Relations, 1 février 1971, Février
[" MONTRÉAL NUMÉRO 357 FÉVRIER 1971 TV, RADIO, ETC.\u2014 LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DE L\u2019ÉDUCATION PERMANENTE LE PROJET MULTI-MÉDIA POUR LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES DU QUÉBEC septembre 1971 !\t\u2014 dossier spécial * ¦ LE QUÉBEC ET LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION \u2014 Richard Arès ¦ LE RAPPORT BIRD ET LA FEMME D'AUJOURD'HUI \u2014 Marcel Marcotte _______relations______________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vaillancourt.TIRAGE ET PUBLICITÉ : Albert PLANTE numéro 357\ta a a a a i ¦¦ février 1971 SOMMAIRE Dossier : Éducation permanente et technologie \u2014 le Projet Multi-Média Liminaire: Un projet audacieux et réaliste qui ne doit pas dormir sur les tablettes.Guy Bourgeault 35 Le Projet Multi-Média \u2014 présentation .André Bouchard 36 Échos d\u2019une table ronde Judith Thériault, Yves Lever, Monique Caron, Pierre Bélec, Yves Vaillancourt.40 Un recyclage plutôt radical.Denis Savard 42 Articles Un sur douze (billet).Paul Fortin 43 Québec-Ottawa: le Québec et la révision constitutionnelle Richard Arès 44 Politique internationale : Duvalier jusqu\u2019à la fin des siècles ?Yves Vaillancourt 46 Le Rapport Bird: Être femme aujourd\u2019hui Marcel Marcotte 47 Les média de communication de masse: en essayant de résumer le Rapport Davey.Yves Lever 50 Chroniques Télévision : La télévision et son langage .\t.François Jobin 52 Littérature : Où va notre poésie ?.\t.\t.René Dionne 54 Cinéma : « L\u2019aveu », ou la critique d\u2019un pouvoir \u2014 un film de Costa-Gravas.Yves Lever 57 Théâtre : Guerres, arabesques et fantaisie Georges-Henri d\u2019Auteuil 58 Les livres : La Bible, Parole de vie.60 Ouvrages reçus.63 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l'abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.vendredi jMI savings «¦cçoum LA BANQUE D'ÉPARGNE DE LA CITÉ ET Dü'dISTRICT DE MONTRÉAL Nos heures supplémentaires vous permettent d'effectuer vos opérations bancaires en fin d'après-midi ou en revenant de votre travail.Profitez-en dès maintenant.OUVERT TOUS LES JOURS DE 10 à 6 Export A au 34 RÉGULIÈRES ET ''KING\" UN PROJET AUDACIEUX ET RÉALISTE QUI NE DOIT PAS DORMIR SUR LES TABLETTES Éducation permanente et technologie LE PROJET MULTI-MÉDIA Dossier spécial L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES STUDIO D'ART 8125, BOUL SAINT LAURENT MONTREAL (351'), QUEBEC 3885781 C\u2019est au début des années \u201960 que le concept d\u2019éducation permanente a fait chez nous son chemin dans la pensée et les écrits de quelques éducateurs, puis, après la parution du Rapport Parent, dans les structures et les programmes.C\u2019est également depuis le début des années \u201960 que l\u2019on parle tant \u2014 et parfois avec tant de surenchère \u2014 de démocratisation de l\u2019école et de l\u2019université, d\u2019éducation populaire, de culture populaire, etc.Il y a 10 ans, les Cours du Gesù connaissaient, auprès d\u2019une toujours croissante audience d\u2019adultes, un succès que les initiateurs du projet n\u2019avaient osé espérer.En 1969, la nouvelle Université du Québec, spécialement à Montréal, était appelée, disait-on, à devenir l\u2019université populaire du centre-ville; on souhaitait qu\u2019elle fasse porter ses efforts précisément dans les tâches de l\u2019éducation permanente.Simultanément, on commençait de s\u2019intéresser, à travers tout le Québec, aux difficiles problèmes du recyclage des chômeurs.\u2014 Beaucoup de bruit et beaucoup d\u2019encre .et quelques réalisations de trop modeste envergure.En octobre 1969, le Comité du programme de récupération TEVEC \u2014 l\u2019expérience du projet-pilote de télévision éducative pour les adultes avait pris fin, dans la région du Saguenay/Lac Saint-Jean, à la mi-mars 1969 \u2014 recommandait au ministre de l\u2019Education « qu\u2019un projet d\u2019éducation d\u2019adultes incluant l\u2019utilisation combinée de la télévision, du document d\u2019accompagnement et de l\u2019animation pédagogique, selon des modalités à définir, soit fait à l\u2019intention de l\u2019ensemble de la population du Québec ».Un mois plus tard, le ministère créait, pour donner suite à cette recommandation, le Comité d\u2019implantation de la télévision éducative pour la formation des adultes.Le mandat de ce Comité, d\u2019une durée de six mois ( janvier-juin 1970), était de concevoir et élaborer, sur les bases de l\u2019expérience TEVEC, le plan général et le programme concret de réalisation d\u2019un nouveau projet dans le domaine de l\u2019éducation des adultes, en portant une attention spéciale à l\u2019étude des possibilités d\u2019utilisation de la télévision dans ce projet.Le Comité a remis son rapport final le 17 juillet 1970 : c\u2019était le Projet Multi-Média de formation pour le développement des ressources humaines du Québec \u2014 dont le présent dossier de Relations présente une analyse critique.Juillet-décembre 1970 : semestre du silence.Puis, les journaux nous apprennent que le Conseil des ministres a donné son accord de principe au projet et que celui-ci devrait être mis en œuvre, dans la région de Montréal, dès septembre 1971.Depuis, nouveau silence.Or il importe que ce projet soit mis en œuvre sans délai: la situation sociale qui prévaut présentement au Québec indique suffisamment à quel point, secrètement, on y aspire.Le Projet Multi-Média 1° repose sur une solide «philosophie» de l\u2019éducation des adultes et met à profit la longue réflexion de l\u2019Opération Départ, 2° met également à profit la riche expérience des deux années de travail de TEVEC, 3° fait appel à la collaboration des organismes en place plutôt que de chercher à les supplanter, 4° met la technologie au service de l\u2019éducation de la personne, de son épanouissement et de sa participation à la vie sociale et politique, 5° a comme ambition de donner enfin la parole à cette « majorité silencieuse » trop souvent \u2014 et si diversement \u2014 exploitée et réduite au silence des « non instruits », 6° est judicieusement soucieux d\u2019une saine économie des ressources humaines et financières limitées du Québec.Et l\u2019on pourrait sans peine énumérer d\u2019autres raisons qui militent en faveur de la mise en œuvre sans délai du projet; mais il suffira au lecteur de lire avec attention les pages qui suivent.En présentant le dossier qui suit sur le Projet Multi-Média, Relations veuf d\u2019abord et avant tout que soit rendu vraiment public un projet qui intéresse toute la population du Québec.Et, de plus, que soit ainsi sollicitée la collaboration efficace de tous ceux qui œuvrent déjà dans le champ de l\u2019éducation permanente et dans celui des média, pour que passe dans la réalité un projet qui, de sa nature, fait appel à une telle concertation des énergies et des efforts.Encore une fois, il importe que le projet soit mis en œuvre sans délai, c\u2019est-à-dire dès septembre 1971; que sa réalisation ne soit pas reportée à plus tard \u2014 nous ne sommes pas assez riches pour nous payer le luxe de nouveaux retards ! \u2014 à cause de la rigidité de certaines structures administratives du ministère de l\u2019Education ou à cause d\u2019une sorte de crise de confiance qui prendrait la forme de réticences paralysantes face à l\u2019éventualité de certains transferts de juridiction.Le secrétaire de la rédaction, Guy BOURGEAULT.25 janvier 1970.FÉVRIER 1971\t35 Le Projet Multi-Média pour le développement des ressources humaines au Québec présenté par André Bouchard * Dans une déclaration en date du vendredi 18 décembre 1970, le ministre de l\u2019Éducation, M.Guy Saint-Pierre, nous apprenait que le Québec allait entreprendre un effort sans précédent pour permettre un recyclage de la majorité des citoyens québécois (70%).Dans les propos du ministre, il fut alors question d\u2019un projet Multi-Média qui permettrait « d\u2019atteindre une meilleure qualité d\u2019enseignement et de rejoindre plus de gens à moins de frais » (Le Devoir, 21 décembre 1970).Il existe, à propos de ce projet, une ambiguïté qu\u2019il faudrait dissiper au départ.Dans les communiqués de presse, on a parlé d\u2019extension à toute la province du projet TEVEC (expérience de télévision éducative au Sa-guenay/Lac St-Jean, 1967-69).Or le Projet Multi-Média de formation pour le développement des ressources humaines du Québec, même s\u2019il se situe dans le prolongement de TEVEC, présente une synthèse plus globale et plus struc- Une lecture un peu attentive du Projet Multi-Média ne peut laisser indifférent quiconque s\u2019intéresse au développement de notre société québécoise.D\u2019une part, on y décèle des besoins urgents et massifs relativement à la formation des adultes; d\u2019autre part, on apprend que la société québécoise dispose des éléments lui permettant de répondre à ces besoins \u2014 et cela, dans un style particulier et en adoptant les outils appropriés.Secret de polichinelle.\u2014 Aussi incroyable que cela puisse paraître en 1971, près de 50% de la population adulte du Québec est laissée pour * Professeur en communications au Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.turée de l\u2019utilisation des média dans le domaine de l\u2019éducation des adultes \u2014 ainsi qu\u2019une définition plus large des objectifs à atteindre.En définitive, on a tenu compte de TEVEC, parce que l\u2019expérience de 1967-69 a été tentée, ici, au Québec; mais le Projet Multi-Média va beaucoup plus loin, en intégrant des éléments d\u2019autres expériences telles que Telekolleg (en Bavière), Télé-Promotion rurale (dans l\u2019ouest de la France), The Open University (en Grande-Bretagne) et The NHK Correspondence High School (au Japon), et en proposant une utilisation maximale des ressources technologiques et humaines de notre société.Le rapport final, qui a été remis au ministre de l\u2019Éducation en juillet 1970 et qui expose le Projet Multi-Média, comprend deux tomes.Le premier étudie les orientations et les données de base du projet proposé; le second présente, dans le détail, les composantes concrètes du projet.compte et abandonnée au plan de l\u2019éducation.En effet, alors que lés grandes réformes éducatives des années 60 devaient fournir à la jeunesse un système d\u2019éducation mieux accordé à la société d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, la complexité de ces réformes allait contribuer à accentuer l\u2019écart entre cette jeunesse scolarisée et la population adulte directement visée par le Projet Multi-Média.Une réelle différence psychologique, relative à la participation des adultes aux formes pédagogiques traditionnelles, allait poindre, entraînant avec elle des conséquences économiques, sociales et familiales que l\u2019on peut facilement imaginer si, par hasard, l\u2019information quotidienne, tant écrite qu\u2019électronique, ne les signalait pas chaque jour ! Un cri qui vient de loin.\u2014 Devant l\u2019incapacité du système traditionnel d\u2019éducation à répondre aux besoins de la population adulte du Québec, le comité responsable de la préparation du Projet Multi-Média se mit résolument à la tâche.Il fallait d\u2019abord voir la situation exacte du malaise, qu\u2019on a formulée sous forme de quatre questions-clefs : \u2022\tA quoi doit viser l\u2019éducation des adultes ?Quelles sont les finalités qui, aujourd\u2019hui, peuvent lui donner un sens et une valeur ?\u2022\tQuelles sont les caractéristiques d\u2019un système de formation des adultes qui respecteraient ces finalités ?\u2022\tQuels sont les besoins des adultes du Québec ?\u2022\tEnfin, quelle est la signification de l\u2019idée de multi-média appliquée à un projet de formation des adultes ?À ces interrogations cruciales et décisives, le comité répond en deux moments.1° D\u2019abord, c\u2019est au cœur du problème qu\u2019il faut s\u2019attaquer: par l\u2019affirmation de la nécessité de centrer l\u2019éducation sur la personne; par l\u2019accentuation sur la formation intérieure de la personne; par l\u2019insistance sur la nécessité d\u2019une formation axée sur la personne, en tant qu\u2019être inséré dans un milieu et dans une société; et par l\u2019établissement de toute éducation des adultes sous le signe et dans le sens de l\u2019éducation permanente.2° Ensuite, en vue de consolider et de renforcer l\u2019apprentissage nécessaire à l\u2019intégration de la population adulte aux formes de participation aux réalités vitales de la société québécoise, le comité ne voit qu\u2019une solution globale et impérative: l\u2019utilisation des mass media, dans une optique précise où l\u2019étudiant est au centre du système qui doit s\u2019appuyer sur plusieurs média \u2014 certains étant nécessairement d\u2019ordre technologique, et d\u2019autres nécessairement d\u2019ordre socio-pédagogique \u2014; où le système multi-média devra être « synergique », (c\u2019est-à-dire « celui où chacun des média prévus réalise spécifiquement ce A.Grandeur et misère de la situation des adultes 36 RELATIONS qu\u2019on attend de lui et participe en même temps à la réalisation d\u2019objectifs beaucoup plus vastes, en coordination continue avec tous les autres média et, au besoin, en remplaçant ou en renforçant l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux » ) ; et où l\u2019utilisation de chacun des média et du système lui-même doit se faire avec une certaine ampleur et, conséquemment, à l\u2019intention d\u2019un nombre élevé de personnes.B.Quand la grandeur combat la misère Le Projet Multi-Média apparaît ainsi comme constituant une réalité intermédiaire entre la personne et la société.Ainsi conçu, il ne s\u2019identifie ni à l\u2019une ni à l\u2019autre, mais est en même temps au service de la personne et en liaison étroite, par de multiples points de jonction, avec l\u2019environnement actuel et futur de la société québécoise.Quant à ses composantes concrètes (question de savoir à qui s\u2019adresse ce projet; \u2014 quelles en sont les propriétés; \u2014 quel genre de formation y prévoit-on et quel sera son contenu; \u2014 quels en seront les média; \u2014 comment l\u2019information y sera-t-elle intégrée; \u2014 qui en constituera le personnel; \u2014 quelle en sera l\u2019organisation, l\u2019administration; \u2014 quels pourraient être les étapes et les critères d\u2019implantation; \u2014 quelle en est l\u2019estimation générale du coût prévu), le projet se montre à cet égard aussi exhaustif et audacieux qu\u2019il l\u2019était dans ses énoncés des orientations et données de base.Nous n\u2019en retiendrons ici que trois aspects: la formation, les média et le personnel.Dans ce triptyque, c\u2019est tout le souffle, l\u2019originalité et l\u2019espoir du projet qui veulent faire écho aux forces les plus vives de la société québécoise.Né pour un petit pain.\u2014 Nous connaissons la situation et les moyens à prendre pour y remédier.Encore faut-il savoir comment ces moyens seront utilisés.C\u2019est toute la philosophie relative à la formation des adultes qui vient répondre à cette nouvelle interrogation.Son thème central, Vauto-formation, est développé selon trois axes principaux, aussi importants les uns que les autres: \u2022\tson centre sera l\u2019observation, l\u2019analyse et la compréhension des réalités; \u2022\tson insistance portera sur la découverte et l\u2019expérimentation de modèles dynamiques d\u2019adaptation, grâce auxquelles l\u2019adulte peut prendre conscience de ses besoins, les expliciter et, par la suite, utiliser les ressources disponibles pour les satisfaire; FÉVRIER 1971 \u2022 enfin, son but est d\u2019assurer l\u2019apprentissage des codes \u2014 i.e.des véhicules de messages, en vue de permettre une intégration à d\u2019autres cours de formation supposant des pré-requis au niveau de certains codes.Le défi n\u2019est pas surmonté pour autant ! Il faut resituer l\u2019apprentissage des codes par rapport aux objectifs de formation et de stratégie éducatives pour un adulte en auto-formation.Le contenu de la formation ne peut être tel que structuré actuellement.Il faut connaître les besoins de l\u2019adulte.Le comité du Projet Multi-Média prévoit qu\u2019il faudra faire la « cueillette de ces besoins » par le feedback et la recherche, d\u2019une part, et par la consultation directe des usagers du système, d\u2019autre part; ensuite analyser les informations reçues, en vue d\u2019une structuration permettant de mieux assurer l\u2019apprentissage de moyens d\u2019expression et d\u2019outils de travail, ainsi qu\u2019une formation méthodologique adaptée.La civilisation de l\u2019information.\u2014 Un second aspect \u2014 qui manifeste à la fois le courage et ce que l\u2019on pourrait appeler le réalisme de la vision prophétique des membres du comité \u2014 saute aux yeux de quiconque s\u2019attarde à étudier le chapitre XI du Projet Multi-Média.Il y est question du rôle, de la fonction et des modalités d\u2019utilisation des média.D\u2019universellement diffusifs, les média technologiques deviennent intégrés à un système où l\u2019on fait appel à l\u2019apport complémentaire \u2014 jugé important \u2014 de type socio-pédagogique cette fois.Utilisation de la télévision et de la radio, d\u2019une part; utilisation de documents d\u2019accompagnement, recours à l\u2019animation pédagogique, au feedback, à l\u2019évaluation et à la recherche, d\u2019autre part.\u2014 La télévision : Il n\u2019est plus besoin de convaincre qui que ce soit de l\u2019importance d\u2019une conjugaison de l\u2019auditif ENFIN ! UN PROJET MÛR ET ATTENDU Enfin ! on offre au peuple québécois la possibilité de faire un grand bond en avant dans le domaine de l\u2019éducation.Enfin ! on commence à penser l\u2019éducation un peu moins en termes d\u2019édifices à construire et un peu plus en termes d\u2019utilisation des ressources disponibles dans la communauté.Enfin ! on parle intelligemment des cours pour adultes offerts à ceux qui, tout en ayant quitté l\u2019école depuis longtemps, ont quand même emmagasiné une riche expérience de vie; et ils sont nombreux.Certes, les spécialistes trouveront à redire.Surtout s\u2019ils sont consultés un par un ! Pour les uns, ce n\u2019est pas assez révolutionnaire, comme si les pas amenant les changements d\u2019attitudes pouvaient être des pas de géants ! Pour les autres, on aurait mieux fait de s\u2019occuper de la formation professionnelle, dans une société où le taux de chômage atteint le niveau que nous connaissons .Comme si ce qu\u2019on présente n\u2019était pas justement un minimum vital.D\u2019autres, enfin, trouveront cela bien beau sur papier, mais n\u2019y croiront pas ! Il est vrai que le Projet Multi-Média fait énormément confiance aux hommes ! Et ça, c\u2019est nouveau ! Exigeant aussi ! Exigeant spécialement pour les « s\u2019éduquants », à tous les paliers, qui ne finiront jamais de détecter de nouveaux besoins.Personnellement, je trouve qu\u2019il serait extrêmement regrettable de ne pas mettre en branle l\u2019implantation de ce projet le plus tôt possible.Bien sûr, avec du temps supplémentaire, le projet pourrait être mis davantage au point.Mais nous n\u2019avons plus le temps d\u2019attendre.Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de « discutailler » sur le dos de tout un secteur de la population.De cette population qu\u2019on étiquette souvent comme aliénée.C\u2019est un fait connu: pouvoir choisir, c\u2019est déjà un facteur de désaliénation.Or le choix présuppose une variété d\u2019options possibles.Et, dans une société comme la nôtre \u2014 i.e.une société ouverte vers l\u2019extérieur et une société aux communications multiples \u2014, les options, elles aussi, sont multiples.Mais ce qui manque davantage et s\u2019avère tout aussi utile pour faire un choix, c\u2019est la prise de conscience de sa capacité de choisir; c\u2019est avoir le respect de soi-même.Cette étape précède, et de beaucoup, la participation.C\u2019est pourquoi, il faut aller chercher les gens là où ils sont physiquement et moralement.Le Projet Multi-Média semble vouloir emprunter cet itinéraire.Je m\u2019en réjouis et je lui souhaite bonne chance ! Judith Thériault, Sc.politique, Université de Montréal.37 Un peu d\u2019histoire Le mot MEDIA, quoique fort connu et utilisé dans le domaine particulier des communications, est relativement nouveau dans le champ de l\u2019éducation.Il faut attendre 1958 pour qu\u2019il soit couramment employé comme englobant un ensemble de « ressources éducatives », au même titre que le livre, la craie, le tableau, etc.Ce fut la loi américaine, The U.S.Defence Education Act, sur l\u2019application de la technologie dans le secteur de l\u2019enseignement.Mais les essais de télévision et de radio éducatives étaient déjà amorcés depuis longtemps.Nous ne retiendrons ici que les grandes dates de l\u2019implantation d\u2019un système qui peut avoir un lien avec le Projet Multi-Média de formation pour le développement des ressources humaines du Québec.1954 Premiers essais canadiens de télévision éducative, à Toronto, avec la collaboration de la CBC et du National Advisory Council on School Broadcasting.1956 Deuxième série d\u2019essais: 721 écoles, réparties dans les 10 provinces canadiennes; 1841 classes, 62,450 étudiants; 6 stations de la CBC et 23 stations privées.1960 Un premier cycle de programmation est prêt pour les secteurs primaire et secondaire.Au niveau universitaire, en collaboration avec les universités de Toronto et de Montréal, Radio-Canada intègre des cours de psychologie et de sciences à sa programmation éducative.1966 A Trois-Rivières, le 22 août, le gouvernement québécois fait part de son intention de mettre sur pied un réseau de radio et de télévision, lors d\u2019un stage régional sur la radio et la télévision scolaires (Allocution de M.Marcel Masse).1967 Le 21 mars, le Comité permanent de la radiodiffusion, des films et de l\u2019assistance aux arts de la Chambre des communes dépose son rapport relatif au livre blanc sur la radiodiffusion.Le no 9 traite de la rediffusion éducative et des responsabilités fédérales et provinciales en matière d\u2019exploitation des stations.Le 21 août, lancement officiel de TEVEC, projet-pilote de télévisjon éducative pour les adultes de la région du Saguenay/Lac Saint-Jean.1968 Le 8 février, Ottawa révèle sa politique de radiodiffusion éducative.Le projet de loi du gouvernement affirme son intention d\u2019obtenir l\u2019autorisation d\u2019établir un nouvel organisme fédéral en vue de s\u2019occuper des installations de radio et de télévision éducatives; il doit reconnaître aux autorités provinciales une priorité sur les autres utilisateurs, quant à l\u2019emploi de ces installations.Le 16 février, protestation formelle du Québec, par la voix de M.Daniel Johnson, contre le projet du gouvernement fédéral sur la radiodiffusion éducative.Trois raisons sont invoquées: \u2022\til s\u2019agit d\u2019éducation, donc d\u2019une compétence provinciale exclusive; \u2022\til s\u2019agit de télévision, d\u2019une matière où la culture française et les intérêts du Québec sont touchés à un degré maximum; \u2022\til s\u2019agit d\u2019une matière où la juridiction fédérale est basée uniquement sur un avis du Conseil privé de 1932, en l\u2019absence, par conséquent, de tout texte constitutionnel.Le 22 février, création de Radio-Québec.Ce service provincial de radio-télédiffusion, dont la loi autorisant sa création avait été sanctionnée le 20 avril 1945, réaffirme les droits du Québec en matière de radiodiffusion.L\u2019initiative du gouvernement de Québec se situe dans le contexte de deux événements: \u2022\tla présentation du mémoire du Québec à la conférence fédérale-provinciale, où le Québec définissait sa position en matière de radiodiffusion \u2014 sans nier au gouvernement central une responsabilité dans ce secteur; le mémoire affirme que le gouvernement du Québec ne saurait accepter d\u2019en être complètement absent; \u2022\tle projet de loi déposé aux Communes d\u2019Ottawa sur la télévision éducative, dont il a été fait mention plus haut.1969 Vers le 15 mars, fin du projet TEVEC.Au mois de mai, refonte de la loi de Radio-Québec.En novembre, mise sur pied d\u2019un groupe de travail appelé Comité d\u2019implantation de la télévision éducative pour la formation des adultes.Démarrage effectif de ce comité en janvier 1970.1970 En juillet, remise du rapport final proposant le Projet Multi-Média.au visuel pour favoriser une approche concrète des réalités; ni de disserter bien longuement sur l\u2019opportunité de la mettre en œuvre en circuit ouvert et sur ses possibilités presqu\u2019infinies.Toutefois, il n\u2019apparaît pas inutile de rappeler l\u2019élément moteur et essentiel de semblable utilisation de l\u2019audio-visuel par la télévision \u2014 lequel repose sur les contenus, d\u2019une part, et sur le rôle des animateurs à l\u2019écran, d\u2019autre part.Les émissions de télévision, centrées sur la participation, cherchent à situer l\u2019individu dans une perspective de changement, tout en lui fournissant des modèles dynamiques d\u2019apprentissage et d\u2019adaptation.Les contenus de ces émissions devront donc être le moins « formalisés » possible, et s\u2019inscrire à l\u2019intérieur de séquences courtes qui seront cependant les plus complètes possible.Cela favorisera, dans l\u2019émission elle-même, la réaction des usagers induits à la discussion.Quant à l\u2019animateur, sa tâche principale, outre l\u2019animation de groupes d\u2019usagers, sera de véhiculer l\u2019information relative à tout le système, de façon dynamique et objective, en s\u2019effaçant devant le message à transmettre.\u2014 La radio : À cause de son extrême mobilité et de ses facilités de production \u2014- et surtout du fait qu\u2019elle permet une communication dans les deux sens (grâce à la « ligne ouverte » ), la radio assumera un rôle de sensibilisation, d\u2019information, de rétroaction et de complémentarité par rapport aux autres média.Elle deviendra ainsi un medium de spécialisation, à utiliser dans le cas de besoins de récupération exprimés par les adultes qui auraient subi quelque retard, ou même pour véhiculer des contenus s\u2019adressant à des auditoires minoritaires au Québec.\u2014 Les documents d\u2019accompagnement : On reconnaît à divers types de documents un rôle d\u2019accompagnement, de récupération et de spécialisation.Car il s\u2019agit, par n\u2019importe quel autre médium: livre, photo, disque, etc., de rendre accessible à tout individu les apprentissages théoriques et même pratiques les plus divers, les plus fonctionnels, les plus récents, selon des rythmes très élastiques; et de soutenir sa motivation et la justesse de son apprentissage par des échanges de stimuli.38 RELATIONS \u2014 L\u2019animation pédagogique : Dans une perspective d\u2019auto-formation, l\u2019enseignement en classe traditionnelle n\u2019a évidemment pas de place.Ici, on propose deux types d\u2019animation: les animateurs pédagogiques, engagés à plein temps et rémunérés dans les cadres du système, et les animateurs de groupes de travail, engagés à temps partiel et bénévoles, choisis dans et par le groupe au niveau local.Chacun à sa manière, ils devront participer à plusieurs niveaux de travail: définition, présentation et approfondissement des contenus; organisation des supports aux usagers; administration et gestion des divers services du système.\u2014 Le feedback : La fonction du feedback consiste à permettre des réactions en retour aux messages transmis, en vue d\u2019une auto-régulation systématique pour l\u2019émetteur, assurant ainsi le dialogue entre l\u2019usager et le système.\u2014 L\u2019évaluation et la recherche : Il s\u2019agit ici de l\u2019étude et de l\u2019analyse des phénomènes de communication et de leurs effets produits par le système de formation, de façon à améliorer et à évaluer le fonctionnement du système, à court terme, à moyen terme et à long terme, \u2014 selon que l\u2019attention se porte surtout au niveau de l\u2019action et de l\u2019impact appréciable, au niveau du cheminement du système ou, enfin, à celui de l\u2019analyse théorique de l\u2019évolution du système.Une nouvelle race de technocrates ?\u2014 Pour la bonne marche du système, le problème n\u2019est pas de pouvoir compter sur des personnes ayant les qualifications idéales, mais bien d\u2019avoir un personnel qui se forme et se perfectionne continuellement.Ce personnel devra avoir au départ ou acquérir le plus tôt possible certaines habiletés: \u2022\tune capacité de travailler en équipe efficacement, \u2022\tune capacité d\u2019évaluer son travail et de le situer par rapport à l\u2019ensemble du projet, \u2022\tune capacité de prise de conscience (au-delà d\u2019une intelligence théorique) de ce que sont les conditions et les méthodes de formation utilisables avec la population visée; et, finalement, une connaissance approfondie du travail à accomplir par les différentes équipes.FÉVRIER 1971 Selon l\u2019esprit et la lettre du projet, il apparaît impossible de penser à la formation du personnel sans se préoccuper simultanément de l\u2019analyse des tâches à accomplir et de la sélection de ce personnel.Aussi convient-il de distinguer entre formation et perfectionnement du personnel.Dans le premier cas, il s\u2019agit de développement d\u2019habiletés plus ou moins complexes, nécessaires à l\u2019accomplissement d\u2019une tâche précise, et dans un but précis.Dans ÉDUCATION PERMANENTE ET MAIN-D\u2019ŒUVRE Les problèmes actuels de la main-d\u2019œuvre au Québec sont évoqués dans le rapport (t.1, pp.58-59) par quelques chiffres particulièrement éloquents : \u2022\tla moitié de la population adulte du Québec a 7 ans et moins de scolarité; \u2022\tsur les 206,000 chômeurs de mars 1970, 50,000 avaient moins de 25 ans; \u2022\ten mai 1968, les 15-24 ans représentaient près de 50% des chômeurs de l\u2019Estrie; \u2022\tdans certains secteurs de la région de Hull, 25% des jeunes de 16 à 24 ans n\u2019étaient, l\u2019an dernier, ni à l\u2019école ni au travail.« Ne nous faisons pas d\u2019illusions.Ce n\u2019est pas un seul projet qui, au Québec, va faire passer dans les faits l\u2019éducation permanente ! Il faut néanmoins que ce projet soit un pas vers une orientation dans ce sens des programmes, des techniques, des méthodes et des hommes.Il y a pour cela une nécessité vitale.De plus, il n\u2019est pas du tout impossible qu\u2019une telle évolution offre le meilleur appui qui soit à une société moderne et prospère, capable, entre autres, de créer 100,000 emplois nouveaux en 1971 .et, surtout, durant les années suivantes, tout en respectant pleinement l\u2019homme.» ( Projet Multi-Media, Rapport, 1.1, p.42.) cette optique, on considère que la formation doit combler l\u2019écart existant entre les capacités d\u2019un individu sélectionné et celles qui lui sont nécessaires pour accomplir son travail.Pourtant, pour tout individu qui possède déjà les qualifications minimales pour accomplir une tâche quelconque, mais qui demeure soucieux de l\u2019amélioration de son travail et préoccupé de recherche personnelle, \u2014 et c\u2019est le second cas, \u2014 le perfectionnement est tout aussi nécessaire, et cela d\u2019autant plus impé- rativement que le système doit s\u2019adapter toujours et s\u2019auto-régler en fonction des besoins exprimés par les usagers du système.Conclusion: Un défi de taille Le Projet Multi-Média de formation pour le développement des ressources humaines du Québec, dont nous venons d\u2019exposer quelques traits, devrait donner un souffle nouveau à l\u2019éducation permanente au Québec.On prévoit même, à long terme, que ce système pourra révolutionner l\u2019enseignement traditionnel, une fois qu\u2019il aura fait ses preuves avec les adultes.On peut toutefois s\u2019attendre à des levées de boucliers et à des clameurs sans nombre contre lui, car il fait appel à trop de bonne volonté de la part d\u2019organismes qui ne sont pas habitués à travailler de concert et il sera l\u2019occasion d\u2019une redistribution de crédits .que chacun voudra sans doute conserver.Les critiques acerbes seront probablement nombreuses, car ce système pose en outre de grandes difficultés d\u2019implantation.Pourtant, il a un mérite que n\u2019ont pas les organismes concurrentiels: il vise à l\u2019essentiel, par des moyens complets et diversifiés, appuyés sur une conception profonde et articulée de l\u2019éducation des adultes.De plus, il offre une possibilité de regroupement et de réorganisation de structures, sans dédoublements inutiles, ainsi que d\u2019utilisation des ressources humaines, technologiques et physiques déjà existantes; il fait, en outre, preuve de réalisme économique et de créativité pédagogique.Mais, plus encore que tout cela, il veut que l\u2019individu, au Québec, se développe en tant que personne libre et responsable, et il entend lui fournir les moyens de se développer ainsi.H devient alors un dynamisme puissant de conscientisation populaire, mettant un terme à la bêtise, à l\u2019intimidation et à la peur, et proposant des alternatives et des choix véritables à une population plus avertie ! L\u2019avenir montrera dans quelle mesure le Québec sait se donner et surmonter des défis à sa taille, et non des moulins-à-vent comme la Manie, Expo \u201967 ou toute autre façade publicitaire de même acabit.39 Le Projet Multi-Média \u2014 échos d\u2019une table ronde Culture et développement des ressources humaines Ce qui m\u2019aparaît peut-être le plus important dans le Projet Multi-Média, c\u2019est que, mieux que tout autre projet ou expérience dans le domaine de l\u2019éducation, il marque clairement une rupture par rapport à la conception de l\u2019éducation comme ensemble quantitatif d\u2019éléments de savoir à communiquer.Il veut plutôt donner une « formation centrée sur l\u2019observation, l\u2019analyse et la compréhension des réalités, [.] sur la découverte et l\u2019expérimentation des modèles dynamiques d\u2019adaptation, [.] sur l\u2019apprentissage des codes utilisés pour reorésenter les réalités et communiquer » (t.2, pp.59-64).Dans cette optique, on considère qu\u2019on n\u2019a plus besoin de donner beaucoup d\u2019informations nouvelles; bien plus, on constate que la presque totalité des informations nécessaires sont déjà disponibles grâce aux mass-media et que, simplement, il faut apprendre aux gens comment les lire.Cela revient, pour moi, à l\u2019acceptation du fait qu\u2019on n\u2019a plus aujourd\u2019hui une culture encyclopédique et linéaire très bien structurée et hiérarchisée, mais plutôt une culture mosaïque (voir les analyses de A.Moles, E.Morin et M.McLuhan), c\u2019est-à-dire un ensemble disparate et très étendu d\u2019éléments juxtaposés sans ordre, groupés de façon aléatoire selon le moment d\u2019acquisition, les centres d\u2019intérêt personnels ou les événements-chocs qui provoquent des synthèses.Par exemple, les périodes d\u2019élection ou des crises comme celle d\u2019octobre font émerger à la conscience tout ce qu\u2019on sait de « science politique ».Ces groupements de connaissances sont continuellement défaits et refaits, pour intégrer ou rejeter tout ce qu\u2019apporte l\u2019environnement.C\u2019est donc une conception de la culture essentiellement dynamique et susceptible de développements indéfinis.En développant l\u2019observation, en fournissant des modèles d\u2019adaptation et en facilitant l\u2019apprentissage des codes, le système multi-media entrerait donc de plain-pied dans le développement de la culture contemporaine.C\u2019est par là, et uniquement par là, à mon avis, que l\u2019on considère vraiment la clientèle du système comme des « s\u2019éduquants » (t.1, pp.69-70).Cette perspective requiert une cueillette très attentive des besoins de la clientèle et une attention spéciale aux disparités régionales.Le comité qui a préparé le projet en est très conscient, mais je pense qu\u2019il faudra y insister encore davantage.Yves Lever.La créativité aura-t-elle raison des disparités régionales ?Il est urgent de permettre à la population de correspondre avec l\u2019environnement socioculturel qu\u2019elle crée.Les besoins et les ressources varient d\u2019une région à l\u2019autre; le Projet Multi-Média, dans son esprit et dans son organisation, tient compte de huit régions: \u2014\tBas-St-Laurent, Gaspésie et Côte Nord \u2014\tSaguenay et Lac Saint-Jean \u2014\tQuébec \u2014\tTrois-Rivières \u2014\tCantons de l\u2019Est \u2014\tMontréal \u2014\tOutaouais \u2014\tNord-Ouest québécois Le contenu des émissions sera adapté à chaque région en fonction des quatre éléments suivants:\tl\u2019empathie, l\u2019éducativité, l\u2019accessibilité, la conductivité.Certaines régions présentent des caractéristiques socio-économiques plus complexes que d\u2019autres.Ainsi, on peut relever une dichotomie de base entre les régions métropolitaines et les régions « ex-cen-triques ».Les zones « ex-centriques » offrent des particularités essentielles à la mise en marche d\u2019un tel projet: sens de la communauté, isolement des sources d\u2019information et de formation, isolement géographique, homogénéité occupationnelle, système d\u2019interactions interne très développé.Tous ces éléments créent un prologue de réceptivité intégré mentalement et matériellement.D\u2019ailleurs, l\u2019expérience de TEVEC dans la région du Saguenay-Lac St-Jean reflète par son feed-back l\u2019impact de ses émissions auprès de la population.Dans les centres urbains ou zones métropolitaines, le contexte socio-temporel offre un environnement qui nécessite une organisation plus complexe.L\u2019absence de cohésion communale et morale, l\u2019hétérogénéité des mœurs, la stratification sociale, le monopole des systèmes d\u2019interactions externes sur le mode de vie, la profusion des informations et des instruments de formation, la télémobilité, les multiples corridors d\u2019orientation psychologique (tension, anonymat, insécurité, automatisme), sont tous des facteurs qui construisent des mosaïques culturelles.La ville ne présente pas l\u2019image d'une personne morale et sociale, mais celle d\u2019un ensemble d\u2019individus transformés quotidiennement par le dynamisme de la rencontre socio-économico-culturelle.Compte tenu de ces caractéristiques, les zones métropolitaines offrent une multitude de services d\u2019information culturelle et économique: bibliothèques, cinéma, conférences, expositions, ateliers, journaux etc., si bien que, pour que le projet soit intégré à la ville, certains services déjà en place devront y être jumelés.Dans les secteurs urbains, le projet propose de procéder par « quartier » pour véhiculer l\u2019animation pédagogique.Qu\u2019adviendra-t-il des quartiers très populeux de la région administrative de Montréal ?A quelle identification de groupe fera-t-on référence ?Une réponse partielle nous suggère le recours à des associations volontaires déjà existantes où l\u2019on verrait à assurer une cohérence et une convergence de tous les média et organismes d\u2019éducation traditionnelle ou non.Ainsi, des contextes situationnels tels que les corridors du métro pourraient être utilisés à des fins de mobilité culturelle (cf.le rapport Métro-Education présenté par M.Michel Lincourt à l\u2019Ecole d\u2019architecture et d\u2019urbanisme).Même si le Rapport a ses critères quant à la réalisation du projet, il faudra avoir conscience des disparités régionales, les étudier en profondeur et procéder avec pertinence au déroulement des opérations d\u2019implantation du projet.Monique Caron, Professeur de sociologie.* Priorité aux émissions éducatives?Lee auteurs du Projet Multi-Média manifestent beaucoup de courage quand ils désignent Montréal comme première zone d\u2019implantation.N\u2019est-ce pas à Montréal que les grands projets du ministère de l\u2019Education ont eu le plus de peine à s\u2019implanter, quand on ne dut pas y renoncer tout simplement?Montréal, ville des quatre canaux de télévision, ville desservie par le câble et par de multiples stations de radio.Il faudra beaucoup d\u2019autorité au gouvernement du Québec pour s\u2019imposer à tant de gens, à tant d\u2019intérêts et pour donner à ses émissions éducatives la priorité des ondes.Il y aurait, me semble-t-il, une autre possibilité à étudier.Nos diffuseurs mettent déjà en ondes un certain nombre d\u2019émissions éducatives, ou à possibilités éducatives.Ces séries sont déterminées à l\u2019avance.Certaines d\u2019entre elles pourraient donc être sélectionnées en fonction des besoins des usagers du système multimédia.Le diffuseur et son commanditaire seraient certainement heureux de voir monter leur cote d\u2019écoute, d\u2019obtenir le feedback substantiel que le système peut leur assurer et de pouvoir ainsi mieux s\u2019ajuster à la demande.Certains craindront le favoritisme.J\u2019y verrais plutôt une prime à la qualité.Une telle pratique ferait sans doute davantage pour améliorer les choses que les jéré- * L\u2019A.poursuit en outre des études doctorales en Etudes comparées des sciences de l\u2019éducation .40 RELATIONS miades saisonnières sur le mauvais goût de notre télé.Qui sait ?nous assisterions peut-être à une véritable lutte entre les diffuseurs et les commanditaires pour améliorer la qualité de leurs émissions ! Ce principe: utiliser ce qui est conçu et produit en dehors du système éducatif, ne s\u2019applique pas qu\u2019à la production télévisuelle.Il vaut pour tout ce qui forme l\u2019environnement nouveau avec lequel le système multi-média veut familiariser ceux qui ne s\u2019y retrcuvent plus, ou qui y ont perdu pied.Il vaut particulièrement dans un centre comme Montréal.En faisant ces remarques, je ne crois pas qu\u2019elles soient étrangères à l\u2019esprit ni même à la lettre du Rapport.Notons, en particulier, ce commentaire d\u2019une des quatre propositions fondamentales de l\u2019éducation des adultes énoncées dans le tome I: « Tout effort éducatif doit désormais préparer la personne à une autoéducation et contribuer à ce que les ressources de la société et de l\u2019environnement soient effectivement mises, en permanence, à la disposition de la personne » (p.41).Plusieurs passages soulignent cette nécessité d\u2019utiliser les ressources éducatives du milieu (en particulier, tome II, p.49).Enfin, en page 98 du tome II, on souligne la responsabilité qu\u2019a le ministère de l\u2019Education de contribuer positivement à améliorer la programmation actuelle de la télévision.Ce qui précède ne diminue en rien la nécessité pour le système d\u2019avoir ses propres émissions.L\u2019animation pédagogique et un contact direct avec les « s\u2019éduquants » le requièrent.J\u2019ai surtout voulu souligner une piste économique pour un système qui mérite de prendre beaucoup d\u2019ampleur, mais qui ne disposera, semble-t-il, que d\u2019un petit budget.Pierre Bélec, Concepteur de matériel audio-visuel pour l\u2019éducation.Un outil de conscientisation La crise d\u2019octobre m\u2019a aidé à ouvrir les yeux: nous ne sommes pas si politisés que ça, au Québec ! Bien sûr, depuis 1960, nous avons commencé à nous éveiller collectivement.Mais, après 10 ans, le travail d\u2019éducation politique est à peine amorcé.A nous de l\u2019intensifier et de l\u2019organiser.Soyons patients ! Si nous respectons assez^ les Québécois pour aller les chercher là où ils sont et tels qu\u2019ils sont, nous avons du boulot pour cinq, pour dix ans.Certains jours, je me dis que^ l\u2019éducation politique chez nous ne pourra être l\u2019œuvre que d\u2019individus, de groupes et d\u2019organismes qui fonctionnent en marge du « système » \u2014 trop d\u2019hommes politiques en place ont appris à leurs dépens qu\u2019il est plus facile de gouverner les sens endormis que les gens éveillés.Et pourtant, lorsque le « système », pour une raison ou pour une autre, nous offre des « bouts de corde » intéressants comme le Projet Multi-Média de formation pour le développement des ressources humaines du Québec, je me dis que nous n\u2019avons pas le droit de les bouder, même sous prétexte de faire la preuve de notre incorruptibilité.D\u2019où ma réaction positive face au Projet Multi-Média et mon désir de le voir entrer en vigueur dès septembre 1971.Si nous sommes assez courageux pour faire confiance à l\u2019audacieuse philosophie de l\u2019éducation à laquelle se réfèrent les auteurs du rapport, ce projet pourrait devenir une contribution de poids au processus de « déniai-sement » collectif.Si effectivement le Projet Multi-Média parvenait à favoriser « la croissance maximum des potentialités, des capacités et des ressources intérieures de la personne » (tome I, p.32) et « le développement de la personne en tant qu\u2019être enraciné dans un environnement et une histoire » (tome I, p.39), il deviendrait un excellent outil de conscientisation mis au service de la collectivité québécoise.J\u2019attends beaucoup de cette conception de l\u2019acte éducatif qui nous permet de conscientiser notre être-en-situa-tion, notre environnement physique, socioéconomique, juridique, etc.Les auteurs du Rapport ont beau « mettre la pédale douce » sur la fonction d\u2019animation socio-politique du projet (cf.tome II, p.135), il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019outil dont ils nous parlent ne manquera pas de rendre la cons-science, la parole et la créativité à beaucoup d\u2019adultes québécois.En faisant appel aux principes pédagogiques articulés par YOpé-ration Départ, ils disent non à une conception « bancaire » et oui à une conception « libératrice » de l\u2019éducation.Conscientiser, c\u2019est mettre à l\u2019aise, c\u2019est übérer des ressources, c\u2019est capaciter.Dans une société où le pouvoir et la parole demeurent le privilège de quelques-uns, Multi-Média pourrait, à l\u2019échelle de la province, permettre à plus de mères de famille et de travailleurs de sortir de leur attitude fataliste, dépendante et soumise, afin de devenir des agents capables de participer activement et créativement à l\u2019histoire qui est à faire.Et ça, c\u2019est pas une faveur ou une aumône que nous fait le gouvernement.C\u2019est un de nos droits fondamentaux dont il pourrait s\u2019occuper, enfin.Yves Vaillancourt, Sc.pol., Université de Montréal.La table ronde a donné lieu à l\u2019expression de bien d\u2019autres opinions quant à la « philosophie » ou aux modalités d\u2019implantation du Projet Multi-Media.Celles qu\u2019on vient de lire ont été retenues dans le présent dossier parce qu\u2019elles furent jugées par le groupe particulièrement éclairantes.\u2014 Par ailleurs, le rapport Projet Multi-Media fait état (t.1, p.26) d\u2019une certaine convergence des expériences et réflexions, par-delà les frontières.C\u2019est pour illustrer un peu cette convergence que fut- jointe au dossier la réflexion de M.Denis Savard sur son expérience vécue à Esalen (USA); cf.pages suivantes.INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES Malcolm S.Adiseshiah: « Les perspectives de l\u2019éducation permanente », « Education et développement national », « Education et croissance économique: problèmes internationaux ».\t\u2014 Chro- nique de l\u2019UNESCO, février et septembre 1969.Pierre Angers: « L\u2019acte éducatif: notions et postulats de la psychologie perceptuelle ».\u2014 Opération Départ (Mont-tréal), 1968.Pierre Angers: « La révolution culturelle et l\u2019éducation».\u2014 Relations, 351 (juillet-août 1970): 195-201.André Aubry: « Ce qu\u2019est notre discours actuel sur l\u2019éducation permanente ».\u2014 Opération Départ (Montréal), 1969.Jean-Marc Baril: « Le happening éducatif ».\u2014 Opération Départ (Montréal), 1969.Gaston Berger: L\u2019homme moderne et son éducation.\u2014 Paris, PUF, 1962.Pierre Choupault: « Comment peut-on être éducateur ?» \u2014 Orientations, janvier 1969.Bernard Courcoul: « Finalité et pédagogie: éducation permanente et éducation scolaire ».\u2014 Orientations, janvier 1969.Paolo Freire: « Comment Paolo Freire voulait changer les Brésiliens », Terre entière, mars-avril 1969.Frederick Harbison et Charles-A.Myers: La formation, clé du développement.Les stratégies du développement des ressources humaines.\u2014 Paris, Ed.Economie et Humanisme et Ed.Ouvrières, 1967.Henri Hartung: Pour une éducation permanente.\u2014 Paris, Fayard, 1966.Fernand Jolicœur: L\u2019éducation permanente au ministère de l\u2019Education du Québec.\u2014 Québec, 1968.George B.Leonard: Education and Ecstasy.\u2014 New York, Dell Publ., 1968.Guy Messier: Programme d\u2019éducation et de scolarisation des adultes par la télévision (PESAT).Projet de rapport du Comité du programme de récupération TEVEC.\u2014 Québec, 1969.Gérard Plante: « Les objets à connaître ».\u2014 Opération Départ (Montréal), 1969.Gérard Plante: « Education et économie d\u2019après Robert M.Hutchins ».\u2014 Opération Départ (Montréal), 1970.Bernard Roux: La formation permanente.\u2014 Paris, le Centurion, 1969.Sesame: Apprendre à lire et apprendre à vivre.\u2014 D.G.E.P., 1969.Unesco: Réunion d\u2019experts sur les moyens d\u2019information au service de l\u2019éducation des adultes et de l\u2019alphabétisation.Rapport.\u2014 Paris, 1967.FÉVRIER 1971 41 Un recyclage plutôt radical par Denis Savard * The Human Potential Movement: voilà le nom qu\u2019on donne de plus en plus, aux États-Unis, à un mouvement de nature très éclectique, aux contours imprécis, mais dont le dynamisme et la portée sont étonnants.On pourrait le définir comme un effort pour récupérer des énergies ou des ressources que la culture occidentale était en train de laisser dormir en l\u2019homme.Le mouvement a donné naissance à plus d\u2019une centaine de « Centres de croissance » (Growth Centers) où, par des expériences variées, mais parentes, on tente Mais quelles sont ces zones de notre être qu\u2019on veut retrouver ?De quoi sommes-nous amputés ?Pour les gens du Human Potential Movement, nous sommes très souvent aliénés du monde de nos émotions et de celui de nos sensations.Nous sommes devenus étrangers à nos sentiments, à ce que nous éprouvons vraiment, à nos peurs, à nos désirs, à nos instincts, à notre agressivité.Aliénés aussi de notre expérience sensorielle, de la vie de notre corps, que nous habitons vraiment comme des étrangers.Dans un organisme ainsi amputé, les forces vives de la spontanéité et de la créativité ont peine à se faire entendre.L\u2019expérience cède la place à des attitudes ou comportements clichés (imposés, empruntés, cérébraux, etc.).Ainsi, coupés de l\u2019expérience, \u2014 de la vie, quoi ! \u2014 nous devenons des cérébraux ou des stéréotypés.Incapables de vivre le « here and now », nous perdons contact avec la réalité.Au lieu d\u2019entrer * Membre d\u2019une équipe de recherche rattachée au Département des sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Montréal, l\u2019A.prépare présentement une thèse de doctorat sur ce que l\u2019on pourrait appeler des phénomènes religieux marginaux.de remettre l\u2019homme en contact avec les régions oubliées ou négligées de sa personne.Le premier en date et le prototype de ces centres est l\u2019Esalen Institute de Californie.J\u2019y ai séjourné quatre semaines.Mais le mouvement a aussi commencé à s\u2019implanter chez nous.Je ne mentionnerai que le Centre d\u2019études des communications ainsi que ces nombreux groupes de croissance ou de développement qu\u2019animent un certain nombre de psychologues québécois.dans chaque instant qui s\u2019offre à nous comme dans quelque chose de vraiment nouveau et d\u2019imprévisible, nous y entrons avec un bagage de comportements figés et d\u2019attitudes acquises: nous marchons sur la rue sans rien voir, cloisonnés, imperméables, pressés et sérieux; nous nous enlisons dans des relations interpersonnelles où rien de neuf ne peut survenir (combien de couples échouent pour n\u2019avoir pu se renouveler !), etc.D\u2019où nous vient cette existence diminuée ?Sans entrer dans une analyse poussée du phénomène, je veux souligner deux aspects de notre culture qui ont contribué à stériliser ainsi l\u2019expérience.1° L\u2019hypertrophie du verbal, triste sous-produit du culte de la science, du mythe de l\u2019objectivité et d\u2019une naïve primauté de la raison.Une vision du monde trop exclusivement scientifique présente celui-ci comme un objet à contrôler, à domestiquer, à expliquer, à faire entrer dans des catégories, et non plus comme une réalité mystérieuse, à la fois terrifiante et fascinante, à laquelle je participe.Mal utilisés, les concepts et les modèles théoriques peuvent faire écran à la réa- lité.La culture scientifique privilégie un mode de conscience: le mode objectif, rationnel.Le soupçon est jeté sur les autres modes de conscience: intuition, sentiment, expression non-verbale, expériences artistiques, mystiques, etc.Dans nos écoles, les enfants apprennent encore à se servir de leur tête, mais trop peu à vivre avec leurs émotions et sensations.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas par hasard que la contre-culture nord-américaine se présente comme une exploration de nouveaux modes de conscience.Si cette recherche charrie du meilleur et du pire, l\u2019orientation de fond n\u2019en est pas moins significative.La musique « rock », la danse, la drogue, les now-therapies, la popularité des religions orientales, les expériences communautaires, etc., tout cela témoigne d\u2019un effort souvent désespéré pour sortir du carcan rationaliste que la culture scientifique nous a imposé.2° Le deuxième facteur de stérilisation est un certain exercice de l\u2019autorité qui fausse les rapports entre humains.Cet autoritarisme se manifeste d\u2019abord dans une conception dogmatique de l\u2019éducation, selon laquelle on transmet des connaissances et inculque des valeurs, alors que « l\u2019éducation est une activité strictement personnelle, se développant au cœur même de la personne qui s\u2019éduque, au point que personne ne peut éduquer quelqu\u2019un d\u2019autre en quoi que ce soit de vraiment signifiant et important » (Pierre Angers, « Révolution culturelle et éducation », Relations, juillet-août 1970: 196).Dans cette perspective, « l\u2019enseignement dispensé selon la formule de transmission, même lorsqu\u2019on renonce à la forme magistrale, me paraît voué à l\u2019infécondité» {Ibid.).L\u2019autoritarisme se rencontre aussi dans une certaine morale également dogmatique et Un être amputé, une existence diminuée 42 RELATIONS traumatisante qui, étiquetant et jugeant émotions et impulsions à leur naissance, bloque de l\u2019extérieur celles qui sont jugées inacceptables.Il se manifeste encore dans le cléricalisme catholique, qui a grandement contribué à Le Human Potential Movement est donc issu de la prise de conscience d\u2019une existence menacée, diminuée, enchaînée, aliénée et il se présente comme une quête de libération.Les techniques Yves Saint-Arnaud: J\u2019aime.Essai sur l\u2019expérience d\u2019aimer.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 120 pp., 19,5 cm.Une réussite ! Se donnant le rôle du secrétaire de ceux qui s\u2019aiment et s\u2019explicitent devant lui leur amour, l\u2019A.débrouille pour le grand public, en un peu plus de cent pages, ce monde fascinant et confus, il y parvient grâce à une pensée lucide qui trouve les mots les plus simples pour exprimer les acquisitions de la psychologie moderne.Grâce aussi à l\u2019ordre selon lequel il introduit et développe sa matière.Il dégage d\u2019abord les composantes essentielles: maturité sexuelle, maturité affective, maturité éthique ou de choix; il les présente d\u2019ensemble, puis, une à une, dans le type où chacune domine.Ces trois types peuvent se caractériser par un mot: « je t\u2019aime », « je t\u2019aime bien», «je t\u2019accompagne».Enfin un dernier chapitre replonge ces dominantes dans la vie où elles s\u2019entremêlent et posent toute sortes de problèmes pratiques.Refermant ces pages, nous pouvons juger le monde d\u2019hier avec ses insuffisances, ses déformations, ses blocages religieux ou sociaux, ses réussites partielles et cependant authentiques.Et ce, d\u2019un regard serein, que de trouble aucune partialité, agressivité ou aigreur.Prêtres, religieux, éducateurs de tous ordres auront grande joie et profit à fréquenter ces pages.Georges Robitaille.qu\u2019il utilise sont diverses, mais je relève ici deux accents qui les caractérisent assez bien: l\u2019accent sur le groupe (Encounter Groups, Training Groups \u2014 ou, en français, groupes de croissance, de développement, etc.) et l\u2019accent sur les techniques non-verbales d\u2019expression et de communication (Body Awareness, Sensory Awareness, Yoga, massage, etc.).Toutes ces techniques ont pour but de nous remettre en contact réel avec nous-mêmes, avec les autres, avec la réalité.Elles veulent faire éclater les attitudes et comportements clichés, qu\u2019ils soient moraux, sociaux, cérébraux.Elles ont en commun de viser une expérience du « here vider les églises.On le retrouve enfin, sous une autre forme, plus subtile mais peut-être plus dangereuse, dans ce qu\u2019on appelle la socialisation, processus complexe et savant par lequel la société tend à niveler les individus.and now ».Les participants sont invités à ne pas trop se préoccuper de ce qu\u2019ils pensent, mais à devenir attentifs à ce qu\u2019ils « sentent », à ce qu\u2019ils éprouvent.Ce retour à l\u2019expérience passe souvent par le corps, comme je viens de le mentionner.À Esalen, l\u2019accent sur le non-verbal est très net, et je l\u2019ai trouvé très sain.Il ne s\u2019agit pas du tout d\u2019un mépris de l\u2019intelligence, mais d\u2019une recherche de l\u2019unité corps-esprit.L\u2019intelligence ne devient « verbeuse » et cérébrale que lorsqu\u2019elle est coupée de l\u2019expérience sensible et sensorielle.Il s\u2019agit de récupérer des zones de la personne qui ont été refoulées.Les enfants « sentent », crient, pleurent, sautent, ils expriment spontanément et physiquement ce qu\u2019ils éprouvent.Mais les adultes ne crient plus.Les hommes ne pleurent pas.Les rationalisations (« il faut être raisonnable »), les conventions ( « ça ne se fait pas » ) et certaines morales (« il faut se contrôler») tendent à restreindre chez l\u2019adulte l\u2019expression spontanée de ses sentiments et émotions.D\u2019où la stérilisation de l\u2019expérience à laquelle s\u2019attaquent les techniques dont je viens de parler.Je ne veux pas m\u2019attarder aux critiques formulées à l\u2019endroit du Human Potential Movement ou de tel ou tel centre de croissance: exploitation « industrielle » du mouvement, retour à la pensée magique, amateurisme psychologique, anti-intellectualisme puéril, etc.Un mouvement dont le développement est aussi vertigineux et aussi polymorphe a besoin de critiques solides et pertinentes.Mais il n\u2019a que faire de celles que lui adressent de l\u2019extérieur ceux qui se retranchent dans les châteaux-forts de l\u2019orthodoxie scientifique et morale.Pour être sympathique à la recherche qui s\u2019exprime dans ce phénomène, il ne faut admettre qu\u2019une toute petite chose: la possibilité de changer, -et peut-être de changer assez radicalement.UN SUR DOUZE Un sur douze! La moyenne est forte, je trouve.Plus forte, en tout cas, au monde des mois qu\u2019au monde des hommes.Aussi m\u2019est-il agréable de voir revenir le petit mois de février, afin de m\u2019y reposer en ses suggestions enrichissantes ! Son charme, c\u2019est sa délicatesse, son souci de ne point bousculer, son peu de prétention à plus de jours et plus de place pour remplir parfaitement son rôle d\u2019un mois tout simple, au milieu des autres.Cette leçon, je l\u2019aurais vainement attendue de la façon de vivre d\u2019un homme sur douze; j\u2019aurais pu, oui, l\u2019entendre de la bouche de plusieurs comme vous pouvez la lire ici en ma pensée, sans la percevoir en ma vie.Il est plus facile de bien dire ou de bien écrire, plus difficile de bien vivre.Le voici donc février.A l\u2019occasion de sa venue, et dès son arrivée, pourquoi ne pas ranimer vitement mes bons souhaits du mois passé ?Pou.quoi ne pas profiter de la belle chance, si j\u2019y tiens encore, de les faire parvenir à qui peut les exaucer ?La Vierge, en effet, se rend justement au Temple pour la Présentation.Elle aussi, sans bousculer, sans prétention à plus d\u2019égards, ni plus de place pour remplir son grand rôle de femme unique, s\u2019avance toute simple, au milieu des autres, pour le premier offertoire: celui de son Enfant pour le bonheur de tous.Pourquoi ne pas lui confier mes vœux, mes aspirations aussi ?Elle consentirait sûrement à les déposer près de son Fils, pour les présenter ensuite, par Lui, au Père qui peut les exaucer.Cette démarche accomplie, pourquoi ne pas saisir en février de rares et pratiques leçons ?C\u2019en est déjà une de le voir tirer pleinement parti de ses tout juste vingt-huit jours pour se bâtir un petit mois ! Avez-vous rencontré un homme sur douze qui tire pleinement parti du jour le jour banal, pour se bâtir ne fût-ce qu\u2019un petit bonheur ?Un sur douze, vraiment satisfait de peu, sans idée aucune de lorgner la fenêtre de gauche ou de droite, ni de se plaindre, ni d\u2019envier, ni de jalouser l\u2019un ou l\u2019autre de ses voisins ?Vous en avez rencontré un sur douze qui, sans bousculer, sans prétention à plus d\u2019égards ou de place, remplit son rôle d\u2019homme ordinaire, sans se rendre plus malheureux à déplorer l\u2019absence de considération, accordée à un nombre restreint d\u2019êtres moins ordinaires ?On fait son bonheur; on peut aussi le gâcher; à plus forte raison peut-on rendre sa misère insupportable.Tout est dans la façon de jouir du premier et de porter la deuxième.C\u2019est un fait reconnu, cependant, chacun peut avoir suffisamment de santé pour être malade, et suffisamment de ressources pour être pauvre.Tout est dans la manière de recevoir la maladie, la pauvreté, ou les deux.Combien les acceptent sans prétention à plus d\u2019égards ou plus de place pour une vie plus confortable ?Pour être heureux, on a besoin de plus d\u2019amour que de bonheur.Combien le croient et s\u2019en contentent ?Y en a-t-il un sur douze ?Paul Fortin.Une quête de libération FEVRIER 1971 43 Québec \u2014 Ottawa Le Québec et la révision constitutionnelle par Richard Arès Les 8 et 9 février, va se tenir à Ottawa une nouvelle conférence fédé-rale-provinciale sur la révision de la constitution canadienne.Le Québec y sera et devra prendre position.Il sait, en gros, ce qui l\u2019attend.Dans un excellent article, intitulé « La révision constitutionnelle 1965-1970: bilan provisoire » et publié, le 30 décembre dernier, dans le numéro spécial du Devoir sur « Le Québec qui se fait », M.Claude Morin, sous-ministre aux Affaires intergouvemementales, a fait le point en la matière, et c\u2019est très éclairant.Voici à peu près où nous en sommes.Le bilan C\u2019est le Québec qui est à l\u2019origine de cette révision constitutionnelle; c\u2019est lui qui, mécontent du sort que lui a fait le présent régime fédératif, a insisté à temps et à contre temps pour que soit rédigée une constitution entièrement nouvelle, et c\u2019est lui qui a présenté les propositions les plus précises et les plus constructives en la matière, du moins tout au début.Les autres gouvernements ont fini par suivre, mais sans grande conviction: pour faire plaisir au Québec beaucoup plus que par désir profond d\u2019une nouvelle constitution.D\u2019abord plus ou moins hostile à l\u2019idée, le gouvernement central s\u2019y est peu à peu laissé convertir et a publié une série de livres blancs dans lesquels il a exposé sa conception du fédéralisme et son point de vue sur la plupart des grandes questions disputées.Maintenant, on peut dire que c\u2019est lui qui détient l\u2019initiative, accomplit le gros du travail et mène le bal.constitutionnel.Certes, depuis 1968, des progrès ont été accomplis, mais sur des points mineurs.Sur les deux problèmes majeurs et fondamentaux: la répartition des pouvoirs entre les gouvernements et la place du Québec dans le Canada de demain, on est loin d\u2019avoir jusqu\u2019ici réussi à s\u2019entendre.Bien plus, on nage encore en pleine confusion.D\u2019une part, en effet, même s\u2019il a plusieurs fois déclaré que « la répartition future des compétences constitutionnelles devrait lui permettre d\u2019affirmer sa personnalité propre sans contrainte indue et avec les moyens voulus », le gouvernement québécois, dit M.Morin, « n\u2019a jamais indiqué clairement et officiellement le statut précis qu\u2019il entend obtenir au terme de la révision constitutionnelle ».D\u2019autre part, le gouvernement central s\u2019est refusé jusqu\u2019ici à présenter une liste précise des pouvoirs qu\u2019il estime essentiels à sa tâche.Pourquoi ?M.Morin indique plusieurs hypothèses et finit par développer la suivante: une telle liste serait inutile, puisqu\u2019elle existe déjà implicitement.Pour la connaître, on n\u2019a qu\u2019à considérer les politiques adoptées, en ces dernières années, par le gouvernement central et l\u2019on verra que celui-ci se conforme très exactement à un triple critère de répartition des pouvoirs.Et ici il faut laisser la parole à M.Claude Morin (même s\u2019il dit parler « sous forme de boutade », le ton n\u2019en est pas moins des plus sérieux).C\u2019est dire que la position du Québec, de très forte qu\u2019elle était au début, s\u2019est considérablement affaiblie.Pourquoi a-t-il réclamé avec tant de vigueur une nouvelle constitution, sinon parce qu\u2019il était convaincu que le régime d\u2019un Canada à dix ne lui avait pas rendu ni ne lui rendrait jamais justice et qu\u2019il espérait le voir compléter par une nouvelle expérience: celle d\u2019un Canada à deux, dont il serait l\u2019un des pivots, l\u2019une des pièces maîtresses ?Aujourd\u2019hui, il lui faut déchanter: non seulement il n\u2019est plus question d\u2019un Canada à deux, mais le nouveau Canada à dix qui se prépare ressemblera étrangement à celui d\u2019hier, c\u2019est-à-dire qu\u2019il sera encore, sinon davantage dominé par le gouvernement central et fera toujours du Québec une province comme les autres.Surtout si Ottawa parvient à réaliser les ambitions que signale Claude Morin dans son article: se faire donner la direction de tous les Le gouvernement fédéral considère que relèvent en principe de sa compétence les domaines d\u2019action qui sont importants pour l\u2019avenir, ou bien qui exigent beaucoup de dynamisme et de ressources humaines ou financières, ou bien qui ont des répercussions interprovinciales ou internationales.Ce critère de répartition est à la fois vague et pragmatique; il sert à la moderne le vieux principe de l\u2019« intérêt national »; il offre aussi au gouvernement fédéral la latitude d\u2019intervenir à sa convenance et correspond à une mentalité assez généralement répandue hors du Québec.A la limite, il tend à donner au gouvernement fédéral la direction de tous les secteurs significatifs et déterminants et à confiner les provinces à des tâches d\u2019administration courante et locale.Il comporte aussi l\u2019avantage politique d\u2019éluder complètement le problème culturel québécois.Si le Québec n\u2019est pas d\u2019accord avec l\u2019application d\u2019un tel critère, c\u2019est à lui que revient devant le reste du Canada et souvent même devant sa propre opinion publique, le fardeau de se défendre, de présenter une preuve convaincante face aux positions de « bon sens » mise de l\u2019avant par le gouvernement fédéral, de faire appel à des arguments \u201cculturels\u201d.D\u2019une pierre, on fait ainsi une multitude de cours.Voilà la situation où se trouve engagé le Québec au moment où reprennent à Ottawa les négociations au sommet en vue d\u2019une révision de la constitution canadienne.secteurs significatifs et déterminants, confiner les provinces à des tâches d\u2019administration courante et locale, et éluder complètement le problème culturel québécois.Si cela se produit, la révision constitutionnelle, commencée à la demande expresse du Québec, aura dévié, encore une fois, en une futile et exaspérante aventure, et se sera terminée par un nouveau et catégorique rejet du point de vue propre au Québec francophone.L\u2019essentiel de ce point de vue est que toute révision constitutionnelle doit tenir compte en priorité de l\u2019existence au Québec d\u2019une société francophone qui veut vivre et s\u2019organiser selon les données et les exigences de sa propre culture.La Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme l\u2019a reconnu avec franchise: c\u2019est l\u2019existence de cette société distincte, majoritaire au Québec, menacée à la fois de désintégration à l\u2019intérieur et de domination La position du Québec 44 RELATIONS par l\u2019extérieur, mais soulevée aujourd\u2019hui par un immense espoir de liberté, qui est au cœur de la crise que traverse présentement le Canada tout entier.C\u2019est aussi d\u2019abord et surtout parce qu\u2019une telle société existe et veut progresser qu\u2019a été soulevée toute la question d\u2019une nouvelle constitution.Croire, en conséquence, que, pour régler le problème, il suffira de faire quelques concessions économiques et financières au Québec et de garantir Marcel Faribault: La révision constitutionnelle.Col.« Bibliothèque économique et sociale ».\u2014 Montréal (245 est, bd Dorchester), Editions Fides, 1970, 224 pp.Depuis plusieurs années, M.Faribault s\u2019intéresse à la question constitutionnelle canadienne; il en est même à son quatrième volume sur le sujet.Le dernier qu\u2019il publie, bien que technique dans son fond, devrait exercer une influence considérable sur la pensée constitutionnaliste canadienne-française.Qui aura lu avec attention, par exemple, les chapitres sur « Les déformations du principe fédératif » et « L\u2019impossible formule Fulton-Favreau », pourra difficilement ne pas se laisser convaincre par les arguments rigoureux et précis qu\u2019apporte l\u2019auteur.Non pas qu\u2019il s\u2019en prenne au fédéralisme comme tel; au contraire, il se veut et se dit « fédéraliste », mais, ajoute-t-il aussitôt, « on trouverait difficilement ailleurs une violation plus manifeste et plus constante de tous ses principes » que dans les pratiques constitutionnelles de notre gouvernement fédéral (p.56).Il lui paraît évident que ces pratiques vont à la destruction du fédéralisme au Canada, et voilà pourquoi il suggère les méthodes à prendre pour opérer une véritable « révision constitutionnelle », c\u2019est-à-dire qui ne soit pas au détriment des provinces, en particulier du Québec, mais serve le bien de tous.Un ouvrage d\u2019une grande richesse, que nul de tous ceux qui actuellement préparent la réforme de la constitution canadienne ne peut se permettre d\u2019ignorer.Richard Arès.les droits des Canadiens qui, dans les autres provinces, parlent encore le français, c\u2019est se méprendre grandement.Bien plus, si la présente révision constitutionnelle devait aboutir \u2014 pour employer le langage même de M.Morin \u2014 à donner au gouvernement fédéral la direction de tous les secteurs significatifs et déterminants, à confiner les provinces à des tâches d\u2019administration courante et locale, et à éluder complètement le problème culturel québécois, les Canadiens français devraient la dénoncer comme encore plus néfaste que la Confédération de 1867.Pourquoi ?Pour la raison bien simple qu\u2019une pareille situation constitutionnelle ne ferait qu\u2019accélérer la désintégration de la société francophone au Québec, la seule qui soit encore assez vigoureuse et vivante pour engendrer et maintenir par elle-même du français au Canada.Longtemps, auprès de cette société, la religion a joué le rôle de facteur d\u2019intégration et de cohésion, condition indispensable de son unité et de sa vitalité; mais il n\u2019en est plus ainsi aujourd\u2019hui: la seule force encore capable au Québec de jouer ce rôle est celle de l\u2019État, et de l\u2019État québécois.À condition, évidemment, qu\u2019il soit lui-même fort, qu\u2019il demeure libre de choisir ses politiques et que la présente révision constitutionnelle ne le réduise pas à n\u2019exercer que des pouvoirs de deuxième ou de troisième ordre, ou encore de simples fonctions administratives.Il serait vain de prétendre que le gouvernement central pourrait tout aussi bien tenir ce rôle de facteur d\u2019intégration et de cohésion à l\u2019égard de la société francophone du Québec.«Pour cela il lui faudrait d\u2019abord reconnaître en droit comme en fait l\u2019existence d\u2019une pareille société, distincte et originale, et la traiter comme telle; mais jusqu\u2019ici il s\u2019est refusé à le faire: pour lui, le Québec n\u2019est qu\u2019une province comme les autres, dont les habitants sont des citoyens canadiens comme les autres, avec cette seule différence que la majorité d\u2019entre eux parlent le français.En d\u2019autres termes, il reconnaît l\u2019existence d\u2019individus différents, mais non celle de la collectivité qui les a engendrés, l\u2019existence de Canadiens de langue française, mais non celle d\u2019un Canada français, d\u2019une nation canadienne-française, encore moins d\u2019une nation québécoise.Quand un gouvernement se donne pour objectif: un Canada, une nation, il peut, certes, jouer un rôle de facteur d\u2019intégration et de cohésion, mais c\u2019est à l\u2019égard de la société canadienne à construire et à renforcer, non à l\u2019égard de la société francophone du Québec, \u2014 lorsque ce n\u2019est pas contre elle.Il y a déjà six ans, le 1er février 1965, la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme lançait un avertissement solennel: le Canada, disait-elle, traverse la crise majeure de son histoire et cette crise a sa source dans le Qué- bec; les protagonistes du drame sont le Québec français et le Canada anglais; le conflit est maintenant entre deux majorités, dont l\u2019une, la francophone du Québec, se regarde comme une société presque autonome et s\u2019attend à être reconnue comme telle.Au lieu de tenir compte de cet avertissement et d\u2019orienter les pourparlers constitutionnels en ce sens, on a préféré jusqu\u2019ici recourir à des demi-mesures, quand ce n\u2019est pas à des cataplasmes, qui ne vont pas à la racine du mal.Aussi, tant qu\u2019aux conférences fédé-rales-provinciales qui se succèdent, on n\u2019aura pas officiellement reconnu l\u2019existence, le caractère spécifique, les besoins et les aspirations propres de la société francophone du Québec et qu\u2019on ne se sera pas engagé formellement à lui accorder le traitement distinctif qu\u2019elle mérite et qui s\u2019impose, on n\u2019aura rien réglé d\u2019essentiel, même si l\u2019on parvient à se mettre d\u2019accord sur la formule d\u2019un fédéralisme rentable et décentralisé, sur une charte des droits de l\u2019homme et sur une garantie pratique des droits du français partout au Canada.Y a-t-il, oui ou non, une place distincte et un espoir d\u2019avenir au Canada pour une société francophone organisée selon les exigences de sa culture propre ?Voilà la grande et fondamentale question à laquelle doit tenter de répondre la présente révision constitutionnelle avant qu\u2019il ne soit trop tard.Voilà ce sur quoi il faut d\u2019abord s\u2019entendre et le point de départ obligatoire vers une nouvelle répartition des pouvoirs.Tant qu\u2019une pareille entente n\u2019aura pas été conclue, on devra se borner à des expédients et dépenser ses énergies en replâtrages.P.S.Cet article était complètement rédigé et même déjà rendu à i\u2019imprimerie, quand a paru, sur le même sujet, la déclaration de M.Claude Castonguay, ministre des Affaires sociales du Québec.Je suis heureux de me dire d\u2019accord avec le ministre, en particulier quand il affirme: « Tant et aussi longtemps que l\u2019on voudra faire du Québec une province comme les autres et qu\u2019on ignorera la réalité sociologique, la révision constitutionnelle, même si elle est menée à terme rapidement, ne répondra pas vraiment aux aspirations du Québec.Une nouvelle Constitution canadienne qui ne reconnaîtrait pas clairement et de façon concrète le fait que les Québécois constituent un groupe différent et forment une société distincte qui désire ardemment maintenir son identité sociale et culturelle, serait inacceptable.» FÉVRIER 1971 45 Duvalier jusqu\u2019à la fin des par Yves Vaillancourt Un fait inouï vient de se produire dans la petite république de Haïti: son président, « élu » voilà plus de treize ans, confirmé « à vie » en 1964 par sa seule volonté, a laissé entendre, le 2 janvier dernier, que son fils, âgé de vingt ans, serait son successeur.Le 12 du même mois, la Chambre législative donnait valeur officielle aux confidences présidentielles (cf.AFP, 12 janvier 1971 et Time Magazine, 25 janvier 1971).Cet événement scandaleux en soi et en dépit de ses graves implications pour l\u2019avenir de Haïti, n\u2019a pas tenu « la une » des média d\u2019information.Pourquoi ?Serait-ce parce que Haïti n\u2019est pas au centre de nos préoccupations actuelles ?Pourtant, à près d\u2019une semaine de l\u2019événement, notre ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, accompagnée de plusieurs représentants de la presse, de la radio et de la télévision, a été l\u2019hôte du président Duvalier (cf.le Soleil, 14 janvier 1971).Serait-ce donc parce que nos intérêts matériels en Haïti nous interdiraient de nous mêler de ses affaires « internes »?Ou serait-ce parce que nous serions, au fond, indifférents au sort réel des quelque cinq millions de Haïtiens livrés à l\u2019absolutisme moyenâgeux de leur président ?Car c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit: du sort d\u2019un peuple, d\u2019un pays accaparé par un homme et sa clique, lesquels entendent aujourd\u2019hui transformer leur usurpation du pouvoir en droit héréditaire ou même naturel (cf.Wallstreet Journal, 15 janvier 1971).Si l\u2019on peut normalement juger un gouvernement par ses actes au profit de la majorité de la population et par le consensus populaire dont il bénéficie, le gouvernement de Duvalier doit toujours, après quatorze ans, faire la preuve de son efficacité, voire de sa légitimité.Haïti est analphabète à près de 90% ; le revenu annuel par personne n\u2019y dépasse pas 70 dollars; la longévité moyenne y atteint à peine 40 ans; on y compte 1 médecin pour 15,000 habitants, etc.On pourrait allonger à volonté cette liste désolante qui situe constamment Haïti au bas de l\u2019échelle économique de l\u2019Amérique.Pire, à sa détresse matérielle s\u2019ajoute un dénuement politique absolu: pas d\u2019opposition légale dans le pays, pas de presse d\u2019opinion, pas de partis politiques, pas de syndicats autonomes, mais subordination totale à la volonté du Duvalier en tout et partout.Certes, il y a le Brésil; il y a, à côté de Haïti, la République Dominicaine.Mais, chez le voisin dominicain, une légalité très mince et très fragile permet à Juan Bosch, ancien président, de propager contre le gouvernement actuel l\u2019idée d\u2019une « dictature appuyée sur le peuple ».Au Brésil, sous la pression d\u2019une campagne internationale, le gouvernement a dû admettre l\u2019existence de la torture, et des révolutionnaires peuvent encore lui forcer la main par des actions dont on est libre de penser qu\u2019elles sont condamnables.En Haïti, c\u2019est le calme trompeur: la répression y est brutale et aveugle, soutenue d\u2019ailleurs par la duolicité matérielle et morale des États-Unis ( « aide » économique en sous-main, assistance policière, etc.).Les agences de voyage envoient en Haïti leurs touristes désireux d\u2019échapper à la froidure de l\u2019Amérique du Nord et de s\u2019enivrer de la mer, du soleil et des étoiles ! Mais il y a aussi et surtout, là-bas, un peuple qui a l\u2019air de sounre et de chanter: si le touriste, cependant, pouvait vraiment lui parler, il percerait le sens d\u2019un mot anodin, d\u2019un regard absent ou d\u2019un silence soudain oui disent à leur façon: je souffre, j\u2019ai faim, j\u2019ai peur.siècles ?Comment, dans ces circonstances, ne pas voir dans le geste récent de Duvalier un autre épisode digne d\u2019une « république de bananes » ?Convaincu de l\u2019émasculation de son peuple et assuré du silence gêné ou indifférent \u2014 peu importe \u2014 de « pays amis » comme les États-Unis, le Canada, l\u2019Allemagne fédérale, etc., Duvalier a décidé d\u2019« éterniser » son régime à travers sa progéniture.Pour les Haïtiens, c\u2019est là sans nul doute une nouvelle humiliation, une nouvelle meurtrissure.À longue échéance, c\u2019est l\u2019institutionnalisation définitive d\u2019un pouvoir minoritaire et répressif.C\u2019est la perspective de Duvalier sans Duvalier.Qu\u2019y pouvons-nous ?dira-t-on.Le moins que nous puissions faire, c\u2019est de ne pas accepter le rôle de complices ou de témoins consentants.Toutefois, il ne s\u2019agit pas non plus de choisir une neutralité commode pour notre bonne conscience.Il faut nous ouvrir à une solidarité active avec les Haïtiens qui dénoncent la tragédie de leur peuple et cherchent les moyens d\u2019y mettre fin.PnûcM Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 46 RELATIONS En marge du rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur la situation de la femme au Canada (Rapport Bird) Être femme aujourd\u2019hui par Marcel Marcotte Pendant qu\u2019Ulysse errait sur la mer étincelante et vivait mille aventures, Pénélope l\u2019attendait sagement, à Ithaque, devant sa tapisserie inachevée.Elle l\u2019attendit ainsi pendant vingt ans, car, épouse et mère, tel était son destin.Amour, fidélité, soumission, patience, sacrifice, consécration totale au mari, à l\u2019enfant, aux tâches domestiques, Homère ne conçoit pas pour la femme \u2014 fût-elle épouse de roi \u2014 de plus haut rôle ni de bonheur plus excitant.L\u2019héroïsme viril s\u2019affirme dans l\u2019exploration, la conquête et la domination du monde; l\u2019héroïsme féminin, dans l\u2019aliénation aimante et consentante.« Je suis née pour l\u2019amour et non pas pour la haine », dit l\u2019Antigone de Sophocle, qui mourra, précisément, d\u2019avoir voulu que la tendresse, la pitié, la piété, valeurs féminines, l\u2019emportent, un moment, sur la tyrannie de la loi et' la raison d\u2019Etat.Reste à savoir si la femme moderne \u2014 la femme émancipée, comme on dit \u2014 se reconnaît encore dans ces images éculées; si elle accepte toujours, en théorie comme en pratique, de vivre dans l\u2019ombre et sous la coupe de son tyran bien-aimé.« La femme est la gloire de l\u2019homme », dit saint Paul, dans un élan de galanterie.Pour heur ou pour malheur, c\u2019est vrai: la femme est à l\u2019homme, comme la lune est au soleil, le témoin de sa force et le miroir de sa réussite.Et cette condition, on Face aux mâles tout-puissants, la femme évoluée d\u2019aujourd\u2019hui, dit la philosophe Yvonne Pellé-Douël, ne veut plus « être respectée parce qu\u2019elle est leur épouse, la mère de leurs enfants, leur mère ou leur fille, mais parce qu\u2019elle est elle-même ».Telle est aussi l\u2019ambition principale du féminisme.Le malheur veut que, pour la réaliser, ses chefs de file aient choisi, plus ou moins, de nier ou de relativiser à l\u2019extrême les différences sexuelles, d\u2019expliquer en termes d\u2019histoire ce que, depuis toujours, chacun s\u2019est efforcé * Ottawa, Information Canada, 1970, 540 pages.doit l\u2019admettre, a pour la femme quelques avantages: pour la faire servir à sa gloire, il faut bien que l\u2019homme la glorifie, tantôt en lui faisant la cour, tantôt en la couvrant de fourrures ou de bijoux, tantôt en l\u2019associant aux travaux et aux triomphes de sa vie.Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant: Ronsard me célébrait du temps que j\u2019étais belle.Mais ce lustre d\u2019emprunt, cette gloire postiche, dont une majorité de femmes, semble-t-il, sont encore prêtes à se contenter, certaines d\u2019entre elles \u2014 et non des moindres \u2014 ne s\u2019en satisfont plus.C\u2019est d\u2019elles-mêmes, de leurs mérites propres, qu\u2019elles veulent, comme l\u2019homme, tenir leur éclat.Car si la femme ne brille, ne vit, n\u2019est heureuse que par procuration; si son sort dépend de la volonté, des caprices, de la bonne ou de la mauvaise fortune de Y Autre; si elle n\u2019a pas la vraie maîtrise de son destin, comment pourrait-elle se considérer elle-même et être considérée par autrui \u2014 à commencer par son mari et ses enfants \u2014 comme une personne humaine à part entière ?Et comment, dans cette condition précaire et humiliée, remplirait-elle efficacement, au foyer, dans la cité, dans l\u2019Eglise, le rôle salutaire qui lui revient en propre ?de comprendre en termes de nature, de faire de la « féminité » un concept vide, un « mythe », à l\u2019abri duquel l\u2019homme exerce, de' bonne foi, et la femme accepte, d\u2019un cœur docile, l\u2019injuste domination du plus fort.Au plan de la pensée, c\u2019est \u2014 en partie \u2014 dans la foulée de Simone de Beauvoir que, dans les cercles féministes, l\u2019évacuation de la féminité s\u2019est poursuivie depuis vingt ans.On ne naît pas femme, dit-elle, on le devient, sous l\u2019influence des mythes, des lois, des mœurs, des idées inventés par les mâles et véhiculés, d\u2019âge en âge, par la cul- ture qu\u2019ils ont créée de toutes pièces pour soutenir leur hégémonie.En réalité, aucun destin biologique, psychique, économique ne fixe irrémédiablement la femme dans sa condition subordonnée.La féminité n\u2019est pas une essence ni une nature, c\u2019est une « situation », une création de « l\u2019histoire ».« Toute l\u2019histoire des femmes a été faite par les hommes.Ce sont eux qui ont toujours tenu le sort de la femme entre leurs mains; et ils n\u2019en ont pas décidé en fonction de son intérêt; c\u2019est à leurs propres projets, à leurs craintes, à leurs besoins qu\u2019ils ont eu égard .Le Deuxième Sexe, 1, pp.216-217.Il serait aisé de relever, dans les œuvres importantes de Betty Friedan 1 et de Kate Millett2, la même protestation globale, le même refus passionné d\u2019identifier la femme avec l\u2019image traditionnelle que la culture occidentale et, plus particulièrement, la civilisation américaine s\u2019acharnent à propager: celle d\u2019un être humain incomplet, voué par son destin anatomique et par les fonctions qui s\u2019y rattachent aux servitudes sexuelles, à l\u2019incarcération domestique, aux occupations subalternes, à l\u2019insignifiance historique.Le rapport de la Commission Bird, de son côté, fait large place à des idées toutes semblables qui ont, sans aucun doute, pesé d\u2019un poids très lourd sur ses orientations d\u2019ensemble et sur le choix de ses recommandations.Dès le premier chapitre, intitulé « La femme canadienne et la société », les commissaires mettent expressément au compte des pressions culturelles et de l\u2019éducation la distinction traditionnelle des univers masculin et féminin.A part les différences physiques évidentes, on n\u2019a guère, jusqu\u2019ici, de preuves scientifiques que les autres différences psychologiques et intellectuelles fassent vraiment partie de l\u2019héritage génétique de la femme ou de l\u2019homme.La Situation de la femme au Canada, ch.1, n° 38.1.\tBetty Friedan, The Feminine Mystique, New-York, 1962.2.\tKate Millett, Sexual Politics, New-York, 1970.Le féminin, fait de nature ou création de l\u2019histoire ?FÉVRIER 1971 47 La femme, égale, différente et complémentaire de l\u2019homme Et pourtant, le féminin existe.Non pas, sans doute, sous la forme du stéréotype archaïque et figé dans lequel, à bon droit, la femme moderne refuse de se reconnaître, mais sous celle d\u2019un ensemble de traits et d\u2019attributs particuliers \u2014 de constantes \u2014 qui, à travers les avatars du devenir historique, ont modelé le visage irremplaçable de « la femme éternelle ».Irremplaçable, ai-je dit.Car le féminin existe, comme existe le masculin, et pour la même raison: l\u2019homme a été fait mâle et femelle; l\u2019humanité n\u2019est complète ni dans l\u2019un ni dans l\u2019autre sexe, mais dans les deux.L\u2019homme et la femme sont des êtres complémentaires qui, soit qu\u2019ils collaborent, soit qu\u2019ils rivalisent, ont invinciblement besoin l\u2019un de l\u2019autre pour s\u2019accomplir au plan de l\u2019être et de l\u2019agir; pour devenir ensemble des humains au sens plein.L\u2019idée de complémentarité emporte avec elle celle de différence: la clef n\u2019est complémentaire de la serrure qu\u2019à condition de ne lui être pas identique; la femme n\u2019est complémentaire de l\u2019homme, et l\u2019homme de la femme, qu\u2019en acceptant d\u2019être distincts l\u2019un de l\u2019autre et de mettre leurs distinctions au service de leur union.La notion de différence, pourtant, n\u2019implique aucunement celle d\u2019inégalité.Que les différences sexuelles aient été et continuent d\u2019être interprétées en termes de supériorité et d\u2019infériorité naturelles, et que cette interprétation aboutisse, en théorie et en pratique, à faire de la femme une vassale de l\u2019homme, c\u2019est un fait de culture qui ne fait Cependant, la notion de féminité n\u2019est pas facile à cerner.« Les femmes, dit Kant, ne livrent point leur secret.» Hélène Deutsch répond: « C\u2018est parce qu\u2019elles ne le connaissent pas.» Ce mystère féminin \u2014 cette énigme qu\u2019est la femme à elle-même et aux autres \u2014 Gertrude von Le Fort, dans un livre profond et difficile,3 a cherché à l\u2019exprimer à travers le double symbole du « fiat » et du « voile » : la femme est consentement et soumission à la nature et à Dieu, coopération accueillante, 3.Gertrude von Le Fort, La Femme éternelle.honneur à personne: ni à l\u2019homme, aveuglé et perverti par le sentiment de sa toute-puissance, ni à la femme qui, pour survivre, s\u2019est endormie dans la passivité.Les femmes n\u2019ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder; elles n\u2019ont rien pris; elles ont reçu.Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, I, p.19.Mais les temps sont changés.Pour défendre sa dignité et conquérir sa place au soleil, la femme moderne ne compte plus, comme jadis, sur ses pouvoirs « obliques ».C\u2019est à visage découvert \u2014 en homme, si j\u2019ose dire \u2014 qu\u2019elle mène son combat sur tous les fronts de la vie privée et de la vie collective.Elle n\u2019implore plus, elle exige; elle n\u2019invoque pas la charité, mais la justice.« La femme n\u2019a pas à revendiquer, dit Suzanne Martineau, elle doit s\u2019affirmer.» Mais comment s\u2019affirmera-t-elle ?En assumant sa « différence » ou bien en la contestant ?En magnifiant ce qu\u2019elle a de commun avec l\u2019homme ou en préservant et en épanouissant ce qui lui appartient en propre ?La tentation du féminisme, sa pierre d\u2019achoppement, c\u2019est de placer la femme devant un faux dilemne: accepter sa féminité en reniant son humanité, ou accepter son humanité en reniant sa féminité; c\u2019est de travailler à supprimer la distinction du masculin et du féminin, au lieu de s\u2019employer \u2014 en fonction de la polarité naturelle des sexes \u2014 à tracer le programme et à fixer les règles d\u2019une collaboration plus juste et plus fructueuse de l\u2019homme et de la femme sur tous les plans de l\u2019existence.silencieuse et priante; et c\u2019est par là \u2014 non point en luttant contre l\u2019homme, mais en le ramenant par l\u2019amour aux sources profondes de son être \u2014 qu\u2019elle remplit sa mission dans le monde et s\u2019accomplit comme personne humaine.Pareilles vues, il va sans dire, n\u2019ont rien pour enchanter les féministes, mais elles valent toujours mieux que celles de Freud aux yeux de qui toute la psychologie féminine s\u2019explique par l\u2019envie du pénis, le complexe de castration, le regret viscéral « de n\u2019être pas un garçon ».Ce qui frappe chez tous les auteurs qui ont abordé le problème, c\u2019est le besoin qu\u2019ils éprouvent de définir la femme en opposition ou en tension avec l\u2019homme, par accouplement de caractères distincts, mais complémentaires: amour-raison, sympathie-agressivité, accueil-initiative, être-agir, sécurité-expansion, personnalisation-organisation, intuition-analyse, subjectivité-objectivité.Toutes ces expressions de la dualité fondamentale des sexes se recoupent et reposent, au fond, sur l\u2019observation des mêmes faits.Quand, par exemple, Jean Guitton, dans son Essai sur l\u2019Amour humain, dit que « l\u2019homme est essentiellement acte » et que « la femme est essentiellement nature », ses explications rejoignent celles d\u2019Ortega y Gasset dans ses Etudes sur l\u2019Amour: Plus un homme est homme, plus il déborde de raison.Tout ce qu\u2019il fait, tout ce qu\u2019il crée, c\u2019est pour une raison, surtout pour une raison pratique.L\u2019amour d\u2019une femme, cette divine oblation de son être le plus profond que consent la femme passionnée, est peut-être le seul phénomène qui ne résulte pas de la raison.Si intelligente que soit une femme, c\u2019est une puissance trans-rationnelle qui gît au centre de son esprit.Si l\u2019homme est l\u2019être raisonnable, la femme est l\u2019être trans-rationnel.Extériorité et intériorité Pour ma part, j\u2019éprouve un faible pour les catégories d'intériorité et d'extériorité qui m\u2019apparaissent liées de très près aux attributs et aux fonctions spécifiques de l\u2019un et de l\u2019autre sexe.De par sa constitution biologique et psychologique, l\u2019homme est fait pour agir au dehors sur le monde.Ses ressources et ses énergies sont tournées vers l\u2019action, c\u2019est-à-dire vers la conquête et l\u2019aménagement de la terre, vers l\u2019invention des outils et des techniques qui lui permettent de subjuguer la nature, d\u2019exploiter les richesses du sol et du sous-sol, de se défendre contre ceux qui lui disputent ses conquêtes.H explore, il crée, il organise, il domine.Il aime aussi, sans aucun doute, mais la passion amoureuse ne joue chez lui, le plus souvent, qu\u2019un rôle épisodique: « Qu\u2019une vie est heureuse, dit Pascal, qui commence par l\u2019amour et finit par l\u2019ambition.» La femme, au rebours, paraît faite pour vivre surtout au dedans.Au dedans de son âme, où elle préserve et savoure en silence l\u2019amour qui est la nourriture de sa vie; au dedans du foyer qu\u2019elle anime de sa présence discrète et attentive; au dedans des vi- Dualité et polarité fondamentales des sexes 48 RELATIONS vants, enfin, qu\u2019elle a le don de comprendre, par empathie, mieux qu\u2019ils ne se comprennent eux-mêmes :\t« La femme, dit Edith Stein, possède ce don spécial de se mouvoir à l\u2019aise dans le monde intérieur d\u2019autrui.» La vie humaine, pour être humaine, a besoin d\u2019un climat, d\u2019un milieu chaud, délicat, d\u2019un intérieur.Ce n\u2019est pas à l\u2019homme, que tout appelle au dehors, qu\u2019on demandera de créer cet intérieur.Mais la femme, par sa constitution même, son génie propre, ses aptitudes et ses dons, est créatrice de ce milieu.Physiquement, elle est le milieu intérieur de l\u2019enfant à naître tout le long des mois de sa grossesse.Elle le reste longtemps après qu\u2019est révolu le temps où elle le porte et le temps même où elle l\u2019a tenu dans ses bras.Car elle prolonge sa gestation physique par une sorte de gestation morale.Première éducatrice du petit enfant, elle est en même temps le premier milieu spirituel où il baigne; elle forme son esprit et sa conscience comme elle a formé son corps, et après l\u2019avoir porté longtemps près de son cœur, plus longtemps encore elle le porte dedans.Le féminin est maternel « L\u2019anatomie, c\u2019est le destin », disait Freud, dans une formule lapidaire que les féministes, à bon droit, ne lui ont point pardonnée.N\u2019empêche que l\u2019originalité profonde de l\u2019être féminin, cette intériorité par laquelle il se situe et s\u2019affirme face à l\u2019extériorité de l\u2019être masculin, paraît bien liée à la fonction de la maternité, la seule qui différencie, de façon absolue, la femme de l\u2019homme dans le domaine biologique.« La femme n\u2019est pas faite pour enfanter, mais elle peut enfanter », concède Pierrette Sartin.Et cette capacité spécifique se répercute dans toute l\u2019épaisseur de son psychisme; actualisée ou non dans la chair, elle donne un sens à toute sa vie.Le féminin est maternel ou il n\u2019est point.Voilà pourquoi, tout ce qui tend à dévaluer, au regard de la femme, la maternité et les fonctions qui s\u2019y rattachent, tout ce qui l\u2019en détourne sous couleur de la libérer des vieilles servitudes, ne peut, en fin de compte, que faire obstacle à sa promotion authentique.Dans La force de l\u2019Age, Simone de Beauvoir avoue: Aucun fantasme affectif ne m\u2019incitait à la maternité.Je n\u2019ai pas eu l\u2019impression de refuser la maternité; elle n\u2019était pas mon lot.Enfanter, c\u2019est accroître vainement le nombre des êtres qui sont sur terre, sans justification.Dans La Force des Choses, elle réclame pour la femme le droit de vivre le sentiment maternel et l\u2019amour « en vérité et librement, alors que souvent ils lui servent d\u2019alibi et qu\u2019elle s\u2019y aliène, au point que l\u2019aliénation demeure, le cœur s\u2019étant tari ».Betty Friedan, là-dessus, se montre plus réaliste, plus proche de la femme naturelle, pour qui, c\u2019est trop clair, la maternité est un accomplissement.Ce qu\u2019elle propose aux femmes américai- Dans ce débat crucial, le Rapport de la Commission Bird adopte une position assez ambiguë.Posant en principe que « la femme doit avoir le droit de décider elle-même, en toute liberté, si elle va occuper un emploi en dehors ou non », les commissaires sont naturellement amenés à exposer une double série de recommandations visant, les unes, à faciliter aux femmes l\u2019exercice des fonctions maternelles en améliorant la condition de la mère au foyer, les autres, à libérer les femmes des servitudes domestiques pour encourager leur insertion dans le monde du travail et dans la vie publique.Quand, par exemple, la Commission recommande l\u2019augmentation (de 8 à 40 dollars par mois, versables à la mère) des allocations familiales, ou l\u2019institution d\u2019un régime de pension pour les femmes qui restent au foyer, ou le congé de maternité payé pour les femmes qui font partie de la population active, elle a bien l\u2019air de défendre la vocation féminine à la maternité.Mais quand elle insiste pour que crèches et garderies prennent le relai de la mère occupée au dehors, qu\u2019elle encourage la diffusion des connaissances et des moyens contraceptifs, la stérilisation de l\u2019homme et de la femme « à des fins non thérapeutiques » et même (en dépit de la dissidence de deux des sept commissaires) l\u2019avortement « à la seule requête de la femme enceinte de 12 semaines ou moins », c\u2019est contre la maternité qu\u2019elle prend parti.On pourrait prétendre que, misant ainsi sur les deux tableaux à la fois, la Commission a cherché \u2014 et réussi \u2014 à maintenir l\u2019équilibre de deux conceptions de la vocation féminine entre 4.Betty Friedan, Les Femmes à la recherche d\u2019une quatrième dimension, Paris, 1969.nés \u2014 en priorité aux « career women » bardées de diplômes \u2014 ce n\u2019est pas de s\u2019affranchir de ce que Simone de Beauvoir appelle « l\u2019esclavage de la reproduction », c\u2019est de se mettre « à la recherche d\u2019une quatrième dimension », c\u2019est-à-dire d\u2019ajouter aux dimensions traditionnelles d\u2019épouse, de mère et de ménagère, à l\u2019intérieur desquelles « elles n\u2019existent que par rapport à l\u2019homme », une dimension de surcroît: « celle de la femme devenue une personne, qui se sert de ses aptitudes dans un monde en évolution » 4.lesquelles l\u2019opinion se partage.Entre lesquelles, aussi, bien des femmes hésitent, tiraillées par les aspirations et les besoins contradictoires qui leur font désirer d\u2019être, en même temps, à la maison et hors de la maison.En réalité, dans l\u2019esprit de la Commission, tel qu\u2019il s\u2019exprime dans l\u2019ensemble du Rapport, le « dehors » l\u2019emporte nettement sur le « dedans ».La femme qui fait l\u2019objet des complaisances des commissaires, ce n\u2019est pas la « reine du foyer », c\u2019est la « femme au travail », ou plutôt « la femme à quatre dimensions », capable de mener de front carrière et maternité.Dans son rapport minoritaire, le commissaire John P.Humphrey corrobore, en termes vifs, cette impression globale: Le Rapport est injuste à l\u2019égard de la femme au foyer qui, à moins qu\u2019elle ne s\u2019occupe de jeunes enfants, est présentée comme un parasite social.Je ne veux pas dire que « la place de la femme est au foyer ».A mon avis, sa place est là où elle le veut.Elle devrait être libre de décider si oui ou non elle doit travailler au dehors, et c\u2019est le devoir de la société de supprimer tous les obstacles qui pourraient l\u2019empêcher de choisir librement.Mais je ne puis accorder mon appui à aucune tentative visant à la pousser hors de chez elle pour la jeter sur le marché du travail.La Situation de la femme au Canada, p.486.Dans un beau livre 5, Karl Stern dit justement que le « refus de la femme » \u2014 ce que j\u2019appelais tout à l\u2019heure l\u2019évacuation de la féminité \u2014 a été et demeure la grande tragédie de notre temps.Le monde où nous vivons a été conçu, édifié, organisé par des hommes 5.Karl Stern, The Flight from Woman, New-York, 1965.Traduit en français sous le titre de Refus de la femme, Montréal, 1968.Les ambiguïtés du Rapport Bird FÉVRIER 1971\t49 et pour des hommes, en marge et à l\u2019encontre des valeurs féminines, toujours tenues en suspicion.C\u2019est un monde « manichéen »,\t« dualiste », fondé sur l\u2019exaltation de la « puissan- Au niveau des personnes, comme le révèle l\u2019observation clinique, le refus névrotique du féminin s\u2019exprime, chez l\u2019homme, par l\u2019excessive importance accordée à la technique et à la raison, par le mépris du sentiment, la méfiance à l\u2019égard de tout ce qui est accueil, protection, tendresse, par la primauté de l\u2019action sur la contemplation et par l\u2019élimination du sacré.Chez la femme, le même refus s\u2019exprime par la surestimation de la réussite masculine, le dédain des valeurs traditionnellement associées au féminin, le rejet de la maternité, l\u2019imitation servile du mâle, « jointe à une envie, à un ressentiment sourds mais persistants ».Reporté sur la culture et la civilisation, le « refus de la femme » a engendré le monde que nous connaissons : celui des grandes conquêtes scientifiques et techniques, avec la prodigieuse amélioration de la condition humaine qui en est issue, mais aussi celui des impérialismes, des racismes, des guerres d\u2019extermination, de la violence, de la Ceci dit, le problème reste de savoir comment, sous quelles formes et dans quel style, la femme « refusée » fera sa rentrée dans ce monde qui a tant besoin d\u2019elle pour retrouver son équilibre.Le féminisme de choc rêve d\u2019un avenir où, rétablie dans ses droits, devenue partout l\u2019égale, la partenaire et l\u2019émule de l\u2019homme, la femme, affranchie au maximum des servitudes séculaires liées au sexe \u2014 et notamment à la maternité \u2014, ne serait plus qu\u2019un être humain parmi les autres, sans destinée, sans vocation, sans tâches propres, dans un univers asexué.A ce rêve, j\u2019en préfère et j\u2019en oppose, avec la « majorité silencieuse » des femmes, un autre, qui exprime infiniment mieux la direction et le sens d\u2019une présence efficace de la femme au monde d\u2019aujourd\u2019hui.Pour que la femme jette dans la balance le contrepoids de l\u2019autre moitié de l\u2019être, la seule possibilité qui lui reste est d\u2019être ce » virile au mépris du « consentement » féminin; un monde déchiré, où la complémentarité naturelle des sexes n\u2019a pas joué le rôle équilibrant et unifiant qui lui est dévolu.haine et de la peur généralisées; celui, pareillement, des apostasies, des athéismes et de « la mort de Dieu ».Ce que Stern ne dit pas, c\u2019est que, chassé de l\u2019étoffe de la vie, le féminin s\u2019est réfugié dans les franges, où les prophètes des temps nouveaux ourdissent, en cachette, la trame d\u2019une sorte de « contre-culture », qui n\u2019est peut-être, au fond, qu\u2019une contestation désespérée de la tyrannie du masculin.Il n\u2019est pas douteux que le mouvement hippie et les cérémonies psychédéliques, la vogue des substances hallucinogènes, des happenings, du naturisme, certaines formes inférieures de la mystique, le recours croissant à la magie, à l\u2019occultisme, à l\u2019illuminisme d\u2019une société qui ne s\u2019est débarrassée de la foi que pour retomber plus lourdement dans la croyance, tous ces sous-produits du sacré et du mystère, tous ces défis à la logique .constituent des phénomènes de protestation contre le monde masculin de la raison, de la technique, des armements et, en une certaine mesure, des résurgences de ce Féminin comprimé et refoulé.Suzanne Lilar, Le Malentendu du deuxième sexe, p.256.vraiment cette autre moitié, de se rappeler la puissance et le rôle qui sont ceux de la femme dès l\u2019origine.Gertrude von Le Fort, La Femme éternelle.Cette règle est valable pour toutes les femmes, qu\u2019elles soient célibataires ou mariées, qu\u2019elles s\u2019emploient dans la maison ou hors de la maison, qu\u2019elles participent ou non à la vie civique ou politique.Ce qui importe, ce n\u2019est pas ce que la femme choisit de faire: la décision, dans la plupart des cas, lui est dictée par les circonstances.Ce qui importe, c\u2019est ce que la femme choisit d'être.Il faut que, là où elle est présente, par nécessité ou par élection, elle le soit en pleine conscience et reconnaissance de sa féminité et des valeurs originales qu\u2019elle a mission d\u2019incarner.Alors, comme l\u2019homme est, la femme sera, et ils accompliront ensemble l\u2019œuvre du genre humain.Livres et auteurs québécois, 1969.Revue critique de l\u2019année littéraire.\u2014 Montréal, Ed.Jumonville, 1970, 288 pp., 26 cm.Inlassablement, avec courage, depuis huit ans, M.Adrien Thério publie annuellement une sorte de panorama de l\u2019année littéraire canadienne-française.Avec la présente livraison, de « canadiens » qu\u2019ils étaient, « livres et auteurs » sont devenus « québécois »; ils proviennent quand même du Canada entier.Plus important que ce changement de titre, \u2014 qui correspond davantage à une volonté d\u2019être qu\u2019à une réalité, \u2014 me semble la nette amélioration, cette année encore, de l\u2019ensemble de la revue.Dans une présentation plus que jamais soignée on continue d\u2019enregistrer toutes les parutions d\u2019ici, mais on rend surtout compte de celles qui intéressent plus particulièrement les littéraires.Avec les progrès de l\u2019édition au Canada français, une telle option s\u2019imposait.La livraison de 1970 n\u2019en compte pas moins 288 pages, alors que la première, en 1962, n\u2019en comprenait que 98.Le progrès n\u2019est pas que dans la quantité, il paraît également dans la qualité: les comptes rendus sont meilleurs, encore que le nombre et la diversité de leurs auteurs empêchent que ne s\u2019établisse facilement un égal niveau de bonne critique.L\u2019addition d\u2019essais critiques ajoute aussi à l\u2019intérêt de la revue; la présente livraison en compte une cinquantaine de pages (d\u2019Adrien Thério, André Vanasse, etc., sur Jacques Ferron, Claire Martin, Gabrielle Roy, etc.).Mais l\u2019essentiel \u2014 et qui fait que M.Thério a droit à notre encouragement et à nos félicitations \u2014, c\u2019est que nous trouvons là, répertoriées, toutes les parutions de l\u2019année.René Dionne.Etienne Souriau: Clefs pour l\u2019esthétique.\u2014 Paris, Seghers, 1970, 191 pp., 16 cm.Comme l\u2019indique bien le titre de ce livre, Etienne Souriau, professeur d\u2019esthétique bien connu, fournit quelques clefs pour introduire à l\u2019esthétique, cette « forme de la pensée réflexive.l\u2019esprit humain réfléchissant sur cette sienne activité par laquelle il a créé tous les temples, toutes les cathédrales, toutes les peintures, toutes les mélodies.» (p.7).L\u2019auteur fait d\u2019abord un survol historique pour récupérer ce que la tradition, de Platon à Schopenhauer, a fourni de valable.En 2e partie, il recueille les principales données actuelles sur l\u2019objet de la réflexion esthétique:\tBeau, sensibilité, goût, science des formes, etc.En 3e partie, il introduit aux principales méthodes de recherche (écoles philosophiques, sociologie, psychologie, linguistique, etc.), concluant que « la vraie esthétique, c\u2019est celle qui systématise par l\u2019unité de son objet la variété des méthodes qui peuvent s\u2019appliquer à cet objet » (132).Enfin, il énumère et critique quelques-uns de ses problèmes de fond les plus actuels: art et travail, fonction de l\u2019art, art et machine, l\u2019idée d\u2019expression et l\u2019art moderne, limites de l\u2019art.Et il conclut, pour l\u2019artiste, le philosophe et l\u2019homme d\u2019action, que « l\u2019esthétique, parmi les sciences humaines, est une de celles qui peuvent et doivent le plus contribuer à guider l\u2019instauration du monde de demain» (189).\u2014 Une bonne vue d\u2019ensemble, à laquelle manque cependant, pour la partie historique, des références précises aux œuvres citées, et pour l\u2019ensemble, une bibliographie.Yves Lever.Refus de la femme et contestation du masculin Pour que la femme soit 50 RELATIONS Les média de communication de masse En essayant de résumer le Rapport Davey par Yves Lever Le rapport d\u2019une commission royale ou d\u2019un comité spécial est généralement une réponse très compliquée à une question simple.Dieu merci ! le Rapport du Comité spécial du Sénat sur les moyens de communications de masse s\u2019écarte un peu de la tradition.La question posée était assez simple: est-ce que la concentration de la propriété des mass media est bonne à l\u2019in- térêt public et, en gros, quelle est l\u2019influence de ces mass media sur la population ?Plus fondamentalement, elle traduisait une question encore plus simple: est-ce que nous avons des bons moyens de communication ?Bons ou mauvais?Selon les normes choisies, les réponses à cette question peuvent être multiples.A mon avis, en choisissant « celle du succès avec lequel un journal ou un poste de radiodiffusion parvient à préparer son auditoire aux changements sociaux » (I, p.93), le Comité a choisi la meilleure et la plus significative pour le peuple.N\u2019oublions pas que c\u2019est à toute la population qu\u2019un tel rapport est d\u2019abord destiné.Selon cette norme, nous n\u2019avions pas besoin du rapport pour apprendre que nos moyens de communications sont de peu de qualité: il suffisait de se remettre en mémoire ce qui a été écrit ou dit à ce sujet depuis l\u2019automne dernier ! Avec le Rapport, cependant, nous pouvons aller à quelques-unes des causes directes de ce peu de qualité.Pour ma part, je les regrouperai ainsi: 1° Pour juger du rôle social des ma*s media, le Comité dit qu\u2019il faut d\u2019abord « les considérer en tant que personne économique, qu\u2019institutions capitalistes ».Car « ce que les media vendent, dans une société capitaliste, c\u2019est une clientèle, un auditoire, et l\u2019instrument qui permet à un message publicitaire d\u2019atteindre cette clientèle » (I, p.43).Dans cette perspective, le contenu des media (nouvelles, divertissements) n\u2019est qu\u2019un « appât » qui joue « le même rôle que la danseuse à l\u2019orientale qui aguiche les passants pour que le marchand ambulant leur vende sa camelote» (I, P- 44).C\u2019est sur cet aspect économique que le Rapport fournit le plus d\u2019informations (I, pp.50-67, et tout le volume II intitulé: « Les mots, la musique et les sous » ).Sans aucun doute, les media sont les entreprises les plus rentables du pays.Le Rapport donne à ce sujet des chiffres fascinants, mais leur interprétation comparative et les conclusions qu\u2019on en peut tirer sont plus fascinantes encore: « Il peut être deux fois plus lucratif de posséder un journal qu\u2019une usine d\u2019emballage ou un grand magasin [et] un permis de poste de télévision équivaut au permis d\u2019imprimer sa propre monnaie (Roy Thomson) » (I, P- 54).2° La vente d\u2019une clientèle aux annonceurs par les media procure à ceux-ci leurs plus grandes sources de revenus: 65% pour les journaux, 93% pour la radiodiffusion (ce terme englobant dans le Rapport la radio et la télévision).Comme il est bien connu que, dans le monde des affaires, celui qui contrôle la bourse détient le véritable pouvoir, on peut alors se demander si ce sont les annonceurs qui vont fixer véritablement ce que va être une entreprise de diffusion.Les grands annonceurs vont-ils intervenir directement dans la création et la fabrication des « appâts »?Très rarement, dit le Rapport; on ne peut relever que quelques cas de pressions directes.En effet, celles-ci « sont inutiles à cause de l\u2019influence subtile et sous-entendue qui existe de toute façon » (I, p.275).La déclaration de Jerry Goodis (président d\u2019une agence de publicité de Toronto), retenue par le Comité, exprime bien cette influence subtile: Quels sont les résultats de cette nécessité pour un journal d\u2019offrir à l\u2019annonceur un public mieux constitué que celui d\u2019un concurrent, c\u2019est-à-dire un public de consommateurs qui, grâce à son revenu plus élevé, serait plus en mesure d\u2019annoncer les produits ou services annoncés ?Forcément toute la rédaction vise à cette fin.Un article est plus ou moins acceptable selon qu\u2019il est susceptible de plaire aux gens riches ou de les intéresser.Il en résulte donc que les communications de masse reflètent l\u2019attitude de ces gens et traitent de sujets qui les concernent.Nous n\u2019avons plus les communications de masse, mais des communications de classe, classe moyenne et plus élevée.(I, p.275.) 3° Ceci nous amène à préciser un peu ce que vont être les contenus ou les messages des media.Pour bien remplir leur rôle d\u2019« appâts », ils pourraient théoriquement être n\u2019importe quoi, aussi bien scandales, mythes, divertissements, bonnes ou mauvaises nouvelles.Mais, pratiquement, est-ce que tout est d\u2019égale valeur comme stimulation à la consommation ?Comme le fait observer le Comité, « chacun sait que les gens sont portés à lapider le messager qui leur apporte de mauvaises nouvelles » (I, p.11), de sorte que, inconsciemment, les contenus des media seront toujours subtilement orientés par les propriétaires.Comment ?De façon négative, d\u2019abord, en enlevant (ou en reléguant loin à l\u2019intérieur, ce qui revient au même) tout « ce qui ne donne pas envie d\u2019acheter » (cette constatation, qui s\u2019applique surtout aux magazines, peut s\u2019étendre, FÉVRIER 1971 51 Influence des media selon moi, à tous les autres media), ou bien, comme le dit Frank Walker, rédacteur en chef du Montreal Star, « tâcher de soustraire la vie à toute brusquerie [.] d\u2019atténuer l\u2019effet de choc des choses qui surviennent » (I, p.93), pour Walker, c\u2019est positif; pour moi, ce ne l\u2019est pas); ou bien encore, comme le dit Ken Lefolii, « étant donné que l\u2019analyse ouverte de la société et la controverse sociale pourraient donner lieu à des essais politiques ou au changement économique, la presse des grandes sociétés reste fermée à ces deux activités » (III, p.230).De façon positive, maintenant, en présentant une vision optimiste de la société, le beau côté des choses et « les mottos de la Chambre de commerce » (I, p.94).On parlera évidemment beaucoup des conflits et des heurts sociaux et politiques (ce sont les meilleures manchettes), mais de façon qu\u2019ils ne donnent aucune inquiétude aux gens en place (I, pp.94-104).Ou bien, en faisant ce que j\u2019appellerais du « brouillage idéologique », en diffusant à haute dose des émissions importées des Etats-Unis et les communiqués intégraux des grandes agences de presse.4° Il en résulte que, « dans la plupart des cas, les journeaux et les stations exploitent leur milieu au maximum et lui donnent le moins possible en retour [et que] trop de journeaux et d\u2019entreprises de radiodiffusion fournissent un produit dont la qualité est inférieure à celle qu\u2019ils pourraient se permettre» (I, pp.69-70).A cause des monopoles, une meilleure qualité n\u2019aurait aucune influence sur la rentabilité: pourquoi alors augmenter les dépenses ?Lord Thompson l\u2019avouait très franchement à Douglas Fisher (I, p.70).Cette parcimonie devient la cause directe de la mauvaise qualité: les journalistes sont mal payés et n\u2019ont pas les moyens de se perfectionner; on n\u2019encourage pas leur esprit d\u2019initiative et on ne leur donne pas les moyens de faire des reportages spéciaux, préférant recopier les communiqués des agences internationales plutôt que de donner un regard local sur les grands événements (I, p.70-73 et 263).Comment ceux-ci pourraient-ils alors prévoir les changements sociaux ?De quels instruments disposent-ils pour analyser les situations génératrices de changements ?Que l\u2019on juge les media bons ou mauvais, c\u2019est toujours aux journalistes ou aux noms des génériques qu\u2019on va le dire, mais sont-ils les vrais responsables ?Le Comité a confié à un groupe de chercheurs la tâche de déterminer « l\u2019incidence et l\u2019influence » des media.Une minutieuse enquête, dont les résultats sont reproduits dans la première partie du volume III (pp.3-204), révèle ce que les Canadiens pensent de leurs moyens de communication.On y retrouve, statistiquement sériées, beaucoup d\u2019opinions qu\u2019on connaissait déjà; par exemple, que tout le monde pense qu\u2019il y a trop de « commerciaux » à la télévision pendant un film, qu\u2019on préfère les séries américaines aux autres émissions, que la publicité influence la vie, etc.Quelques-unes sont toutefois originales.Pourtant, toute cette enquête n\u2019apporte guère plus que les cotes d\u2019écoute des stations ou l\u2019examen des tirages.Elle me semble complètement inopérante et inutile, car elle passe à côté de l\u2019essentiel: quels sont les véritables contenus des media et quelle est l\u2019influence de ces contenus sur la vie ?Concrètement, on aurait dû se préoccuper plutôt de questions comme celles-ci: \u2014\tquelle est la vision du monde diffusée par les media ?\u2014\tquelles sont les caractéristiques de la société proposée ?A la fin de son Rapport, le Comité énonce beaucoup de vœux pieux.Beaucoup d\u2019autres en ont déjà fait avant lui, mais quels ont été les changements ?Il faut maintenant des législations, surtout en ce qui concerne les concentrations de propriété et la propriété étrangère des media.Par ailleurs, les arguments apportés contre la reconnaissance du secret professionnel pour les journalistes relèvent uniquement d\u2019une analyse théorique et ne tiennent aucunement compte de la situation actuelle où on est très près d\u2019un Etat policier.Je crois que toute cette question devrait être revisée, surtout en tenant compte de la situation présente.Je suis assez surpris que les quelque cent millions d\u2019entrées par année dans les salles de cinéma ne fassent pas du 7e art, aux yeux du comité, un des \u2014\tà quels objectifs sociaux et politiques les gens sont-ils invités à participer ?\u2014\tquelle est la conception de la justice qui s\u2019en dégage ?en temps ordinaire et en temps de crise ?\u2014\tquelles sont les dimensions du problème québécois et canadien qui transparaissent dans les différents media et réseaux ?\u2014\tquel type d\u2019information politique consent-on à diffuser ?(pensons à l\u2019affaire Bergeron); quel est le réel traitement fait aux diverses personnalités ?(analyse à la manière de D.Schroeder, III, p.224).\u2014\tquelle vision de l\u2019homme ou quels modèles (sens sociologique) peut-on dégager des émissions ?\u2014\tcomment la publicité influence-t-elle la consommation ?quel est son rapport avec l\u2019inflation ?\u2014\tetc.Le Comité lui-même reconnaît l\u2019urgence de telles études (I, pp.254-55 et 278) et il avait les possibilités de les faire.On se demande pourquoi il ne les a pas faites.mass media.Est-ce par déférence pour les quelques compagnies américaines qui possèdent presque toutes les salles du pays ?A-t-on eu peur de dévoiler tous les petits scandales entourant les problèmes de distribution ?On parle aussi très peu de la censure dans le Rapport, surtout de celle venant des pouvoirs politiques et économiques.Malgré les belles déclarations de ministres de la justice, on a assisté dernièrement à des phénomènes de censure inquiétants.Ici encore, ce ne sont pas des vœux pieux à l\u2019égard des propriétaires ou des policiers qui vont résoudre le problème.Finalement, on peut dire que le Rapport est un peu à l\u2019image des mass media qu\u2019il étudiait: il fournit beaucoup d\u2019informations, mais se soucie assez peu des aspects proprement culturels.Quelques « trous » du Rapport 52\tRELATIONS ;T É L É V I 8 I O N.La télévision et son langage par François Jobin * 1 Discuter du langage de la télévision, c\u2019est s\u2019opposer à McLuhan.Si, en effet, comme il le répète souvent, « le médium est le message », tout discours fondé sur le contenu de ce médium devient oiseux.Il est bien évident que la télévision in se exerce une profonde influence sur l\u2019humanité en général, mais affirmer que le programme est quantité négligeable relève de la plus haute fantaisie.Le contenu de la télévision impressionne le téléspectateur, à des degrés divers, depuis la provocation d\u2019une certaine lassitude jusqu\u2019au modelage de comportements.Cette influence est rendue possible, tant au niveau du médium que de son contenu, par le langage utilisé.La télévision s\u2019inscrit dans l\u2019histoire des communications comme le plus formidable et le plus complet des média.Il est bien clair que celle-ci est née du mariage électronique de la radio et du cinéma, mais, sans cesser d\u2019être la fille de ses parents, elle s\u2019en distingue et les dépasse.Adolescente héritière du son et de l\u2019image, elle ne peut marcher servilement dans les traces de ses procréateurs sans se tromper elle-même.La différence fondamentale se situe au niveau du langage: orientée vers des buts différents de ceux de la radio et du cinéma, la télévision a pour responsabilité d\u2019inventer un discours compatible avec sa fin.Fille d\u2019un vieil artiste de 60 ans.Le cinéma existe depuis environ soixante ans.Depuis son avènement, les artistes qui l\u2019ont mis au monde ont eu tout le loisir de lui forger un langage comportant une grammaire et une syntaxe: tel plan signifie telle chose, telle attitude commande tel cadrage, telle scène ne peut précéder ou suivre telle autre pour x raisons, etc.Il y a quelques années, quantité de jeunes metteurs en scène se sont plu à réaliser des films < contre les règles », preuve évidente qu\u2019il en existait au moins quelques-unes; ils ont bouleversé les lois pour en créer d\u2019autres, plus souples, plus satisfaisantes sur le * Réalisateur TV.plan esthétique.Car enfin, l\u2019histoire du cinéma peut se résumer en une longue recherche collective ayant pour but ultime la création artistique L Lorsque parut le petit écran, on prédit la mort du cinématographe: Ben-Hur pénétrait dans les salons, tel un visiteur du soir, et les salles obscures se vidaient.Il est désormais établi que la venue d\u2019un médium nouveau n\u2019a jamais empêché le précédent d\u2019exister: après tout, le cinéma n\u2019a pas encore tué le théâtre 2.La raison en est simple: la réalité cinématographique et la réalité télévisée (comme l\u2019univers théâtral) ne sont pas identiques.La télévision est un œil ouvert sur le monde, le cinéma transcende l\u2019univers.L\u2019image cinématographique procède à la fois de l\u2019imagination et de la poésie.Elle veut saisir le réel d\u2019une manière autre, transfigurer son objet.Si l\u2019on croit percevoir une certaine réalité au cinéma, ce n\u2019est qu\u2019à titre purement référentiel; le message cinématographique se situe bien au-delà du phénomène quotidien.Au contraire, la télévision transmet une image non pas objective \u2014 un certain choix persiste au niveau de la réalisation \u2014 mais plutôt brute de la réalité.On retouche le moins possible cette image pour ne pas en modifier le caractère d\u2019authenticité.Cela ne signifie pas que toute imagination soit bannie des ondes: cela veut tout simplement dire que la télévision ne suggère pas, elle déclare.Le pouvoir de symbolique de ce médium est ainsi remis en question: il doit céder le pas à une déclaration univoque des choses telles qu\u2019elles peuvent apparaître à la majorité.la TV pose un regard neuf sur le monde.Cette nette différence entre cinéma et télévision découle de deux facteurs inhérents à la nature même de chacun de ces média.D\u2019abord, le cinéma constitue un tout fini.Perçue dans sa totalité, l\u2019œu- vre cinématographique livre un message singuüer conçu en fonction d\u2019une structure parfaitement décomposable et analysable.La télévision, pour sa part, n\u2019a pas de fin.Son message s\u2019inscrit dans la continuité.Une émission 3 est conditionnée à la fois par celle qui la précède et par celle qui la suit, de sorte qu\u2019elle échappe à l\u2019analyse.Parce qu\u2019elle se veut l\u2019exact reflet de la vie, parce qu\u2019elle est la vie même, la télévision continue d\u2019être, alors même que l\u2019on a tourné l\u2019interrupteur.A la limite, on peut affirmer que la télévision ne diffuse pas des programmes, mais qu\u2019elle a commencé de transmettre, il y a vingt ans, une émission qui varie depuis, d\u2019heure en heure, et qui se poursuivra encore jusque à Dieu sait quand.En second lieu, la dimension de l\u2019écran, qui n\u2019est évidemment pas la même dans les grandes salles que dans les salons, a une importance considérable.Cela semble aller de soi; pourtant, cette constatation empirique est à l\u2019origine d\u2019une différence de perception qui n\u2019est pas sans conséquences sur le plan du langage.1.\tLe fait que le cinéma soit devenu une industrie n\u2019affaiblit pas cette affirmation.Dans la société nord-américaine, il faut s\u2019attendre à ce qu\u2019un art devienne tôt ou tard industriel.C\u2019est sinistre, mais pas entièrement mauvais, puisque les artistes cherchent perpétuellement à dépasser les techniques que l\u2019industrie a fixées.Ce défi est très sain pour l\u2019art; mais il ne l\u2019est peut-être pas autant pour les gens.2.\tLe cinéma, pour pallier la concurrence de la télévision, s\u2019est rapidement lancé dans la production de choses-qu\u2019on-ne-peut-montrer-au-petit-écran.Cela a eu pour effet de lui ouvrir des horizons nouveaux, mais d\u2019aucuns pensent que c\u2019est une voie sans issue et que le cinéma est actuellement moribond.3.\tLe concept d'émission, en tant que portion finie d\u2019une diffusion, me paraît sujet à révision.L\u2019existence même de programmes caractérisés et périodiques, rigoureusement soumis au temps, procède d\u2019une conception littéraire de la télé.Celle-ci est, en effet, généralement perçue comme un magazine ou un journal.Pour une fois, McLuhan a parfaitement raison de prétendre que la télévision est un happening.En fait, elle devrait l\u2019être, mais ne l\u2019est pas encore, car un happening ne connaît ni limites ni contraintes.FÉVRIER 1971 53 Au cinéma, l\u2019écran investit le spectateur qui s\u2019y plonge tout entier.Les images qui y sont projetées le dépassent et l\u2019écrasent.L\u2019action et les personnages s\u2019imposent à lui: le héros est tellement gigantesque qu\u2019il contraint le spectateur à lever constamment la tête vers lui.D\u2019ailleurs, le phénomène des idoles de cinéma peut s\u2019expliquer, pour une part, par leur taille: tous les personnages, depuis le traditionnel bon, jusqu\u2019au non moins traditionnel méchant deviennent des surhommes avec lesquels, dans l\u2019obscurité complice, l\u2019individu s\u2019identifie.La photographie prend alors une signification toute spéciale.Les films de Sergio Leone sont à cet égard des modèles du genre: ce metteur en scène a compris le parti qu\u2019il pouvait tirer des dimensions surhumaines de l\u2019écran.En photographiant les yeux de Clint Eastwood, il sait précisément que cette image figera le spectateur dans son fauteuil et lui fera percevoir, au-delà du bleu métallique des prunelles, toute une gamme de super-sentiments.Cet effet dramatique n\u2019est pas possible à la télévision, parce que celle-ci n\u2019est pas envahissante: elle accapare son auditoire, le captive dans une certaine mesure, mais ne l\u2019envahit pas.C\u2019est le téléspectateur qui s\u2019enroule autour de l\u2019image, qui la « fait » de la même manière que le violoniste fait sa note sur son instrument 4.Les personnages, vus en pied à la télévision, demeurent des homoncules avec lesquels il est malaisé de s\u2019identifier.Sur grand écran, une contre-plongée impose un je ne sais quoi de majestueux; au petit écran, au contraire, la même image devient drôle, bizarre, étrange et même ridicule.Les effets dramatiques possibles au cinéma se retournent donc souvent contre eux-mêmes lorsqu\u2019ils sont utilisés à la télévision.et amorce, par l\u2019image, un dialogue.Il va sans dire qu\u2019un autre langage s\u2019impose:\tun langage qui puisse s\u2019adresser à chaque téléspectateur en particulier, tout en visant la collectivité.Le comique américain Red Skeleton le sent confusément, lorsqu\u2019il termine ses émissions par un: .« Thank you for letting me come in your living room.» Par contre, Ed Sullivan, habitué de travailler avec un public en chair et en os, manifeste qu\u2019il n\u2019a rien compris lorsqu\u2019il dit: «.and drive carefully getting home.» Il oublie que son auditoire est déjà confortablement installé « at home ».Il faut donc que le langage de la télévision soit celui du dialogue intime par l\u2019image.Dialogue illusoire, certes, puisque, pour l\u2019instant, comme nous l\u2019avons souligné récemment, le téléspectateur ne participe effectivement qu\u2019à titre de récepteur passif.Mais dialogue quand même, en ce sens que la télévision s\u2019adresse à des individus comme « en particulier ».A cet égard, les émissions du professeur Guillemin, indépendamment de leur contenu, étaient d\u2019une rare perfection.trop tributaire encore d\u2019une mère bavarde ! La radio a légué à la télévision beaucoup plus que le son.Grâce à elle, cette dernière a joui d\u2019une programmation dont elle commence à peine à se libérer 5.Le son radiophonique a une valeur de signe: à la manière du langage articulé auquel il se rattache, mais qu\u2019il transcende néanmoins, il transcrit l\u2019univers en une suite sonore rapide et fragile.La réalité radiophonique se réduit à un ensemble plus ou moins organisé de bruits et de sons, ce qui a pour effet de concentrer l\u2019attention de l\u2019auditeur et de modifier sa perception.La télévision, à cause de l\u2019omniprésence de l\u2019image, n\u2019utilise pas le son de la même manière.Les bruits, la musique, les paroles possèdent une fonction de ponctuation.La parole devient alors un moyen d\u2019attirer l\u2019attention du téléspectateur, sans pour autant prétendre être à elle seule porteuse de signification.Tout au plus le son sert-il de guide quant à l\u2019interprétation qu\u2019il faut donner de l\u2019image.L\u2019erreur la plus répandue consiste à croire que la parole est le principal véhicule de la communication télévisée.A titre d\u2019illustration, prenons n\u2019importe quel bulletin de nouvelles télédiffusées.Un annonceur, pris en plan moyen, énumère de sa voix la plus neutre possible une longue liste d\u2019événements.De temps à autre, une photographie statique ou un bout de film viennent illustrer un passage du texte.Une vision authentique de la télévision imposerait la démarche inverse.Le journal télévisé devrait se composer exclusivement d\u2019images se rapportant à l\u2019événement.La parole serait alors la clé permettant d\u2019interpréter correctement l\u2019image en question.Procéder autrement relève de la littérature et de la radio des années cinquante 6.C\u2019est là le nœud du problème.La télévision, à ses débuts, a tout naturellement utilisé des techniques radiophoniques parce que les artisans de la télévision étaient pour la plupart des spécialistes du son.De plus, la radio de l\u2019époque se réclamait, sans le savoir, d\u2019une tradition toute littéraire: c\u2019était l\u2019ère de la radio « à texte » qui persiste encore aujourd\u2019hui dans certaines grandes maisons de radiodiffusion à travers le monde.La télévision ne peut plus se maintenir dans cet état ambigu mi-radio, mi-cinéma Elle doit plonger et se découvrir elle-même, assumant de façon définitive le langage qui lui est propre.Quelques éléments de ce langage sont tout tracés d\u2019avance, mais une grande partie reste à découvrir.C\u2019est ici qu\u2019entrent en jeu l\u2019imagination et la créativité des artisans de la télévision.C\u2019est à eux que reviennent le privilège et le devoir d\u2019orienter le médium dans la bonne voie: celle qui, petit à petit, nous fera pénétrer de plain-pied dans la civilisation des images, de sorte que nous puissions découvrir le monde avec nos yeux « sur lesquels nous comptons pour nourrir et stimuler notre pensée, nos jugements » 7.4.\tLa télévision est si peu envahissante que l\u2019on ose parler à voix haute durant un programme.Cela est impensable dans un cinéma, non pas à cause du respect du voisin, mais parce que la représentation revêt un caractère sacré, donc surhumain, qu\u2019il ne faut pas troubler.5.\tN\u2019oublions pas que la télévision est née alors qu\u2019on pouvait encore parler de programmation radiophonique.Nous sommes loin de la radio juke-box qui prévaut aujourd\u2019hui.6.\tCette description est utopique pour le moment.Pour une foule de raisons, dont le facteur économique n\u2019est pas la moindre, une telle émission n\u2019est pas encore possible.7.\tE.Fulchignoni, dans la Civilisation des images.54 RELATIONS Où va notre poésie?par René Dionne * Où va notre poésie ?Telle est la question que les derniers arrivages forcent à poser.Naguère encore notre poésie l\u2019emportait sur notre roman; c\u2019est elle qui nous manifestait davantage et nous faisait une belle jambe aux yeux de l\u2019étranger.Pourtant, depuis cette année 1963 où elle fleurit plus copieusement que jamais, notre poésie, me semble-t-il, a marqué le pas, et le roman la devance.Ainsi, à quelques parutions près, 1969 fut une année terne, et 1970, sauf exceptions encore, guère meilleure.Roger Desroches:\tCorps accessoires, Poèmes.Col.« Les Poètes du Jour », M-23.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 55 pp., 20 cm.Beaucoup de jeunes poètes ont découvert, à la suite des Lapointe, Chamberland, et autres des années \u201960, la parole; ceux-là s\u2019en servirent, la plupart du temps, avec sérieux, comme d\u2019un précieux et nouvel instrument d\u2019expression commun à tout un peuple jusque-là assez taciturne; ceux d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019en gargarisent trop souvent comme d\u2019un mauvais cépacol, sorte de panacée commercialisée à je ne sais quel mal intime de parlote ou de gloriole.Au poète, alors, les mots viennent comme en trombes, s\u2019écrivent comme d\u2019eux-mëmes, s\u2019entassent en vrac, reflets d\u2019opales, cristaux de neige ou de glace, voire purs croûtons, et ça fait un recueil de poemes .C\u2019est ainsi, paraît-il, que Roger Des Rocnes a beaucoup écrit et que, loin de nous présenter un choix de poèmes, il nous livre dans Corps accessoires une sorte de cafouillage où s\u2019emmêlent davantage les coquilles (mais faut-il appeler coquilles les fautes que nous rencontrons aux pp.16, 19 21, 33, 35, 36, 37, 39, 42, 43, 46, 47, etc.?) que les perles.Tout tourne ici autour du corps-sein-pelvis d\u2019elle, « bel animal complémentaire »\t(15), «seins Laura Secord centres mous» (18); lui, il en a le vertige, « blazons (sic) baissés bas dans la morve » (33).Le monde « s\u2019ailleure » en rut; « la mer pédérastre (sic) sagement avec / les berges / recule / puis s\u2019excuse en rougissant » (41).Roger Des Roches, lui, ne s\u2019excuse pas; il est fidèle à son propos, que résume, on ne peut mieux, ce vers- * Département des Lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.1.\tRoger Des Roches adopte une autre manière dans le feuillet publicitaire de son éditeur:\t« Je recherche l\u2019image émotive, alchimique.Je voudrais que ma poésie soit une poésie d\u2019émotions, donc de cris d\u2019amours ou d\u2019horreurs (mais sans le lyrisme traditionnel).Je pense que Corps accessoires est un commencement, le premier pas d\u2019une marche, l\u2019ouverture d\u2019un sas étrange.Et j\u2019espère que tout cela a produit de la beauté.» vérité: « il s\u2019agit d\u2019afficher les soupes de l\u2019esprit aux bassins du cri » Al)1.Qui voudra de ce gras potage où les « lèvres décolorées dans les actes divins fiévreux / virent un peu toujours / en pendules menstruées / larges de doux émétiques / et ne vomissant plus que l\u2019illustre » (42) ?Bien sûr, à tellement raser bas le réel, on ne peut échapper au métaphysique, qui éclate, en pensée de fond, dans la conclusion: « il n\u2019y a plus d\u2019algues en Dieu » (55).Louis Geoffroy: Le Saint rouge et la pécheresse.(Notes pour une chorégraphie.) Coll.« Les Poètes du Jour », M-22.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 96 pp., 20 cm.On retrouve de pareilles obsessions chez Louis Geoffroy qui, dans le Saint rouge et la pécheresse, tâche à explorer « de nouveaux modes de rapprochements entre les ondes sonores et les émotions » 2.Du disque de Charles Mingus, « The Black Saint and the Sinner Lady », il prétend dégager à la fois « le sens verbal des émotions qu\u2019exprime cette musique et le spectacle qu\u2019un chorégraphe pourrait en tirer » 3.Cette tentative s\u2019apparente, l\u2019application en moins, à celle de Luc Racine dans Opus 1 4, et peut-être n\u2019est-elle pas plus ni moins heureuse, encore qu\u2019elle tourne trop souvent à une « suée de printemps versificateur et d\u2019automne rhétoricien » (67), le saint étant par trop « vaginalement empêtré dans des commandes de facilité » (67).Tout comme Des Roches, Geoffroy a sa petite idée sur « le destin métaphysique des sens »; ne se rappelle-t-il pas lui avoir dit, « à Elle, un jour « Tu es Dieu »?« Malgré tout », il veut « vivre » (88).C\u2019est à tête « tournée tournante » du disque de Mingus qu\u2019il faut lire le livre de Geoffroy: l\u2019ailleurement poético-frénétique n\u2019aura lieu que si le décor est bon; que celui-ci fasse défaut, Geoffroy s\u2019extasiera seul.Jacques Boulerice: Elie Elie pourquoi.(Poèmes de l\u2019émotion fragile et du virage en vue.) Coll.« Les Poètes du Jour », M-24.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 61 pp., 20 cm.Jacques Boulerice semble, pour sa part également, s\u2019amuser beaucoup dans Elie Elie pourquoi; mais ses jeux de mots ennuient le lecteur tout autant que peuvent l\u2019enchanter certaines suites sonores.Rien n\u2019éclate ici que dans un bruissement de pluie tambourinante: «Ne pleure pas madame / alazim boum boum / alazim boum boum / 2.\tPropos de l\u2019éditeur, dans son feuillet publicitaire.3.\tId., ibid.4.\tCol.« lœs Poètes du Jour », M-18.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1969, 74 pp., 20 cm.Ne pleure pas la chanson / des petites filles / finira par toutes les marier / les oublier / avant la fin de la ligne» (21).Boulerice a l\u2019oreille fine et le cœur tendre: « sauvez / le foin le brin / le rêve / et l\u2019ému l\u2019ému / le lac et la chanson » (29); il arrive donc à ce très attentif à la musicalité de ses vers d\u2019en produire de beaux, dont les meilleurs n\u2019en demeurent pas moins: « il y a longtemps que je t\u2019aime / jamais je ne t\u2019oublierai.» (29).Pour rester trop à fleur de mots gracieux, à ne pas vouloir de corps à corps robustes, Boulerice ne réussit bien souvent que des niques aimables: « Oh comme on se ment Dieu créa le miel et l\u2019amer / et Dieu vit que cela était rond / il y eut un noir et il y eut un châtain / et Dieu vit que cela était con / mais c\u2019était déjà dimanche » (43).Rodrigue Gignacs Suite.\u2014 Québec, les Editions de l\u2019Hôte (1814, rue Maufils), 1970, 115 pp., 16.5 cm.Rodrigue Gignac aime, lui aussi, que le vers chante, et précieusement, mais il le fait moins moderne que Boulerice, et pas toujours très personnel, original.Suite .débute par deux beaux vers: « J\u2019ai pris son corps au froid de pierre, / A nu sans corset ni feuillage » (13); puis, le ton casse, et le lecteur en est réduit à butiner ces vers-ci: « Votre main a la promesse de l\u2019aube / Vos lèvres, une fleur à votre taille / Vos pieds, l\u2019ombre qui s\u2019espace dans le temps » (17); puis, ces vers-là: «Je t\u2019écris avec les mots voyageurs / Dont l\u2019œil a fait le repos du langage / Pour te parler des vents et du bruit de la mer / Coquillages assemblés aux étoiles crucifiées» (61).En somme, des vers dont le poème suivant, le dernier du recueil, rend assez bien le ton général, à la fois jeunet et vieillot: Vous hantez mon esprit Jolie fille de la mer Je flotte au clair de lune Et vous joignez le fond Je crée des sillages Et vous trempez vos plumes Près d\u2019un village-sirène Plein d\u2019écume et de vent.(113.) Nicole Brossard: Suite logique.Poèmes.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1970, 58 pp., 19 cm.A l\u2019encontre de la poésie de Boulerice et Gignac, la poésie de Nicole Brossard n\u2019a rien de doux ni de léger; et bien à l\u2019opposé de celle de Des Roches et de Geoffroy, elle n\u2019a rien de gras ni de lourd.Dans Suite logique, en effet, rien que d\u2019appliqué, de rigide, de froid et, en définitive, de stérile.Tout se passe dans l\u2019œuvre de Nicole Brossard comme s\u2019il lui fallait se dépouiller de son cœur et de son corps pour ne plus appartenir, telle une âme divorcée, qu\u2019au monde des mots et des morts; peut-être ainsi s\u2019imagine-t-elle arriver en un pays de lumière et FÉVRIER 1971\t55 d\u2019intelligence, ciel de transparence et paradis de poésie pure .Vieux rêve, vieille aliénation qui n\u2019a de neuve qu\u2019une survolonté d\u2019auto-négation existentielle; suicide par le verbe, disparition sous les mots; belle forme, beau corps vit retranché, masqué: neutre ce qui fut dit neutre ce qui emprunte tant car de moi rien sinon l\u2019objet repeint hasardé fictif l\u2019emprunt par excellence rien ne se confirme c\u2019est ce qui ruine ruine et merveille du pareil au même l\u2019éclosion se fait mal laissant croire qu\u2019un jour elle se fera divine éclosion de rien pourtant (24).Cécile Cloutier: Cannelles et craies.Coll.« Poètes présents », 67.\u2014 Paris, Jean Grassin, 1969, 25 pp., 18,5 cm.Tout autant que Nicole Brossard, Cécile Cloutier s\u2019applique à dire bel et juste, mais la pudeur qu\u2019elle a de ses sentiments n\u2019empêche jamais son cœur de s\u2019épancher en un lyrisme gracieux et vrai; c\u2019est de « la craie de (ses) os» qu\u2019elle écrit, 5), et ses chagrins d\u2019amour, « comme la cannelle joue son bruit d\u2019odeur» 12), elle ose les porter, « muguets (trempés) dans l\u2019amphore de sang» (13).Ainsi nous sont donnés à savourer, dans Cannelles et craies, vingt et un petits poèmes d\u2019un goût exquis et précieux, d\u2019un parfum discret, fleurant bon le cœur et le pays.La femme, ici, s\u2019avoue humaine, et belle : Je serai une vieille dame Avec beaucoup de chagrins d\u2019amour J\u2019aurai corsage de cognac Et jambe de frêne dur Et des feuilles pousseront à mes mains Comme à un vieux printemps (11); mère, elle ne rougit pas de parer ses amours: Je ferai à ma fille Une poupée d\u2019avoine chaude Et je lui chausserai Un voyage à chaque pied (20).Luc Racine: Villes.Coll.« Les Poètes du Jour », M-21.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 56 pp., 20 cm.A la mécanique de Suite logique je préfère également, de beaucoup, le lyrisme de Luc Racine.Villes s\u2019inscrit sous le signe d\u2019Arthur Rimbaud en révolte contre Dieu et le pouvoir, en amour avec les hommes (9).Les mots ici s\u2019orchestrent à force de cœur et d\u2019avidité de vivre.Racine veut tout embrasser du temps qui passe, réconcilier le passé et le présent, s\u2019assurer du futur, réunir le nord et le sud.Ce rêve est beau, .mais impossible à tenir; d\u2019où la confusion des thèmes de Villes: enfance, hiver, amour, pays, hier, se mêlent, se croisent, et passent, sans que le présent, l\u2019été, la jeunesse, les amants, ne les conjuguent et retiennent.On ne peut jouir du sud sans ressentir la nostalgie du nord; nous sommes à la ville et la ville est au sud, mais elle est pleine d\u2019âge et de bruits, et de poussières grises; c\u2019est au nord que l\u2019on respirait à pleins poumons l\u2019air de vie, c\u2019est là que pourrait se situer la vraie ville, la salutaire, mais le Québec est futur, pas présent, sauf à travers les hivers du temps sur le monde de nos enfances et de nos amours.Aussi, « nous attendons » (24), et pas sans espoir: hier ce fut agonie et tourment au monde ravagé hier c\u2019était à peine le cri et la détresse [.] nous ne savions pas nous n\u2019étions pas des hommes le sang avait perdu ses domaines en des veines désertées mais il retrouve aujourd\u2019hui sa source il revient au cœur je l\u2019écris comme je le sens les lèvres s\u2019entrouvent (sic) [.] à la rage durcie l\u2019aube s\u2019est tissée d\u2019amers (18).Derrière la multiplicité des thèmes pas suffisamment élaborés, derrière l\u2019orchestration parfois alambiquée des mots, transparaît un cœur, se dessine un projet, qui, tous deux, sont d\u2019amour de terre et d\u2019eau.Luc Racine a affaire avec la poésie vraie, même s\u2019il n\u2019a pas encore trouvé sa voie définitive ni comblé toutes les attentes qu\u2019avait fait naître son premier recueil poétique 5 6 7.Gaston Gouin: Gaston Gouin, 1944-1970.Illustrations de Gaston Gouin.\u2014 Sherbrooke, Société Gaston Gouin (C.P.1461) et Windsor (Québec), Les Carnets des Auteurs réunis (C.P.1608), 1970, 30 pp., 21 cm.Luc Racine peut encore compter avec le temps; mais Gaston Gouin, non: il est décédé le 10 juin dernier, à 26 ans, des suites d\u2019un stupide accident de la route.Serait-il devenu le grand poète que ses amis, réunis en « la Société Gaston Gouin », ont déjà reconnu au-delà de ses œuvres publiées ou manuscrites ?Peut-être.Dans Temps Obus 6, il n\u2019avait certes pas donné toute la mesure de son talent; il est possible que son JTl de Noir7 (posthume) soit meilleur.Pour l\u2019instant, il me semble avoir surtout produit un excellent « Quebec Poster » pour la Nuit de la Poésie du printemps de 1970 à Montréal; en ce poème-affiche la force-sensibilité du petit-grand paysan de Saint-Camille de Wolfe a enfin trouvé son point d\u2019harmonie: l\u2019amour du pays-Québec chanté-crié d\u2019une voix chaude-scandalisée de pauvre-opprimé.Yves Préfontaine: Débâcle, suivi de A l\u2019orée des travaux.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1970, 79 pp., 21 cm.Chaleureuse, mais bien grêle, nous paraît la voix de Gaston Gouin à côté de celle, tumultueuse, effrénée, d\u2019un déjà-vieux Yves Préfontaine.Née sous le signe de la révolte et du cri qui prétend à libérer le pays, la poésie de Préfontaine n\u2019a guère évolué depuis Boréal et les Temples effondrés (1957); elle a bien perdu un peu de sa noire violence du début, mais elle a gardé sa faconde superbe et précieuse, et la rhétorique désincarnée de l\u2019Antre du poème (1960), pour avoir touché terre dans Pays sans parole (1967), n\u2019en sévit pas moins aujourd\u2019hui encore, plus subtile, dans Débâcle.Le 5.\tLes Dormeurs.\u2014 Montréal, les Editions Estérel, 1966, 144 pp., 19 cm.6.\tTemps Obus.1963-1968.Coll.« Amorces », 1.\u2014 Sherbrooke, Librairie de la Cité universitaire, 1969, 102 pp., 20.5 cm.7.\tA paraître.magicien du verbe fait maintenant figure d\u2019attardé dans un pays qui, après avoir fait un moment ses délices de l\u2019abondance du dire, redécouvre, du silence, non pas tellement la valeur que l\u2019économie artistement réglée.Les sources nommées, les signes élus, le grand appel entendu, voici que notre poésie se met à soigner son visage, oubliant que c\u2019est à la génération de Préfontaine qu\u2019elle doit d\u2019en avoir un identifiable.Il faut relire Pays sans parole 8.Fernand Dumont: Parler de septembre.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1970, 77 pp., 19 cm.9 Autant Préfontaine proclame bien fort sa poésie, autant Fernand Dumont dit la sienne, avec discrétion et mesure, au fil de la réflexion philosophique qu\u2019il mène sur lui-même et sur le monde.Dans Parler de septembre, comme dans l\u2019Ange du matin (1952), mais en plus dense et en plus profond, il n\u2019y a de parole que de l\u2019homme intérieur, qui, à travers le monde et les autres, cherche le Dieu de son cœur: Femme C\u2019est dans tes yeux que je cherche mon lieu (.) Dieu n\u2019aveugle pas ta face Que je sache que tes yeux aussi se referment Epelle avec moi les premiers mots De ton terrible héritage Le secret de l\u2019été et celui de la femme Qui rendent si lourde ton haleine Et si froides La douceur du monde et ton éternité (60).L\u2019itinéraire est long et difficile de la naissance à la mort, et celui qui considère le sien en son septembre, arbre aux feuilles rougissantes déjà, s\u2019aperçoit que, s\u2019il peut récupérer et réconcilier les mémoires d\u2019hier, le présent lui échappe encore, sauf peut-être à travers le corps de la femme et ce Dieu trop muet qui l\u2019accompagne sur la route: Rien n\u2019est en place à part mon enfance Peut-être aussi le corps de la femme Et Dieu encore Mais il parle si peu (25).Il faut continuer quand même; l\u2019important c\u2019est d\u2019avancer: Marchons encore un peu Jusqu\u2019au tournant prochain Là est la ligne de vent et l\u2019unique paysage Le chemin qui surgit et le bleu de ton nom (45).Et le poète « entre dans la nuit rigoureuse / Où le futur s\u2019engendre sans violence », futur que non seulement il imagine comme une « mer fervente / Annulant sans fin la caresse et l\u2019apparence » (66), mais qu\u2019il touche déjà dans cette « main de l\u2019ami qui s\u2019arrête / Comme l\u2019été et la pluie / Pauvre détour cime furtive / Dieu du même côté du jour / (.) / Comme ce nouveau so-rire qu\u2019hier encore / Cette femme dans la foule / Destinait à quelqu\u2019un » (72-73).8.\tMontréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1967, 77 pp., 21 cm.9.\tLes pp.35-40 reproduisent, avec quelques légères corrections, six poèmes parus sous le titre « Peuple sans parole » dans la revue Liberté, no 41 (septembre-octobre 1965): 405-410.56 RELATIONS On ne lit pas une telle poésie, on la médite; et il n\u2019est pas trop élevé le prix qu\u2019il faut ainsi payer pour accéder à la pulpe nourricière du poème.Rina Lasnier : La Part du feu.Coll.« Poésie du Québec ».\u2014 Montréal, Editions du Songe, 1970, 17.5 cm.™ Riua Lasnier appartient au même monde spirituel que Fernand Dumont, mais son registre poétique est tout différent.L\u2019arbre de Dumont n\u2019a de dimension qu\u2019à partir du regard intérieur qui l\u2019enracine au plus intime de la conscience; l\u2019arbre de Lasnier croît en pleine nature, et c\u2019est en ce lieu même que vient le saisir et le spiritualiser le regard du poète.Ainsi l\u2019on trouve chez Lasnier l\u2019arbre de l\u2019enfance: J\u2019avais un grand arbre vert Où nichait mon enfance ailée, Un arbre grand troué de lumière Qui remplissait le haut de mon âme.(26); le palmier de l\u2019ermite: Cette longue mâture nue de voiles, Cette mèche prise dans le silence, Cet élan sans tendresse de branches, Très haut l\u2019éclatement vert d\u2019une étoile.Entre le vent et les astres cette corbeille, Ce buisson d\u2019oraison pour éprouver le ciel, Cette fusée fixée au bout de son extase, L\u2019ermite tient son âme comme une palme (27); et le sapin de nos hivers: Debout dans l\u2019épais filet des neiges suspendues le sapin soutient à peine la chape et le cérémonial; tandis que les feuillus légèremment langés de neige remuent quelques murmures de soie poudreuse, le sapin courbaturé glorifie les incarnations du froid, comme un mage devenu le menhir des cultes morts.(37).Rina Lasnier accomplit, ici et pour aujourd\u2019hui, en plus simple et plus humain, en tendresse de femme, la mission que le mâle Claudel exerça naguère avec force et sans pitié dans une atmosphère de moyen âge.Rina Lasnier est notre plus grand poète, à la condition que l\u2019on veuille bien considérer son itinéraire entier, car c\u2019est à travers la chair même de sa vie, et à son rythme, qu\u2019elle construit son œuvre.C\u2019est à partir des œuvres publiées depuis 1950 que Guy Robert a constitué son antho-lo gie; il a choisi de très beau poèmes et il les a bien regroupés autour des thèmes suivants: « Petit Bestiaire », « Quatrains quotidiens », « l\u2019Arbre », « le Regard », « les Maries », « le Cycle rouge », « les Annales de la Parole ».Michel Beaulieu: Charmes de la fureur.Coll.« Les Poètes du Jour », M-20.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 79 pp., 20 cm.De la poésie de Rina Lasnier, celle de Michel Beaulieu n\u2019a ni la consistance ni la 10.\tOnt également paru dans la même collection Poèmes pour durer d\u2019André Major, Québec se meurt de Guy Robert et les Seins gorgés de Gemma Tremblay.rigueur; sous une écorce plus moderne à partir d\u2019une même source: l\u2019amour des êtres et des choses, elle nous gratifie, elle aussi, de pages exquises.Au cœur de la violence, chez Beaulieu comme chez Lasnier, tout tourne au doux, le poète s\u2019efforçant d\u2019objectiver la vie d\u2019un regard tranquille et perçant qui « empiège » la gamme des couleurs sans jamais tourner lui-même au rouge qu\u2019il capte sans en être fasciné.Charmes de la fureur prend ses distances vis-à-vis de la poésie d\u2019Anne Hébert: le poète n\u2019y a « plus le faucon au poing / mais une volière dans le sable des veines» (22); il rompt également avec le thème du pays: à celle qu\u2019il aime, il lance bien fort: « je t\u2019aime et contre mon pays j\u2019ose te le dire » (45); le poète délaisse aussi, au profit de l\u2019avenir, les voies d\u2019un passé qu\u2019il n\u2019estime pas: ces chemins nous les connaissions tous épuisés l\u2019un après l\u2019autre leurs dédales mais d\u2019autres chemins naissent des points de fuite d\u2019autres chemins qui mènent de nulle part à Tailleurs parcourus avec une espèce de lenteur au ventre celui-ci te dit à son tour ne regarde pas en arrière mais aujourd\u2019hui et demain qui flamboieront malgré les saisons les sentiers les sangs et les os avec le rire à bout de bec des lanternes (28).L\u2019espace privilégié de Charmes de la fureur, c\u2019est celui de la femme aimée (46), cercle d\u2019amour à naître des antérieures « mémoires de Tailleurs » (48) et de l\u2019horizon éclaté (45) des cerceaux de l\u2019enfance: je monte vers toi depuis très loin les mains ouvertes sur un ailleurs qui nous ressemble en nos feux on invente à chaque pas le conflit du futur on rejette aux oubliettes les faux plis les eschares (47).La vraie partie « se joue en-dedans / sur le sable de nos arènes particulières » (63).En effet, « les feux rouges de la ville n\u2019arrêtent rien» (73); surviennent comme marées les sables du temps et l\u2019enlisement qui nous trouve « nu (s) au terme du jour qui cogne dans (les) tempes » (67).Finalement, celui qui a passé « dans les cernes du temps / avec les lambeaux de ses barreaux / (et) des aiguillons sous la peau » (69), n\u2019est plus qu\u2019un « cou tranché dans les gorges de la ville » (76).En ce dernier vers, le mort, suprême violence, l\u2019emporte, mais la fureur de l\u2019amour aura eu son aire de règne avant que n\u2019ait opéré le couperet du sablier: quand les essieux tournent avec leur complainte de métal tes seins crèvent violents la charpente de la nuit (\u2022 \u2022 \u2022) je me noue en toi avec plus de joie que la joie (46).De la lecture de cette douzaine d\u2019œuvres, ouvertes au hasard des derniers arrivages, une conclusion se dégage: notre poésie se diversifie de plus en plus et la légère récession de ces années-ci n\u2019a rien de désastreux.Est toujours là, qui représente les excellents anciens, Rina Lasnier; Fernand Dumont ne cesse pas d\u2019en appeler à Dieu pour nos âmes d\u2019autrefois et les inquiets d\u2019aujourd\u2019hui; Yves Préfontaine parle encore du pays comme on en savait parler, il y a un lustre à peine; Rodrigue Gignac et Cécile Cloutier continuent de donner une voix à nos tendresses simples; Luc Racine et Michel Beaulieu, ce dernier surtout, frayent la voie d\u2019un nouveau lyrisme; il ne faut pas désespérer non plus que produisent, un jour, des fruits valables les tentatives de Roger Des Roches, Louis Geoffroy et Jacques Boulerice, même si Ton n\u2019y distingue pas encore la sûre promesse des fleurs.Par contre, la voie de Nicole Brossard semble sans issue prochaine ni lointaine, quoi qu\u2019elle en pense et, plus précisément, à cause de la façon même dont elle pense et écrit: « Ecrire maintenant, c\u2019est écrire sans arrière-pensée, sans crampes intestinales, sans souffleur.C\u2019est faire sa propre explication de texte.C\u2019est fabriquer de toutes pièces des textes illisibles qui n\u2019ont à peu près d\u2019intérêt que pour celui qui les écrit.C\u2019est se savoir décadent, rendu au bout du rouleau, mais accepter quand même de jouer un jeu qui nous entraînera peut-être sur un terrain moins sec.» 11 Combien meilleure me semble l\u2019attitude de Michel Beau-lieu, qui croit qu\u2019« écrire, au Québec, signifie amour, acte d\u2019amour » et qu\u2019il n\u2019y \u20ac a pas de place pour le banal en poésie » 12.Il n\u2019y a de grande œuvre que de foi et d\u2019amour.Et c\u2019est ainsi que la plus grande œuvre qui soit parue au Québec en 1970, nous la devons à Gaston Miron.En l\u2019Homme rapaillé 33 se réconcilient les thèmes et les aspirations de la plupart des poètes québécois des dernières années; là se fait entendre la voix d\u2019un homme qui aime, ici et maintenant, et cette voix qui dit très simplement nos vies et nos amours ne s\u2019en élève pas moins au-dessus de la multitude de ceux qui affectent de savants airs de poète.La poésie ne se fabrique pas, elle se fait à mesure qu\u2019on la vit; heureusement, on la vit de plus en plus ici, et Jean-Guy Pilon pourra, en 1971 comme en 1970, éditer une bonne anthologie des poèmes de Tannée 14.11.\tNicole Brossard, «Ecrire, cette tentation des mots », dans la Presse, 7.2.70:30.12.\tMichel Beaulieu, « Une jeune femme, un jour.», dans la Presse, 23.5.70:29.13.\tColl, du « Prix de la revue Etudes françaises ».\u2014 Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1970, 171 pp., 22,5 cm.14.\tPoèmes 70.Anthologie des poèmes de Tannée au Québec.\u2014 Montréal, l\u2019Hexagone, 1970, 111 pp., 19,5 cm.«Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une synthèse ou d\u2019un palmarès quelconque, mais bien d\u2019un choix effectué parmi les poèmes publiés de janvier à décembre 1969, autant dans des recueils, que dans des journaux ou des revues.(.) Cette anthologie est un instrument de travail, certes, mais aussi un lieu d\u2019images et de paroles.Ici se croisent de multiples échos de la poésie du Québec.» (J.-G.Pilon, dans l\u2019avant-propos.) FÉVRIER 1971\t57 CINÉMA L\u2019AVEU ou la critique vécue d\u2019un pouvoir \u2014 un film de Costa-Gavras par Yves Lever Toute réflexion politique valable doit avoir pour objet le pouvoir politique en situation dans un espace et un temps donnés.Trois étapes sont nécessaires à cette réflexion, bien que l\u2019une se trouvera toujours privilégiée par rapport aux autres: 1) analyse et interprétation de la situation et du type de pouvoir en place, 2) élaboration de l\u2019action et des stratégies en vue de la prise du pouvoir et, 3) après l\u2019accession au pouvoir, critique de ce pouvoir (autocritique des gouvernants, critique par le peuple et critique de l\u2019extérieur).Tout film dit politique doit être fait dans la même optique.Pour le film politique se pose cependant un autre problème: dans quelle mesure va-t-on y faire « du cinéma » (usage d\u2019un langage et de processus cinématographiques) et dans quelle mesure va-t-on renier la dimension esthétique pour faire du film un documentaire didactique (comme U Heure des brasiers)?D\u2019une part, avec le « cinéma », il y a le danger de la récupération par le système (pensons à Z), de la diversion ou du brouillage idéologiques, de l\u2019esthétisme et de l\u2019hermétisme.D\u2019autre part, avec le documentaire didactique, il y a le danger de l\u2019intellectualisme passif, de la coupure des masses, de l\u2019ennui et de l\u2019absence de stimulant affectif pour l\u2019action.Ajoutons à cela qu\u2019il faut aussi se préoccuper un peu des lectures du film qui seront faites différemment selon les groupes rejoints.Où se situe L\u2019AVEU ?C\u2019est à la troisième étape de la réflexion politique que se situe un film comme Y Aveu; traduisant une histoire vécue, il se veut surtout documentaire, mais, par sa facture esthétique, il s\u2019apparente davantage au cinéma traditionnel.D\u2019où l\u2019ambiguïté de ses lectures.Matériellement, l\u2019Aveu est le récit d\u2019un procès politique de 1951-52, à Prague, et du processus employé pour forcer un innocent à avouer sa participation à un complot pour renverser le gouvernement.Racontée par la victime, cette partie documentaire est rigoureusement authentique, mais elle ne prime pas dans le film: on y voit plutôt immédiatement le procès du régime en place et, à travers lui, la grande déviation du socialisme communiste: le stalinisme.Pour les auteurs du film, tous socialistes, il s\u2019agit de révéler et d\u2019analyser les déviations et les abus qui peuvent entacher même le meilleur régime politique.Cependant, au niveau des « lectures » du film, celui-ci peut devenir pour beaucoup de spectateurs une critique et une condamnation du socialisme, surtout si ces spectateurs sont déjà hostiles à ce type de pouvoir politique.Aussi avait-il été fait « même au risque de fournir des armes à l\u2019adversaire ».On peut discuter longtemps de l\u2019opportunité de faire un tel film, surtout si on doit le faire à l\u2019extérieur du pays en cause, mais, pour London comme pour Costa-Gavras, les événements d\u2019août 1968 et la renaissance du stalinisme en ont fait une exigence de vérité et d\u2019honnêteté.Il n\u2019est pas sûr, par ailleurs, que ce soit une mauvaise stratégie politique: lorsque Castro a fait une profonde autocritique de son régime, l\u2019été dernier, c\u2019était aussi « au risque de fournir des armes à l\u2019adversaire », mais il respecta assez son peuple pour lui dire toute la vérité.(On sait que cette autocritique fut très exploitée par les partis de droite lors de la campagne présidentielle au Chili, en août dernier, mais le socialiste Allende devait quand même l\u2019emporter.) La fidélité malgré l\u2019épreuve Pour éviter le piège de l\u2019analyse globale d\u2019un système et les généralisations faciles, Costa-Gavras a présenté son procès du stalinisme uniquement à travers l\u2019expérience vécue par Arthur London.L\u2019expérience étant très dramatique, elle pouvait facilement donner lieu au « spectacle » : le cinéaste n\u2019y a pas tellement échappé, malgré les flash forward de détente, mais la présentation m\u2019apparaît quand même valable.Même si on peut supposer que beaucoup de lectures du film iront plus dans le sens d\u2019une critique idéologique \u2014 genre « ils sont donc des gros méchants, ces communistes » \u2014 que dans celui d\u2019une considération de l\u2019expérience vécue par London, je pense que personne ne peut éviter de se poser des questions sur sa fidélité au socialisme.On aurait pu facilement supposer que, au sortir de sa prison, London aurait pu se faire un « missionnaire » de l\u2019anti-communisme (comme on en a entendu beaucoup ici et aux U.S.A.).Mais non, sa militance est demeurée intacte.On a souvent voulu caricaturer cette position qu\u2019exprime bien la phrase célèbre: « J\u2019aime mieux dévier avec le parti qu\u2019avoir raison tout seul.» (Comme chrétien, je suis souvent obligé de dire la même chose en regard de mon Eglise, mais cela ne me fait pas perdre la foi.) Peut-on expliquer cela uniquement par une « mystique aliénante » ?Je ne le crois pas.Le vrai militant doit tenir compte à la fois des objectifs globaux et à long terme, pour ne pas stériliser le présent, et des nécessités de la praxis présente, où tout n\u2019est pas que « pureté » et où on ne peut éviter certaines compromissions; il laisse l\u2019angélisme et la pureté révolutionnaire aux intellectuels de gauche, qui vont toujours renier ces compromissions, mais qui ne pourront jamais faire accéder les masses au pouvoir.L\u2019Aveu n\u2019est pas un film politique « pur » comme l\u2019Heure des brasiers (dont je reparlerai et que je recommande très fortement à tous ceux que la réflexion politique intéresse), mais, pour le meilleur comme pour le pire, il sera le seul des deux à rejoindre la masse: cela aussi m\u2019apparaît important.58 RELATIONS Guerres, arabesques et fantaisie par Georges-Henri d\u2019Auteuil Au TNM : Tambours et Trompettes, de Bertolt Brecht Depuis quelque temps déjà, en Europe, le dramaturge allemand Bertolt Brecht joue un rôle important dans l\u2019évolution du théâtre moderne.Sa formule de théâtre épique et fortement engagé plaît à plusieurs, spécialement à ceux qui n\u2019admettent de vrai théâtre que politique.Bien sûr, il s\u2019agit de l\u2019opinion politique de chacun, ce qui laisse du champ à de multiples variations, du moins tant qu\u2019un gouvernement, comme en URSS, n\u2019intervient pas pour imposer un mode unique d\u2019expression en accord avec l\u2019idéologie d\u2019un Parti tout-puissant.Toutefois, cette attitude, dans la ligne du courant actuel, n\u2019est pas admise de tous.Pour ma part, je partage volontiers le point de vue de Ionesco qui déclarait récemment: « Quant à Brecht et aux écrivains brechtiens, je leur reproche surtout d\u2019écrire un théâtre qui n\u2019est que l\u2019illustration d\u2019une idéologie.Si on ne fait qu\u2019illustrer une idéologie, le théâtre fait double emploi avec cette idéologie.» Tranquillement, Brecht fait sa percée sur nos scènes montréalaises, en particulier par la grâce du Théâtre du Nouveau-Monde (après les défunts Apprentis-Sorciers, cependant), qui vient de nous présenter, au Port-Royal, Tambours et Trompettes, une libre adaptation d\u2019une œuvre de l\u2019auteur britannique du XVIIe siècle, George Far-quhar, intitulée The Recruiting Officer.Comme on peut s\u2019y attendre, on parle beaucoup de guerre dans cette pièce, même de la guerre pour l\u2019Indépendance des Américains révoltés contre leur mère-patrie, l\u2019Angleterre.On en parle.Certes, on la déplore, mais pour inciter les pacifiques habitants de la petite ville anglaise de Shrewsbury à s\u2019engager sous l\u2019Union Jack et aller mater les insurgés du Nouveau-Monde ! Ainsi, le titre anglais est beaucoup plus précis et suggestif que celui de Brecht.Beaucoup plus que contre la guerre elle-même, Tambours et Trompettes est une satire, souvent féroce, contre le recrutement de l\u2019armée à cette époque \u2014 et peut-être à toutes les époques \u2014 et contre les moyens utilisés pour y parvenir: battage publicitaire, roueries, mensonges, chantages, vénalité, faux patriotisme, flagrantes injustices, tous trucs bien connus du Capitaine Plume, chargé de lever un nouveau bataillon avec l\u2019aide experte du Juge Balance et du Sergent Kite.Assurément, un tel sujet laisse prévoir toute une succession de scènes odieuses, de turpitudes, de vilenies, de marchandages honteux et d\u2019intrigues.C\u2019est sans doute ce sombre tableau de mœurs qu\u2019a voulu représenter Brecht, pour fustiger ainsi une certaine société qui se targue ordinairement de respectabilité.A l\u2019inverse, mais sans pour autant fausser le sens profond de la pièce, l\u2019équipe des comédiens du TNM, sous la direction de Jean-Louis Roux et Jean-Pierre Ronfard, metteurs en scène, a préféré jouer la pièce dans un style loufoque et farfelu, un style de farce populaire à la flamande.La satire, pour être moins noire, produit quand même ses fruits: c\u2019est le rappel du classique castigat ridendo mores que le spectateur de tous les temps apprécie toujours avec faveur.Autrement, cette œuvre très longue, comme Brecht en a l\u2019habitude, serait facilement lourde, tendue, irritante, et deviendrait insupportable.La formule du TNM me paraît donc heureuse et réussie.Je souligne, en particulier, à la fin de la première partie, les scènes charmantes, si colorées, vivantes et pittoresques, au bord de la rivière dans laquelle s\u2019ébattent les cygnes, où le jeu naturel et alerte des acteurs rivalise heureusement avec les originales trouvailles de la mise en scène.Tambours et trompettes mobilise une considérable distribution, mais, heureusement, le même acteur peut remplir parfois deux ou trois rôles.En fait, les comédiens y sont allés à cœur joie et avec beaucoup d\u2019allant, pour bien camper chacun son personnage respectif.Il convient, cependant, de relever le beau travail particulièrement intéressant de trois ou quatre acteurs en particulier.D\u2019abord, le Monsieur Plume, gaillard et désinvolte, d\u2019Albert Miliaire; puis, l\u2019ébouriffant Capitaine Brazen d\u2019Edgar Fruitier; le Juge Balance de Guy Hoffmann, aux jugements, à vrai dire, très peu .balancés; le Sergent Kite de Marcel Sabourin, aussi inefficace que tonitruant.Du côté féminin, plusieurs soubrettes et paysannes délurées, mais pas plus que les deux frivoles et coquettes amoureuses, Victoria et Mélinda, interprétées avec talent par Claudie Verdant et Monique Bélisle.Les quelques couplets chantés de la pièce ont été, par contre, assez pauvrement rendus.Seule, Claudie Verdant semblait douée d\u2019un peu de voix.Il est vrai que les musiciens jouaient souvent trop fort et enterraient les chanteurs au lieu de les soutenir.À la NCT : Spectacle Commedia del\u2019Arte Les essais de création collective auxquels il nous a été donné d\u2019assister, ces derniers temps, furent, pour la plupart, des ratés ou d\u2019une banalité fort indigente.C\u2019est que n\u2019improvise pas qui veut, surtout intelligemment.Certains ne s\u2019en doutaient pas assez avant de se casser le nez sur la cruelle réalité.Pourtant, l\u2019histoire d\u2019une certaine époque du théâtre, celle qui nous renseigne sur la genèse, l\u2019évolution et la graduelle disparition de cette forme de théâtre créée par les Italiens et nommée par eux Commedia del\u2019Arte, pouvait leur faire connaître les difficultés du genre ainsi que ses limites.En effet, cette nouvelle technique théâtrale essentiellement populaire, conçue pour divertir le public des foires et des places de marché de villages, en Italie, a subi un long temps \u2014 près de trois siècles \u2014 de transformations successives avant d\u2019en venir à la Commedia del\u2019Arte que nous connaissons, popularisée par les types célèbres d\u2019Arlequin, Colombine, Pantalon, Polichi- FÉVRIER 1971 59 nelle, Isabelle, Pierrot.Il a fallu que se forme toute une série de comédiens bien au fait des exigences de la formule et, surtout, doués des qualités physiques et spirituelles aptes à les rendre capables d\u2019incarner les passions représentées par leur personnage: fourberie, avarice, amour, jalousie, naïveté, pédantisme.Ainsi sont devenus de plus en plus précis et détaillés les canevas des péripéties du jeu à réaliser et s\u2019est naturellement fixée la stylisation des types et leur nette différenciation.Par la disparition presque totale de vrais comédiens improvisateurs, et aussi à cause de l\u2019évolution des mœurs du théâtre et de son public, les spectacles de la Commedia del\u2019Axte ont perdu peu à peu de leur faveur.Certains en ont gardé toutefois la nostalgie et songent même à en faire renaître du moins l\u2019esprit, dans l\u2019espoir assez paradoxal de rajeunir et revivifier notre théâtre moderne grâce à cette ancienne et vénérable tradition.Un tel retour au passé est-il possible ?Marc Favreau et les directeurs de la Nouvelle Compagnie Théâtrale ont cru, en tout cas, intéressant de tenter un essai de résurrection du genre, en l\u2019adaptant, bien sûr, autant que possible à notre mentalité d\u2019homme du 20e siècle et contestataire.Résultat:\tune remarquable réussite du Spectacle Commedia del\u2019 Arte, actuellement présenté au Gesù.Sous la direction d\u2019Yvan Canuel, un choix pertinent de six comédiens a permis l\u2019interprétation d\u2019un canevas dramatique élaboré par Marc Favreau selon la veine classique et avec les principaux personnages habituels de la Commedia del\u2019Arte, dans une première partie, \u2014 la meilleure, incontestablement, précisément parce qu\u2019elle nous reportait aux sources.Dans un même rythme et une même liberté de jeu, une seconde partie rappelait, avec un bonheur inégal, le sentimentalisme lunaire du théâtre romantique et le réalisme brutal du gros mélodrame, en vogue au 19e siècle.Expérience suggestive, parce qu\u2019elle nous apprend que de bons comédiens, animés du feu sacré, comme Pelletier, Marleau, Lise Lasalle, Létourneau, Ghislaine Para- dis et le prodigieux mime Favreau, peuvent faire revivre le comique de haute fantaisie de la Commedia del\u2019 Arte, comme rendre très proche à nos esprits sophistiqués la psychologie fruste et vraie de ses personnages.Il n\u2019est pas cependant aussi vrai que la formule puisse s\u2019adapter aussi aisément Après les adultes, après les étudiants, vient le tour des enfants.A la télévision, on organise pour eux des émissions spéciales; mais au théâtre, ils ne sont pas gâtés.Sauf, heureusement, au Rideau Vert qui présente depuis trois ans des spectacles dominicaux pour les petits bouts-de-choux et qui leur a offert, cette année encore, pour la quatrième fois, la somptueuse féerie de Maeterlinck, l\u2019Oiseau Bleu, l\u2019oiseau du bonheur que l\u2019on cherche partout, quand il est tout bonnement chez soi, dans les modestes objets de son foyer, les simples joies de la famille, dans le cœur aimant d\u2019une mère.Dans ses divers spectacles, le Rideau Vert respecte ses auditeurs enfantins, les traite avec sérieux: des comédiens professionnels, des mises en scènes soignées, des décors et costumes conçus et exécutés par des spécialistes chevronnés.Du théâtre de choix, apte à cultiver les enfants, nourrir leur imagination, alimenter leur goût de la couleur, de la fantaisie, de la beauté et leur montrer que la vie, en dépit de tout, est belle, si on veut bien l\u2019accepter dans sa simple réalité.J\u2019ai déjà dit, ici, tout le bien \u2014 mérité \u2014 que je pense de l\u2019Oiseau Bleu à n\u2019importe quel théâtre.Il y a risque alors de tomber dans un comique mineur et facile : la parodie.Un bon point, donc, à la Nouvelle Compagnie Théâtrale, pour son heureuse initiative, dont le spectacle sera profitable \u2014 et agréable \u2014 aux étudiants qui fréquentent le Gesù ! et de l\u2019interprétation qu\u2019en ont donnée les artistes du Rideau Vert sur la vaste scène du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.Sur le petit plateau de la rue Saint-Denis, commence, en ce début de \u201971, un autre spectacle en deux parties, l\u2019un de marionnettes, Barbe-Bleue, œuvre de Pierre Regim-bald et Nicole Lapointe, d\u2019une magnifique réalisation technique et artistique et qui a enchanté les petits spectateurs et leurs parents, l\u2019autre, de théâtre, d\u2019après le texte de Charlotte Savary, Bouboule en Amérique, ou l\u2019histoire de deux enfants et de leur chien, Bouboule, qui débarquent à la Ville-Marie de Maisonneuve, au temps de la guerre des Iroquois.En dépit des généreux efforts des comédiens qui s\u2019évertuent à l\u2019animer, l\u2019action languit souvent par la faute d\u2019un texte pas assez étoffé et vivant.Pour les enfants, pas de longs discours, d\u2019explications oiseuses, mais du mouvement, du branle-bas qui fait trépigner d\u2019aise et s\u2019agiter les jeunes représentants de notre civilisation yé-yé.Les enfants sages de la Comtesse de Ségur sont depuis longtemps disparus de notre planète.Mais, quel que soit leur tempérament, les parents peuvent sans crainte conduire leur progéniture au Théâtre du Rideau Vert: tous y trouveront de l\u2019agrément.Au Rideau Vert: l\u2019Oiseau Bleu, de Maeterlinck 60 RELATIONS La Bible, Parole de vie 1.Parole et vie \u2014 la révélation Karl Hermann Schelkle: La Parole et l\u2019Esprit.Col.« Méditations théologiques », 4.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1969, 141 pp., 19,5 cm.L\u2019Eglise \u2014 et, en elle, tous les croyants \u2014 doit conformer sa vie à la Parole qui l\u2019a réunie, sous la direction de l\u2019Esprit.Qui, dans l\u2019Eglise, possède l\u2019Esprit ?Quelle est, dans l\u2019Eglise et dans la vie des croyants, la place et le rôle de la Parole ?Les deux études de l\u2019A., de 1964 et 1965, traduites et rassemblées dans ce petit livre tentent de répondre à ces questions et de stimuler surtout la réflexion.G.B.En collaboration: La Révélation divine.Constitution dogmatique Dei Ver bum, commentaires publiés sous la direction de B.-D.Dupuy.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 2 vol., 1968, 693 pp., 23 cm.Cet ouvrage est sans doute l\u2019un des plus soignés et des plus réussis des « textes et commentaires des décrets conciliaires » publiés dans la collection U nam sanctam.Par son ampleur et sa qualité, le travail dépasse en outre, croyons-nous, tous les autres commentaires qui ont paru jusqu\u2019ici sur la Constitution dogmatique Dei Ver bum.Après un avertissement du directeur de l\u2019entreprise, le P.B.-D.Dupuy, on nous présente, comme c\u2019est la coutume dans cette collection, le texte latin et une traduction française nouvelle.Le P.J.-P.Torrell nous donne une version habituellement d\u2019une grande fidélité, où l\u2019on retrouve la densité et la vigueur de l\u2019original.Puis, en deux études étendues et nourries, on retrace l\u2019histoire, si déterminante pour l\u2019orientation du concile, de l\u2019élaboration de cette Constitution.Le P.Dupuy, évoquant les débats célèbres auxquels la rédaction a donné lieu, considère cette histoire en son ensemble; J.Feiner étudie la contribution du Secrétariat pour l\u2019unité des chrétiens à la préparation du texte.Le commentaire suivi s\u2019ouvre alors par une étude monumentale du P.de Lubac sur le préambule et le chapitre I.A son accoutumée, le grand théologien nous fait puiser à son immense culture, soucieux notamment de relier à la pensée des Pères un texte d\u2019allure si moderne.Si les commentaires des chapitres suivants ont des proportions moins amples, ils ne s\u2019en signalent pas moins par l\u2019abondance de l\u2019information et par la profondeur de l\u2019analyse.Les noms des collaborateurs sont déjà garants de la qualité des textes: Moeller, Grelot, Alonso-Schoekel, Léon-Dufour, Grillmeier.\u2014 Dans une section d\u2019une centaine de pages, des théologiens protestants et orthodoxes de première valeur commentent à leur tour un texte dont l\u2019importance œcuménique est extrême.Ce n\u2019est pas des observations rapides, mais des études fouillées que présentent Schüts et Thu-rian, Leuba, Schlink et Barth, puis, du point de vue de l\u2019Orthodoxie, Scrima et Kniazeff.\u2014 Une dernière partie, abondante et variée, met à notre disposition une série de documents très utiles pour l\u2019intelligence de la Constitution.On trouve là avec plaisir, entre autres pièces, les deux schémas des PP.Rahner et Congar sur la Révélation, le rapport de la commission « Foi et Constitution » sur l\u2019Ecriture, la Tradition et les traditions, plusieurs interventions des Pères du concile, une importante étude historique du P.Caprile sur trois amendements apportés au schéma sur la Révélation.On est donc frappé par le nombre, l\u2019ampleur et la qualité de ces travaux, où l\u2019histoire générale des problèmes et la genèse du texte conciliaire éclairent avec bonheur la doctrine d\u2019un document particulièrement riche et dense.Il s\u2019agit d\u2019une véritable somme, indispensable à qui veut approfondir « le document théologique majeur de Vatican II ».Gilles Langevin.Faculté de théologie, Université Laval, Québec.Claude Tresmontant: Le problème de la Révélation.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1969, 336 pp., 20,5 cm.La révélation, « information » de l\u2019humanité, dans sa vie et sa pensée, qui ne vient pas de l\u2019homme.Pourquoi cette Révélation ?Quel est son rôle ?son objet ?Une première partie étudie le problème de la Révélation, tandis que toute la seconde partie du livre, en confrontant la prédication prophétique à l\u2019expérience historique d\u2019Israël, tente de dégager le spécifique du message prophétique et donc de la Révélation \u2014 dans une perspective qui demeure significative pour aujourd\u2019hui.G.B.Claude Jean-Nesmy: La prière de la Bible.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 496 pp., 16,5 cm.Même si nous avons mis le nom de Dom Nesmy en tête de cet ouvrage, il s\u2019agit en réalité d\u2019un travail d\u2019équipe au sens large du mot.La traduction des psaumes est de M.Mannati et E.de Solms; les autres prières ont été traduites par E.de Solms; enfin, l\u2019introduction et les notes sont de C.J.-Nes-my.L\u2019ouvrage se divise en trois parties: les prières de l\u2019Ancien Testament, les Psaumes, les prières du Nouveau Testament.On y suit pas à pas le dialogue entre le Dieu de la Promesse et les personnages sacrés.Cette prière nous instruit sur notre propre manière de prier Dieu; elle nous éclaire aussi sur l\u2019histoire du salut.On notera la qualité de la traduction française, la sûreté de son rythme et aussi la valeur des notes au bas des pages.Car même si le texte de ces prières paraît assez simple, on n\u2019en soupçonne pas toujours la portée et la richesse.Enfin, signalons l\u2019utilité des multiples tables à la fin du volume.Jean-Paul Labelle.Jeunesse en marche.2.Actualité de l\u2019Ancien Testament Pierre Buis: Le Deutéronome.Col.« Ver- bum Salutis », A.T., 4.\u2014 Paris, Ed.Beauchesne, 1969, 484 pp., 18,5 cm.Il fait plaisir de souligner la parution d\u2019un bon commentaire du Deutéronome, texte difficile, mais dont la théologie est très importante: la formation du peuple de Dieu et sa situation dans l\u2019histoire, l\u2019actualité de l\u2019action de Dieu et l\u2019aujourd\u2019hui créateur, etc.S\u2019inspirant de près d\u2019un travail sur le Deutéronome qu\u2019il a publié en 1963 avec le P.J.Leclercq (p.7), l\u2019A.a non seulement corrigé la traduction, mais il a repris toute la formulation du commentaire.Omettant tout l\u2019appareil critique, l\u2019analyse tient compte de l\u2019état récent de l\u2019exégèse.Surtout, est dégagée avec plus de netteté encore la signification théologique du récit.En plus d\u2019une présentation de toutes les péricopes du Deutéronome, le lecteur trouvera une bonne introduction, d\u2019utiles appendices, et deux excellents chapitres sur « la théologie du Deutéronome» (193-216) et sur «la vie du peuple de Dieu » (352-362).\u2014 J\u2019aurais souhaité que l\u2019A., en un tableau, dégage plus nettement les caractéristiques des « alliances profanes » de l\u2019époque; ce qu\u2019il en dit, pp.455-457, n\u2019aidera pas suffisamment le lecteur.Il y a aussi certaines affirmations sur la langue hébraïque \u2014 vg.l\u2019absence d\u2019une conjonction (en l\u2019occurence le waw) en 1,1 (43) \u2014 dont le lecteur moyen, incapable d\u2019en faire la vérification, aurait pu se passer.Charles Hauret: Amos et Osée.Col.« Ver- bum Salutis » A.T., 5.\u2014 Paris, Ed.Beauchesne, 1970, 282 pp., 18,5 cm.L\u2019A.présente un commentaire honnête des deux premiers prophètes écrivains, Amos et Osée.Appliquant la même méthode dans les deux cas, il aborde immédiatement le texte, introduisant aux prophètes, à leur temps et aux caractéristiques de leur pensée à l\u2019intérieur même du commentaire des versets.Si les explications données ne tiennent pas toujours compte de toutes les difficultés, elles permettront cependant à qui ignore tout de ces prophètes, de les lire avec profit.L\u2019A.s\u2019exprime clairement.Il sait, à l\u2019occasion, souligner la portée spirituelle des textes.\u2014 Je regrette l\u2019absence d\u2019un chapitre de présentation des principaux traits de la pensée théologique des deux prophètes par raport à leur concetion de Yahweh, de l\u2019Alliance, du culte et de la liturgie, etc.De telles synthèses m\u2019apparaissent nécessaires dans la collection Verbum Salutis.J.Coppens: Le messianisme royal.Col.« Lectio divina », 54.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1968, 228 pp.« Essayer de suivre le développement de l\u2019espérance messianique telle qu\u2019une lecture historique des textes vétérotestamentaires nous permet de la reconstituer» (p.15), FÉVRIER 1971 61 tel est le but poursuivi et atteint dans ce volume.L\u2019A.nous livre avec compétence sa synthèse de plus de vingt ans de réflexions sur le messianisme.Très au courant de toutes les publications, il montre l\u2019évolution de l\u2019espérance messianique à travers l\u2019A.T.et jusque dans le judaïsme postbiblique.Etudiant les lectures néotestamentaires des textes messianiques de l\u2019A.T., la recherche de l\u2019A.lui permet d\u2019accéder un peu à la connaissance que Jésus a eue de sa personne et de sa mission.Assez tôt, le messianisme royal « s\u2019inséra dans la grande espérance d\u2019Israël» (219).S\u2019il est difficile de donner une définition précise du messianisme, puisque c\u2019est une notion qui évolue, on peut dire qu\u2019elle contient au moins quatre notes: un personnage royal, sauveur, instrument de Yahweh, de la lignée davi-dique (19).En raison de la piètre figure de la plupart des descendants de David, les prophètes ont idéalisé ce messie à venir et ils ont ainsi aidé à spiritualiser cette notion, sans toutefois que soit totalement abandonnée l\u2019idée de royaume temporel.C\u2019est pourquoi Jésus « s\u2019est distancé de l\u2019idéologie messiannique courante» (176), «de façon tellement originale et inattendue qu\u2019elle ne coïncidait plus avec les espérances et les convictions courantes » (221).Jésus, en effet, a réalisé une synthèse entre trois notions courantes: Messie, Fils de l\u2019Homme, Serviteur (189).En conséquence, la notion néotestamentaire du messie royal n\u2019est pas identique à la notion vétérotesta-mentaire (11).L\u2019apport christologique de cet ouvrage est important.Pour avoir une juste notion du messianisme royal, il faudra à l\u2019avenir tenir compte de cette brillante synthèse.Daniel Lys: Le plus beau chant de la création.Commentaire du Cantique des cantiques.Col.«Lectio divina », 51.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1968, 310 pp., 21,5 cm.\t.Le titre donné à ce travail constitue déjà un commentaire (p.61-62) du Cantique des cantiques, le livre de la Bible qui a donné lieu aux plus nombreuses et diverses interprétations (10).Ce commentaire est savant: pour suivre l\u2019A., pasteur de l\u2019Eglise réformée, il faut déjà être au courant de la littérature biblique.L\u2019A.se révèle cependant un guide excellent.Dans une solide introduction de 60 pages, il étudie les questions de l\u2019auteur du cantique (un inconnu), de la date et du lieu de composition, le difficile problème de la structure, la canonisation de ces chants d\u2019amour et leur utilisa- tion, enfin le complexe dilemme de l\u2019interprétation.L\u2019A.choisit le sens sexuel et sacré (51).Puis, vient le commentaire de chacun des chapitres.Le texte est dense et il aurait gagné à être allégé par l\u2019emploi de notes infra-paginales remplaçant le recours aux trop nombreuses parenthèses.Pour chaque mot étudié, l\u2019A.présente les différentes opinions; il les discute et il donne la sienne.Il lui arrivera parfois de faire un peu de théologie biblique.Un commentaire qui aidera le lecteur à goûter ce livre révélé qui «prend au sérieux l\u2019amour» (55) et qui, sans d\u2019abord nous parler de l\u2019institution matrimoniale, met en valeur l\u2019amour humain (18, 308), le décrivant sur le modèle de 1 amour divin.jean_]y[arje Archambault.Département des sciences religieuses, U.du Q.à Trois-Rivières.Dom Jean de Monléon, O.S.B.: Le Cantique des cantiques.Commentaire mystique d\u2019après les Pères de l\u2019Eglise.\u2014 Paris (1, rue Palatine), Nouvelles Editions latines, 1969, 222 pp., 22,5 cm.Inséré dans le canon des Ecritures, par l\u2019Eglise qu\u2019infailliblement guide l\u2019Esprit, le Cantique des cantiques, vu son thème et son texte, dans lequel on ne rencontre pas une fois le nom de Dieu, mais quantité d\u2019expressions apparemment érotiques (p.7), ne saurait avoir un sens littéral (8, 201).Peut-on, cependant, garantir le sens spirituel de ce « dialogue d\u2019amour, d\u2019une fraîcheur, d\u2019une délicatesse, d\u2019une originalité » qui en font « le chef-d\u2019œuvre de la littérature universelle » (7) ?Oui, pense l\u2019A.avec raison: en recourant d\u2019abord à ceux que l\u2019Esprit a éclairés, Pères et docteurs d\u2019Orient et d\u2019Oc-cident (8), puis à leurs émules, soit chrétiens, soit juifs.L\u2019A.semble avoir lu et médité tout ce qu\u2019on a écrit pour expliquer le poème par excellence.Grâce à son étude, il nous offre de chaque verset du Cantique un commentaire plausible, cohérent, fidèle à la tradition théologique de la sainteté.Les citations splendides abondent, surtout des saints Augustin, Bernard, Bonaventure, Thérèse.De l\u2019A.le mérite consiste dans une érudition impressionnante et une sûre connaissance linguistique, dans la maîtrise avec laquelle il a choisi et ordonné ses matériaux, dans la piété profonde et discrète qui se dédage de son très beau et bienfaisant ouvrage.Mais pourquoi ne pas soigner langue et ponctuation lorsqu\u2019on traite avec amour le plus beau chant d\u2019amour divin ?Joseph d\u2019Anjou.Québec.3.Théologie du Nouveau Testament Hans Conzelmann: Théologie du Nouveau Testament.Traduit de l\u2019allemand par E.de Peyer.\u2014 Paris, Ed.du Centurion, 1969, 390 pp.Cet ouvrage, qui se veut d\u2019abord un manuel (p.8), contient une riche source de renseignements.Disciple de R.Bultmann, l\u2019A., sur plus d\u2019un point, nuance ou corrige les thèses de son maître.Il se situe dans le mouvement de théologie biblique qui remet en valeur les données « historiques » des textes néo-testamentaires.C\u2019est à partir de la « problématique des origines » que l\u2019A.commence l\u2019étude de chacune des cinq parties de son travail: la communauté primitive, la proclamation synoptique, la théologie de Paul, l\u2019évolution après Paul, saint Jean.L\u2019étude du kérygme occupe une place prédominante.Sur certaines des questions présentées, l\u2019A.révèle un don de synthèse remarquable.Guidés par leur professeur, les étudiants sauront largement bénéficier de ce travail, qui sera aussi très utile à ceux qui, sans être étudiants, ont une solide formation biblique.A mon avis, il ne saurait être recommandé à ceux qui, bien qu\u2019intéressés à la Bible, n\u2019en sont qu\u2019au stade de l\u2019initiation ou encore recherchent plutôt des travaux de sérieuse vulgarisation.Pour ceux-ci, non seulement les nombreuses citations grecques (dont la référence exacte n\u2019est pas toujours indiquée) seront un obstacle, mais un des aspects de la méthode elle-même sera source de difficulté.En effet, l\u2019A.semble trop souvent considérer qu\u2019il lui suffit de prendre position pour clore un débat.Sur plus d\u2019un point, il aurait eu avantage à justifier ses prises de position ou à laisser clairement entrevoir qu\u2019il y a d\u2019autres solutions possibles.Sans doute y a-t-il un effort pour dégager, dans une perspective protestante, l\u2019unité dynamique du Nouveau Testament, ce qui peut justifier l\u2019omission, dans une certaine mesure, de quelques nuances.L\u2019A.me semble dépasser cette mesure quand, par exemple, il ne justifie pas la distinction si tranchée qu\u2019il pose entre les Douze et les Apôtres (59) ou encore lorsqu\u2019il néglige le milieu palestinien dans l\u2019explication de la genèse du 4e évangile (338).Lorsqu\u2019elle est présentée, la tradition catholique ne l\u2019est pas toujours avec l\u2019objectivité requise par un travail scientifique (cf.p.351, note 2).Cela étonne un peu dans notre monde œcuménique.Aux nombreuses références bibliographiques allemandes de l\u2019A., les éditeurs de la traduction ont ajouté des titres français.Il faut les en féliciter, même si les additions françaises sont incomplètes.La traduction française, en certaines pages, n\u2019est pas heureuse; ceci (de même que quelques coquilles) pourrait être corrigé dans une prochaine édition.Robert M.Grant: La formation du Nouveau Testament.Traduit de l\u2019anglais par J.H.Marrou.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1969, 205 pp., 20,5 cm.Voici un livre bien composé, où l\u2019A.montre avec clarté comment s\u2019est constituée la série des 27 écrits que contient le Nouveau Testament.Pourquoi seulement ces 27 documents ont-ils été retenus ?Comment ont-ils été reconnus et comment se sont-ils imposés ?Les réponses de l\u2019A.manifestent sa compétence.Etudiant les réactions aux écrits qui circulaient dans les premiers siècles du christianisme, l\u2019A.fait bien voir comment s\u2019est dégagé peu à peu un consensus autour des écrits actuels du N.T., nuançant avec justesse les différentes influences, soulignant à bon droit le travail de l\u2019école d\u2019Alexandrie (pp.163-76).Un lecteur que la question intéresse trouvera un grand profit à cette lecture.R.Schnackenburg: Présent et futur.Aspects actuels de la théologie du Nouveau Testament.Coll.« Lire la Bible », 18.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1969, 191 pp.Ce livre, résultat d\u2019une série de conférences prononcées en 1965, sera extrêmement précieux à tous ceux qui s\u2019intéressent sérieusement aux questions néo-testamentaires.L\u2019A.est un des grands exégètes de notre époque.Il a revu ses conférences en vue de la publication, ajoutant plusieurs références bibliographiques, allemandes pour la plupart.Les chapitres étudient quelques-unes des grandes questions qui font problème aux lecteurs du Nouveau Testament: le présent et le futur dans la prédication de Jésus; l\u2019interpellation du Sermon sur la Montagne; les miracles 62 RELATIONS OUVRAGES REÇUS et la science; la liberté et l\u2019« homme nouveau » selon saint Paul; mourir et ressusciter avec le Christ.Les quatre derniers chapitres abordent des problèmes johan-niques: révélation et foi; la communion avec Dieu; la christologie et le mythe gnostique du Sauveur; le sens et la signification de l\u2019Apocalypse.Pour chacune de ces questions, l\u2019A.présente rapidement les différentes opinions et il les critique avec clarté; il fait part ensuite de son option.La lecture de ces pages ne sera pas toujours facile, mais elle enrichira celui qui s\u2019y livrera avec attention et étude, car l\u2019A.dégage les lignes essentielles de la théologie du Nouveau Testament sur ces différents points et il en livre une synthèse équilibrée.A l\u2019occasion, l\u2019A.soulignera le rapport des questions présentées à la vie chrétienne quotidienne.A ce point de vue, les chapitres sur la liberté, l\u2019« homme nouveau » et la foi sont très intéressants.\u2014 La présente édition contient quelques coquilles dont une au moins (p.160: « n\u2019a été donnée » au lieu de « m\u2019a été donnée») corrompt le texte.Albert Vanhoye: Situation du Christ.Epître aux Hébreux 1 et 2.Col.« Lectio di-vina », 58.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1969, 403 pp.Étude exégétique ou christologique ?L\u2019une et l\u2019autre, écrite par une main de maître.L\u2019A.a déjà publié un ouvrage fort remarqué: La structure littéraire de l\u2019épître aux Hébreux.Il nous offre maintenant un riche commentaire, doublé d\u2019une théologie biblique et spirituelle judicieuse, des deux premiers chapitres de l\u2019épître aux Hébreux, « message aux chrétiens éprouvés » (p.7).Pour réconforter des chrétiens en butte aux difficultés et à l\u2019incompréhension, l\u2019auteur sacré ne présente pas quelques considérations superficielles, mais il va droit à l\u2019essentiel en leur faisant comprendre la situation actuelle du Christ, Fils de Dieu et Créateur du monde, mais aussi homme entièrement solidaire des hommes.Parce que son humanité a été glorifiée, c\u2019est la vocation intégrale de l\u2019homme qui est maintenant révélée (392).Chacun des mots importants des deux premiers chapitres est longuement étudié dans ses aspects philologique, historique, biblique et spirituel, avec une maîtrise qui laisse partout percevoir la grande sagesse de l\u2019A., même s\u2019il a le plus possible enlevé les aspects trop techniques afin d\u2019avoir un texte « agréable à lire » (8).Le commentaire est précédé d\u2019une solide introduction de 50 pages sur les questions littéraires de ces chapitres.L\u2019A.fait saisir, dans la joie et la foi, l\u2019unité et l\u2019ampleur de ces deux chapitres.Grâce à cette étude, on prend conscience de cette solidarité que la parole agissante de Dieu établit entre les hommes et Jésus (54).Il faut souhaiter que l\u2019A.poursuive le commentaire de ce « message aux chrétiens éprouvés », afin d\u2019aider les « chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui à s\u2019attacher à l\u2019essentiel » (7).Jean-Marie Archambault.Département des sciences religieuses, U.du Q.à Trois-Rivières.Archibald, Kathleen: Les deux sexes dans la Fonction publique.Rapport présenté à la Commission de la Fonction publique du Canada.\u2014 Ottawa, Fonction publique, 1970, 252 pp.Baby, Nicolas et Bertin, Francis: Politique au lycée ?Col.« Carrefour des jeunes », 4.\u2014 Paris, Beauchesne, 1970, 119 pp.Barbotin, Edmond: Humanité de l\u2019homme.Etude de philosophie concrète.Col.« Théologie », 77.\u2014 Paris, Aubier, 1970, 322 pp.Bibeau, Paul-André: D\u2019un mur à l\u2019autre.Roman.\u2014 Montréal, l\u2019Actuelle, 1970, 139 pp.Bishop, Edward: La bataille d\u2019Angleterre.Spitfire contre Messerschmitt.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », 2.\u2014 Ed.Marabout.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 192 pp.Blondeau, Dominique: Les Visages de l\u2019Enfance.Roman.\u2014 Montréal, l\u2019Actuelle, 1970, 191 pp.Bressard, Suzanne:\tComment changer ?Evoluer dans' un monde en mouvement.Col.« Psychoguides ».\u2014 Paris, le Centurion, 1970, 208 pp.Brunet, Dr Jean-Marc: Les vitamines naturelles.\u2014\u2022 Montréal, Ed.du Jour, 1970, 135 pp.Centre de recherches du sacré: La communication par le geste.Actes des sessions de Arbresle, 1965-1968.\u2014 Paris, le Centurion, 1970, 203 pp.Centre interdisciplinaire de Montréal: J\u2019aime.Essai sur l\u2019expérience d\u2019aimer.\u2014 Montréal, Ed.du C1M et Ed.du Jour, 1970, 120 pp.Chethimattan, John B.: Dialogue in Indian Tradition.\u2014 Bangalore, Dharmaram College, 1970, 162 pp.Cloutier, Eugène: En Tunisie.\u2014 Montréal, Ed.Ici Radio-Canada et Ed.du Jour, 1970, 207 pp.Couture, Gilbert: La tôle.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1970, 99 pp.Daniélou, Jean: L\u2019Eglise des apôtres.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1970, 157 pp.d\u2019Ouince: Un prophète en procès : Teilhard de Chardin et l\u2019avenir de la pensée chrétienne.Col.« Intelligence de la foi ».2 vol.\u2014 Paris, Aubier, 1970, 261 et 269 pp.Elstob, Peter: Bastogne.La bataille des Ardennes.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », 1.\u2014 Ed.Marabout.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 192 pp.En collaboration: Des hommes qui bâtissent le Québec.\u2014 Montréal, Ed.de l\u2019Homme et Ed.Commerce, 1970, 175 pp.Harvey, Jean-Charles: Les demi-civilisés.Roman.\u2014 Montréal, l\u2019Actuelle, 1970, 197 pp.Hildebrand, Dietrich von: Le cheval de Troie dans la cité de Dieu.\u2014 Paris, Beauchesne, 1970, 240 pp.Holstein, Henri: Hiérarchie et peuple de Dieu d\u2019après Lumen Gentium.Col.« Théologie historique », 12.\u2014 Paris, Beauchesne, 1970, 192 pp.Laforest, Jacques: La catéchèse au secondaire.Etude du manuel Un sens au voyage.« Les Cahiers de l\u2019Institut de catéchèse de l\u2019Université Laval ».\u2014 Québec, PUL, 1970, 177 pp.Lwoff, André: L\u2019ordre biologique.Col.«Marabout Université », 209.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 187 pp.Macksey, Major K.J.: Afrikakorps.Rommel et ses hommes.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », 3.\u2014 Ed.Marabout.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 192 pp.Marsolais, Gilles: Les matins saillants.Col.«les poètes du jour ».\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1970, 50 pp.Mongeau, Dr Serge: Comment garder votre santé.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1970, 154 pp.Mongeau, Dr Serge: Kidnappé par la police.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1970, 128 pp.Robert, Guy: Aspects de la littérature québécoise.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1970, 193 pp.Sociologie et sociétés, 2/2 (novembre 1970).\u2014 Montréal, PUM, 1970, Vadakethala, Francis J.: Discovery of Being.\u2014 Bangalore, Dharmaram College, 1970, 148 pp.Young, Peter: Les Commandos.Opérations amphibies.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale ».\u2014 Ed.Marabout.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1970, 184 pp.iSSS la force de l\u2019argent au service de l\u2019homme et de son épanouissement to O O ARTS SCIENCES SPORTS LOISIRS ÉCONOMIE FÉVRIER 1971 IÜ5E Banque Canadienne Nationale 63 » J mm**.» >m - > - V.'t (WÏ.V'.A
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