Relations, 1 novembre 1968, Novembre
[" REVUE DU MOIS NUMERO 332 MONTREAL NOVEMBRE 1968 PRIX 500 La paternité responsable Nos évêques et la vie humaine Nos CEGEP à l'heure de l'occupation Le Québec après Daniel Johnson L'adolescence SOMMAIRE Novembre 1968 Éditoriaux.301 Le Biafra sacrifié.\u2014 Le Québec après Daniel Johnson.Articles L\u2019encyclique \u201cHumanæ Yitæ\u201d et la\tpaternité responsable.Marcel\tMarcotte\t303 Nos évêques et la vie humaine .\t.\t.Julien Harvey 309 Nos CEGEP À l\u2019heure de l\u2019occupation .Fernand Dorais 312 L\u2019adolescence.Claire\tCampbell\t315 Conférence internationale de chrétiens et de Juifs.Sœur Marie-Noëlle 318 Dieu, l\u2019Église et le couple.Louis Aucoin 320 Chroniques Début de saison à la T.V.Émile Gervais 321 Au service du français : Progrès ou régression ?Joseph d\u2019Anjou 323 Le théâtre.Georges-Henri\td\u2019Auteuil\t324 L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie.\u2014 Bilan.\u2014 Les Dactylos.\u2014 Le Tigre.Avec ou sans commentaires : Le complexe d'antitriomphalisme Jean Daniélou 325 Les livres .327 Ouvrages reçus.329 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-351.Tél.: 387-2541 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication MEDITATION CE JOUR QUI REVIENDRA Quel est-il ce jour qui reviendra ?C\u2019est celui de votre fête ici-bas, quand plus tard vous n\u2019aurez plus d\u2019âge; c\u2019est le jour de la Toussaint.Je le sais, l\u2019idée ne vous est jamais venue de vivre de façon à vous installer au calendrier de la liturgie; et pas davantage, l\u2019espoir d\u2019être saint, afin de devenir occasion de joie, objet de célébration publique à l\u2019église.C\u2019est d\u2019accord, car ces objectifs, en plus d\u2019être stupides, seraient singulièrement teintés de prétention vaniteuse, incompatible avec cette vertu, exigée de Dieu pour l\u2019exaltation d\u2019une âme.Mais si l\u2019essentiel ne réside pas en ces éléments accessoires, ils ne suppriment pourtant pas votre obligation de tendre à la sainteté; ils ne suppriment pas, non plus, ce jour qui reviendra, la Toussaint, ce jour de votre fête ici-bas, quand vous n\u2019aurez plus d\u2019âge, quand vous aurez, avec tous les élus, l\u2019âge de l\u2019Etemel et sa Vie.Pour quelle raison auriez-vous donc renoncé à votre vocation de saint ?Votre imagination, distraite, aurait-elle, par hasard, confondu le sens de deux mots ?Sanctification et canonisation ! La seconde, spectaculairement organisée pour vous, par d\u2019autres, vous aura semblé, à juste titre, risible ou ridicule ! Et partant de là vous auriez abandonné tout espoir de réalisation de la première, assurément voulue cette fois pour vous, par un Autre.Ce n\u2019est plus d\u2019accord en ce cas, car l\u2019essentiel n\u2019est pas d\u2019être canonisé mais de se sanctifier.La preuve, vous l\u2019avez en ce jour du mois, la Toussaint, réservé pour rendre hommage aux saints non canonisés.Cette fête, par décision de l\u2019Eglise, revient chaque année pour une multitude d\u2019autres, dont plusieurs sont des vôtres; et ce jour reviendra pour vous, quand vous n\u2019aurez plus d\u2019âge, quand vous aurez, avec tous les élus, l\u2019âge de l\u2019Eternel et sa Vie.Pour quel autre motif le Malin vous aurait-il encore convié à la démission ?Il en a de multiples, en effet, en vue de paralyser la pratique de l\u2019amour divin.Le petit voile confortable de la fausse modestie, en particulier, lui sert volontiers de déguisement : il en revêt astucieusement la lâcheté, et lui donne par surcroît l\u2019apparence de la vertu.Sa victime alors se console de ne pas tendre à la sainteté, parce qu\u2019elle se sent innocente de n\u2019avoir pas eu en partage ce courage dont les saints auraient été privilégiés; ce courage nécessaire pour poser les actions d\u2019éclat et vivre les vies remarquables ! Mais personne ne l\u2019a eu ce courage; chacun pourtant l\u2019a reçu, quand il l\u2019a demandé; il porte le nom de grâce.Or la grâce est toujours accordée, non pas pour poser des gestes remarquables ici-bas, mais des gestes remarqués plus haut; non pas seulement à l\u2019occasion de circonstances exceptionnelles d\u2019actions d\u2019éclat, mais à l\u2019occasion constante d\u2019actions simples et quotidiennes, connues sous le nom du devoir d\u2019état.Il n\u2019y a pas assez de dates au calendrier pour tous les saints anonymes; il en reste pour les autres.La Toussaint, c\u2019est la fête de ceux de la voie commune et de ceux de la bonne volonté; ce sera la vôtre en ce jour qui reviendra, même quand vous n\u2019aurez plus d\u2019âge; quand vous aurez, avec tous les élus, l\u2019âge arrêté de l\u2019Eternel, sa Vie, et sans fin, son Amour.Paul Fortin.LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\"Où te travail devient œuvre.chef-d\u2019œuvre\u2019\u2019 S3H CHAUFFAGE-PLOMB ERIE 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL montréal novembre 1968 numéro 332 relations £ditotiaux Le Biafra sacrifié Cette longue agonie du Biafra, il est vrai que le Canada ne s\u2019y est intéressé qu\u2019au dernier moment \u2014 après les élections .après le coup de Prague .après les vacances .après de pénibles tergiversations politiques et atermoiements juridiques autour d\u2019un blessé à mort.De la part d\u2019un membre influent du Commonwealth qui, à plusieurs reprises, a su prendre les devants et même se mériter les lauriers d\u2019un prix Nobel de la Paix, ce n\u2019était guère faire preuve d\u2019initiative créatrice ! Mais que dire de l\u2019attitude des jeunes nations d\u2019Afrique ?Chaque fois qu\u2019elles se sont rencontrées, la politique a parlé plus haut que la raison, la puissance que la pitié.Après l\u2019échec, à Addis-Abéba, de la Commission consultative de l\u2019Organisation de l\u2019Unité africaine, les espoirs d\u2019un règlement devaient se reporter sur la cinquième conférence \u201cau sommet\u201d de l\u2019O.N.U.Le secrétaire général de l\u2019O.N.U., M.Thant, se rendit à Alger y prendre la parole: Si je ne puis dissimuler mon inquiétude devant la situation qui découle de la persistance des politiques coloniales et racistes en Afrique, il m\u2019est encore moins possible de taire ma détresse et ma consternation devant l\u2019ampleur croissante des destructions, de la famine, et des pertes de vies humaines entraînées par la lutte fratricide qui ensanglante le Nigéria .Ces faits, vérifiés par des sources impartiales, démontrent qu\u2019un très grand nombre d\u2019êtres humains, combattants aussi bien que non-combattants, meurent ou sont en proie à d\u2019atroces souffrances; beaucoup d\u2019enfants, en particulier, meurent ou sont sur le point de mourir de faim.Au nom de l\u2019humanité, il est indispensable de ne rien négliger pour aider à atténuer les effets de ce tragique conflit.Cet appel au nom de l\u2019humanité allait-il faire l\u2019accord au moins sur les conditions d\u2019un cessez-le-feu ?C\u2019était compter sans l\u2019intervention du colonel Boumedienne, président de l\u2019Algérie.Il s\u2019embrasa pour la sauvegarde de l\u2019unité à tout prix: Nous compatissons aux malheurs des victimes d\u2019un complot étranger.Mais nous ne perdons pas de vue que les causes nationales exigent des sacrifices à la mesure de leur gravité.La sauvegarde de l\u2019unité est l\u2019unique moyen pour mettre fin aux souffrances et permettre aux choses de reprendre leur cours normal au Nigéria.Après quoi, sans le moindre reproche pour le Nigéria, on vota une résolution invitant \u201ctous les États membres de l\u2019O.N.U.et de l\u2019O.U.A.à s\u2019abstenir de toute action susceptible de porter atteinte à l\u2019unité, à l\u2019intégrité territoriale et à la paix du Nigéria\u201d.Pour apaiser les consciences (à peu de frais, à vrai dire) et pacifier les quatre pays africains qui reconnaissent l\u2019État du Biafra, on ajouta timidement une \u201crecommandation\u201d où il est question d\u2019amnistie générale \u201csi les précédentes conditions sont remplies\u201d.En d\u2019autres mots, des peuples traditionnellement opposés, se réclamant de religions et de civilisations différentes, n\u2019auront pas un seul instant le droit de poser la question de l\u2019unité artificielle d\u2019une fédération qui leur aura été imposée, ni celle du \u201cvouloir vivre commun\u201d qui définit la patrie.A l\u2019intérieur de mêmes frontières, les Biafrais devront se soumettre aux mêmes lois, sous l\u2019égide des mêmes institutions .ou périr.Ce nationalisme où l\u2019État est tout, et le peuple peu de chose, où la raison d\u2019État l\u2019emporte sur la cause de l\u2019homme, ce nationalisme non seulement sacrifie le Biafra à la volonté de puissance, mais fait craindre pour l\u2019équilibre de l\u2019Afrique.Combien de responsables africains sont d\u2019accord avec le représentant du Nigéria, M.Awolowo, qui déclarait, lors de la séance finale du sommet d\u2019Alger: Nous devons considérer chaque Etat-membre comme indivisible et nous devons soutenir tout gouvernement en place quelle que soit son idéologie.NOVEMBRE 1968 301 Le Québec après Daniel Johnson Daniel Johnson est mort au moment où il atteignait à la plénitude de ses moyens et au sommet de son prestige.Prestige qui rayonnait bien au delà des frontières de sa province, comme l\u2019a établi l\u2019immense vague de sympathie suscitée par sa conférence de presse à Québec et par sa mort inattendue, le lendemain, à la Manicouagan.Pour le Québec \u2014 et pas seulement pour l\u2019Union nationale \u2014 cette disparition soudaine est une tragédie, car elle survient au moment où la Province avait le plus besoin du chef que Daniel Johnson était en train de devenir.C\u2019est qu\u2019il faut du temps pour faire d\u2019un premier ministre un chef, du temps aussi pour que l\u2019accord s\u2019établisse entre ce chef et la société qu\u2019il représente.Entre l\u2019ancien premier ministre et la société québécoise, cet accord commençait à s\u2019opérer : Daniel Johnson ressentait vivement et exprimait d\u2019une façon étonnamment fidèle les aspirations, les besoins et même les tirail'ements internes de cette société, et celle-ci de plus en plus se reconnaissait en lui et l\u2019acceptait pour chef.Aujourd\u2019hui, cette réussite n\u2019est plus et il faudra du temps pour qu\u2019un semblable accord s\u2019établisse entre le nouveau premier ministre et la société québécoise.Or les problèmes s\u2019accumulent et le temps presse; jamais le Québec n\u2019a autant éprouvé la nécessité d\u2019une direction politique ferme et compétente, car l\u2019image complexe qu\u2019il projette aujourd\u2019hui est celle d\u2019une société inquiète ayant besoin d\u2019être rassurée et celle d\u2019un État débordé ayant besoin d\u2019être renforcé.Une société inquiète ayant besoin d\u2019être rassurée.\u2014 Notre société québécoise baigne actuellement dans l\u2019inquiétude et l\u2019anxiété.Il n\u2019y a pas un groupe, pas une classe, pas une institution qui ne s\u2019interroge sur son avenir.Anglophones et francophones sont également inquiets et se demandent avec angoisse si leur groupe a encore au Québec un avenir.Élèves des CEGEP et étudiants des universités s\u2019agitent, mettent en question cours et professeurs et redoutent d\u2019arriver mal préparés et sans emploi au marché du travail et à la société de demain.La critique corrosive d\u2019une certaine presse Un esprit de critique corrosive est devenu de mode dans certains secteurs de la vie catholique.Il y a par exemple des revues et des journaux qui semblent n\u2019avoir d\u2019autre fonction que de donner des informations déplaisantes sur les faits et les personnes des milieux de l\u2019Eglise.Il n\u2019est pas rare qu\u2019ils présentent ces informations d\u2019une façon unilatérale, et que peut-être même ils les déforment et les dramatisent un peu, pour les rendre intéressantes et piquantes.Ils habituent ainsi leurs lecteurs non pas à un jugement objectif et serein, mais à une suspicion négative, à une méfiance systématique, à une mésestime pré- 302 Patrons et ouvriers, professeurs, administrateurs et fonctionnaires ne sont guère plus rassurés, comme en témoignent les grèves qui se multiplient et qui n\u2019en finissent plus.Entre les générations l\u2019ajustement n\u2019arrive pas à s\u2019établir et la contestation chez les jeunes tend à devenir globale.On a tranché les amarres, levé les ancres qui retenaient au port le navire québécois, et maintenant il vogue emporté dans le noir, cherchant sa direction, n\u2019ayant à la barre pour pilote principal, sinon unique, que l\u2019État, car l\u2019Église, en proie elle-même à une grave crise interne, ne joue plus le rôle stabilisateur et directeur qui fut longtemps le sien.Aussi, dans leur inquiétude, individus et groupes se tournent vers l\u2019État et lui demandent qu\u2019il les rassure sur leur avenir.Un État débordé ayant besoin d\u2019être renforcé.\u2014 Mais l\u2019État québécois ne donne guère actuellement l\u2019impression d\u2019être en mesure d\u2019apaiser ces craintes et de combler ces espoirs.Débordé par les problèmes de tous ordres qui lui tombent dessus, empêtré dans des soucis financiers sans cesse croissants, il a peine à élaborer et surtout à exécuter des politiques efficaces et coordonnées de planification économique, de salaires, de relations du travail, d\u2019assistance et de sécurité sociales, d\u2019enseignement et de réformes constitutionnelles.À l\u2019inquiétude qui ronge la société québécoise et qui explose en particulier dans une agitation croissante des étudiants, l\u2019État semble ne pouvoir apporter que des apaisements provisoires et des politiques d\u2019occasion.Cependant, le temps présent et l\u2019avenir du Québec exigent bien davantage; ils réclament tout particulièrement que l\u2019État s\u2019organise pour gouverner avec compétence et efficacité, afin de guider avec prudence et fermeté la marche de la communauté québécoise.Les espoirs que Daniel Johnson avaient fait naître reposent maintenant en la personne du nouveau premier ministre, M.Jean-Jacques Bertrand.Franc, honnête, dévoué, ouvert au dialogue, il possède des qualités de premier p\u2019an; il lui reste à s\u2019affirmer le chef de haute stature qu\u2019appelle aujourd\u2019hui le Québec.Son exemple et son action pourront grandement contribuer à rassurer une société que son avenir inquiète et à renforcer un État que les problèmes de l\u2019heure menacent de déborder.conçue envers des personnes, des institutions et des activités de l\u2019Eglise.Ils incitent donc leurs lecteurs et leurs disciples à s\u2019affranchir du respect et de la solidarité que tout bon catholique et que même tout honnête lecteur devrait avoir pour la communauté et pour l\u2019autorité de l\u2019Eglise.Ce n\u2019est pas le souci de l\u2019information exacte et complète, ce n\u2019est pas le désir d\u2019exercer la correction fraternelle là où elle est méritée, mais le goût du sensationnel, de la dénonciation ou de la contestation qui guident certains publicistes, en semant l\u2019inquiétude et l\u2019indocilité dans les âmes de tant de bons catholiques, y compris certains prêtres et de nombreux jeunes pleins de ferveur.(Paul VI, allocution à l\u2019audience générale du 18 septembre 1968.) RELATIONS L'Encyclique \u201cHumanae Vitae\" et la Paternité responsable Marcel Marcotte, S.J.tobéissance catholique, disions-nous, n\u2019est pas un don, mais une conquête; pas un point de départ, mais un point d\u2019arrivée; pas un commencement, mais un terme; pas une démarche à priori ou primesautière, mais un cheminement.1 Pour tout croyant, entre le moment où il prend connaissance de la doctrine ou de la loi et celui où il y adhère effectivement, il existe un écart psychologique à combler.L\u2019écart peut varier beaucoup d\u2019un croyant à un autre, sans qu\u2019on puisse le moins du monde, sur la base de ces différences, évaluer comparativement la qualité de la foi de chacun ni, encore moins, mettre en doute la loyauté et la fidélité de personne.Heureux le chrétien qui, tel le Prophète, sait reconnaître le passage de Dieu à un murmure du vent, à un bruissement dans les feuilles.Mais il faut bien l\u2019admettre: à notre époque, qui exalte si fort les capacités de la science et l\u2019autonomie de la raison, cette spontanéité de la foi, cette allégresse de l\u2019obéissance sont moins répandues que naguère dans le peuple chrétien.11 aura fallu à plusieurs le coup de tonnerre de l\u2019Encyclique pour les tirer de l\u2019engourdissement moral où quatre années de silence officiel et d\u2019expectative raisonneuse les avait tout doucement plongés.Ce qui importe à présent, ce n\u2019est pas que, encore mal éveillés, ils se jettent à corps perdu dans la foi et coulent à pic dans l\u2019obéissance, c\u2019est qu\u2019ils se remettent debout, simplement, et qu\u2019avec des yeux frais, un esprit libre, un cœur content, ils marchent à la rencontre du Seigneur qui, sous les espèces du Pape, vient leur rendre visite; c\u2019est qu\u2019ils s\u2019ouvrent et restent ouverts en permanence à la parole de vérité et de vie que, par la voix du Magistère, l\u2019Esprit saint a prononcée.Moyennant quoi, ni Dieu ni l\u2019Église ne leur tiendront rigueur des résistances et des tâtonnements qui, dans le désarroi actuel des idées, risquent de jalonner, pour un grand nombre, ce voyage au bout de la nuit.Les opinions qui se sont exprimées, dans les milieux cléricaux et laïcs, au lendemain de l\u2019Encyclique, relèvent, en gros, de trois attitudes distinctes: l\u2019acceptation inconditionnelle, le doute circonstancié, la contestation globale.Sous peine de manquer de réalisme et de mordant, la pastorale de la fécondité doit s\u2019adapter à cette diversité et, sans chavirer dans la confusion, fournir aux chrétiens de chaque catégorie les lumières correspondant à leurs besoins particuliers.Tâche délicate et périlleuse entre toutes, comme en témoignent les déclarations prudentes et nuancées \u2014 parfois même subtiles \u2014 que, pour répondre aux 1.\tRelations, septembre 1968: L\u2019Encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d et l\u2019obéissance catholique.désirs du Pape,2 les épiscopats de différents pays \u2014 et du nôtre \u2014 ont élaborées à l\u2019intention de leurs fidèles.Est-il besoin de dire que c\u2019est avec une conscience aiguë de nos limites que nous tenterons, à notre tour, de redéfinir les attitudes et les règles de cette pastorale de cheminement dont nous avions, dès notre premier article, marqué l\u2019esprit et fixé les démarches essentielles ?3 La portion du peuple chrétien qui accueille l\u2019enseignement de l'Encyclique sans restriction a besoin qu'on s'occupe d'elle.Notre attention, pour le moment, se portera exclusivement vers les croyants de la première catégorie, que tout le monde, au milieu de l\u2019effervescence actuelle, incline trop à perdre de vue.Ils sont plus nombreux qu\u2019on ne pense \u2014 ils constituent probablement dans l\u2019Église une majorité \u2014 ceux qui, d\u2019emblée et sans réticence, souscrivent à l\u2019enseignement de l\u2019Encyclique.Soit que, suivant la tradition, ils se rallient spontanément, après coup, à l\u2019autorité du Magistère qui, en termes clairs, vient de prononcer sa sentence; soit qu\u2019ils se sentent, d\u2019esprit et de cœur, parfaitement accordés avec la doctrine et la loi qu\u2019il promulgue avec force, ils approuvent, le plus souvent en silence, les décisions du Pape et sont fermement résolus à en faire les normes idéales de leur conduite conjugale ou pastorale.Pour s\u2019abandonner avec tant de facilité apparente aux directives papales, il faut, insinue-t-on, cultiver une notion infantile et surannée de l\u2019obéissance, ou se sentir, de par sa situation personnelle, entièrement hors de jeu.Injure gratuite, contre laquelle, il va sans dire, les faits protestent.Faut-il être un innocent ou un débile pour obéir au Pape ?Un célibataire, un ermite, un vieillard, un impuissant pour voir dans la contraception un mal moral et un danger pour l\u2019humanité ?L\u2019intolérance, décidément, n\u2019est pas toute du même bord, et celle des affranchis a des chances de faire autant de mal dans l\u2019Église que celle des despotes.A mesure que l\u2019enseignement papal fera son chemin dans les esprits et les cœurs catholiques, il est à prévoir que le nombre des partisans de l\u2019Encyclique ira croissant, tandis que décroîtra, parallèlement, le nombre de ses opposants.Il en fut toujours ainsi dans l\u2019Église de Dieu.Que le Pape, dans l\u2019intervalle, puisse jeter du lest et arrondir les angles de la doctrine, cela n\u2019a guère d\u2019impor- 2.\tHumanæ Vitæ, no 30.3.\tRelations, septembre 1968: L\u2019Encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d et l\u2019obéissance catholique.NOVEMBRE 1968 303 tance: un jour doit normalement venir \u2014 que tout vrai chrétien souhaite le plus proche possible \u2014 où le peuple de Dieu, pris d\u2019ensemble, se ralliera autour de l\u2019enseignement officiel, substantiellement inchangé, pour en faire la règle de sa pensée et de sa conduite.Il en est que cette perspective tourmente et qui voudraient, semble-t-il, l\u2019éloigner ou la conjurer.À ces présomptueux, trop coiffés de leurs propres idées, le P.Karl Rahner, s\u2019adressant aux prêtres, a servi une leçon ironique et sévère: A tout prendre, il est bien possible, même aujourd\u2019hui, que le prêtre vienne en contact avec des consciences qui, laissées libres de leurs jugements, rejetteraient la \u201cpilule\u201d.Compte tenu de 1\u2019 \u201cauthenticité\u201d de la doctrine pontificale, il n\u2019a certes pas le droit de tenter d\u2019 \u201céclairer\u201d une conscience de ce type.Karl Rahner: A propos de l\u2019encyclique Humanæ Vitæ.Dans une optique plus générale et en termes plus circonspects, l\u2019Épiscopat canadien fait pareillement à \u201cceux qui ont mission d\u2019enseigner au nom de l\u2019Église\u201d un devoir de \u201creconnaître leur responsabilité de s\u2019abstenir de toute opposition ouverte à l\u2019Encyclique\u201d, une telle opposition étant susceptible \u201cd\u2019engendrer la confusion\u201d et d\u2019être une \u201ccause de scandale pour le peuple de Dieu\u201d.4 Mais, reconnaître la responsabilité de s\u2019abstenir, ce n\u2019est pas forcément s\u2019abstenir; éviter toute opposition ouverte, ce n\u2019est pas non plus éviter toute opposition: nous sommes payés pour le savoir.Les pêcheurs en eau trouble n\u2019auront donc point de peine, si le cœur leur en dit, à faufiler leur volonté propre entre les mailles de cette ordonnance débonnaire.Ils sauront du moins, à ce moment, qu\u2019ils en réduisent au minimum l\u2019esprit et les exigences et que, de cet amenuisement, ils portent la responsabilité devant leur conscience et devant Dieu.Quoi qu\u2019il en soit de l\u2019avenir, la portion actuelle du peuple chrétien qui accueille l\u2019Encyclique sans restriction a besoin qu\u2019on s\u2019occupe d\u2019elle.Courir au devant des eifants prodigues, c\u2019est bien; mais les fils soumis ont droit aussi à quelque attention.N\u2019est-ce pas à eux, d\u2019abord, que le Pape s\u2019adresse, et qu\u2019il demande, en attendant la venue des ouvriers de l\u2019onzième heure, de porter seuls le poids du jour et de la chaleur ?À la suite du Concile, le Pape fait de la paternité responsable, considérée sous ses aspects positifs, la norme idéale de la régulation des naissances.L\u2019enseignement de Paul VI, disions-nous, s\u2019organise, comme celui du Concile, autour de deux notions complémentaires: l\u2019amour conjugal et la paternité responsable.Du rôle de l\u2019amour en rapport avec la fécondité, il fut longuement question dans notre précédent article.5 Reste à parler de la paternité responsable, dont l\u2019Encyclique met tour à tour en lumière les aspects positifs, pour que les 4.\tDéclaration des évêques canadiens sur l\u2019encyclique \u201cHuma-nœ Vitæ, no 16.5.\tRelations, octobre 1968: La pastorale de la fécondité au lendemain de l\u2019Encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d.époux soient instruits des privilèges et des droits que le mariage leur confère, et les aspects négatifs, pour qu\u2019ils prennent conscience des limitations et des devoirs que la morale leur impose.Après Pie XII, qui donna sur cette question le coup d\u2019envoi, c\u2019est encore le Concile qui, à travers la notion de prudent et généreux contrôle de la conception, a montré ici le chemin à Paul VI.Voici en quels termes la Constitution pastorale Gaudium et Spes exprime d\u2019abord les aspects positifs de la paternité responsable: Les époux s\u2019acquitteront de leur charge (de procréateurs et d\u2019éducateurs) en toute responsabilité humaine et chrétienne.Dans un respect plein de docilité à l\u2019égard de Dieu, d\u2019un commun accord et d\u2019un commun effort, ils se formeront un jugement droit.Ils prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l\u2019Eglise elle-même.Ce jugement, ce sont, en dernier ressort, les époux eux-mêmes qui doivent l\u2019arrêter devant Dieu.Gaudium et Spes, no 50.Une telle présentation nous établit en plein contexte de croissance morale et spirituelle adulte.Non seulement une saine régulation des naissances est un droit, mais elle peut même être un devoir, et aucune instance \u2014 fût-ce le Pape en personne \u2014 ne peut suppléer sur ce point à la responsabilité des époux.Encore faut-il que les motifs allégués pour régulariser les naissances procèdent d\u2019un \u201cjugement droit\u201d et que les moyens ou les techniques mis en œuvre à cette fin, par delà les jugements et les soucis trop subjectifs, respectent certains critères objectifs de moralité qui, par le truchement de la loi, s\u2019imposent à la conscience et en mesurent la rectitude.C\u2019est pourquoi, le Concile ajoute aussitôt: Dans leur manière d\u2019agir, que les époux chrétiens sachent bien qu\u2019ils ne peuvent pas se conduire à leur guise, mais qu\u2019ils ont l\u2019obligation de toujours suivre leur conscience, une conscience qui doit se conformer à la loi divine; et qu\u2019ils soient dociles au magistère de l\u2019Eglise, interprète autorisée de cette loi à la lumière de l\u2019Evangile.Cette loi divine manifeste la pleine signification de l\u2019amour conjugal, elle le protège et le conduit à son achèvement vraiment humain.Gaudium et Spes, no 50.Paul VI n\u2019a fait qu\u2019expliciter et prolonger ces directives du Concile.Positivement, en faisant de la paternité responsable la norme idéale de la régulation des naissances; négativement, en refusant de l\u2019associer à la contraception.Le premier aspect de la question n\u2019a pas moins d\u2019importance que le second.C\u2019est à lui, d\u2019abord, que nous voulons nous attacher.Pas plus que le Concile, l\u2019Encyclique n\u2019est nataliste, dans ce sens qu\u2019elle obligerait les époux à engendrer le plus d\u2019enfants possible, abstraction faite de la santé de la mère, du salaire du père, de l\u2019exiguïté du logis, de la surpopulation du pays.Agir en parents responsables, dit Paul VI, c\u2019est \u2014 dans le respect \u201cdes lois biologiques qui font partie de la personne humaine\u201d et dans la pratique \u201cde la nécessaire maîtrise que la raison et la volonté doivent exercer sur les tendances de l\u2019instinct et des passions\u201d \u2014 résoudre sans imprudence et sans mesquinerie la question du nombre d\u2019enfants à mettre ou à ne pas mettre au monde.304 RELATIONS Par rapport aux conditions physiques, économiques, psychologiques et sociales, la paternité responsable s\u2019exerce soit par la détermination réfléchie et généreuse de faire grandir une famille nombreuse, soit par la décision, prise pour de graves motifs et dans le respect de la loi morale, d\u2019éviter temporairement ou même pour un temps indéterminé une nouvelle naissance.Humana Vita, no 10.Pour parvenir à cet équilibre, \u201cl\u2019intelligence humaine\u201d, dont \u201cc\u2019est la prérogative\u201d \u2014 comme le chantent sur tous les tons les promoteurs du contrôle artificiel des naissances \u2014 \u201cde maîtriser les énergies offertes par la nature irrationnelle et de les orienter vers un but conforme au bien de l\u2019homme\u201d, peut intervenir pour désigner, \u201cdans le respect de l\u2019ordre établi par Dieu\u201d, les moyens efficaces et légitimes de régler la natalité au foyer.Essentiellement, ces moyens sont ceux qui font appel à la connaissance et à la maîtrise de soi, à la promotion de l\u2019amour en ses valeurs les plus hautes (y compris l\u2019effort et le sacrifice) et, par conséquent, au dépassement du seul aspect génital de la vie sexuelle.6 Qu\u2019ils puissent être améliorés, rendus plus efficaces et plus accessibles aux époux, c\u2019est bien évident.À ce propos, Paul VI souhaite que, \u201cselon le vœu déjà formulé par Pie XII, la science médicale réussisse à donner une base suffisamment sûre à une régulation des naissances fondée sur l\u2019observation des rythmes naturels\u201d, non seulement pour que l\u2019exercice de la paternité responsable en soit facilité, mais aussi pour que la preuve soit établie \u201cpar les faits\u201d que, selon l\u2019enseignement du Concile,7 \u201cil ne peut y avoir de véritable contradiction entre les lois divines qui règlent la transmission de la vie et celles qui favorisent un authentique amour conjugal\u201d.8 Néanmoins, en attendant que pareille conquête, plus précieuse que celle de la pilule anovulante, dissipe l\u2019angoisse des couples en difficulté et confirme, par contrecoup, la sagesse des décisions du Magistère, il faudra bien que les chrétiens s\u2019accommodent des moyens existants.On n\u2019en connaît que deux: la continence absolue et la continence périodique.La continence, absolue ou périodique, est difficile aux époux, mais à certaines conditions, elle ne leur est ni impossible, ni malfaisante.L\u2019Encyclique, nulle part, ne fait directement mention de la première.Cela ne veut pas dire qu\u2019elle l\u2019exclut, mais qu\u2019elle la considère, à tout le moins, comme une mesure extrême et périlleuse à laquelle, par conséquent, les époux ne devraient recourir que dans les situations désespérées.Aussi bien, s\u2019il est vrai, comme nous l\u2019avons souligné,9 que l\u2019amour charnel, au service de l\u2019amour total, fait partie intégrante de la vie conjugale, il est impossible, sauf vocation exceptionnelle et rarissime à un amour transcendant, de l\u2019en évacuer pour longtemps, et encore moins pour toujours, sans aller à l\u2019encontre des buts du mariage et sans mettre sérieusement en danger le bien naturel et 6.\tHumana Vita, no 21.7.\tGaudium et Spes, no 51.8.\tHumana Vita, no 24.9.\tRelations, octobre 1968: La pastorale de la fécondité au lendemain de l\u2019Encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d.surnaturel du couple.La nouvelle pastorale, à notre sens, doit faire grand cas de ce silence, cette réserve, cette discrétion concertée de Paul VI, de cette absence de panache qui contraste si fort avec les appels à l\u2019héroïsme multipliés par Pie XII,10 * de manière à ne jamais donner, fût-ce seulement en apparence, prise au reproche adressé par l\u2019Évangile aux pharisiens qui \u201client de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes, mais se refusent eux-mêmes à les remuer du bout du doigt\u201d.11 En ces temps de crise, l\u2019Esprit lui-même, comme l\u2019Encyclique en fait foi, a choisi de parler bas.Pour être humaine et réaliste, la pastorale conjugale doit également se souvenir que la continence, même si elle n\u2019est que temporaire et réservée aux seules périodes de fécondité, est difficile aux époux, plus difficile, en tout cas, qu\u2019aux célibataires.Car elle doit s\u2019exercer entre des êtres qui sont liés physiquement et moralement de la façon la plus étroite, qui continuent d\u2019échanger de la tendresse et sont tenus à des prévenances réciproques, éveilleuses de désirs dont ils ne peuvent pas toujours pressentir avec exactitude les retentissements.Elle comporte aussi des risques, non seulement parce que la contrainte imposée à leurs penchants peut réagir fâcheusement sur leur bonne humeur et leur bonne entente, mais encore parce qu\u2019elle peut les exposer, l\u2019homme surtout, aux tentations de l\u2019infidélité.Ces difficultés et ces périls n\u2019ont rien de chimérique et ne doivent pas être minimisés, non plus, évidemment, que la marge d\u2019incertitude et d\u2019insécurité que, dans l\u2019état actuel des connaissances médicales, les méthodes les mieux éprouvées de fixation des périodes agénésiques ne sont point parvenues à supprimer totalement.Pour parler bref, la pastorale nouvelle n\u2019a pas à nier que la continence, même simplement périodique, reste, en tout état de cause, une solution de pis-aller, à laquelle on doit trouver normal que les époux ne se résignent à recourir qu\u2019à leur corps défendant, quand ils sont véritablement acculés à l\u2019impasse.La compréhension et l\u2019indulgence, pourtant, iraient trop loin si elles aboutissaient à contester la possibilité ou la bienfaisance de la chasteté conjugale, en général, et de la continence périodique, en particulier.C\u2019est un préjugé fort répandu, même chez les meilleurs, que, pour des êtres normaux, surtout s\u2019ils sont mariés, jeunes et aimants, la continence est impossible.On ne paraît pas se rendre compte que ce préjugé met en question le bien-fondé de la morale sexuelle catholique tout entière et tend à en énerver la vigueur, en dedans comme en dehors du mariage.Car, si la continence est impossible et si l\u2019on se persuade qu\u2019elle l\u2019est, est-ce qu\u2019on n\u2019accorde pas d\u2019avance une sorte de blanc-seing, d\u2019absolution générale pour toutes les infractions à la loi qu\u2019époux et célibataires, adolescents et adultes pourraient être induits à commettre ?Est-ce qu\u2019on ne contribue pas du moins à affaiblir leur résistance à la tentation en les convainquant que, tôt ou tard, ils y céderont comme tout le monde ?Paul VI s\u2019inscrit en faux contre ce préjugé.Tout en admettant que l\u2019observance de la loi divine \u201crequiert une sérieuse application et beaucoup d\u2019efforts\u201d, qu\u2019elle \u201cimpose sans nul 10.\tCfr, par exemple, l\u2019Allocution du 29 octobre 1951.11.\tMatt., 23, 4.NOVEMBRE 1968 305 doute une ascèse\u201d, qu\u2019elle \u201cne serait pas observable sans l\u2019aide de Dieu\u201d, il se garde d\u2019avouer qu\u2019elle est \u201cimpossible à mettre en pratique\u201d.12 Non seulement la continence est possible, mais elle sera sans danger, elle sera même bienfaisante si les époux, à travers elle, s\u2019appliquent et réussissent à discipliner leurs instincts, à juguler leur égoïsme; si l\u2019amour en eux est assez fort, assez pur pour s\u2019élever jusqu\u2019au plan de l\u2019esprit.\u201cDans l\u2019amour véritable, dit Nietzche, c\u2019est l\u2019âme qui enveloppe le corps.\u201d A proportion où l\u2019amour des époux est l\u2019union spirituelle de deux âmes plutôt que la rencontre charnelle de deux corps, la fusion totale de deux vies plutôt que l\u2019exploitation réciproque de deux convoitises, les difficultés et les risques de la continence diminuent.A la limite, elle leur sera plus salutaire que nuisible, en canalisant \u2014 pour le bénéfice du couple et de la famille \u2014 vers des réalisations plus hautes les énergies vitales encloses dans les impulsions et le dynamisme de l\u2019amour sexuel.Cette discipline exige un effort continuel, mais grâce à son influence bienfaisante, les conjoints développent intégralement leur personnalité, en s\u2019enrichissant de valeurs spirituelles; elle apporte à la vie familiale des fruits de sérénité et de paix, et elle facilite la solution d\u2019autres problèmes; elle favorise l\u2019attention à l\u2019autre conjoint, aide les époux à bannir l\u2019égoïsme, ennemi du véritable amour, et approfondit leur sens de responsabilité.Les parents acquièrent par là la capacité d\u2019une influence plus profonde et plus efficace pour l\u2019éducation des enfants.Humanœ Vitæ, no 21.La pratique chrétienne de la continence exige réducation des jeunes à l\u2019amour, la préparation des couples au mariage et l\u2019aide spirituelle et technique aux foyers en difficulté.Cependant, la continence conjugale n\u2019est pas une sorte de don purement gratuit que Dieu ou la nature, arbitrairement, octroierait aux uns et refuserait aux autres.La continence, considérée à sa source, est une vertu qui, en tant que telle, se prépare et s\u2019exerce à l\u2019avance par l\u2019habitude de certains gestes, par la familiarité avec certaines pensées, par une éducation, pour tout dire, qui habilite l\u2019homme et la femme, le jour venu, à renoncer, sans frustration ni traumatisme, aux expressions sensibles les plus fortes de leur tendresse.De ce point de vue, la période de préparation au mariage et, plus précisément, l\u2019époque des fréquentations amoureuses et des fiançailles ont une importance capitale.Dans un grand nombre d\u2019esprits règne ce préjugé que le mariage est un état de liberté sexuelle totale, qu\u2019on y est dispensé, en quelque sorte, d\u2019être chaste, ou à tout le moins continent.Erreur pernicieuse: dans tout état de vie et dans toute situation, il y a à lutter pour se maîtriser et se conquérir, pour se contenir; les époux ne font pas exception à la règle.Il faut donc que jeunes gens et jeunes filles prennent de bonne heure l\u2019habitude de se dominer, de réserver leurs sens et leur cœur en vue du mariage à venir.Se permettre toutes les expériences et toutes les fantaisies 12.\tHumanœ Vitæ, nos 20 et 21.Pie XII, sur ce point, était beaucoup plus catégorique, Cfr Allocution du 29 octobre 1951, 306 sentimentales et sexuelles avant le mariage, sous prétexte que le mariage arrangera tout, considérer le jour des noces comme une sorte de point final à la lutte contre les instincts, c\u2019est tomber dans l\u2019absurde.Avec un tel point de départ, inutile d\u2019espérer une vie conjugale où la continence jouera son rôle bienfaisant et nécessaire.Après le mariage comme avant, ce sera le règne du caprice et du désordre, le règne aussi, c\u2019est trop clair, de la contraception sous toutes ses formes.D\u2019où la nécessité pour les parents, les éducateurs et \u201ctous ceux qui ont des tâches de responsabilité pour le bien commun de la société\u201d, de créer, à l\u2019intention des jeunes, \u201cun climat favorable à l\u2019éducation de la chasteté, c\u2019est-à-dire au triomphe de la saine liberté sur la licence par le respect de l\u2019ordre moral\u201d.13 Pour les mêmes raisons, les foyers déjà constitués ne doivent pas être négligés, abandonnés à leur sort, comme si leurs besoins moraux et spirituels s\u2019éteignaient au même moment que s\u2019éteignent les cierges sur l\u2019autel des épousailles.L\u2019expérience prouve, au contraire, que c\u2019est souvent à cette heure que les vrais problèmes surgissent ou s\u2019aggravent.Nous estimons, pour notre part, que les jeunes époux doivent soigneusement éviter, tout au début de la vie conjugale, que leur ferveur amoureuse, normale à cette époque, se dégrade en ivresse charnelle, en frénésie des sens.Quand on laisse la pensée et la vie s\u2019immerger peu à peu dans la chair ou, encore pis, sombrer dans l\u2019animalité, il est bien difficile, en cas d\u2019urgence, de se conformer abruptement à ce qu\u2019exige le devoir chrétien, de s\u2019astreindre, par exemple, pour un temps plus ou moins long, à la continence.Tobie aurait-il évité le piège s\u2019il n\u2019avait pas voyagé si longtemps en compagnie de l\u2019Ange ?Pour manifester, entre bien d\u2019autres, cette exigence et, de manière générale, pour entraîner et soutenir les couples dans l\u2019exercice de la paternité responsable, la pastorale doit compter, selon Paul VI, sur l\u2019exemple et l\u2019action des foyers chrétiens eux-mêmes qui, \u201cpar le sacrement du Mariage\u201d, couronnant la grâce et l\u2019appel du Baptême, \u201csont affermis et comme consacrés pour accomplir fidèlement leurs devoirs, pour réaliser leur vocation jusqu\u2019à la perfection et pour rendre chrétiennement le témoignage qui leur est propre en face du monde\u201d.14 Ce témoignage porte, en particu'ier, sur l\u2019essentielle compatibilité de la continence et de l\u2019amour conjugal.C\u2019est à eux que le Seigneur confie la tâche de rendre visibles aux hommes la sainteté et la douceur de la loi qui unit l\u2019amour mutuel des époux à leur coopération à l\u2019amour de Dieu auteur de la vie humaine.Humanœ Vitæ, no 25.En liaison plus étroite avec les problèmes moraux, psychologiques et techniques que pose aux couples la pratique chrétienne de la paternité responsable, Paul VI évoque, dans le sillage du Concile,15 les possibilités et les vertus pastorales de l\u2019apostolat entre foyers.Sous la forme 13.\tHumanœ Vitæ, no 22.L\u2019Episcopat canadien est entré à plein dans ces vues en s\u2019engageant à \u201cconsidérer comme une priorité pastorale l\u2019encouragement donné en tout temps et en tous lieux\u201d à l\u2019éducation sexuelle des jeunes, à la préparation au mariage et à l\u2019orientation des foyers.Voir la Déclaration, nos 30-33.14.\tHumanœ Vitæ, no 25.15.\tVoir Lumen Gentium, nos 35 et 41; Gaudium et Spes, nos 48-49; Apostolicam Actuositatem, no 11.RELATIONS organique qu\u2019il revêt aujourd\u2019hui, cet \u201capostolat du semblable par le semblable\u201d est un des phénomènes spirituels les plus marquants et les plus prometteurs de notre époque.À l\u2019heure où l\u2019Église, un peu partout dans le monde, est pratiquement évincée des cadres de la vie publique et cesse plus ou moins d\u2019y faire sentir sa présence; où la paroisse, naguère omniprésente, n\u2019exerce plus sur les croyants eux-mêmes qu\u2019une influence épisodique et marginale, c\u2019est sans aucun doute \u2014 comme dans les commencements du christianisme \u2014 au sein du couple et de la famille que la foi, dorénavant, a les meilleures chances de survivre et de croître.Mais, fi du foyer qui ne serait qu\u2019un refuge où le croyant, las des combats du dehors, se replierait chaque soir pour, simplement, reprendre haleine, dans la sérénité et le confort des certitudes casanières.Au gré de l\u2019Esprit qui souffle aujourd\u2019hui sur l\u2019Église, le foyer chrétien est, par définition, et doit devenir de plus en plus un centre de rayonnement d\u2019où le couple croyant, comme tel, œuvre à diffuser la Bonne Nouvelle et à promouvoir l\u2019expansion du Royaume de Dieu.Et comment, pour chaque foyer, mieux obtenir ce résultat qu\u2019en joignant, à l\u2019intérieur de groupements bien structurés, ses efforts propres à ceux d\u2019autres foyers imbus des mêmes convictions et de la même volonté de conquête ?D\u2019où la multiplication dans l\u2019Église, et singulièrement au Québec, d\u2019une grande diversité de mouvements familiaux dont l\u2019influence, à tous les paliers de la vie catholique, est déjà fort sensible et tend à croître à vue d\u2019œil.Rien d\u2019étonnant que Paul VI compte sur ces formations bien établies pour comprendre, recueillir et transmettre le message de l\u2019Encyclique et, plus particulièrement, pour communiquer, de façon très concrète et pratique, à l\u2019ensemble des couples les résultats de l\u2019expérience acquise dans l\u2019exercice chrétien de la paternité responsable.Parmi les fruits qui proviennent d\u2019un généreux effort de fidélité à la loi divine, l\u2019un des plus précieux est que les conjoints eux-mêmes éprouvent souvent le désir de communiquer à d\u2019autres leur expérience.Ainsi vient s\u2019insérer dans le vaste cadre de la vocation des laïcs une nouvelle et très remarquable forme de l\u2019apostolat du semblable par le semblable: ce sont les foyers eux-mêmes qui se font apôtres et guides d\u2019autres foyers.C\u2019est là sans conteste, parmi tant de formes d\u2019apostolat, une de celles qui apparaissent aujourd\u2019hui les plus opportunes.Humarue Vitœ, no 19.C\u2019est chez-nous, vers les années 60, que l\u2019idée a pris racine de dispenser de couple à couple les connaissances techniques et la spiritualité qui conditionnent la réussite humaine et chrétienne de toute régulation des naissances bien accordée à l\u2019enseignement moral de l\u2019Église.Elle s\u2019est répandue, d\u2019ici, à travers la chrétienté tout entière et, plus notoirement, aux États-Unis, en France, en Belgique, à l\u2019île Maurice elle-même.Par malheur, il semble que, dans le climat d\u2019incertitude qui a régné sur l\u2019Église au cours des toutes dernières années, certaines de ces associations aient quelque peu perdu de vue leur première raison d\u2019être et se soient détournées en partie de leurs objectifs originels.À présent que la lumière est faite, que le devoir chrétien \u2014 du moins au regard d\u2019un grand nombre \u2014 est redevenu tout à fait clair, que les problèmes d\u2019antan, par conséquent, refont surface, n\u2019est-il pas infiniment désirable, comme Paul VI a pris la peine de le dire, que la tâche délaissée soit reprise à pied-d\u2019œuvré et menée rondement à son achèvement ?La notion papale de paternité responsable, sous ses aspects négatifs, est incompatible avec la contraception sous toutes ses formes.La notion papale de paternité responsable, sous ses aspects négatifs, repose globalement, comme celle du Concile, sur le rejet catégorique du subjectivisme à outrance dont la morale dite d\u2019intention ou de situation s\u2019est faite, ces dernières années, l\u2019avocate en titre.La prise de position de Paul VI, là-dessus, n\u2019est qu\u2019un écho de l\u2019article correspondant de la Constitution Gaudium et Spes auquel elle se réfère explicitement.La paternité responsable comporte encore et surtout un plus profond rapport avec l\u2019ordre moral objectif, établi par Dieu, et dont la conscience droite est la fidèle interprète.L\u2019exercice responsable de la paternité implique donc que les conjoints reconnaissent pleinement leurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs.Dans la tâche de transmettre la vie, ils ne sont par conséquent pas libres de procéder à leur guise, comme s\u2019ils pouvaient déterminer de façon entièrement autonome les voies honnêtes à suivre, mais ils doivent conformer leur conduite à l\u2019intention créatrice de Dieu, exprimée dans la nature même du mariage et de ses actes, et manifestée par l\u2019enseignement constant de l\u2019Eglise.Humanœ Vitœ, no 10.Sur le problème de fond, l\u2019Encyclique et la Constitution conciliaire sont donc parfaitement d\u2019accord, \u2014 ce qui n\u2019est pas le cas, soit dit en passant, de la pseudo théologie postconciliaire dont certains se couvrent pudiquement pour faire passer l\u2019enseignement pontifical pardessus bord.Nous savons néanmoins que le Concile, à la requête du Pape, avait laissé en suspens la question litigieuse des applications qui pourraient être faites de ces principes généraux au problème particulier de la régulation des naissances; il en avait abandonné à Paul VI l\u2019examen et la solution.16 Dorénavant, la question est tranchée: la paternité responsable est radicalement incompatible avec la contraception sous toutes ses formes: avortement direct, stérilisation temporaire ou permanente de l\u2019homme ou de la femme, drogues anovulantes, artifices mécaniques ou chimiques de prévention des naissances.16.La célèbre note 14, où le Concile se dessaisit du problème pour en saisir le Pape, se lit ainsi: \u201cPar ordre du Souverain Pontife, certaines questions qui supposent d\u2019autres recherches plus approfondies ont été confiées à une Commission pour les problèmes de la population, de la famille et de la natalité, pour que, son rôle achevé, le Pape puisse se prononcer.L\u2019enseignement du Magistère demeurant ainsi ce qu\u2019il est, le Concile n\u2019entend pas proposer immédiatement de solutions concrètes\u201d.Ce n\u2019est donc pas au Collège des évêques, mais au Pape seul, après consultation de la Commission, que le Concile confiait la tâche de proposer, plus tard, les solutions concrètes au problème de la régulation des naissances.Paul VI eût pu, avant de rendre son verdict, mettre en œuvre la collégialité épiscopale dont, après coup, les adversaires de l\u2019Encyclique font si grand état.Il aurait évité, ce faisant, la volée de bois vert que, sous le manteau des évêques, certains lui servent avec une belle ardeur.Mais il n\u2019était pas tenu à une consultation formelle et, chef du Concile, ne s\u2019y était aucunement engagé.Le Pape, quoi qu\u2019on dise, n\u2019a pas outrepassé ni trahi son mandat.Il l\u2019a simplement exercé, sous la mouvance de l\u2019Esprit de Dieu, \u2014 du même Esprit qui éclaire et dirige ses \u201cfrères dans l\u2019Episcopat\u201d, et qui, le cas échéant, eût tenu substantiellement le même langage par leur bouche que par celle du Pape.NOVEMBRE 1968 307 Cette incompatibilité essentielle tient au fait que, selon les exigences imprescriptibles de la morale naturelle et surnaturelle, \u201cil n\u2019est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu\u2019il en résulte un bien\u201d.17 L\u2019espacement des naissances ou même, dans certains cas tragiques, leur suppression définitive, peut être parfois considérée comme une fin bonne et légitime, mais si le moyen employé pour l\u2019atteindre \u201cest intrinsèquement un désordre et par conséquent une chose indigne de la personne humaine\u201d, tous les actes, pris un à un, qui mettent ce moyen en œuvre sont viciés à leur source et tombent, de soi et objectivement, dans la catégorie de la faute morale et du péché, indépendamment des meilleures intentions subjectives.18 En résumé, \u201cl\u2019Église, rappelant les hommes à l\u2019observation de la loi naturelle, interprétée par sa constante doctrine, enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie\u201d.19 Il n\u2019entre pas pour l\u2019instant dans nos vues d\u2019exposer et de discuter en détail les arguments utilisés par le Pape pour soutenir et étoffer sa prise de position, ni de répondre aux objections de toute espèce qu\u2019on leur oppose.Les chrétiens de race dont nous nous occupons présentement n\u2019en demandent pas tant.Ce qu\u2019ils veulent savoir, avant tout, c\u2019est ce que l\u2019Église, dans le seul enseignement officiel qu\u2019elle ait transmis, leur prescrit de penser, de dire et de faire pour se conformer à la volonté divine.Or, pour quiconque accueille l\u2019Encyclique dans la simplicité et l\u2019humilité de son cœur, le devoir est parfaitement clair: tout acte contraceptif constituant, de soi, un péché, \u201caucune raison, si grave soit-elle\u201d,20 ne peut le rendre licite.Que des consciences moins éclairées ou moins limpides puissent poser les mêmes gestes, objectivement coupables, sans faute et sans tourment subjectifs, nous ne le nions point.21 Mais personne ne nous fera jamais accroire que c\u2019est, pour les \u201ccontestataires\u201d de bonne foi, un avantage d\u2019être, provisoirement ou invinciblement, fermés aux directives du Magistère.En condamnant la contraception, l\u2019Église, comme le Pape y insiste,22 se porte \u201cgarante des authentiques valeurs humaines\u201d; elle proclame la loi de l\u2019amour et du bonheur conjugaux, défend \u201cla dignité des époux\u201d et fixe, pour la généralité des couples, l\u2019une des conditions de réussite du mariage.Les contrevenants, si sincères qu\u2019on les suppose, doivent être prêts à subir, dès ce monde, les \u201cgraves conséquences\u201d23 de leurs choix.Non, l\u2019inconscience n\u2019est pas un privilège, mais un malheur.C\u2019est aux humbles de cœur, aux pauvres en esprit, à ceux qui, redevenus comme des petits enfants, se laissent porter sur les bras de l\u2019Église, que les Béatitudes sont promises; non seulement \u201cils verront Dieu\u201d, mais \u201cils posséderont la terre\u201d.17.\tHumanœ\tVitæ,\tno\t14.18.\tHumanœ\tVitæ,\tno\t14.19.\tHumanœ\tVitæ,\tno\t11.20.\tPie XI: Casti Connubii.21.\tNous nous proposons de revenir sur cette question délicate dans notre prochain article.22.\tHumanœ\tVitæ,\tno\t18.23.\tHumanœ\tVitæ,\tno\t17.L'exercice chrétien de la paternité responsable est impossible sans l\u2019aide de la grâce de Dieu qui éclaire, fortifie et pardonne.Ceci dit, il faut ajouter pour finir que l\u2019observance de la loi de Dieu sur l\u2019amour conjugal, dans toute sa pureté et sa rigueur, est et restera, pour nombre de foyers, si pleine de difficultés et d\u2019embûches, qu\u2019ils auront toujours besoin, pour garder leur fidélité, des secours d\u2019en haut, ou pour la retrouver, des pardons divins.Inquiets, faibles, tentés, c\u2019est, principalement, par le canal de la prière et de l\u2019Eucharistie que la grâce de Dieu les atteindra; pécheurs, c\u2019est dans la Pénitence que sa miséricorde les couvrira.Que les époux affrontent donc les efforts nécessaires, soutenus par la foi et par l\u2019espérance qui \u201cne trompe pas, car l\u2019amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l\u2019Esprit saint qui nous a été donné\u201d; qu\u2019ils implorent par une persévérante prière l\u2019aide divine; qu\u2019ils puisent surtout dans l\u2019Eucharistie à la source de la grâce et de la charité.Et si le péché avait encore prise sur eux, qu\u2019ils ne se découragent pas, mais qu\u2019ils recourent avec une humble persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accordée dans le sacrement de pénitence.Humanœ Vitæ, no 25.\u201cAvec une humble persévérance,\u201d dit l\u2019Encyclique.Ce qui donne clairement à comprendre que ce n\u2019est pas \u2014 loin de là \u2014 d\u2019un coup d\u2019aile, dans ce domaine de la morale comme dans les autres, que les chrétiens, de l\u2019avis du Pape, pourront s\u2019élever et se maintenir à la hauteur de l\u2019idéal qui leur est proposé.\u201cC\u2019est dans les livres, dit Claudel, qu\u2019on voit ces âmes, d\u2019un seul coup rincées et une seule fois pénitentes.\u201d Dieu n\u2019attend pas de nous, pour nous accorder ses pardons, une espèce de prophétie qui garantisse notre fidélité future, mais le propos loyal de fournir notre meilleur effort pour éviter le mal.Nous avons péché hier, c\u2019est exact; nous pécherons demain, c\u2019est possible; après demain, c\u2019est probable; un autre jour, c\u2019est certain.Mais peu importe, puisque aujourd\u2019hui, nous regrettons notre péché, puisqu\u2019à cet instant \u2014 le seul qui nous appartienne \u2014 nous sommes résolus à ne plus le commettre.La pastorale nouvelle n\u2019a rien à réinventer sur ce point.Mais, pour entrer pleinement dans les vues de Paul VI, elle doit exploiter à fond les attitudes et les démarches qui, depuis toujours, donnent aux fidèles le sentiment d\u2019être, face au prêtre, en présence du Christ, \u201cintransigeant avec le mal, mais miséricordieux envers les personnes\u201d.24 L\u2019Épiscopat canadien a mis l\u2019accent sur cette nécessité: L\u2019Encyclique suggère une démarche pénitentielle moins juridique, plus pastorale, plus respectueuse des personnes et de leur croissance, lente, parfois, dans les voies du bien, plus soucieuse d\u2019organiser l\u2019avenir.Déclaration, no 22.Les Évêques, en formulant cette directive, paraissent surtout préoccupés des chrétiens qui, devant les exigences de l\u2019Encyclique, se montrent perplexes ou récalcitrants.Mais pourquoi, dans toute la mesure de leurs besoins, qui restent grands, les autres n\u2019en partageraient-ils pas le bénéfice avec leurs frères malheureux ?24.\tHumanœ Vitæ, no 29.308 RELATIONS NOS EVEQUES ET LA VIE HUMAINE La déclaration épiscopale sur l\u2019encyclique \u201clliimanae Vitae\u201d Julien Harvey, S.J.* Esprit-Saint et événements Les événements où intervient l\u2019Esprit-Saint ont ceci en propre qu\u2019ils sont toujours plus considérables J qu\u2019ils ne semblent.Et que leur portée ne se révèle à nous que dans leur retentissement et dans la transformation profonde qu\u2019ils suscitent en nous.Par ailleurs, ces événements où se manifeste l\u2019Esprit ont aussi leur exigence: ils interpellent chacun de nous sans arrêter le mouvement de l\u2019histoire.Ils exigent une réaction humaine de croissance et de progrès, et cela sans nous faire sortir des lois ordinaires de l\u2019aventure humaine.La lettre collective de l\u2019épiscopat canadien, qui nous parvient deux mois seulement après l\u2019Encyclique (25 juillet - 29 septembre 1968) nous révèle soudain que la parution de Hunianœ Vitœ était un de ces événements et se révèle elle-même comme un autre de ces événements.Et elle nous montre que les deux événements suivent les lois régulières de ces mouvements de l\u2019Esprit dans notre vie.Parole pontificale et vie chrétienne Depuis le début au moins du 20ème siècle, jamais encyclique n\u2019aura requis de façon aussi urgente un commentaire pastoral.Et, il faut bien le constater en face des interprétations divergentes qu\u2019elle aura suscitées, une correction pastorale.Il fallait le prévoir pour plusieurs raisons: écartée de la décision collégiale conciliaire en 1964, la question de la régulation des naissances devait nécessairement revenir à la délibération collégiale un jour ou l\u2019autre, une fois posé au Concile le principe de la responsabilité collégiale.Formulée dans une langue et selon des habitudes d\u2019esprit peu intelligibles aux chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019Encyclique devait être repensée pour chez-nous dans une langue et selon des habitudes d\u2019esprit qui éclairent et qui aident l\u2019homme chrétien et la femme chrétienne d\u2019ici.Anticipant sur l\u2019état actuel de la recherche théologique, médicale et sociologique actuelle, l\u2019Encyclique devait donner à la raison et à la foi concrètement vécue le temps d\u2019adhérer librement sans une contrainte ni une angoisse qui auraient été peu humaines et peu chrétiennes.Peu soucieuse de la perspective œcuménique, l\u2019Encyclique devait nécessairement ressentir la pression correctrice de la pensée et de la pratique de la presque totalité des Églises chrétiennes.* Doyen de la Faculté de Théologie S.J., et professeur d\u2019Ecriture Sainte à l\u2019Université de Montréal.Et comme l\u2019Encyclique touchait au plus vif la vie humaine, cet ajustement se sera fait en un temps exceptionnellement bref, en deux mois, et cela plus visiblement dans les Églises où le mouvement de l\u2019histoire s\u2019est le plus accéléré.Il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ce que nous rencontrions ici, dans des perspectives presque identiques, les épiscopats de Belgique, de Hollande, d\u2019Angleterre, d\u2019Allemagne et du Canada.Avec beaucoup de courage, l\u2019épiscopat italien suit le même rythme et adopte des perspectives presque identiques.Il faut cependant constater que la prise de position pastorale de nos évêques comporte des éléments qui ne se retrouvent aussi nettement dans aucune des lettres épiscopales suscitées par l\u2019encyclique.Il importe de les relever, car ils constituent l\u2019apport de l\u2019Esprit-Saint à nous, chrétiens d\u2019ici, et à l\u2019Église entière par nous, chrétiens tout simplement.Démarche de la lettre épiscopale Remarquons d\u2019abord que nos évêques se sont placés au niveau de la vie.Ils n\u2019ont pas cherché à apporter au document pontifical le supplément d\u2019arguments dont on déplorait l\u2019absence.Ceci relève en effet de la recherche et demande une longue réflexion et une non moins longue expérience.Si des arguments solides existaient pour appuyer de façon évidente une attitude large ou une attitude stricte sur la contraception, il y a longtemps qu\u2019on les aurait découverts dans le long travail des nombreuses commissions d\u2019experts qui se sont penchées sur la question depuis 1963.Par conséquent, après comme avant la lettre de nos évêques, les questions fondamentales demeurent posées: faut-il accepter une distinction entre loi naturelle humaine, qui permettrait l\u2019intervention directe libre et responsable dans les lois biologiques quand la situation humaine l\u2019exige, et loi de la nature, où la biologie dicte, à nous comme aux autres êtres vivants, ses exigences ?Et deuxièmement faut-il appliquer dans ce domaine de la régulation des naissances le principe de totalité, en vertu duquel les actes humains pris un à un doivent être évalués moralement à l\u2019intérieur de l\u2019option fondamentale du couple, option pour la fidélité, pour la générosité, ou pour le contraire ?Bien situés sur ce terrain de la vie chrétienne concrète, nos évêques ont d\u2019abord affirmé leur adhésion à la partie positive de l\u2019Encyclique.On remarquera qu\u2019une expression qui n\u2019a pas manqué de heurter plusieurs époux, et plus encore plusieurs épouses, celle de paternité responsable, se retrouve dans leur texte.Il faut bien admettre cependant NOVEMBRE 1968 309 qu\u2019il y a ici une limite de la langue française: le mot parentalité n\u2019existant pas, le mot paternité doit être senti comme se référant au couple (§2-3).Nos évêques continuent en se déclarant aussi fermement unis à nous, peuple de Dieu canadien, qu\u2019au pape.Et ils incluent dans cette tension et dans cette unité tous les prêtres.Ceci est considérable et doit nous remplir de tendresse pour l\u2019homme chrétien canadien, au fond si fraternel, et qui apparaît ici sous sa forme épiscopale.Je souhaite que tous les chrétiens y compris les prêtres entendent au fond de leur cœur cette parole, qui devrait mettre fin à un vieux soupçon latent chez-nous, à savoir qu\u2019il y a dans notre vie chrétienne deux camps en état de tension et méfiance réciproque, la hiérarchie et les prêtres (\u201cl\u2019Église\u201d, dans la langue populaire pré-conciliaire, encore bien vivante chez-nous) et les laïcs (les \u201cclients de l\u2019Église\u201d, dans la pensée pré-conciliaire encore bien vivante chez-nous !).Nos évêques avouent ici ressentir la difficulté qu\u2019éprouvent un grand nombre à accueillir l\u2019encyclique, et particulièrement le paragraphe 14 sur la contraception.Ils reconnaissent ne pouvoir apporter de solutions faciles.Ils nous invitent tous à rechercher la conduite chrétienne vraie, dans la réflexion, la prière et sous la grâce (§4-7).Ensuite, ils abordent franchement le point décisif de la contestation (§8-28) : la possibilité réelle d\u2019une décision sincère prise en conscience par le couple, qui ne s\u2019identifierait pas avec la parole pontificale sur la contraception.On rappelle d\u2019abord clairement, et sans détours qui affaibliraient l\u2019affirmation, que la conscience est le dernier point d\u2019appui d\u2019une décision chrétienne (§9), que la conscience doit être formée sincèrement, de façon réfléchie et éclairée, à la lumière de l\u2019Évangile, et que c\u2019est le devoir de tout chrétien (§10), que nous ne sommes jamais seuls dans l\u2019humanité ni dans l\u2019Église, et que par conséquent nous devons laisser la communauté chrétienne et ses chefs éclairer notre conscience personnelle (§11-12), que le pape nous a offert son jugement de chef de l\u2019Église terrestre sur ce point et que cette voix doit avoir un poids exceptionnel dans la formation de notre conscience (§13-15), que notre amour de l\u2019unité et de la paix doit nous faire nous abstenir de toute opposition ouverte, surtout au niveau des pasteurs et guides des consciences, sans pour autant nous dispenser de rechercher librement une plus grande lumière (§16), que nous devons respecter les difficultés de ceux qui ne peuvent accepter en conscience certains points de l\u2019encyclique et que personne n\u2019a le droit de juger ceux-ci ni de les déclarer séparés de l\u2019amour du Christ ni de la communauté des fidèles.On ajoute qu\u2019un document complémentaire sera préparé pour les pasteurs, afin de les aider dans leur travail pastoral sur ce point (§17-19).Nos évêques nous offrent ensuite des orientations pastorales préliminaires, adressées, il faut le remarquer, non seulement aux prêtres, mais \u201cà tous ceux qui peuvent être appelés à devenir les guides ou les conseillers des consciences\u201d (§20).La première réalité chrétienne abordée est significativement l\u2019Eucharistie, nourriture de l\u2019amour, et spécifiquement de l\u2019amour conjugal (§21).La pénitence est présentée ensuite comme sacrement de la confiance et du respect des consciences, non de la peur ni de la sévérité (§21-24).Et on introduit alors un paragraphe décisif pour le climat de la vie chrétienne chez-nous dans les prochaines années; on décrit l\u2019attitude du conseiller moral à l\u2019égard du couple qui n\u2019a pu, en toute loyauté, accepter la déclaration d\u2019une loi morale négative, c\u2019est-à-dire l\u2019interdiction de tout acte se proposant de rendre impossible la procréation, soit une partie du contenu du paragraphe 14 de Humanæ Vitœ qui avait été résumé au paragraphe 18 de la lettre épiscopale.Le texte se lit comme suit: \u201cDans la situation que nous avons décrite plus haut (§18), le confesseur et le conseiller doivent manifester une compréhension sympathique et un respect pour la bonne foi sincère de ceux qui échouent dans leur effort pour accepter certains points de l\u2019encyclique\u201d (§25).La lettre affirme ensuite très fermement aux couples chrétiens qui seraient dans la situation décrite qu\u2019ils \u201cne sont pas coupés de l\u2019amour de Dieu\u201d (§ 26).On ajoute ensuite une invitation pressante à la recherche, sans attendre par là une solution à toutes les angoisses humaines, mais avec la confiance de pouvoir trouver un allègement (§27).Les paragraphes suivants se tournent vers l\u2019urgence d\u2019une plus intense action pastorale à longue portée: devoir pour nous tous de protéger l\u2019avenir d\u2019une espèce humaine qui doit devenir de plus en plus humaine (§28-29), nécessité d\u2019une éducation au mariage (§30), souci du dialogue, et du dialogue œcuménique, dans la préparation au mariage et l\u2019orientation des foyers (§31-32), besoin d\u2019une saine éducation sexuelle à l\u2019école et d\u2019une préparation par l\u2019école à la vie familiale (§33).Le document se termine par une admirable profession de foi, qui constitue une importante leçon d\u2019ecclésiologie post-conciliaire: \u201cL\u2019unité de l\u2019Eglise ne consiste pas dans une simple conformité sur tous les points, mais plutôt dans une union de foi et de cœur, une soumission à la volonté de Dieu et une humble, loyale et continuelle recherche de la vérité.Cette unité d\u2019amour et de foi a son fondement dans le Christ et aussi longtemps que nous lui serons fidèles, rien ne saurait nous en séparer.Nous demeurons fermement unis à l\u2019évêque de Rome, le successeur de Pierre, signe et principe efficace de notre unité avec le Christ et entre nous.Mais cette union exige un tel amour de l\u2019Eglise que nous ne puissions rien faire de moins que de mettre à son service toute notre intelligence et tout notre cœur.Et si parfois cela signifiait que, malgré notre désir de rendre l\u2019Eglise plus intelligible et plus belle, nous devions, tels des pèlerins, trébucher sur la route et même nous en écarter, nul ne devrait conclure que notre foi commune soit perdue ou que notre volonté d\u2019amour soit émoussée.Au contraire, nous croyons que, même à travers les brouillards, une lumière bienveillante nous conduira à une meilleure compréhension des voies de Dieu et de l\u2019amour humain\u201d (§34).Perspectives ouvertes par la lettre La lecture de ce document de nos évêques suscite plusieurs réflexions, qui me semblent dépasser l\u2019objet précis de la lettre et qui méritent qu\u2019on s\u2019y attache.Quant à l\u2019objet lui-même, il me semble avoir été, au plan de la vie chrétienne concrète, très clairement traité.1.D\u2019abord, au-delà de ce qu\u2019il faut bien appeler une tendance colonialiste ecclésiale, que nous n\u2019avons plus à 310 RELATIONS nous cacher et dont nous avons souffert, nous trouvons ici le témoignage de la collégialité et de la solidarité, aux dimensions mêmes de notre pays, de nos évêques.Et de leur solidarité avec nous au niveau de la vie quotidienne difficile des couples chrétiens.Ceci ne signifie nullement la naissance chez-nous d\u2019une Église nationale, d\u2019une sorte de séparatisme religieux, mais la prise de conscience de la réalité des structures intermédiaires indispensables pour assurer la vitalité et la solidité des structures universelles.Le risque de faire de l\u2019Église une superstructure trop facilement identifiée à ses chefs à l\u2019étranger est ici fortement conjuré.2.\tNous trouvons ici le souci très vif de rendre la vie chrétienne acceptable, vivable de façon responsable, pour les chrétiens ordinaires, pour ceux qu\u2019avec l\u2019Évangile il faut appeler du beau mot de pauvres.Jusqu\u2019ici, et particulièrement dans cette question de la contraception, s\u2019était établie une injustice souvent peu remarquée: former sa conscience personnellement était implicitement réservé aux plus cultivés, aux plus urbanisés et aux plus prospères, à ceux qui peuvent rencontrer un théologien d\u2019avant-garde qui les rassure.Alors que le simple fidèle, souvent l\u2019ouvrier et le paysan, demeuraient soumis à la prédication commune, plus simpliste nécessairement et souvent plus portée à fixer du dehors le permis et le défendu sans guère souligner le respect absolu des consciences.Si bien que les pauvres portaient trop souvent, bravement mais dans l\u2019angoisse, le poids de l\u2019obéissance servile.C\u2019est ici que le texte de nos évêques se révèle significatif: il est accessible à tous et s\u2019adresse à tous, y compris aux pauvres et à leurs pasteurs.Il met tous les chrétiens devant la même exigence, mais aussi devant le même respect de leur conscience et de celle de leurs frères dans la foi.Nous devons accueillir avec une profonde reconnaissance cette attention aux moins favorisés; on a vu qu\u2019au moins jusqu\u2019à ce que soit changée la dureté du cœur ou l\u2019inconscience des riches et des puissants, les pauvres auraient risqué d\u2019être à la fois les plus soumis à une loi rigide et les seuls à vraiment souffrir de son applicaiton dans leur vie.3.\tNos évêques ont agi avec courage et rapidement.Ils ont jugé que l\u2019Église peut évoluer sur un point aussi vital que la contraception sans perdre son prestige, parce qu\u2019ils ont vu qu\u2019il y a une différence entre le désarroi et la recherche difficile de la lumière sous la direction de la vie et de l\u2019Évangile.Aussi n\u2019ont-ils pas voulu se risquer à des distinctions hasardeuses entre les divers modes de limitation des naissances, tout en réaffirmant fermement ce qui est très clair et distingue, par exemple, l\u2019avortement sous toutes ses formes d\u2019une prévention de la conception.Il est important de relever ici la base plus large de cette attitude: c\u2019est que la certitude du magistère croît à mesure qu\u2019on se rapproche de ce qui est manifestement humain, décroît dès qu\u2019on arrive à des problèmes où l\u2019évidence apparaît moins accessible.4.\tÉgalement significatif d\u2019une vraie ouverture postconciliaire est le fait que, dans la lettre des évêques, les prêtres n\u2019apparaissent pas comme les seuls guides des consciences, mais que cette responsabilité communautaire que nous avons les uns à l\u2019égard des autres est étendue à tous les chrétiens compétents et sincères; dans le cas présent, ces conseillers seront souvent des couples chrétiens et souvent des éducateurs et catéchètes.Dans une telle perspective, qui est bien celle de saint Paul et de ses églises, nous sommes tous responsables de la qualité de la vie chrétienne et de la pensée qui l\u2019accompagne, et c\u2019est là une grande valeur, surtout dans notre monde où les mass-media donnent momentanément à l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre nous une si grande puissance.5.\tLe respect pour la conscience sincère est fermement affirmé.Personnellement, j\u2019avoue que j\u2019aurais aimé qu\u2019on en arrive à la simplicité de la déclaration correspondante de l\u2019épiscopat allemand: Les pasteurs dans l\u2019accomplissement de leur service, spécialement dans l\u2019administration des sacrements, respecteront les décisions prises en conscience et de façon responsable par les fidèles.La déclaration de nos évêques surcharge un peu sa formule d\u2019adjectifs; mais elle exige ce respect pour le domaine inviolable de la conscience de façon très ferme et ne permet aucun détour au conseiller ni au pasteur trop autoritaire ou trop anxieux.6.\tL\u2019Eucharistie est présentée sous son vrai jour, non pas comme une sorte de médaille d\u2019honneur pour les chrétiens parfaits mais comme la nourriture de tous les croyants en marche vers le Seigneur.Ceux d\u2019entre nous qui ont une expérience un peu suivie de la pastorale ou qui ont beaucoup dialogué avec des pasteurs depuis quelques années, savent que cette perspective, concrètement nouvelle chez-nous, il faut bien l\u2019admettre, a déjà heureusement modifié la pratique sacramentaire, spécialement chez les couples plus jeunes.Il faut souhaiter que la parole de nos évêques augmente encore cette prise de conscience: aussi longtemps que le besoin de la communion ne sera senti que des tout jeunes et des très vieux, la vitalité manquera à l\u2019Église de chez-nous.7.\tUne dernière réflexion me semble provenir de la précédente.C\u2019est que le changement de perspective concernant les relations entre les chrétiens et leurs guides et pasteurs est très profond, dans la lettre épiscopale, mais ne produira son effet que si la conscience de tous s\u2019y convertit: si une morale de cheminement, sans angoisse ni menace, vivant de liberté stimulée, est secrètement prise pour une morale des impératifs, elle aboutit à la stagnation, à l\u2019absence de vraie réflexion personnelle et de progrès vers la perfection de l\u2019image de Dieu en nous.En d\u2019autres termes, si on prenait la lettre épiscopale pour une recommandation pure et simple de la contraception, si on oubliait toutes les richesses humaines et chrétiennes qu\u2019elle, et l\u2019Encyclique, contiennent, elle produirait un effet contraire à celui que souhaitent ses auteurs.À nous de la vivre pour lui permettre de déployer ses richesses, pour un plus grand rayonnement de la vie de foi dans notre pays qui a tant besoin d\u2019espérance, NOVEMBRE 1968 311 Nos CEGEP à l\u2019heure de l\u2019occupation Fernand Dorais, S.J.* RELATIONS de juillet-août dernier publiait, sous le titre Les CEGEP après un an, un premier article sur l\u2019expérience en cours dans nos CEGEP.L\u2019étude de la situation n\u2019empruntait point la voie scientifique des statistiques et des enquêtes rigoureuses; la démarche se présentait, tout au contraire, comme une approche dénuée de prétentions et ne visant à communiquer au grand public que les impressions d\u2019un témoin engagé dans les structures du CEGEP.Ces impressions devaient fournir la matière à des réflexions qu\u2019un second article, annoncé, présenterait.À cette fin, procédons en déroulant le film des événements.I.Juin 1968: l\u2019Opération Bilan Pour s\u2019informer des résultats qu\u2019une première année du nouvel enseignement collégial avait donnés, le Gouvernement du Québec convoque le dix juin dernier, à Trois-Rivières, des représentants délégués par les CEGEP soit déjà fondés soit à fonder.De dix heures à midi, le Président du Comité général expose sa politique du nouveau système d\u2019éducation.Exposé long, clair et ferme, qui ne manque pas de susciter des réactions dans une certaine partie de l\u2019assemblée.Plus d\u2019un délégué ressent la gênante impression qu\u2019on lui dicte des directives inspirées par \u201cle bon sens évident\u201d, qui serait l\u2019apanage de la Direction.On nous prévient qu\u2019il ne saurait être question de réformes profondes ni de modifications notables de l\u2019enseignement.L\u2019attitude s\u2019avère conservatrice et prudente.Tâchons de peu à peu appliquer le Rapport Parent et de poursuivre modestement l\u2019œuvre amorcée, nous contentant de corriger ici ou là les déviations qui auraient pu affecter le départ.On fait preuve d\u2019une volonté arrêtée dans la défense de toucher aux structures.Seule l\u2019amélioration de ce qui exis+e déjà doit retenir l\u2019attention des représentants.Une faible minorité, déçue, préférerait autre chose.Si précisément dès le départ, des aspects, même majeurs, du Rapport Parent paraissent moins heureux et irréalisables, si des déficiences regrettables se font déjà sentir dans notre système d\u2019éducation, pourquoi, plutôt que de recourir à des solutions de rechange et de colmater tant bien que mal les fissures, pourquoi ne pas immédiatement avoir le courage d\u2019opérer les réformes nécessaires ?L\u2019un des principaux points en litige demeure l\u2019articulation du Secondaire sur le Collège; un second vise la structure des concentrations qu\u2019un étudiant doit assurer pour accéder à l\u2019université ou au marché du travail; un troisième enfin concerne ]a liberté et la relative autonomie des Départements envers le ministère de l\u2019Éducation.Les partisans * Professeur de Littérature française, responsable du secteur des Lettres et Arts, Campus Saint-Jérôme, CEGEP LIONEL-GROULX.312 de cette position se disent : quant à partir, mieux ne vaudrait-il pas au plus tôt partir sur un bon pied ?De deux positions qui s\u2019affrontent inégales, celle de l\u2019Administration devait triompher.Les représentants se dispersent alors et vont siéger dans des comités d\u2019études.Les directives données sont respectées et des problèmes mineurs (ce qui ne signifie pas non importants) reçoivent attention et solution.Malgré tout, et assez paradoxalement, une marge étonnante de liberté est laissée aux délégués qui assument leurs responsabilités et prennent des décisions heureuses.Celles-ci, pour la plupart, seront entéri-mées par le Comité général.Les étudiants ne sont malheureusement pas représentés et le climat en reste un de modération et de prudence.D\u2019aucuns se sont étonnés de voir trop de délégués sous-estimer la force que représente la montée étudiante dans nos CEGEP, leur légitime aspiration à la cogestion, leur impatience de voir le système enfin bien fonctionner.Par ailleurs, il n\u2019apparaissait pas clair que les intérêts des régions de Montréal et de celles de Québec coïncident toujours ni que toutes les régions de notre province soient l\u2019objet d\u2019une égale sollicitude de la part des Dirigeants.Enfin, un certain manque de réalisme ou d\u2019information expliquerait peut-être que l\u2019on ait pris parfois, rarement il est vrai, des décisions qui ne peuvent manquer d\u2019être impopulaires auprès de nos collégiens.Ainsi, par exemple, sous la direction de leur président, les professeurs de français votent le maintien à l\u2019intérieur de leurs cours des quinze heures de stylistique stipulées par le ministère de l\u2019Éducation.Il n\u2019est évidemment pas question que, devant toutes les revendications des étudiants, l\u2019adulte, en l\u2019occurrence le professeur, démissionne ou abdique : ce serait faire un tort irréparable aux adolescents que de leur soustraire la nécessaire figure d\u2019identification dont ils ont un absolu besoin pour croître.Mais de là à al1er leur imposer des cadres de travail et des programmes fastidieux, qui ne voit la différence ?En tout état de cause, l\u2019Opération Bilan laisse insatisfait.Plus encore que les chefs de Départements, les professeurs invités en constituent souvent l\u2019élément le plus audacieux et le plus dynamique; dans l\u2019un ou l\u2019autre des comités, on a tôt fait de les évincer, en leur signalant que les séances d\u2019études, menées trop rondement, sont levées et que les recommandations seront soumises au Comité général.Les jeux seraient-ils faits d\u2019avance ?Quant aux directeurs des services pédagogiques, qui se réuniront à huis-clos sous la présidence des Officiels, ils tenteront certes de satisfaire aux exigences les plus légitimes des comités d\u2019études; mais, non, les vrais et sérieux problèmes de fond n\u2019auront pas été abordés.La consigne aura été bien observée.RELATIONS II.Septembre 1968: l\u2019Opération Rentrée Quelques CEGEP connaissent une rentrée normale.D\u2019autres éprouvent d\u2019incroyables, d\u2019inadmissibles difficultés à démarrer.L\u2019une des causes est évidente.Le gouvernement ne dispose pas de l\u2019argent nécessaire pour acquérir les institutions qu\u2019il entend transformer en CEGEP.Pour leur part, et à juste titre, les propriétaires ne veulent pas céder leur bien sans la garantie d\u2019être tant soit peu remboursés.Les tractations s\u2019éternisent si bien que l\u2019on arrive à la mi-août sans qu\u2019aucun des aménagements requis pour la rentrée soit même soumis aux contractants éventuels.Faute encore de disposer des sommes nécessaires, on taille à l\u2019aveuglette dans les budgets présentés pour la mise sur pied de services nouveaux indispensables, ou tout simplement pour le bon fonctionnement du collège durant l\u2019année qui débute.En dernière analyse, il faut bien le reconnaître, c\u2019est au Grand Argentier de la Province qu\u2019est laissé le dernier mot en matière d\u2019éducation.Comment ici ne pas souligner, on ne sait plus trop quel terme employer, l\u2019arrogance, la morgue ou l\u2019indifférence de certains fonctionnaires ?Vient-on s\u2019informer sur place des besoins réels d\u2019un milieu donné ?Loin de là.Ou on juge de loin et de haut, et l\u2019on décide dès lors en conséquence.Ou, à peine arrivé sur les lieux, on a déjà des opinions toutes faites, quand on ne va pas vous imposer des conclusions rapides ! L\u2019Administration n\u2019est ni une toute-puissance arbitraire, encore moins tyrannique, ni \u201cla fin\u201d de l\u2019institution.Elle est et doit rester un service, à la disposition du bon fonctionnement de l\u2019ensemble du collège ou des collèges; les principales fonctions en sont la planification et la coordination, la prospection et l\u2019animation.Trop souvent, l\u2019Administration peut laisser croire qu\u2019elle tend à tout se subordonner, plutôt que d\u2019être une présence efficace et discrète à un milieu.La cellule vivante du CEGEP est le Département, où professeurs et étudiants ensemble décident de la politique de l\u2019enseignement, contenu du programme et surtout méthodologie pédagogique.À moins d\u2019être une personnalité tout à fait exceptionnelle (et il s\u2019en trouve), le professeur seul n\u2019a pas d\u2019avenir dans nos structures collégiales.C\u2019est l\u2019équipe qui, sous la direction de son chef vigoureux et clairvoyant, doit adopter les politiques de l\u2019enseignement.Et les Départements doivent communiquer entre eux pour assurer l\u2019équilibre et l\u2019économie du travail chez les étudiants.Le Département \u201cfermé\u201d signe sa propre mort L L\u2019un des maux académiques dont souffrent pour l\u2019instant nos CEGEP, c\u2019est le cloisonnement des Départements : on ignore trop d\u2019un Département à l\u2019autre les pédagogies appliquées ainsi que les exigences qu\u2019on impose à l\u2019étudiant.L\u2019individualisme caractéristique du Québécois, s\u2019il ne cède pas à brève échéance, lui sera ici, surtout ici, fatal.1.Le lecteur aurait tout intérêt à consulter sur cette question question des Départements le livre de Jencks, Christopher, et Riesman, David, The Academie Revolution, New York, Double-day and Company, Inc., 1968, surtout p.523-530.Nous ne saurions trop recommander cet ouvrage.Où, en fin de compte, se fait le travail le plus important dans un CEGEP ?Qui en est immédiatement le responsable ?La transmission d\u2019un savoir n\u2019est rien, si celui qui donne et celui qui reçoit demeurent étrangers l\u2019un à l\u2019autre.La raison d\u2019être du CEGEP c\u2019est encore la rencontre entre un adulte et un adolescent.Cette relation personnelle peut seule valoriser l\u2019individu en fonction duquel le CEGEP vit et se définit : l\u2019étudiant.Le professeur titulaire n\u2019existe plus; le \u201ctuteur\u201d est à venir.Reste le professeur \u201ctout court\u201d, qui peut contacter le principal intéressé de l\u2019éducation soit en classe si celle-ci fonctionne sous forme de séminaires, soit à son bureau si toutefois il dispose d\u2019un local à cette fin, soit dans une activité périscolaire 2.Comprendrons-nous trop tard qu\u2019il s\u2019agit de problèmes humains avant tout ?Certes, les questions techniques de mise en branle, d\u2019organisation, d\u2019administration, etc., retiennent toute leur importance.Mais, hélas !, s\u2019avère encore nécessaire un plaidoyer pour l\u2019Humain.L\u2019étudiant est à découvrir son vrai visage: pour l\u2019y aider, le professeur doit être là et savoir payer de sa personne.Se trouvent-ils donc tant de professeurs prêts à le faire, avec tout le désintéressement exigé, sans recherche de popularité ou de brio, sans démission ni fausse capitulation, sans recherche de gain, sans narcissisme ?La peur de l\u2019adolescent paraît acheminer l\u2019adulte contemporain vers une sénilité ridicule ou vers un \u201cautoritarisme\u201d despotique : \u201cjouer au jeune et à la coquette\u201d ou se durcir inutilement les traits ne peuvent mener actuellement qu\u2019à une impasse psychologique.À un rythme accéléré, l\u2019étudiant québécois évolue et se métamorphose sous nos yeux.Trop d\u2019étudiants s\u2019enlisent dans une passivité désespérante; le désir de la réussite financière et du confort bourgeois en gâtent un bon nombre : la société dite \u201ccapitaliste\u201d n\u2019est pas près de périr; et les autres qui se veulent révolutionnaires parviennent le plus souvent à n\u2019être que des agitateurs.Un trait commence à se dessiner qui n\u2019est pas sans effrayer.Le cynisme amoral, qui stigmatisait déjà la société de la fin du XVIIIe siècle, grimace de-ci de-là.Quelques-uns de nos potaches s\u2019adonnent à la marijuana, connaissent déjà \u201cles voyages\u201d auxquels invite le L.S.D.: le commerce se pratique en sous-main, avec, jurerait-on, la bénédiction tacite des autorités locales, souvent d\u2019ailleurs impuissantes à enrayer le mal.On devient, non pas \u201chippy\u201d (ce qui serait trop beau ! ), mais cynique facile, léger, terriblement léger, désireux par tous les moyens possibles d\u2019humilier et d\u2019avilir l\u2019adulte pour en tirer vengeance.Ce sont des cas rarissimes, dira-t-on; peut-être, mais combien tristes et pitoyables ! L\u2019imoortant, toutefois, n\u2019est évidemment pas là, puisqu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une minorité.La révolte sourd dans le cœur de nos étudiants les plus brillants, tout comme dans l\u2019âme de plus d\u2019un professeur.Qui a déposé cette semence de la \u201cContestation\u201d, généralisée et vague tel un malaise, 2.Sur la méthode ici préconisée, nous renvoyons le lecteur d\u2019abord à l\u2019article de M.André Paré dans l'Enseignement: \u201cQui est Cari Rogers ?\u201d, 15 septembre, 1968, p.13-16; le début en est de la pire encre qui se puisse écrire, malheureusement.\u2014 L\u2019unanimité est loin d\u2019être faite autour de la méthode rogérienne.On sait assez le remous que provoqua le passage du psychothérapeute à Paris en 1966.Le lecteur pourrra lire avec grand profit les deux beaux articles consacrés à Rogers dans les Etudes de janvier et de février 1967 par André de Peretti (paragraphes 23 à 28 et 147 à 165).NOVEMBRE 1968 313 dans nos étudiants 3 ?Quelle image se font-ils des adultes et quelle figure les adultes ont-ils à leur présenter qui soit si attrayante qu\u2019elle puisse les attirer et les combler ?Là est tout le problème.Un vent de révolte souffle sur le monde étudiant.Qui en est l\u2019auteur et quelle en est la cause ?Aurions-nous mis trop de temps à comprendre, à rénover nos institutions et à contester notre milieu social ?Ou entendons-nous ici passer le jugement inéluctable sur un contexte sociologique périmé ?Combien d\u2019étudiants abandonnent nos CEGEP ?D\u2019aucuns, plus nombreux qu\u2019on ose le dire, n\u2019auraient jamais dû y être admis.Mais ceux qui avaient les aptitudes requises pour y demeurer, où vont-ils et pourquoi nous quittent-ils ?Un étudiant dans ce cas confessait hier encore : \u201cils n\u2019ont rien à m\u2019apprendre\u201d.Plusieurs professeurs réagiront fortement à cette remarque.Mais si l\u2019on s\u2019interroge sur son sens vrai et profond, peut-être en perdrait-on cœur ! Par ailleurs, combien de nos étudiants sont assurés de trouver du travail au sortir de nos CEGEP ?Que s\u2019ils n\u2019en trouvent point, à quoi devons-nous logiquement nous attendre ?Des spécialistes autorisés nous redisent l\u2019urgence d\u2019augmenter l\u2019effectif du \u201cProfessionnel\u201d, trop peu équipé et fréquenté (soulignons ici l\u2019absence totale d\u2019une politique de complémentarité entre les CEGEP pour ce qui a trait au Professionnel).Des journalistes leur répondent qu\u2019ils en sont, mais que le marché du travail est saturé et que les débouchés adéquats n\u2019existent pas.Qui dit vrai ?Où se cache, en fin de compte, le vice de notre société ?Car, pourquoi nous leurrer plus longtemps ?c\u2019est cette dernière réalité qui est, en dernière analyse, contestée.Voilà les problèmes, combien graves, est-il besoin de le répéter ?que ne peut pas ne pas se poser celui qui, mieux que les administrateurs et les fonctionnaires, connaît ses étudiants : le professeur.Baudet de la fable, pris entre l\u2019Administration, le syndicat et les étudiants, souvent submergé dans un système qui s\u2019affole, un système encore sans visage ni âme, où donnera-t-il de la tête ?Plus encore que sur celui des étudiants, c\u2019est sur le dos du professeur que se fait la réforme scolaire.Tel professeur à temps plein gagne $7,200.00; on lui assure qu\u2019un de ses confrères du Secondaire V peut se faire jusqu\u2019à $8,400.00.Ce professeur de CEGEP évalue son salaire hebdomadaire à $140.00 : mieux vaudrait être électricien ou plombier diplômés !.À quoi bon poursuivre ! Quoi qu\u2019il en soit, la rentrée de 1968, dans trop d\u2019institutions, aura été l\u2019occasion de scènes, sinon absurdes, du moins loufoques.Le grand public, les parents, les contribuables ont le droit d\u2019en savoir la cause et d\u2019en connaître les responsables.Jamais plus pareille confusion ne doit se répéter.La chose a coûté un bon mois de travail sérieux à nos étudiants.Conclusion Avons-nous vraiment une philosophie de l\u2019éducation ?Savons-nous ce que nous voulons, où nous allons, ce 3.Qu\u2019on veuille bien se rappeler le mot si cruel d\u2019Anna Franck à ses parents qui lui reprochent d\u2019être tapageuse : ce n\u2019est pas notre faute si nous sommes en guerre; qui a voulu, déclenché cette horreur que nous, les enfants, payons de notre jeunesse et de notre vie, sinon ceux qui nous ont précédés, \u2014 vous, les adultes ?dont nous avons pour l\u2019heure le besoin le plus urgent ?Tout se trouve dans le Rapport Parent, nous répète-t-on.Nous le voulons bien.Mais, jetant un coup d\u2019œil sur le Rochdale College de l\u2019Université de Toronto, relisant Living and Learning4 ou The Academie Révolution, le Québécois de 1968 ne pourra manquer de s\u2019interroger.Le présent article, d\u2019ailleurs, n\u2019a jamais prétendu être autre chose qu\u2019une interrogation humaine de la situation, au sens sartrien, de nos CEGEP.Avions-nous les moyens de déclencher l\u2019Opération CEGEP ?Sommes-nous allés trop loin trop vite, cédant selon notre habitude à la démagogie, ou à la mégalomanie, ou au chantage électoral qui à l\u2019heure actuelle reprend ses refrains ?Ou aurions-nous mal compris ou appliqué le Rapport Parent, faute d\u2019hommes compétents ?Sommes-nous assez sensibilisés à la révolution culturelle qui a ébranlé le XXe siècle et aux écoutes des pédagogies nouvelles dont tout autour de nous l\u2019on fait l\u2019essai ?Si, par exemple, les postulats d\u2019un Marshall McLuhan contenaient de ces vérités qui, pour être trop bruyantes et paradoxales, font grimacer des dents à plus d\u2019un, ne faudrait-il pas en tenir compte dans une vision renouvelée et rejeunie de l\u2019éducation ?La révolte étudiante, voire professorale, gronde à nos portes.Inutile bien sûr de dramatiser.Mais bien sot qui se boucherait les oreilles pour ne l\u2019entendre pas ! III.Octobre 1968 : l\u2019Opération Contestation Les deux développements qui précèdent étaient déjà rédigés lorsqu\u2019au CEGEP LIONEL-GROULX, mardi le 8 octobre, fut déclenchée à son tour par les étudiants l\u2019Opération Contestation, qui devait être la réponse logique et inévitable aux deux premières Opérations décrites plus haut.L\u2019auteur de ces lignes n\u2019a pas jugé nécessaire de modifier un iota de son texte, tant l\u2019analyse de la situation qui y est faite laissait prévoir les pénibles événements de l\u2019Occupation que nous connaissons.Pourquoi l\u2019Occupation ?La première réaction de l\u2019Autorité et du grand public en aura été une de blâme et de condamnation.La presse, emboîtant le pas, ridiculise à l\u2019occasion ces petits messieurs qui prétendent tout gérer dans notre État et imposer leurs volontés.Que nos étudiants commencent humblement par s\u2019asseoir, se cultivent, acquièrent les connaissances et l\u2019expérience voulues; après quoi, ils pourront venir traiter avec leurs aînés.D\u2019instinct, on redoute la spontanéité aveugle et la prétention arrogante chez nous jeunes, déjà par trop émancipés, et qui hélas ! trop souvent donnent prise à ces accusations.Si nos adolescents prennent la situation en mains, s\u2019ils doivent devenir les arbitres absolus de la société contemporaine, c\u2019est l\u2019anarchie que l\u2019on érige en principe.À peine prononcé, ce mot d\u2019ANARCHIE réveille dans le cœur du Québécois la pire des réprobations et ne peut évoquer que l\u2019image de désordres extrêmes : renversement de l\u2019ordre et de la hiérarchie; la mise entre parenthèses de l\u2019adulte, du savoir sapientel et de la sagesse traditionnelle; l\u2019insécurité totale, car à un chacun sera désormais reconnu 4.Living and Learning, Ontario Department of Education Publications Office, 1966, 224 p.314 RELATIONS le droit de tout contester, de tout bouleverser et de tout saper à la moindre contrariété ! Il est cependant trop aisé d\u2019avoir recours à la caricature pour qu\u2019on se le permette.Est-ce bien là la psychologie de nos étudiants ?est-ce bien ce qu\u2019ils veulent ?oui, pour certains d\u2019entre eux, ou opportunistes \u201ccontesteurs\u201d (qu\u2019on nous passe le néologisme), ou profiteurs désinvoltes, ou proies trop faciles de très habiles manœuvriers qui manient si bien la technique des séances syndicales qu\u2019ils en arrivent toujours à leurs fins par le tripotage et l\u2019usure de leur auditoire.Mais, tel n\u2019est pas le cas des plus éclairés et des mieux intentionnés de nos adolescents.Cela, qui pourra jamais nous le faire croire ?pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019on nous persuadera qu\u2019il n\u2019y a pas au sommet concertation secrète pour manipuler nos étudiants.Des mots d\u2019ordre émanent de haut, et peut-être de loin : toute la question est de savoir qui donne ces directives.Quoi qu\u2019il en puisse être, le sérieux de nombreux étudiants, la force et la validité de leurs griefs et de leurs revendications, le courage dont ils font preuve méritent qu\u2019on leur accorde, sinon notre appui moral et notre admiration, du moins notre respect et toute notre attention.Que réclament-ils, somme toute ?Qu\u2019on veuille bien peser leurs demandes : l\u2019application rapide et décidée des réformes pédagogiques, la réorganisation et la revalorisation du secteur professionnel, l\u2019assurance qu\u2019il y aura demain des débouchés pour les étudiants soit à l\u2019université soit sur le marché du travail, une participation plus intense et des étudiants et du corps professoral à l\u2019Administration, une cogestion aux mécanismes mieux définis et plus souples.La vraie contestation porte sur la refonte de notre économie et son contrôle par les Québécois, sur la socia- lisation plus radicale de notre société et de notre politique.Là, et là seulement, est le véritable enjeu de l\u2019Opération Occupation, déclenchée par nos étudiants.On peut ou non être d\u2019accord sur les différents points soulevés ici, mais qui irait en nier la gravité et l\u2019importance ?Or, le seul et dernier moyen efficace, qui restait à la disposition des étudiants pour obtenir gain de cause se trouvait dans l\u2019occupation.Le fait, spectaculaire, brutal, mais décisif, pouvait seul assurer qu\u2019enfin on les entendrait et serait contraint de se pencher sur leurs problèmes.Il faut parfois, semble-t-il, passer par une certaine violence pour déboucher sur la justice.Certes, un durcissement et une réaction vers l\u2019ordre est à prévoir de la part de l\u2019autorité qui probablement ne consentira à négocier que lorsque tout sera rentré dans l\u2019odre.Qu\u2019importe ! on ne pourra plus se comporter après comme avant l\u2019Opération Contestation, \u2014 du moins nous l\u2019espérons, espoirs que nous partageons sans réticences avec nos étudiants.Plusieurs de nos collégiens désirent rentrer dans l\u2019ordre et reprendre les cours, n\u2019employer que les voies de la plus sûre et de la plus stricte légalité dans leurs revendications : ce phénomène aussi il faut l\u2019enregistrer.Mais l\u2019action la plus regrettable à laquelle on pourrait procéder serait de tenter de briser à tout prix les autres, les plus dynamiques peut-être, et qui auront joué le tout.On se retrouverait alors avec une jeunesse rangée et soumise il est vrai, mais humiliée et qui aurait abdiqué.Le Québec a connu trop de défaites et d\u2019échecs pour se permettre le luxe de brimer une jeunesse dont la conviction et l\u2019engagement ne sont sûrement pas la moindre quahté 5.5.Inutile d\u2019ajouter que l\u2019A.de ce texte se déclare solidaire des positions adoptées par le corps professoral du CEGEP LIONEL-GROULX à l\u2019occasion des événements de la mi-octobre.L'Ad olescence Claire Campbell tA remarque suivante a paru récemment dans une revue américaine: \u201cl\u2019adolescence pour nous est une guerre civile avec nos parents.Si rien de véritablement tragique ne se produit c\u2019est que nous parvenons à l\u2019âge adulte juste à temps\u201d.Comme il y a dans cette remarque matière à réfléchir ! De nombreux ouvrages sur l\u2019adolescence, plus scientifiques les uns que les autres, ornent les rayons des librairies et des bibliothèques.Je m\u2019aventure à affirmer que très peu de parents s\u2019y réfèrent.\u201cC\u2019est trop long et trop difficile\u201d, \u201cIls nous confondent\u201d, \u201cC\u2019est trop technique\u201d, \u201cC\u2019est pour les éducateurs et les chercheurs\u201d, disent-ils.Ce qui suit n\u2019est pas du tout scientifique.C\u2019est une esquisse préparée par une mère de famille qui a la témérité ou l\u2019illusion de croire que son expérience pourra aider.Tant de possibilités de joie, de bonheur et d\u2019enrichissement s\u2019envolent parce que les parents ne comprennent pas l\u2019adolescence ! Si ce doit être le temps de la libération progressive de nos enfants, ce doit être aussi un temps d\u2019approfondissement de nos relations avec eux.Les liens s\u2019y nouent davantage ou s\u2019y brisent lentement, cela dépend de nous, les parents.La première adolescence Durant l\u2019enfance de leurs enfants, les parents étaient constamment sur les planches, à l\u2019avant-scène.À l\u2019adoles-lescence, ils entrent dans les coulisses mais leur rôle n\u2019en est pas du tout diminué.À cet âge, éducateurs, amis et groupes jouent un rôle décisif.C\u2019est le temps des grandes amitiés et des relations de substitution; les amis et les héros changent tour à tour.Que de désarroi parce que nous croyons ne plus les posséder ! Il ne faut pas nous affliger parce que nous semblons être mis au deuxième plan.Nous ne le sommes pas effectivement.Constatation amusante: notre plus grand rival durant la première période de l\u2019adolescence est le téléphone ! C\u2019est par cet appareil merveilleux que l\u2019adolescent s\u2019évade facilement du NOVEMBRE 1968 315 foyer.Des scènes désagréables peuvent être évitées si les parents comprennent ce que représente cette invention pour leur adolescent.Une cantate de Bach et une chanson des Beatles se situent aux deux extrêmes.Tout oscille ainsi dans la vie de l\u2019adolescent: de la dépression à l\u2019euphorie, de la confiance au désespoir, du doute à la certitude, de la passivité à l\u2019ardeur, de l\u2019égoïsme à l\u2019héroïsme, de la peur à la hardiesse, du grand silence au défoulement verbal, du mutisme aux déclarations péremptoires.Un moment tout son monde va s\u2019effondrer; à l\u2019autre, il possède ce monde dans sa main.Adolescence est-il synonyme d\u2019ambivalence ?L\u2019instabilité lui est tout à fait normale.Non seulement il y a chez elle un déséquilibre physiologique mais des bouleversements aux plans émotionnel et psychologique.Bref, une transformation totale de l\u2019être.\u201cPhénomène d\u2019ensemble\u201d, écrivent les psychologues.Si l\u2019on ne veut pas que cette longue période de l\u2019adolescence devienne pour le jeune (et sa famille) un état de frustration permanente, il faut absolument que les parents comprennent l\u2019adolescence, au départ.Cela ne doit pas leur être présenté comme un épouvantail; au contraire, avec une bonne dose de gros bon sens et beaucoup d\u2019amour, mais pas un amour possessif.L\u2019adolescence peut alors représenter pour les parents une expérience unique, malgré les doutes, les dilemmes et les conflits.Il s\u2019y présente de grandes joies, des surprises agréables, des moments doux et tendres, des périodes de détente, des discussions animées et enrichissantes.Que de belles choses et que de beaux souvenirs demeurent cachés dans l\u2019intimité des foyers ! On n\u2019en publie que les petites guerres civiles.C\u2019est dommage ! Durant l\u2019adolescence, c\u2019est la douce fermeté qui doit régner au premier plan.Ensuite, l\u2019accueil.Et les deux, dans une constante unité d\u2019action.En toutes circonstances, les mots d\u2019ordre doivent être \u201cessayer de comprendre\u201d et \u201cdu calme\u201d (c\u2019est parfois difficile de garder son équilibre quand il faut se calmer soi-même).Chose curieuse: on ne semble pas se souvenir des tempêtes de sa propre adolescence; c\u2019est devenu touffu.Et si, par malheur, l\u2019on s\u2019aventure à dire \u201cde mon temps\u201d, cela ne représente-t-il pas seulement des souvenirs ou même des rêves ?Ce n\u2019est rien de nouveau, ce conflit entre générations.Il existait dans \u201cnotre temps\u201d aussi.Parce que l\u2019adolescence durait moins longtemps et que la vie était plus stable, il y avait moins de problèmes, n\u2019est-ce pas ?Et il n\u2019y avait pas les \u201cmedia\u201d pour en exagérer les proportions.Aujourd\u2019hui, tout ce qui ne va pas, on l\u2019explique par le generation gap, ça en devient absurde ! Certes, il peut exister de l\u2019hostilité entre les générations, mais quand on a réussi à se comprendre, le respect mutuel remplace l\u2019hostilité.Je me demande souvent si nous ne devons pas envier nos adolescents et leur génération.Ils sont tellement plus francs que nous l\u2019étions ! Us peuvent exprimer si librement (tout en dramatisant un tout p\u2019tit peu ! ) ce que trop souvent nous refoulions.Et, avouons-le, nous n\u2019aimons pas toujours entendre ce qu\u2019ils nous disent.316 Si le fossé entre parents et adolescents s\u2019élargit, n\u2019est-ce pas dû souvent à l\u2019inhabileté ou à l\u2019insouciance des parents à comprendre le monde moderne et le monde des adolescents avec ses besoins, ses inquiétudes, ses rêves, son idéal ?Il ne faut pas oublier non plus le décalage entre parents et adolescents; il devient de plus en plus grand dans ce monde industriel qui change à un rythme vertigineux.Si la famille est un vase fermé, si elle ne s\u2019efforce pas de développer une ouverture confiante au monde, de gigantesques problèmes peuvent naître.C\u2019est la guerre ou c\u2019est la démission.Les conséquences à toutes les deux engendrent des situations pénibles avec des résultats souvent irréparables.J\u2019aimerais souligner qu\u2019il peut être aussi néfaste de n\u2019être qu\u2019amusé par la conduite pseudo-adulte de son adolescent et de prendre \u201cle mors aux dents\u201d.Il faut donc marcher avec son adolescent en l\u2019écoutant respectueusement et essayant toujours de le comprendre.Pour apprendre, il faut écouter, n\u2019est-ce pas ?Trouver le sens profond des difficultés de notre adolescent ?Les psychologues ici nous confondent souvent dans leurs volumineux et savants ouvrages.Tant de termes compliqués ! Essayons de voir ce qui se passe et d\u2019en faire une synthèse.Les grands changements du corps, de la sensibilité, de l\u2019intelligence et de l\u2019esprit qui surviennent à l\u2019adolescence ne se font pas simultanément.Le cheminement vers la maturité intellectuelle ne se fait pas au même rythme que celui vers la maturité psychique.Il en est de même pour la maturité biologique: elle ne garantit pas que la maturité psychique est acquise.Il faut comprendre que l\u2019agressivité de l\u2019adolescent contre sa famille, son milieu, etc., est souvent un moyen de défense.Il suspecte l\u2019autorité de vouloir l\u2019empêcher de devenir adulte.\u201cJe suis assez grand pour savoir ce que je fais\u201d ! Jamais cependant il ne sera aussi influençable.Il a encore besoin de l\u2019autorité et il la désire.Comme les parents se sentent souvent fragiles devant ses déchaînements de toutes nuances.(Dans \u201cnotre temps\u201d il n\u2019y avait pas de déchaînements \u2014 ce n\u2019était pas respectueux !) Et que penser de son narcissisme ?Comment l\u2019interpréter ?Cela nous inquiète.Mais si nous savions que cela passera, et que le contraire nous éblouira plus tard.Il a tendance à tout dramatiser ou à interpréter des situations fort maladroitement.Mais nous aussi nous sommes maladroits.Et c\u2019est souvent notre maladresse et notre manque de compréhension qui sont la cause de sa révolte.Et les bouillonnements, les pulsions, les moments de tumulte apportés par le facteur sexuel ?Les parents les devinent bien.Ce facteur sexuel est intégré à tout ce que je viens de décrire.La sexualité fait partie de tout l\u2019être, elle n\u2019est pas une force indépendante.Elle conditionne l\u2019expression de la personnalité, et, pour atteindre la maturité, il faut avoir pleinement accepté sa sexualité.Il faut donc comprendre la dimension interpersonnelle de la sexualité que découvre l\u2019adolescent.Les grandes amitiés sont de son âge (pas toujours avec un adolescent du même âge) ou la vénération pour un professeur ou l\u2019attachement au moniteur du groupe.Mais ce n\u2019est que transitoire.Je ne m\u2019arrête pas à \u201cla situation œdipienne\u201d ou au \u201ccomplexe de castration\u201d ou à la relation horizontale ou à \u201cla charge sexuelle\u201d, etc.etc.J\u2019affirme RELATIONS simplement que c\u2019est dans le climat de simplicité de la vie de famille où le véritable amour vit et se sent que l\u2019adolescent est le plus sûrement éduqué.Ceci se fait presque inconsciemment.Vers la fin de l\u2019adolescence, le jeune, presqu\u2019un adulte, dira avec une simplicité désarmante: \u201cLes relations sexuelles représentent le summum de l\u2019amour humain.\u201d Et à voir vivre ses parents, il aura senti que l\u2019amour véritable n\u2019est pas seulement présence, plaisirs et chaleur.L\u2019adolescence est incontestablement une période de grande agitation et il n\u2019y a point de air raid shelters où les parents peuvent se mettre à l\u2019abri des sautes d\u2019humeur, des périodes de cafard, des attitudes fantasques, des idées farfelues, des réactions excessives, des façons désinvoltes, de la critique déchaînée.Ils doivent y faire face avec une inébranlable égalité d\u2019humeur.Ce n\u2019est pas facile ! Il faut parfois presque de l\u2019héroïsme.Cependant il ne faut pas se décourager.Il y a des moments de calme où tout reprend l\u2019aspect d\u2019un cheminement normal.Évidemment, il y aura d\u2019autres étapes à franchir.La mutation à l\u2019adolescence passe par de nombreuses étapes.La deuxième adolescence La première adolescence (elle correspond au niveau secondaire) est sans doute la plus difficile et pour l\u2019adolescent et pour ses parents.A la deuxième, il faut encore non seulement une grande compréhension mais aussi un doigté tout à fait particulier.Que de situations pénibles seraient évitées si l\u2019on comprenait ! Malheureusement, trop souvent, l\u2019on devient intolérant et raide, ou, pour acheter la paix, on ferme les yeux.L\u2019adolescent à cet âge sent très bien que parfois ses parents sont vulnérables.Inconsciemment, nous essayons de le leur cacher et nous commettons des gaffes, lesquelles engendrent des polémiques tout à fait stériles.Que de gaucheries parce que nous nous attardons à des niaiseries ! Les moments fébriles naîtraient moins souvent si nous étions plus prudents et moins orgueilleux.Les fluctuations durant cette deuxième phase sont moins rapides et moins violentes.L\u2019adolescent sent qu\u2019il y a moins d\u2019obstacles sur la route vers son indépendance.J\u2019ai parlé plus haut de narcissisme.Cette grande préoccupation de sa personne dorénavant va diminuer.On verra l\u2019adolescent accéder à un don total de lui-même, mais presque toujours en dehors du foyer.Parfois, ses moments de générosité se manifesteront à la maison et ce sera alors un baume pour les parents.Évidemment, il y aura encore bien des situations de \u201cchoc\u201d.J\u2019en souligne trois.L\u2019adolescent n\u2019a pas le sens de la réalité parce qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019expérience.Les parents, eux, connaissent le réel.Par suite, que de discussions sans fin et sans solution ! C\u2019est à vivre que le jeune apprendra le sens de la réalité.Deuxièmement, il a développé sa puissance de penser, il devient capable d\u2019argumenter et de raisonner.Très souvent, il prendra plaisir à tourmenter ainsi ses parents.S\u2019ils pouvaient avoir le bon sens de demeurer des auditeurs attentifs au lieu de se laisser prendre au piège ! Si on me permet une comparaison, à ce moment de la croissance, les parents servent à l\u2019adolescent de pelote à épingles.Le jeune essaie toutes ses nouvelles idées, toutes ses théories plus ou moins rationnelles sur cette pelote toujours à sa portée.Il pique sans scrupule et sans contrôle.Plus tard, il en rira bien, avec, je crois un peu de regret; cela dépendra de sa sensibilité.Quant à nous, rassurons-nous: la douleur des piqûres disparaîtra comme par enchantement.Troisièmement, les parents et l\u2019adolescent ne s\u2019entendent pas du tout sur les valeurs traditionnelles.Les opinions qu\u2019il émet libéralement et toujours péremptoirement nous scandalisent au plus haut degré.Nous en devenons tout troublés.Chavirés serait peut-être plus juste.Que n\u2019avons-nous développé notre sens de l\u2019humour ! Que n\u2019avons-nous appris à savoir quand poser la question de fond qui, comme par magie, mettra fin à ces monologues didactiques ! Les surprises seront nombreuses vers la fin de l\u2019adolescence.Je n\u2019en mentionne qu\u2019une.Ce qui avait été au début de l\u2019adolescence une affirmation grandiloquente aura germé et, vers la fin de l\u2019adolescence, sera devenu une pensée profonde émise tout simplement.Au beau milieu de la turbulence de l\u2019adolescence se produit une gestation dans le domaine des idées et les surprises abondent à l\u2019orée de l\u2019âge adulte.Il est très amusant de voir même un peu de \u201ctraditionnel\u201d ressusciter.Le foyer authentique Pour son évolution normale, l\u2019adolescent a besoin d\u2019un foyer authentique où régnent l\u2019équilibre, le calme, la tendresse, la sérénité et la compréhension mutuelle.C\u2019est son oasis.C\u2019est là qu\u2019il renouvelle constamment ses forces et sa confiance.C\u2019est là que les joies grandissent et que les peines diminuent parce qu\u2019elles sont partagées.Il y apprend aussi à vivre, tout comme durant la deuxième partie de son enfance.L\u2019influence du foyer sur le jeune est alors beaucoup plus profonde.Il faut ici se rappeler que ce qui compte n\u2019est pas ce que les parents font pour lui, mais plutôt ce qu\u2019ils lui donnent spirituellement et affectivement.Que de sentiments de futilité, d\u2019ennui, de non-confiance et d\u2019isolement disparaîtraient chez nos jeunes si le foyer jouait ce rôle ! La qualité de vie d\u2019un être prend sa source dans un foyer enrichissant.Nul doute sur cela car un foyer authentique projette de la lumière, de la chaleur.On n\u2019insistera jamais trop sur l\u2019exemple des parents, sur l\u2019image d\u2019eux-mêmes qu\u2019ils édifient dans l\u2019esprit de leurs adolescents.Si nous changeons la moindre de nos habitudes, ils en prennent note.Voici une petite histoire vécue à laquelle on pourra rattacher très facilement une gamme infinie d\u2019interprétations.Le populaire Pierre Berton (écrivain bien connu de la radio et de la TV) et sa femme Janet sont des gourmets réputés.Lors du Centenaire, ils publièrent un volume intitulé The Centennial Food Guide.Ils racontent dans l\u2019introduction, qu\u2019en une fin de semaine ils laissèrent au foyer leurs cinq jeunes enfants avec leurs deux adolescentes de quinze et dix-sept ans.Le dimanche, la bande se rendit chez des amis, à plusieurs milles de chez-eux.Ils apportèrent pour le pique-nique des poulets rôtis.À leur retour à la maison, tard le dimanche soir, les Berton aperçurent sur le poêle à bois la grosse marmite dans laquelle mijotait une soupe au poulet.Un arôme NOVEMBRE 1968 317 délicieux s\u2019en dégageait.Les jeunes adolescentes, à la grande surprise de leurs hôtes, avaient recueilli et conservé tous les os et, rentrées au foyer, avaient fait exactement ce qu\u2019elles avaient vu leurs parents faire pendant des années ! Nos adolescents nous imitent, et ceci inconsciemment.La conséquence est que l\u2019exemple que nous leur donnons doit être positif.J\u2019essaierai d\u2019approfondir, à ma façon personnelle, dans le prochain numéro, le rôle que peut jouer le foyer dans la vie d\u2019un adolescent.Si cela était bien compris, de nombreux problèmes sociaux, il me semble, diminueraient sensiblement et le nombre d\u2019adolescents heureux, optimistes, cultivés et dynamiques augmenterait sensiblement aussi.Les psychologues nous disent que par profession ils doivent se préoccuper du développement de toutes les ressources humaines.Une vie de famille constructive où chacun a la possibilité de se découvrir et de se préparer à une vie pleine, n\u2019est-elle pas une contribution extraordinaire au développement des ressources humaines d\u2019un pays?\u201cUne vie pleine\u201d: Carl R.Rogers écrit à ce propos: Le processus de la vie pleine n\u2019est pas, j\u2019en suis convaincu, un genre de vie qui convienne aux pusillanimes.11 implique le développement de toutes les possibilités de l\u2019être.Il implique le courage d\u2019exister.11 signifie qu\u2019on se jette en plein courant de la vie.Et cependant ce qu\u2019il y a de profondément passionnant chez les humains est que lorsque l\u2019individu devient libre, c\u2019est cette vie épanouissante qu\u2019il choisit comme processus de devenir.Durant l\u2019adolescence de leurs enfants, les parents peuvent goûter cette vie épanouissante et, par une force mystérieuse, la transmettre à leurs futurs adultes.C\u2019est une expérience unique ! Cdon^erence internationale dé Lee tienô et de ^jhiip (Toronto, 2-7 septembre 1968) Notre époque se veut violente, la critique y est reine, impitoyable, sans nuance, prompte à relever les déficiences, passant sous silence le côté positif, constructif de ce qui a été entrepris.La récente conférence de Toronto, organisée sous les auspices conjointes du \u201cConseil canadien de Chrétiens et Juifs\u201d et de la National Conference of Christians and Jews de New-York, avec la participation de plusieurs autres organismes tant chrétiens que juifs, n\u2019a pas échappé à cette critique que plusieurs journaux à grand tirage ont reproduite, à la suite de reproches adressés par deux ou trois participants qui dénoncèrent, à la séance de clôture, l\u2019absence des jeunes et celle des pauvres en ce congrès dont le thème était : \u201cLes obstacles à la communication, et les moyens à prendre pour en venir à bout.\u201d Il y a là, me semble-t-il, une grande injustice et je voudrais présenter l\u2019autre aspect du congrès, donner un aperçu de ce qu\u2019on se proposait et de ce qui a pu être réalisé dans un domaine immense et encore peu exploré.Il avait été clairement exposé aux participants dès le printemps dernier 318 dans une lettre, signée par MM.Roland de Corneille et Bernard E.Oison, accompagnant le programme détaillé du congrès.Le but général, y était-il dit, se ramène à deux points : a)\tla relation entre chrétiens et Juifs (le problème de la communication entre deux groupes religieux); b)\tJuifs et chrétiens face aux problèmes de la société contemporaine.L\u2019on faisait état de la grave crise de communication qui de nos jours vicie les rapports entre chrétiens et Juifs.C\u2019est à préciser les données de ce problème et à y trouver des solutions que la conférence devait se consacrer.A cet effet des groupes de travail avaient été prévus où des spécialistes dans le domaine des rapports judéo-chrétiens et des experts dans le vaste champ des communications se rencontreraient pour une réflexion commune et des suggestions en vue de mesures concrètes.Méthodes de travail Sept groupes de travail sur : la personne et la communication, l\u2019éducation, media et arts, groupes ethniques et valeurs distinctes, dialogue interreligieux (définition du dialogue et obstacles majeurs au dialogue juif-chrétien), différences religieuses et préjugés, économie et politique.Le problème du dialogue entre personnes et entre groupes, on le voit, se trouvait abordé en toute son ampleur, sa complexité et ses composantes psychologiques, ainsi que celui de l\u2019influence de l\u2019éducation et de l\u2019information par les media dans l\u2019entretien des préjugés et images caricaturales et leur éradication.Les organisateurs de la conférence ne s\u2019attendaient évidemment pas à un résultat immédiatement palpable, ni à l\u2019élaboration, au cours de la session, d\u2019un plan d\u2019action concertée.Ce qu\u2019ils voulaient, c\u2019était d\u2019alerter l\u2019opinion, d\u2019alerter surtout les éducateurs et les responsables des media, de les rendre sensibles au problème, d\u2019obtenir la collaboration d\u2019experts capables d\u2019enrichir la réflexion commune.La rencontre ayant lieu entre chrétiens et Juifs dans le contexte de l\u2019Amérique du Nord, la proportion relative des uns et des autres avait été arrêtée à un tiers de catholiques, un tiers de RELATIONS protestants et anglicans et un tiers de Juifs.Une moitié environ des participants devait venir du Canada, l\u2019autre moitié serait composée en large majorité de représentants des États-Unis, le reste venant de pays d\u2019Europe et d\u2019Israël.Si la question des rapports juifs-chrétiens polarisait la réflexion, les problèmes auxquels sont confrontés les uns et les autres devaient conduire à convier également des représentants des communautés ethniques minoritaires : Noirs et Indiens.Conférences Selon les méthodes actuelles des congrès de ce genre, les conférences avaient été réduites au minimum, trois en quatre jours : celle du Rev.James Parkes, le premier soir, situait les rapports judéo-chrétiens dans le contexte d\u2019un œcuménisme élargi aux dimensions du monde.Vétéran de l\u2019histoire de ces rapports, \u201cscholar\u201d de réputation internationale, venu exprès d\u2019Angleterre, il symbolisait la volonté des chrétiens de reviser leurs positions séculaires à l\u2019endroit du peuple juif, et de les établir dans la justice et le respect.La seconde conférence, par le Professeur Werblowski de l\u2019Université hébraïque de Jérusalem, présenta le drame du peuple juif exposé, vingt ans après l\u2019holocauste nazi, à la menace d\u2019un nouvel holocauste, en face de l'incompréhension de tant de chrétiens.M.James Farmer en sa conférence interpréta avec éloquence le drame des Noirs d\u2019Amérique; il apportait au congrès la voix des minorités ethniques de couleur et réclamait justice pour elles aussi.Bilan positif Le premier et sans doute le plus précieux des avantages de la conférence de Toronto fut, pour des chrétiens et des Juifs d\u2019appartenance et d\u2019occupation fort diverses, la possibilité de se rencontrer, de réfléchir ensemble et de travailler quatre jours durant, échangeant dans la sincérité leurs points de vue et leurs expériences.De tels contacts entre gens de groupes différents sont rares, leurs rapports se bornant d\u2019ordinaire aux affaires.Il fallait ici envisager ensemble les problèmes de l\u2019homme en tant que tel, les facteurs qui affectent sa psychologie, son comportement, s\u2019exprimer en toute franchise dans un climat de confiance mutuelle; cette expérience fut pour beaucoup neuve et stimulante.J\u2019ai vu dans ma section, celle du dialogue religieux, combien les points de vue différaient selon le lieu d\u2019origine, la religion, l\u2019occupation, le cheminement personnel dans l\u2019existence.Des protestants ont découvert en profondeur une sensibilité juive frémissante qu\u2019ils soupçonnaient à peine, relativement au génocide nazi et à la menace qui pèse encore sur Israël.Un rabbin d\u2019Allemagne constatait que son expérience sur plusieurs points était fort différente de celle des Juifs des États-Unis, un pasteur luthérien du Danemark apportait une réflexion \u201csui generis\u201d, tandis que le contraste entre un professeur israélien et un rabbin fort connu, émigré au Canada au cours de la persécution hitlérienne, faisait toucher du doigt aux chrétiens présents la complexité du Judaïsme, la tension Israël-Diaspora, l\u2019amour chez tous de la Terre et de la Tradition, dans des climats spécifiques qui en modifient considérablement les harmoniques.Les travaux des commissions, condensés en de brèves analyses suivies de suggestions en vue d\u2019une stratégie d\u2019action, forment un dossier assez volumineux que l\u2019on remit aux congressistes à la séance de clôture.Il y a là matière à réflexion prolongée et, espérons-le, un programme pour répondre à un certain nombre de desiderata.Souhaits La clôture de la conférence ayant été avancée pour des motifs de dernière heure, les congressistes ne purent avoir une vue d\u2019ensemble du travail accompli, et chacun ne connut vraiment que le travail de sa section; on peut le regretter, d\u2019autant que pareille vue d\u2019ensemble eût probablement nuancé certaines appréciations à l\u2019emporte-pièce.L\u2019ampleur du sujet abordé et sa complexité ont fait souhaiter que des groupes restreints, en d\u2019autres rencontres, abordent séparément des aspects de ce problème majeur de notre époque, celui de la communication.Et pour certaines d\u2019entre elles, pourquoi n\u2019auraient-elles pas lieu à Montréal, en langue française, avec la participation de pays francophones ?Je voudrais souligner en terminant l\u2019admirable esprit de service de l\u2019équipe qui organisa la conférence et en assura la bonne marche.On parle beaucoup aujourd\u2019hui de \u201cservice\u201d, il est rare toutefois qu\u2019on ait le spectacle de gens en des situations aussi importantes et chargés de lourdes responsabilités, se donnant avec autant de dévouement, d\u2019abnégation, aux plus humbles tâches de l\u2019accueil, essayant d\u2019entrer dans la pensée de chacun, acceptant avec le sourire les réactions parfois acerbes, désireux de faire de tout leur profit, dans la poursuite de leur tâche au service de la fraternité humaine.Cela valait d\u2019être relevé comme un élément majeur d\u2019une conférence qui poursuivait l\u2019amélioration des relations des hommes entre eux.Sœur Marie-Noëlle, Notre-Dame de Sion.Centre Mi-ca-el, Montréal.Dialogue Judéo-chrétien.PrcûcM Réparations d'automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 NOVEMBRE 1968 319 CfJieu, I (bqlise et le couple Il était un couple, sorti jeune et beau des mains de Dieu.Ils s\u2019appelaient Adam et Ève.Survint le drame : prêtant l\u2019oreille aux propos du Tentateur, ils détournèrent leur cœur des consignes de Dieu et finirent par s\u2019établir eux-mêmes juges absolus du bien et du mal, en leur âme et conscience ., car c\u2019est ainsi, en dernière analyse, qu\u2019il faut comprendre l\u2019allégorie de l\u2019arbre de la science du bien et du mal planté au milieu du Paradis Terrestre F Désormais l\u2019homme et la femme porteront les conséquences de ce péché originel : il leur faudra peiner au travail, souffrir et mourir.Mais, infiniment bon et miséricordieux, Dieu, en son Fils, leur accorda son pardon.Et lorsque le Fils vint porter le Salut, Il consacra l\u2019amnistie en sanctifiant l\u2019union du couple par un sacrement dont le mystère figure l\u2019amour du Christ pour son Église.L\u2019amitié, étant revenue, a survécu, à travers les siècles, à tant d\u2019infidélités au plan de Dieu, à tant de faiblesses et d\u2019égarements, suivis de regrets sincères et de retours humbles et courageux ! L\u2019Église chante toujours la grandeur du mariage chrétien .Mais l\u2019amitié serait-elle, une nouvelle fois, en danger de sombrer ?Est-il question pour le couple d\u2019aujourd\u2019hui de rééditer la faute d\u2019Adam et Ève ?Veut-on, à nouveau, s\u2019établir en son âme et conscience juge et arbitre exclusif de ce qui est bien et de ce qui est mal ?Et cela alors que le Pasteur qui a la charge suprême du Peuple de Dieu, et qui a la mission unique de \u201cconfirmer ses frères\u201d, vient de rappeler officiellement \u201cen vertu du mandat à lui confié par le Christ\u201d ce que la loi de Dieu \u2014 et non celle de l\u2019Église \u2014 autorise dans les gestes qui peuvent transmettre la vie ?L\u2019enjeu est grave.\u201cSi vous m\u2019aimez, dit le Seigneur, vous garderez mes commandements.\u201d (Jean, XIV, 15).Ce qui peut se lire : \u201cSi vous n\u2019observez pas mes commandements \u2014 si, du moins, vous n\u2019essayez pas, ou si vous ne voulez pas les observer \u2014 ne venez pas me dire que vous m\u2019aimez.\u201d Bien sûr, en dernière instance, c\u2019est la conscience de chacun qui répond de chaque acte posé.Il est vrai aussi que la conscience, pour être juste, doit se mesurer sur la loi objective de Dieu.Comme l\u2019écrivait au Pape le cardinal GARRONE, au lendemain de la parution de l\u2019encyclique HUMANAE VITAE : \u2018Le bien que l\u2019on doit chercher et vouloir se confond finalement avec la volonté de Dieu, et nous avons de cette volonté des indices objectifs nécessaires.Faute de quoi c\u2019est l\u2019aventure.\u201d Or, justement, l\u2019un de ces indices objectifs nécessaires est l\u2019enseignement du magistère de l\u2019Église, comme celui du Pape dans HUMANAE VITAE.On comprend que le cardinal ROY, dans ses commentaires sur le document papal, ait pu écrire : Il est bien clair que, dans la pensée du Concile, la conscience des époux chrétiens doit accepter d\u2019être éclairée par le magistère, c\u2019est-à-dire par l\u2019autorité de l\u2019Eglise qui parle pour interpréter la loi de Dieu.Nous entendons précisément dans cetté encyclique le magistère qui, devant certains doutes et certaines hésitations, nous dit clairement ce qui est conforme et ce qui est contraire à la loi divine.Et le le cardinal de Québec donne ensuite des directives pastorales qui s\u2019accordent merveilleusement avec celles données par le Pape lui-même : Evitons de juger avec sévérité un effort malhabile ou un pas chancelant; gardons-nous d\u2019autre part d\u2019accepter comme règle de vie chrétienne ce que l\u2019Eglise condamne ou d\u2019appeler bien ce qui est mal.L\u2019Eglise ne présente pas ici un idéal abstrait et pratiquement impossible à atteindre; elle nous dit comment doit vivre le plus humble des fidèles acceptant, aux prix d\u2019efforts répétés et généreux, la loi sainte proposée à ceux qui veulent marcher à la suite du Sauveur.\u201cÊtre naturel et normal pour l\u2019homme ne sera jamais facile, mais refuser 1.A ce propos, on lira avec grand profit l\u2019analyse psychologique pénétrante faite par le Père Dominique Barthélemy, O.P., dans \u201cDieu et son Image\u201d publié en 1963, aux éditions du Cerf, pp.41 à 63.l\u2019effort, c\u2019est refuser d\u2019être homme.\u201d Ainsi s\u2019exprime, au seul nom de sa science, le Dr Paul Chauchard.Ce biologiste, qui est aussi neuro-physiologiste et médecin, et qu\u2019une imposante série d\u2019ouvrages signale, depuis quelques années, à l\u2019attention mondiale, n\u2019hésite pas à affirmer que HUMANAE VITAE est la charle de la libération de l\u2019homme.Tant il est vrai, ainsi que le dit le Pape, que \u201cl\u2019homme ne peut trouver le vrai bonheur, auquel il aspire de tout son être, que dans le respect des lois inscrites par Dieu dans sa nature et qu\u2019il doit observer avec intelligence et amour\u201d.Et la liberté dans tout cela objectera-t-on ?Disons d\u2019abord que la liberté ne m\u2019autorisera jamais à dire ou à penser que deux et deux font cinq.Ajoutons que l\u2019Église a toujours invité ses enfants à faire bon usage de leur liberté en leur demandant d\u2019accorder leurs pensées, leurs vouloirs et leurs actes, à ce qui est.Il s\u2019agit, au fond, pour l\u2019homme libre, d\u2019accepter librement de se conformer au plan de Dieu sur le monde et la vie.\u201cLa vraie liberté de conscience ne consiste pas à agir à sa guise, mais à suivre la dictée d\u2019une conscience bien formée\u201d, affirment judicieusement les évêques canadiens, dans leur récente déclaration.Parlant du comportement souvent anti-humain de tant d\u2019hommes, surtout dans le domaine conjugal, le Dr CHAUCHARD écrit quelque part : \u201cSeigneur, pardonnez-leur; ils ne savent pas ce qu\u2019ils FONT, car ils ne savent pas ce qu\u2019ils SONT.\u201d Et il affirme ailleurs que la continence ou la chasteté est le vrai nom de la sexualité cérébralisée de l\u2019être humain.Ce n\u2019est pas, dit-il, une contrainte négative imposée par une dure morale à des célibataires ou des adolescents, ce n\u2019est pas un inhumain procédé de limitation des naissances contraire pour le couple à la spontanéité de l\u2019amour; c\u2019est pour les célibataires comme pour les conjoints dans un contexte différent, le même effort positif pour mieux s\u2019aimer, pour aimer, non quelque chose qu\u2019on vous impose, mais quelque chose qu\u2019on est bien forcé de s\u2019imposer dès qu\u2019on a compris que c\u2019est indispensable au progrès de l\u2019homme, à l\u2019hygiène de l\u2019amour.\u201d 320 RELATIONS DÉBUT DE SAISON À LA T.V.Émile Gervais, S.J.Or justement, l\u2019Église, MATER et MAGISTRA, est là pour aider à faire comprendre, et ainsi orienter dans le bon sens \u2014 le seul sens vraiment humain, dont Elle a le secret \u2014 la liberté de ses enfants.Le Pape parle lui-même d\u2019une \u201cœuvre d\u2019éducation, de progrès et d\u2019amour.\u201d Sans doute, cette œuvre, pour être menée à bien, demande du temps (et donc de la patience) de la compréhension et de la charité.Cela exige aussi qu\u2019au départ, on n\u2019oppose pas illusoirement liberté et obéissance.Mettre joyeusement sa volonté au service du Seigneur, dans l\u2019acceptation lucide de la vérité de son plan, n\u2019a jamais mutilé personne ni asservi qui ce soit.La vérité libère.Ne parle-t-on pas de la sainte liberté des enfants de Dieu ?Certaines contestations, par contre, tributaires de servitudes et d\u2019esclavages plus ou moins conscients ou avoués, égarent et desservent ceux qui croient par eux se grandir.Tout cela, enfin, suppose qu\u2019on ait suffisamment le sens de l\u2019Eglise et le sens de la Foi pour accepter que le Pape puisse dire le mot qui compte, lorsqu\u2019il le juge bon.Nombreux sont aujourd\u2019hui ceux qui revendiquent la liberté de proposer leurs idées très personnelles avec une autorité qu\u2019ils contestent à Celui qui est le seul à avoir reçu ce charisme de Dieu.On voudrait que dans l\u2019Eglise il soit permis à chacun de penser et de croire ce qu\u2019il lui plaît.Par contre on ne pense pas que celui qui se consacre au service de la vérité est celui qui se soumet pleinement au Magistère de l\u2019Eglise.Ainsi s\u2019exprimait Paul VI, le 30 août dernier, dans son message au 82e Katholikentag (Réunion annuelle de la hiérarchie et des fidèles de l\u2019Église catholique en Allemagne).Ne faut-il pas remercier le Saint-Père pour le service sans prix qu\u2019il nous rend, en démasquant \u2014 de façon à la fois humble et ferme \u2014 ceux qui, quoi qu\u2019ils disent ou pensent, se font, depuis quelque temps, l\u2019écho de la voix qui jadis trompa Adam et Ève ?Louis Aucoin, ptre-curé, Paroisse St-Vincent-Ferrier, Montréal Septembre marque la reprise des émissions régulières de télévision à Radio-Canada et à Télé-Métropole.Voici à ce propos quelques réflexions inspirées par certaines d\u2019entre elles.Des débutantes pleines de promesses Il faut rappeler d\u2019abord comment nos deux réseaux ont tenu à célébrer l\u2019entrée dans le monde des ondes de leur saison nouvelle 1968-1969.Radio-Canada a mis beaucoup de soin et d\u2019argent.pour entourer les débuts de sa filleule d\u2019un éclat et d\u2019un faste inconnus jusqu\u2019ici.Les personnalités les plus marquantes du monde des artistes et des publicistes furent conviées à une grande réception au Centre international de Radiotélévision, à Terre des Hommes, au cours de laquelle la saison débutante fut présentée à la foule nombreuse et distinguée dans un brillant décor scénique et musical.Télé-Métropole fit les choses plus simplement, jugeant peut-être qu\u2019une mise en scène n\u2019était pas nécessaire pour établir la popularité de sa fiheule auprès d\u2019un public grandissant et fidèle.Émissions éducatives et d\u2019information La T.V.doit viser plus haut que le divertissement.Elle a une mission d\u2019information et d\u2019éducation.C\u2019est une évidence admise par tous et que nos deux réseaux reconnaissent volontiers.Le problème est de doser avec discernement les émissions éducatives dans le programme quotidien.Cette année encore, le Canal 2 leur a accordé une très large place.Nous ne parlons pas ici des cours organisés avec la collaboration des autorités compétentes; cela relève plutôt de l\u2019enseignement que de la télévision proprement dite.Je veux signaler les nombreuses émissions d\u2019information que CBFT offre au public : bulletins de nouvelles bien illustrés, reportages domestiques et étrangers.Nous avons salué le retour d\u2019excellentes émissions, comme Langue vivante, Le Sel de la Semaine, Dossiers, Caméra 68.L\u2019émission Aujourd\u2019hui semble bien être la perle du groupe : variété des sujets abordés, étendue et sérieux de l\u2019information, vie et intérêt de la présentation.Aussi quelle pénible surprise quand, au milieu de reportages et de commentaires donnant tous les signes de l\u2019objectivité, survient tout-à-coup une présentation des faits manifestement unilatérale ! Ainsi, récemment, un commentaire sur le cas des prêtres récalcitrants de Washington.Dans l\u2019introduction, on mettait en opposition l\u2019intransigeance du cardinal O\u2019Boyle et la largeur de vues de l\u2019épiscopat canadien favorisant la liberté de conscience.En fait, le cardinal O\u2019Boyle et nos évêques sont foncièrement d\u2019accord.Ce que l\u2019archevêque de Washington combat, les prélats canadiens le réprouvent expressément dans leur communiqué, c\u2019est-à-dire des déclarations contraires à la décision du Pape faites publiquement par des membres du clergé.La suite de l\u2019émission reproduisait l\u2019interview d\u2019un prêtre français, qui défila sans sourciller, les clichés des progressistes avancés : bobards sur le caractère de Paul VI, critiques de son encyclique mêlant erreurs doctrinales et erreurs politiques ou diplomatiques commises par des papes, etc.Pas un mot de la prise de position fort différente adoptée par la majorité des catholiques.Étrange exemple d\u2019objectivité ! Le Canal 10 ne néglige pas l\u2019information et l\u2019éducation de ses auditeurs.Ses bulletins de nouvelles sont nombreux et soignés mais donnés parfois trop rapidement.Télé-Métro fait chaque soir le point de l\u2019actualité.Les téléspectateurs sont surtout heureux de la longévité de l\u2019émission Franc-Parler.Elle continue de nous faire pénétrer dans la vie et le caractère de personnages de premier plan.L\u2019heure passe vite, grâce aux questions pertinentes des deux animateurs, Claude Lapointe et Jean-Louis Gagnon, et à leur talent de mettre leurs invités à l\u2019aise et en goût de s\u2019exprimer.Enfin, me sera-t-il permis d\u2019ajouter au palmarès des émissions éducatives de Télé-Métropole, NOVEMBRE 1968 321 YÉcole du Bonheur, de Madame Jeanette Bertrand?Les deux sketches de l\u2019émission exposent d\u2019une façon claire et vivante les deux manières, la mauvaise et la bonne, d\u2019affronter les petits problèmes qui remplissent la vie d\u2019un couple ou d\u2019une famille.Un quart d\u2019heure fort agréable, sans prétention, dont l\u2019enseignement optimiste fait une excellente École du bonheur.Les films Comme par le passé le cinéma occupe une large place au programme de nos deux réseaux.Les distributeurs et les salles de spectacles n\u2019ont rien à craindre de cette concurrence.Les pellicules ont en général au moins quinze ans d\u2019existence et on continue à nous les hacher d\u2019annonces commerciales, pas toujours renouvelées.Si les deux réseaux rivalisent de zèle publicitaire, la palme revient au Canal 10.De temps à autre, on nous offre le régal d\u2019un film nouveau et de valeur, présenté à une heure commode.Radio-Canada nous a servi une intéressante reconstruction historique de \u201cla Prise du pouvoir par Louis XIV\u201d.Un emprunt à l\u2019O.R.T.F.Radio-Canada a fait grande publicité autour d\u2019une production de l\u2019O.N.F., De Mère en fille, qu\u2019elle offrait au public de C.B.F.T.en émission spéciale.La dignité, la valeur artistique, la haute portée sociale que la propagande lui prêtait et qu\u2019on peut lui reconnaître ne peuvent faire oublier la question de principe, fort troublante, que ce film soulève : est-il permis, est-il convenable de livrer, même avec l\u2019assentiment des intéressés, des réalités aussi sacrées que la mise au monde de tel être humain, que les sentiments de telle mère et la vie intime de tels époux à l\u2019œil indiscret de la caméra pendant des semaines et même des mois, pour les offrir ensuite à la curiosité des foules, à la télévision ?Je ne le crois pas.La part de Dieu Les émissions proprement religieuses à la télévision sont plus importantes que nombreuses.Arrêtons-nous à la principale, la Messe dominicale, diffusée par Radio-Canada.On a voulu en renouveler la présentation en centrant chaque émission autour d\u2019un thème inspiré par la liturgie du jour.Idée excellente.Les assistants en studio et les spectateurs devant l\u2019écran gagnent de retenir, de cette rencontre de prière, une vérité nettement et fortement imprimée dans leur esprit.Par contre, le choix du titre, Sème Jour, ne me paraît pas très heureux.Emprunté au Moyen-Âge, nous a-t-on dit, le titre signifierait que le dimanche est un jour tout-à-fait spécial, à part, au-dessus des jours ordinaires.S\u2019il en est ainsi, n\u2019est-il pas à craindre que les gens regardent le dimanche comme en dehors de la semaine, et voient la religion tellement au-dessus de leur vie quotidienne qu\u2019elle n\u2019ait plus de place dans leur existence d\u2019homme ?Ce serait juste le contraire de ce que cherche la pastorale moderne et de ce que désirent les organisateurs de l\u2019émission.Deux tendances, aux premières émissions, se sont fait jour qui, à mon avis, ne sont pas tout à fait justes.La présentation du thème, la prédication, les commentaires ont un caractère froid et cérébral.Cela est évident dès l\u2019introduction où l\u2019on disserte sur le thème, sans réussir à dégeler les assistants, nonobstant les efforts du chansonnier agrippé à sa guitare et de sa chanson, presque inintelligible.L\u2019homélie, d\u2019autre part, néglige l\u2019explication d\u2019ordre doctrinal essentielle au sujet qu\u2019elle aborde.Le premier dimanche, l\u2019évangile rappelait les deux grands commandements de l\u2019amour de Dieu et de l\u2019amour du prochain.Le prédicateur développa le thème de la rencontre avec les hommes, première démarche de la charité fraternelle et préparation à la rencontre du Seigneur.Il omit de rappeler aussi ce qui est essentiel, à savoir que l\u2019amour du prochain prescrit par le second commandement n\u2019est pas n\u2019importe quel amour, n\u2019importe quel sentiment humanitaire, mais un amour qui a pour inspiration et pour norme l\u2019amour de Dieu, objet du premier commandement.Au second dimanche, l\u2019homélie fut marquée par un déplacement d\u2019accent.Le prédicateur avait à définir les deux attitudes chrétiennes devant la misère : s\u2019engager pour la combattre, reconnaître en elle la voie nécessaire vers la joie et la gloire du Ciel.Le prédicateur aborda à peine ce second aspect.Là cependant est la véritable victoire sur la misère promise par le Christ à tout homme de bonne volonté.Le Sauveur s\u2019est soumis au mal et à la souffrance jusqu\u2019à mourir sous leurs coups sur la Croix; mais il les a vaincus par son amour et par sa Résurrection.Il nous offre de les vaincre à notre tour par sa grâce et de ressusciter avec Lui.L\u2019année commence; les choses sans doute s\u2019amélioreront.le meilleur choix d\u2019équipements et d}accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tel.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tel.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C M.LTÉE V PÉi photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 fi\u2014 -LL-rH Mitckormot j d**» 322 RELATIONS Al7 SERVICE DU FRANÇAIS PROQRÈS OU RÉÇRESSION?Joseph d\u2019Anjou, S.J.On nous ahurit à force de nous répéter que le monde progresse; que la science nous donne la maîtrise de l\u2019univers et celle de l\u2019homme sur sa propre vie.Et de chanter les gloires de l\u2019électronique, de la cybernétique, de la chirurgie du cœur.L\u2019âge d\u2019or aurait enfin commencé.Qu\u2019en pense l\u2019Iran, bouleversé par un séisme contre quoi science et progrès demeurent impuissants ?Et la Tchécoslovaquie, écrasée par les machines scientifiques d\u2019un peuple où triomphe, nous assure-t-on, la liberté démocratique ?Et le Biafra, massacré scientifiquement par les armes que fournissent des pays surdéveloppés ?On voudrait rire.En Chine, sûrement, on rit.jaune.Chez nous, le péan résonne en l\u2019honneur des progrès de l\u2019éducation.Or, on veut presque toujours désigner par éducation ce qui, en bon français, se nomme soit enseignement, soit instruction.De plus, en fait d\u2019éducation, au sens propre, chacun peut apprécier, dans la tenue, les manières, le langage des jeunes et de leurs \u201céducateurs\u201d, le \u201cprogrès\u201d réalisé depuis le début de la \u201crévolution tranquille\u201d.Rien d\u2019éton-nant que l\u2019on constate la nécessité d\u2019une \u201céducation\u201d permanente.Mais on n\u2019aperçoit pas le ridicule d\u2019une situation où les adultes \u2014 normalement les éduqués \u2014 ont besoin d\u2019apprendre à devenir ce qu\u2019ils devraient être.Qu\u2019une instruction continue s\u2019impose, par un enseignement (un recyclage, si l\u2019on veut) permanent, et que les adultes de toute classe et de toute profession en éprouvent le goût et en retirent profit, cela mérite l\u2019approbation due au vrai progrès.Ne faut-il pas, cependant, que fond et forme correspondent à une certaine perfection et attestent une véritable amélioration ?Or, pour dire d\u2019abord un mot du fond, dans une de nos institutions, on invite des élèves de 16 à 18 ans à disserter sur les humanités conçues comme \u201cle temps de l\u2019adolescence\u201d où l\u2019être humain apprend les idées, les sentiments, les attitudes qui permettent de \u201cs\u2019intégrer au monde dans lequel on vit\u201d.Avant le progrès d\u2019aujourd\u2019hui, les humanités, dépassant les limites du temps, se comprenaient comme un ensemble de disciplines, aptes à préparer des êtres humains à établir et à maintenir un ordre de personnes et de choses où il fasse bon vivre.Par l\u2019humanisme de naguère, on devait susciter chez les adolescents la liberté créatrice, faculté de renouvellement à l\u2019intérieur d\u2019un ordre na'urel et surnaturel qui puisse épanouir des personnes pour le bien desquelles existe, évolue et progresse la société civile et religieuse.Maintenant, parce qu\u2019on ignore les exigences élémentaires du langage, on identifie sottement les humanités à un temps qui s\u2019achèvera dans l\u2019intégration de robots à un monde dont ils n\u2019auront pas à discuter ou à modifier les structures.Ironie des choses ! La jeunesse contemporaine, formée (?) dans le moule d\u2019un structuralisme planificateur et vide de substance, \u201cconteste\u201d toute \u201cstructure\u201d et, faute d\u2019avoir bénéficié d\u2019une culture authentiquement humaniste, ignore le sens de la vie, mais rejette instinctivement un \u201cmonde sans âme\u201d; elle réclame un itinéraire qui débouche sur l\u2019au-delà d\u2019un aujourd\u2019hui dépoétisé, désacralisé, une philosophie qui justifie le dépassement d\u2019une existence vouée à l\u2019échec de la mort.Je n\u2019oublie pas que le propos de ma chronique mensuelle a rapport à l\u2019expression juste, à la forme correcte du français.On vient de voir quel mépris de la sémantique affiche une conception socialisante des humanités, de l\u2019éducation, conception pesamment soutenue comme le dogme du progrès pédagogique par la déconfessionnali-sante et déshumanisante commission Parent.Si la forme reflète le fond, si l\u2019expression coïncide avec la pensée, on imagine aisément le résultat linguistique de principes qui exaltent l\u2019intégration à un milieu intellectuellement dénaturé par un bilinguisme dont on se vante de préserver les effets abrutissants.On n\u2019a d\u2019ailleurs pas à imaginer, mais à enregistrer, par exemple, l\u2019incorrection qui s\u2019étale dans le code d\u2019éthique scolaire de telle polyvalente de chez nous.Sur qui retombe la responsabilité du \u201cfranglais\u201d de ce manuel de conduite ?Evidemment sur la direction de l\u2019école et son personnel.Peut-on espérer mieux si, dans telle autre école, on laisse enseigner un professeur qui, s\u2019adressant à des écoliers de 14 et 15 ans, demande \u201cC\u2019est qui qu\u2019a dit que les gars jousent demain ?\u201d Il y a, dans le Québec, des hommes et des femmes, religieux et laïcs, qui assument les fonctions de \u201ccoordonnateurs de l\u2019enseignement du français\u201d.À quoi les occupe-t-on ?Quelle compétence leur a-t-on fait acquérir ?À les écouter parler, à lire ce qu\u2019ils écrivent, y a-t-il lieu de conclure à leur capacité de corriger les instituteurs et institutrices placés sous leur autorité ?Quand donc, à l\u2019ouverture d\u2019une réunion de parents d\u2019élèves, entendrons-nous la directrice ou le préfet des études prononcer autre chose que l\u2019inévitable \u201cIl nous fait plaisir (tour fautif) de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue\u201d (banalité navrante) ?Chacun sait que, de nos jours, les étudiants de nos universités ont je ne dis pas la prétention, mais la certitude de \u201cdépasser\u201d leurs maîtres.Je leur donne raison lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019inventer des bourdes de langage.Oyez le spécimen de \u201cdépassement\u201d offert par un journal universitaire: \u201cLes lettres de nos lecteurs sont le très bienvenues.\u201d Nul ne \u201ccontestera\u201d l\u2019originalité de cette fin de phrase.Continuer?Je le pourrais, mais à quoi bon ?Maintes fois j\u2019ai loué le travail accompli par le Comité de Linguistique de Radio-Canada, pour ne pas mentionner les autres efforts dépensés (dispersés ?gaspillés ?) pour la restauration du français au Québec.M.Alain NOVEMBRE 1968 323 Guillermou y va de son éloge, en recommandant les fiches que rédige le comité.Puis, élargissant la perspective de sa réflexion, il écrit : .les Canadiens français mènent une lutte admirable et qui est promise à l\u2019efficacité.D\u2019ailleurs, il n\u2019est pas de Français, habitué à se rendre au Québec, qui ne constate, à chacun de ses voyages, les remarquables progrès accomplis là-bas dans la langue écrite et dans la langue parlée.Ce qui autorise tous les espoirs et nous dicte un impérieux devoir d\u2019encouragement sinon d\u2019aide.(Carrefour, 24 avril 1968, cité par C\u2019est-à-dire, juillet-août 1968, p.12.) Comme je souhaiterais de partager l\u2019optimisme de M.Guillermou et d\u2019applaudir les progrès qu\u2019il admire ! Mais il me paraît impossible de le faire aussi longtemps que l\u2019école, ce qui signifie ceux et celles qui la dirigent et de qui dépend sa valeur, refusera d\u2019entreprendre et de mener, dans le domaine du langage, un implacable redressement.LE THÉÂTRE Georges-Henri d\u2019Auteuil, SJ.L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie Certains s\u2019esquintent à prouver qu\u2019Arrabal a du génie.D\u2019autres parlent d\u2019art démentiel, cauchemardesque, de dialiectique en folie.Qui croire ?Il est vrai que comme les extrêmes se touchent, le génie côtoie souvent la folie et que, de nos jours, la folie est à la mode.Cela se porte bien ! Personnellement, après avoir subi pendant une heure et demie les élucubrations de l\u2019Architecte et 1l\u2019Empereur d\u2019Assyrie, je suis parti.À l\u2019entracte.J\u2019ai quitté la salle, cafardeuse comme un cachot de donjon du Moyen-Âge, du nouveau Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, ci-devant des Apprentis Sorciers, devenu lieu de rencontre de jeunes troupes d\u2019avant-garde.J\u2019en avais amplement pour mes deux dollars; j\u2019avais besoin de humer à nouveau l\u2019air pur (?) de la rue Sainte-Catherine et risquer de rencontrer peut-être des gens normaux, ayant perçu, à mon goût et longuement, \u201cle chaos et la confusion de la vie\u201d que doit refléter toute œuvre théâtrale, au dire d\u2019Arrabal.Pourtant, je n\u2019ai pas perdu ma soirée.J\u2019ai, en fait, pris beaucoup de plaisir au jeu remarquable des deux jeunes \u2014 et seuls \u2014 interprètes de la pièce, Jacques Thisdale, l\u2019architecte, à la voix chaude et au corps d\u2019un galbe digne du Discobole, et surtout Jean-Pierre Saulnier, étonnant de souplesse, de variété, de précision, de présence scénique.C\u2019est en effet une des carac- téristiques de cette pièce: elle force les comédiens à des variations infinies de ton, d\u2019attitudes, de mouvements, presque simultanés, qui supposent chez eux un talent protéiforme.C\u2019est à la louange de ces deux Apprentis d\u2019avoir mérité, en surmontant l\u2019épreuve Arra-bal, leur brevet de Compagnons, et magna cum laude ! Bilan Nous avions fortement l\u2019impression du déjà vu.La tragique dislocation de la famille bourgeoise, apparemment heureuse et prospère, n\u2019est-elle pas, en effet, le thème ordinaire actuel du théâtre de Marcel Dubé, depuis qu\u2019il a cessé l\u2019étude des problèmes de l\u2019adolescence ?Un nouvel exemple en est bien ce Bilan qui vient d\u2019ouvrir la saison du Théâtre du Nouveau Monde, au Théâtre Port-Royal.Le progrès dans l\u2019approfondissement du sujet n\u2019a pas paru sensible.Le même cadre de luxe tapageur et prétentieux du nouveau riche.La même importance accordée à l\u2019argent, à l\u2019alcool, aux faciles plaisirs de l\u2019amour physique.La même opposition, parfois sournoise, parfois violente, qui anime les rapports des enfants et des parents, et aussi entre le père et la mère mêmes, que la lassitude, l\u2019âge, l\u2019incompréhension divisent.Voilà le climat dans lequel baignent les personnages de Bilan, comme, sensiblement, ceux des Beaux dimanches ou de Au retour des oies blanches.Ici, comme alors, un personnage central: le Père, sorte de \u201cself made man\u201d à l\u2019américaine, besogneux, arrivé au succès et à l\u2019aisance par un travail acharné et aussi certaines tractations de moralité douteuse; devenu quelqu\u2019un, il aspire à jouer un rôle politique et à jouir, en même temps, des douceurs, si chèrement acquises, de la vie, au sein d\u2019une famille qu\u2019il prétend toujours régenter mais qui va se dissoudre sous ses yeux enfin ouverts à la dure réalité.Réalité faite d\u2019une tenace contestation (le mot et la chose sont très en vogue actuellement) de sa femme et de ses enfants à tout ce qu\u2019il est et veut être.Conflit qui ne peut conduire qu\u2019à la ruine de la famille.La dernière réplique de la pièce nous l\u2019annonce, inéluctable.Or, en dépit de ses torts certains, de ses louches manigances, de son cynisme, de sa dureté, ce personnage de William nous paraît d\u2019emblée le plus sympathique de cette faune familiale: la mère, une névropathe; la fille, une écervelée, décidée à briser son mariage d\u2019à peine deux ans, pour aller se jeter dans les bras d\u2019une infecte petite gouape; un garçon, Guillaume, fainéant, voleur et paillard.Quant au cadet, collégien assez naïf mais le plus convenable de la bande, l\u2019auteur s\u2019en débarrasse, à la fin de la première partie, par un banal accident de la route.Il y a aussi, le gendre, honnête mais qu\u2019on a fait jaloux pour lui donner tous les torts, et un ami, l\u2019homme de confiance de William, ni chair ni poisson: un velléitaire incapable de jouer franc jeu avec la vie qui l\u2019écrasera.Au moins, William, avec tous ses défauts, c\u2019est un homme.Cet homme, sorte de mini-héros bal-sacien, c\u2019est Jean Duceppe, depuis quelque temps interprète attitré de Dubé.Il est à son aise dans la peau de William dont il dégage assez bien la frustre nature, l\u2019ambition peu scrupuleuse, les âpretés d\u2019un caractère autoritaire et violent.Son débit sec et dru frappe juste.Il domine la scène et s\u2019impose avec vigueur aux marionnettes de la passion qui l\u2019entourent.Sous la direction du metteur en scène, Albert Miliaire, les interprètes des marionnettes ont secondé avec intelligence Duceppe mais sur une note 324 RELATIONS mineure, assez terne.Cela manquait de couleur, de contraste, de force, dans un décor au contraire brillant, fastueux même.Cette appréciation vaut surtout pour la première partie, un peu longue et lente.Ensuite, sous l\u2019accélération rapide des événements, l\u2019action progresse plus vivement et le jeu y gagne en vigueur, au rythme de la tension psychologique des personnages.L\u2019intérêt aussi y trouve son profit, grâce, il faut bien le dire, à quelques trucs assez faciles de l\u2019auteur pour le susciter, comme la silencieuse irruption inopinée \u2014 et très opportune \u2014 de Guillaume en plein pendant les déclarations compromettantes de Gaston, l\u2019ami de son père, et Margot, sa mère, déclarations qui, lâchement et incorrectement rapportées, aideront à corser la dernière scène de la pièce.En somme, si on s\u2019arrête un instant à faire le bilan des impressions éprouvées au spectacle de Bilan, on en vient à la conclusion que la nouvelle source d\u2019inspiration de Dubé, la bourgeoisie, du moins telle qu\u2019il la conçoit, commence dangereusement à tarir.Un renouvellement paraît s\u2019imposer.Les Dactylos Le Tigre Pour ouvrir sa saison, cette année, le Théâtre de Quat-Sous a mis à l\u2019affiche deux pièces de Murray Schisgall, les Dactylos et le Tigre, de deux personnages chacune, interprétées par Michèle Rossignol et Luc Durand.Le propos de Schisgall semble de vouloir présenter le sort, souvent douloureux et tragique, des humains asservis à des fonctions ou situations banales, mesquines, déprimantes de la vie quotidienne.Lot d\u2019ailleurs bien plus commun pour la masse des hommes que les événements exceptionnels.La routine mécanique, la monotonie desséchante du travail exprimées dans les Dactylos, l\u2019étouffement de la médiocrité de sa condition et les efforts souvent impuissants pour en sortir que révèle le Tigre, voilà, en effet, la destinée de la plupart des humains.Et si s\u2019ajoutent le vide du cœur, le sentiment de n\u2019être pas aimé, de n\u2019avoir jamais été aimé, une immense tristesse, alors, se dégage de ce tableau, que ressent le spectateur, malgré les cocasseries et drôleries amusantes dont Shis-gall a émaillé son texte.Ainsi il est arrivé que la salle riait quand les personnages pleuraient ou criaient leur misère.Manifestement, des deux pièces, les Dactylos est la plus éprouvante pour le spectateur, trop longue et trop lente, d\u2019une action pas assez variée et même alourdie de répétitions.Les deux seuls acteurs ont beau s\u2019évertuer, faire montre de toutes les ressources de leurs talents réels, ils ne peuvent venir à bout de la résistance que leur impose le texte.D\u2019un rythme plus rapide, d\u2019un comique plus facile et aussi plus gros, le Tigre plaît davantage.Au demeurant, ce tigre, plus farouche en paroles qu\u2019en réalité, se laisse facilement subjuguer par sa victime beaucoup plus fine et psychologue que lui, assez pauvre cabot en somme.Incapable d\u2019apprendre l\u2019anglais, ni d\u2019entrer à l\u2019université, faute d\u2019avoir réussi l\u2019examen d\u2019entrée, il condamne, avec l\u2019aplomb d\u2019un raté, les études supérieures ainsi que ceux qui les entreprennent et les réussissent.Cela jauge tout de suite le personnage et son ridicule, même si, ce faisant, l\u2019auteur tend à fustiger, avec raison, la sacro-sainte manie actuelle de la nécessité des diplômes comme mesure infaillible de la valeur d\u2019un homme.La vérité sort souvent de la bouche des ignorants, ce qui produit parfois un effet comique intéressant comme dans ces comédies de Schisgall.Parmi nos jeunes comédiennes, Michèle Rossignol manifeste des qualités de finesse, d\u2019intelligence qui rendent remarquable son jeu souple, nuancé et toujours bien adapté au personnage qu\u2019elle incarne.Son partenaire dans ces deux pièces, Luc Durand, excelle surtout dans le comique où sa voix profonde, sa rondeur d\u2019allure, son exubérance primesautière font mer-meille.Une fois de plus, dans les Dactylos et le Tigre, leur beau talent s\u2019est affirmé pour notre contentement.AVEC OU SANS COMMENTAIRE Le complexe d\u2019antitriomphalisme Aujourd\u2019hui, après les multiples dénonciations dont il n\u2019a cessé d\u2019être l\u2019objet depuis le Concile, le triomphalisme a déserté la conscience des catholiques.Un autre complexe, cependant, l\u2019a remplacé, auquel le P.Jean Daniélou, S.J., a donné le nom d\u2019antitriomphalisme.Désormais, les catholiques atteints de ce complexe ne parlent plus que des misères et des fautes de l\u2019Eglise, ils cherchent à s\u2019humilier, à se faire le plus petits possible, mieux, à se mêler, à s\u2019assimiler tellement aux autres hommes que rien ne puisse plus les distinguer à l\u2019avenir.Le ressort apostolique s\u2019est brisé chez eux et ils ne savent même plus ce qu\u2019ils pourraient bien offrir de particulier sur le plan doctrinal et de la vérité religieuse.Un article du P.Daniélou, publié dans /\u2019Osservatore romano (édition française du 8 mars 1968), décrit ce phénomène nouveau et indique l\u2019attitude chrétienne à tenir dans les circonstances.En ce lendemain du Concile, le christianisme a besoin de retrouver un certain dynamisme, un certain élan.Il y a quelque chose de brisé dans le don d\u2019une joyeuse et communicative certitude.Nous devons considérer, certes, quels sont les difficultés et les obstacles.Mais ce n\u2019est cependant pas une raison pour se replier sur des positions négatives.Ce n\u2019est pas une raison pour douter qu\u2019il n\u2019y ait encore aujourd\u2019hui dans le message du Christ quelque chose que les hommes attendent.Si les Apôtres avaient raisonné comme nous, il est évident qu\u2019ils n\u2019auraient pas entrepris la conquête d\u2019un monde aussi fermé à leur ministère que le nôtre.Le danger n\u2019est pas dans les obstacles du dehors.Le danger me paraît davantage venir du manque de confiance et de dynamisme au dedans.Trop de chrétiens sont troublés, envahis de doutes, impressionnés par les courants idéologiques qui les entourent, défiants et inquiets.Cette santé, cette joie, qui devraient animer une existence chrétienne, manquent.Nous voyons se multiplier des livres autour du thème: Comment peut-on encore être chrétien ?On ne fait que ruminer la satisfaction malsaine de se démolir soi-même.C\u2019est un climat de défaitisme intérieur et dans un pareil climat on n\u2019a jamais rien construit.La crise du sens de Dieu Il y a d\u2019abord le fait de la crise du sens de Dieu dans le monde chrétien lui-même .La position est celle-ci: la religion est un fait culturel, lié à une mentalité dépassée.Elle n\u2019est plus acceptable dans le monde de la pensée scientifique.Que devient dès lors le christianisme dans un monde « post-religieux »?Il devient un certain type d\u2019huma- NOVEMBRE 1968 325 nisme, une morale de l\u2019amour du prochain, l\u2019expression de la fraternité avec les hommes, ce qui peut paraître paradoxal, présenté de cette manière.Que peut signifier en effet concrètement un christianisme sans Dieu ?Mais, en fait, ne rencontrons-nous pas souvent un christianisme qui se réduit à l\u2019amour du prochain ?Certes, aimer son prochain est la moitié du christianisme.Le Christ a dit que c\u2019est à cela que nous reconnaîtrions que nous sommes ses disciples, si nous nous aimons les uns les autres.Mais le Christ avait dit auparavant:\t« Tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces ».Or la tendance serait de ne mettre l\u2019accent que sur le second commandement.C\u2019est une réaction qui s\u2019explique à certains égards.Il est possible qu\u2019au XIXe siècle on ait mis trop exclusivement l\u2019accent sur les devoirs envers Dieu .Le monde chrétien est entré plus largement aujourd\u2019hui dans la prise de conscience de ses responsabilités sociales.Et c\u2019est un élément positif.Mais le danger actuel est inverse.Il consiste dans une certaine crise du sens de Dieu, de l\u2019adoration, de la prière.Et c\u2019est actuellement une menace très grave qui pèse sur le christianisme.Disons-le bien: un christianisme mutilé de cette dimension divine est une caricature du christianisme.lésus a été certes celui qui a donné sa vie pour ses frères, mais il a été aussi le parfait serviteur du Père.Un christianisme qui se réduirait à une morale humaine, perdrait l\u2019essentiel de son intérêt.Nous n\u2019avons pas besoin d'un professeur de morale de plus.Nous en avons eu depuis les origines du monde et ils n\u2019ont jamais sauvé personne.Saint Paul dit même dans l\u2019Epître aux Romains que les professeurs de morale ne servent qu\u2019à nous rendre davantage pécheurs en nous apprenant ce qu\u2019est la vertu.Ce dont nous avons besoin, c\u2019est d\u2019un Sauveur.Et seul le Christ, parce qu\u2019il est le Fils de Dieu, nous sauve.Si le christianisme n\u2019est qu\u2019une morale, je n\u2019ai pas de raison décisive de ne pas préférer la morale marxiste.Elle a à certains égards une efficacité temporelle que n\u2019a peut-être pas la charité chrétienne.Le problème n\u2019est pas de savoir quel est l\u2019humanisme le meilleur, de l\u2019humanisme marxiste ou de l\u2019humanisme chrétien.Ce qui fait la spécificité du christianisme, c\u2019est qu\u2019il aborde le problème de l\u2019homme à une autre profondeur, dans les abîmes de sa misère et de sa gloire.Le Christ, parce qu\u2019il est Dieu, nous sauve de la mort corporelle et de la misère spirituelle, et ceci, lui seul le fait.Sinon il ne serait qu\u2019un sage parmi les sages, et je n\u2019ai aucune raison de préférer sa sagesse à celle de Bouddha, de Mahomet ou de Socrate.Jeanson dans son petit livre: La foi d\u2019un incroyant, explique que le christianisme a encore un avenir s\u2019il réussit à se débarrasser de Dieu.Un christianisme sans Dieu ne ferait guère de difficultés chez personne.11 326 ne soulèverait plus de question, mais il ne contiendrait plus d\u2019espoir.Le sécularismc Une seconde question est celle du sécu-larisme, c\u2019est-à-dire de la dichotomie entre le domaine de la religion et le domaine de la civilisation.Ici encore, il y a du positif à dire.La distinction entre le domaine religieux et le domaine politique est une acquisition du monde d\u2019aujourd\u2019hui.Le Concile, dans son contexte sur la liberté religieuse, a très fortement marqué que la théocratie, l\u2019Etat confessionnel ne sont plus acceptables par une conscience moderne.La liberté religieuse, c\u2019est-à-dire le fait que l\u2019Etat ne soit pas lié à une religion ou à une idéologie déterminée, apparaît comme une aspiration de notre temps .Mais autre chose est le fait que l\u2019Etat soit lié à une religion déterminée et le fait qu\u2019il reconnaisse sa place dans la cité.Car la religion est un élément d\u2019un humanisme intégral.Et l\u2019Etat doit créer les conditions qui permettent à l\u2019homme son plein épanouissement.Une civilisation doit donc faire place à l\u2019expression religieuse.Une civilisation, en effet, qui se constitue totalement en dehors de toute manifestation religieuse visible est une civilisation où l\u2019accès aux valeurs religieuses devient interdit aux masses .A l\u2019intérieur d\u2019une société totalement séculariste ou athée, la masse des hommes ne peut être que totalement séculariste ou athée.La présence de lieux de culte dans les villes, la possibilité d\u2019une expression au niveau de la vie publique, dans les grands organes de diffusion, presse et télévision, sont des choses qu\u2019il est absolument nécessaire de défendre, car le jour où elles seraient supprimées, la religion deviendrait totalement inaccessible à l\u2019ensemble des hommes.C\u2019est un combat que nous avons le devoir de mener et qui n\u2019a rien à voir avec je ne sais quelle collusion des domaines qui doi-ment être distingués.Pour qu\u2019une cité soit une cité, c\u2019est-à-dire pour que l\u2019intégrité de l\u2019homme soit respectée, il faut lutter contre les misères qui sont celles des corps, mais aussi contre les misères qui sont celles des âmes.La dimension religieuse doit être présente dans la cité et la civilisation.Sinon nous allons à cet étouffement dont je parlais tout à l'heure.La vie religieuse et la foi périront beaucoup moins à cause des objections de quelques intellectuels qu\u2019à cause d\u2019une civilisation totalement séculière.C\u2019est là qu\u2019est la menace essentielle et c\u2019est là qu\u2019un combat doit être mené.Le dialogue Une troisième difficulté dans ce monde d\u2019aujourd'hui est une conséquence du dialogue.Nous avons dit tout ce que celui-ci avait de positif.Mais il peut très facilement dégénérer en ce que Paul VI a appelé le faux pluralisme, le faux irénisme, c\u2019est-à-dire la conception qui met tout sur le même plan.Ce qui est menacé alors par cette acceptation du relativisme, c\u2019est le sens de la vérité.On n\u2019attacherait finalement plus d'importance à être catholique ou protestant, juif ou musulman, hindouiste ou bouddhiste.Mais ceci à partir d'une vaste indifférence à l\u2019existence d\u2019une vérité.C\u2019est pourquoi, \u2014 et c\u2019est essentiel \u2014 l\u2019œcuménisme à tous les niveaux du mot doit consister, d\u2019une part dans une attitude fraternelle et d\u2019autre part, dans un échange qui consiste à nous donner les uns aux autres tout ce que nous avons à nous donner.Il y a des points où il ne s\u2019agit pas simplement de complémentarité, mais où est engagé l\u2019absolu de la vérité.L\u2019unité ne pourra être complète que dans la profession d\u2019une foi commune.Ce sont des domaines où les divergences ne se résolvent pas par le compromis ou le marchandage.Parce qu\u2019il y va finalement du tout de l\u2019existence, le danger est grand aujourd\u2019hui d\u2019attacher plus d\u2019importance à la sincérité qu\u2019à la vérité, à ce qu\u2019est l\u2019homme qu\u2019à ce qu\u2019il professe.Peu importe, dira-t-on, qu\u2019un homme soit communiste, chrétien ou musulman, si c\u2019est un homme sincère ! Il y a ici comme toujours quelque chose de valable, car un homme est toujours respectable, mais ce n\u2019est pas une raison pour que ses idées le soient.Il y a une grande confusion entre le respect de l\u2019homme et l\u2019adhésion aux convictions.Il pouvait y avoir des nazis parfaitement sincères, je n\u2019ai pas le droit de suspecter leur sincérité, j\u2019ai le devoir de détester leurs idées.Je peux respecter profondément la sincérité de tel militant communiste.le dois cependant de toute ma force combattre les idées que je sais être néfastes.Ce qui est en question ici est une des choses les plus essentielles de l\u2019homme: l\u2019intelligence et son aptitude à connaître la vérité.Ce serait avilir sa dignité que de la limiter à résoudre des problèmes pratiques et à procurer des satisfactions culturelles.Dieu l\u2019a rendu capable de connaître la réalité dernière des choses.Et la vérité est cela.L\u2019esprit du Concile est un esprit de réforme.Mais c\u2019est en vue de restituer à l\u2019Evangile toute sa vitalité et toute sa force.Si nous ne le faisions pas, nous trahirions la mission que nous avons vis-à-vis de la civilisation qui est en train de se construire et qui encore une fois, a autant besoin de sacré que de pétrole, de religion que d\u2019organisation.On ne fait pas un monde avec des transformations techniques.Le monde serait inhumain s'il n\u2019avait pas de dimensions spirituelles.La situation dans laquelle nous sommes actuellement du point de vue de la foi ne doit pas nous inquiéter.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un déclin, mais d\u2019un défi lancé par le monde à l\u2019Eglise.La question est de savoir si les chrétiens auront la vitalité de relever ce défi.S\u2019ils se replient dans une attitude de défaitisme, ce sera leur faute s\u2019ils n\u2019accomplissent pas dans le monde de demain la tâche qui leur aurait été possible.Jean Daniélou.RELATIONS Les livres Vie chrétienne Cardinal Renard, Louis Bouyer, Yves Con-gar, Jean Daniélou: Notre foi.\u2014 Paris, Beauchesne, 1967, 18.5 cm., 172 pp.Petit livre publié à l\u2019occasion de \u201cL\u2019Année de la Foi\u201d.Trois grands maîtres de la théologie y répondent à certaines difficultés de l\u2019heure présente.Louis Bouyer s\u2019y montre particulièrement sévère pour les tenants d\u2019 \u201cun christianisme sans Dieu\u201d; Yves Congar y traite de \u201cchangements et continuité dans l\u2019Eglise\u201d, et Jean Daniélou, du \u201cpéché originel\u201d et du \u201crefus de la foi\u201d, en même temps que de l\u2019engagement et de la responsabilité des chrétiens.De plus, le cardinal Renard considère tout particulièrement la question de l\u2019Eglise.Ceux qui ont suivi jusqu\u2019ici les écrits du P.Daniélou y reconnaîtront certaines idées qui lui sont chères et sur lesquelles il ne se lasse pas de revenir.Par exemple, la suivante: \u201cRien ne me fait plus horreur que l\u2019acceptation par certains chrétiens d\u2019un nécessaire déclin du christianisme populaire et que la réduction de l\u2019Eglise à une petite chapelle d\u2019intellectuels.Le combat d\u2019aujourd\u2019hui ne porte pas sur quelques conversions individuelles.C\u2019est la masse des hommes, la foule des pauvres qu\u2019il faut garder à Jésus-Christ ou gagner à Jésus-Christ.\u201d A lire tout spécialement par ceux qui ressentent le besoin d\u2019être aujourd\u2019hui réconfortés dans leur foi.Richard Arès.Maurice Bellet: La peur ou la foi.Une analyse du prêtre.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 404 pp., 20 cm.CE livre est un effort de compréhension du sens de la foi, c\u2019est une synthèse-programme de la vocation sacerdotale à partir des données traditionnelles et actuelles.Elles s\u2019ordonnent autour de l\u2019amour du prochain dont nous découvrons mieux aujourd\u2019hui, avec Vatican II, l\u2019absolue nécessité.\u201cDieu, Amour en lui-même\u201d est \u201camour absolu de l\u2019homme\u201d (282).Conséquemment, l\u2019amour de Dieu n\u2019est vrai que s\u2019il s\u2019exprime dans l\u2019amour du prochain, et l\u2019amour du prochain, de même, n\u2019est vrai, c\u2019est-à-dire chrétien, qui s\u2019il naît de l\u2019amour de Dieu, s\u2019il y puise sa lumière et sa force et s\u2019il y aboutit.Le mérite de cette réflexion sur le prêtre est de situer dans cette lumière tous ses engagements: son Travail, sa Sexualité, sa Raison (i.e.ses problèmes de pensée sur Dieu, le Christ, l\u2019Eglise, les activités diverses, etc.En ces trois champs, l\u2019A.projette sa lumière critique, débusque les écarts, les faux-fuyants, les insuffisances, illumine les apports, en sorte que le prêtre reconnaisse et vive l\u2019authentique \u201cvita apostolica\u201d.C\u2019est là sa vocation; elle trouve dans la me se son acte par excellence et son inspiration totale.Le résultat de cette réflexion est une réintégration de toutes les composantes de la vie du prêtre dans sa vie spirituelle.Sous la mouvance de l\u2019Esprit, il est appelé à continuer dans toute sa conduite le Christ NOVEMBRE 1968 qui fut jusqu\u2019au bout, à l\u2019égard de tous, \u201cl\u2019homme qui sait aimer\u201d.(306) Cette longue réflexion, conduite dans la manière des philospohes actuels, est subtile, souvent difficile, parfois désespérante en ses reprises infinies; elle aboutit cependant, si on a la ténacité de ne pas abandonner et même de revenir, à une vue renouvelée des grands problèmes du prêtre aujourd\u2019hui.Vue très enrichissante, vue très neuve en même temps que profondément fidèle à la tradition.Seulement, il faut y mettre le prix.Georges Robitaille.Hans Küng: Liberté du chrétien.Coll.\u201cMéditations théologiques\u201d.Traduit de l\u2019allemand par Jean Evrard et Henri Rochais.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1967, 230 pp., 19.5 cm.Prix: $4.35.Encadrés par les portraits de saint Thomas More (chap, i) et de Jean XXIII (chap, v), dont le premier offre un vigoureux commentaire des exigences évangéliques aussi bien dans que sans l\u2019usage de la propriété, du mariage et du pouvoir, et le dernier, un éloge lyrique de la libre et œcuménique charité du pape Jean, trois chapitres traitent de la liberté dans l\u2019Eglise, de la liberté du théologien, de la liberté de religion.L\u2019A se plaît à faire choc.Le théologien de profession ne s\u2019en formalisera point.Mais on souhaiterait, pour les autres, plus de nuances: dans le parallèle établi entre les \u201cdogmatismes\u201d du communisme et du catholicisme (pp.54-55); dans la concession du \u201cdroit\u201d qu\u2019aurait le chrétien de refuser un dogme (vérité définie) au nom de sa conscience (80), comme si pareille contestation s\u2019alliait avec la foi du catholique; dans le rejet de toute \u201cprécensure\u201d des livres (82); dans l\u2019interprétation des prétendues inexactitudes de certaines \u201cdéfinitions\u201d (113); dans l\u2019affirmation de la légitimité (185) de religions déclarées pourtant erronées (mais on lit un correctif à la page 186); dans l\u2019invitation adressée à l\u2019Eglise de ne pas se présenter comme \u201csouveraine\u201d (204), quoique gardienne de \u201cla\u201d vérité (187).Détails qu\u2019on regrette de signaler, car on apprécie dans l\u2019ouvrage un savoir étendu et une réflexion profonde, un sens aigu de l\u2019ordre et de la vérité dans la liberté et la charité (72-73), une intelligence nette du progrès réalisé dans l\u2019élaboration de la doctrine (134-135), une rigueur forte et subtile dans l\u2019exposé des \u201cthèses\u201d que l\u2019Eglise doit soutenir devant les \u201creligions non chrétiennes\u201d (183-198): ni totalitarisme oppresseur de la liberté, ni syncrétisme négateur de la vérité (195).Le développement le plus original (chap, iv) explique pourquoi on peut renoncer à la formule \u201chors de l\u2019Eglise, pas de salut\u201d; or, l\u2019A.n\u2019écrit là rien qui heurte l\u2019orthodoxie, compte tenu des nuances désirées plus haut.Livre stimulant par la pénétration de la pensée, par la vivacité du style (dont la traduction, dans une langue très rarement fautive, donne une excellente idée) et par un optimisme plus tourné vers l\u2019avenir que vers le temps présent.Joseph d\u2019Anjou.Paul Anciaux: Sacrement et Vie.\u2014 Fondements et orientations du renouveau dans la pastorale des sacrements.\u2014 Préface de S.Em.le card.L.J.Suenens.\u2014 Tournai et Paris, Casterman, 1967, 116 pp., 20 cm.L\u2019excellente préface du cardinal Suenens résume à la perfection le contenu de ce volume (rédigé en collaboration, sous la direction de Paul Anciaux) et vaut pratiquement un compte rendu précis.Que trouvons-nous dans cet ouvrage ?D\u2019abord, les orientations générales qui doivent éclairer la pastorale des sacrements dans l\u2019Eglise et le monde d\u2019aujourd\u2019hui et les directives pratiques qui s\u2019en dégagent.L\u2019étude sur les fondements théologiques et pastoraux du renouveau fait ressortir deux aspects complémentaires de la pastorale sacramentelle: le sens du sacrement comme signe et sceau de la foi en Jésus-Christ et comme signe efficace de l\u2019Eglise en regard de sa mission dans le monde.Dans la deuxième partie l\u2019on présente les orientations et les directives pratiques pour la pastorale des divers sacrements: baptême, eucharistie et pénitence, mariage et onction des malades.On y relève le souci d\u2019une pastorale de cheminement qui tient compte de l\u2019évolution religieuse des personnes à qui s\u2019adresse la pastorale des sacrements et celui d\u2019une préparation progressive à la réception des sacrements.Destiné spécifiquement au diocèse de Malines-Bruxelles, ce livre a droit à une plus large audience, tant du clergé que des fidèles.Par sa densité et sa concision, ce volume exige une particulière attention, mais qui est récompensée.Il apporte une contribution positive au renouveau pastoral et sacramentel dans l\u2019Eglise.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Paul vi: Le Célibat sacerdotal.Texte et commentaires du P.Roger Heckel, S.J.Cahiers d\u2019action religieuse et sociale, n° 457.\u2014 Paris, Action Populaire, 1967, 61 pp., 21 cm.Paul vi: Le Célibat sacerdotal.Encyclique \u201cSacerdotalis cœlibatus\u201d du 24 juin 1967.Introduction de André Manaranche, S.J.\u2014 En annexe: le Motu proprio sur la Restauration du diaconat.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1967, 128 pp., 17.5 cm.Ces deux éditions françaises de l\u2019Ency-clique sont des plus opportunes.L\u2019une et l\u2019autre comportent une introduction excellente qui situe l\u2019Encyclique en sa lumière propre, celle de la foi, et ainsi en éclaire avec fidélité la doctrine admirable.Celle du P.Manaranche, beaucoup plus développée (27 pp.) précise la portée de chacun des développements; elle est le guide idéal pour l\u2019étude de l\u2019Encyclique.Cette édition du Centurion publie en annexe le Motu proprio rétablissant le diaconat permanent.Ce sont en effet deux pièces complémentaires de la discipline renouvelée de l\u2019Eglise.Georges Robitaille.327 Louis Cognet: Histoire de la spiritualité chrétienne, t.3 **.La spiritualité moderne, I: L\u2019essor: 1500-1650.\u2014 Paris (13, quai de Conti), Editions Aubier, 1966, 512 pp., 22 cm.UNE DIVISION HEUREUSE DE LA MATIÈRE, dans la surabondance de laquelle il a fallu choisir, permet à l\u2019A.de lier, tout en les distinguant ou en les opposant, auteurs, œuvres et courants qui animent la vie spirituelle des chrétiens au début de l\u2019ère dite moderne.A la prépondérance espagnole (fin du xvie siècle) fait suite la prépondérance française (début du xvne siècle).Une Italienne, Catherine de Gênes, se joint aux mystiques d\u2019Espagne.Les nordiques, surtout flamands, de la fin du Moyen Age influencent un peu le premier courant et davantage le second, qui semble avoir perdu de son prestige aujourd\u2019hui, malgré la gloire durable, quoique affaiblie, de M.de Genève.Saint Ignace, la grande Thérèse et saint Jean de la Croix éclipsent l\u2019école française.Qui, en effet, hormis les spécialistes, connaît Benoît de Canfeld, dont \u201cl\u2019école abstraite\u201d a maintenu le mysticisme (discutable) tout le long du xvne siècle, à travers Bérulle, Condren, Olier et saint Jean Eudes ?Ces derniers, par les congrégations qu\u2019ils ont fondées ou dirigées, vivent encore dans la théorie et la pratique spirituelles de nos jours.L\u2019A., justement soucieux d\u2019exactitude et d\u2019authenticité, cherche les documents sûrs; il offre un bon spécimen de ses exigences lorsqu\u2019il aborde les œuvres de saint Jean de la Croix (de plusieurs autres également).Il évite la partialité, sans édulcorer ses jugements (au sujet de Condren, par exemple, et de Saint-Cyran).J\u2019ai pourtant l\u2019impression qu\u2019il marque un faible pour l\u2019école française et les mystiques du nord de l\u2019Europe; il leur consacre des développements auxquels sa sympathie nous intéresse, mais dont, pour ma part, j\u2019aurais préféré trouver l\u2019équivalent à propos de certains aspects capitaux de la doctrine des grands Espagnols.Simple observation, que je ne voudrais pas durcir en critique, car j\u2019ai lu les pages de l\u2019A.avec plus de plaisir que celles d\u2019un roman.Il sait composer; il associe les personnes aux œuvres, les faits de l\u2019histoire aux controverses des esprits; sa phrase a du mouvement et captive l\u2019attention.S\u2019il nous laisse parfois sur notre appétit, son érudition et son sens critique ne nuisent jamais ni à l\u2019ordre de sa pensée ni à l\u2019intérêt de son exposé.Ouvrage solide et sérieux, plus à jour que celui de Pourrat, car l\u2019A.a profité d\u2019une documentation plus sûre, et que se félicitera d\u2019avoir lu tout chrétien cultivé.Joseph d\u2019Anjou.Biographies Jules Monchanin: De l\u2019esthétique à la mystique.Précédé de La Loi d\u2019exode par Pierre Emmanuel.\u2014 Tournai, Paris, Casterman, 1967, 144 pp., 20 cm.Avant de s\u2019engager dans les réflexions extrêmement denses et toujours lumineuses de Montchanin, il faut lire l\u2019admirable préface de Pierre Emmanuel \u2014 sorte de commentaire ou de contrepoint \u2014 qui analyse la démarche d\u2019une pensée très vaste et très pure, qui pose les jalons d\u2019un cheminement parti de l\u2019esthétique pour aboutir à la mystique la plus dépouillée.Le style de Montchanin est souverainement elliptique: ses phrases ramassent dans une puissante synthèse une abondance de lectures, d\u2019expériences, de méditations et de contemplations qui ne laisse distiller que le miel le plus transparent.A prendre contact avec cette pensée originale, on comprend mieux la vocation extraordinaire de ce prêtre \u2014 vocation de rupture \u2014 qui le conduisit dans les villages les plus reculés de l\u2019Inde.Certaines pages, d\u2019une profondeur presque insondable, nous parlent de la mystique par les signes (nature, art, liturgie, dogme chrétien, etc.) et de la mystique hors les signes.C\u2019est donc avec une âpre lucidité que Monchanin répondit à l\u2019appel personnel de Dieu à une vocation qui suppose un charisme non moins personnel.Monchanin \u2014 comme de Foucauld \u2014 apporte à notre temps un message unique et dont nous ne saurions trop mesurer l\u2019actuelle portée.La foi de plus d\u2019un croyant comme la recherche inquiète de plus d\u2019un incroyant y trouveront lumière et soutien.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Francis Desramaut: Don Bosco et la vie spirituelle.\u2014 Paris, Beauchesne, 1967, 333 pp., 19 cm.Don Bosco avait reçu au séminaire de Chieri une formation rigoriste mais il ne tarda pas à retrouver son équilibre spirituel au contact de l\u2019abbé Giuseppe Cafasso et par la lecture des saints Philippe de Néri, Alphonse de Liguori et François de Sales.Il ne se perdit pas dans de savantes considérations théologiques, préoccupé qu\u2019il était du salut des âmes, surtout de celles des jeunes dépourvus d\u2019instruction chrétienne.Il n\u2019avait pas oublié le songe de son enfance: un homme vénérable lui avait ordonné d\u2019inspirer à la multitude des galopins \u201cla laideur du péché et l\u2019excellence de la vertu\u201d.Habile acrobate, il consentait, mais après qu\u2019on eût récité le chapelet, à se livrer à ses tours dont ses copains raffolaient.Pour recréer les jeunes garçons par d\u2019agréables divertissements après qu\u2019ils avaient rempli leurs devoirs religieux, il fonda \u201cl\u2019Oratoire\u201d.En 1849, devant la pénurie des vocations, il se tourne vers les jeunes qui manient la pioche et le marteau et organise pour eux les cours secondaires de l\u2019Oratoire de Val-docco, d\u2019où sortirent d\u2019excellents prêtres et religieux.En 1850, par les \u201cAvis aux catholiques\u201d et la revue des \u201cLectures catholiques\u201d, il défend avec succès l\u2019Eglise du Piémont contre les intrigues des Vaudois.Suivront d\u2019autres publications:\t\u201cPrières pour la bonne mort\u201d, \u201cClef du Paradis\u201d, \u201cGarçon instruit\u201d, \u201cHistoire sainte\u201d, etc.qui montrent qu\u2019il aurait pu devenir un humaniste remarquable.Enfin, en 1859, il fonde les Salésiens appelés à opérer tant de bien en Europe et par le monde.Partout et sous toute forme, nous le voyons prêchant les vertus chrétiennes, la fuite du péché, la prière, l\u2019amour de Dieu, donnant des \u201cavis importants sur les devoirs du chrétien, afin que chacun puisse parvenir au salut dans l\u2019état où il se trouve\u201d.L\u2019A.a le mérite de nous bien renseigner sur la formation spirituelle de Don Bosco, grâce à son information très sérieuse et à l\u2019excellente méthode historique qu\u2019il utilise.Euclide Gervais.Saint-Jérôme.Franz Weyergans: Vie du docteur Tom Dooley.Coll.\u201cAdolescent, qui es-tu ?\u201d Série \u201cBiographies\u201d.\u2014 Tournai (Montréal, 308 est, rue Sherbrooke), Casterman, 1967, 174 pp., 17 cm.La guerre d\u2019Indochine terminée (1954), ?des Vietnamiens fuient le nord communiste vers le sud libre.Tom Dooley, médecin catholique de la marine américaine, assiste à l\u2019exode et porte secours aux vieillards, aux enfants, aux malades: début de son œuvre de charité qui dura sept ans.En 1956, il quitte la marine pour vivre, comme médecin, parmi les Laotiens pauvres de Vang-Vieng.Il les aide à s\u2019aider eux-mêmes.Ayant réussi, il va ailleurs.Et plusieurs fois de la sorte.Puis, il fonde Medico, aux Etats-Unis, organisme destiné à soutenir des missions médicales en pays démunis.Un premier centre s\u2019ouvre à Muong-Sing (Laos), en 1958.Blessé dans une chute, au cours d\u2019un voyage vers un village isolé, Tom contracte Vient de paraître GLOSSAIRE DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA préparé par la Société du parler français au Canada Le Glossaire du parler français au Canada est de nouveau disponible.Publié en 1930 par l\u2019Action Sociale, épuisé depuis longtemps et devenu excessivement rare, cet ouvrage vient d\u2019être réimprimé par les Presses de l\u2019université Laval, qui en détiennent maintenant les droits.Reconnu comme l\u2019un des ouvrages de référence les plus importants sur la langue française au Canada, le Glossaire demeure encore aujourd\u2019hui un instrument d\u2019étude et de consultation de première valeur, tant par la richesse de sa documentation que par sa tenue scientifique.Cette nouvelle parution du Glossaire le rend de nouveau accessible aux chercheurs, aux éducateurs, aux étudiants et à tous ceux qui, de plus en plus nombreux, s\u2019intéressent à l\u2019étude du français dans notre milieu.7 x IOV2, xx-710 pages, 1968, cartonné, $16.00 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, Qué.328 RELATIONS le cancer qui l\u2019emportera en 1961, à l\u2019âge de 34 ans.Vie émouvante par les exemples de compréhension humaine, de dévouement pratique et désintéressé qu\u2019inspire une foi profonde et discrète.Trop discrète peut-être.Mais l\u2019impression vient sans doute de la maladresse du biographe, soucieux, apparemment, par coquetterie d\u2019œcuménisme mal compris, d\u2019accorder autant et même plus de relief aux autres formes de religion qu\u2019à celle de son héros.On n\u2019aurait pas à relever ce détail si le livre ne s\u2019adressait à des jeunes et si le récit, malgré certains défauts de langue, ne vous empoignait comme un conte plus beau qu\u2019un roman, parce que vrai.Joseph d\u2019Anjou.Littérature canadienne Roger Duhamel: Manuel de littérature ca-nadienne-française.\u2014 Montréal, Editions du Renouveau pédagogique, 1967, 161 pp., 23.5 cm.Ce manuel se lit d\u2019une traite et sans fatigue.La présentation en est sobre et claire, le style alerte et charmant, malgré certaines préciosités (p.93: \u201cComme Racine après la cabale de Phèdre, Asselin connaît une halte au cours de son existence.\u201d) et un petit air vieillottement romantique (passim).Pas plus qu\u2019il ne se départit d\u2019une hautaine sérénité, M.Duhamel ne se prend au sérieux ni ne s\u2019engage bien fort: pas de découvertes, pas de prophéties, rien que du déjà affirmé et répété, mais jamais de cette façon.L\u2019érudition paraît, elle n\u2019encombre pas; elle agrémente seulement la lecture comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019orner le fil d\u2019une conversation de salon.L\u2019esprit, toujours présent, est souvent marqué au coin de l\u2019humour malicieux (56:\t\u201cDésaulniers offre cette distinction d\u2019avoir subi une formation classique qui ne l\u2019a pas desséché, mais au contraire fécondé.\u201d), voire méchant (87: \u201cDans les procès qu\u2019il intente avec verve, Lanctôt n\u2019oublie jamais qu\u2019il est un excellent avocat et c\u2019est ce qui le rend parfois mauvais juge.\u201d), d\u2019une certaine recherche aussi (116:\t\u201cIl peut sembler déroutant que Ringuet, en apparence indifférent aux charmes du terroir, ait choisi d\u2019ajouter sa pierre, comme une offrande, à une littérature'campagnarde déjà presque vidée de tous ses sucs.\u201d).Même sévères, les jugements de M.Duhamel sont justes; ainsi en est-il, entrer autres, dans le cas de Paul Morin: \u201cSon amhition suprême est d\u2019être différent des autres et il y réussit pleinement, aussi bien par la richesse de son talent que par une certaine médiocrité de caractère.S\u2019il est altier, il n\u2019est jamais grand et sa vanité incommensurable le dispense d\u2019un orgueil viril.Jusqu\u2019à sa fin misérable et pénible, il garde la pose, il se veut en représentation, même s\u2019il n\u2019y a plus personne pour lui donner la réplique.\u201d (94.) J.-C.Harvey mérite aussi son lot: \u201cIl conserve à un âge avancé l\u2019image que se forme de l\u2019amour un adolescent: de grands élans éternels, des phrases définitives, l\u2019exaltation du cœur, avec ici et là une pointe de sensualité dont le fébrile émoi trahit une puberté mal vaincue.\u201d (77.) Notons que M.Duhamel ne souligne pas assez, cependant, la portée sociologique de l\u2019œuvre entière de Harvey.Il manque également à l\u2019ensemble de ce manuel un terreau politique et social qui permettrait à nos œuvres littéraires de s\u2019enraciner dans le cœur du pays et de ses habitants.Les étudiants du secondaire trouveront peut-être trop érudit le discours de M.Duhamel; ceux du CEGEP regretteront sans doute l\u2019absence de précieuses données scolaires (v.g.précisions biographiques et bibliographiques); les simples amateurs de notre littérature, pour peu qu\u2019ils soient de formation classique, éprouveront, à feuilleter ces pages, un tendre plaisir littéraire.Tous compteront à M.Duhamel son style.René Dionne Jean Sarrazin: De mémoire d\u2019homme.\u2014 Montréal (3411, rue Saint-Denis), Editions du Jour et Editions Ici Radio-Canada, 1967, 424 pages.19.5 cm.Depuis des mois, Radio-Canada déverse sa publicité en faveur de cet ouvrage de Jean Sarrazin.N\u2019ayant pu écouter l\u2019auteur à ta radio, j\u2019ai entrepris avec un préjugé plutôt défavorable de lire ses causeries maintenant réunies en volume.J\u2019avais tort.La lecture en est passionnante et, une fois qu\u2019on l\u2019a commencée, il est presque impossible de s\u2019arrêter.Le charme tient à une écriture facile, sans doute, mais aussi à un talent tout spécial pour le détail pittoresque et pour l\u2019humour à froid, humour féroce qui ne respecte personne.Qu\u2019on lise, par exemple, les pages consacrées à 1a conversion du prophète Mahomet ! Laissant de côté les pays connus comme 1a France, l\u2019Angleterre et les Etats-Unis, l\u2019A.nous brosse l\u2019ntstoire de ta Chine, des mondes islamique, ibérique, germanique et africain.Il réserve meme une place \u2014 une toute petite place \u2014 pour le Canada d\u2019avant Jacques Cartier; le premier petit Canadien, précise-t-il, naquit en l\u2019an 1008.Que de science ! Richard Arès.René Pageau: Pays intérieur.\u2014 Poèmes.\u2014 Quatre dessins originaux de Max Boucher.\u2014 Joliette, chez l\u2019Auteur (455, boulevard Querbes), 1967, 152 pp., 19 cm.Le titre de ce recueil de poèmes dit exacte-?ment ce qu\u2019il veut dire.Certes, 1a nature est présente dans ces vers, mais sous les symboles de 1a neige, de 1a mer et du feu, dans le rappel du soleil et des étoiles, des saisons ou des oiseaux, c\u2019est avant tout le tangage de l\u2019âme qu\u2019il faut écouter, tangage qui parle de soif de l\u2019infini.Plusieurs poèmes évoquent 1a mort, mais comme tremplin vers l\u2019au-delà, et dépassement dans l\u2019amour.Partout, Dieu, le Christ sont sous-jacents, et ce Dieu est un Dieu dévorant, feu et lumière, raison de vivre et ultime destinée.Qu\u2019on n\u2019aille surtout pas croire à des sermons; nous entendons vraiment le chant d\u2019une poésie authentique.L\u2019A.sait construire un poème, il possède une tangue symbolique dont 1a richesse et 1a densité ne le cèdent en rien à celle des poètes actuels.Dans l\u2019égarement et ta confusion de notre milieu, ce chant perce une trouée et indique une remontée vers 1a lumière.A travers les signes du visible, il faut savoir aller jusqu\u2019à l\u2019invisible, jusqu\u2019à Dieu.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.OUVRAGES REÇUS Athénoux, André: Le Christ crucifié au pays de Mao.\u2014 Paris et Colmar, 1968, 237 pp.Beaupré, Viateur: Virgile.\u2014 Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1968, 220 pp.Bellet, Maurice: Essai d\u2019une critique de la foi.Coll.\u201cTextes et études philosophiques.\u201d \u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 237 pp.Bosc, Pasteur Jean et Lefebvre, Dom Georges: Vivre ce qui unit.Entretiens.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 228 pp.Cattaui, Georges: Claudel.Le cycle des Coûfon-taine et le mystère d\u2019Israël.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 253 pp.Champagne, Monique: Sous l\u2019écorce des jours.Nouvelles.Coll.\u201cL\u2019Arbre\u201d, 13.\u2014 Montréal.Editions H.M.H., 1968, 171 pp.Delarue, Georges: Les Actes des Apôtres.Enfance de l\u2019Eglise.Coll.\u201cSources de Spiritualité\u201d, 18.\u2014 Paris et Colmar, Editions Alsatia, 1968, 255 pp.de Sousberge, Léon : Les unions entre cousins croisés.Une comparaison des systèmes du Rwanda-Burundi avec ceux du Bas-Congo.Museum Lessianum, section missiologique, 50.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 120 pp.Durandeaux, Jacques: Les journées de mai 1968.Rencontres et dialogues.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 163 pp.En collaboration: La Prière de la Bible.Introduction et notes (C.J.Nesmy), traduction des psaumes (M.Mannati et E.de Solms), traduction des autres prières (E.de Solms).\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 496 pp.En collaboration : L\u2019Eglise dans le monde de ce temps.Etudes et commentaires autour de la constitution Gaudium et Spes, sous la direction de G.Barana, II: une analyse de la Constitution et ses implications œcuméniques, avec une étude de l\u2019encyclique Populorum Progressio.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, pages 321 à 856.En collaboration: La Violence dans le monde actuel.(Michel Amiot, Jean Dupuy, Jacques Ellul, Laurence Gallo, Max Gallo, Jean A.Gili, Francis Jeanson, J.W.Lapierre, Maurice Ma-rache, Lucien Mugnier-Pollet, André Nouschi, Jean Onimus, Michel Oriol, Philippe Séjourné, Lanza del Vasto), Centre d\u2019Etudes de la Civilisation contemporaine.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 290 pp.Leclerc, Félix: Chansons, pour tes yeux.\u2014 Montréal, Editions Robert Laffont (du Canada), 1968, 120 pp.Manaranche, André: Prêtres à la manière des Apôtres pour les hommes de demain.Coll.\u201cEglise en son temps\u201d.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1967, 232 pp.Mannati, M.: Les Psaumes, 4.Psaumes 107 à 150.Cahiers de la Pierre-qui-vire.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 308 pp.Nossent, Georges, S.J.: Joie, souffrance et vie morale.Museum Lessianum, section philosophique, 55.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 208 pp.Oraison, Marc: Etre avec.La relation avec autrui.Coll.\u201cPsycho-guidas\u201d.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1968, 191 pp.Rahner, Karl: Ecrits théologiques, 9.Coll.\u201cTextes et études théologiques\u201d.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 260 pp.Ranquet, Jean-Gabriel: Conseils évangéliques et maturité humaine.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 201 pp.Saint-Martin, Fernande: Structures de l\u2019espace pictural.Essai.Coll.\u201cConstantes\u201d, 17.\u2014 Montréal, Editions HMH., 1968, 172 pp.Soete, Léon: Jésus nous parle.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 125 pp.Thériault, Yves: Cul-de-sac.\u2014 Montréal, Les Editions de l\u2019Homme, 1968, 191 pp.Toulat, Jean: Espérance en Amérique du sud.Postface de Roger Schütz.\u2014 Paris, Editions S.O.S., Desclée de Brouwer, 1968, 333 pp.Trembelas, Panagiotis N.: Dogmatique de l\u2019Eglise orthodoxe catholique, III.Coll.\u201cTextes et études théologiques\u201d.\u2014 Paris, Editions de Cheve-togne, Desclée de Brouwer, 1968, 638 pp.Vinay, T.et G.: Le soleil se lève au Sud.Une ville en Sicile: Riesi.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 274 pp. marabout université S WWW universelle .\tv>w\tw ¦] » à s-* A is ïeerscv< rb?\t! 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