Relations, 1 novembre 1970, Novembre
[" CENTRE DE DOCUMENTATION corporation des enseignants du québec MONTRÉAL NOVEMBRE 1970 NUMERO 3541 i PRIX 600 | ILE QUÉBEC APRÈS LE TERRORISME D\u2019OCTOBRE LES ÉLECTIONS AU CHILI analyse de Yves Vaillancourt UNIVERSITÉ ET DÉVELOPPEMENT communication de Hervé Carrier SÉCULARISATION - QUÉBEC ATTITUDES CHRÉTIENNES \u2014 Richard Arès CHRONIQUES Une anthologie de choix (R.Dionne) \u2014 « Acte du coeur » (Yves Lever) \u2014 Théâtre ou ballet, didactisme et monologue (G.-H.d\u2019Auteuil) \u2014 Lectures du mois (J.Brosseau, R.Laplante, G.Robitaille) \u2014 Livres : foi chrétienne - vie chrétienne f3nt) *0! 038300 À0>31S #H0 9tCZ m S1NVN3I39N3 S3Q*dd03 s/v 3NS3H0na AH0 *w relations_______________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vaillancourt.ADMINISTRATEUR: Albert PLANTE numéro 354 novembre 1970 SOMMAIRE Éditorial Le Québec entre deux saisons \u2014 Après le terrorisme d\u2019octobre.291 Articles Les élections au Chili.Yves Vaillancourt 295 L\u2019urbanisation et quelques-unes de ses conséquences Rodolphe Laplante 298 Le chrétien face à la sécularisation de la société québécoise Richard Arès 300 René Giroux, prêtre-ouvrier .; Jules Brosseau 304 Mois des morts ou des vivants ?.Paul Fortin 305 L\u2019université dans « un monde à développer » Hervé Carrier 306 Noir, vert et blanc.Georges Robitaille 309 Chroniquos Littérature : Une anthologie de choix .René Dionne 311 Cinéma : « Acte du coeur », de Paul Almond .Yves Lever 313 Théâtre: Ballet, didactisme, monologue Georges-Henri d\u2019Auteuil 315 Les livres: Foi chrétienne - vie chrétienne \u2014 2\t316 Ouvrages reçus.318 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.TéL: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866^8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur F éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Un cadeau \u201cpas comme les autres\u201d dont vous parlerez longuement, chaque mois, avec l\u2019ami qui le recevra.Ce geste plaira à vos amis et aidera Relations à grandir.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Une carte sera envoyée en votre nom à vos bénéficiaires.RELATIONS 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-351 Votre compagnie L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE vous protège depuis 1899 \u2022\tAssurance-vie \u2022\tRentes viagères \u2022\tAssurance collective L*\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Siège social : 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129 \u2014 Tél.: 844-2050 Agences et unités: Drummondville - Granby - Joliette - Laval - Longueuil Montréal - Ottawa - Québec - Saint-Jean - Sherbrooke Sécurité pour l\u2019ouvrier, le professionnel, l\u2019homme d\u2019affaires, sa famille, ses employés, son entreprise.Sécurité sur la planification successorale Le Québec entre deux saisons Après le terrorisme d\u2019octobre \u2014 éditorial Nous écrivons ces lignes le 24 octobre 1970.Peut-être faudrait-il préciser l\u2019heure: au rythme où les événements se succèdent sur la scène québécoise, tout écrit risque d\u2019être dépassé lors de sa parution.Pourtant, nous n\u2019avons pas le droit de nous taire; nous n\u2019avons pas le droit de renoncer à vivre et à penser.Le citoyen, le croyant ne peut s\u2019immobiliser dans la stupeur et l\u2019indignation que suscitent l\u2019explosion de la violence, la cruauté du meurtre politique.Il peut encore moins régresser, en s\u2019abandonnant aux conseils de l\u2019instinct.Les racines de la violence La violence, soyons assez lucides pour le reconnaître, n\u2019est pas née avec octobre: elle était là, en germe et déjà agissante, avant de se manifester aussi brutalement.Elle était là, en premier lieu, dans certaines données presque fatales de notre évolution: urbanisation galopante, qui nous arrache de nos milieux traditionnels pour nous jeter dans ces vastes agglomérations dont l\u2019âme ne croît pas aussi vite que le corps; transformation accélérée des techniques avec, pour conséquence, le rejet de cette masse de travailleurs déphasés avant l\u2019âge; contraction économique qui, additionnée à l\u2019élévation du niveau d\u2019instruction, multiplie les chômeurs instruits; déplacements d\u2019industries, qui déracinent et désorientent des populations ouvrières; essor des moyens de communication et de publicité commerciale qui, fatalement, font ressortir davantage que par le passé les contrastes sociaux et économiques; pluralisme idéologique, enfin, qu\u2019une société ouverte rend possible.La violence était là, en outre, dans d\u2019autres facteurs, cette fois bien propres à nous, du Québec.Jusqu\u2019ici, la guérilla urbaine avait été, en Amérique du Nord, phénomène anglo-saxon et afro-américain: émeutes sanglantes sur les campus universitaires, nuits d\u2019incendie et de pillage dans les ghettos noirs.Voici qu\u2019elle surgit maintenant au Canada, mais en un point précis de son territoire, au Québec.Pourquoi ici et pas ailleurs ?Sans doute parce que ne se rencontre qu\u2019ici, au même degré du moins, la coïncidence des trois frustrations collectives les plus éprouvantes qui soient: celle de Y avoir, celle du pouvoir, celle de Yestime.N\u2019est-ce pas surtout chez nous qu\u2019une part importante de la population peut sentir dans sa chair, simultanément, la pauvreté économique, l\u2019impuissance politique et l\u2019infériorité ethnique ?Combinaison d\u2019autant plus explosive que, dans la conscience de bon nombre de Québécois, elle n\u2019est pas équilibrée par un profond attachement à nos institutions politiques et juridiques: celles-ci sont trop souvent perçues par plusieurs comme les instruments de puissances plus ou moins étrangères et adverses, dont il faut se méfier.Quand un tissu se déchire, il cède d\u2019abord en son point le plus faible.Le tissu canadien s\u2019est déchiré au Québec.Plus immédiatement, enfin, la violence se trouvait déjà emmagasinée dans un certain nombre de facteurs propres aux années récentes.Nous pensons à une accumulation de conflits non résolus ou résolus à moitié: contestation étudiante de 1968, bill 63, affaire Saint-Léonard, conflit des postes et affaire Lapalme, affaire Murray Hill, manœuvres douteuses lors des dernières élections provinciales, exode d\u2019industries vers d\u2019autres provinces, chantage financier, etc.Conflits d\u2019importance variable, dont chacun a laissé derrière lui sa zone de pression dangeureuse et dont l\u2019accumulation rapide était grosse de périls.Faut-il tant s\u2019étonner que ces trois sources de violence en soient venues à se concentrer, sous la forme d\u2019un désespoir meurtrier, dans une partie de la population \u2014 partie minime, sans aucun doute, mais redoutable, puisqu\u2019elle retourne à des procédés que l\u2019homme civilisé se refuse ?Nous condamnons la violence.Nous aurons pourtant à vivre sous sa menace aussi longtemps que nous n\u2019aurons pas le courage, la lucidité, la compétence qu\u2019exige l\u2019extirpation de ses causes.À défaut de quoi, il faut NOVEMBRE 1970 291 Nous aurons à vivre sous la menace de la violence aussi longtemps que nous n\u2019aurons pas le courage et la compétence qu\u2019exige l\u2019extirpation de ses causes.craindre que nous n\u2019ayons expérimenté, ces dernières semaines, que le début d\u2019une activité qui, même une fois éliminés ses agents actuels, ne pourra que renaître et s\u2019intensifier.Consignes pour demain Nous sommes placés aujourd\u2019hui devant une situation claire: pour mettre fin aux activités terroristes du FLQ et pour parer à l\u2019éventuelle escalade d\u2019une violence meurtrière, la charte canadienne des droits de l\u2019homme a été provisoirement suspendue par la proclamation de la loi des mesures de guerre, et des détachements militaires, pour l\u2019heure, renforcent la police qui risquait, dit-on, d\u2019être débordée.Comment réagir dans cette situation nouvelle ?1° Nous habituer à dominer la peur.Les deux faits majeurs de la situation nouvelle, le terrorisme et la répression, soufflent la peur.Une peur que, paradoxalement, les violences ordinaires de notre société \u2014 nous pensons aux grèves, à celle, toute récente, des médecins spécialistes, par exemple \u2014 nous inspirent à un degré moindre.Il faut nous habituer à dominer la peur, car elle suggère sans cesse la réaction violente, la violence terrible des hommes de l\u2019ordre et des bien pensants, qui engendre finalement le cercle infernal de la vengeance.Peu d\u2019entre nous auront vécu les dernières semaines sans sentir monter en eux des réactions passionnelles inquiétantes.Si nous en restons là, nous remplacerons un premier terrorisme par un autre, nous adopterons à notre insu l\u2019éthique \u2014 qui nous fait pourtant horreur \u2014 d\u2019une certaine minorité d\u2019extrême gauche.Bien des innocents pourront alors devenir nos victimes.2° Garder le sens des proportions.Nous avons pu vivre un siècle sans assassinats politiques: depuis le meurtre de D\u2019Arcy McGee, en 1868.Et soudain, nous voici devenus les témoins impuissants du deuxième, horrible.D\u2019autres pays, aussi dignes et souvent plus importants que le nôtre, en ont connu davantage.Pendant la dernière décennie, un président des États-Unis et un candidat à la présidence ont été assassinés pour des raisons politiques.Nous devons nous habituer à voir la presse étrangère nous considérer comme un autre pays où la violence politique est devenue réalité.Un baptême sanglant a dissipé peut-être un complexe injustifié d\u2019innocence.3 0 Refuser la dénonciation comme procédé.La situation nouvelle et la mise en application, même provisoire, de la loi des mesures de guerre en entraîneront vraisemblablement plusieurs à pratiquer, à la légère ou à des fins obscures, la dénonciation.C\u2019est un procédé facile, mais qui corrompt autant, sinon plus, une société que la violence elle-même.Car l\u2019anonymat du dénonciateur lui permet d\u2019assouvir impunément certaines soifs de vengeance, dans une démarche qui n\u2019est pas sans affinité avec la violence anonyme que constitue le meurtre des otages.On s\u2019y laisse prendre déjà: ainsi, des programmes de radio à appels téléphoniques ont accueilli et même provoqué des dénonciations précises, provenant de personnes qui n\u2019ont pas à s\u2019identifier elles-mêmes.Un tel comportement est injustifiable et ne peut aboutir qu\u2019à nous diviser davantage, à généraliser le soupçon, à multiplier les vengeances violentes et stériles.4° Refuser la clandestinité et maintenir une opinion publique vigilante.Un des dangers de la situation actuelle est de faire de tout foyer québécois une petite cellule, de droite ou de gauche, aussi passionnée qu\u2019impuissante, qui remplace l\u2019opinion publique démocratique, devenue censément trop périlleuse.Bien entendu, il ne faut pas jouer les provocateurs pour le simple plaisir d\u2019irriter un gouvernement élu par nous-mêmes et présentement accablé.D\u2019autant que, l\u2019expérience d\u2019octobre nous l\u2019a assez cruellement révélé, une société n\u2019abuse pas sans danger des mots et des concepts : il a fallu la mort d\u2019un homme pour qu\u2019une partie de la jeunesse étudiante et certains leaders, qui se grisaient jusque là de rhétorique, s\u2019éveillent à la gravité de la situation.Un gouvernement, quel qu\u2019il soit, est chose fragile et dont, pourtant, nous aurons toujours besoin.Il ne s\u2019agit donc pas de détruire l\u2019État ni d\u2019enrayer ses mécanismes, mais de contribuer plus que jamais à édifier un gouvernement qui corresponde à notre âme profonde.Se réfugier maintenant dans la clandestinité, ce serait prendre le risque que notre démocratie devienne rapidement pure illusion.5° Combattre la tentation de désigner des boucs émissaires.Dans des circonstances normales, chacun doit déjà faire effort pour n\u2019être ni intolérant ni injuste vis-à-vis des personnes et des groupes dont les visées globales, dans l\u2019ordre social et politique, viennent régulièrement en conflit avec les siennes propres.En période de crise, les méfiances passées et les vieilles hargnes, ravivées par le 292 RELATIONS Durant le long hiver qui suivra notre automne chaud, nous déciderons si, demain encore, ce pays qui est le nôtre s'appellera une démocratie.commun malheur, risquent de s\u2019exaspérer et de fuser, des deux côtés de la barricade, en accusations aussi brutales qu\u2019injustes, dont le résultat le plus clair serait d\u2019aggraver les tensions existantes et de diviser, face à la crise, l\u2019effort des hommes de bonne volonté.Quand on cherche les responsables d\u2019une calamité publique, le malheur veut qu\u2019on en trouve trop et qu\u2019ils ne logent pas tous à la même enseigne.Ainsi, à l\u2019heure où, chez nous, les uns prennent pour cible, sans trop de discernement, les enseignants, les syndicalistes, les étrangers, les journalistes, les artistes, d\u2019autres crient haro, avec autant de partialité et de désinvolture, sur les possédants, les anglophones, les Américains, les fédéralistes.À quoi bon perdre son temps à ces procès stériles et dangereux quand, justement, la preuve vient d\u2019être faite que ce qui est menacé, actuellement, au Québec, c\u2019est la démocratie, c\u2019est-à-dire une conception de la vie collective fondée sur le pluralisme des opinions, la complémentarité des intérêts, la nécessité de la critique ?L\u2019intolérance, qu\u2019elle soit de droite ou de gauche, est une forme de terrorisme; comment pourrait-elle servir d\u2019antidote au terrorisme ?Dans cette ligne de pensée, nous faisons nôtre l\u2019avertissement suivant d\u2019un éditorialiste montréalais: La population, et à plus forte raison nos dirigeants, doivent faire une distinction très nette entre les idées véhiculées par des formations politiques légales et les actes des mouvements terroristes clandestins.Dans la nuit que nous traversons, des gens ont tendance à chercher des boucs émissaires.C\u2019est une réaction humaine .nullement rationnelle .Cette réaction, en brouillant dangereusement les cartes, ne ferait qu\u2019engendrer d\u2019autres problèmes.(Claude Gravel, éditorial de la Presse, mercredi le 21 octobre 1970.) 6° Discerner et soutenir les libertés indispensables.Face à la suspension provisoire, même partielle, de la charte canadienne des droits de l\u2019homme, nous mesurons la gravité de notre option démocratique.Par la proclamation de la loi des mesures de guerre, cette charte, qui définit notre mode d\u2019être libres, se trouve en effet temporairement suspendue pour sauvegarder les libertés indispensables à notre vie collective.Au moment où certains droits et certaines libertés sont ainsi comme mis en veilleuse, nos libertés essentielles, auxquelles nous n\u2019avons pas le droit de renoncer, nous deviennent d\u2019autant plus chères.Liberté d\u2019expression, sans contrainte autoritaire, qu\u2019elle soit d\u2019extrême gauche ou d\u2019extrême droite; liberté d\u2019association pour toute fin qui ne menace pas la liberté d\u2019autres compatriotes; liberté de contester de l\u2019intérieur toute initiative venue de nous et payée par nos taxes; liberté d\u2019action d\u2019une information qui soit un remède à l\u2019aliénation.Nous attendons évidemment avec impatience la législation appropriée qui permettra de révoquer la proclamation de la loi des mesures de guerre, dont nous ne devons pas accepter qu\u2019elle reste en vigueur plus longtemps que nécessaire, ni qu\u2019elle soit politisée, ni qu\u2019elle donne lieu à des abus, telles l\u2019extorsion d\u2019aveux ou la torture, qui relèveraient d\u2019un état policier.7° Repenser les valeurs et les limites de notre nationalisme.Il est certain que la question nationale joue un rôle dans la crise présente.Au nationalisme humaniste de notre tradition, s\u2019est adjoint un courant que menacent l\u2019intolérance et la passion.Un nationalisme lucide et critique cherche à définir et à implanter les cadres et les structures qui permettront le développement optimal d\u2019une collectivité donnée.Aussi notre nationalisme doit-il être constamment confronté, pour être réévalué et, au besoin, réorienté, à quelques questions du type de celles-ci: Ouvre-t-il à un véritable renouveau culturel ?Favorise-t-il la redistribution des chances par rapport à l\u2019égalité politique, économique et culturelle ?Respecte-t-il les minorités, qu\u2019elles soit immigrantes ou installées de longue date, dans le groupe national ?Ouvre-t-il à de meilleures relations avec les autres nations et avec l\u2019humanité entière ?S\u2019il peut répondre positivement à ces questions, un nationalisme a ses droits intangibles; sinon, il a cessé d\u2019être une valeur humaine et il risque d\u2019empoisonner ses militants.Voilà des consignes pour demain, pour un demain qui est déjà commencé.Pour le long hiver qui suivra notre automne brûlant.Nous croyons qu\u2019aucun citoyen ne doit s\u2019y soustraire, pour que, de cette crise, nous ne sortions pas diminués.Ce pays qui est le nôtre s\u2019appellera-t-il, demain encore, une démocratie ?C\u2019est à nous, collectivement, d\u2019en décider.Les mythes de la lenteur Un trait des groupes minoritaires violents est d\u2019oublier la réalité de l\u2019homme, d\u2019oublier que l\u2019homme est difficile et lent à convertir, que personne ne se dépossède allègrement de ses biens ni de son pouvoir; d\u2019oublier aussi qu\u2019eux-mêmes seront souvent plus inflexibles, au lendemain d\u2019un éventuel succès, et que, finalement, le groupe qui a fait la révolution est généralement le moins bien préparé à prendre le pouvoir.Nos groupes extrémistes n\u2019échappent pas à cette règle.Maintenant qu\u2019il a révélé, par la mise en œuvre de ses nouvelles méthodes, son vrai visage, il est devenu clair que le FLQ ne représente pas le peuple du NOVEMBRE 1970 293 Rejetant «les mythes des privilégiés », il nous faut amorcer dès maintenant les transformations sociales, économiques, politiques et nationales nécessaires.Québec: il s\u2019est manifesté comme un réseau paternaliste et totalitaire.C\u2019est ce qui fait actuellement son échec et son amertume.Il avait cru pouvoir, après quelques années seulement d\u2019existence, brûler les étapes du changement révolutionnaire décrites par Trotsky dans son Histoire de la révolution russe.À ce rythme, d\u2019une rapidité aussi inhumaine qu\u2019illusoire, la population ne pouvait certes pas lui emboîter le pas.Par contre, le mythe de la lenteur démocratique ne doit pas nous servir d\u2019alibi.Si les mots de « lenteur », « prudence », « difficulté » recouvrent en fait ce que la très importante lettre de l\u2019épiscopat canadien \u2014 et non seulement québécois \u2014 appelle « les mythes confortables des privilégiés », alors, nous sommes dans une impasse.Jean-Baptiste Metz, au récent congrès de Bruxelles, disait que « l\u2019Église se refuse à mesurer la valeur de sa critique à partir de ce qu\u2019un homme d\u2019affaires un peu âgé, somnolent au sortir de table, tient pour raisonnable et important, ce qui ne manque pas d\u2019être souvent reconnu comme un critère de rationalité et de sens du possible ».Si notre démocratie réagissait avec la sagesse trop placide que décrit Metz, surtout dans l\u2019accélération actuelle de l\u2019histoire, de la prise de conscience sociale et de l\u2019information, alors, il est bien évident que la cause de l\u2019ordre, de la tranquillité, du gros bon sens serait perdue.Il faudrait alors conclure que la violence est souvent le nom concret, et terrible, que doit prendre l\u2019animation sociale pour réussir à réveiller les riches et les puissants.Une vieille loi de l\u2019histoire veut que la contre-révolution, pour avoir des chances de réussite, doit être plus progressive que la révolution elle-même.Que la contre-révolution soit moins impatiente que la révolution, c\u2019est normal.Mais elle doit, aujourd\u2019hui, manifester sa crédibilité au plus vite.Une affirmation prophétique Pour la Fête du Travail du 7 septembre 1970, les évêques du Canada nous communiquaient un message qui constitue à la fois une description de la gravité de la situation et une présentation du seul chemin non-violent qui permette de sortir de l\u2019impasse.Pan-canadien, le document n\u2019entre guère dans le problème ethnique, qui constitue un facteur de la crise québécoise, pour s\u2019en tenir à la considération des seuls facteurs économiques et politiques.Nous tenons à citer ici un paragraphe de ce texte: Les Canadiens nantis doivent, plus impérieusement que jamais encore, se soustraire à l\u2019esclavage de la recherche constante de plus de biens; il leur faut mettre de côté cet intérêt personnel à courte vue, qui se satisfait d\u2019un progrès au petit bonheur dans l\u2019implantation de la justice sociale au Canada et d\u2019une contribution mesquine dans leur aide aux peuples défavorisés.Ceux d\u2019entre nous qui ont plus que leur part des avantages et des privilèges de ce monde n\u2019accéderont à la liberté que le jour où, par amour pour Dieu et leur prochain, ils consentiront librement à partager leurs biens et aussi leur pouvoir avec ceux-là qui, au Canada et dans le Tiers-Monde, ont moins que leur juste part.La lettre épiscopale en arrive à cette conclusion à partir d\u2019une étude menée par un de nos plus respectables organismes de recherche, le Conseil économique du Canada (en particulier dans son 5e exposé annuel, publié en septembre 1968).Elle indique ensuite trois phases d\u2019un réajustement concret vers une plus juste répartition du pouvoir et des biens.C\u2019est de ce côté, croyons-nous, que la voie est ouverte.La poursuite des éléments violents, la juste punition des crimes commis sont indispensables dans les circonstances actuelles.Mais tout ne finit pas là.La violence des extrémistes est toujours provoquée par l\u2019inertie du centre.Si cette majorité silencieuse, qui constitue, en général, le noyau économiquement le plus productif et politiquement le plus stable, n\u2019entend pas la voix terrifiante de la violence, alors, notre démocratie est en péril.Aussi, pour citer encore la lettre épiscopale du 7 septembre dernier, puissent « les pouvoirs publics mettre en place, et le plus tôt possible, des mécanismes sociaux qui assureront un partage plus équitable des richesses et une plus saine redistribution du pouvoir au sein de la population ».L\u2019expérience ambiguë et mal dirigée des Jeunes Canadiens a sans doute rendu nos gouvernements méfiants à l\u2019endroit de l\u2019animation sociale.Il ne faudrait pas que cette expérience les traumatise au point de les faire revenir en arrière.Si l\u2019animation sociale, dans tous les secteurs de la population, et non pas seulement chez les pauvres, n\u2019est pas assumée par les éléments démocratiques de la population, elle sera fatalement continuée par des idéologues de la révolution, qui la transformeront en agitation politique violente.Au rebours, si nous réagissons positivement, en amorçant dès maintenant des transformations sociales, économiques, politiques et nationales très profondes, nous avons des chances.Des chances que ni la violence ni la répression, quelle que soit leur intensité, n\u2019ont la garantie d\u2019avoir, surtout à long terme.Relations.294 RELATIONS sur la scène internationale les élections au Chili par Yves Vaillancourt * Le 4 septembre dernier, au terme d\u2019une campagne électorale longue, passionnée et exténuante, le peuple chilien se présentait aux urnes pour choisir entre trois hommes, trois formations et trois idéologies politiques nettement distincts.À droite, il y avait Jorge Ales-sandri, la marionnette du capital étranger et de l\u2019oligarchie nationale, qui brandissait habilement les thèmes du retour à l\u2019autorité, à la sécurité, à la justice, à la tranquillité.Au centre-gauche, Radomiro Tomic, le candidat de la Démocratie chrétienne, qui offrait une continuation quelque peu radica- lisée de l\u2019expérience réformiste entreprise sous la conduite d\u2019Eduardo Frei depuis 1964.À gauche, Salvador Al-lende, le candidat de l\u2019Union Popular, coalition formée de quatre partis et de deux mouvements d\u2019orientation carrément socialiste, qui promettait le passage de la voie réformiste à la voie révolutionnaire.Avec 36,3% des voix, Allende l\u2019emporta de justesse sur Ales-sandri (34,9%) et Tomic (27,8%).Le nouveau président marxiste doit entrer en fonction le 4 novembre.Sur la scène latino-américaine, autant que chilienne, cet événement politique est lourd de signification * 1.La carte politique de l\u2019Amérique latine va-t-elle changer?Pour peu qu\u2019on se place dans la perspective de l\u2019impérialisme américain, l\u2019élection d\u2019Allende et l\u2019éventualité d\u2019un virage socialiste au Chili cons- * Nouvellement adjoint au comité de rédaction de la revue, l\u2019A., jésuite, est étudiant en maîtrise en science politique à l\u2019Université de Montréal.Deux séjours en Amérique latine, à l\u2019été 1969 et à l\u2019été 1970, lui ont permis de se familiariser avec les problèmes socio-économiques et politiques de l\u2019Amérique du Sud et d\u2019analyser de plus près la situation de l\u2019Eglise dans les divers pays de ce continent.1.Ce qui ne veut pas dire que tout est joué avec l\u2019élection.Allende lui-même disait, dans une entrevue du début d\u2019octobre, vouloir former un gouvernement « qui allait se mouvoir vers le socialisme ».« Nous n\u2019avons pas dit que nous sommes pour établir un régime socialiste demain.Le socialisme ne peut pas être imposé par décret.C\u2019est un processus social qui se développe.» (Cf.New York Times, 4 oct.1970, traduction personnelle.) La victoire électorale ne représente donc qu\u2019une étape.Fragile, elle demandera peut-être d\u2019être défendue soit contre une extrême-gauche impatiente et prête à la violence, soit contre une droite encore forte et prête à tout mettre en œuvre pour sauvegarder ses privilèges, soit contre des interférences étrangères.Le jeu de ces variables et de certaines autres (comme le comportement des forces armées et le maintien de l\u2019unité de la coalition) est difficile à prévoir et nous invite à surveiller attentivement l\u2019évolution politique du Chili au cours des prochains mois.tituent une menace à la « démocratie » \u2014 entendons le système politique et le type de gouvernement qui gênent le moins possible les intérêts politico-économiques des États-Unis \u2014 en Amérique latine et risquent d\u2019exercer une forte attraction sur les pays voisins \u2014 le Pérou, l\u2019Argentine et la Bolivie.Voilà, pour le moins, le sens d\u2019un commentaire aberrant, mais réaliste \u2014 l\u2019évolution de la politique bolivienne le montre avec l\u2019arrivée du général Torres au pouvoir \u2014, que laissait échapper, au milieu de septembre, un haut fonctionnaire de l\u2019administration Nixon (cf.New York Times, 23 sept.1970).Mais, dès qu\u2019on entre dans la perspective de ceux qui ont à cœur la libération du continent latino-américain, le coup d\u2019œil change.La victoire d\u2019Allende invite peut-être à l\u2019espoir plus qu\u2019à la peur.Et c\u2019est heureux dans un continent où, depuis 1964, la contagion de la répression a été plus impressionnante que celle de la révolution.En effet, il y a eu les coups d\u2019État militaires de droite au Brésil (1964) et en Argentine (1966), l\u2019invasion de la République Dominicaine par les Ma- rines (1965), le démantèlement des foyers de guérilla rurale avec la mort de Camilo Torres en Colombie (1966) et celle de Che Guevara en Bolivie (1967), le massacre d\u2019au moins trois cents étudiants au Mexique (1968), la disparition progressive des libertés collectives en Uruguay (1969, 1970).Autant d\u2019événements qui ont profondément éprouvé les consciences révolutionnaires.Dans un paysage aussi sombre, faut-il se surprendre de ce que la tournure des élections chiliennes apporte un peu de réconfort?Présentement, en Amérique latine, trois cheminements politiques nourrissent l\u2019espérance de la gauche, ceux des peuples cubain, péruvien \u2014 depuis l\u2019arrivée de Velasco au pouvoir, en 1968, \u2014 et chilien.À l\u2019échelle continentale, la formation d\u2019un gouvernement nationaliste, populaire, révolutionnaire et désireux de se mouvoir vers le socialisme, au Chili, signifie la possibilité de l\u2019émergence d\u2019un front anti-impérialiste dont la base reposerait sur l\u2019axe Cuba-Pérou-Chili.Un tel phénomène ne manquerait pas d\u2019entraîner des mutations profondes dans les relations inter-américaines, au point de gêner considérablement les Gorilles brésiliens et argentins qui, en tant que gendarmes du Pentagone, font la pluie et le beau temps depuis cinq ans.Ainsi, pour la gauche, à la décennie de l\u2019espérance frustrée, pourrait bien succéder celle de l\u2019espérance comblée.Stratégie originale de la gauche Replacée dans son cadre national, l\u2019élection du 4 septembre peut être analysée sous plusieurs angles.Mais une piste de réflexion m\u2019intéresse d\u2019une façon spéciale.Il s\u2019agit, sans recourir à des facteurs étrangers à la conjoncture chilienne, de repérer quelques traits essentiels de la stratégie de la gauche qui a rendu possible la victoire électorale de septembre.Après tout, n\u2019est-ce NOVEMBRE 1970 295 pas la première fois qu\u2019un marxiste conquiert le pouvoir par des élections ?Tel événement inédit ne pose-t-il pas des questions à tous les révolutionnaires qui réfléchissent sur les conditions et les chemins de la conquête du pouvoir ?Plusieurs le pensent, en Amérique latine, en observant le cours des événements au Pérou et au Chili.Même Fidel Castro, dans les semaines qui ont précédé les élections, a, à l\u2019intention des Chiliens, relativisé le dogme de la révolution armée, par la guérilla rurale ou urbaine, comme unique voie d\u2019accès au pouvoir révolutionnaire.Un nombre croissant de militants de gauche deviennent conscients des limites et du caractère aliéné des projets politiques de libération qui misent servilement sur les importations d\u2019idéologies et de modèles stratégiques étrangers et oublient la tâche irremplaçable de l\u2019analyse serrée des contradictions spécifiques d\u2019une réalité nationale donnée.H faudrait être superficiel ou de mauvaise foi pour ne pas admettre qu\u2019un régime réformiste, comme celui des six années de gouvernement démo- 2.\tParmi ces données, il faudrait souligner, d\u2019une part, le caractère démocratique des institutions et des traditions politiques, et, d\u2019autre part, le fait que les partis de gauche existent sur la carte politique depuis plus de 40 ans au Chili.Il ne faudrait pas oublier qu\u2019Allende lui-même avait été le candidat de la coalition de gauche dans les élections de 1964, 1958 et 1952.3.\tCette « campagne de terreur », financée en grande partie par les compagnies nationales et étrangères (comme la Anaconda) menacées d\u2019expropriation et de nationalisation, fut mise en branle plusieurs mois avant la date des élections, envahit massivement la presse officielle et la radio, fit régulièrement et malhonnêtement référence aux difficultés de l\u2019expérience cubaine et n\u2019oublia pas d\u2019utiliser bassement l\u2019élément religieux.4.\tJe laisserai de côté le rôle du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), groupe d\u2019extrême-gauche qui, pour avoir dû prendre la clandestinité en juin 1969, a laissé de côté l\u2019activité électorale pendant la campagne, tout en respectant le choix des autres groupes de gauche qui, quoique conscients des injustices du système électoral, croyaient à la possibilité de conquérir et d\u2019exercer le pouvoir à la suite d\u2019une élection.5.\tLes concepts de réforme et de révolu- tion renvoient tous deux à l\u2019expérience du changement.Dans le premier cas, cette expérience est vécue à l\u2019intérieur du système socio-économique existant; dans le second, le changement est radical au point d\u2019atteindre les structures mêmes de ce système socioéconomique.Précisément, si la gauche est présentement au pouvoir au Chili, c\u2019est parce que, depuis trois ans surtout, elle a su, en s\u2019appuyant sur un bon diagnostic des données historiques et sociologiques 2, trouver et mettre à l\u2019essai des moyens d\u2019action réalistes et efficaces.Plus concrètement, depuis 1967, les militants de gauche sont parvenus à détecter les contradictions vécues sous un régime démocrate-chrétien et, surtout, à les faire émerger dans la conscience populaire grâce au travail d\u2019éducation politique fait au niveau de la base.Sans faire appel à ces éléments, il serait difficile d\u2019expliquer comment Allende a pu gagner, en dépit de la basse « campagne de terreur » 3 livrée systématiquement par la droite.Essayons donc de cerner les traits du combat mené par la gauche au cours des trois dernières années 4 5.crate-chrétien avec Frei, laissait à une gauche clairvoyante, inventive et disciplinée des conditions de travail exceptionnelles.Il suffisait d\u2019arriver à Santiago, en août dernier, en provenance de l\u2019Argentine, du Brésil, de l\u2019Uruguay et de la Bolivie pour le sentir.Bien des formes d\u2019activités révolutionnaires non clandestines pratiquées au Chili, ces dernières années, étaient impensables ailleurs.Avec Frei au pouvoir, la gauche chilienne a joui d\u2019une liberté de manœuvre relativement grande pour se retrouver, se rassembler, s\u2019organiser, prendre la parole, imprimer, manifester, communiquer avec l\u2019extérieur, voyager.La publication d\u2019une revue comme Punto Final ou d\u2019un quotidien comme le El Siglo, le rôle des deux postes de télévision universitaire, la réforme universitaire de Concepcion seraient des réalités difficilement tolérées dans la plupart des autres pays latino-américains.Au Chili, la gauche parle dans les autobus, sur les plazas.Quand on a vu le visage de la répression au Mexique, au Guatemala, au Brésil, en Argentine, etc., l\u2019on hésite à utiliser le même mot pour désigner des réalités chiliennes.Ces conditions de travail uniques, les militants de gauche les ont bien utilisées pour repérer, analyser et diffuser dans les différentes catégories de la masse populaire les ambiguïtés de l\u2019expérience réformiste.La gauche chilienne a su être une sorte de trait d\u2019union entre les contradictions spécifiques vécues sous un gouvernement démocrate-chrétien et le peuple.Ceci paraît simple, mais c\u2019est exigeant à cause de la dialectique du contentement et de la frustration qui caractérise l\u2019expérience réformiste.Sous le gouvernement de Frei, les Chiliens ont connu assez d\u2019amorces de réformes \u2014 réforme agraire, réforme de l\u2019université, nationalisation à 51% des compagnies qui exploitent le cuivre, réforme de la politique du logement dans les quartiers populaires de Santiago, etc.\u2014 pour apprendre à croire à la possibilité du changement et, par là, à sortir du fatalisme politique.Par ailleurs, la timidité et la lenteur de ces réformes, le fait qu\u2019elles n\u2019aient pas touché les secteurs clés de la vie économique \u2014 par exemple, absence de nationalisation des banques, politique du laisser-faire avec les compagnies étrangères \u2014 ont laissé de vastes secteurs de la population sur leur faim pour être obligés de freiner la dynamique du changement.De cette façon, le manque de réformes en profondeur a comme logé dans la conscience populaire une sorte de disponibilité à aller plus loin, i.e.à adhérer à une formation politique qui proposerait une voie carrément socialiste pour sortir des ambiguïtés et des contradictions inhérentes au système néo-libéral.Somme toute, c\u2019est comme si le positif tout autant que le négatif de l\u2019expérience réformiste avait permis à la gauche de se faire du capital politique.Mais ceci ne s\u2019est pas produit automatiquement au Chili.Une variable capitale entre en jeu ici: le travail des groupements consacrés à l\u2019animation sociale et à l\u2019éducation politique.Sans l\u2019intervention opportune de ces groupes, le Chili aurait tout aussi bien pu se tourner vers une alternative de droite.En elle-même, l\u2019expérience réformiste peut préparer la voie à un régime réactionnaire tout autant qu\u2019à un régime révolutionnaire.Le travail révolutionnaire sous un régime réformiste6 296 RELATIONS Le travail de conscientisation En dernière instance, la tournure des élections du 4 septembre témoigne du haut degré de politisation du peuple chilien.Politisation qui a permis à de larges couches de la population de prendre conscience des contradictions qui persistent dans les régimes réformistes.Prise de conscience génératrice d\u2019une disponibilité à entrer dans la lutte libératrice.Or ce type de politisation, qui a joué un rôle décisif dans le triomphe de l\u2019Union Populaire, doit beaucoup au travail de formation politique accompli, depuis trois ans surtout, par cinq ou six grandes organisations consacrées à des activités conscientisantes auprès de groupes particuliers comme les étudiants, les jeunes travailleurs, les ouvriers, les paysans.Ces groupes d\u2019action politique ont énormément profité des analyses serrées, portant sur les principales contradictions de la société chilienne, et effectuées par des équipes interdisciplinaires formées d\u2019analystes-militants.J\u2019ai en tête, par exemple, la contribution du CEREN (Centre des Études de la Réalité Nationale) qui, six mois avant les élections, publia un solide numéro spécial de 290 pages de la revue Cuadernos de la Realidad National, sur les moyens de communication de masse, dans lequel était identifiée l\u2019idéologie de la presse libérale au Chili et dénoncée l\u2019inféodation de cette dernière à des groupes de pression jouissant d\u2019un statut socio-économique privilégié.Les résultats de cette recherche scientifique furent vulgarisés et diffusés auprès des masses par des militants.Le Mer curio, journal de la classe dominante tirant à 300,000 exemplaires, en fut fortement ébranlé pendant le temps fort de la campagne électorale.Pour concrétiser ce que je veux dire en parlant de diverses organisations s\u2019adonnant à du travail d\u2019éducation politique, je fournis quelques éléments d\u2019information sur l\u2019une d\u2019entre elles, que j\u2019ai eu l\u2019occasion de connaître de plus près.Elle recrute sa clientèle parmi les jeunes travailleurs des pobla-ciones de Santiago.Elle existe depuis deux ans.Elle compte 1,500 membres actifs distribués dans 87 groupes qui se réunissent une fois par semaine.Elle utilise la pédagogie de Paulo Freire, qui se ramène essentiellement dans un acte de confiance radical dans la capacité que tout homme a, dans une situation donnée, de prendre conscience de sa propre réalité, d\u2019utiliser de façon créatrice ses ressources, etc.Les objectifs poursuivis sont au nombre de quatre: 1) Conscientiser le jeune travailleur, i.e.l\u2019amener à lire et à dire sa propre réalité sociale.Telle prise de conscience passe nécessairement par l\u2019acte de resituer dans la totalité sociale le monde des jeunes travailleurs.Et la clairvoyance du lien avec la société globale implique l\u2019identification du groupe minoritaire privilégié qui, dans la société chilienne, possède les moyens de production, contrôle la presse, la publicité, la radio, la télévision, la cul- Mon séjour au Chili et la rédaction de cet article m\u2019ont donné l\u2019occasion de songer souvent au Québec.Si, dans mon analyse de la stratégie de la gauche chilienne, j\u2019ai accordé beaucoup d\u2019importance aux possibilités de l\u2019action révolutionnaire sous un gouvernement réformiste, c\u2019est parce que j\u2019étais préoccupé par la problématique québécoise.Bien sûr, le Chili et le Québec n\u2019ont pas la même histoire, pas le même niveau de développement économique, pas la même stratification sociale \u2014 le secteur paysan est capital au Chili.Et pourtant, il y a un point commun dans l\u2019évolution politique des deux collectivités nationales, au cours de la dernière décennie.À la « révolution dans la liberté » de Frei, correspond la « révolution tranquille » de Lesage.Deux expériences de déblocage politique qui surgissent en rupture avec un gouvernement précédent de type conservateur.Mais, dans les deux cas, le mot révolution couvre en réalité une expérience réformiste.Au Québec, contrairement à ce qui s\u2019est passé au Chili, la gauche n\u2019a pas réussi à transformer ture, l\u2019éducation, les lois, l\u2019État.2) Le deuxième objectif est celui de Yorganisation.Seul, le jeune travailleur ne peut rien faire pour sortir de sa condition d\u2019exploité.Il doit se solidariser avec d\u2019autres jeunes travailleurs.3) En tant que groupe, les jeunes travailleurs doivent découvrir leur appartenance au monde plus large des travailleurs avec lesquels ils ont avantage à s\u2019unir parce qu\u2019üs partagent avec eux les mêmes problèmes.4) Un dernier objectif auquel conduisent les trois autres est la formation de militants capables de s\u2019engager avec clairvoyance et détermination en faveur des masses dépossédées.Est-il besoin d\u2019insister sur le fait que cette organisation et plusieurs autres orientées dans le même sens ont contribué à préparer le passage de la réforme à la révolution que représente la victoire de l\u2019Union Populaire sur la Démocratie chrétienne au Chili ?les frustrations, causées par les contradictions du réformisme, en disponibilité à adhérer à un chemin politique plus radical.L\u2019histoire de l\u2019animation sociale au Québec est originale et contient de bons moments, mais est-elle sortie de l\u2019amateurisme et constitue-t-elle plus qu\u2019une somme de projets pilotes ?Il me semble que les méthodes de conscientisation utilisées systématiquement au Chili pourraient encourager nos militants de gauche à viser un plus haut degré d\u2019organisation dans le travail de sensibilisation et le développement de la conscience politique populaire.Semblable inspiration ne serait-elle pas plus féconde pour le Québec que l\u2019emprunt des techniques de guérilla urbaine mises au point par les Tupa-maros d\u2019Uruguay ?22 octobre 1970.Et le Québec ?NOVEMBRE 1970 297 l\u2019homme et la grande-ville l\u2019urbanisation et quelques-unes de ses conséquences \u2014 à propos d\u2019un livre de Jean Potel sur l\u2019urbanisation* par Rodolphe Laplante ** Quelques résultats de l\u2019enquête En préparation au Congrès de Rouen (1967) sur le thème Urbanisation et pastorale, une enquête fut menée auprès de prêtres et de religieuses pour tenter de préciser la situation réelle de la pastorale de l\u2019Église de France en milieu urbain \u2014 ou, plus largement, en contexte d\u2019urbanisation \u2014 et pour préparer l\u2019avenir.Comment, dans le cadre socio-économique en voie de transformation et destiné à d\u2019ultérieures modifications, pourra-t-on rejoindre ceux qui ont besoin d\u2019assistance morale, de directives religieuses ?Un nouveau sondage, après tant d\u2019autres ; mais polarisé, cette fois, par les problèmes qu\u2019entraînent l\u2019évolution et la concentration croissante des populations en milieux urbains.Dans un livre suggestif, Jean Potel présente les résultats de cette enquête.Évolution démographique, déplacement des populations, modifications dans les modes de vie : il était sans doute utile \u2014 et urgent \u2014 de scruter ces divers aspects d\u2019un phénomène qu\u2019on ne saurait réduire à la seule concentration des habitants d\u2019une région dans la grande ville, avec les efforts de rénovation urbaine qu\u2019elle suscite.Car c\u2019est le mode de vie lui-même et les façons de penser et la conception de l\u2019habitat qui sont touchés par ce qui se passe dans la ou les grandes métropoles.Et ce, non seulement en France, mais partout dans le monde \u2014 et donc chez nous aussi, au Canada français, où une étroite corrélation fut longtemps maintenue entre milieu familial, milieu paroissial et milieu de travail.* Jean Potel: L\u2019urbanisation.Ce qu\u2019en pensent prêtres et religieuses.\u2014 Paris, Editions Fleurus, 1970.** Membre de la Société d\u2019habitation du Québec (Gouvernement du Québec, Ministère des Affaires municipales).Les enquêteurs n\u2019ont évidemment pas envoyé leurs questionnaires à tous les prêtres et religieux de France, mais, comme on fait d\u2019ordinaire pour semblables sondages, aux seules personnes retenues dans un échantillonnage scientifiquement établi.De celles-ci, une sur trois appartient au monde rural, i.e.demeure dans une commune de moins de 2,000 habitants ; une sur quatre (25.4% ) vit en milieu proprement urbain, i.e.dans une ville d\u2019au moins 50,000 habitants.44,7 % sont âgées de moins de 45 ans, 49,5% ont entre 45 et 64 ans, 5,8% ont plus de 65 ans.On se rend facilement compte, à la lecture de l\u2019ouvrage de Jean Potel, que ceux qui ont répondu à l\u2019enquête l\u2019ont fait avec sérieux et, surtout, avec un réel souci d\u2019objectivité, tentant de mettre de côté opinions personnelles, tendances, goûts.Le phénomène de l\u2019urbanisation, partant du centre (Paris), s\u2019étend graduellement à tout le territoire français.Il en va de même, en dépit des variantes dans les rythmes et processus, dans presque tous les pays occidentaux.La question des « grands ensembles » se trouve donc aujourd\u2019hui posée sur une échelle constamment plus large.Ces « grands ensembles », les HLM, sont souvent pris à partie par les répondants à l\u2019enquête, même si un certain nombre disent simplement qu\u2019ils ne les connaissent pas.Il se dégage, à ce chapitre, une impression générale de tristesse, de nostalgie.Par contre, ceux qui ont une connaissance plus immédiate des taudis et de l\u2019habitat vétuste acceptent ce phénomène connexe à rurbanisation et plusieurs demandent même que l\u2019amélioration de l\u2019habitat ainsi rendue possible soit étendue à tous les milieux urbains et ruraux.Pour bien situer la réaction que provoque l\u2019urbanisation \u2014 et, plus immédiatement, l\u2019érection des « grands ensembles » \u2014, Jean Potel nous réfère à divers articles de journaux et de revues consacrés à l\u2019étude de ce phénomène en voie d\u2019expansion et dont nous citons ici quelques titres : Construisons-nous les taudis de 1970 ?\u2014 La ville rend fou.\u2014 Nous ne voulons pas vivre dans ces casernes de béton.\u2014 Les banlieusards : tous les jours un calvaire (avec, en sous-titres, La pagaille des transports.\u2014 Les écoles insuffisantes \u2014 Les distractions inexistantes).Plusieurs religieuses signalent que les femmes s\u2019ennuient bien souvent dans ces « grands ensembles ».On note aussi les aspects positifs des « grands ensembles », auxquels 36,9% des prêtres répondants et 32,5 des religieuses sont globalement favorables, parce qu\u2019ils sont occasion de relations humaines plus étroites.67,9% des prêtres interrogés signalent, en outre, que les « grands ensembles » favorisent l\u2019apprentissage à la vie collective ; c\u2019est également l\u2019opinion de 75% des religieuses qui ont répondu à l\u2019enquête.Dans une forte proportion, on demeure toutefois opposé au mode de logement HLM : à cause des inconvénients du bruit, en raison de l\u2019anonymat trop lourd, à cause de l\u2019ennui qu\u2019y ressentent surtout les femmes qui n\u2019ont pas à leur disposition un moyen de transport personnel.298 RELATIONS L'ébranlement des structures, la désagrégation des communautés L\u2019urbanisation, répétons-le, n\u2019est pas seulement le fait de la métropole ou de la grande ville ; elle atteint peu à peu les coins les plus reculés des petits villages de la campagne.En outre, parce qu\u2019elle constitue une phénomène qui déborde le seul problème des modes de logement et des « grands ensembles », elle entraîne maints inconvénients, parmi lesquels on mentionne surtout l\u2019abandon de certaines structures et valeurs sociales, ainsi que la désagrégation de la communauté paysanne.Une trentaine de prêtres et une douzaine de religieuses déclarent aussi que l\u2019urbanisation nuit à la vie religieuse et « entraîne même une baisse considérable » de la pratique religieuse.J.M.Paupert avait déjà écrit, dans Peut-on être chrétien aujourd\u2019hui ?(Grasset) : « Je vois .un monde moderne dont la logique et les structures impliquent, au moins en tendance, une vie sans Dieu, vie réduite à la satisfaction des besoins matériels .» Et il ajoutait : « L\u2019homme gitant dans les termitières sans âme, sans silence et sans églises, (se trouve) dominé par les formes monstrueuses d\u2019une civilisation technocratique .» Il faudrait lire, pour éclairer ces affirmations ou pressentiments de J.M.Paupert, tout le livre de Jean Potel.Le problème des communications Mais je me contenterai de commenter un peu plus longuement ce que l\u2019on dit, dans l\u2019enquête dont Jean Potel nous livre les résultats, au sujet de l\u2019équipement de transports et communication.On a posé aux personnes rejointes par l\u2019enquête diverses questions, groupées sous le sous-titre général Des villes-loisirs, concernant leur « projet » de la ville de demain (pp.66 et ss.).On trouve, dans cette section, les rubriques suivantes : équipement culturel et de loisirs, équipement religieux, équipement scolaire et universitaire, équipement sanitaire social et de sécurité, équipement sportif, équipement commercial, équipement administratif et civique, espace vert (lieux de repos et de détente), équipement professionnel, équipement de transports et communications.Si l\u2019on peut reconnaître comme normal, compte tenu des intérêts particuliers des personnes auprès desquelles fut menée l\u2019enquête, que l\u2019équipement culturel et de loisirs et l\u2019équipement religieux occupent les premiers rangs, on demeure surpris par la situation au dernier rang de l\u2019équipement de transports et communications \u2014 le taux des réponses n\u2019est, à cette rubrique, que de 4,6%.Car, que l\u2019on soit pour ou contre les « grands ensembles » et la concentration urbaine, si les villes doivent s\u2019étendre à leur périphérie et si de nouveaux centres urbains doivent être créés de toute pièce, il faut, de toute nécessité, qu\u2019on assure un transport en commun qui soit vraiment efficace.Semblable nécessité tient au fait qu\u2019hommes et femmes doivent quotidiennement sortir de leur milieu de vie (ou de résidence) pour le travail, pour les achats, pour les études, pour les rencontres sociales.Même si tout le monde est d\u2019accord pour reconnaître la nécessité d\u2019améliorer les conditions de l\u2019habitat tant dans les villes que dans les campagnes, il ne suffit donc pas de construire.Car il y a, en fond de scène, pour toutes les grandes villes \u2014 pensons quant à nous, à Montréal et à Québec \u2014, le grave problème des communications à assurer.Il faut que la population habitant un territoire donné ait à sa disposition un réseau synchronisé de transport en commun.Le métro montréalais a déjà amélioré quelque peu la situation à Montréal, mais il importe d\u2019assurer une meilleure coordination et efficacité du transport en commun dans tous les grands centres, car, partout, le « centre-ville » déborde.Quoiqu\u2019il n\u2019en paraisse peut-être guère au premier abord, maintes valeurs fondamentales sont liées à ce problème des communications et du transport en commun.Sans un vigoureux réaménagement en ce domaine, les paroisses continueront de s\u2019effondrer ; les femmes, de s\u2019ennuyer dans l\u2019exil des banlieues ; la circulation en surface, de devenir toujours plus inextricable et d\u2019engendrer une pollution de l\u2019air toujours plus grave.L\u2019urbanisation, oui.Mais dirigée de telle sorte que certaines valeurs fondamentales \u2014 physiques, sociales, morales \u2014 ne soient pas perdues ; de telle sorte que l\u2019habitat, tant en milieu urbain qu\u2019en milieu rural, ne soit pas amélioré au prix du déracinement des populations ; de telle sorte que ne soient pas démolis et vainement sacrifiés les cadres sociaux ou paroissiaux qui ont assuré chez nous la permanence des valeurs communautaires.Si l\u2019on ne croit pas à ces valeurs et si on ne met pas pas tout en œuvre pour les préserver, la ville de demain sera rongée par l\u2019anonymat et par la délinquance ou la criminalité de toutes formes, dans l\u2019absence d\u2019une chance offerte à la vie humaine et fraternelle.NOVEMBRE 1970 299 sécularisation-Québec (2) le chrétien face à la sécularisation de la société québécoise par Richard Arès La sécularisation \u2014 j\u2019ai essayé de le montrer dans un article précédent1 \u2014 constitue aujourd\u2019hui notre plus visible signe des temps au Québec.Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir et stupide pour refuser de s\u2019interroger à son sujet.Ce qu\u2019un chrétien, moins que tout autre croyant, ne peut ici se permettre, car c\u2019est lui qui est le plus directement et le plus massivement atteint par ce mouvement d\u2019affirmation d\u2019autonomie du profane à l\u2019égard du religieux.Le phénomène est mondial, mais il affecte surtout les pays occidentaux, particulièrement ces sociétés depuis longtemps christianisées, confessionna-lisées, voire cléricalisées.Le phénomène est, en outre, extrêmement complexe et difficile à apprécier: non seulement du fait qu\u2019il se révèle encore en devenir et qu\u2019il charrie du bon et du mauvais, mais aussi parce qu\u2019il soulève des problèmes fondamentaux, comme ceux des rapports entre la foi et la raison, le christianisme et le monde, l\u2019Église et la société.Je suis trop conscient des énormes difficultés que rencontrent les experts \u2014 par exemple, ceux de l\u2019équipe de la revue Concilium \u2014 qui cherchent à donner des solutions pratiques à ces problèmes, trop conscient aussi du fait des divisions entre catholiques, pour prétendre que l\u2019attitude que j\u2019indique ici à l\u2019égard de la sécularisation soit la seule qui soit chrétienne, la seule qui puisse être dite celle de l\u2019Église.« Nul ne peut dire qu\u2019il est l\u2019Église », a rappelé l\u2019un des ecclésiastiques consultés par le journaliste Joseph MacSween de la Presse canadienne sur le déclin de l\u2019influence de l\u2019Église au Québec (cf.L\u2019Action, 2 septembre 1970).Bien avant lui, Vatican II avait affirmé: « Personne i Relations, 353 (octobre 1970) : 274-277.n\u2019a le droit de revendiquer d\u2019une manière exclusive pour son opinion l\u2019autorité de l\u2019Église » (Constitution pastorale Gaudium et Spes, no 43, par.3).En partant, toutefois, de l\u2019enseignement donné par le Concile, en particulier dans la Constitution pastorale sur « L\u2019Église dans le monde de ce La société québécoise se sécularise: elle se libère graduellement des influences religieuses, tient davantage à l\u2019écart les Églises, reprend en mains la maîtrise et le fonctionnement de ses propres institutions et cherche à se construire de plus en plus d\u2019après les données de la raison et en vue de l\u2019efficacité technique.Devant ce phénomène, nouveau au Québec, quelle attitude prendre?Je répondrais: une attitude à la fois ouverte et critique.Une attitude ouverte d\u2019abord.Jean XXIII et le Concile nous en fournissent un double exemple.Ayant, dans son encyclique Mater et Magistra, à parler de la socialisation, Jean XXIII se garde bien de la condamner en bloc; il en décrit les manifestations, en signale les avantages et les inconvénients, et conclut en indiquant comment l\u2019homme pourra en tirer parti.De même, le Concile, lorsqu\u2019il traite des rapports entre l\u2019Église et le monde.Il commence par déclarer la communauté des chrétiens « solidaire du genre humain et de son histoire » et désireuse de partager « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps ».Il ajoute que le monde de la famille humaine ne doit pas être un objet de condamnation, mais de dilec-tion, car « pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l\u2019amour du Créateur ».U reconnaît aussi que « les conditions nouvelles affectent la vie religieuse elle-même », temps », on peut arriver à déterminer une attitude qui mérite le qualicatif de chrétienne tant à l\u2019égard de la sécularisation en général qu\u2019à l\u2019égard de ses trois manifestations particulières au Québec qui ont nom: décléricalisation, déconfessionnalisation et déchristianisation.mais il se refuse à n\u2019y voir que des inconvénients.(Cf.Gaudium et Spes, nos 1,2 et 7.) L\u2019exemple est à suivre par qui cherche quelle attitude prendre à l\u2019égard de la sécularisation.Il ne serait ni sage ni chrétien d\u2019opposer à cette dernière un refus global et une condamnation sans appel.Elle est un fait, un signe des temps, celui qui actuellement s\u2019impose le plus à notre attention; le Concile nous demande d\u2019interpréter ces signes, donc de les observer, de les connaître, de les analyser et d\u2019en rechercher la véritable signification.Cela suppose une attitude, non seulement ouverte, mais critique.L\u2019acceptation globale n\u2019est ici ni plus intelligente ni plus chrétienne que le refus global.La société québécoise en mal de sécularisation ressemble à ce champ du père de famille dont parle l\u2019Évangile et où croissent à la fois du bon grain et de l\u2019ivraie.Les deux sont intimement mêlés et, si le chrétien n\u2019a pas présentement à les séparer, il doit, cependant, apprendre à les distinguer, à distinguer ce qui, pour l\u2019accomplissement de la vocation plénière de l\u2019homme, est bon de ce qui est nuisible.Il lui faut développer en lui le discernement des vraies valeurs et centrer sa critique sur l\u2019essentiel.Encore ici, le Concile donne l\u2019exemple quand il parle de la « juste autonomie des réalités terrestres », et donc, À l\u2019égard de la sécularisation en général 300 RELATIONS en un sens, de la sécularisation.À ce propos, il déclare: Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l\u2019homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d\u2019autonomie est pleinement légitime: non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur.Ce point admis, le Concile s\u2019empresse aussitôt d\u2019ajouter: Mais, si, par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu, et que l\u2019homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu.En effet, la créature sans Créateur s\u2019évanouit.(Gaudium et Spes, no 36.) Ce que nous enseigne ici le Concile, c\u2019est qu\u2019il est possible de donner au phénomène de la sécularisation au moins une double interprétation: l\u2019une chrétienne, l\u2019autre athée; la première est acceptable, mais non la seconde.Commentant cette prise de position du Concile, le P.Schillebeeckx a bien montré pourquoi il était important de distinguer le phénomène de sécularisation et son interprétation.Celle-ci, écrit-il, peut se faire sous forme athée ou agnostique, mais le phénomène lui-même est indépendant de cette option: il n\u2019est pas impossible de parler de sécularisation chrétienne et même de la contribution de l\u2019Église au processus de la sécularisation; l\u2019interprétation athée méconnaît un aspect essentiel de la vie En même temps et par le fait même qu\u2019elle se sécularise, la société québécoise se décléricalise.Elle retire peu à peu aux clercs pour les confier aux laïcs les postes d\u2019influence sociale qu\u2019ils avaient assumés par suite de circonstances favorables, geste qui a pour effet de contribuer à diminuer l\u2019importance et le nombre de ces mêmes clercs.Elle en engendre de moins en moins et se révèle de plus en plus impuissante à occuper et à conserver ceux mêmes qu\u2019elle a engendrés.Devant ce phénomène nouveau, beaucoup s\u2019inquiètent, et non sans raisons, semble-t-il.Encore faut-il que ce soit pour les vrais motifs.Déclérica- profane elle-même, alors que l\u2019interprétation chrétienne en tient compte.Loin d\u2019ajouter quelque chose à la réalité, l\u2019interprétation fondée sur la foi ne fait qu\u2019expliciter cet élément, négligé ou confondu par d\u2019autres.Si l\u2019existence profane ne comportait aucun signe intrinsèque du mystère, le christianisme ainsi que toute interprétation chrétienne ne seraient que superstructures et idéologies.Mais il n\u2019en est rien, et l\u2019on peut montrer que, dans la vie profane elle-même, il existe des éléments significatifs, notamment sa valeur ultime et sa bonté.Il revient seulement à la religion ou à la foi de les dégager.(Cf.Sept problèmes capitaux de l\u2019Eglise, 1969, p.100-101.) Si donc, lorsqu\u2019on parle de la sécularisation de la société québécoise, on veut simplement dire que cette société affirme de plus en plus son autonomie vis-à-vis les Églises et les religions dans les choses et les institutions qui lui sont propres, il n\u2019y a rien là qui ne soit légitime et acceptable; si, par contre, on prétend interpréter ce phénomène comme devant nécessairement signifier une séparation radicale entre la vie et la religion, la disparition de toute influence religieuse sur les hommes et la société au Québec, alors le chrétien ne peut accepter pareille interprétation, car, comme l\u2019enseigne le Concile, « de même qu\u2019il faut reconnaître que la cité terrestre, vouée à juste titre aux soins de ce monde, est régie par les principes qui lui sont propres, de même aussi on rejette à bon droit la funeste doctrine qui prétend construire la cité sans tenir aucun compte de la religion » (Constitution Lumen Gentium, n.36, a.4).lisation est ici synonyme de laïcisation.Or on sait que ce mot est susceptible d\u2019un double sens: il peut vouloir dire soit la prise en charge par des laïcs de fonctions exercées jusque-là par des clercs dans certaines institutions, par exemple les écoles et les hôpitaux, soit l\u2019élimination complète des clercs et de toute valeur religieuse dans la société.Si le premier est acceptable, le second l\u2019est beaucoup moins.Tout dépend donc de l\u2019interprétation que l\u2019on donne en pratique au phénomène de la décléricalisation de la société québécoise.Si l\u2019on veut signifier que, désormais, les laïcs doivent occuper les postes et exercer les fonctions qui leur reviennent dans toute société normalement constituée, il n\u2019y a pas là de quoi s\u2019inquiéter, surtout si ces laïcs se révèlent capables de penser et d\u2019agir chrétiennement.Mais si l\u2019on veut dire que les clercs ainsi que les valeurs religieuses qu\u2019ils représentent doivent être désormais complètement mis à l\u2019écart et privés de toute influence sur la société, c\u2019est alors vraiment qu\u2019il y a de quoi s\u2019inquiéter.Non pas tant pour les clercs que pour la société québécoise elle-même, dont le bien commun comporte nécesairement un élément spirituel et religieux.À la réalisation de cet aspect du bien commun, prêtres, religieux et religieuses contribuent pour une grande part et, à ce titre, ils ont droit à ce que la société leur assure à la fois la liberté d\u2019action et une place dans ses rangs.Parlant du sécularisme, qui veut bannir le « religieux » en tant qu\u2019élément constitutif de la culture et de la société, le cardinal Daniélou en profitait pour aborder le problème de la place et du rôle du prêtre dans la vie sociale.Il disait: H y a un cas où le sécularisme présente une particulière gravité, c\u2019est celui du sacerdoce.On ne voit guère, en effet, quelle peut être sa place dans une société d\u2019où le sacré est éliminé.Si la religion n\u2019est que le sens donné à des activités par ailleurs profanes et ne représente pas un domaine spécifique, le prêtre se trouve en porte à faux.Il me paraît évident qu\u2019un prêtre qui accepte une vision séculariste de la société ne peut qu\u2019être mal à l\u2019aise dans son sacerdoce.Mais cette conception séculariste est fausse.En réalité, il fait partie de toute civilisation digne de ce nom d\u2019avoir une dimension religieuse.Le problème aujourd\u2019hui n\u2019est pas de savoir comment le sacredoce peut survivre au sacré, mais quelle forme le sacré et donc le sacerdoce doivent prendre dans la civilisation technique et urbaine d\u2019aujourd\u2019hui.Ce dont la société de demain risque de manquer, ce n\u2019est pas d\u2019organisation ou de recherche, c\u2019est de sacré.Un grand courant de vocations sacerdotales ne sera possible que si, dissipant les erreurs sécularistes, la conviction renaît dans le peuple chrétien, que ce dont la civilisation de demain a le plus besoin, c\u2019est que Dieu soit rendu visiblement présent au milieu d\u2019elle.Et c\u2019est la vocation admirable du prêtre .(L\u2019avenir de la religion, p.110-111.) Si la société québécoise, devenue urbaine et technique, entend conserver au sacré et à Dieu leur place, elle ne peut accepter de se décléricaliser au point d\u2019en refuser une aux clercs, qu\u2019ils soient prêtres, religieux ou religieuses.À l\u2019égard de la décléricalisation NOVEMBRE 1970 301 À l\u2019égard de la déconfessionnalisation C\u2019est un peu la même attitude, à la fois ouverte et centrée sur l\u2019essentiel, qu\u2019il convient d\u2019adopter à l\u2019égard de cet autre phénomène qu\u2019on désigne sous le nom de déconfessionnalisation.Dans le passé, le Québec français et catholique avait cru bon de confessionnaliser la plupart de ses institutions sociales; depuis quelques années ces mêmes institutions ont tendance à abandonner leur lien confessionnel, à s\u2019ouvrir à tous et à se placer, tant au niveau de leur personnel qu\u2019à celui de leurs structures, sur un plan purement civil et séculier.Faut-il déplorer pareille tendance ?Pas nécessairement.Parlant en général, il importe d\u2019abord de rappeler que, depuis Vatican II, l\u2019Église cherche moins à s\u2019enfermer sur elle-même et plus à s\u2019ouvrir au monde et à collaborer avec tous les hommes de bonne volonté en vue de sauvegarder les vraies valeurs humaines.Elle admet ainsi qu\u2019il est moins opportun aujourd\u2019hui qu\u2019autrefois que les catholiques se groupent exclusivement entre eux.H convient, en outre, de distinguer entre la fin et le moyen: la fin, en l\u2019occurrence, est la sauvegarde et la promotion de la foi chrétienne chez les personnes groupées en associations ou relevant de telle institution; le moyen, c\u2019est de confessionnaliser ces associations et ces institutions.Encore faut-il que le moyen s\u2019accorde avec la fin poursuivie: une association à objectifs purement économiques a beaucoup moins de raisons de se confessionnaliser qu\u2019une institution qui poursuit l\u2019éducation humaine et chrétienne de ses adhérents, surtout s\u2019ils sont encore en pleine formation.Ainsi, au Québec, il y a longtemps que l\u2019État n\u2019est plus confessionnel et personne ne demande qu\u2019il le soit.De même, il est accepté que notre récent ministère de l\u2019Éducation ne le soit pas non plus.Pareille acceptation s\u2019étend aussi aux coopératives, aux syndicats, aux associations professionnelles, aux clubs sociaux, voire aux universités (à condition, pour ces dernières, qu\u2019elles ne poussent pas la déconfessionnalisation jusqu\u2019au refus de toute influence religieuse ou de tout appui financier aux groupements et facultés qui tiendraient à garder leur caractère confessionnel).Reste l\u2019école, aux niveaux élémentaire et secondaire.Doit-elle demeurer confessionnelle, non seulement dans son enseignement, sa clientèle et son personnel, mais encore dans ses structures ?Le projet de loi 62, à propos de la restructuration des commissions scolaires sur l\u2019île de Montréal, a posé la question dans son ampleur, et les réponses se sont révélées divergentes.Avant de prendre position à ce sujet, un catholique se doit de sérieusement considérer l\u2019avis exprimé par Mgr Paul Grégoire, archevêque de Montréal.Sur la nécessité de l\u2019école catholique, d\u2019abord: La promotion de l\u2019école catholique demeure un souci constant de l\u2019Eglise La société québécoise se décléricalise et se déconfessionnalise, mais aussi \u2014 et là, c\u2019est plus grave \u2014 elle est en train de se déchristianiser.S\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une perte extérieure de ses apparences de chrétienté, par le fait, par exemple, qu\u2019on donne moins de noms de saints aux nouvelles municipalités et aux nouvelles rues, ou qu\u2019on porte moins de scapulaires et de médailles, ou encore qu\u2019on tend à supprimer les crucifix dans les cours de justice et dans les classes d\u2019écoles, les processions religieuses dans les rues, etc., bref si, pour la société québécoise, la déchristianisation voulait simplement dire qu\u2019à l\u2019avenir elle ne tient plus à se présenter sous les traits d\u2019une société « décorativement chrétienne », il n\u2019y aurait pas de quoi vraiment s\u2019alarmer.Le mal, cependant, est plus profond, il atteint les esprits, les cœurs et les consciences.La question, en conséquence, qu\u2019il faut poser est devenue celle-ci: la société québécoise entend-elle vivre et fonctionner comme une société « spirituellement chrétienne » ?Aujourd\u2019hui comme hier, nous affirmons la nécessité d\u2019une telle école dans notre milieu.L\u2019école catholique constitue un lieu privilégié de formation où un jeune intègre les valeurs de son temps dans une vision de foi.Plus que jamais même une telle institution constitue un riche apport à notre société par le rappel et la promotion qu\u2019elle fait des valeurs spirituelles .L\u2019école confessionnelle n\u2019en demeure pas moins pour les catholiques un moyen normal d\u2019éduquer leurs enfants selon leur foi.Sur la convenance de structures adaptées et accordées, ensuite: Les meilleures structures ne suppléeront jamais évidemment à l\u2019engagement des personnes.Mais il faut se garder de sous-estimer les réalités juridiques sous prétexte que, dans le passé, on a pu parfois leur accorder plus d\u2019importance qu\u2019aux dynamismes vivants de la communauté.Les soutiens juridiques et les cadres institutionnels sont toujours indispensables pour assurer à des projets collectifs une stabilité et une continuité que les efforts individuels, si intenses soient ils, ne sauraient obtenir.C\u2019est une position, à la fois ferme quant aux principes et souple quant aux applications possibles, qu\u2019il serait imprudent, voire dangereux, d\u2019abandonner dans les circonstances actuelles.Nous touchons ici aux motifs qui font agir les hommes, aux valeurs qui leur donnent des raisons de vivre, de travailler, de se dévouer et de s\u2019aimer, aux projets qu\u2019ils forment, qui les rassemblent et les mettent en branle en vue de construire une société plus juste et plus humaine et de parvenir à pouvoir enfin mener, selon l\u2019expression de Jean Fourastié, « la vraie vie » 2.Jusqu\u2019à quel point ces motifs, ces valeurs et ces projets peuvent-ils être qualifiés de chrétiens chez l\u2019homme québécois 2.« Chacun se forge une image de ce que devrait être la vraie vie, et s\u2019indigne de ne rien en retrouver dans la vie vraie.La vraie vie est le mythe moteur de l\u2019humanité; mais il n\u2019est parfois qu\u2019un moyen de rendre la vie vraie encore plus dure.Le temps n\u2019est plus où la majorité des philosophes mettaient leur espoir dans la fin des religions; le temps n\u2019est plus, qu\u2019a décrit Albert Camus avec une douleur âpre, où l\u2019homme a cru trouver la vraie vie d\u2019abord en chassant Dieu, puis en chassant les rois.Aux crimes de l\u2019irrationnel, l\u2019homme sur une terre qu\u2019il sait désormais solitaire, va joindre les crimes de la raison .Le voici en marche pour l\u2019empire du monde, à travers des meurtres multipliés à l\u2019infini.»\t(Lettre ouverte à quatre milliards d\u2019hommes, 1970, pp.13, 105 et 121.) À l'égard de la déchristianisation 302 RELATIONS d\u2019aujourd\u2019hui, voire chez ceux qui se disent encore catholiques ?L\u2019Église au Concile s\u2019est reconnu pour rôle d\u2019être « comme le ferment et, pour ainsi dire, l\u2019âme de la société humaine >, elle a demandé aux laïcs de se charger de « l\u2019animation chrétienne du monde », c\u2019est-à-dire « de pénétrer d\u2019esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où chacun vit ».Elle leur a assigné pour tâche propre le renouvellement chrétien de l\u2019ordre temporel, allant jusqu\u2019à dire que « c\u2019est le travail de toute l\u2019Église de rendre les hommes capables de bien construire l\u2019ordre temporel et de l\u2019orienter vers Dieu par le Christ » (Constitution Gaudium et Spes et Décret sur l\u2019Apostolat des laïcs)3.Quel écho ces paroles éveillent-elles dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui?Dans cette société nouvelle en train de se construire, l\u2019Église joue-t-elle vraiment le rôle de ferment et d\u2019âme, rend-elle en ce moment les citoyens québécois capables de bien construire l\u2019ordre temporel et de l\u2019orienter vers Dieu par le Christ ?Peut-on dire que, par ses laïcs, elle pénètre d\u2019esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de la nouvelle société québécoise ?Il faudrait être optimiste pour le prétendre.Et pourtant l\u2019enjeu est grave: c\u2019est l\u2019avenir du peuple canadien-français en tant que peuple chrétien qui est en train 3.En adoptant cette position du Concile, écrit le P.Gustave Martelet, SJ., « on évitera à la fois le terrénisme étouffant des valeurs qui, pour rester humaines, se veulent sans rapport à Dieu, et une mauvaise sécularisation des chrétiens, qui, pour rejoindre plus sûrement les hommes, se croiraient obligés de sacrifier la foi, alors que celle-ci contient la seule espérance d\u2019intégration vraiment spirituelle de l\u2019homme et de son monde » (cf.L\u2019Eglise de Vatican II, t.Il, p.539).de se décider.Depuis des années, le cardinal Daniélou jette un cri d\u2019alarme, qui nous concerne directement: là où elle s\u2019est faite, déclare-t-il, la christianisation des masses constitue un immense trésor, c\u2019est un capital qui a demandé des siècles à être réalisé et qui, une fois perdu, demanderait des siècles pour être récupéré.Aussi ne suffit-il pas de simplement conserver des élites chrétiennes, il faut garder chrétiens les peuples déjà chrétiens.Et pour cela il est nécessaire que reste chrétienne la société qui les encadre.Ce que nos ancêtres ont fait pour leur temps, il faut le faire pour le nôtre: donner une âme chrétienne à la civilisation moderne, faire accepter et vivre les valeurs religieuses par la nouvelle société en train de naître et de se constituer.Le Québec est en marche vers une société sécularisée.Devant ce phénomène et ce visible signe des temps, le chrétien s\u2019interroge.S\u2019il peut accepter la décléricalisation et tolérer jusqu\u2019à un certain point la déconfessionnalisation de cette société, peut-il consentir à sa déchristianisation, se résigner à ce qu\u2019elle se construise en dehors de l\u2019esprit chrétien, voire sur l\u2019abandon des valeurs religieuses ?Je ne le crois pas, car ce serait trahir son titre et oublier son rôle de chrétien dans la société.H ne s\u2019agit pas pour lui d\u2019exercer une nouvelle forme d\u2019impérialisme sur la société québécoise, il s\u2019agit de la servir, de l\u2019aider à se construire dans sa sécularité même, pour que l\u2019homme québécois ne s\u2019identifie pas à « l\u2019homme unidimensionnel » de Marcuse, mais puisse y réaliser la plénitude de sa vocation, dans sa triple dimension: personnelle, communautaire et religieuse.Car ce que la foi chrétienne offre, c\u2019est la vérité de l\u2019homme, c\u2019est « une inspiration à la fois positive et critique, et l\u2019espérance de réaliser les dimensions ultimes de l\u2019existence humaine » (8e résolution du congrès Concilium à Bruxelles, septembre 1970; cf.Relations, 353 (octobre 1970): 269).Le devoir de l\u2019heure, pour le chrétien, n\u2019est donc pas de partir en guerre contre la sécularisation qui s\u2019opère dans la société québécoise; il est de travailler pour que cette société, même sécularisée, demeure ouverte aux valeurs religieuses ainsi qu\u2019à l\u2019animation chrétienne.Il n\u2019est pas de chercher à encadrer et à diriger les projets profanes de cette société; il est d\u2019y participer, d\u2019y collaborer, en vue de les purifier, de les fortifier et de les sanctifier, pour qu\u2019ils deviennent plus conformes à la vérité de l\u2019homme.Bref, dans la société québécoise et pour l\u2019essentiel, la tâche du chrétien demeure toujours ce qu\u2019elle a été depuis vingt siècles dans le monde des hommes, ses frères; seulement, elle s\u2019appelle aujourd\u2019hui « la sanctification de la sécularisation » 4.4.Bernard Lambert, O.P.: « Projet évangélique et projet du Québec » dans le Devoir, 24 janvier 1970.« L\u2019Eglise du Québec avance pas à pas, au jour le jour, dans le brouillard.Aucun de ses chemins ne la ramène à un ordre sacré, clérical, théocratique.Elle ne songe ni à confisquer le profane, ni à établir un projet parallèle à celui du Québec.Le difficile dessein nouveau, ouvert à quiconque veut se porter partie prenante, s\u2019appelle une sécularité sanctifiée.Rien de plus.Rien de moins.S\u2019exerçant à l\u2019intérieur de ce projet profane, le rôle des chrétiens sera de contribuer à définir les fins, à déterminer les objectifs et à organiser les services par lesquels on cherche à atteindre les fins et les objectifs.(L\u2019Eglise doit viser) à la promotion de ce projet profane sous toutes ses formes, surtout sous sa forme la plus haute: la sanctification de la sécularité.» À/otman ^jaeclû-Ltlzùi ^)nc.ROSAIRE DESNOYERS, PRÉS.Ameublement et accessoires de bureau\t261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 NOVEMBRE 1970 303 le prêtre canadien dans la révolution culturelle René Giroux, prêtre-ouvrier par Jules Brosseau La revue Prêtres et Laies, dans sa livraison d\u2019août-septembre 1970, publie Le journal d\u2019un prêtre-ouvrier canadien, René Giroux, du diocèse de London, 37 ans, 11 ans de sacerdoce et de ministère paroissial, prêtre-ouvrier durant 5 mois dans une fonderie de Windsor, en Ontario.Un type qui sait ce qu\u2019il veut Cette expérience vécue et racontée par un prêtre de chez nous apportera aux laïcs un réconfort.Aux prêtres, elle pose de sérieuses questions et les invite à un examen.Rassurons-nous ! Le « jeune » vicaire n\u2019a rien d\u2019un romantique ni d\u2019un aventurier.Son comportement révèle plutôt un équilibre et une maturité qui sont la marque d\u2019une robuste santé physique et mentale.Tout au long de cette expérience, mon rythme de vie fut bouleversé d\u2019une façon drastique.Je devais m\u2019ajuster à un genre de vie tout à fait nouveau, dans une période extrêmement courte.Cela aurait pu être un risque pour ma santé physique et mon équilibre émotionnel.Mon expérience personnel n\u2019a eu aucun de ces effets désastreux.(Pp.420-421.) La personnalité de René Giroux réconcilie les extrêmes.Audacieux et prudent; réfléchi et entreprenant, obéissant à l\u2019Église, docile à son évêque et toujours attentif au bien commun, il conteste et secoue la routine, revendique le privilège, sinon le droit, d\u2019aller au bout de son chemin.Il écrit à son évêque pour lui exposer son projet: Après onze ans de ministère paroissial, je sens personnellement le besoin d\u2019être éveillé de nouveau à la vie, aux gens, aux besoins humains .Nous parlons tellement de « renouveau de l\u2019Eglise » que je me demande parfois si notre priorité est bien celle des gens eux-mêmes et les conditions de vie dans lesquelles ils 304 ont à répondre à l\u2019appel du Christ.Comme prêtres, on commence à nous accuser de devenir les victimes de l\u2019auto-ana-lyse .Nous avons besoin d\u2019une dose d\u2019imagination, d\u2019une pincée d\u2019audace et de beaucoup de confiance dans nos efforts pour renouveler notre mission pastorale .Soyons plus affirmatifs dans notre adhésion à la vérité, à la justice et à la bonté, et réduisons nos conseils de prudence au minimum.Nous sommes à une époque de défi, d\u2019expérimentation, de risque.(Pp.372-374.) C\u2019est par fidélité au Verbe incarné, à l\u2019Évangile, à son sacerdoce, au peuple de Dieu, que le vicaire demande à son évêque la permission de faire un stage en usine.Un coup engagé dans son expérience, il notera dans son journal: On doit partager la vie de ces hommes pour avoir de la compassion pour eux.Je commence à comprendre pourquoi Dieu s\u2019est fait homme \u2014 pour voir la vie du point de vue de ceux qu\u2019il aime.L\u2019Evangile de dimanche dernier démontrait comment Jésus était capable de comprendre la foule.Nous aussi, en tant que prêtres, nous devons être sensibles aux anxiétés, aux aspirations, aux déceptions .des travailleurs d\u2019usine.Sommes-nous capables de le faire si nous ne sommes pas parmi eux ?Le Fils de Dieu n\u2019a-t-il pas « habité parmi nous » afin que nous puissions saisir l\u2019amour de Dieu pour nous ?Cela nous paraît bon de parler de la dignité de l\u2019ouvrier et de son travail, de son droit au travail, du droit de s\u2019organiser, du juste salaire, etc.Avons-nous cependant comme prêtres une voix dans ce secteur de la vie où nous ne participons-pas ?Sommes-nous réellement en position pour remplir un rôle prophétique ?N\u2019est-ce pas notre rôle de poser des questions, d\u2019éveiller la réflexion, d\u2019entretenir un idéal, d\u2019insuffler le sens de la haute vocation de l\u2019homme ?Comment pouvons-nous en réalité remplir ce rôle efficacement si nous ne sommes pas un avec l\u2019ouvrier?(P.423.) La vie des ouvriers, le prêtre René Giroux l\u2019a épousée dans sa chair.N\u2019et-ce pas la meilleure façon de comprendre ?Même lorsque j\u2019écris ces lignes, je peux encore sentir la fonderie dans mon corps.Il y a encore dans mes poumons, les gaz, la poussière de la fonderie; et lorsque je prends une profonde respiration, je goûte et je sens cette fonderie en moi.C\u2019est toute une expérience, une expérience à laquelle, nous prêtres, ne sommes pas particulièrement sensibles.Cela aide indiscutablement à avoir « ce sentiment » pour les ouvriers et vous rend solidaire d\u2019eux.(P.394.) L\u2019Esprit peut souffler fort dans les voiles, quand le gouvernail est entre des mains sûres.L\u2019entreprise est risquée.Conscient des périls, René Giroux les affronte et les surmonte avec lucidité, discernement, courage.En aucun moment, son attitude n\u2019est ambiguë.Droit avec Dieu et avec lui-même, cet homme ne ment jamais et ne trompe personne.Je fais un effort sincère pour accomplir mon travail.Ils me voient en tant que prêtre et me respectent en tant que travailleur.(P.404.) Ma courte expérience en usine m\u2019a fait vivre des moments où, pendant que je travaillais, je peux honnêtement dire que mes pensées étaient tournées vers Dieu.(P.407.) Pour moi, avoir travaillé comme je le fais depuis quelques mois dans une usine sans avoir continué à être rattaché à une paroisse où je pouvais célébrer le dimanche, prêcher et faire du travail pastoral le soir, cela aurait été désastreux.Les gens sont ouverts au travail en usine de prêtres rattachés à l\u2019une des paroisses de l\u2019endroit.Ils le voient alors comme un prêtre et ils voient également l\u2019Eglise qui change.Ils n\u2019assistent pas uniquement au combat d\u2019un franc-tireur libéral, oublieux du bien de la communauté chrétienne dans son ensemble.(P.418.) Il parle, à l\u2019occasion, de l\u2019Église, de son évêque, de la paroisse, des ouvriers, des jeunes, de liturgie, de prière.Il dit franchement ce qu\u2019il pense.Sa critique aiguë est toujours respectueuse et constructive.C\u2019est à tort qu\u2019il se défend d\u2019être théologien, car sa réflexion atteint les profondeurs, et sa théologie en vaut bien une autre.RELATIONS Réactions diverses Son évêque l\u2019approuve.Les ouvriers l\u2019accueillent, l\u2019admirent et l\u2019estiment.Les paroissiens comprennent sa démarche et lui gardent leur confiance.Quelques rares confrères prêtres le soutiennent.Dès l\u2019instant qu\u2019il s\u2019ouvre de son projet, il devient suspect à son entourage clérical.Il en a fait part à son évêque.J\u2019ai tenté de recueillir les impressions d\u2019autres prêtres au sujet de ce projet.Le message qui ressort est négatif pour certains, prudent pour d\u2019autres; un certain nombre ne comprennent pas, un petit nombre m\u2019encouragent.(P.374.) Il souffre de l\u2019isolement auquel il se voit brusquement condamné.Sans amertume, cependant, mais avec une insistance douloureuse, il revient souvent sur la réaction déconcertante de ses confrères.Il y a beaucoup de souffrance dans le cœur des prêtres d\u2019aujourd\u2019hui.Je me demande si ce serait la même chose s\u2019il y avait juste un peu plus de soutien.(P.381.) Ce que je trouve le plus difficile, c\u2019est de me sentir seul.Il n\u2019y a pas de prêtre avec lequel je puisse vraiment partager cette expérience.Lorsque j\u2019ai essayé, je n\u2019ai obtenu que des « sermonettes » ou des remarques indiquant que j\u2019attaquais le ministère du prêtre.Il est très troublant d\u2019entendre les prêtres qui vous entourent dire que vous devenez « bizarre », que vous « embarrassez » les autres prêtres, que vous êtes « embrouillé ».Mais je trouve essentiel de demeurer en communication avec mes confrères.(P.385.) Mon attitude vis-à-vis les prêtres s\u2019est refroidie depuis le début de l\u2019expérience.Ils semblent ne pas approuver cette ligne d\u2019action.(P.385.) Un fait devient de plus en plus clair; il n\u2019est pas sain de faire une telle expérience seul.Je crois que c\u2019est possible pour une courte période de temps.Mais après un certain temps, je pourrais développer une attitude dangereusement agressive envers l\u2019aspect clérical de l\u2019Eglise.(P.387.) Je crois que ma plus grande angoisse fut de me sentir étranger dans l\u2019Eglise.(P.421).Exagère-t-il?Il en vient à se le demander et finit par le croire.Je trouve que je suis présentement beaucoup trop sensible à la critique et par conséquent aveugle à la main amicale que l\u2019on me tend.(P.385.) A un rassemblement de prêtres hier soir, l\u2019un d\u2019eux m\u2019a fait remarquer que je me préoccupais peut-être un peu trop d\u2019obtenir l\u2019approbation des autres au sujet de ce travail.Sa philosophie est: Fais-le, revise ton action et ne t\u2019épuise pas à essayer de convaincre les autres que tu as raison.(P.391.) Il n\u2019entre pas dans notre propos de vérifier la constatation de René Giroux.De la part d\u2019un homme remarquablement pondéré, elle ne peut être une pure invention.Dans l\u2019hypothèse où elle s\u2019avérerait réelle, il serait utile d\u2019en chercher l\u2019explication, car elle nous paraît constituer un grave obstacle au renouveau pastoral de l\u2019Église.Il n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui, le défi que le monde ouvrier lance à l\u2019Église.H est neuf, cependant, que prêtres, religieux, religieuses n\u2019attendent plus les ouvriers dans leurs presbytères ou leurs institutions, mais décident spontanément de rencontrer l\u2019ouvrier dans son milieu naturel, au travail.Qu\u2019on les appelle prêtres-ouvriers, prêtres et religieux en quartier, l\u2019inspiration qui les anime ne remonte-t-elle pas à la source ?Jésus n\u2019a pas dit à ses apôtres; « Attendez qu\u2019ils viennent ! > mais: « je vous envoie .allez ! > Les dons sont divers, les activités sont diverses.Tous les prêtres et religieux ne peuvent devenir ouvriers ou s\u2019établir en quartier.Ceux-là qui s\u2019y essaient doivent retenir notre attention.Ils sont les voix qui crient dans le désert, les prophètes de notre temps.Ils nous remettent à l\u2019écoute de l\u2019Esprit.Aussi le message de René Giroux devrait se retrouver sur la table ou sur le prie-Dieu de tout prêtre, religieux, laïc, que le royaume de Dieu interpelle.Nous le citons une dernière fois.Je ne veux pas dire non plus que tous les prêtres devraient se trouver un emploi en usine ou dans les bureaux.Ce serait absurde.Ce que je veux dire c\u2019est que nous appartenons à un presbytérium.Il y a des dons et des charismes différents dans le Corps.J\u2019espère que nous reconnaîtrons de plus en plus la diversité de ces dons.Personnellement je veux être prêtre, un prêtre séculier, mais j\u2019espère à ce moment-ci pouvoir être capable de découvrir ma façon propre et unique de contribuer à la croissance du peuple de Dieu.(P.417.) Prêtres et Laies, revue d\u2019apostolat laïc et de pastorale populaire, 20/7 (août-septembre 1970): 369-425: Le journal d\u2019un prêtre-ouvrier canadien.(1201, rue Visitation, Montréal 133.$0.60 le numéro.) MOIS DES MORTS OU DES VIVANTS ?Le mois consacré au souvenir de ceux qui nous ont quittés pour le monde de la Vie, on l\u2019appelle le mois des morts ! Or cette façon de s\u2019exprimer peut être logique quand on est sans foi, sans espérance et sans amour; quand on est de ceux qui considèrent le départ de cette terre comme le débarquement sans retour, sur une rive sans plage, au terme d\u2019une aventure insignifiante.En l\u2019ignorance totale de la Révélation, comment croire au triomphe du Christ sur la mort ?En la pensée de n\u2019avoir pas d\u2019âme à présenter, ni de récolte à moissonner, pas d\u2019amour à échanger, il reste quoi pour réjouir l\u2019espérance ?Rien, si ce n\u2019est l\u2019idée de devenir semblable au chaume, laissé sur le champ: tige creuse, vidée de vie pour le restant des étés.Les incroyants sont donc logiques, et pas plus que les aveugles ils ne seront jugés pour n\u2019avoir pas vu la lumière, ni les beautés qu\u2019elle éclaire, s\u2019ils n\u2019ont jamais connu le soleil.Aussi bien, quand j\u2019entends parler du mois des morts, ma pensée se dirige ici-bas vers ceux qui ont su et désapprennent, qui ont cru et ne croient plus, ou feignent l\u2019incrédulité.Ils ont une âme à présenter, ils le savent, mais ne la préparent pas.Ils ont une moisson à récolter et ne sèment pas.Ils ont reçu des preuves d\u2019amour et n\u2019en donnent pas en retour.Ils sont les seuls morts, les seuls vraiment morts pour qui je prie.En l\u2019autre monde, c\u2019est de foi, il n\u2019y a pas de morts, pas de chaume non plus, laissé sur le champ pour le restant des étés.Le mois des morts ! Préparation à la mort ! Prières pour les morts ! C\u2019est une façon abusive de parler chez nous, contraignant l\u2019attention à corriger le contresens avant la contamination de l\u2019esprit.Par mois des morts, en effet, il faut comprendre: mois des âmes toujours vivantes en l\u2019autre vie ! Par préparation à la mort: préparation de l\u2019âme pour une vie meilleure ! Par prières pour les morts: prières pour les âmes en voie de purification pour jouir de la Vie ! Illogisme ?C\u2019est pour le moins un manque de coordination entre ma foi et les moyens de l\u2019exprimer; désenchantement verbal aussi, imposé à l\u2019espérance, évidemment contrariée en son désir intense de vivre.La tendance serait à supprimer de nos églises un certain signe éloquent, soi-disant parce que le peuple de Dieu n\u2019est pas un peuple de morts ! Assurément, mais je crois préférable d\u2019en acheminer l\u2019idée, positivement, par la voie des mots; préférable de parler en termes de résurrection; préférable d\u2019inviter le croyant à se préparer, non pas à la cessation de vivre, mais à son entrée dans la Vie.Façon de procéder qui tuerait la triste équivoque et ramènerait le sérénité au service de celui qui nous a aimés le premier, et le premier, l\u2019a prouvé.Changeons les mots qui trompent l\u2019esprit, sans supprimer le signe évocateur d\u2019accueil avec ses bras tendus, lourds du premier amour et de la première vie.Novembre, c\u2019est le mois des élus, chantant des airs de Pâques au cœur de l\u2019automne.Paul Fortin.NOVEMBRE 1970 305 l\u2019université au service de la société l\u2019université par Hervé Carrier Le Père Hervé Carrier, S.J., recteur de l\u2019Université Grégorienne (Rome), a déjà exposé aux lecteurs de RELATIONS ses réflexions sur le rôle de « l\u2019université dans une société nouvelle » (février 1970).Deux récents congrès internationaux ont montré toute l\u2019actualité du sujet en traitant explicitement du rôle social de l\u2019université.A Montréal, en septembre 1970, l\u2019Association Internationale des Universités (A.I.U.) avait comme thème: « L\u2019université et les besoins de la société contemporaine ».A Boston, en août, la Fédération Internationale des Universités Catholiques (F.I.U.C.) étudiait les responsabilités de l\u2019université face au développement.Dans une communication donnée à ce congrès de Boston, le P.Carrier poussait plus avant ses réflexions précédemment amorcées et concentrait son attention sur les problèmes plus directement liés à la présence de l\u2019université contemporaine « dans un monde à développer ».Le présent article reprend les grandes lignes de cet exposé.Le P.Carrier a été élu récemment Président de la F.I.U.C.« En choisissant de s\u2019attaquer aux problèmes du développement socioéconomique, l\u2019université catholique donnera la preuve qu\u2019elle entend se situer au cœur du monde actuel et de ses préoccupations les plus graves; elle affirmera sa volonté de sortir d\u2019elle-même, de ses soucis quotidiens, de sa façon habituelle d\u2019envisager son rôle culturel et social, pour accorder priorité d\u2019attention, d\u2019étude et d\u2019engagement, dans une perspective universelle, aux exigences d\u2019Une promotion sociale si nettement postulée par les besoins, les misères et les aspirations profondes de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.» Semblable souci du développement humain ne saurait être l\u2019apanage exclusif de l\u2019université catholique.Aussi les propos du Père Carrier ont-ils paru de nature à stimuler la réflexion, dans notre milieu pluraliste, sur le rôle de l\u2019université dans « un monde à développer »; c\u2019est à ce titre que, légèrement remaniés et adaptés, ils sont Ici publiés.dans \u201cun monde à développer\u201d Un des bienfaits de la technologie a été de révéler aux groupes humains dispersés sur la planète leur proximité et leur solidarité.Or la perception de l\u2019homme par l\u2019homme s\u2019accompagne d\u2019une découverte brutale: il existe, entre humains, des disparités sociales et économiques intolérables.Faits particulièrement troublants pour les peuples de l\u2019abondance: dans un monde où le progrès technique semblerait devoir tout rendre possible, des millions d\u2019hommes ne mangent pas à leur faim, ils vivent dans des conditions d\u2019habitation indignes, ils ne peuvent compter sur les soins médicaux indispensables, l\u2019éducation même élémentaire leur est inaccessible, ils manquent de sécurité dans leur emploi et dans leurs revenus, ils ne jouissent pas de l\u2019appui de structures socio-politiques qui leur assureraient la paix ou un espoir de progrès.Et il ne faut pas oublier, dans notre description, les groupes défavorisés et les îlots de misère des pays riches: aux abords des grandes villes industrielles (New-York, Chicago, Paris, Londres), on rencontre des situations comparables, à bien des égards, à celles découvertes dans le Tiers-Monde.Selon le sociologue Jean Labbens, ces catégories indigentes de la société industrielle constituent le « Quart-Monde ».La misère humaine n\u2019est certes pas un fait inédit.Mais ce qui est nouveau, c\u2019est que l\u2019ensemble des hommes est en train de prendre conscience des insupportables disparités qui existent entre eux.L\u2019homme pauvre des villages ou des bidonvilles, rejetant sa situation, aspire à son tour aux avantages de la société techniquement développée.Les faits que nous avons évoqués sont connus; ils s\u2019imposent à tous, encore que nous nous efforcions bien souvent de les oublier, à cause des graves conséquences qu\u2019ils devraient entraîner dans nos décisions, nos comportements, nos « politiques ».Car, disons-le, la découverte notionnelle de la pauvreté quasi générale de l\u2019humanité ne suscite pas toujours ni nécessairement une véritable prise de conscience et un éveil du sens de la responsabilité chez ceux qui seraient en mesure d\u2019y remédier.Une telle inconscience est particulièrement grave de la part des chrétiens.Populorum progressé a proclamé, avec une émotion qui rappelle parfois la compassion de la Bible pour les pauvres, l\u2019obligation de se consacrer sans délai au « développement des peuples ».Cet appel pressant adressé d\u2019abord aux chrétiens, mais aussi « à tous les hommes de bonne volonté », doit être accueilli avec une particulière attention par ceux \u2014 professeurs, étudiants, administrateurs \u2014 qui font l\u2019université d\u2019aujourd\u2019hui.I \u2014 Responsabilités de l'université Il pourra sembler superflu de disserter sur les responsabilités de l\u2019université moderne dans les tâches du développement: les services qu\u2019elle est appelée à rendre pour le progrès économique, social et culturel des plus défavorisés apparaissent avec une telle clarté que l\u2019on pourrait facilement omettre la discussion pour passer d\u2019urgence à l\u2019action.J\u2019admet volontiers qu\u2019il existe, à ce sujet, un large accord de principe entre les diverses institutions universitaires 1.Mais, comme il en va des individus, ainsi la manière de faire des institutions ne concorde pas 1.Voir les publications récentes de 1T.A.U.et de la F.I.U.C.: Henri Janne, L\u2019Université et les besoins de la société contemporaine, Paris, A.I.U., 1970; L\u2019Université catholique dans le monde moderne, Paris, F.I.U.C., 1969.306 RELATIONS toujours avec les principes reconnus ou même proclamés; il importe, donc, dans un loyal examen des responsabilités universitaires, d\u2019opérer les critiques, les révisions et même les contestations nécessaires.Les événements récents se chargent, d\u2019ailleurs, de nous le rappeler: l\u2019université est devenue le point de mire de la critique sociale.On la rend responsable des déficiences, des inconsciences, sinon des injustices de la société moderne.L\u2019université serait, dans les sociétés riches ou pauvres, le facteur principal du statu quo, de l\u2019immobilisme et de l\u2019injustice collective.Faisons la part de la démagogie, de l\u2019incompréhension ou, même, de la malhonnêteté, dans ces attaques.Reconnaissons, cependant, que l\u2019université, en tant qu\u2019institution vitale dans la communauté nationale, est en quelque sorte une société en miniature; elle est le microscosme de la cité et de la culture -ambiante et peut facilement devenir le reflet des inconsciences, des égoïsmes, des intérêts particuliers de certains secteurs d\u2019une société donnée.L\u2019un des motifs principaux de la contestation étudiante se situe à ce niveau et peut se formuler dans la question suivante: à quoi et à qui, finalement, doit servir l\u2019université ?On accuse l\u2019université, en répondant à cette question, d\u2019être un instrument manié par ceux qui détiennent le pouvoir économique, social et politique.Notre intention n\u2019est pas de discuter ici par le détail le bien- ou malfondé de ces graves accusations, mais plutôt de les considérer comme une invitation à une salutaire réflexion sur la fonction sociale de l\u2019université.L\u2019université de type libéral, sorte d\u2019îlot culturel réservé aux classes plus favorisées, ne pourra plus subsister dans une société qui exige dorénavant des engagements clairs face aux plus graves besoins de notre temps.La question décisive que nous devons poser est donc une question de finalité.Car il ne suffit plus de définir l\u2019université par la recherche du savoir2; on est 2.Cf.« L\u2019université et la collectivité », dans notre article précédemment publié dans la revue Relations (février 1970, pp.56-57).Le Rapport de la Commission conjointe du Conseil et de l\u2019Assemblée universitaire de l\u2019Université de Montréal (Rapport Deschênes) a bien mis en lumière cet aspect dorénavant amené à poser la question du pourquoi.Savoir, pourquoi ?De même que, dans les sociétés riches, une question fondamentale est soulevée: l\u2019affluence, pourquoi ?\u2014 ainsi l\u2019institution universitaire doit-elle se demander à quoi, en fin de compte, servira la science ou le savoir qu\u2019elle dispense.Or nous savons par expérience que le savoir acquis à l\u2019université peut servir souvent à des fins égoïstes et injustes, parfois même à l\u2019exploitation du semblable par le semblable.Les universités ont formé des spécialistes, des hommes de science, des hommes de profession, des chercheurs, des théologiens, des hommes de lettres; ont-elles formé aussi des personnes profondément préoccupées par le progrès des défavorisés ?Personne, évidemment, ne s\u2019attend à ce que tous les diplômés des universités s\u2019engagent personnellement et directement dans les tâches techniques du développement économico-social.Mais, si l\u2019université se définit par son esprit d\u2019universalité dans le service qu\u2019elle a à rendre à la société, il importe qu\u2019elle ait le souci des défavorisés.Savoir, pourquoi ?\u2014 demandions-nous.Savoir pour servir.H faut aujourd\u2019hui que l\u2019université se mette plus consciemment que jamais au service de notre monde tel qu\u2019il est, sans oublier ses vastes secteurs de pauvreté \u2014 les zones urbaines ou rurales défavorisées dans les pays riches, et surtout les pays de la pauvreté généralisée.Mais que peut faire l\u2019université, avec les moyens dont elle dispose et qui lui sont propres ?Son action se Ces responsabilités reconnues, comment pourront-elles prendre forme dans la vie ordinaire d\u2019une université soucieuse de remplir son rôle ?La volonté de participer efficacement à la croissance des peuples et des groupes défavorisés suppose, pour être réaliste, l\u2019élaboration pratique d\u2019un plan d\u2019action.Seule l\u2019expérience indiquera nouveau de la réalité universitaire; cf.l\u2019analyse qu\u2019en a faite Julien Harvey dans Relations (février 1970, pp.36-37).situera d\u2019abord et surtout au plan de la formation des étudiants, grâce, en particulier, à la participation de ceux-ci au dynamisme d\u2019une université franchement ouverte au progrès social.La génération actuelle des étudiants tend à rejeter l\u2019université inconsciente de l\u2019homme total, c\u2019est-à-dire de l\u2019homme avec ses besoins d\u2019affectivité, de solidarité universelle, de soutien communautaire, de l\u2019homme avec ses aspirations à la justice, à la dignité, au progrès.Si l\u2019université ne donne pas l\u2019espoir de répondre de quelque façon à ces besoins et aspirations, nous savons qu\u2019elle devient aujourd\u2019hui le lieu de la contestation, de la protestation violente, de l\u2019opposition non-parlementaire, et même de la lutte ouverte contre une société qu\u2019on voit et qu\u2019on dit dominée par des intérêts particuliers trop souvent assurés de la connivence des pouvoirs établis.On n\u2019échappera au malaise et à l\u2019angoisse suscités par la critique de l\u2019université que par un retour à l\u2019essentiel.C\u2019est pourquoi il importe de redéfinir les finalités et d\u2019établir une politique de service mieux adaptée aux besoins actuels.Il est vrai que, par la recherche et par l\u2019enseignement, l\u2019université est au service de la vérité, et que la vérité n\u2019a d\u2019autre fin qu\u2019elle-même.Mais vérité et savoir ont des incidences sociales profondes; ils peuvent servir au développement de l\u2019homme ou à son exploitation.Car le savoir entraîne le pouvoir, lequel est toujours ambigu, ambivalent.Se trouve dès lors posée une question d\u2019ordre éthique, que l\u2019université n\u2019a pas le droit d\u2019esquiver.à chaque institution, compte tenu des circonstances qui lui sont propres, les lignes maîtresses d\u2019une politique concrète.Mais déjà, à la lumière des considérations qu\u2019on vient de faire, il semble possible de préciser quelques éléments fondamentaux d\u2019un programme d\u2019action valable pour l\u2019avenir immédiat.Quatre objectifs, à nos yeux, revêtent une importance particulière; nous en préciserons rapidement la teneur.Il \u2014 Un programme d\u2019action NOVEMBRE 1970 307 1° Une mentalité nouvelle à susciter Les techniciens du développement sont aujourd\u2019hui les premiers à affirmer que la croissance socio-économique ou le développement n\u2019est pas d\u2019abord un problème matériel, financier, technique, mais un problème humain.Car, en définitive, c\u2019est l\u2019homme total qui doit croître et c\u2019est cela qui importe; non le seul développement du commerce, de l\u2019industrie, des infra-structures matérielles ou même sociales et culturelles.Pour y parvenir, une conversion des esprits et des mentalités s\u2019avère nécessaire, surtout chez ceux que l\u2019on appelle les possédants, chez ceux qui ont pouvoir sur l\u2019opinion publique, chez ceux qui ont la responsabilité des services éducatifs dans les sociétés mieux pourvues.Sans quoi on ne parviendra pas à donner aux défavorisés les moyens de progresser par eux-mêmes.La tâche de l\u2019université en ce domaine doit être accomplie d\u2019abord et avant tout auprès des membres de la communauté universitaire.Une mentalité nouvelle est à susciter chez les professeurs, les étudiants, les responsables de l\u2019administration universitaire.Si l\u2019université veut être fidèle à elle-même et à sa mission, elle ne peut accepter que ses membres eux-mêmes demeurent dans l\u2019inconscience ou dans l\u2019insouciance face aux problèmes les plus urgents de notre monde.Dans le passé, l\u2019université ne s\u2019est pas assez activement intéressée à ces problèmes.N\u2019y aurait-il pas une forme subtile d\u2019égoïsme collectif ou même d\u2019avarice, si la « possession » de la science et l\u2019« acquisition » de la compétence faisaient oublier le service du bien commun ?Tout en œuvrant dans le domaine de sa spécialité et de sa compétence, le professeur d\u2019une université devrait manifester, dans son comportement, dans son enseignement, dans ses contacts avec collègues et étudiants, que l\u2019institution dans laquelle il travaille est profondément engagée dans les tâches du développement.Il n\u2019est pas rare que les étudiants soient plus prompts à comprendre ces devoirs nouveaux que leurs maîtres.Dans un dialogue soutenu, malgré les difficul- tés et les conflits, toute la communauté universitaire peut et doit progresser dans l\u2019intelligence de ses responsabilités sociales actuelles.2° Une conception du développement intégral à élaborer Les spécialistes du développement le reconnaissent: construire des routes, des cliniques ou des écoles, organiser des industries, des services administratifs et des moyens de communication, dans des régions qui jusqu\u2019ici manquaient des commodités indispensables à une vie digne, toutes ces entreprises impliquent des options morales et réfèrent à une intelligence de ce qu\u2019est le développement.Trop souvent, dans le passé, un développement exclusivement économique et technique fut opéré \u2014 parfois même par des techniciens humainement et spirituellement sous-développés \u2014 sans souci des bouleversements de structures, des mouvements de population et des transformations de mentalité qui risquaient, en emportant les traditions et les coutumes religieuses, de saper les assises morales d\u2019une collectivité.Le désarroi qui envahit aujourd\u2019hui les sociétés industrialisées devrait nous faire réfléchir sur le sens à donner au progrès et à la modernisation.La révolte des jeunes, même dans les pays les plus riches, nous oblige à nous demander comment « la société moderne pourrait répondre aux désirs qu\u2019elle suscite, apaiser la faim peut-être plus spirituelle que matérielle qu\u2019elle fait naître » 3.L\u2019œuvre du développement et de la croissance des peuples suppose une philosophie du développement intégral de l\u2019homme.On voit aisément le rôle que l\u2019université est appelée à jouer dans l\u2019élaboration de cette philosophie4.Un modèle occidental du développement économique et industriel ne suffit pas pour orienter la croissance des nations qui émergent à la modernité.La participation au développement des peuples 3.\tRaymond Aron, Les désillusions du progrès, Calman-Lévy, 1969, p.viii.4.\tL\u2019encyclique Populorum progressio en fournit les éléments essentiels; cf.surtout les nn.14-21.Un principe fondamental y est rappelé: « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique; pour être authentique, il doit être intégral, c\u2019est-à-dire promouvoir tout homme et tout l\u2019homme » (n.14).ou des groupes défavorisés exige le respect des valeurs les plus profondes de l\u2019homme, valeurs qui prennent les formes les plus diverses selon les nations et les cultures.Rappelons-nous, d\u2019ailleurs, que, même dans les pays riches d\u2019Occident, des questions fondamentales sont maintenant soulevées par les observateurs les plus lucides: Pourquoi la richesse ?Que signifie la félicité sociale que veulent promouvoir les partis politiques, les mouvements de réforme ou de révolution ?Ceux qui désirent travailler à la croissance et à la prospérité des nations défavorisées doivent s\u2019interroger sur la finalité sociale et morale de l\u2019enrichissement.Autrement, on risque d\u2019étendre et d\u2019exporter des formes de vie décadentes qui entachent déjà les sociétés affluentes.En d\u2019autres termes, c\u2019est l\u2019homme, avec sa grandeur morale et sa destinée spirituelle, qu\u2019il faut servir dans tous les programmes de développement socio-économique.Les investissements, les services spécialisés, les missions techniques doivent, en fin de compte, accepter et reconnaître l\u2019homme dans sa dignité foncière, c\u2019est-à-dire appelé à se développer lui-même toujours davantage, à croître dans sa vie physique, intellectuelle, morale, sociale.Il faut que l\u2019homme lui-même apprenne à se donner des finalités plus hautes que la simple richesse matérielle.Il serait éminement souhaitable, à ce propos, que les facultés de théologie coopèrent entre elles pour approfondir les problèmes théologiques liés au développement des individus, des groupes et des sociétés: des travaux originaux sont attendus, qui permettraient de mieux situer le sens du développement socio-économique dans la perspective du mystère chrétien (création \u2014 incarnation \u2014 rédemption).De plus, il importe que, dans une recherche interdisciplinaire, les universités mènent une sérieuse réflexion sur le sens de la violence, des refus systématiques de la société af-fluente par de larges secteurs de la population et surtout par les jeunes, sur les objectifs majeurs à proposer pour la construction d\u2019une cité plus humaine et plus juste.Les universités sont-elles prêtes à accorder une prio- 308 RELATIONS rité à ces objectifs, en facilitant la recherche, par exemple, ou par le financement de travaux et d\u2019études interdisciplinaires sur ces sujets ?L\u2019ampleur des problèmes ne doit pas, en tout cas, servir d\u2019excuse à l\u2019inactivité; des initiatives, même limitées, pourront susciter peu à peu une collaboration élargie.3° Des projets à mettre au point et à poursuivre Redéfinissant son rôle, l\u2019université se sentira sans doute obligée, comme institution, de s\u2019engager dans des programmes concrets et des projets précis de développement.Les formes pratiques que peut prendre un tel engagement sont multiples; elles dépendront en grande partie des initiatives des universités et des circonstances concrètes dans lesquelles chacune d\u2019elles se trouvera placée.On peut néanmoins penser, par exemple, au jumelage d\u2019universités riches et pauvres, jumelage qui permettrait de féconds échanges dans les deux sens; à l\u2019accueil d\u2019un plus grand nombre d\u2019étudiants moins fortunés; à des missions de chercheurs et de professeurs; à la création de centres de recherche sur les problèmes du développement et sur les besoins du Tiers-Monde; à l\u2019implantation de succursales ou de départements spéciaux dans des pays ou régions en voie de croissance; à une collaboration plus étroite avec les organismes nationaux et internationaux intéressés aux problèmes du développement; etc.Dans ses initiatives en faveur du développement, l\u2019université devra toutefois veiller à préserver à la fois sa liberté d\u2019action et le caractère propre de sa mission.Elle ne saurait se résigner, par exemple, à ce que son action soit politisée par des factions à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur de la communauté universitaire.Par ailleurs, l\u2019université ne doit pas se laisser réduire à jouer le rôle d\u2019un simple instrument ou agent technique du développement.Son action s\u2019exercera d\u2019abord sur le plan de l\u2019éducation.Soucieuse du développement intégral de l\u2019homme, l\u2019université ne limitera pas son action à la seule formation, dans ces écoles professionnelles, de spécialistes et de techniciens.Ce serait, de sa part, fuir devant ses responsabilités à la fois traditionnelles et nouvelles.Non que l\u2019université doive se désintéresser des aspects techniques du développement et des recherches spécialisées qui hâteront le progrès de l\u2019alimentation, de la médecine, de la scolarisation, de la modernisation dans les pays en voie de croissance.L\u2019université reconnaîtra l\u2019importance des services qu\u2019elle peut rendre dans ces secteurs; mais son caractère même d\u2019université lui interdira de sacrifier les dimensions culturelles du progrès de l\u2019homme à l\u2019efficacité de programmes techniques pour le développement industriel ou économique.4° Une vie communautaire à promouvoir, qui soit socialement orientée et engagée Si l\u2019on veut que les étudiants soient efficacement préparés aux tâches du développement, il faut se rappeler qu\u2019on y parviendra moins par des cours nouveaux ajoutés au présent curriculum que par la vie communautaire d\u2019une université franchement orientée vers une politique d\u2019aide au profit des défavorisés.Des transformations, des conversions même seront nécessaires au sein de l\u2019université.Dans la mesure où les étudiants pourront participer vraiment à la vie des institutions universitaires \u2014 en étant associés étroitement aux organes de décision \u2014 dont ils se sentiront co-responsables \u2014 l\u2019université pourra comp- par Georges Robitaille Cet opuscule d\u2019à peine cinquante pages, ce cahier à la couverture mystérieuse, où se jouent le noir, le vert et le blanc, vous collera aux doigts si vous l\u2019abordez de loisir, et vous avouerez qu\u2019il vaut son pesant d\u2019or, encore qu\u2019il se détaille à un dollar au profit des hôpitaux des * Editions Paulines, 8885 boul.Lacor-daire, Montréal 458.ter sur leur idéalisme généreux pour stimuler constamment sa politique sociale.De plus, cette participation sera un gage pour l\u2019avenir, une promesse d\u2019engagements ultérieurs au service de l\u2019ensemble de la collectivité et, plus spécialement, des défavorisés.L\u2019université devrait, en outre, encourager de toutes manières une réelle ouverture à l\u2019universalité et l\u2019éclosion, au sein même de la communauté universitaire, d\u2019un « sens international ».Les échanges de professeurs et d\u2019étudiants \u2014 dans les deux sens \u2014 entre universités riches et universités pauvres pourront y contribuer largement.Associations d\u2019étudiants, journaux et publications universitaires, groupes de discussion et séminaires spéciaux, rencontres inter-universitaires, etc.: tout doit être mis en œuvre pour créer les indispensables convictions et pour motiver les engagements de la communauté universitaire.C\u2019est à cela que demain on jugera l\u2019université d\u2019aujourd\u2019hui.En un mot, l\u2019entreprise immense du développement, le défi de notre siècle, sera une entreprise de compétence et de savoir-faire dans le service désintéressé du progrès intégral de l\u2019homme.L\u2019ingéniosité et le sens de la justice en seront les leviers principaux.Dans l\u2019éveil et la promotion de la créativité au service d\u2019une justice sociale à instaurer, l\u2019université reconnaît sa responsabilité et sa mission.Frères Hospitaliers au Vietnam.Ce bel album parle tout à la fois aux yeux et à l\u2019esprit.Son titre Ma Souffrance veut nous faire entendre qu\u2019il s\u2019agit, non pas de la souffrance du seul Claude Brunet, mais d\u2019une souffrance qu\u2019il a vécue, qu\u2019il vit tous les jours et dont il a bien droit, par conséquent, de nous parler.La substance de l\u2019ouvrage, en effet, est la souffrance Noir, vert et blanc \u2014 présentation de Ma Souffrance, de Claude Brunet* NOVEMBRE 1970 309 telle que l\u2019éprouve et l\u2019accueille, depuis plus de quinze ans, Claude Brunet, grand handicapé d\u2019un peu plus de trente ans, réduit à demeurer allongé sur son lit ou sur un divan roulant, devenu pour lui sa « Colline inspirée ».C\u2019est là qu\u2019il vit, qu\u2019il souffre, qu\u2019il pense, qu\u2019il prie et qu\u2019il écrit.Son livre est une suite de réflexions ou méditations où défilent et où pourront se renconnaître ses L\u2019intelligence chrétienne de la souffrance est le thème de tous ces petits chapitres, tous semblables et tous différents.Parfois, un court essai; le plus souvent, un croquis de souffrant suivi de réflexions sur ce qu\u2019est pour le malade la déchéance physique, rinutilité, l\u2019ennui, l\u2019avenir sans issue, etc., et du témoignage toujours émouvant de l\u2019expérience exaltante qu\u2019est devenue pour Claude la souffrance, à savoir la participation amoureuse avec le Christ à l\u2019enfantement de l\u2019humanité nouvelle.Trois chapitres ou trois étapes marquent le cheminement de cette pensée, de cette adhésion, de ce témoignage.La souffrance amena Claude à se poser, dès l\u2019âge de seize ans, le problème de Dieu et de son amour pour les hommes: est-il vrai que Dieu aime les hommes et qu\u2019il permet tant de souffrances ?Il y engagea toutes ses forces: sa pensée, sa conduite, sa prière.Le résultat fut la découverte intime de Dieu.Un propos de Michel Simon le bouleversa: Dieu n\u2019apparaît-il pas dans la Passion comme « un père torturant son fils » ?L\u2019Écriture étudiée avec diligence dissipa cette fausseté.Cette première partie aide à reconnaître l\u2019existence de Dieu et montre la route à suivre.La deuxième est une invitation multiforme à croire « dur comme fer » en la puissance transformante de l\u2019amour de Dieu.La souffrance n\u2019est pas seulement l\u2019occasion de compagnons de souffrance, les jeunes, les parents, les éducateurs, les prêtres, les religieux, tous enfin.Car, en dépit de ses handicaps physiques, Claude demeure en contact avec notre monde plus que la plupart des bien-portants.À partir d\u2019un fait divers, d\u2019une chanson de Jean Fer-rat, d\u2019Adamo ou de Tex, d\u2019un propos de Michel Simon, etc., il distille son miel.nous secouer et de nous tirer de notre égoïsme; elle nous éveille, si nous le voulons, à une nouvelle amitié avec le Christ et nous découvre « Dieu devenu compagnon de vie, professeur de la vérité totale, récupérateur des peines et des morts de l\u2019homme, organe de fraternité entre les humains en vue d\u2019une nouvelle humanité régénérée » (p.19).De telles phrases isolées peuvent sembler moralisantes; remises dans leur contexte, elles paraissent naître simplement du sérieux de la pen- La page suivante reprend un mot d\u2019Edith Piaf: « Quand on aime, on a tous les courages.» Une illustration fort suggestive l\u2019encadre: sur un fond noir, surgissent en éventail les notes d\u2019un piano grand ouvert, comme sous la touche d\u2019un invisible artiste.Toute Ma Souffrance vibre en ce symbole, tout comme elle s\u2019annonçait dans le symbolisme de la page-couverture: le titre noir, intense, sur un fond vert et blanc, le vert couvrant toute la page et s\u2019éclairant de la lumière d\u2019un rectangle blanc posé au centre en morceaux disjoints, comme un mur qui aurait explosé dans la lumière.Le noir, le vert, le blanc, n\u2019est-ce pas la souffrance, l\u2019Espérance, la Résurrection ?Une égale maîtrise du symbole littéraire illumine toutes les pages.Un exemple entre cent, à propos de la foi comparée aux étoiles (p.21): sée, avec bonhomie, et de la finesse de l\u2019observation, avec une pointe d\u2019humour ou de poésie.Une troisième partie, enfin, propose l\u2019engagement en cette vocation chrétienne des malades.Dieu a parlé; on a découvert sa présence amicale; il invite à entrer avec lui, dans le Christ, en cette œuvre sublime de la rédemption du monde par la croix.Claude Brunet nous transmet l\u2019appel qu\u2019il a perçu et nous fait confidence discrète, à travers des croquis inoubliables, de la résolution, de la joie, de l\u2019émerveillement où l\u2019emporte cette vocation offerte aux malades.C\u2019est l\u2019expérience d\u2019un amour qui dépasse tous les amours.On y « tombe en amour » et plus rien ne compte que de répondre à Dieu en le faisant connaître et en aimant comme lui.La réflexion finale pourrait être de saint Paul, avec l\u2019humour en plus: « Il n\u2019y a pas une souffrance, pas une épreuve, pas un diable au monde qui puisse nous empêcher d\u2019acquérir et conserver un tel comblement d\u2019amour » (P- 47).« Autant la foi est une certitude et une puissance inébranlable, autant elle est une obscurité plus ou moins douloureuse et une recherche haletante.La foi a été comparée à une nuit semée d\u2019étoiles: les étoiles donnent une direction certaine mais elles n\u2019éclairent pas le sol où nous marchons.Le navigateur s\u2019en sert comme d\u2019un guide infaillible, mais elles n\u2019illuminent pas les vagues à travers lesquelles le navire avance en pleine noirceur.» Nous n\u2019en finirons point de commenter cet opuscule admirable, admirable par la présentation, par le style, par la profondeur et la sûreté du sens chrétien, avant tout par la qualité du témoignage d\u2019un homme familier de la souffrance et, plus encore, de l\u2019amour de Dieu qui la transfigure.À lui seul, ce petit volume nous rend palpable la puissance sanctifiante de l\u2019Évangile.Cheminement pénible et joyeux.dans « une nuit semée d\u2019étoiles » 310 RELATIONS LITTÉRATURE Une anthologie de choix par René Dionne\tBut et nature de l\u2019ouvrage Ma seule déception, mais profonde il est vrai, en lisant le Recueil de textes littéraires canadiens-français d\u2019André Renaud \\ ç\u2019aura été de devoir mettre de côté mon crayon noir, mon crayon rouge et ma règle, tous instruments qui, d\u2019ordinaire, me servent dans une lecture active qui se plaît à rendre bien visibles, pour le regard qui plane, les structures et linéaments-clés de l\u2019œuvre.Ici, point n\u2019était besoin de ces outils.Dès la première page, la fête existe pour les yeux: une vue à vol d\u2019oiseau du Montréal moderne, une carte ancienne de la Nouvelle-France, un buste d\u2019artiste.Viennent les auteurs, paraissent les textes choisis; ceux-là sont présentés en quelques lignes élégantes, ceux-ci en masses soigneusement équilibrées, agréablement disposées, à travers l\u2019espace généreusement partagé des pages de fin et solide papier: Chaque chapitre ou chaque subdivision des chapitres comporte un tableau indiquant les auteurs retenus, propose un court texte de présentation, montre enfin le titre et le numéro des textes.A la fin des divisions, l\u2019étudiant découvrira un questionnaire susceptible de guider la lecture et l\u2019intelligence des textes.Le texte littéraire porte un numéro souligné d\u2019un carré noir; s\u2019il a fallu effectuer des coupures, elles sont indiquées par (.).A gauche, en gros caractères, apparaît le titre de l\u2019oeuvre où nous avons puisé le texte; sous le titre, dans un encadrement, se trouve un titre de notre composition, qui tente de définir l\u2019extrait par rapport à l\u2019œuvre.Enfin, toujours dans la marge à gauche, nous donnons un bref aperçu de l\u2019œuvre, afin que l\u2019étudiant en puisse saisir le contenu et la trame, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un récit (relation, roman, conte, nouvelle, essai), qu\u2019il en saisisse également l\u2019importance lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une œuvre poétique.Le texte littéraire est suivi du titre de l\u2019œuvre, du genre littéraire concerné et, s\u2019il y a lieu, du chapitre d\u2019où il est tiré.(P.7) 1.Montréal, Editions du Renouveau pédagogique Inc., 1969, 320 pp.H s\u2019agit d\u2019une anthologie que son auteur voudrait voir considérée « comme une méthode d\u2019étude de textes littéraires canadiens-français » (7).Destinée à accompagner et illustrer le Manuel de littérature canadienne-fran-çaise de M.Roger Duhamel2, elle en épouse la succession des chapitres, en suit l\u2019ordre et le plan général.Du point de vue pédagogique, il y a là une solution pratique: les professeurs qui croient encore que l\u2019histoire littéraire peut rendre quelque service utiliseront le recueil de Renaud pour illustrer le manuel de Duhamel; ceux qui s\u2019en remettent d\u2019abord et avant tout aux textes se passeront du manuel, ils s\u2019en tiendront à la seule anthologie.Peut-être s\u2019en trouvera-t-il encore quelques-uns pour juger de trop l\u2019enchaînement chronologique des textes et les bribes d\u2019histoire qui servent à situer l\u2019auteur et son œuvre; ceux-là n\u2019auront qu\u2019à cueillir La présentation qu\u2019André Renaud fait des auteurs et de leurs œuvres ne double pas la critique de Roger Duhamel; elle tient à une si fine et si sensible lecture des œuvres qu\u2019elle se trouve exprimer un jugement presque toujours personnel et, souvent, original.Voici, en guise d\u2019exemple, celui porté sur Angéline de Montbrun: A l\u2019époque où il fut publié, ce roman pouvait surprendre; aujourd\u2019hui il demeure étrange, accessible, encore que résistant à une analyse limpide.Il s\u2019accommode trop aisément d\u2019un ingénieux commentaire biographique, alors que d\u2019autre part, une critique trop littéraire, d\u2019ordre purement technique, le mésestime partiellement en rejetant certains de ses caractères essentiels.Il semble que la romancière se soit fait violence durant la composition de son récit et qu\u2019elle ait refusé d\u2019exploiter à fond les ressources d\u2019un sujet et d\u2019un art dont on a conscience et qui a résisté au souffle qui eût pu l\u2019emporter.Sous l\u2019amoncellement des banalités, des lieux communs et des clichés, surgissent, presque subrepticement, des paragraphes, des passages même qui viennent attester d\u2019une perspicacité de l\u2019analyse, d\u2019un sens aigu du ici, ramasser là, au gré de leur goût très personnel, voire de leur fantaisie, les pièces de leur choix: l\u2019ordre de ce volume n\u2019est pas pour eux, mais la qualité de ses morceaux.Bien plus, que l\u2019on refuse tout ce qui s\u2019est écrit avant une certaine date, \u2014 à condition évidemment que l\u2019on ne ramène pas celle-ci à 1964 ou 1967 (ça se voit), \u2014 il y aura encore ample matière pour une classe du secondaire, voire du collégial; car il ne serait pas du tout mauvais que, à leur arrivée à l\u2019université, les étudiants sachent que, en plus de Nelligan (« aliéné dépassé »), de Saint-Denys Garneau (« catholique et traître à sa race », de nos trois grands auteurs (ils viennent tout juste de naître et illustrent parfaitement les trois genres: romanesque, poétique, dramatique), et du poète local, il existe quelques écrivains canadiens-français, ou québécois (le mot de passe).drame et, enfin, d\u2019un langage hardi.Distincts les uns des autres au départ, peut-être même dressés les uns contre îes autres, les personnages s\u2019évanouissent peu à peu, écrasés par la personnalité de M.de Montbrun.Après la mort de ce dernier, le drame prend un autre aspect et, partant, l\u2019œuvre romanesque elle-même.(42-43.) On lit, avec beaucoup de plaisir également, les lignes qui résument et présentent les œuvres de Nelligan (70-71 ), Paul Morin (95), Robert Choquette (95),Hémon (106-107), Alain Grand-bois (166-167), etc.La présentation des textes relève de la même finesse d\u2019analyse, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019auteurs familiers à Renaud; voici comment il inscrit « Éveil au seuil d\u2019une fontaine » dans le contexte du livre entier d\u2019Anne Hébert: La nuit, le torrent, l\u2019eau, le mystère du matin, l\u2019aventure du jour à venir, la crainte et la joie d\u2019une conscience nou- 2.Montréal, Editions du Renouveau pédagogique Inc., 1967,\t161 pp.Voir Relations, 28 (1968): 329.Un jugement de fin critique NOVEMBRE 1970 311 vellement acquise, telles semblent être les charnières des poèmes du recueil intitulé Le Tombeau des rois.L\u2019originalité de cette poésie réside également dans la simplicité entendue du verbe, dans la surprise d\u2019une expression nouvelle, dans le dépouillement recherché du langage.(182.) André Renaud ne craint pas, lorsqu\u2019il le juge équitable, d\u2019énoncer un jugement sévère.C\u2019est le cas pour Chapman, un ancien: La poésie de William Chapman ne saurait trouver place au premier plan du répertoire de l\u2019époque.Elle s\u2019inspire des thèmes patriotiques que proposait l\u2019œuvre poétique et historique de François-Xavier Garneau.Il s\u2019agit d\u2019un engagement à l\u2019égard du sol natal plutôt que d\u2019une réelle quête des formes originales de création littéraire.Souvent anecdotique et linéaire, la poésie de Chapman touche le lecteur lorsqu\u2019elle se libère des préoccupations trop étroitement patriotiques et s\u2019abandonne à la peinture lyrique des paysages canadiens.Il manque à Chapman d\u2019avoir su s\u2019identifier réellement à sa poésie.(28-29); c\u2019est le cas également pour Gustave Lanctôt, historien encore vivant: Le choix d\u2019André Renaud n\u2019a pas été fait à la course ni au petit bonheur.Il a pris le soin et le temps de parcourir les œuvres; il a tenu compte à la fois de l\u2019histoire à illustrer et des étudiants à instruire.À cette fin, sa connaissance des œuvres le sert particulièrement bien chez Nelligan (72-77), dont les textes s\u2019enchaînent à la façon même dont se dessine le destin de leur auteur: le poète et son destin ( « Un poète > ), la fascination du rêveur (« Clair de lune intellectuel »), recherche de l\u2019espace perdu (« Les Angéliques »), l\u2019amour spiritualisé ( « Rêve d\u2019artiste » ), l\u2019échec de l\u2019amour ( « Violon d\u2019adieu » ), vers le gouffre ( « Tristesse blanche » ), la descente ( « Musiques funèbres » ), l\u2019étrange musique («Billet céleste»), la métamorphose des formes (« Paysage fauve »), le conte d\u2019un destin ( « L\u2019Idiote aux cloches » ), l\u2019expression parachevée ( « La Romance du vin » ).On aura remarqué l\u2019absence du « Vaisseau d\u2019or »; elle est due au fait qu\u2019il est cité par M.Duhamel (Manuel.52).Tout professeur féru de Nelligan trouvera ici les textes qu\u2019il faut pour le bien faire connaître et goûter à ses étudiants.Excellents aussi les textes choisis chez Crémazie (30-32), Fré- En présentant cet écrivain, il nous semble bien indiqué de faire la distinction entre historier et écrire l\u2019histoire.Le premier de ces deux mots définit avec plus de précision l\u2019œuvre de Gustave Lanctôt.Cet écrivain est naturellement porté vers la somme nombreuse des événements d\u2019ordre mineur, des situations qui, d\u2019ordinaire, sont laissées pour compte par ses collègues.Il pratique avec une aisance certaine l\u2019art de démontrer l\u2019importance, les répercussions des faits historiques ayant été jusque-là l\u2019objet de l\u2019indifférence des autres.Son travail exige de la minutie et de la patience; il l\u2019accomplit, de toute évidence, avec l\u2019acharnement et l\u2019enthousiasme d\u2019un collectionneur.Rien ne peut ni ne doit échapper à son regard attentif.(142-143.) Poètes et romanciers d\u2019aujourd\u2019hui ne se laissent pas juger aussi facilement; Renaud est prudent, au point, parfois, \u2014 et c\u2019est de bonne guerre, \u2014 de laisser à l\u2019écrivain le soin de se présenter lui-même, v.g.F.-A.Savard (204-205), Gilles Hénault (190-191), Roland Giguère (190-191), Jean Simard (270-271), Réal Benoît (286-287), etc.chette (33-35), Casgrain (57-58), Grignon (130-132), Grandbois (168-177), Hébert (182-186) \u2014 ainsi, le seul « Éveil au seuil d\u2019une fontaine » exprime peut-être mieux que tous les poèmes de Songes en équilibre, que Renaud ne cite pas, la qualité de vie poétique d\u2019Anne Hébert en 1942, \u2014 Ringuet (206-209), etc.Il arrive parfois que le choix soit faible, en ce sens qu\u2019il ne représente pas assez bien l\u2019auteur en cause.Nérée Beauchemin, par exemple, dont la principale valeur poétique, sinon la seule, réside dans une certaine harmonie ou musique du vers, ne montre pas, dans le recueil de Renaud, son plus beau visage; il aurait fallu citer « la Branche d\u2019alisier chantant » ou « Ma lointaine aïeule ».Rina Lasnier, surtout, ne reçoit pas sa juste part.Son œuvre est d\u2019une richesse touffue et inégale, mais l\u2019une des meilleures de toute notre poésie, si l\u2019on prend garde aux valeurs du langage qu\u2019elle exploite, ainsi qu\u2019à la diversité de l\u2019expérience humaine et spirituelle qu\u2019elle manifeste et qu\u2019Eva Kushner a bien mise en lumière: « La poésie de Rina Lasnier connaît en fait tout le registre émotif des amours humaines: érotisme exaspéré des pays brûlés de soleil, aridité de l\u2019absence, et toutes les alternances de l\u2019espoir et du désespoir, et tous les avatars du désir jusqu\u2019à la sublimation mystique » 3; c\u2019est une poésie difficile, mais d\u2019un cheminement trop rare chez nous pour que nos étudiants en fassent l\u2019économie.Ici et là, André Renaud a par trop réduit certains textes de prose: ils ne brillent plus de tout leur éclat, v.g.la légende de la Corriveau et le récit de la débâcle dans les Anciens Canadiens de P.Aubert de Gaspé (44).André Renaud, avec raison, fait large la part de l\u2019histoire et de la critique.Des textes comme ceux de Parent (20), Dunn (66), Chapais (144-145), Groulx (146-153), Mont-petit (159), aident à situer la littérature dans son cadre politico-social, en même temps qu\u2019ils font prendre conscience du métier d\u2019historien; ceux de Crémazie (32), Buies (63-64), Grignon (130), Dantin (133-134), Jules Fournier (158), peuvent servir d\u2019amorces à d\u2019utiles réflexions sur la langue et l\u2019art littéraire; les uns et les autres élargissent les horizons trop étroitement littéraires à la mesure d\u2019une époque et à l\u2019épaisseur de la vie quotidienne (l\u2019homme et, partant, la littérature ne vit pas que de beaux mots et de belles choses; l\u2019aliénation littéraire, ça existe, mais ça n\u2019est pas bon .).H est regrettable que l\u2019éloquence ne soit pas mieux représentée dans l\u2019anthologie de Renaud; nous étions naguère encore de si beaux parleurs (mais faut-il dire « naguère encore » ?car je soupçonne fort que le style ou la manière plus que la « chose » ont changé).Il est vrai que Louis-Joseph Papineau a la syntaxe lourde, que Laurier n\u2019est plus guère présentable, que Bou-rassa, nationaliste canadien, trouve de moins en moins feu et lieu chez nous, et qu\u2019il n\u2019est plus question d\u2019éloquence de la chaire et de discours académiques; à ne plus bien distinguer fond et forme, idées et style, tout le paquet « s\u2019en va-t-à l\u2019eau ».Guy Frégault plonge dans le régime français et en sort deux grands Canadiens: Iberville le Conquérant aux yeux grands pour 3.Rina Lasnier, coll.« Poètes d\u2019aujourd\u2019hui », Paris, Editions Seghers, 1969, 12.Eva Kushner avait déjà publié Rina Lasnier, coll.« Ecrivains canadiens d\u2019aujourd\u2019hui », 2, Montréal, Fides, 1964, 191 pp.Un choix de connaisseur et de pédagogue 312 RELATIONS CINÉMA \u201cActe du coeur\u201d \u2014 un film de Paul Almond tout prendre un empire (297) et Vaudreuil, « le grand marquis », humain parce que plein de faiblesses et de défauts, grand parce que des unes et des autres il a moins que ses collaborateurs français et que tout un peuple peut ainsi se reconnaître en lui, voire, « aux heures décisives », s\u2019identifier à lui (298).Une dernière remarque: André Renaud a distribué avec justice les pages de son anthologie.À la suite de M.Duhamel, il a fait une place aux écrivains du régime français (10-16) et il n\u2019a pas dédaigné nos premiers balbutiements littéraires (18-24); les enfants bien nés n\u2019ont pas honte de leurs parents pauvres (mais les nôtres, ceux de la Vieille France et les premier-nés d\u2019ici, l\u2019étaient-ils tant ?Ils possédaient tout naturellement des yeux, un regard, que depuis quelques années nous nous acharnons tant bien que mal à retrouver; et ils ont alimenté la littérature française comme nous ne l\u2019alimentons plus, \u2014 il est vrai que pour certains nous y sommes citoyens à part entière).Les trois périodes suivantes que M.Duhamel a désignées d\u2019une façon peu compromettante: « naissance laborieuse » (1840-1900), «affirmations décisives» (1900-1940), «une littérature autonome» (1940-1965), ont droit respectivement aux pages 28 à 67, 70 à 161, 166 à 313; donc, cent cinquante pages, soit la moitié du volume, reviennent aux écrivains des trois dernières décades, et quatre-vingt-dix à ceux des quarante premières années du vingtième siècle.Il n\u2019y a là, à mes yeux du moins, ni gaspillage ni favoritisme d\u2019aucune sorte.De vrai, il y manque de jeunes figures, mais ce serait dommage qu\u2019elles se prennent toutes pour le vrai Cid (car il y a aussi celui de Ré jean Ducharme, la valeur n\u2019attendant point le nombre des années), et tout vient à point à qui sait attendre (s\u2019il n\u2019est pas « maghané », évidemment).En foi de quoi, nous (cette autre majesté, elle aussi en discrédit) ne pouvons que recommander une large et pleine utilisation au niveau secondaire, voire au collégial, de l\u2019anthologie d\u2019André Renaud.Département des Lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.par Yves Lever Partant du même postulat: vivre sa vie en plénitude, deux films nouveaux nous ont présenté des situations analogues.Cependant, quand on vient de voir Acte du cœur, on pouffe de rire tout au long de la représentation de Y Amour humain de Denis Héroux, tellement les personnages de Héroux paraissent superficiels et simplistes.On comprendra que je me taise sur ce dernier film.Ce serait faire une lecture bien superficielle de Acte du cœur que de le résumer (comme dans la publicité) sous les expressions « relations d\u2019une jeune femme avec un prêtre », « contestation de l\u2019Église », « révolte », « recherche d\u2019absolu », etc.Ce film relate avant tout une expérience religieuse vécue ici et aujourd\u2019hui, expérience qui nous séduit, nous émeut, nous déroute un peu et nous questionne profondément par sa fin spectaculaire (apparemment).Cette expérience religieuse, vécue d\u2019abord plus sociologiquement qu\u2019inté-rieurement, subit sa crise lorsque la jeune femme (Martha) se découvre amoureuse d\u2019un prêtre (Michel) et que la mort absurde d\u2019un enfant aimé \u2014 relisez Camus \u2014 vient exacerber sa sensibilité.C\u2019est alors la fuite avec Michel dans l\u2019amour passion, puis, le feu de cette passion s\u2019étant un peu apaisé, le retour à l\u2019interrogation première, la reprise de l\u2019expérience de foi et son accomplissement.Par ailleurs, si l\u2019expérience spirituelle est avant tout vécue comme une exigence personnelle se situant au cœur même de l\u2019individu, elle ne peut se réaliser en dehors d\u2019une situation sociale et politique donnée.Luc Perreault a développé un aspect intéressant de cette question dans sa critique de la Presse.Je veux en développer ici un autre.Un film est toujours re-présentation d\u2019une réalité, ce qui veut dire organisation structurée de symboles.Paul Almond joue continuellement avec une dialectique symbolique : feu/neige, chaleur/froidure, sympathie/froideur, lumière/noirceur, vie/mort, le feu comme vie intérieure et mort extérieure, l\u2019hu-main/le divin, le bilinguisme (plus apparent dans la version anglaise), solitude/vie en société.Tout cela converge vers une question radicale: la flamme intérieure va-t-elle s\u2019alimenter dans Venvironnement extérieur pour ensuite le réchauffer, ou bien va-t-elle s\u2019éteindre sous son action ?Le feu La tradition mystique a presque toujours employé le symbole du feu pour signifier la présence de Dieu en l\u2019homme.Qu\u2019il suffise de rappeler les « langues de feu » de la Pentecôte pour signifier l\u2019Esprit d\u2019amour entrant dans le monde (cet événement est cité dans la cantate du film), et ce court passage de sainte Thérèse: « Je lui vis une longue lance d\u2019or et à sa pointe paraissait être une pointe de feu, il me sembla l\u2019enfoncer en plusieurs reprises dans mon cœur, et percer jusqu\u2019à mes entrailles ! Quand il la ressortit, il me semblait les sortir aussi, et me laisser toute en feu du grand amour de Dieu ».On ne peut jamais décrire, formuler ou expliquer cette présence de façon satisfaisante.Tout au plus peut-on raconter les aventures et les cheminements dans lesquels elle nous conduit, comme fait Petru Dumitriu dans son magnifique roman Incognito.Car cette présence est sentie surtout au niveau de l\u2019inconscient, de l\u2019implicite, des motivations secrètes qui nous poussent à NOVEMBRE 1970 313 faire telle action ou nous retiennent.Elle est vécue comme une exigence et un dynamisme à être toujours davantage, à faire éclater les limites qu\u2019on découvre toujours à nos gestes signifiants.Elle est désir d\u2019amour total, c\u2019est-à-dire de don entier de soi, de soumission totale à un autre en même temps que l\u2019acquisition d\u2019une plénitude.Elle est possession complète de ses énergies vitales et liberté inconditionnelle de les investir pour un autre.Elle est émergence à un monde nouveau où l\u2019on se sent plus soi-même qu\u2019on ne l\u2019a jamais été.Elle est ravissement dans son double sens d\u2019enlèvement par la force et d\u2019exaltation joyeuse.Elle est là, discrète et incognito le plus souvent, mais parfois, elle prend toute la place.Pour moi, c\u2019est cette présence que Paul Almond a évoquée chez Martha en se servant continuellement du symbolisme du feu.Pour des incroyants, cette présence s\u2019appellera « dynamisme affectif » de l\u2019homme, et c\u2019est juste.Un Georges Bataille la découvrira au cœur de ses études sur l\u2019érotisme et l\u2019appellera « sacré », et c\u2019est encore tout à fait juste.Mais les croyants oseront l\u2019appeler Dieu et l\u2019interpeller dans leurs prières.Pour Martha, elle est la flamme intérieure (Flame Within) émergeant à l\u2019extérieur dans ses actes du cœur que sont ses amitiés, son affection pour l\u2019enfant de son amie, son amour pour Michel, ses interrogations à deux morceaux de bois formant un crucifix.On a, bien sûr, une assez forte coloration de sexualité dans cette symbolique du feu (voir le rapport entre feu et sexualité explicité par Bachelard dans Psychanalyse du jeu), au moins au niveau de la sublimation et de la peur inconsciente, mais il ne faut pas s\u2019en étonner, car l\u2019érotisme, cette « activité sexuelle d\u2019un être conscient », comme dit Bataille, demeurera toujours la voie royale d\u2019émergence du sacré.Le froid Parler de présence et d\u2019érotisme, c\u2019était déjà évoquer et postuler d\u2019autres présences.Pour Martha, il y a surtout celle de Dieu déjà reconnu, mais continuellement recherché.Dieu ne pouvant jamais être atteint directement, elle sait qu\u2019elle ne peut le rejoindre qu\u2019à travers la médiation des personnes et des choses qui l\u2019entourent: l\u2019enfant, l\u2019amie, le prêtre, la musique, l\u2019iconographie, la vie sociale.Or qu\u2019advient-il de ces médiations ?L\u2019une après l\u2019autre, elles perdent leur transparence et Martha est bloquée par leur opacité: l\u2019iconographie catholique surchargée voile plutôt qu\u2019elle n\u2019évoque le divin; la cantate Flame Within devient vague chanson populaire «.mon âme se promène en dehors de moi»; la nationalité anglaise de Martha, malgré son bilinguisme, la coupe de la vie sociale signifiante du milieu (scène de la discussion sur l\u2019indépendantisme); le hockey, jeu innocent et exaltant pour l\u2019enfant, cause sa mort d\u2019une façon absurde; le prêtre, traditionnellement « homme de Dieu », médiateur par excellence et représentant du divin, devient simplement l\u2019homme aimé (ce qui devrait pourtant le rendre davantage l\u2019homme de « aimez-vous les uns les autres ») et comme le symbole d\u2019une contradiction entre l\u2019amour humain et l\u2019amour divin.Ainsi, l\u2019environnement humain et physique cessant d\u2019être un support et une nourriture pour l\u2019expérience religieuse personnelle, il devient froidure extérieure en lutte contre le feu intérieur.C\u2019est, à mon avis, ce que Paul Almond a voulu signifier en situant son film en hiver, donnant ainsi une nouvelle dimension au titre célèbre de la chanson de Gilles Vigneault: « Mon pays, c\u2019est l\u2019hiver ».Lefebvre s\u2019était d\u2019ailleurs déjà servi, à quelques nuances près, du même symbolisme dans Chambre blanche.Notre hiver atteint ainsi un autre niveau de signification: la froidure devient froideur dans les relations humaines et cause un repli, le gel extérieur devient le gel des significations et exprime la difficulté d\u2019être-au-monde, la saison froide devient le malaise d\u2019une civilisation « glaciale » qui ne donne pas de chance à l\u2019éclosion d\u2019une vie intérieure, la mort de la nature n\u2019appelle plus de soi la résurrection du printemps.Consécration par le feu Le feu, le froid: qui va l\u2019emporter ?C\u2019est le suicide de Martha par le feu qui va répondre à cette question.« On agit toujours selon ce qu\u2019on est », dit à peu près Tit-Jos (G.Vigneault), l\u2019instructeur de hockey que l\u2019on traite de fou.Pour moi, \u2014 car Paul Almond ne fait donner aucune raison à son personnage, \u2014 c\u2019est ce qui va expliquer le geste final de Martha, qui voit son aventure avec Michel comme une période de marginalité, une mise entre parenthèses de son expérience fondamentale, et qui veut y revenir .On serait tenté d\u2019expliquer ce suicide comme un geste spectaculaire, selon la suggestion de Michel, geste devant donner un exemple frappant d\u2019un vrai acte du cœur comme celui du Christ qu\u2019on a maintenant oublié.Cela pourrait me sembler juste si c\u2019était finalement Michel qui se suicidait, mais c\u2019est Martha qui se suicide et ce motif exemplaire s\u2019accorde assez mal avec ce que je sais de la psychologie féminine.Ce suicide est plutôt la coïncidence réalisée entre le feu intérieur et un feu extérieur provoqué pour amener l\u2019ex- périence religieuse à son achèvement et à sa perfection.Ce feu extérieur est d\u2019abord purificateur, non pas tant de la « souillure » de l\u2019aventure avec Michel que des forces négatives en nous (« Je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais », dit saint Paul en Rm 7,15) et de la « froideur » du monde qui bloque l\u2019émergence de la liberté.Puis, ce feu est l\u2019accord entièrement réalisé entre les aspirations et la réalité, don total qui fait tout gagner, vie absolue du feu intérieur, soumission inconditionnelle à la Présence et plénitude acquise.Nous rejoignons là la tradition mystique pour qui la faute est révélation de l\u2019amour de Dieu, pour qui la mort se change en vie nouvelle et supérieure.Pouvons-nous encore appeler le geste de Martha, cet acte du cœur, un suicide ?Martha aurait peut-être pu parvenir au même résultat en allant au bout de son amour pour Michel, mais elle a choisi un raccourci.Par là, son geste devient exemplaire et cet ensemble, c\u2019est pour tout homme celui de la nécessité d\u2019aller au bout de ce qu\u2019il est, de sa flamme intérieure.314 RELATIONS THÉÂTRE Ballet, didactisme, monologue par Georges-Henri d\u2019Auteuil CHMOU: théâtre ou ballet?Depuis quelque temps déjà, Chmou n\u2019est plus à l\u2019affiche du Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.Si on jouait encore cette pièce de Collin-Bégin au petit théâtre d\u2019avant-garde de la rue Papineau et si vous manifestiez le désir de l\u2019y aller voir, je vous poserais deux questions.Quand vous allez au théâtre, aimez-vous ordinairement comprendre la pièce représentée, en déchiffrer à peu près le sens ?Alors, abstenez-vous; vous n\u2019y trouverez pas votre compte.Est-ce, au contraire, le jeu des interprètes, le rythme bien synchronisé des variations et mouvements scéniques, un certain enthousiasme juvénile et heureux que vous recherchez d\u2019abord, en dépit ou au delà du texte ?N\u2019hésitez pas, aller voir Chmou, ou plutôt sept jeunes comédiens qui expriment avec une ferveur étonnante, de tout leur corps et de toute leur âme, des idées et des symboles que le texte de Chmou probablement recèle, mais qui dépassent votre entendement.C\u2019est peut-être cela, sur un mode nouveau, la poésie pure dont faisait état, avec tant de conviction, l\u2019abbé Bremond, jadis.Abstraction faite des mots, choisis et placés dans un certain ordre par Pierre Bégin, dont chacun, mis à part, sauf deux ou trois, est clair et accessible, mais dont l\u2019ensemble est incompréhensible, Chmou m\u2019a bien l\u2019air d\u2019avoir fourni l\u2019occasion à Pierre Collin de monter un spectacle de ballet parlé et même chanté, qui ne serait peut-être pas pleinement intelligible, mais plaisant à l\u2019œil de l\u2019honnête spectateur.Sur ce plan, la réussite des comédiens est intéressante, mais nous aimerions maintenant les voir s\u2019attaquer à un vrai texte \u2014 et intelligent.En effet, pour rappeler une récente suggestion de Robert Kanters dans l\u2019Express: « Il serait peut-être temps de mener une politique de qualité pour que le théâtre ne continue pas, jusqu\u2019à une fin prochaine, dans les jeux du cirque ».Le cirque, comme le ballet ou le music-hall, relève du spectacle; il est loin d\u2019être méprisable.Mais tout spectacle n\u2019est pas théâtre.Actuellement, on est en pleine confusion à ce sujet, ce qui n\u2019aide pas au renouveau du théâtre.CALIGULA ou l\u2019absurdité de la vie La révolte devant l\u2019absurdité de la condition humaine, comme l\u2019on sait, est un des thèmes préférés de Camus.Que la vie soit absurde, nous commençons à le savoir, même ad nauseam.Un certain théâtre, français, anglais, américain, nous chante et nous crie sur tous les tons, mais toujours sur la même note désespérée, la totale et fatale impuissance de l\u2019homme à conquérir le bonheur sur cette terre.Et cela n\u2019arrange pas les choses, au contraire, que le porte-voix de Camus, cette fois, soit un monstre et un fou comme Caligula, malheureusement armé de l\u2019absolu pouvoir de satisfaire tous ses vices et ses caprices démentiels.L\u2019excès, justement, de la preuve, basée sur le comportement insensé d\u2019un homme, ne peut que nous inciter à une grande réticence au sujet des arguments de la thèse présentée.Car Caligula, c\u2019est cela: une discussion, entrelardée de meurtres et de bouffonneries, sur la vie, l\u2019homme, l\u2019amitié, le bonheur, l\u2019amour, entre les trois personnages-charnières de la pièce: l\u2019empereur Caligula, son jeune ami, Scipion, qui « essaie de comprendre » et Che-rea, qui a tout compris et jugé.L\u2019ancien esclave Hélicon n\u2019est, à toutes fins pratiques, que l\u2019exécutant des hautes œuvres de son maître et le pourvoyeur On aurait pu s\u2019y attendre, au « jouai », au Théâtre de Quat\u2019sous, puisqu\u2019on y jouait une pièce de Michel Tremblay, spécialiste en la matière.En fait, l\u2019Effet des rayons gamma sur les vieux garçons est plutôt une traduction de ses crimes.Il fait un peu penser, en plus vulgaire, au Narcisse de Britanni-cus.Les autres personnages ?Tous des condamnés à mort, les uns avec sursis, à moins qu\u2019ils ne se décident à exécuter, à la toute dernière minute du drame, le projet déjà dans l\u2019air dès les premières scènes: l\u2019assassinat de Caligula.Peut-être l\u2019intrigue sauvera-t-elle la pièce de son didactisme souvent échevelé ?Mais il n\u2019y a pas d\u2019intrigue, sauf celle produite par l\u2019enfilade cahotique des fantaisies aberrantes que l\u2019esprit saugrenu ou pervers de Caligula lui suggère d\u2019inventer.Alors, l\u2019interprétation ?À mon sens, dans sa mise en scène, Georges Vitaly, par le jeu agité, fébrile, tournoyant des comédiens, a tenté d\u2019exprimer l\u2019atmosphère d\u2019incohérence, de déséquilibre, de folie meurtrière qui enveloppe toute la pièce et surtout, éminemment, son personnage principal, Caligula.Il a réussi, ainsi, à créer chez le spectateur une sorte de gêne, d\u2019angoisse, une impression étouffante qui fait toucher au tragique.Des qualités des interprètes du Tréteau de Paris, je ne veux en souligner qu\u2019une, parce que lamentablement déficiente chez un si grand nombre de nos comédiens: la diction.Ce fut un charme, un délice, d\u2019écouter la belle langue de Camus qui coulait avec grâce et facilité de la bouche des artistes, de tous.Toutes les syllabes parfaitement prononcées.Aucun bafouillage, aucune syncope de lettres ou de mots, même dans la précipitation du débit.Une audition claire et nette de bout en bout de la pièce.Une jouissance complète ! Que nous sommes bien en peine, hélas, de retrouver toujours et à ce degré de perfection chez plusieurs de nos comédiens et peut-être plus encore de nos comédiennes.On nous avait traités, autrefois, de « bouches molles ».Nous méritons encore l\u2019étiquette.D\u2019ailleurs, pour parler le « jouai » à la mode, n\u2019est-ce pas suffisant ?et adaptation d\u2019une œuvre américaine de Paul Zindel, qui a du succès à New-York actuellement: The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon, Marigolds (sorte de tournesols que Tremblay assimile aux « vieux garçons » ).L'EFFET DES RAYONS GAMMA: une évocation de pénibles souvenirs NOVEMBRE 1970 315 Et si la langue utilisée par les personnages est bien populaire et parsemée de quelques jurons classiques \u2014 ornements aujourd\u2019hui obligés, semble-t-il, de toute pièce canadienne qui se respecte \u2014 elle ressemble encore tout de même un peu au français.Après l\u2019avoir vue à New-York, Tremblay s\u2019est déclaré emballé par la pièce de Zindel, ce qui l\u2019a poussé à la faire jouer à Montréal et dans une adaptation de chez nous et non parisienne, parce que nous sommes, en définitive, \u2014 affirmation à retenir ! \u2014 par notre mentalité et notre mode de vie, bien plus américains que français.Mais en plus, le sujet de l\u2019œuvre de Zindel ne pouvait coïncider plus parfaitement avec les thèmes chers à Michel Tremblay: la description réaliste des milieux défavorisés de notre bonne ville, surtout de la vie triste et misérable des femmes de nos quartiers populaires.Qu\u2019est-ce autre chose, vraiment, que l\u2019Effet des Rayons sinon un long monologue de Béatrice, dévidant le triste fil de ses déboires, de ses humiliations, de ses échecs, de ses rêves et espoirs déçus, de sa vie gâchée ?Les incidents familiaux qui coupent ce douloureux récit ne sont que prétextes à l\u2019évocation de ces pénibles souvenirs.Dans cette pièce, il y a un personnage: Béatrice; une histoire, souverainement poignante et tragique dans sa banale simplicité et son cadre dérisoire: celle de Béatrice.Que ce personnage si vrai de Béatrice soit magistralement interprété par Denise Pelletier, et la pièce, alors, nous communique toute sa charge d\u2019émotions et nous fait sentir indiscutablement sa puissance psychologique, même si la Mathilde de Frédérique Collin est plutôt pâle et si l\u2019hystérique Rita Lafontaine parle par paquets informes.Ce ne sont là que broutilles qui permettent encore plus au grand talent de Denise Pelletier de se dégager, de briller.Le décor de Paul Buissonneau est très chargé de meubles et accessoires de toutes sortes, utiles, toutefois, et requis par la mise en scène d\u2019André Brassard, sauf l\u2019énorme accumulation, au fond de la scène, de boîtes inutilisées et, partant, inexcusables.Ou, alors, pourquoi ne pas transporter la scène dans un entrepôt de Baillargeon ?LES LIVRES Foi chrétienne Expérience spirituelle et prière Gilles Cusson: Pédagogie de l\u2019expérience spirituelle personnelle.Bible et Exercices spirituels.Col.« Essais pour notre temps ».\u2014 Bruges-Paris et Montréal, DDB et Bellarmin, 1968, 428 pp.CE livre s\u2019adresse à plusieurs catégories de lecteurs.Il concerne d\u2019abord ceux qui dirigent des sessions spirituelles selon la méthode des Exercices de saint Ignace.Secondement, tous ceux qui connaissent ces mêmes Exercices pour les avoir faits ou étudiés, y puiseront une nourriture substantielle dans la ligne qu\u2019explore leur propre démarche spirituelle.Enfin, celui qu\u2019intéresse l\u2019expérience spirituelle en général, dans ses conditions, son contenu de foi et les étapes de son cheminement, trouvera dans ce livre une analyse de ce phénomène réalisée à la lumière de la Bible et des données de l\u2019expérience ignatienne.C\u2019est en effet ce qu\u2019annoncent le titre et le sous-titre de cet ouvrage: une « pédagogie de l\u2019expérience spirituelle personnelle », comme chacun peut être appelé à la vivre; pédagogie qui s\u2019inspire toutefois de l\u2019expérience biblique du salut telle que l\u2019interprètent et la proposent les Exercices de saint Ignace ( « Bible et Exercices spirituels » ).Après avoir dégagé ses principes d\u2019interprétation de l\u2019expérience même d\u2019Ignace, à Loyola et Manrèse, et avoir établi leur enracinement dans la dynamique de l\u2019expérience biblique vécue par le saint (1ère partie), l\u2019A.en fait l\u2019application à l\u2019expérience spirituelle du croyant d\u2019aujourd\u2019hui (Ilème partie).Ce qui caractérise surtout la démarche proposée ici c\u2019est, nous semble-t-il, le rapport constant établi entre le « pôle objectif » du mystère révélé, dont la lumière suscite et nourrit l\u2019expérience spirituelle, et le « pôle subjectif » absolument singulier, que représente la personne engagée dans un cheminement de vie de foi.Ce rapport est particulièrement souligné, au cours de l\u2019étude, quand l\u2019A.parle de la relation qui existe entre la Parole objective qui interpelle le croyant, et l\u2019action de l\u2019Esprit qui meut, dirige, engage au plus intime de l\u2019être concerné.L\u2019analyse que présente l\u2019A.s\u2019accompagne d\u2019un apparat critique qui masque parfois la ligne de cheminement qu\u2019il étudie; cet écueil était assez inévitable, par suite du contexte qui se devait de tenir compte des nombreuses études faites sur le texte des Exercices.Celui qui s\u2019intéresse à l\u2019analyse des Exercices comme tels y trouvera son profit; par contre, le lecteur averti, que préoccupe la seule expérience spirituelle dégagée de ces incidences critiques et historiques, en retracera facilement le cheminement grâce aux sous-titres nombreux du livre qui explicitent la structure du développement.En terminant, nous tenons à signaler que deux des meilleurs interprètes de la spiritualité ignatienne viennent de louer l\u2019ouvrage de l\u2019A.Le P.Charles Bernard affirme que l\u2019A., en reprenant ainsi l\u2019enquête sur les sources des Exercices dans la vie d\u2019Ignace \u2014 vie chrétienne \u2014 2 étude fondée sur les bases historiques les plus sûres \u2014 a enrichi non seulement la connaissance de la tradition historique, mais aussi l\u2019intelligence même du livret ignatien [RAM 45 (1969): 241], Le P.Ignace Iparraguirre, de son côté, voit dans cet ouvrage une importante contribution à la « réélaboration » des Exercices à laquelle Paul VI a invité les Jésuites, réélaboration dont les lignes maîtresses seraient, outre l\u2019intégration de l\u2019Ecriture et une plus grande sensibilisation au contenu théologique des Exercices, la reprise vivifiante, par chaque retraitant, de l\u2019expérience spirituelle d\u2019Ignace lui-même, qui n\u2019est au fond rien d\u2019autre que l\u2019expérience privilégiée du mystère du salut dans le Christ et l\u2019Esprit [Manresa 41\t(1969): 168-169].L\u2019importance de l\u2019ouvrage a été reconnue dans plusieurs milieux; FAX (Madrid) en prépare présentement une édition en langue espagnole.Edouard Hamel.Université Grégorienne, Rome.Yves Raguin: Chemins de la contemplation.Eléments de vie spirituelle.Col.« Chris-tus », essais, 29.\u2014 Bruges, DDB, 1969, 164 pp., 20 cm.\\Ton pas un traité de vie spirituelle, ¦*- ^ « mais une voie tracée dans le fourré des théories et des méthodes » (Préface, p.7).En se découvrant lui-même, l\u2019homme découvre Dieu.La démarche proposée par l\u2019A., qui a passé vingt années en Chine et au Vietnam, emprunte largement, mais toujours avec respect et sens critique, aux traditions orientales de la recherche de l\u2019absolu.Conrad de Meester: Dynamique de la confiance.Genèse et structure de la « voie d\u2019enfance spirituelle » chez Ste Thérèse de Lisieux.Col.« Cogitatio fidei », 39.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 435 pp., 21,5 cm.Analyse bien documentée de la découverte spirituelle de « la petite Thérèse » et de son expérience.Ouvrage qui intéressera les théologiens de la spiritualité et stimulera la réflexion et l\u2019engagement de quiconque est soucieux de sa vie chrétienne.Livre de la prière.\u2014 Paris, Le Centurion/ Le Cerf, 1969, 318 pp., 19 cm.\u2014 Robert Guelluy: Présence de Dieu.Col.« Vivre et croire ».\u2014 Tournai, Casterman, 1970, 195 pp., 20 cm.\u2014 Louis Evely: La prière d\u2019un homme moderne.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 141 pp., 20 cm.\u2014 Maurice Villain: La prière œcuménique.\u2014 Montréal, Editions Paulines, 134 pp., 17,5 cm.T> la présence vécue de Dieu à la prière exprimée et à la contemplation au sein d\u2019une vie active: tel est le chemin que veut faire parcourir Robert Guelluy; en appendice (plus de 80 pages), l\u2019A.présente divers « textes pour soutenir la contemplation ».On trouvera également de fort beaux textes de prière, selon les temps 316 RELATIONS liturgiques ou selon les situations de la vie quotidienne, dans le livre préparé par Jean-Thierry Maertens et divers collaborateurs.Le chrétien doit prier dans la joie, écoutant la Parole de Dieu afin de « voir sa vie à la lumière de l\u2019Evangile » :\ttelles sont les grandes orientations du livre de L.Evely; elles aideront le chrétien à mieux unir dans sa vie « prière et action ».G.B.Joseph Ledit: La Plaie du Côté.\u2014 Rome, Pont.Institutum Orientalium Studiorum, 1970, 222 pp., 21 cm.T^ominez votre IMPRESSION à la lecture des premières pages du très beau livre de l\u2019A.Erudite, mais nécessaire et brève, l\u2019introduction en explique la composition et le contenu; un glosaire, à la fin, éclaire le sens des termes techniques.On goûte alors plus de 342 admirables extraits de la prière slave et grecque d\u2019Orient.Distribués selon l\u2019ordre des fêtes liturgiques, ils évoquent, en des accents d\u2019une foi vraie et d\u2019une émotion vibrante, l\u2019incident évangélique du coup de lance (Jn, xix, 34), son symbolisme théologique par rapport à l\u2019amour du Cœur de Jésus et du Cœur de sa Mère, par rapport aussi à l\u2019Eglise, aux sacrements, à la vie ascétique et mystique.Certaines répétitions enchantent par la variété de leur formule; l\u2019A.sait en tirer le suc avec discrétion, mais non sans un profond respect pour la piété communautaire de l\u2019Orient, fidèle aux vieux textes (p.126) et soucieuse de contemplation (45).Joseph d\u2019Anjou.P.-R.Régamey: Redécouvrir la vie religieuse.1.L\u2019exigence de Dieu.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 228 pp., 19,5 cm.\u2014 A.Motte: La vie spirituelle dans la condition charnelle.Problèmes de vie religieuse.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 470 pp., 21,5 cm.\u2014 Leur aggior-namento.Bénédictins, Cisterciens-Trap\u2022 pistes, Franciscains, Dominicains, Jésuites, Eudistes, Frères des Ecoles chrétiennes, Missionnaires O.M.I., Pères Blancs, Petits Frères de Jésus.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1970, 21 cm.\u2014 Conférence religieuse canadienne: Nouvelles tendances dans la vie religieuse.Col.« Donum Dei », 14.\u2014 Ottawa, CRC, 1969, 257 pp., 23 cm.T)our tous ceux qui s\u2019interrogent sur le sens de la vie religieuse dans l\u2019Eglise et dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui et qui travaillent à son aggiornamento: réflexions, études, documents.Jean XXIII: Lettres à ma famille.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 1005 pp., 19,5 cm.\u2014 Charles de Foucauld: Lettres à mes frères de la Trappe.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 360 pp., 19,5 cm.rT\"'émoignages qui nous introduisent à deux formes de vie spirituelle pour notre temps.G.B.Jean-Pierre Bagot, Bernard Champeaux: Voici l\u2019homme.Réflexions et orientations pédagogiques.Collection « Monde et Foi », Nouvelle série.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1969, 224 pp., 20,5 cm.Cet ouvrage ne se comprend qu\u2019en référence aux dossiers des jeunes portant le même titre.Si on veut, c\u2019est « livre du maître » ou du catéchète visant à féconder la présentation pédagogique de ces dossiers catéchistiques.Il est réconfortant de cons- tater que les auteurs, en regard d\u2019une catéchèse aux adolescents de 18 ans, vont droit à l\u2019essentiel, à savoir: comment présenter le Christ aux jeunes de notre temps.Dans l\u2019introduction générale, très élaborée, puisqu\u2019elle comprend 87 pages, les AA.abordent les questions de la psychologie des jeunes, des acquis et des tâches actuelles de la christologie, de la situation des jeunes à l\u2019égard du Christ, des axes doctrinaux et de la méthode adoptée dans leur catéchèse.Suit la présentation pédagogique de douze dossiers et de trois « temps forts ».Ce qui frappe, c\u2019est le souci des AA.d\u2019amenir les jeunes à exprimer leur foi en termes d\u2019aujourd\u2019hui, de ne pas esquiver les problèmes que posent le Christ et l\u2019Evangile, de donner une allure toujours positive (au bon sens du mot) à leurs recherches et de s\u2019alimenter aux meilleures sources théologiques actuelles.Les AA.font aussi appel à la réflexion personnelle, aux techniques de groupe, à l\u2019usage de documents et de moyens audio-visuels.Mais ils ne le font jamais sans demeurer en étroite relation avec les problèmes capitaux que sont l\u2019éducation de la foi et la connaissance du Christ et de l\u2019Evangile.Un excellent effort pour resituer la catéchèse dans sa ligne de fond authentique.Jean-Paul Labelle.Jeunesse en marche, Maison Bellarmin.Pierre Teilhard de Chardin: Comment je crois.Col.« Oeuvres de \u2014 », 10.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 294 pp., 19,5 cm.ITWers essais sur le christianisme et sur la vie chrétienne, dont l\u2019un (pp.115 et ss.), le plus stimulant peut-être et le plus « actuel », a fourni le titre du recueil.\u2014 On connaît déjà les excellentes études de H.de Lubac et G.Crespy sur la pensée religieuse et la pensée théologique du P.Teilhard de Chardin.Signalons deux autres initiations à l\u2019univers teilhardien récemment publiées: Le message spirituel de Teilhard de Chardin, Actes du Colloque sur le Milieu divin (Milan, 24-25 mai 1965), Paris, Editions du Seuil, 1970, 273 pp., et André Combes: Teilhard de Chardin et la saint évolution, col.« Philosophes de tous les temps », Présentation, notes, biographie, bibliographie, Paris, Editions Seghers, 1969, 192 pp.\u2014 Teilhard de Chardin est un croyant encore d\u2019aujourd\u2019hui.Maurice Nédoncelle: Le chrétien appartient à deux mondes.Col.« Révisions ».\u2014 Paris, Le Centurion, 1970, 246 pp., 20 cm.\u2014 Jean Mouroux: Faites ceci en mémoire de moi.Col.« Intelligence de la foi ».\u2014 Paris, Aubier-Montaigne, 1970, 142 pp., 20 cm.\u2014 Pierre Vilain: La foi sans la messe.10 millions de Français croient sans pratiquer.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1970, 169 pp., 19,5 cm.Ta foi chrétienne devient vie chrétienne par l\u2019Eucharistie, qui établit dans la relation vivifiante à Dieu et dans la communion ecclésiale.Même si le comportement de bien des croyants invite à une sérieuse interrogation de l\u2019Eglise sur son visage et sur sa pratique comme dispensatrice des sacrements: bien des hommes sincères de notre temps fondent leur vie sur « l\u2019Evangile sans la messe ».G.B.Dieu n\u2019est pas mort En collaboration: Croire en Dieu aujourd\u2019hui ?Col.« Aux hommes de notre temps \u2014 ?Réponses chrétiennes ».\u2014 Paris, P.Lethielleux, 1968, 253 pp., 18,5 cm.Ta réflexion sur la « mort de Dieu » a ¦L\u201c' fait prendre conscience que ce dieu-mort était un faux dieu.Dans un effort de lucidité et d\u2019intelligence contemporaine, les AA.mettent en lumière l\u2019actualité du « Dieu-Vivant », le seul vrai Dieu.Reprenant, pour l\u2019essentiel, les travaux théologiques présentés lors de la session d\u2019études du diocèse de Namur (France), en 1967, les chapitres de ce volume traitent de la révélation biblique de Dieu, de la problématique moderne de la foi, puis tentent une synthèse des données récentes à propos du « langage sur Dieu », de la prière et de la catéchèse de Dieu.Le lecteur trouvera, à la fin de six des huit chapitres, d\u2019intéressantes suggestions bibliographiques.Le style de ces études est parfois trop abstrait; cependant, l\u2019ouvrage aidera certainement à mieux découvrir Dieu aujourd\u2019hui et rendra service à tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019éducation de la foi chrétienne.Jean-Marie Archambault.A.-M.Cocognac: Si Dieu était mort, il ne parlerait pas si fort.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 201 pp., 19,5 cm.\u2014 C.Geffré: Un espace pour Dieu.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1970, 105 pp., 17,5.cm.\u2014 Gabriel Vahanian: La condition de Dieu.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 175 pp., 20 cm.\u2014 André Manaranche: Quel salut?\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 235 pp., 20 cm.r> a beaucoup parlé de « la mort de Dieu ».Vivant, il demeure néanmoins celui qui fait vivre: le Dieu Sauveur.Sous divers angles, c\u2019est le même Dieu Sauveur \u2014\tle seul qui soit « croyable » \u2014 qui est présenté dans ces quatre études, dont la dernière apparaît particulièrement pénétrante et stimulante.G.B.Le théologien et la théologie Centre catholique des Intellectuels français: Science et théologie.Col.« Recherches et débats », 67.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1970, 251 pp., 19,5 cm.\u2014 Georges Chantraine: Vraie et fausse liberté du théologien.Un essai.Col.« Museum Lessianum », section théologique, 65.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1967, 157 pp., 19,5 cm.\u2014 Sociology, Theology and Conflict.Ed.by D.E.H.Whiteley and R.Martin.\u2014 Oxford, Basil Blackwell, 1969, 167 pp., 21 cm.\u2014 Le Père Chenu.La liberté dans la foi.Textes choisis et présentés par Olivier de La Brosse.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1969, 247 pp., 17,5 cm.Ta théologie, cherchant à articuler la foi des croyants, est soumise aux exigences de la science et à celles d\u2019une fidélité difficile et nécessaire à Celui qui a confié à l\u2019Eglise le « dépôt » (toujours à réinventer et à réexprimer) de sa révélation.Difficultés de toutes sortes (méthode et langage \u2014\tcf.Science et théologie, où ce thème est abordé), conflits.Le P.Chenu apparaît comme un témoin d\u2019une possible liberté \u2014 d\u2019une vraie liberté \u2014 du théologien dans sa recherche.\tG.B.NOVEMBRE 1970 317 J.Sperna Weiland: La nouvelle théologie.\u2014 Paris-Tournai, Desclée de Brouwer, 1969, 299 pp., 20 cm.Introduction à la nouvelle théologie protestante contemporaine:\tses compromis philosophiques, les théologiens qui la représentent, certains courants de pensée particuliers, quelques thèmes plus importants.Présentations rapides et schématiques, mais faites dans un souci didactique constant.L\u2019intention, tout au long du livre, est de montrer la cohérence qui existe dans le développement progressif de cette nouvelle théologie.L\u2019aspect le plus marquant de cette théologie est son rapport étroit avec la philosophie contemporaine.En 1924-1925, Tillich, Bultmann et Heidegger étaient ensemble à l\u2019Université de Marburg.Heidegger travaillait alors à son Sein und Zeit, qui paraîtra en 1927; en 1933, Bultmann dédiera à Heidegger le premier volume de Glauben und Verstehen, « en souvenir du temps que nous avons passé ensemble à Marburg » (p.86).La cohérence des diverses démarches théologiques tient à ce que les « nouveaux théologiens » ont puisé aux mêmes sources.Comme Bultmann et Tillich, Bonhoeffer étudia à Berlin et Tübingen.Fuchs a étudié à Marburg, sous la tutelle de Bultmann auquel il succédera comme professeur en 1960.Ebeling a également étudié à Marburg, puis enseigné à Tübingen.Entre 1949 et 1955, Fuchs et Ebeling, professeurs à Tübingen, élaborèrent une démarche théologique particulière, centrée sur l\u2019analyse linguistique: la « nouvelle herméneutique ».\t, Ces rencontres ont tissé le schéma et les catégories de la nouvelle théologie protestante.La Méthode corrélative de Tillich, la Démythisation de Bultmann, l'Interprétation non-religieuse de la Bible de Bonhoeffer obéissent à la même idée dominante, celle que Robinson exprime dans son livre Honest to God: « An cours, des siècles, la prédication de l\u2019Evangile et la théologie ont été conçues selon des schèmes de pensée et d\u2019après une vision du monde que les hommes d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 entendez les hommes qui vivent dans un monde sécularisé \u2014 ne peuvent plus accepter.Autant cette conception du monde a été toute naturelle durant des siècles, autant elle nous est aujourd\u2019hui complètement étrangère.Ce qui est mis en question, ce n\u2019est pas la vérité de l\u2019Evangile, mais l\u2019interprétation traditionnelle de cette vérité dans le cadre d\u2019une image surannée du monde » (135).La nouvelle théologie est un effort pour parler de Dieu dans le cadre de l\u2019image du monde de la pensée contemporaine.Le livre de J.S.Weiland est un tableau vivant de la théologie protestante contemporaine.On pourrait emprunter à l\u2019A cette apologie du théologien: la place du théologien est dans le monde, car l\u2019Eglise se trouve là où le Christ prend un visage parmi les hommes (184).A.de Abreu Freire.Eberhard Bethge: Dietrich Bonhoeffer.Vie, pensée, témoignage.\u2014 Genève, Labor et Fides; Paris, Le Centurion, 1969, 879 pp., 22,5 cm.\u2014 Mary Bosanquet: Vie et mort de Dietrich Bonhoeffer.\u2014 Tournai, Casterman, 1970, 301 pp., 20 cm.Deux biographies \u2014 la première d\u2019une remarquable qualité \u2014 présentant un théologien qui a fortement influencé la « théologie nouvelle ».Maurice Corvez: Dieu est-il mort?Col.« Présence et pensée ».\u2014 Paris, Aubier/ Montaigne, 1970, 269 pp., 20 cm.Présentation sympathique en même temps que lucide et critique des théologies de Barth, Bultmann, Bonhoeffer, Tillich, Hamilton, Van Buren, Altizer, Robinson, Cox, Vanhanian, Richardson, Newbigin, Ernst Bloch.Quand les théologiens parlent de la « mort de Dieu », l\u2019entendent-ils de « la mort d\u2019un faux Dieu dans la croyance illusoire des gens » ou de « la mort de Dieu en Jésus-Christ » ou tiennent-ils le langage \u2014 paradoxalement \u2014 de théologiens athées ?Voilà ce que l\u2019A.tente d\u2019élucider en retraçant la génétique et l\u2019évolution, dans ses nuances multiples, d\u2019un courant théologique contemporain fort complexe.G.B.Le mariage chrétien Pierre de Locht: Mariage et sacrement de mariage.Col.« Révisions ».\u2014 Paris, Le Centurion, 1970, 247 pp., 20 cm.\u2014 Victor J.Pospishil: Divorce et remariage.Pour un renouvellement de la doctrine catholique.Préf.de Mgr E.Zogh-by.\u2014 Tournai, Casterman, 1969, 239 pp., 20 cm.\u2014 V.Steininger: Peut-on dissoudre le mariage ?\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1970, 187 pp., 19,5 cm.SOCIOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE, psychologie, droit, théologie, liturgie: tout cela doit être mis en œuvre si l\u2019on veut pénétrer vraiment dans la riche signification du mariage chrétien (P.de Locht).Le problème de l\u2019heure, au sujet du mariage, celui qui défraie plus fréquemment la manchette des journaux, demeure celui de son indissolubilité.Malgré qu\u2019elle tombe parfois dans l\u2019arbitraire des interprétations, à cause de certains préjugés de son auteur, l\u2019étude de Pospishil demeure stimulante.Plus difficile, celle de Steininger, bien fondée sur l\u2019Ecriture et sur la tradition vivante de l\u2019Eglise, pose de fort judicieuses questions sur la doctrine traditionnelle de l\u2019indissolubilité du mariage chré-tion et critique certains aspects de la législation ecclésiastique à ce sujet.Stanislas de Lestapis: Le couple.Angoisse ou équilibre.\u2014 Paris, Beauchesne, 1969, 266 pp., 21 cm.\u2014 Georges M.-M.Cottier: Régulation des naissances et développement démographique.Perspectives philosophiques et théologiques.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1969, 161 pp., 20 cm.Parmi les ouvrages récemment publiés sur la planification des naissances, ces deux-ci apparaissent comme les plus sérieux.Celui de S.de Lestapis expose l\u2019évolution de la doctrine catholique à ce sujet depuis l\u2019âge apostolique jusqu\u2019à Humanae Vitae, puis présente une « théologie de la communication » et une théologie de la paternité responsable, esquisse enfin certains cheminements possibles.Celui de G.Cottier s\u2019attarde d\u2019abord à la tâche de préciser le concept de « nature » utilisé dans la doctrine de l\u2019Eglise, puis s\u2019attache à l\u2019étude des « problèmes de population », pour conjuguer finalement les deux perspectives dans la question « Morale héroïque ou morale praticable ?» \u2014 Deux ouvrages qui, quoiqu\u2019ils s\u2019en défendent, constituent une sorte de commentaire à Humanae Vitae.Deux efforts pour renouveler l\u2019intelligence de la doctrine catholique officielle.Mais aucune des deux synthèses n\u2019est vraiment convaincante ni pleinement satisfaisante .et les changements de vocabulaire s\u2019avèrent impuissants à réaliser vraiment le renouvellement tenté.\tG.B.OUVRAGES REÇUS Baudouin, Jean-Louis: Traité élémentaire de droit civil.Les obligations.\u2014 Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1970, 431 pp.Blais, Marie-Claire: Les apparences.Roman.Col.« Les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 203 pp.Boulerice, Jacques: Elle Elie Pourquoi.Poèmes de l\u2019émotion fragile et du virage en vue.Col.« Les poètes du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 61 pp.Boutin, L.-N.: La spiritualité de Mgr de Mazenod.\u2014 Montréal (2585, rue Letourneux, Montréal 403), Rayonnement, 1970, 195 pp.Brossard, Jacques, Immarigeon, Henriette, La Forest, Gérard V., Patenaude, Luce: Le territoire québécois.\u2014 Montréal, PUM, 1970, 412 pp.Brossard, Nicole: Suite logique.Poèmes.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1970, 58 pp.Cloutier, Cécile: Canelles et craies.Poèmes.Prix du concours littéraire organisé par la Commission du centenaire de la Confédération canadienne.Col.« Poètes présents », 67.\u2014 Paris, Jean Grassin, 1969, 25 pp.des Roches, Roger: Corps accessoires.Poèmes.Col.« Les poètes du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 55 pp.Doré, Marc: Le billard sur la neige.Roman.Col.« Les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 176 pp.En collaboration: Le dossier de l\u2019océanographie.Le milieu marin, ses richesses et ses ressources.Col.« Marabout Université », 206.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 256 pp.Galarneau, Claude: La France devant l\u2019opinion canadienne (1760-1815).« Les Cahiers de l\u2019Institut d\u2019histoire », 16.\u2014 Québec, les Presses de l\u2019Université Laval; Paris, Armand Colin, 1970, 401 pp.Gareau, Maurice: L\u2019art de vivre en esprit fraternel.Col.« Nouvel accent », 6.\u2014 Montréal, Cham-pigny, 1970, 134 pp.Gauthier, Louis: Les aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum.Tome 1.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1970, 209 pp.Geoffroy, Louis: Le saint rouge et la pécheresse.Notes pour une chorégraphie.Col.« Les poètes du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 96 pp.Interprétation, 4/3 (juillet-septembre 1970) :\tLa langue maternelle.Sous la direction de Rémi Savard.\u2014 Saint-Jérôme (202, rue Saint-Georges), 132 pp.Jasmin, André, Gagnon, François: Peinture cana-dienne-française.« Conférences J.A.de Sève », 11-12.\u2014 Montréal, PUM, 1970, 71 pp.Lemire, Maurice: Les grands thèmes nationalistes du roman historique canadien-français.« Vie des Lettres canadiennes », 8.\u2014 Québec, PUL, 1970, 282 pp.Lévesque, Jacques: Le conflit sino-soviétique et l\u2019Europe de l\u2019Est.\u2014 Montréal, PUM, 1970, 387 pp.Livre du centenaire du code civil.1.Le droit dans la vie familiale.2.Le droit dans la vie économico-sociale.Textes présentés par Jacques Boucher et André Morel.\u2014 Montréal, PUM, 1970, 302 et 276 pp.Moraux, Paul: D\u2019Aristote à Bessarion.Trois exposés sur l\u2019histoire et la transmission de l\u2019aristotélisme grec.« Les conférences Charles de Kon-ninck».\u2014 Québec, PUL, 1970, 95 pp.Office national de liturgie: Le baptême des enfants.Matériaux pour la mise en œuvre de la pastorale.\u2014 Montréal, Office national de liturgie (1215 est, boul.Saint-Joseph, Montréal 176), 1970, 80 pp.Préfontaine, Yves: Débâcle.Suivi de A l\u2019orée des travaux.Poèmes.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1970, 79 pp.Quand les écrivains québécois jouent le Jeu t 43 réponses au questionnaire de Marcel Proust présenté par Victor-Lévy Beaulieu.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 268 pp.Rachet, Guy: L\u2019univers de l\u2019archéologie.Technique, histoire, bilan.Col.« Marabout Université », 204 et 205.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 320 pp.ch.Robichaud, Emile: Ce pour quoi il faut contester.Col.« Pensée actuelle ».\u2014 Montréal, Beau-chemin, 1970, 90 pp.Roy, Edouard: Les chemins d\u2019Italie.\u2014 Paris, Editions France-Empire, 1970, 365 pp.Saint-Yves, Aurèle: Dans le sillon de la psycho et de la socio-pédagogie.La Vie et ses conflits sexuels et socio-affectifs.\u2014 Montréal, Editions du Renouveau pédagogique Inc., 1970, 78 pp.Saint-Yves, Aurèle: Nos droits sociaux.\u2014 Montréal, Editions du Renouveau pédagogique Inc., 1970, 97 pp.Thomas-Domenech, J.M.: Encyclopédie en couleurs de la botanique.Col.« Marabout Université », 201.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 192 pp.Turgeon, Pierre: Un, deux, trois.Roman.Col.«Les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 171 pp.318 RELATIONS Des ouvrages essentiels viennent de paraître chez marabout Farcliëolo^ &# UTÂ-Ofjiiti'j mm wwyàùtâ rrv L\u2019UNIVERS DE L\u2019ARCHEOLOGIE par Guy Rachet Marabout Université LA TELEVISION par E.Melon-Martinez Marabout Université marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES la télévision dans lu fiauille ut h aocfcte modomes m>.0î.: mwmw™M\\ MSÈÊÈÉm :¦¦ 'éi:- ' ' ' 1 3 MMR iiiiimniiiiiiiiiiiïïiiiiiïïiiiTiiTi L\u2019INTELLIGENCE EFFICACE par Alain Sarton Marabout Service déjà parus dans marabout université H wsxa la conquête de l'air «* c% m my!»##, m fcc*»xwr*^>,.g:'.\tfk«l
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