Relations, 1 janvier 1971, Janvier
[" MONTRÉAL NUMÉRO 356 JANVIER 1971 société de consommation et endettement \u2014 le bill 45 et la protection du consommateur interview avec Me Pierre Marois chômage\u2014Québec /Canada \u2014 un pénible hiver à traverser.avant le réveil du printemps ?analyse de Gérard Hébert l\u2019Eglise et l\u2019avenir du Québec études de Jean-R.Milot et Jean-P.Audet, Julien Harvey, T.E.Floyd Honey chroniques cinéma \u2014 télévision \u2014 théâtre \u2014 littérature relations________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vaillancourt.ADMINISTRATEUR: Albert PLANTE IZtérmi SOMMAIRE un cadeau \u201cpas comme les autres\u201d dont vous parlerez longuement, * chaque mois, avec l\u2019ami qui le recevra .Paix à vous, paix au monde (Paul VI).3 Horizon 1971 (liminaire).3 Articles Une jungle à « civiliser » \u2014 le bill 45 et la protection du consommateur (interview) .\t.\t.\tMe Pierre Mardis\t4 L\u2019Église vire-t-elle à gauche ?\u2014 le voyage de Paul VI en Extrême-Orient.Richard Arès 9 L\u2019Église et l\u2019avenir du Québec Jean-René Milot\tet\tJean-Pierre Audet\t12 L\u2019Église de Rimouski en synode .\t.\t.Julien Harvey\t16 Crise d\u2019identité chez les laïcs québécois (billet) René Champagne\t18 Les difficultés de l\u2019œcuménisme .\t.\tT.E.Floyd Honey\t21 Un peu de printemps en hiver (billet)\t.\t.Paul Fortin\t23 Vers un niveau de chômage alarmant ?\u2014 anatomie du taux de chômage.Gérard Hébert 24 Réfléchir ! (billet).Claire Campbell 31 Chroniques Cinéma : « Un pays sans bon sens », de Pierre Perreault Yves Lever 8 Télévision : Un médium à redécouvrir .\t.François Jobin 11 Littérature (les livres) : Anthologies à la douzaine ! René Dionne 19 Théâtre : Moisson d\u2019automne.29 SOUHAITEZ UNE BONNE 31e ANNÉE .à RELATIONS: ABONNEZ VOS AMIS ! Une carte sera envoyée en votre nom à vos bénéficiaires.Prix de l\u2019abonnement : $7.00 par année.\u2014 RELATIONS, 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur Téducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES - STUDIO D\u2019ART 8125, BOUL SAINT-LAURENT MON TRIAL (35P), QUEBEC 388-5781 2 RELATIONS Aux hommes de 1971, ceux d\u2019ici, de là-bas, de partout PAIX À VOUS, PAIX AU MONDE Démons d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui A la fin de la guerre, tous avaient dit: assez .Tous semblèrent prêts à des changements radicaux, afin d\u2019éviter de nouveaux conflits .L\u2019on parla de justice, des droits de l\u2019homme, de promotion des faibles, de vie commune ordonnée, de collaboration organisée, d\u2019union mondiale.Or, que voyons-nous, après vingt-cinq ans de ce progrès réel et idyllique ?Nous voyons que les guerres sévissent encore.Nous voyons continuer et s\u2019étendre les discriminations sociales, raciales, religieuses .Les démons d\u2019hier resurgissent .C\u2019est le retour aux luttes pour le prestige national et le pouvoir politique; c\u2019est, à nouveau, le bras de fer des ambitions opposées, des particularismes clos et irréductibles des races et des systèmes idéologiques .Malgré tout, la paix chemine Avec des discontinuités, des incohérences et des difficultés, la paix chemine et s\u2019affirme dans le monde avec un caractère d\u2019invincibilité .Elle profite de la faveur croissante d\u2019une opinion publique convaincue de l\u2019absurdité d\u2019une guerre poursuivie pour elle-même et considérée comme le moyen unique et fatal de mettre fin aux controverses entre les hommes.Elle se prévaut du réseau de plus en plus serré des rapports humains : culturels, économiques, commerciaux, sportifs, touristiques.Il faut vivre ensemble, et il est beau de se connaître, de s\u2019estimer, de s\u2019aider.Une solidarité fondamentale se forme peu à peu dans le monde .Tous les hommes sont frères La véritable paix doit être fondée sur la justice, sur le sentiment d\u2019une intangible dignité humaine, sur la reconnaissance d\u2019une ineffaçable et heureuse égalité entre les hommes, sur le dogme fondamental de la fraternité humaine, c\u2019est-à-dire du respect et de l\u2019amour dûs à tout homme en sa qualité d\u2019homme .« Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits; ils sont doués de raison et de conscience et doivent se comporter les uns envers les autres comme des frères » (Déclaration des droits de l\u2019homme).A la sagesse humaine qui, en un effort immense, est arrivée à une si haute et si difficile conclusion, nous pouvons, nous, croyants, fournir un soutien indispensable.Celui de notre certitude en la parole divine de notre Maître le Christ, gravée dans son Evangile: « Vous êtes tous frères ».Paul VI.(Message pour le 1er janvier 1971, extraits.) JANVIER 1971 HORIZON 1971 Justice, droits de l\u2019homme, collaboration, paix, dignité, fraternité, respect.Pour dépasser le verbiage des vœux pieux, comment faut-il entendre ces mots, chez nous, au seuil d\u2019une nouvelle année qui portera nécessairement le poids des guerres, des haines et des injustices du passé \u2014 et plus précisément, chez nous, dans le contexte d\u2019une crise tout autant socio-économique et culturelle que politique et qui, après avoir provoqué ce que l\u2019on a appelé le terrorisme d\u2019octobre, garde toujours son caractère explosif ?Justice, droits de l\u2019homme, collaboration, paix, dignité, fraternité, respect.C\u2019est toute la vie politique de notre collectivité qui est remise en question et qui fait appel, pour que les redressements les plus urgents soient opérés, à l\u2019énergique créativité de tous les citoyens qui habitent ce « pays sans bon sens » qu\u2019est le nôtre.Nous y reviendrons au cours des prochains mois.C\u2019est aussi notre vie socio-économique qui est remise en question et qui se trouve sollicitée par ces vœux qui aspirent à prendre forme concrète.Car notre vie socio-économique est encore livrée aux lois sauvages d\u2019une jungle non civilisée, celles d\u2019une société de consommation de masse, dans laquelle l\u2019appétit du gain n\u2019hésite pas à créer des besoins et à exacerber les insatisfactions pour assurer une croissance économique qui n\u2019est peut-être qu\u2019un leurre et qui, en tout cas, n\u2019a guère souci de l\u2019homme et de sa dignité.1971 sera-t-elle l\u2019année de la relance économique, des 100,000 nouveaux emplois = 100,000 chansons ?Une interview avec Me Pierre Marois, sur le bill 45 et la protection du consommateur, et une étude de Gérard Hébert, sur le chômage au Canada et au Québec, tentent de préciser l\u2019horizon socio-économique 1971 et de donner un peu de chair aux vœux de justice et de paix formulés pour l\u2019an nouveau.Justice, droits de l\u2019homme, collaboration, paix, dignité, fraternité, respect.C\u2019est l\u2019Eglise également qui est remise en question et qui se trouve sollicitée, avec les chrétiens des autres confessions, par l\u2019Evangile.Quels sont les rajustements internes les plus urgents ?Quelles sont les exigences concrètes d\u2019une conversion réelle \u2014 et non seulement verbale: « ce peuple m\u2019honore des lèvres seulement.» \u2014 et d\u2019une collaboration efficace des Eglises au devenir collectif qu\u2019elles entendent servir et promouvoir ?Les études de Jean-René Milot et Jean-Pierre Audet, Julien Harvey, T.E.Floyd Honey amorcent, au sujet de ces questions, une réflexion qu\u2019il faudra poursuivre tout au long de l\u2019année qui commence .et des autres qui suivront.Justice, droits de l\u2019homme, collaboration, paix, dignité, fraternité, respect.Mille défis nous sont lancés, mille invitations nous sont faites de travailler à rendre notre terre plus habitable pour des hommes plus heureux.Au cours de 1971, RELATIONS entend apporter sa contribution à une réflexion commune orientée vers cette tâche commune.Au coût de $7.00 par année ou de 750 le numéro \u2014 mais en souhaitant quand même bien sincèrement à ses lecteurs une heureuse année ! Le secrétaire.3 Une jungle à \u201cciviliser\u201d \u2014 le bill 45 et la protection du consommateur interview avec Me Pierre Marois* Dans une société de « consommation de masse ».RELATIONS : Le bill 45, présenté à l\u2019Assemblée nationale du Québec le 10 novembre 1970 (en première lecture) par Me Jérôme Choquette, vise à assurer, comme l\u2019indique clairement le titre même du projet de loi, « la protection du consommateur ».Or ce projet de loi « porte principalement sur les contrats que concluent les consommateurs et sur la publicité effectuée par les commerçants » (M.Choquette, notes explicatives, Journal des Débats, 10/23: 1462).N\u2019est-ce pas réduire dès le départ l\u2019ampleur du problème posé \u2014 au point que M.Camille Laurin, qui aurait souhaité voir dans le projet de loi « l\u2019ébauche d\u2019une charte ou d\u2019un code du consommateur dont notre société a un urgent besoin », a reproché à « la montagne libérale .d\u2019accoucher d\u2019une autre souris » (Journal des Débats, 10/31 : 1763)?Me Marois : Dans une société où s\u2019installait la production de masse, les travailleurs ont dû lutter longtemps avant que soit reconnu dans toute son extension leur droit d\u2019association et qu\u2019un code du travail fasse sa place de plein droit au syndicalisme.Nous sommes aujourd\u2019hui à l\u2019autre bout de la chaîne et nous devons faire face aux problèmes de la consommation de masse.Ces problèmes, me semble-t-il, demandent qu\u2019on élabore un véritable * Gérant de l\u2019ACEF de Montréal.\u2014 Les ACEF, associations de coopératives d\u2019économie familiale, œuvrent dans quelques centres du Québec à divers niveaux : information, défense (devant les tribunaux) de consommateurs lésés, éducation populaire, assistance à l\u2019organisation (sous forme de coopératives ou autrement) des travailleurs-consommateurs, etc.\u2014 La Fédération des ACEF, à l\u2019occasion de la présentation du bill 45, s\u2019est jointe à la CSN, au Conseil du Bien-être du Québec, à l\u2019Institut de protection et d\u2019information du consommateur, au Mouvement pour l\u2019abolition de la publicité destinée aux enfants, à la CEQ, à la Fédération des services sociaux à la famille et à la Société nationale des Québécois de Chicoutimi, pour constituer un FRONT des consommateurs capable de se faire entendre avec force lors des débats sur le bill 45 à la Commission (parlementaire) permanente des Institutions financières (notamment le 2 décembre 1970).code de la consommation ou, si l\u2019on préfère une autre appellation, une charte du consommateur.Mais, société de consommation de masse, nous en sommes encore à l\u2019étape de la sortie de la jungle et il serait certes illusoire d\u2019attendre d\u2019une loi votée à cette étape la solution-miracle qui réglerait tous les problèmes.Du moins peut-on légitimement attendre du législateur qu\u2019il mette au point un instrument efficace pour juguler une société sauvage dans laquelle règne véritablement la seule loi de la jungle.A cet égard, le bill 45 me paraît manquer d\u2019envergure.Il constitue une approche du problème, mais une approche trop partielle, trop étroite.Car il faut bien se rendre à l\u2019évidence que la théorique liberté de choix du consommateur est devenue en pratique, dans notre société, pure illusion et, bien souvent, fumisterie : c\u2019est le producteur, et non le consommateur, qui décide si je dois avoir ou non, compte tenu de mon standing, une moto-neige, une deuxième auto, un bungalow ou un appartement dans un HLM.Ce qui relie les deux pôles que j\u2019évoquais tantôt \u2014 production et consommation \u2014 et qui fait tourner la machine, ce sont les techniques de marketing, dont celles de la publicité, qui créent véritablement les valeurs véhiculées par les mass media et qui ne sont pas choisies par les consommateurs, mais lui sont imposées bon gré mal gré.Avec l\u2019aide d\u2019experts en psychologie, sociologie, etc., on a mis au point des techniques capables de convaincre que l\u2019abondance et les gadgets sont conditions nécessaires du bonheur ou du standing et du prestige.Et conditions à la portée de toutes les bourses, puisque, selon le slogan d\u2019une sophistique vicieuse, « une bonne raison pour emprunter est une bonne raison pour prêter ».Création de valeurs et de besoins artificiels, accessibilité aux satisfactions « à tempérament » : nécessités d\u2019une production qui doit croître toujours et, par conséquent, faire en sorte que, selon l\u2019expression de Vance Packard, « tout passe et tout casse ».et échappe au contrôle possible du citoyen-consommateur désormais incapable de s\u2019y retrouver dans la complexité d\u2019une sophistication technique sans cesse croissante.Et l\u2019on voudrait, sans s\u2019attaquer d\u2019aucune façon à tout ce système, sans même le remettre en question, assurer « la liberté de choix du consommateur » qui, prétend-on, reste le maître, en vertu des règles du jeu de l\u2019offre et de la demande, de la production ! Je dis que c\u2019est là illusion et, pire, fumisterie.RELATIONS : Même partielle ou étroite, l\u2019approche du problème global tentée par le bill 45 comporte sans doute des éléments valables, dont celui de la création d\u2019un Office de la protection du consommateur (section 7, articles 68 et ss.) et d\u2019un Conseil de la protection du consommateur (section 8, articles 74 et ss.).La création de ces organismes n\u2019ouvre-t-elle pas la voie, d\u2019ailleurs, à une sorte de critique constante de la loi qui sera en vigueur et, par voie de conséquence, à une sorte de perfectionnement constant de cette loi ?Me Marois : Le bill 45 a le mérite de regrouper, en les transformant parfois quelque peu, certaines lois existantes et, reconnaissons-le, souvent désuètes (e.g.certaines lois de 1946 concernant la vente à tempérament), pour les intégrer dans un ensemble plus cohérent visant à normaliser ou régler les relations entre les commerçants et les consommateurs.Le bill rejoint en outre certains secteurs que l\u2019on pourrait dire « négligés » jusqu\u2019ici par la loi (e.g.colportage, vente des autos usagées).Surtout, il met en œuvre certains principes de droit nouveaux : 1) remplacement du consensualisme, en de nombreux cas, par l\u2019établisse- 4\tRELATIONS ment de normes plus précises concernant, par exemple, le coût réel des produits vendus, les taux d\u2019intérêt réels des prêts consentis, etc.; 2) extension de la notion de « lésion du mineur » pour englober maints cas où l\u2019inexpérience d\u2019un consommateur, même majeur, est utilisée pour lui imposer des obligations disproportionnées; 3) implantation de structures administratives pour la protection du consommateur et de mécanismes de règlementation.Au sujet de ce dernier point, je tiens cependant à faire certaines observations.La création de l\u2019Office de la protection du consommateur et celle du Conseil de la protection du consommateur relèvent d\u2019une conception de l\u2019administration publique que je ne puis partager.L\u2019Office n\u2019a, selon le projet de loi, que des pouvoirs fort limités; le Conseil de même, qui n\u2019a d\u2019ailleurs qu\u2019un rôle consultatif et ne peut même pas prendre l\u2019initiative des recherches et enquêtes qui s\u2019avéreraient nécessaires ou simplement utiles.Globalement, la participation des citoyens est ici identifiée par le gouvernement à la consultation.A cette participation-consultation qui est proposée au citoyen, le Front \u2014 dont l\u2019ACEF fait partie et RELATIONS : Vous avez commencé déjà de répondre à la question que nous voulions vous poser : quels sont, selon vous, les trous les plus graves du bill 45 ?Me Marois : D\u2019abord, il y a encore bien des secteurs des relations commerçants-consommateurs qui ne sont pas couverts: à titre d\u2019exemples, la vente des terrains sous pression, la collection des dettes contractées, l\u2019achat des créances, les ventes spectaculaires (de feu, de liquidation, etc.), la fixation des prix (que l\u2019on pense à la lutte menée présentement dans le domaine des produits alimentaires), la qualité des produits destinés à la vente, etc.\u2014 jusqu\u2019au choix même de la production: selon ce que nous voulons vraiment comme collectivité, allons-nous investir et produire dans ce domaine des loisirs et des ski-doos ou dans celui de l\u2019habitation, par exemple ?Car il ne faut pas oublier que la production et la consommation sont les deux pôles d\u2019une seule et même réalité.On nous dit que d\u2019autres projets de loi viendront compléter le bill 45 : au sujet, notamment, du courtage im- qui a déjà fait valoir son point de vue à ce sujet à la commission parlementaire \u2014 dit simplement non.Parce que le citoyen a droit de parole de toute façon et qu\u2019il n\u2019est donc pas nécessaire d\u2019inscrire ici une provision légale à cet effet.Le citoyen-consommateur a droit de parole et il l\u2019exercera de toute façon, avec ou sans Office ou Conseil, comme il l\u2019a déjà exercé par l\u2019entremise de l\u2019ACEF et de bien d\u2019autres organismes, comme il vient de l\u2019exercer par l\u2019entremise du Front.Ce qu\u2019il faut inscrire dans la loi, c\u2019est une participation qui soit véritablement une co-gestion.Par la création d\u2019un Office seulement, \u2014 et non d\u2019un Office et d\u2019un Conseil, \u2014 comprenant un conseil de 15 membres, dont la moitié seraient choisis et nommés ( puis approuvés par le gouvernement?) par les organismes œuvrant dans le domaine de la protection du consommateur.Pourquoi ?Parce que le consommateur est bien placé pour connaître ses problèmes et ses besoins, d\u2019une part, et parce que, d\u2019autre part, c\u2019est l\u2019Office \u2014 et non le Conseil consultatif \u2014 qui détient les pouvoirs de réglementation concernant la qualité des produits mis en vente, la publicité, les taux d\u2019intérêt pour les prêts et pour la vente à tempérament, l\u2019information, etc.mobilier, de la vente des autos usagées (code de la route et sécurité), de la création de cours d\u2019équité.Il faut reconnaître qu\u2019un projet de loi ne sera jamais parfait et qu\u2019on ne saurait lui demander d\u2019apporter remède à tous les abus.Mais il est légitime d\u2019exiger qu\u2019il pare aux abus les plus criants et il est bien des points au sujet desquels le Québec ne peut plus se payer de retards.Je pense à la vente frauduleuse de terrains: même lorsque les causes sont gagnées par les requérants victimes de la fraude, l\u2019emprisonnement ou la faillite du fraudeur n\u2019empêchent pas que ce soit encore le consommateur qui paie ! Il faut tenir compte, dit-on, de la distinction entre le droit mobilier et le droit immobilier.Mais quand donc sortira-t-on des schèmes juridiques désuets et qui n\u2019ont plus aucune signification dans la société moderne ?Il suffit qu\u2019un travailleur \u2014 qui n\u2019est quand même pas un juriste ! \u2014 pose un acte imprudent pour que sa famille soit plongée dans une situation de crise grave.Le phénomène de l\u2019endettement est chez nous plus grave que dans tous les autres territoires du continent.Parce que les Québécois ne sont pas des gens responsables ?Avant de répondre trop hâtivement par l\u2019affirmative, il faudrait considérer attentivement certaines données révélées par diverses enquêtes.L\u2019endettement des familles dont le revenu annuel se situe entre 4 et 5,000 dollars équivaut souvent à une année de salaire; les causes majeures de l\u2019endettement, dans cette catégorie sociale, sont a) le chômage, b) l\u2019insuffisance du revenu, c) le logement et la nourriture \u2014 marques d\u2019une détérioration socio-économique désastreuse plutôt que d\u2019un manque de sens des^ responsabilités.(C\u2019est dans la catégorie des familles dont le revenu se chiffre à $12,000 et plus qu\u2019on trouve surtout l\u2019endettement que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019irresponsable, parce que causé par une consommation pas toujours raisonnable: le Québec détient, face aux autres provinces canadiennes, le championnat du nombre de piscines privées par rapport à la population ! ) Par ailleurs, c\u2019est au Québec qu\u2019on rencontre surtout ces diverses formes d\u2019auto-organisation des citoyens-consommateurs: ACEF, coopératives diverses, comités de citoyens, cliniques, etc.Endettement excessif, souci d\u2019organisation planificatrice au plan collectif: marques peut-être d\u2019une sorte de déchirement culturel ou d\u2019oscillation entre les deux pôles de la recherche de la réussite individuelle et de sa symbolisation matérielle ou standing, d\u2019une part, et d\u2019un sens communautaire traditionnel qui continue toujours d\u2019être actif, d\u2019autre part.Toujours est-il que certaines distinctions perdurent, qui ne collent plus la réalité, comme celle entre le droit mobilier et le droit immobilier, et qui paralysent notre devenir collectif.Celui-ci exigerait une certaine audace, pour synthétiser, par exemple, après les avoir rajeunies, la Loi Lacombe et la vieille loi (fédérale) des faillites et établir des mécanismes permettant le remboursement selon la capacité de payer, la réhabilitation, l\u2019éducation populaire, etc.Un premier bill ne peut pas tout faire; mais il soulève nécessairement le problème d\u2019une planification à long terme de l\u2019ensemble production-consommation .et la population a ici quelque chose à dire, au niveau précisément des choix fondamentaux qu\u2019implique une telle planification et qui permettraient de mieux situer le présent bill.où Ton s\u2019endette démesurément JANVIER 1971\t5 Pour revenir à la question posée, j\u2019ajouterais ceci: outre que plusieurs secteurs importants de la réalité « commerce » \u2014 réalité globalement une par-delà les distinctions désuètes \u2014 ne sont pas touchés par le bill 45, les principes nouveaux de droit qu\u2019il met en œuvre sont souvent interprétés dans le bill même de façon indûment restrictive.De sorte qu\u2019il ne s\u2019attaque pas à la racine de maints abus ou, en tout cas, ne fournit pas d\u2019armes efficaces pour lutter contre ces abus.Par exemple, au chapitre du colportage, on laisse échapper aux normes générales l\u2019éta- RELATIONS : On a cependant dit que le bill 45 était un projet de loi d\u2019avant-garde (cf.M.Cohen).Compte tenu du retard que le Québec avait dans ce domaine de la législation, peut-on considérer, selon vous, que le bill 45 nous fait faire un bond relativement important ?Me Marois : Presque toutes les provinces du Canada ont déjà des lois qui cherchent à assurer la protection du consommateur.Pouvant utiliser l\u2019expérience des autres, le Québec devrait pouvoir se donner une législation plus adéquate.Considérant certains points du bill 45, je dis: oui, le bill nous fait faire un pas dans la bonne direction, encore qu\u2019il ne faudrait pas s\u2019en glorifier trop facilement et retomber dans une torpeur dont nous nous réveillerions un jour pour contempler à nouveau de tragiques retards.A d\u2019autres égards, le bill 45 constitue un recul par rapport à certains efforts législatifs antérieurs, de 1946, par exemple.Je pense à la fixation des taux d\u2019intérêt.Certains Etats des USA ont fixé à 12% le taux maximum des intérêts sur prêts.Ici, le gouvernement fédéral a fixé un plafond de 24%.Avec le résultat que certaines entreprises des USA ont émigré chez nous.Une loi du Québec avait déjà fixé, en 1946, certains plafonds.Or voilà qu\u2019on laisse lage public: la porte demeure donc ouverte aux abus des foires et expositions.Par exemple encore, on fait intervenir au niveau du droit statutaire un principe de droit pénal qu\u2019on inscrit dans le projet de loi (art.108) sous la forme suivante: « Une erreur ou une omission faite de bonne foi ne constitue pas une infraction au sens de la présente loi.» Mais quel fraudeur ne peut pas faire appel à une supposée « bonne foi » ?Et comment pourra-t-on prouver la mens rea (l\u2019intention coupable) ?Et on pourrait accumuler les exemples.maintenant tout le champ libre en arguant a) que la fixation des taux d\u2019intérêts relève d\u2019Ottawa et non de Québec, b) qu\u2019il faut se soumettre au jeu de l\u2019offre et de la demande, jeu qui implique ses propres correctifs.Semblable argumentation me laisse songeur.Que le Québec n\u2019ait pas juridiction en ce domaine, cela me paraît contredit par le fait que la validité de la législation de 1946 n\u2019a jamais été contestée.D\u2019ailleurs, le même gouvernement qui soutient la position évoquée en présentant son projet de loi défend présentement devant les tribunaux, dans au moins une cause précise, la constitutionnalité de la loi fixant certains taux d\u2019intérêt.De plus, le Québec a certainement juridiction, selon la constitution, sur l\u2019exécution des contrats et ses modalités: le taux d\u2019intérêt est-il autre chose qu\u2019une modalité d\u2019exécution d\u2019un contrat ?Pour ce qui est du deuxième argument, i.e.que le jeu de l\u2019offre et de la demande contient un principe régulateur qui va faire éviter les abus possibles, il se trouve contredit par les faits: la loi fédérale concernant les petits prêts fixe le plafond des taux à 24% .et je ne connais pas de compagnie de finance qui consente des petits prêts à de moindres taux d\u2019intérêt.Au contraire, on suggérera au client d\u2019emprunter $1600 plutôt que $1500 \u2014 pour lui assurer une marge de sécurité .et permettre au prêteur d\u2019échapper au plafond fixé sur les petits prêts, i.e.pour les prêts de $1500 et moins.Il me semble qu\u2019il y a là un recul, par rapport à la législation antérieure, dans le bill 45; et la note de ce recul devra être payée par le consommateur.Il faudrait inclure dans la loi des mécanismes de fixation des taux d\u2019intérêt \u2014\tfixation qui peut être faite de façon plus équitable, compte tenu de révolution rapide des situations, par règlements que par la loi elle-même.Et je n\u2019avais pas tout dit au chapitre des « trous ».Je signalais déjà que le projet de loi laisse la porte ouverte à certains abus.A ceux que j\u2019ai déjà mentionnés, j\u2019aimerais ajouter, parce qu\u2019ils m\u2019apparaissent comme plus importants, ceux que permet l\u2019art.34 b: « A défaut par le consommateur d\u2019exécuter son obligation suivant les modalités du contrat, le commerçant peut.exiger le paiement immédiat du solde de la dette si le contrat contient une clause de déchéance de terme » \u2014 clause que le commerçant ne manquera pas d\u2019inscrire dans le contrat pour pouvoir s\u2019en prévaloir ! Mais il faut quand même protéger le commerçant, dit-on.Sans doute.Mais il faut aussi tenir compte que le commerçant est généralement mieux « protégé » que le consommateur.Au point que, aux USA, des enquêtes récentes ont révélé que les ventes frauduleuses extorquent malhonnêtement plus d\u2019argent au citoyen-consommateur que toutes les autres formes de vol combinées.A Montréal, dans 126 causes plaidées avec le concours de l\u2019ACEF, $75,000 extorqués illégalement ont été récupérés.Ces comparaisons et ces quelques chiffres me paraissent suffisamment éloquents.Un autre point: la notion de « versement comptant », telle que définie dans le bill 45, permet un camouflage fantastique et, conséquemment, une évasion quasi totale.On peut considérer comme faisant partie du « versement comptant », outre un montant d\u2019argent donné, un effet de commerce \u2014\tmême post-daté \u2014, une valeur convenue \u2014 évaluée par qui ?\u2014, et le rabais consenti par le commerçant.Quand on sait que le prix suggéré par les grandes industries laisse généralement au commerçant une marge de 20 ou même 30%, on peut apprécier à sa juste valeur l\u2019importance du versement comptant minimal de 15% exigé par la loi dans le cas des ventes à rabais de 25% ! Le bill 45 permet, en pratique, qu\u2019aucun versement comptant réel ne soit fait dans bien des cas.et où Ton vit à tempérament, 6 RELATIONS .urgence d'une loi vigoureuse RELATIONS : On a reproché au bill 45 de n\u2019avoir pas de dents.Qu\u2019en pensez-vous ?Et quelles suggestions feriez-vous surtout pour permettre à la loi de mordre ?Me Marois : Je dirais d\u2019abord que le projet de loi a des dents assez fermes, dans l\u2019ensemble, au niveau des sanctions.Sauf en ce qui a trait au minimum \u2014 nettement insuffisant \u2014 d\u2019amende pour les compagnies ou corporations (cf.art.106): il est facile de payer $500 pour en avoir extorqué 500,000 ! Mais, si les sanctions sont dans l\u2019ensemble assez fermes, le problème de l\u2019accessibilité à la justice n\u2019est pas pour autant résolu: il faut, en pratique, que le consommateur lésé ait recours aux services d\u2019un avocat, qu\u2019il aille devant les tribunaux.Or les citoyens n\u2019y croient plus et, en outre, n\u2019ont souvent pas les moyens de courir les risques financiers impliqués.On a parlé d\u2019instituer des « tribunaux d\u2019équité » pour les small claim causes; mais les réclamations du consommateur lésé lors de l\u2019achat d\u2019une voiture ou d\u2019un terrain dépasseront les limites de ces small claim causes.(A quoi j\u2019ajoute, en passant, qu\u2019on pourrait en bien des cas hâter les procédures.Par exemple, lorsqu\u2019une compagnie commerciale a été condamnée en vertu du code pénal, pourquoi, au lieu d\u2019instituer un autre procès, civil celui-ci, ne pas transférer simplement le jugement déjà porté à une régie qui verrait à déterminer le quantum des dommages subis par le consommateur et que devra compenser la compagnie ?) Au niveau, non plus des sanctions, mais de la prévention des abus, le bill 45 introduit, au chapitre du colportage, une clause importante (art.48) qu\u2019il faudrait élargir si l\u2019on veut une loi qui ait des dents.La clause en question prévoit un délai de 5 jours \u2014 une sorte de cooling off period \u2014 durant lequel « le consommateur peut résoudre le contrat ».Il me paraîtrait simplement réaliste d\u2019étendre la période des 5 jours: le pêcheur qui rentre chez lui après une semaine de travail n\u2019aura plus la possibilité de renvoyer à la compagnie l\u2019appareil ménager qu\u2019un habile vendeur a réussi à vendre à son épouse six jours plus tôt.Et il me paraîtrait souhaitable, si vraiment on veut civiliser la jungle du marché, de ne pas limiter aux seuls cas de vente par colportage le recours possible à semblable délai.Ici encore, on rétor- quera qu\u2019il faut aussi protéger le commerçant.Mais je répéterai qu\u2019il n\u2019y a pas de commune mesure entre les abus des consommateurs et ceux des commerçants.Une provision légale dans le sens du délai prévu à l\u2019article 48 pourrait amener bien des commerçants à une salutaire réflexion .Surtout, si on veut une loi qui ait des dents, il faudra donner à l\u2019Office de la protection du consommateur des pouvoirs plus étendus que ceux prévus dans le bill 45.D\u2019abord au niveau de l\u2019information et de l\u2019éducation populaire massive qui s\u2019avère nécessaire pour « responsabiliser » le consomma- RELATIONS : Avec la création de cet Office et de ce Conseil de la protection du consommateur, est-ce que la tâche d\u2019organismes comme les ACEF ne se trouvera pas considérablement réduite ?Si tel est le cas, en quel sens comptez-vous réorienter votre action ?Me Marois : Si on multiplie les bureaux régionaux, notre tâche sera certes réduite; sinon, guère.De toute façon, il restera toujours une marge d\u2019action importante dans l\u2019ordre de la « responsabilisation » individuelle et collective des consommateurs.Nous constituons présentement quelque 5,000 dossiers par année, nous avons régulièrement de 30 à 40 causes devant les tribunaux, et nous devons assurer la marche d\u2019un programme parallèle d\u2019éducation populaire amenant les consommateurs à s\u2019organiser entre eux (cf.les coopératives à contribution directe administrées par les travailleurs eux-mêmes \u2014 dans Hochelaga-Maisonneuve, notamment).Il y aura toujours un travail énorme à accomplir en semblables domaines: caisses d\u2019économie, coopératives d\u2019habitation, etc.A certains égards, les organismes indépendants, i.e.ne relevant pas des gouvernements, peuvent agir plus librement dans ces domaines.Parce qu\u2019ils sont véritablement des services publics, il est normal que ces organismes reçoivent des subventions de l\u2019Etat, comme cela se fait, mais des subventions qui ne viennent pas annihiler ou réduire l\u2019indépendance et le pouvoir critique indispensables au travail efficace de ces organismes.teur.Ensuite au niveau de la création de bureaux régionaux.Quant au Conseil, j\u2019en ai déjà parlé précédemment; je rappellerai seulement qu\u2019il faut à tout le moins élargir sa juridiction et lui permettre de prendre des initiatives réelles dans l\u2019ordre de la recherche, des enquêtes, des recommandations, etc.RELATIONS : Vous voudriez, en somme, que ce Conseil de la protection du consommateur, doté de pouvoirs réels, puisse au moins jouer auprès des ministères de la Justice ou des Institutions financières, un rôle analogue à celui que remplit le Conseil supérieur de l\u2019éducation auprès du ministère de l\u2019Education.Me Marois : D\u2019accord.Au moins.Car nous désirons beaucoup plus, comme je l\u2019ai déjà dit.RELATIONS : Si le Conseil n\u2019est pas constitué selon les modalités que vous souhaitez, s\u2019il n\u2019est pas doté des pouvoirs que vous réclamez pour lui, le Front d\u2019action qui s\u2019est constitué pour concerter les réactions des divers organismes intéressés à la protection du consommateur face au projet de loi 45 ne pourra-t-il pas Jouer le rôle d\u2019une sorte de Conseil extra muros ?Me Marois : Il jouera certainement ce rôle, le cas échéant.Les diverses associations qui se sont regroupées dans le Front collaboraient déjà entre elles, mais la présentation du bill 45 a été l\u2019occasion d\u2019une concertation plus rigoureuse qui continuera de porter fruit même après l\u2019adoption du bill.avec ou sans les amendements proposés \u2014 et qui furent proposés, j\u2019insite là-dessus, non pas à partir de théories ou d\u2019idéologies, mais à partir des expériences quotidiennes des consommateurs.RELATIONS : Pour finir, Me Marois, une dernière question.Face aux immenses problèmes de notre société de consommation, d\u2019où vient votre optimisme ?Ou, en d\u2019autres termes, où puisez-vous votre énergie, votre combativité ?Me Marois : Il y a dans notre société, comme dans toutes les sociétés du même type que la nôtre, une sorte de pourriture qui peut engendrer les extrémismes les plus divers.Mais, depuis quelques années et surtout depuis un an, les consommateurs ont pris conscience de l\u2019exploitation dont ils sont victimes.La conscience, quand elle chasse l\u2019ignorance, devient capable de créer \u2014 et c\u2019est pourquoi je suis, malgré les problèmes et les difficultés, optimiste.et d'une « responsabilisation » du consommateur JANVIER 1971\t7 CINÉMA \u201cUn pays sans bon sens\u201d, de Pierre Perreault par Yves Lever Continuant de creuser le tissu humain du peuple québécois et de donner la parole à des gens authentiques, Pierre Perreault nous en présente une nouvelle tranche avec Un pays sans bon sens.Contrairement à ses autres longs métrages, celui-ci ne groupe plus ses éléments autour d\u2019une situation fictive ou d\u2019un objet, mais autour d\u2019une idée abstraite, celle de pays.Très rapidement cependant, Vidée de pays se révèle « sans bon sens ».Car un pays, ça n\u2019a aucun rapport avec la logique, ça ne se discute pas avec « bon sens », ça ne se démontre pas: ça se montre tout simplement, comme on montre à des amis son album de famille, ses « chefs-d\u2019œuvre » de photographie ou de film amateur.On provoque alors la même réaction: de complicité amusée, si l\u2019ami peut entrer émotive-ment dans le même nœud de relations parce qu\u2019il a déjà vécu des expériences similaires, ou bien d\u2019agacement et d\u2019ennui (malgré la sympathie), si celui-ci ne peut communier à ce qu\u2019on a vécu et aux significations qu\u2019on en dégage.J\u2019ai eu les deux réactions devant l\u2019album-pays présenté par Perreault.Complicité On est toujours sympathique aux « personnages » que nous fait connaître Perreault (personnage est pris ici dans le sens qu\u2019on lui donne par chez nous en Gaspésie de « personnalité un peu extraordinaire » quand on dit de quelqu\u2019un que c\u2019est un personnage, et non au sens de rôle et de composition filmique).Par un clin d\u2019œil, un geste, un mot pittoresque, une exagération, ils établissent très vite une complicité au niveau du vécu, ils nous font jeter le même regard profond sur la réalité et réussissent à nous faire pénétrer dans leur univers.Avec la plupart de ces personnages, nous découvrons que nous sommes restés, malgré notre urbanisation et notre changement de style de vie, des habitants au sens le plus noble de ce terme, c\u2019est-à-dire des personnes qui habitent réellement la terre qu\u2019ils possèdent, mais qui, avec un langage esthé-tico-mystique, magnifient, superlativisent et subliment leurs racines familiales et les racines qu\u2019il a fallu arracher de la terre pour la rendre habitable et cultivable.Après avoir « trimé dur », au-delà du bon sens généralement, pour habiter un coin de terre, on l\u2019aime maintenant sans bon sens et cet amour au superlatif s\u2019étend à tous les espaces qu\u2019on a foulés et où on trouve des cousins, devient souffle patriotique en considérant les territoires illimités à conquérir et à rendre habitables.Pensons à La dalle des morts de Félix-Antoine Savard.Parce qu\u2019on aime un pays sans bon sens et qu\u2019on continue à l\u2019habiter pour des raisons souvent au-delà du bon sens (la Gaspésie, le Nord-Ouest québécois), aucun argument raisonnable ne peut attaquer ce sentiment patriotique.Je me souviendrai toujours de cet orateur politique, un genre de mercenaire de la ville, spécialiste en belles paroles, venu aider un candidat gaspésien, fort incompétent par ailleurs, à gagner ses élections au moyen de discours patriotiques enflammés sur les beautés de la Gaspésie et de la langue française.Cette chaleur mystique éclipsait complètement le sous-développement de la région, les salaires minables, l\u2019absence d\u2019hôpitaux, le chômage, l\u2019assistance sociale, les routes affreuses, etc.Ce sentiment est d\u2019autant plus fort si l\u2019album de famille, d\u2019abord limité au village et à la région, peut s\u2019enrichir des Vigneault de Natashquan, du gars qui s\u2019ennuie à la Manie mais qui a construit un bien beau barrage, des Tremblay et Harvey de l\u2019Ile-aux-Coudres, du Caouette de l\u2019Abitibi, du cousin « riche » de Montréal, du Rocher Percé et peut-être d\u2019un troisième cousin de Saint-Boniface (Manitoba) qui nous envoie « de ben belles cartes postales » des plaines de l\u2019Ouest.C\u2019est merveilleux d\u2019être si nombreux à être canadiens-français catholiques .Agacement Pourtant, il faudrait pouvoir mettre aussi dans l\u2019album le village voisin qu\u2019on n\u2019appelle pas pour rien Misère et dont on ne veut pas encore changer le nom, l\u2019Indien du Lac Saint-Jean qui vit encore dans une tente, l\u2019étudiant de Winnipeg qui crie « merde » à René Lévesque après l\u2019avoir invité chez lui à l\u2019Université du Manitoba, l\u2019enfant d\u2019Edmonton qui meurt de honte quand sa mère lui parle français dans l\u2019autobus, les gens bien habillés de l\u2019Ontario qui ne comprennent ni le français ni le Québec, les chantiers infestés de poux « longs comme ça », les caribous et les Indiens presqu\u2019éli-minés et aujourd\u2019hui pris dans des filets pour servir d\u2019objets d\u2019étude.Si nous sortons du film, il faudrait ajouter encore le « bon boss » et la honte d\u2019Yvon Deschamps, les messieurs Trudeau et Stanfield d\u2019Ottawa, Bourassa et Choquette de Québec, les grandes compagnies américaines, etc.Les traits de parenté entre tous ces gens et nous sont-ils assez forts pour qu\u2019on les inclue dans notre album ?Est-ce qu\u2019on les aime aussi sans bon sens ou bien pense-t-on que c\u2019est agir sans bon sens que de rester avec eux ?Bien sûr, il n\u2019est pas nécessaire de connaître tout le monde et d\u2019avoir fait le tour de son pays pour l\u2019aimer, mais si on sortait un peu de son village ?Dans le film, Chaillot, le gars d\u2019Edmonton vivant à Paris et qui se dit du Québec même s\u2019il n\u2019y a jamais vécu, nous dit d\u2019aller vivre un an à Edmonton ou à Winnipeg pour voir si, après ça, on parlera encore du pays dans les mêmes termes ! Eh bien, je l\u2019ai faite, cette expérience, et j\u2019ai découvert que la beauté et la grandeur sans bon sens du Canada ne moussent la sensibilité que de ceux qui n\u2019en ont jamais fait le tour.J\u2019ai appris aussi que le mot canadien n\u2019est en rien la traduction de Canadian, que Québécois change complètement de sens lorsqu\u2019il devient Quebecers ou Québécois, que les deux solitudes existent encore plus quand tout le monde parle anglais, que mes « cousins » du Manitoba et de la Saskatchewan ne sont pas intéressés à connaître le reste de la famille et que, dans ce coin, pour rester ce que vingt-cinq ans de vie m\u2019avaient fait, je devais vivre dans la clandestinité (comme ce merveilleux couple de Bretons dans le film).Sortir de son village, c\u2019est découvrir qu\u2019on ne peut étendre à tout le pays les liens d\u2019appartenance et d\u2019affection que l\u2019on éprouve pour son coin de terre.Un pays, c\u2019est un projet collectif bâti davantage sur le « quotient d\u2019émotivité » que sur le quotient intellectuel.Nos politiciens se moquent souvent de cette sensibilité émotive, mais, en transformant dernièrement la mort de Pierre Laporte en un « sacrifice » pour l\u2019unité canadienne, ils en reconnaissent spontanément le caractère fondamental.Ils auront beau, après cela, proposer la rationalité économique comme critère d\u2019adhésion au projet collectif, ils ne feront jamais oublier les scandales de l\u2019histoire.Cuba, l\u2019Algérie et le Chili nous montrent que,' finalement, le niveau de vie est beaucoup moins important que la liberté et la véritable habitation d\u2019un pays.C\u2019est ainsi que, parti de témoignages sur un pays qu\u2019on aime sans bon sens, Perreault provoque implicitement la question: quel est-il, ce pays ?Est-ce son village, le Québec, le Canada ?Les personnages du film ne proposent pas de réponse explicite, mais, par son montage des témoignages et des scènes d\u2019action, Perreault nous fait bien voir et sentir que ce qu\u2019on appelle actuellement notre pays est trop « sans bon sens » pour que ce soit lui.On en a d\u2019ailleurs eu récemment des illustrations très évidentes.Alors, La Solution .?8 RELATIONS Le voyage de Paul VI en Extrême-Orient L\u2019Église vire-t-elle à gauche?par Richard Arès « Un vrai beau film politique », disaient des spectateurs après la représentation.Oui et non.Il est certain que Un pays sans bon sens traite du problème politique numéro un actuellement.Il en traite même très bien, étant basé sur des témoignages très authentiques et exposant un vécu très réel.Il est par là un outil de conscientisation et appelle des prolongements extra-cinématographiques.Je ne minimise pas l\u2019importance de tels documents, j\u2019en profite moi-même beaucoup, mais je me pose la question: qui, finalement, va voir ce film ?Pour l\u2019avant-première, nous étions quelques centaines, le 3 décembre dernier, à la cinémathèque, intrigués par le titre et attirés surtout par l\u2019auteur.Il est certain que, pas plus que les autres films de Perreault, ce film n\u2019entrera jamais dans le circuit commercial de distribution.Va-t-on alors faire comme pour Tout l\u2019temps, tout Vtemps, de Dansereau: le présenter à onze heures et demie, un dimanche soir, à Radio-Canada ?A-t-il des chances de rejoindre le public qu\u2019il pourrait réellement toucher ?Je ne le crois pas.Et puis, meme si on le passait aux meilleures heures d\u2019écoute du canal 10 et s\u2019il rejoignait ainsi la plus grande masse des Québécois, quel poids aurait-il à côté de la production commerciale ?Car, pour moi, c\u2019est le cinéma commercial qui est réellement politique en glorifiant le système dans lequel nous vivons, en charriant implicitement les idéologies du statu quo, de la loi et de l\u2019ordre, en inculquant à forte dose les conceptions bourgeoises du bonheur et du plaisir.Jouant aussi fortement sur le « quotient d\u2019émotivité » et racontant des belles histoires, les films commerciaux déclassent d\u2019avance tous les films dits politiques et font entrer dans un univers imaginaire réconcilié.Leurs mythologies seront toujours plus attirantes que les interrogations et les inquiétudes trop cérébrales véhiculées par les films de réflexion politique.Faut-il alors abandonner la réflexion politique au cinéma ?Certes non, mais il faudrait surtout, je pense, prendre la méthode de Gilles Carie avec Red: raconter intelligemment une histoire, lui donner comme contexte global une réalité sociale et politique bien définie, mais authentique, y faire évoluer des personnages vrais et exemplaires pour d\u2019autres et en faire des images-carrefours pouvant réfléchir beaucoup de réalités individuelles.Un tel film-miroir peut être très profitable pour tout le peuple québécois.De toute façon, la sortie officielle de Un pays sans bon sens est prévue pour la mi-janvier.Les journaux donneront sans doute les indications nécessaires.C\u2019est un film à voir, quelles que soient vos opinions politiques et votre vision du pays.JANVIER 1971 L\u2019EXPRESS de la semaine du 7-13 décembre 1970.En page couverture, une photo de Paul VI, avec, à l\u2019arrière-plan, un montage le représentant en train de s\u2019adresser aux masses de la Chine rouge et, au premier plan, inscrit sur sa soutane blanche, un titre énorme: « L\u2019ÉGLISE VIRE À GAUCHE ».Le tout renvoie à un article portant le même titre et écrit à partir du récent voyage de Paul VI en Extrême-Orient.À Hong Kong, disent les auteurs, le Pape a parlé à la Chine, il a tenté une percée vers l\u2019Asie, « une ouverture vers l\u2019humanité pauvre ».Par ce geste et d\u2019autres du même genre, continue l\u2019article, Paul VI poursuit l\u2019entreprise de refaire l\u2019Église, de créer une « Église nouvelle », qui sera « celle des pauvres et non plus des puissants, celle des masures et non plus des palais, celle des peuples et non plus celle des gouvernants ».Suit une longue description des nombreux changements d\u2019attitudes qui s\u2019opèrent actuellement dans l\u2019Église et, semble-t-il, l\u2019orientent tous vers la gauche.Conclusion des auteurs : Le virage à gauche n\u2019est ainsi que l\u2019apparence.En réalité, le catholicisme tente à la fois de recouvrer la pureté de ses origines et de s\u2019adapter à une époque changeante, pleine de contradictions et de guerres.Il se souvient qu\u2019il est né dans la confusion d\u2019un Empire romain déjà déclinant.Sa force alors est de n\u2019avoir pas craint de rencontrer ceux que l\u2019on appelait les Barbares.Paul VI, à Hong Kong, est allé leur parler.Si l\u2019on excepte ce douteux compliment à l\u2019adresse des masses chinoises assimilées aux Barbares d\u2019autrefois, et quelques interprétations un peu trop romancées de certains gestes du Pape, lesquels auraient fait conclure à des catholiques que, « pour eux, la voie est désormais ouverte vers la gauche », l\u2019article de YExpress, en plus d\u2019être fort intéressant, repose sur une intuition juste.Oui, l\u2019Église fait actuellement un effort considérable pour se rapprocher et se mettre davantage au service des hommes et des peuples, plus particu- lièrement des masses populaires et des pauvres.S\u2019il faut qualifier de « virage à gauche » un pareil effort, il faudrait aussi reconnaître qu\u2019il ne date pas du dernier voyage de Paul VI, mais remonte au moins au Concile de Vatican II.Plus précisément, tout ce qu\u2019a dit et fait Paul VI au cours de son voyage en Extrême-Orient, il l\u2019avait déjà laissé clairement entrevoir dans deux de ses plus importantes encycliques: Eccle-siam suam, de 1964, sur le problème du dialogue entre l\u2019Église et le monde moderne, et Populorum progressio, de 1967, sur le développement des peuples.Dans la première, il avait voulu s\u2019affirmer le pape du dialogue, dans la seconde, il s\u2019était posé comme le pape du développement, et c\u2019est à ce double titre qu\u2019il a entrepris son dernier voyage.Le pape du dialogue_________________ Qu\u2019avait dit Paul VI dans Ecclesiam suam, la première encyclique de son pontificat?Ceci: l\u2019Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit; avant même de convertir le monde, bien mieux, pour le convertir, il faut l\u2019approcher et lui parler.En conséquence, l\u2019Église doit être prête à soutenir le dialogue avec tous les hommes: ce n\u2019est pas en vain qu\u2019elle se dit catholique, ni en vain qu\u2019elle est chargée de promouvoir dans le monde l\u2019unité, l\u2019amour et la paix.Ce dialogue, l\u2019Église doit l\u2019entreprendre d\u2019abord avec ses propres enfants, ensuite avec les autres chrétiens, puis avec tous ceux qui croient en Dieu et enfin avec tous les hommes de bonne volonté.C\u2019est exactement ce que le même pape a voulu faire en entreprenant son nouveau voyage: entrer en dialogue direct avec les habitants de cette partie du globe qu\u2019il n\u2019avait pas encore visitée.Avec les catholiques d\u2019abord.Il a voulu, dira-t-il, « découvrir l\u2019Église », l\u2019Église de ces immenses régions, entendre battre son cœur de tout près, par- 9 4281 ticiper à ses joies et à ses angoisses, parler à ses pasteurs et surtout les écouter, en participant à leurs conférences épiscopales.« Notre voyage veut être principalement une rencontre.Une rencontre humaine et spirituelle, comme entre des personnes qui se connaissent déjà .Disons une rencontre des Frères.L\u2019Église n\u2019est-elle pas une fraternité ?» Une rencontre avec les évêques, oui, mais aussi avec les prêtres, les religieux et les laïcs, qu\u2019il tiendra à entendre et à qui il dira un mot d\u2019encouragement, une parole stimulante pour leur zèle apostolique.Que ce soit à Samoa ou à Sydney, il rappellera que le devoir missionnaire fait partie de la vocation de l\u2019Église et qu\u2019il concerne tous les catholiques, lui-même tout le premier: « C\u2019est comme Pape que nous nous rendons là-bas ., comme évêque et chef du collège épiscopal, comme pasteur et missionnaire, comme pêcheur d\u2019hommes, c\u2019est-à-dire comme chercheur de peuples et de gens de notre globe et de notre temps » (25 novembre).Son dialogue, il veut le poursuivre avec tous les chrétiens.Dès le premier arrêt, à Téhéran, le 26 novembre, le ton est donné et sera maintenu par la suite: A tous ceux qui s\u2019honorent du nom de chrétien, Nous disons notre fraternelle amitié, Nous réjouissant de cette occasion pour les assurer de notre respect pour la richesse de leurs traditions spirituelles, de notre grand désir d\u2019unité dans la soumission aux voies de la Providence, de notre prière pour qu\u2019en tout triomphe la charité.À Manille comme à Sydney, il s\u2019adressera en termes affectueux aux communautés chrétiennes non catholiques: même si l\u2019unité n\u2019est pas encore réalisée, dira-t-il, nous n\u2019en sommes pas moins des frères; nous participons à la même foi, nous pouvons prier ensemble et poursuivre ensemble notre dialogue.Un peu partout, Paul VI tiendra à saluer au passage les fidèles des religions non chrétiennes: par exemple, les Juifs à Manille et à Sydney, les Musulmans à Djakarta et à Colombo.Il louera leur sens religieux: Nous voulons vous dire notre respect et notre estime pour votre foi en un Dieu créateur de l\u2019homme et de l\u2019univers.L\u2019Eglise catholique, notamment au cœur de son Concile œcuménique, a voulu engager avec le monde entier, et avec encore plus d\u2019empressement avec les hommes religieux, un dialogue qui nous permette, dans la concorde, de servir tous les hommes sans distinction de race, de croyance et d\u2019opinion.(29 novembre.) À tous les hommes de bonne volonté le Pape a aussi répété son désir de dialogue, en particulier dans son message à l\u2019Asie.Nous regardons l\u2019Asie, dira-t-il, avec amour et respect en raison de la vénérable antiquité et de la richesse de sa culture millénaire.Cette terre immense a donné naissance à de grandes civilisations; elle a été le berceau de religions mondiales, la source d\u2019une sagesse très ancienne.Nous sommes surtout impressionnés par le sens des valeurs spirituelles qui domine la pensée de vos sages et la vie de vos populations.La discipline de vos ascètes, le profond esprit religieux de vos peuples, la piété filiale et l\u2019attachement à la famille, le culte des ancêtres; tout cela vise au primat de l\u2019esprit.(29 novembre.) À Hong Kong, face à l\u2019immense Chine, il dira que la mission de l\u2019Église est d\u2019aimer et que lui-même, conscient d\u2019avoir autour de lui presque tout le peuple chinois, n\u2019est venu que pour dire un seul mot: amour.« Le Christ est aussi pour la Chine un Maître, un Pasteur, un Rédempteur qui aime.L\u2019Église ne peut taire cette bonne parole: amour, qui restera.> Virage à gauche ?Fidélité plutôt au mot d\u2019ordre que Paul VI s\u2019était donné dès le début de son pontificat: « Le dialogue doit caractériser Notre charge apostolique » {Ecclesiam suam, 1964).Le pape du développement Mais Paul VI est aussi l\u2019auteur de l\u2019encyclique Populorum progressif) sur le développement des peuples (1967), dans laquelle on pouvait lire des phrases de ce genre: la question sociale est devenue mondiale; les peuples de la faim interpellent aujourd\u2019hui de façon dramatique les peuples de l\u2019opulence; l\u2019action à entreprendre aujourd\u2019hui est une action concertée pour le développement intégral de l\u2019homme et le développement solidaire de l\u2019humanité; le développement est le nouveau nom de la paix, et la paix se construit jour après jour, dans la poursuite d\u2019un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes; l\u2019Église désire aider les hommes à atteindre leur plein épanouissement et elle demande à ses laïcs d\u2019« assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l\u2019ordre temporel ».Dès son arrivée aux Philippines, Paul VI reprendra ces mêmes thèmes.Au président Marcos qui le reçoit, il dira son espoir que cette rencontre soit aussi « un stimulant efficace pour un effort nouveau et plus vigoureux en faveur des hommes par une distribution plus équitable des richesses de ce pays »; qu\u2019elle inspire « un développement effectif et intégral des individus et des communautés, une promotion humaine, spécialement des catégories les plus nécessiteuses; une prise de conscience plus profonde à tous les niveaux, non seulement des droits, mais encore plus et surtout des devoirs envers les autres hommes ».De même, au Corps diplomatique, il déclarera son désir de faire de son voyage un signe en faveur de la paix et du progrès social: Le développement est le grand défi de cette décennie.C\u2019est notre génération qui est inteij>ellée et c\u2019est elle qui doit fournir la réponse : nous serons jugés sur la générosité de notre engagement.Soyez aussi auprès de vos gouvernements les avocats de l\u2019entraide internationale en faveur des peuples les moins favorisés, au nom de notre fraternité universelle .La solidarité mondiale toujours plus efficiente doit permettre à tous les peuples de devenir eux-mêmes les artisans de leur destin .De même, toujours à Manille, s\u2019adressant aux évêques d\u2019Asie, Paul VI leur déclare que l\u2019action missionnaire doit aussi s\u2019intéresser à l\u2019action pour le développement.L\u2019Évangile, qui est la bonne nouvelle annoncée aux pauvres, n\u2019est-il pas source de développement ?Aussi l\u2019Église, tout en respectant la compétence des États, doit offrir son aide pour promouvoir un « humanisme plénier », c\u2019est-à-dire « le développement intégral de tout l\u2019homme et de tous les hommes ».C\u2019est au nom de ce principe que l\u2019Eglise doit favoriser de son mieux la lutte contre l\u2019ignorance, la faim, la maladie et l\u2019insécurité sociale.Se plaçant à l\u2019avant-garde de l\u2019action sociale, elle doit tendre tous ses efforts pour appuyer, encourager, pousser les initiatives qui travaillent à la promotion intégrale de l\u2019homme.Témoin de la conscience humaine et de l\u2019amour divin pour les hommes, elle doit prendre la défense du faible et du pauvre contre les injustices sociales.Le « Message à l\u2019Asie » contient une exhortation pressante à tous les responsables de combattre les injustices 10 RELATIONS sociales et de lutter pour la promotion humaine de tous les citoyens, « en prêtant une attention particulière aux nécessités et aux droits des plus pauvres et aux plus abandonnés d\u2019entre eux ».Les catholiques, en particulier, sont invités à prendre la tête d\u2019un mouvement de solidarité fraternelle « qui doit apporter à tous les humains la satisfaction de leurs besoins de pain, d\u2019emploi, de logement, d\u2019éducation et la réponse à leurs aspirations à la responsabilité, à la liberté, à la justice, aux vertus morales, en un mot à un humanisme plénier ».Même langage dans les autres pays: le christianisme peut constituer un salut pour les peuples même sur le plan terrestre et humain: « Tout cela fait partie du message de la foi catholique, que je suis dans l\u2019obligation et la joie d\u2019annoncer ici.» L\u2019Église veut, dans un esprit de respect, de compréhension et d\u2019estime, contribuer à la tâche d\u2019assurer aux habitants de ces régions \u2014 particulièrement aux jeunes et aux pauvres \u2014 les conditions nécessaires à leur plein développement (à Colombo, Ceylan, le 5 désembre).Pour qui a suivi l\u2019enseignement et la carrière de Paul VI depuis son accession au souverain pontificat, le voyage en Extrême-Orient ne constitue pas plus un « virage à gauche » que les voyages à l\u2019ONU, en Inde ou en Amérique du Sud.Il marque, cependant, avec un accent peut-être encore plus fort, que l\u2019Église se veut toujours davantage au service de l\u2019homme et de tous les hommes, ouverte et accueillante à tous, « à l\u2019avant-garde de l\u2019action sociale » et prête à s\u2019engager pour les causes suprêmement humaines de la justice, du développement et de la paix.Devant ce spectacle, des profanes peuvent écrire que « l\u2019Église vire à gauche », mais les.initiés, eux, savent que telle a toujours été la mission de l\u2019Église parmi les hommes: seulement, à la suite du Concile et sous l\u2019impulsion de Paul VI, elle entend la remplir maintenant avec plus de vigueur, d\u2019humilité et de fidélité à ses origines.JANVIER 1971 TÉLÉVISION Un médium à redécouvrir par François Jobin * Prétendre aujourd\u2019hui que la télévision soit en train d\u2019opérer une révolution à travers le monde est devenu un lieu commun.Pourtant, ce phénomène est tellement récent que l\u2019on n\u2019a pas encore réussi à mesurer l\u2019importance du bouleversement qu\u2019il entraîne.Implosion et explosion Selon le très discuté McLuhan, la télévision aurait pour conséquence première de provoquer une implosion de l\u2019univers, c\u2019est-à-dire de rapetisser la planète de telle façon que l\u2019homme puisse désormais l\u2019appréhender globalement, totalement, sans pour cela devoir se livrer à d\u2019autre exercice que celui de tourner un bouton.Conséquemment, la télévision entraîne une prise de conscience chez l\u2019individu qui commence de vivre « en majeur » sur le mode planétaire, plutôt que de poursuivre « en mineur » une existence marquée au coin de l\u2019individualisme le plus strict, tribut qu\u2019il paye à la civilisation dite linéaire de l\u2019écriture.Cette théorie, toute stimulante soit-elle, ne laisse pas d\u2019engendrer un malaise qu\u2019il est bien difficile d\u2019ignorer.En effet, si la télévision réduit l\u2019univers à des proportions plus humaines et mieux intelligibles, elle maintient du même coup l\u2019homme dans l\u2019étrange attitude du spectateur muet, isolé devant son petit écran, à la fois prisonnier et détaché de cette image qu\u2019il regarde sans pouvoir s\u2019y intégrer autrement que par la pensée ou le rêve.En d\u2019autres termes, il apparaît que la télévision est avant tout un moyen de transmission et non un médium de communication, de sorte que son usager vit chaque jour un paradoxe: tourné vers un monde qu\u2019il perçoit enfin dans sa quasi totalité, il prend rapidement conscience de la distance qui l\u2019en sépare, sentiment qui a tôt fait de dégénérer en indifférence.Les théoriciens modernes des mass media distinguent trois temps dans la communication: élaboration, encodage et transmission d\u2019une information; perception, décodage et évaluation du message; enfin, une réponse qui reprend le cycle à son début.La télévision, dans son état actuel, ne satisfait pleinement qu\u2019aux deux premières conditions:\tl\u2019émetteur émet, l\u2019auditeur reçoit.Toute réponse de ce dernier est définitivement exclue.A la limite, on peut prétendre que cette affirmation n\u2019est pas tout à fait juste.En effet, une certaine réponse est possible.L\u2019auditeur possède les moyens de signaler son existence au diffuseur: la lettre ou, mieux, le téléphone.S\u2019il veut rejoindre un plus vaste public, la presse écrite à sa disposition, dans la mesure où l\u2019on jugera son * Réalisateur T.V.intervention pertinente et digne d\u2019intérêt.Mais, dans l\u2019un comme dans l\u2019autre cas, l\u2019auditeur est mis en état d\u2019infériorité par rapport au message auquel il réagit.Pour deux raisons: d\u2019abord, sa réponse ne peut être immédiate, de sorte qu\u2019elle a toutes les chances d\u2019être entendue alors que l\u2019information qui l\u2019a provoquée est depuis longtemps reléguée au grenier des souvenirs; ensuite, cette réponse n\u2019emprunte pas les mêmes canaux que le stimulus original, un peu comme si, au cours d\u2019une conversation téléphonique, un des interlocuteurs prenait sur lui de poursuivre la communication par courrier.Un troisième facteur peut enfin venir s\u2019ajouter aux deux premiers: le contenu du medium-tv ne provoque pas actuellement le dialogue.Donc, si le phénomène d\u2019implosion s\u2019avère réel, son corollaire, une explosion de l\u2019homme à l\u2019échelle planétaire, une participation de l\u2019individu à la collectivité, n\u2019est pas encore réalisé.Pour reprendre l\u2019image de la théorie mcluhannienne, le retour à la vie tribale primitive à la grandeur de la planète s\u2019effectuera peut-être, mais les membres de cette tribu n\u2019en seront que des spectateurs gavés d\u2019information jusqu\u2019à l\u2019écœurement, affreusement conscients de leur solitude et de leur inutilité.On peut imputer la responsabilité de cet état de fait à deqx grandes causes, la seconde découlant naturellement de la première.En premier lieu, la télévision utilise, pour transmettre ses informations, un équipement électronique hautement spécialisé bien loin de convenir à toutes les bourses et qui exige, de la part de celui qui s\u2019en sert, une foule de connaissances que l\u2019individu ne posssède généralement pas.Plus simplement, à cause de la complexité des moyens qu\u2019elle met en œuvre pour parvenir à ses fins, la télévision ne peut être que dirigée vers la masse et non pas, pour l\u2019instant, en émaner.En second lieu, et à cause même de son aspect technique imposant, l\u2019utilisation ou, comme l\u2019on dit maintenant, l\u2019exploitation des ondes, est laissée entre les mains de gouvernements ou d\u2019individus financièrement puissants qui en ont petit à petit modifié les objectifs premiers.Il n\u2019est pas question de faire ici le procès des gouvernements ou de l\u2019industrie privée \u2014 nous aurons l\u2019occasion d\u2019étudier plus tard cette facette du problème.Bornons-nous, pour l\u2019instant, à dégager un certain nombre d\u2019arguments qui appuient la thèse selon laquelle la télévision serait encore à découvrir.11 Téléspectacle : divertissement vs En Amérique du Nord, la télévision est tout naturellement devenue une extension du show-business.Ce médium, qualifié par les sociologues de « puissant moyen d\u2019information », sert actuellement de tremplin à ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler « l\u2019industrie » du spectacle.Il va de soi que l\u2019aspect divertissement de la télévision ne doit pas être négligé; il n\u2019en reste pas moins que sa « mission première » est tout autre: l\u2019information 1.Or, actuellement, près de 70% de la programmation des multiples stations canadiennes et américaines se fonde uniquement sur le divertissement gratuit.Les diffuseurs sont parfaitement conscients que leur position est intenable puisqu\u2019ils s\u2019efforcent, par tous les moyens possibles, de trouver un aspect culturel, éducatif ou informatif à chacune de leurs émissions 2.Si, au cours d\u2019une émission de variétés, l\u2019animateur réalise une entrevue avec quelque personnage public (comédien ou chanteur), on considère de facto cette portion de l\u2019émission comme étant de nature informative.Le sujet et le minutage précis de cette entrevue sont compulsés et consignés dans les rapports de fin d\u2019année, afin de démontrer que le principal souci du diffuseur est la transmission d\u2019information 3.Les conséquences de la mainmise de l\u2019industrie du spectacle sur la télévision sont nombreuses.Outre la disparition progressive de la dimension éducative et culturelle, deux autres éléments importants peuvent s\u2019y rattacher: l\u2019utilisation des ondes comme véhicule porteur de publicité et la fréquence de plus en plus grande de la diffusion en différé.Qui dit spectacle, dit vedettes; et qui dit vedettes, dit cachets.Sans vouloir contester la validité du système dans lequel nous vivons, admettons, pour les fins de la discussion, que la télévision privée et la télévision d\u2019Etat, quoiqu\u2019à des degrés divers, doivent rencontrer certaines obligations financières et même accumuler un certain profit dans les limites du bon sens.De sorte que, si les dépenses se chiffrent à des sommes astronomiques, les revenus doivent nécessairement être du même ordre.Je ne pense pas ici aux dépenses normales d\u2019achat, de personnel, d\u2019entretien et de roulement, auxquelles fait face toute entreprise de télédiffusion, mais bien aux sommes gigantesques qui sont consacrées chaque année aux cachets des artistes, à la fabrication des 1.\tLe mot information a été passablement galvaudé depuis quelques années.De même, le mot culture, qui recèle un je-ne-sais-quoi qui fait bondir les diffuseurs.En fait, ces deux termes sont presque synonymes et s\u2019appliquent à toute diffusion visant à décrire une réalité touchant directement l\u2019homme et son milieu.Le mot information ne peut être entendu comme recouvrant uniquement le champ des affaires publiques, ni le mot culture comme décrivant uniquement le domaine des arts.La définition est bien large, mais je préfère pécher par largeur que par étroitesse d\u2019esprit.2.\tA titre d\u2019illustration de cet avancé, notons qu\u2019une station québécoise range sous le vocable théâtre tous ses télé-romans.3.\tIl existe une opinion fort répandue qui veut que la responsabilité de l\u2019information relève avant tout de la télévision d\u2019Etat.Pour ma part, je refuse d\u2019user de ce critère pour distinguer télédiffusion publique et privée.J\u2019entends par télévision le medium, sans aucune référence à ses exploitants.4.\tC\u2019est tout le problème du langage de la télévision que nous posons ici.Nous y reviendrons en profondeur, bien qu\u2019il s\u2019agisse là d\u2019un sujet difficile à traiter étant donné sa nouveauté et son aspect fugitif.information décors et à l\u2019achat des accessoires.Ces dépenses sont, à mon avis, rendues nécessaires par l\u2019utilisation erronée qui est faite du médium et dont j\u2019ai parlé plus haut.S\u2019il faut des capitaux, l\u2019industrie du spectacle va les chercher dans les goussets de bailleurs de fonds qui ont nom commerçants, marchands ou industriels, lesquels exigent, en retour de leurs services, la possibilité d\u2019utiliser à leur tour les ondes à leur profit.Par voie de conséquence, la télévision est donc devenue la plateforme idéale de ces marchands désireux de rejoindre un public aussi vaste que varié dans l\u2019espoir de leur vendre une quantité non moins variée de produits.Nous reviendrons, dans un prochain article, sur les conséquences de la publicité télévisée.Pour l\u2019instant, il suffit de garder présent à l\u2019esprit qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un problème, à la fois pour la télévision en temps que médium et pour le spectateur.J\u2019ai parlé de la diffusion en différé comme une conséquence de la télé-spectacle.Il va de soi qu\u2019une émission enregistrée à l\u2019avance cause moins de problèmes, au plan de la technique, que cette même émission diffusée en direct.Possibilités de reprises, plus grande relaxation des participants, risques d\u2019erreurs amoindris ne sont que quelques-uns des facteurs qui font préférer aux artisans de la télévision le différé au direct.Tout cela est fort bien.Mais on oublie que la nature de la télévision, c\u2019est l\u2019immé-diateté.C\u2019est ce qui la justifie d\u2019être et la rend croyable.Accorder une préférence marquée au différé peut être louable au plan de la recherche de la qualité, mais c\u2019est quand même une négation de l\u2019essence même de la télévision.Il est évident que le différé doit être utilisé en certaines occasions.Pour la diffusion d\u2019un concert, la retransmission d\u2019événements éloignés dans l\u2019espace ou dans le temps et dont la réalisation implique une série de choix, la théorie de la « mise en boîte » se défend fort bien.Mais il me semble que ce sont là des cas d\u2019exception, qui n\u2019affectent en rien la validité de notre position.Une brève réflexion nous amène à constater que les grandes heures de la télévision ont été « en direct » ; la retransmission du contact avec la lune par les Américains, les événements de mai \u201868 à Paris, l\u2019élection du gouvernement fédéral, le conclave, etc.En s\u2019éloignant de l\u2019instantané et, partant, de l\u2019événement, la télévision se rapproche du cinéma dont elle est certes la fille, mais dont elle ne peut logiquement suivre les traces sans mettre sa propre personnalité entre parenthèses.McLuhan a beau prétendre qu\u2019un film projeté à la télévision se revêt d\u2019une nouvelle signification, il n\u2019en reste pas moins que cela constitue un pis-aller et ne saurait être de la pure télé 4.Il semble donc, si notre analyse est exacte, que la télévision ait fait fausse route depuis quelques années, du moins en Amérique du Nord.Tombée entre les mains des magnats du « showbiz », elle devra peu à peu s\u2019en dégager si elle veut remplir sa véritable fonction.Il est évident que le spectacle y trouvera toujours une place, mais cette place devra être marginale, un peu celle de l\u2019olive dans un martini ! L\u2019Église et l\u2019avenir du Québec Réflexion critique et prospective sur les interventions de l\u2019Église durant les événements d\u2019octobre par Jean-René Milot et Jean-Pierre Audet * L\u2019Eglise du Québec est intervenue, de diverses façons, dans le contexte des événements d\u2019octobre.Comment ces interventions furent-elles perçues ?Il importe de s\u2019arrêter quelque peu à cette question, dans un essai d\u2019analyse psychosociale (1ère partie), avant d\u2019amorcer une réflexion prospective plus proprement théologique sur le rôle de l\u2019Eglise dans notre devenir collectif, au Québec (2e partie).* Durant le mois d\u2019octobre et fin novembre, quelques professeurs et étudiants de la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal, section Etudes pastorales, se sont réunis à trois reprises pour réfléchir ensemble sur les événements que tout le monde connaît.A la suite de ces échanges, deux professeurs ont bien voulu dresser une sorte de bilan prospectif, pour le bénéfice des lecteurs de Relations.Les auteurs assument toutefois l\u2019entière responsabilité des opinions émises dans le présent article.M.Jean-René Milot en a rédigé la première partie, et M.Jean-Pierre Audet, la seconde.12 RELATIONS I Interventions et réactions Au cours des événements, il y a eu tout un éventail d\u2019interventions de l\u2019Eglise.On pense spontanément aux déclarations des évêques pendant les événements, et aussi à leur message de la Fête du Travail, qui avait pour titre Libération de l\u2019homme contemporain (texte reproduit dans le Devoir du 4 septembre 1970, p.16).Mais il y a eu encore les interventions des pasteurs dans les paroisses, des articles de journaux signés par des prêtres à titre individuel, des prises de position de groupes: des chrétiens ont fait part de leur réflexion à divers niveaux de media, individuellement ou comme groupe.A côté de tout cela, il faut signaler les interventions de citoyens, dont bon nombre sont chrétiens, mais qui n\u2019intervenaient pas à ce titre.Les réactions aux interventions de l\u2019Eglise ont semblé se centrer d\u2019abord sur l\u2019intervention de la hiérarchie: c\u2019est déjà significatif.Certains ont jugé important de manifester leur appui aux évêques, de diverses façons.D\u2019autres ont protesté de façon claire contre ce qu\u2019ils voyaient comme une ingérence de l\u2019Eglise là où elle n\u2019avait pas d\u2019affaire.Chez un grand nombre, \u2014 peut-être la majorité, \u2014 l\u2019intervention de l\u2019Eglise n\u2019a suscité aucun sentiment particulier, si ce n\u2019est de l\u2019indifférence.D\u2019autres, enfin, ont ressenti un malaise devant les interventions et devant les réactions qu\u2019elles suscitaient: il y a perplexité chez ceux qui, sans rejeter a priori la possibilité d\u2019une intervention de l\u2019Eglise, se sentent mal à l\u2019aise lorsque des interventions se produisent.Ce malaise est vague et indifférencié, mais il peut refléter des interrogations profondes.Il faut donc essayer de définir ce malaise, de le localiser.Le malaise et ses sources Dans certains cas, par le passé, le contenu des déclarations de la hiérarchie suffisait à discréditer ce genre d\u2019intervention aux yeux de plusieurs.Mais, dans les interventions de la hiérarchie que nous relevons ici, nous croyons déceler une rare qualité de contenu.Le message de la Fête du Travail présente une prise de conscience lucide et courageuse de la situation de notre société.Dans le contexte fébrile des événements d\u2019octobre, les déclarations des évêques Roy et Grégoire étaient porteuses d\u2019une dimension vraiment évangélique, qui tranchait sur l\u2019attitude souvent myope et provocatrice adoptée par certains hommes publics.Dans la mesure où il y eut malaise, on ne peut plus attribuer cette gêne surtout au contenu; pour nous, l\u2019interrogation se porte maintenant sur le fait même de l\u2019intervention, quel qu\u2019en soit le contenu : à quelles attentes répond le fait d\u2019intervenir, quelles perceptions a-t-on de ce fait dans le contexte actuel ?L\u2019Église perçue comme hiérarchie Il y a une perception de l\u2019Eglise qu\u2019on pourrait taxer « d\u2019épiscopalisme » : l\u2019Eglise, à tout le moins l\u2019Eglise-qui-parle, c\u2019est les évêques.A première vue, cet « épiscopalisme » paraît attribuable à une attitude des évêques: paternalisme qui se croit obligé et habilité à se prononcer sur tout, autocratisme qui présente ses vues personnelles comme le credo d\u2019une communauté.Mais il serait simpliste de s\u2019arrêter là.Nous ne voulons ni innocenter ni incriminer les évêques; notre but est de cerner une situation de fait, et attribuer la responsabilité de cette situation uniquement aux évêques serait simplifier singulièrement une question que la psychologie sociale nous révèle beaucoup plus complexe.Car il n\u2019est pas sûr que ce soient les évêques qui aient actuellement l\u2019initiative de l\u2019épiscopalisme.Le fait de leur intervention répond à l\u2019attente d\u2019une collectivité.En un sens, ils sont forcés d\u2019intervenir à cause d\u2019une fonction, d\u2019un rôle que leur demande de jouer un type d\u2019ecclésiologie encore fortement enraciné dans notre milieu.Cette attente n\u2019est pas toujours consciente, et les évêques n\u2019ont pas forcément conscience de répondre à ce genre d\u2019attente en intervenant.Il nous faut expliciter les composantes possibles de cette attente.Pour bon nombre de chrétiens, « la religion » doit être un facteur de stabilité, de sécurisation, au milieu d\u2019un monde où tout est remis en question et où règne un climat de confusion et de précarité des idées et des institutions: la religion reste un absolu, elle doit fournir des réponses à tous les problèmes \u2014 sinon, à quoi servirait-elle ?Dans cette même perspective, l\u2019habitat naturel de la religion, c\u2019est l\u2019Eglise.Dans l\u2019Eglise, le pape et les évêques sont les chefs; ils sont les dépositaires et les interprètes de la vérité évangélique.Cette conviction répond à un besoin fondamental que l\u2019on retrouve dans d\u2019autres sphères de la société: on a besoin de croire qu\u2019il y a « quelqu\u2019un qui sait ».Dans cette optique, l\u2019évêque est à l\u2019Eglise locale ce que le pape est à l\u2019Eglise universelle: « celui-qui-sait-pour-tel-endroit ».Quand on perçoit quelqu\u2019un comme « celui qui sait », on s\u2019attend à ce qu\u2019il parle, à ce qu\u2019il éclaire « ceux qui ne savent pas ».Lorsqu\u2019il a parlé, on n\u2019a qu\u2019à s\u2019aligner sur sa position.Cette façon globale de fonctionner n\u2019est pas propre au domaine religieux; on la retrouve dans d\u2019autres domaines.Elle est en pleine harmonie avec les postulats d\u2019une société de consommation où on ne perd pas son temps à faire soi-même ce qu\u2019un autre peut faire mieux que soi.Un contexte qui change Mais voilà que, dans l\u2019Eglise comme dans la société, le contexte évolue rapidement: on assiste au réveil du consommateur, et parfois à sa révolte.Au Concile Vatican II, les évêques ont clairement manifesté qu\u2019ils entendaient être autre chose que des dépositaires et des consommateurs des produits romains.Au niveau local, on sent le même besoin de participation chez ceux qu\u2019on appelle les « fidèles ».On est actuellement dans une situation de transition: les attentes et les réponses reliées à l\u2019instinct de consommation ne peuvent disparaître du jour au lendemain; avant de s\u2019en affliger ou de s\u2019en réjouir, il faut reconnaître dans cette persistance une constante relevée dans l\u2019histoire des civilisations aussi bien que dans la psychologie individuelle: dans ce que l\u2019on devient, il reste quelque chose de ce que l\u2019on était; cet instinct de continuité est une composante de l\u2019identité personnelle ou collective.Par ailleurs, les nouvelles attentes, reliées à l\u2019instinct de participation, ne sont pas encore pleinement conscientes, pleinement définies, chez les individus comme chez les groupes.Plus important encore, on n\u2019a pas encore trouvé les modes opérationnels qui tra- JANVIER 1971 13 duiront clairement dans les faits ce qui est déjà présent dans les intentions.Dans cet état de transition, on ne s\u2019étonnera pas que les interventions de la hiérarchie prennent un caractère ambigu.D\u2019une part, au niveau des attentes et des réponses, chrétiens et évêques sont tiraillés entre l\u2019instinct de participation, réel mais encore incohérent, et l\u2019instinct de consommation, toujours latent et subtilement actif: les interventions reflètent souvent ce tiraillement.D\u2019autre part, au niveau des modes d\u2019expression, les déclarations et les messages de la hiérarchie sont un medium qui, dans l\u2019esprit de plusieurs, reste associé à l\u2019instinct de consommation.Tant qu\u2019on aura l\u2019impression que, dans les faits, la déclaration véhicule le sentiment de l\u2019évêque ou de son entourage plutôt que la concertation de la communauté, on associera ce mode d\u2019intervention au besoin de consommation, et on se sentira gêné devant le fait même de l\u2019intervention, quel qu\u2019en soit le contenu.L\u2019Église perçue comme pouvoir Il fut un temps où le coup de téléphone d\u2019un évêque à Québec pouvait changer pas mal de choses.Aujourd\u2019hui, notre société ne tolérerait plus l\u2019intervention de là hiérarchie comme pouvoir de domination ou de pression; même les chrétiens sont devenus hypersensibles à tout ce qui peut s\u2019apparenter à cela.La société de type pluraliste ne reconnaît plus à l\u2019Eglise hiérarchique le rôle que l\u2019histoire du Québec lui avait fait jouer pendant si longtemps.Mais cette même société n\u2019a pas redéfini le rôle de l\u2019Eglise dans le contexte nouveau créé par la décléricalisation; il n\u2019y a pas de nouveau consensus social à ce sujet.Si, d\u2019aventure, les évêques entreprenaient de redéfinir leur rôle en répondant aux attentes de la société plutôt qu\u2019à une définition dogmatique pré-établie, ils se trouveraient devant une variété d\u2019attentes souvent contradictoires.A notre avis, il faut reconnaître, que cela plaise ou pas, le fait que l\u2019Eglise est encore un pouvoir dans notre société.Il faut en même temps reconnaître que ce pouvoir n\u2019est plus ce qu\u2019il était: il s\u2019apparente maintenant au pouvoir moral des corps intermédiaires.Du processus de sécularisation vécu au Québec est émergée une conception qui rejoint un désir manifesté au Concile: l\u2019Eglise cherche maintenant à se présenter non plus en rivalité avec la société, mais à son service.Mais il ne suffit pas que l\u2019Eglise désire passer du pouvoir-domination au pouvoir-service pour que cela soit réalisé immédiatement, pour que les attentes des chrétiens changent complètement dans le sens de ce désir, et pour que les perceptions de la société viennent confirmer ce nouveau visage que l\u2019Eglise veut présenter.Ici, comme dans le cas de l\u2019Église perçue comme hiérarchie, on se trouve dans un état de transition: l\u2019Eglise a quitté en intention le pôle du pouvoir-domination et s\u2019oriente vers le pôle du pouvoir-service; mais le passage n\u2019est pas complètement opéré: dans les attentes et les motivations profondes des chrétiens et des évêques, il subsiste des aspects inconscients apparentés au pouvoir-domination.Cet état de transition, marqué par l\u2019ambivalence, explique en bonne partie l\u2019ambiguïté d\u2019un geste comme la déclaration d\u2019un évêque.Encore une fois, quel qu\u2019en soit le contenu, ce mode d\u2019expression peut prêter à confusion: l\u2019Eglise a peut-être changé d\u2019intention profonde, mais tant qu\u2019elle utilise le même style de communication, sa crédibilité demeure hypothéquée.Le fait d\u2019intervenir publiquement dans ce style, dans une société qui n\u2019a pas redéfini le rôle de l\u2019Eglise, peut être l\u2019occasion d\u2019un malaise: on ne voit pas clairement à quel titre, au nom de qui, et à quelle fin l\u2019intervention est faite.Il Après un essai d\u2019analyse de ce qui est, notre réflexion tentera maintenant une prospective de ce qui pourrait être, en suggérant simplement quelques pistes de réflexion pour une Eglise qui veut, à tous ses niveaux, participer à la vie de la société québécoise.Pour certains théologiens, l\u2019Eglise devrait partout exercer un rôle critique à l\u2019intérieur de la société.Il nous apparaît cependant prématuré d\u2019importer d\u2019emblée au Québec une telle théologie.La raison en est simple: d\u2019une part, notre population est en majorité catholique; d\u2019autre part, la plupart de nos chrétiens ne sont pas encore sensibilisés à leur rôle actif et critique à l\u2019intérieur même de l\u2019Eglise.Avant donc de parler de la fonction critique de l\u2019Eglise dans la société, nous essaierons de voir comment peut se développer la fonction critique des chrétiens dans l\u2019Eglise elle-même.Fonction critique et prophétique des chrétiens dans l\u2019Église Un fait d\u2019abord : la critique active et engagée est très peu présente dans notre Eglise.\u2014 Nous savons bien qu\u2019une telle lacune n\u2019est pas imputable aux seuls évêques ou prêtres.Souvent, les chrétiens critiquent en petits cercles d\u2019amis, mais en se gardant bien de le faire savoir aux responsables officiels de la foi.Plus souvent encore, ils se désintéressent tout simplement de l\u2019avenir de leur Eglise.Il faut pourtant reconnaître que, si des évêques, des théologiens ou des prêtres de paroisse ont parfois exercé une certaine fonction critique dans l\u2019Eglise, ils y ont très peu poussé les laïcs: quand on invitait ces derniers à prendre leurs responsabilités dans l\u2019Eglise, il était rare qu\u2019on explicitait leur rôle dans un sens critique et prophétique; on se contentait le plus souvent de les inciter à participer à des organismes déjà en place.Il s\u2019agissait, pour le laïc, de remplir un rôle dans les rouages administratifs plutôt que d\u2019assumer une véritable fonction critique et prophétique.Ce que pourrait être une fonction critique et prophétique.\u2014 Le prophétisme est un héritage de l\u2019Ancien Testament, que vingt siècles d\u2019histoire de l\u2019Eglise ont passablement relégué aux oubliettes ! On ne peut pourtant bien comprendre quel pourrait être le sens chrétien d\u2019une fonction critique dans l\u2019Eglise sans retourner à ces hommes de l\u2019Ancien Testament, tels un Jérémie et un Amos, qui constituaient en quelque sorte la conscience lucide du peuple de Dieu: quand celui-ci avait tendance à se laisser aller, ils lui rappelaient les enthousiasmes des débuts et l\u2019incitaient à bâtir un avenir digne de sa haute vocation.Nous croyons qu\u2019une telle fonction critique est essentielle à toute société.Les siècles d\u2019immobilisme et souvent de triomphalisme qu\u2019a connus l\u2019Eglise catholique nous ont conduits à ne plus percevoir la nécessité d\u2019une fonction critique.Une telle fonction critique s\u2019est pourtant continuellement exercée dans l\u2019Eglise; mais on l\u2019a rarement perçue comme telle.14 RELATIONS C\u2019est habituellement aux périodes de crise que surgissent les prophètes, ces hommes qui annoncent vigoureusement qu\u2019il faut se reconvertir si on ne veut pas aller collectivement à la ruine.Pensons à un Luther; et, plus près de nous, à l\u2019attitude critique de l\u2019Eglise hollandaise face à la centralisation romaine.Nous assistons là, croyons-nous, à l\u2019éclosion du prophétisme dans une cellule de la grande Eglise.Ceci est déjà très significatif: la fonction critique revient tout autant et même plus à des collectivités qu\u2019à des individus.Pour ce qui regarde l\u2019Eglise du Québec, il nous semble important de favoriser l\u2019éclosion de ce sens critique chez des groupes entiers de chrétiens; et qu\u2019on ne craigne pas que le leadership d\u2019un tel sens critique appartienne principalement à des laïcs ! A qui revient le prophétisme dans l\u2019Eglise ?\u2014 Les media d\u2019information continuent à nous donner l\u2019impression que la fonction critique, dans l\u2019Eglise, revient principalement aux théologiens, aux prêtres et aux évêques.En quoi consistent en réalité les informations religieuses ?En des déclarations d\u2019évêques, de théologiens, de prêtres ! Pourtant l\u2019information religieuse devrait aussi se préoccuper de la réflexion et des initiatives de groupes de chrétiens; il en existe, des chrétiens engagés dans la recherche de nouvelles formules de vie chrétienne.Un journaliste quelque peu attentif à la vie pourrait facilement les trouver et rendre compte de leurs initiatives ! On ne devrait pas réduire aux seuls laïcs instruits la fonction critique et prophétique dans l\u2019Eglise.Tout chrétien, même le plus simple, devrait se sentir poussé à exercer son initiative sous divers aspects: travail social, intérêt pour les plus pauvres, démarches même politiques mues par de telles préoccupations .La fonction critique et le prophétisme dans l\u2019Eglise pourraient prendre ainsi une dimension de vécu plus que de « dit ».Il faudrait commencer par apprécier le travail social que font déjà beaucoup de chrétiens simples, mais engagés dans la vie de l\u2019Eglise comme dans celle de la société.Nous ne voulons aucunement exclure la possibilité qu\u2019un évêque ou un prêtre exercent une fonction de critique engagée dans l\u2019Eglise.Un Mgr Camara au Brésil semble l\u2019avoir très bien réalisée.Il revient pourtant difficilement à la plupart des évêques d\u2019exercer un tel JANVIER 1971 rôle; leur fonction est plutôt magisté-rielle et pastorale; du moins la perception qu\u2019en ont la plupart des chrétiens se limite-t-elle à cela.C\u2019est peut-être ce qui a concouru à rendre « inoffensif » le message des évêques lors de la fête du travail 1970.On a pourtant rarement vu un texte d\u2019évêques aussi concret et aussi engagé socialement: il était loin de se contenter de parler du ciel ! Depuis la crise d\u2019octobre 1970, il y eut diverses interventions de chrétiens.Plusieurs n\u2019eurent pas d\u2019échos suffisants dans les journaux; par exemple, certaines réunions spontanées de chrétiens pour réfléchir aux événements à la lumière de l\u2019Evangile.L\u2019intervention la plus intéressante, à notre point de vue, fut celle de Mgr Louis Lévesque, de Rimouski.Ce dernier donnait son appui entier d\u2019évêque à la protestation d\u2019un groupe de prêtres de la région de Matane.L\u2019intérêt d\u2019une telle protestation réside dans le fait qu\u2019elle partait de la base: ce sont les chrétiens eux-mêmes qui ont pris conscience, comme citoyens, du problème social de la Gaspésie; ils ont tenté diverses actions restées jusque-là inefficaces; une telle constatation les a conduits à amorcer une certaine conscientisation politique des masses.Ce qui est significatif, au niveau chrétien, c\u2019est que des prêtres de paroisse ont commencé à s\u2019intéresser à leurs difficultés et à leurs préoccupations; et ils n\u2019ont pas craint de faire corps avec eux dans une prise de position sociale et politique.L\u2019appui de l\u2019évêque à leur protestation fut le clou de ce qu\u2019on pourrait appeler un nouveau processus dans l\u2019Eglise: abandon du cléricalisme et de l\u2019épiscopalisme et naissance d\u2019une fonction critique surgissant de la base et appuyée aux divers échelons de l\u2019animation chrétienne.Fonction critique de l\u2019Église dans la société La protestation des « prêtres de Matane » nous plonge déjà dans une autre problématique, celle qui a trait à la possibilité d\u2019une fonction critique remplie par l\u2019Eglise à l\u2019intérieur de la société québécoise.A ce niveau, nous devons bien nous garder de deux tentations.La première tentation consisterait à focaliser l\u2019attention sur le fait que ce sont des prêtres qui sont intervenus.Il est certes indéniable que cela a aidé à la publicité des revendications gaspé-siennes.Et, politiquement parlant, cela n\u2019est pas à négliger.Il ne faudrait toutefois pas prolonger ainsi un cléricalisme qui a déjà trop marqué le peuple québécois.Que l\u2019intervention publique de prêtres aide à attirer l\u2019attention sur le travail que font déjà les chrétiens à la base, nous en sommes ! Mais si cela contribue à conserver l\u2019image d\u2019une Eglise où ce sont les prêtres qui parlent et agissent, nous sommes déjà plus réticents.Le danger est grand d\u2019identifier l\u2019Eglise à la hiérarchie ! Certains disent: l\u2019Eglise se tourne enfin vers la gauche; et ils en prennent pour preuve le message des évêques, les interventions du cardinal Roy et de Mgr Grégoire, celle des prêtres de Matane et de leur évêque.Pour eux, c\u2019est cela l\u2019Eglise qui s\u2019intéresse maintenant à la cause sociale 1 La seconde tentation consisterait en un nouveau triomphalisme qui ferait croire que tous les problèmes sociaux vont trouver leur solution dans l\u2019intérêt nouveau que leur porte l\u2019Eglise.Celle-ci deviendrait de nouveau la « répon-se-à-tout », cette fois-ci en s\u2019orientant vers la socialisation.Serait-ce là la fonction critique de l\u2019Eglise dans la société ?Ce serait simplement un nouvel impérialisme de l\u2019Eglise ! Le chrétien québécois est sollicité simultanément par ces deux tentations.Sous peine de se bercer d\u2019illusions et d\u2019abstractions, il faut reconnaître que la distance nécessaire à l\u2019exercice d\u2019une fonction critique n\u2019est guère donnée que dans une société véritablement pluraliste: l\u2019homogénéité d\u2019une société de chrétienté entraîne comme fatalement le cléricalisme et le triomphalisme.Comment, en effet, éviter ces écueils quand c\u2019est à des « fidèles » que les pasteurs s\u2019adressent en proposant des « solutions chrétiennes » aux hommes politiques et aux citoyens ?Or nous sommes déjà une société pluraliste.Mais nous avons peine à nous y situer et à renoncer aux habitudes du passé.Us nous apparaît donc que le pluralisme qui prend place au Québec avec la déchristianisation n\u2019est pas de nature à nous désoler; au contraire, c\u2019est dans un tel cadre que les diverses initiatives des chrétiens pourront pren- 15 dre leur véritable portée dans la société.Ainsi pourra s\u2019incarner la possibilité que des groupes de chrétiens parlent à la société au nom de l\u2019Eglise, qu\u2019ils entreprennent, comme chrétiens, une action sociale et politique; qu\u2019ils deviennent, au besoin, un des divers groupes de pression.De tels chrétiens ne prétendraient pas avoir réponse à tout.Us se situeraient simplement comme un des divers groupes sociaux; leur spécificité serait de le faire au nom d\u2019une foi et d\u2019une espérance: l\u2019espérance d\u2019un monde où les hommes puissent un jour s\u2019aimer comme des frères.En conclusion, les interventions d\u2019Eglise lors de la crise d\u2019octobre au Québec nous semblent d\u2019une grande qualité.Ce qu\u2019il nous faudrait maintenant envisager, ce sont les mécanismes à nous donner pour que l\u2019Eglise cesse d\u2019être identifiée à la hiérarchie.Pourquoi, par exemple, les responsables officiels de la foi (prêtres, théologiens, évêques) ne pourraient-ils pas devenir plus attentifs aux diverses initiatives critiques et prophétiques des chrétiens eux-mêmes ?Pourquoi n\u2019encourageraient-ils pas les chrétiens à intervenir plus souvent dans la société au nom de leur foi ?Il faudrait, pour cela, ne pas craindre que l\u2019orthodoxie soit parfois sacrifiée au profit de l\u2019engagement concret ! Mais peut-être un tel risque porterait-il des fruits féconds pour l\u2019avenir de l\u2019Eglise et du Québec dans son ensemble.DEVENEZ REPRÉSENTANT DE RELATIONS Nos abonnés peuvent être d\u2019excellents propagandistes.Un simple appel téléphonique et une visite à une personne amie, et vous avez occupé fructueusement quelques instants de loisirs.Propagez RELATIONS et faites-vous un revenu supplémentaire.Écrivez au Secrétariat de la revue pour obtenir les renseignements nécessaires: Pierrette Mongeau RELATIONS 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-351.L\u2019Église de Rimouski en synode par Julien Harvey Depuis plus d\u2019un an, discrètement mais avec beaucoup d\u2019initiative et de compétence, l\u2019Église de Rimouski s\u2019est mise en état de synode.Et même si une troisième phase reste encore à faire, la documentation recueillie permet d\u2019établir un bilan utile h À bien des points de vue, nous avons ici une enquête exemplaire et des synthèses partielles de toute première qualité.Une Église se regarde, avec lucidité, consciente de l\u2019effort à faire pour demeurer le témoin du Christ dans un monde qui change 1 2.Une image contestée L\u2019enquête révèle d\u2019abord clairement que quatre types de chrétiens coexistent dans la même Église.1° Les conservateurs.Ils représentent un peu plus que la moitié de la population.Leur appartenance religieuse est une appartenance institutionnelle.Ils appellent spontanément « l\u2019Église », la hiérarchie; ils cherchent d\u2019abord la sécurité de la foi, ils attendent des directives fermes et nombreuses, ils centrent leur christianisme sur eux-mêmes et sur leur famille.Ils risquent parfois de se considérer comme des clients de l\u2019Église.Sans vouloir changer d\u2019image de l\u2019Église, bon nombre d\u2019entre eux sont cependant réformistes.2° Les indécis.Moins nombreux que les premiers, ils se caractérisent par une appartenance 1.\tL\u2019auteur remercie le Département des sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Rimouski, qui a bien voulu lui fournir la documentation préliminaire à un ouvrage qui doit paraître au printemps de 1971.2.\tLe diocèse de Rimouski s\u2019étend sur près de 200 milles, le long du Saint-Laurent, de Cacouna à Capucins.Il s\u2019en éloigne jusqu\u2019à environ 90 milles à certains endroits.La population du diocèse est de 173,000 habitants, dont 99% sont canadiens-français baptisés.Le diocèse compte 120 paroisses.A l\u2019exception de quelques villes, Rimouski (30.000)\t, Matane (15,000), Mont-Joli (10.000)\t, et de quelques centres semi-ruraux (Trois-Pistoles, Amqui, Causapscal, Cabano, Sainte-Rose-du-Dégelis), le diocèse est fortement rural.Le chômage est élevé; le niveau de vie, bas; l\u2019émigration hors de la région, considérable.Sous la direction de Mgr Louis Levesque, le clergé compte 290 prêtres.personnalisée ferme.Ils ne se sentent plus encadrés, ne se sentent plus assez obligés à des pratiques, et par ailleurs réfléchissent peu sur leur foi, sur le renouveau catéchétique, liturgique, paroissial.Ils profitent souvent de la situation, en retirant seulement les avantages des deux appartenances.3° Les progressistes.Très minoritaires, mais actifs, ils sont passés d\u2019une appartenance institutionnelle à une appartenance personnalisée.Us ont écouté le concile et aussi le changement de la société québécoise.Ils ont souvent été touchés auparavant par l\u2019Action Catholique et la remplacent provisoirement.Ils ont souvent des difficultés de contact avec le groupe conservateur, lorsqu\u2019il s\u2019exprime avec amertume à leur égard.4° Les désengagés.Le groupe ne semble pas très nombreux encore à Rimouski, sauf peut-être chez les jeunes.Ce sont ceux qui ont quitté l\u2019appartenance institutionnelle et n\u2019ont pas retrouvé d\u2019appartenance personnalisée.Leur foi antérieure reposait sur autre chose que sur des besoins religieux et ils peuvent les satisfaire aujourd\u2019hui dans d\u2019autres engagements, surtout politiques et sociaux.Us gardent la foi au niveau intellectuel, car elle continue de fournir un sens à la vie.Mais elle ne passe pas dans la vie.Ce qui est contesté, différemment selon les groupes, c\u2019est d\u2019abord une image pyramidale de l\u2019Église.Une pyramide hiérarchique (pape, évêques, prêtres, avec en plus les religieux) superposée à une large base peu différenciée, malgré le quadrillage parois-cial, les laïcs.On conteste l\u2019expérience de se sentir en dehors de l\u2019Église, de n\u2019en recevoir que des directives et des sacrements, de n\u2019avoir comme vertu fondamentale que la docilité.On cherche la solidarité, la responsabilité commune de faire l\u2019Église.Les traits contestés dans cette Église apparaissent précisément: 1° l\u2019autoritarisme, qui empêche de découvrir dans 16 RELATIONS l\u2019Église la vraie liberté chrétienne; 2° le paternalisme, qui accapare inconsciemment les valeurs, concentre les charismes dans la hiérarchie, ne consulte pas ou consulte fictivement; 3° le caractère abstrait et irréaliste des projets, de la morale et de la spiritualité; 4° enfin, l\u2019argent et le pouvoir, quand ils occupent une place trop considérable dans les soucis et les réalisations de la hiérarchie.Les moteurs de cette contestation sont multiples: la crise économique et les mouvements d\u2019animation sociale qu\u2019elle fait naître, les communications multipliées et l\u2019école nouvelle, le concile, et aussi le changement culturel qui amène une nouvelle définition du bonheur et des motivations réelles de la vie humaine.Une image espérée L\u2019image, encore floue mais discernable, qui se dessine comme remplacement déjà en cours de l\u2019Église pyramidale, est centrée sur la solidarité dans un peuple de Dieu manifestant, par sa vie même, la présence active de Jésus-Christ vivant et libre.Une Église qui se détache de l\u2019idée qu\u2019elle est une culture dans la culture, pour manifester davantage qu\u2019elle est un ferment dans la culture commune.Une Église qui a conscience d\u2019être missionnaire, dans le milieu même où elle vit, en témoignant d\u2019une espérance transcendante, manifestée par un souci constant du partage, de la justice, du pardon des offenses, de la liberté, au-delà des assurances et de la consommation.Les services de cette Église requièrent que la distinction entre clercs et laïcs s\u2019amenuise considérablement.Non pas que les critiques de l\u2019Église de Rimouski sur son clergé soient acerbes; elles sont modérées et très souvent positives.Mais on souhaite clairement deux choses: que son style de vie et ses préoccupations ne lui permettent pas de se détacher vitalement des soucis de la communauté chrétienne lorsqu\u2019il en serait tenté.Ensuite, qu\u2019il ne soit pas dans une position sociologique qui lui permette de concentrer tous les charismes, celui des parents, des catéchè-tes, des prophètes.Et, parlant de prophètes, une réclamation paraît plusieurs fois dans l\u2019enquête: il faut à l\u2019Église de Rimouski des prophètes, et elle a conscience actuellement de ne pas en avoir.Cette Église nouvelle trace les grandes lignes de son projet.Il est très marqué par la situation présente de la région, une région où le nombre des assistés sociaux augmente démesurément d\u2019année en année.Manifester la charité en donnant une voix aux pauvres, en humanisant les mécanismes de renouveau social et économique.En arriver enfin à une célébration sacramentelle approfondie par une plus grande fraternité, en particulier à une Eucharistie qui soit la plus haute symbolisation réelle de la solidarité.La voie privilégiée de transition est la proclamation de l\u2019Évangile.Par une catéchèse intensifiée, par la prédication, par l\u2019animation sociale chrétienne.Ici encore, on se plaint de l\u2019absence de prophètes.Et les réflexions montrent bien que le problème de l\u2019adaptation de la proclamation est ardu: la question humaine doit être approfondie jusqu\u2019au point où elle ne peut recevoir de réponse simplement humaine.À ce moment, la réponse de Jésus, le don de la grâce et de l\u2019espérance en la vie éternelle, peut être entendue, sans qu\u2019elle pousse à mettre entre parenthèses le devoir de commencer ici la réalisation du Royaume, pour que le message de Jésus soit croyable, pour que les espoirs nourrissent l\u2019espérance.Un groupe porteur d\u2019espérance Une des grandes valeurs de l\u2019enquête de Rimouski me semble être qu\u2019elle discerne un groupe porteur d\u2019espérance et une démarche de ce groupe.Dans une des synthèses intermédiaires, un théologien de l\u2019université locale montre un parallélisme frappant, à partir des données de l\u2019enquête, entre la situation du peuple de Dieu en exil et la situation actuelle de l\u2019Église de Rimouski.Or, pendant cet exil, le groupe porteur de la foi et de l\u2019espérance a un nom: ce sont les « pauvres de Yahvé ».Ce sont ceux chez qui, actuellement, la foi est vécue, où la prière existe, où la présence de Jésus est sentie et pousse à l\u2019action courageuse et austère, au renoncement à son égoïsme pour aider concrètement les autres.Et qui, par ailleurs, ne se durcissent pas dans des certitudes prématurées, qui vivent un optimisme mêlé d\u2019inquiétude, qui ne condamnent pas les attitudes ni les personnes dont les opinions sont différentes.Le problème, c\u2019est que ces pauvres de Yahvé se retrouvent dans tous les groupes, conservateurs comme progressistes, comme parfois même parmi les indécis ou les désengagés.Ils sont laïcs ou religieux ou prêtres, instruits ou non, jeunes ou vieux, souvent pauvres.AUGMENTATION DU PRIX DE L\u2019ABONNEMENT A partir de janvier 1971, le prix de l\u2019abonnement à Relations sera porté de $6 à $7.Le prix de l\u2019abonnement avait été porté de $5 à $6 en janvier 1969.Effectivement, cette augmentation du prix de l\u2019abonnement a été trop timide, étant donné celle des frais de production, d\u2019expédition et d\u2019administration.Nous pensons que nos abonnés auraient facilement accepté que l\u2019abonnement soit porté, dès ce moment, à $7.C\u2019est dire que nous avons la ferme confiance qu\u2019ils envisageront avec bienveillance l'augmentation actuelle.Nous remercions d\u2019avance bien cordialement tous ceux qui, comme en janvier 1969, nous honoreront de leur fidélité.Techniquement, l\u2019augmentation actuelle demeure modeste.Nous suggérons à nos amis deux bonnes manières de la compléter et, ce faisant, d\u2019assurer davantage la vitalité de Relations.1) Payer un abonnement de soutien.2) Trouver de nouveaux abonnés parmi leurs parents et leurs amis.Bonne année à nos lecteurs, à nos annonceurs, à Relations ! JANVIER 1971 17 Dans cette perspective, un dynamisme précis, susceptible d\u2019aménagement pastoral, se dessine nettement: les pauvres de Yahvé, ces chrétiens dont la foi est le centre vital de structuration de leur vie, doivent se connaître, se regrouper, sortir de leur isolement, pour en arriver à une proclamation croyable de VÉvangile, appuyée sur des gestes de vie chrétienne engagée, et parvenir à un projet commun de justice sociale et de charité désintéressée.Ce dynamisme, vie-prière-parole-projet, n\u2019exige pas, de soi, que tous les chrétiens engagés participent activement aux trois phases, mais personne ne doit en demeurer à une seule, sous peine de compromettre tout le projet.Car alors la foi risque de redevenir privatisée, la catéchèse de se vider de Jésus-Christ aimé et suivi, le projet de devenir pure animation sociale.Conclusion Il est difficile de conclure de façon rigoureuse, vu qu\u2019une phase entière du synode demeure à faire au cours de l\u2019hiver.Mais on peut au moins conclure que le synode de Rimouski trace les grandes lignes de l\u2019adaptation de l\u2019Église dans le diocèse, et que ce sont des lignes profondément chrétiennes et susceptibles d\u2019aménagement pastoral.On peut souhaiter que la dernière phase étudie plus en détail les adaptations requises à une Église missionnaire aux dimensions du diocèse.L\u2019Action Catholique ne semble pas avoir marqué profondément le diocèse; on peut se demander si l\u2019action des chrétiens engagés ne devrait pas prendre cette direction privilégiée.Il faudrait sans doute mieux définir la notion d\u2019Action Catholique (en insistant moins sur son rôle d\u2019auxiliaire de la hiérarchie, pour accentuer davantage ses traits d\u2019organisme missionnaire du peuple de Dieu), mais l\u2019essentiel demeure qu\u2019il faudra des chrétiens dont l\u2019engagement dépasse la cellule locale ou paroissiale.Un autre trait peu marqué est la fonction des religieux et religieuses dans l\u2019Église de demain, à Rimouski; il serait souhaitable qu\u2019on s\u2019y attache.18 Enfin, une remarque très importante d\u2019un sociologue mérite d\u2019être relevée: le challenge que représentent les jeunes.Ce sont eux qui rappellent l\u2019urgence.Si l\u2019aménagement pastoral nouveau n\u2019a pas lieu d\u2019ici dix ans, les jeunes auront tellement décroché que l\u2019Église de Rimouski, actuellement baptisée à 99%, sera devenue un petit groupe.Le beau projet en cours laisse espérer qu\u2019elle vivra au contraire un second printemps.Crise d\u2019identité chez les laïcs québécois un billet de René Champagne Un ami prêtre me disait récemment combien il avait été surpris d\u2019apprendre que deux laïcs avaient dîné au réfectoire de sa communauté, sans qu\u2019il ait pu lui-même les remarquer, tant leur costume ressemblait à celui de tout le monde.« On ne peut plus reconnaître les laïcs », me confiait-il d\u2019une voix attristée.Ces propos font réfléchir.Il serait abusif qu\u2019à partir de la seule tenue vestimentaire on portât un verdict global sur une personne ou sur un groupe de personnes.Le vêtement, après tout, ne représente qu\u2019un aspect superficiel, épidermique, dans l\u2019expression de la personnalité.Il ne dévoile pas tout.Mais la disparition progressive, en certains endroits, d\u2019un costume distinctif pour les laïcs, jointe à d\u2019autres phénomènes que les modestes limites de ce billet nous interdisent de souligner, laisse à penser que le laïcat du Québec traverse actuellement une crise d\u2019identité.Ne dramatisons rien.Il ne sert à rien de dramatiser.Mais voyons quand même les choses en face, avec réalisme, avec sérieux.Naguère, et jusqu\u2019à ces toutes dernières années, on pouvait aisément à son costume identifier le laïc.Dans certaines régions de la province, Dieu merci ! mais pour combien de temps encore ?ce repérage demeure possible.Régions mieux conservées, comme on dit, mais rares.Maintenant, laïcs, prêtres, religieux portent le même costume, sur la rue, dans le métro, au bureau, au restaurant, et même parfois à l\u2019église.On comprend la surprise désenchantée de mon ami.Car un tel anonymat ne peut que provoquer des situations ambiguës, voire même gênantes.Si par exemple tel laïc, rencontré par hasard, ne s\u2019est pas au préalable identifié, c\u2019est longuement \u2014 et parfois en vain \u2014 qu\u2019il vous faudra le regarder, l\u2019écouter, avant de pouvoir soupçonner qui il est.Avant de déceler certains indices qui, à défaut de preuves frappantes, vous permettent avec quelque « caution morale » de lui poser la délicate question: « Seriez-vous un laïc ?» Naguère, la présence des laïcs se faisait concrète, visible.Une telle présence rendait impossible une aventure comme celle qu\u2019a connue mon ami.Qu\u2019est-il donc survenu pour que, si rapidement, dans une province pourtant si laïcisée, le laïcat, délaissant le sanctuaire de la transparence, se soit glissé dans les cryptes de l\u2019anonymat ?Il importe peu que l\u2019on puisse ou non répondre à cette question.Ce qui importe, c\u2019est que nos laïcs du Québec, avec courage et lucidité \u2014 ils en sont capables \u2014, procèdent à une franche réévaluation de leur rôle et à la récupération de leur identité.Ils doivent comprendre comme étant adressés à chacun d\u2019eux les mots de l\u2019Apocalypse: «.repens-toi et reprends ta dignité première » (2: 5).Il s\u2019agit bien, en effet, d\u2019une crise d\u2019identité.C\u2019est surtout par rapport au clergé que se déploie cette crise, c\u2019est surtout par rapport à lui qu\u2019elle se résoudra.Mais n\u2019allons point croire qu\u2019elle se résoudra facilement.Les mutations rapides tout autant que radicales dont notre société fait l\u2019expérience ont arraché au laïc les coordonnées qui jusqu\u2019ici lui permettaient de se situer.Si le rôle du prêtre se dessine avec clarté, le soin exclusif des choses spirituelles, rôle dont il s\u2019est d\u2019ailleurs toujours admirablement acquitté au Québec, celui du laïc ne se laisse pas définir aussi facilement; il ne jouit pas de ce « ça va de soi » qui caractérise si bien le rôle du clergé.Le laïc ne doit-il pas embrasser d\u2019un même élan le spirituel et le profane ?le céleste et le terrestre ?Comment pourra-t-il surmonter cette déchirure qui le menace sans cesse entre l\u2019au-delà et l\u2019ici-bas, entre l\u2019eschatologie et l\u2019incarnation, entre Dieu et César ?Bien naïf celui qui estimerait facile à réaliser dans le concret l\u2019harmonie entre ces différentes réalités ! Nous osons penser que notre cher laïcat québécois retrouvera bientôt son identité, qu\u2019il reconnaîtra sa dignité, selon le mot admirable de saint Léon le Grand.Il n\u2019a qu\u2019à remuer les coquillages du souvenir et à se rappeler le rôle irremplaçable qu\u2019il a joué dans notre histoire religieuse et culturelle.Sans lui, sans son labeur multiple et tenace, sans sa vigilance toute sacerdotale, pourrions-nous dire, notre histoire ne serait pas cet « écrin de perles » qu\u2019a chanté un de nos grands poètes.Le clergé, il va de soi, de par sa propre sécurité intérieure, contribuera pour beaucoup à ce retour au jeu du laïcat Ainsi, il est permis de l\u2019espérer, reviendront parmi nous ces jours bénis où, enfin dissipée l\u2019ère des quiproquos, mon ami prêtre, tout comme jadis, aura la joie de reconnaître \u2014 à son costume, car l\u2019habit fait le moine \u2014 le laïc, invité d\u2019aventure au réfectoire de sa communauté.RELATIONS Anthologies à la douzaine! par René Dionne Depuis trois ans ont paru une bonne douzaine d\u2019anthologies de notre littérature.Nous avons déjà rendu compte de celle des Lettres nouvelles et longuement présenté les recueils de Jacques Cotnam et d\u2019André Renaud.Voir Relations, 27 (1967): 304-305; 30 (1970): 279-280 et 311-313.Sans prétendre à faire complet, nous voudrions mentionner ou commenter ici les quelques autres que nous connaissons.Pour les anglophones C\u2019est en vue de mieux faire connaître le vrai visage du Québec que le Centre d\u2019Etudes canadiennes-françaises de l\u2019Université McGill publiait, en 1967, sous la direction de M.Laurier L.LaPierre, Québec : hier et aujourd\u2019hui (Toronto, The Macmillan Company of Canada, 1967, 306 pp.), « une anthologie de la pensée canadienne-française », « à l\u2019usage des jeunes anglophones de l\u2019Ontario et du reste du Canada ».Au même public s\u2019adressent De Québec à Saint-Boniface (Toronto, Macmillan of Canada, 1968, 286 pp.), «récits et nouvelles du Canada français » choisis et annotés par Gérard Bessette, et Littérature canadienne-française contemporaine (roman, poésie, critique et essais, théâtre) de Gérard Toueas (Toronto, Oxford University Press, 1969, 310 pp.).Etant donné la notoriété de son auteur, cet ouvrage aura droit, un jour ou l\u2019autre, ici ou ailleurs, à un traitement spécial de notre part.Les anglophones peuvent aussi lire avec plaisir The Poetry of French Canada in Translation (Toronto, Oxford University Press, 1970, XXVI-270 pp.); John Glassco y a réuni, traduits par 22 poètes canadiens-anglais, 194 poèmes de 47 écrivains canadiens-français.Le lecteur ukrainien, lui, dispose d\u2019une excellente anthologie bilingue, préparée par Constantin Bida: Poésie du Québec contemporain (Coll.« Etudes slaves \u2014 Université d\u2019Ottawa », 2.\u2014 Montréal, Librairie Déom, 1968, 205 pp.).Ces diverses anthologies, toutes destinées qu\u2019elles soient à des publics étrangers, sont loin d\u2019être dépourvues d\u2019intérêt pour un lecteur francophone.Mais passons aux recueils plus particulièrement voués à ce dernier public.Guy Sylvestre et H.Gordon Green: Un siècle de littérature canadienne.A Century of Canadian Literature.\u2014 Montréal, Editions HMH et Toronto, The Ryerson Press, 1967, 599 pp.Publié à l\u2019occasion du Centenaire de la Confédération, cet ouvrage a été, souvent pour ce seul motif, boudé par les Québécois, Il n\u2019en est pas moins, en sa partie française, l\u2019œuvre d\u2019un homme de goût, M.Guy Sylvestre, qui a su tirer le meilleur parti possible de l\u2019occasion qui lui était donnée d\u2019affirmer l\u2019existence, à côté de la littérature canadienne-anglaise, d\u2019une littérature canadienne de langue française.Que l\u2019une et l\u2019autre co-existent ici de façon arbitraire, baroque et paradoxale, ne doit pas nous étonner davantage que cette drôle de vie, commune sans l\u2019être, que nous menons en ce pays « qui est comme une tache sous le pôle, comme un fait divers, comme un film sans images » L L\u2019anthologie de MM.Sylvestre et Green est le résultat d\u2019un travail d\u2019équipes: « En fait, seize personnes ont participé au choix des textes français reproduits ici et, pour chaque genre littéraire, de cinq à sept spécialistes de nos lettres ont été consultés.» (Préface de G.Sylvestre, III.) D\u2019un premier choix de 391 textes de 156 auteurs de langue française, MM.J.-C.Bonenfant, Duhamel, Marcotte et Sylvestre ont finalement retenu 89 textes de 78 auteurs.Ces textes donnent-ils une image fidèle du Canada français ?Pour répondre pertinemment à cette question, il faudrait que le Canada français, \u2014 s\u2019il existe encore, et non plus seulement le Québec, \u2014 sût lui-même ce qu\u2019il est.En l\u2019état actuel de notre vie collective, nous ne pouvons reconnaître, en la partie française de cette anthologie, qu\u2019une loyale recherche de ce que nous sommes ou avons été.Qu\u2019il s\u2019agisse de notre identité littéraire (pp.47-67), psychologique (93-97, 555-564), sociale (99-135), etc., nous n\u2019en parlons qu\u2019avec une connaissance partielle et une conscience divisée.Nous sommes davantage nous-mêmes au moment où, renonçant à toute tentative de définition ou d\u2019explication, \u2014 historique ou autre, \u2014 nous consentons simplement à exprimer la vie qui, en nous, demande à naître bien humblement au niveau des images.Nous devenons alors « le fils déchu » de Desrochers (251-252), l\u2019exilé de Ringuet (234-240) et de Hertel (258-260), le nostalgique coureur d\u2019espace ou de ciels de Grandbois (252-256), puis, après bien d\u2019autres avatars, « l\u2019enfant dépossédé du monde » dont nous parle Anne Hébert; adieu l\u2019adolescence (356-360, 469-476), il nous reste à ras de terre, « petite misère » que nous sommes, la vision de Saint-Henri (349-356); si la vocation agit encore (374-382), c\u2019est au niveau d\u2019emploi du «doux-amer» (435-451) et de la révolte haineuse qui pourrait aller jusqu\u2019au refus de vivre (452-481).Heureusement, reste aussi, et quand même, la « poésie, solitude rompue », passion d\u2019un monde de paix et volonté d\u2019exorciser une fois pour 1.Jean-Guy Pilon, Recours au pays (1961), dans Comme eau retenue.Poèmes 1954-1963.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1968, 125.toutes la « malebête » du passé (529-554) : « C\u2019est le premier matin du monde et j\u2019interroge (.) J\u2019abolirai la mort je vivrai à tout prix.» Ces vers de Gatien Lapointe, tête haute, regard fier tourné vers l\u2019avenir, c\u2019est nous .et demain.Aujourd\u2019hui n\u2019existent que deux visages dont les regards parallèles, si d\u2019aventure il leur arrive de se croiser, s\u2019entrechoquent plus qu\u2019ils ne communient; deux langues qui se brouillent davantage, lorsqu\u2019on les entend, qu\u2019elles ne se comprennent.M.Duhamel aurait « préféré que les textes français ne fussent pas entremêlés, que l\u2019on distinguât nettement entre les deux florilèges, ce qui eût facilité la consultation et évité une certaine confusion ».C\u2019est juste, mais célébrant l\u2019union pouvait-on aussi légèrement donner l\u2019image de la séparation ?« On ne paraît pas s\u2019être soucié, écrit encore M.Duhamel, d\u2019un ordre chronologique très rigoureux.» 2 Mais comment retracer le chemin du temps là où il n\u2019a pas agi, s\u2019est étiré tout au plus ?En somme, l\u2019anthologie de MM.Sylvestre et Green ne trahit pas tellement la réalité canadienne .La Société des Poètes canadiens-français: La Poésie il y a cent ans.Essai et anthologie par Reine Malouin.-\u2014 Québec, Editions Garneau, 1968, 111 pp.Avec l\u2019aide du Service du Centenaire de la Confédération canadienne, la Société des Poètes canadiens-français a voulu ajouter aux manifestations de « cette année-là » la voix de la souvenance poétique: une anthologie de la poésie d\u2019il y a cent ans, présentée par Alice-L.Lévesque (p.8) et précédée d\u2019une introduction (9-31) de Reine Malouin.Cette introduction, mal composée et écrite dans une langue incertaine ou incorrecte, échappe rarement à la banalité.En portent témoignage ces lignes choisies entre bien d\u2019autres: Il y a donc une réelle relation entre les œuvres des poètes et l\u2019époque où ils vivent, c\u2019est inévitable.Leurs poèmes sont des jugements.Ils sont les interprètes des sentiments de leurs contemporains, ils révèlent les concepts des individus, la réalité des situations.Leur perception, leur vision sont le fondement même de leurs cris, la nature de l\u2019amour qui fait naître les poèmes.Ces derniers ne sont pas une interrogation, mais un témoignage d\u2019une valeur existentielle.Ils sont lumière et vie.Et quiconque veut se donner la peine de sonder et comprendre les poètes, même lorsque ceux-ci accusent 2.Dans le Droit, 6.1.68:12.JANVIER 1971 19 des limites, ne peut que se retrouver lui- même dans leur identité, et même dans leur réalité psychique (10).Pareille écriture ramène forcément aux origines de notre littérature.De celle-ci Madame Malouin tâche à retracer l\u2019histoire depuis le régime français; elle y pâment avec heur et malheur.Elle a bien saisi, par exemple, pour « les âmes canadiennes » d\u2019il y a cent ans, la puissance d\u2019attrait du romantisme français; mais il me semble anachronique d\u2019en attribuer à Crémazie la « transplantation » au Canada3.Et nos auteurs qui imitent trop, comment peut-on les justifier ou excuser en affirmant que Racine et Corneille ont été « des fidèles copistes des poètes de l\u2019antiquité» (21) ?Il n\u2019en reste pas moins, comme l\u2019affirme Madame Malouin, que nos poètes du siècle dernier sont les témoins « d\u2019une vie intellectuelle propre au Canada naissant » : « c\u2019est à l\u2019état aigu qu\u2019ils vivent le conflit de deux cultures en marche, de deux civilisations qui s\u2019opposent, avec en plus, le positivisme du temps qui fait constamment la guerre à l\u2019imagination, à la sensibilité, au rêve, alors que la science fait effort pour se substituer aux valeurs du sentiment» (23).Parmi les quelque soixante-dix poètes dont Madame Malouin retient les noms (23-24), on s\u2019étonne de ne point retrouver F.-X.Gameau et A.Gérin-Lajoie, alors qu\u2019on y voit d\u2019augustes inconnus.Mais ce sont là péchés mignons à côté des conclusions (28-31) de Madame Malouin: diverses remarques cocasses sur les rôles respectifs de l\u2019histoire, de la philosophie, de la psychologie et de la poésie; des perles comme celle-ci: à nos poètes d\u2019il y a cent ans (sic), «les cauchemars de la Révolution française prouvèrent qu\u2019ils pensèrent juste » (sic) ; et cette interrogation à propos de nos poètes contemporains: « Ont-ils une âme ?Ont-ils un esprit canadien ?» De l\u2019anthologie qui suit (33-108), il faut déplorer que des notices biographiques réduites à quelques lignes accaparent quand même une page entière; ces notices auraient fort bien pu être mises en notes au bas des pages et celles-ci, consacrées à la poésie.Du choix des poèmes, qu\u2019il soit permis de ne dire que ceci: lorsqu\u2019il est original, il est mauvais; et s\u2019il lui arrive d\u2019être bon, il n\u2019est pas original.Tout pauvres qu\u2019ils soient, nos vieux auteurs méritaient un meilleur sort.Pensez à ce pauvre Sir Adolphe-Basile Routhier, poète là représenté par son seul « chant national » (75) .Adrien Thério: L\u2019Humour au Canada français.Anthologie.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1968, 290 pp.Qu\u2019est-ce que l\u2019humour ?Enquête menée par M.Adrien Thério dans les grands dictionnaires et les bons auteurs, il se trouve que personne jusqu\u2019ici n\u2019a formulé une réponse satisfaisante à cette question.Même les Anglais, pourtant réputés bons connais- 3.Voir, entre autres, David Hayne, « Sur les traces du préromantisme canadien », dans Archives des lettres canadiennes, tome I: Mouvement littéraire de Québec, 1860.Bilan littéraire de l\u2019année 1960.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1961, 137-157.seurs ès humour, n\u2019auraient fait que balbutier sur le sujet.M.Thério renonce donc, à son tour, à définir l\u2019humour, mais après avoir, comme bien d\u2019autres, essayé de décrire ce que l\u2019on est convenu d\u2019appeler de ce nom et qui varie selon les peuples et les individus.Ce serait un curieux amalgame d\u2019esprit, d\u2019ironie, de sarcasme, de plaisanterie, de satire, de gaieté, de légèreté, etc.Et là-dedans, la gaieté importerait avant tout.De fait, l\u2019humour sévère, méchant, \u2014 le noir ne l\u2019est pas nécessairement, \u2014 confine plutôt à l\u2019ironie, puis tourne à la satire, et aboutit au sarcasme; par ailleurs, l\u2019humour trop léger côtoie la plaisanterie, d\u2019où il peut se perdre dans la bonne blague, voire dégénérer en grosses farces.Aussi importe-t-il beaucoup que préside aux propos de l\u2019humour, s\u2019il veut être digne de ce nom, la finesse d\u2019esprit qui fait appel à l\u2019intelligence et au bon goût.L\u2019humour étant ainsi entendu, sinon défini, surgit une seconde question, que M.Thério dit bien connaître pour se l\u2019être fait poser bien des fois: l\u2019humour, est-ce que ça existe dans nos lettres ?M.Thério croyait que oui, et son anthologie lui donne raison.Il y a là de bons vieux auteurs du dix-neuvième siècle que l\u2019on relit avec plaisir: N.Aubin, H.Fabre (le plus fin), H.Ber-thelot, le Fréchette d\u2019Originaux et détraqués (le plus vivant: il a ce que l\u2019on appelle «une voix»), Ephrem Chouinard (on le découvre); par contre, Rémi Tremblay ennuie et Arthur Buies, le plus spirituel et le plus mordant, est ici assez mal représenté.Le choix est plus vaste au vingtième siècle, mais ce siècle ne l\u2019emporte guère que d\u2019une longueur sur le précédent: on y manie davantage la satire que l\u2019humour.M.Thério a quand même fait bonne cueillette: J.Fournier, Oscar Masse (pas assez connu), A.Laberge, E.Coderre, F.Hertel (comme Fréchette il a « une voix », mais il la soutient mal), G.Sylvestre (plus fin que Francœur-Panneton), etc.De Jacques Fer-ron et Cari Dubuc (un vrai humoriste celui-là), on ne lit pas ici les meilleurs textes.Quant à Raymond Goulet et André Pouliot, ils ne méritent tout simplement pas leurs places.Un La Rabastalière ou quelque critique persifleur du dix-neuvième siècle eussent bien mieux fait l\u2019humour.M.Thério a l\u2019honneur et le mérite du pionnier.Ses recherches le conduiront certainement à une deuxième édition, ainsi qu\u2019il nous en avertit dans son avant-propos.Et puis, peut-être que l\u2019exemple entraînant.Poètes du Québec réunis par Gaston Bourgeois.Aperçu de la poésie contemporaine.\u2014 Paris, Editions de la Revue moderne, 1968, 196 pp.Cet « aperçu de la poésie contemporaine » a l\u2019allure d\u2019un dictionnaire; y sont rangés d\u2019après l\u2019ordre alphabétique de leurs 120 auteurs (depuis Emilia B.Allaire jusqu\u2019à Liliane Vien Baudet) 120 poèmes d\u2019une à deux pages.Ainsi, « à l\u2019heure où les échanges culturels entre la France et le Québec entrent dans une phase nouvelle et connaissent une intensité jamais atteinte» p.5), M.Gaston Bourgeois a voulu faire connaître aux lettrés de son pays, « sans la juger », « l\u2019ensemble de la poésie québécoise d\u2019aujourd\u2019hui » (6).Excellent propos, et vaste projet dont la réussite, à tout le moins, aurait dû reposer sur le discernement critique.Malheureusement, M.Bourgeois ne s\u2019est pas essayé à choisir; il n\u2019a tâché qu\u2019à refléter « les multiples visages de la poésie québécoise contemporaine» (5), laissant au lecteur le soin de distinguer « les oeuvres de grande classe des pièces mineures qui les entourent» (6).Mais comment mesurer à travers un seul poème, et pas toujours le meilleur ni le plus représentatif, l\u2019importance et la valeur de son auteur ?Comment choisir d\u2019authentiques grands, lorsque les vrais grands sont rares (P.Chamberland, R.Choquette, G.Lapointe, S.Paradis, S.Routier, P.Trottier) ou absents (A.Desrochers, R.Giguère, A.Grandbois, A.Hébert, G.Hénault, P.-M.Lapointe, Rina Lasnier, G.Miron, F.Ouellette, L.Perrier, Y.Préfontaine, etc.) ?On comprendra facilement que, en l\u2019occurrence, il ne nous semble pas exagéré d\u2019affirmer que non seulement M.Bourgeois a forfait à présenter le meilleur de notre poésie, c\u2019est-à-dire celle que l\u2019on lit et apprécie le plus au Québec, mais qu\u2019il n\u2019a même pas réussi à réunir là toute la poésie qui se fait ici.Préfaces des romans québécois du XIXe siècle, recueillies et présentées par Guil- do Rousseau.Préface de David M.Hayne.\u2014 Sherbrooke, Editions Cosmos, 1970, 111 p.L\u2019ouvrage de M.Guildo Rousseau « s\u2019adresse aux étudiants des niveaux collégial et universitaire » (p.9).Il rassemble un certain nombre de textes (préfaces, avant-propos, introductions, avertissements, etc.) que les auteurs ou les éditeurs du dix-neuvième siècle ont cru bon d\u2019ajouter à leurs œuvres, soit pour en justifier le contenu ou le propos, soit pour en expliquer la démarche.Et il se trouve que, à partir de ces textes, il est possible, sinon de retracer l\u2019histoire complète de notre roman à ses débuts, au moins de montrer à quelles difficultés vraies ou réelles il s\u2019est aheurté en ce siècle moralisateur.Mais justement, jusqu\u2019à quel point et comment ce siècle l\u2019était-il plus ou autrement ici qu\u2019ailleurs ?C\u2019est une question à laquelle nous aurions aimé que M.Rousseau répondît dans son introduction, n\u2019aurait-ce été qu\u2019en utilisant, par exemple, l\u2019Anthologie des préfaces de romans français du XIXe siècle, de Herbert S.Gershman et Keman B.Whitworth, Jr.(Coll.«Littérature», 21.\u2014 Paris, Julliard, 1965, 366 pp.).Que l\u2019on manque, renonce ou se refuse à situer leurs écrits dans ce contexte plus large, \u2014 qui est le leur, il ne faut pas l\u2019oublier, \u2014 et nos écrivains du dix-neuvième siècle risquent d\u2019apparaître une fois de plus comme des êtres étranges (c\u2019est un euphémisme) à bien des yeux d\u2019aujourd\u2019hui.Pourtant, mis à part un certain nationalisme dont la couleur nous était propre, et une naïveté dont, bien sûr, nous nous sommes débarrassés, il semble que les préoccupations d\u2019ici aient été à l\u2019image ou à l\u2019école (!) de celles de là-bas.Le romancier d\u2019Europe sentait tout autant que le nôtre le besoin 20 RELATIONS de se justifier et de s\u2019expliquer, ou tout simplement de réfléchir sur son art, \u2014 ça arrive encore aujourd\u2019hui, \u2014 et s\u2019il existait des détracteurs et des censeurs du roman en Canada, il s\u2019en trouvait pareillement en France: que l\u2019on songe à « l\u2019absurde loi Tinguy » et à « l\u2019amendement Riancey » 4, auxquels Gérard de Nerval fait allusion dans les Filles du Feu5, ou aux démêlés que certains romanciers français, et pas des moindres, eurent avec la justice de leur pays.Que, de part et d\u2019autre, on ait été là-bas mieux armés, plus raffinés et plus rusés qu\u2019ici, c\u2019est un problème de qualité d\u2019être, non d\u2019existence.Les données de notre situation romanesque au dix-neuvième siècle, on les trouve dans un certain état de notre littérature et de notre collectivité: elles sont « à la fois d\u2019ordre littéraire, idéologique et socio-culturel» (13).Ce dernier point, M.Rousseau l\u2019a bien vu, et les textes qu\u2019il met à la portée des étudiants et des professeurs ne livreront leur sens intégral et vrai que présentés dans le large contexte littéraire et historique que nous avons évoqué.Guy Robert: Poésie actuelle.Littérature du Québec.\u2014 Montréal, Librairie Déom, 1970, 405 pp.En 1964, Guy Robert faisait paraître Littérature du Québec, « témoignage de 17 poètes » (Montréal, Librairie Déom, 1964, 333 pp.).C\u2019est une deuxième édition de ce volume qu\u2019il nous présente maintenant sous le titre de Poésie actuelle.Y figurent neuf poètes de plus: Rina Lasnier, Lorenzo Morin, Claude Gauvreau, Gemma Tremblay, Gilles Vigneault, Gilbert Langevin, Michel Beaulieu, Claude Péloquin, Marcel Bélanger.Guy Robert a retranché la première partie de son introduction de 1964 (« Une littérature ou des écrivains »), mais reproduit, retouchée, la seconde («La Poésie canadienne », qui devient « La Distance temporelle » ).N\u2019ayant pas encore réussi à bien voir de quoi il retourne dans cette introduction, nous nous contenterons de recommander les pages 30ss.Celles-là valent la peine d\u2019être lues, voire, en bien des cas, étudiées.Elles manifestent la vitalité et la qualité de notre poésie d\u2019aujourd\u2019hui.Et c\u2019est d\u2019un intérêt de plus en plus croissant pour notre littérature entière (le théâtre excepté) que témoignent les diverses anthologies dont nous avons parlé6; il est à souhaiter qu\u2019elles se multiplient encore et, surtout, se diversifient en visant des publics et des buts de plus en plus précis.4.\tAristide Marie, Gérard de Nerval.Le Poète et l\u2019homme d\u2019après des manuscrits et documents inédits.\u2014 Paris, Librairie Hachette, 1955, 243.5.\tOeuvres, éditées par Henri Lemaître.\u2014 Paris, Editions Garnier, 1958, 1: 506.6.\tMentionnons encore One Hundred Poems of Modem Quebec, translated by Fred Cogswell.\u2014 Fredericton, N.B., Fiddle-head Poetry Books, 1970, 91 pp.Les difficultés de l\u2019oecuménisme par T.E.Floyd Honey * L\u2019une des difficultés de l\u2019œcuménis-me aujourd\u2019hui consiste à dire ce que l\u2019on entend par ce mot.Traditionnellement, il avait trait à la recherche de l\u2019unité des chrétiens.Mais plusieurs en sont maintenant venus à parler plutôt d'œcuménisme séculier, parce qu\u2019ils sont d\u2019abord préoccupés par l\u2019unité de l\u2019humanité et l\u2019efficacité de l\u2019engagement des chrétiens face aux problèmes de la société.Cette préoccupation est certes valable.Mais plus nous prenons au sérieux la tâche que nous avons à accomplir comme chrétiens dans le monde, plus il devient évident que notre désunion fait obstacle à l\u2019efficacité de notre témoignage.Voilà pourquoi les propos qui suivent porteront sur l\u2019œcuménisme pris dans son sens plus traditionnel.Nous présupposons, de plus, que l\u2019unité chrétienne doit être le souci des Eglises elles-mêmes en tant que structu- res officielles.Les chrétiens, comme individus, se rencontrent de plus en plus dans le monde séculier et y trouvent entre eux une unité chrétienne qui les amène à considérer comme sans portée pour eux les divisions formelles entre les Eglises.Et pourtant, à lui seul, ce type d\u2019unité est insuffisant.Les Eglises, en tant qu\u2019Eglises, ont besoin de s\u2019ouvrir beaucoup plus radicalement les unes aux autres.A l\u2019étape présente de leur évolution, les Eglises protestantes ont leurs propres difficultés, à cause, notamment, de la prolifération des Eglises séparées au cours de l\u2019histoire.L\u2019Eglise catholique romaine, pour sa part, connaît d\u2019autres difficultés, qui tiennent aussi pour une part à l\u2019histoire.Dans le présent article, nous ne considérerons cependant que quelques-unes des difficultés particulières aujourd\u2019hui et ici, plus précisément au Québec.Polarisation au sein des Églises L\u2019une des grandes difficultés tient au fait que la majorité des Eglises sont polarisées au cœur même de leurs assemblées respectives par des tendances diverses et, parfois antagonistes: dans chaque confession, on retrouve une opposition entre conservateurs et libéraux, traditionnalistes et modernistes, piétistes et activistes sociaux, entre ceux qui confinent exclusivement le témoignage de l\u2019Evangile à la vie intime et personnelle de chaque individu et ceux qui sont prêts à le porter jusque dans l\u2019arène de la vie sociale et politique, entre ceux qui soutiennent que Dieu n\u2019agit, dans le monde, qu\u2019à travers son Eglise et ceux qui affirment au contraire qu\u2019il agit de plusieurs manières par l\u2019intermédiaire d\u2019autres canaux que ceux de l\u2019Eglise.Il faut remarquer ici que ces divisions se situent au plan horizontal, dans les diverses confessions, au lieu de coïncider avec celles qui, au plan vertical, existent entre les Eglises.Le * Le Révérend T.E.Floyd Honey, S.T.M., D.D., est secrétaire général du Conseil canadien des Eglises.résultat en est que plusieurs chrétiens se sentent plus à l\u2019aise avec des fidèles d\u2019autres confessions qu\u2019ils ne le sont avec certains membres de leur propre Eglise.Ceci donne une impulsion encore plus grande à cette forme d\u2019œcuménisme spontané dont je parlais plus haut.D\u2019autre part, cette situation crée aussi diverses complications dans les rapports officiels entre les Eglises.Ce genre de polarisation existe aussi bien dans l\u2019Eglise catholique romaine que dans les Eglises protestantes.Ceux d\u2019entre nous qui appartiennent à diverses traditions non-romaines ont observé avec un intérêt sympathique l\u2019Eglise catholique, alors qu\u2019elle tentait d\u2019évaluer les conséquences possibles de Vatican II.Nous avons pu alors constater que cette analyse n\u2019alla pas sans heurt et qu\u2019elle fut parfois la cause de tensions internes très intenses.Nous avons donc été témoins d\u2019une semblable polarisation sur des problèmes tels que le renouveau liturgique, l\u2019autorité papale et le principe de la collégialité, la règle du célibat pour les clercs, le rôle du laïcat, la planification familiale JANVIER 1971 21 et le contrôle des naissances, aussi bien que sur les positions avant-gardistes dans les domaines politique et social prises dans diverses parties du monde par certains leaders catholiques.Réévaluation certes douloureuse, affrontements pénibles, mais aussi créativité riche de promesses.Nous avons, quant à nous, grandement apprécié le fait que l\u2019Eglise catholique romaine, tout en travaillant à Ceci nous amène tout naturellement à la question des relations entre l\u2019Eglise catholique romaine et les autres Eglises chrétiennes.On ne peut s\u2019étonner qu\u2019il existe encore certaines frictions.Ce qui est très surprenant, c\u2019est surtout les progrès rapides qui ont été réalisés depuis à peine quelques années, ceci après que nous soyons demeurés sans aucune communication réelle pendant quatre siècles.Malgré une évaluation objective et une compréhension sympathique, les préjugés profondément enracinés ne sauraient disparaître en un instant.Ceux qui ont vécu les années qui ont précédé la récente percée dans le domaine des relations œcuméniques se rappellent aisément les murs d\u2019ignorance impénétrable, de suspicion et d\u2019hostilité qui se dressaient entre nous.Les protestants voyaient l\u2019Eglise catholique comme une institution ayant apostasié, corrompu la Parole de Dieu en la recouvrant de la tradition humaine, proposant l\u2019Eglise plutôt que l\u2019Evangile comme moyen de salut, s\u2019adonnant à la magie et à la superstition.Les catholiques, pour leur part, identifiaient les protestants à des hérétiques et des schismatiques beaucoup plus intéressés par la polémique que par une proclamation positive de l\u2019Evangile et qui auraient substitué à l\u2019autorité de l\u2019Eglise un subjectivisme sans frein, ouvrant ainsi la porte à une série de tragiques divisions du Corps du Christ.Dans plusieurs secteurs où les catholiques romains étaient en majorité, les groupes protestants, particulièrement les plus conservateurs, s\u2019étaient donné pour mission de neutraliser ce qu\u2019ils appelaient « les erreurs de l\u2019Eglise catholique romaine » et de ramener ses fidèles à la vraie solutionner ses propres problèmes, ait continué d\u2019œuvrer au plan œcuménique.Elle a poursuivi son chemin dans la direction indiquée par le bon Pape Jean XXIII et a même invité des non-chrétiens à participer au dialogue qu\u2019elle a engagé avec elle-même.Il faut cependant reconnaître que les tensions internes qui l\u2019ont secouée au cours des récentes années ont parfois rendu plus difficile sa participation au dialogue œcuménique.Foi.Pour les plus intransigeants de ces groupes, le Pape a souvent fait figure d\u2019Antéchrist.D\u2019autre part, et dans des régions où sa force politique le lui permettait, l\u2019Eglise catholique romaine recourut au mécanisme étatique pour supprimer la liberté de religion.Ainsi, les protestants en vinrent à voir dans l\u2019Eglise catholique une force politique sinistre, qui pratiquait la tolérance là où, à cause de sa faiblesse, elle ne pouvait agir autrement, mais qui n\u2019en constituait pas moins une menace pour la liberté des autres dès qu\u2019elle possédait le pouvoir nécessaire.Ici même, au Canada, nombreux furent les protestants qui redoutèrent « la revanche des berceaux », attendant avec appréhension le jour où l\u2019Eglise romaine compterait dans ses rangs plus de cinquante pour cent de la population de notre pays.Certaines suspicions profondément ancrées, je le répète, ne sauraient fondre comme glace au soleil.Aussi, quand le pape Jean XXIII a tendu la main à « ses frères séparés », plusieurs protestants ont réagi avec réserve, se demandant s\u2019il ne s\u2019agissait pas là d\u2019une supercherie, d\u2019un simple changement de tactique afin de les ramener au « bercail.» Depuis lors, il nous a été maintes fois donné de vérifier l\u2019authenticité de l\u2019approche qui nous a été faite.Le Père Roberto Tucci, représentant du Vatican auprès de l\u2019Assemblée du Conseil mondial des Eglises, tenue à Uppsala, en 1968, a déclaré ouvertement et sans ambage que l\u2019Eglise catholique n\u2019entretient aucune intention d\u2019imposer aux autres confessions sa propre conception de l\u2019Eglise.Nous avons de plus appris que l\u2019Eglise catholique romaine n\u2019est pas le grand monolithe que nous avions imaginé.Nous avons vu son désir de collabora- tion avec les autres Eglises progresser constamment.Il subsiste certes, entre nous, des problèmes fondamentaux qui devront faire l\u2019objet d\u2019un dialogue constant et poussé.Il nous faut aussi reconnaître qu\u2019il y a encore certains chrétiens protestants qui doutent que quelque chose ait changé et qui pensent que d\u2019entretenir des rapports fraternels avec les catholiques romains compromettrait leur foi et leur identité.Mais nous avons parcouru beaucoup de chemin vers la destruction des préjugés de longue date et des stéréotypes qui nous tiennent séparés.Il existe au Québec certaines difficultés œcuméniques d\u2019ordre tout à fait particulier, qui tiennent au caractère ethnique, culturel, linguistique et religieux du Québec ainsi qu\u2019à la situation poütique qui lui est propre.Collaboration inter-Églises au Québec La première difficulté, c\u2019est que les protestants s\u2019y trouvent en trop petit nombre.Ils constituent une minorité si infime que le catholique moyen a très peu, sinon jamais, l\u2019occasion d\u2019entrer en contact direct avec un protestant, soit dans le domaine religieux, soit au cours de ses activités professionnelles ou communautaires.Il en résulte que son engagement œcuménique tend à demeurer plutôt théorique, sans s\u2019incarner dans des expériences vécues.Je soupçonne même quelques-uns de nos amis catholiques de souhaiter, à l\u2019occasion, pouvoir rencontrer plus de protestants avec lesquels ils pourraient pratiquer leur œcuménisme ! Une deuxième difficulté tient au fait que la majorité de la communauté protestante est d\u2019expression anglaise et se trouve ainsi séparée de la majorité communautaire aussi bien à cause des barrières culturelles et linguistiques que religieuses.Cette division repose sur des racines historiques profondes.Elle est aussi fortement soutenue par des attitudes qui se sont profondément ancrées dans la pensée des deux communautés.Parlant au nom de la communauté anglophone \u2014 et j\u2019inclus ici ceux d\u2019entre nous qui vivent en d\u2019autres parties du Canada, tout aussi bien que ceux qui habitent le Québec, \u2014 je crois que nous devons accepter une large part de responsabilité pour les tensions qui se sont développées.Nous n\u2019avons tiré aucune fierté du riche héritage que représentent la langue et la culture françaises.Plusieurs d\u2019entre nous, au contraire, ont fait montre Rapports entre protestants et catholiques romains 22 RELATIONS d\u2019indifférence sur ce point, alors que d\u2019autres affichaient carrément une attitude hostile devant le fait français.Nous ne nous sommes pas non plus particulièrement préoccupés du fait que la majorité du peuple canadien-fran-çais occupait sur la scène économique une position de second plan.S\u2019il nous arrivait de le constater, nous étions portés à blâmer le système d\u2019éducation qui existait au Québec avant la « révolution tranquille ».Nous n\u2019avons pas tenu siffisamment compte de î\u2019aggressivité et de l\u2019esprit de domination démontrés par les intérêts commerciaux et industriels anglophones au Québec et dans les autres centres de contrôle économique à travers le Canada.Nous déplorons tous les recours à la violence dont nous avons été récemment témoins et qui sont le fait d\u2019une infime minorité.Mais, si nous voulons tirer parti de ces tragiques événements, nous devons évaluer équitablement notre part de responsabilité dans une société qui permet l\u2019existence des conditions qui ont provoqué une aussi pénible réaction.Revenant aux problèmes de rapports œcuméniques dans un tel contexte, nous constatons que la communauté anglaise du Québec a eu tendance à mener une existence en vase clos.Même si, de fait, ils constituaient une minorité, les Québécois d\u2019expression anglaise se sont toujours comportés comme une majorité.Ils firent très peu d\u2019efforts pour apprendre la langue de la majorité.Ils n\u2019établirent que peu de relations sociales avec leurs concitoyens d\u2019expression française.Aujourd\u2019hui, le Québécois anglais commence à comprendre sa condition minoritaire et adopte une attitude défensive.Cette nouvelle situation tend de nouveau à replier la communauté anglophone sur elle-même, quoique certains de ses membres essaient d\u2019aller un peu plus vers les francophones.Par ailleurs, la communauté protestante francophone est encore plus minoritaire au Québec que le groupe anglophone.Elle est faible et divisée, peu assurée de son identité et de la fonction qu\u2019elle doit exercer.Elle croit devoir servir de pont entre les catholiques d\u2019expression française et les protestants anglophones, mais c\u2019est là un rôle fort exigeant.Le système d\u2019instruction qui a prévalu jusqu\u2019à ces der- JANVIER 1971 niers temps favorisait l\u2019assimilation des protestants français par la population de langue anglaise.Dernièrement, plusieurs communautés éparses, chez les protestants de langue française, ont cherché à se regrouper afin d\u2019offrir un témoignage chrétien plus valable.Mais leur entreprise est rendue très difficile par la multiplicité des confessions et les attaches qui les relient aux confessions parallèles chez les anglophones.Les Eglises protestantes francophones recherchent toujours une ligne de conduite qui serait vraiment en accord avec leur situation propre, face aux changements récents dans le mouvement œcuménique, face aussi au renouveau catholique romain.Pour sa part, l\u2019Eglise catholique romaine doit aussi faire face à certaines difficultés d\u2019ordre tout à fait spécial.Le Père Gilles Langevin les a soulignées avec grande justesse dans une communication qu\u2019il faisait récemment au Groupe de travail mixte de la Conférence catholique canadienne et du Conseil canadien des Eglises \u2014 communication qui fut d\u2019ailleurs publiée dans la revue Relations (septembre 1970).Assez curieusement, écrit-il, l\u2019Eglise et le nationalisme canadien-français, qui avaient jusqu\u2019ici partie liée, apparaissent plutôt à certains groupes, maintenant, comme des antagonistes.On tente d\u2019accréditer une réinterprétation de l\u2019action de l\u2019Eglise au Québec selon laquelle l\u2019Eglise, force dominante dans notre milieu, aurait confisqué à ses propres fins les forces vives de la nation, c\u2019est-à-dire se serait nourrie de la nation canadienne-française au lieu de la servir.Quant au problème de la forme fédéraliste de notre vie politique, on fait grief à l\u2019épiscopat de s\u2019être employé à faire pencher la balance du côté que l\u2019on sait.Il importe que nous, protestants, reconnaissions ce dilemme auquel l\u2019Eglise catholique romaine au Québec fait face, dans ses rapports œcuméniques.Et, si nous voulons établir des relations plus poussées avec l\u2019Eglise catholique francophone du Québec, nous devons proclamer clairement que notre recherche de l\u2019unité chrétienne n\u2019a absolument rien à voir avec l\u2019une ou l\u2019autre des options politiques et qu\u2019elle ne cherche en aucune manière à brimer le droit de quiconque, individu ou groupe, à jouir d\u2019une entière liberté dans le choix du système politique qui, à son avis, lui permettra de réaliser le plus efficacement sa destinée.UN PEU DE PRINTEMPS EN HIVER D\u2019après les données suivantes, pouvez-vous identifier le temps de l\u2019année auquel je fais allusion: dates réservées aux manifestations massives de l\u2019amour des uns pour les autres ?Ou encore: courte période pendant laquelle chacun s\u2019ingénie à trouver les mots les plus aimables, afin de répondre aux déclarations de bienveillance les mieux tournées ?Quels sont-ils ces jours où tout le monde se promène avec ses habits et son cœur des dimanches; ces jours, pendant lesquels il faut se montrer chaleureux, au risque, non pas surtout de blesser la charité, mais de devenir intolérable aux belles gens de belles manières ?Vous avez trouvé ?Je serais tellement heureux de vous sentir honteux, vous aussi, d\u2019avoir à répondre: c\u2019est le temps de Noël et du Jour de l\u2019An ! Il a fait bon pourtant vivre en cette atmosphère de la bonne humeur en liberté ! Pourquoi ne pas l\u2019entretenir ?Il a fait bon vivre en la vision de la quasi unanime joie humaine, rendant plus alertes les pas de la fatigue traînante ! Pourquoi, par elle, ne pas continuer de la soutenir ?Il a fait bon revoir, à la faveur de l\u2019aimable saison, les sourires en allés, revenus après la trop longue absence ! Pourquoi les laisser repartir ?Ces airs de fête, tout autour, promenés par toi, par elle, par lui et moi ! Où sont-ils ?La danse en rond de tout le monde en amour, il a fait bon la voir sauter des yeux de tous, dans les tiens, les siens et les miens.Les cris de joie à Noël, les chansons du Jour de l\u2019An, il a fait bon pourtant les entendre ! Pourquoi pas toujours ! Pourquoi ne pas souhaiter la permanence de cette sollicitude fraternelle ?Par elle, sans crainte de manquer ni de lumière, ni d\u2019amour, chacun pourrait veiller au bien de l\u2019autre.Pendant toute l\u2019année, simplement, sans frais additionnels, il est facile d\u2019apporter sa présence; sans mettre la table et les plus riches couverts, il est possible encore de recevoir à son attention, avec son sourire le plus accueillant, des hôtes, affamés de plus de sympathie que de mets fins.C\u2019est facile d\u2019encourager l\u2019effort, à défaut de fleurir le succès, de féliciter, à défaut d\u2019admirer; c\u2019est facile d\u2019écouter franchement, à défaut d\u2019intervenir judicieusement ! Tous les baumes ne se trouvent pas chez le marchand du coin: c\u2019est de quelqu\u2019un souvent, de vous, de moi qu\u2019on a besoin.Un regard, un geste, un seul mot parfois « réchauffe pour trois hivers ! » A l\u2019instar des agréments aux fenêtres de Noël ou des frissons joyeux aux parterres, le talent de faire des heureux ne devrait pas être éphémère.Il est un don de Dieu pour tous les jours, comme la capacité d\u2019aimer dont il est la révélation.Exercé, il devient la voie qui transporte la source à la soif du marcheur; le frais en la solitude de l\u2019épreuve, enfermée près des chemins, mais loin des passants.Exercé, il devient l\u2019aise en l\u2019air pour la respiration de chacun d\u2019une même maison.Pour l\u2019enfant du Dieu incarné, le talent de faire des heureux, c\u2019est l\u2019art cultivé d\u2019apporter aux autres, par de simples moyens, un peu de printemps en hiver.Paul Fortin.23 Vers un niveau de chômage alarmant ?Anatomie du taux de chômage par Gérard Hébert * Au cours des dernières semaines, on a beaucoup parlé des augmentations récentes du chômage au Canada et, tout particulièrement, au Québec.Certains prédisent, pour les mois à venir, une situation pareille à celle de l\u2019hiver 1960-1961, où le taux brut, au Québec, atteignit près de 15%.Des prédictions aussi sombres sont-elles justifiées ?Nous n\u2019essaierons de donner raison ni aux optimistes ni aux pessimistes.Beaucoup plus modestement, nous voudrions analyser le taux de chômage, afin d\u2019en dégager les principales composantes et de mieux comprendre sa signification.L\u2019exercice lui-même nous permettra peut-être de mieux apprécier certaines prévisions.Les types de chômage : cycles et saisons On distingue habituellement quatre causes principales de chômage: le cycle (c\u2019est-à-dire les ralentissements périodiques dans l\u2019activité économique), les saisons (le climat et la coutume empêchent d\u2019accomplir certaines fonctions à tel ou tel moment de l\u2019année), des modifications dans la structure de l\u2019économie (comme dans le * G.Hébert, S.J., est professeur au Département de relations industrielles, Université de Montréal.marché des produits ou dans les techniques de production) et, finalement, les exigences normales d\u2019une économie en transformation (ce qui suppose que des emplois disparaissent et d\u2019autres se créent, et que les travailleurs passent d\u2019un emploi à l\u2019autre).Dans la mesure où il est possible de discerner, à travers une situation concrète, qu\u2019une part du chômage est attribuable à l\u2019une ou l\u2019autre de ces quatre causes, on parlera de chômage cyclique, saisonnier, structurel ou frictionnel.On considère qu\u2019un certain chômage frictionnel (peut-être de 3 % ) n\u2019a rien d\u2019inquiétant: il ne représente que le phénomène normal selon lequel un certain nombre de travailleurs changent d\u2019emploi pour diverses raisons.Le chômage qui provient des transformations de structure est plus sérieux; pourtant, ce n\u2019est pas notre propos d\u2019en traiter ici; il est d\u2019ailleurs très difficile d\u2019en mesurer l\u2019étendue.Les statistiques courantes cherchent à nous renseigner sur les variations saisonnières et cycliques du chômage.L\u2019enquête qu\u2019effectue, chaque mois, le Bureau fédéral de la statistique auprès de 30,000 ménages, d\u2019un bout à l\u2019autre du Canada, reflète une situation donnée.Le taux de chômage que l\u2019on en dégage (en divisant le nombre de chômeurs par la main-d\u2019œuvre, employée et non employée) révèle un niveau de chômage qui résulte de divers facteurs.QUÉBEC ONTARIO iiimmii iiiiiiim;i iiiiiiiin muni .iiniLii i il ni il 1954\t1955\t1956\t1957\t1958\t1959\t1960\t1961\t1962\t1963\t1964\t1965\t1966\t1967\t1968\t1969\t1970 24 RELATIONS Si on observe les mouvements de ce taux général, on remarquera, d\u2019une année à l\u2019autre, une récurrence régulière, plus ou moins prononcée, de hauts et de bas.À cause de l\u2019importance des saisons, particulièrement au Québec, ce taux s\u2019élève chaque hiver et s\u2019abaisse chaque été, selon une courbe plus ou moins accentuée.On aura reconnu ces variations saisonnières dans la courbe légère des graphiques ci-joints.Certains procédés statistiques permettent d\u2019éliminer cette variation annuelle, afin de mettre en lumière les mouvements qui proviennent du cycle économique ou, plus exactement, ceux qui découlent de tous les autres facteurs, parmi lesquels le cycle est l\u2019un des plus importants et peut-être le seul à présenter des variations périodiques plus ou moins longues.On appelle taux « désai-sonnalisé » le résultat de cette opération; ce taux, qui correspond à une construction de l\u2019esprit, sera évidemment plus faible que le taux réel l\u2019hiver et plus élevé que le taux réel l\u2019été.La courbe foncée des graphiques ci-contre représente ce mouvement théorique du chômage.Cette courbe constitue l\u2019un des meilleurs indicateurs du niveau de l\u2019activité économique d\u2019un pays ou d\u2019une région.Un coup d\u2019œil sur les graphiques ci-joints permet d\u2019identifier rapidement trois périodes de récession (1954, 1958 et 1960-61); après la dernière de ces récessions, qui fut la plus sérieuse des trois, on assiste à une lente et longue reprise de l\u2019économie dont le sommet se situe dans les années 1965-1966.Depuis lors, le chômage cyclique a recommencé une lente ascension jusqu\u2019à l\u2019année 1970 inclusivement.La similitude de ce grand mouvement dans les quatre graphiques manifeste l\u2019interdépendance des quatre économies en cause.On y relève aussi, cependant, des divergences notables.L\u2019amplitude des mouvements est plus marquée au Québec qu\u2019en Ontario, au Canada qu\u2019aux États-Unis.De plus, le niveau général du taux désaison-nalisé se situe notablement plus haut au Québec qu\u2019en Ontario; entre 5% et 10% au Québec, alors qu\u2019il varie de 2% à 6% dans la province voisine.Dire que l\u2019Ontario est plus prospère que le Québec n\u2019explique rien: c\u2019est affirmer la même vérité en d\u2019autres termes.Il faudrait plutôt scruter la structure industrielle et occupationnelle des deux provinces.Une autre différence réside dans l\u2019amplitude des variations saisonnières.Celles-ci sont beaucoup plus prononcées au Québec qu\u2019en Ontario, à cause des industries particulières du Québec, autant que du climat plus rigoureux.Il en va de même du Canada par rapport aux États-Unis.On aura sans doute aussi remarqué que les variations saisonnières s\u2019amplifient dans les périodes de récession.Phénomène nouveau peut-être, la lente remontée du taux de chômage au Québec, depuis 1965, ne semble pas avoir affecté autant qu\u2019autrefois les fluctuations saisonnières; celles-ci demeurent beaucoup moins accentuées qu\u2019il y a 10 ou 15 ans.La courbe ascendante va-t-elle se prolonger et donner raison aux alarmistes, ou avons-nous atteint le point tournant du cycle ?Avant de tenter de répondre à cette question, voyons d\u2019abord certaines équivoques que cache un taux général de chômage.Celui-ci, comme toutes les moyennes, recouvre des situations très diverses.CANADA ÉTATS-UNIS milium JANVIER 1971 25 Les types de chômeurs : caractéristiques diverses Le taux général de chômage peut se décomposer d\u2019autant de manières qu\u2019il y a de caractéristiques possibles des travailleurs affectés.Nous utiliserons, pour ce faire, les données du mois d\u2019octobre 1970: ce sont les dernières qui soient disponibles, en détails, au moment où nous écrivons cet article.Règle générale, le taux de chômage des hommes est plus élevé que celui des femmes, comme le révèle le tableau suivant.La différence était même beaucoup plus considérable il y a quelques années.On peut attribuer le phénomène, d\u2019abord, au fait que les emplois habituellement occupés par des femmes sont plus stables, mais aussi au fait que les femmes entrent dans la main-d\u2019œuvre et en sortent beaucoup plus facilement que les hommes: certaines ménagères iront travailler si elles savent qu\u2019il y a du travail, mais, une fois celui-ci terminé, elles ne se préoccupent pas d\u2019en chercher un autre.L\u2019attitude, cependant, change rapidement; c\u2019est ce qui explique que les taux des hommes et des femmes se sont beaucoup rapprochés.On assiste même, en certains cas, à un renversement de la situation; ainsi, le taux de chômage des femmes en Ontario, en octobre dernier, était supérieur à celui des hommes.TAUX DE CHÔMAGE SELON LE SEXE (octobre 1970) Hommes\tFemmes\tH.+ F.Québec\t7.0\t6.4\t6.8 Ontario\t3.3\t3.7\t3.4 Canada\t5.2\t4.6\t5.0 Le taux de chômage varie également selon l\u2019état civil: il est toujours substantiellement plus bas pour les personnes mariées.Cela tient à la plus grande stabilité que l\u2019on retrouve chez celles-ci, mais peut-être davantage au simple fait démographique que les plus jeunes, toujours plus affectés par le chômage, se retrouvent en majorité dans le groupe des célibataires.TAUX DE CHÔMAGE SELON LE SEXE ET SELON L\u2019ÉTAT CIVIL DES CANADIENS DE 20 À 64 ANS (octobre 1970) Hommes\tFemmes Mariés\t3.5\t2.8 Autres\t9.7\t4.8 Tant à cause des règles d\u2019ancienneté qui les défavorisent que par suite de leur manque d\u2019expérience, les jeunes ont toujours plus de difficultés que leurs aînés à se trouver un emploi.Ils changent aussi plus volontiers de places et peuvent ainsi se retrouver en chômage, un temps plus ou moins long, entre deux emplois.On notera, dans le tableau suivant, que le taux de chômage décroît avec l\u2019âge et qu\u2019il se stabilise en quelque sorte, avec le groupe des 25-44 ans.(À cause de la méthode d\u2019enquête par échantillonnage, le risque d\u2019erreur s\u2019accroît rapide- ment quand la base d\u2019application se rétrécit: ainsi, les pourcentages des groupes d\u2019âge dans chaque province sont sujets à une marge d\u2019erreur considérable.) TAUX DE CHÔMAGE SELON LE GROUPE D\u2019ÂGE (octobre 1970) \t14-19\t20-24\t25-44\t45-64\t65 + Québec\t15.6\t8.7\t5.2\t5.6\t5.5 Ontario\t9.2\t5.5\t2.6\t2.4\t3.6 Canada\t11.7\t7.3\t3.7\t3.7\t3.7 L\u2019enquête mensuelle n\u2019inclut pas de données relatives à l\u2019instruction.Occasionnellement, le Bureau fédéral de la statistique ajoute aux questions régulières celle de la scolarité.Les résultats sont accablants, comme le révèle le tableau suivant: moins on a d\u2019instruction, plus on subit les contrecoups du chômage.(Ces données, comme les suivantes, ne sont pas disponibles par province, mais seulement pour le Canada.) TAUX DE CHÔMAGE SELON LE NIVEAU DE SCOLARITÉ AU CANADA Fév.1960 Fév.1965 Cours élémentaire incomplet\t18.7\t12.8 Cours élémentaire complet\tl 8'° i\t6.6 Cours secondaire incomplet\tJ l\t5.1 Cours secondaire complet ou davantage\t2.7\t1.9 Total\t8.9\t5.8 La même corrélation, entre chômage et scolarité, se retrouve dans la répartition du chômage selon les occupations.Alors que la proportion des employés de bureau et des professionnels en chômage est toujours inférieure à la moyenne générale (la moitié, dans l\u2019exemple suivant), le taux des journaliers et des ouvriers non spécialisés dépasse habituellement le double de la moyenne d\u2019ensemble.TAUX DE CHÔMAGE SELON LES OCCUPATIONS AU CANADA (3e trimestre 1970) Journaliers et ouvriers non spécialisés\t11.1 Ouvriers de métiers et travailleurs à la production\t6.0 Transport\t5.7 Services et récréation\t4.7 Occupations « primaires »\t3.2 Emplois de bureau et professionnels\t2.6 Total\t5.3 Certaines industries sont aussi frappées plus durement\t que d\u2019autres, celles-là même qui emploient d\u2019ouvriers non qualifiés.\tdavantage TAUX DE CHÔMAGE SELON LES INDUSTRIES\t AU CANADA\t (3e trimestre 1970)\t Construction\t9.9 Fabrication\t5.1 Transports et services publics\t4.1 Commerce\t3.8 Services\t3.3 Industries primaires\t3.2 Total\t5.3 Le chômage n\u2019a pas les mêmes effets selon qu\u2019il se prolonge ou qu\u2019on a la chance d\u2019en sortir rapidement.La durée du chômage révèle ainsi sa gravité, et elle varie 26 RELATIONS selon le cycle économique.La proportion des personnes en chômage moins d\u2019un mois sera plus faible dans les périodes de récession et plus grande dans les périodes de prospérité, comme le révèle le tableau suivant.Quand le long chômage s\u2019accroît, surtout celui qui dépasse trois mois, la situation devient vraiment sérieuse.Sous cet aspect, le chômage d\u2019octobre 1970 se situe à moitié chemin entre l\u2019hiver critique de 1960-61 et la prospérité de l\u2019automne 1965.RÉPARTITION PROCENTUELLE DES CHÔMEURS SELON LA DURÉE DU CHÔMAGE AU CANADA Fév.1961 Oct.1965 Oct.1970 Moins d\u2019un mois\t16\t40\t28 De 1 à 3 mois\t47\t34\t35 De 4 à 6 mois\t25\t14\t19 7 mois et plus\t12\t12\t18 Total\t100%\t100%\t100% Taux brut\t11.3\t2.4\t5.0 Taux désaisonnalisé\t7.6\t3.2\t6.6 Le chômage frappe aussi de façon inégale les différentes régions du pays, comme le révèlent les graphiques et les chiffres mentionnés pour le Québec et l\u2019Ontario.Il présente aussi la même diversité à l\u2019intérieur d\u2019une même province.Cet aspect demande qu\u2019on s\u2019y arrête un peu plus longuement.Données régionales déficientes L\u2019analyse du chômage selon les régions de chaque province constitue une entreprise périlleuse.Les organismes gouvernementaux ne publient que très rarement des données sur le chômage régional.Les seuls renseignements que nous possédions proviennent non d\u2019un bureau de recherches statistiques mais d\u2019un service administratif de l\u2019État.Ils ne sont pas vraiment comparables avec ceux que nous avons utilisés jusqu\u2019ici.On peut quand même les interroger, en se souvenant que leur valeur n\u2019est que fort relative.Les Centres de main-d\u2019œuvre du Canada publient, à tous les deux mois, le nombre de travailleurs sans emploi qui se sont inscrits dans chacun de leurs bureaux régionaux.(Les derniers chiffres disponibles sont ceux du mois d\u2019août 1970.) Les personnes ainsi inscrites ne sont pas nécessairement des chômeurs au sens ordinaire du mot, c\u2019est-à-dire des personnes sans travail qui se cherchent un emploi.On sait, par exemple, que certaines personnes qui ne désirent plus travailler (et ne font donc plus partie de la main-d\u2019œuvre) s\u2019inscrivent pourtant afin de recevoir leurs prestations d\u2019assurance-chômage.D\u2019autres s\u2019inscrivent simplement parce qu\u2019elles veulent changer d\u2019emploi.Par contre, combien de personnes en quête d\u2019emploi ne comptent que sur leur propre initiative pour se placer?Autant de sources d\u2019erreurs, sans parler de la présence des Centres de main-d\u2019œuvre provinciaux, à côté de ceux du fédéral; mais on ne peut additionner les deux chiffres, par crainte du double compte.Il reste que la majorité des personnes inscrites dans les Centres de main-d\u2019œuvre du Canada sont vraiment en chômage et que la plupart des chômeurs sont probablement inscrits.Nous avons regroupé les chiffres des bureaux régionaux selon les dix régions économiques et administratives établies par le gouvernement du Québec il y a quelques années.(Nous avons omis le Nouveau-Québec.) Ici encore, il y a risque d\u2019erreurs, par suite de diversités de frontières.Nous avons dû également estimer la main-d\u2019œuvre de chaque région; les proportions de la population PROPORTION DE TRAVAILLEURS SANS EMPLOI INSCRITS DANS LES CENTRES DE MAIN-D\u2019ŒUVRE DU CANADA SELON LES RÉGIONS ADMINISTRATIVES DU QUÉBEC Régions\tTravailleurs inscrits C.M.C.\t\t\tMain- d\u2019œuvre (estim.)\tTaux de chômage (estim.) \tAoût 1969\tMars 1970\tAoût 1970\t\t 1.Bas-St-Laurent-Gaspésie\t9,142\t17,614\t10,446\t70,000\t15 2.Saguenay-Lac-St-Jean\t11,315\t11,012\t11,455\t89,000\t13 3.Québec (région)\t22,206\t27,720\t27,304\t339,000\t8 Ville de Québec\t11,733\t9,669\t15,615\t173,000\t9 4.Mauricie-Bois-Francs\t16,150\t18,565\t19,738\t152,000\t13 5.Cantons de l\u2019Est\t8,003\t9,804\t8,867\t80,000\t11 6.Montréal (région)\t83,508\t101,414\t108,069\t1,498,000\t7 Montréal métropolitain\t58,548\t70,469\t74,100\t1,079,000\t7 7.Outaouais\t7,093\t11,144\t8,363\t83,000\t10 8.Nord-Ouest\t6,261\t6,136\t4,870\t52,000\t9 9.Côte-Nord\t3,815\t6,166\t6,901\t37,000\t18 Total\t167,493\t209,575\t206,013\t2,400,000\t8.5 Chômage selon le B.F.S.\t138,000\t206,000\t171,000\t2,408,000\t7.1 JANVIER 1971 active ont pu varier substantiellement, dans chaque région, depuis 1961, date du dernier recensement complet et seul point de repère possible.Malgré tout, les résultats confirment, en gros, les impressions générales.On notera d\u2019abord l\u2019écart considérable entre la région de Montréal et d\u2019autres régions comme la Gaspésie et la Côte-Nord.On remarquera également que toutes les régions, sauf celles de Québec et de Montréal, se situent au delà de la moyenne d\u2019ensemble de la province.L\u2019ordre de préséance, au palmarès du chômage, s\u2019établit comme suit: ESTIMATION DU TAUX DE CHÔMAGE SELON LES RÉGIONS (août 1970) Côte-Nord\t18 Bas-St-Laurent et Gaspésie\t15 Saguenay-Lac-St-Jean\t13 Mauricie et Bois-Francs\t13 Cantons de l\u2019Est\t11 Outaouais\t10 Abitibi\t9 Moyenne provinciale\t8.5 Québec\t8 Montréal\t7 À l\u2019intérieur de chaque région, surtout les plus considérables et les plus étendues, on retrouve de nouveau des écarts notables.(Les estimations deviennent aussi plus aléatoires.) Ainsi, dans la grande région économique de Montréal, le pourcentage global est en quelque sorte imposé par la zone métropolitaine, vu son importance prépondérante; la section du Richelieu et celle de Granby révèlent un chômage légèrement plus élevé, alors que celui des Laurentides atteint presque le double.A l\u2019autre extrémité de l\u2019échelle et de la province, la Gaspésie proprement dite, du moins si l\u2019on en croit nos sources, semble moins sérieusement affectée que la vallée de la Matapédia et les environs de Rimouski: un chômage de 11% et de 18% dans chacune de ces deux sous-régions contribue à la moyenne régionale de 15 %.De tout cela, peut-on tirer quelques prévisions pour les mois à venir ?Prévisions difficiles Comme il arrive souvent, les faits sont assez complexes et assez variés pour fournir des arguments aux pessimistes comme aux optimistes.À moins d\u2019un renversement de la situation si brusque et si complet qu\u2019il paraît impossible, nous aurons un hiver pénible.En effet, le taux de chômage réel au Québec, au milieu de novembre 1970 (7.2%), était plus élevé que celui de tous les mois de novembre des années précédentes; il faut remonter à 1960 pour retrouver un taux supérieur (7.9%).Il en est de même, à un niveau moindre, pour le reste du Canada et pour les États-Unis.De plus, rien ne laisse présager un renversement rapide de la situation.Si on regarde le long cycle qui dure depuis l\u2019hiver 1960-1961, tant aux États-Unis qu\u2019au Canada, on peut espérer que notre économie atteindra bientôt le point tournant qui ramènera une plus grande prospérité; mais rien ne le garantit.La baisse légère du taux désai-sonnalisé au Québec, de septembre à novembre 1970 (de 8.9% à 8 6%), peut nous faire espérer que nous avons atteint le point tournant, elle ne peut nous l\u2019assurer; ce pourrait être une variation erratique comme on en trouve souvent dans la courbe d\u2019ensemble.D\u2019ailleurs, le mouvement ascendant du chômage cyclique se continue en Ontario et, de façon encore plus marquée, aux États-Unis.L\u2019analyse régionale n\u2019est guère plus réconfortante.Même si les derniers chiffres disponibles remontent au mois d\u2019août dernier, la comparaison avec ceux de mars 1970 et d\u2019août 1969 présente aussi de sombres augures.Dans presque toutes les régions, les travailleurs inscrits dans les centres de main-d\u2019œuvre au mois d\u2019août 1970 étaient substantiellement plus nombreux que l\u2019année précédente; dans la moitié des régions, les inscriptions d\u2019août 1970 étaient même plus nombreuses que celles de mars 1970, le mois, avec février de chaque année, où le chômage est le plus élevé.Par contre, les optimistes trouvent également quelques arguments très valables pour appuyer leurs espoirs.Nous avons noté plus haut la baisse récente du taux désaison-nalisé au Québec; celui du Canada a baissé même un peu davantage durant la même période (de 6.9% à 6.5%).Une autre observation se dégage aussi très nettement des graphiques: l\u2019amplitude des variations saisonnières a considérablement diminué, surtout au Québec, au cours de la derœère décennie; le phénomène se produit régulièrement dans les périodes de prospérité, mais il présente, cette fois, un caractère nouveau: au cours des deux dernières années, l\u2019écart saisonnier n\u2019a pas augmenté (il semble même avoir diminué légèrement), alors que le taux désaisonnalisé croissait pourtant d\u2019une manière assez marquée.L\u2019influence des États-Unis continuera à se faire sentir.Sous cet aspect, les optimistes peuvent citer les principaux économistes américains qui annoncent, pour la plupart, une reprise dès le début de 1971.Un élément, cependant, complique la prévision: un certain nombre d\u2019entre eux prévoient, malgré la reprise, que le taux de chômage aux États-Unis pourrait bien demeurer, en 1971, autour de 5% à 6%.Il faut se réjouir des grands travaux, tant publics que privés, qui ont été annoncés au cours des dernières semaines.Ils constituent peut-être la note optimiste la plus sûre de tout l\u2019ensemble, tant par les emplois qu\u2019ils créeront directement que par le stimulant indirect qu\u2019ils apporteront à l\u2019économie entière.Mais pourront-ils débuter assez tôt pour atténuer les graves effets du chômage très sérieux des prochains mois ?Malheureusement aucune mesure ne comporte de correctifs qui s\u2019appliquent le jour même où l\u2019on décide d\u2019y recourir.Il faut quand même se hâter: des milliers d\u2019hommes se cherchent un emploi.15 décembre 1970.28 RELATIONS Moisson d\u2019automne par Georges-Henri d\u2019Auteuil Au TNM : Jeux de massacre, de Ionesco Le Théâtre du Nouveau Monde a inauguré sa nouvelle saison \u2014 la vingtième \u2014 sous le signe de la Mort.Le problème de l\u2019homme en face de la mort est un thème important, et qui devient obsédant, du théâtre de Ionesco.Sa dernière pièce, Jeux de massacre, que le TNM vient de présenter au Port-Royal, en exprime l\u2019horreur macabre lors d\u2019une épidémie de peste qui ravage toute une ville.Tout à coup, dans la tranquille insouciance d\u2019un jour heureux, dans le carosse que pousse leur père tout en devisant avec un ami, la mort frappe deux jumeaux.Stupeur.Emoi.Et bientôt panique, car, l\u2019un après l\u2019autre, les promeneurs tombent foudroyés.En un instant, une quinzaine de cadavres encombrent la place.C\u2019est la première scène de la pièce, et commence aussi l\u2019escalade de la maladie.Rien ne peut en arrêter le terrible cheminement, aucune précaution, aucun remède, aucun règlement protecteur des Autorités.Sous les apparences d\u2019un moine noir qui circule par les rues désertes, la Mort rôde, accomplissant son œuvre destructrice, aveuglément.Elle frappe tous, sans discrimination, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, puissants ou misérables, gendarmes ou prisonniers, les médecins eux-mêmes et les politiciens de tout poil.Tirées par des infirmiers harassés circulent des charrettes remplies de leur monstrueuse récolte de morts entassés pêle-mêle.Vision de cauchemar.Pourtant, plusieurs fois, on a ri dans la salle.Par nervosité souvent, mais aussi à cause de cette répétition mécanique et multipliée de ces morts à peu près toutes semblables, dans le temps relativement court du spectacle.La charge d\u2019émotivité de la tragique aventure a vite perdu de son mordant et de son efficacité.Précisément, dans ce massacre, le jeu a prévalu sur l\u2019idée impérieuse et brutale de la mort.Et ce n\u2019est pas tellement la faute des comédiens, qui, pour la plupart, ont eu à mourir deux ou trois fois pendant la pièce.Ils ne pouvaient tout de même pas empêcher les spectateurs, devant cette accumulation de scènes aux résultats identiques, de se poser la question : comment l\u2019événement va-t-il se produire cette fois-ci ?La lassitude l\u2019emporta sur l\u2019intérêt.On s\u2019habitue à tout, même à l\u2019horreur.Ionesco devrait le savoir.De plus, la conception de la mort chez Ionesco nous paraît bien étriquée.Pour lui, elle est essentiellement un départ, une rupture irrémédiable avec ce qu\u2019on est et ce qu\u2019on possède, douloureuse et sans lendemain.Pour le chrétien, au contraire, la mort est l\u2019arrivée à une vie nouvelle, la vraie, définitive, la vie éternelle qu\u2019un espoir fondé nous permet de prévoir heureuse.Et ainsi se trouve résolue avec bonheur l\u2019oiseuse et angoissante querelle des hommes de tous les temps au sujet du sens de la vie terrestre et de son apparente absurdité.Tout est simple et clair pour qui marche dans la lumière de foi.Donc, au contraire de le Roi se meurt, qui sera peut-être l\u2019œuvre la mieux réussie d\u2019Ionesco, ces Jeux de massacre, tant sur le plan psychologique que moral, ne donnent pas l\u2019entière satisfaction attendue.Deux ou trois scènes pourtant sont particulièrement émouvantes, surtout celle, si humaine, de ce vieux couple qu\u2019un amour sans faille a toujours uni et que la mort vient brutalement séparer; scène admirablement rendue, avec nuance, délicatesse et sobriété, par Kim Yaroshevskaya et François Rozet.Dans sa mise en scène, Jean-Louis Roux, par des trucs de scène assez bizarres, a tenté d\u2019alléger un peu l\u2019atmosphère plutôt lourde que dégage la pièce et aussi d\u2019éviter la monotonie causée par la répétition de ces nombreuses morts violentes qui s\u2019accomplissaient sous nos yeux.C\u2019était presque lui demander, à lui comme à ses comédiens, de résoudre la quadrature du cercle.Au Rideau Vert: la Cerisaie, de Tchékhov Pourquoi, au récent spectacle de la Cerisaie du Rideau Vert, n\u2019ai-je pas ressenti, suffisamment à mon goût, cette forte impression de tristesse, d\u2019amère nostalgie, devant la lente et insoupçonnée décrépitude d\u2019un monde, d\u2019une certaine société, le monde russe, la société russe que Tchékhov dépeint avec une telle justesse et vérité dans ses œuvres ?Il a manqué, sans doute, ce soir-là, ce je ne sais quoi d\u2019émotion contenue, de pudeur, de peines cachées et aussi d\u2019ambiance poétique, sans quoi Tchékhov ne passe pas.La plupart des comédiens ne semblaient pas vraiment épouser les sentiments intimes, profonds, de leur personnage respectif.Les mots volaient dans l\u2019air, les gestes scandaient les paroles avec précision, l\u2019action se déroulait normalement, mais était absent, trop souvent, ce souffle de sincérité qui fait toute la différence.Quelques bons moments, toutefois, avec Pierre Boucher, l\u2019incorrigible rêveur Gaïev, le truculent Lopakhine de Gilles Pelletier et peut-être, surtout, la touchante et résignée Varia de Béatrice Picard qu\u2019on voit trop rarement sous les traits d\u2019un tel personnage si nuancé et humain.Sa composition m\u2019a paru la plus sympathique et la plus vraie dans cette pièce douce-amère qui dépeint, en petits traits insignifiants et d\u2019une banalité totale, la ruine d\u2019une grande famille et la lamentable dispersion de ses membres dans le désarroi grotesque et la dérisoire bousculade d\u2019un départ vers l\u2019inconnu.On tourne vraiment la page d\u2019une époque révolue à jamais de la Sainte Russie d\u2019hier : on aurait aimé en éprouver davantage le tragique déchirement.Au Théâtre de Quat\u2019Sous : N'écrivez jamais au facteur et le Diable en été, de Michel Faure Récemment, Buissonneau, à son Théâtre de Quat\u2019Sous nous a présenté un nouvel auteur dramatique, Michel Faure.Français d\u2019origine, après avoir roulé sa bosse en divers lieux, il réside au Canada depuis quelques mois.Il a composé deux pièces d\u2019un acte que Jean Duceppe, Amulette Garneau et Yvon Leroux viennent de créer, rue Des Pins.Michel Faure a du talent pour croquer des types \u2014 qui ne sont pas plus canadiens, d\u2019ailleurs, qu\u2019autre chose \u2014 pittoresques, savoureux et naturels.De simples esquisses, cependant, sans beaucoup de relief ni puissante originalité.Rien, non plus, de spécifiquement de chez nous.En effet, il en pleut, dans toutes les villes et campagnes du monde, des petits épiciers comme Robert, aux propos saugrenus et simplistes de justiciers en chambre, ou des Théo.Chouinard, paysans aussi bêtement butés que bêtement crédules, qui se font rouler par le premier bavard venu.Y voir la quintessence du canadien français actuel, de sa mentalité et de ses états d\u2019âme profonds, frise l\u2019enfantillage.N\u2019écrivez jamais au facteur et le Diable en été (titre qui ne veut rien dire) sont tout bonnement des sketchs de T.V.sans prétention, d\u2019après souper, qui ne nuisent en rien à la digestion.Avec son naturel désarmant, Jean Duceppe a bafouillé à son goût (surtout dans la première pièce) et joué au matamore.Amulette Garneau, qu\u2019on ne voit pas souvent à la scène, lui donnait la réplique avec intelligence et discrétion.Quant à Yvon Leroux, c\u2019est un fameux vendeur de bombes.À l'École nationale de Théâtre: la Thébaïde, de Jean Racine C\u2019est le privilège \u2014 parfois courageux \u2014 des jeunes et aussi de compagnies théâtrales dont la rentabilité n\u2019est pas le souci majeur, de jouer des œuvres peu connues ou injustement négligées.Ce risque, l\u2019Ecole nationale de Théâtre l\u2019a pris une fois de plus, en présentant, au Monument National, par les élèves de troisième année de la section française, la Thébaïde de Racine, tragédie qui rapporte la lutte fratricide des fils d\u2019Oedipe, Etéocle et Polynice, pour la possession du trône de Thèbes.Comme toutes les autres de Racine, cette première tragédie, la Thébdibe, par sa poésie raffinée, sa langue inhabituelle de nos jours, surtout par l\u2019expression des fortes passions, parfois exacerbées, et des sentiments violents ou douloureux de ses personnages, est loin d\u2019être facile à interpréter, principalement par de jeunes étudiants en théâtre.Pour eux, toutefois, l\u2019enjeu est d\u2019importance, donc utile : il peut leur permettre de juger jusqu\u2019où ils peuvent se dépasser.S\u2019il y a dégâts, alors, même désastre, cela ne tire pas beaucoup à conséquence; cela peut même aider heureusement à mieux connaître les limites de son talent.JANVIER 1971 29 Je ne chicanerai donc pas ces jeunes comédiens de n\u2019avoir pas encore la souplesse et l\u2019aisance des vétérans de la scène, non plus que de leur débit parfois hésitant et gauche, mais je leur en veux \u2014 j\u2019y reviens \u2014 de ne pas assez maîtriser leur articulation et de n\u2019avoir pas encore appris à porter leur voix dans la salle: nous perdons trop de mots et de syllabes.Mais je chicanerai volontiers le metteur en scène, Tibor Egervari, pour son hérésie du cinquième acte.On se serait cru au finale d'Hamlet avec cinq cadavres sanglants qui jonchaient la scène, par les bons offices de solides soldats qui les avaient apportés, chacun leur tour, soit du champ de bataille, soit des chambres du palais royal.Exposition macabre, romantique à souhait, mais en totale opposition avec la tradition du théâtre classique français.Ce n\u2019est pas la manière la plus judicieuse, en tout cas, d\u2019en rajeunir et renouveler la représentation.Pour finir sur une note agréable, je louerai sans réserve le suggestif décor de Douglas Robinson: un aigle monumental aux ailes largement étendues qui faisait un saisissant effet comme fond de scène sous les éclairages savants de François Dépatie.Du beau travail technique.Au TNM : la Guerre, Yes Sir ! de Roch Carrier C\u2019est la Mort qui, une fois encore, a frappé les trois coups sur le plateau du Port Royal, pour annoncer le nouveau spectacle du Théâtre du Nouveau Monde : la Guerre, Yes Sir! de Roch Carrier.Adaptation originale de son roman, par cette pièce, Carrier nous fait assister à une sorte de veillée funèbre, à la mode d\u2019autrefois, auprès du corps du soldat Corriveau, dans la maison paternelle de son village natal.Evénement insolite, à la vérité.En effet, j\u2019avoue apprendre pour la première fois que le corps d\u2019un jeune soldat, tué par l\u2019éclatement d\u2019une mine ennemie, derrière un buisson dans une quelconque plaine d\u2019Europe, ait été transporté à des centaines et des centaine de milles, et cela en pleine guerre, pour la consolation de ses parents et amis du Québec.Mais les artistes ont tous les droits, y compris celui de l\u2019invraisemblance ! Donc le corps du fils Corriveau, couché dans son cercueil, est exposé dans le salon de ses parents.Et commencent les visites de condoléances des amis, des connaissances, du curé de la paroisse.On pleure, on rigole aussi, on conte des histoires, même, sous l\u2019effet de la bière abondante et pour faire digérer les bonnes tourtières de mère Corriveau, on danse des rigodons; par intervalles, quand l\u2019auteur ne sait plus trop comment occuper ses personnages, il les fait prier \u2014 on peut se douter du genre de prière ! Pour finir, une ridicule empoignade entre les visiteurs des Corriveau et les soldats qui avaient transporté le corps de leur compagnon d\u2019armes et qui, on ne sait trop pourquoi, faisaient la garde auprès de la tombe.Le tout saupoudré de propos non équivoques sur la guerre et les malheurs qu\u2019elle charrie.Tableau pittoresque ou, plus simplement, caricature folklorique des mœurs de nos villageois et de leurs croyances.Sur ce point particulier, la charge tombe dans un tel excès qu\u2019elle passe à côté de la cible.L\u2019apparition de la sœur Esmelda et le discours du curé au cimetière sont d\u2019une bêtise qui nous reporte aux beaux jours de l\u2019anticléricalisme du « petit père Combes », en France.Il est vrai que nous sommes habitués à être toujours en retard d\u2019une génération.« Il ne faut pas que je les ennuie », se disait Carrier quand il cherchait, dans son roman, les éléments valables de sa pièce.Il a voulu y mettre du mouvement, de la vie.En fait, ses personnages s\u2019agitent beaucoup, gesticulent, crient.L\u2019action ne manque pas.Elle est surtout extérieure.On va, on vient, on se bouscule, un peu pour s\u2019occuper; on bavarde mais sans rien dire, pour tuer le temps.C\u2019est l\u2019intérêt qui en meurt.On vient à désirer que cela finisse.L\u2019ennui est proche.On peut sauter des pages d\u2019un roman ou les parcourir rapidement des yeux, au théâtre, le spectateur ne le peut pas, il est à la merci des acteurs qui débitent leur texte.Si Roch Carrier, jeune et, au demeurant, sympathique écrivain, décide de récidiver au théâtre, on lui suggère de mieux structurer son sujet, de le développer avec logique et plus de vigueur, de donner à ses personnages une vie intérieure plus intense et d\u2019éviter les invraisemblances et les charges exagérées dans l\u2019action.Heurter est parfois utile mais, dans l\u2019opinion de Molière, la première loi du théâtre est de plaire.L\u2019équipe du TNM réunie par Albert Miliaire a joué avec entrain et une verve que j\u2019oserais appeler joyeuse, en dépit du sujet.Un point noir : la bataille entre soldats et villageois, à peine digne d\u2019une scène de collège.On me dispensera de louer l\u2019affreux fond de scène du décor de Mark Nogin.Au Rideau Vert : Treize à table, de Sauvajon Le spectacle des Fêtes, au Rideau Vert, est une reprise: Treize à table de Sauvajon, auteur apprécié du Boulevard.La superstitieuse Madeleine Villardier, en dépit de ses efforts et stratagèmes, ne réussira tout de même pas à éviter qu\u2019on soit treize à table pour son réveillon de Noël.Premier thème d\u2019une importance assez mince de la pièce, fécond toutefois en péripéties amusantes.Greffé sur cette trame légère, un second thème, qui sent la poudre et manque de justesse de nous faire assister à un règlement de compte entre une sorte de passionnaria espagnole et Antoine Villardier, risque à certains moments de faire basculer la comédie dans le drame.Heureusement l\u2019esprit comique de Sauvajon veille au grain et sauve Madeleine Villardier d\u2019au moins une catastrophe.En compensation de son réveillon gâté, elle conservera son mari, « son héros ».Avec les Villardier, nous évoluons, bien sûr, dans un monde on ne peut plus bourgeois.Atmosphère superficielle, plaisirs factices, propos puérils et fugaces comme flocons de neige tourbillonnant sous le vent; dans d\u2019élégants costumes dernier cri, personnages frivoles, agrippés à des futilités, seulement intéressés à follement se divertir.Pourtant, sauf la chagrine engeance des critiques, le bon peuple dans la salle, tout réjoui, s\u2019amuse cordialement, souligne les mots et facéties des acteurs, ne prête aucune attention à certains bafouillements ou temps morts de l\u2019action, rit sans contrainte et crie volontiers: bravo ! Bravo à Denise Pelletier, impayable Dolorès ! Bravo au savoureux Docteur Pierre Boucher ! Bravo à la charmante Véronique d\u2019Elisabeth Chouvalidzé ! Bravo à tout le monde, à tous les interprètes, décorateurs, costumiers qui lui ont procuré une reposante soirée.À la NCT : des Souris et des Hommes, de John Steinbeck C\u2019est une œuvre bien émouvante et profondément humaine que la Nouvelle Compagnie Théâtrale a offerte à l\u2019admiration de ses fidèles spectateurs, au Gesù, cet automne.Il s\u2019agit de la pièce de John Steinbeck, des Souris et des Hommes.Steinbeck est surtout connu par ses romans dont quelques-uns, popularisés par le cinéma, sont célèbres dans le monde entier.D\u2019abord un roman, des Souris et des Hommes a été adapté par l\u2019auteur lui-même au théâtre, puis au cinéma.Cette pièce répond parfaitement à la définition formulée par le jury du prix Nobel de littérature au sujet des écrits de Steinbeck: « à la fois réalistes et imaginatifs, remarquables par leur humour sympathique et leur portée sociale ».Sorte de documentaire dramatique de la vie des travailleurs sur les grandes plantations de la Californie, dans les années trente, Steinbeck, dans son œuvre, nous dépeint au naturel des types humains tellement vrais qu\u2019ils s\u2019imposent à l\u2019esprit avec une force envoûtante.Ils deviennent si familiers et attachants que, comme eux et avec eux, nous vivons leurs travaux, leur misère, leurs passions, leurs espoirs trop souvent déçus.Ce ne sont plus des personnages fictifs, lointains, étrangers, mais des amis, des parents, des frères.Evénement miraculeux, très rare dans le théâtre de notre temps.Sous l\u2019habile direction du metteur en scène, Georges Groulx, les comédiens de la NCT ont interprété avec conviction, vigueur et naturel, leurs personnages respectifs, surtout François Tassé et Lionel Villeneuve, George et Lennie, les deux protagonistes de la pièce.D\u2019un caractère bien différent: George, jeune débrouillard, énergique, avisé; l\u2019autre, Lennie, simple d\u2019esprit, écrasé par un physique de géant, tendre pourtant et fidèle comme un chien, Tassé et Villeneuve ont manifesté des dons dramatiques de belle qualité et particulièrement ajustés à leurs personnages.Du très beau travail, partagé par tous leurs compagnons.30 RELATIONS RÉFLÉCHIR ! \u2014 un billet de Claire Campbell CONSERVEZ RELATIONS CARTABLE en similicuir rouge avec titres or Jeu de 11 cordes au comptoir $3.00 par la poste $3.25 RELIURE de votre collection 1970 Le lecteur fournissant sa collection : $4.00 Si nous fournissons la collection : $9.00 Ajouter $0.35 pour frais d'expédition 8100, boul.Saint-Laurent Montréal 351\t387-2541 Réfléchir ! Répondant aux questions incisives que lui posait l'animatrice d\u2019un programme de télévision, un psychologue américain, M.Rollo May, auteur de renom dont l\u2019œuvre Love and Will en est à sa 5e édition, encourageait indirectement les téléspectateurs à retrouver la vie intérieure.Il affirmait (et je cite de mémoire) : « La technique qui envahit notre « way of life » nous vole nos âmes et nous rend difficile la découverte de l\u2019amour.On n\u2019a jamais autant parlé de l\u2019amour, et pourtant il n\u2019y en a jamais eu si peu.\u2014 d\u2019amour authentique, je veux dire.Mais je ne m\u2019inquiète pas trop de l\u2019avenir.L\u2019une des rares bénédictions que nous apporte la vie dans une époque angoissée, c\u2019est que nous soyons forcés de prendre conscience de nous-mêmes.Je crois que le monde connaîtra une sorte de renaissance qui fera découvrir aux jeunes ce qu\u2019est l\u2019amour: ils apprendront tout simplement à reconnaître ce qu\u2019ils sont, en entrant en eux-mêmes, grâce à la réflexion.» Réfléchir ! Quelques instants plus tard, sur un autre réseau, on interviewait des femmes de la région de Charlevoix.Quel moment de quiétude pour les téléspectateurs que de voir, assise près d\u2019un paisible ruisseau, une jeune femme au visage rayonnant de paix intérieure, déclarant d\u2019une façon poétique quelque chose comme ceci: « Je veux que ma fille apprenne à réfléchir, qu\u2019elle développe non seulement ses possibilités intellectuelles mais aussi tout son être.Et j\u2019insiste pour que tout ceci soit fait sans oublier l\u2019affectivité.Oui, j\u2019y tiens aux valeurs affectives.» Réfléchir ! Quelques jours auparavant, on pouvait lire dans le Devoir (21 novembre 1970) ces propos de M.Maurice Champagne, professeur: « Il faudrait changer radicale- OUVRAGES REÇUS Benoit, Jacques:\tPatience et Firlipon.Roman d\u2019amour.Col.« les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 183 pp.Brossard, Nicole: Un livre.Roman.Col.«les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 99 pp.Camara, Dom Helder: Révolution dans la paix.Col.« Livre de vie », 103.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 151 pp.Carrefour des étudiants du Québec: D\u2019où vient l\u2019étudiant de demain ?T.2.\u2014 Trois-Rivières, UQTR, 1970, 182 pp.Carrier, Roch: Il est par là, le soleil.Roman.Col.« les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 142 pp.Dansereau, Dollard: Le Citoyen face au Droit criminel.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1970, 224 pp.Eglise (L\u2019) souterraine.Col.« Mise en question », 5.\u2014 Rome-Genève, IDOC; Gembloux, J.Du-culot, 1970, 211 pp.Ferron, Jacques: Le salut de l\u2019Irlande.Roman.Col.« les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 222 pp.Gagnon, Marcel-Aimé: Toute la vérité (ou presque) sur la drogue.Manuel d\u2019information.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1970, 192 pp.Guertin, Pierre-Louis: Et de Gaulle vint.Une étude socio-politique sur les répercussions de son voyage au Québec.\u2014 Montréal (1108, Bleu-ry, Mtl 128), Claude Langevin, Ed., 1970, 229 pp.ment nos méthodes d\u2019enseignement et d\u2019éducation et toute l\u2019organisation scolaire pour former une collectivité qui soit capable de créer et de réfléchir positivement.La contestation négative est la rançon de nos méthodes d\u2019éducation.» Réfléchir ! Comme ils se rejoignaient bien par la pensée ces deux professionnels aux parchemins imposants et cette mère de famille qui avouait n\u2019avoir pas terminé son cours secondaire ! Je devine que, pour cette femme au foyer, conjuguer le banal quotidien et la réflexion était devenu une façon de vivre.Oui, il se cache des valeurs importantes dans la banalité du travail de la mère de famille.C\u2019est à réfléchir qu\u2019on les découvre.Il est indéniable qu\u2019il y a dans sa mission éducative une qualité de transcendance.Tout, dans cette responsabilité, est bel et bien relié: prendre soin de l\u2019enfant et lui apprendre à aimer, à avoir confiance, à respecter, à être optimiste, à réfléchir.« J\u2019aimerais que toutes les mères enseignent.Je ne parle pas d\u2019enseignement institutionnel.Elles ont tellement à transmettre, un tel héritage à perpétuer.» (Ivan Illich, « Milieu 70 », le Devoir, 3 novembre 1970.) Apprenons donc aux enfants de l\u2019avenir à réfléchir afin qu\u2019ils puissent voler bien à leur aise entre leur univers intérieur et le « dehors froid » né de la technologie.En prenant cette résolution pour 1971, chantons avec Isabelle Pierre cette chanson de Stéphane Venne: Les enfants de l\u2019avenir vont savoir parler [la langue des poètes, Les enfants de l\u2019avenir se feront des jardins [dans le ciel, Ils seront heureux, ils seront heureux, Ils auront chacun leur soleil dans les yeux.Ils seront heureux, ils seront heureux, Envolés dans leur voyage merveilleux.Histoire (L\u2019) et son enseignement.« Les cahiers de TUniversité du Québec ».\u2014 Québec, UQ, 1970, 176 pp.Légaut, Marcel: Introduction à l\u2019intelligence du passé et de l\u2019avenir du christianisme.Col.« Intelligence de la foi ».\u2014 Paris, Aubier, 1970, 403 pp.Lieberson, Stanley: Language and Ethnie Relations in Canada.\u2014 Toronto, John Willy & Sons, 1970, 264 pp.Melon-Martinez, Enrique: La télévision dans la famille et la société modernes.Col.« Marabout-Université », 207.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 247 pp.Peterson, Jacques A.: Le couple après quarante ans.Col.« Psycho-point ».\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1970, 182 pp.Renault, Emmanuel: Sainte Thérèse d\u2019Avila et l\u2019expérience mystique.Col.« Maîtres spirituels », 38.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 190 pp.Richard, Jean-Jules: Faites-leur boire le fleuve.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1970, 302 pp.Société injuste et révolution.Colloque de Venise.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1970, 191 pp.Sourine, Georges: Vivre dans l\u2019espace.Physiologie et psychologie des astronautes.Col.« Marabout-Université », 208.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 253 pp.Tremblay, Rodrigue: Indépendance et marché commun Québec - Etats-Unis.Col.« les idées du jour ».\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 127 pp.JANVIER 1971 31 A.van Hoorebeeck la conquête de l\u2019air chronologie de l\u2019aérostadon, de l\u2019aviation et de l\u2019astronautique, des précurseurs aux cosmonautes ¦va;w \u2022 .\u2022 ¦TtTTj .\tA.vïui fWU*-ec!î; m la conquête de l\u2019air tviry;ijfig!(:
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