Relations, 1 avril 1967, Avril
[" iiT\u2014nm -iHii iin» Ti'iiirr n i» < revue du mois, numéro 315, montréal, avril 1967, prix 50' RELATIONS ^^_ Année Je la foi Les collèges jésuites Le pluralisme dans l'Eglise Une probation préparatoire au mariage.\u2014 La crise de la famille au Québec.\u2014 66 L\u2019Avalée des avalés \u201d.\u2014 Le problème de Dieu.\u2014 Dossier Robinson.\u2014 Collaboration patronale-ouvrière.\u2014 La C.I.C.et le bill 25. Y T SOMMAIRE AVRIL 1967 Éditoriaux.93 Le général Vanier.\u2014 Collaboration palronale-ouvrière.Inflation.Salaire minimum.Articles Le pluralisme dans l\u2019Église selon Vatican II.Année de la foi.La crise de la famille au Québec Les collèges jésuites.Robert Bernier 96 Luigi d\u2019Apollonia 99 Philippe Garigue 101 .Jean Sinclair 103 Une probation préparatoire au mariage Jean Racette 106 Chroniques Méditation: Un peuple pascal.Paul Labarre 108 Actualités: Le Conseil SUPÉRIEUR DE LA famille et la contraception .Marcel Marcotte 108 Au service du français: Pour en finir .Joseph d\u2019Anjou 109 Littérature: « L'Avalée des avalés » de Réjean Ducharme.Roger Sylvestre 110 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil.Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne.Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements: 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité: Le théâtre: Doha Rosita.\u2014 On n\u2019a pas tué Joe Hill.-\u2014-Prométhée enchaîné.\u2014 Les Petits-Bourgeois.\u2014 On ne badine pas avec l\u2019amour.\u2014 Les Caprices de Marianne .Georges-Henri d\u2019Auteuil 113 Dossier Robinson.Yves Saint-Arnaud 115 Lecture du mois: Comment poser le problème de Dieu?.René Champagne 117 Au fil du mois.118 « R 7 )i: présents! \u2014 Les pauvres à l\u2019Expo.\u2014- « Une Commission sur les conflits et les relations de travail ?» -\u2014- La C.I.C.et le BILL 25.Gérard Hébert 120 Les livres.121 Notes bibliographiques.124 Ouvrages reçus.III Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.L\u2019IMPRIMEUR DE LA REINE,\tOTTAWA désire rappeler qu\u2019il détient l\u2019agence exclusive de vente au Canada pour 19 organisations internationales Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce\tGATT Assemblée de l\u2019Union européenne occidentale UEO Agence internationale de l\u2019énergie atomique AIEA Bureau international du travail\tBIT Commonwealth Economie Committee (anglais seulement)\tCEC Conseil de l\u2019Europe\tCE Cour internationale de justice\tCI J Gouvernement de la Nouvelle-Zélande (anglais seulement)\tGNZ Institut de l\u2019Unesco pour l\u2019éducation\tIUE LES CATALOGUES VOUS PARVIENDRONT SUR DEMANDE Les publications des organisations internationales sont en vente chez L\u2019IMPRIMEUR DE LA REINE,\tOTTAWA et aux librairies de l\u2019Imprimeur de la Reine : \u2022\tOTTAWA: Edifice Daly, angle Mackenzie et Rideau\t# WINNIPEG: 499, avenue Portage (Mail Centre) \u2022\tTORONTO: 221, rue Yonge\t\u2022 VANCOUVER: 657, rue Granville O MONTREAL: Edifice Aeterna-Vie, 1182 ouest, rue Sainte-Catherine \u2022 HALIFAX: 1737, rue Barrington ENCOURAGEONS NOS ORGANISATIONS INTERNATIONALES Organisation de l\u2019aviation civile internationale OACI Organisation des états américains (Union panaméricaine)\tOEA Organisation des Nations Unies\tONU Organisation météorologique mondiale\tOMM Organisation mondiale de la santé\tOMS Organisation pour la coopération et le développement économiques\tOCDE Organisation pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture OAA Publications filmées d\u2019art et d\u2019histoire (UNESCO)\tPFAH Unesco\tUNESCO Union internationale des télécommunications UIT montréal avril 1967 numéro 315 RELATIONS Céditoriaux Le général Y artier Après tant d\u2019autres, nous venons déposer notre x \\ témoignage de respect et d\u2019admiration devant la tombe de l\u2019illustre Canadien et du chrétien exemplaire que fut le général Georges Vanier.Nous le faisons d\u2019autant plus volontiers qu\u2019une dette de reconnaissance nous liait à ce grand disparu: par deux fois, le général Vanier accepta de collaborer à notre revue.En décembre 1958, pour confier à nos lecteurs quelques souvenirs de ses rencontres et de ses conversations avec « Monseigneur Roncalli, nonce et patriarche », nouvellement élu pape sous le nom de Jean XXIII.En mai 1966, gouverneur général du Canada et fondateur de l\u2019Institut Vanier, il ouvrait notre numéro sur la famille par un appel émouvant « Aux familles du Québec »: appel à l\u2019unité, à la générosité, à l\u2019amour.Le général Vanier fut un grand Canadien, d\u2019une espèce rare.En lui s\u2019alliaient, sans se confondre, les qualités héritées des deux grandes communautés ethniques, linguistiques et culturelles qui sont à l\u2019origine et forment la substance même du peuple canadien.Chacun, d\u2019une certaine façon, pouvait se reconnaître parent de cet homme, si bien qu\u2019à sa mort le Canada tout entier, en une rare fois de son histoire, s\u2019est découvert une véritable conscience nationale et a vraiment réagi comme une nation: il s\u2019est senti touché au vif par l\u2019événement et totalement solidaire dans un même malheur.S\u2019il existe jamais, de façon durable et en plénitude, une nation canadienne \u2014 pas seulement un assemblage d\u2019Etats, de nationalités et de groupes ethniques \u2014-, il faudra que cette nation se constitue sur le modèle que le général Vanier avait réussi à exprimer en sa personne.Cet homme fut également un grand chrétien, d\u2019une espèce rare en de si hautes sphères.Sa foi en Dieu, au Christ, en l\u2019Église, était, comme a dit le cardinal Léger, « diamantine » : elle avait du diamant la fermeté et l\u2019éclat.A une époque où il est devenu de mode de gloser sur « la mort de Dieu », de s\u2019interroger sur la divinité du Christ et de mettre en question le rôle de l\u2019Église institutionnelle, le général Vanier a vécu en témoin du Dieu vivant, en disciple du Christ, Verbe de Dieu, en fils respectueux de l\u2019Église.« Dans des postes d\u2019apparence différente, a dit de lui le cardinal Roy, une même lumière: celle de la parole de Dieu, une même force: celle de la grâce, ont fait l\u2019unité et la richesse de toute sa vie.» La fidélité au devoir portée à cette splendeur décourage l\u2019envie, ouvre les cœurs, illumine les intelligences.Jamais plus que maintenant le Canada n\u2019a eu besoin d\u2019hommes de cette qualité, l\u2019Église, de chrétiens d\u2019une aussi vivante foi, notre temps, de pareils exemples.AVRIL 1967 93 Collaboration patronale-ouvrière.Au milieu des durs affrontements des récents conflits de travail, le Conseil économique du Canada vient de rappeler, en deux importantes déclarations, la nécessité, du moins en certaines matières, d\u2019une véritable collaboration patronale-ouvrière.La première de ces deux déclarations, parue en novembre dernier, traitait des moyens à prendre pour protéger les travailleurs dont l\u2019emploi est menacé par les changements technologiques.La seconde, de février 1967, concerne l\u2019amélioration des communications entre patrons et travailleurs, par l\u2019établissement de comités mixtes, consultatifs et permanents.Le colloque du Conseil économique, qui a lieu les 21 et 22 mars, doit étudier les deux déclarations.L\u2019amélioration des relations patronales-ouvrières préoccupe le Conseil économique.Des expressions comme « un haut degré de collaboration », « la plus étroite collaboration » reviennent fréquemment dans la déclaration sur les changements technologiques.Le Conseil voit dans cette collaboration une condition nécessaire à l\u2019élaboration de moyens efficaces pour pallier aux inconvénients qu\u2019entraînent les changements technologiques.La seconde déclaration vise un objectif modeste mais important et réalisable: l\u2019amélioration des communications entre patrons et travailleurs; pour ce motif, le mot collaboration n\u2019y revient qu\u2019une fois, là où le Conseil déclare « que de meilleures consultations et une meilleure collaboration entre les deux parties.sont essentielles à la réalisation des objectifs économiques et sociaux du Canada ».Le Conseil n\u2019oublie pas la difficulté que comporte un tel idéal.Même dans les termes plus modestes de la seconde déclaration, le Conseil voit comme un « véritable défi » l\u2019objectif qu\u2019il propose, à savoir l\u2019établissement, dans les entreprises, d\u2019un régime permanent de consultation et de communications.C\u2019est dire que la collaboration patronale-ouvrière n\u2019est pas pour demain.En effet, les questions qui divisent les agents de l\u2019économie sont capitales.Dans sa première déclaration, le Conseil n\u2019a pas voulu se prononcer sur la question de savoir si les changements eux-mêmes \u2014 et non plus simplement leurs conséquences \u2014 devaient faire l\u2019objet de négociations ou demeurer la responsabilité de la seule partie patronale.Combien plus difficile lui serait-il de prendre parti sur des questions divisant encore bien davantage le capital et le travail.Nous souhaitons que le programme tracé par le Conseil économique du Canada se réalise le plus tôt et le plus pleinement possible.Allons plus loin.Si nous ne pouvons espérer la pleine collaboration dans les matières où les intérêts divergent, la société peut quand même exiger des deux parties qu\u2019elles abordent le problème d\u2019une manière raisonnable, en tenant compte du bien commun de toute la société.Le Conseil déclare en effet: (les deux parties) ont aussi des responsabilités communes en ce qui a trait à la bonne tenue de l\u2019économie.Ces responsabilités doivent particulièrement s\u2019exercer en matière de salaires, de productivité et de profits, c\u2019est-à-dire sous les trois aspects où se présente le problème de l\u2019inflation.Inflation \u2022\u2022\u2022 T^n quinze jours, les agents de l\u2019économie cana-dienne ont reçu un triple avertissement relatif à la hausse des coûts de production et à celle des prix à la consommation.Dans les trois cas, l\u2019avertissement venait de haut, du ministère fédéral de l\u2019Industrie, à propos de la parité de salaire avec les États-Unis, de l\u2019Organisation de coopération et de développement économique, dont le Canada est membre, à propos de la balance des paiements internationaux et, enfin, du gouverneur de la Banque du Canada, dans son rapport annuel consacré à une analyse d\u2019ensemble de la situation économique au pays.Tous s\u2019entendent sur le principe selon lequel \u2014 pour reprendre les termes du troisième exposé annuel du Conseil économique du Canada, paru en novembre dernier \u2014\u2022 « la hausse moyenne des revenus ne doit pas dépasser la hausse moyenne de la productivité ».Dans les circonstances actuelles, une politique de stabilisation des revenus s\u2019impose plus que jamais.Tous sont d\u2019accord sur le principe; les difficultés commencent au moment de passer aux applications.Certaines hausses de salaires ont sûrement contribué, pour une grande part, à développer ce que d\u2019aucuns désignent sous le nom de psychose d\u2019inflation.Par suite de la publicité donnée au règlement de quelques négociations collectives, certaines augmentations de salaires, qui étaient hors de toute proportion avec l\u2019augmentation générale de la productivité, ont incliné à des précédents fâcheux: de ces règlements, qui s\u2019expliquaient peut-être par des retards à rattraper, on a voulu faire des normes et des modèles à suivre à tout prix.Sans vouloir excuser personne \u2014 l\u2019irresponsabilité des uns ne justifie pas celle des autres \u2014 on ne peut s\u2019empêcher de s\u2019interroger sérieusement sur l\u2019autre bénéficiaire de la productivité accrue, le capital.Les avertissements donnés récemment à l\u2019économie canadienne s\u2019adressent également, et à juste titre, à tous les agents économiques.Il arrive que les gains effectués par les salariés \u2014 plus exactement par certains salariés \u2014 reçoivent une publicité considérable, alors qu\u2019on 94 RELATIONS n\u2019entend guère parler des profits touchés par le capital.S\u2019il est vrai, comme le souligne le rapport de l\u2019O.C.D.E., que la progression des bénéfices des sociétés s\u2019est nettement ralentie en 1966, leur accroissement en 1965 avait été imposant.Serait-ce que les augmentations de salaires n\u2019arrivent toujours qu\u2019après coup et que le premier responsable de l\u2019inflation serait à rechercher du côté des profits ?Le problème se complique singulièrement du fait que l\u2019inflation ne s\u2019explique pas uniquement par la poussée des coûts, mais aussi par la tirée qu\u2019exerce, très puissamment d\u2019ailleurs, la progression de la demande.Quoi qu\u2019il en soit de ce problème, peut-être insoluble, les dangers des poussées inflationnistes semblent bien réels, d\u2019autant plus que la hausse générale risque d\u2019affecter davantage le petit peuple, les petits salariés.En effet, où se situent, exactement, dans cette course vers le haut, les ouvriers non syndiqués ?Ils paraissent à la fois les grands oubliés, et même les grands inconnus.Aucun instrument statistique ne nous permet de savoir avec précision le degré de retard qu\u2019ils doivent subir dans les ajustements de revenus, dont ils ont gravement besoin, devant la montée des prix.On ne sait même pas s\u2019ils reçoivent des ajustements.Dans cette catégorie du marché du travail, la rareté de la main-d\u2019œuvre est-elle suffisante pour que l\u2019influence de la prospérité s\u2019y fasse sentir ?On sait, en effet, que le chômage frappe toujours en premier les emplois et les occupations des plus défavorisés.Il n\u2019est peut-être, en cette matière, d\u2019autre indice que la lente montée du salaire minimum.Sous cet aspect, la situation paraît tragique.Salaire minimum T e salaire minimum que détermine l\u2019ordonnance ^ n° 4, celle qui vise l\u2019ensemble des salariés expérimentés de 18 ans et plus, est porté, le 1er avril, dans la région de Montréal à $1.05 de l\u2019heure et dans le reste de la province à $1.00 de l\u2019heure.On avait, en octobre 1965, haussé ces minimums de 0.70 et 0.64 à 0.85 et 0.80 de l\u2019heure et, le 1er novembre 1966, on les avait augmentés à $1.00 et 0.90.La plupart des provinces canadiennes ont un taux de salaire minimum d\u2019environ $1.00, mais des provinces industriellement moins développées que le Québec, comme la Nouvelle-Écosse et l\u2019île-du-Prince-Édouard, exigent déjà un salaire de $1.10 de l\u2019heure pour les employés masculins dans les parties urbanisées de leur territoire.Dans les industries de juridiction fédérale, une loi votée il y a deux ans fixe le salaire minimum à $1.25 de l\u2019heure.Outre-fontière, le gouvernement américain impose $1.40 de l\u2019heure dans les AVRIL 1967 industries qui relèvent de sa juridiction, et il annonce une augmentation de 0.20 le 1er février 1968; dans-l\u2019État de New York, c\u2019est déjà $1.50.La plus simple arithmétique établit qu\u2019un homme travaillant 40 heures par semaine, au taux minimum de Montréal, retirera le salaire dérisoire de $42.00.Qui peut réussir, présentement, à se nourrir, à se vêtir et à se loger, avec pareil montant ?On entend parfois l\u2019objection: le salaire minimum imposé par la loi est théorique, tous les salariés gagnent bien davantage.Nous connaissons très peu les revenus réels des pauvres gens, moins encore les salaires qui se paient dans les entreprises de moins de 15 employés;, or, c\u2019est là que l\u2019on trouve des salaires qui dépassent à peine le minimum et même parfois ne l\u2019atteignent pas.Quelques enquêtes ou sondages, d\u2019ailleurs, ont révélé des situations alarmantes, non seulement chez nous mais même en Ontario.On a découvert ainsi qu\u2019environ 20% des hommes et beaucoup plus de 50% des femmes employés dans les petites entreprises, gagnaient, au Québec, en 1965, moins de $1.00 de l\u2019heure.En 1963, la proportion en Ontario était de 10% pour les hommes et de 33% pour les femmes, en Nouvelle-Écosse, de 15% et de 52%.Même si la prospérité de 1966 a dû réduire ces pourcentages, un nombre important d\u2019hommes et de femmes, surtout en dehors de Montréal, gagnent encore moins que le salaire de $1.00 obligatoire depuis le 1er avril.La Commission du salaire minimum n\u2019a donc pas fini sa tâche.Alors que des catégories de travailleurs ont demandé et obtenu des hausses de $1.00, les plus défavorisés ont juste ce montant comme salaire et n\u2019obtiennent, par l\u2019augmentation du 1er avril, que 0.05 ou 0.10 de l\u2019heure.Et il ne faudrait pas oublier non plus l\u2019ordonnance n° 40 relative aux employés d\u2019hôtels, restaurants, exploitations foncières et autres entreprises analogues, qui ne fut pas amendée depuis le 1er mai 1960 (pratiquement depuis sept ans!) et qui assigne encore des minimums de 0.64 et de 0.60 de l\u2019heure! Sa revision est à l\u2019étude.Malgré les difficultés qu\u2019elle comporte (par exemple, certaines catégories d\u2019employés bénéficient de pourboires fort variables), il faut à tout prix la rajeunir.Le grand drame de tous les défavorisés, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas de voix.Des groupes, tels que les syndicats, réclament, de temps à autre, avec une certaine insistance, une hausse du salaire minimum.Ils n\u2019ont pas encore organisé, à ce sujet, de manifestation massive! Sans doute on ne pourrait sauter d\u2019un seul coup à $1.50, ou même seulement à $1.25, sans risquer des perturbations plus graves peut-être que le mal lui-même.D\u2019un autre côté, il faut exiger de l\u2019État, en cette matière, une action d\u2019autant plus énergique que nous vivons dans une des sociétés les plus prospères du monde.Il y va de la justice sociale.95 Le pluralisme Jans l'Église selon Vatican H Robert BERNIER, S.J.Qu\u2019il y ait une diversité inhérente à l\u2019Église, la conscience chrétienne l\u2019a toujours reconnu.En pratique, cependant, les réactions conformistes en chaque milieu chrétien tendaient à la restreindre le plus possible; au mieux, on la tolérait, faute de pouvoir encore réaliser une plus grande conformité.Allant directement à l\u2019encontre des tendances uniformisantes, le Concile a fait beaucoup plus que de sanctionner à nouveau cette diversité, il lui a conféré un caractère d\u2019institution permanente en explicitant les normes de ses exigences, et cela, en fonction même de l\u2019unité de l\u2019Église.Il est significatif que Vatican II n\u2019ait pas d\u2019abord considéré la communauté ecclésiale dans la perspective des juristes qui, depuis des siècles en Occident, et surtout depuis la Contre-Réforme, avaient centré l\u2019intelligence théologique de l\u2019Église sur sa réalité de société, où l\u2019autorité constitue l\u2019élément unificateur et même, selon leurs conceptions, l\u2019élément animateur.Premièrement et de soi, le Concile a envisagé l\u2019Église comme « le Peuple de Dieu », dont les membres participent au même sacerdoce et à la même sainteté du Christ selon une abondante variété de manières et de formes traduisant les voies diverses de la grâce ou de l\u2019expérience humaine.Selon Vatican II, la catholicité de l\u2019Église comporte l\u2019aptitude à englober dans l\u2019unité visible du mystère du Christ non seulement l\u2019ensemble de la diversité humaine, sauf le péché, mais encore une riche diversité interne que l\u2019Esprit suscite pour le bien du « tout » qu\u2019est l\u2019Église.1\t\u2014 La catholicité de l'Église comporte un pluralisme au niveau des réalités humaines L\u2019Église assume toutes les valeurs humaines et se met à leur service: Mais comme le royaume du Christ n\u2019est pas de ce monde (cf.Jn.18, 36), l\u2019Eglise, peuple de Dieu par qui ce royaume prend corps, ne retire rien aux richesses temporelles de quelque peuple que ce soit, au contraire, elle sert et assume toutes les facultés, les ressources et les formes de vie des peuples en ce qu\u2019elles ont de bon; en les assumant, elle les purifie, les renforce, les élève.(Constitution dogmatique Lumen Gentium sur l\u2019Église, 13.) En vertu de la mission qui est la sienne.de réunir en un seul Esprit tous les hommes, à quelque nation, race ou culture qu\u2019ils appartiennent, l\u2019Eglise apparaît comme le signe de cette fraternité qui rend possible un dialogue loyal et le renforce.Cela exige en premier lieu qu\u2019au sein même de l\u2019Eglise nous fassions progresser l\u2019estime, le respect et la concorde mutuels, dans la reconnaissance de toutes les diversités légitimes.(Constitution pastorale Gaudium et Spes sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps, 92.) A son retour de Bombay, dans son allocution du 9 décembre 1964, Paul VI s\u2019était exprimé dans le même sens: La catholicité indique la multiplicité toujours extensible des formes humaines qui peuvent faire partie de l\u2019unique Corps mystique du Christ.Nous avons facilement tendance à penser que la catholicité, c\u2019est-à-dire l\u2019extension de l\u2019unité à l\u2019humanité vivante et réelle, soit uniformité.Le seul fait de penser que des gens de nationalité, langue, culture et modes de vie différents soient appelés à constituer « un seul corps et un seul esprit ».nous remplit d\u2019abord de stupeur.Nous devons nous faire une idée plus juste de la catholicité.N\u2019oublions pas que le christianisme n\u2019est lié à aucune civilisation, mais qu\u2019il est fait pour s\u2019exprimer selon le génie de toute civilisation.(Documents conciliaires, Editions du Centurion, VI, pp.314-316.) 2\t\u2014 La catholicité de l'Église comporte un pluralisme d\u2019Églises particulières Il ne faut pas considérer l\u2019Église comme une structure uniforme et homogène, mais comme un ensemble d\u2019Églises particulières qui, à maints égards, sont différentes: C\u2019est pourquoi il existe légitimement, au sein de la communion de l\u2019Eglise, des Eglises particulières jouissant de leurs traditions propres -\u2014 sans préjudice du primat de la chaire de Pierre qui préside au rassemblement universel de la charité, garantit les légitimes diversités et veille à ce que, loin de porter préjudice à l\u2019unité, les particularités, au contraire, lui soient profitables.(Lumen Gentium, 13.) La sainte Eglise catholique, qui est le Corps mystique du Christ, est constituée de fidèles qui sont unis organiquement dans l\u2019Esprit-Saint par la même foi, les mêmes sacrements et le même gouvernement, et qui, réunis en diverses communautés dont la hiérarchie assure la cohésion, constituent des Eglises particulières ou rites.C\u2019est la volonté de l\u2019Eglise catholique de sauvegarder dans leur intégrité les traditions de chacune des Eglises particulières ou rites.(Décret Orientalium Ecclesiarum sur les Eglises orientales catholiques, 2.) Le P.Paul Mailleux fait remarquer que « le mot rite dit plus que des coutumes liturgiques.Il désigne, pourrait-on dire, le style de vie chrétienne d\u2019une communauté, qui, selon le Décret sur l\u2019oecuménisme (art.15, 16, 17), embrasse les particularités du culte, du droit canon, de l\u2019ascétisme, de la vie religieuse, de la pensée théologique.» (Cf.The Documents of Vatican II, An Angélus Book, New York, 1966, p.374, note 6.) 3\t\u2014 Le cas des Églises orientales et les perspectives qu\u2019il ouvre pour les autres Églises Pour dissiper définitivement la pernicieuse équivoque qui ferait croire que l\u2019Église latine constitue de façon privilégiée l\u2019Église catholique, alors qu\u2019elle en fait partie, le Concile a souligné le cas des Églises 96 RELATIONS orientales, tout désigné pour illustrer le pluralisme, dans l\u2019Église, de communautés ecclésiales toutes égales entre elles.Bien plus, cet exemple permet de prévoir la diversité qui, du fait des responsabilités confiées aux conférences épiscopales, s\u2019épanouira au sein du sous-ensemble plus uniforme que constitue présentement l\u2019Église latine.a)\tLa Constitution sur l\u2019Église présente le pluralisme des Églises particulières comme une manifestation de la catholicité de l\u2019Église: Par la grâce de la divine Providence, il est advenu que diverses Eglises fondées en divers lieux par les Apôtres et leurs successeurs se sont constituées à travers les siècles en des groupes variés, unis en un tout organique.Tout en sauvegardant l\u2019unité de la foi, et de la structure divinement instituée de l\u2019Eglise universelle, ces Eglises jouissent d\u2019une discipline propre, d\u2019une coutume liturgique particulière, d\u2019un patrimoine théologique et spirituel qui est le leur.Cette variété d\u2019Eglises locales convergeant dans l\u2019unité démontre avec plus d\u2019évidence la catholicité de l\u2019Eglise indivisible.Pareillement, les Conférences épiscopales aujourd\u2019hui peuvent contribuer de façon multiple et efficace à aiguiller le sentiment collégial vers des réalisations concrètes.(Lumen Gentium.23.) b)\tLe Décret sur les Églises orientales développe le même enseignement et en fait des applications concrètes.Ces Eglises particulières, aussi bien d\u2019Orient que d\u2019Occident, diffèrent pour une part les uns des autres par leurs rites, c\u2019est-à-dire leur liturgie, leur discipline ecclésiastique et leur patrimoine spirituel, mais elles sont toutes confiées de la même façon au gouvernement pastoral du Pontife romain.Elles sont donc égales en dignité, de sorte qu\u2019aucune d\u2019entre elles ne l\u2019emporte sur les autres en raison de son rite.Elles jouissent des mêmes droits et elles sont tenues aux mêmes obligations, également en ce qui concerne le devoir de prêcher l\u2019Evangile dans le monde entier sous la conduite du Pontife romain.(Orien-.talium Ecclesiarum, 3.) Dans les diocèses d\u2019un certain rite, s\u2019il y a des fidèles d\u2019un autre rite, ceux-ci doivent, autant que possible, avoir leurs paroisses à eux et dépendre de leur hiérarchie propre: Partout on pourvoira donc au maintien et au développement de toutes les Eglises particulières, et en conséquence on instituera des paroisses et une hiérarchie adaptée, là où le bien spirituel des fidèles le requiert.(4.) Afin d\u2019empêcher qu\u2019on fasse des pressions pour « latiniser » les convertis, le Décret ajoute: .les baptisés de toute Église ou communauté non catholique qui viennent à la plénitude de la communion catholique conserveront partout leur rite propre.restant sauf le droit de recourir.au Siège apostolique.(4.) Bien plus, le Concile exprime sa volonté expresse ¦d\u2019assurer la permanence des diversités propres aux Églises d\u2019Orient: (Le Concile) déclare solennellement que les Eglises d\u2019Orient, tout comme celles d\u2019Occident, ont le droit et le devoir de se gouverner selon leurs propres disciplines particulières.Que les Orientaux sachent en toute certitude qu\u2019ils peuvent et doivent toujours garder leurs rites liturgiques légitimes et leur discipline.(6.) En particulier, Vatican II restaure les droits et privilèges des patriarches: AVRIL 1967 Le Concile a décidé que leurs droits et leurs privilèges (des patriarches) seraient restaurés, conformément aux traditions de chaque Eglise et aux décrets des Conciles œcuméniques.(9.) Le Concile œcuménique souhaite que, lorsque cela est nécessaire, de nouveaux patriarcats soient érigés.(11.) Cette restauration des pouvoirs patriarcaux et le souhait qui l\u2019accompagne sont d\u2019autant plus significatifs que, dans le rite latin, le pape remplit de surcroît, à l\u2019égard de toutes les Églises, le rôle des patriarches.On ne saurait majorer la portée de ces dispositions.Le Concile redonne leurs privilèges aux Églises orientales et leur demande de remettre en pratique leurs traditions.Il affirme la parfaite égalité des différents rites dans l\u2019Église: le rite latin n\u2019a aucune priorité.Les Églises orientales ont pleine liberté d\u2019exercer leur activité missionnaire selon leur rite.Quand on s\u2019arrête à mesurer la portée de ce Décret, on comprend que l\u2019époque est dépassée où la diversité dans l\u2019Église semblait tolérée comme un pis-aller temporaire.L\u2019esprit qui anime ces mesures et ces affirmations ne peut manquer de transformer profondément les mentalités chrétiennes.c)\tEnfin, le Décret sur l\u2019œcuménisme insiste à son tour sur le cas des Églises orientales, type et garantie du pluralisme que comporte la catholicité de l\u2019Église.Il n\u2019est pas du tout contraire à l\u2019unité de l\u2019Eglise qu\u2019il y ait diversité de manières et de coutumes.Aussi le Concile déclare-t-il, pour enlever tout doute possible, que les Eglises d\u2019Orient, conscientes de la nécessaire unité de toute l\u2019Eglise, ont la faculté de se régir selon leurs propres disciplines, parce que plus conformes au caractère de leurs fidèles et plus aptes à promouvoir le bien des âmes.L\u2019observance parfaite de ce principe traditionnel qui, à vrai dire, ne fut pas toujours respectée, est l\u2019une des conditions préalables absolument nécessaires pour établir l\u2019union.(Décret Unitatis redintegratio sur l\u2019œcuménisme, 16.) Ce qui a été dit plus haut de la légitime diversité en matière de culte et de discipline doit s\u2019appliquer aussi à la formulation théologique de la doctrine.Effectivement, dans l\u2019effort d\u2019approfondissement de la vérité révélée, les méthodes et les moyens de connaître et d\u2019exprimer les choses divines ont été différentes en Orient et en Occident.Il n\u2019est donc pas étonnant que certains aspects du mystère révélé aient été parfois mieux saisis et mieux exposés par l\u2019un ou par l\u2019autre.Le Concile déclare que tout ce patrimoine spirituel et liturgique, disciplinaire et théologique, dans ses diverses traditions, fait pleinement partie de la catholicité et de l\u2019apostolicité de l\u2019Eglise.(17.) Dans son commentaire du Décret, le P.Congar fait deux remarques particulièrement judicieuses: (1)\tLe point important à retenir est que le texte envisage nos frères séparés (ici encore, il précise généralement « séparés de nous », car ils ne sont séparés ni de Dieu, ni d\u2019autres de leurs frères.), non comme de purs individus, mais dans leur existence communautaire ou ecclésiale.Ce point est très important.(« L\u2019Eglise, l\u2019œcuménisme, les Eglises orientales », Documents conciliaires, Editions du Centurion, p.172.) L\u2019importance de ce point réside en ce que l\u2019Église apparaît nettement ici dans sa réalité de communauté de communautés.(2)\t(Le Décret) échappe à la présentation de l\u2019œcuménisme comme un dialogue mené du centre, entre ce centre et les Autres distribués concentriquement autour de 97 lui.On ne dit nullement que l\u2019oecuménisme ne soit qu\u2019une voie de retour à l\u2019Eglise catholique telle qu\u2019elle existe aujourd\u2019hui.Finalement, là où la question est formellement abordée, non par mode dogmatique mais par mode descriptif, à savoir au numéro 4, le mouvement oecuménique est caractérisé comme l\u2019ensemble de ce qui se fait pour promouvoir et procurer l\u2019unité des chrétiens.On affirme avec force que l\u2019unité admet des diversités.On note que les dons reçus par nos frères séparés peuvent nous apporter quelque chose, tandis que les divisions chrétiennes empêchent l\u2019Eglise d\u2019exprimer sa catholicité dans sa vie.{Ibid, pp.175-6.) 4\t\u2014 La catholicité de l\u2019Église est essentiellement pluraliste L\u2019Église locale incarne la présence de l\u2019Église visible au sein de telle communauté du peuple de Dieu: L\u2019Eglise du Christ est vraiment présente dans toutes les communautés locales des fidèles, légitimement réunies autour de leurs pasteurs et que le Nouveau Testament lui-même appelle « églises ».En effet, là où elles se trouvent, se trouve aussi le Peuple nouveau appelé par Dieu.{Lumen Gentium, 26.) L\u2019Église régionale rend le peuple de Dieu visiblement présent dans telle région : Qu\u2019on prenne comme règle que tous les diocèses.seront rattachés à une province ecclésiastique.Là où l\u2019utilité le suggère, on groupera les provinces ecclésiastiques en régions ecclésiastiques.(Décret Chritus Dominus sur la charge pastorale des évêques, 40.) (Le collège épiscopal) en tant qu\u2019il est composé de plusieurs membres, reflète la variété et l\u2019universalité du peuple de Dieu.{Lumen Gentium, 22.) L\u2019imbrication des Églises universelle, régionale et locale n\u2019est nullement à comprendre à la manière d\u2019une délégation hiérarchisée d\u2019autorités, comme en fournissent des exemples les organigrammes des fonctions au sein des entreprises et des gouvernements.Certes, ceux qui exercent les fonctions magistérielles et pastorales dans les Églises locales ou régionales doivent le faire en communion avec le Souverain Pontife, interprète de la foi et pasteur suprême.Mais chaque Église locale ou régionale est bien le peuple de Dieu présent dans un lieu.En chacune, l\u2019ensemble des fonctions ecclésiales, sacramentelles et spirituelles s\u2019épanouit pleinement selon la diversité des grâces et des dons de l\u2019Esprit.5\t\u2014 Le pluralisme au sein de chaque Église Si l\u2019Église universelle, en raison même de sa catholicité, comporte un pluralisme d\u2019Églises particulières, effet et signe des dons variés de l\u2019Esprit et de la diversité humaine, au même titre, chaque Église particulière peut insérer dans l\u2019unité de sa communion les personnes les plus différentes.Le Concile ne s\u2019en est pas tenu à reconnaître la diversité qui existe entre les fidèles, il a exhorté ceux-ci à la valoriser dans la charité mutuelle.Conservant l\u2019unité dans ce qui est nécessaire, que tous, dans l\u2019Eglise, chacun selon la fonction qui lui est départie, conservent la liberté voulue dans les formes diverses de la vie spirituelle et de la discipline, dans la variété des rites liturgiques et même de l\u2019élaboration théologique de la vérité révélée; et qu\u2019en tout ils pratiquent la charité.De la sorte, ils manifesteront toujours plus pleinement la véritable catholicité et apostolicité de l\u2019Eglise.{Unitalis redintegratio, 4.) Texte capital, qui parfait, sur ce point, les synthèses doctrinales de Lumen Gentium et du Décret sur les Églises orientales.Le pluralisme dans l\u2019Église, signe authentique de sa catholicité et de son apostolicité, est ici présenté comme une exigence œcuménique qui affecte tous les catholiques.Ce pluralisme naît de l\u2019action de l\u2019Esprit: C\u2019est lui (L\u2019Esprit-Saint) qui réalise la diversité des grâces et des ministères, enrichissant de fonctions diverses l\u2019Eglise de Jésus-Christ.{Ibid., 2.) La diversité des charismes crée pour tous un droit et un devoir d\u2019être différents et d\u2019agir différemment dans l\u2019Église: Pour l\u2019exercice de cet apostolat, le Saint-Esprit.accorde.aux fidèles des dons particuliers.De la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour chacun des croyants le droit et le devoir d\u2019exercer ces dons dans l\u2019Eglise et dans le monde.dans la liberté du Saint-Esprit qui souffle où il veut.(Décret {Apos-tolicam Actuositatem sur l\u2019apostolat des laïcs, 3.) 6\t\u2014 Formes diverses de pluralisme dans l'Église Il ne pouvait être question, dans ce court article, de donner plus qu\u2019une idée sommaire du pluralisme dans l\u2019Église tel qu\u2019il se dégage de l\u2019enseignement conciliaire.Il serait même trop long d\u2019énumérer et de situer dans leurs contextes multiples toutes les formes de pluralisme mentionnées par le Concile.Signalons toutefois, en terminant, quelques passages particulièrement significatifs.a)\tIl y a, dans l'Église, de multiples manières de participer au même sacerdoce et à la même sainteté.Cf.Lumen Gentium, 4, 7, 11; le Décret Perfectae cari-tatis sur la vie religieuse, 1 et 2, 7 (vie contemplative), 9 (vie monastique), 10 (vie relgieuse laïque), 8 et 11 (instituts séculiers), 19 (fondation de nouveaux instituts religieux ou séculiers); le Décret Apostolicam Actuositatem sur l\u2019apostolat des laïcs, 3, 16 (multiplicité des formes de l\u2019apostolat individuel), 24 (modalités différentes des relations avec la hiérarchie).b)\tLe Concile tire fréquemment lui-même les conséquences du pluralisme des Églises, comme dans l\u2019exemple suivant: Telle est la diversité des peuples et des régions qu'on ne peut porter que des lois générales.On établira donc, pour chaque pays et chaque rite, « un programme de formation sacerdotale » particulier.(Décret Optatam totius sur la formation des prêtres, 1.) c)\tIl insiste sur la nécessaire diversification du ministère sacerdotal et de l\u2019activité missionnaire.Cf.le Décret Presbyterorum ordinis sur le ministère et la vie des prêtres, 1 (diversité des manières de prêcher la parole), 7 (devoir de diversifier les initiatives apostoliques à notre époque), 9 (devoir qu\u2019ont les prêtres d\u2019apprendre à discerner la diversité des charismes chez 98 RELATIONS les laïcs); le Décret Ad Gentes sur l\u2019activité missionnaire de l\u2019Église, 6 (diversité des formes de l\u2019activité missionnaire).* * * Le Concile a pleinement consacré le pluralisme inhérent à l\u2019Église.Cependant, ne nous le cachons pas, il faudra du temps pour que la portée de cet aggiorna- mento soit nettement perçue par l\u2019ensemble des chrétiens et pour que son esprit marque en profondeur les rapports interpersonnels au sein du peuple de Dieu.De plus, il importera que la théologie nous aide à mieux comprendre pourquoi les exigences de pluralisme dans l\u2019Église, pourtant liées à sa catholicité, furent et demeurent si difficiles à comprendre et à constamment respecter.ANNÉE DE LA FOI Luigi d\u2019APOLLONIA, S.J.Verrons-nous, en cette fin de siècle, je ne sais quel mélange d\u2019humanisme athée, de vague christianisme et de mol œcuménisme se répandre sur cette pauvre planète à la manière d\u2019une contagion?Ou verrons-nous une foi vraie, candide, pratique, suprêmement opérante parce qu\u2019informée par la charité, assumer et transformer tout ce qu\u2019il y a de vrai, de juste, de beau et de bien dans ce nouvel âge de civilisation industrielle et technique, renouvelant ainsi la face de la terre?Que nous assistions déjà à cet affrontement entre une foi centrée sur l\u2019homme et une foi centrée sur Dieu, il n\u2019est que d\u2019ouvrir les yeux, de prêter l\u2019oreille un moment pour nous en apercevoir.Et sans doute ce signe du temps \u2014 souligné d\u2019ailleurs dans la constitution pastorale Gaudium et Spes \u2014 n\u2019est pas étranger à la décision de Paul VI de s\u2019adresser à ce propos à tous les évêques b 1.L\u2019année de la foi L\u2019occasion qu\u2019il saisit est le 19e centenaire du martyre ¦(c\u2019est-à-dire du grand témoignage par le sang) des Apôtres Pierre et Paul, fondement non seulement de l\u2019Église de Rome mais de l\u2019Église entière, et gloire du Christ.Laissant aux historiens le soin de déterminer la date exacte de la mort des deux Apôtres, mais rappelant que, depuis les temps les plus lointains, l\u2019Église les associa tous deux dans une même fête liturgique, qu\u2019en outre c\u2019est la coutume désormais partout répandue de commémorer les personnes et les faits qui ont marqué l\u2019histoire de leur empreinte, Paul VI demande que l\u2019année qui ira du 29 juin 1967 au 29 juin 1968 soit Vannée de la foi: Nous vous prions tous et chacun, frères et fils, de bien vouloir la célébrer par une profession authentique et sincère de la même foi, telle que cette Église fondée par eux et rendue illustre l\u2019a recueillie avec une fidélité jalouse et formulée en toute autorité.En prenant comme témoins les bienheureux Apôtres nous voulons offrir à Dieu une profession de foi individuelle et collec- 1.L\u2019exhortation apostolique Petrum et Paulum est du 22 février 1967.Le texte paraîtra bientôt aux Éditions Bellarmin dans la collection des Actes Pontificaux (n° 164) comme aussi 15 allocutions sur la foi n° (165) que le Saint-Père a prononcées lors des audiences générales, \u2022cet hiver.tive, libre et consciente, intérieure et extérieure, humble et franche.Nous voulons que cette profession jaillisse du plus profond de tous les cœurs fidèles et qu\u2019elle résonne dans l\u2019Église, la même en tous, et pleine d\u2019amour.Pour ce faire, le Pape engage paternellement les évêques à parler du Credo, à l\u2019expliquer, à le réciter, à le proclamer d\u2019une seule voix avec prêtres et fidèles, à prescrire des cérémonies religieuses spéciales.La forme reste celle de l\u2019exhortation, non de la prescription; le style, celui de la requête, non du commandement.Pourtant que de précisions! Que de détails! Que d\u2019insistance! « Il Nous sera agréable de savoir que le Credo a été récité expressément en l\u2019honneur des saints Apôtres Pierre et Paul dans chaque église cathédrale en présence de l\u2019évêque.» Pareillement dans chaque paroisse.Pareillement dans chaque maison religieuse.Pareillement « un jour fixé d\u2019avance », dans chaque foyer catholique, chaque association catholique, chaque école catholique, chaque hôpital catholique.Pareillement dans chaque lieu de culte, chaque milieu, chaque groupement « où la voix de la foi est à même de s\u2019exprimer ».Que de partout monte un grand acte de foi! De plus, le Saint-Père aiguillonne les théologiens.Il leur est particulièrement recommandé de « contribuer en union avec le magistère hiérarchique de l\u2019Église », à garder pure de tout alliage humain la vraie foi, à en scruter les profondeurs, à en expliquer correctement le contenu, à proposer de sains principes pour son étude et sa diffusion.Aux prédicateurs, aux professeurs d\u2019enseignement religieux, aux catéchistes, s\u2019adressent les mêmes recommandations! « Ainsi conclut le Saint-Père, l\u2019année du centenaire des saints Apôtres Pierre et Paul sera l'année de la foi.» 2.Pourquoi?A l\u2019arrière-plan de cette exhortation qu\u2019y a-t-il donc?Au risque de passer pour pessimiste \u2014 bien qu\u2019il ne puisse pas douter de l\u2019humble victoire de la foi \u2014 le Pape répond: un besoin, « un pressant besoin de l\u2019heure actuelle ».Inutile de se le dissimuler, l\u2019athéisme, autrefois le fait de quelques individus et qui suscitait une sorte de répro- AVRIL 1967 99 bation même chez les païens, est un phénomène assez répandu aujourd\u2019hui, et qui plus est, un phénomène qui bénéficie d\u2019une sorte de cote de courage et de faveur.Ce n\u2019était pas le lieu dans une exhortation d\u2019approfondir les causes du phénomène, ni d\u2019analyser ce qu\u2019on appelle tour à tour le régime mental moderne, les comportements de la mentalité contemporaine, le fonctionnement de l\u2019intelligence à notre époque.Le Pape note simplement: Vous le savez, vénérables frères et chers fils, l\u2019évolution du monde moderne, lancé en de merveilleuses conquêtes dans le domaine des réalités visibles, fier de la conscience qu\u2019il prend toujours davantage de lui-même, est porté à l\u2019oubli et à la négation de Dieu.Car l\u2019homme moderne met son espoir en lui-même.Il prend ombrage de toute dépendance.Il est porté à penser qu\u2019en transformant ses conditions d\u2019existence, il pourra se transformer lui-même, qu\u2019il n\u2019a plus besoin de Dieu, que celui-ci est une pièce de trop.Dieu, pourquoi faire?se demande-t-il, laissant sans solution l\u2019énigme de la vie et de la mort, de la faute et de la souffrance, et se résignant comme dit le Saint-Père, « à voir l\u2019homme en proie au trouble des passions et à des angoisses sans remèdes », car là où Dieu fait défaut, « là manquent aussi la raison suprême des choses, la lumière des certitudes premières et l\u2019impératif moral irrécusable dont l\u2019ordre humain ne peut se passer ».Cette perte du sens religieux est quelque chose de tout à fait nouveau dans l\u2019histoire.La mentalité païenne était une mentalité religieuse, et toutes les grandes civilisations furent des civilisations religieuses.Il ne faut pas se surprendre si, comme tout mortel, le théologien aussi doit parfois se défendre contre l\u2019ambiance.Fils de Dieu qui se veut fidèle au dépôt doctrinal, il demeure fils de son temps et de son milieu par certaines habitudes de l\u2019intelligence (favorables ou contraires à l\u2019esprit de foi) lorsqu\u2019il scrute les Écritures en quête de nouvelles lumières sur des vérités anciennes.Ce qui suit dans l\u2019exhortation apostolique Petrum et Paulum, on le dirait, si j\u2019ose dire, extrait du Paysan de la Garonne, ce livre, intolérable à certains, où Jacques Mari-tain appelle les choses par leur nom.Ici, mieux vaut citer le Saint-Père, et longuement, par un double souci d\u2019exactitude et de prudence.Et tandis que le sens religieux faiblit chez les hommes de notre temps et que cette baisse soustrait à la foi son fondement naturel, on voit ça et là s\u2019insinuer dans le champ de la doctrine catholique des opinions exégétiques ou théologiques nouvelles, souvent empruntées à des philosophies du dehors, hardies mais aveugles.Ces opinions mettent en doute ou elles déforment la signification objective de vérités que l\u2019Église enseigne en vertu de son autorité; sous prétexte d\u2019adapter la pensée religieuse à la mentalité moderne, on ne tient pas compte de la direction du magistère ecclésiastique, on imprime à la spéculation théologique une orientation radicalement historiciste, on va jusqu\u2019à dépouiller le témoignage de l\u2019Écriture Sainte de son caractère historique et sacré, et on s\u2019efforce d\u2019introduire dans le Peuple de Dieu une mentalité soi-disant « post-conciliaire ».Or cette mentalité méconnaît l\u2019accord très ferme qui règne entre les amples et magnifiques développements du Concile en matière doctrinale et législative et le patrimoine de l\u2019Église en fait d\u2019enseignement et de discipline.Elle tendrait à trahir l\u2019esprit de fidélité qui anima le Concile à l\u2019égard de la tradition et à se propager avec la prétention illusoire de donner au christianisme une inter- 100 prétation nouvelle, interprétation arbitraire en réalité, et frappée de stérilité.Que resterait-il du contenu de la foi et de la vertu théologale qui professe cette foi, si de pareilles tentatives, dédaigneuses de l\u2019approbation du magistère de l\u2019Église, venaient à réussir ?Oui, que resterait-il de la foi sans le réconfort du magistère vivant?Oui, que resterait-il de la foi, don du ciel reçu en nous, garantie des biens que nous espérons, preuve des réalités que nous ne voyons pas ?De brillantes spéculations théologiques ébranlées par la critique rationnelle.Des traditions vénérables, mais liées à des structures sociales aujourd\u2019hui périmées.Des voûtes de cathédrale dressées depuis des siècles au milieu des villes pour l\u2019admiration des touristes, quelques rétables, quelques autels (et encore!), des fresques, des statues qui vieillissent bien, des musiques qu\u2019on écoute toujours, c\u2019est-à-dire des trésors d\u2019art comme nous en ont légués la Grèce et l\u2019Égypte païennes, mais non une foi à transmettre, une foi pour laquelle on vit et pour laquelle on meurt, parce qu\u2019elle introduit dans la vie même de Dieu, infiniment meilleure et plus aimable que notre propre vie.* * * L\u2019année de la foi.Pourquoi ne laisserions-nous pas saint Paul lui-même nous dire l\u2019excellence de la foi et les merveilles qu\u2019elle pourrait opérer, car « c\u2019est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage ».Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu de sorte que ce que l\u2019on voit provient de ce qui n\u2019est pas apparent.Par la foi, Abel offrit un sacrifice à Dieu.Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui n\u2019était pas encore visible.construisit une arche pour sauver sa famille.Par la foi, Abraham obéit à l\u2019appel de partir.ne sachant où il allait.Par la foi, Abraham mis à l\u2019épreuve offrit Isaac,.son fils unique.Par la foi, Isaac bénit Jacob et Esaii en vue des choses à venir.Par la foi, Moïse quitta l\u2019Égypte, sans craindre la fureur du roi: comme s\u2019il voyait l\u2019invisible.Par la foi, les Israélites traversèrent la Mer Rouge comme une terre sèche.Par la foi, les murs de Jéricho tombèrent.Par la foi, (les héros et les prophètes) soumirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent l\u2019accomplissement des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la violence du feu.montrèrent de la vaillance à la guerre.recouvrèrent leurs morts par la résurrection.Ah! si nous avions de la foi gros comme un grain de sénevé au lieu de cette sorte de complexe d\u2019infériorité devant les nouveaux Gentils, sans doute ceux qui viendraient après nous raconteraient de semblables merveilles survenues en notre âge, car le bras du Seigneur n\u2019est pas raccourci, et sa parole n\u2019est pas moins sûre aujourd\u2019hui qu\u2019hier ou que demain.RELATIONS La crise de la famille au Québec Philippe GARIGUE IL existe des faits auxquels on ne peut se résigner: la misère et la faim, la maladie et l\u2019ignorance, surtout le mal et l\u2019injustice.Devant ces faits, tout homme, conscient de sa charge d\u2019humanité, instinctivement désire aider ses semblables et changer le monde.C\u2019est à ce dépassement de nous-mêmes que la Fédération des Œuvres de Charité nous convie aujourd\u2019hui.En invitant quatre représentants des mouvements familiaux de Montréal, la Fédération fait beaucoup plus que leur permettre de dresser l\u2019inventaire de leurs activités en faveur des familles montréalaises.Les déclarations que viennent de faire ces représentants ont une portée plus vaste.Elles nous portent à réfléchir sur la situation actuelle de la famille à Montréal et au Québec.En effet, quatre associations: la Fédération des Services Sociaux à la famille, la Fédération des Unions de familles, les Foyers Notre-Dame, le Conseil des Associations Parents-maîtres du diocèse de Montréal se présentent ensemble aux Montréalais pour leur demander leur appui.Il n\u2019y a aucun doute que ces quatre associations ont raison de se préoccuper de la condition des familles montréalaises.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019aller très loin pour découvrir l\u2019ampleur des problèmes.En décembre 1965, mon collègue Émile Gosselin écrivait les phrases suivantes dans son rapport sur « la troisième solitude », publiée par le Conseil du Travail de Montréal: «Certes, il est ahurissant de se faire rappeler que plus de cinquante-cinq mille huit cents familles de la ville de Montréal, .soit plus de 20% de l\u2019ensemble, vivent en deçà du minimum jugé nécessaire.» Gravité de la crise En nous invitant à écouter les quatre représentants des mouvements familiaux de Montréal, la Fédération nous oblige donc à examiner avec honnêteté et lucidité l\u2019ensemble de la situation des familles montréalaises.Car, en vérité, ce n\u2019est pas seulement la pauvreté de 20% des familles montréalaises qui est en cause.Les problèmes familiaux ne se limitent pas aux questions de salaire et de niveau de vie.D\u2019une manière générale, la vaste majorité des familles montréalaises et des familles dans la totalité du Québec souffrent des implacables conséquences de l\u2019urbanisation, de l\u2019industrialisation, et des transformations rapides des aspirations et des valeurs.Il existe une crise de la famille au Québec et cette crise n\u2019est pas une simple question de niveau de vie.Voici ce qu\u2019écrit, à cet égard, le Dr Paul * N.D.L.R.Extraits du texte, légèrement retouché, d\u2019une conférence prononcée, le dimanche 26 février 1967, par le doyen de la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal, au Rallye 1967 de la Fédération des Œuvres de Charité canadiennes-françaises.AVRIL 1967 Parrot du ministère de la Santé du Québec, dans son rapport du 12 janvier: « Les 120,607 naissances de 1965 marquent une diminution de 21,776 depuis le maximum de 1959.C\u2019est un déclin global de 15.3% durant cette période de six années.Immédiatement se pose la question: que sera l\u2019avenir?.Assurant la continuité du mouvement, dans quelque dix ans, l\u2019accroissement naturel de la population sera nul.» Je répète: dans dix ans la population canadienne-française sera à son maximum; puis elle commencera à fléchir.La limitation des naissances, que beaucoup croyaient être une sagesse nécessaire à l\u2019amélioration des conditions de vie, porte maintenant le Québec au bord de la plus gigantesque erreur collective: celle du refus de son existence.A la recherche d\u2019une explication simple, certaines personnes soutiennent que la pauvreté générale des Québécois est la cause principale de la dénatalité.L\u2019explication a quelque valeur mais fort limitée; poussée à la limite elle est contredite par les faits.Si 20% des familles montréalaises sont en dessous d\u2019un niveau de vie adéquat, plus de 60% des autres ont un revenu qui leur permettrait d\u2019avoir au moins trois enfants.Pourquoi les ont-elles refusés?Il y a un paradoxe fondamental dans les aspirations des Québécois d\u2019aujourd\u2019hui.Au moment même d\u2019une poussée nationaliste, d\u2019une prise de conscience collective de ce que pourrait être l'avenir, ces mêmes aspirations portent les Canadiens français dans leur ensemble à dévaluer le rôle de la famille dans la société.En effet, l\u2019observation des événements ne laisse aucun doute: les différents problèmes auxquels font face les Québécois ont provoqué une crise généralisée de la famille et c\u2019est cette crise qui est à l\u2019origine de la diminution de la natalité.Car, avoir des enfants ne résulte pas d\u2019une simple arithmétique entre les besoins et le revenu.Ce n\u2019est pas seulement leur niveau de salaire qui empêche les jeunes ménages d\u2019avoir des enfants, mais la préférence pour d\u2019autres aspirations, qu\u2019ils considèrent comme légitimes.Car, pour la vaste majorité des foyers créés depuis 1960, par des jeunes souvent en révolte contre les conceptions traditionnelles, la famille est apparue comme une institution périmée, et avoir des enfants comme une charge psychologiquement trop lourde.Il y a aussi d\u2019autres facteurs.Le développement de l\u2019enseignement, et la suppression du travail salarié des enfants et même des adolescents a imposé aux familles des difficultés supplémentaires.En plus du problème des adolescents à maintenir aux études, la présence de jeunes réclamant une liberté nouvelle a intensifié les conflits entre les générations.Une fois mariés, ces adolescents ont, en somme, refusé de reprendre à leur charge les responsa- 101 bilités d\u2019élever des enfants.Leur désir d\u2019affection les portait à avoir un enfant, mais dès les premières difficultés avec le nouveau-né, ils remettaient en question la naissance d\u2019autres enfants.Sans ouvrir un débat fort délicat sur la responsabilité des nouvelles familles, bornons-nous à signaler que d\u2019ici quelques décennies, celles-ci auront à faire face au manque de dynamisme d\u2019une population québécoise vieillie prématurément, avec toutes les conséquences économiques qu\u2019entraîne la perte de la vitalité collective.La législation familiale québécoise La condition de la famille québécoise découle donc, premièrement de certaines attitudes et de la présence de véritables mythes sur la situation réelle du Canadien français.Ainsi, à cet égard, une fois écartés les discours et les déclarations politiques, il nous faut malheureusement constater que tous les gouvernements qui se sont suivis à Québec ont pratiqué une politique des yeux fermés.Malgré les discours et les déclarations de principe et malgré les recommandations des personnes des plus qualifiées, il n\u2019existe aucune législation québécoise en faveur de la famille, soit sur les prestations à la naissance d\u2019un enfant, soit sur les allocations familiales, soit sur les prêts aux jeunes ménages, ou encore sur les habitations familiales, ou autres mesures familiales.Au contraire, la législation existante est souvent antifamiliale comme, par exemple, lorsque l\u2019allocation payée pour le placement d\u2019enfants est supérieure à celle payée à la mère qui s\u2019occupe de ses enfants, ou encore lorsque les propriétaires de logements sont en droit de refuser de louer à des personnes ayant des enfants.A ce moment, la législation appuie la discrimination antifamiliale qui existe au Québec.Ainsi, il est regrettable que dans un ministère qui s\u2019appelle « De la famille et du Bien-être », il n\u2019existe aucune section administrative ni aucune personne spécifiquement chargée de mettre en marche une politique familiale.Il en résulte une indigence gouvernementale tragique, puisque toute action en faveur de la famille est alors fragmentée et purement opportuniste.En nous obligeant à examiner la situation de la famille montréalaise, la Fédération des Œuvres de Charité nous oblige à voir que les attitudes du gouvernement reflètent les attitudes générales de la population.En nous obligeant à faire face aux réalités, la Fédération nous demande de prendre conscience que la responsabilité des attitudes anti-familiales qui existent au Québec est d\u2019abord collective.Les aspirations des nouveaux foyers nous imposent de reviser le laisser-faire devant les problèmes familiaux.Et cette revision doit se faire du point de vue tant des exigences du développement économique du Québec, que d\u2019une meilleure adaptation aux modes de vie, et aux valeurs socio-culturelles qui existent chez les nouvelles générations.Où mener le combat?A cet égard, la réussite des programmes présentés par les quatre mouvements familiaux devient essentielle.Pour 102 ma part, je considère les activités que veulent mettre en route ces associations comme des tâches prioritaires en vue d\u2019un redressement de la famille au Québec.Il faut toujours se rappeler que, pour améliorer la condition de la famille, il faut mener un combat sur deux fronts à la fois: celui du gouvernement, et celui du comportement des personnes et qu\u2019en fait, les activités dirigées vers le changement des attitudes de celles-ci sont prioritaires.Il est évident que l\u2019on doit faire pression pour la mise en marche d\u2019une politique familiale québécoise; mais il est indispensable de comprendre aussi que le gouvernement ne donnera la priorité nécessaire à de telles lois qu\u2019au moment où il aura le soutien actif de l\u2019opinion publique.Cela non seulement à cause des questions de redistribution des ressources qu\u2019une telle législation implique, mais surtout parce que le gouvernement ne prendra cette décision que si les questions familiales deviennent des problèmes politiques fondamentaux aux élections.Car, il ne faut pas croire que les problèmes que pose la présente crise de la famille soient des problèmes simples.Rien n\u2019est plus complexe que de trouver des solutions qui puissent donner à la famille un statut politique fondamental, et qui puissent par conséquent atteindre les fondements les plus vitaux et les plus profonds qui motivent les hommes.C\u2019est que la famille est à la fois le domaine le plus immédiat des relations humaines et celui qui est le plus caché, puisqu\u2019il touche aux sentiments les plus profonds et aux réactions les plus instinctives.La famille engage à la fois la vie intime la plus secrète, le sublime d\u2019un amour qui se veut le don complet de soi-même, elle est aussi le fondement de toutes les autres institutions du pays.La mobilisation de l\u2019opinion publique est donc nécessaire d\u2019abord comme moyen d\u2019action, afin de trouver les sommes indispensables pour financer les programmes que nous proposent les associations.Par ailleurs, les peuples ne sont pas des choses inertes, pouvant être conduits sans leur participation.Ils sont les agents de l\u2019histoire, et ont seuls la possibilité de réaliser leur propre promotion.L\u2019autre raison qui fait de la mobilisation de l\u2019opinion publique le moyen d\u2019action indispensable est la nécessité de transférer certaines responsabilités touchant le bien-être familial des membres composant chaque famille au gouvernement.Sans la législation requise, le renouveau familial ne se concrétisera jamais en une nouvelle politique de la famille québécoise.Il est nécessaire que l\u2019opinion publique fasse constamment pression sur ceux qui ont la lourde charge de gouverner.Ce à quoi nous devons aboutir en définitive, c\u2019est à une action concertée couvrant toutes les dimensions de la famille, depuis la question de la préparation au mariage jusqu\u2019à celle qui rejoint la dimension de la survivance de la société québécoise.En conclusion, permettez-moi de souligner une simple constatation.En examinant les programmes que nous proposent les quatre associations, nous sommes arrivés à la conclusion que la famille vit, en ce moment, sa minute de vérité.L\u2019heure est donc venue de passer ensemble à l\u2019action, avec foi et lucidité, ardeur et efficacité, pour retrouver définitivement une vie familiale authentique.RELATIONS LES COLLEGES JESUITES Essai d\u2019auto-critique face aux exigences de notre temps Jean SAINCLAIR, S.J.IL n\u2019est peut-être pas inutile de rappeler que saint Ignace n\u2019a pas fondé la Compagnie en vue de l\u2019enseignement.Ce point d\u2019histoire a fait récemment l\u2019objet de débats qui suscitèrent une lettre du précédent général, le Père Janssens.Disons simplement que de son vivant saint Ignace sur ce point avait accepté une formule concrète qui était restée longtemps étrangère à ses ambitions apostoliques.Ni dans les vœux de Montmartre, ni dans les délibérations de 1539, il n\u2019est question de l\u2019enseignement parmi les ministères des premiers Compagnons.Il n\u2019y est pas davantage fait allusion dans la bulle de 1540.Il est simplement question de catéchisme pour des enfants et des ignorants.A cette époque, les jeunes religieux ne sont pas réunis dans de vastes maisons de formation, mais constituent de petits groupes dans diverses villes.Ces jeunes gens n\u2019ont souvent pas prononcé de vœux, ce ne sont pas des religieux, mais des laïcs.On va leur adjoindre, pour compagnons d\u2019études, des jeunes gens qui ne se destinent pas à la vie religieuse.Saint Ignace pose néanmoins deux conditions: il exige un nombre suffisant de religieux, une douzaine au moins, sinon quatorze ou quinze, et autant de scolastiques à faire leurs études que de prêtres à enseigner.Mais l\u2019idée d\u2019un collège où il n\u2019y aurait pas d\u2019étudiants de la Compagnie ou se destinant à y entrer est étrangère à saint Ignace.Il ne cédera qu\u2019exceptionnellement sur ce point, pour satisfaire à la générosité de certains bienfaiteurs, ou parce qu\u2019il manquait d\u2019hommes.Il accepta ainsi des communautés plus réduites et même certaines qui ne comprenaient pas d\u2019étudiants de la Compagnie.Le Père Leturia résume l\u2019évolution en cinq étapes: * Texte d\u2019une conférence prononcée à Sorrente, en Italie, en septembre 1966, au Comité des Présidents de la Fédération européenne des Anciens élèves de la Compagnie de Jésus.L\u2019auteur est directeur du Centre d\u2019Etudes Pédagogiques à Paris, préfet général des collèges jésuites de France et conseiller spirituel de la Fédération européenne des Anciens élèves des Jésuites.Ce texte a d\u2019abord paru dans la revue Incontri, octobre-novembre 1966, publiée, à Naples, par l\u2019Association des Anciens élèves des Jésuites.AVRIL 1967 lre étape: les collèges sont des maisons réservées aux seuls scolastiques qui suivent dans les universités des cours de maîtres non-jésuites.2e étape: ces collèges sont pourvus de professeurs jésuites.3e étape: ces collèges sont ouverts à des élèves externes.4e étape: après la mort de saint Ignace, dans la seconde moitié du 18e siècle.On ouvre des collèges uniquement réservés aux externes.5e étape: ouverture d\u2019internats.Cependant la pression des princes, des évêques, des villes, et le besoin d\u2019une instruction chrétienne plus poussée face aux infiltrations protestantes engagent très vite la Compagnie dans la voie des collèges.En 1556, à la veille de la mort de saint Ignace: trente cinq collèges en Europe, plus six créations acceptées.Cinquante ans plus tard (début du 17e siècle), dix mille Jésuites et trois cents collèges.Cinquante ans plus tard, plus de six cents collèges.A la suppression des Jésuites par Louis XV, la France seule avec trois mille cinq cents Jésuites compte 91 collèges.La Compagnie dont le but est « la défense et la propagation de la foi » a donc trouvé dans les collèges un point d\u2019application de son apostolat d\u2019une extraordinaire fécondité.Les causes du succès L\u2019une est d\u2019ordre historique.« La décadence de l\u2019enseignement médiéval, l\u2019essor de l\u2019humanisme, l\u2019ascension sociale de la bourgeoisie » furent, d\u2019après le Père de Dainville, trois facteurs essentiels qui caractérisaient le milieu où prit naissance la vocation enseignante de la Compagnie et qui expliquent en partie le succès de ses collèges.L\u2019autre cause est d\u2019ordre spirituel.Le Père Giuliani relève trois points d\u2019accord entre le travail de l\u2019enseignement et l\u2019idéal spirituel de saint Ignace.Nous les énumérons avant d\u2019y revenir plus longuement.\u2014 l\u2019utilisation des disciplines humaines au service de l\u2019action de Dieu dans les âmes, \u2014\tla formation des consciences pour que cette action de Dieu puisse s\u2019exercer dans des êtres libres au jugement droit.\u2014\tle caractère très largement apostolique des collèges où les Pères ne vivaient pas étroitement repliés sur leurs élèves.Le collège était dans la ville un centre de rayonnement apostolique et le professeur était toujours aussi l\u2019homme de la parole de Dieu.Saint Ignace et l\u2019homme Il y a un conflit de tendance aussi vieux que le christianisme et qui s\u2019est souvent manifesté dans l\u2019histoire de l\u2019Église: une sorte d\u2019opposition, un dualisme qui oppose l\u2019âme et le corps, les valeurs humaines à celles qui sont qualifiées de divines.On fait alors du surnaturel quelque chose de surajouté à la nature.On ramène la vie de foi à quelques gestes privilégiés: la prière, les sacrements, l\u2019aide au prochain, dans des entreprises de charité spécialisées.On isole la vie spirituelle pour en faire un en-soi qui se situe à côté ou au-dessus du reste de la vie.Pour saint Ignace, l\u2019homme n\u2019est point fait de pièces assemblées.Il ne ressemble pas aux stratifications de l\u2019écorce terrestre.Il ne se trouve pas constitué de couches successives, entassées les unes sur les autres, les unes pouvant être neutres, les autres chrétiennes, une certaine proportion dans l\u2019assemblage constituant un Fils de Dieu.La vie de Dieu ne vient pas se surajouter dans l\u2019homme à quelque chose qui lui serait extérieur et qui pourrait demeurer étranger à son action.La foi n\u2019est pas une chose résidant quelque part dans l\u2019âme, une chose solide qui entre un beau jour du dehors pour se retirer en laissant un creux.Le chrétien n\u2019est pas un homme honnête, loyal et consciencieux qui ajoute à sa vie simplement honnête un supplément qui est la vie surnaturelle.Le Christ le transforme totalement, dans une nouvelle naissance et lui permet de lire le monde avec des yeux neufs.Le monde est bon, les créatures sont bonnes.Il faut les recevoir de Dieu et en user comme des enfants du Père.Rappelez-vous ce qui est dit de l\u2019usage des créatures dans le Fondement.Pas de mépris, pas de 103 fausses idoles non plus.Aussi pour saint Ignace, l\u2019apostolat ne s\u2019exerce pas d\u2019abord ni exclusivement par l\u2019administration des sacrements ou par la prédication de la parole de Dieu mais aussi (et sans réticence) dans le recours à tous les moyens humains nécessaires à la formation des esprits et des caractères.Il faut assumer l\u2019homme dans ce qu\u2019il a d\u2019humain, dans sa sensibilité, dans son imagination, dans son effort vers un idéal de beauté et de vérité.Pour ceux qui ont médité les enseignements du Concile, tout cela est évident.Mais il est probable que saint Ignace se serait trouvé mal à l\u2019aise dans certaines des attitudes religieuses du xixe siècle.Saint Ignace et la liberté Il ne suffit pas pour faire un chrétien d\u2019assurer sa fidélité à des commandements.Il faut remonter plus haut.Autrement on n\u2019aboutit qu\u2019à des fidélités extérieures, indignes d\u2019un Fils de Dieu.Si l\u2019on ne forme pas les consciences, si l\u2019on ne rend pas l\u2019homme capable de reconnaître le bien et de l\u2019aimer, si on ne le conduit pas à prendre librement la conduite de sa vie pour aboutir à des décisions personnelles, on en fait un esclave, un bon esclave peut-être, mais un esclave quand même.Cependant, cette liberté pour saint Ignace n\u2019est pas spontanéité pure; elle est une conquête de soi soumise à l\u2019action de la grâce.Il faut s\u2019exercer à se vaincre soi-même, apprendre à se déterminer sans aucune affection déréglée.La liberté suppose une maîtrise intérieure.« Les Jésuites, dit saint Ignace, doivent former ceux qui leur sont confiés de telle sorte qu\u2019ils sachent, le moment venu, quelles décisions ils doivent prendre en Dieu Notre-Seigneur; il faut pour cela leur apprendre à se libérer de toute affection humaine désordonnée pour les rendre capables de se décider.» Un autre élément de cette formation des consciences, qui conduit à juger par soi-même, puis à se décider librement est la connaissance du temps où l\u2019on vit.Il faut connaître et sentir les mouvements de son époque, les grandes tendances de la sensibilité d\u2019une génération, le milieu historique où baignent ceux auxquels on s\u2019adresse.Former la conscience c\u2019est conduire à juger son temps, c\u2019est prendre du recul par rapport aux événements, à l\u2019opinion, mesurer les courants de l\u2019histoire, se dégager des slogans et des engouements passagers, Cette lucidité de l\u2019esprit est encore condition de la liberté.Saint Ignace et l\u2019apostolat Le Jésuite qui fait réussir les hommes pour que Dieu s\u2019en empare, doit lui- même sans cesse témoigner de façon éclatante qu\u2019il est uniquement l\u2019apôtre du Christ et de l\u2019Évangile.Pour ne pas se laisser accaparer par le côté humain des tâches humaines auxquelles il se consacre, le Jésuite devra toujours être par un côté ou l\u2019autre l\u2019homme de la parole de Dieu.Les collèges dans la pensée de saint Ignace doivent être des foyers de rayonnement apostolique.Il eût préféré qu\u2019un collège n\u2019existât pas s\u2019il ne pouvait pas remplir sa double mission d\u2019être un établissement d\u2019enseignement et un foyer de vie spirituelle.Saint Ignace craignait que le professeur chargé de former aux lettres et aux sciences s\u2019enferme dans un humanisme clos, devienne un technicien de l\u2019humain, et ne soit plus un apôtre.Certes il faut utiliser pour mener à Dieu les moyens humains, mais si dans cette tâche les forces spirituelles se détendent, si s\u2019efface la lumière surnaturelle qui est seule à pouvoir les légitimer, alors en croyant servir Dieu l\u2019on ne sert plus que des idoles.Le dessein de saisir d\u2019un seul regard la nature et la grâce se retourne contre ceux qui l\u2019ont conçu.Les collèges doivent dans l\u2019esprit de saint Ignace être largement ouverts sur des tâches apostoliques qui débordent l\u2019enseignement, autrement l\u2019enseignement lui-même risque de ne plus être apostolique, c\u2019est-à-dire ce lieu où se réalise l\u2019unité spirituelle de l\u2019enfant et son accession à la liberté.L\u2019évolution actuelle Tel est l\u2019accord fondamental entre leurs tâches d\u2019éducateur et leur idéal apostolique qui a fait que tant de Jésuites dans le passé ont trouvé dans les collèges l\u2019épanouissement de leur vie religieuse.Actuellement cet accord n\u2019est plus aussi profond.Si vous passez dans un scolas-ticat, si vous interrogez un jeune Jésuite sur ses désirs apostoliques, vous l\u2019entendrez souvent exprimer au moins des réticences, mais parfois des critiques et comme une sorte de refus à l\u2019égard des collèges.Or ces garçons ont été formés comme leurs prédécesseurs par les Exercices.Ils sont intelligents et lucides sur les besoins de notre temps, ils sont généreux.Pourquoi les tâches d\u2019éducation telles qu\u2019elles sont conduites à l\u2019heure actuelle dans nos collèges font-elles problèmes à ces jeunes, comme d\u2019ailleurs à de moins jeunes ?Laissons de côté, si vous le voulez bien, le problème de l\u2019institution chrétienne qui est une façon abstraite d\u2019envisager la question.Et suivons une voie plus concrète.Il semble à beaucoup que nos collèges actuels ne réalisent que très imparfaite- ment ce pourquoi ils ont été fondés.D\u2019où le malaise et la^ recherche d\u2019un nouveau statut dans l\u2019Église et dans la société.En dépit du caractère propre aux écoles de chaque nation, on est en face de problèmes qui se retrouvent presque partout les mêmes.Seuls les pays anglo - saxons (Angleterre - États-Unis) présenteraient l\u2019image d\u2019une évolution nettement différenciée.Dans leur ensemble les collèges doivent, sous peine de se couper du monde actuel, s\u2019adapter à un nouveau recrutement social de l\u2019école, à un nouveau recrutement sur le plan de la profondeur religieuse des élèves, à une nouvelle culture et à une nouvelle rencontre de l\u2019Église et de cette culture, à une nouvelle situation de l\u2019école dans le monde.La démocratisation Premier problème : Nous assistons dans tous les pays à une explosion scolaire.De plus en plus d\u2019enfants veulent faire des études plus poussées.« La génération de l\u2019enseignement, écrit le Père Pierre Angers pour le Canada, mais l\u2019on pourrait dire la même chose pour la plupart des pays de vieille culture, est un phénomène lié à l\u2019avènement de la civilisation technique; la société scientifique et industrielle est incapable de subvenir à ses besoins de subsistance et de développement sans un enseignement de masse.Il lui faut des citoyens instruits ayant accompli des études jusqu\u2019à un niveau de 13e ou de 14e année.A l\u2019heure actuelle le Canada n\u2019a pas d\u2019emploi à offrir aux personnes qui n\u2019ont pas terminé onze ans de scolarité, demain, ce sera douze années, et après-demain ce sera treize années.» C\u2019est dans cet esprit qu\u2019en plusieurs pays la scolarité obligatoire a été prolongée.Il s\u2019ensuit que, plus ou moins vite suivant les pays, un nouveau public envahit les écoles.Alors que la masse se contentait d\u2019un enseignement élémentaire, 10 à 15% seulement entreprenaient des études secondaires.Actuellement suivant les pays c\u2019est 50, 60, 75% d\u2019enfants qui sont engagés dans de plus longues études.Le recrutement des écoles est donc en train de changer.C\u2019est dans les collèges de la Compagnie que le recrutement change le moins et demeure le plus semblable à lui-même.En continuant à recruter en très grande majorité les fils d\u2019une bourgeoisie traditionnellement chrétienne, nos collèges sont en train de prendre un visage très différent de celui de l\u2019école de la nation.C\u2019est ce danger que le Révérend Père Général signalait le 30 août 1965 aux Pères de l\u2019Assistance de France.« On dit aussi que nos collèges sont trop exclusivement 104 RELATIONS réservés aux riches: il se peut que cette remarque soit partiellement vraie, mais c\u2019est alors à nous d\u2019inventer les solutions concrètes qui ouvrent nos collèges à de plus pauvres et même à de très pauvres.».Le milieu chrétien n\u2019est plus homogène Second problème : Ces jeunes issus de familles traditionnellement chrétiennes \u2014 pour des raisons que nous dirons tout à l\u2019heure \u2014 ressemblent de plus en plus à la masse des jeunes.Le milieu de nos collèges est de moins en moins homogène sur le plan spirituel.Nous avons dû souvent modifier nos exigences parce qu\u2019elles traduisaient un style de vie religieuse vieilli.Mais cela n\u2019explique pas tout.Même en suivant les évolutions liturgiques, même en rajeunissant nos cadres traditionnels, nous constatons en beaucoup de pays une baisse spirituelle.Sur ce point cependant je ne voudrais pas être pessimiste.Les évolutions que nous constatons sur le plan religieux ne sont peut-être pas plus profondes que celles qui affectent le monde moderne \u2014 celui des adultes, dans son ensemble.A ces jeunes, pour lesquels le religieux ne se présente pas avec les mêmes traits qu\u2019au temps de notre enfance, nous parlons souvent un langage qu\u2019ils ne comprennent pas, parce qu\u2019il n\u2019a pas su s\u2019adapter.Malgré de louables efforts de lucidité nous demeurons souvent prisonniers d\u2019anciens schèmes.Ils sont renforcés par cette étroitesse de notre base de recrutement et les illusions qu\u2019il entretient en nous.Nous rêvons toujours de collèges pour une élite intellectuelle et religieuse.Et pour sauver ce passé qui nous échappe, nous sélectionnons pour n\u2019avoir que des élèves dignes de profiter des études et de la formation chrétienne de valeur que nous voulons donner.En sélectionnant sur le plan intellectuel nous nous accrochons à une école de notables qui est morte.Le maître-mot de l\u2019école des nations modernes n\u2019est plus sélection \u2014 mais orientation.En sélectionnant sur le plan spirituel nous nous bouchons les yeux sur le vrai problème qui est que nous ne savons pas comment parler de Dieu aux enfants d\u2019aujourd\u2019hui.Une nouvelle culture Troisième problème : A côté d\u2019un nouveau recrutement, nous trouvons devant nous une nouvelle culture.Nos collèges ont été pensés « pour une société stable-homogène, moins complexe, moins mouvante, moins différenciée que celle d\u2019aujourd\u2019hui ».Nos collèges offraient à l\u2019adolescent un milieu de vie unifié qui était le miroir fidèle de l\u2019équilibre intérieur d\u2019une société chrétienne qui avait réalisé assez parfaitement l\u2019unité de sa culture et de sa foi.Ils leur offraient une communauté vivante où les valeurs humaines et les valeurs évangéliques étaient découvertes ensemble, où ils pouvaient faire l\u2019expérience d\u2019une authentique vie chrétienne.L\u2019avènement d\u2019un monde technique, la naissance d\u2019une société scientifique, l\u2019évolution vers une culture laïque qui revendique son autonomie à l\u2019égard des valeurs chrétiennes, le pluralisme des cultures et des croyances ont ébranlé l\u2019humanisme traditionnel qui était l\u2019une des forces de notre éducation.De tout cela, il serait injuste de penser que nos collèges ne se rendent pas compte.Il faut pourtant avouer que ce que nous avons dit de leur recrutement est un lourd handicap dont ils ne parviennent pas toujours à se libérer pour s\u2019ouvrir au monde nouveau qui naît à l\u2019entour.Une société nouvelle naît sous nos yeux.Une nouvelle époque commence dont les chrétiens ne sont pas toujours les pionniers parce qu\u2019elle semble remettre en cause les valeurs de leur culture et, par voie de conséquence, les valeurs de leur foi: dans la mesure ou les deux sont liées.Nos familles ne représentent pas toujours l\u2019aile marchante de cette civilisation en mouvement.Jusqu\u2019au Concile, bien des chrétiens fidèles, mais traditionnels, peu mêlés aux grands débats d\u2019idées et à tous les changements dont ils étaient porteurs, se sont plutôt gardés d\u2019un monde qu\u2019ils jugeaient et que l\u2019Église souvent leur disait dangereux pour leur Foi.Vatican II a été açpelé le concile de la réconciliation de l\u2019Église et du Monde.Cela signifie en clair que jusque là il y avait souvent divorce.Dans nos collèges, bien des Pères ne sont pas tous conscients de ces grands bouleversements.Ou s\u2019ils en éprouvent les contre-coups, ils n\u2019en mesurent pas toujours les causes et l\u2019importance.Ils sont apostoliques, zélés, mais peut-être cherchent-ils trop les solutions par référence au passé, alors qu\u2019il faut rechercher aujourd\u2019hui les réponses aux problèmes des hommes de demain.Alors vous comprenez que les jeunes ne soient pas à l\u2019aise dans le travail qu\u2019on leur propose.Ils pensent, ils sentent avec leur temps, ils ont le sentiment que les collèges prennent du retard et \u2014 ce qui est plus grave \u2014 qu\u2019ils ne s\u2019en rendent pas compte.Le Père Général a adressé l\u2019an dernier une lettre aux Jésuites des collèges de France.Les uns et les autres ne se sont pas arrêtés aux mêmes paragraphes.Suivant l\u2019âge et les tendances d\u2019esprit, on a donné du relief tantôt à ce qui était ouverture vers un monde en devenir, tantôt à ce qui était rappel de vertus traditionnelles.J\u2019ai dit tout à l\u2019heure pour caractériser cette culture qu\u2019elle se voulait laïque \u2014 ou encore autonome.Elle ne veut pas se laisser annexer par l\u2019Église.Le philosophe entend être philosophe, le physicien, physicien.Il y a là un phénomène caractéristique de notre temps, mais qui remet en question tout ce que l\u2019on a appelé l\u2019enseignement chrétien des disciplines profanes.Peut-être beaucoup refuseraient-ils aujourd\u2019hui cette formule et préféreraient parler de la saisie par un chrétien, de l\u2019approche par un chrétien, de la maîtrise par un chrétien, de l\u2019utilisation par un chrétien des disciplines profanes.Le savant respectueux de sa spécialité n\u2019admet pas que le chrétien veuille en faire un outil apologétique.Il accepte que le chrétien soit chrétien, mais il veut qu\u2019il ait une extrême probité à l\u2019égard de la science et ne confonde pas les domaines.Il y a là une vue nouvelle sous-jacente à bien des attitudes conciliaires, mais qui postule une évolution considérable dans nos méthodes d\u2019éducation chrétienne.La constitution pastorale sur Y Église dans le monde de ce temps souligne bien la juste autonomie des réalités terrestres, tout en marquant les limites.« Qu\u2019on nous permette de déplorer certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes, insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science.Sources de tensions et de conflits, elles ont conduit jusqu\u2019à penser que science et foi s\u2019opposaient » (Constitution « Gaudium et Spes, » n.36.) Situation de l'école dans le monde Quatrième problème : L\u2019école dans le passé, à côté de sa fonction d\u2019instruire et de former le jugement, assumait la responsabilité et la direction quasi-exclusive de la fonction éducatrice, se substituant même quelquefois aux parents.En beaucoup d\u2019endroits, nous assistons à une reprise de leur rôle d\u2019éducateurs par les parents.Mais dans la société contemporaine sont apparus d\u2019autres instruments qui remplissent un rôle éducatif et déterminent les comportements des jeunes géné- AVRIL 1967 105 Jean RACETTE, S.J.Une probation préparatoire au mariage rations.Songeons aux moyens de communication sociale, presse, cinéma, radio, télévision, activités sociales, sportives, touristiques, à tous ces groupes autonomes où les jeunes apprennent souvent à l\u2019heure actuelle à mener leur vie morale et où ils se constituent entre eux leurs échelles de valeurs, loin des adultes.Nos collèges voulaient tout apporter, ils persistent encore quelquefois dans cette attitude: le travail, la distraction, le social, le culturel, le sportif, l\u2019ouverture au monde.Quand ils font cela, ou bien ils reçoivent encore l\u2019accord des jeunes et ils les coupent d\u2019un monde qui se construit sans eux et dont il veut ignorer en partie le langage et les manières de penser.Ils font des « séparés ».Ou bien ils le font malgré les enfants et ils deviennent étouffants pour ceux-ci.Ils font des révoltés.Révolte contre une autorité zélée mais trop étroite qui devient vite en même temps révolte contre la religion dont les prêtres sont les témoins auprès d\u2019eux.Il y a là l\u2019envers d\u2019une qualité! Nous avons mis au point un collège solidement structuré, riche de traditions éprouvées, solide établissement qui s\u2019est enrichi peu à peu de bâtiments, de services, de départements nouveaux.Il faudra à l\u2019intérieur de nos collèges nous séparer de choses qui furent utiles mais qui sont devenues comme des tentacules qui enserrent des élèves avides de liberté, et qui jouissent de plus nombreuses libertés en dehors de chez nous.Le soir, le dimanche, pendant les vacances, ils sont très libres, trop libres peut-être.Ils n\u2019y sont pas préparés.Peut-être avons-nous perdu par manque de confiance en l\u2019enfant un certain respect de sa liberté.Notre éducation trop protectrice n\u2019est plus adaptée aux problèmes que nos élèves doivent affronter dès qu\u2019ils nous ont quittés.Conclusion C\u2019étaient là des remarques qui ne se voulaient pas pessimistes, mais lucides.Nous ne nous sommes arrêtés qu\u2019aux points qui appelaient notre réflexion et demandaient des réformes.Limiter à ces retards la description des collèges serait injuste.Mais ce qui reste excellent n\u2019avait pas besoin d\u2019être souligné; nous avons déjà trop tendance à nous en contenter.Nous n\u2019avons rien dit des solutions, certaines sont ébauchées, d\u2019autres sont à trouver.Ne parlant pas à des techniciens, mais à des anciens élèves, nous avons simplement voulu situer les collèges à l\u2019intérieur de transformations générales de l\u2019école et de la société qu\u2019ils ne peuvent ignorer sans péril.A l\u2019émission Panorama du 12 février dernier, le P.Jacques Lazure, O.M.L, sociologue et professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa, demandait aux théologiens s\u2019ils ne pourraient pas reviser la notion de sacrement de manière à permettre aux conjoints une certaine période de probation avant que leur mariage ne soit considéré comme définitif et indissoluble.Quelque temps avant cette émission, un hebdomadaire américain, The National Enquirer, avait lancé dans le grand public la suggestion du P.Lazure.Comme, de l\u2019avis de celui-ci, ce journal à sensation déformait sa pensée, nous discuterons celle-ci plutôt à partir du résumé que Le Devoir du 13 février donnait des propos tenus par le Père à Panorama.Notons d\u2019abord que le P.Lazure se défend de prôner l\u2019union libre, le « trial marriage ».La période de probation dont il parle devrait être instituée et contrôlée par l\u2019Église et l\u2019État.Elle devrait être fondée sur un amour véritable des conjoints l\u2019un pour l\u2019autre.Il n\u2019en propose pas d\u2019emblée l\u2019adoption, mais il demande qu\u2019on en examine sérieusement l\u2019idée.Il s\u2019agit, nous dit-il, d\u2019une hypothèse de travail, c\u2019est-à-dire d\u2019une idée présentant une solution possible à des problèmes urgents.Ces problèmes urgents, il les regarde bien en face et il nous demande de ne pas les minimiser.Ce sont: le nombre croissant des mariages brisés, surtout chez les jeunes couples mariés à un âge précoce, ainsi que la pratique de plus en plus répandue des relations sexuelles pré-maritales.Il ne prétend pas, en avançant son hypothèse, s\u2019insurger contre la morale de l\u2019Église; il demande simplement qu\u2019on la mette à jour.Les arguments qu\u2019il invoque ne sont pas sans impressionner quelque peu, du moins de prime abord; il s\u2019agit de l\u2019analogie qu\u2019il pourrait y avoir entre cette période préparatoire au mariage et, d\u2019une part, les différents ordres que le séminariste doit recevoir avant d\u2019accéder au sacerdoce, d\u2019autre part, le noviciat que fait le futur religieux avant d\u2019être admis à prononcer des vœux défi- nitifs.Reconnaissons, en outre, que le Père Lazure paraît animé d\u2019une authentique préoccupation pastorale et qu\u2019il fait preuve d\u2019un certain courage.Il nous semble pourtant malheureux qu\u2019un spécialiste se serve des journaux et de la télévision pour proposer aux théologiens une hypothèse aussi hardie sur un problème aussi délicat.En usant de cette manière plus ou moins équivoque de procéder (puisqu\u2019on s\u2019adresse en fait au grand public sous prétexte de parler aux théologiens), on risque tout à la fois de ne pas être pris au sérieux par les théologiens, d\u2019être mal compris et en des sens fort divers par le grand public, et enfin d\u2019être utilisé par des publications à sensation.Il eût été beaucoup plus scientifique, et plus pastoral aussi, de présenter cette idée à un congrès de théologiens ou de la publier dans une revue de théologie.Mais puisque le Père a jugé bon de faire valoir aux yeux du grand public l\u2019intérêt de son hypothèse, il nous paraît opportun de signaler à ce même grand public les inconvénients qu\u2019elle peut comporter.Inconvénients D\u2019abord, elle nous paraît manquer de précision.Le P.Lazure ne nous dit pas suffisamment en quoi consisterait cette probation, si elle devrait être obligatoire ou facultative, comment en serait assuré le contrôle, à quelles conditions on pourrait y être admis, combien de temps elle pourrait durer, combien de fois et avec combien de partenaires successifs on pourrait la répéter, quelles précautions on prendrait pour empêcher les abus de confiance, quel cas on ferait de ceux et de celles qui seraient laissés pour compte.Surtout, il ne nous explique pas comment l\u2019idée de cette probation est ^compatible avec la doctrine de l\u2019Église réprouvant l\u2019union sexuelle pré-maritale.Cette idée nous paraît également impliquer contradiction.C\u2019est animé déjà d\u2019un amour véritable, nous dit-on, que l\u2019on devrait entrer dans cette période de probation.Mais comment parler d\u2019amour véritable là où, d\u2019un côté, on 106 RELATIONS n\u2019est pas encore suffisamment sûr de soi et de son partenaire pour s\u2019engager d\u2019une manière définitive, et où, d\u2019autre part, on accepte l\u2019éventualité de quitter celui-ci après en avoir quelque temps fait l\u2019essai?L\u2019amour véritable ne conduit-il pas normalement au don mutuel à la vie et à la mort plutôt qu\u2019à l\u2019essai mutuel ?Entre gens qui s\u2019aiment vraiment, l\u2019union sexuelle n\u2019est-elle pas l\u2019expression naturelle du don le plus total et le plus intime ?Mais là où l\u2019amour fait défaut, ou n\u2019est pas suffisamment assuré pour s\u2019exprimer dans un engagement définitif, l\u2019union sexuelle ne devient-elle pas un acte affecté de contradiction ou de fausseté, puisqu\u2019elle n\u2019exprime plus alors ce qu\u2019elle doit naturellement exprimer?Qu\u2019on y consente librement et meme qu\u2019on le fasse de bonne foi, comme ce pourrait être le cas dans la probation proposée, ne supprime ni cette contradiction ni les conséquences fâcheuses qu\u2019elle peut entraîner surtout pour la femme.L\u2019hypothèse du P.Lazure nous paraît, de plus, non réaliste.La probation qu\u2019il propose aurait sans doute pour but de permettre à des jeunes de mûrir leur personnalité et d\u2019approfondir leur amour.Par ailleurs, selon la même hypothèse, il ne saurait être question pour ces jeunes d\u2019avoir des enfants au cours de cette probation.Mais n\u2019est-ce pas la venue ou du moins l\u2019éventualité de l\u2019enfant qui amène un jeune couple à mûrir et à s\u2019approfondir, à sortir de son égoïsme à deux, à assumer d\u2019inéluctables responsabilités, à se dépasser au service d\u2019un être cher qui constitue un lien vivant et une cause commune immédiatement et constamment urgente ?En outre, la probation proposée pourrait bien être inutile.Des fréquentations sérieuses, une préparation sérieuse au mariage, sans expériences sexuelles prémaritales, peuvent permettre à un couple de se connaître suffisamment bien pour s\u2019engager pour de bon.Il y a sans doute beaucoup de mariages malheureux.Mais ces mariages ont-ils été bien préparés?Voilà la question! La famille, la société, l\u2019école, l\u2019Eglise et l\u2019État font-ils tout ce qu\u2019ils devraient pour aider les jeunes à acquérir une juste conception de l\u2019amour, à se préparer au mariage, à surmonter les difficultés spéciales que comporte cet état de vie, surtout durant les premières années?Voilà ce qu\u2019il faudrait d\u2019abord examiner et sur quoi devraient porter les efforts conjugués des parents, des maîtres, des pasteurs, des législateurs, des sociologues et des psychologues! Ce qu\u2019il faudrait assurer évidemment en premier lieu, c\u2019est le développement et le perfectionnement des institutions qui rendent déjà grand service en ce domaine.Ce qu\u2019il ne fau- AVRIL 1967 drait jamais perdre de vue, dans l\u2019éducation des jeunes et la ré-éducation des moins jeunes, c\u2019est qu\u2019un mariage heureux, ainsi que nous le disent les couples qui ont réussi le leur, ne saurait être le résultat de quelque procédé magique ou de quelque compromis temporaire.C\u2019est une longue et dure conquête, qui requiert que l\u2019on fasse preuve chaque jour de courage, de patience, de générosité, d\u2019humour, d\u2019oubli de soi et de sens de l\u2019autre, de jugement, de souplesse et de créativité.Un bonheur définitif, sans nuage et sans effort, ne saurait être garanti à personne après un an ou deux de vie commune.Ce n'est pas l\u2019harmonie sexuelle qui fonde l\u2019amour.Mais il y a une connaissance, objecte-t-on, que les bonnes fréquentations de type traditionnel ne saurait assurer aux futurs conjoints, c\u2019est celle de leur complémentarité sexuelle.Voilà probablement ce qui milite le plus fortement, aux yeux du P.Lazure, en faveur de la probation suggérée.A cette objection nous répondons que les difficultés sur ce point ne sont pas insurmontables si le reste par ailleurs est acquis: amour véritable, équilibre psychologique, maîtrise de soi et respect de l\u2019autre, tact et jugement.Par contre, si ces facteurs fondamentaux ne sont pas assurés, ce ne sont pas des relations sexuelles pré-maritales, même si elles étaient institutionnalisées, qui vont permettre à un couple de se connaître véritablement, de se comprendre et d\u2019affronter les risques que comporte nécessairement tout état de vie.En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas l\u2019harmonie sexuelle qui fonde l\u2019amour, c\u2019est l\u2019amour qui rend possible l\u2019harmonie sexuelle.« L\u2019adaptation des réflexes ne peut se faire correctement et totalement, écrit Marc Oraison, qu\u2019avec une personne à qui l\u2019on se donne tout entier, et sans possibilité de reprise »\t(L\u2019union des époux, p.107).Disons encore que l\u2019idée proposée par le P.Lazure nous paraît inefficace, impropre à remédier aux maux qu\u2019il déplore.Il est même probable que, dans la mesure où elle serait acceptée, elle accroîtrait le nombre des mariages brisés et des expériences sexuelles pré-maritales non institutionnalisées.C\u2019est qu\u2019elle fortifie l\u2019opinion selon laquelle l\u2019union sexuelle n\u2019est qu\u2019un jeu ou un délassement sans conséquence, qui n\u2019implique pas normalement don exclusif et définitif.C\u2019est qu\u2019elle ancre le préjugé que les difficultés que peut rencontrer un couple ne peuvent provenir que de la disharmonie sexuelle et ne sauraient avoir d\u2019autres remèdes que la séparation.C\u2019est qu\u2019elle encourage à penser qu\u2019une union peut être rompue dès qu\u2019elle n\u2019apporte pas le bonheur escompté: s\u2019il était entendu qu\u2019on peut se séparer, si on ne s\u2019entend pas, après un an ou deux de probation, pourquoi ne pourrait-on pas le faire, pour la même raison, après quelques années de mariage ?Les analogies invoquées Quant aux analogies invoquées par le P.Lazure entre le mariage et le sacerdoce, d\u2019une part, et la vie religieuse, d\u2019autre part, elles sont plutôt spécieuses.L\u2019histoire de l\u2019Église nous apprend en effet que les différents ordres n\u2019étaient pas à l\u2019origine des degrés ou des échelons conduisant au sacerdoce mais qu\u2019ils habilitaient à remplir certaines fonctions particulières, distinctes du sacerdoce.Par ailleurs, le sacerdoce proprement dit, lui, n\u2019admet pas de degrés: on est prêtre ou on ne l\u2019est pas; une fois qu\u2019on l\u2019est devenu, on le demeure pour l\u2019éternité, même si on décide et si on obtient pour de justes raisons de ne pas exercer ce sacerdoce.La ressemblance de la probation pré-maritale avec le noviciat des religieux apparaît, à première vue, mieux fondée et plus convainquante, mais à première vue seulement.Car il faut prendre garde d\u2019abord que le noviciat et les vœux de religion sont d\u2019institution ecclésiastique, tandis que la monogamie et l\u2019indissolubilité du mariage relèvent, aux yeux de l\u2019Église, du droit divin et de la loi naturelle.C\u2019est dire qu\u2019elle ne saurait s\u2019arroger le droit d\u2019instituer un pré-mariage qui serait comme la négation de cette monogamie et de cette indissolubilité.Les théologiens peuvent toujours approfondir la notion de sacrement, mais ils ne peuvent la changer, pour la bonne raison que ce ne sont pas eux qui ont institué les sacrements.De plus, la nature des relations qui s\u2019établissent entre le novice et la communauté religieuse à laquelle il se propose d\u2019appartenir sont d\u2019une tout autre nature, est-il besoin de le noter et d\u2019y insister, que celle que suppose le pré-mariage.Elle n\u2019implique pas que l\u2019on essaie une autre personne et qu\u2019on la compromette dans son psychisme et dans sa chair, elle suppose seulement que l\u2019on s\u2019essaie à un genre de vie et que l\u2019on se compromette seul en cet essai.Pour toutes ces raisons, nous ne pensons pas que la solution proposée par le P.Lazure soit acceptable.Elle a sans doute le mérite d\u2019attirer l\u2019attention sur des problèmes urgents et elle procède d\u2019une louable intention.Mais elle ne présente pas un remède efficace.La fin qu\u2019elle vise est excellente mais le moyen qu\u2019elle préconise n\u2019est pas réaliste.Facultés S.J., Montréal.107 UN PEUPLE PASCAL Notre Pâque, le Christ, a été immolée.(1 Cor.V, 7.) En terre d\u2019Égypte, par la volonté de Dieu, le sang de l\u2019agneau devient signe de salut, et la première pâque que préside Moïse ouvre l\u2019histoire religieuse du peuple d\u2019Israël.A ce repas de voyageurs, pris sandales aux pieds et bâton à la main, naît le Peuple de Dieu.Il naît dans une perspective de délivrance, dans une résolution commune d\u2019atteindre la Terre Promise.La marche sera longue, car il y a le désert.Il faudra apprendre à dépendre de Dieu, à lutter contre l\u2019aridité, à vaincre Satan et ses prestiges.Mais les prodigieuses théophanies et le pain miraculeux de la route l\u2019assisteront chaque jour jusqu\u2019à la pâque de Josué, jusqu\u2019au passage du Jourdain.Avec l\u2019Alliance du Sinaï ces événements ont donné son mouvement à tout l\u2019Ancien Testament.Ils préfigurent et annoncent le Nouveau.Dans une continuité sans rupture, le 14 nisan, aux fêtes pascales traditionnelles, l\u2019Alliance se renouvelle: le sang du Christ sur la croix, non plus celui de l\u2019agneau, devient le signe efficace de notre libération.Et son passage triomphal de la mort à la vie, au matin de Pâques, sera le gage de notre Exode de la terre au Ciel.A l\u2019appel de la victime nouvelle et unique répond l\u2019amour d\u2019un peuple nouveau, le peuple des baptisés, le peuple des chrétiens.Dans l\u2019action de grâces, dans la joie de l\u2019espérance, nous voilà appelés à cheminer vers le Père à la suite du Christ, notre chef, notre tête, notre frère.L\u2019Eucharistie commémore ce passage triomphal du Christ de la mort à la vie.Lui-même s\u2019y enclôt pour déployer à travers les âges la vertu transformante de ce mystère exemplaire.Le Seigneur a voulu que sa Pâque se perpétue dans sa force et sa grâce pour que chaque chrétien y trouve sa lumière de vie et son pain de voyageur.En renouvelant ce rite sacré, ce sacrifice mystique qu\u2019est l\u2019institution eucharistique, le Peuple de Dieu entre en communion avec le Dieu vivant qui a ressuscité le Christ et qui veut nous ressusciter aussi.Éternellement communicables, la mort et la résurrection de Notre Seigneur alimentent en nos âmes une spiritualité de voyageurs: la dépendance quotidienne de la providence de Dieu, la lutte pour la fidélité, la marche dans une grâce fragile et puissante jusqu\u2019en la Terre Promise.« Vivez dans la crainte filiale de Dieu pendant le temps de votre séjour, comme des étrangers ici-bas.vous êtes un peuple que Dieu s\u2019est acquis.vous êtes le Peuple de Dieu », écrivait saint Pierre aux premiers chrétiens.Dans cette lumière, dans la certitude joyeuse de la résurrection, le Peuple de Dieu est un Peuple de passants: Un Peuple pascal.Paul Labarre, S.J.Marcel MARCOTTE, S.J.Le Conseil supérieur de lu famille et lu contraception Le ministère de la Famille et du bien-être social avait cru bon de faire silence autour du mémoire sur la régulation des naissances que, dès le mois d\u2019octobre, lui avait fait tenir, en toute discrétion, le Conseil supérieur de la famille du Québec.Mal lui en a pris, car l\u2019Association pour la planification familiale, avec la complicité, dit-on, d\u2019un prélat anonyme, s\u2019est emparée du mémoire et.vient, à grand tapage, de le rendre public.Le ministère avait pourtant, pour justifier sâ réserve et ses hésitations, de solides raisons.A l\u2019heure où la baisse prononcée de la natalité québécoise suscite, à juste titre, de graves inquiétudes, il n\u2019était pas très indiqué pour le gouvernement de prendre ou de paraître prendre à son compte des suggestions d\u2019allure fort radicale qui risqueraient, à l\u2019usage, d\u2019empirer la situation et de compromettre, dans une mesure difficile à évaluer, notre avenir national.Les démographes, ici, sont loin d\u2019être d\u2019accord dans leurs prévisions.Et de même les sociologues qui balancent pareillement entre l\u2019optimisme et le pessimisme.A telle enseigne que, gardant en mémoire les propos alarmants tenus récemment par M.Philippe Garigue, on ne s\u2019étonnerait point d\u2019apprendre que, à l\u2019intérieur même du Conseil, les rédacteurs du mémoire sont, sur ce point précis, à couteaux tirés avec leur président.Quoi qu\u2019il en soit, nul besoin d\u2019être grand clerc pour comprendre que la diffusion des enseignements et des moyens anticonceptionnels ne peut avoir, au total, qu\u2019un effet déprimant sur la croissance de la population.Qu\u2019une politique familiale bien conçue et conduite avec énergie soit capable de compenser, en tout ou en partie, pour les pertes subies, nous en tombons d\u2019accord.Mais, outre que cette politique, dont le dernier budget provincial se veut l\u2019amorce encore timide, paraît bien être, pour le moment, hors de notre portée, il restera toujours vrai que les vies sacrifiées à la contraception auraient dû figurer en surnombre: les fruits tombés de l\u2019arbre n\u2019y remonteront pas.Avant de livrer à la presse et à l\u2019opinion un document somme toute assez litigieux, avant surtout de lui donner suite, le ministère a donc tenu à procéder discrètement à quelques consultations.Dans un milieu catholique à 80%, il était normal et nécessaire de connaître, en particulier, la réaction de l\u2019épiscopat québécois vis-à-vis d\u2019un projet qui intéresse de très près la religion et la morale.Quoi qu\u2019en dise le mémoire, les « prescriptions morales » de l\u2019Église en matière de limitation des naissances ne sont pas devenues « de plus en plus douteuses ».Paul VI, le 29 octobre dernier, a dit exactement le contraire: La règle enseignée jusqu\u2019ici par l\u2019Eglise, intégrée par les sages instructions du Concile, réclame une fidèle et généreuse observance; on ne peut considérer qu\u2019elle ne s\u2019impose pas, comme si le magistère de l\u2019Eglise était actuellement en état de doute, alors qu\u2019il est dans un moment d\u2019étude et de réflexion.L\u2019épiscopat canadien, il est vrai, s\u2019est déjà prononcé en faveur de certaines modifications à la législation fédérale sur la contraception.(Relations, décembre 1S66.) Il s\u2019agissait, à ce moment, de tenir compte, à l\u2019échelle du Canada tout entier, de la liberté des consciences en milieu pluraliste.Le pluralisme religieux existe aussi au Québec, mais les exigences en sont assurément moins fortes qu\u2019ailleurs et les mesures à prendre pour le respect des consciences doivent, le mieux possible, s\u2019ajuster ici aux traditions, aux intérêts et aux besoins de la majorité.Qu\u2019on se rassure: de toutes les recommandations que le mémoire formule (légalisation de la contraception, institution de cliniques ou de services de consultation en matière de régulation des naissances, formation ou recyclage ad hoc des médecins), il n\u2019en est aucune qui aille directement à l\u2019encontre de la doctrine et de la discipline en vigueur dans l\u2019Église.Non seulement les rédacteurs insistent \u2014 c\u2019est le point capital \u2014 pour que les « convictions morales » des couples soient respectées et pour « qu\u2019aucune pression indue ne soit exercée en vue de telle ou telle méthode particulière », mais ils marquent un vif souci des aspects humains de la fécondité et réprouvent énergiquement, en ces matières délicates, la domination des techniques.Et pourtant, toutes ces précautions, ces réserves, ces mises-en-garde ne suffisent pas à nous tranquilliser.La «\tmariée a beau se faire belle, nous redoutons des surprises.Compte tenu du penchant bien connu des masses pour les |\tsolutions de facilité, de la tentation qui les guette de con- l\tfondre la légalité avec la moralité; compte tenu aussi de la mentalité répandue dans une large portion du corps médical, il est à craindre que, pour l\u2019ensemble de la population québécoise, l\u2019adoption massive et la mise en œuvre immédiate des mesures projetées n\u2019aboutissent, en pratique, à une prolifération énorme de l\u2019onanisme.Conséquence dramatique contre laquelle, évidemment, la conscience chrétienne n\u2019est pas seule à s\u2019insurger.Le Conseil supérieur de la famille s\u2019est donné pour but de promouvoir le bien commun des foyers du Québec.On comprend mal et on regrette que, dans l\u2019esprit des rédacteurs du mémoire, cette promotion soit liée, dès le principe, à une entreprise de mutilation.Dans l\u2019ordre des priorités, croyons-nous, il était plus urgent de trouver des chapeaux pour toutes les têtes que de couper les têtes pour lesquelles il n\u2019y a point de chapeau.AVRIL 1967 AU SERVICE DU FRANÇAIS Pour en finir Un lecteur m\u2019a écrit, avec autant d\u2019érudition que de bienveillance, sinon pour défendre les locutions « au tout début » et « à la toute fin », indéfendables à mes yeux, du moins pour plaider contre le qualificatif sévère dont je les ai accablées.Je ne devrais donc pas classer parmi les monstruosités linguistiques des expressions dont l\u2019équivalent, voire l\u2019exacte reproduction se trouvent dans des ouvrages signés par des auteurs de renom et que des grammairiens, des linguistes s\u2019efforcent de justifier.Essayons d\u2019en finir avec ce problème.La première fois que, dans ma chronique, j\u2019ai relevé non plus des fautes de prononciation, mais des incorrections de vocabulaire ou de syntaxe, j\u2019ai attaqué les tournures susdites (janv.1960, p.13) et j\u2019ai rejeté l\u2019opinion de Gre-visse, dont on connaît l\u2019indulgence à l\u2019égard d\u2019usages indignes d\u2019entrer dans son Bon Usage.Aux citations fournies par Grevisse, mon correspondant ajoute des phrases empruntées à Bourget, à Gide et à Molière, que citent la gram-' maire Le Bidois et le dictionnaire Robert.Gide parle de la toute-présence immanente de Dieu; Molière invoque la toute-bonté du Ciel.Cela se comprend: ils décalquent le tour familier à ceux qui adorent la toute-puissance divine.Mais si je rencontre « à la toute fin » chez Bourget, « au tout commencement » chez Gabrielle Roy, « au tout début » chez Robert Aron et « au tout-début » chez Florent Gaboriau, philosophe pourtant soucieux des résonances profondes du langage, je n\u2019hésite pas à protester.Et je vois mal comment l\u2019argumentation des grammairiens ou des linguistes m\u2019en empêcherait.Car je ne crois pas que la toute-présence de Gide et la toute-bonté de Molière forment des « dérivés d\u2019expressions du type de tout jeune », où tout, adverbe, modifie un adjectif; plus justement, ce sont des tours dans lesquels tout « devient une sorte d\u2019exposant quantitatif et marque le plus haut degré » (Le Bidois) ; et l\u2019on obtient ainsi un nom composé.On ne saurait gratifier de cette interprétation les deux monstruosités linguistiques auxquelles je refuse, pour ma part, droit de cité syntaxique.Car tout ne peut y jouer le rôle d\u2019exposant quantitatif: le sens des mots début et fin ne se prête pas à cette fantaisie; de plus, en lui conservant l\u2019air d\u2019un adjectif, puisqu\u2019il précède immédiatement un substantif, on attribue à tout une fonction d\u2019adverbe impossible à remplir.Cette fonction apparaît naturelle devant la locution adverbiale au début, puisqu\u2019un adverbe (ou un adjectif employé adverbialement) peut modifier un autre adverbe.Qu\u2019on dise donc, le plus simplement du monde: tout au début et tout à la fin.N\u2019ai-je pas suffisamment montré, par une série d\u2019exemples cocasses (déc.1966, p.330), le ridicule des tournures inverties ?Ne craignons pas de stigmatiser le galvaudage du français auquel se livrent trop de gens préposés par leur rang ou leur action au respect de notre langue.Des écrivains, des professeurs d\u2019université, des propagandistes de la culture française, au Québec ou ailleurs, emploient, à la manière anglaise, tout à fait (dira-t-on: «à tout fait»?) illogique pour nous, l\u2019expression en termes de (parfois, comble d\u2019illogisme, au singulier: « en terme de »), la faisant suivre de n\u2019importe quel mot (organisation, programme, argent, réalités sensibles, vêtir ou dépouiller l\u2019homme nouveau).Or, logiquement, si l\u2019on veut tenir compte du sens des mots, cette formule ne peut avoir pour complément qu\u2019un mot désignant une discipline (art, technique, métier, profession) pourvue de sa terminologie propre: en termes de philosophie, de sport, de cuisine.La monstruosité linguistique, d\u2019où qu\u2019elle vienne, on doit la dénoncer.J.d\u2019Anjou.108 RELATIONS 109 \"Z A VALU DES A VALES de Réjean Ducharme Roger SYLVESTRE, S.J.A PRÈS LE BATTAGE PUBLICITAIRE qui a /A accompagné la publication de L\u2019Avalée des avalés et la course aux prix littéraires, après la poursuite plus ou moins policière autour de l\u2019identité de Réjean Ducharme, voici qu\u2019un moment de silence prépare le lancement par Gallimard du Nez qui voque.Peut-être ne serait-il pas inopportun de profiter de cet instant d\u2019accalmie pour revenir à l\u2019œuvre et reprendre contact avec la jeune mais troublante Bérénice Einberg.Qui est Bérénice Einberg?Bérénice Einberg, neuf ans au début du livre, quinze à la fin; née d\u2019un père juif « riche et important » et d\u2019une mère catholique d\u2019origine polonaise, de quoi faire resurgir tous nos traumatismes de nation humiliée et bafouée dans son existence et sa foi.Bérénice Einberg, dix ans de vie recluse avec les siens, au creux d\u2019une île infestée de rats, en plein Saint-Laurent, dans une abbaye désaffectée « assez grande pour s\u2019égarer », dont les toits « s\u2019entrecoupent de telle façon qu\u2019à vol d\u2019oiseau l\u2019abbaye a l\u2019air d\u2019un crucifix ».Cinq ans de pension à New York dans « une famille de saints », histoire de changer de famille « pour longtemps, pour plusieurs années, peut-être pour toujours.Aux grands maux les grands remèdes ».Car il est temps d\u2019apprendre « ce qu\u2019est vivre, bien vivre, ce qu\u2019est bien penser, bien faire, bien manger, bien dormir ».Qui sait, « une excellente chance de santé et de bonheur »! Un bref retour à l\u2019abbaye et, en désespoir de cause, Bérénice se retrouve à la fin du roman à la frontière israélienne où, par une manœuvre injustifiable, elle provoque la reprise des hostilités.Bérénice Einberg, une petite fille « hideuse », « le visage tissé de boutons », « les cheveux si raides et enchevêtrés qu\u2019un peigne bulldozer y tomberait en panne »,\t« laide comme un cendrier rempli de restes de cigares et de cigarettes » ; une âme « vénéneuse, grima- çante, railleuse », « pleine de pétrole, de vinaigre et d\u2019acide », décidée à injecter « du cyanure de potassium dans les pommes de terre bouillies » de celui qui voudrait la séparer de son frère à « l\u2019âme ennuyeuse comme de la soupe ».Quand la douleur est trop forte en son cœur, elle se libère en égorgeant le chat de sa mère ou en pressant des rats blessés sur sa poitrine malingre.A la dernière page du livre, au moment où les mitraillettes des Syriens se mettent à siffler, elle empoigne sa compagne par derrière pour la maintenir entre les balles et elle-même pendant qu\u2019elle se dirige à reculons jusqu\u2019à la fosse de son abri.Bérénice Einberg, un hurlement déchirant et hallucinant qui, au-delà de l\u2019abbaye paternelle, du « columbarium prismatique à dix cages » de New York ou de la casemate d\u2019Israël, rejoint et exprime avec éclat les cris étouffés et les sanglots refoulés de Réjean Ducharme et de ses compatriotes québécois.Longue plainte rauque où les multiples voix de l\u2019aliénation crient la détresse humaine: peur, colère, angoisse, haine, révolte, solitude, évasion.Mais aussi, pour ceux qui veulent bien y prêter l\u2019oreille, une immense tendresse, qui ne trouvant pas où se porter, se consume dans le ricanement et le sang.Péril et vide de l\u2019existence Bérénice Einberg a la colère dans le sang, et pour cause! Dès les premières lignes du roman, le cri est lancé: « Tout m\u2019avale.Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère.» On ne vit pas en cet univers.De toutes parts, des liens se tissent, des pièges camouflés rendent impossibles la marche et le libre essor.L\u2019âme se sent emprisonnée.On peut bien lui parler de liberté, l\u2019âme sent qu\u2019elle est conditionnée par tout.Tout la domine.« Qui n\u2019est pas avalé, militairement, administrativement, judiciairement, monétairement et religieuse- ment ?Qui n\u2019est pas avalé par un évêque, un général, un juge, un roi, et un riche ?» On a beau feindre l\u2019initiative, la libre disposition de ses actes, on a beau projeter au-devant de ses pas une finalité idéale, certains jours, la plainte de l\u2019âme se fait entendre.Elle étouffe.« Les jours passent, sans surprises, dans leur plus insolente nudité, tous leurs secrets à découvert.A la fin de chaque jour, bon gré mal gré, manœuvrée sans douleur par les bascules automatisées et les tourniquets mécanisés, tu auras fait tes trois petits tours, tu auras marché, mangé et dormi, tu auras appris de la grammaire, de l\u2019histoire et de la géographie, tu seras plus grande, plus instruite et plus profondément engagée dans la vacherie.» Une multitude de besoins et de désirs se pressent les uns contre les autres.Une fois assouvis, ils laissent place à d\u2019autres aussi intransigeants et vides de conséquences.Les actes se succèdent et l\u2019homme piétine sur place.Certes, la vie se charge par le rythme effréné de ses secondes de distraire la marionnette humaine et d\u2019accélérer la mécanique de ses gestes.Mais parfois l\u2019homme s\u2019arrête; alors il est pris de vertige, la peur le saisit et voilà que les rouages bien huilés se détractent.« L\u2019azur s\u2019écroule, les continents s\u2019abîment; on reste dans le vide, seul.» La vie est là, dira-t-on, dans sa multiplicité.Mais j\u2019aurai beau faire, on n\u2019additionne pas des êtres sans significations.On ne se nourrit pas de mathématiques! « L\u2019univers est comme les nombres.On peut compter jusqu\u2019à mille millions et continuer.On peut compter toute sa vie sans arriver au bout des nombres.» Bérénice y revient sans cesse, car c\u2019est la tragédie de l\u2019existence, la multiplicité des êtres constitue une menace de dispersion et de dissolution pour l\u2019âme.La rencontre de l\u2019univers, de la vie de la cité, met en péril l\u2019intégrité de la personnalité.« Car le regard est une brèche faite à soi-même, une reddition inconditionnelle, un relâchement des mailles qui permet à la ville d\u2019entrer en 110 RELATIONS soi comme le vent par les fenêtres ouvertes et de mener en soi le bal.» Ambiguïté de l\u2019amour Cette dernière constatation vaut autant pour les êtres humains que pour l\u2019univers cosmique.Certes, la mère de Bérénice, après beaucoup d\u2019autres, « parle de l\u2019amour comme d\u2019un village fortifié, comme d\u2019un refuge où n\u2019atteint aucun mal, comme d\u2019un havre de béatitude, comme d\u2019une enclave luxuriante qu\u2019abrite un toit mouvant de pinsons et de bouvreuils ».« Mais un refuge, aussi sûr qu\u2019il puisse être, n\u2019est-ce pas une cage, une prison, un souterrain sombre et visqueux ?» Et Bérénice aura toujours « plus envie de la vie dans sa dévastatrice immensité que des retranchements doux et encombrés qu\u2019on y a ménagés ».Peut-être certains hommes se contenteront-ils d\u2019une « baie », mais à d\u2019autres il faudra « tout le continent, tous les continents », ils voudront « voguer sur des continents et des déserts,.venir à bout des abysses et des pics,.bondir d\u2019abîme en sommet ».Au nom de quelle prétendue sagesse, quelqu\u2019un s\u2019arrogera-t-il le droit de les en blâmer ?On comprend ici le sens de l\u2019affirmation de Bérénice: « Je suis contre l\u2019amour.Je me révolte contre l\u2019amour, comme ils se révoltent contre la solitude.Aimer veut dire: éprouver du goût et de l\u2019attachement pour une personne ou pour une chose.Aimer veut dire: éprouver.Aimer veut dire subir.» Se laisser aller, choir dans les bras l\u2019un de l\u2019autre, aimer, se sentir au chaud, pleurer avec plaisir, « tout ceci n\u2019est qu\u2019instinct, lâcheté, désespoir, aberration ».Il faut se méfier des contacts.« Un contact est une lézarde, une disponibilité offerte au mensonge, à la déception et à l\u2019amertume.» Tout au cours du roman, l\u2019appel retentira au creux glacé du cœur de Bérénice de venir se réchauffer à l\u2019amour de sa mère, à l\u2019amitié de Mordre-à-Caille, l\u2019aîné de ses cousins, ou de Dick Dong, le gentil voisin.Mais sans cesse, même parfois au prix de durs efforts, Bérénice refusera de se laisser « avaler ».Un monde faux En définitive, la colère au cœur de l\u2019homme n\u2019est que l\u2019affirmation du droit à la vie personnelle.La révolte, avec son cortège de haine et de sarcasme, est mouvement spontané, refus de tous ses papas Einberg et oncles Zio trop puissants et sûrs d\u2019eux-mêmes.« Ce qu\u2019il y a de plus ridicule en Zio, c\u2019est son assurance d\u2019acier, cette solidité dans chacun de ses gestes, cette logique infaillible de machine électronique qui préside à ses moindres actes.Pourtant, je suis sûre que mon doute est meilleur que son assurance.Pourtant, je suis convaincue que Zio n\u2019est qu\u2019un aveugle-sourd, n\u2019est qu\u2019un autre de ces imbéciles qui m\u2019ont fait le monde que j\u2019ai.» Ce monde des adultes sclérosé dans ses conformismes et ses vérités, Bérénice le refuse.On pourra tant que l\u2019on voudra traiter de déséquilibrés, de malades, ceux qui, à l\u2019instar de Bérénice Einberg, refusent de participer à la danse des pantins, mais eux dédaigneront toujours d\u2019entrer dans le jeu.« Folie n\u2019est pas déraison, mais foudroyante lucidité.Pendant ces moments d\u2019éclair, l\u2019idée s\u2019empare de la chose, l\u2019esprit prend la matière et la tord, les forces de l\u2019âme s\u2019appliquent dans leur plénitude dans chaque acte.» Alors les arabesques des ballerines perdent leur charme, la musique se tait et les entrechats redeviennent ridicules.La solitude La solitude apparaît dans ces circonstances comme une étape nécessaire, étape où l\u2019âme se ressaisit, échappe à la dissolution ou à l\u2019agressivité de l\u2019univers.On comprend que Bérénice en chante les délices: « Je trouve mes seules vraies joies dans la solitude.Ma solitude est mon palais.C\u2019est là que j\u2019ai ma chaise, ma table, mon lit, mon vent et mon soleil.» Mais cet élément de sécurité relative dans le repli sur soi n\u2019est que la face négative de la solitude.La solitude est aussi occasion pour l\u2019être humain de se construire.Certes, parfois, Bérénice sera fascinée par tous les déterminismes qui conditionnent une personnalité et elle rejettera toute responsabilité face à son être.« Je ne suis pas responsable de moi et ne peux le devenir.Comme tout ce qui a été fait, comme la chaise et le calorifère, je n\u2019ai à répondre de rien.On est fait.C\u2019est fini.On est calorifère.On ne peut rien y changer.Je ne suis coupable de rien de ce que je fais: je ne me suis pas voulue, je n\u2019ai pas eu le temps de me vouloir.» Toutefois, en de nombreuses autres pages, Bérénice passe à l\u2019attaque.Parallèlement à ses désirs de domination sur Christian, son frère, et sur l\u2019univers entier, on trouve cette aspiration à se dégager des influences extérieures pour se « sculpter » elle-même.« Il faut tourner le dos au destin qui nous mène et nous en faire un autre.Pour ça, il faut contredire sans arrêt les forces inconnues, les impulsions déclenchées par autre chose que soi-même.Il faut se recréer, se remettre au monde.Je suis une statue qui travaille à se changer, qui se sculpte elle-même en quelque chose d\u2019autre.» Mais quel est le fruit de cette aventure solitaire?Orgueil, volonté de puissance qui souvent tourne à vide.Car il faudra bien un jour retourner vers le monde, vers les hommes, et alors les mêmes difficultés surgiront de nouveau: la multiplicité dissolvante des êtres menacera toujours l\u2019intégrité de la personne et les humains demeureront toujours aussi opaques les uns aux autres.Partir Alors naît le désir de quitter cette île où l\u2019on passe le temps « à tailler des pierres à l\u2019ennui et à rouler des pierres à l\u2019ennui ».S\u2019il y en a qui préfèrent la sécurité et la stabilité, qui sur place « bâtissent des cathédrales », d\u2019autres, comme Bérénice, « brûlent de se répandre sur toute l\u2019étendue du ciel, comme l\u2019azur » et de « battre la campagne de tous les pays ».Se projeter au-delà de toutes les limites de la vie quotidienne devient l\u2019aspiration la plus vive de Bérénice.« Partir.Encore partir.Toujours partir.» Oui, partir « au bout du monde », « pour un lieu d\u2019où l\u2019on ne revient pas, un lieu où l\u2019on arrive en passant par des lieux où l\u2019on ne s\u2019arrête pas ».Peu importe le terme du voyage.« N\u2019importe où.c\u2019est là où l\u2019on trouve n\u2019importe quoi, c\u2019est-à-dire tout.» Évidemment, Bérénice ne partira pas.Ses tentatives d\u2019évasion de l\u2019île avec Christian, de New York avec Constance, ont toute la gratuité d\u2019un jeu d\u2019enfant, tandis que ses véritables départs pour New York et Israël seront des initiatives et des décisions exclusivement paternelles.Sa lucidité extrême l\u2019empêchera de succomber au mirage.Un univers de ténèbres et de lumière Au-delà de ces velléités d\u2019évasion criées avec peut-être trop d\u2019éclat pour correspondre à la réalité, on retrouve tout au long de ce roman des images d\u2019enfance, de blancheur, de lumière et de soleil qui constituent la véritable et efficace évasion de Bérénice Einberg et surtout de Réjean Ducharme.Au niveau des gestes que Bérénice pose, des paroles qu\u2019elle profère.VAvalée des avalés est un livre cruel, un livre de ténèbres.Tout est hurlement, colère, haine, révolte.Mais au niveau de l\u2019inconscient, des images spontanées ou des rêves de Bérénice, nous sommes subitement mis en présence d\u2019un univers d\u2019innocence où la délicatesse des gestes va de pair avec la luminosité du paysage et la candeur des êtres.Le rêve, que Bérénice se plaît à appeler « cauchemar », rétablit l\u2019équilibre rompu par la réalité AVRIL 1967 111 agressive.« Tout est blanc ici, d\u2019une blancheur éblouissante.Les colonnes sont blanches.Il y a une chaise.C\u2019est une chaise blanche, d\u2019une blancheur éblouissante.Comme on est bien ici.Comme c\u2019est blanc! On se croirait à l\u2019intérieur du soleil, de la neige.» La rêverie devient pour Bérénice le lieu privilégié où la matière perd toute sa densité et ses aspérités, où le corps devient léger, où l\u2019être est enveloppé de chaleur et de lumière.« A l\u2019intérieur du soleil, de la neige », quelle envoûtante image de bien-être! Rêverie qu\u2019il faut relier à cette autre où, en compagnie de Constance Chlore, Bérénice aspire à s\u2019enfoncer sous l\u2019asphalte mouillé de New York: « Nous serions bien, là-dessous, sans bruit, sans dessus dessous, à toujours flotter dans le vent de l\u2019intérieur de la terre comme deux rideaux de mousseline.» Eans ce livre sombre, combien est vif l\u2019appel de la lumière! Pourquoi ne pas tenter à tout prix de sortir de ce monde de ténèbres ?« Et si, en suivant le sillage de la lumière, tu arrivais quelque part où personne n\u2019est jamais arrivé ?La lumière est une rivière qui appelle et qui a quelque chose à son extrémité.Quelqu\u2019un qui suit la vérité jusqu\u2019au bout, qui en a la force, est quelqu\u2019un qui escalade un rayon de soleil et finit par tomber dans le soleil.» Oui, « pourquoi n\u2019existe-t-il pas, à côté du temps, un jour ensoleillé dans lequel nous pourrions entrer pour aller faire dans une rivière de marguerites, nos gambades d\u2019hier et d\u2019avant-hier » ?Un jour peut-être! Mais alors « seuls les êtres humains qui ont renoncé une fois pour toutes à vivre dans le doux noir des yeux fermés pourront s\u2019adapter quand, la terre étant devenue surpeuplée, il faudra aller vivre dans la lumière.» Univers de lumière et de soleil, univers de rêve, univers de l\u2019enfance immémoriale, univers aussi de Christian Ein-berg et de Constance Cnlore qui en sont les symboles vivants dans leur beauté physique et leur candeur morale.L\u2019attitude ambiguë de Bérénice à leur égard ne serait-elle pas en définitive une aspiration plus ou moins consciente de fidé- lité à l\u2019enfance ?Car, « il faut s\u2019accrocher là, dans le temps, où on a souhaité que les choses stoppent; il faut s\u2019accrocher là, dans le passé, où on croit avoir été beau.Il faut s\u2019accrocher quelque part ».Certes, Bérénice, dans un de ces excès de lucidité, se mettra en garde contre ces retours en arrière vers l\u2019enfance et se refusera à « essayer de rejouer comme on rejoue une pièce, le bonheur » qu\u2019elle a eu avec Constance Chlore.Elle aura beau crier: « Je ne pourrai plus me permettre, sans la noyer de cynisme, de donner ou recevoir la moindre caresse.Je réagis à une goutte de miel par une mer de fiel », nous retiendrons ce qu\u2019elle a senti le besoin d\u2019avouer quelques lignes auparavant: « J\u2019ai besoin qu\u2019on me rassure, qu\u2019on me berce, qu\u2019on me bichonne.Je ne suis pas faite pour mourir vierge et martyre.Je suis une ménade en transe.J\u2019ai un besoin de tendresse surhumain et monstrueux.» Le vrai problème Voilà tout ce que les papas et mamans Einberg, les oncles Zio ne comprennent pas.Trahie par son père et sa mère qui l\u2019utilisent à leurs propres intérêts, trahie par son frère qui n\u2019aspire qu\u2019à lancer le javelot, trahie par Constance qui meurt bêtement, trahie par la vie qui menace de l\u2019engluer dans son insignifiance ou de l\u2019avaler dans sa multiplicité, Bérénice a « mal à l\u2019âme ».Vas-tu enfin comprendre vieux Zio empêtré dans ta sainteté ?« C\u2019est si important d\u2019avoir mal à l\u2019âme quand on a très mal à l\u2019âme, que je ne peux m\u2019empêcher de ne m\u2019occuper que de mon âme.Le devoir, l\u2019obéissance, la reconnaissance, ces mots, d\u2019autres, comme toi, sont bien plus en état de s\u2019en occuper qu\u2019une cancéreuse de l\u2019âme comme moi.Va voir ces autres et fiche-moi la paix! J\u2019ai si mal à l\u2019âme, Zio, et cela a si peu d\u2019importance pour toi! » Le cri est lancé, jailli des profondeurs de l\u2019être humain.L\u2019âme est touchée, elle souffre.En nos temps civilisés, les maladies et les blessures du corps sont répertoriées et chacune a son remède bien catalogué.Mais les plaintes de l\u2019âme, on ne les entend pas, on refuse de les écouter.« Aujourd\u2019hui, sur la terre, il faut qu\u2019une arme t\u2019ait pénétré avant qu\u2019il y ait crime, il faut que le sang coule avant que tu aies le droit de riposter.» Et toutes ces bonnes gens qui blessent et tuent les âmes, elles poursuivent leur route drapées dans leur dignité, fières de leurs mains immaculées.Malgré tout, il ne faut pas désespérer; le suicide n\u2019est pas une solution.Une aube ensoleillée se lève à l\u2019horizon.« Il y a un remède.Il y a une façon, inconnue encore, de se sentir, perpétuellement, beau et bon.C\u2019est une certitude sine qua non.Il y a un remède.Il s\u2019agit de le trouver.Il ne s\u2019agit que de le trouver.Déblayons ces ruines et mettons-nous-y.Mettons-nous aussitôt à quatre pattes et cherchons.A l\u2019œuvre! A l\u2019œuvre! Au travail! Nous savons tous quoi faire maintenant.» L\u2019AVALÉE DES AVALÉS Au nom d\u2019une quelconque définition du roman, nous pourrions gloser longuement sur l\u2019absence de structure rigoureuse dans L'Avalée des avalés et le piétinement de nombreuses pages, sur l\u2019invraisemblance du personnage principal dont la lucidité conviendrait beaucoup plus à un adulte qu\u2019à un enfant de neuf à quinze ans.Mais pourquoi une structure apparentée à celle d\u2019un recueil de poèmes en prose, reliés par un fil spatio-temporel assez lâche, ne serait-elle pas la seule susceptible de permettre le jaillissement d\u2019une inspiration volcanique et l\u2019épanouissement d\u2019un langage poétique dont la densité lyrique se devait d\u2019éclater en images multiples ?Car, au-delà des anecdotes, au-delà même des hurlements, des cris de révolte et de haine, le livre de Réjean Ducharme apparaît en définitive comme l\u2019appel le plus déchirant à la tendresse et à l\u2019amour, à la chaleur et à la lumière, que notre littérature ait fait retentir en ces dernières années.Appel dont les échos n\u2019ont pas fini de se répercuter dans les grands espaces aliénants et glacés du Canada français.Collège Saint-Ignace, Montréal (12).JV< o y man ^Specialties, Sne.ROSAIRE DESNOYERS, PRES.Ameublement et accessoires de bureau\t261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 112 RELATIONS Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.L e t h é a t r e De toutes les fleurs, la rose semble la préférée des poètes.Déjà dans un court mais célèbre poème Ronsard l\u2019a magnifiquement célébrée.Et le vers de Malherbe, qui en chante la caducité, est dans toutes les mémoires des bacheliers d\u2019hier.De nos jours encore, pourtant durs et pratiques, la rose a gardé son prestige royal et l\u2019admiration passionnée de ses fidèles.Même, le moderne rénovateur du théâtre espagnol, Garcia Lorca, a tenté d\u2019en révéler le sens psychologique au moyen d\u2019une allégorie dramatique appelée justement Dona Rosita ou le langage des fleurs.Dona Rosita Dans sa version française de Marcelle Auclair, la directrice du Rideau Vert, après un intervalle de dix ans, a remise à l\u2019affiche la triste histoire de cette femme-rose éclose à l\u2019amour dans la rosée du matin, grande ouverte et « dure comme un corail » sous le brillant soleil de midi mais flétrie et effeuillée dans le silence du soir qui tombe, après une longue, solitaire et inutile attente.Vingt vers avaient suffi à la raconter, pouvait-elle remplir trois actes d\u2019un drame?Lorca l\u2019a cru.Assez témérairement, et grâce seulement à l\u2019interven- AVRIL 1967 tion de nombreux personnages épisodiques: des jeunes filles assez gamines, des vieilles aussi, sirotant leurs déboires avec un grain d\u2019amertume, un pédant professeur d\u2019Économie et un vieux pion de lycée, bafoué par ses élèves, exemple symbolique peut-être du sort pitoyable de Rosita, demain.Ils apportent pourtant sur la grisaille de la trame originelle de l\u2019action quelques arabesques fantaisistes et colorées qui égaient et raniment l\u2019intérêt que le chagrin tout intérieur et caché de Rosita ne peut seul maintenir longtemps.Au point de vue dramatique, voilà la faiblesse de cette pièce: le thème fondamental a trop besoin d\u2019accessoires pour l\u2019étoffer et même lui permettre de subsister.Le drame de la solitude et du vieillissement de Rosita ne nous empoigne vraiment pas tout entiers.Dans Dona Rosita, les femmes ont la partie belle ne concédant à leurs compagnons du sexe fort que quelques courtes scènes à chacun et d\u2019importance médiocre.Trois rôles ont un peu de consistance et d\u2019étendue, ceux de Dona Rosita que s\u2019était réservé Yvette Brind\u2019Amour, sa Tante, tenu par Marthe Thiéry et sa Nourrice, confié à Lucie de Vienne.Toutes trois avaient incarné ces mêmes personnages, il y a dix ans, au Monument National.Or Yvette Brind\u2019Amour n\u2019est plus tout à fait une jeune première de vingt ans, âge de Rosita au premier acte.Les rôles d\u2019une certaine maturité lui conviennent mieux et sont d\u2019ailleurs ordinairement son apanage.Pourtant d\u2019un acte à l\u2019autre elle n\u2019a pas suffisamment marqué l\u2019évolution tant physique que morale de son personnage au rythme des années écoulées.Dans le costume comme dans le jeu, on attendait une transformation plus nette et plus graduée.Marthe Thiéry, la tante affligée, et surtout Lucie de Vienne, nourrice bougonne et raisonneuse, un peu bafouil-leuse même par endroits, ont joué avec sincérité et naturel.Appuyées sur l\u2019expérience de Rose Rey Duzil, plusieurs jeunes comédiennes nous ont charmés par leurs efforts, parfois maladroits, pour divertir Rosita durant son attente du fiancé infidèle.Et François Rozet a rendu avec vérité la pénible décrépitude de Don Martin, le vieux maître d\u2019école.Les costumes de François Barbeau évoquaient bien la « belle époque » mais ils ne m\u2019ont pas semblé tellement espagnols.On n\u2019a pas tué Joe Hill J\u2019avoue que la pièce On n'a pas tué Joe Hill n\u2019a pas réussi à me réconcilier avec le théâtre engagé.Le syndicalisme américain du début du siècle, incarné par le suédois Olaf Hagglund, alias Hillstrom, alias Joe Hill, sorte de troubadour anarchique et révolutionnaire, présenté par Barrie Stavis, rappelle peut-être une page d\u2019histoire de l\u2019émancipation ouvrière, il n\u2019est pas convaincant.Ton mélodramatique, verbalisme tapageur, arbitraire distinction des bons \u2014 les ouvriers \u2014 et des méchants \u2014 les capitalistes et leurs séides, voilà l\u2019image d\u2019Epinal qu\u2019on nous en donne.Tout au long de la pièce, on proclame que le procès de Joe Hill est une affaire arrangée contre lui, ce qui n\u2019est pas impossible du tout.Il est clair que la schématique idéalisation d\u2019un Joe Hill, parangon de toutes les vertus syndicales et humaines, est aussi une affaire arrangée par Barrie Stavis.C\u2019est son droit d\u2019ailleurs: il écrit une pièce de théâtre, non une page d\u2019histoire.C\u2019est aussi le droit du spectateur de marcher ou de ne pas marcher.Pour ma part, une fois de plus, je retrouve ici le vice majeur du théâtre idéologique: diviser au lieu d\u2019unir.Au reste, est-ce bien de syndicalisme qu\u2019il s\u2019agit dans On n'a pas tué Joe Hill ?J\u2019y vois surtout, à l\u2019occasion du procès pour meurtre de Joe Hill, une satire féroce de la corruption de certaines institutions de l\u2019époque aux États-Unis.La finance, la justice, la police, l\u2019administration politique elle-même en prennent un coup.Ce sont elles qui sortent de ce procès infâme coupables et condamnées, non Joe Hill, héroïque victime, au contraire, des forces conjuguées de la méchanceté hypocrite des hommes.Cette pièce peu banale puisqu\u2019elle soulève tant de questions a été adaptée par Jean-Louis Roux et jouée, sous sa direction, par l\u2019équipe du Théâtre du Nouveau Monde, à la Comédie canadienne.La qualité première de l\u2019interprétation m\u2019a paru une parfaite synchronisation des nombreux mouvements des personnages.Dans un décor à utilisation multiple, plus de quarante acteurs ont évolué avec une précision, une rigueur, une souplesse complètes, sans aucun accrochage, sans hésitation ou confusion.Une réussite.En fait, dans une œuvre de ce caractère, le jeu d\u2019ensemble est plus important pour créer l\u2019atmosphère que celui des acteurs individuels.De ceux-ci, Joe Hill est le seul rôle vraiment important.Même si le texte le suggérait, l\u2019interprétation de ce personnage par Roux m\u2019a semblé trop extérieure, mais, bien sûr, vivante et expressive.Centre et animateur de l\u2019action, c\u2019est lui qui mène le bal où entrent par intervalle et se trémoussent un moment les autres acteurs qui 113 font leur partie et le quittent, pour revenir encore, parfois.A vrai dire la sauterie est un peu longue; il y aurait eu profit à la raccourcir.Mais l\u2019effort de tous fut bien contenu et dans un tempo rapide.L\u2019aventure de Joe Hill, symbole de la revendication ouvrière, a été bien servie.Prométhée enchaîné Il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil, dit la Sagesse.Ainsi quand, sur la scène de la Comédie canadienne, on évoquait le sort malheureux du rebelle Joe Hill, un autre révolté, au sommet du vieux plateau du Monument National, faisait entendre son terrible cri de colère, qui résonne sur la terre depuis l\u2019origine du monde, contre le châtiment injuste qu\u2019il subissait.On y jouait, en effet, Prométhée enchaîné du poète grec Eschyle, peut-être la première tragédie connue, composée au cinquième siècle avant Jésus-Christ.Prométhée, ce fils de Japet, chef des Titans, qui avait eu l\u2019audace de ravir au Ciel le feu pour en faire cadeau aux hommes.Foudroyé par Zeus, le roi des dieux de l\u2019Olympe, il fut cloué par Héphaïstos, précisément le dieu du feu, à un rocher du mont Caucase.Personne, que je sache, n\u2019a encore représenté cette pièce, ici.Il fallait la hardiesse des jeunes de l\u2019École nationale de Théâtre pour l\u2019oser.C\u2019est heureux que les conservatoires et les théâtres d\u2019essai se risquent à nous jouer des œuvres rares, eux que les soucis financiers ne préoccupent pas trop.Mais le risque était gros.Et si les jeunes comédien sont sans doute tiré beaucoup de profit à s\u2019attaquer à si forte partie, on ne peut dire qu\u2019ils aient réussi complètement leur entreprise.Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de 1Uê>aufciegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montreal 114 Même des professionnels, d\u2019ailleurs, pourraient y achopper.L\u2019œuvre d\u2019Eschyle est d\u2019abord un beau cri lyrique, traversé par les lamentations du Chœur des Océanides et coupé de deux ou trois récits des événements antérieurs.Il n\u2019y a vraiment pas d\u2019action et Prométhée lui-même, enchaîné à son rocher, est, par là, fort limité dans son jeu.Et puis, sauf Gilles Renaud, interprète de Prométhée, doué d\u2019une voix forte et d\u2019une belle prestance, les acteurs manquaient des proportions épiques désirées et leurs voix plutôt grêles s\u2019adaptaient mal au texte à proclamer.Les costumes des Océanides les faisaient ressembler à des algues marines, mais, faute d\u2019un éclairage approprié, ils paraissaient ternes.De même la musique d\u2019accompagnement, pas toujours parfaitement synchronisée, couvrait par moments les voix déjà insuffisantes.Les effets techniques n\u2019ont pas créé une ambiance favorable, apte à aider les valeureux efforts des interprètes.Le§ Petits-Bourgeois A mesure que s\u2019enrichit notre expérience du théâtre russe, certaines constantes de l\u2019âme slave nous apparaissent plus clairement, spécialement cet idéalisme fumeux qui conduit à une sorte d\u2019impuissance d\u2019adaptation à la vie, manifestée chez les uns par un attachement entêté au passé, chez les autres, au contraire, par un désir fou d\u2019évasion dans le rêve, à la recherche de l\u2019impossible.Cette double tendance, une fois de plus, Maxime Gorki l\u2019exprime très bien dans sa pièce les Petits-Bourgeois que jouent de ce temps-ci les Apprentis-Sorciers, mais il y ajoute aussi un élément d\u2019opposition, incarné dans un personnage décidé à sortir de ces vieux cadres, le jeune ouvrier Nil, avide de vivre intensément.Il s\u2019ensuit de dramatiques conflits entre les vieux parents, accrochés aux coutumes traditionnelles, leurs enfants insatisfaits, gémissants sur leur sort, et les réalistes pratiques, décidés d\u2019agir et de se tailler un avenir de leur choix.Le climat des Petits-Bourgeois n\u2019est pas du tout communiste, il évoque plutôt l\u2019époque tsariste et ses divers courants d\u2019idées, comme dans Tchékhov dont l\u2019influence est tangible.En particulier, la jeune institutrice Tatiana, si triste et désenchantée, ressemble étrangement à plusieurs héroïnes de la Mouette, d'oncle Vania ou des Trois Sœurs.De même le demi-raté Piotr, l\u2019ivrogne philosophe Teteriov, Akoulina Ivanovna, la mère passive et résignée.Dans une mise en scène de Jean Valade, les jeunes Apprentis ont donné une interprétation intéressante et parfois émouvante de ce Gorki.Je chicanerai toutefois la disposition scénique, toute en étendue et sans assez de profondeur.Par manque d\u2019espace, les évolutions, sorties ou entrées des acteurs s\u2019en trouvaient difficiles au point de créer même des embouteillages et souvent aussi les personnages devaient, quand ils étaient nombreux, s\u2019enligner comme pour une distribution de prix.De la distribution nous pouvons dégager Frédérique Colin, une désabusée Tatiana, à la recherche vaine d\u2019un amour toujours fuyant, Jean-Pierre Saulnier, juste interprète d\u2019un père aimant et pourtant incapable de comprendre ses enfants, Jacques Thisdale, savoureux Teteriov, le type classique du raté, pourri de talents qu\u2019il noie dans la vodka, Jeanne Leroux, incarnant avec un naturel parfait la belle et très légère Elena, l\u2019impétueux Nil de Jacques Lebel.Encore une fois, les Apprentis-Sorciers ont fait de la « belle ouvrage ».Sous la fantaisie légère et la grâce incomparable de Musset se cache souvent la cruauté.Cruauté involontaire la plupart du temps mais bien réelle et aux conséquences parfois tragiques.Deux exemples nous en ont été donnés récemment sur nos scènes locales.On ne badine pas avec l\u2019amour En effet, le Théâtre populaire du Québec nous a offert au Théâtre National On ne badine pas avec l'amour, qu\u2019il promène en tournée par la province.Ce proverbe dramatique est une sorte de dyptique dont un panneau présente la risible caricature de faux dévots comme la « pécore » Dame Pluche et les ventripotents ecclésiastiques Blazius et Bri-daine, grands amateurs de plantureux gueuletons, l\u2019autre, le futile et dangereux chassé-croisé de deux adolescents naïfs et orgueilleux qui jouent follement à l\u2019amour.Le résultat ?Le jeu tourne à la catastrophe et, sur le plan scénique, la caricature risque de l\u2019emporter sur le drame des âmes.Il s\u2019ensuit, pendant une bonne partie de la pièce, une dissociation de l\u2019intérêt jusqu\u2019aux deux ou trois derniers tableaux qui nous plongent enfin en pleine tragédie.De là résulte aussi la difficulté de l\u2019œuvre: de nombreux et très courts tableaux, où paraissent et passent rapidement les personnages qui doivent re- RELATIONS Nouvelles pièces au DOSSIER ROBINSON créer sans cesse, en quelques phrases et alternativement, un nouveau climat, soit comique, soit dramatique, Il n\u2019est donc pas surprenant que les comédiens de Jean Valcourt n\u2019y aient pas toujours réussi.Cela explique le manque de fougue et de jeunesse ardente du Perdican de Jean Faubert, un peu trop retenu et compassé, et aussi de la Camille de Nathalie Naubert qui prit beaucoup de temps à se débarrasser \u2014 moralement \u2014 de sa robe de couvent.Les interprètes des rôles comiques furent assez amusants sans plus, en accordant la palme toutefois au facétieux Baron de Henri Norbert.Les Caprices de Marianne D\u2019un caractère certainement plus professionnel fut le Musset de la Nouvelle Compagnie théâtrale sur la scène du Gesù: les Caprices de Marianne, dans une mise en scène vivante et colorée de Georges Groulx et un charmant décor de Claude Fortin.Ici encore, on s\u2019amuse avec le cœur humain et la dévorante passion de l\u2019amour qui conduit au désastre.Face à ces douloureux spectacles, on se prend à évoquer le mot du Sage: Si jeunesse savait.Mais il y aura toujours des enfants qui joueront avec le feu.Le malheureux Coelio l\u2019apprendra à ses dépens, victime des caprices de Marianne, nouvelle Ève tentée, elle aussi, par le fruit défendu.Il est sympathique, ce Coelio, droit, sincère et propre, mais d\u2019une sensibilité bien dans le style romantique de l\u2019époque et l\u2019on s\u2019apitoye sur lui quand son ami, Octave, rapporte son cadavre transpercé par l\u2019épée des sbires de Claudio, le vindicatif mari de Marianne.L\u2019amour chez Musset a vraiment un goût de mort.Julien Genay a joué le rôle de Coelio avec ardeur et conviction, sans tomber dans la mièvrerie ou le pathos.Bonne interprétation.L\u2019Octave de Gilles Pelletier a été à la fois goguenard, fantasque et émouvant selon les situations de son personnage.Jacques Galipeau a bien souligné la jalousie farouche du mari hargneux et soupçonneux et, avec grande élégance, Andrée Lachapelle a incarné Marianne, d\u2019abord réservée puis imprudente.Robert Rivard a composé un domestique au nom étrange de Tibia avec humour et naturel.Michelle Moris m\u2019a paru bien jeune pour jouer la mère de Coelio.Les Caprices de Marianne est une pièce un peu courte mais charmante et qui donne aux jeunes qui l\u2019ont vue une bonne idée du génie poétique de Musset.Honest to Robinson I.\u2014 Commentaires en marge de l\u2019article « A propos de Honest to God » publié dans Relations, mars 1967.Monsieur le Directeur, J\u2019ai lu avec intérêt l\u2019article de Bertrand Saint-Laurent dans le dernier numéro de Relations.Je crois que l\u2019auteur présente un point de vue qui rejoindra plusieurs lecteurs de Relations, inquiétés peut-être par les perspectives nouvelles, voire révolutionnaires de Robinson.Je crains cependant que la partie intitulée « quelques interrogations » n\u2019apporte plus de confusion que de lumière.Le choix des textes de Robinson sur lesquels l\u2019auteur appuie sa critique me semble particulièrement équivoque.Les deux citations sont tirées d\u2019un passage où Robinson distingue les dimensions psychologique et ontologique de sa doctrine de Dieu.Les mots que le contexte invite à souligner dans les deux citations de la page 77 (Relations, mars 1967) me semblent être respectivement:\t« Il est peut-être impossible d\u2019imaginer », et « au point de vue psychologique ».L\u2019auteur de l\u2019article souligne les mots « Individu Tout Puissant », « conscience », « Créateur et créature ».Oubliant la perspective de Robinson, il dénonce alors une ambiguïté qu\u2019il situe sur le seul plan ontologique; après la première citation, il se dit « sceptique quant à la possibilité de trouver dans la doctrine de Robinson un Dieu personnel et transcendant »; puis il conclut après la seconde citation que Robinson se contredit: « A moins que les mots « créateur » et « créature » que nous avons soulignés n\u2019aient des sens tout à fait différents de ceux que nous leur prêtons habituellement, ils impliquent distinction de personnes et donc un Dieu personnel et distinct du monde.» Robinson répondrait sans doute qu\u2019il prend les mots « créateur » et « créature » dans leur sens habituel, mais il n\u2019en continuerait pas moins d\u2019affirmer que les termes « créateur et créature » sont analogiques et que même s\u2019ils « ont un rôle à jouer.ils se transforment en idoles quand on les regarde comme indispensables à l\u2019appréhension de la réalité » (première citation).Il suffit de compléter la pensée de Robinson par le texte qui suit immédiatement la première citation pour comprendre que dans sa perspective le « Fond personnel de notre être » peut conserver sa transcendance ontologique même lorsqu\u2019on souligne l\u2019impossibilité psychologique de le réduire à quelque représentation mentale que ce soit: « La démythisation \u2014 Bultman en tomberait d\u2019accord \u2014 n\u2019implique pas le mépris de tout mythe, de tout symbole, mais plutôt la rupture avec cette seule et unique mythologie que Tillich appelle « le surmonde d\u2019objets divins », qui risque de mener à l\u2019incrédulité plutôt qu\u2019à la Foi.Tout autre langage \u2014 celui de la profondeur par exemple \u2014 comporte une part de symbolisme.Mais l\u2019âme de l\u2019homme moderne en serait peut-être plus « profondément » touchée.En fait, comme l\u2019observe le Canon Hugh Montefiore en parlant d\u2019autre chose, notre impasse est avant tout intellectuelle h » Robinson rejoint ici les données les plus élémentaires de la psycho-linguistique et je ne pense pas qu\u2019il s\u2019éloigne tellement de la pensée des théologiens scolastiques qui ont toujours affirmé le caractère analogique du langage de la foi de même que la nécessité d\u2019une via negativa en théologie.La citation de Tillich pour sa part est complètement hors contexte.Au point qu\u2019elle fait dire à son auteur exactement le contraire de sa pensée.Voici le texte de la citation précédé du contexte; je ne crois pas qu\u2019on puisse honnêtement y voir une négation de la transcendance de Dieu: « Dieu en tant que la source de tout être transcende infiniment ce dont il est la source.Il s\u2019oppose au monde dans la mesure où le monde s\u2019oppose à lui, et il est pour le monde par le fait qu\u2019il le crée pour lui.Cette liberté réciproque et cette interdépendance de l\u2019un par rapport à l\u2019autre est la seule signification valable qu\u2019on puisse attribuer au terme « supra » dans le « supranatura-lisme ».C\u2019est dans ce sens uniquement que nous parlons de « transcendant ».concernant la relation de Dieu et du monde.Attacher le mot « Transcendant » à Dieu dans ce sens ne nous oblige pas à établir un « super-monde » d'objets divins.Il signifie plutôt que, en lui-même, le monde fini se dépasse au-delà de lui-même.Autrement dit, il est auto-transcendant 1 2.Le texte original étant « finite world points beyond itself » je crois qu\u2019il faudrait 1.\tJohn A.-T.Robinson: Dieu sans Dieu, traduit de l\u2019anglais par L.Salleron.Paris, Nouvellës Editions Latines, 1964, p.172.2.\tPaul Tillich: Systematic Theology, II.Chicago: University of Chicago Press, 1957, p.7.Le texte souligné est traduit par Salleron: Dieu sans Dieu.Voici le texte original: « God as the ground of being infinitely transcends that of which he is the ground.He stands against the world, in so far as the world stands against him, and he stands for the world, thereby causing it to stand for him.This mutual freedom from each other and for each other is the only meaningful sense in which the « supra » in « supranaturalism » can be used.Only in this sense can we speak of « transcendent » with respect to the relation of God and the world.To call God transcendent in this sense does not mean that one must establish a « superworld » of divine objects.It does mean that, within itself, the finite world points beyond itself.In other words, it is selftranscendent.» AVRIL 1967 115 traduire « le monde fini vise au-delà de lui -même » plutôt que « le monde fini se transcende lui-même » comme l\u2019a fait Salleron dans le texte utilisé par Saint-Laurent.Il reste vrai que l\u2019hésitation de Robinson au sujet de la perspective métaphysique entraîne certaines ambiguïtés \u2014 Schille-beeckx 3 l\u2019a bien montré \u2014 mais de là à conclure que l\u2019auteur de Honest to God met en doute la transcendance de Dieu il y a un pas qu\u2019on ne saurait faire après avoir entendu le témoignage de celui qui se veut « honnête envers Dieu et au sujet de Dieu »4: « Il sera bon de dire que notre souci ne sera pas de substituer simplement une Divinité immanente à une Divinité transcendante, pas plus que nous n\u2019entendons suggérer que ceux qui œuvraient dans la projection précédente concevaient Dieu comme étant seulement « au-delà », en déniant son immanence.Ce qu\u2019il faut c\u2019est valider l\u2019idée de transcendance pour l\u2019homme moderne5.» Je ne voudrais pas, par les remarques qui précèdent, atténuer le caractère « inquiétant » de Honest to God.Je crois au contraire que Robinson atteint ici le centre même des difficultés que rencontrent bon nombre d\u2019intellectuels chrétiens concernant le langage de la foi.J\u2019ai tenté lors d\u2019un récent congrès sur la sécularisation de formuler quelques questions qu\u2019on peut dégager de Honest to God.Je vous les envoie à titre de documentation, vous laissant le soin de décider si ce texte peut intéresser les lecteurs de Relations.Yves Saint-Arnaud, S.J.II.\u2014 John A.-T.Robinson et le langage de la foi.Depuis les premières formulations théologiques de la Bible jusqu\u2019aux définitions les plus récentes de Vatican II, la foi en la transcendance de Dieu a été formulée dans un langage analogique que j\u2019appellerai ici un langage bipolaire.La première phrase que Moïse a prononcée lorsqu\u2019il s\u2019est présenté devant son peuple, de même que la première phrase que prononce le théologien qui entreprend l\u2019intelligence de sa foi est celle-ci: « Dieu parle à l\u2019homme.» Les deux pôles du langage théologique sont donc d\u2019une part le Dieu Personne qui agit et se communique, d\u2019autre part, l\u2019homme qui répond à la Révélation.Jusqu\u2019à tout récemment l\u2019utilisation de ce cadre de référence bipolaire \u2014 où Dieu et l\u2019homme se présentent comme deux interlocuteurs \u2014 ne faisait guère difficulté, au moins dans le cercle des croyants.Bien sûr il y eut toujours des gens pour rejeter le pôle Dieu, mais une fois ces trouble-fête groupés sous l\u2019étiquette « athées », on n\u2019en continuait pas moins de formuler sa foi, ou son athéisme, à l\u2019intérieur d\u2019un cadre de référence bipolaire.Or c\u2019est précisément à propos de ce langage bipolaire que le phénomène Robin- 3.\tApproches théologiques, 2: Dieu et l\u2019homme, Paris, Edition du Cep, 1965, pp.79-143.4.\tDieu sans Dieu, p.39.5.\tIdem, p.59.son (j\u2019entends par là le remous produit par la publication du volume Honest to God) vient bouleverser les schèmes établis.Robinson est un évêque de l\u2019Église anglicane et il croit en Dieu.D\u2019une part il se présente comme un croyant qui « n\u2019a aucunement le souci de changer quoi que ce soit à la doctrine chrétienne de Dieu, mais uniquement celui de s\u2019assurer qu\u2019elle ne disparaît pas avec une formulation démodée 1 »; d\u2019autre part Robinson ébranle tellement les formulations traditionnelles de la foi chrétienne qu\u2019il semble bien vouloir éliminer à tout jamais le pôle du Dieu Personne.Robinson ne nie pas la transcendance du divin, au contraire.J\u2019en prends à témoin l\u2019un des grands théologiens actuels de l\u2019Eglise catholique, le Père Schillebeeckx, qui conclut, après une longue analyse de la position de Robinson: « Il est clair que Robinson accepte pleinement la tradition catholique, telle qu\u2019on la trouve dans l\u2019Eglise anglicane 2 ».D\u2019ailleurs Robinson est très clair à ce sujet lorsqu\u2019il dit que « s\u2019il n\u2019est pas marié au langage religieux, il n\u2019en est pas moins profondément centré sur la réalité de Dieu 3 ».Et cependant Robinson s\u2019interroge de façon tellement audacieuse sur la formulation théiste de la foi chrétienne que plusieurs de ses lecteurs concluent, tel MacIntyre, « que ce qui est frappant au sujet du volume de Robinson, c\u2019est tout d\u2019abord que son auteur est un athée 4 »; ou comme il est dit plus loin « que Robinson et ses semblables utilisent un langage religieux qui ne fait que masquer un vide athée6 ».Et pourtant telle est bien la question à laquelle nous devons faire face: « Est-il possible à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui de croire et de systématiser sa foi en dehors du cadre de référence bipolaire traditionnel ?Est-il possible, pour le théologien, d\u2019entreprendre aujourd\u2019hui l\u2019intelligence de sa foi, non plus à partir du fait que « Dieu parle à l\u2019homme» mais uniquement à partir de l\u2019homme cherchant le sens ultime de son devenir ?Est-il possible en d\u2019autres termes de formuler sa foi chrétienne non plus en partant de la Révélation ou de l\u2019analogie d\u2019un Dieu Personne s\u2019adressant à l\u2019homme, mais en partant de l\u2019expérience religieuse pour découvrir, au terme de la démarche, le dévoilement du mystère divin, de ce que Tillich appellera le Ground of Being, ou de ce que le psychologue croyant de demain appellera peut-être « la Puissance actualisante transcendante » ?La Philosophie et peut-être les sciences de l\u2019homme n\u2019hésiteront pas à répondre oui à cette question; mais c\u2019est au théologien que Robinson la pose.Schillebeeckx semble l\u2019avoir bien saisi lorsqu\u2019il dit dans le commentaire déjà cité: « Voici posée la question délicate: dans quelle mesure sommes-nous liés par les concepts bibliques en matière de foi ?Ici, c\u2019est tout le sens de la Révélation qui est mis en cause 6.» A la réponse négative de Robinson \u2014 qui ne se sent pas lié dans sa foi par les concepts bibliques \u2014 Schillebeeckx oppose un non placet catégorique; et il importe de noter ici que ce non placet, contrairement à celui de MacIntyre, vient au terme d\u2019une dé- 1.\tJohn A.-T.Robinson, Honest to God, London, SCM Press, 1963.p.44.2.\tApproches théologiques, 2: Dieu et l\u2019homme, Edition du CEP, 1965, p.139.3.\tHonest to God Debate : London SCM Press 1963, p.229.4.\tHonest to God Debate, p.215 5.\tIdem, p.226.6.\tIdem, p.128.marche où l\u2019auteur a prouvé sa compréhension de Honest to God.Schillebeeckx affirme que « si la réinterprétation des expressions de la foi est possible, elle devra toujours passer et être dirigée par le sens de la langue biblique de la foi 7 ».Et il ajoute plus loin en critiquant la conception de la Trinité de Robinson que celui-ci « joue ici avec le feu et que peut-être il n\u2019est pas possible d\u2019éviter la catastrophe 8 ».A côté de Schillebeeckx il faut placer cependant d\u2019autres grands théologiens de notre temps, tel Paul Tillich, qui prend lui aussi la liberté réclamée par Robinson, à l\u2019égard des concepts bibliques.Sans entrer dans la pensée de Tillich pour l\u2019instant, retenons que la question demeure posée par plusieurs de nos contemporains et que nous ne pouvons pas échapper à l\u2019inquiétude qu\u2019elle provoque en nous.En résumé disons que Robinson, par sa critique du théisme et son rejet du langage bipolaire traditionnel, nous place devant une question difficile.Notre foi chrétienne en effet est vécue en continuité avec l\u2019expérience des prophètes de l\u2019Ancien Testament et en continuité avec celle de l\u2019Eglise primitive.Cette foi initiale, qui sert de point de départ à notre propre démarche de croyants a été formulée dans le langage de la Bible; langage bipolaire basé essentiellement sur l\u2019analogie d\u2019un Dieu Personne qui s\u2019adresse à l\u2019homme.Aujourd\u2019hui un tel langage bipolaire devient de plus en plus problématique pour toute une catégorie de croyants.La question qui se pose, et qui se posera de plus en plus, au chrétien cultivé désirant pousser l\u2019intelligence de sa foi est donc la suivante: est-il souhaitable, est-il utile, ou simplement est-il possible de se dégager des concepts bibliques \u2014 et en particulier de celui du Dieu Personne \u2014 pour suivre les voies nouvelles ouvertes par les sciences de l\u2019homme et réclamées par le mouvement de sécularisation ?Yves Saint-Arnaud, S.J.Facultés S.J., Mo nlréal.7.\tIdem, p.12:.8.\tIdem, p.137.LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .parce qu\u2019une installation de chauffage -\u2014 plomberie réalisée par Jetté est une assurance de confort pour toute une vie ! Jette profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.CHAUFFAGE-PLOMBERIE « Ou le travail devient œuvre.chef-d* œuvre.» 8494107 360 EST, RUE RACHEL, MONTRÉAL 116 RELATIONS LECTURE DU MOIS RENÉ CHAMPAGNE Comment poser le problème de Dieu?La théologie naturelle, ce langage sur Dieu à partir de la seule raison, est familière de l\u2019ombre et de la lumière.Le protestantisme lui conteste radicalement le droit d\u2019exister: le seul langage possible sur Dieu, c\u2019est celui de Dieu lui-même dans la Révélation.Dans la tradition catholique, on maintient la légitimité de la théologie naturelle, mais celle-ci se voit souvent réduite à n\u2019être qu\u2019une partie de la métaphysique.Le Père Louis Leahy, pour sa part, ne manque pas d\u2019audace dans son Inéluctable Absolu; il ne craint pas d\u2019accorder à la théologie naturelle un statut et un statut spécifique comme discipline intellectuelle.C\u2019est là un grand mérite.Du même coup, il valorise l\u2019intelligence et souligne le caractère irréductible de l\u2019objet de la théologie naturelle.Les pages de Y Introduction contiennent des indications très précieuses et très riches sur la nature de la théologie naturelle, sur les dispositions requises chez l\u2019homme pour aborder le problème de Dieu.Il est déjà manifeste que l\u2019auteur réfléchit en chrétien et en homme d\u2019Église, comme le confirmera plus loin un appendice (157-165) sur la doctrine de l\u2019Église relative à la connaissance naturelle de Dieu.On pourrait penser qu\u2019une réflexion « neutre », « naturelle » \u2014 n\u2019est-on pas en théologie naturelle ?\u2014 eût été préférable à une réflexion se situant nettement à l'intérieur de l\u2019éthos chrétien.Cette dernière ne va pas en effet sans danger d\u2019apologétique.Elle risque d\u2019indisposer certains esprits qui, très sincèrement, cherchent la vérité et aux yeux desquels la raison philosophique et l\u2019autonomie de la philosophie sont des réalités sacrées.Ces mêmes esprits pourront-ils ne pas flairer, devant une telle démarche, ce que l\u2019on a pu appeler une « colonisation » de la vérité par la théologie révélée?Pour reprendre une expression de François Hertel qui, lui, visait directement la théologie naturelle, ils protesteront que c\u2019est « un peu canaliser la raison » (Sepl-Jours, n° 18, 14 janvier 1967, p.26) que de poser en chrétien le problème de Dieu.Le P.Leahy a choisi de poser ainsi le problème.C\u2019est son droit! Une Un professeur de philosophie du Collège des Jésuites de Québec analyse le contenu de l\u2019ouvrage du P.Louis Leahy, S.J.: « L'inéluctable Absolu * *» telle option comporte des avantages et des inconvénients.Une autre en aurait comporté également.Il est inutile de chercher dans le présent ouvrage une élaboration de « voies » qui conduiraient à des affirmations rationnelles sur l\u2019existence ou la nature de Dieu.Ce dont il s\u2019agit, c\u2019est de poser le problème de Dieu.Et il est posé avec la considération du fait religieux, de sa nature et de son universalité, avec l\u2019analyse de l\u2019idée de Dieu qui émerge dans la société et dans la conscience personnelle.Ce fait religieux, il faut l\u2019expliquer.L\u2019auteur procède d\u2019abord à la critique de certaines explications falsificatrices du fait religieux.Non sans raison, il s\u2019arrête plus longuement aux trois courants majeurs de l\u2019athéisme moderne: l\u2019existentialisme athée, l\u2019athéisme marxiste et l\u2019athéisme scientifique.C\u2019est là un véritable pari que de présenter dans leurs lignes de crête des courants aussi complexes, en particulier, celui de l\u2019existentialisme.On peut dire, globalement, que l\u2019auteur dégage assez bien l\u2019essentiel de ces courants.Le spécialiste de l\u2019une ou l\u2019autre des doctrines analysées trouvera rapides certaines pages; il se demandera si l\u2019auteur ne cède pas, çà et là, à une certaine cynégétique.Il faut lui savoir gré d\u2019accompagner ses exposés, comme tout au long du livre, de bibliographies très à jour et bien fournies *, qui pour- *\tL\u2019inéluctable Absolu.Comment poser le problème de Dieu.Préface de Michele Federico Sciacca.Bruges-Paris, Desclée de Brouwer (1965), 173 pp.L\u2019ouvrage fait partie de la collection Essais pour notre temps, n° 1.*\tUn oubli s\u2019est glissé dans la section consacrée au marxisme: l\u2019important ouvrage de Jean-Yves Calvez La pensée de Karl Marx, n\u2019est pas mentionné.ront grandement aider ceux qui voudront poursuivre d\u2019eux-mêmes leurs recherches.Après avoir débouté les fausses explications du fait religieux, il s\u2019efforce de montrer que l\u2019objet de la religion n\u2019est pas illusoire, mais bien réel et, au surplus, personnel.La diffusion même du fait religieux répudie toute référence à l\u2019illusion et « sans suffire à démontrer que Dieu existe ».« nous incite à instituer une enquête rationnelle sur ce problème profondément humain » (136).Nous voudrions soulever ici une question que pose la démarche même suivie par le P.Leahy dans sa présentation du problème de Dieu.L\u2019étude du fait religieux constitue la plus grande partie de L inéluctable Absolu.Ceci n\u2019est pas le fruit du hasard.Une citation de S.Breton qui constitue l\u2019épigraphe de la première section nous renseigne sur la pensée de l\u2019auteur: « Une problématique sérieuse suppose une phase phénoménologique.» (45.) Cette « phase phénoménologique » qu\u2019est-elle dans la position du problème de Dieu ?La réponse semble claire: l\u2019analyse du fait religieux.Qu\u2019une « phase phénoménologique » s\u2019impose à toute réflexion sur Dieu, personne n\u2019en disconviendra de nos jours, même si certains manuels de théologie naturelle encore en usage dans le Québec ne s\u2019en préoccupent guère.La question qui se pose, c\u2019est de savoir quelle sera cette « phase phénoménologique ».Nous devons avouer que sur ce point précis nous ne sommes pas d\u2019accord avec le P.Leahy.Il donne, à notre avis, une importance excessive au fait religieux comme élément d\u2019une position moderne du problème de Dieu.Comme l\u2019a montré, entre autres, Harvey Cox dans The Secular City, nous assistons actuellement à un processus massif de désacralisation.Le P.Leahy relève lui-même pertinemment « la difficulté que constitue l\u2019état actuel de l\u2019humanité cultivée, chez qui le sens religieux est presque inexistant » (52); il souligne la déstructuration religieuse de larges zones de la mentalité actuelle (53).Et pourtant, cette situation laisse indemne pour lui l\u2019importance du fait religieux; elle n\u2019entame point la validité du fait religieux, comme point AVRIL 1967 117 de départ d\u2019une démarche actuelle vers l\u2019affirmation de Dieu.Ce qui caractérise l\u2019homme moderne, inscrit bon gré mal gré dans le processus de sécularisation, c\u2019est justement d\u2019entretenir à l\u2019égard du fait religieux lui-même une sorte de soupçon plus ou moins explicite.Il est enclin à soupçonner que le fait religieux qui ne lui crève pas les yeux actuellement n\u2019est pas un fait universel, ni permanent et, bien plus, qu\u2019il est fatalement voué à une érosion progressive.Aussi l\u2019analyse du fait religieux et son utilisation comme « phase phénoménologique » en ce qui touche la position du problème de Dieu risque-t-elle de tomber à faux.Elle doit reposer au préalable sur l\u2019évacuation du soupçon dont nous venons de parler.A ce sujet, M.Théophile Bertrand cède à son bon cœur lorsqu\u2019il rédige dans la revue Prospectives (novembre 1966, p.293) la recension de L'inéluctable Absolu et écrit, faisant allusion à cete problématique et à cette phase phénoménologique, qu\u2019il AU FIL « R 7 » : présents ! Il se donne encore des retraites de sept jours à nos collégiens et collégiennes.En silence absolu (voir Relations, août et déc.1958, pp.204, 322; mai 1959, p.130).Au Collège des Jésuites de Québec, elles prirent naguère un essor magnifique.Une association, dont les membres se nommèrent les « R 7 » (Retraitants de 7 jours), y entretint, pendant quelques années, une vie spirituelle de riche teneur.D\u2019autres institutions ont recueilli des étincelles de cette flamme; elles allument à leur tour des foyers de ferveur dont profite notre jeunesse.Je ne viens pas étaler ce que je fais; je ne claironne pas ma propre réclame; je n\u2019invente pas une thèse favorable à ma gloriole.Tout simplement, j\u2019ai assisté au colloque qui a mis fin à une retraite de sept jours, suivie avec un recueillement admirable par plus de quarante rhétoriciens, avec lesquels je n\u2019ai eu aucun autre contact.Dans leur langue, malheureusement peu raffinée, mais d\u2019une émouvante sincérité, la plupart des collégiens ont exprimé les sentiments que la solitude collective leur avait s\u2019agit là d\u2019« un des apports les plus précieux de l\u2019auteur au renouvellement de la présentation de la théologie naturelle et de son enseignement ».Le jugement que nous portons risque d\u2019être injuste.Il majore peut-être l\u2019importance de cette phase phénoménologique dans l\u2019ensemble du traité de théologie naturelle qu\u2019élabore le P.Leahy et auquel, il faut le préciser, L'inéluctable Absolu ne constitue qu\u2019une introduction.Il est à souhaiter qu\u2019il reprendra dans les tomes à venir de son traité le contenu de certaines pages du présent livre dans lesquelles il souligne l\u2019importance de la théologie naturelle.Il dégage alors avec une grande densité les points de départ susceptibles, selon nous, d\u2019éveiller l\u2019homme moderne au problème de la Transcendance et, ainsi, de constituer cette « phase phénoménologique » qui s\u2019impose de nos jours.Il montre que la théologie naturelle « est intimement liée à l\u2019élucidation du problème humain » et comment l\u2019homme moderne « saisit son existence comme affectée de trois caractères: faclicité, transcendance et exigence violente d'intelligibilité » (37).Sur ces caractères de l\u2019existence humaine, il écrit cette phrase qu\u2019on ne peut qu\u2019approuver: « Tous trois posent le problème de Dieu.» N\u2019avons-nous pas ici une réponse au sous-titre de son livre: « Comment poser le problème de Dieu ?» A l\u2019heure actuelle, à notre avis, ce n\u2019est pas tant la diffusion du fait religieux, réalité équivoque pour l\u2019homme moderne, qui incitera les esprits à instituer une enquête rationnelle sur le problème de Dieu.C\u2019est plutôt la perception des caractères inhérents à son existence personnelle qui poussera l\u2019homme à réfléchir sur Dieu.Et en ce qui touche la Révélation ou la Parole de Dieu sur lui-même, il est à penser que l\u2019homme en éprouvera la nostalgie profonde lorsqu\u2019il aura poussé jusqu\u2019au bout sa réflexion et qu\u2019il aura mesuré les limites de tout langage sur Dieu à partir de la seule raison.DU MOIS permis d\u2019écouter dans leur cœur.Le prêtre chargé de la retraite les avait priés de communiquer seulement ce qui, ne relevant pas de la confidence sacramentelle, peut et doit se divulguer entre copains de même foi.Dès les premières observations, qui jaillirent après une courte pause, deux traits m\u2019ont frappé.D\u2019abord, une spontanéité discrète et simple, qui manifestait la personnalité vraie de chacun, non pas l\u2019artifice du « bon élève » désireux de répéter la leçon du professeur.Puis, une justesse, voire une profondeur dont ne rend compte, je pense, que la grâce cueillie dans les Exercices.Car on se livra aux Exercices spirituels de saint Ignace, non à l\u2019influence du Père Untel, ni à une récollection farcie de thèmes disparates, ni à une session de dynamique de groupe, mais aux Exercices, texte en main, avec tout ce qu\u2019ils recommandent: annotations, additions, examens, et le reste.Le résultat ne laisse aucun doute sur l\u2019efficacité de la méthode.D\u2019après leurs commentaires mêmes, les jeunes retraitants en ont retiré une vive conscience de l\u2019action de l\u2019Esprit de Jésus sur des libertés tantôt paresseuses, tantôt re- belles, puis dociles, par décision réfléchie, au seul Maître digne d\u2019enseigner avec une autorité souveraine.Chacun formula l\u2019essentiel de cette constatation sous l\u2019aspect qui l\u2019avait saisi.Pierre assura que la retraite avait raffermi sa foi.Paul découvrit qu\u2019il y a une grâce à exploiter dans chaque instant.Jacques éprouva la difficulté en même temps que le bienfait « personnalisant » du silence.Jean exalta la joie de l\u2019effort: on regimbe au début, puis on s\u2019y adonne avec fierté.Philippe déplora l\u2019anarchie des conduites humaines, ayant aperçu l\u2019évidence du « plan de Dieu » sur nos vies.André s\u2019enthousiasma pour le rôle de coopérateurs de ce plan auquel nous convie le Christ-Roi.Matthieu renchérit en disant que notre coopération, pour s\u2019accorder à la grandeur du Chef qui invite, réclame un service et un engagement de « tout l\u2019être ».Plus timide et ravi sans doute des prévenances de l\u2019Amour miséricordieux, Claude affirma que la certitude du pardon chasse la crainte et le faux respect humain.Plus méditatif, Simon prononça que l\u2019oraison, la contemplation, il suffit d\u2019un peu de courage et de ténacité pour en acquérir le goût.L\u2019intellectuel Robert a compris, lui, 118 RELATIONS qu\u2019on ne discute pas Dieu; ni son Église, par conséquent: elle n\u2019a d\u2019autorité que par Jésus, l\u2019Homme-Dieu, mais c\u2019est la même autorité, divine.Gérard a dû souffrir déjà, car la retraite, confia-t-il.lui a révélé le sens de la croix et sa place nécessaire dans l\u2019évolution vers la maturité.Enfin, \u2014 pour ne pas citer tout ce que j\u2019ai noté au vol.\u2014 deux ou trois retraitants ont signalé que, dans le silence absolu, ils ont senti la solidarité du groupe, la valeur de chaque personne en elle-même et dans son rayonnement, et aussi \u2014- pourquoi pas ?\u2014-l\u2019intervention du Malin au dedans et au dehors de nous.J\u2019ai même entendu des réflexions étonnantes, de la part de collégiens peu disposés à une certaine forme de candeur, sur l\u2019éminente dignité de saint Joseph et l\u2019indispensable recours à Marie.Et maintenant, une remarque, une question, un souhait.La remarque: pendant que plus de quarante rhétori-ciens priaient en silence dans une maison, trente autres de la même classe, aussi librement que leurs camarades, se recueillaient ailleurs.La question: pourquoi certains collèges ne suscitent-ils pas semblables pratiques chez leurs grands élèves ?La dynamique de groupe, « passe-temps du jour », écrit Maritain, a son prix et sa place dans une formation.Mais Paul VI a fermement déclaré au cardinal Cushing que la retraite ne doit pas se faire selon cette méthode.Le souhait: que nos éducateurs et nos éducatrices éveillent chez les jeunes le désir d\u2019une expérience impossible à remplacer.J.d\u2019Anjou.Les pauvres à l\u2019Expo Qui ne s\u2019est réjoui d\u2019apprendre que la Commission Catholique des Écoles de Montréal allait ménager à ses 184,000 écoliers de la 3e à la 12e année une journée à l\u2019Expo, au cours du mois de mai ?Par groupes de 9,000, ils visiteront, avec guides, les pavillons canadiens et les grands pavillons thématiques.L\u2019avant-midi et l\u2019après-midi y passeront.Un travail scolaire couronnera la visite.Nos félicitations! Presque en même temps, nous apprenions, par la déclaration d\u2019un vicaire du centre-sud de Montréal, que les petites gens à revenus très modestes: petite pension, allocation de mère nécessiteuse, etc., se demandent si elles ne devront pas opter entre « manger et aller à l\u2019Expo ».C\u2019est-à-dire au prix d\u2019économies irréalisables ou déraisonnables.Il serait déplorable qu\u2019une aubaine culturelle telle que l\u2019Expo, que cet immense poème à la gloire de la Terre des Hommes demeure inaccessible et inter- AVRIL 1967 dit à beaucoup faute de quelques dollars.La privation serait amère d\u2019autant que la fête aura lieu tout près, qu\u2019elle durera six mois et qu\u2019elle proclamera de toutes façons qu\u2019elle entend unir les hommes.« La Terre des Hommes » doit être, si possible, ouverte à tous les hommes.La réussite de la C.E.C.M.donne espoir.Celle-ci en effet a sûrement trouvé sur sa route compréhension et bonne Dés réactions favorables se sont manifestées à l\u2019idée que proposait Relations, au mois de février, d\u2019une commission d\u2019enquête sur les conflits et les relations de travail.Un premier-Québec du Soleil posait l\u2019objection principale: « Encore une commission d\u2019enquête! » pour y apporter une réponse pertinente: Lorsqu\u2019on s\u2019arrête à y réfléchir le moindrement, quelle que puisse être son aversion pour les commissions d\u2019enquête, on en vient rapidement à se demander si cette recommandation ne serait pas encore la plus sage, parce qu\u2019elle permettrait d\u2019explorer en profondeur le malaise qui règne dans le Québec et de conduire à des réformes fondamentales dans le domaine des relations de travail.(2 février 1967.) Le Centre des dirigeants d\u2019entreprise, dans un communiqué de presse du 15 février, a également donné son appui à la proposition.Dans les circonstances présentes, il considère qu\u2019un effort de réflexion commune serait bénéfique.La législation ouvrière doit être repensée à la lumière de l\u2019évolution récente et en tenant compte, non seulement des forces nouvelles en voie de formation, mais de l\u2019intérêt global de la société québécoise.De son côté, la revue Perspectives sociales souscrit à la suggestion, qui lui paraît s\u2019imposer pour le bien général.L\u2019abbé Gérard Dion croit que, pour atteindre au cœur du malaise, il faudrait étendre le mandat de la commission bien au delà de la seule législation du travail: La loi, tout nécessaire qu\u2019elle soit, ne possède pas de vertu magique pour assurer des bonnes relations du travail.Bien d\u2019autres éléments jouent un rôle primordial.Cette enquête devrait porter sur tout le régime des relations du travail et son fonctionnement: administration publique des relations du travail, syndicalisme, patronat, etc.L\u2019une des principales conditions de l\u2019efficacité d\u2019une telle commission est qu\u2019elle soit non seulement acceptée mais désirée par les intéressés et par le public.Patronat et syndicats y auraient un rôle particulièrement important et de- volonté pour qu\u2019elle ait ainsi réussi à fournir à ses jeunes, à raison de moins de deux dollars trente par tête, le transport, l\u2019entrée à l\u2019Expo et un repas sur le terrain.Nous aimons croire que l\u2019on fera aboutir également en faveur des petites gens démunies le généreux projet qui leur ouvre « la Terre des Hommes ».Georges Robitaille.vraient s\u2019y retrouver dans une atmosphère, sinon de détente, du moins de recherche sérieuse et objective, en vue de trouver des structures nouvelles, susceptibles d\u2019encadrer de manière satisfaisante et d\u2019orienter, dans le sens du progrès, les difficiles relations entre les travailleurs et leurs représentants dhme part, et les employeurs (y compris l\u2019État en tant qu\u2019employeur) d\u2019autre part.L\u2019apport du public, dans une entreprise de cette nature, est capital.On pouvait croire que les représentants patronaux et syndicaux au Conseil supérieur du travail, aidés des représentants du monde universitaire (avocats, économistes et sociologues) auraient fait merveille.L\u2019échec relatif de leurs efforts, au cours des années, ne doit pas nous amener à conclure qu\u2019une commission d\u2019enquête aboutirait à pareil insuccès.Le Conseil supérieur du travail procède à huis clos et personne, en dehors de ses membres et du gouvernement, ne connaît ses recommandations; le public ne sait même pas si les parties ont réussi à s\u2019entendre.Dans une enquête, le public exigerait des parties, par la voie de la presse autant que par celle des commissaires eux-mêmes, qu\u2019elles répondent à des questions et qu\u2019elles se compromettent.La pression qu\u2019exercerait ainsi la commission ne saurait manquer d\u2019amener des changements et, par la suite, de susciter une attitude de responsabilité.De son côté, comme le soulignait Le Soleil, la position du gouvernement serait beaucoup plus forte.L\u2019éditorialiste se demande justement: « Où en seraient les transformations dans le monde de l\u2019enseignement sans le Rapport Parent ?» Même si l\u2019on ne doit pas s\u2019attendre à ce qu\u2019une telle commission fasse l\u2019unanimité, elle permettrait une étude du problème exhaustive, libre de tout parti-pris, sur laquelle le gouvernement pourrait s\u2019appuyer pour choisir les méthodes qui paraîtraient les meilleures en vue de répondre vraiment aux exigences d\u2019une société industrielle en constant progrès.Gérard Hébert.119 « Une commission d\u2019enquête sur les conflits et les relations de travail ?» LES ENSEIGNANTS ET L'AVENIR DE LEURS NÉGOCIATIONS COLLECTIVES La Cm I.C.et le bill 25 C\u2019est dans un état d\u2019hésitation et de recherche que se sont réunis plusieurs centaines d\u2019enseignants au Congrès spécial de la C.I.C., à Québec, les 18 et 19 mars.Une fois passé la première réaction de révolte contre le bill 25, ils se retrouvent devant une situation complexe qui débouche sur diverses options.Us sont en outre profondément partagés.Le bill 25 prévoit la formation d\u2019un comité conjoint « chargé d\u2019aviser le gouvernement sur toute question ayant trait à la négociation à l\u2019échelle provinciale de conventions collectives ».La C.I.C.étant présente en ce comité conjoint, ses membres devaient prendre position.Sur l\u2019objet de la négociation provinciale, les enseignants pouvaient choisir qu\u2019à ce niveau on négocie seulement les clauses à incidence monétaire, ou également les clauses générales de participation à l\u2019organisation scolaire ou encore toute la convention.Le conseil général de la C.I.C.recommandait, à très faible majorité, que l\u2019on opte pour une négociation à deux paliers, laissant ainsi à l\u2019échelon régional le soin de négocier l\u2019adaptation des clauses de participation à l\u2019organisation scolaire et toutes les clauses correspondant aux pouvoirs de décision qui resteront aux gouvernements scolaires régionaux.Le congrès a préféré, à faible majorité lui aussi, la négociation globale unique.Mais c\u2019est le gouvernement qui décidera, après avoir entendu l\u2019avis du comité conjoint.Même dans l\u2019hypothèse qui paraît la plus simple \u2014 celle d\u2019une négociation unique pour toute la province \u2014 d\u2019autres problèmes surgissent.Quelles seront les structures, quels seront les mécanismes concrets de négociation du côté des enseignants ?Puisqu\u2019il y a trois associations (C.I.C., groupe des anglo-protestants et groupe des anglo-catholiques), chacune gardera-t-elle droit de veto ou vaudrait-il mieux n\u2019avoir qu\u2019une association ?La période du régime spécial qu\u2019institue le bill 25 aura des répercussions sur la négociation des années à venir.Il faut donc choisir dès maintenant les modes d\u2019accréditation syndicale, de procédure de négociation et de règlement des conflits qui paraissent désirables.Il n\u2019est pas facile d\u2019arriver à des certitudes, même dans un cadre donné; encore moins quand il faut créer des structures nouvelles.De plus, la négociation engage bien d\u2019autres questions.On ne peut opter en faveur d\u2019une négociation unique à l\u2019échelle de la province, de préférence à une négociation multiple, sans opter en même temps en faveur d\u2019une structure scolaire correspondante.Inversement, celle-ci favorise un genre de négociation plutôt qu\u2019un autre.Le même principe s\u2019applique aux structures syndicales.Le choix d\u2019un genre de négociation comporte ses options douloureuses.Plus l\u2019objet de la négociation provinciale sera étendu, plus l\u2019autonomie des fédérations et des associations locales, quelle que soit leur importance, sera menacée.Chaque association et chaque fédération a son histoire ; elles ont été mises sur pied par des personnes qui souvent les dirigent encore aujourd\u2019hui, et elles ont à leur emploi un personnel que la décision affectera inévitablement.Ce n\u2019est pas sans hésitation ni sans regret qu\u2019on sacrifie tant d\u2019efforts à un bien plus général.Structures de négociations, structures scolaires et structures syndicales sont interdépendantes.A cause de cette liaison, les choix que durent faire les enseignants en ce congrès spécial comportaient de lourds sacrifices.La centralisation favorise les uns mais défavorise les autres, du moins en avantages immédiats.Au plan de la participation démocratique à la décision syndicale, un véritable défi est posé à tous les échelons: chacun devra apprendre en même temps à exprimer librement ses opinions et à se plier, le moment venu, à la décision de la majorité.Comme pour compliquer encore les choix, il faut prévoir que les structures nouvelles elles-mêmes exigeront d\u2019importantes modifications au fur et à mesure que les circonstances changeront.Des enseignants manifestent déjà de l\u2019impatience devant les réformes de structures qui, depuis quelques années, se poursuivent à la C.I.C.Peut-être s\u2019agit-il là d\u2019un processus indéfini.De même qu\u2019on a parlé de « feu l\u2019unanimité », il faudra sans doute envisager, dans notre société toujours en évolution, feu la stabilité.Tous ces changements ne doivent point faire perdre de vue un objectif plus vaste et, finalement, plus important encore, le progrès de l\u2019éducation.Les problèmes de négociation collective ont pris, depuis un certain temps, tellement d\u2019importance qu\u2019ils ont pu faire oublier, du moins pour un temps, ceux de la pédagogie.Les professeurs le ressentent, les parents avec eux, et tout l\u2019ensemble de la société.Chaque groupe a le droit et le devoir de veiller à ses intérêts; il ne peut oublier non plus la qualité du service qu\u2019il rend à la population.A la longue, c\u2019est ainsi qu\u2019il sert le mieux ses intérêts propres.On songe au mot de Kennedy: Ne demandez pas seulement au gouvernement ce qu\u2019il doit vous accorder, demandez-vous en même temps ce que vous pouvez offrir de meilleur à la société.L\u2019ardeur désintéressée à s\u2019acquitter de sa tâche sociale garantit le succès de ses justes réclamations.Les deux sont inséparables.Gérard Hébert.19 mars 1967.Pïovoât Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage \u2014 Soudure électrique Peinture Equilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ELECTRIC, Ltée 8305, boul.Saint-Laurent 387-7133 120 RELATIONS LES LIVRES Spiritualité Thomas Merton: Vie et Sainteté.\u2014-Traduit de l\u2019américain par Marie Tadié.\u2014- Paris, Editions du Seuil, 1966, 160 pp., 18.5 cm.Trop de chrétiens s\u2019imaginent que la sainteté est la part du religieux ou du prêtre et que le laïc ne saurait y accéder.Cette mentalité provient d\u2019une fausse notion de la sainteté qu\u2019on identifie indistinctement à des pratiques.L\u2019A.montre, au contraire, que la sainteté est une vocation commune à tous qui s\u2019accomplit non seulement par la contemplation, mais aussi par l\u2019action, reconnue comme une participation à la mission de l\u2019Eglise dans le monde actuel.Etre saint ne signifie pas se replier sur soi, mais vivre par amour la volonté de Dieu, en s\u2019ouvrant à ses frères, de sorte que soit vraiment réalisé le commandement de l\u2019amour de Dieu et du prochain.La grâce, les vertus théologales, en particulier la foi et la charité jouent un rôle primordial dans l\u2019édification de la sainteté.En d\u2019autres termes, l\u2019union au Christ, la disponibilité aux inspirations de l\u2019Esprit-Saint, le don de soi aux autres sont des éléments essentiels de la sainteté.Il faut savoir gré à Thomas Merton de dissiper les illusions sur la sainteté et d\u2019établir dans un sain réalisme une doctrine spirituelle adaptée à notre temps.Ce volume, écrit avant la parution de Lumen Gentium, lui prépare excellemment la voie.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Raoul FOLLEREAU: La seule Vérité, c\u2019est de s\u2019aimer.Ouvrage en trois tomes.\u2014 Paris, Flammarion, 1966, 208, 222 et 286 pp., 19 cm.CERTAINS ÉCRIVAINS « font » de la littérature.Follereau n\u2019est pas de ceux-là, car même s\u2019il possède un talent indiscutable, les pages qu\u2019il rédige lancent avant tout un cri en faveur de l\u2019amour, de la Charité, un appel pressant au bénéfice non seulement des lépreux, mais aussi de tous ceux qui, sur la terre, ont faim.Plusieurs des chapitres qui, à une première lecture, avaient ému jusqu\u2019aux larmes, empoignent de nouveau à la gorge.Mais Follereau ne veut pas seulement émouvoir, il veut faire agir.Les innombrables campagnes qu\u2019il a organisées pour les pauvres, les affamés, les lépreux ont éveillé, même dans les classes les moins favorisées, un élan de charité extraordinaire.Une de ses initiatives les plus fructueuses est la pétition signée par un million de jeunes qui devrait, nous l\u2019espérons, remuer l\u2019ONU.Ces trois volumes seront un tonique et un stimulant pour la jeunesse et pour les adultes.Ils nous sortent de notre égoïsme et nous incitent à donner non seulement notre aumône, mais encore le meilleur de nous-mêmes, notre amour.Les 38 organisations de lépreux qui ont rendu possible la publication de cet ouvrage méritent notre reconnaissance.L\u2019Auteur, lui, honore l\u2019humanité.Jean-Paul Labelle Maison Bellarmin.Jean Clémence, S.J.: L\u2019Amour est de Dieu.Foi en Dieu, amour des hommes.Thèmes évangéliques.\u2014 Le Puy, Lyon, Editions Xavier Mappus, 1965, 287 pp., 18.5 cm.A première vue, on a l\u2019impression de sujets épars, sans liens.L\u2019A.nous donne le secret de sa technique, en nous montrant que « la vie du Christ, que nous révèle l\u2019Evangile, est une merveilleuse symphonie.Quelques grands thèmes, toujours les mêmes, y sont sans cesse repris: qu\u2019ils soient esquissés, développés, harmonisés ou unifiés, il nous font tous pressentir la symphonie définitive de la vie éternelle.Mais, pour goûter la joie d\u2019une telle œuvre, il faut participer à son exécution.Chacun de nous, tel chaque instrument de l\u2019orchestre, doit jouer sa partie » (p.9).Livre de lecture agréable, enrichi de nombreux textes évangéliques qui nous engagent dans la méditation profonde des grands principes de la doctrine du Christ, tels que la foi, la prière, la charité, le dévouement, la vénération de la Vierge Marie, etc.Dans l\u2019optique du seul et véritable amour de Dieu, tous les actes du chrétien concourant à la formation, au développement et à l\u2019épanouissement de sa perfection personnelle.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.Charles Hugo Doyle: Les eaux amères.Jalons sur la route de la perfection.Traduit par René Virrion.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1964, 187 pp., 20 cm.Le titre indique le sens de l\u2019ouvrage tout / entier: les diverses situations difficiles de toute vie chrétienne, et particulièrement des vies sacerdotale et religieuse.L\u2019A.part du récit biblique de la sortie d\u2019Egypte et décrit le cheminement du peuple juif depuis sa captivité jusqu\u2019à son entrée dans la Terre Promise.Le peuple eut à souffrir durant cette longue pérégrination d\u2019innombrables maux: images des sacrifices que comportent les vies religieuse et sacerdotale bien vécues et bien acceptées.L\u2019A.traite uniquement des aspects difficiles et crucifiants de la vie des « séparés » du monde, dans le but de faire comprendre les jeux de la Providence et de faire bien accepter les fardeaux imposés à toute vie.L\u2019A.traite ce sujet délicat avec doigté, et de multiples exemples à l\u2019appui, avec le constant souci de faire reconnaître en ces épreuves un des grands moyens d\u2019avancer dans la perfection.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.Dom Georges Lefebvre, O.S.B.: Les chemins du ciel.Coll.« Vie et Prière ».\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1963, 169 pp., 16 cm.UN opuscule sur les fins dernières qui serait comme bien d\u2019autres, s\u2019il ne s\u2019y trouvait un élément nouveau qui cimente les diverses péripéties du départ de la terre jusqu\u2019à l\u2019entrée dans l\u2019éternité: l\u2019amour AVRIL 1967 divin en tout, partout et toujours.Dans une perspective d\u2019espérance et de confiance en Dieu, la mort elle-même est un acte d\u2019amour, le jugement est une reddition d\u2019amour, le purgatoire est une purification d\u2019amour miséricordieux, l\u2019enfer même est une justice d\u2019amour, et le ciel est l\u2019union parfaite d\u2019amour.En partant du fait que Marie, la Mère du Christ, est le chef-d\u2019œuvre de l\u2019amour divin, l\u2019A.veut nous acheminer vers les éternelles réalités, où se manifeste pleinement l\u2019amour de Dieu pour l\u2019humanité.Perspectives encourageantes, élevantes et reposantes.Tout au cours de l\u2019ouvrage, quantité d\u2019expressions, comme autant de « médailles » frappées à l\u2019effigie de l\u2019amour divin, peuvent nous servir de mots d\u2019ordre et guider notre ascension dans la perfection chrétienne.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.F.WULF, S.J.: La Vie spirituelle dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Histoire et pratique de la piété chrétienne.Traduction de R.Virrion.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris-Tournai, Casterman, 1964, 218 pp., 20 cm.Lauteur nous indique lui-même les grandes lignes de son ouvrage: « Dans la première partie, le recueil montrera comment tirer profit de l\u2019histoire de la piété chrétienne, pour la mettre en pratique.La deuxième fera voir comment la marche de l\u2019homme vers Dieu \u2014 ou la condescendance divine \u2014- se réflète dans la foi consciente.Elle dira ensuite les principes directeurs propres à déterminer la voie à suivre, dans les circonstances données et selon les différents états » (Avant-propos).L\u2019A.ne nous annonce pas des principes nouveaux pour concevoir la vie spirituelle, mais plutôt des moyens nouveaux \u2014 au fond toujours les mêmes \u2014 d\u2019appliquer les principes immuables aux conditions changeantes de la vie humaine.Avec un art consommé, abondance de commentaires, textes et références à profusion, il développe solidement sa « thèse », ne négligeant aucun aspect de la vie spirituelle.Nous avons particulièrement goûté le chapitre sur les exigences du Sermon sur la montagne vécu par le chrétien dans le monde (pp.164-186).Peut-être certain idéalisme à propos des Instituts séculiers (pp.146-147) ?Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.Jean Laplace, S.J.: La Direction de conscience ou le dialogue spirituel.\u2014 Tours, Marne, 1965, 223 pp., 18 cm.Prix: $2.50.Sans mépriser, au contraire, les bienfaits de l\u2019action spirituelle du groupe (pp.34-37, 179-180), l\u2019A.expose la nécessité du dialogue personnel avec un conseiller, non pas nécessairement, mais normalement prêtre (45-46), pour l\u2019éducation de la liberté, le discernement de la grâce dans la vie de l\u2019âme, le progrès dans l\u2019union à Dieu.Il décrit les types variés de conseil spirituel (chap.4), résume bien en quoi consiste ce dialogue, différent de la relation thérapeutique surtout par l\u2019engagement affectif du conseiller (avec ses risques et ses avantages) et par le fait qu\u2019il peut (non pas doit) durer toujours.Ministère d\u2019Église, par souci de vérité et de lien avec la source sacramentelle de la 121 grâce, le dialogue spirituel ne réussit que si le conseiller jouit du charisme (ou don) approprié à son rôle.Des connaissances théologiques, psychologiques, culturelles, il n\u2019en aura jamais trop; mais il doit d\u2019abord se rendre disponible à l\u2019influence originale de l\u2019Esprit dans chaque personne.L\u2019unité spirituelle, résultant de l\u2019intégration du charisme, de la science, d\u2019un certain art et de la ferveur intime, voilà l\u2019exigence maîtresse chez le conseiller.Le dirigé, lui, apporte confiance totale, esprit surnaturel et le minimum d\u2019intelligence qu\u2019il faut pour entrer dans le mystère des conduites divines à son égard.Ouvrage facile, qu\u2019on voudrait mieux écrit, il révèle aux dirigés le sens de la direction (113, 117, 162) et ses conditions de la part tant du conseiller (115, 181) que du consultant (chap.5), et rendra service même à ceux qui, vu leur âge, croient ou pouvoir se passer de leçons ou les avoir toutes assimilées.Joseph d\u2019Anjou.Ephrem Longpré, O.F.M.: François d\u2019Assise et son expérience spirituelle.Bibliothèque de spiritualité, 4.\u2014 Paris, Beauchesne, 1966, 212 pp., 18.5 cm.CE livre n\u2019est pas une biographie, entre tant d\u2019autres, de saint François d\u2019As-sise; mais la vie est sous-jacente tout au long du volume.L\u2019auteur, notre Père Ephrem Longpré, bien connu pour ses grands travaux de théologien, décédé le 21 octobre 1965, a mis son cœur de fils aimant et a consumé les dernières années de sa vie à écrire ces neuf chapitres, comme autant de fresques illustrant la montée passionnante du « Poverello d\u2019Assise », depuis sa première rencontre avec le Christ en croix jusqu\u2019à la grâce des stigmates, « ce sceau apposé à sa doctrine », comme dit saint Bonaventure.C\u2019est un ouvrage facile à lire malgré les nombreuses notes bibliographiques; il fait toucher du doigt ce qu\u2019est le véritable amour dans la joie et l\u2019optimisme chrétien.C\u2019est une page d\u2019Evangile, la page des Béatitudes, vécue à la perfection par un homme pétri de même pâte que tout lecteur bien intentionné et réceptif.Ce livre sera un ferment de vie et de bonheur.Sr Louise Roy, S.S.A.Institut Cardinal Léger, Montréal.Dag HammarskjÔld: Jalons.Traduit du suédois par C.G.Bjurstrôm et Philippe Dumaine.\u2014 Paris (8, rue Garancière), Plon, 1966, 227 pp., 20 cm.Prix: 15 F.En français, le journal de l\u2019ancien secrétaire des Nations Unies présente des nuances de pensée différentes de celles qu\u2019on trouve dans Markings, version anglaise d\u2019une rare qualité littéraire.Les Jalons plaisent aussi par leur concision, leur harmonie, qui mettent en valeur la spiritualité de l\u2019A.Deux passages seulement (p.28: sur la foi, p.76: sur la divinité de Jésus) exigeraient correction.Mais son adoration de Dieu inspire à l\u2019A.une humilité, un désintéressement, une pureté d\u2019intention et de conduite, une acceptation, parfois douloureuse, de la solitude et de l\u2019incompréhension, un courage et une persévérance au service des hommes, enfin une prière continuelle dont peu de contemporains ont soupçonné le mystère sous l\u2019éclat d\u2019un rôle de premier plan, joué avec une aisance parfaite.Pessimisme et optimisme semblent alterner dans les confidences du diplomate.Mais l\u2019emporte une lucidité généreuse, que favorise une foi nourrie de Bible et d\u2019auteurs comme Maître Eckhart, Pascal, Claudel et même saint Thomas d\u2019Aquin.Dans les Jalons, il y a aussi des poèmes d\u2019inspiration inégale et sûrement inférieurs aux considérations morales.La traduction française, qui charme par la grâce du style, agace malheureusement par une ponctuation défectueuse au point de compromettre le sens de la pensée.Joseph d\u2019Anjou.Pédagogie Georges CRUCHON: Psychologie pédagogique.I: Les transformations de l\u2019enfance.Coll.« Psychologie pour notre temps ».\u2014 Tours, Marne, 1966, 418 pp., 19 cm.Prix: 18 F.COMPLET SANS surcharge, scientifique mais accessible, l\u2019ouvrage du Père Cruchon comble une lacune en offrant le manuel qu\u2019utiliseront avec sécurité les spécialistes de l\u2019éducation et les parents cultivés.Ces derniers peuvent omettre le premier chapitre, qui résume un peu sèchement l\u2019histoire de la psychologie pédagogique.Mais les trois autres, consacrés à l\u2019étude minutieuse des étapes de l\u2019enfance (de la naissance à deux ans et demi, de deux ans et demi à sept ans, de sept à douze ans), guident avec une compétence parfaite l\u2019observation et la conduite des éducateurs.L\u2019A.possède une vaste érudition, qu\u2019il domine.Il connaît les travaux d\u2019Europe et d\u2019Amérique, l\u2019œuvre de Piaget et de son école, la psychanalyse aux nombreux visages; il en respecte les certitudes et sait tantôt en critiquer, tantôt en dépasser les hypothèses.De la croissance humaine tous les aspects: physique, affectif, intellectuel, moral, religieux, retiennent son attention.Il accepte et nuance les constatations freudiennes qui ont rapport à la sexualité infantile, surtout au complexe d\u2019Œdipe; il montre que, même après la seconde enfance, des maladresses ou des chocs peuvent causer des névroses graves.Mais l\u2019apport principal de l\u2019A.concerne l\u2019évolution morale et religieuse.L\u2019esprit de l\u2019enfant répond très tôt à l\u2019action de l\u2019Esprit, pourvu que les parents la favorisent.Réelle mais incomplète sans la foi, une formation morale risque de subir dommage d\u2019une religiosité ignorante ou morbide.Mais la capacité qu\u2019a l\u2019enfant de profiter d\u2019une éducation religieuse, même avant l\u2019âge scolaire, oblige les parents à une réflexion et à une action dont l\u2019A.leur fournit les éléments.Car la famille demeure plus influente que l\u2019école sur le psychisme enfantin.L\u2019idée que l\u2019enfant se fait de Dieu dépend beaucoup des sentiments que lui inspirent ses parents; il importe donc que ceux-ci ne confondent pas les exigences du bien-vivre social avec celles, intimes et profondes, de l\u2019amour de Dieu.D\u2019autre part, la docilité propre à l\u2019écolier impose à l\u2019école de lourdes responsabilités.L\u2019A.désapprouve la mixité, même avant la puberté; il veut que le père et la mère se partagent l\u2019exercice de la tendresse et de la rigueur, et ne demandent pas à l\u2019enfant de douze ans une « sagesse » excessive.Bref, il nous tarde de lire le tome second qui traitera de l\u2019adolescence, car le premier nous apporte, pour l\u2019éducation de l\u2019enfance, une somme de conseils de haute qualité.Joseph d\u2019Anjou.En COLLABORATION: Les Univers de l\u2019enfant.Cahiers d\u2019éducateurs, n° 5.\u2014 Paris, Éditions Fleurus, 1966, 148 pp., 20 cm.Les lecteurs de cet ouvrage, parents et J éducateurs, comprendront mieux que l'enfant ne procède pas seulement par étapes successives, mais qu'il pénètre tour à tour, de 0 à 14 ans, dans des univers différents (0-2 ans: univers pré-verbal; 2-6 ans: univers animiste et magique; 6-9 ans: univers des premières socialisations; 9-12 ans: univers de l\u2019enfance adulte; 12-14 ans: âge de l\u2019aventure), univers qu\u2019il doit franchir au risque d\u2019une régression malencontreuse.Les collaborateurs de ce cahier: Georges Mauco, Frère Anselme, Monseigneur Lagrée, André Merlaud, Joseph Rousselot et Jean Cavialle, allient les considérations théoriques aux applications pratiques.Ils abordent avec beaucoup de réalisme les problèmes propres aux différents âges et nous fournissent des descriptions détaillées des différents univers de l\u2019enfant.Parents et éducateurs, ainsi mieux au fait des recherches psycho-pédagogiques, éviteront des erreurs qui pourraient avoir des conséquences néfastes pour l\u2019épanouissement et l\u2019équilibre de l\u2019enfant; ils sauront l\u2019orienter sûrement vers l\u2019âge adulte, vers sa pleine maturité.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Dr Kurt SEELMANN: Comment naissent les enfants.Traduit de l\u2019allemand par Nathalie Kotowski.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1966, 128 pp., 18 cm.Médecin, éducateur, père de famille, l\u2019A.est éminemment qualifié pour exposer aux enfants avec la franchise, la délicatesse et le respect qui conviennent ces vérités que l\u2019enfant a droit de connaître.Tout enfant de dix ans devrait avoir lu ce livre fait pour lui.Plus de 250,000 exemplaires ont été vendus en Allemagne.Ce succès est justifié.Georges Robitaille.Louis BLANCHET: Je ne suis à personne.Collection « Chemins de la Vie ».\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1965, 184 pp., 18 cm.A première vue, l\u2019intrigue de ce roman semble assez mince.C\u2019est l\u2019histoire de Jean-Louis, adolescent de treize ans qui n\u2019aime pas le latin et qui a du « trouble » avec son professeur.La crise éclate; on l\u2019accuse de copiage; les parents aggravent la situation par leurs menaces, si bien que l\u2019enfant s\u2019enfuit à La Rochelle.Cela ne paraît pas très neuf.Et pourtant, le roman est riche de vérités et de leçons: à travers le drame de Jean-Louis, percent les efforts et les lacunes de ses éducateurs.Chacun est amené à s\u2019interroger sur son comportement envers l\u2019adolescent: le père, la mère, le professeur, le supérieur.De sorte que le problème complet de l\u2019éducation de l\u2019adolescent surgit dans sa difficulté et sa crudité.L\u2019A.utilise une technique à la mode dans le roman contemporain:\tl\u2019introspection successive des personnages.Quant au style, il allie le réalisme à la poésie.Le livre n\u2019est pas pour les jeunes, mais pour les adultes à qui il pose plus d\u2019un point d\u2019interrogation.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.122 RELATIONS M issions Jean Rupp, Mgr: Brésil, l\u2019espoir chrétien?\u2014 Paris, Editions Spes, 1965, 195 pp., 19 cm.Lauteur nous livre ses réflexions sur le ' Brésil après avoir accompli quatre missions dans ce pays de 1955 à 1963.Ces réflexions sont intimement mêlées aux données géographiques, économiques et religieuses concernant le pays.Cet ouvrage permet une initiation valable et facile aux problèmes du Brésil.L\u2019A.semble très optimiste face à l\u2019Eglise au Brésil.On peut se demander s\u2019il fait ressortir suffisamment les grands défis qu\u2019affronte l\u2019Eglise brésilienne.Benoît Michaudville.Facultés S.J., Montréal.Thaddée Hang: L\u2019Eglise catholique face au monde chinois.Traduit de l\u2019allemand par J.de La Forest Divonne.\u2014 Paris, Spes, 1965, 166 pp., 19.5 cm.Le monde chinois compte actuellement > 1/5 de la population du globe et, depuis 1949, la révolution communiste impose au monde de façon tumultueuse cette présence redoutable.Son histoire plusieurs fois millénaire nous est peu connue, encore que nous entrevoyions les richesses et les raffinements de sa culture.A l\u2019issue du Concile nous nous interrogeons sur la façon de porter l\u2019Evangile au monde, en particulier, au monde chinois.Cet opuscule nous éclaire la voie.Il esquisse l\u2019histoire politique de la Chine et rappelle les commencements d\u2019évangélisation entrepris au cours de l\u2019histoire avec leurs suites heureuses et malheureuses; surtout, il détaille les conditions de vie que la victoire communiste de 1949 a faites à l\u2019Eglise catholique; il éclaire le drame des consécrations épiscopales irrégulières.L\u2019exposé est sérieux, informé, d\u2019un bel équilibre; il s\u2019achève sur une note d\u2019espoir en présentant un plan de travail.Georges Robitaille.Albert SAMUEL: Castrisme, communisme, démocratie en Amérique latine.Lyon (16, rue du Plat), Chronique sociale de France, 1966, 212 pp., 18 cm.POUR le monde comme pour l\u2019Église catholique, l\u2019avenir de l\u2019Amérique latine est d\u2019importance capitale.Or, cette partie du continent américain est aujourd\u2019hui en proie aux crises sociales et politiques.Au point de départ J y a le castrisme, il y a un homme, Fidel Castro.Avec une sympathie évidente, l\u2019A.nous décrit cet homme et l\u2019œuvre gigantesque qu\u2019il a entreprise, les difficultés qu\u2019il rencontre et les victoires qu\u2019il remporte.Castro n\u2019en voudrait pas à la religion, ni à l\u2019Eglise, à condition qu\u2019elles ne fassent pas de politique; en somme, à Cuba, les conditions seraient favorables à une intense christianisation.Dans les autres pays, une quatrième voie, celle de la démocratie chrétienne, est en train de s\u2019ouvrir, particulièrement au Chili; l\u2019Eglise bouge, se prononce en faveur des pauvres, mais est elle-même sous-développée.L\u2019enjeu est considérable et il faut souhaiter, avec l\u2019A., que l\u2019Amérique latine réussisse à faire sa révolution dans la liberté.Richard Arès.Christian RUDEL:\tL\u2019Amérique latine entre hier et demain.\u2014 Paris, Edition du Centurion, 1965, 191 pp., 18 cm.Insistant moins sur les différences qui distinguent les pays de l\u2019Amérique latine que sur l\u2019unité profonde qui les unit (deux langues, une religion, mêmes problèmes économiques et sociaux;, l\u2019A.fait découvrir à son lecteur l\u2019Amérique latine et la lui fait aimer.En un style ardent, direct, journalistique, subdivisant ses chapitres pour ajouter plus de clarté à son exposé, qui demeure toutefois sommaire, l\u2019A.présente les misères de ce grand continent (faim, pauvreté, humiliation des hommes, analphabétisme, dépendance économique, sociale.), dénonce les sources du mal (grands propriétaires, aveuglement des classes possédantes, structures sociales archaïques, capitalisme nord-américain.); surtout il raconte les luttes des latino-américains pour sortir leurs pays du sous-développement sous toutes ses formes (luttes politiques: Fidel Castro et son influence, la démocratie chrétienne, le syndicalisme chrétien.; luttes sociales: mouvement d\u2019Edu-cation de Base, mouvement d\u2019analphabé-tisation de Paule Freire,.etc.).Livre sans prétention, écrit par amitié pour ces peuples; il éveille l\u2019espoir parce qu\u2019il présente un continent rempli d\u2019hommes qui de plus en plus prennent conscience de leur triste situation et veulent travailler à conquérir leur pleine liberté.Il peut intéresser le lecteur à l\u2019Amérique latine et l\u2019enrichir de préoccupations à la dimension de ce vaste continent.André Haguette.Facultés S.J., Montréal.I rent de paraître Dossier sur le Pacte fédératif de 1867 Richard Arès, S.J.270 pages \u2014 $5 l\u2019exemplaire \u2014 $5.50 franco LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11 « jÇe temple de la lumière » Belünd Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques JEAN BÉLAND, ln0.P., président \u2022t directeur général 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal 274-2465* L\u2019OMBRE DES FÉTICHES société et culture yombe par Albert DOUTRELOUX C\u2019est la première étude systématique et exhaustive d\u2019un groupe Kongo, les Yombe plus précisément.Les Yombe comptent 350,000 individus environ et se trouvent géographiquement au centre du Kongo.C\u2019est là que se sont développées les structures sociologiques et culturelles des états segmentaires qui ont servi de modèles et d\u2019initiateurs au « royaume de Congo » bien connu.On y retrouve en même temps les systèmes fondamentaux des croyances et de la mentalité de l\u2019ethnie Kongo.Le titre de cet ouvrage, UOmbre des fétiches, met en exergue un trait essentiel de cette mentalité, l\u2019esprit magique sous sa forme fétichiste.6i/2\" x 10\", 288 pages, 1967, broché, 17.50.En vente chez votre libraire et chez l\u2019éditeur : LES PRESSES DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec-2\tTél.: 656-2590 AVRIL 1967 123 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Berthe Potvin: La Vie des Canadiens français au début du siècle.\u2014 Montréal (1130 est, rue de La Gauche-tière), Editions de l\u2019Homme, 1966, 128 pp, Recueil de petits articles sur la vie que menaient nos pères, il y a déjà plus d\u2019un demi-siècle.Description d\u2019anciennes coutumes, des métiers, des amusements, etc., la visite du jour de l\u2019An, la brassée de savon, la cueillette des fruits, le violoneux, etc.Donnera la nostalgie aux anciens et piquera la curiosité des jeunes.Alain PrÉMOISAN: Les Cahiers de Cécile.Confidences d\u2019une prostituée.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, 1965, 200 pp.Témoignage sur la vie d\u2019une prostituée d\u2019après les notes laissées par elle-même.Cécile finit par être recueillie par un groupe sympathique et se convertit.Gilles Dandurand: L\u2019apostasie tranquille au Québec.\u2014 Montréal, 1966, 160 pp.Plaidoyer pour un catholicisme social au Québec.Une phrase de l\u2019Introduction résume bien le ton et le contenu de l\u2019ouvrage: « Le nom de catholique est devenu gênant pour beaucoup, et cela pour la bonne raison qu\u2019ils ne vivent plus selon les exigences morales de leur foi catholique; au lieu de réformer leur vie en conséquence, ils préfèrent réformer les structures selon une nouvelle conscience non confessionnelle.» Heinz SCHURMANN : Le récit de la dernière Cène.\u2014 Lyon (11, rue Sainte-Hélène), Editions Xavier Mappus, 1966, 96 pp.Etude critique sur la genèse du récit de la dernière Cène.Conclusion de TA.: « Mettons-nous donc toujours de nouveau à l\u2019école des apôtres qui nous ont montré dans le récit de la dernière Cène comment nous devons imiter le Seigneur.» Chanoine Paul Thone: Notre perpétuel secours: La Sainte Vierge dans notre vie (108 pp.).- L\u2019Evangile de la Samaritaine (110 pp.).- Henriette Robi-TAILLE: Le saint que j\u2019ai rencontré (96 pp.).\u2014 Château-Richer, P.Qué., Editions Marie-Médiatrice, 1966.Trois petits livres sur des sujets de spiritualité: la Sainte Vierge, la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, la vie de saint François d\u2019Assise.Jean Loisy: De la mort à l\u2019espérance.-Charles Hauret: Initiation à l\u2019Ecriture Sainte.Coll.« Beauchesne -, nos 13 et 14.-\u2014 Paris, Beauchesne, 1966, 160 et 220 pp.A la suite de la mort de sa femme, Jean Loisy médite sur le sens de la vie et de la mort.En quelques pages, M.Hauret condense de précieuses informations sur la tradition orale, la formation de la littérature biblique, l\u2019origine divine de l\u2019Ecri- ture, les principes de lecture et d\u2019interprétation, etc.Luce Laurand: Saint Pierre, le prince des Apôtres.- Georges Rideau: Saint Antoine de Padoue.Coll.
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