Relations, 1 septembre 1970, Septembre
[" MONTRÉAL NUMÉRO 352 EDUCATION et société\tseptembre : la rentrée scolaire \u2014 invitation à une réflexion sur le sens de l\u2019activité éducative \u2014 \u2022\tun billet de Claire Campbell \u2022\tindications bibliographiques la pollution : un problème scientifique et technique \u2014 un problème éthique \u2014 textes de Irénée Desrochers, Conrad East, Guy Bourgeault\tÉCOLOGIE et société technologique AUTORITÉ et l\u2019Église\tjuillet 1870 : proclamation du dogme de l\u2019infaillibilité pontificale \u2014 pour un exercice évangélique de l\u2019autorité \u2014 \u2022\tun éditorial de Julien Harvey \u2022\tune étude de Karl Lévêque la nouvelle critique littéraire et\tÊÊ\tj| |j 1\tf§|| |f cinématographique \u2014 nudité\tet\tBOT 1\t1 In\tS\t1\t«tjjp sm érotisme au théâtre e.\tfill 1\tOf LL\t1\t1\tHt nema \u2014 textes de Fernand Do-\t,\t,,,\tg rais, Placide Gaboury, Yves Lever\tCTItlCjU©\t Fête du travail #3nt) \u201801 039300 À0>31S *H3 9ÜZ Activité a 038300 00 S1NVN0I39N3 S3Q\u2018dü00 S/V 3NS3HOno AOS 'W \u2014relations_______________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte ADMINISTRATEUR : Albert PLANTE numéro 352 septembre 1970 SOMMAIRE Dossier : Écologie et société technologique Le dernier vrai western \u2014 pollution de l\u2019environnement et écologie.Irénée Desrochers 227 La pollution : mode ou problème ?\u2014 santé et pollution de l\u2019air.Conrad East 230 La liberté est-elle encore possible ?.\t.Guy Bourgeault 233 1770-1970 Hegel \u2014 leçons d\u2019un bicentenaire .\t.René Champagne 235 L'Église aujourd'hui 1870-1970 : l\u2019infaillibilité du magistère pontifical (Édit.) Julien Harvey 237 Les finances du Vatican \u2014 des « précisions » qu\u2019on eût souhaitées plus précises (ÉdiL) .\t.Guy Bourgeault 238 Le prêtre : homme de l\u2019autorité .Karl Lévêque 239 Activité œcuménique et situation politique au Québec Gilles Langevin 241 À l'occasion de la rentrée scolaire Plaidoyer pour le respect des jeunes intelligences Claire Campbell 244 Chroniques Littérature : Un « temps des poètes » a-temporel Fernand Dorais 245 Théâtre : La nudité : médium de la transparence ?Placide Gaboury 248 Cinéma : Quelques questions pour l\u2019œil .\t.\t.Yves Lever 250 Au fil des jours: Fête et fêtes du travail .\t.Paul Fortin 251 Au service du français : La virgule : menu signe, gros souci (Ponctuation-14).Joseph d\u2019Anjou 252 Les livres Septembre: la rentrée (école-pédagogie-catéchèse) .\t.\t.\t253 Le prêtre, entre hier et demain.254 Ouvrages reçus.247 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.\u2014 Enregistrement no 0143.Votre compagnie L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE vous protège depuis 1899 \u2022\tAssurance-vie \u2022\tRentes viagères \u2022\tAssurance collective ï.»\tC O N O TÆ I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Siège social: 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129 \u2014 Tél.: 844-2050 Agences et unités: Drummondville - Granby - Joliette - Laval - Longueuil Montréal - Ottawa - Québec - Saint-Jean - Sherbrooke Sécurité pour l\u2019ouvrier, le professionnel, l\u2019homme d\u2019affaires, sa famille, ses employés, son entreprise.Sécurité sur la planification successorale Export A au RÉGULIÈRES ET \"KING\" Courrier de la deuxième classe 0m CENTRE DE DOCUMENTATION / corporeBon da' pnseignsnt.' £\t8\tl) y2@.CL\t\u2022zLuel, dJnc./ ROSAIRE DESNOYERS,\tPRÉS.Ameublement et accessoires de bureau\t261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 236 RELATIONS l\u2019Eglise aujourd\u2019hui deux éditoriaux, une étude sur le prêtre, une étude sur l\u2019activité œcuménique -|\t1870-1970: l\u2019infaillibilité du magistère pontifical Le 18 juillet 1870, les évêques réunis pour le premier concile du Vatican votaient et Pie IX ratifiait le dogme de l\u2019infaillibilité du magistère pontifical extraordinaire.L\u2019événement fit alors beaucoup de bruit, tant chez ceux qui l\u2019accueillaient avec enthousiasme que chez les adversaires du projet.Un siècle plus tard, avec une discrétion remarquable toutefois, on en a célébré l\u2019anniversaire.Et il est intéressant de jeter un regard sur la situation actuelle de ce dogme dans l\u2019ecclésiologie et dans la pensée chrétienne.L\u2019impression d\u2019ensemble est que, après une phase d\u2019enthousiasme parfois excessif, qui a donné lieu à une sorte de globalisation ou d\u2019extension indue du prestigieux pouvoir pontifical, on n\u2019a fait depuis lors que nuancer et restreindre la portée concrète du dogme.En réalité, l\u2019affirmation de Vatican I était très nuancée: l\u2019infaillibilité pontificale, enracinée dans l\u2019infaillibilité de l\u2019Église et de son magistère collégial, est orientée et limitée au service pastoral de l\u2019Église universelle; elle ne constitue pas un privilège personnel du pape, mais est attachée à sa fonction; le magistère pontifical extraordinaire ne peut être exercé qu\u2019en matière de foi et de morale, et dans la soumission à certaines exigences éthiques, comme l\u2019a bien fait remarquer Y.Gasser; cet exercice n\u2019implique aucune révélation, mais une assistance de l\u2019Esprit.Ces précisions ont été souvent oubliées dans les années qui ont suivi la proclamation du dogme, ce qui a entraîné des difficultés œcuméniques qui sont loin d\u2019être surmontées.De plus, certains auteurs ont développé une mystique pontificale qui a pu servir en son temps, mais qui nous laisse aujourd\u2019hui mal à l\u2019aise.Je pense, en particulier, à Louis Veuillot, dont les idées à ce sujet ont eu une forte influence au Canada français.Le résultat le plus clair a été que, pour plusieurs, et pendant longtemps, l\u2019Église centrale et son chef ont occupé tant de place que l\u2019Église locale en a souffert, en perdant trop le sens de sa propre responsabilité.Vatican II est venu rétablir l\u2019équilibre en accentuant l\u2019importance de la collégialité épiscopale.Au point que l\u2019on a senti le besoin d\u2019ajouter une note préliminaire explicative à la constitution sur l\u2019Église, pour bien préserver les déclarations de Vatican I sur la primauté et l\u2019infaillibilité pontificales.En fait, Vatican II n\u2019a rien récusé de la doctrine du concile précédent.Ce qui a modifié, en un sens, l\u2019intelligence théologique de l\u2019infaillibilité pontificale \u2014 et, conséquemment, son exercice pastoral, \u2014 c\u2019est l\u2019« économie » nouvelle dans laquelle Vatican II l\u2019a située, grâce surtout à la reconnaissance de la collégialité épiscopale comme corps représentatif des Églises locales qui constituent l\u2019Église, Peuple de Dieu: une « économie » plus complète ou plus intégrale et plus équilibrée, une « économie » communionnielle coordonnant organiquement toute l\u2019autorité \u2014 y compris magistérielle \u2014 de l\u2019Église.De plus, le progrès des études historiques, surtout depuis une dizaine d\u2019années, établit avec une clarté de plus en plus grande que le décret Haec Sancta du concile de Constance (6 avril 1415), décret qui affirme la supériorité du concile sur le pape dans certaines circonstances précises, est bel et bien un décret valide; que le pape Martin V et son successeur l\u2019ont ratifié et imposé aux Hussites dans leur profession de foi; que, d\u2019ailleurs, le pape Martin V, élu après la déposition par le concile des trois papes simultanés qui se partageaient à ce moment l\u2019Église, lui devait la validité de son élection.Un nombre croissant d\u2019ecclésiologues de valeur se rendent aujourd\u2019hui à l\u2019évidence de ce fait: Huizing, De Voogt, Malmberg, Küng, Oakley et d\u2019autres.Le résultat le plus clair de cette évolution de la pensée, au cours du siècle, a été de déplacer le centre d\u2019intérêt: depuis Vatican II, surtout, on se soucie beaucoup plus du style d\u2019exercice de l\u2019autorité dans l\u2019Église que de la structure et des attributions spéciales de cette autorité, y compris l\u2019infaillibilité.En fait, le pape Pie IX, qui tenait très fort à la proclamation du dogme de l\u2019infaillibilité pontificale, n\u2019en a lui-même jamais appelé de ce privilège pendant les huit années de son pontificat qui suivirent le premier concile du Vatican.Si l\u2019on excepte la proclamation du dogme de l\u2019immaculée Conception, proclamation antérieure au concile et donc à la définition de l\u2019infaillibilité pontificale, il n\u2019y aura, par la suite, qu\u2019un seul usage: lors de la définition du dogme de l\u2019Assomption, en 1950.Et, même alors, la consultation préliminaire fut si vaste que la définition pontificale équivaut, en pratique, à une décision conciliaire.Après un siècle, nous en sommes venus à penser l\u2019ecclésiologie \u2014 les structures et aménagements ecclésiaux \u2014 en termes essentiellement provisoires, pour reprendre une expression de Malmberg.Et il est heureux qu\u2019il en soit ainsi: le caractère eschatologique de l\u2019Église rend son renouvellement structural indispensable.Ce qui perdure, dans l\u2019Église, c\u2019est le « contenu », non le cadre.D\u2019où un accent nouveau sur l\u2019infaillibilité de l\u2019Église dans sa foi, sur l\u2019infaillibilité du magistère dans sa proclamation de la foi, et un intérêt réduit pour l\u2019infaillibilité pontificale elle-même, d\u2019application extrêmement rare et limitée à la définition de la foi.Finalement, à travers cette évolution des perspectives, le dogme lui-même de l\u2019infaillibilité pontificale, mieux situé dans une ecclésiologie plus équilibrée, peut apparaître plus valable et plus « croyable » dans une perspective œcumé- SEPTEMBRE 1970 237 nique.Que ce service de la foi et de l\u2019unité qu\u2019est le pontificat soit garanti de l\u2019erreur dans les situations critiques apparaîtra de plus en plus, espérons-le, comme une valeur authentiquement évangélique.Julien Harvey.Les finances du Vatican \u2014 2 des « précisions » qu\u2019on eût souhaitées plus précises À la suite de Nino Lo Bello et en présentant son ouvrage *, la Tribune de Lausanne, la Wochenpresse de Vienne et l\u2019hebdomadaire allemand Der Spiegel \u2014 entre bien d\u2019autres publications d\u2019inégale importance \u2014 ont voulu éclairer le public (?) sur la situation financière du Vatican.Le mystère intrigue depuis fort longtemps; et l\u2019ignorance donne périodiquement lieu aux élucubrations les plus fantaisistes.À la fin du dernier concile, d\u2019aucuns laissaient entendre que les réserves du Vatican étaient presque épuisées et qu\u2019il eût été, en tout cas, financièrement impossible de tenir une session supplémentaire.Plus généralement, les supputations vont dans la direction opposée et tentent d\u2019établir, avec l\u2019apparence de la rigueur, le caractère fabuleux des richesses de l\u2019État pontifical.Il y a deux ans, à Rome, le bruit courait que le Vatican tenait le gouvernement italien à sa merci et pouvait donc facilement s\u2019opposer à une révision des accords du Latran ainsi qu\u2019à ce fameux projet de loi sur le divorce: un retrait massif des capitaux investis par le Vatican dans les entreprises italiennes jetterait l\u2019Italie entière dans un marasme économique auquel elle ne survivrait pas.Le 21 juillet dernier, à la suite de l\u2019écho accordé dans la presse internationale aux chiffres de Lo Bello, YOsser-vatore Romano publiait des « précisions » fournies par la secrétairerie d\u2019État du Vatican: le Vatican « n\u2019a de participations majoritaires dans aucune société », il ne « contrôle » pas les banques italiennes, son capital productif, bien loin de se chiffrer dans les 12 ou 15 milliards de dollars (entre 50 et 55 milliards de francs suisses, * Nino Lo Bello: L\u2019or du Vatican.\u2014 Paris, Robert Laffont, 1970; (The Vatican Empire.\u2014 Trident Press, 1968).disait la Tribune de Lausanne), n\u2019atteint même pas «la centième partie de cette somme ».Utiles « précisions », mais qu\u2019on eût souhaitées plus précises.Car il demeure bien des points d\u2019interrogation, après lecture de la mise au point de la secrétairerie d\u2019État.Sans doute, le fait que le Vatican ait « des dépôts dans des banques non italiennes, en Amérique et en Suisse », est-il « chose tout à fait normale » si l\u2019on pense, comme on le fait observer, au caractère international de l\u2019Église et à sa mission; mais semblable observation n\u2019apporte guère de « précision » quant aux chiffres.Cet exemple suffira pour montrer comment le « simple fidèle » \u2014 le « profane » qui n\u2019est familier ni avec les rouages ecclésiastiques, ni avec les rouages économiques, \u2014 est à nouveau livré à la fantaisie des supputations arbitraires.À la fin du dernier concile, on a émis le vœu qu\u2019une information objective soit fournie concernant la situation financière du Vatican et des Églises locales.Il ne semble pas encore avoir été vraiment entendu.Aussi la fantaisie l\u2019emportera-t-elle de nouveau, dans quelques semaines ou quelques mois, pour s\u2019en prendre encore une fois à l\u2019or du Vatican et à son « empire » ou pour condamner l\u2019excessive richesse de l\u2019Église de Montréal ou de celle de Québec.Car, dira-t-on, on ne jouerait pas à cache-cache avec une telle finesse si l\u2019on n\u2019avait rien à cacher.Plus vraisemblablement, on juge sans doute avec raison qu\u2019un brutal rapport financier risquerait fort d\u2019être mal compris et mal interprété.Car les sommes gérées par le Vatican pour sa propre administration, pour le gouvernement de l\u2019Église universelle (curie, commissions et services divers) et pour les multiples œuvres internationales plus ou moins étroitement liées à la proclamation de l\u2019Évangile doivent être considérables.De même, toute proportion gardée, celles administrées au niveau des Églises locales.Sans donc exiger des rapports financiers stricts et détaillés, qui dérouteraient peut-être le « profane », on peut souhaiter que des chiffres globaux \u2014 mais véridiques et précis \u2014 soient publiés et que semblables rapports soient accompagnés de notes explicatives concernant la « politique » pastorale/financière mise en œuvre par le Vatican et par les responsables des Églises locales dans l\u2019utilisation des fonds hérités de l\u2019histoire ou régulièrement prélevés à travers le monde.L\u2019Église entière ne pourrait que s\u2019en mieux porter.Guy Bourgeault.Vient de paraître L\u2019ESSOR DE LA CULTURE Un instrument de travail pour mieux comprendre et mieux goûter la culture.Le tout est centré sur le chapitre II de la deuxième partie de la Constitution pastorale Gaudium et Spes sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps.Le titre de ce chapitre, reproduit au complet, est « L\u2019essor de la culture ».La première partie de l\u2019ouvrage présente un texte du père Pierre Angers: «Culture: Définitions et distinctions».Ce texte, clair et stimulant, prépare tout naturellement l\u2019esprit à la réflexion sur les textes du Concile, qui constituent ia deuxième partie du volume.Une troisième partie présente un choix de textes susceptibles d\u2019aider à approfondir et à goûter les textes précédents.Suit une bibliographie, qui pourra être utile à ceux qui désireraient creuser davantage un sujet complexe mais captivant.128 pages.Format livre de poche.$1.50 (Par la poste: $1.65) LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-351 238 RELATIONS le prêtre: homme de l\u2019autorité par Karl Lévêque\t_____________________________________________________________________________ le « joueur de flûte », le « poète » ou « un militant qui dit la messe » \u2014 le prêtre: homme du culte et de la Parole Les notes qui suivent font écho, pour une bonne part, à une session de réflexion sur le sens du sacerdoce à laquelle ont participé, il y a maintenant plus d\u2019un an, une quinzaine d\u2019étudiants en théologie.Exégèse et histoire vinrent fréquemment stimuler la réflexion et les échanges.Les problèmes soulevés n\u2019étaient toutefois pas théoriques, mais véritablement existentiels: il s\u2019agissait, pour chacun des participants, d\u2019éclairer la décision qu\u2019il devait prendre d\u2019accéder ou non au sacerdoce.A la veille d\u2019endosser la responsabilité sacerdotale, nous avions peine, après huit ou même treize ans de préparation, à comprendre la signification concrète \u2014 the relevance \u2014 de l\u2019option désormais prochaine.Ce simple fait témoigne, à sa façon, de la profondeur du malaise sacerdotal actuel dans une Église qui s\u2019interroge sur sa mission et sur sa structure.Paradoxalement, au terme des échanges prolongés auxquels je viens de faire allusion, l\u2019inconfortable lien sacerdotal \u2014 autorité prenait peu à peu la forme, par delà le malaise et la crainte d\u2019« être perçu comme » et même d'être « homme d\u2019Église », c\u2019est-à-dire celui qui représente dans l\u2019église la hiérarchie et qui incarne l\u2019autorité, d\u2019une réconfortante intuition de ce qui, chez le prêtre, est peut-être essentiel et, en tout temps, fondamental.C\u2019est cette intuition que, conscient de sa partialité, je veux tenter ici d\u2019expliciter un peu: le prêtre n\u2019est pas d\u2019abord l\u2019homme de la Parole ou l\u2019homme du Sacrement, mais l\u2019homme de l\u2019Autorité \u2014 par laquelle Parole et Sacrement sont « exercés ».Le prêtre seul, dans la communauté ecclésiale, a pouvoir de faire \u2014 en cette communauté et pour elle \u2014 l\u2019Eucharistie.Comme le joueur de flûte des temps de festivité.Mais, si Socrate fait parfois de la musique, dit Aristote, on ne saurait cependant le définir adéquatement en disant qu\u2019il est musicien.De même le prêtre ne peut-il être défini en sa totalité existentielle par le pouvoir qu\u2019il a \u2014 et dont l\u2019exercice n\u2019occupe, de façon immédiate, qu\u2019une infime partie de son temps de travail \u2014 de « confectionner » les sacrements.(Ce qui n\u2019invalide pas la définition du prêtre comme celui qui fait l\u2019Eucharistie, dans la mesure où on donne à ce faire toute la dimension de construction ecclésiale qu\u2019il peut évoquer.) Chacune des images ci-dessus rapidement évoquées fait entrer, à sa façon et selon un angle particulier, dans la réalité sacerdotale.La dernière, surtout, introduit dans le champ de vision la dimension d\u2019autorité.Prêtres, nous aurions bientôt, par le mandat ecclésial reçu, à représenter l\u2019autorité, à être l\u2019autorité.La formule, au premier abord, choque comme un blasphème.Et elle nous atteignait, au cours de nos échanges à ce sujet, à l\u2019endroit précis où le bât blesse: intermédiaires entre une autorité (dont nous ne contestions pas l\u2019existence, mais le mode d\u2019exercice) à représenter et le peuple chré- Par contre, le prêtre est tout entier l\u2019homme de la Parole à proclamer.Mais, si tout chrétien est authentiquement prophète, suffit-il, dès lors, pour définir adéquatement le prêtre, de dire qu\u2019il est, face à l\u2019Évangile, ce que le poète est à la Parole et qui le distingue de l\u2019homme de la rue .ou du laïc ?À vrai dire, l\u2019analogie du charisme poétique me paraît moins féconde que celle que l\u2019on peut tirer de l\u2019expérience politique.Le militant d\u2019un parti \u2014 le permanent \u2014 doit assumer des responsabilités et accomplir des tâches qui n\u2019incombent pas à tous les membres ni aux sympathisants.De même le prêtre \u2014 qui n\u2019est pas toujours un « permanent » \u2014 reçoit-il mandat de structurer l\u2019Église autour de la Parole et de l\u2019Eucharistie; il est, selon la formule de M.Bellet, « un militant qui dit la messe ».tien au sein duquel nous la re-présen-terions, nous serions définis « d\u2019en-haut » et « d\u2019en bas » en des termes probablement inconciliables et, suspendus entre ciel et terre au milieu d\u2019un schéma hiérarchique guère évangélique, « crucifiés ».La réalité, toutefois, ne peut être éludée.Il est dans le dessein de Dieu que, selon l\u2019économie de l\u2019Incarnation et dans son prolongement, la multitude des croyants, investie du sacerdoce royal, se constitue en société visible.Ce qui implique nécessairement autorité et fonction « organisatrice ».Comparant le prêtre au responsable d\u2019un club de joueurs d\u2019échecs, Karl Rahner le responsable du club des joueurs d\u2019échecs, le représentant du Christ-Tête \u2014 le prêtre: homme d\u2019Église, homme de l\u2019autorité SEPTEMBRE 1970\t239 définit sa fonction \u2014 et son autorité \u2014 comme étant celle d\u2019organiser le club, de favoriser la participation et le jeu des membres.et non de jouer à leur place1 ! C\u2019est d\u2019ailleurs cela que, empruntant à saint Paul une image plus riche, affirme Vatican II: La fonction des prêtres, en tant qu\u2019elle est unie à l\u2019ordre épiscopal, participe à l\u2019autorité par laquelle le Christ lui-même construit, sanctifie et gouverne son Corps.C\u2019est pourquoi le sacerdoce des prêtres, s\u2019il repose sur les sacrements de l\u2019initiation chrétienne, est cependant conféré au moyen d\u2019un sacrement particulier qui, par l\u2019onction du Saint-Esprit, les marque d\u2019un caractère spécial, et les configure ainsi au Christ-Tête en personne.(Car) les prêtres exercent, à leur niveau d\u2019autorité, la fonction du Christ-Tête et Pasteur: au nom de l\u2019évêque, ils réunissent la famille de Dieu, la communauté des frères qu\u2019habite un dynamisme d\u2019unité 2.pouvoir et domination \u2014 fonction et service \u2014 le prêtre: homme de l\u2019autorité selon l\u2019Évangile Semblable autorité, il ne faut point se méprendre, ne se laisse aucunement réduire à la diaconie de régence, au pouvoir de « juridiction ».Car elle fonde la triple mission du prêtre \u2014\u2022 cultuelle, prophétique et royale ou de gouvernement pastoral \u2014 qu\u2019une constante Tradition a lue dans l\u2019Écriture.Grâce au pouvoir sacré dont il est investi, le prêtre, ministre du Christ, instruit et gouverne le peuple sacerdotal, accomplit, en qualité de représentant du Christ, le sacrifice eucharistique et l\u2019offre à Dieu au nom de tout le peuple 3.De sorte que la notion d\u2019autorité, quoique plus directement liée à la fonction de gouvernement pastoral, apparaît comme englobante par rapport aux deux autres fonctions: le prêtre doit structurer la communauté ecclésiale (fonction de gouvernement pastoral) autour de deux pôles que sont la Parole (fonction prophétique) et l\u2019Eucharistie (fonction cultuelle ou sanctificatrice), puisque l\u2019Église est le lieu de la Parole et du Sacrement.Voilà ce qui, fondamentalement, définit l\u2019autorité ecclésiale et fixe les normes de son exercice \u2014 normes dont il faut bien reconnaître qu\u2019elles ne furent pas toujours respectées.Au lieu de demeurer fonction de la communauté, l\u2019autorité ecclésiale \u2014 humaine, i.e.exercée par des hommes, \u2014 a souvent cherché à se muer en instance absolue, au dessus et comme hors de la communauté.Mais l\u2019autorité n\u2019est 1.\tCf.Karl Rahner, art.« Priesteitum », dans K.Rahner u.H.Vorgrimler: Kleines Theologisches Wôrterbuch, Freiburg, 1961, p.300 surtout.N 2.\tPresbyterium Ordinis, 2 c et 6 a.3.\tLumen Gentium, 10 a.Voir aussi, à ce sujet, l\u2019article déjà cité de K.Rahner.pas un en-soi qui pourrait subsister en dehors de la communauté; elle se réfère toujours, au contraire, comme le note M.de Certeau, à un « reçu comme croyable » dans la communauté.Toute autorité repose sur une adhésion.Proudhon dit même qu\u2019elle est « matière de foi » et qu\u2019elle a pour fondement une « croyance ».Un accord spirituel donne seul, finalement, à l\u2019exercice d\u2019un pouvoir sa légitimité: c\u2019est une conviction (qui est un contrôle) proportionnée à une représentation (qui est une issue).Cette coordination crée un lieu sans propriétaire et constitué par un échange ou un partage .4 C\u2019est dire qu\u2019une « représentation » fait autorité, est vérité, pour autant qu\u2019elle est l\u2019« issue » d\u2019un échange qui, poursuit M.de Certeau, en a établi la crédibilité.Si la formule paraît audacieuse à certains, je les référerai au décret conciliaire sur la liberté religieuse: traitant du rôle du magistère dans la recherche de la vérité, le document conciliaire stipule que .la vérité doit être cherchée selon la manière propre à la dignité de la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, avec l\u2019aide du magistère, c\u2019est-à-dire de Y enseignement, de l\u2019échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu\u2019ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s\u2019aider mutuellement dans la quête de la vérité .5 Or il n\u2019en fut pas toujours et n\u2019en est pas encore toujours ainsi.Certains affrontements récents manifestent, comme le fait observer Hervé Chaigne, que l\u2019Église ne « dispose pas d\u2019une théorie et d\u2019une pratique du traitement démocratique et évangélique des contradictions dialectiques intra-ecclésia- 4.\tMichel de Certeau: « Les révolutions du croyable-», dans Esprit, 2 (1969): 200-201.5.\tDignitatis Humanæ, 3 b.les » 6.Il faudra sans doute de nombreuses et longues études d\u2019histoire et de sociologie politique pour mettre en évidence les emprunts \u2014 dont la durabilité, à tout le moins, est malheureuse \u2014\tfaits par l\u2019Église aux schèmes d\u2019autorité de la société civile, aux diverses étapes de son évolution.L\u2019assimilation du type d\u2019autorité féodale par les évêques du Haut Moyen-Âge est devenue un lieu commun de la critique dans l\u2019Église.Plus près de nous, la spiritualité sacerdotale de l\u2019école française, comme le dévoile l\u2019étude de R.Domergue, fut assez profondément marquée par les préjugés de classes du cardinal Bérulle et par la conception très particulière de l\u2019autorité qui en découlait7.Une profonde conversion sera donc nécessaire pour que l\u2019Église retrouve une conception évangélique de l\u2019autorité qui, seule, permettra au sacerdoce ministériel de ne pas se pervertir en cléricalisme.Sans mettre en question le « principe d\u2019autorité » dans l\u2019Église, on peut certes déplorer que certains modes de son exercice faussent trop souvent les relations au sein de l\u2019Église 8.S\u2019inspirant, à la suite de Vatican II, de la conception évangélique de l\u2019au-torité-service telle qu\u2019elle apparaît, notamment, dans la scène du lavement des pieds, on ira plus loin en souhaitant, comme l\u2019a déjà fait le groupe controversé Échanges et Dialogue, dans sa « motion sur l\u2019autorité », que l\u2019autorité apostolique donnée par le Christ à son Église serve la communauté des croyants et l\u2019unité de la foi le plus pleinement possible.Cette autorité-là, \u2014\tà redécouvrir et à promouvoir, \u2014 qui s\u2019enracine dans l\u2019obéissance fondamentale à l\u2019Esprit Saint qui rend présent Jésus-Christ, est commune à toute l\u2019Église (évêques, prêtres et laïcs); elle s\u2019exerce comme un service de la communauté et, comme telle, doit promouvoir, coordonner et authentifier les initiatives de la communauté; elle 6.\tHervé Chaigne: « Le mouvement du 3 novembre : positions et combats à\u2019Echanges et Dialogue », dans Frères du Monde, 61-62 (1969 \u2014 numéro spécial sur la crise du clergé) : 42.7.\tRaymond Domergue: « Les racines du cléricalisme», Ibid.: 114-115.8.\tCf.Hervé Chaigne: art.cit.: 45.240 RELATIONS est celle du Peuple de Dieu, et non celle d\u2019un élu du Saint-Siège et des gouvernements; elle est service et non promotion 9.J\u2019ajouterai simplement, par mode de corollaire, que le service du prêtre ne saurait concerner que ses frères dans la foi, puisqu\u2019il a pour mission d\u2019édifier l\u2019Église, laquelle, à son tour, est au service de l\u2019humanité et plus particulièrement de ceux qui, dans le monde, sont victimes d\u2019injustice.Or, pour être reconnue participante au combat des hommes, l\u2019Église devra, bien entendu, rompre les multiples attaches qui l\u2019asservissent en la liant aux classes dirigeantes trop souvent oppressives.C\u2019est à ce prix seulement que son autorité sera croyable et qu\u2019elle sera elle-même sacrement de salut pour le monde.La répartition dialectique de l\u2019autorité parmi tous les membres de la communauté des croyants explique pourquoi le malaise actuel du prêtre est, en fait et au fond, celui de toute l\u2019Église.Si le prêtre vit peut-être plus tragiquement que d\u2019autres la crise de l\u2019Église, c\u2019est qu\u2019il lui est plus difficile qu\u2019au laïc d\u2019« objectiver » l\u2019Église: il ne la connaît que comme « communauté-sujet », selon l\u2019expression de M.Bellet, et sa grande souffrance, souvent, est d\u2019avoir perdu de vue, pour ne les plus trouver autour de lui, les laïcs qui auraient autant à cœur que lui d\u2019« inventer » une Église appelée à demeurer toujours neuve.Car le fait, pour lui, d\u2019« incarner » l\u2019autorité ne signifie pas qu\u2019il est l\u2019Église à lui tout seul, mais que, selon le charisme d\u2019autorité-service qui est le sien et qui constitue sa mission au sein de la communauté, il lui revient de susciter, de construire et d'exprimer (avec une patience inlassable) un consensus, une « vérité » et une « ortho-praxie » qui soient à la dimension de toute l\u2019Église, c\u2019est-à-dire dont tous les croyants participent activement.Telle est sa fonction, dont la « crédibilité » doit être constamment réévaluée par la communauté entière.9.Paragraphe inspiré de la « motion sur l\u2019autorité » telle que rapportée par H.Chaigne \u2014 lbid.\\ 46.activité oecuménique et situation politique par Gilles Langevin On a attiré l\u2019attention bien des fois, ces dernières années, sur les problèmes qu\u2019entraîne la coïncidence des divisions nationales, ou ethniques, et des allégeances religieuses au Canada \u2014 « coïncidence » devant être entendu ici en ce sens que la quasi totalité des Canadiens français sont catholiques romains et que la grande majorité des Canadiens d\u2019expression anglaise se rattachent à la communion anglicane et aux communautés protestantes.La situation pose d\u2019ailleurs des problèmes du point de vue de l\u2019unité politique du Canada et, si l\u2019on s\u2019occupe davantage de la composante religieuse de cette situation, du point de vue de l\u2019activité œcuménique.La Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme s\u2019est préoccupée du pôle politique de la question, au point de créer un comité spécial chargé d\u2019étudier la rencontre du facteur religieux et du facteur ethnique au Canada.C\u2019est du point de vue de la reconstitution de l\u2019unité chrétienne que nous voulons aujourd\u2019hui envisager la dualité canadienne, ainsi que nous l\u2019avons fait, notamment, lors du congrès de fondation de ce Groupe mixte de travail, en 1967.Il faudra tenir compte, pour une juste appréciation de la situation actuelle de l\u2019œcuménisme au Canada, d\u2019autres facteurs tels la sécularisation des mentalités et des institutions qui affecte notre pays comme le reste du monde; un certain fléchissement, dont nous ne pouvons analyser ici les causes, dans l\u2019attrait qu\u2019exerçait sur les chrétiens la réalité œcuménique.Du point de vue des réalités ethniques ici enga- * Communication faite, en mai dernier, à un Groupe mixte de travail réunissant des délégués de la Conférence catholique canadienne et du Conseil canadien des Eglises.gées, il faut noter que nous ne parlerons pas de ce qu\u2019on a coutume d\u2019appeler rapidement « the French fact in Canada », mais plutôt du climat politique du Québec au lendemain de la flambée indépendantiste à laquelle a donné lieu la dernière campagne électorale provinciale.Le résultat de ces dernières élections nous préservera d\u2019ailleurs d\u2019une autre méprise, celle qui consisterait à attribuer à tous les groupes de Québécois toutes les attitudes que l\u2019on décrira ci-dessous.Dans la première partie de cet exposé, je voudrais décrire la situation actuelle du Québec quant à la mentalité politique qui y règne et quant aux implications de cet état d\u2019esprit pour l\u2019effort œcuménique.Nous tenterons, en second lieu, de définir l\u2019attitude que des Canadiens préoccupés de l\u2019unité chrétienne doivent adopter dans les circonstances présentes.La conjoncture politique au Québec.On est bien tenté, au lendemain d\u2019élections qui ont accordé une très large majorité à un parti aussi nettement fédéraliste que celui de M.Robert Bourassa, de croire que le danger de la sécession est à jamais conjuré au Québec; que l\u2019histoire du Parti québécois aura été, somme toute, une aventure sans lendemain; que, enfin, les promoteurs de la souveraineté politique du Québec sont disqualifiés de manière irrémédiable devant l\u2019opinion publique.On voudrait bien, dans certains milieux, que la tension des derniers mois soit un cauchemar tout à fait évanoui, que le résultat de la consultation populaire ait attesté le bon sens de la majorité et ait ramené les dissidents à la raison.Sans nier qu\u2019une certaine fièvre soit tombée depuis ces élections, et que des illusions se soient dissipées chez beaucoup d\u2019indépendantistes qui se voyaient déjà au pouvoir, négociant notre sortie SEPTEMBRE 1970 241 de la confédération canadienne, il faut constater que les problèmes fondamentaux restent entiers.La survie et l\u2019épanouissement d\u2019une nation distincte et de la culture qui la définit ne sont guère mieux assurées par les institutions sociales et politiques, dans un Québec touché de surcroît par la dénatalité et, en particulier, dans une métropole de plus en plus cosmopolite et anglophone.Si le climat des rapports s\u2019est déjà amélioré entre les autorités provinciales et le gouvernement central, on ne prévoit pas encore l\u2019aménagement d\u2019une nouvelle constitution canadienne qui répondrait aux vœux et aux attitudes de tous les chefs politiques du Québec, quelle que fût leur allégeance politique, durant les vingt-cinq dernières années.Enfin, ce que tout le monde à peu près considère ici comme l\u2019intransigeance et la rigidité du gouvernement central ne semble pas s\u2019être encore atténué.Aux problèmes qui ont survécu aux récents succès de M.Bourassa, force est bien d\u2019ajouter le problème, nouveau celui-là, du ressentiment qu\u2019a engendré dans les milieux indépendantistes la défaite cuisante du Parti québécois.La disproportion flagrante entre la masse de vote péquiste (près de 25% du vote total) et la représentation que le groupe indépendantiste a obtenue à l\u2019Assemblée nationale (7 députés sur 108) apparaît comme une grossière injustice, dont les francophones ont naturellement fait les frais, surtout ceux de la région métropolitaine, placés au cœur des difficultés ethniques.De plus, le caractère massivement libéral du vote anglophone et néo-canadien a élargi le fossé qui séparait déjà nos communautés respectives.Ajoutons, à ce chapitre, que le caractère douteusement démocratique de certaines manœuvres (par exemple, le départ ostentatoire de capitaux pour Toronto) a envenimé des oppositions et accrédité bien des méfiances.Il faut faire grand cas, enfin, de la nature des milieux où se recrute l\u2019indépendantisme québécois.Si les partis traditionnels ont conservé la faveur de la petite bourgeoisie, si le Crédit social exerce de l\u2019attrait sur un secteur de la classe laborieuse, l\u2019indépendantisme a rejoint, lui, une partie impressionnante de l\u2019« intelligentsia ».En effet, c\u2019est parmi les intellectuels, les universitaires et les artistes, c\u2019est parmi les ensei- Semblable conjoncture politique n\u2019est pas sans influencer l\u2019activité œcuménique au Québec.Nous entendons ici par « activité œcuménique » non seulement les efforts accomplis en vue du rapprochement des institutions ecclésiales, mais encore la collaboration des chrétiens de diverses communions dans les divers domaines de la vie profane.Or l\u2019impression générale qui me semble se dégager, si on analyse l\u2019attitude des gens en plusieurs milieux, est la suivante : faute de discerner toujours, dans le concret, la diversité des niveaux où se posent les problèmes \u2014 niveaux ecclésial, théologal ou national \u2014, ou bien l\u2019on se désintéresse d\u2019une tâche, la tâche œcuménique, dont les orientations vont à nous unir à des gens dont une idéologie politique tend plutôt à nous séparer, ou bien l\u2019on suspecte même l\u2019orientation subrepticement politique, pense-t-on, de l\u2019œcuménisme religieux.D\u2019abord, on peut déceler de la suspicion à l\u2019égard du mouvement œcuménique comme tel.On craint, de façon plus ou moins déclarée, que le souci de réconciliation, en quoi se résume l\u2019entreprise œcuménique, vienne troubler les considérations en d\u2019autres domaines de l\u2019activité humaine, qu\u2019il privilégie d\u2019entrée de jeu, pour ainsi dire, une solution unificatrice de nos problèmes politiques.On subodore une parenté psychologique, dans le concret, entre souci œcuménique et option fédéraliste.Cette considération, qui présente à première vue un air trop théorique pour qu\u2019elle influe vraiment sur le comportement, reçoit du renfort du fait que, dans notre milieu, l\u2019œcuménisme implique collaboration, contact et, en pratique, désir d\u2019unanimité avec des concitoyens dont on pense qu\u2019il fau- gnants des divers niveaux académiques, c\u2019est enfin chez les étudiants que le Parti québécois a trouvé une large partie de sa clientèle, même s\u2019il a fait élire ses quelques députés dans des circonscriptions de population surtout ouvrière.drait, sur le plan politique, se séparer.On présume dès lors assez facilement que les promoteurs de l\u2019œcuménisme sont, chez nous, acquis de fait à l\u2019option fédéraliste.Quant à soi, on ne montre guère d\u2019intérêt pour des rencontres dont on prévoit, entre autres choses, qu\u2019elles se dérouleront presque exclusivement en anglais, ou dans lesquelles la possibilité de s\u2019exprimer en sa langue sera malheureusement assortie de l\u2019impossibilité d\u2019être entendu des gens à qui l\u2019on s\u2019adresse.Enfin, point particulièrement délicat et dont on ne voudrait pas qu\u2019il soit perçu comme caractérisant l\u2019ensemble des indépendantistes du Québec, on perçoit actuellement un relent d\u2019anticléricalisme et même d\u2019areligion, de connotation nationaliste, qui ne favorise guère, on s\u2019en doute, l\u2019action œcuménique.Assez curieusement, l\u2019Église et le nationalisme canadien-français, qui avaient jusqu\u2019ici partie liée, apparaissent plutôt à certains groupes, maintenant, comme des antagonistes.On tente d\u2019accréditer une réinterprétation de l\u2019action de l\u2019Église au Québec selon laquelle l\u2019Église, force dominante dans notre milieu, aurait confisqué à ses fins propres les forces vives de la nation, c\u2019est-à-dire se serait nourrie de la nation canadienne-française au lieu de la servir.On ressuscite à ce propos toute une littérature d\u2019opposition à l\u2019Église et au clergé qui a paru au 19e siècle.Quant au problème de la forme fédéraliste de notre vie politique, on fait grief à l\u2019épiscopat de s\u2019être employé à faire pencher la balance du côté que l\u2019on sait.On n\u2019a guère prisé, dans divers camps, la publication par l\u2019épiscopat catholique, en 1967, d\u2019une lettre pastorale sur le centenaire de la Confédération.La précaution dont se sont entourées les formules n\u2019a guère atténué le ressentiment.et son influence sur l\u2019activité œcuménique 242 RELATIONS Attitudes et comportements Si la description qu\u2019on vient d\u2019esquisser est exacte, quelle attitude convient-il d\u2019adopter quand on veut s\u2019occuper d\u2019œcuménisme au Québec ou, comme c\u2019est le cas pour notre Groupe mixte de travail, quand on veut s\u2019occuper de l\u2019œcuménisme du Québec ?Comme il nous apparaît aussi important, en cette matière, d\u2019éviter certains comportements que d\u2019en pratiquer d\u2019autres, nous exprimerons notre avis d\u2019abord de façon négative, puis sur le mode positif.Il me semble, en premier lieu, que nous n\u2019avons pas, comme chrétiens, à favoriser une option politique plutôt qu\u2019une autre, parce qu\u2019il ne nous semble pas exister de solution typiquement chrétienne à nos difficultés politiques.Si le christianisme favorise l\u2019unité et la fraternité entre les hommes, s\u2019il favorise même l\u2019élargissement de la communauté politique, il n\u2019abolit pas, mais plutôt respecte les différences ethniques et culturelles.C\u2019est à une analyse objective et minutieuse de la situation en ses multiples composantes qu\u2019il appartient de révéler si la personnalité individuelle et collective des diverses communautés canadiennes est mieux protégée et servie dans tel ou tel genre de régime politique.Aussi ne devons-nous pas, je pense, à titre de chrétiens de telle communion ou à titre de chrétiens préoccupés d\u2019œcuménisme, nous mettre au service d\u2019une option politique particulière, et j\u2019estime que nous ne devons pas, à propos des Canadiens français et, en particulier, de ceux du Québec, vouloir faire autre chose que de favoriser \u2014 selon les données certaines d\u2019une analyse scientifique \u2014 leur progrès spirituel, qui est aussi culturel, ét matériel.Deuxièmement, il ne faut pas donner l\u2019impression, dans l\u2019activité sociale entreprise en commun par les chrétiens, qu\u2019on veut empêcher que s\u2019expriment, à tel ou tel moment critique, des griefs légitimes permanents, et que l\u2019on est mû, dans ses efforts œcuméniques, par des soucis politiques inavoués.Il faut savoir qu\u2019on est en garde contre l\u2019apaisement artificiel et passager de maux profonds et durables.Aussi le désintéressement des chrétiens, dans leur activité caritative, ne doit-il pas faire l\u2019ombre d\u2019un doute.(On salue avec plaisir, à cet égard, la récente déclaration conjointe du Conseil canadien des Églises et de la Conférence catholique canadienne sur la pauvreté au Canada.) De façon positive, on peut souhaiter que les pasteurs invitent leurs fidèles, dans leurs Églises respectives, à faire régner dans la vie politique canadienne, un climat d\u2019objectivité et de sérénité, de compréhension et de respect des autres considérés dans l\u2019intégrité des données et des valeurs qui les caractérisent, un climat, enfin, de désintéressement et de souci de l\u2019épanouissement de tous.Ce ne serait pas une mince contribution des chrétiens à la solution de nos problèmes politiques s\u2019ils acquéraient et diffusaient une mentalité selon laquelle on peut, d\u2019une part, vouloir quitter la Confédération sans être un traître ni un malade mental, et, d\u2019autre part, chercher à maintenir cette Confédération sans vouloir asservir, aliéner ou détruire les autres.Quant au souci de l\u2019unité chrétienne, il nous faut le maintenir et le développer, chaque groupe le cultivant d\u2019ailleurs de façon particulière.Pour les Canadiens français, il me semble important qu\u2019ils pratiquent un discernement très lucide entre les diverses données de la situation et qu\u2019ils se rendent nettement compte que les voies de l\u2019unité ecclésiale ne se confondent pas avec les chemins de la politique.Il leur faut encore mettre au dessus des distinctions de race et de culture l\u2019unité de la confession chrétienne.Il serait bien regrettable que le désir, certes légitime, de préserver une culture rende aveugle aux possibilités de rapprochement des chrétiens en notre pays, ou incite à les négliger.Quelles suggestions adresser à nos concitoyens d\u2019expression anglaise ?Je leur recommanderais, en tout premier lieu, de pratiquer et de favoriser le bilinguisme dans leurs rapports avec les Canadiens de langue française.Il me semble que, en tant que chrétiens, ils sont tenus d\u2019une façon particulière à cette manifestation \u2014 élémentaire, en notre pays, \u2014 du respect des autres.En outre, des chrétiens qui, au Canada, veulent entrer en contact avec leurs frères d\u2019une autre culture, ne devraient pas présumer ni, encore moins exiger qu\u2019on adopte leur solution de nos problèmes politiques, s\u2019ils ne veulent pas légitimer les préventions dont on a abondamment parlé plus haut.Il y a, en matière œcuménique, une certaine pureté d\u2019intention qui doit passer par ces voies.Comme on le voit, la tâche œcuménique, qui n\u2019est pas facile nulle part, se complique en notre pays et surtout au Québec de facteurs ethniques, culturels, sociaux et politiques, les uns dont nous avons hérité, les autres que nous avons créés ou ranimés.La situation canadienne nous oblige, comme on l\u2019a souligné à un surcroît de lucidité et de circonspection, de compréhension surtout et de respect attentif à l\u2019égard de nos frères de culture différente.Cette situation ne devrait pas, par ailleurs, entamer notre ingéniosité et notre détermination à manifester et approfondir l\u2019unité qui, en Jésus-Christ, nous associe.Mystérieusement, malgré nos différences ethniques et culturelles, nous sommes entrés dans une condition où « il n\u2019est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d\u2019incirconcision, de Barbare, de Scythe, d\u2019esclave, d\u2019homme libre.» (Col 3 11).Ne sommes-nous pas les frères de ces hommes qui, au matin de la Pentecôte, communiaient en un même esprit et surtout en un même Saint-Esprit, malgré la diversité des langues qu\u2019ils parlaient ?SEPTEMBRE 1970 243 À l\u2019occasion de la rentrée scolaire : Plaidoyer pour le respect des jeunes intelligences un billet de Claire Campbell Les bords du Gange qui nous envoient les perles de l\u2019Orient ne nous ont pas envoyé la simplicité.Je l\u2019ai trouvée dans le cœur d\u2019un enfant.FÉNELON.Elles parlaient de Simone de Beauvoir: « Non, je ne crois pas qu\u2019elle eût été intéressée par les jeunes enfants.Vous comprenez, avec sa grande intelligence .» Propos étranges, à la fois imprudents et peu intelligents, tenus à la TV par un professeur d\u2019université ! \u2014 Chose curieuse: le même jour, la TV nous transportait à la maternelle expérimentale d\u2019un centre de recherches universitaires (où la secrète transparence des murs permet aux spécialistes de voir et d\u2019entendre, d\u2019observer attitudes, questions, remarques et réactions des enfants).L\u2019éveil de l\u2019intelligence.L\u2019intelligence: faculté de connaître, de comprendre .Quoiqu\u2019il reste bien des recherches à entreprendre ou à poursuivre, les Montessori, Dewey, Pestalozzi, Zazzo, Claparède, Piéron, Piaget, Pradines, Freinet, Gesell \u2014 pour n\u2019en nommer que quelques-uns \u2014 ont longuement étudié l\u2019évolution de l\u2019intelligence enfantine; leurs découvertes ont exercé sur la pédagogie moderne une influence considérable.Au seuil d\u2019une nouvelle année académique, il est peut-être bon d\u2019écouter ce qu\u2019ils nous disent concernant l\u2019éveil de l\u2019intelligence: .\u2014 L\u2019intelligence apparaît avec le langage et, au berceau déjà, l\u2019enfant témoigne d\u2019une activité sensorielle et motrice extraordinaire qui, dès la fin de la première année, présente tous les caractères de la compréhension intelligente.\u2014 Piaget.\u2014 C\u2019est dans une attente solennelle que le premier mouvement de la main enfantine vers les objets extérieurs devrait être accueilli.Or l\u2019homme a peur de ces petites mains tendues vers les objets sans valeur et sans importance qui l\u2019entourent et ce sont ces objets qu\u2019il s\u2019attache à défendre contre l\u2019enfant.\u2014 Montessori.Combien de parents (même les plus affectueux) et d\u2019autres éducateurs ne perçoivent même pas ce travail secret et mystérieux de l\u2019éveil de l\u2019intelligence enfantine ! Parce qu\u2019il leur manque peut-être ce don, inhérent à la vocation d\u2019éducateur, qui est à la fois désir inlassable de connaître et de comprendre et capacité d\u2019émerveillement, en même temps que d\u2019adaptation et de respect.et l'activité éducative Car le géranium ne demande pas les mêmes soins que la violette africaine.De même chaque enfant a-t-il déjà sa personnalité propre qui commence à s\u2019affirmer et dont l\u2019épanouissement exige de l\u2019éducateur une collaboration attentive toute particulière, respectueuse du mystère des personnalités qui s\u2019éveillent et capable d\u2019ingéniosité créatrice dans la plus grande simplicité.A chacune des étapes de sa lente maturation, tout \u2014 intérêts, questions, comportements, etc.\u2014 est important de ce qu\u2019est et fait l\u2019enfant (ainsi qu\u2019en témoignent, par exemple, les dessins enfantins admirablement présentés et analysés par G.H.Luquet) : s\u2019élabore peu à peu chez lui cette harmonie intérieure qui, plus tard, aidera l\u2019adulte à bien tenir le gouvernail \u2014 lorsque « tous les vents à la fois se disputeront votre voile », comme l\u2019écrivait Jean Onimus à ses fils.Cette aptitude à l\u2019attention émerveillée et à la collaboration respectueuse et inventive, deux femmes de « grande intelligence » en ont fait, dans leurs écrits, la base de l\u2019activité éducative.Maria Montessori, la première femme d\u2019Italie à obtenir, en 1896, son doctorat en médecine, nous dit, dans son livre L\u2019Enfant, l\u2019intuition fondamentale qui a soutenu un demi-siècle de patientes recherches dans l\u2019élaboration d\u2019une méthode pédagogique aujourd\u2019hui appliquée, à travers le monde, dans les nombreuses académies Montessori: C\u2019est de l\u2019enfant que sont venues les directives pratiques, positives et même expérimentales, pour construire une méthode d\u2019éducation où son choix soit le guide, et où la vivacité serve de contrôle à l\u2019erreur.Renoncer à ses propres besoins et répondre à ceux de l\u2019être en voie de formation, telle, est bien la ligne de conduite qui devrait être celle de l\u2019adulte.Et Rachel Carson, une biologiste américaine, écrit, pour sa part, dans The Sense of Wonder: If I had influence with the good fairy who is supposed to preside over the christening of all children, I should ask that her gift to each child in the world be a sense of wonder so indestructible that it would last throughout life, as an unfailing antidote against the boredom and disenchantments of later years, the sterile preoccupation with things that are artificial, the alienation from the sources of our strength.Au début d\u2019une nouvelle année scolaire, chaque éducateur devrait méditer cette phrase du poète et philosophe Kahlil Gibran : You are the bows from which your children as living arrows are sent forth.(I9t0) Until L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS - LITHOGRAPHES - STUDIO D'ART 8125, BOUL.SAINT-LAURENT MONTRÉAL (351'), QUÉBEC 388-5781 244 RELATIONS Un \u201ctemps des poètes\u201d a-temporel \u2014 à propos d\u2019un livre de Gilles Marcotte : Le temps des poètes * par Fernand Dorais** Le temps des poètes pose à la conscience québécoise diverses questions sur le rôle de l\u2019essai dans notre milieu, sur celui de la critique littéraire, sur la situation actuelle de la poésie au Québec.De ces trois domaines du monde littéraire québécois, le livre de Gilles Marcotte donne-t-il un écho fidèle ?L\u2019essai Dans le contexte qui est celui du Québec en 1970, l\u2019essai joue \u2014 ne peut que jouer et doit jouer \u2014 un rôle capital.Pourquoi ?Pour la simple et impérative raison psychologique que c\u2019est seulement en « s\u2019essayant » que l\u2019on peut non seulement apprendre, mais aussi et surtout « s\u2019apprendre ».Seule la multiplicité des expériences, qui implique ou suppose un cheminement, s\u2019avère révélatrice et porteuse de sens.En d\u2019autres termes: je ne puis savoir si je n\u2019ai pas vécu.Et le « littéraire », ici, n\u2019est pas autre chose que le vécu transposé, « stylisé » : l\u2019expérience fondamentale et idéale \u2014 exemplaire \u2014 à laquelle me convie la démarche de l\u2019écriture d\u2019un auteur.Il s\u2019agit dès lors, pour le lecteur, de « répéter » l\u2019expérience proposée, de l\u2019intégrer, pour en sortir grandi et fortifié, mieux et plus averti du sens de ce qu\u2019est exister.On voit donc, à partir de ces prémisses, pourquoi l\u2019essai s\u2019impose à la conscience québécoise comme lieu de son identification.Cet essai doit être multiple et multivalent: il doit explorer pour nous les voies diverses et les plus opposées de l\u2019expérience humaine, et indiquer les conditions de cheminement.Plus l\u2019essai révélera les postulats d\u2019intelligibilité de sa démarche, mieux il nous dira un chemin possible de notre * Montréal, HMH, 1969, 247 pp.** Professeur de littérature, Université Laurentienne, Sudbury (Ontario).agir collectif.Cette réflexion sur les axiomes de notre conduite communautaire pourra servir d\u2019assise à une culture qui soit vraiment nôtre, sans chauvinisme ni exclusivisme, mais aussi sans cette démission que serait l\u2019ouverture inconditionnelle aux importations massives, d\u2019où qu\u2019elles viennent.Car je n\u2019ai, homme du Québec, à répéter ni les Anglo-Canadiens, ni les Américains, non plus que les Français, qui sont dans une situation socio-culturelle autre que celle dans laquelle j\u2019ai à me construire.Mais je dois assimiler, digérer les apports étrangers \u2014 et ce, le plus tôt et le plus vite possible \u2014 pour ensuite construire, à l\u2019aide de ces apports, ce qui s\u2019impose à nous avec urgence : notre propre américanité (qui est autre chose que l\u2019américanisme et que la « francité » à tout prix).D\u2019aucuns, trop nombreux, redoutent cet effort \u2014 effort de libération du joug de la colonisation culturelle \u2014 de l\u2019essai audacieux.Le « complexe de castration », qui a joué si fort chez nous1, continue ses ravages.Nous n\u2019avons qu\u2019à passer outre.Car on ne peut discuter avec une maladie: ou elle nous a, ou nous la tuons.Mais, pis et beaucoup plus subtil, on craint chez nous l\u2019effort d\u2019abstraction que requiert l\u2019essai: notre paresse séculaire, au nom du réalisme bourgeois et de « l\u2019arran-gisme éventuel des choses par elles-mêmes et avec le temps », nous fait démissionner \u2014 démission d\u2019une agressivité refoulée ou d\u2019une violence nécessaire \u2014 devant la difficile réflexion caractéristique de l\u2019essai.On parlera alors, pour ne retrouver pas les schèmes de pensée auxquels on s\u2019est confortablement habitué, de « remplissage phi- 1.Cf.Moustafa Safouan: « De la structure en psychanalyse, contribution à une théorie du manque, II \u2014 La castration », dans Qu\u2019est-ce que le structuralisme, pp.263-298.Voir aussi l\u2019étude de Jacques Lacan: « La signification du phallus », dans Ecrits, Paris, Editions du Seuil, 1966, 911 pp.losophique », de divagation, d\u2019extravagance.N\u2019en agit-on pas ainsi, par exemple, devant les difficiles analyses structuralistes en critique littéraire ?C\u2019est, cette fois, au nom de la culture littéraire traditionnelle \u2014 quelque peu rajeunie et fardée, je le reconnais, mais bel et bien passée et morte \u2014 qu\u2019on étouffera l\u2019essai.Le temps des poètes, c\u2019est le temps de l\u2019essai.Encore faut-il voir au nom de quoi l\u2019essayiste écrit, quels sont ses critères d\u2019explication des œuvres; en un mot, quelle est sa grille de lecture.La lecture littéraire Hélas ! c\u2019est ici que l\u2019essai de Gilles Marcotte nous déçoit.Le premier et le dernier chapitres reprennent l\u2019étude de la même question: comment justifier la poésie aujourd\u2019hui ?D\u2019autres, en d\u2019autres termes, diraient: où en est le poème dans notre culture ?quelle est sa place ?sa valeur ?sa portée ?où va la poésie chez nous et, plus largement, dans un monde où la technique semble devoir tout supplanter ?Face à la question ainsi diversement posée et qui, en quelque sorte, « situe » son essai, Gilles Marcotte semble démuni et se montre bien frileux.Pour l\u2019heure, le poème existe, c\u2019est un fait.Et, faute d\u2019une armature « idéologique » solide, l\u2019essai de Gilles Marcotte brode quelque peu et s\u2019empresse de tourner court, pour passer à l\u2019étude des œuvres poétiques créées chez nous avec et depuis la naissance de l\u2019Hexagone.Quels critères vont diriger la lecture ?On retrouve toujours, chez Gilles Marcotte, la même démarche de lecture littéraire faite d\u2019un peu d\u2019histoire-genèse, d\u2019études thématiques assez floues, de notations mi-sociologiques, mi-psychologiques, qui donnent à ces dames l\u2019impression qu\u2019elles discutent avec un homme d\u2019esprit lucide et prudent, qui jamais ne s\u2019emballe trop vite ni trop vite ne démissionne: quel réalisme ! Mais \u2014 voilà le mot lâché ! \u2014 le réalisme est mort qui, en lettres et en critique, a trop longtemps signifié bon sens, goût délicat et averti, jugement sûr et avisé, « humaniste ».Gilles Marcotte est un humaniste.Or l\u2019humanisme est mort, mais non, hélas ! ses adeptes.Et c\u2019est précisément ce que je voudrais ici dénoncer: l\u2019imposture d\u2019une SEPTEMBRE 1970 245 telle lecture, dans laquelle trop des nôtres se retrouvent et qui a valu au critique un « Grand » Prix.Quand quitterons-nous donc les sentiers confortables et rassurants d\u2019une telle lecture des œuvres, tant en peinture, en cinéma, en télévision qu\u2019en littérature ?Les postulats de vraisemblance, de similitude, de raison, d\u2019identification aisée et sûre régissent toujours la démarche de semblable lecture, alors que les langages ont, depuis déjà quelque temps, changé du tout au tout.De sorte que l\u2019interprétation que Gilles Marcotte nous donne de nos poètes contemporains est réductrice: elle ignore cavalièrement les nouveaux fondements du langage actuel.Mieux informé et plus au fait de ceux-ci, le critique aurait sans doute pu et su mieux justifier le dire poétique.L\u2019interprétation réductrice des œuvres poétiques s\u2019avère particulièrement grave aujourd\u2019hui, parce que le verbe du poète présent est devenu instrument de libération politique \u2014 au sens platonicien, le plus noble qui soit, du mot et qui renvoie à la conscience de fondation d\u2019une culture authentique et autonome dans la cité.Sous ce rapport et sur ce problème précis de la « poésie politique », l\u2019étude de Gilles Marcotte bute et trébuche lamentablement.Par delà les faux dilemmes de la « politisation » de la poésie, il importe, en effet, de bien enraciner l\u2019œuvre poétique \u2014¦ et d\u2019en bien voir l\u2019enracinement \u2014 dans le milieu socio-culturel de sa naissance: l\u2019Iliade, les grands vents qui balaient la trilogie d\u2019Eschyle, en ce sens, sont et demeurent éminemment grecs \u2014 et donc nationaux, comme le sont la plupart des poèmes actuels au Québec.Peut-être faudra-t-il, à plus ou moins brève échéance, dépasser ce stade, comme certains de nos plus jeunes poètes aiment à le répéter, et apprendre à nous exprimer bientôt dans le langage audio-visuel des mass media et selon les « systèmes combinatoires » de langage: la chose s\u2019amorce, et je m\u2019en réjouis.Mais ce second temps ne sera possible que si, dans un premier temps, nous nous sommes découvert un visage à nous, que si nous avons dessiné les traits de notre vrai visage: la conquête de la liberté peut seule amorcer les processus de créativité ultérieurs, puisque, précisément, la liberté est d\u2019abord liberté créatrice et liberté de créer.La problématique de Gilles Marcotte, tant du point de vue de la critique littéraire pure que de celui de l\u2019acculturation nationale par et dans le dire créateur du poète, s\u2019avère courte, peureuse et rétrograde \u2014 j\u2019allais écrire: révisionniste \u2014, assurément réductrice, en tout cas, du phénomène que l\u2019auteur entend étudier selon les « canons » plus ou moins avoués d\u2019un esthétisme en somme assez classique et conservateur et d\u2019un psychologisme mourant.Quoique Gilles Marcotte, sans doute, désavouerait tous ces -ismes, dont un certain scepticisme bien caractéristique du penseur québécois devant l\u2019effort de la pensée pure \u2014 c\u2019est-à-dire, encore une fois, de l\u2019essai \u2014 l\u2019éloigne et le défend: il entend n\u2019être qu\u2019un bon lecteur, honnête et sans prétention, de nos auteurs.Or, faut-il le redire, il n\u2019est plus de lecture innocente et qui va de soi des œuvres littéraires ou artistiques.Les temps de la lecture facile \u2014 et, surtout, évidente \u2014 sont passés.On peut le regretter; on ne peut l\u2019ignorer.Le poème Le poème québécois, à cette heure qui est et doit être nôtre et la nôtre, est pluriel.J\u2019entends qu\u2019il se transmet aussi bien par la parole, la chanson, l\u2019écrit que par un agir collectif tensionnel et tensiogène.Nous « débarquons », pour l\u2019heure, les distinctions scolastiques de l\u2019oralité et de l\u2019écriture (genre verba volant, scripta manent) : l\u2019historique a dénoncé la fausseté de pareilles rigidités au bénéfice de la raison linéaire cartésienne2.Ainsi entendu, le poème québécois est le lieu de notre naissance.En d\u2019autres termes \u2014 et comme toujours, d\u2019ailleurs, dans le langage \u2014 le dire nous crée.Et il ne sera pas de retour au « poétique ».Car la poésie est dans le langage et, partant, la technique, le système.Telle est la double justification de notre poésie \u2014 qu\u2019aurait pu et dû expliciter Gilles Marcotte, en regardant de plus près les apports du structuralisme et de la socio-dynamique de la culture 3.2.\tJe ne pense pas seulement ici aux ouvrages controversés de McLuhan, mais aussi à des essais comme ceux de Jules Gritti, Edgar Morin, Abraham Moles; cf.Communications, 14 (1969).3.\tVoir les travaux de Tzevetan Todorov; plus particulièrement:\t« Poétique », dans La poétique nous enfante donc: salut et merci à nos poètes, de quelque allégeance qu\u2019ils se proclament pour l\u2019heure.Pour ce qui est de les classer, bénir ou comdamner, de les évaluer et juger selon des critères esthétiques précis, il est sans doute trop tôt pour songer à le faire et le travail, d\u2019ailleurs, ne serait guère utile: l\u2019histoire de la critique littéraire aurait dû nous apprendre à nous méfier des classements des œuvres contemporaines \u2014 cette histoire qui n\u2019est, trop souvent, que l\u2019inventaire des sottises et préjugés, jusqu\u2019ici presqu\u2019exclu-sivement aristo-bourgeois et élastiques, d\u2019une époque 4 5.Les leçons discrètes que Gilles Marcotte, tout comme Pierre de Grandpré et Jean Éthier-Blais, donne à nos « jeunes » poètes \u2014 selon les postulats fondamentaux d\u2019une démarche aristo-mérito-élistico-esthétique ! \u2014 ne peuvent être que démodées et regrettables.\u2014 « On ne peut donc plus juger de la valeur d\u2019une œuvre, maintenant, et nous devrons accepter pêle-mêle déchets et réussites?Tout de même !.Labiche et Racine sur le même pied : la jolie trouvaille à laquelle aboutit votre jargon contourné, inesthétique et peu français ! \u2014 Permettons l\u2019expression et déclarons simplement nos préférences pour ce qu\u2019elles sont dans la conjoncture des recherches littéraires actuelles, c\u2019est-à-dire pour subjectives (sans oublier, évidemment, les critères avoués de notre subjectivité ! ) : ce sera plus humble, plus réaliste et plus vrai, jusqu\u2019à ce qu\u2019une science de la lecture se soit vraiment élaborée \u2014 ce dont nous sommes encore très loin 6.» Qu\u2019est-ce que le structuralisme ?et Littérature et signification, Paris, Larousse, 1967, 118 pp.Voir aussi l\u2019ouvrage de A.Moles: La sociodynamique de la culture, Paris, 1967, 342 pp.Egalement: les propositions de François Wahl, auxquelles nous adhérons substantiellement, dans l\u2019essai remarquable de lucidité et de fermeté qui clôt Qu\u2019est-ce que le structuralisme ?\u2014 « Philosophie et structuralisme » \u2014 pp.299-441.4.\tCf.Benedotte Croce: Aesthetic, New-York, The Noonday Press, 1968, 503 pp.; René Welleck: Concepts of Criticism, New Heaven, Yale University Press, 1965, 403 pp.; R.Fayolle: La Critique, Paris, A.Colin, 1964, 430 pp.5.\tCf.T.Todorov: art.cité, p.162.246 RELATIONS Je reconnais volontiers, aussi franc et simple que notre « chère > Pénélope dans ses critiques hebdomadaires sur la musique, la faiblesse du présent essai, qui ne repose sur aucune problématique déclarée et solide 6.J\u2019en conclus, une fois encore, à l\u2019urgence, au Québec, d\u2019une prolifération de Y essai, lieu de l\u2019apprivoisement culturel; mais de l\u2019essai renouvelé selon le vocabulaire et, surtout, le langage austère des sciences actuelles.Par lui, nos critiques ont désormais la charge \u2014 et le devoir \u2014 d\u2019initier peu à peu le « grand public cultivé » à un nouveau mode de lecture littéraire.Au départ, importerait assurément la différence à instaurer entre les deux formes de critique littéraire qui semblent seules possibles à l\u2019heure actuelle: a) celle qui tient au commentaire idéologique \u2014 toute paraphrase d\u2019un texte qu\u2019on lit est toujours idéologique, qu\u2019on l\u2019avoue ou non, et le refus de toute idéologie est lui-même option idéologique, présuppose une option fondamentale vis-à-vis le savoir; b) celle qui s\u2019attache à l\u2019étude de la construction structurale \u2014 scientifique, a-idéologique et a-psycho-logique, et dont les indices formels de vérité et de validité sont la pertinence, la cohérence, l\u2019économie et l\u2019efficacité dans la trame même du discours ou du langage.Pour ce qui est du Temps des poètes, on doit le déclarer a-temporel.Car il n\u2019est pas, il n\u2019est plus de ce temps-ci, du temps de l\u2019« ici-maintenant » de nos poètes 7.Notre critique, on l\u2019aura com- 6 .Cet article n\u2019est qu\u2019un rapide compte rendu dont, à notre tour, nous devrions justifier les axiomes épistémologiques.Nous nous permettons, sur ce point, de renvoyer le lecteur à un article plus élaboré, quoique malheureusement très incomplet, à paraître prochainement dans les Cahiers Laurentiens (revue de l\u2019Université Laurentienne).7.Signalons, par contre, la réussite \u2014 relative, mais agréable, \u2014 de Claude Bernard et Jean Stafford: « Lire le Refus Global» , dans « Les Automatistes », La Barre du Jour, janvier-août 1969.SEPTEMBRE 1970 pris, nous l\u2019espérons, ne porte pas sur les diverses analyses et présentations d\u2019œuvres faites par Gilles Marcotte dans son essai: maintes intuitions et observations sont intéressantes et, me semble-t-il, justes.C\u2019est le présupposé méthodologique qui n\u2019est pas au point et qui rend le livre déphasé, a-temporel 8.8.Une phrase synthétiserait assez bien notre pensée sur l\u2019essai de Gilles Marcotte: «.la motivation, la figuration, le naturalisme psychologique, la subjectivité, viennent.compromettre le concept saussurien du signe binaire \u2014 celui sur quoi reposent la linguistique, la sémiologie, l\u2019anthropologie et la psychanalyse structurales; lequel n\u2019est, nous l\u2019avons constaté, en aucun cas compatible avec elles » (François Wahl, art.cité, p.343).Nous avons souligné l\u2019expression qui, à notre sens, résume tout le débat: le naturalisme psychologique.Entendons même: le réalisme \u2014 feu le réalisme, en tous domaines.C\u2019est le langage, même poétique, qui construit sa validité et sa vérité.Ce qui, en dernière analyse, est d\u2019ores et déjà rejeté, c\u2019est « une épistémologie qui postulait l\u2019unité du sujet et l\u2019extériorité de l\u2019objet, une éthique qui postulait la coïncidence du désir avec la possibilité de la jouissance, une sémiologie qui postulait l\u2019antériorité du sens à la lettre et l\u2019extranéité du sujet au signe, une logique qui, suturant le sujet, ne se soutenait pas du manque et de son retour en supplément » (Ibid., p.400, n.4).L\u2019épistémologie, l\u2019éthique, la sémiologie et la logique ici dénoncées sont celles que nous aurions aimé dénoncer dans notre compte rendu.Libre à certains critiques de s\u2019y complaire encore; mais il faudrait que le grand public cultivé et ses critiques, pour ainsi dire, officiels avouent à quelle enseigne ils logent leur savoir et leur culture.OUVRAGES REÇUS Abdel-Fattah, Ezzat, Gaudreau-Toutant, Cécile, Tremblay, Rock: L\u2019alcool chez les jeunes Québécois.Modèles de consommation d\u2019alcool chez un groupe de jeunes.Publié pour l\u2019Office de la Prévention et du traitement de l\u2019alcoolisme et des autres toxicomanies.\u2014 Québec, les Presses de l\u2019Universté Laval, 1970, 102 pp.Bellet, Maurice: Le point critique.\u2014 Bruges, Des-clée de Brouwer, 1970, 323 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au Canada.Avec la collaboration de Francine Panet-Raymond.Publ.de la Faculté des sciences sociales, Département des relations industrielles.\u2014 Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1969, 243 pp.Tresmontant, Claude: L\u2019enseignement de Ieschoua de Nazareth.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 267 pp.Viau, Pierre: Les municipalités du Québec (Structures).\u2014 Montréal, les Editions de la Place Inc., 1968, 171 pp.; Supplément, 1969, 29 pp.von Balthasar, Hans Urs: De l\u2019intégration.Aspects d\u2019une théologie de l\u2019Histoire.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1970, 343 pp.247 THÉÂTRE La nudité: médium de la transparence?par\t\u2014\t~ Placide Gaboury\tDu théâtre « pas habille » On pouvait voir off-Broadway, au début de l\u2019été, deux pièces de théâtre où, en plus cru que dans Hair ou Oh ! Calcutta, les nus surabondent: The Way It Is et Sound of Another Drum.Dans la seconde pièce, le spectateur assiste même à une copulation entre deux personnages nus.Au cinéma aussi (/ am Curious), ainsi que dans certaines revues (Evergreen, Hara-Kiri, The Realist, Avant-Garde, qui mêlent l\u2019humour à l\u2019érotisme), on peut voir le nu s\u2019étaler plus que jamais.La nudité a donc pris d\u2019assaut et d\u2019audace le cinéma, le théâtre, la danse, la revue.La nouvelle moralité de la jeunesse a pu contribuer à cette prise d\u2019assaut: la jeune génération n\u2019est plus polarisée par les tabous, maintes coutumes jadis considérées comme offensantes n\u2019étant plus pour elle que des phénomènes naturels subordonnés à la personne, à ses buts, à ses valeurs.Toutefois, si se promener nu peut favoriser la liberté des mouvements et être signe d\u2019exhibition ou d\u2019absence d\u2019inhibition, le signe ne jouit pas d\u2019une efficacité magique automatique.De sorte que l\u2019homme n\u2019est pas nécessairement guéri de ses étroitesses, préjugés, intolérances et mensonges du seul fait qu\u2019il se promène sans vêtement.On peut, nageant nu dans la mer, se sentir un enfant de la nature, un être « fusionné » avec les puissances de l\u2019air et de l\u2019eau, un familier des esprits cosmiques ., mais dans une illusion vite dissipée par la première conversation avec quelqu\u2019un d\u2019hostile \u2014 même s\u2019il est nu, lui aussi ! De sorte que la question se pose: l\u2019époque de la nudité sera-t-elle celle de l\u2019ouverture, de la transparence des personnes ?En d\u2019autres termes: la nudité rend-elle l\u2019homme plus simple et plus direct ?peut-on se découvrir davantage par le nu ?Tout dépend, semble-t-il, du sens que l\u2019on donne à l\u2019expression « se découvrir », expression aussi ambiguë que le nu ou que l\u2019homme lui-même et que nous tenterons ici d\u2019analyser d\u2019un peu plus près.Ce qui caractérise le nu au théâtre, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y est pas voilé comme par l\u2019écran du film: il est réaliste.Or il appert rapidement que le nu n\u2019ajoute ni n\u2019enlève rien au pouvoir dramatique d\u2019une œuvre de théâtre: après sept minutes \u2014 disons huit ! \u2014, l\u2019étonnement fait place à la question « Et après ?» Le nu se révèle alors comme un simple moyen dont on a voulu faire une fin: il n\u2019a pas de réserves de mystère ou d\u2019intrigue.Il faudrait une pièce assez particulière \u2014 un ballet ?\u2014 pour que le nu soit justifié, c\u2019est-à-dire haussé au niveau de l\u2019accessoire nécessaire.Et encore la suggestion pourrait-elle être plus convaincante.Copeau a dénudé la scène, le décor et le costume; mais mettre les corps à nu, c\u2019eût été en Parce qu\u2019il prétend tout dire, le nu, certes, est fascinant.Mais il offre une transparence illusoire: il dit trop et, en disant trop, il cesse d\u2019être parole, il atteint l\u2019immédiateté du cri, l\u2019urgence de la proie à saisir.L\u2019intensité du nu est à telle hauteur que tout mouvement devient affadissement: étant signe de la personne qui se rend, il anéantit tout suspens.Car c\u2019est la chose même, la substance même que le nu prétend offrir.Il ne permet plus de lire entre les lignes, puisqu\u2019il n\u2019y a plus de lignes, il livre son secret, forçant toute interprétation à déclarer forfait.Il fait écran à des formes plus parlantes.Il empêche la parole, comme on le voit dans What Do You Say to a Naked Lady ?Il cesse d\u2019être parole, car la parole, justement, est à la fois voile et révélation: l\u2019expérience n\u2019est jamais égalée par la enlever au point que le drame dût changer de registre pour devenir déploiement du corps: danse.Car, si le principe « moins, c\u2019est plus », mis à la mode par Mies van der Rohe, a quelque valeur en art, c\u2019est toujours dans une subordination du matériau à l\u2019œuvre, non de celle-ci à celui-là: non de la pièce au nu.Comme tout matériau, le nu, au théâtre, est indifférent.Non pas qu\u2019il laisse toujours le spectateur indifférent ! mais il laisse la pièce indifférente.Supposons, un instant, que l\u2019on joue un Molière sans vêtements, ou un Musset, un Guitry, un Genêt: on y perdra, parce que le costume est, de soi, révélateur et que le nu ne l\u2019est pas.Un nu n\u2019a pas de caractère.Une pièce sans vêtements est proprement une pièce qui n\u2019est « pas habillée »; elle passe de la simplicité au simplisme.Elle ne dit plus rien en voulant tout dire.parole, mais trahie par elle.De même, l\u2019œuvre d\u2019art est mensonge pour dire davantage le vrai.Art et parole sont des masques : ils disent, mais ils cachent simultanément; leur expression garde un secret.Si le nu est fascinant, le voilé l\u2019est davantage, parce qu\u2019il cache quelque chose, parce qu\u2019il promet et par cela même qu\u2019il promet.La fascination vient de ce qui se cache, non de ce qui se montre.Depuis toujours, le visage est la partie la plus exposée de l\u2019homme; il demeure cependant énigme, masque, truchement.Il est révélateur autant que voilé; en lui, l\u2019homme peut être descellé et il peut rester secret.Le visage est ambigu, parce qu\u2019il est l\u2019expression même de l\u2019homme, cet être ambigu comme un Janus, un Hermaphrodite.Pour que le reste du corps atteigne à cette qualité, il doit, lui aussi, être à Une transparence illusoire 248 RELATIONS la fois voilé et révélateur.S\u2019il est tout dénudé ou tout habillé, le corps cache autant qu\u2019il exprime; s\u2019il est revêtu d\u2019un voile (ou partiellement vêtu), c\u2019est alors qu\u2019il fascine parce qu\u2019il devient capable de suggérer le mystère.Le vêtement est au corps ce que le visage est à la personne: il révèle en cachant.Ce qu\u2019il ne recouvre pas, il le dévoile, le révèle; ce qu\u2019il cache se revêt de suspens.Les animaux ne sont pas nus, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas de visage.Ils ne peuvent cacher leurs sentiments: leur face (groin, museau ou bec est incapable de tromper, de faire semblant ou pince-sans-rire.(Peut-être même la bête ne peut-elle pas rire parce qu\u2019elle n\u2019a pas de visage, ou vice versa.) L\u2019animal peut tout au plus « faire le mort » : c\u2019est qu\u2019il est tout d\u2019une pièce et que son chef n\u2019est jamais voilé, mais, comme le reste du corps, simple opacité.L\u2019impossibilité pour la bête de passer du caché au transparent la rend incapable de parole.La nudité corporelle ne rend pas l\u2019homme transparent.Car l\u2019être de l\u2019homme n\u2019est pas son corps.Ou plutôt: l\u2019homme à la fois est et possède un corps.Qui s\u2019habille dit: « J\u2019ai un corps »; qui est nu: « Je suis un corps ».Le premier voit son corps comme peu révélateur, comme négligeable moyen de communication; le second croit que chaque partie de son corps est révélatrice du Je.Aussi voudra-t-il peut-être se promener nu, croyant que c\u2019est alors qu\u2019il est lui-même.Les pièces d\u2019identité, pourtant, et les photos de prisonniers évadés s\u2019en tiennent généralement à la tête.Par suite d\u2019un préjugé rationaliste ou manichéen ?Peut-être.(Il est, certes, des peuples moins « rationalistes » \u2014 Lévy-Bruhl eût dit « inférieurs » \u2014 habitués, le climat aidant, à la nudité; mais il ne faudrait pas oublier les Esquimaux !) En fait, des photos prises à partir du cou jusqu\u2019aux pieds ne fourniraient pas d\u2019éléments signalétiques suffisants pour identifier les personnes: nous aurions tous, sur semblables photos, un « air de famille » \u2014 même si l\u2019unicité des empreintes digitales fait entrevoir qu\u2019il n\u2019est pas deux corps humains identiques.C\u2019est comme si le visage, parce qu\u2019il peut à la fois cacher et révéler \u2014 mentir et être transparent \u2014 était le seul élément SEPTEMBRE 1970 corporel vraiment révélateur, communicatif, social et « personnalisant » de l\u2019homme.Le visage est distinctif justement parce qu\u2019il voile la personnalité autant qu\u2019il la montre.Certes, le Je ne loge pas dans la tête seule, mais c\u2019est là éminemment qu\u2019il s\u2019exprime et se cache.S\u2019il arrive que, un jour, tous les hommes se promènent nus, il y aura encore des coquetteries, des jalousies, des cupidités, des conventions.Et il faudra encore pratiquer la politesse, qui est le respect de l\u2019autrui inconnu et impersonnel, un respect qui ne préjuge pas de la valeur ou de l\u2019amabilité de la personne rencontrée.C\u2019est l\u2019huile qui permet au grand appareil social de tourner sans trop grande friction.Et cela repose sur le caché, le secret des personnes, qu\u2019aucune nudité ne peut violer.Si la vie intime des personnes n\u2019était pas protégée par le secret, la vie en société serait impossible.Et la nudité n\u2019y changerait rien; elle obligerait, tout simplement, de passer d\u2019un système de conventions à un autre.Elle ne rendrait pas les rapports entre personnes plus faciles, ni plus transparents; peut-être, au contraire, plus chatouilleux ! Les hommes deviendraient plus sensibles aux détails et au vocabulaire de la peau, aux configurations et déformations physiques, aux coquetteries possibles du poil et du pli.Mais le mystère demeurerait, qui permet à la fois la conversation polie et la confidence intime, qui donne du prix à la parole; qui permet le secret de l\u2019un et le dévoilement de l\u2019autre, le commerce, le jeu, l\u2019industrie, la diplomatie, la politique et, bien sûr, la guerre.Car, nus, les hommes feraient encore la guerre.L\u2019écran des paupières Ils feraient encore la guerre parce qu\u2019ils ne seraient pas, pour autant, devenus transparents, c\u2019est-à-dire sans préjugé ni cupidité.Il n\u2019est donc pas sûr que la nudité rendrait la vie plus facile ou les relations plus ouvertes entre les hommes.Car c\u2019est l\u2019homme qui doit se révéler, s\u2019ouvrir, entrer en dialogue; et cela, aucune recette n\u2019a encore permis de l\u2019obtenir.L\u2019effeuille-ment n\u2019est pas le dépouillement de soi; s\u2019exposer n\u2019est pas se révéler et ce n\u2019est pas, non plus, « se découvrir ».À l\u2019inverse, se montrer tel qu\u2019on est n\u2019implique pas nécessairement qu\u2019on montre tout ce qu\u2019on a.Il y a, dans la fascination de la nudité, surtout lorsqu\u2019elle tente de s\u2019articuler en thèse, quelque chose qui appartient à un monde magique non démystifié.« Je vais vous prouver que je suis ouvert, sans préjugé, transparent, que je ne crains pas de me montrer tel que je suis, que je n\u2019ai rien à cacher; la preuve ultime, c\u2019est que je n\u2019ai pas de vêtement ! » Mais si j\u2019avais plusieurs épaisseurs de peau ?Et si j\u2019avais un secret à garder ?Le corps peut, certes, dire vrai, c\u2019est-à-dire se montrer peau nue; mais le cœur, mais l\u2019esprit, mais la langue et les yeux ?Croire qu\u2019il suffit d\u2019être nu pour être ouvert, tolérant, totalement humain et vrai, c\u2019est oublier que les tribus vivant dans la nudité se battent entre elles et cultivent, tout comme l\u2019homme dit civilisé, les préjugés.On ne sort pas nécessairement transformé, plus ouvert et plus tolérant, d\u2019un séjour dans un camp de nudistes.S\u2019exposer, disions-nous, n\u2019est pas se révéler.L\u2019exhibitionnisme est la réponse dialectique au voyeurisme.Et il n\u2019est pas dit que la rencontre de l\u2019exhibitionniste et du voyeur soit transparente.La communication interpersonnelle est davantage qu\u2019un troc et qu\u2019un truc; difficile, elle n\u2019est jamais livrée à la magie des recettes.Braquer sons et lumières sur la peau nue, ce n\u2019est pas encore communiquer, c\u2019est simplement créer des ondes dans un champ défini.Communiquer relève d\u2019un pouvoir intentionnel qui permet de devenir l\u2019autre en demeurant soi-même et pour lequel il n\u2019est pas de recette facile.Il n\u2019est pas de court chemin entre les hommes.Ni vers l\u2019homme.Mais, si l\u2019homme veut vraiment communiquer, il n\u2019est pas d\u2019écran pour l\u2019en empêcher.Car, en fin de compte, ce qui fait écran entre les hommes, ce n\u2019est pas le vêtement, c\u2019est la paupière.249 CINÉMA Quelques questions.pour l\u2019oeil par Yves Lever Sociologie vs esthétique Minable, passable ou sublime, tout film constitue un témoignage explicite (par sa représentation même) et implicite (par ses références cachées, ses symboles et son appel au subconscient) sur un ou plusieurs hommes, sur la société en général et quelques-unes de ses caractéristiques culturelles.Reçu dans le public, il suscite encore toute une série de témoignages: explicites, par les critiques et commentaires plus ou moins élaborés que chaque spectateur se dit ou communique à d\u2019autres, implicites, par la publicité du film et par le nombre de spectateurs (les millions d\u2019entrées aux « films de cul » n\u2019indiquent-elles pas, à elles seules, une sérieuse crise de l\u2019érotisme?).La critique de cinéma, celle des commentaires entre amis comme celle des chroniques publiées, consiste à dégager et à mettre en valeur cette double série de témoignages.Chacun « recevant » le film sur son écran personnel de référence, on comprend que les commentaires varieront à l\u2019infini, selon les milieux, les personnalités, les préoccupations présentes, les grands événements de l\u2019actualité, etc.Tenant compte de tout cela, on doit cependant essayer de développer sa sensibilité, affiner son sens critique et se donner quelques bons critères de jugement, tout en restant assez souple pour les faire évoluer souvent.C\u2019est ce que, à leur façon, les ciné-clubs ont toujours proposé à leurs membres et c\u2019est pour ce motif qu\u2019on souhaite voir généraliser l\u2019éducation cinématographique dans les écoles.Si l\u2019on regarde quelques feuilles de questions proposées par les ciné-clubs pour les discussions, il y a quelques années, on retrouve surtout les éléments suivants: sujet du film, thèmes principaux, unité, analyse des caractères, action, interprétation, son, montage, rythme, message, morale.En d\u2019autres mots, on voulait essayer de répondre à la question: ce film est-il un beau film ?S\u2019en tenir à ces éléments, ce serait aujourd\u2019hui rater ce qui m\u2019apparaît le plus important dans un fait cinématographique, surtout quand il s\u2019agit du cinéma québécois.Jean-Pierre Lefebvre disait, l\u2019hiver dernier, qu\u2019il préférait voir ses films étudiés par des sociologues plutôt que par des historiens de l\u2019art.C\u2019était marquer \u2014 et justement, selon moi, \u2014 une prédominance du socialement signifiant sur le formellement beau.Car, si le film est délassement et, parfois, œuvre d\u2019art, il est surtout une gigantesque entreprise économique.Cela signifie-t-il qu\u2019il faut abandonner tous les critères de jugement esthétique?Évidemment pas; car ce sont d\u2019abord les aspects artistiques d\u2019un film qui vont nous frapper, provoquer notre sympathie et faciliter notre adhésion affective aux témoignages qu\u2019apportent les auteurs.Même, il est essentiel de pouvoir les sentir pour bien pénétrer dans la réalité qui est présentée.Mais s\u2019arrêter là serait simplement consommer des symboles, des signes, sans se préoccuper de l\u2019objet réel auquel renvoient ces médiations.C\u2019est pourquoi il faut conserver les critères esthétiques (être capable de voir pourquoi et comment l\u2019Initiation est un navet), mais aussi les dépasser jusqu\u2019à une certaine analyse de type sociologique.Faire cette analyse, c\u2019est se poser des questions du genre de celles-ci: \u2014\tDe quel type de société témoigne ce film ?Favorise-t-il ou attaque-t-il (implicitement et explicitement) ce type de société ?\u2014\tCette société correspond-elle à celle dans laquelle nous vivons tous les jours ?Est-elle utopique, genre beau rêve en couleurs dans lequel il serait peut-être intéressant de vivre, mais qu\u2019on ne verra jamais ?Si elle est marginale (comme dans Prologue ou dans les films de hippies), quelles sont les caractéristiques de cette marginalité et quelle en est l\u2019extension ?\u2014\tQuelle est la vie sociale vécue par les personnages ?comment se définissent-ils dans leurs milieux ?quels sont les rapports personne/ état?\u2014\tQuelles sont les principales idéologies proposées ?Bonheur ?consommation ?individualisme ?collectivisme ?révolution ?Contre quelles idéologies s\u2019érige-t-on?\u2014\tÀ quel type de public s\u2019adresse surtout ce film ?Le rejoint-il ?Pourquoi suis-je moi-même allé le voir ?Quels mécanismes publicitaires ont suscité mon intérêt et à quelles préoccupations concrètes de ma part correspond-il ?\u2014\tCe film traite-t-il d\u2019un phénomène politique ?S\u2019il n\u2019en traite pas, quelles sont les réalités politiques qui sont quand même présentes ?pourrait-il être exploité politiquement par un groupe ou par l\u2019État ?\u2014\tÀ qui l\u2019exploitation de ce film profite-t-elle ?S\u2019il est produit à même les deniers publics, est-ce un investissement rentable ?250 RELATIONS Existence plus humaine ou abêtissement?FÊTE ET FÊTES DU TRAVAIL| Si nous avons quelque chose à apprendre du ou des mouvements de style hippy, c\u2019est bien la nécessité de s\u2019élever au-dessus du système totalitaire et unidimensionnel de production-consommation, bien décrit par Marcuse.On en connaît bien les séquelles: abêtissement, robotisation, nivellement de la pensée et des besoins, matérialisme, juridisme, etc.Produit, structuré, organisé par une équipe dans un laps de temps assez long, tout film pourrait être un effort de « spiritualisation » de ces problèmes.Dans le dernier numéro de Relations, Placide Gaboury montrait comment une certaine jeunesse prophétise, au cinéma, un monde quelque peu amélioré.Mais ce n\u2019est le cas que d\u2019un très petit nombre de films.Comment la majorité de ceux-ci répondraient-ils aux questions suivantes: \u2014\tQuel est le niveau d\u2019intériorité et de conscience des personnages ?Sont-ils lucides et conséquents avec eux-mêmes ?\u2014\tQuelles sont leurs principales valeurs, leurs coordonnées dans l\u2019existence ?\u2014\tQuelles sont les « vérités » auxquelles ils se raccrochent, surtout celles qu\u2019ils ne se formulent pas à eux-mêmes et qu\u2019ils propagent naïvement ?\u2014\tEst-ce qu\u2019ils peuvent me sensibiliser à un type d\u2019existence plus humain (valeurs de paix, d\u2019amour, de fraternité, de liberté, de justice) ou bien présentent-ils des situations infra-humaines (aliénations, guerres, obsession de l\u2019argent et du sexe, goût du pouvoir et de la domination) comme des situations normales ?\u2014\tComment vivent-ils avec la technologie d\u2019aujourd\u2019hui ?l\u2019acceptent-ils naïvement pour en profiter avidement, ou bien la rejettent-ils en montrant par là encore plus de naïveté ?\u2014\tEst-ce que ce film m\u2019aide à comprendre l\u2019homme d\u2019ici et d\u2019aujourd\u2019hui, avec ses problèmes et ses joies possibles, ou bien me pré-sente-t-il des héros éthérés (star system) qui n\u2019ont, en fait, rien à me dire ?Me projette-t-il dans des situations exceptionnelles que je n\u2019ai jamais vécues et ne vivrai jamais, ou bien me renvoie-t-il à des réalités de mon quotidien ?\u2014\tQuelle sorte de communication les personnages ont-ils entre eux ?Comment les couples vivent-ils ensemble ou se brisent-ils ?\u2014\tQuelle sorte de films vais-je voir le plus souvent ?Pourquoi ?Est-ce que j\u2019en sors plus lucide, choqué, provoqué ou abruti ?\u2014\tQuelle sorte de films est la plus populaire actuellement dans mon milieu ?Est-ce que cette popularité m\u2019apparaît positive ou ambiguë ?\u2014\tLa réponse à cette dernière question n\u2019étant pas difficile à deviner, elle en soulève immédiatement d\u2019autres: Comment expliquer la « sexposi-tion » actuelle sur les écrans ?quelle nouvelle moralité va-t-on en tirer ?quelles en sont les valeurs et les ambiguïtés ?(Pour des éléments de réponse à ces questions, voir l\u2019article Art érotique et bien commun, de Marcel Marcotte, dans le numéro 351 de Relations.) Cette double série de questions veut provoquer chez tout amateur de films un mouvement à deux temps: d\u2019abord, une grande lucidité sur tout ce qui concerne le cinéma; puis, à travers lui, une vision enrichie de ce qu\u2019est l\u2019expérience humaine.C\u2019est ce que résument les deux citations suivantes: Je demande au cinéma d\u2019être un témoin, un compte rendu du monde, celui qui dit tout ce qui est important dans le réel.La réalité est multiple et peut avoir mille significations diverses pour des hommes différents.Je veux avoir une vision intégrale de la réalité.Luis Bunuel.(Cité dans Le cinéma et ses mythes, de Claude Bonnefoy.) Seul cet homme, qui, du bout des doigts, tâte et finit par étreindre à pleines mains le flamboyant univers total et réel, qui rejette les écoles parce qu\u2019à partir du moment où il se connaît il n\u2019en a plus besoin, qui voit derrière les êtres et les choses, qui parle avec les arbres et les courants d\u2019air, qui a libéré son esprit, qui aime et se révolte, seul cet homme vit.Ado Kirou, dans Le surréalisme au cinéma.Si c\u2019est assez d\u2019une seule journée pour honorer le travail anonyme, fourni par tous les hommes pour le bien de l\u2019ensemble, ce ne l\u2019est plus pour signifier sa gratitude à ce travailleur particulier dont je suis le bénéficiaire.Et si tel n\u2019était pas l\u2019avis de certains, ce serait pour ceux-là une indication de mauvais augure, en plus d\u2019être l\u2019explication de l\u2019ennui probable, installé à demeure en ces milieux d\u2019où le cœur serait absent.Là où il est, en effet, il est sans cesse en recherche de moyens capables de réjouir l\u2019autre, et le climat y est agréable.Sa délicatesse le rend ingénieux et les fêtes intimes du travail y font la ronde, distribuent la joie et discrètement, sans le dire, font des déclarations d\u2019amour.Là où la reconnaissance se tait, le jour se lève lourd; lourd de ses exigences de vieilles besognes, subies au dehors pour un salaire, ou de monotonie obligatoire, sédentaire à la maison.On y reprend, non pas le travail, mais la corvée encore, avec l\u2019ennui d\u2019hier et celui de tous les interminables lendemains.Là où la reconnaissance s\u2019exprime aisément, on retourne à l\u2019ouvrage allègrement, avec l\u2019idée en tête de rendre service à ses semblables, et la perspective, douce au cœur, d\u2019assurer le mieux-être de vies particulièrement chères; la tâche s\u2019allège alors du poids même de cet amour de tous, et de celui des siens.En ces murs, après la journée finie, c\u2019est souvent réunion dilatante autour de la nappe mise, et sans plus de fatigues, fêtes intimes du travail.A Dieu même, une seule journée pour témoigner sa reconnaissance au travailleur n\u2019a pas semblé suffisante.Lui aussi il a promis à ses fidèles serviteurs une incomparable Fête du Travail, faite de Vision sans limites et d\u2019émerveillement sans fin; mais cette promesse d\u2019un long repos, après l\u2019épuisement de toute une vie, lui a paru insuffisante pour la peine d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est pourquoi il la rafraîchit avec des inspirations de petits bonheurs à fleur d\u2019âme, accompagnant même le simple devoir accompli; de lui, en moi, témoins de sa présence obligeante; avec aussi ses consolations, encore plus délicieusement profondes, qui reposent et soutiennent mon effort, quand il s\u2019affaire en l\u2019espoir d\u2019apporter quelque chose à quelqu\u2019un; de lui, en moi, témoins de sa présence réconfortante.La présence joyeuse de Dieu est donc active en moi à l\u2019heure du travail.Il a cependant fait davantage en enrichissant la pensée humaine d\u2019idées charitables, importées du Ciel: auprès de ses attentions prévenantes, en effet, il a mis en veille celles des miens, oui, mais celles aussi des autres.Et pour dire merci à quelqu\u2019un dont il a reçu quelque chose, il a placé au cœur de l\u2019homme la souriante gratitude: source gracieuse de gestes bienveillants, de mots qui chantent et de manifestations simples et spontanées, normales entre gens qui s\u2019aiment et veulent le faire comprendre.Courant d\u2019amour ! Parti de Dieu pour animer toutes les fêtes intimes du travail, il sera là encore pour l\u2019enchantement de l\u2019âme au jour merveilleux de l\u2019incomparable Fête du Travail.Paul Fortin.SEPTEMBRE 1970 251 AU SERVICE DU FRANÇAIS La virgule: menu signe, gros souci \u2014 Ponctuation-14 par Joseph d\u2019Anjou Le plus négligeable, en apparence, et le plus négligé, en réalité, \u2014 je veux dire: le plus incongrûment employé ou omis, même par des écrivains qu\u2019auréole le prestige de leur talent, de leur réputation ou de leur titre (littéraire, scientifique); \u2014 le signe .insignifiant aux yeux du « vulgaire », ou du « surréaliste », sorte de goutte d\u2019encre tombée comme par hasard sur la page manuscrite ou dactylographiée; la virgule, pour l\u2019appeler par son nom, voilà sûrement la .mouche la plus capable, par sa présence ou son absence, de révéler un écart de pensée, de mettre à découvert l\u2019irréflexion, voire la stupidité d\u2019un alignement de mots.On ne s\u2019étonnera donc point que, vu le nombre et la subtilité des cas d\u2019emploi ou d\u2019omission de la virgule, celle-ci doive retenir notre attention (la mienne et la vôtre) .plusieurs mois durant, et que restent anonymes les .modèles à imiter ou à corriger.1.\tRevenons, car il le faut plus que jamais, à la règle unique de toute ponctuation: éclairer le sens de la chose écrite par le judicieux recours aux signes qui vont en montrer parfaitement Y articulation logique.Si l\u2019on excepte les points de suspension, \u2014 qui peuvent avoir une portée simplement affective (hésitation ou désir de piquer la curiosité), sans marquer la moindre pause sémantique dans le déroulement de l\u2019expression, \u2014 la virgule constitue le signe le plus faible par quoi l\u2019écrivain va imposer la plus courte halte mentalement nécessaire à l\u2019intelligence de son propos.Insistons encore sur la primauté absolue du sens que doit apercevoir l\u2019esprit du lecteur silencieux, indépendamment des interprétations sonores que, pour effet d\u2019art, d\u2019éloquence ou d\u2019émotion, un acteur, un conférencier, un orateur peuvent offrir d\u2019un texte écrit.2.\tL\u2019infraction qui se commet le plus fréquemment contre la règle première de la ponctuation consiste donc à indiquer au lecteur, par le moyen de la virgule, une pause de pur débit oral.Or, cela ne regarde pas l\u2019écrivain.Il n\u2019a qu\u2019un devoir, on ne réclame de lui qu\u2019un souci: par les signes de ponctuation distribués ou omis, articuler si rationnellement sa pensée qu\u2019on en puisse comprendre les nuances, sans risque d\u2019erreur ou de confusion.Quand, par principe (faux), routine ou négligence (comme si la chose n\u2019avait pas d\u2019importance), un auteur indique les soupirs, silences ou demi-silences (pour parler en langage musical) dont sa propre lecture mentale scande les mots de son texte, ou bien il insulte le lecteur, jugé ainsi inapte à faire valoir oralement la pensée écrite, ou bien il s\u2019expose à pécher contre les exigences de la clarté, se moque des rigueurs de l\u2019analyse logique et finit par manquer au bon sens élémentaire.Illustre bien ce qui précède, en partie du moins, la coupe marquée par une virgule inutile entre le verbe et soit son sujet, soit son complément.On saisira, par leur inclusion entre des parenthèses, l\u2019inanité (l\u2019insanité?), au point de vue sémantique, des virgules plaquées dans les phrases suivantes.La personnalité (,) ne se réalise que dans la multitude des réactions, etc.Mais, comme on le constate souvent, ces éléments de type supérieur (,) ne remplacent pas les valeurs humaines, etc.Bleuler explique par cette notion d\u2019« ambivalence » (,) les incohérences de langage, etc.C\u2019est une application de la méthode dite du « petit lapin », qu\u2019ils emploient d\u2019ailleurs, et qui consiste à faire accepter à l\u2019enfant perturbé par la vue de cet animal (,) la présence de plus en plus rapprochée d\u2019un lapin, etc.J\u2019aurais le sentiment de mépriser le lecteur de ma chronique si j\u2019imaginais que, pour admettre l\u2019ineptie des virgules mises en évidence ci-dessus, il a besoin de commentaires.Voyons quand même d\u2019autres bourdes ultra- manifestes.J\u2019ai lu, en effet, dans un ouvrage qui a pour auteur un éminent théologien, plusieurs énormités exactement semblables à celle-ci: Le ciel et la terre (,) chantent la gloire de Dieu.Ailleurs, \u2014 et je cite ici textuellement, \u2014 j\u2019ai noté: Nous conservons notre vie durant (,) un certain nombre de techniques efficaces, etc.Nous voyons maintenant (,) qu\u2019on peut considérer, etc.L\u2019enflure imaginaire n\u2019a pas de limites et elle est d\u2019autant plus enflure (,) qu\u2019elle est plus irréelle.Comment expliquer \u2014 car elles ne s\u2019excusent pas \u2014 les virgules fautives des quatre premiers exemples apportés ?Souvent, mais non pas toujours, par le fait qu\u2019une couple de mots s\u2019interposent entre le verbe et son sujet ou son complément.Mais pareille explication ne vaut rien.Il y a des mots trop étroitement liés à d\u2019autres par le sens (comme dans le dernier exemple) pour qu\u2019on ait raison de les séparer par le moindre signe de ponctuation.Cela s\u2019applique aux phrases dans lesquelles on doit écrire deux fois de suite le même mot, sous la même forme ou à peu près.Une foule d\u2019écrivains ne tiennent aucun compte de ce principe, malgré son évidence en quelque sorte aveuglante.On encombre d\u2019une virgule idiote certains textes de la Bible.celui qui me rejette (,) rejette celui qui m\u2019a envoyé (Le, x, 16).celui qui me voit (,) voit celui qui m\u2019a envoyé (/«, xn, 45).Erreur d\u2019autant moins justifiable qu\u2019on l\u2019évite en reproduisant une sentence de même facture: celui qui m\u2019a vu a vu le Père (Jn, xiv, 9).On gâche également la transcription du principe d\u2019identité, cher au philosophe et insuffisamment formulé dans les deux propositions à l\u2019intérieur desquelles on a tort de griffonner une virgule: Ce qui est (,) est; ce qui n\u2019est pas (,) n\u2019est pas.Patience ! Elles abondent, les embûches que rencontrent les usagers de la virgule.Nous examinerons ensemble, le plus brièvement possible, celles auxquelles les meilleurs écrivains eux-mêmes ont du mal à ne pas achopper.252 RELATIONS LES LIVRES 2.Pédagogie, éducation Septembre: la rentrée 1.École, culture et société Fernand Dumont: Le lieu de l\u2019homme.La culture comme distance et mémoire.Coll.Constantes, volume 14.\u2014 Montréal, Editions HMH, 1968, 234 pp.20.5 cm.Ouvrage difficile à lire, mais d\u2019une grande richesse de pensée.Doué d\u2019une culture encyclopédique, l\u2019A.se meut à l\u2019aise à travers le temps \u2014 les divers âges de l\u2019espèce humaine \u2014 et l\u2019espace \u2014 les multiples civilisations qui peuplent la planète.Confucius, Socrate, Platon, Descartes, Heidegger, Merleau-Ponty, Bergson, Durkheim, Sartre, Barthes, lui semblent familiers.Il leur ajoute un poète, \u201cmon cher Mallarmé\u201d.Bien que réticent à l\u2019égard du structuralisme, il se dit disposé à aller jusqu\u2019au bout d\u2019une invitation faite par ce nouveau système.\u201cSi nous considérons, et depuis peu, écrit-il, la culture comme un objet, ce doit bien avoir quelque rapport avec des changements profonds dans la manière dont nous l\u2019habitons.Or, ce fut notre thème constant: si la culture est un lieu, ce n\u2019est pas comme une assise de la conscience, mais comme une distance qu\u2019elle a pour fonction de créer\u201d (p.230).Si j\u2019avais un chapitre à recommander, ce serait le quatrième, intitulé \u201cVisions du monde et participation à la culture\u201d, où l\u2019A.traite de la fonction de l\u2019école dans nos sociétés.Le sujet en est très actuel, d\u2019autant plus que les considérations portent sur les deux éléments que transmet la culture reçue à l\u2019école: les techniques sociales et les valeurs.L\u2019ensemble demeure, cependant, quelque peu abstrait, et nous fait souhaiter que Fernand Dumont applique davantage ses immenses connaissances et sa puissance d\u2019esprit aux problèmes propres à notre milieu.Richard Arès.Emile Bouvier: Les rouages de l\u2019économie.\u2014 Montréal, Guérin, éditeur, 1970, 512 pp., 22 cm.É^et ouvrage est un manuel, mais un ^ manuel nouveau genre, qui opère, dans le domaine de l\u2019enseignement de l\u2019économie au secondaire, un peu la même révolution que nos présents manuels de catéchèse ont opérée à l\u2019égard de notre vieux catéchisme.Au lieu de pages ternes, remplies à pleine capacité et où se succèdent sans interruption les définitions, les théories et les explications abstraites, il offre des pages bien ajourées et illustrées, où l\u2019enseignement part de faits bien concrets, des nouvelles du jour, des besoins de chacun des membres de la famille.Exemples: le chômage augmente; pourquoi ?\u2014 Le dollar de 1970 achète moins que celui de 1960; que s\u2019est-il passé ?\u2014 On dit que les banques créent l\u2019argent; comment comprendre le mécanisme complexe de la monnaie et du crédit ?La monnaie est-elle la source de nos malheurs ?« Peut-être que la masse monétaire disponible est insuffisante ?Pourquoi, alors, ne pas imprimer des dollars et les distribuer à ceux qui en ont besoin ?Les créditistes du Québec auraient peut-être raison de réclamer l\u2019émission de dollars gagés sur la richesse nationale ?N\u2019y aurait-il pas là une solution au problème de la pauvreté ?Il faut examiner la question » (p.153).Les étudiants trouveront, en outre, dans cet ouvrage une somme considérable de connaissances sur l\u2019économie canadienne, tout particulièrement sur la situation de l\u2019économie québécoise.Partout, les exemples sont tirés de notre milieu et se réfèrent à notre système économique: les entreprises Bombardier, à Valcourt, Vachon, à Saint-Georges de Beauce, Casavant, à Saint-Hyacinthe, etc.De même pour les statistiques, qui se rapportent soit au Canada, soit au Québec.Certains estimeront peut-être que l\u2019A.fait la part trop belle à l\u2019entreprise libre et que sa conclusion \u2014 « Au Canada, les Canadiens jouissent de la liberté de décision; en U.R.S.S., les Soviets ne l\u2019ont pas; ils sont à la merci de l\u2019Etat » (p.77) \u2014 exigerait des nuances.Il se rachète, un peu plus loin, au chapitre 28, intitulé « La population et la faim dans le monde ».Un appendice d\u2019environ 80 pages initie les jeunes aux divers gouvernements auxquels ils auront affaire un jour: fédéral, provincial, municipal, scolaire, paroissial.Un ouvrage de qualité, bien de chez nous, sur les choses et les gens de chez nous.Richard Arès.Le fric et vous.ou l\u2019économie sans douleur.\u2014 Montréal (8101, boul.Métropolitain), Centre éducatif et culturel, 1969, 126 pp.Explication du fonctionnement de l\u2019économie.Petit manuel écrit avec humour, sur un ton très simple et comportant de nombreuses illustrations et caricatures.Pas pour les spécialistes, mais pour Monsieur Tout le Monde.R.A.Emile Plan chard: Introduction à la pédagogie.\u2014 Montréal (260 ouest, rue Fail-lon), Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1967, 237 pp., 19.5 cm.Fidèle au tttre et au propos de son ouvrage, l\u2019A.introduit le lecteur dans le champ très vaste de la pédagogie.Comme un guide, il indique des frontières et décrit leur contenu, sans oublier l\u2019histoire qui révèle le bouillonnement de la vie à l\u2019intérieur et les agents qui l\u2019ont produit.Vue dans sa complexité et son unité (ch.1), la pédagogie englobe presque toutes les sciences de l\u2019homme; aussi évolue-t-elle sans se renier; science et art de la formation de l\u2019homme, dont la nature ne change pas (pp.29, 233), la pédagogie doit s\u2019approprier et utiliser, grâce à l\u2019inspiration de l\u2019art et au développement de la technique, les acquisitions de la psychologie rationnelle, expérimentale, génétique, analytique (ch.2), de la sociologie (ch.3), de l\u2019organisation contrôlée, en vue d\u2019améliorer surtout les rendements scolaires (ch.4), enfin, tenir compte des expérimentations surgies dans le monde occidental depuis le début de notre siècle (ch.5 et 6).On a donc ici un manuel bien structuré, assez complet, quoique les références les plus récentes de l\u2019A.remontent à 1961, objectif, car si l\u2019A.manifeste avec sens critique et modération ses préférences pour le progrès d\u2019aujourd\u2019hui, en continuité avec la sagesse de toujours (82, 127, 162-164, 184, 195), il n\u2019identifie jamais le meilleur avec le nouveau (33, 158).Il a le mérite de souligner le poids du milieu sur la pensée et la conduite de l\u2019homme (64, 70, 95-96), mais le tort de paraître soumettre la pédagogie aux besoins (?) d\u2019une société donnée (81, 87, 190); il sait pourtant et il dit, contre les totalitarismes divers, que le milieu social, loin d\u2019offrir une norme absolue (82, 86), doit favoriser une théorie et une pratique éducative qui permettent à l\u2019être humain devenu adulte de faire et de maintenir une société humaine, non de s\u2019adapter aveuglément à un état de choses déshumanisant ou inhumain.Il lui suffirait, pour parfaire son ouvrage, d\u2019améliorer sa langue, d\u2019admirer moins Dewey et l\u2019école nouvelle, de puiser dans la philosophie chrétienne de l\u2019éducation (à la suite de Maritain, par exemple) et d\u2019accorder plus d\u2019importance à la religion comme force non seulement d\u2019ordre pédagogique, mais de créativité.Joseph d\u2019Anjou.Clasca Ozinga: L\u2019activité créatrice et l\u2019enfant.\u2014 Québec, les Presses de l\u2019Université Laval, 1969, 182 pp.(Plus une centaine de dessins en noir et blanc ou en couleurs), 22 cm.Une fort belle Édition, non seulement à l\u2019usage des professeurs de dessin, mais aussi des parents déjà initiés à la pédagogie de l\u2019enfant.Un dessinateur professionnel, à qui nous montrions le volume, a été séduit par la variété et la qualité des dessins recueillis par l\u2019A., durant vingt-cinq ans, dans différents milieux sociaux de diverses nations.L\u2019intérêt de l\u2019ouvrage ne réside pas dans les seuls dessins, mais aussi dans l\u2019analyse intelligente et nouvelle qui nous fait saisir les phases successives de l\u2019évolution de l\u2019enfant.Contribution originale et constructive à la LIVRES PRATIQUES D\u2019INFORMATIOI marabout service .GUIDES\u2014ENCYCLOPEDIES-OUVRAGES DE REFERENCE, SEPTEMBRE 1970 253 pédagogie du dessin, cette étude, fruit d\u2019une patiente attention et d\u2019une réflexion prolongée, nous révèle ce qu\u2019est l\u2019activité créatrice de l\u2019enfant s\u2019exprimant dans le dessin; elle est le témoignage d\u2019une vie consacrée à la tâche exaltante d\u2019éducation.Jean-Paul Labelle.Catéchèse Joseph Colomb, P.S.S.: Le service de l\u2019Evangile.Manuel catéchétique.2 vol.\u2014 Paris, Desclée, 1968, 612 et 816 pp., 22 cm.Avec courage et compétence, l\u2019A.s\u2019est attaqué à la tâche gigantesque de rédiger un manuel catéchétique complet.Procédant avec rigueur, l\u2019A.n\u2019oublie cependant jamais le dynamisme propre à une authentique catéchèse.I: Brève histoire de la catéchèse; principes de cette catéchèse: fidélité à Dieu (théologie) et fidélité à l\u2019homme (anthropologie, psychologie, sociologie, pédagogie).II: Lois de la catéchèse, séance catéchétique; communauté ou groupe catéchétique; modalités de la catéchèse selon les âges et les mentalités; action de l\u2019Eglise dans la catéchèse; rôle du catéchiste.Témoignant d\u2019une vaste érudition, l\u2019ouvrage constitue plutôt une somme ou un livre de référence qu\u2019un livre de lecture courante; une œuvre à étudier, non à effleurer.Certains critiques reprocheront à l\u2019A.de s\u2019en être tenu à la catéchèse didactique, de forme scolaire.En restreignant ainsi l\u2019objet de son étude, l\u2019A.demeure cependant dans son droit et nous donne, du moins, le premier manuel vraiment sérieux qui aborde à peu près tous les aspects de la catéchèse didactique.On souhaiterait certes ici ou là une vision élargie; l\u2019ensemble n\u2019en constitue pas moins une contribution de grande valeur à la recherche des catéchètes qui s\u2019interrogent, parfois avec inquiétude, sur leur sens de leur tâche et sur son évolution actuelle.Jean-Paul Labelle.Pierre Babin et les Equipes Monde et Foi: L\u2019Audio-visuel et la foi.\u2014 Lyon, les Editions du Chalet, 1970, 240 pp., 24.5 cm.1e père Babin et ses équipes, à l\u2019avant-> garde de la recherche dans le domaine de la catéchèse, abordent ici un terrain où les risques ne manquent pas, mais qui est aussi très riche de promesses.Des catéchètes de diverses dénominations chrétiennes ont apporté leur collaboration à cette recherche.Dans notre civilisation profondément influencée par les mass media, c\u2019est tout l\u2019homme qui change.Il faut modifier, en conséquence, les modes de transmission du message de la foi.Se pose alors le problème du langage audio-visuel et de ses rapports avec la foi.Pour dépasser le truc technique et en arriver à transcender l\u2019humain, l\u2019utilisation catéchétique des moyens audiovisuels doit pouvoir éveiller au spirituel.Non pas que les mots et les images doivent nécessairement exprimer des sujets formellement religieux; mais ils n\u2019auront de valeur \u2014 pour la catéchèse \u2014 que par leur capacité de résonance religieuse.Particulièrement utile aux catéchètes, la troisième partie de l\u2019ouvrage constitue une initiation concrète, avec exemples, documents et bibliographie à l\u2019appui, susceptible de guider non seulement les éducateurs, mais aussi les jeunes eux-mêmes.Nous relevons avec plaisir la collaboration canadienne à cette expérience: André Dumont, J.Letarte et Claire Bélisle.A signaler également, l\u2019importance accordée à l\u2019exposition universelle de Montréal dans la nouvelle exploration du monde Jean Laplace, S.J.: Le prêtre à la recherche de lui-même.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1969, 300 pp., 21 cm.Dans cet ouvrage qui n\u2019est pas une étude théorique, mais \u201cun livre de sagesse\u201d ou de réflexion, l\u2019A., à première vue, nous semble s\u2019occuper beaucoup plus de l\u2019homme et du chrétien que du prêtre comme tel.De fait, le prêtre ne peut régler le problème de son sacerdoce s\u2019il n\u2019a d\u2019abord résolu les problèmes que lui pose sa condition d\u2019homme et de chrétien.L\u2019A.est extraordinairement attentif à la crise du sacerdoce, crise qui reflète celle du monde et de l\u2019Eglise.Les solutions que l\u2019A.apporte ne sont pas des recettes toutes faites ou des jeux de l\u2019esprit, mais le fruit d\u2019une expérience de vingt années de travail auprès de prêtres de tous âges, appliqués aux ministères les plus divers.L\u2019A.montre qu\u2019il faut, de nos jours, un nouveau style de prêtre, dont l\u2019action auprès des autres ne sera vraiment efficace que si elle découle d\u2019un amour authentique puisé dans l\u2019amour du Christ, que si elle s\u2019appuie sur une vie intellectuelle vigoureuse et sur une relation au monde où le prêtre sera pleinement homme.A cette lumière s\u2019éclairent la question du célibat et celles des rapports du prêtre avec la femme.La troisième partie du livre est consacrée à la vie spirituelle du prêtre; elle traite de la vie de foi et de la maturité spirituelle.Jamais l\u2019A.ne parle explicitement des Exercices spirituels de saint Ignace.On devine pourtant que sa vision est de même inspiration, avec un souci d\u2019être vraiment à la portée du prêtre d\u2019aujourd\u2019hui.Ce livre ne s\u2019adresse pas seulement aux prêtres; il nourrira également la vie spirituelle du religieux ou du laïc affrontés aux problèmes contemporains.Un grand et beau livre, de lecture facile et pourtant profond, qui rendra service à celui qui se donnera la peine de le méditer.Jean-Paul Labelle.Jean Colson: Prêtres et Peuple sacerdotal.Collection Beauchesne, 20.\u2014 Paris, Beauchesne, 1969, 160 pp., 17.5 cm.Le grand mérite de l\u2019A., dans cette étude vivante et originale, est de nous ramener aux sources apostoliques, pour nous y faire retrouver la notion de peuple sacerdotal et celle de sacerdoce ministériel dans l\u2019Eglise.Cette recherche passionnante nous fait saisir comment, d\u2019une part, la doctrine du Nouveau Testament est en continuité avec l\u2019Ancien et comment, d\u2019autre part, par suite de l\u2019intervention du Christ, elle est en rupture avec la tradition vétéro-testamentaire.Nous comprenons mieux, à sa lumière, ce qu\u2019est le peuple sacerdotal et le rôle qu\u2019il a dans l\u2019Eglise d\u2019offrir des « sacrifices spirituels »; nous avons aussi une meilleure vue de la double audio-visuel.Enfin, le livre est magnifiquement illustré, conformément à l\u2019esprit de cette recherche, et les photos canadiennes de l\u2019ONF, y figurant avec honneur, y remplissent un rôle efficace.Jean-Paul Labelle.fonction du sacerdoce ministériel: proclamer la Bonne Nouvelle (fonction apostolique ou missionnaire), célébrer l\u2019Eucharistie.La plus grande partie de l\u2019ouvrage s\u2019attache à l\u2019étude des témoignages apostoliques aux origines de l\u2019Eglise.L\u2019A., dans un court chapitre, analyse les retours « judaïsants » de la conception du sacerdoce à travers l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Il montre que le concile Vatican II, sous ce rapport, a repris la conception « apostolique » en lui redonnant tout son sens.En ces jours où tant de questions sur le sacerdoce deviennent confuses, ce petit livre peut apporter lumière et espérance.Jean-Paul Labelle.Roger Gryson : Les origines du célibat ecclésiastique du premier au septième siècle.Col.« Recherches et Synthèses », section d\u2019histoire, 2.\u2014 Gembloux, Edition J.Duculot, 1970, 228 pp., 24 cm.\u2014 J.-P.Audet: Mlariage et célibat dans le service pastoral de l\u2019Eglise.Mariage et célibat ecclésiastique.\u2014 Montréal, HMH, 1969, 118 pp., 20.5 cm.ON A beaucoup parlé, ces derniers temps, du célibat des prêtres.Il serait naïf de croire qu\u2019on vient tout juste de découvrir qu\u2019il y a là un problème.Un évêque hongrois du 19e s., Mgr de Roskovany, auquel on doit une bibliographie sur le sujet, a trouvé près de 7,000 titres à citer pour la période précédant 1888 ! Le plus difficile est de poser correctement la question.Personne ne songe plus à défendre cette loi de l\u2019Eglise latine, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une tradition apostolique.Il semble bien qu\u2019une certaine conception de la pureté ait eu un rôle décisif à jouer.Toute relation sexuelle, même légitime, impliquerait, croyait-on, une souillure qui rend impropre au culte.Dans ces conditions, le mariage des prêtres ne pouvait être que problématique, surtout en Occident, où on célébrait la messe tous les jours.On finit par le leur interdire tout à fait.Roger Gryson analyse avec toute l\u2019acri-bie souhaitable les documents dont nous disposons, et nuance en particulier ce qu\u2019avait d\u2019un peu hâtif l\u2019essai de J.-P.Audet.Du point de vue qui a été le sien, on n\u2019aura donc pas à refaire cet excellent travail.Est-ce à dire que le débat est clos ?Cette question est liée de près à tellement d\u2019autres ! Il serait téméraire de chercher à la réduire à de tristes méprises sur la vie sexuelle et sa compatibilité avec le sacré.Souhaitons qu\u2019une recherche d\u2019aussi haute qualité que celle présentée par R.G.mette bientôt en évidence les autres aspects du problème \u2014 qui ne sont d\u2019ailleurs pas les moins importants .Gilles Pelland.Faculté de théologie, Université de Montréal.Le prêtre, entre hier et demain 254 RELATIONS F-Tou-vvi \u2018\t; dictionnaire dés glands conimnpoiains ¦ t' O A ii* jiv,^ rg«?TÎT»i [SÜTiiigi i'MTkI \\ ' ' ' histoire delà |x&astaïK»euxq^^ '\tV.:/> A S fl .**.:> '$
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