Relations, 1 octobre 1968, Octobre
[" relsns REVUE DU MOIS NUMÉRO 331 MONTRÉAL OCTOBRE 1968 PRIX 500 L'Eglise des pauvres \u201cLa guerre, y es sir!\u201d La pastorale de la fécondité Sommes'nous encore chrétiens?Paul VI à Bogota SOMMAIRE Octobre 1968 Éditorial.269 Sommes-nous encore chrétiens ?Articles Un prophète de l\u2019Église des pauvres, le P.Paul Gauthier Richard Arès 270 La pastorale de la fécondité au lendemain de l\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d \u2014 I Marcel Marcotte 272 \u201cLa guerre, yes sir/\u201d.René Dionne 279 Ai» fil du mois.282 Des prêtres .au 34e de la Bourse.\u2014 L\u2019Église reverdit.\u2014 Bogotà, centre de ralliement au Pape.\u2014 La croissance, remède à la pauvreté ?Chroniques Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 286 Pinocchio.\u2014 Fourberies de Friponneau.\u2014 Les Belles Sœurs.\u2014 Je m\u2019appelle François Sigouin.Lecture du mois : Notes conjointes sur Péguy et Bremond Fernand Dorais 288 Au service du français : Deux témoignages .Joseph d\u2019Anjou 289 Document : Paroles de Paul VI à Bogota.290 Les livres .293 Notes bibliographiques\t.296 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur.Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.NOUVEAUTÉ L\u2019encyclique \u201cHUMANAE VITAE\u201d sur la régulation des naissances Servent d\u2019introduction à l\u2019encyclique deux textes complémentaires: l\u2019un : La genèse de l\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d par le P.Édouard Hamel, S.J., professeur de théologie morale à l\u2019Université Grégorienne, Rome.l\u2019autre : Préparation, motifs et finalité de l\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d par S.S.Paul VI (allocution du 31 juillet 1968).Le tout formant une élégante brochure de 56 pages, format commode de 5\" x 7%\" Prix l'unité : $0.50 ($0.60 franco) Prix spécial pour quantités.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 11 CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE montréal octobre 1968 numéro 331 relations Il dit o t la L Sommes-nous encore chrétiens ?De plus en plus il faut nous poser la question: sommes-nous encore chrétiens, nous du Canada français ?Pendant longtemps nous avons eu la réputation de l\u2019être, à notre manière, bien sûr, mais qui était celle de l\u2019époque et qui suffisait largement à nous faire classer parmi les peuples chrétiens.Cette réputation, aujourd\u2019hui, est en train de s\u2019estomper, et non sans raisons.Y contribuent, certes, la baisse croissante, surtout chez les jeunes, de la pratique religieuse: messes, sacrements, prières et dévotions de toutes sortes, mais plus encore nos attitudes et nos réactions devant les événements et les hommes.Ainsi, pour nous en tenir à l\u2019année 1968, la façon de se comporter d\u2019un bon nombre des nôtres devant les souffrances que la misère et les guerres imposent toujours à l\u2019homme, leur réaction devant des projets de loi comme celui sur l\u2019avortement, devant en particulier le credo que Paul VI prononçait à la clôture de l\u2019Année de la foi, et tout récemment devant l\u2019encyclique Humanœ Vitœ sur la régulation des naissances, devant le voyage et les enseignements du Pape à Bogota, ces multiples attitudes sont-elles encore chrétiennes et ne pourrait-on pas à plus juste titre les qualifier de mondaines ?Sans doute, Vatican II a voulu le rapprochement entre l\u2019Église et le monde, mais il n\u2019a jamais demandé leur fusion.Sans doute, a-t-il insisté pour mettre l\u2019Église au service de l\u2019homme, par conséquent au service de l\u2019homme vivant dans le monde de ce temps, mais ce fut après avoir défini nettement la nature, la mission et la fonction distinctes de l\u2019Église par rapport au monde.Pour agir sur le monde, pour l\u2019animer et le rendre meilleur, l\u2019Église doit d\u2019abord être elle-même, et les chrétiens vraiment chrétiens.Nous sommes, dira-t-on, à l\u2019ère du pluralisme et du dialogue, et les chrétiens catholiques n\u2019ont pas à imposer leur opinion, mais seulement à la proposer.Encore faut-il qu\u2019ils la proposent, car pluralisme et dialogue supposent qu\u2019au moins deux opinions s\u2019expriment et s\u2019enrichissent mutuellement.Si, sur des questions aussi importantes que celles de la vie, de l\u2019avortement et de la contraception, du mariage et du divorce, de l\u2019autorité du pape et de l\u2019obéissance que lui doivent les catholiques, si, sur de telles questions, nous autres, chrétiens, nous n\u2019avons d\u2019autres opinions que celles du monde environnant, où réside le pluralisme et où sont les possibilités du vrai dialogue ?On l\u2019a dit maintes fois, mais il y a toujours profit à l\u2019entendre répéter: \u201cLe pluralisme ne consiste pas à ne plus être ce qu\u2019on est, mais à être au contraire au maximum ce que chacun doit être\u201d (le P.Paul Gauthier).Et il en est ainsi du dialogue, comme le rappelait fortement un jour Albert Camus à ses auditeurs chrétiens ainsi qu\u2019aux clercs qui l\u2019avaient invité : Ce que j\u2019ai envie de vous dire aujourd\u2019hui, c\u2019est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu\u2019il n\u2019y a donc de dialogue possible qu\u2019entre des gens qui restent ce qu\u2019ils sont et qui parlent vrai.Cela revient à dire que le monde d\u2019aujourd\u2019hui réclame des chrétiens qu\u2019ils restent des chrétiens (cf.Actuelles).Cette recommandation d\u2019un incroyant sincère aux chrétiens catholiques de France, nous devons intégralement nous l\u2019appliquer présentement.Au milieu de la confusion des esprits et du brouillard des opinions, le Québec d\u2019aujourd\u2019hui réclame des chrétiens qu\u2019ils soient des chrétiens, et donc qu\u2019ils pensent et réagissent en chrétiens devant les événements et les hommes.Le mal n\u2019est pas qu\u2019il y OCTOBRE 1968 269 ait chez nous pluralité d\u2019opinions, mais que l\u2019on entende si rarement et si faiblement l\u2019authentique opinion chrétienne, ou encore qu\u2019elle se présente tellement diluée qu\u2019elle se différencie à peine des opinions à la mode, des opinions mondaines.Bien de nos chrétiens sont plus que jamais tentés de s\u2019installer en ce monde, de s\u2019y conformer et d\u2019y jouir tout bonnement de la vie.Et pourtant, à l\u2019exemple de leur Maître, ils ont, par leurs paroles et par leurs actes, à témoigner qu\u2019il existe un autre monde, des valeurs plus hautes, une vie plus précieuse et Quelqu\u2019un qui aime infiniment tout homme et l\u2019appelle à partager son bonheur.Ils ne rendront pleinement ce témoignage que si, comme le juste de saint Paul, ils vivent eux-mêmes de la foi, que s\u2019ils acceptent de suivre le Christ aussi loin qu\u2019il est allé dans son amour, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à la passion, jusqu\u2019à la croix.S\u2019ils refusent, si nous refusons d\u2019aller jusque-là, minces alors seront les chances d\u2019avenir du catholicisme au Canada français.Un prophète de l&ghse des pauvres, le [P.G^aul Gauthier Richard Arès, S.J.E' trange destin que celui du P.Paul Gauthier ! Prêtre depuis déjà quatorze ans et professeur de théologie au séminaire de Dijon, voici qu\u2019un bon matin de 1955, alors qu\u2019en France la discussion se poursuit sur \u201cl\u2019affaire des prêtres-ouvriers\u201d, il abandonne tout: sa chaire, ses étudiants, sa famille et son pays, pour s\u2019en aller vivre à Nazareth la vie de Jésus pauvre et ouvrier.Là, il se fait terrassier et maçon avec des Arabes chrétiens et musulmans, il vit avec eux, lance des coopératives de construction et de logement, s\u2019attire peu à peu des amis, des imitateurs, avec qui il fonde une première Fraternité de Jésus Charpentier.Des Juifs l\u2019invitent à venir vivre dans un kibboutz, il s\u2019y rend, s\u2019y fait des amis et admire les vertus de désintéressement, de service et d\u2019entraide qui y sont pratiquées.Revenu à Nazareth, il établit une cellule d\u2019Église pour évangéliser les pauvres, fonde de nouvelles Fraternités et commence une campagne pour inciter les pays riches à venir en aide aux pays pauvres.Sur ces entrefaites, le Concile s\u2019ouvre.Avec l\u2019aide d\u2019ouvriers nazaréens, le P.Gauthier rédige un premier mémoire à son évêque, lequel l\u2019invite à transmettre ce mémoire à tous les Pères afin de les intéresser à l\u2019Église des pauvres.Quelques temps plus tard, le voici à Rome, où il rencontre plusieurs évêques, donne des conférences et rédige de nouveaux mémoires, toujours sur le même sujet: l\u2019Église doit se faire l\u2019Église des pauvres, afin de rester fidèle à son Fondateur et à l\u2019Évangile.On l\u2019encourage à donner une plus large diffusion à ses idées, et bientôt paraissent en librairie des volumes comme Les pauvres, Jésus et l\u2019Église (1963), L\u2019Église des Pauvres et le Concile (1965), L\u2019Évangile de Justice (1967) et un recueil de conférences adressé Aux prêtres, aux religieuses, aux laïcs (1968) h 1.Aux éditions Salvator de Mulhouse.Toutes les citations qui suivent sont empruntées à ce dernier volume.Tout comme la voix des prophètes de l\u2019Ancien Testament, celle du P.Gauthier sonne dru et fait entendre de rudes vérités, surtout quand elle s\u2019adresse aux riches et aux puissants.C\u2019est une voix qui secoue, réveille, éclaire, parfois choque et irrite, mais qui toujours nous ramène à l\u2019essentiel de la vie chrétienne, c\u2019est-à-dire à l\u2019Évangile.Nous autres, chrétiens, dira-t-il, nous avons à vivre l\u2019Évangile intégralement, non pas un Évangile qui nous permet, au fond, de nous en tirer à bon compte et qui s\u2019accompagne de nos aises; pour cela il ne faut pas enlever de l\u2019Évangile les pages qui nous gênent, les pages \u201cun peu trop embêtantes\u201d.Ce que l\u2019Évangile dit, en particulier sur les pauvres, l\u2019Église, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des chrétiens qui forment le Peuple de Dieu, tant les clercs que les laïcs, se doit d\u2019abord de se l\u2019appliquer, d\u2019en faire sa règle de vie, ensuite d\u2019en imprégner le système économique pour le transformer et le mettre au service aussi des pauvres.Les pauvres et l'Église L\u2019exemple et l\u2019enseignement de son Fondateur sont clairs et impératifs: Jésus est né pauvre, a vécu pauvre, il a béatifié les pauvres et s\u2019est identifié aux pauvres.Reprenant une pensée souvent exprimée par l\u2019abbé Pierre, le P.Gauthier répétera volontiers: \u201cNous avons peut-être retenu très attentivement la parole de l\u2019Évangile, nous autres catholiques: \u201cCeci est mon corps\u201d, mais nous devons retenir avec non moins de soin la parole correspondante: \u201cJ\u2019avais faim et vous m\u2019avez donné à manger\u201d (p.159).Les catholiques se targuent d\u2019être le Peuple de Dieu, mais ils ont besoin qu\u2019on leur rappelle que \u201cle peuple que Dieu aime, le peuple dont Dieu veut la libération\u201d, c\u2019est aussi le peuple des pauvres: Le Christ a voulu s\u2019insérer dans la trame de l\u2019humanité à ce niveau-là.Il a été le Messie des pauvres et sa consécration est une immolation dans la masse des pauvres de l\u2019humanité .L\u2019espérance des pauvres c\u2019est une Eglise des pauvres (pp.124-125).270 RELATIONS Cette espérance, les pauvres, malheureusement, ne l\u2019ont pas toujours trouvée dans l\u2019Église, laquelle leur est trop souvent apparue comme une maison étrangère: \u201cAlors que jadis dans la première Église, l'Église était composée de pauvres parmi lesquels il y avait quelques riches, aujourd\u2019hui l\u2019Église est composée de riches parmi lesquels il y a quelques pauvres\u201d (p.151 )2.Cela vaut non seulement des individus, mais des peuples, car, de façon générale, les pays chrétiens sont des pays qui, malgré tout, ne manquent pas de grand-chose: \u201cLa grande partie de l\u2019humanité qui souffre de la faim et de la misère, c\u2019est la partie non chrétienne.La partie de l\u2019humanité qui a en abondance ce qui lui faut et parfois en surabondance, c\u2019est la partie chrétienne\u201d (p.151 )2.Dans plusieurs pays, les pauvres se sont éloignés de l\u2019Église, parce que l\u2019Église elle-même s\u2019est d\u2019abord éloignée d\u2019eux; ils ne retrouveront le chemin de l\u2019Église que si l\u2019Église retrouve le chemin des pauvres: Et le chemin des pauvres, c\u2019est le chemin du travail.Les pauvres, les vrais pauvres, les innombrables pauvres, ce ne sont pas les mendiants qui se tiennent aux portes des églises.Les pauvres, ce sont ceux qui gagnent péniblement leur vie et qui luttent et qui militent pour avoir une vie d\u2019homme à peu près convenable\u201d (p.169).De tous ceux-là, de tous ceux qui ici-bas peinent et souffrent, les prêtres doivent se tenir solidaires: là est leur vraie consécration.Le Christ n\u2019a dit la messe qu\u2019une fois, mais quelle messe ! La messe de sa propre chair et de son propre sang.Si bien que si nos messes à nous ne sont pas des messes de notre propre chair et de notre propre sang mêlé au sien dans l\u2019immense sacrifice d\u2019une humanité douloureuse, s\u2019il nous est arrivé, à nous prêtres, de nous écarter de l\u2019immense masse des hommes qui souffrent et qui peinent, pour nous établir confortablement parmi la minorité qui profite des autres, alors grande serait notre perte.Nous serions de ces pharisiens hypocrites qui disaient: \u201cCorban\u201d dans un prétendu sacrifice cultuel afin de ne pas consentir au sacrifice de leur vie\u201d (P- 30).Le P.Gauthier, lui, s\u2019est fait prêtre-ouvrier, il a suivi les pauvres sur le chemin du travail; tous n\u2019ont pas cette vocation, tous n\u2019ont pas à donner ce témoignage de vie apostolique, prophétique, souffrante avec le peuple, mais, dira-t-il, \u201cil est bon pour nous tous que le Seigneur en appelle quelques-uns d\u2019entre nous pour nous rappeler à tous comment il a voulu travailler pendant 15 ans et vivre pendant 30 ans .La grande majorité des prêtres restera astreinte à ces tâches primordiales de la vie de l\u2019Église que sont la vie de la paroisse, l\u2019enseignement, l\u2019aumônerie, toutes ces fonctions qui permettent au peuple des chrétiens de vivre\u201d (pp.21 et 31).L\u2019important, l\u2019essentiel est que tous demeurent proches et solidaires des pauvres plutôt que des riches et que, non seulement ils ne mettent pas d\u2019obstacle, mais travaillent pour leur part à instaurer un régime économique fondé sur la justice, le service et le besoin des hommes.Le service de Dieu leur commande ce service de l\u2019homme, car \u201cDieu s\u2019est fait homme et il a habité parmi nous; de ce jour on ne peut méconnaître, mépriser, abandonner l\u2019homme sans insulter Dieu\u201d (p.68).Et encore: \u201cIl n\u2019y 2.Pour frappantes que soient ces formules, elles paraissent s\u2019appliquer difficilement à l\u2019Amérique latine.a pas de religion possible sans la justice sociale, et dans toute justice sociale il y a déjà une présence du Seigneur\u201d (p.159).Les pauvres et le système économique À l\u2019égard du système économique fondé sur l\u2019argent, le P.Gauthier se montre extrêmement sévère, en particulier pour le prêt à intérêt, qu\u2019il dénonce avec virulence.L\u2019Évangile, dira-t-il, n\u2019a pas encore pénétré le domaine de l\u2019économie, domaine fondamental pour que les pauvres puissent vivre.Tant que l\u2019Evangile n\u2019aura pas pénétré le monde économique, le monde de l\u2019argent, eh bien ! nous aurons une société qui ne sera pas une société chrétienne.Nous devons en finir avec une société fondée sur l\u2019intérêt, et nous devons bâtir une société fondée sur le service et le besoin des hommes\u201d (134).A ceux, à des jeunes qui lui demandent: que faut-il faire?il répond: imprégnez-vous d\u2019abord de l\u2019Évangile, criez-le sur les toits, mais surtout changez le système: Le vrai travail à faire c\u2019est de changer les structures qui fabriquent les pauvres.Il ne servira à rien de donner une part de vos revenus, même d\u2019une façon régulière et réfléchie, si nous continuons à accepter un système économique dans lequel nous vivons, qui constamment fabrique des pauvres en nous permettant à nous de nous enrichir.C\u2019est le système lui-même qui doit être dénoncé, qui doit être démonté: on doit en bâtir un autre\u201d (p.135).Constamment, le P.Gauthier revient sur cette idée: notre système économique est un système qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres, il faut le remplacer par un système qui rétablisse l\u2019égalité, par un système qui s\u2019inspire de l\u2019Évangile de justice et de paix.Nous autres, catholiques, nous devons nous souvenir que notre foi en Dieu serait vaine \u201csi elle n\u2019était pas fondée, elle aussi, sur la justice\u201d.Retrouvant les accents du prophète Amos et de l\u2019apôtre saint Jacques, il déclare: En dehors de la justice, nous sommes tous des hypocrites et des menteurs; nous sommes tous, plus ou moins, exploiteurs des pauvres, nous tous qui avons reçu une part de richesse.Prenons-y garde, et même si nous ne pouvons pas changer totalement la situation, changeons au moins notre cœur, notre pensée (p.136).Pour le prêtre-ouvrier de Nazareth, le monde des riches et de l\u2019argent est un monde détestable: c\u2019est \u201cun monde de rapaces, un monde de renards et de loups\u201d, un monde qui s\u2019appuie sur un droit qui n\u2019est ni chrétien, ni biblique, ni prophétique (p.115), un monde ¦\u2019enfin, ira-t-il jusqu\u2019à dire dans une formule chargée de dynamite et qui appellerait des explications et des précisions, un monde contre lequel les pauvres se trouvent en état de légitime défense: La guerre de légitime défense, il semble qu\u2019il n\u2019y en a qu\u2019une, c\u2019est la guerre du pauvre qui prend ce dont il a besoin pour vivre, parce qu\u2019à ce moment-là il se défend contre le riche qui, depuis des siècles, l\u2019a opprimé.La guerre dans l\u2019humanité, elle est déjà déclarée depuis longtemps par les riches contre les pauvres.Il y a des masses de pauvres qui meurent de misère parce que les riches leur ont déclaré la guerre, une guerre économique implacable.Et le droit sur lequel nous vivons dans notre société est un droit qui protège le riche contre le pauvre, et qui ne permet pas au pauvre de sortir de sa misère (p.117).Élargissant sa perspective, le prophète aborde le plan international, le plan des relations entre les pays riches OCTOBRE 1968 271 et les pays pauvres.Pas de paix possible, dira-t-il, tant que la justice ne sera pas introduite dans l\u2019humanité, pas de paix internationale sans justice sociale.Aujourd\u2019hui, il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019individus pauvres, de mendiants qui viennent nous tendre la main, ni même de la classe prolétarienne, qui doit se défendre contre ses exploiteurs; non, le problème est plus grave et plus vaste: Il s\u2019agit de peuples, d\u2019immenses peuples qui réclament justice.Nous courons un grand risque: que se produise .la guerre de demain ., la guerre des pauvres contre les riches.11 y a d\u2019immenses masses de pauvres qui, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas la possibilité de vivre, risquent fort un jour de prendre de force ce qu\u2019on ne leur aura pas donné de bon gré (pp.119-120).Sous une autre forme et sur un autre ton, Jean XXIII et Paul VI avaient déjà exprimé la même idée, le premier dans l\u2019encyclique Mater et Magistra où il affirmait que \u201cle problème le plus important de notre époque est peut-être celui des relations entre pays économiquement développés et pays en voie de développement\u201d; le second dans l\u2019encyclique Populorum Progressio où il déclarait que \u201cle développement est le nouveau nom de la paix\u201d et que \u201cles disparités économiques, sociales et culturelles trop grandes entre peuples provoquent tensions et discordes, et mettent la paix en péril\u201d.* * * Ainsi, dans sa prédication comme dans son apostolat, le P.Gauthier rejoint et applique l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, et cela malgré quelques outrances qu\u2019il faut attribuer à son rôle prophétique d\u2019éveilleur des consciences et de héraut des maximes évangéliques.Il est le prophète qui dénonce les abus et les injustices, non l\u2019inventeur d\u2019un nouveau système économique.Ayant scruté les signes du temps, il en a conclu que la grande tâche de l\u2019heure présente pour les chrétiens est la lutte contre la pauvreté, la lutte pour l\u2019instauration d\u2019un régime économique au service de l\u2019homme, de tout l\u2019homme et de tous les hommes.A Bogota, au récent Congrès eucharistique international, le pape Paul VI a parlé dans le même sens; au Canada nos évêques ont lancé un semblable message pour la Fête du Travail, et le Conseil économique (d\u2019Ottawa), dans son cinquième exposé annuel, invite tous nos gouvernements à créer au plus tôt des conditions de vie convenable pour les quelque deux millions de pauvres que compte encore le Canada.Le grand scandale de ce troisième tiers du XXe siècle est qu\u2019il y ait encore tant d'individus pauvres dans les pays riches et tant de peuples pauvres dans un monde qui pourtant regorge de richesses.S\u2019il en est ainsi, au dire du P.Gauthier, c\u2019est que le système dans lequel nous vivons fabrique des pauvres en même temps qu\u2019il enrichit les riches.Il faut le changer en un système qui rétablisse l\u2019égalité.A l'invention d\u2019un pareil système les chrétiens doivent travailler au premier rang; l\u2019Église \u2014 l\u2019Église tant des clercs que des laïcs \u2014 y a son rôle à jouer, et tout d\u2019abord par l\u2019exemple: elle doit être d\u2019abord et tout particulièrement l\u2019Église des pauvres.La pastorale au lendemain \"Hniuanae Marcel Marcotte, S.J.Dans certains cercles cléricaux ou laïcs, on reproche à l\u2019encyclique Humanæ Vitœ d\u2019imposer au peuple chrétien le fardeau d\u2019une doctrine et d\u2019une discipline qui, par dessus Vatican II, paraissent sortir tout droit de l\u2019encyclique Casti Connubii de Pie XI et des célèbres allocutions de Pie XII sur la morale conjugale.Reproche étrange.La continuité d\u2019un enseignement dans l\u2019Église et son enracinement dans la tradition, qui faisaient naguère la preuve de son authenticité et de sa conformité avec la pensée divine, seraient-ils soudain devenus, aux yeux des amateurs de renouveau, le signe le plus flagrant de son insuffisance ?Décidément, le Concile a bon dos.C\u2019est en son nom qu\u2019on chante pouilles à Paul VI en lui notifiant, sans trop de ménagements, que ses positions en matière de contraception relèvent d\u2019une théologie préconciliaire, qui n\u2019a plus cours aujourd\u2019hui et qu\u2019il faudra corriger en l\u2019ajustant à la doctrine sur le mariage et la famille de la constitution pastorale Gaudium et Spes.Or, il se trouve que le Concile, précisément dans ces textes, invite de façon pressante les époux chrétiens à se montrer \u201cdociles au magistère de l\u2019Église\u201d 1 et qu\u2019il leur interdit \u201cd\u2019emprunter des voies que le magistère, dans l\u2019explication de la loi divine, désapprouve\u201d.2 Il se trouve également que Paul VI se réfère expressément aux données fondamentales de la Constitution sur la nature, les buts et la dignité du mariage et sur la paternité responsable pour condamner la contraception 3, et qu\u2019il ne la condamne, comme le Concile l\u2019avait lui-même prévu et voulu, que pour apporter aux problèmes de morale conjugale ces \u201csolutions concrètes\u201d que l\u2019Assemblée conciliaire, obéissant à 1\u2019 \u201cordre du Souverain Pontife\u201d, lui avait confié le soin de proposer à sa place, quand les temps seraient mûrs.4 La pastorale de l\u2019Encyclique s\u2019inspire de bout en bout de l\u2019enseignement du Concile.Inventer un conflit entre le Pape et le Concile, donner à entendre que Humanæ Vitœ fait litière de Gaudium et Spes, c\u2019est donc tricher avec les textes et avec les faits.Il serait plus juste de dire que l\u2019interprétation donnée par 1.\tGaudium et Spes, no 50.2.\tGaudium et Spes, no 51.3.\tHumanæ Vitœ, no 10-14.4.\tGaudium et Spes, note 14.272 RELATIONS de la fécondité de l\u2019encyclique Vitae\u201d I Paul VI à la doctrine de Vatican II ne coïncide pas avec celle que, pour toute espèce de raisons, on s\u2019était cru en droit de lui donner soi-même.A partir de ce moment, il n\u2019y aurait plus, dressés l\u2019un contre l\u2019autre, le Pape et le Concile, mais le Pape et soi, pour être franc.Le choix, pour les fidèles, en deviendrait un tantinet plus facile.Ceci dit, il faut bien admettre que, sur le point précis de la contraception, l\u2019enseignement doctrinal du magistère n\u2019a pas changé d\u2019un iota.Comme Pie XII, reprenant à son compte les règles \u201csolennellement\u201d fixées par Pie XI, Paul VI a bien l\u2019air de penser que ces règles sont \u201cen pleine vigueur aujourd\u2019hui comme hier\u201d et qu\u2019elles le resteront \u201cdemain et toujours\u201d, parce qu\u2019elles ne sont pas \u201cun simple précepte de droit humain, mais l\u2019expression d\u2019une loi naturelle et divine\u201d.5 Néanmoins, sur le plan pastoral, il en va tout autrement, et l\u2019influence du Concile y est, de bout en bout de l\u2019Encyclique, extrêmement sensible.Sensible d\u2019abord dans le ton, le style et le langage, comme la comparaison des textes le révèle au premier coup d\u2019œil.Sensible aussi dans les perspectives et les orientations d\u2019ensemble qui, sur des points d'importance majeure, diffèrent profondément de celles de Pie XI et de Pie XII.Sensible enfin dans la compréhension et la tolérance qui s\u2019y font jour, au niveau des directives pastorales proprement dites.De cette nouveauté de l\u2019enseignement pontifical et de sa conformité avec les courants de fond issus de Vatican II, les adversaires de l\u2019Encyclique ne tiennent pas gré au Pape, braqués qu\u2019ils sont sur la seule condamnation de la contraception que, contre leur attente, il vient en fait de renouveler.Et pourtant, s\u2019il est désormais pour l\u2019inquiétude et la faiblesse des chrétiens un remède, une aide, un réconfort, c\u2019est de ce côté, uniquement, qu\u2019il faut se résigner à les chercher.Au lieu de s\u2019épuiser et de se fourvoyer en des contestations inutiles, pourquoi ne s\u2019appliquerait-on pas à tirer de l\u2019Encyclique elle-même les grandes lignes de la pédagogie surnaturelle que Paul VI met en œuvre afin de rendre, comme lui, autant que possible, la loi de l\u2019Église intelligible et aimable aux chrétiens, et pour les acheminer progressivement vers cette obéissance de l\u2019esprit et du cœur où triomphe la vraie liberté des enfants de Dieu ?5.\tPie XII: Allocution aux sages-femmes, 29 octobre 1951.L\u2019influence du Concile sur l\u2019Encyclique est sensible dans la nouveauté du langage.La pédagogie de Paul VI, postconciliaire s\u2019il en est, s\u2019exprime en premier lieu, disions-nous, au niveau du langage.Pour en percevoir la nouveauté, de ce point de vue, il faudrait \u2014 si cet exercice ne risquait pas de nous entraîner trop loin \u2014 mettre en regard de certains textes de Pie XI ou de Pie XII les passages correspondants de la récente encyclique, où le Pape, sur un ton moins tranchant et dans un style plus amène, reprend l\u2019enseignement de ses prédécesseurs, et, par un mot bien placé, par une précaution charitable, en nuance le caractère impérieux, l\u2019allure comminatoire.Le Concile, là-dessus, avait prêché d\u2019exemple.Point de dureté, de condamnation, d\u2019anathème; de la fermeté, de la netteté, de la clarté à souhait, mais sans aucune de ces formules rigides et cassantes qui feraient nos contemporains crier à l\u2019intolérance.Le ton et le style de l\u2019Encyclique sont calqués sur ceux du Concile.Elle explique, elle éclaire, elle invite, elle décide, mais elle ne fulmine jamais.11 lui arrive même d\u2019implorer, ce qui, pour les esprits rétifs et les consciences chatouilleuses, est bien le trait le plus rassurant, la preuve la moins ambiguë de l\u2019esprit nouveau dont le Pape s\u2019inspire.Qu\u2019on compare, de ce point de vue, les directives pastorales fixées pour les prêtres tour à tour par Pie XI et par Paul VI.Le texte de Casti Connubii est un avertissement sévère et solennel, qui ne laisse place à aucun doute, aucune hésitation, aucune discussion.En vertu de Notre suprême autorité et de la charge que Nous avons de toutes les âmes, Nous avertissons les confesseurs et tous ceux qui ont charge d\u2019âmes, de ne point laisser leurs fidèles dans l\u2019erreur sur cette très grave loi de Dieu.Bien plus, qu\u2019ils se prémunissent eux-mêmes contre les fausses opinions de ce genre et ne pactisent en aucune façon avec elles.Si d\u2019ailleurs un confesseur ou un pasteur induisait en ces erreurs \u2014 ce qu\u2019à Dieu ne plaise ! \u2014 les fidèles qui lui sont confiés, ou si du moins, soit par une approbation, soit par un silence calculé, il les y confirmait, qu\u2019il sache qu\u2019il aura à rendre à Dieu, le Juge suprême, un compte sévère de sa prévarication; qu\u2019il considère comme lui étant adressées ces paroles du Christ: \u201cCe sont des aveugles, et ils sont les chefs des aveugles; or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse\u201d.Casti Connubii, no 85.Nous nous demandons quel accueil certains clercs d\u2019aujourd\u2019hui, qui s\u2019arrogent le droit, un peu exorbitant, de s\u2019interroger, privément ou en public, sur la portée, l\u2019autorité, la légitimité de l\u2019encyclique de Paul VI, auraient réservé à des règles de pensée et d\u2019action aussi catégoriques.Le Pape a dû lui aussi se poser la question, car ses directives aux prêtres, si fermes qu\u2019elles demeurent sur le fond, ont plutôt l\u2019accent, pour le moment, d\u2019une exhortation, ou même d\u2019une supplication.Chers Fils prêtres, qui êtes par vocation les conseillers et les guides spirituels des personnes et des foyers.Nous Nous tournons maintenant vers vous avec confiance.Votre première tâche, spécialement pour ceux qui enseignent la théologie morale, est d\u2019exposer sans ambiguïté l\u2019enseignement de l\u2019Eglise sur le mariage.Soyez les premiers à donner, dans l\u2019exercice de votre ministère, l\u2019exemple d\u2019un assentiment loyal, interne et externe, au magistère de l\u2019Eglise.Cet assen- OCTOBRE 1968 273 timent est dû, vous le savez, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l\u2019Esprit Saint, dont les Pasteurs de l\u2019Eglise bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité.Vous savez aussi qu\u2019il est de souveraine importance, pour la paix des consciences et pour l\u2019unité du peuple chrétien, que dans le domaine de la morale comme dans celui du dogme, tous s\u2019en tiennent au magistère de l\u2019Eglise et parlent un même langage.Aussi est-ce de toute Notre âme que Nous vous renouvelons l\u2019appel angoissé du grand Apôtre Paul: \u201cJe vous en conjure, Frères, par le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ayez tous un même sentiment; qu\u2019il n\u2019y ait point parmi vous de divisions, mais soyez tous unis dans le même esprit et dans la même pensée.\u201d Humanœ Vitæ, no 29.Pour qui est le moindrement sensible aux valeurs du langage, la forme même de ces textes, pour ne rien dire du fond, les situe aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre.Ton péremptoire et presque menaçant dans le premier; ton inquiet et presque suppliant dans le second.Et pourtant, Pie XI et Paul VI professent, en substance, la même doctrine et partent, pour l\u2019essentiel, des mêmes prémisses.Qui dira que l\u2019influence du Concile, ici, n\u2019est pas palpable ?De ces comparaisons formelles, que nous pourrions multiplier, on doit tirer la conclusion que, pour entrer dans l\u2019esprit et les intentions de Paul VI, toutes outrances verbales, dans la présentation, la discussion, l\u2019utilisation pastorale de l\u2019Encyclique, sont à éviter à tout prix.Du haut de la tribune ou de la chaire, autour d\u2019une table ronde, derrière la grille du confessionnal, le prêtre a non seulement le droit, mais le devoir \u2014 à condition de ne point taire ou farder la vérité \u2014 d\u2019user de toutes les précautions et prévenances qui lui paraissent commandées par les circonstances.Mieux vaudrait, à tout prendre, courir, comme le Pape lui-même, le risque d\u2019être provisoirement mal compris et mal obéi, que de heurter, par la brutalité du ton et la violence du langage, aucun de ces chrétiens de bonne volonté qui ont hélas ! dans tant de cas, une si rude pente à remonter.Tel est, à notre avis, le sens du paragraphe suivant de l\u2019Encyclique.Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes.Mais cela doit être accompagné de la patience et de la bonté dont le Seigneur lui-même a donné l\u2019exemple en traitant avec les hommes.Venu non pour juger, mais pour sauver, il fut certes intransigeant avec le mal, mais miséricordieux envers les personnes.Au milieu de leurs difficultés, que les époux retrouvent toujours, dans la parole et dans le cœur du prêtre, l\u2019écho de la voix et de l\u2019amour du Rédempteur.Humanœ Vitæ, no 29.Ce texte est, à nos yeux, d\u2019importance capitale.Il amorce, ébauche et légitime cette pastorale de cheminement dont, à propos de l\u2019obéissance à l\u2019Encyclique, nous avons déjà tracé les lignes de faîte.6 Les exigences de pareille pastorale, il va sans dire, débordent largement les vertus et les besoins du langage: nous le montrerons dans un prochain article.Mais elle doit commencer là \u2014 au bord des lèvres et à la pointe de la plume des ministres de la parole \u2014 sous peine de meurtrir et de fermer, pour longtemps ou pour toujours, bien des âmes de bonne volonté qui, sous une touche plus délicate, n\u2019eussent peut-être demandé qu\u2019à s\u2019ouvrir.6.Relations, septembre 1968: L\u2019Encyclique \u201cHumanœ Vitæ\u201d et l\u2019obéissance catholique.La pastorale de l\u2019Encyclique, comme celle du Concile, met l\u2019accent sur l\u2019amour conjugal et la parenté responsable.Cependant, plus que des formes et du style de l\u2019Encyclique, la nouvelle pastorale doit s\u2019inspirer de son contenu objectif.Aux yeux d\u2019un trop grand nombre de catholiques, prêtres ou laïcs, l\u2019enseignement de Paul VI a un caractère purement négatif.Traumatisés, on dirait, par une déclaration qui, sur un point précis, a cruellement déçu leur attente, ils n\u2019y aperçoivent et n\u2019en retiennent plus, selon toute apparence, que la condamnation décisive qu\u2019elle prononce contre l\u2019emploi des contraceptifs.En réalité, l\u2019horizon de l\u2019Encyclique est beaucoup plus vaste et sa pédagogie d\u2019essence beaucoup plus positive.Paul VI lui-même, dans les jours qui ont suivi la parution de l\u2019Encyclique, a tenu à dissiper tous les doutes à ce sujet: Ce document pontifical, dit-il, n\u2019est pas seulement la déclaration d\u2019une loi morale négative \u2014 c\u2019est-à-dire l\u2019interdiction de tout acte se proposant de rendre impossible la procréation (no 14) \u2014 mais il est surtout la présentation positive de la moralité conjugale, par rapport à sa mission d\u2019amour et de fécondité, \u201cdans la vision intégrale de l\u2019homme et de sa vocation naturelle et terrestre, mais aussi surnaturelle et éternelle\u201d (no 7).Allocution du 31 juillet 1968.Au centre de cette vision globale de l\u2019homme en sa vocation d\u2019époux, Paul VI, dans le sillage du Concile, place l\u2019amour conjugal et la parenté responsable.Volontiers, Nous avons suivi une conception personnaliste, propre à la doctrine conciliaire sur la société conjugale, donnant ainsi à l\u2019amour, qui l\u2019engendre et la nourrit, la place qui lui revient dans l\u2019évaluation subjective du mariage.Nous avons reconnu aux conjoints leur responsabilité et donc leur liberté, comme ministres du dessein de Dieu sur la vie humaine, interprété par le magistère de l\u2019Eglise, pour leur bien personnel et celui de leurs enfants.Allocution du 31 juillet 1968.Toute l\u2019encyclique de Paul VI est construite autour de ces deux notions complémentaires.C\u2019est à partir d\u2019elles qu\u2019il faut chercher à la comprendre et à en dégager les orientations pastorales.Aux yeux du Pape, comme à ceux du Concile, l\u2019union des époux et la procréation sont deux aspects indissociables de la vie conjugale.Il n\u2019est jamais question de les sacrifier l\u2019une à l\u2019autre: ni la fécondité à l\u2019amour, ni l\u2019amour à la fécondité.Et voilà qui est vraiment nouveau dans l\u2019histoire de la pensée catholique.L\u2019influence du Concile, ici, s\u2019est exercée à plein, et bien que les positions traditionnelles de l\u2019Église sur la contraception n\u2019en aient pas été substantiellement modifiées, elles n\u2019en apparaissent pas moins, sous cet éclairage neuf, beaucoup plus raisonnables, plus accessibles et plus humaines.Nous allons le montrer.A l\u2019imitation du Concile, l\u2019Encyclique met sur le même plan le bien des personnes et le bien de l\u2019espèce.Il y a deux manières différentes d\u2019apprécier les valeurs et de résoudre les problèmes de la vie conjugale, suivant 274 RELATIONS qu\u2019on considère le mariage, avant tout, comme une institution naturelle et juridique, ou d\u2019abord comme une communauté de vie entre deux personnes humaines.Dans le premier cas, l\u2019accent porte sur la fin objective du mariage, représentée par la procréation et l\u2019éducation des enfants; dans le second cas, il est mis sur sa fin subjective, incarnée dans l\u2019amour des époux.Suivant le même schéma, l\u2019enseignement de l\u2019Église sur la nature et les buts du mariage est tributaire de deux courants de pensée, de deux traditions spirituelles qui ont l\u2019une et l\u2019autre de solides fondements dans l\u2019Écriture et de puissants défenseurs parmi les théologiens.La première, qui met l\u2019enfant en tête des biens du mariage, s\u2019organise autour du \u201cCroissez et multipliez-vous\u201d du premier chapitre de la Genèse.Saint Thomas d\u2019Aquin lui a fourni sa base philosophique en l\u2019appuyant sur l\u2019idée de finalité mise au point par Aristote.La seconde tradition, davantage préoccupée du bonheur et de la sainteté des époux, se fonde sur cet autre texte de la Bible: \u201cL\u2019homme quittera son père et sa mère pour s\u2019attacher à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair.\u201d Elle se rattache à la théologie de saint Bonaventure, de Duns Scot et de l\u2019École franciscaine.À la veille du Concile, la première tradition l\u2019emporte encore largement sur sa rivale dans l\u2019enseignement officiel de l\u2019Église, dans la législation canonique et dans l\u2019opinion des théologiens.Elle tient, en bref, dans la formule classique: la fin primaire du mariage est la procréation et l\u2019éducation des enfants; sa fin secondaire, quoique pareillement essentielle, est le support mutuel des époux.Néanmoins, la seconde tradition, en dépit des réticences et des sévérités romaines, reste encore bien vivante, et Pie XI lui-même a continué d\u2019en faire état, dans Casti Connubii, au moment même où, dans la perspective institutionnelle et juridique où il s\u2019était placé, il accordait à la première une préférence très nette.Puis vint le Concile, où des voix prestigieuses \u2014 dont celle du Cardinal Léger 7 \u2014 s\u2019unirent, à l\u2019encontre d\u2019autres voix également prestigieuses, pour agrandir la place de l\u2019amour au soleil.La requête, de soi, n\u2019avait rien de révolutionnaire: elle s\u2019inscrivait dans le mouvement de pensée et de civilisation qui, d\u2019ores et déjà, poussait l\u2019aile marchante du peuple de Dieu à voir dans le mariage, de plus en plus, le sacrement de l\u2019amour humain, le signe sensible et efficace de l\u2019union savoureuse et indéfectible du Christ et de l\u2019Église, plutôt qu\u2019une institution au service du bien de l\u2019espèce.Le Concile fit droit à ces aspirations, d\u2019abord en évitant de rappeler la distinction, classique mais récente, entre la fin primaire et la fin secondaire du mariage, qui constituait pour plusieurs un mot d\u2019irritation 8, puis en exaltant l\u2019importance de l\u2019amour, dans sa double dimension charnelle et spirituelle, pour la préparation des mariages et pour la réussite, naturelle et surnaturelle, de la vie conjugale vécue.9 7.\tVoir notre article de Relations, décembre 1964: Le Car dinal au Concile plaide la cause de l\u2019amour.8.\tGaudium et Spes, no 48.9.\tGaudium et Spes, no 49-50.OCTOBRE 1968 L\u2019Encyclique ne condamne pas la contraception au nom du bien de l\u2019espèce, mais du bien de l\u2019amour conjugal.Paul VI a repris à son compte cet enseignement du Concile.Ce n\u2019est pas au nom du bien de l\u2019espèce, mais du bien des époux, du bien même de leur amour, qu\u2019il exige que \u201ctout acte matrimonial\u201d reste \u201couvert à la transmission de la vie\u201d.10 Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le magistère, est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l\u2019homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l\u2019acte conjugal: union et procréation.En effet, par sa structure intime, l\u2019acte conjugal, en même temps qu\u2019il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l\u2019être même de l\u2019homme et de la femme.C\u2019est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l\u2019acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l\u2019homme à la paternité.Humance Vitœ, no 12.La nouveauté de cet enseignement, si traditionnel qu\u2019il se veuille et qu\u2019il soit au plan des règles morales qu\u2019il édicte et des conduites pratiques qu\u2019il impose, ne doit pas être sous-estimée.11 On a fait grief à la théologie préconciliaire d\u2019ordonner et de subordonner si étroitement les manifestations sensibles de la tendresse conjugale à la procréation, que les intérêts humains du couple s\u2019en trouvaient obnubilés et sa vie d\u2019amour compromise.Plus précisément, on l\u2019a blâmée de porter condamnation contre l\u2019usage des pratiques anticonceptionnelles pour la seule raison que, dans son optique particulière, d\u2019où l\u2019amour était évacué, l\u2019acte conjugal ne pouvait se justifier qu\u2019en rapport intime avec sa finalité procréatrice.Comme si le fait d\u2019être, de soi, une expression, une preuve et un stimulant de l\u2019amour des époux n\u2019eût pas suffi à le légitimer.Est-il besoin de dire que le magistère officiel n\u2019a jamais professé cette morale inhumaine ?Mais, faute de mettre le rôle de l\u2019amour en suffisant relief, il pouvait en donner l\u2019impression.Désormais, l\u2019hypothèque est levée et le malentendu impossible.À la suite du Concile, Paul VI vient non seulement de rendre à l\u2019amour sa place au sommet des valeurs que le mariage cultive, mais de conjurer, du même coup, une des pires menaces qui pesaient sur lui.Admettons-le avec humilité: la contraception, à notre barbe, était en train de se voir tranquillement reconnaître et justifier dans l\u2019Église comme une alliée de l\u2019amour, alors que, coupant l\u2019amour de la vie qui lui est confiée, elle en est, de fait et de droit, l\u2019adversaire 10.\tHumana: Vitœ, no 11.11.\tElle ne doit pas être exagérée non plus jusqu\u2019au point ou, comme certains l\u2019ont fait, on l\u2019utiliserait pour contester, au titre de la primauté de l\u2019amour que, prétendûment, il consacre, la validité de la condamnation des pratiques anticonceptionnelles que Paul VI en a personnellement tirée.Opposer le Pape au Pape, le chef du Concile au rédacteur de l\u2019Encyclique, c\u2019est, sous les dehors du respect, le traiter comme un enfant qui ne sait pas ce qu\u2019il veut et qui fait des caprices, ou comme l\u2019âne de Balaam qui prophétisait sans le savoir.C\u2019est, en vérité, le trahir.275 et la naufrageuse.En démasquant le mensonge, le Pape ne dessert pas l\u2019amour conjugal, il le délivre, le sauve et le glorifie.La pastorale issue de l\u2019Encyclique doit valoriser le rôle naturel et surnaturel de l\u2019amour dans le mariage.Cet enseignement, dans sa nouveauté même, est riche d\u2019implications pastorales qualitativement inédites.Implications positives: il faut, avec encore plus de conviction et de vigueur qu\u2019antan, valoriser le rôle de l\u2019amour, et même de l\u2019amour charnel, dans la confection des mariages et dans la conduite de la vie conjugale.Implications négatives: il faut, plus sévèrement que jamais, dénoncer et combattre, tant chez les jeunes que chez leurs aînés, les aberrations et les contrefaçons de l\u2019amour qui ont cours dans le monde et dont la contraception n\u2019est, à tout prendre, qu\u2019une manifestation plus voyante à l\u2019intérieur des foyers.Au regard de Paul VI, la grandeur de l\u2019amour conjugal chrétien tient à son enracinement dans le mystère révélé; c\u2019est donc à partir de là qu\u2019il faut chercher à le revaloriser.L\u2019amour conjugal révèle sa vraie nature et sa vraie noblesse quand on le considère dans sa source suprême, Dieu, qui est Amour, le Père de qui toute paternité tire son nom, au ciel et sur la terre.Le mariage n\u2019est donc pas l\u2019effet du hasard ou un produit de l\u2019évolution de forces naturelles inconscientes: c\u2019est une sage institution du Créateur pour réaliser dans l\u2019humanité son dessein d\u2019amour.Humaine Vitœ, no 8.Les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019auront point de peine à reconnaître dans cet enseignement l\u2019écho d\u2019un appel qu\u2019ils ont tous entendu, un jour ou l\u2019autre, au fond d\u2019eux-mêmes, et que l\u2019Église, liée aux temps et aux lieux, n\u2019avait jamais encore exaucé de façon aussi explicite.L\u2019époque est close où l\u2019homme et la femme, sans trop d\u2019étonnement, se mariaient avant tout pour avoir des enfants, pour donner des laboureurs à la terre, des soldats à l\u2019État, des fidèles à l\u2019Église; où l\u2019amour, quand il faisait irruption au foyer, était comme le fruit tardif de la vie commune, inaugurée plutôt sous le signe de la respectabilité ou du négoce; où la fécondité et l\u2019amour étaient si bien dissociés qu\u2019ils s\u2019excluaient l\u2019un l\u2019autre et ne pouvaient, sauf en des réussites exceptionnelles, se trouver réunis ni en dedans du mariage, ni en dehors.Désormais, pour répondre aux intentions manifestes de l\u2019Église, qui paraissent bien coïncider avec celles de la nature, il faudra que le mariage soit, le plus possible, le résultat d\u2019un choix et le fruit d\u2019un amour.D\u2019un amour voulu pour lui-même, en vue du bien des personnes, et non pas d\u2019abord en vue du bien de l\u2019espèce.Car, une fois remplis les besoins fonciers des personnes, ceux de l\u2019espèce le seront par surcroît.Il faudra que la pastorale assume pareillement le vœu qui est à la base de toute la spiritualité conjugale élaborée, ces dernières années, dans la meilleure portion du peuple chrétien.Comment, demandait-on, le mariage peut-il et doit-il être route de sainteté pour ceux que Dieu invite à le servir dans cet état de vie ?La réponse, que le Concile et le Pape viennent de reproduire, s\u2019est imposée d\u2019elle-même: puisque, \u201cpour les baptisés, le mariage revêt le signe sacramentel de la grâce, en tant qu\u2019il représente l\u2019union du Christ et de l\u2019Église\u201d 12, c\u2019est à partir de l\u2019amour, vécu selon sa loi propre et ses \u201cexigences caractéristiques\u201d,13 que les époux grandissent dans la charité divine.En s\u2019aimant l\u2019un l\u2019autre, à l\u2019ombre du sacrement, comme Dieu veut qu\u2019ils s\u2019aiment, ils ont part à l\u2019amour dont, à l\u2019intérieur de la vie trinitaire, Dieu s\u2019aime lui-même, et dont il aime, hors de lui, ses créatures vivantes; venus de l\u2019Amour, c\u2019est par les chemins de l\u2019amour qu\u2019ils rentrent dans l\u2019Amour.La nouvelle pastorale doit reconnaître la valeur de l\u2019amour charnel au service de l\u2019amour total.De l\u2019amour chrétien ainsi conçu et vécu, \u201cà travers les joies et les douleurs de la vie quotidienne\u201d,14 l\u2019amour charnel n\u2019est pas exclu: il en fait partie intégrante, il en est, comme l\u2019âme du corps, inséparable, et participe, au même titre, à la promotion humaine et divine des époux.Tel est l\u2019enseignement très clair du Concile.Les actes qui réalisent l\u2019union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes.Vécus d\u2019une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s\u2019enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance .Lorsque les époux chrétiens, se fiant à la Providence de Dieu et nourrissant en eux l\u2019esprit de sacrifice, assument leur rôle procréateur et prennent généreusement leurs responsabilités humaines et chrétiennes, ils rendent gloire au Créateur et ils tendent, dans le Christ, à la perfection.Gaudium et Spes, nos 49 et 50.Paul VI a repris, en partie, cet enseignement à son compte en précisant, pour sa part, que les actes conjugaux \u201chonnêtes et dignes\u201d ne perdent rien de leur valeur \u201csi, pour des causes indépendantes de la volonté des conjoints, on prévoit qu\u2019ils seront inféconds\u201d, car ils restent, alors, \u201cordonnés à exprimer et à consolider\u201d l\u2019amour des époux.15 Le temps est donc officiellement révolu où, selon certaine optique des fins du mariage, depuis longtemps tombée en disgrâce et en désuétude, l\u2019acte conjugal était volontiers catalogué au nombre des jouissances; où il subit même l\u2019avatar d\u2019être étiqueté péché véniel chaque fois qu\u2019il n\u2019était pas, comme au cours de la grossesse ou passé la ménopause, immédiatement orienté vers la géné- 12.\tHumaine Vitœ, no 8.13.\tHumaine Vitœ, no 9.14.\tHumaine Vitœ, no 9.15.\tHumaine Vitœ, no 12.276 RELATIONS ration.La pastorale nouvelle, s\u2019il en est encore besoin, devra combattre énergiquement toute survivance ou tout retour en force des anciens préjugés.Elle devra surtout, pour entrer pleinement dans les vues du magistère, souligner d\u2019un trait encore plus ferme les aspects positifs de la vie sexuelle, en tant qu\u2019elle s\u2019enracine dans l\u2019amour et l\u2019épanouit au dehors.Cette insistance accrue sur la légitimité et la valeur intrinsèque de l\u2019amour charnel, au service de l\u2019amour total, peut être extrêmement bienfaisante.Bienfaisante aux pasteurs mêmes, à qui leur mentalité de \u201ccélibataires\u201d, comme l\u2019a noté avec humour un Père du Concile, risque de voiler le sens et le prix de certaines réalités de la vie amoureuse auxquelles les époux, qui les vivent du dedans, sont, à bon droit, fortement sensibilisés.Bienfaisante encore plus aux fidèles, qu\u2019elle contribue à décontracter, à rendre plus confiants et plus abandonnés dans l\u2019amour, en les délivrant, au besoin, de cette hantise du défendu, si nuisible aux effusions normales de la tendresse; qu\u2019elle dispose du même coup à porter sur certaines fautes \u2014 les leurs ou celles des autres \u2014, sur certaines faiblesses auxquelles sont en butte des âmes même très généreuses, des jugements plus indulgents, plus charitables et, somme toute, plus justes, qu\u2019elle amène surtout à penser \u2014 ce qui, nous l\u2019avons vu, est pure vérité \u2014 que tous ces humbles gestes du cœur et de la chair peuvent et doivent être des expressions valables d\u2019une vraie vie de charité.La nouvelle pastorale doit dénoncer, à travers la contraception, toutes les malfaçons de l\u2019amour Cependant, la pastorale de l\u2019amour chrétien issue de l\u2019Encyclique comporte aussi, forcément, des implications négatives, qui ne doivent pas, non plus, être passées sous silence.Paul VI, c\u2019est trop clair, se méfie des simulacres et des perversions de l\u2019amour qui, à la faveur des \u201cmoyens modernes de communication sociale\u201d,16 tendent à s\u2019acclimater dans le monde et l\u2019Église.Il ne veut pas que les chrétiens prennent pour de l\u2019amour ce qui n\u2019en est, souvent, que l\u2019illusion ou la caricature.D\u2019où, au premier chef, la condamnation qu\u2019il prononce contre la contraception.Mais sa méfiance s\u2019étend plus loin.Derrière le Concile, qui a déjà proscrit \u201cl\u2019inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même, s\u2019évanouit vite d\u2019une façon pitoyable\u201d,17 il dénonce et réprouve les gestes que, sous couleur d\u2019amour, les conjoints pourraient \u2014 le cas est fréquent \u2014 poser sans amour, ou à fortiori \u2014 le cas n\u2019est pas rare \u2014 contre l\u2019amour.Un acte conjugal imposé au conjoint sans égard à ses conditions et à ses légitimes désirs, n\u2019est pas un véritable acte d\u2019amour et contredit par conséquent une exigence du bon ordre moral dans les rapports entre époux.Humaine Vitœ, no 13.16.\tHumana\u2019 Vine, no 22.17.\tGaudium et Spes, no 49.OCTOBRE 1968 Si tant de chrétiens ont réagi vis-à-vis de l\u2019interdiction de la contraception comme des écorchés vifs, n\u2019est-ce pas, dans bien des cas, parce qu\u2019ils s\u2019étaient fait, à leur insu, de l\u2019amour une conception assez grossière, assez basse; une conception, du moins, fort éloignée de l\u2019idéal évangélique que l\u2019Encyclique expose ?Il a fallu à Paul VI beaucoup de lucidité et de courage pour écrire le paragraphe suivant, qu\u2019on lui a tant reproché: On peut craindre que l\u2019homme, en s\u2019habituant à l\u2019usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l\u2019équilibre physique et psychologique de celle-ci, n\u2019en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée.Humaine Vine, no 17.L\u2019Épiscopat belge, à propos de cet argument et d\u2019autres de la même veine, remarque justement qu\u2019ils \u201cn\u2019ont pas aux yeux de tous le même caractère convaincant, sans qu\u2019on puisse de ce fait supposer, chez ceux qui ne le perçoivent pas, une recherche égoïste ou hédoniste\u201d.18 En effet, l\u2019Église de Dieu n\u2019est pas une jungle, et bien des usagers de la contraception, à bon droit, refusent de reconnaître, dans l\u2019argument du Pape, la juste description de leur expérience de couple.Paul VI est le premier à le savoir.Et pourtant, quel médecin, quel avocat, quel prêtre peut ignorer les tragédies personnelles et conjugales qu\u2019à mots couverts ce texte évoque ?Une chose est tout à fait sûre: l\u2019usage prolongé de la contraception, le recours régulier, par exemple, à la pilule anovulante, risque de banaliser l\u2019amour physique, de le faire choir dans la routine et, par contrecoup, de rendre les époux moins intéressants et moins importants l\u2019un pour l\u2019autre.À la limite, cette dévalorisation confinerait à la dégradation dont, à juste titre, tant de femmes se plaignent.C\u2019est contre un tel péril que Paul VI met les fidèles en garde.La lutte à la contraception doit commencer, avant le mariage, par l\u2019éducation de l\u2019amour chez les jeunes.Pour conjurer de tels périls, il n\u2019y a qu\u2019un moyen: l\u2019éducation du peuple chrétien à l\u2019amour authentique.Cette éducation doit débuter, chez les jeunes, longtemps avant l\u2019âge nubile, s\u2019intensifier et se préciser aux abords du mariage, se continuer, sous d\u2019autres formes, jusque chez les couples déjà formés.Le Concile fournissait, à ce propos, des orientations très précises : Il faut instruire à temps les jeunes et de manière appropriée, de préférence au sein de la famille, sur la dignité de l\u2019amour conjugal, sa fonction, son exercice: ainsi formés à la chasteté, ils pourront, le moment venu, s\u2019engager dans le mariage après des fiançailles vécues dans la dignité.II appartient aux prêtres, dûment informés en matière familiale, de soutenir la vocation des époux dans leur vie conjugale et familiale par les divers moyens de la pastorale .Des œuvres variées, notamment les associations familiales, s\u2019efforceront par la doctrine et par l\u2019action d\u2019affermir les jeunes gens et les époux, surtout ceux qui sont récemment mariés .Gaudium et Spes, nos 49 et 52.18.\tDéclaration de l\u2019épiscopat belge sur \u201cHumaine Vitœ\u201d, 30 août 1968, reproduite dans Le Devoir, 14 septembre 1968.277 67 Paul VI a eu ces textes sous les yeux en rédigeant son encyclique.Concernant l\u2019éducation des jeunes à l\u2019amour, il écrit : Nous voulons rappeler l\u2019attention des éducateurs et de tous ceux qui ont des charges de responsabilité pour le bien commun de la société, sur la nécessité de créer un climat favorable à l\u2019éducation de la chasteté .Tout ce qui, dans les moyens modernes de communication sociale, porte à l\u2019excitation des sens, au dérèglement des mœurs, comme aussi toute forme de pornographie ou de spectacles licencieux, doit provoquer la franche et unanime réaction de toutes les personnes soucieuses du progrès de la civilisation et de la défense des biens suprêmes de l\u2019esprit humain.Humanæ Vitœ, no 22.Face à l\u2019escalade de l\u2019érotisme, dont parents, éducateurs et directeurs d\u2019âmes ont été, au cours des dernières années, les témoins navrés et impuissants, qui prétendra que ce rappel n\u2019était pas nécessaire ?La polissonnerie et le libertinage font mauvais ménage avec l\u2019amour, et l\u2019étalage \u2014 au cinéma, dans les magazines et les livres, sur les affiches et les photos publicitaires, dans l\u2019habillement féminin, \u2014 de l\u2019impudicité la plus grossière et la plus agressive; tous ces clins d\u2019œil complices d\u2019esthètes amoraux aux corrupteurs patentés, n\u2019ont rien pour favoriser, chez les jeunes, l\u2019accès à la maturité affective et à l\u2019oblativité qui conditionnent la réussite de la vie conjugale.Le cerveau, comme on l\u2019a dit, est le principal organe sexuel des humains.C\u2019est à lui que l\u2019érotisme s\u2019attaque.En le bourrant de phantasmes faisandés, il arrive à pourrir le cœur.Comment s\u2019étonner, après cela, que tant de jeunes \u2014 pour ne rien dire de leurs aînés \u2014 se fassent de l\u2019amour une conception si triviale et voient dans le mariage, avant tout, un exutoire commode à la concupiscence qui les dévore ?Et comment demander à des couples unis sous d\u2019aussi pitoyables auspices de faire à la chasteté conjugale la place qui lui revient dans leurs amours ambiguës ?Paul VI a vu juste : la guerre à la contraception ne relève pas d\u2019une action tactique isolée, mais d\u2019une stratégie destinée à transformer le \u201cclimat\u201d entier de l\u2019existence.Elle ne se résume pas à la conquête, sur un terrain précis, d\u2019un objectif limité, mais doit s\u2019intégrer à la lutte plus générale, au grand combat spirituel, qui vise, interminablement, à assurer, sur tous les fronts de la vie personnelle et collective, la victoire de l\u2019esprit sur la chair.Dans le mariage, la sainteté de l'amour est inséparable de la Croix du Christ.Quant à l\u2019éducation de l\u2019amour chez les époux, elle fait, en somme, l\u2019objet de toute l\u2019Encyclique.Comme pour les jeunes, elle est liée, dans la pensée du Pape, à la culture de la chasteté, par le développement, en particulier, de la maîtrise de soi.La maîtrise de l\u2019instinct par la raison et la libre volonté impose sans nul doute une ascèse, pour que les manifesta- tions affectives de la vie conjugale soient dûment réglées, en particulier pour l\u2019observance de la continence périodique.Mais cette discipline, propre à la pureté des époux, bien loin de nuire à l\u2019amour conjugal, lui confère une plus haute valeur humaine.Humanæ Vitœ, no 21.Maîtrise, ascèse, continence: les grands mots sont lâchés, que, par la grâce du docteur Pincus, on avait presque oubliés; les mots devant lesquels tant de chrétiens reculent, ricanent ou se cabrent.L\u2019amour humain est prometteur de joie : joie des esprits qui conversent, joie des cœurs battant à l\u2019unisson, joie des corps réunis dans la même extase.Tout cela, que Dieu lui-même a voulu, est digne, juste et bon.Mais il serait bien étonnant que, dans un monde déchiré par le péché et racheté par le sang de Jésus, la Croix ne reste pas, bon gré mal gré, plantée au cœur de l\u2019amour comme au cœur de la vie.Et justement, c\u2019est cette incompatibilité apparente entre les promesses de l\u2019amour et les exigences de la Croix qui, plus qu\u2019à toute autre époque, semble faire \u201cscandale\u201d, aujourd\u2019hui, jusque dans le monde chrétien; c\u2019est elle que, au plan de la joie des corps, la contraception est chargée d\u2019éliminer, en substituant à l\u2019effort ascétique et au renoncement d\u2019antan le recours, sans péril et sans peine, à l\u2019automatisme des techniques nouvelles.Et pourtant, le message de l\u2019Évangile,depuis deux mille ans, ne s\u2019explique, se comprend et se vit qu\u2019à travers le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus dans lequel, par son baptême, le chrétien est plongé et auquel il est appelé à s\u2019associer, par toute sa vie, de manière efficace.Celui qui croit à la joie de Pâques, il doit croire aussi aux renoncements qui la préparent; celui qui espère en la vie éternelle, il doit faire, dans toute l\u2019épaisseur de sa vie temporelle, une part à la mort du Seigneur.Ne eva-cuetur crux Christi.Depuis l\u2019enfant qui renonce à des friandises, puis l\u2019adolescent qui bataille pour conquérir la maîtrise de ses sens, jusqu\u2019aux époux qui, par fidélité à la loi du Christ, luttent pour contenir leur amour dans les bornes prescrites, l\u2019ombre de la croix s\u2019étend sur les baptisés.C\u2019est elle qui les juge, elle qui les condamne, elle surtout \u2014 Paul VI y insiste \u2014 qui les sauve, en cette vie et en l\u2019autre.Nous n\u2019entendons aucunement dissimuler les difficultés, parfois graves, qui sont inhérentes à la vie des époux chrétiens: pour eux, comme pour chacun, \u201cétroite est la porte et resserrée est la voie qui conduit à la vie\u201d.Mais l\u2019espérance de cette vie doit illuminer leur chemin, tandis qu\u2019ils s\u2019efforcent courageusement de vivre avec sagesse, justice et piété dans le temps présent, sachant que la figure de ce monde passe.Humanæ Vitæ, no 25.Au jardin des oliviers, à l\u2019heure où Jésus, défaillant d\u2019angoisse et de peur, priait son Père d\u2019éloigner de lui le calice, un ange vint du ciel pour le réconforter, non pour le détourner de la Croix.Jésus, autrement, n\u2019eût pas été là pour le matin de Pâques.Aux époux chrétiens le Pape apporte le même message inspiré: c\u2019est à condition de ne pas dérober leurs lèvres à l\u2019amer calice qu\u2019ils entreront dans la joie et la paix du Seigneur.278 RELATIONS \"La guerre, yes sir! ' René Dionne Roch Carrier a publié en 1964 Jolis Deuils \\ recueil de vingt-cinq contes qui a mérité, l\u2019année suivante, le second prix de littérature du Québec (section des \u201cromans, contes et nouvelles\u201d); nous en avons fait, ici même, une longue analyse 1 2 3.La Guerre, y es sir !3 est le premier roman que Carrier livre au public; il en garde un dans ses tiroirs, ainsi qu\u2019un \u201crecueil de poèmes dont les Éditions de l\u2019Hexagone se sont assuré les droits\u201d et un \u201crecueil de contes dont il remet prudemment la publication à plus tard4 5\u201d.Roch Carrier a aussi publié, jadis, deux livres de poèmes: Les Jeux incompris 5 et Cherche tes mots, cherche tes pas6.Il a également donné plusieurs nouvelles à des journaux et revues7.Le sujet du roman L\u2019action de la Guerre, yes sir ! se passe dans un petit village du Québec; malgré son anonymat, je me plais à le situer dans la Beauce, mais on pourrait tout aussi bien l\u2019ériger dans le Bas-du-Fleuve ou l\u2019enfouir au Lac-Saint-Jean.La seconde guerre mondiale sévit, au loin.Quelque part en Europe, le soldat Corriveau, un fils de la paroisse, a été tué; on vient d\u2019apprendre la nouvelle, en même temps qu\u2019on annonce pour bientôt l\u2019arrivée de la dépouille mortelle.Ce Corriveau va dominer tout le roman.Pour ne pas être, à son tour, conscrit et réduit en confiture, Joseph 1.\tColl.\u201cLes Romanciers du Jour\u201d, 12.\u2014\tMontréal, les Editions du Jour, 1964, 159 pp.2.\tRelations, 25 (1965): 323-324.3.\tColl.\u201cLes Romanciers du Jour\u201d, 28.\u2014\tMontréal, les Editions du Jour, 1968, 124 pp.4.\tBrigitte Morissette: \u201cUn roman explosif pour le plus insolite de nos auteurs\u201d, dans la Patrie, 21.1.68:53.5.\tMontréal, les Editions Nocturne, 1956, 22 pp.6.\tColl.\u201cEncor\u201d.\u2014 Montréal, les Editions Nocturne, 1958, 28 pp.7.\tOn pourra lire, entre autres, le beau conte intitulé \u201cla Plage\u201d (dans le Devoir, 30.10.65:33).se mutile.Arthur, lui, se cache déjà dans le grenier d\u2019Amélie où le mari de cette dernière, Henri, l\u2019a rejoint; ils se partagent la table conjugale.Arsène et son fils Philibert tuent un cochon en prévision du retour de Corriveau.Celui-ci arrive par le train, escorté, puis porté par six Anglais sous les ordres d\u2019un sergent.Du même train descend un autre militaire de la paroisse, Bérubé, qu\u2019une putain terre-neuvienne s\u2019est donné comme époux.Il y a plein de neige ce jour-là, et pas de taxi; rien que des mauvais chemins.Bérubé n\u2019arrive pas à bien porter sa femme sur ses épaules; il la querelle, puis l\u2019abandonne dans la neige.Elle s\u2019en tire en suivant le cortège funèbre de Corriveau, qui avance à grand-peine.Enfin, les soldats atteignent la maison des Corriveau, père et mère.Bérubé y rejoint sa Molly.Pendant soixante-huit pages, c\u2019est la \u201cveillée du corps\u201d.Ça commence par des prières, se poursuit dans la boustifaille et la beuverie, les rires et les grossièretés, puis ça vire en batailles.Les Anglais finissent par y mettre bon ordre, mais un des leurs est tué par le déserteur Henri.On enterre Corriveau.Les Anglais repartent avec leur camarade que Bérubé a été forcé de remplacer dans le peloton; Molly suit.\u201cLa guerre avait sali la neige.\u201d Sur cette trame de fond se greffent moult incidents: la première rencontre de Bérubé et de Molly, leurs ébats amoureux dans la chambre qui appartint au défunt et qui est située juste au-dessus de l\u2019endroit où il repose, la visite que fait la religieuse Esmalda au corps de son frère (n\u2019ayant pas la permission d\u2019entrer dans la maison paternelle, elle frappe à la fenêtre givrée que, sur sa demande, on enlève pour lui rendre le cercueil visible), le rêve de la petite accidentée Mireille, les mille faits et dits de la soirée funèbre, le sermon du curé à la messe des funérailles, la mort absurde de Corriveau (derrière une haie .une mine !), etc.Si le roman s\u2019anime et s\u2019emplit de vie, c\u2019est en partie à force de tels incidents multipliés.Le conteur On en a reproché à Carrier le trop grand nombre et le mauvais agencement 8.C\u2019était oublier que notre auteur est avant tout un conteur d\u2019histoires.Il s\u2019apparente par là à Yves Thériault.Il est, comme lui, fils de ces vieux conteurs d\u2019autrefois qui ne se préoccupent que de l\u2019agrément de leurs auditeurs.Peu importe la structure du récit, pourvu que plaisent par eux-mêmes les éléments que l\u2019on y introduit au gré du moment.Le conteur sent-il son auditeur captif, il insiste sur le détail qui mord, il allonge délibérément, pour le temps que ça prend, l\u2019épisode en cours.Il accumule les péripéties.Il ne craint pas les invraisemblances.Son imagination vagabonde aussi longtemps et aussi loin que celle de l\u2019auditeur suit.Son habileté consiste à surprendre constamment par les paroles et les gestes qu\u2019il prête à ses personnages.N\u2019allez pas demander à un tel narrateur de construire son récit logiquement; il lui suffit d\u2019amuser incessamment.Carrier fait de même.Amuser, tel me semble bien le premier but de la Guerre, yes sir ! Carrier s\u2019y fout royalement de bien des théories sur le 8.\t\u201cSi l\u2019on y regarde de plus près, on découvre avec stupéfaction que Roch Carrier, qui voulait sans doute écrire un véritable roman, n\u2019a réussi au maximum que le scénario d\u2019un carnaval morbide.Dans cet univers halluciné et hallucinant comme un peuple à la Breughel, Roch Carrier collectionne l\u2019anecdote \u2014 c\u2019est peut-être ce qui convenait le mieux à ses pouvoirs d\u2019investigation et de digestion ?\u2014 et nous la monte comme une mayonnaise.Ses personnages mènent un sabbat d\u2019enfer, se tapent des colères spectaculaires qui les dépoitraillent et gueulent comme des ânes pour se donner du cœur au ventre.L\u2019imagination du romancier ne va malheureusement pas plus loin.\u201d Conrad Bernier, \u201cUn petit roman qui se lit beaucoup trop facilement\u201d, dans le Petit Journal, 31.3.68:60.OCTOBRE 1968 279 roman !).Il conte et ça l\u2019amuse, et il est content si ça nous amuse aussi.Les invraisemblances pullulent dans la Guerre, yes sir ! Carrier n\u2019en a cure.Lui chaut seulement que, surpris, étonné, on le lise et le suive.Et on le suit.D\u2019ailleurs, croyant profondément en la valeur de l\u2019esprit humain, il sait que les mondes qu\u2019il construit, pour gratuits et invraisemblables qu\u2019ils paraissent, ne sont jamais tout à fait vains: ils nous révèlent à nous-mêmes et aux autres, en même temps qu\u2019ils nous ouvrent des perspectives nouvelles sur la Réalité 10.Ainsi, plutôt qu\u2019un roman, la Guerre, y es sir ! s\u2019avère un conte fantaisiste où le grotesque et le vulgaire trouvent une excuse et un style dans la charge et l\u2019outrance.Humour et violence Roch Carrier est un humoriste.La source du rire, il la trouve dans une certaine disproportion ou inconvenance entre le statut psychologique ou social des personnages et leur situation, entre leurs gestes ou leurs paroles et le contexte de ces gestes et de ces paroles, et, parfois, tout simplement dans leur bêtise.A la lecture de Jolis Deuils, Roch Carrier apparaissait surtout comme un pince-sans-rire légèrement cynique.11 semblait satisfait lorsqu\u2019il avait provoqué le sourire du lecteur.On aurait dit que sa finesse d\u2019esprit, même pimentée par une certaine aigreur rentrée, lui interdisait le rire à gorge déployée.Or, c\u2019est précisément celui-ci que Carrier 9.\t\u201cJe crois la technique de ce roman assez moderne, même si elle n\u2019est pas d\u2019avant-garde.J\u2019ai avant tout essayé d\u2019être vrai, de dire juste.La théorie du nouveau roman m\u2019intéresse ni plus ni moins que des mots croisés ou une partie d\u2019échecs.\u201d Roch Carrier, cité par Alain Pontaut, \u201cClaude Péloquin et la conférence blanche\u201d, dans la Presse, 2.3.68:25.10.\t\u201cQuand on a fini d\u2019écrire quelque chose, il arrive qu\u2019on se demande à quoi ça sert.C\u2019est dangereux car alors se présente la tentation de l\u2019engagement politique.(.) C\u2019est dangereux pour la simple raison que cette sorte d\u2019engagement entraîne souvent au réalisme pris dans son sens le plus étroit.Fatalement, dans de telles conditions un écrivain censure sa fantaisie quand il ne l'étouffe pas carrément.Pour ma part, je préfère un réalisme de l\u2019intérieur .\u201d Roch Carrier, cité par Brigitte Morissette, \u201cUn roman explosif pour le plus insolite de nos auteurs\u201d, dans la Patrie, 21.1.68:53.280 a voulu déclencher dans la Guerre, yes sir ! Pour un moment du moins, il s\u2019est obligé à oublier les contraintes de l\u2019homme bien élevé.Lui-même le confesse: \u201cPour écrire mon roman, dit-il u, j\u2019ai dû me dépouiller de tout ce qu\u2019on m\u2019avait appris pour revenir à la source de personnages d\u2019instincts, de colères, de sentiments profonds.\u201d L\u2019aigreur de Carrier ne disparaît pas complètement sous le grotesque; elle ne fait que s\u2019y dissimuler, plus profonde peut-être, plus active certes.D\u2019elle proviennent les teintes rouges de la caricature 12 de Carrier.Les bouffonneries et outrances de la fantaisie peuvent être, bien sûr, d\u2019excellents moyens de détente, voire de défense contre les noirceurs et les difficultés de l\u2019existence.Il reste que, chez Carrier, la caricature ne se nourrit pas que de l\u2019insolite et du ridicule; elle se repaît aussi de morbide.L\u2019attire, l\u2019enchante non seulement ce qui est comique et inhabituel, mais encore ce qui est violent, sanglant.Dans Jolis Deuils, cette violence était contenue; dans la Guerre, yes sir !, elle abonde.La première page du roman nous montre Joseph se coupant la main gauche avec une hache.Un peu plus tard, on voit des gamins jouer au hockey avec cette main gelée.La femme de Joseph la leur reprend, mais c\u2019est pour la jeter, sous les yeux de son mari, au chien de la maison.Carrier nous offre également une visite chez le boucher en train de tuer un porc, au moins trois batailles \u2014 dont l\u2019une tourne à l\u2019orgie, \u2014 un meurtre, plusieurs scènes grossières et de mauvais goût.Un homme doux Roch Carrier, homme de goût, en a été le premier surpris; et s\u2019il a respecté son inspiration profonde, il en a également fourni une explication: \u201cMainte- 11.\tCité par Alain Pontaut: \u201cClaude Péloquin et la \u2018conférence blanche\u2019 \u201d, dans la Presse, 2.3.68:25.12.\tParlant de la Guerre, yes sir!, André Major a intitulé son article \u201cLe parti-pris du réalisme caricatural\u201d (dans le Devoir, 23.3.68:15).nant que ce livre est fait, dit-il13, je m\u2019étonne de l\u2019avoir fait.Parce qu\u2019il contient une violence dans le langage et dans l\u2019action que je n\u2019ai pas moi-même, mais qui nous appartient.\u201d Cette explication est juste; je ne la crois cependant pas complète.En effet, la violence de la Guerre, yes sir ! m\u2019apparaît aussi comme le coup de pied d\u2019un qui en a assez de ne pouvoir exprimer la douceur qui est en lui.Carrier est un grand sensible qui aurait pu être un romantique triste si, le sachant, il ne faisait tant attention à ne l\u2019être pas.Cette sensibilité, un style plein de contrainte et d\u2019application l\u2019avait jusqu\u2019ici endiguée.Mais voici que Carrier, enfin exaspéré au plus intime de sa personne, s\u2019abandonne à une férocité qui, toute surprenante et scandaleuse qu\u2019elle puisse paraître à qui ne le connaît pas, pourrait s\u2019avérer salutaire.Il est possible que, pendant un temps encore, l\u2019œuvre de Carrier hésite entre la violence et la maîtrise de soi, qu\u2019elle donne tantôt dans l\u2019une tantôt dans l\u2019autre.Tout ce temps il manquera aux personnnages de Carrier la profondeur que lui-même possède et qu\u2019il ne peut encore qu\u2019esquisser en blanc et en noir, ou en rouge vif.Mais pour peu qu\u2019il consente, un jour, à la douceur qui est en lui et qu\u2019il le fasse avec autant de liberté et de sincérité que pour la violence dans la Guerre, yes sir !, il ouvrira une autre porte à son œuvre.Celle-ci pourra alors s\u2019avancer de toute sa largeur sur une avenue bordée tantôt d\u2019arbres et de verdure tantôt d\u2019abîmes et de fange; elle aura la santé et la large respiration d\u2019une vie dont on maîtrise à la fois les forces de création et de destruction, d\u2019amour et de haine.Nous ne pouvons pas nous empêcher de songer, ici encore, à Yves Thériault, dont l\u2019œuvre, pour oscillante qu\u2019elle 13.\tCité par Alain Pontaut, \u201cClaude Péloquin et la \u2018conférence blanche\u2019 \u201dv dans la Presse, 2.3.68:25.On peut également lire, au même endroit, cette autre justification de Carrier: \u201cLe sacre, par exemple, dont personnellement je n\u2019use pas, que je n\u2019ai jamais entendu dans ma famille, j\u2019en fais grand usage dans le livre, parce qu\u2019il m\u2019apparaît comme la première affirmation d\u2019une conscience individuelle.La structure syntaxique du blasphème raconte bien notre histoire, le flou de notre expression, le piétinement de la pensée et de la vie .\u201d RELATIONS soit toujours entre la douceur et la violence, n\u2019en a pas moins atteint à un merveilleux équilibre dans des livres comme Aaron et Agaguk.Carrier n\u2019aura jamais la violence de Thériault; il est par contre capable de plus de douceur que Thériault.J\u2019aimerais beaucoup lire de lui un roman d\u2019amour.Un sens profond Si la Guerre, y es sir ! est un roman sans douceur, où ne se livre qu\u2019incom-plètement Carrier, il n\u2019est pas du tout, comme on l\u2019a prétendu, un roman superficiel14.Par-delà la multiplicité de l\u2019anecdote, au-delà de la désinvolture et de la violence, gît un sens profond, encore que Carrier ait failli à le filigraner avec bonheur dans le caractère de ses personnages et la texture de chacune de ses pages.Ce n\u2019est pas impunément que Corri-veau a laissé sa vie quelque part, au loin, sur ce qui n\u2019était même pas un champ d\u2019honneur.L\u2019annonce de sa mort bouleverse toute la paroisse; l\u2019arrivée de sa dépouille suscite un branle-bas dramatique.Pour la première fois, les gens d\u2019ici prennent conscience, dans leur chair, du mal qu\u2019est la guerre.En frappant l\u2019un des leurs, c\u2019est eux tous que la mort a rejoints 15.Leur soirée carnavalesque n\u2019est, au fond, qu\u2019un effort pour l\u2019exorciser.Cet exorcisme 14.\tConrard Bernier écrit, en effet, dans le Petit Journal (31.3.68:60): \u201cLa Guerre, yes sir ! nous offre bien quelques situations qui pourraient être passionnantes, mais Roch Carrier se montre impuissant à déganguer cette matière brute.On tremble, on crie, on pleure, on tue, on meurt dans la Guerre, yes sir ! Pourtant, par-delà les paroxysmes des situations et des personnages, l\u2019ensemble demeure superficiel: une promenade à la surface des événements et des hommes !\u201d André Major a vu plus juste, qui nous met ainsi en garde, dans le Devoir (23.3.68:15): \u201cLe roman que vient de publier Roch Carrier est sûrement, en dépit de son réalisme évident, une œuvre de caricature.Il a choisi des personnages qui sont des types et qui valent, non par leur singularité, mais plutôt par leur force de représentation, leur existence symbolique.Il ne faut jamais perdre cela de vue à la lecture de la Guerre, y es sir!, sans quoi le lecteur risque fort de s\u2019étonner de l\u2019extravagance de la description.\u201d 15.\t\u201cMes personnages sont des adultes qui ont vécu sans problèmes mais une mort assez absurde les éveille à la conscience.Et alors ils sentent ce qu\u2019est la guerre.Ils l\u2019éprouvent enfin.\u201d Roch Carrier, cité par André Major, \u201cRoch Carrier nouvelle manière: La Guerre, y es sir dans le Devoir, 2.3.68:12.OCTOBRE 1968 avorte; il introduit la guerre et la mort au beau milieu de la paroisse, en même temps qu\u2019il agit à la façon d\u2019un révélateur: \u201cMes personnages, affirme Carrier 1G, ne se sentent pas concernés par cette guerre, au tout début, ils vivent en marge, mais ils sont en état de guerre permanente, en eux-mêmes, contre les autres, ils vivent au niveau de l\u2019instinct.\u201d Peu à peu donc, \u201cces gens qui détestent la guerre se rendent compte qu\u2019ils ont la guerre en eux.Ils se la font d\u2019ailleurs sur tous les plans, guerre entre villageois, entre hommes et femmes, ou, dans ces cas de conscience, à l\u2019intérieur d\u2019un même individu, guerre entre Anglais et Français, avec ceux qui perdent, avec les assimilés, avec les forts et les faibles 17.\u201d Ainsi, la guerre, dans le roman de Carrier, est plus qu\u2019un prétexte 18, et plus qu\u2019une simple toile de fond 19; elle est l\u2019occasion d\u2019une prise de conscience douloureuse sous le regard d\u2019Anglais à la fois maîtres et juges.Ils étaient là, près du cercueil de Corriveau, dans la maison de ses pères, qui regardaient, imperturbables et impassibles, dignes, \u201ccette fête sauvage noyée de rêves épais, de cidre et de lourdes tourtières\u201d; \u201cle dégoût leur serrait les lèvres\u201d, mais ils n\u2019en pensaient pas moins: \u201cQuelle sorte d\u2019animaux étaient donc ces French Canadians ?Ils avaient des manières de pourceaux dans la porcherie 20.\u201d Lecteur de la Guerre, yes sir !, je nous vois par les yeux de ces Anglais; et si je n\u2019éprouve pas leur dégoût pour notre \u201ctribu simiesque 21\u201d, je ne puis m\u2019empêcher de ressentir une grande pitié, que l\u2019auteur qui m\u2019y force n\u2019a pu que connaître le premier.Si, comme lui, devant pareil spectacle, \u2014 image 16.\tCité par André Major, ibid.17.\tRoch Carrier, cité par Alain Pontaut, \u201cClaude Péloquin et la \u2018conférence blanche\u2019 \u201d, dans la Presse, 2.3.68:25.18.\t\u201cEn fait, elle (la guerre) n\u2019est ici que le prétexte qui fait se révéler à nos yeux, sur un mode souvent cocasse, tant d\u2019animale bêtise, de vie brute et larvée.\u201d Alain Pontaut, \u201cJoyeusetés du Québec en temps de guerre\u201d, dans la Presse, 9.3.68:25.19.\tC\u2019est Roch Carrier lui-même, cité par André Major (dans le Devoir, 2.3.68:12), qui affirme que la guerre sert de toile de fond à l\u2019action de son roman.20.\tLa Guerre, yes sir !, 90.21.\tLe mot est d\u2019Alain Pontaut (dans la Presse, 9.3.68:25).troublante encore que caricaturale de ce que nous fûmes naguère 22, \u2014 je m\u2019attriste au point de regretter pour un moment les neiges d\u2019antan, blanches et pures à pleines pagées, je pense que, au fond, il est bon, malgré tout, que la guerre ait poussé jusqu\u2019ici sa saleté, ne serait-ce que pour le plaisir d\u2019éprouver en nous cette grande force virile qui fut le lot de nos ancêtres et qu\u2019il nous revient de revigorer et conserver malgré le dépérissement qu\u2019elle a connu.N\u2019est-ce pas là, d\u2019ailleurs, le sentiment profond de Carrier lui-même, disant22: \u201cJe pense que notre révolution date de la deuxième Guerre mondiale.Notre littérature, avant cette époque, a souvent été faite par des eunuques.\u201d Il aura fallu non seulement que la mort frappe au loin, mais que le sang coule stupidement sous nos yeux, pour que nous prenions mieux et davantage conscience à la fois de l\u2019existence des autres et des faibles et forts que nous étions: faibles d\u2019un long passé de soumission acceptée, forts de tout ce qu\u2019il y a encore d\u2019instinctivement brutal et vital en nous.La Guerre, yes sir ! correspond à un moment de notre devenir historique, tout autant qu\u2019à un tournant de l\u2019œuvre de Carrier.Ainsi s\u2019explique que nous en retrouvions la violence dans maints volumes récents et qu\u2019elle soit surtout le fait de jeunes écrivains.Pour peu qu\u2019ils possèdent, comme Carrier, des réserves de douceur et de sagesse, \u2014 je pense, entre autres, à celle qui permet de se prendre ni trop au sérieux ni pour un autre qui serait déjà grand écrivain, \u2014 on en peut espérer des œuvres originales et fortes, pleines d\u2019humanité, et pourtant nôtres.22.\tSans partager entièrement l\u2019opinion de Roch Poisson (\u201cC\u2019est tellement beau, une belle guerre .dans le Photo-Journal, 27.3-3.4.68:58), à savoir que, \u201cimagé, \u2018rêvé\"\u2019 par l\u2019auteur, le hameau de la Guerre, yes sir! n\u2019est cependant pas autre chose qu'une caricature \u2014 énorme, effrayante \u2014 du Québec rural (et peut-être urbain) des années quarante\u201d, je tiens à insister sur cet aspect caricatural du roman de Carrier, car il faut absolument éviter d\u2019y voir, comme l\u2019insinue Alain Pontaut (dans la Presse, 9.3.68:25) et l\u2019affirme Conrad Bernier (dans le Petit Journal, 31.3.68:60), un tableau réaliste du Québec d\u2019alors.Pour Conrad Bernier, c\u2019était \u201cun immense coin de pays rongé et pourri par des siècles d\u2019ignorance, d\u2019histoire faussée, de superstitions, de religion despotique et absurde !\u201d\t\u2022 23.\tCité par André Major, dans le Devoir, 2.3.68:12.281 AU FIL DU MOIS Des prêtres.au 34e de la Bourse Rassurez-vous: ce n\u2019est point pour y devenir prêtres-courtiers, prêtres-agents de change, prêtres-brasseurs d\u2019affaires, à la manière des prêtres-ouvriers que des prêtres logent à la Bourse; ils y poursuivent simplement dans un esprit œcuménique leur apostolat, en pleine vie, au cœur même des affaires.Un journaliste perspicace, Bill Ban-tey, annonçait, il y a six mois, en première page de la Gazette, la découverte qu\u2019il avait faite la veille en visitant, à la Bourse, des bureaux spacieux et pleins de lumière d\u2019où la vue magnifiquement domine la ville.Dans ce décor invitant se développe un apostolat d\u2019un style nouveau.Ce qui lui faisait donner pour titre à ses propos: \u201cDieu au travail dans un gratte-ciel\u201d et, avec une belle audace, écrire en première ligne: \u201cDieu n\u2019est pas mort; Il a bureau (an office) à la Place Victoria .\u201d L\u2019expérience, en effet, d\u2019abord hésitante, donne chaque jour des preuves de sa vitalité.Une clientèle de plus en plus nombreuse et intéressée gravit, cinq jours par semaine (en 35 secondes d\u2019ascenseur) de 11 h.a.m.à 6 h.p.m.nos 34 étages, loin du bruit qui bourdonne en bas dans la rue et se propage au cœur même de l\u2019édifice où s\u2019affairent professionnels, compagnies industrielles, maisons de finance, consulats, etc., tous à leurs tâches importantes, mais exclusivement temporelles.Pourquoi monter si haut, presqu\u2019en plein ciel ?Pour y rencontrer cette fois un prêtre, un pasteur, un conseiller spirituel, chez lui, dans la paix confidentielle de son bureau.On y converse, on interroge, on y traite affaires, affaires souvent très personnelles et très intimes.L\u2019un des avantages de la formule est que la rencontre se fait dans le milieu, dans l\u2019immeuble même du travail ou à proximité, à des heures commodes que l\u2019on a choisies.On imagine la nature de ces entretiens et la variété des problèmes qu\u2019on y expose.C\u2019est dans l\u2019abandon comme avec un ami, sans cette gêne que plusieurs éprouvent au confessionnal ou dans un décor moins éclairé.Ici, on n\u2019a guère à attendre, ni à faire la queue, ni à se sentir pressé, surtout si l\u2019on a pris soin, quand cela était possible, de fixer par lettre ou par téléphone l\u2019heure de la rencontre.La complexité de la vie moderne et les confusions où il faut se débattre engendrent, on le sait, des situations déroutantes, des problèmes et des inquiétudes, parfois tragiques, souvent d\u2019ordre religieux.En ces heures plus graves, il arrive que l\u2019on souhaite pouvoir en causer plus longuement, peut-être incognito, avec un prêtre ou un pasteur dont l\u2019expérience, la discrétion et la sympathie donnent espoir.C\u2019est ainsi que visiteurs et visiteuses montent à notre 34e pour se confier.De toutes nuances, de toutes couleurs, habituels ou insolites, les problèmes défilent chaque semaine en cet oasis spirituel.Ce peut être une âme éprise de Dieu qui souhaite mener une vie spirituelle plus profonde, plus engagée ou plus confiante; un homme d\u2019affaires, un professionnel qui s\u2019interrogent sur de vieux problèmes d\u2019ordre moral ou religieux.C\u2019est une secrétaire ou un jeune commis qui vont se marier.À tout prix, ils ne veulent point rater l\u2019aventure merveilleuse mais difficile qu\u2019ils entreprennent.Après des expériences douteuses ou pénibles, ils veulent rééquilibrer leur amour.Ou, devant la remise en question de ses vieilles croyances, un chrétien, troublé en sa foi, cherche des points où se raccrocher.Il veut loyalement en discuter.Ou bien, c\u2019est un prêtre dont l\u2019insécurité appelle aide et sympathie fraternelle.Ou encore, c\u2019est un papa ou une maman qui, par un bon et cordial dialogue, souhaitent retrouver l\u2019harmonie et le bonheur dans leur conscience et leur foyer.Pratiquement tous les problèmes de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui arrivent à ce Service de consultation morale (Spiritual Counselling Office) où Dieu l\u2019attend (Bantey pensait juste) avec sa grâce, sa sagesse et sa bonté qu\u2019il dispense par son ministre.Voilà ce que les administrateurs du somptueux immeuble de la Bourse \u2014 il faut le dire à leur éloge \u2014 ont saisi tout de suite, lorsque l\u2019initiateur du projet, le P.Arthur Gareau, S.J., avec les encouragements de l\u2019autorité diocésaine, leur fit part de ses plans.Aussitôt, généreusement, ils lui firent place, une place magnifique au 34e, reconnaissant ainsi que les valeurs spirituelles méritent une cote privilégiée, à la hausse.Pour satisfaire à la demande multiple et croissante, le P.Gareau s\u2019est adjoint deux associés: M.l\u2019abbé J.-N.Lavoie, prêtre séculier, et le signataire de ces lignes, jésuite comme lui.En outre, dans un esprit œcuménique, il a obtenu qu\u2019une équipe de pasteurs des principales dénominations religieuses de la ville: anglicane, juive, presbytérienne, Église-Unie, baptiste, soient, chacun à leur jour, à la disposition de leurs coreligionnaires.Dieu est donc bien installé à la Bourse.Vraiment II n\u2019est pas mort.Albert Brossard.Maison Bellarmin, Montréal.282 RELATIONS L\u2019Église reverdit L\u2019Église en sa liturgie reverdit.Autant il est pénible de constater l\u2019ébranlement de la foi et la dérive des esprits et des mœurs, autant il est réconfortant d\u2019observer l\u2019intense vitalité de la réforme liturgique et les succès qu\u2019elle obtient, comme des enquêtes en France l\u2019ont établi.De cette vitalité admirable, des preuves exceptionnelles viennent de nous être données avec l\u2019introduction, en août et septembre, pour la célébration de la messe, de nouvelles prières eucharistiques ou canons, et de nouvelles préfaces.C\u2019est une nouveauté à peine croyable que personne n\u2019osait encore, en 1966, espérer.On souhaitait apporter des aménagements discrets à l\u2019actuel canon romain pour en faciliter la proclamation à haute voix.La proposition ayant été soumise à Paul VI, il l\u2019écarta: on ne devait point toucher à ce joyau, à cette relique de la très ancienne prière de l\u2019Église.Par contre, on pouvait innover, on pouvait créer d\u2019autres prières eucharistiques qui seraient permises à l\u2019égal du canon romain.Quatre nouvelles prières eucharistiques furent proposées au Saint-Père, au printemps de 1967; trois furent retenues et approuvées; elles viennent d\u2019être publiées.Huit préfaces nouvelles également sont acceptées: deux pour l\u2019Avent, deux pour les dimanches ordinaires, deux préfaces communes, une pour le carême, plus riche et mieux adaptée que l\u2019ancienne, et une autre de l\u2019Eucharistie.Avec la douzaine que nous avions, nous disposons d\u2019une vingtaine.D\u2019autres suivront; nous en aurons d\u2019ici quelques années plus de soixante-dix ! C\u2019est à l\u2019usage qu\u2019apparaîtra la valeur définitive de ces textes composés pour la proclamation.Ceux qui les ont lus, étudiés et commentée, comme les rédacteurs de la Maison-Dieu, en leur très riche numéro 94 (2e semestre 1968), s\u2019en félicitent.Leurs études sont convaincantes.Parmi les mérites qu\u2019ils signalent je relève ceux-ci.La variété et la diversité de ces textes nous évitera la monotonie à laquelle même la messe est exposée.Deux des nouvelles prières (II et III) sont sensiblement plus courtes que le canon romain.L\u2019une surtout (II) d\u2019un dessin très net, centrée sur le Christ Sauveur, conviendrait bien à des auditoires de jeunes.L\u2019autre formule courte s\u2019achève sur une très belle prière pour le monde; par contre, ses thèmes multiples la rendent plus complexe.On a mis à jour la formulation et laissé tomber les longues séries de saints dont un grand nombre étaient peu connus des fidèles.D\u2019autre part, le saint du jour sera nommé et la prière pour le défunt dont on célèbre les funérailles, à la prière III, est développée.Des thèmes doctrinaux très riches, demeurés implicites dans la prière eucharistique romaine, prennent ici de l\u2019éclat et du relief, comme l\u2019invocation à l\u2019Esprit Saint avant et après la consécration, l\u2019offrande du sacrifice pour tous les hommes et pas seulement pour les fidèles, l\u2019attente du retour du Seigneur et l\u2019entrée avec Lui dans la terre nouvelle et les deux nouveaux.La prière eucharistique numéro IV est de ce point de vue extrêmement riche.C\u2019est une \u201cnarration lyrique\u201d qui rappelle la Prière sacerdotale.Empruntant à saint Jean ses thèmes et ses formules, elle évoque l\u2019histoire entière du Salut à partir de Dieu dans sa transcendance et sa bonté, à partir de l\u2019amour du Père qui a créé le monde puis, après la chute, lui a envoyé son Fils pour le sauver; celui-ci, à son tour, ayant librement donné sa vie pour nous, nous a envoyé l\u2019Esprit pour achever son œuvre et c\u2019est Lui, qui vient, dans l\u2019eucharistie que nous célébrons, renouveler le mémorial du Christ, puis répandre sur nous, sur l\u2019Église, sur toutes les âmes du monde, les richesses du Christ, enfin II nous prépare au retour glorieux du Sauveur.Cette IVe prière eucharistique se compare, pour le souffle et l\u2019expression, aux plus belles prières eucharistiques de l\u2019Orient.À cause de son lyrisme soutenu il ne sera pas aisé de la proclamer comme il convient.Il faudra apprendre à bien dire ces textes.Comme le canon romain, les nouvelles prières eucharistiques font place aux acclamations du peuple.La plus importante innovation ici est le transfert de l\u2019inclusion \u201cMystère de la foi\u201d après la consécration; le prêtre par ces mots introduit l\u2019acclamation par les fidèles du mystère qui vient de s\u2019accomplir.La parole \u201cMystère de la foi\u201d, dégagée de la prière consécratoire, s\u2019éclaire; elle exprime le mystère rédempteur actualisé par le repas eucharistique, \u201cmémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur jusqu\u2019à son retour\u201d.Le style de toutes ces prières est excellent: sobre, net, fidèle à la tradition romaine.C\u2019est une surprise et une joie de constater comme ces prières d\u2019allure spontanée s\u2019enracinent dans le vieux passé liturgique de l\u2019Église.Il y a donc lieu de nous réjouir des richesses somptueuses qui nous échoient.Le Concile nous avait promis que la célébration liturgique deviendrait la grande école spirituelle des chrétiens; il tient parole.Après l\u2019emploi de la langue vivante admise jusque dans le canon tout entier, après l\u2019homélie inspirée des textes de la messe, voici que nous sont données ces admirables prières eucharistiques.La fontaine d\u2019eau vive où nous nous abreuvions dans l\u2019abondance est devenue un château aux portiques nombreux et largement ouverts.Même le vieux canon romain s\u2019en trouve éclairé et renouvelé.L\u2019eau vive désormais coule à pleins bords.Il n\u2019est plus que d\u2019y venir.Georges Robitaille.PfotJcM Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltés 8305, boul.St-Laurent 387-7133 OCTOBRE 1968 283 Bogota, centre de ralliement au Pape Du 18 au 25 août, a eu lieu à Bogota, en Amérique du Sud, le 39e congrès eucharistique international.En 1964, c\u2019était Bombay et le message à l\u2019Asie; en 1968, ce fut Bogotà et le ralliement de l\u2019Amérique latine autour du Pape sur les grandes questions de l\u2019heure présente.A cause de la présence de Paul VI, ce congrès devint un événement extraordinaire.Un événement-choc.D\u2019abord, métamorphose de Bogotà.Juchée à 8,300 pieds dans les Andes, dans une position géographique difficile, elle profita des moyens modernes pour ouvrir des routes, établir des communications ultra-rapides par radio et par avion.Elle couronnait ainsi le réveil industriel des vingt dernières années qui l\u2019a fait passer de ville de 700,000 habitants à l\u2019allure d\u2019une capitale belle et dynamique de 2,300,000 habitants.Elle dépasse maintenant Montréal.Chacun des jours du Congrès avait été consacré à l\u2019étude d\u2019un sacrement.On avait réservé aux jours de la présence du Pape l\u2019Ordre, le Mariage et l\u2019Eucharistie.Paul VI atterrit le 22 août, à l\u2019aéroport de El Dorado.Deux millions de personnes l\u2019attendaient sur les quatorze milles du parcours et à la Place Bolivar, où se dressent le Palais législatif et la cathédrale.Service d\u2019ordre impeccable.Enthousiasme à son comble.Bogotà n\u2019était plus la même, elle était devenue le centre du monde chrétien.Toute l\u2019Amérique latine, profondé- ment troublée et divisée, attendait des mots d\u2019ordre et, plus encore, une spiritualité qui ferait la jonction des désirs de l\u2019âme apostolique et des nécessités de l\u2019action.Paul VI a comblé cette attente profonde.Plus que jamais, les pauvres prennent conscience de leur situation injuste et les peuples résistent à l\u2019exploitation étrangère.Des âmes généreuses dressaient la violence comme la solution unique aux problèmes posés par le politique et le social.Elles parlaient même de violence justifiée mais oubliaient d\u2019envisager la responsabilité des guerres civiles que cette même violence aurait engendrées.D\u2019autres, dans l\u2019Église, opposaient l\u2019Église institutionnelle à l\u2019Église charismatique, donnant le primat à une charité anarchique, souvent reliée lâchement à la foi dans l\u2019Église.Paul VI se présenta à tous: pauvres, intellectuels, riches, gouvernants, évêques et cardinaux.À tous il parla comme \u201cun homme entre les hommes\u201d mais aussi comme un chef véritable.Son charisme est unique.Un évêque, un théologien, un journaliste, un groupuscule de pression en Amérique latine n\u2019ont pas beaucoup d\u2019influence dans l\u2019Église, si leurs opinions divergent des positions prises par le Pape.Même les moins clairvoyants s\u2019en rendirent compte.Le peuple chrétien, lui, sentait et savait très exactement, au-delà de tout raisonnement, par une intuition jaillie de sa foi, que le Corps formé par le Peuple de Dieu ne peut se détacher de sa Tête visible qui est le Pape, vicaire de Jésus-Christ.Le Peuple chrétien sans le Pape n\u2019est rien.C\u2019est en partant de l\u2019Eucharistie, lien d\u2019amour, que Paul VI mit un frein aux arguties en faveur de la violence: \u201cLa violence n\u2019est pas évangélique, elle n\u2019est pas chrétienne.Notre arme c\u2019est l\u2019amour !\u201d Par là il mettait fin aux légendes que l\u2019on commençait à faire circuler sur Ché Guevara et sur Camilo Torrès.A ceux qui poussent trop loin la distinction entre l\u2019Église institutionnelle et l\u2019Église charismatique, il rappela que ces distinctions peuvent être abusives et aberrantes.Ce qu\u2019il faut c\u2019est l\u2019unité autour de l\u2019Évangile et du Pape.Il revint à plusieurs reprises sur la question sociale.Plus on relit ses discours aux gouvernants, aux pauvres et aux \u201cseigneurs du monde\u201d comme il appelle les riches, plus on discerne l\u2019œuvre d\u2019unité ecclésiale qu\u2019il a voulu instaurer d\u2019un bout de l\u2019Amérique latine à l\u2019autre, d\u2019un bout du monde à l\u2019autre.L\u2019Église entière doit se tourner vers les problèmes sociaux et défendre la dignité humaine.Paul VI est allé jusqu\u2019à proposer la réforme des structures par la participation aux bénéfices.Bogotà en ces jours baignait dans un exaltant sentiment de fraternité.La joie était partout, chez tous.Pauvres et riches, dans les rues, dans les églises, ensemble, couraient voir et entendre Paul VI.Ensemble, ils découvraient les possibilités d\u2019un monde nouveau.L\u2019Amérique latine connaîtra encore des difficultés mais l\u2019Église a commencé l\u2019œuvre du ralliement.Elle se met à la tâche avec un cœur touché par la grâce.Jean Genest.Maison Bellarmin.le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, LES IMPORTATIONS C M.*\u201c8oe,ou1' LTÉE llftli Nikkormat vv 284 RELATIONS La croissance, remède à la pauvreté?Dans son 5e exposé annuel, le Conseil Économique du Canada nous invite à réfléchir sur un double problème: c\u2019est tout d\u2019abord le changement qu\u2019introduit dans la structure même de l\u2019économie l\u2019innovation technique; c\u2019est ensuite la pauvreté qui affecte, n\u2019en déplaise à notre bonne conscience, pas moins du cinquième de la population canadienne.Ce n\u2019est certes pas la première fois que le Conseil parle de croissance et de changement mais, tenant davantage compte du fait qu\u2019il est difficile d\u2019apprécier absolument la performance de l\u2019économie canadienne, il présente un grand nombre de renseignements sur divers pays qui placent en un relief saisissant la position occupée par le Canada.Ainsi, de 1950 à 1962, la croissance réelle de l\u2019économie canadienne se compare convenablement à celle des autres pays industrialisés du monde, bien après les trois Grands du Marché Commun, Allemagne, Italie et France mais avant les États-Unis et la Grande-Bretagne.Toutefois, l\u2019examen des sources de cette croissance révèle une situation beaucoup moins rassurante.Sommairement, on attribue la croissance pour une part à l'augmentation des ressources humaines et matérielles disponibles (le travail et le capital principalement) d\u2019autre part à l'efficacité avec laquelle ces ressources sont utilisées.Or dans le cas du Canada, moins de 30% de la croissance est attribuable à ce dernier facteur (la productivité) tandis que ce chiffre est de 50% en Grande-Bretagne et près de 75% en France, en Italie et en Norvège.Si la croissance du Canada s\u2019est maintenue à un rythme satisfaisant pendant cette période, c\u2019est donc à cause d\u2019une augmentation particulièrement rapide de la main-d\u2019œuvre et de sa meilleure préparation technique, c\u2019est grâce surtout à une injection massive de capitaux.Nous ne faisons malheureusement guère de progrès (nous régressons en fait relativement) dans l\u2019efficacité avec laquelle hommes et capitaux sont utilisés dans le processus productif.Or c\u2019est là pourtant que réside le véritable progrès du niveau de vie.Les trois chapitres suivants analysent en détail les raisons de cet état de choses, particulièrement dans le secteur agricole.La seconde moitié de l\u2019exposé revient sur le problème des disparités régionales de revenus dont il a maintes fois été question dans les exposés précédents.Deux traits nouveaux cependant s\u2019en dégagent: le Conseil parle désormais sans ambage de pauvreté, c\u2019est-à-dire d\u2019une insuffisance de revenu qui ne permet pas à un individu ou à une famille d\u2019accéder à un niveau de vie reconnu comme acceptable.Ce sont d\u2019ailleurs les sources de renseignements disponibles qui obligent ainsi le Conseil à identifier pauvreté et faibles revenus alors que la pauvreté comporte également bien d\u2019autres connotations.Il insiste aussi sur le fait que la pauvreté n\u2019est pas uniquement un phénomène régional: sans parler du cas angoissant des Esquimaux, des Indiens et des Métis, il se retrouve aussi bien en milieu urbain qu\u2019en milieu rural, à l\u2019ouest comme à l\u2019est du pays.Comme plusieurs études l\u2019avaient tenté déjà, le Conseil établit ensuite certains seuils au-dessous desquels les familles seront considérées comme pauvres.En dépit d\u2019un certain arbitraire, inévitable en la matière, le Conseil n\u2019hésite pas à affirmer: \u201cDire qu\u2019au moins un Canadien sur cinq souffre de pauvreté ne semble pas trop exagéré\u201d (p.119).Mesurer la proportion de pauvres dans une société c\u2019est déjà beaucoup.Identifier qui sont les pauvres est une tâche plus difficile.Le Conseil met en lumière la corrélation étroite qui semble exister entre faible scolarisation et faibles revenus.La relation de cause à effet que l\u2019on est spontanément tenté d\u2019y voir est sans doute réelle mais elle est peut-être insuffisamment démontrée et nuancée.Des précisions sur ce dernier point éviteraient sans doute de considérer une scolarisation plus poussée comme une solution universelle et infaillible.Proposer des solutions, c\u2019est une troisième tâche encore plus ardue à laquelle le Conseil n\u2019a pas voulu se soustraire.Retenons surtout de cette analyse une constatation fondamentale qui revient à maintes reprises.Les programmes d\u2019aide du gouvernement fédéral sont nombreux, souvent bien inspirés, mais singulièrement incohérents.Rien ou presque rien comme coordination ou comme intégration entre les services des divers ministères qui administrent des programmes différents.Même situation en ce qui concerne les rapports de ces services avec les organismes provinciaux ou locaux créés à des fins similaires.Le minimum que l\u2019on puisse espérer semble être un réel effort de planification d\u2019autant plus qu\u2019en ce domaine, les critères d\u2019efficacité sont difficiles à appliquer.Ces critières sont même difficiles à choisir et c\u2019est sur un double dilemme que se termine cette partie de l\u2019exposé: la croissance nationale maximum n\u2019allant pas toujours de pair avec l\u2019équilibre régional, quelle politique faudra-t-il suivre ?En second lieu, des conflits peuvent surgir entre les différents ordres de gouvernements v.g.une autorité peut se fixer comme objectif de développer localement une région tandis qu\u2019une autre autorité estimera plus avantageux pour cette population d\u2019émigrer vers des régions plus prospères.Une fois de plus, le Conseil Économique du Canada propose, sous une forme très accessible, des informations et des réflexions qui permettent, à qui veut s\u2019en donner la peine, de mesurer loyalement le \u201cdéfi posé par la croissance et le changement\u201d.Fernand Potvin.Le 17 septembre 1968.\t \t \t \t \t \t OCTOBRE 1968 285 LE THÉÂTRE Georges-Henri d\u2019Auteuil, S.J.Ies étés se suivent mais ne se ressemblent pas.L\u2019an dernier, grâce à l\u2019Expo, Montréal avait joui d\u2019une remarquable foison de spectacles variés et de haute qualité.Le théâtre y avait pris sa part, importante.Cette année, nous avons plutôt assisté à la chienlit (comme dirait de Gaulle) d\u2019un Festival manqué, qui d\u2019ailleurs n\u2019annonçait rien de bien exceptionnel, sauf peut-être une ou deux productions annulées.Donc une saison favorable surtout aux théâtres d\u2019été, ici et là, dans la Province.Mais, avant même la fin des vacances, la saison annuelle 1968-69 s\u2019est ouverte en coup de vent au Rideau Vert, inaugurant, ainsi, avec éclat, sa vingtième année, dans un théâtre tout rajeuni et pimpant dans sa \u201cverte\u201d toilette.En effet, il semble qu\u2019on veuille que ce soit toujours le printemps, au Rideau Vert.Pinocchio Et d\u2019abord, une heureuse innovation et bien réussie: un théâtre pour les enfants.Tous les samedis et dimanches, deux spectacles chaque après-midi; de marionnettes, le samedi, d\u2019acteurs vivants, le dimanche, les mêmes jusqu\u2019aux Fêtes.J\u2019avoue mes réticences tenaces au sujet des marionnettes.Manque de simplicité ou de fantaisie, peut-être, j\u2019étais loin de l\u2019emballement.Pourtant mes réserves sont tombées devant le Pinocchio de Pierre Réjimbald et Nicole Lapointe.Charmant spectacle plein d\u2019inventions heureuses, de grâce, de poésie et d\u2019une technique qui ma paru excellente.Pour en juger, il suffisait de voir et d\u2019entendre les réactions des enfants dans la salle, marmots de trois à six ou sept ans, qui entraient dans le jeu avec une admirable spontanéité pour le sympathique pantin mécanique, Pinocchio, ou les facéties gamines d\u2019Arlequin, ou les fourberies du rusé renard.Une heure enchantée \u2014 tout juste \u2014 de lumière, de couleurs, de mouvements harmonieux, parfaitement synchronisés.Une œuvre d\u2019art que ce Pinocchio qui a bien mérité les applaudissements enthousiastes des jeunes spectateurs .et de leurs parents.Fourberies de Friponneau Le lendemain, à la même heure, de nouveau salle remplie d\u2019une marmaille fébrile et joyeuse pour assister aux Fourberies de Friponneau, un texte de Marcel Sabourin joué avec entrain, cette fois par des comédiens en chair et en os, avec la participation recherchée, au reste, généreusement offerte, des enfants eux-mêmes.Les savants théoriciens du théâtre insistent sur la nécessité d\u2019échange, de collaboration \u2014 ils disent même de communion \u2014 entre la scène et la salle.Ils auraient été vraiment comblés au spectacle du Rideau Vert, au Stella (qui, semble-t-il, va voir son nom s\u2019éteindre progressivement) en ce dimanche de fin d\u2019août.Manifestement heureux de jouer devant un auditoire aussi vibrant et réceptif, les acteurs s\u2019en sont donné à cœur joie dans l\u2019interprétation des cocasses aventures de Friponneau.Une autre heure de folies amusantes qui devraient amener de nombreux enfants au Rideau Vert pendant tout le semestre.Les Belles Sœurs Pour les adultes aussi la rentrée du Rideau Vert a été fracassante avec les Belles Sœurs d\u2019un jeune auteur canadien, Michel Tremblay, dans la mise en scène d\u2019un autre jeune \u201cdans l\u2019vent\u201d, André Brassard.Une fois de plus, cette pièce pose le problème du langage dans notre littérature.Est-ce que la langue la plus détériorée qui soit de notre peuple, le \u201cjouai\u201d pour l\u2019appeler par son nom, va devenir le moyen ordinaire d\u2019expression de nos écrivains, en lieu et place du \u201cdoux parler\u201d de France ?Une vogue inquiétante en certains milieux semblerait le laisser croire.On prétend faire pittoresque, réaliste, vrai, présenter une image non falsifiée de nos gens, image qui confine à la caricature et qui devrait nous rendre très modestes dans nos prétentions assez ridicules d\u2019en remontrer aux Noirs du Gabon, par exemple.Et cette image, était-il nécessaire, pour faire pittoresque, de la barbouiller des pires expressions ordurières qui ont coutume d\u2019agrémenter les conversations de taverne ou de fonds de cour ?Louis Veuillot parle quelque part \u201cdes grognements d\u2019aise du parterre\u201d devant un spectacle osé.Sont-ce des réactions de ce genre que le comique de Michel Tremblay veut produire chez les spectateurs ?Comique vraiment trop facile et que rend vite fastidieux la massive accumulation.Et pour produire son effet percutant, la satire des mœurs des quartiers populaires de notre ville n\u2019avait sûrement pas besoin de tout ce déballage de vulgarité .En effet, les Belles Sœurs est une satire sans complaisance, qui, pourtant, recèle une réelle sympathie de l\u2019auteur pour ses personnages.Si les quinze femmes, réunies dans la cuisine de Germaine Lauzon pour un party de collage de timbres-primes, étalent pendant deux heures leurs nombreux tics, travers et défauts dans une trivialité de langage ébouriffante, elles manifestent des côtés humains attachants, elles émeuvent même par l\u2019expression fruste et rude mais sincère de leur misère, de leurs espoirs comme de leurs désillusions répétées.Voilà le côté positif de Michel Tremblay dans cette œuvre: une observation judicieuse et perspicace des milieux populaires, de la petite vie, mesquine et sans horizon qu\u2019on y mène.On y évolue dans le plus banal des quotidiens qui cache toutefois bien des souffrances et des aspirations, toujours déçues, à un bonheur inaccessible, rêvé d\u2019ailleurs, souvent, sous les formes d\u2019un pauvre confort de pacotille.Donc, en dépit de son langage détestable, cette pièce offre des qualités incontestables même si sa facture laisse à désirer.D\u2019abord, on a l\u2019impression 286 RELATIONS que les Belles Sœurs contient la masse totale de l\u2019expérience du jeune Tremblay.Résultat: beaucoup de croquis de l\u2019âme féminine, aucun tableau complet; plusieurs esquisses de personnages, aucun vraiment approfondi et centre naturel d\u2019une action dramatique logique et progressive.Sans intrigue précise, la pièce en fait se déroule au petit bonheur, coupée des monologues intérieurs des visiteuses de Germaine Lauzon, relancée ensuite artificiellement par quelque histoire ou réflexion nouvelles de l\u2019une d\u2019elles.On aurait pu y passer la nuit, car il n\u2019y avait aucune raison d\u2019arrêter, sauf par la fin du \u201ccollage\u201d des timbres (un million, pensez donc !) ou \u2014 solution choisie par l\u2019auteur \u2014 la disparition furtive et mystérieuse de paquets de timbres dans les sacoches et même les corsages de ces dames, au grand déplaisir de la pauvre Germaine, honteusement dilapidée.Ces réserves sur la langue et la structure de la pièce ne s\u2019adressent en aucune façon à l\u2019interprétation, qui fut fort honorable et, par moments, excellente.Ce n\u2019était pas chose facile de faire se mouvoir, sans accrochage, la quinzaine de comédiennes exigée par la distribution sur le plateau exigu du Stella, encombré de meubles au surplus.André Brassard s\u2019en est tiré sans trop farfouiller, grâce bien sûr à l\u2019habileté des interprètes dont plusieurs sont rompues à ce difficile métier.Je pense, en particulier, à la rondeur un peu encombrante de Denyse Proulx, à côté de la minable apparence de la revêche et jalouse Marthe Choquette, aux interventions gavroches d\u2019une Denise Filiatrault très en forme, aux faux airs pincés de la snob Hélène Loiselle qui, au milieu de la vulgarité de ses compagnes, se pique de bien \u201cperler\u201d depuis son récent voyage en Europe et qui, contre toute vraisemblance, garde une lourde cape de vison sur ses épaules dans la touffeur et le brouhaha de la pièce, à l\u2019ineffable Germaine Giroux et sa manière originale de prendre soin de sa belle-mère impotente.Et je me demande si on a l\u2019intention de spécialiser, à jamais, Luce Guilbeault, dans les rôles de filles légères.Je souligne encore le poignant monologue de Denise de Jaguère, un des mieux réussis de la pièce.Avec les Belles Sœurs, Michel Tremblay fait une entrée bruyante au théâtre professionnel.On a parlé d\u2019un événement qui ferait époque comme Tit-Coq.Mais, précisément, Gélinas, dans un contexte bien différent, sans doute, formule un conseil d\u2019or quand il fait dire à Tit\u2019Coq \u201cmets-en pas plus que le client en demande\u201d.* Si vous voulez injurier votre pire ennemi à la mode d\u2019aujourd\u2019hui, appe-lez-le bourgeois.Son sort est réglé.Il n\u2019est pas mieux que mort.C\u2019est un homme fini, dont la seule vocation n\u2019est plus que de disparaître, d\u2019aller se cacher, par exemple, à Miami ou aux Bermudes.Un pestiféré, quoi ! D\u2019ailleurs peut-on être encore bourgeois au règne du prolétariat, des grèves et de la contestation ?Impensable.Mais si on demande ingénument: qu\u2019est-ce qu\u2019un bourgeois ?alors se réalise une fois de plus l\u2019axiome ancien: Quot capita, tot sensus, autant de têtes, autant de bêtises ! Puisque cela aussi est à la mode, il serait temps de \u201cdémythifier\u201d le mythe bourgeois.Mot qui n\u2019a plus de sens faute d\u2019en avoir trop.Le plus étrange \u2014 et le plus ridicule \u2014 c\u2019est que les plus enragés anti-bourgeois sont souvent d\u2019authentiques bourgeois \u201cnourris dans le sérail\u201d et qui ne veulent absolument pas en sortir.Et combien de braves résidents des quartiers populaires de Saint-Henri ou Saint-Sauveur n\u2019aspirent de toute leur âme qu\u2019à l\u2019assouvissement d\u2019un seul désir:\tgrimper la Pente Douce, à Québec, ou la côte de la Glen, à Montréal, et aller s\u2019installer à la Haute Ville ou à Westmount et N.D.G.et faire goûter à leurs enfants le confort et la sécurité de ces bourgeois \u201cécœurants\u201d.Je m\u2019appelle François Sigouin Ces réflexions, réactionnaires je le sens bien, peuvent en effet venir à l\u2019esprit en écoutant le jeune André Brassard débiter les propos de Jacques Hébert, tirés de son dernier ouvrage les Écœurants, sous le titre de Je m\u2019appelle François Sigouin, sur la scène du Gesù.À vrai dire, ce n\u2019est pas une pièce.Tout au plus un monologue dramatique où un jeune collégien québécois, François Sigouin, lance un long cri de révolte contre son milieu ultra-bourgeois \u2014 il est fils et petit-fils de juge, habite une grande maison cossue de la Haute Ville, à Québec, et, bien sûr, fréquente le collège des Jésuites.Ces bons Pères, si d\u2019aventure ils vont écouter le violent récit de la jeune histoire de leur élève, ne reconnaîtront pas toujours le langage correct et châtié qu\u2019ils ont dû lui enseigner en même temps que les bons principes de vie.Ils frémiront peut-être d\u2019ouïr ses jugements impitoyables et sans appel, précisément sur son juge de père, comme sur bien d\u2019autres choses.Honteux et attristé, son professeur de rhétorique chuchotera-t-il avec le poète: Comment en un plomb vil .pendant que son préfet de discipline jurera de lui laver la tête, judicieusement.A moins qu\u2019on ne reconnaisse dans cette fulgurante flambée d\u2019indignation, l\u2019explosion spontanée d\u2019un vif désir, trop longtemps contenu, de pureté, de justice d\u2019un adolescent intransigeant choqué par les vilenies des hommes.Car François Sigouin est propre et généreux et, à travers ses excès de langage, perce chez lui, plus que de l\u2019aigreur: un grand besoin d\u2019amour et de tendresse, ce qui nous le rend sympathique malgré tout.Et comment ne pas soupçonner que François Sigouin est le porte-voix de quelqu\u2019un qui eut quelque fois maille à partir avec des juges .! Avec fougue, chaleur et sincérité, André Brassard interprète l\u2019unique personnage de l\u2019œuvre.Sa brillante performance lui mérite certainement beaucoup d\u2019éloges et ses qualités de comédien lui promettent une belle carrière au théâtre.Mais il devra surveiller son débit souvent trop rapide et surtout sa prononciation très négligée, fait assez étonnant après les cours de diction qu\u2019il a suivis de professeurs compétents, non jésuites cette fois.Dans un décor très banal fait de deux ou trois praticables, sa mise en scène \u2014 car Brassard est un factotum ! \u2014 parut vite monotone et artificielle.Mais que voulez-vous qu\u2019il fît face au problème de la quadrature du cercle ?OCTOBRE 1968 287 LECTURE DU MOIS rjotes conjointes Sur f^éauu et Idremond Fernand Dorais, S.J.I.PÉGUY Beau livre que celui de Robert Vigneault sur \u201cl\u2019univers féminin dans l\u2019œuvre de Charles Péguy\u201d 1.Plus que sa pensée, plus même que l\u2019univers du sentiment, c\u2019est le \u201cton\u201d, le \u201ctempo\u201d, nous dit.Charles Du Bos, qui fait et relève la qualité d\u2019une œuvre.Par \u201ctempo\u201d, Du Bos entendait le rythme profond qui scande et caractérise la vie intérieure d\u2019un écrivain.S\u2019il en est ainsi, on s\u2019explique presque l\u2019impression de beauté que laisse l\u2019étude de Robert Vigneault; car, l\u2019analyse rend ici le son même du vécu.Le lecteur est comme entraîné à reprendre à son propre compte l\u2019expérience douloureuse que fit Péguy de la \u201cféminité\u201d dans sa vie et surtout dans son œuvre.L\u2019œuvre de Péguy projette un univers imaginaire axé sur deux figures irréconciliables de la femme.D\u2019abord, s\u2019impose le visage transparent de la petite fille pure, sainte et tout aimable, qui seule a retenu l\u2019attention de la critique.Ce portrait, telle une photo, a aussi son négatif.Il existe, chez Péguy, la \u201cfemme décidément charnelle\u201d et, par le fait même, interdite.Ce qui détourne Péguy d\u2019accueillir la figure totale de la femme, à la fois ange et amante, spirituelle et charnelle, c\u2019est l\u2019image de la mère, de sa mère à lui.Nous rejoignons ainsi le vieux mythe de la mère-tabou, que dénonçait hier encore Jean Le Moyne dans la civilisation québécoise.C\u2019est là le résidu de l\u2019expérience de Péguy et l\u2019intuition centrale du livre de Robert Vigneault.Une double démarche permet à l\u2019auteur d\u2019établir sa thèse.L\u2019approche historique cerne le problème soulevé dans la vie de Péguy.Marié, et sincèrement dévoué à son épouse, Péguy a cependant connu un grand amour en dehors du mariage.Ce drame se reflète dans l\u2019œuvre, c\u2019est surtout ce que Vigneault s\u2019attarde à démontrer.Aux spécialistes de l\u2019œuvre de Péguy de nous dire s\u2019il en est bien ainsi; car, pour ce qui est de la vie du poète, le fait est irrécusable.Quoi qu\u2019il en soit, Vigneault s\u2019est heurté à la grande difficulté que rencontre tout chercheur: comment concilier diachronie et synchronie quand on écrit sur un écrivain ?L\u2019étude évolutive du cas Péguy a été ainsi privilégiée que le lecteur est sevré de la synthèse qu\u2019il espérait trouver à la fin du travail.Qu\u2019importe ! L\u2019ouvrage a le grand mérite d\u2019aborder courageusement l\u2019étude d\u2019un auteur par le biais de l\u2019affectivité.Pareille méthode a été trop peu appliquée jusqu\u2019ici.Et pourtant, qu\u2019elle puisse être riche en découvertes fondées et suggestives, le présent ouvrage 1 Vigneault, Robert: L\u2019univers féminin dans l\u2019œuvre de Charles Péguy, Essai sur l\u2019imagination créatrice d\u2019un poète, Bruges-Paris, Desclée de Brouwer et Montréal, les Editions Bellarmin, 1967, 334 pp.suffirait au-delà de toute espérance à nous le prouver.Aussi souhaitons-nous que, poursuivant sa recherche, Robert Vigneault nous donne bientôt en fonction de l\u2019activité littéraire cette structure de l\u2019affectivité qui enrichirait tant notre approche des écrivains2.IL BREMOND En même temps que Bergson, Bremond sort de ce purgatoire littéraire auquel on condamne tout grand écrivain au lendemain de sa mort.Déjà le P.André Blanchet nous a donné une savoureuse \u201chistoire d\u2019une mise à l\u2019index, la Sainte Chantal de l\u2019Abbé Bremond\u201d 3.Et le même auteur nous promet un second ouvrage sur un aîné dont en littérature il est l\u2019héritier.Pour sa part, Clément Moisan a publié en 1967 deux ouvrages sur l\u2019insaisissable Abbé, soit Les débuts de critique littéraire de Henri Bremond et Henri Bremond et la poésie pure 4.C\u2019est de ce second ouvrage qu\u2019il sera ici question.Que Pierre Moreau présente la thèse de Moisan, le fait est à lui seul une recommandation peu négligeable.Clément Moisan s\u2019est attaqué à un sujet plein d\u2019embûches.Deux difficultés attendaient l\u2019auteur.La première consistait à reconstituer, sans le trahir, le climat des années 1920-1930, alors qu\u2019éclatèrent comme deux bombes les livres que Bremond consacrait à la Poésie pure et aux relations qui unissent Prière et Poésie.La seconde réside dans l\u2019imbroglio des problèmes tant philosophiques et théologiques qu\u2019esthétiques que soulèvent la pensée et les positions de Bremond.A la fois critique littéraire (on l\u2019oublie trop) et historien de la psychologie religieuse, Bremond n\u2019a jamais eu la tâche aisée.L\u2019enfant terrible du catholicisme qui osa prononcer des paroles de compassion sur la tombe de son ami George Tyrrell, mort excommunié, Bremond fut toujours soupçonné de sympathies non avouées pour le modernisme que Pie X venait de condamner.2\tNous remarquons dans la bibliographie l\u2019absence du livre si profond de Karl Stern sur The Flight from Woman (Farrar, Strauss and Giroux, New York, 1965, 310 p.).Cette œuvre aurait sans doute éclairé d\u2019un jour nouveau la recherche de Robert Vigneault.(N.D.L.R.Cet ouvrage vient de paraître en français aux éditions HMH, Montréal, sous le titre Refus de la femme.) 3\tBlanchet, André: Histoire d\u2019une mise à l\u2019index, La Sainte Chantal de l\u2019abbé Bremond, Paris, Aubier, 1967, 292 p.Cf.les travaux tout récents de Francis Hermans, de Jean Dagens et de Maurice Nédoncelle sur Bremond.4\tMoisan, Clément, Paris et Québec.Lettres Modernes chez Minard et Les Presses de l\u2019Université Laval, 1967, 245 p.Ex-jésuite, Bremond fit, par ailleurs, quelque peu figure de renégat, lui qui, dans son grand œuvre sur le sentiment religieux en France, se montre toujours si subtilement réticent à l\u2019endroit de la prière ignatienne.Le néo-thomisme, alors en plein épanouissement, lui reproche d\u2019embrouiller les questions en confondant nature et grâce.La transcendance et la gratuité de l\u2019ordre surnaturel ne seraient pas respectées.Maritain ne lui pardonne pas ce flirtage avec les doctrines les plus à la périphérie du catholicisme, \u2014 sans compter la coquetterie déplacée chez un prêtre de jouer au libre-penseur.Bref, du côté catholique, on déplore chez l\u2019Abbé un manque sérieux de doctrine sûre et de prudence.Et voilà, oh ! comble de l\u2019imprudence, qu\u2019à l\u2019heure même où Valéry parle de poésie pure et Gide de roman pur, Bremond entend marier prière et poésie.Toutes deux, en dernière analyse, relèveraient d\u2019une seule et même structure psychique humaine profonde.Cette fois, catholiques et athées ou indifférents protestent de concert.L\u2019épais Souday refuse de voir la poésie \u201ctirée du côté de la prière\u201d: avec l\u2019Eglise le même phénomène se reproduirait sans cesse, on entend baptiser in extremis ce qu\u2019on n\u2019a pu intégrer.Un des problèmes les plus agités dans certains salons parisiens à cette époque était précisément la présence du spirituel dans l\u2019ordre littéraire.Mais, qu\u2019est-ce donc au juste que le spirituel ?En compagnie de ses amis Marcel, Mauriac et Maritain, Du Bos dépensait ses dernières forces à tenter d\u2019élucider la question.Pour lui, il n\u2019y avait pas rupture de continuité entre mystique profane, c\u2019est-à-dire poétique, et mystique sacrée.La position bremondienne lui plaisait somme toute.Voilà donc pour l\u2019atmosphère de ces années qu\u2019on a dites légères.Quant aux problèmes impliqués, on vient de les voir.La crainte de l\u2019intuitionnisme bergsonnien et du subjectivisme moderniste, les relations entre la nature et la grâce, la valeur salvatrice de l\u2019amour naturel de Dieu constituaient le fond du débat, soulevé dès 1908 et 1910 par le P.Pierre Rousselot dans ses deux thèses de doctorat en Sorbonne.Clément Moisan reconstitue à merveille cette époque et aborde lucidement les vraies questions en litige.Son travail surprend par la synthèse claire, ferme et condensée qu\u2019il parvient à boucler en quelque deux cents pages.L\u2019écriture limpide, facile, la présentation aérée rendent cet ouvrage agréable et accessible à tous.Un point, toutefois, laisse le lecteur presque insatisfait.L\u2019arrière-plan théologique de tout le débat, même s\u2019il s\u2019agit avant tout de \u201cpoésie pure\u201d, a-t-il toujours été bien mis en lumière ?Les questions de mysticisme et de spiritualité naturelle, quoique clairement traitées, n\u2019apparaissent pas, en dernière analyse, assez approfondies.Par contre, le tableau littéraire est brossé de main de maître.288 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS DEUX TÉMOIGNAGES Joseph d\u2019Anjou, S.J.Il m\u2019arrive de recevoir des appréciations concernant les propos que je tiens \u201cau service du français\u201d.J\u2019en ai fait occasionnellement profiter (je l\u2019espère) les lecteurs de Relations.On doit savoir que, malgré le mauvais usage courant, influencé par l\u2019anglomanie, une appréciation ne comporte pas, de soi, un jugement favorable.Tant mieux ! La critique, expression motivée d\u2019une pensée divergente et même opposée, stimule l\u2019esprit, l\u2019invitant à progresser.On ne s\u2019étonnera donc pas que je me plaise à lire des exposés, lettres personnelles ou articles de journaux et de périodiques, dans lesquels je découvre des opinions semblables ou non aux miennes.Y a-t-il lieu de noter, pour ceux qui ont la patience ou l\u2019amabilité de suivre la chronique linguistique de notre revue, que, très intéressé au souci de pureté dont les autres font preuve à l\u2019égard de la langue française, je fabrique, à même le suc de leurs sentiments, mon propre .miel ?Deux témoignages m\u2019ont paru dignes d\u2019attention.Le premier vient d\u2019un abonné d\u2019Afrique, que l\u2019enseignement, là-bas, n\u2019empêche point de parcourir Relations et d\u2019analyser sa lecture.Je cite à peu près textuellement un paragraphe dont je m\u2019abstiens de discuter tel passage, car j\u2019ai maintes fois déclaré que j\u2019estime chacun(e) des titulaires de nos classes, pourvu qu\u2019on l\u2019ait dûment autorisé(e) à enseigner, capable d\u2019apprendre, au Québec même, moyennant application ordinaire mais sérieuse, à prononcer parfaitement le français.\u201cIl faut avoir vécu à l\u2019étranger pour comprendre, quand on revient au Canada, qu\u2019il se pose un problème insoluble quant à l\u2019amélioration de la prononciation du français.Je dis insoluble, car, pour se convaincre qu\u2019il parle mal sa langue et pour se corriger, le Canadien français OCTOBRE 1968 aurait besoin d\u2019un séjour prolongé en d\u2019autres pays francophones, ce qui est irréalisable, bien sûr.Mais il se rendrait compte à quel point il néglige et massacre son langage.Ici, dans les collèges et institutions secondaires, on refuse d\u2019embaucher des professeurs canadiens d\u2019expression française, parce qu\u2019ils parlent trop mal.Et pourtant, il ne s\u2019agirait que d\u2019un simple effort de volonté .Ce sont surtout les groupes vocaliques ère, eur, an qui sont les plus déformés.Il n\u2019est pas question de singer l\u2019accent ou l\u2019argot de Paris, mais de parler sans affectation un français normal, officiel, tout en gardant certains canadianismes, savoureux parce que vieille France.J\u2019enseigne le français depuis une douzaine d\u2019années.J\u2019avoue qu\u2019au début j\u2019ai dû me surveiller.Mais aujourd\u2019hui, je n\u2019ai plus à le faire, et il faudrait me forcer maintenant pour reparler canadien.Plus d\u2019un s\u2019en est aperçu, lors de mon dernier voyage au Canada.Ma famille se montra fière, sans m\u2019imiter.D\u2019autres, nombreux, jugèrent que ma façon de parler ressemblait à celle des précieuses ridicules.\u201d Curieusement, remarquerai-je, les mêmes personnes, adversaires de la belle diction de leurs proches, agréeront le Français qui prononce notre (?) langue convenablement, à la française (comme l\u2019allemand se prononce, j\u2019imagine, à l\u2019allemande), et ne songeront pas, heureusement, à railler l\u2019excellente élocution de nos compatriotes, artistes de la scène et des ondes.Comprenne qui pourra ! 11 y a, semble-t-il, un mystère de bêtise ou de lâcheté dans l\u2019obstination avec laquelle la plupart de nos enseignant (e) s refusent le \u201csimple effort de volonté\u201d requis pour s\u2019amender et que mentionne notre correspondant.N\u2019y a-t-il pas un autre mystère (d\u2019ineptie, d\u2019incompétence, de désordre ?) dans le fait que le mal, cent fois constaté et dénoncé, loin de décroître, prolifère, avec la tolérance, sinon l\u2019encouragement des préposés à l\u2019instruction de notre jeunesse ?A la fin de sa lettre, notre correspondant m\u2019interroge au sujet du \u201cjouai\u201d.Je réponds: le mot agace; la chose qu\u2019il désigne nous déclasse auprès des gens cultivés; on (inutile de préciser à qui se réfère cet indéfini trop pesamment défini par l\u2019action d\u2019une couple de personnages de chez nous) a eu tort de le dresser en symbole de notre misère linguistique, d\u2019en faire un .cheval de bataille, voire d\u2019essayer de l\u2019élever au rang d\u2019idiome pour littérature indigène.L\u2019autre témoignage, auquel j\u2019accorde une chaude adhésion, a pour auteur un excellent critique littéraire.Je l\u2019emprunte à un article intitulé \u201cRéflexions sur la dissolution du langage\u201d, que M.Jacques Vier a publié dans l\u2019Homme nouveau, bi-mensuel français, le 21 avril dernier.\u201cSur le plan moral comme sur le plan esthétique, il est incontestable que, depuis un demi-siècle, les écrivains ont beaucoup trop joué avec la langue.\u201d Après avoir visé le surréalisme, l\u2019auteur affirme qu\u2019 \u201cen cette seconde moitié du XXe siècle, nous n\u2019avons aucune poésie constituée, depuis la disparition de Claudel et de Valéry\u201d.On peut, sur ce point, présenter des nuances.Mais comment contredire ce qui suit ?\u201cLa syntaxe est une musique subtile et profonde qu\u2019on ne désarticule pas en vain.Et la ponctuation même, que Guillaume Apollinaire, tant imité depuis, a voulu tuer, signe certain de dissolution mentale, du reste affectée, a sa place et fort importante dans la logique et dans la mélodie.\u201d Or, assure M.Vier, la prose a dégénéré plus encore que la poésie, et il se demande \u201csi les catégories du bien et du mal, comme celles du beau et du laid, n\u2019ont pas été si rapidement vidées de leur contenu que parce que les mots eux-mêmes ne voulaient plus rien dire\u201d.Le lecteur, naguère \u201cjuge\u201d, devient \u201ccomplice\u201d d\u2019une \u201cmodernité au préalable définie 289 DOCUMENT Paroles de Paul VI à Bogota par la convoitise érotique\u201d et d\u2019une \u201cauthenticité\u201d dont la valeur paraît s\u2019identifier au \u201crififi chez les hommes\u201d et à \u201cla mini-jupe chez les femmes\u201d.De la sorte, \u201cle lecteur contemporain se voit promené de la suggestion brutale à l\u2019étalage complaisant\u201d; et \u201cle mot créé pour le besoin immédiat disparaît avec l\u2019assouvissement\u201d.Se consolera-t-on \u201cen conjecturant que de tant de micros vomissant sur le monde finira par naître un sabir international\u201d ?Osant crever un abcès qui continue de suppurer (il suffit, pour en avoir la nausée, de lire certains commentaires \u201ccléricaux\u201d de la récente encyclique du Pape), M.Vier ajoute: \u201cLa corruption verbale n\u2019a pas épargné les clercs.\u201d De quelques-uns \u201cle langage actuel .traduit une dissolution dogmatique qui finit par dénaturer l\u2019Être divin lui-même\u201d.Autrefois, \u201cà l\u2019époque où les mots gardaient un sens, .l\u2019hérésie était un choix\u201d, tandis qu\u2019elle \u201cest aujourd\u2019hui une annexion\u201d.Dans des circulaires (émanées de quelles officines?), on va jusqu\u2019à \u201cinterroger les prêtres sur leur degré de communion avec le monde\u201d.Ici, \u201cla grossièreté de l\u2019impropriété verbale\u201d sert de \u201cbaromètre à l\u2019erreur\u201d.Et le critique de s\u2019en prendre à la manie du néologisme, fièvre quarte de maintes \u201csciences\u201d dites \u201chumaines\u201d, dont la contagion s\u2019étend à la philosophie et à la théologie, ou à ce qui s\u2019offre sous leur étiquette.Dans le Paysan de la Garonne, Maritain se gausse des \u201cidéosophies\u201d à la mode.\u201cVit-on, achève M.Vier, plus barbare générateur de cuistrerie que le structuralisme ?Hélas ! aucun Rabelais, aucun Molière à l\u2019horizon.Ses vertus de grand écrivain, Louis Veuillot les devait, disait-il, à sa commune vénération du pape et de la grammaire.Voilà de quoi nous aider à comprendre, sinon à supporter le triomphe actuel du galimatias.\u201d Réquisitoire féroce.Excessif ?Je ne le crois pas, sauf à l\u2019endroit du structuralisme, dont l\u2019une ou l\u2019autre variété mérite peut-être, pour le moment, quelque indulgence.Puisse-t-il, en tout cas, provoquer, parmi les instituteurs et les institutrices, le clergé, les religieux et les religieuses du Québec, une efficace réflexion ! 290 Durant les trois jours qu\u2019il a passés à Bogota, en Colombie, soit du jeudi 22 au samedi 24 août, le pape Paul VI a prononcé de nombreuses allocutions.Trois sont d\u2019une particulière importance et nous concernent de plus près: 1° l\u2019allocution à la journée du développement; 2° le discours à l\u2019inauguration de la Conférence du C.E.L.A.M.ou Comité épiscopal latino-américain; 3° le message aux travailleurs et aux paysans colombiens.Tous auraient intérêt et profit à lire ces allocutions qui touchent à des problèmes très actuels et universels.En voici quelques extraits pour amorcer cette lecture; ils proviennent du numéro spécial du 30 août que l\u2019Osservatore romano (édition française) a consacré au voyage et aux discours de Paul VI à Bogota, à l\u2019occasion du Congrès eucharistique international.Réformes et violence Beaucoup, surtout parmi les jeunes, insistent sur la nécessité de changer d\u2019urgence les structures sociales qui, selon eux, ne permettraient pas d\u2019atteindre une effective condition de justice pour les individus et les communautés: et certains en concluent que le problème essentiel de l\u2019Amérique latine ne peut être résolu que par la violence.Nous reconnaissons loyalement que de telles théories et de telles pratiques trouvent souvent leur ultime motivation dans de nobles impulsions de justice et de solidarité, mais nous devons dire et réaffirmer que la violence n\u2019est pas évangélique, n\u2019est pas chrétienne; et que des changements brusques ou violents de structures seraient trompeurs, inefficaces par eux-mêmes et certainement non conformes à la dignité du peuple, laquelle réclame que les transformations nécessaires se réalisent du dedans, par le moyen d\u2019une prise de conscience convenable, d\u2019une adéquate préparation et de l\u2019effective participation de tous, que l\u2019ignorance et des conditions de vie parfois infra-humaines empêchent aujourd\u2019hui d\u2019assurer.C\u2019est pourquoi, à notre avis, la clé de voûte du problème fondamental de l\u2019Amérique latine réside dans un double effort, simultané, harmonieux et réciproquement bénéfique: procéder certes à une réforme des structures sociales, mais à une réforme qui soit graduelle et assimilable par tous, et, en même temps, entreprendre au même rythme \u2014 nous dirions presque nécessairement \u2014 l\u2019œuvre vaste et patiente tendant à favoriser l\u2019élévation du \u201cmode d\u2019être homme\u201d de la grande majorité des hommes qui vivent aujourd\u2019hui en Amérique latine.Aider chacun à prendre pleine conscience de sa propre dignité, à développer sa personnalité dans la communauté dont il est membre, à être sujet conscient de droits et de devoirs, à être librement un élément valable de progrès économique, civique, moral, dans la société à laquelle il appartient: telle est la grande entreprise prioritaire, sans l\u2019accomplissement de laquelle tout changement brusque des structures sociales ne serait qu\u2019un artifice vain, éphémère et périlleux.Cette œuvre, vous le savez bien, se traduit concrètement en toute activité apte à favoriser la promotion intégrale de l\u2019homme et son insertion active dans la communauté: alphabétisation, éducation de base, éducation permanente, formation professionnelle, formation de la conscience civique et politique, organisation méthodique des services matériels essentiels au développement normal de la vie individuelle et collective à l\u2019époque moderne (A la journée du développement).Aux travailleurs A vous maintenant, travailleurs, nous dirons quelle nous semble être la voie à suivre par votre charité, augmentée par la foi et par la communion au Christ, la voie qui conduit à la rencontre avec vos compagnons de labeur et d\u2019espérance: cette voie, c\u2019est l\u2019union, l\u2019association, conçue non pas comme simple structure administrative ou comme instrument d\u2019assujettissement collectif aux mains du despotisme de quelques chefs échappant à tout contrôle, mais comme école de conscience sociale, comme profession de solidarité, de fraternité, de défense d\u2019intérêts communs et d\u2019engagement à de communs devoirs.Votre charité doit donc avoir pour elle la force; la force du nombre, la force du dynamisme social; non pas la force subversive de la révolution et de la violence, mais la force constructive d\u2019un nouvel ordre plus humain, dans lequel vos légitimes aspirations soient satisfaites, et où chaque facteur économique et social vienne converger vers la justice du bien commun.Vous savez que dans votre effort pour créer cet ordre nouveau et meilleur, l\u2019Eglise est, spécialement pour vous, les hommes du travail, \u201cMère et éducatrice\u201d (A la journée du développement).La foi et les philosophies à la mode La foi est le fondement, la racine, la source, la première raison d\u2019être de l\u2019Eglise, nous le savons bien.Et nous savons aussi combien elle est aujourd\u2019hui menacée par les courants les plus subversifs de la pensée moderne.La défiance qui s\u2019est répandue, RELATIONS même dans les milieux catholiques, sur la validité des principes fondamentaux de la raison, autant dire de notre philosophia perennis, nous a désarmés devant les assauts, souvent radicaux et captieux, de certains penseurs à la mode; le vide laissé dans nos écoles philosophiques par l\u2019abandon de la confiance dans les grands maîtres de la pensée chrétienne est souvent envahi par une acceptation, superficielle et quasi servile, de philosophies à la mode, souvent aussi simplistes qu\u2019abstruses; et celles-ci ont ébranlé notre façon normale, humaine, sage, de penser la vérité; nous sommes tentés par l\u2019historicisme, par le relativisme, par le subjectivisme, par le néo-positivisme; ceux-ci introduisent dans le domaine de la foi un esprit de critique subversive et une fausse persuasion: à savoir que, pour approcher et évangéliser les hommes de notre temps, nous devons renoncer au patrimoine doctrinal accumulé depuis des siècles par le magistère de l\u2019Eglise, et que nous pouvons modeler \u2014 non pas tant par l\u2019usage de plus de clarté dans l\u2019expression que par altération du contenu dogmatique \u2014 un christianisme nouveau, sur la mesure de l\u2019homme, et non sur la mesure de l\u2019authentique parole de Dieu (A la Conférence du CELAM).La fonction des théologiens Malheureusement certains théologiens, même chez nous, ne sont pas toujours sur la bonne voie.Nous avons grande estime et grand besoin de la fonction de bons et valeureux théologiens; ils peuvent être des chercheurs providentiels et exposer excellemment la foi, s\u2019ils se maintiennent au rang d\u2019intelligents disciples du magistère ecclésiastique, constitué par le Christ gardien et interprète, par la vertu de l\u2019Esprit-Saint, de son message d\u2019éternelle vérité.Mais aujourd\u2019hui certains d\u2019entre eux recourent à des expressions doctrinales ambiguës, d\u2019autres s\u2019arrogent la permission d\u2019énoncer des opinions qui leur sont propres, et auxquelles ils confèrent l\u2019autorité qu\u2019ils contestent, plus ou moins ouvertement, à celui qui, de droit divin, possède ce charisme soigneusement gardé et formidable; ils vont jusqu\u2019à admettre que chacun dans l\u2019Eglise peut penser et croire ce qu\u2019il veut, retombant ainsi dans le libre examen qui a brisé l\u2019unité de cette même Eglise, et confondant la légitime liberté de la conscience morale avec la liberté de pensée, mal entendue et souvent aberrante faute de connaissance suffisante des vérités religieuses authentiques (A la Conférence du CELAM).Le devoir des évêques de parler Sera bienvenu également tout exercice direct de la prédication ou de l\u2019instruction, dont vous, les évêques, soit individuellement soit en groupes canoniquement constitués, voudrez faire bénéficier le Peuple de Dieu.Parlez, parlez, prêchez, écrivez, prenez position, comme on dit, dans l\u2019harmonie des plans et des buts, pour la défense et l\u2019illustration des vérités de la foi, sur l\u2019actualité de l\u2019Evangile, sur les questions qui intéressent la vie des fidèles et la défense des mœurs chrétiennes, sur les voies qui conduisent au dialogue avec les Frères séparés, sur les drames, tantôt grands et beaux, tantôt tristes et dangereux, de la civilisation contemporaine.La constitution pastorale du Concile Gaudium et Spes offre des enseigne- ments et des stimulants de grande richesse et de haute valeur (A la Conférence du CELAM).Charité envers Dieu et charité envers le prochain Nous sommes ici dans le domaine de la charité .Il nous semble opportun de rappeler à ce sujet deux points de doctrine.Le premier est la dépendance de la charité envers le prochain par rapport à la charité envers Dieu.Vous savez quel assaut subit de nos jours cette doctrine, si clairement et incontestablement dérivée de l\u2019Evangile; on veut \u201cséculariser\u201d le christianisme, en laissant de côté sa référence essentielle à la vérité religieuse, à la communion surnaturelle avec l\u2019ineffable et surabondante charité de Dieu envers les hommes et au devoir de l\u2019homme d\u2019y répondre et d\u2019oser aimer Dieu et l\u2019appeler Père, pour pouvoir ainsi appeler en vérité les hommes frères; on veut arriver ainsi à libérer le christianisme lui-même de \u201ccette forme de névrose qu\u2019est la religion\u201d (Harvey Cox), à bannir toute préoccupation théologique, à donner au christianisme une nouvelle efficacité, toute pragmatique, la seule qui puisse en mesurer la vérité et le rendre acceptable et opérant dans la civilisation moderne profane et technologique (A la Conférence du CELAM).La doctrine sociale de l\u2019Église Nous arrivons ainsi à la troisième orientation que nous offrons à votre considération: l\u2019orientation sociale .Rappelons-nous avant tout que l\u2019Eglise, en ces dernières années de sa tâche séculaire d\u2019animatrice de la civilisation, a élaboré une doctrine sociale, exposée dans de mémorables documents que nous ferons bien d\u2019étudier et de divulguer .Les témoignages rendus par l\u2019Eglise à la vérité sur le terrain social ne manquent pas: faisons en sorte qu\u2019aux paroles répondent les faits.Nous ne sommes pas des techniciens; mais nous sommes des pasteurs, qui doivent promouvoir le bien de leurs fidèles et stimuler l\u2019effort de renouvellement en acte dans les pays où s\u2019exerce notre mission respective.Notre premier devoir, en ce domaine, est d\u2019affirmer les principes, d\u2019observer et de signaler les besoins, de déclarer les valeurs prioritaires, d\u2019appuyer les programmes sociaux et techniques vraiment utiles et portant l\u2019empreinte de la justice dans leur effort vers un ordre nouveau et vers le bien commun, de former des prêtres et des laïcs à la connaissance des problèmes sociaux, d\u2019orienter des laïcs bien préparés à la grande œuvre de leur solution: tout cela considéré dans la lumière chrétienne, qui nous montre l\u2019homme à la première place et tous les autres biens subordonnés à sa promotion totale dans le temps et à son salut dans l\u2019éternité (A la Conférence du CELAM).L\u2019Église et les pauvres Nous aurons nous aussi des devoirs à remplir.De toutes façons, l\u2019Eglise aujourd\u2019hui se trouve en présence de la vocation à la pauveté du Christ.L\u2019indigence de l\u2019Eglise, dans la digne simplicité de ses formes, est une attestation de fidélité à l\u2019Evangile; elle est la condition, parfois indispen- sable, pour accréditer sa propre mission; elle est un exercice parfois surhumain de la liberté d\u2019esprit, vis-à-vis des liens de la richesse, liberté qui donne à la mission de l\u2019apôtre un supplément de force.De force ?Oui, car notre force est dans l\u2019amour; l\u2019égoïsme, le calcul administratif détaché du contexte des finalités religieuses et charitables, l\u2019avarice, l\u2019anxiété de posséder, considérée comme une fin en soi, le bien-être superflu: tout cela est obstacle à l\u2019amour, c\u2019est finalement une faiblesse, c\u2019est une incapacité au don de soi, au sacrifice.Surmontons ces obstacles et laissons l\u2019amour gouverner notre mission de réconfort et de rénovation.Les pauvres accueilleront volontiers la bonne nouvelle.Il faut espérer que les agents économiques et politiques, qui déjà entrevoient la voie juste, ne feront plus office de frein, mais de stimulant, à l\u2019avant-garde (A la Conférence du CELAM).Ni haine ni violence Si nous devons favoriser tout effort honnête pour promouvoir le renouveau et l\u2019élévation des pauvres et de tous ceux qui vivent dans des conditions d\u2019infériorité humaine et sociale, et si nous ne pouvons être solidaires de systèmes et structures qui couvrent et favorisent de graves et opprimantes inégalités entre les classes et les citoyens d\u2019un même pays, sans mettre en acte un plan effectif pour remédier aux conditions insupportables d\u2019infériorité dont souffre souvent la population moins favorisée, nous répétons une fois encore: ce n\u2019est pas la haine, ce n'est pas la violence, qui font la force de notre charité.Parmi les diverses voies vers une juste régénération sociale, nous ne pouvons choisir ni celle du marxisme athée, ni celle de la révolte systématique, encore moins celle du sang ou de l\u2019anarchie.Distinguons nos responsabilités de ceux qui font de la violence un noble idéal, un glorieux héroïsme, une complaisante théologie.Pour réparer les erreurs du passé et pour guérir les maux présents, ne commettons pas de nouvelles erreurs:\telles seraient contre l\u2019Evangile, contre l\u2019esprit de l\u2019Eglise, contre les intérêts eux-mêmes du peuple, contre l\u2019heureux génie de l\u2019heure présente, qui est celui de la justice en marche vers la fraternité et la paix (A la Conférence du CELAM).L\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d Nous avons dû dire, dans notre récente Encyclique, une grave, une bonne parole en défense de l\u2019honnêteté de l\u2019amour et de la dignité du mariage.La grande majorité de l\u2019Eglise l\u2019a accueillie avec faveur et avec une confiante obéissance, non sans comprendre que la règle réaffirmée par nous comporte un sens moral vigoureux et un courageux esprit de sacrifice.Dieu bénira cette digne attitude chrétienne.Elle n\u2019est pas une course aveugle à la surpopulation; elle ne diminue pas la responsabilité ni la liberté des époux, auxquels elle n\u2019interdit pas une honnête et raisonnable limitation des naissances; elle n\u2019empêche pas l\u2019usage des moyens thérapeutiques légitimes ni le progrès de la recherche scientifique.Elle est une éducation éthique et spirituelle, cohérente et profonde; elle exclut l\u2019usage de moyens qui profanent les rapports conjugaux et qui tendent à résoudre les grands problèmes de la population par de trop faciles expédients; elle est, au fond, une apologie de la vie, qui OCTOBRE 1968 291 AGENCE DU LIVRE FRANCA\tlIS L i V ilk 1 nii il y 1 Éditions Anthropos :\t Jacques CARTIER Voyages de découverte au Canada\t$ 8.40 Adam SCHAFF Introduction à la sémantique\t8.40 Karl MARX Fondements de la critique de l\u2019économie politique (en 2 tomes)\tla série\t25.20 N.BOUKHARINE L'économie mondiale et l\u2019impérialisme\t4.20 N.BOUKHARINE La théorie du matérialisme historique\t5.60 D.RIAZANOV Marx et Engels\t4.20 en collaboration En partant du \u201cCapital\u201d\t5.60 en collaboration Contributions à la sociologie de la connaissance\t5.60 Marcel POETE Introduction à l\u2019urbanisme\t7.00 Pierre NAVILLE Le nouveau léviathan \u2014 de l\u2019aliénation à la jouissance \u2014\t8.40 Charles FOURIER Le nouveau monde amoureux\t14.00 \u2022 \u2022 \u2022\t 1249 ouest, rue Bernard \u2014 271-6888\t est le don de Dieu, la gloire de la famille, la force du peuple (A la Conférence du CELAM).Les pauvres, sacrement du Christ Salut, salut à vous, \u201cCampesinos\u201d colombiens ! et salut à tous les travailleurs de la terre en Amérique latine !.Vous êtes un signe, vous êtes une image, vous êtes un mystère de la présence du Christ.Le sacrement de l\u2019Eucharistie nous offre sa présence cachée, vivante et réelle; mais vous êtes aussi un sacrement, c\u2019est-à-dire une image sacrée, du Seigneur parmi nous, vous êtes comme un reflet représentatif, mais non caché de son visage humain et divin .Toute la tradition de l\u2019Eglise reconnaît dans les pauvres le sacrement du Christ: sacrement non pas identique, certes, à la réalité de l\u2019Eucharistie, mais en parfaite correspondance analogique et mystique avec elle.Du reste Jésus lui-même nous l\u2019a dit dans une page solennelle de son Evangile, où il proclame que tout homme qui souffre, tout affamé, tout malade, tout malheureux, quiconque a besoin de compassion et d\u2019aide, c\u2019est Lui: comme si Lui-même était ce malheureux selon la mystérieuse et puissante sociologie évangélique (cf.Mt.25, 35 sq.), selon l\u2019humanisme du Christ (Aux travailleurs et aux paysans).Un programme de réformes sociales Que pouvons-nous faire pour vous, après avoir tant parlé en votre faveur ?Vous le savez: nous n\u2019avons pas compétence directe dans les affaires temporelles, et nous n\u2019avons pas davantage les moyens ni l\u2019autorité pour intervenir pratiquement dans la question.Toutefois nous vous disons ceci: 1.\t\u2014 Nous continuerons à défendre votre cause.Nous pouvons affirmer et réaffirmer les principes, d\u2019où dépendent les solutions pratiques.Nous continuerons à proclamer votre dignité humaine et chrétienne.Votre existence est une valeur de premier ordre.Votre personne est sacrée.Votre appartenance à la famille humaine doit être reconnue sans discrimination sur le plan de la fraternité.Celle-ci, même si elle admet des rapports hiérarchiques et organiques dans le tissu social, doit être effectivement reconnue, soit dans le domaine économique, en ce qui concerne en particulier la juste rétribution, le logement convenable, l\u2019instruction de base, l\u2019assistance sanitaire, soit dans le domaine des droits civils et de la participation graduelle aux bénéfices et aux responsabilités de l\u2019ordre social.2.\t\u2014 De même nous continuerons à dénoncer les injustes inégalités économiques entre riches et pauvres, les abus autoritaires et administratifs à votre détriment et au détriment de la collectivité.Nous continuerons à encourager les résolutions et les programmes des autorités responsables et des organisations internationales, comme aussi des nations favorisées, en faveur des populations en voie de développement.Nous saisissons cette occasion pour exhorter tous les gouvernements de l\u2019Amérique latine, et aussi ceux d\u2019autres continents, et tous ceux qui appartiennent aux catégories dirigeantes et possédantes: qu\u2019ils continuent à affronter avec de larges et courageuses perspectives les réformes nécessaires pour un plus juste et plus efficace ordre social; que soient avantagées progressivement les classes aujourd\u2019hui moins favorisées; et qu\u2019avec plus d\u2019équité on fasse supporter les charges fiscales par les classes les plus riches .; ou encore par les catégories de personnes qui, sans grande ou sans aucune fatigue effective, réalisent d\u2019immenses revenus ou des rétributions considérables.3 \u2014 Nous continuerons de même à plaider la cause des pays qui ont besoin de secours fraternels de la part des pays doués de richesses plus grandes et parfois mal employées, afin d\u2019obtenir de ceux-ci qu\u2019ils se montrent généreux, qu\u2019ils ne blessent pas la dignité ni la liberté des peuples secourus, et qu\u2019ils ouvrent au commerce des voies plus faciles en faveur des nations qui ne se suffisent pas encore à elles-mêmes économiquement.Pour notre part, nous soutiendrons, autant que nous le pourrons, cet effort pour donner à la richesse son but premier de service de l\u2019homme, non seulement à l\u2019échelon privé et local, mais aussi sur une échelle plus large et internationale, de façon à ce qu\u2019il soit mis un frein à la facile utilisation des richesses pour d\u2019égoïstes jouissances et à leur emploi en dépenses de luxe ou en excessifs et dangereux armements.4.\t\u2014 Et nous chercherons nous-mêmes, dans la mesure de nos possibilités économiques, à donner l\u2019exemple, à raviver toujours davantage dans l\u2019Eglise ses meilleures traditions de désintéressement, de générosité, de service, en faisant toujours plus appel à l\u2019esprit de pauvreté que le divin Maître nous a enseigné, et que le Concile œcuménique nous a rappelé avec autorité (cf.Lumen gentium, n.8; Gaudium et Spes, n.88).5.\t\u2014.Permettez que, tout en nous employant de toutes manières pour alléger vos peines et vous procurer un pain plus abondant et plus facile, nous vous rappelions que \u201cl\u2019homme ne vit pas seulement de pain\u201d (Mt, 4, 4) et que tous nous avons besoin d\u2019un autre pain, celui de l\u2019âme, c\u2019est-à-dire celui de la religion, celui de la foi, celui de la Parole et de la Grâce divines; et permettez qu\u2019en outre nous vous disions que vos humbles conditions sont plus proprices que d\u2019autres pour le royaume des deux, c\u2019est-à-dire pour les biens suprêmes et éternels de la vie, si elles sont supportées avec la patience et avec l\u2019espérance du Christ.Permettez enfin que nous vous exhortions à ne pas mettre votre confiance dans la violence et dans la révolution; c\u2019est contraire à l\u2019esprit chrétien, et cela peut aussi retarder, et non favoriser, l\u2019élévation sociale à laquelle vous aspirez à bon droit.Efforcez-vous plutôt de seconder les initiatives en faveur de votre instruction, celle par exemple de YAcciôn Cultural Popular; tâchez d\u2019être unis, de vous organiser sous le nom chrétien, et de vous rendre capables de moderniser les méthodes de votre travail rural; aimez vos champs, et ayez de l\u2019estime pour la fonction humaine, économique et civile que vous exercez, celle de travailleurs de la terre (Aux travailleurs et aux paysans).292 RELATIONS Les livres Théologie Jean Daniélou, S.J.: Les Evangiles de l\u2019Enfance.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1967, 142 pages.18.5 cm.Précieux petit livre dans lequel l\u2019A.examine les principales objections faites contre la valeur historique de cette partie de l\u2019Evangile qui traite de l\u2019enfance du Christ.Sur sept points précis: la généalogie de Jésus, l\u2019annonce à Marie, les rapports entre Jésus et Joseph, la naissance de Jésus, l\u2019adoration des mages, la présentation au Temple, Jésus et les docteurs, l\u2019A.passe en revue les diverses difficultés et y répond avec franchise et clarté.\u201cAlors que trop d\u2019exégètes, écrit-il, verraient volontiers dans les évangiles de l\u2019enfance des mythes auxquels on aurait donné une présentation historique, notre étude nous amène au résultat contraire.\u201d Il en vient à cette conclusion en démontrant que ces évangiles reposent sur le récit des témoins oculaires, qui sont ici la famille de Jésus.Richard Arès.Jean Roche, S.J.: Eglise et Liberté religieuse.Coll.\u201cQuestions actuelles\u201d.\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1966, 187 pp., 21 cm.Un pragmatisme de bon aloi, inspiré par les fluctuations de l\u2019histoire, dont l\u2019A.a consulté avec patience et recueilli en abondance les documents, donne le ton à son ouvrage.Il compare, au cours des âges, les attitudes des hommes, croyants ou non, par rapport au fait et au droit de la pensée et de l\u2019activité religieuses dans la société.Il montre que l\u2019Evangile dirige le plus souvent l\u2019évolution des idées et des conduites, chez les gouvernants et les gouvernés de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, même chez certains persécuteurs, comme les révolutionnaires de 1789.Partisan décidé de la séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, de la démocratie et du suffrage universel, il cherche à concilier l\u2019autorité morale de la majorité avec le souci du bien commun.Comment y réussir ?A quoi sert d\u2019ajouter que le principe de l\u2019autorité politique réside en Dieu si l\u2019on professe qu\u2019elle a son origine dans le peuple s\u2019autodéterminant par les choix de la majorité ?Car, d\u2019une part, des représentants du peuple se déclarent athées, ce qui n'empêche pas la religion d\u2019appartenir à la nature même du bien commun temporel; d\u2019autre part, la notion de majorité baigne dans l\u2019équivoque, vu le poids déterminant (avoue l\u2019A.) de la pression qu\u2019une minorité remuante a le moyen d\u2019exercer au détriment du bien réel, surtout moral, de la communauté.L\u2019A.s\u2019en tire en affirmant que, si la majorité ne doit pas forcer la minorité à poser des gestes contraires à sa croyance, il ne convient pas davantage de contraindre la majorité à s\u2019abstenir de gestes religieux uniquement pour ne pas déplaire à la minorité.Affirmation juste, mais insuffisante: le pouvoir tyrannique dont la commission Parent et notre ministère de l\u2019Education dotent la minorité \u201cneutre\u201d du Québec, lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019enseignement et de la pratique de la religion à l\u2019école, le prouve tristement.Le dernier chapitre et la conclusion de l\u2019ouvrage résument parfaitement la pensée de l\u2019A.et dissipe les ambi- guïtés qui agacent dans le corps du livre.Je déplore que l\u2019A.s\u2019abandonne à des tics d\u2019expression, presque tous incorrects, et au sabotage de la ponctuation.Mais son essai stimule et oriente la réflexion en une matière d\u2019une permanente actualité.Joseph d\u2019Anjou.John A.T.Robinson: Le Corps.Etude sur la théologie de saint Paul.\u2014 Traduit de l\u2019anglais par P.de Saint - Seine, S.J.Préface du P.Jacques Guillet, S.J.Coll.\u201cParole et tradition\u201d.\u2014 Montréal (2585, rue Letourneux), Editions du Chalet, 1966, 144 pp., 22 cm.Sur l\u2019opuscule de l\u2019A., sa valeur positive, ses imperfections, la préface du P.Guillet apporte le jugement désirable.Connu, trop et mal sans doute, par Honest to God, ouvrage d\u2019une douzaine d\u2019années postérieur à The Body, P A.se révèle ici un maître du grec biblique et un interprète pénétrant de la théologie paulinienne.L\u2019Eglise, corps du Christ, sauveur par sa mort et sa résurrection, voilà le mystère confié à la prédication de l\u2019Apôtre.Mais que signifie le corps?L\u2019A.pense que, pour le savoir, on doit consulter les sources hébraïques où puise l\u2019Apôtre.Il a raison, moyennant des nuances qui font défaut dans son opuscule.S\u2019il montre bien, sous forme de thèse clairement ordonnée en trois parties (le corps de la chair, le corps de la croix, le corps de la résurrection), le sens que saint Paul donne à la chair et au corps, à l\u2019âme et à l\u2019esprit, il majore l\u2019union \u201cphysique\u201d de l\u2019Eglise-corps au Christ-chef, de manière à dissoudre presque \u201cl\u2019individualité du corps ressuscité\u201d.D\u2019autres points relevés aussi par le P.Guillet exigent rectification.Mais aux théologiens formés ou en formation, ils sautent aux yeux (pp.53, 77, 85-91, 99, 103, 124, 128).L\u2019ouvrage offre cependant un spécimen du sérieux avec lequel se poursuit, chez nos frères protestants, la recherche théologique et laisse entrevoir les chances de rencontre entre eux et nous.Joseph d\u2019Anjou.Placide Gaboury, S.J.: Devenir religieux.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d, 2.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 115 pp., 21.5 cm.Quand on songe à médiocrité de tant d\u2019écrits consacrés à la spiritualité, c\u2019est une véritable consolation que la lecture du présent essai, rempli de ferveur et d\u2019intelligence.L\u2019A.s\u2019adresse avant tout aux membres des communautés religieuses.Mais comme il insiste sur le fait que les corps religieux se situent à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise et ne constituent pas \u2014 est-ce Sartre qui parle ?\u2014 \u201cdes églises en soi et pour soi\u201d (14), tout chrétien soucieux de réfléchir sur sa foi se retrouvera ici dans une terre familière.C\u2019est au plan spirituel le plus pur que se situe la réflexion que poursuit l\u2019A.sur des thèmes fondamentaux.On ne peut hésiter un seul instant à souligner la profondeur de cette réflexion.Si je ne m\u2019abuse, le propos de l\u2019A., ce n\u2019est pas d\u2019abord d\u2019offrir des solutions concrètes aux problèmes que peuvent rencontrer les religieux du Canada français, mais bien de dégager ce qui fait l\u2019essentiel de toute vie religieuse.Plutôt que des lignes précises, c\u2019est un climat qui émerge du livre.Et ce climat, c\u2019est celui de l\u2019intériorité, de la liberté, de la lumière, de la transparence, de l\u2019ouverture à l\u2019Absolu et aux autres.Sous des allures de tolérance, l\u2019A.ramène en vérité aux exigences les plus impérieuses.Ces exigences, les religieux ne peuvent les esquiver, car, comme l\u2019écrit l\u2019A., s\u2019ils ne sont pas de véritables signes du Royaume, ils deviennent un \u201ccontre-témoignage\u201d.L\u2019A., déjà par le titre de son livre, mais surtout par le traitement des thèmes qu\u2019il aborde, rappelle à certains égards le nom d\u2019un grand spirituel, si jamais il en fut un, Soeren Kierkegaard.Ce dernier, comme on le sait, a dénoncé le dogmatisme hégélien et le formalisme des institutions ecclésiastiques de son époque, au nom des valeurs de la personne et du \u201cdevenir religieux\u201d.Au nom de ces mêmes valeurs, Placide Gaboury, lui aussi, en plusieurs pages de son brillant essai, arrache les masques du dogmatisme et fustige le formatisme.A l\u2019A.de Devenir religieux, je ferai les mêmees reproches que l\u2019on faisait jadis à l\u2019A.de Crainte et tremblement.Il sera en bonne compagnie ! Le premier, c\u2019est que voulant critiquer le dogmatisme, il ne lui déplaît pas d\u2019emboucher à l\u2019occasion la trompette sacrée et de verser ainsi dans les excès qu\u2019il dénonce.A vrai dire, le dogmatisme hante comme son mauvais esprit toute critique radicale, a fortiori la critique du dogmatisme lui-même.En second lieu, j\u2019aimerais que l\u2019A.gratifie d\u2019un bémol le soupçon qu\u2019il semble nourrir tout au long de son livre à l\u2019égard des institutions visibles.S\u2019il n\u2019est que trop vrai que bien des institutions paralysent le \u201cdevenir religieux\u201d, il en est d\u2019autres, par contre, qui viennent assurer ce \u201cdevenir\u201d et sans lesquelles, pour parler un langage hégélien, on retombe dans la nuit \u201coù toutes les vaches sont noires\u201d.René Champagne.Collèges des Jésuites, Québec.A.-M.Besnard, O.P.: Ces chrétiens que nous devenons.Vrai et faux départ dans la vie spirituelle.Coll.\u201cL\u2019Evangile au XXe Siècle\u201d.\u2014 Paris (29, boulevard Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1967, 160 pp., 17.5 cm.Ce petit livre, de très modeste apparence, se recommande par sa richesse doctrinale ainsi que par le bon sens et l\u2019esprit de foi de son auteur.Pour ce dernier, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui aspire à une vie spirituelle, mais ne sait plus où trouver la bonne route.Il recherche une spiritualité \u201cdans la vie\u201d, une spiritualité préoccupée du \u201cmonde\u201d et qui lui procure une authentique expérience spirituelle.Le christianisme, vraiment compris et vécu, offre cette spiritualité.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un ingrédient spécial, qu\u2019il suffit de rajouter à la vie: \u201cLa spiritualité est tout autre chose: c\u2019est avant tout la capacité de vivre sa vie de baptisé pour ce qu\u2019elle est vraiment: une vie dont le Christ a pris possession et que son Esprit anime\u201d (p.74).Les chrétiens ne peuvent ni ne doivent se laisser séduire par les gnoses de toutes sortes qui pullulent OCTOBRE 1968 293 aujourd\u2019hui, car ils ont une aventure irréductible à vivre: \u201cC\u2019est d'être interpellés par Dieu à travers le Christ Jésus.\u201d Aussi, \u201cla première et la plus grave responsabilité de notre vie spirituelle, c\u2019est de rester vulnérable à cette interprétation, de ne pas en noyer la voix dans la rumeur de l\u2019existence, de la conserver comme une chose plus précieuse que les choses les plus précieuses\u201d, (pp.124-125).Dans un monde qui spirituellement s\u2019appauvrit, ces pages sont un véritable enrichissement.Richard Arès.Philosophie Carlos Alberto Siri: La Preeminencia de la Civitas y la insuficiencia de la Polis.\u2014 San Salvador, Ministerio de Educasion, 1967, 214 pp., 21 cm.L auteur appelle son essai de 214 pages une ' synthèse ontologique.Il étudie la nature de la société qu\u2019il distingue de la communauté, comme il distinguera la civitas de la polis.Il a étudié et médité Thalès, Héra-clite, Pythagore, Aristote, saint Thomas, à peu près tous ceux qui ont écrit sur la société.Sa pensée se précise avec Dante, Vitoria, Taparelli.Parmi les modernes, il a surtout lu J.Messner, Ferdinand Tônnies, Arthur Fr.Utz.La communauté, appelée à devenir civitas, a pour base l\u2019égalité essentielle commune à tous les hommes; celle-ci entraîne l\u2019intercommunication volontaire des biens déjà possédés, pour promouvoir directement le bien des parties comme condition indispensable du bien commun.La société, elle, se base sur l\u2019inégalité existentielle des individus.De là jaillit la coopération dirigée pour obtenir ou réaliser les biens non encore possédés, indispensables pour le bien de l\u2019ordre social, condition sine qua non du bien des parties.La civitas, avec sa destinée supra-sociale et supra temporelle, tend au bien commun absolu de toute l\u2019humanité, la civitas maxima de Vitoria.La polis, par contre, est supra-individuelle et transitoire; elle existe pour obtenir ou réaliser graduellement le bien relatif de la société.La pensée de l\u2019auteur est profonde, ample, lumineuse.On gagne à lire lentement ce beau livre où on trouvera d\u2019intéressantes réflexions sur les multiples aspects de la vie communautaire et sociale.S\u2019il a écrit un livre savant et fortement pensé, l\u2019auteur semble avoir été surtout guidé par un dessein pratique.Dès les premières pages, on voit qu\u2019il est terriblement préoccupé par la misère sociale des masses ibéro-américaines qu\u2019il connaît peut-être mieux que personne.Régler ces problèmes par une action politique lui paraît insuffisant, mais il était difficile pour un diplomate de le dire aussi brutalement.Il parle d\u2019une action en même temps civique et sociale, et il explique avec une clarté suffisante, surtout pour les lecteurs avertis, ce qu\u2019il veut dire par là.Il a mûri sa pensée durant de longues années de silence, et nous la livre aujourd\u2019hui avec autant de fermeté que de prudence.Il ne cite pas beaucoup de documents conciliaires.Gaudium et spes et Gravissi-mum educationis auraient pu ajouter à son exposé, mais on comprend les raisons de sa réserve.Il trouve aussi que la Chrétienté paraît comme une polis plus que comme une civitas et soulève un problème au sujet de l\u2019obéissance que j\u2019aimerais discuter avec lui.l\u2019aime son appel aux chrétiens à devenir les artisans les plus vigoureux de la civitas terrestre, ici-même, dans ce monde, en ten- dant leurs mains vers le ciel et vers tous les hommes.Tout ceci est beau, émouvant et rempli d\u2019espoir.Joseph Ledit.Roger Verneaux: Le vocabulaire de Kant.Doctrines et méthodes.\u2014 Paris, Aubier-Montaigne, 1967, 201 pp., 16 cm.M Verneaux a eu l\u2019excellente idée de ?nous donner une introduction à Kant à partir de son vocabulaire.Plus particulièrement à partir des termes les plus courants et les plus fondamentaux de l\u2019œuvre de Kant.Cette manière de procéder nous paraît à la fois relativement simple, honnête et pratique.A quoi bon, en effet, traiter d\u2019un auteur si on ne connaît pas le sens ou les sens précis des mots qu\u2019il emploie ?Ce que M.Verneaux fait pour Kant d\u2019autres devraient le faire pour bien des auteurs classiques ou contemporains.C\u2019est un genre de travail auquel en tout cas on devrait initier et entraîner les étudiants en philosophie.Pour ce qui est du Vocabulaire de Kant, il importe de préciser qu\u2019il s\u2019agit du premier travail de ce genre en français alors qu\u2019il existe en allemand au moins cinq vocabulaires kantiens.M.Verneaux n\u2019a pourtant pas voulu nous donner un lexique alphabétique.Les termes dont il fait l\u2019analyse sont groupés selon que le requièrent leurs sens, souvent corrélatifs, et la logique interne du système.Cependant un index analytique et alphébé-tique, placé tout au début du volume, contient les noms et les mots dont il est question dans le corps même de l\u2019ouvrage.Ces termes sont ceux surtout de la Critique de la Raison pure.De sorte que le contenu de cet ouvrage est tout autre que ce promet le titre.Il eût été préférable de l\u2019intituler, comme l\u2019auteur lui-même l\u2019avait projeté, Les Idées directrices du kantisme ou Les Mots clés du kantisme.Il y manque, tel qu\u2019il est, de nombreux termes importants de la Critique de la Raison pure elle-même: personne, substance, aperception, faculté, pensée, représentation, connaissance, moi, sujet, .Le titre de cet ouvrage est donc fallacieux, l\u2019ouvrage lui-même pouvant être fort utile.Jean Racette.Faculté de philosophie, C.E.U., Trois-Rivières.Histoire religieuse Jean de Fabrègues: Christianisme et civilisations.Coll.\u201cChristianisme de tous les temps\u201d.\u2014 Paris (15, rue Cassette), Editions de Gigord, 1967, 506 pp.20 cm.Cet ouvrage s\u2019attaque à des questions immenses, telles que: qu\u2019est-ce qu\u2019une civilisation ?Quels sont les rapports entre la civilisation et la culture ?Y a-t-il une civilisation chrétienne ?Quels sont les éléments constitutifs de la civilisation occidentale ?Comment s\u2019est développée l\u2019histoire de la civilisation occidentale ?Quels sont les apports du christianisme à cette civilisation ?Les civilisations peuvent-elles être comparées entre elles ?Etc.A la fois bien documenté et de lecture facile, ce volume donne une bonne vue d\u2019ensemble des rapports entre le christianisme et la civilisation occidentale: \u201cL\u2019histoire de l\u2019Occident, écrit l\u2019A., montre à livre ouvert comment le christianisme, ayant enseigné aux hommes l\u2019éminente dignité d\u2019une vie humaine qui a son sens dans un rapport de ce monde à \u201cl\u2019autre\u201d, leur offre un système de valeurs qui permet la construction sociale.L\u2019histoire des quatre derniers siècles témoigne de ce que cette cons- truction s\u2019écroule ou devient tyrannique quand ces valeurs ont perdu leur signification dans l\u2019esprit des hommes.Le rapport des civilisations et des valeurs n\u2019est pas celui de la neutralité.Quand l\u2019homme n\u2019est plus protégé dans son essence par la grande présence de Dieu qui l\u2019a créé à Son image et l\u2019appelle à Son amour, les valeurs, la vie sociale, le droit, la personne et l\u2019amour même perdent le sens de leur nature.L\u2019action sur le monde est la seule fin et la seule loi.L\u2019histoire n\u2019est plus qu\u2019histoire de la puissance \u2014 et devient histoire de l\u2019impuissance\u201d (pp.279-280).Ouvrage sérieux qui fait réfléchir sur le rôle qu\u2019a joué et que joue encore le christianisme à l\u2019égard des civilisations.Richard Arès.Walbert Buhlmann: Afrique.Coll.\u201cVisages de l\u2019Eglise\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1967, 328 pp., 21 cm.^/\"^\u2019est une gageure de vouloir écrire au-jourd\u2019hui un livre sur l\u2019Eglise en Afrique.On ne sait comment faire le point.Notre temps tient à la fois de l\u2019intermédiaire et du transitoire; il s\u2019insère entre ce qui \u2018n\u2019est plus\u2019 et ce qui \u2018n\u2019est pas encore\u2019.On est arrivé au terme des réalisations grandioses de l\u2019époque missionnaire, et on entrevoit les tâches d\u2019une ère nouvelle.Le sentiment même de ces tâches à accomplir nous oppresse.\u201d Ces lignes de l\u2019avant-propos contiennent déjà une indication du contenu de l\u2019ouvrage, et bien davantage: elles sont une garantie de la franchise de l\u2019A., un signe du respect et de la sympathie avec lesquels il aborde les problèmess de l\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019A.est un Capucin suisse, professeur de missiologie depuis 1954, qui se penche depuis longtemps sur ces questions de l\u2019adaptation de l\u2019Eglise en terre africaine.Fruit d\u2019un séjour prolongé en Afrique, en 1962, son livre présente la synthèse de ses rencontres, de ses observations, de ses réflexions de connaisseur .Nous avons là une vue panoramique de l\u2019histoire et de la situation de l\u2019Eglise en Afrique Noire, une fresque d\u2019une rare qualité.Chaque page de ce livre est une invitation à la nuance, à la compréhension, à l\u2019objectivité, à la prudence, à une participation plus grande et plus judicieuse à la vie même de l\u2019Eglise dans les jeunes états africains.Tous les chrétiens cultivés devraient en faire leurs délices et leur profit.Pour les missionnaires de demain, pas de meilleure initiation aux situations et aux responsabilités qui seront leurs.Ils y découvriront sûrement les \u201csignes de temps\u201d et n\u2019en répondront que mieux aux inspirations de l\u2019Esprit comme aux aspirations de leurs frères d\u2019Afrique.Centre d\u2019Etude et de Coopération Internationale, 1961 est, rue Rachel, Montréal 34.Jean Bouchard.Jean Guitton: Les Davidées.Histoire d\u2019un mouvement d\u2019apostolat laïc, 1916-1966.\u2014 Collection \u201cLe monde et l\u2019esprit.\u201d -\u2014 Paris, Tournai, Casterman, 1967, 144 pp., 20 cm.L Esprit souffle où il veut.C\u2019est ce que ' démontre Jean Guitton en racontant l\u2019histoire des Davidées; ces institutrices catholiques, au service, il y a 50 ans, de l\u2019enseignement d\u2019Etat français, savaient respecter leurs engagements dans la légalité et en même 294 RELATIONS temps vivre une vie chrétienne intense qui rejaillissait en apostolat indirect dans leur profession.L\u2019A.a raison d\u2019y voir une formule d\u2019avenir pour l\u2019apostolat laïc, au moins dans certains milieux.Le livre est construit assez librement, avec ce charme de la conversation propre à Jean Guitton; un premier chapitre raconte comment l\u2019A.est venu en contact avec ce courant si vivant; puis, un témoin retrace l\u2019histoire des origines: leur feurveur, leur climat d\u2019amitié, leur élan intellectuel et spirituel.Dans un troisième chapitre, Emmanuel Mounier (article reproduit de la Vie spirituelle où il parut autour des années 30) expose, en une remarquable synthèse, la démarche fondamentale des Davidées et leur mentalité.Guitton, à la lumière du Concile, tire les leçons de cette expérience.Une telle aventure intéressera des lecteurs canadiens, sans nous faire oublier que la situation, au Canada français, est toute différente.Nous avons besoin, dans l\u2019enjeu actuel, de maîtres et maîtresses d\u2019une haute teneur intellectuelle et spirituelle.L\u2019exemple des Davidées, dans son esprit sinon dans sa formule, peut ouvrir une voie.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.André Blanchet: Histoire d\u2019une mise à l\u2019Index.La \u201cSainte Chantal\u201d de l\u2019abbé Bremond.Coll.\u201cEtudes bremondiennes\u201d.-\u2014 Paris, Aubier, Editions Montaigne, 1967, 294 pages.20 cm.Au lecteur trop jeune pour avoir connu ce que fut la crise du modernisme en France, ces pages paraîtront raconter une histoire invraisemblable.Pour avoir écrit une vie de sainte Chantal, l\u2019abbé Henri Bremond se trouve pris dans un réseau de soupçons, d\u2019intrigues et de dénonciations à Rome, qui aboutiront à la mise à l\u2019Index de cet ouvrage.Durant dix ans, il essaiera vainement de faire lever cette condamnation, puis finira par en prendre son parti.Pour aborder un tel sujet, il fallait au P.Blanchet du courage, voire de la hardiesse; mais nous sommes après Vatican II et le Saint-Office est devenu la Congrégation \u201cPour la doctrine de la foi\u201d.D\u2019ailleurs, le cardinal Ottaviani lui-même affirme que \u201cla procédure est désormais changée\u201d, qu\u2019a été aboli le \u201ccaractère inquisitorial et répressif\u201d et que \u201cl\u2019accusé a de plus grandes facilités de se défendre, d\u2019exposer son point de vue et de discuter\u201d (p.269).En conclusion, l\u2019A.nous dit pourquoi il a écrit ce livre et soulevé le cas Bremond: \u201cNous n\u2019avons évoqué le cas de Sainte Chantal que parce qu\u2019il est représentatif de beaucoup d\u2019autres.Combien de bons serviteurs de l\u2019Eglise ont souffert comme Bremond dans un silence contraint ! Constatons-le avec soulagement:\tce sont précisément ces abus qui sont aujourd\u2019hui reconnus et corrigés.Si nous avons pu en parler sereinement, c\u2019est qu\u2019ils appartiennent à l\u2019histoire\u201d ( p.280).Richard Arès.Georges Gorrée et Germain Chauvel: \u201cD\u2019autres récolteront.Foucauld, Pey-riguère, moines missionnaires.Coll.\u201cEsprit et mission\u201d.\u2014 Tours, Marne, 1965, 210 pp., 21.5 cm.Le procédé qui consiste à fusionner deux études biographiques dans un même ouvrage peut se justifier ici.D\u2019ailleurs, la grandeur humaine et surnaturelle des deux \u201cmoines missionnaires\u201d d\u2019Afrique, l\u2019intérêt qu\u2019offrent leur vie, leur œuvre et la discus- OCTOBRE 1968 sion de leur pensée entraînent le lecteur à négliger ses goûts.Semblables à la fois et différents par leur itinéraire historique et spirituel, par leurs idées, leur rayonnement, Foucauld et Pey ri guère imposent avec force à notre attention le sens du mystère de Nazareth et la nécessité d\u2019unir en toute vie chrétienne la prière et l\u2019action.Vivre le Christ plutôt que le parler (p.180), tel fut l\u2019idéal des deux moines, dont le silence contemplatif, aux heures de la nuit, déborda en œuvres de miséricorde, en conversations et en lettres de direction.Littérature et cinéma ont fait connaître Foucauld plus que Peyri-guère.En les joignant dans un même éloge, les AA.suggèrent que le second, mort récemment (26 avril 1959), doit à juste titre passer pour l\u2019émule du premier, victime, le 1er décembre 1916, d\u2019un misérable assassinat.Joseph d'Anjou.Canadians Solange Chaput-Rolland: Regards 1967 \u2014 Québec année zéro.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 200 pp., 20 cm.Sur un ton à la fois simple, sincère et sympathique, S.C.-R.nous fait part de ses réactions aux divers événements de la vie québécoise, canadienne et internationale qui ont marqué 1967.Mises à part quelques brèves réflexions d\u2019allure féministe, ces pages sont avant tout des commentaires d\u2019ordre politique et reflètent plus précisément les attitudes de l\u2019auteur face à la crise canadienne.S.C.-R.s\u2019y révèle comme une femme qui a perdu la foi au Canada tel qu\u2019il existe présentement.Elle n\u2019a pas pour autant donné son adhésion aux dogmes indépendantistes.Bien au contraire car elle ira jusqu\u2019à démissionner de la Commission des Etats-Généraux dont les assises de l\u2019automne 1967 ont manifesté les tendances très voisines.Pour l\u2019instant, elle s\u2019agrippe laborieusement à l\u2019idée qu\u2019il est encore possible d\u2019édifier un Canada réunissant deux Etats associés.Dans son ardeur à inventer ce Canada à deux, elle n\u2019hésite pas à écrire: \u201cLe Canada sera à deux âmes, à deux têtes, à deux cœurs, à deux volontés, ou il ne sera pas\u201d (p.195).Etrange pays à la vérité et qui doit laisser même l\u2019auteur perplexe.Pourquoi Québec année zéro ?Parce que \u201c1967 fut une année cruciale pour les Québécois; les plus lucides d\u2019entre eux savent que nous sommes au point zéro d\u2019une politique qui se définira sur YEgalité ou sur Y Indépendance\u201d (p.185).Fernand Potvin.Jacques Henripin: Tendances et facteurs de la fécondité au Canada.\u2014 Ottawa, Bureau fédéral de la Statistique, 1968, 23 cm., 426 pp.Cet ouvrage fait partie d\u2019une série de monographies tirées du recensement de 1961.Il est d\u2019une grande richesse et devrait vite s\u2019imposer à l\u2019attention de tous ceux qui ont à parler de cette importante et très actuelle question de la fécondité.Ils y trouveront des statistiques ordonnées et commentées indiquant, par exemple, les variations de la fécondité suivant: 1) l\u2019habitat (ville ou campagne), 2) l\u2019âge au mariage et la durée du mariage, 3) le pays de naissance, l\u2019origine ethnique, la langue maternelle et la religion, 4) la profession du mari, 5) l\u2019instruction, 6) le revenu, 7) le travail de la femme, etc.Sur tous ces points, il se dit et s\u2019écrit tant de choses ne concordant pas avec les faits réels qu\u2019il faut remercier l\u2019A.de nous fournir enfin une base scientifique sur laquelle on peut s\u2019appuyer avec certitude.En conclusion, l\u2019A.écrit:\t\u201cIl semble donc que, de tous les facteurs dont on a essayé de mesurer l\u2019influence propre, c\u2019est l\u2019habitat qui entraîne les plus fortes variations de fécondité: le fait de vivre sur une ferme entraînerait une hausse de fécondité de 58% par rapport au niveau de la fécondité des régions métropolitaines.L\u2019instruction de la femme vient en second lieu .L\u2019adhésion au protestantisme ou au catholicisme entraîne également une différence de fécondité importante: 32% .Notons enfin la faible influence qu\u2019exerce la langue maternelle: la langue française ne semble pas être associée à une fécondité beaucoup plus grande que la langue anglaise .\u201d Un ouvrage de base, auquel il faudra constamment revenir.Richard Arès.En collaboration : Esquisses du Canada français.\u2014 Québec (L\u2019Association canadienne des Educateurs de langue française) et Montréal (Editions Fides), 1967, 454 pp., 23 cm.Ouvrage collectif entrepris à l\u2019occasion du centenaire de la Confédération canadienne.C\u2019est, sans contredit, ce qu\u2019on a publié de plus complet sur les différents aspects de la vie au Canada français: éducation, lettres, arts, sciences, vie économique, vie politique, familiale, sociale, religieuse, etc.Dans chaque secteur, les auteurs ont insisté pour étendre leur enquête à tout le Canada français, et donc pour déborder les cadres de la province de Québec.Le résultat est une bonne vue d\u2019ensemble de tout ce qui se fait et vit en français dans les dix provinces canadiennes.En conclusion, M.Roland Vinette, organisateur du projet, écrit: \u201cL\u2019histoire et la situation actuelle du Canada révèlent que la présence d\u2019une forte proportion de francophones a été, pour le pays tout entier, un facteur d\u2019originalité et de richesse.Il est évidemment difficile d\u2019imaginer ce que serait le Canada d\u2019aujourd\u2019hui sans la présence française.Ce qui est indiscutable, c\u2019est qu\u2019il ne serait pas ce qu\u2019il est.La nation canadienne-française est donc essentielle à l\u2019identité du Canada, dans la ligne de son évolution réelle.\u201d Un excellent inventaire du Canada français en tant que \u201cfacteur d\u2019originalité et de richesse\u201d pour tout le Canada.Richard Arès.Richard J.Joy: Languages in Conflict.The Canadian Experience.\u2014 Ottawa (P.O.2402, Station D), Published by the Author, 1967, 146 pages.Analyse de la situation des langues anglaise et française au Canada à l\u2019aide des statistiques fournies par les recensements fédéraux.Ceux qui s\u2019intéressent au développement du français au Québec ainsi qu\u2019à la survie des minorités françaises dans les autres provinces devraient lire attentivement ces pages des plus instructives et riches d\u2019aperçus nouveaux.Parmi les constatations intéressantes de l\u2019auteur, je signale les suivantes: 1° les chances de survie des Canadiens français se limitent au territoire compris entre Moncton et Sault-Ste-Marie; 2° les changements technologiques et sociolo- 295 giques du dernier demi-siècle accélèrent le rythme d\u2019assimilation des minorités: les résistances passées ne peuvent plus servir d\u2019exemple; 3° en dehors des limites du territoire Moncton-Sault-Ste-Marie, la jeune génération est déjà perdue pour le français; 4° par suite de la baisse constante de la natalité chez les Canadiens français, \u201cLa Revanche des Berceaux\u201d n\u2019est plus qu\u2019un rêve et une utopie; 5° \u201cThe historical evidence presented indicates that two languages of unequal strength cannot coexist in intimate contact and that the weaker must, inevitably, disappear\u201d (p.135).En conséquence, l\u2019A.prévoit que le Canada se divisera de plus en plus en deux groupes linguistiques nettement tranchés: le français dominera au Québec, l\u2019anglais partout ailleurs.Il demande même aux politiciens et aux journalistes de commencer à préparer le public à l\u2019inévitable, c\u2019est-à-dire à la disparition des minorités: \u201cOur politicians and editors should commence now to prepare the public for the inevitable by showing that the disappearance of linguistic minorities is a natural phenomenon, rather than the consequence of some \u201cgenocidal\u201d plot.If the public is not so prepared, then the psychological shock when the minorities do disappear could be far more harmful to Canadian unity than will be the actual disappearance\u201d (p.136).La Commission Laurendeau-Dunton, heureusement, s\u2019est montrée jusqu\u2019ici moins pessimiste.Richard Arès.Iules-Bernard Gingras: Education à l\u2019américaine.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Action Nationale, 1968, 96 pp., 16 cm.L\u2019auteur est canadien-français, doyen de la Faculté de Psychologie de l\u2019Université St Léo, Floride.Par ses fonctions universitaires, il a pu apprécier les résultats de l\u2019éducation donnée aux Etats-Unis.D\u2019autre part, il est demeuré en contact suivi avec la vie québécoise.Il nous fait part en cet opuscule, de ses réflexions sur les grandes structures de l\u2019école américaine que nous sommes en train, à la suite du Rapport Parent, d\u2019introduire chez nous: la non-confessionna- lité, la coéducation, la polyvalence.Le portrait qu\u2019il trace de cette \u201cEducation à l\u2019américaine\u201d n\u2019est ni flatteur ni encourageant.Mais est-il vrai ?Il est difficile de contester les témoignages et les faits qu\u2019il apporte.Notre expérience, au reste, en bien des points lui donne raison; on ose le dire de plus en plus.Parents, éducateurs, commissaires d\u2019école, journalistes auront profit à lire ces pages pour discerner les erreurs d\u2019orientation très graves dont nous sommes menacés, pour ne pas dire plus.Georges Robitaille.Charles Tardieu-Dehoux:\tCabanons.\u2014 Montréal, les Editions de l\u2019Albatros, 1967, 173 pp., 20.5 cm.Haïtien, né à Port-au-Prince le 29 juin 1947, Charles Tardieu-Dehoux émigra au Québec en octobre 1963, afin d\u2019y poursuivre ses études.Pour publier ses poèmes, cris de jeunesse, il a dû, nous assure-t-on, lutter contre sa famille.Tout cela le rendra fort sympathique à plus d\u2019un.Cabanons renferme de bons poèmes: entre autres, ceux que nourrissent l\u2019espérance ou l\u2019amour (v.g.\u201cFin d\u2019un amour\u201d); ceux, également, où s\u2019exprime une certaine nostalgie, que ce soit de l\u2019enfance ou du pays perdu (v.g.\u201cContraste.Pourquoi\u201d).Pourtant, même dans ces poèmes, perce une certaine incapacité à faire entendre constamment une voix robuste et pleine.Ici et là se rencontrent des strophes superficielles, des vers naïfs (\u201cHélas, l\u2019infini est au bord d\u2019un lit\u201d), des jeux de mots faciles (cf.\u201cDésespoir poétique\u201d) ou malvenants (cf.\u201cL\u2019Alphabet de Don Juan\u201d), d\u2019artificiels procédés rythmiques (cf.\u201cCinq heures\u201d).Notons aussi d\u2019impardonnables fautes d\u2019orthographe ou de grammaire (v.g.pp.60, 80, 94, 98, 111, 139, 141, 159, etc.).L\u2019ensemble du recueil révèle cependant des dons poétiques susceptibles de fleurir, un jour: une sensibilité délicate, le sens du rythme et de la musicalité du vers, une abondante inspiration que nourrira de plus en plus, nous le souhaitons, l\u2019expérience personnelle de l\u2019amour profond.René Dionne.NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Gaston Salet, S J.: Plus près de Dieu.Tome V.\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 136 pages.Brèves réflexions pour les dimanches et les fêtes.Le ton est simple, la pensée profonde et les applications sont réalistes.\u2022 Guy FrÉgault: Pierre Le Moyne d\u2019Iberville.\u2014 Montréal, Fides, 1968, 300 pages.Réimpression du grand ouvrage historique sur d\u2019Iberville.\u2022 Paul-Emile Roy: Libres dans la foi.Coll.\u201cPrésence\u201d.\u2014 Montréal, Fides, 1968, 86 pages.Petit livre que son auteur présente comme \u201céminemment discutable\u201d.Ayant pour sous-titre \u201cReligieux et religieuses dans un monde en transformation\u201d, il s\u2019adresse surtout au monde des communautés religieuses qu\u2019il veut rénover, heurter, secouer.Exemple: \u201cQuant au vœu de pauvreté, il me semble que dans sa forme actuelle, il est carrément anachronique, n\u2019a plus de signification perçue, et engendre des ambiguïtés intolérables, quand ce n\u2019est pas un contresens inacceptable, qui n\u2019a rien à voir avec la folie de la croix\u201d (pages 39-40).\u2022 Jean-Claude Dussault: La civilisation du plaisir.Coll.\u201cCahiers de Cité Libre\u201d.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1968, 134 pages.L\u2019A.se propose de répondre à la question: \u201cPourquoi les hommes ne sont-ils pas heureux dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui ?\u201d Ses considérations sur \u201cles possibilités de construire un monde qui soit fait pour l\u2019homme et pour son plaisir\u201d demeurent fort techniques; inspirées surtout de Marx et de Freud, elles laisseront sceptiques les vrais chrétiens.\u2022 En collaboration: L\u2019Haïtien.\u2014 Montréal (1180, Bleury), Editions de Sainte-Marie, 1968, 174 pages.Trois auteurs d\u2019origine haïtienne publient, le premier, un essai intitulé \u201cPortrait de l\u2019Haïtien\u201d, le second, une pièce folklorique ayant pour titre \u201cBouqui au paradis\u201d, le troisième, une suite poétique nommée \u201cSang de bêtes, Ventre d\u2019hommes\u201d.Aidera à comprendre la psychologie des habitants d\u2019Haïti.\u2022 En collaboration: Pourquoi la philosophie?\u2014 Montréal (1180, rue Bleury), Editions de Sainte-Marie, 1968, 120 pages.Dix textes, dont deux de Paul Ricœur, se rapportant aux philosophes et à la philosophie.Deux textes font des applications à la situation canadienne: celui de Jean-Guy Meunier: \u201cNationalisme, langage, langue et philosophie\u201d, et celui de Roger Lambert: \u201cHegel, Eric Weil et la situation politique au Canada\u201d.\u2022 Lucien Barnier: Les Océanautes.Coll.\u201cLes Pionniers de l\u2019an 2,000\u201d.\u2014 Paris, Editions Casterman, 1968, 206 pages.Album, orné de magnifiques photographies, sur l\u2019exploration des océans.Ouvrage passionnant et fort instructif.« Personne ne peut se dispenser d\u2019un dictionnaire aussi utile .» (Le Devoir, 31 août 1968) DICTIONNAIRE CORRECTIF DU FRANÇAIS AU CANADA par GASTON DULONG Ce petit livre, de format pratique, a pour objet de contribuer à l\u2019amélioration du français parlé et écrit au Canada.C\u2019est un dictionnaire des fautes les plus courantes et de leurs corrections.Son point de départ a été le Glossaire du parler français au Canada, auquel ont été ajoutées de nombreuses expressions fautives relevées dans les différentes parties du Québec, dans les journaux, à la radio ou à la télévision.Cet ouvrage de consultation rapide sera indispensable à tous ceux qui cherchent à améliorer leur français, au grand public de plus en plus sensible à un meilleur langage, aux enseignants et aux élèves, aux parents qui désirent apprendre à leurs enfants une langue correcte.4V2 x 7, viii-256 pages, 1968, broché, $2.50 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, Qué.296 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Le Conseil de la Vie française en Amérique: La crise de la natalité au Québec.\u2014 Québec, Editions Ferland, 1968, 40 pages.Document d\u2019actualité sur une crise qui devient de plus en plus grave au Québec.\u201cSi le déclin de la natalité devait se continuer au rythme actuel, l\u2019accroissement naturel aurait atteint un point mort vers 1975 et la population fléchirait ensuite rapidement.Il faudrait même envisager une diminution catastrophique du groupe francophone au Québec vers l\u2019an deux mille, l\u2019assimilation se combinant avec le déclin démographique\u201d.A lire et à méditer, spécialement par les responsables de la politique familiale au Québec.\u2022 Bernard Saint-Aubin:\tLa guerre froide (1917-1962).\t\u2014 Montréal, Editions Leméac, 1968, 174 pages.Survol historique des principaux événements survenus depuis 1917 et concernant les rapports entre l\u2019U.R.S.S.et 1 Europe occidentale et les Etats-Unis d Amérique.Aperçu objectif, style clair, mais le tout présenté sous une forme trop résumée.\u2022 Le Prince illustré, The Illustrated Prince : Machiavel, Machiavelli.\u2014 Montréal (2015, rue de la Montagne), Ferron éditeur, 1968, 32 pages.Album bilingue, orné de photographies de nos politiciens, de Pierre Elliott Trudeau tout particulièrement.Une citation appropriée de Machiavel (?) accompagne chacune de ces photos et vise à montrer comment le prince doit s\u2019y prendre pour parvenir à ses fins en politique.\u2022 Louis Beaupré: La guerre à la pauvreté.Coll.\u201cCahiers de Cité Libre\u201d.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1968, 120 pages.Depuis quelque temps, beaucoup de gens parlent de la pauvreté, mais pas toujours en connaissance de cause.Voici un petit livre extrêmement intéressant par quelqu\u2019un qui s\u2019y connaît.On ne devrait plus, au Québec du moins, aborder cette question sans avoir au préalable lu l\u2019étude de M.Beaupré.\u2022 Jean-Paul Lefebvre: Réflexions d\u2019un citoyen.Coll.\u201cCahiers de Cité Libre\u201d.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour, 1968, 122 pages.Ces réflexions sur l\u2019avenir du Québec et sur quelques aspects de l\u2019expérience suédoise méritent une lecture attentive.Elles sont d\u2019un homme intelligent, d\u2019un député qui cherche à voir clair et que l\u2019expérience suédoise paraît avoir fasciné.En annexe, on trouvera une étude du député Robert Bou-rassa sur les \u201cAspects économiques d\u2019un Québec indépendant\u201d.\u2022 Yves Thériault: NTsuk.\u2014 Montréal (1130 est, de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 108 pages.Récit lyrique de la vie d\u2019une vieille Mon-tagnaise par elle-même.Apostrophes aux Blancs qui lui ont enlevé son pays et aux Blanches qui ne connaissent rien de la vie des bois: \u201cQuelles sont donc les valeurs que tu m\u2019offrirais pour que je m\u2019en aille vers tes villes ?.Tu appartiens, ô Blanche, à un monde que nous ne comprenons pas et qui ne nous comprend pas .Rien de ce que je sais ne t\u2019importe, et tout ce que tu dois apprendre, je n\u2019en saurais que faire .\u201d Bardy, Gustave: La Vie spirituelle d\u2019après les Pères des trois premiers siècles.2 vol.Edition revue et mise à jour par A.Hamman.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 248 et 244 pp.Boudreault, abbé Marcel: Rythme et mélodie de la phrase parlée en France et au Québec.Bibliothèque Française et Romane, Série E: Langue et Littérature française au Canada, 4.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval; Paris, Librairie C.Klinsksieck, 1968, 273 pp.Cognet, Louis: Introduction aux mystiques rhéno-flamands.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 349 pp.Colomb, Joseph, P.S.S.: Le service de l\u2019Evangile.Manuel catéchétique, I.\u2014 Paris, Tournai, Rome, New York, Desclée, 1968, 611 pp.Congrès des religieuses de Montréal, 1er, 2 et 3 mars 1968: La Religieuse dans la cité.Coll.\u201cFoi et Liberté\u201d.\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1968, 319 pp.Delavignette, Robert: Du bon usage de la décolonisation.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 120 pp.de Wissant, André: Théâtre d\u2019Ombres, I.\u2014 Paris, Nouvelles Editions Debresse, 1968, 223 pp.Ecrits du Canada français, 24: Théâtre, Nouvelles, Essais, Poésie.\u2014 Montréal, 1029, côte du Beaver Hall, 1968, 267 pp.En collaboration: L\u2019Athéisme dans la vie et la culture contemporaine, Tome I, vol.2.Sous la direction de J.Girardi et J.F.Six.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 488 pp.En collaboration: Le Christ devant nous.Coll.\u201cRemise en cause\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 197 pp.Girardi, Jules: Marxisme et Christianisme.Postface de Roger Garaudy.Traduit de l\u2019italien.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 316 pp.Haring, Bernard: Chrétiens dans un monde nouveau.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 344 pp.Hamman, A.: Vie liturgique et vie sociale.Repas des pauvres, Diaconie et diaconat, Agape et repas de charité, Offrande dans l\u2019antiquité chrétienne.Bibliothèque de théologie.\u2014 Paris, Tournai, Rome, New York, Desclée, 1968, 342 pp.Leclercq, Jacques: La femme aujourd\u2019hui et demain.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 136 pp.Lewis, Geoffrey: La Turquie.Le déclin de l\u2019Empire, les Réformes d\u2019Atarturk, la Republique moderne.Marabout Université, 156.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 272 pp.McLuhan, Marshall: Pour comprendre les média.Les prolongements technologiques de l\u2019homme.Traduit de l\u2019anglais par Jean Paré.Coll.\u201cConstantes\u201d, 13.\u2014 Montréal, Editions HMH, 1968, 390 pp.Sheridan, Thomas L., S.J.: Newman et la justification.Traduit de l\u2019anglais par G.Lecourt.Coll.\u201cUnité et Vérité\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1968, 432 pp.Stern, Karl: Refus de la Femme.Essai.Coll.\u201cConstantes\u201d, 15.\u2014 Montréal, Editions HMH, 1968, 251 pp.Suenens, cardinal: La coresponsabilité dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 224 pp.Toinet, Paul: A la recherche de la Foi perdue.Préface de Joseph Thomas, S.J.\u2014 Paris, Beau-chesne, 1968, 191 pp.Tondriau, J.et Villeneuve, R.: Dictionnaire du Diable et de la démonologie.Marabout Université, 154.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 338 pp.van der Meer de Walcheren, P.: La Terre et le Royaume.Journal 1936-1962.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 367 pp.Weber L.M.: Sexualité, Virginité, Mariage et leur approche théologique.Traduit de l\u2019allemand par Henri Rochais.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 118 pp.Audet, M.; Charpentier, P.; Daniélou, H.; Dher-bomez, P.; Dubarle, D.; Hangouët, J.; Matignon, R.; Widlocher, D.: Un nouveau style d\u2019obéissance.Paris, Editions du Cerf, 1968, 112 pp.Cazelles, Henri, P.S.S., Naissance de l\u2019Eglise.Secte juive rejetée.?Coll.\u201cLire la Bible\u201d, 16.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 129 pp.Cotti, Colette: La femme au seuil de l\u2019an 2000.Coll.\u201cHorizon 2000\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 208 pp.16 pages de hors-texte en couleurs, très nombreux documents photographiques.Daniélou, Jean, S.J.: La Trinité et le mystère de l\u2019existence.Coll.\u201cMéditations théologiques\u201d, 3.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 115 pp.Duployé, Pie: Huysmans.Coll.\u201cLes écrivains devant Dieu\u201d.\u2014- Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 143 pp.En collaboration: Dossier de l\u2019Europe de l\u2019Est.I\t: Albanie, R.D.A., Pologne, Tchécoslovaquie; II\t: Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Yougoslavie.Col.\u201cMarabout Université\u201d, 158, 159.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 288 pp.chaque vol.En collaboration: La Théologie du renouveau.Texte intégral des travaux présentés au Congrès international de Toronto, publié sous la direction de Laurence K.Shook, C.S.B.et Guy-M.Bertrand, C.S.C., 2 vol.\u2014 Montréal, Editions Fides; Paris, Editions du Cerf, 1968, 376 pp.chaque vol.Gagnon, A.: Entre deux feux.\u2014 Québec, 1967, 110 pp.Kalisky, René: Le monde arabe.I: L\u2019essor et déclin d\u2019un empire.II: Le réveil et la quête de l\u2019unité.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 160, 161.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 320 et 384 pp.Lavigerie, cardinal : La mission universelle de l\u2019Eglise.Textes présentés par X.de Montclos.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 206 pp.Le Bourgeois, Mgr Armand: Aggiornamento de la vie consacrée.Quelques aperçus.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1968, 192 pp.Le Moine, Roger: Joseph Marmette, sa vie, son œuvre.Suivi de A travers la vie, roman de mœurs canadiennes de Joseph Marmette.Coll.\u201cVie des Lettres canadiennes\u201d, 5.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1968, 251 pp.Monier, Père, S.J.: Conversations et paraboles.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1968, 156 pp.Prévost, Pauline:\tPsychologie féminine et vie religieuse.2e, éd.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1967, 174 pp.Rolin, Céline: La femme devant le divorce.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 264 pp.Thorens, Léon:\tPanorama des littératures, 6.France ; (le partie) Des origines à 1715.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 157.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 277 pp.Trilling, Wolfgang: Jésus devant l\u2019histoire.Traduit de l\u2019allemand par Joseph Schmitt.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 254 pp.Vatican II: La Révélation divine.Constitution dogmatique \u201cDei verbum\u201d.Texte latin et traduction française par J.-P.Torrell.Commentaires par B.-D.Dupuy, J.Feiner, H.de Lubac, Ch.Moeller, P.Grelot, L.Alonso-Schoekel, X.Léon-Dufour, A.Grillmeier, R.Schütz, M.Thu-rian, J.-L.Lueba, A.Scrima, A.Kniazeff, sous la direction de B.-D.Dupuy.Coll.\u201cUnam Sanctam\u201d, 70a, 70b.2 vol.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 693 pp.Wulf, Joseph: Raoul Wallenberg : il fut leur espérance.Coll.\u201cVies et Témoignages\u201d.Traduit de l\u2019allemand par Francine Miroux.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 147 pp. C-
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