne doit être qu\u2019un acte purement civil.II.\u2014 Les rapports juridiques entre ÉPOUX Par leur mariage, les époux forment une société, stable et durable.A cette fin, des rapports juridiques s\u2019établissent entre les époux sur le plan de la personne comme sur celui du patrimoine.En 1866, le législateur a attribué au mari, comme chef de l\u2019association conjugale 17, des pouvoirs absolus et exclusifs.Le mari acquérait la puissance maritale sur son épouse qui lui devait obéissance 18.De même le mari exerçait seul la puissance paternelle durant le mariage 19.Le régime matrimonial légal, c\u2019est-à-dire celui qui prévalait à défaut de contrat de mariage, était la communauté de biens.Le mari administrait et aliénait seul les biens de la communauté.La femme était au contraire considérée comme une incapable juridiquement20.Elle ne pouvait s\u2019obliger, contracter, ester en justice ou exercer une profession sans l\u2019autorisation du mari.17.\tArticle 1259 c.c.En 1964, le Bill 16 a modifié cet article de façon à faire disparaître la qualité de chef du mari.18.\tAncien article 174 c.c.: « Le mari doit protection à sa femme; la femme obéissance à son mari.» Cette disposition reproduisait l\u2019art.213 du Code Napoléon.Bonaparte lui-même insista pour que le Code civil fasse état du devoir d\u2019obéissance de la femme.« Est-ce que vous ne ferez pas promettre obéissance par la femme ?Il faut que la femme sache qu\u2019en sortant de la tutelle de sa famille, elle passe sous la tutelle du mari.Ce mot-là « obéissance » est bon pour Paris surtout, où les femmes se croient en droit de faire ce qu\u2019elles veulent.» 19.\tArt.243 c.c.20.\tAncien article 986 c.c.A la suite d\u2019un certain nombre de lois, adoptées à diverses époques, la femme a assisté lentement et progressivement à son émancipation juridique.Le Bill 16 de 1964 21 a voulu marquer le point culminant de cette évolution.Selon le but avoué du législateur, cette loi devait reconnaître la pleine capacité juridique de la femme mariée sous la seule réserve des restrictions découlant du régime matrimonial.Cette loi constitue une étape importante dans la réalisation de cette politique; elle n\u2019est cependant qu\u2019une étape.En effet si le Bill 16 reconnaît la pleine capacité juridique de la femme mariée, celle-ci doit encore, à certains points de vue, se soumettre à son mari, premier responsable du gouvernement de la famille.La femme concourt dorénavant avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille22 et elle peut exercer librement une profession distincte de celle de son mari23.La femme peut de plus, sous réserve du régime matrimonial, librement s\u2019obliger, contracter et ester en justice.Le mari demeure néanmoins le chef de la famille.La responsabilité de la direction morale et matérielle incombe d\u2019abord au mari.La femme ne concourt avec lui que pour assurer cette direction.Le mari fixe le lieu de la résidence familiale et la femme est en principe obligée de l\u2019y suivre 24.Le mari exerce encore seul la puissance paternelle durant le mariage.Les époux doivent consentir au mariage de leur enfant mineur; en cas de dissentiment toutefois, le consentement du père suffit2S.Plusieurs raisons peuvent expliquer le maintien de cette prépondérance de J\u2019au-torité du mari.En règle générale, le mari est physiquement et psychologiquement plus disposé que la femme à assumer un rôle de direction; traditionnellement on considère l\u2019agressivité comme le propre de l\u2019homme.De plus, normalement, il appartient en fait à l\u2019homme d\u2019assurer la sécurité pécuniaire de la famille.En deuxième lieu, l\u2019unité de la direction apparaît comme nécessaire au fonctionnement et à la protection de la société familiale.On craint que la reconnaissance d\u2019une égalité stricte entre les époux opère comme un « accélérateur » des mésententes familiales et des interventions judiciaires dans la solution des conflits personnels.Ces arguments seraient-ils vrais, on peut encore douter du rôle et de l\u2019effica- 21.\tLoi sur la capacité juridique de la femme mariée (1964) 1-2 Eliz.II, chap.66.22.\tArt.174 c.c.23.\tArticle 181 c.c.24.\tArt.175 c.c.25.\tArt.119 c.c.cité de la règle juridique dans le domaine des rapports familiaux.On peut se demander s\u2019il ne serait pas préférable de reconnaître juridiquement l\u2019égalité absolue des époux, purement et simplement, quitte à laisser les époux eux-mêmes organiser de fait l\u2019ordre de leurs rapports conjugaux suivant leur désir et leur tempérament 26.III.\u2014 La séparation de corps et le DIVORCE L\u2019article 185 du Code civil consacre l\u2019indissolubilité du mariage; « Le mariage ne se dissout que par la mort naturelle de l\u2019un des conjoints; tant qu\u2019ils vivent l\u2019un et l\u2019autre, il est indissoluble.» Par contre, les articles 186 à 217 du Code civil permettent aux époux d\u2019obtenir une séparation de corps pour des causes déterminées.La séparation de corps est actuellement l\u2019une des institutions juridiques des plus menacées.D\u2019une part, les époux préfèrent souvent la séparation de fait et trouvent inutile le recours aux procédures judiciaires.D\u2019autre part, un nombre grandissant de personnes obtiennent directement un divorce parlementaire du gouvernement fédéral.La séparation de corps ne peut jamais être fondée sur le consentement mutuel des époux.Elle ne peut être demandée que pour une cause déterminée: l\u2019adultère de l\u2019un des conjoints 27, les excès, sévices et injures graves de l\u2019un envers l\u2019autre 28 ou encore le refus du mari de recevoir sa femme et de lui fournir les choses nécessaires à la vie suivant son état, sa condition et ses moyens29.Autrement dit, lorsque l\u2019un des conjoints ne remplit pas ses devoirs de fidélité, secours et assistance envers l\u2019autre, ce dernier peut s\u2019adresser au tribunal et obtenir un jugement de séparation de corps.Le tribunal statue sur la demande et, le cas échéant, il doit de plus se prononcer sur la garde des enfants.L\u2019article 214 c.c.veut que cette garde soit confiée à l\u2019époux qui a obtenu la séparation de corps.Cependant le tribu- 26.\tLe lecteur pourra lire à ce sujet l\u2019ouvrage de Catherine Labrusse-Rion, précédé d\u2019une préface de M.René David: L\u2019Egalité des époux en droit allemand, Bibliothèque de droit privé, Paris, Librairie Générale de droit et de jurisprudence, 1965.27.\tArt.187 et 188 du c.c.Avant 1954 l\u2019art.188 c.stipulait: « La femme peut demander la séparation de corps pour cause d\u2019adultère de son mari lorsqu\u2019il tient sa concubine dans la maison commune.» Cependant nos tribunaux considéraient l\u2019adultère du mari comme une injure grave.28.\tArt.189 c.c.29.\tArt.191 c.c.134 RELATIONS nal peut, après avoir consulté le conseil de famille s\u2019il le juge convenable, ordonner, pour le grand avantage des enfants que tous ou quelques-uns d\u2019entre eux soient confiés aux soins de l\u2019autre époux ou d\u2019une tierce personne.Ainsi l\u2019article 214 c.c.reconnaît au demandeur une certaine priorité dans le droit de garde et constitue en quelque sorte une invitation à prendre des procédures.Mais, en fait, nos tribunaux ont tendance à ne tenir compte que de l\u2019intérêt de l\u2019enfant.Enfin la séparation de corps entraîne la dissolution de la communauté de biens 30 et l\u2019époux contre lequel elle est admise perd tous les avantages que l\u2019autre époux lui avait faits 31.Par conséquent, lorsque la conduite d\u2019un époux rend la vie commune impossible, le Code civil reconnaît à l\u2019époux innocent le droit de demander la séparation de corps et réprimande l\u2019époux coupable par des sanctions d\u2019ordre pécuniaire et d\u2019ordre personnel.Au fond, le législateur croit que le caractère répressif de la séparation de corps porte les époux à 'un plus grand respect de leurs devoirs conjugaux et favorise la réconciliation des époux.Malheureusement, nous ne possédons pas de statistiques sur la séparation de corps.On constate tout de même une augmentation des séparations de fait et des divorces.C\u2019est pourquoi il y a lieu de s\u2019interroger sur l\u2019opportunité des sanctions juridiques attachées à la séparation de corps.En outre, une utilisation plus judicieuse et plus constante de la procédure établie à l\u2019article 199 c.c.favoriserait peut-être la réconciliation des époux, dans leur propre intérêt, et dans celui de l\u2019enfant.En effet, selon l\u2019article 199 c.c., « lorsque la demande a été formée pour cause d\u2019excès, de sévices et d\u2019injures graves, encore qu\u2019ils soient bien établis, le tribunal peut ne pas admettre de suite la séparation, mais suspendre son jugement jusqu\u2019à un jour ultérieur qu\u2019il indique, afin de laisser aux époux le temps*de s\u2019entendre et de se réconcilier 32 ».Le Code civil ne reconnaît donc que la séparation de corps et décrète l\u2019indissolubilité du mariage.Cependant le Parlement fédéral, en vertu de sa compétence législative sur le mariage et le divorce, accorde des lois du divorce pour cause d\u2019adultère.30.\tArt.208 et 209 c.c.31.\tArt.211 c.c.32.\tG.Trudel: Traité de Droit civil du Québec, Montréal, Wilson et Lafleur, tome 2 (1942), p.619.MAI 1966 Ainsi tout citoyen de la province de Québec peut s\u2019adresser au gouvernement fédéral et obtenir un divorce parlementaire.Il lui suffit d\u2019être assez fortuné pour s\u2019en payer le luxe et de se procurer une preuve d\u2019adultère.Chose certaine, dans notre droit, le divorce est permis.Seulement et c\u2019est ce qui est injuste, si la loi autorise le divorce, elle n\u2019organise pas une procédure normale devant les tribunaux de droit commun, elle n\u2019organise pas les effets civils du divorce.Heureusement toutefois, nos tribunaux ont fait preuve de beaucoup d\u2019imagination et de beaucoup d\u2019audace pour pallier cette carence législative.S\u2019inspirant des dispositions du Code civil relatives à la séparation de corps, nos tribunaux ont progressivement dégagé les effets juridiques du divorce.Le divorce entraîne la dissolution du lien matrimonial.Les divorcés sont donc considérés comme des étrangers juridiquement et tous les droits et obligations attachés au lien matrimonial disparaissent.C\u2019est ainsi, en particulier, \u2014 ce qui est d\u2019ailleurs fort injuste et de nature à favoriser le divorce \u2014, le droit et l\u2019obligation à la pension alimentaire cessent purement et simplement33.La société conjugale étant rompue, la communauté de biens doit être dissoute.Cependant, faute de textes, certaines déchéances qui auraient pu être prononcées sur une séparation de corps, n\u2019ont pas lieu à la suite d\u2019un divorce 34.Il est inutile d\u2019insister sur l\u2019anomalie de cette situation juridique 36.Seulement, la conclusion s\u2019impose: du moment que le législateur autorise le divorce, il est de son devoir d\u2019en organiser les effets juridiques 36.IV.\u2014 Les rapports juridiques entre LES PARENTS ET LES ENFANTS Juridiquement, la vraie famille est la famille légitime, c\u2019est-à-dire celle fondée sur le mariage.Aussi dans l\u2019esprit des commissaires de 1866, la seule vraie filiation juridique est la filiation légitime.En principe, elle seule mérite d\u2019être organisée et d\u2019être protégée.Ainsi, au titre de la Filiation, un chapitre premier porte sur 33.\tCorber c.Margolick (1950), C.S.369; Robb c.Lewis (1945), R.P.326; Pauzé c.Grotté (78), C.S.519.34.\tParadis c.Lemieux (1955), R.C.S.282.35.\tL.Beaudouin: Le Marchandage juridique de l\u2019adultère de la femme au cours de la liquidation des intérêts pécuniaires des époux en cas de séparation de corps (1961-1962), 64 R.du N.229; Albert Bohémier: Commentaire sur l\u2019art.209 c.c.(1965), R.du B.137.36.\tLire les remarques de l\u2019honorable juge Caron dans l\u2019affaire Rishikoff c.Neidik 1959 R.L.321.« la filiation des enfants légitimes ou conçus pendant le mariage » (art.218 à 227 c.c.), un chapitre deuxième sur les « preuves de la filiation des enfants légitimes » (art.228 à 236 c.c.), enfin un chapitre troisième traite des « enfants naturels » (art.237 à 241 c.c.).Dans toutes ces dispositions, le législateur se montre légitimiste.En premier lieu, il facilite la preuve de la filiation légitime et il réduit au minimum les possibilités de contestations.En deuxième lieu, il donne à la filiation légitime des effets juridiques complets mais refuse par ailleurs de reconnaître ces mêmes effets à la filiation naturelle.Le législateur crée une présomption de paternité légitime en faveur de l\u2019enfant conçu pendant le mariage de ses père et mère (art.218 c.c.).Il étend le bénéfice de la présomption à l\u2019enfant né pendant le mariage quoique conçu avant le mariage.Pour déterminer l\u2019époque de la conception de l\u2019enfant, le Code fixe des présomptions de gestation minimum de 180 jours et maximum de 300 jours.Ces présomptions ont pour fonction de couper court à toute discussion : elles sont donc absolues.Lorsque, par application de ces règles, un enfant est présumé légitime, le législateur limite encore le droit de désavouer l\u2019enfant, i.e.le droit de démontrer son origine adultérine 37.En principe, seul le mari peut désavouer l\u2019enfant et il ne peut le faire que dans les deux cas expressément prévus aux articles 219 et 220 c.c.: la femme doit avoir recelé la naissance de l\u2019enfant ou le mari doit démontrer qu\u2019il a été dans l\u2019impossibilité physique de rencontrer sa femme pendant tout Je temps où l\u2019enfant peut légalement être présumé avoir été conçu.Enfin, lorsque ces conditions sont établies, le mari doit en principe désavouer dans les deux mois de la connaissance acquise de la naissance de ce dernier (art.222 c.c.).Par cette réglementation stricte, le législateur croit favoriser la paix du ménage et la légitimité de l\u2019enfant et empêcher que celle-ci ne soit constamment mise en doute dans des contestations judiciaires scandaleuses et fondées sur des preuves médicales incertaines.Il faut aujourd\u2019hui repenser ces présomptions à la lumière des progrès de la science médicale.Sans doute, en cas d\u2019incertitude, mieux vaut taire une preuve incertaine et affirmer la légitimité de l\u2019enfant.Cependant, chose certainement désirable, les présomptions ne devraient jamais nuire à la légitimité d\u2019un enfant ou à l\u2019entente des époux.Ainsi, en cas de 37.Albert Mayrand: La Preuve de non-paternité (1965), 25 R.du B.177.135 gestations médicalement dirigées, on devrait admettre la preuve de la légitimité de l\u2019enfant « postmaturé », né plus de 300 jours après la dissolution du mariage 3S.De même la réconciliation des époux séparés de corps ne devrait pas être compromise par le fait que la rencontre des époux écarte la possibilité d\u2019un désaveu éventuel39.Faut-il aller plus loin ?Est-ce que l\u2019on ne doit pas se demander dans quelle mesure la présomption de légitimité de l\u2019enfant peut nuire à l\u2019enfant et à la vie commune des époux lorsque le mari a la certitude morale ou scientifique que l\u2019enfant présumé légitime n\u2019est pas le sien ?Le législateur organise donc minutieusement la preuve de la filiation légitime.En outre, le législateur reconnaît à cette filiation des effets juridiques complets.L\u2019enfant légitime entre dans la famille de son père et de sa mère.Des obligations alimentaires réciproques et des droits de succession réciproques s\u2019établissent entre l\u2019enfant légitime et les membres de la famille à laquelle il appartient.Ses père et mère ont par le seul fait du mariage contracté l\u2019obligation de le nourrir, de l\u2019entretenir et de l\u2019élever.Le Code civil facilite l\u2019exécution de ces obligations par l\u2019attribution aux parents de la puissance paternelle sur leurs enfants légitimes40.Ainsi par l\u2019établissement de ces divers faisceaux de liens juridiques, le droit protège l\u2019enfant légitime.Mais ce n\u2019est pas tout.Le législateur marque sa faveur pour l\u2019enfant légitime non seulement en lui reconnaissant des effets juridiques complets mais également en refusant ces mêmes effets à la filiation illégitime.Le calcul du législateur est simple: il est souhaitable qu\u2019un enfant naisse d\u2019une mère et d\u2019un père unis par le mariage.Par conséquent, il faut défavoriser l\u2019enfant illégitime et ignorer la famille naturelle pour faire échec aux relations illicites, et pousser les concubins à régulariser leur union par le mariage.C\u2019est pourquoi, le Code civil reconnaît très peu de droits à l\u2019enfant naturel 41.Selon l\u2019article 240 c.c., l\u2019enfant illégitime dont la filiation naturelle est prouvée à l\u2019égard de son père ou de sa mère par une reconnaissance volontaire ou forcée, peut réclamer des aliments de ceux-ci.L\u2019obligation est strictement personnelle aux père et mère; les grands-parents n\u2019y 38.\tA.Mayrand: loc.cit., pp.207-208.39.\tA.Mayrand: Force d\u2019une présomption et paternité forcée (1964), Thémis 231.40.\tArt.243 c.c.41.\tJ.-L.Beaudouin: Examen critique de la situation de l\u2019enfant naturel (1966) McGill L.J.parution de mars.136 sont pas tenus 42.Cette obligation n\u2019est d\u2019ailleurs pas réciproque: les père et mère ne peuvent pas réclamer des aliments de l\u2019enfant naturel43.De même l\u2019enfant naturel n\u2019est pas appelé à la succession de ses père et mère et ceux-ci, selon l\u2019opinion généralement admise, n\u2019exercent pas la puissance paternelle sur l\u2019enfant naturel.Ainsi l\u2019enfant naturel est dans une situation juridique inférieure à celle de l\u2019enfant légitime.Par contre, le législateur favorise l\u2019accession de l\u2019enfant naturel à l\u2019état d\u2019enfant légitime par deux techniques juridiques différentes: la légitimation et l\u2019adoption.En effet, sur les cinq articles consacrés à l\u2019enfant naturel, trois ont trait à sa légitimation.L\u2019art.237 c.c.stipule « que les enfants nés hors mariage autres que ceux nés d\u2019un commerce incestueux ou adultérin sont légitimés par le mariage subséquent de leurs père et mère ».Ces enfants pourront ainsi acquérir les mêmes droits qu\u2019un enfant légitime 44.Ce bénéfice de la loi est toutefois refusé à l\u2019enfant incestueux ou adultérin.Selon le législateur, permettre la légitimation de ces enfants, c\u2019est favoriser les unions illicites, contraires à l\u2019ordre public.Sans doute, dans tout ce domaine de la filiation naturelle, le législateur poursuit une politique valable.Seulement les moyens, auxquels il a recours, semblent périmés et inhumains.S\u2019il faut condamner les unions illégitimes, les sanctions juridiques devraient pour le moins frapper leurs auteurs et non pas l\u2019enfant lui-même.De plus, règle générale, cet enfant illégitime a souvent besoin plus que tout autre de la protection juridique.Aussi de nombreux juristes voudraient reconnaître à l\u2019enfant naturel des droits plus nombreux et permettre sa légitimation, fût-il adultérin! Nous ne pouvons être que favorable à l\u2019idée d\u2019une plus grande protection juridique de l\u2019enfant naturel.Cependant il ne faut pas pour autant ignorer la réalité.La protection juridique de l\u2019enfant naturel, nous en sommes, et surtout par le truchement de l\u2019aide social! Mais reconnaître une famille naturelle là où les parents eux-mêmes cherchent à s\u2019esquiver, reconnaître des droits civils étendus à l\u2019enfant naturel contre des parents qui refusent de reconnaître leur maternité ou leur paternité, nous paraît une aventure quelque peu utopique et surtout de 42.\tSabino c.Beauchesne (1939), 77 C.S.349; Houde c.Vigeant (1939), 43 B.R.204.43.\tTown of Montreal West c.Hough (1931) R.C.S.113.\u2014 Désilets c.Vary, 1958 C.S.497.44.\tArt.229 c.c.nature à priver des droits élémentaires un grand nombre d\u2019enfants naturels au profit de droits étendus pour une minorité, d\u2019ailleurs incertaine, d\u2019enfants naturels privilégiés! En deuxième lieu, l\u2019adoption, dont la première loi fut édictée en 1924 et que le législateur n\u2019a pas voulu incorporer au Code civil45, permet de créer artificiellement un lien de filiation légitime.Cette loi vise surtout l\u2019adoption des enfants naturels abandonnés.L\u2019enfant légitime au contraire ne peut être sujet d\u2019adoption que dans des circonstances particulières.Il doit être orphelin de père et de mère ou ceux-ci doivent être aliénés; cependant, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, il faut de plus que les grands-parents aient cessé de prendre soin de l\u2019enfant.Lorsqu\u2019au contraire l\u2019enfant n\u2019est orphelin que de père ou de mère, il ne pourra être adopté que par le père ou la mère du conjoint décédé ou par le nouveau conjoint de l\u2019épouse ou de l\u2019époux survivant.Sous ces réserves l\u2019adoption n\u2019a lieu qu\u2019en faveur de l\u2019enfant illégitime abandonné.L\u2019adoption établit un lien de filiation légitime entre l\u2019adopté et l\u2019adoptant.Cependant, elle ne produit aucun effet juridique entre l\u2019adopté et la famille de l\u2019adoptant.Dans l\u2019adoption, ce qu\u2019il faut rechercher, c\u2019est l\u2019intérêt de l\u2019enfant.Aussi au lieu de considérer l\u2019état de légitimité ou d\u2019illégitimité de l\u2019enfant, le législateur devrait plutôt, sous réserve d\u2019une protection suffisante des droits de la famille légitime, s\u2019attacher au fait qu\u2019un enfant est ou n\u2019est pas abandonné.En effet tout enfant abandonné, fût-il légitime ou naturel, devrait pouvoir être adopté, c\u2019est-à-dire, car c\u2019est ce qui importe réellement, avoir le droit d\u2019être recueilli par un foyer généreux où l\u2019enfant trouvera amour, bonheur et protection.Nous avons décrit sommairement l\u2019état actuel de notre droit familial.Nous avons constaté le vieillissement de certaines règles juridiques.Nous avons même mis en doute certains postulats fondamentaux retenus par le Code civil.En fait, nous avons ressenti le besoin de repenser le droit de la famille dans son ensemble, à la lumière des principes plus modernes et du contexte sociologique actuel.C\u2019est précisément dans cet ordre d\u2019idées que s\u2019inscrit l\u2019effort actuel de la Commission de Réforme du Code civil, sous la présidence de Me Paul-André Crépeau: faire justice au Code civil en lui donnant un visage neuf et conforme à la société québécoise du XXe siècle.45.\tLoi de l\u2019adoption, S.R., 1964, c.218.RELATIONS Servîtes sociaux à la famille au Québec Gilles LACROIX* IL nous semble important de préciser tout de suite que, même si dans la province de Québec les agences de service social existent depuis plusieurs années, ce n\u2019est que depuis quelques années, sauf exception, qu\u2019elles sont orientées et s\u2019orientent de plus en plus dans leurs préoccupations vers la famille.En effet, la plupart des agences québécoises de service social sont nées de nos préoccupations vis-à-vis de l\u2019enfance abandonnée, négligée ou ayant besoin de protection.A l\u2019occasion de ces préoccupations il a fallu reconnaître qu\u2019il était illusoire de vouloir rendre des services à l\u2019enfant sans se préoccuper de la famille qu\u2019il avait ou qu\u2019il n\u2019avait pas, à laquelle de toute évidence il avait un droit strict et dont il éprouvait un impérieux besoin.Il faut rappeler, par ailleurs, que toute cette évolution s\u2019inscrivait dans un contexte socio-juridique qui accordait peu d\u2019importance à la famille dans ses lois civiles ou dans celles qui découlent d\u2019une absence de politique familiale ou sociale.Si l\u2019on établit un parallèle avec l\u2019évolution des structures gouvernementales de bien-être, on retrouve, en plus lent, le même cheminement: le ministère de la Famille et du Bien-Être social est sorti du ministère de la Jeunesse.Aujourd\u2019hui, presque toute la population du Québec peut profiter des ressources d\u2019une agence de service social à la famille, cette population fût-elle catholique, protestante, juive, de langue française ou anglaise, fût-elle rurale ou urbaine.Toutes ces agences ont pour but de protéger et de renforcer la vie de la famille et d\u2019améliorer le fonctionnement social de ses différents membres; pour ce faire, elles tentent de mettre sur pied le programme suivant : 1° Une gamme étendue de services à la famille, à travers les méthodes de service social personnel ou de service social de groupe: consultation, assistance financière, service d\u2019aides familiales et de référence en vue d\u2019utiliser les diffé- * M.Gilles Lacroix, directeur du Centre de Service social de Trois-Rivières et membre du Conseil supérieur de la Famille du Québec.MAI 1966 rents services communautaires de bien-être, santé, etc.; 2° Activités éducationnelles: éducation à la vie familiale, planisme familial, etc.; 3° Participation à la formation professionnelle; 4° Recherche; 5° Amélioration du milieu social b Si toutes les agences tendent à s\u2019engager dans ces différentes formes d\u2019activité, il importe de préciser que peu sont effectivement engagées dans toutes.Les agences de service social à la famille, en effet, ont dû remplacer à leurs débuts les institutions traditionnelles de bienfaisance, et administrer certaines lois de bien-être, en particulier, la loi d\u2019assistance publique; elles ont vu ainsi leurs énergies et leur personnel, déjà peu nombreux, mobilisés par la recherche de solutions parfois urgentes d\u2019une gamme de problèmes individuels.C\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler la forme curative individuelle des services d\u2019où devait être exclue, ou presque, toute activité de prévention individuelle et surtout collective.Même les services curatifs individuels devaient être limités à cause de la rareté du personnel compétent, de l\u2019absence de ressources financières adéquates et de l\u2019absence d\u2019une politique non seulement de sécurité sociale mais de bien-être social, à une époque où la société québécoise, par suite de son industrialisation, subissait des transformations de structures importantes.Les agences de service social à la famille, pressées de tous côtés par les besoins que ces transformations amenaient ou découvraient, devaient souvent se contenter d\u2019aller au plus urgent.Même les activités d\u2019action sociale, pour éveiller la communauté à l\u2019ensemble de ces besoins, pour éveiller en particulier la communauté politique à ses responsabilités vis-à-vis de ces problèmes, devaient s\u2019exercer à travers des groupes de pression absents ou encore à créer ou peu institutionnalisés, n\u2019ayant donc réellement que peu de pouvoir.1.National Association of Social Workers, Encyclopedia of Social Work, New York, 1965, pp.309 et 310.ON A parfois reproché aux agences de service social et en particulier aux agences de service social à la famille de s\u2019être peu faites les porte-parole des besoins de la communauté ou de parties de la communauté.Quiconque a œuvré dans le champ du service social au cours des vingt-cinq dernières années comprendra que, pour parler, il fallait avoir le temps, les moyens et les interlocuteurs, trois éléments que le service social ne possédait pas et ne possède encore que d\u2019une façon fragmentaire.Pendant plusieurs années, les deux activités principales des services sociaux à la famille furent les services directs et la formation professionnelle.Non seulement l\u2019agence a dû rendre une foule de services mais encore, pour y mieux répondre, d\u2019une part, collaborer aux programmes de formation des écoles universitaires, et d\u2019autre part, former le personnel qu\u2019elle devait embaucher pour répondre \u2014 et encore seulement quantitativement \u2014 aux nombreux services qu\u2019on lui demandait.Il y a longtemps que les agences estiment qu\u2019elles devraient participer à l\u2019organisation communautaire et à l\u2019amélioration des conditions sociales qui affectent une partie importante de la population; longtemps qu\u2019elles connaissent la richesse des informations et des expériences accumulées qui pourraient se traduire par des recherches intéressant la famille; longtemps qu\u2019elles savent de quelles ressources elles devraient disposer pour fonctionner efficacement au niveau du préventif et du curatif individuel, familial ou communautaire: garderies de jour, services d\u2019aides familiales, éducation à la vie familiale, politique familiale de bien-être et de sécurité sociale, etc.Enfin, pour utiliser des expressions chères à Chambord de Lauwe, il y a longtemps que les agences de service social à la famille sont conscientes de leurs « besoins-aspirations » (survivre).Jusqu\u2019à maintenant, leurs ressources en personnel et en argent ont été souvent moins que suffisantes pour satisfaire même leurs « besoins-obligations » (vivre).Que dans ces circonstances les agences de service social à la famille aient réussi à se maintenir et même à se développer, cela nous semble un défi à la logique.Qu\u2019elles aient réussi à se créer des orga- 137 nismes de pensée et de coordination comme la Fédération des Services sociaux à la famille demeure la preuve qu\u2019elles ont conscience de leurs responsabilités vis-à-vis de la communauté.Dans l\u2019optique actuelle où les pouvoirs publics semblent vouloir jouer davantage leur rôle par l\u2019établissement d\u2019un programme de sécurité sociale et par l\u2019élaboration d\u2019une politique de bien-être, \u2014 peut-être pas nécessairement d\u2019inspiration familiale, du moins orientée vers plus de cohérence et mieux axée sur des soucis de justice, \u2014 il est permis d\u2019espérer que nos services sociaux à la famille joueront davantage leur rôle préventif ou curatif, individuel ou communautaire à travers les différentes méthodes de service social dont elles disposent.Pour vivre ainsi, au lieu de survivre, et actualiser les cinq fonctions plus haut mentionnées, certaines conditions demeurent: des ressources en argent, et un personnel nombreux et qualifié.Cela rendrait possibles en particulier, une meilleure qualité de services, de meilleurs programmes d\u2019activités éducationnelles et une meilleure participation à l\u2019amélioration des conditions de vie en milieu social.Besoins économiques des familles et prestations familiales Jacques HENRIPIN * Traditionnellement, les familles ont assumé la responsabilité économique de leurs enfants.Il y a à cela certaines justifications qui relèvent des caractères socio-économiques anciens du cadre familial, caractères qui ont persisté jusqu\u2019à un passé encore récent.En effet, jusqu\u2019au xixe siècle et même en milieu industrialisé, les enfants étaient loin de constituer un passif pur, pour la famille, du point de vue économique: des quelque vingt ans vécus sous la tutelle de l\u2019autorité paternelle, près de la moitié étaient consacrés à un travail rémunérateur qui constituait un actif pour la famille.Zola a bien illustré cela à propos des enfants de la Maheude, dans Germinal.11 n\u2019est pas sûr que la compensation ait été complète, mais du moins elle était importante et, même aujourd\u2019hui, dans les économies agricoles techniquement attardées, les enfants sont souvent perçus comme une nécessité du point de vue économique, à tort ou à raison.Le poids économique des enfants Or il n\u2019en va plus ainsi: avec une scolarisation très avancée, les années de contribution possible aux ressources économiques de la famille sont en train de disparaître; et les quelques années qui pourraient constituer un apport à la famille coïncident la plupart du temps avec l\u2019émancipation économique des * M.Jacques Henripin, professeur à la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal et membre du Conseil supérieur de la Famille du Québec.138 enfants, de sorte que leur contribution est devenue à peu près négligeable.Ajoutons à cela que le coût des enfants a augmenté, à mesure que le souci et la possibilité de leur donner une bonne éducation et des loisirs de plus en plus coûteux se sont répandus.Il y a toujours des « gosses de riches » pour développer l\u2019appétit des jeunes à l\u2019égard des fruits bien ou mal venus de la prospérité.La même chose se passe, d\u2019ailleurs, chez les adultes.Cependant, l\u2019idée fondamentale de la responsabilité économique des parents à l\u2019égard de leurs enfants a persisté, étayée par l\u2019inertie de la tradition et les atours des philosophies.Cette responsabilité s\u2019est atténuée cependant, du fait de la prise en charge progressive par l\u2019État, de certains services: instruction, santé, loisirs.Mais il ne faut pas se faire d\u2019illusions: ce qui reste à la charge des parents est loin d\u2019être négligeable.On a calculé, en France, l\u2019augmentation des besoins privés entraînée par l\u2019addition des enfants ].Remarquons que dans ce pays, la prise en charge collective des besoins est plus avancée qu\u2019ici.Si l\u2019on adopte comme base (= 100) les besoins d\u2019un couple sans enfant, l\u2019indice des besoins devient égal à 127 pour le couple ayant un enfant, à 156 pour la famille de deux enfants, à 192 s\u2019il y a trois enfants et à 238 s\u2019il y a quatre enfants.1.Voir Yves Martin, «Niveau de vie des familles suivant le nombre d\u2019enfants », dans Population, juillet-septembre 1956, pp.407-415.Un calcul simple permet d\u2019arriver au résultat suivant: le revenu d\u2019une famille étant constant, l\u2019addition d\u2019un enfant de 4 à 6 ans réduit le niveau de vie de 20%; l\u2019addition de deux enfants (l\u2019un de 4 à 6 ans, l\u2019autre de 7 à 9 ans) le réduit de 35%; avec un troisième enfant (de 10 à 13 ans), la réduction est de près de 50%; enfin, le quatrième abaisse le niveau de vie de près de 60%.Il semble bien que ces réductions relatives de niveaux de vie soient à peu près les mêmes pour un assez large éventail des revenus.Ce ne doit être que pour les revenus assez élevés (au-delà de $10,000 par exemple) que le niveau de vie ne baisse pas aussi rapidement avec la venue des enfants1 2.Remarquons en outre que nous avons supposé ici que le revenu familial restait constant, avec la venue des enfants.Or, il peut arriver que le premier enfant ou le deuxième fasse diminuer ce revenu, en particulier si la mère doit abandonner un travail rémunérateur pour prendre soin de ses enfants.Par contre, l\u2019accroissement des charges familiales doit être quelque peu compensé par l\u2019accroissement des revenus du chef de famille, à mesure qu\u2019il avance dans sa vie professionnelle.Mais cela n\u2019est probablement pas le cas de toutes les catégories professionnelles, du moins pas au même degré.On peut penser que ce sont précisément les travailleurs 2.D\u2019après le recensement de 1961, 8.5% des familles du Québec jouissent d\u2019un revenu supérieur à $10,000.RELATIONS les moins favorisés, ceux que l'expérience ne rend pas plus productifs, qui jouissent le moins d\u2019une telle promotion économique.Le rôle de la société Je ne pense pas que les sociétés puissent encore longtemps compter à peu près exclusivement sur l\u2019attrait des enfants, pour assurer la formation des générations nouvelles.Certes \u2014 et je m\u2019en voudrais de paraître le contester \u2014 le mystère de la fécondité, le besoin de se donner à des êtres qu\u2019on a choisis 3, ce désir tenace de fabriquer des hommes et des femmes, tout cela n\u2019est pas près de s\u2019éteindre chez les humains.Le « meilleur des mondes » ne viendra pas si vite.Mais toute cette poésie est l\u2019objet d\u2019un calcul, pas trop rigoureux, heureusement.Mais la poésie de la fécondité est tout de même comparée aux coûts qu\u2019elle entraîne.Et il n\u2019est pas sûr que le résultat de ce calcul, si vague soit-il, donne à la société les enfants dont elle a besoin.Il en résulte que les sociétés devront probablement assumer une part de plus en plus importante du coût des enfants.Elles y seront peut-être forcées.Mais il y a des impératifs plus nobles que ceux qu\u2019impose la santé démographique.11 y a là un problème de justice.Je ne vois pas pourquoi on demanderait aux parents d\u2019assumer à peu près seuls la charge économique des enfants.Il ne s\u2019agit pas de priver les parents de leurs responsabilités; il s\u2019agit de voir à ce que leur niveau de vie ne soit pas réduit de moitié quand ils ont quatre enfants plutôt que de n\u2019en pas avoir.Pour y parvenir, il n\u2019est pas besoin d\u2019avoir une imagination géniale.Les moyens sont déjà trouvés et il suffit de les appliquer.Nous y reviendrons plus loin.Nombre d'enfants et pauvreté Si l\u2019on voulait établir les principales causes de la pauvreté des familles, on pourrait, me semble-t-il, établir la liste suivante: le chômage, la maladie, la vieillesse, le manque de préparation professionnelle et l\u2019absence quasi totale d\u2019un instrument qui ajuste les revenus aux besoins des familles.De ces cinq causes, c\u2019est probablement la dernière qui produit les effets les plus étendus, les autres ne frappant que certaines catégories de la population.C\u2019est aussi 3.Sur un marché d\u2019enfants, quel père ou quelle mère ne choisirait pas les siens ?MAI 1966 à l\u2019égard de cette dernière cause de pauvreté que notre société est restée le plus amorphe, sauf sur un point \u2014 important, il est vrai: la sécurité sociale des personnes âgées.Cependant, pour la majorité des familles, c\u2019est-à-dire celles qui sont constituées d\u2019adultes et d\u2019enfants, une difficulté sérieuse se présente: rien, dans les mécanismes de la distribution des revenus dont se sert notre société, n\u2019assure l\u2019adaptation des revenus aux besoins.Rien, sauf deux correctifs: les allocations familiales et l\u2019impôt sur le revenu.Mais ces deux moyens ont été utilisés, jusqu\u2019à maintenant, d\u2019une façon assez dérisoire.Cela étant, beaucoup de familles à revenu modeste tombent dans l\u2019indigence.Mais voyons les faits.D\u2019après le recensement de 1961, sur les 994,000 familles non agricoles du Québec, 18% ont un revenu inférieur à $2,500; 24% ont un revenu compris entre $2,500 et $4,000; 29% ont un revenu variant entre $4,000 et $6,000; les 29% restant ont un revenu supérieur à $6,000.Notons qu\u2019au sens du recensement, une famille peut être constituée par deux personnes ayant certains liens de parenté; deux conjoints, par exemple, constituent une famille, même s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019enfant.Il va de soi que la distribution des familles suivant le revenu ne permet pas d\u2019évaluer la proportion de celles-ci qui ont un niveau de vie insuffisant.Il faut tenir compte du nombre de personnes par famille.Ainsi, un revenu familial de $2,000 \u2014 si faible soit-il \u2014 permet peut-être à une famille de deux personnes de ne pas manquer du nécessaire.Mais il en va tout autrement si ce revenu doit faire vivre quatre, cinq ou six personnes.Lorsqu\u2019on tient compte de cet élément important, on trouve des situations fort pénibles.Parmi les 83,000 familles dont le revenu est inférieur à $1,500, on en trouve 16% qui ont trois enfants et plus; 11% en ont deux; et même les 18% qui n\u2019en ont qu\u2019un sont également dans l\u2019indigence.Mais on trouve aussi des familles dont le revenu est beaucoup plus élevé et qui sont malgré cela dans l\u2019indigence à cause de leur charge familiale.Parmi les 88,000 familles dont le revenu est compris entre $3,000 et $3,500, environ 30% ont plus de trois enfants et celles-là aussi sont dans une situation précaire.On peut encore grimper dans l\u2019échelle des revenus et trouver des cas où le revenu n\u2019est pas suffisant.Par exemple, les 19,000 familles dont le revenu est de $4,000 à $4,500 et qui ont quatre enfants et plus ont très probablement un revenu insuffisant.Et même un revenu de $6,000 n\u2019est probablement pas suffisant pour les familles qui ont encore le courage \u2014 ou la témérité, peut-être, dans certains cas \u2014 d\u2019élever huit ou neuf enfants.A partir de ce type de données, j\u2019ai essayé d\u2019évaluer la proportion des familles indigentes, en supposant qu\u2019il faut $1,000 par adulte et $500 par enfant pour se tirer d\u2019affaires.Le résultat est le suivant: un peu plus de 25% des familles non agricoles du Québec sont au-dessous de ce minimum.Il est vrai que, parmi ces 25%, la moitié ont un revenu tellement faible que même sans enfant, elles ne pourraient vivre décemment.Elles en ont pourtant, des enfants, qui viennent agraver une situation qui serait déjà inacceptable sans eux.L\u2019autre moitié des familles indigentes ne le seraient probablement pas si la société les aidait suffisamment à élever leurs enfants.Je ne pense pas qu\u2019on puisse considérer une pareille situation avec beaucoup de satisfaction.Je ne pense pas qu\u2019une société qui a le souci de la justice sociale puisse estimer béatement que cette situation fait partie de la nature des choses et que ceux qui ont choisi d\u2019avoir des enfants et d\u2019essayer de les élever, n\u2019ont plus qu\u2019à se tirer d\u2019affaires avec les moyens qu\u2019ils ont.Les querelles philosophiques là-dessus sont assez futiles.Ce qui importe surtout, c\u2019est que les enfants ne souffrent pas de l\u2019insuffisance des moyens financiers de leurs parents et ne se voient pas ainsi privés de nourriture ou d\u2019instruction, comme cela se voit encore.Le correctif fondamental:\tles prestations familiales On me dira que nous avons institué un système d\u2019allocations familiales pour venir en aide aux parents.Je répondrai que donner six, huit ou dix dollars par enfant, quand il en coûte au bas mot 25, 30 ou 40, c\u2019est régler d\u2019une façon simpliste une bien petite partie du problème.Ajoutons que ces allocations se dégradent de plus en plus à mesure que le coût de la vie augmente.Depuis qu\u2019elles ont été instituées, elles ont perdu près de la moitié de leur valeur réelle.Les propagandistes de la contraception attachent beaucoup d\u2019importance 139 à cette idée que les parents devraient avoir les moyens de ne pas avoir les enfants qu\u2019ils ne désirent pas positivement et ils ont sans doute raison, à condition que les informations nécessaires soient diffusées correctement.Mais il faudrait aussi \u2014 et cela me paraît aussi important \u2014 que les parents aient les moyens d\u2019éduquer les enfants qu\u2019ils aimeraient avoir.Il faudrait éviter qu\u2019un couple disposant d\u2019un revenu modeste voie son niveau de vie baisser de moitié, parce qu\u2019il aura décidé d\u2019avoir trois ou quatre enfants au lieu de rester stérile.Seulement, encore faudrait-il que cela fût possible.Il faut bien avouer qu\u2019une politique de prestations familiales qui se proposerait de compenser entièrement le coût des enfants est probablement impraticable.Mais il y a mieux à faire que ce que nous faisons maintenant.J\u2019ai déjà tenté de montrer ce que nous pourrions faire 4, tout en restant modestes, et je ne ferai ici que résumer les éléments essentiels du système qu\u2019on pourrait envisager.Mesurons d\u2019abord notre effort: en 1963, le montant global des allocations familiales, au Canada, représentait 1.65% du revenu national.C\u2019est beaucoup moins que ce que nous avons déjà fait, puisqu\u2019en 1947, ce pourcentage était de 2.4.En doublant cet effort, on disposerait, pour le Québec, de $340 millions au lieu de $170 millions.Et l\u2019on n\u2019atteindrait pas encore l\u2019effort que fait un pays plus pauvre que le nôtre, la France, qui consacre 4 ou 5% de son revenu aux diverses prestations familiales qui ont été instituées dans ce pays.Mais tenons-nous en à nos $340 millions.Que peut-on en faire?On pourrait, bien sûr, les distribuer à peu près également à tous les enfants; ils auraient $14 par mois au lieu de $7.Je ne pense pas toutefois, que ce soit là la meilleure utilisation qu\u2019on puisse imaginer.Puisqu\u2019on ne peut pas donner à tous les parents une allocation qui corresponde au coût de tous leurs enfants, il faut faire un choix.Et il me semble que dans ces conditions, il faut faire bénéficier les familles qui en ont le plus besoin.Je ne pense pas, ici, à imposer un test d\u2019indigence pour l\u2019attribution des prestations familiales.Il y a un moyen bien plus simple et bien moins 4.Voir « Ébauche d\u2019un système de prestations familiales », dans Socialisme 65, printemps 1965, n° 6, pp.33-48.odieux de rejoindre les familles qui ont le plus besoin d\u2019être aidées économiquement.Ce moyen consiste à supprimer l\u2019allocation familiale pour le premier enfant ou peut-être même pour les deux premiers.La suppression de l\u2019allocation familiale au deuxième enfant est peut-être difficile à réaliser, politiquement.Aussi bien, je proposerais qu\u2019on supprime l\u2019allocation du premier, qu\u2019on laisse au deuxième l\u2019allocation actuelle et qu\u2019on reporte sur les enfants de rang supérieur à 2, l\u2019économie réalisée sur le premier enfant.Cette économie est considérable, car plus du tiers des enfants sont des premiers enfants.Si l\u2019on appliquait ce système, on pourrait verser, pour chaque enfant de rang 3 et plus, $340 par année.En d\u2019autres termes, on demanderait aux parents de prendre à leur charge leur premier enfant, on les assisterait quelque peu pour le deuxième et on leur donnerait, pour chacun des autres, un montant qui représenterait une partie importante du coût de leur subsistance.Sans doute faudrait-il établir des aménagements un peu moins simples.On pourrait, par exemple, faire varier le montant de l\u2019allocation suivant l\u2019âge et l\u2019habitat.En outre, il faudrait mettre à part les familles dont le revenu est trop faible pour subvenir aux besoins des deux premiers enfants et leur donner une assistance spéciale.Ce sont là des aspects qui ont leur importance et ils mériteraient d\u2019être étudiés avec soin.Mais l\u2019essentiel, c\u2019est, il me semble, de faire porter l\u2019effort sur les familles dont la charge est la plus lourde.Ceux qu\u2019inquiéterait un tel régime, parce qu\u2019il supprimerait le mérite des parents, peuvent encore être tranquilles.Même si l\u2019on arrivait à compenser à peu près entièrement le coût monétaire des quatre derniers enfants d\u2019une famille qui en compte six, on n\u2019aurait pas pour autant privé ces parents aussi généreux ou aussi téméraires, de tout mérite.Il restera toujours aux parents bien d\u2019autres sortes de coûts que les coûts monétaires et ils auront de toute façon apporté une contribution de grande valeur à la société.Les allocations familiales ne couvrent pas tout le domaine des prestations familiales.D\u2019autres mesures peuvent être envisagées: a)\tDes allocations de salaire unique pourraient être versées aux familles qui ne bénéficient que d\u2019un seul revenu.Cependant, on peut proba- blement éviter le coût et les abus de cette mesure, si les allocations familiales représentent une part importante du coût des enfants.Il y aurait peut-être lieu de conserver cette mesure uniquement pour les familles dont l\u2019un des conjoints est disparu (décès, divorce ou abandon).b)\tLa prime de maternité est un montant versé au moment de la naissance pour compenser les frais qui entourent cet événement.Elles ont un caractère nataliste et sont mentionnées ici pour mémoire.Il y aurait lieu d\u2019examiner dans quelle mesure cette prime correspond à un besoin important.c)\tQuelques prestations à utilisation précise devraient être établies, au moins pour les familles de revenu modeste: les aides familiales et les subventions de logement me paraissent s\u2019imposer.Il faut aussi attirer l\u2019attention sur la nécessité d\u2019établir ou d\u2019ajuster d\u2019autres systèmes de sécurité sociale en fonction des besoins des familles.C\u2019est le cas des indemnités de maladie ou d\u2019invalidité, c\u2019est-à-dire des prestations versées en vue de compenser non pas les dépenses médicales mais la perte de revenu qu\u2019entraînent la maladie et l\u2019invalidité.Ces mesures doivent tenir compte des charges familiales.Enfin, il y aurait heu de modifier notre système d\u2019impôt sur le revenu, qui constitue un bel exemple d\u2019injustice sociale à l\u2019égard des familles moyennes et nombreuses.Conclusion Notre société est relativement riche, mais elle consacre peu de ressources à la formation des générations nouvelles, en particulier en ce qui concerne les besoins des enfants qui doivent être satisfaits dans le cadre familial.En outre, nous vivons encore avec de vieilles idées sur la responsabilité économique des parents, idées qui ne correspondent plus à la vie des familles d\u2019aujourd\u2019hui.Les parents doivent assumer une tâche énorme, ce qu\u2019ils ont fait jusqu\u2019ici avec une aide dérisoire de la société, pour laquelle cependant ils remplissent une fonction fort importante.Ils ne le feront peut-être pas indéfiniment à si bon compte et il y a lieu de s\u2019ajuster à une nouvelle répartition du fardeau.Il importe surtout de supprimer l\u2019un des principaux facteurs de la pauvreté.140 RELATIONS Famille et fécondité: perspectives sociologiques Colette CARISSE * IA famille est un des sujets de la pensée sociale les plus à la mode présentement dans notre milieu; par contre, les personnes qui ont à préparer une conférence ou un article doivent très tôt, au cours de leur recherche d\u2019information, faire la même constatation: la pénurie d\u2019études documentées sur la famille dans la société canadienne-française.Nous disposons de trois livres qui donnent les résultats de recherches sociologiques originales et récentes: a) une étude étendue mais strictement d\u2019exploration sur la Vie familiale des Canadiens français \\ b) une recherche systématique mais très limitée, quant au sujet et au nombre de personnes interrogées, sur la Planification des naissances2 et c) une étude sur les Comportements économiques de la famille salariée du Québec 3.L\u2019étude de Elkin sur La Famille au Canada donne aussi un résumé de quelques articles et thèses 4.C\u2019est dire que vouloir parler avec autorité des problèmes de la famille au Québec est quelque peu présomptueux.Toute affirmation risque de refléter la position sociale ou les expériences professionnelles et personnelles de son auteur.Aussi est-il plus prudent de transformer le titre de cet article en « Réflexions sur les problèmes de fécondité de la famille canadienne-française ».Nous tenterons de fournir un cadre général de pensée à l\u2019intérieur duquel ces problèmes pourront être discutés, en attendant que la recherche de base soit effectuée.Notre natalité passée Tous les pays économiquement développés ont connu au xixe siècle une forte natalité, mais nous avons probablement été le peuple le plus fécond qui ait existé à cette époque.Du moins est-ce l\u2019avis des * Madame Colette Carisse, professeur assistant au département de Sociologie de la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal.1.\tPhilippe Garigue, Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1962.2.\tColette Carisse, Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1964.3.\tM.-A.Tremblay et Gérard Fortin Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1964.4.\tCongrès canadien de la famille, Ottawa, 1964.MAI 1966 démographes5.Cette poussée démographique a été fonctionnelle: au début de la colonie elle nous a permis de peupler un immense territoire et, après la conquête, de résister par le nombre à l\u2019élément anglais constamment alimenté par une immigration soutenue et favorisée.Cette forte natalité a persisté jusqu\u2019à récemment, alors que, vers 1930, la natalité était à son plus bas dans la majorité des pays industrialisés.En 1941, dans la province de Québec, les femmes catholiques de langue française ayant huit années ou moins de scolarité, nées et vivant en milieu rural et âgées de 45 à 55 ans, avaient eu en moyenne 8.53 enfants6; par ailleurs, chez les femmes nées et ayant vécu à la ville, ayant atteint une scolarité de neuf années et plus, la taille de leur famille, en 1941, pour les femmes ayant complété leur période génésique, était de 4.33 enfants.Depuis la dernière guerre, cette situation de forte natalité s\u2019est profondément modifiée.Dans la ville de Montréal, la fécondité des couples canadiens-français est a) la moitié moins élevée que celle des agriculteurs et b) se rapproche sensiblement de la fécondité des Canadiens d\u2019origine britannique à Toronto, ville comparable par la concentration de sa population et son degré d\u2019industrialisation.Cette baisse de la natalité a accompagné l\u2019intensification récente de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation.Le fait est bien connu: lorsque la famille n\u2019est plus l\u2019unité de production économique, nommément une entreprise agricole, les charges d\u2019une famille très nombreuse deviennent beaucoup trop onéreuses pour les parents, d\u2019autant plus que l\u2019accès à la ville s\u2019accompagne généralement d\u2019une « révolution des aspirations ».Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas: on n\u2019assiste pas aux effets néfastes de l\u2019industrialisation sur la vie familiale.Famille et société vivent en symbiose.Les changements profonds dans les mentalités, les valeurs et le style de vie de l\u2019homme 5.\tAlfred Sauvy: Théorie générale de la population.Paris, Presses Universitaires de France, 1954, Tome II, p.106.6.\tEnid Charles: The Changing Size of the Family in Canada, Ottawa, Imprimeur du roi, 1948, p.78.moderne se manifestent de façon essentielle et primordiale dans les nouveaux modèles de vie familiale tout autant que dans les transformations dans le monde du travail.Pour comprendre le désir des couples d\u2019avoir un nombre d\u2019enfants nettement inférieur au maximum biologique, il faut faire appel précisément à ces changements de mentalité, de valeurs et d\u2019attitudes.Changements de mentalité D\u2019une façon générale, l\u2019homme moderne a remplacé la soumission aveugle et craintive à une nature dominante par une rationalité qui s\u2019étend à des domaines de plus en plus nombreux de sa vie.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019ériger un barrage à la Mani-couagan, d\u2019établir un plan d\u2019aménagement régional, un budget familial ou un nombre désiré d\u2019enfants, le processus mental est le même: la détermination d\u2019un objectif à atteindre dans un avenir prévisible, et le choix des moyens sur la base de l\u2019efficacité.L\u2019homme moderne refuse d\u2019être l\u2019objet du hasard; il agit comme un sujet efficace qui planifie un avenir qui échappe en grande partie, grâce à son action, aux déterminismes du passé 7.L\u2019homme moderne suppute, par les calculs prévisionnels, ses chances de succès ou d\u2019erreur.Or, les techniques efficaces de régulation des naissances font que fécondité et sexualité peuvent être dissociées à l\u2019intérieur de l\u2019acte humain qui consiste pour le couple à s\u2019aimer physiquement.La fécondité peut être soumise à un processus de rationalisation, donc de planification volontaire.On peut, si on le désire, réduire la marge d\u2019erreur à une probabilité de un pour cent, de cinq pour cent, de quinze pour cent ou de trente-cinq pour cent, selon la méthode contraceptive employée.La sexualité libérée peut alors devenir un jeu merveilleusement humain3, bien différente de la 7.\tPierre Massé: Le Plan ou l\u2019antihasard.Collection « Idées ».Paris, Gallimard, 1965.8.\tNelson N.Foote: The Emotional Economy of Marital Relations : Sex as Play, Social Problems, vol.I, n° 4 (April 1954), pp.159-164.141 sexualité animale qui est entièrement soumise aux forces de l\u2019instinct et aux nécessités de la reproduction.La sexualité humaine est un acte soumis aux règles de l\u2019affectivité et réalise sa finalité dans l\u2019acte lui-même: satisfaction au niveau du plaisir physique et satisfaction au niveau de la communication interpersonnelle ou du langage amoureux.La fécondité de l\u2019acte, au contraire, est décidée dans une perspective d\u2019avenir: l\u2019acte est posé en vue d\u2019un but à atteindre.Cette distinction entre l\u2019aspect rationnel et l\u2019aspect émotif de la relation amoureuse s\u2019ajuste très bien d\u2019ailleurs à un renversement dans la finalité des comportements humains.Quitte à trop schématiser, on peut dire que dans la société traditionnelle l\u2019individu existe pour la famille et la famille pour la société: le mouvement est téléologique.Dans la société moderne, la société existe pour la famille et la famille pour l\u2019individu.L\u2019adulte recherche son bonheur dans la vie familiale et dans la vie sociale.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de mettre au monde un enfant, on évalue les ressources de la famille en fonction de la tâche très lourde de faire de ce nouveau-né un adulte équipé pour la vie.On estime souvent que l\u2019enfant est en compétition avec les autres biens de consommation.« Les parents préfèrent se payer du confort plutôt que d\u2019avoir un autre enfant », déclarent les moralisateurs.C\u2019est mal présenter le problème.Une régulation de la fécondité est le plus souvent réalisée sous l\u2019impulsion de motivations sociologiques très positives: on songe à la nécessité de préparer décemment les enfants à la vie, on estime que les parents (particulièrement la mère) ont droit à une vie personnelle et, précisément, à un minimum de confort.Cette relation entre niveau de vie et fécondité se pose tant pour la société en général que pour chacune des familles en particulier.Dès l\u2019antiquité, de Confucius à Platon, on a reconnu la nécessité de garder un équilibre entre une population donnée et les ressources du territoire qu\u2019elle habite.Pour Malthus, la surpopulation amène la misère et son cortège de fléaux, car la population croît selon une progression géométrique et les moyens de subsistance n\u2019augmentent que selon une progression arithmétique.Malthus recommande donc de contrôler l\u2019excès de population par rapport aux ressources par le célibat, le mariage tardif et la continence.Marx a constaté lui aussi la misère des familles nombreuses en milieu prolétaire; il attribue cette misère non pas à l\u2019excès de fécondité mais à une mauvaise distribution des ressources, les richesses étant indûment concentrées entre les mains des capitalistes.142 Dans un pays comme le nôtre, il est bien certain qu\u2019on dispose des ressources nécessaires pour nourrir une population qui doublerait tous les vingt-cinq ans.Le problème n\u2019en est pas un de survie mais de niveau de vie.L\u2019accroissement de la production doit pourvoir aux besoins de l\u2019accroissement de population afin de maintenir le même investissement per capita.L\u2019excédent de production peut alors être affecté au rehaussement du niveau de vie par l\u2019amélioration de l\u2019équipement social: système d\u2019éducation, sécurité sociale, éducation populaire, système hospitalier, routes, loisirs, etc.Le dilemme se pose au niveau des familles individuelles: avoir plus d\u2019enfants et réduire le niveau de vie, ou bien limiter le nombre d\u2019enfants et participer aux biens, matériels et culturels, de la civilisation moderne.Il est frappant, en effet, lorsqu\u2019on analyse les motifs de limitation des naissances, de voir à quel point ce désir de faire instruire ses enfants est généralisé dans toutes les classes de la société canadienne-française.Le désir aussi de ne pas imposer à la mère une tâche au-dessus de ses forces, ce qui nous amène à souligner les changements d\u2019attitudes vis-à-vis du rôle de la femme et les changements dans les structures d\u2019autorité de la famille.Qu\u2019on lise régulièrement les pages féminines de nos journaux et il deviendra évident que les femmes québécoises remettent en question leur rôle de mère, tel qu\u2019il a été conçu traditionnellement.D\u2019abord, ce rôle n\u2019est plus exclusif: les femmes réclament une configuration de rôles plus étendue: épouse, membre d\u2019une communauté à laquelle elles participent, membre parfois d\u2019une profession, et aussi personne ayant des aspirations individuelles légitimes.En somme, la femme réclame une vie mieux équilibrée tout comme le mari qui dispose de plus en plus de temps pour la vie familiale à cause de la diminution des heures de travail.La femme veut participer à la vie sociale hors de la maison; le mari veut retrouver un rôle dynamique au sein du foyer.Les époux deviennent donc des partenaires dans une entreprise sociale de toute première importance.La décision d\u2019avoir un enfant, comme toute autre décision importante, est prise en commun.Dans le mode de décision, donc dans la distribution du pouvoir, certains domaines relèvent de la compétence de l\u2019homme, d\u2019autres de la compétence de la femme, certaines décisions sont prises en commun.La famille est à la recherche d\u2019un nouvel équilibre qui repose sur l\u2019égalité et le respect des personnes, et non plus sur le pouvoir absolu du père.Il faut penser les relations familiales d\u2019une manière nouvelle.On désire avoir des enfants Étant donné ces changements, peut-on s\u2019attendre à ce que les couples mariés désirent n\u2019avoir qu\u2019une petite famille, limitée à un ou deux enfants ?Les données que nous possédons contredisent nettement cette supposition.Dans notre propre recherche limitée à 80 femmes montréalaises de milieux ouvrier qualifié et bourgeois, nous avons trouvé qu\u2019en moyenne, les aspirations de fécondité se situent à 4 enfants.30% des couples désirent 2 ou 3 enfants et 70% désirent 4\tenfants et plus, puisque la moitié des femmes fixent leurs aspirations à 4 enfants.Les données de G.Fortin et A.Lavoie dans l\u2019enquête sur Les Comportements économiques de la famille salariée du Québec nous offrent des résultats comparables à ce que nous avons trouvé pour la ville de Montréal: les aspirations de la majorité des couples se situent à 4 ou 5\tenfants, les aspirations étant plus élevées en milieu rural qu\u2019en milieu urbain (tableau 1).Il faut maintenir la conclusion que les couples canadiens-français ont des aspirations de fécondité exceptionnellement élevées lorsqu\u2019on a comparé ces données aux résultats des nombreuses recherches effectuées présentement à travers le monde.Le Dr Parker Mauldin du Population Council a compilé les informations comparatives reproduites ci-contre (tableau 2), pour fins d\u2019une communication au Congrès international de planification familiale, à Genève en août 1965 9.On pourrait supposer que, face aux transformations rapides de notre milieu, les jeunes qui remettent en question la façon de vivre de leurs aînés, ne désirent que peu ou pas d\u2019enfants.Or, dans l\u2019enquête sur les jeunes citoyens de la province de Québec dirigée par les professeurs Rioux et Sévigny, on a demandé aux jeunes de 18 à 21 ans quel nombre d\u2019enfants ils aimeraient avoir une fois mariés.Les résultats parlent d\u2019eux-mêmes: affirmer que les jeunes ne veulent plus d\u2019enfants relève de la pure fantaisie.Dans l\u2019ensemble, un quart des jeunes désirent au moins 5 enfants; en milieu rural cette proportion s\u2019élève à 50% des filles et se maintient à 15% des garçons vivant à Montréal.Sans vouloir faire de la sociologie dans un fauteuil, on peut prédire que ces aspirations ne se réaliseront pas car, une fois mariés, les jeunes couples procèdent à un rajustement de leur idéal face aux exigences d\u2019une réalité plus dure qu\u2019il ne l\u2019avait imaginée.Ces aspirations, toutefois, prennent une grande importance pour le sociologue de la 9.Amos H.Hawley et Visid Prachua-bmoh: Family Growth and Family Planning in a Rural District of Thailand (miméo-graphié).RELATIONS TABLEAU 1 « Selon vous, quel est le nombre idéal d\u2019enfants pour une famille de salariés ° ?» Pourcentage Nombre d'enfants\tTotal\tMilieu rural b\tMilieu urbain b 1-2\t10.5\t7.8\t12.2 3\t16.1\t11.6\t19.0 4\t26.7\t21.3\t30.3 5\t18.2\t19.9\t17.0 6 et plus\t20.1\t28.2\t14.0 pas de limite\t8.4\t11.2\t6.8 nombre de cas\t1460\t578\t882 a.\tG.Fortin et A.Lavoie: op.cil., p.138.b.\tLa subdivision des données selon les milieu x rural et urbain nous a été fournie par les auteurs de la recherche.TABLEAU 2 Proportions des femmes qui considèrent comme nombre idéal d\u2019enfants 4 ou 5, et plus, dans les études basées sur échantillon probabiliste, dans certaines contrées \t\t4 enfants\t5 enfants Pays\tAnnée\tou plus\tou plus Asie\t\t\t Pho-tharam.Ceylan Indonésie Japon Corée Pakistan de l\u2019Ouest Taiwan\t1964 1963 1961-62 1961 1962 1960 1962\t54 23 66 22 80 64 57\t26 12 36 8 45 25 18 Europe\t\t\t Australie\t1960\t4\t\u2014 France\t1960\t17\t\u2014 Grande-Bretagne\t1960\t23\t\u2014 Hongrie\t1958-60\t13\t6 Italie\t1960\t18\t\u2014 Pays-Bas\t1960\t39\t\u2014 Norvège\t1960\t25\t\u2014 Allemagne de l\u2019Ouest\t1960\t4\t\u2014 Etats-Unis\t1960\t40\t15 TABLEAU 3 Nombre d\u2019enfants désirés par les jeunes de 18 à 21 ans, dans la province de Québec, en pourcentage 10 Zone et sexe\t2 enfants et moins\t3 ou 4 enfants\t5 enfants et plus\tNombre de cas Rural\t9.8\t46.7\t43.5\t184 garçons\t11.3\t50.6\t38.1\t97 filles\t8.0\t42.6\t49.4\t87 Ville de province\t11.0\t64.4\t24.6\t219 garçons\t10.4\t73.3\t16.3\t135 filles\t12.0\t50.0\t30.0\t84 Montréal\t17.7\t63.6\t18.7\t390 garçons\t19.0\t65.9\t15.1\t205 filles\t16.2\t61.1\t22.7\t185 Ensemble de la province\t14.0\t59.9\t26.1\t793 garçons\t14.6\t64.8\t20.8\t437 filles\t13.2\t53.9\t32.9\t356 MAI 1966 famille car on doit y reconnaître une appréciation positive de la famille.En ceci, les jeunes rejoignent leurs aînés qui valorisent fortement la vie familiale u.Les couples canadiens-français participent de plus en plus à la rationalité propre aux sociétés modernes; ils veulent participer aux biens matériels et culturels d\u2019une société industrielle et d\u2019un pays riche; ils veulent un nombre appréciable d\u2019enfants, mais ce nombre reste moins de la moitié inférieur au maximum biologique.La régulation de la fécondité s\u2019impose.Devant des objectifs rationnellement déterminés, des objectifs qu\u2019ils jugent justes et dignes, il est dans la logique du comportement que les moyens anticonceptionnels soient choisis sur la base de leur efficacité, tout en tenant compte des conditions de vie particulières à chaque couple.Le sociologue prévoit que les options se feront sur une telle base, quels que soient les enseignements moraux relatifs à l\u2019usage des différents moyens contraceptifs.Les expériences américaine et française nous révèlent d\u2019ailleurs que, d\u2019ores et déjà, une grande proportion des catholiques pratiquants emploient des moyens de contraception non officiellement approuvés par l\u2019Eglise catholique.Il faut souligner ici une injustice flagrante: les couples instruits et à l\u2019aise connaissent les moyens dont on dispose pour planifier la famille.Les pauvres, les non-instruits ne connaissent pas l\u2019éventail des moyens et ne peuvent choisir en toute conscience et liberté.Jusqu\u2019à récemment, les médecins refusaient de donner les informations de base.Le besoin est urgent de cliniques où les moins privilégiés peuvent recevoir une aide efficace dans la planification volontaire de leur famille.La famille nouvelle En guise de conclusion, disons qu\u2019on ne saurait étudier les « problèmes » de la famille (problèmes de fécondité ou autres) en pensant avec nostalgie à la belle famille d\u2019autrefois.La femme s\u2019est émancipée de la tutelle de son mari et exige fermement que sa compétence soit reconnue à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur du foyer qui n\u2019est plus d\u2019ailleurs exclusivement son foyer.Le mari exige qu\u2019à l\u2019intérieur de la famille on lui fasse une place octroyée par amour et non par crainte d\u2019une autorité paternaliste et arbitraire.Les enfants de plus en plus ont droit au chapitre et on tient compte 10.\tCes résultats inédits ont gracieusement été mis à notre disposition par R.SÉ-vigny et M.Rioux.responsables de l\u2019enquête sur les jeunes citoyens au cours de l\u2019été 1964.11.\tCarisse, op.cit.t pp.90-101.143 de leurs opinions.Les liens entre les membres moins nombreux de la famille se sont resserrés et on partage davantage responsabilités, droits et plaisirs.En fait, dans une civilisation du week-end, la vie de famille se confond souvent avec soleil, grand air, camping, sport, loisirs, une vie où domine le plaisir d\u2019être ensemble.Même si l\u2019article de J.Henripin (dans ce numéro spécial de Relations) nous démontre qu\u2019une grande partie de la population n\u2019a pas accès à ce nouveau style de vie, il reste que ces images existent comme modèles à réaliser.Dans une étude récente exécutée par les étudiants du département de sociologie auprès d\u2019ouvriers de la métallurgie, on s\u2019est rendu compte que ces derniers, devant l\u2019impossibilité de réaliser une mobilité occupationnelle, reportent leurs aspirations vers l\u2019amélioration de leur standard de vie : logement convenable ou petite maison, automobile, vacances et surtout éducation de leurs enfants.La satisfaction humaine qu\u2019on ne trouve plus au travail, on la recherche à l\u2019intérieur d\u2019une vie familiale axée de plus en plus sur l\u2019affectivité.Les changements profonds dans les structures familiales ne sauraient s\u2019effectuer sans malaises qu\u2019on qualifie parfois de crise.Mais à l\u2019alarmisme il faut substituer une attitude positive qui considère la famille moderne dans les ressources qu\u2019elle offre aux individus pour réaliser une vie plus humaine et plus respectueuse des droits de chacun à une dose au moins minimum de bonheur.Le système des valeurs et des relations entre les membres de la famille a changé considérablement et un retour aux traditions est aussi impensable qu\u2019une marche arrière vers le capitalisme libéral.L education de la foi en milieu familial Madame Paul DAVID * La foi est le problème essentiel de toute éducation; sa présence devient la force motrice dans les éléments de formation d\u2019un individu et dans ses composantes, elle est certainement l\u2019attitude de base.L\u2019absence de foi dans une famille signifie que celle-ci, pour structurer son existence, devra chercher dans l\u2019homme et dans le monde matériel, des motivations suffisantes pour établir un ordre, une discipline de vie, un idéal qui satisfassent ses aspirations et lui assurent un équilibre et un épanouissement.Cela équivaut à dire que ces êtres rechercheront l\u2019absolu dans un univers totalement relatif.Ceci étant considéré, l\u2019éducation de la foi devient la principale préoccupation d\u2019une famille chrétienne.Cette préoccupation s\u2019est exprimée différemment selon les époques de l\u2019histoire, leur évolution religieuse, les pays, les nations et les classes sociales.Elle est associée à l\u2019heure actuelle chez nous, dans le Québec, à de telles transformations, qu\u2019elle prend des proportions inconnues jusqu\u2019à ces dernières années.La formation religieuse qui fut la nôtre Il serait bon de jeter un regard rétrospectif sur la formation religieuse qui fut la nôtre, c\u2019est-à-dire celle dont bénéficièrent les gens de 40 ans.Sans cette compréhension sereine d\u2019une époque et de l\u2019évolution qui a suivi, on aboutit à * Épouse du Dr Paul David, mère de famille et auteur, sous le pseudonyme d\u2019Anne-Marie, de deux volumes: L\u2019Aube de la joie et La Nuit si longue.une condamnation sommaire et puérile d\u2019un état de choses, dont on attend impatiemment la destruction en ses derniers vestiges.Or, aucune maille n\u2019est inutile dans la chaîne et chacune en assure la nécessaire continuité.Il est à préciser que vis-à-vis du passé, un sentiment d\u2019incurable nostalgie est aussi nuisible et malsain qu\u2019une condamnation formelle.Comment notre foi fut-elle éduquée, parents d\u2019aujourd\u2019hui ?.Je serais portée à dire qu\u2019elle ne le fut même pas, cela semblait inutile.L\u2019enfant absorbait la foi en même temps qu\u2019il apprenait à vivre en être civilisé, à parler le langage de ses parents, à s\u2019intégrer dans une société bien structurée, où sa place était déjà définie, où les contours de sa destinée étaient prévus, le tout devant s\u2019acheminer sans inquiétude vers le salut éternel.On était des gens bien élevés, quoi! On connaissait les lois de la bonne tenue pour aller au ciel.Il y avait d\u2019un côté les voyous, les voleurs, les bandits et de l\u2019autre, les honnêtes gens; ceux-ci vivaient au point de vue religieux d\u2019une routine apaisante et bien réglementée, confondue très souvent avec la bonne éducation sur le plan humain.Les enfants étaient propres et se tenaient droits dans le banc de l\u2019église, leurs prières devaient donc être ferventes.Les braves mères de famille alignaient dans leurs soucis, aussi bien le ménage de printemps, que le jeûne du carême et il fallait décemment que le tout se termine à Pâques.Donc, un vase clos préservé avec soin, pas de combats, pas d\u2019inquiétudes, pas d\u2019affrontements, moyens de communications avec le reste du monde, assez restreints.État de choses inévitable pour l\u2019époque, dans le contexte de l\u2019époque.Des individus qui auraient voulu créer des bouleversements artificiels, auraient ressemblé à Don Quichotte avec ses moulins à vent.Le clergé, issu du laïcat, ne l\u2019oublions, jamais, était en même temps victime et à demi responsable de ce climat général.Encore une fois, ne jugeons pas un temps révolu, trop de facteurs demanderaient à être analysés, et il manquerait toujours l\u2019essentiel: revivre ce temps dans sa réalité concrète.Que sommes-nous devenus?Le résultat de ces considérations s\u2019offre cependant à notre évaluation immédiate.Que sommes-nous devenus parents d\u2019aujourd\u2019hui ?Notre cœur et notre esprit gardent le souvenir de notre première formation, mais des gestes religieux imprimés en nous disparaissent peu à peu, des réflexes s\u2019effacent, des routines de prière se désagrègent; on est en quelque sorte dépouillé de tous les accessoires, vidé d\u2019un vocabulaire et d\u2019un patrimoine.Ce décapage s\u2019est étendu au subconscient, car on sent bien que notre génération est désaxée en profondeur.Il est donc normal que s\u2019installent chez beaucoup d\u2019individus d\u2019âge mûr et plus âgés, des réflexes de panique, d\u2019insécurité et même de peur.Ce bon Dieu, qu\u2019autrefois on s\u2019appropriait tranquillement, qu\u2019on absorbait à doses bénignes et raisonnables, ce bon Dieu, façonné à la mesure de nos petites dévotions, prend tout à coup de telles proportions devant nos personnes abandonnées seules devant lui, qu\u2019il en 144 RELATIONS résulte pour nous un vertige.Certains, privés des gestes habituels, ne retrouvent plus le Seigneur, d\u2019autres cherchent à le réinventer à travers de nouvelles habitudes; il en est qui, d\u2019instinct, attendaient cette libération d\u2019un vieux conformisme, et s\u2019adaptent d\u2019emblée aux nouvelles structures, je ne crois pas qu\u2019ils soient la majorité.La plupart, au contraire, sont péniblement en quête d\u2019un nouveau mode de croire, de penser et de prier.La foi, absorbée inconsciemment autrefois, est devenue dans nos vies, dans nos familles, une exigence concrète, impérative, déchirante même! Il ne s\u2019agit plus de morceler la personne du Christ en petites dévotions, encore une fois, mais bien de le rencontrer dans la dimension totale de son Amour, de ré-a-li-ser sa Présence.Devant ce long cheminement intérieur de notre vie religieuse, se dressent alors tous les bouleversements du monde moderne et du monde entier.La fuite n\u2019est, plus possible, fermer sa porte, sa radio, sa télévision, refuser les journaux, tout cela est inconcevable et indigne, il faut accepter notre temps et lui faire face; ce qui signifie évidemment la confrontation, d\u2019une part, entre l\u2019homme-nature, l\u2019homme-instinct, avec les trois éléments qui le composent, la violence, l\u2019avidité matérielle et le débordement sexuel et, d\u2019autre part, l\u2019homme régénéré, fils de Dieu, façonné par l\u2019Amour.Cette confrontation marque notre vie quotidienne et familiale, anime nos conversations, alimente nos soucis!.L\u2019univers se ramasse sur le seuil de la porte! La guerre du Vietnam, les scandales nationaux, les modes extravagantes, les crimes, la littérature et le cinéma d\u2019avant-garde sont discutés en famille, au repas du soir.Nous ne pouvons faire dix pas, dans la rue, sans être sollicités et assaillis par une publicité effrontée ou insidieuse, qui cherche à tout prix, à nous matérialiser, à nous amuser, nous flatter en nous embellissant et enfin nous accoupler sur le plan sexuel.Le chrétien ne peut vraiment plus se permettre sa quiétude d\u2019il y a 25 ans.La lucidité et la réaction s\u2019imposent.D\u2019autant plus que dans notre milieu et dans le contexte actuel, un certain nombre de gens ont glissé vers l\u2019agnosticisme ou l\u2019incroyance, ils ont nettement dépassé l\u2019insécurité.Cette race nouvelle chez nous doit être abordée avec charité, humanité et clairvoyance, justement, pour une part, parce qu\u2019elle fera partie de l\u2019univers de nos enfants.Enfin dans cette évaluation de nos structures, il faut être mesuré et chercher les motifs d\u2019espérance et les manifestations du Royaume de Dieu: le Concile avec Jean XXIII et Paul VI, les MAI 1966 voyages de ce dernier à Bombay, en Palestine, sa visite à l\u2019O.N.U., le renouveau dans l\u2019esprit évangélique, les dévouements isolés ou spectaculaires, d\u2019individus ou de groupes, vis-à-vis de l\u2019homme dans son corps et dans son âme, voilà autant de raisons, qui peuvent nourrir notre joie dans la recherche du Seigneur et faciliter notre rencontre avec Lui.Nous sommes donc sollicités par le meilleur et par le pire.Avant d\u2019aborder la foi chez les jeunes, j\u2019ai cru nécessaire de brosser le tableau de l\u2019atmosphère familiale, de l\u2019état d\u2019esprit des parents, car, en définitive, toutes ces conditions vont cerner, en quelque sorte, le développement de l\u2019enfant et l\u2019influencer fortement.Dieu et Penfant De 0 à 6 ans, comment peut-on définir un enfant ?.je dirais que c\u2019est avant tout l\u2019incarnation d\u2019un appétit de bonheur, qu\u2019il satisfera dans la tendresse de son entourage, le confort physique, le bien-être de sa personne et la liberté de son expression dans la découverte du jeu.Comme le préconise la nouvelle catéchèse, on doit petit à petit enseigner à l\u2019enfant que Dieu est là, présent avec lui, avec nous dans la maison, que Dieu l\u2019aime et qu\u2019il met à sa portée tout ce qui est beau et tout ce qui est bon.Il s\u2019agit en somme de lui traduire, dans un langage accessible, que la réponse essentielle à son appétit de bonheur, c\u2019est le Seigneur qui la lui donne.L\u2019enfant a peur de la solitude, Dieu est toujours avec lui,.il a peur de l\u2019obscurité, Dieu est lumière, il a peur de l\u2019injustice, Dieu connaît tout, il est la Vérité.L\u2019enfant aime la nature, les animaux, lorsqu\u2019il les connaît, les couleurs, les objets mobiles, l\u2019espace et la liberté dans cet espace.il saura que Dieu lui a donné toutes ces choses et qu\u2019il les aime avec lui, ce qui signifie que le petit doit développer vis-à-vis du Seigneur, une grande liberté d\u2019expression, il doit pouvoir associer Dieu à ses activités personnelles dans l\u2019univers qui lui est propre, que cet univers comporte des vieilles poupées ou de bruyants camions, qu\u2019on soit endimanché ou habillé de salopettes.La foi chez l\u2019enfant, c\u2019est d\u2019abord ce Dieu présent, qui ne s\u2019éloignera jamais, qui aime le premier et qui aime plus que les autres, à qui on peut tout dire et dire comme on veut, du moment que c\u2019est la vérité.Les notions surnaturelles sont facilement accessibles à cet âge, qui est l\u2019âge de l\u2019absolu immanent, de l\u2019invisible concret et d\u2019une mystique libre et spontanée.Il est évident que la foi chez le jeune enfant ne connaîtra cet épanouissement, que d\u2019abord conditionnée par la foi des parents, par l\u2019importance qu\u2019ils accordent à cette foi, à travers leur manière d\u2019accueillir l\u2019actualité du monde extérieur.Dieu et l\u2019écolier Le milieu familial de l\u2019enfant n\u2019est plus le seul à le marquer.L\u2019école, les amis, la rue compléteront le cycle de sa vie.Il s\u2019étirera lentement hors de son enfance, chaque fois qu\u2019un concept nouveau surgira dans son esprit.Un jour, 11\tdécouvrira le temps, la fuite du temps, et en souffrira peut-être selon le degré de sa sensibilité, une autre fois ce sera la perte ou l\u2019acquisition d\u2019une amitié, ensuite les disputes, les jalousies et tant d\u2019autres choses.Nous devons être très attentifs à ces expériences riches d\u2019humanité qui s\u2019échelonnent entre 8 et 12 ans, et découvrir avec l\u2019enfant la véritable dimension de Dieu dans les événements : son éternité face au temps, son amitié indéfectible, sa miséricorde, sa loyauté et toujours cette idée de Présence, conséquence normale de la foi.L\u2019enfant doit aimer Dieu comme une personne et cet amour doit lui donner du bonheur.Pour en arriver là, il faut dégager son éducation religieuse de son éducation humaine.Le pieux écolier ne sera pas nécessairement fort en grammaire, propre et silencieux, toujours sage et obéissant; la fillette attirée par l\u2019amour du Christ n\u2019aura pas toujours de bonnes manières.Je reviens sur ce point déjà soulevé, car je le trouve primordial dans la préparation à la vie religieuse des adolescents; celle-ci devra survivre aux multiples crises de croissance.Donc, à mon sens en marge des formules inévitables et d\u2019un minimum normal de routine, les enfants doivent découvrir sans effort la communication personnelle avec Dieu.Ils le feront évidemment d\u2019autant mieux que leurs parents auront introduit la personne du Christ, et les vertus théologales dans la vie quotidienne familiale.Dieu et l\u2019adolescent Le grand jeu commence vers l\u2019âge de 12\tans.Le petit personnage peut se transformer en quelques mois; il était logé, croyions-nous, dans une coquille bien constituée et voilà que les parois craquent, puis se désagrègent plus ou moins, selon le tempérament.C\u2019est le début de la révolte glandulaire, à peu près inévitable.Le jeune veut créer et façonner en lui-même un monde nouveau, obéissant en cela à un instinct que la nature a formellement déposé en lui, parallèlement à l\u2019instinct de la procréation.Donc, il a tendance à rejeter les 145 parents et toutes les habitudes d\u2019éducation que ceux-ci ont voulu établir.La sécurité est plus que jamais nécessaire à l\u2019adolescent qui cherche et erre à l\u2019aventure, car il reviendra régulièrement au point de départ, dans une volonté de le détruire, en apparence, mais en réalité pour en éprouver la solidité.Les parents doivent édifier un mur contre lequel viendra bondir la balle.Comment ceux de notre génération, qui seraient atteints de vertige ou de panique, pourraient-ils offrir l\u2019équilibre de leur force à leurs enfants ?Nous exigeons des moins de vingt ans, à l\u2019heure actuelle, de vivre leur adolescence dans un pays en état d\u2019adolescence.Ne soyons pas surpris des résultats.Une fois calmée cette révolte glandulaire, le jeune continue à découvrir le monde, avec des moyens très personnels, mais, pour se rassurer, ce sera dans les rangs des gens de son âge; bien appuyés de part et d\u2019autre et tous ensemble, ils deviendront les « Nouveaux conformistes », puisqu\u2019ils auront rejeté nos conventions.Quel univers vont-ils découvrir à travers la famille et la société ?En pre- mier lieu, le fossé qui trop souvent les sépare de leurs parents, puisque les problèmes de ceux-ci leur échappent et qu\u2019ils sont incapables d\u2019évaluer la confrontation des deux époques.Ils feront face aux résultats des transformations sans les avoir suivies pas à pas, si bien que leur optique sera faussée.Ensuite, ils feront les frais d\u2019expériences nouvelles dans tous les domaines, absorberont par osmose tous les germes du monde moderne, tels que décrits plus haut: la violence, l\u2019obsession sexuelle et l\u2019avidité matérielle.Ils seront les proies faciles de la publicité; celle-ci graduellement faussera en eux le sens de l\u2019amour et les loisirs finiront de le pervertir.Tous ces adolescents épris d\u2019Absolu, même s\u2019ils l\u2019ignorent, chercheront à assouvir leur faim dans le bruit, l\u2019agitation, la frénésie, l\u2019hystérie collective, c\u2019est-à-dire la plus intense expression de la totalité de leur personne.Il y a, dans leur attitude, du dépit et du désespoir.Puisqu\u2019ils ont découvert le vide d\u2019un certain univers, ils s\u2019acharnent à le peupler.Devant cette jeunesse dont j\u2019ai noirci à dessein le tableau \u2014 car il est moins nécessaire d\u2019envisager celle qui est encore préservée \u2014 devant cette jeunesse, qu\u2019allons-nous faire?J\u2019y reviens: maintenir Dieu au foyer et nous inspirer de cette Présence.A ces adolescents qui ont le goût du risque, démontrer qu\u2019il n\u2019en est pas de plus grand, ni de plus beau que de donner sa vie aux exigences divines.Découvrir l\u2019humilité, celle qui, à l\u2019occasion, nous fera admettre des erreurs devant nos grands enfants, pratiquer une sincérité authentique, celle qui accorde les pensées et les paroles avec les actes, préserver la pureté d\u2019un idéal tant humain que religieux, au prix de tous les sacrifices; développer dans la vie quotidienne le souci et l\u2019amour des autres dans leur pauvreté ou leur misère morale.Enfin, insérer ici et là des îlots de silence, des contacts avec la nature et des joies esthétiques.Il est demandé aux parents d\u2019aujourd\u2019hui, particulièrement, de se dépasser eux-mêmes, d\u2019oublier la douceur et la tranquillité de ce qui fut, pour ne penser qu\u2019au témoignage exigé d\u2019eux dans l\u2019immédiat: un témoignage de renouveau évangélique, qui révèle à nos enfants un Dieu non conformiste, un Dieu vrai et un Dieu Amour.Une politique familiale québécoise Philippe GARIGUE* Il convient de dire, comme introduction à la question, qu\u2019il existe au Québec des éléments de législation familiale mais pas de politique familiale.11 est certain que des mesures sociales fort diverses peuvent concourir à l\u2019élaboration d\u2019une politique familiale, mais pour cela, il faut, comme minimum que ces mesures sociales soient cohérentes.Malheureusement, pendant des décennies, la politique sociale du Québec a grandi et s\u2019est diversifiée sans aboutir à une conception unifiée.Les différentes mutations des structures administratives québécoises qui résultèrent finalement en la création d\u2019un ministère de la Famille et du Bien-Être social ont été influencées, lors de leur création, par des raisons d\u2019ordres très divers, presque totalement dénuées de préoccupations familiales.* M.Philippe Garrigue, doyen de la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal et président du Conseil supérieur de la Famille du Québec.146 Ainsi, s\u2019il existe un ministère de la Famille et du Bien-Être social qui s\u2019intéresse aux jeunes, aux « mères nécessiteuses », aux vieillards, aux allocations scolaires, etc., il n\u2019existe dans ce ministère aucune structure administrative spécifiquement intéressée aux questions familiales.Indiquons que, depuis décembre 1964, un Conseil supérieur de la famille, composé de neuf membres, a pour tâche de conseiller le ministre sur les questions qui touchent les familles du Québec.Mais ce conseil n\u2019a aucune responsabilité administrative.Nous n\u2019entendons pas attribuer cet état de choses à une seule cause, qu\u2019elle soit politique, économique ou sociale.Disons simplement que les motifs qui président généralement à la création d\u2019une politique familiale ont été absents de l\u2019élaboration de la législation sociale du Québec.C\u2019est-à-dire que si par le passé on a beaucoup parlé au Québec de la famille, ces préoccupations n\u2019ont jamais été assez fortes pour créer une politique familiale.Peut-être parce que au Québec la vie familiale traditionnelle était vraiment satisfaisante, que certains concepts de responsabilités individuelles limitaient l\u2019action collective, peut-être aussi parce que toute action gouvernementale était regardée avec crainte; quoi qu\u2019il en soit, il n\u2019existe pas aujourd\u2019hui au Québec de politique familiale.Or, la situation de la famille québécoise est maintenant alarmante.Il n\u2019est pas besoin de longues statistiques pour le démontrer; le taux des séparations de corps, dans ce pays qui ne connaît pas le divorce, augmente très rapidement; de même, les désertions du foyer; d\u2019autres indices, comme la montée extrêmement rapide de la délinquance juvénile et le taux des naissances illégitimes, \u2014 tous deux en relation tout à fait directe avec le mode de vie familiale \u2014, sont aussi extrêmement préoccupants.Mais plus significative encore est la diminution rapide du taux de natalité.En 1963, RELATIONS le taux d\u2019accroissement du Québec est encore supérieur à celui de l\u2019Ontario et de la Colombie britannique, mais inférieur à celui des autres provinces canadiennes.La diminution a été très rapide, elle est passée d\u2019un taux de naissance de 28.5 en 1959 à 23.4 en 1963.Les grands centres, comme Montréal et Québec, n\u2019ont maintenant respectivement que des taux de 21.5 et 21.1.Mais c\u2019est le barême de la fécondité des femmes mariées québécoises qui montre le plus directement les pertes de notre vitalité démographique.En 1962, le taux de fécondité au Canada des femmes mariées ayant moins de 49 ans était de 124.1 pour 1,000.Au Québec, ce taux n\u2019était alors que de 117.3.La Colombie avait le même taux que le Québec, mais toutes les autres provinces canadiennes avaient un taux de fertilité supérieur.Il existe, il est vrai, des mesures en faveur de la famille, sous la forme d\u2019un dégrèvement d\u2019impôt et d\u2019un système fédéral d\u2019allocations familiales.En ce qui a trait au système d\u2019allocations familiales, il sera suffisant de répéter ce que le ministre René Lévesque a déclaré lors de la conférence fédérale-provin-ciale sur le plan canadien d\u2019assistance publique, le 7 janvier 1966.Il existe actuellement au Canada \u2014 à peu près inchangé depuis vingt ans \u2014 un système d\u2019allocations familiales qui a, bien sûr, un certain effet de redistribution de revenus.Mais cet effet, déjà faible et pour ainsi dire à peine amorcé en 1944, s\u2019est terriblement amenuisé depuis lors, au point d\u2019avoir perdu le plus clair de son impact.Disons que, pour le moins, le système fédéral actuel d\u2019allocations familiales est inadéquat, inefficace et périmé.Puisqu\u2019il existe de nombreuses raisons de penser que ce système ne changera pas dans un avenir rapproché, il est nécessaire, si l\u2019on désire améliorer les conditions de la vie familiale québécoise, de procéder rapidement à l\u2019élaboration d\u2019une politique québécoise de la famille.Les éléments cPune politique familiale A partir de quels éléments cette politique doit-elle s\u2019établir?L\u2019expérience des autres pays nous apprend que la création d\u2019une politique familiale n\u2019a jamais résulté d'un seul ordre de préoccupations et que presque tous les pays ont obéi simultanément ou successivement à divers ordres de considérations.MAI 1966 Les motifs majeurs qui ont présidé à la création d\u2019une politique familiale peuvent se grouper autour de trois considérations: les raisons économiques, les raisons démographiques et les raisons sociales.Il est intéressant d\u2019ailleurs de remarquer qu\u2019il existe généralement une sorte de chronologie dans l\u2019évolution des politiques familiales, les facteurs économiques étant presque toujours à l\u2019origine des initiatives en faveur de la famille.Cependant, quelles qu\u2019aient été les circonstances qui ont présidé dans un pays à la création et au développement d\u2019une politique familiale, il est important de constater qu\u2019il y a maintenant, dans tous les pays, une tendance plus ou moins marquée à voir les considérations purement économiques ou démographiques s\u2019estomper au profit des considérations sociales.Et cela parce que les considérations sociales répondent le mieux aux véritables buts d\u2019une politique familiale qui sont, non seulement de réaliser, à travers des mesures diverses, une compensation des charges économiques qu\u2019entraîne dans un foyer la présence d\u2019enfants, mais aussi de procurer aux familles les moyens de conduire ces enfants au stade d\u2019adolescents et d\u2019adultes capables de contribuer au développement de leur pays, en même temps que de vivre selon les aspirations les plus hautes.Il convient donc de souligner qu\u2019une politique familiale se différencie d\u2019une politique de bien-être social.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019assurer un minimum vital à cette partie des familles québécoises qui se trouvent en difficultés.Puisque la justification principale d\u2019une politique familiale est que la famille conserve dans notre monde moderne des fonctions qu\u2019elle est seule apte à accomplir, il faut prendre les mesures qui lui permettront de remplir ces fonctions.Sans doute, la famille ne peut que bénéficier des droits sociaux que l\u2019on reconnaît à l\u2019individu, jeune ou âgé.Mais ce serait une erreur de réduire une politique familiale à la somme des mesures sociales que l\u2019on prend en faveur des individus.Des mesures valables en elles-mêmes, relatives au minimum vital, au salaire, à la sécurité sociale, à l\u2019impôt, au logement, à l\u2019éducation, etc., n\u2019améliorent pas automatiquement les conditions de la vie familiale.Pour bâtir une politique familiale, il faut considérer au départ non pas les individus, mais l\u2019existence même de la communauté familiale.Il ne s\u2019agit pas de sacrifier l\u2019individu à la famille, mais de reconnaître que toute action en-faveur de la famille doit partir de la valorisation des liens familiaux.Par exemple, nul ne conteste aujourd\u2019hui que la protection de l\u2019enfance est indissociable de l\u2019existence des familles, et que la meilleure prévention contre la délinquance juvénile est le foyer familial.Il est bon de rappeler ici cette recommandation des Nations Unies sur l\u2019enfance, à savoir que l\u2019enfant autant que possible doit rester dans son foyer avec ses parents, et que, lorsqu\u2019on élabore des programmes de protection de l\u2019enfance, on doit donner la première place à l\u2019organisation des services qui empêcheront la dissociation familiale.Cette constatation bien simple est loin d\u2019être réalisée au Québec.Ainsi, une loi québécoise permet de donner à un foyer nourricier des sommes supérieures à ce qu\u2019on accorde à la mère qui garde avec elle son enfant.Il ne s\u2019agit pas non plus, par ailleurs, de créer une politique familiale qui mettrait la famille à la merci du gouvernement.Au contraire, une politique familiale tant soit peu valable n\u2019a qu\u2019un but: la protection de la famille dans le respect de ses libertés.Ce respect de la famille serait assuré de façon très simple par l\u2019orientation dans ce sens de l\u2019ensemble de la législation et des institutions québécoises.Car une politique familiale du Québec ne se conçoit vraiment que si toutes les institutions sociales y sont influencées par cette reconnaissance de l\u2019existence primordiale de la famille dans la société.Cette définition marque l\u2019ampleur de ce que doit être une politique familiale, mais en fait aussi présager les difficultés.Car les questions à résoudre sont nombreuses: quelle partie de la redistribution du revenu national doit être consacrée au maintien des familles ?Quelle doit être la conception de l\u2019habitation et, par conséquent, la politique du développement urbain ?Combien doit-on investir dans l\u2019équipement social destiné à la famille?Quelle doit être l\u2019organisation du travail en fonction des exigences du foyer, de l\u2019emploi des femmes mariées, des congés aux mères, etc.?Quelles sont les conditions juridiques et sociales de la stabilité familiale?Comment assurer une préparation au mariage qui éduque vraiment aux responsabilités futures, etc.?147 Pour mieux indiquer ces aspects multiples d\u2019une politique familiale, il est bon de distinguer entre les besoins matériels et les besoins psycho-sociaux inhérents à l\u2019établissement d\u2019une politique familiale digne de ce nom.Les besoins matériels Le problème crucial au Québec est de savoir comment réaliser une compensation adéquate des charges familiales.Il ne s\u2019agit pas de transformer les allocations familiales en un sur-salaire; mais plutôt de comprendre que l\u2019augmentation des salaires n\u2019est pas une solution spécifique au problème des besoins familiaux.C\u2019est-à-dire que la compensation des charges familiales ne doit pas être limitée par un plafond de ressources financières.11 s\u2019agit de donner à ceux qui décident librement de prendre la responsabilité d\u2019avoir des enfants, la possibilité de les élever sans faire un sacrifice pécuniaire qui mette en jeu cette vocation, ou sans mettre en péril la notion même de vie familiale.Rappelons que les prestations familiales qui existent en éventail extrêmement large dans les différents pays européens, \u2014 elles vont des allocations de maternité au salaire à la femme demeurée au foyer, \u2014 ne posent jamais en principe la couverture intégrale et systématique des charges d\u2019entretien des enfants par les allocations familiales.Ce qui existe en pratique dans les différentes méthodes utilisées, ce sont des allocations qui couvrent, d\u2019un coût apprécié forfaitairement, la charge d\u2019entretien des enfants, excluant toute prise en considération des ressources de la famille.Mais le problème des besoins matériels ne se limite pas à ce que coûte l\u2019éducation de chaque enfant.Est-il nécessaire de rappeler tout ce que les services de maternité, de logement, d\u2019équipement du foyer, de services d\u2019aides familiales, de vacances, et autres, peuvent faire pour créer et maintenir un certain mode de vie familiale?Nul ne conteste que certains logements, par exemple, peuvent devenir de véritables enfers par les restrictions qu\u2019ils imposent à la vie familiale.La nécessité d\u2019une compensation familiale des charges de logement doit devenir une partie intégrale d\u2019une politique familiale québécoise.La solution la plus directement applicable à notre milieu est d\u2019accorder une allocation de loyer (ou de rembour- 148 sement de prêts hypothécaires) variable avec le nombre d\u2019enfants.C\u2019est la formule qu\u2019emploient de façon plus ou moins générale les pays européens.Plus directement encore, la solution apportée au problème des besoins matériels dépendra de l\u2019équipement social dont peut profiter la famille dans chaque région du Québec.Bien ou mal logées, recevant ou non des allocations familiales adéquates, les familles ont, en outre et surtout, besoin d\u2019une aide extérieure à certaines périodes.Lors de la venue d\u2019un bébé; de la maladie de la mère; lors de « crises » familiales graves, il est nécessaire d\u2019apporter une aide rapide et efficace à domicile.Il faut donc développer un réseau de « travailleuses familiales » ainsi que de « travailleurs sociaux » à la disposition des familles.Il faut aussi donner aux femmes mariées, aux mères, des conditions spéciales de travail en dehors du foyer.Il n\u2019est pas douteux que les conditions de vie de plusieurs foyers québécois seraient grandement améliorées si l\u2019on pouvait développer pour les mères de famille des conditions spéciales de travail propres à satisfaire leur désir d\u2019activité professionnelle, ou leur besoin d\u2019un apport de revenu.Les besoins psycho-sociaux Le bien-être matériel ne suffit pas pour garantir l\u2019équilibre de la vie familiale.Il faut aussi développer une action psycho-sociale qui serait une partie intégrante de la politique familiale québécoise.Cette action en faveur de la famille, si elle implique des lois qui définissent les responsabilités des conjoints, les devoirs des parents, les conditions du mariage, etc., demande aussi que l\u2019on se préoccupe des valeurs, des aspirations et des finalités que se donnent les hommes.A ce niveau des besoins, il s\u2019agit non seulement de faire comprendre à tous l\u2019importance de la famille pour l\u2019avenir du Québec, mais aussi de leur montrer combien l\u2019amour humain, ce commencement de spiritualité qui relie l\u2019homme à Dieu, a sa source première dans la famille.Nous avons déjà au Québec œuvrant dans ce domaine divers mouvements, comme le Service de préparation au mariage, les Loyers Notre-Dame, l\u2019Union des familles, etc.Mais leurs moyens sont limités et leur capacité d\u2019action restreinte.En aidant ces mouvements à se développer, une politique familiale gouvernementale permettrait, non seulement de préparer plus de jeunes à leur vie conjugale, mais aussi plus de parents à entreprendre avec une compétence accrue leur rôle d\u2019éducateurs.L\u2019éducation des enfants en effet est une trop grande responsabilité pour qu\u2019on ne souhaite pas la voir exercée par des personnes compétentes.Mais il serait désastreux pour l\u2019avenir de la vie familiale au Québec que cette éducation aille passer des parents aux spécialistes maîtres.Le rôle des maîtres n\u2019est pas de remplacer les parents, mais de les aider à remplir leur tâche d\u2019éducateurs de leurs enfants.La responsabilité première reste toujours celle des parents et l\u2019expérience prouve que l\u2019intervention des parents en matière d\u2019éducation est, dans la grande majorité des cas, plus efficace que celle des maîtres.En posant les problèmes de cette manière on s\u2019aperçoit que la vie familiale, si elle est le monde le plus intime de chaque personne, est aussi inséparable de l\u2019avenir de la communauté québécoise.Parce que la famille est la source première de la qualité et de la quantité de la population du Québec, il est nécessaire de distribuer de façon plus cohérente les responsabilités.Jusqu\u2019à un certain point les parents rendent un service public; il est donc nécessaire de revoir et d\u2019ajuster la distribution des responsabilités entre eux et la collectivité.* Le véritable but d\u2019une politique familiale dépasse l\u2019aide aux familles.Elle ne se réalise pleinement que dans la manière avec laquelle elle établit, en faveur de la famille dans la société, une échelle de priorité.Il ne s\u2019agit pas de préconiser simplement un retour à la famille traditionnelle québécoise.Son heure est bien révolue.Une politique familiale québécoise digne de ce nom aujourd\u2019hui doit permettre de développer, dans ce monde industriel et urbain, la prise de conscience qu\u2019il faut pour réaliser cette vérité élémentaire, à savoir que l\u2019élément le plus certain du bonheur réside encore dans les joies familiales, et que le véritable dynamisme d\u2019une société naît de la qualité même de sa vie familiale.RELATIONS La famille et l\u2019école François ZALLONI * Létat provincial commence à reconnaître qu\u2019il ne mènera pas à une fin heureuse sa révolution dans notre système d\u2019enseignement sans obtenir le concours préalable des parents.Telle est, semble-t-il, l\u2019une des principales ^conclusions auxquelles le ministre de l\u2019Éducation vient d\u2019arriver.Il nous annonce, en effet, le lancement prochain d\u2019une vaste campagne d\u2019information.Beaucoup de parents, en effet, sont inquiets.Dans une large mesure, ils le sont parce que le gouvernement les tient fort peu au courant de ses projets.Les journaux révèlent périodiquement l\u2019adoption de telle mesure ou de telle autre.On place ainsi les parents devant le fait accompli, sans les consulter ni leur offrir de participer à une décision commune.Les employés du ministère élaborent des politiques dans le plus grand secret.Ils les présentent, sans doute, à l\u2019étude des comités.Ceux-ci groupent les représentants de l\u2019État, des maisons d\u2019enseignement, des instituteurs et des étudiants eux-mêmes.Mais on n\u2019y relève pas un seul représentant des parents.Dans de telles conditions, il est normal que les parents soient inquiets.En fait, l\u2019une des lacunes de la réforme de notre système scolaire tient à la mise au rancart des responsabilités que les parents doivent assumer dans ce domaine.Le gouvernement et la Commission Parent, l\u2019un suivant l\u2019autre ou vice-versa (car certaines politiques du ministère ont été établies et appliquées avant même la publication des premières tranches du Rapport), relèguent à un rôle nettement inférieur, ou pratiquement nul, toute intégration valable des parents dans les structures nouvelles de l\u2019enseignement.Et pourtant, que les parents le veuillent ou non, que l\u2019État en pense et agisse comme il le voudra, les premiers responsables de l\u2019éducation des enfants sont et demeureront toujours les parents.Ils voudraient se décharger de cette responsabilité fondamentale qu\u2019ils n\u2019en auraient pas le droit.Encore faut-il que l\u2019État, gardien du bien commun, mette sur pied des struc- * M.François Zalloni, président sortant de charge de la Fédération des Associations de parents d\u2019étudiants des Collèges classiques du Québec (F.A.P.E.C.C.Q.).MAI 1966 tures qui facilitent aux parents l\u2019exercice de cette lourde responsabilité.C\u2019est ce qui me semble manquer le plus, jusqu\u2019ici, dans la vaste réforme à laquelle nous assistons, en spectateurs.L\u2019État et les parents sont également coupables, à mon avis, de cette situation déplorable et dangereuse.Il y a longtemps que les parents auraient dû prendre conscience de leurs devoirs.Ils sont coupables d\u2019avoir abandonné complaisamment leurs obligations entre les mains du clergé, qui a fait de son mieux dans le contexte social de l\u2019époque.Ils sont coupables de ne s\u2019être jamais intéressés aux élections des commissaires d\u2019écoles, qui devaient être les hommes les plus sages de la communauté.Ils sont coupables de ne pas s\u2019être groupés en corps intermédiaires afin d\u2019engager le dialogue avec l\u2019État, les instituteurs et les maisons d\u2019enseignement.Il existe sans doute des associations parents-maîtres; mais elles sont trop souvent noyautées par les maîtres et ne représentent pas vraiment les parents.Il existe aussi des unions de familles; mais elles se sont penchées, au début, sur un tel éventail d\u2019activités que les grands problèmes de l\u2019éducation ont été négligés.Les associations de parents dans les collèges classiques commencent à peine à se grouper dans une fédération provinciale.Et on ne trouve presque pas d\u2019associations propres au niveau des écoles primaires.Dans de telles conditions, il est_ difficile de reprocher au ministre de l\u2019Éducation de n\u2019avoir pas consulté les parents.Qui aurait-il consulté ?Toutefois, si des corps intermédiaires commencent enfin à prendre forme, ce n\u2019est ^certes pas grâce à l\u2019encouragement de l\u2019État.Il n\u2019a rien fait pour aider les parents à se grouper.Il s\u2019est fort bien accommodé de l\u2019absence des parents dans les différents comités consultatifs.Il ne s\u2019en est jamais plaint.Certains l\u2019ont même soupçonné de s\u2019en être réjoui; car il était ainsi plus à l\u2019aise pour révolutionner l\u2019enseignement avant que les parents ne se réveillent.Aujourd\u2019hui, la situation se présente /A de la manière suivante: il y a d\u2019abord l\u2019État, dont les fonctionnaires de tout rang prennent les décisions ou y collaborent directement.L\u2019État compte ses représentants dans tous les comités consultatifs.L\u2019État établit les programmes, contrôle le choix des professeurs, décerne les diplômes, détermine les horaires et les politiques de toute nature.L\u2019État assume, dans les faits, l\u2019éducation de nos enfants; tous les autres intéressés ne possèdent qu\u2019une voix consultative.Il y a les enseignants, professeurs et principaux d\u2019écoles, groupés depuis longtemps dans des organismes bien structurés et dont l\u2019influence se fait sentir à tous les niveaux de la consultation gouvernementale.Il y a les maisons d\u2019enseignement réunies, pour la plupart, au sein de la Fédération des commissions scolaires et de la Fédération des collèges classiques.Il y a enfin les étudiants, aujourd\u2019hui groupés en syndicats, qui multiplient leurs interventions auprès du gouvernement.Mais les parents, où sont-ils?Nulle part.Qu\u2019on n\u2019aille pas croire, surtout, que l\u2019État représente nécessairement les parents.Trop de conflits dans d\u2019autres provinces et dans le monde, entre l\u2019État et les parents, prouvent abondamment le contraire.Les députés sont peut-être des parents, à titre personnel.Mais à ce compte, les professeurs le sont aussi, et les commissaires d\u2019écoles.^ A ce moment de notre histoire, où l\u2019État met en place de nouvelles structures scolaires et un mode nouveau d\u2019enseignement, il est urgent que les parents étudient les problèmes qui les confrontent et fassent valoir leurs opinions.Pour cela, il est d\u2019abord nécessaire qu\u2019il parviennent à se grouper.Il faudrait ensuite que les lois soient modifiées pour réserver aux parents, de droit, en nombre correspondant à leurs obligations fondamentales, des sièges au Conseil supérieur de l\u2019Éducation et dans chacun des comités régionaux de planification.Si, en vertu du bien commun, le pouvoir de décision revient à l\u2019État, celui-ci ne doit jamais agir contre la volonté des parents puisque, en fin de compte, l\u2019éducation des enfants appartient^ aux parents avant d\u2019être la chose de l\u2019État.Au surplus, afin d\u2019assurer aux parents leur pleine liberté d\u2019expression au Conseil supérieur et dans les comités régionaux, il me semble nécessaire que les nominations ne soient pas réservées à l\u2019État jnais aux corps intermédiaires dont l\u2019État aura sollicité la collaboration.Il faudrait aussi que les réunions du Conseil supérieur et des comités régionaux soient, règle régionale, tenues en public 149 Lignes de faîte d\u2019une spiritualité conjugale afin que l\u2019ensemble des parents de la province puissent se former une opinion sur les divers sujets à l\u2019étude.Dans l\u2019ensemble, nous devons réclamer pour les parents qu\u2019ils aient voix au chapitre.Mais nous devons exiger d\u2019eux, en retour, qu\u2019ils méritent d\u2019exercer leurs droits.Leur indifférence passée concernant les grands problèmes de l\u2019éducation a créé un vide, que le gouvernement s\u2019est empressé de combler.On ne peut pas lui reprocher d\u2019avoir occupé une place que les parents avaient laissée vacante.C\u2019était même son devoir de le faire.Les parents devraient, par exemple, constater l\u2019urgence d\u2019un dialogue avec les étudiants.Ce sont eux, après tout, qui font l\u2019objet de l\u2019enseignement.C\u2019est à cause de leurs obligations fondamentales envers les enfants que les parents possèdent les premiers droits en matière d\u2019éducation.Dès lors, il serait normal que les enfants et leurs parents discutent, entre eux, des problèmes qui les concernent si intimement, élaborent ensemble des éléments de solutions, présentent un front commun devant l\u2019État et les autres responsables de l\u2019éducation.Nous sommes loin de la réalité.Il n\u2019y a qu\u2019à parcourir les journaux étudiants, s\u2019ils représentent vraiment le milieu, pour mesurer l\u2019étendue du fossé qui sépare, en ce moment, les étudiants et leurs parents.Ces deux groupes ne parlent pas la même langue.Les étudiants sont loin d\u2019avoir toujours raison, mais ils ne peuvent pas chercher auprès des parents le conseil que ces derniers, occupés avec les soucis du quotidien, sont incapables de leur offrir.A qui la faute ?Les parents ont été jusqu\u2019à maintenant dépassés par les événements.Ils doivent se ressaisir, se grouper pour mieux étudier la situation, pour engager un dialogue valable avec les étudiants, l\u2019État et les corps intermédiaires, pour exercer ensuite l\u2019influence qui leur revient.Nous sommes à la croisée des chemins.Le gouvernement acceptera-t-il de réserver aux parents la place qui leur revient ?Les parents donneront-ils, de leur côté, le coup de collier nécessaire?Voudront-ils mettre le poing sur la table et assumer des obligations qu\u2019ils abandonnent actuellement à l\u2019État ?L\u2019avenir le dira.Dans tous les cas, lorsque nous passerons du rang de « croulants » à celui « d\u2019ancêtres », il sera curieux d\u2019observer comment se comporteront les étudiants d\u2019aujourd\u2019hui, devenus parents à leur tour.150 Marcel MARCOTTE, S.J.Toutes les choses de ce monde, parce qu\u2019elles sont l\u2019œuvre de Dieu, parlent de Dieu.L\u2019homme parle de Lui encore bien mieux, qu\u2019il a créé à son image.Mais de toutes les réalités humaines, l\u2019an our est la plus chargée de signification divine.Car « Dieu est amour », dit saint Jean, il se définit par l\u2019amour.Le mot pour nous a un sens bien précis que nous dégageons de l\u2019expérience en regardant aux alentours vivre et aimer les humains.Mais l\u2019amour par excellence est l\u2019amour conjugal devant lequel tout autre amour doit s\u2019incliner: « L\u2019homme quittera son père et sa mère pour s\u2019attacher à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair.» Relisons le Cantique des Cantiques.Pour parler de Dieu, ce livre que Dieu lui-même a inspiré puise dans la réalité et le vocabulaire de l\u2019amour conjugal le plus exalté, le plus fervent.Oh! que sa main gauche se glisse sous ma tête et que sa droite m\u2019enlace.Mon bien-aimé porte sa main au verrou et mon cœur frémit au dedans de moi.Des torrents d\u2019eau ne peuvent éteindre l\u2019amour ni les flots le submerger.Si l\u2019amour qui chante dans ces beaux cris sans fraude n\u2019avait pas beaucoup de valeur aux yeux de Dieu, Dieu l\u2019aurait-il choisi, en lui conservant ainsi toute sa densité charnelle, pour nous révéler les richesses de sa mystérieuse charité ?Mais il y a plus: le Christ a fait de l\u2019union des époux un sacrement, c\u2019est-à-dire un signe sensible et un instrument de la grâce, un canal par où sa vie coule et se répand sur les hommes.Du même coup, l\u2019amour dans lequel cette union s\u2019enracine a été élevé, transfiguré, porté à sa plénitude; il est devenu pour les époux un moyen privilégié de salut et de perfection.« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Église.Femmes, ^soyez soumises à vos maris comme l\u2019Église est soumise au Christ.» Entre ces deux amours \u2014 celui qui unit le Christ et l\u2019Église, celui qui unit l\u2019époux et l\u2019épouse \u2014 il n\u2019y a pas seulement ressemblance au plan des apparences, mais communication au plan des réalités profondes.L\u2019amour conjugal est le signe sensible et expressif de l\u2019amour divin; il le représente en image.Mais, s\u2019agissant d\u2019un sacrement, ce signe est efficace: non seulement il représente, mais il réalise dans la personne des époux l\u2019union du Christ et de ses membres.En s\u2019aimant chrétiennement l\u2019un l\u2019autre, l\u2019homme et la femme accroissent au sein du Corps mystique la vie de charité qui est la vie même de Dieu.Plus ils s\u2019aiment, plus la grâce augmente en eux et s\u2019épanche dans l\u2019Église.L\u2019amour chrétien est dans le monde « comme un esclave qui fait monter l\u2019eau ».C\u2019est sur ce fondement que s\u2019édifie la spiritualité conjugale, l\u2019itinéraire de sainteté propre aux époux.Pour atteindre Dieu, s\u2019unir à Lui, ils n\u2019ont pas \u2014 comme on semble l\u2019avoir cru trop longtemps \u2014 à sortir de la voie dans laquelle leur vocation les engage; ils n\u2019ont pas à faire de la « maison du bonheur » un monastère au petit pied, un couvent en miniature, à copier la vie et les usages des moines ou des nonnes, à multiplier les prières et les jeûnes, à se prodiguer dans les œuvres de charité ou d\u2019apostolat.Tout cela peut être excellent et, sous des formes appropriées: prière en famille, retraites conjugales, engagement tempo-tel ou apostolique du couple, doit avoir sa place dans un foyer vraiment chrétien.A condition néanmoins de ne pas venir en conflit avec l\u2019objectif fondamental sur lequel est axée la spiritualité conjugale en tant que telle et qui consiste pour l\u2019époux à trouver Dieu dans son épouse, pour l\u2019épouse à le trouver dans son époux, pour les parents à le trouver dans leurs enfants, et à l\u2019aimer, Lui, en les aimant, eux, leur prochain le plus proche, de cet amour de charité qui, suivant l\u2019enseignement de l\u2019Évangile, n\u2019est qu\u2019un autre visage de l\u2019amour de Dieu.RELATIONS Voilà de quoi rassurer pleinement ces couples d\u2019élite qui se demandent avec anxiété comment concilier, en pratique, les exigences de leur amour avec la poursuite de l\u2019idéal chrétien.La perfection n\u2019est attachée à aucune forme de vie particulière, elle est possible en tout état et, notamment, dans le mariage où les époux, protégés et fortifiés par la grâce d\u2019un sacrement permanent, trouvent dans l\u2019exercice même de leur vie amoureuse l\u2019occasion et le moyen de s\u2019élever petit à petit jusqu\u2019à l\u2019héroïsme de la charité qui coïncide, en fait, avec la sainteté.Car « tout se résume dans cette parole, dit saint Paul: tu aimeras ton prochain comme toi-même.L\u2019amour est l\u2019accomplissement de la loi ».I.\u2014Amour physique et charité Le mariage est un don mutuel et total des personnes, corps et âmes.Dans cet échange, il faut donner à la chair la place qui lui revient, \u2014 sans méfiance, pour éviter l\u2019angélisme; sans présomption, pour ne point choir dans l\u2019érotisme.Ce n\u2019est pas seulement par les sommets, c\u2019est par les racines aussi que les âmes communiquent, entre elles et avec Dieu.« Le corps est pour le Seigneur, dit saint Paul, et le Seigneur pour le corps.» Nombre d\u2019époux ont quand même l\u2019impression que l\u2019œuvre de chair, au fond, est une œuvre de péché, qu\u2019elle ne se légitime du moins que par son orientation procréatrice.Qu\u2019une éducation morale et religieuse mal conduite, qu\u2019une formation à la pureté fondée sur un divorce artificiel entre la chair et l\u2019esprit soit en partie responsable de ce préjugé, nul ne le nie.Il n\u2019en est pas moins vrai \u2014\u2022 et c\u2019est ce qui importe \u2014 que toute éducation de ce type est à l\u2019antipode de la tradition et du génie chrétiens.Le sacrement de mariage n\u2019a pas été institué pour détourner l\u2019homme et la femme de leur vocation d\u2019enfants de Dieu, mais pour leur permettre d\u2019y atteindre suivant les exigences d\u2019un état de vie où l\u2019amour humain, dans toute son épaisseur, est appelé à se mettre au service de la charité divine.Les époux qui méconnaissent la haute teneur spirituelle de leur amour conjugal, même lorsque cet amour s\u2019exprime au niveau de la chair, et qui, sous couleur d\u2019échapper à la tyrannie de l\u2019instinct, se réfugient dans l\u2019abstention ou se fixent comme idéal de réduire au minimum les témoignages réciproques d\u2019amour sensible, \u2014 montrent qu\u2019ils n\u2019ont pas compris à quel point le mariage chrétien est une vocation incarnée, à quel point l\u2019amour que le mariage consacre est, comme l\u2019amour du Christ pour son Église, un amour d\u2019homme, dans toute la force du terme.Ne seraient-ils pas, à leur insu, MAI 1966 influencés par l\u2019esprit du monde païen qui les entoure bien plus que par l\u2019esprit de l\u2019Évangile ?A force de voir l\u2019œuvre de chair profanée de mille manières, n\u2019en sont-ils pas arrivés, inconsciemment, à l\u2019identifier avec les impuretés qui la contaminent ?« Quand tu tiendras cette femme contre toi, penseras-tu à Dieu?» demande le sombre héros d\u2019un roman de Julien Green.Nous répondons: Pourquoi pas?Quand l\u2019union charnelle est véritablement un geste de l\u2019âme, qu\u2019elle traduit la totalité du don de soi, la profondeur de l\u2019amour qui unit les esprits et les cœurs, qu\u2019elle entraîne, par delà le plaisir, dans une commune joie deux êtres entièrement occupés l\u2019un de l\u2019autre, à l\u2019exclusion de tout égoïsme, de tout esprit de lucre et de jouissance, ne devient-elle pas, comme chacun des actes de la vie conjugale accomplis selon l\u2019ordre de la nature et de la grâce, porteuse de vie divine, méritoire et sanctifiante ?Gardons-nous pourtant de rien exagérer.Quand nous lisons que l\u2019acte conjugal est «un acte éminemment religieux », procurant aux époux « une grâce unique d\u2019union à Dieu et en Dieu », ou encore qu\u2019il est « un moment privilégié et particulièrement solennel, où Dieu se fait tout proche », nous ne pouvons nous empêcher d\u2019éprouver un malaise; nous sentons que ces expressions trop lyriques appellent des réserves: poésie et spiritualité n\u2019ont pas même langage.« Ce qui est chair est chair, dit saint Jean, ce qui est esprit est esprit.» Les grands maîtres de la vie spirituelle enseignent à l\u2019unanimité que toute concession, même légitime, à la concupiscence alourdit le vol de l\u2019âme.Les plaisirs des sens sont intenses mais jamais rassasiants; plus on y a goûté, plus on en reste avide.Les désirs qu\u2019ils excitent n\u2019ont rien de céleste et risquent de supplanter dans l\u2019âme d\u2019autres aspirations plus élevées.« Prends garde à toi, dit Claudel, si tu approches autrement qu\u2019avec un esprit de foi et d\u2019humilité, et de crainte, ce sacrement qui est une âme dans un corps.Ce n\u2019est point avec de la boue qu\u2019on épouse l\u2019étoile du matin.» La chair hélas! ne se laisse pas aisément subjuguer ni évangéliser par l\u2019esprit.Même dans le mariage, il arrive qu\u2019elle l\u2019étouffe et l\u2019entraîne à l\u2019abîme.Plus souvent encore, dans les relations intimes entre époux des impuretés et des imperfections se glissent qui, sans aller jusqu\u2019au péché, perturbent leur amour et l\u2019empêchent de déboucher dans la vraie charité.En théorie, l\u2019acte conjugal est placé sous le signe du don plutôt que de la possession; il représente pour les époux un temps fort de l\u2019amour, le mo- ment privilégié où chacun éprouve combien l\u2019autre lui appartient et se donne à lui, en même temps que lui-même se déprend de soi pour se donner à l\u2019autre.Mais en pratique, il n\u2019est souvent, par la faute d\u2019un partenaire grossier ou égoïste, qu\u2019un moment de souffrance et d\u2019humiliation.Ce n\u2019est pas un moraliste ni un mystique, c\u2019est Marcel Proust qui définit l\u2019amour physique: « cette possession où l\u2019on ne possède rien ».Propos désabusé de l\u2019homme qui, à travers le corps, ne réussit pas à étreindre l\u2019âme qu\u2019il a mission de manifester.Là où l\u2019amour vrai fait défaut, les bras de la convoitise se referment sur de pauvres apparences et, un moment fouettée et exaltée par le désir, la chair retombe de tout son poids dans une indifférence morne et désespérée.Tel est, osons le dire, le sort fait à la rencontre charnelle dans beaucoup de ménages.Il est tellement aisé de prendre pour une extase de l\u2019amour, ou même pour un jaillissement de charité, ce qui n\u2019est trop souvent qu\u2019une banale et vulgaire jouissance jetée en pâture à l\u2019instinct.Est-ce sur cette base que les époux édifieront, si peu que ce soit, une vraie vie spirituelle?Aussi, pour prévenir l\u2019illusion, est-il normal et désirable que, dès les débuts de la vie à deux, ils s\u2019exercent à maîtriser leur fougue, à discipliner leur amour et, pour lui garder toute sa valeur, pour empêcher qu\u2019il s\u2019enlise dans la chair ou qu\u2019il se dégrade par l\u2019habitude, qu\u2019ils le soumettent d\u2019un commun accord à une ascèse bien ordonnée.Au demeurant, l\u2019amour physique est orienté de soi vers la fécondité.Or la fécondité ne peut pas être illimitée, et dans un monde compliqué comme le nôtre, elle ne doit pas l\u2019être sous peine de mettre en péril d\u2019autres biens très précieux du ménage.Les époux sont donc appelés à fournir très tôt un effort spécial de renoncement, \u2014 effort d\u2019autant plus douloureux que, par un étrange paradoxe, leur amour doit se renier, en quelque sorte, pour mieux pouvoir s\u2019affirmer.Mais la contradiction n\u2019est qu\u2019apparente, car si l\u2019amour s\u2019exprime dans le don et se prouve par le sacrifice, y a-t-il amour plus vrai que celui qui consent, provisoirement, à s\u2019immoler et à se perdre lui-même pour se retrouver dans un amour plus grand ?La continence des époux trouve là sa signification positive: périodique ou totale, elle représente une victoire de la générosité sur l\u2019égoïsme, une purification et un approfondissement de l\u2019amour conjugal qui, par fidélité à sa mission la plus haute, refuse de se dissoudre dans la luxure et, prenant appui sur ce qu\u2019il trouve en lui-même de meilleur et de plus sacré, passe tout entier, ou presque, dans la sphère de l\u2019esprit et s\u2019y maintient le temps qu\u2019il faut \u2014 un temps parfois bien 151 long \u2014 pour rétablir l\u2019équilibre du foyer.Qui niera que l\u2019amour conjugal, soumis à si rude épreuve, atteigne à la hauteur de l\u2019héroïsme ?Ceux-là en connaissent le prix qui, par respect pour leur conjoint et par fidélité à la loi de Dieu, consentent à le payer.« Si le grain ne meurt, il reste seul; mais s\u2019il meurt, il porte beaucoup de fruits.» Pour des raisons différentes, le même effort ascétique s\u2019impose davantage aux époux à mesure que les années se déroulent et que la nature, devenue moins exigeante, tend vers l\u2019apaisement.« On n\u2019entre que nu dans les conseils de l\u2019Amour », dit Claudel.Cette dénudation progressive s\u2019accomplit d\u2019ordinaire par l\u2019action de la Providence qui permet que, tout au long de la vie, nous soyons de plus en plus éprouvés dans notre corps, notre esprit, notre cœur.Mais il est bon que les époux collaborent en toute liberté et lucidité à l\u2019action divine et que l\u2019amour en eux participe, en s\u2019épurant et se spiritualisant toujours davantage, à ce grand dépouillement par lequel l\u2019homme se prépare, de loin, à rentrer dans la Maison du Père.Telle est d\u2019ailleurs l\u2019histoire des vrais époux chrétiens.Leur amour, à la longue, les a si bien pétris, fondus ensemble que, peu à peu, ils n\u2019ont plus ressenti le besoin de l\u2019exaltation physique pour atteindre à la communion spirituelle la plus profonde.A présent, le soir tombe et les ombres s\u2019allongent sur leur foyer dépeuplé.L\u2019amour en eux est resté bien vivant, mais ce n\u2019est plus désormais dans le tumulte de la chair, dans l\u2019éclair d\u2019une extase ambiguë, c\u2019est dans le silence de leurs âmes, dans le cœur même de leurs cœurs, qu\u2019ils réalisent le don total et réciproque et se retrouvent à tout instant dans un inaltérable unisson, prélude de ce que doit être, au dire de l\u2019Évangile, leur union dans le ciel.« Les époux, dit saint Augustin, ont beau vieillir dans un mariage heureux et voir s\u2019éteindre les feux ardents de l\u2019âge, l\u2019amour continue de brûler dans leurs cœurs.» Voilà comment, par le truchement de la chair, tour à tour assumée ou refusée, le passage s\u2019opère de l\u2019amour humain à la charité divine et à la sainteté.IL \u2014 Vie commune et charité Il en va de même, à fortiori, au plan de l\u2019amour spirituel, de l\u2019amour considéré avant tout comme une communion des esprits et des cœurs.Au départ, chacun des époux est enfermé et bloqué dans sa propre personne, plus ou moins prisonnier de son moi.Pour que le dessein de Dieu sur l\u2019amour et le mariage s\u2019accomplisse \u2014 « ils seront deux dans une seule chair » \u2014, il faut que les époux passent 152 ensemble du moi au nous; il faut que, mettant en commun tout ce qu\u2019ils ont et tout ce qu\u2019ils sont, ils en arrivent à se fondre, sans cesser d\u2019être eux-mêmes, dans la même vie totale, qui n\u2019est plus seulement celle de l\u2019un ou de l\u2019autre, mais celle du couple qu\u2019ils constituent.Ce passage est long et difficile; cette fusion complète de deux vies en une seule n\u2019est jamais obtenue de façon définitive; c\u2019est une œuvre à faire et à refaire chaque jour, avec une patience infinie.Aussi bien, depuis le péché du paradis, l\u2019homme est un être divisé.En se séparant de Dieu, il s\u2019est séparé de ses semblables.Le même égoïsme, la même volonté d\u2019exister et de vivre pour soi-même qui a précipité Adam et Eve dans la désobéissance habite à présent l\u2019homme et la femme et les dresse l\u2019un en face de l\u2019autre dans une lutte qui ne prendra jamais fin.Toute l\u2019histoire des rapports entre les sexes n\u2019est-elle pas inscrite d\u2019avance dans la condamnation prononcée par Dieu, au soir de la faute, contre la « mère des vivants »: « Ton désir te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi ?» Il faut donc refaire l\u2019unité entre deux grands séparés \u2014 des séparés de naissance \u2014 qui ne pourront se rejoindre qu\u2019à condition de triompher en eux-mêmes des égoïsmes qui les opposent.Et c\u2019est là l\u2019énorme tâche que l\u2019amour doit accomplir: de deux moi, il lui faut réussir à faire un seul nous, non pas en théorie et sur le plan juridique, mais en réalité et sur le plan des relations quotidiennes.Tout le long des années, chacun des époux se retrouvera, à chaque instant, placé et replacé devant le même choix: vivre pour l\u2019autre ou vivre pour soi.C\u2019est seulement à la suite d\u2019un nombre incalculable de ces choix journaliers qu\u2019ils parviendront à se dépouiller de leur égoïsme natif pour se fondre ensemble dans l\u2019union d\u2019amour \u2014 on devrait dire de charité \u2014 qui constitue l\u2019idéal du mariage chrétien.L\u2019instrument de ce laborieux dépouillement et de cette communion profonde, c\u2019est le sacrifice.Il a dans la vie des époux des points d\u2019application innombrables: lutte incessante contre les défauts, oubli du confort et des aises, modération dans les dépenses personnelles, renoncement à l\u2019indépendance, aux distractions solitaires, aux amitiés trop absorbantes, aux activités incompatibles avec la vie commune, rajustement perpétuel des goûts, des sentiments, des opinions en vue d\u2019un accord plus parfait.Voilà la rude étoffe dans laquelle est taillé le véritable amour conjugal.Dans son impulsion originelle, il tire sa force du sentiment, de la passion, mais dans son contenu permanent, il est fondé sur la bonté, la tolérance, la compréhension, la patience \u2014 oui, la patience \u2014 et, soit dit sans ironie, sur la loi d\u2019iner- tie qui veut que, une fois lancé sur la route étroite, il y persévère jusqu\u2019à la fin.« Mon amour, c\u2019est mon poids », dit saint Augustin.Cependant, l\u2019expérience enseigne que le plus éprouvant de tous les sacrifices est celui qui s\u2019incarne dans la fidélité.Non pas dans cette fidélité purement négative qui consiste à écarter de sa vie tout autre amour que l\u2019amour du conjoint, mais dans cette fidélité d\u2019essence positive qu\u2019on pourrait définir comme l\u2019acceptation inconditionnelle et totale d\u2019une personne humaine aimée en elle-même et pour elle-même, indépendamment de toutes les vicissitudes qui, au fil des travaux et des jours, l\u2019affectent dans son corps, son esprit, son cœur, son caractère.Pascal écrit à ce propos: « Il n\u2019aime plus cette femme qu\u2019il aimait il y a dix ans.Je crois bien: elle n\u2019est plus la même, ni lui non plus.» Voilà l\u2019infidélité radicale, celle qui est à l\u2019origine de toutes les autres.On a donné son cœur et livré sa vie, non pas à la personne même de l\u2019être aimé, au toi inaltérable, élu une fois pour toutes \u2014 « pour le meilleur et pour le pire » \u2014 qui persévère à travers l\u2019écoulement du temps, mais plutôt à l\u2019image qu\u2019on s\u2019est faite un jour de cet être, en l\u2019identifiant à ses qualités précaires et à ses caractères changeants.Ces qualités \u2014 parfois simplement empruntées pour la durée de la conquête amoureuse \u2014 venant à disparaître, ces caractères révélant peu à peu l\u2019imposture, le cœur refuse de reconnaître le nouveau personnage, l\u2019être authentique que le temps finit toujours par mettre à nu.Cet homme devant moi, cette femme à mes côtés, ce n\u2019est pas l\u2019être que j\u2019ai aimé naguère.Et l\u2019on voudrait que j\u2019y reste attaché! Ainsi l\u2019amour perd son support naturel et, comme un oiseau aux ailes cassées, retombe dans le vide.Un si grand malheur, qui retentit si fâcheusement sur la vie spirituelle des époux, pourrait-il être évité ?Pascal n\u2019a pas l\u2019air de le croire.« Comment aimer le corps ou l\u2019âme, dit-il, sinon pour ces qualités qui ne sont point le moi puisqu\u2019elles sont périssables ?» Mais Montaigne s\u2019inscrit en faux contre ce propos déprimant: «Pourquoi l\u2019as-tu aimé?\u2014 Parce que c\u2019était lui, parce que c\u2019était elle.» Tel est le langage de l\u2019amour véritable.Il exprime l\u2019accueil qu\u2019on accorde à un être dans son originalité et sa singularité, l\u2019attachement indéfectible qu\u2019on lui voue, par delà les destructions inévitables des épreuves, des maladies, du vieillissement, par delà même l\u2019ingratitude et la trahison, à cause de tout ce qu\u2019il est, qu\u2019il doit être et demeurer jusqu\u2019à la fin.L\u2019amour, a-t-on dit, est fils de la connaissance.Si cette connaissance est assez poussée, si elle ne s\u2019arrête RELATIONS pas à l\u2019écorce de l\u2019être, mais pénètre jusqu\u2019à sa substance; si surtout elle décèle en lui, sous l\u2019éclairage de la foi, l\u2019image de Dieu qui resplendit sur son visage, sa parenté avec le Christ, ses affinités avec l\u2019éternel, l\u2019amour qu\u2019elle nourrit échappe à l\u2019usure du temps, aux avatars de l\u2019existence et devient capable de vraie fidélité.Ce que j\u2019aime, ce n\u2019est point ce qui en elle est capable de se dissoudre, de m\u2019échapper et d\u2019être absent et de cesser de m\u2019aimer; c\u2019est ce qui est la cause d\u2019elle-même, c\u2019est cela qui produit la vie sous mes baisers, et non la mort.Paul Claudel: Le Soulier de salin.Malheureusement, la connaissance que fiancés et jeunes époux ont tout d\u2019abord l\u2019un de l\u2019autre relève bien plus communément de l\u2019imagination et de la sensibilité que de la sagesse éclairée par la foi.Est-ce à des yeux éblouis par les rayons du jeune amour qu\u2019on peut demander de reconnaître le mystère profond de la personne de l\u2019autre, de la voir chargée de tout son poids de misère et de grandeur, de ses tendances natives et ses aspirations spontanées, de tout cela en elle qui implore la grâce et que l\u2019amour, précisément, doit exaucer ?Face à l\u2019être de chair et de sang qui a ému le cœur d\u2019un frisson délicieux, comment songerait-on à s\u2019interroger sur sa vocation essentielle de personne humaine et d\u2019enfant de Dieu ?Il faut que toute cette brume rose se résorbe dans la grisaille du jour le jour, du quotidien; il faut que, sous le poids de la fatigue, des inquiétudes, des incompréhensions, au choc de la souffrance, chacun révèle à l\u2019autre son vrai visage.A ce moment, les deux époux, non seulement se connaissent l\u2019un l\u2019autre tels qu\u2019ils sont, mais ils s\u2019acceptent mutuellement pour ce qu\u2019ils sont.Après s\u2019être choisis comme à tâtons, dans le clair-obscur de la passion naissante, voici qu\u2019ils se re-choisissent, d\u2019un geste sûr et décisif, dans le plein-jour de l\u2019amour véritable.Ce second choix repose sur des motivations à la fois plus riches, plus libres et plus pures que le premier.Il ne s\u2019agit plus d\u2019une conquête mais d\u2019un don; on ne choisit pas l\u2019autre, cette fois, pour le posséder mais pour se livrer à lui.L\u2019amour, enfin, échappe à l\u2019égoïsme qui le contamine; de son stade captatif, il passe peu à peu à son stade oblatif; il baigne tout entier dans la charité divine.Conclusion Dans l\u2019optique où nous nous sommes placé, la spiritualité conjugale est tout entière fondée sur le devoir d\u2019état et, plus précisément, sur le devoir d\u2019aimer MAI 1966 qui, pour les époux d\u2019abord et ensuite pour les parents, enveloppe tous les autres.« Soyez parfaits, dit Jésus, comme votre Père céleste est parfait.» Mais, la perfection, où la chercher sinon dans la fidélité aux tâches quotidiennes, dans l\u2019accomplissement consciencieux de tous ces « travaux ennuyeux et faciles » qui définissent pour chacun 1\u2019 « œuvre d\u2019amour » d\u2019où dépend la réussite de sa vie ?Cette fidélité a son prix, ces tâches ont leur valeur, et nul n\u2019a le droit de les dédaigner sous prétexte que « les païens eux-mêmes en font autant ».La grâce ne contredit pas la nature: elle la suppose et la couronne; le mariage sacramentel ne renie rien des dispositions du mariage naturel: il les assume et les perfectionne.« Celui qui ne prend pas soin des siens, dit saint Paul, surtout de ceux qui vivent avec lui, a renié la foi, il est pire qu\u2019un infidèle.» Pire ?Oui, pire, parce qu\u2019il fait échec en même temps à la nature et à la grâce, à la volonté de Celui qui l\u2019a créé et à l\u2019appel de Celui qui l\u2019a racheté « à grand prix ».La charité, qui est le « lien de toute perfection », ne se situe pas pour le chrétien hors du monde, elle ne se nourrit pas seulement de refus, elle ne dresse pas Dieu contre l\u2019homme.« Celui qui n\u2019aime pas son frère qu\u2019il voit, comment aimerait-il Dieu qu\u2019il ne voit point ?» Et pourtant, la fidélité au devoir d\u2019état \u2014 au devoir d\u2019aimer \u2014 ne suffit pas encore, par elle seule, à donner accès au Royaume.Il faut aimer, il faut être fidèle dans la foi qui éclaire par dessous toutes les réalités de ce monde.« Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez n\u2019importe quoi, faites tout pour la gloire de Dieu.» Ce que leur foi donne aux époux chrétiens, c\u2019est essentiellement une façon nouvelle d\u2019adhérer à leur état conjugal, c\u2019est une lumière divine pour y reconnaître, à travers les exigences de leur engagement humain, non seulement l\u2019expression de la volonté de Dieu sur leur vie, mais un appel têtu à un dépassement sans fin.« On vous a dit.Moi, je vous dis.» Il est naturel à la femme de s\u2019appuyer sur l\u2019homme et de s\u2019en remettre plus ou moins à sa sagesse et à sa force de la conduite de sa vie.Mais, en s\u2019abandonnant à son mari, la femme chrétienne, parce que sa foi fait d\u2019elle la « servante du Seigneur », discerne dans cet abandon qui transforme son cœur bien plus qu\u2019une exigence de son destin d\u2019épouse: le moyen par excellence d\u2019aimer et de servir Dieu sous les apparences de l\u2019homme et de s\u2019élever par ce service d\u2019amour jusqu\u2019aux sommets de la charité.De même il est naturel au mari d\u2019aimer sa femme « comme sa propre chair » et de la protéger de son mieux contre les périls et les duretés de l\u2019existence.Mais le mari chrétien, pour avoir appris du Seigneur crucifié que « la plus grande preuve de l\u2019amour, c\u2019est de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime », est, à l\u2019exemple du Christ livré pour son Église, entraîné par son amour jusqu\u2019aux formes suprêmes du sacrifice.Ainsi donc, les époux chrétiens reçoivent du sacrement de mariage la grâce de vivre leur union sur un autre plan, à un autre niveau de profondeur.Ils s\u2019aiment, bien sûr, puisque l\u2019amour, en toutes ses dimensions, est leur devoir primordial.Mais peut-être ne s\u2019aiment-ils pas plus, au regard de la chair, que Philémon et Baucis, d\u2019illustre et païenne mémoire, ou que tel couple d\u2019incroyants que d\u2019heureuses affinités ont étroitement soudé.Peut-être même, d\u2019un point de vue naturel et humain, s\u2019aiment-ils beaucoup moins.Mais peu importe: le mariage n\u2019en reste pas moins pour eux la route de sainteté qu\u2019il est pour les couples les plus aimants.Car, si misérable ou douloureux que soit leur amour conjugal, c\u2019est en Dieu qu\u2019il s\u2019est noué, en Dieu qu\u2019il persévère, en Dieu qu\u2019il fructifie, dans la joie ou la peine, pour la vie éternelle.En sorte qu\u2019ils peuvent redire à leur tour sans mensonge ce que Pierre Dupouey écrivait un jour à sa femme, Mireille: « En dehors du devoir et des choses divines, je n\u2019ai besoin que de toi; ou plutôt, j\u2019ai besoin de toi, parce que tu fais partie des choses divines de ma vie, parce que c\u2019est le bon Dieu qui t\u2019y a fait entrer, parce que tu es sous mon toit sa bénédiction vivante et efficace.» RAPPEL L\u2019Église au Québec Numéro spécial de Relations, février 1966 20e mille.Prix : 50 cents Éditions Bellarmin 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 153 DOCUMENT S.Em.le cardinal Léger : « L\u2019école chrétienne est l\u2019affaire de tous.l\u2019affaire des parents en tout premier lieu.» A l\u2019hôtel de la Reine-Elizabeth, le 5 avril dernier, à l\u2019occasion du congrès annuel de la Fédération provinciale des Principaux d\u2019école du Québec, S.Em.le cardinal Paul-Emile Léger a prononcé une allocution d\u2019une importance exceptionnelle dans les circonstances présentes.L\u2019archevêque de Montréal, prenant pour acquis que l\u2019école chrétienne doit subsister au Québec, s\u2019est appliqué à définir qui en porte la responsabilité et quoi paire à l\u2019heure actuelle.Le texte d\u2019une pareille allocution mérite d\u2019être conservé et médité, surtout aujourd\u2019hui où tant d\u2019esprits se laissent si facilement séduire par tout ce qui est nouveau et tant d\u2019autres ne savent plus que penser devant tous les changements qui s\u2019opèrent dans la société québécoise, en particulier dans notre système d\u2019éducation.Est-il besoin de faire remarquer que viennent fort à propos s\u2019inscrire dans notre numéro spécial sur « la famille au Québec » les directives que le cardinal Léger formule à l'adresse des parents qui désirent conserver à l\u2019école son caractère chrétien ?De cette allocution voici donc, ce mois-ci, le texte intégral de l\u2019introduction et de la première partie.Nous publierons, le mois prochain, la seconde partie, intitulée « Quoi faire ?» et portant sur les structures de l\u2019école et les exigences de l\u2019esprit chrétien.C\u2019est la deuxième fois en quelques semaines que je m\u2019adresse à un groupe de principaux d\u2019école: ce fait témoigne, à lui seul, de l\u2019importance que j\u2019accorde aux problèmes d\u2019éducation et à un renouveau de la présence chrétienne à l\u2019école.Lors de la causerie que je faisais récemment aux principaux des écoles de Montréal, j\u2019ai rappelé certains points de la pensée de l\u2019Eglise en matière scolaire.Je n\u2019ai pas l\u2019intention de répéter ce que j\u2019ai dit à cette occasion: devant des maîtres, on n\u2019a pas besoin de redire les choses pour être compris; et d\u2019ailleurs, les échos que j\u2019ai pu entendre après cette causerie m\u2019ont fait croire que la pensée et les lignes de conduite que j\u2019ai exposées ce jour-là ont reçu chez vos collègues de Montréal un accueil qui semble avoir été sans réticence.Mon intention est plutôt, aujourd\u2019hui, d\u2019élargir le cadre de mes réflexions pour essayer de dire les responsabilités qu\u2019entraînera pour chacun, dorénavant, la présence de l\u2019Evangile à l\u2019école, chez nous.I.\u2014 L'ÉCOLE CHRÉTIENNE EST L'AFFAIRE DE TOUS La première idée que je veux suggérer à votre réflexion est que la présence de l\u2019Evangile à l\u2019école est l\u2019affaire de tous les chrétiens.Il n\u2019y a pas dans cette affirmation de quoi surprendre: plus que jamais chacun est conscient, aujourd\u2019hui, que l\u2019Eglise est une communauté de croyants d\u2019une telle nature que les responsabilités y sont toujours en quelque manière collectives.On parle beaucoup de la responsabilité des laïcs dans l\u2019Eglise: en notre province, il n\u2019y a peut-être pas de domaine où cette responsabilité soit appelée à s\u2019exercer avec plus de gravité que dans celui de l\u2019éducation.Il faut que chaque chrétien se rende compte que c\u2019est la communauté chrétienne tout entière qui est responsable de l\u2019éducation de la foi chez les jeunes.Cela vaut pour tous les lieux où l\u2019éducation se fait et cela vaut particulièrement pour l\u2019école.C'est l'affaire des parents L\u2019école est l\u2019affaire des parents en tout premier lieu.L\u2019affirmation, je le sais, est un peu brutale.Je l\u2019ai voulue telle pour bien montrer comment il faut se dissocier de cette philosophie scolaire qui conçoit l\u2019école comme un simple instrument de l\u2019Etat et qui invite à négliger ses liens avec les parents.Il faut l\u2019admettre, il y a parfois chez ceux qui préconisent cette conception une intuition vraie, à savoir qu\u2019il faut distinguer la tâche scolaire de la tâche d\u2019éducation domestique.Mais ce qui ne peut être admis, c\u2019est qu\u2019au nom de cette distinction on soit amené à négliger ou à considérer comme secondaires les liens de l\u2019école aux parents.L\u2019Eglise, au Concile, a repris sans hésitation le principe de la responsabilité première des parents en éducation.« Les parents, dit le Concile, ayant donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obligation de les élever, et à ce titre ils doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs.» Par ces mots, le Concile n\u2019a fait que sanctionner de son autorité une pensée traditionnelle fondée sur une philosophie très réaliste de la fonction parentale: prendre sur soi de mettre au monde un enfant, c\u2019est accepter la charge d\u2019être les premiers et les principaux responsables de tout ce qui sera nécessaire pour que cet enfant grandisse et s\u2019épanouisse.Sans doute faut-il que les parents, dans l\u2019exercice de cette responsabilité, agissent de concert avec maintes personnes, avec des services de toutes sortes, publics et privés, et notamment avec l\u2019école; sans doute faut-il que les parents accordent à ces personnes et à ces services \u2014 et notamment à l\u2019école \u2014 cette juste autonomie sans laquelle ils ne pourraient les aider dans l\u2019éducation de leur enfant.Mais il faut quand même tenir que l\u2019ordre de l\u2019éducation tout entier doit être basé sur le principe de la responsabilité première des parents.Certes, certains aspects de la vie de l\u2019école échappent à la compétence des parents.Cela n\u2019empêche pas, cependant, que l\u2019objectif d\u2019une saine politique scolaire consiste non pas à couper les liens entre l\u2019école et les parents, mais à les mieux assurer.Les fossés profonds qui surgissent entre les générations, entre les parents et leurs enfants, les difficultés rencontrées par les premiers dans leur tâche éducatrice, la complexité des problèmes d\u2019éducation, la compénétration des influences scolaires et familiales, tout nous invite à intégrer, dans toute la mesure du possible et selon les techniques appropriées, les parents à la vie scolaire.Cela est particulièrement vrai pour ce qui regarde la vie religieuse et l\u2019éducation de la foi.Les parents ont le droit et le devoir d\u2019exiger qu\u2019il y ait continuité entre la conception de la vie qu\u2019exige la foi de leur enfant, et celle que diffuse l\u2019école.Sur ce point crucial de l\u2019éducation de l\u2019enfant, il faut que s\u2019établissent entre les parents et l\u2019école des communications dans les deux sens et une collaboration étroite.C'est l'affaire des professeurs Chacun des professeurs d\u2019une école catholique doit être conscient de sa très grave responsabilité en face des besoins religieux de l\u2019enfant.En matière religieuse, plus encore que d\u2019enseignement l\u2019enfant a besoin de témoignage.Nous savons bien que la situation présente de l\u2019école chez nous et divers facteurs font qu\u2019il est parfois difficile à certains maîtres de porter ce témoignage de la foi.Il en résulte souvent pour eux un malaise qui les fait souffrir; il arrive qu\u2019il en résulte parfois aussi un dommage sérieux pour les enfants, et que l\u2019attente des parents est déçue.Ces situations difficiles doivent être traitées avec un sens et un respect profonds des personnes, mais tous doivent toujours se rappeler que l\u2019école est conçue d\u2019abord et avant tout pour le bien intégral de l\u2019enfant.Sans négliger donc certaines nuances qu\u2019imposent la vie et la complexité des problèmes humains, il faut dire qu\u2019on doit tenir le principe que dans une école catholique chacun des professeurs, à son poste et selon les exigences de ses responsabilités particulières à l\u2019école, doit collaborer à l\u2019éducation de la foi, à la formation de la 154 RELATIONS conscience religieuse de l\u2019enfant.C\u2019est chacun des professeurs qui doit aider l\u2019enfant, aux divers âges de son développement intellectuel et affectif, dans la difficile confrontation de la foi avec la science et avec le monde.Ce témoignage des professeurs au cœur même de la vie étudiante est si important qu\u2019on peut affirmer que la première garantie qu\u2019une école est vraiment chrétienne est à chercher dans la qualité de la foi de ses maîtres.Cette vérité entraîne une double conséquence.La première est qu\u2019une école catholique doit être capable, lorsqu\u2019elle fait le choix de son personnel, de le faire selon certaines exigences en matière religieuse.La seconde est que les professeurs des écoles catholiques doivent réfléchir systématiquement sur leurs obligations religieuses envers les enfants qui leur sont confiés et doivent se donner les moyens concrets de s\u2019entraider à assumer leur responsabilité.Que la responsabilité du caractère chrétien de nos écoles catholiques soit aussi l\u2019affaire des catéchètes, cela personne ne le met en question.On a fait des reproches nombreux à notre catéchèse scolaire d\u2019autrefois.Ces reproches, chacun l\u2019admet, étaient parfois mérités.Et même notre catéchèse présente n\u2019est pas toujours irréprochable.L\u2019éducation de la foi est une tâche fort délicate, aussi bien à cause des subtils mécanismes de l\u2019âme de l\u2019enfant qu\u2019à cause de la nature même de l\u2019enseignement religieux.Mais les esprits facilement critiques en ce domaine doivent se rendre compte qu\u2019il existe chez nous un renouveau catéchétique d\u2019une grande vitalité, plein de promesses, et qui n\u2019a pas son pareil dans beaucoup de pays du monde, ni dans beaucoup de secteurs de l\u2019enseignement.Qu\u2019on prenne donc garde en critiquant l\u2019école catholique de ne pas juger une situation déjà dépassée ou qui est évidemment en voie de l\u2019être.Je voudrais noter ici, en passant, que les laïcs ont une contribution originale à apporter dans le domaine de la catéchèse et il m\u2019est bien agréable de dire, d\u2019ailleurs, qu\u2019ils prennent actuellement une part remarquable et irremplaçable dans le renouveau catéchétique de notre pays.Dans les années prochaines, ce renouveau catéchétique contribuera grandement à réaliser une présence plus efficace de l\u2019Evangile à l\u2019école, à la condition qu\u2019on n\u2019aille pas tomber dans l\u2019illusion de croire qu\u2019une catéchèse renouvelée pourrait à elle seule suffire à assurer la formation chrétienne des jeunes à l\u2019école.Devrions-nous nous contenter d\u2019une présence de l\u2019Eglise à l\u2019école qui ne consisterait que dans la seule tolérance de l\u2019exercice libre de la fonction catéchétique ?Nous avons déjà dit très clairement et maintes fois que cette conception limitée de la présence chrétienne à l\u2019école ne doit pas satisfaire les chrétiens.La fonction catéchétique est absolument centrale dans la pastorale scolaire, mais que personne ne cède à l\u2019illusion que l\u2019enseignement catéchétique peut répondre à lui seul à tous les besoins religieux de l\u2019enfant.C\u2019est l\u2019affaire de l'autorité ecclésiastique Lors de ma rencontre avec les principaux de Montréal, j\u2019ai insisté sur l\u2019obligation qui incombe aux principaux d\u2019une école catholique d\u2019être, même en ce qui regarde l\u2019aspect chrétien de l\u2019école, les chefs et les animateurs de l\u2019équipe d\u2019éducateurs dont ils ont la responsabilité.Vous me par- donnerez de ne pas insister davantage aujourd\u2019hui sur votre rôle propre: je ne vois rien d\u2019essentiel à ajouter à ce que j\u2019ai déjà dit à vos collègues de Montréal.Mais je dois dire davantage aujourd\u2019hui comment l\u2019éducation chrétienne à l\u2019école est aussi l\u2019affaire de l\u2019autorité ecclésiastique ou des pasteurs de l\u2019Eglise.Je pense d\u2019abord ici aux prêtres qui ont un rôle à exercer dans l\u2019école.Je sais que les prêtres qui sont voués à la pastorale scolaire s\u2019interrogent actuellement sur leur rôle à l\u2019école.Pour mieux comprendre leur ministère dans ce champ de la pastorale, il est normal que les prêtres vous consultent et consultent aussi les professeurs et les catéchètes.De ces consultations, les prêtres tireront des profits immenses pour mieux comprendre et mieux orienter leur activité pastorale, pour mieux la coordonner à toute la vie de l\u2019école, de même qu\u2019aux activités religieuses que les autres éducateurs déploient, que celles-ci soient enseignement catéchétique, confrontation des disciplines profanes à la foi, ou qu\u2019elles soient de l\u2019ordre du témoignage.Les évêques aussi ont une responsabilité dans l\u2019éducation chrétienne.Certains chrétiens senblent l\u2019oublier et vouloir semer l\u2019idée que les prises de position du Concile, du Pape et de l\u2019Episcopat en matière d\u2019éducation chrétienne, même lorsqu\u2019elles concernent les implications religieuses de la vie de l\u2019école, pourraient être reçues comme n\u2019ayant guère plus d\u2019autorité que celles de simples fidèles ou de simples théologiens.Certes, il ne faut pas s\u2019y tromper: c\u2019est aux croyants et non aux autres que les évêques s\u2019adressent lorsqu\u2019ils donnent des lignes de conduite; mais à leurs fidèles, ils peuvent donner de véritables directives.Les évêques manqueraient gravement à leur devoir envers le peuple fidèle s\u2019ils n\u2019exerçaient leur difficile mais nécessaire rôle de guides et de chefs.L\u2019Eglise, fort heureusement, n\u2019est pas un peuple acéphale.Pas plus qu\u2019aucune autre société ici-bas, elle ne peut se passer de chefs.Dans l\u2019Eglise, les chefs sont les évêques.Ces chefs doivent savoir écouter, consulter, tenir compte des préoccupations du milieu et de la communauté chrétienne.Ils doivent \u2014- dans leur souci de préserver et promouvoir les valeurs religieuses à l\u2019école \u2014 se préoccuper que soient respectés aussi les espoirs et les intérêts profanes et inviter les chrétiens à ce qu\u2019ils ne les négligent pas.Tout cela, les évêques doivent le faire, mais c\u2019est clairement et fermement qu\u2019ils doivent aussi guider le peuple chrétien dans les questions qui relèvent de la vie religieuse.Car, à moins qu\u2019on veuille nier un point majeur de doctrine repris par Vatican II, ce sont eux qui sont providentiellement chargés par Dieu de cette responsabilité de chefs et de guides.Et le peuple chrétien, qui a l\u2019instinct de la foi et des besoins de l\u2019Eglise, attend de ses chefs spirituels des orientations fermes et claires.C\u2019est l\u2019affaire des étudiants Sans doute l\u2019étude est-elle une responsabilité typique de l\u2019étudiant.Parce qu\u2019il comprend la gravité particulière de l\u2019engagement que comporte l\u2019acte de foi, l\u2019étudiant chrétien accorde spontanément une place privilégiée et un sérieux tout spécial à l\u2019étude de ce qui concerne sa foi.Il entreprend cette étude avec une sincérité et une rigueur totales, ce qui exige une ascèse de l\u2019esprit et du cœur beaucoup plus grande qu\u2019on ne le pense souvent.On peut dire que c\u2019est avec passion que l\u2019étudiant chrétien doit non seulement s\u2019assurer des fondements de sa foi, mais chercher à en péné- trer toute la richesse doctrinale et à en comprendre toutes les exigences concrètes.L\u2019étudiant chrétien a d\u2019autres responsabilités religieuses à l\u2019école.Ce milieu est le sien à un titre particulier puisqu\u2019il est fait pour lui; et c\u2019est pourquoi il s\u2019en sent légitimement responsable.En matière religieuse comme sur d\u2019autres points, l\u2019éducateur découvre à écouter l\u2019étudiant certains de ses besoins profonds, certaines inquiétudes qu\u2019il ne percevrait pas autrement.Si l\u2019étudiant peut s\u2019exprimer, s\u2019il peut être entendu, s\u2019il peut prendre des responsabilités, il contribuera lui aussi à améliorer la pastorale scolaire et la rencontre harmonieuse à l\u2019école de la foi et du monde.Mais il ne faut pas s\u2019y tromper, pour l\u2019étudiant comme pour tous les autres la première responsabilité de la foi est celle de l\u2019authenticité de la vie et du témoignage.Volontiers le jeune reproche à ses aînés d\u2019avoir réduit leur foi à un petit univers de pratiques et de n\u2019avoir pas une vie cohérente avec les beaux principes de leur profession de foi au Christ.Ces reproches, s\u2019ils sont parfois excessifs, sont l\u2019indice d\u2019une perception correcte des rigoureuses exigences de l\u2019option chrétienne.L\u2019étudiant chrétien s\u2019appliquera à lui-même la règle de l\u2019authenticité et il sera très précocupé de ne pas séparer sa foi de sa vie concrète.C\u2019est ainsi qu\u2019il portera le plus efficacement témoignage.L'école chrétienne, c\u2019est donc vraiment l\u2019affaire de tous les chrétiens : cette phrase résume bien le premier message que je voulais vous transmettre aujourd\u2019hui et, en même temps qu\u2019à vous, transmettre à chacun des croyants.On s\u2019en rend compte: ce que j\u2019ai dit est, pour chacun, une invitation à procéder à un examen de conscience personnel pour se demander s\u2019il est bien fidèle aux exigences de sa foi en matière d\u2019éducation.Mais puisqu\u2019il y a des tâches qu\u2019on ne peut espérer remplir que par une action commune, ce que j\u2019ai dit est aussi une invitation faite aux différents groupes concernés à se demander s\u2019ils sont assez efficaces pour rechercher les implications de leur responsabilité chrétienne en éducation, pour s\u2019exprimer, pour réclamer s\u2019il est nécessaire, et pour agir.Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de la ü>aubeprbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal MAI 1966 155 INVENTA IRE Au service IL Y, A chez nous, plusieurs mouvements et associations de familles.Leur diversité manifeste une vitalité certaine; mais leur grand nombre pose des problèmes de coordination.Quelques efforts de regroupement se sont fait jour; personne, cependant, ne peut encore parler au nom de l\u2019ensemble des familles du Québec.1.\tEquipes de foyers (Equipes de ménages) Fondation.\u2014 Les premières équipes de foyers ont été fondées à Montréal, en 1942, par quelques ménages dont le mari était routier et par un prêtre, l\u2019abbé Robert-E.Llewillyn, aumônier du Clan et aumônier des étudiants de l\u2019Université de Montréal.Buts.\u2014 Les Equipes se proposent de développer une spiritualité conjugale et familiale, d\u2019aider les couples à se sanctifier dans le mariage et à poursuivre le bonheur de leur foyer, tout en s\u2019ouvrant à l\u2019apostolat, chacun dans son milieu.Structures.\u2014 Le tout du mouvement, c\u2019est l\u2019équipe, qui groupe de quatre à six couples.Elle se réunit une fois par mois, dans un des foyers, à tour de rôle.Chaque équipe choisit ses propres sujets d\u2019étude et de réflexion.Elle organise ses réunions à sa guise; en pratique, on retrouve souvent le schéma suivant: 1.prière ou méditation collective, 2.discussion d\u2019un thème conjugal ou spirituel, 3.goûter frugal.Un couple responsable dirige l\u2019assemblée.Un prêtre joue le rôle d\u2019aviseur spirituel et fait partie de l\u2019équipe.Les équipes sont autonomes.Celles qui désirent adhérer au mouvement le font par une contribution annuelle envoyée au secrétariat.Règle générale, une assemblée annuelle réunit toutes les équipes.On y élit l\u2019équipe d\u2019orientation, qui constitue l\u2019équipe dirigeante du mouvement; le couple responsable de l\u2019équipe d\u2019orientation devient ainsi le représentant de tout le mouvement.D\u2019autres équipes, sous la direction de l\u2019équipe d\u2019orientation, se chargent de diverses fonctions: la Lettre aux ménages, le secrétariat, l\u2019organisation des retraites conjugales, l\u2019aide aux équipes qui se forment (équipe d\u2019initiation).La caractéristique principale demeure l\u2019autonomie et l\u2019initiative des équipes.On laisse à chacune d\u2019entre elles la plus grande liberté et spontanéité.de la famille Pour compléter les études qui paraissent dans le présent numéro, il a semblé utile d\u2019établir un inventaire, forcément incomplet, de ces mouvements.Nous avons distingué: 1° les associations de familles, 2° les groupements qui offrent des services à la famille, 3° quelques instituts de type particulier.A.- Associations de familles Activités.\u2014 D\u2019abord et avant tout, les réunions d\u2019équipes, décrites plus haut.On attache aussi une grande importance à l\u2019organisation de retraites conjugales.Membres.\u2014 La région de Montréal compte une trentaine d\u2019équipes, qui groupent environ 150 couples.Les régions de Québec, de Hull et de Saint-Boniface comptent quelques équipes.Publications.\u2014 1.La Lettre aux ménages, publiée quelques fois durant l\u2019année, renseigne sur la vie des équipes, suggère des thèmes d\u2019étude et de discussion, inclut des articles de spiritualité, etc.2.L\u2019Eglise et les laïcs mariés (Montréal, Editions du Jour, 1962, 157 p.), un volume publié à l\u2019occasion du 20e anniversaire du mouvement.Rédigé par des couples et par quelques prêtres, il traite de divers aspects de la vie chrétienne des laïcs mariés.Secrétariat.\u2014- Présentement, le secrétariat est assuré par M.et Mme J.-Armand Durand, 910, rue Monique, Sainte-Dorothée.2.\tFédération v.PRIX MIRACLE COOPERATIF DE $2.50 mv inis / ¦ » I01C.^ .AGs'lS SüflGMl- V
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