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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1967-07, Collections de BAnQ.

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[" revue du mois, numéro 318, montréal, juillet-août 1967, prix 50* RELATIONS Les Canadiens français * et la Confédération La dénatalité et la reprise de la natalité en France Marshall McLuhan.\u2014 Lionel Groulx.\u2014 Le tribunal Russell.\u2014 Grève tournante à l\u2019Hydro-Qué-bec.\u2014 Ma vie de femme.\u2014 Le théâtre au Festival de l\u2019Expo. SOMMAIRE JUILLET-AOÛT 1967 Editoriaux.191 Lionel Groulx.\u2014 Le rappel des Casques bleus.\u2014 Grève tournante à l\u2019Hydro-Québec.\u2014 L\u2019Année de la foi.Articles Marshall McLuhan : maître à penser de L\u2019ÂGE ÉLECTRONIQUE.Paul Warren 194 Les Canadiens français et LA Confédération.Richard Arès 196 La dénatalité et la reprise de la natalité en France.Stanislas de Lestapis 199 Le tribunal Russell.Luigi d\u2019Apollonia 205 Ma vie de femme.Claire Campbell 206 La Philosophie du côté de Québec .Irénée Champagne 208 Chroniques Au service du français: Le français des Français.Joseph d\u2019Anjou 209 Méditation: L\u2019important sans importance .Paul Fortin 209 Le théâtre au Festival de l\u2019Expo Georges-Henri d\u2019Auteuil 210 Le Soulier de Satin.¦\u2014- Il faut passer par les nuages.\u2014 Le Bourgeois Gentilhomme.\u2014 Le Roi Salomon et le Savetier.\u2014 Hamlet.\u2014 Measure for Measure.\u2014 La Muraille de Chine.\u2014 La Tragédie du roi Christophe.\u2014 La Poudre aux yeux.\u2014 Le Knack.Au fil du mois.213 Expo 67: des réalités visibles aux invisibles.\u2014 Deux cents étudiants en théologie réfléchissent sur les transformations du milieu québécois.\u2014 Colloque sur la Nouvelle Critique.\u2014 La famille dans le monde moderne.Les livres.215 Notes bibliographiques.222 Ouvrages reçus.III RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil.Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements: 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité: Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur V éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.L\u2019IMPRIMEUR DE LA REINE, OTTAWA désire rappeler qu\u2019il détient l\u2019agence exclusive de vente au Canada pour 19 organisations internationales Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce Assemblée de l\u2019Union européenne occidentale Agence internationale de l\u2019énergie atomique Bureau international du travail Commonwealth Economie Committee (anglais seulement) Conseil de l\u2019Europe Cour internationale de justice Gouvernement de la Nouvelle-Zélande (anglais seulement) Institut de l\u2019Unesco pour l\u2019éducation LES CATALOGUES GATT UEO AIEA BIT CEC CE CIJ GNZ IUE Organisation de l\u2019aviation civile internationale OACI Organisation des états américains (Union panaméricaine)\tOEA Organisation des Nations Unies\tONU Organisation météorologique mondiale\tOMM Organisation mondiale de la santé\tOMS Organisation pour la coopération et le développement économiques\tOCDE Organisation pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture OAA Publications filmées d\u2019art et d\u2019histoire (UNESCO)\tPFAH Unesco\tUNESCO Union internationale des télécommunications UIT VOUS PARVIENDRONT SUR DEMANDE Les publications des organisations internationales sont en vente chez L\u2019IMPRIMEUR DE LA REINE, OTTAWA et aux librairies de l\u2019Imprimeur de la Reine : 0 OTTAWA: Edifice Daly, angle Mackenzie et Rideau\t0 WINNIPEG: 499, avenue Portage (Mail Centre) 0 TORONTO: 221, rue Yonge\t0 VANCOUVER: 657, rue Granville 0 MONTREAL: Edifice Aetema-Vie, 1182 ouest, rue Sainte-Catherine 0 HALIFAX: 1735, rue Barrington ENCOURAGEONS NOS ORGANISATIONS INTERNATIONALES montréal juillet-août 1967 numéro 318 RELATIONS £ji to riaux IAonel Groulx UN homme est mort et tout un peuple, en son cœur, a pris le deuil.Entre cet homme et ce peuple l\u2019identification était complète, en ce sens que l\u2019homme recueillait en lui-même ce qu\u2019il y avait de meilleur en ce peuple et qu\u2019il en faisait resplendir dans sa personne les qualités les plus belles: l\u2019esprit, le cœur, le courage, la dignité, le travail acharné, la fierté, la foi indéfectible.Avec Henri Bourassa, Lionel Groulx fut au xxe siècle la plus haute et la plus hère incarnation du Canada français.Durant plus de soixante ans, il participa à toutes ses luttes, à toutes ses tristesses comme à toutes ses joies; il le défendit par la plume et par la parole, sur toutes les tribunes, contre tous ses assaillants.A ce peuple enclin à douter de lui-même, de son rôle et de ses chances de survie en Amérique, il présenta des raisons de vivre, il reconnut une mission et traça un idéal à poursuivre.Parce que cet homme a ainsi vécu, pensé, écrit, le Canada français est aujourd\u2019hui ce qu\u2019il est et, s\u2019il lui demeure fidèle, fidèle à sa vision du passé et à son idéal d\u2019avenir, fidèle à ses orientations et à ses directives, il sera grand demain.Cet homme était un prêtre, à la foi vigoureuse e^ rayonnante, un prêtre qui imposait le respect du caractère sacré dont il était revêtu, parce que lui-même, le premier, il respectait ce caractère.Jamais il ne crut JUILLET-AOÛT 1967 nécessaire ni opportun, pour accomplir son œuvre, de se départir de ce caractère, voire de le dissimuler.Fier de son Église plus encore que de sa nationalité, il en voyait, certes, les faiblesses et les lacunes, mais aussi les grandeurs et le rôle unique auprès du peuple cana-dien-français.Il refusa toujours de s\u2019en faire l\u2019accusateur public et de se joindre aux entrepreneurs en démolition.Pour durer et pour croître, sa renommée n\u2019eut jamais besoin de ces succès faciles.Jusqu\u2019à la fin, il vit dans le catholicisme l\u2019une des notes distinctives et nécessaires du peuple canadien-français.Dans le dernier livre qu\u2019il a composé, il lui rappelle encore sa vocation chrétienne: Rien ne peut changer notre vocation, notre destinée.Plus que jamais, nous devons être des hommes de foi, des témoins.Plus que jamais, il faut des croyants qui ne perdront pas la tête, mais mettront l\u2019homme à son humble place devant Dieu.Au reste, si petits, si miséreux que nous soyons, nous sommes quand même appelés, ainsi que tous les peuples chrétiens, à la plus grande entreprise de l\u2019histoire, à la ressaisie de l\u2019homme anxieusement voulue par le Christ, à reconstituer cet homme en sa grandeur surnaturelle.Nous sommes appelés à rebâtir la civilisation humaine, civilisation de fraternité qu\u2019appellent tant de masses dans les affres de la faim et même du désespoir » (Chemins de l'avenir, 1964, pp.153-154).A Relations aussi son influence s\u2019est exercée.Ami fidèle, à l\u2019occasion collaborateur, il ne nous fit jamais défaut dans le besoin: il savait que nous défendions les mêmes causes et poursuivions le même idéal.Par sa pensée il y fut souvent l\u2019inspirateur et le guide; comme bien d\u2019autres, nous lui devons beaucoup.191 Le rappel des Casques bleus T es casques bleus: force militaire fut-elle jamais ^ moins belliqueuse que ces sentinelles postées dans les sables du désert et près des eaux de Tiran ?Aussi l\u2019étonnement fut général lorsque, ayant reçu l\u2019ordre de les retirer, U.Thant obtempéra sur le champ au lieu d\u2019en appeler à l\u2019Assemblée générale.Le Canada, en particulier, était consterné.Que le secrétaire général de l\u2019O.N.U.eût dû profiter de son prestige, de son altitude pour gagner du temps, c\u2019est lui reprocher en somme une faute de tactique.Toutefois, un événement aussi grave que la guerre ne s\u2019explique pas par une fausse manœuvre.Depuis 1949 que l\u2019O.N.U.laisse ouvertes des blessures brûlantes! Le problème des réfugiés, l\u2019entêtement arabe à refuser l\u2019existence à Israël, les menaces d\u2019extermination au lieu des procédures de conciliation, le blocus des voies maritimes au lieu de la liberté de transit, et, au heu du développement économique et social, « nouveau nom de la paix », les fournitures militaires aux deux camps, les coups demain, les représailles: la fureur latente a fini par éclater.Mais comment pourrait-on blâmer l\u2019O.N.U.?Il faut voir les choses comme elles sont.L\u2019O.N.U.se compose d\u2019États-membres chacun si jaloux de sa souveraineté qu\u2019il refuse d\u2019en sacrifier la moindre parcelle à une société qui serait autre chose qu\u2019une société d\u2019États pleinement indépendants: la société mondiale politiquement organisée qu\u2019exige la mutuelle interdépendance des peuples.Nous en sommes loin! « Aucune puissance au monde ne pourra nous obliger à renoncer à nos droits sacrés », proclamait le président Nasser, aux acclamations de la foule.Nasser est un dictateur médiocre, puissant en paroles, dira-t-on.Sont-ils donc si nombreux à l\u2019O.N.U.les membres qui, dans ses couloirs et ses salles, tiennent un langage différent ?C\u2019est U.Thant qui a raison: « Le nationalisme, disait-il récemment à Montréal, a été et demeure encore la force la plus importante dans la vie des peuples, plus importante que les idéologies.Les crises présentes n\u2019ont pas tant pour cause de profondes convictions idéologiques que la force puissante des nationalismes.» La chose est si vraie que l\u2019Égypte était dans « son droit » lorsqu\u2019elle intimait aux troupes de l\u2019O.N.U.de plier armes et bagages.D\u2019ailleurs ces troupes de l\u2019O.N.U.étaient dites internationales par exagération.Venus de pays différents, mandatés par l\u2019O.N.U.pour un travail commun avec l\u2019assentiment particulier de l\u2019Égypte, Israël les ayant refusés, les Casques bleus n\u2019en demeuraient pas moins des soldats canadiens ou yougoslaves ou suédois.L\u2019idée d\u2019une société internationale armée d\u2019une autorité mondiale dont la fonction serait d\u2019assurer la justice et la paix par la loi n\u2019est pas une noble, belle et brillante idée, rêve des sages et rien de plus.Si elle n\u2019était qu\u2019une utopie, on ne la retrouverait pas dans l\u2019encyclique Pacem in terris, ni dans la constitution pastorale Gaudium et spes.Exigée par la vocation de l\u2019homme, cette idée fait partie de ce qu\u2019on peut appeler à juste titre la théologie politique de l\u2019Église.Présupposant l\u2019existence diversifiée des nations et la richesse infiniment variée des cultures et des tempéraments, elle est une idée difficile à réaliser à cause des conditions sociologiques et historiques qui pèsent sur l\u2019humanité.Raison de plus pour nous mettre immédiatement à la tâche et préparer la maison où nous voulons vivre demain.Grève tournante à VHydro-Québec TDendant plus d\u2019un mois, les employés de l\u2019Hydro- Québec ont appuyé leurs demandes syndicales par une grève d\u2019un genre à peu près inconnu jusqu\u2019ici en Amérique du Nord.Au lieu de quitter le travail en bloc et d\u2019une manière définitive jusqu\u2019à ce qu\u2019une entente soit intervenue, ils ont pratiqué une forme de grève tournante, frappant à l\u2019improviste tantôt un établissement de telle région, tantôt un autre.Ils assuraient en même temps les services essentiels.La grève tournante est alléchante.Elle affecte directement et, jusqu\u2019à un certain point, uniquement l\u2019employeur.A cause de son caractère sporadique et intermittent, elle désorganise la marche des travaux.Par contre, assurant les services essentiels, elle n\u2019affecte pas directement le public consommateur et les grévistes ne risquent pas de s\u2019aliéner l\u2019opinion publique.La grève tournante, néanmoins, ne comporte pas que des avantages.Ne parlons pas des inconvénients, mineurs mais réels, que la population subit: retard dans les installations, dans les réparations non urgentes, etc.Demandons-nous seulement si pareille grève est efficace et si elle est susceptible de hâter la solution équitable d\u2019un conflit.A première vue, par les ennuis qu\u2019elle cause à l\u2019employeur, elle paraît bien propre à le décider à l\u2019effort supplémentaire qu\u2019il finira par consentir.D\u2019un autre côté, on peut se demander si les inconvénients provoqués par la désorganisation que comporte le caractère brisé et inattendu des arrêts de travail affecte la direction même de l\u2019entreprise, celle qui prend les décisions finales dans la négociation.Ne sont-ce pas plutôt les contremaîtres, les cadres inférieurs et intermédiaires qui sont directement et 192 RELATIONS premièrement affectés?Diverses tentations solliciteront alors ces cadres: ou se faire les complices des grévistes, dans l\u2019espoir de bénéficier par la suite de ce que ceux-ci obtiendront; ou encore, exaspérés par une situation qui leur échappe totalement, en haut et en bas, déserter la société d\u2019État où ils se sentent des instruments inefficaces.Du côté des employés, ce sera peut-être la tentation de prolonger indûment la grève.La pression économique qui normalement pousse les grévistes aux concessions requises est ici presque absente.Chaque enveloppe de paye est diminuée du salaire des périodes de grève, mais l\u2019argent continue à rentrer.Comme le risque est grand que les arrêts intermittents s\u2019accompagnent d\u2019un sérieux ralentissement du travail, les employés pourraient finir par être payés pour faire la grève.La grève tournante, malgré tout, dans les grands services publics, demeure bien supérieure à l\u2019habituelle forme d\u2019arrêt complet de travail et de lutte à finir.Sa valeur principale lui vient de ce qu\u2019elle respecte le public.Même si elle n\u2019a pas une aussi grande force de pression pour la solution du conflit, elle n\u2019est pas dépourvue de cette force: la désorganisation de la production et la guerre des nerfs, à la longue, jouent de part et d\u2019autre; mais cela suffira-t-il ?Il reste qu\u2019il s\u2019agit encore d\u2019une arme de dernier recours, d\u2019une situation de conflit ouvert qui provoque toujours de sérieuses blessures.Notre société ne réus-sira-t-elle pas à trouver mieux, tout en sauvegardant les libertés fondamentales des individus et des corps intermédiaires ?17 juin 1967.IS Année de la foi 1\u2019insistance avec laquelle le Saint Père, cette année, parle de la foi, aux audiences générales qu\u2019il donne le mercredi dans la basilique Saint-Pierre, n\u2019est pas, soyons-en certains, un effet du hasard.Ni « l\u2019Année de la foi » qu\u2019il a proclamée en commémoraison du 19e centenaire de la mort à Rome des apôtres Pierre et Paul.Une situation existe dont personne mieux que lui n\u2019est en mesure d\u2019apprécier la gravité: Vous vivez, disait-il aux pèlerins le 12 avril, vous vivez tous au milieu d\u2019une société qui met votre foi à l\u2019épreuve.Vous ressemblez à des navigateurs dans une mer en tempête: la tempête de l\u2019incrédulité, de l\u2019irréligiosité, de la diversité des opinions, de la liberté et de la licence laissée aux manifestations contraires à la foi chrétienne, contraires au style de vie chrétien, à Dieu, au Christ, à l\u2019Eglise.De cette situation, l\u2019aspect le plus triste, à notre avis, est une certaine méfiance envers l\u2019autorité doctrinale de l\u2019Église, qui a, comme contre-partie, un certain préjugé favorable à tous les enseignements qui remettent en question fût-ce des vérités toujours crues et toujours professées dans l\u2019Église.Paul VI a décrit cette mentalité dans son allocution du 7 avril devant la conférence épiscopale d\u2019Italie: On préfère la mode à la vérité; le culte de la personnalité propre et de la liberté de conscience tourne en grégarisme servile.On n\u2019obéit pas à l\u2019Eglise, mais on fait confiance à la pensée d\u2019autrui et aux audaces irrespectueuses et utopiques de la culture actuelle, souvent superficielle et irresponsable.Le danger se présente d\u2019une désagrégation de la doctrine, et certains vont jusqu\u2019à penser que cette désagrégation est fatale.Nous n\u2019irons pas jusque-là.Chose certaine, beaucoup de catholiques vivent dans l\u2019Église comme des protestants, en en appelant constamment à la liberté de conscience : expression gravement équivoque qu\u2019on ne trouvera nulle part dans la déclaration du IIe concile du Vatican sur la liberté religieuse.Sans doute, est-ce librement qu\u2019on embrasse la foi catholique, puisque sans un acte libre il n\u2019y a pas d\u2019acte de foi.Cette démarche faite, me voilà lié à l\u2019Église, au magistère de laquelle je m\u2019abandonne en toute sécurité.Je ne puis plus distinguer entre dogmes et dogmes, car ces vérités forment un tout.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elles jouent toutes le même rôle dans l\u2019économie générale du salut.La Résurrection du Christ l\u2019emporte sur l\u2019Assomption de Marie.L\u2019une et l\u2019autre, cependant, sont des vérités définies dans lesquelles l\u2019autorité de l\u2019Église s\u2019est engagée au point où, si elle se trompait, son autorité doctrinale ne serait pas infaillible.C\u2019est-à-dire qu\u2019elle-même ne serait pas l\u2019Église instituée par le Christ et qu\u2019elle ne l\u2019aurait jamais été.Non, le catholique ne peut pas, parmi les dogmes, en prendre et en laisser, comme si la foi pouvait se composer, en son adhésion même, de beaucoup de croyance et d\u2019un peu d\u2019incroyance.C\u2019est même tout le contraire.Croire, c\u2019est dans et par l\u2019Église adhérer, personnellement et de toute son âme, au Christ, le Fils du Dieu vivant.Après plus de 60 ans, l\u2019Imprimerie du Messager doit cesser ses principales activités.Elle imprimait Relations depuis sa fondation en 1941.En ce dernier numéro qui sort de ses presses, nous tenons à rendre hommage à l\u2019excellent travail qu\u2019accomplissait cette équipe.Nous voudrions surtout la remercier de la qualité de sa compétence, de la fidélité de son dévouement ainsi que de son inaltérable patience.Pour Relations une nouvelle expérience commence: nous souhaitons qu\u2019elle soit aussi heureuse et efficace que celle qui vient de s\u2019achever.JUILLET-AOÛT 1967 193 Marshall McLuhan : le maître a penser de âge électronique Paul WARREN, S J.Aux États-Unis, les Écoles spécialisées dans les tech-L\\ niques des moyens de communications ont l\u2019ha- \u2022*- bitude d\u2019inviter, chaque semaine, un conférencier de renom.L\u2019an dernier, la grande salle de VAnnenberg School of Communication était remplie pour Lazersfeld (l\u2019un des plus grands sociologues américains), Osgood (le génial mais incompréhensible psycholinguiste de l\u2019Université de l\u2019Illinois), Oscar Lewis (anthropologue célèbre, auteur de The Children of Sanchez), Laszlo Benedek (cinéaste de La Mort d'un commis voyageur).Mais, pour le Canadien Marshall McLuhan l, c\u2019est toute l\u2019École qui fut littéralement envahie: dans toutes les salles, voire dans les corridors, on installa des appareils de télévision, afin de permettre à plus de mille personnes d\u2019assister à la conférence que le « grand homme » prononçait dans l\u2019auditorium et qu\u2019il avait intitulée: « De Gutenberg à Batman ».Cette affluence d\u2019auditeurs s\u2019explique par le fait que, depuis la parution en livre de poche d\u2019Understanding Media, McLuhan est devenu une figure controversée dans les milieux intellectuels américains.11 provoque de l\u2019enthousiasme, mais aussi et surtout, de l\u2019hostilité.Certains le tiennent pour un génie; d\u2019autres, nombreux, pour un charlatan ou un pseudo-prophète; la plupart, cependant, ne savent que penser.Quoi qu\u2019il en soit, il reste que les media ne cessent d\u2019honorer leur chantre: la radio et la télévision lui ont consacré maints programmes, et les grandes revues, des articles.De plus en plus, l\u2019homme est connu, et ses idées se propagent.Cette année, un Canadien, M.Jean Paré, traduira en français deux de ses volumes: Understanding Media et The Gutenberg Galaxy 2.\u201cLe medium est le message\u201d « Le medium est le message.» Cette petite phrase que McLuhan répète inlassablement à la télévision, dans ses articles, et surtout dans Understanding Media, n\u2019est guère 1.\tMcLuhan est né à Edmonton, Alberta, en 1911.Il étudia à l\u2019Université du Manitoba où il obtint son B.A.en 1933.Il poursuivit ses études en Angleterre, à l\u2019Université de Cambridge où, en 1943, il obtint un doctorat en littérature.De retour au Canada, il enseigna la littérature anglaise d\u2019abord à Assumption College (Windsor), puis à Saint Michael\u2019s College (Toronto).Actuellement, McLuhan est directeur du Centre de la Culture et de ta Technologie de l\u2019Université de Toronto.En 1951, McLuhan écrivit son premier livre, The Mechanical Bride : Folklore of Industrial Man, où il démontre l\u2019influence de la publicité et du cinéma sur le public nord-américain.Onze ans plus tard, en 1962, il publia The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographie Man pour lequel il reçut le prix du Gouverneur Général.E)ans cette importante étude, McLuhan explique le rôle de l\u2019alphabet phonétique et de l\u2019imprimerie sur le développement de la mentalité de l\u2019homme occidental.En 1964, McLuhan publie le livre qui devait le rendre célèbre, Understanding Media : The Extension of Man.2.\tLes Éditions HMH feront paraître en français The Gutenberg Galaxy, publié par la University of Toronto Press, et Understanding Media, édité par McGraw-Hill.Le premier de ces ouvrages paraîtra bientôt, le second à la fin de 1967.populaire dans les milieux de recherche américains.Et pour cause: affirmer que ce sont les media eux-mêmes, et non les informations qu\u2019ils véhiculent, qui influencent et transforment en profondeur les esprits et la mentalité d\u2019un milieu donné, c\u2019est aller à l\u2019encontre de toute une tradition sociologique et remettre en question une méthode de travail bien acquise.De l\u2019étude de Wilbur Schram sur la télévision et les enfants 3, McLuhan prétend qu\u2019étant une analyse statistique du contenu des programmes, des préférences des enfants, et du temps d\u2019écoute, elle ne dit absolument rien de valable.Schram ignore tout à fait la nature du medium électronique qu\u2019est la télévision.son approche du problème est purement littéraire 4.McLuhan s\u2019étonne également de ce que la Compagnie de Téléphone Bell, qui dépense des millions pour connaître le nombre de ses clients, la moyenne des appels que fait et reçoit chacun d\u2019eux, etc., ne s\u2019intéresse pas à des questions pour lui essentielles, par exemple, à la nature du medium, à l\u2019effet qu\u2019il produit sur le langage, sur les rapports humains 5 6.McLuhan doit beaucoup à Harold A.Innis qui, dans The Bias of Communication 6 et dans Changing Concept of Time 7, montre que le matériel sur lequel on écrit a souvent plus d\u2019importance que les mots eux-mêmes.Le fait, par exemple, que les rouleaux de papyrus égyptien ont dû, pour être conservés, être gardés au désert, a été la cause de l\u2019étalement des dynasties dans l\u2019espace et de l\u2019hégémonie des prêtres dans le temps 8.L\u2019idée centrale de The Gutenberg Galaxy est que le medium alphabet phonétique, abstraction faite de ce que l\u2019écrivain désire exprimer par son intermédiaire, porte en lui son propre message.Il structure l\u2019homme d\u2019une manière bien définie, du fait même qu\u2019il est composé de mots juxtaposés linéairement, selon une organisation grammaticale basée sur la segmentation logique du réel.« Le medium est le message »; pour McLuhan, l\u2019écriture phonétique, et surtout l\u2019écriture imprimée, a lancé l\u2019homme occidental sur les rails du progrès scientifique, mais en même temps l\u2019a profondément diminué dans ses dimensions humaines.Avec l\u2019apparition de l\u2019écriture phonétique, le tribalisme et la mentalité dite primitive, l\u2019intercommunication de l\u2019homme et de la nature, l\u2019identification-participation des hommes, l\u2019harmonie des sens internes et externes de l\u2019homme, bref, 3.\tTelevision in the Lives of Our Children, Stanford, California, University of California Press, 1961.4.\tUnderstanding Media, p.19.5.\tThe Gutenberg Galaxy, p.27.6.\tUniversity of Tororonto Press, 1951.7.\t\u201d\t\u201d\t\u201d\t\u201d\t1952.8.\tInnis est Canadien, et David Riesman, dans son livre Abundance For What ?(Double Day Anchor Book, New York 1964, p.398), note avec amusement que le fait que ce soit un Canadien qui, le premier, réfléchit sur ce thème n\u2019est pas fortuit: «Il est compréhensible qu\u2019un homme qui assiste au déboisement des forêts de son pays, au profit de l\u2019impérialisme américain, se mette à étudier ce genre de questions.» 194 RELATIONS le tout-à-la-fois-en-même-temps (« all-at-onceness ») de l\u2019homme pré-littéraire que Lévi-Straus a si bien décrit dans l'Âme sauvage commence à s\u2019affaiblir.C\u2019est le divorce entre l'homme et la nature, entre les hommes, entre l\u2019homme et ses sens.Détribalisant l\u2019homme, l\u2019écriture phonétique engendre le nationalisme et l\u2019individualisme; elle juxtapose les hommes les uns aux autres, elle les range en bataille comme les mots d\u2019une phrase.Comparant l\u2019écriture idéographique chinoise à la typographie occidentale, McLuhan note que l\u2019idéogramme, plus encore que l\u2019hiéroglyphe, est une « gestalt » complexe mettant en jeu tous les sens à la fois; alors qu\u2019au contraire, l\u2019alphabet phonétique provoque la séparation et la spécialisation des sens, parce que ses caractéristiques essentielles sont la linéarité, la segmentation et la répétition, lesquelles engendrent la psychose et l\u2019obsession.« Si la spécialisation, inhérente à l\u2019industrie et aux sciences appliquées, n\u2019a pas été dans le passé accessible aux Chinois, il semble bien, dit McLuhan, que la Chine, s\u2019orientant de plus en plus vers l\u2019alphabet phonétique, va très vite liquider son passé in toto et s'engager dans la voie occidentale.» 41 Hot Media \u201d et \u201c Cool Media \u201d McLuhan a une conception très large du medium.Dans Understanding Media, il étudie 30 media (l\u2019autoroute, l\u2019automobile, l\u2019avion, l\u2019horloge, la monnaie, les jeux, le téléphone, le cinéma, la télévision, etc.), qu\u2019il divise en deux groupes bien distincts, les « hot media » et les « cool media ».Est chaud, le medium qui exige peu ou pas du tout de participation de la part de l\u2019usager.Tout y est bien structuré: chaque élément existe de façon claire, il est logiquement lié aux autres, les points sont sur les « i », pour ainsi dire.Si bien que l\u2019usager de ce medium, n\u2019ayant rien à ajouter de son cru, n\u2019ayant pas à en joindre les parties, n\u2019a plus qu\u2019à se laisser passivement porter et entraîner par un mouvement qui se développe de lui-même.Le medium froid, au contraire, ne livre pas un réel structuré.Ainsi, il exige de l\u2019homme une participation et une activité plus intenses.En d'autres termes, le medium froid oblige celui qui s\u2019en sert à compléter personnellement un réel qui est véhiculé de façon incomplète.Le langage parlé est un medium froid.Son message n\u2019est pas complet en lui-même; celui qui l'entend doit sans cesse interpréter, déchiffrer une intonation, un regard, un geste, un silence, prolonger une phrase, la lier avec les autres.« Les hommes des civilisations orales, dit McLuhan, ont une intensité de participation extraordinaire.» Le téléphone est lui aussi un medium froid.Comme il ne véhicule que la voix, nos sens doivent venir à la rescousse de la parole pour compléter le tableau: nous jouons avec le fil, nous gesticulons, nous bougeons, nous dessinons (les murs des boîtes téléphoniques sont barbouillés de dessins).L\u2019écriture et le cinéma classique 9 sont des media chauds.Tout y est si bien structuré par la grammaire et le montage, que le lecteur et le spectateur, n'ayant pratiquement rien à découvrir, à apporter ou à compléter, n\u2019ont plus qu\u2019à s\u2019abandonner passivement à 9.McLuhan veut parler du cinéma de style eisensteinien, dont le montage analytique est celui de la production courante.La texture de ce cinéma découle directement, selon McLuhan, de l\u2019écriture phonétique.JUILLET-AOÛT 1967 un rythme (« story line ») qui se précipite de lui-même en avant.Les media chauds se sont développés surtout en Occident, à l\u2019époque industrielle en particulier, qui, selon McLuhan, commence avec Gutenberg.L\u2019imprimerie a fait passer l\u2019homme des antiques civilisations (où prédominent les media de participation, les media froids), à la civilisation individualiste des « spécialisés ».McLuhan fait dépendre de l\u2019imprimerie la mentalité qui a commercialisé l\u2019horloge qui fragmente le temps, la mécanique à chaîne qui segmente le travail, l\u2019automobile perfectionnée qui automatise le geste, le baseball qui compartimente et rationalise le jeu.Ces media sont tous chauds, car ils structurent le réel en compartiments et l\u2019engagent dans un engrenage organisé qui le lance en avant de façon linéaire; un réel en somme où tout est prévu, et qui n\u2019a plus besoin de la participation humaine pour exister.Ces media chauds, fils de l\u2019imprimerie mécanique, ont donné naissance à celui que McLuhan appelle « l\u2019homme littéraire et visuel », un homme à lunettes qui a privilégié un sens, la vue, et l\u2019a séparé des autres sens qui, partant, se sont endormis.Cet homme avance dans la vie comme un syllogisme, il est coupé de ses rêves qu\u2019il ne comprend plus et qu\u2019il considère comme illogiques (d\u2019où l\u2019œuvre de Freud qui est un cri d\u2019alarme).L'homme est devenu froid et insensible: Il est homme de l\u2019Angleterre du début du siècle et du capitalisme américain.Un homme capable de progresser étape par étape jusqu\u2019au dernier échelon d\u2019une échelle parfaitement structurée.McLuhan rejoint ici David Riesman.Le grand sociologue américain explique dans The Lonely Crowd 10 que l\u2019homme de l\u2019époque industrielle (« The inner oriented man »), fort de ses formules et de ses principes, fonce en avant, selon une ligne droite, dans un seul but, arriver au sommet.Un Monde nouveau « L\u2019homme littéraire et visuel » est en train de mourir.Voilà ce que McLuhan exprime à pleines pages dans son Understanding Media, et qu\u2019il répète à chacune de ses apparitions à la télévision.Les media froids deviennent de plus en plus importants: les jeunes recherchent les petites voitures et même dans les grands, avec l\u2019apparition des ceintures de sûreté, on retrouve une participation plus intense avec la route; les motocyclettes réapparaissent; le football, sport complexe, où tout se passe à-la-fois-en-même-temps, est en train de détrôner le baseball.Les frontières entre les pays tendent à disparaître, l\u2019univers devient comme un village global où tout veut participer à tout.Simultanément, et pour cause, les jeunes générations ressentent un besoin incoercible de toucher à tout, de tout expérimenter.C\u2019est comme si tous les sens à la fois se réveillaient et en même temps entraient en activité.McLuhan parle d\u2019une « retribalisation du monde ».Une retribalisation qui se fait, bien sûr, d\u2019une manière élargie, mais où le tout-à-la-fois-en-même-temps du tribalisme se retrouve.La linéarité et la segmentation analytique de la « story line » éclate, parce qu\u2019elles sont devenues inadéquates dans notre univers complexe du village global.Si les enfants ne savent plus écrire, s\u2019ils démantibulent la phrase et bousculent la syntaxe, c\u2019est qu\u2019il leur faut s\u2019exprimer comme James Joyce ou Picasso.La structure pyramidale de « l\u2019hom- 10.Yale University Press, New Haven, 1950, passim.195 me littéraire et visuel » s\u2019affaisse; elle devient une structure horizontale, en éventail, où l\u2019homme, situé au centre, se voit convié à une participation totale avec le monde global.Nous recevons de partout à la fois des millions de messages.McLuhan rejoint un des thèmes centraux du livre célèbre de William H.Whyte Jr., The Organization Man n.Whyte démontre que les jeunes américains s\u2019éloignent de plus en plus de la perspective linéaire et analytique qui est cellle de leurs parents.Ils désirent de moins en moins se spécialiser; à l\u2019université, ils font la navette entre trois ou quatre facultés à la fois.Ils ne cherchent pas non plus, lorsqu\u2019insérés dans un organisme, à monter, échelon par échelon, jusqu\u2019au faîte.Ce qu\u2019ils sentent grandir en eux, c\u2019est le désir de participer de l\u2019intérieur à toute la complexité de l\u2019organisme, à faire corps avec lui.11.Anchor Books Edition, 1957.Pour McLuhan, le village global que devient de plus en plus l\u2019univers est un médium froid, comme une mosaïque, une icône, une toile de Picasso ou un dessin de Seurat.Les rapports, les jointures entre les éléments de notre univers en voie d\u2019unification ne sont pas donnés (contrairement au réel structuré des media chauds).Il nous faut les chercher et les découvrir, exactement comme lorsqu\u2019on contemple une icône.C\u2019est la télévision qui, pour McLuhan, est le médium par excellence.Elle n\u2019est pas fille de la mécanique analytique comme l\u2019imprimerie et le cinéma; elle est née, ou plutôt, elle naît à chaque instant de l\u2019électronique.Et voilà qui change tout.Dans un second article, nous verrons ce qu\u2019est la télévision pour Marshall McLuhan.Il est, je pense, le premier penseur à avoir réfléchi sur ce medium d\u2019une manière vraiment originale.Les Canadiens français et la Confédération Bienfaits et méfaits d'un régime Richard ARÈS, S.J.IL Y a quarante ans, à l\u2019occasion du soixantième anniversaire de la constitution de 1867, la revue Y Action française de Montréal publiait un numéro spécial (mai-juin 1927) a)ant précisément pour titre: « Les Canadiens français et la Confédération canadienne ».Chargé de formuler nos sentiments à l\u2019égard de la Confédération, Antonio Perrault résumait sa pensée en ces deux mots dont il coiffait son article: «Déceptions et griefs».La loi de 1867, écrivait-il, reconnaît l\u2019union de deux éléments ethniques, son idée dominante est celle d\u2019un contrat, d\u2019un traité entre deux races; la base de cette union fut l\u2019égalité parfaite de traitement entre les deux groupes ethniques consentant à signer cette convention politique.Les Canadiens français en ont toujours respecté les clauses; en retour, « que leur valut cette alliance ?Comment furent-ils traités par l\u2019autre partie contractante?Ont-ils raison de regretter ou de se réjouir ?» Perrault répondait à ces questions en formulant ses déceptions et ses griefs; il en concluait la liste par cette règle pratique concernant la conduite à tenir lors des fêtes du soixantième anniversaire: Célébrons, si l\u2019on y tient, mais avec réserve et dignité.Nos cocontractants doivent comprendre que nous ne sommes point satisfaits du passé et que si nous consentons au maintien de la Confédération, c\u2019est dans l\u2019espoir que les années prochaines seront marquées de plus de justice et de loyauté.Ces « années prochaines », dont parlait Perrault en 1927, sont depuis bien longtemps écoulées: furent-elles marquées, comme il l\u2019avait alors espéré, par plus de justice et de loyauté?En 1967 comme en 1927, on presse les Canadiens français de participer aux fêtes \u2014 cette fois, aux fêtes du centenaire \u2014 de la Confédération canadienne, mais aujourd\u2019hui comme alors, ils ne peuvent éviter les questions de leurs devanciers: que leur a valu cette alliance ?Comment furent-ils traités par l\u2019autre partie contractante?Ont-ils raison de nourrir des regrets ou de se livrer à la joie?Voici un essai de réponse, qui tient compte des avantages et des inconvénients, du bien et du mal que le peuple canadien-français a retirés de sa participation, depuis 1867, à la Confédération canadienne.I.\u2014 LES BIENFAITS DU RÉGIME Pour apprécier équitablement un régime politique, il ne suffit pas de le considérer en soi, dans l\u2019abstrait ou sur le papier, il faut surtout voir comment il s\u2019adapte à un peuple, à ses besoins, à ses aspirations, à sa mentalité.Au moment où le nouveau régime va s\u2019établir, qu\u2019en est-il du peuple canadien-français ?Il est alors un tout petit peuple, d\u2019à peine un million, incorporé de force dans un empire étranger et encore en tutelle, mais c\u2019est aussi un peuple qui entend conserver son identité et qui lutte pour se faire reconnaître le droit de vivre en tant que communauté nationale distincte au Canada.L\u2019Acte d\u2019Union de 1840 lui a été hostile, mais pour bien peu de temps; maintenant, sa langue est officiellement reconnue et, dans la conduite des affaires gouvernementales, il jouit de l\u2019égalité.Le régime issu de l\u2019Union, 196 RELATIONS cependant, est en équilibre instable et ne saurait être que provisoire.1867 y met fin et inaugure un nouveau système de gouvernement.Qu\u2019apporte de positif et d\u2019avantageux au peuple canadien-français ce nouveau régime?Trois choses, principalement.1.\tLa réunion, en un seul pays et sous un même État, de tous les groupements français de VAmérique du Nord britannique.\u2014 Jusque-là, c\u2019est-à-dire de la Conquête à la Confédération, le Canada français s\u2019est borné à la vallée du Saint-Laurent; avec le nouveau régime, il va pouvoir s\u2019étendre en quelque sorte d\u2019un océan à l\u2019autre et s\u2019incorporer tous les établissements français déjà existant dans ces immenses territoires.D\u2019énormes possibilités lui sont alors offertes, dont la moindre n\u2019est certes pas celle d'une reconstitution de la Nouvelle-France à l\u2019échelle du continent.Un sentiment de solidarité rapproche tous ces groupes français, solidarité fondée non seulement sur la même langue et sur la même culture \u2014 comme ce fut longtemps le cas pour les Franco-Américains \u2014, mais aussi sur le fait d\u2019habiter un même pays et de pouvoir se dire les citoyens d\u2019un même État.A cet égard, la Confédération aura été pour le Québec un puissant appel à sortir de lui-même, à regarder au-delà de ses frontières, à faire sienne la cause des autres groupements français au Canada et à se sentir responsable de leur survivance.Aujourd\u2019hui, certes, on ne peut s\u2019empêcher de constater que la réalité n\u2019a pas correspondu aux espoirs d\u2019il y a un siècle, mais la faute en est moins à la Confédération elle-même qu\u2019aux hommes qui l\u2019ont faite ce qu\u2019elle est devenue.2.\tLa présence de certaines garanties constitutionnelles concernant la langue et l'école.\u2014La constitution de 1867 a été la première depuis un siècle à reconnaître aussi explicitement les droits de la langue française et de l\u2019école catholique.Sur le papier au moins, ces garanties constituaient un gain fort appréciable; même si, en pratique, elles se sont révélées trop souvent inefficaces, leur présence dans la constitution demeure une sauvegarde et offre aux Canadiens français une base solide pour revendiquer leurs droits et réclamer justice.Ainsi, par exemple, l\u2019article 133, garantissant une place au français dans les grands organismes fédéraux est, en définitive, responsable du fait que Radio-Canada s\u2019efforce d\u2019assurer aux Canadiens français vivant hors du Québec des programmes dans leur langue à la radio et à la télévision.3.\tLa possession par le Québec de véritables pouvoirs étatiques.\u2014 La Confédération a reconnu au Québec une existence juridique et politique distincte, et elle a, de fait, remis entre les mains de la majorité canadienne-française le soin de gouverner la province et d\u2019en orienter la destinée.Jamais encore, pas même avec l\u2019Acte constitutionnel de 1791, les Canadiens français n\u2019avaient acquis autant de liberté collective, autant de pouvoirs étatiques, ni ne s\u2019étaient vu remise une aussi grande responsabilité politique.Désormais, le Québec aurait à lui son parlement, son gouvernement avec pouvoirs exécutif et législatif, son organisme judiciaire; il aurait pleine autorité sur les questions de propriété et de droit civil, sur l\u2019enseignement, les ressources naturelles ainsi que sur l\u2019organisation sociale de la province.Bref, en 1867, après un siècle de mise en tutelle et de luttes pour s\u2019en libérer, les Canadiens français JUILLET-AOÛT 1967 obtenaient le droit de se gouverner eux-mêmes au Québec dans les matières qui touchaient de plus près à la vie même de leur communauté nationale.On peut penser ce qu\u2019on voudra de cette expérience québécoise du gouvernement autonome et regretter, par exemple, que le Québec n\u2019ait pas exercé avec plus d\u2019efficacité et de liberté ses propres pouvoirs; le fait demeure qu\u2019ils sont en eux-mêmes, pour la communauté canadienne-française, d\u2019une importance vitale et que le Québec les doit à la constitution de 1867.II.\u2014 LES MÉFAITS DU RÉGIME Si la Confédération nous a été bienfaisante, au moins en ces trois points, d\u2019où vient que tant de Canadiens français lui soient aujourd\u2019hui hostiles et refusent d\u2019en célébrer dans la joie le centenaire?La Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme a bien constaté ce fait et répondu en partie à la question.Le Canada, a-t-elle écrit dans son Rapport préliminaire de 1965, traverse la crise majeure de son histoire: «Tout se passe comme si l\u2019état de choses établi en 1867.était pour la première fois refusé par les Canadiens français du Québec.C\u2019est le Canada français qui, par ses porte-parole, se déclare insatisfait de l\u2019état de choses actuel et assure qu\u2019il est victime d\u2019inégalités inacceptables.» De quoi donc les Canadiens français ont-ils à se plaindre ?Quels sont, à l\u2019égard de la Confédération, leurs « déceptions et griefs » ?De quels méfaits la chargent-ils ?La liste est longue et déjà bien connue, car elle a été souvent dressée, publiée, proclamée, surtout en ces dernières années.Elle se résume, cependant, assez bien en un triple refus essuyé par les Canadiens français au cours du siècle écoulé.1.Le refus de reconnaître à la communauté nationale canadienne-française le droit d'exister comme telle en dehors du Québec.\u2014 C\u2019est là le principal grief que les Canadiens français adressent au régime établi par la Confédération de 1867, c\u2019est la blessure qui saigne et qui fait frémir d\u2019indignation et crier à l\u2019injustice, c\u2019est la cause de la plupart des difficultés actuelles entre les deux communautés nationales.La majorité n\u2019a pas voulu que le nouveau Canada soit réellement un pays anglo-français, comme l\u2019avait été sous l\u2019Union l\u2019ancienne province du Canada; elle a profité du fait que la communauté canadienne-française était devenue une minorité numérique dans l\u2019ensemble du pays pour lui refuser une place à part, un statut officiel, pour lui accorder protection et assistance, non seulement dans les vieilles provinces de l\u2019Est, mais encore dans ces nouvelles provinces qui allaient surgir dans l\u2019Ouest canadien et renfermaient déjà d\u2019importants groupes de langue française.Aux lendemains de 1867, un nouveau Canada s\u2019édifiait, qui aurait pu être bilingue, biculturel, voire binational.Un moment, les Canadiens français crurent qu\u2019ils pourraient partout s\u2019y établir avec leur langue, leur religion et leurs institutions, et que pour eux ce serait encore la patrie.L\u2019illusion fut de courte durée: si, en tant qu\u2019indi-vidus ils parvenaient sans trop de peine à se faire accepter, en tant que communauté nationale ils n\u2019y ont pas réussi.Pour survivre, ils ont dû ne compter que sur eux-mêmes, se saigner à blanc, bâtir leurs propres écoles, maintenir 197 tant bien que mal leurs institutions.Us ont survécu, certes, mais à quel prix: aujourd\u2019hui, le tiers d'entre eux, plus de 400,000 sur 1,200,000 ont abandonné leur langue maternelle! Pour qui sait l\u2019importance du nombre dans la lutte pour la survivance française au Canada, de telles pertes prennent figure de catastrophe nationale.Ce traitement brutal réservé aux leurs et cette désastreuse hémorragie ont fini par convaincre un bon nombre de Canadiens français qu\u2019il n\u2019y avait pour eux d\u2019avenir et de patrie que dans le seul Québec et qu\u2019il leur fallait renoncer au rêve d\u2019un grand Canada français s\u2019étendant de l\u2019Atlantique au Pacifique.Ils estiment la Confédération responsable de ce qui est arrivé, responsable du refus que leur communauté nationale a constamment essuyé dans ses tentatives de faire du Canada tout entier sa patrie.2.\tLe refus d'accorder, dans les organismes fédéraux, Légalité de traitement et de chances à la langue et à la culture de la communauté canadienne-française.\u2014 L\u2019article 133 de la constitution garantissait au français un statut égal à celui de l\u2019anglais dans les grands organismes fédéraux.A partir de cet article, la Confédération aurait pu se développer, au moins à Ottawa et dans les services dépendant du gouvernement fédéral, sous le signe de l\u2019égalité.A une condition cependant: que la majorité fasse preuve de largeur d\u2019esprit, voire de générosité, car, dans les circonstances, la langue et la culture de la minorité étaient bien celles qui avaient le plus besoin de la protection et de l\u2019aide de l\u2019État, pour que s\u2019établisse en pratique l\u2019égalité.Non seulement cette condition fit défaut, mais durant longtemps la culture canadienne-française fut complètement ignorée à Ottawa et le français relégué au rang de langue de traduction, quand encore traduction il y avait ou qu\u2019il n\u2019était pas simplement interdit de le parler dans certains ministères.Il faut reconnaître qu\u2019en ces derniers temps la situation s\u2019est améliorée, mais nous sommes encore loin de cette égalité de traitement et de chances que l\u2019État central aurait dû se fixer pour objectif s\u2019il avait vraiment voulu gagner les Canadiens français à la cause de la Confédération.On a tellement tardé à prendre les mesures concrètes qui s\u2019imposaient en ce domaine que, devant tant d\u2019inertie et d\u2019hostilité, bon nombre de Canadiens français en sont maintenant venus à considérer Ottawa comme le gouvernement national des seuls Anglo-Canadiens et à faire du Québec l\u2019État national des Canadiens français.La majorité recueille ainsi les fruits de sa politique: alors qu\u2019elle parle volontiers de nation canadienne, la minorité, de son côté, affirme de plus en plus qu\u2019elle constitue une nation: la nation canadienne-française, voire, comme disent certains, la nation québécoise.3.\tLe refus de respecter Lautonomie et le caractère différent du Québec.\u2014 A ces deux premiers griefs à l\u2019égard de la Confédération s\u2019en ajoute un troisième propre au Québec.Le Québec, que la chose plaise ou non, affiche un caractère différent, n\u2019est pas une province comme les autres.Il est la première patrie d\u2019une communauté homogène, qui y est enracinée depuis plus de trois siècles et y a toujours formé l\u2019immense majorité de la population.Pour lui, l\u2019autonomie provinciale n\u2019est pas une affaire de luxe, c\u2019est une question de responsabilité vitale à l\u2019égard de la communauté nationale dont il a la charge.Or, au cours du siècle qui vient de s\u2019écouler, le Québec a dû constamment se défendre contre les tentatives fédérales pour restreindre ou envahir son champ de juridiction ainsi que pour l\u2019assimiler lui-même à toutes les autres provinces.Si le Québec avait cédé à ces tentatives, il serait maintenant complètement en tutelle et n\u2019existerait plus en tant qu\u2019État.Un moment vint même où Ottawa détenait toutes les principales sources de revenu et dictait sa loi aux provinces; le Québec dut traverser seul ce moment et au prix de quelles coûteuses privations! Encore aujourd\u2019hui, il doit affronter un gouvernement central qui paraît décidé à lui refuser le droit d\u2019être différent, le droit en tout cas à un traitement spécial ou particulier.Ces continuelles escarmouches, au cours desquelles les deux gouvernements, au lieu d\u2019agir en collaborateurs désireux de réussir une œuvre commune, se posent en rivaux, quand ce n\u2019est pas en adversaires, sont loin d'aider au Québec la cause de la Confédération.Dans la pensée d\u2019un grand nombre de Franco-Québécois, en effet, État central et Confédération s\u2019identifient, le premier se faisant le gardien et le défenseur de la seconde, et celle-ci portant la responsabilité des fautes de celui-là.D\u2019où l\u2019amertume que plusieurs, déçus par l\u2019attitude d\u2019Ottawa à l\u2019égard du Québec, déversent sur la Confédération elle-même.* * * On voit, à la suite de ces considérations, quelles difficultés pose aux Canadiens français le centenaire de la Confédération canadienne.S\u2019ils regardent ce que celle-ci leur donnait à ses débuts (réunion en un seul corps des groupements français d\u2019Amérique, garanties constitutionnelles spéciales, pouvoirs étatiques pour le Québec), ils ne peuvent que se sentir disposés à la gratitude; si, par contre, ils fixent les yeux sur les déboires, les tracasseries, les inégalités et les injustices qu\u2019ils ont endurés de la part de la majorité (refus de la liberté nationale en dehors du Québec, refus de l\u2019égalité à Ottawa, attaques sans cesse renaissantes contre l\u2019autonomie québécoise), comment pourraient-ils célébrer dans la joie le centenaire d\u2019un régime qui leur a valu tout cela ?L\u2019histoire nous apprend que les nations oublient plus vite le bien reçu que le mal.La nation canadienne-française ne fait pas exception: des cent ans de régime fédératif qu\u2019elle vient de vivre, elle a tendance à retenir d\u2019abord et surtout le souvenir des injustices qu\u2019elle a subies et des obstacles que l\u2019on a posés à son essor tant au Québec que dans le Canada tout entier.Pour que s\u2019apaise cet irritant souvenir et s\u2019amorce la réconciliation, l\u2019espoir ne suffit plus dont parlait Antonio Perrault en 1927, «l\u2019espoir que les années prochaines seront marquées de plus de justice et de loyauté ».Les Canadiens français sont devenus impatients, ils ne veulent plus se contenter d\u2019un espoir.Ils réclament des actes, des garanties, des gages.Quand ils auront acquis la conviction qu\u2019il y a une place et un avenir: dans tout le Canada pour leur communauté nationale, dans les organismes fédéraux pour leur langue et leur culture, dans la collectivité canadienne pour un Québec pleinement autonome et différent, alors ils pourront célébrer dans la joie leur participation à la Confédération.En attendant que ces choses arrivent et que cette conviction se forme en eux, il ne faudrait pas trop se surprendre de leur réserve et de leur silence.198 RELATIONS La dénatalité et la reprise de la natalité en France Stanislas de LESTAPIS, S.J.Plusieurs s'inquiètent aujourd\u2019hui de la baisse toujours croissante de la natalité au Québec et se demandent quels moyens prendre pour y remédier.A la demande du Conseil de la Vie française, le P.de Lestapis, professeur de sociologie familiale à V Institut catholique de Paris, a écrit une étude sur l'expérience française en ce domaine.Le Conseil a bien voulu nous autoriser à publier cette étude, qui intéressera sûrement nos lecteurs.Répondant à l\u2019aimable invitation du Conseil de la Vie française en Amérique, nous proposerons ici même quelques réflexions qu\u2019a pu nous suggérer l\u2019expérience de dénatalité vécue pendant plus d\u2019un siècle et demi par la nation française, heureusement corrigée et renversée par une reprise démographique en 1942.I LA DÉNATALITÉ AU XIXe SIÈCLE Le fait Ce phénomène qui couvait déjà, peut-on dire, sous la France d\u2019Ancien Régime \u2014 (d\u2019après les témoignages de divers auteurs, les pratiques de prévention des naissances dans le mariage sont déjà assez répandues dès 1760-1770) \u2014 va se manifester sans ambiguïté possible avec les générations nées en 1861.C\u2019est-à-dire qu\u2019avec ces générations-là, la population française ne se reproduit plus, le taux de reproduction effective de 100 femmes nées en 1861 et parvenant à l\u2019âge de la fécondité, c\u2019est-à-dire 15 ans, décroche pour la première fois de l\u2019unité.Ces 100 femmes n\u2019auront pas 100 filles parvenant à leur tour à l\u2019âge de 15 ans, mais sensiblement moins à mesure que la fin du siècle approchera.Reproduction effective à Générations nées en :\t15 ans 1826-1830 :\t98 1831-1835 :\t98 1836-1840 :\t99 1841-1845 :\t100 1846-1850 :\t101 1851-1855 :\t100 1856-1860 :\t100 1861-1865 :\t98 1866-1870 :\t95 1871-1875 :\t92 1876-1880 :\t92 1881-1885 :\t86 1886-1890 :\t83 1891-1895 :\t79 1896-1900 :\t77 1901-1905 :\t84 La reprise de la natalité française ne s\u2019amorcera que plus de 60 ans plus tard en 1938, avec des générations de femmes nées en 1907.Le phénomène s\u2019affirmera nettement et sans équivoque possible en 1942; et, en 1947, le taux de reproduction des générations recommencera à être supérieur à l\u2019unité.(Population, 1950, n.1, 15-34.) En somme, la France aura vécu ce phénomène de dénatalité croissante au cours de 6 décennies, en gros de 1880 à 1940.Mais ce mouvement de décroissance présente, à l\u2019encontre des pays voisins, deux caractéristiques entièrement originales: JUILLET-AOÛT 1967 a) Les premiers symptômes de cette baisse se déclarent en France près de 80 ans avant l\u2019Angleterre et la Suède; b) le mouvement se produit lentement en France, alors qu\u2019une fois déclenché en Angleterre et en Suède, il s\u2019y exprimera de façon brutale.La comparaison entre l\u2019accélération des baisses successives du taux de natalité dans ces trois pays le montre éloquemment.Taux de natalité France Angleterre et Galles Suède Vers 1750\t:\t35 à 40\t\u2014-\t35 à 40 1801-1810\t31.2\t\u2014\t30.9 1811-1820\t31.8\t\u2014\t33.4 1821-1830\t31.0\t\u2014\t34.6 1831-1840\t29.0\t\u2014\t31.5 1841-1850\t27.4\t32.6\t31.1 1851-1860\t26.3\t34.1\t32.8 1861-1870\t26.3\t35.2\t31.4 1871-1880\t25.4\t27.2\t30.5 1881-1890\t23.9\t24.1\t29.1 1891-1900\t22.2\t35.4\t27.1 1901-1910\t20.6\t32.5\t29.8 1911-1913\t18.8\t29.9\t23.5 1920-1930\t19.0\t19.0\t18.2 1931-1939\t15.7\t15.0\t14.4 Le contexte psycho-social de cette baisse En France, la dénatalité fait son œuvre, on peut le dire, à l\u2019insu des intéressés, des pouvoirs publics, et même des observateurs possibles.En effet, la sociologie et la démographie n\u2019étaient pas encore nées, du moins avec leurs techniques modernes d\u2019observation et d\u2019analyse.La population française augmentant d\u2019année en année grâce à une longévité plus grande, et à une baisse constante de la mortalité, le phénomène de diminution de la fécondité resta quasi dissimulé.Lorsque le docteur Bertillon poussa, vers les années 1896, un cri d\u2019alarme, il ne fut ni entendu ni pris au sérieux par l\u2019ensemble de la nation.Le pays ne se doutait pas qu\u2019avec une population de 28.2 millions d\u2019habitants en 1800, il était sur la voie de tomber à 22.7 millions en 1936 au lieu des 41.1 millions effectifs s\u2019il n\u2019avait pas eu la chance d\u2019un afflux de population dû à l\u2019allongement de la vie d\u2019une part, et à une forte immigration étrangère de l\u2019autre.Autrement dit, la France de la « belle époque » côtoyait des abîmes sans s\u2019en douter.Elle élevait même à la hauteur de principe d\u2019économie nationale, ses réflexes de restriction malthusienne qu\u2019elle vivait en toute sécurité comme s\u2019il se fût agi là d\u2019un exploit de maîtrise, d\u2019une sagesse de prudence inégalée par les autres nations! Mal thus avait créé le malthu- 199 sianisme en Angleterre, c\u2019était la France qui s\u2019en était arrogé l\u2019application! Les causes Quel facteur pouvait expliquer cette « bonne conscience », cette situation soi-disant confortable de notre pays ?Probablement le fait que la France, même gravement touchée par les guerres de l\u2019Empire et de la Révolution française, vivait encore sur un capital prodigieux de richesse, d\u2019épargne et de travail, ce qui lui permettait de profiter largement de la deuxième révolution économique, celle qui se réaliserait avec l\u2019avènement de l\u2019électricité, du moteur à explosion, de la chimie, etc.L\u2019euphorie pouvait être entretenue du fait d\u2019un exode de population rurale qui, commencé dans les années 30, venait apporter constamment à l\u2019industrie une force de travail inespérée.La « misère imméritée » des travailleurs était masquée par le boom économique qui enrichissait la capitale et les grandes villes.Le capitalisme profitait à une bourgeoisie d\u2019affaires, tandis que se créait une prolétarisation ouvrière inédite jusque là.Une nouvelle classe également se constituait: les fonctionnaires, 140,000 en 1878; 442,000 en 1900.Dans ce contexte de bourgeoisie et de capitalisme libéral, le développement de la population apparaissait aux bien-nantis comme un danger.Pour assurer leur avoir et « pousser » leurs enfants, les classes bourgeoises eurent des familles restreintes: moins de berceaux et plus de bacheliers.1,500 conscrits bacheliers en 1878; 6,700 en 1912.Le plus extraordinaire est que ce climat de défaitisme sous le rapport de la natalité, devait gagner par contagion les classes habituellement prolifiques.Les paysans furent éprouvés par la crise agricole.Les ouvriers furent atteints par une propagande qui dénonçait la natalité comme une cause de misère pour la classe ouvrière.Celle-ci était considérée comme « l\u2019armée de réserve du capitalisme » et « chair à canons ».Ce fut dans les années 80-90 que se répandit la doctrine néomalthusienne, non seulement dans les classes riches, mais aussi dans les masses populaires.Un universitaire, Paul Robin, organisait à Paris en 1900 le premier Congrès international pour la limitation des naissances.Bien avant la guerre de 1914, des livres de propagande anti-conceptionnelle furent édités et tirés jusqu\u2019à 150,000 exemplaires, ils préconisaient même l\u2019avortement.De nouvelles conditions sociales faites aux travailleurs urbains favorisaient du reste cette « grève des ventres » prêchée par les syndicats: l\u2019émancipation de la femme par le travail en dehors du foyer, l\u2019affaiblissement de la puissance paternelle du fait que le père, en devenant salarié d\u2019usine, perdait le fleuron que lui donnait jadis la direction d\u2019une exploitation agricole ou d\u2019un petit métier artisanal; l\u2019insuffisance du logement urbain n\u2019incitaient pas à accroître le nombre des enfants par famille.A ces causes générales qui allaient bientôt s\u2019emparer également des autres populations européennes, il faut ajouter pour la France agricole l\u2019obligation du partage successoral, la division obligatoire du patrimoine.Cette cause eut surtout de l\u2019influence dans les régions déchristianisées, au sud de la Garonne et dans le sud-est où avaient sévi des campagnes anticléricales d\u2019un certain radicalisme politique.On ne peut en effet minimiser, quelque difficile que soit son évolution en chiffres, la déperdition démographique due à la perte du sentiment religieux de certaines masses rurales et, plus tard, du prolétariat urbain.On a souvent plaqué l\u2019une sur l\u2019autre la carte démographique de la France et la carte de la pratique religieuse et cru discerner certaines frontières communes entre les deux.A.Sauvy propose une explication pour rendre compte de ce parallélisme.« Au xvie siècle, dit-il, la religion chrétienne a subi une crise grave.Dans certains pays, comme l\u2019Espagne, l\u2019Italie, l\u2019autorité de l\u2019Église romaine est restée suffisante.Dans d\u2019autres, comme l\u2019Angleterre, les Scandinaves, la religion a été adaptée à la mentalité des hommes.Entre les deux, la France s\u2019est trouvée en situation particulière: après des guerres meurtrières, le catholicisme a imposé sa loi, mais ce fut une imposition, une contrainte, avec adaptation imparfaite.Il en résulte un malaise diffus, qui ne se manifeste pas nécessairement par des actes de révolte, mais qui se traduit par une moindre obédience, par une plus grande propension à l\u2019affranchissement.La France souffre en somme, d\u2019une « réforme rentrée ».Le refus prématuré de l\u2019enfant est venu de là.» Que la dénatalité soit la conséquence d\u2019une « réforme rentrée » ou d\u2019une « fronde anticléricale » séquelle du ressentiment du tiers-état contre l\u2019association des deux ordres privilégiés de l\u2019Ancien Régime, toujours est-il que là où la foi chrétienne n\u2019animait plus profondément les structures familiales de la nation, ou n\u2019y laissait subsister qu\u2019un vague « ordre moral », la dénatalité fit rapidement irruption.Philippe Aries dans son ouvrage Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie depuis le XVIIIe siècle a tenté une analyse de cette corrélation pour les populations françaises, spécialement celle de l\u2019Aquitaine.Il a même appelé ce phénomène: « l\u2019évaporation humaine ».Quand la foi n\u2019est plus vraiment créatrice d\u2019espérance, d\u2019amour et de gratuité, il est assez compréhensible que l\u2019appel de l\u2019enfant à l\u2019existence subisse les conséquences d\u2019un calcul rationaliste.Si l\u2019intérêt n\u2019étouffe pas totalement l\u2019amour, il le mine quand même sourdement.Force est alors d\u2019en venir aux « techniques » qui ont permis cette dénatalité en France.Le passage d\u2019une fécondité libre à une fécondité dirigée ne s\u2019est pas fait en raison de facteurs biologiques mais bien d\u2019interventions délibérées grâce à des manœuvres anticonceptionnelles.Le procédé le plus courant, on s\u2019en doute, a été dans les populations de France, le rapport interrompu, la douche vaginale également, et, à un moindre degré, depuis 1880, les préservatifs masculins.Le retard de l\u2019âge au mariage, qui avait joué autrefois pour modérer la dimension des familles, n\u2019avait plus guère d\u2019intérêt que dans certaines populations rurales pauvres, restées pratiquantes.On a trouvé cette coutume en Bretagne comme en Irlande.De toute façon, quelles que soient les techniques employées, celles-ci ont été efficaces car on a pu calculer que la réduction des naissances en France au cours du XIXe siècle avait été telle que si notre population s\u2019était au contraire comportée à la manière de la population britannique pendant ce siècle, notre pays actuellement compterait 92 millions d\u2019habitants au lieu de n\u2019en comporter que 50.Cotes d'alarme : 1911 et 1937 : A la veille de la première guerre mondiale, la population de la France ne représentait plus avec ses 39.6 millions d\u2019habitants que 9% de celle de l\u2019Europe, au lieu de 14% en 1850.Sur 11.6 millions de familles en 1911, 50% n\u2019ont qu\u2019un ou deux enfants, 15% n\u2019en ont point du tout, 10% seulement en ont plus de 5.L\u2019excédent des naissances sur les décès s\u2019établit aux alentours de 25,000.En 1911, la cote d\u2019alarme est passée: l\u2019année enregistre un déficit de 33,000 naissances par rapport aux décès.La stagnation de la population française cette fois crève les yeux.200 RELATIONS Les autorités publiques et même religieuses prennent peur.Mgr Rumeau, évêque d\u2019Angers, et Mgr Lecœur, évêque de Saint-Flour, dénoncent en 1912 le fléau de la dénatalité.Bientôt suivis par d\u2019autres évêques: Verdun, Cahors, Viviers, Versailles, etc,.tandis que d\u2019autres mandements épiscopaux se centrent sur la rénovation du mariage (1913: Saint-Dié, Saint-Claude, Bordeaux, Fréjus, Toulon, etc.).Et la guerre de 1914 éclate! Cela n\u2019allait pas arranger les choses.8,5 millions d\u2019hommes sont incorporés dans l\u2019armée.Les usines d\u2019armement attirent femmes et ruraux.Diminution des mariages \u2014 pénurie des naissances pendant ces années de séparation des foyers de mobilisés.Soit près de 2,5 millions de naissances en moins.Le pays par ailleurs subit une saignée dont il ne se relèvera jamais: 1,3 million de morts dans les rangs d\u2019hommes jeunes en âge de procréer, et 2 millions de blessés et de mutilés.Les 39,6 millions de 1911 sont réduits en 1921, à 37,5 dont 1,4 million d\u2019étrangers.La main-d\u2019œuvre n\u2019est plus suffisante pour reconstruire le pays et développer son industrie.La France ouvre ses portes à l\u2019étranger.Ceux-ci seront au nombre de 3 millions en 1930.La nation va-t-elle se mettre pour autant à procréer ?Hélas! le mal est profondément ancré dans les esprits et les cœurs.L\u2019excédent annuel des naissances sur les décès passe en 1921 de 84,600 à 58,100 en 1925, et à 31,800 en 1930.Il fallut à nouveau qu\u2019en 1937 le nombre des cercueils dépassât celui des berceaux pour que l\u2019opinion et les pouvoirs publics s\u2019en inquiètent.En 1937, il y eut un déficit de naissances chiffré à 22,100.Le taux de reproduction net tombe à 87.La cote d\u2019alarme est à nouveau largement dépassée.A vrai dire, le phénomène de la dénatalité n\u2019est pas uniforme.Une partie de la France continue à avoir un taux de reproduction favorable.C\u2019est la région située en gros au nord d\u2019une ligne Bordeaux-Paris-Grenoble.Le midi méditerranéen est le plus atteint avec un taux de natalité de 12 à 14%.Le sud-ouest également voit ses campagnes se vider de jeunes foyers faute de ressources locales.La région parisienne qui reçoit sans cesse l\u2019afflux des campagnes n\u2019en rehausse pas pour autant sa fécondité.Elle maintient celle-ci au niveau très bas de 13% naissance.Les pouvoirs publics ont alors un sursaut.Le 29 juillet 1939 \u2014 il était temps! \u2014- le Gouvernement fixe le cadre d\u2019une véritable politique nataliste dans ce qui s\u2019est appelé le « Code de la famille ».Dès 1916, en effet, quelques industriels du sud-est avaient pris l\u2019initiative de lancer des allocations familiales.La chose avait été bien vue.Elle aboutissait en 1932 à une loi rendant obligatoire la création de Caisses de compensation à l\u2019intérieur de chaque branche professionnelle.Le Code de la famille reprenait, en les élargissant, ces mesures.Il étendait le régime des allocations à tous les salariés, artisans et exploitants agricoles à partir du 2e enfant.La France possédait ainsi les bases d\u2019une politique démographique cohérente.Elle ne fera par la suite que l\u2019améliorer.II LE REDRESSEMENT DÉMOGRAPHIQUE FRANÇAIS Le fait Le redressement démographique français a été d\u2019autant plus spectaculaire qu\u2019il était moins attendu et qu\u2019il s\u2019est amorcé à la période la plus tragique de la récente histoire JUILLET-AOÛT 1967 de notre pays: lors de l\u2019occupation de notre territoire par le IIIe Reich, soit en 1942.Et d\u2019abord, les pertes de la seconde guerre mondiale sont sans comparaison possible avec celles de la première.La France a eu beau compter 600,000 décès dus à la guerre, dont 150,000 victimes civiles et en plus 200,000 morts en déportation en Allemagne, le nombre de familles brisées ou non constituées du fait d\u2019un décès a été beaucoup moindre.Entre 1939 et 1945, 10,000 familles soit 0.07 des familles de France s\u2019étaient trouvées brisées alors qu\u2019au cours de la guerre 1914-1918: 870,000 familles, soit 6.7% des familles françaises le furent.Mais surtout le comportement à l\u2019égard de la natalité a subi en 1942 une très nette mutation.Esquissée mais difficilement visible avant cette date, cette augmentation de la natalité n\u2019a pas été seulement due aux naissances retardées du fait du million de prisonniers de guerre.(On a pu, en effet, chiffrer ces naissances différées à 300,000 entre 1940 et 1945).Or, de 1946 à 1949, il y eut 3,160,000 naissances légitimes.Si l\u2019on prend les cohortes de femmes ayant atteint 40 ans en 1947, le taux de fécondité de ces cohortes s\u2019est avéré supérieur à toutes les prévisions qu\u2019on aurait pu faire en se basant sur le comportement des générations de femmes nées entre 1863 et 1907.C\u2019est même à partir de 1947 que l\u2019on constate un taux de reproduction des générations supérieur à l\u2019unité.Autant dire que désormais les générations françaises réussissent à se renouveler.Depuis 1946, jusqu à présent, le nombre moyen des naissances annuelles est supérieur à 800,000.L\u2019excédent des naissances sur les décès est le suivant: Moyenne annuelle\t1946-1950\t325,000 1951-1955\t275,000 1956-1960\t296,000 Le solde est nettement positif; cependant il y a une centaine d\u2019années, malgré une population beaucoup moins importante, le nombre des naissances atteignait plusieurs fois le million.C\u2019est dire qu il existe incontestablement une restriction de naissances, au moins une modération dans l\u2019appel lancé à la vie.Nous reviendrons plus loin sur ce point.Les causes A quoi attribuer cette reprise démographique ?Les causes en sont diverses et difficiles à jauger l\u2019une par rapport à l\u2019autre.Il y a un nombre légèrement plus considérable de mariages chaque année: 350,000 en 1964 au lieu d\u2019une moyenne de 315,000 pour la période 1955-1960.Mais comme les générations actuelles semblent se marier plus jeunes, le renouveau de natalité doit être certainement attribué à un nouveau comportement des jeunes foyers.Notre Institut d\u2019Études Démographiques a dès lors étudié la fécondité selon la durée du mariage.Il en ressort très nettement que pour des mariages ayant duré moins de 5 ans, le nombre des naissances vivantes sur la base de 1,000 mariages est sans cesse en croissance depuis 1946.Naissances vivantes d\u2019une année sur la base de 1,000 mariages au cours des 5 premières années de mariage : 1946: 1,226 naissances 1950:\t1,239\t» 1955:\t1,245\t» 1960:\t1,290\t» 1963:\t1,342\t» 201 Il est donc visible que les foyers ont normalement plus d\u2019enfants durant les 5 premières années de leur union mais, chose intéressante, au cours des 5 années suivantes le phénomène est parallèle du moins à partir de 1957.Naissances vivantes d'une année sur la base de 1000 mariages de la 5e à la 10e année de mariage : 1947\t646\tnaissances 1950\t657\t» 1955\t631\t» 1960\t674\t» 1963\t692\t» Et si l\u2019on prend maintenant les naissances vivantes rapportées à 1,000 mariages ayant duré au moins le temps de la fertilité de la femme, on arrive aux chiffres suivants: Mariages \u2014 Promotion 1947: 2,465 naissances 1950: 2,390\t» 1955: 2,331\t» 1960: 2,417\t» 1963: 2,500\t» Quelques réflexions Sur ces données, on peut hasarder quelques réflexions: il n\u2019est pas impossible que non seulement les mesures législatives concernant la famille et les allocations familiales n aient pas été les seules causes de ce redressement.Tout le monde est, en effet, déjà d\u2019accord pour attribuer à la publication et à la mise en exercice du Code de la famille ce redressement de la natalité.Cependant, ce redressement démographique durant toujours et même continuant à s\u2019affirmer, il n\u2019est pas impossible que le redressement économique de la France et un certain état de sécurité qui s\u2019ensuit, ait trouvé son écho dans le comportement conjugal.La France en effet connaît la situation paradoxale d\u2019une part d\u2019une population très vieille, puisque le pourcentage des personnes de plus de 60 ans continue à augmenter, mais en même temps l\u2019afflux des jeunes générations nées depuis 1946 et leur accession à l\u2019âge du mariage et de 1a.procréation contribuent à rajeunir le pays et à lui donner une vitalité inconnue depuis le début du siècle.Dans son rapport à la commission parlementaire chargée d\u2019examiner la proposition de loi de M.Neuwirth, tendant à modifier les articles 3 et 4 de la loi du 31 juillet 1920 (sur l\u2019avortement et la contraception), il est noté au chapitre relatif à la démographie: « Peut-être la France doit-elle la plupart de ces nouveaux berceaux à un sentiment de sécurité accrue et à un état d\u2019esprit particulier flottant dans « l\u2019air du temps » (p.63).Il est en effet probable que l\u2019absence de guerre ces toutes dernières années et un chômage vraiment minime inspiraient un état d\u2019euphorie que n\u2019avait pas connu la France depuis longtemps.Mais ceci dit, il est périlleux de s\u2019avancer davantage car, comme le remarque le Professeur Sauvy « la psychologie de la famille est très subtile et il est pratiquement impossible de la pénétrer de façon parfaite ».Un renouveau d\u2019amour pour l\u2019enfant a certainement existé et se maintient.Cependant, toutes les campagnes de presse orchestrées ces dernières années autour du problème de la contraception, de la pilule, etc.n\u2019ont pas été sans influencer également le comportement conjugal.III LA FAMILLE FRANÇAISE CONTEMPORAINE ET LA CONTRACEPTION Des comportements contraceptifs certains Le redressement de la natalité en France ne doit pas donner le change, il s\u2019accompagne de comportements contraceptifs absolument certains.Un rapport de l\u2019Institut National d\u2019Études Démographiques au ministère des Affaires Sociales sur la régulation des naissances en France a tenté de chiffrer les conséquences de cette attitude contraceptive.« Si la France, déclare ce rapport, avait eu en 1963 les taux de fécondité légitimes qu\u2019on observe en régime de fécondité non dirigée, il y aurait eu à peu près 2 millions de naissances.Mais les données dont on dispose sur la fécondité non dirigée se rapportent à l\u2019ancienne Europe ou aux pays sous-développés de l\u2019époque actuelle.C\u2019est-à-dire à des situations où les intervalles entre naissances sont plus longs que dans un régime de fécondité non dirigée qui s\u2019instaurerait aujourd\u2019hui en Europe: 2,5 années dans le premier cas et 2 années dans le second.Il faut donc majorer de 25% les 2 millions de naissances, soit 2,5 millions.On a observé en 1963 un peu plus de 800,000 naissances légitimes.On a donc évité 1,7 million de naissances ».(Population, 1966, n.4, pp.563-654.) Sur ce nombre de naissances évitées, on peut considérer que 250,000 sont hélas! dues à des interruptions provoquées de grossesse, et 150,000 à des fausses couches.Le reste des naissances évitées, soit 1,3 million, l\u2019aurait été par des mesures préventives de grossesse.Si l\u2019on se place au point de vue que nous avons adopté dans cette étude sur le déclin et la reprise de la natalité en France, que signifie ce phénomène de prévention de grossesse chiffré à 1,7 million?Ce n\u2019est plus ici la démographie, mais la sociologie qui doit tenter une réponse.On sait, en effet, que deux phénomènes apparemment identiques comportent cependant des motivations totalement différentes.Une prévention de grossesse peut être, en effet, le fruit d\u2019un certain esprit de panique et d\u2019angoisse en face de la maternité.Il peut être au contraire un sens accru de ses responsabilités, une volonté de donner le jour à bon escient, dans les conditions d\u2019espacement des naissances les meilleures.La première attitude est de soi incompatible avec une forte natalité, la seconde, qui se différencie totalement d\u2019une reproduction instinctive et animale, est au contraire favorable à une natalité que nous appellerons humaine et raisonnable.Dans la période que nous vivons actuellement, les deux attitudes se trouvent inextricablement mêlées au sein d\u2019une même population, le caractère passionnel qu\u2019ont mis les grandes associations de Family Planning pour prêcher une sorte de croisade antipopulationniste, n\u2019est pas fait pour aider ces attitudes à se démêler.Même avant de recourir à la réflexion, \u2014 seule capable de déterminer les critères objectifs susceptibles de faire discerner une planification des naissances de type antinataliste, d\u2019une régulation de la fécondité propice au vœu créateur humain, il est un signe distinctif déjà suffisamment parlant de ces deux sortes de fécondité dirigée à savoir: le comportement du couple au cas où une grossesse indésirée se présente.En effet, on n\u2019a pas tort de penser que si la grossesse indésirée est maintenue et respectée jusqu\u2019à l\u2019accouchement y compris, malgré les inconvénients réels ou apparents 202 RELATIONS qu\u2019elle présente de l\u2019avis du couple, on ne se trouvera pas vraisemblablement devant une planification des naissances de type antinataliste.Au contraire, lorsque la grossesse indésirée donne lieu à une interruption délibérément provoquée par le couple ou par l\u2019un des conjoints, il est à présumer que l\u2019on se trouve alors devant un planning de type antinataliste.Un vieux proverbe français dit que « l\u2019arbre tombe généralement du côté où il penche ».Contraceptifs et avortements Or, ce qu\u2019on possède actuellement de statistiques \u2014 et l\u2019on est encore dans ce domaine au début \u2014 prouve que la généralisation légale des techniques contraceptives au sein d\u2019une population accroît toujours dans celle-ci le taux d\u2019avortements, c\u2019est-à-dire la proportion d\u2019avortements annuels par rapport au nombre total de grossesses ou de naissances de l\u2019année.Le Dr Koya, ex ministre de la Santé au Japon, l\u2019a clairement affirmé, et même en a expliqué la raison lors du 2e Congrès mondial de la Population à Belgrade en septembre 1965.L\u2019éducation contraceptive, a-t-il dit en substance, qui ne consiste qu\u2019à faire connaître la manière efficace d\u2019utiliser des contraceptifs ne change absolument pas, dans une population habituée à l\u2019avortement comme au Japon, son attitude antérieure, et donc ne réduit pas son penchant à l\u2019avortement si celui-ci existel.Lors donc que des grossesses indésirées se manifestent, celles-ci seront au moins autant interrompues qu\u2019auparavant.Chose apparemment plus paradoxale encore, même dans une population jusque là relativement réfractaire à l\u2019avortement \u2014 ce sont des démographes indiens qui en ont fait la remarque \u2014 l\u2019éducation contraceptive se bornant à enseigner l\u2019efficacité seule, développe le penchant à l\u2019avortement.Les grossesses indésirées qui se manifestent encore malgré la contraception, et même parfois d\u2019autres grossesses un instant désirées par le couple, prises dans ce climat et ce contexte implicitement hostiles à la vie, font plus souvent qu\u2019auparavant l\u2019objet d\u2019interruptions délibérément provoquées 2.Nous pourrions appuyer ces dires, de statistiques empruntées à bien d\u2019autres pays 3.La chose était passée inaperçue.Elle commence enfin à se révéler.Par contre, il est manifeste \u2014 quoique ici les statistiques soient encore insuffisantes \u2014 que dans le groupe des couples qui ne recourent pas aux techniques contraceptives pour obtenir une légitime régulation des naissances, mais à des 1.\tYoshio Koya, M.D.\u2014 Some essential factors for fertility control in Japan.\u2014 Communication au IIe Congrès mondial de la Population, Belgrade, 1965\u2014 B.13 159.2.\tVoir les affirmations du Lieutenant-Colonel B.L.Raina, directeur du Directoire Général du Family Planning des services de Santé au Ministère de la Santé de New Delhi.Family Planning News (Bulletin officiel du Ministère de la santé) septembre 1963, p.179 « He (the director) also highlighted the fact that the highest incidence of abortions is in the groups of those who have been using contraceptives and where unwanted pregnancies have occurred by accident ».\u2014 S.N.Agarwala (Institut de développement économique de New-Delhi), a repris cette affirmation à son compte dans la même revue Family Planning News, décembre 1964, p.5.« The stronger case in favour of abortion comes from regular contraceptors who may be burdened with an unwanted pregnancy because of contraceptive failure.» 3.\tVoir notre chapitre Sociologie de la régulation des naissances dans l\u2019ouvrage collectif « Pour une formation des foyers éducateurs ».2e édition, 1967.Editions Mappus, Lyon, Le Puy.JUILLET-AOÛT 1967 conduites de continence, l\u2019avortement en cas de grossesse indésirée est exceptionnel4.Tout se passe, en effet, comme si dans cette catégorie, le recours aux maîtrises de continence confirmait les deux conjoints non seulement dans un mutuel amour et un mutuel respect de leurs deux personnalités, mais en outre dans un commun amour et respect pour les potentialités de vie de leur être conjugal.On retrouverait donc ici par voie d\u2019expérience ce que l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Église a depuis toujours, au cours des siècles, cherché à inculquer à ses fidèles \u2014 avec des argumentations, on veut bien l\u2019avouer, plus ou moins heureuses: à savoir qu\u2019un amour conjugal authentique met sous le même signe du respect et du refus de tout attentat non seulement l\u2019intégrité physique de la vie conçue, mais aussi l\u2019intégrité physique de la source immédiate de cette vie: l\u2019acte conjugal lui-même.Par voie de corollaire, on devrait également vérifier que quiconque professe n\u2019avoir aucune raison de respecter l\u2019intégrité physique de l\u2019acte conjugal, s\u2019engage dans une logique qui l\u2019amène, à son insu, mais bon gré mal gré, à dénoncer tôt ou tard, sous un prétexte ou sous un autre, le respect de l\u2019intégrité physique d\u2019une vie conçue, comme une opinion surannée et dépassée.IV PROJET DE LÉGISLATION FRANÇAISE SUR LE DROIT DES COUPLES À UNE RÉGULATION DES NAISSANCES Si l\u2019on nous permet de revenir, pour terminer, à la France, et à l\u2019intérêt que celle-ci a de soutenir sa natalité, tout en envisageant l\u2019adoption d\u2019une législation qui reconnaisse le droit du couple à une régulation de sa fécondité, nous avons peut-être raison de penser que le rapport du Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille sur la régulation des naissances 5 et les projets de loi sur la contraception et l\u2019avortement qui y sont annexés, comportent des mesures très sages et en particulier deux initiatives excellentes: Deux mesures très sages La première initiative est l\u2019institution d\u2019un pluralisme des approches au problème d\u2019une fécondité dirigée.En effet, aussi bien ce rapport du Haut Comité de la population que le rapport parallèle de la commission parlementaire appelé rapport Neuwirth laissent clairement entendre que l\u2019approche des techniques contraceptives ne recevra aucun monopole de droit ni de fait dans la nation, mais que l\u2019autre approche que nous avons dénommée « maîtrises de continence » et que ces documents appellent « éducation conjugale » ou « conseil conjugal » aura tout autant droit d\u2019être prise au sérieux par les pouvoirs publics pourvu que les intéressés se donnent la peine d\u2019en organiser les Centres et d\u2019en vulgariser l\u2019enseignement.La seconde initiative, très sage également, consiste en une série de « mesures complémentaires » à la reconnaissance légale du droit du couple conjugal à la régulation des nais- 4.\tA L\u2019Ile Maurice: Résultats d\u2019un sondage sur l\u2019utilisation des maîtrises de continence pour la régulation des naissances, dans Fiches documentaires de C.L.E.R., n.34, janvier-février 1966, pp.19-26.Voir aussi le Bulletin de l\u2019Action Familiale de cette même Ile Maurice (secrétariat Rose Hill, Ile Maurice, Océan Indien).5.\tLa régulation des naissances, rapport du Haut Comité consultatif de la Population et de la famille.Editions La Documentation française \u2014 16, rue Lord Byron, Paris 8e, 1967.203 sances.Ces mesures complémentaires font l\u2019objet de la deuxième partie du rapport du Haut Comité consultatif.En effet, puisqu\u2019en enseignant la contraception sous le seul signe de l\u2019efficacité, on est, de l\u2019avis même de démographes japonais ou indiens, convaincu de ne rien changer par là au penchant qu\u2019une population peut avoir pour l\u2019avortement, mais plutôt de l\u2019aggraver, ne convient-il pas, qu\u2019en instaurant une possibilité de recours aux techniques contraceptives, les pouvoirs publics s\u2019efforcent de contrebalancer et de contrebattre ses conséquences prévisibles ?D\u2019où la nécessité de créer tout un ensemble de mesures favorables au vœu créateur de l\u2019enfant, aussi bien au sein des foyers, qu\u2019en dehors.Sous ce chapitre sont prévues: une information sérieuse de la nation à l\u2019encontre des slogans ou des fausses évidences indûment jetés dans le public, une politique familiale du logement, du travail de la femme, de l\u2019aide à l\u2019éducation, à l\u2019apprentissage, à l\u2019orientation professionnelle de la jeunesse, etc.Le Haut Comité estime, en plus, qu\u2019une action particulière doit tendre à favoriser tout spécialement la venue au monde du quatrième enfant.En effet, avec la généralisation de méthodes contraceptives efficaces, il est à craindre, compte tenu des observations de l\u2019Institut National d\u2019Études Démographiques rappelées plus haut, « que les familles de 4 enfants et plus se fassent plus rares et que le phénomène ait des incidences importantes sur le taux global de la natalité 6 ».On ignore peut-être comment c\u2019est le groupe, relativement restreint pourtant, de ces familles de 4 enfants et plus qui ont, aux heures sombres de la dénatalité de notre pays, sauvé la nation.« Ces familles de 5 (et plus) enfants survivants de moins de 21 ans n\u2019étaient en 1946 en France que 2.8% de toutes les familles ayant des enfants survivants de moins de 21 ans.Et pourtant ce tout petit nombre de familles assurait le quart de la relève, soit 24.6% des enfants de moins de 21 ans 7.» CONCLUSION Que pouvons-nous conclure de cette étude sur l\u2019expérience de dénatalité vécue par la France et heureusement corrigée par une reprise démographique depuis 1942 ?1.\tQu\u2019un phénomène psycho-social de défaveur envers la fécondité ne s\u2019aperçoit pas tout de suite, ou du moins ne 6.\tRapport Neuwirth, document n.2203 de l\u2019Assemblée Nationale (annexe au procès-verbal de la séance du 1er décembre 1966).7.\tRésultats statistiques du recensement général de la population 1946; tome IV, Familles P.U.F.1953, pp.CVIII-CX.Cité dans notre ouvrage « La limitation des naissances », p.86.« JÇe temple de la lumiete » Beldnd Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques JEAN BÉLAND, Ino.président \u2022t directeur général P., 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal 274-2465* s\u2019apercevait pas au temps où faisaient défaut des Instituts d\u2019études démographiques et des analyses un peu poussées des facteurs de population.2.\tQu\u2019en tout cas, l\u2019opinion publique est toujours prête à faire d\u2019énormes contresens sur son état véritable, se croyant ou pas assez nombreuse (ce fut le cas de la France d\u2019Ancien Régime) ou s\u2019estimant trop prolifique (cas de la majorité des nations de type occidental au xxe siècle).Ce qui suppose qu\u2019une information est absolument indispensable à donner à l\u2019opinion publique, généralement mal renseignée par la grande presse, quand bien même celle-ci ne se laisse pas entraîner, par l\u2019appât de profits financiers, à flatter les erreurs du public.3.\tQu\u2019il faut suivre de très près le facteur de fécondité, en en ventilant les données, compte tenu des années de durée des mariages.Seul ce facteur est, en effet, suffisamment précis pour livrer le taux de reproduction d\u2019une génération à un moment donné.4.\tQu\u2019il faut se méfier d\u2019une civilisation tendant à devenir presque exclusivement une civilisation de la consommation et du confort.Les esprits, en effet, y sont alors naturellement enclins à donner la primauté aux valeurs d\u2019utilité sur les valeurs gratuites de création, à préférer le capital matériel au capital humain, et finalement à s\u2019habituer à la vie en circuit fermé, toutes choses dont la première victime est la famille volontairement nombreuse et avec elle le « vœu créateur » de l\u2019amour humain.5.\tQu\u2019il faut éviter de confondre planification des naissances par simple recours aux techniques contraceptives avec régulation de la fécondité par éducation des conduites et des maîtrises de continence; qu\u2019il ne faut pas non plus identifier instruction contraceptive visant à la seule efficacité avec éducation intégrale de la personne humaine et du couple conjugal sous tous ses aspects essentiels.Sinon, on risque de développer à son insu un réflexe antinataliste qu\u2019il sera par la suite très difficile de compenser et surtout de corriger.6.\tQue la reconnaissance légale par les autorités publiques d\u2019un droit fondamental du couple à une régulation réfléchie de sa fécondité implique, par prudence, au moins dans le contexte de notre civilisation occidentale, deux conditions péremptoires: a) l\u2019organisation d\u2019un pluralisme de droit et de fait des deux approches au problème d\u2019une fécondité dirigée: l\u2019approche des techniques contraceptives en vertu des libertés à reconnaître à des populations dans nos régimes démocratiques, libertés qui ont pour fondements le droit à la recherche de la vérité; l\u2019approche des conduites de maîtrise et de continence en vertu des exigences inscrites au cœur même de la personne humaine et du couple conjugal.h) La mise en place de mesures complémentaires et compensatoires (allocations familiales, logement, aide à l\u2019éducation, etc.) aux effets nocifs indirects que, dans la conjoncture actuelle, l\u2019instauration de ce droit à une régulation de la fécondité risque fort de provoquer sur le vœu créateur d\u2019un grand nombre de foyers.Ceci dit, nous ne nous reconnaissons pas le droit de proposer une interprétation quelconque au phénomène actuel de dénatalité qui se dessine au Canada, ni non plus de formuler l\u2019adaptation à ce pays des réflexions développés ci-dessus.Notre seul souhait est que l\u2019expérience française puisse aider ce pays si cher au cœur de tout Français, à prendre conscience de ce qui se passe au point de vue démographique chez lui, et à y faire face avec lucidité pour le plus grand bien de la nation et des valeurs de civilisation que celle-ci a toujours prônées.204 RELATIONS LE TRIBUNAL RUSSELL Luigi d\u2019APOLLONIA, S.J.CE tribunal mis sur pied par la Bertrand Russell Peace Foundation et qui, refoulé du territoire français par le général de Gaulle, a fini par tenir des assises à Stockholm sous la présidence de Jean-Paul Sartre, est-il quelqu\u2019un à droite, à gauche ou au centre pour avoir douté que peut-être il ne condamnerait pas les « crimes de guerre » américains au Vietnam ?Philosophes, écrivains célèbres, Prix Nobel de littérature, Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre, au faîte des honneurs, demeurent des passionnés de la politique.Ils rêvent d\u2019être les conseillers du Prince qui est aujourd\u2019hui le peuple.Ils nourrissent, en outre, contre l\u2019Amérique une même querelle qu\u2019ils voudraient voir partagée.La puissance, la richesse, le prestige de l\u2019Amérique leur paraissent comme usurpés à la faveur de deux guerres, et ils la rendent symboliquement responsable, en tant que première puissance atomique, d\u2019une guerre possible, qui fait justement horreur à l\u2019humanité.Aux yeux de l\u2019un comme de l\u2019autre, les Américains ne sont des professionnels ni de la diplomatie, ni de la politique, ni de l\u2019intelligence, \u2014- même quand leurs décisions répondent aux vœux de la majorité des Européens, y inclus les intellectuels bien nés.Et pourtant la culture qui permet de disserter brillamment de politique en général ne protège pas nécessairement de dire des sottises en particulier.S\u2019il avait fallu écouter Bertrand Russell, il y a vingt-cinq ans, la Grande-Bretagne n\u2019aurait pas tenu tête à Hitler; et nous aurions aujourd\u2019hui la pax germa-nica.S\u2019il avait fallu l\u2019écouter, il y a vingt ans, les États-Unis auraient profité de leur monopole nucléaire pour mettre l\u2019U.R.S.S.au pied du mur; et nous aurions aujourd\u2019hui la pax americana.S\u2019il avait fallu l\u2019écouter, il y a dix ans, l\u2019Occident aurait jeté bas les armes dans un geste éclatant de désarmement total et unilatéral; et nous aurions aujourd\u2019hui la pax sovietica.Et s\u2019il avait fallu l\u2019écouter, l\u2019an dernier, Kossyguine aurait envoyé ses avions dans le ciel d\u2019Hanoi.Pacifiste amer et frustré, Lord Russell est redevenu, à 90 ans passés, un va-t-en-guerre, parti cette fois contre les États-Unis.JUILLET-AOÛT 1967 Quant à Jean-Paul Sartre.Ici vaut mieux faire attention et céder la parole à un Français, Raymond Aron, professeur à la Sorbonne.Car Jean-Paul Sartre vient d\u2019un pays où l\u2019homme de lettres occupe une place égale ou supérieure à celle de l\u2019homme d\u2019État et où « l\u2019écrivain, sans compétence, obtient une large audience, même quand il traite de ce qu\u2019il se vante d\u2019ignorer, phénomène inconcevable aux États-Unis, en Allemagne ou en Grande-Bretagne ».Je laisse la responsabilité de ce jugement à Raymond Aron qui poursuit b Dans la plupart des pays, ils (les intellectuels) sont plus anti-américains que les simples mortels.Certains textes de Jean-Paul Sartre, au moment de la guerre de Corée, de l\u2019affaire Rosenberg, rappellent ceux des antisémites contre les Juifs.On fait des États-Unis l\u2019incarnation de ce que l\u2019on déteste et l\u2019on concentre ensuite, sur cette réalité symbolique, la haine démesurée que chacun accumule au fond de lui-même, en une époque de catastrophes.Jean-Paul Sartre n\u2019est pas de ces esprits qu\u2019un vent manie, et en tous sens, ni de cette race politique dont les années affaiblissent les réflexes et l\u2019opposition.L\u2019Amérique lui inspire toujours le mépris et l\u2019horreur.Il est toujours prêt à crier d\u2019un bout à l\u2019autre de l\u2019Europe, comme au temps de l\u2019affaire Rosenberg: « Attention, l\u2019Amérique a la rage1 2.» Personne donc ne s\u2019y est trompé.Personne n\u2019a été la dupe de Stockholm, sauf, bien sûr, celui qui le voulait.Mais si Russell et ses amis revêtaient la dignité de la toge, ce n\u2019était pas, comme on pourrait le croire, dans le but de dénoncer des tactiques de guerre américaines, à plus d\u2019un égard condamnables, ni pour déplorer des atrocités américaines, qui n\u2019étaient pas toutes inévitables.\u2014 Pour rendre sentence, dites-vous ?\u2014- Non, pas précisément.Rendre sentence implique la possibilité d\u2019un oui ou d\u2019un non: cela suppose l\u2019impartialité juridique.Or, le tribunal Russell se réunissait pour condamner des inculpés qu\u2019ils avaient d\u2019avance jugés coupables: 1.\tL\u2019Opium des intellectuels, pp.231 et 235.2.\tD\u2019un article furieux, intitulé Les animaux malades de la rage, Raymond Aron cite un long passage: l\u2019Opium des intellectuels, p.235, note.the brutal rulers of the United States, comme les appelait Bertrand Russell.Étrange tribunal ! De simples citoyens comme vous et moi, sans mandat aucun, décident, de leur propre initiative, de donner à leur engagement politique la forme et la force exécutoire des sentences judiciaires.A la fois accusateurs, témoins, avocats, juge et jury, ils déclarent a priori criminels des gens dont ils ne partagent pas les idées, et s\u2019arrogent le droit de vie et de mort sur des personnes qui ne sont ni de près ni de loin sujettes à leur juridiction, mais qu\u2019ils croient atteindre par un procédé qui consiste à dénommer leur initiative personnelle: tribunal international ! Devant l\u2019énormité de ces prétentions, quoi d\u2019étonnant si le président de Gaulle, à pic, comme on sait, sur les questions de légitimité et de souveraineté, ait refusé au tribunal Russell un visa de séjour en France.Il s\u2019en est expliqué avec Sartre dans une lettre pleine d\u2019égards.Après avoir cru bon de rappeler la position officielle de son gouvernement sur le Vietnam, il concluait: Ce n\u2019est pas à vous que j\u2019apprendrai que toute justice, dans son principe comme dans son exécution, n\u2019appartient qu\u2019à l\u2019État.Sans mettre en cause les mobiles qui inspirent Lord Russell et ses amis, il me faut constater qu\u2019ils ne sont investis d\u2019aucun pouvoir ni chargés d\u2019aucun mandat international, et qu\u2019ils ne sauraient donc accomplir aucun acte de justice.C\u2019est pourquoi le gouvernement est tenu de s\u2019opposer à ce que se tienne sur notre territoire une réunion qui, par la forme qu\u2019elle revêt, serait contraire à ce qu\u2019il est précisément tenu de faire.Bien sûr que la liberté d\u2019expression et de réunion n\u2019était pas en cause! Bertrand Russell et ses amis à Londres, Jean-Paul Sartre et ses amis à Paris savent qu\u2019ils n\u2019auraient rencontré aucune difficulté à réunir assemblée sur assemblée, à recueillir signature sur signature, à publier manifeste sur manifeste, à organiser marche sur marche, et à prendre chaque matin, s\u2019ils le voulaient, le chemin de l\u2019ambassade américaine.Sale guerre! A bas l\u2019impérialisme! Americans Go Home! U.S.assassins! Plutôt que de descendre dans la rue, \u2014 ce qui s\u2019est fait beaucoup, \u2014\u2022 Russell et ses amis ont préféré siéger à un tribunal, \u2014 ce qui était nouveau, et qui avait 205 MA VIE DE FEMME l\u2019avantage d\u2019attirer l\u2019attention.C\u2019était de bonne guerre.Un tribunal, c\u2019est la majesté de la démarche, la sérénité de la procédure, l\u2019objectivité du jugement, la force exécutoire du verdict.Un tribunal international, c\u2019est davantage: c\u2019est la « conscience du monde », l\u2019indignation dans l\u2019univers, la mauvaise conscience aux États-Unis.Un tribunal international pour crimes de guerre, c\u2019est encore mieux: c\u2019est évoquer les juges de Nuremberg, comme le notait Thierry Maulnier 3: Le nom de Nuremberg est, en outre, associé à la notion de « crimes de guerre ».Il s\u2019agit de créer dans l\u2019opinion une association d\u2019images entre le tribunal qui condamna les crimes de guerre nazis et celui qui va condamner les « crimes de guerre » américains.L\u2019identité du mot tribunal conduit l\u2019esprit à admettre l\u2019analogie des actes jugés et la ressemblance des culpabilités.Ainsi serait mieux atteinte la fin que le tribunal Russell se proposait: dénoncer de façon éclatante l\u2019action américaine au Vietnam.Au nom des méthodes américaines qu\u2019on condamnerait, on discréditerait les buts de guerre américains, tandis qu\u2019au nom des buts de guerre du Vietnam qu\u2019on approuverait, on excuserait ses méthodes.à supposer que quelqu\u2019un soulevât la question des buts et des méthodes de guerre du Nord-Vietnam.Aux journalistes qui demandaient si on ouvrirait aussi le dossier des atrocités du Vietcong, Russell répondait par une fin de non-recevoir: « Nous ne considérons pas la violence de la résistance comme un crime, parce que nous sommes capables de distinguer entre la victime et l\u2019agresseur aussi facilement qu\u2019entre le Juif dans le ghetto de Varsovie et la Gestapo.» Lord Russell ne pouvait dire plus clairement que lui et ses amis combattent aux côtés du F.L.N.et du Nord-Vietnam, qu\u2019ils veulent la paix, à condition que la « sale guerre » se termine par leur victoire.Pourquoi alors prétendre se tenir au-dessus de la mêlée, quand c\u2019est pour se jeter au cœur même de la mêlée qu\u2019on se qualifie de « tribunal », et pour mieux combattre qu\u2019on se déguise sous une toge empruntée à la justice?On peut trouver grossière la violence qui hurle des invectives, barbouille les monuments, déchire les drapeaux américains.Le passant sait au moins à quoi s\u2019en tenir.3.Le Figaro, Sélection hebdomadaire* le 25 mai 1967.UN AUTRE ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE! L\u2019année finit triomphalement.Je crois avoir grimpé un autre échelon vers la quintessence de la femme \u2014 ce n\u2019est pas facile! Ce fut pour moi une année de recueillement et de réflexion.Me voici au seuil de ma troisième naissance puisque mes enfants grandissent et que j\u2019ai maintenant beaucoup plus de temps libre.Bientôt ils n\u2019auront plus besoin de moi.Mais cela ne me bouleverse pas puisque nos enfants ne nous sont que prêtés.Notre tâche, c\u2019est de les préparer pour la société.Travail de cœur et de tête! En ce moment, leurs lettres, leurs remarques faites banalement ou sérieusement, leurs confidences, le récit de leurs sorties ou aventures, leurs critiques ou analyses de bouquins ou de journaux, pour ne pas parler de leur conduite, sont devenus pour moi un témoignage vivant du travail de mes vingt ans au foyer.J\u2019ai toujours été disponible pour « écouter » (ce qu\u2019ils en ont à dire si on a le temps de les écouter sans rien dire!).Aussi, j\u2019ai essayé d\u2019être accueillante et compréhensive en tout temps.Très tôt dans notre vie de famille j\u2019ai compris que c\u2019était la mère qui donnait l\u2019équilibre familial.Il y a un quart de siècle, j\u2019avais lu, durant une retraite traditionnelle de fin d\u2019année, ces paroles de Stanley: « Je veux que la terre soit meilleure parce que j\u2019ai vécu »; elles m\u2019avaient profondément impressionnée.Par la suite, cette pensée devint un mot d\u2019ordre dans mon * Mère de famille.Claire CAMPBELL,* « Oh! rien que de vivre et de voir et d\u2019avoir les yeux ouverts et d\u2019être vivant et de voir le soleil est bon.» (Claudel.) acheminement vers un idéal de femme adulte.Je suis devenue en quelque sorte imprégnée d\u2019un grand respect pour la vie.La femme est faite pour aimer, aimer la vie et aimer l\u2019humanité.Aussi, j\u2019ai appris que pour se découvrir soi-même, il faut se donner aux autres.N\u2019est-ce pas paradoxal ?Il est illusoire de s\u2019imaginer pouvoir s\u2019épanouir en pensant à soi d\u2019abord.Par l\u2019égoïsme, on ne parvient qu\u2019à une lente érosion de sa personnalité.Il en résulte une vie terne, sans rayonnement.Je crois que c\u2019est une des raisons de mon inquiétude devant l\u2019élan qu\u2019a pris l\u2019émancipation de la femme! Elle veut être indépendante: elle veut se créer une sécurité bien à elle.Que récoltera-t-elle?Le moi maladif mettra sûrement des freins à son épanouissement humain.Récemment, Simone de Beauvoir disait au programme « Sel de la semaine » de Radio-Canada que, lorsqu\u2019on regarde en arrière, on devient un peu triste parce qu\u2019on ne peut rien prendre de tangible dans ses mains.Il faut avoir pitié de cette femme qui a écrit si abondamment sur la condition de la femme et qui aujourd\u2019hui ne semble pas avoir ma grande paix intérieure! Je trouve regrettable que tant de femmes modernes se laissent influencer par ses écrits.Elle a parlé d\u2019une façon éloquente mais désespérante de la condition féminine mais toujours avec les théories existentialistes à la base: pas de nature humaine, donc pas de nature féminine.Même si cet auteur affirmait, au même programme, qu\u2019il n\u2019était pas nécessaire d\u2019être un corbeau pour parler du corbeau, il me semble un peu ironique qu\u2019elle ait osé généraliser sur un sujet dont la gamme infinie devait lui échapper en grande 206 RELATIONS partie parce qu\u2019elle n\u2019a jamais cru à la nature féminine! J\u2019ai écrit beaucoup de lettres depuis un an.Pourquoi?Je crois vraiment que dans mon for intérieur je cherchais une réponse.Pourquoi tous ces problèmes familiaux?Aussi, pourquoi tant de malaises chez la femme moderne?Malgré leur succès social et leur émancipation, les femmes modernes semblent si insatisfaites, si aigries et si désabusées! Il y en a même qui semblent être vraiment «en guerre».Pourquoi?Et que dire de tant d\u2019adolescents qui semblent incertains, angoissés même, pour ne pas dire pris de panique, devant leurs adultes inquiets ?Oh, révolution technologique! Comme tu en as apporté de problèmes à notre pauvre humanité! Tout change, tout est bousculé.Cependant, une chose ne semble pas changer: notre pauvre nature humaine.On a conquis l\u2019espace, vaincu un nombre grandissant de maladies, etc., mais on n\u2019a pas encore appris à se conquérir soi-même! Dans tout ce bouleversement social, les humanistes, les experts en relations humaines et autres nous disent avec persuasion que c\u2019est dans la famille authentique que nous trouverons un moyen de sauvetage.Cependant, certains de ces experts aux idées avancées nous bouleversent avec « leur nouveau modèle de famille moderne ».Leurs théories me semblent utopiques à la lumière de mon expérience personnelle au foyer, un foyer où règne un amour bien compris.L\u2019amour humain engage toute la personne: l\u2019âme, l\u2019esprit, le cœur et le corps.On ne peut trouver de mots justes pour décrire cet amour tendre et désintéressé.Aujourd\u2019hui, la femme moderne est remplie de doutes apportés par cette petite phrase qu\u2019on lui répète à satiété: il faut être femme d\u2019abord.Je crois humblement qu\u2019il y a un aspect plutôt superficiel (pour ne pas dire autre chose) dans certaines de ses revendications.Est-ce que « contribuer à la société » et « s\u2019épanouir soi-même d\u2019abord » ne sont pas en contradiction ?Elle dit, comme Simone de Beauvoir, que la femme se dégrade quand elle choisit d\u2019être « pour autrui », fût-ce pour l\u2019homme qu\u2019elle aime ou pour ses enfants.Elle refuse de comprendre qu\u2019il faut absolument une ouverture continuelle aux besoins et aux aspirations de tous les membres de sa famille: c\u2019est ça être femme, épouse, et mère.Je réalise tous les jours, depuis vingt ans, qu\u2019il est possible de fusionner l\u2019amour pour son mari et l\u2019amour pour ses enfants.La femme moderne émancipée semble presque torturée par cette peur de l\u2019amour.Et, par conséquent, ses valeurs, tant sur le plan humain que sur le plan spirituel et le plan social, en souffrent incontestablement.Sa façon désinvolte face aux responsabilités familiales n\u2019arrive pas à cacher une certaine inquiétude, il me semble.Paul VI a dit: « L\u2019heure est venue où la vocation de la femme s\u2019accomplit en plénitude, l\u2019heure où la femme acquiert dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir jamais atteints jusqu\u2019ici.» Que dire de la formation unique offerte à la femme si elle comprend son rôle au foyer et si elle possède une dimension sociale ?Dans une vie de famille authentique, les relations interpersonnelles évoluent, se transforment et s\u2019améliorent avec le temps et la maturité.C\u2019est une école extraordinaire de formation.Les grâces du sacrement de mariage sont la source à laquelle on puise, bien entendu.En partant des prémices que la pauvreté de l\u2019âme et de l\u2019esprit est pire que la pauvreté du corps, une femme au foyer peut se développer personnellement si elle a une vie intérieure intense, de l\u2019imagination et du courage.Les horizons deviennent plus larges, il va sans dire.Et que dire du banal quotidien dans sa vie au foyer?Mais on s\u2019en sert comme d\u2019un moyen de formation du caractère, de la maîtrise de soi ou de temps de réflexion.C\u2019est un autre aspect de son développement personnel qui peut compléter sa formation intégrale.Tout dans la vie d\u2019une femme au foyer est « formateur » pour ainsi dire.Et si, avec son mari, elle a bien compris le vrai sens de la vie et de l\u2019éducation, elle préparera avec enthousiasme, sérénité et amour, des enfants pour la société, tout en se perfectionnant, en restant ouverte au monde et en y participant dans les limites de ses talents, de sa santé et de ses temps libres.Ensuite, avec la richesse de cette expérience, elle pourra jouer un autre rôle dont bénéficiera la société au centuple.Oui, elle peut devenir un « géant » dans la société, si elle comprend.Je crois que si la femme comprenait mieux la psychologie de l\u2019homme et des enfants, si elle comprenait vraiment l\u2019amour au lieu d\u2019en avoir peur (parce que cela fait partie de sa nature féminine.!), si elle comprenait le vrai sens de l\u2019éducation, elle aurait plus de facilité à faire son choix et goûterait plus de paix intérieure.Il faudrait aussi qu\u2019elle comprenne ce qu\u2019est la liberté car la femme moderne a soif de cette liberté.Le général Vanier disait: « On est libre dans la mesure où l\u2019on comprend.» En terminant cette introspection, j\u2019aimerais souligner qu\u2019il me semble logique, pour ne pas dire impératif, de faire face aux responsabilités du choix qu\u2019on a fait dans la vie.On se verra enrichi et épanoui si l\u2019on accomplit la tâche que demande ce choix avec alacrité et NON en comptant les années qu\u2019on semble perdre.Il est évident que nous avons plus besoin que jamais d\u2019équilibre familial.Pour rester stable dans ce monde en ébullition, il faut se retremper quelque part.Le foyer équilibré est l\u2019endroit tout désigné.Et c\u2019est la mère accueillante et tolérante qui donne cet équilibre.Par sa générosité d\u2019âme et sa sérénité, elle calme les esprits.Son rôle au foyer est grandiose parce que c\u2019est la mère, j\u2019en suis convaincue, qui humanise la société.JUILLET-AOÛT 1967\t207 ^Specialties, 3, o r man ROSAIRE DESNOYERS, PRÉS.261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 Ameublement et accessoires de bureau La Philosophie du côté de Québec LAssociation des Professeurs de Philosophie des collèges de la Compagnie de Jésus (Canada français) tenait du 14 au 16 mai dernier son congrès annuel à la Villa Manrèse de Québec.Si le thème du congrès était Philosophie et expérience religieuse, ce n\u2019est pas que ses assises prenaient place à l\u2019ombre d\u2019une paisible maison de retraites.Des motifs substantiels, en réalité, invitent le philosophe à l\u2019attention devant le problème religieux.D\u2019abord, les profondes affinités qui existent entre certains secteurs de la philosophie et le côté intellectuel de la religion.Et ensuite, le fait, difficile à nier, que le problème de Dieu, avec ceux du monde et de l\u2019homme, occupe une place centrale dans la tradition philosophique occidentale.Ceci dit, il faut quand même convenir que c\u2019est un problème très complexe que celui des relations entre la philosophie et la religion (entendue au sens large de phénomène et d\u2019expérience).Les congressistes le constatèrent d\u2019emblée dès les premières communications qui leur furent présentées.Le Père Placide Gaboury, auteur d\u2019un livre sur le Devenir religieux, proposa une définition très large et très accueillante de l\u2019homme religieux ainsi que de l\u2019expérience religieuse.Celle-ci comprend un « dévoilement », c\u2019est-à-dire la découverte d\u2019un sens global à l\u2019existence, et un engagement au service des autres.Mais il est difficile de préciser en quoi une telle expérience se distinguerait formellement d\u2019une expérience métaphysique ou esthétique.Le Père Roger Nadeau, spécialiste en Sciences religieuses et teilhardologue, insista sur la polyvalence de l\u2019expérience religieuse.Il importe pour lui que quiconque parle d\u2019expérience religieuse indique clairement dans quel courant il se situe.En termes très généraux, il définit l\u2019expérience religieuse, comme « un Événement dans lequel bhomme se saisit en relation avec un Être (« chose », mot, personne) qui, pour beaucoup, sera le « Tout Autre », pour plusieurs un Dieu Transcendant, immanent et personnel, pour certains le Christ dont la présence est plus une saisie dans la foi qu\u2019une vue, plus un toucher qu\u2019une vision ».Il est impossible de résumer ici de façon adéquate le riche exposé du professeur Fernand Dumont de l\u2019Université Laval sur Visions du monde et expérience de Dieu.Le conférencier mit en relief un fait d\u2019une extrême importance, à savoir qu\u2019il est impossible de comprendre l\u2019expérience religieuse de telle ou telle société sans analyser tout d\u2019abord la vision du monde qui la sous-tend.La société « traditionnelle » se réfère au cosmos comme modèle de la connaissance.L\u2019homme, alors, se sent en sécurité dans un monde organisé et stable, dans une histoire comprise en sa totalité; il adore et reconnaît Dieu, comme un prérequis de cet ordre.La société « technique », pour sa part, marque l\u2019émergence de la subjectivité.C\u2019est l\u2019apparition de la raison analytique et critique.La conscience humaine prend ses distances par rapport au monde en se libérant de l\u2019empirisme, par rapport à la tradition en s\u2019éveillant à la temporalité.Le problème de Dieu se pose à l\u2019intérieur même du moi qui s\u2019est découvert.Mais où en sommes-nous maintenant ?M.Dumont estime que nous entrons dans un nouvel âge de l\u2019homme et par conséquent dans « un nouvel âge de Dieu ».La vision du monde qui apparaît à l\u2019horizon en est une dans laquelle s\u2019estompe la notion de subjectivité, présente dans la vision « technique ».La pensée moderne \u2014 songeons à l\u2019influence du marxisme, du freudisme et du structuralisme \u2014 se sent de plus en plus tributaire de forces anonymes, comme le Système et l\u2019Organisation; elle met en cause le moi lui-même.L\u2019homme ne peut plus trouver dans la nature extérieure ou dans sa subjectivité la sécurité qu\u2019il réclame.Aussi, le problème de Dieu se pose-t-il d\u2019une façon absolument nouvelle puisque nous assistons à la déliquescence des fondements qui l\u2019étayaient autrefois.Toute démonstration de Dieu ne pourra se faire à l\u2019avenir sans passer par une démonstration de l\u2019homme.Une question se pose.La théologie naturelle est-elle encore possible dans ce « nouvel âge » où nous entrons ?Le conférencier est porté à voir en elle une notion contestable, non pas certes au nom de l\u2019ineffabilité de Dieu, comme chez les Protestants, mais au nom de cet effondrement dans la conscience des points d\u2019appui traditionnels, le monde et l\u2019homme.Ces perspectives, à vrai dire, ne laissent pas d\u2019être hallucinantes pour tous ceux qui de nos jours ont à parler de Dieu ou, plus modestement, voudraient en parler.Comment parler de Dieu dans ce « nouvel âge » dont Dieu semble être absent ?Les propos du Père de Lubac nous rassurent: Dieu peut sembler mort.mais bientôt nous le retrouverons vivant « au prochain détour de la route.Il s\u2019imposera de nouveau.par delà tout ce que nous aurons laissé en chemin, tout ce qui n\u2019était que viatique pour une étape de notre marche, abri provisoire avant de repartir.» (Sur les chemins de Dieu, Aubier, 1956, p.202.) Au plan de l\u2019échange des expériences pédagogiques, le Père Pierre Lucier, du Collège Saint-Ignace de Montréal, fit part à ses collègues de la méthode qu\u2019il avait suivie pour présenter à ses élèves, en tant que philosophe, le problème religieux.Il vaut la peine d\u2019esquisser les temps forts de cette méthode qui pose les jalons d\u2019une philosophie de la religion.Cette méthode s\u2019arc-boute à une phénoménologie de la conscience religieuse.Les témoignages des élèves qu\u2019une maïeutique discrète pourra provoquer, l\u2019analyse de textes liturgiques et d\u2019écrits relatant des expériences religieuses, l\u2019étude de la notion du Sacré, tout cela vient alimenter cette phénoménologie.Il s\u2019impose ensuite de soumettre à la critique philosophique le contenu explicite ou implicite de la conscience religieuse.Enfin, théisme et athéisme seront présentés: le premier, comme essai de justification rationnelle du contenu de cette conscience, le second comme contestation du théisme et, par le fait même, du contenu de la conscience religieuse.La présentation du théisme empruntera des voies variées: le sentiment de créaturité (le classique argument de la « contingence »); la riche voie augustinienne centrée sur la mémoire de Dieu; l\u2019analyse structurale de la connaissance de Dieu.La présentation de l\u2019athéisme dégagera les multiples façons dans lesquelles s\u2019est diffracté le refus de Dieu à l\u2019époque moderne: Feuerbach et la critique de l\u2019idée de Dieu, Nietzsche et la mort de Dieu, Marx et la réduction de l\u2019aliénation religieuse, Sartre et le problème de la liberté humaine.Elle montrera en dernier lieu la signification de l\u2019athéisme.L\u2019espace nous manque pour faire état de certaines communications d\u2019un grand intérêt visant à présenter la pensée de Jaspers, de Schleiermacher, et de Newman, sur l\u2019expérience religieuse.Il nous faudrait aussi évoquer d\u2019autres communications touchant directement l\u2019enseignement de la religion au niveau collégial.Devant la qualité des communications et des échanges que ce congrès a provoqués, on est enclin à regretter les limites de son aire de rayonnement et, aussi, à espérer que la dialectique de l\u2019histoire, plus précisément celle de l\u2019éducation dans le Québec, ne vienne corroder une Association qui a déjà donné plus d\u2019une preuve de sa vitalité.Irénée Champagne, S.J.Collège des Jésuites, Québec.208 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Le français des Français Si NOUS VOULONS, au Québec, parler français, il nous faut adopter la prononciation des Français.Renonçons à notre fierté pseudo-française si nous ne consentons pas à prononcer le français à la française.Mais si la fierté nous impose de bien parler, elle nous commande aussi d\u2019éviter le galvaudage que, dans leurs écrits, trop de Français font de notre langue.Une brève chronique ne suffira point à relever les fautes de toutes sortes, quelques-unes vraiment grossières, dont maints auteurs, même académiciens, et surtout les journalistes truffent leurs livres et reportages.Je commence par ce qui me paraît le comble de la négligence de la part d\u2019un auteur et de son éditeur.Dans un ouvrage récent, je lis les horreurs de graphie qui consistent à encombrer d\u2019un « h », placé après le préfixe ex, les mots exaltation, exorbitant, exulter (ajoutons exubérance, que gâchent semblablement quantité de distraits).A un endroit, il est question de « cocxalgie », maladie des « bofteux »; et on voudrait lire: coxalgie et boiteux (sans accent).Plus loin, vous butez sur le mauvais emploi du trait d\u2019union.Le texte présente « quasi-insurmontable », puis maître « ès-sciences », et « Saint-Thomas » d\u2019Aquin.Il eût fallu écrire: quasi insurmontable, sans trait d\u2019union, car l\u2019adverbe quasi modifie l\u2019adjectif insurmontable de la même manière que moins, par exemple, modifie beau dans moins beau, sans trait d\u2019union.La préposition es, qui signifie en les, ne se joint jamais par un trait d\u2019union au mot qu\u2019elle précède, et l\u2019on écrit: docteur ès sciences, maître ès arts.De plus, attention: es (en les, pluriel évident) ne peut s\u2019employer que devant un mot au pluriel; des Français l\u2019oublient et commettent l\u2019erreur d\u2019écrire « ès religion » (ou cuisine, ou grammaire), bourde aussi ridicule que si j\u2019écrivais: « dans les géographie ».Enfin, chacun doit savoir qu\u2019on écrit saint Thomas (TAquin lorsqu\u2019on mentionne le grand théologien lui-même, mais Saint-Thomas-d\u2019Aquin, avec deux traits d\u2019union et une majuscule à l\u2019adjectif, quand le nom du personnage sert à désigner une institution, un édifice, une rue.Écrivez donc: A l\u2019occasion du septième centenaire de la mort de saint Thomas d'Aquin (1274-1974), l\u2019Académie Saint-Thomas-d\u2019Aquin.et le reste.Toujours dans le même volume, on rencontre une faute répandue en France et ailleurs.Il s\u2019agit de l\u2019intrusion d\u2019un e muet avant la terminaison des verbes conclure, exclure, inclure, au futur et au conditionnel.Influer, de la première conjugaison, donne influera et influerait.Mais conclure, exclure, inclure, de la quatrième conjugaison, doivent, au futur et au conditionnel, s\u2019écrire conclurai, exclurait, inclurions.A propos du conditionnel, nombre d\u2019auteurs français semblent ignorer que la seconde forme de ce mode, à l\u2019imparfait ou au plus-que-parfait, porte, à la troisième personne du singulier, un accent circonflexe.Ils écrivent: d«t-il en mourir, ffit-ce demain (quand ils ne perpètrent pas un « fusse », solécisme énorme), ewt-il perdu; ou encore: il eut préféré.Or, n\u2019importe quelle grammaire enseigne à écrire: dût-il en mourir, fût-ce.demain, eût-il perdu, il eût préféré.Sinon, comment distinguer ce conditionnel du parfait (il fut, il eut, il dut) et du plus-que-parfait de l\u2019indicatif (après qu\u2019il eut parlé) ?Ces incorrections déparent souvent la même phrase: on omet l\u2019accent du conditionnel et on coiffe l\u2019indicatif d\u2019un chapeau.démodé.Pourquoi cette charge contre le mauvais français des Français?Pour une raison déjà formulée ici: il n\u2019y a de bon usage que raisonné, n\u2019en déplaise à M.Grevisse.Un Français étourdi ne doit pas plus servir de modèle qu\u2019un Canadien servile ou irréfléchi.J.d\u2019Anjou.JUILLET-AOÛT 1967 MÉDITATION L'important sans importance Un fait divers.Un petit fait de rien! La Vierge rend visite à une cousine âgée, elle aussi en attente d\u2019un fils.Un fait sans importance dont l\u2019Évangile, plutôt discret, aurait pu ne pas parler, sans trahir le message.Tant d\u2019autres faits n\u2019ont pas été racontés.Tant d\u2019autres, beaucoup plus spectaculaires, après avoir été rapportés, sont demeurés sans résonance! Des faits tapageurs pourtant, dont l\u2019écho seul aurait dû fracasser et disperser tous les appels de l\u2019attirance du monde, tous les discours de l\u2019orgueil du monde, tous les cris de plaisir de la sensualité du monde: des faits importants, illustrant la nécessité urgente de la charité, la nécessité de donner sa vie afin de prouver son amour, sont demeurés sans résonance! En quoi, alors, cette nouvelle sans importance d\u2019une vierge en visite pouvait-elle, en l\u2019esprit des évangélistes, atteindre les humains et bouleverser leur existence?Pourquoi l\u2019Église, par la suite, l\u2019a-t-elle baptisée et nous invite-t-elle à contempler la Visitation?La réponse à ces pourquoi est là, cachée dans les lignes précédentes.Mais il faut la sortir de l\u2019ombre, semble-t-il, afin de la présenter à l\u2019attention des gens uniquement préoccupés par les questions évidemment importantes.C\u2019est une vérité si disparue, si humble, tellement absente, mais si pleine de conséquences dans la vie de tous les jours et de tous les hommes, il faut bien la mettre en lumière, elle est tellement ignorée! La voici: « Avec des actions de peu d\u2019importance, on peut organiser, chaque jour, une fête au cœur du prochain.» Et cela, c\u2019est important.Or, il fallait une fête, apparemment, sans importance, pour nous rappeler l\u2019importance des gestes ou paroles, apparemment, sans importance; c\u2019est le rôle de la Visitation.La petite Vierge, ici, n\u2019a pas cru poser une action d\u2019éclat en se rendant chez sa cousine; c\u2019était même loin de son idée.Elle aurait pu s\u2019en dispenser; cela aussi, c\u2019était loin de son idée.Or, en l\u2019hypothèse contraire, sans la Visitation, assurément il n\u2019y aurait pas eu d\u2019hiatus dans le récit de la rédemption.Il y aurait eu, cependant, sans cette visite de peu d\u2019importance, quatre joies de moins, et pas de Magnificat! Et cela, c\u2019était important.Le jour de cette fête, c\u2019est la fête de toutes les délicatesses imprévues dont on peut embellir la vie des autres.Chacune, en soi, peut n\u2019être pas importante, mais chacune, en particulier, peut embaumer quelques heures d\u2019un jour; et toutes ensemble, si elles étaient ordinairement plus nombreuses, pourraient changer tout le climat et le rendement même d\u2019une existence.Et cela, c\u2019est important; important comme les gestes et paroles sans importance.Au départ, chacun est à peine une célébration modeste d\u2019amour humain; au point d\u2019arrivée, tous réunis; ils deviennent une concélébration émouvante de fraternité pour l\u2019organisation, chaque jour, d\u2019un climat de fête au cœur du prochain.La visite de Marie était inattendue, et donc pas nécessaire; pas essentielle, et pas plus importante qu\u2019une omission de bienveillance; pas plus, mais autant, comme une joie de moins en regard d\u2019une joie de plus! Tous, pourtant, choisiraient la joie de plus, essentiellement plus réjouissante, même si elle n\u2019est pas essentiellement importante.Mais, à ne pas se soucier du peu important pour l\u2019agrément du prochain, n\u2019y a-t-il pas danger d\u2019en venir à considérer le prochain lui-même comme un être de peu d\u2019importance?S\u2019en soucier, cependant, c\u2019est assurément une manière bien concrète de lui donner sa vie, sans bruit, en la mettant à son service, simplement, comme la Vierge ici, par la pratique de l\u2019important sans importance.Paul Fortin, S.J.209 Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.Le théâtre au Festival de l\u2019Expo Des millions de visiteurs, déjà, ont envahi les îles sises entre les deux ponts qui chevauchent le fleuve Saint-Laurent, en face de Montréal, où s\u2019accumulent les splendeurs de l\u2019Exposition universelle 67.Événement qui remplit de joie et de fierté admirative les habitants comblés de la Métropole canadienne.Des milliers d\u2019entre eux, s\u2019ajoutant aux touristes occasionnels, ont pu assister à des spectacles variés et souvent prestigieux du Festival mondial, manifestations artistiques de choix de toutes les nations participantes de l\u2019Expo.Il y en a eu pour tous les goûts \u2014 et toutes les bourses.Le gala d\u2019inauguration de ce Festival fut somptueux.Dans le luxueux décor de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, tout fleuri des toilettes chatoyantes des dames, notre orchestre symphonique de Montréal a créé, sous la baguette de Pierre Hétu, la partition musicale d\u2019André Prévost composée sur le poème de Michèle Lalonde, intitulé Terre des Hommes, avec le concours des Chœurs du Festival et de deux récitants.Les critiques musicaux ont loué l\u2019œuvre de Prévost, je me contente de souligner la richesse du verbe et la puissance d\u2019évocation du texte de Michèle Lalonde, interprété avec vigueur par Albert Miliaire et Michèle Rossignol.La soirée qui avait débuté par un poème de circonstance de S.E.Pierre Dupuy, Commissaire général de l\u2019Expo, récité alternativement en anglais et français par Sir Laurence Olivier et Jean- Louis Barrault, se terminait par l'Ode à la joie de la neuvième symphonie de Beethoven, exécutée brillamment, sous la direction de Wilfrid Pelletier, par notre orchestre, quatre solistes canadiens de réputation internationale et le magnifique chœur de l\u2019Université américaine de Rutgers.Fête de haut ton bien digne de l\u2019événement célébré.Le lendemain, autre inauguration, celle de la nouvelle et splendide salle Maisonneuve, par le Théâtre de France de Barrault en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde.En présence de la Comtesse Consuelo de Saint-Exépury on a rendu hommage à son époux le grand aviateur-poète et à son œuvre si célèbre naguère et dont on a tiré le thème général de l\u2019Expo de Montréal.Sans décor ni costumes, les artistes ont fait revivre à nos yeux, dans une affabulation de Jean-Louis Barrault, meneur de jeu, la vie de St-Ex.à travers ses écrits et les personnages vrais ou imaginaires qu\u2019il y avait dépeints.Spectacle peu visuel et austère mais d\u2019où se dégageait avec force le génie viril de l\u2019auteur et sa noble conception de l\u2019Homme.Au milieu des Valère, des Barrault, des Dessailly, des Paturel, nos comédiens du T.N.M., Gascon, Roux, Hoffmann, Jacques Godin et Monique Miller ont fait bonne figure et mérité les applaudissements accordés à leurs confrères de France.Le Soul ier de Satin C\u2019est par son théâtre que la France, premier pays à participer au Festival mondial de l\u2019Expo de Montréal, a montré son génie créateur et les qualités de sa culture.Le Théâtre de France sous la direction Renaud-Barrault, chargé de cet honneur, a présenté deux œuvres bien représentatives de la production dramatique moderne et même actuelle: le Soulier de Satin du grand poète cosmique Paul Claudel et II faut passer par les nuages d\u2019un auteur considéré d\u2019avant garde et très en demande à Paris, François Billetdoux.Il nous est difficile d\u2019éviter la comparaison entre le Soulier de Satin de Jean-Louis Barrault et celui de Jean-Louis Roux, si présent encore à notre mémoire et qui a été admiré par tous les amateurs de théâtre de Montréal.Sans complexe d\u2019infériorité, toutefois, car si, du côté scénique, certains effets de tentures, de cordages et de lumière, imaginés par Barrault, furent fort réussis, grâce aux aménagements du Maisonneuve que le Gesù ne pouvait assurer, l\u2019interprétation dans l\u2019ensemble du texte difficile et très long de Claudel ne manifestait guère de grandes différences entre les deux Compagnies, toutes deux animées d\u2019une même ardeur et d\u2019une même probité artistiques.J\u2019ai, cependant, dans le rôle de Dona Prouhèze, préféré le jeu plus chaud, plus vibrant et plus intérieur de notre Monique Miller à celui de sa compagne française, Francine Bergé, qui, pourtant, jouit d\u2019une voix plus riche, plus éclatante, presque trop parfois, surtout quand il lui 210 RELATIONS faut exprimer davantage l\u2019intimité que la force de son caractère.Mais, bien sûr, Barrault, entouré de Gallon, Tandou, Dessailly, Simone Valère et toute sa troupe, nous a fourni un spectacle d\u2019une incontestable qualité et une grande jouissance esthétique.Que pouvons-nous désirer de plus d\u2019une œuvre d\u2019art, et d\u2019art dramatique ?Il faut passer par les nuages Il est intéressant de constater \u2014- et c\u2019est un bon point pour l\u2019originalité d\u2019invention de Claudel \u2014 que du point de vue scénique, l\u2019œuvre soi-disant d\u2019avant-garde, Il faut passer par les nuages, de Billetdoux ne fait pas tellement plus neuf que le Soulier.Même contraction du temps et de l\u2019espace, même libre fantaisie dans l\u2019évolution de l\u2019action qui, toutefois, dans Billetdoux, est plus confuse un long moment du premier acte, et, comme si le thème majeur de la pièce se cherchait, un peu à tâtons, d\u2019une scène à l\u2019autre.Thème qui veut exprimer la soudaine découverte d\u2019une femme sur le déclin de l\u2019âge, de la profonde futilité de sa vie, apparemment réussie selon les normes d\u2019appréciation du monde.Elle décide, donc, d\u2019en changer, serait-ce au prix du malheur des siens, pas du tout préparés à assumer leurs responsabilités.Ils se perdent dans les nuages dont elle prétend se dégager pour accéder enfin à la lumière.Ce sujet riche en possibilités et retournements, Billetdoux l\u2019a traité avec infiniment d\u2019ingéniosité et un grand sens dramatique et Madeleine Renaud l\u2019a vécu \u2014 c\u2019est le seul mot qui convienne \u2014 avec une rare intensité, surtout dans la seconde partie, et un naturel bouleversant.Madeleine Renaud est Claire Ver-duret-Balade, épouse, mère, chef d\u2019entreprise, femme enfin envoûtée par le souvenir d\u2019un amour de jeunesse qu\u2019elle aspire, peut-être, à revivre d\u2019une certaine façon.Une nombreuse distribution accompagne Madeleine Renaud dans cette envolée dans les nuages dont plusieurs ne reviendront pas: Pierre Bertin, un professeur Verduret un peu gaga, second mari de Claire; les trois fils de celle-ci, Jean Dessailly, un Jeannot tiraillé entre le sexe et la dévotion qu\u2019il utilise comme un laxatif pour se purger de ses angoisses morales, Dominique Paturel, ingénieur faible et indécis, le propre à rien Lucas de Jean-Claude Fontane.Des trois, JUILLET-AOÛT 1967 Dessailly incarne le personnage le plus complexe avec grande justesse de ton et vérité.Et toute une troupe de comparses qui habitent cet étrange pays où le rêve et la réalité, le passé et le présent, la comédie et le drame s\u2019entremêlent mais sans incohérence.Spectacle assez inhabituel pour beaucoup de spectateurs à cause d\u2019une formule apparentée au cinéma mais plaisant et fort bien interprété.Le Bourgeois Gentilhomme Après deux semaines de séjour à Montréal, avant de nous quitter, Jean-Louis Barrault a transmis le flambeau du Festival mondial de l\u2019Expo à l\u2019équipe du Théâtre du Nouveau Monde, qui a remplacé le Théâtre de France à la salle Maisonneuve, avec le Bourgeois Gentilhomme de Molière.Ce n\u2019était là qu\u2019une étape d\u2019une douzaine de représentations dans le cadre de l\u2019Expo, car le T.N.M.avait promené ce Molière \u2014 et devait continuer à le faire par la suite \u2014 dans tout le pays, à l\u2019occasion du Centenaire de la Confédération.Molière, on le sait, est en quelque sorte le grand favori, j\u2019allais dire: la mascotte chanceuse, du Théâtre du Nouveau Monde.Née sous l\u2019égide du grand comique français avec VAvare, la compagnie Gascon-Roux y revient périodiquement, comme à un ami fidèle des bons comme des mauvais jours, et l\u2019accueil que lui fait le public semble bien justifier cette estime.Pour célébrer des événements heureux, le choix du Bourgeois est tout indiqué.Commandée par Louis XIV, cette comédie-ballet est un ensemble de divertissements colorés et même somptueux agrémentant une intrigue ténue et assez banale qui dépeint l\u2019éternelle balourdise des parvenus de tous les temps.Chant, musique et danse apportent à la fête un appoint considérable et même, par moments, comme au premier acte et dans la turquerie finale, prennent une place prépondérante.La marche de l\u2019action en est parfois ralentie au profit du spectacle pur, toujours agréable et chatoyant.Toutefois et avant tout, le Bourgeois Gentilhomme c\u2019est Monsieur Jourdain, fantoche ridicule, mordu de jouer au grand seigneur, en dépit de sa fruste éducation et de la lourdeur de ses ma- nières, et qui accumule bourdes et gaucheries comme il fait de la prose, sans le savoir.Célèbre création d\u2019un type haut en couleur et réjouissant.C\u2019est à Georges Groulx que Jean Gascon, chargé de la mise en scène, a confié le rôle de Jourdain.Vétéran de l\u2019équipe du T.N.M., Groulx a connu plusieurs succès remarqués; cette fois, il a déçu.Son jeu m\u2019a paru manquer de chaleur, de nerf, de cette éclatante jobarderie que comporte son personnage.Trop de retenue, pas assez de cette exaltation naïve du sot bouffi de vanité extravagante qui l\u2019aveugle.L\u2019équilibre de la pièce en souffre au point que nous nous délectons surtout et davantage de la brouille puérile des jeunes amoureux de la pièce, Lucile et Cléonte, singés par leurs domestiques, Nicole et Covielle et délicieusement jouée par Francine Ra-cette et Jean Perraud, Denise Pelletier et Jacques Zouvi.Un des très bons moments de la soirée, avec la scène des voyelles et, bien sûr, la folle et somptueuse investiture de M.Jourdain en grand Mamamouchi, admirablement dirigée par Jean Besré et Roland Gana-met qui s\u2019en sont donné à cœur joie.Donc, ce Bourgeois Gentilhomme n\u2019a pas été en tout point satisfaisant sur le plan strictement dramatique mais a fourni toutefois un spectacle brillant et très plaisant à l\u2019œil.Le Roi Salomon et le Savetier Quand ils gambadaient joyeusement sur le plateau du nouveau théâtre Port-Royal, à la mi-mai, les très bons comédiens du Théâtre Caméri d\u2019Israël ne s\u2019attendaient pas à faire la guerre moins d\u2019un mois plus tard.Ils paraissaient plutôt heureux de vivre et de nous amuser en interprétant, en hébreu, la comédie musicale de Sammy Grone-mann, le Roi Salomon et le Savetier.En effet, authentique troupe dramatique de Tel-Aviv, le Théâtre Caméri a participé aux journées de la nation d\u2019Israël à l\u2019Expo.Présence agréable et fort appréciée, non seulement de la colonie juive de Montréal qui a donné en force, mais aussi des amateurs du bon théâtre.Grâce au résumé de la pièce que fournissait le programme, nous pouvions suffisamment suivre l\u2019action générale, de péripétie en péripétie.Heureusement, car le peu d\u2019hébreu que j\u2019aie jamais su était passablement loin.D\u2019ailleurs bien 211 des Juifs de l\u2019assistance n\u2019y comprenaient goutte non plus.Mais une mise en scène suggestive, le mouvement des acteurs et leur jeu expressif suppléaient à notre ignorance de la langue.Au reste le thème n\u2019était pas tellement nouveau ni obscur: l\u2019idée assez saugrenue de Salomon, blasé de sa vie de roi, de faire un échange avec un savetier ivrogne qui lui ressemble comme un frère jumeau.Le roi devient savetier et le savetier, roi.On peut prévoir les situations cocasses qui en résultent pour les deux personnages, interprétés par le même acteur.Or, expérience faite, les deux compères sont bien heureux de retrouver leur première identité.Sous la direction de Samuel Bunim, le Théâtre Caméri a fait vraiment merveille, spécialement Illy Gorlitzky, acteur complet, aussi accompli dans le chant, la mimique, la danse que dans l\u2019interprétation opposée de ses deux personnages, Salomon et le Savetier.Chez les femmes, Rivka Raz et surtout Yona Attari, respectivement fille du Pharaon et femme du savetier ont été excellentes.Mais je me demande si le jeu d\u2019ensemble de toute la troupe, d\u2019une cohésion étonnante, d\u2019une parfaite synchronisation des mouvements, d\u2019un élan joyeux et précis à la fois, ne mérite pas, avant tout, les plus grands éloges ?Travail merveilleux de toute une équipe tendue vers un but unique: la belle réalisation d\u2019une œuvre dramatique.Hamlet Depuis que le London Old Vic a perdu son nom pour devenir le National Theatre d\u2019Angleterre, les prestigieux vocables « Old Vic » sont devenus la propriété du Théâtre de Bristol \u2014- lequel fut chargé de représenter John Bull au Festival de l\u2019Expo par trois pièces du barde de Stratford-on-Avon, le poète dramatique le plus représentatif d\u2019Albion, Shakespeare: Hamlet, Measure for Measure, Romeo and Juliet.Je n\u2019ai pu assister qu\u2019aux deux premières, Hamlet qui me tient particulièrement à cœur, et Measure for Measure que je n\u2019avais jamais encore vu jouer ici.Aujourd\u2019hui, qui veut disserter sur la tragique aventure du Prince de Danemark, Hamlet, doit se rappeler le mot célèbre de La Bruyère: « Tout a été dit.».En effet, légions sont les commentaires sur le cas Hamlet.Ce n\u2019est 212 pas le lieu d\u2019y revenir.D\u2019autant que la manière la plus simple de connaître Hamlet, c\u2019est encore de voir la pièce de Shakespeare et, à travers l\u2019interprétation des personnages par des comédiens pénétrés de l\u2019esprit du Grand Will, comme ceux du Bristol Old Vic, d\u2019essayer de comprendre les divers états d\u2019âme du héros: violentes poussées vers l\u2019action accompagnées de futiles et irritantes tergiversations, face à la tâche à accomplir: venger son père.Hamlet est une très grande machine qu\u2019on ne joue à peu près jamais sans coupures.Val May, le metteur en scène du Bristol Old Vic, a suivi la tradition mais a conservé l\u2019essentiel du texte, même s\u2019il nous a parfois déroutés en intervertissant certaines scènes, comme le fameux monologue To be or not to be.Richard Pasco assumait le rôle écrasant de Hamlet, lui-même.Bonne interprétation d\u2019ensemble, variété suffisante de tons et d\u2019attitudes selon les situations si diverses où se trouve impliqué le personnage, avec deux ou trois sommets comme les scènes de rupture avec Ophé-lie ou d\u2019explication avec sa mère, les deux seuls rôles féminins de la pièce.Une vedette de la troupe, Barbara Leigh-Hunt jouait Ophélie.Trop raffinée et passionnée dans son jeu, elle manquait, à mon sens, de cette jeunesse naïve et spontanée, charme si émouvant de la belle et malheureuse Ophélie.L\u2019interprétation de la reine Gertrude par Madge Ryan ne marquait pas assez, dans sa démarche surtout, la dignité et la noblesse que comporte sa position sociale.Quant à John Franklyn Robbins, il a rendu avec assurance l\u2019astuce et la rouerie du roi Claudius, usurpateur du trône après son assassinat du père d\u2019Ham-let.Le Polonius de Frank Middlemass a été amusant par un mélange ingénieux de finesse matoise et de gâtisme commençant.Par la bouche d\u2019Hamlet, Shakespeare ridiculise certains défauts à la mode, en son temps, des comédiens officiels, amateurs d\u2019emphase et de pathos, et dont Christopher Burgess nous donna un exemple savoureux, en premier Comédien de la troupe ambulante de passage au Château d\u2019Elseneur.La nombreuse distribution de la pièce, plusieurs mouvements de groupes, des scènes turbulentes, des entrées et sorties rapides nécessitent une mise en place nette et ordonnée.Val May avait prévu toutes ces difficultés et, avec l\u2019appoint d\u2019une équipe de comédiens bien disciplinés, les a surmontées avec bonheur.Ainsi le tumultueux combat du dernier acte et la tuerie qui s\u2019ensuit ont été exécutés dans un rythme tourmenté bien sûr mais aussi avec une maîtrise et une précision bien aptes à bannir toute exagération.Measure for Measure Measure for Measure compte parmi les comédies de Shakespeare à cause de son dénouement heureux: trois mariages terminent la pièce.Toutefois l\u2019intrigue en est sombre et dramatique, chargée de menaces, de violences, d\u2019injustices.Tout cela par le caprice du duc Vincentio qui décide d\u2019abandonner, pour un temps, le pouvoir, confié à son délégué Angelo, dans le but fictif d\u2019entreprendre un voyage en Pologne, mais reste, au contraire, dans sa ville de Vienne, caché sous la bure monacale et s\u2019instruit secrètement des mœurs pas toujours orthodoxes de ses sujets et des nouveaux administrateurs.Ce petit jeu dangereux entraînera, de fait, des complications diverses que le bon duc aura toutes les peines du monde à dénouer et seulement après de dures épreuves pour plusieurs, en particulier le jeune Claudio, menacé de mort pour avoir trop aimé Julietta, et sa sœur, Isabella, qui devra quitter la quiétude du cloître pour courir au secours de son frère, qu\u2019elle ne sauvera qu\u2019au prix de mille traverses et périls pour elle-même.J\u2019omets d\u2019autres péripéties et incidents secondaires qui s\u2019imbriquent, selon l\u2019habitude de Shakespeare, dans l\u2019action principale pour produire, ainsi, une image plus complète et plus colorée de la vie.Deux influences se partagent la pièce, celle d\u2019Angelo qui domine les deux premiers actes, celle ensuite du duc-moine.Moine au reste assez fantasque et qui montre péremptoirement \u2014 du moins dans l\u2019interprétation que lui en donne John Franklyn Robbins \u2014 que l\u2019habit ne fait pas le moine.Angelo, c\u2019est Richard Pasco, froid, contenu, secret, dont l\u2019expression des mouvements de passion qui un moment l\u2019assaillent se perd souvent dans la vaste enceinte de l\u2019Expo-Théâtre.Cette fois Barbara Leigh-Hunt \\ est bien adaptée au personnage courageux et énergique d\u2019Isabella, pendant que Frank Barrie est un Lucio, ami de Claudio, plein d\u2019humour et de fantaisie.S\u2019ajoute encore, comme toujours, la RELATIONS trogne de quelques joyeux drilles chargés d\u2019amuser le parterre populaire du Globe de leurs grasses facéties et bousculades burlesques.N\u2019oublions pas de mentionner les charmantes et fugitives silhouettes de Jane Asher (Julietta) et Georgine Anderson (Mariana) qui convoleront en presque justes noces, l\u2019une avec le ressuscité Claudio, l\u2019autre avec le repentant Angelo, pendant que la nonne Isabella troquera son voile de vierge du Seigneur pour celui de l\u2019hyménée, dans les bras du valeureux Duc Vincentio.La Muraille de Chine Max Frisch n\u2019est pas un inconnu à Montréal.Du moins pour les spectateurs qui fréquentent les théâtres de poche où évoluent les jeunes troupes d\u2019amateurs, comme les Apprentis Sorciers.Mais c\u2019est la première fois que cet auteur d\u2019avant-garde nous arrive de son pays natal, la Suisse, transporté dans les bagages du Centre dramatique Romand, uni au Théâtre de Carouge de Genève, qui ont représenté au théâtre Port-Royal la Muraille de Chine.Comme dans ses autres pièces, Frisch, ici, se révèle un auteur engagé.Le théâtre constitue, pour lui, un véhicule de ses idées; ainsi la Muraille de Chine, écrite peu après la seconde guerre mondiale, est précisément un réquisitoire contre la guerre et les injustices qu\u2019elle suscite, les malheurs qu\u2019elle entraîne et cela par l\u2019impuissance fatale des peuples qui la subissent.D\u2019où la condamnation des despotes qui l\u2019entreprennent par esprit de puissance et de domination.Ce principe universel et de tous les temps permet à Max Frisch d\u2019embrasser, dans l\u2019intrigue de sa pièce, deux mille ans d\u2019histoire, depuis la construction de la muraille de Chine, appelée la Grande Muraille, jusqu\u2019à nos jours; de l\u2019époque de l\u2019empereur Wang Ti à celle d\u2019Hitler.Périple à travers les siècles qui ne rendra pas, pour autant, les choses plus claires.Au contraire, ces rappels incessants de temps révolus, ces chevauchées planétaires à la suite de Napoléon, Ponce Pilate, Christophe Colomb, Marie Stuart, Brutus, le Businessman en frac, Don Juan, Philippe II, pour tomber enfin dans les bras de Juliette ou Cléopâtre sont plutôt essouflants.Surtout, ce branle-bas historique nous détourne des amours inattendues de la petite princesse chinoise, Mee Lan, pour Min Ko, JUILLET-AOÛT 1967 la Voix du Peuple, que veut mettre à mort Wang Ti « qui a toujours raison ».L\u2019Art est un choix.Max Frisch aurait avantage à s\u2019en souvenir.Courageusement \u2014 et d\u2019ailleurs avec succès \u2014 les comédiens suisses ont réalisé cette Muraille de Chine dans sa version française d\u2019Adamov et une mise en scène très colorée et vivante de Charles Apothéloz.L\u2019œil y trouvait très agréablement son compte.La Tragédie du roi Christophe Des petits hommes aux yeux bridés du Céleste Empire passons aux Noirs antillais qui évoquèrent pour nous, au théâtre Maisonneuve, la Tragédie du roi Christophe que le martiniquais Aimé Césaire, chantre de sa race, a composée.Cet épisode \u2014.entre tant d\u2019autres \u2014\u2022 de la sanglante histoire d\u2019Haïti raconte la fabuleuse ascension de l\u2019esclave Henri jusqu\u2019au trône royal, générateur d\u2019une insupportable tyrannie suivie bientôt de la catastrophe et de la ruine.Tragédie, oui, mais tragédie haïtienne, donc marquée de violence et de meurtres mais encore de danses et de chants accompagnés du lancinant tam-tam et qu\u2019on a de la peine à prendre au sérieux en dépit des coups de feu et des cadavres qui n\u2019empêchent pas les joyeuses et étourdissantes farandoles sous le brûlant soleil.Secrète et mystérieuse Afrique dont le souvenir nostalgique envahit toujours le Noir où qu\u2019il se trouve dans le monde! C\u2019est la compagnie de comédiens noirs, le Toucan de Paris, qui nous a fait connaître cette étonnante tragédie.Sous les apparences d\u2019une insouciance indolente bien haïtienne, ces acteurs jouèrent leurs rôles avec une belle précision et un entrain communicatif, et leurs voix splendides, soulignées par une diction parfaite, ajoutaient au plaisir de les voir dans leurs costumes aux brillantes couleurs.Heureuse initiative, certes, à l\u2019occasion de l\u2019Exposition de nous avoir révélé la Tragédie du roi Christophe, son auteur et ses interprètes talentueux et sympathiques.La Poudre aux yeux Le Festival mondial de l\u2019Expo, c\u2019est naturel, sollicite impérieusement l\u2019inté- rêt des citoyens de la ville comme des touristes qui nous visitent.La place laissée aux manifestations du théâtre local en est forcément réduite.Toutefois, avant de participer, à son tour, au Festival, le Rideau Vert a d\u2019abord terminé sa saison coutumière.Labiche s\u2019en est chargé avec sa courte comédie en deux actes la Poudre aux yeux que Gérard Poirier a mis en scène au Stella.La Poudre aux yeux n\u2019est pas la pièce la plus célèbre ni la plus drôle de Labiche.Œuvre d\u2019un ton léger et passablement moralisateur, elle dessine d\u2019un crayon peu appuyé la puérilité de bons bourgeois qui s\u2019essayent au jeu ridicule de parvenus, sans en avoir les moyens, en jetant de la poudre aux yeux des gens.De la surenchère dans l\u2019esbrouffe.Naturellement, les épouses lancent le jeu; les maris payent.Jusqu\u2019à ce que les coffres-forts menacent d\u2019éclater et que le bon sens du vieil oncle Robert vienne raplom-ber les esprits en folie.Un texte facile, des couplets amusants de Gérard Poirier, une jolie musique d\u2019André Gagnon, des costumes fantaisistes de François Barbeau, des décors de peu d\u2019originalité de Rajotte et Benoît Marleau, impayable Maître d\u2019hôtel, voilà la Poudre aux Yeux, dernier et honnête spectacle du Rideau Vert, au Stella.Le Knack Il faudrait tout de même qu\u2019on ne nous prenne pas tous pour des oies.C\u2019est la réflexion que je me faisais en essayant de m\u2019amuser du Knack d\u2019Ann Jellicoe, représenté sur la scène du Théâtre de Quat\u2019Sous.Un topo du programme nous annonce que le Knack est « la plus inattendue, la plus drôle, la plus excentrique des comédies de ces derniers temps ».Démonter et remonter dix fois un lit de fer, badigeonner à tort et à travers un mur blanc de peinture noire, sortir et rentrer d\u2019une pièce par la fenêtre, se coiffer d\u2019un grand sac de papier et tenter de rugir comme un lion, c\u2019est sûrement étonnant, et excentrique mais drôle, non.C\u2019est du moins la vive impression qui ressortait des réactions \u2014 ou plutôt du manque de réaction \u2014 de la vingtaine de spectateurs qui m\u2019entouraient, malgré les efforts inouïs des acteurs qui s\u2019esquintaient à nous arracher un sourire.On prétend que le Knack a remporté un beau succès à Londres.Si le « comique insolite, ambigu » de cette pièce plaît aux Londoniens qu\u2019on la leur renvoie au plus tôt et que grand bien leur fasse! 213 AU FIL DU MOIS Expo 67 : des réalités visibles aux invisibles.Pendant qu\u2019autour du Pavillon chrétien la dispute se poursuit, louant sa franchise, la modernité de son langage, ou déplorant la timidité de son affirmation du Christ, l\u2019absence d\u2019un lieu de prière, etc., \u2014 un Noir me confiait qu\u2019il eût souhaité une église en chacune des quatre sections de l\u2019Expo \u2014- il faut reconnaître que l\u2019honnêteté et le sérieux de la présentation des grands thèmes sur l\u2019Homme préparent la rencontre de Dieu.Comment n\u2019y point songer, par exemple, devant la merveille de la Cellule, dont la maquette géante nous rend sensibles la complexité, les propriétés, la multiplication à l\u2019infini, elle en qui toute vie sur la terre s\u2019élabore, se différencie et s\u2019élève jusqu\u2019à nous en qui elle culmine dans la pensée et l\u2019amour?Les microscopes à deux pas ajoutent le choc de l\u2019expérience découvrant sous nos yeux, dans leur goutte d\u2019eau, ces masses d\u2019unicellulaires qui frétillent.Le cerveau géant achève l\u2019exposé car en lui se noue et se dénoue le réseau infini de nos échanges nerveux, sensoriels ou moteurs.Nous sommes très fiers à juste titre de nos ordinateurs, de ces savants outils auxquels l\u2019homme incorpore son astuce, ses fantaisies, ses vouloirs.Devant le cerveau de l\u2019homme, ils reprennent leur taille modeste.Ils dominent un petit champ, restreint, particulier; lui, ordonne le champ entier de nos échanges internes et celui, plus incommensurable encore, de nos échanges avec le monde entier qui nous interpelle et qu\u2019à notre tour nous interpelons.De même, si nous sommes éblouis par les prouesses de nos cosmonautes, quelques vitrines nous rappellent l\u2019immense espace qu\u2019ils abordent et ses routes invisibles.L\u2019ordre y est absolu, les lois précises et scrupuleusement gardées, si bien que nous pouvons en toute sûreté, pour ce qui est d\u2019elles, nous embarquer pour le voyage.Nous descendrons sur la Lune en 1970 ou 1972 ( ?).Après la Lune viendront les autres planètes si le cœur nous en dit.Notre exploration de l\u2019espace sera encore bien courte, même si nous pouvions aller jusqu\u2019au Soleil sans nous y brûler.L\u2019eussions-nous atteint, après toutes les planètes qu\u2019il charrie, que nous serions, pour ainsi dire, introuvables dans la poussière d\u2019étoiles \u2014 des millions \u2014 que forme notre galaxie.Une vitrine nous figure cette galaxie: trouvez-y le Soleil si vous le pouvez.De tous côtés des abîmes nous sollicitent et nous émerveillent: monde sous-marin du silence et de la nuit, habité de plantes, de poissons de toutes formes et de toutes tailles: géants redoutables ou gracieux nageurs colorés, fignolés comme des soieries ou des joyaux.Avez-vous visité « le pôle Nord » ?Il est terrifiant pour l\u2019homme d\u2019y habiter, cependant que l\u2019ours blanc, comme le phoque ou les pingouins, y flâne, y folâtre et nous invite à leur fête.Partout un monde incroyablement riche et beau nous fait signe.Il y a des taches, des laideurs, souvent notre œuvre et la trace de nos pas.La Terre est un Habitat magnifique, splendide, qui n\u2019a point d\u2019âge, dirait-on, car chaque année elle refait sa toilette et lance les modes.Le vieux scribe de la Genèse, s\u2019il la revoyait par nos yeux, écrirait sûrement du même souffle que jadis: « Dieu vit tout ce qu\u2019il avait fait.Cela était très bon.» (Gen.I, 31.) Georges Robitaille.Deux cents étudiants en théologie réfléchissent sur les transformations du milieu québécois __ Du 29 mai au 9 juin, se tenait à l\u2019École Forestière de Duchesnay, près de Québec, une session de sociologie à l\u2019intention des étudiants des Grands Séminaires de Chicoutimi, Rimouski, Trois-Rivières et Québec, auxquels s\u2019étaient joints des scolastiques de quelques communautés religieuses.Pendant quinze jours, près de deux cents futurs prêtres examinèrent les problèmes sociaux et pastoraux que pose à notre milieu le passage d\u2019une société de type traditionnel à une civilisation technologique et industrielle.Après un exposé général sur la question, des cours, des conférences et des discussions de groupes permirent d\u2019envisager celle-ci sous ses divers aspects.Une simple énumération des sujets abordés manifeste la richesse du programme suivi: développement économique et industriel, syndicalisme et changement social, organisation sociale, culture de masse et loisirs, vie politique, éducation et monde scolaire, famille, paroisse, Église et structures sociales, mouvement religieux et conduites religieuses, le prêtre dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, tendances et organisation de la pastorale diocésaine.La mise au point et l\u2019exécution de ce vaste programme furent confiées au Centre de Recherches en Sociologie Religieuse de l\u2019Université Laval.En plus des membres de son équipe composée de M.l\u2019abbé François Routhier, directeur, de M.Raymond Lemieux, du P.Jean-Paul Rouleau, S.J., et de M.l\u2019abbé Roland Doyon, le Centre fit appel à des spécialistes de Québec et de Montréal pour traiter certains sujets particuliers.Mentionnons entre autres, Messieurs Fernand Dumont, Gérald Fortin et Gérard Bergeron, le Père Jean-Paul Mont-miny, O.P., et M.l\u2019abbé Gérard Dion, de la Faculté des Sciences Sociales de l\u2019Université Laval, M.le Chanoine Jacques Grand\u2019Maison et M.l\u2019abbé Bernard Poisson, de l\u2019Université de Montréal.Une quinzaine de moniteurs spécialisés animaient un nombre égal de groupes de discussion formés au début de la rencontre.De cette session, il ressort qu\u2019un important travail d\u2019initiation du clergé aux sciences humaines de même qu\u2019un immense effort de réflexion théologique sur les problèmes de vie du milieu s\u2019avèrent d\u2019une urgente nécessité pour permettre aux prêtres de répondre adéquatement aux problèmes pastoraux qui se posent à eux aujourd\u2019hui.Peut-être par ces moyens évitera-t-on que se creuse un fossé qui pourrait à la_ longue devenir infranchissable entre l\u2019Église-institution et de larges tranches du peuple de Dieu aux prises avec des situations de vie quotidienne sans cesse plus complexes.La session qui s\u2019est terminée au début de juin a permis à un nombre important d\u2019étudiants en théologie de se familiariser avec des réalités aussi étrangères à la théologie déductive classique que le développement, la planification, l\u2019industrialisation, la technologie, la rationalité, 214 RELATIONS l\u2019organisation sociale, la personnalisation, la culture de masse, l\u2019organisation scolaire, les difficultés de la paroisse, le statut du prêtre, etc.Elle a été aussi une occasion pour de futurs prêtres de régions différentes de vivre ensemble une expérience de fraternité profondément enrichissante.Voilà un autre résultat digne de mention.Entreprise sous l\u2019égide de la Faculté de Théologie de l\u2019Université Laval, avec l\u2019approbation des autorités des Grands Séminaires et des communautés religieuses concernées, elle s\u2019inscrivait dans le cadre de l\u2019année académique qui s\u2019achève.Comment ne pas voir, dans cette place de plus en plus grande accordée aux sciences humaines dans l\u2019enseignement des grands séminaires et des scolasticats, un signe d\u2019espoir pour l\u2019Église du Québec?Il est à souhaiter que de semblables initiatives se multiplient dans d\u2019autres régions du Canada français comme dans l\u2019Est du Québec.Jean-Paul Rouleau.Québec.Colloque sur la Nouvelle Critique Serge Doubrovsky est l\u2019auteur de l\u2019un des meilleurs ouvrages publiés sur la Nouvelle Critique.Lors de son passage à Montréal, on organisa « une table ronde » autour de ce critique déjà célèbre.Y participaient: MM.Gilles Marcotte, Pierre de Grandpré et Yves Berger.A peine Doubrovsky eut-il le temps de donner un aperçu sur l\u2019historique du débat qui se poursuit à Paris entre les critiques littéraires, que les autres membres de cette « table ronde » furent invités à exprimer leurs opinions sur la Nouvelle Critique.M.Gilles Marcotte, tout en reconnaissant être sympathique à ces méthodologies nouvelles, fit remarquer la difficulté que rencontre un journaliste à les employer dans ses chroniques hebdomadaires: le grand public serait trop dérouté et n\u2019y verrait goutte.M.Pierre de Grandpré admet que l\u2019on puisse avoir recours à pareils instruments, mais il lui semble qu\u2019ils ne conduisent que jusqu\u2019au seuil de la critique littéraire, où l\u2019intuition demeure irremplaçable: la critique humaniste (mais non impressionniste à la Lemaître) n\u2019est pas encore morte.M.Yves Berger fut l\u2019adversaire le plus redoutable et le plus tenace: il ne peut admettre les théorèmes de base de Roland Barthes en matière de critique littéraire.S\u2019inspirer du postulat déjà partout cité de Jacques Lacan: je pense où je ne suis pas, je suis où je ne pense pas, et en faire JUILLET-AOÛT 1967 la clé des œuvres littéraires paraît à M.Berger relever d\u2019une fantaisie inacceptable.Doubrovsky se défendit tant bien que mal, dans le peu de temps mis à sa disposition, contre toutes ces attaques.Ce qui me surprit le plus dans ses affirmations, ce fut sa méfiance à l\u2019endroit du « structuralisme »: il cita évidemment la sociologie marxiste de Goldmann et la psychanalyse soit de Mauron soit de Lacan; mais il ne fit qu\u2019une très brève allusion, d\u2019ailleurs bien évasive, à l\u2019anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss et, surtout, passa sous silence la linguistique structurale dont s\u2019inspirent certains auteurs, et non des moindres, dans l\u2019étude des chefs-d\u2019œuvre de l\u2019écriture.La réaction du public me parut en être une, sinon d\u2019ennui, du moins d\u2019indifférence.Je m\u2019explique assez mal ce manque d\u2019intérêt, à un tournant de la pensée occidentale, alors même qu\u2019un Marshall McLuhan et qu\u2019un George Steiner nous rappellent avec lucidité et grande érudition combien la chose littéraire change, évolue, est déjà peut-être en péril, à la veille d\u2019être supplantée par des moyens, beaucoup plus directs et immédiats et puissants, d\u2019information culturelle au sein même du grand public de demain.Fernand Dorais.Saint- Jérôme.La famille dans le monde moderne Rien ne démontre mieux la vitalité des Foyers Notre-Dame que la réponse réaliste et enthousiaste du millier d\u2019époux venus à leur 8e congrès national, à l\u2019Université de Montréal.Trait dominant: il s\u2019y est accompli un effort vigoureux pour situer et adapter la famille chrétienne dans le monde moderne.A côté d\u2019exposés solides et nuancés, des panels, des forums et des ateliers de travail ramenaient les participants au plan des réalités quotidiennes et leur faisaient apprécier les situations concrètes de la vie.Aucun aspect ne fut négligé; le couple, les enfants, les relations de la famille avec la société, l\u2019État et l\u2019Église furent abordés avec optimisme et sérénité, mais en même temps avec le sérieux que réclame l\u2019envergure des problèmes familiaux.La famille dans la civilisation urbaine actuelle doit, c\u2019est un fait certain, inventer un style de vie humain et chrétien, lui permettant d\u2019épanouir les personnes qui la composent et de jouer pleinement son rôle dans la société et dans l\u2019Église.Les influences dépersonnalisantes menacent de l\u2019affaiblir et de la désintégrer.Mais la famille, croyons-nous, par sa puissance de rebondissement, sera capable de se redresser et de s\u2019ajuster aux conditions de la vie moderne.Cette famille nouveau-type différera de la famille d\u2019autrefois; elle possédera toutefois son dynamisme, sa motivation et sa finalité.Un autre trait du congrès qui nous a frappé, c\u2019est l\u2019insistance avec laquelle les participants ont recommandé le dialogue: dialogue du couple, des parents avec les enfants, de la famille avec les autres éléments de la société.A ce propos, nous avons particulièrement goûté les ateliers de travail consacrés à l\u2019adolescence.Qu\u2019il s\u2019agisse de liberté et de responsabilité du couple, de législation plus familiale, d\u2019adaptation à la pensée postconciliaire de l\u2019Église, les Foyers Notre-Dame, dans leur congrès, ont prouvé qu\u2019il y a moyen de poser des jalons et d\u2019ouvrir des voies nouvelles à une spiritualité, une psychologie, une sociologie familiales vraiment fécondes.Nous nous prenons à souhaiter pour les familles un mouvement analogue aux mouvements ouvriers, de sorte que les Foyers Notre-Dame, avec d\u2019autres organismes familiaux, créent un courant puissant qui assurera la survie de la famille et son rayonnement bienfaisant dans ^ notre peuple, dans le monde et dans l\u2019Église.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ha&aubegat&e COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal 215 Les livres Théologie Groupe Lyonnais d\u2019Études médicales: La Mort et l\u2019Homme du XXe siècle.Coll.« Convergences ».\u2014 Paris (25, rue Saint-Sulpice), Éditions Spes, 1965, 237 pp., 20 cm.Prix: $3.85 (chez Fides).Démographie, médecine, psychologie philosophique, sociologie, droit, théologie prêtent ici leur concours pour élucider les divers aspects de la mort.Le Dr Wertheimer attribue à l\u2019arrêt non du cœur, mais du système nerveux central la cessation définitive et sans appel de la vie humaine (pp.57-58).J.-M.Arnion expose l\u2019évolution du taux de mortalité et d\u2019assurance vitale au cours des siècles.Le sentiment de la mort, grâce à une analyse fouillée du professeur Guillaumin, nous apparaît précoce chez l\u2019enfant, général chez l\u2019adulte (même quand il crâne), lié à l\u2019angoisse et susceptible de sublimation, puis de transfiguration par la foi chrétienne.Le juriste M.Colin charge peut-être les attitudes de la société envers le condamné à mort pour mieux soutenir sa thèse, impressionnante, sjur l\u2019immoralité de la peine capitale (142).Érudit, sérieux avec un humour exquis, Folliet décrit les réactions et coutumes humaines devant le deuil, émouvant ou non, après un trépas, mot démodé, affirme-t-il « pour excès de noblesse »\t(154).M.Broussole dresse un bilan terrifiant des deux dernières guerres mondiales et calcule les ruines qu\u2019entraînerait l\u2019usage des armes nucléaires d\u2019aujourd\u2019hui.Pour finir, le P.Martelet montre que la mort, phénomène naturel, rendu angoissant par le péché qui a détruit l\u2019harmonie première, peut redevenir un passage libérateur par la vertu de la foi en la résurrection du Christ, modèle et gage de la nôtre.On n\u2019a jamais l\u2019impression de perdre son temps lorsqu\u2019on lit un recueil de la collection « Convergences »; et, je le note avec plaisir, le volume consacré à la mort évite la plupart des négligences qui déparaient les volumes précédents.Joseph d\u2019Anjou.E.SCHILLEBEECKX, O.P.: Dieu et l\u2019Homme.« Approches théologiques », 2.\u2014 Bruxelles (40, av.de la Renaissance), Editions du Cep, 1965, 272 pp., 20 cm.Prix: $6.75.Non moins solide que le tome i de la série projetée par l\u2019A.(voir Relations, décembre 1966,p.348),le tome n traite, sous divers aspects, le problème de l\u2019humanisme véritable.L\u2019A.va au fond des choses et cherche les perspectives qui, sans compromis, permettent un dialogue entre un certain athéisme et l\u2019affirmation de Dieu, entre la sécularité et la vie de foi, entre le progrès temporel des « mondains » et l\u2019espérance eschatologique des « saints ».L\u2019athéisme, l\u2019humanisme terrestre, la morale de situation forcent le catholique à purifier sa pensée et sa conduite, de manière que l\u2019incroyant ne bute pas sur une caricature du dogme et de la morale et perde toute raison de rejeter l\u2019Eglise.Il faut lire le long chapitre v de Dieu et VHomme, qui analyse discute et dépasse le livre de Robinson, Honest to God, pour apprécier la faculté d\u2019accueil de l\u2019A., sa pénétration psycholo- gique, sa sûreté doctrinale.Le leitmotiv qui développe le recueil (car il s\u2019agit encore d\u2019articles réunis en un volume) rappelle à la personne humaine son caractère transcendant au sein de la nature et, de ce fait, son ouverture au Tiers transcendant, Amour personnel qui invite à désirer, puis à vivre, par grâce, une intersubjectivité amoureuse avec Dieu, par la médiation de Jésus, Fils et sacrement du Père, et par celle de l\u2019Eglise, sacrement de Jésus.On n\u2019évacue pas ainsi la nature, l\u2019humanisme, la sécularité, la technique; on leur donne tout leur sens et leur prix.On n\u2019isole pas le chrétien; on le pousse à l\u2019adoration et du Créateur et du Sauveur, à l\u2019épanouissement de la grâce greffée sur la nature, au rayonnement de la sainteté dans les œuvres « profanes » mêmes.On n\u2019oublie pas que « passe la figure de ce monde » et que, pour maintenir cette vérité en évidence, des hommes et des femmes doivent mener déjà, par la pure contemplation de Dieu et la consécration de soi, une vie transmondaine.De nos jours, les normes objectives que formulent la réflexion philosophique et la révélation requièrent un surcroît de créativité morale: les catholiques ont à en donner l\u2019exemple, s\u2019ils veulent rester fidèles à Dieu et résoudre les problèmes soulevés par les situations du temps présent.La traduction de Dieu et VHomme a la même remarquable clarté et les mêmes détestables défauts que celle du tome précédent.Il y a des nuances qu\u2019on souhaiterait de trouver dans le texte (pp.16, 20, 37, 56, 67, 239); mais cette lacune paraît sans gravité, compte tenu de l\u2019austérité de l\u2019ouvrage, auquel s\u2019intéresseront des lecteurs avertis.Joseph d\u2019Anjou.Florent Gaboriau, ptre: Dieu pour le monde.Ouvertures.« Nouvelle initiation philosophique », t.6.\u2014 Tournai (Montréal, 306 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1966, 534 pp., 22 cm.Prix: 345 fr.b.Dernier tome de la phénoménologie et de la métaphysique de l\u2019existence, qui, dans la « Nouvelle initiation philosophique », dirigée par l\u2019A., doit se continuer par une Logique, une Ethique, une Esthétique, une Politique et un Lexique, confiés à divers auteurs, Dieu pour le monde constitue une pièce magistrale.On y lit d\u2019abord une quasi-apologie de l\u2019athéisme, par réfutation soit des polythéismes, soit des monothéismes mal fondés, comme ceux de Blondel et de Teilhard: suit une démonstration, par les cinq voies thomistes, de la nécessité existentielle d\u2019un « Non-Monde » appelé Dieu; après quoi, l\u2019A.offre des variations pour approfondir ses deux thèmes et présente, sous divers angles, une illustration de sa méthode (celle du doute universel réel) et une approximation philosophique de la connaissance de l\u2019être de Dieu; puis, il récuse certaines critiques publiées contre son œuvre; enfin, il signale les lacunes de l\u2019enseignement philosophique du demi-siècle passé; l\u2019ouvrage se termine sur un hymne à l\u2019adresse de l\u2019Existant, objet de la quête intellectuelle, découvert au terme d\u2019un itinéraire long et difficile, Créateur sans qui rien ne subsiste réellement.Le mérite de la construction monumentale de l\u2019A.réside non seulement dans la rigueur de sa méthode et son acharnement à poursuivre l\u2019être comme existant, mais dans son analyse profonde de la substance.Faute d\u2019une métaphysique de la substance, toutes les philosophies et la scolastique même, en dehors de saint Thomas, ou bien se gavent de postulats ou bien restent en deçà des exigences de l\u2019esprit.Je pense toutefois que l\u2019A.fait la partie trop belle et trop facile à l\u2019athéisme.Camus, par exemple (pour abréger), a raison de rejeter les théismes insuffisamment justifiés; et l\u2019A.a raison de reprocher aux catholiques de n\u2019avoir pas rendu compte de leur foi aux yeux de Camus.Mais, assez intelligent pour voir les failles de preuves qui ne prouvent pas et obsédé par le problème de Dieu, Camus ne pouvait excuser sa révolte stérile, son humanisme qui ne débouche pas, son acceptation (absurde) de l\u2019absurde.De plus, si l\u2019athée peut bâtir une morale, il ne parvient jamais à élaborer la morale humaine; car ou bien il nie notre communauté de nature, ou bien il fixe un fondement arbitraire ou despotique à l\u2019obligation.Malgré ces réserves, je recommande Dieu pour le monde, avec les cinq tomes précédents (voir Relations, juill.1966, p.222), comme la synthèse de métaphysique la plus vigoureuse et la plus satisfaisante de notre temps.Joseph d\u2019Anjou.Robert CLAUDE, S.J.: 2000 ans après.L\u2019Evangile commenté aux jeunes, 2e volume.\u2014 Collection « Adolescent, qui es-tu ?» Série Spiritualité.\u2014 Tournai, Casterman, 1966, 204 pp., 17 cm.Nous avons déjà signalé dans un compte-rendu précédent (Relations, 1962, avril, p.110) les qualités de ces méditations d\u2019évangile destinée aux jeunes.La manière n\u2019a point changé: l\u2019A.cite quelques versets d\u2019évangile, en fait un commentaire adapté à la mentalité des jeunes et poursuit ainsi jusqu\u2019à la fin du chapitre qui se clôt par une méditation ou réflexion ou prière plus formelle.Dans ce deuxième tome, l\u2019A.expose certains aspects de la vie publique, s\u2019attarde à la Passion du Christ et termine par des scènes après la résurrection.Excellente introduction à l\u2019esprit des évangiles et judicieuse initiation à la prière méditée.Nous souhaitons que cet ouvrage se répande chez les jeunes, à qui il fera grand bien.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Pastorale Joseph-André Jungmann, S.J.: Tradition liturgique et problèmes actuels de pastorale.\u2014 Le Puy et Lyon, Xavier Mappus, 1962, 350 pp., 23 cm.Articlés divers, consacréspresqu\u2019exclusi-.vement à des questions d\u2019histoire de la liturgie, rassemblés de façon plutôt fortuite et coiffés d\u2019un titre somme toute trompeur \u2014 malgré ce que prétend l\u2019A , dans la préface de l\u2019ouvrage.216 RELATIONS Ouvrage réservé aux spécialistes; sauf peut-être les articles moins techniques de la dernière partie, parfois susceptibles d\u2019intéresser les pasteurs malgré leur perspective encore fondamentalement historique.Guy Bourgeault.Facultés S.J., Montréal.Bernard HÂring, Lilly Zarncke, Georges HaNSEMANN: Pédagogie de la Confession.Problèmes et solutions.-\u2014 Collection « Pastorale ».\u2014 Mulhouse, Éditions Salvator, 1966, 140 pp., 18.5 cm.Lors d\u2019une session catéchétique tenue à Graz (Autriche), les trois rapporteurs étudièrent avec profondeur le difficile problème de la formation de la conscience ainsi que celui de l\u2019initiation pratique au sacrement de pénitence, le P.Hâring développant surtout l\u2019aspect théologique, Lilly Zarncke l\u2019aspect psychologique et G.Han-semann l\u2019aspect pédagogique proprement dit.Chacun des exposés complète l\u2019autre, et de l\u2019ensemble se dégage une synthèse qui tient compte de tous les contours du problème.Ce qui nous frappe, c\u2019est que les adultes, trop souvent, concourent plus à déformer la conscience des enfants qu\u2019à la former sainement et donnent du sacrement de pénitence une physionomie incomplète, beaucoup trop rattachée à l\u2019Ancien Testament et oublieuse de la morale du Christ, en particulier, du grand commandement de la charité, de la perfection.Prêtres et catéchistes puiseront dans ce volume d\u2019utiles conseils pour leur ministère pastoral ou pour l\u2019initiation catéchétique au sacrement de la pénitence.Les derniers chapitres font écho à une polémique sur la préparation à la première confession: la solution proposée est équilibrée; elle n\u2019écarte pas complètement le Décalogue, mais l\u2019intègre dans la pédagogie néo-testamentaire.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Une Équipe des Fils de la Charité: L\u2019Equipe sacerdotale.-\u2014\u2022 Collection « Recherches pastorales », n° 19.\u2014 Paris, Éditions Fleurus, 1966, 216 pp., 20 cm.Dans leur ensemble, ces témoignages \u2014 où se recoupent les mêmes lignes de force \u2014 sont tout le contraire d\u2019un exposé théorique, bâti dans l\u2019abstrait; ils rapportent une expérience spirituelle et pastorale vécue en profondeur.Une conclusion assez nette s\u2019en dégage: la vie d\u2019équipe sacerdotale renforce d\u2019une part la vie religieuse communautaire, elle permet (aux Fils de la Charité dont il s\u2019agit ici) de vivre intensément les vœux de religion, spécialement la pauvreté, et aussi les vertus théologales, en particulier la charité.D\u2019autre part, l\u2019équipe sacerdotale assure une efficacité singulière au ministère pastoral, en apportant cohésion, réalisme et dynamisme spirituel.Les AA., dans leurs témoignages, traitent des divers aspects de la vie d\u2019équipe sacerdotale: le rôle du curé comme chef d\u2019équipe, la place de la révision de vie et de l\u2019oraison, la fonction de la session de septembre, le mécanisme des réunions régulières, la préparation des sermons, la nécessité de l\u2019attention, de l\u2019ouverture aux autres, du respect des personnes, de la franchise, de la détente, de la joie commune, etc.Cette expérience des Fils de la charité nous donne plus d\u2019une leçon: elle nous apprend à sortir de notre individualisme, à faire de la vie d\u2019équipe plus qu\u2019une technique: une mystique spirituelle qui anime la pastorale et la rend adaptée aux besoins évangéliques du monde contemporain.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Francis Connan, Jean-Louis Barreau: Demain, la Paroisse.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1966, 128 pp., 18.5 cm.Cet essai de prospective en ce qui concerne la paroisse dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui et de demain ne veut pas être une prise de position officielle, mais plutôt une piste de recherche qu\u2019on pourra discuter.Sans contester que la paroisse territoriale, et ses dimensions restreintes, a fait des efforts remarquables pour s\u2019adapter au contexte sociologique actuel, les AA.croient qu\u2019elle n\u2019est pas la formule idéale de l\u2019avenir.Ils proposent une supra-paroisse avec des églises-relais, qui répondrait mieux aux besoins du milieu urbain et, surtout, rassemblerait tous les artisans de la pastorale, prêtres ou laïcs, chargés de l\u2019apostolat des milieux ou de la pastorale sacramentelle.On éviterait ainsi le divorce entre les deux clergés, celui des paroisses territoriales et celui de l'apostolat spécialisé (aumôniers des mouvements, des écoles et des hôpitaux).On unifierait aussi trois fonctions essentielles de l\u2019Eglise: paroisse, action catholique et mission.Nous doutons qu\u2019une telle formule puisse être adoptée actuellement au Canada français; dans vingt ou trente ans ou même plus tôt, la question pourra se poser à nous comme elle se pose aujourd\u2019hui aux Français.Les AA.nous ont rendu service en nous éveillant à un problème capital de la pastorale contemporaine.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Claude Jean-Nesmy:\tLa parole aux laïcs.Enquête sur la réforme de la messe.Coll.« L\u2019esprit liturgique ».\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1966, 223 pp., 18 cm.Cette enquête « sur la réforme de la messe » comprend deux parties.Une partie générale: liturgie en français, problèmes des chants, gestes et rites, participation active et recueillement.Une seconde partie spéciale: la collaboration des prêtres et des laïcs dans l\u2019animation liturgique et dans le choix des thèmes de prédication, la question de la messe, prière intime et communautaire.De ces réponses subjectives à une enquête éminemment objective, ressortent les conclusions suivantes: 1) tous s\u2019accordent à reconnaître l\u2019urgence d\u2019un renouveau de la liturgie séculaire et l\u2019action bienfaisante du Concile dans le remède qu\u2019il apporte; 2) ces transformations et ces adaptations prendront plus de temps qu\u2019on ne croie, car tout dépend de l\u2019intensité de l\u2019action des prêtres et des laïcs; 3) la confusion règne actuellement dans tous les milieux de formation liturgique et vient, d\u2019une part, de l\u2019application précipitée de ces nouvelles formules faites sans que les esprits aient été préparés, et de l\u2019insuffisance des instruments de travail; d\u2019autre part, elle vient de la méthode employée: on a procédé par miettes, additions ou soustractions continuelles avec des missels de fortune fort mal conçus, au point qu\u2019on a créé des tâtonnements regrettables des critiques justifiées, des découragements compréhensibles ou des inerties dommageables et difficiles à remuer.Il ressort de cette enquête que le renouveau liturgique aurait pu être mieux lancé, qu\u2019il a été timidement dirigé et accepté diversement, au détriment de la liturgie elle-même.Pour discutable qu\u2019elle demeure, l\u2019enquête a le mérite d\u2019avoir fait connaître les pensées et les sentiments intimes des laïcs; ils forment, après tout, le gros contingent de l\u2019Eglise.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.En COLLABORATION: Jalons de pastorale scolaire.Etudes et éléments de réflexion.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1967 352 pp., 17.5 cm.Le problème de la pastorale scolaire / est un des plus aigus du monde de l\u2019éducation au Québec.Il est réconfortant de voir des équipes, réunissant plus de cinquante-cinq participants, mettre en commun leurs recherches.Ils ne prétendent pas résoudre tous les problèmes; du moins ont-ils le mérite de les poser avec les perspectives et les dimensions qu\u2019il faut.De plus, des lignes de convergence se dessinent, même si, dans les détails, les opinions sont parfois divergentes.Par exemple, tous semblent s\u2019accorder sur la nécessité de l\u2019école chrétienne dans notre milieu québécois; ils en définissent la nature et les modalités.De même, la pastorale prend un visage plus en relief après la lecture de cet ouvrage.On en saisit la richesse, mais aussi la complexité.Le livre se divise en deux parties: la première contient des études entreprises par des individus en particulier.Certaines de ces études sont vigoureuses et remarquables.La deuxième partie réunit des tables rondes: il ne faudra pas se surprendre de ce que les problèmes y soient effleurés et plutôt soulevés que résolus.L\u2019ensemble présente un intérêt de premier ordre pour tous ceux qui exercent une charge dans le monde scolaire.Les parents eux-mêmes gagneront à prendre connaissance de ces recherches.Cette saine réaction de nos éducateurs donne espoir et confiance.« Qui cherche trouvera.» Espérons que ces travaux se poursuivront encore plus avant et préciseront les voies excellentes dans lesquelles les responsables de la pastorale scolaire ont décidé de s\u2019engager.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Gérard Labrosse, S.J.: Les Ombres et les lumières de l\u2019amour.Entretiens sur le mariage et le célibat.En collaboration avec Jeanne Desnoyers et Suzanne Germain-Cadotte.\u2014 Montréal, Le Cercle du livre de France, 1967, 159 pp., 19.5 cm.VOILÀ un PETIT VOLUME que l\u2019on referme avec une vive satisfaction car, sous la forme d\u2019entretiens, de lettres ou de journal, un orienteur d\u2019expérience nous présente les conseils qu\u2019il adresse à des époux unis, séparés ou divorcés, à des célibataires ou fiancés, selon leur situation présente, passée ou future.Notamment dans les derniers chapitres, nous y avons trouvé beaucoup de bonhomie et de sagesse, fruits d\u2019une pensée chrétienne accueillante, qui n\u2019oublie point le péché originel ni les exigences de la maîtrise de soi et de la sublimation.Notre satisfaction serait complète s\u2019il n\u2019y avait ici et là défaillance.Faute de JUILLET-AOÛT 1967 217 nuance, certains avancés pourront sembler surenchère de l\u2019union sexuelle (pp.30, 34).Saint Paul estimait que les époux feraient bien parfois, d\u2019un commun accord, d\u2019y renoncer pour vaquer à la prière (I Cor., 7, 4).Illusoire aussi me paraît l\u2019espoir d\u2019un second mariage fondé sur le propos de Mgr Zoghby au Concile.A-t-on oublié la réponse que lui fit le cardinal Journet?(Cf.Documentation catholique, 19 juin 1966, col.1075-1093.) Enfin je ne garantirais pas que c\u2019est « vers la lumière » que chemine l\u2019épouse séparée qui croit refaire sa vie affective en acceptant l\u2019amour, spirituel à ce qu\u2019elle prétend, d\u2019un autre conjoint victime d\u2019une semblable situation.N\u2019est-elle pas engagée plutôt et de plus en plus dans la voie de la tension et du refoulement ?L\u2019épouse divorcée paraît avoir retrouvé Dieu de façon plus authentique.Georges Robitaille.Paul GriÉGER, F.S.C.: Directoire des Vocations de Jeunes.-\u2014 Montréal, les Éditions Lidec, 1966, 108 pp., 21 cm.COMME DANS TOUT DIRECTOIRE, l\u2019A., en un langage clair et ramassé, a su, spécialement à l\u2019intention des supérieurs et des responsables de la formation des jeunes appelés à la vocation religieuse, exposer les principes généraux qui permettront à cette formation jle s\u2019adapter aux conditions actuelles de l\u2019Église.Sans cesse, l\u2019A.suggère qu\u2019on mette en valeur non seulement les richesses surnaturelles, mais aussi les ressources humaines des jeunes.De chaque étape (discernement et préparation des vocations, pré-postulat, noviciat et scolasticat) il étudie le but spécifique et les exigences particulières.Conscient de Yaggiornamento tel que le décret Perfectae Caritatis l\u2019a précisé et que doivent l\u2019apporter les instituts à la formation de leurs sujets, l\u2019A.demeure également fidèle aux valeurs permanentes et à l idéal évangélique qui eux ne sauraient passer.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Docteur François Bernard: Limitation ou régulation des naissances?Comment s\u2019aimer sans pilule.\u2014 Paris, Les Editions ouvrières, 1966, 86 pp., 18 cm.Cet opuscule est formé de l\u2019essentiel d\u2019exposés faits à des jeunes fiancés en sessions de préparation au mariage et à des jeunes époux venus se renseigner sur les problèmes de leur nouvelle vie.Exposé succinct et cependant assez large pour embrasser les principaux problèmes de la vie conjugale.Ce qui plaît, c\u2019est la fermeté de la doctrine\u2014\u2022 fidèle à l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, \u2014 son équilibre et le sens de l\u2019humain.Georges Robitaille.En COLLABORATION: Rassemblés dans l\u2019amour.Initiation chrétienne des enfants de 8 à 9 ans.\u2014 Québec, L\u2019Action Sociale Limitée, 1966; Livre de l\u2019enfant, 160 pp., 23 cm; Guide du maître, 384 pp., 22.5 cm.LOffice provincial catéchistique a complété son mandat en ce qui concerne la préparation des manuels de catéchisme au premier cycle des études primaires.Le catéchisme de troisième année poursuit l\u2019initiation chrétienne commencée dans les deux premières années du cours.Tout en faisant encore appel à la capacité d\u2019intériorisation de l\u2019enfant, il utilise un 218 nouveau moyen pédagogique, en exploitant le système d\u2019équipe.Le contenu doctrinal est sensiblement le même que dans les manuels précédents, sauf qu\u2019il y a insistance sur l\u2019Église, communauté d\u2019amour.Poursuivant également l\u2019excellent travail amorcé entre les professeurs et les parents, le manuel de troisième année engage les parents dans une collaboration encore plus profonde.La vie même de la famille est mise en question et un nouveau style de vie chrétienne est proposé.Le Guide du maître possède les mêmes qualités de méthode et de clarté, notées dans les guides antérieurs.Sans produire l\u2019effet de choc qu\u2019avait eu le manuel de première année, celui de troisième année poursuit dans la même voie et complète harmonieusement l\u2019initiation chrétienne entreprise chez l\u2019enfant de sept ans.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Rassemblés dans l\u2019amour.\u2014 Disque pour le catéchisme de troisième année.Maîtrise de la cathédrale de Trois-Rivières.Direction: Claude Thompson, ptre; à l\u2019orgue: Marcel Thompson.\u2014 Cap-de-la-Madeleine, Editions RM, RM 36602, 33 t., 12\", monaural.1E mérite de ce disque n\u2019est pas seulement de mettre à la disposition des éducateurs et des enfants, qui utilisent le catéchisme de troisième année, un choix de chants dent on leur fournit la mélodie, mais surtout d\u2019indiquer l\u2019interprétation selon laquelle ils doivent être exécutés.Il est facile de s\u2019y référer, car les chants ont été disposés selon l\u2019ordre alphabétique et numérique des fiches.On retrouve ici les qualités d\u2019exécution qui s\u2019étaient affirmées dans le disque pour le catéchisme de deuxième année: la diction est nette et le rythme respecté.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.L\u2019EQUIPE (Québec): Messe «Seigneur Dieu ».Chœur du Grand Séminaire de Québec.Direction: M.Lucien Brochu, de l\u2019Ecole de Musique de l\u2019Université Laval.A l\u2019orgue des Saints-Martyrs de Québec: Jean-Eudes Beaulieu.\u2014 Cap-de-la-Madeleine, Editions RM, 7\", 45 t., RM 56601, monaural.Cette messe, très bien exécutée par le chœur du Grand Séminaire de Québec, est marquée au trait de la simplicité et ne manque pas d\u2019un certain élan rythmique.Elle pèche peut-être un peu par défaut de variété.Elle sera, croyons-nous, facilement accessible aux nefs de nos paroisses, car elle se tient dans un registre moyen.Cette nitiative vient s\u2019ajouter au travail déjà abondant de nos musiciens de renouveau liturgique.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Biographies Renée Casin: Mensonges et silences sur Pie XII.\u2014 Monte-Carlo, Editions « Regain », 1965, 124 pp., 11 cm.Dépositaire: Librairie « Eau vive », 7, rue Blanche, Paris.La parution du « Vicaire » d\u2019Hochhuth, i en 1963, et la créance qu\u2019il obtint d\u2019abord nous ont fait mesurer dans la stupeur jusqu\u2019où pouvaient aller l\u2019impos- ture et le cynisme: on osait incriminer de l\u2019extermination des Juifs celui qui avait été leur plus grand sauveur, Pie XII! Bientôt le monde se ressaisit, ceux qui savaient parlèrent et les mensonges perdirent leurs mirages.Il demeure plus difficile de réfuter une fausseté que de l\u2019accréditer.Pour dissiper tous les relents de cette pourriture, nous devons attendre que les archives du Vatican aient livré leurs secrets.Cette publication est commencée.Il sera utile en attendant d\u2019avoir sous la main les principales pièces du dossier.C\u2019est ce que nous fournit cet opuscule.L\u2019A.ramasse le débat autour de trois chefs: le portrait de Pie XII d\u2019après la pièce du « Vicaire », Pie XII et l\u2019hitlérisme, Pie XII et les Juifs.L\u2019exposé des accusations et la discussion sont menés avec netteté, vigueur et chaleur.Les témoignages en faveur de Pie XII sont accablants.Ce sont entre autres les critiques de la pièce, les ambassadeurs français présents à Rome en ces heures tragiques, surtout ce sont les Juifs eux-mêmes qui, à titre personnel ou à titre officiel, ont proclamé leur gratitude envers celui à qui « de 150,000 à 400,000 Juifs devaient d\u2019avoir été sauvés d\u2019une mort certaine », au dire de Pinhar Lapid, consul d\u2019Israël à Milan du vivant de Pie XII.L\u2019infamie de l\u2019accusation est retombée sur ses auteurs.Cet opuscule contribue à cette œuvre de justice.Georges Robitaille.André Ravier, S.J.: Dom Augustin Guilleran, prieur chartreux, 1877-1945.Un maître spirituel de notre temps.\u2014 Paris.Bruges, Desclée de Brouwer, 1965, 312 pp., 20 cm.CE volume contient d\u2019abord une longue biographie de 114 pages, où sont décrites les ascensions d\u2019une âme, depuis la vie agitée du ministère pastoral jusqu\u2019à la vie recluse, dans la plus haute contemplation pratiquée même dans les charges élevées.En second lieu, ce volume analyse en détail la pensée spirituelle du chartreux: celle-ci est tirée de ses nombreux écrits dont on prépare une édition critique.Quelques thèmes dominants:\tcomment vivre dans l\u2019orbite de la Trinité; comment répondre aux inspirations divines avec esprit de foi, détachement, simplicité, en esprit d\u2019apostolat et de charité; comment assurer le progrès spirituel par le don de soi en tout et partout; comment, par une anticipation du ciel, vivre avec ses amis du ciel ?Cet ouvrage est moins un livre de simple lecture que de méditation à partir de sublimes pensées.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.Camille DREVET : Gandhi interpelle les chrétiens.Coll.« Rencontres », 69.\u2014 Paris, Éditions du Cerf, 1965, 175 pp., 19 cm.Petit livre de 175 pages seulement sur la pensée et la vie intérieure de Gandhi; même plusieurs ouvrages ne nous fourniraient pas une vue d\u2019ensemble plus claire et plus complète sur le sens et la pratique de la vie spirituelle du Mahatma.Bien que disciple fervent de l\u2019hindouisme, Gandhi fut une fois pour toutes conquis par la simplicité et la puissance des évangiles et, particulièrement par le Sermon sur la montagne; il y trouva la force d\u2019appliquer intégralement la doctrine de la non-violence RELATIONS dans la revendication des droits sociaux et politiques de l\u2019Inde.Pourquoi Gandhi théiste fervent et convaincu, admirateur du Christ et de son œuvre, ne s\u2019est-il pas définitivement converti au Christianisme?L\u2019A.nous donne cette raison: « Si Gandhi n\u2019a pas découvert le Christ, Dieu des chrétiens, c\u2019est peut-être parce que les chrétiens l\u2019avaient trop souvent enfoui sous les préjugés, le formalisme, l\u2019égoïsme personnel, national ou confessionnel » (p.117).A l\u2019heure où l\u2019on discute sans retenue sur le célibat des prêtres, sans guère tenir compte de la directive de Paul VI, on aimera connaître la pensée de Gandhi sur ce sujet qui revient périodiquement (pp.97 et 109).Livre suggestif, élevant et révélateur.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin, Montréal.Mgr CRISTIANI: Au service de l\u2019Enfance: Claudine Thévenet.\u2014 Paris, Editions France-Empire, 1961, 222 pp., 20 cm.Historien de métier, au soir de sa carrière, l\u2019A.a repris, à partir des documents de base, de ceux en particulier qui furent réunis en vue de la béatification, l\u2019histoire de Claudine Thévenet, fondatrice de la Congrégation des religieuses de Jésus-Marie.Ces religieuses sont chez nous, à Lauzon, à Sillery, etc., depuis plus d\u2019un siècle.Ces pages nous font revivre l\u2019immense effort de renaissance spirituelle et le « foisonnement d\u2019instituts » que suscitèrent dans l\u2019Eglise de France des prêtres et de pieux laïcs, hommes ou femmes, pour redonner à l\u2019enfance populaire abandonnée des éducateurs et des maîtres.Claudine Thévenet fut avec le P.André Coindre de cette lignée.Elle fut une femme accomplie: intelligente, lucide, forte jusqu\u2019à l\u2019héroïsme et, tout à la fois, profondément humaine, n\u2019oubliant rien des valeurs du foyer qu\u2019elle avait quitté, ni rien des préoccupations des jeunes ouvrières qu\u2019elle aide à préparer leur avenir.Sa vie entière (1774-1837) est marquée de la grandeur, soit qu\u2019elle parte jeune fille porter secours et réconfort à ses frères victimes de la Révolution, ou qu\u2019elle pardonne au coupable, qu\u2019elle fonde, en son âge mûr, des œuvres, en défende l\u2019identité, ou s\u2019entende blâmer sur son lit de mort de façon injuste et cruelle.Sa dernière parole fut une louange à Dieu: « Que le bon Dieu est bon! » Nous savons gré à Mgr Cristiani de nous avoir brossé avec sobriété et relief cette admirable figure de fondatrice.Goerges Robitaille.Lerone BENNET: L\u2019homme d\u2019Atlanta: Martin Luther King.Traduit de l\u2019américain par Jean Rosenthal.-\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1966, 256 pp., 20 cm. drôles ?Peut-être, mais pas dans ton livre.Et toi non plus, Clémence (au cabaret et à la télévision, oui; pas ici).Tu es jeune, très jeune.C\u2019est inutilement que tu crains la vieillesse: elle ne te rejoindra jamais; mais la tristesse seulement.Nourris bien fort ton projet d\u2019écrire des choses drôles et belles.Peut-être, un jour.En ce moment, tu dis peu ou prou.Aussi, hélas, n\u2019est-il point vain le souhait que tu fais à ton mal amoureux lecteur de s\u2019ennuyer.Sache bien, pour ton petit plaisir ou ton déplaisir, qu\u2019il en est également meurtri.Tu écris vite et mal, avoues-tu, parce que mécontente.Tu l\u2019es certes terriblement; et longuement, malgré la brièveté de tes lettres.Et ton lecteur, donc! Heureusement, il sait, par ailleurs, \u2014 et grâce aussi à ce que tu dis banalement, \u2014- que tu vaux mille fois mieux que ton livre.» René Dionne.Collège Sainte-Marie, Montréal.Claude Jasmin: Et puis tout est silence.\u2014 Montréal, les Éditions de l\u2019Homme, 1965, 159 pp., 20.5 cm.CE volume n\u2019est qu\u2019une réédition du texte paru sous le même titre dans les Ecrits du Canada français, 7 (1960): 35-192.On a mis des titres aux chapitres, indiqué des divisions supplémentaires à l\u2019intérieur de ceux-ci (v.g.pp.7, 17, 22, 27, 28, 41, 47, 57, 59, 71), partagé des paragraphes (v.g.62, 67), ajouté, changé, supprimé quelques mots et certaines phrases (v.g.25, 29, 44, 98, 102, 103), fait parfois varier le caractère d\u2019imprimerie (v.g.18).Mais l\u2019ensemble du texte est resté le même.Aussi RELATIONS croyons-nous pouvoir répéter le jugement que nous avons porté ici même sur la première édition de ce roman: « Au premier roman de Claude Jasmin ce n\u2019est pas le fond qui manque, mais la forme.Autant de chapitres, autant de grossiers sacs de jute bourrés à la hâte de perles précieuses, parfois délicates, jetées là, pêle-mêle, avec les débris de leurs coquilles.Un triage s\u2019imposait, qui n\u2019a pas été fait.Serait-ce que, aveuglé par l\u2019abondance et la qualité de son inspiration délirante, Claude Jasmin se serait trouvé incapable de choisir parmi tant de richesses ?Peut-on manquer de goût à ce point?N\u2019aurait-il pas plutôt craint, en émondant et en structurant le donné brut, d\u2019entailler sa sincérité ?Peut-être.Mais alors il s\u2019est refusé à faire œuvre d\u2019art, celle-ci n\u2019étant pas plus la réalité donnée qu\u2019elle n\u2019en est une copie; elle est un choix dans la réalité de ce qui est signi-cauf.» (Relations, 24 (1964), p.218.) Claude Jasmin a continué d\u2019écrire et, malgré son talent, de tout bâcler, sauf Êlhel et le terroriste, la plus valable de ses œuvres.René Dionne.Collège Sainte-Marie, 1180.rue de Bleury, Montréal (2e).Ringuet: Confidences.\u2014 Montréal, Fi-des, 1965, 198 pp., 21.5 cm.« Couvenirs » (pp.7, 32, 129, etc.) O aurait été un meilleur titre, car ce livre n\u2019a rien de confidentiel ni d\u2019intime.S\u2019il nous révèle l\u2019homme que fut son auteur, c\u2019est à travers son style.Aimable et fin causeur, Ringuet nous entraîne allègrement au gré de son inspiration zigzaguante (113, 173-177).Sans jamais nous lasser, il nous parle avec tendresse de ses ancêtres et de son pays, de son enfance et de sa jeunesse, d\u2019êtres qu\u2019il a connus et aimés, parfois aussi de ses voyages et des personnes rencontrées le long de sa route.Sur le livre entier plane une douce sérénité; d\u2019emblée, elle nous rend son auteur sympathique.Cet homme de soixante ans nous dit, \u2014 fait trop rare, \u2014 que le bon temps n\u2019est pas le vieux, mais l\u2019actuel.Avec raison il affirme que s\u2019il a peut-être l\u2019âge des barbons, il n\u2019en a « sûrement point l\u2019amertume » (184).Ainsi il peut moraliser beaucoup (v.g.83, 101, 113, etc.) sans jamais déplaire, et trouver bons ses souvenirs, encore que, à la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui, il envie ses plaisirs et son temps (50).René Dionne.Collège Sainte-Marie, Montréal.Madeleine Ferron:\tCœur de sucre.Contes.Coll.« L\u2019Arbre », n° 9.\u2014 Montréal, HMH, 1966, 219 pp., 18.5 cm.Madeleine Ferron: La Fin des loups-garous.Coll.« L\u2019Arbre », n° 11.\u2014 Montréal, HMH, 1966, 187 pp., 18.5 cm.Madeleine Ferron puise la matière de ses contes et de son roman dans notre folklore.C\u2019est pourquoi, à première lecture, on a l\u2019impression désagréable du déjà lu.Ainsi, dans Cœur de sucre, se succèdent les scènes connues: « partie de sucre », veillée funéraire, retraite paroissiale, jusqu\u2019à la tragédie du pendu dans la grange.Les têtes d\u2019affiche des contes traditionnels sont toujours là: la mère de « famille nombreuse », le simple du village, les commères aux aguets sur les perrons, la vieille fille, le curé Dieu-le-Père-tout-puissant et JUILLET-AOÛT 1967 jusqu\u2019au spectre d\u2019un mort en quête d\u2019une remise de peine.Certains contes ne manquent pas de finesse et d\u2019humour (je pense tout particulièrement au conte « Le peuplement de la terre ») mais dans l\u2019ensemble Cœur de sucre se présente plutôt comme une suite d\u2019essais honnêtes.Trop de lieux communs et d\u2019obscurités, dans un genre qui ne le supporte pas.Avec son deuxième volume, un roman, nous passons assez brutalement du dix-neuvième au vingtième siècle.La Fin des loups-garous, pour l\u2019auteur, symbolise la fin des croyances superstitieuses, de la foi naïve, des existences closes et protégées (le monde de Cœur de sucre en somme!).Un homme marié, dans la quarantaine, va refaire sa vie manquée avec une fille de vingt ans.Sa femme se pendra dans sa maison désertée.« Pauvre Julia! Sa foi était à fleur d\u2019âme.De toutes façons, croire en l\u2019en-delà, ça ne suffit pas.Il faut croire aussi en la vie.» Le roman se termine sur cette oraison funèbre.Ça sent le roman à thèse et les personnages ne réussissent pas à s\u2019imposer par eux-mêmes; ils sont les personnages-types d\u2019une cause-type: la vie remet en question un mariage contracté avant l\u2019amour et maintenu dans le conformisme par la force de l\u2019habitude et la peur de vivre.Je relève en passant un grave défaut dans la structure dramatique adoptée par l\u2019auteur.En effet, l\u2019élément qui déclenche le dénouement du drame, la présence de Rose et d\u2019Antoine sur les lieux de la débâcle, n\u2019est aucunement justifiée et manifeste trop nettement l\u2019intervention arbitraire de l\u2019au-teur-tireur de ficelles.Madeleine Ferron possède un sens de l\u2019observation assez développé, doublé d\u2019un sens de l\u2019humour très sûr.On sent toutefois qu\u2019elle se cherche un style, un genre.Denis Pion.Facultés S.J., Montréal.Monique GenuiST: La Création romanesque chez Gabrielle Roy.\u2014 Montréal, le Cercle du livre de France, 1966, 175 pp., 19 5 cm.Monique Genuist a le singulier mérite de présenter la première étude consacrée à l\u2019ensemble de l\u2019œuvre de Gabrielle Roy, depuis Bonheur d\u2019occasion jusqu\u2019à La Montagne secrète : elle n\u2019a pu inclure La route d\u2019Altamonl qui n\u2019était pas paru au moment où elle rédigeait son travail.Suivant le plan classique de la thèse ou de la dissertation en faculté, Madame Genuist traite tour à tour de l\u2019auteur, de ses personnages, du milieu humain, de la composition et du message de l\u2019œuvre.Nous regrettons que ce tour d\u2019horizon, qui s\u2019imposait peut-être, nous laisse sur l\u2019impression du déjà connu.Un parti pris de ne pas vouloir être complet aurait permis une étude en profondeur de quelques points fondamentaux de l\u2019œuvre: les sources et les influences littéraires (plutôt que la vie de l\u2019auteur), l\u2019atmosphère de l\u2019œuvre (plutôt que l\u2019étude du milieu), l\u2019écriture (qui ne doit pas être confondue avec les procédés de composition).A vouloir être trop objectif, on peut faire oublier au lecteur que le roman est une création de l\u2019imagination avant d\u2019être une transposition de la réalité.La sympathie du critique est entièrement acquise à l\u2019écrivain mais elle n\u2019empêche pas Monique Genuist de lui reprocher certaines faiblesses: penchant à la moralisation, sensibilité trop appuyée.Souhaitons que cette première étude d\u2019une œuvre majeure de notre littérature suscite des continuateurs qui sachent emprunter la voie courageusement tracée par Madame Genuist.Bernard Carrière.L\u2019Immaculée-Conception, 1855 est, rue Rachel, Montréal.Variétés J.Russell Harper: La Peinture au Canada des origines à nos jours.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1966, X-446 pp., 378 reproductions dont 70 en couleurs.Publié à l\u2019occasion du centenaire de la Confédération canadienne, ce volume présente la première histoire d\u2019ensemble de la peinture canadienne.Cette publication était donc attendue et ne décevra pas le lecteur par sa présentation et la richesse de sa documentation.Accueil, compréhension, souci d\u2019objectivité sont les qualités que le lecteur appréciera avec joie et qui assureront à ce livre sa durée.L\u2019auteur fait œuvre d\u2019historien plus que de critique et évite ainsi le danger d\u2019une analyse trop subjective, qui aurait pu mécontenter le lecteur de l\u2019une ou l\u2019autre race et nuire à la diffusion de cet ouvrage.Notre peinture témoigne hautement que l\u2019unité spirituelle du pays est loin d\u2019être faite.Nos peintres en sont des artisans timides parce qu\u2019ils commencent à peine à se dégager de l\u2019influence européenne ou américaine, ou du régionalisme.Il est intéressant de constater que les artistes qui ont le mieux travaillé à cette unité sont ceux qui ont cherché à être tout simplement des peintres, le frère Luc, Krieghoff, Thomson, Pellan, Borduas et Riopelle.Claude Langlois.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Karl Stefanic-Alimayer et Robert Zee-GERS: L'Organisation pratique du bureau.Bibliothèque Marabout-Service.\u2014 Verviers, Editions Gérard & Co.(65, rue de Limbourg, 1965, 276 pp., 18 cm.Deux parties dans cet ouvrage.La première précise et explique 100 conseils d\u2019organisation, divisés en dix chapitres.L\u2019énumération de ces chapitres suffit à en dire l\u2019intérêt: neuf conseils pour réduire les travaux d\u2019écriture; dix conseils pour simplifier les calculs; dix conseils pour l\u2019organisation, la comptabilité et le planning; dix conseils sur l\u2019organisation comptable; dix conseils de gestion comptable; dix conseils sur le contrôle comptable; dix conseils pour réduire les frais de production; dix conseils pour simplifier l\u2019organisation des stocks; dix conseils pour la simplification du travail de bureau; onze conseils sur la direction du personnel et de l\u2019entreprise.La deuxième partie du volume contient un lexique des principaux termes commerciaux.Lexique clair et commode.Dans ce domaine, comme en bien d\u2019autres, « faute de s\u2019être mis d\u2019accord sur le sens des termes, on risque fort d\u2019engager un dialogue de sourds et bien des malentendus n\u2019ont d\u2019autre origine qu\u2019une imprécision de langage ».Ouvrage pratique.Albert Plante.Maison Bellarmin.221 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Adrien-M.Malo, O.F.M.: L\u2019olivier franc selon la pensée du concile Vatican II.\u2014 Montréal, Editions Fi-des, 1967, 182 pp.Récit d\u2019un voyage fait par l\u2019A.au pays d\u2019Israël.Ton simple et familier, sympathie manifeste pour le peuple juif.¦ Luc BÉGIN: L\u2019Abitibien-outan, suivi de l\u2019Ariane.-\u2014 Montréal (5201, rue Saint-Donat), Les Editions Miniatures, 1966, 90 pp.En sous-titres « Parodies ».Texte à la fois brillant et obscur.L\u2019A.a prévu la réaction du lecteur moyen en lui adressant ces mots, dès le début: « Tu cherches jusqu\u2019à la dernière page, de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, de droite à gauche.» Huguette HOULE-CHABOT: Pour une pastorale de la chanson.Cahiers d\u2019études et de recherches, n° 7.\u2014 Montréal 4635, rue Delorimier), Office catholique national des Techniques de diffusion, 1966, 20 pp., annexe 4 pp.Résultat d\u2019un travail d\u2019enquête et de réflexion sur le phénomène de la chanson et sur l\u2019action éducative et les initiatives pastorales qui pourraient éventuellement être lancées à son sujet, ce nouveau cahier est rempli de renseignements utiles et fort intéressants sur la chanson au Canada et dans les autres pays.A.-M.COCAGNAC: Ce que Jésus a fait pour moi.¦\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1966.Petit livre illustré qui présente aux enfants de cinq à dix ans la vie de Jésus et l\u2019essentiel de sa Parole.Mgr Edouard Beauduin: Le cardinal Mercier.Coll.« Eglise vivante ».\u2014 Tournai, Editions Casterman, 1966, 148 pp.Etude biographique sur le cardinal Mercier: l\u2019Universitaire, l\u2019Evêque, le Maître spirituel, le Défenseur de la Cité, etc.Une phrase du cardinal à ses élèves alors qu\u2019il était professeur de philosophie: « Ayez horreur de cette maxime: Il faut faire comme tout le monde.Au contraire, chacun doit faire autrement que les autres, car chacun est une personnalité dont l\u2019effort doit consister à vivre et à se développer tout entière.» Pierre Espil: Trois petits bergers et la Vierge.Lumière sur Fatima.- Yvonne Estienne: Dans le rayonnement de l\u2019immaculée.\u2014 Château-Richer (7141, Royale), Editions Marie-Médiatrice, 1966, chacun 144 pp.Présentation poétique des apparitions et du message de Fatima.\u2014 Récit de la vie de Sœur Catherine Labouré et des origines de la médaille miraculeuse.Diffusion catéchistique: Pastorale du baptême des petits enfants.Guide de réflexion théologique.\u2014 Lyon (36, rue de Trion), Editions du Chalet, 1967, 48 pp.Réflexions théologiques et pastorales à partir de l\u2019expérience de prêtres qui ont à baptiser les petits enfants dans leurs paroisses.Victor JACOBSON: Entretiens et dialogues.- Anne-Marie Fichot: L\u2019enfant dyslexique.- Joseph Luft: Introduction à la dynamique des groupes.Coll.« Mésopé ».¦\u2014 Toulouse (14, rue des Arts), Editions Privât.1966 et 1967, 108, 94 et 104 pp.Etudes intéressantes et quelque peu techniques sur des sujets d\u2019actualité.La première porte sur le « Rôle du dialogue dans le travail psychologique, social et éducatif »; la seconde, sur « Les troubles du langage écrit dans la vie scolaire et familiale »; la troisième, sur « Les petits groupes et leur rôle dans la pratique sociale et éducative ».Annie JAUBERT: Les premiers chrétiens.Coll.« Le temps qui court ».\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1967, 192 pp.Ouvrage abondamment illustré sur la vie des premiers chrétiens dans l\u2019Empire romain.Verse et controverse.Cahier 2: Chrétien de droite.ou de gauche?Dialogue entre Jean de Fabrègues et Jacques Madaule.\u2022\u2014Paris (117, rue de Rennes), Editions Beauchesne, avril-juin 1966, 132 pp.Cahier consacré à l\u2019engagement politique du chrétien.Deux hommes, représentant des positions publiques divergentes, disent franchement leur opinion sur ce fait que « des chrétiens se divisent ainsi sur les options politiques de telle manière que l\u2019on puisse accoler aux uns l\u2019épithète de « chrétiens de droite » et aux autres l\u2019épithète de « chrétiens de gauche ».Fredy KUNZ, F.C.: « Jos.Tremblay, témoin du Dieu Amour.Coll.« Chrétiens rayonnants ».\u2014 Cap-de-la-Made-leine, Studio RM, 1967.Disque faisant entendre le Père Kunz dans le rôle de « Jos.Tremblay ».Celui-ci raconte à sa manière et à des ouvriers la vie du Christ.Récit pittoresque à la portée de tous.Collection « L\u2019Eglise aux Quatre Vents » S.S.PAUL VI: Le développement des peuples.Encyclique « Populorum Progressé ».Les mariages mixtes.Instruction « Matrimonii Sacramentum ».- La Musique sacrée dans la Liturgie.Instruction de la S.Congrégation des Rites.Les Religieux.Normes d\u2019application du décret « Perfectae Ca-ritatis ».-\u2014 Montréal, Editions Fides, 1967.Prix: $0.25.Version française de textes provenant du Pape ou des Congrégations romaines.Dossiers de Documentation sur la Littérature canadienne-française: Félix Leclerc.\u2014\u2022 Montréal, Editions Fides, 1967, 88 pp.Excellent dossier \u2014 en feuillets détachés \u2014 sur l\u2019œuvre et la vie de l\u2019écrivain canadien-français, Félix Leclerc.Présentation et analyse de chacune des œuvres; ce qu\u2019il y a de plus complet jusqu\u2019à maintenant sur ce très populaire auteur.¦ F.E.Whitworth et René Marineau: La publication de la recherche en éducation au Canada.\u2014 Ottawa (265, rue Elgin), Conseil canadien pour la recherche en éducation, 1967, 26 pp.Résultats d\u2019une enquête faite auprès des ministères de l\u2019éducation, des universités, des associations, des revues et des magazines publiant des articles de recherche en éducation.Ouvrage polycopié et broché.Serge Dalens: Les voleurs.II.Le Juge avait un fils.Coll.« Signe de Piste ».\u2014 Paris (17, rue Cassette), Editions Alsa-tia, 1967, 192 pp.Deuxième tome de l\u2019histoire des Voleurs mettant en scène un adolescent fourvoyé dans une bande de voleurs et qui cherche à se débarrasser de son passé.Odette THIBAULT: L\u2019amour, cet inconnu.¦\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, éditeur, 1967, 120 pp.Lettre d\u2019une mère à ses fils et à « tous les garçons inconnus dont, à travers les miens, je me sens un peu la mère ».Sujets traités: l\u2019amour, tel qu\u2019on le voit.; de la sexualité à l\u2019amour; de l\u2019amour conjugal à l\u2019enfant; de l\u2019amour au sens restreint à l\u2019amour au sens large.222 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Barthélemy-Madaule, Madeleine: La Personne et le drame humain chez Teilhard de Chardin.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1967, 331 pp.Borne, Etienne; de Montvalon, Robert; Ormezzano Jean; Pohier, Jacques-M.; Rey-Herme, Alexandre; SALLANTIN, Xavier: Etre père aujourd\u2019hui.La crise de la paternité.Coll.« Cahiers d\u2019éducateurs, 6.\u2014- Paris, Editions Fleurus, 1967, 173 pp.BOULANGER, Janine: Jeux en famille.Coll.« 100 idées ».\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1967, 144 pp.Cahiers de Sainte-Marie, 3: Quelques aspects du renouveau de l\u2019enseignement des mathématiques à l\u2019élémentaire.\u2014Montréal, Editions de Sainte-Marie, 1967, 86 pp.Carbonel, Charles-Olivier: Le grand octobre russe.1917: La Révolution inimitable.Coll.«Un brûlant passé ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1967, 288 pp.CARLSON, Lois: Le docteur Paul Carlson, mon mari.Traduit de l\u2019américain par Franz Weyergans.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 192 pp.COSTE, René: Notre Père sur le monde.\u2014 Paris» Aubier, Editions Montaigne, 1966, 254 pp.Decornoy, Jacques: L\u2019Asie du Sud-Est.Coll.« Années tournantes ».\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 248 pp.et 24 pp.de hors-texte.Denis, Henri: Le Prêtre de demain.Coll.« Points de repère ».\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 144 pp.Diocèse de Tournai, Office de l\u2019enseignement RELIGIEUX: Ma première année du catéchisme paroissial, 1966, 81 pp.- La première année du catéchisme paroissial, Guide pour le catéchiste, 1966, 156 pp.- En ouvrant la Bible, fasc.A.Guide pour les catéchistes des classes de 3e et 4e années primaires, 1966, 151 pp.; fasc.B.1966, 123 pp.\u2014 Tournai et Paris, Casterman.Domenach, Jean-Marie: Le retour du tragique.Essai Coll.« La condition humaine ».\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1967, 301 pp.DURANDEAUX, Jacques: Question vivante à un Dieu mort.Y a-t-il un problème de Dieu?\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 159 pp.Ethier-Blais, Jean: Signets, I, IL \u2014 Montréal, Le Cercle du livre de France, 1967, 192 et 247 pp.En COLLABORATION: La communauté, relation de personnes.Présenté par Raymond Hostie, S.J.Bibliothèque d\u2019études psycho-religieuses.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 173 pp.FOURNIER, Roger: Journal d\u2019un jeune marié.Roman.\u2014 Montréal, Le Cercle du livre de France, 1967, 198 pp.KHAWAM, René R.: La poésie arabe des origines à nos jours.Coll.« Marabout Université », 121.\u2014 Québec, Marabout-Kasan, 1967, 256 pp.KENRICK, Bruce: La sortie du désert.Traduit de l\u2019américain par Annie Bernard-Loire.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1967, 222 pp.Lapide, Pinchas E.: Rome et les Juifs.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1967, 430 pp.M.Mannati: Les Psaumes, 2.Psaumes 32 à 72.Traduction par M.Mannati et E.de Solms.Cahiers de !a-Pierre-qui-vire.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 312 pp.Maquet, Jacques: Les civilisations noires.Histoire, techniques, arts, sociétés.Coll.« Marabout Université », 120.\u2014 Québec, Marabout-Kasan, 1967, 320 pp.MaRLÉ, René: Dietrich Bonhoeffer, témoin de Jésus-Christ parmi ses frères.Coll.« Christianisme en mouvement ».\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 164 pp.MARTELET, Gustave, S.J.: Les idées maîtresses de Vatican II.Introduction à l\u2019esprit du Concile.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1966, 277 pp.MASSARD, Marcel: Foi chrétienne, vérité de l\u2019homme?Coll.« Points de repère ».\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 148 pp.MUCCHIELLI, Roger: Introduction à la psychologie structurale.Coll.« Psychologie et sciences humaines ».\u2014 Bruxelles, Editions Charles Dessart, 1966,\t292 pp.NEWMAN: Apologia pro vita sua ou Histoire de mes opinions religieuses.Traduit par L.Michelin-Deli-moges.Commentaire de M.Denoncelle.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 560 pp.PlCHARD, Suzanne: Paille et raphia.« 100 idées ».\u2014 Paris, Editions Fleurys, s.d., 143 pp.Poulin, Daniel: Teilhard de Chardin.Essai de bibliographie (1955-1966).\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1966, 159 pp.Ravier, André, S.J.: Saint François de Sales.Commentaire des illustrations par l\u2019abbé Roger Devos; illustrations et maquette de René Perrin.Coll.« Biographies par l\u2019image ».\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1962, 107 pp.Saint Ignace DE Loyola: Constitutions de la Compagnie de Jésus, I.Traduction du texte officiel, notes et index par F.Courel, S.J.; II: Introduction à une lecture par F.Roustang, S.J.; traduction du texte primitif par F.Courel, S.J.Coll.« Christus », 23, 24.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 315 et 291 pp.XXXVIe Semaine de missiologie de Louvain, 1966: Fonction du laïc en milieu non chrétien.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1966, 196 pp, STEYAERT, Jacqueline: Encyclopédie en couleurs de l\u2019anatomie animale.Coll.« Marabout Université », 119.\u2014 Québec, Marabout-Kasan, 19, 1967, 168 pp.Towle, Charlotte: Comprendre les besoins humains.Les grandes tâches de l\u2019attention à autrui.Coll.« Socio-guides ».\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1967, 215 pp.VOILLAUME, René: Relations interpersonnelles avec Dieu.Coll.« Vita evangelica », 2.\u2014 Ottawa, Conférence religieuse canadienne, 1967, 145 pp.WEYERGANS, Franz : Vie du docteur Tom Dooley, Coll.« Adolescent, qui es-tu ?» \u2014 Paris et Tournai, 1967,\t173 pp.Les Cahiers de l\u2019Institut social populaire viennent de publier les nos 7 et 8 de leur collection\t\tVient de paraître L\u2019homme moderne et la socialisation Analyse éthico-sociale du phénomène par l\u2019abbé Louis O\u2019Neill\t\tLe docteur Edouard Samson, mon frère, tel que je l'ai connu 85 pages/ $1.25\t\tpar le P.Henri Samson, S.J.Centralisation ou décentralisation ?\t\t Les contraintes de la politique économique\t\tDu même auteur par François Gauthier\t\tPropos spirituels d'un psychiatre 94 pages, $1.25\t\tL'homme de chair devant Dieu LES ÉDITIONS BELLARMIN\t\tLES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent\t\t8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-11\t\tMontréal-11 v marabout COLLECTIONS û M marabout université EINSTEIN par B.Kouznetsov Première édition en langue française.Un volume de 352 pages, illustré de 32 hors-texte en noir et blanc.Membre de l\u2019Académie des Sciences d\u2019URSS, président du Comité Albert Einstein international, Boris Kouznetsov révèle dans cet ouvrage l\u2019admirable figure de son illustre maître ainsi que le secret de ses théories.sa vio/sa pœsêe/ses théorâs maiabout imkisté Prix suggéré : $ 2,10 On ne présente pas Albert Einstein : nul savant n\u2019est plus populaire au monde.On ne souligne pas l\u2019importance de ses travaux:ils conditionnent la science moderne et, partant, une bonne part de notre vie.Il est paradoxal de constater, dès lors,quel\u2019homme Einstein est mal connu, et mérite de l\u2019être mieux : que son œuvre est plus mal connue encore et réputée inaccessible.Et voilà qu\u2019un physicien soviétique, membre de l\u2019Académie des Sciences d\u2019U.R.S.S., président du comité Albert Einstein international, auteur de plusieurs ouvrages scientifiques, entreprend de remonter le courant, de révéler au plus large public l\u2019admirable figure de son illustre maître et le secret de ses théories.Théoricien de la relativité lui-même, adepte de la logique quantique - relativiste, Boris Kouznetsov allie, à ses talents scientifiques, le don rare de la vulgarisation.Sans recourir aux formules complexes, il initie sans peine son lecteur non-mathématicien aux problèmes les plus ardus de la physique moderne, comme à leurs prolongements philosophiques.Histoire d\u2019une pensée, son livre est aussi l\u2019histoire d\u2019un homme, dont la modestie et l\u2019humour nous charment; dont le courage devant les drames de son siècle - le nazisme qui l\u2019exila, la guerre qu\u2019il haïssait, la menace atomique dont il se sentait indirectement responsable, la \u201cchasse aux sorcières\u201d américaine - impose le respect.Distributeur général pour les Amériques :KASAN Liée - 226, Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.il "]
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