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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1968-02, Collections de BAnQ.

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[" PRIX 500 REVUE DU MOIS NUMÉRO 324 MONTRÉAL FÉVRIER 1968 Le Québec et l\u2019immigration ¦ JS La crise de la foi chez les jeunes U avortement, la morale et la loi La prochaine conférence fédérale-provinciale Un laïc théologien SOMMAIRE Février 1968 Éditorial\t\t\t\t29 \u201cL\u2019Eglise en nos jours\u201d.\t\t Articles\t\t L\u2019avortement, la morale et la loi .Marcel Marcotte\t\t30 La prochaine conférence fédérale-provinciale Richard Arès\t\t36 Le Québec et le grave problème\tDE L\u2019IMMIGRATION Marcel Masse\t39 Un laïc théologien: Prank Sheed\tLuigi d\u2019Apollonia\t42 La crise de la foi chez les jeunes\t.Prank J.Sheed\t43 Chroniques Au service du français : Nous-mêmes\tet par nous-mêmes Joseph d\u2019Anjou\t45 Le théâtre\t\tGeorges-Henri d\u2019Auteuil\t47 Le Menteur.\u2014 Des Clowns pr bleu.\u2014 Pygmalion.\tir Milliers.\u2014 L\u2019Oiseau\t Chronique philosophique : Quand passe l\u2019oiseau de Minerve René Champagne\t\t49 Avec ou sans commentaires : Pour des\tinstitutions chrétiennes Jean Daniélou\t51 Correspondance : Sur les femmes-femmes et leurs débordements.\u2014 L\u2019avortement\t\t\t52 Méditation : Du cœur et des yeux\t.Paul Portin\t53 Les livres\t\t\t\t54 Notes bibliographiques\t.\t\t60 Ouvrages reçus\t\t\tIII CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1967.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d'expédition Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11\t387-2541 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille Administrateur: Arthur Riendeau Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-Il.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.RÉGULIÈRES ET \u201cKING a m CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE montréal février 1968 numéro 324 relations ÆditotiaL « L'Église en nos jours » C\u2019est une lettre pastorale collective d\u2019une étonnante vigueur doctrinale et d\u2019une admirable fermeté dans la foi que l\u2019épiscopat des États-Unis adressait, le 11 janvier dernier, à tous les fidèles de l\u2019Église américaine.Cette Église, comme bien d\u2019autres, traverse une phase critique: tout \u2014 doctrine et pratiques \u2014 y est remis en question et les défections se multiplient, chez les laïcs, les religieux et les prêtres.En réponse à l\u2019attente de nombreux fidèles, les deux cents évêques du pays ont décidé de parler.D\u2019une voix unanime.Leur sujet: l\u2019Église, son mystère et ses structures, et le rôle qu\u2019y doivent remplir les laïcs, les prêtres et les évêques, à l\u2019heure actuelle dans la société américaine.Peu de considérations sociologiques, mais beaucoup d\u2019Évangile et de théologie.L\u2019Église du Christ, écrivent-ils, vit aujourd\u2019hui une heure privilégiée.Rarement dans sa longue histoire eut-elle autant à faire et si peu de place pour la médiocrité.\u201cNous parlons parce que nous le devons.Même si, en des cas, on ne prêtera pas attention à nos paroles, il nous faut les prononcer.\u201d Le thème fondamental du Concile a été le mystère de l\u2019Église; en tant qu\u2019évêques, nous sommes disposés à accueillir avec joie les intuitions nouvelles des théologiens et de tout le peuple de Dieu affrontés à ce mystère, surtout celles des membres de l\u2019Église qui, par leurs prières et leur sens spirituel, ont acquis un titre éminent à parler dans la communauté de foi et de culte.Nous observons avec tristesse que certains aujourd\u2019hui, utilisant le noble mot \u201ccharisme\u201d ou employant la théologie presque comme une thérapie, ridiculisent l\u2019Eglise et, sous prétexte d\u2019être de leur temps, semblent hostiles à tout, sauf à leurs propres vues.Ce qui commence comme une critique nécessaire et fondée dégénère rapidement en attitude destructrice de la vie, indigne de la raison et incompatible avec la foi.Trop souvent (et ici il est du devoir de chacun d\u2019examiner sa conscience) la vie de prière et la recherche de l\u2019excellence spirituelle sont devenues la dernière et la moindre des préoccupations.Un nouveau pélagianisme cherche le salut dans la correction des structures plutôt que dans la conversion à Dieu; un nouveau gnosticisme met tout son espoir dans l\u2019habilité de l\u2019expression ou dans la formule ésotérique plutôt que dans Jésus-Christ crucifié et ressuscité.Nous ne devons jamais l\u2019oublier: ce que nous cherchons à réformer n\u2019est pas une institution mortelle mais l\u2019Eglise du Dieu vivant.Il ne faut pas, continuent les évêques, interpréter ces paroles comme si nous voulions décourager les forces positives à l\u2019œuvre dans l\u2019Église catholique aux États-Unis.Tous, nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.Mais, pour bien apprendre, nous devons nous rappeler que l\u2019humilité est toujours la marque du croyant, que la patience est encore l\u2019attitude qui convient au disciple et que l\u2019amour des uns pour les autres est plus important que tout le reste.Dans les cinq années écoulées depuis l\u2019ouverture du Concile, l\u2019Eglise a connu beaucoup de changements, quelques-uns des plus rapides de son histoire et peut-être les plus profonds.Ce n\u2019est pas le temps en pareille période de perdre patience, surtout à l\u2019égard de l\u2019Eglise, ou de vouloir décider, à la lumière de ses seules intuitions, quelles sont les choses à croire ou les valeurs à affirmer pour le salut.Personne, non plus, ne peut, dans de telles circonstances, entreprendre de décider par lui-même, avec un espoir raisonnable de succès, quelles sont les structures dont l\u2019Eglise a besoin pour devenir un signe du Christ, voire un signe efficace donneur de grâce.L\u2019homme moderne est aussi porté au péché et aussi capable d\u2019erreur religieuse que l\u2019homme des autres temps.Il est grandement souhaitable que cette lettre magistrale, d\u2019environ 25,000 mots, soit bientôt traduite en français et largement répandue dans notre milieu.Ce que les évêques américains disent de l\u2019Église et de son mystère, de l\u2019Église une et catholique, visible et invisible, du témoignage que les laïcs doivent donner au monde, de la crise dans la vie des prêtres, du rôle spécifique des évêques, des rapports entre l\u2019autorité et la liberté et enfin de l\u2019obéissance dans l\u2019Église, tout cela trouve application au Canada français.Ici aussi, l\u2019Église est mise en question et une grave crise menace la vie catholique; nous ne sommes pas assez riches ni même assez fermes dans la foi pour nous passer des richesses et des lumières que peut nous apporter cette lettre pastorale collective de l\u2019épiscopat américain.FÉVRIER 1968 29 L'Avortement, la Morale et la Loi Marcel Marcotte, S.J.Au train où vont les choses, nous finirons par penser que le Canada, décidément, est un pays anglo-saxon, que le cordon ombilical, quelque part, n\u2019a pas été vraiment coupé.À peine la Grande-Bretagne s\u2019est-elle donné de nouvelles lois sur le divorce, sur l\u2019homosexualité ou même, ces derniers mois, sur l\u2019avortement, que, déjà, le gouvernement canadien lui emboîte le pas et court sur ses talons.Des cendres du colonialisme politique, un nouveau colonialisme, d\u2019essence juridique, serait-il, subrepticement, en train de renaître?On dira que la question de l\u2019avortement, ici comme ailleurs, est dans l\u2019air depuis longtemps, qu\u2019un comité parlementaire, sous la pression de l\u2019opinion publique, avait d\u2019ores et déjà été formé pour l\u2019étudier et que le gouvernement, somme toute, n\u2019a fait que reprendre à son compte les recommandations que ce comité, dans son rapport préliminaire, lui avait fait tenir.Sans doute.Mais c\u2019est cela, justement, que nous lui reprochons.En répétant l\u2019erreur du Comité, le gouvernement l\u2019aggrave; en lui donnant force de loi, il la double d\u2019une injustice.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas: lorsqu\u2019il propose au législateur d\u2019autoriser, tout de suite, l\u2019avortement thérapeutique, le Comité parlementaire accomplit une démarche décisive.Il ne fait pas simplement un pas, un pas de plus sur le chemin battu, il fait le pas, le tout premier pas, le pas irréversible sur une route nouvelle dont nul ne sait encore où elle nous conduira.Hier, la loi canadienne, nonobstant quelque ambiguïté, interdisait absolument et pùnissait .de peines sévères l\u2019avortement sous toutes ses formes; demain, pour la première fois, elle le rendra licité, dans tous les cas, du moins, où la vie ou la santé de la mère, du fait de la grossesse, seront en danger.Or, cette option radicale, le Comité parlementaire l\u2019a prise, à l\u2019encontre des règles élémentaires de la démocratie, avant d\u2019avoir achevé ses travaux et, notamment, avant d\u2019avoir recueilli le témoignage de l\u2019Épiscopat catholique qui, sur le plan religieux, est censé exprimer les vues de la moitié des citoyens du pays.Quel sans-gêne, ou quelle roublardise! On aurait attendu que le gouvernement prît sur lui de corriger cette erreur, en refusant à tout le moins de se laisser bousculer.Au contraire, il la consacre, l\u2019entérine, la couvre de son autorité; il prend parti à son tour sur le fond même d\u2019un débat où le principal intéressé, c\u2019est trop clair, n\u2019a pas eu le loisir de se faire entendre; il fait fi d\u2019avance, lui aussi, des objections ou des réserves de son interlocuteur le plus prestigieux, le plus gênant; le plus redoutable; il le met, cavalièrement, devant le fait accompli.Voilà comment on résout parfois, à Ottawa, les questions controversées.Voilà, à propos d\u2019un objet précis et important, comment les requêtes ou les protestations du Québec \u2014 et dans le cas présent, du Québec catholique \u2014 risquent souvent d\u2019être accueillies, c\u2019est-à-dire étouffées, escamotées, traitées par prétérition.Faut-il s\u2019étonner, après cela, que tant de Québécois se plaignent du sort qui leur est fait et qu\u2019ils rêvent, à l\u2019occasion, de se donner des structures politiques autonomes où leur voix, enfin, ne retentira plus dans le vide?I \u2014 L\u2019avortement et la morale Avant d\u2019être un problème légal, l\u2019avortement est un problème moral.En tant que tel, il relève, au regard du chrétien, d\u2019un double éclairage, celui de la foi et celui de la raison.L\u2019enseignement de la foi est impérieux et catégorique: en pratique et pour les fins de l\u2019action, l\u2019avortement, à quelque moment qu\u2019on le provoque, doit être considéré comme un homicide, \u2014 le \u201cmeurtre direct d\u2019un innocent\u201d, dit Pie XI; un \u201ccrime abominable\u201d, au même titre que l\u2019infanticide, dit le dernier concile; un péché extrêmement grave, passible de l\u2019excommunication, dit le Code de droit canonique.C\u2019esL sur cette position traditionnelle et rigoureuse que le croyant, en tant que tel, doit aligner sa pensée et régler sa conduite.Les modifications à la loi criminelle n\u2019y changeront rien: après l\u2019adoption du bill C-195 comme avant, la mère, le médecin, l\u2019infirmière catholiques resteront tenus en conscience de se conformer à la loi de l\u2019Église; s\u2019ils ne le font pas, ils s\u2019excluront eux-mêmes de la communion avec le peuple de Dieu.Pour justifier les sévérités de l\u2019Église, les moralistes chrétiens font appel à la raison.Expulser un fœtus vivant, non encore viable, expliquent-ils, c\u2019est l\u2019arracher du milieu biologique nécessaire à sa vie, c\u2019est le tuer.Et si le fœtus est un être humain, une personne de plein droit, innocente par surcroît, c\u2019est commettre à son égard le crime d\u2019homicide.Au regard du moraliste, croyant ou non, le principe \u201cTu ne tueras pas l\u2019innocent\u201d a une valeur absolue et ne doit pas souffrir d\u2019exception.Mais alors, la question se pose: le fœtus est-il un homme au sens plein, avec tous les droits qui se rattachent à la qualité d\u2019homme?Qu\u2019il en soit un aux stades avancés de la vie fœtale, au moment, par exemple, où il devient viable, et donc bien avant le jour de la naissance, personne n\u2019en peut douter.C\u2019est pour cette raison, au fond, que l\u2019American Law Institute s\u2019oppose à tout avortement passé la vingt-sixième semaine de la grossesse; pour cette raison aussi que, en Suède, tant de protestations s\u2019élèvent contre certaines lenteurs bureaucratiques qui forcent parfois les médecins à provoquer 30 RELATIONS l\u2019avortement de fœtus si vivants, si vigoureux qu\u2019ils gémissent, avant de mourir, durant des heures.Mais le fœtus est-il un homme dès les premiers jours, les premières heures, les premiers instants de la grossesse, dès la rencontre initiale de l\u2019ovule et du spermatozoïde?Cette question, sur le plan théorique, n\u2019a jamais pu, et ne pourra jamais être tranchée de façon décisive.Aristote, au nom de son système philosophique, enseignait que l\u2019animation, l\u2019infusion de l\u2019âme intellective dans la chair, et donc l\u2019humanisation proprement dite du fœtus, n\u2019avait lieu qu\u2019au quarantième jour de la grossesse pour le garçon, au quatre-vingtième jour pour la fille.Après lui, saint Augustin, saint Thomas d\u2019Aquin et nombre de théologiens, au cours des âges, ont soutenu, sans que l\u2019Église les inquiète le moins du monde, des opinions toutes semblables.L\u2019Église, de même, n\u2019a jamais cru bon de reprendre à son compte ni, encore moins, d\u2019imposer comme un point de sa doctrine officielle, l\u2019opinion opposée qui, à l\u2019heure présente, est de beaucoup la plus commune parmi les moralistes.Les hommes de science, à leur tour, se sont penchés sur le problème sans parvenir, non plus, à le résoudre.Les uns paraissent frappés par ce qui manque au fœtus durant les premiers temps de la grossesse, les autres, par tout ce qu\u2019il possède d\u2019humain dès le premier instant; les uns en font une sorte de parasite, de prolongement du corps maternel: ils l\u2019y rattachent comme la fleur à la tige; les autres en traitent d\u2019emblée comme d\u2019un vivant autonome, indépendant en soi de l\u2019organisme maternel: ils l\u2019y rattachent comme l\u2019arbre au sol.Nous avons déjà pris parti dans ce débat1 et ne pouvons que nous répéter.La science, autant qu\u2019on sache, tient en général pour certain que, dès l\u2019instant de la fécondation, toutes les caractéristiques d\u2019un organisme humain fortement individualisé surgissent à la fois.Du premier coup, la combinaison originale des gènes, des chromosomes et du cytoplasme en provenance de l\u2019ovule et du spermatozoïde fixe à jamais non seulement le sexe de l\u2019enfant à naître, mais un vaste éventail de caractères humains permanents, tant externes qu\u2019internes, tant anatomiques que fonctionnels, où transparaît en filigrane la physionomie particulière de l\u2019homme de demain.L\u2019enfant est le père de l\u2019adulte, mais l\u2019embryon est le père de l\u2019enfant.Et si le nouveau-né qui entre dans le monde en poussant un cri est certainement une personne humaine, pourquoi l\u2019œuf fécondé où l\u2019enfant tient en germe ne serait-il pas lui aussi un homme de plein droit?Le Haut Comité français de la population et de la famille est parvenu à la même conclusion: Aucune donnée scientifique ne permet de faire une différence aussi tranchée entre la vie intra-utérine et la période postérieure à la naissance: l\u2019enfant est, dès sa conception, doué de caractéristiques propres, d\u2019une vie qui, pour être tributaire d\u2019un milieu privilégié de développement, n\u2019en est pas moins autonome et dont la progression se poursuit de façon continue.La biologie rejoint aujourd\u2019hui les intuitions de la pensée chrétienne, fondement de notre civilisation: dès les premiers siècles de l\u2019Eglise, l\u2019avortement a été regardé comme un homicide, et rien ne permet, de nos jours, de le considérer autrement.1.Relations, avril 1966: L\u2019avortement est un meurtre.FÉVRIER 1968 Ce texte, auquel on regrette que notre Comité parlementaire n\u2019ait pas emprunté de la graine, prend pour acquis que le fœtus est toujours un homme.Nous n\u2019irons point jusque là: avec l\u2019Église, nous dirons simplement qu\u2019il doit toujours, en pratique, être considéré et traité comme s\u2019il était un homme.Le moins qu\u2019on doive admettre, en effet, c\u2019est qu\u2019il y a des chances \u2014 de bonnes chances \u2014 qu\u2019il en soit un.Or, raisonne le moraliste, quand il existe un doute invincible portant sur la réalité même d\u2019un fait qui met en cause les valeurs humaines les plus hautes \u2014 et la vie, dans un sens, est la valeur suprême \u2014, on est tenu en conscience de choisir le parti le plus sûr.Nul n\u2019a le droit, suivant l\u2019exemple classique, de tirer un coup de fusil sur un objet mouvant dans les broussailles, sous prétexte qu il ne sait pas si cet objet est un homme ou une bête.Dire: tirons d\u2019abord, nous vérifierons ensuite; s\u2019exposer, délibérément, à tuer un être humain, c\u2019est \u2014 tout le monde le sent \u2014 commettre, d\u2019intention et de consentement, un meurtre véritable, c\u2019est agir avec l\u2019âme d\u2019un criminel, même si la preuve est faite, après coup, qu\u2019il n\u2019y a pas eu de victime.Dans le cas de l\u2019avortement, cette règle s\u2019applique de façon rigoureuse: il n\u2019est pas permis de détruire la vie fœtale pour la simple raison qu\u2019on doute qu\u2019elle soit une vie pleinement humaine.Le droit de légitime défense ne joue pas contre l\u2019enfant, car il ne peut pas être considéré comme un agresseur injuste.Mais le fœtus est-il un innocent ?Ne pourrait-on pas le considérer, à bon droit, comme un injuste agresseur de la vie, de la santé physique ou mentale de la mère qui le porte ?Cet argument, pour un esprit réfléchi, n\u2019a guère de poids, et Pie XI, dans l\u2019encyclique Casti Connubii, l\u2019a écarté, sans restriction, d\u2019un revers de la main: \u201cQui pourrait donner ce nom d\u2019injuste agresseur à un enfant innocent ?\u201d Mais le poids qui lui manque, le besoin, parfois, le lui confère.Face à l\u2019avortement, l\u2019homme moral \u2014 médecin ou juriste \u2014 qui est aux prises avec les impératifs de sa conscience, d\u2019une part, et avec certaines nécessités pratiques, d\u2019autre part, cherche désespérément une échappatoire, un alibi, un motif d\u2019exemption à la loi qui l\u2019accule à l\u2019impasse.Il peut croire, de bonne foi, les avoir trouvés quand la pensée lui vient d\u2019invoquer, contre le fœtus indésirable, le droit de légitime défense.C\u2019est en suivant, croyons-nous, ce processus que le Haut Comité français, après avoir posé en principe que tout avortement est un homicide, en est quand même arrivé à légitimer l\u2019avortement thérapeutique.Il l\u2019a fait avant tout, semble-t-il, pour des raisons de caractère pragmatique.L\u2019avortement, en France, est entré dans les mœurs, on ne peut l\u2019empêcher.Il faut donc le soumettre à la loi pour prévenir l\u2019anarchie ' et limiter les dégâts.Et puisque la légitime défense est 31 ula seule exception à la loi absolue du respect de la vie d\u2019autrui\u201d, \u201celle peut seule rendre licite l\u2019avortement\u201d.Solution de désespoir, en somme, qu\u2019il doit nous être permis \u2014 comme au Haut Comité lui-même, peut-être \u2014 de ne pas prendre très au sérieux.Car, enfin, de quel droit considérer le fœtus qui gît au creux de la chair maternelle comme un injuste agresseur ?N\u2019est-il pas là où, librement, ses parents l\u2019ont mis, où la nature le veut ?Y fait-il rien d\u2019autre que de respirer, de se nourrir, de croître comme il se doit ?A-t-il exigé d\u2019être conçu ?En quoi diffère-t-il du fœtus voisin qu\u2019une femme émerveillée porte amoureusement dans ses flancs ?Et s\u2019il est devenu une menace à la vie, à la santé de sa mère, est-ce sa faute à lui ou celle de sa mère qui, par suite de quelque carence anatomique ou psychique, est incapable de mener sa grossesse à bonne fin ?En toute rigueur de termes, le droit de légitime défense tient dans la formule suivante: Il est permis de défendre sa vie contre un injuste agresseur, en acte d\u2019agression, par tous les moyens actuellement nécessaires pour repousser l\u2019agression, y compris le meurtre direct de l\u2019agresseur.Personne n\u2019a donc le droit de tuer un être humain pour protéger un autre bien que sa vie \u2014 sa santé, par exemple, ou son équilibre mental \u2014, car entre le tort subi et le tort causé, il n\u2019y aurait plus de proportion: le droit de légitime défense ne jouerait donc, à la rigueur, qu\u2019en faveur de la mère en danger de mort.Personne n\u2019a le droit non plus de tuer un agresseur simplement possible ou même probable, avant que ce prétendu agresseur ait posé des gestes gravement hostiles rendant la menace à la vie sérieuse et actuelle: voilà qui exclut tout avortement provoqué dans les premiers mois de la grossesse, c\u2019est-à-dire, en pratique, l\u2019avortement en général, sous ses formes les plus courantes.Nul n\u2019a le droit, enfin, de tuer l\u2019agresseur, fût-il en acte d\u2019agression, s\u2019il peut le repousser par d\u2019autres moyens moins brutaux que le meurtre: dans l\u2019état actuel des connaissances et des techniques médicales, cette capacité existe dans la quasi totalité des cas pour lesquels le droit de légitime défense est invoqué.Le respect absolu de la vie prénatale est un des principaux fondements de la civilisation chrétienne.Ainsi donc, la morale, au nom de la raison comme au nom de la foi, porte contre l\u2019avortement une condamnation péremptoire et sans appel.Pendant des siècles, dans nos sociétés occidentales, la règle du respect absolu de la vie prénatale n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune discussion.Les individus pouvaient la violer, comme d\u2019autres règles, chacun pour soi, en secret; mais ces comportements erratiques, marginaux se heurtaient aux sévérités de la morale collective, qui ne leur a jamais permis de se manifester au grand jour.À partir du XIXe siècle, la 32 situation a changé; elle est en passe de devenir critique.A mesure que les Eglises perdaient de leur emprise sur les masses, les critères de la moralité ont tendu à s\u2019obscurcir et à s\u2019édulcorer.Le respect de la vie, cet ultime rempart contre la barbarie, n\u2019a pas été épargné par l\u2019esprit nouveau: qu\u2019on se rappelle les fours crématoires et l\u2019holocauste atomique.Néanmoins, parce qu'il a perçu, dans un éclair, la menace innommable, notre monde, aujourd\u2019hui, réagit avec vigueur, dans ses élites, contre ces symptômes de pourrissement: il rêve d\u2019abolir la guerre et la faim dans le monde; il réclame des mesures de sécurité sur les chantiers de travail et sur les routes; il abolit la peine capitale; il exalte partout les valeurs de vie et de fraternité.Pourquoi faut-il qu\u2019il montre, au même moment, tant d\u2019indulgence à l\u2019égard de l\u2019avortement ?Lui qui fait si grand cas de la vie d\u2019une poignée de criminels, par quel étrange paradoxe en arrive-t-il à sacrifier, d\u2019un cœur allègre, la vie de millions d\u2019innocents ?La réponse est aisée: depuis que la morale chrétienne, fondement éthique de notre civilisation, n\u2019éclaire plus et ne gouverne plus avec autant de force l\u2019opinion publique sécularisée, l\u2019avortement a cessé d\u2019être reconnu, universellement, pour ce qu\u2019il est: le meurtre direct d\u2019un être humain en devenir.Quand ses intérêts viennent en conflit avec les règles établies, l\u2019homme de la rue ne veut céder qu\u2019à l\u2019évidence.À propos de l\u2019avortement, cette évidence, naguère, émanait de l\u2019autorité, religieuse ou laïque, et s\u2019attachait à des principes; en se déplaçant du côté des faits et, notamment, des constatations scientifiques, elle a perdu beaucoup de sa clarté.Tout le monde considère encore comme un crime atroce de tuer un enfant sitôt après sa naissance, parce qu\u2019alors on peut le voir, l\u2019entendre, le toucher.Mais le fœtus, lui, mène dans le sein de sa mère une vie cachée: nul ne le voit; sa vie vient à peine de commencer et il est petit jusqu\u2019à l\u2019insignifiance.Pourquoi lui consentir de si lourds sacrifices ?Pour dissiper cette confusion, il faut que la morale intervienne.Pareilles vues, dit-elle, sont irrecevables, étrangères à la foi et même à la raison.Elles tiennent compte des réalités accidentelles mais négligent les réalités essentielles.Le temps, la taille, le poids, la place de l\u2019enfant \u2014 dans un incubateur, un berceau ou dans le sein de sa mère \u2014 sont de purs accidents et ne changent rien à la moralité de l\u2019acte qui le tue.Au regard de la nature, tous les hommes sont égaux et possèdent les mêmes droits fondamentaux; une vie est une vie, qu\u2019elle ait commencé il y a une minute ou qu\u2019elle date de cent ans, qu\u2019elle soit la vie d\u2019un ignorant ou celle d\u2019un savant, d\u2019un pauvre ou d\u2019un riche, d\u2019un noir ou d\u2019un blanc, de l\u2019enfant à naître ou de la mère qui le porte.Abandonner ce principe, c\u2019est justifier d\u2019avance les pires crimes; c\u2019est admettre qu\u2019un jour, la société pourra se débarrasser des enfants difformes, des incurables, des fous, des anormaux, des vieillards cachexiques, de tous ceux qu\u2019on appelle, d\u2019un mot inhumain, les indésirables; c\u2019est retourner, bon gré mal gré, au paganisme antique.Quiconque s\u2019attaque à la vie d\u2019un seul être, cet être fût-il un simple fœtus, s\u2019attaque à la vie de tous; il met en péril notre civilisation tout entière.RELATIONS Il \u2014 L\u2019avortement et la loi Tout ce qui est immoral ne doit pas nécessairement être déclaré illégal; il n\u2019est pas requis que les articles du Code criminel coïncident en tout point avec les canons de la loi ecclésiastique ni, encore moins, avec les prescriptions des manuels de morale.Dans le sillage du récent concile, l\u2019Épiscopat canadien a reconnu expressément la validité de cette distinction entre la morale et la loi en l\u2019appliquant à la contraception, d\u2019abord, et plus tard, au divorce.Tous les actes mauvais n\u2019ont pas à être prohibés par une loi civile.Seuls les actes mauvais qui peuvent nuire d\u2019une façon notable au bien commun relèvent à juste titre des lois criminelles de la communauté politique .Il doit y avoir toujours une juste proportion entre le tort réel accompli et les moyens auxquels on veut recourir pour le combattre.Si les dommages au bien commun sont proportionnellement légers \u2014 comme dans certains cas d\u2019inconduites privées et dissimulées \u2014 il n\u2019est pas nécessaire que l\u2019autorité publique multiplie à outrance les dispositions législatives et tente de tout prohiber dans le détail.Cette multiplication des mesures pénales, trop souvent inefficaces, desservirait d\u2019ailleurs, à sa manière, le bien commun lui-même.Certes, les valeurs religieuses et morales que l\u2019Église a mission de promouvoir et de défendre ont une grande importance pour l\u2019ordre public et le bien du pays.Il est donc naturel et normal que le chrétien éclairé y soit, en règle générale, fort sensible \u2014 plus sensible, en tout cas, que celui dont la conscience n\u2019a pas été formée à la même école.N\u2019empêche que, pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, la norme de référence, en matière légale, reste toujours le bien commun, considéré dans sa totalité.En sorte que, dans certains cas \u2014 comme celui de la contraception, du divorce ou même de l\u2019homosexualité \u2014, le chrétien pourra, sans trahir, juger bon que la loi sur laquelle il est appelé à se prononcer en tant que citoyen, ne s\u2019accorde pas exactement avec les critères du bien et du mal d\u2019après lesque\u2019s, en tant que chrétien, il continue de se sentir obligé, en conscience, de régler sa conduite privée.Dans l'intention des Évêques, les mêmes principes s\u2019appliquent, éminemment, au législateur, \u2014 au \u201clégislateur, en général,\u201d et au \u201clégislateur chrétien, en particulier,\u201d \u2014 \u201cen face de toute question controversée d\u2019ordre moral\u201d.L\u2019avortement en est une, le gouvernement a pris parti, une loi permissive a été déposée, la Chambre en est saisie: comment le législateur chrétien doit-il se comporter dans cette situation délicate ?La réponse de l\u2019Épiscopat, au niveau des principes, est tout à fait claire: face à un projet de loi qui a, comme c\u2019est ici le cas, de profondes implications d\u2019ordre moral et religieux, le législateur chrétien n\u2019a pas à se demander si la loi soumise à son examen recoupe en tout point les normes de moralité en vigueur dans l\u2019Église, mais simplement si elle est apte à servir le bien commun.Vu les liens étroits qui existent entre le bien réel des personnes, que la morale cherche à promouvoir, et le bien de la communauté, qui fait l\u2019objet de la législation, il serait bien étonnant que la loi chrétienne et la loi humaine fussent, à propos d'un objet de si grande importance, en complet désaccord.Si elles le sont, il faudra en conclure que le bien commun lui-même est en danger, et le législateur, FÉVRIER 1968 chrétien ou non, sera tenu, en principe, de combattre la législation abusive avec vigueur.En pratique, est-ce le cas de la nouvelle loi sur l'avortement que le gouvernement propose ?La réponse, à notre avis, doit établir une distinction très nette entre deux cas fort différents: celui où l\u2019avortement est permis pour sauver la vie de la mère et celui où il est permis pour préserver simplement sa santé.Dans le premier cas, nous ne ferions pas au législateur chrétien un devoir de conscience de marquer son opposition; dans le second cas, nous estimons, au contraire, qu\u2019il y est rigoureusement tenu, tout ensemble comme chrétien et comme homme public.L'avortement médical, pour le salut de la mère en danger de mort, est immoral, mais il n\u2019est pas nécessaire de le déclarer illégal.L\u2019avortement thérapeutique, pour la survie de la mère, est admis dans la plupart des législations occidentales.Au Canada, il est encore prohibé par la loi criminelle, mais, sous le bénéfice de la bonne foi accordé par le Code, les médecins n\u2019ont pas de peine à contourner l\u2019interdit.Il appert qu'en certains lieux, ils ne s\u2019en privent pas.Néanmoins, les cas où la grossesse met réellement la vie de la mère en danger sont rares, tellement rares que nombre de spécialistes nient catégoriquement qu\u2019il en existe.Le docteur Joseph L.McGoldrick écrivait déjà en 1948: Le dilemme \u201cla mère-ou-l\u2019enfant\u201d est une relique du premier âge de l\u2019obstétrique.S\u2019il en est question aujourd\u2019hui dans le monde médical, c\u2019est le fait de médecins dont la formation et l\u2019expérience ne les qualifient évidemment pas pour pratiquer l\u2019obstétrique moderne.Dans l\u2019un des plus grands hôpitaux de la ville de New-York, où la moyenne des accouchements s\u2019élève à plus de 3000 par année, l\u2019expérience m'enseigne qu\u2019aucun dilemme semblable ne s\u2019est rencontré au cours des vingt dernières années.J\u2019ai fait la même constatation dans les hôpitaux privés où j\u2019exerce.Les cas de grossesse avec complications cardiaques, pulmonaires ou rénales, qu\u2019on considérait jadis comme des indications d\u2019avortement thérapeutique, sont à présent menés jusqu\u2019à terme ou du moins jusqu\u2019à la viabilité, et ils débouchent presque toujours sur une amélioration de la condition physique de la mère.Tout le monde, il va sans dire, ne partage pas le même optimisme; il est encore trop tôt, semble-t-il, pour affirmer que l\u2019avortement thérapeutique, comme l\u2019embryotomie sur le fœtus viable, a vécu.Il n\u2019en reste pas moins que, mis à part les cas, bien plus nombreux et dramatiques, d\u2019avortement indirect \u2014 pour cause de grossesse ectopique, de maladie grave des organes maternels \u2014 à propos desquels la morale et la loi n\u2019ont rien à objecter, le domaine de l\u2019avortement thérapeutique se rétrécit de jour en jour.Pour l\u2019ensemble du territoire américain, où l\u2019avortement pour le salut de la mère est couramment autorisé par la loi des États, on estime à 10,000 le chiffre annuel des interventions.De ce chiffre relativement bas, il faut encore défalquer les cas, à coup sûr les plus nombreux, où la grossesse n\u2019aurait pas été interrompue si la loi avait été interprétée strictement.On constate, par exemple, que de deux hôpitaux de même taille, régis par une législation identique, 33 l\u2019un ne fait état d\u2019aucun avortement sur 24,417 accouchements, tandis que l\u2019autre en déclare 686.Un tel écart suppose qu\u2019ils ont appliqué la même loi selon des critères fort différents.Malgré quoi le chiffre des avortements légaux tend rapidement à décroître.Au seul John Hopkins Hospital de New-York, les médecins, en 1961, y ont eu recours cinq fois moins souvent qu\u2019en 1937.Comme la littérature médicale en témoigne, il s\u2019agit là d\u2019un phénomène mondial.Et donc, à moins de prétendre que la médecine canadienne accuse un grave retard sur la médecine universelle ou que les médecins canadiens sont, dans l\u2019ensemble, des contempteurs des lois, la légalisation de l\u2019avortement thérapeutique au sens strict, en faveur de la mère dont la vie même est mise en péril par la grossesse, ne constituerait pas une sérieuse menace au bien commun.Pourvu que la loi soit exigeante et précise, qu\u2019elle ne prête pas flanc aux abus des praticiens marrons, que l\u2019application en soit surveillée de près par les organismes professionnels et par les pouvoirs publics, le législateur chrétien, en pratique, n\u2019est pas absolument tenu de s\u2019y opposer.Cette opposition, d\u2019ailleurs, risquerait fort de n\u2019être ni comprise ni admise par l\u2019opinion, aggravant par là la division du pays.La morale chrétienne, comme telle, est une morale d\u2019autorité: elle prend appui sur l\u2019Écriture, la Tradition, le Magistère de l\u2019Église.Le croyant accepte cette autorité; il y conforme, en théorie, sa pensée et sa conduite.Il n\u2019en va pas de même pour l\u2019incroyant qui, par définition, la refuse et qui ne consent à se rendre qu\u2019aux raisons, aux lumières, aux autorités qu\u2019il a personnellement reconnues.Certes, la morale chrétienne ne diffère pas, pour l\u2019essentiel, de la morale tout court; ses préceptes s\u2019enracinent dans la loi naturelle qui est la même pour tout homme en ce monde.L\u2019incroyant lui-même, en principe, est donc appelé à s\u2019y soumettre.Cependant, face à certaines lois prohibitives, qui restreignent l\u2019exercice de la liberté individuelle, le bien-fondé des interdictions n\u2019apparaît pas aussi clairement à tout le monde.En effet, morale d\u2019autorité, la morale chrétienne, quand elle entreprend de s\u2019expliquer, de livrer ses raisons, est aussi une morale de principes, procédant forcément par abstractions et concepts.Elle n\u2019en est pas, pour autant, irréelle, sans contact avec la vie concrète; elle prétend, au contraire, la serrer de plus près et la respecter beaucoup mieux que cette morale des cas particuliers, de l\u2019efficacité, du \u201cbon sens\u201d, qui se fonde sur les considérations pratiques ou même sur le sentiment, et dont l\u2019inspiration tient toute dans l\u2019axiome détestable: la fin justifie les moyens.N\u2019empêche que les moralistes de métier sont rares, et rares également les esprits capables d\u2019évaluer correctement la justesse et la force de leurs raisonnements.Ainsi, pour la majorité des gens et même des médecins, la distinction nécessaire que la morale établit entre l\u2019avortement direct, toujours illicite, et l\u2019avortement indirect, déclaré licite, apparaît bien subtile.De même, ils s\u2019étonnent et protestent quand la morale affirme que le fœtus, même s\u2019il n\u2019est peut-être, au début, qu\u2019un animal minuscule, a droit au même respect que sa mère qui, elle, est certainement une personne humaine.Le moraliste a là-dessus des réponses toutes prêtes, qu\u2019il estime valables.En fait, elles le sont.34 Encore faudrait-il, pour satisfaire l\u2019opinion, que leur valeur fût reconnue par le grand nombre.Nous doutons fort qu\u2019elle le soit, ou même qu\u2019elle puisse l\u2019être, d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.Voilà pourquoi, en matière d\u2019avortement thérapeutique, la prudence politique suggère d\u2019éviter les excès de raideur.L\u2019Église elle-même, sans renoncer à former, seule, la conscience de ses membres, ne tient pas à imposer, par le truchement de la loi, à ceux qui lui refusent leur allégeance, un fardeau que peut-être, en toute loyauté, ils ne se croiraient pas obligés de porter.Pareillement, le législateur chrétien doit tenir compte, en milieu pluraliste, de l\u2019extrême diversité des consciences, de manière à ne pas imposer du dehors, par la loi, à l\u2019ensemble des citoyens, ce qu\u2019un grand nombre, en certains cas, n\u2019acceptent pas du dedans.Dans cette optique réaliste, nous disons oui à la légalisation de l\u2019avortement thérapeutique au sens strict.Mais à celle de l\u2019avortement thérapeutique au sens large, pour la protection de la santé physique ou mentale de la mère, nous disons non.La légalisation de l\u2019avortement pour cause de santé physique ou mentale engendre les pires abus et compromet gravement le bien commun.La notion de santé physique est difficile à cerner; son contraire, la maladie organique, ne l\u2019est pas moins.Abstraction faite du péril de mort, qui tombe dans une catégorie différente, où tracer la ligne de démarcation entre la maladie grave, qui justifierait l\u2019avortement, et la maladie plus bénigne, qui ne le justifierait pas ?Les critères courants restent toujours très incertains.Opte-t-on pour le temps ?Alors, de combien de jours, de mois, d\u2019années l\u2019avortement doit-il prolonger la vie de la mère pour que la loi l\u2019approuve ?Si c\u2019est la joie de vivre qui est prise pour norme, sur quelles balances délicates pèsera-t-on la quantité de bonheur à perdre ou à gagner ?Si c\u2019est l\u2019aptitude au travail, comment la définir, la mesurer avec exactitude ?L\u2019expérience, au surplus, enseigne au médecin à se méfier d\u2019une erreur de diagnostic et, quand celui-ci est fermement établi, d\u2019une erreur de pronostic.N\u2019est-il pas injuste, dans un domaine aussi flou, où la preuve est si faible, de l\u2019obliger, lui qui est sur la ligne de feu et qui subit des pressions redoutables, à faire fonction de juge et de bourreau au procès d\u2019un innocent ?Le professeur Howard Taylor de l\u2019Université Columbia remarque d\u2019un ton amer: Il m\u2019arrive de regretter de n\u2019être pas un obstétricien dans un hôpital catholique.Je n\u2019aurais pas à prendre de telles décisions.Ne jamais interrompre une grossesse, c\u2019est le seul moyen de m\u2019arracher à mes doutes.Toutes les prétendues indications d\u2019avortement n\u2019ont qu\u2019une valeur relative.Tous les médecins, évidemment, ne sont pas habités par les mêmes scrupules.Il s\u2019en trouvera toujours pour RELATIONS Etes-vous abonné à RELATIONS ? Ce numéro de RELATIONS vous plaît ?Pourquoi ne pas vous abonner ?Utilisez le billet ci-joint. commettre, sous le couvert de la loi, les pires abus.Les avorteurs de l\u2019ombre ne sont pas tous des amateurs.Ce sont deux médecins diplômés qui, à Baltimore, furent tenus responsables, l\u2019un de 5,000, l\u2019autre de 40,000 avortements criminels.En remontant à la lumière, ces deux messieurs ne trouveraient-ils pas, dans la loi la plus circonspecte, des motifs d\u2019excuse et des raisons d'impunité ?La notion de santé mentale est encore plus élastique et plus vague que celle de santé physique; en matière d\u2019avortement, elle a des chances d\u2019être appliquée de façon encore plus arbitraire.On l'a bien vu lors de la Conférence sur l\u2019avortement tenue à Washington, récemment, sous les auspices de la Fondation Kennedy.Parmi les psychiatres, aucun accord ne s\u2019est fait jour, aucun dénominateur commun n\u2019a été reconnu qui pût servir de base à une interprétation objective de la loi.On en serait donc réduit à faire confiance aux évaluations subjectives, au flair professionnel de chaque spécialiste.C\u2019est vraiment trop accorder à une science et un art dont les neuves conquêtes n\u2019ont pas encore réussi à masquer les incertitudes ni à faire oublier les échecs.La loi, pour être juste, doit supposer que l\u2019avortement pour cause de santé mentale fera, régulièrement, à la malade moins de tort que de bien.Or, rien n\u2019est moins sûr.À Washington, les spécialistes furent d\u2019accord pour dire que les résultats de l\u2019intervention sont, en grande partie, imprévisibles.Chez certaines malades consentantes et résolues, l\u2019avortement n\u2019a pas de séquelles émotives apparentes; chez d\u2019autres, il en a, mais le médecin est capable de les garder sous contrôle; chez un bon nombre, il ne fait qu\u2019accentuer les troubles antérieurs du psychisme.Le tableau, pour tout dire, n\u2019est pas très rassurant.Il corrobore le jugement sévère d\u2019Abuse et Schechtman qui écivent: L\u2019état mental justifie rarement l\u2019interruption de la grossesse.L\u2019avortement, de soi, est incontestablement un choc et peut, sans aucun doute, causer plus de dommage que la prolongation de la grossesse.Loin de guérir les maladies mentales, l\u2019avortement marque une tendance fâcheuse à les multiplier.Le syndrome des avortées est connu de longue date.Il paraît tenir à des réactions bio-psychiques indépendantes des conceptions morales et religieuses.Un gynécologue japonais réputé, le docteur Kaseki, rapporte que, sur 525 femmes ayant subi l\u2019intervention, 388 ont déclaré qu\u2019elles en avaient conservé une \u201cangoisse\u201d.Une autre enquête a révélé que 231 femmes mariées d\u2019un groupe de 253 considéraient leur avortement comme un \u201cmal\u201d.Et dire qu\u2019on avait cru, pour les besoins de la cause, que le Japon moderne, en légalisant l\u2019avortement sur demande, s\u2019était délivré des tabous ! La femme, dans son corps et son âme, est toute tournée vers la vie, \u2014 vers la vie à donner, à cultiver, à défendre.Quand c\u2019est pour la mort qu\u2019elle prend parti, elle se dégrade et se détruit.Par ailleurs, il faut bien voir ce qui se dissimule derrière les indications psychiatriques d\u2019avortement.Le législateur exige forcément, pour chaque cas particulier, qu\u2019elles soient évaluées avec soin par les spécialistes.Mais l\u2019expérience démontre qu\u2019elles ne le sont parfois qu\u2019à moitié.Aux États-Unis, le pourcentage des avorte- FÉVRIER 1968 ments de ce type, au cours des dernières années, est monté en flèche.Dans deux hôpitaux de Buffalo, par exemple, il est passé de 13 pour cent en 1943 à 87.5 pour cent en 1963.Qu\u2019en conclure sinon que les indications psychiatriques sont, dans un nombre croissant de cas, entendues dans un sens très large ?La fille-mère, l\u2019épouse enceinte d\u2019un enfant adultérin, la femme de quarante ans surprise par une grossesse inattendue, la travailleuse, la mondaine, l\u2019artiste pour qui la venue d\u2019un enfant est une catastrophe, \u2014 toutes ces femmes, devant l\u2019événement, peuvent être prises de panique et présenter des symptômes proprement névrotiques.Aucun psychiatre digne de ce nom ne s\u2019y laisse tromper; la crise est passagère et, moyennant des soins appropriés, se résorbe sans peine.Mais on attend souvent de lui un tout autre verdict.À Washington, les psychiatres ont admis qu\u2019ils sont, dans une certaine mesure, à la merci de certaines femmes décidées à se faire avorter, qui font valoir auprès d\u2019eux des raisons psychiatriques.De guerre lasse, ils en viennent de plus en plus souvent à se laisser convaincre.Dans cette voie, hélas ! on court tout droit à la reconnaissance pratique de l\u2019avortement sur demande.Les promoteurs patentés de la libéralisation des lois sur l\u2019avortement avaient vu juste: par le biais de la santé mentale, l\u2019avortement est en train de devenir un simple moyen de contraception.La libéralisation de l\u2019avortement légal n\u2019influe pas sur l\u2019incidence de l\u2019avortement illégal.Reste à discuter le cas de l\u2019avortement clandestin dont on nous rebat depuis si longtemps les oreilles.L\u2019extension de l\u2019avortement thérapeutique, prétend-on, aurait pour résultat de diminuer le nombre des avortements illégaux et des morts maternelles qui sont une des pires plaies de notre société.À l\u2019appui de cette thèse, des chiffres sont cités dont l\u2019impact sur l\u2019opinion est d\u2019autant plus fort qu\u2019ils sont plus effarants et qu\u2019on les répète plus souvent.En Angleterre, pourtant, comme aux États-Unis, des études sérieuses, bien qu\u2019encore incomplètes, ont démontré que ces chiffres sont grossièrement exagérés et n\u2019ont aucune valeur scientifique.La même confusion prévaut au Canada, et le législateur fera bien de s\u2019en souvenir s\u2019il ne veut pas rester dans le noir et légiférer à tâtons.Sur le fond même de la question, nous avons, par bonheur, la réponse des faits.Au Japon, où le législateur s\u2019en remet à la discrétion des médecins, la fréquence des avortements criminels est nettement en baisse.Pourquoi les Japonaises s\u2019adresseraient-elles aux avorteurs sans mandat quand, pour dix ou quinze dollars, elles peuvent obtenir le même service, dans des conditions bien meilleures, de l\u2019un ou l\u2019autre des 12,000 médecins auxquels l\u2019État accorde le privilège de les faire avorter à volonté, sur la place publique?Mais, cette diminution, le Japon la paye de 2,500,000 naissances par année, du vieillissement général de sa population, d\u2019une pénurie de main-d\u2019œuvre, de graves problèmes de santé, d\u2019un abaissement 35 marqué de la moralité publique.À telle enseigne que le gouvernement s\u2019inquiète et parle de revenir à une législation plus rigoureuse.En Suède et dans les pays de l\u2019Est de l\u2019Europe, où la loi, bien que très libérale, n\u2019autorise pas l\u2019avortement sur demande, le chiffre des avortements illégaux tend à augmenter au même rythme que celui des avortements légaux.On le comprend aisément.Les lois ont une valeur pédagogique; elles contribuent, à leur rang, à l\u2019éducation populaire; elles tracent, d\u2019une certaine façon, au regard des foules, la frontière entre le bien et le mal.C\u2019est pourquoi, à mesure que la législation sur l\u2019avortement se libéralise, le respect de la vie prénatale s\u2019affadit dans la communauté, l\u2019avortement tend à devenir une pratique courante et anodine.Alors, les mères qui ne peuvent pas se prévaloir des complaisances de la loi se tournent derechef vers les avorteurs anonymes.Il n\u2019y a qu\u2019un moyen d\u2019abolir l\u2019avortement illégal, c\u2019est de supprimer toutes les barrières légales, de rendre, sans distinction, l\u2019avortement accessible à tout le monde.On doute que, dans une perspective de bien commun, aucun législateur soit prêt, en matière si grave, à culbuter ainsi dans l\u2019anarchie.L\u2019avenir de la loi Le ministre de la justice aurait dû y prendre garde: le problème de l\u2019avortement est trop important pour entrer, au même titre que l\u2019homosexualité, les loteries, l\u2019ivresse au volant et quelques autres articles assez inoffensifs, dans la trame d\u2019un bill omnibus qui, pris d\u2019ensemble, ne devrait guère susciter d\u2019opposition au Parlement.On répondra que rien n\u2019empêche que, de l\u2019immense projet de loi C-195, l\u2019article 17 sur l\u2019avortement soit isolé et reçoive, au cours des débats, un traitement privilégié.Bien sûr, et nous y comptons bien.Néanmoins, perdu, tel le mouton noir au milieu des moutons blancs, dans la masse des amendements projetés, il a bien plus de chances \u2014 des chances que le gouvernement a peut-être pesées \u2014 d\u2019attirer moins fort l\u2019attention et de ne pas provoquer les étonnements ni les résistances qu\u2019il mérite.Le Ministre, autrement, aurait-il décrété, comme il l\u2019a fait, que l\u2019article 17 doit être considéré, à l\u2019intérieur de la vaste réforme projetée, comme un projet gouvernemental pour lequel les députés ministériels auront à suivre la ligne du parti ?Mis à part, étudié et discuté pour lui-même, à son mérite, le problème de l\u2019avortement, on imagine, aurait bénéficié du même traitement de faveur que celui de la peine capitale où chaque député, à l\u2019heure du vote, gardait la liberté de consulter sa conscience d\u2019homme et de chrétien.Mais, bien qu\u2019il s\u2019agisse encore ici d\u2019une question de vie ou de mort pour des milliers d\u2019êtres humains, innocents à coup sûr, le vote, cette fois, ne sera pas libre.Le Ministre, décidément, est bien sûr de son droit.Il le serait peut-être un peu moins \u2014 les députés aussi \u2014 s\u2019il avait attendu que l\u2019Épiscopat canadien, à la date prévue, présentât son mémoire officiel.Mais cet embarras lui sera épargné.Aux dernières nouvelles, la Conférence épiscopale avait décidé, à regret, de ne point faire entendre sa voix au Parlement.A quoi bon, en effet, parlerait-elle puisque, déjà, \u201cle Gouvernement a soumis lui-même à la Chambre un projet de loi sur l\u2019avortement\u201d ?Face à cette nouvelle situation, les Evêques se proposent plutôt de préciser à la population canadienne \u2014 et ils le feront incessamment sous forme d\u2019une déclaration pastorale \u2014 leur point de vue général sur l\u2019aspect moral de cette importante question de l\u2019avortement.L\u2019Épiscopat, en somme, n\u2019accepte pas d\u2019être mis devant le fait accompli.Il avait offert sa collaboration; le gouvernement la refuse ou décide de s\u2019en passer.Alors, l\u2019Épiscopat se retire; il abandonne son rôle public et rentre dans son rôle privé.C\u2019est du haut des chaires du pays que le Gouvernement apprendra ce que l\u2019Église pense de l\u2019avortement et aussi, probablement, des lois qui doivent le régir.Au même moment, dix millions de catholiques, d\u2019un océan à l\u2019autre, seront à l\u2019écoute.Cela devrait donner à réfléchir aux plus intrépides.Tant va la cruche à l\u2019eau qu\u2019à la fin elle se brise.LA PROCHAINE CONFERENCE FÉDÉRALE-PROVINCIALE Richard Arès, S.J.De toutes les conférences fédérales-provinciales qui, depuis des années, se réunissent périodiquement à Ottawa, aucune encore n\u2019a eu l\u2019envergure et l\u2019importance de celle qui va s\u2019ouvrir au début de février.Son objectif fondamental n\u2019est pas un point particulier, comme le logement, l\u2019assurance-maladie, une formule d\u2019amendement à la constitution, voire une répartition plus équitable des impôts; il est de rebâtir politiquement et constitutionnellement le Canada, il est d\u2019inventer un nouvel aménagement de l\u2019État canadien qui permette aux deux communautés linguistiques et culturelles consti- 36 tuantes de coexister dans la paix et de s\u2019épanouir l\u2019une et l\u2019autre selon les exigences du génie propre à chacune.Le Pacte fédératif de 1867 avait établi les conditions de la vie commune; or, au dire de l\u2019un des conjoints, ces conditions n\u2019ont pas été respectées et, de toute façon, elles sont devenues radicalement insuffisantes aujourd\u2019hui.11 faut élaborer un nouveau contrat comportant de meilleures conditions de vie, sinon c\u2019est le divorce.Telle est la situation au moment où s\u2019ouvre la conférence constitutionnelle d\u2019Ottawa.RELATIONS L\u2019attitude du Québec Le Québec \u2014 que la chose plaise ou non \u2014 en sera obligatoirement la vedette.C\u2019est lui qui, mécontent du vieil état de choses, en réclame la révision, lui qui, par les secousses qu\u2019il imprime aux structures canadiennes, est en train d\u2019ébranler la Confédération et de mettre en cause l\u2019existence même du Canada.Et sa voix est d\u2019autant plus puissante, elle mérite d\u2019autant plus d\u2019être entendue et écoutée qu\u2019elle n\u2019est pas simplement celle d\u2019une province, mais aussi celle d\u2019une nation.Deux problèmes fondamentaux convergent pour donner à la crise actuelle son acuité, deux problèmes distincts qui exigent, chacun, une solution particulière avant que la crise elle-même ne soit résolue: le problème du Canada français et le problème du Québec.Le premier est celui de la place et des droits à reconnaître à la communauté canadienne-française dans tout le Canada, celui de l\u2019égalité linguistique et culturelle des deux communautés, celui qui fait l\u2019objet même du mandat de la Commission Laurendeau-Dunton: le problème des \u201cmesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d\u2019après le principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui l\u2019ont fondée\u201d.Le second est celui de la place et des droits à reconnaître au Québec en tant que société distincte de plus en plus désireuse de s\u2019affirmer, de s\u2019organiser selon son génie propre et de se gouverner par elle-même.\u201cComment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, sans restreindre l\u2019élan québécois mais aussi sans risquer l\u2019éclatement du pays\u201d, voilà, selon la Commission Laurendeau-Dunton, en quels termes se pose aujourd\u2019hui ce second problème, et elle a vu juste.De ces deux problèmes le premier est le plus facile à cerner et, jusqu\u2019à un certain point, à résoudre.C\u2019est, en tout cas, dans les circonstances actuelles, le moins explosif.Voilà, sans doute, pourquoi, lors de la conférence de Toronto sur \u201cla Confédération de demain\u201d, en novembre dernier, le premier ministre Daniel Johnson s\u2019y est longuement attardé, faisant porter sur ce point l\u2019essentiel de ses revendications et laissant dans l\u2019ombre le problème québécois proprement dit.Mais il faudra bien qu\u2019un bon jour on aborde de front ce problème du Québec.Le plus tôt sera le mieux, car le temps presse, le nationalisme québécois est en pleine ébullition, les mouvements indépendantistes attirent les jeunes \u2014 et de moins jeunes, comme on a pu s\u2019en rendre compte aux sessions des États Généraux.D'un autre côté, inutile de se faire illusion: les solutions que la conférence d\u2019Ottawa pourra apporter au problème du Canada français, comme, par exemple, des garanties nouvelles au bilinguisme, ces solutions n\u2019apaiseront pas les aspirations à une pleine liberté d\u2019épanouissement qui se manifestent de plus en plus aujourd\u2019hui au Québec.Cela, la délégation québécoise à Ottawa ne peut l\u2019oublier; sans doute, doit-elle revendiquer les droits et défendre les intérêts des Canadiens français par tout le pays, mais elle est avant tout une délégation du Québec, et d\u2019un Québec en pleine effervescence qui a des griefs, des besoins et des désirs propres à faire valoir.Les FÉVRIER 1968 laisser encore une fois dans l\u2019ombre ou à l\u2019arrière-plan ne serait ni politiquement sain (le problème ne ferait que s\u2019aggraver), ni électoralement rentable (l\u2019inaction en ce domaine ne peut, dans le climat actuel, que servir les mouvements indépendantistes).L\u2019attitude d\u2019Ottawa La démission de M.Pearson et les déclarations déjà faites par les candidats au poste de premier ministre ne facilitent pas la claire vision des positions qu\u2019entend prendre le gouvernement d\u2019Ottawa à la conférence de février.Après bien des hésitations, il a fini par consentir à ouvrir tout grand le champ de la discussion et de la réforme constitutionnelle.Son attitude fondamentale, semble-t-il, n\u2019est pas simple, mais double, et pourrait s\u2019exprimer ainsi: ouverture et sympathie face au problème canadien-français, contestation et résistance face au problème québécois.Tout laisse croire que le gouvernement fédéral actuel est convaincu de la nécessité de proposer et de faire adopter une solution au problème majeur du Canada français, c\u2019est-à-dire en pratique au problème de l\u2019inégalité imposée à la langue et à la culture françaises en dehors du Québec.11 a déjà annoncé son intention de faire insérer dans la constitution canadienne une déclaration des droits fondamentaux laquelle comporterait une garantie spéciale des droits linguistiques.Il a, de plus, accueilli avec une évidente sympathie les deux principales recommandations de la Commission Laurendeau-Dunton sur le statut des langues au Canada, la première demandant une nouvelle version de l\u2019article 133 de la constitution canadienne x, la seconde, proposant d\u2019ajouter 1 \u2014L\u2019article 133 se rapporte au statut des langues anglaise et française au Canada.Voici la nouvelle version proposée par la Commission Laurendeau-Dunton: 1.\tL\u2019anglais et le français sont les deux langues officielles du Canada.2.\tDans les Chambres du Parlement du Canada et dans celles de toutes les provinces, chacun pourra, dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des Chambres fédérales et des Chambres du Nouveau-Brunswick, de 1 Ontario et du Québec, seront tenus dans ces deux langues; I nné ou l\u2019autre langue pourra être utilisée dans les plaidoiries et les procédures devant tout tribunal créé en vertu du présent Acte, et devant toute cour supérieure du Nouveau-Brunswick, de l\u2019Ontario et du Québec, ainsi que dans les documents qui en émaneront.Les lois du Parlement du Canada et les lois des provinces du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Québec seront promulguées et publiées en anglais et en français.3.\tLes dispositions du paragraphe 2 s\u2019appliqueront à toute autre province où le nombre des personnes ayant l\u2019anglais ou le français pour langue maternelle atteindra ou dépassera dix pour cent de la population ou à toute province qui déclarera que l\u2019anglais et le français sont ses langues officielles.4.\tDans toute province, dès que la population anglophone ou francophone d\u2019une région administrative appropriée aura atteint une proportion importante, cette région sera constituée en district bilingue, et on adoptera des lois fédérales et provinciales stipulant que les services administratifs et judiciaires dans ce district seront assurés dans les deux langues officielles.5.\tAucune disposition du présent article ne sera interprétée comme réduisant ou restreignant l\u2019emploi d\u2019une autre langue, établie au Canada par une loi actuelle ou future ou par la coutume.37 un nouveau paragraphe à l\u2019article 93 de cette même constitution 2.Si, sous l\u2019impulsion du gouvernement fédéral, tous les participants de la conférence d\u2019Ottawa s\u2019entendaient pour adopter ces deux recommandations, le geste marquerait une étape importante de la législation pour assurer l\u2019égalité des deux principales langues du pays.Cela dit, il est non moins évident que le gouvernement fédéral actuel n\u2019entend pas aborder avec autant d\u2019ouverture et de sympathie les solutions à donner au problème particulier du Québec.Rien dans les déclarations officielles faites jusqu\u2019ici n\u2019indique qu\u2019Ottawa soit disposé à discuter positivement de ce problème; peut-être attend-t-il pour agir que la Commission Laurendeau-Dunton lui ait présenté ses recommandations sur ce point, mais le temps presse: il faut que la prochaine conférence fédérale-provinciale laisse au moins espérer qu\u2019une solution est possible, voire prochaine, autrement au Québec les passions continueront à s\u2019exacerber et les mouvements indépendantistes à gagner des adhérents, quels que soient par ailleurs les gains qu\u2019obtiendra la langue française à la conférence d\u2019Ottawa.La déclaration des droits fondamentaux Depuis six mois le gouvernement central met de l\u2019avant l\u2019un de ses projets favoris: celui de l\u2019insertion dans la constitution canadienne d\u2019une déclaration des droits fondamentaux.Le ministre fédéral de la Justice, M.Trudeau, y voit même le point de départ de toute réforme constitutionnelle; pour y rallier plus encore les Canadiens français, il propose que cette déclaration contienne une garantie des droits linguistiques, c\u2019est-à-dire des droits de l\u2019anglais et du français au Canada.Que 2 \u2014 L\u2019article 93 détermine la juridiction des provinces sur l\u2019enseignement.La Commission Laurendeau-Dunton recommande d\u2019y ajouter le paragraphe suivant: Chaque province établira et soutiendra des écoles primaires et secondaires utilisant l\u2019anglais comme unique langue d\u2019enseignement et des écoles primaires et secondaires utilisant le français comme unique langue d\u2019enseignement, dans les districts bilingues et les autres régions appropriées que déterminera la législation provinciale; mais aucun terme du présent article ne sera interprété comme interdisant les écoles où l\u2019anglais et le français auraient une importance égale en tant que langues d\u2019enseignement, ou celles qui pourraient dispenser l\u2019enseignement dans une autre langue.vaut ce projet ?Il faut répondre qu\u2019il est de nature essentiellement ambivalente.En théorie, rien de plus légitime et souhaitable qu\u2019une déclaration constitutionnelle des droits fondamentaux.Bien plus, pareille déclaration ne pourra que contribuer dans la pratique à assurer une meilleure place au français dans la vie de la collectivité canadienne; en d\u2019autres termes, on doit la considérer comme une contribution positive à la solution du problème du Canada français.Si la crise actuelle ne résultait que de ce dernier problème, tout serait pour le mieux et il ne resterait plus qu\u2019à donner le feu vert au projet.Mais, je le répète, cette crise comporte un deuxième problème, le plus grave, le plus explosif et le plus difficile à résoudre: celui du Québec, et c\u2019est à la lumière des données et des exigences de ce problème qu\u2019il faut aussi considérer le projet d\u2019une déclaration constitutionnelle des droits fondamentaux.Le Québec politique actuel entend assurer sa propre liberté d\u2019épanouissement; un mot-clef, un idéal résume pour ainsi dire tous ses désirs et aspirations: la souveraineté.Or le projet fédéral de déclaration, du fait qu\u2019il suppose et exige une limitation dans l\u2019exercice des compétences de l\u2019État québécois, ne peut pas ne pas apparaître comme un frein à cette liberté d\u2019épanouissement et comme un obstacle à cet idéal de souveraineté.Certains des droits que le projet veut garantir relèvent, en effet, du Code civil propre à la province de Québec; celle-ci, une fois ces droits inclus dans la déclaration constitutionnelle, ne pourra plus exercer sur eux aucune juridiction, elle devra même s\u2019en remettre pour leur interprétation à une Cour suprême de création exclusivement fédérale.Aussi, dans les circonstances actuelles, serait-il extrêmement risqué pour un gouvernement québécois d\u2019accepter tel quel, globalement, le projet fédéral.Mieux vaudrait cent fois que le Québec élabore lui-même sa propre déclaration des droits, l\u2019insère dans sa constitution renouvelée et discute ensuite avec le gouvernement fédéral de la possibilité d\u2019une garantie commune des points d\u2019intérêt commun.* * * Deux problèmes, je le répète, à la fois distincts et entremêlés, se conjugent pour donner à la crise actuelle de l\u2019unité canadienne son caractère de gravité et d\u2019urgence: le problème du Canada français et le problème du Québec.La prochaine conférence fédérale-provinciale semble vouloir s\u2019attaquer résolument au premier, mais rien n\u2019indique qu\u2019elle soit déterminée à aborder sérieusement le second.Voilà pourquoi on ne peut y voir qu\u2019une première étape dans le long processus de révision constitutionnelle qui s\u2019amorce enfin.Nous souhaitons qu\u2019elle réussisse; même ainsi, elle n\u2019aura rempli qu\u2019une partie de sa tâche, et encore la plus facile.De toute façon, une autre bientôt devra suivre qui, elle, ne craindra pas de mettre à son ordre du jour l\u2019étude des solutions qu\u2019appelle instamment le problème du Québec.\u2018J^e temple de la lumière Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques JEAN BÉLAND, Ing.P., président et directeur général 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - 274-2465: 38 RELATIONS Le Québec et le grave problème de Vimmigration Marcel Masse La semaine dernière, les journaux rapportaient en \u2022 première page que, de 1945 à 1966, 80 pour cent des immigrants au Québec ont contribué à grossir le groupe anglophone.Qui plus est, le pourcentage atteint même 90 pour cent à Montréal, deuxième ville française du monde.Ces chiffres, qui proviennent de la Direction générale de l\u2019Immigration du Québec, ne sont certes pas pour apaiser les appréhensions qui commencent à poindre ici et là au Québec, face au grave problème de l\u2019immigration.Je ne voudrais pas ce soir jouer aux alarmistes, mais il y a des faits qui ne trompent pas.Depuis une vingtaine d\u2019années, un équilibre démographique séculaire a commencé à se rompre.Pendant un siècle, le pourcentage que représentent les francophones au Canada s\u2019est maintenu, avec de légères oscillations, au niveau d\u2019environ 30 pour cent.On sait que cela était dû à une espèce de compensation entre de multiples forces: immigration étrangère adoptant presque entièrement la langue anglaise; émigration des Canadiens anglophones et francophones vers les États-Unis; surplus considérable de la natalité des francophones par rapport à l\u2019ensemble des autres groupes linguistiques.Il y a là tellement de facteurs qu\u2019on a l\u2019impression que l\u2019équilibre qui a été maintenu pendant une centaine d\u2019années, l\u2019a été par accident.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019équilibre ne se maintient plus: la fraction que représentent les francophones diminue au Canada depuis 1941 et dans le Québec depuis 1951.Et il est à peu près certain que ces tendances vont se poursuivre dans l\u2019avenir.J\u2019ai consulté là-dessus quelques démographes qui m\u2019ont assuré que leurs calculs n\u2019ont pas été influencés par le souci d\u2019en arriver à des conclusions de caractère alarmiste.Voici comment se présente, d\u2019après eux, l\u2019évolution la plus probable.Dans l\u2019ensemble du Canada, le pourcentage de ceux dont le français est la langue maternelle était de 29 pour cent en 1941, de 28 pour cent en 1961 et il sera probablement compris entre 21 et 24 pour cent dans vingt-cinq ans.Au Québec, les francophones représentaient 82.5 pour cent de la population en 1951, 81 pour cent en 1961 et il sera probablement de 77 à 79 pour cent vers 1990.Quant à l\u2019agglomération montréalaise, elle pose un problème particulier.Au milieu du XIXe siècle, Montréal avait une majorité anglophone, mais, depuis plusieurs décennies, la fraction des francophones est d\u2019environ des deux tiers.On peut s\u2019attendre à ce que le pourcentage des francophones se réduise là aussi; il était de 65 pour cent en 1961 et il sera probablement de 61 ou 62 pour cent vers 1990.* Allocution prononcée à Montréal, le 20 décembre 1967, par M.Marcel Masse, ministre d\u2019Etat à l\u2019Education (puis à la Fonction publique) dans le gouvernement du Québec.FÉVRIER 1968 Si l\u2019on veut travailler à accroître l\u2019importance de la vie française au Canada, il importe d\u2019examiner d\u2019abord les causes de cette évolution et de voir ensuite si l\u2019on peut agir sur les facteurs en cause.Les causes de l\u2019évolution Au Canada, deux phénomènes sont principalement responsables de la baisse du pourcentage des francophones.On sait que l\u2019immigration constitue à peu près exclusivement des gains pour la langue anglaise.Si l\u2019immigration se maintient au niveau actuel, elle aura pour effet de réduire la fraction des francophones au Canada, de 1 pour cent tous les cinq ans.Un autre phénomène joue dans le meme sens: c\u2019est l\u2019adoption progressive de la langue anglaise, par une fraction de plus en plus grande de Canadiens d\u2019origine française.Cette anglicisation des francophones suit, semble-t-il, une progression géométrique et elle a déjà atteint un niveau appréciable: 10 pour cent en 1961.Et si la progression passée continue, près de 20 pour cent des Canadiens d\u2019origine française seront anglophones en 1990.C\u2019est surtout hors du Québec que cette anglicisation se produit, et cela, pour des raisons faciles à comprendre.Quel effet auront les recommandations de la Commission Laurendeau-Dunton, sur un tel phénomène?Il faut d\u2019abord supposer qu\u2019elles seront appliquées.Peut-être réussiront-elles à freiner le mouvement.Peut-être réussiront-elles à maintenir, dans certains coins du Canada, des symboles du caractère bilingue du Canada.Elles auront sans doute le mérite de rendre plus faciles les efforts que font nos compatriotes francophones pour vivre le plus possible en français.C\u2019est un droit qui doit être respecté.On peut toutefois entretenir des doutes sur la possibilité d\u2019éviter l\u2019érosion à peu près complète de la vie française dans la plupart des endroits où elle survit encore.Mais il y a tout de même des groupes francophones importants et denses, à l\u2019extérieur du Québec, qui méritent considération.Dans sept comtés du nord du Nouveau-Brunswick, on trouve deux cent mille francophones qui ont, jusqu\u2019à maintenant, manifesté une étonnante résistance à l\u2019attrait de l\u2019anglais.En Ontario, à la frontière du Québec, deux autres groupes ont une importance à peu près égale: la région qui borde le Saint-Laurent et l\u2019Outaouais, entre Cornwall et Ottawa; et celle qui borde le Québec au nord de l\u2019Ontario.Dans chacune de ces régions, on trouve une population francophone de près de 150,000 habitants.Je pense qu\u2019il serait indécent de ne rien faire pour permettre à ces groupes de continuer à vivre en français.Et si les Québécois peuvent 39 leur apporter une aide quelconque, ils ne devraient pas hésiter à donner ce témoignage de fraternité.Il y a peut-être d\u2019autres groupes qui peuvent résister avec efficacité.Mais c\u2019est sûrement l\u2019exception.Si la tendance de l\u2019anglicisation des Canadiens français persiste, la fraction de ceux qui auront adopté l\u2019anglais comme langue maternelle aura, dans 25 ans, dépassé 60 ou 70 pour cent dans toutes les provinces, sauf au Québec et au Nouveau-Brunswick.Mais encore une fois, certains groupes plus compacts font exception et auront de bien meilleures chances de se maintenir.La situation du Québec n\u2019a rien de comparable.Les facteurs sont les mêmes, mais leur portée est d\u2019un tout autre ordre.En 1961, il y avait ici un peu plus de francophones que de personnes d\u2019origine française.Environ 1.5 pour cent de ces derniers avaient adopté l\u2019anglais comme langue maternelle, sans doute à la suite de mariages interethniques; mais cela était compensé par le fait que 10 pour cent des Britanniques d\u2019origine étaient passés au français, de même qu\u2019une fraction variable de certains autres groupes ethniques \u2014 des Italiens surtout.Cependant, les immigrants qui viennent s\u2019établir au Québec constituent un facteur défavorable au maintien de l\u2019importance de l\u2019élément français.Notons d\u2019abord que, de façon immédiate, cela est inévitable, à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019immigrants dont la langue maternelle est le français.Dans les autres cas, les immigrants ont comme langue maternelle leur langue d\u2019origine et ils la garderont jusqu\u2019à la fin de leurs jours.C\u2019est ce qui explique qu\u2019entre 1951 et 1961, la fraction des francophones, dans le Québec, a diminué de 82.5 à 81 pour cent.Ce qui compte, à long terme, c\u2019est la langue que choisiront leurs enfants.Or, à ce point de vue, les choix qu\u2019ont déjà faits les immigrés constituent un échec poulie français: deux tiers ont choisi l\u2019anglais; un tiers le français.Parmi les groupes importants, il n\u2019y a que les Italiens qui ont opté davantage pour le français.Comme la grande majorité des immigrants vont s\u2019établir à Montréal, c\u2019est surtout là que la partie se joue.Dans cette ville où les deux tiers de la population parlent français, voici comment se répartissent les individus qui ne sont ni d\u2019origine française, ni d\u2019origine britannique, et qui ont déjà opté pour l\u2019une ou l\u2019autre des deux langues officielles: ont choisi l\u2019anglais: 30 pour cent des Italiens, 70 pour cent des Allemands, 80 pour cent des Scandinaves, des Polonais et des Ukrainiens et 85 pour cent des Néerlandais.Malgré cette forte attraction de l\u2019anglais pour les nouveaux Québécois, il ne semble pas cependant que la majorité française de Montréal soit près de disparaître.Mais elle va être sérieusement rongée.En 1961, la proportion des francophones à Montréal était de 65 pour cent; on peut maintenant prévoir qu\u2019elle s\u2019abaissera à 61 ou 62 pour cent dans 25 ans.Toutefois, on doit insister sur les quelques réserves qu\u2019il faudrait apporter à ces derniers chiffres.La prévision de ce qui va se passer à Montréal est difficile, parce que dans ce cas, les migrations jouent un rôle très important et qu\u2019il est toujours hasardeux de faire des prévi- 40 sions dans ce domaine.Mais il ne semble pas faire de doute que la fraction des francophones est en voie de régression, à Montréal.Or, la prédominance de l\u2019élément français, ici, est loin d\u2019être aussi décisive que dans l\u2019ensemble du Québec et l\u2019on ne peut rester indifférent à ce genre de perspectives.La réaction des États généraux du Canada français à ce sujet m\u2019apparaît comme le cas-type d\u2019une prise de conscience collective.Plusieurs résolutions ont été adoptées par les délégués des assises générales, en novembre dernier, afin justement de pallier au danger qui guette la communauté de langue française face à une anglicisation massive.D\u2019ailleurs, indépendamment de l\u2019effet que l\u2019immigration peut avoir sur la fraction des francophones, on peut se demander s\u2019il existe beaucoup de sociétés où une majorité linguistique verrait d\u2019un bon œil le fait que les deux tiers des immigrants adoptent la langue de la minorité! Les solutions au problème Quelles solutions peut-on entrevoir à ce problème?Résumons la situation:\tla majorité francophone du Québec est soumise à une érosion progressive, parce que les deux tiers des immigrants adoptent l\u2019anglais.Autrefois, ce phénomène était compensé par la surnatalité des Canadiens français; aujourd\u2019hui, cette compensation est loin d\u2019être assurée.Nous avons là des indications fondamentales.En bonne logique, si nous voulons redresser la situation, deux objectifs se proposent: franciser les immigrants; favoriser la natalité.Examinons les mesures qui pourraient être prises en vue de ces deux objectifs.Si l\u2019on désire que les immigrants qui viennent au Québec se rallient au groupe francophone, il n\u2019y a rien de plus sûr que d\u2019attirer des immigrants déjà francisés.Sans doute, les réserves d\u2019immigrants de la France, de la Belgique et de la Suisse sont limitées, mais il n\u2019est pas certain que le Québec tire tout le parti possible de l\u2019Europe francophone, non plus que des pays d\u2019autres continents où le français est souvent la deuxième langue la mieux connue.Mais ce n\u2019est pas tout d\u2019attirer des immigrants; il faut les accueillir et faciliter leur insertion dans la vie économique du Québec.Nous ne sommes pas, là-dessus, sans reproche.Notre xénophobie a été souvent dénoncée et il est assez décevant de rencontrer des immigrants de langue française ou italienne, qui se sont sentis mieux accueillis par les anglophones que par les Canadiens français.On peut également se demander si toutes les règles exigées par les corporations professionnelles ont vraiment pour but d\u2019assurer la qualité des candidats, ou s\u2019il ne s\u2019agit pas, dans une bonne mesure, d\u2019obstacles inutiles qui ont comme conséquence \u2014 que ce soit délibéré ou non \u2014 de limiter l\u2019entrée dans certaines professions.C\u2019est une vieille forme de malthusianisme économique que cette méfiance à l\u2019égard de concurrents éventuels.Et cela concerne tous les travailleurs.Il est vrai que les immigrants contribuent à augmenter l\u2019offre de travail: RELATIONS mais on pourrait probablement démontrer que, s\u2019ils sont correctement choisis, ils contribuent encore davantage à augmenter la demande de biens et de services.De sorte que contrairement à ce qu\u2019indique le bon sens \u2014 qui a souvent la vue courte \u2014 l\u2019immigration est probablement plus un facteur de réduction que d\u2019aggravation du chômage.Il reste cependant que la majorité des immigrants passés et futurs ne sont pas francophones.Ils ne viennent pas ici par amour pour les Canadiens français, mais avant tout pour améliorer leur situation économique.Que trouvent-ils dans le Québec français et surtout dans la deuxième ville française du monde?Que c\u2019est dans la langue anglaise que les grandes entreprises sont gérées et surtout que c\u2019est par la langue anglaise qu\u2019on est promu à des postes supérieurs.Ils trouvent également à Montréal, où ils s\u2019installent pour la plupart, des établissements publics où l\u2019on ne parle pas le français, des serveuses de restaurant qui ont l\u2019indécence de faire mine de ne pas comprendre \u201cun café, s\u2019il vous plaît\u201d, et une majorité francophone qui accepte tout cela à peu près sans sourciller.Peut-on reprocher à ces immigrants d\u2019envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises?C\u2019est à nous de faire en sorte que le choix du français soit le plus avantageux, au point de vue économique.Les immigrants songeront sérieusement au français lorsque cette langue sera leur langue de travail et leur langue de promotion.L\u2019anglicisation des réseaux d\u2019affaires n\u2019est pas une réalité qu\u2019on peut changer du jour au lendemain.Mais il est urgent que les choses commencent à changer sérieusement; et peut-être serait-il bon que les entreprises gérées par des Québécois donnent l\u2019exemple.Quant aux autres entreprises, il serait hautement souhaitable qu\u2019elles introduisent spontanément la priorité du français dans leur administration.Sans quoi, le législateur serait amené à l\u2019imposer, moyennant des délais raisonnables.Cela s\u2019est vu ailleurs et cela pourrait se voir ici, si un élémentaire sentiment de fierté et de courage politique continue à animer de plus en plus les francophones du Québec.J\u2019ai indiqué, tout-à-l\u2019heure, une autre voie à suivre en vue de maintenir la majorité française du Québec: le redressement de la natalité.Il y a, en effet, de fortes chances que, dans une société industrielle et urbanisée, un retour aux super-familles donne une forte préférence à la quantité au détriment de la qualité.Bien sûr, il y a des parents favorisés par la santé et la fortune qui peuvent se permettre d\u2019atteindre les deux à la fois.Tant mieux.Mais d\u2019une façon générale, il faut favoriser les familles de trois, quatre, cinq ou six enfants.Cela, désormais, suppose des dépenses de la part des pouvoirs publics.En effet, dans le passé, la société a assuré la croissance de la population à peu de frais: ce sont les parents des familles nombreuses qui en ont supporté le coût; et ce coût représentait souvent la misère et l\u2019abnégation à peu près complètes des parents, qui n\u2019avaient d\u2019ailleurs guère le choix.Aujourd\u2019hui, les parents ont les moyens d\u2019ajuster leur charge familiale à leurs ressources et ils les utilisent.C\u2019est une excellente chose.Mais il incombe alors à la société de les aider.On peut penser que plu- FÉVRIER 1968 sieurs couples seraient heureux d\u2019avoir un ou deux enfants de plus, si la société les aidait par une politique de prestations familiales mieux ajustée aux besoins actuels et par une politique de subventions aux logements.On ne peut rester indifférent devant la chute brutale du taux de natalité qui a eu cours depuis six ou sept ans.Les démographes nous disent qu\u2019il s\u2019agit là, en partie, d\u2019un rajustement de caractère technique.Mais ils ajoutent qu\u2019il est bien probable qu\u2019on soit sur la voie d\u2019un déclin de la dimension des familles et que dans l\u2019état actuel des choses, il n\u2019est pas possible de dire où cela va s\u2019arrêter.Ce phénomène de la baisse de natalité au Québec, allié à celui de l\u2019anglicisation croissante des francophones, posent donc des problèmes cruciaux qu\u2019on ne peut plus ignorer.Jouer à l\u2019autruche serait criminel à une époque où encore il est possible de redresser la situation.Déjà le gouvernement a posé certains jalons indispensables en vue de trouver une solution à cette question de l\u2019équilibre démographique de notre population.Cet exposé vous aura peut-être convaincus de la complexité et de l\u2019ampleur du problème.Afin de mieux structurer ce travail, il y aurait peut-être lieu d\u2019équiper le Québec d\u2019un centre d\u2019étude de la population qu\u2019on pourrait nommer l\u2019Institut national de démographie.Cela aurait, par exemple, l\u2019avantage de centraliser toutes les données démographiques et de les maintenir constamment disponibles aux corps publics et administratifs, ce qui s\u2019avère particulièrement utile dans le domaine de la planification.Cet institut, rattaché à un ministère, posséderait toutefois une très large autonomie administrative et scientifique.Un organisme semblable en France comprend actuellement une trentaine de chercheurs et est divisé en divers services tels que les services de démographie pure, de démographie économique, historique et autres.Tl se charge notamment de la publication d\u2019une revue de population qui constitue une source inestimable de documentation.L\u2019existence d\u2019un tel institut posséderait l\u2019avantage particulièrement au Québec de réunir en un point central des informations précises et utiles.Actuellement, l\u2019efficacité administrative est diminuée par un manque et une dispersion d\u2019informations de caractère démographique.De plus, il est évident que dans le domaine de la planification, qu\u2019elle soit économique ou autre, les données que nous fournirait un tel institut seraient de nature à rendre les décisions plus précises, plus conformes aux réalités socio-économiques puisque nous nous baserions sur des données certaines et non pas aléatoires.Le programme de l\u2019Union Nationale comprend d\u2019ailleurs la création d'un centre national de démographie et le temps n\u2019est pas loin où un tel centre devra être une réalité.Une chose, en tout cas, me paraît certaine; c'est que nous ne pouvons plus nous passer d\u2019une politique de population rationnelle et courageuse.En ce sens, le gouvernement a commencé à agir et avec l\u2019aide de chacun, il pourra continuer à poser les gestes essentiels pour accroître la communauté francophone d\u2019Amérique.41 Lin laïc théologien: of rank Sheed Luigi d\u2019APOLLONiA, S.J.Qui est ce Frank Sheed dont nous publions un court article dans ces pages ?Un Australien de descendance irlandaise, époux de Maisie Ward (fille du biographe de Newman et de Wiseman), fondateur de la maison d\u2019édition Sheed and Ward, prédicateur, traducteur, auteur, sans conteste le plus populaire des théologiens, mais qui n\u2019a jamais \u201cfait\u201d de théologie, le plus doué des avocats, mais qui n\u2019a jamais plaidé de cause, sauf celle de sa foi, un laïc qui parcourt les routes du monde, fait escale dans les grandes villes, prêche sur les places publiques et dans les rues, obsédé comme un missionnaire par le commandement: \u201cAllez, enseignez toutes les nations !\u201d, et qui rêve à la conversion de l\u2019Angleterre comme ces religieuses contemplatives de Tyburn, Londres, qui prient jour et nuit pour l\u2019éveil en leur pays d\u2019un \u201cnouveau printemps\u201d.Bref, Frank Sheed est autant que possible ce que Dieu a voulu qu\u2019il soit: Frank Sheed, un chrétien pour qui la théologie n\u2019est pas un savoir réservé aux ecclésiastiques, ni la vie intérieure le partage des seuls religieux 1.Je devine ce que pense le lecteur, et avec raison: que je m\u2019enflamme vite, que je vois Frank Sheed à la lumière de mes rêves et de mes espérances ! Dois-je m\u2019en excuser, raturer cette page, recommencer ou, encore, attendre de porter des fleurs de rhétorique sur une tombe, comme il arrive trop souvent ?Non, je citerai plutôt des témoignages moins fragiles que le mien.Ronald Knox, cet esprit si rigoureux qui avait échappé à la loi de la pesanteur, voyait Frank Sheed, une baguette de magicien à la main: \u201cJe lui apporte une liasse de feuilles en désordre, et subito, presto, voici un livre qui se transforme, sous mes yeux, en un succès de librairie.\u201d 1.\tCeux qui désireraient en connaître plus long peuvent se procurer le livre de souvenirs de Maisie Ward: Unfinished Business ( 1964) que j\u2019ai beaucoup aimé.42 Chesterton, qui me fait toujours penser à des oriflammes, des hallebardes, des murailles crénelées, à un beefeater de la Tour de Londres mais qui défend les éternels trésors de la foi2, Chesterton disait de Frank Sheed qu\u2019il avait dévoilé à l\u2019Angleterre \u201cl\u2019autre face de l\u2019Europe\u201d, \u201cun autre monde différent et plus vaste\u201d.Christopher Dawson, un des premiers historiens de notre temps, à qui la méditation sur les civilisations semble avoir donné comme une certaine expérience de l\u2019éternité, considérait l\u2019œuvre de \u201cMessrs Sheed and Ward\u201d (la règle de l\u2019attraction du masculin prévaut aussi en anglais) comme celle de \u201cdécouvreurs\u201d et de \u201cpionniers\u201d, trouvant de \u201cnouveaux ports\u201d, ouvrant des \u201cterritoires vierges\u201d.Évidemment Knox, Chesterton, Dawson pensaient aux traductions et aux publications de la Maison Sheed and Ward, cette maison d\u2019édition catholique qui ne vendait ni chapelets, ni statues, ni images saintes, ni missels, mais des livres, uniquement des livres, de beaux livres, de grands livres, des livres devenus classiques.C\u2019est la maison Sheed and Ward qui, la première, fit connaître au public anglais et américain Karl Adam, Claudel, Maritain, Mauriac, Ghéon, de Grandmaison, Gilson, Guardini, Berdyaev, Gertrude von Le Fort, et tant d\u2019autres.Car Sheed était non seulement magicien, il était sourcier.Et lui-même traduisait à bride abattue du Maritain, 2.\tA l\u2019occasion de la mort de Chesterton, le cardinal Pacelli, alors secrétaire d\u2019Etat de Pie XI, envoyait à madame Chesterton et au cardinal Hinsley le télégramme suivant, lu le jour des obsèques dans la cathédrale de Westminster: \u201cSaint Père très attristé mort de Gilbert Keith Chesterton fils dévoué sainte Eglise brillant défenseur de la foi\u201d, Maisie Ward dans sa biographie de Chesterton fait ce bref commentaire (p.652) : \u201cDe nouveau un pape décernait à un Anglais le titre de Défenseur de la foi.Henri VIII fut le premier à recevoir ce titre qu\u2019on trouve toujours gravé sur la monnaie anglaise.La grande presse n\u2019osa publier le télégramme en entier parce qu\u2019il octroyait un titre royal à un sujet de Sa Majesté\u201d.du Ghéon, du saint Augustin, et, qui plus est, admirablement.3 Frank Sheed ne devait pas se contenter de traduire des livres, composer des anthologies, se passionner pour le destin des œuvres et des auteurs qu\u2019il lançait.Il avait lui-même quelque chose à dire sur Dieu, les hommes et le monde, sur les vérités les plus hautes de la raison et de la foi: vérités méconnues, vérités défigurées, vérités affolées, comme disait son ami Chesterton, vérités qu\u2019il fallait sauver et rendre à la Vérité en personne.Il avait assez prêché aux coins des rues, assez écouté l\u2019autre, recueilli de murmures, répondu aux questions des hommes dans les salons, les presbytères et surtout sur les places publiques, à Hyde Park, Londres, comme à Times Square, New York, pour savoir qu\u2019une œuvre de réconciliation s\u2019imposait entre la nature et la grâce, la raison et la foi4.C\u2019est ainsi que nous eûmes, pour nous en tenir à quelques ouvrages, Map of Life (1932) un guide de vie toujours précieux; Communism and Man, un brillant essai sur le marxisme, précédé d\u2019une courte introduction qui vaut son pesant d\u2019or; Theology and Sanity (1946), le plus grand succès de la maison Sheed and Ward, une somme théologique qu\u2019on pilla sans vergogne dans les collèges et qui, suivi de Society and Sanity (1953), lui valut d\u2019être sacré docteur honoris causa en théologie par la Congrégation des Séminaires et Universités, seul laïc a avoir été ainsi 3.\tMaisie Ward écrit (Unfinished Business, p.126): \u201cMy husband loves translating and does it at a tremendous pace.\u201d La vie d\u2019un éditeur a aussi ses bons moments .Le livre de Chesterton The Man Who Was Thursday fut commandé sous le titre The Man Who Was Thirsty, les Confessions de saint Augustin sous le titre de Sheed\u2019s Confessions.Un autre client demandait le livre de Knox Mass in Slow Motion, croyant acheter un livre qui hâterait la révolte des masses.4.\tJe tiens de M.Sheed lui-même que l\u2019école, l\u2019apostolat et l\u2019esprit de la Catholic Evidence Guild fut à l\u2019origine de toute son œuvre, de ses propres écrits comme de sa maison d\u2019édition.Voir Unfinished Business de Maisie Ward.RELATIONS honoré; puis To Know Christ Jesus, une vie de Jésus née de nombreuses lectures mais plus encore \u2014 presque entièrement, devrais-je dire \u2014 d\u2019une longue méditation personnelle du texte des Evangiles.Théologien pré-conciliaire, a-t-on dit ! Bien sûr, de répondre Sheed avec bonne humeur, puisque ces livres furent écrits avant le Concile.Sa vraie réponse, cependant, vous la trouverez dans God and the Human Condition dont le premier volume God and the Human Mind paraissait en 1966 et dont le second God and the Human Race verra le jour en 1968.L\u2019ensemble représente son effort de renouvellement, son aggiornamento, une présentation de la doctrine chrétienne à son point de développement actuel, ouverte encore à tous les accroissements de la vérité et prête à tous les approfondissements, le tout dans une langue qui n\u2019a pas besoin de recourir à des termes ésotériques pour passer pour profond.Personne, à ma connaissance, n\u2019a su parler de la sainte Trinité comme Sheed: il faut remonter à certains sermons de saint Augustin.J\u2019exagère encore, pense mon lecteur.Peut-être.Mais qu\u2019il lise lui-même, et qu\u2019il pèse ensuite le jugement de John Courtney Murray, S.J.qui a lui-même brillé d\u2019un si vif éclat dans le ciel de la théologie: \u201cConnaissance intime de l\u2019intelligence populaire .familiarité très grande avec les meilleures études théologiques, maîtrise incomparable dans l\u2019exposition, ces qualités donnent la mesure de la valeur et de l\u2019importance du livre de M.Sheed, God and the Human Mind.Il faut placer cet ouvrage au premier rang des écrits théologiques post-conciliaires.\u201d Théologie pré-conciliaire, en vérité ! Et maintenant, au terme de ces quelques lignes, si vous me demandez à quelle nappe profonde s\u2019alimente cet instinct apostolique, cette vie orientée vers l\u2019action, je n\u2019aurai qu\u2019un mot, un des beaux mots de la langue française, il est vrai: l\u2019oraison.Car Sheed est convaincu que la prière secrète et la prière liturgique (la messe avant tout) ne sont pas quelque chose de recommandable, de bon, de plus ou moins nécessaire, mais quelque chose d\u2019absolument nécessaire dans le monde tel que Dieu l\u2019a fait.Il faut prier comme il faut semer pour récolter, respirer pour vivre, contempler pour aimer.Arrêtons-nous au seuil de ce secret, puisqu\u2019aussi bien sa vie intérieure tient plus de la réserve que de la confidence.To Know Christ Jesus, Connaître le Christ-Jésus: sur la route où il s\u2019est engagé avec Lui, à l\u2019aube, il est là, encore, au crépuscule, approchant de Celui qu\u2019il a annoncé, servi, espéré, aimé.crise de la foi chez les jeunes F.J.Sheed Le fait n\u2019est guère contestable: nous traversons une crise de la foi, d\u2019ordre assez général pour nous inspirer de la crainte, et dont le trait le plus grave est moins un manque de confiance dans les guides spirituels que la remise en question des vérités révélées.La façon dont on a enseigné la doctrine chrétienne y est, sans doute, pour beaucoup.Il serait si facile, sans rien inventer, de tourner la religion en ridicule en se contentant de répéter mot à mot ce qui s\u2019est enseigné, ça et là, au nom de la foi ! Soyons discret: la charité supporte tout, pardonne tout.Cependant, là même où l\u2019enseignement était d\u2019une bonne solidité, il était rarement vivant et vitalisant.Où deux opinions s\u2019affrontaient, par exemple, on n\u2019en présentait qu\u2019une seule, de sorte FÉVRIER 1968 que les jeunes découvraient plus tard dans la vie que telle croyance, telle pratique enseignées avec tant d\u2019aplomb étaient fausses \u2014 avec cet autre résultat qu\u2019ils étaient portés à douter du reste également.Les jeunes gens d\u2019hier sont devenus les maîtres et les parents d\u2019aujourd\u2019hui.Us ne sont pas aveugles: ils se rendent compte que leurs enfants doutent plus gravement qu\u2019ils ne le faisaient à leur âge, ce qui en amène plusieurs à douter de nouveau et à s\u2019inquiéter de leur propre assurance.Ajoutez que partout on parle d\u2019efficacité sociale.À quoi bon se tracasser, dit-on, pour des doctrines dont on ne voit pas l\u2019utilité terrestre, l\u2019usage pratique qu\u2019on en peut faire ?A quoi ça sert la foi chrétienne ?Peut-être les anciens professeurs de religion n\u2019avaient-ils pas obtenu tous les parchemins qu\u2019affichent les nouveaux professeurs.C\u2019est même sûr.Au moins ils ne doutaient pas de leur foi.Les jeunes chrétiens sont troublés parce que leurs maîtres le sont.Y a-t-il un article de foi, une pratique religieuse qui, ici ou là, n\u2019est pas contestée par un prêtre, un professeur ou un auteur renommé ?Je ne le crois pas.Bien sûr, certaines remises en question s\u2019imposaient.Ce qu\u2019on a fait passer pour doctrine catholique ! Et que de choses prises pour acquit ! Par contre, que de doctrines aujourd\u2019hui impunément répandues sous le couvert du renouveau qui, si elles étaient acceptées, trahiraient l\u2019Évangile et ruineraient l\u2019Église ! Il faut prendre garde de généraliser.Il reste qu\u2019en certains secteurs, l\u2019écart est si grand entre ce qu\u2019on enseigne et 43 ce qu\u2019enseigne le Concile que, chez un grand nombre, la vertu de foi est drôlement en situation: elle n\u2019en mène pas large.\u201cIl y a une grande valeur psychologique dans une forte affirmation\u201d, écrivait Hilaire Belloc.Soutenue par elle, une foule de chrétiens ont vécu leur foi, quelques-uns tant bien que mal, sans héroïsme si l\u2019on veut, mais sans la mettre en doute et croissant en grâce, c\u2019est-à-dire, dans l\u2019amour de Dieu et du prochain.Or, voici soudain qu\u2019ils ont l\u2019impression que la \u201cforte affirmation\u201d chancelle.Surgit une question qui demande une prise de position commune et ils se rendent soudain compte qu\u2019ils ne sont plus sûrs ni les uns des autres, ni de leur nombre.La crise de la foi est particulièrement aiguë chez les adolescents et les jeunes.Depuis assez longtemps déjà ils étaient hésitants.Que de fois leur faisant une conférence religieuse, j\u2019ai touché du doigt leur cynisme.Je pouvais lire dans leurs yeux: \u201cQuelle est sa combine à celui-là ?\u201d Croire leur était difficile, alors même que leurs maîtres étaient tous d\u2019accord et fermes dans la foi.Brisée cette unité, entamée cette assurance, nombre d\u2019élèves se laissèrent aller comme au fil du courant.À vrai dire, ils ne rejetaient pas la foi.Ils cessaient simplement de croire.Leur foi s\u2019était en quelque sorte évaporée.Le même phénomène se manifeste un peu partout à la fois.Les maîtres en parlent entre eux.J\u2019en parle avec eux.Les parents m\u2019en parlent et me demandent un remède.Mais quel remède suggérer quand les jeunes n\u2019ont même pas de difficultés précises; j\u2019entends des difficultés qu\u2019on pourrait peser ensemble et dont on pourrait discuter ?Voilà le fait: la religion ne les intéresse pas.Quelque chose est mort en leur âme.Il ne faut pas croire que ce phénomène est absolument nouveau.L\u2019inouï, c\u2019est sa contagion, son étendue.Henri Ghéon est un cas d\u2019espèce.À 15 ans, il se surprenait à dire clairement au moment de l\u2019élévation de l\u2019Hostie: \u201cVous n\u2019êtes pas présent là !\u201d Au cours de la première grande guerre, sa foi renaissait.Il allait, par la suite, comme on sait, renouveler les \u201cvies de saint\u201d, mais lui-même était incapable de dire pourquoi sa foi avait refleuri comme pourquoi elle était morte .Que pensent les évêques de ce phénomène d\u2019évaporation de la foi ?Je serais bien en peine de vous le dire.Les documents du Concile n\u2019en parlent pas.Ni les encycliques.Ni les lettres pastorales.Je m\u2019en suis ouvert un jour en haut lieu.On m\u2019écouta poliment; puis quand j\u2019eus fini, on me dit: \u201cOui, bien sûr !\u201d Abordez la question avec les jeunes, eux aussi vous écouteront poliment.Ils savent que nous remplissons ce que nous croyons être notre devoir.Ces jeunes seront pleins d\u2019indulgence pour votre manque de maturité.Ils ont déjà entendu tout cela, (pensent-ils).Où est la faille dans cette armure qu\u2019on puisse les atteindre ?J\u2019ai parlé de l\u2019enseignement mal fait, sans feu ni flamme, sans rapport avec la vie réelle des maîtres ou des élèves.Hé quoi ! même lorsque les points de doctrine sont bien expliqués, il arrive qu\u2019on passe à côté de l\u2019essentiel.Vous vous en apercevez si vous parlez à des jeunes de Jésus-Christ.Lui aussi est dépassé.Lui aussi s\u2019est évaporé avec le reste.S\u2019ils l\u2019avaient connu comme une Personne vivante, il ne serait pas simplement disparu de leur vie ainsi.Comment, je vous le demande, entretenir des relations vivantes avec ce qui est à peine connu parce que à peine enseigné ?On doute de la présence du Christ dans l\u2019Eucharistie parce que le Christ est absent de nos classes.Trop longtemps, à mon avis, les professeurs ont eu la tâche facile: l\u2019infaillibilité de Dieu garantissait l\u2019infaillibilité de l\u2019Église, et l\u2019infaillibilité de l\u2019Église, la leur.Peu importait que des élèves en grand nombre cessent d\u2019aller à la messe, de fréquenter les sacrements.S\u2019il s\u2019était agi de tout autre domaine, on eût mis en cause la compétence du maître.Ici, on avait deux réponses classiques: un foyer irréligieux, la chair.Et on se consolait à la pensée que tant d\u2019autres restaient fidèles, Dieu merci .Ces explications ne suffisent plus.Il y a quelques années, je publiais une brochure intitulée \u201cEnseignons-nous vraiment la religion ?\u201d Le phénomène de l\u2019évaporation de la foi apporte, en partie peut-être, une réponse à cette question impertinente.Dans cette bro- chure, j\u2019insiste pour que l\u2019enseignement de la doctrine chrétienne aboutisse à une \u201cconnaissance intime du Christ\u201d.\u201cTout repose là-dessus\u201d, ajoutais-je.Où en sommes-nous ?À me fier à mon expérience auprès des jeunes, les uns connaissent fort bien et les autres fort mal les grands dogmes.Quant à la connaissance du Christ tel que nous le montre le Nouveau Testament, vivant et marchant au milieu des hommes, c\u2019est pratiquement zéro.C\u2019est dire que le Christ qu\u2019ils refusent ou qu\u2019ils sont sur le point de refuser, ils l\u2019ignorent.Ils ont faim du Christ.Mais un Christ à peine plus vrai qu\u2019un personnage de parabole ne saurait les apaiser.Que faut-il donc faire ?Certains voudraient adapter l\u2019enseignement de la foi à la capacité de croire de ces chrétiens vacillants.Us cherchent une nouvelle formulation du dogme chrétien qui tend à le vider de son mystère.Trop souvent, hélas ! on vide la Révélation de sa vérité nourrissante.Ce qui en reste, l\u2019intelligence le digère sans effort, mais l\u2019âme reste sur sa faim, les puissances de volonté et de sentiment sans élan et sans vie.Personne ne meurt \u2014 surtout à soi-même ! \u2014 pour un florilège de maximes, si nobles et vraies qu\u2019elles soient ! Réduire la vie du Christ à la parabole d\u2019un bon type qui meurt sur une croix, c\u2019est éloigner le Christ de la dure lutte où nous avons tous à faire face à l\u2019orgueil, la colère, la convoitise, la luxure, la gourmandise, l\u2019envie, la paresse.Le professeur qui manque de cran, celui qui a peur de paraître vieux-jeu.celui qui se résigne à demander le minimum de ses élèves, ce professeur est un professeur fini, car le vrai professeur sait se donner en entier à ses élèves, ou plutôt il sait leur donner en entier le Christ.Qu\u2019il soit en classe ou qu\u2019il soit en chaire, il doit les aider à mettre le Christ dans la texture de leur vie.S\u2019il vise seulement à persuader ses élèves de ne pas laisser Dieu complètement s\u2019évaporer de leur vie, de Le garder au moins comme un accessoire qu\u2019ils ne doivent pas lâcher, eh bien ! dans ce cas, le maître aura non seulement perdu le combat pour sauver leur foi: il n\u2019aura même pas livré bataille.44 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS NOUS-MÊMES ET PAR NOUS-MÊMES Joseph d\u2019An.jou, S.J.Le bruit circule qu'on a l'intention y d\u2019importer d\u2019outre-mer manuels et professeurs pour enseigner le français à nos écoliers.Projet futile et dangereux, contre lequel doit se cabrer, du seul point de vue linguistique, notre fierté nationale, récemment tirée d'une longue léthargie.Projet futile.Nous avons les moyens de restaurer nous-mêmes notre langue, délabrée à la suite d\u2019avanies, de trahisons et de lâchetés centenaires.Il suffit de grouper nos experts, nombreux, et nos initiatives, dispersées.Ensuite, les autorités exigeront de tous les enseignants, à tous les niveaux et pour toutes les disciplines, avec sanctions économiques à l\u2019appui, la compétence théorique en français, l\u2019action pratique en classe et hors de la classe (exercices et corrections), puis la collaboration des parents requises pour que passent de mode, autour de notre parler, exhortations, campagnes de refrancisation et autres balivernes patriotardes et stériles.Projet dangereux.Je l\u2019ai écrit, je le répète: les Français (et aussi bien les Belges) d\u2019aujourd\u2019hui, pour la plupart, altèrent profondément leur langue.Sauf les spécialistes en grammaire et en linguistique, la majorité des autres, écrivains et journalistes, professeurs d'université, académiciens eux-mêmes, n'ont pas l\u2019air de s\u2019inquiéter du désastre qui en résulte.Et parce qu\u2019ils ont, en général, conservé aux voyelles leur pureté sonore, aux consonnes une articulation distincte, les Français ont souvent la naïveté de croire que le plus inculte d\u2019entre eux pourrait contribuer à la réforme de l\u2019horrible jargon québécois.Us se trompent.Et nous commettrions une sottise en les adoptant pour maîtres.Ceux, parmi nous, qui prononcent bien le français (pour ne signaler que cet aspect de la langue) n\u2019ont pas les défauts irritants de trop de Parisiens.Je mentionne de nouveau l\u2019intolérable son \u201cin\u201d qui, dans la bouche de maints Français, dénature la nasale un, non seulement lorsqu'ils se servent du numéral ou de l\u2019indéfini un, ce qui déjà ne se pardonne point, mais \u2014 comble de trivialité \u2014 lorsqu\u2019ils massacrent de la même façon la dernière syllabe des mots chacun et quelqu'un, ou parfum et même brun ! Pour confirmer ma thèse, j\u2019énumérerai des bourdes fraîchement cueillies dans des publications fort sérieuses: livres de doctrine, revues et journaux d\u2019idées, dont les collaborateurs arborent grades ou diplômes dans les sciences les plus variées.Je fais un choix.Multipliez par vingt ou par cent, et vous aurez une juste idée du gâchis que je déplore.On écrit de \u201cplein pied\u201d, pour de plain-pied; des corps \u201cagils\u201d, au lieu d'agiles, bien qu\u2019on orthographie proprement subtils au masculin et subtiles au féminin.J\u2019ai lu plusieurs fois \u201cagile-té\u201d pour agilité, \u201chabilité\u201d pour habileté (il s\u2019agit du substantif, évidemment, car le participe habilité existe et signifie: rendu apte à, capable de).Appeler et rappeler deviennent \u201cappeller\u201d et \u201crap-peller\u201d, tandis qu'interpeller se présente travesti en \u201cinterpeler\u201d.Or, moyennant une seconde d\u2019attention, même un enfant conclut que si l\u2019on double la consonne / d'appeler et de rappeler devant une syllabe muette seulement, les deux l d'interpeller demeurent à toutes les formes de ce verbe.Peu de Français se préoccupent de mettre ou d\u2019omettre les accents selon les us de l\u2019orthographe.On laisse imprimer sans accent naître ou connaître et paraître, comme naît ou connaît et paraît, et leurs composés, à l\u2019indicatif ou à l\u2019infinitif (reconnaît, disparaître); ou encore des mots comme ecclésio-logie et phénoménologie; mais on tolère que des accents idiots déparent quantité de mots d\u2019usage courant.Sur 17 de chapitre et de pupitre, qui ne porte pas de chapeau, on en pose un; au lieu de son accent circonflexe, on adjuge à Yévêque un accent grave; mais théorème et fétu reçoivent un circonflexe, à la place, le premier, de son accent grave, le second, de son accent aigu; on accepte \u201crétrécir\u201d pour rétrécir, \u201crecé-ler\u201d pour receler, \u201casséner pour assener, \u201cdeshonorant\u201d pour déshonorant .Au pays de France, comme ici d\u2019ailleurs, on enseigne aux gens à \u201cmâter\u201d (munir de mâts), non à mater (vaincre) un adversaire ou leurs mauvais penchants: éducation nouvelle, je suppose, dont notre rapport Parent imite les originalités ! J\u2019ai même vu, dans un bulletin de la plus haute valeur intellectuelle, le mot ecclésiologie avec un accent aigu sur la première lettre ! La pagaille règne dans le champ des traits d\u2019union: ou bien ils vous arrivent au petit bonheur, ou bien ils manquent au rendez-vous orthographique.On vous offre tout à fait et tout à coup avec deux traits inutiles, mais on oublie ceux qui permettent de distinguer sur-le-champ, adverbe de temps (tout de suite, à l\u2019instant même), de l\u2019expression sur le champ, relative au lieu.On unit sans raison des couples comme bien sûr et parti pris et compte rendu; mais on supprime le trait que réclament nous-mêmes et vous-mêmes et demi-siècle, et l\u2019on en gaspille un que récuse à demi.Avec l\u2019adjectif saint éclate une sarabande de fantaisies.Désignant le personnage même et à l\u2019intérieur d\u2019une phrase, l\u2019épithète saint, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019abréger, s\u2019écrit sans majuscule et se joint au nom sans trait d\u2019union; exemple: l\u2019œuvre et les vertus de saint Thomas d'Aquin continuent de nous influencer heureusement.Si l\u2019on attribue le nom du grand docteur à une maison, à un groupe ou à un boulevard, on use alors de deux traits et l\u2019on accorde à l\u2019adjectif l\u2019honneur de la majuscule: le boulevard, le scolasticat, le cercle Saint-Thomas-d\u2019Aquin.Dans les livres et autres publications de FÉVRIER 1968 45 France, même lorsqu\u2019on fait allusion à la personne du maître théologien, on griffonne au hasard: \u201cSaint-Thomas\u201d, ou \u201cSt-Thomas\u201d, ou \u201cSt.-Thomas\u201d, ou \u201cS.Thomas\u201d, avec parfois l\u2019anglicisme que constitue le fait d\u2019orner (!) d\u2019une majuscule le cl du nom de famille d\u2019Aquin.Une pareille légèreté caractérise la présence ou l\u2019absence du trait d\u2019union quand surgit un adverbe, soit pour modifier un adjectif, soit pour former, avec un substantif, un nom composé.Or, rien de plus simple que la règle à suivre: un adverbe modifie un adjectif sans trait d\u2019union; écrivez donc: les peuples non chrétiens ou non catholiques, les écoles non confessionnelles, un homme quasi mourant; mais reliez-le toujours par un trait au substantif avec lequel il forme un nom composé: les non-chrétiens, ou les non-catholiques et un quasi-cadavre.Y a-t-il un Français sur mille qui observe cette règle ?Dans la même page d\u2019un livre, d\u2019un journal ou d\u2019une revue, s\u2019étale la plus désinvolte incohérence: on y jette \u201cdes non catholiques\u201d, avec ou sans le trait d\u2019union de rigueur, et des \u201cécoles non-confessionnelles\u201d, avec ou sans un trait superflu.Subtilité ?Excuse inacceptable si vous rencontrez des énormités comme celles-ci: des \u201cchef-d\u2019œuvres\u201d, un travail \u201ctrépident\u201d, aux \u201cdépends\u201d, puisque le plus modeste dictionnaire indique les graphies correctes: chefs-d\u2019œuvre, aux dépens et trépidant.Quel prétexte innocentera le maladroit qui place le tréma sur Vu et non sur Ve final du féminin aiguë, ou le négligent qui ampute d\u2019un c ou d\u2019un r le mot occurrence, d\u2019un r ou d\u2019un s le verbe débarrasser, d\u2019un t le prénom Matthieu, emprunté à l\u2019évangéliste (le nom de famille français et canadien s\u2019écrit avec un seul t: Mathieu), ou qui double sottement la consonne r des formes verbales accourent et concourent ?J\u2019ai montré (mai 1967, p.143) que peu de Français et de Canadiens s\u2019expriment convenablement à propos du dernier concile.Il n\u2019y a qu\u2019une manière digne et une autre, populaire, de s\u2019y référer: ou bien le deuxième (et peut-être le Ile) concile du Vatican, ou bien, par abréviation familière, Vatican II.Son titre d\u2019académicien n\u2019autorise pas un auteur célèbre à écrire \u201cle Concile de Vatican II\u201d; quant aux journalistes 46 et aux experts (!) qui nous entretiennent du \u201cConcile Vatican II\u201d, ils galvaudent la langue plus gravement encore.Une certaine syntaxe intervient ici.Mais ne quittons pas tout de suite le vocabulaire.Et dénonçons le nombre grandissant de Français instruits qui ne rougissent pas d\u2019employer \u201cde suite\u201d (l\u2019un après l\u2019autre) au lieu de tout de suite (immédiatement).Presque tous, depuis des années, refusent de tenir compte de la différence de sens qui interdit de confondre cela, pronom se rapportant à un dire antérieur, et ceci, par quoi l\u2019on annonce une explication à venir; vous constatez, dans certains ouvrages, une pléthore de ceci que devraient normalement remplacer autant de cela.On ne respecte plus, en France, ni à l\u2019université ni dans la rue, la distinction entre Ventrainement par lequel s\u2019entraînent des athlètes au sport ou des soldats à la guerre et Vexercice, la formation, la discipline, grâce auxquels se préparent et se forgent des intelligences ou des volontés à la culture ou à la vertu.Des professeurs prétendent \u201centraîner\u201d des étudiants à la recherche ou au travail personnel, alors qu\u2019ils désirent les y exercer, les y former, les y disposer.Des psychologues vous suggèrent de \u201ccontrôler\u201d vos émotions, quand leur action a pour but de vous induis à les maîtriser ou à les dominer.Les livres français fourmillent de \u201ccontextes\u201d (historique, sociologique, religieux) sans le moindre texte correspondant; or, en bonne logique, un contexte suppose un texte.Mais le mauvais usage a tellement envahi les imprimés que le dictionnaire Larousse, cédant sous l\u2019avalanche, entérine \u2014 à tort \u2014 les anglicismes de sens qu\u2019impliquent les emplois susdits de contexte, de contrôle et de contrôler.Même remarque au sujet des adjectifs \u201cadéquat\u201d et \u201cinadéquat\u201d; on corrompt le français par l\u2019anglais chaque fois qu\u2019on donne à ces épithètes le sens de \u201csuffisant\u201d (convenable) ou de \u201cnon suffisant\u201d (inapproprié à).Mais quel Français a cure de ce mal ?Un dernier exemple, avant de toucher brièvement à la syntaxe d\u2019accord.Il y a des ordinateurs, machines électroniques.Mais le mot \u201ccoordinateur\u201d n\u2019a pas droit de cité, ni comme substantif, ni comme adjectif; des Français l\u2019appliquent cependant à des hommes et à des femmes ayant fonction de coordonnateur, de coordonnatrice.Pour terminer, quelques échantillons prouvant qu\u2019on se moque, en France, de la syntaxe d\u2019accord, même élémentaire.Car affluent chez nous livres, revues et journaux de France qui regorgent habituellement d\u2019erreurs grossières comme les suivantes: un flot de \u201cparole\u201d, un état de \u201cchose\u201d, une fois pour \u201ctoute\u201d.Il va de soi que le pluriel s\u2019impose à paroles, à choses et à toutes, sans qu\u2019on explique pourquoi, même à un écolier de douze ans.Combien de Français se souviennent aujourd\u2019hui que, devant un adjectif commençant par une voyelle, l\u2019adverbe tout (raccourci de tout à fait) ne varie pas ?Dans leurs écrits, savants ou non, abonde le féminin \u201ctoute\u201d, si l\u2019on y traite, par exemple, de l\u2019Église, ou de la chrétienté, ou de l\u2019humanité tout entière.Ils ignorent souvent que telle conjonction commande l\u2019indicatif, telle autre, le subjonctif; les propositions temporelles après et dès qu\u2019il fut prennent ainsi la forme de la concessive bien qu\u2019il fût, et inversement, au mépris de l\u2019analyse sémantique.Plus répréhensible, à mon avis, il y a l\u2019abus, maintenant généralisé, de l\u2019indéfini \u201cun\u201d devant une apposition qui n\u2019en a pas besoin.Anglicisme notoire.En écrivant ou en disant: le Canada, \u201cun\u201d pays de l\u2019Amérique du Nord, ou M.Jean Guitton, \u201cun\u201d académicien de France, on sabote le français.Continuer ?Je le pourrais jusqu\u2019à remplir un numéro complet de Relations, sans manquer de fournir noms et références à qui les demanderait.Et je n\u2019ai pas relevé les incorrections et malfaçons qui affectent la logique des rapports entre les mots et les propositions au cœur d\u2019une phrase.Un spécimen seulement, pour illustrer mon observation.Je l\u2019extrais d\u2019un article qui porte la signature d\u2019un des meilleurs théologiens d\u2019Europe: \u201cÀ la foule des valeurs d\u2019ordre personnel, sentimental, familial, matériel succède une époque où la lueur divine .va croître sans cesse .\u201d Admirez cette \u201cépoque\u201d qui succède à une \u201cfoule\u201d ! Et si je critiquais la ponctuation, secteur privilégié de l\u2019étourderie la plus ébouriffante .Je le ferai dans une série de chroniques ordinaires; vous aurez l\u2019impression que les auteurs RELATIONS ne discernent pas la portée des signes de ponctuation ou ne réfléchissent pas au sens de ce qu\u2019ils rédigent.Le pire, n\u2019en doutons pas, consiste en ce que très peu de Français avoueront leur tort, leur ignorance ou leur incurie.Nous, du Québec, ne craignons pas de confesser nos lacunes et nos limites.Nous avons de la sorte chance d\u2019y remédier.D'excellents efforts, en outre, s\u2019accomplissent chez nous.Une congrégation de femmes a créé un office chargé de l\u2019étude et de la diffusion du pur français au sein de ses écoles et couvents; on y travaille efficacement à l\u2019amélioration du langage des élèves et des institutrices.À la fin de novembre dernier, j\u2019ai écouté des prêtres discourir sur la pastorale scolaire.Que d\u2019autres épluchent les rado- tages anticonciliaires d\u2019un certain invité à la table de discussion.Je note, en relation avec mon sujet, que le français parlé par la douzaine de ceux qui ont interrogé ou répondu, si j\u2019excepte l\u2019emploi et la prononciation à l\u2019anglaise du mot \u201cpanel\u201d, m\u2019a fort agréablement édifié.Les premières réussites, j\u2019en garde la conviction, doivent venir des prêtres, des religieux et des religieuses.Mais il importe que les enseignant(e)s laïques ne trament pas misérablement derrière les congrégations et le clergé.Moins d\u2019un an, si nous le voulons, suffira pour que nous-mêmes et par nous-mêmes, nous réglions notre problème linguistique, en redevenant ce que nous n\u2019aurions jamais dû cesser d\u2019être : fièrement et bellement français.Le théâtre Georges-Henri d\u2019Auteuil, S.J.Le Menteur Les anthologies scolaires des œuvres les plus marquantes de Corneille comprennent ordinairement, outre les principales tragédies du dramaturge, la comédie le Menteur.Avec raison, d\u2019ailleurs.Par ses qualités scéniques, sa verve comique, son intrigue à rebondissements, sa langue vive et colorée, ses caractères variés et humains, le Menteur est, à bon droit, une pièce remarquable du répertoire du théâtre français.Elle annonce le meilleur Molière et révèle un Corneille trop peu connu et apprécié.Aussi devons-nous féliciter les jeunes comédiens de l\u2019École nationale de théâtre de l\u2019avoir exhumé sur la scène du Monument National, avec l\u2019aide de Jean-Pierre Ronfard.Avec une belle audace, au reste, car si la pièce est pleine de toutes les ar- deurs et de l\u2019exubérance de la jeunesse et donc bien adaptée à l\u2019âge des interprètes de l\u2019École, elle fourmille pourtant de difficultés et d\u2019embûches où achoppe l\u2019inexpérience.Par exemple, on peut insister sur la vie et le mouvement de l\u2019action, gesticuler et batifoler avec complaisance et, partant, oublier de dégager les finesses du texte, d\u2019en détailler les nombreuses nuances \u2014 défaut qu\u2019ont manifesté assez souvent les acteurs, précisément.Ils ont souligné avec justesse les éléments extérieurs de la pièce, beaucoup moins le rythme et les grâces du vers, la subtile résonance des sentiments, à nous faire croire chez Corneille en la présence de Marivaux, déjà.Comédie donc à laquelle seuls des comédiens chevronnés peuvent vraiment rendre justice et que, cependant, les élèves de l\u2019École nationale ont eu raison d\u2019attaquer pour le grand profit qu\u2019ils ont pu tirer de leur travail sur une œuvre riche, apte à faire appel à toutes leurs ressources, même sans réussir complètement.En fait leur représentation très honnête a permis de révéler quelques talents intéressants et prometteurs.* * * Considérable a été l\u2019effort du Rideau Vert à l\u2019occasion des Fêtes.Deux pièces simultanément.Celle du Stella, comme d\u2019habitude: des Clowns par Milliers, adaptation française de la comédie de Herb Gardner et, au théâtre Maisonneuve, la fantaisie poétique de Maurice Maeterlinck, l\u2019Oiseau bleu.Comme par hasard, dans l\u2019une et l\u2019autre pièce, l\u2019enfance est à l\u2019honneur avec Nick Burns et son oncle, encore plus enfant que lui peut-être, Murray Burns, dans l\u2019œuvre de Gardner et, dans l\u2019Oiseau bleu, tout un bataillon de marmots entraînés dans le rêve fantastique et merveilleux de Tyltyl et Mytyl, sa sœur, rejetons bien-aimés du père et de la mère Tyl.Spectacles appropriés à la saison.Des Clowns par Milliers Des Clowns par Milliers peut être considéré comme une comédie sentimentale, genre naguère assez en faveur outre-45e, légèrement pimentée de satires amusantes contre certains maniaques du Service social et de la Radio.Truffée de bons sentiments \u2014 avec quoi, tout le monde le sait, \u201con ne peut faire de bonne littérature\u201d \u2014 elle n\u2019a peut-être pas rencontré la faveur des intellectuels.Les bonnes gens, simples et sans apprêts \u2014 il y en a encore \u2014 y ont très probablement trouvé leur compte.Ils se sont montrés alors bienveillants pour le fantasque Murray Burns qu\u2019on aurait appelé, autrefois, bohème, et que les psychologues, aujourd\u2019hui, classent sous l\u2019étiquette instable.Il ont aussi trouvé détestable la prétention infatuée d\u2019Amundson, heureusement corrigée par la compréhension sympathique de sa compagne, Sandra Markowitz, à l\u2019endroit du jeune Nick Burns, élevé un peu va-comme-je-te-pousse mais passablement futé FÉVRIER 1968 47 pour son âge.Sans oublier, j\u2019espère, de rigoler à leur saoul des ridicules boniments du réalisateur radiophonique Léo Hermann, prototype de ces phénix de quatre sous qui encombrent les ondes hertziennes.Dans les rôles qu\u2019on lui confie, Françoise Faucher s\u2019efforce toujours de donner le meilleur d\u2019elle-même.On peut ainsi être assuré d\u2019une interprétation sérieusement étudiée.Nous en avons un nouvel exemple dans des Clowns par Milliers où elle incarne le seul personnage féminin de la pièce, la psychologue Sandra Markowitz, type de femme assez farfelue, sophistiquée par sa profession mais qu\u2019un sain réalisme ramène graduellement au naturel.Françoise Faucher en a fait une savoureuse composition, la plus originale de la pièce.En effet Jean Duceppe a été lui-même, primesautier, versatile et parfois bafouilleur dans le rôle de Murray Burns.Ronald France a fait sentir la sottise d\u2019Albert Amundson et Jacques Lorain celle d\u2019Hermann.Le jeune Sylvain Hébert qui jouait le rôle de Nick Burns est dégourdi et naturel dans son jeu, moins dans son débit trop précipité, comme une leçon dont on a hâte de se débarrasser.Louis Aubert a rempli avec conscience la peu reluisante mission de mentor de son frère Murray, plutôt réfractaire à toute discipline.L\u2019Oiseau bleu Grâce à Debussy, l\u2019auteur de Pelléas et Mélisande est bien connu des musiciens, mais le penseur, poète et chantre de la nature Maeterlinck, l\u2019est beaucoup moins même de nos hommes cultivés.Ceux d\u2019un certain âge se souviennent peut-être d\u2019avoir jadis entendu prononcer son nom, au collège, à travers la vapeur assoupissante d\u2019une classe de littérature.Souvenir vite oublié, comme tant d\u2019autres ! Aussi pour eux, comme pour leurs enfants qu\u2019ils ont amenés ce soir-là au théâtre Maisonneuve, l\u2019éblouissante féerie de l\u2019Oiseau bleu dut faire l\u2019effet d\u2019une merveilleuse découverte, et, comme il convient, ils ont maudit leurs professeurs de ne leur avoir jamais révélé l\u2019enchanteur Maeterlinck .Eh bien, voilà, la faute est rachetée.Par les bons soins de Madame Yvette 48 Brind\u2019Amour, assistée de Hugo Wue-trich, François Barbeau et Louis Collard pour les décors, les costumes et la musique, l\u2019Oiseau bleu a pris son vol dans une somptueuse magie de couleurs, de sons, de lumières.Et les petits, ravis et captivés, d\u2019applaudir les aventures, rêvées en une belle nuit de Noël, de Tyltyl et de Mytyl, \u2014 et les parents aussi, évoquant pour un soir, et non sans nostalgie, leur enfance heureuse bien lointaine déjà.Spectacle brillant.On nous en a mis plein les yeux.Certains tableaux surtout plus spécialement réussis: celui de la Forêt, celui des Bonheurs, celui des Enfants à naître, en mal de partance pour le grand voyage vers la terre.Tout un monde où règne la fantaisie pure et qui, fait assez remarquable, charme encore l\u2019imagination et le cœur des contemporains des astronautes, des fabriquants de satellites spatiaux qui envahissent brutalement le domaine réservé des fées, autrefois.Un tour de force, aussi.Avec quelques comédiens de métier, il a fallu des dizaines d\u2019enfants, plusieurs en bas âge \u2014 et combien de patience ! \u2014 pour réaliser ce spectacle.Chapeau bas devant l\u2019effort fourni et la belle réussite obtenue.Seules, au delà de l\u2019admiration que leur procurait chaque tableau, les mamans de familles nombreuses pouvaient peut-être imaginer le terrible branle-bas de l\u2019arrière scène: changer cinq ou six fois de costume, vérifier coiffures et perruques, retoucher les maquillages, un petit coup de houppette à celle-ci, de patte de lièvre à celui-là, et ce touche à tout, vite, il faut lui laver les mains, et enfin délicatement moucher celle qui faisait le Rhume de Cerveau .De la douzaine de comédiens avertis qui participent à la nombreuse distribution de l\u2019Oiseau bleu je dégage en premier lieu le couple charmant de Marthe Choquette, le \u201cpetit gars\u201d Tyltyl et Ève Gagnier sa sœur: rôles difficiles qui requièrent une expérience que ne peuvent posséder de vrais enfants; la digne et aimable Fée de Denise Pelletier, le Chien secourable et fidèle d\u2019André Montmorency, tout le contraire de la perfide Chatte de Louise Marleau, qui nous est revenue; Andrée St-Laurent, Lumière bienfaisante, à la voix riche et musicale, et le bonhomme Temps d\u2019André Cailloux, plein d\u2019hu- mour mais vigilant gardien du Palais d\u2019Azur.Ces brillants interprètes ne nous font tout de même pas oublier la fraîcheur et la spontanéité ingénue des jeunes figurants qui ont procuré à ce spectacle de l\u2019enfance sa grâce et son naturel.Pygmalion Transformée en opérette, reproduite sur tous les écrans, petits ou grands, représentée sur toutes les scènes du monde \u2014 elle triomphe encore actuellement à Paris \u2014 Pygmalion est certainement la pièce la plus célèbre de Bernard Shaw, fameux et malcommode dramaturge irlandais.On peut donc parier sans crainte sur le succès du Pygmalion, adapté à la québécoise par Eloi de Grandmont, que joue un mois durant le Théâtre du Nouveau-Monde, au théâtre Port-Royal, dans une mise en scène de Jean-Louis Roux.A vrai dire, cette version nouvelle expatrie en quelque sorte l\u2019œuvre de Shaw.De Grandmont non seulement utilise la langue du peuple chez nous, mais des bords de la Tamise il transporte l\u2019action sur les rives du Saint-Laurent, à Montréal, Place d\u2019Armes, rues Saint-Paul, Vitré, Saint-Laurent, Parc Viger; il pousse même une pointe jusqu\u2019à Westmount.Cela donne, en fait, à la pièce une couleur locale très plaisante; elle nous paraît plus proche, comme du terroir.L\u2019auditoire très select et bourgeois de la Première s\u2019y est bien reconnu, qui croyait, à de certains moments, entendre Tit-Coq ou Séraphin.Mais quant à être en veine de transposition et de rajeunissement, pourquoi de Grandmont n\u2019en a-t-il pas profité pour sabrer dans le dernier acte de la pièce qui n\u2019en finit pas de finir ?Du détestable Shaw, lourd, sophistique et vaseux.De même, la deuxième intervention du père d\u2019Elise \u2014 est-ce la faute d\u2019Ovila Légaré, manifestement peu dans son assiette ?\u2014 a paru traînante et pleine de radotage.A part cette finale à demi manquée, ce spectacle du T.N.M.vivant, alerte, chargé de trouvailles heureuses et joué avec entrain, mérite beaucoup d\u2019éloges et a plu incontestablement.Jean-Louis Roux a joué le rôle principal d\u2019Henri Higgins, ce linguiste et RELATIONS professeur féru de technologie du langage, mordu de résoudre des problèmes rares et apparemment impossibles, mais dépourvu de la moindre parcelle de vraie psychologie humaine.Une sorte de monstre de la science, égoïste et méchant sans en avoir cure.Pour lui, un élève n\u2019est qu\u2019un objet d\u2019expérimentation qu\u2019on laisse tomber comme un cobaye une fois la recherche terminée et réussie.La satire, ici, de Shaw est féroce et accablante que Roux a bien comprise en rendant son personnage fort déplaisant.Monique Miller, dans la peau d\u2019Élise Lacroix, s\u2019est offerte comme cobaye: mal lui en a pris.De \u201csale guenille\u201d, selon sa gentille expression, Higgins en CHRONIQUE PHILOSOPHIQUE a fait une dame élégante, raffinée, au langage châtié; il a oublié qu\u2019elle avait aussi un cœur capable d\u2019aimer et de souffrir.D\u2019abord gavroche et hautement pittoresque, Monique Miller a su être émouvante et crier son indignation et sa fierté blessée avec conviction et sincérité.Les autres interprètes de second plan ou épisodiques ont bien rempli leurs différents emplois: Paul Hébert, précis et juste, et humain, au contraire de son ami Higgins; Ovila Légaré dont la première scène d\u2019Alfred Lacroix a été parfaite de bonhomie et de roublardise; Léo Ilial, un polyglotte hongrois impayable; la Madame Grégoire de Kim Yaroshevskaya, sage, calme mais si perspicace; Tania Fédor, mère de grand jugement et compréhensive d\u2019Henri Higgins, mais d\u2019une voix mince, mince, comme un filet ténu.La présentation visuelle de Robert Prévost est attrayante et adaptée à la très large ouverture de scène de la salle.Il a aussi utilisé à bon escient la caméra pour faciliter \u2014 en plus de la musique \u2014 les transitions d\u2019un acte à l\u2019autre et créer ainsi une plus grande homogénéité de l\u2019action dramatique.Le Pygmalion de Shaw a donc été bien servi par la version originale et intelligente d\u2019Éloi de Grandmont et l\u2019interprétation de classe des comédiens du Théâtre du Nouveau Monde, sous la baguette avisée de Jean-Louis Roux.QUAND PASSE L'OISEAU DE MINERVE Le Vile Congrès interaméricain de Philosophie Des multiples événements culturels qui jalonnèrent l\u2019année de l\u2019Expo, le Vile Congrès interaméricain de Philosophie, tenu à Québec du 18 au 23 juin, n\u2019a pas, sauf exceptions, polarisé les manchettes des grands journaux.Comme dit la chanson, faut-il en rire ou en pleurer ?Ni l\u2019un ni l\u2019autre ! Dans la publicité, les Ballets africains jouiront toujours de quelques points d\u2019avance sur les congrès de philosophie.Et pourtant, ce ne fut pas un spectacle sans grandeur que cette réunion à Québec \u2014 la première du genre au Canada \u2014 de ces \u201cathlètes de l\u2019intelligence\u201d, venus de tous les coins de l\u2019Amérique pour de sereines Olympiques de la pensée.Empressons-nous de rendre hommage aux directeurs de l\u2019Association canadienne de Philosophie ainsi qu\u2019à ceux de l\u2019Université Laval, qui s\u2019acquittèrent à la perfection des devoirs de l\u2019hospitalité; aussi, au gouvernement du Québec, pour la somptueuse réception que, à l\u2019ombre du fashionable Château Frontenac, il accorda aux congressistes.Oublions, si possible, qu\u2019en pleine ca- FÉVRIER 1968 pitale du fait français en Amérique le représentant officiel du Québec a privilégié l\u2019anglais dans son discours de réception.Il est chimérique de vouloir en quelques lignes tracer un bilan quelque peu exhaustif des travaux de ce congrès.1 D\u2019autant qu\u2019il n\u2019était pas consacré à un thème spécial, mais puisait à tous les domaines, ou presque, de la réflexion philosophique contemporaine: ontologie, histoire, éthique, politique, linguistique, sciences, psychologie, etc.Les sujets des huit symposia font mieux entrevoir le kaléidoscope qui s\u2019offrait au congressiste: historicité et transcendance de la vérité, éthique et politique, la sécularisation de la société occidentale, la notion d\u2019âme et le moi, la toute-puissance divine, la causalité et l\u2019action, la morale et le droit, l\u2019art et la connaissance.Faut-il déplorer ici avec Gilles Brunei, de l\u2019ardente revue Émergences (sept.-oct.1967, 30 ss), que les philosophes canadiens-français aient été peu nombreux, ce qui est juste, à prendre une part active aux assises du congrès ?On serait enclin à le faire sans 1.Les Presses de l\u2019Université Laval avaient déjà publié le 1er tome des Actes au début du congrès.Le second est à venir.hésiter, si on oubliait que la tenue à Québec de ce prestigieux congrès interaméricain n\u2019est pas le résultat du hasard, mais bien le fruit de l\u2019activité et des démarches patientes de certains philosophes québécois.\u201cThomisme ou pluralisme?\u201d de Jean Racette Ces dernières lignes nous orientent d\u2019elles-mêmes vers un substantiel ouvrage sur l\u2019enseignement de la philosophie, Thomisme ou pluralisme ?, dont l\u2019auteur, Jean Racette, est bel et bien un philosophe de chez nous.2 On y trouve réunis des articles publiés dans diverses revues de 1963 à 1967.L\u2019un de ces articles, qui réclame pour la philosophie l\u2019émancipation de la théologie, avait provoqué un certain émoi lors de sa parution.Sans doute en provoquerait-on moins aujourd\u2019hui en réclamant de la théologie qu\u2019elle prête attention à la réflexion philosophique.Les propos du P.Racette s\u2019adressent en premier lieu au professeur de philosophie.Celui-ci, plus que tout autre 2.Jean Racette.Thomisme ou pluralisme ?Réflexions sur l\u2019enseignement de la philosophie.Coll.\u201cEssais pour notre temps\", Bruges-Paris, Montréal, 1967.49 professeur, je pense, doit réaliser cette \u201csynthèse difficile des vertus de l\u2019intellectuel et du pédagogue\u201d, dont parlait récemment Pierre Ricour (Le Devoir, 21 sept.1966).Le mérite incontestable des propos de Jean Racette, c\u2019est justement de faire voir, avec clarté et vigueur, avec un rare sens de la mesure et une grande élévation de pensée, les multiples éléments que comporte cette synthèse.C\u2019est ainsi qu\u2019il dessine le caractère spécifique de la philosophie (46, 93, 124), la nature des questions qui relèvent de son domaine et les objectifs qui doivent présider à son engagement (125).De même, il reproche au Rapport Parent d\u2019être plus soucieux d\u2019indiquer les limites de la démarche philosophique que d\u2019en dégager le sens et l\u2019objet (92).Il insiste plus d\u2019une fois sur l\u2019importance de l\u2019histoire de la philosophie; il veut que la philosophie s\u2019émancipe de la théologie, sans toutefois qu\u2019elle méconnaisse le fait religieux; il souhaite que le thomisme intègre l\u2019apport des autres philosophies et des sciences et puisse ainsi devenir \u201cune authentique philosophie moderne\u201d (42).L\u2019auteur n\u2019ignore point, par ailleurs, qu\u2019un professeur s\u2019adresse à des étudiants.Le professeur doit certes faire jaillir les grands problèmes de l\u2019existence humaine, mais à partir des préoccupations de l\u2019élève (106) et selon un certain ordre (34).S\u2019il doit rendre les étudiants perméables à l\u2019histoire de la philosophie et les éveiller à certaines questions radicales sur le monde et sur l\u2019homme, qu\u2019il se souvienne aussi que \u201cphilosopher n\u2019est pas bavarder\u201d, qu\u2019il ne suffit pas de présenter les grandes doctrines du passé, ni de faire éclore les questions, laissant discuter les élèves \u201cà perte de vue\u201d (35).Il faut encore juger, apprécier, essayer \u201cd\u2019élaborer les solutions qui seraient aujourd\u2019hui acceptables\u201d (33).Le philosophe Jean Lacroix qui honore Tho- L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction Imprimeurs Lithographes Studio d'Art 388 ¦ 5781\t8125, rue Saint - Laurent Montréal 11, Qué.zïce/t ÇJièkeds _____J (I960) misme ou pluralisme ?d\u2019une riche préface a raison d\u2019écrire que le P.Racette \u201cexplore la voie sûre entre le Charybde du dogmatisme et le Scylla du scepticisme.Ce qui, ajoute-t-il, suppose une conception juste de la philosophie autant qu\u2019un grand sens pédagogique\u201d.(8) Thomisme et pluralisme Je voudrais maintenant faire quelques remarques sur le titre qui coiffe le recueil d\u2019articles du P.Racette.Ce titre est une question: thomisme ou pluralisme ?Le lecteur, s\u2019il en juge par le nombre de pages expücitement consacrées à cette question, hésitera peut-être à penser qu\u2019elle constitue le thème central du livre et soupçonnera quelque flirt avec la publicité.Mais le nombre de pages ne fait pas foi de tout ! Et j\u2019aime à croire, pour ma part, que cette question représente un angle de visée important des réflexions de l\u2019auteur sur l\u2019enseignement de la philosophie dans les collèges du Canada français.Ceci dit, je me demande d\u2019abord si l\u2019alternative que formule l\u2019auteur se pose vraiment à la conscience actuelle des professeurs de philosophie ou de ceux qui sont responsables du statut de la philosophie.Existe-t-il quelque professeur d\u2019allégeance thomiste, un tant soit peu éveillé au sens de l\u2019histoire et à celui des réalités contemporaines, qui ne sente l\u2019urgence de pratiquer un certain pluralisme doctrinal en s\u2019ouvrant à d\u2019autres courants de pensée ?Le P.Racette dénonce lui-même les méfaits de ce que j\u2019appellerai 1\u2019 \u201caquinatolâtrie\u201d :\tl\u2019incompréhension de saint Thomas et de la pensée contemporaine, une conception déficiente de la recherche de la vérité (30); il affirme qu\u2019 \u201cil ne se trouve actuellement aucun thomiste au Canada français\u201d (76), si l\u2019on entend l\u2019attachement exclusif à un seul auteur.Mais il y a plus ! Il constate l\u2019émergence sur la scène philosophique québécoise d\u2019une nouvelle attitude: \u201cOn se sent de moins en moins tenu d\u2019être thomiste, écrit-il, et le pluralisme en philosophie est de plus en plus considéré comme une chose normale.\u201d (109) Il semblerait donc que la question: thomisme ou pluralisme ?se soit dénouée d\u2019elle-même au niveau des faits.Quoi qu\u2019il en soit, la réponse de l\u2019auteur à sa propre question pourrait se formuler ainsi: thomisme et pluralisme.D\u2019une part, il estime, en effet, qu\u2019il y a \u201cavantage à ce que saint Thomas nous serve d\u2019initiateur et de guide\u201d (35).Parce qu\u2019elle protège les élèves contre l\u2019éclectisme et le relativisme, parce qu\u2019elle assure la cohérence et la continuité de l\u2019enseignement, \u201cune certaine communauté de doctrine chez les maîtres lui apparaît souhaitable\u201d (41).Or le thomisme, de par sa relative simplicité, son équilibre foncier, ses positions de \u201cjuste milieu\u201d (42, 110), semble \u201cpouvoir remplir heureusement cette fonction pédagogique et normative\u201d (41).D\u2019autre part, le thomisme que recommande le P.Racette, c\u2019est un thomisme authentique, libéré du rationalisme dont l\u2019ont alourdi plusieurs mandarins de la spéculation; c\u2019est un thomisme qui \u201cne craint pas d\u2019affronter le grand air\u201d (42), replacé dans l\u2019ensemble de l\u2019histoire de la philosophie et ouvert à d\u2019autres courants de pensée.La position de l\u2019auteur respire l\u2019équilibre; elle témoigne aussi d\u2019un grand courage intellectuel.Thomisme ou hégélianisme?Mais, sans mettre en doute les richesses du thomisme renouvelé que propose l\u2019auteur, faut-il encore \u201cici et maintenant\u201d, selon l\u2019expression de Heidegger, accorder, dans le Québec de 1968, un statut particulier au thomisme ?En effet, on peut se demander si, après la surenchère thomiste que nous avons connue durant plusieurs générations, il ne serait pas plus fécond pour quelques décennies d\u2019accorder un statut particulier, non pas au thomisme, si libéral soit-il, mais bien à certaines perspectives de la philosophie hégélienne.En ces heures où, à tant de niveaux de notre culture, nous rencontrons aliénations et contradictions, où devient plus vive et plus pressante la nostalgie de notre identité et se fait jour une nouvelle conscience historique, il est permis de penser que les philosophes canadiens-français auraient grand profit à dialoguer, sans servilisme et dans le discernement, avec la pensée de Hegel.Avec celui qui a écrit cette phrase réconfortante et peut-être d\u2019actualité: \u201cL\u2019oiseau de Minerve \u2014 entendons la sagesse \u2014 prend son vol à la tombée de la nuit\u201d.René Champagne.Collège des Jésuites, Québec.50 RELATIONS Avec ou sans commentaires Pour les institutions chrétiennes Plusieurs mettent en doute aujourd'hui la nécessité, voire l'opportunité, d\u2019institutions chrétiennes dans notre société qui se plura-lise et dans notre monde qui se sécularise.Ils veulent une Eglise réduite, pour ainsi dire, à sa plus simple expression institutionnelle, une Eglise pure communauté d\u2019amour et de vie.De son côté, le P.Jean Daniélou, S.J., ne se lasse pas de revenir sur la nécessité des institutions chrétiennes si l\u2019on veut conserver ou rendre chrétien le peuple lui-même, et non pas seulement un petit groupe d'élite.Dans un article que publie l\u2019Osser-vatore romano du 24 novembre 1967 (édition française), il expose de nouveau sa position en des termes qui devraient faire réfléchir tous ceux qui s'intéressent à l\u2019avenir du catholicisme, spécialement dans la province de Québec.La question des institutions chrétiennes est étroitement dépendante de la conception que l\u2019on a de l\u2019Eglise.Il est clair que si l\u2019on considère que l\u2019Eglise n\u2019est pas la voie normale du salut pour l\u2019ensemble des humains, qu'il suffit qu\u2019elle rassemble une petite élite de témoins, qu\u2019elle est seulement un signe eschatologique, il est absolument inutile d\u2019avoir des institutions.Mais si l\u2019on pense au contraire que l\u2019Eglise est faite pour tous les hommes, qu\u2019elle est l'Eglise des pauvres, c\u2019est-à-dire des tout-venants, qu\u2019elle est vraiment le peuple de Dieu, alors il est trop clair que ceci ne peut se faire sans que le milieu humain ne soit christianisé, c\u2019est-à-dire sans institutions chrétiennes.L\u2019expérience, aussi bien celle du passé que du présent, le montre.Le développement de l\u2019Eglise se fait toujours en trois temps.Il y a d\u2019abord l'évangélisation, le Kerygme.Il y a ensuite l'implantation, la hiérarchie.Il y a enfin les institutions, la chrétienté.Et c\u2019est seulement à ce troisième moment que l\u2019Eglise devient l\u2019Eglise des pauvres, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle est accessible aux masses.C\u2019est ce qui a eu lieu pour l'Occident.L\u2019Eglise n\u2019est devenue l\u2019Eglise des masses qu\u2019à partir de Constantin .Et c\u2019est aujourd\u2019hui le problème qui se pose vis-à-vis des pays d\u2019Extrême-Orient.Le christianisme y est une petite élite, étrangère à la vie des peuples, parce que la civilisation n\u2019a pas été évangélisée.Or le problème qui se pose aujourd\u2019hui est celui-ci.Une civilisation nouvelle est en train de se constituer, au niveau sociologique par l\u2019urbanisation, au niveau culturel par la science, au niveau moral par l\u2019éducation.Si le christianisme n\u2019est pas rendu visiblement présent dans cette civilisation par des institutions, l\u2019ensemble des hommes lui deviendra progressivement étranger.Et à ce moment l\u2019Eglise deviendra une petite chapelle, une secte de spirituels.Elle cessera d\u2019être un immense peuple, une Eglise des pauvres.De cela la raison est bien simple.Il est absolument normal que l\u2019ensemble des hommes ne puisse avoir accès à l\u2019Eglise que quand celle-ci fait partie de leur milieu de vie.C\u2019est la sociologie moderne elle-même qui nous l\u2019enseigne.L\u2019homme est normalement dépendant de son milieu.Restreint est le nombre des individus qui peuvent s\u2019en affranchir.Et ceci est particulièrement vrai des hommes engagés dans la vie, chargés de famille, ayant à gagner leur pain, c\u2019est-à-dire des pauvres.Il leur est impossible de pouvoir agir à contre-courant de la société dans laquelle ils vivent.Ceci ne veut pas du tout dire que leurs convictions étaient sans valeur.Mais ceci veut dire qu\u2019ils ne peuvent normalement y être fidèles que quand ils sont soutenus par le milieu.Dans des pays comme la France et l\u2019Italie, il y a encore un peuple chrétien, parce qu\u2019il y a encore un cadre de chrétienté.Les fêtes sont toujours les fêtes chrétiennes .La naissance, le mariage, les funérailles restent toujours normalement sanctifiés par les sacrements chrétiens.Je sais que certains le regrettent.Ils ne voient là que vestiges d\u2019un monde périmé.Ils sont saisis d\u2019une fureur de désacralisation.Ils applaudissent à la sécularisation de la civilisation.Je pense que ces fossoyeurs font une triste besogne.En cherchant à déraciner cette implantation du christianisme dans la civilisation, ils aboutiront simplement à chasser de l\u2019Eglise la foule immense des pauvres.Cet immense capital que représente ce qui subsiste de chrétienté dans nos pays, il faut d\u2019abord ne pas le dilapider.Il constitue un point d\u2019appui solide pour l\u2019existence d\u2019un peuple chrétien.Mais il es* trop clair qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement de maintenir.Nous sommes en présence d\u2019une civilisation nouvelle qui se développe.La vraie question est donc de faire pour cette civilisation ce que les hommes des premiers siècles chrétiens ont fait pour celle dans laquelle ils vivaient, de l\u2019évangéliser afin qu'elle n\u2019empêche pas qu\u2019il y ait toujours un peuple chrétien, que l\u2019Evangile reste accessible aux pauvres.Or il est certain qu\u2019elle peut très bien rendre cet accès pratiquement impossible.Le problème est donc ici de refuser la dichotomie qui ferait du monde et de la foi deux univers séparés.C\u2019est cette séparation qui serait fatale.La tâche qui s\u2019offre est donc essentiellement une tâche de synthèse entre le monde moderne et la foi chrétienne.Et c\u2019est précisément là l\u2019objet des institutions, au sens précis où nous employons ici le mot.Il ne s\u2019agit pas en effet ici directement des institutions ecclésiastiques en tant que telles.Il est clair que l\u2019Eglise a de soi une structure institutionnelle.Même cet aspect est minimisé aujourd\u2019hui par certains.Mais ici c\u2019est la foi même qu\u2019ils attaquent.Mais ce dont nous parlons, ce sont les institutions où la culture humaine est animée par l\u2019inspiration chrétienne: écoles, universités, œuvres de jeunesse, centres de recherche, instruments de diffusion, etc.Que cette tâche de synthèse soit nécessaire, c\u2019est l\u2019objet même du Concile de l\u2019avoir proclamé, avec le pape Paul VI, en parlant du dialogue de l\u2019Eglise et du monde moderne.Car le dialogue n\u2019a aucun sens s\u2019il ne signifie que l\u2019Eglise a quelque chose à recevoir de la civilisation moderne, mais aussi que la civilisation moderne a quelque chose à recevoir de l\u2019Eglise.Or comment se fera cette rencontre, si l\u2019on pose comme principe que la civilisation est par essence séculière et profane et que l\u2019Eglise n\u2019a ni à s\u2019y ouvrir ni à y entrer ?Et comment cette synthèse se ferait-elle, sinon par des institutions qui en assumeront la responsabilité ?Il est clair en effet que, dans la situation actuelle de pluralisme de fait, cette synthèse ne peut être assurée par les institutions publiques.Aussi bien, en posant le principe de la liberté religieuse, le Concile a établi que, si les Etats doivent reconnaître le fait religieux comme élément constitutif du bien commun, ils n\u2019ont pas normalement à prendre parti entre les différentes religions et idéologies.Ce que la conscience moderne attend de l\u2019Etat, c'est précisément qu\u2019il n\u2019ait pas d\u2019idéologie ou de religion propre, mais qu\u2019il respecte les religions et les idéologies, dans la mesure où elles ne sont pas fondées sur des principes contraires au droit et à la morale.Nous sommes ici en présence d\u2019une antinomie qui ne trouve sa solution que dans des institutions chrétiennes.Nous avons posé d\u2019une part qu\u2019un peuple chrétien n\u2019est possible que quand la civilisation est évangélisée.Nous venons de noter par ailleurs que cette synthèse ne peut être assumée par les pouvoirs publics en tant que tels, car ceux-ci ont à reconnaître la diversité des religions et des idéologies.Il reste alors que l\u2019animation chrétienne des valeurs de civilisation ne peut être assurée que par les institutions qui relèvent à la fois de la culture par leur objet et de la foi par leur inspiration.Ces institutions sont nécessaires partout où, à côté de l\u2019aspect purement technique, les valeurs humaines et morales sont en jeu.De telles institutions relèvent du droit des confessions religieuses à se voir reconnu par l'Etat la liberté concrète de s\u2019exprimer, droit qui devrait être reconnu par tous les pays civilisés.Dans des régimes socialisés, il est clair que cette liberté concrète implique l\u2019aide économique de l\u2019Etat.Si l\u2019on cherche à déterminer la nature de telles institutions, il faut dire qu\u2019elles se FÉVRIER 1968 51 CORRESPONDANCE situent à des niveaux très divers.Elles concernent d\u2019abord le domaine de la recherche, où il est évident que le travail de synthèse des valeurs humaines et des valeurs chrétiennes ne peut être poursuivi que dans des institutions, de formes d\u2019ailleurs très diverses, qui viennent compléter et enrichir, au niveau de la référence à l'homme, le travail purement technique qui est accompli par ailleurs.C\u2019est à ce niveau que les universités catholiques ont une mission permanente à remplir dans le domaine scientifique, littéraire, juridique, à côté de leur fonction proprement théologique.Mais d\u2019autre part la création d\u2019un milieu où la civilisation soit évangélisée est aussi .la condition de l'existence d\u2019un peuple chrétien.C\u2019est donc aussi à la base, au niveau de l\u2019école, des œuvres de jeunesse, des centres éducatifs, des mouvements familiaux, de la culture populaire, de la culture de masse, des moyens de communication sociale, de la formation syndicale, que la création de milieux inspirés des valeurs chrétiennes est nécessaire pour le maintien et la promotion d\u2019un peuple chrétien.Et la raison en est toujours la même.Si les milieux de vie se constituent sous une forme purement séculière, outre qu\u2019ils ne peuvent alors qu\u2019être inspirés par des idéologies séculières, ils rendent de toute manière le christianisme étranger à la vie.Celui-ci apparaît alors comme relevant d\u2019un autre monde, alors que le fait religieux, dont le fait chrétien est un aspect, est d\u2019abord un fait de ce monde, un élément constitutif de la civilisation en tant que telle.Mais dans notre société pluraliste, la présence du fait religieux dans la civilisation ne peut être assumée par les instances officielles à cause des diversités mêmes que présente ce fait.La seule solution est donc bien alors que ce soit les diverses confessions qui assument cette tâche de synthèse, l\u2019Etat par ailleurs reconnaissant la légitimité de cette tâche qu\u2019il ne peut assumer lui-même et la rendant possible.Or c\u2019est là proprement la signification des institutions chrétiennes.Et c\u2019est pourquoi elles sont la condition nécessaire pour que l\u2019Eglise reste l\u2019Eglise des pauvres.Jean Daniélou.52 Sur les femmes-femmes et leurs débordements Il est hors de doute que pour le bien des lectrices \u2014 et la plupart des lecteurs qui auront eu le courage de le lire \u2014 le dernier article de Mme Claire Campbell, votre collaboratrice \u201cmère de famille\u201d, est apparu comme une manifestation, hélas ! trop normale d\u2019une femme-femme.C\u2019est de cette façon qu\u2019il faut classer nos congénères.Les femmes-femmes, dont Claire Campbell est un exemple sans doute intéressant et même .émouvant, rempli de bonnes intentions, mais désastreusement conventionnel.Et les sur-femmes, parmi lesquelles se range, comme chef de file, Mme Simone de Beauvoir.Mais .il y a aussi les autres: les femmes ordinaires, celles qui ne s\u2019éti-quettent jamais et tentent, sans tapage et sans phrases, de vivre en femme l\u2019existence qui est la leur, au cœur d\u2019un univers historiquement conçu, administré, régi, contrôlé, gardé pour et par des hommes.Le style de la suffragette revendicatrice me paraît abominable.Pourtant, quelques-uns des arguments du dernier article de Claire Campbell, intitulé l\u2019AVILISSEMENT DE LA FEMME, m\u2019ont fait sursauter.Et d'abord le tout premier, alors qu\u2019elle s\u2019en prend au dernier film de Vilgot Sjoeman et qu\u2019elle pousse le couplet de la vertu offensée, c\u2019est-à-dire \u201cdésintégration de la femme, exploitation capitaliste de l\u2019érotisme, décadence de l\u2019humanité\u201d, etc.Une première erreur, qu\u2019en femme-femme Claire Campbell commet très innocemment: depuis quand l\u2019érotisme est-il la SEULE exploitation de l\u2019âme et du corps de la femme ?Dans le film à résonance bergmanienne qu\u2019elle condamne (et vous me pardonnerez d\u2019y aller si brutalement) l\u2019amour, que je sache, est pratiqué par l\u2019homme et la femme.\u201cLa bête à deux dos\u201d s\u2019y montre comme le geste classique de la reproduction de l\u2019espèce, et ce n\u2019est pas un geste uniquement voulu et consenti par la femme.Pourquoi parler d\u2019érotisme en oubliant de dire que n\u2019est pas plus moral, ni plus excusable, le partenaire masculin dans cette histoire filmée que la censure suédoise, et toutes les censures, sans doute, laisseront courir ?Et depuis quand l\u2019homme serait-il moins coupable d\u2019érotisme que la femme ?Seconde erreur, non moins surprenante: pourquoi les cinéastes, de Suède et d\u2019ailleurs, auraient-ils soudain pour mission d\u2019aider la femme à vivre sa condition de femme ?Non, décidément, les femmes-femmes sont énervantes quand elles se mêlent d\u2019avoir des idées .et de les exprimer dans les revues jésuites ! Claire Campbell a de bonnes lectures.Elle ne nous les laisse pas ignorer.Ces lectures sont peut-être, à mon sens, trop exclusivement axées sur les mêmes préoccupations et, surtout, trop largement citées dans ses articles.Quand délaissera-t-elle Simone de Beauvoir, pour une, en faveur de quelques femmes écrivains qui n\u2019ont peut-être rien écrit sur \u201cle deuxième sexe\u201d mais qui se contentent d\u2019illustrer de la seule façon valable \u2014 par leur talent \u2014 la littérature.Les grands mots me font .suer ! Je m\u2019excuse, encore une fois, de la trivialité de l\u2019expression mais je n\u2019en trouve pas d\u2019autre capable d\u2019exprimer si éloquemment mon irritation.Et quel abus de grands mots dans cet article de la mère de famille \u201cfavorite\u201d de RELATIONS ! \u201cLa femme, source mystérieuse de la vie (sic), inconsciente des griffes de l\u2019économique qui la guettent constamment\u201d (re sic) .Et j\u2019en passe, et des meilleures.Je suis consternée, n\u2019étant qu\u2019une simple femme journaliste mais gagnant ma vie sans m\u2019interroger sur les différences biologiques qui existent entre le journaliste et la journaliste, quand des femmes-femmes dilapident un temps précieux à palabrer sur la condition de la femme, l\u2019asservissement de la femme par l\u2019homme, l\u2019avilissement de la femme, etc.Il y a quelques mois, en refusant de m\u2019embrigader dans un \u201cclub\u201d de femmes journalistes, je donnai comme simple explication de mon refus: il ne saurait y avoir de différence entre le journalisme féminin et le journalisme masculin.Il n\u2019y a que deux classes de professionnels: les bons et les mauvais journalistes.De même, poursuivant l\u2019un des arguments de Claire Campbell, à savoir \u201cle tragique\u201d de la condition de la femme qui travaille à s\u2019insérer dans un univers masculin en faisant violence à sa dignité féminine, j\u2019irai plus loin qu\u2019elle et je parlerai d\u2019honnêteté.Avant de crier à l\u2019avilissement, au scandale de l\u2019exploitation éhontée du corps de la femme dans la réclame, pourquoi ne pas d\u2019abord s\u2019en prendre à la malhonnêteté évidente de certaines femmes-femmes, insérées par intérêt dans le monde du travail mais persistant à réclamer tous les avantages de leur superféminité sans en payer le prix: un travail intelligent, compétent, soumis aux horaires normaux, sans absentéisme et sans favoritisme ?Le scandale, s\u2019il existe, est d\u2019abord là.Rien ne sert de s\u2019élever contre le nouveau \u201ccontexte-social\u201d \u2014 toujours les grands mots ! \u2014 où se débrouille, du mieux qu\u2019elle peut, et bientôt plutôt bien que mal, la femme d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Il faut en tirer le meilleur parti possible.Sans renoncer pour autant à être femme contre l\u2019homme ?Soyons plutôt femme comme l\u2019homme .est homme, sans revendication, sans révolte ou tentative de promotion.Quel mot hideux, d\u2019ailleurs, et qui ne veut plus rien dire ! M.U.Thant déclarait un jour à un groupe de femmes réunies, toujours dans un but \u201cd\u2019émancipation\u201d, qu\u2019à son avis, et dans le monde du travail, \u201cles femmes étaient très RELATIONS Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïaièaubegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal souvent les principales ennemies des femmes\u201d.Je partage entièrement cette opinion.\u2022\tque la femme soit morale, qu\u2019elle cesse de se prostituer comme elle le fait souvent volontairement, sciemment, sans même de \u201csollicitation\u201d masculine pressante, et l'on tentera beaucoup moins de la dépraver; \u2022\tque la femme soit honnête, rigoureuse et stricte, et l\u2019homme, qu\u2019elle aura cessé de redouter maladivement, comprendra mieux son devoir d\u2019honnêteté, de rigueur et de justice envers elle; \u2022\tque la femme soit sincère et lucide: elle admettra que la réclame omniprésente, le cinéma, les nouvelles formes d\u2019art et de littérature, tout l\u2019univers \u201cmacluhanien\u201d, ou post-gutenbergien, sont autant \u201csa\u201d chance de survie et d\u2019épanouissement que celle de l\u2019homme; \u2022\tque la femme, enfin, soit véritablement religieuse.Et je pèse mes paroles ! Qu\u2019elle cesse de confondre \u201cmoralisme\u201d et \u201csentimentalisme\u201d qui l\u2019ont trop souvent fait voir \u201cpriante\u201d, alors que l\u2019homme ne l\u2019était pas, \u201ccroyante\u201d alors que l\u2019homme l\u2019était moins, quand, en allant au fond des choses, on pouvait fort bien observer que le VRAI croyant était l\u2019homme, le vrai priant était l\u2019homme.Cette dernière erreur a engendré une foule de malentendus, de mécomptes, et surtout de tragiques mésententes conjugales.Les femmes-femmes, j\u2019en demande pardon à Madame Claire Campbell, sont extrêmement dangereuses pour l\u2019espèce féminine.La femme ordinaire doit s\u2019en garder comme de .tous les paradis artificiels ! Rimouski\tLisette Morin, journaliste.L\u2019avortement \u201cNous avons les lois que nous méritons\u201d, dit-on ! Alors, que pensez-vous du \u201cBill Trudeau\u201d en ce qui a trait à l\u2019avortement ?Dans tous les quotidiens, nous avons pu lire à ce sujet un grand nombre de nouvelles.Le comité des Communes chargé d\u2019étudier le projet de loi visant à l\u2019élargissement de la Loi a entendu de nombreuses requêtes.Qu\u2019en pensez-vous ?Y avez-vous réfléchi ?Puisque je suis mère de famille, la question de l\u2019avortement me préoccupe beaucoup.J\u2019ai un grand respect pour la vie, l\u2019ordre dans la nature et la dignité humaine.Je crois avec ferveur que les lois naturelles assurent le succès d\u2019un pays.A mon avis, l\u2019élargissement de la présente Loi tel que présenté dans le \u201cBill Trudeau\u201d m\u2019inquiète parce que le projet de Loi ne semble pas assez exigeant.Je partage donc les inquiétudes de monsieur Vincent Prince du journal Le Devoir, de Montréal.Dans un éditorial, le 29 décembre dernier, il écrivait: \u201cMais la prudence devrait commander qu\u2019on n\u2019adopte rien de définitif avant d\u2019avoir laissé le temps aux experts d\u2019étudier le projet plus à fond et de formuler leurs recommandations\u201d.Est-ce que l\u2019Etat ne doit pas être le gardien des règles de morale collective ?Est-ce que l\u2019intérêt de la société saurait justifier l\u2019avortement ?Après tout, l\u2019avortement est une atteinte à une autre vie; c\u2019est l\u2019interruption d\u2019une vie humaine autonome.Quand on FÉVRIER 1968 a donné la vie, a-t-on le droit de retirer cette vie ?La vie est une chose sacrée qu\u2019on doit respecter.C\u2019est primordial.Qu'arrive-t-il à un pays où le peu de respect de la vie permet d\u2019attaquer des vies sans défense ?On parle beaucoup de liberté, liberté de la femme, liberté du couple.Mais il y a des responsabilités aussi, n\u2019est-ce pas ?Quand on a donné la vie, on n\u2019en est pas du tout propriétaire.Le droit à la vie nous vient de Dieu, alors nous avons des responsabilités envers cet être qui a des droits.Donc, droit à SA vie: c\u2019est fondamental, ce droit ! Cette vie est inviolable.\u201cQuestion de conscience\u201d, nous dit-on en termes très forts.Mais c\u2019est une question sociale et morale qui touche toute la société dans des domaines très complexes.Quelle pitié d\u2019entendre une femme dire devant le comité des Communes: \u201csi les législateurs estiment trop difficile de trancher la question, qu\u2019ils laissent les femmes en âge d\u2019avoir des enfants décider à leur place\u201d.Quels propos puérils ! Quel manque de profondeur et de sens de responsabilités ! Le projet de loi est basé sur \u201cla santé de la mère\u201d.Mais je le répète avec monsieur Prince: \u201cNotre crainte c\u2019est que si l\u2019on se contente de parler de santé mise en danger, on finira par interpréter ce texte de façon très large et légaliser des meurtres qui ne devraient jamais l\u2019être.\u201d Est-ce que les experts ont étudié les effets psychologiques néfastes de l\u2019avortement ?Des infirmières m\u2019ont dit avoir entendu des confidences de mourantes avouant n'avoir jamais oublié leur enfant avorté.Jusque dans la mort, l\u2019âme de cet être détruit les avait suivies.Et on parle de santé mentale ?Un gynécologue de grande réputation à Nagoya, au Japon (qu\u2019on appelle le paradis de l\u2019avortement), le docteur Kaseki, questionna 525 femmes qui avaient eu recours à l\u2019avortement thérapeutique.Il a constaté que 73% d\u2019entre elles avaient souffert d\u2019angoisse après l\u2019avortement.Dans une autre enquête, sur 253 femmes mariées qui avaient elles aussi eu recours à l\u2019avortement thérapeutique, 92% ressentaient des remords.De plus, une enquête menée par un journal de Mainichi apporta 1,026 réponses: 68% révélèrent que l\u2019avortement était mauvais, soit parce qu\u2019il était mal en soi, ou qu\u2019elles regrettaient l\u2019enfant détruit.Dans son livre Flight from Woman, le docteur Karl Stern, éminent psychiatre de Montréal, auteur de renommée mondiale, éclaire ce point si important du remords.Et on parle de santé mentale ?En conclusion, j\u2019aimerais souligner qu\u2019il y a non seulement des valeurs de civilisation mais il y a aussi des devoirs de vie.Dans cette question d\u2019avortement, c\u2019est un devoir pour nous tous de faire connaître nos craintes.Jamais n\u2019avons-nous eu autant besoin de parfaite lucidité pour envisager les conséquences possibles d\u2019un élargissement excessif de la Loi ou d\u2019une Loi pas assez exigeante.Avec la foi, la foi religieuse, la foi en l'humanité et la foi en soi-même, chacun peut facilement trouver le courage d'écrire à son député ou à son journal.Il ne faut pas avoir peur d\u2019exprimer ses craintes.Evidemment, il faut avoir des convictions.Montréal.\tClaire Campbell.Méditation Du coeur et des yeux Lire l\u2019évangile de chaque semaine, rapidement et par routine, après la non moins routinière lecture de l\u2019épître.porter un jugement sceptique sur l\u2019importance positive du texte parcouru, fermer le livre et passer au Credo, c\u2019est l\u2019équivalent de lorgner, une fois la semaine, un fragment de la vie de Jésus sur le petit écran, sans y mettre le son.Je pourrai bien déclarer après quelques années de cette pratique: \u201cJe n'aime pas Jésus ou sa vie !\u201d Mais on pourra me répondre: \u201cVous n\u2019avez rien fait pour l\u2019aimer, en vous privant ainsi de communication ! Vous n\u2019avez pas communié à ces tableaux vivants, vous n\u2019avez pas écouté la Parole incarnée, vous n\u2019avez pas perçu le message de l\u2019Amour exprimé.Votre intelligence, inactive, a donc connu l\u2019ennui, et votre cœur, désaffecté, bâille maintenant au Christ et bâille à l\u2019église.\u201d Il ne suffit pas de lire l\u2019Evangile, encore moins de le feuilleter; c\u2019est un livre à entendre et à regarder, non pas en curieux, mais en croyant.Il n\u2019est pas le récit d\u2019une vie passée, il est le récit d\u2019une vie restée, auprès de laquelle je dois me renseigner pour me faire des idées, et davantage encore pour apprendre à vivre et à aimer.L\u2019Evangile, c\u2019est un drame, le plus passionnant de tous, auquel je suis convié d\u2019assister, non pas comme à un autre drame, pour un plaisir de durée limitée, mais en vue d\u2019y modeler ma vie, pour le bonheur d\u2019une éternité.Quand je l\u2019ouvre, c\u2019est pour entendre et regarder le Christ d\u2019abord, puis tous les autres personnages, avec ou sans nom, mis sur son passage, pour me les faire rencontrer.Tous ensemble, je dois le croire, en la même unité d\u2019action et de mouvement, conduits par le Père, représentent au monde la marche vers la rédemption, s\u2019accomplissant au pas à pas de Jésus et de chacun des figurants.L\u2019essentiel, si je veux être spectateur gratifié, c\u2019est de fixer le Seigneur, afin de noter ses attitudes avec tous ces autres dont les façons d\u2019agir ou de penser reproduisent si souvent les miennes; l\u2019essentiel, c\u2019est de remarquer ses réparties, fabes à de^ onoo^nts dont les paroles ont déjà, peut-être, flâné sur mes lèvres.Et si, par la contemplation, je m\u2019approche de lui sur la scène, combien de fois n\u2019entendrai-je pas sa réplique, comme une question embarrassante à laquelle, je le sens, je dois immédiatement répondre ?ou comme une demande d\u2019explication, dont je puis difficilement me déprendre ! Je comparais devant moi, éclairé par sa lumière gênante; près de lui, cependant, je ne me sens pas condamné à plus d\u2019ennui, mais appelé à plus d\u2019amour.La parole de Dieu est toujours vivante dans les Ecritures; et quand le désir se fait présent à moi d\u2019alimenter ma vie à cette source divine, la parole divine aussi coule en moi et devient source de vie, présente en moi.Dieu est vivant dans sa parole; si je veux communiquer avec elle, Il communique avec moi, me parle, m\u2019informe et, lentement, s\u2019ébauche en moi.Tout homme, avec lui.peut refaire la ressemblance divine, en le suivant dans l\u2019Evangile, du cœur et des yeux.Paul Fortin.53 Les livres Religion André de Bovis: Vivre de la foi.Coll.\u201cBibliothèque de Spiritualité\u201d.\u2014 Paris, Beauchesne, 1966, 320 pages.19 cm.Il n\u2019est pas, à l\u2019heure actuelle, pour les chrétiens immergés dans le monde, de problème plus grave et plus angoissant que celui de leur vie de foi.Tout aujourd'hui est remis en question et le doute hante l\u2019esprit et le cœur de bien des croyants.Voici un ouvrage que devraient lire au moins tous ceux qui se sentent ébranlés dans leur foi par les événements qui se déroulent à une cadence folle dans le monde et dans l\u2019Eglise en ces dernières années.Qu\u2019est-ce que la foi chrétienne ?Quel en est le cœur ?Quelles en sont les dimensions ?Qu\u2019est-ce que vivre de la foi ?Comment peut-on croître dans la foi ?Quelle est la responsabilité de chacun à l\u2019égard de sa foi ?Autant de questions que traite l\u2019auteur avec grande compétence et sûreté.La foi, nous dit-il, pousse à l\u2019action: \u201cLa vérité que la foi poursuit, ne paraît, n\u2019est saisie, ne subsiste que dans la mesure où le croyant consent à \u201cl\u2019agir\u201d que sa foi annonce et réclame.L\u2019homme de la foi n\u2019aperçoit et ne retient la vérité que dans la mesure où il la fait, que dans la mesure où il se résout à l\u2019incarner dans ce monde qui est lui-même et les autres.\u201d La foi est un don de Dieu et à ce don il faut se disposer, car \u201cDieu ne donne qu\u2019à celui qui désire, qu\u2019à celui qui entr\u2019ouvre son âme par le désir\u201d par une humble prière.Aussi faut-il prier pour avoir la foi, pour la conserver, pour la rendre plus agissante.\u201cTout croyant peut discerner en lui-même une sorte d\u2019incrédulité latente.Elle n\u2019attend que l\u2019occasion de s\u2019exprimer.Que le fidèle se mette donc en prière pour obtenir la grâce de la foi, pour s\u2019y disposer davantage .Il faut donc prier et ne jamais cesser\u201d (p.59).Qu\u2019importe que prier ne soit pas toujours une réussite spirituelle, c\u2019est l\u2019événement qui situe l\u2019homme dans la foi, le fait exister selon la foi un instant, une minute ou une heure, et, du même coup, le situe dans l\u2019être, car pour le chrétien, selon le mot de Kierkegaard, \u201ccroire, c\u2019est être\u201d.Richard Arès.René Coste: Notre Père sur le monde.\u2014 Paris, Aubier, Editions Montaigne, 1966, 256 pages.18 cm.Commentaire, adapté à notre temps, de la prière enseignée par le Christ à ses apôtres et aux chrétiens de tous les âges.Comme le dit Mgr Théas dans la préface, grâce aux connaissances et à la piété de l\u2019auteur, cette prière de toujours devient la prière d\u2019aujourd\u2019hui, une prière adaptée, une prière à l\u2019usage des contemporains.L\u2019A.n\u2019aime guère la nouvelle traduction: \u201cEt ne nous soumets pas à la tentation\u201d; pour lui, l\u2019ancienne est beaucoup plus fidèle à l\u2019esprit même de la Bible: \u201cEt ne nous laisse pas succomber à la tentation\u201d.Les pages qu\u2019il consacre aux tentations du chrétien dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui sont à lire.Nous vivons dans une société où tout est permis et où tout est soumis à la corruption.C.Mauriac a vu juste quand il a écrit: \u201cOn ne peint 54 pas impunément le mal à l\u2019état pur.Il est le plus fort.Il submerge jusqu\u2019à celui qui prétendait l\u2019observer scientifiquement.Nous sommes éclaboussés et souillés.\u201d A lire aussi les pages sur \u201cla tentation du refus de Dieu\u201d dans notre monde d\u2019aujourd\u2019hui.Richard Arès.Harry Hoefnagels: L\u2019Eglise et la société prométhéenne.Problèmes de sociologie religieuse.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1966, 150 pages.18 cm.Oeuvre d\u2019un sociologue, ce petit livre aborde avec lucidité et profondeur le problème fondamental de l\u2019insertion de l\u2019Eglise dans la société contemporaine.Pour les Anciens, l\u2019ordre social était déterminé par la nature elle-même, mais l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui veut établir lui-même son ordre social: \u201cAu lieu que la liberté soit soumise à un ordre préexistant, c\u2019est l\u2019ordre qui doit se plier aux exigences de la liberté humaine.\u201d Il s\u2019ensuit que l\u2019Eglise ne peut plus jouer le rôle qu\u2019elle a joué autrefois dans le domaine social: \u201cL\u2019homme a choisi la liberté, et il lui faut aujourd\u2019hui vivre avec l\u2019incertitude que cette liberté apporte avec elle.\u201d Il s\u2019ensuit aussi qu\u2019un ordre social juste est le résultat d\u2019une discussion continue, dans laquelle la religion doit faire entendre sa voix, car elle est le fondement de l\u2019effort humain vers la justice: elle donne en la vie une confiance inébranlable et elle préserve, dans le développement social, la dignité de la personne.\u201cLa religion donne à l\u2019homme la certitude que son effort pour rendre plus humaines les conditions de vie a un sens, et qu\u2019on ne peut vraiment réaliser les valeurs humaines qu\u2019en respectant la dignité de la personne.\u201d L\u2019Eglise s\u2019est toujours servie des forces sociales pour amener l\u2019homme à la pratique religieuse, et elle doit continuer à le faire en utilisant les moyens modernes d\u2019influence: \u201cLe but essentiel de ce que l\u2019on appelle la christianisation du milieu, c\u2019est de transformer ce milieu de telle façon qu\u2019il pousse les hommes à penser et à agir dans un sens chrétien, comme par eux-mêmes.\u201d Vers la fin de l\u2019ouvrage, l\u2019A.se prononce en faveur de l\u2019introduction d\u2019éléments démocratiques dans la structure traditionnelle de gouvernement de l\u2019Eglise, il suggère que l\u2019exercice du pouvoir ecclésial corresponde à celui du pouvoir civil, afin que la nécessaire obéissance du fidèle soit davantage \u201ccelle d\u2019un homme libre\u201d.Un petit livre d\u2019une grande actualité et d\u2019une richesse considérable.Richard Arès.Heinz Skrobucha: Le Message des Icônes.Traduit de l\u2019allemand par le chanoine G.Athanasiadès.\u2014 Fribourg, Editions Saint-Paul, 1966, 137 pp., 19 cm.Beau livre bien documenté, composé de deux parties: une introduction de 38 pages où le connaisseur aussi bien que le lecteur moyen trouveront des détails intéressants et nouveaux sur le sens des icônes.45 superbes planches, accompagnées chacune de son explication, donnent une idée de ce que pouvait être la magnificence de l\u2019iconographie byzantine.27 icônes sont gre-co-byzantines; 16 sont russes et 2, d\u2019origine indéterminée.Joseph Ledit.Jacqueline Dupuy: Dialogue dans l\u2019infini.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d 3.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 151 pp., 21 cm.L\u2019auteur de cet ouvrage nous est déjà connu par ses écrits antérieurs: Il est un jardin et Le Sabre d\u2019Arlequin, tous deux couronnés par l\u2019Académie française, et Dure est ma joie, grand Prix du Syndicat des journalistes et écrivains.Le titre, Dialogue dans l\u2019infini, représente bien l\u2019orientation de cet essai qui place l\u2019homme en dialogue avec Dieu.Saisi par la révélation de l\u2019amour miséricordieux du Seigneur, l\u2019homme s\u2019abandonne progressivement à Dieu qui le prend en main et le transforme.A l\u2019homme qui lui offre \u201cses yeux\u201d, Dieu enrichit le regard par la vision de foi afin qu\u2019il devienne l\u2019expression de la miséricorde divine.A celui qui abandonne \u201cses oreilles\u201d, le Seigneur propose d\u2019intégrer en lui la mélodie tragique et glorieuse de la Rédemption.En réponse à l\u2019offrande de \u201cses mains\u201d, l\u2019homme découvre la noblesse de son travail: achever l\u2019œuvre de Dieu, imprégner d\u2019amour la matière et la machine, contribuer au bien de tous.Puis Dieu introduit celui qui lui donne \u201cses pieds voyageurs\u201d, dans la voie de l\u2019Amour.Il révèle le Verbe incarné et la richesse de sa vie à l\u2019homme qui lui remet \u201csa tête\u201d remplie d\u2019incertitude et de confusion.Lorsque l\u2019homme lui offre \u201cson cœur\u201d, Dieu entre dans sa vie et il illumine son être et son action.Au sommet, l\u2019Amour invite à partager le bonheur, mais aussi la peine.Rédigé dans une langue choisie et imagée, ce livre nous communique une pensée théologique juste, d\u2019inspiration biblique et traditionnelle, sur la Trinité, la création, l\u2019Incarnation, la Rédemption, la grâce, le mal, etc.On pourrait s\u2019étonner que, dans une telle synthèse, on ne traite pas de la vie sa-cramentaire et très peu explicitement de l\u2019Eglise.Ceci s\u2019explique par le point de vue de l\u2019auteur qui s\u2019adresse ici à tout homme de bonne volonté, en quête de l\u2019Infini, et non seulement au croyant déjà engagé.La structure du dialogue n\u2019était peut-être pas la forme la plus favorable à une telle réflexion.Même s\u2019il existe des pages remarquables, notamment sur le travail (ch.III) et sur le Royaume d\u2019Amour (ch.IV), l\u2019agencement du dialogue entraîne plutôt de la confusion dans le développement d\u2019une idée; un certain nombre de propos attribués à Dieu, d\u2019autres prêtés à l\u2019homme paraissent forcés, brisent l\u2019harmonie et heurtent le lecteur dans l\u2019évolution de sa pensée.Cette lecture apporte un excellent témoignage à celui qui possède déjà une préparation intellectuelle sérieuse et qui cherche la Vérité ou désire approfondir sa relation avec Dieu.Françoise Coulombe.Montréal.Karl RAHNER, S.J.: Appels au Dieu du silence.10 méditations.Traduit par P.Kirch -hoffer.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1966, 131 pp., 19 cm.RELATIONS CARTE ¦ RÉPONSE Les frais de poste seront payés par CENTS 4051 RELATIONS S100, boulevard Saint-Laurent Montréal-11 S'adressant au Dieu de sa vie, de son Seigneur Jésus-Christ, de ses prières, de la connaissance, des lois, de la vie quotidienne, des vivants (que sont les morts), de ses frères, de sa mission sacerdotale, puis au « Dieu qui vient », l\u2019A., dont on connaît la science profonde en théologie, offre ici des prières faciles à comprendre, personnelles et cependant exprimables par d\u2019autres, audacieuses et en même temps d\u2019une robuste et lucide humilité («Dieu des lois»).Le prêtre d\u2019abord y trouvera l\u2019aliment de son oraison; religieux et religieuses aussi; le chrétien cultivé enfin, surtout s\u2019il a pour tâche d\u2019écrire ou d\u2019enseigner.On se réjouit de rencontrer un Rahner simple, qui, sans chercher la subtilité, demeure original, et dont un traducteur habile sait rendre le tour d\u2019esprit dans un français clair et correct.Joseph d\u2019Anjou.Charles-H.SCHELKLE : Introduction au Nouveau Testament.Histoire littéraire et théo-logique.Traduit par Marcel Grandclau-don.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1965, 334 pp., 21 cm.Prix : 16 F.Un aperçu des problèmes à examiner avant d\u2019interpréter le Nouveau Testament, voilà ce que l\u2019A.présente avec clarté, maîtrise, sobriété.Les vingt-cinq pages du début, peu intéressantes, résument l\u2019histoire de l\u2019exégèse néo-testamentaire et signale l\u2019état et les tâches de la science biblique d\u2019aujourd\u2019hui.Les deux parties de l\u2019ouvrage retiennent solidement l\u2019attention.Dans la première, l\u2019A.explique l\u2019origine, la forme littéraire et la valeur doctrinale des vingt-sept « livres » du N.T.Dans la seconde, il montre comment l\u2019Eglise est venue à fixer dans ces vingt-sept livres le « canon » du N.T.Le lecteur s\u2019initie à toutes les questions que soulève un sujet vaste et difficile : chronologie des évangiles synoptiques, identification de leurs auteurs, énigme de leurs influences réciproques; rédaction, chronologie, authenticité des épîtres de saint Paul; comparaison du contenu des épîtres de la captivité avec les autres de l\u2019Apôtre; authenticité de la 2e aux Corinthiens, des épîtres pastorales et de l\u2019épître aux Hébreux; composition des épîtres dites « catholiques », des épîtres de saint Pierre et de saint Jean.Lecture passionnante, grâce à la compétence et à la rigoureuse honnêteté de l\u2019A.: quand il ne sait pas, il le dit, après avoir mentionné les hypothèses proposées (pp.57, 63, 65, 74, 178-179, 213.).Il ne manque pas d\u2019audace pourtant, à propos de la question synoptique, puisqu\u2019il renvoie après la ruine de Jérusalem la rédaction de Matthieu et de Luc (56, 82).Sorte de manuel pour étudiants, donc didactique et relativement austère, l\u2019ouvrage se lit quand même avec plaisir.Une bibliographie de plus de soixante livres en français, une table analytique et onomastique complètent l\u2019excellent guide que l\u2019A.met aux mains de quiconque veut éviter les méprises en abordant l\u2019étude du Nouveau Testament.Joseph d\u2019Anjou.Mgr A.-C.Renard : Le Concile et les Religieuses.Coll.« Le concile dans la vie ».\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1966, 88 pp., 18 cm.Prix : 5 F.Le concile invite au renouveau, non au ' reniement.L\u2019A., très au courant des problèmes de la vie religieuse, surtout féminine, insiste donc sur la fidélité au Christ et à l\u2019Eglise.Trois sujets l\u2019occupent ici : l\u2019obéissance, qui rend plus libre et plus adulte dans le Seigneur la femme consacrée, par la grâce d\u2019une autorité soumise à l\u2019Esprit du Christ; la pauvreté : ni misère, ni luxe, mais liberté encore, avec ou sans grandeur dans l\u2019apparence extérieure, compte tenu des héritages anciens; l\u2019union enfin de la prière et de l\u2019action en vue d\u2019apporter, par la présence, la parole et la conduite, le témoignage de la vérité et de l\u2019amour du Christ parmi les hommes.Opuscule bienfaisant; la bonhomie de l\u2019entretien pastoral fait passer quelques négligences de style, que compensent le mordant et l\u2019actualité du ton.Joseph d\u2019Anjou.André Thiry, S.J.: Liberté religieuse et Liberté chrétienne.\u201cMuseum Lessianum\u201d, section ascétique et mystique, no 57.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 254 pp., 19 cm.Prix \u2022 $3.20.Le progrès réalisé par le dernier concile dans l\u2019expression de la vérité théologique apparaît clairement à la lecture de \"la déclaration concernant la liberté religieuse et du commentaire qu\u2019en offre l\u2019A.Il s\u2019agit bien d\u2019un progrès, non d\u2019une nouveauté : l\u2019Eglise a toujours proclamé l\u2019essentiel ; mais le cours de l\u2019histoire entraîne le magistère à découvrir des précisions et des exigences doctrinales que le monde ne savait ou ne pouvait antérieurement porter.Dans les cinq premiers chapitres de son ouvrage, l\u2019A.expose brièvement et clairement les étapes et les éléments de l\u2019évolution au terme de laquelle devait surgir une conception à la fois plus rigoureuse et plus large de la liberté humaine, de la liberté religieuse en particulier ; et il explique avec maîtrise le sens de cette conception.Les cinq autres chapitres, dépassant la visée de la déclaration conciliaire, traitent de la liberté parfaite que seules la foi au Christ, la fidélité à son enseignement et à sa grâce peuvent épanouir en nous.Du diptyque de l\u2019A.le premier panneau montre le souci qu\u2019a eu le concile d\u2019atteindre tous les hommes ; le second révèle aux chrétiens les horizons illimités qu\u2019ouvre l\u2019Evangile aux aspirations de la foi et de l\u2019amour, et aussi la responsabilité que nous avons de faire rayonner dans le monde, par notre pensée et notre conduite, la splendeur de la vraie liberté.On lit avec joie les développements qu\u2019inspirent à l\u2019A.les apparentes antinomies dressées entre la liberté et la loi, la créativité temporelle, la prière, la providence.L\u2019ouvrage se termine par un chapitre qui met en vif relief la plénitude de la liberté du Christ et dans le Christ.Livre sérieux, qui apporte au chrétien d\u2019utiles lumières et une profonde satisfaction.Joseph d\u2019Anjou.Groupe lyonnais d\u2019études médicales : La Liberté et l'Homme du XXe siècle.Coll.\u201cConvergences\u201d.\u2014 Paris (25, rue Saint-Sulpice), Editions Spes, 1966, 271 pp., 20 cm.Prix : $4.Plus profane que celui du P.Thiry, l\u2019ouvrage du Groupe lyonnais touche aussi à plus de sujets.Philosophie (C.Kohler), physique (O.Costa de Beauregard et F.Russo), psychophysiologie (P.Chauchard), éducation (C.Ducreux), économie (C.Vo-Thanh-Loc), démocratie (R.Padirac), art (G.Manillier) dialoguent d\u2019abord avec la liberté ; puis, à leur tour, religion et morale : A.Latreille résume l\u2019évolution qui a conduit le dernier concile à proclamer la liberté religieuse dans toute sa rigueur ; le P.J.-P.Lin-tanf^ explique pourquoi et comment la liberté, comprise en plénitude, s\u2019épanouit par la loi, au lieu^ d\u2019y trouver un carcan ; le P.E.Pousset tâche laborieusement, car son propos est difficile et délicat, de montrer que liberté humaine, Justice et Miséricorde divines^ se rencontrent et peuvent se concilier même dans le péché.Ouvrage austère au début pour le profane en sciences expérimentales, et d\u2019un franc catholicisme, comme les précédents de la même collection.Mais pourquoi revenir aux négligences passées ?Ponctuations défectueuses, graphies fautives (surtout des noms propres), coquilles, erreurs de vocabulaire et de syntaxe, passages incompréhensibles et, par distraction sans doute, contraires à la vérité abondent dans le recueil.Quelques exemples : avatar ne signifie pas échec (108, 118) ; obligation diffère de contrainte (113, 212); la volonté n\u2019est pas une action (13), mais un appétit; l'homme se fait, évidemment (34, 107), mais non pas n\u2019importe comment, puisqu\u2019il a une nature (117) qui l\u2019oblige à son bien (chap.IX); parler de \u201ccérébralisation personnalisante\u201d (98) chez les animaux paraît au moins abusif.Mais on lit avec plaisir les conseils que l\u2019abbé Ducreux offre aux éducateurs du foyer en utilisant les \u201cinstances\u201d psychologiques de Charles Baudouin (chap.IV), le bref mais énergique refus opposé par Chauchard à la pilule contraceptive (103), le spirituel plaidoyer de Manillier pour la liberté de l\u2019artiste et le progrès de l'art (chap.VII), enfin (chap.X) le solide exposé que le P.Pousset présente du christocentrisme paulinien.Joseph D\u2019Anjou.Sociologie, Anthropologie René COSTE : Dynamique de la Paix.\u2014 Tournai, Desclée, 1965, 160 pp.18 cm.Petit livre d\u2019une grande richesse.Une première partie étudie l\u2019impasse dans laquelle s\u2019est engagée l\u2019humanité actuelle : les armes nucléaires, le totalitarisme, l\u2019aliénation économique, le drame du Tiers Monde, le racisme, etc.Puis survient la deuxième partie intitulée « Le retournement ou les solutions constructives ».En quelques pages, l\u2019A.nous indique sa ligne de pensée sur le désarmement, l\u2019organisation superétatique du monde, la coopération mondiale, les possibilités de la démocratie, l\u2019économie au service de l\u2019homme, l\u2019engagement personnel et le rôle des chrétiens.La note est habituellement juste, ferme et nuancée.Ouvrage de vulgarisation, ce livre fait bien connaître la doctrine chrétienne actuelle de la Paix.Il se termine d\u2019ailleurs par un appel aux chrétiens pour qu\u2019ils prennent « la tête du combat pour la paix », car, pour une part, ils sont responsables de la situation actuelle et il est de leur devoir de prendre au sérieux le Sermon sur la Montagne.Richard Arès.The American Assembly: a world of nuclear Powers ?Edited by Alastair Buchan.\u2014 Englewood Cliffs, N.J., Prentice-Hall, Inc., 1966, 182 pp., 20 cm.Recueil d'opinions sur l\u2019avenir des armes nucléaires dans notre monde et essai de réponses aux principales questions que ces armes posent à l\u2019humanité.Tour à tour les auteurs examinent quels sont les pays capables aujourd\u2019hui ou demain de produire FÉVRIER 1968 55 ces armes, pourquoi des pays comme l\u2019Allemagne, l\u2019Inde, la Suède et le Japon \u2014 sans parler du Canada \u2014 ne se donnent pas pour objectif la production d'armes nucléaires, comment arrêter la prolifération de ces armes : par des accords mutuels ou par une politique plus générale et plus contraignante, etc.Ouvrage technique, mais qui traite de l\u2019un des problèmes les plus angoissants pour l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Richard Arès.Georges ZdZIECHOWSKI : Le problème-clef de la construction européenne.La Pologne sur l\u2019Oder.\u2014 Paris, Editions A.Pedone, 1965, 229 pp., 25.5 cm.La thèse de l\u2019auteur est que la frontière occidentale de la Pologne est sur l\u2019Oder et la Neisse, comme ce fut établi après la dernière guerre.Il apporte des raisons historiques et politiques qu\u2019il développe en 147 grandes pages.Suivent huit appendices.Cette documentation du point de vue polonais est bien présentée.L\u2019auteur estime que la construction européenne doit reposer sur l\u2019acceptation universelle et définitive de cette situation.Arrivera-t-il à persuader les Allemands ?C\u2019est justement le grand mérite du cardinal Wyszinski et des évêques d\u2019Allemagne occidentale d\u2019avoir fait l\u2019accord sur ce point, à l\u2019occasion du millénaire de la Pologne.On sait quelle fut la réaction de M.Gomulka.Joseph Ledit.Semaines sociales de France.Nice 1966 : L'opinion publique.\u2014 Lyon (16, rue du Plat), Chronique sociale de France, 1966, 414 pages.21 cm.Les études sur l\u2019opinion publique se mul-< tiplient actuellement.Avec ce compte rendu de la Semaine sociale de Nice, nous aurons désormais une sorte de somme sur la question : comment naît et se forme l\u2019opinion publique, comment peut-on scientifiquement la connaître, quelle est sa valeur, quels sont ses rapports avec la liberté, la vérité, la démocratie, la vie internationale, l'Eglise, etc.Il y aurait beaucoup à puiser dans ce riche enseignement à la fois doctrinal et pratique ; je me contente de signaler quelques idées du cours de Me Jean Rivero sur les \u201cResponsabilités des chrétiens dans un régime de liberté d\u2019opinion\u201d.Il faut, nous dit ce dernier, \u201crespecter la liberté en la vivant\u201d, c\u2019est-à-dire en s\u2019en servant, car la liberté ne s\u2019affermit que lorsqu\u2019elle est vécue.Il faut aussi respecter la liberté des autres, mais se rappeler que \u201cla liberté n\u2019est pas une idole ; elle n\u2019est pas un absolu; elle n\u2019occupe pas, dans l\u2019échelle des valeurs, l'ultime degré.Elle s\u2019intégre à une vision totale du monde; l\u2019en détacher, ce n\u2019est pas la grandir, c\u2019est la dénaturer et la trahir\u201d.Pour Me Rivero, \u201cil y a un intégrisme de la liberté, qui refuse le principe même de ces limites\u201d; nous ne devons pas nous rendre complices, au nom de la liberté, de ce qui n\u2019est, en définitive, qu'un détournement de la liberté.Ouvrage sérieux et qui invite à de saines réflexions.Richard Arès.Gouvernement du Québec :\tRapport du Comité d'étude de l'enseignement professionnel agricole.\u2014 Québec.Ministère de l\u2019Education, 1966.170 pp., 24 cm.Créé en juillet 1963, le Comité d\u2019étude de l\u2019enseignement professionnel agricole a remis son rapport en août 1966.Deux parties le partagent : la première porte sur la situation actuelle, la seconde, sur l\u2019intégration de l\u2019enseignement professionnel agricole à l\u2019ensemble du système scolaire.Le travail a été fait avec sérieux et compétence, avec sympathie manifeste pour la classe agricole.Qu\u2019on lise, par exemple, les passages sur les « problèmes liés aux mentalités générales».La province de Québec, y lit-on, ne se reconnaît plus une vocation agricole.«L\u2019ère de l\u2019agriculturisme est définitivement révolue; le sentimental est disparu, mais avec lui, souvent, le rationnel.Un déséquilibre donne ainsi naissance à un autre déséquilibre que nous désignons par industrialisme.Comme résultante, l\u2019agriculture a perdu beaucoup de son éclat.(elle) semble devenir une activité qu\u2019il faut assister, mais qui n\u2019en constitue pas moins un poids lourd à traîner dont la disparition provoquerait sans doute un soulagement.» Ouvrage à lire par tous ceux qui s\u2019intéressent au sort et à l\u2019avenir de l\u2019agriculture au Québec.Richard Arès.Gérard Dugas : Essai de prospective en coopération.\u2014 Lévis, L\u2019Institut coopératif Desjardins, 1967, 112 pages.22.5 cm.Voici sur la coopération une publication qui sort de l\u2019ordinaire et dans laquelle les coopérateurs auront quelque difficulté à se retrouver.Il est vrai qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u201cessai de prospective\u201d, mais ce n\u2019est pas tout le monde qui est familier avec \u201cla phénoménologie\u201d, avec \u201cla logique d\u2019antagonisme\u201d, avec \u201cl\u2019action cybernétique\u201d, avec l\u2019\u201chétérogénéisation biologique\u201d, avec \u201cl\u2019antagonisme énergétique\u201d, avec \u201cLe phénomène humain\u201d de Teilhard de Chardin et la relativité d\u2019Einstein, tout cela se retrouvant dans ce volume.Aussi est-il difficile de porter un jugement sur cet essai.L\u2019A.défriche du terrain neuf, il s\u2019efforce de faire entrer la coopération dans les courants d\u2019idées les plus dynamiques et les plus prometteurs d\u2019avenir, il fait de la prospective.Les coopérateurs jugeront-ils suffisamment claires les indications qu\u2019il fournit?c\u2019est à eux de donner la réponse en pratique.Richard Arès.Thérèse LIMOGES : La prostitution à Montréal.Pourquoi, comment certaines femmes deviennent prostituées.Etude sociologique et criminologique.\u2014 Montréal, Les Editions de l\u2019Homme, 1967, 126 pp., 20.5 cm.Sujet pénible, étude nécessaire.On comprend qu\u2019un département de criminologie d\u2019université accueille une étude scientifique du sujet, surtout lorsqu\u2019elle est menée avec sérieux comme celle-ci, \u2014 elle fut primée par la Société de Criminologie du Québec \u2014 et que les données en sont présentées avec discrétion et respect.Ce fléau social est tel qu\u2019il faut l\u2019étudier, porter secours à ses victimes et, si possible, enrayer les causes qui le favorisent.On peut se demander cependant si pareille étude était à jeter dans le grand public par une édition populaire appuyée d\u2019un lancement à la télévision d\u2019Etat.La pudeur a ses droits dans la vie des sociétés comme dans celle des individus; à l\u2019oublier, on émousse le sens moral, on expose les faibles, on aide le mal bien loin de le combattre.Georges Robitaille.J.et P.VlLLEMINOT :\tLa Nouvelle-Guinée, 700,000 Papous, survivants de la Préhistoire.Coll.\u201cMarabout-Université\u201d, 111.\t\u2014 Québec, Marabout-Kasan, 1966, 318 pp., 18 cm.Après quelques notes géographiques et il l\u2019histoire de la découverte progressive des hauts plateaux de la Nouvelle-Guinée, territoires qu\u2019ils ont explorés abondamment au cours de plusieurs voyages, les auteurs nous présentent leurs habitants qui sont parmi les plus primitifs du globe : les Papous.Leur étude porte sur trois groupes principaux :\tles Wahgi, agriculteurs, les anthropophages Téléfolmin et les habitants du Sépik, des chasseurs de têtes.Alors que l\u2019homme s\u2019efforce de s\u2019arracher à tous ses préjugés de race, langue, couleur et religion, pour porter sur les autres peuples et leurs cultures un regard plus humain en même temps que plus objectif, une présentation aussi sympathique de ces peuplades primitives ne peut être que bienvenue.Des hommes aux coutumes aussi bizarres et déconcertantes que d\u2019utiliser les crânes de leurs ennemis comme pendentifs et de tenir le porc pour un animal sacré vivent heureux, nous disent les Villeminot, et la supériorité que nous nous attribuons si complaisamment pourrait bien être que subjective.Et ces coutumes, ils s\u2019efforcent de les comprendre, d\u2019en découvrir les motifs profonds, les mécanismes sociologiques et religieux.S\u2019il fallait faire une réserve, ce serait sur l\u2019excès de cette compréhension.Elle va si loin qu\u2019on se retrouve devant les bons sauvages de Rousseau, vivant dans un paradis que nous aurions perdu de par notre civilisation.On reste sur l\u2019impression que l\u2019anthropophagie ne leur est pas trop nuisible, que le fait de ne jamais se laver se compare avantageusement à notre hygiène et que leur nudité vaut bien notre habitude de nous vêtir.Mais ce sont là des tendances plutôt que des positions clairement exprimées.Cet ouvrage au style alerte, d\u2019une lecture facile et agréable nous présente une quantité imposante d\u2019informations recueillies sur place ainsi qu\u2019une bibliographie d\u2019une centaine de titres.Il plaira tant à celui qui désire une étude ethnographique bien documentée sur ces survivants de l\u2019âge néolithique qu\u2019au profane intéressé par les moeurs étranges de ceux qu\u2019il croit les plus différents de ses semblables.Bertrand Saint-Laurent.Facultés S.J., Montréal.Sexualité, Morale conjugale Thierry MaERTENS : La Promotion de la femme dans la Bible.Coll.« Points de repère » \u2014 Tournai (Montréal.306 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1967, 230 pp., 18 cm.Prix : 96 f.b.Réalisme et symbolisme sexuels dans la Bible étonnent les non-initiés.L\u2019A.suppose l\u2019initiation de son lecteur, et la visée, le ton de l\u2019ouvrage, par l\u2019effet aussi d# la grâce inhérente au texte sacré, purifient les citations et les considérations qu\u2019elles suggèrent.Il s\u2019agit du progrès réalisé dans l\u2019idée que l\u2019humanité, sous l\u2019action patiente de l\u2019Esprit, se fait de l\u2019être féminin et de sa vocation, depuis le récit le plus ancien de la Genèse (chap.II) jusqu\u2019à celui de l\u2019Apocalypse.Dans un monde d'hommes fabrica- 56 RELATIONS teurs, la femme passe d\u2019abord pour mystérieusement possédée par les forces « divines » de la nature (chap.I).Puis, ayant collaboré à l\u2019oeuvre masculine de la conquête du monde, elle apparaît comme une personne capable d\u2019autonomie et d\u2019efficacité sociale.« L\u2019amour mutuel fera le reste», ajoute l\u2019A.(chap.IT, III).Le Christ, sans bouleverser l'état social qu\u2019il trouve, émancipe tous les humains, femmes et hommes.Unique médiateur devant Dieu, en Lui et par Lui la femme et l\u2019homme deviennent, l\u2019un pour l\u2019autre, médiateurs à titre égal.C\u2019est pourquoi la primitive Eglise, tout en portant à sa perfection la dignité féminine déjà entrevue et vécue par Israël et en exaltant la virginité, conservera des traits de l\u2019ancienne alliance; la femme, associée à de nombreux ministères, demeurera plus ou moins dépendante de l\u2019homme et exclue du sacerdoce (chap.IV-V1I).Le restera-t-elle toujours ?La réponse relève de l\u2019Esprit : « lui seul appelle au sacerdoce », conclut l\u2019A.(p.217).On ne saurait trop recommander cet ouvrage aux lecteurs et aux lectrices capables d\u2019en profiter.On y trouve des exégèses éclairantes, surtout de saint Paul.L\u2019A.écarte en particulier le parallélisme abusif qu\u2019on établit entre la fonction symbolique du Christ-époux de l\u2019Eglise et la fonction réelle de l'homme-époux de la femme, de même qu\u2019entre l\u2019attitude symbolique de la soumission de l\u2019Eglise-épouse et l\u2019attitude réelle de la soumission imposée par la loi juive à la femme mariée (214).L\u2019A.ne prétend offrir ni une théologie de la femme, qu\u2019on ne peut tirer de la Bible, dit-il (215), ni une doctrine chrétienne de la féminité, dont il laisse l\u2019élaboration aux philosophes, aux psychologues et aux anthropologues.Son ouvrage permet cependant de mieux comprendre le sens non seulement de la féminité, mais \u2014 ce qui presse davantage \u2014¦ de la masculinité.Joseph d\u2019Anjou.Paula HOESL:\tMa vie de femme.Coll.\u201cPiolet\u201d.\u2014 Montréal (2585, rue Letourneux), Editions du Chalet, 1965, 203 pp., 18.5 cm.Prix : 12,60 F.Le bon sens d\u2019une femme, dont la > culture, enrichie par une longue expérience, s\u2019ouvre à tous les changements, vaut mieux en éducation, surtout quand une foi intelligente l\u2019éclaire, qu\u2019une psychosociologie souvent artificielle et toquée de statistiques.De la féminité l\u2019A.parle selon des schèmes traditionnels, mais n\u2019en retient, je pense, que les évidences durables, sinon exclusives (accueil et don, par exemple, conviennent à la femme et à l\u2019homme).Son optimisme catholique lui permet d\u2019intégrer dans son projet de la femme les apports sains de notre temps, de comprendre tous les états et genres de vie féminins : métier manuel ou profession libérale, célibat consacré ou non, mariage et maternité, avec ou sans travail hors du foyer.L\u2019A.ne ferait certes pas de la vocation féminine un simple accident culturel.Elle ne détourne cependant les femmes d\u2019aucune fonction appropriée à leur être total.Au contraire : elle les engage, comme la Bible et l\u2019Eglise, à prendre leur place dans la cité, dans le Corps mystique du Christ.Les jeunes filles, auxquelles l\u2019A.s\u2019adresse, doivent, si elles veulent échapper à l'emprise des bobards courants, lire avec attention les chapitres 6 et 7, qui traitent du célibat et de la vie religieuse.Elles méditeront avec profit les fort belles citations qui terminent chaque chapitre.Livre à lire, à répandre, même parmi les FÉVRIER 1968 garçons.A rééditer, en l\u2019épurant des innombrables fautes d\u2019orthographe que l\u2019A.a eu le tort de laisser imprimer, car elles gâtent un ouvrage dont le style et le ton charment par leur grâce et leur mouvement.Joseph d\u2019Anjou.Dr GllSti GebHARDT: L'Éducation sexuelle, de 5 à 25 ans.Traduit par Louis Breyet.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1964, 144 pp., 18.5 cm.Prix : 8 F.Utile quoique imparfait, l\u2019ouvrage de Mme Gebhardt, psychologue et mère de famille, explique \u2014 encore, puisqu\u2019il le faut, en Europe comme au Québec, malgré ce que pensent certains contempteurs obsédés de chez nous \u2014 les conditions d\u2019une saine préparation à la vie masculine et féminine.Rien de neuf dans son opuscule, mais un sens du concret précis et digne, un art exquis de présenter non seulement aux enfants de la maison, mais à des groupes soit de jeunes élèves, soit de grand(e)s adolescent(e)s sortis de l\u2019école les exigences de l\u2019amour véritable.A mon avis, l\u2019A.aurait dû éviter certaines maladresses d\u2019expression (pp.68, 72) qui risquent d\u2019aggraver la manie d\u2019identifier amour et geste sexuel, défloration et maturité féminine.On a tort aussi de concéder aux adolescentes, même jeunes, la naïveté et la passivité que leur prête l\u2019A.(83, 85, 99); elles savent très tôt la répercussion de leur coquetterie (?) sur la sensualité des garçons (100).De plus, l\u2019enfant né hors mariage a d\u2019abord et absolument droit à un foyer et non pas seulement à la tendresse, d\u2019ailleurs toujours aléatoire, de sa \u201cmère\u201d.On corrigera donc (77, 137) ce qui relève d\u2019un sentimentalisme compréhensible chez une femme, mais néfaste pour les enfants.Joseph d\u2019Anjou.Abel JEANNIERE, S.J.: Anthropologie sexuelle.Coll.\u201cRecherches économiques et sociales\u201d.\u2014 Paris (13, quai de Conti), Fernand Aubier, 1964, 206 pp., 20 cm.Il y a un sexe génétique (ou cellulaire), gonadique (ou génital, reproducteur), hormonal (ou glandulaire, dont dépendent les caractères secondaires), chez l\u2019animal et chez l\u2019homme (pp.42-45).Une certaine \u201crelativité\u201d (45) ou mutabilité s\u2019expérimente chez les animaux et se constate chez les humains par suite des influences qu\u2019ils subissent.Mais on exagère en identifiant la sexualité à une relation (48-49), le corps sexué à une situation et non pas à une chose (122), à un \u201cavatar malléable\u201d (78) que fixent une culture, une éducation (78, 110, 112, 115); comme si la rencontre homme-femme créait le sexe des êtres rencontrés (123, 129, 131); comme s\u2019il n\u2019y avait \u201cpas un fondement individuel du sexe, même au plan biologique\u201d (151).Pour soutenir que l\u2019homme n\u2019est pas une nature, mais une histoire (54); que la distinction du masculin et du féminin résulte d\u2019une culture (76, 108, 118, 126); que l\u2019anthropologie sexuelle a pour objet \"la réciprocité même où s\u2019individualisent les personnes\u201d (129), il faut avoir renoncé à une métaphysique de l\u2019être et de la substance et avoir adopté l\u2019idéalisme hégélien.Cela entraîne d\u2019inévitables contradictions, puisqu\u2019il y a \u201cpourtant un donné corporel\u201d et que \u201cson rôle n\u2019est pas nul\u201d (116), dans la grossesse et sa cause, par exemple (124); \u201cl\u2019être-pour-l\u2019autre\u201d suppose objectivement et l\u2019être et l\u2019autre (130, 131); \u201cla sexualité est.antérieure au logos\u201d (147), donc à la rencontre par le regard et le langage.L\u2019A.insiste avec autant de raisons que de raison sur la spécificité du sexe humain, sur sa signification spirituelle et son rapport à l\u2019amour, qu\u2019il situe à un très haut niveau d\u2019intimité personnelle.Mais par son refus de la nature et par son exaltation de l\u2019amour, qui en fait presque une chimère pour la majorité des hommes, il se rend pratiquement incapable de justifier le mariage indissoluble (193-197) et la virginité, vu la place excessive qu\u2019il attribue à l\u2019union des corps, conséquence (peut-être) de l\u2019abus qu\u2019il fait du mot besoin, le plus dangereusement équivoque en la matière.Mais sa critique radicale des idées courantes stimule la réflexion philosophique et théologique, car le sexe a nécessairement rapport à la nature et au sacré.Joseph d\u2019Anjou.A.-M.HENRY, O.P.: Morale et Vie conjugale.Coll.\u201cLumière de la foi\u201d.\u2014 Paris (29, boul.de Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1964, 252 pp., 20 cm.Nouvelle édition revue et augmentée.Positive, fondée en théologie et en expérience, la morale que l\u2019A.propose aux couples chrétiens fleurit normalement en spiritualité.Elle vise donc la perfection de l\u2019amour-charité, non la médiocrité qui, obsédée par le permis et le défendu, tombe infailliblement, sous prétexte de miséricorde ou de conformisme moutonnier, dans les ornières de la contraception.Chrétien, l\u2019A.parle à des chrétiens le langage des vertus théologales, cardinales et familiales qui leur convient.Nul angélisme; nulle démission non plus.La vie divine de la grâce et des dons du Saint Esprit, l\u2019A.sait que chaque baptisé la reçoit et peut la cultiver, l\u2019épanouir dans le mariage.Il montre comment y parvenir.Livre austère ?Non.Solide et facile à lire.Un des meilleurs sur le sujet qu\u2019il traite.L\u2019A.ne pouvait éviter les problèmes difficiles de la chasteté conjugale.Il les aborde et les résout avec autant de nuance que de justesse théologique, psychologique et sociale.Sa réprobation inconditionnée de la contraception n\u2019en a que plus de force.On l\u2019accusera d\u2019incompréhension ?A tort.Je souhaiterais, pour PraûcA t Réparations d'automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 57 ma part, qu\u2019il corrige même l\u2019équivoque des pages 204 et 205, dans lesquelles le verbe devoir, employé tantôt dans son sens fort, tantôt comme auxiliaire, risque de suggérer l\u2019obligatiéon de s\u2019abandonner à des faiblesses ou à des fautes.Il manque ici deux aperçus : a) pour compléter ce qui concerne le progrès difficile dans la vertu, un développement relatif à la nécessité de se reconnaître et de s\u2019accepter pécheur, prêt à s\u2019accuser, non à s\u2019excuser; b) pour mieux réduire les sophismes anticonceptionnels et souligner l\u2019essentielle liberté de l\u2019amour humain et chrétien, le rappel d\u2019un principe, appuyé sur l\u2019observation, selon lequel l\u2019amour, conjugal ou non, n\u2019a pas besoin de s\u2019exprimer génitalement.Joseph d\u2019Anjou.J.MAC AvOY: Mari et Femme.Coll.\u201cLe poids du jour\u201d.\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1966, 302 pp.18 cm.Prix : 9,90 F.Parce qu\u2019il aborde toutes \u201cles réalités du couple\u201d (p.16) : psychologie différentielle, fréquentations, amour, mariage, vie conjugale au fil des jours, éducation des enfants, morale et spiritualité, l\u2019A.se résigne à les effleurer.De plus, sa pensée oscille entre le désir de ne pas édulcorer les exigences de la charité et celui de ne pas rebuter des époux trop peu adultes ou trop peu chrétiens.Au prêtre familier des âmes consacrées autant que des couples, la lecture de Mari et Femme, ouvrage composé en équipe, ne suggère certes pas que le mariage seul favorise l\u2019évolution vers la maturité.Malgré l\u2019optimisme des conseils qu\u2019il offre, l\u2019A.cite des témoignages, quelques-uns splendides (136, 221-223), dont il ressort que le mariage ne saurait passer pour l\u2019unique ni la meilleure voie d\u2019accès à la plénitude humaine, vu les conditions, difficiles et rarement réalisées entre époux, du parfait épanouissement.On doit reprocher à l\u2019A.ses flottements, car tantôt il semble identifier amour avec union physique (13, 98, 101, 158, 169), tantôt il nie cette identification (88, 96, 100, 107-108, 264-265).Enfin, j\u2019admets que les problèmes douloureux de la vie conjugale, la régulation des naissances en particulier, ne se résolvent pas à coups de principes.Mais on ne gagne rien à paraître atténuer (167-172) les fautes commises par des personnes, mariées ou non, qui vivent en condition de pécheurs.Le salut, que seul le Christ peut assurer, suppose l\u2019aveu du besoin qu\u2019on en a : de droit (la Vierge même) ou de fait (chacun de nous).Besoin foncier : le reconnaître faciliterait le rejet du pseudo-besoin, produit névrotique, que la contagion du milieu (172) forge en prenant la caricature de l\u2019amour pour sa réalité.Je recommande quand même Mari et Femme : les lacunes du fond, les incorrections de la forme n\u2019empêcheront pas que l\u2019ouvrage fasse réfléchir les lecteurs capables d\u2019en intégrer les bons éléments.Joseph d\u2019Anjou.Biographies PIERRE MaYOUX : Paul Doncoeur, aumônier militaire.\u2014 Paris, Aux Presses d\u2019Ile de France, 1966, 250 pp., 21 cm.Le Père Doncoeur, lors de ses passages à Montréal en 1931 et 1934, s\u2019était fait de nombreux amis, surtout parmi les jeunes.C\u2019était une figure singulièrement attachante.Totalement homme et totalement prêtre.Toujours fier aussi d\u2019être jésuite ; c\u2019est lui qui, en 1924, au nom des religieux menacés, lança à la face d\u2019Edouard Herriot son célèbre \u201cNous ne partirons pas\u201d.Dans le présent livre, nous pouvons suivre le P.Doncoeur durant les années de guerre 1914-1918.Rarement aumônier sut allier un courage aussi exceptionnel à pareille tendresse.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il reçut sept citations spéciales et la décoration de la Légion d\u2019Honneur.Que de fois, au péril de sa vie, il rapporta, de la première ligne, des blessés ; à combien de héros connus ou inconnus il donna une sépulture chrétienne ; combien surtout il ramena à la foi ! Mais, outre ce récit passionnant, cet ouvrage présente un double intérêt : tout d\u2019abord, il nous communique plusieurs textes inédits de la plume si alerte du P.Doncoeur ; enfin, il nous le montre à l\u2019oeuvre pendant près de cinquante ans, auprès de la jeunesse française qu\u2019il entraîna vers un christianisme profond et vécu.Partout, il joua un rôle de pionnier : il fut un précurseur du renouveau liturgique, il apprit aux jeunes à chanter, il leur adressa des messages vibrants et multiplia routes et pèlerinages.Si on ajoute à cela son travail comme rédacteur aux Etudes, quelle vie bien remplie .! L\u2019A.a su faire revivre un aspect particulier de cette figure séduisante qui est pour nous un appel au dépassement.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Yvonne Bougé : D'elle à moi.Lettres de Céline Lhotte.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1965, 213 pp.19 cm.Hors du cercle, très large en France, des amis et connaissances de Céline Lhotte, les lettres adressées par elle à sa collaboratrice Yvonne Bougé pourraient plaire si on élaguait les répétitions concernant les banalités du quotidien : déplacements, variations du temps, rencontres insignifiantes, emplettes.Il resterait, butin profitable, les réflexions très personnelles qu\u2019inspirent à Céline Lhotte sa profession d\u2019assistance sociale, son rôle audacieux pendant l\u2019occupation allemande, ses soucis d\u2019écrivain, sa vaste culture, sa foi lucide, sa capacité de dévouement et d\u2019amitié.Elle exprime tout cela vigoureusement parfois, sans artifice et avec quelque négligence.La figure d\u2019une femme attachante et vertueuse se dégagerait mieux alors d\u2019un recueil de lettres qui mériterait une plus louangeuse appréciation.Joseph d\u2019Anjou.Madeleine DELBRËL : Nous autres, gens de la rue.Textes missionnaires.Introduction de Jacques Loew.Postface de Louis Augros.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1966, 336 pp., 205 cm.A l\u2019heure où l\u2019athéisme devient la grande tentation et que l\u2019Eglise, d\u2019autre part, se proclame envoyée au monde et rappelle à tous ses enfants leur vocation à la sainteté, ces pages d\u2019une assistante sociale encore peu connue, morte en 1964, prennent une singulière actualité.Elles nous éclairent de façon neuve et sûre le chemin qui nous attend, du moins plusieurs, dans l\u2019après-Concile.Convertie à 20 ans, M.D.a travaillé 30 ans dans le fief communiste d\u2019Ivry, sensible aux misères, au dévouement, à la générosité qu\u2019elle y rencontre, à l\u2019attirance qu\u2019exerce cet idéalisme de la terre.Tandis que d\u2019autres aussi bien intentionnés, tels les prêtres-ouvriers, cèdent à la fascination, elle trouve en sa foi qu\u2019elle purifie et approfondit la lumière qui dissipe l\u2019illusion et la soutient jusqu\u2019à la victoire.A l\u2019exemple de sa vie s\u2019ajoute pour nous le poids de ses réflexions nées de l\u2019Evangile vécu ; rien d\u2019une pensée abstraite, éclose loin de la vie ; d\u2019où leur saveur.Eblouie, comme aux premiers jours de sa conversion, par le don personnel que Dieu nous fait dans la foi, elle reprend une à une les composantes de cette foi : Dieu et son amour, le Christ qui nous sauve, l\u2019Eglise en laquelle le Christ aujourd\u2019hui nous instruit, nous guide et nous sanctifie et à qui nous devons obéissance ; ce qu\u2019est l\u2019homme, tout homme, notre prochain, qui a droit de recevoir de nous l\u2019Evangile, dans la bonté puisqu\u2019elle est le vrai visage de la charité fraternelle.D\u2019un regard fort et pénétrant où brille l\u2019humour, d\u2019une plume nette et agile qui eût fait d\u2019elle un écrivain de carrière, elle explore la voie ardue où Dieu l\u2019a mise pour annoncer au prochain la foi.Elle vécut dans le brouhaha de la rue sa vocation de contemplative, retrouvant Dieu sous tous les visages et leur donnant à chacun par sa bonté \u201cla preuve du mystère\u201d qui fait pressentir Dieu.Les pages qu\u2019elle a écrites sur le sujet sont un joyau.Tous, où que nous ayons à vivre aujourd\u2019hui notre foi, nous pouvons beaucoup apprendre à lire ces pages.Georges Robitaille.Bernard Basset, S.J.: Mes ouailles et moi.Journal d\u2019un « bon » pasteur.Traduit de l\u2019anglais par J.A.Biot.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967,\t120 pp., 20 cm.Cette fois, c\u2019est sous la forme du journal imaginaire d\u2019un curé nouvellement nommé en une petite paroisse perdue que le P.B.B.laisse courir sa « fantaisie psychoecclésiale ».La galerie de ses personnages s\u2019en trouve renouvelée et les plaisantes silhouettes qu\u2019il anime sont celles de ses confrères, ses cuisinières, les mendiants, un général à la retraite, les jeunes, une révérende Mère, un prédicateur nouveau-style, des pasteurs s\u2019essayant à l\u2019oecuménisme, etc.Nul grave message en ces pages ; cependant, une sagesse souriante préside à ce monde de fantaisie et d\u2019humour et nous rallie, pasteurs et fidèles, à d\u2019authentiques valeurs.Georges Robitaille.Littérature canadienne Réjean Robidoux et André Renaud : Le Roman canadien-français du vingtième siècle.Coll.« Visage des lettres canadiennes », 3.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1966, 215 pp., 24.5 cm.COURAGEUX ET TEMERAIRES À LA FOIS, Réjean Robidoux et André Renaud ont essayé de présenter de façon neuve le roman canadien-français du vingtième siècle.Ils y ont réussi avec plus ou moins de bonheur.Leur volume souffre d\u2019être le produit de deux esprits assez différents, il me semble, encore qu\u2019ils aient pu mettre leurs efforts en commun.Réjean Robidoux travaille avec une intelligence d\u2019une impitoyable logique; il opère à froid.André Renaud, plus humaniste, ne s\u2019arrête pas aux seuls aspects techniques d\u2019un roman; l\u2019auteur et son message l\u2019intéressent tout autant.Aussi est-il plus à l\u2019aise lorsqu\u2019il traite de thèmes que de structures.Il n\u2019en a pas moins bien analysé, cependant, /\u2019Interrogation de Gilbert Choquette, tout comme il a bien montré la force et les faiblesses 58 RELATIONS d'ils posséderont la terre.Robidoux, lui, a vraiment fait neuf et excellent à propos des Engagés du Grand Portage.L\u2019analyse qu\u2019il en a donnée et celle qu\u2019il a faite de Bonheur d\u2019occasion l\u2019emportent de beaucoup, à mon avis, sur celles, trop intentionnellement techniques, de Cotnoir et de l\u2019Aquarium.Les études de l\u2019un et l\u2019autre critiques manquent parfois d\u2019unité (v.g.pp.126-136, 147-162); on dirait qu\u2019ils ont peine à structurer leur matière.De vrai, je crois qu\u2019ils ont été victimes, à maintes reprises, d\u2019une méthode qu\u2019ils semblent s\u2019être imposée de force, ou de parti-pris, avant de tâcher à nous en montrer l\u2019excellence.Tout au long du volume, ils se réfèrent et nous réfèrent à des principes d\u2019esthétique littéraire (v.g.40, 41-42, 57-58, 67, 73-74, 78, 82, 84, 88, 104-105, 113-115, etc.).Deux leur sont particulièrement chers : « le roman est un exercice littéraire où l\u2019on se sert d\u2019un récit pour exprimer autre chose » (Albérès) et « le roman le plus efficace esthétiquement est tout entier en acte » ou en état d\u2019aventure (d\u2019après Jacques Rivière).Robidoux et Renaud se sont tellement efforcés d\u2019illustrer, à tout prix, ces deux affirmations, que leurs textes ont l\u2019air guindé d\u2019une application trop studieusement soutenue.Ils auraient beaucoup gagné à les écrire plus librement.Ces études ont également souffert des conditions de leur première rédaction : ce furent d\u2019abord des cours télévisés; il leur en est resté une certaine allure pédagogique qui n\u2019est plus de mise dans un volume (v.g.répétitions trop nombreuses, introductions lentes, etc.).Cependant, malgré ses faiblesses, ce recueil est le meilleur qui ait paru récemment sur le roman canadien-français; il témoigne de la hardiesse et du travail de ses auteurs, et certes aussi, malgré leurs efforts, de la pauvreté esthétique de notre roman.René Dionne.Raymond Raby : Tangara.Poèmes.\u2014 Montréal, les Editions du Cri, 1966, 51 pp., 20 cm.Tangara est un second ouvrage et Raymond Raby est jeune.Son livre, ainsi que l\u2019écrit en préface Alain Grand-bois, \u201cévoque l\u2019amour, la mort, ces thèmes éternels de la poésie, dans une forme simple et naturelle qui ne sacrifie rien aux modes passagères du moment\u201d.Ainsi, il parle peu du pays; il dit, ne crie pas, et c\u2019est beau.D\u2019une beauté frêle et fragile qui laisse transparaître, au-delà d\u2019une grande maîtrise de soi, le manque de maturité de l\u2019auteur, mais aussi son talent et un goût déjà sûr (sauf lorsqu\u2019il se permet des allitérations par trop forcées, v.g.\u201cah danse panse pense à tout ce sang\u201d).M'ont particulièrement plu, entre autres, les poèmes suivants : \u201cL\u2019abîme\u201d, \u201cLa Dure Ascension\u201d, \u201cL\u2019Anguille dans la peau\u201d, \u201cTrop belle\u201d, \u201cIntimité\u201d, \u201cL\u2019Héritage\u201d.René Dionne.Robert LALONDE : Ailleurs est en ce monde.(Conte à 1ère nucléaire.) Illustrations de André Dufour.Coll, de « l\u2019Escarfel ».\u2014 Québec, Editions de l\u2019Arc, 1966, 147 pp., 2J.5 cm.UN GROS champignon menace Nerfville, une ville comme les nôtres : grise, nerveuse, bruyante.Pinouquet, un garçon de douze ans, part à la recherche du sage qui sauvera sa ville.Freluche, une petite fille, se joint bientôt à lui.Tous deux connaissent des aventures fantastiques à FÉVRIER 1968 travers terres, mers et cieux.Malheureusement le sage n\u2019existe pas là-bas; mais la sagesse seule, ici : « .elle est aussi vaste que la forêt et les champs, aussi profonde que l\u2019océan, aussi délicate et précise qu\u2019un flocon de neige et une fleur, aussi mystérieuse que les étoiles.elle est à l\u2019intérieur de soi-même.un fleuve limpide où chaque goutte d\u2019eau bat en silence avec la patience du soleil, quand l\u2019amour et le savoir formeraient un seul visage.» (p.144).Bien écrit, plein de fraîcheur et de poésie, ce conte délectera jeunes et moins jeunes.Les premiers se souviendront longtemps de Freluche et Pinouquet; les seconds ne pourront oublier que le gros champignon existe toujours.René Dionne.Reine MaLOUIN : Princesse de nuit.\u2014 Roman.\u2014 Chez l\u2019Auteur (1817, rue des Intendants, Québec, 3), s.d., 176 pp., 19 cm.Une figure, plus, une âme extraordinaire domine le récit et confère l\u2019unité à ce roman.Mona, infirmière de nuit, est une incroyante qui en donne à revendre aux chrétiens manqués du type de l\u2019infirmière-chef, Véronique, sèche, égoïste, repliée sur elle-même, ou de celui des parents de Daniel, ces bourgeois repus, enlisés dans leur mondanité et leur ambition.Mona, par sa chaude bonté, son goût intense de vivre et sa soif absolue de vérité, entraîne les autres dans un sillage de lumière.Deux malades en particulier bénéficient de cette bienfaisante influence : le 103, un cardiaque, qui, à la fin du roman, mourra, porté vers l\u2019éternité par la charité de Mona, et Daniel, un jeune homme qui, de désespoir a tenté de se suicider et que Mona révèle à lui-même.Entre eux naît un amour humain, d\u2019une qualité incomparable, mais bientôt Daniel lancé, grâce à l\u2019impulsion de Mona, à la recherche de son vrai moi, entend l\u2019appel de Dieu vers la vie contemplative à Saint-Benoît-du-Lac.Mona, déchirée, brisée, est pourtant celle qui aide Daniel à suivre sa voie; Daniel, lui, ne sait que faire, mais soutenu par Mona, il finit par franchir le pas décisif.Mona, au lieu d\u2019être diminuée, sort grandie de cette épreuve, trouve la foi et s\u2019oriente à nouveau vers sa vocation d\u2019infirmière où elle continuera de consoler les malades.Elle partira, pour aider le jeune médecin Marcel, vers l'hôpital de Shefferville.Ce roman devrait tout de même faire réfléchir les jeunes, et les moins jeunes, sur les vraies valeurs de la vie.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Les troubadours II, Le trésor poétique de l\u2019occitanie, Texte et traduction par René Nelli et René Lavaud.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1966, 1085 pp., 17.5 cm.Après avoir consacré un premier tome aux romans provençaux du XIIe et du XIIIe, René Nelli et René Lavaud présentent maintenant un choix de poèmes en cette langue qui exprima la première poésie nationale de l\u2019Europe au Moyen Age.Chez Guilhem de Poitiers, Marcabru, Bertrand de Born et les autres, qui ont dit l\u2019amour, la mort et la guerre, nous retrouvons des préoccupations encore actuelles.Les auteurs de l\u2019anthologie, poètes et romanistes tous les deux, retracent, dans l\u2019introduction, les étapes de la poésie occitane et définissent les styles si divers d\u2019une poésie toute en nuances.Ils s\u2019attardent à analyser les caractères de l\u2019amour courtois, dont l\u2019idéal d\u2019une impossible pureté confine à la négation du corps.Pour les textes poétiques, on a conservé la même disposition que pour les romans: à la page de gauche, la langue originale, à celle de droite, la traduction dont la saveur archaïque dépayse heureusement le lecteur.Soulignons enfin l\u2019élégante présentation du livre, imprimé sur papier bible, qui est inscrit dans la collection de la \u201cBibliothèque européenne\u201d, dont l\u2019éloge n\u2019est plus à faire.Bernard Carrière.1855 est, rue Rachel, Montréal (34).VIENT DE PARAÎTRE L\u2019ÉVOLUTION DE LA MAISON RURALE LAURENTIENNE par Georges Gauthier-Larouche Dans un rayon de trente milles autour de Québec, les « vieilles maisons », souvent masquées par l'habitat moderne, sont pourtant très nombreuses et constituent parfois un véritable sanctuaire de l\u2019évolution de la collectivité laurentienne.C\u2019est notamment le cas des seigneuries de Beauport et de Beaupré étudiées dans cet ouvrage.L\u2019auteur montre d\u2019abord la place du pignon dans l\u2019architecture laurentienne et en explique la signification, des origines à nos jours.Viennent ensuite douze dessins commentés de maisons et de paysages ruraux.Un lexique des termes utilisés et une bibliographie terminent l\u2019ouvrage.7 x 10, 54 pages, 1 carte, 12 dessins à la plume, lexique, bibliographie, reliure mobile à dos de plastique, $4.75.En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur : LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2.59 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Gratien Gélinas: Bousille et les Justes.\u2014 Montréal (1130 est, de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1967, 112 pages.Texte de la pièce de théâtre jouée à Montréal du mois d\u2019août 1959 au mois de février 1960.Notre chroniqueur, le P.d\u2019Au-teuil, a consacré à cette pièce tout un article dans Relations du mois d\u2019octobre 1959, aux pages 262 et 263.\u2022 Trude Sekely: La maman et son nouveau-né.\u2014 Montréal (1130 est, de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1967, 144 pages.Conseil judicieux à une jeune maman sur les soins à donner à son nouveau-né.Très bien fait.\u2022 Léopold Taillon: Diversité des langues et bilinguisme.\u2014 Montréal (3745, chemin Reine-Marie), Editions de l\u2019Atelier, 1967, 166 pages.Troisième édition d\u2019un important ouvrage sur le problème du bilinguisme considéré dans une perspective canadienne et culturelle.Je suis heureux de constater que l\u2019auteur, aujourd\u2019hui directeur du Département de Linguistique et de Langues modernes de l\u2019Université de Moncton, n\u2019a pas changé d\u2019idée sur la place prépondérante à donner à la langue maternelle.Je cite avec plaisir deux titres de chapitre: \u201cLa cause profonde de la nocivité du bilinguisme scolaire intempestif et du \u201cfranglais\u201d qu\u2019il excelle à engendrer chez les minorités françaises du Canada\u201d (chapitre 8).\u201cComment l\u2019institution franglais-joual, corollaire d\u2019un certain régime scolaire, sape à sa base même la dualité culturelle canadienne\u201d (chapitre 9).\u2022 Yves Garance: La Bible au cœur.1.Moins de temps que de courage.\u2014 Paris (15, rue Cassette), 1967, 96 pages.Introduction à la lecture de la Bible.Ce premier volume introduit à la lecture des livres dits historiques où se trouve tracé à gros traits une histoire communément dénommée histoire sainte.\u2022 Robert de Saint-Jean: Julien Green par lui -même.Coll.\u201cEcrivains de toujours\u201d.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1967, 192 pages.Biographie illustrée du célèbre écrivain français.Nombreuses citations tirées des œuvres de l\u2019auteur.Jean Hamelin: Le Canada français: son évolution historique.\u2014 Trois-Rivières (1270, rue Royale), Le Boréal Express, 1967, 64 pages.Reproduction d\u2019un texte publié dans Annuaire statistique du Québec, 1966-1967.En quelque soixante pages, l\u2019A.trace l\u2019évolution du Canada français depuis ses origines jusqu\u2019à nos jours.Texte à connaître et à répandre.Le Boréal Express (Trois-Rivières, C.P.174), An 1810.\u2014 Canada 1864-1967, 11 numéros.Réapparition d\u2019une publication méritante et instructive.L\u2019équipe publie en même temps onze numéros \u201cformant la collection complète de Canada 1867, une certaine histoire de la Confédération bâde en partant de journaux d\u2019époque.Marcel Dubé: Un simple soldat.Version nouvelle.\u2014 Montréal (1130 est, Lagau-chetière), Editions de l\u2019Homme, 1967, 144 pages.La critique de cette pièce a déjà paru dans Relations de juin 1967, aux pages 188-189.Teilhard de Chardin et la \u201cTerre des Hommes\u201d.\u2014 Appel au dialogue.\u2014 La foi, c\u2019est quoi au juste ?1.Une réponse.2.Acceptation de Jésus-Christ.Coll.\u201cChrétien et Apôtre\u201d.\u2014 Montréal (4334, rue Saint-Denis), Chrétien et Apôtre, 1967, chaque brochure, 16 pages.Quatre petites brochures sur des questions religieuses d\u2019actualité.Les deux dernières sur la foi devraient être abondamment répandues dans notre milieu.Daniel Defoë: Robinson Crusoé.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 144 pages.Réédition illustrée d\u2019un ouvrage devenu classique.Pour les jeunes.Jean Rateau-Landeville: Douze baumes spirituels.2e édition.\u2014 Bordeaux (61, rue Jean-Souia), 64 pages.Réflexions spirituelles d\u2019un médecin, sur Dieu, l\u2019âme et le Christ.Bertrand de Margerie, S.J.: Niebuhr, théologien de la communauté mondiale.\u2014 Rome, Université Grégorienne, 1967, 64 pages.Extrait d'une thèse de doctorat sur Niebuhr: introduction générale et chapitre I \u201cLe projet et la méthode de Niebuhr\u201d.La crise scolaire au Québec.\u2014 Québec, Corporation des Enseignants du Québec, 1967, 106 pages.Dossier préparé par la C.E.Q.à la suite du bill 25 et destiné à \u201cjustifier la lutte contre les effets principaux\u201d.Ce dossier vise aussi à \u201cfournir des matériaux utiles à tous ceux qui, engagés ou non dans l\u2019enseignement, se préoccupent de la question sociale au Québec et notamment de la chose scolaire\u201d (p.12).Michel Brochu: Les îles littorales et du large du Nouveau-Québec : description et valeur économique.\u2014 Montréal et Québec, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et Conseil de la Vie française, 1967, 120 pages.Document de travail faisant connaître les données d\u2019un problème technique et peu connu du grand public.L\u2019A.propose le rattachement au Québec de toutes ces îles du li.toral et du large du Nouveau-Québec.Joseph Folliet: Notre ami Marius Gonin.\u2014 Lyon (16, rue du Plat), Chronique sociale de France, 1967, 286 pages.Biographie d\u2019 \u201cun génie de l\u2019action\u201d, d\u2019un homme qui a exercé une influence profonde sur son temps et se trouve à l\u2019origine de presque toutes les institutions d\u2019action sociale ou d\u2019action catholique en France, en particulier des \u201cSemaines sociales\u201d et de la \u201cChronique sociale\u201d.André Merlaud: Réalités humaines et éducation chrétienne.Coll.\u201cEnsemble vers le Seigneur\u201d.\u2014 Bruxelles (184, rue Washington), Editions Lumen Vitæ, 1966, 100 pages.Réflexions d\u2019un éducateur chrétien devant l\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui et considérations sur le milieu familial dans l\u2019éducation de la foi.Quelques titres de chapitres: \u201cL\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui est menacé de frustration affective\u201d, \u201cL\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui est fortement marqué par la civilisation technique\u201d, \u201cL\u2019enfant moderne est plus rapidement plongé dans le monde des adultes\u201d, etc.Ameublement et accessoires de bureau ROSAIRE DESNOYERS, PRÉS.261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 60 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Congrès des Relations Industrielles de Laval (XXIIe) : Le Travail féminin.\u2014 Québec.1967, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1967, 177 pp.Clifford, Francis: Chantage au meurtre.Roman.Texte français d\u2019Alyette Guillot-Coli.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 256 pp.David, Jakob, S.J.: Nouveaux aspects de la doctrine catholique du mariage.Coll.\u201cRemise en cause\u201d.Tournai, Desclée, 1967, 160 pp.Desramaut, Francis: Don Bosco et la vie spirituelle.Coll.\u201cBibliothèque de spiritualité\u201d, 6.\u2014 Paris, Beauchesne 1967, 379 pp.Duhamel, Roger:\tManuel de littérature cana- dienne-française.\u2014 Montréal, Editions du Renouveau (3300, boul.Rosemont), 1967, 161 pp.Dussault, Gabriel; Gendron, Louis; Haguette, André :\tPanthéisme, Action, Oméga chez Teilhard de Chardin.Présentation de Louis Leahy.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d, 7.\u2022\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 214 pp.Economic Council of Canada:\tEnrolment in Schools and Universities 1951-52 to 1975-76 by Wolfgang M.Illing and Zoltan E.Zsigmond.Staff study, 20.\u2014 Ottawa, Queen\u2019s Printer, 1967, 166 pp.En collaboration : Qui est notre Dieu ?Compte rendu des Journées universitaires de Pau, 1967.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 178 pp.Fumet, Stanislas:\tRimbaud, mystique contrarié.Coll.\u201cLa recherche de l\u2019absolu\u201d.\u2014 Paris, Plon, 1966, 255 pp.Gauthier-Larouche, Georges:\tL\u2019évolution de la maison rurale laurentienne.\u2014 Québec, Les Presses\tde\tl\u2019Université Laval,\t1967, 51\tpp., 1 carte,\t12\tdessins à la plume,\tlexique, biblio- graphie.Gritti, Jules: Culture et techniques de masse.Coll.\u201cLe monde et l\u2019esprit\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 120 pp.Haring, Bernard: La Morale après le Concile.Coll.\u201cRemise\tà\tjour\u201d.\u2014 Tournai,\tDesclée,\t1967, 153 pp.Koch, Robert: Grâce et Liberté humaine.Réflexion théologique sur Genèse I-XI.Coll.\u201cRemise en cause\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1967, 136 pp.Langevin, Paul-Émile, S.J.: Jésus Seigneur et l\u2019Eschatologie.Exégèse de textes prépauliniens.Coll.\u201cStudia\u201d, 21.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 389 pp.Lysaught,\tJérôme P.; Williams,\tClarence\tM.: Guide de l\u2019enseignement programmé.Traduit par le Dr.Armand Gauthier.\u2014 Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1967, 191 pp.MacLennan.Hugh: Le matin d'une longue nuit.Roman.Traduit par Jean Simard.Coll.\u201cL\u2019Arbre\u201d.\u2014 Montréal, Editions HMH, 1967, 407 pp.Mambrino, Jean: Le veilleur aveugle.Poèmes.\u2014 Paris, Mercure de France, 1965, 109 pp.Maritain, Jacques: De la grâce et de l'humanité de Jésus.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 154 pp.Monchanin, Jules: De l\u2019esthétique à la mystique.Précédé de la Loi d\u2019exode par Pierre Emmanuel.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 105 pp.Nicolas, M.-J., O.P.:\tMarie, Mère du Sauveur.Coll.\u201cLe Mystère chrétien\u201d.\u2014 Paris, Desclée et Cie, 1967, 127 pp.Nys, Hendrik, O.P.: Le Salut sans l\u2019Évangile.Étude historique et critique du problème du \u201csalut des infidèles\u201d dans la littérature théologique récente (1912-1964).Coll.\u201cParole et Mission\u201d, 12.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1966, 296 pp.Peperstraete, M.; Vasteels, R.; Vander Gucht, R.: Témoins du roman et du théâtre français.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 443 pp.Planque, Bernard:\tMachines à enseigner.Coll.\u201cCentres pédagogiques\u201d.\u2014 Paris 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