Relations, 1 septembre 1967, Septembre
[" RELATIONS Le Synode d'évêques L\u2019affaire De Gaull Le Pavillon chrétien L\u2019encyclique \u201cSacerdotalis Caelibatus\u201d.- La télévision : une mosaïque.- Au Festival de l\u2019Expo.- Constantinople.-Jérusalem.- Rome. SOMMAIRE SEPTEMBRE 1967 RELATIONS REVUE DU MOIS Editoriaux.223 Constantinople.\u2014 Jérusalem.\u2014 Rome.Articles Le Synode d\u2019évêques.Luigi d\u2019ApoIlonia 225 L\u2019encyclique \u201cSacerdotalis Caelibatus\u201d Georges Robitaille 227 L\u2019affaire de Gaulle.Richard Arès 230 Le Pavillon chrétien m\u2019a dit .\t.\t.Jean-Charles Waddell 234 La télévision : une mosaïque.Paul Warren 237 Chroniques Au service du français : De nouveau la prononciation.Joseph d\u2019Anjou 240 Méditation : La Fête du travail.Paul Fortin 240 Le théâtre: Au Festival de l\u2019Expo: Terre d\u2019Aube.\u2014 La Vie est un Songe.\u2014 L\u2019Avare.La Double Inconstance.\u2014 Sumidagawa.Kanjincho.\u2014 Ballets et Opéras Georges-Henri d\u2019Auteuil 241 Avec ou sans commentaires : \u201cFrench Canada\u2019s Day of Pride\u201d.\u2014 L\u2019encyclique\tsur le célibat des prêtres.243 Lecture du mois : La revue \u201cMaintenant\u201d et le problème de Dieu.René Champagne 245 Les livres.246 Notes bibliographiques.249 Ouvrages reçus.250 CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Richard Arès.Rédacteurs : Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs : Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction : Georges Robitaille.Administrateur : Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin.lilLk\\ 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone : 387-2541.Prix de l\u2019abonnement : $5 par année.Le numéro : $0.50.Relations est membre de ÏAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE protège plus de 300,000 Canadiens-français dans le Québec.\u2022\tAssurance-vie \u2022\tRentes viagères \u2022\tAssurance collective \u2022\tCaisse de retraite L\u2019\tC O N O m I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41, rue Saint-Jacques, Montréal \u2014 Tél.: 845-3291 Chicoutimi - Drummondville - Granby - Joliette - Longueuil Montréal - Ottawa - Québec - Sherbrooke - Saint-Jean Sécurité pour le professionnel ou pour l\u2019homme d\u2019affaires, sa famille, ses employés, son entreprise.Sécurité de planification successorale montréal septembre 1967 numéro 319 RELATIONS \u20acJi itoriavtx Constantino pie On s\u2019attendait à une visite du patriarche Athéna-goras à Rome : ce fut le Pape qui se rendit à Istanbul.\u201cSoyez bienvenu, Très Saint successeur de Pierre, qui avez de Paul le nom et la charité.Voici que, contre toute attente humaine, se trouve parmi nous l\u2019évêque de Rome, le premier en honneur d\u2019entre nous, celui qui préside dans la charité.\u201d C\u2019est en ces termes admirables que le patriarche de Constantinople, le premier en dignité des patriarches orthodoxes, salua l\u2019évêque de Rome.Ceux qui sont le moindrement au courant des plus antiques rivalités et des plus récentes querelles entre ces deux sièges mesurent avec étonnement le rapprochement opéré en ces derniers temps, et rendent grâce à Dieu pour les merveilles accomplies.Présence d\u2019observateurs orthodoxes au Concile, suppression du patriarcat latin de Constantinople par égard pour le patriarche orthodoxe, rencontre à Jérusalem, baiser de paix et prière en commun, restitution de la relique du chef de saint André, apôtre, et des reliques de saint Tite, compagnon de Paul, levée, à la fin du Concile, des anathèmes réciproques, venue à Rome d\u2019une délégation oecuménique pour l\u2019ouverture de l\u2019Année de la foi, le 29 juin dernier, et maintenant, pour la première fois depuis la rupture, la visite du Pape au patriarche de Constantinople dans la ville de celui-ci : ces démarches et gestes surprennent, émeuvent, ébranlent par leur sainte impatience ou leur sainte audace.Ce sont là, n\u2019en doutons pas, les oeuvres de l\u2019Esprit qui prépare la grande réconciliation, le rétablissement de la communion.SEPTEMBRE 1967 Le Pape a insisté dans la cathédrale Saint-Georges du patriarcat oecuménique sur l\u2019ampleur de la communion qui existe déjà entre les Eglises orthodoxes et catholique : même foi en la Trinité et en l\u2019Incarnation, mêmes sacrements, même Eucharistie par suite de la commune succession apostolique.Vienne le jour de l\u2019union parfaite \u201cdans la diversité légitime des traditions liturgiques, spirituelles, disciplinaires et théologiques\u201d ! Vienne le jour de la communion au même calice ! Vienne le jour du Seigneur ! Qu\u2019est-ce qui nous en éloigne encore ?Sur le plan ecclésiologique, le rôle du pape dans l\u2019Eglise, sous son double aspect de primauté et d\u2019infaillibilité : grave problème qui reçoit un commencement de solution.Répondant aux initiatives de Paul VI, le patriarche de Constantinople a inséré le nom de l\u2019évêque de Rome dans la prière officielle de l\u2019Eglise, après l\u2019avoir salué comme \u201ccelui qui préside à la charité\u201d.Or c\u2019est en messager de charité que Paul VI a voulu se montrer, de cette charité, a-t-il dit, qui \u201cfait découvrir la profonde identité de notre foi\u201d, qui nous permet de mieux prendre conscience de la \u201cprofondeur même de notre unité, en même temps qu\u2019elle rend plus douloureuse l\u2019impossibilité actuelle de voir cette unité s\u2019épanouir en concélébration, et nous incite à tout mettre en oeuvre pour hâter la venue de ce jour\u201d.Nous avons nettement l\u2019impression qu\u2019on a atteint un point de non-retour et que si la réunion des Eglises d\u2019Orient et d\u2019Occident était renvoyée aux calendes grecques, ce serait à désespérer de l\u2019avenir de l\u2019oecuménisme.Oui, ce 25 juillet 1967 à Constantinople, a été une grande journée dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.223 Jérusalem Jérusalem redevenue ville juive après deux mille ans d\u2019attente, deux mille ans de prière : croit-on que, de retour d\u2019exil, Israël serait prêt à en accepter l\u2019internationalisation, conformément à la résolution de l\u2019Assemblée générale de l\u2019O.N.U., en date du 10 décembre 1949 ?qu\u2019il en sacrifierait la possession au moment où le feu du ciel vient de tomber sur ses ennemis et la victoire donner raison à ses prophètes ?Poser la question, c\u2019est donner la réponse.Déjà en 1949, au lendemain de la décision de l\u2019O.N.U., Moshe Sharrett, ministre des Affaires étrangères d\u2019Israël, s\u2019exclamait : \u201cC\u2019est un jour de deuil pour les Nations Unies.\u201d Et David Ben Gurion, premier ministre du nouvel Etat, déclarait au Knesset qu\u2019Israël \u201cn\u2019avait jamais eu et n\u2019aurait jamais qu\u2019une seule capitale, Jérusalem l\u2019éternelle.Ainsi en a-t-il été il y a trois mille ans, et ainsi en sera-t-il, nous le croyons, jusqu\u2019à la fin des temps.\u201d Aujourd\u2019hui que ses armées triomphent avec éclat et que la lumière d\u2019une sorte de miracle fait fleurir le désert, quelle ne serait pas l\u2019indignation d\u2019Israël s\u2019il fallait y renoncer ! Mais si un statut international pour la ville entière de Jérusalem et sa population juive et arabe s\u2019avère de plus en plus une solution abstraite, toute théorique dans sa perfection, est-ce à dire que la garde des Lieux Saints doit être laissée à la seule autorité politique d\u2019Israël ?Le gouvernement d\u2019Israël ne le prétend pas.Dans son mémorandum aux Nations Unies, en date du 26 mai 1950, Israël reconnaissait sans ambages que \u201cJérusalem concentre d\u2019une façon unique au monde les Lieux Saints des trois religions universelles\u201d, que leur protection et leur liberté d\u2019accès, \u201cainsi que le maintien des droits religieux existants, constituent un devoir sacré pour la collectivité des nations, et il importe que la responsabilité des Nations Unies à cet égard soit universellement reconnue\u201d.En conséquence, le gouvernement d\u2019Israël estimait \u201cqu\u2019il faudrait donner à l\u2019Organisation des Nations Unies les moyens de s\u2019acquitter effectivement de cette tâche et que cette responsabilité devrait être définie dans des documents juridiques appropriés\u201d.En bref, au principe d\u2019un régime international pour la ville de Jérusalem, sa banlieue et sa population, Israël demandait de substituer le principe d\u2019un contrôle international des Lieux Saints.La question de Jérusalem n\u2019est pas tellement différente de la \u201cQuestion romaine\u201d qui embarrassa les chancelleries et déchira les consciences, pendant plus d\u2019un demi-siècle.La ville de Rome est aujourd\u2019hui la capitale d\u2019une nation en même temps que la capitale d\u2019une religion, grâce au Traité de Latran.Or, rien n\u2019empêche Israël de réaliser avec les Nations Unies un compromis du même type, maintenant que la division absurde de la ville a été supprimée.Et rien n\u2019empêche les Eglises d\u2019accepter un statut de Jérusalem qui pourrait être plus digne et plus généreux que ceux autour desquels, pendant tant de siècles, elles se sont chamaillées quand elles ne se sont pas battues.Cité trois fois sainte, sainte pour les juifs, sainte poulies chrétiens, sainte pour les musulmans, haut-lieu de tous ceux qui se réclament du Dieu d\u2019Abraham, ville de David et du Fils de David, Jérusalem, la plus sainte des villes, ne saurait être rabaissée au seul rôle de capitale nationale.Nulle part ailleurs il n\u2019existe pareille ville : Israël dispersé, méprisé, persécuté, le sait qui a trouvé dans ses souvenirs religieux son unité et le secret de sa résurrection.Rome La réforme de la curie romaine, objet de débats passez vifs au Concile, se rattache explicitement au décret conciliaire Christus Dominus sur la charge pastorale des évêques.Les Pères souhaitaient une \u201cnouvelle organisation\u201d des dicastères, notamment en ce qui concerne \u201cleur nombre, leur nom, leur compétence, leurs méthodes de travail et la coordination de leurs travaux\u201d (§ 9).Ils souhaitaient également que \u201cleurs membres, leurs personnels, leurs consulteurs soient, dans la mesure du possible, davantage choisis dans les diverses contrées de l\u2019Eglise\u201d; que, parmi leurs membres, soient aussi admis quelques évêques diocésains et qu\u2019on entende davantage les laïcs (§ 10).C\u2019est chose faite.La Constitution apostolique intitulée Regimini Ecclesiae universae, promulguée le 15 août, rendue publique le 18, entrera en vigueur le 1er janvier prochain.Le rôle accru des évêques résidentiels, la composition internationale du personnel, le secrétariat du pape devenu l\u2019organe suprême, les réunions périodiques des préfets de Congrégations, l\u2019amovibilité des charges majeures garantissant ainsi le rajeunissement constant et le dynamisme des Congrégations, la coopération des laïcs, ces mesures et d\u2019autres, \u2014 car la Constitution comporte 136 articles, \u2014 si elles ne bouleversent pas des structures séculaires, renouvellent profondément le gouvernement de l\u2019Eglise : elles visent à faire de la Curie romaine cet instrument souple, authentique, adapté aux besoins du temps, en \u201caccord total\u201d avec le pape qui assurera les orientations nouvelles dans le sens du Concile.Une fois de plus, Paul VI tient parole et répond par des actes à l\u2019attente des Pères conciliaires comme aussi aux critiques systématiques des douteurs.224 RELATIONS Luigi D'APOLLONIA, S.J.De toutes les institutions nées du Concile la plus importante sans conteste est le Synode d\u2019évêques, signe visible, manifestation pratique de l'autorité \u201ccollégiale\u201d des évêques1.Voici que, pour la première fois, il va se réunir à Rome, de la fête de saint Michel, qui est le 29 septembre, jusqu\u2019à la fête de saint Raphaël, qui est le 24 octobre, \u201cou plus longtemps si c\u2019est nécessaire\u201d, a dit le Pape2.De la barque du pêcheur, Pierre et ses compagnons s\u2019apprêtent à jeter de nouveau les filets que, depuis quelque temps, ils réparaient sur la grève.Le Synode épiscopal, qu\u2019est-ce au juste ?Avant de le dire, il y a lieu peut-être d\u2019en retracer la genèse.I.Genèse de l\u2019institution Le Synode n\u2019a pas été le reflet d\u2019une illumination soudaine.Nous le voyons mieux maintenant, l\u2019idée a mûri lentement au contact des faits pendant les saisons du Concile.Et même s\u2019il est vrai que, dans la période préparatoire du Concile, certaines voix avaient proposé d'associer les évêques, d\u2019une manière ou de l\u2019autre, au gouvernement suprême, le Synode n\u2019en demeure pas moins une création de Paul VI.C\u2019est lui qui a eu l\u2019initiative d\u2019un nouvel organe central de consultation et de collaboration, lié dans son esprit à la réforme de la Curie \u2014 de cette Curie romaine dont on parlait tant et sur laquelle quelques-uns s\u2019acharnaient.Elevé pour ainsi dire dans les palais apostoliques, Paul VI allait donner la preuve qu\u2019il en connaissait les détours et les couloirs mieux que tout autre Père du Concile.Trois mois seulement après son élection et une semaine avant l\u2019ouverture de la IIe session du Concile, \u2014 sans doute pour que tous les Pères entendissent ce qu\u2019il avait à dire, \u2014 l\u2019héritier de Jean XXIII s\u2019adressait à la Curie romaine.Il en reconnaissait les mérites, lui disait sa gratitude, exaltait la noblesse de sa fonction.En même temps, il faisait écho avec un tact admirable aux reproches qu\u2019on lui adressait, l\u2019invitait à faire sa propre critique et annonçait son intention d\u2019en recomposer les structures.D\u2019une part, la Curie ne se montrera pas \u201cavare de ces facultés que, sans nuire à l\u2019ordre de l\u2019Eglise universelle, l\u2019épiscopat peut aujourd\u2019hui mieux exercer par soi-même et sur les lieux\u201d.D\u2019autre part, la Curie ne s\u2019opposerait sûrement pas à une plus réelle participation de l\u2019épiscopat universel \u201cà la responsabilité du gouvernement de l\u2019Eglise\u201d.Et, prenant les devants, Paul VI suggérait au Concile d\u2019en 1.\tLors d\u2019une conférence de presse (25 sept.1965), le cardinal Marella, en réponse à une question, déclarait ce qui suit : \u201cOn peut dire que le Synode est un symbole ou un signe de la collégialité, mais il n\u2019est pas l\u2019explicitation de la collégialité en acte, comme l\u2019est le concile oecuménique.Mais le terme de collégialité peut avoir le sens large de responsabilité et de souci à l\u2019égard de l\u2019Eglise universelle.En ce sens, le Synode est une manifestation de la collégialité.\u201d 2.\tAllocution de Noël aux cardinaux, le 23 décembre 1966.exprimer le voeu : \u201cNous dirons même que lorsque le Concile oecuménique exprimera le désir de voir associer.des représentants de l\u2019épiscopat.\u201d Quelques jours plus tard, dans la basilique ruisselante de lumière, s\u2019ouvrait la IIe session du Concile, Paul VI revenait sur la même idée.Bien que dotée par le Christ de la plénitude du pouvoir, la charge de Pasteur universel, disait-il, pourrait cependant \u201cêtre mieux aidée et soutenue, selon des modalités à établir, par une plus efficace et plus responsable collaboration de nos chers et vénérés Frères dans l\u2019épiscopat\u201d.Pareillement, à la fin de la IIIe session.L'idée prenait de la vigueur dans l'atmosphère pastorale et doctrinale du Concile : la Constitution dogmatique, déclarait le Pape, complétait l\u2019oeuvre du Ier Concile du Vatican, en particulier la doctrine sur l\u2019épiscopat, \u201cle point le plus ardu et mémorable de cet effort spirituel\u201d.Le Pape parla de \u201csolidarité\u201d, d\u2019une \u201cconcorde juste et constitutionnelle\u201d entre l\u2019autorité épiscopale et celle du \u201cVicaire du Christ, chef du corps épiscopal\u201d.Il prévoyait des applications concrètes de cette \u201cconcorde constitutionnelle\u201d et se disait plus disposé que jamais \u201cà convoquer et à consulter, à de certains moments, certains d\u2019entre vous, Vénérables Frères, opportunément choisis, pour avoir autour de Nous le réconfort de votre présence, l\u2019aide de votre expérience, l\u2019appui de vos conseils, le poids de votre autorité\u201d.Un nouveau style de gouvernement était donc annoncé, puisqu\u2019une telle institution ne serait pas sans opérer une réelle décentralisation.Il ne donnait cependant aucune précision.Le reste était esquissé : mode de recrutement, date des réunions, fonction.Entre les deux sessions, la 3e et la 4e, rien ne transpira.Pas un mot du projet, même lors du discours prononcé à l\u2019occasion d\u2019une généreuse promotion cardinalice.Silence total.Silence de mort, pensaient certains.En fait le Pape arrêtait les détails de sa décision.On s\u2019en rendit compte dès l\u2019ouverture de la IVe session.Dans une Rome encore bourdonnante des discussions autour de l\u2019encyclique Mysterium jidei (12 septembre) le Pape, à la surprise générale, annonçait aux Pères du Concile la prochaine constitution d\u2019un Synode d\u2019évêques.Le lendemain, c\u2019était chose faite : le Pape n\u2019attendait même pas le vote du voeu contenu dans le schéma sur la charge des évêques ! En sa qualité de président de la Commission du gouvernement des diocèses et de la discipline du clergé, le cardinal Marella présentait aux Pères la lettre apostolique Apostolica Sollicitudo dont le secrétaire général, S.Exc.Mgr Felici, donnait lecture sur le champ, en la présence exceptionnelle du Pape.Les mains jointes, les yeux baissés, Paul VI restait comme impassible, même lorsque l\u2019Assemblée applaudissait et, lecture faite, il disparaissait comme à la dérobée.La IVe session allait se metre au travail, discuter, amender, voter, SEPTEMBRE 1967 225 promulguer décrets et constitutions, éclipser l\u2019importance de cet événement, et le faire oublier du moins pour un temps.C\u2019est pourquoi nous n\u2019éprouvons aucune hésitation à revenir sur le sujet3.II.Un nouveau style de gouvernement La lettre apostolique instituant le Synode d\u2019évêques commence par ces mots Apostolica Sollicitudo.Elle comprend douze articles dont voici la substance : 1.\tLe Synode est a) une institution ecclésiastique centrale; b) représentant tout l\u2019épiscopat catholique; c) perpétuelle de sa nature; d) remplissant son rôle de manière temporaire et occasionnelle4.2.\tInstitution permanente, le Synode est un conseil qui a pour rôle a) de favoriser une union étroite entre le Souverain Pontife et les évêques du monde entier; b) de procurer une information exacte et correcte sur la vie intérieure de l\u2019Eglise; c) de faciliter l\u2019accord des opinions et des sentiments sur des points essentiels de doctrine et de pratique.3.\tConseil consultatif, le Synode est soumis directement et immédiatement à l\u2019autorité du Pape qui a) le convoque et choisit le lieu des réunions; b) approuve l\u2019élection des membres; c) établit les problèmes à traiter et les indique six mois d\u2019avance; d) fixe l\u2019ordre du jour; e) préside les réunions en personne ou par d\u2019autres.4.\tLe Synode peut se réunir soit en Assemblée générale pour des problèmes qui requièrent l\u2019avis de l\u2019épiscopat universel5, soit en Assemblée extraordinaire pour des problèmes qui concernent l\u2019Eglise entière mais demandent une solution rapide, soit en Assemblée spéciale pour des problèmes qui intéressent une région en particulier.5.\tL\u2019Assemblée générale comprend les patriarches et archevêques majeurs6, et les métropolites orientaux hors de leur patriarcat7, les évêques élus par les Conférences épiscopales nationales ou de plusieurs nations, dix religieux désignés par l\u2019Union des supérieurs majeurs de Rome, les cardinaux qui président les dicastères.6.\tL\u2019Assemblée extraordinaire comprend les patriarches et archevêques majeurs, les métropolites susdits, les présidents des Conférences épiscopales, trois religieux, les cardinaux présidents des dicastères8.7.\tL\u2019Assemblée spéciale comprend les patriarches et les évêques élus représentant les pays dont les problèmes sont à l\u2019étude.3.\tDepuis, un règlement destiné à préciser les dispositions du Motu proprio Apostolica Sollicitudo du 15 septembre 1965 a été approuvé par le Pape le 8 décembre 1966.Ce règlement ne fait parfois que reproduire les dispositions déjà arrêtées.4.\tIl ne faut pas s\u2019étonner d\u2019une institution ecclésiastique permanente qui remplit son rôle de manière temporaire et occasionnelle.Après tout, qu\u2019est-ce que le Conclave sinon une institution permanente qui se réunit à l\u2019occasion de la mort du pape ?5.\tLe Synode du 24 septembre prochain se réunit en Assemblée générale.6.\tLe seul archevêque majeur est actuellement le cardinal Slipyi qui gouverne avec droits des patriarches l\u2019Eglise d\u2019Ukraine.7.\tUn seul au Canada pour les Ukrainiens, Mgr Hermaniuk de Winnipeg.8.\tLes cardinaux ne sont pas tous membres de droit des trois Assemblées.En vérité, peu le sont.8.\tLe nombre d\u2019évêques délégués à une Assemblée générale ou une Assemblée spéciale est fixé à raison de 1 pour une conférence épiscopale qui ne compte pas plus de 25 membres; de 2 jusqu\u2019à 50 membres; de 3 jusqu\u2019à 100; et de 4 pour les Conférences ayant plus de 100 membres9.9.\tLes critères du choix seront non seulement la science et la prudence des candidats, mais aussi leur compétence théorique et pratique dans les affaires à traiter.10.\tLe Pape peut de sa propre autorité désigner d\u2019autres participants \u2014 évêques, religieux ou théologiens \u2014 jusqu\u2019à concurrence de 15% du nombre total des participants.11.\tL\u2019autorité des membres cesse une fois le Synode terminé.12.\tIl est créé un Secrétaire général et un Secrétaire spécial pour chaque Assemblée, l\u2019un et l\u2019autre nommés par le Pape.Telle est la structure juridique du Synode d\u2019évêques, perle de grand prix, mémorial du Concile, instrument d\u2019un nouveau style de gouvernement dans l\u2019Eglise.Quelles en seront les conséquences à long terme ?Conservant intactes ses prérogatives universelles, et entière sa juridiction directe sur chaque catholique, évêque, prêtre ou laïc, le Pape, poussé par sa sollicitude apostolique, s\u2019en remettra-t-il de plus en plus à l\u2019avis du Synode d\u2019évêques ?Cette institution nouvelle présagerait-elle un gouvernement collégial de fait ?Chissà ?comme on dit à Rome.Oui, qui peut dire ?Chose certaine, le Saint Père se sentira moins seul, et la sollicitude des Eglises devrait lui peser moins.Les clefs de saint Pierre sont lourdes à porter, avouait-il récemment, et, pas plus tard que le 31 mai, il se plaignait devant les pèlerins que les hommes se souciaient bien peu d\u2019écouter sa voix, si bien que parfois il avait \u201cl\u2019impression de prêcher dans le désert\u201d.* * * De quoi traitera le Synode ?De la nouvelle législation sur les mariages mixtes, des nouveaux livres liturgiques, y compris un nouveau canon de la messe et un nouvel office divin, du nouveau droit canon, de nouvelles règles pour les séminaires; et à côté de ces problèmes de pastorale, de points de doctrine, de problèmes de foi sur lesquels les évêques ont déjà été questionnés : historicité de certains livres de l\u2019Ancien Testament, magistère de l\u2019Eglise, humanisme christologique, déviations oecuméniques, athéisme, relativisme, cet acide qui ronge la mentalité chrétienne et qui atteint la morale plus même que le dogme.Encore une fois, Pierre pousse au large sa barque de pêcheur d\u2019hommes.Que ramènera-t-il dans les filets du Synode ?\u201cToutes sortes de choses\u201d, si j\u2019en crois la parabole du Royaume : \u201cQuand le filet est plein, les pêcheurs le tirent sur le rivage, puis ils s\u2019asseyent, recueillent dans des paniers ce qu\u2019il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien.\u201d De toutes manières, il y a lieu de rester confiant.La vieille barque de Simon-Pierre porte aussi, au milieu de chaque marée humaine, la présence du Christ : Il est toujours là \u2014 aujourd\u2019hui comme hier et comme demain.9.\tCette modalité juridique consacre l\u2019autorité des Conférences épiscopales et démontre leur urgente nécessité pastorale.226 RELATIONS LTOYCLIQUE \u201cSACERDOTALIS CAELIBATIIS\u201d Georges ROBITAILLE, S.J.C\u2019EST UN DOCUMENT PASTORAL ADMIRABLE que Paul VI a adressé à l\u2019Eglise le 24 juin dernier en la fête de son patron, saint Jean Baptiste.Sans doute le Pape y exerce son rôle de docteur puisqu\u2019il reprend et développe les enseignements que le Concile nous a légués dans les deux décrets sur la Formation des prêtres et sur la Vie et le Ministère des prêtres.Ce sont les mêmes positions de fond et le recours aux mêmes justifications.Ce qui est nouveau est le tour; comme il l\u2019avait fait dans Ecclesiam suam, le Pape développe sa pensée dans un entretien familier, faisant part simplement de ses réflexions.Surtout, le Pape juge opportune \u201cl\u2019occasion offerte maintenant par la Providence.pour remettre en lumière, en termes plus adaptés à la mentalité contemporaine, les raisons profondes du célibat sacré\u201d (16).On pourrait ajouter que l\u2019Encyclique est pastorale d\u2019une manière plus haute et plus profonde encore en ce que nous y sentons vraiment battre le coeur du pasteur des pasteurs très justement accordé au Coeur du Bon Pasteur.Pourquoi encore le célibat des prêtres ?Le Pape s\u2019est donc proposé d\u2019adapter l\u2019exposé de la doctrine de l\u2019Eglise sur le célibat sacré à la mentalité contemporaine.Il la connaît fort bien; il a entendu ses propos sur le célibat, il en rapporte quelques-uns : Faut-il encore maintenir cette obligation exigeante et sublime ?.L\u2019observance (en) est-elle encore possible ?Est-elle opportune aujourd'hui ?Le temps ne serait-il pas venu de rompre le lien qui, dans l\u2019Eglise, attache le célibat au sacerdoce ?Cette observance difficile pourrait-elle devenir facultative ?Le ministère sacerdotal n\u2019y gagnerait-il pas et le rapprochement oecuménique n\u2019en serait-il pas rendu plus aisé ?O Le Pape a de même retenu les objections qu\u2019on avance : Ni Jésus ni les Apôtres n\u2019ont exigé le célibat des ministres sacrés.Des Pères qui prônèrent le célibat des prêtres, certains cédèrent au pessimisme de leur époque sur le mariage.Est-il juste d\u2019écarter du sacerdoce ceux qui auraient la vocation sacerdotale sans avoir en même temps celle du célibat ?Enfin, l\u2019objection la plus grave, nous manquons tragiquement de prêtres partout ou quasi partout.Le célibat ne va-t-il pas les raréfier encore ?Et d\u2019autres, fort sérieuses aussi, tirées du scandale des défections, de la valeur contestable, du peu de maturité de certains engagements, etc.Le Saint Père les retient toutes et les ramasse avec tant d\u2019objectivité et de force qu\u2019il rend ainsi les problèmes plus aigus, disent certains opposants de l\u2019Encyclique.Il n\u2019en est rien car le Pape résoud ces problèmes; il les résoud à la grande manière, allant au fond des choses, situant le problème en sa lumière propre qui est SEPTEMBRE 1967 celle de la foi et du mystère d\u2019amour qui unit le Christ au prêtre et le prêtre au Christ et à l\u2019Eglise.D\u2019une façon globale d\u2019abord puis dans une reprise détaillée.Le Pape voit cette réponse globale dans le rayonnement spirituel qu\u2019ont aujourd\u2019hui dans l\u2019Eglise tant de vies consacrées : évêques, prêtres, diacres sans nombre, religieux et religieuses en foule, jeunes gens et laïques généreusement et joyeusement fidèles à la chasteté parfaite.Ce phénomène impressionnant démontre la présence de la réalité insigne du règne de Dieu vivant au sein de la société moderne; il y joue le rôle humble et bienfaisant de \u201clumière du monde\u201d et de \u201csel de la terre\u201d.: indiscutablement là souffle l'Esprit du Christ.03) En conséquence le Pape estime que la loi du célibat actuellement en vigueur doit, encore de nos jours et fermement, être liée au ministère ecclésiastique; elle doit soutenir le ministre de l\u2019Eglise dans son choix exclusif, définitif et total de l\u2019amour unique et souverain du Christ, du dévouement au culte de Dieu et au service de l\u2019Eglise, et elle doit qualifier son état de vie aussi bien dans la communauté des fidèles que dans la société profane.04> Sans doute, une autre décision, à première vue, pourrait sembler possible, puisque les deux charismes ici réunis \u2014 charisme de la vocation apostolique et charisme du célibat consacré \u2014 sont distincts.Ils sont présentement unis par l\u2019Eglise en son clergé d\u2019Occident parce qu\u2019elle estime que le bien de la communauté lui en fait un devoir.Notre monde a besoin de ces très hautes valeurs, les plus sacrées(46).Elle en décide ici de plein droit, étant responsable du ministère pour la communauté ecclésiale.Il appartient.à l\u2019autorité de l\u2019Eglise d\u2019établir, selon les temps et les lieux, les qualités à requérir concrètement des candidats, pour qu\u2019ils soient jugés aptes au service religieux et pastoral de cette même Eglise.O5) Nous touchons le fond du problème contre lequel buttent bien des esprits plus atteints qu\u2019ils ne pensent par le Libre examen.Le Christ a établi dans son Eglise une autorité doctrinale et pastorale; en ces matières, le dernier mot lui revient.L\u2019Église cède-t-elle à l\u2019arbitraire ?Cela ne signifie point que l\u2019Eglise prend cette décision à l\u2019aveugle ni qu\u2019elle l\u2019impose dans l\u2019arbitraire.Aussi le Pape va-t-il exposer largement les principaux arguments qui, à partir de la Bible, de la théologie, de l\u2019histoire spirituelle de l\u2019Eglise, éclairent cet enseignement que tous ne comprennent pas, Notre Seigneur en avait fait la remarque.227 Ces motivations fondamentales du célibat sacerdotal n\u2019ont jamais été oubliées dans l\u2019Eglise; avec le Concile, toutefois, elles ont été comme renouvelées, \u201créhydratées\u201d, selon l\u2019expression d\u2019un commentateur de l\u2019Encyclique1, étant replongées dans les grands textes de l\u2019Ecriture.Il en résulte que le sacerdoce, comme la vie religieuse, est apparu plus nettement une \u201cSequela Christi\u201d, une amoureuse poursuite du Christ.Et l\u2019appel au célibat chez le prêtre jaillit fondamentalement de sa vocation même de prêtre qui est de participer à la mission sublime du Christ chargé par son Père de sauver le monde en se sacrifiant amoureusement pour lui.Pour être tout entier aux choses de son Père, le Christ a vécu dans l\u2019état de virginité; on ne l\u2019imagine pas autrement qu\u2019exclusivement donné au grand dessein de la Rédemption.Le Christ fait aux prêtres l\u2019honneur d\u2019entrer en partage de sa mission; ils seront ses envoyés, ses témoins, et, pour cela, ses amis à qui il confie ses pensées intimes et ses pouvoirs, à qui il promet sa présence mystérieuse et efficace.A cette plénitude d\u2019amour le prêtre répond par la plénitude de la consécration qu\u2019est le célibat embrassé par amour.Il entre de même d\u2019une façon admirable en participation de l\u2019amour que le Christ porte à l\u2019Eglise, amour en lequel il engendre le peuple des enfants de Dieu, \u201cnés non de la chair et du sang mais de Dieu\u201d.Le prêtre participe à cette paternité spirituelle qui suscite la vie divine dans les âmes.Son célibat ici est plus qu\u2019une convenance; il est le signe attendu de cette fécondité sublime.D\u2019autres aspects retiennent le Pape en sa méditation, notamment celui-ci que le célibat des prêtres, comme celui des religieux, est le signe annonciateur des biens célestes.Les valeurs de chair passeront même celles de l\u2019amour : \u201cA la résurrection on ne prendra ni femme ni mari mais tous seront comme les anges de Dieu dans le Ciel\u201d (Mt, 22, 30).Le célibat consacré affirme ces valeurs suprêmes.Même des protestants, tel Max Thurian, ont admiré ces pages de l\u2019Encyclique.L\u2019histoire vient confirmer l\u2019Eglise en sa réflexion car voilà plus de quinze siècles qu\u2019elle a senti cette convenance profonde du célibat avec le sacerdoce et qu\u2019elle en a poursuivi l\u2019union avec ferveur, avec ténacité, comme en réponse à un appel de l\u2019Esprit.L\u2019émouvante déclaration de Jean XXIII au Synode de Rome, en 1960, évoque cette histoire glorieuse.La pratique différente de l\u2019Eglise orientale que l\u2019on serait tenté d\u2019invoquer s\u2019explique, nous dit le Pape, par des circonstances historiques.C\u2019est une situation spéciale à laquelle le Saint Esprit a providentiellement et surnaturellement adapté son assistance (38).L\u2019Eglise en retient qu\u2019elle a pouvoir en ce domaine et justement elle vient de le montrer en rétablissant le diaconat marié; c\u2019est la voie générale qu\u2019elle ouvre à ceux qui ont reçu le charisme de la vocation apostolique sans avoir reçu aussi celui de la vocation au célibat consacré.1.Il nous plaît de signaler deux éditions de l\u2019Encyclique éditées respectivement par l\u2019Action Populaire et les Editions du Centurion, toutes deux avec une excellente introduction.228 L\u2019Église d\u2019Occident a, elle aussi, ses traditions Mais cette pratique de l\u2019Eglise orientale, reconnue et approuvée, n\u2019est pas une raison pour l\u2019Eglise d\u2019Occident de désavouer sa tradition propre ni d\u2019y renoncer comme si elle s\u2019était méprise sur la voix de l\u2019Esprit.Le Pape est catégorique.En tout cas, l\u2019Eglise d\u2019Occident ne peut pas faiblir dans la fidélité à la tradition ancienne qui est la sienne; il n'est pas pensable qu\u2019elle ait pendant des siècles suivi un chemin qui, au lieu de favoriser la richesse spirituelle de chacun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon compromis celle-ci, ou que, par des interventions juridiques arbitraires, elle ait endigué le libre développement des réalités les plus profondes de la nature et de la grâce.(41) Ce texte capital devait être cité au complet.Il montre avec quelle fermeté l\u2019Eglise prend position et pour quel motif radical; il y va de la substance de l\u2019enseignement spirituel de l\u2019Eglise et du magistère pastoral que le Christ lui a confié avec la promesse qu\u2019il l\u2019assisterait de son Esprit.\u201cEn abolissant le célibat sacerdotal, observe le P.Manaranche, l\u2019Eglise s\u2019infligerait à elle-même un démenti tel que désormais, ses autres exigences se trouveraient à leur tour suspectées, et la confiance des fidèles fortement ébranlée.Il faut envisager au contraire comme une indication de l\u2019Esprit cette réinvention constante en Occident d\u2019un sacerdoce à l\u2019apostolique surtout aux moments cruciaux (Edition du Centurion, p.24).Nous venons précisément d\u2019assister au Concile à une de ces réinventions merveilleuses du célibat sacerdotal opérées par l\u2019Esprit.Le Concile en effet a proclamé reconnaître dans le célibat sacerdotal, non pas d\u2019abord une disposition juridique, mais un charisme, un don insigne de Dieu, la marque d\u2019un amour privilégié que le Père en sa générosité veut accorder avec libéralité aux prêtres de son Eglise, \u201cà condition que ceux qui participent au sacerdoce du Christ par le sacrement de l\u2019Ordre et avec eux l\u2019Eglise entière le demandent instamment et en toute humilité\u201d (44).C\u2019est à cette réinvention providentielle du célibat sacerdotal par le Concile qu\u2019il faut rattacher la réponse si haute et si profonde que Paul VI fait à l\u2019objection tirée de la pénurie de prêtres que la loi du célibat aggraverait encore.Elle jaillit de l\u2019économie même du Salut en laquelle l\u2019initiative suprême, à travers le concours de la faiblesse humaine, reste toujours à Dieu.C\u2019est ce que nous rappellent l\u2019insuffisance du petit groupe apostolique auquel le Christ confia la charge d\u2019évangéliser le monde, l\u2019invitation au courage du Christ aux siens parce qu\u2019avec Lui et par Lui, l\u2019Eglise remporterait la victoire, l\u2019avertissement que le \u201cRoyaume de Dieu possède en lui-même une force secrète qui lui permet de croître et d\u2019arriver à la moisson sans que le monde le sache\u201d.Dieu demeure le Maître de la moisson et il faut lui demander d\u2019envoyer lui-même des ouvriers.Tout cela pour que nous reconnaissions la transcendance de Dieu dans l\u2019oeuvre du Salut : Les projets et la prudence humaine ne peuvent usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui, au cours de l\u2019histoire, a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la puissance de l\u2019homme (1 Cor.I, 20-31) Cela se fera par une vie spirituelle intense, par le don total de soi à l\u2019oeuvre du ministère, par une humble et vigoureuse ascèse, par une SEPTEMBRE 1967 grande fraternité sacerdotale.Il faut noter ici l\u2019instance avec laquelle le Saint Père recommande aux prêtres leurs confrères en péril \u201cqui ont davantage besoin d\u2019amour, de compréhension, de prières, d\u2019une aide discrète et efficace et qui ont des titres pour compter sur la charité sans limites de ceux qui sont et qui doivent être plus que quiconque leurs vrais amis\u201d (81).Les douloureuses désertions Le moment en effet est venu d\u2019aborder le douloureux sujet des désertions.Paul VI le fait avec maîtrise, alliant à la discrétion la franchise \u2014 le silence jusqu\u2019ici était de rigueur \u2014 à la fermeté la douceur, donnant pour ainsi dire, une voix à la tendresse de l\u2019Eglise pour ses prêtres, même ceux qui ont failli.Ce sont les pages les plus émouvantes de l\u2019Encyclique.Il est arrivé que des erreurs soient commises dans le discernement des sujets, que certains se soient engagés sans toute la liberté souhaitable.Le Pape veut qu\u2019en ces cas, un procès sérieux l\u2019ayant établi, ces égarés soient libérés.Quant à ceux qui étaient vraiment appelés et qui ont défailli, ce sont toujours pour l\u2019Eglise des fils très chers; elle entend mettre en oeuvre tout ce dont elle est capable pour les aider, s\u2019ils veulent se ressaisir, à revenir à l\u2019exercice de leur sacerdoce.En quels termes chaleureux le Pape les interpelle : Oh ! s\u2019ils savaient, ces prêtres, quelle peine, quel déshonneur, quelle inquiétude ils causent à la sainte Eglise de Dieu.(86) Le cas des prêtres encore jeunes émeut particulièrement le Saint Père qui plaide en leur faveur les circonstances atténuantes : (Ils) avaient commencé avec zèle et enthousiasme leur vie de ministère; n\u2019est-il pas facile aujourd\u2019hui, dans la tension de l\u2019engagement sacerdotal, qu\u2019ils éprouvent un moment de découragement, de doute, de passion, de folie ?C\u2019est pourquoi l\u2019Eglise veut que l\u2019on tente, spécialement pour ces cas, tous les moyens de persuasion en vue d\u2019aider le frère qui chancelle à retrouver la paix et la confiance, à s\u2019engager dans la voie du repentir et de la reprise.(87) C\u2019est seulement lorsqu\u2019aucune autre solution n\u2019est possible que \u201cl\u2019infortuné membre de l\u2019Eglise est exclu de l\u2019exercice du ministère sacerdotal\u201d.S\u2019il présente de bonnes et sérieuses dispositions en vue d\u2019une vie chrétienne de laïc, l\u2019Eglise \u201claissant emporter l\u2019amour sur la douleur concède parfois toutes les dispenses requises (celle du célibat comprise, semble-t-il), non sans les accompagner de l\u2019imposition d\u2019oeuvres de piété et de réparation afin que demeure en ce fils infortuné, mais toujours cher, un signe salutaire de la douleur maternelle de l\u2019Eglise et un rappel plus vif du besoin que nous avons de la divine miséricorde\u201d (88).L\u2019Eglise ne peut oublier les prêtres fidèles qu\u2019elle doit confirmer en leur propos de vivre d\u2019une manière irréprochable ni non plus les aspirants au sacerdoce qui doivent comprendre le sérieux de l\u2019engagement qu\u2019ils vont prendre.Le développement ne se clôt pas sur cette note sévère mais sur une explosion de joie et de gratitude à la pensée du \u201cbon nombre de ceux qui .malheureusement infidèles 229 pour un temps\u201d ont pu, grâce à une reprise spirituelle profonde, retrouver, \u201cpar la grâce du Souverain Prêtre, la voie juste et redevenir, pour la joie de tous, ses ministres exemplaires\u201d (90).Un commentateur Ta noté : nous respirons ici le parfum des paraboles de la miséricorde.Paul VI n\u2019a point terminé encore son plaidoyer en faveur des prêtres en difficultés; il les recommande à la charité des évêques et des fidèles.Ce n'est pas la première fois sans doute que l\u2019Eglise invite les évêques à une particulière sollicitude pour leurs prêtres.L\u2019avait-elle jamais fait dans un document public avec l\u2019insistance, la chaleur douce et pressante qu\u2019apporte ici le Saint Père ?Combien de ces prêtres souhaiteront, à lire ces pages, pouvoir traiter avec le Saint Père lui-même leurs problèmes ! Le Pape demande aux évêques d\u2019être d\u2019abord pour leurs prêtres \u201cdes maîtres, des pères, des amis et des frères bons et miséricordieux, prêts à comprendre, à compatir, à aider\u201d
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