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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1971-05, Collections de BAnQ.

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[" un double dossier sur la libération de l\u2019homme MONTRÉAL LIBÉRATION DE L\u2019HOMME .et respect de la vie une étude de Marcel Marcotte sur la moralité de l\u2019avortement ¦ un témoignage de Jean Vanier sur les « déficients » ou « débiles » .et révolution ¦ une analyse de Yves Vaillancourt sur les chrétiens révolutionnaires d\u2019Amérique latine ¦ une question de Gabriel Dussault : peut-on faire la théologie de la révolution ?Questions constitutionnelles : de la Commission BB au Comité sur la Constitution \u2014 L\u2019Église électronique : visages de l\u2019Église et média de communication \u2014 Chroniques : littérature, théâtre, cinéma relations________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves VAILLANCOURT.TIRAGE ET PUBLICITÉ: Albert PLANTE numéro 360 mai 1971 SOMMAIRE Thème des dossiers: LA LIBÉRATION DE L\u2019HOMME Liminaire.Guy BOURGEAULT Dossier 1 : Libération de l'homme et respect de la vie Respect de la vie et moralité de l\u2019avortement Marcel Marcotte La force est dans la faiblesse.Jean Vanier Dossier 2 : Libération de l\u2019homme et révolution Les chrétiens révolutionnaires en Amérique latine Yves Vaillancourt Échantillons de théologie politique et révolutionnaire Gabriel Dussault Articles L\u2019Église électronique.François Jobin Là où la Commission B.B.a échoué, le Comité sur la Constitution réussira-t-il 1 .\t.Richard Arès Billets Espérez, n\u2019attendez pas !.Paul Fortin Jeune ou vieux ?.René Champagne Chroniques Littérature : Romans nouveaux et « nouveaux romans » Gabrielle Poulin Cinéma : « Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir » Yves Lever Théâtre : Carnet d\u2019un abondant hiver Georges-Henri d\u2019Auteuil Les livres 131 132 138 139 145 147 149 134 136 151 154 156 158 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur F éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Cahiers du Centre de Recherche en Civilisation canadienne-française NOUVEAUTÉS | 3 : Nelligan et la musique par Paul Wyczynski 15 x 22 cm.150 pages, prix : $4.00 #\t4 : Contes et nouvelles au Canada français par John Hare 15 x 22 cm.194 pages, prix : $3.75 #\t5 : La vie littéraire du Canada français par Jean Ménard 15 x 22 cm.256 pages, prix : $4.50 En vente aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Canada K1N 6N5 \tVisitez le Canada \tOuest canadien Quatre départs avec le Pacifique Canadien : 2,16, 23 et 30 juillet 15 et 19 jours\t\u2014\tA partir de $695.00\t Deux départs avec le Canadien National : 25 juin, 9 juillet 16 jours\t\u2014\t\u2014\tA partir de $695.00\t \tMaritimes \tDu 17 au 31 juillet avec le Canadien National De Montréal : $440.00 LA\tLIAISON FRANÇAISE 75, RUE D\u2019AUTEUIL QUÉBEC 4\t\u2022\t(522-2601) 130 RELATIONS LIBÉRATION DE L\u2019HOMME .et respect de la vie .et révolution LIMINAIRE MAI 1971 Pour la libération Lorsque le dernier Concile et Jean XXIII et Paul VI ont pris position en faveur de la libération de l\u2019homme et du respect de ses droits fondamentaux, lorsqu\u2019ils ont parlé contre la guerre et l\u2019injustice, on s\u2019est unanimement réjoui de ces interventions qui redisaient à l\u2019homme sa dignité et son avenir.Humanæ vitæ a été perçue et reçue, dans ce contexte, comme un texte étrangement rétrograde.\u2014 Lorsque les évêques du Québec, en septembre dernier, à l\u2019occasion de la Fête du travail, ont parlé avec clarté et fermeté de la libération de l\u2019homme et de ses exigences, lorsque certains d\u2019entre eux sont intervenus durant la crise d\u2019octobre, on a loué leur lucidité et leur courage.En exprimant aujourd\u2019hui de nouveau leur opposition à l\u2019avortement \u2014 et notamment à l\u2019avortement « sur demande » préconisé comme condition de la libération de la femme \u2014, ils prennent sans doute le risque de paraître s\u2019enferrer à nouveau dans les ornières du passé et tourner le dos à un avenir inéluctable.\u2014 Mais si, par hasard, toutes ces interventions étaient de même veine et de même visée.La première grande intervention de Dieu dans l\u2019histoire de l\u2019homme qui ait été consignée dans la Bible est celle de l\u2019exode.Celle, donc, de la libération \u2014 socio-politique en même temps que religieuse et sans doute davantage socio-politique même que religieuse \u2014 d\u2019un peuple.Or il apparut bientôt à la conscience des hommes de ce peuple libéré qu\u2019il n\u2019est pas de liberté, pas de dignité possible pour l\u2019homme sans le respect en quelque sorte inconditionné de la vie : c\u2019est le sens du « Tu ne tueras point » décalogal.C\u2019est cela que les évêques canadiens, après le Concile et avec Paul VI, ont voulu nous redire, le 25 avril dernier, en invitant les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à célébrer une journée pour la vie humaine : qu\u2019il n\u2019est pas de dignité ni de liberté possible pour l\u2019homme sans un respect absolu de la vie et de ses promesses, qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019avenir pour l\u2019homme hors de ce respect intransigeant de la vie et de ses promesses.(Une oreille attentive aurait pu entendre aussi \u2014 et d\u2019abord \u2014 dans Humanæ vitæ cet appel au respect de la vie qui rejoint le « Plus jamais la guerre ! » prononcé comme avec angoisse à l\u2019ONU par le même Paul VI.) Force et fragilité de la vie Le printemps, chaque année, nous le rappelle, avec la célébration pascale de la résurrection du Christ : rien n\u2019est plus fort que la vie.La graine enfouie en terre réussit à faire éclater sa prison de gravier et de béton, et voici que perce et jaillit mystérieusement une frêle vie de printemps \u2014 comme celle du Christ ressuscité repoussant la lourde pierre du tombeau.Et, pourtant, rien n\u2019est plus fragile que la vie : on arrache sans effort cette plante qui a percé le béton, comme on arrache et tue facilement cet espoir encore naïf au cœur d\u2019un enfant, comme on tue aisément et à l\u2019avance les fruits d\u2019harmonie et de paix de la fragile promesse d\u2019amour des nouveaux époux.Avons-nous vraiment souci de la vie fragile et menacée, dont la promesse a besoin peut-être de nos soins et de notre attentive patience pour ne pas s\u2019étioler ?Dans la terrible ambiguïté de nos cœurs et de nos comportements, nous condamnons la guerre meurtrière \u2014 celle, lointaine et toujours la même, du Vietnam, du Biafra, du Moyen-Orient, du Pakistan.Nous sommes même capables d\u2019émotion devant la détresse de ces corps tordus que nous présente quotidiennement la télévision, ou celle de ces regards où ne luit plus aucun espoir.Mais nous faisons nous-mêmes la guerre et nous tuons quotidiennement, au fil de nos rencontres, en décourageant l\u2019espoir fragile des enfants, en refusant la confiance inconditionnée sans laquelle l\u2019épanouissement de la promesse n\u2019est pas possible.Mais nous acceptons sans sourciller que l\u2019on réclame l\u2019avortement sur demande : sans doute parce que nos cœurs « civilisés » sont rassurés par l\u2019aseptie de nos hôpitaux, si éloignée de l\u2019horreur sauvage des champs de bataille.L'allégorie du jardinier Il y a dans le fœtus humain, fragile et désarmé, une promesse de vie humaine que nous n\u2019avons pas le droit de sacrifier inconsidérément.Etrange jardinier qui, sous prétexte que la graine n\u2019est pas fleur ni fruit, ne prendrait aucun soin de la semence jetée en terre ! A l\u2019avance, il saccage irrémédiablement le jardin.« Il en va du royaume des cieux comme d\u2019une semence jetée en terre.\u2014 c\u2019est la plus petite des semences, mais elle est promise à devenir un grand arbre.» Etrange jardinier, également, qui négligerait de remuer la terre, de bêcher, d\u2019arroser, d\u2019émonder même, au besoin .Pâques, chaque année et avec le printemps, est la fête de cette vie à la fois si forte et si fragile qui aspire à s\u2019épanouir, à « devenir un grand arbre ».Tel est le mystère de notre foi : le Christ ressuscité prend en lui et avec lui la vie et la mort de notre monde pour tout convertir en promesse de vie « en plénitude » \u2014 promesse de vie qui est pour nous un espoir et un appel.C\u2019est cet espoir et cet appel que les présents dossiers de RELATIONS veulent faire entendre.Guy Bourgeault.131 LIBÉRATION DE L\u2019HOMME et respect de la vie DOSSIER 1 _____________________ RESPECT DE LA VIE ET MORALITÉ DE L\u2019AVORTEMENT par Marcel Marcotte Un char d\u2019assaut en pleine action; sur son chemin, une humble fleur des champs; pour épargner la vie fragile, l\u2019engin de mort, visiblement, fait un détour: cette image parlante a remporté, naguère, le prix international de caricature.Ce qu\u2019elle illustre, c\u2019est la contradiction et la mauvaise conscience d\u2019un monde qui se voue, en même temps, à la promotion de la vie et à sa destruction; d\u2019un monde qui, à travers les raisons et les moyens de carnage qu\u2019il entasse, n\u2019arrive pas à oublier et paraît même, étrangement, redécouvrir la saveur, le mystère et le prix de toute vie.C\u2019est d\u2019une marguerite, ici, que les chenilles d\u2019acier se détournent en grinçant.Mais, au lieu d\u2019une fleur sauvage, s\u2019il y avait un enfant ?Le principe fondamental : toutes les vies se valent parce que tous les hommes sont égaux Toute vie humaine est sacrée.Cet axiome, en Occident, est à la base de la morale et du droit; il gouverne les mœurs, la culture, l\u2019économie, la politique; il fonde, ultimement, notre idéal démocratique de liberté, d\u2019égalité et de fraternité.Parce que, devant la loi, gardienne du bien commun, toutes les vies individuelles ont la même valeur et méritent le même respect; parce qu\u2019il n\u2019est jamais permis à personne \u2014 et non pas même à l\u2019Etat \u2014 d\u2019en sacrifier une, innocente, pour en sauver une autre, censément plus précieuse; parce que, à la limite, nous refusons d\u2019admettre, comme Caïphe, qu\u2019« il est bon qu\u2019un seul meure pour le peuple », \u2014 tous les membres du corps social jouissent, en principe, non seulement du même droit à la vie, mais aussi, à titre égal, de chacun des autres droits humains fondamentaux, qui s\u2019y rattachent comme les branches au tronc.Le jour où, entre deux êtres humains \u2014 l\u2019un riche et l\u2019autre pauvre; l\u2019un blanc et l\u2019autre noir; l\u2019un sage et l\u2019autre fou \u2014, la société s\u2019arrogerait le droit de décider, d\u2019autorité, lequel doit vivre et lequel doit mourir, il n\u2019y aurait plus de sécurité pour personne, et notre civilisation, frappée au cœur, s\u2019abîmerait dans la barbarie.L\u2019affirmation spontanée, universelle, du caractère sacré de la vie \u2014 de sa « sainteté », comme certains disent \u2014 procède sans doute de l\u2019émergence, au plan de la conscience, des données primitives de l\u2019instinct de conservation, d\u2019une réflexion élémentaire sur l\u2019expérience que chacun fait de sa propre vitalité, du prix qu\u2019il lui attache et des dangers qui la menacent.Face à la mort qu\u2019il n\u2019ose, comme le soleil, regarder en face, tout homme comprend, d\u2019instinct, que cette vie unique, irremplaçable et précaire, qui bat dans ses artères, constitue son bien le plus précieux, et que, s\u2019il la perdait, il perdrait en même temps tout le reste.« Que donnera l\u2019homme en échange de sa vie ?» Et ce qui vaut pour l\u2019un vaut aussi \u2014 devrait valoir \u2014 pour l\u2019autre, pour tous les autres: le droit à la vie n\u2019existe qu\u2019à condition d\u2019être universel.Dans notre monde occidental, la tradition judéo-chrétienne a repris à son compte et singulièrement renforcé ce sentiment naturel.En définissant l\u2019homme comme une personne créée à l\u2019image et à la ressemblance de Dieu, la Bible a donné le branle à un mouvement de pensée qui, par approfondissements et raffinements successifs, a réussi à éliminer, du moins en théorie, toute inégalité foncière entre les hommes; à éliminer, notamment, sous le rapport du droit à la vie, toute discrimination entre le maître et l\u2019esclave, l\u2019adulte et l\u2019enfant, le garçon et la fille, l\u2019infirme et le bien-portant.Désormais, hors le cas de légitime défense contre l\u2019agresseur injuste, il ne sera jamais permis à aucun homme d\u2019en tuer délibérément un autre, cet autre fût-il, dans l\u2019ordre des apparences, au degré le plus bas de l\u2019échelle humaine.Car, au fond, la dignité de l\u2019homme, la sainteté qui s\u2019attache à sa vie, est en lui, mais elle n\u2019est pas de lui; il la tient, comme un don, de la sainteté même de Dieu qui l\u2019enveloppe et l\u2019illumine.Cette marque indélébile, ce reflet de Dieu sur sa face, l\u2019homme n\u2019a pas besoin, pour imposer le respect, de le manifester en clair, ni que les autres le reconnaissent.Toute vie humaine est sacrée, indépendamment de la valeur relative que, pour toute espèce de raisons, chacun de ceux qui la regardent du dehors inclinerait à lui attribuer.Elle l\u2019est absolument et en elle-même, par la seule vertu du choix divin qui l\u2019amène à l\u2019existence et de la valeur unique que cette élection lui confère.Seigneur, tu m\u2019as scruté et connu.C\u2019est toi qui m\u2019as formé les reins, qui m\u2019as tissé au ventre de ma mère.Mes actions, tes yeux les voyaient, elles étaient toutes sur ton livre; mes jours, inscrits et dénombrés, avant que pas un d\u2019eux n\u2019apparût.Psaume 139.132 RELATIONS To be or not to be : quand on est homme, c\u2019est tout entier et pour toujours Mais alors, la question se pose: Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme ?Quand donc pouvons-nous, devant un être vivant qui a, peu ou prou, forme et figure humaines, affirmer avec certitude: c\u2019est, ou ce n\u2019est pas, ou ce n\u2019est plus, ou ce n\u2019est pas encore, véritablement, un homme ?La réponse, naguère, était facile et admise, sans discussion, par tout le monde.Un homme, disait-on, c\u2019est un vivant qui, né de l\u2019homme, participe de la nature humaine au même titre que ses parents et qu\u2019une foule d\u2019autres vivants appartenant, comme lui, à la lignée de ceux que, le premier, Aristote a appelés des « animaux raisonnables ».Cette réponse, en plus de correspondre au sens commun, offre l\u2019avantage de prévenir tout arbitraire dans la fixation des critères applicables à chaque cas d\u2019espèce; d\u2019empêcher qu\u2019aucun être humain soit évalué, comme tel, en fonction de quelques attributs accidentels comme l\u2019âge, le poids, l\u2019intégrité corporelle, le quotient intellectuel, la couleur de la peau ou l\u2019appartenance à la race aryenne.Mais les sciences modernes de l\u2019homme, pour heur ou pour malheur, ont embrouillé la perspective.Au regard du biologiste, du psychologue ou de l\u2019anthropologue, la nature humaine, en soi, n\u2019existe pas; seuls existent les hommes, à la fois semblables et divers, dans lesquels cette nature \u2014 si le mot garde un sens \u2014 s\u2019incarne et se manifeste.Ce que chacun s\u2019essaie, tant bien que mal, à mesurer, à quantifier, ce n\u2019est pas l'essence inaltérable de l\u2019homme, qui échappe, en tant que telle, à l\u2019investigation scientifique, ce sont des individus, pris isolément ou en groupes, chez qui, comme dans n\u2019importe quelle espèce animale, les caractères communs de la race sont plus ou moins présents et agissants.Selon les normes en vigueur dans chaque discipline, morphologiques ou génétiques pour les uns, psychologiques ou socio-culturelles pour les autres; au gré même des critères que, dans le cadre de son savoir propre, chaque chercheur se donne, l\u2019individu ou le groupe considéré tombe, ou ne tombe pas, dans la catégorie de l\u2019humain proprement dit.S\u2019il y tombe, ce n\u2019est pas forcément tout d\u2019une pièce et de plein droit, mais affecté d\u2019un signe mathématique, d\u2019un coefficient variable d\u2019humanité, qui lui fixe, dans l\u2019échelle de l\u2019espèce, sa place, son rôle et sa valeur proportionnelle.Dans l\u2019optique traditionnelle, l\u2019homme est, ou il n\u2019est pas, absolument, suivant qu\u2019il se rattache, ou non, au rameau humain; et s\u2019il l\u2019est, il en possède, dans l\u2019indivis, tous les droits fondamentaux.Dans l\u2019optique nouvelle, certains individus sont à considérer comme pleinement hommes, et d\u2019autres comme hommes seulement en partie.De même que, dans l\u2019évolution de l\u2019animal à l\u2019homme, tout humain n\u2019est pas apparu d\u2019un seul coup, et que, depuis la préhistoire, l\u2019humanisation, sous diverses formes, n\u2019a pas cessé de se poursuivre, ainsi, nul n\u2019est parfaitement homme, d\u2019entrée de jeu et par droit de naissance, (ni, encore moins, Ceci dit, une seconde question se pose : Quand donc la vie humaine com-mence-t-elle ?Quand pouvons-nous, à un stade quelconque de la grossesse maternelle, affirmer avec certitude que nous sommes en présence d\u2019un homme véritable ?Cette question, sur le plan théorique, n\u2019a jamais pu et ne pourra sans doute jamais être tranchée de façon décisive.Historiquement, dans la pensée chrétienne occidentale, c\u2019est autour du problème de l\u2019origine de l\u2019âme humaine, du mode et, par contrecoup, du moment de son infusion dans la chair, que les débats ont été menés.Il s\u2019agissait, au début, de concilier deux données bibliques essentielles:\tla création de l\u2019homme par Dieu et la transmission héréditaire du péché originel.Pour Tertullien et les « tradu-cianistes », l\u2019âme venait à l\u2019existence en même temps que le corps et, pour ainsi dire, à travers le corps, en dépendance immédiate de l\u2019acte générateur des parents, \u2014 ce qui mettait en question l\u2019importance de l\u2019action créatrice, mais disculpait Dieu de toute responsabilité à l\u2019égard de la faute originelle.Pour Clément d\u2019Alexandrie et les « créationistes », l\u2019âme était créée immédiatement par Dieu et infusée directement dans la chair générée par les parents, \u2014 ce qui avait bien l\u2019air de compromettre Dieu avec le péché originel, mais préservait la souveraineté de l\u2019acte créateur.par droit de conception) : il le devient, progressivement, en récapitulant pour son compte, dans son corps, son âme, sa conscience, l\u2019histoire de la race.Tant et aussi longtemps que ces considérations scientifiques ne visent qu\u2019à cerner du dehors la réalité concrète de l\u2019homme, à décrire, expliquer et mesurer ses comportements, à le saisir à différents niveaux d\u2019existence, elles ne tirent pas à conséquence.Mais quand elle tendent ou prétendent à le définir dans sa réalité intime et profonde, dans cela même qui le fait homme \u2014 dans son essence, en somme, bien que le mot ne soit pas prononcé \u2014, le sage s\u2019inquiète.Car, à partir du moment où, sur les balances de l\u2019esprit, l\u2019humanité de l\u2019un pèse plus lourd que l\u2019humanité de l\u2019autre, l\u2019équilibre de la justice est rompu, et, adve-nant un conflit, les droits du plus fort \u2014 du plus humain, pourrait-on dire \u2014 ont toutes les chances de l\u2019emporter sur les droits du plus faible.H n\u2019entre pas dans mon propos de retracer les avatars de cette querelle théologique.Disons, pour faire bref, que le « créationisme », d\u2019assez bonne heure, marqua des points et finit par l\u2019emporter.Or, sitôt qu\u2019on fait dépendre l\u2019apparition de l\u2019âme \u2014 et donc, dans la problématique usuelle, l\u2019apparition de l\u2019homme même \u2014 de l\u2019activité créatrice de Dieu plutôt que de l\u2019activité génératrice des parents, nul ne peut plus savoir avec certitude à quel moment précis de la grossesse l\u2019homme commence d\u2019exister.Car ce moment est sous l\u2019entière dépendance de la liberté divine.Dieu seul peut savoir quand l\u2019homme, corps et âme, surgit dans le monde, parce que, seul, il décide \u2014 dans le cadre d\u2019un ordre qu\u2019il a lui-même fixé et que nous ne connaissons que par conjecture \u2014 de l\u2019instant solennel où, soufflant sur « le limon de la terre » une « haleine de vie », il en fait, d\u2019un seul coup, un « homme vivant ».C\u2019est ainsi qu\u2019a pu naître (autour du cinquième siècle) la distinction classique entre le fœtus « formé » et le fœtus « non-formé », avec la notion d\u2019humanisation différée qui en découle.Le fœtus « formé », suivant une terminologie inspirée d\u2019Aristote, c\u2019est celui où l\u2019âme spirituelle, « forme » du corps, est déjà présente, donnant naissance à l\u2019homme complet; le fœtus « non-formé », c\u2019est celui d\u2019où l\u2019âme reste absente et qui, bien que vivant, Les commencements de l\u2019homme : considérations historiques MAI 1971 133 Espérez, n\u2019attendez pas ! C\u2019est rapporté dans les Ecritures (Act.I,II), des messagers les ont prévenus de ne pas attendre pour tout de suite, mais d\u2019espérer pour plus tard ! Sans leur intervention toutefois, pendant combien de temps ces hommes de Galilée seraient-ils restés là, après l\u2019Ascension, à regarder désespérément le ciel ?Pendant combien de temps auraient-ils préparé leur déception ?Dieu n\u2019a pas voulu les décevoir, et je trouve délicieuse son attention de les faire avertir avant le désenchantement: « Il reviendra ! » Autrement dit, n\u2019attendez pas, espérez.Avant l\u2019avertissement, la volonté de rester là était louable; après, elle n\u2019aurait pas été justifiable.On peut en dire autant de la prière: faite pour obtenir lumière et force d\u2019accomplir la volonté de Dieu, elle est louable; faite pour renseigner Dieu sur ma volonté et le contraindre de l\u2019agréer, elle ne l\u2019est plus, et mon exaspération sous le ciel obstinément fermé m\u2019en révèle l\u2019étrange qualité.Il serait injuste alors d\u2019accuser Dieu de me faire attendre ou de me torturer; en réalité, je me fais attendre moi-même et me torture contre son bon vouloir.Le bonheur, sous la forme de mes propres désirs, a vraiment trop courte vue pour mériter ma confiance.En conséquence, je devrais espérer tout de la Providence, mais à partir de son choix; à partir du mien, n\u2019attendre rien ! Pas même la réalisation des plus saints désirs par le chemin de mes goûts, ni la satisfaction naturelle de sentir la douceur habituelle d\u2019aimer surnaturellement, ni la consolation de percer les secrets de la voie divine, parfois si déroutante, par où doit passer mon ascension, ni l\u2019exaucement de ma prière suivant ma conception personnelle du meilleur, ni pour les autres et leurs aimés, ni à plus forte raison pour l\u2019arrangement de ma propre vie.Je n\u2019attends pas, j\u2019aime et je crois; pour tout de suite, heure du mystère, j\u2019espère en ma foi; pour plus tard, heure de la Vision, je crois en mon espérance.Des hommes, dont on connaît la nature et les préoccupations ordinaires, je n\u2019attends rien; de Dieu, dont j\u2019ignore les desseins particuliers, non plus.De lui, cependant, j\u2019espère le meilleur et le moyen de l\u2019atteindre, mais sans contester son refus de s\u2019expliquer, ni surtout l\u2019accuser de mes déceptions fabriquées.Non je n\u2019attends rien, afin de ne pas étouffer la joie possible de chaque jour entre le dépit de la veille et l\u2019angoisse du lendemain; je vis le moment présent et j\u2019espère.J\u2019accepte toute bonne nouvelle comme une surprise, joie de plus offerte par la Providence, occasion concrète d\u2019aimer davantage et de dire merci.Ainsi, il n\u2019y a pas de joies de moins, il y a seulement des joies de plus.Et c\u2019est tous les jours jour d\u2019ascension.L\u2019oiseau de mai vole allègrement, quand de ses ailes il monte au-dessus du vent.Mais sans le courage qui bat, animé par l\u2019espoir, lui aussi au lieu de s\u2019élever serait brisé par là même où il devait atteindre les sommets.Paul Fortin.ne deviendra pleinement homme qu\u2019avec le temps.Combien de temps ?Les opinions là-dessus ont beaucoup varié.Aristote lui-même, sur la foi des connaissances biologiques accessibles à son époque, avait fixé au quarantième jour de la grossesse pour le garçon, au quatre-vingtième pour la fille, le moment où, après une période de vie « végétative », puis une autre de vie « sensitive », l\u2019infusion de l\u2019âme « intellective » dans la chair donnait lieu à l\u2019humanisation proprement dite du fœtus.Nombre de théologiens, parmi lesquels saint Thomas d\u2019Aquin, l\u2019ont suivi jusque sur ce point; d\u2019autres ont repoussé encore plus loin le moment de la « formation » du fœtus.Mais cette question, pour nous, n\u2019a pas telle- ment d\u2019importance.Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est que le principe même de l\u2019« animation médiate » \u2014 d\u2019une humanisation du fœtus survenant quelque part entre le début et le terme de la grossesse \u2014 a connu, dans l\u2019évolution de la pensée chrétienne, une bizarre et tenace fortune.Bien que tombé en désuétude et tenu en suspicion dans les temps modernes, il n\u2019a jamais été complètement abandonné par les théologiens, ni officiellement rejeté par le magistère; il fait partie de notre tradition.Ce qui fournirait une excuse, au besoin, à la poignée de moralistes catholiques qui, l\u2019habillant de neuf, ont cru bon, récemment, de le remettre en circulation.Les commencements de l\u2019homme: considérations scientifiques J\u2019aurais pu le montrer; dans toute cette histoire, les incertitudes et les fluctuations de la pensée spéculative reflètent celles du savoir scientifique.Au temps des Grecs, au Moyen-Age, il était aisé de confondre l\u2019embryon humain de quelques jours avec une anémone, de lui trouver, un peu plus tard, des ressemblances avec un animalcule et, pour tenir compte des faits, d\u2019imaginer une humanisation par étapes: du végétal à l\u2019animal, de l\u2019animal à l\u2019homme.Ce serait malaisé aujourd\u2019hui, tant les sciences de la vie ont aiguisé notre regard.Est-ce à dire que, sous le microscope, le mystère des commencements de l\u2019existence personnelle s\u2019est entièrement dissipé ?Un bon nombre le croient.Mais, comme leurs certitudes sont de signes contraires, m\u2019est avis qu\u2019elles s\u2019annulent; qu\u2019il est impossible, en tout cas, d\u2019en rien tirer d\u2019absolu et de vraiment concluant.Les partisans de « l\u2019humanisation immédiate » soutiennent, à partir de l\u2019observation scientifique de l\u2019infini-ment petit, que l\u2019homme commence dès le premier instant de la grossesse, dès la rencontre initiale de l\u2019ovule et du spermatozoïde, dès la formation du zygote primitif.La microbiologie et la génétique, en effet, démontrent que l\u2019œuf humain fécondé contient, dès l\u2019origine, toute l'information requise pour construire à son image \u2014 identique à nulle autre \u2014 l\u2019individu tout entier; qu\u2019il n\u2019y a pas, du zygote au nouveau-né, de différence fondamentale, ni de solution de continuité; que la même énergie, le même principe de vie, qui constitue l\u2019unité et règle les activités de la première cellule vivante, animera plus tard \u2014 à travers le code génétique transmis, identiquement, à chacune de plusieurs milliards de cellules \u2014 les mouvements spontanés de l\u2019enfant et les profondes réflexions de l\u2019adulte.Pour parler bref, l\u2019individu, dès la fécondation, est déjà réellement, mais en petit, tout ce qu\u2019il est destiné à devenir, en grand, au terme le plus éloigné de son développement.S\u2019il est un homme à sa naissance, comme tout le monde le concède, il l\u2019est aussi au premier instant de sa vie fœtale, car il ne fait, dans l\u2019intervalle, que devenir ce qu\u2019il est \u2014 et qu\u2019il demeure \u2014 jusqu\u2019au jour de sa mort.Les tenants de « l\u2019humanisation différée »ne nient rien des données factuelles de la biologie; ils concèdent que le zygote originel est déjà un individu, possédant son unité, sa distinction et une sorte d\u2019autonomie.Mais cet individu, pensent-ils, n\u2019est pas encore un être humain complet, une personne; il ne le deviendra qu\u2019à un moment ultérieur de son développement, par le jeu des réactions du matériel génétique sur l\u2019environnement biologique, et par l\u2019acquisition progressive des formes et des fonctions caractéristiques de l\u2019homme.L\u2019embarras commence, évidemment, lorsqu\u2019il est question de préciser à quel point de ce développement continu le fœtus accède, de fait, à la qualité, à la dignité \u2014 et aux droits \u2014 de la personne humaine.A défaut de critère plus certain, la plupart se rabattent \u2014 avec des variantes importantes \u2014 sur un épisode quelconque de la formation du système nerveux et, particulièrement, du cerveau, qui, siège et instrument de l\u2019activité réfléchie, paraît tout désigné pour signaler \u2014 par des « ondes » décelables et mesurables, au besoin \u2014 l\u2019entrée en scène de l\u2019homme.134 RELATIONS Le point de vue de la morale : l\u2019avortement est un crime même si le fœtus n\u2019est pas certainement un homme Au regard de la morale, toutes ces hésitations, ces ambiguïtés, ces divergences \u2014 celles d\u2019hier et celles d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 ont de l\u2019importance: il lui faut en tenir compte dans les jugements qu\u2019elle porte sur chaque cas concret, fût-ce en admettant simplement, à titre d\u2019hypothèse, que tout fœticide n\u2019est pas nécessairement, de fait comme de droit, un meurtre; que la malice de l\u2019avortement, dans certains cas, peut différer de celle de l\u2019infanticide.Néanmoins, le jugement moral, en matière d\u2019avortement, est moins lié que, d\u2019habitude, on le pense à la question des commencements de l\u2019homme et aux réponses diverses qu\u2019on lui fait.L\u2019histoire et la réflexion le démontrent: l\u2019avortement, à quelque moment qu\u2019on le pratique, et indépendamment de la position qu\u2019on tient quant à la date de l\u2019« animation » du fœtus, est toujours à considérer, objectivement, comme une faute très grave \u2014 un crime \u2014, même si, d\u2019un moraliste à l\u2019autre, la qualification de cette faute est sujette à variations.Historiquement, depuis la toute première condamnation chrétienne de l\u2019avortement (dans la Didachè, autour de l\u2019an 80) jusqu\u2019aux plus récentes (dans les déclarations des quatre derniers papes et dans celles du Concile Vatican II), l\u2019Eglise, «mère et éducatrice » du monde occidental, n\u2019a jamais cessé de proscrire et de combattre énergiquement \u2014 au nom de l\u2019Evangile, bien sûr, mais au nom, pareillement, de la morale humaine \u2014 toutes les pratiques abortives.Sur l\u2019essentiel, son jugement moral n\u2019a jamais varié: l\u2019avortement, de soi, est un « péché » extrêmement grave, qui fait violence aux droits exclusifs de Dieu sur la vie humaine et aux devoirs les plus impérieux de la justice et de la charité fraternelle.Cependant, après onze siècles au cours desquels l\u2019avortement avait été, sauf en de rares exceptions, mis théoriquement sur le même pied que l\u2019infanticide, il y en eut sept où, avec des fluctuations, l\u2019antique distinction entre le fœtus « animé » et le fœtus « non-animé » en habitua bon nombre à penser que l\u2019avortement, bien que toujours gravement immoral, en principe, n\u2019est pas forcément à condamner au même titre que l\u2019homicide, à tout le moins durant les premiers temps de la gros- sesse.L\u2019influence de cette distinction se fit sentir, avant tout, sur le plan légal, dans l\u2019énoncé des peines canoniques prévues contre les avorteurs, comme en témoignent le Décret de Gratien, en 1140, et les Décrétales de Grégoire IX, en 1234.Mais elle s\u2019exerça aussi, plus sourdement, sur le plan doctrinal, en amenant, par exemple, les moralistes à chercher un équilibre entre la vie du fœtus et la vie de la mère, et même à trancher parfois \u2014 très prudemment \u2014 les cas extrêmes en faveur de la vie maternelle.Depuis que, sur l\u2019ordre de Pie IX, en 1869, la loi ecclésiastique cessa de faire \u2014 et même de mentionner \u2014 la différence entre fœtus « animé » et fœtus « non-animé », et que, selon les La première \u2014 classique \u2014 revient à dire que, dans un domaine aussi important que celui du droit à la vie, il serait immoral de courir des risques.Le moins qu\u2019on doive admettre, en effet, c\u2019est qu\u2019il y a des chances, de bonnes chances \u2014 des chances qui croissent, évidemment, à proportion de la durée de la grossesse \u2014 que le fœtus soit, dès la conception, un homme véritable.Or, raisonne le moraliste, quand il existe un doute insurmontable portant sur la réalité même d\u2019un fait qui met en cause les valeurs humaines les plus hautes \u2014 et la vie, dans un sens, est la valeur suprême \u2014, on est tenu, en conscience, de choisir le parti le plus sûr.Un gendre, par exemple, n\u2019a pas le droit d\u2019enterrer sa belle-mère tant qu\u2019il a des raisons de douter qu\u2019elle soit (ou de redouter qu\u2019elle ne soit pas) véritablement morte: la morale a de ces cruautés.Il n\u2019est pas permis non plus à un chasseur de tirer un coup de fusil sur un objet mouvant dans les broussailles, sous prétexte qu\u2019il ne sait pas \u2014 et ne peut pas savoir \u2014 si cet objet est un homme ou une bête redoutable.Dire: tirons d\u2019abord, c\u2019est plus sûr, nous vérifierons ensuite; s\u2019exposer délibérément \u2014 sauf, peut-être, pour sauver sa propre vie \u2014 à tuer un être humain, c\u2019est \u2014 tout le monde le sent \u2014 commettre, de cœur et de consentement, un meurtre véritable; c\u2019est agir avec l\u2019âme d\u2019un criminel, même si la preuve n\u2019est pas faite, après coup, qu\u2019il y a eu une victime.Dans le cas de l\u2019avortement, cette mêmes vues, le Code de droit canonique de 1917 a prononcé que tout avortement direct, même d\u2019un fœtus « d\u2019un seul jour », est passible d\u2019excommunication, la position des théologiens catholiques s\u2019est durcie.Mais, même si, dans le sillage des derniers papes, et à l\u2019instar, semble-t-il, de la majorité des spécialistes de la vie, ils ont communément professé que l\u2019homme est déjà présent dans l\u2019œuf fécondé, et que, par conséquent, tout avortement est à évaluer, moralement, comme un meurtre, ce n\u2019est pas exclusivement, ou avant tout, sur cette certitude que leur sévérité se fonde: c\u2019est sur la conviction que, indépendamment de son statut et de sa condition problématiques, le fœtus, quel qu\u2019il soit, doit toujours, en pratique et pour les fins de l\u2019action, être considéré et traité comme s\u2019il était un homme.A l\u2019appui de cette conviction, je donnerai deux raisons.règle, en sa généralité, s\u2019applique de façon rigoureuse: il n\u2019est pas permis de détruire la vie fœtale pour la simple raison qu\u2019on doute qu\u2019elle soit une vie pleinement humaine.A cette première raison, j\u2019en ajouterai une autre, fondée sur le concept, à première vue insolite, de potentiel fœtal.Peut-être n\u2019a-t-elle pas plus de force que la raison « classique », mais elle tient mieux compte, je pense, de l\u2019opinion et des objections de ceux qui croient que l\u2019humanisation du fœtus n\u2019est pas « donnée » du premier coup, mais est le fruit d\u2019un développement; que l\u2019homme ne surgit pas du fœtus de but en blanc, dès le début, ou à un moment précis, du processus de génération, mais que, tout le long de la vie fœtale, et même bien au delà de la naissance, il progresse et s\u2019accomplit, d\u2019un mouvement continu, qui, petit à petit, actualise ses diverses potentialités: biologiques, psychologiques, socioculturelles.A ces gens-là, je dis: C\u2019est bon, l\u2019homme n\u2019est pas, il n\u2019est jamais, il devient; il passe son temps, sa vie, à devenir.Mais ce devenir, s\u2019il n\u2019est pas, au départ même, celui de quelqu\u2019un, il est au moins le devenir de quelque chose.De quelque chose de vivant et même, en tout état de cause, d\u2019humain, puisque, parti de l\u2019homme, c\u2019est vers l\u2019homme, dès la conception, qu\u2019il chemine; puisque, biologiquement parlant, il ne peut déboucher sur rien d\u2019autre que l\u2019homme: tout mouvement, dit Aristote, se définit par son terme.Or, ce devenir Refus du risque et protection du potentiel fœtal MAI 1971\t135 humain, brutalement, l\u2019avortement l\u2019interrompt; il détruit, à la lettre, dans l\u2019œuf, ce quelque chose de vivant qui, peut-être, n\u2019est pas encore un homme et n\u2019en possède pas, à l\u2019heure qu\u2019il est frappé, toute la valeur, la dignité et les droits, mais qui, dans la ténèbre des entrailles maternelles, se prépare tranquillement à être un jour, en acte, ce qu\u2019il est déjà en puissance; ce qu\u2019il est donc, à l\u2019instant même, plus réellement que n\u2019importe quoi d\u2019autre (plus réellement, par exemple, qu\u2019aucun organe de sa mère) : l\u2019enfant, l\u2019adulte, le vieillard de demain.Non, ce n\u2019est peut-être pas à une personne humaine que, aux stades les plus précoces de la grossesse, l\u2019avortement s\u2019attaque et, compte tenu de cette possibilité, je vois mal (d\u2019accord avec une partie de notre tradition) qu\u2019il faille s\u2019acharner à l\u2019assimiler, toujours, à un homicide.Cependant, abstraction faite de cette qualification aléatoire et irritante, il resterait à prouver que l\u2019être humain en devenir ne mérite pas le même respect, la même protection que l\u2019être humain achevé.Et, si cette preuve, par impossible, était faite, il resterait à déterminer quelles valeurs (hors la vie actuelle de la mère, peut- être) l\u2019emportent tellement sur les siennes qu\u2019on puisse, légitimement, leur sacrifier sa vie.Quelles valeurs, ai-je dit; le mot est important.Quand on discute de l\u2019avortement, c\u2019est, d\u2019habitude, exclusivement, ou presque, en termes de droits; j\u2019aimerais qu\u2019on en parle, quelquefois, en termes de valeurs.Un fœtus d\u2019un seul jour a-t-il vraiment des droits?A-t-il les mêmes droits qu\u2019un fœtus de six mois ou qu\u2019un enfant déjà né ?Les mêmes droits que sa mère ?C\u2019est difficile à dire: la personne seule a des droits.Il est beaucoup moins malaisé de comprendre qu\u2019il a la même valeur.Car, ce que le fœtus d\u2019un jour porte, mystérieusement, dans l\u2019exiguïté de son être corporel, c\u2019est \u2014 comme le nouveau-né \u2014 tout l\u2019avenir d\u2019un homme; c\u2019est le projet original de la nature (et de Dieu) qui, au long du temps, doit s\u2019accomplir en lui et ne peut s\u2019accomplir qu\u2019en lui.Détruire le « potentiel fœtal » de Mozart, ce n\u2019est peut-être pas assassiner Mozart, mais c\u2019est empêcher que Mozart voie le jour et rejeter au néant les valeurs que, dans le cours de sa vie, il était destiné à faire croître en lui-même et à diffuser dans le monde.Quelques conclusions morales: thèses et hypothèses Des considérations qui précèdent, quelques conclusions se dégagent, les unes catégoriques, les autres hypothétiques et sujettes à discussion.1.Expulser un fœtus vivant, non encore viable, c\u2019est l\u2019arracher du milieu biologique nécessaire à sa vie; c\u2019est le tuer, comme le pêcheur tue le poisson en le tirant hors de l\u2019eau.Et, si le fœtus est déjà une personne de plein droit, c\u2019est, objectivement, se rendre coupable à son égard du crime d\u2019homicide.Or, que le fœtus soit une personne aux stades avancés de son développement, par exemple vers l\u2019époque (que les progrès techniques ne cessent de rapprocher) où il devient apte à vivre hors du sein maternel, et donc bien avant le jour de sa naissance, nul n\u2019en doute, à l\u2019exception de la poignée de ceux qui, pour les fins de l\u2019action, se donnent de l\u2019homme une définition ad hoc, sans aucun caractère scientifique; une définition, en somme, qui, pour justifier l\u2019avortement, en arrive, logiquement, à justifier aussi l\u2019infanticide.136 2.Puisqu\u2019il y a des raisons historiques, philosophiques et scientifiques de douter que le fœtus soit véritablement un homme dès l\u2019instant de la fécondation, avant la nidation (fixation de l\u2019œuf sur la paroi utérine), ou même à quelque stade ultérieur de la grossesse, tout avortement n\u2019est pas nécessairement à juger (ni, surtout, à dénoncer) comme un meurtre.Il n\u2019en reste pas moins un acte, de soi, gravement immoral, à cause du risque énorme qu\u2019il implique (tuer effectivement, s\u2019il existe, un être humain innocent); à cause, surtout, de la destruction radicale qu\u2019il consomme d\u2019un « potentiel » humain irremplaçable.Dans le cas de « coma irréversible > chez la victime d\u2019un traumatisme crânien, comme dans celui d\u2019un fœtus de quelques heures ou de quelques semaines, les ondes cérébrales sont imperceptibles à l\u2019encéphalographe.Chez le comateux, parce que le cerveau est mort, irrémédiablement, emportant avec lui toutes les « potentialités > de la personne; chez le fœtus, parce que le cerveau n\u2019existe pas encore, ou n\u2019est pas suffisamment formé.Mais peut-on traiter de la même manière un vivant dont les réserves d\u2019humanité sont épuisées, qui n\u2019a pas d\u2019avenir (et probablement pas de présent) personnel à JEUNE OU VIEUX ?Jeunesse, toi que j\u2019aime et déteste à la fois ! Vieillesse, douce amie, cruelle ennemie ! De vous deux, qui choisirai-je ?Vieillesse que j\u2019aime ! Chaque jour, ton sable qui m\u2019enveloppe, chaque jour, ta vague, longue et lente, que je laisse glisser vers moi.C\u2019est bien avec toi que je flirte, vieillesse mon amie, chaque fois que par lâcheté ou paresse je me refuse aux combats de la liberté.Chaque fois que je confie à d\u2019autres le soin d\u2019agir à ma place et leur réclame les décisions qui sont miennes, je suis avec toi, vieillesse, tu es avec moi.Chaque fois que je cède à la stagnation et m\u2019assoupis dans la médiocrité, c\u2019est avec toi que je dors, ô vieillesse, chère complice du soir ! Vieillard ! celui que je voudrais être pour n\u2019avoir pas à vivre.Jeunesse, toi aussi je t\u2019aime.Toi, l\u2019aurore, la fraîcheur, les premiers pas dans l\u2019air du matin, la source qui chante, la vie ! Comment résister à tes attraits ! Jeunesse, pourtant, dont j\u2019ai peur et dont chaque jour je veux fuir l\u2019exaltante compagnie.Jeunesse, toi l\u2019impitoyable ! Chaque fois que j\u2019étouffe en moi le goût du risque et de l\u2019aventure, chaque fois que le doute vient en mon coeur étouffer l\u2019espérance, jeunesse, je t\u2019ai trahie.Chaque fois que je tue, en moi ou chez les autres, l\u2019émerveillement et la transparence, c\u2019est toi que je tue, jeunesse.Jeunesse, l\u2019aurore, il n\u2019est plus jeune celui qui déserte l\u2019enfant qu\u2019il porte en soi ! Chaque fois que je refuse la communication avec les autres, c\u2019est encore toi que je refuse, ô jeunesse, pour veiller avec l\u2019autre,.la vieillesse.J\u2019ai rencontré, ce matin, une adolescente au regard de vieillard et, ce soir, un octogénaire qui voulait danser.René Champagne.préserver, et cet autre vivant qui, sur sa gouttelette impalpable, porte le destin entier de l\u2019homme qu\u2019il sera ?RELATIONS Évaluation d\u2019un cas-limite : faut-il sauver la mère ou l\u2019enfant ?3.De propos délibéré, j\u2019ai mis jusqu\u2019ici entre parenthèses le problème ardu de l\u2019avortement thérapeutique au sens strict, de l\u2019avortement recherché directement comme un moyen, médicalement indiqué, de sauver la vie même de la mère mise en péril par la grossesse.Compte tenu des ressources de la médecine moderne, là où elles sont accessibles, cette situation dramatique ne se présente pas souvent, du moins à l\u2019état aigu.Mais, comment la dénouer quand elle existe ?La dénouer, je ne dis pas sur le plan légal (ce fut toujours assez facile), mais sur le plan moral (c\u2019est bien plus difficile).Personnellement, j\u2019incline à partager l\u2019opinion de quelques moralistes catholiques du dernier cru qui, pour diverses raisons, estiment que l\u2019intransigeance, sur ce point névralgique, ne s\u2019impose pas, ou ne s\u2019impose plus; qu\u2019elle risque même, au total, de desservir la cause du respect de la vie au lieu de la promouvoir.Aussi bien, si l\u2019on argumente dans la ligne des droits, il est difficile de maintenir, au nom de la seule raison, que le droit certain de la mère à sa vie ne l\u2019emporte pas sur le droit douteux du fœtus, tant qu\u2019il n\u2019est pas, du moins, certainement une personne humaine.Et si c\u2019est dans la ligne des valeurs qu\u2019on raisonne, les valeurs actuelles de la mère ne doivent-elles pas l\u2019emporter sur les valeurs potentielles du fœtus, lesquelles, par suite d\u2019accidents de parcours, risquent de n\u2019être pas \u2014 ou guère \u2014 actualisées ?Quant à l\u2019argument qui consiste à dire, en gros, que la mort naturelle de la mère, mal physique, est préférable au meurtre de l\u2019enfant, mal moral, je ne le trouve pas convaincant.S\u2019abstenir de venir au secours d\u2019un être humain en péril (ne pas tendre une perche à l\u2019enfant qui se noie), quand on a les moyens techniques de le faire, n\u2019est-ce pas commettre un meurtre, \u2014 un meurtre par omission ?Laisser mourir une mère (qui pourrait, médicalement, être sauvée), est-ce un moindre mal moral que de tuer le fœtus, même « animé », qu\u2019elle porte en son sein ?Toute situation naturelle, sitôt qu\u2019elle entre dans le champ des interventions humaines possibles, suscite chez ceux qui peuvent l\u2019infléchir, dans un sens ou dans l\u2019autre, une responsabilité.Choisir de ne pas choisir, de laisser, comme on dit, « la nature suivre son cours », c\u2019est, bon gré mal gré, encore choisir.Et je ne suis pas sûr que le choix qui aboutit à la mort de la mère soit, moralement, meilleur que celui qui débouche sur la mort de l\u2019enfant.A fortiori s\u2019il aboutit à la mort de l\u2019un et de l\u2019autre.Dans ce conflit d\u2019intérêts entre la mère et l\u2019enfant, prendre parti pour le plus fort au détriment du plus faible, c\u2019est consentir, dit-on, à la destruction de toute moralité.Dans Yabstrait, l\u2019argument a du poids: les rapports de justice entre les hommes sont incompatibles avec la discrimination.Et pourtant, lorsqu\u2019elle légitime l\u2019avortement indirect, en cas de grossesse ectopique ou d\u2019utérus gravide cancéreux, la morale catholique ne prend-elle pas, de fait, le parti de la mère aux dépens de l\u2019enfant?Qu\u2019elle le fasse à l\u2019abri d\u2019une règle morale éprouvée, qui ne s\u2019applique pas à l\u2019avortement direct, cela n\u2019a pas tellement d\u2019importance.Car cette règle, au fond, en est une de pis-aller, de compromis raisonnable avec la nécessité.Dans l\u2019arbitrage des cas concrets, où il n\u2019y a de choix qu\u2019entre deux maux, la morale aux abois, pour éviter un plus grand mal, se donne les raisons d\u2019en tolérer, à contre-cœur, un moindre qui, par le fait même, devient presqu\u2019un bien.L\u2019acceptation tardive de l\u2019avortement indirect, en dépit de quelques sombres pronostics à l\u2019époque, n\u2019a certaine- Dieu !.Dans toutes ces querelles autour de l\u2019avortement, c\u2019est un grand oublié.Ainsi l\u2019exige la morale d\u2019un monde où, dans l\u2019esprit et le cœur d\u2019un grand nombre, « Dieu est mort », ou ne parle plus que d\u2019une voix affaiblie.Et pourtant, c\u2019est, en définitive, sous le regard et dans la lumière de Dieu que l\u2019avortement \u2014 comme tous les grands problèmes de vie ou de mort auxquels, depuis toujours, l\u2019humanité fait face \u2014 revêt sa vraie et sa terrible signification.Notre civilisation chrétienne occidentale, en dépit de ses contradictions historiques, est toute bâtie sur la conviction que l\u2019homme \u2014 tout homme \u2014, personnellement créé à l\u2019image de Dieu et, par Lui, ment pas abouti à la « destruction de toute moralité ».Je parie qu\u2019elle a plutôt renforcé l\u2019emprise de la morale en la rendant, sur un point de misère, plus humaine et, par extension, plus « croyable ».La leçon est à méditer.Pour assurer le respect de la vie prénatale, il n\u2019est pas nécessaire de lui accorder une valeur absolue et une protection sans limite.Dans le cas précis qui nous occupe, peut-être vaut-il mieux, comme la plupart des législateurs l\u2019ont cru, jeter du lest et ne pas se raidir sur des positions morales qui, même encore mieux fondées, n\u2019en contrediraient pas moins l\u2019instinct profond des foules et risqueraient d\u2019aggraver tragiquement, au regard de l\u2019opinion, l\u2019écart entre la morale et la vie.Ceci dit, reste à découvrir les raisons capables de justifier, aux yeux du moraliste, l\u2019avortement thérapeutique au sens strict, sans justifier, du même coup, aucune autre forme d\u2019avortement direct.De celles qu\u2019on suggère, aucune ne satisfait un esprit difficile.La meilleure, selon moi, consisterait à montrer que, toutes les vies ayant, essentiellement, la même valeur, il n\u2019est pas immoral, dans un cas d\u2019extrême nécessité \u2014 un cas où ne pas agir, c\u2019est agir \u2014, d\u2019accorder la préférence, en pratique, à celle qui, existentiellement, en a une plus grande.Mais peut-être, après tout, la morale, ici, n\u2019est-elle pas capable de rien véritablement démontrer ?Peut-être la vie pose-t-elle à l\u2019homme, parfois, des questions auxquelles Dieu seul peut répondre ?personnellement racheté ( « J\u2019ai versé telle goutte de sang pour toi », dit Pascal), est dépositaire d\u2019un don sacré qui l\u2019auréole, dès sa naissance, d\u2019une inaliénable majesté.Que cette majesté s\u2019affirme à l\u2019instant même de la conception, la pensée chrétienne en a eu l\u2019intuition dès l\u2019origine, une intuition qui, en substance, ne s\u2019est jamais démentie.La trahir, aujourd\u2019hui, ce serait, sur un point d\u2019extrême importance, rompre en visière avec ce passé qui, patiemment, nous a construits, humanisés et ennoblis; ce serait, au nom de la commodité, de l\u2019efficacité, de la pitié peut-être, contribuer, bon gré mal gré, à l\u2019avilissement de tous les hommes.Ce que l\u2019avortement met en jeu : la majesté de l\u2019homme, de tous les hommes MAI 1971\t137 La force est dans la faiblesse \u2014 un témoignage de Jean Vanier sur les « déficients » ou « débiles » Avec la fragile vie fœtale, celle également fragile et désarmée de ceux que l\u2019on appelle les « débiles » ou les « déficients », à cause même de sa fragilité et de son incapacité à se défendre, adresse à notre conscience d\u2019hommes et de chrétiens un appel particulièrement pressant \u2014 un appel à la vie.Ceux à qui elle a été donnée comme promesse n\u2019ont-ils pas droit à connaître, compte tenu des situations souvent très pénibles, son épanouissement maximal ?Cet appel, la « note doctrinale sur l\u2019avortement » de l\u2019épiscopat français le reconnaît et l\u2019exprime nettement (cf.La Documentation catholique, no 1582, 21 mars 1971, p.290): Les handicapés coûtent cher à la société.Ils coûteront sans doute plus cher encore, à mesure que se développeront les services spécialisés qui leur conviennent.Mais moins cher que les guerres et pas plus cher que les exploitations de toutes espèces.Leur « inutilité » apparente nous rend un service dont nous avons grand besoin; elle nous rappelle que les relations humaines et toute la société, même celle de l\u2019échange économique, sont fondées sur la solidarité et un respect, sans contrepartie, de la vie humaine quelle qu\u2019elle soit.Si cet appel n\u2019est pas entendu, nos propos sur la libération de l\u2019homme et nos engagements mêmes sont hypocrites.Et Jésus, qui n\u2019aimait pourtant pas condamner, a condamné les hypocrites .C\u2019est pourquoi^ RELATIONS a voulu compléter son présent dossier \u2014 malheureusement trop succinct et rapide \u2014 en faisant appel à la collaboration d\u2019un homme qui a consacré plusieurs années de sa vie, à l\u2019Arche (Trosly-Breuil, France), au service d\u2019adultes classés comme « débiles » ou « déficients ».M.Jean Vanier nous a autorisés à reproduire ici certaines réflexions déjà publiées, il y a bientôt trois ans, dans la revue Misericordia (no 106, juillet 1968).Inadaptés, déficients, débiles.: c\u2019est ainsi, hélas, que notre société a l\u2019habitude de les appeler.Bien sûr, on est obligé \u2014 surtout dans le domaine psychologique et médical \u2014 de classifier.Mais si vite on oublie la personne humaine et le respect dont elle a besoin.Il est vrai que, sous l\u2019angle particulier de l\u2019efficacité et de l\u2019utilité sociale, le débile ne peut apporter grand\u2019chose à la société.Oh ! certes, il peut travailler, il peut même faire de belles œuvres artisanales; mais ce n\u2019est pas là que réside son unique valeur, ni même sa valeur la plus profonde.Des hommes soi-disant normaux cachent souvent leur vraie personne derrière des murs de timidité, de dureté, d\u2019une certaine hypocrisie et d\u2019une recherche d\u2019estime sociale.Ils ont comme peur de se montrer tels qu\u2019ils sont; ils ont souvent peur de l\u2019amitié et de l\u2019amoür et des engagements que cela implique.Ce n\u2019est pas le cas des déficients.Tous ceux qui ont la joie [ou la grâce, comme dit ailleurs l\u2019A.] de connaître des handicapés vivant dans un milieu épanouissant, ont pu expérimenter la douceur et la confiance de leurs mains tendues.Le déficient n\u2019a souvent rien à perdre.Il n\u2019a pas beaucoup de possessions, ni une place sociale à défendre.Il peut se montrer tel qu\u2019il est \u2014 à condition, bien sûr, qu\u2019on n\u2019ait pas essayé de le faire vivre autrement qu\u2019il n\u2019est.Si, sur le plan des relations humaines, ceux que l\u2019on appelle les « déficients » m\u2019ont appris l\u2019immense valeur des qualités du cœur, distinctes des qualités d\u2019efficacité, c\u2019est peut-être surtout sur le plan de la vie de grâce et de foi qu\u2019ils m\u2019ont le plus ouvert les yeux et l\u2019esprit.Par mon éducation et mon milieu social, j\u2019avais un peu tendance à lier la vie de foi et d\u2019amour surnaturel aux capacités rationnelles.Or, est-ce parce qu\u2019ils ne sont pas capables d\u2019avoir des idées sur le Christ et sur son rôle dans l\u2019histoire qu\u2019ils sont plus disponibles à recevoir sa présence ?je n\u2019oserais le dire; mais ce qui me paraît évident aujourd\u2019hui, c\u2019est que, incapables d\u2019idées « théologiques », incapables parfois d\u2019actes proprement rationnels et volontaires, ils sont néanmoins capables d\u2019une vie de foi, d\u2019espérance et d\u2019amour.Et la simplicité de leur foi, et la pureté de leur amour sont peut-être d\u2019autant plus grandes qu\u2019ils ne sont pas encombrés d\u2019idées et de besoins sociaux.Le débile a quelque chose de vrai et de simple; il n\u2019est pas factice.Il est parfois « cru » ou même « vulgaire »; c\u2019est peut-être ce qui fait que sa foi est simple et qu\u2019elle est réellement foi.Mais c\u2019est peut-être surtout parce qu\u2019ils vivent davantage que nous \u2014 les chrétiens « normaux »! \u2014 au niveau du cœur qu\u2019ils sont plus aptes à recevoir la présence de Jésus en eux.S\u2019ils ne peuvent connaître abstraitement, ils peuvent aimer et communier.L\u2019Esprit-Saint n\u2019aura pas à briser ces barrages que, souvent, la raison construit autour du cœur.La grâce de Jésus, oui, elle est surtout donnée aux faibles.Les puissants, ils sont trop occupés de leur puissance.« Aussi bien, frères, considérez votre appel.Il n\u2019y a pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni de gens bien nés.Mais ce qu\u2019il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu\u2019il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l\u2019on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n\u2019est pas, pour réduire à rien ce qui est, afin qu\u2019aucune chair n\u2019aille se glorifier devant Dieu ! » (I Co 1, 26-29.) La grande souffrance du débile est de se sentir « autre » et « inutile ».Il a besoin d\u2019amis qui l\u2019aident à découvrir sa propre personne et sa place dans la société, des amis qui l\u2019aiment et le respectent.Mais il a besoin surtout, peut-être à travers eux, de l\u2019amour de Dieu.S\u2019il découvre, par la foi et surtout par l\u2019expérience divine de la présence de l\u2019Amour en lui, combien il est aimé de Jésus, alors je dirai qu\u2019il n\u2019est plus handicapé.Il aura peut-être de la difficulté à trouver sa place dans la société, mais, connaissant l\u2019amour de Jésus pour lui, il aura découvert sa propre personne et sa vraie raison d\u2019être dans le monde.138 RELATIONS LIBÉRATION DE L\u2019HOMME et révolution DOSSIER 2 ______________________ LES CHRÉTIENS RÉVOLUTIONNAIRES EN AMÉRIQUE LATINE par Yves Vaillancourt En climat pré-révolutionnaire.où est l\u2019Église ?L\u2019Amérique latine pourrait bien être à la veille de la conquête de la « deuxième indépendance ».Au cours de la dernière décennie, la conscience révolutionnaire latino-américaine n\u2019a pas cessé de gagner du terrain.C\u2019est dire qu\u2019augmente constamment le nombre de ceux qui identifient les causes structurelles du sous-développement et pensent que la solution réelle passe nécessairement par une « rupture » avec le système capitaliste actuel et une option carrément socialiste.Un diagnostic est de plus en plus partagé: ce qu\u2019il faut mettre en cause, ce n\u2019est pas surtout la maladresse ou la mauvaise volonté des hommes politiques, mais les « règles du jeu » de la vie socio-économique nationale et internationale qui font systématiquement violence aux droits fondamentaux et aux aspirations légitimes des masses populaires x.Telle montée de la conscientisation chez les classes opprimées et exploitées peut-elle s\u2019accomplir sans entraîner avec elle un climat pré-révolutionnaire ?C\u2019est bien ce qui se passe en Amérique latine.L\u2019affrontement entre oppresseurs et opprimés devient de plus en plus net et entretient, dans des pays comme le Guatemala, la Colombie, la Bolivie, l\u2019Argentine, l\u2019Uruguay et le Brésil, un climat de grande instabilité politique.Bien sûr, la contre-révolution perfectionne aussi ses moyens et les moments pré-révolutionnaires ne sont pas automatiquement suivis de transformations révolution- naires.Mais une chose est certaine: en climat pré-révolutionnaire, les sociétés se divisent en deux camps et il est difficile d\u2019être des deux côtés à la fois.Il faut choisir: pour la dépendance.ou pour la libération.Entre ces deux options, il y a une anti-chambre: le réformisme \u2014 les « troisièmes voies » de type populiste, démocrate-chrétienne, social-démocrate, etc.Position difficile à maintenir honnêtement, pendant longtemps, en période pré-révolutionnaire: on revient à droite ou on va carrément à gauche.Dans ce contexte pré-révolutionnaire, en Amérique latine, où se situe l\u2019Eglise catholique ?Quelle place occupe cette dernière dans un panorama socio-politique où s\u2019affrontent conservateurs, réformistes et révolutionnaires ?Dans le processus de libération populaire, l\u2019Eglise joue-t-elle un rôle d\u2019obstacle, de spectateur, de catalyseur ?Il y a dix ans, il aurait été plus simple de répondre à une telle question ! Le fait de l\u2019apparition d\u2019une nouvelle Eglise latino-américaine est difficile à nier.Même un Fidel Castro, pourtant pas tellement gâté par le comportement de l\u2019Eglise cubaine dans le déroulement du processus révolutionnaire, semble conférer une importance majeure à ce phénomène.Au cours d\u2019une entrevue donnée à un groupe d\u2019universitaires chiliens, l\u2019été dernier, Castro fut amené, peut-être en raison de la présence du jésuite Ochagavia, doyen de la Faculté de théologie de l\u2019Université catholique de Santiago, à parler longuement du ferment révolutionnaire de l\u2019Evangile et de la Conférence de Medellin.Voici un extrait Aujourd\u2019hui, en Amérique latine comme ailleurs, il devient de plus en plus périlleux de parler de l\u2019Eglise au singulier ! Elle a cessé de se laisser percevoir comme un bloc monolithique qui épuise sa mission dans l\u2019appui inconditionnel au statu quo.L\u2019évolution politique des dix dernières années a eu un impact déterminant sur la vie de l\u2019Eglise.L\u2019Eglise latino-américaine a maintenant plusieurs visages 2.Elle retrouve en son sein les tensions, les clivages qui jouent dans la vie politique.C\u2019est ainsi que, dans la plupart des pays latino-américains, se rencontre le phénomène des trois Eglises, ou des trois types de chrétiens.A côté de l\u2019Eglise conservatrice qui plonge de profondes racines dans l\u2019histoire, il y l\u2019Eglise réformiste (depuis 1962 environ) et l\u2019Eglise révolutionnaire (depuis 1968 environ).3.C\u2019est précisément du phénomène de l\u2019émergence de cette Eglise révolutionnaire qu\u2019il sera question dans les pages qui suivent4.révélateur d\u2019un discours qu\u2019il prononçait en avril 1970, à l\u2019occasion du centième anniversaire de la naissance de Lénine: Ces derniers temps, en Amérique latine, on a pu noter une augmentation de l\u2019inquiétude dans les secteurs de l\u2019Eglise, dans les institutions militaires, deux forces qui étaient les pilliers les plus solides de la réaction de l\u2019oligarchie et de l\u2019impérialisme.Cette inquiétude dans ces secteurs de l\u2019Eglise et dans les secteurs militaires est une conséquence de la prise de conscience de l\u2019exploitation dans laquelle vivent les peuples, de la prise de conscience du joug imposé par les impérialistes, de l\u2019attitude héroïque et révolutionnaire de certains prêtres \u2014 dont l\u2019exemple le plus grand a été celui de Camilo Torres en Colombie 6.I.\u2014Visage de l'Église révolutionnaire MAI 1971 139 Certains auront vite fait de soupçonner l\u2019opportunisme sous-jacent à une telle remarque et d\u2019ajouter que le phénomène auquel se réfère Fidel prête à des interprétations très variées, selon que l\u2019on se place à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur de l\u2019Eglise, à gauche ou à droite.Mais ceci laisse intacte l\u2019affirmation centrale: il y a une nouvelle catégorie de chrétiens révolutionnaires en Amérique latine.Avant de risquer une interprétation de ce phénomène, alignons quelques faits qui aident à mieux le cerner.Les indices d\u2019un nouveau type de chrétiens La conscience révolutionnaire qui fraye son chemin dans l\u2019Eglise latino-américaine s\u2019exprime dans un faisceau d\u2019options, d\u2019actes, de textes.\u2014 En février 1966, Camilo Torres, prêtre et sociologue colombien, meurt dans le maquis comme guérillero.Depuis, les effets d\u2019entraînement de cet événement ne cessent de se multiplier.Du Mexique à l\u2019Argentine, Camilo est un point de référence stimulant pour tous les chrétiens révolutionnaires.Il est à l\u2019Eglise ce que Che Guevara est à l\u2019Amérique latine tout court: le symbole de l\u2019amour qui est allé jusqu\u2019au bout6.Présentement, en Colombie, il y a encore trois ou quatre prêtres dans les focos de guérilla rurale 7.Il y avait des chrétiens dans le foco de Teoponte qui a été démantelé par l\u2019armée bolivienne en septembre et octobre derniers8.Il y en a aussi qui sont impliqués dans le guérilla urbaine qui se déroule au Brésil, en Uruguay, en Argentine et au Guatemala.\u2014 Dans certains pays, existent des groupes de prêtres révolutionnaires.Au Pérou, il y a le groupe Onis (environ quarante prêtres); en Colombie, il y a le groupe Golconda (environ cinquante prêtres); en Argentine, il y a le groupe Tercer Mundo (environ trois cents prêtres); en Bolivie, il y a le groupe Isal (environ trente prêtres).Au Chili, il y a le groupe Iglesia Joven (deux ou trois cents chrétiens).Depuis quelques années, ces groupes, plus ou moins formels, sont intervenus régulièrement, soit avec des textes, soit avec des gestes symboliques, pour exprimer leur solidarité avec les marginaux dans l\u2019Eglise et la société et exercer une fonction de vigilance à l\u2019endroit des pouvoirs 9.\u2014 Les chrétiens révolutionnaires s\u2019expriment dans plusieurs revues et journaux.Mentionnons Frente Unido (Bogota), Teologia de la Liberation (Bogota), Liberation (México), Cris-tianismo y Revolution (Buenos Aires), Mensaje (Santiago), Comuni-dad (Asuncion), Vispera (Montevideo), Perspectivas de Dialogo (Montevideo), Christus (México), Noticias Aliadas (Lima), etc.\u2014 Les chrétiens révolutionnaires subissent le sort de tous les révolutionnaires dans les pays où la répression s\u2019est installée.Pour s\u2019en tenir seulement au clergé, disons que, depuis deux ans, des prêtres et des religieux ont été emprisonnés (Argentine, Brésil), expulsés (Brésil, Paraguay, Bolivie, Colombie, Nicaragua, Guatemala, Haïti), torturés (Brésil), échangés comme prisonniers politiques (Brésil)10, en plus, évidemment, d\u2019être traités de « communistes » et de « subversifs ».\u2014 Les chrétiens révolutionnaires ont exprimé un tollé de protestations en apprenant la forme que prendrait le voyage de Paul VI à Bogota, en août 1968.De tous les coins du continent ont jailli les lettres dénonçant le capital politique que ne manquerait pas de faire de ce voyage l\u2019oligarchie colombienne.Dans le texte qui fut distribué par le groupe Iglesia J oven à l\u2019occasion de l\u2019occupation de la cathédrale de Santiago, la question suivante était posée: « Quelle est donc l\u2019Eglise qui a préparé le Congrès eucharistique \u2014 et le voyage de Paul VI à Bogota \u2014: une Eglise de serviteurs qui luttent en faveur du peuple, ou une Eglise triomphaliste, liée au capitalisme ?» 11 A Bogota, le jour même de l\u2019arrivée du Pape, sortit un numéro spécial de Frente Unido portant sur la Colombie que Paul VI ne verrait pas.\u2014 Les chrétiens révolutionnaires n\u2019hésitent pas, comme les chrétiens réformistes, à collaborer avec les marxistes.Il y avait quatre prêtres du « Mouvement Camilo Torres » à la Conférence de l\u2019OLAS qui s\u2019est déroulée à Entrer dans la conscience des chrétiens révolutionnaires latino-américains, c\u2019est découvrir qu\u2019ils visent principalement un objectif: sortir l\u2019Eglise de ses contradictions présentes, afin de la rendre présente, à la manière d\u2019un ferment positif, dans le nécessaire processus de libération.C\u2019est, au nom des impératifs évangéliques ré-interprétés à partir d\u2019une expérience d\u2019enracinement dans une réalité sociale diagnostiquée comme pré-révolutionnaire, vouloir entre- La Havane, en 1967.Au Chili, lors des dernières élections, le MAPU donnait un visage public à la participation des chrétiens révolutionnaires à la coalition de gauche formée principalement par deux partis marxistes 12.C\u2019est un fait aussi que plusieurs chrétiens révolutionnaires se présentent comme « chrétiens-marxistes ».\u2014 Les chrétiens révolutionnaires ont été à la fois surpris et heureux de la tournure positive de la « seconde conférence générale de l\u2019épiscopat latino-américain » qui s\u2019est déroulée à Medellin, immédiatement après le voyage de Paul VI à Bogota, en août 1968.Surpris et heureux de voir les évêques signer certains textes \u2014 notamment les documents sur la justice, la paix, la pastorale des élites \u2014 dans lesquels passaient un diagnostic et une option d\u2019orientation plutôt révolutionnaire.Medellin, comme le signale Martin de la Rosa, « signifie un véritable « virage » pour l\u2019Eglise.On abandonne clairement les solutions équilibrées et harmonieuses en faveur d\u2019une transformation rapide et profonde » 13.En plus, Medellin marque une rupture avec le « christianisme social » importé d\u2019Europe et un pas en avant dans la recherche d\u2019une théologie de la libération authentiquement latino-américaine 14.Certes, l\u2019ensemble des faits colligés laisse une vue assez superficielle du phénomène qu\u2019on essaie de cerner.Les données évoquées n\u2019ont pas toutes le même poids.C\u2019est un fait que d\u2019un chrétien révolutionnaire à un autre, d\u2019un groupe à un autre, d\u2019un pays à un autre, peut varier beaucoup la qualité des analyses politiques et des réflexions théologiques impliquées dans les choix et les actions.D\u2019où l\u2019importance d\u2019un effort pour saisir « du dedans » la conscience de l\u2019Eglise révolutionnaire.prendre le passage d\u2019une Eglise aliénée \u2014 héritée de l\u2019histoire \u2014 vers une Eglise libérée.L\u2019Eglise aliénée à transformer en profondeur, c\u2019\u2018est l\u2019Eglise hiérarchique, c\u2019est l\u2019Eglise des détenteurs du pouvoir, c\u2019est l\u2019Eglise qui, dans des pays comme le Mexique, le Guatemala, la Colombie, l\u2019Argentine, Haïti, reste enferrée dans des contradictions qui plongent leurs racines jusque dans l\u2019histoire coloniale.Ainsi, dans la conscience de l\u2019Eglise révolu- II.\u2014 Conscience des chrétiens révolutionnaires 140 RELATIONS tionnaire, il n\u2019y a pas seulement la con- critique d\u2019une Eglise coloniale dont il testation de l\u2019Eglise présente et le rêve faut tenir compte pour comprendre le d\u2019une Eglise à venir; il y a aussi la présent et bâtir l\u2019avenir.1° Critique de l\u2019Église coloniale15 Pour Gustavo Gutierrez, théologien péruvien, l\u2019existence et le comportement du secteur conservateur de l\u2019Eglise latino-américaine contemporaine renvoient à l\u2019histoire des origines: « L\u2019Eglise de l\u2019Amérique latine est née aliénée.Dès le commencement, et en dépit d\u2019efforts valeureux et exceptionnels, elle ne fut pas maître de son destin.Les décisions étaient prises en dehors du continent ».16 Pendant la période coloniale, l\u2019Eglise était dépendante de Madrid.Après l\u2019Indépendance, c\u2019est Rome qui devint la nouvelle métropole.Quand la Métropole est à Madrid A son point d\u2019origine, l\u2019Eglise s\u2019implante dans le « Nouveau Monde » sous le signe de l'ambiguité.Dans la mesure où elles relèvent à la fois du Pape et des Couronnes espagnole et portugaise, la conquête et la mission sont des opérations inextricablement liées.Parce que la croix suivait l\u2019épée, l\u2019Eglise acceptait d\u2019être perçue comme un rouage de l\u2019appareil colonisateur.C\u2019était beaucoup attendre des indigènes que de leur demander, lorsqu\u2019ils avaient vu descendre d\u2019un même navire conquistadors et missionnaires, de distinguer les intentions des uns et des autres.Dès 1493, en vertu du droit de Pa-tronato octroyé aux souverains de Madrid et de Lisbonne, YEglise naissante est officiellement mise en tutelle.En effet, le système du Patronato se trouvait à conférer aux pouvoirs politiques coloniaux, situés en métropole ou en colonie, le droit de contrôler la nomination des évêques, l\u2019envoi des missionnaires, la création de nouveaux diocèses, la construction de nouveaux monastères et de nouvelles églises, l\u2019administration financière de l\u2019Eglise 17.En retour, la couronne s\u2019engageait à promouvoir comme objectif de la colonisation « l\u2019instruction et la conversion des indigènes ».Cet accord entre Rome et les métropoles des deux empires eut pour effet de ravir à l\u2019Eglise latino-américaine toute possibilité d\u2019autonomie.Pour tout ce qui concerne son développement, son organisation, sa vie, l\u2019Eglise locale devait faire appel à des centres de décision situés en dehors d\u2019elle-même.Elle était acculée à prendre son départ et à grandir dans la dépendance.MAI 1971 De l\u2019Eglise dépendante à l\u2019Eglise aliénée, il n\u2019y a qu\u2019un pas.L\u2019inféodation entraîne avec elle tout un cortège d\u2019effets secondaires qui vont se déployer progressivement pendant l\u2019ère coloniale et ne disparaîtront pas après l\u2019Indépendance.Subordonnée au bon vouloir des agents politiques de la métropole et de leurs représentants en colonie, l\u2019Eglise doit apprendre à négocier, à plaire, à courtiser, à devenir diplomate, à se gagner la confiance, l\u2019appui des groupes sociaux pesants.Pour elle, c\u2019était une question de vie ou de mort que de développer l\u2019art de ne pas froisser l\u2019autorité civile et de se garder l\u2019appui des classes sociales dominantes.Travailler pour ses intérêts signifiait pour l\u2019Eglise respecter les intérêts des pouvoirs politiques et des agents de la vie socio-économique qui leur étaient inféodés.Et, dans la mesure où l\u2019Eglise devenait habile dans ses négociations avec ceux qui détenaient le pouvoir, le prestige, les terres, l\u2019argent, les esclaves, l\u2019Eglise pouvait-elle éviter d\u2019être gratifiée ?A force de soigner ses relations avec les grands, les forts, les riches, pouvait-elle réussir à obtenir les permissions recherchées sans être associée aux visées et aux opérations d\u2019une classe sociale dominante ?L\u2019Eglise pouvait-elle éviter de devenir une Eglise de classe, une Eglise puissante, une Eglise prestigieuse, une Eglise riche ?Et alors, peut-on parler d\u2019autre chose que d\u2019une Eglise aliénée, parce que bâillonnée, enchaînée, gênée dans sa spontanéité, obligée d\u2019accepter des compromis par rapport aux exigences de sa mission évangélisatrice, tenue d\u2019y aller doucement dans la défense des droits lésés des Indiens et dans la dénonciation des menées exploitatrices, oppressives et répressives des coloniaux ?Portée à maintenir des liens harmonieux avec les colonisateurs, comment l\u2019Eglise pouvait-elle maintenir des lignes de communications avec les masses populaires colonisées 18 ?Quand la Métropole est à Rome Au plan politique, l\u2019Indépendance signifiait, pour les nouvelles républiques latino-américaines, la rupture du cordon ombilical qui les rattachait anciennement à Madrid et Lisbonne.Dans l\u2019ensemble, les principaux acteurs de la vie politique, économique et sociale locale n\u2019étaient pas tellement relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, des études sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tFamille \u2022\tQuestions nationales et constitutionnelles \u2022\tPolitique Internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tTravail et problèmes économiques \u2022\tAffaires sociales \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.Périodiquement, RELATIONS publie des dossiers plus élaborés ou même des numéros spéciaux.Mentionnons, au cours de 1970 et 1971 : \u2022\tQuébec 1960-1970 \u2014 bilan et prospective (décembre 1969) \u2022\tLe bill 62 et la confessionnalité de l\u2019école (février 1970) \u2022\tL\u2019animation sociale (mai 1970) \u2022\tLa révolution culturelle et l\u2019éducation (juillet-août 1970) \u2022\tLa sécularisation de la société québécoise (série d\u2019articles parus dans divers numéros) \u2022\tLa politique québécoise avant et après avril 1970 (articles parus dans trois numéros) \u2022\tLe mariage et le divorce (décembre 1970) \u2022\tLa technologie au service de l\u2019éducation : le Projet Multi-Média (février 1971) \u2022\tLa justice au Québec : notre justice deviendra-t-elle croyable ?Plusieurs de ces dossiers sont utilisés par les professeurs et les étudiants pour la préparation de séminaires et de travaux de recherche.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750 Formule d\u2019abonnement au verso \u2014 pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.141 bousculés.Pour les secteurs marginaux, les exploités et les opprimés, l\u2019Indépendance n\u2019était pas la leur.Les structures sociales et économiques n\u2019étaient pas modifiées substantiellement.L\u2019impérialisme espagnol et portugais mourait, mais pour laisser le terrain vacant au néo-impérialisme britannique d\u2019abord, puis nord-américain 19.Au plan ecclésial, dans la mesure où la structure sociale demeurait inchangée, l\u2019Indépendance ne signifiait pas nécessairement une modification majeure du profil de l\u2019Eglise coloniale.Mais, dans la mesure où le changement de régime était accompagné de la diffusion de nouvelles idées libérales et de nouveaux systèmes politiques, l\u2019Eglise pouvait se sentir menacée et être tentée d\u2019adopter une attitude dé-fensive face aux nouveaux phénomènes.C\u2019est ce qui arriva.L\u2019Eglise fut décapitée au lendemain de l\u2019Indépendance, lorsque plusieurs évêques espagnols rentrèrent chez eux.L\u2019autorité ecclésiastique demeurée sur place prit une certaine distance vis-à-vis de l\u2019autorité civile et effectua le passage d\u2019un pacte colonial politique avec Madrid à un « pacte colonial ecclésiastique » avec Rome.Une métropole est perdue; une autre est retrouvée.Les Eglises locales continuent à tout attendre de centres de décision situés en dehors, à importer d\u2019Europe son mode d\u2019organisation, sa liturgie, sa théologie, sa vie chrétienne.Parce qu\u2019elle est craintive face au courant libéral et anticlérical qui fait son chemin en Amérique latine au 19e Cette Eglise coloniale, dont les traits viennent d\u2019être évoqués, n\u2019est pas morte ! Même si, depuis la dernière décennie, croît sans cesse le nombre des chrétiens réformistes et des chrétiens révolutionnaires, cela ne signifie pas la disparition de l\u2019Eglise traditionnelle.C\u2019est même elle qui garde le pouvoir en Colombie, en Argentine, au Guatemala, au Mexique, en Haïti.C\u2019est précisément cette Eglise coloniale que les chrétiens révolutionnaires contestent radicalement.Pour eux, à l\u2019heure où l\u2019Amérique latine est en instance de libération, il faut, au nom des valeurs évangéliques dénoncer cette Eglise qui, à cause de ses richesses, de ses liens avec les régimes politiques anti-populaires, de son appartenance à la classe dominante, de son éloignement des classes exploitées, de son siècle, l\u2019Eglise se perçoit attaquée par ceux qui proposent des mesures comme l\u2019éducation laïque, le mariage civil, la séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, et ne tarde pas à développer une attitude de repli sur soi, à devenir une Eglise-ghetto.Plus distante face aux pouvoirs, l\u2019Eglise hiérarchique n\u2019en profite pas, pour autant, pour se rapprocher du peuple et conscientiser la réalité latino-américaine globale.Elle développe tout un réseau d\u2019institutions qui constitue une sorte de double de l\u2019organisation sociale.Et parce qu\u2019elle ne cesse pas d\u2019être une Eglise de classe, nombre de ses institutions et de ses activités, principalement dans le domaine de l\u2019éducation, favorisent la diffusion de l\u2019idéologie dominante, i.e.d\u2019un système de valeurs qui justifie un ordre social favorisant les intérêts de quelques privilégiés contre les aspirations populaires.Ainsi, après l\u2019Indépendance, sans être aussi bien avec les pouvoirs qu\u2019à la fin de l\u2019ère coloniale, l\u2019Eglise n\u2019en demeure pas moins coupée de la classe des opprimés et des exploités.Elle continue d\u2019occuper, dans la structure sociale, une place qui a pour effet de la bâillonner, de l\u2019empêcher de lire et de témoigner de l\u2019Evangile.Elle ne se fatigue pas de propager un christianisme de conservation.Souvent inconsciemment, elle fait le jeu des oligarchies nationales et des impérialistes étrangers.Trop éloignée des frustrations et des aspirations populaires, trop dépendante de Rome, elle n\u2019a pas la disponibilité acquise pour devenir authentiquement nationale, populaire et latino-américaine.Elle est demeurée coloniale et aliénée.prestige, de ses intérêts, est un contresigne.Dans un climat pré-révolutionnaire, l\u2019Eglise n\u2019a même plus le droit de se réfugier dans Yillusion de l\u2019a-poli-tisme.Pour reprendre un mot de Gutierrez, « ne rien faire en faveur des opprimés d\u2019Amérique latine, c\u2019est déjà agir contre eux » 20.Le mot d\u2019ordre est lancé: Il faut libérer l\u2019Eglise pour qu\u2019elle participe à la libération de la société.Libérer l\u2019Église.S\u2019il est vrai que l\u2019Eglise-institution est bâillonnée, aliénée, parce que mariée à un système politique oppressif et à une classe sociale dominante, la libération va exiger des ruptures.S\u2019il est vrai que l\u2019Eglise est encombrée par ses richesses, ses privilèges, ses pouvoirs, la libération va exiger des dé- 2° Passage de la dépendance à la libération 142 RELATIONS pouillements.C\u2019est précisément ce que l\u2019Eglise révolutionnaire exige de l\u2019Eglise hiérarchique: qu\u2019elle ait le courage de se départir de tout ce qui l\u2019empêche de se mettre à l\u2019écoute des appels de l\u2019Evangile et de la réalité latino-américaine intégrale ! Qu\u2019elle accepte de rompre les liens qui l\u2019asservissent aux puissants du monde, afin de redevenir libre d\u2019établir des liens de solidarité avec les petits, les marginaux, les opprimés, ceux qui ont soif de libération ! Citons quelques témoignages.L\u2019un vient d\u2019une lettre signée par trente prêtres colombiens: Si l\u2019Eglise veut assumer dans leur totalité les angoisses et les espérances de l\u2019homme latino-américain, elle doit se vider de tout privilège, de toute compromission avec le pouvoir politique, de tout préjugé de naissance, de classe ou de race.2] L\u2019autre vient d\u2019une lettre signée par trois cents prêtres brésiliens: Face aux hommes qui accordent une valeur excessive à la propriété, au pouvoir, au prestige social, ceci presque toujours comme corrélatif de la misère, de l\u2019esclavage et de l\u2019humiliation des autres, nous voulons nous engager de la manière suivante: vivre tous, prêtres et évêques, comme le commun du peuple; rendre plus simples nos maisons et les lieux de réunion de la communauté; participer à la vie du peuple non pas en tant qu\u2019autorités; mais en tant qu\u2019hommes et que chrétiens, sans accepter de privilèges ou d\u2019exonorations; nous défaire de tout pouvoir économique ou politique.22 Qu\u2019elle ne se leurre pas ! En dépit des textes les plus impressionnants qu\u2019elle pourra diffuser sur l\u2019Eglise des pauvres, le service, etc., tant que l\u2019Eglise-institution aura des « possessions », des « biens », des « intérêts » à protéger, elle demeurera imperméable à l\u2019espérance des pauvres.Qu\u2019elle perde ses illusions ! Tant qu\u2019elle cherchera à réconcilier l\u2019impossible en voulant appartenir aux deux camps à la fois et en refusant de se situer quelque part dans la lutte des classes, l\u2019Eglise sera quand même quelque part dans la lutte des classes et ne cessera pas d\u2019être perçue comme une Eglise de classe.Qu\u2019elle reconnaisse l\u2019inévitable: prendre parti pour les opprimés, c\u2019est prendre parti contre les oppresseurs, c\u2019est s\u2019exposer à vivre des tensions, des affrontements, des divisions 23.Pour lui permettre de contribuer au processus de libération En un sens, en acceptant de « se révolutionner » elle-même, l\u2019Eglise a déjà commencé à apporter une contribution à la libération de la société.Les ruptures avec les establishments et les nouvelles solidarités avec les classes populaires font déjà surgir une réalité révolutionnaire dans la société.En soustrayant aux pouvoirs politiques leur soutien inconditionnel, les autorités ecclésiales libèrent une énergie transformatrice.L\u2019émergence d\u2019une « Eglise nouvelle », d\u2019un « chrétien nouveau », c\u2019est aussi un phénomène social qui favorise la contagion et la crédibilité de l\u2019utopie de « la société nouvelle » et de « l\u2019homme nouveau ».Si le pouvoir dans l\u2019Eglise accepte d\u2019être évangélisé, il met en circulation un modèle d'autorité-service et de participation populaire auquel plusieurs aspirent dans la société politique.Mais l\u2019Eglise peut contribuer encore davantage au processus de libération.En retrouvant la liberté qu\u2019elle avait perdue en acceptant d\u2019être dépendante, diplomate, gratifiée, bâillonnée, l\u2019autorité ecclésiale peut commencer à voir et à dire de façon prophétique ce que suggère une rencontre neuve entre l\u2019Evangile de Jésus-Christ et les luttes libératrices.L\u2019Eglise devient disponible pour agir dans un esprit de service radical de la collectivité totale.Certes, il n\u2019appartient pas à l\u2019Eglise, en tant que telle, de proposer des solutions concrètes aux problèmes socio-économiques et politiques, mais il lui incombe d\u2019exercer une fonction de vigilance et de critique sociale et de dénoncer les structures et les hommes qui entretiennent systématiquement la misère, l\u2019exploitation, l\u2019injustice.Dans ce sens, la Conférence de Medellin a ouvert de nouvelles avenues en lâchant, en dépit des protestations des conservateurs, l\u2019expression « violence institutionali- sée » dans un contexte qui ne prête pas à équivoque: Si le chrétien croit dans la fécondité de la paix pour arriver à la justice, il croit aussi que la justice est une condition indiscutable pour atteindre la paix.Il ne faut pas cesser de voir que l\u2019Amérique latine se trouve, en plusieurs endroits, dans une situation d\u2019injustice qui peut se nommer violence institutionalisée lorsque, à cause des structures de l\u2019entreprise industrielle et agricole, de l\u2019économie nationale et internationale, de la vie culturelle et politique, \u2018des populations entières manquant du nécessaire vivent dans une dépendance telle qu\u2019elle empêche toute initiative et responsabilité, i.e.toute possibilité de promotion culturelle et de participation dans la vie sociale et politique\u2019 (Paul VI, Populorum Progressif), No 30), violant ainsi les droits fondamentaux.24 Mais il serait naïf de trop attendre des interventions prophétiques de la « grosse » Eglise.Certains types d\u2019intervention et d\u2019action relèvent davantage des communautés chrétiennes à dimension plus restreintes, qui peuvent bouger plus vite.En plus, il appartient au chrétien de s\u2019impliquer comme personne, avec les autres compaheros, dans les luttes libératrices.C\u2019est ce qui se passe, surtout depuis 1968, au Chili, en Uruguay, en Bolivie, au Brésil.Par ricochet, les expériences des chrétiens révolutionnaires, sur le terrain politique, enrichissent la vie de l\u2019Eglise.A travers l\u2019engagement révolutionnaire de ses membres, l\u2019Eglise réalise un nouveau mode de présence au monde et cesse d\u2019être une Eglise de classe, pour devenir une Eglise nationale, populaire et catholique ( ! ), même si cela passe par la construction du socialisme ! Nouveauté Frédéric Romanet du Caillaud « comte » de Sudbury par le P.Lorenzo Cadieux, S.J.Préface de Jean Éthier-Blais Originaire de Limoges (France), avocat, industriel, soldat en 1870, voyageur, écrivain, type de la grande noblesse chrétienne, Frédéric Romanet a publié deux brochures sur la région et sur les mines de Sudbury, où il a vécu entre les années 1902 et 1914.Jean Ethier-Blais écrit dans la préface : « Il est de la race des géants.Le nom de Frédéric Romanet du Caillaud est inséparable de notre histoire.» $3.00 Les Éditions Beilarmin 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351 (387-2541) MAI 1971 143 Quand l'Évangile rejoint la libération Historiquement, en Amérique latine comme ailleurs, la révolution n\u2019a pas eu de chance avec l\u2019Eglise et l\u2019Eglise n\u2019a pas eu de chance avec la révolution ! A Cuba, par exemple, l\u2019Eglise a réussi à faire un bout de chemin dans le processus révolutionnaire.Mais, sitôt que ce processus s\u2019est mis à prendre une orientation carrément socialiste, l\u2019Eglise a commencé à donner des signes d\u2019essoufflement et s\u2019est mise à bouder ! Au Chili, si Allende avait été élu en 1964, il aurait trouvé l\u2019Eglise dans l\u2019opposition ! Mais, ne serait-ce pas précisément la chance de l\u2019Amérique latine contemporaine que de voir se réaliser une rencontre entre l\u2019Eglise \u2014 au moins à travers un de ses secteurs \u2014 et la libération ?Est-ce que le phénomène des chrétiens révolutionnaires ne pourrait pas permettre une dialectique nouvelle qui profiterait et à la libération et à l\u2019Eglise ?Si, quelque part, l\u2019Eglise en- 1.\tSalvador Allende se faisait le porte-parole de plusieurs chiliens et latino-américains, lors de son discours d\u2019inauguration de novembre dernier, en disant ceci: « Nous connaissons tous la vérité: le retard, l\u2019ignorance, la faim de notre peuple et de tous les peuples du Tiers Monde existent et subsistent parce qu\u2019ils sont lucratifs pour quelques privilégiés ».Granma, La Havane, 15 novembre 1970.2.\tCf.Henri Fesquet, « Visages de l\u2019Eglise en Amérique latine », in Le Monde, sélection hebdomadaire du 5 au 11 décembre 1968.3.\tOn retrouvera cette typologie tripar- tite dans Ozanam de Andrade, « L\u2019Eglise latino-américaine et le problème du développement: essai de typologie », in Idoc International, No 20\t(15 mars 1970); 63-76.4.\tC\u2019est dire qu\u2019il ne sera pas question de l\u2019Eglise réformiste qui a préparé la voie à l\u2019Eglise révolutionnaire.Au fait, si l\u2019on observe l\u2019évolution de l\u2019Eglise sur la scène socio-politique latino-américaine, il est possi- ble de dire que l\u2019Eglise a connu un virage en deux étapes.La première étape, réfor- miste, s\u2019accomplit, de 1960 à 1967, sous le leadership de l\u2019autorité ecclésiale, et s\u2019expri- me principalement dans ces lettres pastora- les qui portent sur les problèmes socio- économiques et cherchent une « troisième voie » capable de se faufiler entre le capi- talisme et le socialisme.(Pour consulter quelques unes de ces lettres épiscopales, cf.Latin American Bishops, Recent Church Documents From Latin America, Cuerna- vaca-Petropolis-New York, The Center of Intercultural formation, 1963.Pour une analyse du phénomène de l\u2019émergence de ce type de documents, cf.Luz Bazaule Avila, in Social Compass, 12 (1965), pp.114 sv.) La seconde étape, révolutionnaire, arrive, à partir de 1968 surtout, comme une radicalisation de la première.Elle est surtout l\u2019initiative de la base qui a devancé l\u2019autorité.trait de bon cœur dans un processus révolutionnaire, \u2014 et c\u2019est ce qui semble se produire présentement au Chili \u2014, est-ce qu\u2019elle n\u2019aurait pas la chance de lire dans l\u2019Evangile des choses qui sont déjà là mais demeurent inaccessibles à ceux qui n\u2019ont jamais vécu une expérience de libération ?L\u2019Eglise latino-américaine pourrait présentement être en train de découvrir cette chance.Depuis 1968, elle semble avoir réduit considérablement ses importations de Rome et des Eglises européennes.En retour, elle a commencé à vivre des expériences et à se poser des questions qui sont à elle.D\u2019où l\u2019importance capitale de l\u2019expérience ecclésiale qui se vit en Amérique latine.Depuis quelques années, les Allemands ont publié plusieurs gros livres sur la « théologie politique ».Les Latino-américains écrivent moins.Mais ils font peut-être quelque chose 1 2 3 4 * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * 25 ! 5.\tGranma, 3 mai 1970.6.\tCf.Patrick Boucher, « L\u2019ombre du prêtre-guérillero », in Le Devoir, jeudi 15 avril 1971.7.\tCf.Noticias Aliadas, Lima, 27 janvier 1971, p.2.8.\tCf.Noticias Aliadas, Lima, 25 novembre 1970.9.\tOn trouvera plus de précisions sur ces mouvements dans Gonzalo Arroyo, « La Iglesia en la Decada del 70 », in América 70, Ediciones Nue va Universidad, Santiago de Chile, 1970, pp.224-245.Cet article a été condensé dans « Catôlicos de Izquierda en América latina », in Mensaje, N° 191 (Août 1970): 369-372.10.\tJe pense au cas du dominicain Tito de Alencar qui était l\u2019un des 70 prisonniers politiques échangés en retour de la libération de l\u2019ambassadeur suisse au Brésil.Cf.Noticias Aliadas, 20 mars 1971, p.4.11.\tAu sujet des gestes et des textes qui ont entouré le voyage de Paul VI à Bogota, l\u2019on trouvera un dossier intéressant dans Alain Gheerbrant, L\u2019Eglise rebelle d\u2019Amérique latine, Seuil, Paris, 1969, pp.21-85.12.\tDans le cabinet du nouveau gouvernement révolutionnaire, à Santiago, il y deux membres du MAPU qui sont officiellement connus comme catholiques.Cf.Noticias Aliadas, 17 mars 1971.Et le groupe « Iglesia Joven » continue d\u2019exprimer sa vitalité.Dans le Punto Final \u2014 revue marxiste \u2014 du 2 mars 1971, il y avait deux lettres signées par « Iglesia Joven ».13.\tMartin de la Rosa, « Introduccion » (à un numéro spécial sur l\u2019Eglise en Amérique du Sud), in Christus, Mexico, décembre 1970, p.693.14.\tCf.Hector Borrat, « El gran impul-so », in Vispera N° 7 (octobre 1968), pp.3-15.L\u2019auteur compare le voyage de Paul VI et la Conférence de Medellin en faisant ressortir le caractère plus révolutionnaire et latino-américain du second événement.Pour plus d\u2019informations sur la Conférence de Medellin, cf.les nos 319 (1er sept.1968) et 321 (1er oct.1968) des Informations Catholiques Internationales.15.\tJ\u2019en suis conscient, l\u2019appréciation critique du rôle joué par /\u2019Eglise-institution dans le cheminement historique des peuples latino-américains comporte un aspect ingrat.Elle laisse dans l\u2019ombre des comportements et des vies de personnes et de sous-groupes dont l\u2019influence n\u2019a pas été dans le même sens que celle de l\u2019Eglise réduite à ses centres de décision.Voir l\u2019Eglise comme une force dans la structure sociale, c\u2019est oublier le rôle de missionnaires comme Bartolomé de Las Casas et San Toribio de Mogrovejo qui ont pris la défense des droits de l\u2019homme des indiens et des opprimés.Cf.Nouvelle Histoire de l\u2019Eglise, sous la direction de J.Rogier, R.Aubert, M.D.Knowles, tome 3, Seuil, Paris, 1968, pp.15-18.C\u2019est oublier aussi l\u2019expérience originale des « Réductions » jésuites du Paraguay.Cf.Nouvelle Histoire de l\u2019Eglise, tome 4, 1966, pp.112-115.C\u2019est oublier tous ces missionnaires et chrétiens de la « base » qui ont vécu jusqu\u2019au bout la solidarité avec les opprimés et les exploités.Cf.Alberto Methol Ferre, « Las Epocas: La Iglesia en la Historia Latino americana », in Vispera, N° 6 (juillet 1968): 68-86.16.\tGustavo Gutierrez, « De la Iglesia colonial a Medellin », in Vispera, N° 16 (avril 1970): 4.17.\tCf.Nouvelle Histoire de l\u2019Eglise, tome 4, pp.214-215.Bailey et Nasatir, Latin America:\tThe Development of its Civilization, Englewood Cliffs, New Jersey, Prentice Hall Inc., 1960, pp.184-186.18.\tIvan Vallier a analysé avec perspicacité les implications de la condition de dépendance imposée à l\u2019Eglise coloniale par le système du Patronato dans « Religious Elites: Differentiations and Developments in Roman Catholicism » in S.M.Lipset and A.Solari, Elites in Latin America, New York, Oxford University Press, pp.192-194.19.\tCf.Frères du monde, N° 69 (janvier 1971): 52.20.\tGutierrez, ibid., p.7.21.\t« Lettre de 30 prêtres colombiens », in Alain Gheerbrant, L\u2019Eglise rebelle d\u2019Amérique latine, p.77.22.\t« Lettre de 300 prêtres brésiliens à leurs évêques », in A.Gheerbrant, ibid., p.115.23.\tLa réflexion sur le rapport entre le christianisme et la lutte des classes fait son chemin dans les groupes de révolutionnaires chrétiens en Amérique latine.Dans le document de mai 1970 du groupe Teologia de la Liberacion de Bogota l\u2019on retrouve un texte très pénétrant de Girardi sur ce thème.24.\tMedellin, document sur la paix, N° 16.Secunda Conferencia General del Episco-pado Latinoamericano, La Iglesia en la actual transformation de América Latina a la Luz del Concilio, II, Conclusiones, Bogota, 1969, p.72.25.\tHeureusement, ils écrivent quand même un peu ! Entre autres, plusieurs bons articles ont été écrits sur la « théologie de la libération » depuis quelques deux ou trois ans.Par exemple, Gustavo Gutierrez, « Notes pour une théologie de la libération », in Idoc International, N° 30 (15 septembre 1970).144 RELATIONS Échantillons de théologie politique et révolutionnaire\tpar Gabriel Dussault I \u2014 Quelques traits généraux Théologie politique, théologie de la révolution: voilà des expressions qu\u2019on rencontre de plus en plus fréquemment.Et l\u2019on n\u2019a pas fini d\u2019en entendre parler ! La discussion autour de ces thèmes fait actuellement rage en Allemagne, et la seule théologie de la révolution offre déjà une bibliographie imposante L Si l\u2019on se fie aux trajectoires habituellement empruntées par les « migrations » d\u2019idées théologiques, tout porte à croire que le mouvement gagnera avant longtemps la francophonie et le Québec.Et il se pourrait bien que la théologie politique en général, et la théologie de la révolution en particulier, soit à cette nouvelle décennie ce que la « théologie de la sécularisation », qui commence à s\u2019essouffler, a été à la précédente.Mais de quoi s\u2019agit-il au juste ?Simple mode ?Truc publicitaire ?Opportunisme théologique ?Ou réflexion vraiment sérieuse ?\u2014 Pour ma part, je dois l\u2019avouer, ce n\u2019est pas sans méfiance \u2014 voire: sans scepticisme \u2014 que j\u2019ai abordé ce courant de pensée.Car, du moins à première vue, quel rapport peut-il bien y avoir entre le Christ, l\u2019Evangile, la théologie, d\u2019une part, et la politique, d\u2019autre part ?Et le moins qu\u2019on puisse affirmer en ce qui concerne la « révolution », c\u2019est que ce ne sont pas très précisément des hommes d\u2019Eglise qui l\u2019on inventée, et qu\u2019elle est loin de constituer un lieu classique de la théologie ! Et pourtant, voici qu\u2019un peu partout des chrétiens prétendent fonder leurs options et leurs engagements d\u2019ordre politique, même révolutionnaire, sur leur foi en Jésus-Christ.La seule attitude initiale raisonnable que nous puissions avoir à leur égard est d\u2019entendre leurs arguments.Le terme « révolution » fait-il peur à certains : disons immédiatement, pour dissiper toute équivoque, que « révolution », contrairement à ce que veut une opinion fort répandue et d\u2019ailleurs sans cesse nourrie par la propagande de l\u2019ordre établi, ne connote absolument pas, de soi, le recours à la violence 1.Par exemple, dans le recueil Diskussion zur « Théologie der Revolution » (München, 1969), pp.366-373.armée, mais signifie ni plus ni moins qu\u2019une initiative humaine de transformation rapide et profonde des structures et des mentalités.Et c\u2019est en ce sens technique seul que le terme sera employé au cours de cet article.Un rapide survol de quelques productions récentes dans ce secteur de la pensée chrétienne m\u2019a permis de dégager un certain nombre de traits généraux qui donnent à cette « nouvelle » théologie sa physionomie particulière: Je ne voudrais ici que présenter quelques « échantillons » de cette théologie.C\u2019est dire que le dossier sera loin d\u2019être exhaustif, et même que les noms retenus ne sont pas nécessairement les plus importants ou les plus représentatifs.Il n\u2019est même pas sûr que tous ces auteurs accepteraient le titre de « théologien politique » ou de « théologien de la révolution ».Et pour chacun de ces auteurs, enfin, je ne voudrais montrer qu\u2019une chose, et d\u2019une façon schématique pour être plus clair: comment, et en quoi, il veut fonder, en tant que chrétiennes, ses options d\u2019ordre socio-politique.Je laisse au lecteur de juger, dans chaque cas, de la rigueur de l\u2019argumentation avancée.I.Dom Helder Camara: Spirale de violence, DDB, 1970.Une option se dégage de cet ouvrage: dans un monde tourmenté par une triple violence (la violence institutionnalisée, qui appelle la violence des opprimés, à laquelle répond la violence de la répression), violence sans cesse croissante, l\u2019A.préconise comme voie de solution la « violence des pacifiques », « la pression morale libératrice » (p.86).Un fondement chrétien, une justification chrétienne, sont assignés, au moins en filigranes ici, à cette thèse de la « violence des pacifiques ».Pourquoi, d\u2019abord, « la violence des pacifiques » ?Parce qu\u2019aux yeux d\u2019un chrétien, « les injustices [.] atteignent des millions de créatures humaines, de fils \u2014\telle ne s\u2019est pas élaborée en vase clos; au contraire, elle est née de l\u2019action, elle a surgi des préoccupations de chrétiens présents, à des titres divers, aux bouleversements sociaux, politiques et révolutionnaires de notre temps; \u2014\tson inspiration originelle est principalement sud-américaine; \u2014\ten tant qu'éthique, elle est toujours médiatisée par une analyse socio-politique (concrète) de la situation.de Dieu, les réduisant à une condition de sous-hommes » ( 11).Parce qu\u2019en face de cette situation ne peut que se dresser la violence « de personnes qui, mues par un sentiment religieux, n\u2019acceptent plus de voir la religion interprétée comme un opium pour les masses, comme une force aliénée et aliénante, mais qui la désirent au service de la promotion humaine de ceux qui sont prisonniers d\u2019une condition sous-humaine » (18); violence de celui qui, annonçant l\u2019évangile, exige la justice comme condition de la paix » (42), « des laïcs militants qui ont simplement fait écho au message évangélique » {ibid.), de ceux qui «ont faim et soif de justice » (55), « des personnes pour lesquelles l\u2019amour de Dieu passe à travers l\u2019amour humain » (84).Parce qu\u2019enfin le chrétien sait que: Dieu qui aime la paix et la sait le fruit de la justice aidera les hommes de bonne volonté.Son Esprit soufflera sur la terre [.] Ce qui semble vague va se préciser.Ce qui semble obscur s\u2019éclaicira.Et le mouvement qui semble sans chef, sans conducteur, sans guide, sera conduit directement par le Seigneur.(57.) Et pourquoi, maintenant, « la violence des pacifiques » ?Parce que, en dehors des considérations proprement politiques et de l\u2019invocation de l\u2019exemple de Gandhi: Si je dépense avec joie le reste de ma vie, de mes forces, de mes énergies à exiger la justice, mais sans haine, sans violence armée, à travers la pression morale libératrice, à travers la vérité et l\u2019amour, c\u2019est que je suis convaincu que seul l\u2019amour est constructif et fort.(86.) En effet, « Dieu est amour » (61).Il \u2014 Quelques échantillons parmi d\u2019autres MAI 1971\t145 2.\tRichard Schaull: d\u2019après l\u2019exposé critique de sa pensée fait par Heinz Eduard Tôdt dans l\u2019article « Revolution als neue sozialethische Kon-zeption » (La révolution comme nouvelle conception de l\u2019éthique sociale) 2.L\u2019option de Schaull: une fois reconnue, par l\u2019analyse de la situation, la nécessité de changer la société de façon révolutionnaire, quels devoirs incombent à l\u2019Eglise ?\u2014 Les chrétiens ont à travailler à la révolution permanente (cf.p.30).Ils doivent opter pour une stratégie de la révolution, en dépassant le concept trop statique de « société responsable » dans leur éthique sociale; ils doivent être porteurs des dynamismes, typiquement chrétiens, qui permettent de toujours faire éclater les ordres profanes existants; ils doivent veiller à l\u2019humanisation de la révolution permanente.Quel fondement chrétien assigne-t-il à cette position ?\u2014 D\u2019abord, la force de « transcender », de maintenir un avenir ouvert, est représentée par le christianisme comme par aucune autre tradition.De plus, le Dieu de la Bible est un Dieu qui agit, un Dieu qui renverse, un Dieu révolutionnaire (cf.Jr 1/10; Le l/52ss; Ps 9, 72, 146), \u2014 et la théologie se doit d\u2019être présente à ces points du monde où Dieu agit le plus dynamiquement: et Paul Lehmann avait déjà montré comment l\u2019action de Dieu, dans la Bible, est remarquablement liée à la politique (cf.les images bibliques du « peuple », de l\u2019« alliance », de la « terre », de la « loi », de la « royauté », du « Messie »).Enfin, Jésus, le Messie \u2014 une figure politique, et certes effectivement révolutionnaire \u2014 est l\u2019instrument de l\u2019émancipation humaine, dans et vers l\u2019avenir ouvert qu\u2019il faut comprendre comme irruption du Royaume de Dieu.(30.) 3.\tRichard Schaull: « Revolution in theologischer Perspektive » (Perspectives théologiques sur la révolution)3.L\u2019option: l\u2019analyse du monde actuel révèle l\u2019importance et la nécessité de 2.Dans l\u2019ouvrage de Trutz Rendtorff et H.E.Tôdt:\tThéologie der Revolution.Analysen und Materialien (Frankfurt/Main, ed.Suhrkamp, 1968), pp.13-40.\u2022\u2014 Les traductions sont de moi.\u2014 Le théologien Richard Schaull a enseigné en Amérique latine et appartient maintenant au Princeton Theological Seminary, New Jersey.3.Ibid., pp.117-139.\u2014 Je ne retiendrai ici que les éléments relativement neufs, ou autrement formulés, par rapport à l\u2019exposé précédent.146 la révolution.Or, « si nous considérions notre histoire à la lumière de l\u2019histoire biblique, nous pourrions nous sentir comme chez nous au milieu de la révolution» (p.122).Bien plus, «le chrétien pourrait dans certaines situations, percevoir une coïncidence relative entre la direction prise par le combat révolutionnaire et l\u2019agir humanisant de Dieu dans le monde » (131).Le fondement chrétien: le Dieu chrétien (biblique) est à la fois créateur et maître de tous les domaines de la nature et de la société (cf.122).Il s\u2019ensuit que toutes les institutions sont désacralisées, et doivent être utilisées ou changées dans le seul but de la poursuite de la fin que Dieu assigne à l\u2019histoire.Il ne faut pas perdre de vue, non plus, le « caractère révolutionnaire du messianisme biblique » (122): Dieu détruit pour reconstruire, il relève ceux qui sont terrassés en humiliant les oppresseurs (l\u2019A.renvoie à Isaïe, repris par Le 1/50-53, où le Messie a un caractère de « révolutionnaire politique » \u2014 p.123).Il y a encore à considérer le « caractère dynamico-historique de l\u2019action de Dieu » (123).C\u2019est dans le monde et dans l\u2019histoire que la tradition judéo-chrétienne rencontre et reconnaît son Dieu.Il y agit pour les transformer.Dans la mesure où l\u2019influence du Christ croît dans le monde, les ordres anciens sont bouleversés, et le combat pour l\u2019humanisation trouve de nouveaux objectifs.L\u2019A.nous rappelle enfin deux choses: si le chrétien voulait se tenir à l\u2019écart du « processus révolutionnaire » lui-même, au-dessus de la mêlée et prodiguant des conseils de modération aux parties qui s\u2019affrontent, il ne pourrait être la lumière du monde; pour saint Augustin, la chute et l\u2019effondrement de l\u2019ordre ancien ne sont pas nécessairement une catastrophe: ce pourrait bien être là la voie par laquelle progresse l\u2019intention divine d\u2019un ordre humain plus juste (cf.la Cité de Dieu, spéc.1,1).4.Jules Girardi: Amour chrétien et violence révolutionnaire, Ed.du Cerf, 1970.L\u2019option: Etant donné la situation actuelle du monde, telle qu\u2019elle se révèle à l\u2019analyse socio-politique, les chrétiens doivent prendre part à la construction d\u2019une terre nouvelle en s\u2019engageant résolument dans la contestation globale, la révolution et la lutte des classes.S\u2019y refuser c\u2019est, objectivement parlant, participer au péché collectif.L\u2019A.ne condamne pas d\u2019une manière absolue le recours à la violence armée, mais rappelle que toute violence porte en elle un élément foncièrement contre-révolutionnaire en tant qu\u2019elle porte atteinte à des libertés.Le fondement chrétien: Nous pensons, pour notre part, que l\u2019exigence révolutionnaire au sens moderne ne peut pas honnêtement être retrouvée dans l\u2019Evangile ni dans l\u2019ensemble de la tradition chrétienne.[.] L\u2019esprit était bien révolutionnaire, mais la conscience du lien entre esprit nouveau et structures sociales nouvelles n\u2019existait pas encore.(52.) Ce que nous trouvons, en revanche, au niveau même de l\u2019Evangile, c\u2019est 1 ° cette idée que « l\u2019amour chrétien ne peut pas ne pas assumer toutes les dimensions authentiques de l\u2019amour humain» (22), et 2° la notion de «péché collectif» (41).Or nous assistons aujourd\u2019hui à la « prise de conscience du très fort conditionnement structural auquel est soumise la vie des hommes » (42).Et ainsi, dans la situation de violence institutionnalisée que nous découvrons maintenant autour de nous, « situation dans laquelle il est impossible de s\u2019aimer » (35), « dans la situation historique présente, il n\u2019y a pas d\u2019amour authentique sans contestation globale » (38).Et comme le problème est d\u2019ordre structural, puisqu\u2019on a affaire à un système: C\u2019est cette initiative humaine de transformation rapide et profonde des structures et des mentalités que nous appelons ici révolution et qui se présente aujourd\u2019hui, au moins dans son ensemble, comme une exigence inéluctable de l\u2019amour.(48s.) Enfin, .en nous imposant d\u2019aimer tout le monde, l\u2019Evangile nous oblige à sortir de la neutralité, à nous faire des ennemis et à les combattre.Ainsi, paradoxalement, la lutte des classes n\u2019est pas en contradiction avec l\u2019universalité de l\u2019amour, mais elle en est une exigence.(61.) D\u2019un simple point de vue logique, c\u2019est ce dernier exposé qui me semble le plus rigoureux.On ne se débarrasse pas facilement de son argumentation, dont chaque étape, que je n\u2019ai pu évoquer que trop brièvement ici, est solidement étayée.La révolution: devoir moral pour les chrétiens ?Pourrons-nous encore longtemps nous dire honnêtement chrétiens sans être socio-politiquement des « révolutionnaires »?\u2014 La question, du moins, nous est désormais clairement posée.Pâques 1971.RELATIONS L\u2019Église électronique \u2014 Visages de l\u2019Église et média par François Jobin * Que l\u2019audio-visuel soit devenu, en moins de dix ans, l\u2019instrument pédagogique par excellence, au point de détrôner toute autre forme d\u2019enseignement, cela n\u2019étonne plus personne aujourd\u2019hui.Alors que la télévision en circuit fermé a déjà fait son grand bonhomme de chemin dans les CEGEP et à l\u2019université, on propose maintenant de réserver à des fins éducatives une bande spéciale sur l\u2019antenne ouverte.L\u2019engouement pour ce moyen révolutionnaire de communication s\u2019est manifesté bien au-delà du champ de l\u2019éducation: l\u2019industrie, le monde des affaires, les discothèques, les salles de spectacles et même l\u2019armée en usent ad nauseam.Que ce soit pour le recrutement, l\u2019exposition de bilans financiers, l\u2019illustration de conférences ou le simple divertissement, on utilise le film, la diapositive, le magnétoscope et autres diaporamas.Une description si sommaire soit-elle de ce fait social contemporain doit tenir compte de trois facteurs: la position des fidèles dans l\u2019Eglise, la position de l\u2019Eglise « face » aux fidèles et, enfin, sa situation par rapport aux diverses activités humaines.Des indications que nous fournissait récemment Norbert Wener, sociologue attaché à la Commission Dumont, démontrent clairement que la pratique religieuse a connu une baisse de popularité sensible au cours de la dernière décade.La Commission Dumont est venue confirmer là un fait dont on soupçonnait l\u2019existence depuis longtemps et que tout un chacun peut véri- * Réalisateur T.V.1.\tJ.-L.Aranguren, Sociologie de Vinformation, Paris, Hachette, 1967, p.219.2.\tCes renseignements nous ont été donnés, lors d\u2019une émission télévisée, en janvier dernier.3.\tJ.-P.Audet et J.-R.Milot, « L\u2019Eglise et l\u2019avenir du Québec », in Relations, janvier 1971, p.14.4.\tLes évêques du Canada, « Libération de l\u2019homme contemporain », in le Devoir, 4 septembre 1970, p.16.Le langage parlé est en recul, parce [qu\u2019.j il est remplacé par l\u2019action [.].Et le langage écrit, qui apparaît à la sensibilité comme « livresque » perd du terrain devant le langage visuel du cinéma, de la télévision, des revues illustrées et des comic strips (ou bandes dessinées).* 1 2 Comme toute institution socialement reconnue possédant un message à livrer, l\u2019Eglise ne veut pas demeurer en reste et s\u2019interroge, elle aussi, sur la pertinence de la télévision pour rejoindre les masses.Avant d\u2019analyser l\u2019utilisation que l\u2019Eglise pourrait faire de l\u2019image électronique, il est opportun de décrire d\u2019abord la situation du phénomène religieux à la veille du « village global ».Car, enfin, l\u2019Eglise ne peut offrir à la télévision que ce qu\u2019elle possède déjà.Or il s\u2019agit de déterminer si l\u2019image que l\u2019Eglise donne d\u2019elle-même est traduisible en termes de petit écran ou bien s\u2019il ne vaudrait pas mieux la modifier avant de la projeter.fier empiriquement en interrogeant des personnages de son entourage.La situation n\u2019inspire toutefois pas de craintes déraisonnées; ce n\u2019est pas tant la foi qui est remise en question comme certaines de ses manifestations extérieures entachées de traditionnalisme.Le sacré se laïcise; l\u2019aspect magique, \u2014 et doit-on le dire, fétichiste \u2014, du culte disparaît progressivement.Il s\u2019en suit nécessairement qu\u2019une apparente vague d\u2019indifférence polie, voire même d\u2019agressivité hostile déferle sur le monde des croyants.Indifférence à l\u2019égard de traditions séculaires que l\u2019on ne se donne même plus la peine de contester bruyamment; indifférence face à une Eglise qui bouge, certes, mais si lentement que, à la fin, on se lasse.L\u2019hostilité émane des aînés: de ces gens qui, aveuglément soumis à une autorité dont ils n\u2019ont jamais mis en doute la légitimité, éprouvent aujourd\u2019hui, à la suite de certains bouleversements, le sentiment d\u2019avoir été leurrés.Conséquemment, et c\u2019est le second point, le clergé ne se trouve plus tout à fait à son aise.Et, plus on s\u2019élève dans la hiérarchie ecclésiastique, c\u2019est- à-dire là où l\u2019on entretient le traditionnalisme de façon systématique, plus le malaise s\u2019accroît.D\u2019une part, on veut conserver les brebis qui restent, sans les heurter par de trop brusques changements; d\u2019autre part, on s\u2019inquiète de la relève.On veut rallier la « génération montante » que les cadres actuels dépriment.Ecartelé entre le conservatisme et le progressisme franc, on cherche un moyen terme, on ménage la chèvre et le chou.L\u2019impression d\u2019ensemble est celle de l\u2019hésitation et de la prudence élevés au rang d\u2019institution.En troisième lieu, l\u2019Eglise est souvent perçue comme une société parallèle, évoluant en marge de la vie quotidienne.Sans doute à cause du malaise qui la mine et que nous avons décrit plus haut, il se produit, au niveau de l\u2019institution, un phénomène de désengagement ou, plutôt, d\u2019engagement récalcitrant qui cadre mal avec sa vocation initiale.Jean-Pierre Audet et Jean-René Milot ont constaté ce fait dans un récent article: « La critique active et engagée est très peu présente dans notre société.[.] Les siècles d\u2019immobilisme et, souvent, de triomphalisme qu\u2019a connus l\u2019Eglise catholique nous ont conduits à ne plus percevoir la nécessité d\u2019une fonction critique.» 3 Et ce, malgré les vœux pieux des évêques du Canada, en septembre dernier: Les mouvements de libération à l\u2019égard de toutes les formes d\u2019oppression prennent de plus en plus d\u2019ampleur et gagnent de nombreux adeptes.Les Eglises s\u2019y engageront-elles avec la générosité et la détermination que réclame l\u2019Evangile ?Nous avons confiance que les chrétiens seront aux premières lignes de ce front de libération qui ambitionne de bâtir une société authentiquement humaine.4 Et l\u2019image TV Le problème ainsi posé nous permet maintenant d\u2019aborder le second aspect de la discussion: comment présenter à la télévision une image cohérente du christianisme alors que le point d\u2019origine de cette image se révèle obscur Visages de l\u2019Église MAI 1971 147 et flou.Une revue des émissions à caractère religieux déjà existantes démontre clairement le bien fondé de cette assertion.Quelle qu\u2019en soit la formule, ces programmes ont en commun leur manque d\u2019impact et l\u2019invraisemblable ennui qu\u2019ils dégagent.Jusqu\u2019à maintenant, il y en a toujours eu de deux sortes: le programme d\u2019information et le programme d\u2019éducation.L\u2019émission d\u2019information religieuse n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un téléjournal ecclésiastique.Désengagé à l\u2019extrême, fuyant la prise de position par souci d\u2019objectivité, ce type d\u2019émission se borne à décrire ce qui se passe dans le monde des croyants.Présenté généralement sous la forme de reportages ou d\u2019entrevues, un tel programme est parfois teinté d\u2019exotisme, au point qu\u2019il ne devient rien moins qu\u2019un documentaire d\u2019intérêt discutable durant lequel on apprend des choses aussi utiles que la construction par Monseigneur Untel d\u2019une école primaire en pleine brousse africaine ! On peut reprocher à cette forme d\u2019émission sa neutralité, mais plus encore son peu de justification.En effet, une nouvelle est une nouvelle.Si elle se révèle importante, elle reçoit automatiquement un écho dans un bulletin d\u2019information ou d\u2019affaires publiques.Si l\u2019on n\u2019en fait pas mention au cours d\u2019un de ces programmes, c\u2019est que quelqu\u2019un a jugé qu\u2019elle manquait d\u2019intérêt.Accorder une demi-heure d\u2019antenne à des informations < de trentième page » paraît peu opportun.L\u2019émission éducative revêt un caractère légèrement différent.Elle ambitionne, non plus d\u2019informer, mais plutôt d\u2019éclairer les fidèles en matière de doctrine.On explique alors la Bible, les sacrements, la vie de Jésus ou tout autre article de la foi qui, de toutes manières, sera discuté périodiquement du haut de la chaire, le dimanche.Les images que nous réservent ces programmes sont à quelques heureuses exceptions près toujours les mêmes: un théologien professionnel parle durant une demi-heure sur un ton qu\u2019il veut familier, puis cède la place à une réclame publicitaire suivie d\u2019un programme de divertissement.De tout ce qu\u2019il a dit, bien peu est resté dans la mémoire du téléspectateur qui regarde « en attendant que ça finisse ».Ce n\u2019est pas que la doctrine n\u2019ait aucun intérêt.Le problème est ailleurs : la télévision, médium visuel, donc générateur de « spectacles », peut-elle tolérer un contenu aussi peu spectaculaire que l\u2019image d\u2019un individu dont le seul mouvement est de s\u2019allumer de temps à autre une cigarette, à condition bien entendu que le réalisateur le lui permette ?Le médium électronique n\u2019est pas fait pour diffuser une information aussi statique.Autant alors ne présenter à l\u2019écran qu\u2019une photographie accompagnée d\u2019une bande sonore.Cela économiserait avantageusement sur les frais de production.Par-delà les faux problèmes : un retour aux sources La solution se dégage elle-même de cette description: une remise en question s\u2019impose sur deux plans: D\u2019abord au niveau du message à livrer, ensuite sur le plan de la méthode à employer pour le transmettre efficacement.Car, enfin, il ne s\u2019agit pas vraiment de savoir en premier lieu comment l\u2019Eglise peut utiliser la télévision.Cela est un faux problème tant que la question fondamentale n\u2019a pas été résolue: quelle est la place de cette Eglise dans la société qu\u2019elle prétend rejoindre ?Si l\u2019Eglise désire aujourd\u2019hui se mettre au diapason de l\u2019âge électronique, son choix est bien mince.Il ne suffit pas de diffuser sur les ondes pour entrer de plain pied dans la civilisation des communications.Encore lui faut-il adapter le communicable à l\u2019époque.Et aussi paradoxal que cela puisse sembler, la réponse se trouve dans un retour aux sources.Grâce à la télévi- 148 sion, l\u2019Eglise a maintenant une chance de revenir à l\u2019esprit communautaire qui l\u2019animait lors de sa création.C\u2019est un retour à l\u2019Eglise des prophètes qui doit s\u2019effectuer.Une dé-hiérarchisation de l\u2019Eglise pour faire place à un profond engagement dans les réalités humaines.Comme l\u2019écrit Erich Fromm: Ces derniers (les prophètes) ne prédisent pas l\u2019avenir comme une Cassandre ou comme le chœur de la tragédie grecque: ils considèrent la réalité présente dégagée des œillères de l\u2019opinion publique et de l\u2019autorité.Ils ne se veulent pas prophètes, mais se sentent obligés d\u2019exprimer la voix de leur conscience \u2014 de leur « connaissance avec », de dire quelles possibilités ils entrevoient et de montrer aux hommes les diverses alternatives, et de les mettre en garde.5 Cela signifie qu\u2019un profond remaniement doit s\u2019opérer au niveau de la conception et de la production d\u2019émissions à caractère religieux.Les respon- sables de ces émissions devraient d\u2019abord essayer à tout prix d\u2019éliminer les éléments prédicants des programmes déjà existants.Cela pourrait se faire par un renversement des formules actuelles.Plutôt que de se décrire elle-même tant dans sa structure que dans son idéologie, l\u2019Eglise devrait peut-être puiser son inspiration au sein de la masse des fidèles: en termes de doctrine, cela pourrait se traduire par une illustration des principes remplaçant la traditionnelle exposition de type magistral 6.En outre, dans l\u2019édification d\u2019un plan global d\u2019information télévisée, les individus chargés de pouvoir auraient tout intérêt à ne pas reculer ou même hésiter devant la possibilité de choquer ou de blesser certaines consciences réfractaires aux changements.Il est évident qu\u2019une émission choc sur le problème de la pauvreté, par exemple, ne pourra que heurter des susceptibilités bourgeoises qui préfèrent ignorer les vrais problèmes parce que « finalement, ça dérange ».Les prises de conscience se font rarement sans « casse ».Il est étonnant que l\u2019Eglise n\u2019ait pas encore mis sur pied un réseau de communication électronique à l\u2019échelle de la planète.Des équipes de production qui sillonneraient le monde à la seule fin de créer des programmes dont le but serait de faire réfléchir les populations.L\u2019Eglise s\u2019identifierait alors à une sorte de conscience de la civilisation dénonçant, avec violence s\u2019il le faut, l\u2019injustice et les abus.Ce n\u2019est là qu\u2019un rêve, bien sûr.Pour des raisons pratiques, il n\u2019est pas réalisable \u2014 dans l\u2019immédiat, du moins \u2014, à l\u2019échelle mondiale.Toutefois, au niveau local, la concrétisation d\u2019un tel projet ne relève pas de l\u2019utopie.La fameuse lettres des évêques, dont on a trop peu parlé, aurait connu une bien plus grande diffusion et un accueil beaucoup plus impressionnant si on avait voulu l\u2019illustrer par un document visuel réalisé pour l\u2019occasion.Que l\u2019Eglise utilise encore, à l\u2019âge atomique, des moyens aussi primitifs que ceux dont usait saint Paul à l\u2019aube du christianisme nous paraît un anachronisme renversant.Le temps des épîtres est fini.Aujourd\u2019hui on se sert de micros et d\u2019antennes.5.\tE.Fromm, Espoir et Révolution, Paris, Stock, 1970, p.33.6.\tAutrement dit, vivre le christianisme et non pas l\u2019enseigner.RELATIONS \u2014 la révision constitutionnelle : Là où la Commission B.B.a échoué, le Comité sur la Constitution réussira-t-il ?par Richard Arès L\u2019échec B.B.« Elle a débuté en lion et fini en queue de poisson.» Cette imagerie populaire caractérise assez bien révolution subie par la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme durant les huit ans de son existence (19 juillet 1963-31 mars 1971).Son rapport préliminaire, publié en 1965, avait résonné comme un coup de clairon et suscité de l\u2019espoir même au Québec.Il disait: le Canada traverse actuellement la crise majeure de son histoire, et cette crise a sa source dans le Québec.Tout se passe comme si les Canadiens français du Québec refusaient, pour la première fois, l\u2019état de choses établi en 1867.L\u2019existence même du Canada est en jeu et les principaux protagonistes du drame sont le Québec français et le Canada anglais.Il ne s\u2019agit plus du conflit traditionnel entre une majorité et une minorité, mais bien d\u2019un conflit entre deux majorités: le groupe majoritaire au Canada et le groupe majoritaire au Québec.Ce dernier groupe se considère comme une société distincte et veut être reconnu comme telle.C\u2019est l\u2019heure des décisions et des vrais changements : il en résultera soit la rupture, soit un nouvel agencement des conditions d\u2019existence.Deux ans plus tard, avait paru le Livre I sur Les langues officielles.Dans l\u2019avant-propos, les commissaires déclaraient qu\u2019ils allaient scruter les divers aspects de la crise canadienne et proposer un certain nombre de remèdes, en prenant pour fil conducteur « l\u2019examen du thème des deux sociétés et des deux majorités ».Ils annonçaient alors que leur /apport contiendrait une dizaine de volumes, dont le dernier grouperait les conclusions générales: « C\u2019est enfin, précisaient-ils, dans les conclusions générales que nous synthétiserons nos vues et que nous aborderons, notamment, les grandes questions constitutionnelles concernant les relations et l\u2019avenir des deux sociétés » (p.viii).Dans l\u2019Introduction générale qui suivait, les commissaires exposaient comment ils concevaient les exigences du principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui ont fondé la Confédération canadienne.Envisager l\u2019égalité du point de vue des individus ne suffit pas, affirmaient-ils; il faut aussi la considérer au point de vue des communautés, et de ce point de vue, il y a une dimension qu\u2019on ne saurait laisser de côté: c\u2019est la dimension politique.Le Québec y tient et en fait même l\u2019objet principal de ses revendications.En conséquence, « l\u2019ignorer dans le présent rapport serait non seulement une erreur; ce serait à la fois risquer de n\u2019être pas entendu au Québec et renoncer à faire prendre conscience au Canada anglophone d\u2019un élément particulièrement sérieux de la situation actuelle » (no 34).Tenant compte du double aspect du principe de l\u2019égalité: l\u2019aspect individuel et l\u2019aspect communautaire, les commissaires en arrivaient à poser, dans une phrase lapidaire, le problème de fond de la crise canadienne, problème auquel ils devaient présenter une solution: « Comment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, sans restreindre l\u2019élan québécois, mais aussi sans risquer l\u2019éclatement du pays » (no 89).Cela se passait et était écrit en 1967.L\u2019année suivante, André Laurendeau mourait.Les volumes qui suivirent se montrèrent de plus en plus discrets sur le thème qui devait être le fil conducteur du rapport: le thème des deux sociétés et des deux majorités.L\u2019on sait maintenant que ne sera jamais tenue la promesse, faite au début du Livre I, d\u2019un dernier volume, dans lequel, disaient les commissaires, « nous synthétiserons nos vues et nous aborderons, notamment, les grandes questions constitutionnelles concernant les relations et l\u2019avenir des deux sociétés ».L\u2019on sait aussi que les commissaires ont fini par laisser complètement de côté la dimension politique du problème, et cela après avoir bel et bien écrit qu\u2019agir ainsi « serait non seulement une erreur », mais encore « risquer de n\u2019être pas entendu au Québec et renoncer à faire prendre conscience au Canada anglophone d\u2019un élément particulièrement sérieux de la situation actuelle ».L\u2019on sait enfin, qu\u2019après avoir travaillé plus de sept ans et dépensé près de $10 millions, ces mêmes commissaires n\u2019ont pas été capables de donner une réponse THERESE FABI PERSECUTION DES ENSEIGNANTS AU QUEBEC?LA CRISE DE L'ENSEIGNEMENT Brochure de 50 pages $1.00 Les MESSAGERIES DU LIVRE N* 9803, boul.St-Laurent Tél.389-3720 MAI 1971 149 à la question cruciale qu\u2019ils avaient eux-mêmes si bien posée: comment intégrer le Québec dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui ?Les membres de la Commission ont écrit au premier ministre, M.Trudeau, pour lui annoncer qu\u2019ils ne pouvaient s\u2019entendre et qu\u2019en conséquence ils cessaient leur travail.Leur point prin- cipal de désaccord, selon M.Jean-Louis Gagnon, était le suivant: quelle place faire au Québec dans la Confédération canadienne ?Devant une fin si peu glorieuse, que dire, sinon que le désappointement serait aujourd\u2019hui moins grand si les premiers travaux de la Commission avaient hier suscité moins d\u2019espoir?Les chances du Comité sur ia Constitution Au moment où la Commission B.B.désertait le terrain, un autre organisme avait en quelque sorte pris sa place et menait, déjà depuis six mois, une enquête sur le problème constitutionnel au Canada.Créé en octobre 1970, composé uniquement de parlementaires, cet organisme porte le titre de Comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes sur la Constitution du Canada.Dix sénateurs et vingt députés en font partie.Depuis sa création, ce Comité a tenu plusieurs séances à Ottawa et dans toutes les provinces canadiennes (il sera à Montréal du 26 au 29 avril).Tous les citoyens canadiens peuvent lui présenter des mémoires et, à sa demande expresse, plusieurs spécialistes du droit constitutionnel ont comparu devant lui pour dire quels changements il faudrait apporter à la constitution canadienne pour qu\u2019elle soit mieux adaptée aux besoins de la population.Tout comme dans le cas de la Commission B.B., les débuts de ce Comité sont prometteurs.Reste à voir s\u2019il pourra faire mieux.Voici quelques-unes des interrogations qu\u2019il faut poser à son sujet.1° Répondra-t-il à la question fondamentale de la place et du rôle du Québec dans la Confédération?Quelles que soient les recommandations et les suggestions qu\u2019il fasse sur tous les autres points, en particulier sur le bilinguisme, s\u2019il ne parvient pas à trouver une réponse satisfaisante à cette question, il aura, tout comme la Commission B.B., manqué son coup et le problème constitutionnel demeurera entier.2° Tous ses membres étant des parlementaires fédéraux, voués de par leur fonction à la défense du fédéralisme, ce Comité aura-t-il assez d\u2019objectivité pour s\u2019intéresser également au point de vue des provinces et pour saisir la portée véritable des revendications du Québec ?Y a-t-il déjà eu un comité, une commission, dont tous les membres auraient été nommés par Ottawa, bien plus parmi ses parlementaires, qui ait jamais recommandé que le gouvernement central ait moins de pouvoirs, exerce moins d\u2019influence et distribue moins d\u2019argent ?C\u2019est certainement l\u2019un des vices de tout comité constitutionnel que d\u2019être uniquement composé de représentants fédéraux.3° Les recommandations que le Comité fera ont-elles quelque chance d\u2019être adoptées par le gouvernement actuellement en place ?Aucun des membres de ce Comité ne fait partie de l\u2019équipe ministérielle: en un sens, c\u2019est tant mieux, car le Comité jouit ainsi d\u2019une plus grande liberté, mais, en un autre sens, on ne peut qu\u2019être inquiet pour l\u2019avenir des recommandations provenant du Comité, car, sur la plupart des questions que celui-ci étudie présentement, en particulier sur la place du Québec dans la Confédération, M.Trudeau, qui préside à l\u2019équipe ministérielle, a des idées bien arrêtées, qu\u2019il n\u2019abandonnera pas facilement.Par exemple, il l\u2019a dit maintes et maintes fois : pas de statut particulier pour le Québec.C\u2019est sur ce point que la Commission B.B.s\u2019est divisée et c\u2019est face à cette difficulté qu\u2019elle a échoué: le Comité sur la Constitution pourra-t-il faire l\u2019unanimité et aura-t-il le courage d\u2019aller jusqu\u2019au bout de ses convictions s\u2019il découvre qu\u2019il lui faut recommander des changements que le présent gouvernement n\u2019est pas prêt à accepter ?4° De son poste d\u2019observation d\u2019Ottawa, le Comité fédéral réussira-t-il, même après quelques incursions en territoire québécois, à saisir le sérieux et l\u2019urgence de la situation au Québec ?Se laissera-t-il convaincre par les avertissements que lui ont servis un bon nombre de témoins tout à fait dignes de foi ?Par exemple, pour ne citer qu\u2019un cas, voici ce que déclarait, le 30 mars\tdernier,\tdevant le\tComité, le professeur Léon Dion: Non seulement les signes de la crise que les\tcommissaires (de la\tCommission B.B.) avaient diagnostiquée en 1965 avec une\tlucidité\tqui surprend\taujourd\u2019hui persistent-ils,\tmais encore\tils se sont aggravés.Plus encore, d\u2019autres symptômes, particulièrement inquiétants, se sont manifestés depuis lors.Il ne paraît pas possible non plus d\u2019entreprendre, sans autre forme d\u2019examen, la reforme de la constitution.Il faut avoir le courage d\u2019envisager la situation sans la parer de faux artifices.La rude alternative suivante nous confronte : ou bien proposer une série de correctifs radicaux et tenter de persuader les Canadiens de les appliquer quels qu\u2019en soient les coûts et sans qu\u2019on puisse garantir à l\u2019avance qu\u2019ils suffiront à sauver la Confédération; ou encore, accepter comme inéluctable la séparation du Québec d\u2019avec le reste du pays et aviser en toute bonne foi aux moyens de la rendre la moins dommageable possible pour toutes les parties concernées.L\u2019époque des demi-mesures est révolue.(Cf.le Devoir, 2 avril 1971.) Et le témoin de conclure par cette phrase-choc: « Nul ne sait si demain la volonté de coexistence l\u2019emportera sur la volonté de séparation.» C\u2019est là un fait dont le Comité fédéral se doit au moins de constater l\u2019existence et la gravité.Etant donné son caractère et sa composition, on peut déjà prévoir dans quel sens iront ses recommandations: dans le sens d\u2019un renforcement de la volonté de coexistence entre les deux peuples fondateurs de la Confédération canadienne.Mais au Québec, où s\u2019exprime le plus vigoureusement la volonté de l\u2019un de ces peuples, de jour en jour le nombre grandit de ceux qui ne conçoivent plus l\u2019égalité que dans et par la souveraineté politique.La Commission Laurendeau-Dunton avait bien vu et énoncé le problème, la Commission Gagnon-Dunton s\u2019est déclarée incapable d\u2019y apporter une solution satisfaisante.Le même défi se pose au Comité sur la Constitution; nous attendrons avec un intérêt croissant sa réponse à la plus grave question à laquelle il ait à faire face: comment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui ?150 RELATIONS LITTÉRATURE Romans nouveaux et \u201cnouveaux romans\u201d par Gabrielle Poulin S\u2019il existe, ainsi que nous l\u2019avons vu dans une chronique précédente, des romanciers fidèles à ce qu\u2019ils furent et à leurs lecteurs, fidèles aussi à certaines normes qui permettaient, il n\u2019y a pas si longtemps encore, de distinguer le roman des autres genres littéraires, il en est d\u2019autres à qui il est difficile de trouver des devanciers et des lois.Chaque œuvre de ces romanciers « actuels » semble à elle seule un genre littéraire nouveau: au moment de l\u2019aborder, et bien souvent aussi en cours de lecture, il faut refaire sa mise au point.Jean-Paul Fugère: L\u2019Orientation.Roman.Col.« L\u2019Arbre ».\u2014 Montréal, HMH, 1970, 209 pp., 18,5 cm.A la dernière page de l'Orientation, Jean-Paul Fugère met dans la bouche de son héros, le narrateur, une interrogation qui pourrait servir à résumer son projet.En contemplant son fils, Jean se demande en effet quelle sorte d\u2019homme il deviendra: « Lui faudra-t-il aussi longtemps que moi pour se réconcilier avec ses origines ?» (P.205.) Il a fallu à Jean, pour découvrir sa véritable identité, quarante ans de sa vie, une aventure extra-conjugale et enfin une longue « épreuve », celle qui est racontée dans l\u2019Orientation et qui échappe par son intensité même aux limites conventionnelles de l\u2019espace et du temps.« Dante venait d\u2019avoir quarante ans, c\u2019est lui qui l\u2019écrit, quand on lui a fait traverser l\u2019enfer.» (144.) Le jour de ses quarante ans, Jean fera une longue descente en lui-même, tentera de chasser des monstres qui se nourrissent et vivent de sa substance et qui le poursuivent inlassablement.A chacune des étapes de sa remontée aux sources, symbolisée par un voyage en Orient, le héros change de nom.Au moins douze fois, il s\u2019entend appeler d\u2019un nom qui n\u2019est pas le sien, comme si chacun des âges de sa vie et chacune des frustrations évoquées à travers ces différentes étapes avaient faussé en partie sa véritable identité.Rejeter tous ses masques, se dépouiller de ses vêtements, tels sont quelques-uns des signes extérieurs qui manifestent chez le héros la volonté de reconquête de son moi véritable.Mais il y a peut-être dans l\u2019Orientation un autre niveau de signification.Dans la mesure, en effet, où la quête d\u2019un individu peut devenir exemplaire, d\u2019aucuns se plairont à voir dans l\u2019Orientation un roman aux préoccupations nationalistes.Qui sont-ils tous ces « Jean », emportés par un prototype, qui quittent un bon matin la métropole et ses tracas quotidiens pour rêver à un impossible Eden et à une parousie anticipée ?Qu\u2019ils s\u2019appellent Jean, Jean-Jacques, Jean-Pierre, Jean-Guy, Jean-Claude, Jean-Christophe, Jean-Marc, Jean-Rolland, Jean-Léon ou Jean-Jean, ils se retrouvent à la fin de ce roman, ressaisis par la tribu familiale, les chansons de folklore, la balle-molle, par le bon sens et.gros Jean comme devant.Retour à un réalisme, baigné d\u2019humour, qui s\u2019apparente un peu à celui de la fin de Candide.Après sa folle équipée en Orient, Jean accepte de cultiver son jardin: et le dernier nom qu\u2019on lui donne, \u2014 c\u2019est aussi le mot de la fin, \u2014 éclate avec le dernier pétard du feu d\u2019artifice manqué auquel la tribu familiale, cellule du peuple canadien-français, vient d\u2019assister: « On s\u2019en souviendra, de ton quarantième anniversaire, Jean-Baptiste Laframboise.» (209.) Le narrateur de l\u2019Orientation, à l\u2019instar de l\u2019auteur du roman traditionnel, semble présider à une sorte de jeu sacré dont chacun doit accepter les règles: « Il descend au sous-sol de sa maison, et, à sa table de travail, bien au chaud comme au centre de la terre, il joue à se chercher.» (37.) Dans ces circonstances, la fin du roman se doit de coïncider avec la victoire du héros.Le lecteur, qui est entré dans le jeu, accepte cette victoire comme allant de soi, sachant bien qu\u2019au fond rien n\u2019est changé et.la vie continue.François Brunante: L\u2019Homme qui se cherchait un fils.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1970, 247 pp., 19,5 cm.« Le mal périt dans la lumière », écrit l\u2019auteur à la première page de son roman.Ce n\u2019est pas encore à ce coup-ci que le mal périra.Et à choisir entre la sorte de lumière que le romancier projette sur les sombres réalités qu\u2019il décrit et les admirables Fleurs.de Baudelaire, l\u2019on se prend à souhaiter l\u2019obscurité la plus complète au livre de celui qui signe d\u2019ailleurs François B unante.Sans doute, l\u2019homosexualité et la pédérastie pourraient-elles inspirer à d\u2019authentiques romanciers de grandes et fortes œuvres, mais il leur arrive aussi d\u2019alimenter la plus médiocre « littérature ».L\u2019Homme qui se cherchait un fils, c\u2019est le long monologue d\u2019Adrien qui tente, à chaque page, de justifier, par des raisonnements de pseudo-intellectuel et dans un langage où le laisser-aller ne le cède qu\u2019à la grossièreté, le penchant qui le porte vers les adolescents; les confidences d\u2019un obsédé qui ne voit l\u2019univers et la société qu\u2019à travers son désir.Si l\u2019auteur voulait écrire un roman à thèse, il a raté son objectif: ce livre n\u2019est pas un roman, tout au plus un document contrefait et falsifié qui ne satisfera ni ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019art, ni ceux qui s\u2019intéressent à la science.En somme, l\u2019auteur a bien fait de prendre un pseudonyme: il valait mieux, en effet, cacher son identité, non pas parce que le sujet est scabreux et notre société pudibonde, mais parce que le sujet est « maltraité » et que notre société sait vite distinguer entre le talent et la médiocrité.François Brunante croyait avoir un message nouveau à transmettre, tellement nouveau qu\u2019il n\u2019était besoin d\u2019aucune recherche formelle pour qu\u2019il passât.Il suffirait de tout jeter en vrac et le lecteur, pas exigeant et pas trop intelligent, devait comprendre et sympathiser.Le livre se referme sans que la cause de l\u2019homosexualité ne soit gagnée, cette fois encore, ni non plus celle de la littérature.Marc Doré: Le Billard sur la neige.Roman.Col.« Les Romanciers du Jour », R-62.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1970, 176 pp., 20 cm.Dès les premières lignes de ce roman, le lecteur ressent un malaise: il se trouve, en effet, devant un univers où les choses et les êtres sont désarticulés.Il a l\u2019impression d\u2019être tombé dans un monde un peu fantastique de jouets aux ressorts démontés, de poupées décapitées, de pantins et de pierrots abandonnés.« Une tête d\u2019enfant parut, dorée sur le velours de l\u2019ombre.Elle semblait suspendue.» (P.7.) Et telle sera l\u2019atmosphère du roman, tout entière donnée par des images précieuses, préfabriquées et fragiles.L\u2019on ne manquera pas de reprocher à Marc Doré ses métaphores qui semblent sortir tout droit du cahier de narrations d\u2019un adolescent: « Le bidon lui tapait sur les bottes en rutilant des argents d\u2019encensoir.» (10.) .«finalement une sonnette s\u2019énerva, suivie d\u2019un bataillon de chaises».(21).« Au coin des tables, les poches de cuir tressé se gonflaient de nostalgie».(38).« Mais il fut lapidé dans ses préparatifs par les cailloux familiers d\u2019une voix venant de l\u2019autre côté du parterre» (42).«L\u2019odeur d\u2019essence le bordait des flocons de la quiétude » (54).«Une forte odeur de riz, de houblon et de poulet s\u2019emparait de la pièce en un mille-feuilles olfactif » (130).Et pourtant, Marc Doré réussit, précisément à l\u2019aide de ces images et d\u2019un certain ton de voix, à la fois timide et audacieux, à créer l\u2019univers qu\u2019il fallait à son héros.Le petit Tony, en effet, au sortir du collège dont il est renvoyé parce que ses parents ont négligé de payer ses mensualités, jette sur l\u2019univers qui fut celui de son enfance un regard d\u2019étranger déjà.Il ne comprend plus le monde merveilleux et fantastique qui fut celui de ses onze premières années.Et ce jour de ses douze ans le reconduit aux frontières du rêve et de la réalité, du pays désarticulé de l\u2019enfance et de celui, confus et incompréhensible, des adultes.Du pays qui le déserte, l\u2019enfant tente pourtant de ramener au jour deux témoins: un petit chat et une boule de billard.Il abandonnera lui-même le chat en cours de route.Quant à la boule de billard au chiffre mystérieux, elle est un symbole polyvalent dont Tony instinctivement cherche à percer le sens, comme tout au long de cette journée, il a peu à peu appréhendé le monde de l\u2019adulte qui était déjà latent dans son univers enfantin.Le Billard sur la neige est un roman sans prétention, le premier roman d\u2019un jeune auteur à la voix maladroite et sympa- MAI 1971 151 thique qui devrait continuer d\u2019écrire.Déjà il a commencé de nommer les réalités d\u2019un univers qui lui est propre.Peut-être n\u2019a-t-il pas pris tout à fait, vis-à-vis d\u2019elles, la distance nécessaire pour que le lecteur se sente à l\u2019aise dans cet univers qui ne lui appartient pas.Mais l\u2019absence de recul, par contre, a eu l\u2019avantage de faire coïncider parfaitement la voix qui nommait les objets et les objets eux-mêmes.Il reste bien peu à faire pour gue l\u2019univers de Marc Doré devienne un veritable univers romanesque.Louis Gauthier: Les Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum.Tome I.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1970, 209 pp., 19,5 cm.Il ne faut surtout pas abandonner ce livre en cours de lecture, comme nous en aurions envie et comme l\u2019auteur lui-même, sans doute, nous le conseillerait.Non, il faut le lire de la première à la dernière page pour être emporté par ce coup de bonne humeur, d\u2019ironie et d\u2019humour qui passe sur la littérature canadienne et dont la première victime est l\u2019auteur lui-même.D\u2019ailleurs, juste au moment où la patience du lecteur atteint son point de saturation, le livre aboutit au cul-de-sac du chapitre troisième: « où l\u2019on s\u2019aperçoit que l\u2019auteur n\u2019a plus grand chose à dire ».Et pourtant, il faut lire encore les cinquante pages qui suivent et qui, toutes proportions gardées, sont au conte de Sivis Pacem et de Para Bellum ce que les Poésies furent aux Chants de Maldoror.« Tout a été dit et nous venons trop tard.» C\u2019était vrai hier, ce l\u2019est encore aujourd\u2019hui; aussi, pour s\u2019abandonner au démon des lettres, importe-t-il beaucoup de posséder, comme l\u2019auteur des Aventures de, Sivis Pacem., un heureux dosage de naïveté et de lucidité.Il faut être, en effet, très naïf pour oser s\u2019attaquer au genre sacro-saint du roman en parodiant dans un conte loufoque les grandes préoccupations des auteurs soi-disant modernes.C\u2019est ainsi que Louis Gauthier se joue des notions d\u2019espace et de temps en intitulant sept des dix premiers chapitres de la première partie: « Cependant très loin de là » ; et il continue de même dans la deuxième: « Pendant ce temps », (ch.III), « Un peu plus tard » (IV), « Au même instant mais un peu plus tard » (VII), « A ce moment-là mais un peu avant » (VIII), «Exactement au même instant» (IX), « A la même époque » (X).Gauthier fait également fi de la psychologie des personnages, de la vraisemblance, et de bien d\u2019autres choses encore qu\u2019un romancier « sérieux » respecte.Tous les moulins à vent de la littérature sont attaqués par^ ce Don Quichotte québécois qui sera lui-même à la fin la victime de ses propres créations et de sa propre lucidité.avant que de l\u2019être des critiques auxquels il ne manque même pas de livrer par avance les armes qui pourraient servir à l\u2019anéantir.Les Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum, non ce n\u2019est pas un anti-roman, mais bien plutôt, et c\u2019est plus nouveau, un anti-essai où l\u2019auteur s\u2019attaque à des idoles renversées et toujours réinstallées et, finalement, à lui-même qui croit et ne croit pas à la littérature: qui y croit assez pour recommencer une troisième fois (il en est à sa deuxième tentative), ce que nous souhaitons, et qui n\u2019y croit pas suffisamment pour se prendre au sérieux, et nous avec lui, ce que nous ne lui souhaitons pas.Gilbert La Rocque: Le Nombril.Roman.Col.« Les Romanciers du Jour », R-60.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1970, 209 pp., 20 cm.S\u2019il faut peu de mots pour exprimer l\u2019essentiel, il faut, selon le poète Paul Eluard, tous les mots pour le rendre réel.Gilbert La Rocque, qui publie son premier roman, connaît déjà le prix et le poids des mots.Le Nombril est une longue entreprise d\u2019exploration et de conquête d\u2019un univers dans lequel la mort et la vie se livrent un combat de tous les instants, une entreprise aussi de libération de l\u2019être face aux contraintes nées de ce combat.Un livre aux résonances camusiennes: un événement, la mort du père, provoque le réveil de la conscience à la réalité de la mort; au lieu du soleil aveuglant d\u2019un midi algérien, règne ici, enveloppante, la clarté diffuse d\u2019une première neige de novembre; ne manquent non plus à l\u2019accompagnement funèbre ni les sermons pieux sur l\u2019espérance, ni le souvenir des rats éventrés de la Peste.Une première réaction instinctive devant la mort trop proche: dégoût et désir de fuite, est, comme chez Camus encore, le signal de l\u2019éveil de la conscience.Dès lors, l\u2019homme, celui qui s\u2019appelle ici Jérôme, entreprend sa remontée vers la lumière.Ressaisir par le langage chacune des réalités quotidiennes, vivre, en un seul jour, tout le poids de l\u2019ennui et de la puanteur que dégagent des gestes voués par avance au néant, refaire, comme l\u2019Etranger, le périple quotidien mais avec la lucidité de celui que la mort a réveillé d\u2019un seul coup d\u2019une léthargie qui était la négation de la vie, tel sera le projet du narrateur.Les quelques heures qui forment le temps réel du roman sont remplies à craquer, non pas par des événements concrets et des actions éclatantes, mais, de par l\u2019état de tension dans lequel le héros se trouve placé, par les images emmêlées du passé.Chaque minute est une occasion de plus donnée à Jérôme de se sentir vivre, de savoir cela qu\u2019il est le même aujourd\u2019hui qu\u2019hier et que cette minute contient, à cause de la continuité de son être, tout le passé, tout le présent et tout l\u2019avenir: « On n\u2019efface pas ce qu\u2019on veut du temps qu\u2019on a vécu, il s\u2019est brisé anéanti derrière nous, sillage, oui, mais il en reste tout de même quelque chose, la preuve qu\u2019on a été, cela indélébile et parfois même de plus en plus net et vivant on dirait, et ce sont des jalons, quelques moments importants de sa vie comme des axes autour desquels gravitent les heures floues les heures presque oubliées les heures mortes, mais points de repère quand même, qui groupent et fixent avec un semblant de logique ou de chronologie tous ces détails infimes tous ces instants abolis dont la mémoire ne conserve que des images pâlies ces fantômes de voix ou d\u2019odeurs, ces instants qui nous ont bâtis, peu à peu, se sont agglomérés et restent jusqu\u2019à la fin, soi, et c\u2019est assez normal qu\u2019ils ne puissent se détacher ils sont traversés par le fil de notre temps vécu oui c\u2019est logique il faut croire.» (P.9.) Il ne s\u2019agit pourtant pas ici, malgré les ressemblances proustiennes de ce texte, de partir à la « recherche du temps perdu ».Non, la démarche du narrateur est axée sur la poursuite de la libération.Les voix du passé se font entendre et risquent à tout moment d\u2019étouffer la conscience du présent, mais l\u2019être libéré émerge peu à peu de cette rumeur pourtant de plus en plus envahissante.C\u2019est le pouvoir de celui qui croit à la parole de réussir à donner à la rumeur, au chaos, la vertu du langage, de donner une identité aux fantômes en les appelant par leur nom.Le Nombril n\u2019est pas un roman facile.Ecrit dans une langue qui suit le mouvement d\u2019un monologue intérieur fait d\u2019hallucinations, de désirs, de craintes, il échappe (on a pu le voir par le passage cité plus haut) comme naturellement, aux contraintes de la syntaxe et, il va sans dire, de la ponctuation.Si le lecteur n\u2019entre pas dans le tourbillon d\u2019une pensée qui progresse, mais sur place, mais imperceptiblement, le roman lui paraîtra long et monotone.Au contraire, s\u2019il se laisse entraîner dans ce tourbillon, il sera emporté jusqu\u2019au vertige final à la fine pointe d\u2019un destin où la vie et la mort se regardent dans les yeux d\u2019un homme qui voit enfin se dessiner son identité et qui peut se dire qu\u2019il est, en dépit de la mort, et justement à cause d\u2019elle, un homme libre.Pierre Turgeon: Un, deux, trois.Roman.Col.«Les Romanciers du Jour», R-61.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1970, 171 pp., 20 cm.Un, deux, trois.Nous croyons entendre la voix du photographe qui, par ce signal conventionnel, veut attirer l\u2019attention de son client avant que ne se produisent le déclic et l\u2019éblouissement.La réalité disparait pour faire place à l\u2019image.Toute la vie est ainsi un passage perpétuel du réel à l\u2019imaginaire, du vécu au rêvé et, quand il s\u2019agit de la vie d\u2019un romancier, de la parole à l\u2019écriture.Le roman de Pierre Turgeon s\u2019inscrit ainsi entre deux déclics lumineux qui font apparaître devant les yeux du narrateur l\u2019image figée de la femme qu\u2019il aime: « Je fermai violemment les paupières et je vis, encore imprimée sur ma rétine, Mitka glissant vers le haut de mon champ de vision.Puis elle resurgit devant le papier noir, comme engendrée par lui de la meme façon qu\u2019un mot existe contre le blanc d\u2019une page.» (P.12.) Jusqu\u2019à la vision finale racontée à la dernière page, (et qui est aussi une vision donnée par des photos), ce livre est fait d\u2019apparitions fulgurantes surgies à l\u2019état de veille ou pendant le sommeil.Rien ne dure cependant plus longtemps que le temps qu\u2019il faut au photographe pour fixer des gestes, des regards, des attitudes: « Chacun de ses gestes demeurait isolé, sans rapport avec ceux qui le précédaient et le suivaient de sorte qu\u2019elle m\u2019apparaissait dans une série d\u2019illuminations ».(17.) Un, deux, trois.Le narrateur cherche par cette formule incantatoire, sinon à percer, du moins à fixer, le mystère de l\u2019incohérence du monde dans lequel il vit.« Jusqu\u2019à présent l\u2019incohérence des êtres qui me croisaient me persuadait que la vérité se cachait quelque part derrière eux, dans les yeux de Mitka peut-être.Je comprenais maintenant que le chaos régnait aussi bien dans l\u2019état de veille que dans les rêves.Aucune loi ne régissait l\u2019univers.Seule une race d\u2019hallucinés pouvait croire à un ordre quelconque.» (137.) Peut-être, justement, la tentative du romancier vise-t-elle à faire apparaître, dans un autre monde, un monde créé par ses mots, le continu caché sous le 152 RELATIONS fragmentaire, à appeler l\u2019ordre qui viendrait dénouer la confusion.Le temps du romancier se situe précisément entre cette négation du désordre et le livre achevé.Il lui faut détruire ce qui lui semble ne pas exister: le néant, la mort, et la vie qui chemine de l\u2019un à l\u2019autre.C\u2019est pendant ce vide entre ce qui fut et ce qui sera que se place la démarche du narrateur, précisément dans ce temps reconstitué, recréé par sa parole, ce temps scandé par le « un, deux, trois » qui n\u2019est pas pour rien le titre même du roman.Peu importe maintenant ce qui sera raconté ! Qu\u2019il s\u2019agisse, ici, de faits réels, la fermeture d\u2019une usine de chaux, là de souvenirs d\u2019enfance, ou encore de cauchemars nés de la drogue ou de rêves et de désirs incarnés par une imagination plus ou moins hallucinée: « Mon sommeil d\u2019alors, écrit le narrateur, ne se distinguait pas de tous ceux qui le suivraient, de celui qui s\u2019ouvre devant moi alors que j\u2019écris ces mots.Nous ne progressons pas, nous restons toujours aussi nus, aussi embrouillés, aussi déments.Nous n\u2019avons rien à gagner ni à perdre.Aucun dieu, aucun destin dans le carrousel de nos veilles et nos rêves, seul un chaos qui nous dissoudra bientôt complètement.» (28.) Pourtant le roman de Pierre Turgeon, s\u2019il n\u2019échappe pas toujours à la confusion, réussit à dominer le chaos.L\u2019incohérence que le narrateur essaie de traduire, devient, à cause de son angoisse, la substance du roman.Un roman qui, par la nécessité de ses images et de ses silences, s\u2019alimente aux mêmes sources que le poème, un roman qu\u2019on n\u2019a pas terminé, une fois le livre refermé, mais qui trouve en chaque lecteur la complicité requise pour continuer à vivre.* * * Ces quelques romans et tous les autres qui ont fait l\u2019année littéraire 1970, nous laissent perplexe tant par leur diversité que par la profondeur des problèmes qu\u2019ils soulèvent.Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un roman, se demande le lecteur de bonne foi ?Aucun de ces romanciers ne semble véritablement proposer de réponses à une question pourtant élémentaire.Au contraire, ils ont l\u2019air d\u2019avouer, à la suite de Robbe-Grillet: « Nous ne savons pas ce que doit être un roman, un vrai roman; nous savons seulement que le roman d\u2019aujourd\u2019hui sera ce que nous le ferons aujourd\u2019hui, et que nous n\u2019avons pas à cultiver la ressemblance avec ce qui était hier, mais à nous avancer plus loin » (Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, col.« Idées », 45, Paris, NRF, Gallimard, c.1963, les Editions de Minuit, p.145).Le malheur est que le roman québécois est passé bien vite du non-être à la contestation.A peine avions-nous eu le temps, après de multiples tâtonnements, d\u2019écrire quelques « bons romans », qu\u2019il fallait déjà tout bouleverser d\u2019une bien fragile tradition romanesque.La démarche des romanciers actuels se ressent donc souvent de la précipitation,^ et, pour ainsi dire, de la non-nécessité dans laquelle les a entraînés encore une fois le souci d\u2019imiter les littératures étrangères qui, elles, avaient eu leur siècle de réalisme et de naturalisme.Tous les romans nouveaux, toutefois, ne sont pas nécessairement des « nouveaux romans », en ce sens que tous ne sont pas d\u2019abord et avant tout une recherche.Beaucoup de romanciers croient encore avoir quelque chose à dire, une histoire à raconter, et la seule recherche qui les concerne est celle du « comment dire ».Pas un instant, ils ne mettraient en doute la thèse initiale qui les a poussés à écrire.Pour le romancier « moderne », au contraire, « c\u2019est précisément ce \u2018comment\u2019, cette manière de dire, qui constitue son projet d\u2019écrivain, projet obscur entre tous, et qui sera plus tard le contenu douteux de son livre.C\u2019est peut-être, en fin de compte, ce contenu douteux d\u2019un obscur projet de forme qui servira le mieux la cause de la liberté.Mais à quelle échéance ?(Id., ibid., 153.) Parmi les quelques romans dont nous venons de rendre compte, la tendance « traditionnelle » est représentée par l\u2019Orientation de Jean-Paul Fugère et l\u2019Homme qui se cherchait un fils de François Brunante.La démarche de Marc Doré, Louis Gauthier, Gilbert La Rocque et Pierre Turgeon est, avant tout, mais à des degrés bien diffé- rents, une recherche qui « crée elle-même ses propres significations, au fur et à mesure » (ibid., 152).Elle exige du lecteur une grande disponibilité et même une certaine complicité.Ni l\u2019auteur, ni le lecteur ne savent, en effet, où ils vont, car il n\u2019y a pas de routes toutes faites, mais une trajectoire qui crée son propre sens et qui peut déboucher aussi bien dans un pays de liberté que dans une impasse.Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, rien ne sera jamais définitivement acquis.Ces livres, conformément au souhait de Breton, sont laissés « battants comme des portes ».On n\u2019a pas à chercher de clef; on peut y aller et venir librement, sachant bien que tout peut à chaque instant être possible et que tout peut aussi recommencer.L\u2019on peut attendre beaucoup de ces jeunes écrivains: leurs livres ne sont pas des réponses, mais des questions, et seules celles-ci sont fécondes.Marie-Claire Blais: Les Apparences.Col.« Les Romanciers du jour », R-63.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1970, 203 pp., 20 cm.Avec les Apparences, Marie-Claire Blais abandonne au public le troisième et \u2014 souhaitons-le \u2014 dernier tome des Manuscrits de Pauline Archange (Col.« Les Romanciers du Jour », R-33.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1968, 127 pp., 20 cm).Ces cahiers, en effet, n\u2019ont rien apporté de bien nouveau à l\u2019œuvre de Marie-Claire Blais.Au contraire, ils sont venus expliciter et diluer les idées et les sentiments que l\u2019art avait dépouillés et transfigurés lors d'Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel.En lisant les Manuscrits, on a l\u2019impression de pénétrer dans les coulisses et les salles d\u2019habillage d\u2019un théâtre après le spectacle, ou encore de découvrir les restes d\u2019écheveaux emmêlés qui auraient servi à faire une tapisserie.La curiosité de certains peut chercher là sa pâture, mais « ceux qui ont le goût bon, et qui en voyant un livre, comme dit Pascal, croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur ».Oui, les Manuscrits ressemblent davantage à un art poétique qu\u2019à un roman: ils pourront, à ce titre, rendre des services aux critiques et aux chercheurs, mais ce n\u2019est pas là le propos d\u2019un roman ni celui, sans doute, de Marie-Claire Blais.Pauline Archange, l\u2019auteur des Manuscrits, raconte, à travers sa difficile croissance dans un monde de pauvreté et de misère, la naissance de l\u2019écrivain qu\u2019elle a voulu devenir.Il y a dans le premmier tome, une couleur poétique certaine, celle qui donnent à une œuvre les images de la pauvreté, de la maladie, voire de la saleté, quand elles sont vues par un regard qui sait se faire miroir pour les rendre dans toute leur sombre splendeur.A force d\u2019être noires, les images du premier tome trahissent une qualité de vision cohérente et donnent à voir un monde qui a tellement charrié de misères qu\u2019il en est, comme l\u2019univers d'Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel, lavé et purifié.Le deuxième tome: Vivre! Vivre! (Col.« Les Romanciers du Jour », R-53.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1969, 170 pp., 20 cm) est le reflet, non plus de ce monde, mais d\u2019une conscience qui le refuse, sans avoir trouvé encore où s\u2019établir.« Les yeux, les paupières, les mains de ces êtres que mon regard avait touchés tant de fois, fondant en eux pour saisir leurs pensées intimes, comment pouvais-je m\u2019en séparer maintenant qu\u2019ils devenaient pour moi, les yeux, les mains de créatures volées en secret pour mieux vivre d\u2019elles?(.) Je me faisais à moi-même le récit d\u2019une tempête où je me séparais de mes parents sans tristesse (.) Lorsque mon père me regardait dans les yeux en disant « que je menais une double vie », sans doute parlait-il de ces infinies variations d\u2019un monde secret auquel je ne pouvais accéder que par la voie de la trahison ?Chacun de mes gestes, entre mes parents et moi, semblait créer un éloignement, une distance cruelle dont je me sentais le maître.» (13-18.) Il ressort de ces confidences que pour Pauline Archange, comme pour Marcel Proust, « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c\u2019est la littérature ».Mais l\u2019on peut se demander, quand on aborde le troisième tome (Les Apparences), si la définition de la littérature pour Pauline Archange ne correspond pas davantage à cette réalité que Verlaine rejetait quand il s\u2019écriait: « Et tout le reste est littérature », et à la chimère que les surréalistes, eux, opposaient à la vie: « Je rêvais tant d\u2019écrire la vie que je croyais parfois la posséder » .(Les Apparences, 11.) L\u2019univers est trop cruel à Pauline Archange pour n\u2019engendrer chez elle autre chose que la révolte qui, à la faveur de l\u2019écriture, se résorbe en pitié.Et c\u2019est finalement sous le signe de la pitié, une pitié solitaire et stérile qui se perd en raisonnements, voire en discours, que sont écrits les trois Manuscrits: « La pitié qui est une très belle chose, laquelle est souvent enveloppée de beaucoup d\u2019impuretés, de délires de faiblesses, mais une belle chose, tout de même ! C\u2019est la fascination des êtres pour les êtres, c\u2019est tout».(Vivre! Vivre!, 74.) Mais la pitié ici se perd sous un flot de paroles et, ainsi véhiculée, n\u2019engendre plus que l\u2019ennui.Il nous faudra revenir à Jean Le Maigre, au Septième et à Héloïse pour retrouver la fascination des êtres, des êtres vivants qui ont échappé à la « littérature ».\tGabrielle Poulin.MAI 1971 153 CINÉMA « Un film parlable qui laisse parler les spécialistes de la question québécoise : les Québécois.» \u201cFaut aller parmi l\u2019monde pour le savoir\u201d \u2014 un film de Fernand Dansereau et d\u2019une quinzaine de Québécois par Yves Lever Au moment où beaucoup de spectateurs de YHeure des brasiers discutaient de ce film et souhaitaient que des films-outils de ce genre se fassent au Québec, Fernand Dansereau était en train d\u2019en réaliser un pour le compte des Sociétés Saint-Jean-Baptiste et des Sociétés nationales des Québécois.On peut maintenant en voir le résultat avec Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir.Film-enquête, Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir (ce titre est une parole d\u2019un participant) s\u2019inscrit dans le prolongement de Un pays sans bon sens (Perreault), mais en se limitant au Québec et en abordant directement la question politique et sociale.Film-outil, il est divisé, comme YHeure des brasiers, en trois parties explicitant divers thèmes et est orienté vers la discussion et l\u2019animation.Une enquête cinématographique « Assumer le peuple québécois dans son ensemble et le traduire dans ce qu\u2019il vit profondément, lui présenter comme dans un miroir, une image chaude et affectueuse de ce qu\u2019il est », tel était le mandat reçu par Dansereau, l\u2019été dernier.Cela, presque tous les cinéastes, romanciers ou sociologues prétendent le faire, que ce soit par la fiction, le document-vérité ou l\u2019enquête scientifique.Mais combien y arrivent réellement ?Car, s\u2019il faut aller parmi le monde pour savoir ce que pensent « le monde», il faut surtout « les » laisser parler, se rendre disponible à leurs paroles, apprendre à écouter et à laisser un peu de côté ses idées, afin que le dialogue libérateur puisse commencer.Et c\u2019est uniquement lorsque le dialogue s\u2019engage entre enquêteur et enquêtés que les enquêtés peuvent réellement faire « sortir » ce qu\u2019ils pensent.Avec Tout Vtemps, tout Vtemps, Dansereau était aussi allé « parmi le monde » (film de fiction imaginé, construit et interprété par un groupe de citoyens) et s\u2019était davantage effacé devant les participants, mais ce dialo- gue avait manqué et le film touchait plus alors au mélodrame qu\u2019au document-vérité.Avec Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir, il était d\u2019autant plus important de savoir écouter et dialoguer que le tournage a commencé une semaine après la mort de Pierre Laporte, donc en pleine crise d\u2019octobre.C\u2019était un moment aussi exceptionnel que délicat: ou bien le jeu de la vérité serait faussé complètement par le climat de crise, ou bien la crise elle-même servirait de puissant révélateur.C\u2019est la deuxième hypothèse qui s\u2019avéra juste: devant les paroles dures et répressives du pouvoir, un groupe de Québécois a quand même continué à parler de libération.C\u2019est dans un moment comme celui-là qu\u2019on se rend compte que l\u2019enquête cinématographique peut avoir infiniment plus de valeur que les enquêtes scientifiques style Gallup, car si celles-ci sont immédiatement opérationnelles (en vue d\u2019une élection, par exemple), elles sont impuissantes face à tout ce qui regarde les sentiments profonds.En sociologie, on se dit aujourd\u2019hui que, pour que ces enquêtes soient réellement valables, il faudrait faire la psychanalyse des interviewés, car, le plus souvent, ceux-ci sont obnubilés par les slogans à la mode et ne savent même pas clairement ce qu\u2019ils pensent réellement.Par contre, l\u2019enquête cinématographique réalise plus ou moins cette psychanalyse; son usage (conscient et inconscient) de symboles visuels et sonores ajoutés aux paroles permet une meilleure projection de l\u2019intériorité profonde et l\u2019explicitation vécue et située des paroles.A cet égard, l\u2019apport de Dansereau au film est très intéressant.Comme Perreault l\u2019avait fait dans Un pays sans bon sens, il a entrecoupé ses interviews de paysages révélateurs à la fois pour bien situer les paroles et pour en accentuer le sens.Contrairement à Perreault, cependant, il a utilisé la couleur: un monochrome sombre pour les interviews et des couleurs ordinaires (qui, par contraste, apparaissent éclatantes) pour les paysages.Tout en donnant beaucoup de vie au film, ce procédé simple révèle très bien l\u2019affection que tous les participants au film ont pour la Terre-Québec, en même temps qu\u2019il permet de mettre en relief les difficultés éthiques et politiques qu\u2019ils ont à y vivre actuellement.Des paroles libérées Qu\u2019est-ce qu\u2019on apprend quand on va « parmi le monde », de Rouyn à Rimouski, en passant par Sainte-Agathe, Montréal, Sainte-Thérèse, Cabano, File Verte, Richelieu et Drummond-ville ?On sait qu\u2019il y a partout un peuple qui a « une boule dans la gorge », et que cette boule doit sortir un jour ou l\u2019autre; que les gens ne peuvent plus se taire, que le cri a commencé à sortir et que, bientôt, il sera entendu au loin; que des centaines de personnes ont manifesté avec Simone Chartrand, rue Parthenais, l\u2019après-midi du dernier Noël, pour montrer qu\u2019elles étaient libérées de la peur du pouvoir, de la police et de l\u2019armée; qu\u2019on a un grand ménage du printemps à faire et que personne d\u2019autre ne le fera à notre place; qu\u2019« il faut mettre la main dans l\u2019affaire de la société », comme à Cabano, et que, si tout le peuple québécois se décidait à le faire, on aurait vite des changements profonds; que beaucoup de gens croient que l\u2019envoi de l\u2019armée à Montréal et la loi des mesures de guerre constituaient une véritable déclaration de guerre d\u2019Ottawa au Québec; que les occupations (CEGEP, universités, usines) ne devraient pas se faire pour contester globalement le système, mais pour rendre humainement habitables ces parties importantes de notre territoire; que le problème de la langue existe partout dans le pays et que personne ne peut le résoudre en se battant seul; etc.Au-delà de chaque rencontre, par delà les frontières des villes et des villages, on sait et on sent que l\u2019album de famille des Québécois est en train de se constituer.Par le montage de son film, Perreault a démontré que le Canada est un « pays sans bon sens » ; Dansereau, lui, montre que la misère subie ensemble, le goût de vivre et de bâtir ensemble ont déjà cimenté un autre pays « avec sens ».La très belle chanson de Michel Garneau, reprenant 154 RELATIONS quelques paroles des dialogues, unit toutes les interventions et fournit comme un leitmotiv que chacun pourrait reprendre à son tour.Libérer d\u2019autres paroles On ne peut pas voir Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir seulement comme un spectacle, ni comme le récit intéressant de l\u2019expérience vécue d\u2019une quinzaine de Québécois.Car ces Québécois n\u2019ont rien de spectaculaire et ne sont vedettes nulle part.Tout simplement, ils aiment vivre leur Québec et comprennent que, pour vivre ensemble, il faut d\u2019abord commencer par se parler.Pour cela, ils engagent la conversation, ils acceptent de parler les premiers pour « casser la glace ».Pour que le film soit complet, il faut donc qu\u2019il y ait réponse dans et hors de la salle.C\u2019est pourquoi il a été conçu comme un outil de travail et bien divisé pour sérier les problèmes (les deux premières parties touchent surtout l\u2019analyse de la question québécoise et la troisième quelques orientations pour l\u2019action).Les réponses seront sans doute diverses, suscitant des accords ou des désaccords assez radicaux, mais elles seront toutes utiles puisqu\u2019elles permettront toutes de mieux mettre le doigt sur l\u2019unité comme sur les différences.Commandé par les Sociétés Saint-Jean-Baptiste et les Sociétés nationales des Québécois, Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir jouit donc de structures d\u2019accueil assez exceptionnelles.De plus, le responsable de sa diffusion confirme que des copies seront disponibles aux bureaux locaux de la Société pour tous les groupes qui en feront la demande.Contrairement à tous les films québécois de qualité, il passera donc à côté des problèmes de distribution et pourra librement aller « parmi le monde ».Souhaitons qu\u2019il y aille beaucoup et, en attendant, félicitons tous les promoteurs et réalisateurs de ce projet.En janvier, tout le monde annonçait une sortie commerciale pour Un pays sans bon sens de Perreault.On le sait maintenant, cette sortie commerciale n\u2019aura pas lieu et ce très grand film est maintenant entré dans le mode ordinaire de distribution de l\u2019Office national du film.Tous les groupes qui voudraient s\u2019en servir peuvent donc en obtenir gratuitement copie aux bureaux de l\u2019Office, rue Sherbrooke.COOPÉRATION [NTg/ ijPTERNATIONAI.«T/ mizl UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA INSTITUT DE COOPÉRATION INTERNATIONALE UNIVERSITÉ D'OTTAWA (I.C.I.) PROGRAMME D\u2019ÉTUDES EN DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL (PRODEV) Ce programme de formation et de perfectionnement a été créé à l'intention de coopérants, chercheurs, conseillers, experts et autres personnes qui se destinent à une carrière dans le domaine du développement international.Les participants au programme pourront travailler avec des spécialistes en développement dans un cadre d'études pluri-disciplinaires.Le programme s'étend sur une période d'une année.DESCRIPTION DU PROGRAMME SESSIONS 1971 lre session :\tProblématique du développement (20 septembre au 29 octobre) 2® session : Changements économiques et sociaux dans les pays en voie de développement (8 novembre au 17 décembre) 1972 3® session : Gestion des programmes de développement (10 janvier au 16 février) 4® session:\tÉtudes régionales et analyse des cas (28 février au 12 avril) LANGUE ÉTRANGÈRE \u2014 durant toute l'année universitaire STAGE (si nécessaire) \u2014 4 à 12 semaines MÉMOIRE \u2014 A remettre au plus tard le 1 er septembre 1972 CONDITIONS D'ADMISSION \u2014Minimum: le baccalauréat ou l'équivalent \u2014Expérience dans le domaine du développement ou avoir l'intention d'y faire carrière.Dans ce dernier cas, le candidat devra avoir fait des études dans un domaine connexe.\u2014Bonne connaissance du français et de l'anglais DIPLÔME __Un diplôme en coopération internationale sera décerné aux candidats qui auront répondu à toutes les exigences du programme.TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS OU D'ADMISSION DEVRA ÊTRE ADRESSÉE AU : Secrétaire général, Institut de coopération internationale, Université d'Ottawa, Ottawa 2, Canada.[Tél.: (613) 231-2340] MAI 1971 155 : THÉÂTRE - Carnet d\u2019un abondant hiver par Georges-Henri d\u2019Auteuil Assurément, le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que le théâtre du même nom, ou TMN, est tout ce que vous voudrez, sauf conformiste.La plus grande liberté et la plus haute fantaisie sont les seules lois reconnues par Jean-Claude Germain, inventeur des thèmes, auteur des textes, réalisateur, ou « coach », comme il dit, des spectacles.Thèmes d\u2019actualité, textes percutants, réalisations visuelles brillantes.Voilà les qualités que nous retrouvons dans le dernier spectacle du TMN, au titre infini, genre Réjean Ducharme, Si les Sansoucis s\u2019en soucient, ces Sansoucis-çi s\u2019en soucieront-ils ?Bien parler, c\u2019est se respecter.(Phrase à utiliser pour perfectionner la diction des enfants ! ).L\u2019intrigue de la pièce n\u2019est pas facile à saisir malgré les explications du communiqué de presse.Il s\u2019agit de folie, paraît-il; en fait, tout se déroule un peu va comme je te pousse, chacun, à tour de rôle, débitant son couplet sans trop se soucier d\u2019établir un lien précis de l\u2019un à l\u2019autre.Pourtant une chose est claire: les juges passent un mauvais quart d\u2019heure; en particulier, Nicole Leblanc leur sert un monologue plutôt pimenté et de circonstance, vu les événements récents.Si on néglige les deux monologues qui ne sont pas de Germain, sorte d\u2019intermèdes absolument étrangers à la pièce et plutôt ennuyeux, l\u2019intérêt de l\u2019œuvre, à mon sens, réside dans la conception visuelle de Jean Bertrand et le jeu des acteurs, surtout de Louisette Dussault et Nicole Leblanc, très à l\u2019aise dans leur personnage, d\u2019un jeu alerte, piquant, précis, avec un zeste de goguenardise tout à fait d\u2019occasion et du meilleur effet.Mais on ne me fera pas dire que le Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, avec sa minable installation, est le lieu idéal de théâtre à Montréal.Comme dans la vie, au théâtre du nouveau monde les mois se suivent et ne se ressemblent pas.Et c\u2019est tant mieux.La disparate est parfois énorme entre deux spectacles.Ainsi D.D.T.de Michel Faure a été suivi du Misanthrope de Molière.Deux sommets:\tl\u2019un d\u2019insignifiance, l\u2019autre de perfection artistique et humaine.Non pas que la pollution, tellement à l\u2019ordre du jour, et spécialement la pollution des esprits, soit un mauvais sujet de pièce en dépit de son thème abstrait et cérébral.Mais il y a la manière, comme dirait l\u2019autre.La manière de Michel Faure n\u2019a pas du tout été la bonne.On nous avait annoncé une pièce « à pleurer de rire ».Nous n\u2019avons ni pleuré ni ri.Nous avons attendu dans l\u2019esperance qu\u2019il arrive quelque chose à quoi s\u2019accrocher.En vain.Il y a bien eu ce jeune éphèbe \u2014 nouvel Adam passionné pour une nouvelle Eve \u2014 qui nous a montré ses fesses pendant un bon quart d\u2019heure.Tableau d\u2019un intérêt médiocre et vite lassant, qui voulait être une sorte d\u2019apothéose de l\u2019amour, seul capable de purifier l\u2019homme et son esprit étrangement pollué.Aucun acteur n\u2019est venu saluer à la fin du spectacle, ce qui a dispensé les spectateurs d\u2019applaudir.On comprend que ce ne soit pas toujours encourageant, pour une Compagnie responsable, de produire des créations canadiennes.Il y a assurément moins de risque avec Molière, et le Misanthrope est une valeur sûre.Pourvu, sans doute, qu\u2019on ait des comédiens ajustés à leurs personnages.Ainsi, pour le dire tout de suite, on peut se demander si Pierre Collin était bien de taille pour endosser l\u2019« habit vert » d\u2019Alceste ?On peut en douter sérieusement.Malgré sa fougue rageuse, ses accès de violence, ses allures de pugiliste, il manquait de vraie puissance, d\u2019autorité.Peut-être son agitation fébrile, presque désordonnée, rendait-elle plus ridicules encore ses attaques hargneuses contre tout; mais moins convaincantes, aussi, ses justes condamnations morales.En effet, à les regarder d\u2019un peu haut, les travers, les manies, les défauts, les vices des humains peuvent facilement pousser, aujourd\u2019hui comme hier, un homme probe, loyal, sincère, à fuir la compagnie des autres hommes et à s\u2019enfoncer dans , le désert.Mais, si l\u2019on doit vivre en société, la sagesse pratique requiert de chercher un juste équilibre entre les lâches complaisances de Philinte et les exigences outrées d\u2019Alceste.Sagesse difficile à,réaliser et, d\u2019ailleurs, peu propre au théâtre qui se nourrit, justement, des conflits entre les hommes.D\u2019où la constante actualité du Misanthrope et l\u2019inutile prétention de vouloir à tout prix le moderniser par des trucs, par exemple, plus aptes à distraire le spectateur qu\u2019à lui faire mieux comprendre un texte fort, dense et déjà très clair.Ces réserves ne diminuent pas sensiblement le plaisir d\u2019écouter une grande œuvre de théâtre \u2014 chose de plus en plus rare, ces temps-ci, \u2014 jouée avec brio, dans la mise en scène alerte de Jean-Pierre Ronfard, par une équipe de comédiens plutôt jeunes qui ont certes déjà prouvé leur talent, mais qui, cette fois-ci, ont affronté avec succès des personnages d\u2019une valeur dramatique et psychologique peu ordinaire.Le profit, pour eux, en est certainement très grand.Jean Brousseau est un bon Philinte, nuancé et fin.Le jeu de Ronald France est toujours intéressant; avec raison, celui-ci n\u2019a pas trop appuyé sur le ridicule de son personnage d\u2019Oronte qui n\u2019est tout de même pas qu\u2019un vulgaire fantoche.Les deux Marquis de Julien Genay et Jean-Louis Millette sont bien dans le ton: légers, frivoles et pourtant pas sots.Du côté féminin, le choix a été assez heureux: grâce, désinvolture et coquetterie chez Célimène d\u2019Elisabeth LeSieur,; intelligente compréhension et belle sérénité de l\u2019Eliante de Monique Bélisle; pruderie rance et jalousie amère de Luce Guilbault dans Arsinoé.Une déception, toutefois.Faute d\u2019une articulation adaptée à la salle, plusieurs mots et vers entiers ont été insuffisamment compris ou entendus avec peine.A ce point de vue que je juge très important, la fameuse scène des appréciations plutôt désobligeantes des amis de Célimène a été en bonne partie escamotée, comme, d\u2019ailleurs, l\u2019amusante description des femmes aux yeux de leurs amants que nous fait Eliante.A croire vraiment qu\u2019on n\u2019a aucune notion de pose de voix et de diction scénique ou qu\u2019on doive attribuer ce défaut à un habituel et trop fréquent usage du micro à la Radio ou à la télévision.Un normal respect du public qui assiste à un spectacle pour lequel ü paie son écot n\u2019exige-t-il pas qu\u2019on lui fasse entendre \u2014 sinon comprendre \u2014 ce qu\u2019on prétend vouloir lui dire ?Si non, à quoi bon ! Je ne raffole pas tellement des adaptations.Passe encore pour des œuvres mineures, sans, grande importance, d\u2019un texte assez médiocre.Mais Euripide, tout de même, a sa valeur propre.Un des grands de la littérature dramatique, du théâtre grec en particulier, dont le génie se suffit à lui-même, sans besoin d\u2019un apport étranger, fût-ce celui de Sartre.L\u2019adaptateur est facilement porté,, selon son tempérament, ses goûts, ses idées morales ou politiques, à retrancher ou ajouter dans l\u2019œuvre qu\u2019il traduit.Alors, chez le spectateur, subsistent le doute et l\u2019ambiguïté.Est-ce bien Euripide ou Sartre qu\u2019il entend ?Question qu\u2019ont pu se poser les spectateurs des Troyennes, représentée au Gesù par la Nouvelle Compagnie Théâtrale, s\u2019ils n\u2019avaient pas lu auparavant le Cahier explicatif de la pièce.Question inutile et peu pertinente, d\u2019ailleurs, pour la plupart qui s\u2019est laissée emporter tout bonnement par les sentiments émouvants de la tragédie.Tragédie tout à fait en accord avec l\u2019actuelle psychose antimilitariste.Les Troyennes d\u2019Euripide veut nous faire ressentir, une fois de plus, les effets désastreux de la guerre, même victorieuse.Après dix longues années de siège, Troie, leur, ville, vaincue, leurs époux ou leurs fils tués par les Grecs, leurs foyers incendiés, les Troyennes doivent subir la dure loi de la guerre: l\u2019esclavage et l\u2019exil.C\u2019est l\u2019heure cruelle de la séparation et le départ pour les îles de l\u2019Hellade haïe.Résultat de toutes les guerres, de cette époque au moins, mais souverainement douloureux et dramatique pour les victimes, héritières des plus glorieux noms de la patrie: Hécube, épouse du roi Priam, Andro-maque, femme du valeureux Hector et mère d\u2019Astyanax qui sera arraché à ses embrassements et lâchement assassiné, la prophé-tesse Cassandre .et tant d\u2019autres, destinées aux plaisirs des Grecs dans la servitude.Euripide, farouchement pacifiste comme Sartre, avait composé les Troyennes pour alerter ses compatriotes et surtout le gou- 156 RELATIONS OUVRAGES REÇUS vernement d\u2019Athènes, en train de préparer la folle expédition militaire contre la Sicile.En vain, d\u2019ailleurs.La sagesse athénienne, tant vantée, avait parfois des éclipses.Dans le cadre nécessairement restreint de la scène du Gesù et sans le vaste déploiement et l\u2019atmosphère des théâtres d\u2019Epidaure ou de Delphes, la Nouvelle Compagnie Théâtrale a présenté avec grand succès cette œuvre si touchante d\u2019Euripide.Dans un décor simplement fonctionnel, Gilles Marsolais a conçu une mise en scène souple et vivante et requis de ses comédiens un jeu ordinairement sobre et pathétique, sauf pour le personnage de Cassandre que Claudie Verdant a interprété avec une exaltation digne d\u2019une pythonisse en transes.La structure d\u2019une tragédie grecque comporte trois ou quatre épisodes coupés d\u2019interventions chorales.Rares sont les personnages qui paraissent dans plusieurs épisodes.Dans les Troyennes, la vieille reine Hécube, seule avec le Chœur, est présente pendant toute la pièce.Rôle difficile, dans lequel Denise Pelletier a pu faire valoir à nouveau ses qualités de tragédienne chevronnée.En fait, le compte est très vite fait des comédiennes d\u2019ici capables de s\u2019attaquer aux grands rôles dü théâtre antique, grec ou classique français.Monique Mercure a été une sympathique et courageuse Andromaque et l\u2019hypocrite repentir de la coquette Hélène a trouvé une interprète idéale en Andrée Lachapelle.Le jeu du Chœur, pour nous, s\u2019avère toujours un problème délicat.Sa participation globale ou fragmentaire, ses évolutions rythmées, ses silences même et ses repos sont difficiles à organiser dans la justesse du ton, avec la grâce du geste, la precision du mouvement.Guidées par le coryphée, Nicole Filion, les neuf choristes troyennes ont réussi une plaisante et expressive représentation visuelle et vocale.Du beau travail, coutumier, au reste, à la Nouvelle Compagnie Théâtrale.\u2022 Certains esprits chagrins semblent déplorer que le Rideau Vert ait du succès, que le petit théâtre de la rue Saint-Denis soit souvent assiégé de bonnes gens qui ne consentent pas à toujours s\u2019embêter, mais désirent aussi, de temps à autre, s\u2019amuser.En effet, si des gens, de haute culture assurément, aiment « le monde où l\u2019on s\u2019ennuie », d\u2019autres, de médiocre intelligence assurément, préfèrent fréquenter celui où l\u2019on s\u2019amuse.Des crétins assurément ! Mais il en faut un certain nombre, paraît-il, pour permettre aux étoiles de première grandeur de briller avec éclat au sombre firmament de notre pauvre terre.Alors, serait-ce trop simple de laisser un chacun choisir ses spectacles à son goût: qui le théâtre d\u2019avant-garde, qui le théâtre de répertoire, qui le théâtre de boulevard ?Classification oiseuse, en fait.J\u2019aime mieux un bon boulevard, intelligent et bien joué, qu\u2019une pièce de répertoire surie ou d\u2019avant-garde prétentieuse.Car il n\u2019y a qu\u2019une sorte de théâtre: le bon.Et c\u2019est peut-être pour cela qu\u2019on va au Rideau Vert, qu\u2019on est allé voir les pièces de Peter Schaffer: l\u2019Oeil anonyme et Black Comedy, ou encore le Contrat de Francis Veber, qui fait encore courir Paris.Les deux premières nous prouvent d\u2019abord une chose, nouvelle peut-être, à savoir que même avec les Anglais on peut s\u2019amuser: finement avec l\u2019Oeil anonyme, bluette, fragile comme une toile d\u2019araignée, mais délicate et pleine de fantaisie et jouée à ravir, surtout par Jean Besré, le détective privé, œil anonyme chargé de suivre l\u2019épouse du Jaloux Charles Sidley; follement avec Black Comedy, bâtie sur une infinité de quiproquos entre les personnages, censés évoluer dans le noir le plus complet.Cela devient la plus loufoque fantasmagorie dans laquelle, une fois encore, Jean Besré joue un rôle important de mystification, bien souvent au détriment d\u2019Yvon Dufour, un colonel Melkett royalement « enfargé » et hilarant.Bien sûr, ici, le jeu a priorité sur le texte qui pourtant est juste et plaisant.Ainsi, nous n\u2019avons pas compris un traître mot d\u2019une longue explication d\u2019Harold Corringe (Hubert Noël), à cause du fou rire de la salle suscité par le manège astucieux d\u2019Archibald Miller (Jean Besré) pour déplacer des meubles dans l\u2019obscurité, à l\u2019insu de ses comparses.C\u2019est bien clair, il n\u2019y a là qu\u2019habileté de mise en scène, mais dont la parfaite réussite procure aux spectateurs une joyeuse pinte de bon sang.Et ceci explique peut-être la vogue, pour plusieurs, de ce genre de théâtre: il détend, il repose, il tue le cafard.De même pour le Contrat de Francis Veber, dont la donnée est basée sur la classique et banale méprise d\u2019un concierge d\u2019hôtel qui loue la même chambre à deux personnes différentes pour le même jour.Mais la situation débouche sur le cocasse, l\u2019absurde et frise le drame quand on apprend que l\u2019un des locataires, armé d\u2019une carabine, se prépare à abattre un personnage important, dont le cortège doit passer sous sa fenêtre, et que l\u2019autre est un pauvre mari assez bebête, en mal de retrouver sa femme qui l\u2019a quitté pour rejoindre le psychiatre qui la soignait.Deux personnages au caractère bien tranché: le premier, un dur, réaliste, décidé; le deuxième, un malade, à bout de nerfs, maniaque, pleurnicheur.On peut prévoir la variété d\u2019episodes plus ou moins farfelus que l\u2019imagination féconde d\u2019un auteur peut inventer à partir de ces personnages si violemment contrastés.Veber a construit sur ce canevas, et dans cet unique décor d\u2019une chambre d\u2019hôtel, une histoire comique légèrement pimentée d\u2019un suspense auquel on ne croit pas fort.Sur la scène du Rideau Vert, les événements prévus par l\u2019auteur se déroulent tambour battant, dans un rythme saccadé, trépidant.Cette mise en scène de Richard Martin, axée sur un mouvement d\u2019ensemble presque exacerbé, fatigue un peu parce que trop continu.Il s\u2019explique cependant chez François Pignon, le malheureux mari bafoué, que Pierre Boucher a interprété avec intelligence et beaucoup de nuances.Dans le rôle de Ralph, celui qui a signé le contrat de tuer, Léo Ilial est fort à l\u2019aise, comme d\u2019habitude, et manifeste une belle présence en scène.Serge Turgeon joue encore au-dessus de son registre, donc détonne.Béatrice Picard interprète le seul personnage féminin de la pièce, Louise, la femme de François.Personnage fade, sans relief, dans lequel une comédienne ne peut briller.Vincent Davy fait un psychiatre suffisant à souhait et Gaétan Labrèche, un garçon d\u2019hôtel grognon, tapageur et d\u2019une insolence qui lui mériterait, normalement, d\u2019être flanqué à la porte illico.Mais on en a besoin pour la pièce.Au surplus, il doit être syndiqué.Alors .Angers, François-Albert: Les droits du français au Québec.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 189 pp.Barr, James:\tSémantique du langage biblique.« Bibliothèque de Sciences religieuses ».\t\u2014 Aubier/Montaigne, Ed.du Cerf, Delachaux et Niestlé, DDB, 1971, 346 pp.Bellemare, Gaston: Bleu \u2014 source de terre.\u2014 Trois-Rivières, Ed.des Forges, 1971, 27 pp.Bernier, Jacques: Luminescences.Col.«les poètes du jour».\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 73 pp.Berrigan, Philip: Journal de prison d\u2019un prêtre révolutionnaire.\u2014 Tournai-Paris, Casterman, 1971, 199 pp.Berthiaume, André: Contretemps.Nouvelles.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 131 pp.Bibliographie internationale sur le sacerdoce et le ministère.International Bibliography on the Priesthood and the Ministry.\u2014 1969.Sous la direction de André Guitard et Marie-Georges Bluteau.\u2014 Montréal (2065 ouest, rue Sherbrooke), Centre de documentation et de recherche «Sacerdoce et ministère», 1971, 396 pp.Bonenfant, Yvon: L\u2019œil de sang.\u2014 Trois-Rivières, Ed.des Forges, 1971, 41 pp.Caidin, Martin: Le Zéro.Chasseur japonais.Col.Marabout, « Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », 9.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 188 pp.Charette, François: Principes et techniques du placement en valeurs mobilières.\u2014 Montréal, Publ.Les Affaires Inc., 1971, 315 pp.de Fabrègues:\tL\u2019Eglise esclave ou espoir du monde?Col.«Présence et pensée».\u2014 Paris, Aubier/Montaigne, 1971, 254 pp.Dionne, André: Dyke.\u2014 Trois-Rivières, Ed.des Forges, 1971, 64 pp.Feynman, Richard: La nature des lois physiques.Une vision claire et actuelle des structures de l\u2019univers.Marabout Université, 213.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 211 pp.Garcia, Juan: Corps de gloire.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 98 pp.Janne, Henri: Le temps du changement.Une image de la société, une option politique pour l\u2019an 2000.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 256 pp.Jukes, Geoffrey: Stalingrad.300 000 hommes encerclés.Col.Marabout, « Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », 10.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 189 pp.Krouchtchev: Souvenirs.\u2014 Paris, Robert Laffont; 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Commentaire, 203 pp.; Synopse, 119 pp., 22 cm.\"Dour qui veut connaître en ses intentions les plus subtiles le décret sur le ministère et la vie des prêtres, voici l\u2019ouvrage rêvé, à la fois dossier et commentaire.En mettant sous nos yeux les divers états du texte et les observations des Pères du concile, et en scrutant ce matériel comme à la loupe, l\u2019A.à la fois nous offre une étude minutieuse et nous permet de continuer l\u2019analyse pour notre propre compte.L\u2019ouvrage réunit habilement deux élégants cahiers qu\u2019on peut retirer de leur couverture commune pour les étudier simultanément.Un cahier nous donne, traduits en français, le projet initial De Clericis et surtout, en présentation synoptique, les quatre derniers états du décret; la typographie permet de reconnaître dès le premier coup d\u2019œil les changements apportés aux rédactions successives.L\u2019autre cahier, plus considérable, présente l\u2019histoire de ces textes, puis en fait l\u2019exégèse détaillée à la lumière des observations des Pères et des réponses de la Commission de rédaction.Un jeu de références marginales renvoie commodément d\u2019un cahier à l\u2019autre.On constatera sur pièces avec quel soin extrême le décret fut préparé, et l\u2019on pourra étudier, à partir d\u2019un fort bon exemple, comment l\u2019Eglise approfondit sa propre pensée.On verra, entre autres choses, comment, pour le concile, le presbytérat est allé se rattacher, par delà le ministère des sacrements, à la mission apostolique en son ensemble; comment le ministère sacré de l\u2019Evangile a été remis à la première place parmi les fonctions du prêtre; comment la vie spirituelle du prêtre a retrouvé ses traits propres, distincts de ceux de la vie religieuse;^ comment la condition « dialectique » du prêtre dans le monde a été précisée, condition d\u2019un homme à la fois, mis à part, mais non séparé.Gilles Langevin.Faculté de théologie, Université de Montréal.En collaboration: Le prêtre, hier, aujourd\u2019hui, demain.Travaux du congrès de la Société canadienne de Théologie tenu à Ottawa du 24 au 28 août 1969.Col.« Foi et liberté ».\u2014 Montréal, Fides, 1970, 389 pp., 19 cm.Après l\u2019étude d\u2019introduction sur « le problème théologique du presbytérat », par André Naud, destinée à situer les diverses communications dans le contexte des interrogations de l\u2019Eglise sur le sens du sacerdoce, on lira avec intérêt et profit, selon l\u2019orientation de ses propres interrogations, telles ou telles des communications ici rassemblées sur le sens du sacerdoce et du presbytérat dans l\u2019Ancien Testament (4 études) et dans le Nouveau Testament (3), sur l\u2019évolution de la théologie et de la spiritualité du sacerdoce au cours de l\u2019histoire de l\u2019Eglise (8), sur les conditions actuelles du presbytérat et de son exercice (10).Le lecteur qui chercherait dans ce livre une synthèse rigoureusement cohérente sera déçu; celui qui voudra plutôt approfondir telle ou telle question concernant la théologie du sacerdoce et son histoire y trouvera d\u2019utiles orientations.En collaboration: Le prêtre.Foi et contestation.Col.« Aux hommes de notre temps \u2014 ?réponses chrétiennes ».\u2014 Gembloux, J.Duculot; Paris, P.Lethiel-leux, 213 pp., 18.5 cm.tensemble des divers essais ici rassemblés ' constitue une synthèse de grande qualité sur le sens du sacerdoce ministériel dans l\u2019Eglise.Les études bibliques et historiques sont particulièrement remarquables; leurs auteurs sont d\u2019ailleurs réputés: P.Van den Berghe, J.Giblet, P.Grelot, pour les études bibliques; R.Gryson, P.-F.Fransen, Ph.Delhaye et C.Troisfontaines, pour les études de théologie historique.Le tout précédé d\u2019une pénétrante analyse de la problématique actuelle, par G.Danneels.G.B.Jean Simard: La Séparation.Roman.Col.« L\u2019Arbre ».\u2014 Montréal, HMH, 1970, 378 pp., 20 cm.Qu\u2019est-ce que le bonheur ?L\u2019on pourrait placer cette question en exergue aux romans de Jean Simard, depuis Félix (1947), au titre assez ¦ significatif, en passant par l\u2019Hôtel de la Reine (1949), dont le héros est encore Félix, et Mon Fils pourtant heureux (1956) jusqu\u2019à La Séparation qui vient tout juste de paraître.Mais le bonheur, dans ces romans, est la chose du monde qui existe le moins, même pour ceux qu\u2019on pourrait appeler les « Happy few » de Jean Simard.Quand Stendhal écrivait un livre comme la Chartreuse de Parme, son interrogation trouvait, dans l\u2019acte d\u2019écrire, une réponse, et sa longue quête du bonheur devenait, par la vertu de son pouvoir créateur, une course haletante, une vie fiévreuse et exaltante dans laquelle des êtres privilégiés, « enthousiastes » et « généreux », se mettaient à incarner les rêves de leur créateur.Sentir, agir, vivre, c\u2019était alors pour eux le bonheur, avec de rares et parfaits instants de plénitude dans une sorte d\u2019extase et de contemplation.Les héros de Jean Simard, qu\u2019ils s\u2019appellent Félix ou Fabrice, ne croient pas au bonheur et le cherchent par conséquent sans véritable conviction.Peut-être parce qu\u2019ils ne sont pas de véritables créatures vivantes, mais plutôt des idées, que l\u2019auteur, essayiste plus que romancier, expose à ses lecteurs tout en tentant de les incarner.Il en va pratiquement de même pour Anne et Cari, les amants de la Séparation.Dans le cadre d\u2019une correspondance, qui doit durer un an, comme leur séparation, ceux-ci ne cessent de s\u2019interroger sur leur bonheur et sur le bonheur.Les lettres brûlantes qu\u2019ils échangent veulent être le fil ténu du bonheur au cœur même de l\u2019absence; elles ne sont, au fond, que le rappel nostalgique d\u2019un passé semé d\u2019embûches ou l\u2019évocation d\u2019un avenir incertain.Au moment où le roman commence, et aussi la correspondance, Anne, l\u2019épouse « exemplaire » d\u2019un homme d\u2019affaires montréalais, la mère « modèle » de deux enfants, est en voyage avec les siens, voyage qu\u2019elle a d\u2019ailleurs voulu et en quelque sorte organisé.Le séjour de la famille au Portugal doit durer un an.L\u2019amant, aussi mari et père exemplaire, est demeuré à Montréal, où sa vie, tant bien que mal, continue.Pendant 378 pages, nous lirons par-dessus l\u2019épaule de ces amants séparés les lettres qu\u2019ils écrivent et qu\u2019ils reçoivent.« Enseigne-leur à tes enfants, l\u2019importance du bonheur.Je crois, du reste, que cette génération sera enfin débarrassée du jansénisme hideux qui a empoisonné l\u2019existence de combien de leurs aînés.Lesquels ne cessaient de professer \u2014 rappelle-toi, ce n\u2019est pas si loin \u2014 qu\u2019on n\u2019est pas sur la terre pour être heureux.Et pour quoi d\u2019autre, grands dieux?» (206).Mais ces amants, à la poursuite du bonheur, le trouveront-ils jamais ?Ils l\u2019affirment parfois: « Car on ne m\u2019enlèvera jamais de la tête que nous sommes faits pour un seul amour, un seul grand bonheur: que c\u2019est celui-là, et nul autre qu\u2019on cherche et qu\u2019on attend toute sa vie; et qu\u2019un petit nombre de personnes particulièrement douées, particulièrement attentives et réceptives, ont la joie de découvrir.Oui, mon ange, dans l\u2019univers entier il fallait que ce soit nous \u2014 personne d\u2019autre ! » (232-233.) A d\u2019autres moments, cependant, ces « Happy few » du vingtième siècle sont étrangement partagés: «Voilà quatre ans, jour pour jour, que nous nous connaissons.Quatre années d\u2019inquiétude, quatre années de bonheur inimaginable.Et notre oscillation perpétuelle entre ces deux pôles: bonheur et inquiétude, inquiétude et bonheur.» (323.) La correspondance s\u2019achèvera toutefois sur une note d\u2019espérance: l\u2019imminence du retour et des retrouvailles.Mais les lettres étaient trop chargées de doute et de crainte au sujet de l\u2019avenir, que chacun sait devoir osciller toujours entre l\u2019absence et quelques courts moments de présence, trop lourdes de la hantise d\u2019être découvert par le conjoint trompé, pour que le bonheur ait enfin trouvé une assiette stable.Et l\u2019on appréhende déjà tout au long de ces pages que la véritable séparation, elle aura lieu à la fin de la correspondance: le roman, il est à venir et ce ne sera pas cette fois encore le roman du bonheur.Gabrielle Poulin.L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES - STUDIO D'ART 8125, B0UL SAINI-lAURENT MONTREAL 1351-), QUÉBEC 388 5781 158 RELATIONS >-< v.: * \u2022:\t' > \u2022: »> >>>'»>\t>> >> >>T>.vrcï> >?biBme % \u2019 ¦ W W Panorama des littératures ***»?
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