Relations, 1 juin 1969, Juin
[" Dieu et les jeunes Le nationalisme et la révolution culturelle Nos évêques et la formation de la conscience JU N 1 La femme 11 ultra-moderne f# v i ü393Ht) A03-31S *H3 9CCZ mnt> no sj.nvn3I3sn3 sso'aaoo s/v BNssHona Ans *w SOMMAIRE Juin 1969 Éditoriaux.131 Nos évêques et la formation de la conscience.\u2014 Maître de la barque: Paul VI.\u2014 Le départ du général de Gaulle.\u2014 Paul VI en Afrique.Le cinquantenaire de l\u2019O.l.T.Articles Dieu et les jeunes.Paul Morisset 166 Le nationalisme et la révolution culturelle Jacques Grand\u2019Maison 169 La femme \u201cultra-moderne\u201d.Claire Campbell 173 Chroniques Littérature : A travers les miroirs de Paul Éluard René Dionne\t175 L\u2019âme inquiète et héroïque de Charles Péguy Liam Brophy\t178 L'actualité religieuse : Le Pape et les jeunes Georges Robitaille\t180 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 181 En Pièces détachées.\u2014 Quoat-Quoat.\u2014 Un Fil à la Patte.Six Personnages en quête d\u2019Auteur.Au service du français: Ponctuation-5 .\t.\t.\tJoseph d\u2019Anjou\t183 Au fil du mois.185 La catéchèse des adultes (Jean-Marie Archambault).\u2014 Du rififi chez les saints (Marcel Marcotte).Méditation : Vers l\u2019inédite saison.Paul Fortin 186 Les livres.187 Notes bibliographiques.191 Ouvrages reçus.191 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur-.Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-351.Tél.: 387-2541 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Sécurité pour l\u2019ouvrier, le professionnel, l\u2019homme d\u2019affaires, sa famille, ses employés, son entreprise.Votre compagnie L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE vous protège depuis 1899 Sécurité sur la planification successorale \u2022\tAssurance-vie \u2022\tRentes viagères \u2022\tAssurance collective MUTUELLE O N O M I £ D'ASSURANCE Siège social: 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129 \u2014 Tél.: 844-2050 Agences et unités: Drummondville - Granby - Joliette - Laval - Longueuil Montréal - Ottawa - Québec - Saint-Jean - Sherbrooke Export'A cSlz Q/ftki/k/ire (j/ÿc/sc//e a/i Ôa/ta/A RÉGULIÈRES ET \"KING\u201d montréal juin 1969 numéro 339 r\"*j- CENTRE de documentation -| corporation defpnseignants du queber relations Ædiiotiaux Nos évêques et la formation de la conscience Quinze jours après la réunion des évêques canadiens à Ottawa, nos journaux \u2014 et encore à la suite d\u2019un coup de pouce de l\u2019archevêché de Montréal \u2014 ont fini par découvrir qu\u2019il y avait matière à publication dans le document qu\u2019on leur avait remis, le 18 avril dernier, et dont le titre aurait dû attirer leur attention : Suite à Humanœ Vitœ\u201d, Déclaration de la CCC concernant la vie familiale.Quand nos évêques, l\u2019an dernier, se prononcèrent sur Humanœ Vitœ, toute la presse du pays y vit une nouvelle de première importance et des commentateurs ne manquèrent pas de signaler que les évêques canadiens se faisaient les défenseurs de la liberté de conscience et qu\u2019ils libéraient les catholiques du pays des contraintes trop rigides de l\u2019Encyclique.La déclaration épiscopale du 18 avril semble avoir laissé plutôt froids ces mêmes commentateurs.Si les évêques sont revenus sur le sujet, c\u2019est d\u2019abord qu\u2019ils l\u2019avaient promis et ensuite, comme ils le disent eux-mêmes, qu\u2019ils ne pouvaient rester indifférents au fait que certains ont déformé le sens de leurs orientations pastorales sur l\u2019encyclique Humanœ Vitœ\\ en particulier, on n\u2019a pas toujours interprété correctement ce que la Déclaration de 1968 disait de la liberté de conscience et du rôle du magistère.En conséquence, tout en réaffirmant que leur enseignement reste entièrement le même, les évêques entendent clarifier la situation et bien préciser leurs positions.D\u2019où le texte capital qui suit : Nous réaffirmons donc qu\u2019un catholique n\u2019est pas libre de former sa conscience sans tenir compte de l\u2019enseignement du magistère.Dans le cas présent cet enseignement est donné par le Souverain Pontife dans une encyclique.Il est faux et dangereux de soutenir qu\u2019un catholique peut ignorer cette encyclique parce qu\u2019elle n\u2019exige pas un assentiment de foi divine (n° 14).Au contraire, à certains égards, un tel enseignement impose une lourde responsabilité à la conscience individuelle.Le catholique sait qu\u2019il ne peut rejeter un enseignement infaillible.Tout au plus peut-il chercher à le comprendre, à l\u2019apprécier et à en saisir la profondeur.Par contre, tout autre enseignement donné en vertu de leur autorité par le Pape ou l\u2019ensemble des évêques, le catholique doit le recevoir et l\u2019accueillir avec respect, fermement convaincu que son opinion personnelle ou celle de plusieurs théologiens est d\u2019un ordre bien inférieur à celui d\u2019un tel enseignement.L\u2019attitude qui s\u2019impose est de vouloir adhérer à une vérité qui porte ainsi le sceau de l\u2019Église de Dieu et de l\u2019accepter avec déférence.Les évêques se rendent bien compte qu\u2019il existe encore de la confusion \u201cautour de cette question de l\u2019attitude chrétienne à l\u2019égard de l\u2019origine de la vie\u201d; aussi demandent-ils qu\u2019on entreprenne au plus tôt des études en vue d\u2019assurer aux catholiques une meilleure formation de leur conscience.Ils ont tout à fait raison, car là est le cœur du problème : une conscience n\u2019est vraiment formée, donc libre, que si elle sait distinguer le bien du mal et dire clairement où est le devoir.Dans la question présente, ce besoin d\u2019une meilleure formation est devenu une impérieuse nécessité.POUR L\u2019INFORMATION DE NOS ABONNÉS Nous avons reçu des plaintes au sujet de l\u2019arrivée tardive du numéro de mai.Nos abonnés seront intéressés à savoir que 1 expédition a été faite à la fin d\u2019avril et au début de mai.La dernière livraison a été faite aux Postes le 2 mai.JUIN 1969 163 Maître de la barque : Paul VI Encore que moins éclatante que la création de nouveaux cardinaux, l\u2019élévation du cardinal Jean Villot au poste de secrétaire d\u2019État et de John Wright à la charge de préfet de la Congrégation pour le clergé est sans conteste un événement plus important.Ces choix achèvent pour l\u2019essentiel Yaggiornamento de la Curie que Paul VI avait à cœur et qu\u2019il annonçait, au lendemain de son élection, notamment aux membres mêmes de la Curie \u2014 aggiornamento qui avait, d\u2019ailleurs, trouvé son expression juridique dans la Constitution apostolique RegiminiEcclesiœ du 15 août 1967.Que de fois, pendant que mûrissait ce travail de réforme, n\u2019a-t-on pas entendu juger avec rigueur la souplesse, la prudence, la charité de Paul VI ?Alors qu\u2019il mesurait la complexité de ce problème concret, comptait avec le temps, tablait sur les circonstances, ménageait les personnes, reconnaissait les services et les mérites, sa souplesse passait aux yeux des zélotes pour de l\u2019indécision, sa prudence pour de la routine, sa charité évangélique pour de la faiblesse ! Le parti pris de sermonner le Pape n\u2019étonnait même plus certains par sa prétention (nous en sommes là ! ), ni les vastes indignations contre la froide architecture de l\u2019Église qui tournaient à la rhétorique et au lieu commun, mais dont on réussissait malgré tout à tirer un peu de gloriole, grâce aux échos et aux photos de la grande presse.Autre chose: ni le cardinal Villot ni le cardinal Wright n\u2019ont fait \u201ccarrière\u201d, comme on dit.Aucun n\u2019a rempli de nonciature.En revanche, l\u2019expérience pastorale tant de l\u2019ancien archevêque de Lyon que de l\u2019ancien évêque de Pittsburg est des plus riches.Et l\u2019un et l\u2019autre ont été le porte-parole de leur conférence épiscopale, ce qui suppose, du jugement même de leurs pairs, culture théologique, hauteur de vue, sens des hommes, habileté, fermeté, voire beauté dans le discours.Ainsi Paul VI donne-t-il du sang neuf à la Curie en même temps qu\u2019il lui imprime un style nouveau, plus pastoral que juridique, plus sacerdotal que diplomatique, et ceci jusque dans les fonctions du secrétaire d\u2019État.L\u2019ordre de la foi ne fait qu\u2019y gagner.Si l\u2019institution du synode est une expression directe, quoique imparfaite, de la collégialité, le renouvellement des structures de la Curie et l\u2019internationalisation de son personnel en est un reflet.Car ce n\u2019est pas un Français auvergnat comme tel qui devient le premier collaborateur du Pape, le coordonnateur de toute l\u2019activité du Saint-Siège, le président du Conseil des cardinaux chefs de dicastère, ni un Américain New Englander comme tel à qui sont confiés les échanges entre les conférences épiscopales, les clergés et le siège romain, et leur étroite communion, mais à des évêques de l\u2019Église universelle, tous les deux \u201cromains de cœur\u201d au sens le plus noble de cette expression, c\u2019est-à-dire attachés à la Ville éternelle, mais surtout à cet homme par qui passe le destin surnaturel du monde: le Vicaire de Jésus-Christ.164 Le départ du général de Gaulle Le rideau est tombé: sur la scène on ne verra plus le général de Gaulle.Et soudain la salle semble ^ étrangement vide .Il n\u2019est guère de journal au monde qui n\u2019ait consacré à la \u201cdernière\u201d du général une manchette à la une.Pouvait-il en être autrement ?Quoi qu\u2019on ait pu penser de sa politique, de sa hauteur solitaire, de sa manière puissante et cassante, l\u2019homme d\u2019État remplissait la scène internationale de sa présence.Il pouvait, sans faire rire, parler de lui-même à la troisième personne, car il avait, à deux reprises, sauvé la France: une première fois du déshonneur et du désespoir, une seconde fois de la guerre civile.Il lui suffira, un jour, non pas de crier d\u2019un balcon, mais de dire dans une chute de phrase: \u201cVive le Québec libre !\u201d pour que le monde entier sache qu\u2019il y a des Canadiens français au Canada, et qui ne sont pas tous heureux .Sur toute la politique étrangère de la France, de Gaulle apposa son sceau particulier.C\u2019était là son domaine où il exerçait sa plus grande influence.N\u2019est-ce pas à Paris que se traite l\u2019affaire du Vietnam ?C\u2019était là aussi qu\u2019il exerçait le plus de contrainte.Au prix de lourds sacrifices imposés à la nation, il obtint sa force de frappe nucléaire, comme en dépit de la volonté contraire de tous ses partenaires du Marché commun, il bloqua l\u2019évolution de l\u2019Europe vers son unité politique (facteur essentiel de paix et de développement des peuples), obstiné qu\u2019il était dans son refus d\u2019admettre la Grande-Bretagne dans le Marché commun, même après une longue période pénitentielle que celle-ci s\u2019était en quelque sorte méritée en dressant contre l\u2019Europe des Six la zone de libre échange des Sept.Pourtant si personnelle qu\u2019elle ait été, la politique étrangère de de Gaulle n\u2019a pas décidé de sa démission.Ni même sa politique intérieure, si contestée en ces derniers temps.La raison de son départ, la véritable raison, il faut la chercher dans une \u201ccertaine idée\u201d qu\u2019il se faisait du régime présidentiel: pouvoir personnel et personnalisé qui le mettait à la merci du premier signe de désaccord.Nous voilà bien loin du régime présidentiel américain fait de balances and checks, et des structures parlementaires anglaises où l\u2019Opposition loyale est la cheville ouvrière de la démocratie ! On voit mal un Churchill lier référendum et question de confiance en plein milieu d\u2019un mandat, après une brillante victoire électorale, avec une majorité compacte à l\u2019Assemblée qui lui eût donné à coup sûr par voie législative ce qu\u2019il décida de lui-même d\u2019obtenir par voie populaire.Pourquoi ce risque, et tant de fois couru ?Ses adversaires étaient stupéfaits de la chance inespérée qu\u2019on leur offrait une fois de plus.Au fond, de Gaulle tenait plus à la confiance du peuple, au \u201coui\u201d de la France qu\u2019à ces problèmes de régionalisation et de rénovation du sénat, objets du référendum.Son régime tout à fait unique, sans précédent dans l\u2019histoire de la France, exigeait plus que les mains RELATIONS offertes, le bain de foule, la majorité, mais l\u2019accord parfait entre le peuple et son chef, l\u2019unité des vouloirs \u2014 ce qui lui fut, cette fois, refusé ! François Mauriac pouvait, en vérité écrire: \u201cDe ce point de vue, de Gaulle pourra s\u2019en aller tranquille: cela du moins est acquis, son histoire ne ressemblera à aucune autre.\u201d Mais l\u2019histoire continue.Français et Françaises se rendent aux urnes.Qu\u2019il se repose à l\u2019étranger ou à Colombey-les-Deux-Églises, parmi les \u201cvastes, frustes et tristes horizons\u201d qu\u2019il a décrits dans ses Mémoires, le général de Gaulle \u2014 malgré ses présidences, il ne lui sera pas donné d\u2019autre nom dans l\u2019histoire \u2014 demeure invisible mais toujours présent à la France.Paul VI en Afrique Le Pape se rendra bientôt en Afrique, à Kampala, capitale de l\u2019Ouganda.Il y dédiera un nouveau sanc-^ tuaire aux vingt-deux martyrs africains.Ce voyage, a-t-il dit, \u201cpour rapide qu\u2019il puisse être, manifestera au monde l\u2019intérêt que Nous portons aux joies, aux difficultés, aux épreuves de ce grand continent.\u201d Joies : progrès étonnants de l\u2019Église depuis un siècle, clergés et hiérarchies indigènes, conférences épiscopales, croissance d\u2019un catholicisme spécifiquement africain, car, a noté le Pape dans une entrevue, les martyrs ougandais \u201cont su être fidèles à leur foi sans, pour autant, renoncer aux valeurs morales de la tradition africaine\u201d.Sur le plan temporel, accession à l\u2019indépendance des anciennes colonies, mise en marche d\u2019une nouvelle économie agricole et industrielle : une nouvelle Afrique.Difficultés : les avances fulgurantes de la religion musulmane, le retour au nom de la négritude à l\u2019animisme.Sur le plan temporel, les luttes tribales, les obstacles millénaires à la promotion sociale : maladie, misère, analphabétisme.Épreuves :\tpersécution violente dans certains pays, ailleurs l\u2019esclavage de fait, même si les Africains le nient et que l\u2019O.N.IL qui lutte contre le trafic des stupéfiants ne fait rien pour appliquer sa propre convention sur la servi-ture; apartheid non seulement dans les faits mais dans les lois aussi et dans les institutions, même si les Noirs sont souvent mieux traités, nourris et logés en Afrique du Sud qu\u2019ailleurs; drame en particulier du Nigéria où, à côté d\u2019autres puissances occidentales et de l\u2019U.R.S.S.qui flairent le vent et cherchent leur avantage, le Canada aussi a sa part de responsabilité.Il est rumeur que Paul VI, au cours de son voyage, pourrait prendre une initiative pour mettre un terme à cette guerre absurde.Ceci dit, et strictement d\u2019un point de vue annexe, il est incompréhensible que les grandes puissances, si fières de leur force, n\u2019aient pas encore trouvé moyen d\u2019arrêter la tuerie.A quoi bon leur puissance si c\u2019est pour laisser mourir les petits enfants, faire honte au genre humain ?Et à quoi bon le Commonwealth si c\u2019est pour y coexister en s\u2019ignorant ou y vivre ensemble en s\u2019entredéchirant ?JUIN 1969 Le cinquantenaire de l'O.I.T.C\u2019est un \u201csigne des temps\u201d que l\u2019Organisation internationale du Travail (O.I.T.), célébrant le cinquantenaire de sa fondation et y invitant Paul VI, celui-ci avec empressement, \u201cavec une humble reconnaissance\u201d, ait accepté l\u2019invitation \u201csi remplie d\u2019honneur, a-t-il déclaré, et qui correspond à nos sentiments d\u2019estime pour cette Organisation internationale si méritante, si représentative, et bien en harmonie avec notre mission de justice, de paix et de fraternité\u201d (allocution du 16 avril 1969).Invitation et acceptation en effet consacrent une tradition de contacts mutuels et une parenté d\u2019inspiration reconnue de part et d\u2019autre.D\u2019une part déjà, par le premier directeur général du B.I.T., Albert Thomas, quoique ancien socialiste, et d\u2019autre part par les catholiques sociaux et par les papes: Pie XI, en 1931; Pie XII en 1954; Jean XXIII dans Mater et Magistra, en 1961; enfin en mars 1967, peu après Populorum Progressio, par Paul VI lorsqu\u2019il exprimait au directeur général du B.I.T., M.David Morse les espoirs que place l\u2019Église dans l\u2019O.I.T.Faisant suite à ces tractations cordiales, des relations régulières étaient établies entre le Saint-Siège et l\u2019O.I.T.et, dès 1968, un observateur officiel du Vatican était délégué à une Conférence internationale du Travail.Par sa visite à l\u2019.OI.T., Paul VI rend un témoignage éclatant à la seule institution internationale de l\u2019ancienne Société des Nations qui ait survécu à la deuxième guerre mondiale et qui soit devenue, en 1946, sans avoir à modifier ni son esprit ni ses structures, la première des institutions spécialisées des Nations Unies.Elle n\u2019a cessé en effet, depuis lors, de s\u2019imposer comme le plus démocratique des organes de l\u2019O.N.U.et d\u2019apporter partout dans le monde à la cause de la justice sociale une collaboration pleine et efficace.Elle y a apporté une révolution.D\u2019abord, par les principes de sa Charte qui furent repris de façon adaptée dans la Déclaration de Philadelphie en 1944, \u201cun événement de la pensée humaine\u201d, estimait Roosevelt.Surtout, par sa structure tripartite qui incarne et fortifie un esprit, elle demeure la seule organisation intergouvemementale où syndicats et associations patronales participent directement à la gestion et aux délibérations, sur une base de quasi-égalité et de complète indépendance, à côté de leurs gouvernements.Il convenait indubitablement que Paul VI, par ce geste en faveur de cette institution devenue une garante de la paix internationale et de la promotion du développement intégral de l\u2019homme, ratifie et confirme cet \u201caccord\u201d reconnu mutuellement de la Charte du Travail et de la doctrine sociale de l\u2019Église.Tous ceux qui se préoccupent de la paix dans le monde, les catholiques sociaux surtout, se réjouiront de l\u2019événement.Une autre raison de nous réjouir, plus inattendue encore: le Souverain Pontife profitera de son bref séjour à Genève pour rendre visite au Conseil Oecuménique des Églises.Cela aussi est un \u201csigne des temps\u201d.165 DIEU ET LES JEUNES Paul Morisset, S.J.* Récemment, le P.JJ.Larivière, C.S.V., publiait un troisième volume de sa sérieuse enquête, menée auprès de quelque trois mille jeunes de nos collèges, sur l\u2019état de leur foi.Ce troisième volume traite des doutes des jeunes face à Dieu et à l\u2019Église.* 1 En 1964, année où se fit l\u2019enquête, 35% des jeunes interrogés avouaient avoir des doutes sérieux sur l\u2019existence de Dieu.Il faudrait, sans aucun doute, majorer considérablement ce pourcentage aujourd\u2019hui.Il serait fort révélateur de proposer le questionnaire de 1964 aux jeunes du même niveau (12e à 15e années d\u2019études) en 1969.Professeur de philosophie au collège Sainte-Marie, j\u2019ai eu l\u2019occasion, pendant cinq ans, d\u2019étudier, avec les finissants de Philo.II surtout et avec les adultes, le problème de Dieu à la lumière de la raison naturelle.Quelque 755 heures données à plus de 450 étudiants.Les réflexions qui suivent voudraient rapporter cette expérience et soulever certaines questions.I.Faut-il traiter du problème de Dieu DANS UN COURS DE PHILOSOPHIE ?Certains professeurs croient que non.Soit parce qu\u2019ils estiment que ce problème est matière du cours de Sciences religieuses.Soit parce qu\u2019ils jugent que l\u2019étude philosophique de Dieu relève d\u2019une si haute spéculation métaphysique qu\u2019il est préférable de la passer sous silence ou d\u2019en parler brièvement, pour ne pas ennuyer les étudiants.D\u2019autres sont d\u2019avis qu\u2019il faut traiter, et sérieusement, ce problème.Ils pourront différer d\u2019avis sur la façon de l\u2019aborder.Ce sera, selon les uns, au terme d\u2019une présentation de l\u2019éthique naturelle, comme couronnement et explication dernière de l\u2019expérience éthique.D\u2019autres préféreront étudier ce problème comme jaillissant de l\u2019histoire des religions qui nous manifeste la dimension essentiellement religieuse de l\u2019homme.Un troisième groupe estime que le problème est suffisamment présent dans la conscience des étudiants et l\u2019abordera directement.Ces divergences de méthode ne nous intéressent pas pour l\u2019instant.Il nous suffit de noter que ces professeurs de philosophie jugent qu\u2019il faut examiner avec attention le problème de Dieu * Professeur de philosophie au Collège Sainte-Marie de Montréal.1.LARIVIERE, J.J.: Quand les jeunes doutent de Dieu et de l\u2019Eglise., (Coll.Foi et Liberté).Montréal, Fides, 1969.dans un cours de philosophie.Je partage leur opinion pour les raisons suivantes.Laisser au professeur de Sciences Religieuses le soin de traiter cette question est s\u2019exposer à ce qu\u2019il la passe sous silence pour cette raison \u2014 fondée à mon sens \u2014 que l\u2019étude rationnelle du problème de Dieu relève de la théologie naturelle et donc du cours de philosophie.En effet, il faut savoir distinguer la religion naturelle (objet de la philosophie), de la religion révélée (objet propre du cours traditionnel de religion).Si, par ma raison, j\u2019en arrive à établir l\u2019existence d\u2019un Dieu personnel comme raison d\u2019être dernière du monde et des gens qui l\u2019habitent, il s\u2019ensuit que je devrai chercher à entrer en relation avec Lui; et c\u2019est ainsi que ma découverte philosophique elle-même m\u2019incitera à l\u2019exercice d\u2019une certaine religion naturelle.Si, au contraire, ni le professeur de Sciences religieuses, ni le professeur de philosophie n\u2019étudient cette question de la connaissance rationnelle de Dieu, l\u2019étudiant se verra dans cette situation déplorable où ce problème, crucial pour lui, ne sera traité sérieusement dans aucun de ses cours.Or le jeune qui est de tradition chrétienne et qui se sent menacé de toutes parts dans ses convictions et ses croyances sent un vif besoin d\u2019entreprendre une étude serrée de cette question.Une présentation directe de la foi révélée, alors que son esprit est constamment sollicité, voire assailli, par les doctrines de l\u2019humanisme athée auxquelles il n\u2019a pas de réponses satisfaisantes, a peu de chances de le rejoindre.Avant d\u2019accueillir la révélation de l\u2019amour de Dieu pour lui, le jeune a besoin de se rendre compte que cet Être existe (ou du moins que son existence ne répugne pas à la raison) et qu\u2019une relation interpersonnelle avec Lui n\u2019est pas aliénante, bien au contraire, quoi-qu\u2019en disent certains athées.Il est vrai que la présentation directe de ce problème soulève de l\u2019animosité chez les jeunes.Ceux-ci ont tendance à considérer cette étude comme une matière de religion.Et comme ils ont été gavés d\u2019enseignement religieux \u2014 c\u2019est du moins leur impression \u2014 plusieurs ont tendance à transposer ici leur agressivité.Mais cette difficulté ne me paraît pas insurmontable.On peut faire comprendre aux étudiants, et illustrer par son enseignement, que l\u2019en-ciuête se poursuivra au niveau de la seule raison.Il est d\u2019ailleurs patent que les philosophes athées prennent nettement position sur le problème de Dieu.L\u2019étude de ces 166 RELATIONS derniers auteurs pourra enlever l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un cours de religion au sens traditionnel du terme.De plus, je ne crois pas qu\u2019en saine psychologie l\u2019on gagne à refouler les problèmes.Si la question de Dieu en face de la raison humaine soulève chez les étudiants des interrogations sérieuses \u2014 ce qui est certes le cas \u2014 il m\u2019apparaît nécessaire de s\u2019y attarder pour permettre aux jeunes de bien identifier le problème et de s\u2019engager, s\u2019il se peut, dans la voie d\u2019une solution satisfaisante.La politique de l\u2019autruche, face à quelque difficulté que ce soit, s\u2019est toujours avérée funeste.En philosophie, cette politique apparaît tout à fait inacceptable puisque, par définition, l\u2019on prétend remonter jusqu\u2019aux fondements derniers de la pensée, sans exclure a priori la considération d\u2019aucun aspect de la réalité.Enfin, étudier la pensée d\u2019un philosophe sans considérer son attitude devant l\u2019Absolu, de quelque façon qu\u2019il l\u2019identifie ou le nomme, c\u2019est manquer le fond de sa pensée.Toute philosophie repose finalement sur certaines positions de base, sur certains \u201cabsolus\u201d qui commandent et normalement unifient toute la pensée.Ainsi, la philosophie de Sartre gravite tout entière autour de cet absolu: \u201cla liberté totale\u201d de l\u2019homme qui se crée lui-même sa propre essence.Pour bien apprécier la pensée de cet auteur, il faut de toute nécessité examiner cette \u201cliberté totale\u201d avec tout ce qu\u2019elle comporte de rejet de Dieu comme en-soi-pour-soi contradictoire.Sinon, l\u2019on reste en surface et l\u2019on ne fait pas œuvre véritable de philosophe.II.Façon d\u2019aborder le problème de Dieu en PHILOSOPHIE Sans prétendre que la méthode que je décris soit la meilleure en soi, il m\u2019est apparu que la meilleure façon, pour moi, d\u2019aborder ce problème était de commencer par l\u2019étude des principaux philosophes athées.C\u2019est ainsi que j\u2019ai choisi de présenter dans l\u2019ordre: Comte, Nietzsche, Marx et Sartre, cette étude étant suivie de la considération successive de quatre philosophes théistes:\tThomas d\u2019Aquin, Bergson, Teilhard et Gabriel Marcel.Cette méthode comporte de nombreux avantages et certains inconvénients.Les avantages Cette approche de la question permet au professeur de gagner, dès le début du cours, la confiance de ses étudiants en leur donnant l\u2019occasion de réaliser qu\u2019il est bien au courant des principales objections des athées.Le professeur cherchera à exposer le plus objectivement possible la pensée de ces auteurs en mettant bien en relief les raisons qui les amènent à rejeter Dieu et à construire leur pensée autour d\u2019un autre Absolu.Il amènera ses étudiants à apprécier ces arguments, y ajoutant, le cas échéant, ses propres réflexions critiques.Ce fut mon expérience de constater que cette plongée immédiate dans les auteurs athées détruisait bien des préjugés et préparait les esprits à considérer sereinement les arguments des philosophes théistes.Ce qui n\u2019aurait pas JUIN 1969 été le cas si le cours avait commencé par l\u2019étude de ces derniers.Cette méthode présente encore l\u2019avantage d\u2019être ouverte et fort variée.Elle nous met en contact avec la pensée et les œuvres de plusieurs des grands noms de la philosophie; ce qui répond à l\u2019attente profonde des étudiants qui ne veulent pas, et avec raison, être enfermés à l\u2019intérieur d\u2019un système clos qui les couperait de la pensée vivante de leurs contemporains.Cependant, cette façon de procéder comporte aussi des inconvénients.J\u2019en signale deux.Les inconvénients Il peut arriver qu\u2019un étudiant trouve chez un auteur athée une façon d\u2019aborder la réalité qui réponde à ses aspirations profondes et qu\u2019il en fasse son auteur de chevet.C\u2019est son droit qu\u2019il faut, de toute évidence, absolument respecter.D\u2019autant que les auteurs athées, si incomplets soient-ils du point de vue de Dieu, mettent en relief des valeurs réelles qui méritent d\u2019être assimilées, avec discernement, par tous.Pour le dire brièvement, je songe en particulier à l\u2019idéal scientifique et humaniste d\u2019un Auguste Comte, au dépassement continuel de soi que propose Nietzsche dans sa philosophie du Surhomme, à l\u2019aspiration vers la justice et l\u2019égalité entre les hommes qu\u2019on retrouve chez Marx, à l\u2019approfondissement de la liberté et de la responsabilité personnelles chez Sartre.Cet inconvénient pourrait être cependant en partie évité si, plutôt que d\u2019étudier à la suite tous les auteurs athées puis après, les penseurs théistes, l\u2019on alternait la présentation : un athée, un théiste et ainsi de suite.C\u2019est un de mes plus brillants étudiants qui me proposa cette amélioration.Regroupant les auteurs d\u2019après certaines affinités, l\u2019on pourrait exposer successivement les approches \u201cscientifiques\u201d de la réalité chez Comte puis chez Bergson et les conclusions différentes sur Dieu auxquelles ils aboutissent.Par la suite, on pourrait comparer les conceptions de l\u2019homme chez Nietzsche puis chez Thomas d\u2019Aquin, les visions du futur chez Marx et chez Teilhard, les approfondissements existentialistes d\u2019un Sartre ou d\u2019un Marcel.Quoiqu\u2019il en soit, la considération directe de la pensée et des œuvres des auteurs athées m\u2019apparaît infiniment plus valable que l\u2019ancienne méthode qui consistait à mettre sous clef, \u201cen enfer\u201d comme l\u2019on disait, les œuvres de ces auteurs, pour se concentrer pratiquement sur la seule exposition d\u2019une pensée théiste.D\u2019aucuns parmi les étudiants s\u2019imaginaient alors qu\u2019il y avait chez ces auteurs \u201cdéfendus\u201d des arguments irrésistibles, capables de renverser toutes les argumentations théistes.Cela les laissait finalement dans un certain sentiment d\u2019insécurité, avec l\u2019impression de n\u2019avoir pas fait vraiment le tour de la question.L\u2019étude de ces auteurs fait d\u2019ailleurs réaliser que leur option athée est souvent beaucoup plus affirmée comme allant de soi, comme chez Nietzche par exemple, plutôt que développée et démontrée positivement.En toute hypothèse, dans notre milieu pluraliste où toutes les opinions nous rejoignent par les envahissants moyens de communication, il n\u2019y a, à mon sens, qu\u2019une seule attitude pleinement satisfaisante pour 167 ceux qui ont la chance de s\u2019instruire : plonger dans l\u2019étude de ces auteurs athées et théistes et former son propre jugement; apprenant ainsi à se retrouver et à se situer face au tourbillon des idées les plus contradictoires qui circulent dans notre milieu.Un second inconvénient, plus fréquent, ressort de l\u2019abondance et de la variété des pensées proposées dans un laps de temps relativement court.Il arrive que des étudiants, submergés sous ce flot d\u2019idées, n\u2019arrivent pas à s\u2019y retrouver et versent, soit dans un relativisme qui met sur le même pied toutes les argumentations, soit dans un agnosticisme qui désespère des possibilités de la raison dans ce domaine du transcendant.Que les étudiants constatent que la remontée vers Dieu, à partir des réalités de notre monde, relève d\u2019une argumentation métaphysique qui n\u2019est pas facile, voilà qui est un profit certain.Cela pourra les rendre plus modestes et plus vrais dans leurs réflexions sur Dieu.Pour se retrouver au milieu de cette multiplicité d\u2019opinions la compétence du professeur revêt une importance capitale.Car c\u2019est lui normalement qui éclairera le cheminement de ses étudiants.S\u2019il est lui-même débordé et ne fait que s\u2019enfoncer dans des difficultés inextricables, il fera plus de tort que de bien à ses étudiants.Et, dans ce cas, mieux vaudrait étudier avec eux d\u2019autres problèmes que celui de Dieu.III.Constatations et réflexions À l\u2019expérience, j\u2019ai pu constater, à la suite de Gabriel Marcel, que si les voies classiques et autres pour établir l\u2019existence de Dieu aidaient et satisfaisaient vraiment ceux qui croyaient déjà à son existence avant d\u2019entreprendre le cours, elles ne changeaient pas notablement l\u2019opinion des autres.À ce peu d\u2019effet sur ces derniers, deux explications, me semble-t-il.La première, c\u2019est que l\u2019étude philosophique de Dieu comporte tant de difficultés, et du côté de la démarche métaphysique qui y parvient, et du côté de la transcendance de l\u2019Absolu rejointe par les seules voies subtiles de l\u2019analogie, que le jeune, ayant déjà pratiquement rejeté Dieu, peut toujours se concentrer sur ces difficultés plutôt que sur les éléments de solution.En effet, nous sommes infiniment loin ici d\u2019une démarche positiviste et \u201cscientifique\u201d qui, elle, peut toujours se référer au monde expérimental et mesurable pour rallier l\u2019assentiment.La seconde explication est que la reconnaissance concrète, vécue, de l\u2019existence de Dieu est appelée à affecter et à bouleverser à ce point toute la vie que le jeune incroyant, en pleine expérimentation de sa liberté, est peu disposé, même s\u2019il affirme l\u2019être, à intégrer une telle vérité dans son monde intérieur.Comme l\u2019affirmaient Aristote et Thomas d\u2019Aquin, bien davantage, après lui : \u201cTel on est, telle nous apparaît la fin\u201d (ou le bien).Ceci vaut même dans l\u2019ordre intellectuel.Nous sommes spontanément portés à accepter les vérités qui s\u2019intégrent facilement à notre vie personnelle, et nous avons tendance à rejeter les autres.En effet, l\u2019homme est à la recherche de son unité.Il n\u2019accepte pas de vivre divisé intérieurement.Et s\u2019il y a une valeur qu\u2019il ne saurait accepter sans avoir à refaire complètement son équilibre intérieur, il montrera beaucoup de réticences à la faire sienne.Cette dernière réflexion n\u2019entraîne pas cependant que tous ceux qui refusent l\u2019existence de Dieu le font parce que leur personnalité concrète s\u2019accommoderait difficilement de cette nouvelle valeur; car, ainsi que nous le disions plus haut, l\u2019étude philosophique de Dieu comporte de nombreuses difficultés; en sorte, que certains, en toute bonne foi, peuvent ne pas percevoir la force réelle des arguments théistes.Une seconde constatation.Les principales objections que les étudiants formulent dans un cours de théologie naturelle visent l\u2019Église traditionnelle.Ceci m\u2019étonnait les premières fois.Il me semblait qu\u2019en bonne logique le problème rationnel de Dieu pouvait et devait être traité indépendamment de celui de l\u2019Église.Mais, à la réflexion et à l\u2019expérience, je me suis rendu compte que la quasi-totalité de l\u2019expérience religieuse des étudiants était inextricablement liée à leur vie au sein de l\u2019Église.Rien d\u2019étonnant alors qu\u2019une réflexion sur Dieu remette en question leur expérience ecclésiale.Troisième constatation.Une certaine forme d\u2019incroyance pratique qui verse parfois dans l\u2019athéisme m\u2019apparaît se développer ainsi chez un certain nombre d\u2019étudiants.Ils commencent par critiquer l\u2019Église (sa richesse, son autoritarisme) et ses exigences (messe, confession, lois morales).Progressivement et parfois abruptement, ils en arrivent à cesser toute pratique religieuse sans rien y substituer de prières personnelles etc.Ils constatent au début qu\u2019ils ne s\u2019en portent pas tellement plus mal.Souvent d\u2019ailleurs, leur pratique immédiatement antérieure était davantage motivée par une habitude sociale que par une conviction personnelle.Et comme leur expérience de Dieu est intimement liée à leur expérience religieuse dans l\u2019Église, ainsi que nous le signalions plus haut, ils en viennent à mettre sérieusement en doute l\u2019existence même de Dieu.La religion, Dieu : ça sert à quoi ?Ne sont-ce pas là des croyances des temps révolus et obscurs du passé ?Le monde ne se suffit-il pas pleinement à lui-même ?Autant de questions étudiées dans le cours mais dont les solutions sont assimilées, comme toujours mais plus encore dans ce sujet de suprême importance, selon les disposition profondes des étudiants.Une dernière remarque : les professeurs théistes qui entreprennent cette étude philosophique de Dieu pourraient se rappeler avec quelque encouragement que des auteurs aussi compétents que de Lubac, Congar ou Rahner n\u2019arrivent pas à convaincre tous ceux qui ne croient pas à l\u2019existence de Dieu.Il serait utopique d\u2019espérer qu\u2019avec des moyens beaucoup plus réduits nous puissions en arriver à rallier tous nos étudiants.D\u2019ailleurs, l\u2019essentiel pour le professeur théiste n\u2019est pas tellement de gagner ses étudiants à sa propre position que de leur fournir les éléments nécessaires pour qu\u2019en pleine ouverture et en totale lucidité ils se situent eux-mêmes personnellement face à l\u2019Absolu.La méthode exposée ici me paraît particulièrement apte à atteindre ces objectifs.168 RELATIONS le nationalisme et la révolution culturelle Jacques Grand\u2019Maison, ptre * NOTE DE DÉPART Plusieurs critiques du nationalisme réduisent ce mouvement historique à un résidu d\u2019un \u201cpassé dépassé\u201d.Ils renvoient les nationalistes aux rêves romantiques du XIXe siècle et à l\u2019embardée désastreuse des fascismes.Il y a ici une part de vérité.Mais une culture politique minimale nous invite à regarder le néo-nationalisme actuel d\u2019un autre œil, à le voir \u201cpar en avant\u201d à la lumière des révolutions culturelles récentes qui cherchent péniblement leur expression politique.Voilà la perspective de fond que nous poursuivons dans ce travail.Au point de départ de notre démarche, il nous faut prendre une certaine distance critique sur le pro-L blême québécois, pour analyser d\u2019abord le phénomène nationaliste en lui-même et dans ses divers enracinements historiques.Loin de nous de prétendre à une étude exhaustive quand nous connaissons déjà les limites et les divergences de vues des plus grands spécialistes sur cette question.Mais comme tout honnête citoyen, nous essayons de nous faire une idée juste de notre situation nationale à la lumière de la pensée et des praxis politiques que nous connaissons.Déjà en tentant de cerner le concept de nation, nous avons perçu un difficile accord chez les définisseurs de diverses disciplines.Par ailleurs, certaines perspectives convergentes nous amènent à dégager des composantes qui seront sujettes à revision par la suite.Signalons deux définitions différentes.La nation \u2014 Une communauté humaine habitant le même territoire, ayant une origine commune ou des intérêts depuis longtemps communs, des mœurs semblables et le plus souvent une langue identique.\u2014 Une société politiquement organisée qui a pris conscience de sa propre unité et contrôle souverainement un territoire qui lui appartient.On remarquera sans peine que la première se limite au fait culturel et historique, et la seconde au fait politique.Seul l\u2019élément territoire reste vraiment commun aux deux.* 1 D\u2019autres analystes, plus souples, parlent d\u2019un ensemble humain qui est basé sur quelques-uns des liens suivants : langue, culture, territoire, communauté d\u2019origine, histoire * Professeur à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Montréal.1.Nous mesurons ici les premières ambiguïtés de nos débats autour de la question des deux nations.Pour les Anglo-canadiens surtout, il n\u2019y a qu\u2019une nation \u201cpolitique\u201d, le Canada et plusieurs cultures particulières : l\u2019anglaise, la française et les autres.Chez plusieurs nationalistes québécois, les deux définitions précitées sont inséparables.La nation comprend à la fois un héritage historique et territorial, une culture particulière et un Etat souverain.commune, religion, État, liens économiques, désir de vivre ensemble, et même projet collectif.Habituellement, la nation possède une unité politique, économique et culturelle qui tend à s\u2019exprimer dans des institutions particulières.Elle comporte aussi une conscience collective enracinée dans une histoire et un sol qui constituent la patrie même de ceux qui ont dû quitter.Il n\u2019y a pas de conscience nationale vraiment politique sans un \u201cprojet général de collaboration à une entreprise commune\u201d et sans un consensus majoritaire des membres à un tel projet.\u201cLa nation est un peuple qui, conscient d\u2019une communauté d\u2019origine, d\u2019une communauté de traditions culturelles et d\u2019une communauté d\u2019intérêts, accepte et veut cette communauté comme condition de la vocation personnelle de chacun de ses membres, et qui parfait sans cesse son unité en se tendant vers l\u2019avenir pour réaliser ses destinées, en fonction même de son histoire et de son idéal\u201d.(J.LACROIX; Personne et Amour) L\u2019expression revêt de nouvelles modalités.Elle indique davantage \u201cun groupe culturel chez qui se développe la conscience de son unité et qui aspire à la souveraineté politique\u201d (WILLEMS).Une minorité, par exemple, devient une nationalité quand il y a des relations d\u2019antagonisme avec le groupe dominant ou avec l\u2019organisation étatique que celui-ci contrôle.On ne saurait parler proprement d\u2019une nationalité lorsqu\u2019un ou des groupes culturels ne réclament pas un statut politique différent du statut actuel.Tel est le cas des groupes culturels en Suisse.La nationalité se transforme en nation si elle acquiert un statut de souveraineté politique.Dans nos sociétés modernes, le binôme nation-État repose encore sur de nombreuses ambiguïtés.Comment appliquer à tous les cas cette affirmation de WILLEMS : \u201cil en résulte que toute nation implique une organisation étatique (souveraine), mais que tout État ne représente pas nécessairement une nation\u201d ?Y a-t-il ici une contradiction réelle ou apparente ?Est-ce que le levier de l\u2019État suffit pour unifier des groupes culturels sans les niveler, ou pour passer de la nationalité à la nation ?Il faudra y revenir.Le nationalisme Encore ici l\u2019accord n\u2019est pas facile.Mais chez la plupart des définisseurs on évite difficilement un jugement de valeur négatif.Ainsi le nationalisme serait ; \u2014 Courant de pensée et d\u2019opinion, idéologie qui tend à exalter la nation, son passé, ses qualités, ses ambitions, parfois au détriment et au mépris des autres nations.Dans l\u2019attitude nationaliste, la réalité nationale a tendance à devenir une valeur suprême.Un parti est nationaliste quand il rejette comme mauvaise toute doctrine dont le fondement n\u2019est pas la tradition nationale.\u2014 Exaltation du sentiment national; attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d\u2019une volonté d\u2019isolement.JUIN 1969 169 Plus souvent le nationalisme relèverait de facteurs irrationnels et passionnels.2.On reproche aux nationalistes de tout réduire à une seule dimension, à un seul pôle de référence : la Nation, la nation érigée en critère unique de vérité, de droit.D\u2019où l\u2019inclination à l\u2019intolérance et même au totalitarisme, à l\u2019isolationnisme et à la xénophobie.Et plusieurs de citer les cas extrêmes du nazisme et du fascisme.Là se trouverait aussi la source principale des visées impérialistes et colonialistes.Par ailleurs, chez les peuples opprimés, le nationalisme deviendrait un phénomène négatif et destructeur, un ferment de haine stérile, une aliénation des droits de l\u2019homme tout court, une évasion des tâches réelles de développement interne, un obstacle à la solidarité des petits et des grands.Contre le sens de l\u2019histoire?Ces considérations unilatérales permettent de condamner pratiquement toutes les nations du globe ! Elles expriment peut-être cette situation de déracinement culturel vécu dans notre monde contemporain et en même temps cette conscience aiguë des solidarités planétaires de plus en plus vives.L\u2019homme de demain plus que tout autre sera un nomade à qui les nouveaux moyens de communication offriront non seulement toute la planète mais les espaces sidéraux.Il deviendra même par nécessité un apatride.La vie économique, particulièrement, exigera des attitudes propices à la mobilité et à l\u2019adaptation maximales.L\u2019universalisme de la technique imposera des solidarités politiques inédites.Nous reviendrons au \u201cglobal village\u201d où les solidarités mécaniques et organiques s\u2019allieront bon gré mal gré.Même la paix s\u2019imposera de par des conditions inévitables d\u2019interdépendance politique, économique et technique.Ainsi le mouvement de l\u2019histoire condamne tous les nationalismes, autant celui des empires qui dominent par leur idéologie et leur puissance matérielle, que celui des peuples faibles repliés sur eux-mêmes et en mal d\u2019indépendance.Dans un tel contexte le nationalisme apparaît une sorte de vice de l\u2019esprit, de régression à l\u2019infantilisme politique.Voilà un bouc émissaire trop facile pour nous empêcher de procéder à un examen plus profond de la persistance du phénomène et même de sa recrudescence dans le monde actuel.Etablissons les premiers jalons de réflexion positive.Sources de nationalisme moderne À mesure que les solidarités politiques et économiques s\u2019élargissent, les hommes sentent le besoin d\u2019un enracinement culturel plus circonscrit, d\u2019une identification dans des communautés à taille humaine.L\u2019homme ne peut se définir uniquement par le présent ou le futur.Le recours à l\u2019expérience historique de ses appartenances culturelles est une constante indéniable 2.Delos apporte ici un point de vue plus objectif.\u201cLe nationalisme est une attitude psychologique qui reflète la façon dont les peuples se pensent eux-mêmes, interprètent leurs droits et les inscrivent dans un ordre général de civilisation.Il reflète donc une mentalité particulière, une sensibilité historique, mais il implique aussi une décision sur le problème du droit, des libertés individuelles et collectives et de l\u2019ordre international.C\u2019est pourquoi un nationalisme tend toujours à se donner une expression doctrinale et se rattache à une philosophie\u201d (J.T.DELOS: La nation, Montréal, 1944, T.2, p.4L) même si, en période révolutionnaire, il a la tentation de liquider toutes les assises de la société et de couper tous les liens qui l\u2019ont façonnée.Tôt ou tard il cherche des enracinements sans lesquels il ne saurait vivre et s\u2019humaniser.Son identification culturelle devient alors une des seules voies d\u2019humanisation.L\u2019expérience la plus moderne nous l\u2019a prouvé; ni la technique, ni la politique, ni l\u2019abondance des biens matériels n\u2019assurent d\u2019elles-mêmes l\u2019identité des humains.Et la charte démocratique des droits universels de l\u2019homme ne réussit pas à combler certains besoins et certaines aspirations spécifiques de la personne et de la communauté humaines.Les valeurs les plus universelles se vivent toujours dans un espace historique, dans un contexte culturel, sur un sol défini, à l\u2019intérieur d\u2019une politique, au sein d\u2019une expérience toujours en situation.Les révolutions culturelles actuelles ont une forte teneur nationaliste, et ce n\u2019est pas sans raison.La Tchécoslovaquie devant l\u2019impéralisme soviétique se réclame de valeurs universelles.Mais comment les isoler des aspirations nationales des Tchèques ?Ceux-ci se veulent libres politiquement et culturellement.Ils ne se réfèrent pas à une conception abstraite de l\u2019homme, ou de la liberté en soit.N\u2019y a-t-il pas ici au moins une explication du refus des deux grandes idéologies qui veulent dominer le monde, celles de l\u2019URSS et des USA ?L\u2019une et l\u2019autre se prétendent universalistes en s\u2019appuyant sur une vocation de portée mondiale, qu\u2019il s\u2019agisse du messianisme politico-religieux et économique des Américains, ou du salut prolétarien assuré par le socialisme soviétique.Les autres nations des cinq continents ne l\u2019entendent pas ainsi.C\u2019est de tous les coins du monde que des peuples de toute condition, développés ou non, indépendantes ou colonisés, capitalistes ou socialistes s\u2019affirment dans leur identité particulière.Deux modèles insuffisants Aurait-on déjà oublié qu\u2019aucune révolution ne s\u2019est faite sans passer par le dynamisme nationaliste, et cela dans l\u2019un ou l\u2019autre des deux grands blocs, comme dans le Tiers-monde ?Même les socialistes les plus radicaux dans leur visée de libération mondiale n\u2019arrivent pas à réconcilier leur idéologie marxiste avec les révolutions culturelles et nationalistes de l\u2019heure.La dialectique de la lutte des classes au sein des nations et entre les nations n\u2019explique pas tout.Dans certains pays communistes le nationalisme redevient le ferment de cohésion interne qui permet de contrer les menaces du socialiste et les aliénations propres à son idéologie.Nous devrions en dire tout autant des réactions des peuples développés ou non devant la perspective d\u2019une plate uniformisation par l\u2019expansion de la technique ou encore par l\u2019universalisation de la société américaine de consommation.Les hommes comme les peuples sans visage particulier seraient en quelque sorte condamnés à parter un masque standard.Le nationalisme veut marquer la politique et l\u2019économie, la quotidienneté et les structures sociales, de l\u2019empreinte culturelle la plus profonde.C\u2019est par la culture qu\u2019un visage devient humain, c\u2019est par elle 170 RELATIONS que se vit un humanisme, c\u2019est par elle que les mains et les bras rejoignent le cœur et l\u2019esprit, c\u2019est par elle que les structures et les hommes se rejoignent de façon identifiable.Que signifient Yhomo œconomicus, l\u2019animal politique sans leur appartenance culturelle ?Poussons plus loin la logique de certains universalistes actuels.Qu\u2019en serait-il d\u2019une humanité où les hommes vivraient de la même façon, avec les mêmes gadgets, les mêmes produits standardisés, des structures uniformes ?L\u2019ambivalence du nationalisme Il y a dans l\u2019utopie nationaliste comme dans les révolutions culturelles une révolte plus ou moins consciente contre une déshumanisation aussi profonde; d\u2019où le rejet des idéologies abstraites, d\u2019un système politique universel, d\u2019une société technologique unidimensionnelle.Ce n\u2019est pas la science ou la technique qui sont rejetées, mais plutôt la prétention d\u2019en tirer les fins de l\u2019homme et de la société, les modes d\u2019existence et les raisons de vivre.Or ceux-ci passent par le lieu obligé de la culture.Voilà l\u2019intuition pour ne pas dire la philosophie des nationalismes et des révolutions culturelles dans leurs aspects positifs.De plus, on manifeste une bien pauvre culture historique et politique en ne reconnaissant pas le dynamisme de l\u2019identification nationale dans les grandes réalisations de l\u2019humanité.Loin de nous la tentation de réduire à un seul phénomène la complexité de l\u2019aventure individuelle et collective des hommes.L\u2019identification culturelle, toute importante soit-elle, comporte des limites et des dangers, comme nous le verrons.Elle peut même mettre en veilleuse des réalités et des valeurs humaines essentielles.Encore plus le nationalisme qui donne une expression politique à une culture donnée.Mais des effets négatifs aussi puissants nous renvoient à des dynamismes humains très constructeurs capables de relier l\u2019expérience historique et une prospective très audacieuse.Le nationalisme a connu des formes de dogmatisme, d\u2019historicisme et même de romantisme désastreux.Mais est-ce la seule lecture politique qu\u2019on doit retenir ?Dostoievsky, Shakespeare, Descartes, Goethe, Darwin, Curie ont été aussi nationaux qu\u2019universels.La portée universelle de leur œuvre s\u2019enracinait dans le terreau humain d\u2019une culture définie.Ces hommes ont grandi au sein d\u2019un milieu national et dans l\u2019ambiance de ses institutions.Ils ont puisé à même leur culture et leur histoire d\u2019appartenance.Voudrait-on réduire ces composantes à un hors-d\u2019œuvre, à une signification extrinsèque, à une instrumentalité immédiate, à un pur conditionnement ou même à une limite de leur génie ?C\u2019est un peuple, une culture, une tradition, un dynamisme national avec ses institutions qui les ont portés, dynamisés.Comme on l\u2019a dit avec à-propos, être français, allemand, chinois, américain ou russe n\u2019est pas un moyen de devenir un homme, c\u2019est une manière de l\u2019être.Et les raisons de vivre s\u2019expriment dans des manières de vivre.Celles-ci à leur tour entrent dans le champ des finalités de l\u2019homme et de la société à cause de leur force d\u2019identification.JUIN 1969 Sens objectif de la nation Voilà une seconde lecture que les artisans du procès du nationalisme écartent avec beaucoup de facilité et d\u2019incongruité.En voulant liquider les excès et même la divinisation de certains nationalismes, ils retombent dans une inhumanité aussi pernicieuse que la première.Après ce premier examen nous sommes mieux en mesure de ressaisir sous le nationalisme ambivalent la réalité positive de la nation dans sa signification profonde.Elle pose le problème philosophique du lieu de l\u2019homme, de l\u2019incorporation des valeurs humaines dans un champ historique, de l\u2019incarnation de l\u2019esprit dans un espace social déterminé, de l\u2019identification de la personne dans une communauté profonde d\u2019appartenance, de l\u2019expression culturelle d\u2019une économie, d\u2019une politique et d\u2019une société particulière, de la formulation de projets et de finalités à même les solidarités les plus vitales d\u2019une collectivité.Sens subjectif Mon appartenance nationale et culturelle peut m\u2019apparaître peut-être moins riche ou moins puissante, trop jeune ou trop ancienne.Mais c\u2019est la mienne.Elle fait partie de ce qui m\u2019identifie profondément, à tous les plans: spirituel et matériel, affectif et rationnel.Je me sens particulièrement solidaire, pour le meilleur et pour le pire, des hommes de ma culture.C\u2019est même un moyen essentiel pour apprécier celle des autres, pour leur vouloir toutes les conditions d\u2019épanouissement.Accepter de laisser mourir ou tuer la mienne, c\u2019est renoncer à une dimension très profonde de ma dignité, de ma personnalité, de mon identité, de ma solidarité avec les autres.Il se peut que des conjonctures historiques relativisent cette conviction, que même d\u2019autres droits, d\u2019autres solidarités m\u2019obligent à mettre en veilleuse cette appartenance profonde.Mais ici, il s\u2019agit plutôt de mon intentionalité et de la qualité de ma conscience vis-à-vis ce qui a marqué avec tant d\u2019humanité mon visage, mon esprit, mon histoire, mon projet de vie, mes solidarités les plus immédiates.Les apatrides Et pourtant comme bien d\u2019autres, j\u2019ai la tentation de mépriser ma propre figure, et même de m\u2019en débarrasser.Les anti-nationalistes extrémistes, malgré leur prétention de haute voltige humaniste, laissent percer un désespoir larvé en face d\u2019eux-mêmes, une sorte de rejet psychanalytique.Ils sont tout aussi stériles que les nationalistes rêveurs.Ils sont encore plus décevants, parce qu\u2019on ne connaît même pas leur vrai visage.Il leur manque parfois cette chaleur humaine, cette qualité d\u2019engagement, cette sensibilité culturelle, cette intelligence de l\u2019homme qu\u2019on détecte chez des êtres enracinés dans leur culture, attachés profondément à leur appartenance nationale, et prêts à miser le meilleur d\u2019eux-mêmes pour la féconder.Les rationalisations des premiers restent de biens pauvres refuges.Quel est, par exemple, le contenu de ce pluralisme qu\u2019ils évoquent à propos de tout ?Celui-ci vit de la richesse de ses composantes comme le couple ou la communauté s\u2019évaluent par la qualité de ses membres.171 Contre l\u2019urbanisation Je lis des plaidoyers bien étranges et même simplistes.Certains combattent le nationalisme en tirant leurs arguments de la sociologie urbaine.La technologie oblige au brassage des peuples et des cultures, à la standardisation des comportements, des techniques et des cultures.Elle nivelle les particularismes, les différences culturelles et linguistiques.Elle consacre surtout l\u2019hétérogénéité, la spécialisation dans une perspective fonctionnelle et non culturelle.Ainsi le nationalisme s\u2019opposerait aux traits caractéristiques de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation.Dans notre propre contexte, ces arguments véhiculent implicitement une généralisation et une universalisation du modèle urbain américain et de ses transpositions plus ou moins maladroites dans d\u2019autres pays.Non pas que les remarques ne soient pas justes, mais elles pêchent par l\u2019inattention aux facteurs proprement culturels.Or c\u2019est précisément ceux-ci qui remontent violemment au cœur des grandes cités, par delà les modèles économiques du capitalisme comme du socialisme.Va-t-on réduire la révolte des Noirs américains à un refus de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation, à une simple pauvreté matérielle ou à un manque d\u2019éducation ?Or ce mouvement a commencé dans les endroits les plus urbanisés, chez les Noirs les plus émancipés au plan éducationnel et économique.Les chantres du melting pot américain sont impuissants pour expliquer la résurgence de sous-cultures qui affleurent péniblement, la contestation de la jeunesse la plus urbanisée, l\u2019expérience des Hippies.Et quel \u201cgap\u201d entre l\u2019idéologie officielle de démocratie, de liberté et d\u2019égalité, et la situation des pauvres, des nouvelles minorités ?Comble de contradiction, on ne souffle pas mot de l\u2019attitude ultranationaliste des Américains.Et pourtant, c\u2019est au nom de l\u2019expérience urbaine, économique et politique des Américains qu\u2019on nous reproche notre nationalisme.Révolutions culturelles et nationalisme Par delà les excès de celui-ci, ces critiques ne savent pas reconnaître, non pas des reliquats du passé, mais des phénomènes de pointe qui remettent en cause nos sociétés les plus développées avec leurs modèles économiques et politiques et leurs impasses urbaines.La violence, même la plus pathologique, a des sources quelque part.Comment se fait-il qu\u2019elle s\u2019exprime par un procès d\u2019ordre culturel d\u2019abord, par un refus des idéologies économiques et politiques dominantes?Ce n\u2019est pas une violence à vide, sans cause ni but, même si elle est néfaste et destructrice.Elle marque l\u2019aspiration d\u2019une nouvelle culture sans pouvoir déboucher encore sur une politique.Qu\u2019on veuille le reconnaître ou pas, beaucoup de nouveaux nationalismes rejoignent avec plus ou moins de bonheur cette révolution culturelle.Ils cherchent à lui donner une signification et un dynamisme politiques.Et qui sait si le plus archaïque dans l\u2019expérience humaine ne vient pas à la rencontre du plus moderne.Nous ne pensons pas ici aux processus primitifs de tribalisation dont parle McLuhan, mais à la remontée ou à la recréation d\u2019entités culturelles identifiables.L\u2019aventure néo-nationaliste du Québec a peut-être des correspondances culturelles avec les phénomènes américains précités; point n\u2019est besoin de recourir à des modèles étrangers, comme les petites nations européennes, l\u2019expérience cubaine, la révolution culturelle chinoise, l\u2019indépendance des peuples africains, la colonisation d\u2019Amérique du Sud, la rébellion des Tchécoslovaques.Je ne suis pas sûr que l\u2019étudiant de Berkeley, le Noir de New York et le nationaliste québécois appartiennent à des univers totalement différents.Ils partagent des aliénations typiquement nord-américaines, sans compter ce qu\u2019ils ont en commun avec les autres révolutions culturelles du monde.Un consommateur en mal d\u2019identité Voir le nationalisme par en avant d\u2019abord et non par l\u2019histoire, peut apparaître une démarche étrange et inhabituelle.Les opposants en font le procès toujours au nom de l\u2019histoire passée.Un second regard nous y ramènera, mais non pas sans garder en tête ce que nous avons dit des révolutions culturelles actuelles.Malgré les impuretés et les maladresses qu\u2019elles charrient, elles valent beaucoup mieux que toutes les passivités des consommateurs dépolitisés et blasés de nos sociétés d\u2019abondance, que les produits de luxe d\u2019un économisme aveugle qui secrétent tant de déchets humains à côté d\u2019un gaspillage éhonté de ressources matérielles et humaines.Les nouveaux évangélistes de la technologie n\u2019ont pas grand-chose à dire sur ces questions vitales, sur l\u2019avenir politique des dépendances et des conditionnements sans cesse croissants de l\u2019individu, du petit peuple, de l\u2019ensemble de la collectivité.Et que dire de l\u2019assèchement des sources d\u2019identification si importantes dans toute aventure humaine, personnelle ou communautaire ?On risque de faire avec les cultures et les petites nations ce qu\u2019on accomplit dans les milieux pauvres des grandes villes, c\u2019est-à-dire de détruire leur seule communauté d\u2019appartenance au nom d\u2019un progrès urbain dont les nantis sont les seuls bénéficiaires.Pis encore, ce sont les plus favorisés qui crient davantage leur ennui, leur désespoir dans une société incapable de proposer des raisons de vivre valables, de susciter des dynamismes spirituels engageants, d\u2019offrir des objectifs qui appellent de vraies solidarités et d\u2019authentiques dépassements.Les nationalistes et les artisans des révolutions culturelles n\u2019ont pas trouvé la pierre philosophale.Us n\u2019ont pas en main toutes les solutions.Us ne sont pas plus purs que les autres surtout dans leurs attitudes intolérantes.Mais nous les préférons à ces anti-nationalistes apatrides de chez nous, qui sont bien plus masochistes et bien plus irréalistes.Leur prétendu pragmatisme ne comporte ni pensée politique, ni risque spirituel, ni foi en l\u2019homme et aux leurs, ni expérience profonde de solidarité humaine.Qu\u2019offrent-ils à la jeune génération montante ?Souvent ils se contentent d\u2019en appeler à l\u2019ordre établi et aux pressions de l\u2019autorité.Leur critique est tout aussi stérile et vide de contenu.Us méprisent les leurs et exaltent à qui mieux mieux des réalités que nos frères anglo-saxons contestent eux-mêmes.Les contradictions ne sont pas toutes du même côté.172 RELATIONS D'autres options honnêtes Nous n\u2019ignorons pas qu\u2019à côté de ces antinationalistes stériles, d\u2019autres citoyens honnêtes se refusent à une option nationaliste pour des raisons sérieuses et travaillent avec ardeur dans des voies différentes.Certains veulent jouer à fond la carte des conjonctures actuelles, quitte à recourir à la souveraineté nationale en dernière instance.Plusieurs peuvent vivre un nationalisme authentique sans pour cela vouloir une indépendance à n\u2019importe quel prix.Dans les circonstances présentes, eux aussi jouent un rôle indispensable, fût-ce celui d\u2019assumer des tâches nécessaires dans n\u2019importe quel contexte politique, ou celui de rap- peler que le nationalisme reste relatif dans l\u2019aventure humaine des personnes et des sociétés.Il y a des droits de l\u2019homme plus fondamentaux, d\u2019autres solutions politiques possibles.Nous respectons ces citoyens vraiment engagés dans des options semblables.Pour nous le natio-nalime actuel soulève des questions très importantes que nous ne saurions escamoter.Jusqu\u2019ici nous l\u2019avons surtout considéré au plan de la prospective.Mais il faut aussi l\u2019évaluer comme phénomène historique à la lumière des philosophies et des sciences politiques qui l\u2019ont analysé.Nous serons amenés à relativiser certaines affirmations \u201ctranchées\u201d ci-haut.Tel sera l\u2019objet de la prochaine étape.LA FEMME \"ULTRA MODERNE\" Claire Campbell rautomne dernier, un prêtre de paroisse inaugurait, pour les mères de bébés et d\u2019enfants d\u2019âge pré-sco-laire, la célébration de la messe, tous les mercredis, à 10 h.a.m.Petits et mamans baignent ensemble dans la grâce.Après la messe, rencontre au sous-sol pour le café.Ce prêtre, d\u2019une chaleur humaine exceptionnelle, avait compris l\u2019isolement des petites mamans prises par leurs occupations quotidiennes si accaparantes.C\u2019est lors d\u2019une de ces réunions paroissiales intimes que je rencontrai une charmante Française qui vous présentera en quelques mots le portrait de la femme \u201cultra moderne\u201d de mon tableau.Au préalable, je dois dire que cette femme et son mari avaient quitté la France pour vivre dans un pays d\u2019Afrique.Après cinq ans, pour des raisons politiques et économiques, ils décidèrent de quitter ce pays et s\u2019installèrent au Canada.Voici ce qu\u2019elle me confia : \u201cJ\u2019avais toujours pensé que j\u2019étais une femme heureuse, que je rendais mon mari heureux et que mon rôle d\u2019épouse et de mère était un rôle très important.Voilà qu\u2019après à peine quelques mois dans votre pays, je ressentais les malaises de la \u201cFemme de l\u2019Amérique du Nord\u201d.Après analyse et réflexion, j\u2019en découvris la cause.Des revues féminines feuilletées chez le coiffeur et certains interviews de radio et de TV m\u2019avaient sournoisement touchée.J\u2019avais commencé à remettre en question non seulement l\u2019importance de mon rôle mais aussi l\u2019amour et le mariage.Ces revues, en particulier, abondent d\u2019articles écrits par des femmes qui s\u2019efforcent de vivre sans affectivité, à la poursuite d\u2019une sorte d\u2019ambivalence.Souvent, elles se contredisent.J\u2019ai l\u2019impression que ces femmes veulent continuellement faire valoir leur intelligence et cacher leur cœur.A lire de près leurs écrits, on s\u2019aperçoit qu\u2019elles ont perdu le bon sens.Quelle pauvreté de femmes !\u201d Telle est la femme \u201cultra moderne\u201d.C\u2019est une pauvre femme.Elle est soit une réplique de l\u2019homme soit une réplique de la femme.Comme un yoyo qui monte et descend.Inconsciemment, elle aimerait être un homme, pour béné- JUIN 1969 ficier de \u201ctous les privilèges\u201d de l\u2019homme mais rester femme, pour conserver les \u201cprivilèges inhérents au rôle de la femme\u201d.Sur tous les tons, elle répète: \u201con est l\u2019égale de l\u2019homme\u201d et, par contre (ceci dans l\u2019intimité et parfois ailleurs, cf.le magazine McCall) : \u201cil ne faut pas devenir l\u2019égale de l\u2019homme parce qu\u2019alors on ne pourra plus lui être supérieure\u201d.La conséquence est qu\u2019à monter et descendre comme un yoyo on s\u2019épuise nerveusement et on finit par avoir le vertige.En pareil état, comment avoir une juste perspective de l\u2019humain et porter sur lui un jugement valable ?Comment pouvoir comprendre, puis faire connaître cet aspect de la vie qui échappe aux hommes?Comment parvenir au delà de ce qui paraît, au delà du conscient, et analyser le subconscient où se trouve la source de motivation de l\u2019être humain ?Comment, en outre, résister aux agressions du monde moderne qui dépersonnalise, ou du monde technologique qui lentement engloutit ?La vie de cette femme \u201cultra moderne\u201d est une course, une bousculade, une tourmente.Impossible d\u2019arriver à approfondir la vie quand on vit de façon trépidante.Il faut se méfier des affirmations de la femme \u201cultra moderne\u201d.Elles ne font que révéler son désarroi intérieur! \u201cVous comprenez, ma chère, le talent de la femme s\u2019en va avec l\u2019eau de l\u2019évier\u201d (celles qui lisent les revues féminines savent de qui est cette pensée profonde ! ).Nous percevons en fonction de nos valeurs et de nos attitudes.Quelles sont donc les valeurs et les attitudes de cette femme ?Si l\u2019expérience humaine est véritablement le sens de l\u2019adaptation à la vie, quelle sera donc son expérience humaine ?Sera-t-elle différente de celle de la femme \u201ccontemporaine\u201d ou de la femme \u201cmoderne\u201d ?Revoyons un peu les grandes lignes de mon tableau.Dans le numéro de mars, j\u2019écrivais que la femme \u201ccontemporaine\u201d est sereine, vivant au rythme de son cœur et créant dans l\u2019amour.Sa conscience sociale la stimule mais ne l\u2019aveugte pas.Il v a toujours dans sa vie un équilibre et dans ses responsabilités des priorités.Elle comprend 173 que sa vocation d\u2019aimer ne l\u2019empêche nullement de s\u2019enrichir, de s\u2019épanouir, de faire fructifier ses talents et de contribuer à la société.L\u2019amour donne à ses activités, au foyer et hors du foyer, une grande dimension qui leur ajoute valeur et qualité.Elle est une femme intérieurement libre parce qu\u2019elle ne va pas contre sa nature.Elle est toujours elle-même, donc elle est forte.Dans le numéro de mai, je décrivais la femme \u201cmoderne\u201d comme un être qui s\u2019efforce de ne pas être lui-même.Inconsciemment, elle travaille à renier son cœur parce qu\u2019il est trop exigeant.Elle aime mais toujours à ses conditions.Elle voit à établir des frontières bien définies.Sa conscience sociale a presque toujours préséance dans ses responsabilités.C\u2019est une femme très active dont la vie déborde d\u2019intérêts multiples.Elle désire vraiment apporter à la société sa contribution.Intellectuellement et économiquement, elle y réussit fort bien.En théorie, elle contribue à l\u2019humain, en pratique, elle suscite bien des questions.Continuons donc le portrait de la femme \u201cultra moderne\u201d.C\u2019est une personne qui, selon les moments, se découvre à travers des masques différents.Cela est très facile, disent certains psychiatres, même si à la longue ce doit être épuisant.Il est toutefois plus difficile de rester soi-même, surtout aujourd\u2019hui, dans notre monde factice.Je trouve cette femme égoïste, égocentrique, matérialiste ou amorale.Elle m\u2019apparaît comme pétrie de narcissisme, d\u2019un pragmatisme effarant.Elle semble être une personne complexée, donc le reflet de notre société dite moderne, c\u2019est-à-dire \u201cen démission\u201d et \u201cen tourmente\u201d.Comme tant de gens \u201c à la mode\u201d (hommes, femmes, experts en ci et en ça, chercheurs, et même prêtres !), elle veut tout changer d\u2019emblée, elle aime inquiéter, contester, devenir comme une toupie qui tourne et tourne en faisant du bruit, mais incapable finalement de rester \u201cdebout\u201d.S\u2019il y a actuellement dans la société un grand déséquilibre, je le retrouve aussi chez elle.Comme une partie de notre société, elle aspire à une plus grande socialisation collective.Par contre, tous les deux travaillent avec acharnement pour \u201cle moi\u201d.Mais ces deux aspirations ne sont-elles pas incompatibles ?Dans notre pays capitaliste, \u201cle moi\u201d joue encore un rôle prépondérant.Nous n\u2019avons qu\u2019à étudier la publicité pour en constater l\u2019ampleur.Si notre société capitaliste traverse depuis quelques années de grandes mutations, le mot PROFIT demeure encore, bel et bien, au premier plan.Or PROFIT est directement lié à PUBLICITÉ, lié lui-même au besoin de POSSÉDER, lequel, subtilement et lentement, mais combien effectivement! s\u2019est transposé dans les désirs les plus profonds de la femme.Je ne donne qu\u2019un exemple: l\u2019analyse, même superficielle, du développement fantastique des méthodes publicitaires en faveur des produits cosmétiques fait découvrir la science subtile qu\u2019on déploie pour pénétrer dans les profondeurs du féminin.Time Magazine du 14 mars 1969 a révélé \u201cen très petit\u201d ce qui se fait dans ce domaine.La femme \u201cultra moderne\u201d, malgré qu\u2019elle s\u2019en défende, est celle qui se laisse le plus influencer par cette science qui a changé nos besoins.Ignorer cette influence, 174 dans l\u2019analyse du féminin, c\u2019est, selon moi, grandement manquer de perception.La femme \u201cultra moderne\u201d instruite m\u2019a beaucoup parlé de sa belle intelligence: \u201cIl faut la mettre en valeur et l\u2019employer à transformer le monde\u201d.Aux études, elle dévore l\u2019imprimé (parfois, à en perdre l\u2019équilibre).Dans le monde du travail, elle est assurément une femme d\u2019action.L\u2019une d\u2019elles disait un jour au postier qui lui reprochait de n\u2019être jamais chez elle pour recevoir son courrier recommandé : \u201cJ\u2019ai trop de talents pour rester femme d\u2019intérieur !\u201d Chose curieuse, cette femme laisse à la voisine sa petite de 5 ans, laquelle disait à \u201ccette deuxième maman\u201d : \u201cTrouvez-vous que vous faites un travail important ?\u201d Où donc cette petite avait-elle entendu pareille question ?Nos femmes \u201cultra modernes\u201d, et \u201cmodernes\u201d, seraient très surprises d\u2019apprendre ce que disent leurs enfants (et souvent leurs maris).Eux ne sont pas experts en subterfuges.Ces femmes devraient prendre le temps d\u2019analyser en profondeur les remarques de leurs jeunes enfants.Elles cachent parfois de tout petits reproches.Ces femmes se leurrent si elles croient que leurs enfants ne ressentent pas qu\u2019ils sont trop souvent mis au deuxième plan, la carrière passant \u201cen premier\u201d.J\u2019aurai peut-être un jour le courage de donner des exemples.Soit dit en passant, les affirmations qu\u2019elles font de la \u201cqualité\u201d et de la \u201cquantité\u201d de temps qu\u2019elles donnent si généreusement à leurs enfants, paraissent très amusantes et peu authentiques aux personnes qui voient le comportement de leurs enfants, entendent leurs confidences et analysent leurs réactions.J\u2019entendais à la télévision une directrice de garderie dire à un intervieweur : \u201cVous savez, nous avons les petits quand ils sont le plus réceptifs et le plus intéressants.Quand ils retournent aux foyers, ils sont fatigués, négatifs, détestables et prêts à se coucher\u201d.Que disent de cela les mamans, les vraies mamans ?Reprenons ces propos de la femme \u2019\u2019ultra moderne\u201d: \u201cil faut mettre en valeur sa belle intelligence\u201d.Qu\u2019est-ce donc que l\u2019intelligence ?Dans ses Lettres à mes fils Jean Onimus écrit : L\u2019intelligence, quoi qu\u2019il vous en semble, est bien une vertu.J\u2019entends la véritable intelligence, non seulement l\u2019art de raisonner, l\u2019ingéniosité, l\u2019astuce, mais l\u2019effort pour comprendre afin de mieux aimer, de mieux admirer ou de mieux pardonner.Cette intelligence-là mesure l\u2019ouverture du cœur autant que de l\u2019esprit, elle relève, au fond, de la générosité dont je vous parlerai tout à l\u2019heure.Inversement, la sottise n\u2019est souvent qu\u2019une preuve de mesquinerie morale, de paresse spirituelle.Il y a des gens brillants qui ont toutes les apparences de l\u2019intelligence et qui ne comprennent rien parce qu\u2019ils manquent de cœur; je vois dans une belle intelligence beaucoup de modestie et beaucoup d\u2019amour; elle n\u2019éblouit pas mais elle rayonne.Sa simplicité déconcerte les subtils et ravit les délicats car elle est d\u2019une qualité rare; il est toujours plus facile d\u2019être ingénieux que d\u2019être profond et, si la méchanceté est habile, c\u2019est la bonté qui est vraiment intelligente.Une bonté bête est-elle encore de la bonté ?Et inversement, une intelligence RELATIONS maligne saura-t-elle jamais comprendre en profondeur ?Je ne sais.Mais ce qui me paraît sûr c\u2019est que la charité par elle-même est nécessairement compréhensive : elle illumine son objet tout en le respectant.Une intelligence qui n\u2019est pas animée par l\u2019amour s\u2019approche en vain du mystère; elle se voue d\u2019avance à n\u2019y rien comprendre.Nous développons beaucoup chez nous la simple machine intellectuelle au détriment, parfois, des vraies qualités de l\u2019esprit.Cela donne des jeunes gens brillants dont la vivacité fait illusion : ils ont vite démonté un raisonnement, analysé un sentiment, construit \u201cun plan\u201d, mais que tout cela demeure superficiel et surtout verbal ! Je me demande si, dans nos conflits actuels, ce n\u2019est pas l\u2019intelligence qui nous fait le plus défaut.\u201cIl faut transformer le monde\u201d dit-elle encore.Le docteur V.Pauchet écrit dans Le chemin du bonheur : Pouvez-vous transformer le monde et l\u2019adapter à vous ?Non.N\u2019est-il pas alors plus sage, plus simple, de vous adapter vous-même au monde ?Mieux vous vous y adapterez, plus vous influencerez le monde et les hommes, parce que vous aurez conquis votre place.Quand vous aurez conquis cette place, vous jouerez votre rôle et deviendrez un foyer d\u2019influence; vous irradierez.Votre pensée, votre volonté, vos actes seront fructueux.Je reviendrai, dans un prochain article, sur la personnalisation de la femme \u201cultra moderne\u201d, son désir brûlant d\u2019être \u201cengagée\u201d, ses grands problèmes de sexualité, ses efforts pour mettre son affectivité \u201cen caserne\u201d, son cynisme, etc.En attendant, je vous présente quatre femmes \u201cultra modernes\u201d.Elles habitent un magnifique building luxueux.Tous les matins, à 7 h.30 a.m., on peut voir le chauffeur d\u2019une grosse limousine quatre fois entrer et sortir de cet immeuble imposant.Il transporte des paniers : il en dépose trois sur le siège arrière et le quatrième sur le siège avant.Que contiennent ces paniers ?Des bébés ! Le soir, à 6 h.30 p.m., on verra le même chauffeur rapporter ces petits êtres à leurs importantes mamans.Nous n\u2019avons pas encore de thermomètre pour mesurer chez les enfants le degré de leur sécurité émotive ni d\u2019éprouvette pour constater scientifiquement que l\u2019enfant a un besoin physique et affectif de sa mère.Dans quatre ans, ces petits répondront peut-être à leurs petits copains de jeu qui leur demanderont naïvement : Is your mother nice to you ?\u2014\tShe\u2019s good to me but / don\u2019t see her very much.(Ce que l\u2019on pourrait traduire : \u201cElle t\u2019aime bien ta maman ?\u201d \u2014\t\u201cElle est bonne mais je ne la vois pas beaucoup\u201d.) Même à quatre ans, d\u2019instinct, un enfant sent la différence entre nice et good.Évidemment, la femme \u201cultra moderne\u201d n\u2019a pas le temps de s\u2019arrêter à de telles nuances.Elle ne songe pas non plus que le trajet qui conduit de l\u2019insécurité émotive à la porte du psychologue ou du psychiatre part souvent de très loin, de la petite enfance.Et sur le parcours.des relations interpersonnelles parfois difficiles, pour ne pas dire pénibles, peuvent causer, dans tous les domaines de la vie en société, des désastres irréparables.LITTERATURE J?/, travers tes miroirs A de O^aul fbluard René Dionne Que la littérature française nous soit étrangère, c\u2019est une impression de plus en plus fréquente et commune chez les lecteurs québécois; et pour notre part, ainsi que nous l\u2019écrivions il y a quelques années \\ nous la croyons fondée.Il n\u2019empêche, cependant, qu\u2019une secrète connivence continue d\u2019exister, au cœur le plus intime de l\u2019être, entre Français d\u2019ici et Français de là-bas.En témoignent assez, il nous semble, en ces dernières années, maintes études excellentes, faites par des Québécois, de grands auteurs français.Nous pensons, entre autres, aux très belles thèses de docto- 1.\t\u2018Notre différenciation nord-américaine\u201d, dans Relations 23 (1963): 234-237.rat de Georges-André Vachon2, de Robert Vigneault3, et de Jean-Cléo Godin 4.L\u2019étude que Gabrielle Poulin vient de publier sur Éluard 5 n\u2019a pas la même 2.\tLe Temps et l\u2019espace dans l\u2019œuvre de Paul Claudel.Expérience chrétienne et imagination poétique.Coll.\u201cPierres vives\u201d.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1965, 455 pp.3.\tL\u2019Univers féminin dans lœuvre de Charles Péguy.Essai sur l\u2019imagination créatrice d\u2019un poète.Coll.\u201cEssais pour notre temps, section de langue et de littérature\u201d, 6.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, et Montréal, les Editions Bellarmin, 1967, 334 pp.4.\tHenri Bosco.Une poétique du mystère.Lettre-préface d\u2019Henri Bosco.\u2014 Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1968, 402 pp.5.\tLes Miroirs d\u2019un poète.Image et reflets de Paul Eluard.Coll.\u201cEssais pour notre temps, section de littérature\u201d, 7.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, et Montréal, les Editions Bellarmin, 1969, 170 pp.ampleur, mais elle est de même qualité.On y retrouve le même pouvoir de communion avec un grand auteur de France, une pareille intelligence de l\u2019œuvre; et puis, ce même courage qui fait que l\u2019on ne craint pas de s\u2019attaquer à une œuvre souventes fois explorée par les maîtres de là-bas.Sans prétention aucune, pour le simple plaisir d\u2019un contact personnel avec une œuvre belle, Gabrielle Poulin a délaissé les sentiers battus de la critique éluardienne.L\u2019avait frappée chez Éluard la présence d\u2019abord rare, puis de plus en plus fréquente, et souvent insolite, mais toujours significative, des miroirs.Les étudier lui a semblé un excellent moyen de pénétrer l\u2019œuvre de celui qui, aux côtés de Breton et d\u2019Aragon, incarne JUIN 1969 175 le mieux l\u2019époque brillante, encore trop ignorée des gens d\u2019ici, qu\u2019est le surréalisme français.L\u2019image du miroir De fait, l\u2019étude de l\u2019image du miroir s\u2019est vite révélée extrêmement rentable.Peu à peu, en effet, la vie même d\u2019Éluard se reflétait à travers elle.Les miroirs brillaient ou s\u2019assombrissaient au gré des événements qui marquaient le poète; au gré surtout des mouvements de son cœur, ou des mouvements du cœur de l\u2019Autre, car c\u2019est surtout de la vie amoureuse de notre poète que les miroirs s\u2019avéraient le reflet vide ou plein, clair ou noir: \u201cÀ la lumière de la biographie de Paul Éluard, il apparaît, en effet, qu\u2019il existe une correspondance entre ces longues étapes où l\u2019on ne rencontre que des miroirs vides et les périodes de solitude et d\u2019incompréhension que le poète a connues dans sa vie amoureuse, alors que, au contraire, l\u2019apparition des miroirs clairs coïncide avec des moments de communion dans un amour réciproque.\u201d 6 7 On comprend dès lors que Gabrielle Poulin se soit sentie justifiée \u201cde vouloir chercher dans la vie du poète quelques-unes des influences qui ont pu provoquer la métamorphose des miroirs et d\u2019interroger les miroirs pour pouvoir jeter un nouvel éclairage sur la vie intime du poète\u201d 1.Né en 1895 à Saint-Denis, Paul Éluard publie très tôt, \u2014 soit dès 1913, \u2014 ses Premiers Poèmes8 9; puis, chaque année ou presque, paraît un nouveau recueil °.Jusqu\u2019en 1921 cependant, dans toutes ces œuvres, nulle trace du mot \u201cmiroir\u201d; on le trouve pour la première fois, en effet, dans le recueil de cette année-là: Les Nécessités de la vie et les conséquences des rêves 10.Comment expliquer cette apparition tardive d\u2019une image qui allait devenir essentielle, voire \u201corganique\u201d, dans la poésie d\u2019Éluard ?Gabrielle Poulin a vu l\u2019importance de la question, et elle y répond bien.À 6.\tIbid., 13.7.\tIbid.8.\tColl.\u201cBibliothèque de poésie contemporaine\u201d.\u2014 Paris et Lyon, Nouvelle Edition française, 1913, 111 pp.9.\tGabrielle Poulin a eu la bonne idée d\u2019établir une \u201cChronologie\u201d où l\u2019on trouve, mises en parellèles, la vie et l\u2019œuvre de Paul Eluard.Voir Les Miroirs d\u2019un poète, 151-158.10.\tParis, Au Sans Pareil, 1921, 77 pp.Paul-Eugène Grindel u, comme à tout enfant normal, la vie a d\u2019abord été donnée à vivre dans une sorte de contact direct avec les choses, ainsi qu\u2019en témoignent les premiers poèmes d\u2019Éluard et \u201cles miroirs légers de la jeunesse\u201d 32 qui, évoqués plus tard, à l\u2019âge d\u2019homme, situeront également le jeune Paul dans un monde de transparence où tout, cependant, ne fut pas facile ni gai.L\u2019aisance des parents Grindel, en effet, n\u2019empêcha pas leur fils unique de connaître, malgré son goût déjà bien réel de la fraternisation et le plaisir d\u2019une simple solidarité avec les humbles, la solitude entre les murs de l\u2019enfance ni d\u2019échapper au report des ombres qui avaient obscurci la jeunesse maternelle.Et puis l\u2019adolescence est venue, et en même temps qu\u2019il prenait conscience de soi le jeune homme a vu, peu à peu, s\u2019établir et grandir une certaine distance entre lui et les êtres qui l\u2019entouraient, puis avec tout ce qui allait constituer, pour le poète adulte, le monde de son enfance.De ce monde, Paul Éluard ne cessera jamais d\u2019avoir la nostalgie, et c\u2019est du besoin de le retrouver que va naître le recours à l\u2019image du miroir comme à une médiation vitale.En effet, une fois perdue \u201cl\u2019immédiateté de la vie\u201d, ce n\u2019est qu\u2019à travers le monde de l\u2019Autre, substitut de la mère peut-être, que poulie poète prendra forme et consistance non seulement la réalité du monde, mais encore la sienne propre.Et l\u2019Au-tre, ce sera principalement la Femme, ou plus particulièrement trois femmes, aimées successivement entre toutes.Gala La première, une petite Russe, rencontrée en Suisse lors d\u2019un séjour d\u2019Éluard au sanatorium de Clavadel, avait nom: Hélène Dimitrovnie Diako-nova; le poète l\u2019appelle simplement Gala.Les miroirs de cette époque luiront, pour un temps, de mille feux; ils n\u2019éclaireront cependant jamais bien le poète: ils sont trop éblouissants pour permettre le reflet de son visage, et 11.\t\u201cCe nom, Grindel, le poète n\u2019hésitera pas à le changer pour celui de sa grand-mère maternelle, née Eluard.En 1951, cependant, il conférera au premier ses lettres de noblesse poétiques en le donnant comme titre à un conte pour enfants: Grain d\u2019aile.\u201d G.Poulin, ibid., Î8.12.\tPaul Eluard: Poésie ininterrompue (Paris, Gallimard, 1946), 17.c\u2019est lui qu\u2019il cherche et ne cessera de chercher à travers la femme aimée.Bientôt, Gala introduit Max Ernst au cœur de ses amours, puis elle s\u2019éloigne définitivement, en 1929, avec Dali, dont elle est aujourd\u2019hui encore l\u2019épouse et le modèle.Durant ces années d\u2019échecs amoureux, le miroir naguère éblouissant devient peu à peu maléfique, avant de n\u2019être qu\u2019une vitre givrée qui laisse bien filtrer une certaine lumière mais tue la vision, ou quelque eau froide où se noie le soleil du cœur douloureux.Enfuie la femme, le miroir n\u2019est plus qu\u2019ombres ou débris qui jonchent le sol: \u201cTout l\u2019univers du poète (.) est dévasté du fait de l\u2019éloignement de la femme \u2018miroir du soleil\u2019.Le ciel lui-même est atteint: il est un ciel décomposé, un ciel délabré.(.) Non seulement le miroir de l\u2019amour, en se brisant, a fait perdre au monde son unité, mais le poète lui-même dont l\u2019existence était conditionnée par celle qui avait pour mission de réfléchir son image, est déchiré.\u201d 13 Le miroir disparaît alors pour un temps de l\u2019œuvre de Paul Éluard.Nusch Mais le voici bientôt à nouveau.C\u2019est qu\u2019une autre femme, Nusch (Maria Benz)14, vers le moment où Gala s\u2019éloigne, apparaît dans la vie du poète.Contrairement à Gala, qui n\u2019avait pas pu \u201cintroduire le poète aux mystères de l\u2019univers et du temps\u201d, \u2014 \u201cparce que sa présence éblouissante suffisait à répandre l\u2019obscurité sur tout ce qui n\u2019était pas elle\u201d, \u2014 Nusch, elle, sorte \u201cd\u2019étoile noire\u201d, ne connaîtra \u201cd\u2019elle-même que ce que le poète ignore de lui\u201d 15 ; femme idéale, elle sera, selon l\u2019expression de Bretonlc, \u201cce miroir parfait dans lequel tout ce qui est appelé à être, se baigne adorablement en ce qui va être cette fois\u201d.Non seulement, en effet, Paul Éluard \u201cretrouvera-t-il en elle son visage, mais l\u2019uni- 13.\tG.Poulin, ibid., 65, 69.14.\t\u201cDonnée au poète par le hasard, \u2014 le même, semble-t-il, qui présida à la rencontre de Breton et de Nadja dans les rues de Paris, \u2014 annoncée par un rêve prémonitoire, Nusch sera pour le poète la femme-fée, la femme-enfant, celle qui rétablit l\u2019unité perdue et rend de nouveau perceptible l\u2019harmonie de l\u2019homme avec la nature.\u201d Ibid., 29.15.\tIbid., 89.16.\tLes Vases communicants (Paris, Gallimard, 1955), 194.176 RELATIONS vers entier réfléchi par les yeux de Nusch lui deviendra un miroir habitable et, à tous les hommes rassemblés dans ce miroir, il pourra désormais tendre une main fraternelle\u201d 17.Seule la guerre pourra assombrir les seize années de vie de ce couple18, seize années (1930-1946) qui ont la continuité, écrit Gabrielle Poulin, d\u2019une \u201clongue réflexion amoureuse\u201d 1!).Dominique Malheureusement, Nusch disparaîtra à son tour, emportée par la mort, le 28 novembre 1946.Le miroir du poète se vide; c\u2019est la nuit: \u201cles images sont sourdes parce qu\u2019elles n\u2019ont jamais été que des reflets de la femme aimée\u201d, et les \u201cchoses se contentent dorénavant d\u2019exister en face\u201d du poète sans qu\u2019il lui soit possible de \u201cretrouver le lien qui l\u2019unissait à elles\u201d 20.Les miroirs ont failli, l\u2019amour a été vaincu par la mort, et le poète est mis en présence de l\u2019ombre qui \u201cest derrière les miroirs\u201d21.Mais il se refuse à y être confronté.Une troisième femme paraît dans la vie d\u2019Eluard: Dominique; recommence l\u2019aventure, mais pour la dernière fois.Les miroirs de Dominique n\u2019atteindront jamais à la splendeur des miroirs de Gala ni à la pureté des miroirs de Nusch.Avec la disparition de Nusch a été dévoilée la \u201cpaille secrète\u201d 22 qui, 17.\tG.Poulin, ibid., 90.18.\tAu temps de la guerre, \u201cdans les poèmes, les miroirs continueront donc de se profiler puisque la femme médiatrice est toujours là.Mais sa mission est compromise et les miroirs perdent peu à peu leur éclat.Toutefois à la différence des miroirs obscurs que nous retrouvions dans les poèmes consacrés à Gala, ceux-ci demeurent extérieurs au poète.Ils forment ce spectacle de désolation que les amants considèrent: le froid se répand sur la terre à la faveur de l\u2019injustice, de la haine, de l\u2019ambition, \u2018glaciers et brumes redoutables\u2019 qui viennent rompre l\u2019harmonie et brouiller les miroirs.Nusch et Paul, dont les regards jusqu\u2019ici avaient pu maintenir l\u2019équilibre entre les jours et les nuits, voient s\u2019obscurcir le soleil parce que le monde se refuse à sa chaleur.Et les miroirs brouillés se brouillent encore des larmes de ceux que saisit le froid et que déchire la haine.\u201d Ibid., 111.19.\tC\u2019est là le titre même d\u2019un recueil que le poète publie vers la fin de sa vie avec Nusch: Une longue réflexion amoureuse.\u2014 Neuchâtel et Paris, Ides et calendes, 1945, 69 pp.20.\tG.Poulin, ibid., 128.21.\tPaul Eluard, \u201cA Francis Poulenc\u201d, dans Europe, nov.-déc.1962, 254.22.\tG.Poulin, ibid., 134.tôt ou tard, fait voler le miroir en éclats; la vision du poète, bon gré mal gré, en restera ternie.Vivant avec Dominique, c\u2019est en vain que le poète tentera de \u201cmasquer l\u2019ombre menaçante de la mort et l\u2019empire secret de la solitude\u201d: il est \u201callé trop loin au fond du gouffre pour que les miroirs, ceux du passé, ceux du langage, ceux de l\u2019humanité continuent de se profiler dans l\u2019œuvre dans toute leur pureté et dans tout leur éclat\u201d 23.Pourtant, jusqu\u2019au bout Éluard aura voulu croire en l\u2019efficacité des miroirs: \u201cAu seuil de la longue nuit, de l\u2019immense solitude, ce dix-huit novembre 1952, c\u2019est encore la femme qu\u2019il appellera quand il prononcera pour la dernière fois le nom de \u2018Dominique\u2019.\u201d 24 Ce sera l\u2019ultime échec du miroir, mais il aura été présent tout au long de la vie du poète; et si, aujourd\u2019hui encore, subsiste bien vivant le visage de Paul Éluard, c\u2019est grâce à l\u2019inaltérable miroir de sa poésie.Critique et poésie Grâce aussi à ces critiques qui, tel Raymond Jean 25, \u2014 ou, plus humblement mais dans la même veine, Gabrielle Poulin, \u2014 s\u2019efforcent non seulement à retrouver l\u2019inspiration et la trame d\u2019une œuvre, mais encore à recréer celle-ci d\u2019une si entière façon qu\u2019elle brille de tout son éclat comme sous la caresse du magicien qui, le premier, l\u2019engendra et nous la donna.La critique devient elle-même, alors, poésie; l\u2019écrivain et son lecteur se rencontrent au centre de l\u2019œuvre, en son cœur, et, leur arrive-t-il de causer, leur langage est le même: c\u2019est en poètes qu\u2019ils parlent.C\u2019est là, et ainsi, que Gabrielle Poulin a rencontré Paul Éluard.Son étude, elle-même miroir de l\u2019œuvre éluar-dienne, en plus de continuer la médiation vitale de Gala, Nusch et Dominique, est marquée au coin d\u2019un talent poétique certain.Seraient à citer ici maintes pages des Miroirs d\u2019un poète, y compris, fait rare, la table des matiè- 23.\tIbid.24.\tIbid., 137.25.\tPaul Eluard par lui-même.Coll.\u201cEcrivains de toujours\u201d, 79.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1968, 189 pp.Voir le compte rendu que G.Poulin a fait de ce livre de Raymond Jean, dans Relations, 29 (1969): 83-86.res, où se décomposent en mille reflets les miroirs éluardiens; à sa lecture nous sentons déjà que l\u2019auteur va nous entraîner sur des sentiers tout de poésie et que la présentation de la page-couverture n\u2019est point fausse, qui dit que \u201cGabrielle Poulin a lu l\u2019œuvre du poète surréaliste comme on parcourt un itinéraire mystérieux et fascinant, dont toutes les étapes seraient marquées par ces objets étranges ouverts à toutes les métamorphoses: les miroirs\u201d.Toute sa vie Paul Éluard n\u2019a cessé de rechercher \u201cl\u2019image d\u2019homme\u201d 2C; c\u2019est celle-là même, Images et reflets de Paul Éluard, que Gabrielle Poulin a poursuivie à travers les miroirs de l\u2019œuvre écrite, et même au-delà.Nous songeons ici à maints rapprochements que l\u2019essayiste fait entre des poèmes d'Éluard et certaines œuvres de peintres surréalistes 27, et surtout à l\u2019excellent commentaire qu\u2019elle donne, dans sa conclusion 2S, de deux photographies reproduites d'Éluard, livre d\u2019identité 20.C'est dans des passages comme ceux-là, ainsi que dans ses explications de textes, \u2014 qui sont toujours excellentes 30, \u2014 que Gabrielle Poulin laisse le mieux voir jusqu\u2019à quel point elle a le sens de la poésie et le don de recréer en beauté l\u2019œuvre que son intuition lui a fait pénétrer en profondeur.À Paul Éluard Gabrielle Poulin 31 fournit vraiment un nouveau miroir où survit pour nous l\u2019image d\u2019un poète que les lecteurs d\u2019ici et de là-bas aimeront voir ou revoir entouré de reflets neufs.Département des Études françaises, Université de Sherbrooke.26.\tPaul Eluard, \u201cNouveaux Poèmes\u201d, dans Capitale de la douleur, suivi de L\u2019Amour la poésie (coll.\u201cPoésie\u201d, Paris, Gallimard, 1966), 131.27.\tVoir Les Miroirs d\u2019un poète, 26, 62, 68, etc.28.\tIbid., 139-142.29.\tAlbum réalisé par Robert D.Valette, Vevey, Tchou, 1967, 92, 208.30.\tVoir Les Miroirs d\u2019un poète, 55ss, 73ss, etc.31.\tIl est dommage que G.Poulin n\u2019ait pas eu la possibilité d\u2019utiliser les trois volumes que la \u201cBibliothèque de la Pléiade\u201d a consacrés à Eluard, les Miroirs d\u2019un poète étant déjà sous presse au moment de la parution de Paul Eluard, Oeuvres complètes (édition établie par Marcelle Dumas et Lucien Scheler, 2 volumes, Paris, Gallimard, 1968, 1663 et 1505 pp.) et de l'Album Eluard (iconographie réunie et commentée par Roger-Jean Ségalat, 338 pp., 467 illustrations).JUIN 1969 177 cJd âme inquiété et Léroïaeie de (dit eroi(jue Liam Brophy, Ph.D.((/^~Yest un insupportable abus DE L'AUTORITÉ PATERNELLE que de vouloir imposer aux générations neuves les radotages des générations fatiguées, vieilles, que nous sommes.L\u2019ordre, et l\u2019ordre seul, fait en définitive la liberté.Le désordre fait la servitude.Les seuls démagogues ont intérêt à essayer de nous faire croire le contraire.\u201d Que de fois de semblables paroles nous reviennent à l\u2019esprit au milieu des difficultés de l\u2019heure ! Et à la réflexion, nous nous rappelons qu\u2019elles sont de Charles Péguy: vives étincelles de son génie, qui brillent encore dans le brouillard et la confusion du monde contemporain.Des paroles comme celles-là fusaient chaque jour de sa plume de journaliste et c\u2019est mon humble avis que Péguy restera plus comme journaliste que comme poète, car sa manière claire et incisive va tout à fait au tempo d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est un fait à noter: plusieurs de nos meilleurs apologètes laïcs, comme Louis Veuillot et G.K.Chesterton, furent comme lui de brillants poètes-journalistes.En leur génie se fondaient à merveille intuition et intelligence; ce qui leur a valu de discerner dans l\u2019éphémère le permanent et de hausser le journalisme au niveau de l\u2019art littéraire.Péguy a eu beau écrire: \u201cHomère est nouveau ce matin, et rien n\u2019est peut-être aussi vieux que le journal d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, il y a dans ses Cahiers de la Quinzaine des pages qui gardent encore leur fraîcheur parce qu\u2019elles traitent avec un rare à-propos des problèmes humains, comme ceux de l\u2019autorité et des classes sociales.A bien des points de vue, Péguy, comme tous les hommes de génie, fut en avance sur son temps, comme l\u2019avait été 178 l\u2019infortuné Lamennais.Ainsi, Péguy a prévu, pour une large part, la doctrine de la Socialisation telle que Jean XXIII devait l\u2019exposer dans l\u2019encyclique Mater et Magistra.Il a réclamé une plus grande communication entre les peuples et un engagement plus profond de l\u2019Église dans le monde, comme le propose la Constitution apostolique sur l\u2019Église dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes).1E jour où, en 1873, naquit à Orléans Charles Péguy, il sembla que l\u2019esprit de la Pucelle descendait sur lui pour l\u2019habiter et l\u2019inspirer.Son œuvre la plus terne comme son œuvre la plus belle ont toutes deux Jeanne d\u2019Arc pour sujet, à savoir: l\u2019ennuyeuse pièce écrite en sa jeunesse et l\u2019admirable \u201cMystère de la Charité de Jeanne d\u2019Arc\u201d qui fit tant pour sa gloire.Il y a peut-être plus qu\u2019une coïncidence à ce que l\u2019autre grand Charles de notre temps, de Gaulle, ait une spéciale dévotion à la Pucelle.Quand on entreprit, après la Deuxième Guerre Mondiale, la restauration de la cathédrale de Rouen, on retrouva intacte la statue de Jeanne, cela parut un signe.Comme Jeanne, Péguy eut des origines paysannes et il en était fier.Ses souvenirs d\u2019enfance lui inspirèrent des propos comme ceux-ci: \u201cLa pauvreté, le travail, la famille, ces trois piliers de toute vie.\u201d Il exalte la dignité du travail plus que l\u2019ont jamais fait les marxistes et les socialistes.Dans une verte critique de tous les socialistes, il fait cette remarque: \u201cÀ la plupart des grands théoriciens socialistes, il a manqué d\u2019être pauvres.\u201d Et la France d\u2019alors, comme celle d\u2019aujourd\u2019hui, comptait beaucoup d\u2019idéologues socialistes qui n\u2019avaient guère connu la pauvreté et, encore moins, le travail.Péguy fustigeait les bourgeois de sarcasmes plus caustiques que ceux des marxistes mêmes ou que les dénonciations du Manifeste communiste.Il voyait en eux les créateurs du monde moderne, de ce monde qui ressemble tellement à celui que le Christ visait quand il disait: \u201cMon royaume n\u2019est pas de ce monde\u201d ou contre lequel il prononçait la terrible parole: \u201cJe ne prie pas pour ce monde.\u201d C\u2019est le monde des changeurs, des matérialistes.\u201cOn oublie trop que le monde moderne, sous une autre face, est le monde bourgeois, le monde capitaliste.C\u2019est même un spectacle amusant que de voir comment nos socialistes antichrétiens, particulièrement anticatholiques, insoucieux de la contradiction, encensent le même monde sous le nom de moderne et flétrissent le même, sous le nom de bourgeois et de capitaliste.\u201d Rarement, écrivain lança contre le monde moderne des traits aussi acérés que Péguy: \u201cLe monde moderne avilit.11 avilit la cité, il avilit l\u2019homme.Il avilit l\u2019amour.Il avilit la femme.Il avilit la race.Il avilit l\u2019enfant.Il avilit la nation.Il avilit la famille.Il avilit même, il a réussi à avilir ce qu\u2019il y a peut-être de plus difficile à avilir au monde: il avilit la mort.\u201d Mais, s\u2019il chargeait la bourgeoisie de tous les maux du monde moderne, Péguy distinguait, avec beaucoup plus de soin que les marxistes, les couches sociales diverses sous ce terme très général et trompeur, aussi flou qu\u2019est pour nous RELATIONS celui de classe moyenne.\u201cOn ne saurait trop le redire.Tout le mal est venu de la bourgeoisie .Je dis expressément la bourgeoisie capitaliste et la grosse bourgeoisie.La bourgeoisie laborieuse, au contraire, la petite bourgeoisie, est devenue la classe la plus malheureuse de toutes les classes sociales, la seule aujourd\u2019hui qui travaille réellement, la seule qui, par suite, ait conservé intactes les vertus ouvrières, et pour sa récompense, la seule enfin qui vive réellement dans la misère.\u201d Bien des membres de ce que nous appelons \u201cla petite classe moyenne\u201d approuveront pleinement pour eux ce jugement.Le socialisme de Péguy, a-t-on dit, est celui de saint François d\u2019As-sise et de sainte Jeanne.Ce n\u2019est sûrement pas le socialisme de Marx.Selon Jean Tharaud, dans son livre \u201cNotre cher Péguy\u201d, il eut querelle avec des clercs au sujet des conditions de travail des mineurs de Carmaux et il abandonna l\u2019Église pour se proclamer socialiste.Il n\u2019avait alors que 18 ans.La foi de ses pères avait poussé en lui de trop profondes racines pour qu\u2019elle fût arrachée aussi facilement.Toute sa vie Péguy garda, comme l\u2019a montré Sœur Paul-Émile, dans son Renouveau marial, une grande dévotion à Notre-Dame.Dans sa correspondance comme dans ses propos, se rencontrent des paroles révélatrices comme celles-ci: \u201cFigure-toi, disait-il à son ami Lotte (comme lui redevenu chrétien et chrétien pratiquant), figure-toi que pendant dix-huit mois, je n\u2019ai pu dire mon Notre Père.Que votre volonté soit faite .je ne pouvais dire cela.Alors, je priais Marie.Les prières de Marie sont des prières de réserve.Tl n\u2019y en a pas une dans toute la liturgie que le plus lamentable pécheur ne puisse dire vraiment.Dans le mécanisme du salut, Y Ave Maria est le dernier secours.Avec lui, on ne peut être perdu.\u201d Il y a là peut-être de l\u2019orgueil et de l\u2019insécurité.En fait, Notre Dame veilla sur lui d\u2019une façon merveilleuse.En 1911, un de ses enfants étant tombé dangereusement malade, Péguy fit à pied le pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, récitant des Ave tout le long JUIN 1969 de la route.Il fit en trois jours les cent kilomètres qui séparent la boutique des Cahiers, de Chartres.Et là, au lieu de solliciter la guérison de son enfant, il confia tous ses enfants à la garde de Marie: \u201cPrenez-les, je vous les donne.Faites-en ce que vous voudrez.\u201d En 1924, ses quatre enfants et leur mère entraient dans l\u2019Église.Au fond, Péguy était un Français.Il avait un jour écrit: \u201cNous sommes une race vieille, race de moines, d\u2019apôtres, de soldats, de maîtres d\u2019œuvres, nous sommes toujours là quand il s\u2019agit de construire, d\u2019enseigner, d\u2019aimer enfin; nous sommes toujours là quand il s\u2019agit de mourir.\u201d On n\u2019imagine pas qu\u2019une âme comme la sienne pût demeurer hors de l\u2019Église ou hostile à l\u2019Église.Parce qu\u2019il fut si longtemps aux prises avec le Christ de l\u2019histoire et avec les idées qu\u2019il se faisait du Christ, Karl Pflager l\u2019a inscrit, à côté de Huysmans et de Dostoievesky, dans son ouvrage Geister die um Chris-tus Ringen.À tout ce qu\u2019il fit et écrivit, Péguy apporta un immense élan vital.Les sujets les dIus arides, mêmes les questions de politique, sous sa touche, s\u2019animaient.Il en fut de même de l\u2019histoire.\u201cL\u2019histoire, pour Péguy, ce n\u2019était pas une science de pédants, écrit Vallery-Radot, c\u2019était la chronique des actions humaines, non des fables et des boniments, c\u2019était le récit de ce que nos pères avaient fait ou touché de leurs mains, vu de leurs yeux.\u201d Là-dessus, le critique pénétrant ajoute: \u201cPéguy reste toujours dans le temporel; il aime ce mot, mais dans le temporel, c\u2019est toujours l\u2019éternel qu\u2019il saisit, qu\u2019il veut sauver .\u201d Péguy n\u2019était certainement pas un tiède.Il avait l\u2019étoffe dont se font les grands saints ou les grands pécheurs.Il ne pouvait souffrir les tièdes.\u201cD\u2019une âme païenne on peut faire une âme chrétienne.Mais eux, qui ne sont rien, ni anciens ni nouveaux, ni plastiques, ni musiciens, ni spirituels ni charnels, ni païens ni chrétiens, eux, ces morts vivants, qu\u2019en ferons-nous ?\u201d C\u2019est précisément par cette flamme spirituelle et cette sincérité que Péguy éleva le journalisme au rang des hautes productions littéraires.Littérature et journalisme vivent des mots, mais, comme il le disait, \u201cun mot n\u2019est pas le même dans un écrivain et dans un autre.L\u2019un se l\u2019arrache du ventre.L\u2019autre le tire de la poche de son pardessus.\u201d Ses mots, Péguy se les arrachait de lui-même, dans un dur travail de l\u2019esprit.Son style extraordinaire c\u2019était lui, \u201cle tumulte d\u2019une âme inquiète et héroïque\u201d, a dit Calvet.\u201cNe jamais rien écrire que nous n\u2019avons éprouvé nous-mêmes\u201d était le conseil qu\u2019il donnait.Telle fut sa vie, telle fut sa mort.Il avait plus de 40 ans quand éclata la Première Guerre Mondiale.Il aurait pu en tout honneur s\u2019inscrire dans la réserve.Mais il croyait à fond au devoir de participation, à ce que nous appelons \u201cengagement\u201d et il estima devoir s\u2019enrôler.On lui donna le grade de lieutenant.Il fut tué, en septembre 1914, alors que son régiment poursuivait des Allemands en retraite.Un an plus tôt, il avait composé son poème célèbre: \u201cHeureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.Heureux les épis murs et les blés moissonnés.\u201d Au regard de la Providence l\u2019œuvre de Péguy était mûre et son âme, prête pour la moisson.La flamme qui l\u2019animait brûle encore dans ses écrits pour la joie d\u2019un grand nombre.Pour la plupart, le poème cité plus haut est le plus connu de ses écrits.Pour moi, je prise par-dessus tout le passage où il exalte la catholicité de notre foi, le sens de la communauté dont les papes ont parlé si souvent: \u201cIl faut se sauver ensemble.Il faut arriver ensemble chez le bon Dieu.Il faut se présenter ensemble.Il ne faut pas arriver, trouver le Bon Dieu les uns sans les autres.Il faudra revenir tous ensemble dans la maison de Notre Père.\u201d 179 LE PAPE ET LES JEUNES U ne promesse, un appel propneuaue ïliétu Ces deux mots, une promesse, un appel, résument l\u2019homélie que Paul VI adressait, à la messe des Rameaux, le 30 mars, aux \u201cJeunes gens\u201d, ses \u201cfils et amis très chers\u201d.De cette homélie la presse n\u2019a point parlé, attentive plutôt aux graves déclarations des Mercredi et Jeudi Saints sur la désunion dans l\u2019Église et sur la présente passion de l\u2019Église.Nos jeunes catholiques qui écoutent l\u2019Église \u2014 il y en a encore, affirme Paul VI \u2014 feront sûrement, s\u2019ils lisent ce discours, la découverte d\u2019un Paul VI qu\u2019ils ignorent.Une promesse.Le Pape connaît fort bien la jeunesse actuelle; en quelques traits vigoureux il esquisse son portrait: elle est inquiète, bouillonnante \u201cde forces et d\u2019aspirations qui explosent en formes exubérantes, souvent violentes et presque toujours contre quelque chose: contre les manières de vivre et de penser, contre les habitudes d\u2019hier, contre les lois en vigueur, contre les institutions héritées du passé .\u201d Et cela .\u201cavec une force de conviction qui n\u2019a d\u2019égales que l\u2019insouciance et l\u2019inconscience à l\u2019égard de ce qui doit pratiquement et judicieusement .remplacer\u201d (cet ordre de choses).Ce déséquilibre profond, est, au ju-jement du Saint-Père, \u201cle plus grand problème de cette période de trouble dans les idées et dans la société\u201d.Paul VI n\u2019y fait cette fois qu\u2019une allusion pour, du moins, assurer aux jeunes \u201cque l\u2019Église a les yeux ouverts, qu\u2019elle voit et scrute avec une vigilance pleine d\u2019amour et d\u2019inquiétude le grand phénomène de l\u2019agitation des jeunes, et qu\u2019elle a beaucoup à dire à ce propos et beaucoup à faire\u201d.Sans forcer les mots, nous avons la promesse que Paul VI abordera bientôt ce très grave problème.L\u2019appel prophétique ou tel, du moins, qu\u2019il paraît au Saint-Père \u201cavoir une valeur prophétique\u201d, Paul VI l\u2019adresse à tous les croyants et spécialement aux jeunes.C\u2019est celui \u201cde révéler au monde que le Christ, le Christ authentique, le Christ toujours vivant 180 dans l\u2019Église qui le prêche, le personnifie et le communique, que le Christ .est le Sauveur du monde\u201d.C\u2019est là aujourd\u2019hui la mission des jeunes.Pour le reconnaître il n\u2019est que d\u2019observer d\u2019une part la société où nous vivons: son désarroi, son insatisfaction, ses doutes sur les problèmes essentiels, sa méfiance, son désespoir, sa corruption cependant qu\u2019elle affiche ses immenses richesses, ses énergies qui émerveillent, son organisation, sa culture et ses manières raffinées.D\u2019autre part, ces jeunes chrétiens auxquels s\u2019adresse Paul VI sont fils de leur temps, accordés à son langage, à son génie, à son esprit, sans toutefois, ainsi pense le Pape, (en une charité qui invite peut-être à lui donner raison, s\u2019il y a lieu), avoir été contaminés par cette société.Cette jeunesse qu\u2019il a sous les yeux évoque à sa pensée celle qui jadis, le jour des Rameaux, acclama Jésus et le proclama le Messie; elle ravit le cœur du Pape qui le lui dit en déclarant sa mission: \u2018.vous, adolescents, jeunes gens plus mûrs, beaux à ravir, exquisement intacts, délibérément simples, logiques, directs; vous, physiquement et moralement forts, vous, joyeux et pleins de vie, vous, libres et dociles, vous qui ne rejetez pas la sagesse de votre famille mais qui vous y soumettez; vous qui avez grandi dans la foi et la prière; vous, en un mot, les élèves du Christ.Oui, vous avez la mission d\u2019annoncer à notre monde contemporain le vrai Messie, le vrai Christ, le Sauveur unique.Vous devez montrer aux hommes de notre temps le visage lumineux de Jésus, illuminé par le profond mystère de sa divinité réelle et par le visible mystère de son incomparable humanité.\u201d D\u2019un souffle aisé et puissant, le Pape dresse sous nos yeux la personne du Christ, Fils de Dieu et Fils de l\u2019homme, le Maître, le chef, le prophète à qui nous pouvons tous nous fier et de qui nous ne pouvons nous séparer.Bien des fois, Paul VI a tracé ce portrait; comme toujours, c\u2019est en couleurs vives et fraîches, et comme jaillies de son cœur.Le Pape poursuit en formulant et résolvant les objections qu\u2019ont sans doute ses jeunes amis: celle-ci d\u2019abord, qu\u2019an- noncer le Christ est l\u2019affaire des apôtres, des ministres de l\u2019Évangile, des docteurs.\u2014 Depuis le Concile, reprend le Pape, cette mission est devenue l\u2019affaire de tous les chrétiens et spécialement l\u2019affaire des jeunes.Et \u201cc\u2019est l\u2019annonce que la condition présente est un printemps\u201d.Ils ont raison de vouloir être reçus dans la société à part entière, mais ils ont aussi le devoir de proclamer le Christ.Nouvelle objection: c\u2019est une \u201ctâche difficile, délicate, impopulaire\u201d.\u2014 Le Pape l\u2019accorde mais pour en appeler aussitôt à leurs aspirations profondes et typiques, à ce qu\u2019ils aiment et veulent devenir: \u201cdes forts, des courageux, des héros\u201d.Enfin, dernière réponse à une dernière objection: le Pape ne leur demande pas de miracles, ni d\u2019actions extraordinaires ou spectaculaires, il leur demande seulement d\u2019être jeunes et catholiques, mais pour vrai, authentiques et dynamiques.Ils agiront en adultes, en hommes libres, conscients de leur engagements.Ils agiront en groupe, puisqu\u2019ils aiment leur vie de groupe et d\u2019amis.Ils rendront témoignage au Christ comme leurs aînés que l\u2019Église depuis un siècle a suscités, recrutés et bénis.L\u2019Église croit toujours aux mouvements de formation chrétienne des jeunes.Par delà la promesse et l\u2019appel prophétique, les jeunes qui ont l\u2019oreille fine auront perçu l\u2019affection radieuse qui anime cette homélie de Paul VI.Trois fois, le Pape les a nommés ses \u201cfils et amis très chers\u201d.Surtout il a tracé des misères et des angoisses des jeunes, comme aussi de la radieuse vie chrétienne de ceux qui l\u2019écoutent, des croquis qu\u2019un long regard sur eux avait inspirés.Paul VI en effet n\u2019a jamais oublié les années heureuses, ses dix années de jeune prêtre, à Rome, auprès d\u2019un groupe paroissial, puis d\u2019étudiants, enfin, à la tête de la Fédération des Étudiants catholiques italiens.Années radieuses, années fécondes et, pourtant, rudes et de contestation en face du fascisme ombrageux et totalitaire; il y préparait à l\u2019Église et à l\u2019Italie des apôtres authentiques qui ont marqué leur temps.Le cœur de Paul VI n\u2019a point vieilli et sa sagesse, si les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui veulent bien l\u2019entendre, peut beaucoup leur apprendre.Georges Robitaille RELATIONS Le théâtre En Pièces détachées Te ne sais trop si les résidants actuels I de la rue Fabre, où j\u2019ai vécu plusieurs années, se sont reconnus dans l\u2019étrange famille dépeinte par Michel Tremblay dans sa dernière œuvre: En Pièces détachées, que Paul Buissoneau a montée récemment à son théâtre de la rue des Pins.Il faudrait alors qu\u2019ils fussent bien changés de ceux qu\u2019autre-fois j\u2019ai connus: gens simples, de condition modeste sans doute et possédant des tics, manies et défauts comme tout le monde, mais aussi, d\u2019honnêtes travailleurs, rangés et doués de bon sens.Précisément ce qui semble manquer le plus aux personnages de l\u2019auteur.En effet vus par l\u2019œil peu sympathique de la voisine, potineuse et médisante, ces personnages nous apparaissent, comme à travers un verre déformant, déséquilibrés, farfelus et même, comme Claude, franchement fous.Tableau faussé par la malveillance.Des malheureux plutôt, écrasés par la vie comme Robertine, la mère, que les soucis accablent; comme Hélène, la mal mariée \u2014 par sa faute, il est vrai \u2014 à une ganache, un \u201cbum de salon\u201d, selon la trouvaille de la voisine, Henri, paresseux, sans cœur, qui se fait vivre par sa femme; comme l\u2019adolescente Francine que déprime le milieu; comme Claude, enfin, né idiot et qu\u2019il a bien fallu enfermer, plus tard, à l\u2019asile des aliénés.Ces pitoyables morceaux d\u2019humanité, Michel Tremblay les a rassemblés sous un même toit pour les faire vivre, souffrir, se déchirer, essayer de s\u2019expliquer, pendant quelques instants, devant nous.Car cet épisode, le dernier, c\u2019est vraiment la pièce de Tremblay, accompagnée d\u2019un court prologue d\u2019Hélène, au restaurant, où elle est serveuse, et un récit des antécédents de la famille par la Voisine.Oeuvre courte, inachevée; un premier jet que l\u2019auteur aurait eu intérêt à reprendre, à étoffer, à approfondir.Il semble qu\u2019un certain succès des Belles Sœurs l\u2019a grisé et qu\u2019il se croit conscrit à commettre une pièce par mois.JUIN 1969 Georges-Henri d\u2019Auteuil, S.J.C\u2019est trop.D\u2019autant que sa veine peut vite s\u2019épuiser.Cela commence déjà.Dans En Pièces détachées, rien de bien neuf; même la routine montre déjà l\u2019oreille par le rappel des monologues intérieurs déjà si employés dans les Belles Sœurs.\u201cVingt fois sur le métier .\u201d disait le mentor des Lettres autrefois.Mais qui croit encore à cette longue patience qui a permis les œuvres durables ?Au sujet de la langue, inutile d\u2019y revenir.L\u2019auteur a déjà pris position, nettement: dévoiler sous les feux de la scène dans leur comportement et leur langage réels et quotidiens les spécimens de la race de chez nous tels que les façonne la vie.Du théâtre populiste.Et pourquoi pas, puisque la peinture et la musique utilisent et élèvent au rang de l\u2019art les objets les plus vulgaires et les bruits les plus grinçants du monde de la mécanique ?Sous la direction d\u2019André Brassard, la demi-douzaine d\u2019interprètes de En Pièces détachées ont bien servi la pièce, principalement Hélène Loiselle et Luce Guilbeault.Mais la création vraiment originale est celle de Claude, le Fou, incarné avec beaucoup de bonheur par Claude Gai, un jeune dont la présence scénique et la souplesse de jeu dénotent un beau talent à utiliser.Quoat-Quoat Le dialogue dramatique qu\u2019est avant tout Quoat-Quoat, Jacques Audiberti ne le destinait pas, d\u2019abord, à la scène.On aurait dû s\u2019en tenir à cette première décision.Ou, alors, l\u2019adapter, l\u2019amender, couper, par exemple, dans les morceaux de bravoure au ton souvent prétentieux et d\u2019un romantisme échevelé, éliminer aussi la complaisance verbale du texte, permise dans un poème lyrique, beaucoup moins au théâtre.Il aurait fallu encore essayer de justifier davantage le thème de la pièce.Il frise l\u2019invraisemblance.En effet, nous sommes sur un paquebot français dans les années soixante du siècle dernier.Amédée, sorte d\u2019agent secret du gouvernement, fait route vers le Mexique en quête d\u2019un trésor, caché, dit-on, dans le temple du dieu Quoat-Quoat.Le jeune homme \u2014 il a vingt-six ans \u2014 apprend du capitaine, drôlement facétieux, qu\u2019un règlement draconien interdit aux chargés d\u2019affaires officielles l\u2019approche des femmes.La sanction c\u2019est la mort: pan ! pan ! Or, il y a sur le bateau plusieurs voyageuses aguichantes, à commencer par la propre fille du capitaine, Clarisse, amie d\u2019enfance d\u2019Amédée.On peut facilement imaginer la suite.L\u2019enthousiaste, naïf et amoureux Amédée succombera.Le capitaine à cheval sur le règlement, irréductible, le condamnera.Un espoir percera un moment, à la fin, mais pour s\u2019évanouir aussitôt dans la catastrophe.Pièce, on le voit, \u2014 la première d\u2019Audiberti \u2014 qui annonce le théâtre de l\u2019absurde en dépit du climat de grâce, de fantaisie et d\u2019humour bien particulier à Audiberti.Humour, au reste, \u2014 celui du capitaine \u2014 souvent féroce sous son allure bonhomme et sympathique qui nous donne le change, nous empêche de le prendre au sérieux et nous le fait, au contraire, trouver fort plaisant.Cette pièce, Quoat-Quoat, qu\u2019on nous a présentée au théâtre Maisonneuve au début de mai, nous venait directement de France, jouée par des comédiens français, dont Jacques Du-mesnil, dans la mise en scène originale de Georges Vitaly, spécialiste d\u2019Audiberti.De Vitaly on a pu écrire qu\u2019 \u201cil excelle dans une composition théâtrale qui est une musique dans l\u2019espace, fondée sur le mouvement et le rythme, et dont les acteurs, par un jeu subtilement stylisé, sont les instrumentistes\u201d.Conception théâtrale que nous avons pu voir parfaitement réalisée dans Quoat-Quoat, surtout, et d\u2019une façon insigne, par Jean-Pierre Leroux, interprète d\u2019Amédée, exubérant, chaleureux, sensible et fier.181 Bien sûr, Jacques Dumesnil joue avec sa maîtrise coutumière le rôle du Capitaine auquel il confère une savoureuse humanité qui tempère la dureté de ses déclarations et de ses actes.Jacqueline Coué a été une Clarisse enjouée et Antoinette Moya une tumultueuse mexicaine fort entreprenante.En somme, le talent et la verve des comédiens ont réussi à faire passer la rampe à ce difficile et parfois confus Quoat-Quoat.Un Fil à la Patte Dès l\u2019automne, la Direction du Rideau Vert nous avait bien annoncé que la saison, la vingtième, se terminerait par un éclat de rire.On a tenu parole grâce à Feydeau, Hoffmann et une brillante équipe de comédiens.Grâce à Un Fil à la Patte.La pièce est longue, mais il n\u2019y paraît pas, tellement une sarabande endiablée nous emporte dans un mouvement irrésistible.Mais cela suppose une mise en scène d\u2019une précision et d\u2019une rigueur totales.Sinon nous assisterions à un formidable fouillis.Il faut que chaque geste, chaque mot, chaque attitude soient minutés au centième de seconde, autrement, pas de déclic, et l\u2019effet cherché ne se produit pas.Rien ne doit être laissé au hasard mais tout contrôlé dans le détail.À en croire Feydeau, certains fils sont difficiles à briser.Bois d\u2019Enghien l\u2019a appris à ses dépens.Il croyait pouvoir couper facilement celui qui le rattachait à une chanteuse de cabarets, Lucette, pour convoler en justes et honnêtes noces avec la gentille Viviane, fille chérie et bien protégée d\u2019une digne Baronne.Les difficultés innombrables qui se bousculaient sous ses pas ont bien failli l\u2019en empêcher.Mais même dans son monde évaporé et fort libre, la vertu, parfois, réussit à triompher.11 cassera son fil pernicieux et le troquera pour les douces chaînes du mariage ! Pièce désopilante qui fait rire sans vergogne les spectateurs, deux heures durant.Cure merveilleuse contre les affections bilieuses et la taxomanie des gouvernements.Misérable théâtre de pur divertissement, ricaneront les beaux esprits de notre époque.Sans doute, mais divertissement que, curieusement, beaucoup de nos contemporains acceptent avec grand plaisir et préfèrent, les malheureux ignares, \u2014 le \u201cbox office\u201d des compagnies de théâtre en fait foi \u2014 aux soi-disant géniales créations, savantes et abstruses, de tant d\u2019auteurs à la mode d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est que Georges Feydeau sait bâtir une pièce, nouer habilement une intrigue, compliquée souvent et pourtant toujours claire, conduire une action comique dans un rythme et un mouvement appropriés, dessiner et faire vivre pleinement des personnages plausibles, humains et vrais.En voilà assez pour essoufler beaucoup de concurrents de toutes conditions dans la course au succès certain.Mais cette course au succès peut aussi essoufler les comédiens qui se risquent à jouer du Feydeau.Il leur faut le poumon et le jarret solides.Il leur faut, en même temps, souplesse et endurance.Il leur faut beaucoup de talent.Toutes qualités manifestées avec entrain par les comédiens du Rideau Vert, dirigés avec sûreté par Guy Hoffmann qui s\u2019y connaît en Feydeau.Ils ont fait merveille et furent justement applaudis.Nous avons admiré surtout \u2014 sans oublier les autres \u2014 un impayable André Cailloux et une Denise Pelletier pétillante, un volcanique José Barrio, un malchanceux Hoffmann, une gracieuse et coquette Isabelle Jan, un Victor Désy ineffable et une Janine Sutto brillante comme d\u2019habitude.Une soirée à marquer d\u2019une pierre blanche.Six Personnages en quête d\u2019Auteur Un plateau béant.Ni rideau, ni décors.Quelques chaises banales sans ordre sur le plancher.Pendu aux herses tout un troupeau de réflecteurs.Une porte, une autre, s\u2019ouvrent de l\u2019arrière-coulisse.Deux ou trois personnes apparaissent, affairées: un machiniste, un régisseur.Commence la représentation de Six Personnages en quête d\u2019Auteur de Luigi Pirandello, au théâtre Port-Royal, par le Théâtre du Nouveau Monde Souvent, Pirandello paraît passablement subtil à plusieurs.Ses brillantes oppositions verbales, ses antithèses à la saint Augustin éblouissent par leur ingéniosité et leur raffinement, projetées par un comédien volubile.On désire ensuite les réentendre ou les lire tranquillement pour en peser toute la force, en savourer tout le suc de la pensée.Au théâtre, pas moyen; le texte se déroule, sans arrêt, sans possibilité d\u2019analyse, de reprise.C\u2019est pourquoi, par exemple, Six Personnages, et plus particulièrement les propos du Père sur l\u2019illusion et la réalité, sur la vérité des personnages de théâtre en comparaison de ceux de la vie, sur l\u2019homme, un et multiple à la fois, réel aujourd\u2019hui, illusoire demain, ont paru difficiles, étonnants par leur apparente étrangeté.L\u2019effort d\u2019attention requis dépasse certes celui que demande un Fil à la Patte.Nous sommes en face de deux formes bien différentes de théâtre.Mais surmontée la difficulté de l\u2019approche, la pensée du dramaturge italien procure à l\u2019esprit qui la retient un plaisir et contentement de qualité.Comme dans plusieurs autres de ses œuvres, de Six Personnages se dégage encore une atmosphère d\u2019angoisse, de déchirement, de cauchemar presque, qui rappelle celle où a baigné la vie même de l\u2019auteur.Son théâtre est en grande partie autobiographique, d\u2019où cette puissance d'authenticité et de vérité humaine qui touche et impressionne.On ne peut sortir indifférent de la représentation des drames de Pirandello: l\u2019homme éclate toujours hors du personnage.Exprimer une œuvre dramatique qu\u2019anime une telle ambiguïté n\u2019est pas facile.Sous l\u2019intelligente direction de Paul Hébert dont la mise en scène a bien fait valoir tous les éléments originaux de la pièce, les comédiens du T.N.M.ont fait du très bon travail.Quelques-uns que le rôle mettait plus naturellement en vedette ont brillé davantage: Gilles Pelletier, un Père tourmenté d\u2019une souffrance indicible, Dyne Mousso, violemment agressive, Gisèle Schmidt, mère éprouvée et pitoyable, Pierre Boucher spécialement, très remarquable en Directeur de troupe.Mais pourquoi faut-il noter chez un bon nombre de nos artistes de la scène un manque de netteté, de fermeté dans la diction ?Pourquoi, par exemple, au contraire des comédiens français de Quoat-Quoat, perd-on plusieurs syllables, surtout les finales muettes, même des mots entiers de leurs répliques ?Assistons-nous à un retour des \u201cbouches molles\u201d ?182 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Ponctuation \u2014 5 Les points de suspension.\u2014 À quels abus prête l\u2019usage des points de suspension, il suffit, pour le constater, d\u2019ouvrir le premier livre placé devant vous, les revues ou magazines de toute clientèle.Dans l\u2019un de ses derniers ouvrages, tel auteur à la mode termine presque le tiers de ses phrases par des points de suspension parfaitement inutiles.L\u2019intimité, nous le savons bien, reste profondément ambivalente.Mais nous passons notre temps à méconnaître cette évidence; ce qui est peut-être nécessaire pour vivre et progresser .Il y a des gens en face de qui il n\u2019est pas gênant de voir ses propres défauts .Ce regard de l\u2019autre, intériorisé dans les premières structures de comportement prémoral, deviendra plus tard le \u201cregard de la conscience\u201d, \u201cl\u2019œil\u201d qui poursuivait Caïn .On a manifestement affaire à un tic, à une manie.La correspondance privée, si j\u2019en juge par les lettres que je reçois, confirme cette constatation.On ne doit pas s\u2019en étonner.Quoi de plus difficile, en effet, même et surtout peut-être pour un écrivain de haut vol ou pour un professionnel de l\u2019expression verbale (grammairien, romancier, critique, professeur ou philosophe), que la transmission exacte, achevée, puissante de la pensée ! Si on connaît les exigences d\u2019une langue; si on a travaillé à rendre les finesses ou nuances d\u2019une idée, d\u2019un sentiment, de la vision personnelle qu\u2019on croit avoir d\u2019un spectacle, d\u2019un état d\u2019âme, d\u2019une certaine façon de comprendre la vie; si on a expérimenté les distorsions, méprises, erreurs ou ambiguïtés auxquelles la lecture ou l\u2019interprétation d\u2019un texte donnent souvent lieu, on se rend compte alors de l\u2019utilité, de la nécessité des points de suspension.1.\tVous doutez de pouvoir, en mots assez clairs, traduire tout le propos de votre esprit, soit que vous ayez cherché en vain la formule satisfaisante, soit que vous ayez quelque motif de craindre une incompréhension de la part du lecteur.Les points de suspension vous permettent d\u2019échapper à une double JUIN 1969 Joseph d\u2019Anjou, S.J.difficulté.Sans doute, vous prenez un risque: le lecteur ne vous accusera-t-il pas de peur ou de paresse ?11 se peut, toutefois, qu\u2019il éprouve une certaine fierté s\u2019il pense que vous faites confiance à son intuition, en l\u2019estimant capable de deviner votre sous-entendu.En vertu de cette communication (l\u2019auteur parle de la communication des idiomes dans le Christ, à la fois homme et Dieu), il est licite de dire, sans manquer à la vérité: Dieu a souffert, Dieu a été crucifié, Dieu est mort., parce que la nature divine prend à son compte les actes et les souffrances de la nature humaine.L\u2019auteur nous abandonne le soin de poursuivre l\u2019énumération qu\u2019il a commencée.Mais il aurait dû logiquement placer la virgule avant les points de suspension.Même confiance accordée au lecteur dans l\u2019exemple suivant.Et il n\u2019est pas paradoxal de dire que, depuis ma naissance, ce sont les autrui qui me font être moi.A commencer par mes parents, car sans eux et leur propre relation réciproque .Le psychologue que je viens de citer écrit tantôt les autruis, tantôt les autrui, on ne sait pourquoi.2.\tDes points de suspension n\u2019ont pas toujours la signification d\u2019une réticence polie; parfois, ils disent plus, en ne disant rien, que si des mots précis, trop précis, les remplaçaient.Une certaine réserve, signalée par des points de suspension, a chance de produire un effet supérieur à celui de l\u2019amplification ou de l\u2019expression directe, crûment formulée en noir sur blanc.L\u2019écrivain a tout loisir, ensuite, de récuser les interprétations que ne manque pas de susciter son truc de style.Car il s\u2019agit bien d\u2019un procédé littéraire plus que de l\u2019observance d\u2019une règle de ponctuation.Tant il appert, par cette remarque, que ponctuer dépend du sens, mais selon l\u2019étendue, la profondeur, la subtilité dont un auteur sait le charger par le jeu des signes de la ponctuation.Racine met sur les lèvres d\u2019Athalie apostrophant le grand prêtre Joad: Je devrais sur l\u2019autel où ta main sacrifie Te .Mais du prix qu'on m\u2019offre, il faut [me contenter.3.\tN\u2019imputons pas cependant aux gratte-papier, même professionnels, trop d\u2019arrière-pensées, ni trop de noirs desseins.La plupart des écrivains ou des journalistes ont quelque humanité, ce qui signifie, en somme, un peu de tendresse spontanée ou réfléchie pour leurs semblables et de modestes sentiments à leur propre égard (en dépit des apparences).De quoi s\u2019agit-il, à peu près toujours, lorsqu\u2019ils emploient des points de suspension ?D\u2019attirer l\u2019attention du lecteur sur une malice plus ou moins anodine qu\u2019ils désirent voir comprise et appréciée, ou sur un soupçon, un doute, un refus d\u2019affirmer catégoriquement l\u2019impression, le jugement personnel, l\u2019opinion discutables et dont ils souhaitent, avec sincérité, qu\u2019on discute le bien-fondé.Les exemples foisonnent.En voici quelques-uns.Au lieu de préciser la maladresse ou la conduite regrettable dont leur échange épisto-laire rappelle le souvenir, Thérèse, en s\u2019adressant à Pauline, écrira: Tu ne veux pas que je mentionne .l\u2019incident du mois dernier.Ou bien, faisant allusion à une infamie commise avec Philippe en pleine complicité, on dira de René: Il évoqua devant son ami le .sujet dont l\u2019un et l\u2019autre avaient juré de ne plus jamais s\u2019entretenir.On trouvera plus loin l\u2019exemple d\u2019un emploi analogue des points de suspension.4.\tQuelques détails techniques maintenant.a) Après etc., on n\u2019a jamais raison d\u2019ajouter des points de suspension.Dans la préface d\u2019un opuscule qui traite de l\u2019alimentation rationnelle, vous trouvez, en moins de cinq pages, six etc.suivis abusivement de deux points de suspension.Énumérant noms de médecins, méthodes de guérison ou remèdes, l\u2019auteur de cette préface (sinon l\u2019éditeur français qui a cru bon de substituer son incompétence à la correction du traducteur québécois) écrit, à tort chaque fois: Oswald, Dewey, Taylor, etc.183 de la vaccination, de la chimie, de la thérapeutique, des rayons X, de la bactériologie, etc.repos, aliments, air, soleil, propreté, foi, etc.b)\tIl semble bien que l\u2019art typo- graphique seul, et non un motif d\u2019ordre rationnel (grammatical, linguistique ou littéraire), a fixé à trois le nombre des points de suspension.En vertu, peut-être du vieil adage latin, inspiré du dogme de la Trinité (je ne sais), selon lequel omne trinum perfectum:\tle chiffre trois symbolise la perfection.\u2014 Sauf pour les .fréquentations, et conçues.à l\u2019anglaise (j\u2019entends pour la langue uniquement, car le chaperon-nage n\u2019a guère de faveur auprès des francophones), si l\u2019on prend au sérieux la boutade connue: \u201cTwo is a company, three is a crowd.A deux, on est en compagnie; un troisième crée une foule.\u201d Même en abrégeant par la première lettre seule un mot jugé inconvenant, il faut utiliser trois points de suspension et non pas autant de points qu\u2019on omet de lettres.Pour les délicats, vous écrirez donc : Qu\u2019ils nous f.la paix et nous épargnent leurs stériles délibérations ! c)\tOr, dans un texte, on a ou l\u2019on n\u2019a pas d\u2019autres signes de ponctuation avant ou après les points de suspension.Quant au nombre de ces derniers, quelle règle suivre ?Toujours la règle de trois ?Oui.Sauf à la fin d\u2019une phrase que boucle un point simple: ce dernier compte alors pour le premier des trois points de suspension réglementaires.C\u2019est dans ce réseau myriadique d\u2019une foule qu\u2019on se sent parfois le plus seul, soit à en pleurer, soit pour se \u201cretremper\u201d .Cela vaut à l\u2019intérieur de parenthèses ou de guillemets qui enferment une phrase complète.La parenthèse ou les guillemets fermés, nul besoin de quelque autre point, puisque le point final de la phrase complète \u2014 point simple ou d\u2019exclamation ou d\u2019interrogation \u2014 doit se placer au dedans de la parenthèse.Dans un livre qui a pour auteur un prestigieux académicien, on aperçoit ceci, qui ne se défend pas: \u201cComme elle est vide parfois, la maison du Seigneur ! (.) Mais du moins, écou-tez-nous .\u201d.Il aurait fallu biffer le dernier point.Dans le même livre, l\u2019auteur (ou l\u2019éditeur) applique la bonne règle, lorsque devant les guillemets il place un point d\u2019interrogation.\u201cQu\u2019est-ce qui lui prend donc à ce \u201cnatif\u201d de Brescia ?\u201d Mais si la phrase se termine par un point d\u2019exclamation ou d\u2019interrogation (sans parenthèse ou guillemets), vous ajouterez les trois points de suspension habituels, pourvu que vous ayez raisonnablement l\u2019intention de suggérer une réticence, un doute, un soupçon ou une malice contenue.Avec quelle ardeur ne devrait-on pas témoigner de sa foi, aujourd\u2019hui, pour compenser de tristes défections !.Ainsi donc, les points de suspension ne suppléent jamais d\u2019autres signes de ponctuation, mais tiennent seulement lieu de mots omis ou sous-entendus.d)\tÀ l\u2019intérieur d\u2019une phrase de votre cru, tracez toujours trois points de suspension, peu importe qu\u2019avant ou après ceux-ci il y ait ou non un autre signe de ponctuation: virgule, deux points ou point-virgule.Un cheval, une vache, un chien, un chat, des poules, .bref, tous les animaux de la ferme périrent dans l\u2019incendie.Tu emporteras des sous-vêtements, deux chemises, un paletot, une couple de mouchoirs et de paires de bas .: pour notre expédition, moins nous aurons de bagage, mieux ce sera.On voudra bien noter que la place des points de suspension par rapport aux autres signes ne relève pas du caprice, mais du sens seulement.Combien d\u2019auteurs réfléchissent à ce .détail ?Il révèle pourtant soit le degré d\u2019attention, soit l\u2019intelligence de celui qui écrit.e)\tSi vous citez un texte emprunté à un auteur, il convient, par souci de clarté, pour éviter aussi toute équivoque, de procéder de deux façons, car deux cas se présentent.1) Dans la citation même, il y a, je suppose, des points de suspension qu\u2019a voulus l\u2019écrivain: reproduisez-les tels quels, si aucun autre signe ne précède ou ne suit lesdits points de suspension.Par malheur, quantité d\u2019écrivains jettent au hasard, avant ou après des points de suspension, les autres signes de ponctuation.Faut-il corriger ou non ?Et d\u2019abord, savoir corriger, s\u2019il y a lieu: le savez-vous ?En cas d\u2019ignorance, laissez à l\u2019auteur la responsabilité de sa manière de ponctuer.Sûr de ne pas vous tromper vous-même, ou bien vous établissez la ponctuation réfléchie qu\u2019aurait dû observer l\u2019auteur (et vous lui rendez service), ou bien vous signalez, par une parenthèse ou en note, sa ou ses fautes de ponctuation, et tant pis pour lui ! 2) Mais si du texte reproduit vous retranchez ou omettez des mots ou des lignes, alors, pour qu\u2019on s\u2019en aperçoive et qu\u2019on ne mette pas au compte de l\u2019écrivain cité les points de suspension auxquels vous devez recourir, il vaut mieux enclaver entre les signes d\u2019une parenthèse (.) ou entre deux crochets [.] tout ce que vous avez choisi de ne pas citer.Dans certains cas où l\u2019évidence écarte le danger d\u2019erreur, on peut se contenter des simples points de suspension, sans parenthèse ou crochets.Citant saint Paul (2 Cor., VI, 8-10), un auteur écrit correctement: \u201cTenus pour imposteurs et cependant véridiques; pour gens obscurs, nous pourtant si connus;.pour affligés, nous qui sommes toujours joyeux; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches; pour gens qui n\u2019ont rien, nous qui possédons tout.\u201d NOISEUX, LYONNAIS, GASCON, BÉDARD, LUSSIER, SENÉCAL & ASSOCIÉS\t \tcomptables agréés Paul Noiseux, C.A.\tGilles Poupart, C.A.\tPierre Bédard, LLL, C.A.Lionel Gascon, C.A.\tSerge Chénier, C.A.\tRené Senécal, C.A.Jean Lussier, C.A.\tRoger Lyonnais, C.A.\tMarcel Demers, C.A.André Lussier, C.A.\tClaude Duclos, C.A.215, rue St-Jacques\tMontréal\t849-7791 184 RELATIONS Les guillemets, la facilité pour le lecteur de vérifier la citation suppriment toute ambiguïté.f) Dernières remarques, vu la longueur imprévue, mais inévitable de notre exposé.1) Des points de suspension peuvent précéder une citation.Et d\u2019après la disposition typographique que vous choisissez, vous inclurez ou non les points de suspension dans une parenthèse ou des crochets, compte tenu aussi du danger plus ou moins certain d\u2019équivoque.Exemple: quiconque a lu Péguy le reconnaîtra dans ce qui suit.Il faudra donc relire l\u2019histoire du monde avant le Christ, et surtout l\u2019histoire du peuple juif (l\u2019auteur écrit, à tort: le Peuple Juif), pour pouvoir enfin trouver le Jésus historique: \u201c.et les pas des légions avaient marché pour Lui\u201d.2)\tSi la citation commence par une majuscule (début d\u2019une phrase), les points de suspension précèdent les guillemets de la fin.\u201cDieu, Lui, a ainsi accompli ce qu\u2019il avait annoncé d\u2019avance par la bouche de tous les prophètes.\u201d (Act.3, 18).Mais en ce qui concerne la référence, l\u2019auteur aurait dû mettre le point à l\u2019intérieur de la parenthèse: (Act.3, 18.) 3)\tSi la citation, incluse dans votre phrase, commence par une minuscule, les points de suspension viennent alors après les guillemets.Pire que les sarabaïtes encore, les Gyro-vagues (un mot grec maintenant !) \u201casservis à leur propre volonté\u201d .mieux vaut n\u2019en rien dire ! L\u2019auteur a bien placé les points de suspension.Mais que de fautes en trois lignes ! Le texte devait s\u2019écrire comme suit: Pires que les sarabaïtes, les gyro-vagues (un mot grec maintenant!), \u201casservis à leur propre volonté\u201d .Mieux vaut n\u2019en rien dire.Car pires s\u2019accordent avec sarabaïtes; le mot gyrovagues n\u2019a pas plus besoin de majuscule que le mot sarabaïtes; il faut une virgule avant le mot asservis, une majuscule après les points de suspension; et à la fin de la phrase, le sens ne justifie aucunement l\u2019emploi du point d\u2019exclamation.Je termine en observant que, parfois, un auteur marque une solution de continuité dans son texte par une ligne complète de points de suspension.Dans ses Dialogues avec Paul VI, Jean Guit-ton use fréquemment de cette légitime liberté.JUIN 1969 AU FIL DU MOIS La catéchèse des adultes AV LEUR RÉUNION PLÉNIÈRE d\u2019avril dernier (14-18), les évêques \u2022 du Canada se sont interrogés sur l\u2019enseignement religieux.Le problème est de taille; nous n\u2019en soulignerons qu\u2019un aspect.Le renouveau caté-chétique, après avoir accompli de l\u2019excellent travail, surtout au niveau de l\u2019école primaire, est maintenant mis en question.Une des causes du malaise tient à ce que les jeunes ne trouvent, ni à la maison ni à la paroisse, \u201cun milieu de référence\u201d religieux auquel ils puissent s\u2019identifier.Ce milieu de référence est indispensable.La nouvelle catéchèse, sans le vouloir, a élargi le fossé entre le plus grand nombre des adultes et les jeunes.Une des conséquences de cet écart des mentalités est, sur ce point à tout le moins, que l\u2019école ne prolonge plus l\u2019éducation de la famille.Déjà on commençait à entendre chuchoter, dans certains milieux, qu\u2019il fallait cesser d\u2019utiliser les nouveaux textes catéchétiques et revenir à des manuels plus semblables à ceux du passé.Nos évêques, conscients du problème, ont cependant choisi une autre solution.Il faut créer, disent-ils, des communautés dont la foi sera suffisamment vivante pour soutenir l\u2019effort des professeurs et offrir aux jeunes \u201cde véritables lieux de référence et d'immersion où (leur) foi trouvera à se vérifier, à s\u2019exprimer et à mûrir\u201d.C\u2019est une solution audacieuse, ouverte sur l\u2019avenir, en pleine conformité avec le sain esprit de renouveau qui doit rejoindre tous les groupes du Peuple de Dieu.Cette solution est difficile, car elle demandera du temps, du doigté et un effort créateur continuel.Nous sommes très heureux, dans ce contexte, de souligner la parution d\u2019un ouvrage récent : CÔTÉ, Y.-M., O.P.: Sur le chemin.La foi chrétienne présentée aux adultes.Tome 1, Montréal, Fides, 1969.Ce livre est un indice certain que la solution proposée par nos évêques est non seulement possible, mais prometteuse du cheminement le plus bénéfique dans la foi.L\u2019A., en effet, y aborde quelques-unes des grandes questions que se posent les adultes chrétiens.On n\u2019a pas ménagé les efforts (couleurs, photos, textes de chansonniers et de poètes, nombreuses comparaisons) pour permettre aux lecteurs de comprendre les perspectives actuelles de la présentation du Message.Les perspectives des manuels (v.g.le Petit catéchisme du Québec) qui ont présidé à la formation religieuse des adultes sont souvent rappelées.Ce n\u2019est pas en vue d\u2019un abattage; mais comme le vocabulaire et les points de vue de ces manuels sont parfois dépassés, ce rappel aide le lecteur à se situer dans notre monde nouveau.La démarche, pour chacun des sujets abordés, part du vécu quotidien.La grande comparaison, reprise sous différents angles tout au long du texte, est celle de l\u2019expérience de l\u2019amitié et de l\u2019amour humains.Ce cheminement va droit à l\u2019essentiel de la Révélation : Dieu-Amour.Nous sommes convaincus que ce travail apparaîtra rapidement comme un instrument de grande valeur pour aider les adultes à \u201crendre compte de leur foi\u201d.De plus ce travail aidera certainement les parents à comprendre la formation religieuse de leurs enfants et à dialoguer avec eux.Il contribuera ainsi à la formation de cette communauté de croyants, si impérieusement nécessaire pour l\u2019avenir de la catéchèse des jeunes.Bientôt, grâce à l\u2019effort qu\u2019entendent poursuivre l\u2019A.et son équipe, les adultes n\u2019auront plus à envier aux jeunes leur catéchèse ! Nous aurions aimé que dans ce premier tome, l\u2019A.puise plus souvent dans l\u2019Ancien Testament.Cette source aurait pu enrichir sa présentation sur certains points.L\u2019Ancien Testament ne manque pas, en effet, d\u2019excellents passages sur l\u2019amour qui aident à comprendre que TOUTE l\u2019œuvre de Dieu est une œuvre d\u2019amour.L\u2019usage que l\u2019A.fait de la Bible ne risque-t-il pas de confirmer un grand nombre d\u2019adultes dans le sentiment que l\u2019Ancien Testament n\u2019est pas trop important ?Souhaitons que, dans la réédition, la pagination soit indiquée; il est actuellement impossible d\u2019y faire la moindre référence.Souhaitons surtout que ce travail, qui arrive à son heure, connaisse la plus large diffusion.Jean-Marie Archambault.185 MEDITA T ION Du rififi chez les saints Tous les saints ne sont pas inscrits au martyrologe ou dans le calendrier liturgique; ils le sont au Livre de Vie et dans le cœur de Dieu, ce qui vaut beaucoup mieux.Pour rendre quand même justice sur terre à tant de \u201csoldats inconnus\u201d, l\u2019Église les honore en bloc le jour de la Toussaint.C\u2019est dans cette immense armée anonyme qu\u2019elle vient de reverser, officiellement, un certain nombre de saints dont les noms, jusqu\u2019ici, jalonnaient l\u2019année liturgique.Les motifs de cette mise à la retraite ne sont pas, semble-t-il, les mêmes pour tous et pour chacun.Dans la majorité des cas, l\u2019Église n\u2019a fait qu\u2019appliquer la directive suivante du dernier Concile concernant la réforme de l\u2019année liturgique: Pour que les fêtes des saints ne l\u2019emportent pas sur les fêtes qui commémorent les mystères du salut, il faut que plusieurs d\u2019entre elles soient célébrées par chaque église ou nation ou famille religieuse particulière; que soient au contraire étendues à toute l\u2019Eglise seulement celles qui célèbrent des saints d\u2019importance vraiment universelle.À cette fin, il a fallu exclure du calendrier universel les noms de quelques saints qui, au regard de l\u2019Église, ne sont pas actuellement d\u2019importance majeure, parce qu\u2019ils ont \u201cfait leur temps\u201d, comme on dit, ou parce qu\u2019ils sont trop identifiés à un peuple, une région, un diocèse.Que les fidèles du lieu, si le cœur leur en dit, continuent de les honorer, l\u2019Église ne s\u2019y objecte pas, mais partout ailleurs, la célébration de leur fête deviendra facultative.La suppression de certains noms au calendrier liturgique a permis d\u2019y inscrire d\u2019autres saints issus de régions \u2014 Afrique, Amérique, Asie, Océanie \u2014 auxquelles \u201cl\u2019annonce de l\u2019Évangile est arrivée plus tard\u201d que dans la vieille Europe chrétienne.Ces additions, dans l\u2019esprit de Paul VI, doivent permettre à la liturgie catholique de refléter davantage l\u2019universalité de l\u2019Église et son expansion actuelle dans le monde.Dans certains cas, néanmoins, il semble que l\u2019existence historique de l\u2019un ou l\u2019autre saint et la réalité de leurs accomplissements fassent problème.La procédure moderne de canonisation n\u2019ayant été fixée par l\u2019Église qu\u2019en 1634, il ne serait pas surprenant que, avant cette date, quelques saints particulièrement \u201cvoyants\u201d eussent été fabriqués de toutes pièces par l\u2019imagination populaire.Voltaire, là-dessus, fronçait déjà ses gros sourcils en accusant l\u2019Eglise de sacrifier l\u2019histoire à la légende pour mieux tromper le peuple.Comme si le peuple, à ces époques reculées, n\u2019avait pas été capable de se tromper lui-même et de tromper l\u2019Église par-dessus le marché ! Il est quand même heureux que, mettant à profit, ici comme en exégèse biblique, les progrès de la critique historique, l\u2019Église puisse enfin passer au crible sa légende dorée.L\u2019histoire de la sainteté dans le monde chrétien est assez pleine des merveilles de Dieu pour se passer des inventions des hommes.Marcel Marcotte, S.J.VERS L\u2019INEDITE SAISON T L serait enfantin de prétendre que le 4 changement répété des saisons amène inlassablement des saisons inédites.La suivante, en effet, n\u2019est pas encore devant mes yeux, mais en mon esprit, elle est déjà rendue; le décor en est depuis longtemps présent à mon imagination, et quand il sera monté, je le retrouverai, en son ensemble, à l\u2019image du déjà vu et du déjà connu.Le nouvel été ne sera pas nouveau, il sera la copie rajeunie de celui dont j\u2019avais, peut-être, pleuré le départ aux jours de septembre passé.A ma vue seule tout est changé; en ma connaissance avertie rien n\u2019est différent, et mon espérance entretenue du retour des mêmes beaux jours n\u2019est jamais déçue.Le témoignage des sens a donc souvent besoin d\u2019être rectifié par celui de l\u2019esprit.Si j\u2019appelle, par exemple, saisons inédites à l\u2019Eglise, les façons changées de chanter mon amour au Seigneur, les mots adoptés pour l\u2019exprimer, les gestes neufs et le rythme pour le souligner, mon affirmation est acceptable.Mais si, à partir de ces constatations accessoires, je conclus au changement de l\u2019essentiel en l\u2019Eglise, elle ne l\u2019est plus ! A mes sens, distraits par les apparences, je ne puis permettre de juger, ni de se prononcer au-delà de leur compétence.Mes yeux voient le déroulement des cérémonies, ils ne s\u2019y reconnaissent plus; ma foi, cependant, fait le point et, retrouvant les mêmes mystères cachés, s\u2019y réconforte encore derrière des rites rajeunis.Tout est changé ! Pourquoi le prétendre, me leurrer ou me troubler peut-être, quand mes paroles même affirment le contraire ?Ma foi n\u2019est pas changée, puisque je récite toujours :\t\u201cJe crois en Dieu, le Père !\u201d Comme autrefois, je proclame aujourd\u2019hui : \u201cJe crois en Jésus-Christ !\u201d Je crois au Fils, né mystérieusement de la Vierge Marie, je crois en sa vie, sa Passion, sa mort et sa résurrection.Je crois au Saint-Esprit.Bref, tout au long d\u2019un même Credo, je professe les mêmes croyances, en union avec la même Eglise catholique, croyant et chantant avec elle mon espérance du retour à la Vie éternelle.Tout est changé ! Les commandements de Dieu ne sont pas changés; la lettre de ceux de l\u2019Eglise a connu des modifications, mais l\u2019esprit en reste le même; le message divin, révélé par Jésus dans les saintes Ecritures, n\u2019a rien perdu de sa valeur, et pour être du Christ, il faut encore être de son Eglise visible, dont le chef est toujours le successeur de Pierre; et quand le Souverain de l\u2019Eglise fait des déclarations contraires à mes pensées connues, au lieu de dire publiquement, sur un ton de faux bon enfant, que le Pape est fatigué, périsse plutôt ma face à la face de ma petite église, afin de ne pas devenir \u201cferment schismatique\u201d dans la grande.Rien n\u2019est changé et l'âme, attentive aux renseignements officiels de l\u2019unique Magistère reconnu, vit encore dans la sérénité.L\u2019Amour de Dieu, qui m\u2019a racheté, n\u2019a pas diminué; il est toujours là pour m\u2019aider; il connaît ses exigences et ma faiblesse, et la grâce aussi dont j\u2019ai besoin.Son Amour attend, il attend les preuves du mien pour me donner le sien, éternellement, en la prochaine saison, la seule vraiment inédite.Paul Fortin.Vient de paraître LA RELIGIEUSE DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE J> par Jeanne PONTON Une étude descriptive très fouillée de la galerie de religieuses qui apparaissent dans les œuvres de la littérature française, du Moyen Age jusqu\u2019à nos jours.L\u2019auteur expose, en un véritable défilé, les différentes images que se sont faites les auteurs de la religieuse.Comme le dit Eugène Roberto, dans sa préface, on y rencontre « les superstitieuses, les fausses mystiques, les pieuses sentimentales et les sentimentales pieuses, les pseudo-miraculées, les prétendues stigmatisées, les possédées, les sataniques, les érotomanes, les vraies sadiques, les fétichistes .» et les religieuses authentiques.Pour l\u2019utilité des chercheurs, une substantielle bibliographie analytique complète cette intéressante analyse.6x9, 456 pages, broché, $7.75 LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2 (Qué.) 186 RELATIONS Les livres Théologie Gertrude von Le Fort: La femme éternelle (Editions du Cerf, 144 pp.).\u2014 Archi-mandride Spiridon: Mes missions en Sibérie (Editions du Cerf, 164 pp.).\u2014 Jean Delanglade, S.J.: Le problème de Dieu (Editions Montaigne, 270 pp.).\u2014 L.Cerfaux: La puissance de la foi (Editions du Cerf, 104 pp.).\u2014 Marc Oraison: Psychologie et sens du péché (Des-clée de Brouwer, 124 pp.).\u2014 Jean Onimus: Face au monde actuel (Desclée de Brouwer, 190 pp.).Coll.\u201cFoi Vivante\u201d, nos 90 à 95.\u2014 Paris, 1968, 18 cm.Encore une fois, la collection Foi Vivante nous présente des ouvrages de première valeur sur les grands problèmes religieux de notre temps.Tout d\u2019abord, un ouvrage classique sur la femme, puis les souvenirs d\u2019un moine orthodoxe russe au cours de ses missions en Sibérie, puis l'œuvre fondamentale du P.Delanglade sur Le problème de Dieu, dont un spécialiste a dit: \u201cLe meilleur livre peut-être que nous ayons à proposer à ceux qui cherchent Dieu et croient encore à l\u2019intelligence.\u201d Suivent l\u2019étude de Marc Oraison sur l\u2019idée de péché face à l\u2019exploration de la vie inconsciente, le récit de Cerfaux sur la vie communautaire des premiers chrétiens, et enfin l\u2019analyse que fait Jean Onimus de notre monde actuel en mal de désintégration.Ce dernier auteur écrit:\t\u201cL\u2019esprit lucide est obligé de reconnaître qu\u2019en rationalisant la société, afin de la rendre efficace et matériellement riche, il construit une machine où l\u2019homme n\u2019a plus sa place .Jamais la condition humaine ne nous a autant scandalisés.Jamais le nihilisme n\u2019a fait autant de ravages, jamais les hommes n\u2019ont senti à ce point et jusqu\u2019à la douleur, le besoin d\u2019être sauvés.''' Richard Arès.Henri de Lubac, S.J.: L\u2019Eternel Féminin.Etude sur un texte du P.Teilhard de Chardin, suivie de Teilhard et notre temps.\u2014 Paris (13, quai de Conti), Aubier, 1968, 338 pp., 20 cm.Le titre ne doit tromper personne.¦' Spontanément, l\u2019homme pense à la femme.Il s\u2019agit d\u2019elle, mais de beaucoup plus et.mieux.Le Féminin (avec majuscule), ici et pour Teilhard, interprété par l\u2019A.avec la sympathie et l\u2019érudition qu\u2019on lui connaît, comprend: a) la femme pour l\u2019homme dans le dessein de Dieu; b) le principe inspirateur et animateur de tout progrès cosmique et spirituel; c) à la limite, et correctement, l\u2019Eglise, Marie, la Sagesse, voire l\u2019Esprit vu comme le cœur maternel de Dieu.Nombre de questions et de thèmes entourent une notion et une réalité aussi riches.Ils n\u2019apparaissent pas tous dans les lignes de Teilhard qui portent le titre donné par l\u2019A.à son ouvrage.Mais celui-ci, familier de l\u2019œuvre de T.et des commentaires, louangeurs et sévères, qu\u2019elle a suscités, élargit la perspective de l\u2019essai (poème et méditation) analysé par lui.L\u2019amour conjugal et la chasteté, leurs réalisations diverses dans la vie (surtout Marie) et les lettres A la Divine Comédie), les symboles qui les traduisent, en remontant jusqu\u2019à la Sagesse, à l\u2019Esprit et à la tendresse maternelle de Dieu (suggérée par la Bible), voilà ce qu\u2019étudie l\u2019A., insistant, à la défense de T., sur l\u2019intelligence que ce dernier avait de l\u2019analogie, clé de son orthodoxie.L\u2019A.convaincra-t-il les adversaires farouches du visionnaire?Il le veut à tout prix; les cent dernières pages (appendice indépendant de la lre partie) n\u2019ont pas d\u2019autre fin: apologie fervente, émouvante même de la foi du Père T.en un Dieu Personnel, en Jésus-Christ, vrai homme historique et comme tel immanent à l\u2019univers, vrai Dieu et ainsi transcendant absolu, de sa foi aussi et de sa soumission à l\u2019Eglise réelle, de sa confiance dans l\u2019avenir, fondée sur la force de la Tradition.L\u2019A.pense que, dans la crise actuelle, l\u2019œuvre du Jésuite célèbre et discuté peut contribuer au renouveau attendu.Par une piquante habileté, l\u2019A.raccorde plusieurs fois Teilhard avec Maritain et Paul VI; non moins habiles, les réserves concernant les insuffisances, naïvetés, imprécisions de la pensée et de l\u2019expression chez Teilhard, et que l\u2019A.tourne à son avantage; je ne lui reproche ni les unes ni les autres.Toujours sur la défiance, comme l\u2019Eglise nous y invite, à l\u2019endroit du \u201csavant\u201d et du \u201cthéologien\u201d Teilhard, je ne peux cependant que recommander le livre du P.de Lubac.Lu sans préjugés pour ou contre, il éclaire et stimule la réflexion, favorise un approfondissement de la foi, un élan d\u2019espérance, d\u2019amour et d\u2019obéissance auxquels les catholiques d\u2019aujourd\u2019hui, à moins de trahir et, par là, d\u2019aggraver le chaos, doivent livrer le meilleur de leurs énergies.Joseph d\u2019Anjou.Henri Denis: Pour une prospective théologique.Coll.\u201cPoints de repère\u201d.\u2014 Tournai (Montréal, 342, terrasse Saint-Denis), Casterman, 1967, 139 pp.18 cm.Prix: 65 fr.b.L\u2019intégrité dans l\u2019effort pour intégrer dogmatique et exégèse biblique, théologie et pastorale populaire, sens immuable des dogmes et mise à jour de leur formulation, non seulement au séminaire, mais en plein ministère sacerdotal ou catéchéti-que (ce dernier souvent exercé par des laïcs), voilà le principal souci de l\u2019A.En conséquence, il prône, entre chercheurs et pasteurs, un dialogue profitable à tous.Que vient faire alors le titre de son petit livre?Exactement ce que je viens d\u2019écrire, vu que manque un tel dialogue (ire partie).Avec autant de modestie que de fermeté, l\u2019A.propose (iie partie) les tâches du théologien: élucidation continue des certitudes de foi, adaptation sans compromis au développement culturel de l\u2019Eglise et du monde, témoignage rendu aujourd\u2019hui à la Vérité par une conduite accordée à l\u2019enseignement traditionnel; puis, il réclame des vulgarisateurs (p.\t104) capables d\u2019étreindre le meilleur de la science des maîtres et de le monnayer à l\u2019usage des curés et des fidèles.Plus que jamais, la théologie qu\u2019on veut prospective doit recourir à l\u2019anthropologie pour construire une ecclésiologie toute centrée sur l\u2019Homme-Dieu Jésus-Christ.Lu- mineux, parce que parfaitement ordonné, l\u2019opuscule de l\u2019A.force à réfléchir, sans fatiguer cependant, le style ayant ici une sobre vigueur et \u2014 malgré quelques fautes de langue \u2014 une très agréable vivacité.Joseph d\u2019Anjou.Gerardo del Lago, S.J.:\tPsychologie et Grâce.Traduit de l\u2019espagnol par l\u2019A.et Justin Schlegel.Coll.\u201cPsychologie pour notre temps\u201d.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Editions Salvator, 1967, 128 pp., 19 cm.Prix: 8 F.C xpliciter en cent pages le dynamisme -L^ de l\u2019interaction qui, au cœur de chacun, fait dialoguer psychisme humain et grâce divine constitue une gageure.L\u2019A.la tient avec honneur.Aux spécialistes l\u2019ouvrage, même incomplet, ne déplaira point.Aux profanes il apporte lumière, stimulant, réconfort.Bien que l\u2019homme naturel n\u2019ait jamais existé (pp.14-15), on doit forcément distinguer, pour les unir sans les confondre, nature et surnature, maturité psychique et sainteté.Dieu crée nature et grâce; il donne l\u2019homme à lui-même en se donnant à lui.Plénitude de sens, de maturité, de perfection chez l\u2019homme implique donc et exige, de fait, dans l\u2019ordre du salut, le seul ordre existentiel, recours libre à la grâce amoureusement promise à tous.Or, psychisme et grâce invitent à un même idéal d'oblativité verticale (adoration nécessaire du Créateur par la créature) et horizontale (amour: don reçu et offert dans les rapports avec le prochain).La névrose, régression égocentrique, empêche la maturité.Le péché, repliement égoïste, retarde ou ruine la sainteté.La grâce peut guérir la névrose; elle le fait rarement; elle sanctifie toujours les névrosés dans la mesure de leur capacité de coopération libre.Le mystère n\u2019a pas disparu; on en voit du moins les articulations.L\u2019A.présente de splendides extraits de maîtres en psychologie et en théologie; des passages restent discutables.L\u2019A.souligne l\u2019importance de coordonner l\u2019option fondamentale de la liberté, pouvoir d\u2019épanouissement personnel, et le libre arbitre, faculté qui choisit des biens ou fins intermédiaires, moyens aptes à conduire au Bien.Son opuscule mérite éloge et diffusion, surtout parmi les professionnels de la psychothérapie et de l\u2019éducation.Joseph d\u2019Anjou.Paul Toinet: A la recherche de la Foi perdue.Préface de Joseph Thomas, S.J.\u2014 Paris, Beauchesne, 1968, 191 pp., 19 cm.Un intellectuel catholique, grandi en milieu pratiquant, dans le rayonnement de l\u2019admirable foi de sa mère, s\u2019emploie, à l\u2019âge de la retraite, à une tâche de catéchiste.Il expose ici le cheminement qui l\u2019a conduit de la foi innocente et candide à la mise en question rigoureuse, à la mesure de sa formation de polytechnicien et d\u2019industriel engagé dans la conquête du monde.Teilhard l\u2019aide à opérer la synthèse des valeurs chrétiennes et profanes.Mais c\u2019est avant tout par la relecture de l\u2019Evangile qu\u2019il rebâtit sa foi et que celle-ci \u2014 qu\u2019il craignit de perdre \u2014 connaît ses \u201crelevailles\u201d.La route qu\u2019il a suivie pourra servir à d\u2019autres, du moins en partie car certaines vues sont discutables.Ce qu\u2019on retient surtout c\u2019est la qualité de cette relecture de l\u2019Evangile et la profondeur du témoignage de foi.Comme les disciples d\u2019Emmaüs, l\u2019A.chemine avec le Maître, le cœur tout chaud de cette Présence.Nous JUIN 1969\t187 recommandons cette lecture aux anciens de nos collèges désireux de repenser leur foi.Georges Robitaille.Jean-Jacques Larjvière, C.S.V.: Quand les jeunes doutent de Dieu et de l\u2019Eglise .Coll.Foi et Liberté.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1969, 148 pp., 19.5 cm.pE petit livre s\u2019adresse aux jeunes, tout particulièrement aux jeunes qui ont des doutes sur Dieu et sur l\u2019Eglise et qui cherchent à voir clair.L\u2019A.l\u2019a composé à la suite d\u2019une longue enquête auprès de 2,016 garçons et de 1,092 filles.Il essaie ici de bien situer les objections de ces jeunes et d'y apporter des éléments de réponse.Cinq questions reçoivent une attention particulière: 1) Dieu existe-t-il?2) Dieu est-il vraiment bon et juste ?3) Faut-il croire en Dieu en dépit de l\u2019Eglise ?4) Et après la mort ?5 ) L\u2019homme est-il vraiment libre ?Les réponses données sont à la portée des jeunes et l\u2019A.ne craint pas de mettre les choses au point.Parlant, par exemple, de la Déclaration sur la Liberté religieuse, faite par Vatican II, il écrit: \u201cPlus d\u2019un a vu dans cette Déclaration la reconnaissance du droit de chacun à choisir la religion de son goût ou encore la possibilité de les rejeter toutes, si elles apparaissent inutiles ou contraignantes pour la liberté individuelle.On a pensé que cette revendication s\u2019adressait à Dieu alors qu\u2019en réalité elle s\u2019adresse aux pouvoirs publics: elle souhaite qu\u2019aucune contrainte sociale n\u2019empêche qui que ce soit de pratiquer, même publiquement, une religion à laquelle il croit sincèrement, comme on désire également qu\u2019aucun pouvoir public n\u2019oblige qui que ce soit à adhérer par la force à une religion qui n\u2019est pas la sienne\u201d (p.107).Puissent le plus grand nombre possible de jeunes lire ces pages qui leur sont destinées.Richard Arès.André Manaranche, S.J.: Prêtres à la manière des Apôtres pour les hommes de demain.Coll.L\u2019Eglise en son temps \u2014 Initiations.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 3 éd., 1968, 232 pp., 18 cm.TDarmi la multitude d\u2019ouvrage qu\u2019a suscités, depuis le Concile, la mise en question du sacerdoce: sa fonction propre, le célibat, ses tâches, etc., celui-ci est parmi les meilleurs par la vigueur et la solidité de la pensée théologique, par la profondeur spirituelle, par le bon sens pratique, enfin par les qualités du style.Trois grands thèmes structurent cette réflexion: la théologie du sacerdoce telle qu\u2019il se situe dans l\u2019Eglise décrite par Lumen Gentium; ainsi s\u2019éclairent les rela- L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS - LITHOGRAPHES \u2022 STUDIO D\u2019ART 8125, BOUL.SAINT-LAURENT MONTRÉAL (351').QUÉBEC 388-5781 tions du prêtre avec le Christ, avec le Peuple de Dieu, avec le monde.Le 2e thème s\u2019attache à la vie spirituelle qu\u2019appelle la vie apostolique ou sacerdotale.Cette fois, l\u2019A.interroge l\u2019histoire de cette vie dans l\u2019Eglise: chez les Douze avec Jésus, puis, après la Pentecôte et à travers toutes les époques, même les plus critiques: 4e, 8e, lie, 13e, 16e et 20e siècles.De cette vue panoramique se dégage de façon impressionnante la fidélité constante de l\u2019Eglise à vouloir pour ses prêtres l\u2019authentique vie apostolique, toujours substantiellement identique à elle-même.Enfin une 3e partie reprend la description de la vie apostolique au niveau des faits d\u2019aujourd\u2019hui, en ses étapes ou modalités majeures: vocation, formation spirituelle et intellectuelle, répartition des tâches, animation.Prêtres et séminaristes en recherche, en retraite ou en recyclage s\u2019attacheront à ce petit ouvrage qui peut les aider à devenir ou à redevenir \u201cprêtres à la manière des Apôtres\u201d.Georges Robitaille.Gerd Hamburger: Le mariage du prêtre catholique.Trad, de René Virrion.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1968, 200 pp., 19 cm.Ouvrage spécieux et tendancieux, et cependant d\u2019une certaine valeur, où l\u2019A., sous un pseudonyme, prétend nous convaincre, par l\u2019analyse des courants de pensée qui ont conflué dans l\u2019Eglise au cours de l\u2019histoire, que la présente loi du célibat sacerdotal est \u201ccontraire à la structure de l\u2019homme, clairement manifestée par la Révélation\u201d (p.155).L\u2019exégèse que l\u2019A.propose des paroles de Notre Seigneur et de saint Paul n\u2019a rien de convaincant.Moins encore, la façon sommaire dont il rapporte (pp.37, 38), l\u2019opinion contraire exprimée par Karl Rahner, en 1967, et dont il met en doute l\u2019émouvante sincérité (v.Relations, 1968, pp.218-221).Bien d\u2019autres points sont contestables.L\u2019histoire du célibat sacerdotal, Rahner le reconnaissait, n\u2019est pas toute de lumière et de grâce.Là aussi, Dieu a écrit droit sur nos lignes brisées.Le Magistère demeure la pierre angulaire de l\u2019Eglise et c\u2019est lui qui nous déclare, par la bouche de Paul VI, dans l\u2019encyclique Sacerdotalis Cœli-batus: \u201c.L\u2019Eglise d\u2019Occident ne peut pas faillir dans la fidélité à la tradition ancienne qui est la sienne; il n\u2019est pas pensable qu\u2019elle ait pendant des siècles suivi un chemin qui, au lieu de favoriser la richesse spirituelle de chacun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon compromis celle-ci, ou que, par des interventions juridiques arbitraires, elle ait endigué le libre développement des réalités les plus profondes de la nature et de la grâce\u201d (41).Georges Robitaille.Panagiotis N.Trembelas: Dogmatique de l\u2019Eglise orthodoxe catholique, vol.III.Coll.Textes et Etudes théologiques.Paris.Ed.Desclée de Brouwer et Ed.de Chevretogne, 1968, 638 pp., 22.5 cm.Disons tout de suite, pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de confusion chez nos lecteurs, qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019une théologie grecque orthodoxe.L\u2019archimandrite Pierre Dumont, O.S.B., nous livre ici sa traduction française du 3e tome de l\u2019œuvre monumentale du professeur Trembelas.Il y traite des Sacrements (pp.9-384) et de l\u2019Eschatologie (385-544); quand j\u2019étais aux études ce dernier traité s\u2019appelait De Novissimis.La science de l\u2019auteur est colossale et nourrie des Pères de l\u2019Eglise.On voit que la Patrologie grecque et latine de Migne lui est familière à un degré extraordinaire.Il a lu et médité surtout s.Jean-Chrysos-tome, qu\u2019il cite plus de cent fois dans ce seul volume, mais tous les Pères Grecs lui sont présents à l\u2019esprit et il revient tellement à eux qu\u2019on voit qu\u2019il en est nourri.Chez les Pères latins, il a recours à s.Augustin à peine moins qu\u2019à Chrysostome; Tertullien revient presque aussi souvent, mais il allègue aussi Clément de Rome (que d\u2019aucuns appelleront un Père grec), s.Cyprien (très souvent dans ce volume) s.Ambroise, s.Jérôme, s.Léon-le-Grand etc.Il connaît aussi les Scolastiques, s.Thomas surtout, mais ce n\u2019est pas le seul.Il a étudié quelques-uns des théologiens modernes parmi lesquels il a ses favoris.Il a fait le tour des théologiens protestants, et discute leurs classiques: Luther, Calvin, Melanchton, Leibnitz, la Confession d\u2019Augsbourg, etc.On trouve de fréquentes références aux théologiens orthodoxes, surtout Androutsos, mais on est heureux de revoir souvent réaffirmée l\u2019autorité des livres symboliques, surtout de la confession de foi du roumain, métropolite de Kiev, Pierre Moghila; l\u2019érudition de l\u2019auteur est immense, bien assimilée et le livre est fortement pensé.Il servira beaucoup, parce que c\u2019est le seul où on puisse s\u2019instruire directement sur la théologie orthodoxe grecque, et en ces temps d\u2019œcuménisme, c\u2019est important.De plus, tous les théologiens dignes de ce nom y trouveront des filons inépuisables sur la doctrine des Pères de l\u2019Eglise et cela aussi, de nos jours, est très précieux.M.Trembelas insiste beaucoup sur les différences avec la théologie catholique et il trouve parfois des termes assez sévères.Nous ne le chicanerons pas pour cela.Cela aussi rend service et il n\u2019y a rien comme la sincérité pour commencer un dialogue.Ce n\u2019est évidemment pas ici la place d\u2019engager des polémiques avec l\u2019illustre théologien, ou de rappeler les controverses séculaires entre Grecs et Latins.Les difficultés sur lesquelles M.Trembelas insiste sont réelles, mais il y a moyen de les résoudre, si on y met du temps, de l\u2019étude et de la bonne volonté.Dans l\u2019Eglise \u201ccatholique romaine\u201d, comme notre auteur l\u2019appelle, il existe une multitude de rites et de chrétientés qui cohabitent assez paisiblement sous la houlette du pape.On est conscient des différences liturgiques, terminologiques et même doctrinales (si la divergence est licite) qui peuvent surgir en divers pays, suivant les époques.Si on veut les concilier, on y arrive et l\u2019esprit surnaturel chez le pape qui est le chef, chez les évêques, les théologiens, et les fidèles, aide beaucoup.Joseph Ledit.Morale Louis Monden, S.J.: La Conscience du péché.Coll.\u201cBibliothèque d\u2019Etudes psychoreligieuses\u201d.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1965, 208 p., 21.5 cm.On ne regrette pas d\u2019avoir lu le livre du P.Monden.Il donne vraiment ce qu\u2019il promet, et même davantage.Le premier chapitre nous fait réfléchir sur \u201cLe sens des mots\u201d; il s\u2019agit des mots conscience, obligation, loi, faute ou péché, culpabilité, contrition, aveu, ferme propos.L\u2019A.montre que les mêmes termes peuvent rejoindre des réalités totalement différentes selon le niveau où se situe le comportement éthique de l\u2019homme: le niveau de l\u2019instinct, le niveau moral et le niveau religieux chrétien.Evidemment, la vie est nuancée et l\u2019homme 188 RELATIONS vit simultanément à ces trois niveaux; son agir moral en portera la marque.De là une série de problèmes pour la morale et la pastorale actuelle.L\u2019A.se propose de répondre à trois séries de questions: la première \u201ctouche les rapports entre liberté et déterminisme dans l\u2019agir de l\u2019homme concret\u201d, la deuxième \u201cle rapport entre la spontanéité créatrice de valeurs et le joug de la loi\u201d et la troisième \u201cle rapport entre effort moral et rédemption religieuse\u201d.Dans chaque cas, il établit d\u2019abord l\u2019état de la question, il suggère ensuite les éléments d\u2019une solution de principe pour passer ensuite au plan pastoral.L\u2019ouvrage, et l\u2019auteur ne le prétend pas non plus, n\u2019apporte pas de solution définitive! C\u2019est une contribution très intéressante aux efforts des théologiens actuels pour renouveler la théologie morale catholique et la pastorale.\u201cLa conscience du péché\u201d mettra le lecteur en contact avec une foule de perspectives neuves dont il entend parler depuis quelques années.Il comprendra mieux les orientations nouvelles de la théologie morale, non seulement en ce qui concerne le péché, mais dans son optique fondamentale, qui se veut plus réaliste, et il en sera peut-être rassuré.C\u2019est un volume qui peut apporter beaucoup de lumière aux confesseurs et les aider à ajuster leur pastorale.Les laïcs cultivés en feront aussi leur profit pour la formation de leur conscience et ils verront mieux l\u2019attention apportée aujourd\u2019hui par les théologiens à toutes les réalités qui sont dans l\u2019homme.Léo Pigeon.Georges Ledoux:\tAmour et Naissances.Préface du docteur Paul Chauchard.\u2014 Paris, Téqui, 1967, 218 pp., 18 cm.Cet opuscule paru en 1967 garde une étonnante actualité en 1968 après la parution de l\u2019encyclique Humanœ Vitœ et, en particulier, de l\u2019admirable Note pastorale de l\u2019épiscopat français sur l\u2019Encyclique.C\u2019est en effet \u201cune synthèse pratique et morale des meilleures méthodes actuelles de régulation des naissances\u201d, dans l\u2019esprit de la constitution Gaudium et Spes et de la déclaration Dignitatis humanœ; Paul VI en son Encyclique prolonge l\u2019enseignement de ces textes conciliaires.En une langue parfaitement claire et accessible et cependant digne, sont envisagés la plupart des cas et problèmes que pose aux époux l\u2019expression de leur amour.Le volume s\u2019adresse aux époux, aux fiancés et à ceux qui ont charge de les conseiller.Il peut grandement les aider à s\u2019engager dans la voie de cheminement spirituel que le Pape et les évêques viennent d\u2019éclairer intensément.Georges Robitaille.Hubert Renard: L\u2019automobiliste et la morale chrétienne.Coll.\u201c?Réponses chrétiennes\u201d.\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 1967, 306 pp.18.5 cm.Cette Étude est une des plus considérables qui aient été entreprises sur les problèmes moraux que suscite aujourd\u2019hui la conduite d\u2019une automobile.A partir de nombreux faits et d\u2019enquêtes sur les causes d\u2019accidents, l\u2019A.examine d\u2019abord les principales influences qui s\u2019exercent sur le conducteur ou sur la conductrice (plusieurs pages sont consacrées à une analyse comparée des attitudes de l\u2019homme et de la femme au volant).Il indique ensuite quels sont les enseignements du droit sur le pro- JUIN 1969 blême de la responsabilité des automobilistes.Cette deuxième partie a plus d\u2019intérêt pour le lecteur de France que pour celui du Canada, puisque le droit en question est le droit français.Mais la troisième partie, qui a pour titre \u201cL\u2019automobiliste devant la morale chrétienne\u201d, s\u2019adresse aux lecteurs chrétiens de tous les pays.Elle contient trois chapitres: \u201cL\u2019automobiliste devant la vertu de justice\u201d, \u201cL\u2019automobiliste devant la vertu de charité\u201d, \u201cPrudence et maîtrise de l\u2019instinct, conditions préalables à la morale de l\u2019automobiliste\u201d.C\u2019est la partie la plus importante, la plus neuve, celle qu\u2019il faudrait, si cela était possible, faire lire et surtout appliquer par tout automobiliste dont la conscience est encore sensible aux exigences de la morale chrétienne.Richard Arès.En collaboration (sous la direction du P.Babin, O.M.I.): Pureté.Coll.\u201cMonde et foi\u201d.\u2014 Montréal (2585, rue Létour-neux), Editions du Chalet, 1965, 52 et 124 pp., 22 cm.Prix: $2.50.Si l\u2019on compare le dossier de catéchèse qui traite de la pureté au précédent, qui parle de l\u2019amitié, on constate un progrès dans la matière, mais un recul dans la manière.Le premier, moins religieux de soi, a une résonance d\u2019Evangile et de théologie plus sensible.Jésus-Christ y occupe une place royale, la sienne; il n\u2019a pas la portion congrue dans le dossier de la pureté; la Vierge non plus, ni les saints.On y fait allusion, on en tient compte; les AA.donnent un sens catholique et correct à leur catéchèse, et leur méthode pédagogique paraît sans défaut.Mais, par une timidité inexcusable, ils évitent les précisions et les approfondissements que requiert, surtout de nos jours, l\u2019âge des élèves visés (14-16 ans).Pourquoi n\u2019a-t-on pas consulté la brochure du P.Gerald Kelly: Jeunesse moderne et Chasteté ?Elle dépasse tous les ouvrages recommandés par les auteurs, qui auraient dû omettre H.Georges, Sans tricher, et P.Dufoyer, Que sont-ils ?De plus, contre l\u2019opinion de von Hildebrand et du P.Plé, je ne pense pas qu\u2019on doive aborder ensemble pureté et chasteté.Celle-ci s\u2019impose absolument à tous; la pureté n\u2019appartient, chez les personnes humaines, qu\u2019à Marie et englobe tous les aspects de tout l\u2019être.La chasteté a rapport à l\u2019ordre sexuel, riche, complexe, qui s\u2019étend au delà du génital: les AA.le soulignent justement.Pourquoi, alors, ne pas s\u2019en tenir à la vertu (force, dynamisme épanouissant) qui règle les pensées, affections et gestes de l\u2019être humain en tant que masculin d\u2019une part et féminin de l\u2019autre ?On éviterait des confusions qui nuisent à la clarté de l\u2019enseignement, à la justesse propre (aux deux sens de cet adjectif) de la pensée et de l\u2019expression nécessaire aux adolescente ) s dans cette matière galvaudée par l\u2019ignorance, la fausse pudeur et surtout par l\u2019impudeur des adultes (?).On risque aussi d\u2019aboutir au refus d\u2019un idéal irréalisable, sauf miracle, s\u2019il s\u2019agit de la pureté, alors que la chasteté, même rare dans sa réalisation concrète, demeure, comme les AA.le savent, la loi même de la personne sexuée, le mouvement interne qui la porte à sa perfection et, par elle, à son bonheur.Critique négative que la nôtre ?Non pas.Les AA.nous invitent à leur livrer nos observations.Faute d\u2019espace, je ne peux relever les naïvetés nombreuses, les ambiguïtés et insuffisances doctrinales, heureusement faciles à corriger ou à combler, les fautes de langue, intolérables dans un manuel, les citations splendides grâce auxquelles nous apprenons, à notre honte, l\u2019exquise qualité que revêt, chez les convertis du paganisme, du bouddhisme ou de l\u2019islamisme, la vertu de chasteté.Joseph d\u2019Anjou.Canadians Marcel Trudel: Atlas de la Nouvelle-France.An Atlas of New France.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1968, 220 pp., 29.5 cm.Prix: $5.00.TJeureux les élèves et les étudiants d\u2019au-J- jourd\u2019hui qui, pour apprendre l\u2019histoire de la Nouvelle-France, ont à leur disposition une pareille collection de cartes géographiques ! Tout y est: des premières explorations jusqu\u2019à la chute de 1760, les fleuves, les rivières et les lacs, les campagnes militaires, les divisions administratives, les seigneuries et les paroisses, le plan des principales villes : Louisbourg, Québec, Trois-Rivières, Montréal, Détroit, la Nouvelle-Orléans, etc.Chaque carte est accompagnée d\u2019un commentaire et d\u2019une présentation qui en rendent la consultation plus aisée.Un précieux instrument à qui veut comprendre l\u2019histoire de la Nouvelle-France.Richard Arès.André Beaulieu, Jean-Charles Bonenfant, Jean Hamelin: Répertoire des Publications gouvernementales du Québec, 1867-1964.\u2014 Québec, Roch Lefebvre, Imprimeur de la Reine, 1968, 554 pp., 23 cm.Ouvrage qui rendra de grands services à tous ceux qui, un jour ou l\u2019autre, ont à traiter des affaires publiques.Le gouvernement du Québec, en effet, publie une multitude de travaux, de documents et d\u2019ouvrages, dont l\u2019existence demeure ignorée du public.Les AA.ont classé et systématisé ces publications en divers chapitres: celles de îa Législature, du Conseil exécutif, des divers ministères: Affaires culturelles, Affaires fédérales-provinciales, Affaires municipales, Agriculture et Colonisation, Education, Famille et Bien-Etre social, Finances, Industrie et Commerce, Justice, Revenu, Richesses naturelles, Santé, Terres et Forêts, etc.Une légère erreur s\u2019est glissée à la page 48, à propos des annexes au Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels: l\u2019annexe 4 de ce Rapport a pour auteur Arthur Tremblay et pour titre \u201cContribution à l\u2019étude des problèmes et des besoins de l\u2019enseignement dans la province de Québec\u201d, et non pas comme l\u2019indique le Répertoire, \u201cLa centralisation et les relations fédérales-provinciales\u201d de François-Albert Angers (annexe qui porte le numéro 11).Richard Ares.En collaboration: Le système politique du Canada.Institutions fédérales et québécoises.Sous la direction de Me Louis Sabourin.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 508 pp.23.5 cm.IL n\u2019exjste en langue française que très peu d\u2019ouvrages sur le système politique canadien, et encore sont-ils, pour la plupart, épuisés depuis longtemps.A l\u2019occasion du centenaire de la Confédération, l\u2019Université d\u2019Ottawa en collaboration avec la Société Radio-Canada a eu l\u2019idée de faire donner à la radio une série de leçons \u2014 vingt-sept en tout \u2014 dans le cadre des \u201cCours universitaires\u201d, afin de faire connaître davantage aux auditeurs canadiens notre système de gouvernement.Cinq leçons décrivent ce sys- 189 tème, dix portent sur \u201cles institutions politiques fédérales\u201d, six analysent \u201cles institutions politiques provinciales\u201d, en particulier celles du Québec, deux sont consacrées aux institutions municipales, puis, à tour de rôle, le système judiciaire canadien, les commissions royales d\u2019enquête, la politique étrangère du Canada et l\u2019avenir du système politique canadien font l\u2019objet d\u2019une leçon.Enfin, un appendice contient nos principaux textes constitutionnels, depuis celui du Traité de Paris, 1763, jusqu\u2019à celui des Propositions adoptées à la conférence constitutionnelle d\u2019Ottawa, février 1968.On ne peut s\u2019attendre à trouver une complète unité de présentation et de style dans un ouvrage qui compte environ vingt-cinq collaborateurs, les uns de langue anglaise, les autres de langue française; l\u2019ouvrage n\u2019en demeure pas moins le meilleur qui ait été publié jusqu\u2019ici en français sur notre système politique.Richard Arès.Robert-Lionel Séguin: La civilisation traditionnelle de P \u201chabitant\u201d aux 17e et 18e siècles.Fonds matériel.Montréal (245 est, bd Dorchester), Fides, 1967, 704 pp., 24 cm.Ouvrage monumental, qui suppose de longues et minutieuses recherches dans les documents du passé de la Nouvelle-France.Tous les aspects de la vie de 1\u2019 \u201chabitant\u201d canadien y passent et sont décrits à l\u2019aide de vieux documents.Tout d\u2019abord, une introduction présente \u201cl\u2019homme\u201d: ses origines, son langage, son instruction, son sens religieux, ses divertissements, son portrait, etc.Suit une première partie consacrée au \u201cpatrimoine\u201d, c\u2019est-à-dire à ce que possède 1\u2019 \u201chabitant\u201d; l\u2019A., qui semble avoir tout lu sur le sujet, décrit la formation de ce patrimoine, son exploitation, son administration et sa transmission.Une deuxième partie étudie ensuite \u201cle milieu matériel\u201d, c\u2019est-à-dire l\u2019habitation, l\u2019aménagement intérieur, les dépendances, le costume, l\u2019alimentation, le cheptel, les transports et l\u2019équipement technique.L\u2019œuvre de M.Séguin apporte vraiment du nouveau.Jusqu\u2019ici on avait écrit bien peu sur 1\u2019 \u201chabitant\u201d au temps de la Nouvelle-France.Avec raison, l\u2019A.se pose la question:\t\u201cPourquoi ce désintéressement, cette sorte de conspiration du silence à l\u2019égard d\u2019une figure dominante de la société canadienne-française ?Trop de travailleurs n\u2019ont cherché que des sujets à panache.La valeur d\u2019une œuvre historique s\u2019estime pourtant à d\u2019autres normes.Les coutumes, les mœurs et les conditions économico-sociales de l\u2019homme du terroir méritent sûrement un meilleur sort.\u201d M.Séguin vient de combler cette lacune, et de le faire avec tant d\u2019ampleur et de richesse que personne à l\u2019avenir ne pourra écrire sur le même sujet sans se référer à ce magistral ouvrage.Richard Arès.Revue de l\u2019Institut de Sociologie: Aperçu sociologique sur le Québec.\u2014 Université libre de Bruxelles, 1968/1, 124 pp.23.5 cm.T l est regrettable que ce numéro spécial sur le Québec nous soit arrivé si tard (presque un an et demi après sa publica- 190 tion) et qu\u2019il soit si peu connu au Canada.Il contient des études remarquables, toutes par des Canadiens français du Québec.Ainsi, le professeur Jacques Dofny présente le rôle qu\u2019a joué et que joue encore la sociologie dans la province; le doyen Philippe Garigue analyse l\u2019évolution du nationalisme, lequel devient de plus en plus québécois et se fonde sur trois propositions de base: un pays, une langue, une nation.Deux études suivent qui portent sur Montréal, la première de Jacques Brazeau décrit la situation linguistique, la seconde de Norbert Lacoste, la morphologie religieuse.Pour Mme Carisse, dont l\u2019article a pour titre \u201cFécondité et famille au Canada français\u201d, le Québec se trouve au même diapason que \u201cla majorité des sociétés industrielles par son refus tant de la famille nombreuse que de la petite famille\u201d, et \u201cil est évident qu\u2019une régulation des naissances s\u2019impose\u201d.Les trois derniers textes sont de trois sociologues, et les plus importants: \u201cLe Québec n\u2019est plus un passé mais un avenir\u201d, de Jean-Charles Falardeau, \u201cMultiplication des élites et changement social au Canada français\u201d, de Guy Rocher, \u201cSur l\u2019évolution des idéologies au Québec\u201d, de Marcel Rioux.Un léger reproche qu\u2019on pourrait leur faire est le suivant: publiés en 1968, ces textes datent déjà: dans le premier il est question du \u201cgouvernement actuel dirigé par M.Lesage\u201d, dans le second on y affirme catégoriquement que \u201cle Crédit social est maintenant déjà en perte de vitesse\u201d, et les analyses du troisième s\u2019arrêtent à l\u2019année 1965.Je n\u2019en recommande pas moins la lecture attentive des textes de MM.Rocher et Rioux.Pour ce dernier, les idéologies du Québec de 1954 à 1965 se résument à trois: l\u2019idéologie de conservation, l\u2019idéologie de contestation et de rattrapage, l\u2019idéologie de développement et de participation.Bien que souffrant de quelques notables omissions, cette présentation est assez juste dans son ensemble, et la plupart des Québécois s\u2019y retrouveront aisément.Richard Arès.François-Xavier Garneau: Voyage en Angleterre et en France dans les années 1831, 1832 et 1833.Texte établi, annoté et présenté par Paul Wyczynski.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 375 pp., 21.5 cm.Dans la collection Présence, Section A, (Le Saint-Laurent), le Centre de Recherches en littérature canadienne-française de l\u2019Université d\u2019Ottawa entreprend la publication, sous forme d\u2019éditions critiques, de nos écrivains des XIXe et XXe siècles.Il veut par là fournir \u201caux professeurs et étudiants des textes scientifiquement établis, accompagnés de données nécessaires sur la nature de l\u2019ouvrage et la vie de son auteur\u201d.Projet louable et opportun; et il convenait assurément de commencer la collection par notre historien national.Bien que le Voyage soit le dernier en date des ouvrages publiés par Garneau, l\u2019A.nous donne ici une généalogie et chronologie de son personnage (11-30) ainsi que sa bibliographie (31-53), la liste des corrections apportées au texte de Garneau (55-62).L\u2019Introduction (63-108) étudie, en autant de paragraphes, la genèse du Voyage de Garneau en Europe, l\u2019architecture du récit, l\u2019art de la description, le portrait littéraire et le style de Garneau.Les corrections du texte nous ont paru judicieuses et exactes ainsi que les commentaires lexico-graphiques et stylistiques.Notons en terminant quelques errata, dont pourrait peut-être profiter une seconde édition.Page 11, on lit: \u201c23 juillet 1663.Louis Garnaud se marie, à Québec, devant le notaire Audouard, avec Marie Masoué.\u201d N\u2019y aurait-il pas ici confusion entre contrat et cérémonie de mariage ?L\u2019inventaire des contrats de mariage dressé par Pierre-Georges Roy, t.III, 43, place le contrat à la date du 9 juillet; et dans son Introduction à l\u2019Histoire du Canada (Paris, Alcan, 1920), M.Hector Garneau écrit que le mariage eut lieu le 23 juillet.On lit également dans le même paragraphe: \u201cPeu de temps après, les jeunes mariés iront s\u2019installer à l\u2019Ange-Gardien, endroit attenant à la paroisse de Château-Richer.La colonie y existe depuis 1570\u201d.N\u2019est-ce pas un peu trop tôt ?Page 66, note 5, l\u2019historien bien connu Robert Sylvain devient Robert Sylvin.Parmi les journaux avec lesquels Henri-Emile Chevalier entretenait des relations amicales, il y a (p.325) L\u2019Echo du Cabinet provincial; il faudrait lire, croyons-nous l\u2019Echo du Cabinet de Lecture paroissial.Tout cela, il va sans dire, n\u2019enlève rien à la valeur d\u2019ensemble de l\u2019ouvrage.Léon Pouliot.Marcel Boudreault: Rythme et mélodie de la phrase parlée en France et au Québec.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1968, 276 pp.cxvi planches, 22.5 cm.L excellente collection de la Biblio-' thèque française et romane (Strasbourg) nous offre un 4ème ouvrage, dans la série Langue et littérature française au Canada.Il s\u2019agit d\u2019une recherche sérieuse et très poussée portant sur des éléments peu faciles à cerner et à apprécier: le rythme et la mélodie de la phrase française, telle qu\u2019on l\u2019entend sur le sol de France et telle qu\u2019on l\u2019entend dans les bouches canadiennes.Bien sûr, semblable étude devrait théoriquement porter sur toutes les formes possibles d\u2019énoncés: les conditions du travail humain, toutefois, obligent un chacun à limiter sa recherche.Ici, l\u2019A.a soigneusement préparé un corpus de 100 phrases énonciatives relativement courtes, qu\u2019il a fait prononcer de la façon la plus naturelle possible par des sujets canadiens (de Beauport, Québec) et des sujets parisiens offrant le plus possible les mêmes caractéristiques de culture, de rang social, etc.L\u2019étude entière porte sur la durée, la fréquence et l\u2019amplitude.Dans une série de 116 planches, on trouve des tracés oscillo-graphiques et de nombreuses visualisations relatives aux divers phénomènes dont l\u2019examen constitue la trame de l\u2019ouvrage.Qu\u2019est-il sorti de la lecture des nombreux graphiques tracés par les instruments auxquels on a confié les énoncés du corpus ?Une conclusion qui ne manque pas d\u2019intérêt: \u201c.Dans la mesure où il nous est permis de généraliser, notre travail nous amène à la conclusion qu\u2019il n\u2019existe pas de différences essentielles de rythme et de mélodie entre le français parlé au Canada et le français parlé en France.\u201d (120) Ce qui, de fait, constitue l\u2019accent canadien serait à trouver \u201cau niveau des infrastructures: accents inégalement marqués, articulations plus ou moins longues, désonorisations vocaliques plus fréquentes, etc.\u201d (ibid.) Ernest Richer.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Jacques Leclercq: Aujourd\u2019hui, mariage d\u2019amour.?\u2014 Paris (10, rue Cassette), P.Lethielleux, 1968, 144 pp.Le chanoine Leclerq, que beaucoup de nos lecteurs connaissent, traite de l\u2019amour, hors du mariage et dans le mariage.Publié avant l\u2019encyclique Humana Vitœ, ce petit traité offre quand même des vues intéressantes sur la question de la fécondité dans le mariage.Pour terminer, l\u2019A.essaie de répondre à la question: Que veut dire le mot \u201cnature\u201d ?E.Lipinski: La liturgie pénitentielle dans la Bible.\u2014 Paris (29 Bvd Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1969, 120 pp.Etude sur les cérémonies pénitentielles communautaires dans l\u2019Ancien Testament.Le sujet est d\u2019actualité, puisque se multiplient aujourd\u2019hui dans l\u2019Eglise des cérémonies de ce genre.A.M.Cocagnac: Pierre, pêcheur du Christ.L\u2019Esprit de Pentecôte.Coll, \u201cles Albums de l\u2019Arc-en-Ciel\u201d, chacun 24 pp.\u2014 Pour comprendre mon Baptême, 48 pp.\u2014 Les mots de la Bible, 96 pp.\u2014 Paris, les Editions du Cerf, 1968.Albums illustrés pour les jeunes.Tous les sujets traités sont religieux.L\u2019album \u201cLes mots de la Bible\u201d est particulièrement soigné et adapté à la mentalité de la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Saint Thomas d\u2019AQUiN: Somme théologique.L\u2019Ordre.Traduction française par M.J.Gerlaud, O.P.et J.Lécuyer, C.S.Sp.\u2014 Paris, Desclée & Cie, Editions du Cerf, 1968, 248 pp.Réédition et mise à jour d\u2019un ouvrage paru en 1931.Les nouvelles notes et explications visent à \u201cconfronter la pensée de l\u2019auteur avec la pensée actuelle de l\u2019Eglise, telle qu\u2019elle s\u2019est manifestée surtout dans le IIe Concile du Vatican\u201d.Eliane Amado Lévy-Valensi: Isaac, gardien de son frère ?\u2014 Anna Freud: Initiation à la psychanalyse pour éducateurs.\u2014 J.-B.Fages: Le structuralisme en procès.\u2014 Cyrille Koupernik: L\u2019équilibre mental.\u2014 Toulouse (14, rue des Arts), Privât éditeur, 1968, 96, 118, 128 et 122 pp.Quatre petits livres.Le premier porte sur le dialogue israélo-arabe et ses implications inconscientes; le second présente quatre conférences et quelques observations supplémentaires sur la psychanalyse de l\u2019enfant par la fille de Sigmund Freud; le troisième fait le \u201cprocès\u201d du structuralisme, c\u2019est-à-dire qu\u2019il en fait la critique et en montre le développement chez les auteurs modernes; quant au quatrième, son auteur, un médecin, répond à la question: à partir de quoi s\u2019établit et se maintient notre équilibre nerveux et psychique ?Robert Rumilly: Histoire de la province de Québec.Tome XL, La guerre de 1939-1945: Le Bloc Populaire.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1969, 302 pp.Récit des événements survenus au Québec et à Ottawa durant les années 1942 et 1943.Nous assistons à la naissance et aux premiers pas du Bloc Populaire Canadien, dont les buts généraux sont ainsi définis: \u201cLe Bloc veut assurer l\u2019indépendance au Canada, l\u2019autonomie aux provinces, l\u2019égalité aux deux principales races.\u201d Le Bloc est mort, mais les objectifs qu\u2019il poursuivait restent encore à réaliser ! Albin Luchini:\tLes chrétiens croient-ils encore au livre?\u2014 Paris (12, avenue Sœur-Rosalie) Editions Ouvrières, 1967, 208 pp.Résultats d\u2019une enquête faite en France sur le livre de religion.L\u2019édition religieuse représente environ 5% du chiffre d\u2019affaires, 7% des titres publiés, 25.2% des traductions effectuées, 4% des tirages et 7% des ventes à l\u2019exportation de l\u2019édition française dans son ensemble.Le Père Lebret.L\u2019économie au service des hommes.Textes choisis et présentés par François Malley, O.P.\u2014 Coll.\u201cChrétiens de tous les Temps\u201d.\u2014 Paris (29, bvd Latour-Maubourg), Editions du Cerf, 1968, 256 pp.Deux grandes parties: une Introduction à la vie et à l\u2019œuvre du Père Lebret, et une série de Textes, d\u2019une part peignant le \u201cPortrait spirituel du chrétien engagé\u201d et montrant, d\u2019autre part, \u201cl\u2019économie au service des hommes\u201d.Un précieux petit ouvrage en hommage à la mémoire d\u2019un grand apôtre social.OUVRAGES REÇUS Rabut, Olivier: L\u2019expérience religieuse fondamentale.Coll.L\u2019Actualité religieuse, 27.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1969, 189 pp.Roger-Vercel, Simone: La fin du grand hiver.Coll.La Palme d\u2019Or.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1969, 208 pp.Roleine, Roberte: La nuit des cyclades.Coll.La Palme d\u2019Or.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1969, 264 pp.Rondeau, Marc: La promotion de la femme dans la pensée de l\u2019Eglise contemporaine.\u2014 Montréal, Fides, 1969, 292 pp.Semaine de missiologie de Louvain (38e) 1968: Liberté des jeunes Eglises.Rapports, échanges et carrefours.\u2014 Paris et Bruges, Desclée de Brouwer, 1968, 235 pp.Seth, Ronald: Le plus anglais des espions allemands.Traduit de l\u2019anglais par Marie Morel.\u2014 Bruxelles, Editions Arts et Voyages, 1968, 200 pp.Société Royale du Canada: Réception de MM.Jean Ménard et Jean-Guy Pilon, 9 nov.1968.Allocutions et réponses, 55 pp.Stenuit, Robert: L\u2019or noir sous les flots bleus.\u2014 Bruxelles, Editions Arts et Voyages, Lucien De Meyer, 1968, 202 pp.Albert du Sacré-Cœur, P., (Albert Seylaz) : Joseph, \u201cfils de David\u2019\u2019 et dernier héritier de la Promesse.Coll.\u201cVie spirituelle et vie intérieure\u201d.\u2014 Paris, P.Lethielleux, 1969, 128 pp.Assolant, Alfred:\tLes aventures de Corcoran.Adaptation nouvelle de G.Delehaye.Coll.\u201cMistral\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1969, 119 pp.Bellet, Maurice: Le sens actuel du christianisme.Un exercice initial.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1969, 225 pp.Bergeron, Philippe: L\u2019action humaine dans l\u2019œuvre de Teilhard de Chardin.Coll.\u201cPhilosophie et problèmes contemporains\u201d.\u2014 Montréal, Fides, 1969, 323 pp.Bunnik, R.J.: Prêtres de temps nouveaux.Traduit du néerlandais par Denise Moeykens.Coll.\u201cL\u2019Actualité religieuse\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1969, 240 pp.Clévenot, Michel : Jeunes chrétiens du monde scolaire.Action et évangélisation.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1969, 160 pp.de Surgy, E.; Grelot, P.; Carrez, M.; George, A.; Delorme, J.; Léon-Dufour, X.: La résurrection du Christ et l\u2019exégèse moderne.Coll.\u201cLectio divina\u201d, 50.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 191 pp.Dubé, Jean-Claude: Claude-Thomas Dupuy, intendant de la Nouvelle-France, 1678-1738.Coll.\u201cFleur de Lys\u201d.\u2014 Montréal et Paris, Fides, 1969, 395 pp.En collaboration: Les catholiques hollandais.Le dossier par:\tSchillebeeckx, Renckens, Ernst, Tans, Oosterhuis, Schoonenberg, Govart-Halkes, Bunnik, van de Akker, Reckman.Rencontres et dialogues présentés par H.Hillenaar et H.Peters.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1969, 214 pp.En collabora i ion : Liberté et organisation dans le monde actuel.Centre d\u2019Etudes de la Civilisation contemporaine.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1969, 286 pp.En collaboration : Dossier de l\u2019Europe des Six.Du plan Schumann à la commission Rey: Où en est la Communauté ?où va-t-elle ?Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 176.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1969, 336 pp.le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C M.photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-351, QUÉ., TÉL.: 389-8081 ft fro*\u2019*'' LTEE marabout université COLLECTION CULTURELLE DU TOUT SAVOIR UNIVERSEL !S» >,rt & » Sî «H.wsm ÿSiSS liiiiii V ' - \"< -
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