Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1968-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Les catholiques devant Vencyclique la régulation des naissances 1 g g J J A A À À À i SOMMAIRE Septembre 1968 Éditoriaux.237 Devant l\u2019Encyclique: de la contestation à la foi \u2014 Tragédie au Biafra.Articles 235 Églises \u2014 Upsal.Irénée Beaubien 239 Vicaire du Christ.Luigi d\u2019Apollonia 242 L\u2019encyclique Humaine Vitœ et l\u2019obéissance catholique Marcel Marcotte 245 L\u2019Encyclique: I.Impressions d\u2019une mère de famille Claire Campbell 2.Témoignage .\t.Marguerite-M.Guérin 252 Chateaubriand, cette nature riche et forte Liam Brophy 253 Chroniques Lecture du mois: Le Saint-Siège et la guerre de 1939-1945 Joseph Ledit 256 Au fil du mois.258 Terre des Hommes: le Pavillon chrétien 1968.^ \u2014 Du nouveau fidèle à l\u2019ancien.\u2014 Heureux d\u2019être prêtre.Document : Le cardinal Roy et l\u2019Encyclique.259 Les livres .260 Notes bibliographiques.264 Méditation : Un fardeau, une épaule .Paul Fortin 264 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.iZjgiEû\": Am VAS VïNGlUiNQ ÏXXLAâS CANADIENS AJjRK EPCJ MM ÏËS XC v / 11X155: ***3«XtJXx5 Wamagaawi KW mm V:XiS Bancardchek Le chèque garanti au crédit automatique \u2022\tAussi bon que de l'argent comptant \u2022\tProcure $500-et plus-de crédit automatique en cas de besoin \u2022\tEst garanti par la Banque de Montréal Renseignez-vous à la succursale la plus proche.Banque de Montréal La Première Banque au Canada montréal septembre 1968 numéro 330 relations S-ditotiaux.Devant l'Encyclique : de la contestation à la foi I\u2019accueil réservé à l\u2019encyclique Humanœ Vitœ de Paul VI sur la régulation des naissances aura fait comprendre à tous, même aux catholiques qui l\u2019ignoraient encore, que l\u2019Église est entrée dans l\u2019ère de la contestation et que le Pape lui-même n\u2019est pas à l\u2019abri des retombées de cette \u201cexplosion de négativité\u201d par laquelle l\u2019ère nouvelle se caractérise.Contre la récente décision pontificale, en effet, que d\u2019objections n\u2019a-t-on pas soulevées jusqu\u2019ici ! Exemples: il ne s\u2019agit pas d\u2019un dogme mais d\u2019une question morale, et le Pape, en la tranchant, n\u2019a pas engagé son infaillibilité; bon nombre de théologiens ne pensent pas comme lui; il va à l\u2019encontre de l\u2019opinion de la majorité des membres de la commission qu\u2019il avait chargée, après Jean XXIII, d\u2019étudier cette question; il n\u2019a pas tenu compte des besoins urgents des pays sous-développés, où une planification des naissances est devenue une nécessité; il impose un fardeau que la plupart des couples catholiques ne sont plus en mesure de porter; etc., etc.Tant qu\u2019on demeure ainsi sur le seul plan de la raison raisonneuse et qu\u2019on donne la primauté, quand ce n\u2019est pas l\u2019exclusivité, à la fonction critique de son intelligence, les objections ne peuvent manquer de surgir, car grand est l\u2019enjeu et lourd le sacrifice demandé.Mais l\u2019Église n\u2019est ni un peuple, ni une communauté ni une société d\u2019origine et de constitution purement humaines, son inser- tion dans le monde et sa marche dans l\u2019histoire ne se guident pas uniquement par les lumières de la raison naturelle.Et le pape dans l\u2019Église n\u2019est ni un sage parmi d\u2019autres sages, ni un théologien parmi d\u2019autres théologiens, ni même un évêque parmi d\u2019autres évêques, il est le premier pasteur, le docteur suprême et le grand \u201cconfirmateur\u201d de tous dans la foi.Sa réponse, Paul VI l\u2019a donnée, non en tant que théologien privé ni même en tant qu\u2019évêque de Rome, mais en tant que premier et grand responsable du Magistère dans l\u2019Église et, dira-t-il, \u201cen vertu du mandat que le Christ nous a confié\u201d (no 6).S\u2019il demande \u201cun assentiment loyal, interne et externe, au Magistère de l\u2019Église\u201d, il s\u2019empresse d\u2019ajouter que \u201ccet assentiment est dû, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l\u2019Esprit Saint, dont les Pasteurs de l\u2019Église bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité\u201d (no 28).La décision du Pape fait donc appel au sens de la foi chez tous: laïcs, prêtres et évêques.Les réactions qu\u2019elle a suscitées jusqu\u2019ici ressemblent étrangement à celles qui se manifestèrent lorsque le Christ, à ses auditeurs juifs, en son discours sur le Pain de Vie, annonça l\u2019Eucharistie.On lit, en effet, dans l\u2019Évangile qu\u2019alors \u201cles Juifs murmuraient contre lui\u201d et qu\u2019ils \u201cse mirent à discuter entre eux\u201d.Des disciples même allèrent jusqu\u2019à dire: \u201cCette doctrine est dure ! Oui peut l\u2019écouter ?\u201d Ce qui leur attira de Jésus cette question: \u201cCela vous scandalise?\u201d puis, cette déclaration: \u201cLes paroles que je vous ai dites SEPTEMBRE 1968 237 sont esprit et elles sont vie.Mais il en est parmi vous qui ne croient pas .Et saint Jean d\u2019ajouter: A la suite de cela, beaucoup de ses disciples retournèrent en arrière et cessèrent de marcher avec lui.Alors Jésus dit aux Douze: \u201cEst-ce que vous aussi, vous voulez vous en aller ?\u201d Simon-Pierre lui répondit: \u201cSeigneur, à qui irions-nous ?Vous avez les paroles de la vie éternelle, Et nous, nous croyons et nous savons que vous êtes le Saint de Dieu\u201d {Jean, VI, 60-69).Ainsi aujourd\u2019hui, après Humanœ Vitœ, murmures et contestations ont surgi; bien des disciples \u2014 laïcs et clercs \u2014 n\u2019hésitent pas à dire: \u201cCette doctrine est dure ! Qui peut l\u2019écouter ?\u201d Pourtant les paroles que le Pape a prononcées dans son encyclique \u201csont esprit et elles sont vie\u201d: elles témoignent de l\u2019Esprit et elles défendent la dignité de la vie.Aux contestants et aux murmurants d\u2019aujourd\u2019hui, comme à ceux d\u2019hier, elles posent la question cruciale: Vous aussi, voulez-vous vous en aller?Ils peuvent répondre par la défection ou par la fidélité; ils peuvent soit retourner en arrière, cesser de marcher avec le pape en soulevant sans cesse de nouvelles objections, soit donner leur assentiment en souhaitant d\u2019être plus et mieux éclairés et en répétant avec Simon-Pierre: Nous aussi, nous croyons.Il reste que l\u2019acte de foi à poser en la circonstance exigera de plusieurs de douloureux sacrifices; le Pape lui-même le reconnaît et n\u2019hésite pas à dire que cette doctrine de l\u2019Église \u201cne serait pas observable sans l\u2019aide de Dieu, qui soutient et fortifie la bonne volonté des hommes\u201d (no 20).Aussi engage-t-il les époux chrétiens à implorer \u201cpar une persévérante prière l\u2019aide divine\u201d et à puiser \u201csurtout dans l\u2019Eucharistie à la source de la grâce et de la charité\u201d.\u201cEt si, ajoute-t-il, le péché avait encore prise sur eux, qu\u2019ils ne se découragent pas, mais qu\u2019ils recourent avec une humble persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accordée dans le sacrement de Pénitence\u201d (no 25).Ainsi, nous revenons toujours au même point: sans la foi en Dieu, qui assiste les époux chrétiens quand ils le prient avec sincérité et confiance, sans la foi au Christ, qui a dit: \u201cSi quelqu\u2019un veut venir à ma suite, qu\u2019il se renonce lui-même, qu\u2019il prenne ma croix et me suive\u201d, sans la foi en l\u2019Église, qui garde le dépôt des \u201cparoles de la vie éternelle\u201d, sans cette triple fidélité, on aura toujours des objections à la doctrine de l\u2019Encyclique et l\u2019on s\u2019installera dans la contestation.Mais le vrai chrétien, lui, sait que ce qui vainc le monde, rend juste devant Dieu et force l\u2019entrée du Royaume, c\u2019est la foi, non la raison raisonneuse, ni la seule intelligence critique.Tragédie au Biafra La nouvelle la plus négligée par la grande presse, la nôtre en particulier, aura été sans conteste la guerre civile du Nigéria.On est surpris que le monde ait découvert si tard le drame de ce pays.On plaide les circonstances atténuantes \u2014 l\u2019immense étendue de la zone des combats, les difficultés de communication \u2014 maintenant que l\u2019opinion mondiale manifeste des sentiments d\u2019horreur, grâce à l\u2019atrocité de certaines images rapportées de là-bas.Ah ! si les États-Unis avaient pris fait et cause pour les fédéralistes nigérians, s\u2019ils leur avaient, conformément à un traité, envoyé du matériel militaire comme la Grande-Bretagne, fourni comme l\u2019Union soviétiqne des bombardiers pour semer l\u2019abomination de la désolation dans le pays biafrais, ce que le monde entier en aurait entendu de clameurs, vu de manifestations, lu de pages de protestation ! Qu\u2019on songe à l\u2019affaire Rosenberg, à l\u2019affaire Chessman, à la guerre du Vietnam ! Pourtant cette guerre du Nigéria, en une seule année, aura fait plus de victimes que la guerre du Vietnam au cours des sept dernières années .Politiquement, la cause fédérale est loin d\u2019être mauvaise, puisque la sécession du Biafra annoncerait l\u2019éclatement du Nigéria.On voit mal cependant le Biafra se rallier demain au Nigéria après avoir été traité durant sept ans en partenaire marginal et réduit à la dernière extrémité par une abominable lutte tribale.Mais il s\u2019agit bien de politique, de forme de gouvernement ! Par centaines de milliers, des civils, des enfants surtout meurent littéralement de faim, squelettes au ventre ballonné .Une déclaration conjointe de la Croix-Rouge, de Caritas Internationalis, du Conseil mondial des Églises, de l\u2019U.N.I.C.E.F.(Fonds des Nations Unies pour l\u2019Enfance) parle non pas de centaines de milliers mais de millions.La cadence actuelle est de 6,000 morts par jour: la race entière des Ibos est en cours d\u2019extermination ! De toute urgence, il faut obtenir un cessez-le-feu inconditionnel, et que cessent les envois d\u2019armes, pour que les vivres entassés déjà en quelque part là-bas puissent parvenir aux affamés.Hélas ! jusqu\u2019ici ni le Vatican, ni l\u2019O.N.U., ni l\u2019O.U.A.n\u2019ont pu imposer une médiation, africaine ou non: l\u2019intransigeance des chefs est plus forte que la mort.Ce n\u2019est ni le temps ni le lieu de faire des remarques sur les haines tribales et le fédéralisme nigérian: elles seraient stériles.Ce qui importe c\u2019est d\u2019avoir pitié de la multitude.Le Canada a une double action à mener: faire pression sur la Grande-Bretagne pour qu\u2019elle cesse ses envois d\u2019armes, tout mettre en œuvre pour triompher du blocus et acheminer coûte que coûte vivres et médicaments vers le Biafra.Il y va de la vie de millions d\u2019être innocents en même temps que de l\u2019honneur de tous ceux qui croient dans la parole du Christ, quelle que soit leur appartenance politique.238 RELATIONS UPS AL 235 EGLISES - Irénée Beaubien, S.J.* Les uns disent Upsal.Les autres Uppsala.Dans cette charmante ville de l\u2019hospitalière Suède, se trouvaient réunis, du 3 au 20 juillet, à l\u2019occasion de l\u2019Assemblée mondiale du Conseil œcuménique des Églises, plus de 2,000 chrétiens représentant 235 Églises et 80 pays.Ils ont beaucoup parlé et beaucoup entendu parler.Aussi, vers le huitième jour de la rencontre, un orateur suggérait pour la ville un nom nouveau: Upp - bla - bla ! Cependant, il n\u2019aura pas été vain ce flot de paroles qui avait libre cours aux réunions des sections, comités et sous-comités, aux plénières, ainsi qu\u2019à des rencontres aussi diverses que les conférences quotidiennes de presse et les conversations dans les autobus, les rues, au café chantant, etc.En effet, ces multiples échanges se sont avérés l\u2019un des aspects les plus positifs de la Quatrième Assemblée du Conseil œcuménique des Églises.Pour peu que l\u2019on émît ses propres opinions ou écoutât celles des autres, on en arrivait, de façon consciente ou non, à prendre position et à se compromettre sur les grands problèmes qui angoissent actuellement l\u2019humanité.Ainsi rendu plus conscient des responsabilités particulières aux chrétiens de 1968, chacun deviendra, dans son propre milieu, un multiplicateur de l\u2019Assemblée d\u2019Upsal.Cette assemblée mondiale s\u2019est déroulée à un moment où l\u2019humanité subit une sorte de mutation.Selon la remarque du Bishop Hewbigin, c\u2019est la première fois que le monde interpelle aussi clairement une assemblée des Églises: que font les chrétiens pour combler le gouffre qui existe entre les riches et les pauvres ?pour assurer la paix et la sécurité dans les zones où subsiste une guerre \u201cchaude ou froide\u201d ?pour mettre fin au racisme ?pour donner à manger à ceux qui ont faim ?pour soulager ceux qui souffrent ?pour aider les jeunes à entrer dans une société ou une communauté mondiale plus humaine et plus juste ?.Que font les chrétiens pour guérir leurs propres divisions et présenter dans son intégrité et sa force le message du Christ aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui ?Qu\u2019attendent les chrétiens pour pratiquer plus effectivement les enseignements de l'Évangile ?Quels nouveaux styles de vie doivent-ils inventer pour l\u2019époque actuelle ?Sous quels modes doit s\u2019exercer leur culte religieux dans une société sécularisée ?\u201cComment transformer en une tension positive et féconde le conflit qui détruit les générations ?\u201d * Directeur du Secrétariat national d\u2019Oecuménisme (secteur français) et délégué de l\u2019épiscopat canadien à l\u2019Assemblée d\u2019Uppsa-la, en Suède.Les jeunes Peu d\u2019Églises avaient délégué des jeunes à l\u2019Assemblée.Aussi le Conseil prit-il lui-même l\u2019initiative d\u2019inviter 132 \u201cdélégués de la jeunesse\u201d à prendre part aux délibérations.Ces jeunes, je les ai trouvés merveilleux.Sans droit de vote, ils ont quand même réussi à faire sentir leur présence et à se faire écouter par l\u2019Assemblée; ils lui ont même, parfois, donné mauvaise conscience.De plus, un groupe inter-confessionel de jeunes Suédois avait organisé le \u201cClub 68\u201d.Chaque soir, de 10 h.30 à minuit, ils y invitaient des spécialistes à engager le dialogue avec eux et à répondre à leur questions.Les deux fois que j\u2019y suis allé, la salle était archi-comble.J\u2019y ai compris le jugement suivant de l\u2019anthropologue Margaret Mead: \u201cLes jeunes sont les autochtones dans le monde présent et nous, qui avons plus de 40 ans, des immigrants; nous pouvons leur faire des observations, mais ils se sentent libres de les accepter ou de les refuser.\u201d Les jeunes semblent attendre des adultes un langage direct qui les aide à construire un monde nouveau où les personnes ne seront plus sacrifiées à des intérêts égoïstes, à des bénéfices exagérés, à un confort outré, à des institutions ou à des conventions qui ont vécu.Au cours des réunions de l\u2019Assemblée, rares furent ceux qui parvinrent vraiment à rejoindre les jeunes.C\u2019est un art nouveau qu\u2019il devient urgent d\u2019apprendre.Par ailleurs, les jeunes ont parfois déçu leurs aînés.L\u2019Assemblée s\u2019attendait de leur part à des critiques, mais ces critiques ont trop souvent manqué d\u2019à propos et de cohérence.C\u2019est ainsi qu\u2019à une conférence de presse, les jeunes ont raté une excellente occasion de présenter efficacement leurs points de vue.Plusieurs journalistes, au courant de leurs exigences, furent désappointés par leurs critiques exprimées sans précision suffisante.Au total, la présence des jeunes chrétiens à Upsal fut bénéfique.L\u2019assemblée, sans eux, n\u2019aurait pas été la même.Voici comment un communiqué de presse apprécia un document qu\u2019ils ont présenté les derniers jours: Ce document demande qu\u2019un travail de discussion en groupe et la constatation sincère des désaccords remplacent les compromis insipides.Il propose une préparation plus sérieuse .Il insiste sur le rajeunissement nécessaire des délégués.Il constate que l\u2019impérialisme et le paternalisme se perpétuent dans les structures et la théologie du Conseil œcuménique des Eglises et signale que, sur 22 discours, six seulement étaient donnés par des hommes du tiers-monde.À Amsterdam, en 1948, les jeunes écoutaient avec respect ce que les adultes avaient à dire.En 1968, ils SEPTEMBRE 1968 239 exigent avec assurance d\u2019être intégrés dans les structures et écoutés.Pourquoi pas ?Ne serait-ce pas une façon de stimuler la nouvelle génération à produire en plus grand nombre des compétences capables de chercher, de trouver et d\u2019appliquer les orientations présentement nécessaires au bien commun de l\u2019humanité ?Sur le chemin du retour, j\u2019avais l\u2019occasion d\u2019assister à Édimbourg à la \u201cFourth British Conference on Christian Youth\u201d.800 jeunes chrétiens prenaient part à cette conférence qui dura une semaine.Ils m\u2019ont donné globalement l\u2019impression, en dépit d\u2019un grand nombre de faiblesses, d\u2019être capables de prendre leurs responsabilités et de s\u2019ouvrir à toutes suggestions qui les aideraient à vivre un christianisme intégral dans le contexte contemporain.Les catholiques En 1961, à l\u2019Assemblée de la Nouvelle-Delhi, on compta parmi les faits marquants, l\u2019intégration dans le Conseil œcuménique de la majeure partie des Églises orthodoxes, ainsi que l\u2019intégration du Conseil international des Missions.À Upsal, on aura remarqué, entre autres, un effort d\u2019incarnation des chrétiens dans un monde en rapide évolution, un souci manifeste d\u2019une plus grande ouverture aux problèmes humains, en particulier à ceux du tiers-monde, et la recherche authentique d\u2019une plus grande coopération entre le Conseil et l\u2019Église catholique.Il convient de nous attarder au travail de cette dernière.La communication à la fois sobre et directe de Roberto Tucci, S J., le deuxième jour, eut le bon effet de créer un climat de confiance favorable aux échanges.Avec beaucoup de doigté, le P.Tucci rappela le rôle important du Conseil œcuménique et la position de l\u2019Église catholique face à l\u2019œcuménisme.Il souligna qu\u2019aucune raison de principe n\u2019empêche l\u2019Église de Rome de faire partie du Conseil, cette \u201cassociation fraternelle d\u2019Églises qui confessent Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur\u201d.Selon lui, l\u2019union de tous les chrétiens dans l\u2019unique Eglise du Christ ne peut être la victoire d\u2019une Eglise sur l\u2019autre, mais la victoire du Christ sur nos divisions, notre conversion au Christ, dans la fidélité de nous tous aux inspirations de l\u2019Esprit Saint qui est l\u2019Esprit d\u2019unité et qui pourra nous pousser sur des voies aujourd\u2019hui imprévisibles, comme nous l\u2019enseigne déjà la seule expérience de ces dernières années.Pour le P.Tucci, l\u2019urgence fondamentale c'est de prolonger l'effort commun, de nous efforcer de faire ensemble tout ce que notre conscience ne nous oblige pas à faire séparément, d\u2019engager dans une mentalité œcuménique l\u2019ensemble de nos fidèles avec une éducation œcuménique de base plus profonde et étendue .Plus tard, au cours d\u2019une conférence de presse, le Père Jérôme Hamer, O.P., faisait remarquer qu\u2019on ne devait pas donner la première importance aux formes juridiques que pourrait revêtir l\u2019intégration éventuelle de l\u2019Église catholique dans le Conseil, mais que l\u2019essentiel consistait à assurer un maximum de collaboration effective dans tous les domaines possibles chaque fois que cela s\u2019avérait opportun.Ainsi l\u2019union se présentera graduellement comme une chose normale, acceptable à tous.240 L\u2019Assemblée d\u2019Upsal a autorisé son comité des structures à travailler dans ce sens.Le Pape Paul VI, de son côté, avait écrit au Président de l\u2019Assemblée: La présence à Upsal de quinze observateurs-délégués et d'un certain nombre d\u2019hôtes officiels .confirme d\u2019heureuse façon la volonté réciproque de continuer et d\u2019étendre la collaboration qui existe déjà entre le Conseil œcuménique et l'Eglise catholique.De part et d\u2019autres, les vieux préjugés achèvent de tomber.La présence des catholiques au Conseil œcuménique est un fait acquis et, grâce à l\u2019initiative de l\u2019orthodoxe Meyendorff, un fait confirmé sans équivoque par l\u2019introduction de neuf théologiens catholiques à l\u2019importante Commission de Foi et Constitution.Il s\u2019agit maintenant de s\u2019orienter vers une formule concrète de participation à part entière.Négliger de le faire serait trahir la mission globale des chrétiens dans le monde.Étapes de l'Assemblée En conformité avec le thème choisi pour l\u2019Assemblée: \u201cVoici, je fais toutes choses nouvelles\u201d, c\u2019était l\u2019intention des responsables d\u2019imprimer \u201cune allure nouvelle au mouvement œcuménique\u201d.À cette fin, ils s\u2019étaient imposé un immense travail.Des avant-projets accompagnés d\u2019une abondante documentation avaient été envoyés à tous les participants.Sur place, un excellent service de polycopie et de traduction simultanée avait été prévu.Les conférences au programme avaient été confiées à des personnes compétentes.Chaque communication mérite d\u2019être lue.J\u2019aimerais mentionner celles du métropolite Ignace de Lattaquié sur le thème du renouveau à partir de l\u2019événement de la révélation divine, de W.A.Visser\u2019t Hooft sur le mandat du mouvement œcuménique, du P.Tucci, du professeur H.Berkhof sur le Christ, de Barbara Ward sur l\u2019aide au tiers-monde, du Noir James Baldwin sur le racisme.Une fois le climat assuré par ces conférences, les délégués se divisèrent en six sections, chacune ayant pour fonction de discuter l\u2019un des six sujets suivants: le Saint-Esprit et la catholicité de l\u2019Église, le Renouveau de la Mission, le Développement économique et social mondial, la Justice et la Paix dans les relations internationales, le Culte rendu à Dieu dans une époque sécularisée, Vers un nouveau style de vie.A titre d\u2019exemple, voyons brièvement ce qui s\u2019est passé à la section II consacrée au Renouveau de la Mission.Ce sujet, comme les cinq autres, fut d\u2019abord présenté à l\u2019assemblée plénière dans ses grandes lignes et ses implications.Le lendemain, les membres assignés à cette section se réunirent pour exprimer leurs vues sur le texte de l\u2019avant-projet.On observa, entre autres choses, que la mission ne devait pas être conçue uniquement comme un service humanitaire, car elle trouve sa source et son autorité propre dans l\u2019Évangile.On tomba d\u2019accord pour répartir l\u2019analyse du texte comme suit: les fondements, les lieux et les structures de la mission.Chaque secteur fut confié à une sous-section.Chacune, les trois jours suivants, s\u2019appliqua à son travail.RELATIONS Les membres de la sous-section chargée d\u2019analyser les fondements de la mission ne purent s\u2019entendre sur la teneur du texte original.Un groupe de Scandinaves prépara un contre-projet; un groupe allemand fit de même.L\u2019anglican John Taylor passa une nuit à rédiger un texte nouveau en tenant compte de toutes les suggestions et critiques.Le lendemain, par un vote, la sous-section accepta le texte de Taylor comme base d\u2019une discussion qui se fit paragraphe par paragraphe.On essaie d\u2019exprimer comment les dimensions \u201chorizontales\u201d et \u201cverticales\u201d doivent se compléter l\u2019une l\u2019autre.Une autre journée passe: on analyse le texte, on arrive à des compromis.Finalement, le texte accepté par cette sous-section de même que celui des deux autres secteurs furent soumis à une équipe de rédacteurs qui reçurent pour tâche d\u2019unifier le tout.Cette refonte rédigée, il fallut la soumettre à l\u2019ensemble des membres de la section II qui proposèrent de nouveaux amendements.Un certain accord se fit.Deux jours plus tard, le résultat de ce travail en commun fut présenté à l\u2019assemblée plénière.Il y subit de sévères critiques.On l\u2019accepta en substance, mais on le retourna à la section II pour une rédaction améliorée.Enfin le texte réapparut en plénière deux jours avant la fin de l\u2019assemblée.Celle-ci, à une assez forte majorité, le recommanda aux Églises pour étude et action.En si peu de jours, avec tant d\u2019opinions diverses à concilier, était-il possible de faire davantage ?Les avant-projets des cinq autres sections ont sensiblement subi le même sort.On se rend compte des faiblesses du processus qui comporte aussi des avantages.Si, par exemple, le texte final sur le Renouveau de la Mission demeure imoarfait, n\u2019est-ce pas en bonne partie dû au fait que peu d\u2019Églises, au sein du Conseil, ont une théologie sérieuse sur le sujet ?De toute façon, le travail de composition en équipes de l\u2019avant-projet, les observations envoyées par écrit avant l\u2019Assemblée par diverses communautés ecclésiales, les multiples échanges au cours même de l\u2019Assemblée, l\u2019audition par les délégués de nombreuses remarques sensées, les efforts de compréhension mutuelle, voilà autant d\u2019aspects que, personnellement, je trouve fort positifs et valables.L\u2019Assemblée n\u2019a-t-elle pas rendu l\u2019inappréciable service de fournir aux chrétiens une occasion de travailler, de réfléchir et de progresser ensemble ?La rédaction finale du document de chacune des six sections, telle qu\u2019adoptée à Upsal, indique assez bien où en est le Conseil œcuménique en 1968.Ces documents montrent le chemin parcouru et donnent une idée du chemin à parcourir.Ils seront publiés.On les lira, on les analysera, on les jugera.Des professeurs d\u2019Écriture sainte, des théologiens, des sociologues, etc., feront la critique de ces textes, qui serviront ainsi de point de départ à des études plus approfondies, et plus précises.Des spécialistes auront peut-être la bonne idée de tenir des congrès.Entre temps de nombreuses congrégations et de nombreux individus se nourriront des textes votés à Upsal et, grâce à eux, feront un pas en avant dans la communion avec leurs frères chrétiens de toutes confessions et de tous pays.Autres aspects Il conviendrait de s\u2019attarder aux rapports présentés à l\u2019Assemblée par les divers départements du Conseil, ainsi qu\u2019aux recommandations faites à leur sujet.11 faudrait dire un mot sur les débats concernant le Vietnam, le Nigéria et le Biafra, le Proche-Orient.Il serait intéressant de reproduire les pertinentes observations formulées sur le racisme et la pauvreté.En bref, disons que l\u2019assemblée a constamment eu la préoccupation d\u2019aider ses délégués et leurs Églises à bien prendre conscience des besoins du monde actuel.Il m\u2019est arrivé plusieurs fois de détecter chez les délégués un souci sincère de donner toute leur force aux paroles de l\u2019Évangile: \u201cJ\u2019étais nu .j\u2019avais faim .De plus, comment ne pas mentionner les études bibliques au début des journées, les prières communes du soir et les diverses cérémonies eucharistiques qui ont soulevé le difficile problème de l\u2019intercommunion ?Sans doute, le plus tôt les Églises arriveront à des ententes à ce sujet, le mieux ce sera.Mais, pour l\u2019instant, n\u2019est-il pas davantage nécessaire d\u2019explorer d\u2019autres avenues moins contestées, de continuer à mieux apprendre à étudier ensemble, à discuter ensemble, à prier ensemble, à agir ensemble, à développer une fraternité de charité et de foi telle que l\u2019intercommunion apparaîtra un jour comme un fruit mûr désiré de tous ?On aurait quand même souhaité, à Upsal, qu\u2019une voix autorisée exprimât, avec le maximum d\u2019ouverture possible, dans quel sens positif se font présentement les recherches et quelles sont les possibilités entrevues pour l\u2019avenir.Ainsi, dans telle ville, tel pays, où existent des relations fraternelles chrétiennes entre certains individus ou certains groupes mieux préparés, ne pourrait-on pas en certaines circonstances autoriser le partage de la même Cène, laissant au Christ d\u2019accomplir en chacun le miracle d\u2019union eucharistique que les théologiens s\u2019efforcent difficilement d\u2019élucider ?D\u2019aucuns ont vivement regretté qu\u2019on ne mette pas davantage, pendant les délibérations, l\u2019accent sur la théologie.Un apôtre de l\u2019œcuménisme avouait: \u201cL\u2019important à l\u2019heure présente c\u2019est de préserver et de renflouer ensemble les bases de la foi.Que fait-on pour cela ?\u201d En plusieurs milieux, on pose la question avec impatience.Toutefois, si Upsal, comme on l\u2019espère, parvenait à susciter dans les diverses Églises un engagement plus réaliste et à déclencher une réaction en chaîne en faveur de la paix, des pauvres et du tiers-monde, à quel meilleur résultat l\u2019assemblée aurait-elle pu atteindre ?Et par ricochet, l\u2019application rigoureuse d\u2019un Christianisme social ne devrait-elle pas normalement engendrer une recherche théologique apte à la soutenir et à la justifier ?À d\u2019autres époques, c\u2019est la théologie qui a stimulé des initiatives concrètes.A l\u2019heure actuelle, il semble que c\u2019est en s\u2019efforçant de procurer une aide efficace aux urgents besoins des hommes que les chrétiens redécouvriront la nécessité d\u2019approfondir et de renouveler leur foi.L\u2019Esprit ne souffle-t-il pas où il veut ?Un contact charitable avec le monde actuel, ses problèmes et ses multiples possibilités nouvelles n\u2019est-il pas nécessaire au dynamisme d\u2019une théologie biblique adaptée à notre temps ?SEPTEMBRE 1968 241 VICAIRE DU CHRIST Luigi d\u2019Apollonia, S.J.Le Pape, de l\u2019aveu même de Paul VI, est le plus grand obstacle à l\u2019œcuménisme.Serait-il aussi un signe de contradiction pour ses propres fils ?Hier, c\u2019était des prêtres (et des laïcs) qui murmuraient à propos d\u2019un point de discipline: le célibat ecclésiastique; aujourd\u2019hui, ce sont des laïcs (et des prêtres) qui regimbent à propos d\u2019un point de morale: l\u2019usage des contraceptifs.Au milieu de tant d\u2019appels confondus, les brebis reconnaissent mal la voix du Berger; quelques-unes même quittent la bergerie et \u201csortent dans la nuit\u201d.I \u2014 Primauté de Pierre J\u2019ai rouvert le Nouveau Testament.Loin du bruit intolérable des scribes et des docteurs de la loi, je me suis assis au bord de cette source divine d\u2019où sort le fleuve de vie qui coulera jusqu\u2019à la fin des temps, et j\u2019ai médité les grands textes dans leur pureté originelle.J\u2019ai entendu le Christ changer le nom de Simon, frère d\u2019André, en celui de Pierre et, par ce geste, en prendre possession: \u201cTu es Simon, le fils de Jean; tu t\u2019appelleras Cephas\u201d \u2014 ce qui surprit Simon qui était pêcheur, non maçon .J\u2019ai vu Jésus secourir Simon-Pierre qui, à son invitation, marcha sur les eaux soulevées.Je l\u2019ai entendu demander à la petite bande de ses Apôtres: \u201cAu dire des gens, qui est le Fils de l\u2019homme ?\u201d C\u2019était un scrutin, une sorte de sondage.Tel disait: Jean-Baptiste, tel autre: Élie, tel: Jérémie ou quelqu\u2019un des prophètes.\u201cMais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?\u201d Simon-Pierre, poussé par l\u2019Esprit, répondit: \u201cTu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !\u201d et c\u2019est Simon-Pierre qui reçut l\u2019extraordinaire promesse: \u201cSimon, fils de Jean, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.\u201d Le surnom de Pierre prenait soudain tout son sens.Pour la première fois, Jésus disait mon Eglise.Simon en serait la pierre.Peu de temps après, à la dernière Cène, alors que les Apôtres se querellaient au sujet des premières places dans le Royaume, c\u2019est à Pierre, encore à Pierre, que j\u2019entendais le Seigneur, coupant court la discussion, dire: \u201cSimon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment, mais j\u2019ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point.Toi donc, quand tu te seras ressaisi, affermis tes frères.\u201d Après sa résurrection, c\u2019est à Pierre seul que le Christ apparaissait d\u2019abord, avant de se faire voir aux Apôtres réunis.Le matin où ils ramenaient sur la grève le filet plein à se rompre, c\u2019est à Pierre qu\u2019il a demandé par trois fois: \u201cSimon, fils de Jean, m\u2019aimes-tu?\u201d et c\u2019est à lui qu\u2019il a ordonné par trois fois: \u201cPais mes agneaux.Pais mes brebis.\u201d Paître, c\u2019est-à-dire nourrir.Nourrir de quoi ?De la parole de Dieu que le Christ est venu apporter, car l\u2019homme ne vit pas seulement de pain: la vérité est nourriture; de la loi de Dieu, car la nourriture du Christ est de faire la volonté du Père: la loi est nourriture (même si elle passe mal); du pain descendu du ciel qui n\u2019est autre que la chair même du Christ: le sacrement est nourriture.En d\u2019autres mots, Pierre est revêtu de la plénitude du triple pouvoir d\u2019enseigner, de gouverner, de sanctifier.Pris un par un ces textes sont clairs; dans leur ensemble et leur continuité, ils répandent une lumière éblouissante sur cet homme qui a abandonné ses filets et sa barque pour devenir pêcheur d\u2019hommes, que le Christ a surnommé Pierre et à qui il a légué, il vaut la peine de le noter, ses propres titres.\u201cEn fait de fondement, écrit saint Paul aux Corinthiens (I Cor.III, 11) personne ne peut en poser d\u2019autre que celui qui a déjà été placé, Jésus-Christ\u201d; or Jésus nomme Simon Pierre c\u2019est-à-dire fondement.Saint Jean, dans l\u2019Apocalypse (III, 7) dit au Christ qu\u2019il détient la clef de David \u2014 ouvre-t-il, personne ne peut fermer; ferme-t-il, personne ne peut ouvrir\u201d; or le Christ donne les clefs du Royaume à Pierre.\u201cJe suis le Bon Pasteur\u201d, dit le Christ de lui-même; or il ordonne à Pierre de paître ses agneaux et ses brebis, les grands comme les petits.Fondement, clavigère, pasteur: Pierre est bien, selon l\u2019antique expression, le Vicaire du Christ.Ainsi en a-t-il été au lendemain de la Pentecôte.Ainsi en sera-t-il jusqu\u2019à la consommation des siècles.Tout cela est dans les livres de théologie, dira-t-on ! Je l\u2019espère .D\u2019ailleurs ces lignes ne s\u2019adressent ni aux savants, ni aux théologiens, ni aux professeurs de catéchèse (puisque plus personne ne se contente d\u2019enseigner le catéchisme).La grande affaire (outre que de parler avec prudence et modestie) est que la vérité à croire \u2014 je veux dire la place de Pierre dans l\u2019Église \u2014 descende si profondément en eux qu\u2019elle ébranle l\u2019intellect par-delà toute formule et tous mots, et devienne connaissance amoureuse.Là est tout le problème.Mais que de journalistes devenus théologiens, bonnet en tête ! Que de \u201cPères spirituels\u201d, à la radio, distribuent (et s\u2019accordent) des \u201ccharismes\u201d, surtout de contestation; de sorte que penser avec l\u2019Église c\u2019est mettre en question un point de dogme ou de morale, c\u2019est semer le doute ! Oui, je sais, Simon-Pierre ne portait ni couronne, ni mitre, ni chape brodée d\u2019or ! Non, il ne vivait pas à Rome dans un palais aux murs revêtus de fresques admirables ! Ce décor hérité de la Renaissance, gardes suisses, hallebardes, pourpoints, s\u2019il irrite et vous cabre l\u2019esprit.\u2014 L\u2019Église n\u2019est pas une monarchie: elle est le peuple de Dieu ! 242 RELATIONS \u2014 Voilà le mot lâché.Bien sûr, l\u2019Église n\u2019est pas une monarchie.En fait aucun rapprochement avec une forme de gouvernement civil ne pourra jamais cerner sa réalité mystérieuse d\u2019organisme de salut, objet de foi théologale 1.Non, l\u2019Église n\u2019est ni une monarchie absolue, ni une monarchie constitutionnelle et parlementaire.Elle n\u2019est pas non plus une vaste démocratie républicaine, car, peuple de Dieu 2, elle embrasse nécessairement l\u2019ordre des évêques \u201cdans lequel se perpétue le corps apostolique\u201d, et l\u2019ordre des évêques n\u2019est rien sans la primauté de Pierre, \u2014 ce pouvoir entier, suprême, universel qu\u2019en vertu de sa charge de Vicaire du Christ, le souverain pontife peut toujours librement exercer.Ça aussi le Ile Concile du Vatican le répète sans cesse 3.En d\u2019autres termes, dans une démocratie, l\u2019autorité s\u2019élève du peuple tout en venant de Dieu; dans l\u2019Église, au contraire, l\u2019autorité descend directement de Dieu4.Le pape est le vicaire du Christ, le premier ministre est le vicaire du peuple.A aucun premier ministre n\u2019a été dite la parole: \u201cCe que tu lieras sur terre sera lié dans les deux\u201d.L\u2019Eglise est hiérarchique, disait Paul VI à des prêtres et à des religieux (2 février Î968).Elle n\u2019est pas inorganisée.Elle n\u2019est même pas démocratique, dans ce sens que la Communauté elle-même aurait une priorité de foi et d\u2019autorité sur ceux que l\u2019Esprit Saint a placés à la tête de l\u2019Eglise de Dieu (cf.Act., XX, 38); autrement dit, le Seigneur a voulu que quelques frères aient l\u2019incriticable mandat (celui qui me juge est le Seigneur, cf.Cor.IV, 4) de rendre aux autres frères le service de l\u2019autorité, du gouvernement en tant que principe d\u2019unité, d\u2019ordre, de solidarité, d\u2019efficacité, toujours en vue de former l\u2019organisme de vérité et de charité qui a pour nom \u201cson Eglise\u201d.\u201cRendre le service d\u2019autorité\u201d, car le charisme authentique est essentiellement un service.Ceci ne veut nullement dire, toutefois, que l\u2019Église réduit les fidèles à la passivité; qu\u2019étant donné l\u2019unité de la personne humaine, elle favorise ainsi un type d\u2019homme sans initiative, sans largeur de vues, sans conscience de ses responsabilités, attendant toujours qu\u2019on lui commande, qu\u2019on lui dise quoi penser 1.\tEn conséquence, entre le croyant qui pense l\u2019Eglise en termes de foi, et l\u2019incroyant qui voit en elle une société religieuse naturelle et qui la pense donc en termes humains, le malentendu est inévitable.Aussi voit-on des esprits extraordinaires et brillants comme Bertrand Russell et récemment Arnold Toynbee (La Presse, 10 août) dire sur le magistère de l\u2019Eglise d\u2019extraordinaires et brillantes sottises.Toute proportion gardée, il en va de même du catholique contaminé.2.\tDans la constitution dogmatique Lumen Gentium, le chapitre deuxième sur le peuple de Dieu précède, et à très juste titre, le chapitre troisième sur la hiérarchie, et commande en grande partie l\u2019optique de tout ce petit traité sur l\u2019Eglise.3.\t\u201cL\u2019ordre des évêques qui succèdent au collège apostolique dans le magistère et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel se perpétue le corps apostolique, constitue, lui aussi, en union avec le pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet d\u2019un pouvoir suprême et plénier sur toute l\u2019Eglise, pouvoir cependant qui ne peut s\u2019exercer qu\u2019avec le consentement du pontife romain.Le Seigneur a fait du seul Simon la pierre de son Eglise, à lui seul il en a remis les clés .\u201d (Lumen Gentium, n° 22).Donc pour un même pouvoir, deux sujets, deux exercices qui ne se distinguent qu\u2019inadéquatement, la présence du souverain pontife étant requise dans le collège épiscopal.Pourquoi ce double exercice ?Sans doute pour manifester l'unité et Euniversalité de l\u2019Eglise, partout une et partout présente.4.\tLors de l\u2019inauguration de la nouvelle année juridique du Tribunal de la Rote (2 octobre 1945), Pie XII disait: \u201cLa fondation de l\u2019Eglise s\u2019est effectuée de haut en bas, tandis que celle de la société politique s\u2019est effectuée de bas en haut.\u201d SEPTEMBRE 1968 et quoi faire.C\u2019est mal connaître l\u2019histoire: l\u2019influence des Pères de l\u2019Église, le rayonnement des monastères, la piété populaire, le travail des théologiens, les audaces des saints.Je pense à l\u2019œuvre intellectuelle d\u2019un saint Thomas, aux hardiesses inouïes d\u2019un saint Bernard et d\u2019une sainte Catherine de Sienne, à la réforme d\u2019une Thérèse d\u2019Avila, au zèle dévorant d\u2019un saint Ignace, aux innovations d\u2019un Don Bosco, à la spiritualité de Thérèse de Lisieux.Ceux-ci n\u2019ont pas attendu d\u2019être compris pour entreprendre .L\u2019initiative du chrétien est un élément normal dans la vie de l\u2019Église.L\u2019action de la hiérarchie, si dynamique soit-elle, ne saurait y suppléer.Seulement le chrétien qui sort des sentiers battus mettra toutes les chances de son côté, s\u2019il veut agir droitement.Il cherchera du premier coup, si possible, à mener son initiative doctrinale ou pastorale dans le sens que l\u2019Église pourra approuver, toujours prêt, par ailleurs, à accepter la décision éventuelle de l\u2019Église, fût-ce au prix d\u2019un déchirement dont l\u2019âme elle-même sera le lieu.Il est toujours dur de reconnaître qu\u2019on s\u2019est trompé, et de recommencer à pied d\u2019œuvre, car mettre pendant de longues années son cœur à une tâche, par la force des choses, c\u2019est s\u2019y attacher.Le mot de saint Paul vaut aussi dans l\u2019ordre des choses de l\u2019esprit: sans effusion de sang, il n\u2019est pas de rédemption.Telle est la manière catholique de perdre son âme pour la gagner.II \u2014 Présence du Christ A la lumière des textes évangéliques cités plus haut (et d\u2019autres touchant les Douze) les apologistes ont depuis plusieurs siècles élaboré un traité de théologie où il est montré que le Christ a fondé une société religieuse, à la fois visible et invisible, humaine et divine, temporelle et éternelle qu\u2019il a dotée d\u2019un pouvoir absolu pour veiller à la sauvegarde de la foi révélée et de la moralité chrétienne: l\u2019Église, instrument primordial du salut pour tout le genre humain.L\u2019argumentation était vigoureuse, parfaitement correcte: nous savions où se trouvait le magistère et quelle était l\u2019étendue de son autorité doctrinale.Cette construction juridique qui se voulait une réfutation du protestantisme ne suffit plus.A vrai dire a-t-elle jamais suffi à calmer des blessures cachées, à rendre compte de la force et du soutien, de la paix et de la joie que le catholique trouve dans la soumission à l\u2019autorité doctrinale du pape, de l\u2019élan avec lequel le pèlerin de Rome chante le Credo et le Dominus conservet eum ?Suffit-elle à expliquer l\u2019enthousiasme d\u2019un Claudel converti: Jésus lui-même attendit que Pierre l\u2019eût manifesté: Et moi, comme il a cru Dieu, je crois Pierre qui dit la vérité.C\u2019est que le Christ n\u2019a pas voulu d\u2019abord établir une société.Maître du temps, vainqueur de la mort, il a voulu d\u2019abord rester avec nous.Roi immortel des siècles, il est toujours avec nous: \u201cEt voici que je suis avec vous tous les jours jusqu\u2019à la consommation des siècles.\u201d Rester avec nous, continuer son Incarnation: tel fut le premier et le dernier vouloir du Christ en établissant son Église qui est son corps dont il est la Tête invisible et Pierre la Tête visible.De sorte que nulle injustice n\u2019est commise dans son Royaume, et il n\u2019y est fait acception 243 de personne.Tous y jouissent du même privilège.Comme aux disciples de jadis, à moi aujourd\u2019hui et au dernier des hommes demain, une même voix parle: la sienne, la voix du Seigneur.L\u2019autorité est permanente, visible, unique: \u201cEt voici que je suis avec vous tous les jours .\u201d Et encore: \u201cQui vous écoute m\u2019écoute.\u201d Sans doute le Vicaire du Christ n\u2019est revêtu du privilège d\u2019infaillibilité que dans des conditions déterminées.Mais bien pâle la foi chrétienne qui réduirait la soumission de son intelligence aux seules proclamations infaillibles et irréformables, qui, pour le reste, s\u2019installerait dans la réserve, voire dans la contestation.Ce serait manifester un esprit, s\u2019engager sur une voie qui peut conduire au reniement, qui y conduit de fait; ou, si la foi n\u2019est pas ébranlée, ne plus la vivre au jour le jour dans ce qu\u2019elle a de cordial et de filial \u2014 dans la profondeur de son mystère.N\u2019est-il pas évident à toute âme chrétienne que l\u2019ordre tombé des lèvres du Christ était suivi sans entrer dans de longues discussions et introspections pour savoir ce qu\u2019il voulait dire 5.\u201cDe Jésus-Christ et de l\u2019Église, il m\u2019est avis que c\u2019est tout un, et qu\u2019il n\u2019en faut pas faire difficulté ! \u201d, répondait à ses juges théologiens Jeanne d\u2019Arc, la jeune bergère.Elle eût certes abondé dans le sens du pape, si celui-ci l\u2019avait mise en garde contre une assimilation excessive de l\u2019Église avec le Christ.Mais son cri du cœur, les plus grands théologiens l\u2019ont retenu car, pratiquement, pour chacun de nous, Jésus et l\u2019Église, c\u2019est tout un.\u201cUbi Petrus, ibi Ecclesia : Où est Pierre, là est l\u2019Église\u201d, s\u2019écrie le croyant après saint Ambroise, avant même que les exégètes viennent éplucher les textes sous ses yeux, et les théologiens lui faire une démonstration scientifique.Qu\u2019on l\u2019avertisse de ne pas pousser trop loin le parallèle entre Pierre et l\u2019Église, il comprend.Mais c\u2019est d\u2019instinct qu\u2019il croit pratiquement au magistère unique et suprême, qu\u2019il s\u2019empresse de lui faire confiance sans distinctions tâtillonnes.Ce n\u2019est ni croyance de commande, ni accoutumance séculaire, ni mièvrerie sentimentale, ni peur de la liberté, mais la perception très nette que le Christ est toujours présent parmi nous, puisqu\u2019en effet il a promis de ne pas nous quitter: \u201cJe suis avec vous jusqu\u2019à la consommation des siècles.\u201d Sa foi usera de cette proposition de manière intuitive pour adhérer à la Vérité et en vivre avant toute explication dogmatique, de sorte qu\u2019il entrera sans difficulté dans ce raisonnement d\u2019un théologien6: Si le Christ ne nous a pas quittés, il faut qu\u2019il parle encore en quelque endroit unique de la terre, et que de là ses paroles puissent se répandre comme jadis in fines orbis terrarum (jusqu\u2019aux confins de la terre); il faut qu\u2019il commande, à sa manière, sans réplique possible: nunquam sic locutus est homo sicut hic (jamais homme n\u2019a parlé comme cet homme); il faut qu\u2019il soit présent et agissant, comme les apôtres l\u2019ont vu, et comme nous le croyons, sur la foi de leur témoignage.5.\u201cUne soumission religieuse de la volonté et de l\u2019intelligence est due à un titre spécial au magistère authentique du pontife romain, même lorsqu\u2019il ne parle pas ex cathedra.Son magistère suprême demande à être accueilli avec révérence, les décisions qu\u2019il prend réclament une adhésion sincère, conforme à sa pensée et à sa volonté, telles qu\u2019elles se manifestent soit par le caractère des documents, soit par l\u2019insistance à revenir sur une même doctrine, soit par sa manière de parler.\u201d (Lumen Gentium, n° 25.) Le plus humble des croyants se sentira parfaitement à l\u2019aise dans ce développement qui ne cherche pas à répondre aux objections de l\u2019adversaire.Et son cœur fidèle tressaille d\u2019être ainsi introduit, par la logique de l\u2019Incarnation, dans le monde d\u2019un amour fou: l\u2019amour du Christ pour son Église et les âmes qu\u2019il a rachetées.Sous prétexte que la théologie et la foi sont des connaissances de nature différente, peut-être ai-je trop abaissé la raison pour exalter le mystère ?La réflexion théologique ne cessera jamais son travail.Elle continuera à se poser des questions, à se permettre une certaine latitude dans l\u2019essai des hypothèses, et non seulement à réclamer le droit d\u2019être hardie mais à s\u2019en faire un devoir.Qni ne voit cependant les dangers du métier ?Il s\u2019agit de choses d\u2019un autre monde, que l\u2019œil n\u2019a pas vues, que l\u2019oreille n\u2019a pas entendues, mais que la raison raisonnante, incapable de soutenir la splendeur de Dieu, tend à ramener à des explications parfaitement assimilables et confortables, éliminant du coup le mystère et le scandale de la foi: il suffira parfois d\u2019un mot, d\u2019une lettre, d\u2019un iota.L\u2019Église alors intervient en vertu de son mandat.Son intention, sous des maladresses possibles, ne peut être de décourager l\u2019effort de recherche, mais de le promouvoir en exigeant par sa condamnation ou sa mise en garde une rigueur et une précision accrues, en rappelant au chercheur que les intuitions les plus justes et les plus profondes ne trouvent que rarement, dès l\u2019abord, l\u2019entière exactitude de langage, la parfaite formulation technique qui ne laisse pas d\u2019échappatoire.Le théologien se souviendra aussi des déformations insensées que peuvent recevoir, de disciples plus ardents qu\u2019informés, des vues pourtant pleines de promesses.Aussi il ne cédera pas à la popularité, ne fera pas une théologie de choc, sera prudent dans l\u2019expression et la diffusion de ses propres idées.Celles-ci fussent-elles justes, il ne cherchera pas à les imposer publiquement contre l\u2019enseignement ou la directive du magistère.Il sait que l\u2019Église n\u2019est pas une chapelle de savants mais le peuple de Dieu, et que sa \u201cpédagogie\u201d, dirigée par l\u2019Esprit Saint, s\u2019ajuste à la capacité du grand nombre, non des seuls \u201chappy few\u201d.Cette sorte de silence imposé est une dure épreuve pour le théologien qui, comme tout chercheur épris de vérité, veut arriver le premier.C\u2019est aussi l\u2019occasion taillée à sa mesure de croître dans la foi.Car à Pierre n\u2019a pas été donné le charisme d\u2019arriver le premier à la vérité mais d\u2019y conduire le peuple de Dieu par des voies sûres.* \u201cVoici que je suis avec vous tous les jours\u201d: primauté de Pierre, présence du Christ.Le pape n\u2019est donc pas un chef qui s\u2019impose à une société religieuse naturelle par le prestige de sa pensée ou l\u2019attrait de ses vertus.Au milieu du peuple de Dieu qu\u2019est l\u2019Église, il est le Vicaire même du Christ, et c\u2019est au Christ qu\u2019en lui, par notre soumission, nous portons témoignage dans le silence de nos pauvres cœurs.6.Pierre Charles, SJ., Le Pouvoir absolu dans l\u2019Eglise, Nouvelle Revue théologique, n° 52, février 1925.244 RELATIONS L'encyclique \u201d lliiiii.inac Vitae\" et l'obéissance catholique Marcel Marcotte, S.J.Dieu a écrit sur les tables de la loi ce que les hommes ne lisaient pas dans leurs cœurs; il a mis les préceptes sous leurs yeux, pour qu\u2019ils fussent contraints de les voir dans leurs consciences.Saint Augustin, In PS., LVII, 1.Paul VI vient d\u2019opposer à la contraception sous toutes ses formes un non catégorique et, pour ce qui le concerne, irrévocable et sans appel.Il est permis, après coup, d\u2019évoquer la tragédie qu\u2019un oui, même fortement mitigé, eût constitué pour l\u2019Église et le monde.Eh quoi ! à propos d\u2019un problème doctrinal et pratique qui intéresse au plus haut point le bien temporel et spirituel de l\u2019humanité, l\u2019Église, \u201cMère et Éducatrice des peuples\u201d, aurait donc pu se tromper et tromper le monde assez lourdement, naguère, pour se voir obligée, à présent, de réformer radicalement sa doctrine et sa discipline?Elle qui se targue d\u2019être l\u2019interprète autorisée et, sous certaines conditions, infaillible de la pensée de Dieu en matière de foi et de mœurs, elle aurait pu, au long des siècles, par son constant enseignement, et, encore tout récemment, par la voix impérieuse de deux de ses plus grands papes, imposer aux hommes, mettre sur les épaules de nos pères et de nos mères, un fardeau moral que Dieu lui-même \u2014 elle en ferait aujourd\u2019hui la constatation tardive \u2014 n\u2019a jamais obligé personne à porter ?Nonobstant les précautions dont, pour amortir le choc, pareille volte-face eût pu s\u2019agrémenter, quelle humiliation pour l\u2019Église, quel discrédit jeté sur son enseignement, quelle épreuve ou quelle tentation pour la foi des fidèles ! A partir de là, mises à part les vérités dogmatiques clairement définies par le magistère et fermement tenues par l\u2019ensemble du peuple chrétien, tout ce que l\u2019Église enseigne, tout ce qu\u2019elle prescrit \u2014 notamment dans le domaine de la sexualité, où des passions exigeantes, plus que partout ailleurs, risquent de fausser le jeu \u2014 tout ne serait-il pas devenu objet de discussion et de possible révision ?On l\u2019a touché du doigt à propos du divorce, du célibat sacerdotal, de l\u2019avortement, des relations prémaritales ou extraconjugales, des activités homosexuelles et même de la polygamie, nombre de catholiques, sous couleur daggior-namento, d\u2019œcuménisme, de pluralisme, de liberté de conscience, ne sont que trop enclins à remettre en question des points de doctrine et de discipline auxquels l\u2019Église, depuis toujours, attache un très grand prix et sur lesquels, dans la plupart des cas, elle est résolue à ne jamais transiger.Ce goût du relatif, cette méfiance de l\u2019absolu, qui font partie de la mentalité de notre époque bouleversée, inquiètent à bon droit ceux qui croient que l\u2019Évangile, entre autres choses, a dit le dernier mot sur l\u2019homme, le mariage, l\u2019amour, les rapports entre les sexes, les principaux devoirs qui en découlent, et que ce mot, en substance, a été correctement compris et clairement interprété, à l\u2019usage et au bénéfice des croyants, par l\u2019Église du Christ, sous la mouvance de l\u2019Esprit.La condamnation de la contraception n\u2019est pas un article de foi.En substance, disons-nous, car dans le domaine complexe et mouvant de la moralité, les décisions et les règles de l\u2019Église ne portent pas partout le même caractère de fermeté et d\u2019irrévocabilité.Concernant la contraception, en particulier, les discussions récentes autour de la moralité de la pilule anovulante et l\u2019évaluation d\u2019ensemble du problème de la limitation des naissances qu\u2019elles ont provoquée donnent à penser que, contrairement à l\u2019opinion tenue jusqu\u2019alors par nombre de théologiens catholiques, l\u2019infaillibilité de l\u2019Église, au sens technique du terme, n\u2019a jamais été formellement engagée dans ce débat.On comprendrait mal, autrement, que la question ait rebondi au dernier Concile, qu\u2019une commission pontificale, formée par Jean XXIII puis élargie par Paul VI, ait reçu mandat de la réexaminer, et que le Pape lui-même, en attendant de rendre sa décision, ait expressément admis que l\u2019Église, entre-temps, se trouvait, sinon \u201cen état de doute\u201d, du moins \u201cdans un moment d\u2019étude et de réflexion\u201d.(29 octobre 1966).On comprendrait encore plus mal que Paul VI n\u2019ait pas, personnellement, jugé bon d\u2019utiliser dans son encyclique les formules et les expressions qui, selon l\u2019usage, sont des signes certains et facilement reconnus d\u2019une définition de foi prononcée ex cathedra, en vertu du magistère extraordinaire de l\u2019Église, ni celles qui donnent clairement à entendre que, dans la pensée et l\u2019intention du Pape, la doctrine qu\u2019il remet sous le regard des fidèles, sans y employer la plénitude de son autorité propre, doit quand même être tenue pour infaillible du fait que, partie intégrante du \u201cdépôt de la foi\u201d, elle ressortit au magistère ordinaire de l\u2019Église.Non, la condamnation de la contraception n\u2019est pas un article de foi au sens fort: le chrétien, prêtre ou laïc, qui refuse de s\u2019y soumettre, n\u2019est pas un hérétique; il ne s\u2019exclut pas, automatiquement, de la communion catholique.Elle n\u2019est pas, en toute rigueur de termes, une déclaration irréformable non plus: théoriquement, Paul VI lui-même ou un autre pape pourrait la contredire, la rapporter, la mitiger, la nuancer, la passer sous silence, au gré des inspirations inédites de l\u2019Esprit.Mais, ces réserves faites et ces concessions accordées, pour la satisfaction des esprits exigeants et le réconfort de tant de chrétiens d\u2019élite qui se voient forcés d\u2019admettre, après coup, qu\u2019ils ont \u2014 c\u2019est bien le moins qu\u2019on puisse dire \u2014 mal pronostiqué les réactions du magistère officiel, il faut ajouter que, en pratique, pour les besoins présents de la SEPTEMBRE 1968 245 pensée et de l\u2019action, la seule attitude raisonnable et chrétienne qu\u2019un chrétien puisse prendre vis-à-vis de l\u2019encyclique est celle de l\u2019obéissance.Pour parler net, nous ne croyons pas que, face à l\u2019enseignement doctrinal et aux directives morales que Paul VI exprime ici avec tant de force, l\u2019attitude spontanée d\u2019un vrai fils de l\u2019Église consiste à se demander, d\u2019emblée et avant tout, dans quelle mesure exacte la décision du Pape engage la foi, ni jusqu\u2019à quel point précis chacun reste libre, en conscience, d\u2019en faire une règle de pensée et de vie.Que des incroyants, en matière aussi délicate, fassent à l\u2019encyclique un accueil réservé ou même hostile, nul ne s\u2019en étonne, et le Pape moins que personne.On peut prévoir, dit-il, que cet enseignement ne sera peut-être pas facilement accueilli par tout le monde: trop de voix \u2014 amplifiées par les moyens modernes de propagande \u2014 s\u2019opposent à la voix de l\u2019Eglise.Celle-ci, à vrai dire, ne s\u2019étonne pas d\u2019être, à la ressemblance de son divin Fondateur, un \u201csigne de contradiction\u201d .(no 18) Mais, que des théologiens, des prêtres, des laïcs catholiques n\u2019aient rien trouvé de plus pressé, au lendemain de la promulgation de l\u2019Encyclique, que d\u2019en délimiter la portée, d\u2019en circonscrire l\u2019autorité, d\u2019en monter en épingle les points faibles, d\u2019en souligner le caractère provisoire, \u2014 comme si leur premier souci et leur première tâche devaient être de réduire au plus strict minimum la mesure d\u2019obéissance qui lui est due \u2014, cela est déplorable et, autant que nous sachions, sans exemple dans l\u2019histoire de l\u2019Église moderne.La crise de l\u2019obéissance met en péril les structures fondamentales de l\u2019Église.Et pourtant, cette réaction, si pénible soit-elle, le Pape paraît également l\u2019avoir prévue, jusque dans les formes concrètes qu\u2019elle allait revêtir.Le 2 février 1968, à l\u2019heure où courait, à Rome, la rumeur, tout à fait fondée, que l\u2019encyclique tant attendue était sur le point de voir le jour, Paul VI prit vigoureusement à partie 1\u2019 \u201copinion erronée\u201d selon laquelle il y aurait, dans le monde et l\u2019Église, \u201cune crise de la vertu d\u2019obéissance\u201d liée à la \u201cmaturité de l\u2019homme moderne\u201d, à la \u201crevendication du rôle prééminent de la conscience personnelle\u201d, à 1\u2019 \u201cexaltation de la personnalité et de la liberté\u201d et même aux \u201cdéclarations du Concile sur ces questions très importantes et très actuelles\u201d.Sur la même lancée, il s\u2019attaquait à ceux qui confondent trop aisément la collégialité du magistère avec le gouvernement démocratique et le sensus fidelium avec le suffrage universel: L\u2019obéissance éclairée recherche le plan divin qui voit dans le peuple de Dieu .la présence et l\u2019action de représentants du Christ, munis de son autorité pastorale et dotés des charismes de magistère, de direction et de sanctification pour le service et le salut de la communauté des fidèles.L\u2019Eglise est hiérarchique, elle n\u2019est pas inorganisée, et encore moins démocratique en ce sens que la communauté aurait une priorité en matière de foi et d\u2019autorité sur ceux que l\u2019Esprit Saint a placés à la tête de l\u2019Eglise de Dieu.Relue à la clarté des derniers événements, cette déclaration dégage une saveur prophétique.Le Pape a d\u2019avance connu, pesé, jugé et rejeté, en bloc et dans leur principe, les objections de fond qu\u2019on oppose, aujourd\u2019hui, aux enseignements de son encyclique.11 en a condamné l\u2019esprit et l\u2019inspiration.Au nom de l\u2019idée même qu\u2019il se fait, en conformité avec la tradition catholique, de la structure de l\u2019Église, de la nature de son magistère, de l\u2019étendue de son autorité, il s\u2019est inscrit en faux contre ceux qui, en ces temps de crise, remettent plus ou moins en question, hier à propos du célibat sacerdotal, aujourd\u2019hui à propos de la contraception, \u201cles fondements rationnels et théologiques de l\u2019obéissance\u201d.Pour que l\u2019Église reste l\u2019Église, il faut que le Pape reste le Pape, et Paul VI, c\u2019est trop clair, entend remplir jusqu\u2019au bout le mandat que le Seigneur lui a confié, dans la personne de Pierre, de confirmer ses frères, de leur rendre \u201cle service de l\u2019autorité et du gouvernement, comme un principe d\u2019unité, d\u2019ordre, de solidarité, d\u2019efficience, et toujours en vue de former cette économie de vérité et de charité qu\u2019est son Église\u201d.Ceux qui comptent sur l\u2019influence de tel ou tel prince de l\u2019Église, sur le prestige des théologiens et des savants, sur les pressions de l\u2019opinion populaire, sur la puissance de la presse écrite et parlée \u2014 quand ce n\u2019est pas sur l\u2019agitation, le chantage et le fait accompli \u2014 pour fléchir la volonté de Paul VI et l\u2019amener à résipiscence, feraient bien de relire ce texte lumineux.Aux yeux du Pape, la crise actuelle de l\u2019obéissance met en cause et en péril l\u2019existence même de l\u2019Église.De cette crise, l\u2019effervescence actuelle autour de l\u2019encyclique Humanœ Vitce n\u2019est qu\u2019un épisode majeur, une sorte de carrefour, de point tournant à partir duquel tout peut être perdu ou sauvé.Perdu si, advenant, par impossible, un recul important de Paul VI, l\u2019esprit de désobéissance s\u2019installait dans l\u2019Église, qu\u2019elle glissât petit à petit vers le libre examen, pour culbuter, de là, dans l\u2019anarchie.Sauvée si, grâce à la fermeté courageuse, lucide et charitable du Pape, prêtres et laïcs, par delà les oppositions et les résistances actuelles, prennent occasion de la crise pour, au besoin, retrouver pour de bon le sens de l\u2019obéissance que l\u2019esprit de l\u2019époque paraît avoir oblitéré chez un grand nombre.\u201cQu\u2019il fait bon, dit Pascal, d\u2019être sur un navire battu par la tempête quand on est sûr qu\u2019il ne périra point\u201d.L\u2019Église a reçu du Christ la promesse de la pérennité, et cette promesse, au premier chef, repose sur Pierre.À proportion, où, dans la crise actuelle, l\u2019avenir de l\u2019Église est lié à la constance du Pape, nous avons l\u2019assurance que rien ne pourra l\u2019ébranler.L\u2019obéissance catholique réprouve le dogmatisme et le scepticisme.Le Pape juge, décide, ordonne: le peuple chrétien n\u2019a pas le choix: du plus petit jusqu\u2019au plus grand, il se doit d\u2019obéir.Mais obéir, en l\u2019occurrence, qu\u2019est-ce que cela veut dire ?Puisqu\u2019il s\u2019agit, dans l\u2019encyclique, d\u2019un enseignement faillible et, dans une certaine mesure, réformable, quel esprit, quels caractères, quelles modalités concrètes l\u2019obéissance, ici, doit-elle revêtir pour respecter, tout ensemble, l\u2019autorité du magistère et la liberté de chacun, les droits du Pape et ceux de la conscience personnelle ?246 RELATIONS Deux attitudes extrêmes nous paraissent d\u2019emblée à réprouver.La première consiste à faire de la condamnation de la contraception une espèce d\u2019article de foi, de dogme au petit pied, dont la promulgation par le Pape doit couper court à toute discussion, à toute interrogation publique ou privée, à toute recherche ultérieure, en même temps qu\u2019elle en fait un test décisif d\u2019obéissance religieuse à l\u2019issue duquel \u2014 comme au jugement dernier \u2014 il n\u2019y aurait plus que des brebis et des boucs, des purs et des impurs, des fidèles et des infidèles, les uns admis dans la salle du festin, les autres rejetés aux ténèbres extérieures.Vue simpliste et infantile qui aboutirait, à la limite, à mettre sur le même pied les enseignements fondamentaux du magistère et ses prises de position historiques les plus précaires et les plus contestables; à faire de la foi un aveuglement délibéré et de l\u2019obéissance une servitude inhumaine; à réduire les théologiens au rôle de compilateurs et les fidèles à celui d\u2019automates.F ides quœrens intellectual, disait saint Augustin: la foi est en quête d\u2019intelligence.A quoi Péguy ajoute, au nom de toutes ces petites gens qui ne disputent pas de la foi, mais qui en vivent: \u201cQuand on a connu, dit Dieu, d\u2019être aimé par des hommes libres, les prosternements d\u2019esclaves ne vous disent plus rien.\u201d A l\u2019extrême opposé de ce dogmatisme inflexible, s\u2019étale, sans vergogne, l\u2019attitude affligeante des sceptiques, des agressifs, des rebelles qui, tantôt au nom de la science ou du bon sens, tantôt au nom de la dignité humaine ou de l\u2019amour des époux, tantôt même au nom de la théologie ou du Concile, reprochent au Pape son intervention, affichent leur dédain pour son enseignement et prêchent ouvertement la désobéissance.Plusieurs d\u2019entre eux, en dépit des coups de semonce multipliés par Paul VI depuis quatre ans, avaient d\u2019ores et déjà choisi leur voie, y avaient parfois entraîné les autres, sont résolus à n\u2019en pas sortir et, jusqu\u2019à Les démarches La première démarche intérieure, inspirée au chrétien par sa foi et la conscience de son appartenance à l\u2019Église, consiste à reconnaître la compétence du Magistère \u2014 et donc du Pape qui l\u2019exerce \u2014 dans les matières traitées par l\u2019Encyclique et, plus particulièrement, dans le jugement porté sur la contraception.L\u2019Église s\u2019est de tout temps reconnue le droit d\u2019interpréter, à titre autoritaire pour les croyants, indicatif pour les incroyants, non seulement les exigences de la loi évangélique, mais celles de la loi naturelle.Ces exigences, en effet, ne dépendent pas, pour leur existence, de la manière de voir de chaque individu, ni de la volonté des masses, mais des règles permanentes du bien et du droit posées par la sagesse et la volonté de Dieu et inscrites par Lui dans la structure fondamentale de l\u2019être humain.Pour réussir sa vie et accomplir sa destinée, l\u2019homme doit se soumettre à toutes les lois divines, même à celles dont il ne discerne pas spontanément la nécessité ou qui viennent en conflit avec ses désirs ou ses intérêts.Mais, pour s\u2019y soumettre, il doit les connaître, et l\u2019expérience prouve que, même si, en théorie, toutes les dispositions de la loi morale sont acces- tant que l\u2019Église leur donne satisfaction, s\u2019installent, les poings et le cœur fermés, dans la dissidence.Ces gens-là n\u2019ont déjà plus \u2014 s\u2019ils l\u2019ont jamais eue \u2014 la tête chrétienne; au regard de la foi (qui ne les étouffe pas), ils ne comptent guère.L\u2019obéissance n\u2019est pas un don mais une conquête.L\u2019obéissance catholique se situe à mi-chemin entre ces deux excès.Mais, plutôt que d\u2019en faire la description sur pièces, nous tenterons, cette fois, d\u2019en fixer les démarches nécessaires ou possibles.Aussi bien, comme la foi dont elle épouse le dynamisme, l\u2019obéissance catholique est un cheminement.Elle n\u2019est pas donnée, du premier coup, une fois pour toutes; elle se mérite, s\u2019achète, se conquiert avec effort, comme un amour, en communion intime avec l\u2019Esprit Saint qui, du dedans, éclaire et fortifie les hommes de bonne volonté.Qu\u2019au point d\u2019arrivée, l\u2019intelligence et la liberté du croyant qui obéit coïncident parfaitement avec celles de l\u2019Église officielle qui juge et qui commande, c\u2019est plus qu\u2019un souhait pieux, c\u2019est une nécessité première, inéluctable.Mais, au départ, et tout le long du chemin par lequel, en toute fidélité, le chrétien se porte à la rencontre du magistère, il est normal que l\u2019esprit tâtonne et que la conscience hésite.L\u2019important est de ne pas s\u2019arrêter en route, de pousser la recherche jusqu\u2019au bout, d\u2019y épuiser toute les ressources d\u2019une intelligence loyale et d\u2019un cœur désencombré.Il faut aller à la vérité \u201cde toute son âme\u201d, disait Platon.La même exigence pèse sur le croyant d\u2019un poids encore plus lourd, car la vérité qu\u2019il poursuit, c\u2019est la parole de vie que Dieu lui adresse, personnellement, par la voix de son Église.Qu\u2019il s\u2019ouvre, qu\u2019il se fende de haut en bas pour l\u2019accueillir, et la vérité, tôt ou tard, le remplira.de l'obéissance sibles à la seule raison, l\u2019homme, en pratique et pour son malheur, en ignore, conteste ou renie plusieurs dès que la Lumière du monde, pour une raison ou pour une autre, ne filtre pas jusqu\u2019à ses ténèbres.C\u2019est pourquoi l\u2019Église ne remplirait pas sa mission de salut si elle ne possédait pas le droit et le pouvoir d\u2019intervenir, à point nommé, pour trancher les problèmes moraux autour desquels l\u2019opinion se divise et risque de s\u2019égarer.Elle le fait, le plus souvent, en s\u2019appuyant sur la Révélation, dont le Christ lui a confié le dépôt.Son enseignement, alors, participe à l\u2019infaillibilité même de Dieu.Parfois, comme dans le cas qui nous occupe, la Révélation est muette ou n\u2019est pas, du moins, suffisamment explicite.L\u2019Église, à ce moment, n\u2019en est pas réduite aux seules lumières de la sagesse humaine; c\u2019est sur la sagesse divine qu\u2019elle continue de prendre appui, en recherchant et en manifestant, sous la conduite de l\u2019Esprit Saint, les règles morales qui s\u2019ajustent et s\u2019incorporent le mieux à ce que la foi lui fait connaître de Dieu sur l\u2019homme et sur sa vie.Un tel enseignement, le cas échéant, pourrait-il faire l\u2019objet d\u2019un article de foi ?Nous en doutons fort.Mais il n\u2019en jouit pas moins, au regard du croyant, d\u2019un SEPTEMBRE 1968 247 prestige incomparable, tant du fait de sa cohérence et de sa proximité avec le savoir moral révélé que du fait de l\u2019autorité du magistère dont il émane.C\u2019est dans cette optique qu\u2019il faut relire les passages de l\u2019Encyclique où Paul VI revendique pour l\u2019Église le droit \u2014 qu\u2019il se prépare à exercer \u2014 de proclamer la loi de Dieu sur la contraception.Il est incontestable .que Jésus-Christ, en communiquant à Pierre et aux Apôtres sa divine autorité, et en les envoyant enseigner ses commandements à toutes les nations, les constituait gardiens et interprètes authentiques de toute la loi morale : non seulement de la loi évangélique, mais encore de la loi naturelle, expression elle aussi de la volonté de Dieu, et dont l\u2019observation fidèle est également nécessaire au salut.Conformément à cette mission qui est la sienne, l\u2019Eglise a toujours donné \u2014 et avec plus d\u2019ampleur à l\u2019époque récente \u2014 un enseignement cohérent, tant sur la nature du mariage que sur le juste usage des droits conjugaux et sur les devoirs des époux, (no 4) Ce n\u2019est pas elle qui a créé cette loi, elle ne saurait donc en être l\u2019arbitre; elle en est seulement la dépositaire et l\u2019interprète, sans pouvoir jamais déclarer licite une chose qui ne l\u2019est pas à cause de son intime et immuable opposition au vrai bien de l\u2019homme, (no 18) Paul VI n'a pas abusé de son magistère en condamnant la contraception.Bien qu\u2019il n\u2019aillent pas jusqu\u2019à dénier au Pape le droit de dirimer le débat, certains lui ont reproché \u2014 ce qui, dans leur esprit, revient parfois au même \u2014 de l\u2019avoir fait sans tenir compte de l\u2019opinion de l\u2019Épiscopat, des théologiens, de la masse des fidèles, et même de la Commission pontificale chargée par lui de l\u2019éclairer.Que l\u2019Épiscopat, en raison des circonstances, n\u2019ait pas été suffisamment consulté, c\u2019est possible, et, au lendemain du Concile, nous serions, dans ce cas \u2014 comme le Pape, sans doute \u2014 des premiers à le regretter.Mais rien ne prouve que la consultation, ou son équivalent praticable, n\u2019ait pas eu lieu, et Paul VI insinue clairement le contraire quand il parle des \u201cjugements et conseils\u201d que lui fournirent, \u201csoit spontanément, soit sur demande expresse\u201d, bon nombre de ses \u201cFrères dans l\u2019Épiscopat\u201d, (no 5) Au demeurant, rien n\u2019empêche que la collégialité du Magistère, si elle n\u2019a pas été réalisée avant la parution de l\u2019Encyclique, se réalise après.À l\u2019heure qu\u2019il est, le ralliement des Églises locales va bon train.Une fois achevé, qui niera que la collégialité, de fait et de droit, soit parfaitement rétablie ?Quant aux théologiens, quels que soient leurs états de service, leurs mérites et leur utilité dans la vie de la communauté chrétienne, ils ne font pas partie de l\u2019Église enseignante, mais de l\u2019Église enseignée.C\u2019est de façon tout épisodique \u2014 à l\u2019occasion d\u2019un concile, par exemple \u2014 et tout indirecte \u2014 par la convergence de leurs opinions sur un point de doctrine \u2014 qu\u2019ils sont associés de plus près au magistère officiel.Conformément à l\u2019idée que l\u2019Église se fait du développement dogmatique, ils n\u2019ont pas pour tâche principale de prospecter l\u2019avenir, d\u2019ouvrir au Magistère des avenues nouvelles et, encore moins, de le précéder et le compromettre en prévenant ses décisions, mais, avant tout, de scruter le passé, d\u2019exploiter à fond les ressources de sa tradition et de son constant enseignement, afin de les adapter \u2014 sans les altérer \u2014 à la mentalité et aux besoins des générations successives.Parmi eux, les chercheurs mêmes ne sont pas, dans l\u2019Église de Dieu, des inventeurs de doctrines, mais d\u2019abord, comme nous tous, des fidèles qui, avec des moyens plus puissants et plus subtils que les nôtres, creusent jusqu\u2019aux racines de la pensée traditionnelle de l\u2019Église, pour la comprendre, la dilater et la mener, progressivement, à son dernier achèvement.Dans cette perspective, il est tout à fait vain d\u2019opposer les théologiens au Pape et à l\u2019Église.Ceux parmi eux qui avaient adopté, avant l\u2019Encyclique, et qui, dans certains cas, ont maintenu après, des positions différentes de celles de Paul VI, devront, tôt ou tard, se rallier à l\u2019enseignement officiel ou renoncer du moins à le combattre.On voit mal, autrement, comment ils pourraient continuer à se considérer, ou à être considérés, comme des théologiens catholiques.Le Pape, d\u2019ailleurs, compte sur la fidélité de tous et en définit, sans ambages, la démarche essentielle quand, s\u2019adressant aux prêtres, il écrit: Votre première tâche, spécialement pour ceux qui enseignent la théologie morale, est d\u2019exposer sans ambiguité l\u2019enseignement de l\u2019Eglise sur le mariage, (no 28) Par delà cette mission capitale, la recherche théologique, bien sûr, pourra et devra continuer, mais le climat, à notre avis, en sera profondément modifié et les résultats, on l\u2019espère, n\u2019en seront que plus riches et mieux assurés.L\u2019opinion des fidèles, à condition d\u2019être libre et de reposer visiblement sur des motifs religieux, compte également pour beaucoup dans l\u2019enseignement de l\u2019Église, qui a toujours fait grand cas, non pas du consensus populaire, tel qu\u2019il pourrait s\u2019exprimer dans un referendum, mais du véritable sensus fidelium, c\u2019est-à-dire de l\u2019accord unanime des esprits et des volontés qui, sous l\u2019influence de la grâce, tend régulièrement à s\u2019établir, chez le peuple de Dieu, autour des points de doctrine dont, au long des siècles, la piété se nourrit et la conduite s\u2019inspire.Mais nous ne croyons pas que toutes les conditions, dans le cas présent, soient remplies pour qu\u2019on puisse sérieusement en appeler de la foi du Pape à la foi des fidèles.Outre que le sentiment réel du peuple chrétien est mal connu, trop de directives imprudentes, trop de propagandes trompeuses ont pu, pour un temps, obscurcir ou gauchir l\u2019opinion et la lancer, par surprise, sur la voie large, tellement plus invitante que la route étroite, que le chemin royal de la Croix.Un jour viendra \u2014 et l\u2019Encyclique, justement, vise à le rapprocher \u2014 où la masse des croyants, rendue enfin à la vraie liberté, se retrouvera, unanime, au pied de la chaire de Pierre.À ce moment, le sensus fidelium pourra jouer pleinement, parce que la foi du Pape et la foi de ses frères, comme la flamme de deux cierges, s\u2019uniront ensemble pour brûler plus clair et plus haut.En attendant, il est faux de prétendre que Paul VI, parce qu\u2019il n\u2019a pas exaucé les requêtes déterminées d\u2019un grand nombre, et peut-être même d\u2019une majorité de croyants, a refusé de les entendre.L\u2019Encyclique, au contraire, à maints détails, à maintes précautions et préve- 248 RELATIONS nances charitables, montre clairement que le Pape, tout au long de sa réflexion, n\u2019a jamais cessé d\u2019être à l\u2019écoute de l\u2019Église tout entière.Mais, derrière les appels trop précis qui lui étaient adressés, il paraît avoir perçu une rumeur plus vaste, une angoisse plus lourde, une faim plus profonde: celle de l\u2019homme qui, au creux d\u2019un monde déshumanisé et livré aux idoles, se débat de toutes ses forces pour conserver ou pour retrouver le sens de l\u2019amour, de la dignité, de la liberté qui font sa grandeur.C\u2019est à ces hautes aspirations que la contraception, dans son ordre, fait échec, et c\u2019est à elles que Paul VI a voulu répondre, quitte, ce faisant, à en refouler d\u2019autres qui, bon gré mal gré, sont incompatibles avec elles.En défendant la morale conjugale dans son intégralité, l'Eglise sait qu'elle contribue à l\u2019instauration d\u2019une civilisation vraiment humaine; elle engage l\u2019homme à ne pas abdiquer sa responsabilité pour s\u2019en remettre aux moyens techniques; elle défend par là même la dignité des époux.Fidèle à l\u2019enseignement comme à l\u2019exemple du Sauveur, elle se montre l\u2019amie sincère et désintéressée des hommes, qu\u2019elle veut aider, dès leur cheminement terrestre, \u201cà participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes\u201d, (no 18).Reste le reproche qu\u2019on adresse au Pape d\u2019avoir pris le contrepied de l\u2019opinion majoritaire qui s\u2019était fait jour au sein de la Commission d\u2019experts mandatés pour l\u2019assister.Ce reproche, Paul VI en a lui-même disposé dans un long passage de l\u2019Encyclique.Il y rappelle, en somme, que la Commission était purement consultative, qu\u2019au terme de ses travaux, elle restait divisée et, grief plus sérieux, que \u201ccertains entières\u201d, sur lesquels la majorité étayait ses conclusions, \u201cs\u2019écartaient de la doctrine morale sur le mariage proposée avec une constante fermeté par le magistère de l\u2019Eglise\u201d (no 6).Pour parler bref, face aux objections de la minorité et compte tenu des règles de pensée et de vie fixées par la tradition, les arguments de la majorité ne faisaient pas le poids.Dans ces conditions, Paul VI n\u2019avait pas seulement le droit, mais le devoir de s\u2019en tenir, pour l\u2019essentiel, à l\u2019enseignement de ses prédécesseurs, sauf à en modifier profondément, dans la ligne de l\u2019opinion majoritaire \u2014 non seulement le ton, les formes et le langage, mais toute la perspective, très nettement centrée, cette fois, sur la personne plutôt que sur le droit, sur l\u2019amour plutôt que sur la loi, sur la grâce plutôt que sur le péché.Pour peu qu\u2019on ait le sens de la continuité doctrinale dans l\u2019Église, pouvait-on, sans illusion, en espérer davantage ?L\u2019obéissance catholique requiert une disponibilité intérieure proportionnée à l\u2019autorité de l\u2019enseignement pontifical.La seconde démarche intérieure dictée par l\u2019obéissance catholique se situe, naturellement, dans le prolongement de la première.Une fois reconnu le droit fondamental du Pape à juger, à décider, à commander en matière de moralité conjugale; une fois admis, par surcroît, qu\u2019il n\u2019a pas outrepassé ce droit en empiétant sur les droits d\u2019autrui, la conclusion s\u2019impose: les catholiques, du plus petit jusqu\u2019au plus grand, ont le devoir d\u2019obéir, ou plutôt \u2014 pour respecter la loi de cheminement dont nous parlions plus haut \u2014 de se mettre loyalement en posture d\u2019obéir.La disponibilité requise est proportionnée, évidemment, à l\u2019autorité de l\u2019enseignement papal et, plus précisément, à l\u2019étroitesse des liens qu\u2019il a avec la foi.S\u2019il s\u2019agissait d\u2019une définition ex cathedra, la marge de manœuvre serait nulle.Mais, en présence d\u2019un enseignement faillible et théoriquement réformable, elle existe, plus ou moins forte, selon les circonstances.Comment l\u2019évaluer ?La Constitution conciliaire Lumen Gentium nous a livré à ce sujet des règles extrêmement précieuses.Parlant de la fonction d\u2019enseignement des évêques dans l\u2019Église et de l\u2019obéissance qui leur est due, elle précise: Mais cette soumission religieuse de la volonté et de l\u2019intelligence, on doit tout particulièrement l\u2019offrir au magistère authentique du Pontife romain, même quand il ne parle pas ex cathedra, de telle sorte que son suprême magistère soit respectueusement accepté et qu\u2019avec sincérité l\u2019on adhère aux décisions qui émanent de lui, selon sa propre pensée et sa volonté manifeste; et celles-ci se manifestent spécialement soit par la nature des documents, soit par de fréquents retours sur la même doctrine, soit dans la manière même de parler.Lumen Gentium, no 25.Il est possible \u2014 et on l\u2019a fait \u2014 de donner à ce texte une interprétation toute négative et d\u2019en conclure, sans plus, qu\u2019une déclaration pontificale, en l\u2019absence de définition proprement dite, ne s\u2019impose pas au chrétien d\u2019une manière inconditionnelle et absolue.Comme si la préoccupation majeure du Concile, en promulguant cet article, avait été de limiter, de façon assez sournoise, l\u2019autorité doctrinale du Pape, alors qu\u2019il vise clairement à la confirmer.Pour ne pas faire dire au texte le contraire \u2014 ou presque \u2014 de ce qu\u2019il dit, il faut lui donner une interprétation positive et en retenir, littéralement, que le Pape, même quand il ne définit pas un article de foi, a droit à toute la soumission à laquelle il prétend, \u201cselon sa propre pensée et sa volonté manifeste\u201d.Pour connaître cette pensée et cette volonté, on doit d\u2019abord, dit le Concile, tenir compte de \u201cla nature des documents\u201d où elles s\u2019expriment.Or, dans le cas présent, nous sommes en présence d\u2019une encyclique, c\u2019est-à-dire d\u2019un type de document qui, sans être le véhicule ordinaire du Magistère infaillible, n\u2019en jouit pas moins, parmi les instruments de transmission de l\u2019enseignement ordinaire de l\u2019Église, d\u2019une autorité sans pareille.En l\u2019employant, de préférence à d\u2019autres, le Pape a déjà montré le sérieux de ses intentions.Il faut tenir compte, en second lieu, de la fréquence des \u201cretours sur la même doctrine\u201d qui ont précédé ou suivi la publication du document.Or, depuis que Paul VI, au Concile, a, pour des raisons de prudence, dessaisi les Pères de l\u2019examen du problème particulier de la contraception, pour le confier à une Commission pontificale, il a, publiquement, fait \u201cretour\u201d au moins trois fois \u2014 le 23 juin 1964, le 4 octobre 1965, devant les Nations-Unies, puis le 29 octobre 1966 \u2014 sur la \u201cdoctrine\u201d qui fait l\u2019objet de l\u2019Encyclique.À aucun moment, il n\u2019a dit ou donné à entendre que cette doctrine, selon lui, pourrait subir des modifications d\u2019importance.C\u2019est donc qu\u2019il y tenait.Et il y tient, aujourd\u2019hui \u2014 en dépit de l\u2019émotion et des résistances suscitées par l\u2019Encycliqne \u2014 plus fortement que jamais, comme le prouve le discours que, en explication et en confirmation de son enseignement, il a prononcé, SEPTEMBRE 1968 249 le 31 juillet, à Castel Gandolfo.Cette constance, avant l\u2019événement comme après, nous aide à mesurer la fermeté de sa \u201cpensée\u201d et de sa \u201cvolonté\u201d.L\u2019évaluation doit tenir compte, enfin, de \u201cla manière même de parler\u201d du Souverain Pontife.Or, il est manifeste que Paul VI n\u2019entend pas parler, ici, comme un docteur privé, un sage entre les sages, dont les opinions personnelles, si éclairées qu\u2019elles fussent, resteraient sujettes à caution, mais comme \u201csuccesseur de Pierre\u201d, chef et pasteur suprême de l\u2019Église, \u201cdépositaire et interprète\u201d de son enseignement (no 31), mandataire du Christ lui-même.C\u2019est pourquoi, ayant attentivement examiné la documentation qui nous a été soumise, après des mûres réflexions et des prières assidues, nous allons maintenant, en vertu du mandat que le Christ nous a confié, donner Notre réponse à ces graves questions, (no 6) Cette réponse, par ailleurs, est catégorique et vise nettement à lier les consciences, tout comme les liaient, en termes encore plus directs et plus exigeants, les prescriptions de Pie XI et de Pie XII auxquelles l\u2019Encyclique se réfère constamment.Tout cela montre, une fois de plus, que, dans l\u2019intention du Pape, et donc \u2014 selon l\u2019enseignement du Concile \u2014 en toute réalité, la \u201csoumission religieuse de la volonté et de l\u2019intelligence\u201d requise par l\u2019Encyclique doit être poussée très loin.La mesure de l'obéissance Paul VI a lui-même fixé la mesure de l\u2019obéissance due à son Encyclique quand, s\u2019adressant aux prêtres (mais la règle, c\u2019est trop clair, vaut également pour tous les membres de l\u2019Église), il leur dit: Soyez les premiers à donner, dans l\u2019exercice de votre ministère, l\u2019exemple d\u2019un assentiment loyal, interne et externe, au magistère de l\u2019Eglise, (no 28) L\u2019assentiment externe se définit par la conformité des actes et des paroles avec la règle prescrite.La conformité des actes, tant pour le prêtre que pour les époux, relève d\u2019une pastorale de la vie sexuelle des couples, dont l\u2019Encyclique a exprimé l\u2019esprit et tracé les grandes lignes (nos 25 et 28), et sur laquelle nous reviendrons dans un prochain article.Quant à la conformité des paroles, tout le monde sait qu\u2019elle fait, à l\u2019heure actuelle, cruellement défaut.La presse écrite et parlée \u2014 pour ne parler que d\u2019elle \u2014, à côté de témoignages éclatants de fidélité, bourdonne d\u2019interrogations, de protestations, de réfutations indignées.À croire que l\u2019irruption de l\u2019Encyclique a fait monter brusquement, chez le moindre bedaud, la fièvre théologique jusqu\u2019à la température de l\u2019intérêt passionné.De fait, ce qui étonne le plus dans tout ce tapage, c\u2019est l\u2019ignorance religieuse dont il témoigne.Bien peu ont l\u2019air de se douter, même parmi les croyants, que le problème traité par l\u2019Encyclique est, avant tout, un problème théologique que, sous peine de se disqualifier, il faut examiner et résoudre, principalement, suivant les lois et les méthodes de la théologie.Libre aux philosophes, aux démographes, aux psychiatres, aux gynécologues de prendre parti dans le débat au titre des exigences, réelles ou prétendues, des disciplines qu\u2019ils cultivent: leurs points de vue, au regard de la morale, ne sont pas dépourvus d\u2019intérêt, et Paul VI a pris grand soin de les entendre.Mais, en définitive, c\u2019est sous un autre éclairage, proprement théologique, qu\u2019il a rendu son verdict, conscient \u2014 comme tout chrétien doit l\u2019être \u2014 qu\u2019aucun savoir profane n\u2019est apte à rendre compte, en totalité, du projet de Dieu sur l\u2019homme et sur sa vie.Une fois le problème posé dans sa vraie perspective, le croyant, prêtre ou laïc, pourra peut-être penser que sa théologie vaut bien celle du Pape et qu\u2019elle a droit, aussi, à quelque publicité.Nous lui suggérons, avant d\u2019ouvrir la bouche ou de saisir la plume, de méditer sur ce texte de l\u2019Épiscopat allemand où il est question, justement, des enseignements de l\u2019Église qui ne sont pas infaillibles: S\u2019il en est qui croient pouvoir s\u2019en tenir à leurs opinions personnelles, qui prétendent posséder dès maintenant les meilleures intuitions sur ce que sera l\u2019Eglise de demain, qu\u2019ils se demandent en toute sincérité devant Dieu et leur conscience si l\u2019étendue et la profondeur de leurs connaissances théologiques sont suffisantes pour qu\u2019ils puissent se permettre de s\u2019écarter en théorie et en pratique de l\u2019actuel enseignement du magistère de l\u2019Eglise.Il n\u2019est pas exclu en soi que cela soit possible, mais le présomptueux qui dit un peu trop vite qu\u2019il sait mieux que tout le monde devra un jour en rendre compte devant le tribunal de Dieu.Lettre des évêques allemands à tous ceux qui, dans l'Eglise, ont mission d\u2019enseigner la foi, no 19.(Doc.Cath., 18 fév.1968.) La doctrine de l\u2019Encyclique fait appel à une obéissance intérieure inspirée par la foi et la prudence surnaturelle.Cependant, l\u2019assentiment externe à la doctrine de l\u2019Encyclique ne suffit pas.Outre ses actes et ses paroles, le chrétien doit y conformer aussi sa pensée, son jugement, son cœur.Car, ainsi que l\u2019explique saint Ignace dans sa célèbre Lettre sur l\u2019obéissance, il est impossible que la soumission extérieure \u201cse soutienne longtemps, à moins que la volonté et le jugement de l\u2019inférieur ne soient de parfait accord avec la volonté et le jugement du supérieur\u201d.Cette exigence est-elle trop forte ?Si Paul VI n\u2019était qu\u2019un homme comme les autres \u2014- \u201cce monsieur\u201d, a dit quelqu\u2019un, avec un beau dédain \u2014, elle le serait, assurément.À ses raisons, puisqu\u2019il s\u2019agit, somme toute, d\u2019un problème de morale naturelle, on en pourrait peut-être opposer d\u2019autres, tout aussi valables, en sens contraire.Mais Paul VI est le Pape, et c\u2019est en tant que tel, nous l\u2019avons vu, et non point en qualité de mage de ce monde, qu\u2019il a le droit d\u2019exiger un assentiment interne à son enseignement.250 RELATIONS Cet assentiment, précise-t-il, est dû, vous le savez, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l\u2019Esprit Saint, dont les Pasteurs bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité, (no 28) Ce que le Pape, en somme, attend des croyants, c\u2019est un saut dans la foi, \u2014 dans une foi qui ne porte pas directement, ici, sur l\u2019objet même de son enseignement, mais sur les pouvoirs, les vertus et les droits qui sont attachés à sa mission divine.Parodiant l\u2019Évangile, on pourrait mettre dans sa bouche ces mots: Si vous ne croyez pas ce que je dis, croyez du moins en moi qui le dis, croyez à l\u2019Esprit qui m\u2019éclaire.Certes, il ne faut rien exagérer: un saut dans la foi n\u2019est pas, forcément, un saut dans le vide, et l\u2019Encyclique met en ligne des arguments de poids.Mais nous avons, à la relire, le sentiment invincible que ce n\u2019est pas sur la base de ces arguments que le Pape a pris sa décision, ni qu'il demande aux croyants d\u2019y adhérer, intérieurement, sans réserve.Au delà des raisons qu\u2019il donne et qu\u2019il a promis, à Castel Gandolfo, d\u2019approfondir et d\u2019enrichir, plus tard, en les intégrant à un enseignement plus vaste sur la famille et les mœurs, Paul VI paraît avoir perçu, dans une lumière plus pure, certaines dimensions du mystère humain que l\u2019intellect ne parvient pas à étreindre ni à formuler pleinement.C\u2019est à cette lumière divine que, dans l\u2019obscurité et le doute, il veut que nous donnions notre foi, dans la conviction que \u201cl\u2019Esprit de Dieu, en même temps qu\u2019il assiste le Magistère dans l\u2019exposition de la doctrine, éclaire intérieurement les cœurs des fidèles, en les invitant à donner leur assentiment\u201d (no 29).Au reste, le Pape n\u2019est pas seulement maître de doctrine, mais pasteur.A ce titre, il doit prendre des décisions et faire des choix qui relèvent des jugements prudentiels que \u2014 sous la conduite, encore, de l\u2019Esprit Saint \u2014 il rend sur les situations concrètes auxquelles, à un moment donné, la chrétienté fait face.Le mouvement naturel de l\u2019âme croyante ne la porte-t-il pas, dans ce cas, à la rencontre de la pensée et de la volonté du Pasteur que Dieu lui a donné pour guide ?L\u2019Épiscopat allemand nous livre, à ce propos, d\u2019utiles réflexions: Pour ce qui est de l\u2019erreur et des possibilités d\u2019erreur dans les enseignements de l\u2019Eglise qui n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une définition \u2014 lesquels peuvent également obliger à des degrés très divers \u2014 il faut d\u2019abord bien voir que, dans la vie humaine, on doit d\u2019une façon générale toujours faire pour le mieux en s\u2019en tenant à des données qui, théoriquement, ne peuvent pas être considérées comme absolument certaines, mais cependant doivent être respectées hic et nunc comme des normes de pensée et d\u2019action valables, parce que, pour le moment, on ne peut pas faire mieux.Cela, la vie concrète l\u2019a appris à chacun.Tout médecin, lorsqu\u2019il doit donner un diagnostic, tout homme d\u2019Etat, lorsqu\u2019il doit porter sur la situation politique un jugement destiné à orienter sa décision, savent ce qu\u2019il en est.L\u2019Eglise elle aussi, dans sa doctrine et sa pratique, ne doit pas toujours et en chaque cas se laisser enfermer dans ce dilemme: ou promulguer une décision doctrinale qui oblige au dernier degré, ou se taire et tout laisser à l'arbitraire de chacun.Tout en maintenant la substance propre et intime de la foi, elle doit \u2014 même si elle court le risque de commettre une erreur dans tel ou tel cas particulier \u2014 donner des enseignements doctrinaux qui obligent jusqu\u2019à un certain point; mais comme ces enseignements ne sont pas des définitions de foi, ils ont un certain caractère provisoire qui peut aller jusqu\u2019à comporter une possibilité d\u2019erreurs.Sinon, elle ne pourrait pas annoncer sa foi, la commenter et l\u2019appliquer comme norme de vie aux différentes situations humaines.En pareil cas, chaque chrétien se trouve à l\u2019égard de l\u2019Eglise dans une situation analogue à celle de l\u2019homme qui sait qu\u2019il doit suivre les prescriptions d\u2019un SEPTEMBRE 1968 expert, bien qu\u2019il sache également qu\u2019elles ne sont pas infaillibles.Lettre des évêques allemands à tous ceux qui, dans l\u2019Eglise, ont mission d\u2019enseigner la foi, no 18.En citant ce texte, nous ne voulons pas le moins du monde insinuer que les directives de Paul VI sont d\u2019ordre avant tout pastoral et prudentiel, en sorte que, dans un contexte différent, elles pourraient, à ce titre, être entièrement évacuées.Mais, dans la mesure où elles le sont aussi, de fait et de droit, cet appel au bon sens a quelque chose de revigorant.En cas de conflit entre la foi promulguée par l\u2019Encyclique et les requêtes de la conscience droite, c\u2019est la conscience qui l\u2019emporte.Qu\u2019arriverait-il si, ayant dûment réfléchi, médité, prié, comme le Pape l\u2019y invite; s\u2019étant largement ouvert à l\u2019obéissance, comme sa foi l\u2019en presse, un croyant n\u2019arrivait pas à faire siennes les vues de l\u2019Encyclique et restait même intimement convaincu, comme homme et comme chrétien, qu\u2019elles sont, en tout ou en partie, radicalement erronées ?L\u2019hypothèse, autant qu\u2019on sache, est loin d\u2019être gratuite, bien que les conditions, si tôt après l\u2019Encyclique, ne soient pas toutes remplies, dans bien des cas, pour invoquer les droits de l\u2019ignorance invincible.Mais supposons qu\u2019elles le soient, comme elles paraissent l\u2019être, pour le moment, chez un bon nombre.Quel jugement porter ?La question relève, évidemment, des principes qui éclairent le problème plus général de la liberté de conscience.La théologie traditionnelle \u2014 celle de saint Thomas, en particulier \u2014 nous livre à ce propos une règle très sûre.Bien que la loi soit la norme objective du bien et du mal, la conscience personnelle en est la norme subjective.C\u2019est elle, en dernier ressort, qui prononce, en conformité ou non avec la loi, l\u2019ultime jugement pratique sur la bonté ou la malice des actes humains.Même si elle se trompe, soit en interdisant, à tort, un acte objectivement bon, soit en autorisant, à tort, un acte objectivement mauvais, il faut la suivre, à condition que la bonne foi soit totale et l\u2019erreur, insurmontable.La Constitution conciliaire Gaudium et Spes, à laquelle, parlant de la paternité responsable, Paul VI lui-même réfère (no 10), a repris implicitement cette règle à son compte quand elle dit: Ce jugement, ce sont, en dernier ressort, les époux qui doivent l\u2019arrêter devant Dieu.Dans leur manière d\u2019agir, que les époux chrétiens sachent qu\u2019ils ne peuvent pas se conduire à leur guise, mais qu\u2019ils ont l\u2019obligation de toujours suivre leur conscience, une conscience qui doit se conformer à la loi divine, et d\u2019être dociles au magistère de l\u2019Eglise, interprète autorisée de cette loi à la lumière de l\u2019Evangile.Gaudium et Spes, no 50.Néanmoins, à ceux \u2014 prêtres ou laïcs \u2014 qui seraient tentés d\u2019exalter, à partir de ce texte, la liberté de la conscience aux dépens de l\u2019autorité de la loi, qu\u2019il proclame pourtant avec autant de force, Paul VI donne aussi à médi- 251 RÉGULIÈRES ET \"KING CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE ter cet autre texte de la même Constitution que plusieurs ont relégué, semble-t-il, aux oubliettes: Pour mettre en accord l'amour conjugal avec la transmission de la vie, la moralité du comportement ne dépend pas de la seule sincérité de l\u2019intention et de la seule appréciation des motifs, mais elle doit être déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne et de ses actes .Gaudium et Spes, no 51.Ni le Concile, ni Paul VI n\u2019admettent qu\u2019on confonde, comme c\u2019est le cas trop souvent, la sincérité, c\u2019est-à-dire l\u2019intention du sujet, suivant ses seuls idées, désirs ou intérêts personnels, avec la loyauté, c\u2019est-à-dire la volonté profonde de connaître et d\u2019observer la loi de Dieu, telle qu\u2019elle existe et telle que l\u2019homme, dans une situation donnée, arrive à la comprendre.Ils accepteraient encore moins bien que la conscience se forme et se rassure en se retranchant derrière le principe que la fin bonne justifie les moyens.\u201cIl n\u2019est pas permis, dit le Pape, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu\u2019il en résulte un bien.\u201d (no 14) Ceci dit, pour dissiper toute équivoque, il faut réaffirmer aussitôt que, devant les hommes et devant Dieu, c\u2019est la conscience, toujours, qui doit avoir le dernier mot, parce que c\u2019est elle, au dernier jour, qui nous jugera.\u201cLors donc que les païens, qui n\u2019ont point la Loi, en accomplissant naturellement les préceptes, ces gens, qui n\u2019ont pas la Loi, sont eux-mêmes leur propre loi: ils manifestent que l\u2019objet de la Loi est gravé dans leur cœur.C\u2019est là le témoignage de leur conscience, ainsi que des raisons par lesquelles ils s\u2019accusent ou s\u2019excusent mutuellement.Cela apparaîtra le jour où, selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes.\u201d (Saint Paul aux Romains, 2, 14-16).L\u2019ENCYCLIQUE : ].Impressions d'une mère de famille C\u2019est avec beaucoup d\u2019humilité que j\u2019écris ces impressions purement subjectives sur l\u2019encyclique Humanœ Vi-tœ.Je le fais simplement.Je suis mère de famille; j\u2019ai 47 ans et j\u2019ai trois enfants (de 20, 18 et 15 ans).J\u2019ai lu le message pontifical une semaine après sa publication dans les journaux.Je l\u2019ai lu avec une grande ouverture d\u2019esprit, et, il va sans dire, avec respect et esprit de foi.Après avoir entendu et lu tant de remarques variées qui se situaient entre l\u2019acceptation et le regret accompagné de désespoir, je ne fus pas surprise de trouver le document à la fois bienfaisant et controversé.Évidemment, il s\u2019élève au-dessus des problèmes particuliers.Et si je l\u2019ai trouvé sévère, je l\u2019ai aussi trouvé humain.Ce qui m\u2019a le plus impressionnée à la première lecture c\u2019est le rappel de Paul VI au mystère spirituel engagé dans la réalité sexuelle.Dans notre société où le matérialisme sévit, où l\u2019on baigne dans l\u2019érotisme, où la sensualité domine, où l\u2019on ne pense qu\u2019à se satisfaire dans tout, où la loi du moindre effort est devenue presqu\u2019un mot d\u2019ordre, il me semble bienfaisant, ce rappel.Quand on comprend le sens profond de l\u2019amour conjugal, on peut y découvrir une richesse inépuisable.Il y a en effet toute une gamme à l\u2019épanouissement du couple.Aujourd\u2019hui, on semble tellement insister sur l\u2019épanouissement sexuel qu\u2019on oublie de découvrir les autres richesses de la \u201cvie à deux\u201d.La communion des époux par leurs corps, leurs âmes, leurs esprits et leurs cœurs représente une transformation, un renouvellement.Et ce renouvellement n\u2019est pas bénéfique seulement aux époux, il rayonne dans toute la famille.La vie intime des époux peut être bienfaisante dans tous les domaines de la vie familiale.J\u2019aimerais souligner que la joie, la sérénité et le bonheur ne sont pas incompatibles avec la maîtrise de soi requise dans la voie que nous propose Paul VI.J\u2019ajouterai bien vite que la maîtrise de soi n\u2019est pas synonyme non plus de vie renfrognée, contrainte et ascétique.Évidemment, dans le mariage chrétien il y a la foi et cette foi, cette communion avec Dieu, donne de l\u2019unité à toute l\u2019existence.Vivre une vie surnaturelle n\u2019est pas chose facile, mais combien grands sont les \u201cdividendes\u201d ! La grâce d\u2019état est une réalité.Comme des millions de mères de famille, j\u2019attendais l\u2019encyclique avec impatience surtout dans l\u2019espoir qu\u2019elle faciliterait ma tâche d\u2019éducatrice.Si à la première lecture j\u2019étais reconnaissante au Pape de nous avoir rappelé les réalités spirituelles, à la deuxième lecture, je ressentis quelques malaises.Dans le domaine des réalités concrètes, je me posai des questions car 21 ans de 252 RELATIONS mariage représentent bien des réalités ! Durant leur vie conjugale les époux doivent faire face à des situations qui souvent apportent des souffrances réelles, des situations qu\u2019ils n\u2019ont pas créées, devrai-je ajouter avec force.Je me demandai si parfois, en certaines circonstances, pour préserver les valeurs sacrées du mariage, les époux ne pourraient pas se sentir excusables d\u2019utiliser des techniques contraceptives, faute de trouver mieux, avec l\u2019espoir de n\u2019avoir plus bientôt à y recourir.Le couple qui a une véritable conception du mariage chrétien, qui vit un grand amour dans toute sa plénitude, qui puise à la Source, traverse des saisons difficiles lui aussi.Ce n\u2019est assurément pas l\u2019égoïsme qui règne à ces moments-là mais bien des problèmes qui sont des réalités profondes.Par exemple, je pense au problème de la fécondité laquelle n\u2019est pas purement un rythme biologique mais est influencée par toutes sortes de facteurs tant psychiques que physiques.Je scandaliserai peut-être par une certaine faiblesse en parlant de ce problème.Cependant, il est à la base de l\u2019angoisse de tant d\u2019époux, jeunes et moins jeunes.La \u201cméthode\u201d est souvent difficilement applicable et très, très aléatoire.La \u201cjoie de vivre\u201d de la femme fond rapidement sous les rayons de l\u2019anxiété.Pauvre nature humaine ! L\u2019incompréhension de l\u2019époux peut aussi ajouter pour l\u2019épouse un fardeau très lourd à porter à ce moment-là.En conclusion, il me semble impératif pour nous de continuer avec plus d\u2019ardeur que jamais à former nos jeunes.Il nous faut former des gens adultes, pleinement conscients de leurs responsabilités comme \u201ccollaborateurs du Créateur\u201d.Il nous faut des époux qui demeurent toujours fidèles au dessein de Dieu.L\u2019éducation doit donc être à la base: qu\u2019est-ce que vivre le projet humain ?qu\u2019est-ce qu\u2019une femme ?qu\u2019est-ce qu\u2019un homme ?qu\u2019est-ce que la sexualité ?qu\u2019est-ce que l\u2019amour ?qu\u2019est-ce que le mariage chrétien ?L\u2019Esprit Saint nous éclairera.Et puisse-t-Il éclairer les prêtres qui devront nous aider plus que jamais.\u201cAu milieu de leurs difficultés, que les époux retrouvent toujours, dans la parole et dans le cœur du prêtre, l\u2019écho de la voix et de l\u2019amour du Rédempteur\u201d (Extrait de Humanœ Vitœ, no 29).Le 8 août 1968.Claire Campbell.2.Témoignage Dans sa récente encyclique Humanœ Vitœ, Paul VI s\u2019adresse particulièrement aux époux chrétiens.Dans sa paternelle mais ferme attitude il les invite à se dépasser dans la poursuite d\u2019un bonheur conjugal qui préconise l\u2019amour de la vie, dans le respect mutuel des conjoints.De là, une stricte observance des devoirs qui en découlent.Alors que ces valeurs sont précisément remises en questions, les directives de l\u2019Église, bien qu\u2019elles rencontrent l\u2019approbation de la plupart des fidèles, étonnent cependant quelques-uns, tandis qu\u2019elles sont jugées totalement périmées et inacceptables par ceux qui bâtissent leurs convictions sur d\u2019impérieux facteurs tels les exigences sociales, économiques et sexuelles qui influencent présentement tant d\u2019idéologies.D\u2019aussi graves problèmes, certes, sont très difficiles à résoudre, plus encore lorsqu\u2019ils se situent dans le cadre même où la vie est menacée, puisque strictement liée au comportement individuel de ceux qui en sont les auteurs.L\u2019Église, en maintenant ses enseignements traditionnels en ce domaine, ne fournit-elle pas aux époux chrétiens l\u2019occasion d\u2019enrichir leur vie conjugale par un engagement total qui stimule la poursuite d\u2019un idéal commun, et l\u2019épanouissement personnel des conjoints dans la Foi et l\u2019Amour ?Une foi vécue, un amour sans cesse en éveil, face au bonheur de l\u2019autre: quel défi passionnant et méritoire à relever, même aux heures les plus exigeantes ! Un témoignage comme celui-ci peut-il aider nos convictions traditionnelles remises en question dans l\u2019esprit de certains durant les quelques années qui ont précédé la publication de l\u2019encyclique ?Il n\u2019est autre chose que celui d\u2019une épouse qui, au début d\u2019une vie conjugale parfaitement heureuse, a dû subitement surmonter les problèmes impérieux d\u2019ordre émotif, sexuel et moral qui soulèvent, suite à l\u2019encyclique, de si vives controverses.Je l\u2019exprime en hommage à ma Foi et à l\u2019Église, en gratitude émue.Marguerite-M.Guérin.Outremont, le dix août, mil neuf cent soixante-huit.Un bicentenaire : 1768-1968 (3h a tea a /) n a n cl.cette nature Liam Brophy * Il arriva en notre monde plus mort que vif, il y a deux siècles, et il y devint l\u2019un des plus ardents amoureux de tous les siècles.Il eut en effet bien des amours.Il aima la vie elle-même d\u2019un élan sans défaillance; il * Diplômé de l\u2019Université de Louvain et professeur à Dublin, Irlande.aima l\u2019aventure au point d\u2019entreprendre bravement, malgré le froid sourire de George Washington, la découverte du passage du Nord-Ouest; au lieu de cela, il trouva sur sa route le roman à la mode romantique; il aima l\u2019amour et la littérature au point de devenir le Père et le Fondateur du Romantisme; enfin, il aima la Foi catholique avec une telle piété filiale et une telle sincérité qu\u2019il rétablit son prestige dans les cœurs refroidis des Français par un chef-d\u2019œuvre ardent et convaincant.Son nom même est romantique: François-René de Chateaubriand.Je me suis rencontré entre les deux siècles SEPTEMBRE 1968 253 comme au confluent de deux fleuves; j ai plongé dans leurs eaux troublées, m\u2019éloignant à regret du vieux rivage où j\u2019étais né, et nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles.(Mémoires d\u2019Outre-Tombe, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1951, II, 936.) Assurément, il plongea dans cette marée bouillonnante devenue par ses courants contraires un tourbillon rageur, et il s\u2019y mesura à pleines brasses comme un puissant nageur, ce qu\u2019il était au reste.Il était né en Bretagne, à Saint-Malo, en 1768, au milieu du tonnerre et des éclairs, justement comme il fallait pour le héros romantique qu\u2019il serait.Son père était un riche gentilhomme, fort habile dans le commerce du coton et des esclaves.Sa mère, pieuse et aristocratique, s\u2019intéressait à la politique et au grand monde.Le jeune chevalier de Combourg médita longuement sur les horreurs auxquelles s\u2019abandonnait la Révolution française au nom de la Liberté, de l\u2019Égalité et de la Fraternité.Au cœur de l\u2019Amérique Malgré la conduite bestiale des révolutionnaires, le jeune Chateaubriand demeurait attaché aux idées de Rousseau sur le \u201cbon Sauvage\u201d que la civilisation n\u2019avait pas corrompu; il partit donc en Amérique le chercher chez les aborigènes, et découvrir, à son retour, le passage du Nord-Ouest.Il avait 23 ans quand il s\u2019embarqua pour Baltimore.Pendant la traversée il passa son temps à donner des sermons impromptus à l\u2019équipage, à scandaliser tant qu\u2019il put quelques séminaristes par ses propos anticléricaux et à se baigner en plein Atlantique.Le président Washington le reçut aimablement mais ne fit rien pour l\u2019aider en ses projets aventureux.Il partit donc à dos de cheval avec l\u2019idée d\u2019atteindre la Californie et de trouver au Nord, par le Canada, le fameux passage à l\u2019Ouest.Il consigna plus tard: \u201c.Si je ne rencontrai pas en Amérique ce que j\u2019y cherchais, le monde polaire, j\u2019y rencontrai une nouvelle muse\u201d.(Ibid., I, 229.) Il pénétra en effet à l\u2019intérieur des forêts vierges et prit contact avec des Peaux-Rouges.De cette expérience sortirent les Natchez et Atala qui furent au point de départ de toute une lignée de romans dans la manière de Fenimore Cooper.Ramassant un vieux journal dans une hutte de troncs d\u2019arbres, il apprit la fuite de Louis XVI et son arrestation; aussitôt, il rentra en France se joindre aux troupes demeurées fidèles à l\u2019ancien régime.Les ironies bizarres de sa vie commencèrent à se manifester.Celui qui fut le chef de file et presque le créateur du Romantisme épousa, de sang-froid, une femme de peu de charmes mais de beaucoup d\u2019argent.Peu après, il s\u2019enrôlait dans l\u2019armée du prince de Condé; au siège de Thion-ville, il fut blessé si gravement qu\u2019on le crut mort.En 1797, il publie un volume sur l\u2019histoire comparée des révolutions anciennes et modernes.Avec quelque emphase, il se pose la question.\u201cQu\u2019est-ce qui va remplacer le christianisme ?\u201d Plus il considère la façon dont celui-ci a aidé à bâtir et à façonner la civilisation moderne, plus il est convaincu du rôle créateur de l\u2019Église dans la culture.Il résolut de consacrer à ce thème un autre ouvrage qu\u2019il dédierait à la mémoire de sa mère, dont il avait hâté la fin par les chagrins que lui avaient causés de ses écrits désinvoltes.1 Le livre qui convertit la France Le fruit de ce propos fut le Génie du christianisme, paru en 1802.Il est aisé, de nos jours, alors que l\u2019apologétique est presque devenue une science exacte, que les mass media rendent accessibles à tous les réussites de notre histoire et de notre culture, que le prestige de l\u2019Église et de ses papes est à un de ses plus hauts sommets, de sourire aux efforts déployés par Chateaubriand pour défendre l\u2019Église contre une génération rationaliste, incrédule et cynique.Nous pouvons quelque peu nous amuser des origines fantaisistes qu\u2019il donne à l\u2019art gothique et à la savante tapisserie de la Liturgie; pour les hommes et les 1.\u201cLa tendresse filiale que je conservais pour Mme de Chateaubriand était profonde.Mon enfance et ma jeunesse se liaient intimement au souvenir de ma mère; tout ce que je savais me venait d\u2019elle.L\u2019idée d\u2019avoir empoisonné les vieux jours de la femme qui me porta dans ses entrailles me désespéra: je jetai au feu avec horreur des exemplaires de l\u2019Essai, comme l\u2019instrument de mon crime; s\u2019il m\u2019eût été possible d\u2019anéantir l\u2019ouvrage, je l\u2019aurais fait sans hésiter.Je ne me remis de ce trouble que lorque la pensée m\u2019arriva d\u2019expier mon premier ouvrage par un ouvrage religieux: telle fut l\u2019origine du Génie du Christianisme.je travaillai avec l\u2019ardeur d\u2019un fils qui bâtit un mausolée à sa mère\u201d.(Ibid., I, 397, 398, 399.) femmes de France, c\u2019était des choses nouvelles, alors.Le succès fut immédiat et profond.Une nation qui n\u2019avait pour nourriture intellectuelle que les vieux croutons du Rationalisme et le vin amer du cynisme antireligieux le dévora.Le style en était magistral et convaincant, et les Français, arbitres du bon goût, voyaient dans le livre même la preuve de sa thèse fondamentale, à savoir que la religion, en particulier la Foi catholique, est la source de la vitalité et de l\u2019inspiration créatrices.Le Génie contribua à lui ouvrir la carrière diplomatique.Napoléon lui adressa des félicitations et le nomma secrétaire du cardinal Fesch à Rome.Le génie poétique de Chateaubriand faisait son profit de toute expérience.Pendant son séjour à Rome, il recueillit des matériaux pour son récit des persécutions de Dioclétien: les Martyrs.Cette fois encore, il mettait à la mode un type de roman où se retrouveraient: Quo Vadis, Fabiola, Callista et Ben Hur.Les Martyrs faisaient si large la part du sentiment que les critiques ragaient.Le public, lui, en raffolait; en bien des cœurs, l\u2019amour de la vieille Foi se ralluma.Qu\u2019il ait été homme de courage et de nobles principes, il l\u2019a montré en démissionnant brusquement de son poste de diplomate après l\u2019assassinat du duc d\u2019Enghien, et en attaquant l\u2019Empereur en une satire acérée, dans le Mercure et dans son livre De Bonaparte et des Bourbons.Après la chute des Bourbons, il rentra en France et s\u2019adonna à la politique et à la carrière.Par la suite, il n\u2019écrivit qu\u2019un grand ouvrage: les Mémoires cl\u2019Outre-Tombe.Cette fois encore, il inaugura un genre littéraire: celui du roman dont le héros est l\u2019auteur.Une vie remplie L\u2019extrait que voici \u2014 dans lequel il n\u2019y a point de fiction \u2014 donne une idée du style de l\u2019ouvrage et montre la façon de Chateaubriand de plonger, corps et âme, dans la vie et de se mêler à toute l\u2019humanité.\u201cJ\u2019ai rencontré presque tous les hommes qui ont joué de mon temps un rôle grand ou petit à l\u2019étranger et dans ma patrie, depuis Washington jusqu\u2019à Napoléon, depuis Louis XVIII jusqu\u2019à Alexandre, depuis Pie VII jusqu\u2019à Grégoire XVI, 254 RELATIONS depuis Fox, Burke, Pitt, Sheridan, Londonderry, Capo-d\u2019Istrias, jusqu\u2019à Males-herbes, Mirabeau, etc.; depuis Nelson, Bolivar, Méhémet, pacha d\u2019Egypte jusqu\u2019à Suffren, Bougainville, Lapeyrouse, Moreau, etc.J\u2019ai fait partie d\u2019un triumvirat qui n\u2019avait point eu d\u2019exemple: trois poètes opposés d\u2019intérêts et de nations se sont trouvés, presque à la fois, ministres des Affaires étrangères, moi en France, M.Canning en Angleterre, M.Martinez de la Rosa en Espagne.J\u2019ai traversé successivement les années vides de ma jeunesse, les années si remplies de l\u2019ère républicaine, des fastes de Bonaparte et du règne de la légitimité.J\u2019ai exploré les mers de l\u2019ancien et du Nouveau-Monde, et foulé le sol des quatre parties de la terre.Après avoir campé sous la hutte de l\u2019Iroquois et sous la tente de l\u2019Arabe, dans les wigwams des Hurons, dans les débris d\u2019Athènes, de Jérusalem, de Memphis, de Cartage, de Grenade, chez le Grec, le Turc et le Maure, parmi les forêts et les ruines; après avoir revêtu la casaque de peau d\u2019ours du sauvage et le cafetan de soie du Mameluck, après avoir subi la pauvreté, la faim, la soif et l\u2019exil, je me suis assis, ministre et ambassadeur, brodé d\u2019or, bariolé d\u2019insignes et de rubans, à la table des rois, aux fêtes des princes et des princesses, pour retomber dans l\u2019indigence et essayer de la prison.J\u2019ai été en relation avec une foule de personnages célèbres dans les armes, l\u2019Eglise, la politique, la magistrature, les sciences et les arts.Je possède des matériaux immenses, plus de quatre mille lettres particulières, les correspondances diplomatiques de mes différentes ambassades, celles de mon passage au ministère des Affaires étrangères, entre lesquelles se trouvent des pièces à moi particulières, uniques et inconnues.J\u2019ai porté le mousquet du soldat, le bâton du voyageur, le bourdon du pèlerin: navigateur, mes destinées ont eu l\u2019inconstance de ma voile; alcyon, j\u2019ai fait mon nid sur les flots.Je me suis mêlé de paix et de guerre; j\u2019ai signé des traités, des protocoles, et publié chemin faisant de nombreux ouvrages.J\u2019ai été initié à des secrets de partis, de cour et d\u2019Etat: j\u2019ai vu de près les plus rares malheurs, les plus hautes fortunes, les plus grandes renommées.J\u2019ai assisté à des sièges, à des congrès, à des conclaves, à la réédification et la démolition des trônes.J\u2019ai fait de l\u2019histoire, et je pouvais l\u2019écrire.Et ma vie solitaire, rêveuse, poétique, marchait au travers de ce monde de réalités, de catastrophes, de tumulte, de bruit avec les fils de mes songes, Chactas, René, Eudore, Aben-Hamet; avec les filles de mes chimères, Atala, Amélie, Blanca, Velléda, Cymodocée.En dedans et à côté de mon siècle, j\u2019exerçais peut-être sur lui, sans le vouloir et sans le chercher, une triple influence religieuse, politique et littéraire.\u201d (Ibid., I, 1044, 1045.) Il eût été inimaginable que la dernière scène de sa vie ne fût dramatique.Il mourut en 1848, l\u2019année des révolutions, alors que le tumulte de la bataille dans les rues arrivait jusqu\u2019à son lit.On l\u2019enterra pendant une tempête en l\u2019ilôt de Grand-Bé, au large de Saint- SEPTEMBRE 1968 Malo, la face tournée vers l\u2019Atlantique et le Nouveau-Monde.La grandeur d\u2019un génie littéraire se mesure à l\u2019influence qu\u2019il a exercée sur la pensée et la littérature des générations qui l\u2019ont suivi.L/influence de Chateaubriand sur le style de la littérature fut extrêmement profonde.Dire qu\u2019elle n\u2019a point cessé serait demander aux réalités humaines l\u2019impossible, il fut, nous l\u2019avons dit, le père du roman moderne.Ces réussites, certes très considérables, ne firent nullement de lui un homme peu pratique ni peu avisé dans la politique et dans la vie sociale.Il y avait en lui un sens qui en fit un prophète, un homme qui vraiment sut voir à travers les affaires de son temps, discerner les courants révélateurs de cette époque complexe de transition et annoncer leurs développements dans l\u2019avenir.Le Prophète social Achevant ses Mémoires, il annonça les avatars du socialisme: A mesure que l\u2019instruction descend dans ces classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l\u2019ordre social irréligieux.La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu\u2019elle a été cachée; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été porté.Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques; essayez de persuader au pauvre, lorsqu\u2019il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu\u2019il possédera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu\u2019il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que son voisin possède mille fois le superflu: pour dernière ressource il vous le faudra tuer.(Ibid., II, 919.) Il a prévu le choc en retour sur la société de l\u2019automation: La société, d\u2019un autre côté, n\u2019est pas moins menacée par l\u2019expansion de l\u2019intelligence qu\u2019elle ne l\u2019est par le développement de la nature brute.Supposez les bras condamnés au repos en raison de la multiplicité et de la variété des machines; admettez qu\u2019un mercenaire unique et général, la matiède, remplace les mercenaires de la glèbe et de la domesticité: que ferez-vous du genre humain désoccupé ?Que ferez-vous des passions oisives en même temps que l\u2019intelligence ?La vigueur du corps s\u2019entretient par l\u2019occupation physique; le labeur cessant, la force disparaît; nous deviendrions semblables à ces nations de l\u2019Asie, proie du premier envahisseur, et qui ne se peuvent défendre contre une main qui porte le fer.(Ibid., II, 919.) Après tout, c\u2019est la terre de France qui a produit les maîtres du socialisme: Foucher, Babeuf, Saint-Simon et les autres.Chateaubriand, lui, donna l\u2019avertissement que l\u2019égalité socialiste ne s\u2019établirait qu\u2019au prix de méthodes despotiques et que l\u2019abolition de la propriété privée conduirait à un esclavage et à une tyrannie dépassant tout ce que nous avions vu.2 Au cri de Proudhon, repris par Marx: \u201cLa propriété, c\u2019est le vol\u201d, Chateaubriand riposta: \u201cLas de la propriété particulière, voulez-vous faire du gouvernement un propriétaire unique, distribuant à la communauté devenue mendiante une part mesurée sur le mérite de chaque individu ?Qui jugera des mérites ?Qui aura la force et l\u2019autorité de faire exécuter vos arrêts ?Qui tiendra et fera valoir cette banque d\u2019immeubles vivants ?\u201d (Ibid., II, 924.) .\u201cNe vous y trompez pas .sans la propriété individuelle, nul n\u2019est affranchi.La propriété n\u2019est autre chose que la liberté.(Ibid., II, 927).On croirait lire un extrait de Rerum Novarum.Ce grand apologète est ici à son meilleur.Pressentant les sages enseignements sociaux de son Église, il fait porter leur lumière sur les immenses problèmes de son temps, en une langue impressionnante de majesté et de puissance.2.\u201cL\u2019invasion des idées a succédé à l\u2019invasion des Barbares; la civilisation actuelle décomposée se perd en elle-même; le vase qui la contient n\u2019a pas versé la liqueur dans un autre vase; c\u2019est le vase qui s\u2019est brisé.\u201d (Ibid., II, 918.) Il y a deux conséquences dans l\u2019histoire, l\u2019une immédiate et qui est à l\u2019instant connue, l'autre éloignée et qu\u2019on n\u2019aperçoit pas d\u2019abord.Ces conséquences souvent se contredisent; les unes viennent de notre courte sagesse, les autres de la sagesse perdurable.L\u2019événement providentiel apparaît après l\u2019événement humain.Dieu se lève derrière les hommes\u201d.(Ibid., II, 933.) LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\u201cOù le travail devient œuvre.chef-d'œuvre\u2019\u2019 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL ooo ooo OOO QOÔ PLOMBERIE CHAUFFAGE 255 Le Saint-Siège et la guerre de 1939-45 Tes documents diplomatiques restent secrets pendant cinquante ans.Depuis la dernière guerre, plusieurs États ont ouvert leurs archives aux historiens pour les aider à comprendre comment et pourquoi la guerre de 1939-1945 était survenue.La Grande-Bretagne et la France, l\u2019Italie, les États-Unis et l\u2019Allemagne publièrent ainsi leurs dossiers.Le Saint-Siège confia à quatre historiens jésuites la tâche de publier ses documents: Pierre Blet, Angelo Martini, Burkhart Schneider et Robert Graham.Cinq volumes ont déjà paru.1 1.\u2014 Actes et Documents du Saint- Siège RELATIFS À LA SECONDE GUERRE MONDIALE, édités par Pierre Blet, Robert A.Graham, Angelo Martini, Burkhart Schneider.I: Le Saint-Siège et la guerre en Europe, mars 1939-août 1940; II: Lettres de Pie XII aux Evêques allemands, 1939-1944; III: 1ère p.: Le Saint-Siège et la situation religieuse en Pologne et dans les Pays baltes, 1939-1941; 2e p.: 1942-1945; IV: Le Saint-Siège et la guerre en Europe, juin 1940-1941.\u2014 Citta del Vati-cano, Libreria Editrice Vaticana, 1965, 1967.La méthode de travail exposée dans l\u2019avant-propos du premier volume, Le Saint-Siège et la guerre en Europe (mars 1939-août 1940), inspire confiance: les auteurs connaissent les dossiers des autres pays et ajoutent aux textes qu\u2019ils publient des notes aussi utiles que lumineuses.Les messages et discours officiels du Pape, connus déjà dans leur contexte public, paraissent ici dans la minute originale avec un apparat critique, indiquant les corrections apportées aux textes par le Pape.Plusieurs, comme le radio-message du 24 août 1939, certains passages de Summi Pontificatus (avec la note émouvante à l\u2019adresse de la Pologne), le radio-message de Noël 1939, la lettre du Pape à Roosevelt (7 janvier 1940) et la lettre autographe de Roosevelt au Pape du 14 février 1940, un artice révélateur de YOsservatore Romano du 11-12 février 1946, qui montre Pie XII en contact avec certains éléments antihitlériens d\u2019Allemagne, sont publiés en phototypie.Le soin minutieux avec lequel Pie XII étudiait ses démarches et revoyait ses textes témoigne non seulement de sa capacité de travail et de son extraordinaire lucidité, mais aussi d\u2019une bonté qui inspirait à tous une respectueuse admiration.La clair- 256 voyance du cardinal Maglione, de Mgr Tardini, de Mgr Montini, de Mgr Or-senigo, nonce à Berlin, de Mgr Cortesi, nonce en Pologne et des autres impressionne beaucoup.Avant d\u2019imprimer les documents, les éditeurs en donnent une longue synthèse en français.Ces introductions d\u2019une grande valeur scientifique sont aussi d\u2019un profond intérêt.Il semble difficile de traiter intelligemment de la guerre de 1939-45 sans cette documentation que toute bibliothèque sérieuse devrait posséder.La tâche du Pape était multiforme.Son prestige, qui était très grand, l\u2019obligeait à chercher tous les moyens de sauver la paix ou tout au moins de circonscrire la guerre; il devait affirmer les principes du droit et de l\u2019honnêteté humaine devant les violations commises par des personnes très puissantes, mais sans passer pour autant dans le camp politique opposé où d\u2019aucuns voulaient absolument l\u2019entraîner; le ministère auprès des âmes devait être assuré partout, chez les vainqueurs comme chez les vaincus, et ceci devint de plus en plus difficile dans la mesure où les passions s\u2019excitaient; il voulait aider les victimes de la guerre; il fallait négocier avec des hommes très puissants mais dont la parole ne valait à peu près rien, comme Hitler, avec de violents indécis, comme Mussolini.Le premier volume a pour titre Le Saint-Siège et la guerre en Europe (mars 1939-août 1940) et contient, avec une introduction de 93 pages et l\u2019admirable table des matières, 379 documents.Retenons surtout le projet d\u2019une conférence internationale des cinq nations intéressées.On le connaissait déjà quelque peu par le discours du Pape du 2 juin 1939.Ici, on peut l\u2019étudier dans son développement, dans une série considérable de documents qui s\u2019échelonnent durant tout le mois.L\u2019effort n\u2019aboutit pas, car le souvenir de Munich était trop récent et la mauvaise volonté de Hitler devenait de plus en plus évidente; le 6 mai, Hitler avait déclaré qu\u2019il ne toucherait pas à la Pologne; le rapport de Mgr Orsenigo (17 mai) sur la manie d\u2019Hitler d\u2019avoir des entrées triomphales dans les pays qu\u2019il voulait s\u2019annexer, laisse peu d\u2019illusions.Les aternoiements utilitaires de Mussolini font, après tont ce qui est arrivé, une lecture pénible.Le 1er juillet, Ciano était sûr que Mussolini ne voulait pas la guerre.Plus la crise avançait, plus le mouvement diplomatique au Vatican devenait pressant.On remarquera les nombreuses démarches du ministre d\u2019Angleterre en fin d\u2019août, l\u2019émouvant rapport du nonce apostolique à Varsovie, Mgr Cortesi, du 30 août 1939, et celui du nonce de Berlin, Mgr Orsenigo, du 4 septembre; ce dernier est une condamnation décisive de Hitler.Nous savions qu\u2019il y avait un lien entre les efforts de Pie XII pour maintenir l\u2019Italie en dehors de la guerre et la diplomatie américaine.Nous pouvons étudier dans une série de documents l\u2019action du Pape, du président Roosevelt, de M.Summer Welles, de M.Myron Taylor, du P.Tacchi Venturi, de Ciano et de Mussolini.Il y aurait beaucoup à glaner dans ces volumes.Il nous semble plus utile de montrer comment cette brillante équipe, le Pape, le cardinal Maglione, Mgr Montini et les nonces mirent en pratique longtemps à l\u2019avance quelques-unes des volontés du concile Vatican II.1° \u2014 La présence cle l\u2019Église au monde soulignée par Gaudium et Spes.\u2014 Hitler n\u2019était pas endurable.Il voulait être consulté pour la nomination des évêques surtout en territoire conquis, ce qui était évidemment inacceptable par le Saint-Siège.Il chassa de Hollande, de Belgique, de Pologne, etc.les nonces.La Lithuanie et les pays baltes firent de même.Il était difficile au Saint-Siège de faire quelque chose pour ces pays sans s\u2019attirer les remontrances de quiconque estimait ses intérêts politiques lésés.Lorsque le roi d\u2019Angleterre échappa aux bombardements de Buckingham Palace, immédiatement le Pape Pie XII en fut avisé par le ministre Osborne et il envoya un télégramme au roi.Ceci suscita une colère des Allemands et immédiatement les Anglais menacèrent de bombarder Rome.Il fallut leur expliquer que l\u2019État du Vatican n\u2019était pas l\u2019Italie, que le Saint-Siège avait des instituts un peu partout dans la ville.Plus considérable est la correspondance au sujet de RELATIONS Mgr Riberi, délégué à Mombasa, Kenya.Il y eut dès le commencement une tentative anglaise de déplacer Mgr Riberi et ses assistants sous prétexte qu\u2019ils étaient des citoyens italiens et que, par conséquent, ils ne pouvaient rester au Kenya.11 fut impossible de faire comprendre au Foreign Office que Mgr Riberi n\u2019était pas italien mais monégasque, qu\u2019il était né à Monte-Carlo et que cela faisait partie de la principauté de Monaco.De plus, Mgr Riberi, comme tous les nonces, était citoyen du Vatican.Enfin, jamais Mgr Riberi n\u2019avait manifesté d\u2019hostilité envers le Foreign Office et le gouvernement britannique.Il n\u2019y eut rien à faire.Il y eut des négociations à n\u2019en plus finir et, après beaucoup de démarches, Pie XII envoya Mgr Riberi à un autre endroit.Il serait bon de citer ceci: \u201cIl s\u2019en fallait pourtant de beaucoup que la diplomatie fût la seule occupation de Pie XII pendant la guerre.Tandis qu\u2019il suivait le cours des événements, attentif au moment, qu\u2019il espéra toujours, d\u2019intervenir pour hâter la fin du conflit, il adaptait aux circonstances sa mission religieuse:\tses lettres, ses discours, ses messages s\u2019appliquaient à maintenir dans l\u2019âme des fidèles, contre les tentations de la violence et de la haine le primat du droit et de la charité.Dans la pratique enfin, il s\u2019ingéniait à adoucir les souffrances de la guerre en procurant des secours en vivres et en argent aux malheureux, des remèdes aux enfants et aux malades, des nouvelles aux familles dispersées par l\u2019exil ou la captivité.Bref ces documents qui suivent produiraient une impression incomplète et fausse s\u2019ils faisaient oublier chez Pie XII sa tâche de pasteur, de docteur et de Père commun.En dépit des obstacles, il trouvait encore des moyens de mitiger les funestes conséquences matérielles et morales du conflit, que sa diplomatie était impuissante à terminer.Et dans la mesure où l\u2019action diplomatique élargissait ces moyens, on ne saurait lui contester un résultat positif.(Actes et documents du Saint-Siège RELATIFS À LA SECONDE GUERRE MONDIALE, 4; Le Saint-Siège et la guerre en Europe (Iuin 1940-Iuin 1941).p.60.) Une série des Actes sera consacrée à ces questions de secours en vivres et en argent aux malheureux, en remèdes aux enfants et aux malades, aux nouvelles procurées aux familles dispersées par l\u2019exil ou la captivité, etc.2° \u2014 La collégialité \u2014 Il est instructif de voir Pie XII consulter les évêques avant de prendre une décision.Citons deux cas.a) Les conférences avec les cardinaux allemands.\u2014 À peine nommé, Pie XII chercha à créer un climat de détente avec Hitler.La chose n\u2019était pas facile car l\u2019encyclique Mit brennender Sorge datait à peine de deux ans et, depuis ce temps-là, il y avait eu une violente persécution.Pie XII avait été élu le 2 mars; le 6 et le 9 mars, il eut deux conférences avec les cardinaux allemands.On y fixa non seulement le texte de la lettre annonçant à Hitler l\u2019élection, mais aussi les grandes lignes de la politique que le Saint-Siège tint vis-à-vis du nazisme.On peut les retrouver dans le procès-verbal qui donne le texte.(Voir vol.2; Lettres de Pie XII AUX ÉVÊQUES ALLEMANDS, ( 1939- 1940), pp.407 à 435.) b) Le discours du 2 mai 1943 au sujet de la Pologne.\u2014 Quand Hitler eut conquis la Pologne, il y appliqua un régime très sévère destiné à faire disparaître la langue polonaise.Il suffira de dire que dans le Warthegau, c\u2019est-à-dire dans le diocèse du cardinal Hlond, on ne pouvait se confesser en polonais.Comment les évêques maintinrent les communications avec le Saint-Siège, cela dépasse l\u2019imagination.D\u2019ordinaire ces lettres étaient très discrètes mais, le 28 février 1942, Mgr Adam Sapieha envoya au Saint-Siège par le P.Pirro Scavizzi, aumônier d\u2019un train-hôpital de l\u2019Ordre de Malte, un document terrible où il dénonçait la persécution dont l\u2019Église était l\u2019objet.Mgr Sapieha se ravisa et envoya un courrier priant Scavizzi de détruire cette communication parce que, disait-il, tous les évêques seraient pendus au cas où cette lettre serait saisie par les Nazis.Le P.Scavizzi détruisit la lettre mais en prit une copie qu\u2019il remit au Saint-Père.Telle était la difficulté du Saint-Siège à communiquer avec les évêques polonais et vice-versa.Une fois la Pologne conquise, une des tâches pontificales les plus pénibles fut de pourvoir au soin des âmes dans la Warthegau c\u2019est-à-dire dans le territoire de l\u2019archevêque de Poznan; le cardinal Hlond qui avait suivi le gouvernement en exil se trouvait à Lourdes, en France.Les Allemands furent soumis au P.Breitin-ger et les Polonais à Mgr Dymek, un des auxiliaires du cardinal Hlond.Ceci fut fait à la demande des intéressés parce qu\u2019il n\u2019y avait pas moyen d\u2019agir autrement.Le Saint-Siège communiqua la chose au cardinal Hlond, avec les plus grandes précautions.C\u2019était une mesure temporaire, causée uniquement par le bien des âmes, par la très grave nécessité dans laquelle se trouvaient ces populations, etc.Les Polonais en exil prirent cela très mal.Ils crurent y trouver une violation du concordat statuant que les limites des diocèses ne devaient pas être changées sans consentement mutuel.Aux termes du concordat, ils avaient raison, mais une nécessité impérieuse exigeait une solution différente.C\u2019est ce que le Saint-Siège expliqua mais les Polonais en France, en Angleterre et aux États-Unis exprimèrent avec une certaine violence le sentiment que le Saint-Siège négligeait la Pologne en vue de se concilier les Allemands et les Italiens.Mgr Radon-ski, évêque de Wladislavia, qui faisait partie du gouvernement polonais en exil, écrivit une longue lettre au Saint-Siège pour protester contre cette situation.Le cardinal Maglione lui répondit, Pie XII écrivit immédiatement au cardinal Sapieha par des moyens secrets, lui demandant son avis sur ce qu\u2019il fallait faire.Le Pape proposait de publier quelques-unes des lettres qui avaient été envoyées périodiquement par le Pape aux évêques polonais afin de les soutenir.Ceci n\u2019allait pas sans de très graves difficultés, Mgr Sapieha en fit la remarque: les Allemands devineraient par là qu\u2019il y avait une communication directe entre le Saint-Siège et les évêques polonais, ce qu\u2019ils dénonceraient.Il suggérait donc que le Saint-Siège publiât un document nouveau; c\u2019est alors seulement, après con- pPCdcM Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ELECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 SEPTEMBRE 1968 257 sultation avec Mgr Sapieha qui à son tour prit l\u2019avis des évêques polonais, que le Pape prononça son célèbre discours du 2 mai 1943.3° \u2014 L\u2019œcuménisme.\u2014 D\u2019importance capitale la correspondance entre Mgr André Szeptyckyj, métropolite de Leopol des Ruthènes, et le cardinal Tisserant et surtout la lettre du même métropolite à Pie XII.Les suggestions du cardinal Szeptyckyj, si modérées et humbles en même temps, éclaireront d\u2019une étonnante lumière un sujet devenu d\u2019immense actualité avec le concile Vatican II.On aurait beaucoup à ajouter au sujet de ces deux volumes sur les rapports du Saint-Siège avec la Pologne, la Russie et les Pays baltes; ils sont pleins de documents vraiment sensationnels.Ce que nous avons dit suffit pour montrer que le Saint-Siège durant la guerre remplit brillamment la tâche qu\u2019il s\u2019était fixée.Nous ne pouvons qu\u2019exprimer notre reconnaissance aux auteurs de cette collection si nécessaire aux futurs historiens.Joseph Ledit, S.J.AU FIL DU MOSS Le Pavillon chrétien 1968 Le visiteur du Pavillon chrétien 1968, à Terre des Hommes, est frappé, dès l\u2019entrée, par la chaleur de l\u2019accueil, la cordialité, la fraternité.Cette ambiance fait contraste avec celle de l\u2019an dernier où, malgré la bonne volonté des hôtes et des hôtesses, nous étions quelque peu écrasés par la vision de la misère et de la guerre que nous imposaient les photos et les films.Fait significatif: dès que les responsables du Pavillon firent appel aux bénévoles pour les tâches d\u2019animateurs ou d\u2019hôtes, plus de 300 à 400 répondirent; plus de 200 ont apporté un service actif à temps partiel.Le doigté et le savoir-faire du Père Émile Legault y sont sans doute pour quelque chose, de même que le sens de l\u2019organisation de Marie Bertrand, psychologue.Que nous offre aujourd\u2019hui le Pavillon chrétien ?Des diapositives, autour de trois titres: \u201cConstruire le monde\u201d, le monde qui dégage le sens chrétien des merveilles de l\u2019Expo 67; \u201cAu Pain et à l\u2019Eau\u201d, magnifique commentaire sur le sens chrétien du travail (le père à l\u2019usine, la mère au foyer) et \u201cDieu existe\u201d, excellente catéchèse visuelle.Parmi les films, deux sont d\u2019un genre symbolique et religieux: The Antkeeper et Parabole (mime d\u2019un clown) et le troisième, documentaire sur le Pavillon chrétien 67.Catholiques et protestants, visiteurs, hôtes et animateurs fraternisent dans ce lieu de rencontre.Après le visionne-ment, des groupes de discussion se forment, dans une guinguette où l\u2019on sert du pain et un jus de raisin, symbole discret de l\u2019Eucharistie qu\u2019il est encore impossible de partager entre catholiques et protestants.Il y a aussi des rencontres sur des sujets spéciaux comme l\u2019amour conjugal ou l\u2019éducation.Des chansonniers, des chorales, des groupes de folklore attirent en leurs récitals des auditoires nombreux.Le vendredi soir, le Chemin de croix de Ghéon, que l\u2019on a pu admirer à l\u2019Oratoire Saint-Joseph, est présenté.Le but de toutes ces activités ?Vivre et manifester l\u2019amour que nous apporte le Christ.Il semble que le Pavillon chrétien soit l\u2019un des plus achalandés à Terre des Hommes.Cela tient sans doute à la qualité de l\u2019accueil que les hôtes, jeunes et vieux, font aux visiteurs.Le témoignage œcuménique du Pavillon chrétien 69 à Terre des Hommes est efficace en sa discrétion.Il joue le rôle de précurseur et nous conduit à sa manière au Christ et à son Amour.Jean-Paul Labelle.Du nouveau fidèle à l'ancien L\u2019ancien, ici, est tout ce qu\u2019à Terre des Hommes nous avons pu sauver de l\u2019Expo \u201967: sites fleuris (et embellis), pavillons thématiques et nationaux, Expo-Express et minirails, etc.Le nouveau, ce sont surtout les grands pavillons reçus en héritage, mais dépouillés de leurs exhibits et qu\u2019il a fallu d\u2019urgence, garnir, habiller: Grande-Bretagne, États-Unis, Suisse, Nations-Unies, Marché Commun, Pays Scandinaves, etc.Hantés par nos émerveillements d\u2019hier, n\u2019allions-nous pas fatalement à une déception, comme devant du remplissage ?Eh bien, non ! ce n\u2019est pas le cas.\u201cLes Belles d\u2019autrefois\u201d, \u201cMon Pays, c\u2019est l\u2019hiver\u201d, \u201cle Pavillon de l\u2019Humour\u201d et d\u2019autres sont de fort agréables visites qui enchantent par le choix de la pré- sentation et surtout par la manière qui y préside, en sorte qu\u2019il y a lieu de dire que le nouveau est fidèle à l\u2019ancien.Pour ne retenir qu\u2019un exemple, le visiteur du Pavillon des pays Scandinaves devenu \u201cVisages de l\u2019Homme\u201d est conquis dès l\u2019entrée par les charmantes poupées accoutrées comme l\u2019étaient nos lointains ancêtres, nobles et habitants, Champlain, son épouse, et les autres.L\u2019archéologie a été respectée et aussi le bon goût.11 en est de même, à l\u2019étage, de la longue galerie de couples minuscules qui, après de grandes données statistiques sur l\u2019accroissement de la population et l\u2019étalage de belles photos présentant les races humaines, nous procurent comme la rencontre de tous les peuples, en tous pays: Europe, Asie, Amérique du Sud et du Nord, aux glaces polaires, en Afrique, en Océanie.Quelques grandes pièces métalliques rappellent les Scandinaves, nos donateurs, tandis que d\u2019autres coins évoquent des milieux, des habitations, des cultures.Nous restons sans doute sur notre appétit; du moins ce qui est là est révélateur, suggestif et accessible à tous.La visite s\u2019achève au cinéma, devant des films qui ajoutent à cette présentation de musée le bourdonnement de la vie telle que les hommes la vivent aujourd\u2019hui ou qu\u2019ils la vivaient hier: en Afrique, chez les Boschiman, dans leurs chasses, en Australie, chez les Aborigènes, chez les Esquimaux de la Baie d\u2019Hudson, chez nos gens de Elle aux Coudres, quand ils entreprirent de tourner \u201cPour la suite du monde\u201d, enfin chez les éleveurs de Perse forcés, il y a une quarantaine d\u2019années, de quitter leur pays.Ces films projetés à l\u2019occasion du Festival du Cinéma ethnographique, du 9 au 16 août, s\u2019harmoni- 258 RELATIONS saient parfaitement au caractère du pavillon.Nous en sortions avec l\u2019impression que l\u2019Expo \u201967 continue et que son esprit de large et de haute culture populaire habite toujours Terre des Hommes.Georges Robitaille.Heureux d\u2019être prêtre Un prêtre heureux, est-ce là une nouvelle ?On ne le croirait guère par le temps qui court, car nos grands moyens modernes de diffusion: cinéma, radio, télévision, journaux et surtout hebdomadaires du samedi et du dimanche sont de nos jours beaucoup plus remplis des doléances de prêtres à la recherche du bonheur que des chants de joie de ceux qui estiment l\u2019avoir trouvé.Et pourtant, des prêtres heureux, il en existe, et par centaines, et par milliers.Seulement, ils ne passent pas leur temps à s\u2019exhiber sur la place publique pour y déballer leurs complexes et donner des entrevues à tout venant; ils font leur devoir de prêtres et c\u2019est en cela qu\u2019ils trouvent leur bonheur.Un exemple.Tout dernièrement nous parvenait de l\u2019Amérique latine la lettre d\u2019un prêtre canadien, missionnaire au service des plus pauvres dans une grande ville, puis récemment chargé seul d\u2019une paroisse de plus de vingt mille paysans, avec, en plus, six chapelles à desservir par la campagne.Après avoir décrit son travail, voici comme il s\u2019exprime: Je n\u2019arriverai jamais à vous dire comme je suis heureux ici.Je n\u2019ai jamais été malheureux.Mais ici je suis presque trop heureux.Priez et faites prier:\tnous n'avons besoin que de cela.Que je n\u2019oublie jamais que c\u2019est pour L\u2019annoncer que Dieu me comble ainsi.Je voudrais voir tous les prêtres du monde à ma place : pas un ne songerait à se laïciser.Et il faudrait ouvrir des milliers de séminaires pour accueillir les candidats à notre Joie.Pour parler ainsi, il faut posséder une foi vive et un zèle vraiment évangélique: n\u2019est-ce pas, en définitive, la double condition requise au bonheur du prêtre ?Richard Arès.DOCUMENT Le cardinal Roy et l'Encyclique L\u2019archevêque de Québec, le cardinal Maurice Roy, a fait parvenir à tous les curés de son diocèse, pour le dimanche 4 août, un communiqué sur l\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitœ\u201d.Bien que le texte en ait été publié dans les journaux, nous croyons utile, à cause de sa valeur, de le reproduire ici comme une pièce importante à verser au dossier des discussions et des prises de position suscitées par la récente encyclique pontificale sur la régulation des naissances.Chers diocésains, Notre Saint-Père le pape vient de nous adresser une lettre encyclique sur la morale conjugale.Elle traite d\u2019un problème qui affecte les époux au plus intime de leur esprit et de leur cœur, et auquel nul ne peut être indifférent.Après la publication de ce document, il est inévitable que bien des personnes soient surprises et mêmes peinées, parce que leur opinion est désapprouvée par le souverain pontife.Il faut regretter toutefois que quelques-uns aient parlé d\u2019une manière peu conforme au respect dû au Saint-Père et à la plus élémentaire prudence.Ce texte qui nous est adressé par le successeur de Pierre, nous devons l\u2019étudier avec une religieuse attention, soucieux avant tout de garder, au sein du peuple de Dieu, une parfaite communion de foi et de charité dans une vie conforme à l\u2019enseignement du Christ.La parole du pape Le Saint-Père rappelle tout d\u2019abord les données fondamentales et immuables sur la nature du mariage et sur la paternité responsable.L\u2019amour conjugal, nous dit le pape, implique \u201cune donation personnelle réciproque par laquelle les époux tendent à la communion de leurs êtres en vue d\u2019un mutuel perfectionnement personnel, pour collaborer avec Dieu à la génération et à l\u2019éducation de nouvelles vies\u201d.Cet amour doit être pleinement humain, total, fidèle, exclusif.C\u2019est aussi un amour fécond, c\u2019est-à-dire destiné à se prolonger dans de nouvelles vies.Mais tous les biens inséparables de l\u2019amour des époux doivent être accueillis et vécus par eux avec le sens d\u2019une responsabilité lucide et réciproque en tenant compte de \u201cleurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs\u201d.Il s\u2019agit ici d\u2019un enseignement absolument fondamental, sur lequel aucun doute n\u2019est permis à qui a la foi.A partir de ces données, le souverain pontife en vient à désapprouver certaines pratiques, dites contraceptives, parce qu\u2019elles ne sont pas conformes à la morale naturelle et chrétienne.Cette doctrine, nous devons l\u2019accepter avec la confiance et l\u2019obéissance d\u2019un chrétien écoutant celui qui a reçu de notre divin Sauveur la mission d\u2019enseigner, en son nom, à toute l\u2019Eglise et d\u2019interpréter sa parole.Comme le pape le dit, l\u2019Eglise \u201cne s\u2019étonne pas d\u2019être, à la ressemblance de son divin fondateur, un \u201csigne de contradiction\u201d, mais elle ne cesse pas pour autant de proclamer, avec une humble fermeté, toute la loi morale, tant naturelle qu\u2019évangélique.Ce n\u2019est pas elle qui a créé cette loi, elle ne SEPTEMBRE 1968 saurait donc en être l\u2019arbitre: elle en est seulement la dépositaire et l\u2019interprète, sans pouvoir jamais déclarer licite une chose qui ne l\u2019est pas à cause de son intime et immuable opposition au vrai bien de l\u2019homme\u201d.Le pape cependant invite tous les hommes de science à continuer leurs recherches particulièrement dans le domaine de la médecine, et souhaite que leurs travaux fassent découvrir d\u2019autres moyens légitimes de limiter les naissances.Le rôle de la conscience Cette lettre souligne avec force la gran deur et la beauté de l\u2019amour conjugal et rappelle que l\u2019expression normale de cet amour contribue à l\u2019épanouissement affectif et au progrès spirituel des époux.Elle enseigne également que les époux doivent juger comment ils exerceront une paternité responsable.Vous vous rappelez ce que dit à ce sujet le Ile concile du Vatican (Gau-dium et Spes, no 50, par.2): \u201cCe jugement, ce sont les époux eux-mêmes qui doivent l\u2019arrêter devant Dieu.Dans leur manière d\u2019agir, que les époux sachent bien qu\u2019ils ne peuvent pas se conduire à leur guise, mais qu\u2019ils ont l\u2019obligation de toujours suivre leur conscience qui doit se conformer à la loi divine; et qu\u2019ils demeurent dociles au magistère de l\u2019Eglise, interprète autorisé de cette loi à la lumière de l\u2019Evangile.Cette loi divine manifeste la pleine signification de l\u2019amour conjugal, elle le protège et le conduit à son achèvement vraiment humain.\u201d Il est donc bien clair que, dans la pensée du Concile, la conscience des époux chrétiens doit accepter d\u2019être éclairée par le magistère, c\u2019est-à-dire par l\u2019autorité de l\u2019Eglise qui parle pour interpréter la loi de Dieu.Nous entendons précisément dans cette encyclique le magistère qui, devant certains doutes et certaines hésitations, nous dit clairement ce qui est conforme et ce qui est contraire à la loi divine.Il répond en même temps à l\u2019attente et à la prière d\u2019une multitude de pasteurs et de fidèles, qui demandaient à l\u2019Eglise de dissiper les incertitudes dans lesquelles ils se trouvaient.Charité dans la vérité Nous devons lire cette lettre avec un esprit ouvert, loyal et fraternel.Il ne faut pas lui faire dire ce qu\u2019elle ne dit pas; il ne faut pas non plus lui faire dire moins que ce qu\u2019elle affirme.En même temps, nous devons comprendre, et le pape lui-même insiste paternellement sur ce point, que cette doctrine ne pourra être reçue sans surprise ni même sans douleur par un certain nombre de chrétiens; en effet, plusieurs avaient, de bonne foi, accepté des opinions ou pris des habitudes qui doivent désormais être mises de côté.Le père commun de la chrétienté nous invite ici à la compréhension en même temps qu\u2019à la sincérité et au courage.Les prêtres et les fidèles devront agir avec la plus grande prudence et beaucoup de charité afin que, là où les convictions et la conduite de la vie ne sont pas conformes à la doctrine de l\u2019Eglise, la lumière se fasse et la marche soit 259 reprise dans la voie, souvent étroite et difficile, que le Seigneur nous a tracée.Evitons de juger avec sévérité un effort malhabile ou un pas chancelant; gardons-nous d\u2019autre part d\u2019accepter comme règle de vie chrétienne ce que l\u2019Eglise condamne ou d\u2019appeler bien ce qui est mal.L\u2019Eglise ne présente pas ici un idéal abstrait et pratiquement impossible à atteindre; elle nous dit comment doit vivre le plus humble des fidèles acceptant, au prix d\u2019efforts répétés et généreux, la loi sainte proposée à ceux qui veulent marcher à la suite du Sauveur.En même temps qu\u2019il éclaire les époux chrétiens, le Christ les soutient par sa grâce.\u201cQue les époux, dit Paul VI, affrontent donc les efforts nécessaires, soutenus par la foi et par l\u2019espérance qui \u201cne trompe pas, car l\u2019amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l\u2019Esprit Saint qui nous a été donné\u201d (Rom., 5, 5); qu\u2019ils implorent par une persévérante prière l\u2019aide divine; qu\u2019ils puisent surtout dans l\u2019Eucharistie et à la source de la grâce et de la charité.\u201d Chers diocésains, c\u2019est de tout cœur que nous prions avec vous afin que tous reçoivent avec foi, avec humilité et avec une sereine confiance l\u2019enseignement que nous donne aujourd\u2019hui notre Mère, la Sainte Eglise.Maurice Roy, archevêque de Québec.Les livres Théologie Yves M.-J.Congar, O.P.: Situation et tâches présentes de la théologie.Coll.\u201cCogitatio Fidei\u201d, 27.\u2014 Paris, Les Editions du Cerf, 1967, 160 pp., 21 x 13 cm.Lauteur réunit dans ce volume divers ' textes qu\u2019il a déjà publiés, auxquels convient assez bien le titre général de l\u2019ouvrage, si l\u2019on met à part le chapitre intitulé \u201cLangage des théologiens\u201d, étude assez superficielle qui n\u2019avait pas de titre particulier à faire partie du présent recueil, croyons-nous.L\u2019ouvrage livre en un style alerte les réflexions toutes vivantes d\u2019un théologien qui, après avoir parcouru la majeure partie de sa carrière, jette un regard rétrospectif sur les voies que lui-même et l\u2019ensemble de ses collègues ont explorées en ces trente dernières années.L\u2019A.rappelle comment la théologie catholique en vint à mieux exploiter les sources bibliques et patristiques susceptibles de l\u2019enrichir (au lieu de s\u2019en tenir aux \u201cdéfinitions\u201d du Magistère), élabora une \u201créflexion sur la foi en vue de son annonce aux hommes\u201d, et, pour tout dire en un mot, se garda vivante.L\u2019A.ne cède pas pour autant à la tentation de l\u2019horizonta-lisme, qu\u2019il définit comme \u201cune certaine façon de sentir et de traduire le christianisme, où la densité majeure, l\u2019accent et, en un sens l\u2019évidence sont mis, non dans le moment transcendant et vertical du fait surnaturel positif, mais dans ce que cela signifie pour notre comportement d\u2019homme dans le monde des hommes\u201d (p.63).D\u2019une manière nuancée, l\u2019A.reconnaît les valeurs permanentes et les limites de la synthèse thomiste, les avantages et les dangers que présente un instrument de travail tel que Y Enchiridion de Denzinger-Bannwart, les deux aspects complémentaires de la révélation que nous livre l\u2019\u201chistoire du salut\u201d: l\u2019aspect de la \u201cvérité pour nous\u201d (aspect historique et économique) et celui de l\u2019ouverture sur l\u2019en soi de Dieu ou du Christ (aspect plutôt ontologique).Ce petit livre, plus vivant qu\u2019original ou profond, nous a paru fort stimulant.Pour le théologien de métier comme pour tout chrétien, il sera sans doute tonifiant de constater quelle vie anime la théologie catholique de notre temps, qui tente de rencontrer l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Paul-Emile Langevin.Faculté de Théologie S.J., 1855 est, rue Rachel, Montréal (34e).Paul-Emile BoltÉ, S.S.: \u201cMlater et Magistra\u201d.Texte latin.Nouvelle traduction.Commentaire.\u2014 Montréal (2065 ouest, rue Sherbrooke), Université de Montréal, Faculté de théologie, 1968, 25 cm.5 vol.178 et 1384 pages.Prix: $40.Ouvrage unique en son genre.Lors de sa publication, l\u2019encyclique Mater et Magistra du pape Jean XXIII avait été favorablement accueillie, suscitant beaucoup de commentaires dans un grand nombre de pays.M.Boité a non seulement lu ces commentaires, mais il les dépasse tous et les englobe en quelque sorte dans son propre commentaire, qui couvre plus de 1,200 pages.Jamais, à ma connaissance, une encyclique pontificale n\u2019avait fait l\u2019objet d\u2019une étude aussi minutieuse, aussi étendue, et \u2014 il faut l\u2019avouer \u2014 aussi riche.L\u2019A., en effet, ne se contente pas de comparer entre eux les différents textes de l\u2019encyclique \u2014 textes latin, français, italien \u2014, il étudie aussi l\u2019évolution de l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise à propos de chaque sujet abordé par Mater et Magistra.Son commentaire sur \u201cla propriété\u201d, par exemple, couvre plus de 125 pages et présente une somme de la doctrine sociale catholique sur ce point.De même, il consacre plus de 100 pages de commentaires à la seule question de la \u201csocialisation\u201d, dont l\u2019encyclique traite en quelques paragraphes.A recommander aussi les considérations sur \u201cla justice dans les structures économiques\u201d, sur \u201cles pays en voie de développement\u201d, sur \u201cl\u2019accroissement démographique\u201d et \u201cla collaboration internationale\u201d, etc.Il ne faudrait pas se laisser rebuter par l\u2019immensité et par la \u201ctechnicité\u201d de cette œuvre monumentale.Ce n\u2019est pas un roman d\u2019aventures, certes, mais, pour quiconque s\u2019intéresse à l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, c\u2019est un ouvrage à conserver tout près de soi et à consulter pour y trouver le point de la pensée pontificale sur les grands problèmes sociaux de l\u2019heure présente (Je signale, en passant, que le commentaire de M.Boité incorpore l\u2019enseignement social de Gaudium et Spes, la constitution pastorale de Vatican II sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps).Richard Arès.En COLLABORATION: Sainteté et Vie dans le siècle.Coll.\u201cLaïcat et sainteté\u201d, IL \u2014 Montréal (1949, 55e Avenue, Dorval), Editions Palm, 1965, 264 pp., 21.5 cm.Prix: $4.75.D\u2019une riche doctrine de vie spirituelle profiteront les lecteurs de Sainteté et Vie dans le siècle.Mais les collaborateurs ont-ils pensé aux destinataires du recueil ?Croient-ils qu\u2019aujourd\u2019hui, en Europe comme en Amérique, foisonnent les laïcs capables de goûter des leçons magistrales (dans les deux sens du mot) d\u2019exégèse biblique et patristique, surtout quand on leur sert des analyses de textes cités dans l\u2019original grec ?Aux prêtres qui savent le grec et aux professeurs, l\u2019ouvrage apporte une mine de réflexions pastorales d\u2019une urgente actualité.On y approfondit deux sujets: la vie dans le siècle peut et doit favoriser la sainteté; le premier volume de la collection a insisté sur ce thème; ici, on montre comment y réussir en unissant la prière continuelle, que prêche l\u2019Ecriture, et l\u2019action professionnelle ou commune du laïc, homme ou femme: action à laquelle nul de fait n\u2019échappe ni ne doit échapper, car elle prépare déjà le monde de la béatitude à venir.L\u2019exemple de Jésus et de l\u2019Eglise (J.Giblet), celui de la chrétienté primitive (C.Spicq), la pensée de saint Paul (S.Lyonnet), on les applique à la vie de notre temps considérée soit dans l\u2019activité économique et sociale (J.-M.Diez Alegria), soit comme offrande cultuelle et sacrificielle (P.Van Bergen), soit pour montrer que le chrétien peut prier toujours et de quelle manière (I.Hausherr), principalement par l\u2019unité de la charité et de l\u2019action (K.VI.Truhlar).On reconnaît qu\u2019un aggiornamento s\u2019impose dans la présentation de la^ spiritualité propre aux laïcs et l\u2019on énumère les chapitres de la morale et du dogme qui ont besoin de renouvellement (G.Thils, auteur des pages les mieux adaptées aux lecteurs du \u201csiècle\u201d); par exemple, on éclaire l\u2019aspect eschatologique du Royaume déjà en voie de réalisation ici-bas (Truhlar).Même imprimé à Rome et composé d\u2019études traduites, le livre devrait respecter davantage le français.Quant au fond, je le recommande sans réserve au lecteur apte à le digérer.Joseph d\u2019Anjou.Chan.Pierre DE LoCHT : Harmonie des vocations.Coll.« Vivre et croire ».\u2014 Tournai, Casterman, 1965, 105 pp., 20 cm.tétonnante convergence (p.7) qu\u2019aper-' çoit l\u2019A.entre les divers états de vie ou vocations lui permet de les valoriser admirablement.A la lumière de la doctrine du Corps mystique, mariage et veuvage, sacerdoce et célibat, consacré, libre ou simplement accepté, se complètent comme les fonctions d\u2019un même organisme; ils ont même fin dernière : le ciel, et même sens immédiat : la perfection de la charité.Or, l\u2019amour chrétien de charité nous ordonne d\u2019aimer Dieu et notre prochain pour Dieu 260 RELATIONS dans la condition charnelle d\u2019hommes et de femmes.Une double erreur en menace la pratique : identifier amour avec rencontre conjugale (féconde ou non); par fausse conséquence, refuser à toute autre relation humaine ou l\u2019authenticité de l\u2019amour ou la possibilité de la chasteté.Le bon sens et la foi ont appris à l\u2019A.que le meilleur de l\u2019amour humain (non angélique) se situe au delà de la génitalité (24-33).Comment ne voit-il pas alors le non-sens du mot « besoin » appliqué à l\u2019expression charnelle de l\u2019amour (35-36) ?Je pense aussi que l\u2019A.n\u2019a pas raison d\u2019écarter 1\u2019 « essentielle subordination » (Pie XII) des fins du mariage (76) : leur complémentarité (76-79) ne s\u2019y oppose pas.Ces réserves faites, recommandons son opuscule qui, en peu de pages, offre riche matière à réflexion.Joseph d\u2019Anjou.En collaboration : PIERRES VIVANTES \u2014 Montréal, (Centre Leunis, 4100, avenue de Vendôme), 1967, S.P., 22 cm.Il n\u2019est pas facile de proposer aux jeunes d\u2019aujourd\u2019hui un approfondissement de la foi qui les intéresse à fond et les engage vraiment.Les fiches \u201cPierres vivantes\u201d ont le mérite de rejoindre les aspirations profondes des jeunes (niveau secondaire et souvent même niveau collégial), en leur offrant de s\u2019ouvrir aux autres, à l\u2019exemple du Christ, et de se tracer un programme de vie qui assure des racines solides à leur charité fraternelle.Le ton est direct, très proche du goût des jeunes, mais sans facilité ni complaisance.On ne craint pas de leur dire que leur engagement doit être pris au sérieux.A l\u2019aide de textes percutants, et par une sensibilisation aux événements de la vie quotidienne, on amène les jeunes à vivre en équipe, une expérience d\u2019ouverture aux autres éclairée par la foi.Nous souhaitons que ces fiches \u2014 et les équipes \u201cPierres vivantes\u201d qui les proposent \u2014 se répandent dans tous les milieux de jeunes, et soient connues par tous les adultes qui s\u2019intéressent à la formation chrétienne des adolescents et des adolescentes.Maison Bellarmin.Jean-Paul Labelle.Histoire religieuse W.de Vries, S.J.: Orthodoxie et Catholicisme.Traduit de l\u2019allemand par Jean Houel.\u2014 Tournai, Desclée, 1967, 172 pp., 18.5 cm.Le savant professeur de l\u2019Institut oriental a résumé en 172 pages l'histoire des rapports entre l\u2019orthodoxie et le catholicisme depuis le commencement jusqu\u2019à nos jours.Quand on compare cette courte étude aux travaux de Martin Jugie, A.A., par exemple, on se rend compte qu'il s\u2019agit ici d\u2019un petit livre destiné au grand public dans un but d\u2019œcuménisme.Aurait-on mauvaise grâce à signaler des choses qui nous paraissent être des omissions ?Des Russes, par exemple, il ne connaît que Khomiakov (96-97; 158-159) et quelques faits isolés.Il n\u2019a pas un mot des saints Cyrille et Méthode, ni du Concile de Brest, ni des Eglises ukrainiennes.Par \u201corthodoxie\u201d il entend \u201cle christianisme tel qu\u2019il se présente concrètement en Orient et surtout le christianisme gréco-bizantin (p.10).Je m\u2019attendais aux définitions plus précises du Ile Concile de Nicée.Le catholicisme est \u201cl\u2019Eglise latine de l\u2019Occident\u201d (p.10).Il est sévère pour l\u2019Occident jusqu\u2019à Léon XIII qu\u2019il rencontre à la page 160.L\u2019ouvrage demeure un livre savant qu\u2019il est bon d\u2019ajouter à une bibliographie sur l\u2019œcuménisme.L\u2019érudit professeur de l\u2019Institut oriental fait bien de s\u2019adresser au grand public.Nous attendons de lui d\u2019utiles travaux.Montréal.Joseph Ledit.René LaURENTIN: L'enjeu du Synode, suite du Concile.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1967, 172 pages.20 cm.CE nouvel ouvrage fait suite et complément aux volumes déjà publiés par le même auteur sur Vatican IL Seule, en réalité, la troisième partie traite du Synode, la première ayant pour titre \u201cBilan postconciliaire\u201d et la seconde se donnant pour objectif de situer l\u2019Eglise à la veille même du Synode.L\u2019A.écrit vite et beaucoup; son style est celui du journaliste qui cherche à capter l\u2019attention de son lecteur.Après avoir lu ce qu\u2019il dit dans sa première partie sur la récente congrégation générale des Jésuites et en particulier sur les Jésuites du Canada dont \u201cle développement humain et surnaturel (aurait été) compromis par la rigueur d\u2019un volontarisme excessif et d\u2019une obéissance insuffisamment éclairée\u201d, je ne puis que me demander si, chez notre journaliste, le désir de faire sensation ne l\u2019emporte pas parfois sur la nécessité de vérifier l\u2019authenticité des sources dont il s\u2019inspire.La troisième partie contient de bonnes pages sur les objectifs mêmes du Synode: la crise de la foi, la réforme du Droit canonique, la réforme des séminaires, les mariages mixtes et la réforme liturgique.Même après la tenue du Synode, on pourra les lire avec profit.Richard Arès.Adolescents En collaboration: Comprendre les groupes d\u2019adolescents.Une clé pour l\u2019éducation et la société.\u2014 Cahiers d\u2019éducateurs, n° 7.\u2014 Paris, Fleurus, 1967, 160 pp., 20 cm.Les principaux chapitres de ce volume ont ' été rédigés par une équipe d\u2019éducateurs compétents: Jean-Pierre Bagot, Jacques Beauchard, Jean Le Du, André Merlaud, Robert de Montvalon, Eudes de la Potterie et Philippe Robert.Chacun, selon sa spécialité, étudie comment le phénomène du groupe d\u2019adolescents doit influer sur la relation de l\u2019adulte avec les jeunes.On ne peut concevoir, en effet, que l\u2019éducateur d\u2019aujourd\u2019hui puisse se contenter d\u2019une relation personnelle avec un individu.Le groupe d\u2019adolescents est une réalité nouvelle avec laquelle on doit compter.On doit en connaître les structures, les lois et les modalités.L\u2019avantage des études que les AA.nous présentent vient de ce qu\u2019ils ne s\u2019appuient pas uniquement sur la théorie, mais sur une large expérience.On lira, par exemple, avec intérêt l\u2019exposé de Philippe Robert sur les bandes ou l\u2019étude très actuelle d\u2019Eudes de la Potterie sur l\u2019industrie culturelle et les groupes de jeunes ou encore l\u2019expérience de J.Le Du en ce qui concerne la relation apostolique.Beaucoup de ce qui est écrit dans ce livre comporte d\u2019utiles leçons pour notre milieu cana-dien-français.Parfois il n\u2019y a qu\u2019à accepter tel quel, parfois il suffira de quelques transpositions nécessaires.Mais l\u2019ensemble vaut autant pour nous que pour la France.Il serait à souhaiter qu\u2019une telle recherche trouve son prolongement dans notre classe d\u2019éducateurs.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Georges Cruchon, S.J.: Psychologie pédagogique.II : Les maturations de l\u2019adolescence.Coll.\u201cPsychologie pour notre temps\u201d.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1967, 472 pp., 19 cm.Prix: 21,60 F.AUSSI COMPLET et savant que le tome I, qui traite des \u201ctransformations de l\u2019enfance\u201d (Relations, avril 1967, p.122), le tome il, après un chapitre consacré à \u201cla maturation physique et psychologique\u201d des trois étapes de l\u2019adolescence, étudie (ch.il-iv) tous les aspects de ces étapes:\taffectif, psycho-sexuel, familial, mental, moral, religieux.\u201cLa mue de l\u2019âge ingrat\u201d (première adolescence), qui va de 11 à 13 ans chez les filles et de 12 à 14 ans chez les garçons, inaugure le \u201cprocessus fondamental\u201d de \u201cl\u2019affirmation de soi\u201d (p.72), caractéristique de l\u2019adolescence.La famille et l\u2019école peuvent y rencontrer des problèmes sérieux, car il le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C.M.LTÉE HHHhH photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 h-\u2014\u2014\u2022-SILL\u2018S \"\u2022¦jüw-t mamnw ¦¦ ^W^fggg si SEPTEMBRE 1968 261 arrive que, dès cet âge, périclitent la foi et la pratique religieuse (162).\u201cL\u2019âge de l\u2019effervescence\u201d (moyenne adolescence), qui va de 13 à 16 ans chez les filles et de 14 à 17 ans chez les garçons, accentue ce processus, ajoutant aux difficultés de la transition précédente celles de l\u2019ébullition sexuelle, de l\u2019amitié collective ou privée, de l\u2019aspiration à l\u2019indépendance sociale, morale et religieuse.\u201cL\u2019âge des options et de l\u2019intégration\u201d (grande adolescence), qui va de 16 ans chez les filles et de 17 ans chez les garçons jusqu\u2019à un terme normalement situé entre 21 et 25 ans (360), évolue vers la stabilisation de la personnalité et tend à l\u2019acquisition des traits de la maturité (404-412).Abondamment documenté, l\u2019A.utilise sans naïveté maintes enquêtes menées en plusieurs pays, a le constant souci d\u2019aider la famille et l\u2019école, et tient compte du milieu social, qui comprend aujourd\u2019hui un monde de jeunes (342, 344) parmi celui des adultes (?).Son manuel initie mieux que tout autre aux questions que soulève l\u2019odolescence, étape critique (donc de choix, au double sens du mot) de la croissance humaine.Je ne pense pas, cependant, que les données de l\u2019A.concordent parfaitement avec ce que nous observons au Québec, ni en ce qui concerne la foi et la pratique religieuse pendant la première adolescence, moins troublée ici qu\u2019en Europe, ni en ce qui touche à la stabilisation de la grande adolescence, plus tardive ici que ne le suggère l\u2019A.Si je le félicite d\u2019affirmer la réalité de la faute objective en matière sexuelle et la possibilité du péché subjectif et traumatisant dès la première adolescence (90-92), je n\u2019admets pas qu\u2019à la deuxième étape, tout en maintenant (avec raison, à l\u2019encontre des erreurs d\u2019un Alsteens) ce jugement moral et psychologique, il écrive que la masturbation, vu sa fréquence statistique, devient, \u201cen un certain sens, normale et naturelle\u201d (235): contradiction (236, 272, 297) que souligne le fait du développement mental et de la conscience morale durant la moyenne adolescence (297-298), et qu\u2019explique peut-être l\u2019intolérable abus du mot \u201cbesoin\u201d, appliqué sans discernement par l\u2019A.soit à de simples attraits et appétits, soit à des travers morbides (dans le livre abondent les négligences linguistiques).Mais, sagement, l\u2019A.recommande (237) de dédramatiser, non de déculpabiliser sur ce point les faiblesses des adolescent(e) s, même si personne ne peut apprécier le juste degré de responsabilité de chacun (e).Le milieu, lui, porte une responsabilité effarante (61), que l\u2019A.répartit entre l\u2019insuffisance des parents à servir de modèles (88-89.150-151, 160, 190, 277, 279, 416, 421-424), la mixité (243, 370-371, 377), le surmenage et la solitude dans les écoles démesurées (322-332), et l\u2019exploitation criminelle de la jeunesse par les agents de la publicité (61, 88) et des moyens de communication sociale (297).Educateur ou non, jeune ou vieux, on a perdu la tête et le cœur si l\u2019on croit que l\u2019adolescence peut progresser vers l\u2019équilibre dynamique de l\u2019âge adulte sans modèles vivants de maturité, dans la famille d\u2019abord, puis à l\u2019école et dans la société professionnelle et politique.Même dans leur apparente opposition et en pleine contradiction avec leurs cris de révolte les mieux orchestrés, les adolescent (e) s ne visent qu\u2019une chose: imiter les adultes (77, 164, 279, 345, 370).Qu\u2019attendent ceux-ci pour présenter aux jeunes des types d\u2019hommes et de femmes dignes d\u2019imitation ?Joseph d\u2019Anjou.Dr Lionel Gendron: L\u2019adolescente veut savoir.- L\u2019adolescent veut savoir.\u2014 Montréal (1130 est, rue de La Gauche-tière), Editions de l\u2019Homme, 1967, éditions revues et augmentées, 172, 173 pp.20.5, 20 cm., Prix: $1.50.Pourquoi écrire quand on ignore tout de cet art ?L\u2019A.n\u2019évite aucun anglicisme, fausse le sens de termes psychiatriques comme refoulement, subconscient, sublimation, parle de défloraison (chute des fleurs) au lieu de défloration (rupture de l\u2019hymen), de \u201cbesoin\u201d pour désigner un désir ou un appétit; il introduit presque dans chaque page associations boiteuses de mots, coqs-à-l\u2019âne, banalités et naïvetés; enfin, il se contredit avec une inconsciente allégresse.On voudrait rire; mais des milliers de gens prennent l\u2019A.au sérieux; deux prêtres religieux recommandent ses bavardages ! Or, FA.n\u2019a aucune discrétion dans un domaine où elle s\u2019impose autant que la précision; il offre en pâture à des fillettes de 12 ans ce qu\u2019elles ne doivent apprendre que de la bouche de leurs parents ou des éducateurs de l\u2019école; plus grave, il préconise l\u2019usage des tampons vaginaux, la contraception, et s\u2019exprime de manière à laisser croire, par endroits, que masturbation et fornication correspondent à des nécessités, tout en insistant pour dire ailleurs le contraire.J\u2019ai eu la patience de lire, la plume à la main et sans omettre une ligne, les deux volumes que je commente.Inutile de gaspiller encre et papier à fournir des références justificatives.Que FA.donne quelques sages conseils, je le reconnais: ceux que formulent les parents sensés et les prêtres fidèles à leur ministère.Je signale avec plaisir la condamnation de l\u2019usage du tabac, de l\u2019alcool, des narcotiques, celle de l\u2019avortement et du donjuanisme, l\u2019affirmation du besoin (au sens fort et juste) de conseils psychologiques et moraux qu\u2019éprouvent les adolescent(e)s.Mais FA.a beau répéter qu\u2019amour ne coïncide pas avec sexe, ses développements, obsédés de sexua- lité génitale (de coït, comme il dit gauchement), ne visent \u2014 c\u2019est son dernier mot \u2014 qu\u2019à favoriser \u201cl\u2019ascension du sommet de l\u2019érotisme humain\u201d (L\u2019adolescent, p.173).Du célibat consacré à Dieu, de la prière, des sacrements, de l\u2019Evangile et des Béatitudes, du Christ et de son amour, rien.Or, la religion occupe le cœur du souci adolescent.Joseph d\u2019Anjou.André Berge: Education familiale.Coll.\u201cL\u2019enfant et l\u2019avenir\u201d.\u2014 Paris (13, quai de Conti), Fernand Aubier, 1967, 254 pp., 18.5 cm.Peu de psychopédagogues ont la compétence du Dr Berge et son art d\u2019unir pratique et théorie.Il se défend d\u2019offrir des recettes, mais son livre en regorge sous forme de pensées chargées d\u2019expérience, d\u2019exemples saisis sur le vif, de comparaisons éclairantes.Père de famille, médecin, psychanalyste, il a beaucoup vu et entendu, il a éduqué et contribué à rééduquer; ayant un esprit philosophique, il a réfléchi; littérateur, il s\u2019exprime avec d\u2019exquises nuances.A le suivre dans Education familiale, on médite sur le triple bien de l\u2019éducation: celui de l\u2019enfant d\u2019abord, puis ceux de la famille et de la société, dont l\u2019A.montre la convergence (chap, i); on admet que les conditions d\u2019aujourd\u2019hui, sans diminuer l\u2019importance psychologique et morale du foyer, ni changer la complexité des rapports affectifs qui s\u2019y nouent, suggèrent aux parents d\u2019y établir une union des cœurs plutôt qu\u2019une unité de pensée (chap, n); on apprend le respect de la sensibilité enfantine, autre que celle de l\u2019adulte, et Fart de la former sans faiblesse ni raideur, sans cachotterie devant les problèmes graves de la mort et de la transmission de la vie (chap, m); on apprécie Futilité des automatismes psychologiques et moraux, bonnes manières et vertus spontanées, et la manière de les cultiver, moins par ordres et préceptes que par exemples et suggestions, par sanctions aussi, mais le plus souvent jaillies des faits et des besoins de l\u2019enfant, l\u2019autorité s\u2019exerçant par une présence sereine et une cohérence entre gestes et paroles plus que par décrets et châtiments (chap, iv); on se fait rappeler que la vie humaine tend à un dépassement, dont la réalisation exige solitude et silence (chap.v).Le bon éducateur s\u2019éduque continuellement lui-même, connaît et maîtrise ses impulsions, enfin il agit dans la joie.Les parents devraient lire ensemble le livre du Dr Berge, non pour tout gober, car ils y trouveront des opinions discutables (pp.126,^ 128, 143, 158, 215, 221, 229), mais pour édifier à deux une œuvre commune.Nulle part, je pense, principes et conseils ne joignent autant de profondeur à autant de bon sens.Spiritualiste et d\u2019une moralité parfaitement saine, l\u2019ouvrage n\u2019apporte cependant pas les considérations religieuses qu\u2019attendrait un chrétien.Des traités spéciaux comblent cette lacune.L\u2019A.veut rejoindre les parents de bonne volonté; souhaitons qu\u2019ils le comprennent tous.Joseph d\u2019Anjou.Littérature française M.Peperstraete, R.Vasteels et R.V.GUCHT: Témoins du théâtre et du roman français.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 448 pp., 21.5 cm.Cette anthologie du roman et du théâtre français, réalisée en fonction du programme français des classes de première Courtiers d'assurance agréés MAURICE-H.BRAULT & FILS, LIMITÉE Au service des membres du Clergé, des Communautés religieuses, Fabriques, Ecoles, Loisirs, Camps de vacances et autres 6174, chemin de la Côte-des-Neiges\t731-8224 Montréal 26, Québec\t747-6975 262 RELATIONS (rhétorique), donne des extraits substantiels de 63 auteurs français et \u2014 excellente idée \u2014 de 5 auteurs étrangers, dont la moitié du XXe siècle.On consacre un minimum de quatre pages \u2014 bien choisies \u2014 à chaque auteur.De courtes introductions situent bien auteurs et textes.Une étude générale sur le roman et le théâtre précède les extraits.De nombreux hors-textes, bien annotés, lient les grandes œuvres de la peinture à celles de la littérature.Daniel Maccabée.1855 est, rue Rachel, Montréal 34.René COUFFIGNAL:\tApollinaire.Coll, \u201cles Ecrivains devant Dieu\u201d, 10.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1966, 141 pp., 16.5 cm.Remarquable de sérieux, de franchise et de lucidité, cette étude systématique de l\u2019œuvre d\u2019Apollinaire atteint le but poursuivi par Robert Couffignal: convier le lecteur à une relecture du poète, sous l\u2019éclairage du thème religieux.Après avoir montré ce que fut l\u2019éducation religieuse d\u2019Apollinaire, fils de Polonais catholiques réfugiés à Rome, l\u2019auteur parcourt rapidement les œuvres, nombreuses, où le poète exprime en termes parfois blasphématoires la révolte que lui inspire le christianisme, religion essentiellement brimante, dominée par le mépris de la chair et l\u2019adoration d\u2019un Dieu gendarme.L\u2019A.aborde ensuite les œuvres dans lesquelles le poète parle de Dieu avec nostalgie; il analyse vers par vers le plus important des poèmes d\u2019Alcools, \u201cZone\u201d: Guillaume y chante sa rencontre avec Dieu, provoquée par de douloureuses expériences, celles d\u2019un emprisonnement injuste et de la séparation de Marie Laurencin.L\u2019A.montre en dernier lieu que, d'Alcools (1913) à sa mort (1918), Apollinaire publie les louanges d\u2019un paganisme ardent et voluptueux; seul, son mariage dans l\u2019Eglise, peu avant sa mort, laisse entrevoir que le catholicisme fervent mais encore adolescent de \u201cZone\u201d n\u2019était pas tout à fait mort, et avait peut-être mûri même, malgré une vie areligieuse.Précédée d\u2019une notice biographique, suivie d\u2019un choix de textes appropriés et d\u2019une notice bibliographique, cette brève mais dense étude de Robert Couffignal donne au lecteur une excellente impression de la collection \u201cles Ecrivains devant Dieu\u201d.Jean Hardy.1855 est, rue Rachel, Montréal (34).Jean Guitton: Oeuvres complètes.T.1 : Portraits.\u201cBibliothèque européenne\u201d.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 943 pp., 18 cm.Neuf cents pages denses; six portraits: le P.Guillaume Pouget, prêtre de Saint-Vincent-de-Paul, Bergson, Bossuet, Léon Bé-rard, Victor Carlhian et la mère de l\u2019A., qui, outre une étude physique, psychologique, morale de personnages fort différents, offrent les meilleurs éléments d\u2019une philosophie de la vie; un dialogue avec le P.Pouget, évoqué comme vivant plusieurs années après sa mort, qui contient une méthodologie de la culture, surtout religieuse et biblique: comment apprécier cette richesse en quelques lignes ?Lisez.Tout.D\u2019abord les 530 pages consacrées au P.Pouget, le maître qui épargna trente ans de recherches à l\u2019A.(p.436) : les meilleures du recueil par leur intérêt dû au peintre et à son modèle, par leur accent de gratitude, leur qualité littéraire.Le por- trait de Bergson, surtout psychologique, aide à comprendre le philosophe de l\u2019intuition, le développement de son œuvre, les grâces de son caractère, les ambiguïtés de ses attitudes.Bossuet me paraît un peu malmené (700); on ne s\u2019en étonne pas si on applique à l\u2019A.\u2014 il le fait lui-même (816) \u2014 l\u2019idée que \u201cl\u2019homme supérieur a souvent un halo de féminité\u201d (578), évident chez Fénelon, non chez Bossuet.L\u2019éloge de Bérard, dont l\u2019A.prit le siège à l\u2019Académie française, sert d\u2019occasion à une juste apologie des humanités.En souvenir de Carlhian, l\u2019A.exalte la fécondité de la solitude voulue pour une action plus profonde que brillante.Avec Une mère dans sa vallée, nous avons la peinture des vertus de la femme, de l\u2019épouse, de la mère, de l\u2019éducatrice que fut Mme Guitton; panégyrique équilibré, discret, comme tout ce qui sort de l\u2019esprit de l\u2019A.Oserai-je formuler des réserves ?Non sur la fermeté de la doctrine, jointe à un art souverain des nuances, qui caractérise les ouvrages de l\u2019A., mais sur des négligences de langue et de style qu\u2019on souffre de rencontrer chez un tel académicien.Mais le glaneur cueille en surabondance réflexions et pensées qui éclairent et qui touchent; par exemple, sur le courage, défini comme \u201cl\u2019insouciance dans le temps du souci\u201d (421); sur la foi, qui n\u2019aurait \u201crien à dire là où la raison ne demanderait rien\u201d (523); sur la vocation, \u201cappel de notre éternité à travers notre temps\u201d (665); et des douzaines de cette belle eau.L\u2019A.présente, dans une préface savoureuse, le premier tome de ses Oeuvres complètes-, il fera de même pour les suivants, qui promettent une des sommes les plus instructives de la littérature de notre temps.Joseph d\u2019Anjou.René Salvator Catta: Le Grand Tournant.\u2014 Roman.3 tomes.\u2014 Le Cercle du Livre de France, 1967, 160, 192 et 192 pp., 19.5 cm.CE roman retrace la chronique quotidienne d\u2019une famille noble, les des Moulins qui, à la suite d\u2019une promotion de François, le père, doit émigrer de la région d\u2019Angers à Paris, Le déplacement a pour les membres de la famille des conséquences assez graves.Si les parents s\u2019emploient à demeurer fidèles à leurs principes royalistes et chrétiens \u2014 nous sommes au temps de l\u2019Action française \u2014 les enfants, nombreux, dont l\u2019âge varie de dix à vingt et quelques années, sont secoués par les séductions urbaines et fournissent aux sept péchés capitaux leur compte.Les plus jeunes sont moins touchés par cette contagion.Malgré ces facteurs de désintégration, la famile conserve une certaine unité.Les orientations sont diverses: l\u2019un deviendra prêtre (le plus jeune), une autre religieuse, un troisième médecin, cependant que deux autres s\u2019orientent vers le théâtre.On peut se demander, après tant d\u2019aventures, si vraiment François a bien fait de venir à Paris.Toute cette évocation, émaillée de menus faits savoureux, de drames intérieurs, de descriptions très soignées, fait revivre la vie intime d\u2019êtres qui palpitent avec leurs aspirations et leurs faiblesses.Le contraste entre la vie idyllique de la Gauche-tière, où tout respirait la fraîcheur de la nature et le climat de Paris, beaucoup plus corrosif, est frappant.Les funérailles de la mère, Madeleine sur lesquelles se clôt le roman, permettent de saisir en rétrospective le destin de chacun des membres de la famille.Un autre plan qui n\u2019est pas négligé est le plan politique: l\u2019affaire Stavisky autour SEPTEMBRE 1968 des années 1930 et ses répercussions sur les différents milieux sont finement analysées.Ce livre nous révèle un nouvel aspect de l\u2019écrivain Salvator Catta.Il y défend les valeurs chrétiennes, mais sans voiler ce qu\u2019a d\u2019humain et de déficient le comportement des jeunes, et des moins jeunes, en butte à des influences délétères.De ce côté, c\u2019est un document humain qui comporte une profonde leçon.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Edmond Robillard, O.P.: L\u2019Unicorne.Tragédie en cinq actes.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1967.93 pp., 20 cm.Les événements comme les personnages qui ont servi de matière à cette pièce ont fait l\u2019objet de discussions parfois passionnées, autrefois.Il s\u2019agit de l\u2019étonnante aventure du philosophe Abélard avec Héloïse, qui a secoué assez fortement le monde universitaire et ecclésiastique du Moyen-Age.Abélard, disciple d\u2019Aristote, s\u2019opposait aux philosophes de son temps, première cause de difficultés, à quoi s\u2019ajoutait son mariage clandestin avec la nièce d\u2019un chanoine, Héloïse.Repentir, séparation, entrée au cloître, rien ne désarma les adversaires d\u2019Abélard.Ces conflits entre gens sincères mais humains, donc faillibles, forment la trame où s\u2019insère le vrai drame de la pièce: la lutte, chez Abélard et Héloïse, de l\u2019amour et de la foi.Lutte dont l\u2019enjeu est Dieu même.D\u2019où tragédie qu\u2019exprime avec force la dernière scène du IVe acte, scène majeure et très émouvante.L\u2019Unicorne (d\u2019après le surnom d\u2019Abélard, à cause de son habitude de foncer sur ses adversaires comme pour les encorner) est une pièce d\u2019une belle venue: style alerte, parfois incisif; caractères variés et bien campés; évolution graduée et logique de l\u2019intrigue.Pièce agréable qu\u2019on lit tout d\u2019une traite et qu\u2019il ferait plaisir de voir à la scène.Georges-Henri d\u2019Auteuil.274-6449 Comptoir St-Joseph Inc.Représentants de Manufacturiers et Négociants en gros exclusivement pour le Compte des Communautés Religieuses \u2014 Confection sur mesure \u2014 Habits \u2014 Pantalons \u2014 Paletots Manteaux et robes pour Religieuses PAUL A.DENIS Directeur-Gérant 7895, boulevard Saint-Laurent Montréal 10 263 MÉDITATION NOTES BIBLIOGRAPHIQUES St-Denys J.Duchesnay et Rolland Dumais: Les mammifères de mon pays.\u2014 Mont-tréal (1130 est, de la Gauchetière), 1968, 110 pages.Présentation documentaire et illustrée des principaux types de mammifères canadiens.Ouvrage de vulgarisation, qui sera surtout utile aux jeunes.\u2022 Yves Thériault: La mort d\u2019eau.\u2014 Montréal (1130 est, de la Gauchetière), 1968, 120 pages.Roman très simple et bien conté d\u2019une jeune fille des Iles de la Madeleine venue chercher du travail à Montréal.Très belles pages sur les Iles et leurs habitants.Etudes littéraires, vol.I, no 1, avril 1968.Baudelaire.La Francophonie.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 158 pages.Paraîtra trois fois l\u2019an; abonnement: $6.00.Nouvelle revue, orientée principalement vers l\u2019étude des littératures d\u2019expression française et de leurs relations avec les autres littératures; envisage aussi de publier une chronique annuelle sur les lettres canadiennes-françaises.Sept études sur Baudelaire.Fields within Fields within Fields.No 1, Methodology of the Creative Process.No 2, Economic Fluctuations.\u2014 New York {111 United Nations Plaza), World Institute Council, Spring 1968.Nouvelle revue ayant pour objectif la diffusion des principes et des méthodes du New Learning, tel qu\u2019il se développe aux Etats-Unis.Cahiers Laennec, \u201cLa chirurgie plastique, réparatrice et esthétique\u201d, mars 1968, Paris (10, rue Cassette), Lethielleux, 102 pages.Numéro spécial comprenant six articles de spécialistes sur la chirurgie plastique et esthétique.Les prêtres au Journal officiel, 1887-1907.Tomes I et II.Présentation et choix de textes par X.de Chalendar.\u2014 Paris (29, bd Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1967, 224 et 244 pages.Recueil de textes provenant du Journal officiel des débats parlementaires en France sur la situation des prêtres, leurs tâches, leurs conditions de vie, leurs finances, leurs rapports avec la politique, etc.L\u2019animation.L\u2019animation sociale.La consultation.Essai de définition.\u2014 Québec, Conseil d\u2019Orientation économique, avril 1968, 94 pages (polycopie).Considérations pertinentes sur un sujet de grande actualité mais autour duquel règne encore beaucoup de confusion.Philosophie et expérience religieuse.\u2014 Québec, 1968, 75 pages (polycopie).Texte des travaux présentés au Vie Congrès annuel de l\u2019Association des Professeurs de philosophie des collèges de la Compagnie de Jésus.Quelques titres: L\u2019homme religieux, De l\u2019expérience religieuse, Visions du monde et expérience de Dieu, Philosophie et religion chez Karl Jaspers, Newman et l\u2019expérience religieuse.VIENT DE PARAÎTRE Nouvelle revue ÉTUDES LITTÉRAIRES Cette revue se veut ouverte à toutes les conceptions de la littérature et attentive aux recherches nouvelles dans le domaine de la critique.Chaque numéro d\u2019ÉTUDES LITTÉRAIRES sera consacré, en totalité ou en partie, à un écrivain, un thème, un genre.Le premier numéro traite de Baudelaire.Les prochains numéros réuniront des études sur le théâtre et le roman au XyiIIe siècle, le poète dans la société contemporaine, les relations littéraires de la France avec le monde hispanique, le roman canadien, les problèmes de la critique, les poètes de la francophonie .ÉTUDES LITTÉRAIRES paraîtra trois fois par an: chaque numéro comptera environ 128 pages.ABONNEMENT ANNUEL, $6.00; outre-mer, $7.00; le numéro, $2.50 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2.UN FARDEAU, UNE ÉPAULE .Lévangile du quatorzième dimanche après 1 la Pentecôte nous recommande de ne pas chercher le bonheur dans les alentours.Déjà il y fut, c\u2019est vrai, mais l\u2019homme l\u2019ayant déçu, le bonheur est retourné là d\u2019où il était venu.Ne soyons pourtant pas démunis ou chagrinés en raison de cette absence; ne soyons pas accablés, non plus, accablés d\u2019avoir à vivre sans lui.Ce serait peine inutile, car l\u2019histoire de certaines vies ou la confidence de certains vivants le confirme, on n\u2019a pas besoin de lui pour être heureux.Dieu, selon ces témoins ou ces témoignages, a des moyens de soutenir l\u2019homme, quand l\u2019homme s\u2019ap-puye sur Lui.Ce même évangile, par ailleurs, me recommande de contempler tout autour le sort heureux, si je puis dire, des choses; non pour apprendre d\u2019elles à devenir insouciant, mais pour apprendre du Christ à devenir insoucieux; non pour apprendre d\u2019elles à vivre dans le vent ou l\u2019indolence, mais pour apprendre du Christ à vivre en toute assurance de recevoir le surcroît, si je me tiens près de lui.Cet évangile me conseille de tout attendre de Dieu, bienfaiteur toujours présent, Père sans cesse à l\u2019affût.En outre, il me met en garde contre l\u2019inquiétude, apportée par le fantôme de mes craintes; craintes toujours démesurément grossies par les tracasseries de l\u2019imagination, de l\u2019impatience ou de la peur, accompagnée parfois de l\u2019épouvante.Il m\u2019invite, enfin, à la sérénité, à vivre heureux malgré tout, à avancer avec la souplesse légère de l\u2019oiseau dans l\u2019air, dont les ailes taillées sont mesurées par la Providence, comme ma force, à la taille de tous les temps.Il me presse de vivre joyeux même, avec une âme en vêtement de fête, comme le lis des champs, dont la coupe toujours offerte au sommet de la tige, dans le soleil ou la pluie, se présente à mes yeux tel un calice élevé pour la messe des fleurs.Selon ces témoins et ces témoignages, Dieu a des moyens de soutenir le faible, quand le faible s\u2019appuye sur Lui.La Providence est attentive au sort de la nature inconsciente, comme nous le sommes de nos choses; mais elle l\u2019est davantage du nôtre, comme davantage nous le sommes des nôtres.Une grâce actuelle veille sur les dépendants de l\u2019expérience divine.A cette grâce, cependant, il ne faut pas demander de suspendre les conditions de la vie humaine; celle-ci, en effet, n\u2019en est pas une de possession tranquille du bonheur, elle en est une de foi et d\u2019espérance tranquille de l\u2019obtenir, en suivant le chemin, choisi pour moi, par la Providence.Impossible d\u2019y marcher en s\u2019appuyant uniquement sur soi ou sur les autres; impossible, et davantage imprudent, de porter par anticipation le poids de l\u2019avenir; sans la grâce du jour, il est comme le fardeau sans appui, insupportable au bout des bras mais supporté quand, à présent, il repose sur l\u2019épaule.La grâce actuelle, elle est pour actuellement; celle de demain le deviendra, quand demain s\u2019appellera aujourd\u2019hui.Mon inquiétude, si je dois en avoir une, devrait être celle d\u2019aimer Dieu, actuellement, sous la forme concrète de son choix; d\u2019aimer sans me préoccuper et sans mettre en doute ses capacités de me soutenir.Si ma confiance s\u2019appuye sur Lui, il sera, à chaque instant, ma force et l\u2019épaule de mon fardeau.Paul Fortin.264 RELATIONS socialisme go REVUE DU SOCIALISME INTERNATIONAL ET QUÉBÉCOIS Pour une théorie et un programme socialistes au Québec par Michel van Schendel Pour qu\u2019un mouvement socialiste prenne au Québec l\u2019envergure que réclame la situation, la première tâche est de définir un projet théorique.Ce projet doit rendre compte de l\u2019évolution particulière de la société québécoise dans le régime néo-capitaliste nord-américain.L\u2019article présente l\u2019esquisse d\u2019un semblable projet théorique.Il en développe les implications politiques.Il commence l\u2019analyse d\u2019un phénomène que le philosophe marxiste André Gorz appelle celui des « colonies de l\u2019intérieur » et qui paraît trouver au Québec une application originale.A partir de là, l\u2019auteur énonce dans les grandes lignes le programme de travail de la revue, programme de recherche théorique et pratique sur le socialisme québécois.« Speak white », poème de Michèle Lalonde I\t\u2014 Analyse d\u2019une situation politique Daniel Johnson au royaume des ombres gaullistes par Jacques Guay Les mouvements indépendantistes ou la tentation des rois nègres par Luc Racine Pourquoi j\u2019ai quitté le M.S.A.par François Aquin Lettre à René Lévesque par Jean-Guy Loranger II\t\u2014 Mouvements de « contestation » : définitions et perspectives Outils syndicaux et pouvoir ouvrier par Hélène David Le « pouvoir étudiant » en France et au Québec par Louis Falardeau Les « sous-développés urbains » et les comités de citoyens par François Lamarche La pilule et le philosophe par Claude Lagadec Revue trimestrielle Le numéro $1.50 L\u2019abonnement (un an) $5.50 l'homme et la société revue internationale de recherches et de synthèses sociologiques N ° 8\tAvril-Mai-Juin 1968 Le sous-titre de I\u2019 « Homme et la Société »: Revue internationale de recherches et de synthèses sociologiques et son sommaire, disent clairement les ambitions de cette nouvelle publication consacrée aux sciences humaines.La Revue publie \u2014 trimestriellement \u2014 des articles et des chroniques de sociologues français et étrangers ayant en commun le souci de mettre l\u2019accent sur la critique des principaux courants de la sociologie contemporaine et sur la nécessité d\u2019entreprendre des recherches théoriques, épistémologiques et méthodologiques pour aboutir, en liaison avec des psychologues, économistes et historiens à des synthèses partielles.Sommaire du dernier numéro DÉBATS Table Ronde : \u201cPourquoi les étudiants ?\u201d Jacques Berque, Frédéric Bon, Emile Bottigelli, Jean Chesneaux, Bernard Conein, Henri Fournié, Christiane Glucksmann, Lucien Goldmann, Serge Jonas, Henri Lefebvre, René Lourau, Jean-Pierre Peter, Jean Pronteau, Jean Sanvoisin, Jean-Marie Vincent.SYNTHÈSES Henri LEFEBVRE : \u201cL\u2019irruption, de Nanterre au sommet\u201d Norman BIRNBAUM : \u201cLe colosse qui vacille\u2019\u201d ENQUÊTES Y.L.(professeur au lycée Pasteur): \u201cLe mouvement de mai au lycée Pasteur à Neuilly\u201d Gilbert TARRAB : \u201cQu\u2019est-ce que le S.D.S.?\u201d (Interview de Karl Dietrich WOLFF, président du S.D.S.) ÉTUDES R.KALIVODA : Marx et Freud Andréas HEGEDUS : \u201cContribution à l\u2019étude des alternatives de l\u2019évolution sociale\u201d Alessandro PIZZORNO :\t\u201cA propos de la méthode de Gramsci, de l\u2019historiographie de la science politique\u201d Martin KOLINSKI : \u201cL\u2019Etat et la classe dominante\u201d H.WOLPE : \u201cStructure de classe et inégalité sociale - principes théoriques de l\u2019analyse de la stratification sociale\u201d Rodolfo STAVENHAGEN : \"Classes sociales et stratification\u201d ESSAIS THÉORIQUES Jean-Paul CHARNAY: \u201cTuez les sociologues\u201d \u2014 Profil prospectif du sociologue Serge JONAS : \u201cProblématique d\u2019une sociologie de la créativité\u201d RECHERCHES Maria Isaura PEREIRA DE QUEIROZ : \u201cMouvements messianiques dans quelques tribus sud-américaines\u201d COMPTES RENDUS Herbert MARCUSE : \"L\u2019homme unidimensionnel (Emmanuel Hérichon) Léon TROTSKY : \u201cEcrits militaires\u201d Tome 1 (Jean Sanvoisin) Serge DOUBROVSKY : \u201cPourquoi la nouvelle critique ?\u201d (Gilbert Tarrab) Stephan STRASSER : \u201cPhénoménologie et sciences de l\u2019homme\u201d (André Jacob) Ramon LOSADA ALDAMA : \u201cDialectica del subdesarollo\" > (Régine Rodriguez) Camillo TORRES : \u201cEcrits et paroles\u201d (K.Jaouiche) Henri LEFEBVRE : \u201cLe droit à la ville\u201d (Colette Durand) Jeanne HERSCH et René POIRIER :\t\u201cEntretiens sur le temps\u201d (Eddy Trêves) Revue trimestrielle Le numéro $4.20 L\u2019abonnement (un an) $15.00 agence du livre français 1249 ouest rue Bernard -\t271-6888 SEPTEMBRE 1968 265 i-\u20ac» t~\u20ac* l_\u20ac*\t|_\u20ac* |-\u20ac* l~\u20ac[* |_\u20ac*\ti-^» h^J* marabout Actuaùté dossier de Aft i >?\u2022*.¦ / Rï ) A./ &>k5»rse du \"rideau de fer\u201d aux \"pays de l\u2019Est\u201d dossier de Hc:-n|>;i
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.