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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1968-03, Collections de BAnQ.

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[" w w ww ¦ o IX 500 V Un Canada à deux Avons-nous une littérature?a L\u2019Episcopat, les catholiques et l\u2019avortement Le Conseil supérieur du Travail L\u2019annonce de la foi SOMMAIRE Mars 1968 Éditorial .65 Annonce de la foi et religion de l\u2019homme.Articles L\u2019Episcopat, les catholiques et l\u2019avortement Marcel Marcotte 66 La colossale entreprise de rebâtir un Canada à deux Richard Arès 72 Pour un Conseil supérieur du Travail rénové Gérard Hébert 74 Bâtir au foyer des âmes fortes .\t.\t.Claire Campbell 77 En souvenir de Gandhi.Luigi d\u2019Apollonia 79 Avons-nous une littérature ?.René Dionne 81 Chroniques Correspondance.85 Au fil du mois.86 Des revues parlent de la foi.\u2014 Le livre du mois ?Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 87 Drôle de couple.\u2014 La Jalousie du Barbouillé.\u2014 Le Médecin malgré lui.\u2014 Hamlet, prince du Québec.Méditation : Ses\tmystères et les nôtres .\t.\t.Paul Fortin 89 Documents .89 Les évêques américains et le célibat ecclésiastique.-\u2014-Les évêques allemands et l\u2019annonce de la foi.Les livres .92 Notes bibliographiques.96 Ouvrages reçus.HJ RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur : Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et 1 envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.L\u2019AVORTEMENT la MORALE et la LOI L\u2019Épiscopat catholique vient de faire connaître à la population canadienne son point de vue officiel sur les aspects moraux et légaux de l\u2019avortement.Le texte des Évêques, très bref, se présente sous la forme d\u2019une prise de position plutôt que d\u2019une discussion proprement dite du problème de l\u2019avortement au Canada.Sous ce rapport, l\u2019article que le P.Marcel Marcotte, S.J., a publié dans le numéro de FÉVRIER de la revue RELATIONS apporte à la déclaration de l'Épiscopat canadien un complément heureux et nécessaire.Il en est, sur le points les plus fondamentaux, une sorte de commentaire et d\u2019explication, dont tous ceux que ce grave problème intéresse peuvent tirer grand profit.L'édition de février étant épuisée, RELATIONS a fait un tiré à part de l\u2019article du P.Marcel Marcotte et l\u2019offre aux prix suivants: 12 copies: $1.20\t500 copies: $35.00 50 copies: $4.50\t1000 copies: $65.00 100 copies: $8.50 Les bibliothécaires avisés ont découvert une façon commode et économique de ranger RELATIONS et les autres revues de format analogue: ils utilisent notre cartable au jeu de 12 cordes.Très pratique dans la salle de consultation.Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1967.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 387-2541 montréal mars 1968 numéro 325 relations ÆdîtotiaL Annonce de la foi et religion de l'homme Tout comme les évêques des États-Unis (dont nous avons parlé dans notre dernière livraison), les évêques d\u2019Allemagne ont publié une lettre collective sur les difficultés que rencontre actuellement la vie de l\u2019Église dans leur pays (voir plus loin, page 90).Prenant pour thème \u201cl\u2019annonce de la foi\u201d, ils exposent longuement les conditions que doit respecter toute prédication de la Parole de Dieu pour être fidèle à la foi de l\u2019Église, présente et passée.La Révélation, déclarent-ils, n\u2019a pas été confiée aux individus mais à l\u2019Église, et toute prédication, pour être légitime, suppose et exige un mandat de l\u2019Église.C\u2019est Jésus-Christ d\u2019abord et surtout qu\u2019il faut prêcher, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme; par Lui possibilité nous est donnée d\u2019entrer en contact immédiat, interpersonnel avec les Personnes divines et avec les autres hommes connus dans cette lumière.La prédication doit tenir fermement à cette double dimension et ne pas tomber dans l\u2019erreur d\u2019une certaine \u201cthéologie démythisante\u201d qui transforme le Christ \u201cen un homme qui est seulement un modèle de moralité, le prototype d\u2019une nouvelle conscience de soi\u201d, et voit dans la Révélation, non pas tant un message de salut adressé à l\u2019homme par le Dieu vivant, qu\u2019un moyen d\u2019 \u201caider l\u2019homme à retrouver sa réalité spécifique, (de) l\u2019amener à la découverte de lui-même\u201d, de sorte qu\u2019il n\u2019a plus affaire qu\u2019à lui-même \u201cdans un monde qui n\u2019offre aucun rapport direct avec Dieu\u201d.Religion du Dieu qui s\u2019est fait homme, le christianisme dégénérerait s\u2019il se réduisait à une simple religion de l\u2019homme ou à la seule rencontre de celui-ci avec le monde.Aussi la prédication doit-elle combattre cette tendance qu\u2019ont plusieurs à penser qu\u2019ils \u201cn\u2019ont pas besoin de Dieu\u201d, que le \u201cmonde leur suffit\u201d et \u201cqu\u2019aujourd\u2019hui il faut laisser Dieu de côté pour s\u2019occuper exclusivement de l\u2019homme\u201d.Sans doute, est-ce le devoir du chrétien d\u2019aimer son prochain et d\u2019aider à construire le monde, mais il lui faut aussi \u201creconnaître Dieu comme la raison suprême de sa personne et de sa vie\u201d, il lui faut rechercher les choses d\u2019en haut et, comme le Christ, glorifier Dieu par son adoration, sa louange, son incessante offrande.Il s\u2019ensuit que \u201cle péché n\u2019est pas non plus simple offense du prochain: il est proprement manquement envers Dieu, offense envers Lui, sur la miséricorde de qui nous comptons\u201d.De même, la liturgie n\u2019est pas seulement manifestation de rites à but social, ni impeccable cérémonie de fraternité chrétienne, elle a pour fin vraie et propre de rendre gloire à Dieu, elle est \u201cle culte public de l\u2019Église\u201d.Est-il besoin d\u2019observer que ces enseignements des évêques d\u2019Allemagne trouvent application chez nous ?Certains réduisent de plus en plus leur christianisme à une simple religion de l\u2019homme, au seul amour du prochain, et l\u2019Église à une sorte de service social ou d\u2019entreprise humanitaire.Dans cette religion, Dieu n\u2019a point sa place et il n\u2019y a de péché qu\u2019offense de l\u2019homme, le Christ devient l\u2019exemplaire de la plus belle réussite de l\u2019homme et la liturgie a moins pour objet de glorifier Dieu que de manifester certain aspect de la fraternité humaine.Qui a quelque peu causé avec nos jeunes sait que beaucoup sont aujourd\u2019hui tentés par cette religion de l\u2019homme; aussi faut-il signaler cette lettre fort opportune de l\u2019épiscopat allemand sur l\u2019annonce de la foi dans le monde de ce temps.MARS 1968 65 L'Episcopat, les catholiques et l\u2019avortement Marcel Marcotte, S.J.Les évêques catholiques du Canada viennent de faire connaître à la population du pays le point de vue officiel de l\u2019Église sur les aspects moraux et les aspects légaux du problème de l\u2019avortement.Cette déclaration s\u2019adresse, en premier lieu, aux catholiques eux-mêmes qui, dans l\u2019extrême confusion des idées dont témoigne la presse écrite et parlée, ont besoin, pour pratiquer ce que saint Paul appelle \u201cl\u2019obéissance de la foi\u201d, d\u2019être éclairés et raffermis par ceux qui, dans l\u2019Église, sont les \u201cpremiers enseignants\u201d.Mais, par delà les \u201cfidèles\u201d soumis à leur autorité, les Évêques espèrent aussi que les \u201créflexions\u201d dont leur déclaration est étoffée \u201ctrouveront un écho attentif chez tout homme qui voudra aborder cette question complexe et grave avec le désir sincère de servir le bien de la communauté\u201d.Cette double intention fait surgir deux problèmes que nous tâcherons tour à tour d\u2019élucider.Le premier, qui fait l\u2019objet du présent article, concerne les catholiques: comment et jusqu\u2019à quel point la prise de position de l\u2019Épiscopat engage-t-elle la conscience du croyant, d\u2019abord en tant que personne privée, puis en tant que citoyen ou qu\u2019homme public ?Le second problème, dont nous traiterons le mois prochain, concerne les non-catholiques: l\u2019obéissance à l\u2019Église étant hors de auestion, pourquoi doivent-ils quand même accepter que l\u2019Épiscopat canadien prenne parti dans le débat en cours ?Dans quelle mesure et sur quels points précis devraient-ils, selon nous, admettre ses raisons et seconder son action ?I \u2014 L\u2019AVORTEMENT ET LA MORALE La déclaration de l\u2019Épiscopat se situe tour à tour à deux paliers différents.Au premier palier, sous le titre de \u201cL\u2019avortement et le respect de la vie\u201d, elle expose le point de vue de l\u2019Église sur les aspects moraux de l\u2019avortement.Naturellement, c\u2019est à la foi des croyants que, d\u2019emblée, elle fait appel en leur remettant sous les yeux le texte suivant du concile Vatican II: Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l\u2019homme doit s\u2019en acquitter d\u2019une manière digne de lui.La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception: l\u2019avortement et l\u2019infanticide sont des crimes abominables.(Constitution sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps, n.51.) Dans sa généralité, précisent les Évêques, ce texte est tout ensemble un rappel de \u201cl\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Église\u201d au sujet de l\u2019avortement et un \u201cécho fidèle\u201d du commandement de Dieu: Tu ne tueras pas, lequel, au témoignage de saint Paul, se rattache lui-même à \u201cla grande loi de l\u2019amour chrétien\u201d.Pour parler bref, l\u2019avortement, au regard de la foi, est toujours un homicide.Cependant, l\u2019obéissance chrétienne n\u2019a rien de commun avec l\u2019aveuglement de l\u2019esprit.Tides quaerens intellectum, disait saint Augustin: la foi est en quête d\u2019intelligence.Comme en témoigne l\u2019immense effort de la théologie dogmatique et morale au cours des âges, non seulement la foi est compatible avec la raison, avec la science, mais elle les met à contribution l\u2019une et l\u2019autre pour s\u2019approfondir au dedans et se justifier en dehors.D\u2019où l\u2019effort de réflexion auquel l\u2019Épiscopat se livre en répondant à deux interrogations capitales qui touchent de près la position morale de l\u2019Église sur l\u2019avortement.La première porte sur le caractère humain du fœtus.Pour que l\u2019avortement soit un homicide, il faut bien, pense-t-on, que le fœtus soit un homme.Mais l\u2019est-il ?N\u2019existe-t-il pas une différence fondamentale entre la vie intra-utérine et la vie postérieure à la naissance ?Le fœtus doit toujours être considéré, en pratique, comme une personne humaine, et l\u2019avortement, au regard de la morale, est toujours le meurtre d\u2019un innocent.Pour répondre à cette question, les Évêques auraient pu s\u2019appuyer sur l\u2019opinion majoritaire des moralistes catholiques qui, pris d\u2019ensemble, soutiennent que le fœtus est probablement, dès le premier instant, un homme véritable, avec tous les droits fondamentaux \u2014 y compris le droit de vivre \u2014 qui s\u2019attachent à la personne humaine.Mais ils ont préféré s\u2019en tenir au témoignage plus unanime, plus catégorique, plus impassible de la biologie, de la génétique et \u2014 trouvaille exquise et juste \u2014 de l\u2019instinct maternel de la femme enceinte.La science, rappellent-ils, n\u2019établit pas une coupure radicale entre la vie intra-utérine et la vie de l\u2019enfant après sa naissance; elle invite plutôt à voir dans toute l\u2019évolution de la vie fœtale \u201cle lent et complexe processus de maturation\u201d d\u2019un individu distinct et autonome, \u201cen marche vers la pleine stature de l\u2019homme\u201d.Néanmoins, entre les premiers instants de la fécondation, où le doute est possible, et les derniers stages de la grossesse, où il ne l\u2019est plus, il est difficile de fixer le moment précis de l\u2019humanisation du fœtus.Mais, là où la sagesse du philosophe et la science du savant s\u2019arrêtent, interdites, comme au bord d\u2019un impénétrable mystère, le cœur, plus prompt et plus clairvoyant que l\u2019esprit, passe outre et y pénètre.66 RELATIONS Les mères savent bien que le petit qu\u2019elles portent devient avant la naissance le partenaire d\u2019un secret dialogue, le pôle d\u2019un amour humain déjà commencé.Toutes les incertitudes n\u2019en sont pas dissipées pour autant.Il restera toujours des sceptiques pour penser et pour dire, de bonne foi, que le fœtus n\u2019est pas un être humain \u201caux premiers moments de son développement\u201d.Mais, comme ils sont, évidemment, incapables d\u2019en faire la preuve, ils n\u2019ont pas le droit, en conscience, d\u2019en tirer argument en faveur de l\u2019avortement précoce.Puisque la vie des personnes, pour vous aussi, est sacrée, croyez-vous qu\u2019il puisse être permis de prendre ne fût-ce que le risque de tuer une vie humaine ?En d\u2019autres termes, même s\u2019il n\u2019est pas sûr que le fœtus soit un être humain dès l\u2019instant de la conception, on doit se comporter, en pratique et pour les fins de l\u2019action, comme s\u2019il en était un et rejeter l\u2019avortement, à quelque moment et pour quelque motif qu\u2019on le provoque, comme le meurtre direct d\u2019un innocent.La seconde interrogation à laquelle l\u2019Épiscopat canadien, pour des raisons obvies, a tenu à répondre porte sur les \u201ccas limites\u201d qui font, précisément, l\u2019objet du projet de loi gouvernemental.Ils relèvent de deux catégories différentes.Les cas de la première catégorie évoquent le drame qui se joue autour de la mère que la prolongation de la grossesse met en danger de mort et que, seul, l\u2019avortement pourrait sauver.Par bonheur, notent les Évêques, ces cas d\u2019espèce sont aujourd\u2019hui \u201csi rares que leur existence est en passe de devenir purement théorique\u201d.Que si, quand même, il s\u2019en rencontre, l\u2019avortement direct, à cause de 1\u2019 \u201cinsistante tradition de l\u2019enseignement chrétien qui accorde à la vie une valeur sacrée\u201d, n\u2019en restera pas moins, chaque fois, formellement interdit par la morale et par l\u2019Église.A fortiori en va-t-il de même dans les cas, plus nombreux mais moins dramatiques, de la seconde catégorie où, en l\u2019absence de péril de mort, la santé physique ou psychique de la mère pourrait être \u201cgravement et irrémédiablement compromise par la grossesse\u201d.Car, outre que l\u2019avortement, ici, méconnaîtrait derechef \u201cle droit sacré du fœtus à la vie\u201d, il ne pourrait plus tirer prétexte, cette fois, de la \u201cmystérieuse concurrence\u201d de deux vies également innocentes, mais équivaudrait, par définition, à sacrifier \u201cune valeur supérieure\u201d: la vie de l\u2019enfant, à \u201cun bien moins précieux\u201d: la santé de la mère.Telle est, en raccourci, la position officielle de l\u2019Église canadienne concernant les aspects moraux de l\u2019avortement.Elle s\u2019offre comme un reflet de l\u2019enseignement constant de l\u2019Église universelle qui, en matière de morale, est, au regard du croyant, l\u2019interprète autorisée et, sous certaines conditions, infaillible de la loi naturelle et divine.Dieu a parlé par son Église avec toute la clarté et la fermeté désirables, les Évêques canadiens ont mis sa parole à la portée des fidèles.C\u2019est d\u2019après elle, s\u2019il veut obéir à Dieu plutôt qu\u2019aux hommes, que le croyant, comme tel, est tenu, en conscience, de régler sa pensée et sa conduite, \u201cquelle que soit la législation en vigueur dans un pays\u201d.Les amendements au Code criminel que le gouvernement projette pourront, s\u2019ils sont adoptés par les Chambres, modifier profondément la situation de la mère, du médecin, de l\u2019infirmière catholique face à la loi, au tribunal, à l\u2019opinion publique: l\u2019avortement, dans certains cas, ne sera plus un délit.Mais, face à la morale, face à l\u2019Église, face à Dieu, les catholiques, individuellement ou en groupes, devront absolument, demain comme aujourd\u2019hui, voir dans l\u2019avortement un crime abominable, un mal moral, passible des peines spirituelles les plus graves: en cessant d\u2019être un délit, l\u2019avortement continuera d\u2019être un péché.Pour celui qui ne croit pas au ciel, c\u2019est une bagatelle, mais pour celui qui y croit, c\u2019est la question suprême.II \u2014 L\u2019AVORTEMENT ET LA LOI Les Évêques ont consacré la seconde partie de leur déclaration aux aspects légaux de l\u2019avortement et, plus précisément, au projet d\u2019amendement proposé par le gouvernement.Ils y posent d\u2019abord en principe qu\u2019à l\u2019État, gardien du bien commun, incombe le \u201cdevoir souverain de protéger de façon efficace les vies humaines et notamment les plus faibles\u201d.Ce rôle de l\u2019État, à l\u2019heure présente, est d\u2019autant plus nécessaire que la \u201ccomplexité de la vie moderne\u201d, dans un monde dominé par l\u2019organisation et par les techniques, fait peser sur les individus des menaces plus lourdes, et que, sous couleur de \u201cprogrès\u201d, certains sont prêts à élargir les lois jusqu\u2019au point où elles n\u2019accorderaient plus à la vie le respect attentif et la protection efficace qui lui sont dus.Le progrès de la civilisation, nous le disons avec fermeté, est dans la reconnaissance toujours plus claire, à la fois théorique et concrète, de la dignité de la personne humaine, de son caractère sacré et de son absolue inviolabilité.Aussi bien, dans l\u2019univers moral, tout se tient; le mal engendre le mal; il n\u2019y a que la première gorgée qui coûte.On débattait hier de la contraception; on débat aujourd\u2019hui de l\u2019avortement; demain, on débattra de la stérilisation, de l\u2019euthanasie, de l\u2019infanticide.Chaque combat perdu est il\tO\t/,.\tn /votmôLn -5y2£CL\t'ZLue.i, Une./ ROSAIRE DESNOYERS,\tPRÉS.Ameublement et accessoires de bureau\t261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 MARS 1968 67 gros d\u2019une défaite encore pire.Entre la civilisation et la barbarie, la route est moins longue et la pente est plus glissante qu\u2019on ne croit.Un pas de plus, un pas de trop, c\u2019est la chute, et la terre, comme dit Pascal, \u201cs\u2019ouvre jusqu\u2019aux abîmes\u201d.De l\u2019avis des Évêques, le projet de loi du gouvernement, dans sa rédaction actuelle, est à rejeter, en bloc, pour trois raisons principales.La première tient à l\u2019objet même de la loi.Selon l\u2019amendement proposé, l\u2019avortement thérapeutique devient légal chaque fois que, de l\u2019avis des spécialistes, la vie ou la sauté de la mère sont mises en danger ou sont susceptibles d\u2019être mises en danger par l\u2019état de grossesse.La loi a donc pour objet de permettre \u201cqu\u2019on porte directement et volontairement atteinte à la vie d\u2019un innocent\u201d, ce qui est immoral.Dans la mesure où la moralité doit influer sur la légalité, le projet gouvernemental, au départ même et dans sa teneur essentielle, est donc affecté d\u2019une lourde hypothèque.En reniant le principe de l\u2019inviolabilité absolue de la vie innocente, il porte la hache au cœur de la civilisation, il la secoue jusqu\u2019aux racines.Le projet de loi du gouvernement dans sa rédaction actuelle, ouvre la porte à de graves abus.Aux termes de la loi projetée, le législateur exigera que l\u2019avortement soit pratiqué par un médecin qualifié, dans un hôpital dûment accrédité et sur la foi d\u2019un certificat écrit du comité d\u2019avortement de l\u2019hôpital en cause.Mais, nonobstant ces précautions, comme en témoignent déjà chez nous les réactions alarmantes d\u2019une partie de l\u2019opinion et l\u2019expérience des pays où une législation semblable est actuellement en cours, le projet gouvernemental \u201couvre la porte aux interprétations les plus larges\u201d.Pour certains, il n\u2019est qu\u2019un premier pas vers la légalisation \u2014 qu\u2019ils souhaitent \u2014 de l\u2019avortement sur demande; pour d\u2019autres, il légitime déjà l\u2019avortement à tout le moins dans une foule de cas.Peut-on leur donner tort quand on se souvient, entre autres choses, du sort qui fut fait à la loi britannique, très restrictive à l\u2019époque, par suite du verdict permissif rendu, un jour, par un juge au cœur tendre.Quelqu\u2019un l\u2019a rappelé, récemment, devant la Chambre des Lords: M.le juge MacNaghten découvrit naguère ce qu\u2019il crut être un accroc dans la loi.De cet accroc, il fit une brèche, que des cas subséquents élargirent encore.Avec le résultat que chacune de vos Seigneuries, aujourd\u2019hui, y pourrait faire passer un cheval avec sa voiture ou un avorteur en limousine.De telles conséquences sont d\u2019autant plus à redouter, dans notre cas, que le projet du gouvernement laisse dans l\u2019imprécision des notions aussi capitales que celle de santé, de danger pour la mère, et s\u2019en remet aux médecins, fort partagés sur ces questions, de les interpréter à leur discrétion.Quand on sait les abus auxquels, sous le couvert de lois beaucoup plus exigeantes, certains praticiens aux dents longues ou à la tripe sensible se sont parfois livrés, à la barbe du législateur, pareille négligence, en matière aussi grave, n\u2019a rien de rassurant.Qu\u2019on fasse confiance à l\u2019ensemble des médecins, nous en tombons d\u2019accord.Mais faire confiance à tous, sans distinction, en leur abandonnant le soin de déchiffrer et de traduire en actes les silences de la loi, c\u2019est une naïveté qui passe les bornes.La preuve est faite depuis longtemps qu\u2019il y a, partout, des médecins corrompus ou égarés, des hôpitaux qui sont des mecques d\u2019opérations illégales.Le corps médical est le premier à s\u2019en plaindre, car il le sait: quand la tempête sévit au ras des basses plages, les hautes falaises elles-mêmes en sont éclaboussées.Pour préserver l\u2019honneur et l\u2019intégrité de leur profession, les médecins ont donc besoin de savoir à quoi s\u2019en tenir sur l\u2019esprit et les intentions de la loi qu\u2019ils auront mission d\u2019appliquer.C\u2019est au législateur, s\u2019il l\u2019ose, qu\u2019il appartient de le leur dire sans équivoque.Autrement, ils courront \u2014 et nous avec eux \u2014 droit à la catastrophe.Si le projet de loi reste si vague, c\u2019est peut-être que le gouvernement n\u2019était pas prêt à légiférer.Le \u201ccomité parlementaire chargé d\u2019étudier cette question reconnaissait lui-même dans son rapport de décembre 1967 l\u2019insuffisance des études et des enquêtes\u201d sur lesquelles, normalement, la nouvelle législation aurait dû reposer.Pourquoi, dans ce cas, a-t-il si tôt pris parti sur le fond même du débat et adressé au gouvernement des recommandations préliminaires qui engageaient d\u2019avance tout l\u2019avenir ?Pourquoi, surtout, le gouvernement a-t-il mis tant d\u2019empressement à inscrire dans la loi des conclusions qui, de l\u2019aveu du comité lui-même, ne pouvaient être qu\u2019hypothétiques et prématurées ?Ont-ils cédé l\u2019un et l\u2019autre aux pressions de l\u2019opinion dite libérale ?Tenaient-ils à prendre les opposants et, notamment, les catholiques de vitesse ?Les Évêques, comme bien l\u2019on pense, ne portent d\u2019accusation contre personne.Us se gardent même de rappeler que le comité parlementaire et le gouvernement ont trouvé moyen d\u2019introduire leur projet d\u2019amendement avant de les avoir entendus, eux qui, sur le plan religieux, sont censés parler au nom de la moitié de la population canadienne.Ils se demandent simplement si, à l\u2019heure de la décision, \u201cle peuple canadien a vraiment devant les yeux tous les renseignements nécessaires\u201d et si le Parlement a le droit \u201cde s\u2019aventurer dans une législation nouvelle\u201d d\u2019une telle importance \u201cpour les personnes et pour la civilisation\u201d avant d\u2019en avoir mesuré, \u201cgrâce à des recherches appropriées, les conséquences morales, psychologiques et socio-logiques\u201d.C\u2019est la question, également, que nous nous posons à nous-mêmes et que, le jour venu, nous poserons au gouvernement.La nouvelle loi ne réglerait pas le problème des avortements clandestins et des morts maternelles.La nouvelle loi, du moins, aurait-elle le mérite de diminuer l\u2019incidence des avortements clandestins et de leurs 68 RELATIONS redoutables séquelles ?Cette prétention, appuyée sur des chiffres fantaisistes et assortie de descriptions terrifiantes, a bien l\u2019air de faire recette auprès des âmes candides.Certains propagandistes de l\u2019avortement en ont fait leur cheval de bataille, qu\u2019ils ne craignent pas d\u2019enfourcher jusque dans l\u2019enceinte du Parlement.Les Évêques, après tant d\u2019autres, les démontent sans grande peine, d\u2019abord en contestant l\u2019exactitude des chiffres qu\u2019ils colportent, puis en faisant appel au témoignage des faits.Un épidémiologiste américain, récemment, s\u2019est mis en tête de remonter aux sources des chiffres annuels de 1,200,000 avortements criminels et de 10,000 morts maternelles qu\u2019on retrouvait, avec régularité, sous la plume ou dans la bouche des promoteurs de l\u2019avortement aux États-Unis.Voici ce qu\u2019il a découvert.Le premier chiffre est basé sur des pourcentages établis, en 1934, par M.E.Kopp dans une étude intitulée Birth Control in Practice.Ces pourcentages, Kopp lui-même les avait tirés d\u2019une enquête menée, en pleine crise économique, par la Margaret Sanger Birth Control Clinic auprès de sa très spéciale clientèle.L\u2019enquête ayant rapporté un avortement criminel sur 3.55 naissances, il a suffi à Kopp, puis à ses successeurs, d\u2019appliquer le même pourcentage au nombre total des naissances pour établir ces statistiques affolantes qui font, encore aujourd\u2019hui, la manchette des journaux.Pour fixer le chiffre des morts maternelles, on a trouvé encore mieux.Combinant ensemble les données de la Margaret Sanger Clinic et celles, tout aussi aléatoires, d\u2019une étude allemande sur le taux des mortalités consécutives à l\u2019avortement, Frederick Taussig, en 1936, arrive, par de savants calculs, au chiffre impressionnant de 8000 morts maternelles par année pour l\u2019ensemble du territoire américain.Après quoi, pour faire bonne mesure, il ajoute sans broncher: \u201cUn maximum de 10,000 morts maternelles dans ce pays est plus proche de la vérité.\u201d On croit rêver.Pourtant, le chiffre a survécu \u2014 c\u2019est drôle \u2014 même après la découverte des antibiotiques et l\u2019élimination de la septicémie, la grande tueuse, naguère, des femmes en couches; la presse américaine, malgré les démentis, continue de s\u2019en inspirer.Les statistiques, décidément, ont la vie dure, \u2014 aussi dure que les préjugés qu\u2019elles sont appelées à camoufler.Il y a gros à parier que, sur ce point, nous ne sommes guère mieux servis, au Canada, par les mathématiques.Comment pourrions-nous l\u2019être ?L\u2019avortement est clandestin ou il ne l\u2019est pas.S\u2019il l\u2019est, comment en chiffrer l\u2019incidence ?S\u2019il ne l\u2019est pas, qu\u2019on arrête les avorteurs de la nuit.Mais là n\u2019est pas la vraie question.A-t-on le droit de prétendre que la libéralisation de l\u2019avortement légal aurait pour résultat de diminuer le nombre des avortements illégaux ?L\u2019Épiscopat canadien nous livre là-dessus la réponse des faits.Tout porte à croire que c\u2019est une illusion de penser que l\u2019amendement proposé par la loi entraînera une diminution du nombre des avortements clandestins.Ici encore l\u2019expérience des quelques pays où l\u2019on a déjà approuvé une loi semblable à celle qu\u2019on nous propose montre que c\u2019est le contraire qu\u2019il faut craindre.Peut-il d\u2019ailleurs en être autrement ?Avec une loi qui déprécie, par les exceptions mêmes qu\u2019elle accepte, le droit du fœtus à la vie, on favorise le développement d\u2019une mentalité relâchée qui ne voit plus dans l\u2019avortement un crime véritable.C\u2019est le lieu de se rappeler ici que le législateur ne doit pas sous-estimer la valeur éducative de la loi.Les hommes sont en effet facilement exposés à considérer comme moralement permis ce que la loi elle-même permet.Ce texte recoupe en tout point la position que nous avons prise sur le même sujet dans un précédent article 1, Nous nous abstiendrons donc de le commenter.Les Évêques, en somme, mettent le législateur en face d\u2019un choix.Ou bien, comme au Japon, il supprime, devant l\u2019avortement, toutes les barrières légales, ou bien, comme en Suède et dans les pays de l\u2019est de l\u2019Europe, il se contente de les abaisser peu ou prou.Dans le premier cas, le nombre des avortements clandestins diminue, mais à quel prix ! Dans le second cas, comme l\u2019expérience le prouve et comme la réflexion l\u2019explique, il ne fait qu\u2019augmenter.Reste un troisième choix qui consiste à tenir les barrières légales bien relevées.La fréquence des avortements criminels n\u2019en sera pas amoindrie, à moins qu\u2019on prenne d\u2019autres moyens de faire respecter la loi, mais elle n\u2019en sera pas augmentée non plus, et le pays, en attendant, ne chavirera pas dans l\u2019anarchie.Les catholiques, en matière d\u2019avortement légal, doivent s\u2019en remettre à leur conscience de citoyens, responsables du bien commun.Le catholique, en tant que tel, est un croyant qui, au plan de la pensée religieuse et de la conduite privée, se soumet librement, par la foi, à l\u2019enseignement et à la discipline de l\u2019Eglise.Mais ce croyant est aussi un citoyen qui participe, comme tel, à la vie totale de la communauté politique et qui, dans son rôle et à son rang, concourt à l\u2019élaboration des lois civiles ou criminelles du pays.En théorie, vu les liens étroits qui existent entre le bien moral des personnes, que l\u2019Église cherche à promouvoir, et le bien temporel de la communauté, dont l\u2019État a la charge, la loi chrétienne et la loi humaine ne sauraient être, objectivement, en désaccord.Dans les chrétientés d\u2019ancien style, les législations sont fondées sur cette conviction.La communauté ecclésiale et la communauté politique s\u2019y recouvrent si bien l\u2019une l\u2019autre, la morale et le droit y sont si intimement accordés, dans l\u2019opinion et dans les faits, que tout acte immoral, d\u2019un consentement unanime, est considéré comme préjudiciable au bien commun et tombe, presque automatiquement, sous le coup de la loi criminelle.Il n\u2019en va plus de même dans nos sociétés pluralistes.En marge ou à l\u2019écart des Églises, plus ou moins déboutées de leur autorité et de leur prestige, des familles spirituelles sont nées, des groupes se sont formés, dont l\u2019échelle des valeurs et les canons de la moralité varient profondément.Ce qui est accepté par les uns est rejeté par les autres dans un chassé-croisé perpétuel qui rend très difficile de I.Relations, février 1968: L\u2019avortement, la morale et la loi.MARS 1968 69 reconnaître, à un moment donné, où se situe exactement la vraie pensée d\u2019un chacun.Au dessus de la mêlée, l\u2019opinion publique sécularisée flotte, incertaine, à la merci des puissants qui ont et qui prennent, en temps utile, les moyens de la confisquer.C\u2019est pourquoi le législateur, dans l\u2019intérêt public, est amené à rechercher, entre tant d\u2019opinions divergentes et mobiles, une sorte de commun dénominateur autour duquel, provisoirement, une certaine unanimité, nécessaire à l\u2019observance de la loi, a quelque chance de se recréer.L\u2019Église canadienne, à propos de la contraception 1 et du divorce 2, a reconnu cette situation, elle a tâché de s\u2019y adapter.Sans renoncer à former, seule, la conscience de ses membres, elle n\u2019a pas voulu imposer, par le truchement de la loi, à ceux qui lui refusaient leur allégeance, un fardeau que, de bonne foi, ils ne se croyaient peut-être pas tenus moralement de porter.Néanmoins, à ce moment même, elle avait pris la précaution de préciser que, sur le point de l\u2019avortement \u2014 \u201calors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une destruction directe de la vie humaine\u201d \u2014 ses \u201cconclusions seraient bien différentes\u201d.Nous avons vu, en effet, qu\u2019elles le sont.Est-ce à dire que l\u2019Église, à ce moment et pour ce seul cas, sort des limites du rôle que, dans le sillage du dernier concile, elle s\u2019était assigné en annonçant que, désormais, ses interventions dans l\u2019ordre temporel ne tiendraient compte que du bien public ?Non pas.Il suffit, pour s\u2019en rendre compte, d\u2019observer que la déclaration des Évêques établit une distinction très nette entre les aspects moraux et les aspects légaux de l\u2019avortement.Quand, traitant des seconds, elle rejette le projet du gouvernement, elle ne le fait pas au nom de la morale catholique comme telle, c\u2019est trop clair, mais au nom de la morale tout court, au nom de la dignité de la personne humaine, c\u2019est-à-dire, encore un coup, au nom du bien commun qu\u2019elle a parfaitement le droit, au même titre que n\u2019importe quel groupe de citoyens, de concevoir et de défendre conformément à ses vues propres.Les Évêques, de propos avoué, s\u2019adressent ici directement aux catholiques.Pour entrer dans leurs vues, ceux-ci doivent donc pareillement distinguer, en matière d\u2019avortement, la loi morale et la loi civile et, comme en toute matière temporelle, s\u2019en remettre, pour soutenir ou pour combattre le projet du gouvernement, à leur conscience de citoyens, au jugement personnel qu\u2019ils portent sur les exigences du bien commun, telles que l\u2019expérience et la réflexion les amènent à les concevoir, et non pas forcément telles que les Évêques ont cru bon de les formuler.Mais toute liberté emporte avec elle une responsabilité.Le croyant, parlant et agissant en tant que citoyen, est libre de suivre sa conscience d\u2019honnête homme, même si elle entre en conflit avec sa conscience de chrétien.Encore 1.\tCf.Relations, décembre 1966: Les Evêques et la contraception.2.\tCf.Relations, mai 1967: L\u2019Episcopat canadien et le divorce.70 faut-il que cette conscience civique soit éclairée et formée pour ne se mettre point à la remorque des mauvais maîtres ou d\u2019une opinion déboussolée.Ce devoir, l\u2019Épiscopat l\u2019a rappelé sans ambages dès les premières lignes de sa déclaration : Au moment où le Parlement canadien s\u2019apprête à discuter une loi aux conséquences si graves, c\u2019est un devoir de conscience pour tous, et notamment pour les médecins, les hommes de îoi, les hommes politiques et ceux qui participent à la vie de l\u2019opinion, d\u2019étudier cette question avec grand soin.Le citoyen et le législateur catholiques, éduqués par l\u2019Église, ne peuvent pas être d\u2019accord avec le projet gouvernemental en sa totalité.Des résultats concrets de cette étude personnelle, des répercussions qu\u2019ils devraient avoir dans la conscience politique des citoyens catholiques, les Évêques n\u2019ont garde de préjuger.Nulle part, en particulier, ils ne font mine de dicter, d\u2019autorité, une ligne de conduite au législateur chrétien.En quoi ils restent fidèles à la position déjà prise à propos de la contraception.Il incombe toujours aux seuls législateurs de trouver les moyens concrets d\u2019intégrer leurs convictions dans les situations souvent complexes de la vie courante.Ils ne doivent pas attendre passivement que l\u2019Eglise vienne à leur rescousse, à ce point de vue; mais doivent au contraire \u2014 en collaboration avec tous leurs collègues \u2014 rechercher les moyens efficaces de promouvoir le bien commun, notamment par l\u2019élaboration et la promulgation de lois sages et justes.Néanmoins, en exposant leurs vues sur le problème légal de l\u2019avortement, il est clair que les Évêques se proposent d\u2019influencer la réflexion des croyants, simples citoyens ou hommes publics, et de les amener, autant que possible, à partager leur choix et à épauler leur action.Ceux-ci restent libres, au plan politique, d\u2019accueillir ou de refuser cette influence, et si le projet gouvernemental, après mûr examen, leur paraît juste et sage, ils ont le droit, en conscience, de lui accorder leur appui.Cependant, entre l\u2019extrême rigueur de la loi morale et l\u2019indulgence excessive de la loi criminelle, l\u2019écart, en l\u2019occurrence, serait tellement considérable, qu\u2019il est permis de douter qu\u2019aucun catholique, dûment formé et informé, en arrive jamais, sans renier ses convictions, à tomber pleinement d\u2019accord avec le gouvernement.Aussi bien, le citoyen ou le législateur catholique a, bon gré mal gré, une conscience catholique, éclairée et façonnée par l\u2019Évangile et par l\u2019Église.Il est donc, par définition, fort sensible \u2014 plus sensible, en tout cas, que celui dont la conscience n\u2019a pas été éduquée à la même école \u2014 aux valeurs religieuses et morales que l\u2019Église a mission de promouvoir et de défendre dans le monde.Parmi ces valeurs, le respect absolu de la vie innocente est assurément la plus fondamentale de toutes.Comment le catholique pourrait-il, sans trahir, souscrire à une législation qui, de soi et par les abus qu\u2019elle entraîne, condamne à mort, avant leur naissance, des milliers d\u2019innocents ?RELATIONS Les catholiques ne sont pas tenus en conscience de combattre la légalisation de l\u2019avortement en faveur de la survie de la mère, mais celle de l\u2019avortement en faveur de sa santé.Ce jugement sévère ne s\u2019étend pas nécessairement, selon nous, à tout le contenu de la nouvelle loi.Les Évêques, en apparence, ont tenu à ne pas exclure toute interprétation adoucie de leur déclaration.Parlant des cas limites qui font, précisément, l\u2019objet principal du débat, ils se contentent de dire que \u201cce serait certainement fausser les perspectives de croire que la solution .exige une révision législative comme celle qui nous est proposée\u201d.Les Évêques seraient donc prêts, autant qu\u2019on sache, à admettre une certaine libéralisation de la loi actuelle, pourvu qu\u2019elle ne prête pas flanc aux critiques qu\u2019ils ont, à bon droit, formulées contre les amendements projetés.Où se situe, dans leur pensée, l\u2019extrême limite du tolérable; où passe, à l\u2019intérieur du bill, la ligne de démarcation entre le raisonnable et l\u2019abusif ?Ils ne l\u2019ont point dit, mais il est aisé de le deviner.Le projet gouvernemental ne prévoit encore que deux motifs d\u2019exemption à la loi qui punit l\u2019avortement: le danger de mort pour la mère et la menace à sa santé.Le premier motif est assurément le plus grave et le plus défendable.Si l\u2019Épiscopat est disposé à quelque concession, elle inclut, c\u2019est trop clair, l\u2019avortement en faveur du salut de la mère.Pour cette raison, et pour d\u2019autres que nous avons longuement décrites,1 nous ne ferions donc pas au citoyen ou au législateur catholique un devoir moral de lutter contre tout élargissement de la loi dans cette direction.Mais, vis-à-vis de l\u2019avortement pour motif de santé, le devoir subsiste dans tous les cas.La mort est une réalité indivisible, la santé ne l\u2019est point.Il est donc possible d\u2019imaginer, à son propos, toute espèce de distinctions et de clivages \u2014 comme entre maladie physique et maladie mentale, danger léger ou danger grave, menace à l\u2019intégrité ou à la joie de vivre \u2014 que le projet gouvernemental, curieusement, laisse dans l\u2019ombre, mais qui devraient influer, pense-t-on, à proportion du péril qu\u2019ils évoquent, sur la rigueur relative du jugement moral.Nous croyons, 1.Relations, février 1968: L\u2019avortement, la morale et la loi.au contraire, que, dans la pensée de l\u2019Épiscopat et en réalité, la protection de la santé maternelle ne peut jamais être, ni au regard de la morale, ni au regard de la loi, un motif d\u2019excuse pour provoquer l\u2019avortement.Toutes les raisons et les objections que les Évêques ont invoquées pour marquer leur opposition globale à la nouvelle législation valent, indistinctement, contre n\u2019importe quel type d\u2019avortement pour cause de santé.En dedans des limites que nous avons tracées plus haut, le citoyen et le législateur catholiques sont donc tenus, en conscience, de s\u2019opposer à toute légalisation de l\u2019avortement sous cette forme.C\u2019est pourquoi, le jour venu, chaque député, à quelque parti qu\u2019il appartienne, devrait être libre de voter pour ou contre le projet du gouvernement, suivant ses convictions personnelles d\u2019homme et de chrétien.Conclusion : vers une véritable réforme La déclaration de l\u2019Épiscopat se clôt par un appel, d\u2019essence positive, à une action concertée des pouvoirs publics et des individus pour instaurer dans le pays les institutions et la mentalité qui, justement, rendraient l\u2019avortement impensable et inutile.Le projet d\u2019amendement est une solution trop simple apportée à une question très grave et très complexe.Tout autre est la voie que nous préconisons: elle est promotion du respect de la^ vie humaine à tous les stades de son développement, par l\u2019éducation et par des lois qui soient elles-mêmes éducatrices de ce respect; elle est étude sérieuse sur la fréquence des avortements clandestins et sur les moyens à prendre pour les éliminer; elle est stimulant à la recherche médicale; elle est effort concret pour mettre à la disposition des mères en difficulté les ressources de la médecine et de la psychiatrie; elle est développement d\u2019une attitude compréhensive à l\u2019égard des mères célibataires et de leurs enfants; elle est aide accrue au soin des maladies mentales; elle est recherche active et mise en œuvre généreuse d\u2019une plus adéquate politique sociale et familiale.C\u2019est à la réalisation d\u2019un tel programme que l\u2019Etat doit consacrer ses énergies.Pour notre part, nous invitons les membres de l\u2019Eglise catholique à participer activement à cette entreprise commune et à s\u2019en faire, chacun dans sa sphère, les promoteurs ardents.Nous ne pouvons là-dessus qu\u2019applaudir.Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres, le programme est vaste et il faudra beaucoup de temps pour qu\u2019il produise les effets escomptés.Ce n\u2019est pas une raison pour y renoncer; c\u2019en est une, au contraire, pour passer à l\u2019action sans tarder, pour fournir, en particulier, ce grand effort d\u2019éducation populaire auquel l\u2019Épiscopat convie les hommes de bonne volonté.A notre avis, c\u2019est à ce résultat qu\u2019il faut d\u2019abord viser.Car, comme dit un proverbe arabe, on ne fait pas boire l\u2019âne qui n\u2019a pas soif.le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C.M.LTÉE photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 7 ^WtKormùt I (*?\u2022» w, MARS 1968 71 LA CONFÉRENCE CONSTITUTIONNELLE jLa colossale entreprise de rebâtir un Ganada à deux Richard Arès, SJ.Grâce à la télévision, nous avons pu en quelque sorte assister aux séances de la récente conférence constitutionnelle, en suivre directement les débats et juger par nous-mêmes de la valeur des arguments avancés par chacun des principaux acteurs de ce drame où se jouait l\u2019avenir du Canada.Journaux et revues ayant en outre multiplié les comptes rendus, les commentaires et les éditoriaux, il n\u2019est personne qui puisse raisonnablement se plaindre d\u2019avoir été mal renseigné sur ce qui se passait ou s\u2019était passé à Ottawa.Mais, de même que les arbres empêchent parfois de voir la forêt, trop de détails, vus de trop près, dans une assemblée aussi nombreuse et diverse, surtout si l\u2019œil s\u2019arrête aux seuls aspects spectaculaires, risquent de masquer l\u2019essentiel et d\u2019entraver une claire vision de l\u2019ensemble.Aussi, laissant de côté toute description des événements, je voudrais m\u2019arrêter à ce qui me paraît être le sens profond de cette conférence: une tentative de renverser le courant de l\u2019histoire et de rebâtir un Canada à deux.Le double courant de l'histoire Depuis la conquête de 1760, un double courant traverse et compose à la fois l\u2019histoire du Canada: le courant de l\u2019unité ou du Canada à un, et le courant de la dualité ou du Canada à deux.Portés par la volonté humaine, ces deux courants rivaux ne cessent de se disputer la suprématie; en gros, on peut dire que le courant de la dualité a prévalu durant le premier siècle après la Conquête, et que le courant de l\u2019unité l\u2019emporte depuis la Confédération.Les vainqueurs de 1760 ont trouvé en face d\u2019eux un peuple déjà constitué, déjà enraciné en terre canadienne.Quelle qu\u2019ait été leur volonté de se réserver le pays, ils ont dû peu à peu convenir que seul était alors possible un Canada à deux.D\u2019où les constitutions de 1774 et de 1791.Un moment, l\u2019Acte d\u2019Union de 1840 a fait poindre la menace de la fin de la dualité, mais le régime s\u2019est vite transformé et le courant dit d\u2019un Canada à deux a continué à triompher durant un autre quart de siècle.Avec la Confédération de 1867, allait s\u2019instaurer un régime difficile à qualifier, parce qu\u2019il n\u2019était pleinement ni un Canada à deux, ni un Canada à un, et qu\u2019il laissait aux forces humaines la liberté de l\u2019orienter dans l\u2019un ou dans l\u2019autre sens.En d\u2019autres termes, l\u2019article 133 de la constitution canadienne offrait un point d\u2019appui à quiconque voudrait sincèrement construire un Canada à deux, mais peu de protection contre les assauts des partisans d\u2019un Canada à un.On sait ce qu\u2019il advint après la Confédération.De l\u2019Atlantique au Pacifique, le courant dit de \u201cl\u2019unité nationale\u201d déferla sur le pays, et toutes les provinces, à l\u2019excep- 72 tion du Québec, se proclamèrent, de fait sinon de droit, unilingues et uniculturelles.Le Canada à deux se réduisit au Québec; là, francophones et anglophones coexistèrent comme peuples, chacun jouissant des mêmes droits linguistiques et scolaires.Partout ailleurs, les Franco-Québécois, s\u2019ils s\u2019aventuraient à quitter leur province, se faisaient apostropher et dire, tout comme les autres immigrants arrivés d\u2019Europe ou d\u2019Asie: Vous êtes en pays britannique, apprenez l\u2019anglais, assimilez-vous ! Un demi-million de Franco-Canadiens ont suivi ce conseil et déclarent maintenant ne plus savoir parler français.Longtemps le Québec s\u2019est contenté de protester contre cette assimilation massive des siens, puis un bon jour, tout récemment, il a pris conscience qu\u2019il était lui-même gravement menacé et qu\u2019il lui fallait aussi faire son unité, s\u2019il voulait survivre.Puisque, se sont dit certains, toutes les autres provinces ont rejeté le projet d\u2019un Canada à deux, pourquoi le Québec persisterait-il à se vouloir bilingue et biculturel, pourquoi y aurait-il encore demain un Québec à deux, voire un Québec canadien ?La crise engendrée par cette volonté nouvelle du Québec devait décider le gouvernement central à instituer une commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.En réalité, cette commission avait à examiner la possibilité et les moyens concrets de rebâtir un Canada à deux.Elle vient de donner sa réponse: un Canada à deux n\u2019est pas seulement chose possible, c\u2019est une nécessité urgente, si l\u2019on veut que le pays survive.Devant cette prise de position, le gouvernement central, qui n\u2019en finissait plus d\u2019hésiter et de tergiverser, se décida enfin à convoquer à Ottawa une conférence de tous les gouvernements intéressés à ce problème d\u2019un futur Canada à deux.Le virage amorcé par la Conférence La publication et le retentissement du premier volume de la Commission Laurendeau-Dunton avaient préparé les esprits à saisir la gravité du problème ainsi que l\u2019urgence de lui trouver une solution.Malheureusement, \u2014 et cela dénote l\u2019énorme complexité de ce pays qu\u2019est le Canada \u2014 les organisateurs de la Conférence ne réussirent pas à la centrer sur un seul objectif précis, comme aurait été, par exemple, l\u2019obtention d\u2019un statut d\u2019égalité pour la communauté canadienne-française.Le gouvernement central s\u2019entêta à inscrire au programme son projet favori d\u2019une charte des droits de l\u2019homme, la Nouvelle-Ecosse réclama une étude des inégalités économiques et le Québec exigea que fût abordée la question d\u2019une nouvelle répartition des pouvoirs ainsi que d\u2019une revision de la constitution canadienne.Or \u2014 le déroulement de la Conférence allait vite le démontrer \u2014 les provinces n\u2019étaient pas prêtes à accepter RELATIONS le projet fédéral d\u2019une déclaration de droits, elles ne pouvaient par elles-mêmes apporter de solution efficace au problème des inégalités régionales et elles ne tenaient pas toutes, loin de là, à une revision de la Constitution.Si chacun avait persisté à faire prévaloir son point de vue, la Conférence allait à un échec certain.Heureusement, des compromis furent trouvés.On accepta de confier à des comités l\u2019étude des inégalités économiques et de la revision constitutionnelle; de son côté, le gouvernement central, se rendant compte que son projet n\u2019avait aucune chance d\u2019être intégralement adopté, c\u2019est-à-dire sous la forme d\u2019une charte globale des droits de l\u2019homme, finit par le réduire à un seul article: celui de l\u2019égalité des droits linguistiques.Même alors, il restait à gagner l\u2019adhésion des provinces.Ce ne fut pas facile.Pour y parvenir, le gouvernement central dût faire encore une autre concession: il renonça à son idée d\u2019un amendement constitutionnel garantissant l\u2019égalité linguistique et accepta de se contenter d\u2019une déclaration de bonne volonté de la part de toutes les provinces.D\u2019où le texte suivant, adopté à l\u2019unanimité: \u201cLa conférence reconnaît qu\u2019ainsi que le propose la commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, et en toute justice, les Canadiens francophones n\u2019habitant pas le Québec doivent jouir des mêmes droits que les Canadiens anglophones du Québec.\u201d Le résultat principal de la Conférence, le voilà ! Au moins en paroles et sur le papier, tous les gouvernements, réunis à Ottawa, ont reconnu qu\u2019il fallait rebâtir un Canada à deux sur le modèle du Québec.Quelques-uns, comme ceux de l\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick, se sont engagés à fond, d\u2019autres se sont montrés beaucoup plus réticents, mais le branle est donné, le courant dit de \u201cl\u2019unité nationale\u201d subit un temps d\u2019arrêt et le projet d\u2019un Canada à deux apparaît moins comme une utopie et un espoir irréalisable.Ainsi donc le courant historique qui prévalait depuis 1867 est renversé et un nouveau courant s\u2019amorce, qui est celui d\u2019un Canada à deux.Sans doute, faut-il reconnaître la grandeur, le caractère extraordinaire de l\u2019événement, mais devons-nous aller jusqu\u2019à crier victoire, jusqu\u2019à croire que tout est gagné et qu\u2019il n\u2019y a plus désormais qu\u2019à nous reposer sur nos lauriers ?Ce serait une erreur regrettable, fondée sur un manque complet de réalisme, et cela pour la bonne raison que la partie engagée à Ottawa est encore loin d\u2019être définitivement gagnée.Le prouvent les trois faits suivants: 1.\tLa conférence intergouvemementale d\u2019Ottawa n\u2019a adopté qu\u2019une déclaration de principe, dans laquelle elle manifestait sa bonne volonté à l\u2019égard des Canadiens français.Elle n\u2019a pas accepté d\u2019amendement constitutionnel garantissant l\u2019égalité linguistique, chaque province a tenu à réserver sa liberté d\u2019action dans ce domaine.Quelques-unes feront beaucoup, d\u2019autres moins et d\u2019autres rien: tout dépendra des pressions qui s\u2019exerceront sur elles, donc de la vigilance et de la volonté de justice des Canadiens français.2.\tLe courant dit de \u201cl\u2019unité nationale\u201d qui a sévi dans les autres provinces depuis la Confédération a causé de graves dommages, des dommages peut-être irréparables, à la cause du Canada français, tellement qu\u2019il est permis de se demander si un Canada à deux est encore possible dans certaines provinces, là où, par exemple, l\u2019assimilation de la minorité française dépasse les 50, 60, 70 et même les 80 pour cent.Comment revenir en arrière et rebâtir ce Canada à deux qui aurait été si facile à construire aux premiers jours du peuplement et qui aujourd\u2019hui suscite d\u2019énormes difficultés ?Pour que ce soit un succès, il faudrait, à l\u2019égard des Franco-Canadiens, poursuivre, d\u2019une façon systématique, une politique de protection, d\u2019aide et d\u2019encouragement que bien peu de gouvernements se sentent aujourd\u2019hui désireux et capables seulement d\u2019entreprendre.Encore faudrait-il que luttent pour obtenir pareille politique la majorité de ceux qui, dans ces provinces, se disent encore de langue et de culture françaises ! 3.\tIl n\u2019est pas sûr que le Canada à deux que veut le Québec corresponde exactement au modèle que la conférence d\u2019Ottawa a adopté.Il y a vingt ou même dix ans, aucun doute n\u2019aurait été permis; mais aujourd\u2019hui le courant dit de \u201cl\u2019unité nationale\u201d, dont l\u2019aboutissement est l\u2019Etat national, exerce son emprise au Québec et y compte de nombreux partisans.Or, de la conférence de février, ce courant n\u2019a obtenu rien qui puisse le satisfaire.Le premier ministre du Québec a eu beau, en s\u2019appuyant sur le témoignage même de la Commission Laurendeau-Dunton, invoquer \u201cla dimension politique\u201d du problème de l\u2019égalité des deux communautés linguistiques ainsi que le nécessaire \u201cleadership québécois pour la promotion de la langue et de la culture française au Canada\u201d, il n\u2019a pas réussi à convaincre ses collègues de la nécessité de reconnaître au Québec de nouveaux pouvoirs.Tout ce qu\u2019ils lui ont concédé c\u2019est la création d\u2019organismes chargés de préparer la future revision constitutionnelle.* * * Quoi qu\u2019il en soit, un Canada à deux entre désormais dans l\u2019ordre des possibilités en 1968.Dommage vraiment qu\u2019il ait fallu attendre cent ans avant de voir cela ! Si pareil projet avait été adopté en 1867 et mis à exécution dans toutes les provinces canadiennes, le Canada d\u2019aujourd\u2019hui serait autrement plus uni et plus solide.Il n\u2019aurait pas, en tout cas, à entreprendre la tâche colossale de défaire l\u2019œuvre d\u2019un siècle et de se rebâtir sur le modèle du Québec, juste au moment où bon nombre de Québécois en ont assez de voir leur province tenir ainsi ce rôle de modèle et voudraient plutôt qu\u2019elle devienne, à l\u2019instar des autres provinces, unilingue et uniculturelle.La conférence d\u2019Ottawa a entr\u2019ouvert la porte à la reconstruction d\u2019un Canada à deux: là est son grand, son principal mérite; elle n\u2019a pas dit quelle place tiendrait le Québec dans ce futur Canada: c\u2019est là son point faible et sa plus grave lacune.Aussi faut-il affirmer que le problème d\u2019un Canada à deux n\u2019a reçu qu\u2019un début de solution (à condition, évidemment, que l\u2019on passe des paroles aux actes), et que le plus difficile reste encore à entreprendre: assurer au Québec les pouvoirs, le rôle et la place qui lui reviennent en tant que société politique distincte devenue, de par l\u2019histoire, première et principale responsable du destin d\u2019une nation.MARS 1968 73 UN ORGANISME OUBLIÉ?POUR UN CONSEIL SUPÉRIEUR DU TRAVAIL RÉNOVÉ Gérard Hébert, S.J.Au nombre des questions qui se rattachent aux problèmes de relations patronales-ouvrières, il en L est une dont le public est rarement saisi mais qui ne manque pas d\u2019importance.Le Conseil supérieur du travail \u2014 organisme de consultation du ministère du Travail \u2014 traverse une période difficile.Alors qu\u2019on s\u2019efforce, en d\u2019autres provinces, de mettre sur pied des organismes qui lui soient comparables, notre conseil périclite.Situation paradoxale due, en partie du moins, aux ambiguïtés où il doit se débattre.Celles-ci ne sont ni irréparables, ni sans issue.Un Conseil supérieur de travail rénové pourrait rendre d\u2019immenses services à toute notre société, en aidant à résoudre les difficiles problèmes du monde du travail.Les paradoxes Après avoir été, à certaines périodes de l\u2019histoire, relativement actif, le conseil ne semble pas très vivant à l\u2019heure actuelle.C\u2019est l\u2019heure pourtant où les relations de travail lui apportent des problèmes nombreux et difficiles.Le conseil regroupe les principaux représentants du monde patronal et du monde syndical, avec les meilleurs spécialistes dans les sciences sociales, économiques et juridiques.Créé par un statut spécial de notre législation, il a le prestige d\u2019un organisme consultatif du ministère du Travail.L\u2019envergure des buts que la loi lui assigne l\u2019habilite à s\u2019occuper de toutes questions qui intéressent le monde du travail.Enfin, une expérience de plus de vingt-cinq années devrait lui avoir acquis l\u2019autorité et la compétence pour traiter avec fruit tout ce qui touche, dans notre province, aux relations patronales-ouvrières.Malgré pareils titres à nos espoirs et à notre confiance, le conseil ne semble pas porter les fruits attendus.Ses difficultés ne sont pas nouvelles.Pour ne pas remonter aux années de la décennie de 1950, où il fut pratiquement oublié, mentionnons simplement ses efforts inefficaces relativement au Code du travail et à la Loi des décrets de convention collective.Malgré les oppositions qui tiennent à la présence en lui de représentants de deux mondes à intérêts divergents, le conseil avait apparemment réussi à présenter, avant 1963, un certain nombre de recommandations unanimes sur un.projet de Code du travail; le gouvernement en aurait, dans son bill 54, laissé tomber quelques-unes et modifié d\u2019autres.Le conseil a été frustré peut-être plus encore après son étude de la loi de l\u2019extension juridique.Commencée avec élan, par un appel au public pour que les organismes intéressés présentent des mémoires, l\u2019étude du conseil s\u2019est 74 poursuivie avec beaucoup de soin et de sérieux.Des travaux furent effectués, ainsi qu\u2019un important voyage d\u2019informations en divers pays d\u2019Europe; de longues discussions suivirent au cours desquelles, en dépit de nombreuses difficultés, le conseil réussit à mettre au point, semble-t-il, une conception d\u2019ensemble de la législation sur les conditions de travail.Qu\u2019est-il advenu de tous ces travaux et des recommandations, même modestes, que le conseil finalement, selon toute apparence, présenta ?Il faut ajouter que ceux qui s\u2019intéressent à ces questions n\u2019ont eu connaissance du véritable effort du conseil que par des conversations avec ses membres, tous leurs travaux devant, en théorie du moins, demeurer secrets.Une fois l\u2019an, par le rapport du ministère, le public peut apprendre le nom des membres du conseil et de sa commission permanente, le nombre de réunions qu\u2019ils ont tenues au cours de l\u2019année et, parfois, avoir une idée des matières discutées.Présentement la situation serait plus grave encore.Le conseil pratiquement ne se réunit plus.Depuis juin dernier, il ne paraît avoir été convoqué qu\u2019une seule fois, malgré que des affaires importantes fussent en suspens.On se demande si c\u2019est volontairement ou par oubli.Inactivité d\u2019autant plus étonnante que, partout ailleurs en Amérique du Nord \u2014 et même au Québec, à d\u2019autres niveaux \u2014 des expériences de rencontres patronales-ouvrières se poursuivent avec succès.Pour n\u2019en mentionner qu\u2019un, le comité patronal-ouvrier de la Nouvelle-Écosse, qui fonctionne depuis cinq ou six ans, possède à son crédit des réalisations remarquables.Quoiqu\u2019il soit né de l\u2019initiative privée, il représente l\u2019opinion générale des grands patrons et des syndicats de la province.Il a obtenu qu\u2019en matière de relations de travail, aucune modification ne soit faite à la loi sans que les parties ne se soient mises d\u2019accord sur une recommandation conjointe.De fait, le comité a déjà recommandé conjointement un certain nombre de modifications, assez importantes, à la Loi des relations ouvrières de cette province, modifications que le gouvernement s\u2019est empressé d\u2019inclure dans sa législation.Partout, on reconnaît la nécessité du dialogue entre les représentants patronaux et syndicaux, à tous les paliers de la société, depuis celui de l\u2019entreprise jusqu\u2019à l\u2019échelon provincial ou national.Le Conseil économique du Canada \u2014 lui-même composé de représentants de l\u2019industrie, du monde du travail et du monde académique \u2014 a formulé, l\u2019année dernière, deux importantes déclarations sur la nécessité de constantes communications entre les deux parties.RELATIONS Pourquoi notre Conseil supérieur du travail, qui fut établi pour cela même il y a déjà plus de vingt-cinq ans, fonctionne-t-il avec tant de difficultés, et, il faut bien l\u2019avouer, avec si peu de succès ?Sans vouloir, ni pouvoir, formuler de diagnostic complet, il souffre, croyons-nous, de multiples ambiguïtés.Il constituait, au moment de sa création, une remarquable innovation.Par la suite, on ne lui apporta pas les changements requis.Sauf la modification qui créa, en 1943, la commission permanente, la Loi du conseil supérieur est demeurée exactement ce qu\u2019elle était à son adoption, en 1940.Les ambiguïtés Le Conseil supérieur du travail se compose de trois groupes.De ses vingt-quatre membres, huit représentent le monde du travail, huit le monde patronal et huit autres sont choisis parmi les personnes compétentes en matière économique, juridique et sociale.Des représentants du ministère du Travail peuvent être membres adjoints, mais sans droit de vote.Le conseil élit, parmi ses membres, une commission permanente qui remplit la fonction d\u2019un comité exécutif, préparant les travaux et faisant le lien entre le conseil et le ministère.Aux termes de la loi, le conseil étudie les questions que le ministre du Travail lui soumet; si le conseil veut aborder une question de sa propre initiative, il doit auparavant faire approuver son programme d\u2019étude par le ministre.La première équivoque surgit de la nature même du conseil.L\u2019article premier de la loi déclare que l\u2019organisme est consultatif.Quel sens faut-il donner à ce mot ?La consultation serait-elle uniquement la démarche du ministre cherchant à connaître l\u2019opinion de tel ou tel groupe de la société, sur un point de sa juridiction ou sur un projet de loi du gouvernement ?Le Conseil supérieur de l\u2019éducation est, lui aussi, un organisme consultatif, tout comme le Conseil économique du Canada, mais l\u2019un et l\u2019autre ont une fonction beaucoup plus vaste.Ils se présentent non comme de simples bureaux de consultation au service du ministre dont ils relèvent, mais bien plutôt comme un laboratoire de recherches dont les membres ont pour mission principale d\u2019évaluer périodiquement le secteur d\u2019activités qui les concerne et d\u2019élaborer les projets susceptibles d\u2019en favoriser l\u2019avancement.L\u2019un et l\u2019autre conseil apparaissent comme de véritables organismes d\u2019intérêt public.Peut-être parce que la création du Conseil supérieur du travail est plus ancienne et d\u2019une autre époque, les divers ministres qui se sont succédé l\u2019ont, à des degrés divers, plutôt considéré comme un bureau de consultation.La société industrielle d\u2019aujourd\u2019hui a grand besoin d\u2019un organisme à larges horizons, ce qui a amené le conseil lui-même, conscient de cette nécessité, à préconiser sa propre réforme.C\u2019est dans cette perspective, plus vaste, que se sont établis les comités analogues que l\u2019on retrouve dans les autres provinces canadiennes; et c\u2019est là peut-être une des sources de leur succès.De cette première ambiguïté sur les attributions mêmes du conseil découlent toutes les autres.Dans l\u2019interprétation restrictive du mandat, il est normal que tous les sujets de la consultation viennent du gouvernement et que celui-ci n\u2019incline guère à en autoriser d\u2019autres.La question des instruments de travail se résoud également selon le choix fondamental.Si l\u2019on entend donner au conseil une assez large initiative, il faut lui accorder les ressources nécessaires, particulièrement un personnel suffisant, fût-il restreint, et un budget; dans la mesure où le gouvernement entend le réduire à son service exclusif, il préférera qu\u2019il dépende totalement, pour ses travaux, des ressources mêmes du ministère.La décision relative au caractère secret ou à la publication de ses travaux tient, elle aussi, à la conception qu\u2019on se fait du conseil.Une autre ambiguïté vient de la situation des membres du conseil.Selon la teneur de la loi, ils seront choisis pour \u201creprésenter\u201d le travail ou le capital.Le mot soulève tout le problème de l\u2019authentique représentation.Les membres du conseil, une fois désignés par leur mouvement et nommés par le gouvernement, parlent-ils uniquement en leur nom personnel ou engagent-ils le secteur auquel ils appartiennent ?Pour assurer des échanges plus spontanés et peut-être plus efficaces, on a opté pour la responsabilité personnelle.La conséquence, cependant, c\u2019est que les associations peuvent récuser une position prise par celui qui les représente au conseil, et chacun des membres, de même, peut faire volte-face et renier en public la position qu\u2019il a prise au conseil.On se trouve en face d\u2019un dilemme.Si chaque membre ne parle qu\u2019en son nom, il y a risque que les parties ne respectent pas, dans la pratique, des recommandations acceptées par leur mandataire.D\u2019un autre côté, si les membres du conseil devaient véritablement lier leurs mandants, le conseil risquerait de se transformer en une table de négociation ou en une tribune où chaque groupe soutiendrait ses opinions et ses intérêts.Il y a là un problème extrêmement difficile à résoudre, une équivoque peut-être impossible à dissiper complètement.Entre les deux groupes, patronal et syndical, la position du groupe C (le \u201ctiers monde\u201d, comme on dit) n\u2019est sûrement pas de tout repos.On avait espéré que ses membres, économistes, avocats et sociologues, jouent, dans ce monde en effervescence, le rôle de catalyseurs.Il semble bien qui ni leur compétence professionnelle ni l\u2019objectivité attendue d\u2019eux n\u2019aient réussi à désamorcer suffisamment les sujets à l\u2019étude pour réaliser l\u2019unanimité rêvée.Tout homme ne pouvant s\u2019empêcher, surtout en matière de relations du travail, d\u2019éprouver des sympathies, la plupart d\u2019entre eux furent vite catalogués, et il fallut tenir compte de cet aspect dans leur nomination pour maintenir l\u2019équilibre des forces.De pareilles ambiguïtés entravent la marche du conseil.Sans qu\u2019on puisse les éliminer toutes, il faudra au moins, si on veut que le conseil remplisse son rôle, clarifier sa position fondamentale et opérer les changements principaux qui s\u2019ensuivent.MARS 1968 75 Les amendements souhaitables Il faudrait d\u2019abord que l\u2019on s\u2019entende sur le but et la nature du conseil.Si un simple bureau de consultation au service du gouvernement pouvait convenir au moment où la loi fut adoptée, cette conception est totalement dépassée aujourd\u2019hui.Ce dont notre société a besoin, c\u2019est d\u2019un organisme d\u2019intérêt public où les représentants du capital et du travail \u2014 au sens fort de la représentativité \u2014 cherchent ensemble les solutions et s\u2019engagent, dans toute la mesure du possible, en des options acceptables aux uns et aux autres et aptes à assurer le bien commun de la société.Sans doute le gouvernement garde non seulement le droit mais le devoir d\u2019évaluer, en fonction du bien public, les recommandations d\u2019un tel organisme.D\u2019un autre côté, s\u2019il n\u2019accorde pas à ce conseil un statut d\u2019adulte, une situation de maturité, en lui laissant la plus grande liberté possible dans le choix de ses études et l\u2019orientation de ses travaux, il se prive d\u2019une collaboration précieuse, bien que souvent difficile, et il finira par détruire l\u2019organisme lui-même.L\u2019autonomie réelle exige plusieurs conditions, dont la première se rapporte aux instruments de travail.Un organisme ne saurait être véritablement autonome s\u2019il n\u2019a pas les ressources humaines et financières nécessaires à ses fins.Sans un personnel permanent et un budget raisonnable, un organisme de ce genre ne peut espérer être efficace, surtout dans un domaine aussi complexe que celui des relations de travail.Ne peut-on penser qu\u2019un des atouts majeurs qui ont assuré le rayonnement du Conseil économique du Canada fut le prestige personnel de son directeur général et la qualité de l\u2019équipe dont il s\u2019est entouré ?Pareil souhait peut paraître vain ou téméraire en période d\u2019austérité financière dans le gouvernement; il faudrait se demander, cependant, si un conseil rénové et efficace n\u2019amènerait pas des économies assez considérables, en évitant, grâce à un meilleur climat, des conflits majeurs toujours coûteux pour l\u2019État.Un personnel permanent rendrait moins nécessaire, dans le conseil lui-même, la présence des économistes, des juristes et des sociologues.Nul doute que celui-ci retiendrait leurs services, sur une base individuelle et occasionnelle, selon les circonstances et les compétences de chacun.On ne peut imaginer, en effet, que le conseil ait les ressources financières suffisantes pour s\u2019assurer, parmi son personnel permanent, des spécialistes en toutes les matières qu\u2019il devra considérer.Dans la perspective d\u2019un conseil plus autonome et plus directement responsable au public de ses principales recommandations, une représentativité plus stricte paraîtrait souhaitable.Il demeure difficile cependant d\u2019en déterminer le degré exact.N\u2019y aurait-il pas profit à ce qu\u2019au moins dans le travail d\u2019élaboration, chacun puisse exprimer des opinions plus personnelles, susceptibles de faire avancer la discussion.Adopter une représentativité intégrale, qui s\u2019applique à toutes les étapes du travail, pourrait gêner singulièrement la démarche du conseil, risquer même de l\u2019emprisonner dans un marchandage stérile.La recherche commune de solutions valables à des problèmes difficiles exige une certaine part de spontanéité.Par contre, dans les conclusions et recommandations, une représentativité et un engagement beaucoup plus rigides semblent indispensables.Un aspect tout aussi important que celui de la représentativité touche à la responsabilité du conseil vis-à-vis du public.Dans l\u2019esprit de libre discussion que nous avons prônée, il ne saurait être question, du moins pour l\u2019instant, que les séances du conseil se déroulent sous les yeux du public; ce serait, en quelque sorte, induire les membres du conseil à s\u2019en faire une tribune.Par contre, la situation actuelle \u2014 le secret complet \u2014 nous paraît un autre extrême également inadmissible.Comment accepter que des études comme celles que le conseil a effectuées ou fait effectuer sur le système des décrets demeurent enfouies dans les filières du ministère ?Nos ressources humaines en matière de recherches sont trop limitées pour que nous nous payions le luxe de ne pas rendre accessibles à tous les intéressés ces données précieuses et coûteuses.La publication des conclusions et des recommandations du conseil pose plus de difficultés.Par le fait que telle ou telle recommandation du conseil sera connue du public, le gouvernement sera exposé à des critiques s\u2019il refuse d\u2019y obtempérer.Nous croyons, cependant, qu\u2019une telle situation est saine et qu\u2019elle est même une exigence d\u2019une véritable démocratie.Il faut que le gouvernement prenne ses décisions à la face du public.Il doit déjà le faire, d\u2019ailleurs, en bien des circonstances difficiles.Il y a profit, en définitive, pour un gouvernement, à montrer qu\u2019il sait prendre ses responsabilités vis-à-vis des exigences du bien commun.Le système actuel, extrêmement cachottier, ne peut que donner à penser qu\u2019il y a beaucoup de jeux de coulisses.Le moins que l\u2019on puisse exiger, c\u2019est qu\u2019il revienne au conseil de décider s\u2019il y a lieu de publier ou de ne pas publier telle ou telle série de recommandations.La loi du Conseil économique du Canada laisse à celui-ci semblable liberté pour ses études.Ainsi renouvelé dans une perspective d\u2019ouverture et de responsabilité envers le public, le Conseil supérieur du travail pourrait faire l\u2019office, en quelque sorte, d\u2019une commission d\u2019enquête permanente, où les principaux responsables du monde du capital et du travail travailleraient, en s\u2019appuyant sur un personnel qualifié et des consultants occasionnels appropriés, à la constante mise au point de nos structures de relations de travail et à l\u2019élaboration de formules nouvelles.Le degré de responsabilité de ses membres, l\u2019envergure de leurs préoccupations, le prestige et le travail de son personnel garantiraient l\u2019efficacité d\u2019un tel effort.Même si les modalités peuvent en être discutables, une rénovation du Conseil supérieur du travail s\u2019impose.Ses membres actuels la désirent vivement; et le public lui-même, par le manque à gagner de la situation présente et par les fruits que des expériences analogues en d\u2019autres milieux laissent entrevoir, en éprouve un besoin pressant.18 février 1968.76 RELATIONS BATIR AU FOYER DES AMES FORTES Claire Campbell Il y a deux ans, la jeune et charmante chanteuse anglaise Petula Clark, aussi populaire chez les jeunes de France que chez ceux de son pays et d\u2019Amérique, accordait une entrevue à M.Laurier LaPierre au réseau anglais de Radio-Canada.M.LaPierre lui posa une question comme celle-ci: \u201cY a-t-il une chose qui caractérise tous les adolescents que vous rencontrez dans vos tournées en différents pays?\u201d Sans aucune hésitation, elle lui répondit: \u201cOui, l\u2019incertitude\u201d.Feu Théo.Chentrier il y a quelques années avait fait une remarque analogue sur les ondes du réseau français: \u201cC\u2019est inquiétant de penser qu\u2019avec toute leur nouvelle instruction, les jeunes manquent tant de confiance.C\u2019est parce qu\u2019ils manquent de caractère, la formation des premières années de leur enfance ayant fait défaut\u201d.Incertitude, manque de confiance: quels mots troublants pour nous tous ! Devant l\u2019acuité des problèmes sociaux du monde adolescent (délinquance, suicide, drogue, désordres et problèmes émotionnels) ne serait-il pas temps de suggérer des remèdes positifs plutôt que des solutions aux problèmes, d\u2019apporter des remèdes préventifs ou des antidotes ?Adolescents et adultes aujourd\u2019hui ressentent l\u2019anxiété du monde entier: guerres, crises politiques, violence sous toutes ses formes, corruption, automation, une société de plus en plus dépersonnalisée, des révolutions tranquilles et moins tranquilles aux niveaux scolaire, social, économique et politique.Jusque dans l\u2019Église, nous sommes témoins d\u2019épreuves, de crises de foi, de changements marqués dans le comportement religieux.Nous nous demandons parfois si l\u2019Église ne traversera pas le martyre.1 Ajoutons les fausses valeurs de notre société de consommation qui ambitionne de \u201cposséder\u201d au lieu \u201cd\u2019être\u201d, et les aspects de notre vie personnelle battus en brèche par ce monde en ébullition.De plus, la vie de famille ne semble plus avoir la vigueur d\u2019autrefois.Son rôle semble s\u2019être amoindri: l\u2019État et la collectivité de plus en plus assument des fonctions qui incombaient à la famille.Les parents en sont devenus perdus: ils semblent ne pas saisir les priorités dans leurs responsabilités.Heureusement, certains sociologues de grande valeur nous font constater ces écarts et soulignent énergiquement qu\u2019il faut revaloriser l\u2019idée que la famille et la société n\u2019existent pas l\u2019une sans l\u2019autre.1.Karl Stern, M.D.: The Third Revolution, ch.XII, p.290: \u201cMais il y a l\u2019Eglise du Christ avec laquelle il faut compter.Elle devra peut-être endurer le martyre dans l\u2019Etat mondial qui s\u2019annonce; comme elle amena enfin l\u2019Etat romain qui dominait le monde à faire sa soumission au Christ, à n\u2019importe quel prix, elle pourrait bien encore, par le martyre, conquérir \"l\u2019Etat rationaliste et scientifique que nous aurons demain à l\u2019échelle du monde\u201d.(Lettre du docteur Edwyn Bevan à Arnold Toynbee.) Au lieu de nous alarmer, et de céder à la panique, pourquoi ne pas y voir un défi extraordinaire lancé à l\u2019être humain conscient de ses grandes responsabilités dans la société ?Personnellement, je suis fière de vivre à cette époque dramatique.Nous sommes tous des membres de cette société.Pourquoi ne pas développer un esprit collectif non seulement pour combattre les courants destructeurs qui s\u2019acharnent à nous bouleverser mais aussi pour construire sur la foi et les valeurs fondamentales (sans lesquelles nous périrons tous) une force extraordinaire ?Nos jeunes adolescents sentiraient cette force en nous et ils ne seraient plus inquiets.Avec une formation de base et cette force des adultes, ils pourraient affronter les problèmes sans avoir le vertige.Et nous n\u2019entendrions plus ces propos de jeunes, négatifs et effarants: \u2014\t\u201cC\u2019est-y plate la vie ! Qu\u2019en penses-tu, toi ?\u201d \u2014\t\u201cEh bien, moi, je la trouve emm .\u201d (elles n\u2019ont pas encore 20 ans) \u2014\t\u201cJe suis allé passer un an en Europe où j\u2019ai travaillé pour survivre et pour me trouver.J\u2019avais des problèmes émotionnels et personne pour m\u2019aider\u201d (il a 19 ans).\u201cMa sœur a échoué sa deuxième année au collège.Pas étonnant, elle aussi a de gros problèmes émotionnels\u201d (elle a 18 ans).Et il ajouta d\u2019un air triste: \u201cDieu que c\u2019est compliqué, la vie !\u201d Nous verrions la vie à travers les yeux d\u2019adolescents ayant foi en l\u2019humanité.On a établi il y a trois ans que le suicide était, pour le nombre, la seconde cause de décès parmi les étudiants du secondaire aux États-Unis.D\u2019après un texte de \u201cPlein Jour\u201d (mars 1967), le phénomène a commencé d\u2019apparaître au Québec.\u201cD\u2019après certains journaux, quatre étudiantes de la même régionale auraient tenté de se suicider, dont deux avec succès.\u201d Au milieu des courants, dont je parlais plus haut, qui tuent la foi, la foi religieuse, la foi en l\u2019humain, chez les jeunes comme chez les moins jeunes, il n\u2019est pas étonnant que tant d\u2019adolescents manquent de sécurité.N\u2019est-ce pas au foyer d\u2019abord à leur donner le supplément d\u2019âme qui neutralise l\u2019effet de ces courants diaboliques ?Qu\u2019arrive-t-il à ces jeunes inquiets quand ils laissent le foyer ?Je lisais ceci dans une revue française, l\u2019an dernier: \u201cUn jour, un aumônier parlant des jeunes déplacés, fit remarquer: Lorsqu\u2019on transplante un arbre, on prend soin de lui laisser ses racines et même un peu de terre accrochée à elles pour qu\u2019il ne soit pas trop dépaysé dans son nouveau terrain.Ces soins pris pour les arbres, les humains ne les connaissent pas: tous les liens sont coupés brutalement\u201d.Il n\u2019est pas nécessaire qu\u2019il en soit ainsi, et il n\u2019en est pas ainsi si les parents ont compris leur rôle d\u2019éducateurs.MARS 1968 77 Et qu\u2019arrive-t-il à la société qui reçoit ces déracinés ?Madame Livia Thur nous le disait dans un colloque à Montréal, il y a deux ou trois ans: \u201cSi notre jeunesse ne peut acquérir une conscience sociale au foyer, à l\u2019école ou dans son milieu habituel, notre société court le risque de devoir consacrer une bonne partie de ses énergies, et avec des résultats très incertains, à réassimiler le nombre grandissant de ses inadaptés; ou encore, elle se trouvera singulièrement appauvrie par la passivité croissante de ses membres.\u201d (Montreal Star).Elle ajouta ces paroles significatives: \u201cMais pour acquérir cette conscience sociale, les gens doivent aussi éprouver un sentiment de sécurité.\u201d A mon avis, les affirmations de cette femme supérieure (nommée au Conseil d\u2019administration de l\u2019Université de Montréal, en 1967) devaient faire réfléchir tous ceux qui sont directement ou indirectement reliés à l\u2019éducation des jeunes.Je crois que, la vie moderne étant si complexe, seuls les biens préparés, seuls les forts en sortiront des êtres véritablement épanouis.Mais comment prépare-t-on des FORTS ?Je suis convaincue que dans chaque être véritablement fort se dresse un barrage intérieur d\u2019une force inébranlable.Aucune merveille du monde ne s\u2019y compare.Ce barrage, qu\u2019il faut environ 16 à 17 ans pour constuire, tiendra contre tous les ouragans de notre monde perturbé.Winston Churchill disait: \u201cC\u2019est contre le vent, et non dans le vent, que les cerfs-volants montent le plus haut\u201d.Comment donc construire ce barrage à l\u2019intérieur de l\u2019être humain ?Voilà un défi incomparable adressé aux parents.C\u2019est un travail formidable qui demande la magnanimité.Le site de cet œuvre c\u2019est le foyer et les ingénieurs, ce sont les parents; ils feront le premier travail et, plus tard, au niveau scolaire, les éducateurs les aideront.Le succès se mesurera au travail accompli pendant les cinq premières années au foyer.Les outils, ou plutôt l\u2019outil par excellence, c\u2019est Yamour; non pas l\u2019amour qui envahit, engouffre et détruit, mais l\u2019amour véritablement adulte.L\u2019amour qui bâtit, fort comme ces machines géantes nouvelles, merveilles de notre technologie.Une des manifestations privilégiées de cet amour est l\u2019oubli de soi; car s\u2019il n\u2019y avait que le renoncement, fût-ce sous une forme de martyre, cela serait insuffisant; il y faut l\u2019oubli de soi naissant de la générosité d\u2019âme.Les matériaux employés, enfin, sont nombreux; je les classerais sous trois chefs: 1 ) la présence et la bienveillance des parents, en insistant sur la PRESENCE.2) la persévérance, la cohésion dans les efforts, la discipline et, il va sans dire, l\u2019autorité.Il ne s\u2019agit pas de l\u2019autoritarisme qui, lui, est signe d\u2019immaturité, mais d\u2019une autorité qui favorise la pleine liberté individuelle, dans le respect de l\u2019ordre nécessaire à toute vie, en famille et en société.3 ) Enfin, il y aura ce que j\u2019appellerai l\u2019armature, les tiges d\u2019acier que l\u2019on n\u2019enlève jamais dans une construction, c\u2019est le bon exemple des parents qui ont compris non seulement que leurs enfants apprennent à vivre par eux, mais qui reconnaissent que ces miracles de l\u2019amour conjugal ont besoin d\u2019amour, de sécurité émotive et qu\u2019ils ont des droits.L\u2019exemple des parents vit dans l\u2019âme des enfants, comme les tiges de fer dans le béton; c\u2019est la FORCE.C\u2019est un travail à longue échéance qui doit s\u2019accomplir dans la joie et cette joie vient de la compréhension de l\u2019AMOUR.En puisant à la foi qui en est la source, on y parvient.La foi apporte toujours réponse aux doutes.Et si nous retournons à notre image du barrage pour nous demander quelles formes nous y moulerons, ce seront les valeurs chrétiennes, et les valeurs de civilisation: le courage, le sens des responsabilités, la maîtrise de soi, l\u2019amour du travail et de l\u2019effort, la tolérance, l\u2019esprit d\u2019initiative, l\u2019intégrité, la justice, le sens de l\u2019honneur, le respect des lois, de la dignité humaine et de l\u2019ordre dans la nature, toutes les valeurs dont se compose le sens social.Pour ce travail, la chaleur humaine, l\u2019amour véritable, je le dis énergiquement, est indispensable.De plus il y faut un climat de confiance et de bonté; ceci aussi est essentiel.J\u2019aimerais souligner, avec les humbles connaissances que j\u2019ai, qu\u2019il y a dans chaque enfant un dynamisme spirituel: c\u2019est aux parents d\u2019en régler l\u2019exercice avec l\u2019aide précieuse d\u2019éducateurs compétents qui ne doivent jamais oublier leur noble rôle dans la formation de la société.Ces éducateurs peuvent allumer dans nos enfants une étincelle; ils peuvent former les éveilleurs, les animateurs qu\u2019il faut à notre société.Jamais nous n\u2019avons eu autant besoin d\u2019éducateurs bien préparés à trouver et à former des êtres qui dirigeront et influenceront le monde de demain.Et maintenant, à vol d\u2019oiseau, regardons le paysage que nous avions rêvé: Nous avons bâti un barrage spirituel dans un foyer où régnent l\u2019équilibre et la joie de tous les membres de la famille; l\u2019on y baigne dans une atmosphère amicale, l\u2019on y développe l\u2019esprit de création, l\u2019on y permet à chacun d\u2019être entièrement libre de penser, de sentir, de s\u2019exprimer et d\u2019être vraiment lui-même, l\u2019on y aide à se façonner une vie intérieure intense, l\u2019on y encourage chacun à s\u2019ouvrir à tout un éventail de choses merveilleuses.Bref, ce barrage a surgi dans un monde où règne la paix et où il fait bon vivre, même avec les défauts, les épreuves, les accrocs quotidiens et les problèmes de la vie.On nous répète aujourd\u2019hui sur tous les tons qu\u2019il faut travailler pour la société.Mais qu\u2019y a-t-il de plus grand et de plus urgent que de construire ces barrages intérieurs qui serviront la société de demain et contribueront directement à l\u2019avancement de la civilisation ?Un foyer qui arme ainsi spirituellement les jeunes est incontestablement une force prodigieuse, immortelle.Je ne peux m\u2019imaginer pour la famille une contribution plus grandiose, une mission plus noble.Les constitutions, les lois, les gouvernements, les structures économiques peuvent changer mais l\u2019âme ainsi bâtie ne cédera point.78 RELATIONS EN SOUVENIR DE GANDHI Luigi d\u2019Apollonia, S.J.Gandhi est mort, voilà vingt ans, abattu par un hindou fanatique1.On s\u2019en souvient peut-être, c\u2019était en pleine réunion de prière, au soir tombant, peu après cinq heures.2 La consternation fut universelle; la douleur de l\u2019Inde, désespérée.Nehrou disait à la radio: \u201cAmis, une lumière vient de s\u2019éteindre, et c\u2019est partout la nuit\u201d.Il disait aussi \u2014 car le crime avait été commis pour la défense de la civilisation \u201chindoue\u201d: \u201cI am utterley ashamed ! C\u2019est à mourir de honte 3 ! \u201d Les funérailles furent extraordinaires.La nuit même, la foule était déjà si nombreuse assiégeant le parc, escaladant le mur, hurlant sa peine, qu\u2019on dut, pour la calmer, exposer la dépouille, dans la clarté d\u2019un projecteur, sur le balcon du palais Bilra 4.Le lendemain, il fallut au cortège cinq heures pour parcourir les six milles de distance du lieu de crémation, près des eaux sacrées de la rivière Jumna.Ce fut moins un cortège qu\u2019un inimaginable mouvement de foule qui allait grossissant la marée humaine déjà répandue sur le terrain funèbre, et menaçant d\u2019engloutir dans ses remous le service d\u2019ordre.Un million de personnes peut-être .Si grande fut la mêlée qu\u2019on dut passer le cadavre de mains à mains, et le porter à bout de bras par-dessus la foule afin de le coucher sur le bûcher.Au moment d\u2019y mettre le feu, une immense clameur s\u2019éleva.La foule entrait en transe.Coude à coude, les soldats ne suffisaient plus pour la retenir et protéger du brasier ministres et diplomates.Appelés à la rescousse, les agents à cheval sabraient à droite et à gauche pour la repousser, et pour la maintenir à distance galopaient, tête à croupe, dans une ronde sans fin que quelques forcenés parvinrent quand même à franchir 5.Rien de tel ne s\u2019était jamais vu.Les cendres du bûcher furent recueillies dans des sachets et envoyées aux quatre coins du pays pour être abandonnées aux rivières, aux fleuves et aux trois mers 1.\tMathu Ram Vinayak Godse était directeur du Hindu Rashtra, feuille extrémiste qui dénonçait la tolérance de Gandhi à l\u2019égard des musulmans.\u201cJe ne regrette rien\u201d, devait-il dire de sa prison.2.\tLa revue Time (9 février 1948) \u2014 toujours sur les lieux ! \u2014 note qu\u2019il y avait trois marches pour arriver au dais de la prière que Gandhi franchit.Elle nous apprend aussi que l\u2019arme de l\u2019assassin était une Beretta.Elle oublia de donner le numéro matricule .3.\tIl faut se rappeler que la nation indienne n\u2019avait que six mois d\u2019existence.4.\tDemeure à New Delhi d\u2019un riche industriel du même nom où Gandhi était venu prier et jeûner pour calmer les passions anti-musulmanes.5.\tJ\u2019emprunte ces détails à Max Olivier-Lacamp (L\u2019Impasse indienne) qui vécut ces journées.qui baignent ses rivages.Et partout, par milliers et par centaines de milliers, partout, pendant treize jours, le peuple de l\u2019Inde pleura la mort de Gandhi.En hommage d\u2019anniversaire, essayons d\u2019entrer dans les raisons de son influence et de la vénération qu\u2019un peuple de centaines de millions lui voua.* * * Car, petit, maigre et chauve, plutôt laid, minablement vêtu de son pagne, il était le plus admiré et le mieux écouté des hommes; et bien qu\u2019il ne fût ni riche, ni puissant, ni rajah, ni maharajah, ce qu\u2019il disait \u2014 et qui était souvent vague \u2014 avait un retentissement non seulement dans l\u2019Inde, et ses races disparates, ses langues inconciliables, ses castes innombrables, mais partout dans le monde.\u201cThe old naked fakir ! Le vieux fakir tout nu ! \u201d, ru-gisait Churchill, serviteur de l\u2019Empire, qui devait vivre assez longtemps encore pour voir le vieux fakir tout nu obtenir, dans la paix et l\u2019amitié, le départ de Lord Mount-batten, arrière petit-fils de la reine Victoria, vingtième et dernier vice-roi des Indes: le moucheron indien avait raison du lion britannique.Quel était donc le secret de cette redoutable efficacité ?L\u2019univers de Gandhi n\u2019était pas celui de la spéculation religieuse, métaphysique ou politique, mais celui de l\u2019action.Prenons garde, toutefois.À proprement parler, ce ne sont pas ses choix politiques, ni son opposition à l\u2019industrialisation massive et à la mécanisation rapide de l\u2019agriculture, ni ses idées sur le progrès matériel et technique, voie ouverte, craignait-il, vers une forme nouvelle de colonialisme, qui doivent nous retenir.Ni de savoir si son nom éveille toujours la même admiration, la même ferveur.Sans doute, Gandhi a-t-il toujours d\u2019éminents disciples; mais, enfin, revenir par la pensée vingt ans en arrière, c\u2019est pour la jeune génération s\u2019enfoncer dans un monde lointain, un autre monde, un passé presque mythologique; et le rouet, la petite bouillotte pour distiller l\u2019eau de mer, quelle place leur assigner dans un plan quinquennal à ces objets touchants ?Et que peuvent-ils bien dire aux \u201célites\u201d nouvelles qui rêvent barrages, aciéries, vastes complexes industriels ?Gandhi, son rouet et sa chèvre: un couplet électoral pour les masses paysannes, une larme sentimentale .Ni ne nous demanderons-nous de quelle manière Gandhi peut être saint, sinon pour dire que ceux qui comparent Gandhi au Christ savent peut-être qui était Gandhi; ils ne savent certainement pas qui est le Christ, et disent des MARS 1968 79 sottises \u2014 ce qui n\u2019empêche pas Gandhi d\u2019avoir pratiqué sa religion jusqu\u2019à l\u2019héroïsme et avec un amour plus fort que la mort.* * * De tout temps, les saints, les hommes magnanimes ont eu recours aux moyens spirituels pour surmonter la puissance des préjugés, éteindre les discordes civiles, \u201chumaniser\u201d la guerre, corriger une situation sociale.Jacques Maritain voit même dans cette constante une loi de l\u2019histoire concernant la hiérarchie des moyens, loi qu\u2019il appelle la loi de la supériorité des moyens spirituels d\u2019activité temporelle de combat sur les moyens charnels d\u2019activité temporelle de combat6.Ces moyens spirituels, à l\u2019œuvre dans l\u2019histoire humaine mais de façon humble et cachée, plus ou moins à la manière d\u2019un ferment \u2014 voici que Gandhi les retrouve, épars, dans la tradition hindoue, grâce, a-t-il avoué lui-même, à la lecture de l\u2019Évangile 7, en particulier du Sermon sur la Montagne commenté par Tolstoï.Il les repense en fonction des angoisses politiques que vit sa nation, il en fait une synthèse cohérente, les organise systématiquement en une technique particulière d\u2019action politique en vue de transformer une situation temporelle injuste: là est le génie de Gandhi, l\u2019originalité de son témoignage.Être beau n\u2019est rien.Être riche n\u2019est rien.Être puissant n\u2019est rien.Être savant d\u2019un savoir théorique n\u2019est pas grand\u2019chose.L\u2019important, c\u2019est d\u2019être libre, d\u2019une liberté au sens plein du mot, d\u2019une liberté intérieure, d\u2019une liberté d\u2019épanouissement, ce qui suppose non seulement de se défaire des Anglais mais de tout le matérialisme que ces mangeurs de rosbif ont amené d\u2019Occident, de leurs fins intéressées et de leurs moyens d\u2019oppression, de la forme de civilisation qu\u2019ils représentaient.Bien plus que la patrie de l\u2019Inde, Gandhi veut libérer l\u2019âme de l\u2019Inde; et la patrie par l\u2019âme, le visible par l\u2019invisible, les valeurs temporelles par les valeurs spirituelles, la politique par la mystique.Parmi toutes ces valeurs intérieures, le bien le plus précieux est l\u2019adhésion à la vérité, la conviction que la vérité finit par triompher à la longue, qu\u2019elle n\u2019a pas besoin pour ce faire de la violence, qu\u2019elle n\u2019a besoin que de la force de l\u2019âme, non de celle du corps.Le principe est maintes fois énoncé par Gandhi: \u201cLa vérité se défend non en faisant souffrir son adversaire, mais en souffrant soi-même.\u201d La non-violence: la structure négative du terme ne doit pas donner le change.Son acception est très positive.Ne pas nuire, ce n\u2019est pas seulement s\u2019abstenir de maltraiter autrui, c\u2019est lutter contre le mal avec les seules armes de la patience et de la souffrance volontaire, sûr de vaincre parce qu\u2019on croit indéfectiblement à l\u2019efficacité directe de la \u201cvérité\u201d dont la nature n\u2019est pas de contraindre du 6.\tVoir Pour une philosophie de l\u2019histoire, pp.84-89.7.\t\u201cCe fut le Nouveau Testament qui m\u2019éveilla à la valeur de la résistance passive.Je débordais de joie en le lisant.\u201d dehors, mais de mouvoir du dedans avec une irrésistible douceur, par l\u2019action de l\u2019esprit sur l\u2019esprit.La non-violence est une résistance spirituelle employée comme méthode positive d\u2019action politique.Bien sûr que la limite entre la résistance spirituelle et la résistance physique sera souvent difficile à tracer et à maintenir.(Nous le voyons bien aux États-Unis dans l\u2019affaire des droits civils des Noirs.) Pourtant Gandhi tenait absolument à ce qu\u2019on la respectât: quand les campagnes dégénéraient, il les arrêtait et il en expiait lui-même les excès au moyen du jeûne et de la prière.Il faut bien reconnaître que la méthode réussit auprès des Britanniques.Plus encore que les insurrections, la désobéissance civile de Gandhi, ses jeûnes et ses prisons émurent l\u2019opinion mondiale et surtout l\u2019opinion anglaise.Mais il faut bien reconnaître aussi que ce type d\u2019action a triomphé parce que Gandhi avait affaire au \u201cmatérialisme\u201d d\u2019un peuple démocratique et libéral, de mangeurs de rosbif, si vous le voulez, mais capables de comprendre les mots liberté, dignité humaine, justice, et de saisir les raisons de sa résistance, de sorte que les adversaires étaient déjà, d\u2019une certaine manière, des partenaires qui partageaient en commun, malgré leur différend, un certain nombre de valeurs spirituelles sur lesquelles un dialogue s\u2019était engagé.Témoin ce jugement très anglais qui fut un jour rendu contre Gandhi: \u201cMon devoir est de vous juger en homme qui doit obéir aux lois, mais il m\u2019est impossible de négliger ce fait que des millions de vos compatriotes vous regardent comme un chef illustre, un grand patriote.Vos adversaires ne doutent point que vous n\u2019obéissiez à un haut idéal, que votre vie ne soit celle d\u2019un noble cœur, je dirai même d\u2019un saint.\u201d Après quoi sentence fut rendue, et Gandhi remercia son juge ! Pareil épisode suffit à démontrer que la non-violence comme tactique politique n\u2019est praticable que dans un pays libre.Dans un pays totalitaire, non seulement la nonviolence n\u2019aurait aucune chance de succès, elle serait privée de sens dès le départ, car nul ne saurait l\u2019épreuve que s\u2019inflige le juste, et nul n\u2019entendrait sa prière, ni sa protestation, sinon les anges qui voient au ciel la face du Père.Et les anges ne font pas de politique .* * * Il y aurait beaucoup à dire encore sur les impuissances de la méthode d\u2019action politique de Gandhi.En cas de guerre imposée, d\u2019autres moyens doivent entrer en jeu; Gandhi a recommandé et loué la non-résistance physique à un Hitler.Du reste, de son vivant même, sa méthode n\u2019a pas pu empêcher la division de l\u2019Inde, ni les massacres fratricides, ni les énormes transhumances .C\u2019était trop demander de vertu aux masses.N\u2019empêche que dans cet homme chétif d\u2019apparence mais d\u2019une extraordinaire force d\u2019âme \u2014 mahatma, la 80 RELATIONS grande âme \u2014 l\u2019Inde a pris conscience d\u2019elle-même; et le monde étonné, d\u2019un nouveau genre de combat politique.\u201cQu\u2019ils suivent la méthode de Gandhi ou quelque autre méthode à inventer, pense Jacques Maritain, les hommes qui combattent sur le plan temporel et qui attachent de l\u2019importance aux valeurs spirituelles, spécialement ceux qui luttent pour l\u2019avènement d\u2019une civilisation d\u2019inspiration chrétienne, seront.très probablement conduits, qu\u2019ils le veuillent ou non, à une solution de ce genre 8.\u201d 8.Op.cit.p.85.uons-nouô une littérature ?René Dionne, S.J.Vient de paraître, chez Beauchemin, le premier tome d\u2019une Histoire de la littérature française du Québec l.Il s\u2019agit d\u2019une entreprise collective dirigée par un de nos plus fins lettrés: M.Pierre de Grandpré.Ses collaborateurs ont de la taille; ils s\u2019appellent G.-A.Vachon, Claude Galarneau, Léopold Leblanc, G.-H.d\u2019Auteuil, Marcel Rioux, Gaston Dulong, Michel Têtu, Arsène Lauzière et Pierre Savard.En général, leurs textes sont d\u2019une excellente qualité.Les études d\u2019auteurs ne font que corroborer ou répéter des jugements traditionnels; mais les essais sur la langue, les idées et la mentalité de notre peuple, en plus d\u2019élargir le champ habituel de nos manuels d\u2019histoire littéraire, apportent vraiment du neuf.Une bien vieille question Nous nous arrêtons ici au premier chapitre de cet ouvrage; c\u2019en est, avec l\u2019introduction de M.Pierre de Grand-pré, l\u2019un des plus importants.Avec courage et pertinence, M.Georges-André Vachon y pose sous une forme nouvelle, une question préliminaire et fondamentale.Considérant \u201cle Domaine littéraire québécois en perspective cavalière\u201d, (pp.27-33), l\u2019excellent critique, professeur à l\u2019Université de Montréal, se demande ce que vaut notre littérature et, en définitive, si nous avons une littérature.C\u2019est là une bien vieille question à laquelle historiens et critiques ont presque toujours répondu affirmativement; ils y étaient portés tout naturellement de par leur engagement même.Cependant, conscients, semble-t-il, du manque d\u2019évidence persuasive de leur oui, ils ont constamment senti le besoin de l\u2019étayer solidement à partir de critères indubitables.Ils en sont ainsi venus, pour une bonne part, à fonder leurs réponses sur des raisons qui, paradoxalement, ne sont pas toujours proprement littéraires.Il s\u2019est en conséquence trouvé que la conception même de la littérature en a été affectée.Aussi G.-A.Vachon a-t-il parfaitement raison lorsqu\u2019il note que \u201cle mot littérature, quand il passe du domaine français au domaine québécois, change de sens.Là, il englobe un certain ensemble d\u2019œuvres incontestablement valables.Ici, il désigne la collection matérielle des œuvres produites dans les limites d\u2019un territoire national.\u201d (27.) De la justesse de cette observation, un coup d\u2019œil sur nos manuels d\u2019histoire littéraire nous convaincra.La réponse de Mgr Roy Pour un humaniste comme Mgr Roy, il existe bel et bien, en 1930, une littérature canadienne-française.Française, notre littérature l\u2019est par sa langue d\u2019abord: la même, à son caractère vieillot près, que l\u2019on utilise encore au pays des ancêtres; il serait cependant souhaitable qu\u2019elle \u201cs\u2019enrichisse de mot nouveaux, créés ici, pourvu que ces mots soient de bonne venue, ou, qu\u2019étant bien faits ils désignent des choses de chez nous 2 \u201d.Française, notre littérature l\u2019est aussi par son inspiration: le \u201cfonds intellectuel et moral\u201d de notre littérature n\u2019est pas autre que le \u201cfonds traditionnel des idées et des sentiments de la race\u201d.Ce manque d\u2019originalité, nous le devons autant à notre système d\u2019éducation qu\u2019à nos origines: \u201cnotre formation classique étant restée française dans ses méthodes et dans ses programmes, il était inévitable que pour la forme comme pour le fond, notre littérature fût marquée de l\u2019influence française.3 \u201d Mgr Roy notait alors, avec beaucoup de justesse, qu\u2019il en était résulté de graves inconvénients pour notre littérature: Parfois nos écrivains, les auteurs de nos œuvres d\u2019imagination surtout, se sont trop appliqués à l\u2019imitation des écrivains de la France; ils n\u2019ont pas assez pensé par eux-mêmes et pas assez regardé les choses de chez nous; ou, quand ils les ont regardées, ce fut trop souvent à travers des souvenirs de lectures françaises.Et l\u2019on a pu avec raison recommander à nos littérateurs la nationalisation plus complète, plus profonde de notre littérature.4 Que cette \u201cnationalisation\u201d de notre littérature soit importante pour Mgr Roy, on le comprend facilement dès qu\u2019il affirme que la spécificité de notre littérature lui vient surtout de sa matière, ainsi que des \u201cpensées et (des) préoccupations qui, sur le fond français de notre mentalité et de notre conscience, se sont lentement et solidement superposées 5 \u201d.De fait, d\u2019une façon valable pour l\u2019époque où il écrit, le critique note ce qui suit: La littérature canadienne-française est toute pleine des choses de notre histoire et de notre vie nationale.Ce sont surtout nos inquiétudes patriotiques qui l'ont fait naître et qui l\u2019ont sans cesse stimulée.Elle est le plus souvent l'écho de nos luttes pour la survivance de la race.L\u2019histoire est bien, d\u2019ailleurs, le genre le plus florissant de notre littérature; la poésie patriotique et les études de mœurs canadiennes y occupent aussi une large place 6.On y remarque également cet autre trait spécifique, important pour Mgr Roy: l\u2019inspiration catnolique, fruit d\u2019une âme \u201crestée foncièrement religieuse et chrétienne 7 \u201d.MARS 1968 81 Notre littérature se caractérisait donc, pour le Mgr Roy de 1930, par l\u2019usage de la langue française et son inspiration à la fois française, nationale et catholique.Ce sont là des traits qui n\u2019ont guère à voir avec l\u2019esthétique.Mgr Roy le sent bien qui prend soin, dans la conclusion de son manuel, de noter la valeur artistique de notre littérature.Il existe, écrit-il, un certain nombre \u201cd\u2019écrivains et d\u2019œuvres qui nous permettent d\u2019affirmer que notre littérature existe, et qu\u2019elle est en progrès8 et cela, non pas parce que les œuvres de ces écrivains ont une valeur artistique indéniable, mais parce que, compte tenu de notre jeunesse et de nos difficultés, une certaine qualité esthétique peut être reconnue à nos écrits de débutants: S\u2019il était nécessaire, pour que nous puissions nous glorifier d\u2019avoir une littérature, que nous comptions parmi nos poètes un Ronsard ou un Lamartine, parmi nos historiens un Thierry, parmi nos philosophes un Pascal, et parmi nos romanciers un Paul Bourget, peu de peuples se pourraient vanter d\u2019avoir de convenables débuts littéraires.Mais cela n\u2019est pas nécessaire, et il suffit pour qu\u2019il y ait chez nous une littérature, qu\u2019il y ait un esprit et une pensée qui s\u2019expriment avec art.L\u2019art lui-même peut être plus ou moins parfait, et donc la littérature plus ou moins digne de notre admiration, mais s\u2019il existe, on ne peut plus nier sa propre vie, et ce n\u2019est pas à nous qu\u2019il convient de l\u2019ignorer ou de le dédaigner °.Notre littérature existe.Et si elle s\u2019est jusqu\u2019ici développée avec lenteur, et parfois avec des procédés qui accusent son inexpérience, il faut, plutôt que de la supprimer d\u2019un trait d\u2019humeur ou d\u2019un trait d\u2019esprit, savoir reconnaître, avouer et apprécier les causes qui l\u2019ont empêchée d\u2019apparaître plus vite et de mieux s\u2019exprimer 10.Mgr Roy énumérait longuement, ensuite, les causes qui avaient empêché notre littérature de s\u2019épanouir11 : nos écrivains s\u2019en trouvaient absous et nous pouvions avoir non seulement bonne conscience, mais aussi une certaine fierté.En 1939, dans la dernière édition qu\u2019il donnait de son manuel d\u2019histoire de la littérature canadienne-française, celui qui reste encore, compte tenu (!) de son époque, l\u2019un de nos bons critiques, reprenait à peu près la même argumentation: La littérature d\u2019un peuple n\u2019est pas un ensemble de chefs-d\u2019œuvre, mais plutôt un ensemble d\u2019œuvres où s\u2019exprime avec art la pensée.L\u2019art a des degrés, assurément, et la littérature aussi.A chacun donc d\u2019exercer sa critique sur la qualité des littératures, sur celle de la canadienne-française en particulier.Notre littérature, jeune encore, et qui porte sûrement des traces d\u2019inexpérience et d\u2019insuffisance, et qui laissera tomber demain et plus tard beaucoup d\u2019œuvres que nous avons ici inscrites, contient assez d\u2019œuvres de mérite, et qui sont des œuvres d\u2019art véritable, pour que nous, Canadiens, nous la considérions comme une part déjà avouable et précieuse de notre patrimoine intellectuel.Mais il faut pour cela la considérer d\u2019abord du point de vue de notre milieu canadien.Ce n\u2019est pas de Paris qu\u2019il faut juger la littérature canadienne: c\u2019est de Québec ou de Montréal, de quelque part de chez nous, en tout cas.Jugeons-la comme ayant été écrite au Canada, dans les conditions historiques que l\u2019on sait; cela nous obligera à être à la fois modestes et justes, et peut-être, aussi, sympathiques.Ce qui ne nous empêchera pas, d\u2019ailleurs, d\u2019avoir le droit de comparer notre littérature à une autre, à la française, par exemple, et de la déclarer bien inférieure.Voilà des siècles que l\u2019esprit français construit sa littérature.Qu\u2019on laisse au nôtre le temps d\u2019œuvrer la sienne, de se dégager de ses indigences, des causes qui l\u2019ont empêché de produire plus vite et mieux.On pourra estimer que l\u2019entraînement culturel de cet esprit a été trop lent, qu\u2019il s\u2019attarde trop dans des insuffisances anciennes; c\u2019est une autre question 12.82 Mgr Roy veillait cependant, cette fois, à mettre en garde contre le danger d\u2019une \u201cnationalisation\u201d trop grande de notre littérature.Il avait été un temps où ç\u2019avait été de bonne guerre de prêcher une telle nationalisation 13; il n\u2019était plus: Il vaut mieux insister maintenant sur le vigoureux caractère d\u2019humanité, de plus forte humanité, qu\u2019il convient de donner à nos œuvres.Même les œuvres qui sont faites de substance canadienne ont besoin de contenir une plus copieuse substance humaine.Le point faible de notre littérature, c\u2019est même qu\u2019elle n\u2019est pas assez profondément humaine, c\u2019est-à-dire que la pensée, la spéculation de l\u2019esprit, les idées générales, les éléments spirituels de la conscience ne s\u2019y rencontrent pas avec assez d\u2019originalité, et ne s\u2019y expriment pas, pour cette même raison et pour d\u2019autres, avec assez de puissance 14.La réponse du Père Baillargeon De fait, durant les années suivantes, notre littérature grandit.En 1954, M.Auguste Viatte remarque qu\u2019elle \u201cs\u2019est étoffée et diversifiée\u201d, intériorisée et approfondie: \u201cLa personnalité devient assez substantielle pour se remarquer sans recourir aux oripeaux de la couleur locale.Les poètes, avec et non après ceux de France, prospectent les secrets de la vie intérieure, les romanciers avec ceux de France approfondissent les grands problèmes humains 15 \u201d.Du point de vue esthétique cependant, notre littérature reste encore bien pauvre: \u201cPeu de textes offrent des modèles parfaits, et leur étude dans les classes, si l\u2019on n\u2019y prend garde, expose à perpétuer la médiocrité, d\u2019autant que les anthologies choisissent d\u2019après le contenu, non d\u2019après la forme 16.\u201d Il ne faut donc pas se surprendre si le Père Baillargeon, auteur à son tour d\u2019une histoire de la littérature canadienne-française, se demande, tout comme Mgr Roy, de quelle façon et à quel niveau cette littérature existe sans conteste.11 veille d\u2019abord à bien préciser le sens de sa question: \u201cL\u2019ensemble d\u2019œuvres littéraires que nous avons est-il assez vaste et assez distinctif pour former une littérature originale17 ?\u201d Notre historien tâche ensuite, écrit-il, à éviter deux excès: \u201cune indulgence bénisseuse, qui accepte au Panthéon tout ce qui écrit au Canada français, et un ostracisme radical qui clame obstinément que nous n\u2019avons rien de fait18.\u201d Toutes précautions ainsi prises, le Père Baillargeon conclut: \u201cNotre littérature est jeune, mais elle existe.Elle est modeste, mais elle est bien nôtre et, à ce titre, elle nous est éminemment chère 19.\u201d Suit l\u2019expli-cation-justification traditionnelle : En effet, le Canada français a créé un nombre suffisant d\u2019œuvres où se reflètent des caractères ethniques différents de ceux que manifestent les écrits des autres pays.Quelques œuvres de marque, enchâssées dans un ensemble d\u2019ouvrages moins remarquables, voilà le bilan de notre littérature (.) Ce n\u2019est pas là une constatation propre à nous faire rougir.Nous datons d\u2019hier comme groupe ethnique homogène.De vieilles nations n\u2019ont pas réussi à édifier un monument culturel distinctif, même après des siècles ! Et pourquoi, en mal de comparer, choisir toujours la France, la reine des lettres et des arts ?Notre littérature soutient difficilement comparaison avec la littérature française.Et pour cause ! 20 Au fond, ultimement, comme Mgr Roy, Baillargeon fondait son affirmation sur l\u2019existence de la nation beaucoup plus que sur la valeur intrinsèque de notre littérature.En effet, au début de son volume, il n\u2019avait pas hésité à RELATIONS écrire: \u201cLa littérature exprime l\u2019âme d\u2019un peuple; à peuple différent, littérature distincte21.\u201d S\u2019interrogeant ensuite sur l\u2019existence au Canada français d\u2019un \u201ctype d\u2019homme suffisamment distinct du Français de France22 \u201d, il en était venu à la conclusion que, dès 1850, le \u201cCanadien français\u201d existait vraiment et qu\u2019il différait du \u201cFrançais de France 23 \u201d.Devait donc s\u2019ensuivre, en bonne logique, \u2014 et c\u2019est ce que le Père Baillargeon découvre dans la seconde partie de son volume, \u2014 l\u2019existence d\u2019une littérature canadienne-française distincte de la française.La réponse des littéraires On voit bien que les réponses de Mgr Roy et du Père Baillargeon, tout en satisfaisant une légitime fierté nationale, n\u2019avaient guère de quoi convaincre définitivement des littéraires un peu esthètes ou amants de littérature \u201cpure\u201d.Nous entendons par là ceux qui, sans aller jusqu\u2019à ranger l\u2019œuvre littéraire dans le \u201cciel des fixes\u201d, la conçoivent cependant, plus ou moins, à la façon de Charles Du Bos: Le premier mérite d\u2019un livre qui appartient à la littérature est d\u2019être une fête, non seulement pour les yeux, bien qu\u2019il existe aussi une beauté visible dans des mots bien choisis et mis à leur place, mais aussi une fête pour cette oreille extérieure et intérieure, qui lorsqu\u2019elles collaborent, sont les véritables organes de la préhension littéraire.Ce n\u2019est pas assez de dire que les mots sont des intermédiaires, ni même d\u2019ajouter qu\u2019ils sont des intermédiaires de grande valeur, ils sont une fin, car ils sont la littérature même, laquelle sans eux n\u2019arriverait jamais à l\u2019expression.Or, la littérature est expression, et en deçà de l\u2019expression, d\u2019une expression belle et parfaite, la littérature n\u2019existe pas 24.C\u2019est à semblable conception de l\u2019œuvre littéraire que le prince de nos esthètes, M.Paul Toupin, semble se référer lorsqu\u2019il entreprend, en termes clairs et tranchants, de répondre à la question: avons-nous une littérature?Voici comment il s\u2019exprime: Notre littérature n\u2019est pas littéraire.Surprise peu agréable mais préparée par trop d\u2019écrivains qui ne daignèrent pas se rappeler que la première condition d\u2019une littérature était d\u2019être littéraire.Nos écrivains se sont peu souciés de ce qu\u2019il convient d\u2019appeler forme et fond, langue et style.Leurs œuvres eurent des répercussions locales comme elles avaient des qualités artisanales, d\u2019un coloris inférieur cependant à celui du tapis crocheté.Une autre surprise nous attend, plus heureuse que la première, puisque notre littérature compte aussi de bons écrivains, mais pas assez nombreux pour la réhabiliter complètement 25.Ainsi, selon M.Toupin, nous posséderions de bons écrivains, mais pas de littérature.M.Tougas, lui, prétend \u201cà mieux faire connaître une littérature qui possède déjà d\u2019attachants poètes et d\u2019excellents romanciers 26 \u201d.Et il le veut faire en littéraire qui évite \u201cles traquenards trop connus de l\u2019histoire, de la sociologie, de la psychologie 27 \u201d.Force lui est quand même de reconnaître \u201cla nécessité parfois d\u2019étudier les auteurs du XIXe siècle par le biais de la biographie, de la sociologie ou de la citation qui, rarement mémorable, résume son homme précisément parce qu\u2019il est peu profond ou original28 \u201d.Pour M.Tougas la critique d\u2019une jeune littérature exige \u201cdes dispositions d\u2019esprit spéciales\u201d: il ne s\u2019agit pas de comparer une littérature naissante à une littérature-mère ou bien établie, mais d\u2019en \u201cdégager l\u2019originalité virtuelle 29 \u201d, Et nous possédons aujourd\u2019hui un excellent moyen de le faire, puisque \u201cla critique structurale contemporaine qui s\u2019attaque avant tout au texte est particulièrement apte à rendre une élémentaire justice aux jeunes littératures 30 \u201d.M.Pierre de Grandpré ne partage pas cette opinion.Tout d\u2019abord, il lui semble qu\u2019un \u201crecours conscient et mesuré\u201d à des disciplines comme l\u2019histoire, la sociologie, la psychologie, etc., \u2014 à la condition, évidemment, de ne pas \u201cquitter la voie royale de l\u2019attention aux textes mêmes\u201d, \u2014 \u201cconstitue, précisément, la grande chance, le biais véritablement privilégié pour porter un intérêt vivant à l\u2019histoire d\u2019une littérature qui en est à ses premières armes 31 \u201d.Et puis il se trouve que nous \u201cavons affaire ici à une littérature qui, loin d\u2019être à l\u2019âge d\u2019une contestation blasée de la parole, est dépourvue de véritables traditions d\u2019art.Or une certaine critique structurale prolonge l\u2019art là surtout où celui-ci mène une existence plus ou moins autonome et repliée sur ses propres richesses32 \u201d.La réponse de G.-A.Vachon G.-A.Vachon s\u2019en prend, lui aussi, mais de façon différente, à une certaine critique structurale.Il n\u2019en conteste pas l\u2019utilité; il affirme seulement qu\u2019elle ne rend pas davantage compte que l\u2019historique ou la sociologique de la valeur proprement littéraire des œuvres.Celles-ci, écrit-il, ne sont grandes que dans la mesure où une \u201ccertaine tradition de lecture et de critique leur a imposé une structure 33 \u201d: Les méthodes de la \u201cnouvelle critique\u201d (.) permettent de révéler la \u201cstructure\u201d de l\u2019œuvre.Mais on ne peut faire de l\u2019existence d\u2019une telle structure, un critère de la valeur littéraire.Ce serait renverser l\u2019ordre normal de la vie des œuvres.(.) La critique structuraliste (.) permet tout au plus d\u2019établir le compte rendu méthodique d\u2019une aventure de lecture: aventure subjective, qui, loin de fonder un jugement littéraire, se fonde sur une valeur déjà établie 34.\u201cLectures et relectures\u201d, tel est pour G.-A.Vachon le \u201ccritère unique\u201d ou, si l\u2019on préfère, le \u201cmécanisme profond de la vie littéraire, par quoi s\u2019établit, sur la base toujours très large de la protection courante, le répertoire des œuvres \u2018majeures\u2019 \u201d.Et notre critique de se demander, \u201cdans cette perspective, comment apparaît le domaine québécois ?Sa culture présente-t-elle un ensemble de phénomènes qu\u2019on puisse dénommer littérature, au sens défini ci-dessus 35 ?\u201d La réponse s\u2019impose alors, négative.Il ne fait pas de doute que l\u2019on ne relit guère nos œuvres que depuis 1960.Et encore est-ce toujours avec une secrète méfiance vis-à-vis de leur valeur.Bien plus, faute de nous avoir été \u201ctransmises\u201d par une tradition de lecture, il arrive que les œuvres antérieures à 1939 nous paraissent de simples articles de la collection \u201ccanadiana\u201d.Heureusement, constate G.-A.Vachon, la situation a changé depuis une trentaine d\u2019années.Une certaine tradition est en train de se constituer; \u201cle mécanisme profond de la création autochtone et de la lecture est déclenché 36 \u201d.Mais que ferons-nous de la littérature d\u2019avant 1939 ?G.-A.Vachon suggère de la soumettre, par nécessité sinon par goût, \u2014 encore qu\u2019il sache d\u2019expérience, MARS 1968 83 ainsi qu\u2019il l\u2019avoue, combien il peut être \u201cintéressant, passionnant même, d\u2019étudier les œuvres québécoises antérieures à la dernière guerre 1 * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * 37 * \u201d, \u2014 à \u201cl\u2019épreuve critique par excellence: la lecture 3S Mais cette lecture, com-prenons-le bien, sera avant tout une recherche: J\u2019imagine donc un domaine de recherche qui aurait ce double caractère: d\u2019abord, de confondre en un seul objet d\u2019étude tous les textes écrits, en refusant de savoir, a priori, s\u2019ils ressortissent à un genre littéraire différencié: littérature romanesque, poésie lyrique, discours politique, essai ou histoire; et deuxièmement, d\u2019appliquer à ces textes, indifféremment, toutes les méthodes d\u2019approche mises au point par les sciences de l\u2019homme: la méthode \u201clittéraire\u201d, sans doute, mais aussi \u2014 et, chronologiquement, d\u2019abord \u2014 celles des sciences historiques et sociales 39.Ce faisant, pense G.-A.Vachon, nous en arriverions à \u201creconnaître dans sa vérité, le type particulier de rapport que nous entretenons avec les œuvres publiées, depuis deux siècles, sur le territoire national40 \u201d et c\u2019est dans la juste \u201creconnaissance de ce que le peuple québécois est, et non pas dans le désir et l\u2019affirmation stériles de ce qu\u2019il n\u2019est pas, ou n\u2019a pas 41 \u201d, que nous irions alimenter notre fierté nationale.1.Ce volume couvre la période de 1534 à 1900.Un second tome doit paraître en août prochain; il portera sur la période de 1900 à 1960.Il serait prématuré de juger de l\u2019œuvre de M.de Grandpré avant la parution de ce second tome; d\u2019ores et déjà, cependant, s\u2019imposent certaines remarques à propos du premier.C\u2019est un volume qui coûte cher: cartonné, il se vend $8.50.Et il y aura le second tome à payer aussi.Combien d\u2019étudiants le pourront faire, ou l\u2019achèteront d\u2019emblée ?(C\u2019est à croire qu\u2019il nous faudra une économie québécoise très solide, si l\u2019on veut gratifier nos étudiants de manuels scolaires bien de chez nous.Surtout lorsqu\u2019ils ne pourront plus jouir, comme le présent ouvrage en a heureusement bénéficié, d\u2019une \u201csubvention de la Commission du Centenaire\u201d .Pourtant, il nous faudrait de plus en plus de ces manuels.On a voulu faire, beau.De fait, le volume se présente bien.La couverture en est attrayante; la reliure solide.Et c\u2019est un bloc de 368 pages de texte, auxquelles s\u2019ajoutent 153 illustrations choisies par Paul Mercier.Elles l\u2019ont été avec goût, mais jetées un peu trop en vrac: photos, portraits, peintures, dessins, gravures, etc., se suivent dans un ordre sans principe certain.Par contre, on a heureusement pris soin de noter au bas des pages le numéro de l\u2019illustration à laquelle il convient que le lecteur du texte se reporte.On a également soigné la présentation typographique.Les grandes divisions du volume sont bien indiquées, de même que celles des chapitres.Les titres des morceaux choisis ont parfois autant d\u2019ampleur que les noms de leurs auteurs.Ce me semble un manque de proportion assez grave.Par exemple, aux pages 58-59, il aurait été préférable d\u2019utiliser, pour les titres de morceaux, le même caractère qu\u2019aux pages 66-69.Il y aurait eu avantage, je crois, à présenter les morceaux de façon uniforme plutôt que disparate comme aux pages 151-154.Et puis, n\u2019aurait-il pas mieux valu, puisque l\u2019ouvrage comptera deux tomes, colliger les extraits choisis en un seul volume ?Chaque extrait aurait pu y être présenté et commenté brièvement.Le volume consacré à l\u2019analyse des auteurs y aurait gagné en unité d\u2019ensemble; l\u2019espace départi à chaque écrivain aurait pu davantage être proportionné à son importance et le, texte critique aurait été continu.On n\u2019a pas cru bon, très souvent, de donner les références des extraits; d\u2019autres fois, elles sont incomplètes ou pas assez précises.C\u2019est dommage.Les bibliographies de Baillargeon étaient souvent fautives ou incohérentes; celles de M.de Grandpré pèchent, elles aussi, par plus d\u2019un point.Elles ne semblent pas obéir à des critères de sélection bien définis.Il arrive même qu\u2019elles brillent par leur absence (v.g.200, 264, etc.).La description bibliographique des volumes est réduite à sa plus simple expression, alors qu\u2019elle aurait dû être élaborée avec précision, surtout dans le cas des œuvres anciennes.On s\u2019explique mal certaines omissions, v.g.les œuvres de Champlain, pourtant importantes, ne sont pas mention- nées (75); le livre de M.Wyczynski sur L.-X.Garneau ne l\u2019est pas non plus (147).La table, des illustrations (361-368) ne nous renseigne que bien incom- plètement sur celles-ci; mieux aurait valu utiliser un caractère plus petit et donner une identification plus minutieuse.On oublie, sans doute, de nommer l\u2019auteur de la magnifique couverture.L\u2019index des noms (333-345) et celui des titres (347-353) auraient pu être présentés de façon tout aussi belle et claire en un nombre de pages réduit (cf.Roy, Baillargeon, Tougas).On aurait eu avantage à mettre en plus noir les noms des auteurs étudiés; en tout cas, à les souligner davantage.Dans l\u2019index des noms (334), il est question de l\u2019abbé Bruchési (266) et de Mgr Bruchési (286); ne s\u2019agirait-il pas du même homme ?A la page 112, n\u2019aurait-il pas fallu écrire Auguste-Norbert Morin au lieu d\u2019Augustin ?L\u2019Obscure Souffrance de Laure Conan est de 1919 et non de 1924 (251).C\u2019est là une erreur faite,, peut-être (?), d\u2019après Jean- Jacques Lefebvre, Le Canada, l\u2019Amérique, supplément du Larousse cana- dien complet (Montréal, Editions Beauchemin, 1957).On aurait pu l\u2019éviter en consultant Micheline Dumont, Laure Conan, (Coll.\u201cClas- siques canadiens\u201d, 20, Montréal, Fides, 1960, 16).On lit aussi Antoine Guérin-Lajoie (136), Joe Montferrand (216), Elisabeth Seaton (251), Lockeill au lieu de Locheill (248), Robertine Baril au lieu de Robertine 84 La réponse du croyant Le propos de G.-A.Vachon est ambitieux, son constat est sévère; mais l\u2019un et l\u2019autre nous semblent justifiés.Gardons-nous bien, cependant, d\u2019oublier que les grandes œuvres ne naissent que dans l\u2019enthousiasme et qu\u2019elles se nourrissent toujours d\u2019une bonne dose de fierté, voire d\u2019orgueil, en même temps que d\u2019un peu d\u2019illusion et de beaucoup de foi.Notre littérature grandira si nous croyons en elle.\u201cUne littérature\u201d, écrivait récemment André Brochu, \u201cc\u2019est un passé, un présent, un avenir42.\u201d Pour le passé de la nôtre, il peut être légitime, sinon bon, de n\u2019avoir point une trop béate estime; son présent, il nous faut l\u2019aimer, tout en laissant aux générations futures le soin de le juger dans son ensemble; mais en son avenir, il faut croire absolument, sous peine de ne rien produire qui vaille 43.Collège Sainte-Marie, 1180, de Bleury, Montréal (2e).Barry (272), \u201cLa Promenade des morts\u201d au lieu de \u201cPromenade des trois morts\u201d (173).L\u2019emploi des majuscules aurait dû être uniformisé (v.g.35, 57, 58, 64h, 64j, etc.).Les coquilles d\u2019impression sont cependant rares et peu graves (v.g.82, etc.).Plus graves sont les fautes contre la langue dans un manuel de littérature.Il s\u2019agit parfois d\u2019une citation mal amenée (84), d\u2019autres fois d\u2019un manque de clarté (85), de constructions syntaxiques boiteuses ou fautives (v.g.65, 66, 101, 107, 121, 133, 168, 243, etc.).On note aussi certaines négligences stylistiques, v.g.\u201con se doit sur ce sujet de citer\u201d (111); des répétitions (83-84, 86, etc.); un manque occasionnel de densité (84, etc.).Ces remarques ne touchent pas à l\u2019essentiel de l\u2019ouvrage de M.de Grandpré; aussi est-ce sans restriction que nous faisons nôtre ce jugement de M.Raymond-M.Turcotte (dans Prospectives, vol.3, no 6, décembre 1967, p.412) : \u201cJamais une histoire de la littérature d\u2019ici n\u2019aura été présentée comme ouvrant sur d\u2019aussi larges avenues.\u201d C\u2019est notre meilleur manuel d\u2019histoire littéraire.2.\tMgr Camille Roy, Histoire de la littérature canadienne, Québec, Imprimerie de l\u2019Action sociale, 1930, 18.3.\tId., ibid.4.\tId., ibid.5.\tId., ibid., 19.6.\tId., ibid.7.\tId., ibid.8.\tId., ibid., 260.9.\tNaguère encore, André Brochu exprimait une opinion semblable: \u201cDepuis quelque temps on a cessé de se, demander si la littérature canadienne-française existait; ce problème shakespearien s\u2019est résolu, non par des mots mais par des œuvres.On ne peut plus aujourd\u2019hui se poser la question sans faire preuve de gâtisme.Il s\u2019agit maintenant de s\u2019interroger sur la façon dont notre littérature existe: quelles en sont les structures, les plus intimes caractères ?(.) Il se peut que notre littérature en soit encore une de pionniers, une des \u2018premières démarches\u2019; il faut bien commencer .par le commencement.Mais n\u2019oublions pas non plus que l\u2019art est aussi bien dans la grotte de Lascaux que dans la chapelle Sixtine, dans la Chanson de Roland que dans les Amours, pour qui sait le reconnaître.L\u2019art ne s\u2019évalue pas à partir de barèmes abstraits, universels, mais à partir des conditions qui lui permettent de se manifester.\u201d (Le Quartier latin, 27.2.62.) 10.\tMgr Camille Roy, ibid., 260-261.11.\tId., ibid., 261-264.12.\tMgr Camille Roy, Manuel d\u2019histoire de la littérature canadienne de langue française, nouvelle édition, Montréal, Beauchemin, 1939, 178.13.\tId., ibid., 178-179.14.\tId., ibid., 179.15.\tAuguste Viatte, Histoire littéraire de l\u2019Amérique française des origines à 1950, Paris, Presses universitaires de France et Québec, Presses universitaires Laval, 1954, 215.16.\tId., ibid.17.\tSamuel Baillargeon, Littérature canadienne-française, 3e, éd.revue, Montréal, Fides, 1964, 509, 18.\tId., ibid.19.\tId., ibid.20.\tId., ibid., 509-510.21.\tId., ibid., 13.22.\tId., ibid.23.\tId., ibid., 74.24.\tCharles Du Bos, Qu\u2019est-ce que la littérature ?suivi de hommage à Charles Du Bos, coll.\u201cPrésences\u201d, Paris, Plon, 1945, 36.RELATIONS 25.\tPaul Toupin, \u201cAvons-nous une littérature?\u201d, dans te Devoir, 26.10.63:20.26.\tGérard Tougas, Histoire de la littérature canadienne-française, 2e éd.revue et augmentée, Paris, Presses universitaires de France, 1964, VI.27.\tId., ibid.28.\tId., ibid., VII.29.\tId., ibid., VI.30.\tId., ibid.31.\tPierre de Grandpré, Histoire de la littérature française du Québec, tome I, Montréal, Beauchemin, 1967, 9.32.\tId., ibid., 8.33.\tId., ibid., 28.34.\tId., ibid., 29.35.\tId., ibid., 28.36.\tId., ibid., 30.37.\tId.,\tibid., 31.\t 38.\tId.,\tibid., 30.\t 39.\tId.,\tibid., 31-32.\t 40.\tId.,\tibid., 31.\t 41.\tId.,\tibid., 33.\t 42.\tAndré Brochu, \u201cSituation de la littérature québécoise : notre dépend de notre langue\u201d, dans le Devoir, 31.10.67 :V.\t\tlittérature 43.\tOn pourra relire avec beaucoup de profit le, bel acte de foi Marcotte, dans Une littérature qui se fait (Coll.\u201cConstantes\u201d,\t\tde Gilles Montréal, HMH, 1962, 7).En voici les dernières lignes: \u201cJe laisse à d\u2019autres d\u2019attendre le grand livre, le chef-d\u2019œuvre indiscutable, avant d\u2019admettre l\u2019existence possible d\u2019une littérature canadienne-française.Pour moi, je n\u2019ai pas le loisir d\u2019attendre.Des livres, des œuvres existent -\u2014 parfois très imparfaites, réduites à la seule valeur du témoignage; parfois au seuil de la grandeur \u2014 avec lesquelles je veux engager dès maintenant le dialogue.\u201d CORRESPONDANCE \u201cFemmes-femmes\u201d, \u201cfemmes ordinaires\u201d, Femmes journalistes et femmes, tout simplement Bedford (Missisquoi), le 2 février 1968.Je ne suis ni \u201cFemme-femme\u201d (pas plus que Mme Claire Campbell ne l\u2019est), ni femme journaliste, ni \u201cfemme ordinaire\u201d, je suis femme, tout simplement.Je ne cherche pas non plus à \u201cm\u2019étiquetter\u201d, mais à l\u2019occasion je me fais un devoir de défendre la vérité.Je crois deviner que Mme Claire Campbell, par ses propos très sensés, dérange Lisette Morin qui, elle, oublie d\u2019être véritablement femme .Et si Lisette Morin classe Simone de Beauvoir comme sur-femme, inutile de chercher pour elle une autre catégorie que celle de son idole .Et les femmes de mon calibre, c\u2019est-à-dire les femmes, tout simplement, savent ce que vaut Simone de Beauvoir ! II est facile pour Lisette Morin de dire et d\u2019écrire: \u201cQue la femme soit morale, qu\u2019elle cesse de se prostituer\u201d (sic).\u201cQue la femme soit honnête\u201d (re-sic).\u201cQue la femme soit sincère et lucide\u201d (re-re-sic).\u201cQue la femme soit véritablement religieuse\u201d (re-re-re-sic).Mais pour obtenir toutes ces vertus, à quelle source Lisette Morin réfère-t-elle la \u201cfemme ordinaire\u201d, pour la défendre contre \u201ctous les paradis artificiels\u201d ?A aucune.Si, si, je m\u2019abuse, elle les réfère à Simone de Beauvoir ! ! ! Pauvre \u201cfemme ordinaire\u201d, ne vous laissez pas leurrer au point de prendre le loup pour l\u2019agneau, et vice versa .Quant à Mme Campbell, il est facile de se rendre compte qu\u2019elle puise ses renseignements à bonne source; je veux dire qu\u2019elle s\u2019inspire de la doctrine sociale de l\u2019Eglise: ce roc solide, deux fois millénaire, sur lequel bien d\u2019autres doctrines subversives sont venues se briser.MARS 1968 Je ne suis pas inquiète.Mme Claire Campbell continuera d\u2019être lue et appréciée à sa juste valeur par les lectrices et les lecteurs sérieux de Relations.Les écrits de Lisette Morin seront, comme il se doit, renvoyés aux calendes grecques.Mme Marie-Thérèse Huberdeau.North Bay, Ontario, le 10 février 1968 A titre de lecteur de la revue Relations, je me suis \u201camusé\u201d à lire, dans le numéro de février, la lettre d\u2019une journaliste de Ri-mouski, du nom de Lisette Morin.Evidemment, lorsqu\u2019on est évolué au point, Madame, de ne plus être, comme vous dites, \u201cfemme-femme\u201d, on se doit de porter la mitre et de brandir des anathèmes.Oui, avec une mitre sur la tête, ça va mieux pour prêcher, et pour anathémiser tous ceux et celles qui ne sont pas du credo de Simone de Beauvoir, toutes celles qui sont encore \u201cfemmes-femmes\u201d.Il en reste encore plusieurs, Dieu merci., du moins dans notre coin de pays.Chère madame, puisque vous êtes en veine de prêcher et faire la leçon, pourquoi ne pas vous attaquer au Globe and Mail de Toronto, journal peu scrupuleux pourtant, qui récemment s\u2019attaquait audit film suédois en le qualifiant de boring, ce qui veut dire fade, insignifiant .33 p.cent des auditoires de jeunes laissent la salle avant la fin du spectacle, parfois à la demande du garçon, et parfois à la demande de la jeune fille .Ce film n\u2019est pas capable de tenir son auditoire jusqu\u2019à la fin .Les jeunes eux-mêmes ont envie de \u201cvomir\u201d, et c\u2019est là la raison pour laquelle ils sortent avant la fin.(De nouveau consultez le Globe and Mail.) .Mon épouse me prie d\u2019ajouter qu\u2019elle connaît encore la signification du mot pudeur.Mais à lire votre lettre, je me suis demandé si vous ne croyez pas que trop de jeunes et de moins jeunes ont fait disparaître ce mot de leur vocabulaire et de leur pensée.Je crois bien que pour une fois je dois me ranger avec le Globe and Mail dans notre \u201cprovince si arriérée\u201d, surtout dans les domaines de l\u2019esprit et de la sexologie.Et vive madame Campbell ! Un père de famille croulant, Félix-H.Trudeau.Chicoutimi, le 5 février 1968 L\u2019avortement, la morale et la foi R.P.Marcel Marcotte, S.J., Je viens de lire votre article intitulé: \u201cL\u2019avortement, la morale et la loi\u201d.Laissez-moi vous dire que \u201cvous avez raison sur toute la ligne\u201d, pour emprunter une expression-cliché bien saguenayenne ! Ce projet de loi-omnibus est unique ! On s\u2019attendrait à autre chose d\u2019un ministre de la Justice d\u2019expression française.Le médecin digne de ce nom ne peut être à la fois sauveur et bourreau ! La grossesse per se n\u2019est pas une maladie ! Du point de vue médical il n\u2019y a rien qui puisse justifier l\u2019avortement.J\u2019espère que l\u2019épiscopat canadien ne se gênera pas d\u2019exprimer l\u2019opinion de l\u2019Eglise sur le sujet.Hôtel-Dieu Saint-Vallier Gérard Gagnon, M.D., F.A.C.S., F.I.C.S.Chirurgien-chef.85 AU FIL DU MOIS Des revues parlent de la foi LAnnée de la Foi aura provoqué de nombreuses manifestations de foi dans l\u2019Église universelle.Elle aura suscité la publication de plusieurs ouvrages et d\u2019innombrables articles de revue.Certaines revues françaises, pour ne m\u2019en tenir qu\u2019à celles-là, ont même publié des numéros considérables sur le sujet.L\u2019un des plus remarquables est, sans contredit, celui d'Esprit (octobre 1967) intitulé: \u201cNouveau monde et Parole de Dieu\u201d.La revue avait mené une enquête auprès d\u2019une centaine d\u2019intellectuels, tous de foi chrétienne, à l\u2019exception d\u2019un seul.A chacun elle avait posé une série de questions sur la foi vécue dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Les réponses reçues furent groupées sous quatre titres: \u201cComment Dieu se révèle-t-il ?Comment vivre la Parole de Dieu ?Comment organiser l\u2019Église?Y a-t-il une politique chrétienne ?\u201d Le tout forme un volume d\u2019environ trois cents pages; tous les grands problèmes de l\u2019heure y sont abordés avec grande liberté, liberté qui parfois frise la hardiesse, voire la témérité: Dieu, la démythisation, les rapports entre la religion et la foi, le dénuement de la foi, l\u2019athéisme, le monde et ses pièges, l\u2019obéissance, la pauvreté, la sexualité, le malaise sacerdotal, la place du laïcat, les institutions chrétiennes, la foi et la politique, la culture nouvelle, etc.Tout y est à lire, mais pas nécessairement à accepter.Un autre numéro spécial non moins remarquable est celui que le Centre catholique des Intellectuels français a consacré aux institutions chrétiennes (Recherches et Débats, octobre 1967: \u201cFaut-il des institutions chrétiennes?\u201d).En trois chapitres distincts, les auteurs traitent de cette importante question de l\u2019heure: l\u2019objet du litige, le sens des institutions chrétiennes, les institutions chrétiennes et l\u2019évangélisation.Je signale en particulier les trois articles 86 suivants: \u201cPour les institutions chrétiennes\u201d, par le P.Jean Daniélou, S.J., \u201cLa querelle des institutions chrétiennes, par Mgr André Brien, \u201cInstitution et présence missionnaire de l\u2019Église\u201d, par Mgr Alfred Ancel.Le fond du débat porte sur le mode de présence de l\u2019Église dans le monde, sur les conditions de la foi et de l\u2019existence chrétienne dans une société qui marche vers le pluralisme et vers la socialisation.Comme au Québec aussi ces questions se posent, il y aurait grand profit à lire les réponses apportées par ces intellectuels catholiques français.Cette recommandation vaut tout autant pour le numéro spécial publié par La Table Ronde sur \u201cLa Foi Aujourd\u2019hui\u201d (décembre 1967-janvier 1968).Des auteurs sérieux et célèbres, provenant non seulement de la France, mais de l\u2019Espagne, de l\u2019Italie, de la Suisse, de la Belgique et de l\u2019Allemagne, examinent les différents problèmes que rencontrent la conservation et la manifestation de la foi dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Dans l\u2019introduction, le secrétaire de la revue écrit: \u201cL\u2019art de se poser des problèmes à propos de n\u2019importe quoi, l\u2019art de rendre difficile ce qui est facile, est une caractéristique propre à la civilisation des pays surdéveloppés.On est devenu beaucoup trop intelligent.Notre grande tragédie: ne pas savoir être, ne pas savoir être vrai.\u201d Sommes-nous au Québec dans une civilisation de pays surdéveloppé ?Sommes-nous devenus trop intelligents ?En tout cas, ce ne sont pas les problèmes qui nous manquent dans le domaine religieux.Il nous faut être assez humbles pour reconnaître que peuvent nous aider à les résoudre les réflexions et les travaux présentés par la brillante équipe de La Table Ronde.Richard Arès.Le livre du mois?L\u2019ouvrage, paru chez nous en février, qu\u2019on appellerait justement \u201cle livre du mois\u201d, ne serait-il pas, en dépit de concurrents spectaculaires comme les mémoires des gouvernements d\u2019Ottawa et de Québec et même d\u2019Option Québec vendu à plus de 50 000 exemplaires, la mince plaquette de MM.Émile Robi-chaud et Gilles Laprade : Adolescents en détresse, lancée aux Éditions du Jour, le 14 février ?Par l\u2019urgence et l\u2019importance du sujet qu\u2019il aborde, par la vigueur de la pensée qui va au fond du problème, par le bon sens, la franchise et l\u2019humour qui est la fleur de la réflexion sérieuse, par le style enfin pur et preste, ce petit volume mériterait d\u2019atteindre aux gros tirages et de se retrouver dans les mains des jeunes, des parents, des maîtres, de tous ceux enfin qui ont à cœur l\u2019éducation de notre jeunesse.Les deux voix que nous entendons sont celles de maîtres expérimentés, demeurés tout près des élèves qu\u2019ils connaissent bien, qu\u2019ils comprennent et qu\u2019ils aiment profondément.Sans l\u2019ombre d\u2019une flagornerie ou d\u2019une faiblesse, ils dénoncent les travers, les ridicules, les défaillances des jeunes mais toujours dans la chaleur de l\u2019intelligence respectueuse et de l\u2019amitié.L\u2019idée centrale du volume est que les relations humaines des adolescents avec leurs éducateurs sont la condition première, la condition essentielle et irremplaçable de l\u2019éducation.Ce n\u2019est que dans ce climat que les jeunes peuvent apprendre le difficile usage de la liberté.M.Gilles Gendreau, directeur de Boscoville, s\u2019est dit heureux dans sa préface d\u2019endosser ce principe fondamental.Tout au long de ces cent pages, les auteurs monnaient leur vision, soit qu\u2019ils décrivent l\u2019adolescent d\u2019aujourd\u2019hui et ses problèmes, soit qu\u2019ils présentent aux parents la façon dont chacun, père et mère, et tous les deux ensemble ils vivront avec leurs jeunes ces relations humanisantes et vraies.Des pages savoureuses de bon sens et de verve, qui ne plairont point à nos \u201ccenturions féministes\u201d \u2014 on l\u2019a vu à cer- RELATIONS tain compte rendu injuste \u2014 mais qui éclaireront, encourageront et réjouiront les parents qui n\u2019ont point démissionné, sentant bien, comme le leur rappellent nos auteurs, que des éducateurs valent plus par ce qu\u2019ils sont que par ce qu\u2019ils savent.Mais, à la lumière de leur vérité fondamentale, ce sont surtout les structures actuelles de l\u2019école que les deux auteurs explorent et jugent.École géante (plus grosse encore que ne la souhaitait le Rapport Parent), \u201cusine fonctionnelle\u201d, qui par sa structure même rend impossibles les relations humaines des adolescents avec leurs maîtres et qui les déshumanise les uns et les autres.On y verra \u201cle chaos ou le régime militaire\u201d où les jeunes nourriront, comme les ouvriers des usines à la chaîne, l\u2019aliénation et la révolte.On pourrait croire que les auteurs cèdent à l\u2019outrance et font une charge.Hélas ! il n\u2019en est rien.La première phrase de M.Gilles Gendreau en sa préface nous le rappelle: \u201cCe petit livre ne me paraît pas insolent.\u201d Seulement, les auteurs voient clair, ils voient profondément comme des éducateurs racés et ils disent ce qu\u2019ils voient.Seront-ils entendus avant qu\u2019il ne soit trop tard ?On peut se le demander devant les 35 grandes écoles secondaires de 2500-3000 élèves qu\u2019on nous annonce à Montréal; fort belles peut-être et au goût des architectes, mais fort peu prisées des éducateurs qui savent raison garder.Nos auteurs écrivent en conclusion: \u201cNotre collectivité a vécu, depuis quelques années, une crise aiguë de masochisme.Refusant de tenir compte des impératifs de l\u2019histoire, les tenants de la philosophie de la \u201ctable rase\u201d ont voulu, en éducation, tout jeter par terre et recommencer à zéro.Drôle de retour des choses qui a fait des plus acharnés caricaturistes du messianisme agricole des années trente, les prophètes d\u2019un nouveau messianisme : le messianisme scolaire.A les entendre et à les lire, le Québec pouvait se payer le luxe de rejeter le passé d\u2019un revers de la main et de se doter du meilleur système d\u2019éducation du monde\u201d .L\u2019ancien système manquait de souplesse, le nouveau manquera d'âme.Or l\u2019histoire nous enseigne qu\u2019un peuple sans âme ne survit jamais à l\u2019assaut du temps\u201d, (pp.105,6) Ces propos sont trop graves pour que tous nous ne prenions le temps de les bien entendre.Georges Robitaille.Georges-Henri d\u2019AuTEUiL, S.J.L e t h r e â t r e ON RECOMMANDE SOUVENT aUX personnes désireuses de suivre un régime alimentaire hypograis-seux de faire usage de desserts au Jell\u2019O.Ils sont en effet plutôt inoffensifs.Peu coûteux, faciles à préparer: une pincée de gélatine dans de l\u2019eau, plus deux ou trois gouttes d\u2019essence aux choix: fraise, orange, citron, on les digère sans effort, tout en laissant dans la bouche une impression de fraîcheur sucrée assez agréable.Il y a aussi, peut-on dire, des mets littéraires confectionnés au Jell\u2019O.Des œuvres romanesques ou dramatiques en particulier.Ingrédients légers qu\u2019on trouve partout à bon compte, cuisson rapide et sûre, goût sucré (parfois salé) agréable, assimilation facile, aucun danger de congestion cérébrale, bonne nuit de sommeil assurée.Drôle de couple Drôle de couple, comédie de l\u2019écrivain américain Neil Simon est un plat de cette catégorie.Un bon Jell\u2019O, rien de plus.Pas assez sans doute pour qui s\u2019attendait à une poularde truffée ou un savoureux bœuf bourguignon, ou même à un solide ragoût de pattes.Vraiment, les estomacs exigeants, comme les esprits sérieux, ont pu trouver insuffisante cette histoire de deux maris divorcés qui essaient de faire cohabiter leurs tempéraments et leurs goûts opposés jusqu\u2019à ce qu\u2019arrivent \u2014 ce qui était à prévoir \u2014 des chicanes de ménage et de nouveau la rupture de ce drôle de couple.L\u2019un, bohème invétéré et insoucieux de tout (David), l\u2019autre, Charlie, (il y en a donc des Charlie dans le théâtre américain !), méticuleux et maniaque de l\u2019ordre, ils ne pouvaient pas s\u2019entendre; le divorce, là encore, était irrémédiable.Voilà l\u2019idée de la pièce qu\u2019il fallait développer, bourrer d\u2019incidents cocasses, de situations plausibles et comiques.À vrai dire l\u2019intrigue est loin d\u2019être rigoureuse et serrée.Ici et là, on perçoit le coup de pouce de l\u2019auteur pour relancer l\u2019action et l\u2019intérêt.Donc un simple Jell\u2019O et peu sucré.Assez toutefois pour tenter l\u2019auteur à succès de la Cuisine des anges, Albert Husson.S\u2019il a fait de Drôle de couple l\u2019adaptation française c\u2019est peut-être que lui a paru nouvelle et amusante la situation assez insolite de cette pièce de boulevard, où les couples sont ordinairement triples et où les intrigues se ressemblent étrangement.La comédie est tout entière basée sur les deux maris en chômage, David et Charlie.Les autres personnages, presque inexistants, ne font qu\u2019habiter la scène et les temps morts de l\u2019action.Paul Berval est David.Ou plutôt, non: David est Paul Berval, car Berval n\u2019est pas du tout le type du comédien qui essaie d\u2019incarner un rôle, de se mettre dans la peau, comme on dit, d\u2019un personnage.Il reste toujours Berval.Qu\u2019on aime ou non son genre, il n\u2019y peut rien.Son comique est naturel et strictement personnel; il ne peut s\u2019en défaire, il en a complètement habillé David, devenu Berval.Benoît Marleau, plus varié et plus souple, a su mieux s\u2019identifier avec Charlie et nous donner une image juste et intelligente du personnage.Cette image, bien soutenue tout le long de l\u2019intrigue, nous a plu parce qu\u2019elle nous a paru la mieux dessinée de la pièce, grâce sûrement au talent de Marleau.MARS 1968 87 La Jalousie du Barbouillé Le Médecin malgré lui Un ancien proverbe nous apprend que bis repetita placent.Ce n\u2019est pas toujours vrai.Il est de certains spectacles qu\u2019on désirerait n\u2019avoir jamais vus.D\u2019autres au contraire enchantent toujours.Molière est de ces auteurs qui semblent défier le temps et l\u2019usure.Même notre génération yé-yé s\u2019y retrouve.La Nouvelle Compagnie théâtrale vient de le constater une fois de plus, au Gesù, avec son second spectacle de l\u2019année qui affichait la Jalousie du Barbouillé et le Médecin malgré lui.Cette dernière pièce, surtout, est très souvent jouée.Donc pas de surprise, sauf celle de ne jamais s\u2019en lasser.Rien d\u2019imprévu: connaissance parfaite de l\u2019intrigue, des personnages, des situations, des répliques mêmes, comme le fameux \u201cVoilà pourquoi votre fille est muette\u201d, et pourtant cela accroche à tout coup; on se laisse prendre, on entre dans le jeu.Force du comique naturel et profond de Molière, que l\u2019on retrouve aussi dans la Jalousie du Barbouillé, simple canevas d\u2019ailleurs du futur Georges Dandin.Pourvu toutefois que ce comique nous soit servi avec la fougue, l\u2019élan, le mordant, la jeunesse qu\u2019a voulus l\u2019auteur, car du Molière mal joué est pire que tout.Pas d\u2019appréhension, heureusement, de ce côté avec la NCT, dont le sérieux, le métier et la conscience professionnelle sont bien connus.Et on ne lésine pas sur les moyens.Mise en scène, décors, costumes, musique, éclairage, tout est attentivement surveillé et dans une seule recherche, celle de la perfection artistique la plus totale possible.Merveilleuse leçon, entre autres, offerte aux jeunes que l\u2019on convie à ces fêtes de l\u2019esprit.Cette fois, la mise en scène fut confiée à Jean Dalmain qui s\u2019y connaît bien en Molière.On se souvient de ses débuts, ici, à Montréal, par une entrée retentissante, dans le rôle de Sgana-relle de Don Juan, aux côtés de Gascon, précisément sur cette même scène du Gesù, où, encore sous le surnom de Sganarelle, il s\u2019en est donné à plein dans le Médecin malgré lui.Son personnage est pivot de la pièce autour duquel tournent les autres rôles selon la marche de l\u2019action.En fait, c\u2019était 88 lui plutôt qui tournait avec un entrain de tous les diables autour de ses comparses et les entraînait dans une joyeuse sarabande, tantôt la vindicative Martine de Jeannine Sutto ou les domestiques de Géronte, Valère et Lucas, interprétés par Galipeau et Massicotte, ou l\u2019aguichante et émoustillée Jacqueline de Dyne Mousso, que son mari, Lucas, doit sans cesse surveiller, ou la Lucinde de Françoise Graton, muette volontaire mais qui se reprendra joliment au point que son père désirera la voir redevenir muette, ce que Sganarelle s\u2019avoue incapable de réaliser: pas deux miracles de suite ! Dans la Jalousie du Barbouillé, Jean-Pierre Compain fait le mari soupçonneux, non sans raison, de sa volage Angélique, bien loin de mériter son nom.La bonhomie lourdaude de Compain est plaisante.Mais le Docteur farfelu, pédantesque et excentrique de Gilles Pelletier emporte le morceau haut la main.Une composition très réussie.Yves Massicotte est impayable dans la peau des paysans de Molière et Robert Rivard est bien amusant dans ses deux courtes apparitions dans la Jalousie et dans le Médecin.En fait la distribution bien équilibrée des deux pièces et la juste interprétation des comédiens dans les petits emplois comme dans les premiers rôles méritent tous les éloges à la Nouvelle Compagnie théâtrale.Hamlet, prince du Québec L\u2019œuvre récente du prolifique Robert Gurik \u2014 au moins une pièce par année \u2014 me laisse assez perplexe.Comment apprécier cette pièce politique, Hamlet, prince du Québec, qui, à travers la tragédie bien connue de Shakespeare, vise à décrire l\u2019actuel pugilat Indépendance VS Fédéralisme qui fait la manchette des journaux et passionne certains esprits ?D\u2019abord le drame est désamorcé et tourne à la comédie, et la rigolade prime d\u2019emblée le propos sérieux de l\u2019auteur.De plus, le cadre shakespearien ne s\u2019adapte pas toujours, loin de là, à l\u2019actualité qu\u2019on veut y introduire.On peut, de ce chef, relever plusieurs incongruités.Cette apparition, par exemple, deux cents ans après sa mort, du fantôme du père d\u2019Hamlet, censé décédé depuis quelques jours seulement, qui vient enfin supplier son fils de le venger est assez cocasse.On comprend que le pauvre fantôme, incarné par de Gaulle, sente le besoin d\u2019excuser son retard.Plus étrange encore cette mort du roi que son frère félon étouffe en lui enfonçant une orange dans la bouche.Drôle de manière d\u2019assassiner un homme, et qui n\u2019est pas celle de Shakespeare.À moins qu\u2019on ait voulu faire référence au sacrifice, par la France, des \u201carpents de neige\u201d canadiens au profit des vergers prometteurs des Antilles.Allusion pas trop délicate pour notre mère-patrie et qui en tout cas n\u2019intéresse en rien la \u201cperfide Albion\u201d.Je n\u2019insiste pas sur la personnification de l\u2019Église par le personnage de la reine et mère d\u2019Hamlet, car cette idée symbolique de l\u2019auteur, qui évoque le bon vieux slogan, cher aux historiens, de \u201cl\u2019union du trône et de l\u2019autel\u201d, ne ressort que très indirectement et de façon bien peu claire du texte même de la pièce.Ainsi le premier but recherché par Gurik ne me semble pas atteint, à l\u2019avantage du deuxième, beaucoup plus réussi et accessible aux spectateurs: la satire des libéraux et des querelles idéologiques qui les divisent ces temps-ci.Ici, la formule Revue, à la mode de Fridolin, prend nettement le dessus sur la thèse indépendantiste de l\u2019œuvre.Les masques aidant, les récentes et mouvementées vicissitudes du parti libéral prennent facilement le pas \u2014 et, il faut bien le dire, à la joie non dissimulée des assistants \u2014 sur les grands problèmes politiques.Sur le plan dramatique, ceci sauve cela.Par contre cet Hamlet, scéniquement, mérite beaucoup d\u2019éloges.Les masques réalistes des personnalités mises en cause, les costumes suggestifs et qui caractérisent chacun des personnages, la mise en scène de Roland Laroche, alerte et gavroche, la bonne interprétation des comédiens qui ont résisté à la tentation de la caricature, tout l\u2019élément spectacle de l\u2019œuvre a réjoui qui avaient pu rejoindre l\u2019Escale, toujours ancré au quai McGill, prisonnier des glaces, attendant que les brise-glace du Gouvernement fédéral libèrent le fleuve .RELATIONS Méditation DOCUMENTS Ses mystères et les nôtres Le Christ, en descendant sur terre, n\u2019a pas > apporté avec lui le Paradis; ni pour lui, ni pour vous, ni pour moi, ni pour personne.Mais, comme s\u2019il l\u2019avait oublié, nous sommes allés le lui chercher; et c\u2019est une preuve d\u2019amour, c\u2019était pour l\u2019y installer, et nous auprès de lui; il aura ainsi une belle vie, et nous aussi, avec lui ! Si, pourtant, nous nous accommodons de nos inventions, il ne semble pas en avoir fait autant, car là où nous découvrons le merveilleux, il a rencontré, lui, la pauvreté; là où nous avons rencontré la poésie, il a découvert, lui, l\u2019affreuse réalité.Nos mystères et les siens ne sont pas de même nature.Du moins, c\u2019est une impression tirée des Evangiles.Tenez, par exemple, la crèche, l\u2019authentique, la mangeoire abandonnée, pas l\u2019étable endimanchée, la crèche de Bethléhem, pas celle des cathédrales, pas même celle di l\u2019église la plus pauvre, mais l\u2019unique, la vraie, la sienne, n\u2019a rien du berceau d\u2019un petit roi, reposant en Paradis ! Continuez avec la fuite en Egypte, la fuite de nuit, par chemin de sable glissant, pas la fuite imaginée par les poètes dans la blonde poussière de grains d\u2019or, tombés d\u2019épis miraculeux; la fuite exécutée au rythme fatigant des pas arrachés, à travers des sentiers incommodes, pas les sentiers, tracés par la main des artistes sur des toiles inondées de lune, étang de lumière pour l\u2019ombre découpée des palmiers endormis; non, l\u2019historique fuite, celle des trois, ne s\u2019est pas faite dans des allées de Paradis.Ne l\u2019ayant pas apporté avec lui, le Christ n\u2019y a pas marché.Il n\u2019y a pas vécu, non plus, les premières années de sa vie;^ au Paradis d\u2019ailleurs, il aurait été le maître, mais à Nazareth, on le sait, il était soumis.En ce temps-là, était-il aimé ?L\u2019important, c\u2019est de savoir si je l\u2019aime aujourd\u2019hui.Quoi qu\u2019il en soit, à trente ans, il n\u2019est pas connu, il n\u2019a pas encore parlé de son Paradis.Mais, c\u2019est certain, il en a un.S\u2019il n\u2019en a pas, pourquoi est-il venu avec l\u2019intention précisément d\u2019en ouvrir la porte, depuis si longtemps fermée ?S\u2019il n\u2019en a pas, pourquoi est-il venu, par amour, non seulement en marquer le chemin, mais l\u2019empreindre de ses pas, afin de le rendre sûr aux nôtres, posés dans les siens; pourquoi ce chemin, construit au prix de tant de peine, à côté de cet autre, tracé par le zigzag de l\u2019homme avant lui, mais incapable de nous y mener ?Pourquoi ?S\u2019il n\u2019en a pas, pourquoi ce gaspillage de miracles pour l\u2019attester ?Pourquoi cette complicité du Père et de lui, afin de mieux tromper l\u2019humanité ?Pourquoi ces jeûnes, ces souffrances, cette Passion écrasante, et cette mort sur la croix ?Simplement pour appuyer le célèbre double mensonge: \u201cMon royaume n\u2019est pas d\u2019ici-bas !\u201d S\u2019il n\u2019en a pas, pourquoi en a-t-il donné le nom avant de partir: \u201cAujourd\u2019hui même, tu seras avec moi dans le Paradis !\u201d S\u2019il n\u2019a pas de Paradis, pourquoi le carême et son invitation à réfléchir sur les moyens à prendre pour y arriver ?Pourquoi le rappel à la pénitence, sinon pour nous le faire mériter ?Nous le faire mériter ! Il serait plus juste de dire: pour ne pas l\u2019empêcher de nous le donner.Et c\u2019est plus rassurant de vivre selon ses mystères, et non selon les nôtres, pour connaître son Paradis.Paul Fortin.Les évêques américains et le célibat sacerdotal Dans leur magistrale Lettre de novembre 1967 (cf.Relations, février 1968, p.29), les évêques des Etats-Unis ont renouvelé leur pleine adhésion à l\u2019enseignement du Concile et de Paul VI sur l\u2019exigence, dans l\u2019Eglise d\u2019Occident, du célibat sacerdotal : \u201cclergé et laïques doivent y voir la volonté de Dieu sur l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui\u201d (The Catholic News, 11 janvier 1968, p.11).A cause sans doute de la gravité du problème et de la confusion largement entretenue par les enquêtes, articles et opinions de tous calibres, ils ont publié en même temps, sur le sujet, une déclaration plus explicite, tout à fait remarquable.Les 200 évêques américains nous rappellent d\u2019une seule voix que le Magistère exprime la volonté de Dieu sur l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui et que cette voix mérite de tous ses fils une respectueuse obéissance.(Cette Déclaration est datée du 16 novembre 1967, le texte en a paru dans la revue Catholic Mind, janvier 1968, la version française est de Relations).Réunis en conférence pour étudier et apprécier les besoins et les réussites de l\u2019Eglise en notre pays, nous constatons avec grande satisfaction et gratitude l\u2019effort du Peuple de Dieu pour se renouveler afin de mieux accomplir la mission du Christ.Nous voyons là une réponse suscitée par l\u2019Esprit-Saint au défi adressé par le Concile.Nous y reconnaissons aussi l\u2019attitude de l\u2019Eglise universelle, toujours jeune et toujours ancienne, avouant humblement ses insuffisances et s\u2019efforçant d\u2019atteindre à la sainteté qui distingue l\u2019Epouse bien-aimée du Christ.Nous constatons avec regret qu\u2019il y a des domaines où cette réponse ne paraît pas de la même qualité.Plusieurs voient dans ce fait un signe de défiance ou une absence totale de confiance envers ceux que le Christ a établis maîtres et bergers de son troupeau.En particulier, nous nous inquiétons de l\u2019attitude qui se fait jour chez certains prêtres chers à notre cœur, séminaristes et autres membres du Peuple de Dieu, concernant la doctrine traditionnelle du célibat des prêtres.L\u2019enseignement du Concile à propos de cette discipline propre à l\u2019Eglise d\u2019Occident est clair et sans ambiguïtés.Le decret sur la Formation des prêtres veut que l\u2019on prépare soigneusement les candidats à la prêtrise à estimer justement, à embrasser en toute liberté, avec élan de cœur et sans réserve, l\u2019état du célibat des clercs.Sans le moins du monde méconnaître la sainteté du mariage, l\u2019Eglise les convie à se consacrer au Seigneur dans un amour sans partage et à rendre témoignage à l\u2019état glorieux que la résurrection établira dans le monde à venir.De même, le décret sur la Vie et le ministère des prêtres approuve et confirme la loi du célibat pour ceux que le Christ a appelés à partager son sacerdoce d\u2019une façon particulière.A notre réunion d\u2019avril dernier, nous faisions cette recommandation pressante: \u201c.que la formation des séminaristes soit rendue plus profonde de sorte que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui soient attirés par l\u2019idéal positif et la discipline librement acceptée que Vatican II a de nouveau proclamée dans l\u2019Eglise.\u201d Nous réaffirmions ainsi la position que nous avions prise au Concile avec les Evêques du monde entier.En juin de cette année, le Saint-Père, tenant sa promesse faite au Concile, exposait sa pensée dans l\u2019encyclique sur le Célibat des prêtres.Le Pape y examinait avec sympathie et à fond les objections formulées contre le célibat; il saisissait fort bien les arguments avancés en faveur d\u2019un célibat facultatif; il n\u2019en confirmait pas moins d\u2019une manière solennelle la pratique de l\u2019Eglise d\u2019Occident.Il parlait en homme conscient, non seulement de la liberté qu\u2019ont tous les hommes, mais aussi de la liberté dont jouit l\u2019Eglise de n\u2019ordonner que ceux qu\u2019elle juge vraiment disposés à accepter sa discipline dans son intégrité.Unis au successeur de Pierre dans une commune responsabilité d\u2019enseignement et de service, nous proclamons à l\u2019unanimité le même enseignement et nous en enjoignons sans réserve l\u2019application.Forts de l\u2019expérience que nous avons de la vie chrétienne telle qu\u2019on la vit chez nous et éclairés sur la fragilité humaine sous toutes ses formes, nous demeurons convaincus que le célibat sacerdotal fondé sur l\u2019appel du Christ fut et sera pour l\u2019Eglise, particulièrement aux Etats-Unis, une source de grands biens.Nous manquerions donc à notre devoir si nous donnions quelque espoir que cette loi changera.Il n\u2019y a pas de fondement à cette attente.Nous le disons à nos frères prêtres dans la pleine conscience du fardeau que nous portons.Nous connaissons la solitude qui est parfois le lot du prêtre mais nous savons aussi que le Christ a partagé cette épreuve de l\u2019homme et qu\u2019il a pu dire: \u201cJe ne suis pas seul, mais le Père est avec moi\u201d (Jo 13, 1).Notre vocation sacerdotale nous rend capables de nous ouvrir à tous, comme le Christ en son cœur enveloppait tous les hommes.Une encyclique, il est clair, n\u2019est pas nécessairement infaillible.Elle constitue toutefois un acte de l\u2019autorité d\u2019enseigner, de guider et d\u2019unifier l\u2019Eglise, dévolue au Saint-Père.A ce titre, elle appelle un assentiment religieux.Nous devons dire avec tristesse qu\u2019il est difficile de reconnaître dans certaines voix d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019expression d\u2019une acceptation respectueuse.Puissent ceux qui parlent ainsi se rendre compte qu\u2019ils donnent l\u2019impression non seulement de défier la discipline établie, mais de rejeter des valeurs qui touchent à notre foi catholique, au grand scandale des fidèles et au détriment des vocations.Il est exact que le Pape encourage la poursuite des études et des réflexions sur le célibat, mais non pas comme une étape vers \u201cle relâchement de la présente loi\u201d ni comme \u201cun prélude à son abolition\u201d.Sa recommandation vise à une intelligence plus profonde de ce que signifie être associé au Christ en son sacerdoce et partager sa consécration totale à sa mission de salut.Tous, sans exception, nous faisons nôtre cette demande du Saint-Père et sans la moindre réserve.Le Pape disait explicitement: \u201cIl vaudrait beaucoup mieux poursuivre des études sérieuses MARS 1968 89 afin de défendre le sens spirituel et la valeur morale de la virginité et du célibat\u201d.Cet appel à l\u2019étude n\u2019affaiblit d\u2019aucune façon sa déclaration solennelle: \u201cEn conséquence, Nous estimons que la présente loi du célibat doit aujourd\u2019hui continuer à être fermement liée au ministère sacerdotal\u201d.Les évêques allemands et l\u2019annonce de la foi Le 22 septembre 1967, les évêques d\u2019Allemagne ont publié une lettre collective sur \u201cl\u2019annonce de la foi\u201d dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Ils y ont abordé surtout les problèmes de la prédication, de la théologie démythisante, de l\u2019Eucharistie et des rapports entre le chrétien et le monde.De cette Lettre nous ne pouvons citer que quelques extraits, le texte intégral en version française a paru dans /\u2019Osservatore Romano des 12, 19 et 26 janvier 1968 (édition française).La prédication par mandat de l\u2019Eglise Etant confiée à l\u2019Eglise, la prédication ne peut être faite légitimement que par mandat de l\u2019Eglise.Il en est de même pour le contenu de la prédication, qui devra être conforme à la tradition et au sentiment universel de la foi dans l\u2019Eglise.Ce rapport intime entre prédication et Eglise est indispensable: la Révélation n\u2019a pas été confiée aux individus, mais à l\u2019Eglise, laquelle par son Magistère et avec l\u2019assistance de l\u2019Esprit-Saint établit obligatoirement quelle est et quelle n\u2019est pas la vraie doctrine ecclésiastique.Par conséquent la prédication de la foi et l\u2019exposé de la Sainte Ecriture ne sont possibles qu\u2019en accord avec l\u2019Eglise croyante du passé et du présent .Les prédicateurs ont besoin et du mandat de l\u2019Eglise et de sa confiance dans l\u2019accomplissement de leur mission, en union avec le Magistère de l\u2019Eglise, sans quoi leur message serait exposé à l\u2019erreur ou peut-être à la trahison.Autrement dit, l\u2019authenticité de la prédication, avant tout et fondamentalement, ne se démontre pas par l\u2019apport personnel, et moins encore par la témérité de la pensée théologique qui ne permettrait pas de reconnaître si vraiment on parle au nom de l\u2019Eglise.La prédication authentique de la foi prend plutôt sa vraie raison d\u2019être dans une intime et consciente union avec le Magistère de l\u2019Eglise, et puise son aliment dans l\u2019étude sérieuse, dans la méditation et dans la prière.Cela seul peut donner cette mentalité, cette attitude d\u2019âme qui toujours fut, est, et sera la condition première de la vraie prédication comme une charge d\u2019Eglise et de s\u2019en acquitter comme telle, et comme l\u2019accomplissement d\u2019un mandat de caractère proprement spirituel.Il faut distinguer soigneusement l\u2019enseignement doctrinal de l\u2019Eglise, de la discussion théologique.Malgré l\u2019effort des théologiens pour découvrir les aspects qui correspondent aux préoccupations des temps, il ne faut pas perdre de vue que ces aspects théolo-liques ont avant tout un caractère de recherche à défaut duquel on ne pourrait même pas les concevoir.Nous devons donc bien nous garder de prendre pour sujet de la prédication des théories encore incertaines; nous ne le devons surtout pas si elles se concilient mal avec la \u201csainte doctrine\u201d 90 (Tim.2, 1), ou à plus forte raison si elles lui sont opposées.La discussion théologique a légitimement sa place dans l\u2019Eglise, mais elle n\u2019est pas l\u2019objet de la prédication.Si on la mêle à la doctrine de l\u2019Eglise, elle entraîne souvent la confusion .Pareille attitude protège les fidèles d\u2019hypothèses arbitraires, auxquelles ils ne veulent ni ne doivent être abandonnés.Le mandat exige de tout envoyé qu\u2019il ne soutienne pas d\u2019opinions privées, mais rende témoignage à la foi de l\u2019Eglise.Certes, chacun dispose sa prédication d\u2019après les expériences de foi qu\u2019il a puisées dans l\u2019étude et dans la prière, et qui communiquent à son enseignement l'accent de sa personnalité.Mais il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il peut présenter des opinions privées comme doctrine de l\u2019Eglise ni surtout s\u2019opposer à l\u2019enseignement ecclésiastique.Le vrai témoin doit annoncer le message de salut tel qu\u2019il lui a été confié par l\u2019Eglise, distinguant même les degrés d\u2019obligation de chaque proposition.Si tels n\u2019étaient pas les devoirs de la prédication, la foi de l\u2019Eglise serait obscurcie et étouffée par les théories, les caprices et les aspirations purement individuelles.D\u2019autre part, cependant, ces limites ne justifient nullement l\u2019attitude de ces prédicateurs qui, ignorant les efforts de l\u2019Eglise pour faire face aux questions et aux nécessités des temps, présentent inconsidérément des idées insoutenables, mutilent ainsi l\u2019enseignement authentique et déçoivent le légitime espoir des auditeurs .Les opinions contraires à la doctrine ecclésiastique non définie ne doivent en aucune manière faire l\u2019objet de prédications ou de catéchèses, bien que l\u2019on doive parfois expliquer aux fidèles le caractère et la valeur limitée de certaines décisions doctrinales de l\u2019Eglise .Celui qui croit pouvoir nourrir des idées personnelles et posséder d\u2019ores et déjà les futures connaissances de l\u2019Eglise les plus profondes doit se demander \u2014 dans une froide critique de lui-même \u2014 devant Dieu et devant sa conscience s\u2019il a vraiment, sur ce point précis de la discipline théologique, l\u2019ampleur et la profondeur de doctrine nécessaires pour pouvoir s\u2019éloigner de la théorie et de la pratique enseignées par le magistère ecclésiastique.Un cas de ce genre est fondamentalement pensable.Mais le présomptueux et arrogant qui prétendrait tout savoir mieux devra un jour en rendre compte au tribunal de Dieu .La théologie démythisante Dans la deuxième partie de leur Lettre, les évêques allemands soulignent le caractère historique de la religion chrétienne et ils critiquent longuement \u201cun courant théologique actuel\u201d qu\u2019ils appellent la \u201cthéologie démythisante\u201d.Voici quelles sont à leurs yeux les conséquences de cette interprétation \u201cdémythisante\u201d de l\u2019Ecriture: Il arrive ainsi que \u201cle Dieu d\u2019Abraham, d\u2019Isaac et de Jacob\u201d, le Dieu de l\u2019histoire, non seulement devient le Dieu vague des philosophes, mais disparaît complètement de notre horizon; \u201cle Dieu vivant\u201d de la Bible s\u2019éteint et, du même coup, est mise en doute la possibilité pour l\u2019homme d\u2019entrer en relation personnelle avec le Dieu de la Révélation.Dans un monde ainsi autonome, il n\u2019y a rencontre que d\u2019homme à homme; les relations les plus élevées sont alors les relations avec le prochain, et pour se faire une idée de Dieu \u2014 si toutefois c\u2019est encore possible \u2014 on n\u2019a d\u2019autre mesure que le rap- port avec l\u2019humanité: Dieu n\u2019est présent que dans l\u2019exercice de cette fraternité.Le processus de démythisation, porté à ses conséquences extrêmes, finit nettement par vider la foi chrétienne du dogme central de l\u2019Incarnation.Le Logos fait chair, l\u2019Image du Dieu invisible est transformée en un homme qui est seulement un modèle de moralité, le prototype d\u2019une nouvelle conscience de soi.Quel sens peut encore avoir la Sainte Ecriture si elle ne présente plus le message du Dieu miséricordieux et de l\u2019œuvre de salut par la médiation de son Fils fait homme ?La Révélation, dit-on, ne contient de fait aucune de ces doctrines \u201cmythologiques\u201d de salut; elle ne veut qu\u2019aider l\u2019homme à retrouver sa \u201créalité spécifique\u201d, l\u2019amener à la découverte de lui-même.Les textes correspondants de la Révélation doivent être relevés au moyen d\u2019une interprétation existentielle .Il en résulte que dans la Révélation l\u2019homme ne se trouve pas face à Dieu, mais seulement face à soi-même.L\u2019homme n\u2019a affaire qu\u2019à soi-même, dans un monde qui n\u2019offre aucun rapport direct avec Dieu .L\u2019interprétation subjective que ce courant théologique met à la place des réalités de la foi révélée par Dieu, n\u2019est autre, au fond, qu\u2019une nouvelle forme de gnose.Une discutable crédulité dans la science et des idées préconçues de la pensée existentialiste moderne exercent une fascination idéologique lourde de conséquences, un manque d\u2019objectivité préoccupant: nécessairement elle barre l\u2019accès à la réalité de l\u2019Incarnation qui dans le monde de nos expériences naturelles n\u2019a aucune analogie et ne peut être déduite ni expliquée par la connaissance du monde ou de nous-mêmes.A cette tentative, qui n\u2019est pas nouvelle dans l\u2019histoire du christianisme, à ce risque de se dévoyer par une interprétation présomptueuse conçue par l\u2019intellect impuissant à connaître parfaitement les mystères de la foi, la prédication chrétienne a opposé, en toute humilité, dès le début, le réalisme de l\u2019Incarnation de Dieu et le fait historique de notre Rédemption par la mort et la résurrection du Fils éternel de Dieu .Le chrétien et le monde En ce temps de merveilleux progrès scientifiques et techniques, l\u2019attention et les espoirs des hommes sont tournés vers le monde.Beaucoup pensent n\u2019avoir pas besoin de Dieu; le monde leur suffit.Le chrétien peut, lui aussi, tomber victime des séductions du monde et de l\u2019orgueil de la vie, et ne plus reconnaître Dieu comme la raison suprême de sa personne et de sa vie.Mais ainsi, il n\u2019est plus fidèle à son être le plus intime, en reniant l\u2019image de Dieu gravée en traits indélébiles dans son cœur.Se tourner vers le monde sans tenir compte des liens qui nous unissent à Dieu, impliquerait la sécularisation .Beaucoup pensent qu\u2019aujourd\u2019hui il faut laisser Dieu de côté pour s\u2019occuper exclusivement de l\u2019homme.Il est certain que le devoir du chrétien est de porter la foi en plein monde et d\u2019imprimer au monde une orientation vers Dieu, et que ce devoir se concrétise inévitablement dans la rencontre avec les hommes .Il faut cependant observer que l\u2019attitude du chrétien envers le monde et envers le prochain, quelles que soient la droiture qui l\u2019inspire et la nécessité qui RELATIONS Les livres l\u2019ordonne, ne peut pas être le tout de notre vie.Oui, ce que vous avez fait, \u201cdans la mesure où vous l\u2019avez fait à l\u2019un de ces plus petits de mes frères, c\u2019est à moi que vous l\u2019avez fait\u201d (Math.25, 40).Mais ici aussi le conseil de l\u2019Apôtre a sa valeur: \u201cRecherchez les choses d\u2019en haut (.) Songez aux choses d\u2019en haut, non à celles de la terre\u201d (Col.3, 1).Et encore: le Christ était au milieu d\u2019eux \u201ccomme celui qui sert\u201d (Luc 22, 27), et cependant il a glorifié continuellement le Père par sa prière .Nous devons à Dieu une réponse d\u2019adoration, de louange à sa divine Majesté, de recueillement, d\u2019incessante offrande.Le péché n\u2019est pas non plus une simple offense du prochain; il est proprement un manquement envers Dieu, une offense envers Lui, sur la miséricorde de qui nous comptons.Ce rapport direct de l\u2019homme avec Dieu ne doit pas être perdu de vue, autrement Dieu s\u2019effacerait de la conscience humaine, et s\u2019effacerait pareillement la dignité de l\u2019homme.C\u2019est par conséquent l\u2019un des devoirs essentiels de la théologie de saisir et de souligner ce rapport intime entre l\u2019homme et Dieu.Une théologie qui le négligerait manquerait à elle-même et finirait par n\u2019avoir plus aucun but.Le comportement du chrétien à l\u2019égard du monde ne sera donc pas dicté par un optimisme exagéré.Du moment que l\u2019homme et la création tout entière tendent à Dieu comme à leur fin suprême, il en ressort que la créature ne peut s\u2019apaiser en elle-même ou en toute autre chose créée, mais seulement en s\u2019orientant vers Dieu.Soutenir que le christianisme consiste exclusivement dans la rencontre avec le monde équivaudrait à le priver de ses éléments essentiels, les plus essentiels même, et la vision de l\u2019homme et du monde qui en résulterait ne pourrait pas être considérée comme chrétienne .Le chrétien, tout en jouissant de la création, tout en y apportant la contribution de son travail, n\u2019oublie pas que le monde doit être sauvé et que seul le sacrifice du Christ sur la croix peut le délivrer du mal et le reconduire dans la reposante tranquillité de Dieu .Le chrétien obtient ainsi, par le moyen de la foi, une nouvelle possibilité d\u2019accès au monde.C\u2019est en effet de l\u2019union avec le Seigneur crucifié et ressuscité que les adversités, les misères, toutes les souffrances du monde et même la mort peuvent assumer un sens nouveau et de nouvelles valeurs .La liturgie Tout ce qui a été dit sur la recherche théologique et la prédication vaut aussi pour le service liturgique.Une liturgie comprise seulement comme une manifestation de rites à but social, ou comme une impeccable cérémonie de fraternité chrétienne, manquerait à sa fin vraie et propre, qui consiste à rendre gloire à Dieu et à procurer le salut des hommes.C\u2019est pourquoi la liturgie ne peut se borner à servir à la sanctification des hommes, mais veut être, et elle l\u2019est, le culte public de l\u2019Eglise.Il ne nous appartient donc pas de découronner la liturgie de son caractère sacré.Nous avons en elle le tracé lumineux d\u2019une vie chrétienne, qui ne doit pas se mouvoir exclusivement en direction du monde et des hommes, mais trouver plutôt sa raison d\u2019être dans sa référence au Dieu qui nous a créés, qui nous a rachetés dans le Christ et nous a sanctifiés dans l\u2019Esprit Saint.MARS 1968 Religion Jean xxiu: Attentifs à Dieu, 128 pp.\u2014 Karl Barth: La prière, 120 pp.\u2014 René VOILLAUME: Frères de tous, 126 pp.\u2014 Auguste VALENSIN: La joie dans la foi, 320 pp.\u2014 M.-J.Mossand et G.Quinet: Profils de prêtres d'aujourd'hui, 256 pp.\u2014 J.-A.CUTTAT: Expérience chrétienne et spiritualité orientale, 374 pp.\u2014 P.-R.RÉGA-MEY, O.P.: Pauvreté chrétienne et construction du monde, 204 pp.Coll.\u201cLoi Vivante\u201d, nos 51 à 57.\u2014 Paris (13, Quai Conti; 29 Bld Latour-Maubourg; 76 bis, rue des Saints-Pères; 12, avenue Sœur Rosalie), Editions Aubier-Montaigne, Desclée de Brouwer, du Cerf et Ouvrières, 1967, 18 cm.Chacun des sept nouveaux volumes de la collection \u201cLoi Vivante\u201d mériterait un compte rendu à part, car chacun a son intérêt, son prix et sa valeur spirituelle.Le bon pape Jean XXIII nous parle de la nécessité de se connaître soi-même, d\u2019être attentif à Dieu, et de la volonté de devenir un saint en acceptant souffrance et joie et en servant l\u2019Eglise de toutes ses forces.Karl Barth nous rappelle que les Réformateurs de l\u2019Eglise ont prié et comment ils ont compris l\u2019Oraison dominicale.Le P.Voillaume insiste sur les urgences de la charité et sur la meilleure manière de la pratiquer en nous aimant les uns les autres.Avec \u201cLa joie dans la foi\u201d, nous partageons les méditations de ce grand spirituel que fut le P.Auguste Valensin.Puis, nous entrons en contact avec les \u201cprêtres d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, avec leur vie spirituelle, leurs efforts pour pénétrer le monde ouvrier.J.-A.Cuttaz nous introduit ensuite au dialogue religieux Est-Ouest, au dialogue entre chrétiens et non-chrétiens d\u2019Orient.Le P.Régamey aborde enfin une question fort difficile de nos jours: la béatitude primordiale: \u201cBienheureux les pauvres .\u201d est-elle aujourd\u2019hui impossible ?Qui veut se cultiver religieusement doit lire ces ouvrages de grande valeur.Richard Arès.Herbert Haag, Adolf Haas, Johannes Hür-zeler: Bible et Evolution.Traduction du R.P.Minéry, SJ.Coll.\u201cSiècle et catholicisme\u201d.\u2014 Tours, Marne, 1964, 200 pp., 18 cm.Voici trois essais, brefs, compétents, à la portée de tous et splendidement traduits.\u201cL\u2019histoire biblique de la création\u201d (Haag), écrite pour l\u2019humanité, mais par des Juifs d\u2019une époque, raconte que Dieu, juste et bon, a créé l\u2019univers et le couple humain, établissant celui-ci maître des autres créatures (pp.31-33).Le mal ne vient pas de Dieu, mais du péché des hommes (72), que Dieu veut sauver (20-21, 25).L\u2019imagerie de la Genèse vise des réali.és spirituelles (77-79), non pas le mode de la création de l\u2019homme (50-51), ni les conditions physiques de son existence avant le péché; elle suggère plutôt l\u2019évolution, mais ne dit rien ni du monogénisme ni du polygénisme (79).\u2014 Dans \u201cL\u2019idée de développement et la conception chrétienne du monde et de l\u2019homme\u201d, Haas montre que l\u2019évolution, loin de répu- gner à la foi, ne se comprend pas sans le Christ (146, 151), sommet attractif de l\u2019axe posé par Dieu et autour duquel s\u2019accomplissent mutations et revirements: de la cosmogénèse à la biogénèse et à l\u2019anîhropo-génèse, dont l\u2019achèvement, commencé par l\u2019incarnation, se réalisera par la parousie.Chapitre remarquable, qui déborde de pensées neuves, jusque dans l\u2019appendice où l\u2019A.présente un schéma ou dessin (143) de l\u2019évolution et expose les principes ( 142, 146, 151) sur lesquels il s\u2019appuie.\u2014 Paléo-biologiste, Hürzeler invite la théologie à ne pas redouter la science.Etudiant, à travers des siècles qui se comptent par milliers, l\u2019évolution d\u2019une dent de lièvre et de lémur, il conclut que l\u2019espèce humaine a dû suivre le même lent processus.Et il écarte le mécani-cisme qui rendrait illusoire la responsabilté humaine (198).\u2014 Je signale deux passages importants: l\u2019un a trait aux responsabilités de la première éducation (117-121); l\u2019autre, aux peurs existentielles (atomiques, par exemple) de notre temps: l\u2019A.(Haas) les explique par la peur essentielle que l\u2019homme a de lui-même, quand il ignore ou méprise sa vraie nature et son insertion dans le plan divin (86-92).Joseph d\u2019Anjou.Jean-Claude Barreau: La foi d'un païen.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1967, 96 pp., 20.5 cm.Pour exprimer son désarroi idéologique et religieux, notre époque ne sait plus quels mots inventer.Aussi utilise-t-elle des expressions où les idées se heurtent violemment, comme \u201cthéologie sans Dieu\u201d, \u201cathéisme chrétien\u201d, \u201cchristianisme sans religion\u201d, etc.Des livres se publient qui ont pour titre \u201cLa foi d\u2019un incroyant\u201d (de Francis Jeanson) ou encore \u201cLa foi d\u2019un païen\u201d.L\u2019auteur de ce dernier ouvrage est un prêtre, professeur dans un séminaire en France.Elevé dans un milieu complètement païen et anticlérical, il en a pour ainsi dire gardé la nostalgie et il est enclin à y idéaliser les vertus qu\u2019il y a rencontrées dans son enfance.Il entreprend en conséquence d\u2019apporter son témoignage pour montrer \u201cqu\u2019on peut accéder à la foi en restant un barbare\u201d; pour lui, \u201cêtre un païen dans l\u2019Eglise, si c\u2019est une faiblesse ., c\u2019est aussi une force\u201d.Il ne faudrait pas cependant croire que ce prêtre veut scandaliser ou critiquer systématiquement; son intention est bonne, la plupart de ses remarques sont \t \t \t \tESHSS \t \t 91 justes: il voudrait, en particulier, que l\u2019oç.prête davantage attention à tout ce mondé paganisé au sein duquel vivent les catholiques.Un livre sérieux, qui fait choc et incline à la réflexion.Richard Arès.Jean MOUSSÉ, S.J.: Foi en Dieu, foi en l'homme.Coll.\u201cSpiritualité\u201d.\u2014 Paris (12, avenue Sœur-Rosalie), Editions Economie et Humanisme, Editions Ouvrières, 1967, 158 pages.18.5 cm.La foi en Dieu est-elle compatible avec une pleine foi en l\u2019homme ?A cette question cruciale qui divise aujourd\u2019hui croyants et athées, l\u2019A.répond en confrontant l\u2019existence et l\u2019expérience humaines à la foi, puis en dégageant la foi en Dieu de ses ambiguités et de ses contrefaçons, enfin en situant la foi entre ces deux excès que sont le surnaturalisme et l\u2019immanentisme.C\u2019est la foi qui donne le sens à l\u2019existence, mais cette foi ne s\u2019impose pas de l\u2019extérieur.\u201cElle ne prend corps que dans le consentement des hommes.Si donc quelqu\u2019un se résigne à ne pas chercher le sens de son existence ou s\u2019il a cru le trouver dans quelque réalité ., rien ne le contraint à reconnaître la nécessité de la foi\u201d (p.47).Si l\u2019homme, cependant, consent à s\u2019interroger avec sérieux sur le sens de ses actes, il y reconnaîtra le mystère de Dieu.\u201cOn ne croit véritablement en l\u2019homme que si l\u2019on croit en Dieu sans qui ni l\u2019homme ni le monde ne seraient\u201d (p.69).Les incroyants n\u2019ont pas à se convertir à des coutumes qu\u2019ils ne comprennent pas, ni à répéter des mots dont le sens leur échappe, ni à accepter une morale étrangère à leur liberté.\u201cQu\u2019ils cherchent passionnément le sens et le fondement de toute vie d\u2019homme.Par les chemins de la vérité, de l\u2019amour, de la justice, de la liberté, ils progresseront, avec les croyants, vers le terme que nul ne saurait imposer mais qui se révèle à sa propre lumière et à la joie de l\u2019homme\u201d (p.154).Petit livre qui fait réfléchir sur le sens fondamental de la vie.Richard Arès.Marcel MASSARD:\tFoi chrétienne, vérité de l'homme ?Coll.\u201cPoints de repère\u201d.\u2014 Tournai (Montréal, 306 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1967, 146 pp., 18 cm.Prix: 65 f.b.La foi en Dieu par Jésus-Christ, réponse ^ personnelle d\u2019intelligence et d\u2019amour à un appel adressé à tous, loin d\u2019aliéner l\u2019homme de lui-même ou du monde et des tâches toujours nouvelles qui le sollicitent pour son accomplissement et le progrès de l\u2019humanité, révèle seule le sens de ces tâches et fonde seule le réalisme de ce progrès.Pour le montrer, l\u2019A.fait brièvement mais fortement le tour des arguments de l\u2019athéisme, puis expose leurs failles dans la perspective même de l\u2019athée, puis dans celle du chrétien.Dialogue serein du croyant \u2014 on ne peut plus homme sur la terre des hommes, affronté aux mêmes énigmes, aux mêmes devoirs \u2014 avec un frère incroyant.Opuscule d\u2019actualité, sérieux mais relativement facile.On peut reprocher à l\u2019A., outre des tics de vocabulaire (fond, employé parfois pour fonds, inscrire, confronter, massif), une problématique plus affective et sociale que métaphysique et personnelle.Le marxisme, en effet, aliène la personne et la raison humaine dans la recherche passionnée et sans fin d\u2019un bonheur illusoire pour une humanité abstraite.Que cela plaise ou non, le réel d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019a pas de sens hors de Dieu, l\u2019histoire n\u2019en a pas hors de Jésus-Christ.L\u2019A.réfute bien la rengaine selon laquelle on pourrait être \u201cun chrétien qui s\u2019ignore\u201d (pp.127-131): impossibilité, puisque la foi, acte souverainement libre et personnel, met en jeu toute la conscience du croyant.Joseph d\u2019Anjou.Jacques Leclercq:\tCroire en Jésus-Christ.Coll.\u201cVivre et Croire\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 133 pp., 20 cm.En vente aux Editions Bellarmin.Cet opuscule est une vaste réflexion sur la foi des catholiques dans l\u2019après-Concile, telle que cette foi se découvre à l\u2019épreuve des bouleversements planétaires qui la secouent et telle, d\u2019autre part, que la lumière intense de Vatican II en révèle la dimension grandiose.Sans doute le milieu chrétien qu\u2019observe l\u2019A.est celui de pays d\u2019Europe chez qui la pratique religieuse n\u2019avait pour ainsi dire aucun rayonnement sur la vie; cela explique les jugements catégoriques qu\u2019il porte sur tant d\u2019apostasies qui ne le sont qu\u2019en apparence, la foi authentique n\u2019ayant jamais existé, aucun élan vers Dieu n\u2019ayant soulevé ces vies.Il serait inexact et injuste de reconnaître sous ces traits notre chrétienté d\u2019hier; la foi chez nous était vivante.Nous aurons néanmoins grand profit à reprendre ces réflexions d\u2019un penseur averti et vigoureux qui explore au profit du grand public les principaux aspects du problème de la foi et les éclaire de jugements pertinents et mesurés.Nous posséderons ainsi de façon plus lucide notre foi et nous saurons avec plus de discernement la purifier, la défendre, la nourrir en nous et autour de nous.Georges Robitaille.J.-H.Nicolas, O.P.: Dieu connu comme inconnu.Essai d\u2019une critique de la connaissance théologique.\u201cBibliothèque française de philosophie\u201d.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 432 pp., 19.5 cm.Prix: $10.35, relié toile.Parler de Dieu, le pouvons-nous ?Avant toute révélation ?Et même après ?A quelles conditions ?Questions de suprême importance.L\u2019A.y répond avec maîtrise dans son ouvrage, aussi élégamment écrit (malgré quelques défauts de langue) qu\u2019in-telligemment ordonné.Le sous-titre éclaire son développement.En théologie, donc après révélation et acte de foi, on parle de Dieu avec un esprit fini, dans un langage dont les concepts, tirés du réel sensible, conduisent à des jugements, suggèrent des raisonnements toujours inaptes à saisir, à exprimer l\u2019Etre divin.Notre inconnaissance de Dieu justifierait-elle l\u2019agnosticisme ?Non.L\u2019A.insiste sur l\u2019aptitude qu\u2019a la raison d\u2019affirmer par elle-même le réel, grâce au dynamisme de l\u2019intellect fait pour juger ce qui est.Par là s\u2019établit la valeur du raisonnement qui, des êtres insuffisants à rendre compte d\u2019eux-mêmes, conclut à la nécessité existentielle de l\u2019Etre pur.Avant toute satisfaction des besoins du cœur et d\u2019abord pour fonder le réalisme des aspirations affectives, il y a le jugement intellectuel d\u2019existence.La révélation et la foi ne détruisent ni ne changent la nature de notre connaissance.Seulement, nous atteignons Dieu dans son essence même, par la vertu de sa Parole et par le moyen des mots qu\u2019il devait employer pour dialoguer avec nous.Concepts analogiques, mais vrais; jugements et raisonnements analogiques aussi et aussi vrais.A la condition d\u2019observer les règles traditionnelles: dans Y affirmation des attributs nécessaires de la divinité, accessibles à notre raison (unité, infinité, personnalité .) ou la dépassant infiniment (Trinité, procession des personnes, incarnation .), recours à la négation de toute limite et passage à la transcendance.Patiemment, mais sans redite, l\u2019A.applique aux concepts, aux jugements et aux raisonnements théologiques les principes d\u2019une connaissance de Dieu qui échappe à l\u2019erreur et à l\u2019illusion.Ce faisant, il triomphe des obstacles inhérents à la tâche: matérialité, composition, temporalité, finitude, analogie métaphorique des termes dont l\u2019homme dispose pour exprimer l\u2019immatérialité, la simplicité, l\u2019intemporalité, l\u2019infinité, la réalité propre de Dieu; et il écarte les dangers possibles: annexion indue de la philosophie à la théologie ou inversement, majoration ou exténuation antagoniste de la théologie no-tionelle et de la théologie mystique (ou contemplation) dans leurs mutuels rapports.La certitude de nos affirmations repose sur l\u2019inévitable ressemblance de la créature à son Créateur.Ouvrage d\u2019une exceptionnelle qualité, qui démontre, s\u2019il le faut encore, l\u2019impossibilité de parvenir à la rigueur dans l\u2019orthodoxie théo ogique sans une métaphysique éprouvée comme celle de saint Thomas d\u2019Aquin.Joseph d\u2019Anjou.Morale René Coste: Morale internationale.L\u2019humanité à la recherche de son âme.Coll.\u201cBibliothèque de théologie\u201d.\u2014 Paris \u2014 Tournai, Desclée, 1965, 584 pp.22 cm.Bien qu\u2019il nous soit parvenu en retard et qu\u2019il ait été composé avant les grands textes de Vatican II et l\u2019encyclique Popu-lorum Progressio, cet ouvrage constitue la somme la plus considérable publiée par un théologien catholique sur le problème actuel de la paix entre les nations.Les titres des quatre parties indiquent bien quel en est le contenu: 1.Fondement et objectif de la morale internationale, 2.L\u2019organisation de la communauté mondiale, 3.Paix ou guerre entre les nations, 4.Le Tiers Monde ou le drame du XXe siècle.Y sont abordés du point de vue moral tous les problèmes intéressant la paix, la guerre, la société mondiale et l\u2019aide aux pays en voie de développement.\u201cA l\u2019époque de prodigieuse gestation que nous vivons, écrit l\u2019A.dès le début, l\u2019humanité est à la recherche de son âme.La morale internationale peut et doit contribuer à la lui faire trouver\u201d (p.6).C\u2019est le but qu\u2019il a poursuivi en écrivant cette somme.Je signale à l\u2019attention du lecteur deux sujets de grande actualité traités dans cet ouvrage: le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes et l\u2019objection de conscience.Selon M.Coste, le droit positif actuel est trop timide, timidité qu\u2019il faut regretter, \u201ccar les principes essentiels de la doctrine du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes appartiennent au droit nature], se rattachant directement aux droits fondamentaux de la personne humaine.On peut seulement hésiter sur les applications concrètes\u201d (p.175).Quant à l\u2019objection de conscience, même absolue, l\u2019A.incline pour qu\u2019elle soit reconnue: \u201cLa concession d\u2019un statut équitable aux objecteurs est une solution indispen- 92 RELATIONS sable dans les pays où le problème se pose concrètement\u201d (p.458).Une nouvelle édition incorporant la pensée de Vatican II rendrait encore plus riche cet ouvrage déjà d\u2019une valeur très grande sous sa forme actuelle.Richard Arès.JUSTINIEN 66.\u2014 Travaux du Quatrième Colloque international de droit comparé.Proceedings of the Fourth International Symposium on Comparative Law.Collection des Travaux de la Faculté de droit de l\u2019Université d\u2019Ottawa.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d'Ottawa, 1967, 160 et 232 pages.24.5 et 21.5 cm.Luniversité d\u2019Ottawa publie des travaux < qui intéresseront d\u2019abord et surtout les juristes.Dans la revue annuelle, Justinien 66, que fait paraître la section de droit civil de sa Faculté de droit, je signale certains articles d\u2019un intérêt plus général: \u201cLe droit et les rapports collectifs de travail\u201d, \u201cLes compétences économiques dans les fédérations\u201d, \u201cActivité politique ou candidatures aux fonctions publiques des employés des sociétés de la Couronne\u201d.Les Travaux du Quatrième Colloque ont porté surtout sur trois questions: le droit de la preuve et le secret professionnel, l\u2019intention criminelle, le droit de grève (en Common Law canadienne, en droit québécois, en droit français).Il faut féliciter l\u2019Université d\u2019Ottawa de nous présenter des travaux aussi bien documentés.Richard Arès.Semaine des Intellectuels catholiques, 1966: Morale humaine, Morale chrétienne.Coll.\u201cRecherches et débats\u201d.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 242 pp., 19.5 cm.Prix: 12 F.Trop de textes (27 en tout) méritent réflexion dans le recueil des intellectuels catholiques de France pour qu\u2019un bref compte rendu les résume dignement.Non qu\u2019ils aient une égale valeur quant à la pensée ou à l\u2019expression: le moins bien écrit porte la signature du romancier le plus illustre de l\u2019Académie.Pour mieux comprendre soit la difficulté de préciser les frontières du naturel et du surnaturel en morale, soit la cohérence de la grâce avec la nature en même temps que les exigences transcendantes de l\u2019Evangile, on lira les exposés d\u2019Onimus, de Lacroix, du P.Lyonnet, des cardinaux Suenens et Veuillot.D\u2019autres, solidement catholiques aussi, montrent les rapports de la biologie, de la psychologie, de la sociologie et de la métaphysique avec la morale.Enfin, je recommande les propos de quelques athées ou agnostiques déclarés: Vercors, Lebesque, Trotignon, Jeanson; il y a plaisir, pour un esprit éclairé par le thomisme et surtout par la théologie du concile, à prendre connaissance des préjugés, insuffisances et faux-fuyants, même érudits et subtils, auxquels recourent, évidemment avec sincérité (ce prétexte aveugle et à la mode), les penseurs (?) indifférents ou hostiles, voire sympathiques à une foi dont ils rejettent tantôt les fondements historiques, tantôt les mystères inéluctables.On éprouve une douce amitié à leur égard, d\u2019autant qu\u2019ils n\u2019apportent aucun argument décisif ni pour justifier leur volonté d\u2019ignorance ou leur refus d\u2019adhésion, ni pour troubler la lucidité supérieure (et donnée: quelle grâce !) de nos convictions.Joseph d\u2019Anjou.Jean-Marie Aubert : Loi de Dieu, Lois des hommes.Coll.\u201cLe mystère chrétien\u201d : Théologie morale, 7.\u2014 Tournai, Desclée & Cie, 1964, 258 pp., 22.5 cm.Loin de comporter une opposition, la / loi de Dieu et les lois des hommes n\u2019ont qu\u2019une fin : la perfection et le bonheur de l\u2019homme dans et par l\u2019exécution du plan de Dieu.Nulle contrainte dans la loi et l\u2019obligation qui en découle, car l\u2019homme, libre et fini, réalise son achèvement, dès ici-bas, par sa réponse personnelle à l\u2019appel de Dieu, créateur par bonté, sauveur par miséricorde, modèle en son Fils incarné, Jésus-Christ; réponse donnée inévitablement au sein d\u2019une communauté humaine, civile et religieuse.Il n\u2019y a pas de loi plus exigeante ni plus épanouissante que la loi de la charité (amour de Dieu, de soi, des autres), moteur et fin de la vie.Lois divines (éternelle, naturelle, positives; ancienne et nouvelle), toutes nécessaires, s\u2019imposent à nous comme les conditions mêmes de notre bien : les accepter nous sauve, les refuser nous perd.De chacune l\u2019A.expose la notion, les fondements, les sujets, l\u2019efficacité, les modes d\u2019accomplissement.Il traite brièvement maints problèmes soulevés par la réflexion qui cherche à élucider les principes et par l\u2019évolution historique de leurs applications.Par exemple : rapports entre loi et libertS, nature et personne, nature et grâce, pouvoir religieux et pouvoir civil, controverses qui affrontent intellectualisme et volontarisme, morale objective et morale de situation, personnalisme et socialisme.Ouvrage didactique, solide, richement documenté, que doivent connaître et même étudier non seulement les prêtres et les professeurs, mais ceux qui ont la responsabilité du bien commun dans la cité.Joseph d\u2019Anjou.Histoire, biographies Antoine PAPLAUSKAS-RAMUNAS : Dialogue entre Rome et Moscou.Vladimir Soloviev, porte-parole du mouvement oecuménique en Russie.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Uni- versité d\u2019Ottawa, 1966, 251 pp., 24.5 cm.L\u2019érudition sur laquelle le savant professeur de l\u2019Université d\u2019Ottawa a bâti son ouvrage est simplement colossale.La seule \u201cBibliographie comparée interdisciplinaire pour l\u2019étude de l\u2019homme oecuménique et de la société oecuménique\u201d prend 41 pages serrées.Vladimir Soloviev (1853-1900) philosophe, théologien et poète dont l\u2019influence n\u2019a fait que s\u2019étendre avec les années, fait ici l\u2019objet d\u2019une étude aussi serrée que complète.I.A l\u2019aube de l\u2019ère oecuménique pp.9-35) ; IL Le problème central, des recherches soloviéviennes pp.(37-49) ; III.L\u2019oecuménicité de Vladimir Soloviev : sa formule, ses corollaires, ses retentissements doctrinaux pp.(51-72) ; IV.Un grand combat au nom de l\u2019oecuménicité pp.(73-148 ; V.L\u2019esprit de Soloviev et de Vatican IL Vers la pacification, l\u2019unification et l\u2019édification du monde pp.(148-199).La vigueur intellectuelle de M.Paplauskas-Ramunas a quelque chose de torrentiel, et on a parfois l\u2019impression de perdre pied : \u201cLe troisième livre de la Russie et l\u2019Eglise universelle présente les délinéaments de la doctrine sa-pientielle.C\u2019est la vision béatifique de la Cité de Dieu aux points de vue trinitologi-que, mariologique, christologique, ecclésiologique\u201d (132).Notre auteur écrit \u201cà l\u2019aube de l\u2019ère oecuménique planétaire et peut-être interplanétaire\u201d (192).Il n\u2019est pas nécessaire de le suivre jusque là pour rester ébloui devant un tel savoir et de telles intuitions.Joseph Ledit.Léon KOLODZIEJ : Il y a mille ans naissait la Pologne (966-1966).\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1966, 176 pp., 19 cm.Livre charmant, facile à lire, précis comme ^ un livre savant, ailé comme un conte de fées, conçu à la manière d\u2019un scénario de cinéma.Quel beau film on pourrait faire avec tout cela: la fête de Kupala, le mariage et le baptême de Miéchko, les guerres épiques de Boleslas ! Ce serait une fête pour enfants, VIENT DE PARAÎTRE LES MÉMOIRES DU SÉNATEUR RAOUL DANDURAND (1861-1942) édités par MARCEL HAMELIN Ces Mémoires offrent un grand intérêt historique, le sénateur Dandurand ayant été mêlé aux principaux événements historiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle; un intérêt politique, le sénateur Dandurand ayant été très actif dans la politique québécoise, canadienne et internationale; et enfin un intérêt littéraire, plusieurs de ces souvenirs ayant trait à l\u2019histoire des lettres canadiennes.C\u2019est donc toute une époque de l\u2019histoire du Canada qui revit dans ces pages d\u2019un style alerte et attrayant.4 x 8V2, xvi-376 pages, 5 photographies hors texte, 1967, broché, $6.75.En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur : LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2.MARS 1968 93 adultes, et tout y serait vrai et beau.Une belle inspiration spirituelle remplit ces pages.Pour l\u2019auteur, la Pologne doit son âme, son histoire, son inspiration, son héroïsme, en un mot, tout ce qu\u2019elle est, à l\u2019Eglise.Il a raison.Joseph Ledit.Paul LEBEAU, S.J.:\tJean Daniélou.Coll.\u201cThéologiens et spirituels contemporains\u201d.\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1967, 162 pp., 17.5 cm.Léquilibre (pp.155, 156), voilà l\u2019origina-i lité, rare aujourd\u2019hui, du théologien Jean Daniélou.Equilibre vivant, qui circule (155) entre des extrêmes, sans jamais y tomber.Droite ou gauche, conservatisme ou progressisme, néo-modernisme ou intégrisme, cons-tantinisme, tridentinisme, vaticanisme: rien de ces étroitesses, cages de pensée primaire, ne gêne le bon sens de l\u2019un des plus érudits théologiens.Il doit cette réussite à son caractère formé par une mère de qualité exceptionnelle, à des contacts humains aussi riches que précoces, à des études que guidèrent des hommes soucieux de conduire à l\u2019unique Maître, Jésus-Christ, en faisant aimer la transcendance de sa Personne (38, 50, 54, 83), l\u2019infaillibilité de sa doctrine, l\u2019universalité de son rayonnement (chap.4).Chez Daniélou, la pastorale ne dégénère jamais en démission, et la science la plus austère contribue à la construction du peuple de Dieu, de l\u2019Eglise des pauvres.Il approfondit avec maîtrise la patristique grecque, le judaïsme ancien et moderne, le protestantisme de toute école; en même temps, il apporte la bonne nouvelle à des jeunes que trouble \u201cl\u2019ébriété du néant\u201d (P.-H.Simon), distillée par les corybantes des lettres françaises: Montherlant et Malraux, Sartre et Camus (134-135).On obtient alors du P.Daniélou des ouvrages de recherche minutieuse, dont les éléments dynamiques, \u201cretailles\u201d (dirait Jean Guitton) plus précieuses que les complets des autres, servent à la rédaction de livres d\u2019actualité religieuse avidement lus et très influents.Le P.Lebeau les énumère et les résume tous, sauf deux, récemment parus: Mythes païens, Mystère chrétien et les Evangiles de l\u2019Enfance.Panégyrique à lire; mérité.Quelques timides réserves me paraissent porter à faux.Le disciple semble vouloir (56-59) que son maître, modérément (et pour cause) sympathique à Teilhard, embouche l\u2019olifant pour célébrer le teilhardisme.Il suggère aussi que Daniélou, invincible champion du sacré, des structures et institutions, bref de la chrétienté (chap.9), profiterait à emprunter certains propos irréalistes d\u2019un Karl Rahner en faveur de la \u201cdésacralisation\u201d à la mode (138).Pour moi, Daniélou n\u2019a qu\u2019un tort (mais son panégyriste encore davantage) : celui de ne pas donner à son style, d\u2019une vivacité limpide sans égale, la correction et le fini qui lui conviendraient.Le P.Daniélou passera bientôt quelques semaines au Québec: qu\u2019on se le dise et qu\u2019on aille l\u2019écouter.Joseph d\u2019Anjou.O.BlOLLEY: Une âme d'élite.Mère Hélène de Burlet, R.J.C., 1872-1950.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1964, 264 pp., 20 cm.Prix: 150 fr.b.Issue d\u2019une famille distinguée de Belgique, jeune fille charmante, d\u2019esprit vif et de volonté ferme, de cœur tendre et fort, Hélène de Burlet refuse, à vingt ans, un \u201cbeau parti\u201d, parce qu\u2019il n\u2019a pas la séduction de Jésus-Christ (p.26).Sa vie de religieuse 94 du Sacré-Cœur ne démentira point son attachement à la personne, à la doctrine, aux exemples du Verbe de Dieu incarné (31, 46, 56, 83, 121, 215, 254).Comme éducatrice, directrice d\u2019études, conseillère spirituelle, qui reçoit quantité de visiteurs et écrit autant de lettres, Mère de Burlet donnera partout, jusque dans les prisons allemandes, l\u2019impression de vivre unifiée par un amour exaltant, générateur de joie (138, 142, 180, 212), même et surtout dans les épreuves (159-160, 173-179, 220, 226-227, 244).Mystique peut-être; à coup sûr héroïque par son obéissance sereine, la Dureté de ses sentiments et de ses actes, sa crânerie devant la mort.\u201cDe notre temps\u201d, cette femme mérite qu\u2019on la connaisse.L\u2019A.prend le moyen approprié à cette fin: il cite abondamment sa correspondance.Souhaitons à de nombreuses jeunes filles la grâce de lire, de goûter son ouvrage et de répondre à l\u2019appel toujours pressant de l\u2019Amour qui ne déçoit pas.Joseph d\u2019Anjou.Joachim JOESTER: La vérité sur le cas Jack Ruby.Traduit de l\u2019allemand par Madeleine Cé.Paris et Tournai, Casterman, 1967, 176 pp.et 4 pp.de hors-texte, 23 cm.Qi la Commission Warren a cru convain-v\u201c* cre l\u2019opinion que l\u2019assassinat du président Kennedy avait été l\u2019œuvre du seul Lee Harvey Oswald, elle a perdu la partie depuis longtemps.Car de partout ses conclusions ont été contestées.Dans cette veine, on lira avec l\u2019intérêt le plus vif ce second ouvrage de Joachim Joester consacré à l\u2019événement.Il y discute les avancés du Rapport Warren concernant Jack Ruby.Il s\u2019appuie avant tout sur les dépositions qu\u2019a recueillies la Commission Warren mais dont elle n\u2019a pas su ou pas voulu faire état.Il ose écrire: \u201cLes procès-verbaux contiennent la vérité, le Rapport Warren ne contient que des mensonges\u201d (p.126).L\u2019A.passe au crible ces textes avec une vigueur, une perspicacité et une logique qui impressionnent.Pour lui, le meurtre de Kennedy fut l\u2019œuvre d\u2019un complot de la pègre dans lequel trempa la police de Dallas.On devait abattre Connolly.Ruby avait monté l\u2019affaire avec un sosie d\u2019Oswald.Les meneurs décidèrent de supprimer Kennedy; ce que n\u2019avait point prévu Ruby.Il était dépassé.Par ordre il supprima Oswald qui pouvait parler et lui-même, à son tour, après bien d\u2019autres, fut supprimé parce qu\u2019il pouvait parler.Un monde hideux.Georges Robitaille.Canadiana Robert Lacour-Gayet: Histoire du Canada.Coll.\u201cLes grandes études historiques\u201d.\u2014 Paris (18, rue du Saint-Gothard), Librairie Arthème Fayard, 1966, 608 pp.21.5 cm.Une des bonnes études historiques sur le Canada publiées par un Français.L\u2019A.y présente une nouvelle division des grandes périodes de notre histoire: 1.Le Canada français (1534-1760), 2.le Canada britannique (1760-1867), 3.le Canada canadien (1867-1966).L\u2019ouvrage révèle une connaissance approfondie et, en général, juste des événements qui tissent la trame de l\u2019histoire canadienne; bien écrit, il se lit facilement et avec plaisir.Ici et là, un mot, une remarque, une observation, un rappel d\u2019événements indiquent que l\u2019A.a bien saisi la nature et la gravité du problème canadien.Par exem- ple.citant cette parole de John Macdonald au lendemain de 1867: \u201cNous avons fait le Canada, il nous reste à faire des Canadiens\u201d, il ajoute aussitôt: \u201cIl serait difficile de mieux résumer le problème qui se posait à la jeune Confédération\u201d (p.\t370).Autre exemple, ces quelques lignes sur le cas du Québec d\u2019aujourd\u2019hui: \u201cEn vérité, c\u2019est du Québec que dépend l\u2019avenir du pays .Les Québécois \u2014 puisqu\u2019ils préfèrent être appelés ainsi plutôt que Canadiens français \u2014 semblent estimer qu\u2019un \u201cstatut spécial\u201d, c\u2019est-à-dire la reconnaissance que leur province est différente des neuf autres, représente le minimum de leurs revendications\u201d (pp.564 et 567).De même, parlant de l\u2019option séparatiste, l\u2019A.affirme qu\u2019elle \u201ca contre elle tout le Canada anglophone et, à l\u2019intérieur de la province, la grande majorité de la bourgeoisie, ainsi que la plupart des syndicats ouvriers qui redoutent un abaissement du niveau de vie .Néanmoins, ce sont souvent des minorités de ce genre qui ont modelé l\u2019histoire\u201d (pp.569-570).Sa conclusion, cependant, est optimiste, car, fait-il remarquer, l\u2019histoire du Canada est l\u2019histoire de batailles perdues d\u2019avance et que la volonté a transformées en victoires: pourquoi demain ne serait-il pas semblable à hier ?Richard Arès.En COLLABORATION: Histoire du Canada.Une expérience tricentenaire.\u2014 Montréal (1180 rue Bleury), Editions de Sainte-Marie, 1967, 164 pp.20 cm.Recueil d\u2019études historiques s\u2019étendant des \u201cRelations des Jésuites\u201d de 1632 à un débat, tenu en mars 1967, sur la constitution de 1867.Chacune de ces onze études possède une valeur propre et mérite publication.Pour m\u2019en tenir au régime britannique, je signale comme particulièrement intéressants les textes sur la constitution de 1791, sur \u201cle rôle du bas clergé face au mouvement insurrectionnel de 1867\u201d, sur Médéric Lanctôt, adversaire de la Confédération et théoricien social, sur le programme électoral catholique de 1871, et enfin sur l\u2019élection fédérale de 1935.C\u2019est peut-être de la petite histoire, mais c\u2019est ainsi que se préparent et s\u2019amassent les matériaux dont d\u2019autres se serviront pour écrire un jour de la grande histoire.Richard Arès.Eric KlERANS: Le Canada vu par Kierans.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1967, 160 pages.19.5 cm.Même si l\u2019on n\u2019est pas d\u2019accord avec toutes les idées exposées dans cet ouvrage, on doit reconnaître qu\u2019il fourmille d\u2019idées.Que l\u2019A.parle du nationalisme canadien, de la vitalité du Canada français, du socialisme d\u2019Etat, des grandes entreprises, des investissements étrangers, de l\u2019amendement de la constitution ou d\u2019un nouveau fédéralisme, il le fait avec une vigueur et un entrain auxquels il n\u2019est pas facile de résister, du moins au premier choc.Pour lui, \u201cle Canada a besoin d\u2019un nationalisme constructeur et concret qui soit au diapason de l\u2019ardente ferveur de tous les jeunes Canadiens, qui soit à la hauteur de l\u2019énergique renaissance du Québec et qui soit suffisamment ample et vaste pour englober les buts et les aspirations légitimes des Canadiens français.\u201d Relevant la prédiction de l\u2019auteur du livre Lament for a Nation, selon lequel la société québécoise serait en train de progressivement s\u2019assimiler à la masse nord-américaine, et cela d\u2019autant plus qu\u2019y diminue l\u2019influence de l\u2019Eglise catho- RELATIONS lique, Kierans se dit persuadé du contraire et convaincu que le Canada anglais comprendra le rôle que lui imposent les circonstances et prendra la relève de l\u2019Eglise: \u201cNous avons la possibilité, et nous sommes quatorze millions pour le faire, de prendre la relève et de faire nôtre, et c\u2019est une priorité fondamentale, la tâche qui consiste à encourager et à aider nos compatriotes à conserver et à faire s\u2019épanouir de toutes les manières possibles leur culture, leur langue et leurs traditions\u201d (pp.35-36).Il faut souhaiter que l\u2019auteur réussisse à convaincre ses propres compatriotes de la nécessité de jouer un tel rôle, et cela pour le bien même de ce pays qui s\u2019appelle le Canada.Richard Arès.W.Harry Hickman, Jean-Pierre Mentha, Gérald Moreau: Le Québec Tradition et Evolution, 2 T.\u2014 Toronto, W.J.Cage Limited, 1967, 171 et 220 pp., 24 cm.Ces deux volumes représentent une initiative fort louable et digne d\u2019imitation.L intention des auteurs est de présenter le Québec à l\u2019étudiant canadien anglophone.Ils tentent d\u2019envelopper le lecteur dans une intense diversité culturelle au moyen de textes de toute catégorie et valeur.Les textes littéraires voisinent avec les commentaires journalistiques et les annonces.Les divers textes sont groupés par sujets dans une mise en page pratique, et au besoin, éclairés de brèves traductions.Photos et diagrammes ajoutent à l\u2019impression d\u2019une plongée dans le concret d\u2019un peuple en expansion.Si la richesse documentaire contribue à la valeur éducative de ces livres, elle en constitue peut-être la faiblesse.Il s\u2019en dégage une impression de fourre-tout qui peut produire une certaine confusion dans l\u2019esprit de l\u2019étudiant, même s\u2019il est guidé.Mais je crois que la confusion repose sur le dessein de fond: vouloir présenter une culture sans clairement discerner le parlé et l\u2019écrit, le fruste et l\u2019accompli, ce qui est toléré et ce qui est recherché.Si l\u2019anglophone veut connaître le Québécois réel, il s\u2019apercevra que de fait celui-ci dans l\u2019ensemble ne parle pas ce français universel qu\u2019on lui aura appris à prononcer en laboratoire de langues, mais une langue plus proche du \u201cjouai\u201d, et ce, même chez l\u2019étudiant d\u2019université.Si c\u2019est là la langue parlée du Québécois, elle n\u2019est pas à confondre avec les textes d\u2019écrivains.Il ne faudrait pas s\u2019étonner que l\u2019anglophone bien souvent ne soit pas attiré par cette langue ainsi parlée, et qu\u2019il soit un peu confondu en découvrant le décalage entre langue parlée et écrite.C\u2019est en ce sens que les textes de qualité fort variée ici réunis peuvent confondre l\u2019étudiant: quel est au juste le langage des Québécois, celui des pages 57 (Tome I), 47-48 (dont on dit que \u201cça reste du français, que diable\u201d), 56, 86 (Tome II), ou bien les textes des écrivains ?Mais si ce recueil de textes, sans avis quant à leur valeur ou représentativité, peut donner l\u2019impression d\u2019une confusion, il donne peut-être une juste idée de la situation du peuple québécois qui cherche son identité à tous niveaux.En somme, voici une entreprise que l\u2019on voudrait voir imitée par les professeurs francophones, qui pourraient avec avantage révéler à leurs étudiants l\u2019univers anglophone.Placide Gaboury.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Marie-Claire Blais: L'Insoumise.Roman.Coll.\u201cLes Romanciers du Jour\u201d, 17.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1966, 127 pp., 20.5 cm.Insoumise à la réalité: telle est cette femme, épouse d\u2019un médecin, mère de trois enfants dont l\u2019aîné, Paul, lui a échappé.En lisant le journal de son fils, Madeleine découvre qu\u2019il s\u2019est détaché d\u2019elle et qu\u2019il est l\u2019amant d\u2019une autre femme en qui elle voit une rivale et une complice: du même âge qu\u2019elle, Anna est mère d\u2019un garçon.Dans son cœur, la mère de Paul refuse de continuer à aimer son mari, à travers qui elle revoit encore Camille, un amant d\u2019avant son mariage; ce mariage, d\u2019ailleurs, est devenu \u201cune longue liaison qui n\u2019aura jamais de fin\u201d.Elle rejette intérieurement sa pratique religieuse conformiste; c\u2019est pour faire plaisir à son époux et pour la bonne réputation de leur union qu\u2019elle fréquente l\u2019église.Elle s\u2019étonne même d\u2019avoir souhaité et obtenu autrefois que leur maison soit construite à l\u2019ombre de l\u2019hôpital où travaille son mari.Lorsque Paul trouve la mort dans un accident de ski, l\u2019insoumission de cette femme provoque une désagrégation temporaire du couple.Rodolphe croit, lui aussi, ne plus aimer son épouse et ne pratiquer sa religion que par conformisme.Un regain d\u2019affection réciproque causé par la mort de Paul ne dure pas; en fait, Rodolphe voulait obtenir des confidences au sujet de ce fils que Madeleine avait tenu loin de lui.Mais, en fin de compte, l\u2019insoumise est matée par la^ perte définitive de Paul.Frédérik, confrère, ami et père \u201cintellectuel\u201d de Paul, constate que Madeleine et Rodolphe s\u2019aiment sans le savoir \u201cd\u2019une rude affection, d\u2019une tendresse profonde\u201d et que Paul les a aimés tous les deux, maladroitement.La mort de Paul marque aussi la fin de la jeunesse de Frédérik, Malgré la tristesse et l\u2019amertume qui se dégagent de ce roman, l\u2019amour, l\u2019amitié et la mort s\u2019y côtoient dans des personnages très humains; l\u2019auteur manifeste une sérénité qu\u2019on ne trouvait pas dans Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel.Le triple changement de narrateur donne du relief au style de cette œuvre.Jean Hardy.1855 est, rue Rachel, Montréal 34.PrcücA t Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\"Où le travail devient œuvre.chef-d\u2019œuvre\u201d ooo ooo ooo ooo 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL CHAUFFAGE-PLOMBERIE Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Jean-Noël Samson: Félix Leclerc.Coll.\u201cDossiers de documentation sur la littérature canadienne-française\u201d, 2.\u2014 Montréal, Fides, 1967, 88 pp., 30.5 cm.CE dossier sera très utile aux professeurs et aux étudiants des écoles secondaires.Ils y trouveront une excellente bibliographie, des notes biographiques, des photographies, un vaste choix de critiques.Ce choix, cependant, vise trop uniment à établir une sorte d\u2019équilibre entre les témoignages favorables à Leclerc et ceux qui ne le sont point.On aurait aimé que M.Jean-Noël Samson prît davantage le parti des uns ou des autres; surtout, qu\u2019il donnât une appréciation franchement personnelle de l\u2019œuvre de Leclerc.Peut-être, alors, n\u2019eût-ce plus été un dossier .Et pourquoi est-ce le numéro 2 des \u201cDossiers de documentation sur la littérature canadienne-française\u201d ?Quel a été, en effet, le numéro 1 ?On ne l\u2019a nulle part indiqué: ni sur la chemise qui renferme les neuf feuillets ou groupes de feuillets ni dans l\u2019avant-propos.René Dionne.ïaâaubegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal MARS 1968 95 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Revue de l'enseignement supérieur (13, rue du Four, Paris), \u201cLa linguistique\u201d, nos 1-2, 1967.Numéro spécial sur la linguistique: ses principaux aspects et ses relations avec les autres sciences, comme, par exemple, l\u2019archéologie, l\u2019ethnologie, la sociologie, la psychologie, la rhétorique et la logique.Le Devoir: Le Québec dans le Canada de demain.Tomes 1 et 2.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1967, 192 et 190 pages.Recueil des articles publiés dans le numéro spécial du \u201cDevoir\u201d, le 30 juin 1967, à l\u2019occasion du centenaire de la Confédération canadienne.Le premier tome a pour titre \u201cAvenir constitutionnel et statut particulier\u201d, le second, \u201cVers un nouveau partage des pouvoirs\u201d.Textes à lire pour connaître la pensée canadienne-française à un moment particulièrement significatif de l\u2019évolution politique et constitutionnelle au Canada.\u2022 Guy FrÉGAULT: Histoire de la Nouvelle-France.IX : La guerre de la conquête.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1966, 516 pages.25 cm.Réédition, dans une collection nouvelle, d\u2019un maître ouvrage dont Relations a déjà rendu compte en juin 1956, p.174.\u2022 Le mystère eucharistique.Coll.\u201cL\u2019Eglise aux Quatre Vents\u201d.\u2014 Montréal, Fides, 1967, 40 pages.Version française de l\u2019instruction Eucha-risticum Mysterium de la Sacrée Congrégation des Rites, du 25 mai 1967.SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA: Présentation de MM.Gérard Bessette, Pierre Camu et René de Chantal.\u2014 Ottawa, 1967, 90 pages.Textes des allocutions prononcées lors de la réception de trois nouveaux membres à la Société royale du Canada.A.-M.ROGUET: Pourquoi le canon de la messe en français.\u2014 Paris (29, boulevard Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1967, 104 pages.Etude sur le canon de la messe et explications sur la bonne manière de le traduire en français.Le dernier chapitre donne le texte français du canon.\u2022 Mgr Paul POUPARD: Connaissance du Vatican.Coll.\u201cBeauchesne\u201d.\u2014 Paris (117, rue de Rennes), Beauchesne, 1967, 230 pages.Précieux petit livre pour qui veut connaître ce qu\u2019est le Vatican, comment il est organisé et gouverné, ce que font le pape, les congrégations romaines, les divers secrétariats, tribunaux et bureaux.Une mine de renseignements.Emile Nelligan: Poésies.\u2014 Montréal, Fides, 1967, 260 pages.Edition de luxe des œuvres du poète Nelligan.Grand album illustré par Claude Dulude.L'Eglise canadienne.Documents et informations.\u2014 Montréal (245 est, boulevard Dorchester), Editions Fides, vol.1, no 1, janvier 1968.Nouvelle revue qui se propose de publier chaque mois les documents et les informations marquant les grandes lignes de pensée et d\u2019action de l\u2019Eglise au Canada.Rendra de grands services.La Sainte Liturgie.Coll.\u201cLa Pensée Chrétienne\u201d.\u2014 Montréal, Fides, 1967, 152 pages.Recueil de six textes fondamentaux (instructions, constitution et motu proprio) se rapportant à la liturgie, depuis la constitution conciliaire de 1963 jusqu\u2019à l\u2019instruction sur le mystère eucharistique du 25 mai 1967.Paul YUZYK:\tLes Canadiens-Ukrainiens.\u2014 Winnipeg (667 Flora), Association ukrainienne des lecteurs, 1967, 100 pages.Le sénateur Yuzyk présente en ces pages les Canadiens-Ukrainiens et décrit leur place et leur rôle dans la vie canadienne.Bon dossier sur les Ukrainiens au Canada.\u2022 Action pédagogique.\u2014 Québec (2136, chemin Ste-Foy), Corporation des enseignants du Québec, janvier 1968.Nouvelle revue d\u2019information pédagogique, sous la direction de M.Fernand Toussaint.Fiancés 68.\u2014 Ville Saint-Laurent (685, Décarie Nord), 1968, 32 pages.Journal annuel publié par le Service National de Préparation au Mariage.Contient d\u2019excellents articles sur l\u2019amour, les fiançailles, la fécondité, et des témoignages de ménages racontant leurs expériences et montrant que le foyer doit s\u2019ouvrir au monde.L.BOUYER: Architecte et liturgie.\u2014 Paris (29, boulevard Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1967, 110 pages.Etude historique et technique sur l\u2019aménagement architectural des églises.\u2022 Guide budgétaire.\u2014 Lévis, Fédération des Caisses populaires Desjardins, 1967, 48 pages.Excellent guide pour tenir un budget qui réponde aux besoins et aux désirs d\u2019une famille.Claude Poirier: Jeunes en prière.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1967, 64 pages.Recueil de prières, inspirées de la Bible (surtout des Psaumes), et destinées tout particulièrement aux jeunes étudiants.\u2022 Paul FOULQUIÉ: La Connaissance et l'Action.\u2014 Paris (11, rue de Sèvres), Editions de l\u2019Ecole, 1967, 336 pages.En sous-titre, on lit: Mémento de Philosophie pour le Baccalauréat.Ouvrage très bien fait, d\u2019une grande clarté, mais adapté au programme français de philosophie.Définitions et explications sont à la portée de tous les étudiants.tjÇe temple de la lumiete Bélhnd Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques JEAN BÉLAND, Ing.P., président et directeur général 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - 274-2465* PRIX FIXE MONT STE-ANNE Ville de Québec 96 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Kesteloot, Lilyan:\tAnthologie négro-africaine.Panorama critique des prosateurs, poètes et dramaturges noirs du XXe siècle.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 129.\u2014 Québec, Kasan Limitée, 1967, 430 pp.del Lago, Gerardo, S.J.: Psychologie et Grâce.Traduit de l\u2019espagnol par Gerardo del Lago, S.J.et Justin Schlegel.Coll.\u201cPsychologie pour notre temps\u201d.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 128 pp.Lorgeou, Marcel: A l\u2019écoute sur la côte.Préface de Henri Quéffélec.\u2014 Orléans, chez l\u2019auteur, 19 rue Sainte-Euverte, 1965, 197 pp.Luraghi, Raimondo: Histoire du colonialisme.Des grandes découvertes aux mouvements d\u2019indépendance.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 132.\u2014 Québec, Kasan Limitée, 1967, 319 pp.Marie-Bernadette, Mère, Marie-Edmond, Sr; Lydia Sr; Uleyn, Arnold; Hostie, Raymond; Vande Graaf, Jacques; Lagrou, Léo; Anciaux, Paul: La Communauté, relation de personnes.Présenté par Raymond Hostie.Coll.\u201cBibliothèque d\u2019études psycho-religieuses\u201d \u2014 Paris et et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 173 pp.Maurault, Olivier, P.A., P.S.S.: Le Collège de Montréal 1767-1967.2e éd.revue et mise à jour par Antonio Dansereau, P.S.S.\u2014 Montréal, 1967, 574 pp.Philippe, M.D., O.P.et le Pasteur A.Finet: Le mystère de l\u2019Eglise.Dialogue.Coll.\u201cVerse et Controverse\u201d, 3.\u2014 Paris, Beauchesne, 1967, 178 pp.Philips, Mgr.: L\u2019Église et son mystère au deuxième concile du Vatican.Texte et commentaire de la Constitution Lumen Gentium, I.\u2014 Paris, Desclée, 1967, 395 pp.Muller, Alois:\tOrientations pédagogiques vers l\u2019Eglise nouvelle.Traduction de Paul Kirchhof-fer, Coll.\u201cPerspectives\u201d.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 101 pp.Richardson, Alan: Le procès de la religion.Traduit de l\u2019anglais par Marie Tadié.Coll.\u201cChristianisme en mouvement\u201d, 2.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 130 pp.Rigaux, Béda: Pour une histoire de Jésus, II : Témoignage de l\u2019évangile de Matthieu.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 306 pp.Sanfaçon, Roland: Défrichements, peuplement et institutions seigneuriales en Haut-Poitou, du Xe au XIII siècle.\u201cLes Cahiers de l\u2019Institut d\u2019His-toire\u201d, 9.\u2014- Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1967, 144 pp et 10 pp.de cartes en appendice.Stanké, Louis: Dictionnaires en 5 langues.Français, anglais, espagnol, allemand, italien.\u2014 Montréal.Les Editions de l\u2019Homme, 1967, 128 PP.Tillard, J.M.R., O.P.: Les Religieux au cœur de l\u2019Eglise.\u201cCahiers de Communauté Chrétienne\u201d, 5.\u2014- Montréal, 1967, 213 pp.Almeras, Charles: Croire aujourd\u2019hui.Les jeunes gens et la foi.Coll.\u201cProblèmes de vie\u201d.\u2014 Paris, Apostolat des Editions, 1967, 171 pp.Anciaux, Paul: Sacrement et Vie.Fondements et orientations du renouveau dans la pastorale des sacrements.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 116 pp.Bacht, Henri, S.J.:\tAu fil des jours avec Jean XXIII.Le cœur d\u2019un grand pape.Traduit par M.Grandclaudon.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 381 pp.Baumer, I.; Christoffels, H.; Mainberger, G.: Le domaine du sacré.Coll.\u201cPerspectives\u201d.\u2014 Mulhouse, Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 164 pp.Belinda, Lénie: Eygriote.Roman.Coll.\u201cLa Palme d\u2019or\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 208 pp.des Cars, Guy: La vie secrète de Dorothée Gindt.Roman.\u2014 Paris, Editions de la Pensée moderne, 1967, 253 pp.Congar, Yves M.J., O.P.: Situations et tâches présentes de la théologie.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1967, 160 pp.Cruchon, Georges: Psychologie, 2 : Les maturations de l\u2019adolescence.Coll.\u201cPsychologie pour notre temps\u201d.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 471 pp.Cullmann, Oscar; Karrer, Otto: La Bible et le dialogue œcuménique.Traduit par R.Virrion.Coll.\u201cApproches œcuméniques\u201d.\u2014 Mulhouse.Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1967, 107 pp.Dufour, Roland: La Spiritualité du week-end.Coll.\u201cPrésence\u201d.\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1967, 221 pp.Ecrits du Canada Français, 23 : Nouvelles, Théâtre, Poésie.\u2014 Montréal, (1029, côte du Beaver Hall), 1967, 258 pp.En collaboration: Du cri à la parole.Etudes de psychologie religieuse présentées par A.GODIN, S.J.Les Cahiers de psychologie religieuse, IV.\u2014 Bruxelles, Editions Lumen Vitæ, 1967, 270 pp.En collaboration: Etudes de linguistique franco-canadienne.Présentées au XXXIVe congrès de l\u2019A.C.F.A.S.(nov.1966) et publiées par Jean-Denis GENDRON et Georges STRAKA.\u2014¦ Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval; Paris, Librairie C.Klincksieck, 1967, 175 pp.En collaboration : L\u2019adaptation et la rénovation de la vie religieuse.Décret \u201cPerfectæ caritatis\u201d.Texte latin et traduction française.Commentaires sous la direction de J.M.R.Tillard et Y.Congar.Coll \u201cUnam Sanctam\u201d, 62.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1967, 593 pp.!\u2022 ; ; , I (&t\t.Le ski de printemps à son meilleur au MONT STE-ANNE, Beaupré : Tél.(418)-263-4523 - Québec (418)-692-0835 A \u2014Télécabine \t\t7,700\u2019 B \u2014Télésiège double\t\t 4,200' C \u2014 Télésunic\t2,100' D \u2014Télésiège double\t3,800' E \u2014 Arbalète \t\t3,200' Altitude \t\t2,625' 1 \u2014La Crête \u2014 Piste de.11,350' 2A \u2014La S .3,400' 2B \u2014La Super S .3,400' 3\t\u2014Pionnière .8,100' 4\t\u2014Gros Vallon .7,600' 4A \u2014 Dolce Vita .3,600' 5\t\u2014Court Vallon .5,000\u2019 6\t\u2014 L\u2019Estrière .3,110\u2019 7A \u2014 L\u2019Erablière 8\t\u2014 La Pichard 8A \u2014 La Familiale 9\t\u2014Juvénile .10\t\u2014L\u2019Ecolière .11\t\u2014 Gondoleuse 12\t\u2014Chemin d\u2019accès 5,500' 10,000' 11,700' 2,400' 2,200' 7,700' 17,400\u2019 Ÿ marabout xictualcté y histoire du .théâtre en cinq volumes abondamment k illustrés J it-p.\u2019dflflo :li: run d ii -,>\u2022 ou .marabout université tome 1 paru : origines du spectacle/ théâtre antique/comédie médiévale et Renaissance,- Il n\u2019existe pas, en français, d\u2019histoire du théâtre récente et complète, comparable aux \u201cmonuments\u201d publiés en Allemagne et en Grande-Bretagne.Cette lacune est d\u2019autant plus sensible aujourd\u2019hui que le théâtre, grâce aux jeunes compagnies et aux Maisons de la Culture, grâce aussi à la vaste publicité donnée aux réalisations théâtrales étrangères, connaît un regain de faveur auprès de la jeunesse.Si, après de longues recherches, nous avons choisi de présenter, en langue française, un ouvrage d\u2019origine italienne, c\u2019est que l\u2019Histoire du théâtre de Vito Pandolfi nous a paru la mieux adaptée aux besoins d\u2019un vaste public qui,\u2019 malheureusement, est parmi les moins bien informés du monde en ce domaine.L\u2019auteur est, en effet, historien et homme de théâtre à la fois.A l\u2019érudition et à la méthode, il joint donc une expérience personnelle de la scène et une connaissance intime des problèmes de la dramaturgie.Par une analyse fouillée des textes et à la lumière des découvertes archéologiques les plus récentes, V.Pandolfi tente de ressusciter l\u2019ambiance caractéristique du spectacle depuis les origines.Et si la synthèse qu\u2019il construit est aussi ample, aussi cohérente et, pour tout dire, aussi passionnante, c\u2019est qu\u2019à ses yeux, l\u2019histoire du théâtre présente avant tout une suite d\u2019événements en prise directe sur la réalité; que le \u201cdrame\u201d au-delà du texte et des représentations, est un phénomène collectif, représentatif des tendances profondes du corps social.Marabout Université n° 147****: $2.10 (prix suggéré) , Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée - 226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q."]
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