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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1968-05, Collections de BAnQ.

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[" F F f f f ¥ ¥ ¥ ¥ w w Ul M S NT 1 \\ U 3 00 MO 1 Martin Luther King M.Trudeau, le fédéralisme et les Canadiens français Les syndicats de cadres.\u2014 II Quelques prérequis au dialogue pastoral U homme d\u2019ici et le salut offert i il SOMMAIRE Mai 1968 Éditorial.137 M.Trudeau, le fédéralisme et les Canadiens français.Articles Martin Luther King.Luigi d\u2019Apollonia 138 Les syndicats de cadres: //.\u2014 Exigences et caractères propres .Gérard Hébert 140 Pour une mère, aimer, c\u2019est se cultiver Claire Campbell 145 Je vous précéderai en Galilée .\t.Raymond Bourgault 148 Il nous suffit de le vouloir .Joseph d\u2019Anjou 151 Quelques prérequis au dialogue pastoral dans un monde sécularisé.Yves Saint-Arnaud 152 L\u2019homme d\u2019ici et le salut offert .\t.\t.Julien Harvey 154 Un livre discuté et discutable .\t.\t.Georges Robitaille 156 Chroniques L'année de la foi à la radio : \u201cUn train passe\u2019\u2019 .Emile Gervais 157 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 158 L\u2019Exécution.\u2014 Rhinocéros.\u2014 L\u2019Orage.\u2014 La Mouette.\u2014 Un goût de miel.Au fil du mois.161 \u201cL\u2019hémorragie de la vie française au Manitoba\u201d.\u2014 Le juge Arthur Laramée.Méditation : Alléluias de mai.Paul Fortin 162 Avec ou sans commentaires.163 Le christianisme et les religions humaines (Henri de Lubac).Les livres .\t164 Notes bibliographiques.168 Ouvrages reçus.169 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.NT«C&MN-f PAS VINCI-CINQ mStlAMS CANÀJOK-NS üOOOO-OO 0000-0001*?3 Jt**\" VOVACK [«gMaatlw ¦J SMS wmm Ml BancarfleheK Le chèque garanti au crédit automatique \u2022\tAussi bon que de l'argent comptant \u2022\tProcure $500-et plus-de crédit automatique en cas de besoin \u2022\tEst garanti par la Banque de Montréal Renseignez-vous à la succursale la plus proche.Banque de Montréal La Première Banque au Canada montréal mai 1968 numéro 327 relations £d.itotiaL M.Trudeau, le fédéralisme et les Canadiens français Ainsi donc, encore une fois, \u2014 la troisième depuis la Confédération, \u2014 un premier ministre canadien-français se fera à Ottawa le défenseur du fédéralisme et s'efforcera de gagner à son idée les membres des deux principales communautés linguistiques et culturelles du Canada.Après Laurier, après Saint-Laurent, Pierre-Elliott Trudeau, à son tour, entreprendra cette tâche vraiment herculéenne.Il l\u2019a dit et répété au cours de sa campagne électorale, tout particulièrement dans l\u2019importante et très sérieuse conférence qu\u2019il a prononcée, le 2 avril, devant les membres réunis des Clubs Richelieu de la région de Montréal.Après y avoir réaffirmé sa foi profonde dans ce système politique qui a nom le fédéralisme et qui, à son avis, est la formule convenant le mieux tant au Canada qu\u2019au Canada français, M.Trudeau s\u2019est adressé directement à son auditoire composé exclusivement de Canadiens français: \u201cCe que je propose, a-t-il déclaré, c\u2019est que nous entreprenions dès aujourd\u2019hui de jouer à fond le jeu du fédéralisme.\u201d Et pour cela, nous devons accepter \u201cde mettre à l\u2019épreuve ce fédéralisme canadien\u201d, non pas tant par des critiques, des spéculations intellectuelles ou l\u2019échafaudage de solutions théoriques, que par l\u2019action directe, \u201cc\u2019est-à-dire par une participation active, énergique, agressive même, à tous les aspects de la politique fédérale\u201d.Bref, a déclaré M.Trudeau, les Canadiens français doivent refaire \u201cl\u2019expérience fédéraliste, abordée avec une résolution nouvelle et les moyens nouveaux, les ressources nouvelles du Québec moderne\u201d.Il y a soixante-quinze ans environ, Laurier et, il y a vingt ans, Saint-Laurent tenaient à leurs compatriotes canadiens-français exactement le même langage: Acceptez de jouer le jeu du fédéralisme, appuyez-nous à Ottawa, faites-nous confiance et l\u2019avenir tant du Canada français que du Québec est assuré.Mais le fédéralisme de Laurier a abouti à fixer pour longtemps au seul Québec les limites légales du Canada français, et celui de Saint-Laurent à engendrer l\u2019une des plus fortes offensives centralisatrices jamais menées contre le Québec, \u201cprovince comme les autres\u201d, disait ce premier ministre, offensive que M.Trudeau lui-même n\u2019a pas craint alors de dénoncer.De nouveau, aux oreilles des Canadiens français, retentit le vieux chant des sirènes: Reprenons l\u2019expérience fédéraliste, dit M.Trudeau, et par notre active participation faisons-en, cette fois, un succès.Nous en sommes capables: \u201cComme Canadiens français, nous n\u2019avons pas encore donné le quart de notre mesure véritable .Nous seuls savons de quoi nous sommes capables et le reste du pays sera saisi d\u2019étonnement et d\u2019admiration quand nous aurons enfin décidé de jouer le jeu à fond.\u201d Jouer le jeu à fond ! L\u2019expression revient comme un refrain, sonne comme un reproche pour le passé et comme un appel pour l\u2019avenir.Mais, est-il bien vrai que les Canadiens français n\u2019ont jamais accepté de jouer à fond le jeu du fédéralisme ?Sous Laurier comme sous Saint-Laurent, sous Mackenzie King comme sous Pearson, la province de Québec n\u2019a-t-elle pas constamment envoyé à Ottawa et fourni au gouvernement au pouvoir le bloc le plus considérable de députés libéraux ?Qui alors n\u2019a pas joué à fond le jeu du fédéralisme: la population du Québec ou ses représentants à Ottawa ?Il paraît maintenant que cette situation va changer et qu'Ottawa est désormais disposé à jouer honnêtement ce jeu du fédéralisme.Du moins, on nous l\u2019affirme.Mais, de quel fédéralisme ?Depuis un siècle que dure la Confédération, les Canadiens français en ont expérimenté bien des sortes, mais jamais aucune qui leur ait donné la conviction d\u2019avoir enfin justice, sécurité et liberté.Il en est résulté chez eux une crise de confiance dans le système ainsi que dans les hommes qui en font fonctionner les rouages.MAI 1968 137 Le fond du problème est là et ce doit être pour M.Trudeau et son équipe le premier des soucis: redonner confiance aux Canadiens français dans les institutions fédérales et dans les hommes qui les dirigent.Pour cela, il ne suffira pas qu\u2019une charte des droits de l\u2019homme garantisse aux individus canadiens-français le droit de parler leur langue partout au Canada: plus de quatre-vingts pour cent des Canadiens de langue française vivent au Québec et possèdent déjà cette garantie, on ne les apaisera pas par un amendement constitutionnel au bénéfice des minorités françaises des autres provinces.Ils veulent davantage, ils veulent, eux aussi, constituer une société \u201clibre et juste\u201d, et ils veulent que cette société soit fondamentalement de langue et de culture françaises.La question cruciale, en conséquence, qui se pose est la suivante: dans le fédéralisme de M.Trudeau, y a-t-il place pour cette société canadienne-française, libre et juste, qui, pour le moment, n\u2019a de chances de s\u2019épanouir qu\u2019au Québec ?Si oui, M.Trudeau devra reconnaître, dans les faits comme en droit, que le Québec ne peut s\u2019assimiler à aucune autre province, qu\u2019il a des problèmes tout à fait différents et que, pour les résoudre, il a besoin d\u2019un traitement spécial.Le plus vite le nouveau premier ministre aura accepté de se rendre à cette évidence et de prendre les mesures qui en découlent, et le plus vite il parviendra à redonner à ces Canadiens français \u2014 fort nombreux au Québec \u2014 la confiance qu\u2019ils n\u2019ont plus dans le fédéralisme servi au goût et à la mode d\u2019Ottawa.Nous lui souhaitons le courage et la force \u2014 il aura amplement besoin de l\u2019un et de l\u2019autre \u2014 de s\u2019engager dans cette voie, la seule qui offre des possibilités de concilier dans la justice ces deux options fondamentales, à première vue si opposées: V option-Québec et Y option-Canada.\t20 avril 1968.MARTIN LUTHER KING Luigi d\u2019Apollonia, S J.Le soir du 4 avril Martin Luther King, apôtre de la j non-violence, était assassiné.Il avait 39 ans.J\u2019ose dire qu\u2019il fallait s\u2019y attendre, étant donné ce qu\u2019il y a dans l\u2019homme.Lui-même d\u2019ailleurs s\u2019y attendait.Il savait qu\u2019à tant défier et de si près la violence des hommes, leurs lois et leurs mœurs injustes, cette même violence sortirait de son repère et se tournerait contre lui.Martin Luther King avait \u201cdonné\u201d sa vie.Il s\u2019étonnait même de se trouver encore vivant1.Son dernier sermon rappelait la valeur rédemptrice de la souffrance et de la mort.Et la veille de son assassinat, à Memphis, il disait au rallye en faveur des boueurs en grève: \u201cJe ne sais ce qui m\u2019attend .Comme tout le monde, j\u2019aimerais vivre une longue vie .Mais ça ne fait rien.Je veux faire uniquement la volonté de Dieu .Je n\u2019en veux à personne .Mes yeux ont vu la gloire de l\u2019avènement du Seigneur.\u201d Non, même s\u2019il n\u2019en savait ni le jour ni l\u2019heure, on ne peut dire que la mort l\u2019ait pris par surprise.I \u2014 Serviteur du peuple Pasteur et serviteur de Dieu, Martin Luther King était aussi serviteur du peuple.Non pas qu\u2019il ait été le repré- 1.Stride Toward Freedom (New York, Harper, 1958), voir pp.214-217, 222-224.Peu de temps avant sa mort, Harry Belafonte l\u2019interrogeait à la télévision: \u201cCraignez-vous pour votre vie ?\u201d \u201cNon, pas vraiment,\u201d de répondre M.King, \u201cje vis sous cette menace depuis 1956.Ce n\u2019est pas la longueur d\u2019une vie qui compte: c\u2019est sa qualité.\u201d sentant élu du peuple, mais il s\u2019en était fait la voix, en dehors de tout parti politique et sans autre mandat, sur le plan temporel, que celui de son propre choix et de sa propre initiative.C\u2019est du cœur et de la conscience qu\u2019au milieu de situations criantes d\u2019injustice naissent ces vocations de serviteur du peuple quand elles sont vraies car souvent l\u2019inspiration du redresseur de torts, de l\u2019éveilleur du peuple est impure.Plus souvent encore, de pure qu\u2019elle était à sa source, elle devient, le long du parcours, impure et souillée par ses propres succès, les intérêts en jeu, les compromissions, les acclamations: on parle alors d\u2019ivresse, de volonté de puissance, d\u2019instinct de domination, de mystique qui se dégrade en politique.La vocation de King surgissait d\u2019un véritable dévouement au peuple et d\u2019une authentique philosophie démocratique.La minorité noire devait être éveillée, la majorité blanche aussi; l\u2019une de sa torpeur, misère et humiliation, l\u2019autre de son indifférence, égoïsme et hypocrisie.Tout commença pour Martin Luther King, le soir du 1er décembre 1955, quand madame Rosa Parks, 43 ans, couturière de son métier, refusa de céder sa place à un Blanc dans un autobus.Elle devait avouer plus tard qu\u2019elle ne savait pas exactement pourquoi: \u201cJ\u2019étais fatiguée, c\u2019est tout ! J\u2019avais mal aux pieds .\u201d On appela la police et madame Parks fut arrêtée, jetée en prison.C\u2019était à Montgomery, capitale de l\u2019Alabama, où Martin Luther King, après de brillantes études classiques et théologiques 1 avait accepté sa première cure.Il monta en chaire: \u201cMes frères, dit-il de cette voix sonore dont le monde entier apprendrait bientôt à reconnaître les cadences et les accents bibliques, mes frères, si vous protestez avec courage, dignité, amour chrétien, quand, dans les générations à venir, on écrira l\u2019histoire, on s\u2019arrêtera ici et on dira: \u201cIl y avait jadis un grand peuple \u2014 un 1.A Morehouse College, Crozer Theological Seminary et Boston University.138 RELATIONS peuple noir \u2014 qui infusa un nouveau sens et une nouvelle dignité dans les veines de la civilisation.\u201d Voilà le défi qu\u2019il nous faut relever, voilà notre étonnante responsabilité.\u201d Le boycott des autobus fut décidé pour un jour, pour un autre jour, puis un autre, et un autre encore.Et ainsi de suite.Les Noirs furent mis sous arrêts, mis à la porte, mis à pied.Ils tinrent bon un jour, un autre jour, un autre jour encore, et ainsi pendant 382 jours \u2014 jusqu\u2019à ce qu\u2019un arrêt de la Cour suprême des États-Unis déclare anticonstitutionnels tous genres de ségrégation raciale dans les transports en commun.Ce fut un alléluia ! Le nom de Martin Luther King était sur toutes les lèvres.Du milieu de la population noire, un prophète s\u2019était levé dont la population blanche avait besoin pour purger sa conscience, car c\u2019est elle qui, dans les États du Sud, avait édicté les lois et ordonnances contraires à l\u2019esprit et à la lettre de sa propre Constitution, toutes les lois et ordonnances qui, l\u2019esclavage aboli, continuaient à interdire aux Noirs, \u201cnés égaux\u201d, les parcs, les hôtels, les restaurants, les plages, les clubs, les écoles et jusqu\u2019aux églises et aux cimetières des Blancs, qui les reléguaient en arrière dans les autobus, en haut dans les salles de cinéma, à part dans les trains, qui les spoliaient de leurs droits politiques et de leur part d\u2019héritage par toutes sortes de subterfuges, de tergiversations, de dérobades.Le goût de l\u2019égalité allait venir à la population noire.Par une série de sit-ins, de wade-ins, de pray-ins, de marches, de pèlerinages, de manifestations, Martin Luther King libérera les ressentiments refoulés, les frustrations latentes, les colères rentrées et, canalisant leurs énergies spirituelles, donnera le premier grand exemple, vu en Occident, de l\u2019usage possible dans le combat social des techniques de non-violence préconisées et appliquées par Gandhi contre le plus grand des empires.Au printemps de 1963, on trouve de nouveau Martin Luther King dans l\u2019État d\u2019Alabama, cette fois à Birmingham.C\u2019est le grand combat pour les droits civils mené avec les armes pures de la non-violence malgré les matraques, les chiens policiers, les boyaux de pompiers et un attentat à la bombe contre une église qui fit quatre morts \u2014 quatre petites filles.Le pays entier avait honte.De Birmingham, on marcha sur Washington au mois d\u2019août de la même année.On vint de partout, par train, autobus, avion, voiture, et cette fois-ci 60,000 Blancs s\u2019étaient joints à 150,000 Noirs devant le Lincoln Memorial, pendant que des millions à la télévision voyaient cette foule chanter, en se donnant la main et en se balançant, l\u2019hymne des droits civiques We Shall Overcome, emprunté à une vieille mélopée nègre, et cette même foule saluer de Y es! Y es! tout ce que disait Martin Luther King à sa manière frémissante, puis répondre par des applaudissements et des cris de joie à la désormais célèbre péroraison qu\u2019il improvisa: I have a dream .Je fais ce rêve qu\u2019un jour, parmi les collines rouges de Géorgie, les fils d\u2019anciens esclaves et les fils d\u2019anciens maîtres pourront s\u2019asseoir ensemble à la table de fraternité.Je fais ce rêve qu\u2019un jour même l\u2019Etat de Mississipi qui suffoque sous la chaleur de l\u2019oppression sera transformé en une oasis de liberté et de justice.Je fais ce rêve.Je fais ce rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés selon la couleur de leur peau mais selon la valeur de leur caractère.Je fais ce rêve aujourd\u2019hui, je fais ce rêve qu\u2019un jour, là-bas en Alabama, des petits garçons noirs et des petites filles noires pourront tenir par la main, comme des sœurs ou des frères, des petits garçons blancs et des petites filles blanches .La réponse aux manifestations de Birmingham et de Washington fut l\u2019adoption par le Congrès américain du Civil Rights Act de 1964 et la remise du Prix Nobel de la Paix.À 35 ans, le pasteur King, était le plus jeune de tous les lauréats de la Paix.L\u2019année suivante, ce fut la fameuse marche de Selma, ce défilé aux allures de carnaval où Noirs et Blancs, professeurs et étudiants, républicains et démocrates, marxistes et chrétiens fervents, prêtres, religieuses et anarchistes marcheront pendant quatre jours sur le Capitole à Montgomery où le gouverneur George Wallace avait juré qu\u2019il ne tolérerait jamais la présence de King.Cette marche obtint l\u2019adoption du Voting Rights Act de 1965.Mais déjà dans les villes à l\u2019ouest et au nord, à Watts, New York, Chicago, Détroit où les Noirs avaient émigré par grandes vagues en quête d\u2019égalité et de l\u2019Eldorado, de faux prophètes et de faux frères glorifiaient la violence, montraient le poing de la haine, invitaient les jeunes à mettre à feu et à sac leurs propres quartiers noirs, au cri de Burn, baby, burn ! À l\u2019intégration par la nonviolence ils opposaient la ségrégation et le \u201cPouvoir noir\u201d.Leur Prix Nobel de la Paix n\u2019était qu\u2019un \u201concle Torn\u201d.Celui qui plus que tout autre avait travaillé pour le Civil Rights Acts et le Voting Rights Act et le Open Housing Act était méprisé comme un \u201cblanchi\u201d et un \u201ccollaboration-niste\u201d.Les choses en étaient là quand Martin Luther King fut abattu d\u2018un coup de feu.Il \u2014 Homme de douleurs Dans une admirable Lettre de la prison de Birmingham 1 adressée à des pasteurs blancs plus soucieux, semble-t-il, de légalisme que de justice et qui, plus prudents que courageux, lui reprochaient son \u201cextrémisme\u201d, le pasteur King répondait que s\u2019il fallait craindre d\u2019aller \u201cau-delà\u201d de la vérité, il fallait craindre aussi de rester \u201cen deçà\u201d et que, pour sa part, les circonstances ne lui laissaient pas d\u2019autre choix que de se préparer à l\u2019action directe, l\u2019injustice raciale étant criante à Birmingham et les négociations absolument futiles.L\u2019âme purifiée de toute rancœur, il offrait son corps comme moyen de placer la cause de la vérité et de la justice \u201cdevant la conscience des communautés locale et nationale\u201d.On aura reconnu le satyagraha de Gandhi, qui veut dire littéralement \u201cs\u2019accrocher\u201d à la vérité.D\u2019où la \u201cforce de vérité\u201d, la \u201cforce de l\u2019amour\u201d, la \u201cforce de l\u2019âme\u201d dont Gandhi affirmait constamment la valeur et qu\u2019il utilisait systématiquement comme moyens directs d\u2019action politique et sociale, face à une situation manifestement injuste: \u201cNous affirmons, disait l\u2019engagement de Gandhi, que 1.Parue dans The Christian Century, 12 juin 1963, et en traduction française dans Esprit, janvier 1964.MAI 1968 139 dans cette lutte, nous suivrons fidèlement la vérité et nous nous abstiendrons de violences envers les vies, les personnes et les biens1 Même accent chez le pasteur King: \u201cAu cours des dernières années, j\u2019ai constamment prêché que la non-violence exige que les moyens employés soient aussi purs que les buts poursuivis.J\u2019ai essayé de rendre clair qu\u2019il est mauvais d\u2019employer des moyens immoraux pour atteindre des buts moraux\u201d.Et encore: Celui qui brise une loi injuste doit le faire ouvertement avec amour (souligné dans le texte) et avec la volonté d\u2019accepter la peine.Je prétends que celui qui brise une loi que sa conscience lui dit être injuste et qui accepte de bon cœur la peine d\u2019emprisonnement dans le but d\u2019éveiller la conscience de la communauté sur l\u2019injustice de cette loi, celui-là exprime en réalité le plus haut respect de la loi.Trente fois il ira en prison.Il sera giflé, roué de coups, matraqué, lapidé une fois à Chicago.Des pasteurs blancs le traiteront d\u2019\u201cagitateur\u201d, un ex-président des États-Unis de \u201ctrublion\u201d.A Watts, ses propres frères se moqueront de lui.A Rochester aussi.Une négresse le poignardera et on jettera une bombe dans sa maison de Montgomery et son motel de Birmingham.Il supportera tout, endurera tout, souffrira tout.Homme de douleurs, en vérité ! \u201cNous vous fatiguerons bientôt par notre capacité de souffrance, avait-il dit pendant le boycott des autobus de Montgomery.Et en gagnant notre liberté, nous en ap- 1.Cet \u201cengagement\u201d empreint de sérénité spirituelle et destiné au grand public est du 28 février 1919.pelletons si bien à votre coeur et à votre conscience que nous vous gagnerons aussi à notre cause.\u201d Est-ce bien là de la non-violence ?N\u2019est-ce pas plutôt une terrible violence spirituelle qui combat l\u2019injustice sociale avec des armes pures et nues, et, à la limite, par le sacrifice de sa propre vie \u2014 soit qu\u2019on la donne soi-même quotidiennement soit qu\u2019on nous l\u2019enlève brutalement ?C\u2019est ce qui arriva, hélas ! * * * Martin Luther King a-t-il gagné ses frères à sa cause ?C\u2019est la question que toute l\u2019Amérique se pose, l\u2019âme meurtrie.Il est vrai que toutes les formes légales de ségrégation sont disparues; en ce sens, il n\u2019y a pas de doctrine raciste aux États-Unis.Mais le problème racial n\u2019en est plus un de gouvernement seulement.Les mœurs et les sentiments suivront-ils, maintenant que les extrémistes noirs rejoignent les extrémistes blancs pour mutuellement se mépriser, nier l\u2019égalité raciale, vivre dans le huis-clos de la ségrégation ?Martin Luther King n\u2019est plus .il dort dans un ancien cimetière noir, sous une pierre tombale où il a voulu que fussent gravés ces mots d\u2019un vieux spiritual.\u201cLibres enfin ! Libres enfin ! Dieu tout-puissant, merci, nous sommes libres enfin !\u201d Libres enfin ! Le rêve des Noirs, le rêve de tant d\u2019immigrants, le rêve de l\u2019âme américaine .VERS UN SYNDICALISME NOUVEAU ?LES SYNDICATS DE CADRES II\u2014EXIGENCES ET CARACTÈRES PROPRES Gérard Hébert, S.J.Nous avons décrit, dans un premier article, la situation des syndicats de cadres chez nous, et souligné les facteurs de croissance et de retard qui pourraient affecter leur développement.Nous voudrions considérer, ici, les exigences auxquelles le syndicalisme de cadres devra répondre et dégager les caractères propres qu\u2019il pourrait assumer.A.Exigences Fondamentalement, on peut dire qu\u2019un syndicat de cadres devra fournir à ses membres la protection qu\u2019ils attendent sans compromettre l\u2019efficacité et le rendement de l\u2019entreprise, compte tenu des structures générales nord-américaines de relations de travail.Protection et efficacité Si les cadres décident de s\u2019organiser en syndicats, ce sera, entre autres raisons, pour leur propre protection.Le jour où les cadres percevront que seul un mouvement de masse vraiment solidaire leur fournira l\u2019appui qu\u2019il leur faut, en vue des objectifs qu\u2019ils poursuivent, leurs syndicats seront sûrs de survivre, pas avant.Ceux-ci, cependant, ne devront pas mettre en cause l\u2019efficacité des entreprises ou des institutions où ils surgiront, car alors ils feraient face eux-mêmes à d\u2019énormes difficultés.Si les syndicats de cadres devaient se révéler contraires au bon fonctionnement et au progrès des organismes où ils s\u2019insèrent, la société prendrait les moyens 140 RELATIONS requis pour limiter leur liberté d\u2019action et protéger le bien général.Les cadres, en effet, jouent un rôle capital.Si on les prend dans leur ensemble, on peut dire qu\u2019ils sont, en quelque sorte, l\u2019entreprise même ou l\u2019institution dans laquelle ils œuvrent.Le dynamisme et l\u2019efficacité d\u2019un organisme s\u2019incarnent toujours dans la vigueur d\u2019un certain nombre de ses membres, qui s\u2019identifient à lui et se vouent à son succès.Le sentiment d\u2019appartenance à une entreprise et la spontanéité à défendre ses justes intérêts en sont des éléments essentiels.La situation de contestation où se trouve nécessairement un groupe de revendication risque sérieusement d\u2019entamer ce sentiment d\u2019appartenance, nécessaire à la bonne marche et au progrès d\u2019une entreprise.Pourtant, les deux attitudes, pour les cadres, également s\u2019imposent.Tout comme les autres salariés, ils ont besoin de protection; dans un monde socialisé où tous les groupes exercent leur influence par pression collective, ils devront recourir eux-mêmes à ce moyen, au risque d\u2019être négligés et peut-être même déclassés.Il leur faudra, toutefois, inventer la formule appropriée qui sauvegarde, en même temps, la fidélité du cadre à l\u2019entreprise et, jusqu\u2019à un certain point, son identification à elle.D\u2019autant que les structures nord-américaines de relations de travail, en quelque sorte, l\u2019exigent.Structures nord-américaines de relations de travail En regard du problème qui nous préoccupe, l\u2019on peut dire que les structures nord-américaines de relations de travail ont deux caractéristiques essentielles: elles sont centrées sur l\u2019entreprise et elles y reconnaissent deux blocs, d\u2019une certaine manière, opposés: la direction et les exécutants.Notre Code du travail, comme l\u2019ancienne Loi des relations ouvrières et le Wagner Act américain de 1935, oblige chaque employeur à négocier une convention collective avec l\u2019association de salariés qui a recruté plus de la moitié des employés de l\u2019entreprise, ou d\u2019une partie facilement identifiable de l\u2019entreprise.Lorsque plusieurs employeurs se groupent pour négocier une même convention, c'est quand même chacun des employeurs individuellement qui doit respecter et faire appliquer cette convention collective.Cette perspective, centrée sur l\u2019entreprise, offre de nombreux avantages.Elle assure au travailleur une protection beaucoup plus efficace qu\u2019une autre formule qui viserait un ensemble plus étendu.Chaque salarié exerce son activité au service de tel employeur, dans tel établissement.La convention collective ainsi orientée permet l\u2019élaboration de méthodes rationnelles dans la répartition des avantages et des inconvénients, la mise sur pied d'organismes de surveillance efficaces, l\u2019établissement d\u2019une procédure de griefs bien adaptée, etc.À l\u2019intérieur de l\u2019entreprise ou de l\u2019établissement, la loi distingue nettement deux groupes, les exécutants et la direction.Celle-ci comprend tous ceux qui partagent, à des degrés divers, l\u2019autorité de l\u2019entreprise.Une telle conception de l\u2019autorité-bloc aurait pu engendrer de profonds antagonismes.L\u2019attitude pragmatique du syndicalisme nord-américain n\u2019a pas aggravé l\u2019opposition.La protection que retirent les travailleurs de la convention collective et la reconnaissance du fait que les deux parties ont un intérêt commun dans le progrès de l\u2019entreprise ont, dans l\u2019ensemble, évité un climat de lutte de classes.L\u2019affrontement s\u2019effectue au moment de la négociation du contrat collectif; pendant que celui-ci demeure en vigueur, un modus vivendi s\u2019établit dont les parties s\u2019accommodent, diversement, selon les circonstances.Le système possède le grand avantage d\u2019établir une situation claire: d\u2019un côté, la direction, de l\u2019autre, les exécutants.La clarté entraîne l\u2019efficacité, pourvu que les oppositions ne soient pas trop profondes et qu\u2019à tous les échelons d\u2019autorité on marche bien la main dans la main.Une formule pour cadres nouvelle ?Quel contrecoup aurait, dans le système actuel, l\u2019introduction généralisée d\u2019un syndicalisme de cadres semblable au syndicalisme nord-américain traditionnel ?Serait-ce de faire passer les cadres, pour ainsi dire, du côté des travailleurs, et d\u2019effriter l\u2019autorité de l\u2019entreprise au point de compromettre son efficacité ?Deux objectifs ici sont également importants.Il faut donner aux cadres une protection aussi efficace que celle des autres salariés, et assurer en même temps le rendement de l\u2019entreprise.Le premier objectif est une exigence de la justice sociale; le second, une nécessité du bien de toute la société.La question revient à ceci: dans l\u2019hypothèse où on n\u2019accepte plus le statu quo, peut-on sauvegarder ces deux valeurs simplement en étendant aux cadres l\u2019application du Code du travail ?Ou faudrait-il créer, pour eux, des structures légales nouvelles, différentes de celles qui existent ?Y a-t-il un moyen terme: celui de leur appliquer le Code moyennant certaines conditions, qui distingueraient le syndicalisme de cadres d\u2019avec le syndicalisme traditionnel ?L\u2019extension pure et simple du Code du travail présente de nombreux avantages.Le système est connu, ses mécanismes sont en place.Il y a généralement avantage à utiliser les structures existantes.Plusieurs se demandent, cependant, si une telle extension est souhaitable, si elle est même possible.Sans doute, les cadres sont des salariés et, sous cet aspect, ont certains problèmes semblables à ceux de tous les autres salariés; mais ils en ont aussi de bien différents: fonctions et attitudes ne sont pas, de part et d\u2019autre, comparables.MAI 1968 141 Plusieurs, parmi les cadres, ne veulent d\u2019aucun syndicat, et beaucoup plus nombreux sont ceux qui, en tout cas, ne veulent pas recourir au même syndicalisme que celui des travailleurs qu\u2019ils dirigent.S\u2019ils le font, ce sera sous la pression de circonstances contraignantes, en vue de leur propre protection; et le risque est grand, alors, d\u2019ébranler la cohésion et l\u2019efficacité des structures dirigeantes de l\u2019entreprise.Est-il possible d\u2019imaginer un syndicalisme de cadres qui sauvegarde les deux points de vue et d\u2019en esquisser les caractéristiques principales ?Cela faciliterait, sans doute, une politique appropriée en matière de législation.A ce stage de la recherche, il n\u2019est guère possible, toutefois, que d\u2019essayer de circonscrire le problème.B.Caractéristiques Les caractères propres d\u2019un organisme s\u2019expriment dans ses structures, ses méthodes d\u2019action et sa mentalité.Au niveau des structures, les problèmes que rencontrera le syndicalisme de cadres tiennent à l\u2019unité de négociation et à l\u2019affiliation.L'unité de négociation On admet facilement que les cadres ne peuvent pas faire partie de la même unité de négociation et du même syndicat que les travailleurs qu\u2019ils dirigent.Ceci, en effet, les mettrait dans une position de conflit d\u2019intérêt.Comment le \u201cpatron\u201d (le cadre) et son employé peuvent-ils être régis par la même convention collective, comment peuvent-ils voter ensemble son acceptation ou son rejet, alors que l\u2019un d\u2019eux devra l\u2019appliquer au nom de l\u2019employeur ?Le même principe vaut-il pour les cadres entre eux ?Cette formule exclusive pourrait valoir pour les cadres inférieurs, qui se situent au dernier échelon d\u2019autorité, dans les entreprises ou institutions où ils sont assez nombreux pour constituer un groupement appréciable; c\u2019est ainsi qu\u2019on retrouve déjà, en quelques endroits, des syndicats de contremaîtres.En dehors de ce cas, les cadres exerçant leur autorité les uns par rapport aux autres, il faudrait, pour respecter le même principe, autant d\u2019unités distinctes qu\u2019il y a de niveaux d\u2019autorité.L\u2019émiettement qui en résulterait ferait perdre aux cadres la force collective qu\u2019ils recherchent dans un groupement syndical et pourrait, dans l\u2019exercice de leurs fonctions propres, compromettre l\u2019esprit d\u2019unité de l\u2019entreprise.La grande variété que l\u2019on trouve, d\u2019une entreprise à l\u2019autre, dans les structures et les rapports d\u2019autorité \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de cadres professionnels ou administratifs ou d\u2019un mélange des deux \u2014 rend plus difficile encore toute généralisation.À ces problèmes de regroupement vertical, s\u2019en ajoutent d\u2019autres de caractère horizontal.Dans bien des cas, chaque groupe de cadres, dans une entreprise ou une institution, n\u2019est pas suffisamment considérable pour constituer un syndicat distinct.Par contre, les préoccu- pations et les mentalités différentes permettront-elles un accord suffisant pour qu\u2019un seul syndicat, les réunissant tous, survive ?Sera-t-il possible, par exemple, de faire collaborer, au plan syndical, les dirigeants des secteurs des ventes, de la production, des recherches, tous ces cadres de professions et d\u2019occupations si diverses ?Le regroupement des cadres prendra la forme que ceux-ci voudront lui donner.Il restera, pour établir la formule la plus appropriée, bien des choix à effectuer, bien des barrières à franchir.Un des choix les plus difficiles sera celui de l\u2019affiliation à une centrale syndicale et, cette affiliation étant décidée, le choix entre une centrale de cadres, à créer, et une centrale ouvrière existante, celle-ci pouvant être celle des travailleurs syndiqués de l\u2019entreprise ou une autre.L'affiliation Les cadres voudront-ils créer leur propre centrale, à l\u2019exemple de la Confédération générale des cadres de Prance ?Une des grandes difficultés de cette solution vient de ce qu\u2019il n\u2019existe, présentement, qu\u2019un très petit nombre de syndicats de cadres, la plupart déjà affiliés à une centrale syndicale existante, de travailleurs ou d\u2019enseignants.Peut-on créer, de toutes pièces, rapidement, une nouvelle centrale, ayant la force nécessaire et l\u2019organisation requise, avec tous les services indispensables ?Les syndicats existants y adhéreraient-ils ?Or justement, les cadres tendent à se syndiquer parce qu\u2019ils ont besoin de l\u2019appui de groupes déjà constitués, d\u2019organismes bien établis.D\u2019un autre côté, l\u2019affiliation d\u2019un syndicat de cadres, et surtout de nombreuses affiliations de syndicats de cadres, à l\u2019une ou l\u2019autre des centrales existantes comportent des risques très graves.C\u2019est que les cadres participent à l\u2019autorité de l\u2019entreprise.Ils ont à donner des ordres, à porter des jugements et à imposer des sanctions.Ils se trouveraient fréquemment dans une situation de conflit, entre leur fidélité à l\u2019entreprise ou à l\u2019institution et la nécessaire obligation de solidarité envers leurs collègues syndicaux.Les problèmes varieraient selon le caractère plus ou moins contraignant de l\u2019affiliation et selon les circonstances.Il est probable qu\u2019ils seraient assez faibles dans la vie ordinaire; c\u2019est dans les moments de crise que les véritables difficultés surgiraient.Ainsi, survenant une grève par des travailleurs de la base, les cadres appartenant à la même centrale syndicale s\u2019estimeraient-ils obligés de respecter les lignes de piquetage ?Dans l\u2019affirmative, qui défendrait vraiment les intérêts de l\u2019entreprise ?Car ceux-ci, pour le plus grand bien de la société elle-même, demandent qu\u2019ils soient défendus.S\u2019il ne reste, pour le faire, que le directeur général et ses adjoints immédiats, ils ne sauraient faire le poids.On pourrait croire qu\u2019en de telles circonstances, les syndiqués n\u2019exigeraient pas, de leurs collègues des cadres, 142 RELATIONS le respect intégral de leurs lignes de piquetage; mais l\u2019atmosphère de fièvre et de rivalité qui envahit pratiquement tous les conflits ouverts ne permet pas tant d\u2019optimisme.Même pendant la durée d\u2019une convention collective, des conflits surgissent.Dans les cas de griefs, le contremaître et le surintendant défendraient-ils l\u2019entreprise avec la même vigueur s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un collègue syndical envers qui ils auraient un devoir de solidarité ?La même situation n\u2019influencerait-elle pas leur jugement dans les évaluations et les rapports qu\u2019ils doivent régulièrement préparer sur leurs subordonnés ?Tout dépendrait de l\u2019intensité de la solidarité syndicale entre les adhérents à une même centrale.On peut imaginer une centrale où le lien entre les groupes affiliés serait suffisamment lâche pour ne pas poser de problèmes sérieux.Mais est-ce réaliste ?Le principe de la solidarité n\u2019est-il pas une des composantes les plus fondamentales du mouvement syndical ?Y aurait-il même un mouvement syndical sans cette attitude de base ?L\u2019affiliation des cadres à une centrale différente \u2014 par exemple à la F.T.Q.lorsque les travailleurs seraient affiliés à la C.S.N.et vice versa \u2014 atténuerait les problèmes, sans les éliminer.Le principe de la solidarité dépasse les frontières de telle ou telle centrale.De plus, ne serait-ce pas brimer la liberté soit des cadres soit des travailleurs que d\u2019obliger le nouveau groupe syndiqué à s\u2019affilier à l\u2019autre centrale, sans parler de l\u2019étrange marchandage qui pourrait s\u2019établir, à ce sujet, entre les centrales ?Faut-il ajouter que, dans l\u2019hypothèse de la pleine liberté d\u2019affiliation, une centrale pourrait chercher d\u2019abord à syndiquer les cadres, moins nombreux que les travailleurs, en vue de recruter ensuite ceux-ci plus facilement ?On apporte l\u2019exemple de la France pour montrer que l\u2019affiliation à une même centrale ne pose guère de problème, puisqu\u2019à côté de la Confédération générale des cadres, on y trouve des syndicats de cadres affiliés aux autres centrales.La comparaison ne semble pas complètement valable, à cause de la différence profonde qui existe entre les structures de relations de travail en France et en Amérique du Nord.Parce qu\u2019en France celles-ci visent davantage l\u2019industrie dans son ensemble et se rapportent presque exclusivement à la convention nationale, les difficultés au niveau de l\u2019entreprise sont beaucoup moindres.Ici, au contraire, tout est centré sur l\u2019entreprise, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte.On aura noté que les difficultés que nous avons mentionnées se situaient toutes dans l\u2019entreprise; c\u2019est là, en effet, que s\u2019exerce l\u2019activité courante.Affiliation et situations de conflit, ou non-affiliation et faiblesse syndicale, quelle que soit la solution que l\u2019on apporte à ce quasi-dilemme, d\u2019autres difficultés demeureront, entre autres, à propos des méthodes d\u2019action.Les méthodes d\u2019action Les méthodes d\u2019action utilisées par les syndicats conviennent-elles aux cadres ?Peuvent-elles leur assurer la protection dont ils ont besoin et, en même temps, garantir l\u2019efficacité de l\u2019entreprise dont les cadres ont la responsabilité ?Ici encore, la réponse variera selon les cas et selon les méthodes.La convention collective constitue, pour tous ses bénéficiaires, un bon instrument pour assurer des conditions de travail justes et raisonnables et garantir aux salariés l\u2019application desdites conditions; en ce sens, elle protège efficacement l\u2019employé contre l\u2019arbitraire de l\u2019employeur.Cet aspect, le plus fondamental de la convention collective, s\u2019applique autant aux cadres qu\u2019aux autres salariés.Rien ne prouve, cependant, que toutes les clauses d\u2019un contrat habituel répondent bien à la situation particulière des cadres.Ainsi, les heures de travail ne sauraient être aussi rigides pour les cadres, surtout pour les cadres intermédiaires et supérieurs, que pour l\u2019ensemble des salariés; la procédure de griefs ne saurait également s\u2019appliquer tout à fait de la même manière; par rapport aux promotions et transferts, l\u2019ancienneté ne saurait avoir le même poids que dans les autres conventions collectives.Sur ce dernier point, les cadres eux-mêmes, d\u2019ailleurs, attachent plus d\u2019importance à leurs qualités personnelles et à leurs aptitudes propres; du point de vue de l\u2019efficacité de l\u2019entreprise, il va de soi que les aptitudes représentent le facteur primordial; il faudra donc trouver, sur cette question, d\u2019autres moyens de prévenir l\u2019arbitraire et l\u2019injuste.La convention collective, moyennant adaptations, peut répondre à ces exigences; de sa nature, elle ne doit pas nécessairement revêtir les caractéristiques que possèdent les contrats collectifs de travailleurs présentement en vigueur.Elle peut même devenir un instrument utile pour élaborer les institutions appropriées à la formation professionnelle \u2014 initiale ou permanente \u2014 des cadres.Même par rapport à la rémunération, on peut concevoir qu\u2019elle établisse des minima, des marges ou encore des critères en vue d\u2019accords privés pour chaque cas ou chaque groupe de cas particuliers; la négociation de la rémunération des cadres pose, en effet, des difficultés spéciales: plus on s\u2019élève dans les niveaux d\u2019administration, plus, règle générale, on souhaite négocier soi-même son salaire; on reconnaît, d\u2019ailleurs, que, pour ces postes, la personnalité du candidat est une composante importante de l\u2019évaluation monétaire des services.Par contre, est-ce bien réaliste que d\u2019envisager aussi rapidement de si profondes transformations ?Le poids de la tradition et des circonstances n\u2019imposera-t-il pas le modèle connu du contrat collectif et, sur la question de la rémunération, le taux unique ?Les membres du syndicat \u2014 surtout les moins aptes, peut-être \u2014 voudront obtenir la protection la plus générale possible par la clause d\u2019ancienneté traditionnelle, et, au chapitre de la rémunération, s\u2019assurer un salaire égal, à chaque niveau, à celui des mieux rémunérés selon l\u2019ancien système.Ils auront, par suite de leur nombre, dans le vote syndical, le pouvoir d\u2019imposer des demandes de cette nature.Quant à l\u2019employeur, pourra-t-il vraiment résister, si telles sont les MAI 1968 143 exigences du syndicat et si celui-ci possède l\u2019appui requis de la part des cadres eux-mêmes ?En un sens, c\u2019est à ceux-ci que la réponse appartient: laquelle des deux tendances triomphera, celle du contrat régulier, qui aura pour elle la tradition syndicale, l\u2019expérience acquise et le nombre, ou celle d\u2019un contrat nouveau, répondant véritablement aux exigences mêmes de la situation particulière des cadres ?La négociation collective semble bien constituer, présentement du moins, le moyen nécessaire en vue d\u2019établir un contrat collectif.Appliquée aux cadres, elle acquerra sans doute des caractéristiques un peu différentes de celles qu\u2019on lui connaît, et cela, tant à cause du statut particulier de ceux qu\u2019elle visera que de l\u2019objet et des modalités de leur convention.Tout comme pour celle-ci, le poids de la tradition et de l\u2019expérience pèsera, cependant, très lourd dans le sens des négociations ordinaires.Plusieurs considèrent la possibilité de grève comme un élément essentiel de la négociation collective.Il s\u2019agit d\u2019un contrat libre, et chacune des deux parties garde le droit de retirer la prestation de ses services: personne ne peut l\u2019obliger à accepter telles ou telles conditions.L\u2019arrêt de travail ou sa simple menace constituent l\u2019instrument de pression économique qui force les parties aux concessions requises pour arriver à une entente.Le raisonnement s\u2019applique-t-il aux cadres ?En théorie, peut-être.En pratique, la réponse paraît beaucoup plus difficile.Sans doute, si une proportion considérable des cadres d\u2019une entreprise ou d\u2019une institution décidait l\u2019arrêt de travail, l\u2019entreprise ou l\u2019institution pourrait difficilement continuer à fonctionner.Les cadres sont un rouage essentiel.Par contre, la position des cadres pourrait devenir précaire et inconfortable, surtout si l\u2019arrêt se prolongeait; car le ressentiment pourrait être considérable chez l\u2019ensémble des travailleurs, forcément beaucoup plus nombreux et, peut-être moins bien payés.De plus, si l\u2019arrêt de travail n\u2019atteignait qu\u2019un petit nombre de cadres, il se pourrait fort que l\u2019entreprise puisse continuer à produire.Dans un cas comme dans l\u2019autre, les cadres essaieraient d\u2019utiliser tous les autres moyens avant de recourir à la grève, car celle-ci pourrait ne pas les favoriser.Pour l\u2019efficacité de l\u2019entreprise, le recours des cadres à la grève pourrait avoir d\u2019autres mauvaises conséquences.La grève laisse toujours, chez ses participants, d\u2019amers souvenirs.Les sentiments vis-à-vis de l\u2019entreprise ne sauraient ensuite être les mêmes.Ainsi, le sentiment d\u2019appartenance nécessaire aux cadres pourrait être assez sérieusement compromis.La mentalité Un syndicalisme de cadres ne saurait donc s\u2019inspirer en tous points de la mentalité du syndicalisme traditionnel.Comme lui, il devra s\u2019appuyer sur un fort sentiment de solidarité puisqu\u2019il constitue un certain type d\u2019action collective.Par contre, à cause de la différence de leur personnalité et par suite de celle de leurs réclamations, ces syndicats auront leur esprit propre et leurs caractéristiques particulières.Comment réussiront-ils à concilier l\u2019aspect revendication \u2014 et l\u2019attitude de contestation qui en découle \u2014 avec le sentiment d\u2019appartenance à l\u2019entreprise ou à l\u2019institution qui doit exister chez tous les responsables de la direction, bien plus encore, en un sens, que chez les autres salariés ?La nature particulière des fonctions que remplissent les cadres, leur mentalité, autant que l\u2019efficacité des entreprises et le progrès de la société, exigeront que le syndicalisme de cadres, dans l\u2019hypothèse où il doit exister, se distingue nettement du syndicalisme traditionnel.C.Conclusion Il faudrait être prophète pour prédire l\u2019avenir du syndicalisme de cadres chez nous.Malgré de très sérieux retards, toujours possibles, des indices, que nous avons soulignés dans notre premier article, font croire qu\u2019il pourrait bientôt se développer à un rythme assez rapide.Une des grandes difficultés est l\u2019absence de législation appropriée.Que devrait être cette législation ?La réponse n\u2019est pas facile.Une simple extension de l\u2019application du Code du travail, en modifiant la définition du mot \u201csalarié\u201d, ne semblerait ni appropriée ni opportune.Si l\u2019on ne veut pas d\u2019une loi complètement différente, il semble bien qu\u2019un certain nombre de précisions et conditions devront être prévues dans le Code lui-même.Quelles devraient-être ces précisions et modifications ?Des pressions s\u2019exercent déjà dans un sens ou dans l\u2019autre.Par contre, les études objectives ne permettent pas encore, semble-t-il, d\u2019en arriver à des conclusions relativement certaines et acceptables par l\u2019ensemble des intéressés et de la société; aussi est-il urgent qu\u2019on les poursuive, par voie d\u2019enquête ou de comité d\u2019étude.Dans plus d\u2019un secteur de notre société, en effet, de nettes difficultés, que nous avons également rappelées au cours du premier article, se dessinent pour les cadres.Face à ces difficultés, les intéressés auront recours à tous les moyens dont ils pourront disposer, à la force de leur regroupement comme à l\u2019appui qu\u2019ils pourront obtenir des centrales syndicales.Faute, pour la société, d\u2019avoir mis en place les structures juridiques requises, les événements donneront leur réponse au problème; rien n\u2019assure qu\u2019elle sera la meilleure.Les solutions d\u2019état de crise ne tiennent pas toujours compte de toutes les exigences d\u2019une situation comme le voudrait le plus grand bien de la société.Le problème des cadres n\u2019en est pas encore, semble-t-il, à un point tragique.Nous avons encore le temps d\u2019étudier et de prévoir les solutions adéquates.D\u2019autre part, le délai utile diminue.144 RELATIONS m 'our une mère, aimer, cèst se cultiver Claire Campbell Dans une entrevue qu\u2019il accordait récemment, le célèbre docteur Spock racontait ceci: \u201cJ\u2019enseignais à un groupe d\u2019étudiants de première année de médecine.Sept hommes et une femme.Nous nous rencontrions deux fois la semaine.Pendant les deux premiers mois, la jeune femme demeura silencieuse.Un jour la discussion tomba sur le peu d\u2019intérêt que les femmes modernes trouvent dans l\u2019éducation de leurs enfants.La jeune femme se leva brusquement et dit d\u2019un ton révolté qu\u2019elle aussi trouverait ce travail ennuyeux.Alors je lui demandai ce qu\u2019elle pensait de la psychiatrie de l\u2019enfance, en énumérant les étapes longues et fatigantes que les pédiatres doivent affronter dans la pratique de leur spécialité.Elle me répondit: \u201cMais le psychiatre s\u2019efforce de réaliser quelque chose\u201d.Inutile de vous dire que les sept hommes murmurèrent.Le docteur Spock fit alors une remarque qui donne beaucoup à réfléchir: \u201cVous ne sauriez trouver un meilleur exemple de ce que l\u2019éducation a pu faire en amenant sans le vouloir les femmes à mépriser leurs obligations maternelles\u201d.(Weekend Magazine, février 1968).Qu\u2019est-ce donc que l\u2019éducation ?Sir Julian Huxley nous le dit dans son Introduction au Phénomène humain de Teilhard de Chardin: La connaissance est fondamentale.C\u2019est à la connaissance que nous devons de comprendre le monde et nous-mêmes, et d\u2019y exercer une certaine maîtrise et direction.Elle nous établit dans une relation féconde et pleine de sens avec les lois permanentes du cosmos.En nous découvrant les possibilités encore ouvertes d\u2019accomplissement, elle fournit un stimulant toujours efficace.Nous les hommes, nous avons en mains les possibilités de l\u2019immense avenir de la Terre et nous pouvons les réaliser de plus en plus à condition d\u2019accroître notre connaissance et notre amour.C\u2019est là, me semble-t-il, l\u2019effloraison du Phénomène humain.Si c\u2019est là l\u2019apport de la connaissance et de l\u2019amour, pourquoi est-il si difficile à la femme instruite devenue mère de famille d\u2019appliquer sa belle instruction à ses responsabilités d\u2019éducatrice ?Dans Le développement psychologique de l\u2019enfant et l\u2019adolescent, Jean-Pierre Deconchy écrit: Parce qu\u2019ils s\u2019aiment, l\u2019homme et la femme prennent la responsabilité étrange de jeter dans l\u2019existence un enfant dont ils ignorent s\u2019il sera Mozart, saint Paul ou Hitler.Le nouveau-né, fragile et comme marqué d\u2019inexplicable, est projeté dans le monde qu\u2019il n\u2019a pas demandé à connaître et, peu à peu, y prend une place créatrice ou destructive.Mais avant que, devenu adulte, il ait trouvé son point créateur et commencé à participer à plein à la vie du monde, lent sera son cheminement parmi les êtres et les choses.Avant d\u2019être adulte qui œuvre, crée, détruit, aime, hait, puis meurt, l\u2019enfant se prépare lentement à affronter le monde en toute efficacité.L\u2019enfance puis l\u2019adolescence l\u2019introduisent parmi ceux qui créent ou qui détruisent parce qu\u2019ils sentent que c\u2019est là l\u2019unique secret de leur destinée et qui exigent qu\u2019on les reconnaisse comme personnes autonomes et responsables.C\u2019est le développement qui amène l\u2019enfant au seuil de la vie adulte que monsieur Deconchy analyse avec tant de lucidité.A la lumière de ces remarques très significatives revoyons le rôle de la mère de famille dans ce cheminement de l\u2019enfant vers la vie adulte.Des centaines et des centaines de livres ont été écrits sur le sujet.Beaucoup d\u2019experts, beaucoup de théories ! Bien des parents en demeurent perdus.Il leur reste, heureusement le BON SENS, l\u2019intuition, le cœur, et la conscience; c\u2019est quelque chose ! Une image nous suggérera peut-être l\u2019immense responsabilité de la mère au foyer dans le cheminement de son enfant.Celle d\u2019un vaste casse-tête.Un casse-tête vous met devant les yeux des centaines de petits morceaux de formes et de couleurs variées.Le premier pas (le plus important, à mon avis) sera d\u2019établir le pourtour du casse-tête.L\u2019expérience auprès des enfants m\u2019a prouvé qu\u2019avec eux ce premier pas est non seulement le plus important mais le plus difficile.Il marquera profondément pour toujours.Tous les efforts de cette première étape de la formation seront récompensés dès l\u2019adolescence: l\u2019adolescent se montrera plus flexible aux circonstances quotidiennes et il aura appris à être heureux.Va sans dire qu\u2019il faudra beaucoup de temps, de patience, de lumière, d\u2019imagination, de réflexion et d\u2019amour (il faut toujours de l\u2019amour pour travailler une œuvre).Et quand cette œuvre est un cœur, un esprit, une âme en toutes ses étapes, le travail est passionnant.Nous n\u2019oublierons pas qu\u2019 \u201caimer autrui c\u2019est vouloir travailler à l\u2019épanouissement de l\u2019autre, vouloir qu\u2019il progresse librement mais suivant sa voie et sans le dénaturer en lui imposant la nôtre\u201d.(Dr Paul Chauchard).Une fois le pourtour de notre casse-tête établi, le travail sera plus facile.L\u2019intérieur se construira plus rapidement.Il sera fascinant d\u2019y travailler car, à travers l\u2019image qui s\u2019esquissera, la mère pourra entrevoir ce que sera le TOUT, c\u2019est-à-dire la stature adulte de son petit.À ce moment-là, elle constatera que le travail accompli est déjà presque irréversible.Commençons donc le pourtour.La mère éduquera l\u2019enfant avec l'appui de son mari.Toujours elle aura besoin de sa force et de son appui moral et psychologique.Il saura garder l\u2019équilibre car il y aura des doutes, des fatigues, des peines.Un mari adulte allégera la tâche de sa femme.Si c\u2019est elle qui conduira l\u2019enfant et l\u2019élèvera au-dessus de son dénuement initial, c\u2019est lui qui donnera stabilité à l\u2019ensemble.MAI 1968 145 Voici la mère devant son enfant, ce petit être aux dimensions infinies, d\u2019une grande émotivité et d\u2019une puissance d\u2019adaptation considérable.Il s\u2019imposera de le placer dans un cadre de vie aussi régulière que possible puisqu\u2019il n\u2019aura d\u2019appuis stables que ceux des habitudes régulières.En effet, depuis ses premières découvertes jusqu\u2019à environ trois ans, ce sera pour l\u2019enfant l\u2019importante période de l\u2019acquisition des automatismes indispensables.Sa vie sera un tissu d\u2019habitudes: la stabilité de ses habitudes de vie jouera une grande part dans son développement et son équilibre futur.Avec la présence de la mère, sa confiance et sa compréhension (et celles de la famille), l\u2019enfant se développera NORMALEMENT et deviendra un être vraiment ouvert et non un être replié sur lui-même.Si je parle de présence, de confiance et de compréhension ici, c\u2019est que j\u2019ai entendu un psychiatre souligner ces points importants: \u201cÊtre apathique ou replié sur soi-même peut dépendre de la plus tendre enfance alors qu\u2019il y a eu indifférence .Tout comme l\u2019alimentation contribuera directement à la croissance de l\u2019enfant, le climat familial et l\u2019influence du milieu donneront une forme à la vie affective.L\u2019état d\u2019âme de la mère colorera cette vie.On reconnaîtra plus tard que le sens moral et social de la mère ont joué un rôle prépondérant.Très tôt, dans ce travail du pourtour, le climat intellectuel du milieu familial contribuera directement au degré de motivation de l\u2019enfant et à son degré de créativité.Tout cela me paraît un vrai travail de culture: on y prépare une vie pour la société.Pour qui a compris le sens de la vie, cette œuvre est incomparable de richesse et pour la société et pour la mère, en particulier.Je commence à croire que l\u2019indifférence de certaines femmes modernes devant les responsabilités du développement intégral de leurs enfants tient en partie à ce qu\u2019elles ne voient pas immédiatement les résultats.Ce travail, souvent très ingrat, leur paraît demander sur le moment trop de renoncement.La femme moderne semble aimer faire valoir ses grandes qualités dans la société, où l\u2019on reconnaît ses talents, où elle peut briller (et où elle est rémunérée).C\u2019est toujours plus intéressant de voir monnayer son instruction ! Cela peut paraître dur et injuste, je le regrette: mais j\u2019ai trop d\u2019exemples autour de moi pour être encore naïve ! La mère consciente de son rôle sait très bien qu\u2019elle ne pourra pas découper et classer les besoins physiques et les besoins affectifs de son enfant.Elle n\u2019a pas à le faire.Sa formation et sa vision perspicace les lui feront voir sans trop de difficultés.Elle disposera de toute une gamme d\u2019attitudes.Elle aura compris qu\u2019en éducation, à part des principes dictés par le BON SENS, il peut y avoir une foule de petites manières très personnelles dont elle se servira pour parvenir au développement physique, intellectuel, moral et psychologique de son enfant.Sa tendresse jouera un grand rôle dans la découverte des pièces du pourtour, je veux dire dans l\u2019orientation générale de son travail.Elle saura comprendre son enfant, deviner ses besoins et les respecter.Elle verra aussi les défauts qu\u2019il faudra corriger.Elle ne manquera jamais la chance de développer chez lui le courage et la discipline: c\u2019est la vie quotidienne qui amènera les situations propices à ce travail de tête.Elle apprendra à son enfant à obéir, ayant compris que l\u2019enfant a besoin d\u2019une autorité HUMAINE, non TYRANNIQUE, d\u2019une autorité cependant qui ne démissionne pas.Elle évitera de satisfaire les moindres caprices: elle aura compris qu\u2019il faut entendre avec mesure le dicton: \u201cil ne faut pas brimer le développement de l\u2019individualité\u201d ! Elle n\u2019imposera pas de simples disciplines qui visent uniquement le comportement extérieur, mais elle éveillera des dispositions intimes qui forment plus tard un MOI doué de liberté et de conscience personnelle.Elle lui apprendra à respecter les autres, à faire plaisir aux autres, à avoir de l\u2019ordre, à être poli, propre, etc.Toujours dans un atmosphère de détente.Tout cela est exigeant, banal, mais peut toujours s\u2019égayer si l\u2019on vit par l\u2019esprit.C\u2019est un défi ! Pourquoi ne pas le relever ?Son instruction pourra l\u2019aider à vivre des journées riches en nourriture intellectuelle et spirituelle.Pourquoi ne pas prendre les contrariétés comme un appel à la maîtrise de soi ?Cela grandit et enrichit quoi qu\u2019en disent nos femmes évoluées.L\u2019alacrité de la mère dans l\u2019effort devant toutes les formes que prendront ses tâches au foyer se transmettra imperceptiblement aux autres, même aux tout petits.La mère est véritablement l\u2019âme de la maison.Et quand elle comprend que le devoir du moment est le plus important, elle trouve la force intérieure nécessaire pour l\u2019accomplir dignement.La femme qui a compris ce qu\u2019elle DOIT faire ne trouve rien de trop difficile, son cerveau éduqué dirige ses efforts.Apprendre au petit à nouer ses lacets, à se brosser les dents, à ranger ses livres, ses camions ou ses poupées, à obéir du premier coup, à bien ranger ses ustensiles, à donner la moitié de sa tartine à un petit compagnon, à partager ses jeux, etc.peut paraître banal; faites avec tendresse, ces tâches prennent un aspect tout à fait différent.Chaque détail de la journée dans un foyer avec des jeunes de bas âge a son importance et aura des conséquences dans l\u2019avenir.C\u2019est un fait fondamental en éducation.Non seulement l\u2019enfant apprendra à vivre personnellement et collectivement, mais il apprendra à aimer, à s\u2019exprimer et à jouir de tout ce qui s\u2019offre à lui sous de multiples formes.Au contact quotidien et si intime de la force débordante de sa mère, l\u2019enfant se développera continuellement et son cheminement vers la vie adulte et vers un équilibre sera réussi.\u201cDans le monde de l\u2019enfant, tout est neuf, frais et beau, rempli d\u2019émerveillement.Pour cultiver son sens inné du merveilleux, il a besoin de la compagnie d\u2019au moins un adulte qui puisse le partager avec lui et redécouvrir à ses côtés le mystère et les émois du monde où nous vivons.\u201d (Rachel Carson: The Sense of Wonder).La mère dans ce domaine a un champ d\u2019action sans limite.La qualité de son éducation ici entrera en jeu.Prenons les livres, par exemple.Par eux, elle pourra développer lentement chez l\u2019enfant le goût du beau, l\u2019esprit d\u2019observation, l\u2019amour du savoir, etc.L\u2019esprit en éveil de l\u2019enfant attend cette semence.Ensuite les revues.Avec des découpures dans un cahier elle développera l\u2019imagination et le goût de la recherche.Elle posera des questions, puis écoutera.Elle encouragera l\u2019enfant à s\u2019exprimer, à 146 RELATIONS chercher les secrets des images.Il y aura aussi la musique, le dessin, la nature.Quand tous ces efforts seront accomplis avec cohésion, l\u2019ensemble aura une envergure très vaste.De temps à autre, elle fera une rétrospective.Elle observera si elle a toujours relevé les défis qui s\u2019offraient à elle.A quatre ans, l\u2019enfant acquiert déjà une certaine autonomie.Il faut du doigté pour le guider.Il ne faudra pas exiger de lui sur trop de points mais, sur ceux qu\u2019on a choisis, il faudra exiger inexorablement, (si l\u2019on ne veut pas faire un MOU).Ce sera avec bonté, délicatesse et fermeté.Ces exigences, il va sans dire, feront partie de l\u2019éducation morale.Car il faut commencer très tôt à développer l\u2019être capable de se défendre un jour lui-même avec sa foi et sa liberté.À cet âge aussi l\u2019enfant élargira ses connaissances.Elle le verra construire certaines fonctions mentales liées à la mémoire, manifester une grande curiosité.Il sera prêt à connaître un monde nouveau, par exemple, celui de la bibliothèque (faute de bibliothèque, la femme instruite saura bien autrement se procurer des livres).Après deux ou trois visites, elle le laissera faire son choix.Elle découvrira ses intérêts concrets.Cette expérience lui réservera des surprises.Déjà elle pourra faire une synthèse des efforts qu\u2019elle a mis dans le développement intellectuel.De pareilles joies sont incomparables.La préparation au jardin de l\u2019enfance (ou à la maternelle) pourra se faire lentement.Si dans son amour lucide, elle a déjà appris à établir une hiérarchie dans les besoins de son enfant, le travail sera plus facile.Elle tiendra toujours compte des goûts personnels de l\u2019enfant, de son caractère, de sa personnalité, dans un respect AUTHENTIQUE.Sa tâche prendra maintenant une dimension très grande.L\u2019enfant sera prêt à accepter de petites responsabilités.En effet, elle verra éclore chez-lui un sens de la responsabilité.Il lui reviendra de le diriger, avec équilibre et souplesse.L\u2019établissement des bonnes \u201crelations humaines\u201d aura déjà commencé et il prendra un élan durant cette quatrième année.Ce sera décidément une année de transition.Non seulement l\u2019enfant grandira en taille mais il apprendra à vouloir, à faire des efforts, à être tenace (la ténacité est une vertu, l\u2019entêtement un défaut), à se contrôler, par exemple, par les règles de jeu.Les psychologues nous assurent que de nombreuses qualités morales, de nombreuses habitudes intellectuelles sont perdues si elles n\u2019ont pas été acquises avant 7 ans.Cette quatrième année m\u2019a toujours paru un moment propice pour y travailler: le terrain est si fertile.Nous voici aux cinq ans de l\u2019enfant: notre encadrement presque terminé.La mère a été à la fois metteur en scène et vedette (et toujours sur les planches !).Avec bonté, elle aura développé chez l\u2019enfant les qualités du oœur.Avec fermeté et intelligence, elle aura préparé un être humain.Dans les plis et replis du cerveau, elle aura semé de belles et bonnes choses.Si elle a vécu une vie chrétienne, une vie de générosité ouverte aux besoins du monde, elle aura déjà formé dans l\u2019âme de son enfant la vie chrétienne.Avec l\u2019amour surnaturel elle y sera parvenue assez facilement.Quoiqu\u2019en disent les révoltées, la femme au foyer continue de grandir, de s\u2019épanouir et de s\u2019enrichir en prenant soin de ses enfants.Si elle a grandi dans la pensée chrétienne, elle pourra faire de grandes choses, La femme qui a la foi sait que son enfant aura besoin de Dieu, la Source de la vie: L\u2019oublier c\u2019est \u201céteindre la lumière dans la vie\u201d (Paul VI).Elle sait que la foi transforme tout l\u2019être.Un tel rayonnement de la foi dans un foyer constitue pour les enfants une très grande richesse.Apprendre à son enfant à prier demeurera toujours pour moi le travail le plus riche de sens pour la mère.Elle voit se développer chez son enfant le contact personnel avec Dieu ! Le pourtour de notre casse-tête est terminé et quelques petits morceaux de l\u2019intérieur semblent avoir pris forme.Une autre étape va maintenant commencer.Si la mère a habitué l\u2019enfant aux petits sacrifices, à l\u2019obéissance, il sera prêt à recevoir une semence tout à fait particulière que je qualifierais de passeport à l\u2019équilibre.Oui, dès ce bas âge, un enfant est prêt à comprendre la maîtrise de soi.(C\u2019est là mon point de vue, pas très à la mode aujourd\u2019hui).Dans ce travail délicat il faudra de la souplesse.D\u2019une façon très subtile, la mère verra à déposer dans l\u2019âme cette semence.Avec intuition, elle saura employer les vieilles méthodes et les nouvelles, car, après tout, il se trouve encore du bon dans les anciennes ! Maintenant, laissons pour un moment l\u2019enfant et regardons la mère.Les femmes qui nagent \u201cdans l\u2019vent\u201d feront son procès: \u201celle a été une esclave, elle a perdu toute l\u2019autonomie de sa personne, elle n\u2019a pas évolué, elle a sacrifié sa vie intellectuelle et civique, elle n\u2019a point gardé sa personnalité.Bref, elle fait pitié !\u201d On mentionnera ensuite les servitudes de la mère.On ridiculisera le dévouement maternel.On rira bien de \u201cla mère, symbole de continuité et de conservation\u201d, \u201cnoyau de la cellule sociale\u201d, et du foyer, \u201ccette prison\u201d ! On nous recitera Simone de Beauvoir écrivant dans Le deuxième sexe: \u201cLa femme ne peut consentir à donner la vie que si la vie a un sens et qu\u2019elle ne saurait être mère sans essayer de jouer un rôle dans la vie économique, politique et sociale\u201d.Si les femmes \u201cdans l\u2019vent\u201d s\u2019amusent à faire le procès de la mère et du travail des cinq ans que j\u2019ai décrit, il serait intéressant de leur faire entendre le procès que font et que feront d\u2019elles leurs enfants.Les pièces ne manquent pas; ce sera pour une autre fois.Je termine cette première partie de mon casse-tête, que je pourrais appeler la PRÉPARATION du travail, en rapportant la remarque d\u2019un jeune Israélite qui passa une semaine à mon foyer durant l\u2019Expo.Rappelé dans son pays pour le service militaire, il me dit au départ: \u201cJe vous serai toujours reconnaissant de m\u2019avoir fait goûter les joies d\u2019un foyer authentique.La chaleur humaine qu\u2019on y ressent est une chose à laquelle je n\u2019ai jamais goûté.Comme tant d\u2019autres de mon pays, je fus élevé dans un kibboutz.Bien sûr, nous voyions nos parents mais je vous le dis: ce n\u2019était pas vivre une vie de famille normale.Je m\u2019en rends compte maintenant.\u201d Dans le Negev, il pensera peut-être à cela et cela lui fera chaud au cœur ! MAI 1968 147 MÉDITATION PASCALE SUR LE PRÊTRE SELON L\u2019ÉVANGILE JE VDUS PRECEDERAI EN GALILEE Raymond Bourgault, S J.* Cette phrase, que Matthieu et Marc mettent dans la bouche de Jésus avant la passion et dans celle de l\u2019ange après la résurrection, peut éclairer d\u2019un jour nouveau la définition du prêtre et sa fonction pastorale.Le temps pascal se prête bien à une méditation de cette sorte, inspirée d\u2019une exégèse rigoureuse et à la fois spirituelle.Il y a trois groupes de mots à expliquer: les deux pronoms, le verbe, la locution de lieu.Car, malgré les apparences, aucun de ces termes n\u2019est parfaitement clair.Qu\u2019est-ce que précéder ?comment concevoir la présence du Christ ressuscité et la relation des disciples avec leur Maître dans sa nouvelle condition ?qu\u2019est-ce que la Galilée ?Il convient de commencer par l\u2019explication du verbe.Le verbe Précéder peut s\u2019entendre d\u2019une précession dans le temps ou dans l\u2019espace.Ou bien: j\u2019arrive avant vous, ou bien: je marche devant vous.Le plus souvent, on a compris que Jésus devançait ses disciples, arrivait avant eux en Galilée où il retourneront après la fête de Pâque.Cependant, les exégètes qui soulignent la dimension spatiale du préverbe de pro-axô relancent notre méditation dans une voie neuve et plus excitante.Notons en premier lieu que c\u2019est d\u2019emblée le sens le plus fréquent dans le grec classique.En second lieu, observons que, dans Marc qui emploie le verbe trois fois, cette signification est la seule qui convient à 10,32: devant ses disciples apeurés, Jésus prend résolument la direction de Jérusalem.En troisième lieu, il est légitime d\u2019inférer que ce sens est probable à priori en 14,28 et 16,7 où se lit la phrase de notre titre.Enfin et surtout, il faut remarquer que le contexte immédiat de Marc suggère le sens local.Après avoir cité l\u2019oracle de Zacharie: \u201cJe frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées\u201d, Jésus ajoute: \u201cMais après ma résurrection je vous précéderai en Galilée.\u201d Or, en Orient, le berger marche devant ses brebis, et celles-ci le suivent répondant à sa voix.Jésus déploie donc les implications de l\u2019image employée par le prophète: ma passion vous scandalisera, vous vous disperserez parce que votre pasteur, frappé à mort, cessera pendant quelque temps de marcher devant vous; mais, quand j\u2019aurai donné ma vie pour vous, je la reprendrai et vous me reverrez, et de nouveau je vous rassemblerai par ma parole familière et je vous précéderai comme un pasteur ses brebis.Ainsi, pasteur et prêtre, c\u2019est tout un.Car tel est le sens original de ce dernier mot, dont on aimera connaître l\u2019étymologie.L\u2019accent circonflexe du mot prêtre dénonce * Professeur au Collège Sainte-Marie de Montréal.la chute d\u2019une consonne sifflante qui, jadis, suivait la voyelle.Cette consonne, l\u2019anglais l\u2019a préservée dans priest, et l\u2019ancien français, qui disait prestre, ne l\u2019avait pas encore perdue.Mais, plus anciennement, le mot s\u2019est écrit presbtre: la séquence insolite des trois consonnes \u2014 sbt \u2014 avertit que, cette fois, c\u2019est une voyelle qui a été escamotée: effectivement, presbtre continue le latin presbyter et le grec presbyteros.Nous voici à pied d\u2019œuvre pour disséquer le mot en ses éléments constitutifs: pres-by-ter.La dernière syllabe est un suffixe qui sert à rapprocher et à distinguer des termes binaires situés aux deux extrémités d\u2019une représentation ou d\u2019une classe d\u2019êtres: ciel-terre, montagne-plaine, droite-gauche, vieux-jeune.Ce dernier couple est celui qui importe ici, soit, en grec, presbyteros et néôteros.Une fois écarté le suffixe latin -ter ou grec -teros, il reste presby-, qui est longtemps resté rebelle à l\u2019analyse.Mais on s\u2019est avisé que près- peut être expliqué par l\u2019alternance bien connue e/o comme degré plein de pros-, et -by- comme le degré zéro (absence de voyelle) de -bou-: car on sait qu\u2019en grec le i grec (y) est un u ! Or pros signifie devant, et bou signifie bœuf.Le pres-by-s est donc, originellement, celui qui est ou qui marche devant les bœufs et, plus généralement, le pasteur qui conduit un troupeau quelconque aux verts pâturages et aux points d\u2019eau.Plus tard, les peuples pasteurs sont devenus les maîtres des sédentaires cultivateurs et, par analogie, on appela leurs chefs rois-pasteurs, leur reconnaissant pour fonction de défendre et de nourrir leur troupeau.Plus tard encore, ou ailleurs, ce furent les Anciens qui dirigèrent les communautés humaines, et les Grecs les appelèrent presbyteroi.C\u2019est le mot que les premiers chrétiens ont repris pour désigner ceux qui présidaient à leur communauté et dont ils attendaient qu\u2019ils continuent l\u2019œuvre du Pasteur suprême, les nourrissant de sa Parole et de sa Chair et marchant devant leurs ouailles afin qu\u2019elles ne soient pas dispersées comme des brebis qui n\u2019ont pas de pasteur.Ce sont ces presbyteroi que nos prêtres continuent.Les pronoms Reprenons notre texte: \u201cJe vous précéderai en Galilée\u201d.Le pronom personnel de première personne peut référer soit au moi phénoménal de Jésus de Nazareth, à l\u2019homme qui a pérégriné jadis sur les routes de Palestine, soit à son moi transcendantal, s\u2019il est permis d\u2019appliquer cette expression à la personne éternelle du Verbe incarné.Se laissant guider par cette seconde suggestion, on se souviendra des paroles de Jésus: \u201cQui vous écoute m\u2019écoute\u201d, \u201cQuand plusieurs sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d\u2019eux\u201d.Si, alors, on se demande quel 148 RELATIONS porte-parole de Jésus a bien pu marcher devant les disciples après la résurrection et les réunir en son Nom de manière que le Maître soit au milieu d\u2019eux, la réponse n\u2019est pas malaisée à trouver: c\u2019est Simon-Pierre.Il faut essayer d\u2019entrevoir comment les choses se sont passées.Relisons le paragraphe entier de l\u2019Évangile selon saint Marc d\u2019où nous avons tiré le verset-titre: \u201cAprès le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.Et Jésus leur dit: \u201cTous vous allez être scandalisés, car il est écrit: Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées.Mais après sa résurrection, je vous précéderai en Galilée.\u201d Pierre lui dit: \u201cMême si tous sont scandalisés, du moins pas moi ! \u201d Jésus lui répond: \u201cEn vérité, je te le dis, aujourd\u2019hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m\u2019auras renié trois fois.\u201d Mais lui reprenait de plus belle: \u201cDussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas.\u201d Et tous disaient de même.(Marc 14,26-31).Et voici le texte parallèle de l\u2019Évangile selon saint Luc: \u201cSimon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment; mais j\u2019ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas.Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères.\u201d \u2014 \u201cSeigneur, lui dit-il, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort.\u201d Mais il reprit: \u201cJe te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd\u2019hui que par trois fois tu n\u2019aies nié me connaître.\u201d (Luc 22,31-34).Il ressort de ces passages que, en même temps que Jésus annonce la dispersion de ses brebis et en particulier le reniement de Simon, il prédit leur regroupement par le moyen de ce même disciple renégat dont il a décidé de faire l\u2019assise de sa communauté, le Roc de son Église, la Pierre de fondation.Il ressort aussi que la faute de Simon est une péripétie importante dans le drame qui aura pour dénouement la naissance de l\u2019Église.C\u2019est que, quelque inconfusible qu\u2019ait été la foi de Pierre, il reste qu\u2019il connaît encore bien mal Celui auquel il donne son assentiment et lui-même qui le profère.Il soupçonne seulement le vrai Nom de Jésus, \u2014 ce Nom de Seigneur qui n\u2019est connu que dans la foi à Celui qui par sa mort enlève le péché du monde.Et il ne soupçonne pas du tout que lui-même, loin d\u2019être le juste agréable à Jésus et à Dieu qu\u2019il pense être, est un pécheur qui a besoin de pénitence et une brebis égarée tout comme les autres.Mais l\u2019œuvre de Jésus a été de révéler que Dieu est Père et les hommes des créatures pécheresses, mais que Dieu est miséricordieux et que les hommes doivent être parfaits comme leur Père céleste est parfait.Si cette œuvre de Jésus, accomplie en principe une fois pour toutes, doit se poursuivre dans le temps autrement que par la présence phénoménale du prophète de Nazareth miraculeusement prolongée, ce ne pourra être que par la médiation d\u2019hommes qui, ayant cru au Nom véritable de Jésus, auront aussi éprouvé, dans la faiblesse de leur chair, combien est humainement infranchissable l\u2019écart qui sépare le vœu de l\u2019esprit de son accomplissement.Aussi a-t-il choisi pour lui succéder à la tête des brebis que son Père lui a confiées celui de ses disciples qui était le plus présomptueux et le plus fragile en même temps que le plus sincèrement croyant.Mais Jésus avait prié pour le généreux fils de Jonas, Simon Bar Jona, afin qu\u2019il se convertisse et affermisse ses frères.Cette conversion est un grand miracle moral dont les ressorts profonds sont le secret de Dieu; pourtant ses prodromes du moins ne sont pas entièrement cachés à notre quête et à notre besoin de modèles.Tout indique que Marie de Magdala a joué dans ce revirement le rôle infiniment délicat de confidente et de médiatrice.N\u2019est-ce pas elle qui, ayant trouvé le tombeau vide, courut en avertir Simon, et comment ne serait-ce pas elle qui aura rappelé au disciple désemparé l\u2019enseignement du Maître sur la miséricorde ?Elle a dû lui répéter, avec toute la féminine délicatesse de Dieu même, que le Rabbôni qui avait expulsé d\u2019elle sept démons était bien capable d\u2019exorciser le Satan qui envenimait le cœur de son apôtre depuis ce jour où, après sa belle profession de foi, Jésus lui avait dit: Arrière, Satan ! Elle lui murmurait encore que, lorsqu\u2019elle avait pleuré à ses pieds au cours du banquet que son homonyme Simon le Pharisien lui avait offert, il avait dit à son hôte qu\u2019il était beaucoup pardonné à la pécheresse parce qu\u2019elle avait beaucoup aimé, \u2014 laissant entendre que, puisque Simon pleure amèrement sa faute, c\u2019est qu\u2019il a beaucoup d\u2019amour, l\u2019amour cette fois humble et repentant d\u2019un homme qui sait désormais d\u2019expérience que lui aussi a besoin de pardon.Et si, encore incapable de comprendre jusqu\u2019où peut aller l\u2019Amour, Simon répondait à Marie Madeleine qu\u2019il croyait entendre Jésus le railler et lui dire: Simon, est-ce bien vrai que tu m\u2019aimes ?tiens-tu encore à plastronner et à déclamer devant les autres qu tu m\u2019aimes plus qu\u2019eux ?tiens-tu à occuper la première place ?à ce coup, la grande passionnée dut l\u2019aider à se ressouvenir que, puisqu\u2019il se mettait désormais à la dernière place, sans doute était-ce un indice que Jésus était disposé à le faire monter au premier rang, comme il l\u2019avait insinué, et à le préposer à la tête de ses brebis encore dispersées.Vint ainsi un moment où les larmes de Simon devinrent celles de Pierre, du Croyant indéfectible qui se sentait poussé par l\u2019Esprit de Jésus à affermir ses frères, à leur révéler précisément qu\u2019ils sont frères, fils du Père dans le Fils unique, parce qu\u2019ils ne sont plus esclaves du péché du moment qu\u2019ils consentent à faire l\u2019aveu de leur faute, de leur très grande faute.De nouveau lui-même, enthousiaste et convaincant, Pierre commença à répéter aux autres ce que le Seigneur lui avait fait entendre par Marie de Magdala, et peut-être par Lazare le ressuscité et Marie mère de Jésus.Il les affermit un à un et, à leur tour, ils s\u2019assuraient que leurs visions de Jésus n\u2019étaient pas des hallucinations mais des apparitions du Ressuscité qui pardonne.La paix et le courage qu\u2019ils ressentaient étaient en eux les fruits de l\u2019Esprit de leur Seigneur.Tant et si bien qu\u2019un jour \u201cSimon-Pierre \u2014 car c\u2019est désormais son vrai Nom \u2014 dit à six des disciples de Jésus: Je vais pêcher.Ils lui disent: Nous venons avec toi.\u201d Le troupeau des brebis de Jésus a donc de nouveau son pasteur.Sous les apparences, sous les apparitions, sous les espèces sensibles, sous le sacrement de Pierre, c\u2019est le Seigneur qui marche devant les siens ou, selon une autre métaphore, qui en fait des pêcheurs d\u2019hommes.Cette interprétation du \u201cJe\u201d de notre texte est au moins vraisemblable et ne heurte aucune vérité assurée par ailleurs.Peut-être fait-elle mieux comprendre en cette Année de la Foi comment en vérité la foi opère le dessille-ment de nos yeux: croire c\u2019est apercevoir le Christ ressus- MAI 1968 149 cité et régnant près du Père dans la gloire à travers les porteurs de sa Parole miséricordieuse qui rassemble les hommes que le péché séparait et opposait.Sur ce thème, on reviendra en conclusion.La même analogie de la foi guidera notre effort de compréhension de l\u2019autre pronom de notre verset-titre: \u201cvous\u201d.En première approximation, le texte oblige à voir dans ce pronom de deuxième personne du pluriel les premiers disciples de Jésus.Mais il semble possible de faire apparaître que bien d\u2019autres sont expressément visés par le texte sacré tel que l\u2019Esprit Saint l\u2019a définitivement voulu et que la tradition l\u2019a transmis.Il nous faut, cependant, élucider d\u2019abord le sens de la locution de lieu: en Galilée.Le complément de lieu Au sens obvie, la Galilée est la partie septentrionale de la Palestine ancienne: c\u2019est là que Jésus a exercé la plus grande partie de son ministère et que les disciples ont commencé à se rassembler.Mais dans le Nouveau Testament, en plus d\u2019être un lieu géographique, la Galilée est un symbole d\u2019histoire sainte, l\u2019indication d\u2019une étape dans le temps archétypal et normatif de l\u2019Église primitive.Au début des Actes des Apôtres, Luc rapporte un dit de Jésus ainsi libellé: \u201cVous serez mes témoins à Jérusalem et en Judée, en Samarie et jusqu\u2019aux extrémités de la terre.\u201d La terre, ici, a pu signifier d\u2019abord la Terre Sainte, la Palestine, et les extrémités de la terre peuvent être la Galilée.Saint Luc conforme ensuite à ce schéma son exposé du développement de l\u2019Église: elle se déploie d\u2019abord à Jérusalem et en Judée, après la persécution consécutive au martyre d\u2019Étienne elle se répand en Samarie, un peu plus tard on la voit à Antioche s\u2019agréger des Gentils.Saint Jean a adopté le même procédé d\u2019exposition pour le début du ministère de Jésus: il le fait prêcher d\u2019abord à Jérusalem et en Judée, il raconte ensuite son passage par la Samarie et finalement son accueil chaleureux par les Galiléens.Un tel arrangement, différent de celui des Synoptiques, résulte d\u2019un choix intentionnel opéré parmi les matériaux disponibles: connaissant la suite des étapes parcourues par la prédication de l\u2019Église primitive, Jean en a trouvé le modèle dans la vie publique de Jésus et il a tâché de montrer comment son ministère avait été une préfiguration et une préparation de l\u2019activité de ses apôtres.Avec d\u2019autres movens, Matthieu ne fera pas autrement: quand il introduit Jésus à Capharnaüm au début de la vie publique, il épingle en exergue le texte d\u2019Isaïe qui exalte la \u201cGalilée des nations\u201d, insinuant par là que le Maître a précédé ses apôtres auprès des païens.L\u2019interprétation de la valeur en partie symbolique du mot Galilée se confirme davantage et se complète, si l\u2019on porte son attention sur le syntagme entier où il figure: eis tèn Gcililaian.N\u2019importe quel débutant dans l\u2019étude du grec connaît la différence entre les prépositions en et eis, comme entre le datif-locatif et l\u2019accusatif-latif, entre l\u2019expression du complément de lieu sans mouvement et avec mouvement.Bien que dans la koinè, qui est le grec qu\u2019écrivent les auteurs néotestamentaires, il arrive que la préposition eis perde sa nuance propre de l\u2019indication du lieu avec mouvement, il reste que l\u2019expression du mouvement lui est connaturelle et doit être maintenue à moins de preuves contraignantes à l\u2019encontre.Or, dans le cas présent, le sens paraît être meilleur si on maintient la valeur distinctive de la préposition.11 convient donc de comprendre que Jésus va marcher devant ses disciples, non pas quelque part à l\u2019intérieur du territoire galiléen, mais bien en prenant la direction de la Galilée.La question se pose maintenant: à partir d\u2019où?Il faut répondre: en partant d\u2019une Jérusalem qui, elle aussi, en même temps qu\u2019un lieu de l\u2019espace terrestre, est un symbole de l\u2019espace-temps ecclésial.Jérusalem était dans l\u2019Ancien Testament et dans l\u2019esprit des disciples le symbole du lieu où devaient se rassembler toutes les nations \u2014 les Gentes, les Gentils \u2014 aux derniers temps, quand s\u2019achèverait le long pèlerinage de l\u2019humanité dans l\u2019histoire.Mais la lettre a étouffé l\u2019esprit, le symbole s\u2019est dégradé en chose de ce monde, et les Juifs espéraient réellement qu\u2019il serait donné à leur ville sainte d\u2019être la capitale d\u2019un empire universel.Mais ici, par son Esprit, Jésus révèle à l\u2019Église qui commence son propre pèlerinage que ce lieu est en fait une figure et que, pour eux, Jérusalem doit être comprise comme un point de départ et non comme un point d\u2019arrivée.Il ne faut pas attendre que les nations perçoivent le signe du Fils de l\u2019Homme dans le ciel avec les yeux de leur corps et viennent d\u2019elles-mêmes vers la Jérusalem terrestre.Il faut plutôt tourner les yeux vers la Jérusalem d\u2019en haut: car le temple de pierre sera rasé, la gloire de Dieu qui était enfermée dans le Saint des Saints sera libérée et rendue visible en tous lieux de la terre, parce que ce que le temple signifiait, le vrai sanctuaire de Dieu parmi les hommes, c\u2019est le Corps du Christ qui, détruit et rebâti en trois jours, édifie son Église à longueur de siècles sur le roc de la foi et de l\u2019amour pénitent de Pierre.Les apôtres doivent donc marcher en direction de la Galilée des nations, comme le petit troupeau rassemblé par le Bon Pasteur et envoyé par lui au milieu des loups.On voit donc que dans l\u2019expression Galilée des nations, c\u2019est l\u2019addition isaïenne et matthéenne \u201cdes nations\u201d qui porte le poids de la signification, de l\u2019accomplissement du sens.La Galilée, c\u2019est le monde entier ouvert à l\u2019apostolat des disciples de Jésus Ressuscité et Roi-pasteur.De cette manière, on s\u2019explique bien le \u201cvous\u201d devant qui le Seigneur marche: ce sont tous ceux qui, animés de l\u2019Esprit du Christ, travaillent, en quelque lieu du monde que ce soit, à rassembler un petit troupeau et, en véritables presbyteroi, à le défendre contre les loups, à le nourrir de la Parole et de la Chair du Verbe de Vie, et à le guider dans ses transhumances au milieu des nations, le soulevant par l\u2019espérance prophétique qu\u2019il y aura un jour un seul troupeau et un seul pasteur, et s\u2019efforçant de le garder ou de le remettre sous la houlette de Pierre, \u2014 d\u2019un Pierre qui apprend toujours de nouveau qu\u2019il est pécheur mais dont la foi en Jésus Seigneur ne saurait défaillir.Il est maintenant possible de définir le prêtre, ce \u201cvous\u201d indéfini auquel le Seigneur ressuscité s\u2019adresse dans l\u2019Esprit Saint.Ce sera notre conclusion.Le prêtre est un homme qui croit que le monde de péché et de mort qui tour- 150 RELATIONS mente ses frères est totalement intelligible pour Quelqu\u2019un et que Celui-là a donné la clé de son dessein d\u2019amour en Jésus-Christ; un homme qui sait par expérience qu\u2019il est pécheur et que Dieu a été pour lui un Père miséricordieux tout disposé à l\u2019introduire auprès de lui dans la gloire avec son Fils; un homme qui croit que la mort est un gain et que son aiguillon n\u2019a plus de pouvoir sur ceux qui font confiance au Vainqueur de la mort; un homme enfin dont la foi est contagieuse et qui tâche de nourrir de la Parole et du Pain de Vie les brebis que Jésus, par son témoignage et par celui de tant de martyrs qui l\u2019ont précédé, rassemble autour de lui pour qu\u2019il les oriente vers l\u2019unique bercail dont le successeur de Pierre, le Presbytre visible du Grand Prêtre éternel, est le fidèle gardien.AU SERVICE DU FRANÇAIS IL NOUS SUFFIT DE LE VDULDIR Joseph d\u2019Anjou, S.J.Rien d\u2019étonnant si ma chronique intitulée \u201cNous-mêmes et par nous-mêmes\u201d a soulevé un peu d\u2019émoi chez ceux qui n\u2019ont pas lu ou qui ont oublié mes réflexions antérieures.Mais, dans la continuité des articles concernant notre langue que publie la revue Relations depuis une dizaine d\u2019années, celui du mois de février dernier (p.45) ne présente ni contradiction ni difficulté.D\u2019une part, je m\u2019évertue à relever et à corriger \u201cl\u2019affreux jargon québécois\u201d, en conseillant de parler la langue honnête de la francophonie, non le \u201ccanaouiche\u201d, sorte de sabir inclassable et déclassé, mais répandu chez nous.D\u2019autre part, je repousse le projet par lequel on voudrait imposer aux jeunes du Québec des professeurs et des manuels français.Où se trouve la contradiction ?D\u2019abord, j\u2019ai dit et redit que j\u2019estime nos enseignants, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, hommes et femmes, capables, pourvu qu\u2019ils y mettent leur cœur, d\u2019apprendre à prononcer avec raffinement le français en moins d\u2019un an.L\u2019exemple des artistes de notre scène, des lecteurs, chroniqueurs et interlocuteurs de nos postes radiophoniques justifie mon optimisme sur ce point.Car nos enseignants possèdent, en général, plus d\u2019instruction que la majorité des bonimenteurs de la radio et de la télévision.De plus, je demeure persuadé que la réforme de notre langue doit commencer à l\u2019école et par le ravaudage de la prononciation.Ce premier effort, le plus facile, une fois consenti, organisé, voire décrété par qui de droit, nous poursuivrons ensuite, indéfiniment, l\u2019amélioration de nos connaissances linguistiques, grammaticales et littéraires.Et je répète que nous ne devons pas recourir à des étrangers pour l\u2019accomplissement de cette besogne.Autrement, nous décernons à nos enseignants un diplôme d\u2019inaptitude qui les déprécie à leurs yeux et dans l\u2019esprit de tout notre peuple.Voilà ce que je refuse absolument de faire et à quoi je ne veux pas coopérer.En outre, et c\u2019est l\u2019aspect du problème qui paraît avoir choqué dans ma récente chronique, je ne crois pas les francophones d\u2019Europe plus aptes que nous à rénover notre langue.On m\u2019accuse, ici, soit de hargne à l\u2019égard de la France, parce que j\u2019ai critiqué la mauvaise tenue du français écrit et parlé en Europe aujourd\u2019hui, soit de purisme et de conservatisme outrancier, parce que je lutte à mort contre les \u201cfautes vivantes\u201d (voir Relations, avril 1968, p.125) du français actuel.Une langue évolue, objecte-t-on; le vocabulaire du XXe siècle diffère de celui de Corneille; et notre syntaxe, de celle de Boileau.Comme si le moins érudit des professeurs de français ignorait ce truisme.Or, pour ne pas étendre le débat, rappelons les cris d\u2019alarme lancés par des Français, par Étiemble, en particulier, après ceux de maints linguistes et grammairiens, quand ils constatent la détérioration de la langue écrite et parlée en France.Je citerai aussi les paroles de M.Georges Pompidou à l\u2019adresse du Haut-Comité pour la défense et l\u2019expansion de la langue française.Parmi les menaces qui compromettent l\u2019avenir du français, la corruption de notre langue, en France même, vient au premier rang.Les causes de cette dégradation du parler français ont été fréquemment analysées par certains d\u2019entre vous.Elles tiennent à la xénomanie dont fut frappée l\u2019Europe au lendemain de deux guerres qui l\u2019abaissèrent d\u2019autant plus qu\u2019elles affirmèrent la suprématie économique et technique de l\u2019Amérique .Cependant, le relâchement de la syntaxe et l\u2019abâtardissement du vocabulaire me semblent provenir surtout d\u2019une moindre exigence de rigueur intellectuelle, d\u2019une décadence du goût et finalement d\u2019une insensibilité au ridicule .Le redressement ne se fera qu\u2019au prix d\u2019un effort systématique .Il faut créer, par la contagion de quelques bons exemples, un esprit de croisade.(Mieux dire, Bulletin de l\u2019Office de la Langue française, Québec, février 1968, p.2.) Aussi longtemps que la France elle-même n\u2019aura pas effectué l\u2019épuration de sa langue, il vaudra mieux, je pense, confier à nos écoles et à nos maîtres la réfection du français de chez nous.Hargne contre la France ?Xénophobie ?Allons donc ! La xénomanie, ou xénophilie, dénoncée par M.Pompidou, offre-t-elle plus d\u2019avantages ?L\u2019objection d\u2019ailleurs porte à faux en ce qui me touche.J\u2019ai toujours vu et je continue à voir un irréparable malheur dans notre séparation d\u2019avec la France et notre asservissement politique à l\u2019Angleterre par le traité de 1763.Mais il y a une marge entre la fidélité à la France et l\u2019imitation ou l\u2019emprunt de ses erreurs.Or, le mépris de MAI 1968 151 nous-mêmes que signifierait l\u2019importation de professeurs et de manuels français nous disposerait à copier les fautes et les défauts des Français, non à nous purger des nôtres.S\u2019adressant à un prêtre, un de mes correspondants se livre à un plaisant jeu de mots lorsqu\u2019il affirme: à prononcer \u201cparfin\u201d au lieu de parfum, on ne se rend pas coupable de \u201cpéché mortel\u201d.Je rétorquerai, sans jeu de mots, que l\u2019on commet alors une grave faute d\u2019élocution.Les faits démontrent encore deux choses que j\u2019ai signalées: les nôtres qui parlent bien évitent les manies auxquelles cèdent trop de Français; et ces derniers ne souffrent guère que nous les reprenions; ils se plaisent même soit à railler notre baragouin, soit à défendre mordicus leurs incorrections.Cela manque pour le moins d\u2019élégance.Nous admettons, nous, qu\u2019on nous aide à nous amender; et je vois dans cette attitude, par son humilité même, une preuve d\u2019intelligence et un gage de progrès.Enfin, il n\u2019y a pas raison de craindre le découragement de la multitude, sous prétexte que je conçois la possibilité de résoudre \u201cnous-mêmes et par nous-mêmes\u201d, en moins d\u2019un an, notre problème linguistique.Je n\u2019ai jamais prétendu que le peuple \u2014 ni celui des écoliers, ni, moins encore, celui de leurs parents \u2014 parviendrait à s\u2019exprimer bellement au bout d\u2019une année d\u2019application.Je maintiens seulement que notre clergé, nos congrégations religieuses, nos laïcs adonnés à l\u2019enseignement doivent et peuvent, en moins d\u2019un an, réussir à prononcer parfaitement le français.Ce résultat obtenu, \u2014 et il fallait, depuis des décennies, l\u2019exiger à tout prix et sans délai, \u2014 nous entreprendrons avec élan les autres tâches que commande une restauration complète de notre langue: enrichissement du vocabulaire, avec le souci de la justesse et de la précision, étude approfondie de la grammaire et du style, émulation quotidienne, à l\u2019école d\u2019abord, puis à l\u2019usine et au foyer, pour que chante, \u201csur les bords du grand fleuve\u201d, Un langage sonore, aux douceurs souveraines, Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines.Vrais du grec ancien, ces vers d\u2019André Chénier pourraient et devraient convenir à la langue que nous parlons.Pour cela, il nous importe et il suffit de le vouloir.QUELQUES PRÉREQUIS AU DIALOGUE PASTDRAL DANS UN MONDE SÉCULARISÉ La prise en charge de l\u2019homme par l\u2019homme apparaît comme un thème majeur de la pensée contemporaine; aussi plusieurs n\u2019hésitent-ils pas à proclamer la mort de Dieu et à dénoncer la religion comme un obstacle à l\u2019épanouissement de la liberté humaine.Quelles que soient les exagérations et les déviations qu\u2019entraîne aujourd\u2019hui le mouvement de sécularisation, un fait semble certain: l\u2019homme contemporain apprend de plus en plus à penser et à construire son monde \u201csans l\u2019hypothèse Dieu\u201d, selon l\u2019expression de Dietrich Bonhoeffer.On comprend, dans un tel contexte, le malaise \u2014 et souvent l\u2019angoisse \u2014 des chrétiens qui s\u2019efforcent de répandre la Parole de Dieu.Combien de * Psychologue-consultant en relations humaines.Yves Saint-Arnaud * prêtres, par exemple, se sentent devenir inutiles et incapables de rejoindre une société qui leur ferme la porte ! Les uns se découragent, d\u2019autres ferment les yeux, certains se révoltent.Il en est aussi qui, refusant de se laisser mettre au ban d\u2019une société à laquelle ils appartiennent et qu\u2019ils aiment, œuvrent à comprendre et rejoindre les gens qui les entourent.Besoin religieux et actualisation de soi Personnellement, lorsque j\u2019essaie de me situer comme membre de l\u2019Église, deux auestions me viennent à l\u2019esprit.La première peut être formulée comme suit: \u201cEst-il possible de rester fidèle à l\u2019Église et à la Bonne Nouvelle qu\u2019elle véhicule, tout en s\u2019engageant pleine- ment dans le monde actuel qui est en voie de sécularisation ?\u201d Que je réponde affirmativement, et surgit, la seconde question: \u201cQuelles sont les conditions et les conséquences d\u2019un tel engagement ?\u201d Il m\u2019est impossible d\u2019apporter en quelques lignes une réponse satisfaisante à de telles questions.J\u2019aimerais cependant présenter quelques réflexions qui me viennent à l\u2019esprit lorsque j\u2019essaie d\u2019y répondre.À partir de mes contacts académiques et professionnels avec le milieu universitaire je suis arrivé à la conclusion que, pour, un nombre croissant de mes contemporains, le besoin religieux 1 est perçu comme un obstacle sérieux à l\u2019actualisation de soi.En effet, 1.J\u2019appelle besoin religieux le besoin qu\u2019éprouve un individu, \u2014 au niveau de sa subjectivité, \u2014 d\u2019établir une relation interpersonnelle avec un être transcendant.152 RELATIONS plusieurs d\u2019entre eux découvrent aujourd\u2019hui, \u2014 avec tristesse ou avec hostilité selon le cas, \u2014 que l\u2019Église leur a fait mal; elle a ébranlé la confiance qu\u2019ils pouvaient s\u2019accorder à eux-mêmes comme artisans de leur bonheur.Ils ont l\u2019impression que, pour satisfaire leur besoin religieux, l\u2019Église a exigé un prix trop élevé en leur demandant de mettre en veilleuse des aspects importants de leur personnalité.Voici, à titre d\u2019exemple, le reproche qu\u2019un ex-prêtre catholique américain adresse à l\u2019Église: \u201cL\u2019Église a cessé de croire en l\u2019homme.Elle se méfie de lui, le voit comme passionnément engagé dans la recherche du péché, le considère comme blessé et déformé 2.\u201d Devant le conflit qui naît entre un besoin religieux surdéveloppé et les besoins d\u2019actualisation de soi, maints contemporains n\u2019hésitent pas à sacrifier le besoin religieux.Us n\u2019acceptent plus d\u2019évaluer leur dynamisme intérieur à partir de critères religieux.Au contraire, ils soumettent la religion, comme toutes les autres valeurs, à un critère plus fondamental: leur propre actualisation.Trois prérequis au dialogue pastoral La seule façon, me semble-t-il, de maintenir le dialogue avec un monde qui se construit \u201csans l\u2019hypothèse Dieu\u201d, c\u2019est de reformuler le Message Évangélique en fonction des aspirations profondes de l\u2019homme.Cela comporte un certain nombre de conditions que je considère comme des prérequis au dialogue pastoral dans un monde sécularisé.Je n\u2019en mentionne, ici, que trois: a)\tLe premier est de retrouver la confiance en l\u2019homme.Et cette confiance en l\u2019homme commence concrètement par la confiance en soi-même.J\u2019entrerai dans le monde sécularisé avec d\u2019autant plus de crédit que j\u2019y apporterai une vision personnelle de ce que j\u2019appelle la vérité.Ma vérité, avec tout ce qu\u2019elle comporte de limites et de déformations possibles, aura toujours plus de poids auprès de mon interlocuteur que la vérité dite objective ou que la vérité avec un grand V.Autant l\u2019homme contemporain est aller- 2.James Kavanaugh, dans Psychology Today, juillet 1967, p.19.gique à la possession tranquille de la vérité, autant il est à l\u2019écoute de ma vérité subjective, celle qui est significative pour moi, celle qui jaillit de mon expérience humaine.C\u2019est là un renversement presque total des attitudes traditionnelles: autrefois, on me mettait en garde contre ma subjectivité en m\u2019invitant à rendre le Message évangélique aussi indépendant que possible de la subjectivité de l\u2019intermédiaire; aujourd\u2019hui, on attend de moi que je sois simplement moi-même, avec mes limites et mes convictions, confiant en ma propre subjectivité, confiant aussi en la subjectivité de mes interlocuteurs.b)\tLe second prérequis est de dépouiller la présentation de la Bonne Nouvelle du Christ, de son revêtement religieux.S\u2019il est vrai que le christianisme n\u2019est pas d\u2019abord une réponse au besoin religieux mais le dévoilement des aspirations les plus profondes de l\u2019être humain, il faut en tirer toutes les conséquences.L\u2019observation systématique de la subjectivité de l\u2019être humain permet de découvrir en tout homme un dynamisme d\u2019actualisation qui semble sans limite.L\u2019homme sain psychologiquement n\u2019a jamais son quota d\u2019amour, de créativité, ou de compréhension.L\u2019homme a besoin d\u2019amour, il a besoin de produire, il a besoin de comprendre.Ces besoins, qu\u2019on peut considérer comme les besoins fondamentaux de la personne, créent une attente continuelle en l\u2019homme.On peut ici parler d\u2019un besoin d\u2019absolu qui est le besoin d\u2019aller jusqu\u2019au bout de soi-même.C\u2019est dans la poursuite infinie de cette actualisation de soi que prend naissance le besoin religieux, celui d\u2019établir une relation personnelle avec un être transcendant qui éventuellement devrait m\u2019assurer une satisfaction totale de mes besoins fondamentaux.Devant mes limites et le manque de ressources nécessaires à mon actualisation totale, \u2014 aussi longtemps que la mort, par exemple, m\u2019apparaît comme un obstacle insurmontable, \u2014 je me tourne spontanément vers un \u201cplus-grand-que-moi\u201d.Le besoin religieux apparaît ainsi comme une réponse à la double prise de conscience de mes besoins fondamentaux et de mon incapacité de les satisfaire.Il faut noter, cependant, que le développement d\u2019un besoin religieux n\u2019est qu\u2019une réponse parmi d\u2019autres à cette prise de conscience.Certains acceptent comme un fait inévitable, \u2014 et absurde sans doute, \u2014 l\u2019existence de besoins qu\u2019il est impossible de satisfaire; d\u2019autres cherchent une solution sur un plan uniquement horizontal.C\u2019est cette multiplicité de réponses qui me semble exiger une distinction radicale entre la Bonne Nouvelle du Christ et la religion chrétienne.La première rejoint tout homme, car elle l\u2019aide à expliciter ses besoins fondamentaux; la seconde répond à un besoin secondaire qui, souvent, n\u2019existe plus chez mon interlocuteur.Faut-il aller jusqu\u2019à développer un \u201cchristianisme athée\u201d ou un Évangile sécularisé, comme certains auteurs le prétendent ?Je ne sais pas.Mais une chose me semble certaine, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui, la religion chrétienne est devenue pour plusieurs un obstacle à la compréhension du Message chrétien.Non seulement le langage religieux est foncièrement contaminé par les blessures psychologiques dont il a été l\u2019instrument, mais la réalité même qu\u2019il véhicule est perçue comme un obstacle à l\u2019amour que veut répandre le christianisme.Quelqu\u2019un pourrait m\u2019affirmer, par exemple, que l\u2019homme est heureux dans la mesure où il accepte le salut qui lui vient par l\u2019Église et les sacrements.Il peut me dire cela à moi, parce que la perspective religieuse dans laquelle il se situe alors éveille en moi plus d\u2019expériences heureuses que d\u2019expériences malheureuses.Mais quel effet aura cette affirmation chez celui dont le besoin religieux est associé à une somme plus grande d\u2019expériences malheureuses ?Comment parler de la nécessité et de la beauté du feu à celui qui vient de perdre ses biens ou de devenir infirme au cours d\u2019un incendie ?Tel est le genre de problèmes que le chrétien rencontre aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019il annonce la Parole de Dieu.C\u2019est pourquoi je crois nécessaire, comme second prérequis au dialogue pastoral dans un monde sécularisé, de dégager le Message Chrétien (la Bonne Nouvelle que l\u2019actualisation totale de l\u2019homme est garantie) de la religion chrétienne (qui concerne les moyens d\u2019actualisation).c)\tLe troisième prérequis donne le versant positif de ce qui vient d\u2019être décrit', il consiste à rejoindre l\u2019homme au niveau de ses besoins fondamentaux.Si les deux autres prérequis sont assurés, les principaux obstacles au dialogue MAI 1968 153 L\u2019HDMME D\u2019ICI ET LE SALUT OFFERT Julien Harvey, S.J.* pastoral me semblent écartés.J\u2019ai désormais le champ libre pour mettre en pratique le Message dont je veux témoigner: celui de l\u2019amour.Quels que soient les problèmes de mon interlocuteur, quelles que soient les souffrances qu\u2019il ait subies dans l\u2019Église, quelles que soient sa philosophie de la vie et ses valeurs, je suis certain d\u2019une chose: c\u2019est qu\u2019il y a au fond de lui, comme au fond de tout être humain, un besoin d\u2019être aimé.C\u2019est là, peut-être, le besoin le plus fondamental de l\u2019être humain; et si je réponds à un tel besoin, je crois que je deviens un véritable médiateur de l\u2019amour du Christ, c\u2019est-à-dire un chrétien en actes et non seulement en paroles.On rejoint ici une attitude fondamentale qui a toujours guidé les conseillers spirituels; mais les découvertes de la psychologie des relations humaines peuvent nous aider à revaloriser la dimension intersubjective qui, trop souvent, est passée au second plan du dialogue pastoral.Il ne suffit pas, en effet, que mon interlocuteur soit aimé pour que son besoin d\u2019amour soit satisfait; il a besoin de se sentir aimé.Et pour qu\u2019il se sente aimé, il ne suffit pas de lui dire que je l\u2019aime.Au contraire, on se méfie à juste titre de quelqu\u2019un qui insiste trop là-dessus.L\u2019autre se sentira aimé dans la mesure où j\u2019éprouverai pour lui une réelle affection; c\u2019est de chaleur humaine que mon interlocuteur a besoin, non pas de cet amour \u201cpur, pur, pur\u201d qui consiste à vouloir le bien de son âme et qui, le plus souvent, méprise les sentiments.Je n\u2019hésite pas à dire que si, par crainte des dangers d\u2019une relation trop humaine, je garde mes distances vis-à-vis de mon interlocuteur et me contente de l\u2019aimer de façon cérébrale, il me manque un prérequis essentiel au dialogue pastoral, surtout dans un monde en voie de sécularisation.Dans le monde religieux d\u2019autrefois, il suffisait peut-être, pour découvrir la Bonne Nouvelle du Christ, d\u2019éprouver les effets d\u2019un amour de bienveillance ou de disponibilité de la part du prêtre ou du médecin; il suffisait de se savoir aimé par lui.Aujourd\u2019hui, le dialogue devient souvent impossible, parce que le non-chrétien ne se sent pas aimé par celui qui lui annonce la Parole de Dieu.3333, chemin de la Reine-Marie, Montréal.Si l\u2019on reprend en catégories québécoises l\u2019affirmation de Diet-rich Bonhoeffer qui caractérisait l\u2019homme moderne en disant que c\u2019est l\u2019homme devenu majeur, la date de notre arrivée à la majorité doit être le 7 septembre 1959.C\u2019est le jour où un grand politicien de la génération précédente est mort, Maurice Duplessis.Qu\u2019on observe ce qui s\u2019est passé chez-nous depuis lors, dans les domaines vitaux de notre identité, et on constatera que la plupart des directions nouvelles de notre développement convergent vers cette date.Et les traits mêmes de notre recherche de nous-mêmes pendant la dernière décennie sont étonnamment lisibles en termes de réaction contre les lignes de force des quinze années qui avaient précédé.Évidemment, il n\u2019est pas question d\u2019appliquer ici un naïf post hoc propter hoc, ni de chercher un bouc émissaire; au niveau de nos problèmes fondamentaux, il y a eu depuis lors bien d\u2019autres facteurs: un renouveau de notre conscience nationale, l\u2019avènement massif des mass-media, et aussi le concile.Il demeure que le renouveau politique d\u2019après 1959 a servi de point de départ au déblocage.Il n\u2019est pas étonnant de constater maintenant qu\u2019un des traits majeurs de la quête de notre identité soit la réaction contre l\u2019institution.Ou plus exactement la méfiance à l\u2019égard de toute institution qui existait avant 1959.On n\u2019avait qu\u2019à regarder avec un peu d\u2019attention notre splendide pavillon du Québec à l\u2019Expo pour se rendre compte du fait.Beaucoup de ce qui précédait était là, mais était là comme passé.Sur le terrain religieux, si vitalement lié à l\u2019identité de la personne et du * Professeur d\u2019Ecriture Sainte à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Montréal, le P.Harvey nous communique ses réflexions sur le sujet traité dans l\u2019article précédent.Voir aussi, un peu plus loin (p.163), les considérations du P.de Lubac sur \u201cLe christianisme et les religions humaines\u201d.groupe, cette accession à la majorité s\u2019est traduite en termes de mise en question de Y\u201cestablishment\u201d, de la très vaste institutionnalisation religieuse de chez-nous.Je ne veux pas entrer ici dans la critique de ce fait; tous ceux qui se sont penchés tant soit peu sur notre histoire sociale d\u2019après 1760 savent que la seule structure qui nous a été alors laissée a été celle de l\u2019Église.Et il n\u2019est pas étonnant que celle-ci se soit lourdement chargée de tâches subsidiaires dans les deux siècles qui ont suivi.Et il n\u2019est pas étonnant que la mise en question doive être, après deux siècles, profonde.L\u2019Église, n\u2019a pas de charisme théocratique garanti et elle s\u2019est tirée d\u2019affaire comme elle a pu, comme les autres Québécois dont elle était formée.Après dix années, les traits de la revision sont déjà si accentués que la pensée théologique importée risque plus d\u2019embrouiller le problème que de l\u2019éclairer.Qu\u2019il s\u2019agisse de la théologie de la sécularisation, ou de la théologie de la \u201cmort de Dieu\u201d, l\u2019une allemande et l\u2019autre américaine, les deux ont en général leur contre-partie québécoise; mais elles ne doivent en aucune façon nous empêcher de nous pencher d\u2019abord sur ce qu\u2019est notre véritable dynamique interne dans la recherche présente de notre identité.Notre sécularisation a ses propres racines chez-nous, et c\u2019est à partir de là que nous pourrons le mieux évoluer.Et cela même si nos traumatismes propres (Quebec is not a province, it is a state of mind /) risquent de nous pousser à une technique sommaire de guérison, qui nous sorte de l\u2019anxiété et de l\u2019aliénation pour nous amener à un nouveau paradis du consommateur religieux.Car j\u2019imagine ne surprendre ici personne si je fais remarquer qu\u2019un mauvais virage de notre pensée religieuse de fond rendra beaucoup moins possible la prise en main de notre destin.Et qu\u2019inver-sement la prise de conscience de notre identité et la question de notre souve- 154 RELATIONS raineté politique ont un retentissement théologique considérable dont aucun croyant lucide ne saurait se désintéresser.La véritable foi ne s\u2019établit que dans une personne libre, ou du moins capable de liberté.Toute la question est de savoir quelle forme prendra la liberté dont nous avons besoin.La revision est déjà si concrètement en marche que des formes nouvelles, qu\u2019on pourrait presque appeler des nouvelles institutions, se dessinent.Et la plus significative est ce que j\u2019appellerais le christianisme externe gratuit.En termes plus techniques, cela signifie la tendance à ne pas réparer l\u2019institution ni même à la rénover fondamentalement, mais à s\u2019installer hors de l\u2019institution, hors de l\u2019Église que nous constituons, pour devenir un type québécois de \u201ctroisième homme\u201d.C\u2019est un homme qui a besoin de foi, qui expérimente encore que l\u2019approfondissement des trois besoins fondamentaux de connaître, d\u2019aimer et de créer arrivent, si on devient adulte, au besoin d\u2019absolu.Et d\u2019un absolu donné.D\u2019un absolu donné en Jésus-Christ.L\u2019homme d\u2019ici veut se savoir accepté par l\u2019absolu, il a besoin d\u2019une espérance, au-delà de ce pays qui, plus que symboliquement, est l\u2019hiver.Mais en même temps, cet homme a été pendant si longtemps un chrétien interne contraint ! Il a tellement lié, et depuis si longtemps, ce besoin d\u2019absolu à un réseau complexe de contraintes, de scrupules, de conventions superficielles, qu\u2019il est tenté de rejeter toute incarnation, toute vie de foi, toute marche à la suite de Jésus, pour ne conserver qu\u2019à l\u2019état cérébral et purement individuel cette précieuse foi en l\u2019acceptation de lui-même, le mal-aimé, dans l\u2019amour de Jésus-Christ.Une Bonne Nouvelle confidentielle, qui guérit et fait vivre.C\u2019est déjà beaucoup.C\u2019est un indice de santé humaine fondamentale.Et c'est sans doute le meilleur départ pour une pré-catéchèse.Ce qui serait dommage, c\u2019est que nous en fassions une situation normale, qui serait garantie à la fois par l\u2019anthropologie et par l\u2019Évangile.Car ce serait là une impasse, celle que j\u2019ai appelée le christianisme externe gratuit.Car c\u2019est là ce que le même Bon-hoeffer appelait la \u201cgrâce à bon mar- ché\u201d.Le grand martyr évangélique, qui a tant lutté contre la religiosité stérile qui inlassablement s\u2019agglutine au christianisme, est tout de même mort pour demeurer fidèle à l\u2019institution, à l\u2019Église visible, et structurée, et concrète.A la seule Église qui rassemble visiblement les hommes dans ce monde-ci.\u201cLa grâce à bon marché, c\u2019est prêcher le pardon sans la repentance, c\u2019est le baptême sans l\u2019acceptation d\u2019une discipline ecclésiale, c\u2019est la communion sans confession, c\u2019est l\u2019absolution sans confession personnelle.La grâce à bon marché, c\u2019est la grâce sans le coût d\u2019être disciple, la grâce sans la Croix, la grâce sans Jésus vivant et incarné\u201d {The Cost of Discipleship, p.47).Chez-nous, en pleine période de désintoxication nationale, cela risque de devenir notre solution commode.Puisque l\u2019institution ancienne nous a traumatisés, vivons maintenant notre foi sans institution.Mais nous devons bien savoir que ce que nous sacrifions alors, c\u2019est l\u2019incarnation.Ce que nous sacrifions, c\u2019est le seul Jésus qui soit, Jésus-vivant-comme-Église, qui continue de vivre et de transformer le monde présent, et cela au prix que cela coûte.Au même prix que l\u2019Incarnation et la Croix.Ce qui nous éloigne beaucoup d\u2019un christianisme sécurisant de consommateur.Et ce qui nous rapproche beaucoup du christianisme des pauvres, même si ce christianisme ne cesse d\u2019irriter notre lucidité croissante d\u2019hommes arrivés à la majorité.Ceci dit, il n\u2019est évidemment pas question du statu quo.Tout reste à faire.Notre conversion de la religiosité à la vraie vie chrétienne communautaire exige toujours autant la remise en question de nos institutions.Que nous ayons un grand besoin de saine sécularisation, et peut-être surtout de décolonisation au niveau ecclésial m\u2019apparaît évident.Et cela demande beaucoup plus de responsabilité, de compétence, de travail et de fidélité que l\u2019importation d\u2019institutions qui ont réussi ailleurs.C\u2019est pourtant seulement à ce prix que l\u2019Église continuera d\u2019avoir la confiance de l\u2019homme d\u2019ici.Ce dont nous avons d\u2019abord besoin actuellement, pour notre foi, ce sont des hommes qui soutiennent notre foi par des actes', nous y sommes si peu habitués qu\u2019une affirmation de foi comme celle du cardinal Léger nous a laissés déconcertés, et plusieurs parmi nous ont été tout près de s\u2019en débarrasser par des explications faciles.Et pourtant, maintenant que le progrès social et technique assure de mieux en mieux les fonctions subsidiaires, et mieux souvent que les institutions ecclésiales n\u2019avaient su le faire, c\u2019est seulement à ce prix que notre foi saura répondre aux aspirations fondamentales de l\u2019homme d\u2019ici.Ces perspectives me semblent les seules qui puissent diriger notre précatéchèse, même si celle-ci devra souvent se contenter d\u2019aborder l\u2019homme québécois blessé sous des formes extrêmement simplifiées, incluant même parfois la mise entre parenthèses provisoire de toute religion incarnée.Mais si nous ne pouvons dépasser ce stade, nous n\u2019aurons pas réussi la réalisation de notre vocation d\u2019hommes.Nous pourrons toujours vivre avec notre vieille formule nationale: les choses vraiment difficiles doivent être laissées au \u201cbon Dieu\u201d, les modérément difficiles aux étrangers, et nous nous chargeons bravement des autres.Mais nous savons déjà que nous serons cette fois-ci très, très malheureux, car nous avons appris, depuis 1959, que nous pouvons faire mieux que cela.Nous avons appris cette chose merveilleuse qu\u2019est la liberté.Et nous devons maintenant prendre le risque d\u2019en payer le prix.\u201cJÇe temple de la lumiexe \u201d Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques 7152, boul.Saint-Laurent Montréal -\t274-2465* MAI 1968 155 UA LIVRE DISCUTE ET DISCUTABLE Il s\u2019agit de l\u2019ouvrage, de 175 pp., paru aux Éditions de l\u2019Homme, avec le titre L\u2019Eglise s\u2019en va chez le diable, sous la signature des trois pasteurs de Saint-Maurice de Duvernay: monsieur le curé Jean Caron et les Pères Guy Bourgeault et Jean Duclos, jésuites.Un hebdomadaire de fin de semaine y alla de photos et manchettes tapageuses de fort mauvais goût.Si bien que pour aborder ce volume avec équité il faut dépasser ce barrage de propagande ou de préjugés.Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une expérience de pasteurs exerçant le ministère paroissial, c\u2019est de pasteurs avant tout que nous souhaiterions entendre les réflexions puis, celles de théologiens chevronnés.En attendant ces avis particulièrement autorisés, nous nous permettons, l\u2019ouvrage s\u2019adressant à la masse des fidèles et des prêtres, d\u2019apporter ces réflexions de quelqu\u2019un de la masse.De ce volume il faut dire, je crois, d\u2019abord beaucoup de bien car c\u2019est une joie persistante et profonde de connaître, à travers ces courts chapitres enlevés, inspirés de la prédication à Saint-Maurice, la façon renouvelée dont ils présentent la vie chrétienne.Ils l\u2019ont saisie dans l\u2019authentique lumière du Concile, en particulier, celle des grands textes de Lumen Gentium et Gauclium et Spes, axée de façon nette et ferme sur la forme le plus authentique de l\u2019amour de Dieu, à savoir l\u2019amour du prochain vécu au ras de la réalité quotidienne.Il n\u2019y a point de vie chrétienne sans cela et c\u2019est à partir de là que tout le reste doit reverdir.Ainsi nous retrouvons une religion vraie, un dimanche vrai, une messe vraie, ruisselants de la lumière du mystère pascal, depuis le triomphe éphémère des Rameaux jusqu\u2019à la Pentecôte des Apôtres, et à notre Pentecôte personnelle.Les grandes données de notre foi jusqu\u2019au mystère de la Trinité qui les couronne sont saisies au niveau de notre vie, avec des aperçus sur le Sacré-Cœur, la Sainte-Vierge, le culte des saints, l\u2019amour et les problèmes des époux, etc.Tout n\u2019est pas or mais or il y a et on se prend à souhaiter, en lisant ces pages neuves et humaines, qu\u2019elles soient entre toutes les mains, surtout des laïcs cultivés qui veulent reprendre leur vie chrétienne et lui donner pleine vigueur.Hélas, il y a la suite: le dernier quart du volume consacré à l\u2019Église et nous où, pour ma part, je ne puis reconnaître ni l\u2019esprit de l\u2019Église en général ni celui de Vatican II, en ses constitutions, décrets et déclarations que l\u2019Esprit Saint a inspirés et endossés.Peut-être y retrouve-t-on l\u2019esprit de certains débats, des heures qui pouvaient être du diable, disait Jean XXIII.Vatican II a fait avancer la pensée acquise de l\u2019Église, il ne l\u2019a point reniée.En conséquence, je ne crois pas que nous entendions ici tout à fait la pensée de l\u2019Église sur le rôle de l\u2019autorité dans l\u2019Église, ni que l\u2019on sente tout le respect et l\u2019amour que garde à l\u2019Église celui qui la considère dans la foi, même lorsqu\u2019Elle l\u2019éprouve; ni sur le rôle qu\u2019ont eu et qu\u2019ont encore les institutions dans la vie de l\u2019Église.Parler de \u201cl\u2019hérésie de l\u2019atavisme de la foi\u201d me paraît offensant et profondément infidèle à la réalité chrétienne.On invoque, je le sais, l\u2019autorité de Karl Rahner et scs pronostics d\u2019un christianisme de diaspora, pour concentrer l\u2019effort sur l\u2019adhésion personnelle des chrétiens.Mais en face, il y a l\u2019opinion contraire de Jean Daniélou qui soutient avec autant de sérieux que l\u2019Église renoncerait à être l\u2019Église des pauvres si elle renonçait à toute institution chrétienne (cf.Relations, fév.\u201968, pp.51, 52).L\u2019école catholique ou confessionnelle est justement une de ces institutions présentement remises en question chez nous.Nos auteurs gaillardement prennent parti contre elle.Us invoquent même la déclaration de Vatican II sur l\u2019éducation pour rappeler ici aux parents leur responsabilité primordiale.D\u2019accord.Mais de quel droit omettent-ils le passage où le Concile explicitement recommande et encourage l\u2019école ca- tholique, comme ils omettent toutes les déclarations autorisées de NN.SS.les évêques de la province en faveur de l\u2019école confessionnelle, de 1963 à la dernière, du 1er mars 1968 ?Ces documents nous donnent la pensée de l\u2019Église officielle, non celle d\u2019une école de pensée.Aussi les fidèles auront réponse facile aux propos cruels qu\u2019on leur jette pour le jour où l\u2019école neutre s\u2019établirait chez nous: \u201cl\u2019école ne sera que le miroir cruel de notre incroyance collective et de notre manque d\u2019esprit chrétien\u201d p.167.Par milliers, par dizaines de milliers, ils veulent encore défendre leurs écoles confessionnelles comme c\u2019est leur droit reconnu, et comme les y invitent le Concile et leurs évêques.Au lieu de les aider en leur présentant la pensée complète de Vatican II, on sème chez eux la division et le défaitisme.On juge de même avec une singulière légèreté les œuvres que nous avions mises sur pied pour l\u2019éducation de la foi (p.163), cela frise l\u2019inconvenance.Il y a dans cette attitude apostolique, à mon sens, une sorte de cartésianisme spirituel qui ne reconnaît de foi que celle qu\u2019il voit répondre à ses propres exigences, c\u2019est-à-dire exister sans le moindre appui sociologique.L\u2019Église, à l\u2019écoute de tous ses enfants, a toujours cru que la foi chemine fort bien pour les humbles à travers de saines institutions; elles sont pour eux véhicules de sagesse chrétienne comme de sagesse humaine.Que conclure de ces propos sinon que ce volume, aux trois quarts excellent, gagnerait à être repris et dignement achevé.Débarrassé, cette fois, de l\u2019église dynamitée de la couverture qui me paraît un mensonge, comme aussi du titre ambigu qu\u2019on ne sait trop à qui attribuer: aux auteurs ou au peuple qu\u2019ils entendent.Nous aurions alors un excellent ouvrage de catéchèse pour adultes, adapté à nos besoins.Nous sortirions de nos routines et de nos paresses.C\u2019est sûrement le vœu profond des auteurs, même si en fin de course, à mon avis, ils ont choppé.Georges Robitaille.156 RELATIONS IM TRAM PASSE L\u2019ANNÉE DE LA FOI À LA RADIO C\u2019est le titre commun aux cinq émissions que la Commission montréalaise de l\u2019Année de la Foi a lancées récemment sur les ondes du poste CKAC.Chaque soir, à 9 heures, du 25 au 29 mars, les auditeurs furent conviés à réfléchir sur des thèmes fondamentaux de notre foi: Dieu ?on n\u2019a pas le temps d\u2019y penser \u2014 Le vrai visage de Dieu \u2014 Le Christ qui donne la vie \u2014 Le Christ qui vit dans le prochain \u2014 La vie chrétienne est communautaire.Le titre général, Un train passe, symbolise bien la vie de foi qui relie la terre au ciel et dans laquelle entrent librement ceux qui désirent faire le voyage.Éloges Il faut dire beaucoup de bien de cette entreprise.D\u2019abord, les initiateurs ont eu le mérite de concevoir et de lancer une série d\u2019émissions qui ne manquaient pas d\u2019originalité et, surtout, qui présentaient un caractère fortement doctrinal, contrairement à la grande majorité des émissions religieuses tant à la radio qu\u2019à la télévision.La doctrine offerte aux auditeurs était d\u2019une grande richesse.Elle exposait ce qui est l\u2019essence du message évangélique: l\u2019avènement du Royaume de Dieu par l\u2019infusion de la vie divine dans les âmes, grâce à la médiation rédemptrice du Christ.Cette vue \u201cverticale\u201d qui met en lumière les rapports des hommes avec Dieu est de nos jours trop souvent négligée, en faveur d\u2019une vue \u201chorizontale\u201d qui souligne les rapports avec l\u2019ensemble de l\u2019humanité de l\u2019œuvre du Christ et de son message.Pourtant, ce dernier point de vue n\u2019est que le complément du premier, sans lequel il est vidé de tout sens sacré et surnaturel, pour n\u2019être plus qu\u2019un aperçu de sociologie.La forme donnée à l\u2019émission était excellente à plusieurs points de vue.On imagina une conversation entre deux voyageurs dans le train Montréal-Qué- bec, un prêtre et une jeune mère de famille, vendeuse dans un magasin de disques.Le dialogue rendait l\u2019exposé plus vivant sans donner à la dramatisation trop d\u2019importance et ainsi voiler le contenu du texte.On choisit un homme et une femme afin que la différence des voix facilite l\u2019intelligence du texte et mette plus de vie dans l\u2019émission.Le choix du medium de la radio fut peut-être inspiré par des considérations financières.Ce medium avait l\u2019avantage de ne pas distraire, du fond doctrinal, l\u2019attention des auditeurs qui pouvaient se représenter le décor et les deux personnages au gré de leur imagination.Le texte était remarquable de clarté et d\u2019élévation, de naturel et de chaleur.Plusieurs passages admirables de poésie rendaient intelligibles au cœur certains aperçus profonds, par nature moins accessibles.On a confié l\u2019exécution du projet à des artistes chevronnés.L\u2019auteur, Guy Dufresne, s\u2019est fait connaître depuis de nombreuses années par la qualité et l\u2019intérêt dramatique de ses textes.Les deux animateurs, Guy Mauffette et Dyne Mousseau, remplirent leur rôle avec âme et grande maîtrise professionnelle, à la grande joie, sans doute, de Mlle Jeannette Brouillet, la réalisatrice.Réserves À côté de leurs grands mérites, ces émissions eurent aussi leurs défauts.Par endroits, certaines imprécisions ou des lacunes pouvaient dérouter l\u2019auditeur, le jeter dans la confusion ou lui laisser une fausse impression.Deux exemples.L\u2019énumération des images de Dieu caricaturales pêle-mêle avec celles qui sont justes mais incomplètes entraînait à les rejeter toutes sans distinction.Le tableau de l\u2019encrassement, pour ainsi dire, de l\u2019Église à travers les âges, sans contrepartie, faisait oublier que même dans cette période, l\u2019Église a accompli l\u2019œuvre de Dieu, souvent d\u2019une manière admirable, sous l\u2019invi- sible poussée du Christ opérant par le Saint-Esprit, grâce à la direction visible des Papes et l\u2019inspiration sur terre des Saints.L\u2019auditeur avait l\u2019impression d\u2019une longue infidélité de l\u2019Église à sa mission qu\u2019elle aurait redécouverte au Concile Vatican IL Par ailleurs, la matière était trop vaste.Certaines émissions, très denses, demandaient un grand effort d\u2019attention et laissaient un souvenir vague et confus.Enfin, l\u2019exposé prenait, une fois ou l\u2019autre, l\u2019allure d\u2019un dialogue platonicien et abstrait.Le plus grave défaut des émissions concerne leur impact sur le public à qui elles étaient destinées.Pour leur assurer un auditoire, les auteurs du projet ont fait un grand effort de publicité.Pour provoquer les réactions de cet auditoire, ils ont organisé dans les paroisses des rencontres de discussion et de commentaire dirigées par des animateurs bien préparés.Et les autorités paroissiales se sont généralement montrées sympathiques au projet.Or, l\u2019espérance des initiateurs n\u2019a pas été réalisée: la population catholique du diocèse n\u2019a guère été touchée.C\u2019est un fait qu\u2019affirment, en termes nuancés, la plupart des premiers rapports, une centaine environ, envoyés par MM.les Curés en réponse au questionnaire adressé par la Commission.Ceux qui suivront, sans doute relativement peu nombreux, ne devraient pas infirmer une telle constatation.La raison de cette indifférence de la masse de nos catholiques est que le programme Un train passe dépassait le degré de science religieuse et la capacité d\u2019application intellectuelle de nos gens.Cela était prévisible dès l\u2019audition des émissions: elles seraient goûtées, et profondément, par des chrétiens instruits et fervents, dans les presbytères, les monastères et un peu dans le monde, mais elles ne toucheraient pas la population en général.Suggestions Il faut reprendre l\u2019expérience.C\u2019est le vœu de la majorité des réponses au questionnaire.Pour ma part, je souhaiterais en outre qu\u2019on lui garde son caractère doctrinal.En préparant le projet, il importe, et avant tout, de bien déterminer le public MAI 1968 157 à atteindre.On évitera ainsi de faire appel à la population en général et d\u2019offrir ensuite des émissions que seule une élite intellectuelle et religieuse peut goûter.Une fois le public ou les publics choisis, on devra préciser les vérités à développer et le genre d\u2019émissions: causerie, discussion, conversation, dramatisation .Détail important à prévoir également: l\u2019heure et la fréquence des émissions.Un programme de cinq jours de suite est peut-être un peu essoufflant.Il restera la question du medium.Radio ou télévision ?Pour des groupes restreints et choisis, la radio a ses avantages.Elle facilite l\u2019intelligence de la doctrine proposée et la méditation calme et personnelle.Mais si l\u2019on s\u2019adresse à la masse, on est forcé de recourir à la T.V.Notre population est droguée d\u2019images.En cela, elle est de son temps.On peut l\u2019instruire et elle réagit bien aux émissions qui lui apprennent quelque chose, pourvu qu\u2019elles soient vivantes et à sa portée.* * * Une entreprise riche de promesses comme le programme Un train passe ne doit pas rester sans lendemain.Fabricando fit faber.Nous souhaitons ardemment que la prochaine initiative de la Commission de l\u2019Année de la Foi atteigne vraiment le peuple et qu\u2019elle l\u2019amène à réfléchir, en reprenant, par exemple, et en développant l\u2019organisation des rencontres sous la direction d\u2019animateurs compétents.Émile Gervais, S.J.L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction Imprimeurs Lithographes Studio d'Art 388 - 5781\t8125, rue Saint - Laurent Montréal 11, Qué.(I960) tiMir/i 158 LE THEATRE Georges-Henri d\u2019AuTEUiL, S.J.On aurait pu croire qu\u2019après les hécatombes de la dernière guerre mondiale et la séquelle de meurtres plus ou moins légalisés qui l\u2019a suivie, à la Libération, l\u2019appétit de violence des hommes se fût apaisé.Il n\u2019en est rien.Autant qu\u2019hier, en dépit de ses dizaines de millions de morts, le hideux et sanglant visage de la haine s\u2019étale encore sur la carte du monde.Un peu partout, crépitent les balles, éclatent les bombes, s\u2019allument les incendies.On ne compte plus les combats de rue, et la plus banale manifestation étudiante peut aussi bien se muer en émeute.Alors, dans cette atmosphère de surchauffe, est-il opportun qu\u2019un écrivain, un cinéaste, un dramaturge exalte en quelque sorte l\u2019esprit de violence, et cela, non au sein de congrès sérieux d\u2019hommes de loi ou de criminologistes, mais par une affabulation vivante et passionnée offerte, avec toute la puissance évocatrice et suggestive de l\u2019écran ou de la scène, à des milliers de spectateurs déjà tellement chargés d\u2019émotions explosives ?Appréciant le tout récent film américain Bonnie and Clyde, à son arrivée à Paris, un critique français se demande si cette histoire \u201cne risque pas, aujourd\u2019hui, de servir de sinistre exemple et non de leçon\u201d.Je suis bien porté \u2014 en y mettant toutes les sourdines voulues, sans doute, \u2014 à me poser la même question au sujet de l\u2019Exécution, la pièce que Marie-Claire Blais a créée sur la scène du Stella pendant le carême, par les bons offices du Rideau Vert.Notre jeunesse, déjà si affolée et moutonnière, avait-elle besoin de cet \u201cexemple\u201d d\u2019un collégien, adepte monstrueux de Nietzsche, commandant à un servile complice, brutalement, sans raison et par jeu, le meurtre d\u2019un jeune condisciple ?On peut sérieusement en douter.L\u2019Exécution Premier essai au théâtre, l\u2019Exécution manifeste le talent qu\u2019on a reconnu à Marie-Claire Blais dans ses œuvres antérieures (ceux qui les ont lues ) mais aussi, sur le plan dramatique, une certaine impuissance à charpenter une intrigue solide, cohérente et progressive.À vrai dire, sa pièce n\u2019a qu\u2019un acte, le premier, où se décide, se prépare, s\u2019accomplit le meurtre du petit Éric et où l\u2019auteur énonce tout ce qu\u2019elle a à dire.Ensuite l\u2019action s\u2019éparpille, s\u2019effiloche, s\u2019évanouit comme se perd un ruisseau dans les herbes.Ébauche riche pourtant de matériaux inexploités: les collégiens d\u2019Argenteuil et Lancelot, et surtout les trois seules femmes de la pièce, ombres futiles et évanescentes, la mère de Kent, la mère d\u2019Éric et Hélène, la sœur de Stéphane.Seule sauve cet acte \u2014 et on peut dire toute la pièce \u2014 la présence de Stéphane Martin, l\u2019unique personnage vraiment humain et dramatique, plongé dans un conflit lucidement perçu mais qu\u2019il se sent incapable de surmonter, qui le déchire et l\u2019écrase.Belle et émouvante création, réalisée avec chaleur et sincérité par le jeune André Bernier.Certes, Louis Kent est le personnage central de l\u2019œuvre, le grand artificier qui manigance tout le scénario du drame, mais comme une mécanique sans âme, aux rouages parfaitement intégrés et huilés, qui accomplit sans erreur, implacablement, son œuvre de destruction \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019a très bien rempli ce rôle, Daniel Gadouas.Caractère irritant, qui fait horreur, peu vraisemblable, au reste, chez un collégien de dix-huit ans, mais qui ne touche pas.Le petit Sylvain Tellier a joué simplement et sans façon sa courte scène avec ses meurtriers.Le Chœur des Élèves, complices envoûtés de leur chef RELATIONS Kent, a été une réussite, vocalement surtout: leurs belles voix mâles résonnaient harmonieusement dans la salle.Tous ces grands garçons bien faits avaient fort belle allure dans leurs uniformes sobres et bien coupés de François Barbeau.Cela faisait un heureux changement avec le débraillé de tant de collégiens de nos jours.J\u2019allais oublier le Batteur.Claude Dion comme batteur \u2014 pour faire un jeu de mot facile \u2014 a été imbattable ! On aurait cru, parfois que ce batteur unique était légion .Rhinocéros Une petite ville.Banale, endormie, où l\u2019on s\u2019ennuie.Des habitants de condition médiocre: garçon de café, serveuse de restaurant, épicier, ménagère, passants oisifs, vieux rentier, philosophe maniaque, humbles employés de bureaux cancaniers.Vie monotone, routinière.Tout à coup, une bombe.Une bête monstrueuse envahit la petite ville.Un rhinocéros, dit-on.Émoi, tumulte, panique.L\u2019affolement s\u2019accroît avec la rapide diffusion d\u2019une terrible épidémie: la rhinocérite.Dans la petite ville, tous sont frappés, tous deviennent des rhinocéros.Tous, sauf un seul, le plus minable, le plus insignifiant, un petit employé sans avenir, Bérenger, qui veut rester un homme.On aura reconnu que je veux parler du Rhinocéros d\u2019Eugène Ionesco, la dernière pièce du Théâtre du Nouveau Monde.Pièce qui veut montrer la puissance, souvent abêtissante et tyrannique, des courants d\u2019opinion parfois contagieux et comme irrésistibles.Conçue il y a plus de trente ans, dans la floraison anarchique d\u2019idéologies discutées, cette œuvre est loin d\u2019avoir perdu son actualité, même chez nous.D\u2019abord parangon de l\u2019avant-garde, Ionesco est devenu à la mode.Il est même entré à la Comédie française.Il convenait donc que le T.N.M.l\u2019introduisît dans son répertoire.Chose faite.Presque trop bien.Du moins sur le plan scénique.Mousseau, le décorateur, est friand d\u2019originalité, ce qui est bien, mais aussi de l\u2019effet visuel avant tout, ce qui est dangereux.Danger clairement perçu dans le Rhinocéros, où l\u2019appareil scénique a pris des propor- tions encombrantes.La machinerie théâtrale voulait presque supplanter le texte; elle étonnait, déroutait, distrayait.Même, la scène finale de Bérenger, juché, seul, sur un plateau élevé et fortement éclairé, dominant la meute grouillante des rhinocéros trop cachée dans une ombre contrastante, n\u2019a pas obtenu suffisamment le résultat de choc sûrement cherché.Pourtant, l\u2019interprétation des comédiens a été bonne, soulignant avec à-propos, à la fois le naturel et l\u2019insolite de l\u2019action.Jean Besré, en particulier, a brillé, en un Bérenger vivant, varié et expressif.De même, Léo Ilial a manifesté un jeu délié et il a bien amusé par sa graduelle transformation en rhinocéros.Victor Désy et François Rozet ont dessiné avec nuance et humour le portrait loufoque de leur personnage respectif: le logicien et le vieux monsieur.Savoureuse aussi la scène de papotage des employés de monsieur Papillon ou Guy Hoffmann enfin retrouvé.Monique Miller, Camille Ducharme et Jean-Louis Roux y furent très plaisants.Même si la mise en scène d\u2019Albert Miliaire a paru un peu trop dispersée, l\u2019honnête travail des comédiens a mis en valeur le texte délibérément plat et terre à terre d\u2019Ionesco, qu\u2019il n\u2019a pas cru d\u2019ailleurs nécessaire de rehausser \u2014 si on peut dire \u2014 par quelques péripéties égrillardes ou triviales.L\u2019Orage Périodiquement les Russes sont remis à l\u2019affiche.Ainsi, récemment nous avons renoué connaissance avec la Mouette de Tchékhov et salué un nouveau venu, Alexandre Ostrovski, auteur de l\u2019Orage.Ce dernier, contemporain de Dostoïevski, est le père d\u2019une œuvre dramatique assez imposante et dont, précisément, l\u2019Orage, interprétée au Monument National par les élèves de l\u2019École nationale de Théâtre, est réputée le plus beau fleuron.Les drames russes ont la particularité de narrer souvent des chroniques familiales.De là, une distribution presque toujours abondante avec par- fois des personnages d\u2019une nécessité discutable.Par exemple, l\u2019Orage aurait fort bien pu se passer du colérique marchand Dikoi et des potins insipides de la pèlerine Fekloucha.Leur présence qui n\u2019apporte rien à l\u2019intrigue ne se justifie que par un appoint de couleur locale et de pittoresque.Cette attitude que l\u2019on retrouve chez tous les dramaturges moscovites alourdit et ralentit l\u2019action des œuvres, si, en retour, elle aide à la peinture des coutumes et de la mentalité russes.En fait, l\u2019orage d\u2019Ostrovski se déchaîne surtout dans l\u2019âme de Catherine, épouse insatisfaite et malheureuse du pleutre Tikhone et qui aime, pour son malheur, le jeune et sympathique Boris Grigorievitch.Toute la pièce est là, dans ce conflit éternel entre le devoir et l\u2019amour, conflit explicable sinon justifié par la bêtise de Tikhone et de sa mère, l\u2019arrogante et possessive Marfa.On peut en déduire facilement que ce qui devait arriver arriva.Une fois de plus, Racine l\u2019emporte sur Corneille.Par les réactions des spectateurs, en majorité des jeunes, Racine semblait aussi dans la salle.A certains moments, quelques éclaircies vinrent alléger un peu le ciel tempétueux et chargé de menaces, grâce à Varvara, la compréhensive et affectueuse belle-sœur de Catherine, son ami complaisant et serviable, Vania, et le fantaisiste horloger Kouli-guine, trois personnages humains et bons.Avec sincérité et plusieurs avec talent les jeunes comédiens ont réalisé fidèlement cet Orage d\u2019Ostrovski.La Mouette Quelques œuvres dramatiques de Tchékhov deviennent à bon droit des classiques du théâtre russe, ce qui autorisait assurément la Nouvelle Compagnie théâtrale à présenter la Mouette à ses jeunes auditoires.L\u2019amour est le grand ressort de cette pièce, mais un amour qui, chez tous les personnages, se trompe d\u2019objet, d\u2019où cette atmosphère de tristesse presque étouffante qui s\u2019en dégage.Chacun porte son cœur en écharpe, comme on disait de Chateaubriand.Blessé.À mort, parfois, comme celui de Kostia MAI 1968 159 qui ne peut supporter les refus de Nina, sorte d\u2019Emma Bovary en mineur.Parmi tous ces nostalgiques d\u2019amours impossibles, Dorn, le médecin, seul, garde la tête froide.\u201cJ\u2019ai cinquante-cinq ans !\u201d répète-t-il.L\u2019âge, l\u2019expérience et aussi un esprit plus réaliste l\u2019empêchent de s\u2019emballer et lui permettent de faire sa place à la raison dans cette volière de folles mouettes trop désireuses du grand large comme Nina.La mouette Nina de la Nouvelle Compagnie théâtrale fut confiée à Dyne Mousso.Très juste et émouvante dans sa dernière scène avec Kostia, elle me parut ailleurs d\u2019une exaltation un peu factice.L\u2019égoïste petit maître des Lettres, Trigorine, s\u2019est trouvé à l\u2019aise dans le jeu désenchanté de Gilles Pelletier.Au contraire, François Tassé fut un agressif et trépignant Kostia, à la poursuite d\u2019une fugitive Nina, oublieux d\u2019une languissante Macha, à ses côtés, toute pâmée d\u2019amour pour lui et dont Françoise Graton a su bien exprimer la mélancolique résignation.Charlotte Boisjoli a troqué son rôle de Macha d\u2019autrefois pour celui d\u2019Irina, la mère de Kostia, amoureuse elle aussi de Trigorine comme Nina, et actrice dramatique sur le déclin, mais toujours avide des capiteux arômes du succès.Son sûr métier et sa parfaite aisance ont rendu justice à ce personnage fantasque.Edgar Fruitier était méconnaissable avec la tête hirsute du vieux gâteux Sorine, le frère d\u2019Irina que l\u2019incessant bavardage agaçait autant que les aboiements du chien de son Intendant, Jean-Pierre Compain.La femme de ce dernier, Paulina, une autre amoureuse en peine, s\u2019accommodait bien de la voix si frêle et facilement langoureuse de Gisèle Schmidt.Dans la peau du médecin Dorn, Jacques Galipeau a été excellent.Un de ses bons rôles.Moins grinçant et hérissé que d\u2019habitude, son jeu serein et calme, légèrement goguenard avec une pointe d\u2019humour bon enfant, son grand naturel ont fait merveille, vraiment.Une composition très agréable.De son côté Gilles Provost s\u2019est coulé comme chez lui dans le personnage du maître d\u2019école, béjaune pitoyable, dévoué à en être fatigant, que Macha épousera, sans amour, pour se caser.Galerie de types bien divers et pourtant ressemblants par un caractère commun qui les unit \u2014 sauf le médecin \u2014 : une impuissance marquée à s\u2019ajuster à la vie réelle.Un goût de miel Qui aurait pu imaginer une Ginette Letondal, commère de faubourg, au ton et au langage vulgaires, aux allures provocantes et populacières, que nous avons vue dans la pièce de Schelagh Delaney, traduite de l\u2019anglais et adaptée par Yvan Canuel, Un goût de miel, sur le petit plateau du Théâtre de Quat\u2019-sous ?Issue d\u2019un distingué milieu bourgeois, habituée à de longs séjours en France, elle semblait bien peu préparée à interpréter un tel personnage.Qu\u2019elle y ait réussi à ce point, qu\u2019elle ait incarné son rôle avec une telle vérité, prouve, à n\u2019en pas douter, un incontestable talent de comédienne.Cette rentrée de Ginette Letondal est un événement heureux pour notre théâtre.Événement aussi, l\u2019utilisation débridée du langage déformé de nos quar- tiers populaires pour reproduire plus exactement et rendre en même temps plus accessible aux spectateurs d\u2019ici, le \u201ccockney\u201d de Londres.Le français universel en souffre infiniment, c\u2019est clair et triste, mais il est aussi indubitable que cela accroche merveilleusement notre public, nourri de cette forme bâtarde de français même si, dans la vie quotidienne, il s\u2019efforce de châtier le sien.Et comme cela fut manifeste pour le Pygmalion d\u2019Éloi de Grandmont, on comprend le succès des arrangements canadiens des pièces étrangères.Tel que réalisé au Théâtre de Quat\u2019-sous, Un goût de miel de Delaney-Canuel a fait rire de bon cœur.Pourtant le tableau peint par la jeune auteur présente une vie sordide et des êtres lamentables.Quelques rares touches de lumière et de couleurs attrayantes ne suffisent pas à en éclairer les tons gris et noirs dominants.Mais le cynisme et l\u2019humour le plus sombre engendrent le comique si on s\u2019attarde plutôt à l\u2019extérieur des choses qu\u2019à leur réalité profonde.Souvent Molière fait rire ainsi.Or la réalité de la vie de la petite Jo est loin d\u2019être drôle.Née d\u2019un père inconnu et d\u2019une mère coureuse, élevée dans la rue, à la merci de toutes les rencontres d\u2019occasion, pas étonnant que l\u2019adolescente Jo, délurée et jolie, se fasse engrosser un certain soir d\u2019hiver par un marin noir de passage (situation normale à Londres ou à Liverpool, mais peu plausible à Montréal, pour le dire en passant), puis cohabite, on ne sait par quels moyens, avec un garçon de mœurs au moins .ambivalentes.Goût de miel ?Plutôt goût acide de vinaigre.Le jeu si naturel et pittoresque de Ginette Letondal et de Jean Brousseau, la Mère et son godelureau, ont tamisé, toutefois, l\u2019âpreté de cette histoire de Jo, incarnée par Lucille Papineau, vive et sûre d\u2019elle, mais trop semblable à une enfant, à mon avis.Jean-Louis Millette et un noir authentique, Serge Dorléans, ont bien rempli leur emploi accessoire.Fait amusant, leur langue était plus correcte que celle des personnages principaux.Les décors de Jean-Louis Garceau étaient bien dans la note réaliste de la mise en scène de Canuel.NUMÉRO SPÉCIAL LIONEL GROULX, ptre L\u2019Action Nationale publie en juin un numéro spécial, dont un nombre limité sera mis en vente.Exceptionnelle valeur de la documentation et des études.Collaborateurs: Guy Frégault, André Laurendeau, François-Albert Angers, Richard Arès, Mme Juliette Rémillard, Patrick Allen, Mme Léopold Richer, Benoît Lacroix, Jean Genest, Rosaire Bilodeau, Emile Robichaud, Michel Brunet, etc.32 photographies, format pleine page, en héliogravure racontant la vie de M.le chanoine Lionel Groulx, historien national.300 pages - Prix : $5.00 S\u2019adresser à: Mlle MARGUERITE ROBERT L\u2019ACTION NATIONALE - 235 EST, RUE DORCHESTER - SUITE 504 - MONTRÉAL Téléphone : de 2 à 6 heures : 866-8034 160 RELATIONS AU FIL DU MOIS SOUVENIRS Le juge Arthur Laramée T 91 ans, mon très cher ami, mon collègue au Barreau et dans la ^ magistrature vient de répondre à l\u2019appel du Père Éternel avec la joie qu\u2019il eut toute sa vie.J\u2019ai connu peu d\u2019hommes qui possédaient, comme lui, une sérénité constante.Simple, patient, plein de cœur il écoutait tout le monde: le pauvre, le client, la mère abandonnée, le délinquant qui comparaissait à la Cour, le camarade des retraites fermées, le collègue de la Saint-Vincent-de-Paul, son adversaire au Tribunal, l\u2019avocat qui plaidait devant lui, l\u2019ami qui demandait conseil.Son sourire, sa poignée de main faisaient disparaître douleurs et chagrins.Parfois, c\u2019était un rire aux éclats qui effaçait l\u2019inquiétude.Mon premier souvenir remonte à 40 ans.Nous étions adversaires.Lors d\u2019une procession religieuse à Lachute il y eut bataille sérieuse entre des Canadiens français et des Canadiens écossais; des accusations furent portées contre les belligérants écossais, mes clients.Me Laramée représentait les victimes.Il accepta les représentations de son adversaire, à savoir que le procès, quel qu\u2019en serait le résultat, aggraverait la tension dans cette communauté.Le juge convint de suspendre l\u2019audience pour permettre aux avocats de conférer entre eux et avec leurs clients.Le travail fut ardu de part et d\u2019autre.Les assaillants présentèrent des excuses qui furent acceptées par les victimes et Me Laramée obtint la permission du juge de retirer les accusations.Depuis, la paix a régné à Lachute.Un deuxième souvenir: le juge savait plaisanter amicalement.Présidant la récollection des Anciens Retraitants de la Villa Saint-Martin, il monta sur l\u2019estrade avec l\u2019orateur (le Breton que je suis) qui marchait péniblement à l\u2019aide d\u2019une canne et dit: \u201cIl n\u2019y a pas \u201clieu de vous présenter notre conférencier; nous le connaissons depuis longtemps.Ayant remarqué sa démarche \u201chésitante et la souffrance dans son \u201cvisage, je lui en ai demandé la cause.\u201cEn sortant de chez lui il glissa sur la \u201cneige, dégringola sept marches et \u201ctomba sur le genou, qui est peut être \u201cfracturé.\u201d \u201cPauvre ami\u201d, dit le président à l\u2019auditoire, \u201cs\u2019il était tombé sur \u201cla tête il n\u2019aurait eu aucun mal !\u201d Après 40 ans de pratique il fut nommé juge à la Cour de Bien-Être social, dont il devint Juge-en-chef.J\u2019ai rarement vu une nomination aussi sage.Sa longue expérience au Barreau, son dévouement incessant aux malheureux secourus par la Société Saint-Vincent-de-Paul qu\u2019il présidait, sa merveilleuse vie de père et d\u2019époux, ses qualités de cœur et d\u2019esprit, le christianisme intégral qui était son mode de vie, son constant souci de justice, sa ferme volonté d\u2019être en tout temps un témoin de l\u2019Homme-Dieu, fit de lui le modèle du juge de l\u2019Enfant et de la Famille.Pendant la célébration, à l\u2019église Saint-Viateur, du service majestueux et simple, au milieu d\u2019amis qui remplissaient le temple, où cinq fils Laramée célébraient à l\u2019autel le départ de leur père vers la vie éternelle, je me sentais à ses côtés, disant avec lui cette prière à un autre homme de loi, saint Thomas More, Grand Chancelier d\u2019Angleterre, qui eut la tête tranchée pour sa foi et qui est mort avec la dignité d\u2019un grand philosophe chrétien et la foi d\u2019un martyr.Voici la prière: \u201cTHOMAS MORE, savant avocat, chancelier charitable et juriste de la justice, joyeux martyr et saint de l\u2019Eglise, puisse le SEIGNEUR de la loi et des avocats, à votre demande, me rendre semblable à vous.PRIEZ, pour la gloire de DIEU et pour Sa Justice, afin que nous soyons bons plaideurs, précis dans nos analyses et conclusions, rigoureux dans l\u2019étude, francs avec le client, droits envers l\u2019adversaire et fidèles à la foi.Prenez place dans mon étude pour avec moi écouter le client, pour lire la jurisprudence dans ma bibliothèque; soyez à mon côté quand je plaide, pour que je ne risque pas de perdre mon âme pour gagner un point de droit.PRIEZ pour que ma femme et mes enfants trouvent en moi, comme c\u2019est leur droit:\thonneur, humilité, joie et bonté, sagesse et bon conseil et une consolation efficace.SAINT THOMAS MORE, chancelier, confrère au Barreau, acceptez que nous retenions vos services pour être à notre côté lorsque nous comparaîtrons pour notre procès devant le SEIGNEUR de JUSTICE infinie.\u201d À l\u2019instant du départ vers le cimetière, je disais à une fille du défunt: \u201cJe prie pour votre père\u201d; un de ses fils me dit: \u201cCher ami, faites comme nous, nous le prions .\u201d Arthur Laramée, mon maître au Barreau, mon maître à la Magistrature, je te prie .Jean Penverne.le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, bout St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C M.LTÉE photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 MAI 1968 161 \u201cL\u2019hémorragie de la vie française au Manitoba\u201d CE titre n\u2019est pas de moi: je l\u2019emprunte à La Liberté et le Patriote du 3 avril dernier.L\u2019hebdomadaire de Saint-Boniface coiffe ainsi les propos tenus aux membres des Associations de Parents et Maîtres par M.Arthur Corriveau, directeur des programmes de Langues modernes au ministère de l\u2019Instruction publique du Manitoba.Malgré un climat officiel favorable au français, a déclaré ce dernier, malgré tous les efforts accomplis jusqu\u2019ici dans les écoles, comme, par exemple, celui de fournir gratuitement de bons manuels, \u201cil faut tout de même constater que le nombre d\u2019élèves inscrits au cours de français diminue d\u2019année en année\u201d.Ainsi, en 1964-65, on comptait 1,539 élèves inscrits au cours de français de 1ère année; en 1967-68, on n\u2019en compte plus que 1,180, soit une diminution de 358 ! Ce fait, a poursuivi le conférencier, devrait faire réfléchir les membres des Associations de Parents et Maîtres et les inciter à rechercher les moyens de remédier à pareille crise, car \u201cun groupe ethnique ne saurait s\u2019épanouir si son acceptation de lui-même n\u2019est pas accompagnée d\u2019un souci de dépassement, d\u2019une ferveur collective à s\u2019affirmer et à progresser\u201d.Dans ce même numéro du 3 avril, un éditorial pose la question: \u201cPourquoi auraient-ils honte d\u2019être français ?\u201d Le \u201cils\u201d s\u2019appliquent aux écoliers franco-manitobains.Je cite les deux premiers paragraphes de cet éditorial: Nous causions, tout dernièrement, avec une personne qui enseigne depuis plusieurs années en milieu urbain franco-manitobain.Nous lui avons demandé si elle voyait dans nos écoliers actuels un espoir pour l\u2019avenir du groupe canadien-français au Manitoba.Un sourire un peu triste au coin des lèvres, elle nous répondit: \u201cPas beaucoup !\u201d Sans tomber dans le pessimisme, elle nous expliqua les principales raisons qui rendent la situation particulièrement difficile.Et en guise de conclusion, elle nous laissa cette réflexion: \u201cLes enfants ont honte de parler français; ils ont honte de passer pour Canadiens français !\u201d Comme l\u2019écrit par la suite l\u2019éditorialiste, voilà une réflexion qui ne peut que nous laisser très songeurs ! Après tant d\u2019années d\u2019opiniâtre résistance et de fidélité héroïque, il semble que faiblisse maintenant chez beaucoup la volonté de rester français, non seulement au Manitoba, mais aussi dans la plupart des autres provinces.Les récentes propositions de la Commission Laurendeau-Dunton, à supposer cependant qu\u2019elles soient partout intégralement appliquées, vont certes faciliter la survivance du français hors du Québec, mais suffiront-elles à redonner de la volonté, de l\u2019espoir et de la fierté à ceux qui aujourd\u2019hui sont en train de perdre tout cela ?Nous voudrions le croire et l\u2019espérer, mais comme le temps presse ! Il est beau de dire: Maîtres chez nous ?J\u2019en suis.Mais chez nous, c\u2019est le Canada tout entier, de Terre-Neuve à Victoria, avec ses immenses richesses qui nous appartiennent à nous tous et dont il ne faut pas abandonner une parcelle.Ce pays que nous avons exploré une première fois ., il faut repartir à sa découverte et cette fois pour de bon (Pierre-E.Trudeau, le 2 avril, à Montréal).Oui, il est beau de souhaiter, d\u2019espérer que le \u201cchez-nous\u201d canadien-fran-çais s\u2019étende à tout le Canada, mais, au rythme où se fait actuellement l\u2019assimilation des Canadiens français, il y a grand risque que ces mots \u201cmaîtres\u201d et \u201cchez-nous\u201d demeurent des mots vides de substance, ne correspondant à rien dans la réalité hors du Québec, comme le démontrent les deux faits rapportés dans La Liberté et le Patriote du 3 avril.Avec des \u201cmaîtres\u201d honteux \u2014 honteux de leur langue et de leur nationalité \u2014 on ne peut créer de \u201cchez-nous\u201d viable ! Ce n\u2019est pas, quoi qu\u2019on puisse croire, le pessimisme qui me pousse à parler ainsi, c\u2019est la conviction qu\u2019en ce domaine le temps nous est compté et qu\u2019il faut que des gestes soient posés et au plus vite par tous les gouvernements, tant provinciaux que fédéral, pour remédier à cette tragique situation: quand la volonté de vivre et quand la fierté d\u2019être eux-mêmes auront abandonné la grande majorité des Franco-Canadiens, il sera trop tard pour agir.Richard Arès.MÉDITATION ALLÉLUIAS DE MAI En toute fête, quand c\u2019est fête à l\u2019âme aussi, il y a place encore pour un peu plus de joie; c\u2019est le cas toujours, ce l\u2019est davantage au mois de mai.Voyez, partout il y a des invitations à la réjouissance.Il y en a dans les textes de l\u2019Eglise, il y en a dans l\u2019air parfumé; il y en a jusque sous vos pas, dans les herbes et la mousse neuve dont se revêt la calotte des pierres; il y en a dans la corolle blanche, jaune ou bleue, encore transie au moment de ses premiers pas de fleur vers le sourire de vos yeux.Qui sait regarder découvrira, en ce spectacle contemplé, la puissance discrète de Dieu, de nouveau présente en son œuvre recommencée.Seigneur, sois béni par tous, pour toutes choses.Ecoutez, partout il y a des invitations à la réjouissance.Il y en a dans les cantiques à l\u2019église, il y en a dans le bleu de l\u2019air, dans lequel se promènent, fantaisistes, des notes en couleur, récemment envolées; il y en a jusque sous vos pas, dans les herbes et la mousse neuve, d\u2019où monte le chant de l\u2019eau, en fuite joyeuse par le chemin de petits canaux; il y en a dans votre cœur, il y en a dans votre âme aussi.Qui sait entendre et retenir cette mélodie, en murmure dans la nature, sentira la louange jaillir de son être et s\u2019échapper de ses lèvres.Seigneur, sois béni par tous, pour toutes choses.Remarquez, il y a des invitations à la réjouissance pour la vie de la foi.Elles sont là dans le missel, présentées à votre esprit par le rappel, à toutes les lignes, du plus grand des mystères, récemment réalisé.La volonté du Père vient de connaître son couronnement par l\u2019accomplissement de la mission du Fils; le triomphe de la résurrection, solennisé au jour de Pâques, continue d\u2019enchanter l\u2019espérance, ravivée à la joie rajeunie de la foi.Les évangiles parlent d\u2019apparitions multipliées et les alléluias, en sourdine, à la fin de tous les psaumes et de toutes les prières, prolongent la respiration de la fête.Ils sont là, en effet, au bout des chants, comme les bourgeons au bout des branches, pour publier l\u2019authenticité de la vie; hier encore ils étaient sève cachée dans l\u2019arbre apparemment fini, aujourd\u2019hui, comme Jésus ressuscité, ils témoignent de la vie renouvelée, alléluia.Le climat est à la réjouissance, dans l\u2019âme et la nature, alléluia, alléluia.Seigneur, sois béni par tous, pour toutes choses.Faut-il, au mois de mai, s\u2019étonner de retrouver, non pas au calendrier du temps, mais à celui de l\u2019Eglise, un mois complet consacré à la réjouissance avec et par la Vierge-Marie ?Aussi bien s\u2019étonner d\u2019entendre chanter les enfants dans la maison, le jour de la fête des mères ! Hâtons-nous d\u2019aller repasser avec Elle et l\u2019Eglise tous les mystères de la vie de Jésus, pour apprendre à vivre les nôtres, en chantant comme Elle, alléluia, alléluia.Seigneur, sois béni par tous, pour toutes choses.Paul Fortin.162 RELATIONS Avec ou sans commentaires Le christianisme et les religions humaines Beaucoup s\u2019interrogent aujourd\u2019hui sur les rapports qui existent entre te christianisme, religion divinement révélée, et les autres religions humaines.A peu près toutes les opinions ont cours en ce domaine, fait qui contribue à jeter dans la confusion bien des chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui.Pour certains, par exemple, le christianisme ne serait pas tellement différent des autres religions, il n\u2019apporterait que très peu de neuf, il serait bien plus une révélation de l\u2019homme qu\u2019une révélation de Dieu, il ne ferait qu\u2019expliciter des vérités que les autres religions contiendraient déjà implicitement, si bien que la conversion au christianisme ne s\u2019imposerait guère, chacun pouvant se sauver dans sa propre religion.En somme, dans cette perspective, missions et conversions n\u2019auraient plus leur raison d\u2019être, leur nécessité.Un ouvrage récent du P.Henri de Lubac: Paradoxe et Mystère de l\u2019Eglise (Paris, Aubier-Montaigne, 1967) aborde ce difficile problème, en particulier au chapitre IV, intitulé \u201cLes religions humaines d\u2019après les Pères\u201d.Ceux-ci, écrit-il, se montrent habituellement sévères à l\u2019égard des cultes païens de leur temps; il n\u2019en reste pas moins que le jugement de principe qu\u2019ils formulent à leur sujet demeure encore valable aujourd\u2019hui.A nos lecteurs, à ceux surtout qui ont déjà rencontré sur leur route ce problème vital, nous recommandons cette éclairante page de théologie écrite par l\u2019un des premiers théologiens de notre temps.Le jugement des Pères sur le fait religieux L\u2019Eglise du Christ, pensent-ils, doit, dans sa foi au Christ, intégrer en le convertissant tout l\u2019effort religieux de l\u2019humanité.C\u2019est-à-dire que l\u2019intégration dont il s\u2019agit comporte deux aspects solidaires:\tl\u2019un, de purification, de combat même et d\u2019élimination, car tout est d\u2019abord plus ou moins mêlé d\u2019erreur ou de mal; l\u2019autre, d\u2019assomp-tion, d\u2019assimilation, de transfiguration.On pourrait en trouver un symbole dans la vision des ossements desséchés du prophète Ezéchiel: ces membres disséminés et décharnés ne peuvent être pris pour un tout vivant; seul l\u2019Esprit, opérant dans l\u2019Eglise du Christ, est capable de les rassembler, de les trier, de les faire passer de la mort à la vie .Une telle manière de voir, qui associe intimement unité et vérité, est à la fois, remarquons-le, très exclusive et très large, très stricte et très généreuse .Le jugement définitif des Pères sur le fait religieux .est un jugement d\u2019ordre, si l\u2019on peut dire, dynamique.Il s\u2019insère dans une théologie de l\u2019histoire.Il est formulé en fonction de la seule Eglise du Christ, porteuse de l\u2019absolu du Christ.Tout ce qu\u2019il y a de vrai et de bon dans le monde doit, suivant le conseil de saint Paul, être assumé, intégré, dans la synthèse chrétienne, où il se trouvera transfiguré .En toute hypothèse, la recherche essentielle à l\u2019homme dont témoigne le fait religieux, même en ses pires égarements, doit rencontrer enfin son véritable objet dans la révélation que l\u2019Eglise annonce au monde .Il ne s\u2019agit pas de comparer entre eux les mérites de divers systèmes religieux; de confronter tel ou tel système avec tel autre estimé plus vrai, plus parfait, qui serait le système chrétien.Il s\u2019agit de penser, de croire que Dieu est intervenu dans notre histoire, nous apportant le seul principe capable de nous purifier et de nous unir à Lui, et qui n\u2019est autre que Jésus-Christ, indissolublement \u201crévélateur\u201d et \u201crédempteur\u201d; et de penser ensuite, de croire que c\u2019est l\u2019Eglise, son Epouse, qui en est le dépositaire, avec mission de le répandre, et que c\u2019est par cette voie et par nulle autre que l\u2019humanité entière parviendra à sa fin, rassemblée dans le \u201cCorps mystique\u201d.Voilà en résumé ce que nous enseignent les Pères de l\u2019Eglise .Le rejet des faux dieux que l\u2019homme, dans sa conscience encore obscure ou dans sa perversité, concevait à son image, n\u2019est pas le rejet de la nature humaine, créée par Dieu, et dont l\u2019aspiration religieuse doit nécessairement, pour ne pas s\u2019étioler, trouver son expression.Aussi, dès le premier jour, le christianisme est-il apparu aux yeux de tous (comme déjà le culte du Dieu d\u2019Israël) comme une religion; bien plus, par son intransigeance même, comme prétendant à être la Religion .La question qui se pose est simple: Y a-t-il un axe unique suivant lequel le genre humain doit être conduit à son salut définitif, lequel consiste dans son unification en Dieu, grâce à la pénétration de l\u2019Evangile au fond des cœurs, ou bien existe-t-il plusieurs voies de salut ?Si l\u2019on abandonne la foi en cet axe unique, on se trouve amené à croire que des systèmes religieux divers, qui peut-être se contredisent entre eux sur l\u2019essentiel, sont par eux-mêmes porteurs de salut; qu\u2019ils sont voulus et donnés par Dieu comme tels: chose malaisément concevable.Il faut avoir assez de fermeté d\u2019esprit pour avouer \u201cl\u2019irréductible incompatibilité de certaines positions doctrinales\u201d (Yves Raguin).\u2014 Mais il y a plus.Même sans contradiction formelle, s\u2019il existe objectivement plusieurs voies de salut, parallèles en quelque sorte, nous voici en face d\u2019un éparpillement, non d\u2019une convergence spirituelle, et ce qu\u2019on appelle alors indûment \u201cplan de Dieu\u201d est sans unité.Il doit donc y avoir un axe.Ceux qui ne sont pas chrétiens ne le situent pas encore.Un bouddhiste, qui ne s\u2019occupe pas de la marche du monde, qui ne croit pas à une telle marche, n\u2019a même pas besoin de chercher un axe: pour lui, il n\u2019y a point ici de oroblème.Mais si, conformément au dessein de Dieu, nous nous soucions du salut du genre humain, si nous croyons que son histoire est chose réelle et si nous aspirons à l\u2019unité, nous ne pouvons échapper à cette recherche d\u2019un axe et d\u2019une force drainante et unifiante, laquelle est l\u2019Esprit du Seigneur animant son Eglise.Le christianisme apporte-t-il du nouveau ?L\u2019enseignement du Christ a-t-il vraiment apporté sur notre terre quelque chose de tout nouveau ?Jusqu\u2019à un certain point, l\u2019historien même non croyant, pourvu qu\u2019il soit sensible aux réalités spirituelles, devra, pensons-nous, répondre: oui.Quant au chrétien, son \u201coui\u201d ne peut qu\u2019être absolu.Il observe dans l\u2019histoire les traces que l\u2019homme, créé pour Dieu et naturellement religieux, a laissées partout de sa recherche tâtonnante; il y admire certains éclairs, qui n\u2019ont pu jaillir \u201cque de la rencontre de l\u2019expérience humaine et de l\u2019universelle action de Dieu\u201d (Y.Raguin).Mais, en même temps, il constate que la Bonne Nouvelle a retenti dans un temps et dans un lieu précis.Il l\u2019a entendue, et s\u2019y est rallié.Sa nouveauté lui paraît assez manifeste, et en y réfléchissant il se dit qu\u2019en effet le Verbe de Dieu n\u2019aurait sans doute pas pris la peine de venir nous parler, si ce n\u2019était pas pour nous apporter une parole neuve, \u2014 vraiment et substantiellement neuve .Comme il y a une Rédemption unique, il y a de même une Révélation unique, et c\u2019est une Eglise unique qui a reçu la charge de transmettre à la fois l\u2019une et l\u2019autre.Si une telle observation est exacte, on en voit la conséquence dans certaines discussions actuelles, qui ne proviennent peut-être que de malentendus .Nul en tout cas n\u2019a le droit de capter pour lui la grâce de la Rédemption.Mais ce serait paralogisme que d\u2019en conclure à un \u201cchristianisme anonyme\u201d partout répandu dans l\u2019humanité, ou, comme on dit encore, à un \u201cchristianisme implicite\u201d que le seul rôle de la prédication apostolique serait de faire passer, inchangé en lui-même, à l\u2019état explicite, \u2014 comme si la révélation due à Jésus-Christ n\u2019était autre chose que la mise au jour de ce qui se trouvait exister déjà depuis toujours .Pareille théorie supposerait enfin, plus précisément, \u2014 et c\u2019est là ce qui nous paraît être le plus grave, mais que nous n\u2019attribuons directement à personne, \u2014 qu\u2019on méconnaîtrait la nouveauté proprement \u201cbouleversante\u201d de l\u2019apport chrétien .Elle semblerait ignorer non seulement l\u2019idée, mais la réalité même de cette \u201cmetanoia\u201d produite par l\u2019Evangile, qui a profondément transformé l\u2019homme dans son \u201ccœur\u201d, dans sa conscience même .Si l\u2019on en croyait les explications qui en sont quelquefois données, celle-ci se réduirait à peu près à l\u2019enseignement de quelques formules, sans pénétration intime, sans puissance rénovatrice.Elle serait comme le don d\u2019une sorte d\u2019étiquette, que nous aurions à coller sur un vase au contenu demeuré inchangé, possédé depuis toujours quoique d\u2019une manière \u201canonyme\u201d.Bref, elle ne ferait qu\u2019identifier une réalité existante, et l\u2019on ne verrait même plus très bien \u201cpourquoi certains hommes continueraient de porter le titre de chrétiens, puisque leur anonymat se justifierait si aisément\u201d (H.U.van Balthasar) .Sous sa forme la plus tranchée, la thèse qu'on vient d\u2019énoncer et de critiquer ne correspond point à l\u2019idée de la révélation que nous inculque la récente constitution Dei verbum.Ce.n\u2019était pas là non plus le sentiment d\u2019un saint Paul .Lorsque Paul encore écrivait aux Philippiens: \u201cAyez en vous les pensées et les sentiments du Christ Jésus\u201d, pourrait-on croire vraiment qu\u2019il ne leur recommandait là rien que de banal, déjà pratiqué, déjà vécu depuis des millénaires, à ce détail près que les hommes qui le MAI 1968 163 Les livres vivaient ignoraient encore le nom du \u201cChrist Jésus\u201d ?.En Jésus nous est apparu non pas seulement Celui qui révèle à l\u2019homme ce que déjà l\u2019homme était en lui-même, mais encore, dans le \u201cparfait resplendissement de la Lumière\u201d divine (saint Grégoire de Nysse), Celui qui change l\u2019homme en lui révélant les Profondeurs de Dieu.Autrement dit, la révélation ouvertement chrétienne ne se réduit pas à être l\u2019expression réfléchie, positive, historiquement objectivée (et par là même sans doute, relative et transitoire) de la révélation de la conscience: par l\u2019Incarnation du Verbe, Dieu s\u2019approche de l\u2019homme d\u2019une autre manière encore que par la voix de la conscience, et la Parole objective qui a retenti sur notre terre il y a vingt siècles n\u2019a pas consisté en une simple et stérile élucidation.Il est bien vrai que pour chaque individu, l\u2019important n\u2019est pas les idées qu\u2019il professe en matière de religion, \u2014 mais précisément cette révélation de la Parole incarnée apporte bien plus que \u201cdes idées\u201d:\telle est \u201cinséparable d\u2019une communication personnelle créatrice au plus haut point\u201d (Louis Bouyer).Elle est, disait Dietrich Bonhoeffer, \u201crecréation de l\u2019existence\u201d .Si nous savons nous rendre attentifs à la Bonne Nouvelle qui est parvenue jusqu\u2019à nous, si elle retentit vraiment en notre cœur, si elle y suscite un émerveillement analogue à celui que nous constatons chez tant de vrais chrétiens de toute génération, si elle demeure pour nous ce qu\u2019elle fut pour eux et ce qu\u2019elle est en effet, la Vérité même et la Nouveauté même, l\u2019unique \u201cParole du salut\u201d (Actes, 12,26), alors, nous rappelant aussi que le Verbe qui s\u2019est fait chair est également Celui qui éclaire tout homme, nous saurons discerner partout, même lorsqu\u2019elle y est encore enténébrée, même lorsqu\u2019elle est souillée, cette \u201caube de foi\u201d.Nous saurons en estimer le prix et en comprendre le rôle irremplaçable dans le dessein divin du salut des hommes.Mais nous ne serons plus tentés par des théories qui ne paraissent pleinement conciliables ni avec les paroles du Seigneur lui-même, ni avec l\u2019attitude constante de ses disciples.Un missionnaire vient de nous le rappeler, en des termes qui résument à la fois la tradition des Pères et l\u2019enseignement du récent Concile.Si la mission du chrétien, dit le R.P.Jacques Dournes, est bien en effet, en annonçant le Christ aux hommes, de leur révéler par là \u201cce qu\u2019ils sont en eux-mêmes\u201d, ce n\u2019est pas pour les inviter à rester simplement ce qu\u2019ils sont, mais pour qu\u2019ils s\u2019ouvrent à Celui qui, seul, comblera le vœu de leur nature.C\u2019est pour leur apprendre ce qu\u2019ils doivent ainsi devenir.Il leur présente \u201cla nouveauté essentielle\u201d de cet \u201cEvénement\u201d unique: Jésus-Christ.La conversion au Christ n\u2019est pas simple \u201cprise de conscience d\u2019une réalité déjà existante\u201d: elle comporte inévitablement \u201cune rupture, une transposition radicale, signe efficace de l\u2019insertion dans le mystère du Christ\u201d.C\u2019est pourquoi, \u201csi profonds que soient son respect pour les valeurs humaines des non-chrétiens et sa tendresse pour ceux-ci, le chrétien ne peut pas ne pas leur souhaiter ce déchirement sans lequel il n'y a ni renouvellement, ni donc achèvement, plénitude réelle.\u201d Mais il se dit aussi dans le secret à quoi l\u2019oblige pour lui-même ce rôle d\u2019annonciateur et de témoin.Henri de Lubac.Théologie Louis Lochet: Apparitions.Présence de Marie à notre temps, 178 pp.\u2014 M.-D.Chenu, O.P.: Théologie de la matière, 156 pp.\u2014 Henri de Lubac, S.J.: Méditation sur l\u2019Eglise, 326 pp.-\u2014\u2022 Max Thu-rian: Marie, mère du Seigneur, 320 pp.\u2014 Joseph Thomas: Croire en Jésus-Christ, 206 pp.\u2014 Sôren Kierkegaard: Les soucis des païens, 126 pp.\u2014 Romano Guardini: Vie de la foi, 126 pp.\u2014 Claude Jean-Nesmy: Pourquoi se confesser aujourd\u2019hui?158 pp.Coll.\u201cFoi Vivante\u201d, nos 58 à 65.\u2014 Paris et Taizé, Editions du Cerf, Desclée de Brouwer, Aubier-Montaigne, Ouvrières, Delachaux, les Presses de Taizé, 1967-1968, 18 cm.Th ncore une fois, la collection \u201cFoi -^Vivante\u201d présente des volumes \u2014- huit \u2014 d\u2019une grande valeur spirituelle et doctrinale.Ceux qui doutent aujourd\u2019hui de l\u2019Eglise devraient lire le magnifique témoignage du P.de Lubac: Méditation sur l\u2019Eglise.Ceux dont la foi est ébranlée et qui se demandent avec anxiété si demain ils croiront encore devraient se mettre à l\u2019école de Guardini: Vie de la foi et de Joseph Thomas: Croire en Jésus-Christ.Ceux enfin qui ne savent plus quoi penser de la confession devraient méditer les pages éclairantes de Jean-Nesmy: Pourquoi se confesser aujourd\u2019hui ?Ce dernier volume surtout est à la portée de tous et répond aux objections populaires: \u201cJe ne fais pas de péchés, ou si peu ! \u2014 Y a-t-il même seulement des péchés mortels ?\u2014 Je n\u2019ai pas la vraie contrition puisque je retombe.\u2014 Je ne fais de mal à personne.\u2014 Pourquoi la contrition ne suffit-elle pas ?\u2014 Pourquoi n\u2019est-il pas possible de s\u2019adresser à Dieu directement ?\u2014 Est-ce que les liturgies pénitentielles ne vont pas remplacer la confession ?\u201d Des ouvrages qui font partie de la nécessaire culture religieuse de tout chrétien.Richard Arès.En collaboration: La nouvelle image de l\u2019Eglise.Bilan du Concile Vatican II.\u2014 Tours, Editions Manie, 1967, 592 pp.21.5 cm.L\u2019œuvre de Vatican II n\u2019a pas fini d\u2019être commentée.Dans cet ouvrage, écrit en collaboration sous la direction du P.Bernard Lambert, O.P., on trouvera une bonne présentation des documents conciliaires en trois parties: \u201cLa première partie expose la connaissance et la conscience nouvelles de l\u2019Eglise; la deuxième montre la fin de la Contre-Réforme et l\u2019aspiration à la Grande Eglise .La troisième correspond dans son mouvement essentiel à la fin de l\u2019ère cons-tantinienne\u201d (p.12).Tous les chapitres ne sont pas d\u2019égale valeur: celui de Mgr Pietro Pavan sur la liberté religieuse est à recommander pour son objectivité et sa clarté, celui de Mgr L.Henriquez sur l\u2019éducation chrétienne se termine par une critique sévère du texte de la Déclaration: \u201cOn ne peut manquer d\u2019éprouver malgré soi un certain sentiment de désenchantement, un âcre arrière-goût de déception .L\u2019Eglise semble se refermer sur elle-même et entrouvrir une petite fenêtre sur le monde .On attendait une réflexion mûrie et un progrès doctrinal.On attendait un aggiornamento, une mise à jour du système lui-même de l\u2019éducation et de ses méthodes.Mais toutes ces espérances se sont en grande partie évanouies\u201d (p.370).Ce ne sont pas là des remarques à susciter l\u2019enthousiasme du lecteur pour la Déclaration conciliaire sur l\u2019éducation chrétienne ! Dans ce volume, le travail du Père Lambert se révèle considérable et presque omniprésent; son nom se retrouve au bas de quatorze textes différents, allant de l\u2019Eglise comme milieu humano-divin de vie jusqu\u2019à la construction de la communauté des nations, en passant par les orientations nouvelles de la pastorale, la vie économico-sociale et la vie de la communauté politique.C\u2019est beaucoup de spécialités pour un seul homme, mais ses commentaires sont toujours intelligents et justes même si on les désirerait parfois plus près de la réalité \u2014 économique, sociale, politique, internationale \u2014 qu\u2019ils analysent.Richard Arès.Robert Koch: Grâce et Liberté humaine.Réflexion théologique sur Genèse 1-11.Traduit de l\u2019allemand par A.Liefooghe.Coll.\u201cRemise en cause\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1967, 136 pp., 18.5 cm.C'est le sous-titre qui exprime véritablement le contenu de cet opuscule, tout entier consacré à élucider le genre littéraire des onze premiers chapitres de la Genèse et les enseignements religieux que Dieu nous y donne.L\u2019opuscule est excellent.Par sa clarté, sa sobriété, la qualité de l\u2019information et surtout la tonalité religieuse des réflexions.Prêtres et laïcs soucieux de connaître rapidement et solidement l\u2019enseignement actuel catholique sur l\u2019histoire du salut en ses origines seront ici comblés.Les directeurs de la collection \u201cRemise en cause\u201d peuvent être fiers de cet ouvrage.Georges Robitaille.Karl Rahner: Eléments dynamiques dans l\u2019Eglise.Traduit de l\u2019allemand par Henri Rochais.Coll.\u201cQuæstiones disputatæ\u201d.\u2014 Paris, Editions Desclée de Brouwer, 1967, 148 pp., 20 cm.C\u2019est le volume 5 de la collection Quæstiones disputatæ dirigée par Karl Rahner et Heinrich Schlier.Il contient trois essais: le premier pose la distinction entre principes et impératifs; le second traite des charismes dans l\u2019Eglise; le troisième étudie la logique de la connaissance existentielle chez saint Ignace de Loyola.Rahner, dont la réputation est mondiale, a son vocabulaire, sa méthode de travail, sa tournure d\u2019esprit.La doctrine chez lui est sûre; l\u2019intuition, profonde; l\u2019érudition, vaste et puissante.Il n\u2019y a guère matière à discussion sur la doctrine elle-même.C\u2019est quand on passe des thèses abstraites aux applications concrètes qu\u2019on a envie de poser des objections.164 RELATIONS 1.\tPrincipes et impératifs.\u201cIl faut faire line différence essentielle entre les principes qui expriment l\u2019essence collective et les impératifs qui visent le concret dans l\u2019exacte mesure où il est plus qu\u2019un cas particulier du collectif\u201d (p.12).Les principes sont généraux; ils sont nuancés par ce qui est spécial au concret, que ce dernier soit individu (individuum ineffabile), Etat, nation, autres individualités historiques.D\u2019accord, mais voici où la dispute commence: \u201cL\u2019Eglise n'a, dans la plupart des cas, ni le devoir, ni le pouvoir (je souligne, \u2014 J.L.) de promulguer ces impératifs\u201d (p.\t34).Non ?Qui alors donne ses impératifs au peuple de Dieu ?\u201cOn pourrait dire avec assez de précision: la découverte et la diffusion des impératifs est, en premier et en dernier ressort, l\u2019affaire des laïques, de leur apostolat spécifique\u201d (p.36).J\u2019ai sans doute mal compris, mais cette affirmation me renverse.Voici encore plus troublant: \u201cUn impératif \u201cprobable\u201d est meilleur et plus sûr qu\u2019un principe simplement concret d\u2019où ne surgit aucun agir\u201d (p.45).2.\tLes charismes dans l\u2019Eglise.Rahner distingue, comme de raison, entre le charisme du ministère et les charismes non institutionnels (39-53).Quiconque a lu saint Paul et connaît un peu l\u2019histoire de l\u2019Eglise l\u2019approuvera; les grandes initiatives religieuses ont été souvent suscitées par l\u2019Esprit de Dieu dans de simples fidèles ou humbles religieux, pour être ensuite confirmées par l\u2019autorité.Il conclut que \u201cle ministère doit tolérer le charisme\u201d (62) et s\u2019étend sur les dangers d\u2019une autocratie trop forte.D\u2019accord ! Le charisme ministériel, s\u2019il s\u2019oublie, devient une oppression, mais le danger d\u2019abus n\u2019est pas seulement de son côté.Il aurait fallu rappeler avec la même ampleur aux subordonnés que leurs options, leurs résistances à l\u2019autorité pouvaient être des hœreses et cela aussi éclate au cours de l\u2019histoire.Autrement, aux yeux des lecteurs moins avertis, l\u2019auteur risquait de gruger l\u2019autorité et de revêtir la résistance à l\u2019autorité d\u2019une auréole charismatique.Il eût été plus juste, je pense, d\u2019insister de façon moins unilatérale sur les abus du ministère et de confronter plus vigoureusement le charisme ministériel et les charismes non institutionnels.Les saints les plus charismatiques nous ont laissé une doctrine précise sur l\u2019obéissance.Après sa conversion, saint Paul se présenta à Jérusalem.Les \u201csaints\u201d eurent tôt fait de l\u2019emmener à Césarée, le mettre sur un bateau, et l\u2019expédier à Tarse.C\u2019était une liquidation totale, jusqu\u2019au jour où Barnabé irait le chercher.Paul fit de la collecte pour ceux qui l\u2019avaient expulsé une des œuvres majeures de sa vie, et ses textes sur l\u2019obéissance constituent une richesse inépuisable.Saint Ignace de Loyola, sainte Thérèse d\u2019Avila et tant d\u2019autres auraient pu nous en dire long sur la manière de concilier charismes et obéissance.Rahner voulait peut-être provoquer ces réflexions.Sa doctrine théologique est si lumineuse quelle ne prête guère à des Quœstiones disputatœ.En l\u2019enveloppant de circonstances concrètes, paradoxales, il nous force à réfléchir et discuter avec lui.C\u2019est un charisme de pédagogue.Joseph Ledit.Florent Gaboriau, O.P.: Interview sur la mort avec Karl Rahner.\u2014 Paris ( 10, rue Cassette), Editions Lethielleux, 1967, 128 pages.21 cm.Ouvrage difficile à lire, à moins d\u2019être un familier de Rahner ou .de la métaphysique.L\u2019A.n\u2019aime pas la philosophie de base de Rahner et estime que cette philosophie conditionne trop sa théologie, du moins sa théologie de la mort.\u201cQue m\u2019importe à moi, minuscule, écrit-il, la philosophie bruyante dont les chrétiens en vue se gavent de préférence ?Simplement, je donne ma langue au chat lorsque j\u2019entends professer ce que des milliers de lecteurs sont censés avoir compris et qui m\u2019échappe, à moi, sans pitié\u201d (p.124).A propos de la mort, l\u2019A.pose cinq questions, et dans cinq chapitres distincts il critique la valeur des réponses données par Rahner à chacune de ces questions.Le lecteur canadien-français peu familier avec la langue allemande (les citations en cette langue abondent) n\u2019aura pas la tâche facile s\u2019il veut suivre tous les méandres profonds et subtils de cette interview.Richard Arès.En collaboration: Qui est notre Dieu?Compte rendu des Journées universitaires de Pau, 2-5 avril 1967.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 178 pp., 20 cm.Ces pages contiennent l\u2019ensemble des travaux qui ont guidé la réflexion de 2,000 universitaires catholiques réunis à Pau pour leurs journées annuelles en avril 1967.D\u2019abord un rapport: Que sommes-nous devant Dieu ?On y dépouille 200 témoignages d\u2019une brûlante authenticité.\u2014 Puis, 3 méditations fondamentales:\t1) Légitimité de notre démarche de croyants.2) La révélation suprême: Dieu est Amour.Comment comprendre cette révélation et comment la vivre ?3) L\u2019Aujourd\u2019hui de Dieu, autrement dit: A quels signes reconnaître en notre monde désacralisé l\u2019attestation de la rencontre actuelle de Dieu et de l\u2019homme, l\u2019adoration en esprit et en vérité ?Un dernier texte fait le point sur chacun de ces écrits éclairant et ajustant les choses.Ces pages sont admirables; c\u2019est le témoignage dépouillé de la foi que vivent des intellectuels de France; ce n\u2019est pas une foi confortable, mais une foi vraie, une foi sincère.Le lecteur canadien referme le livre avec le souhait de voir un jour surgir parmi nous des témoignages de cette qualité.Georges Robitaille.Psychologie Antoine Vergote :\tPsychologie religieuse.Coll.\u201cPsychologie et sciences humaines\u201d, n° 13.\u2014 Bruxelles (2, Galerie des Princes), Charles Dessart, 1966, 338 pp., 18.5 cm.Prix: $4.50.Lessai de l\u2019A.offre un modèle de recherche compétente et honnête.Trop de psychologues se prennent pour des mages et leur spécialité pour une omniscience de l\u2019homme, comme si la philosophie et la théologie n\u2019avaient rien à y voir.Après avoir montré \u201cquels dynamismes sont à l\u2019oeuvre dans l\u2019instauration progressive de la relation religieuse\u201d, l\u2019A.n\u2019hésite pas à déclarer que \u201ccelle-ci dépasse l\u2019homme psychologique\u201d (p.322).Bien plus, il affirme que \u201cles normes de la psychologie ne suffisent pas à définir l\u2019homme adulte, non plus d\u2019ailleurs que l\u2019homme normal\u201d (319).Acceptant comme des faits d\u2019histoire ou de conscience subjective toutes les \u201cexpériences religieuses\u201d (primitives ou cultivées, positives ou négatives), il en démontre la structure propre : saisie ou refus, dans ce qui est humain et terrestre, de l\u2019impact du Tout-Autre (52).Fait originaire et perception symbolique immédiate (49), au moins dans l\u2019appréhension du sacré (fascinant et terrifiant), la \u201cposition religieuse\u201d évolue selon les âges de l\u2019homme (2e partie) et du monde; elle ne s\u2019explique pas seulement par les motivations : apaisement de l\u2019angoisse devant les énigmes de la vie, compensation de frustrations subies, réponse à un besoin d\u2019absolu, souci de fonder la morale et d\u2019effacer la culpabilité.Dans le désir religieux et le culte du père, qui n\u2019exclut pas les traits maternels, comme l\u2019illustre le judéo-christianisme, l\u2019A.découvre les deux axes de la religion.Quant à l\u2019attitude religieuse, ensemble complexe qui englobe manière d\u2019être, relation à l\u2019Autre et comportement, elle implique des antinomies (liberté et dépendance, pensée personnelle et assentiment de foi, responsabilité et faute) dont la parfaite intégration ne se réalise qu\u2019à l\u2019âge adulte et peut échouer dans l\u2019athéisme, le sectarisme ou d\u2019autres formes de dégradation.Ces antinomies et leur résolution positive ou négative, le phénomène de la conversion, avec ses résistances immédiates ou tardives, les met au jour.Le résumé qu\u2019on vient de lire ne rend pas justice à la richesse de l\u2019ouvrage; il n\u2019indique pas, non plus, la teinte de fidéisme (132, 138, 144, 146, 152, 270) qu\u2019on pourrait critiquer ou discuter.Savante et facile, parce que bien ordonnée et clairement exprimée, l\u2019étude de l\u2019A.s\u2019impose aux prêtres, aux professeurs de religion, aux psychologues et aux parents instruits.Ils y apprendront à respecter et à cultiver la capacité religieuse de l\u2019enfant, à éclairer et à édifier (dans les deux sens) la foi de l\u2019adolescent(e), et à purifier la leur, tâche de toute la vie.Joseph d\u2019Anjou.Albert Maréchal, ptre : De mes peurs à ma personnalité.Coll.\u201cMondes intérieurs\u201d.\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1966, 228 pp., 18 cm.Prix : 12,35 F.La peur se guérit-elle ?demande la fable.L\u2019A.répond : oui.Il analyse les peurs qui paralysent quantité de gens, surtout celle qui les empêche de réaliser leur vraie vocation.Il dépiste, en somme, et traite \u201cla grande illusion\u201d dont souffrent plusieurs : vouloir devenir un autre par peur de soi-même.Cette peur illusoire, qui contrarie l\u2019élan spontané de l\u2019être humain, s\u2019explique par un défaut de dialogue, de communication :\tles premiers éducateurs ne valorisent pas l\u2019enfant selon son originalité, le milieu dépersonnalisé, dépersonnalisant aggrave le mal, le conseil qui revalorise manque trop souvent.L\u2019A.se sert de son expérience pastorale pour décrire les peurs qu\u2019on lui a confiées ; il cite des témoignages ; il montre, par la psychologie, la philosophie, la théologie, que la communication avec la personne, au delà du personnage, peut seule prévenir les fausses peurs (scrupules, illusions, idéal fantaisiste, ambitions jalouses) ou les exorciser.Succès garanti ?Certes non.Mais moyennant compétence et accueil chez l\u2019éducateur ou le conseiller, sincère désir de la vérité chez le consultant, il y a chance de récupération, d\u2019épanouissement.MAI 1968 165 L\u2019ouvrage se recommande par son sérieux et le goût du réel que manifeste l\u2019A.: il le prise même au point de mépriser l\u2019idéal, après l\u2019avoir un peu caricaturé (pp.98-99, 133-134).Que le lecteur ne s\u2019arrête pas à quelques maladresses d\u2019expression (42,101, 144), ni aux offenses commises contre la syntaxe et la ponctuation ; qu\u2019il médite les justes réflexions de l\u2019A.sur la nécessité de se livrer pour devenir soi-même (24, 65, 86, 88), sur le sens et les éléments de la personnalité (74-75, 181, 218), sur la chasteté qui humanise les marques sensibles d\u2019affection (169-180), sur la charité, plus utile que la psychothérapie et la science pour rééquilibrer quelqu\u2019un et le préparer à la foi (106, 139, 145, 184).L\u2019A.annonce deux autres volumes qui compléteront son enseignement ; on fera bien de se les procurer.Joseph d\u2019Anjou.En collaboration: Etre père aujourd\u2019hui.\u2014 La crise de la paternité.\u2014 Cahiers d\u2019éducateurs, no 6.\u2014 Paris, Fleurus, 1967, 176 pp., 20 cm.Dans le monde en évolution accélérée où nous vivons, il est normal que la paternité participe à l\u2019état de crise.Mais, comme la famille, la paternité ne \u201cmourra\u201d pas, même si on parle beaucoup de la mort du père de famille; elle devra simplement prendre un visage nouveau adapté à la philosophie de la vie et aux conditions de notre temps.Les essais que nous pouvons lire dans cet ouvrage nous aident à mieux cerner cette question: comment le père peut-il remplir pleinement son rôle dans la culture et la civilisation présentes ?Que l\u2019on envisage les faits rapporté par les media de publicité, qu\u2019on se situe au point de vue de la philosophie de l\u2019histoire, de la logique, de la psychologie, de la pédagogie ou de la théologie, une constante s\u2019affirme et nous fait comprendre que le père est loin d\u2019avoir perdu sa place dans notre société, à condition qu\u2019il soit vraiment père, dans la force du terme.Ont collaboré à cet ouvrage Robert de Montvalon (la paternité et la mort), Etienne Borne (la philosophie de l\u2019histoire), Xavier Sallantin (la logique), Jean Ormezzano (la pratique psychologique), Alexandre Rey-Herme (propositions pédagogiques), Jacques-M.Pohier (la théologie de Dieu le Père).Et comme il s\u2019agit d\u2019un cahier d\u2019éducateurs, nous espérons que les professeurs et les parents, soucieux de préparer les garçons à devenir pères de famille, liront ce livre qui n\u2019apporte pas de solutions définitives, mais ouvre des voies vers une nouvelle formulation de la paternité dans notre univers.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Viktor Frankl: Un psychiatre déporté témoigne.Traduit de l\u2019allemand par Edith Mora et François Grunwald.\u2014 Lyon (36, rue de Trion), Editions du Chalet, 1967, 182 pages, 20.5 cm.Ce livre ne vient pas s\u2019ajouter à la liste déjà longue des ouvrages sur les atrocités des camps de concentration.L\u2019A.avertit le lecteur dès la première page que son \u201cexposé n\u2019a pas pour objet les horreurs monstrueuses déjà maintes fois décrites, mais la multitude des souffrances infimes.Comment au camp de concentration, la vie quotidienne se réfléchissait-elle dans l\u2019âme d\u2019un déporté moyen ?\u201d L\u2019A., médecin-psychiatre, a vécu dans les camps de concentration allemands.Il démontre sobrement et lucidement l\u2019abrutissement qui mine les détenus, leur irritabilité, leur abdication dans le dénuement total, leur désespoir, leur misère matérielle et mentale.Il fait l\u2019analyse des sentiments du déporté à partir de son admission dans le camp, tout au long de sa captivité jusqu\u2019au moment de sa libération et après sa sortie.C\u2019est une étude sobre, sincère, sans haine et sans amertume.A sa libération, l\u2019A.s\u2019est remis à la pratique de la psychiatrie et de la neurologie à Vienne, en Autriche, sa patrie.Une haute personnalité de l\u2019Eglise méthodiste d\u2019Angleterre présente cet ouvrage comme \u201cun livre qui n\u2019est pas seulement une histoire, des plus émouvantes, d\u2019endurance et de courage humains, mais qui ouvre de nouvelles perspectives d\u2019espoir et de guérison aux âmes prisonnières des camps de concentration du désespoir\u201d.Pierrette Mongeau.Montréal.Esthétique, Langue Jean Onimus: Réflexions sur l\u2019art actuel.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1964, 217 pp., 19.5 cm.Prix: 96 f.b.Révolte et protestation peuvent stimuler; elles ne créent pas.L\u2019art, cependant, suppose et provoque émoi, surprise, voire bouleversement, mais non pas, de soi, refus ou scandale, encore moins sacrilège.Or, l\u2019art actuel, qu\u2019admire l\u2019A.presque sans réserve et sous toutes ses formes: peinture, sculpture, musique, cinéma, littérature, témoigne d\u2019une rupture entre notre civilisation technique, donc abstraite, impersonnelle, déshumanisante, et notre culture, tournée vers le concret, le subjectif, l\u2019humain; car les arts d\u2019aujourd\u2019hui, qu\u2019on appelle abstraits, ont, au contraire, affirme l\u2019A., pour visée première de favoriser la contemplation du réel, la participation au mystère concret et non systématisable des êtres.La protestation des artistes va jusqu\u2019à l\u2019exaltation de l\u2019horrible, de l\u2019excrémentiel et du scandaleux, parce que l\u2019art, comme toute fête, secoue les tabous et les interdits gênants.Je me permets, à mon tour, de protester contre la thèse de l\u2019A., qui n\u2019échappe pas d\u2019ailleurs à la contradiction.Puisqu\u2019on aurait tort, concède-t-il, de renier la civilisation de son temps, le vrai artiste ou bien devra trouver le moyen d\u2019y apercevoir des éléments de beauté (et l\u2019art qu\u2019exalte l\u2019A.tendrait à ce résultat, sans y réussir, parce qu\u2019il surgit trop souvent d\u2019une révolte, non d\u2019une inspiration), ou bien dévoilera le mystère existentiel, présent à toute civilisation et toujours apte à rendre l\u2019homme conscient de sà grandeur, de sa vocation contemplative dans l\u2019univers.Mais les artistes d\u2019aujourd\u2019hui, pour la plupart étrangers à Dieu et de la sorte à eux-mêmes, affichent leur aliénation plus que celle des robots de leur temps.Les glorieuses exceptions que reconnaît l\u2019A.: Péguy, Claudel, Rouault et d\u2019autres, loin de céder au \u201cdérèglement des sens\u201d qu\u2019a prôné Rimbaud, invitent leurs contemporains à l\u2019adoration: la fête de leur réussite tient à la mise en œuvre du sens intelligencié, dirait Maritain; l\u2019Intuition créatrice dans l\u2019art et la poésie, déjà parue en anglais, dès 1953, aurait dû retenir davantage l\u2019attention de l\u2019A.Par sa thèse, il aboutit à rationaliser la révolte, tout en souhaitant que la civilisation, engagée irréversiblement dans le progrès technique, favorise la contemplation.Je déplore que l\u2019A.ait de la mystique une conception étriquée; mais je recommande la lecture de son livre, car il y déploie et maîtrise une vaste érudition, une vigueur et une subtilité dans l\u2019argumentation (voir le chapitre intitulé \u201cArt cruel\u201d) qui portent à réfléchir, même quand on ne pense pas comme lui.Joseph d\u2019Anjou.Bernard DuPRIEZ : Apprenez seul l'orthographe d'usage.Cours autodidactique du français écrit, 1.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1966, 256 pp., 17.5 cm.Prix : $1.50.Titre et sous-titre suggèrent le contenu de l\u2019opuscule.L\u2019avertissement (pp.6-7) explique la manière de l\u2019utiliser.Une trop courte bibliographie (8) précède vingt-deux pages qui décrivent les règles (habituelles) et les lois (plus stables) de l\u2019orthographe d\u2019usage en français.Des exercices numérotés composent le reste du volume : variés, amusants, ils ont pour but de fixer dans la mémoire les multiples règles et lois.Chanceux qui en retiendra la moitié ! La table des matières (255) permet de retrouver rapidement les cas particuliers.Je relève une distraction (51) : il n\u2019y a pas quatre, mais trois prénoms; un mot anglais inutile : business (180).En écrivant les noms de personnes, de lieux, d\u2019institutions, de rues, on doit préférer ordinairement les graphies complètes : Saint-Onge, Saint-François (188), Sainte-Justine, Sainte-Catherine (171), aux formes abrégées: St-Onge, etc.L\u2019ouvrage rendra service aux étudiants, aux journalistes et aux écrivains.Joseph d\u2019Anjou.Gérard Dagenais: Nos Ecrivains et le français, I.Préface de Roger Duhamel.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1967, 111 pp., 19.5 cm.Dans ce recueil d\u2019articles parus dans la Presse du 5 mars au 6 août 1966, M.Dagenais indique, à partir d\u2019ouvrages récents, quelques problèmes du français écrit au Canada.Ainsi, Cœur de sucre de Madeleine Ferron lui donne l\u2019occasion de parler des canadianismes, tandis que la Route d\u2019Al-tamont de Gabrielle Roy l\u2019amène à \u201créfléchir sur les difficultés du dialogue pour les écrivains canadiens\u201d (p.45).En ce dernier cas, et en maints autres, les remarques du linguiste touchent également des problèmes littéraires; d\u2019autres fois, elles se répercutent sur les plans culturel et politique.Pour M.Dagenais il n\u2019y a qu\u2019une langue française; et c\u2019est elle que nous devons parler, afin de préserver notre culture et notre identité nationales: \u201cLe franco-canadien ne peut pas résister à l\u2019anglais.(.) Mais le français le peut.\u201d (81.) Les coups qu\u2019il assène à M.Gilles Bibeau, auteur de Nos Enfants parleront-ils français ?, me semblent tomber juste.(73-85.) Il a raison aussi de proclamer, même si c\u2019est une lapalissade, \u201cqu\u2019on apprend à écrire non en gagnant des concours qui méritent l\u2019honneur de la publication, mais en se faisant corriger\u201d (64).Avec lui, je déplore que nos éditeurs ne soignent pas davantage la langue de leurs publications.Il leur faudrait, à tout prix, engager des réviseurs compétents, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de manuels scolaires, les fautes devenant alors de néfastes exemples.Nos écrivains auraient besoin de correcteurs capables de les conseiller: \u201cquelques bons conseils, 166 RELATIONS de simples observations sobrement motivées et faites avec sympathie peuvent mettre un jeune écrivain sur sa voie, sur la bonne voie au triple point de vue de l\u2019expression de sa personnalité, de la pratique du genre qui lui convient et de l\u2019art de bien s\u2019exprimer en français\u201d (65).Non seulement le \u201cjouai\u201d n\u2019est pas de mise en littérature, mais le mot lui-même ne désigne pas adéquatement la réalité qu\u2019il veut exprimer, celle-ci étant \u201cbien autre chose que de la simple vulgarité\u201d (69).De plus, comme l\u2019écrit M.Roger Duhamel, \u201cc\u2019est une conception étrange et maladive du nationalisme qui porte des gens sûrement sincères et intelligents à vouloir nous déposséder de notre plus riche ressource naturelle, celle qui nous rend membres à part entière de la francophonie universelle\u201d (11).Il importe aussi de noter que M.Dagenais tient, sur \u201cles difficultés de la traduction\u201d (95-101), d\u2019excellents propos.René Dionne.René-SalvatOr CATTA :\tSavoir parler.\u2014 Montréal (1130 est, rue La Gauchetière), Editions de l\u2019homme, 1966, 96 pp., 20 cm.Prix : $1.50.Lopuscule de l\u2019A.offre, en peu de pages, quantité de suggestions pertinentes et peu observées par les \u201cparleurs\u201d publics ou privés.Conseils d\u2019expérience, l\u2019A.ayant fait ses preuves comme écrivain, diseur et comédien.Je continue toutefois à penser que la réflexion jointe au don naturel permet à l\u2019honnête homme (au sens classique de l\u2019expression), s\u2019il veut ou s\u2019il doit captiver un auditoire restreint ou nombreux, par une lecture ou un jeu dramatique, par un discours sérieux ou badin, d\u2019acquérir qualités et trucs dont nous entretient l\u2019A.fort agréablement.Mais qui consent à réfléchir de nos jours ?L\u2019A.connaît ses contemporains.Il les aide avec compétence, leur apprenant à se tenir sur une scène ou devant un micro, à bien articuler, à respirer comme il faut, à lancer leux voix sans la forcer, à varier le ton et le débit de leur élocution, voire à écrire dans une langue juste et un style naturel.Les meilleures pages de son ouvrage sont peut-être celles qu\u2019il consacre à la description, remarquable, de quelques photos et tableaux (mal reproduits).Joseph d\u2019Anjou.Lucie DE VIENNE : Nouveau Traité de diction.\u2014 Montréal (1083, av.Van Horne), Editions Lidec, 1966, 336 pp., 17.5 cm.Prix : $3.50.Technique, savant même, par ses explications physiologiques, par ses exercices difficilement exécutables sans maître, l\u2019ouvrage de l\u2019A.s\u2019adresse à des diseurs et acteurs, débutants ou vedettes, désireux de progrès ou de perfection.Un triple principe commande le traité : se faire a) entendre, b) comprendre, c) écouter.Programme moins simple qu\u2019on ne pense.L\u2019A.fournit les détails utiles à sa réalisation : physiologie de la parole, rôle des organes de la phonation, même de l\u2019oreille (pp.46-49), sonorité des voyelles et des consonnes avec leurs nuances, liaison entre elles, rythme propre à la chaîne verbale du français.La troisième partie (se faire écouter) insiste sur le message à communiquer et sur son interprétation.D\u2019intéressantes annexes enseignent à étudier un texte, à le rendre selon son caractère, à se tenir sur la scène, à cultiver sa mémoire.Pour finir, MAI 1968 80 pages de morceaux à dire, prose et vers, variés, choisis avec goût, de Rutebeuf à nos jours, nos poètes inclus.Louons ici : la transcription constante de l\u2019alphabet phonétique international (59-60); la conservation du son un, qui ne doit jamais devenir in; le refus de lier la négation non au substantif ou à l\u2019adjectif qui la suit : non / engagé, au lieu de l\u2019agaçant «non(ne)-engagé » (152); le souci de garder l\u2019accent final, même quand le débit suggère un autre accent (148, 172, 208), et de même le son léger de Ve muet non élidé dans les vers (209, 226); une belle analyse phonétique et rythmique de « Recueillement » (Baudelaire).Mais il y aurait quantité de fautes à signaler.De langue : « sur scène », pour sur la scène ou en scène; « de suite », pour tout de suite; après qu\u2019il « ait » été, pour eut été; de façon « à ce » que, pour de façon que, etc., etc.; de prononciation : « ek-sétéra » (horreur!), pour et(te)cétéra; « autonome », pour autonome (les deux derniers o sont ouverts et brefs); « exa », pour exact (et le c et le t de la fin doivent s\u2019entendre); et des dizaines d\u2019autres.Recommandons le français universel, mais parlons-le bien.Joseph d\u2019Anjou.Littérature canadienne Suzanne Paradis: François-les-oiseaux.Nouvelles.\u2014 Québec, Garneau, 1967, 160 pp., 19 cm.Les dix nouvelles de ce livre sont pleines ' de fraîcheur et de poésie.Le regret du paradis perdu de l\u2019enfance, le désir de forcer le royaume de la folie, la magie des prénoms concourent au charme du recueil.S.Paradis sonne le glas de son enfance.Mais la nostalgie de l\u2019enfance semble parfois voulue pour le plaisir de la nostalgie plus que pour les valeurs de l\u2019enfance: serait-ce un nouveau caprice d\u2019une femme qui, le pourrait-elle, ne voudrait pas vraiment échanger ses bijoux et ses robes contre le monde trop mystérieux de l\u2019enfance ?La narration et la langue ont une beauté formelle, plastique, exagérée cependant dans le conte éponyme.D.Maccabée.1855 est, rue Rachel, Montréal 34.André Gil: Désormais comme hier .Coll.\u201cNouvelle-France\u201d, 16.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1967, 151 pp., 20 cm.Avec intelligence et simplicité, André Gil ressasse ici certains thèmes existentialistes: on a peur de la vérité, il y a trop de gens satisfaits, nos actes sont gratuits, tout est absurde, etc.Son personnage principal est un lâche sartrien.Il se croit d\u2019abord différent des autres à force de lucidité, mais, un beau jour, il doit se rendre à l\u2019évidence: \u201cL\u2019ennuyeux, c\u2019était qu\u2019il n\u2019y avait aucun de nos gestes, même ceux qu\u2019on croyait les plus libres, qui nous appartenaient.\u201d Cette lumière lui vient lors d\u2019une \u201ccoucherie\u201d: \u201cLes fesses de Josée, c\u2019était le bas-ventre de Renée dans \u2018Erostate\u2019 il s\u2019en souvenait maintenant.Complètement écœuré, il murmura en souriant: \u201ctes fesses prouvent la non-existence de la liberté.\u201d (P.146.) (A chacun sa voie de connaissance !) Vaut tout aussi bien, en conclut Robert Dupont, retourner à sa femme légitime, qu\u2019il a trompée et qui l\u2019a trompé.Ce sera \u201cdésormais comme hier\u201d: \u201cIl la connaissait trop pour l\u2019aimer.\u201d (44.) André Gil écrit avec soin.Ses phrases, mesurées et pesées, disent sobrement, mais correctement.Les paragraphes, nombreux, résultent d\u2019un louable souci de clarté; et d\u2019un découpage savant seize chapitres d\u2019une longueur sensiblement égale, répartis en deux groupes de huit.La première partie, malgré certaines répétitions (v.g.41-42), a plus d\u2019allant que la seconde; celle-ci souffre d\u2019épuisement, l\u2019introspection ayant tourné court ou, plus probablement, achevé de faire le vide.A l\u2019œuvre entière manquent une profondeur et une originalité que l\u2019habileté d\u2019André Gil ne pouvait pas compenser.Mais c\u2019est un premier roman, et il nous en fait heureusement désirer un second.René Dionne.VIENT DE PARAÎTRE LA CORRESPONDANCE D\u2019ÉRASME traduite et annotée d'après l'Opus epistolarum de P.S.Allen, H.M.Allen et H.W.Garrod Tome I, 1484-1514 traduction française sous la direction de Marie Delcourt Cette première traduction française intégrale de la correspondance du grand humaniste, d\u2019après le monumental Opus Epistolarum, rendra maintenant accessible aux francophones une correspondance qui, selon Paul Van Tieghem, est « après celle de Voltaire, [ .] la plus variée, la plus riche d\u2019idées, la plus intéressante historiquement et intellectuellement que nous puissions lire en aucune langue ».Elle fera revivre, jour après jour, non seulement la vie d\u2019Erasme, qui forcément sera mieux connue, mais toute cette tranche de l\u2019histoire européenne telle qu\u2019Erasme l\u2019a vécue, commentée et appréciée.L\u2019ensemble de cet important ouvrage comportera 12 volumes totalisant environ 5 800 pages.6 x 91/2, xvi-572 pages, 1967, broché, $9.00.En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur : LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2.167 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Robert Bosc: Le Tiers Monde dans la politique internationale.Coll.\u201cTiers Monde et Développement\u201d.\u2014 Paris (13, Quai de Conti), Aubier-Montaigne, 1967, 126 pages.Analyse, en quelques pages, des révolutions du Tiers Monde, du comportement international des Etats qui le constituent ainsi que des chances de démocratisation de la société internationale.En collaboration: La croissance de la population, du nombre de familles et de la main-d\u2019œuvre jusqu\u2019en 1980.\u2014 Inscriptions aux écoles et aux universités, 1951-1952 à 1975-1976.\u2014 Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1967, 116 et 172 pages.Deux études préparées pour le Conseil économique du Canada.\u2022 Robert Gurik: Hamlet, prince du Québec.\u2014 Montréal (1130 est, rue de la Gau-chetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 96 pages.Pièce en deux actes sur les événements politiques au Québec, à partir de 1 'Hamlet de Shakespeare.Une appréciation de cette pièce a déjà paru dans Relations de mars 1968, p.88.\u2022 LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\u201cOù le travail devient œuvre.chef-d\u2019œuvre\u201d 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL OOO OOQ OOQ OOQ \"I S CHAUFFAGE-PLOMBERIE Louis Stanké: Jeux de société.\u2014 Montréal (1130 est, rue de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 160 pages.Recueil de tours, de devinettes, de problèmes, de casse-tête.Nouvelle édition.Jacques Duval: Le guide de l\u2019auto 68.\u2014 Montréal (1130 est, rue de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 260 pages.Guide très pratique écrit par un spécialiste de l\u2019automobile.Doit-on louer ou acheter une auto ?Comment s\u2019assurer ?Quelles sont les difficultés de conduite en été et en hiver ?Quelle est la valeur des principales marques d\u2019auto (29 essais de véhicules) ?Autant de questions auxquelles répond ce guide.René Laurentin : Flashes sur l\u2019Amérique latine.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 142 pages.Trois articles sur le Brésil, le Chili et le Mexique, suivis d\u2019une série de documents provenant de l\u2019Amérique latine, entre autres, du cas de conscience de Camilo Torrès et du \u201cdossier Illich\u201d.Laurier L.LaPierre: Québec : hier et aujourd\u2019hui.\u2014 Toronto (70 Bond Street), The Macmillan Company of Canada, 1967, 306 pages.Ouvrage qui porte en sous-titre: \u201cUne anthologie de la pensée canadienne-fran-çaise\u201d.Il s\u2019agit d\u2019un recueil de courts écrits (deux ou trois pages au plus) d\u2019auteurs canadiens-français sur les trois thèmes suivants: 1.Vie intellectuelle et artistique; 2.Vie sociale et économique; 3.Vie politique et nationale.Ce recueil, préparé par le Centre d\u2019Etudes canadiennes-françaises de l\u2019Université McGill, est destiné surtout aux étudiants canadiens de langue anglaise.Société royale du Canada: Water Resources of Canada.Ressources hydrauliques du Canada.\u2014 Toronto, University of Toronto Press, 1967, 252 pp.Texte des travaux présentés lors de la réunion de la Société royale en 1966, à Sherbrooke.Jacques Cotnam: Faut-il inventer un nouveau Canada ?Coll.\u201cBibliothèque économique et sociale\u201d.\u2014 Montréal (245 est, boulevard Dorchester), Editions Fi-des, 1967, 260 pages.Essai sur l\u2019avenir du Canada ainsi que sur la condition du peuple canadien-français, avec considérations sur l\u2019unité nationale, les minorités françaises, le parler français, la culture canadienne-française, etc.D\u2019abondantes citations composent la trame de ce volume.\u201cNous aurions préféré, écrit l\u2019A.à la dernière page, conclure sur une note plus optimiste mais, en dépit de toute notre bonne volonté, il nous faut avouer qu\u2019après avoir dressé ce triste bilan de la vie canadienne, nous cachons difficilement notre pessimisme quant à l\u2019avenir du Canada, pays bilingue et biculturel.\u201d Réception de M.Marcel Cadieux à la Société royale du Canada.\u2014 Ottawa, Société royale du Canada, 1968, 60 pages.Discours prononcés par MM.Gérard Parizeau, Pierre Camu et Marcel Cadieux lors de la séance de la Société royale du Canada, le 11 novembre 1967, à Ottawa.Bibliographie rétrospective de \u201cL\u2019hôpital d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, 1955-1966.\u2014 Montréal (4237, rue de Bordeaux), Association des Administrateurs d\u2019Hôpitaux de la province de Québec, 260 pages.Prix: $5.00.Bibliographie de tous les articles parus dans la revue l'Hôpital d\u2019aujourd\u2019hui, de février 1955 à décembre 1966.Deux sections: 1.table des auteurs; 2.table des sujets.Réponses de Pierre-Elliott Trudeau.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1968, 120 pages.Dans l\u2019introduction, Gérard Pelletier présente Pierre Trudeau, un Québécois canadien.Suivent les réponses données: 1° à Pierre Olivier de la Presse, 2° lors de la conférence fédérale-provinciale de février, 3° aux journalistes, le 16 février, au cours d\u2019une conférence de presse marquant l\u2019entrée de P.Trudeau dans la course à la chefferie du parti libéral.Mc &zm
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