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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1971-06, Collections de BAnQ.

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[" MONTRÉAL NUMÉRO 361 PRIX 750 dossier du mois : une recherche qui rejoint le récent appel de Paul VI dans sa lettre au cardinal Maurice Roy à l\u2019occasion du 80e anniversaire de « Rerum novarum » LIBERATION DE L\u2019HOMME ET ESPÉRANCE CHRÉTIENNE deux études sur les espoirs québécois et l\u2019espérance chrétienne (Julien Harvey, Jean-Marc Dufort) \u2014 une analyse comparative d\u2019un message épiscopal et du manifeste du FLQ (Guy Bourgeault) \u2014 après la lettre apostolique de Paul VI : quelques questions (Yves Vaillancourt) LES DISTRICTS BILINGUES \u2014 à propos du rapport Duhamel \u2014 une analyse de Richard Arès ART ET ÉROTISME \u2014 dans le contexte d\u2019un débat actuel \u2014 une étude de Marcel Marcotte sur l\u2019artiste et sa conscience chroniques \u2014 littérature : la contemporanéité attardée de M.Tougas (René Dionne) \u2014 cinéma : les films romantiques ou comment réapprendre à pleurer et à sourire (Yves Lever) \u2014 les livres \u2014relations_________________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vajllan court.TIRAGE BT PUBLICITÉ : Albert PLANTE numéo 361 juin 1971 SOMMAIRE Dossier : libération de l'homme et espérance chrétienne En guise de liminaire \u2014 Paul VI.163 L\u2019espérance et les espoirs au Québec .Julien Harvey 164 La révolution de l\u2019espérance .Jean-Marc Dufort 168 Deux encycliques .ou deux manifestes ?Guy Bourgeault 172 La lettre apostolique de Paul VI Quelques questions.Yves Vaillancourt 174 À propos du rapport Duhamel Districts biüngues et politiques linguistiques Richard Arès 178 Face à l'érotisme L\u2019artiste et sa conscience.Marcel Marcotte 181 Billet: Aimez-vous!.Paul Fortin 169 Chroniques Littérature La contemporanéité attardée de M.Tougas .Rene Dionne Cinéma Les films romantiques.Yves Lever Les livres.Ouvrages reçus.185 188 190 187 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.TéL: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur réducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE C O N O M I E MUTUELLE D'ASSURANCE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 128\t\u2014 Tél: 844-2050 DRUMMONDVILLE - GRANBY - JOLIETTE - LAVAL - LONGUEUIL MONTRÉAL - OTTAWA - QUÉBEC - SHERBROOKE flHHH Export A au RÉGULIÈRES ET \"KING' 162 RELATIONS LIBÉRATION DE L\u2019HOMME et ESPÉRANCE CHRÉTIENNE La libération Aujourd\u2019hui les hommes aspirent à se libérer du besoin et de la dépendance.Mais cette libération commence par la liberté intérieure qu\u2019ils doivent retrouver face à leurs biens et à leurs pouvoirs; ils n\u2019y arriveront que par un amour transcendant de l\u2019homme et, par conséquent, par une disponibilité effective au service.Sinon, on ne le voit que trop, les idéologies les plus révolutionnaires n\u2019aboutissent qu\u2019à un changement de maîtres : installés à leur tour au pouvoir, les nouveaux maîtres s\u2019entourent de privilèges, limitent les libertés et laissent s\u2019instaurer d\u2019autres formes d\u2019injustice.Aussi, beaucoup en viennent à s\u2019interroger sur le modèle même de société.L\u2019ambition de nombreuses nations, dans la compétition qui les oppose et les entraîne, est d\u2019atteindre à la puissance technologique, économique, militaire; elle s\u2019oppose alors à la mise en place de structures où le rythme du progrès serait réglé en fonction d\u2019une plus grande justice, au lieu d\u2019accentuer les disparités et de faire perdurer un climat de méfiance et de lutte qui compromet sans cesse la paix.\u2014 dossier- Le présent dossier \u2014 libération de l\u2019homme et espérance chrétienne \u2014 est résolument axé sur l\u2019expérience québécoise.li n\u2019est guère facile, en période de gestation, de porter un regard critique sur ce que vit la collectivité à laquelle on appartient.Aussi les textes de ce dossier ne prétendent-ils pas dépasser les approches et approximations : leurs auteurs sont conscients des limites de leurs études respectives, dans lesquelles ils ont simplement tenté de faire le point, dans un effort à la fois de récupération et de recherche prospective nécessairement tâtonnante.Le thème du présent dossier a été maintes fois touché dans divers articles antérieurement publiés dans RELATIONS; il sera de nouveau abordé dans les prochains numéros.Les textes de ce dossier étaient rédigés lorsqu\u2019à paru l\u2019importante lettre apostolique de Paul VI au cardinal Maurice Roy.La rencontre des orientations majeures est toutefois telle qu\u2019il a paru éclairant de citer quelques extraits de cette lettre en guise de liminaire à notre dossier de juin.On trouvera de plus, dans les pages qui suivent, un premier commentaire de la lettre de Paul VI.RELATIONS présentera, dans le numéro de juillet-août, un ensemble d\u2019études complémentaires sur la même lettre.Les utopies D\u2019où une contestation qui surgit un peu partout, signe d\u2019un malaise profond, tandis qu\u2019on assiste à la renaissance de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les « utopies », qui prétendent, mieux que les idéologies, résoudre les problèmes politiques des sociétés modernes.Il serait dangereux de le méconnaître, l\u2019appel à l\u2019utopie est souvent un prétexte commode à qui veut fuir les tâches concrètes pour se réfugier dans un monde imaginaire.Vivre dans un futur hypothétique est un alibi facile pour repousser les responsabilités immédiates.Mais il faut bien le reconnaître, cette forme de critique de la société existante provoque souvent l\u2019imagination prospective, à la fois pour percevoir dans le présent le possible ignoré qui s\u2019y trouve inscrit et pour orienter vers un avenir neuf; elle soutient ainsi la dynamique sociale par la confiance qu\u2019elle donne aux forces inventives de l\u2019esprit et du cœur humains; et, si elle ne refuse aucune ouverture, elle peut aussi rencontrer l\u2019appel chrétien.L\u2019Esprit du Seigneur, qui anime l\u2019homme rénové dans le Christ, bouscule sans cesse les horizons où son intelligence aime trouver sa sécurité, et les limites où volontiers son action s\u2019enfermerait; une force l\u2019habite qui l\u2019appelle à dépasser tout système et toute idéologie.Au cœur du monde demeure le mystère de l\u2019homme qui se découvre fils de Dieu au cours d\u2019un processus historique et psychologique où luttent et alternent contraintes et liberté, pesanteur du péché et souffle de l\u2019Esprit.Le dynamisme de l\u2019espérance Le dynamisme de la foi chrétienne triomphe alors des calculs étroits de l\u2019égoïsme.Animé par la puissance de l\u2019Esprit de Jésus-Christ, Sauveur des hommes, soutenu par l\u2019espérance, le chrétien s\u2019engage dans la construction d\u2019une cité humaine, pacifique, juste et fraternelle, qui soit « une offrande agréable à Dieu ».En effet, « l\u2019attente de la nouvelle terre, loin d\u2019affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir » (Gaudium et Spes, n.39).Paul VI.(Lettre apostolique à Monsieur le Cardinal Maurice Roy, à l\u2019occasion du 80e anniversaire de l\u2019encyclique Rerum novarum \u2014 Vatican, 14 mai 1971; nn.45 et 37.) JUIN 1971 163 L\u2019espérance et les espoirs \u2014 approches et approximations au Québec par Julien Harvey* Quand les hommes ont voulu donner un nom à ce qui les charrie dans la vie, à ce qui les fait se lever le matin et guérir des coups durs, ils ont inventé le mot espérance.Si bien que suivre à la trace l\u2019histoire de ce mot et de ce qu\u2019il recouvre révèle beaucoup sur notre aventure dans l\u2019histoire.Et sur notre aventure très concrète, car l\u2019homme indéterminé n\u2019existe pas.C\u2019est pourquoi je me réfère constamment à ce qui se vit ici, à l\u2019espérance au Québec.I \u2014 Espérance québécoise et espérance chrétienne Il n\u2019est pas besoin d\u2019être historien pour savoir qu\u2019on ne peut pas dissocier l\u2019espérance de notre groupe national de l\u2019espérance chrétienne.Nous avons été \u2014 et sommes encore pour une bonne part \u2014 une chrétienté, dans laquelle l\u2019image directrice du groupe a été tracée et vécue par l\u2019Eglise.Pour nous comprendre, il nous faut donc d\u2019abord nous reporter à l\u2019espérance chrétienne telle qu\u2019elle a été vécue chez nous depuis deux siècles.Vécue dans un groupe de pauvres, celle-ci s\u2019est vite reportée sur ce qui a été perçu comme l\u2019essentiel, sur l\u2019objet premier de l\u2019espérance chrétienne: le bonheur éternel avec Dieu.Notre acte d\u2019espérance traditionnel l\u2019exprime bien: « Mon Dieu, appuyé sur vos promesses et sur les mérites de Jésus-Christ, j\u2019espère avec une ferme confiance que vous me ferez la grâce d\u2019observer vos commandements en ce monde et d\u2019obtenir par ce moyen la vie étemelle.» Son équivalent se retrouve dans nos petits catéchismes successifs.Et, à mon avis, c\u2019est dans cette « radicalisation » que se situent à la fois la grandeur de l\u2019espérance québécoise et ses difficultés.1° Remarquons d\u2019abord le caractère individualiste de cette espérance au singulier.Et cela, en conformité avec un très fort courant de la pensée chrétienne en occident.Ce courant remonte à saint Augustin (Enchiridion, ch.8), qui affirme que deux des vertus * L\u2019auteur remercie un groupe de collègues du Comité de rédaction qui ont bien voulu participer à l\u2019établissement de la problématique du présent article.théologales sont communautaires, la foi et l\u2019amour, mais que l\u2019espérance ne peut être qu\u2019individuelle.Cette affirmation sera reprise à travers le Moyen-Age, jusqu\u2019à ce que saint Thomas d\u2019Aquin y apporte certains correctifs, mais des correctifs qui seront très peu agissants avant le 20e siècle.Il n\u2019y a rien de très étonnant à cela, d\u2019une certaine façon: dans les situations-limites, on songe plus spontanément à sauver sa peau qu\u2019à se sentir solidaire du salut des autres.Mais il demeure que ce caractère individualiste de l\u2019espérance, avec la « privatisation » qu\u2019il entraîne, constitue déjà une menace pour la motivation du groupe.Sans espérance communautaire, les projets sont menacés.2° Remarquons ensuite l\u2019accent très fortement moral de cet « acte d\u2019espérance » et de la théologie qui le sous-tend, même si la grâce y est affirmée comme moteur de la conduite.Ceci est une valeur, mais à condition qu\u2019on insiste explicitement sur l\u2019amour efficace des autres comme premier et plus grand des commandements.C\u2019est d\u2019ailleurs par ce chemin que saint Thomas d\u2019Aquin a retrouvé une dimension communautaire de l\u2019espérance.Trop souvent, malheureusement, ceci a été oublié chez nous ou réduit au seul niveau familial \u2014 oubli ou réduction qui ont entraîné une faible vitalité des vertus civiques.3° Enfin, sa projection rapide dans la vie éternelle.C\u2019est sans doute ici la dimension de notre espérance traditionnelle qui est aujourd\u2019hui la plus contestée: le court-circuitage de la vie présente au profit de la vie future.Aucun croyant ne niera la valeur de la dimension éternelle de l\u2019homme; c\u2019est précisément parce qu\u2019il veut respecter la réalité entière qu\u2019un homme croit.Saint Paul disait déjà que « si c\u2019est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espérance dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes ».Mais, chez nous, l\u2019accent a été souvent si fortement placé sur cette réalité « entière » et « dernière » que les projets humains en ont été profondément marqués.On n\u2019a qu\u2019à relire, pour s\u2019en convaincre, certains sermon-naires québécois: y apparaissent comme grands thèmes la brièveté de la vie humaine, la vanité de ce monde, l\u2019imminence du ciel ou de l\u2019enfer.A quoi s\u2019ajoutent l\u2019omniprésence des saints dans la vie quotidienne, la prière constante pour les morts, signifiée jusqu\u2019au Concile par l\u2019omniprésence des ornements noirs à la messe sur semaine.Somme toute, une conception « radicale » de la vie humaine est ici impliquée et exprimée, dont personne ne niera la grandeur, une option pour l\u2019invisible qui a fait de l\u2019homme québécois un être moins unidimensionnel que l\u2019homme d\u2019Amérique en général.Mais il reste que cette extrême tension de l\u2019espérance a récemment abouti chez nous, à une rupture.Pourquoi ?Je crois qu\u2019un retour sur notre praxis de l\u2019espérance \u2014 ou sur notre façon concrète de la vivre \u2014 peut révéler beaucoup sur cet écroulement du ciel québécois.164 RELATIONS Il \u2014 Espérance et espoirs Comme toutes les réalités chrétiennes de base, comme la foi et l\u2019amour, l\u2019espérance naît d\u2019une expérience.Saint Jean disait que « celui qui n\u2019aime pas n\u2019a pas d\u2019expérience de Dieu ».Semblablement, l\u2019espérance naît d\u2019une expérience, celle de l\u2019espoir, et s\u2019en nourrit.Les hommes de la Bible ont exprimé par le mot espérance une dimension de leur rencontre de Dieu; mais, comme ils n\u2019ont pas cru en une vie éternelle avant l\u2019époque maccabéen-ne, à la fin de l\u2019Ancien Testament, ce sont des espoirs très concrets qui ont sans cesse nourri l\u2019espérance: l\u2019espoir de la survie, de la liberté, de la possession d\u2019une terre « à eux », de la paix, du bonheur ici.Perte des espoirs Au Québec, il a sans doute fallu que la base ancienne d\u2019expérience, les projets humains de l\u2019époque 1608-1760, soient bien forts, pour avoir survécu si longtemps à la perte de la plupart des grands espoirs et à l\u2019impossibilité de la plupart des projets communs.Sans doute faut-il tenir compte ici d\u2019une forme très primitive, mais très puissante, d\u2019espérance: celle qui s\u2019appelle volonté de survivre et qui se trouve déjà chez les bêtes.Ce vouloir survivre a été vif chez nous; malheureusement, il s\u2019est souvent changé en lutte pour la vie, avec ce que cela comporte de jalousies, de divisions, de querelles de clôtures.Ce qui explique encore la dimension privatisée de l\u2019espérance.L\u2019espérance instinctive s\u2019exaspère quand elle est captive et elle prend alors tous les moyens.Cela n\u2019est pas seulement une expérience ancienne chez nous.Une réalité ambiguë : des noms multiples En rapatriant l\u2019espoir, il faut bien se rendre compte qu\u2019on s\u2019engage dans une aventure.Car le mot recouvre beaucoup de choses disparates.1° Le plus vieux nom de l\u2019espoir est mythe.Celui-ci projette sur le futur une image admirable, mais il a comme inconvénient de ne pas avoir besoin du temps et de croire en un paradis retrouvable par un retour inévitable des choses.2° Un autre nom, moins connu mais toujours réel, est millénarisme, c\u2019est-à-dire Il reste que l\u2019essentiel de l\u2019espérance chrétienne traditionnelle est à s\u2019effondrer chez nous et que nous assistons à un retour de l\u2019espérance instinctive.Le diagnostic que je propose est que l\u2019espérance n\u2019est plus croyable, parce qu\u2019elle n\u2019est plus nourrie d\u2019espoirs ni de projets humains significatifs.Renaissance des espoirs Cette chute rapide de l\u2019espérance ne peut demeurer sans conséquences.On ne vie pas sans espérance ni sans espoirs.Et même, pendant un temps, l\u2019espérance peut remplacer les espoirs, mais elle devient incroyable sans un renouveau d\u2019expérience vive.Je crois que ces données expliquent beaucoup de ce qui se passe chez nous actuellement.Nous sommes à une époque de prolifération des espoirs.Les études de Jacques Grand-Maison sur les idéologies et de Jacques Lazure sur la jeunesse du Québec sont éclairantes ici.Elles révèlent la montée d\u2019espoirs et de projets divergents, centrés sur le bonheur immédiat, sur l\u2019entrée de plain-pied dans le monde nord-américain de la consommation, sur l\u2019émergence d\u2019une nouvelle culture, sur la libération nationale, sur l\u2019omniprésence d\u2019un Etat-providence qui assurerait un lendemain sans souci.Tout cela, actuellement, charrie les Québécois dans une période de renouveau de l\u2019espoir.Et ces nouveaux espoirs sont essayés avec toute la maladresse d\u2019hommes habitués à vivre dans un autre monde.En particulier, avec peu de persévérance et de réalisme, au point que les espoirs changent comme les modes, tout comme les hommes qui les symbolisent.attente d\u2019un âge d\u2019or dans l\u2019histoire; sans abolir le temps, cette forme d\u2019espoir le limite, et donne le sentiment d\u2019être tout juste à la veille du bonheur.3° Un troisième nom est utopie, un mot que nous revalorisons actuellement, mais qui a ses risques, car l\u2019utopie projette dans le futur une image faite des plus beaux morceaux du passé et du présent et risque dêtre limité à ce qui a déjà été vécu.4° Un quatrième nom est évolutionnisme optimiste, un nom plus moderne.Il laisse entendre que les choses et les personnes mûris- relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, des études sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tFamille \u2022\tQuestions nationales et constitutionnelles \u2022\tPolitique internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tTravail et problèmes économiques \u2022\tAffaires sociales \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.Depuis quelques mois, RELATIONS a publié plusieurs articles sur la révolution culturelle en cours et sur ses répercussions socio-politiques et religieuses.Mentionnons, entre autres : \u2022\tla révolution culturelle et l\u2019éducation \u2014 par Pierre Angers (juillet-août 1970) \u2022\tQuand le fossé s\u2019agrandit entre le vécu et les « modèles » \u2014 par Jacques Grand\u2019Maison (juillet-août 1970) \u2022\tFaits divers ou signes des temps ?Propos sur la contestation \u2014 par Michel Dussault (mars 1970) \u2022\tLa liberté est-elle encore possibe ?Les chances de la « contre-culture » \u2014 par Guy Bourgeault (septembre 1970) \u2022\tJeunesse prophétique et cinéma \u2014 par Placide Gaboury (juillet-août 1970) \u2022\tMort de Dieu, angoisse de l\u2019homme \u2014 par René Champagne et Placide Gaboury (janvier 1970) \u2022\tLa sécularisation de la société québécoise \u2014 par Richard Arès (octobre et novembre 1970) \u2022\tRévolution culturelle et sécularisation.Un dossier à rouvrir ?\u2014 par Pierre Lucier et Gabriel Dussault (mars 1971) \u2022\tL\u2019Eglise et l\u2019avenir du Québec \u2014 par Jean-R.Milot et Jean-P.Audet (janvier 1971) \u2022\tNotre justice deviendra-t-elle croyable ?\t\u2014 numéro spécial (avril 1971) Périodiquement, RELATIONS publie des dossiers plus élaborés sur divers problèmes d\u2019ordre socio-cuturel ou politique qui interrogent la conscience chrétienne.Plusieurs de ces dossiers sont utilisés par les professeurs et les étudiants pour la préparation de séminaires et de travaux de recherche.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750 Formule d\u2019abonnement au verso \u2014 pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.Ill \u2014 Les ambiguïtés de l'espoir JUIN 1971\t165 sent d\u2019elles-mêmes vers le mieux, au point que toute démolition de l\u2019ancien devient automatiquement naissance d\u2019un nouveau meilleur.5° Un dernier nom, tout récent celui-là, est futurologie.Il ajoute aux modes d\u2019espoir précédemment évoqués la rationalisation, au besoin la calculatrice électronique; avec l\u2019inconvénient de ne projeter que l\u2019inévitable, que ce qui limitera toujours la liberté et la création.Tout cela se présente en vrac lorsqu\u2019on ose rapatrier l\u2019espoir et le porter sur des projets humains terrestres.Dans le Québec demeuré sans projet après la chute du ciel québécois, tout cela vit en même temps.Et peu parmi nous sont entraînés à l\u2019interprétation et à la critique des espoirs; on se contente de les vivre.Avec, implicitement, cette redoutable certitude d\u2019être relayés du dehors, par de plus grandes puissances, lorsque par hasard l\u2019apprenti-sorcier local ne sait plus maîtriser le déluge qu\u2019il a déclenché.Qu\u2019on songe à plusieurs de nos utopies industrielles ou commerciales, lancées avec la certitude implicite qu\u2019elles seront achetées par une entreprise américaine si des erreurs de départ ou de parcours se produisent.Qu\u2019on songe aussi à ce paradoxe que, dans cette affaire de la proclamation de la loi des mesures de guerre, à Ottawa, les « éperviers » provenaient en grande partie du Québec, alors que les « colombes » étaient surtout ontariennes.Qu\u2019on songe à cette tendance que nous avons à fermer les yeux sur de très vastes problèmes, l\u2019aide au Tiers-Monde, la population mondiale, la pollution du milieu, en nous disant que de plus puissants que nous s\u2019en chargent.Tout cela ne nous aide pas à devenir critiques sur l\u2019espérance et les espoirs.Structure communautaire de l\u2019espérance Un des plus sûrs critères pour reconnaître un authentique espoir, c\u2019est qu\u2019il est pour tous.La formule de Gabriel Marcel: « J\u2019espère en toi pour nous », vaut de tout espoir.Il y a là une des plus graves questions que nous puissions poser à une société capitaliste tardive, malgré ses mécanismes de compensation, de consolation des laissés pour compte, de thérapeutique sociale.Si elle accepte, si nous acceptons, en fermant les yeux ou en usant de rationalisations faciles, qu\u2019elle doive L\u2019espérance dans les espoirs Et pourtant, au milieu de tout cela, il y a l\u2019espérance, c\u2019est-à-dire la manifestation dans l\u2019histoire du Québec de la présence active d\u2019un à-venir difficile, meilleur et certain.Cest depuis longtemps la définition technique de l\u2019espérance.Dans notre période classique, c\u2019était la définition admise par tous, au niveau où elle s\u2019applique certainement, celui de l\u2019espérance éternelle.Mais en faisant trop souvent l\u2019économie de ses difficiles commencements terrestres, en faisant trop vite du Québec une vallée de larmes, ce que notre Gilles Vi-gneault reprend d\u2019une autre façon en disant qu\u2019ici, « c\u2019est l\u2019hiver ».Pour le croyant, cet à-venir est au-delà du futur, parce qu\u2019il est finalement donné.Mais il est dans la même ligne que ce que nous travaillons à construire de meilleur ici.Et la force qui nous donne un avenir est déjà à l\u2019œuvre ici, dans nos espoirs, et cette force est l\u2019Esprit de Jésus-Christ.Elle est à l\u2019œuvre, que nous le reconnaissions ou non.Et non pas comme une force évolutive aveugle, qui se chargerait elle-même de tout faire réussir sans nous, nos mines et nos pulperies, nos sessions de l\u2019Assemblée nationale et nos CEGEP.Nous sommes chez nous ici.Et aucun ange ne vient remonter les espoirs que nous fracassons ou empêchons de naître, en nous et dans les autres; et aucun ange ne vient transformer en espoir une utopie ou un mythe.Il y a ici, à mon avis, une tâche prioritaire de l\u2019Eglise, qui est d\u2019exercer une vigilance critique sur les espoirs, pour qu\u2019ils réussissent.Pour cela, elle doit accepter d\u2019être dysfonctionnelle, de ne pas se laisser absorber par le système; seulement ainsi elle pourra être transfonctionnelle, c\u2019est-a-dire témoigner d\u2019une espérance absolue.se fasciser en avançant, utiliser de plus en plus la répression pour assurer une paix sans contenu, et cela pour qu\u2019un nombre restreint anticipe sur le paradis final en laissant aux autres un petit bonheur qui aliène la plupart et rend méchants les autres, alors elle passe de l\u2019espoir au mythe.Egalement la révolution, si elle n\u2019a d\u2019autre projet que de changer le groupe de possédants et de fabriquer une société capitaliste de plus: elle devient alors un phénomène instinctif absurde, dont le lendemain amènerait autant de servitude et aussi peu d\u2019espérance que la veille.IV \u2014 Libération de l\u2019homme et espérance chrétienne 166 RELATIONS Espérance et liberté L\u2019espérance est une expérience de pauvre.Le riche n\u2019espère pas, il possède.En ce sens, nous sommes au Québec dans une excellente situation vis-à-vis de l\u2019espérance.Dans une situation moins claire, toutefois, en face des espoirs.L\u2019un d\u2019entre nous a trouvé cette formule, que nous sommes les « nègres blancs d\u2019Amérique » ; elle est peut-être excessive, mais elle dit quelque chose de notre aventure pratiquement unique au monde, d\u2019avoir été créés par une puissance coloniale pour être ensuite conquis par une autre.Si nous avons, dans le passé, orienté notre destin vers la vie éternelle en faisant trop l\u2019économie de la vie présente, si nous nous sommes tournés vers un spirituel souvent désincarné, c\u2019est que nous y trouvions la seule liberté qui nous restait.Et c\u2019est toujours là notre problème: si nous avons besoin d\u2019espoirs et de projets communs, pour nourrir l\u2019espérance, il nous faut assez d\u2019espace devant nous, assez de liberté pour que l\u2019espoir devienne une expérience vécue.Tout le problème est de savoir quelle libération est nécessaire pour débloquer les autres servitudes.Ici, nous avons bien conscience de rencontrer le pluralisme divergent et souvent antagoniste de nos projets.Pour plusieurs, il s\u2019agit évidemment d\u2019une libération économique, qui correspondrait en grande partie à l\u2019idéologie du bonheur et de la consommation; pour les plus prospères d\u2019entre nous, cette liberté est déjà acquise et beaucoup sont prêts à tout pour ne pas la compromettre.Pour d\u2019autres, et ceci représente une bonne partie de nos élites traditionnelles, une liberté culturelle suffit.Pour les plus spirituels, une liberté religieuse est suffisante et nous l\u2019avons déjà.Pour un nombre croissant, à l\u2019heure actuelle, c\u2019est une libération politique qui est requise et elle seule saurait assurer la durée de toutes les autres libertés.Laquelle est prioritaire et indispensable ?Ici, l\u2019interprétation critique de l\u2019espoir ne peut nous le dire; nous sommes renvoyés à notre sagesse.Mais une chose est certaine, nous avons besoin d\u2019espérance pour vivre, nous avons besoin d\u2019espoirs et de projets pour nourrir l\u2019espérance, et nous avons besoin de JUIN 1971 liberté pour avoir de l\u2019espoir expéri-mentable.De toute façon, il faut aller vers la liberté.Espérance et volonté Les anciens, philosophes et théologiens, se sont demandé où s\u2019enracine l\u2019espérance.Et leur réponse est pratiquement unanime: dans la volonté.Cela veut dire que l\u2019espérance ne pousse pas seule: elle se soutient à bout de bras, elle vit de courage.C\u2019est là un deuxième critère pour la reconnaître, en plus du caractère fraternel.Alors que le mythe, l\u2019utopie, le millénarisme, l\u2019optimisme évolutif vivent de souhait et ne coûtent rien, l\u2019espérance vit de volonté.Et de réalisme: les vrais espoirs, ceux qui nourrissent l\u2019espérance, y compris la liberté, se prennent, ne se donnent pas sans lutte.Je ne parle pas ici de violence, car la violence risque trop d\u2019être un mécanisme qui court-circuite le temps et abolit l\u2019histoire.Une véritable praxis de l\u2019espérance est par conséquent volonté, réalisme, planification, compétence et travail.On comprend mieux alors qu\u2019une société qui a trop souvent besoin de répression, de chômage et d\u2019assistance sociale génère le désespoir; et que seul un désespoir doux, mais aussi insidieux, celui du pur consommateur, peut le rendre, pour un temps, tolérable.Espérance, fol et amour Quand les hommes de la Bible ont peu à peu dégagé ces trois réalités, que nous avons appelées des vertus théologales, ils sont partis dune intuition fondamentale.On n\u2019espère que si on a une foi et un amour.Et ceci vaut tout autant d\u2019un humaniste que d\u2019un croyant.L\u2019espérance sans foi ou sans amour s\u2019affole.Dans notre situation actuelle, au Québec, il y a intérêt à se demander si nous ne vivons pas précisément cette expérience, celle de la dislocation de ces trois dimensions de l\u2019homme.Tant que nous n\u2019aurons pas retrouvé de projets et de consentements communs qui alimentent notre foi, foi humaine si nous n\u2019optons que pour celle-là, foi chrétienne si nous accueillons Jésus-Christ, nous vivrons d\u2019espoirs affolés, ou éventuellement de dé- sespoir.Tant que nous n\u2019aurons pas le courage d\u2019aimer mieux et plus efficacement les hommes d\u2019ici et même ceux contre qui nous devons lutter, car c\u2019est en même temps assurer leur liberté véritable, nous n\u2019aurons pas en mains toutes nos forces d\u2019espérance.Espérance et déception des espoirs Ceci dit, la racine même de la question demeure intacte.La vraie question dernière est: où allons-nous avec les espoirs, avec les projets humains et la hberté qui les rend possibles ?Il faut être bien clairs: à la mort.Nous autres, civilisations, savons que nous sommes mortelles.Et nous autres, hommes, encore mieux.Alors, à quoi bon ?Couronnons-nous de roses avant qu\u2019elles ne se fanent.Consommons.Ou bien acceptons qu\u2019il est nécessaire de construire des espoirs pour expérimenter l\u2019espérance et qu\u2019il est nécessaire d\u2019accepter ensuite l\u2019échec des espoirs pour arriver à la véritable espérance.Cela semble la voie de la grandeur humaine pour tous, humanistes comme croyants.Pour le croyant, il a toujours devant lui l\u2019aventure de Jésus-Christ.Tous ses espoirs et son espérance ont passé par la croix pour se manifester en résurrection, pour lui et pour les autres.Pour l\u2019humaniste, l\u2019expérience de l\u2019espoir construit et déçu fait partie de la grandeur humaine: même déçu, il a construit des hommes libres, des hommes solidaires des autres et réalisés dans l\u2019amour.Mais à condition de vouloir l\u2019espérance.Dans ce pays des promesses si peu tenues, des « sapins », des « Québec », des « promesses d\u2019élections », cette volonté d\u2019espérance n\u2019est pas facile.Il y a là l\u2019indication d\u2019un devoir de courage et de fidélité, de ténacité à créer devant nous l\u2019espace requis pour que la liberté engendre l\u2019espoir.Plus que jamais, à l\u2019heure actuelle, les véritables leaders et les véritables élites sont les hommes libres.Pas désengagés, libres.Et ce sont eux qui représentent l\u2019espérance et, sans doute, la véritable expérience de Dieu.28.4.71\ti 167 La révolution de l\u2019espérance \u2014 positions et propositions par Jean-Marc Dufort * Le titre qui coiffe ces réflexions pourra à première vue paraître excessif.Encore un slogan ! sera-t-on tenté de dire.Nous tâcherons de montrer qu\u2019il n\u2019en est rien, et que la révolution apportée par l\u2019espérance (c\u2019est le sens précis que nous donnons à cet essai, l\u2019espérance elle-même restant ce qu\u2019elle est, c\u2019est-à-dire la tension de la foi vers la Nouveauté absolue) recoupe de plus en plus l\u2019idée qu\u2019on se fait actuellement de la révolution sociale en cours dans le monde surtout depuis dix ans; ou 1.À la recherche de la nouveauté absolue Certains phénomènes ne trompent pas, qui témoignent du rapprochement dont nous parlions plus haut; par exemple, la resurgence de phénomènes religieux frontaliers tels que le mouvement pentecôtiste regroupant au sein du catholicisme américain des gens de toute catégorie à la recherche d\u2019une expérience religieuse qui réponde chez eux à une soif de renouvellement; ou encore le psychédélisme comme expression religieuse répondant à une image du futur essentiellement différente de celle que la rationalité scientifique, technicienne, cherche à imposer.Il est remarquable de constater que c\u2019est précisément cette fraction de la jeunesse qui profite le plus évidemment de la civilisation technique \u2014 la jeunesse américaine \u2014 qui refuse de jouer le jeu du progrès selon les règles en usage.Au reste, la protestation de toute une partie du monde, et en particulier de la jeunesse, en ces dernières années n\u2019est au fond qu\u2019une tentative désespérée pour récupérer une existence distendue et bousculée, presqu\u2019unique-ment faite de relations anonymes.Déjà, par son attitude, cette fraction de l\u2019humanité interroge le chrétien sur * Professeur de théologie (eschatologie) à TUniversité de Montréal et à l\u2019Université Laval, l\u2019A., jésuite, est directeur de la revue Science et Esprit (Facultés S J.de Montréal).plutôt que cette dernière, au moins dans ses plus profondes aspirations, se rapproche de l\u2019espérance chrétienne en ceci qu\u2019elle cherche à se donner une nouvelle image du futur incluant la transformation de l\u2019idée de révolution.Nous dirons ensuite comment l\u2019espérance chrétienne débouche sur la nouveauté absolue avant de finir par la « composante québécoise » qui fait de notre espérance une espérance « pour-ici-et-maintenant ».son espérance.Et la question qu\u2019elle lui adresse est du genre « crucial » : comment échapper à l\u2019espèce de tyrannie exercée par la civilisation actuelle ?S\u2019il est impossible d\u2019échapper aux conflits économiques et socio-culturels qui caractérisent notre présent, est-il possible de les changer ?Ici, le mot changer est pris au sens fort: il s\u2019agit vraiment d\u2019un Age nouveau, d\u2019une mutation profonde, non d\u2019un remue-ménage superficiel grâce auquel on espérerait donner le change en sauvegardant « l\u2019ordre établi ».A une telle question l\u2019espérance chrétienne est, croyons-nous, en mesure de répondre, car elle rejoint directement ce qui est supposé par cette question.Vouloir une révolution c\u2019est, en effet, « croire en des possibilités latentes non encore expérimentées.Tout effort révolutionnaire suppose que l\u2019on croie en des forces virtuelles qui n\u2019ont pas encore fait leur apparition et apparaissent au cours du déroulement des faits» (J.Comblin).Or espérer, c\u2019est toujours désirer ce que l\u2019on peut démontrer être impossible.L\u2019espérance chrétienne vise précisément une transformation radicale (Apoc.21,1; Pi.3,13) qui atteindra le oœur de l\u2019homme (Ezechiel 11,19; 18,31 ; 36,26) et s\u2019étendra jusqu\u2019au cosmos (Sag.7,27; Isaïe 65,17; 66,17); renouvellement qui atteint son sommet dans l\u2019Alliance nouvelle (Jér.31,31 ss) scellée dans le sang du Christ (Luc 22,20) et manifestée par le chrétien qui observe le commandement de l\u2019amour (Jn 13,34; 15,13).En somme, il s\u2019agit d\u2019une nouvelle humanité ainsi que d\u2019une création nouvelle (Ga.6,15) inaugurée par le Christ quand il a fait tomber le vieux mur des divisions entre Juifs et Gentils (Eph.2,14) par sa mort en croix et qu\u2019il a mis de son Esprit en ceux croient en lui et se repentent (Act.2,37-40).Ce qui fait le vrai chrétien, c\u2019est la transformation du jugement (Rom.12,2), c\u2019est d\u2019avoir un esprit nouveau (Rom.7,6), de marcher dans une vie nouvelle (Rom.6,4) : « Si quelqu\u2019un est dans le christ, c\u2019est une création nouvelle; l\u2019être ancien a disparu, un être nouveau est là» (2 Cor.5,17).Si bien que la crédibilité de la foi chrétienne consistera, au moins pour une part, dans le fait que les chrétiens comme société de ceux qui espèrent, montrent dans la pratique de leur vie que leur espérance est en mesure de transformer déjà le monde comme elle les a transformés eux-mêmes, et qu\u2019elle peut « faire de notre histoire, que l\u2019homme découvre comme une histoire de désastre, réellement une histoire de salut » (E.Schillebeeckx).Ainsi l\u2019image du futur que présente le christianisme est d\u2019abord celle d\u2019une réalité déjà présente et cachée, et présente comme cachée; ensuite, d\u2019une réalité incarnée (ou à incarner !) dans la vie personnelle et sociale des chrétiens, car l\u2019enracinement social est une partie intégrante de l\u2019existence humaine.En effet « ce n\u2019est pas seulement son ouverture sur l\u2019avenir et le caractère non disponible de sa vie qui font partie de l\u2019existence de l\u2019homme; l\u2019avenir de la société, l\u2019avenir du monde en tant qu\u2019histoire est également une chose par laquelle l\u2019homme est concerné » (Ulrich Kühn).Enfin, l\u2019image du futur élargie aux dimensions de l\u2019histoire humaine s\u2019étend, pour le chrétien, à la conscience de l\u2019histoire comme Promesse (déjà authentifiée par son accomplissement anticipé) et à une praxis dans l\u2019espace-temps.Tout événement se trouve alors perçu par lui I \u2014 Une nouvelle image du futur 168 RELATIONS comme un signe nouveau de la Promesse prognostiquant autre chose en avant, et il appelle une réponse de l\u2019homme qui est précisément l\u2019espérance.2.La transformation de l'idée de révolution Ce qui nous paraît davantage significatif, dans cette recherche de la nouveauté absolue qui caractérise bien des hommes d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est la transformation de leur expérience de la révolution.La notion de « révolution » profite à la fois de la transmutation que subit l\u2019expérience personnelle de l\u2019homme dans un contact de plus en plus intime avec son univers extérieur, autant que de la transformation subie par ce même univers sous la poussée de la technologie.En effet, cette expérience humaine, dont les composantes les plus fondamentales sont la conscience du temps et de l\u2019espace, voit précisément ces deux composantes se centrer sur une réalité nouvelle: l\u2019avenir de l\u2019humanité ardemment poursuivi par une créativité humaine qui fait indéfiniment reculer ses propres limites.Arrêtons-nous quelque peu à ces deux composantes et à la transformation radicale qu\u2019elles connaissent de nos jours.La conscience du temps se voit de plus en plus étroitement liée à une « manière de vivre » radicalement nouvelle.Loin de s\u2019en tenir à l\u2019expérience d\u2019une pure succession (qui n\u2019amène que de la récurrence et non du plus-être ! ) la conscience du temps s\u2019appuie désormais sur les possibilités incluses dans le futur de l\u2019humanité, de son histoire, de son unité grandissante.Le temps devient alors le « lieu » de la transformation radicale obtenue par l\u2019exploration de nouveaux rythmes de travail et de vie dirigés par une prospective.Le temps et l\u2019histoire deviennent ainsi et du même coup « l\u2019espace de la liberté », le « lieu » où l\u2019imaginaire se donne libre cours.C\u2019est le temps de la créativité pure, dont les sciences exactes, la littérature et presque tous les arts fournissent aujourd\u2019hui les exemples les plus frappants.Il y a là une libération de la pensée et de l\u2019agir humain dont profitera d\u2019ailleurs autant que la conscience du temps, la conscience de l\u2019espace.Car cet « espace de la liberté » qui structure la conscience nouvelle du temps n\u2019est plus lié comme autrefois au déplacement local.A quoi bon d\u2019ailleurs aller d\u2019un lieu à un autre, si c\u2019est pour retrouver des problèmes identiques, qui se posent désormais à l\u2019échelle de la JUIN 1971 planète ?Désormais donc la conscience de l\u2019espace se définit davantage par la liberté individuelle et collective, la dimension socio-politique et celle des relations entre les groupes.En somme, elle s\u2019intériorise.Dans ce contexte il est évident que la liberté qui est ici à l\u2019œuvre c\u2019est la liberté comprise non comme « la fuite en avant dans un espace libre » (il n\u2019y a plus d\u2019espace libre !) mais comme un mouvement spontané de l\u2019homme dans le temps vers un Age nouveau.Comme on le voit c\u2019est la conscience du temps qui mobilise à son profit la conscience de l\u2019espace et qui constitue désormais la réalité englobante, celle où les éléments qui composent la vie humaine viendront se greffer pour y puiser la sève nourricière de la Nouveauté.Arrivons-en dans cette perspective à l\u2019idée nouvelle de « révolution ».Jusqu\u2019ici qu\u2019a-t-elle été sinon la succession (plus ou moins réussie) des tentatives de l\u2019homme pour réaliser sa libération dans le temps et l\u2019espace ?C\u2019était la série de ces « révolutions » qui marquait les temps forts de l\u2019Histoire, qui scandait les espérances de l\u2019homme.A ceux qui depuis toujours ont opté pour le « temps nouveau » plutôt que pour la « fuite en avant » (dans l\u2019espace) comme au temps des grandes migrations de l\u2019ancien monde, il paraissait nécessaire de procéder à certaines destructions.Or c\u2019est justement aujourd\u2019hui le monde à transformer, le monde à construire qui devient (ceci n\u2019a plus besoin de démonstration ! ) le lieu unique de leur conflit.Pour la génération montante il s\u2019agit donc avant tout, si elle ne veut pas se détruire elle-même, de créer cet « espace de la liberté » dont nous parlions tout à l\u2019heure par une nouvelle expérience des relations humaines partout dans le monde.On comprend alors que la révolution comme phénomène généralisé inclue celle des notions de temps et d\u2019espace et surtout de la relation mutuelle qui sous-tend ces deux notions.Voilà pourquoi nous avons commencé par là notre examen du phénomène de la libération radicale et de ses retentissements sur l\u2019espérance chrétienne.Nous pouvons donc entendre « la révolution » comme l\u2019apparition d\u2019un monde nouveau qui se qualifie par sa connotation temporelle et non spatiale.L\u2019expression « monde nouveau » exprime la liberté non dans l\u2019espace mais dans le temps, non la liberté de mouvement d\u2019un endroit à un autre, mais celle d\u2019une transformation radicale de la vie humaine dans ses rythmes fondamentaux.AIMEZ-VOUS ! « Aimez-vous ! » La cacophonie de certaines noces de juin ne m\u2019a pas inspiré le choix du sujet, non: la façon ordinaire des hommes de se parler, non plus; encore moins leur empressement désintéressé à s\u2019entraider.Tous ces rappels, pourtant, auraient bien pu stimuler le goût de traiter de l\u2019amour et du respect des autres ! Mais non.Mon idée, encore, aurait pu se présenter comme un fruit du printemps; du printemps à l\u2019âge d\u2019or, sur le point de léguer à la saison prodigue et profiteuse le produit de son labeur et celui des saisons précédentes.Pas davantage.Elle m\u2019est venue du retour d\u2019une fête: celle d\u2019un Cœur dont on a déjà, autrefois, souligné la date; celle d\u2019un Cœur dont les leçons d\u2019amour méritent d\u2019être toujours mieux comprises.« Aimez-vous ! » Afin de connaître l\u2019étendue de ce grand commandement, j\u2019ai cherché et j\u2019ai trouvé des textes, recommandant aux époux, aux enfants, aux patrons, aux travailleurs, à tous et chacun d\u2019aimer son prochain; même quand le prochain n\u2019est pas aimable; même quand il se montre détestable au point de me frapper au visage ! J\u2019ai suivi à travers les Ecritures l\u2019Amour incarné du Père.Je l\u2019ai vu s\u2019approcher de tous, aborder, de façon identique les petits et les grands, les lépreux et les autres; j\u2019ai vu son cœur d\u2019homme, sans détriment pour personne, afficher certaines prédilections, et je l\u2019ai compris, comme lui je puis avoir une amitié évidente pour Madeleine et pour Jean.Je le sais également, il a payé de sa vie la faute de nous avoir aimés.« Aimez-vous ! » Le modèle, c\u2019est le Christ.Comment alors prétendre être de lui avec le mépris accepté des autres, avec l\u2019insouciance à leur égard ou le contraire, l\u2019amour exprimé de façon inacceptable ?Entre les hommes, chrétiens ou non, c\u2019est assez souvent: « Je me sers de toi et je feins de t\u2019aimer, quand tu es devenu pour moi un pion dans le jeu de mes projets ! » Pour ceux-ci, le capital personnel de présence aux autres s\u2019alimente et grossit en proportion de l\u2019intérêt retiré des qualités de cœur, d\u2019esprit ou de charmes d\u2019autrui; l\u2019avoir d\u2019amour, par ailleurs, diminue avec l\u2019impossibilité ou la lassitude d\u2019emprunter.Mais quel est cet amour dont la source n\u2019est pas en moi et ne descend pas de plus haut que l\u2019humain ?« Aimez-vous ! » Avec l\u2019appui nécessaire de la grâce divine, force intérieure promise à l\u2019homme, l\u2019amour s\u2019installe à la maison.Vous l\u2019y verrez en habit de semaine, mais le cœur en visite auprès de la fatigue, de la peine ou de la joie des siens.Intéressé aux menus faits de la journée de chacun, il les écoute comme on écoute un secret.Présent à la discussion, il tempère la raison; du conseil, de la suggestion ou du reproche, il enchante la voix; silencieux, et quasi en prière, il coupe la parole à l\u2019émotion, toujours un peu délirante.L\u2019amour, alors, au lieu d\u2019être rongé par l\u2019égoïsme, en ronge les cloisons entre les cœurs; il y fait l\u2019union plus entière et le bonheur plus grand.« Aimez-vous ! » et Dieu-chez-vous sera votre première récompense.Paul Fortin.169 Il \u2014 Comment l\u2019espérance chrétienne débouche-t-elle sur la nouveauté absolue?1.\tNous faisons nôtre l\u2019affirmation de la plupart des grands théologiens contemporains (en particulier W.Pan-nenberg) selon laquelle le fondement de notre espérance consiste dans l\u2019ouverture même de l\u2019histoire à Vincompréhensible avenir de l\u2019homme qui est « l\u2019eschaton », la Nouveauté par excellence.La constitution pastorale Gau-dium et Spes de Vatican II se situe dans la même perspective, lorsqu\u2019elle enseigne que « l\u2019espérance eschatologique ne diminue pas l\u2019importance des tâches terrestres, mais en soutient bien plutôt l\u2019accomplissement par de nouveaux motifs » (n.21); et aussi lorsqu\u2019elle reconnaît que l\u2019Esprit appelle certains « à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du royaume des cieux » (n.38).2.\tEn quoi consiste plus précisément cette « ouverture de l\u2019histoire à un avenir »?Et quel est cet a-venir ?Disons tout d\u2019abord, pour déblayer le terrain, que la prévision des événements de la fin ne nous est pas seulement inaccessible; elle est superflue pour l\u2019avenir justement à cause de la résurrection de Jésus.Celle-ci en effet n\u2019est pas seulement le prélude de la résurrection générale, mais elle est la résurrection par excellence et la vie elle-même sortant de la mort (cf Jn 11,25), l\u2019accomplissement anticipé de la promesse faite par Dieu aux hommes, d\u2019un salut ou, si on veut, d\u2019une plénitude de vie à laquelle l\u2019homme aspire de toutes ses forces et qui constitue son seul véritable avenir.Et c\u2019est justement cet avenir qui fait, dans le dessein de Dieu, l\u2019objet de ce qu\u2019on appelle la Promesse.Promesse qui n\u2019est pas un simple « lever de rideau » sur un futur déjà connu, mais qui vise à maintenir et à favoriser au maximum l\u2019attente de quelque chose de nouveau provenant de l\u2019activité de Dieu qui mène l\u2019histoire à son terme.La promesse inclut donc essentiellement la possibilité de la nouveauté elle-même ou, si l\u2019on veut, d\u2019un mystère communiqué dans le présent et ouvert sur l\u2019avenir, mystère décrit par saint Paul dans les termes suivants: « Si.quequ\u2019un est dans le Christ, c\u2019est une création nouvelle; l\u2019être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2 Cor.5,17).3.\tAssurément l\u2019attente du retour du Seigneur « à la fin des temps » diffère assez radicalement de celle qui caractérisa les premières générations chrétiennes il y a vingt siècles.Notre espérance est de celles qui se refusent à fixer une « limite » au temps actuel (même si dans certaines sectes on s\u2019adonne encore à ce genre de prédiction, formellement contredite par l\u2019Evangile).En outre, comme tout ce qui fait partie de la tradition, notre espérance se voit aujourd\u2019hui placée sous un éclairage différent qui remet en lumière certains de ses aspects majeurs que la réflexion chrétienne des derniers siècles avait peu à peu laissés dans l\u2019ombre.C\u2019est ainsi qu\u2019on éprouve davantage le désir de percevoir la connexion qui existe entre le salut manifesté dans la résurrection du Christ et la résurrection générale, résurrection qui consommera pour nous « la révolution de l\u2019espérance » en nous mettant tout entiers face à Dieu dans la gloire du Christ, Homme parfait.On perçoit davantage aussi à la lumière de cette espérance eschatologique le caractère fragile et provisoire du temps présent, témoin des multiples tentatives pour venir à bout de problèmes qui concernent un nombre toujours plus considérable d\u2019hommes \u2014 la faim, la pollution, le partage des richesses, l\u2019environnement, etc.\u2014 et attendent cet accomplissement final que Dieu s\u2019est réservé comme son œuvre propre.Ill \u2014 Et pour nous, au Québec, l\u2019espérance, c\u2019est quoi ?Il existe depuis quelques années, tous le sentent, un fort courant d\u2019insatisfaction et de mécontentement au Québec.Ce courant, plusieurs essayent d\u2019en dégager la nature et surtout le sens.Tout en tenant compte de leur diagnostic nous nous poserons ici une seule question.Nous nous demanderons si la dimension collective du mécontentement actuel ne rappelle pas ce qui se passe dans la vie des individus au moment où ils se trouvent confrontés à une décision qui va modifier profondément et engager toute leur existence dans une direction définie.Lorsqu\u2019il s\u2019interroge sur son propre avenir, le jeune adulte est soudain pris de vertige; il passe alors par diverses phases qui le conduisent de la confusion à un vif sentiment de frustration mêlée d\u2019une certaine culpabilité.La maturation de cette décision est marquée par de cons- tantes discussions avec des égaux et des adultes qui font davantage l\u2019objet de son admiration.Et ce n\u2019est parfois qu\u2019après une longue période de temps et de pénibles arrachements que ce jeune adulte se résoud à opter pour telle ou telle carrière.Il en va de même \u2014 et peut-être davantage \u2014 pour notre collectivité engagée depuis dix ans dans une série de mutations de plus en plus rapides BIBLIOGRAPHIE A.Bieler, Une politique de l\u2019espérance, Centurion-Labor et Fides, 1970.E.\tBlanc, R.Concattt, Révolution et christianisme : IDO-C, 68-41 (6.10.68).C.Bruaire, « L\u2019enjeu politique d\u2019une réflexion sur l\u2019éternité », dans Revue Théologique de Louvain, 68 (nov.1970): 473-482.J.Comblin, Théologie de la Révolution, Editions universitaires, 1970.G.M.M.Cottier, La mort des idéologies et l\u2019espérance, Cerf, 1970.L-M.Dufort, « W.Pannenberg et la théologie de l\u2019espérance », dans Science et Esprit, XXII/3 (1970): 361-378.F.\tDumont, La Vigile du Québec.Octobre 1970: L\u2019impasse?H.M.H., 1971.P.L.GoscfflERE, H.G.Schulte Nor-dholt, Phénoménologie de la révolution : IDO-C, 68-42/43 (13.10.68).U.Kuehn, « La diaconie socio-politique de l\u2019Eglise », dans Communion, 1970/ 4: 90-99.P.Lengsfeld, « Revolution and Reformation als theologisches Problem », dans Die Funktion der Théologie in Kirche und Gesellschaft (hrsgbn P.Neuenzeit), München, Kôsel, 1969, pp.262-280.J.Moltmann, Religion, Revolution, and the Future, New York, Scribner\u2019s, 1969.J.Moltmann, Umkehr zur Zukunft, Siebenstern Taschenbuch Verlag, 1970.J.Moltmann, H.Cox, L.Gilkey, etc., The Future of Hope, Herder and Herder, 1970.A.Toffler, Le choc du Futur, Denoël, 1971.qui la font d\u2019un seul élan passer d\u2019une civilisation artisanale à l\u2019ère post-industrielle.L\u2019expérience collective qui est la nôtre au Québec constitue à mon sens un genre presque unique de mutation inconnu aux pays européens.Précisément pour ce motif le temps actuel devrait être selon nous celui de la réflexion, une réflexion intense et laborieuse, génératrice d\u2019un projet, une réflexion essentiellement tournée vers 170 RELATIONS Yaction à entreprendre ensemble et bientôt.J\u2019estime en somme que ce temps est celui qui précède une relance vers de nouveaux objectifs, et donc que ce temps n\u2019est plus au découragement ou à la frustration qui ont fait de notre horizon historique une grisaille impénétrable, mais au discernement qui mesure les conditions de cette action et en détermine la portée immédiate, mobilisant par là des énergies qui ne demandent qu\u2019à s\u2019employer.« Le désespoir, écrit F.Dumont n\u2019est pas une motivation politique » (La vigile du Québec, p.209).Moins encore a-t-il droit de cité au sein de la réalité chrétienne, essentiellement tournée vers la réalisation d\u2019un Royaume promis et pour une part, déjà accompli.Est-il d\u2019ores et déjà possible de faire entrevoir ce « projet », de préciser l\u2019orientation de cette action ?Non, si on cherche ici une réponse qui soit essentiellement d\u2019ordre socio-politique ou qui relève de la futurologie.Oui, si on se reporte à une théologie de l\u2019espérance qui inclut en elle-même l\u2019idée d\u2019une libération de l\u2019homme et d\u2019une rénovation radicale de l\u2019univers.Essayons donc en quelques mots de définir l\u2019apport de cette espérance pour ici et maintenant.Dans la lumière que lui donne sa foi \u2014\tune foi inconfusible \u2014, le croyant apporte à l\u2019ensemble des hommes la certitude d\u2019une libération déjà commencée.Certitude efficace qui prend, à la limite, l\u2019allure d\u2019une véritable révolution de l\u2019espérance, et qui inclut le pouvoir de refuser ce qui est présent \u2014\tl\u2019inégalité, l\u2019injustice sociale, la haine, la misère sous toutes ses formes \u2014\tpour choisir ce qui n\u2019existe pas encore, ce qui n\u2019est encore que simple possibilité.Une telle espérance, remarque J.Comblin, « est le pouvoir de faire du nouveau, de ne pas se laisser enfermer dans un univers déjà achevé, mais de changer l\u2019univers .» (Théologie de la Révolution, p.222).Car l\u2019espérance n\u2019est pas un alibi: « elle met courageusement au travail, non pour supprimer les problèmes en supprimant ceux qui les posent, mais pour continuer de faire ce qu\u2019ont toujours 1.Commission épiscopale française de la famille, « Note doctrinale sur l\u2019avortement », dans La Documentation catholique, 1582 (21 mars 1971): 289.fait les hommes de science, les hommes de loi, les hommes de cœur: faire reculer les frontières de la mort, de la violence et de la détresse » h Et le monde qui en sortira, ce monde qu\u2019un très grand nombre d\u2019hommes appellent de leurs vœux, pour lequel ils peinent, espèrent, combattent et meurent chaque jour, leur rendra le goût de créer, de se reconnaître, de s\u2019aimer.C\u2019est donc là, c\u2019est dans cette espérance active, donnant la preuve qu\u2019elle est en mesure de transformer déjà son monde, que réside ici et aujourd\u2019hui pour la foi, « garantie des biens que l\u2019on espère» (Hé.11,1), l\u2019enjeu qui rend cette même foi acceptable aux hommes et que se pose, en même temps, le défi qui l\u2019oblige à se surpasser.Au reste, \u2014 et cela nous paraît, à soi seul, décisif, \u2014 « quand il semblera absurde d\u2019espérer, quand il semblera ridicule d\u2019espérer, rappelons-nous que dans l\u2019évolution créatrice, l\u2019homme a surgi d\u2019une pensée de l\u2019amour du Père, qu\u2019il a coûté le sang du Fils de Dieu et qu\u2019il est l\u2019objet permanent de l\u2019action sanctificatrice de l\u2019Esprit-Saint » (Hel-der-Camara).12.5.71\tm PRÊTS 1ère HYPOTHÈQUE Pour construire, acheter, vendre, refinancer maisons à logements multiples.¦ * mm ¦mm: mm Si vous projetez l'achat d'une propriété à logements multiples, située à Montréal ou en banlieue, n'hésitez pas, consultez le gérant de l'une de nos succursales.Il se fera un plaisir de vous conseiller et vous facilitera l'obtention d'un prêt.Depuis plusieurs années, La Banque d'Épar-gne aide un grand nombre de personnes à devenir propriétaires.Soyez un de ceux-là! LA BANQUE D'ÉPARGNE DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL CHARTE FÉDÉRALE- MEMBRE: SOCIÉTÉ D'ASSURANCE-DÉPÔTS DU CANADA JUIN 1971 171 Quand l'aspiration devient cri Deux encycliques .ou deux manifestes?\u2014 convergences et divergences par Guy Bourgeault Entre le printemps et l\u2019été, dans ce climat d\u2019un nouveau printemps qui finit par triompher d\u2019un hiver trop long, RELATIONS a présenté un double dossier sur la libération de l\u2019homme (mai 1971), aujourd\u2019hui prolongé par diverses réflexions et approximations sur le thème étroitement connexe de l\u2019espérance chrétienne.Paradoxalement, cette conjonction thématique évoque les événements encore « chauds » du dernier automne \u2014 qui fut, chez nous, particulièrement brûlant.Plus précisément, cette conjonction a amené quelques membres du comité de rédaction à relire deux documents importants de l\u2019automne québécois 1970: \u2014\tle message épiscopal, à l\u2019occasion de la Fête du Travail, en septembre 1970, sur la libération de l\u2019homme contemporain, \u2014\tle manifeste du Front de libération du Québec, publié, dans les circonstances que l\u2019on sait, le 12 octobre 1970.Ces deux textes émanent d\u2019« églises » singulièrement différentes, certes; et l\u2019on ne saurait prétendre qu\u2019ils eurent, lors de leur publication, le même retentissement dans l\u2019opinion publique.Par delà maintes divergences, certaines convergences valent toutefois d\u2019être signalées: les unes et les autres éclairent la situation vitale, au plan des options socio-politiques individuelles et collectives, du Québec actuel.Le message épiscopal fait d\u2019abord entendre, des quatre coins de la planète, ces « voix angoissées [qui] réclament à grands cris la libération des esclavages modernes qui ont nom: guerre, misère économique, conditions de vie infra-humaines, tyrannie politique, légalisme stérile, paternalisme étouffant, discrimination sociale, disparités culturelles, aliénation spirituelle et autres formes d\u2019oppression suscitées par l\u2019égoïsme des hommes ou l\u2019inadaptation de leurs institutions » (n.7).Ce que le document épiscopal dénonçait ainsi en termes sereins et, pour ainsi dire, impersonnels, le manifeste du FLQ s\u2019y attaque dans une langue plus verte et plus virulente: « Le Front de libération du Québec veut l\u2019indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les \u2018big-boss\u2019 patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse-gardée du \u2018cheap labor\u2019 et de l\u2019exploitation sans scrupules.» « Ces voix réclament, poursuivait le message épiscopal (n.7), et de toute Notre société est malade; et les symptômes majeurs de cette maladie sociale qui étouffe notre société ont nom ignorance, pauvreté et sous-emploi, impuissance politique : « un Canadien sur quatre, poursuit le document épiscopal (n.9), se débat dans un filet de contraintes dont il n\u2019arrive pas à se libérer », écrasé qu\u2019il est par « ce \u2018carcan sans espoir de jamais en sortir\u2019 qui emprisonne les pauvres de chez nous ».« Ces citoyens n\u2019ont pas la chance de s\u2019instruire, de travailler, de mener une existence décente et de participer aux affaires publiques.» \u2014 Le manifeste du FLQ porte semblable diagnostic, accompagné ici encore d\u2019accusations plus circonstanciées et « personnalisées » : pauvreté, chômage et taudis sont le lot des pêcheurs de la Gaspésie, des travailleurs de la Côte Nord, des mineurs de la Iron Ore, de la Quebec Cartier Mining et de la Noranda, des travailleurs de Cabano, de Murdochville et de Saint-Jérôme, de la Vickers et de la Davie Ship, de la Domtar, de la Squibb, de la Ayers, de la Régie des Alcools, de la Seven Up, de Victoria Precision et de Dupont of Canada, de la Murry Hill et des urgence, une transformation des mentalités et une réforme des structures.Marqués au coin de l\u2019impatience, ces espoirs ne sauraient être déçus sans risquer de provoquer une amère récolte de violence.» Le manifeste du FLQ porte la marque de cette déception et de cette impatience: « Nous avons cru un moment qu\u2019il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti Québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu\u2019on appelle démocratie au Québec n\u2019est en fait que la \u2018democracy\u2019 des riches »; de sorte que les « faiseurs d\u2019élections » ont fait perdre toute confiance dans le jeu pseudo-démocratique qui cherche à « distraire » la population du Québec « par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise à tous les quatre ans ».C\u2019est pourquoi la patience n\u2019est plus possible: « Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd\u2019hui à reprendre ce qui vous appartient; prenez vous-mêmes ce qui est à vous.Faites vous-mêmes votre révolution.» grandes industries du textile et de la chaussure, etc.Et ces travailleurs (ou chômeurs) sont condamnés à noyer leur désespoir, leur rancœur et leur rage dans la bière ou la mari, réduits à l\u2019impuissance « dans une société d\u2019esclaves terrorisés » par les grands de la finance et de la politique, « par l\u2019Eglise capitaliste romaine », « par les lieux fermés de la science et de la culture que sont les universités ».Semblable situation, quand elle dure, tue l\u2019espoir \u2014 et l\u2019espérance \u2014 à sa racine: elle décourage à l\u2019avance tous les projets et paralyse les dynamismes latents.C\u2019est le \u2014 certes pas « révolutionnaire » \u2014 Conseil économique du Canada qui l\u2019affirmait déjà en 1968, dans son Cinquième exposé annuel (p.113 \u2014 cité dans le message épiscopal) : « Les statistiques même les plus parfaites ne peuvent.faire saisir toute l\u2019amertume qu\u2019engendrent le milieu insalubre, les taudis, tout cet héritage de frustration, d\u2019aliénation et de désespoir qui trop souvent se transmet de génération en génération.» \u2014 « Ceux qui trouveraient exagérée cette terminologie, commente le message Convergences d'un double diagnostic 172 RELATIONS épiscopal (n.9), n\u2019ont probablement jamais vécu l\u2019expérience de la pauvreté pour constater combien certaines contraintes sociales sont dégradantes pour la dignité humaine, combien elles sapent chez le pauvre le sentiment de sa valeur personnelle et ses espoirs dans l\u2019avenir.[.] Dénués d\u2019influence sociale, les dépourvus, ici comme à l\u2019étranger, n\u2019ont même pas la \u2018chance de se battre\u2019 pour devenir des hommes et apporter leur contribution au progrès de l\u2019humanité.» Pour un FRONT DE LIBÉRATION \u2014 convergences et divergences La déception et l\u2019impatience peuvent-elles, malgré le poids d\u2019une situation sociale injuste qui perdure, se convertir en une sorte de dynamisme nouveau \u2014 et espérant \u2014 de libération ?Ce qui a provoqué chez nous, à l\u2019automne 1970, « une amère récolte de violence » peut constituer, selon les évêques, « une occasion sans précédent pourvu que les hommes.veuillent la saisir pour construire à neuf » (n.1 ) : « à l\u2019orée de la décennie de 1970, que d\u2019aucuns entrevoient comme \u2018la décennie de la colère\u2019 et une \u2018époque de troubles\u2019, on découvre l\u2019aiguillon de l\u2019Esprit dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le processus de libération » (n.2).C\u2019est ce qu\u2019ont cru aussi, à leur façon, les membres du FLQ: qu\u2019il était possible, sinon de convertir, du moins de canaliser la déception, la rancœur et la rage en entreprise de révolution et d\u2019édification d\u2019une société nouvelle: « Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d\u2019esclaves par une société libre, fonctionnant d\u2019elle-même et pour elle-même, une société ouverte sur le monde.Notre lutte ne peut être que victorieuse.On ne tient pas longtemps dans la misère et le mépris un peuple en réveil.» Mais l\u2019entreprise du FLQ a avorté.Pourquoi ?Le diagnostic porté par le FLQ était, à maints égards, fort juste \u2014 et le Québec, quoi qu\u2019on ait dit par la suite, s\u2019est trouvé en secrète et assez profonde connivence avec le manifeste du FLQ à ce niveau \u2014 et le rêve n\u2019était pas dépourvu de forces d\u2019attraction.Mais, comme l\u2019explique dans un précédent article Julien Harvey, le mythe et l\u2019utopie sont impuissants à provoquer l\u2019engagement réaliste et tenace des dynamismes latents et des aspirations; et c\u2019est là une première raison, me semble-t-il, pour laquelle le Québec n\u2019a pas pu mettre son espoir dans le FLQ et dans son rêve.De plus, l\u2019« église » felquiste s\u2019est révélée étrangement autoritaire et est bientôt apparue comme une « chapelle », une « secte » désireuse d\u2019imposer ses volontés plus que d\u2019éveiller une volonté populaire assoupie et dont il aurait fallu, avec quelque patience, écouter les orientations et aspirations encore informulées, après avoir aidé, au besoin, au recouvrement de la parole: en voulant brûler les étapes, l\u2019entreprise FLQ s\u2019est elle-même condomnée à la violence et à la marginalité.La révolution est chose plus sérieuse qu\u2019on l\u2019a cru; infiniment plus sérieuse et difficile.Elle exige un renouvellement du cœur et des mentalités \u2014 une conversion \u2014 en même temps que des structures, faute de quoi la transformation structurelle ne réussira pas, comme l\u2019avait espéré le FLQ, à éviter que « d\u2019autres usurpateurs technocrates ou autres remplacent la poignée de fumeurs de cigares que nous connaissons maintenant ».C\u2019est à cette conversion que le message épiscopal conviait les hommes d\u2019ici, et particulièrement les «nantis » (n.12) qui n\u2019ont pas su éviter et ont même provoqué, ne serait-ce que par suite de leur propre « esclavage de la recherche constante de plus de biens » et de leur attachement à certain « intérêt personnel à courte vue » (n.13), l\u2019éclatement de la violence \u2014 cette forme ultime que doit parfois prendre, selon une expression de Julien Harvey, l\u2019animation sociale des riches ! La « leçon », pour dure qu\u2019elle fut, semble n\u2019avoir pas porté., La révolution sérieuse, qui est œuvre de libération et entreprise immédiate de cette œuvre, « requiert, dit le message de la Fête du Travail, une participation active à la reconstruction de la société ainsi qu'un changement des mentalités » (n.7).Et le « ainsi que » n\u2019exprime pas une simple juxtaposition: les deux pôles de la révolution ci-dessus évoqués doivent être intrinsèquement articulés si l\u2019on veut vraiment opérer la libération espérée en évitant de donner libre cours aux violences déchaînées à la fois, selon des modalités diverses, des oppresseurs et des opprimés, des nantis et des démunis.Les lecteurs de RELATIONS appartiennent, pour la plupart, à ce que l\u2019on appelle « la classe aisée »; ils pourront faire avec nous leur profit d\u2019un « examen de conscience » éclairé par le message épiscopal de septembre 1970 (nn.12-15, notamment): La libération exige de chacun un renouveau personnel, tout spécialement de la part des nantis.La libération ne se fera pas sans cette conversion du cœur .Ceux d\u2019entre nous qui ont plus que leur part des avantages et des privilèges de ce monde n\u2019accéderont à la liberté que le jour où, par amour pour Dieu et leur prochain, ils consentiront librement à partager leurs biens et aussi leur pouvoir avec ceux-là qui, au Canada et dans le Tiers-Monde, ont moins que leur juste part.Mais il est trop évident que « l\u2019homme est ainsi fait qu\u2019il lui est bien difficile de s\u2019arracher de lui-même à ses privilèges ».Aux pouvoirs publics incombe donc une importante responsabilité: celle de mettre en place, et le plus tôt possible, des mécanismes sociaux qui assureront un partage plus équitable des richesses entre les citoyens et une plus saine redistribution du pouvoir .Le mouvement de libération à l\u2019égard de toutes formes d\u2019oppression prend de plus en plus d\u2019ampleur .Les Eglises s\u2019y engageront-elles avec la générosité et la détermination que réclame l\u2019Evangile ?Nous avons confiance que les chrétiens seront aux premières lignes de ce front de libération qui ambitionne de bâtir une société authentiquement humaine.Si nous n\u2019y sommes pas, l\u2019espérance chrétienne ne pourra guère demeurer ou devenir « croyable » pour les hommes d\u2019ici, nos frères les plus « prochains».17.5.71\tii11\tii JUIN 1971 173 Quelques questions à une lettre de Paul VP \u2014 dans la perspective des chrétiens révolutionnaires par Yves Vaillancourt Mon lieu de lecture Le 14 mai dernier, était rendu public le texte d\u2019une Lettre apostolique de Paul VI adressée au cardinal Maurice Roy, à l\u2019occasion du 80e anniversaire de l\u2019encyclique « Rerum Nova-rum ».On a eu l\u2019occasion de s\u2019en rendre compte, face à un tel document, les réactions varient passablement, selon que le commentateur se situe dans tel ou tel poste d\u2019observation.Pour s\u2019en tenir uniquement à l\u2019Eglise, du moins au Québec, en France, en Espagne et dans la plupart des pays d\u2019Amérique latine, disons que les postes d\u2019observation, les « lieux de lecture » se ramènent à trois et ren-voyent aux trois visages spécifiques de l\u2019Eglise, ou aux trois catégories de chrétiens.Conséquemment, le texte de Paul VI donnera lieu à des réactions et à des interprétations différentes selon qu\u2019il tombera dans les mains des chrétiens conservateurs \u2014 ceux qui acceptent l\u2019ordre social fondé sur le système capitaliste \u2014, des chrétiens réformistes \u2014 ceux qui dénoncent les « abus » du système capitaliste \u2014, des chrétiens révolutionnaires \u2014 ceux qui dénoncent l\u2019essence même du système capitaliste perçu comme une machine à fabriquer une majorité d\u2019exploités, de dominés, de marginaux, de discriminés dans les pays développés, et des pays sous-développés dans le tiers-monde.Précisément, c\u2019est en me plaçant dans la perspective des chrétiens révolutionnaires que je me propose de poser quelques questions à la lettre de Paul VI.Le lecteur est averti, mon point de vue sera tendancieux ! * Ce texte est le premier d\u2019une série d\u2019articles sur la lettre apostolique de Paul VI au cardinal Maurice Roy.Les autres articles de la série paraîtront dans le numéro de juillet-août.174 Le pape reconnaît l\u2019impasse de la doctrine sociale de l\u2019Église Ce qui contribue le plus à rendre Paul VI sympathique à mes yeux, c\u2019est peut-être, glissée en introduction et respectée dans toute la lettre, cette claire reconnaissance de l\u2019impossibilité, pour l\u2019autorité centrale de l\u2019Eglise universelle, « de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait valeur universelle » (no 4).Déjà, avec le Jean XXIII de Mater et Magistra, le ton dogmatique des interventions pontificales sur les problèmes socio-politiques avait été abandonné.Mais Pacem in Terris, Gaudium et Spes et Populorum Progressio demeuraient quand même des textes affirmatifs.Avec la dernière lettre de Paul VI, voici que le ton devient plutôt interrogatif.Serait-ce parce que les voyages ne forment pas seulement la jeunesse ?Chose certaine, les hésitations de Paul VI s\u2019enracinent dans la prise de conscience de la variété des situations dans lesquelles se trouvent les Eglises et les chrétiens, à la suite de rencontres avec diverses cultures et plusieurs systèmes socio-politiques (cf.no 3).Frappé par le spectacle de la diversité, le pape avoue son incapacité de parler au singulier de l\u2019Eglise, du socialisme, du marxisme.Et c\u2019est heureux ! Au fait, il y a longtemps que, de l\u2019intérieur autant que de l\u2019extérieur, l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise est critiqué, à cause de son caractère abstrait, nébuleux et ambigu.Depuis cinq ans environ, la doctrine sociale de l\u2019Eglise est en crise.En Allemagne, en France, en Espagne, en Amérique latine, des « chrétiens de la base » autant que des théologiens renommés ont mis au banc des accusés le bagage de l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Eglise en matière sociale, et critiqué ses ambiguïtés de méthodologie autant que de contenu.Evidemment, Paul VI ne va pas jusque là.Mais en disant son embarras, en s\u2019appliquant à trouver un ton, un terrain, un langage qui conviennent mieux à l\u2019Eglise trans-nationa-le, en invitant les Eglises nationales à faire leur propre discernement, Paul VI se trouve à reconnaître officiellement la nécessité d'opérer un nouveau partage des tâches, entre le centre et la périphérie, pour ce qui concerne l\u2019élaboration autant que la diffusion de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise sur les questions qui touchent à la vie collective.Déjà, on est peut-être moins dans le contexte de ce qu\u2019il était convenu d\u2019appeler « doctrine sociale de l\u2019Eglise », avec tout ce que l\u2019expression évoquait de statique, et, davantage dans le contexte de ce qu\u2019il convient d\u2019appeler maintenant « théologie politique », avec tout ce que l\u2019expression évoque de dynamique, depuis que Metz l\u2019a lâchée (cf.Concilium, no 36).En ce sens, la lettre de Paul VI nous fait faire un pas, même si la distribution des rôles entre Rome et les Eglises particulières risque d\u2019être interprétée différemment, selon que l\u2019on se situe à l\u2019un ou à l\u2019autre bout de la ligne de communication.Aux communautés chrétiennes de se mouiller ! Jusqu\u2019à tout récemment, les interventions des Eglises locales, dans le domaine socio-politique, se ramenaient à la diffusion de contenus de doctrine importés tout cuits de Rome.Pour les communautés chrétiennes nationales, cela signifiait concrètement la mise en veilleuse d\u2019un dynamisme potentiel enchaîné.Le « christianisme social », comme la spiritualité, la liturgie, les structures ecclésiales, devait venir d\u2019ailleurs.Les Eglises particulières n\u2019avaient qu\u2019une chose à faire: appliquer la doctrine sociale qui devait être la même partout.D\u2019où l\u2019importance capitale du passage dans lequel Paul VI invite les communautés chrétiennes à se situer elles-mêmes dans leur contexte socio-politique: RELATIONS Il revient aux communautés chrétiennes d\u2019analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l\u2019éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l\u2019Evangile, de puiser les principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d\u2019action dans l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise tel qu\u2019il s\u2019est élaboré au cours de l\u2019histoire et notamment, en cette ère industrielle, depuis la date historique du message de Léon XIII sur « la condition des ouvriers », dont Nous avons l\u2019honneur et la joie de célébrer aujourd\u2019hui l\u2019anniversaire.A ces communautés chrétiennes de discerner, avec l\u2019aide de l\u2019Esprit Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s\u2019avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas.Dans cette recherche des changements à promouvoir, les chrétiens devront d\u2019abord renouveler leur confiance dans la force et l\u2019originalité des exigences évangéliques.L\u2019Evangile n\u2019est pas dépassé parce qu\u2019il a été annoncé, écrit, vécu dans un contexte socio-culturel différent.(No 4.) Cette invitation de Paul VI arrive à point et ne demeure pas sans écho.D\u2019ailleurs, depuis la fin du concile, plusieurs Eglises nationales, je pense notamment à celles de l\u2019Amérique latine, n\u2019ont pas attendu ce mot d\u2019ordre pour plonger, de façon inventive et courageuse.Avec l\u2019appui officiel du pape, le mouvement en cours ne fera que s\u2019intensifier.Il est à prévoir que l\u2019expérimentation et la réflexion des chrétiens impliqués sur le terrain social prendront des colorations originales d\u2019un continent à l\u2019autre et d\u2019un pays à Si les Eglises nationales deviennent davantage autonomes et se mettent à élaborer la « théologie politique » dont elles ont besoin, est-ce que l\u2019autorité centrale de l\u2019Eglise aura encore un rôle à jouer ?Est-ce que l\u2019ère de l\u2019intervention de l\u2019Eglise trans-nationale dans le domaine socio-politique serait révolue ?La lettre de Paul VI apporte une réponse vécue à cette question.Après avoir accepté de partager son rôle avec les « communautés chrétiennes », le « leadership » de l\u2019Eglise universelle aura comme tâche: (a) de rappeler et de faire siennes les aspirations les plus généreuses des hommes de notre temps, dans la mesure où elles rencontrent harmonieusement les lignes essentielles de l\u2019Evangile; (b) de « questionner » les courants idéologiques et historiques dont le caractère est international, à partir de la foi et de l\u2019espérance chré- l\u2019autre.Bien sûr, en théorie, les légitimes différences sont reconnues depuis longtemps dans l\u2019Eglise.Mais, en pratique, les processus de différentiation ont quasiment toujours été jugés suspects et inacceptables.Aussi est-ce tout un dynamisme qui est libéré, le jour où l\u2019Eglise trans-nationale accepte de partager la tâche de l\u2019articulation de la pensée ecclésiale interpellée par les problèmes sociaux.Pourtant, notons que, au moment où l\u2019autorité centrale de l\u2019Eglise invite les communautés particulières à prendre plus d\u2019autonomie, elle ne les lâche pas totalement à elles-mêmes, mais leur donne des règles de discernement.On peut les ramener à cinq: (a) Analyser les données immédiates de la situation à l\u2019aide des sciences humaines; (b) se référer à l\u2019Evangile intégral qui dynamise, inspire les choix et l\u2019action politiques du chrétien; (c) se référer à l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, mais de façon critique, puisque l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, c\u2019est, dans un contexte socio-culturel donné, le produit d\u2019une rencontre entre le donné évangélique et le donné socio-culturel et idéologique, tributaire d\u2019un temps et d\u2019un lieu donné, donc transitoire; (d) se référer aux interventions de l\u2019Eglise trans-nationale, spécialement aux questions qu\u2019elle pose sur les courants idéologiques et les problèmes politiques d\u2019envergure internationale; (e) miser sur la contribution des chrétiens qui prennent au sérieux l\u2019appel à l\u2019action politique, i.e.qui ont une praxis politique.(Cf.nos 48-49.) tiennes; (c) de dénoncer prophétiquement les racines des problèmes politiques et économiques d\u2019envergure internationale; (d) d\u2019offrir aux Eglises nationales les critères de discernement dont elles ont besoin pour articuler leur « théologie politique »; (e) de favoriser la coordination des expériences et des réflexions des diverses communautés chrétiennes.Quelle est la mission de l\u2019Eglise, en rapport avec la question de la justice internationale ?Quelle position doit prendre l\u2019Eglise devant les idéologies et les systèmes socio-politiques ?Voilà, à mon avis, les deux questions que la lettre du pape absorbe avec le plus de profondeur et d\u2019originalité, même si l\u2019approche réformiste de l\u2019auteur laisse sur leur appétit les chrétiens révolutionnaires.Examinons de plus près le traitement donné à ces deux interrogations.L\u2019Église et la justice internationale En principe, sur la scène internationale autant que nationale, l\u2019Eglise se dit « marquée par une volonté désintéressée de service et une attention aux plus pauvres» (no 42).Elle reconnaît comme évangéliques l\u2019aspiration à plus de justice, d\u2019égalité, de participation, ainsi que la volonté de vie fraternelle qui s\u2019expriment partout dans le monde (cf.nos 2, 22, 37, 47, 48).En fait, devant le spectacle de l\u2019injustice, la lettre contient des propos qui frisent l\u2019intéressant, mais demeurent ambigus, dans la mesure où la dénonciation des causes structurelles des problèmes est effleurée sans être faite explicitement.Comme dans Populorum Progressio, on dirait que Paul VI refuse d\u2019aller jusqu\u2019au bout de son regard.Parlant des relations économico-politiques internationales, il évoque la tâche d\u2019une plus grande justice à instaurer dans la répartition des biens, la nécessité de « dépasser les rapports de force pour arriver à des ententes concertées en vue du bien de tous » (no 43 ) ; il parle du « courage d\u2019entreprendre une révision des rapports entre les nations, qu\u2019il s\u2019agisse de répartition internationale de la production, de structure des échanges, de contrôle des profits, de système monétaire, de mettre en question les modèles de croissance des nations riches, de transformer les mentalités pour les ouvrir à la priorité du devoir international, de rénover les organismes internationaux en vue d\u2019une plus grande efficacité » (no 43).Il critique les entreprises multi-natio-nales en soulignant que ces « nouvelles puissances économiques .peuvent (!) conduire à une nouvelle forme abusive de domination économique sur le domaine social, culturel et même politique » (no 44).Mais, une fois de plus, l\u2019approche demeure trop moralisatrice et pas assez structurelle.A quoi servira-t-il de répéter une fois de plus que « le devoir le plus important de justice est de permettre à chaque pays de promouvoir son propre développement, dans le cadre d\u2019une coopération exempte de tout esprit de domination, économique et politique » (no 43) ?Comme si les pays riches et impérialistes avaient des oreilles pour entendre de tels avertissements ! Pourquoi ne pas dire que les injustes rapports de force internationaux ren-voyent à un système injuste qui s\u2019appelle le système capitaliste international de type monopoliste ?Pourquoi ne pas Que deviendra la tâche de l\u2019Église trans-nationale ?JUIN 1971 175 reconnaître que, spécialement pour les pays du tiers-monde, la solution passe par une rupture d\u2019avec un système économique international dont le fonctionnement exige « le développement du sous-développement » ?Pourquoi ne pas établir un lien entre le vécu de dépendance et d\u2019oppression de millions d\u2019hommes et l\u2019existence de structures sociales qui réglementent et perpétuent l\u2019inégalité ?Pourquoi ne pas reconnaître que, pour plusieurs pays du tiers-monde, la seule issue est du côté de la voie révolutionnaire et de la construction d\u2019un socialisme démocratique ?Au prochain Synode, l\u2019un des deux sujets à l\u2019étude sera celui de la justice internationale (cf.no 6).Espérons que, à cette occasion, l\u2019Eglise pourra arriver à quelque chose de plus qu\u2019à un appel à la conversion des cœurs.Il faudra qu\u2019elle ait le courage d\u2019aller encore plus loin que la lettre de Paul VI et mette en question le système capitaliste international lui-même, dans la mesure où il est à la source d\u2019une bonne partie des injustices qui apparaissent dans le paysage international.Bien sûr, la seule transformation des structures ne suffit pas si elle ne débouche pas sur une transformation qualitative de la vie personnelle et collective.Mais il est temps, dans l\u2019Eglise comme ailleurs, de se rendre compte que les aspirations les plus humaines et les plus évangéliques à plus d\u2019amour, de fraternité, de justice, de participation, d\u2019égalité et de paix seront systématiquement bloquées, aussi longtemps que ne seront pas opérés des changements d\u2019ordre structurel.Si les participants du Synode ne sont pas prêts à aller jusque-là, aussi bien qu\u2019ils ne parlent pas.L\u2019Église et les idéologies Une autre question éclairante abordée par le pape dans sa lettre est précisément celle des idéologies définies comme « ces convictions ultimes sur la nature, l\u2019origine et la fin de l\u2019homme et de la société » (no 25).Avant de rappeler les questions posées par l\u2019Eglise à ces idéologies qui séduisent les intelligences de notre temps, comme l\u2019idéologie libérale, les idéologies socialistes, le marxisme, le progressisme, le scientisme, Paul VI s\u2019applique à «questionner» d\u2019une façon plus fondamentale le rapport foi-idéologies.Avec à propos, Paul VI rappelle aux chrétiens que la foi et l\u2019Eglise transcendent toute idéologie, de même que tout système socio-politique.(Cf.no 27.) Notamment, en présence d\u2019idéologies « qui s\u2019opposent radicalement ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l\u2019homme » (no 26.), le chrétien exercera un constant discernement et évitera les compromis qui l\u2019amèneraient à trahir sa foi.Sous la mouvance du dynamisme de l\u2019espérance, il évitera de céder aux avances de telle ou telle idéologie qui cherche à séduire, enfermer, réduire et mutiler sa foi (cf.nos 36-37).De son côté, l\u2019Eglise refusera de se laisser instrumentaliser par une idéologie ou par un système (cf.no 42).Elle protégera jalousement cette autonomie sans laquelle elle se découvrirait aliénée et dans l\u2019incapacité d\u2019accomplir sa mission.Mais est-ce que l\u2019Église peut contourner le terrain idéologique ?Mais affirmer la transcendance de l\u2019Eglise et de la foi sur toute idéologie, est-ce mettre le cap sur l\u2019idéal d\u2019une sorte de neutralité idéologique ?Est-ce que la mission de l\u2019Eglise consiste à se tenir à égale distance de toutes les idéologies, de tous les systèmes, de tous les partis, de tous les régimes, de tous les groupes sociaux ?C\u2019est ici que la lettre de Paul VI risque de donner prise à certaines ambiguïtés.Une fois affirmée l\u2019autonomie de la foi et de l\u2019Eglise devant toute idéologie, ne conviendrait-il pas, pour ne pas télescoper les exigences de l\u2019incarnation, de rappeler la nécessité pour la foi et l\u2019Eglise de se vivre, de se médiatiser, de se dire, à travers le rapprochement avec certaines idéologies ?Est-ce que le thème de l\u2019autonomie de la foi et de l\u2019Eglise vis-à-vis des systèmes idéologiques et politiques ne pourrait pas devenir une façon subtile de réanimer Villusion de l\u2019apolitisme maintenant gênée d\u2019apparaître en public avec ses anciens vêtements ?Comment est-ce que l\u2019Eglise peut aller au bout de son parti pris de solidarité avec les plus pauvres (cf.nos 23 et 42) sans atterrir quelque part sur le terrain idéologique et politique ?N\u2019est-il pas condamné à marcher sur la corde raide, ce chrétien invité par le pape à dépasser « tout système sans pour autant omettre l\u2019engagement concret au service de ses frères .» (no 36).Ce qui est demandé à l\u2019Eglise et à la foi, est-ce bien d\u2019éviter toutes fréquentations idéologiques ?Ne serait-ce pas plutôt de discerner quelles sont les fréquentations idéologiques légitimes et quelles sont les fréquentations idéologiques illégitimes ?Pour être fidèles à elles-mêmes, est-ce que l\u2019Eglise et la foi ne seraient pas conviées à se couper de certaines idéologies et à se rapprocher de certaines autres ?Ce dont l\u2019Eglise et la foi doivent prendre conscience et s\u2019éloigner, ne serait-ce pas d\u2019abord de ces mariages avec l\u2019idéologie de la classe dominante ?Après tout, est-ce que le mythe de l\u2019Eglise complètement « désidéologi-sée » ne pourrait pas être brandi par les « establishments » d\u2019Eglise dans le seul but de neutraliser les chrétiens de gauche qui, dans des contextes variés, ont effectué des migrations idéologiques et politiques qui se présentent comme une rupture d\u2019avec le système capitaliste et l\u2019idéologie libérale qu\u2019il sécrète et comme un rapprochement de la voie socialiste ?En tout cas, n\u2019est-il pas surprenant de voir comment l\u2019appel à l\u2019autonomie de l\u2019Eglise, de la foi et du sacerdoce vis-à-vis des idéologies, des systèmes, des partis, des régimes politiques sert souvent à gêner et à paralyser les comportements de la « gauche » et peu souvent à questionner les choix de la droite ?L\u2019Eglise ne sera-t-elle pas plus convaincante le jour où elle amorcera un examen de conscience sur les fréquentations idéologiques et politiques qu\u2019elle a entretenues, au cours de son histoire ?D\u2019ailleurs, est-ce que les ambiguïtés de la doctrine sociale de l\u2019Eglise traditionnelle ne s\u2019expliquent pas, en grande partie, par certaines fréquentations suspectes avec des idéologies, des modèles sociaux, des systèmes politiques capables de se présenter sous des masques évangéliques ?Certes, la distinction entre foi et idéologie servie par Paul VI est très pertinente.Mais, justement, il faudra être conséquent jusqu\u2019au bout et l\u2019utiliser pour les réformistes et les conservateurs autant que pour les révolutionnaires, pour réinterpréter les rapports Eglise-Etat, pour faire le procès de l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Eglise en matière sociale.A partir du moment où elle acceptera de se questionner humblement dans cette perspective, l\u2019Eglise découvrira peut-être qu\u2019elle est plus idéologisée et idéologi-sante qu\u2019elle ne le pense.A ce point de vue, même l\u2019analyse des idéologies marxiste et libérale, à laquelle s\u2019emploie Paul VI dans sa lettre, peut être perçue comme hautement idéologisée et idéologisante.176 RELATIONS Une analyse libérale des idéologies libérale et marxiste Quoique tentée, par moments, par le diagnostic révolutionnaire (cf.nos 43-46), l\u2019approche de Paul VI demeure fort colorée, dans toute la lettre, par une idéologie réformiste de type démocrate-chrétien.Ceci transparaît dans l\u2019ensemble du texte qui cache mal une sympathie plus grande conférée au langage, au diagnostic et à la solution réformistes.D\u2019ailleurs, l\u2019option révolutionnaire est rarement évoquée sans être accompagnée de nuances et de qualificatifs empruntés directement aux « théologiens de la mise en garde » (cf.nos 3, 45).Les présupposés idéologiques de l\u2019analyse pontificale sont spécialement à l\u2019œuvre dans le traitement critique conféré aux courants socialiste, marxiste, libéral, même si le pape ne succombe pas à la tentation de fermer des portes et se contente de poser des questions.Le passage sur l\u2019idéologie libérale n\u2019en demeure pas moins surprenant, dans la mesure où cette dernière est dénoncée, « dans sa racine même », en raison de « l\u2019affirmation erronée de l\u2019autonomie de l\u2019individu » (no 35) et de l\u2019exaltation de la liberté individuelle dans le seul but de masquer la « recherche exclusive de l\u2019intérêt et de la puissance » (no 26).Pour donner plus de poids à cette déclaration de principe à l\u2019endroit du libéralisme, le pape aurait pu rappeler que l\u2019idéologie libérale est sous-jacente à plusieurs des problèmes sociaux identifiés dans la première partie de la lettre, sous-jacente aussi aux impasses du droit international (cf.nos 23-24), ainsi qu\u2019aux injustes rapports de forces dénoncés dans le développement sur la justice internationale (cf.nos 43-45).D\u2019une certaine façon, les chrétiens révolutionnaires demeureront quand même surpris par le rejet sobre et sans équivoque du libéralisme; de leur côté, les chrétiens réformistes patineront pour suggérer que le libéralisme rejeté par le pape est le « libéralisme absolu » et non pas, sous-entendu, le libéralisme modéré ! (Cf.Claude Ryan, Le Devoir, 17 mai 1971.) Bien sûr, les chrétiens révolutionnaires demeureront sur leur soif dans la mesure où, pour eux, l\u2019idéologie libérale joue un rôle mystificateur en s\u2019employant désespérément à légitimer une structure sociale qui condamne les masses populaires à la marginalisation, à l\u2019exploitation, à la dépendance, sinon à la répression.Le passage sur l\u2019idéologie marxiste est plus décevant.Certes, la reconnaissance timide de la distinction entre le marxisme comme idéologie et le marxisme comme instrument d\u2019analyse de la réalité socio-économique n\u2019est pas à déprécier (cf.no 33).Mais le marxisme en tant qu\u2019idéologie est passablement malmené, sinon mutilé, lorsqu\u2019il est présenté uniquement dans ses éléments négatifs incompatibles avec le christianisme (insistance sur l\u2019athéisme et la négation de tout transcendant (cf.nos 33, 26), et pas du tout dans ses éléments positifs compatibles avec la vision chrétienne.Pourquoi ne trouve-t-on pas une seule allusion à des éléments idéologiques plus constructifs ?Pourquoi ce silence sur les traits de cette soulevante utopie sociale qu\u2019est la société sans classe, sans structures de domination et d\u2019exploitation ?Pourquoi cette discrétion au sujet du terrain sur lequel l\u2019espoir marxiste et l\u2019espérance chrétienne se rencontrent harmonieusement sans se confondre?Pourquoi jeter dans un Au terme de cette lecture critique de la lettre de Paul VI, j\u2019éprouve le goût de revenir au point de départ, à cette invitation lancée aux communautés chrétiennes locales, afin qu\u2019elles se mouillent.Il me semble que cet appel convie l\u2019Eglise québécoise à relever un défi à la fois exigeant et passionnant, celui de bâtir sa propre « théologie de la libération ».Prendre au sérieux une telle tâche, c\u2019est d\u2019abord rompre avec notre condition d\u2019Eglise-reflet, c\u2019est cesser d\u2019être une Eglise-satellite, c\u2019est laisser tomber nos béquilles et apprendre à marcher par nous-mêmes.La réflexion chrétienne dont nous avons besoin ne peut pas être importée d\u2019ailleurs, même si, dans notre effort d\u2019invention, les règles de discernement mentionnées plus haut peuvent s\u2019avérer très précieuses.Cette réflexion ne pourra pas être l\u2019œuvre de gens au-dessus de la mêlée, qu\u2019ils soient évêques ou professeurs de théologie.Elle jaillira et s\u2019articulera à partir de la rencontre inédite entre la réalité socio- décor exclusivement négatif les thèmes de « l\u2019exercice collectif d\u2019un pouvoir politique et économique » et de la « pratique active de la lutte des classes » (no 33) ?Pourquoi n\u2019avoir pas reconnu que la lutte des classes, pour un marxiste, c\u2019est une réalité qui existe indépendemment de l\u2019observateur, c\u2019est une donnée qui, avant même d\u2019être pratiquée, est d\u2019abord vue et lue ?Heureusement, une fois de plus le pape s\u2019interdit de fermer nettement la porte.Mais les chrétiens révolutionnaires trouveront que la lettre défigure tout autant le marxisme que le rapport Illichev défigurait le christianisme, il y a quelques années.Regrettable qu\u2019un spécialiste de la taille de Girardi n\u2019ait pas été invité à critiquer le passage de la lettre ayant trait au marxisme ! En tout cas, en regard d\u2019une analyse libérale de l\u2019idéologie marxiste, il serait intéressant de placer une analyse marxiste de l\u2019idéologie libérale.Tant qu\u2019à avoir une analyse idéolo-gisée, je ne vois pas pourquoi, dans l\u2019Eglise, l\u2019approche marxiste devrait être moins légitime que l\u2019approche libérale.Et j\u2019aimerais bien qu\u2019on me présente une approche qui ne serait ni libérale, ni marxiste ! politique d\u2019ici et l\u2019Evangile total de Jésus-Christ.Pour que cette rencontre soit créatrice et échappe aux ambiguïtés d\u2019un néo-cléricalisme de gauche, le respect de deux conditions minimales est à souhaiter: 1° qu\u2019elle soit le propre de chrétiens partageant la nouvelle conscience politique qui se développe chez nous depuis dix ans surtout, c\u2019est-à-dire cette conscience qui se caractérise par la conscientisation d\u2019un vécu collectif de dépendance (pas seulement politique, mais aussi économique et socio-culturelle) et par Y aspiration à se libérer de cette dépendance; 2° qu\u2019elle soit le propre de chrétiens qui se réfèrent à l\u2019Evangile, non pas pour y emprunter des diagnostics, des solutions, des analyses, des jugements politiques, mais pour y trouver un moteur existentiel capable de dynamiser leurs enquêtes, leurs choix et surtout leurs pratiques politiques.Alors commencera à prendre forme un christianisme de libération bien enraciné dans le tissu historique et socio-politique québécois.20.5.71\t\u2014\u2014 Vers une théologie politique québécoise JUIN 1971\t177 Districts bilingues et politiques linguistiques \u2014 à propos du rapport Duhamel par Richard Arès Le rapport que vient de remettre au gouvernement central le Conseil consultatif des districts bilingues (rapport Duhamel, du nom de son président) s\u2019inscrit dans la ligne de la politique linguistique globale adoptée par Ottawa depuis quelques années.Il marque une nouvelle étape de cette politique et il contribue à augmenter la pression sur le gouvernement québécois qui, faute d\u2019un projet collectif nettement défini à présenter à la population en ce domaine, n\u2019arrive pas à élaborer sa propre politique linguistique, distincte de celle du gouvernement fédéral.La politique linguistique fédérale Celle-ci a au moins un double mérite incontestable: celui de s\u2019appuyer sur une idée claire et d\u2019être poursuivie avec logique et constance.L\u2019idée est que le Canada doit demeurer uni en dépit des divergences entre les deux peuples fondateurs, divergences qui se résument en un problème de langues et auxquelles le remède le plus approprié sera le bilinguisme aussi généralisé que possible.En se bornant aux toutes dernières années, on peut dire que trois documents marquent les étapes de cette politique: le rapport de la Commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, en 1967, la Loi sur les langues officielles, de 1969, et le rapport du Conseil consultatif des districts bilingues, de 1971.1.\tLe rapport de la Commission BB (1967) Dans son Livre I sur « Les langues officielles », la Commission BB proposait toute une série de mesures destinées à acheminer le Canada « vers un régime d\u2019égalité linguistique ».En plus de faire proclamer l\u2019anglais et le français langues officielles par tout le Canada, elle recommandait, entre autres choses, la création de districts bilingues, c\u2019est-à-dire « de zones spéciales à l\u2019intérieur desquelles les compétences fédérale, provinciale et locales définiront et établiront un régime linguistique approprié » (no 331).Dans ces districts, formés partout où la minorité, soit francophone, soit anglophone, s\u2019élèverait à au moins 10% de la population, les trois niveaux de gouvernement devraient assurer des services bilingues aussi complets que possi- ble.Le gouvernement fédéral, d\u2019abord, donnerait l\u2019exemple, les gouvernements provinciaux et les administrations municipales coopéreraient dans tous les domaines de leur compétence: services sociaux, hôpitaux, tribunaux, police, écoles, etc.Le modèle à suivre à cet égard serait la province de Québec: « Nous allons, déclaraient les Commissaires, nous inspirer de l\u2019exemple du Québec, où l\u2019on peut dire que plusieurs des éléments du district bilingue existent déjà » (no 350).Quant au nombre des districts bilingues, prenant comme point de départ les divisions de recensement, la Commission en arrivait à en compter 54, dont 24 au Québec, 11 en Ontario et 8 au Nouveau-Brunswick.Et, pour bien montrer l\u2019importance qu\u2019ils attachaient à cette recommandation en faveur des districts bilingues comme moyen de parvenir à un régime d\u2019égalité linguistique au Canada, les Commissaires ajoutaient: « Nous considérons le district bilingue comme la pierre angulaire du système que nous préconisons » (no 366).2.\tLa Loi sur les langues officielles (1969) Le gouvernement fédéral s\u2019empressa de donner suite aux principales recommandations de la Commission BB en matière de bilinguisme.Dès le 7 juillet 1969, il faisait adopter une loi proclamant l\u2019anglais et le français langues officielles du Canada « pour tout ce qui relève du Parlement et du Gouvernement du Canada» (art.2).Du même coup et dans la même loi, il s\u2019occupait de la recommandation concernant les districts bilingues.Les arti- cles 12 à 18 l\u2019autorisaient à créer, en accord avec le gouvernement d\u2019une province, de pareils districts, à en définir les limites et les conditions d\u2019existence, à constituer un Conseil consultatif chargé de faire enquête sur les possibilités d\u2019établir des districts bilingues dans tout le Canada et de remettre ensuite « un rapport énonçant ses constatations et conclusions et notamment, le cas échéant, ses recommandations relatives à la création de districts bilingues ou à la modification des limites de districts déjà existants, conformément aux dispositions de la présente loi » (art.15).Ce rapport remis, le gouvernement aurait 90 jours pour l\u2019étudier, après quoi il pourrait commencer à créer des districts bilingues (art.13, par.5).3.\tLe rapport du Conseil consultatif (1971) Créé en février 1970, le Conseil consultatif des districts bilingues a déposé son rapport aux Communes, le 4 mai dernier.En gros, il recommande la création d\u2019un certain nombre de districts bilingues: 37 tout de suite et 24 autres plus tard, quand seront connues les données du recensement de 1971.Sur les 37 à créer immédiatement, 12 se trouveront en Ontario, 8 au Manitoba, 7 en Saskatchewan, 3 en Alberta, 2 en Nouvelle-Ecosse, un dans chacune des trois provinces suivantes:\tTerre-Neuve, Ile-du-Prince- Edouard et Colombie - Britannique.Quant au Québec et au Nouveau-Brunswick, ils forment chacun un district bilingue.Selon les membres du Conseil, le cas du Québec « pose un problème très spécial ».C\u2019est le groupement anglophone qui s\u2019y trouve en minorité, mais c\u2019est un groupement qui se rattache à la majorité canadienne, d\u2019où sa « situation avantageuse ».D\u2019autre part, autant par générosité que par nécessité le Québec a longtemps battu la voie dans le domaine du bilinguisme et les autorités ont eu souci que les deux langues officielles aient pleinement droit de cité partout où cette dualité apparaissait convenable et pratique.178 RELATIONS Tenant compte de ce dossier historique et d\u2019une tradition séculaire fermement établie, le Conseil a cru qu\u2019il n\u2019y avait rien à gagner à procéder à un découpage cartographique dans la plupart des autres provinces.Il aurait pu s\u2019ensuivre des résultats paradoxaux et illusoires.Nous avons voulu traiter la minorité anglophone sur la même base d\u2019équité que les minorités françaises des autres provinces.Aussi le Conseil a-t-il résolu de recommander l\u2019établissement d\u2019un seul district bilingue qui comprendra toute l\u2019étendue du territoire de la province de Québec.(Rapport, p.43-44.) Quant au Nouveau-Brunswick, où la minorité francophone constitue 35,2% de la population, le Conseil estime qu\u2019il serait arbitraire, là aussi, de procéder à un découpage cartographique et qu\u2019il vaut mieux ne faire de tout le territoire qu\u2019un seul et grand district bilingue.Telles sont les principales recommandations du comité Duhamel.Avant de dire quoi que ce soit à leur sujet, il faut jeter un coup d\u2019œil sur la politique linguistique du Québec.La politique linguistique du Québec Tout ce qui émane d\u2019Ottawa va aujourd\u2019hui dans le même sens: dans le sens d\u2019un bilinguisme à répandre et à généraliser.Face à cette politique, quelle attitude le Québec a-t-il adoptée ?A cette question, il n\u2019est pas facile de répondre, précisément parce que le gouvernement québécois n\u2019a pas encore défini la politique qu\u2019il entendait suivre en cette matière.Il attend toujours le rapport de la Commission Gendron instituée par l\u2019Union nationale en décembre 1968.Depuis ce temps, toutefois, certains événements se sont passés qu\u2019il importe de rappeler ici.1.\tLa loi 63 Adopté en novembre 1969, le célèbre projet de loi no 63 s\u2019intitulait « Loi pour promouvoir l\u2019enseignement de la langue française au Québec ».Il poursuivait un double objectif:\tfaire apprendre le français aux anglophones et aux immigrants, et assurer aux parents le droit de choisir, pour leurs enfants, l\u2019école qu\u2019ils voudraient, soit anglophone, soit francophone.C\u2019est ce deuxième objectif qui a soulevé le plus de controverses: pour la première fois depuis un siècle, un gouvernement québécois décrétait l\u2019égalité légale de l\u2019anglais et du français quant à l\u2019accès à l\u2019école.Non seulement les anglophones auraient-ils désormais le droit légal à des écoles de leur langue, mais les immigrants et les francophones eux-mêmes se voyaient reconnaître le droit de fréquenter les écoles anglophones.Bref, en dépit de son titre, la loi 63 visait à donner au bilinguisme scolaire une base légale et à le répandre au Québec; elle allait pleinement dans le sens de la politique fédérale.JUIN 1971 2.\tLa promesse de M.Bourassa Au cours de sa campagne électorale, M.Robert Bourassa avait promis, à maintes reprises, de faire du français la langue de travail au Québec.Elu premier ministre, il s\u2019empressa de réunir un certain nombre de chefs d\u2019entreprise pour les gagner à cette cause: L\u2019objet de cette réunion, leur dit-il, est d\u2019amorcer le processus par lequel le français deviendra partout au Québec la langue de travail.Notre gouvernement est décidé à prendre toutes les mesures nécessaires à la poursuite de cet objectif majeur de sa politique.(Cf.le Devoir, 30 juin 1970.) Les événements qui ont suivi ont démontré qu\u2019une telle promesse était plus facile à faire qu\u2019à réaliser.Encore ici, dans la plupart des cas, le bilinguisme l\u2019emporte.3.\tLe règlement no 6 C\u2019est la plus importante des mesures prises par le gouvernement actuel dans le domaine des langues.Parlant, en mars dernier, devant le Club Richelieu-Maisonneuve sur « le problème linguistique québécois », M.François Cloutier, ministre des Affaires culturelles, énumérait ces mesures, destinées, disait-il, à promouvoir la cause du français: a) la directive donnée aux fonctionnaires de communiquer en français avec les corps publics québécois ainsi qu\u2019avec les sociétés qui font des affaires au Québec; b) la Loi 64, laquelle demande aux nouveaux immigrants qui veulent pratiquer certaines professions au Québec, d\u2019obtenir une connaissance d\u2019usage du français; c) le Règlement n° 6, adopté en janvier 1971, qui précise les conditions de l\u2019enseignement du français dans les écoles anglophones et se donne pour objectif « un enseignement en français qui pourrait aller jusqu\u2019à 40 p.cent des matières » (cf.la Presse, 12 mars 1971).Lionel Groulx: Mes Mémoires.Tome 2: 1920-1928.\u2014 Montréal, Ed.Fides, 1971, 22 cm., 420 pp.C\u2019EST UNE PÉRIODE PASSIONNANTE de notre histoire que raconte l\u2019abbé Groulx dans ce deuxième tome de ses Mémoires.Celle où, à la tête de la revue Y Action française, que ceux de ma génération ont dévorée au collège, il a élaboré sa doctrine du nationalisme canadien-français et participé à toutes les luttes de son temps.Tant de gens s\u2019imaginent qu\u2019avant 1960 rien n\u2019avait été pensé au Québec ! Qu\u2019ils lisent les chapitres que l\u2019A.consacre ici aux problèmes abordés par l\u2019équipe de Y Action française dans les années \u201920.Par exemple, pour ne citer que deux cas, le problème économique, dès 1921, et le problème politique, dès 1922, aimée durant laquelle l\u2019enquête de la revue portait sur « Notre avenir politique ».Un demi-siècle s\u2019est écoulé depuis ce temps, mais les données du problème sont toujours les mêmes, et il n\u2019est pas sûr que nous voyions plus clair que les collaborateurs de l\u2019enquête de 1922.Au cours de son récit, l\u2019abbé Groulx trace le portrait de la plupart de ceux qui, à un moment ou l\u2019autre, ont collaboré avec lui ou se sont trouvés sur sa route.C\u2019est ainsi, par exemple, que le lecteur apprendra ce qu\u2019ont été pour l\u2019A.et pour leur temps des hommes comme Philippe Perrier, Joseph-Papin Archambault, SJ., Orner Héroux, Joseph Gauvreau, Anatole Vanier, Antonio Perrault, Henri d\u2019Arles, Harry Bernard, René Chalout, Esdras Minville, Léo-Paul Desrosiers, Edouard Montpetit, etc.Mais le meilleur de sa plume, de son admiration comme de sa critique, il le réserve à celui qui fut le plus prestigieux de tous: Henri Bourassa, à qui il ne consacre pas moins de quatre-vingt pages.Tout dans cet homme l\u2019enthousiasme; il faut lire le récit qu\u2019il fait des discours de 1905 sur les écoles du Nord-Ouest et de 1910, à Notre-Dame, ainsi que des veillées au presbytère du Mile End.Puis survient la brouille de 1922, qui va durer vingt ans.A l\u2019expliquer, l\u2019abbé Groulx consacre des pages, de très longues pages, qui ne laissent pas de causer au lecteur une impression pénible.Heureusement qu\u2019elles sont encadrées \u2014 avant comme après \u2014 de témoignages de respect et d\u2019admiration ! Un ouvrage indispensable à qui veut comprendre les hommes et les idées de ce mouvement nationaliste si vivant qui a surgi au Québec après la première guerre mondiale et dont l\u2019influence nous atteint encore aujourd\u2019hui.Richard Arès.Si bénéfiques qu\u2019elles soient (et beaucoup d\u2019anglophones le contestent, voire s\u2019opposent carrément au Règlement n° 6), ces mesures sont loin de constituer une politique globale.La plupart, d\u2019ailleurs, ne visent qu\u2019à remplacer l\u2019unilinguisme anglais de certains 179 milieux par un bilinguisme où le français garde encore la part du pauvre.Le Québec peut-il s\u2019en contenter ?Tout dépend de l\u2019avenir dont il rêve, du projet collectif qu\u2019il fera sien et voudra réaliser.Le Québec de l\u2019avenir : province bilingue ou État francophone ?Aux Québécois deux grands projets sont aujourd\u2019hui proposés qui engagent l\u2019avenir du Québec, chacun sur une voie différente.Le premier est d\u2019origine fédérale: il a pour objectif principal un Canada bilingue, dont le Québec serait le modèle et le pivot; le second ramasse en lui les aspirations de nombreux Québécois et vise à faire du Québec un Etat francophone.Selon que l\u2019on accepte ou refuse, au point de départ, l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux projets, on acceptera ou refusera les recommandations du Conseil consultatif sur les districts bilingues.1.Le Québec, province bilingue?Les Québécois peuvent d\u2019abord choisir que leur province devienne de plus en plus bilingue.Es n\u2019ont pour cela que peu d\u2019effort à faire: ils n\u2019ont qu\u2019à se laisser vivre, qu\u2019à laisser les événements suivre leur cours ordinaire, qu\u2019à laisser les autres prendre les décisions à leur place.Presque tout les pousse vers ce choix: la pression des milieux anglophones nord-américain et canadien, celle du gouvernement fédéral et des grandes entreprises étrangères, celle des hommes d\u2019affaires cana-diens-français et des immigrants, celle du pain quotidien à gagner, etc.Pour eux faire ce choix, c\u2019est opter pour le moindre effort, la voie de la facilité, le moyen de se procurer, dans l\u2019immédiat, certains avantages économiques.Mais l\u2019expérience montre que, partout où la collectivité canadienne-française s\u2019est laissé séduire par cet appel de la facilité, elle a perdu peu à peu son caractère distinctif, son dynamisme propre, et elle en est venue à considérer comme un bienfait son assimilation à la communauté anglophone.Si l\u2019on se place dans cette perspective d\u2019un Canada à « bilinguiser », avec le Québec comme modèle et pivot, il est évident qu\u2019on ne peut que se réjouir des recommandations du Conseil consultatif.Le Québec tout entier va devenir un district bilingue, il va pratiquer un bilinguisme intégral et don- 180 ner ainsi l\u2019exemple aux autres provinces.Du coup, les minorités francophones de ces autres provinces vont reprendre confiance et réclamer plus de bilinguisme; quant à la minorité anglophone du Québec, elle ne pourra que se déclarer satisfaite, puisqu\u2019elle sera assurée d\u2019être servie dans sa langue par tout le territoire québécois.Ainsi donc, à ces recommandations tout le monde va gagner, sauf.la majorité francophone du Québec.2.Le Québec, État francophone ?Toute la question est de savoir si cette majorité est disposée à se laisser faire, à laisser « bilinguiser » de l\u2019extérieur le territoire québécois, ou si elle ne préfère pas se tourner vers le deuxième projet collectif qu\u2019on lui présente aujourd\u2019hui: celui de faire du Québec un Etat francophone.Il faut reconnaître, au point de départ, que, pour elle, ce deuxième projet est beaucoup plus stimulant, exaltant, entraînant, que le premier, mais qu\u2019il suppose, en revanche, la fin du laisser-faire et exige un maximum d\u2019effort, de travail, de discipline et de compétence.Un Etat francophone, cela devrait vouloir dire au moins deux choses: 1 ° un statut reconnu à la langue française dans le gouvernement, l\u2019école, le monde du travail et les moyens de communication, au moins comparable à la position démographique qu\u2019occupe la communauté francophone au Québec, soit plus de 80% de la place; 2° un ensemble de pouvoirs législatifs et fiscaux reconnus au gouvernement québécois de façon à lui permettre d\u2019assurer une protection et une assistance efficaces à la langue et à la culture françaises et de conserver à la société québécoise son caractère propre et distinctif.Il est clair que ce projet collectif qui, contrairement au précédent, donne la priorité, non à un Canada à « bilinguiser », mais à un Québec à franciser, peut difficilement se concilier avec la recommandation du Conseil consultatif de faire du territoire québécois tout entier un seul district bilingue.La Commission BB elle-même n\u2019avait pas osé aller aussi loin, elle s\u2019était contentée de recommander la création de 24 districts bilingues au Québec, laissant ainsi une bonne marge à l\u2019unilinguisme français.Aussi, l\u2019un de ses anciens membres, M.Paul Lacoste, a-t-il dénoncé publiquement la recommandation du Conseil consultatif, en disant qu\u2019elle favorisait l\u2019anglais au détriment du français et qu\u2019elle équivalait à une véritable provocation dans le climat actuel (cf la Presse, 7 mai 1971).Fait certain, appliquer pareille recommandation, c\u2019est doter le Québec d\u2019un « statut particulier », expression et chose pour lesquelles notre présent premier ministre fédéral n\u2019a que répugnance et horreur.La parole appartient maintenant au gouvernement québécois.E a déjà fait savoir qu\u2019il ne prendra aucune décision avant d\u2019avoir reçu le rapport de la Commission Gendron sur le statut des langues au Québec.Ce rapport, dont un premier volume serait publié en septembre prochain, servirait de base au livre blanc que le gouvernement québécois est en train de préparer et dans lequel il exposerait sa politique linguistique.On saura alors à quel projet collectif vont ses préférences, s\u2019il entend travailler à faire du Québec une province bilingue ou un Etat francophone.Dans le premier cas, rien ne s\u2019oppose à ce qu\u2019il accepte les recommandations du Conseil consultatif fédéral; dans le second cas, il ne peut le faire sans renoncer du même coup à cet idéal collectif que l\u2019histoire a transmis de génération en génération: faire du Québec un Etat où la langue et la culture françaises seraient pleinement chez elles.L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES - STUDIO 0 ART 81?5, BOUL SAINT-IAURENT MONTREAL (351\u2019), QUEBEC 388-5781 RELATIONS face à l\u2019érotisme : l\u2019artiste et sa conscience par Marcel Marcotte Entre l\u2019art érotique et la pornographie, l\u2019écart, parfois, est mince et difficile à apprécier.D\u2019où, chez les gens du métier, la répugnance à porter sur les auteurs et les œuvres des jugements péremptoires, à appeler « un chat un chat et Rollet un fripon ».D\u2019où, aussi, l\u2019élan qui les porte, solidairement, à la défense quasi inconditionnelle des ouvrages que, pour des raisons de bienséance et d\u2019intérêt public, des profanes, à l\u2019occasion, incriminent.Ce parti-pris d\u2019indulgence, quand il s\u2019aheurte aux évidences, risque de se retourner contre la liberté bien comprise de l\u2019art, en la compromettant avec ses caricatures.Des événements récents, avec les réactions qu\u2019ils ont provoquées dans l\u2019opinion, donnent à penser que, aux yeux d\u2019un grand nombre, la mesure du tolérable, en matière d\u2019érotisme « artistique », a été, ces derniers temps, largement dépassée au Québec.Pour nettoyer les écuries d\u2019Augias, certains rêvent d\u2019un retour en force d\u2019Hercule.Celui-ci, pour le moment, se fait tirer l\u2019oreille.Mais les héros sont imprévisibles et, provoqués trop longtemps, ils finissent toujours par se fâcher.Augias ne pourrait-il profiter du sursis pour vaquer lui-même à un bon nettoyage ?La beauté est le champ de bataille où Dieu et le Diable luttent l\u2019un contre l\u2019autre pour le coeur de l\u2019homme.Dostoievsky.Que l\u2019art, à sa racine, soit érotique, et que la représentation explicite des réalités de l\u2019amour y jouisse, conséquemment, d\u2019un traitement de faveur \\ cela ne veut pas dire que toute œuvre placée sous le signe de l\u2019érotisme constitue une réussite artistique ni, encore moins, une bonne action, au sens 'que la Comme le don des langues et le don de prophétie auxquels il s\u2019apparente, l\u2019art est un charisme, que le « ciel » n\u2019accorde pas à l\u2019artiste, avant tout, pour sa jouissance personnelle, mais pour le plaisir et le bénéfice d\u2019autrui.Fût-elle façonnée au fond d\u2019une cave obscure, l\u2019œuvre d\u2019art n\u2019a de sens et n\u2019existe qu\u2019au moment où quelqu\u2019un vient en contact avec elle et s\u2019en nourrit.« Pour pouvoir penser librement, dit André Gide, il faut être sûr que ce que l\u2019on écrit ne tirera pas à conséquence.» Impossible ! L\u2019œuvre d\u2019art n\u2019est pas un soliloque, et parler à quelqu\u2019un d\u2019autre \u2014 puissamment \u2014 en mots ou en images, c\u2019est déranger, bon gré mal gré, l\u2019équilibre de son esprit et de son cœur ; c\u2019est déposer au plus profond de sa substance le germe de pensées et de sentiments inédits dont la vie, au fil des jours, se chargera de développer la « conséquence ».1.\tVoir là-dessus mon article de Relations, juillet-août 1970: Erotisme et bien commun.2.\tVoir mon article de Relations, mars 1970: Frontières de la pornographie.3.\tVoir mon article de Relations, avril 1970: Erotisme, morale et esthétique.morale prête au mot, \u2014 bonne pour l\u2019artiste lui-même et bonne pour son public.La question reste de savoir si, écrivant, peignant, filmant, chantant pour être compris par d\u2019autres, l\u2019artiste doit se sentir responsable de ce que les autres penseront, sentiront et feront, à partir de ce qu\u2019ils auront compris; ou si, au contraire, il a le droit, et même le devoir, de repousser un tel souci pour n\u2019être en compte qu\u2019avec soi-même et avec son œuvre.« Le fait qu\u2019un homme est un empoisonneur ne prouve rien contre sa prose », dit Oscar Wilde.Non, rien : la réussite artistique ne dépend pas directement de la perfection morale de l\u2019artiste, de la rectitude de sa volonté dans la ligne du bien humain, mais de son aptitude à concevoir et à produire de la beauté.Cependant, le fait que la prose d\u2019un homme est empoisonnée, cela prouve quelque chose contre le prosateur.Car, si l\u2019art tend, de soi, au bien de l\u2019œuvre plutôt qu\u2019au bien de l\u2019homme ; si, dans l\u2019ordre du « faire », la première responsabilité du poète est envers son poème, tout artiste n\u2019en reste pas moins commis, dans l\u2019ordre de 1\u2019 « agir », aux devoirs moraux qui lui incombent, en tant qu\u2019homme, vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de ses frères humains.Des contraintes, oui, mais indirectes Dans le débat engagé autour de l\u2019érotisme artistique, cette distinction \u2014 classique \u2014 demeure, en théorie et en pratique, irremplaçable.Encore faut-il la comprendre sans étroitesse pour n\u2019imposer point à l\u2019artiste des servitudes indues.Au service de la bauté, l\u2019artiste est \u2014 et se sent \u2014 captif d\u2019un absolu qui lui réclame une attention, une fidélité, une soumission sans partage.Toute limitation, même volontaire, de sa liberté créatrice, toute subordination directe de son inspiration aux requêtes, réelles ou prétendues, de la morale lui apparaissent, d\u2019emblée, comme mutilantes et haïssables.Excluons-les.Point de censure officielle pour bannir l\u2019œuvre du domaine public ou pour ne l\u2019y admettre qu\u2019après amputation.1 2 3 Point de censure officieuse pour en amortir, de mille façons, l\u2019impact sur les foules.Point même d\u2019auto-censure pour l\u2019empêcher de prendre dans l\u2019âme de l\u2019artiste toute sa taille.Reste ouverte la voie des limitations et des subordinations indirectes qui, loin d\u2019empiéter sur l\u2019autonomie de l\u2019art et de rogner les ailes à l\u2019artiste, ne peuvent que contribuer à leur commune perfection.La prudence dans le choix du sujet De ces contraintes indirectes, la première catégorie est liée à des considérations esthétiques et met en cause la conscience professionnelle de l\u2019artiste.Quant l\u2019art érotique se dégrade en pornographie, ce n\u2019est pas toujours \u2014 c\u2019est même rarement \u2014 du gré et par le fait exprès de l\u2019artiste.Dans l\u2019optique de l\u2019art, la pornographie est un ratage que l\u2019artiste, tout le premier, ressent comme une faute et subit comme une humiliation.N\u2019empêche qu\u2019il s\u2019y expose chaque fois que, pour « ébouriffer le bourgeois », suivre la mode, gagner des sous, il s\u2019attaque, plume, pinceau ou caméra en main, à certains sujets scabreux qu\u2019il n\u2019a pas la capacité ou ne prend pas le temps de décanter, de raffiner et d\u2019assumer en poésie par la force de l\u2019inspiration et la perfection du métier.La responsabilité de l\u2019artiste JUIN 1971 181 L\u2019ascèse de l\u2019artiste commence donc avec le choix du sujet.La matière érotique, profondément enracinée dans le monde ambigu et dangereux de l\u2019instinct, reste toujours très difficile à manipuler.Ainsi, la sphère du génital proprement dit, où le pornographe se complaît, est pratiquement interdite à l\u2019artiste dont, par bonheur, l\u2019intérêt se porte, en règle générale, vers les « effets secondaires » de l\u2019amour sexuel, vers ses préludes, ses harmoniques et son orchestration humaine, plutôt que vers ses manifestations terminales.Pleine d\u2019embûches, également, la peinture des grandes perversions et violences de l\u2019amour, dont la valeur de choc amenuise à l\u2019extrême, chez l\u2019artiste d\u2019abord, et ensuite chez son public, cette « distance psychique » indispensable à la contemplation esthétique.3 « A thing of beauty is a joy forever », dit Shakespeare.L\u2019art n\u2019a pas pour fonction et ne peut prendre pour but de surprendre, d\u2019inquiéter, de tourmenter, de scandaliser les gens, mais de délecter le monde.Le beau, c\u2019est ce qui plaît (quod visum placet), en deçà \u2014 ou au delà \u2014 de l\u2019horreur, du vice, du péché.Et si, par aventure, une œuvre d\u2019art me fait frissonner, je dois trouver du charme à mon frisson.Pris en lui-même, le mal est laid.Pour en Mais le choix du sujet \u2014 d\u2019un sujet prudemment proportionné à la compétence de l\u2019artiste \u2014 n\u2019est qu\u2019un premier facteur de réussite dans le domaine de l\u2019art érotique.Ce n\u2019est pas non plus \u2014 quoi qu\u2019on pense \u2014 le plus important.Les rigoristes voudraient qu\u2019aucun péché de la chair, aucune perversion de l\u2019amour ne fasse l\u2019objet d\u2019une production artistique (nec nominetur inter vas), \u2014 ce qui aboutit à stériliser l\u2019art tout entier.Les laxistes, à l\u2019inverse, portent aux nues des œuvres qui n\u2019ont d\u2019autre mérite que de braver les conventions et d\u2019étaler au grand jour les plus secrètes turpitudes.Mais le réalisme d\u2019une œuvre, sa « vérité », comme on dit, ne prouve rien pour ni contre son obscénité.Des cendres de Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust a fait jaillir, à force d\u2019élégance et de tendresse, extraire de la beauté, il faut en écacher la pointe, l\u2019effleurer du bout des doigts avec délicatesse, le peindre en demi-teintes, le suggérer plutôt que l\u2019exprimer.C\u2019est ce qu\u2019ont fait, naguère, la plupart des grands artistes, et leur discrétion, que je sache, n\u2019enlève rien à leur puissance d\u2019évocation.Mais la mode, aujourd\u2019hui, est aux couleurs vives, aux descriptions brutales, aux analyses crues, à l\u2019exhibitionnisme, presque, et au cynisme.La tâche de l\u2019artiste en est rendue beaucoup plus malaisée.Par souci d\u2019exprimer le monde et les êtres tels qu\u2019ils sont \u2014 ou tels, du moins, qu\u2019il les voit \u2014 l\u2019artiste est entraîné, malgré lui, à surcharger sa peinture jusqu\u2019au point où l\u2019équilibre est rompu entre les exigences de la vérité et celles de la beauté; où la rigueur et la puissance de l\u2019expression violent les conditions et les normes du plaisir esthétique.Un corps nu, pour en faire un objet d\u2019art, l\u2019artiste d\u2019hier l\u2019habillait d\u2019ombre ou de lumière; il le voilait en le révélant.L\u2019artiste d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019un geste brusque, le dévoile et, pour « faire vrai », de cette vérité scientifique qui trahit l\u2019art bien plus qu\u2019il ne le sert, il est tenté d\u2019en montrer jusqu\u2019aux disgrâces.Dans ces conditions, le choix du sujet est d\u2019importance extrême : la vérité brute d\u2019un corps a plus de chances de plaire si ce corps n\u2019est pas couvert de verrues.une œuvre d\u2019éclatante et de pure beauté.Sous les mêmes cendres, hélas, combien d\u2019autres artistes ont été consumés ! En réalité, il n\u2019y a pas d\u2019objets obscènes, il n\u2019y a qu\u2019une manière obscène d\u2019en traiter.Entre le portrait et le visage, entre le signifiant et le signifié, entre l\u2019art et la vie, il y a toute la différence du monde, \u2014 cette différence, justement, qui est, dans l\u2019œuvre, la marque et la mesure de l\u2019esprit créateur de l\u2019artiste, de la qualité de son inspiration et de son style.Inspirée, l\u2019œuvre d\u2019art érotique doit l\u2019être plus que toute autre, à cause de la lourdeur et de l\u2019opacité des éléments qu\u2019elle est appelée à soulever et à transfigurer.« Mais, quoi, demandera-t-on, quand le soleil se lève, ne voyez-vous pas un disque de feu tout rond, pareil à une guinée ?» \u2014 « O non, non, je vois la troupe innombrable de l\u2019armée du ciel qui crie: Saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant.» William Blake.L\u2019inspiration, c\u2019est cela.C\u2019est la capacité de voir et de faire voir, de capter pour soi-même et d\u2019exprimer pour autrui le mystère des choses, d\u2019extraire l\u2019infini du fini et de lui donner forme et couleur.Mais le spectacle d\u2019un corps nu, d\u2019une rencontre amoureuse, d\u2019un viol ou d\u2019une orgie n\u2019a rien de commun avec celui d\u2019un lever de soleil.Ce n\u2019est pas l\u2019image banale d\u2019un disque rouge, ici, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019exorciser, c\u2019est celle, redoutable, que l\u2019instinct effarouché ou complice pousse sous le regard de l\u2019esprit dès que, du dehors, quelque étincelle l\u2019allume.Il faut, pour apprivoiser certains feux, une puissance d\u2019inspiration qui ne se rencontre que chez les plus grands artistes.Quand l\u2019art érotique devient, comme aujourd\u2019hui, l\u2019affaire de tous, le risque est grand qu\u2019il retombe et s\u2019enlise dans cette espèce de pornographie larvée qui frappe tant d\u2019oeuvres du sceau de l\u2019impuissance.L\u2019inspiration, bien sûr, ne se commande pas ; il faut l\u2019espérer comme un don, l\u2019implorer comme la pluie du ciel au soir des jours torrides.Ce qui est requis de la conscience de l\u2019artiste, c\u2019est qu\u2019il n\u2019en présume ni ne la devance ; qu\u2019il s\u2019y ouvre, simplement, et l\u2019attende dans la patience ; qu\u2019il ne juge pas son œuvre achevée ni ne la jette en pâture au public tant qu\u2019il n\u2019a pas reçu l\u2019ultime visite de l\u2019ange.La piété de l\u2019ouvrage bien faite Mais l\u2019artiste, autant qu\u2019un inspiré, est un artisan dont le métier, aux exigences rigoureuses, consiste précisément à découvrir les paroles et à modeler les images dans lesquelles l\u2019inspiration est coulée et prend corps.Et, sur son métier, l\u2019artiste détient une prise directe.S\u2019il le possède ou l\u2019emploie mal, s\u2019il n\u2019a pas « la piété de l\u2019ouvrage bien faite », il porte la responsabilité de ses échecs.« Un tableau, disait Degas, est une chose qui exige autant de rouerie, de malice et de vice que la perpétration d\u2019un crime.» Qui exige, en tout cas, beaucoup plus de travail et d\u2019application, surtout quand il s\u2019agit d\u2019une œuvre d\u2019art érotique, où la beauté, parfois, tient tellement à un fil que les meilleurs juges en disputent, après coup, sans se mettre d\u2019accord.L\u2019approfondissement de l\u2019inspiration poétique 182 RELATIONS L\u2019invisible de l\u2019amour sexuel est aussi un inexprimable vis-à-vis duquel l\u2019artiste, tout le premier, ressent la faiblesse de ses moyens.C\u2019est à tâtons, par retouches subtiles, qu\u2019il cherche à se rapprocher du modèle troublant qu\u2019il porte en son esprit à l\u2019état de rêve, à lui donner forme, petit à petit, en lui-même et dans l\u2019œuvre.Il n\u2019y parvient pas toujours, hélàs ! \u2014 soit que la « vertu d\u2019art » lui manque, soit qu\u2019il ne l\u2019exerce pas à fond.Et le malheur veut qu\u2019il reste, le plus souvent, inconscient du ratage.Cependant, l\u2019ascèse de l\u2019artiste n\u2019intéresse pas seulement sa conscience professionnelle, mais sa conscience morale aussi.Car, avant d\u2019être un peintre, un écrivain, un musicien, l\u2019artiste est \u2014 éminemment \u2014 un homme.Un homme dont le talent particulier consiste, justement, à faire passer, mieux que tout autre, dans l\u2019œuvre de ses mains, les richesses et les pauvretés de sa substance.Shelley a dit que l\u2019état d\u2019âme naturellement lié à l\u2019inspiration poétique « est en guerre avec tout vil désir.» C\u2019est sans doute vrai.L\u2019artiste a beau être, en tant qu\u2019homme, vicieux, égoïste et méchant, dans le processus même de la création poétique, en tant qu\u2019ar-tiste, il jouit d\u2019une sorte d\u2019état de grâce qui le met à l\u2019abri des basses convoitises.Non pas, comme on pourrait le croire, que l\u2019artiste, derrière le masque de l\u2019art, cache son vrai visage, ni qu\u2019il immole délibérément son moi à la gloire de la beauté : qu\u2019est-ce que la création poétique, sinon une expression de la subjectivité du poète ?Mais l\u2019approfondissement même de son intuition créatrice l\u2019amène à prospecter et exploiter, dans les couches secrètes de son être le plus intime, un fonds d\u2019innocence, de générosité, de bonté dont le terre-à-terre des pensées et des sentiments quotidiens le tiennent, comme nous tous, généralement éloigné.Dans ce sens, l\u2019expérience poétique, à l\u2019instar de l\u2019expérience mystique, est une grâce et contribue parfois \u2014 comme chez Villon, Baudelaire, Verlaine \u2014 à mystérieusement rédimer le poète déchu en l\u2019amenant, petit à petit, à pren- D\u2019où l\u2019importance du rôle de la critique dans le domaine de l\u2019art érotique.Un critique, dit Sainte-Beuve, c\u2019est « un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres ».Qui apprend, en premier lieu, à l\u2019artiste lui-même à se relire et à se juger sans complaisance.Si la critique, chez-nous comme ailleurs, remplissait mieux son rôle de conscience de l\u2019art, y aurait-il encore, parmi les romanciers, les cinéastes, des pomographes qui s\u2019ignorent ?dre le parti de son âme, à coïncider ( « tel qu\u2019en lui-même l\u2019éternité le change » ) avec cette meilleure portion de son moi dont l\u2019œuvre est, aux yeux de l\u2019artiste lui-même, une émanation et le miroir où il se regarde, avant d\u2019en devenir, pour autrui, le véhicule et l\u2019ostensoir.Mais un tel privilège a sa contrepartie.Car, dans les profondeurs de l\u2019homme, le bien voisine avec le mal, la grâce avec le péché : « Je sens deux hommes en moi », dit saint Paul.Et si, chez l\u2019artiste, la poésie délivre des vertus enchaînées, elle tend pareillement à devenir l\u2019épiphanie de ses vices.Toute tare morale qui, à la longue, brouille la vision de l\u2019homme, finit par déformer la créativité de l\u2019artiste.Tôt ou tard, l\u2019œuvre « avoue »; le ruisseau dénonce la source, et les fruits, l\u2019arbre qui les a portés.N\u2019exagérons rien: cette sorte d\u2019aveu n\u2019est pas incompatible avec les hautes réussites artistiques.« La mélodie, dit Arthur Lourié, est toujours bonne.» Tant que le poète ne l\u2019a pas « perdue », l\u2019amertume, l\u2019ironie, la révolte, le blasphème, toutes les impuretés que l\u2019œuvre charrie, y sont comme noyées, et leur ascendant redoutable sur l\u2019esprit se desserre avec le temps, au profit d\u2019une autre influence, plus essentielle à l\u2019ouvrage et plus durable: celle de la beauté et de la pureté poétiques.Ainsi s\u2019explique l\u2019incontestable grandeur des poètes « maudits » et l\u2019importance de leur rôle prophétique dans le développement de la conscience morale.Ce que les saints expriment en plein, eux l\u2019expriment en creux, comme une faim de l\u2019âme et un appel à la pitié divine.« Le résultat le plus clair de l\u2019œuvre de Baudelaire, dit Jacques Maritain, a été de tourner la poésie moderne vers l\u2019univers de l\u2019esprit et d\u2019éveiller dans les hommes un sens théologique.» La sincérité vraie Ces considérations font surgir le problème de la sincérité de l\u2019artiste.Le mot est ambigu, comme la réalité de l\u2019homme qui l\u2019articule.Il y a des sincérités profondes et vraies, qui sont à l\u2019honneur de l\u2019artiste et dont les besoins de la création poétique lui font une obligation.C\u2019est du tréfonds de son être et de son expérience qu\u2019il doit tirer la substance originale de son message.Qu\u2019il en ramène, avec la « mélodie », des dissonances lamentables, cela ne prouve pas qu\u2019il est un mauvais homme ni un mauvais musicien, mais simplement que, selon le mot de Gide, « le diable collabore à toute œuvre d\u2019art ».Il faut être un peu méchant pour faire un bon romancier; il faut être capable de retracer, dans les recoins ténébreux de son cœur et de sa mémoire, le cheminement des passions qui tourmentent les personnages.Dante Alighieri, s\u2019il n\u2019avait pas été ensorcelé par l\u2019amour de Béatrice, nous n\u2019aurions probablement jamais eu la Divine Comédie.La sincérité de l\u2019artiste, quand elle puise à cette profondeur, se confond presque avec le repentir; elle exclut du moins toute connivence avec le mal.Peut-être ne vaut-elle pas grand-chose pour l\u2019âme de l\u2019artiste, mais pour son œuvre et pour nous, elle est une bénédiction.Les sincérités équivoques Il y a aussi des sincérités superficielles et fausses, celles qui consistent à faire comme si le mal n\u2019existait pas; comme si le crime, les perversions, la luxure, tout cela était pur, à condition d\u2019être intact et d\u2019entrer, sans fard ni façon, dans l\u2019univers poétique.Mark Twain en veut à l\u2019homme d\u2019être un « animal pudique », d\u2019avoir honte, pour soi-même et pour les autres, de certains sentiments, certains gestes instinctifs, qu\u2019il considère indécents et cherche à déguiser.Heureuse pudeur Les exigences de la conscience morale JUIN 1971 183 qui, mieux encore que des bêtes, endormies dans leurs rêves, nous distingue des plantes, dont tout le but est dans la fleur ! La bouche dans la terre, elles exhibent à la face du ciel leur calice et leur sexe sans l\u2019ombre d\u2019un scrupule.Mais cette sincérité végétale n\u2019a pas sa place dans l\u2019art.Elle peut, à l\u2019heure où, pour la première fois dans l\u2019histoire, la beauté se démocratise et s\u2019évalue, comme les choux, en espèces tintantes et trébuchantes, servir à camoufler des intérêts assez sordides.Nous assistons à la plus vaste résurrection (artistique) que le monde ait connue.Et elle accompagne le cinéma, la télévision, toutes les formes de diffusion de l\u2019imaginaire.Notre époque est précisément celle de l\u2019industrialisation du rêve .Mais l\u2019imaginaire occidental a des instincts.Les patrons des usines de rêves ne l\u2019ignorent pas.Et ils ne sont pas sur la terre pour aider les hommes, mais pour gagner de l\u2019argent.Le diable retraité devient directeur général.Ses produits se sont toujours bien vendus.André Malraux, Antimémoires, p.346.qu\u2019un peuple de voyeurs ou de badauds.Tel fut le sort, semble-t-il, d\u2019André Gide qui, à force de sincérité, écrivit du même souffle deux petits livres, dont l\u2019un prêche l\u2019amour de l\u2019Évangile, et l\u2019autre, l\u2019homosexualité: son « purgatoire » précoce n\u2019est pas près de se terminer.Car le mensonge a sa logique, qui veut que le menteur s\u2019y enferre, pour empêcher que l\u2019imposture fasse long feu.Quand l\u2019artiste s\u2019identifie avec son démon, qu\u2019il cesse de le combattre, sinon de le haïr, qu\u2019il n\u2019a plus souci que de se répandre dans son œuvre, d\u2019y épancher ses complexes et ses venins, la « mélodie » se tait.Elle se tait parce que la corruption de l\u2019homme, sitôt qu\u2019elle pénètre dans la sphère même de la création artistique, non seulement la gâte, mais s\u2019en nourrit et finit par la dévorer.Si la littérature de propagande, moralisante ou subversive, se situe, d\u2019ordinaire, au degré le plus bas de l\u2019échelle esthétique, c\u2019est que l\u2019artiste permet à son message de s\u2019infiltrer jusqu\u2019au cœur de l\u2019acte créateur et d\u2019y agir \u2014 au mépris des règles de l\u2019art \u2014 à la façon d\u2019un catalyseur tyrannique.Il faut, bien sûr, que l\u2019artiste aime quelqu\u2019un, croie en quelque chose, sans quoi il n\u2019aurait rien à dire, ni aucun goût pour rien dire.Mais si toute sa foi, tout son amour ne s\u2019adressent pas, en lui ou hors de lui, à quelque chose, ou quelqu\u2019un, de plus grand que lui; si, de toute œuvre qu\u2019il crée, il veut être à la fois le modèle, l\u2019inspirateur et la main, son art, faute de respirer dans l\u2019absolu, comme il se doit, finira vite par périr d\u2019asphyxie.« La question, disait Léon Bloy, est de ne pas frapper plus bas que le cœur.» Encore faut-il que le coup parte d\u2019un peu plus haut que le nombril.Entre le diable et le bon Dieu L\u2019art populaire, hélas ! a toutes les chances de rester longtemps chose commerciale, où la pure esthétique n\u2019est pas rentable.Mais le cinéaste, le romancier qui se remplit les poches en multipliant gratuitement (si j\u2019ose dire) les épisodes croustillants ou graveleux, doit se juger et être jugé, à haute et claire voix, pour ce qu\u2019il est: un exploiteur malhonnête et un promoteur responsable de la misère humaine.« Je sais, dit le cinéaste Cukor, que c\u2019est très vilain de le dire, mais ce que nous appelons maintenant Yhonnêteté salutaire n\u2019est, la plupart du temps, qu\u2019une autre façon de gagner un dollar très rapidement.» Exhibitionnisme et narcissisme La fausse sincérité, d\u2019autres fois, n\u2019est probablement qu\u2019un t alibi, cynique ou douloureux, que l\u2019artiste s\u2019octroie à lui-même, non seulement pour ne pas se voir, au débotté, tel qu\u2019il est, mais pour continuer à s\u2019accepter et à se chérir, dans sa plaisante nudité, à travers le regard et le cœur des autres; pour se dérober à tout effort de régénération personnelle en prenant appui sur leur complicité attendrie.Dans cette voie, vient le moment où la sincérité ne se distingue plus guère de l\u2019exhibitionnisme et où l\u2019artiste ne rassemble plus autour de son trépied Les artistes sont friands de liberté et traditionnellement rebelles à toute sujétion.Sitôt que, dans la bergerie, les pouvoirs publics montrent l\u2019oreille ou que les bien-pensants exhalent un soupir, toute la troupe s\u2019agite et crie au loup avec indignation.Comme si le manteau de l\u2019art ne couvrait pas, indifféremment, le meilleur et le pire; comme s\u2019il fallait, pour sauver la liberté créatrice, que les vrais artistes restent, inconditionnellement, solidaires des faux; comme si l\u2019anti-censure, quand elle s\u2019érige en système et vire au parti-pris, ne creusait pas le lit de censures encore pires.Que, chez l\u2019artiste, la fidélité aux appels du dedans soit incompatible avec la soumission aux contraintes du dehors; que le souci du beau l\u2019emporte même, dans son esprit, sur le souci du bien, nous l\u2019admettons sans peine: l\u2019artiste, après tout, n\u2019est pas, par vocation, gardien de la moralité publique.Mais sa liberté, comme la nôtre, est une liberté blessée, ambiguë, dangereuse, qu\u2019il doit tenir en laisse pour l\u2019empêcher de s\u2019égarer dans les chemins sauvages; une liberté en équilibre entre le bien et le mal qui, abandonnée à elle-même, penche plutôt du côté du Diable que du côté de Dieu.De quel bord et dans quel camp finira-t-elle par tomber ?C\u2019est à la conscience de l\u2019artiste d\u2019en décider, à sa conscience d\u2019homme parmi les hommes et de professionnel de la beauté.Seulement, à l\u2019instant de la décision, qu\u2019il s\u2019en souvienne : « Le diable, dit Francis Thompson, peut faire bien des choses, mais il ne peut pas écrire de poésie.Il peut gâcher un poète, mais il ne peut pas faire un poète.Parmi toutes les malices dont il usait pour tenter saint Antoine, nous avons lu souvent qu\u2019Antoine l\u2019entendait hurler, jamais qu\u2019il l\u2019entendait chanter.>\t\u2014i 184 RELATIONS La contemporanéité attardée de M.Tougas par René Dionne * En janvier dernier, faisant la revue des anthologies de notre littérature, parues depuis 1967, nous mentionnions celle de M.Gérard Tougas: Littérature canadienne-française contemporaine (Toronto, Oxford University Press, 1969, 310 pp.), et nous ajoutions: « Etant donné la notoriété de son auteur, cet ouvrage aura droit, un jour ou l\u2019autre, ici ou ailleurs, à un traitement spécial de notre part.» C\u2019est maintenant le jour et le lieu.L\u2019homme et l\u2019œuvre Professeur à l\u2019Université de la Colombie britannique, M.Gérard Tougas a publié en 1960, et réédité en 1964, une excellente Histoire de la littérature canadienne-française (Paris, Presses universitaires de France, 286, 312 pp.), qui lui valut l\u2019honneur d\u2019inaugurer, à l\u2019Université de Montréal, le 3 mars 1964, la série des « Conférences J.A.De Sève » sur la littérature canadienne-française (voir Littérature canadienne-française, Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1969, pp.1-24: « Situation de la littérature canadienne-française » ).En 1963, il avait fait paraître un essai: Littérature romande et culture française (Paris, Pierre Seghers, 103 pp.), qui était passé presque inaperçu au Québec.Il n\u2019en fut pas de même, en 1967, de la Francophonie en péril (Montréal, le Cercle du Livre de France, 183 pp.): on accueillit l\u2019ouvrage avec moult grincements de dents et force sifflets.A travers le « cri d\u2019alarme » que lançait, après bien d\u2019autres (voir Livres et auteurs canadiens 1967, pp.112-113), M.Tougas, M.Alain Pontaut perçut une sorte de « défection, subtile, ornée sans doute, mais caractérisée » (dans la Presse, 9.9.67: 23).M.Jean Ethier-Blais conclut de même à « la trahison de l\u2019esprit » ; tout de go, il nia le cri d\u2019alarme, remarqua surtout, avec humeur comme d\u2019habitude, « l\u2019âme fuyante du négateur culturel et le rictus avare de l\u2019apatride », * Département des lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.JUIN 1971 vit « se profiler l\u2019ombre de la servilité, l\u2019adoration de l\u2019argent », entendit, « de partout, au cours de cette lecture sinistre », monter « les vagissements affreux du veau d\u2019or », etc.En rassemblant et introduisant les textes de son anthologie, M.Tougas a tout simplement oublié Pontaut, sans doute quantité négligeable et disparue de notre critique, mais il s\u2019est souvenu, diablement, d\u2019Ethier-Blais, « rationaliste et cramponné au passé » (p.3), qui « fulmine, frappe d\u2019estoc et de taille dans les immondices qui s\u2019empilent sur son bureau de chroniqueur hebdomadaire », et, « ressemblant de plus en plus à ce pur parmi les purs, Léon Bloy, (.) risque fort de le rejoindre dans l\u2019empyrée des incompris, portant, comme lui, sa couronne d\u2019étrons » (199).L\u2019attaque avait été basse, la revanche ne l\u2019est pas moins; ni l\u2019une ni l\u2019autre ne sont dignes d\u2019universitaires chevronnés.Elles témoignent, cependant, d\u2019un certain état d\u2019exaspération des esprits et des sensibilités, qui pourrait fort bien aller s\u2019accentuant, encore qu\u2019il n\u2019ait rien à voir, en son principe, avec des préoccupations d\u2019ordre strictement littéraire; il provient, en effet, d\u2019un climat d\u2019incompréhension et d\u2019affrontement qui fait se lever l\u2019un contre l\u2019autre non seulement deux Canadas de langues et cultures différentes, mais aussi un certain Canada français qui s\u2019effrite et un Québec qui se fait.Ainsi, de plus en plus, il se trouve que, pour le meilleur et pour le pire, les options politiques de nos écrivains, professeurs et critiques conditionnent leurs goûts et options littéraires.L\u2019option canadienne M.Tougas, lui, a opté pour le Canada « at large », et son anthologie en témoigne avec éloquence.Même s\u2019agissant de notre littérature contemporaine, il n\u2019y est jamais question directement de sa québécité ni de sa québé-cisation, qualité et mouvement que l\u2019on ne saurait pourtant dénier à la plupart des oeuvres majeures des dix dernières années.Pour M.Tougas, notre littérature contemporaine est toujours canadienne-française; en « son mouvement et son originalité », elle se définit à partir de notre «double appartenance à une culture européenne et à un continuum nord-américain» (p.3); et l\u2019écrivain d\u2019ici, tiraillé entre ces deux « sources contradictoires de son existence », se livre la plupart du temps à un douloureux examen de conscience qui l\u2019empêche d\u2019atteindre à la sérénité de celui qui se sait original.C\u2019est là définir notre littérature et situer nos écrivains en termes dépassés.M.Tougas note bien que, depuis 1939, la lignée du terroir s\u2019étant éteinte avec Trente Arpents de Ringuet et la France devenue lointaine à cause de la guerre, une vie nouvelle est advenue à notre litté-rature canadienne-française de 1960; c\u2019est cette vie-là aussi que pourrait illustrer l\u2019anthologie de M.Tougas, à la condition cependant qu\u2019on l\u2019amputât des textes écrits après, disons, 1960.A cette année-là, au plus tard, s\u2019arrête la vision de M.Tougas.Il n\u2019a pas compris, ou n\u2019a pas voulu voir, que la poésie universaliste de Grandbois, Lasnier, Hébert, a cessé d\u2019attirer les jeunes poètes à partir de la fondation ide l\u2019Hexagone en 1953 et que, de ce groupe, est sortie une poésie du pays qui n\u2019a guère à voir avec l\u2019image traditionnelle du Canada français; M.Tougas n\u2019a pas compris non plus, ou n\u2019a pas voulu voir, que, avec la parution des Chambres de bois d\u2019Anne Hébert, en 1958, le roman social et psychologique de l\u2019après-guerre avait cédé pour de bon la place au roman poétique et au roman « nouveau ».Faute d\u2019avoir compris, ou voulu voir ces cassures, M.Tougas a inscrit dans un même mouvement littéraire des écrivains aussi différents que G.Roy, Y.Thé-riault, A.Langevin, J.Simard, F.Her-tel, F.-A.Savard, voire C.Martin, et G.Bessette, J.Basile, M.-C.Blais, R.Ducharme, aussi divers que Saint-Denys Garneau, M.Grandbois, R.Lasnier, A.Hébert, et P.-M.Lapointe, F.Ouellette, Y.Préfontaine; par la même faute, il a manqué à citer et situer les écrivains québécois, et vraiment contemporains ceux-là, que sont Jacques Godbout, Hubert Aquin, Jacques Ferron, Jacques Benoît, Victor-Lévy Beaulieu, Gaston Miron, Paul Chamberland, Michel Beaulieu, Nicole Brossard, etc.185 La problématique dépassée Nulle part mieux que dans la section de son anthologie qu\u2019il a réservée à la critique et aux essais ne transparaît le retard critique de M.Tougas.Prétextant qu\u2019il « suffit d\u2019être un peu historien des idées et de comprendre les complexes des écrivains canadiens pour mettre à nu le malaise collectif dont ils souffrent », le professeur de Vancouver détecte chez nous le « complexe de l\u2019orphelin » : « Loin de vouloir s\u2019affirmer et créer un monde nouveau, les Canadiens français qui vivent le complexe de l\u2019orphelin n\u2019ont qu\u2019une ambition: se faire remarquer de la France, cette « mère » qui dans un moment de faiblesse, les aurait jetés dans la gueule du loup.» Pareille ambition a des conséquences, évidemment: « L\u2019éventualité d\u2019une nouvelle nation canadienne basée sur la fraternité des deux races déplaît aux orphelins, dont les regards sont portés uniquement vers la France.Par la force des choses, le monde anglo-saxon est rigoureusement exclu de leur pensée.Les critiques et les écrivains qui sont frappés du complexe de l\u2019orphelin deviennent ainsi les ennemis jurés des Canadiens anglais et des Américains « matérialistes », à qui ils doivent un niveau de vie plus élevé que celui des Français.» (199-200.) On comprendra facilement que, à partir d\u2019une telle constatation, M.Tougas en soit encore à se demander si notre littérature sera nord-américaine ou française, et qu\u2019il considère le « débat intérieur » de Jean Le Moyne, s\u2019interrogeant à partir de ses lectures anglaises sur sa différenciation nord-américaine (voir Relations, août 1963, p.234-237), comme exemplaire de l\u2019affrontement « qui dresse (nos critiques les uns contre les autres et (.) confère à Convergences la valeur d\u2019un témoignage national » (236).N\u2019en déplaise à M.Tougas, notre jeune littérature n\u2019en est plus au stade de pareille interrogation, et notre critique non plus, mais à celui de l\u2019affirmation de soi: l\u2019une et l\u2019autre se savent franchement québécoises et, lorsqu\u2019elles s\u2019interrogent, c\u2019est sur la façon d\u2019être telles avec plus d\u2019excellence encore.Nous sommes à des mille lieues et des mille lieues de Saint-Denys Garneau; parlant du Journal de ce dernier, rares nos contemporains qui oseraient en affirmer, avec M.Tougas, ce qui suit: « Les pages qu\u2019il (S.-D.G.) écrit sur le sens qu\u2019il faut donner au nationalisme cana-dien-français conservent d\u2019autant mieux leur actualité que la direction prise par le peuple canadien-français semble confirmer, à plusieurs égards, le pronostic que faisait, il y a déjà une génération, le moins nationaliste et le plus entier des grands poètes cana-diens-français.» (229.) La lecture tronquée Choisissant ses textes de critique et d\u2019essais dans cette perspective, qui repose sur une problématique dépassée, M.Tougas a tout naturellement laissé de côté des textes beaucoup plus représentatifs de la problématique actuelle, v.g.« Profession: écrivain » de Hubert Aquin (dans Parti pris, janvier 1964, pp.23-31), « Une tradition à inventer » de G.-A.Vachon (dans Littérature canadienne-française, coll.« Conférences J.A.De Sève », 1-10, pp.267-289), etc.La lecture de Jacques Brault aurait également profité à M.Tougas, s\u2019il avait accepté de voir, par exemple, dans le destin mironien, ce que cet excellent critique y décèle, et qui concerne plus d\u2019un poète d\u2019aujourd\u2019hui: « L\u2019exercice de la poésie correspond chez lui (Miron) au besoin de se récupérer en une existence où se conj oignent le personnel et le collectif, où le quotidien n\u2019aura plus à rougir de ses rêves, où la parole et le travail se réconcilieront, où le dedans et le dehors, l\u2019ancien et le nouveau, cesseront de s\u2019annuler, où en somme le bonheur de vivre égal pour tous sera pour chacun la santé de la conscience malheureuse.» {Ibid., 169.) M.Tougas aurait pu également puiser beaucoup dans le numéro 57 (mai-juin 1968) de la revue Liberté: Les Ecrivains et l\u2019enseignement de la littérature (textes des communications données à la VIe Rencontre des Ecrivains, à Sainte-Adèle, du 24 au 26 mai 1968).Il y aurait trouvé, entre autres, un excellent texte d\u2019André Brochu qui affirme, rendant ainsi bien mieux compte que Saint-Denys Garneau des aspirations de nos contemporains, que « le monde et la culture \u2014 ce « lieu de l\u2019homme », selon l\u2019expression de Fernand Dumont \u2014 s\u2019offrent à nous par le biais de médiations » et que la « littérature québécoise », « notre littérature », doit constituer le fondement essentiel de notre relation au monde et à la culture; en d\u2019autres termes, il ne saurait y avoir, pour nous, d\u2019accord-au-monde réussi, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019abord apprentissage de la vie à travers l\u2019expression, quelque pauvre qu\u2019elle soit, que nous avons réussi à donner de nous-mêmes jusqu\u2019ici.C\u2019est ensuite, mais ensuite seulement, à partir de cette première lecture et en fonction de nous-mêmes, qu\u2019il faudra nécessairement lire la littérature française et les autres œuvres étrangères.La lecture que nous ferons alors de celles-ci, sera personnelle, originale; elle pourra voisiner, dans nos universités, avec celle des gens du cru, mais ne pourra jamais leur céder sa place, qui doit être la première: personne d\u2019autre que nous, ne peut lire, pour nous, de façon vitale, l\u2019œuvre d\u2019ailleurs, et cet ailleurs inclut la littérature française.M.Tougas eût-il parcouru avec attention non seulement les pages de la revue Liberté, mais aussi celles de nos journaux et revues, qu\u2019il aurait mieux compris le sens et le bien-fondé des reproches que M.Eugène Cloutier adresse aux départements de français des universités canadiennes-anglaises qui, trop souvent et sous toutes sortes de prétextes de moins en moins valables, recrutent leurs professeurs en France ou les y envoient se former \u2014 quand ce n\u2019est pas aux Etats-Unis \u2014, plutôt qu\u2019au Québec (265-267).Non, n\u2019en déplaise encore une fois à M.Tougas, le « fait français » n\u2019est pas le « fait canadien-français », et bien moins encore le « fait québécois » contemporain; mais, si jamais la culture française (au sens où M.Tougas entend ce mot) survit en Canada, ce ne sera pas en y étant véhiculée par-dessus la tête des Québécois: seule leur médiation originale et personnelle pourra permettre que la culture française soit vécue en terre d\u2019Amérique de façon existentielle, c\u2019est-à-dire autrement qu\u2019elle ne l\u2019est dans certains cercles cultivés et exotiques de l\u2019Amérique du Sud ou de l\u2019Amérique centrale (en Haïti excepté).L'image déformée Sommes-nous trop sévères pour M.Tougas ?Il le croira sans doute, et peut-être répondra-t-il qu\u2019il a droit à son option canadienne.Qu\u2019il sache bien que ce n\u2019est pas au citoyen que s\u2019adressent nos reproches, mais à l\u2019historien de notre littérature.Ce dernier ne doit ni orienter l\u2019histoire dans le sens de son projet personnel ni la déformer par 186 RELATIONS \u2014 OUVRAGES REÇUS parti pris ou ignorance.Or, la lecture tronquée, sinon tendancieuse, que M.Tougas a faite de notre littérature contemporaine, laisse apparaître au miroir de son anthologie une image déformée de notre réalité littéraire et nationale.C\u2019est cela qui est grave.Sans doute cette image plaira-t-elle au Canada anglais: il nous y verra, comme dans le passé, un visage de velléitaires et d\u2019aliénés, et il sera rassuré sur notre compte; une fois de plus, par la faute de M.Tougas, il aura manqué à discerner les traits nouveaux de notre personnalité, ainsi que les reflète et les informe à la fois notre littérature récente, qui n\u2019est plus canadienne-française mais résolument québécoise.Evidemment, pour bien dessiner ces traits nouveaux de notre personnalité littéraire et nationale, il eût fallu bien connaître à la fois notre littérature récente et sa langue et la réalité québécoise.Mais a-t-il bien lu nos écrivains récents celui qui affirme que, « de nos jours encore, les romanciers canadiens dépassent difficilement la simple correction et (que) peu d\u2019entre eux arrivent à se forger un style original » (91) ?Que sait-il de l\u2019état de notre langue celui qui la juge d\u2019après des critères qui n\u2019ont plus cours en notre milieu ?Que vaut, d\u2019autre part, une remarque « linguistique » comme celle-ci, à propos de « mornifle » qu\u2019emploie Réjean Ducharme: « Mot totalement absent (sic) de la langue canadienne et tombé de l\u2019usage courant en France (sic).Il appartient au vocabulaire spécialisé (sic) de l\u2019auteur, lequel confère à l\u2019Avalée des avalés une partie de son charme.» (131.) Et cette phrase du même Ducharme: « Je ne suis pas de ces timorés qui pleurent dans la bière ! », fallait-il l\u2019annoter « sociologiquement » de la façon qui suit, saugrenue pour le moins: « Fait sociologique qui demande une explication pour le lecteur étranger.Le Canada, en tant que pays du nord, semble devoir partager avec les pays Scandinaves et les pays slaves la réputation qui est à l\u2019origine de l\u2019expression « ivre comme un Polonais ».La consommation du vin étant peu répandue, c\u2019est vers la bière, le scotch et le whisky que vont les préférences des Canadiens.Ivres, ils deviennent rapidement sentimentaux et ont la larme facile.» (125.) A quoi bon une note « interprétative » comme celle-ci, courte sinon douteuse: « A la fin du roman (Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel ) Héloïse devient une prostituée.Par ce dénoue- ment ironique, Marie-Claire Blais a sans doute voulu souligner l\u2019impuissance de la religion à soulager la misère des familles pauvres.» (117.) Y avait-il heu de poser, à propos du mot « disharmonie » employé par Saint-Denys Garneau, la question suivante: « L\u2019auteur a-t-il sciemment écrit disharmonie, mot qui serait utile en français et qui est certes préférable à manque d\u2019harmonie, ou s\u2019est-il laissé influencer à son insu par le mot anglais disharmony?»\t(231.) M.Tougas n\u2019aurait-il pas dû plutôt apporter la plus grande attention aux coquilles qui, à la centaine, parsèment son anthologie, en gangrènent surtout les introductions et les notes, et risquent fort de propager au Canada anglais notre « insécurité linguistique » ?Mais faut-il appeler coquilles, outre les multiples fautes d\u2019accord, des graphies aussi aberrantes que celle-ci: « restorateur » (286), et des phrases aussi incorrectes que la suivante: « Construit (l\u2019édifice de la Sun Life à Montréal) dans le goût des années qui ont suivi la première guerre mondiale, des colonnes corinthiennes décorent les premiers étages.» (102.) Etc., etc.En somme, l\u2019anthologie de M.Tougas souffre de bien des « insécurités » : linguistique, littéraire, critique, nationale, etc.; de sénilité précoce aussi: elle a la contemporanéité attardée des années 1939-1958.Dommage que M.Tougas n\u2019ait cru bon d\u2019offrir que cette vieille image de nous-mêmes à ceux qui, par-delà la frontière linguistique qui partage malheureusement le Canada, cherchent à connaître ce qui « grouille, gargouille et scribouille » dans « l\u2019ex-priest-ridden Province » ! Mais pourra-t-il jamais se faire que les horloges de Vancouver marquent l\u2019heure du Québec ?Barbey, Guy: L\u2019Enseignement assisté par ordina-teur.Col.« E 3 » \u2014 Tournai, Casterman, 1971, 148 pp.Barrett, Jean: L\u2019Infirmière chef.Un rôle qui se transforme.\u2014 Montréal, Ed.du Renouveau pédagogique, 1971, 496 pp.Baulès, Robert: L\u2019insondable richesse dn Christ.Col.« Lectio divina », 66.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 170 pp.Bergier, Jacques: Les Frontières dn possible.Col.« Mutations-Orientations ».\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 148 pp.BrLoDEAU, François: Balzac et le jeu des mots.Montréal, PUM, 1971, 228 pp.Boily, Robert: Québec 1940-1969.Bibliographie: le système politique québécois et son environnement.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 208 pp.Buber-Neumann, Margarete: La Révolution mondiale.L\u2019histoire du Komintern (1919-1943) racontée par l\u2019un de ses principaux témoins.\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 413 pp.Chevrier, Jean: Politique d\u2019nne grande 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pp.Teilhard de Chardin, Pierre: Sens humain et sens divin.Cahier 7: Inédits, études, conférences.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1971, 208 pp.Swinson, Arthur: Les Raiders.Patrouilleurs du désert.Col.Marabout, « Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale », IL \u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 185 pp.Vadeboncœur, Pierre: 366 jours et tant qu\u2019il en faudra.Vive les gars de Lapalme.\u2014 Montréal, CSN, 1971, 94 pp.Verbist, Henri:\tLes grandes controverses de l\u2019Eglise contemporaine.De 1789 à nos jours.Col.« Marabout Université », 214.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 377 pp.JUIN 1971 187 CINÉMA Les films romantiques \u2014 ou comment réapprendre à pleurer et à sourire par Yves Lever Ce n\u2019est jamais par hasard qu\u2019un fait social important apparaît.Je dis bien « apparaît », car, généralement, il est préparé de longue date et n\u2019est rendu visible que longtemps après son émergence.De même en est-il pour les différentes vagues au cinéma.On a beaucoup parlé dernièrement de la vague de films soi-disant érotiques ou pornographiques.Pour moi, cette vague était nécessaire et salutaire à la fois pour le cinéma au Québec et pour le milieu québécois; elle a marqué une période d\u2019adolescence avec ses recherches pour tout ce qui regarde la sexualité, ses généralisations faciles, ses déviations normales, ses extravagances, ses outrances de langage; en somme, rien de bien dangereux.Pour l\u2019observateur attentif du cinéma, nous sommes déjà en grande partie sortis de cette vague, d\u2019où le caractère désolant des campagnes de quelques curés réactionnaires.Une vague de films est toujours remplacée par une autre vague.Qu\u2019est-ce qui remplace aujourd\u2019hui les films pornos ?Pour moi, deux grandes lignes de fond sont à remarquer: d\u2019une part, les films à sujet ou à caractère politique concernant quelques dimensions de la vie collective et qui, sauf quelques exceptions comme L\u2019Aveu ou Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, ne rejoignent que des groupes restreints où ils deviennent cependant outils d\u2019animation; d\u2019autre part, une vague de films romantiques concernant un vécu individuel et qui rejoignent, eux, les grandes masses.Une vague nouvelle ?Les films romantiques ne sont pas une nouveauté sur nos écrans.Avec ceux traitant de la violence (policiers, westerns, guerre), ils remplissent la plus grande partie des anthologies du cinéma.Ce n\u2019est donc pas une vague nouvelle qui fait son apparition, mais la renaissance d\u2019une mode ancienne.Pourtant, avec le néo-réalisme, la nouvelle vague, le cinéma nouveau, transformant le style, la forme et la thématique du cinéma, on aurait pu penser que le film romantique était bel et bien mort, qu\u2019on ne ferait plus jamais des films comme Les deux orphelines ou L\u2019amour d\u2019une mère.Mais devant le succès des Love story, Mourir d\u2019aimer, Maison des Bories, Elvira Madigan, Les Mâles, Finalement, Music lovers, etc., tous des grands succès populaires, il faut reprendre la question et se dire qu\u2019il y a là plus qu\u2019un problème de style cinématographique.Ma première réaction est que ce n\u2019est peut-être par malgré les vagues réalistes que nous avons encore des films romantiques, mais peut-être précisément à cause d\u2019elles.Rappelons-le, le néo-réalisme (et la nouvelle vague qui l\u2019a prolongé en se voulant plus explicite et en recherchant des formes nouvelles) était, d\u2019une part, réaction contre la projection aliénante dans des univers imaginaires irréalistes et, d\u2019autre part, invitation à bien connaître la réalité dans sa quotidienneté la plus brute et sauvage.Il fallait cette étape de la revendication sociale, cette mise à jour des conditions de travail et de vie de la majorité.Mais, après ce réalisme, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait ?Comme, dans la peinture, le réalisme s\u2019est effacé devant le surréalisme, c\u2019est-à-dire un nouveau réalisme conservant l\u2019ancien, mais y ajoutant celui des rêves et la projection de l\u2019intériorité, ainsi, au cinéma, un nouveau romantisme doit accompagner le réalisme.Mais ce sera un romantisme d\u2019une qualité différente dans des formes nouvelles.Le sujet vivant Invariablement, les films romantiques ont comme sujet des relations humaines non fonctionnelles, surtout l\u2019amour et l\u2019amitié.Ainsi, ils touchent le point le plus important pour la qualité de la vie.Contre le classicisme avec ses règles, sa compartimentation des sentiments, sa raison opératoire et son souci de l\u2019organisation, le romantique du dix-neuvième siècle a voulu réinventer le ludique et le lyrisme, la création unique et individuelle de la qualité de la vie, faire prédominer les sentiments et l\u2019imagination sur la raison.L\u2019industrialisation, l\u2019urbanisation rapide et la montée de la science ont vite empêché l\u2019extension de ce mouvement, l\u2019ont confiné à la vie nocturne et en ont fait un résiduel à la vie.Dans la société unidimensionnelle, désacralisée et banalisée d\u2019aujourd\u2019hui, il a encore moins de place.On n\u2019en a cependant pas anéanti le besoin.Déjà, la vague de films érotiques manifestait une révolte contre les tabous créés par la culture organisatrice et tentait, par l\u2019érotisation, de redécouvrir le ludique.Des petits groupes (hippies, communes et autres « flower children ») reproduisent concrètement et effectivement aujourd\u2019hui les aspirations des romantiques du siècle dernier, en les libérant de leur appartenance de classe bourgeoise et même en les convertissant en contestation des valeurs bourgeoises.Pour les masses, cependant, c\u2019est surtout à travers les films romantiques que se manifeste le besoin d\u2019une vie autre.Dans ces univers imaginaires, chacun peut se laisser aller à ses sentiments, rêver, rire, pleurer, admirer la nature, dépasser l\u2019organisation, chanter la vie, avoir des relations réussies avec les autres, combler les divisions, se laisser envahir par la tendresse, donner une esthétique à la vie.Malgré la dureté du monde ambiant et sa supposée « virilité », on retrouve, l\u2019espace d\u2019un film, la possibilité de se parler, de se regarder, de s\u2019émouvoir.Pourquoi, alors, faudrait-il avoir honte d\u2019avoir envie de chanter « Le temps est beau » après avoir vu Les Mâles, ou bien d\u2019avoir pleuré pendant Mourir d\u2019aimer?Même si les relations amoureuses exceptionnellement réussies paraissent normales dans l\u2019univers imaginaire du film, on sait bien que ce n\u2019est pas comme cela que ça se passe dans la vie et qu\u2019on n\u2019y retrouve pas la même dramatisation.Mais quel est le monde le plus « normal » pour l\u2019homme, l\u2019imaginaire du film ou celui de la réalité quotidienne ?« La vraie vie est ailleurs », disait Rimbaud.N\u2019y aurait-il pas moyen de transformer ce monde- 188 RELATIONS ci pour le rendre aussi beau et vivable que celui des films ?Pourquoi n\u2019accepterait-on pas de voir dans ces créations lyriques des spécialistes de l\u2019imaginaire que sont les poètes une image d\u2019un monde à venir ?Dans une structure triangulaire Si nous regardons maintenant la structure fondamentale d\u2019un film romantique, nous retrouvons toujours une sorte de triangle: deux personnages vivent une expérience d\u2019amour ou d\u2019amitié et réalisent une harmonie; un troisième personnage (qui peut être une autre personne, la société, une maladie, un accident ou le hasard) entre en scène, vient perturber la relation, provoque une crise qui doit fatalement entraîner la disparition de l\u2019un des trois, ce qui va apporter un nouvel équilibre ou détruire à jamais tout équilibre; le troisième personnage peut agir sur un seul des deux premiers ou sur les deux.Quelques exemples: \u2014\tMourir d'aimer: une femme, un adolescent, la société; la société brise la relation, entraîne la mort de la femme et la relation est rompue à jamais.\u2014\tLove story, un homme, une femme, une maladie mortelle chez la femme.\u2014\tLes Mâles (plusieurs triangles successifs): deux hommes unis par une évasion de la société, la nature; les deux hommes, une femme, la société; un homme, un homme, une femme; les deux hommes, la ville, une femme à retrouver.\u2014\tMaison des Bories: un couple, un beau jeune homme; départ du troisième et équilibre nouveau dans le couple.\u2014\tMusic Lovers: un homme et la musique; le troisième personnage est surtout un homme (homosexualité refoulée et obsédante) auquel succèdent la femme-sceur et la femme-mère; triomphe de la musique.Dans ce schéma, c\u2019est surtout le troisième personnage qui a évolué.Auparavant, l\u2019aventure entre les deux personnages principaux était surtout brisée par une personne ou par une institution sociale comme le mariage; les personnages principaux se mettaient dans la marginalité (procédé de dramatisation), se voyaient comme tels et JUIN 1971 ne contestaient pas la société qui continuait à avoir raison.Aujourd\u2019hui, le troisième personnage est très souvent la société (ou ses institutions) et elle est présentée comme injuste alors que les héros marginaux sont « dans le vrai ».C\u2019est très clairement le cas pour Mourir d\u2019aimer, Elvira Madigan, Les Mâles; tout spectateur donne raison aux héros de ces films et considère la société comme marginale par rapport à la « vraie vie ».Par là, le film romantique devient film de contestation et de critique sociale.Dans presque tous les films romantiques, la relation entre les héros était compliquée et rendue plus difficile par des différences importantes de classe sociale, d\u2019âge, ou de fortune.C\u2019était, adaptée aux contextes sociaux, l\u2019éternelle idylle entre le prince et la bergère ou la princesse et le valet.Ce fut toujours un des principaux éléments de dramatisation.Mais si, autrefois, l\u2019un devait « s\u2019élever » à la condition de l\u2019autre (les Pygmalions en présentent les cas types), on doit aujourd\u2019hui « descendre » de classe pour trouver la beauté et l\u2019amour; Love story en est le meilleur exemple : le héros quitte son monde bourgeois et aride de millionnaire pour entrer dans la famille prolétaire de sa belle où il trouve la simplicité et le goût du travail.Le lieu privilégié de l\u2019aventure romantique sera évidemment la campagne avec ses grands espaces où l\u2019on peut jouer, courir à son aise ou faire l\u2019amour au soleil sans risquer de voir déranger son intimité, avec ses couleurs printanières aux vertes espérances, avec ses odeurs grisantes.Si elle se passe en ville, son lieu devra être en grande partie insolite: dans quelle ville américaine peut-on se rouler dans une belle neige blanche, comme dans Love story ?Pensons aussi aux prisons de Mourir d\u2019aimer, ou au studio de photographe de Finalement.A tout cela, le cinéma apporte des éléments propres qui favoriseront encore plus la dramatisation ou la perception de la tendresse: une musique très mélodique et très douce ou très violente, selon les circonstances, viendra accentuer l\u2019effet de gros plans déjà très suggestifs du sentiment choisi, des silences mettront les paroles en relief, des zoom-in « perceront » les visages pour aller fouiller dans l\u2019âme, la sélection des gestes ne gardera que les plus évocateurs.Favorisés par l\u2019obscurité de la salle et la disponibilité des spectateurs, ces procédés agissent facilement et efficacement.On ne saurait certes les retrouver dans la vie réelle, mais peut-être nous enseignent-ils, sans qu\u2019on s\u2019en aperçoive, à mieux regarder et à mieux écouter.Globalement, les films romantiques manifestent que l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui a gardé ses aspirations pour des relations humaines réussies, pour l\u2019amour, pour la qualité de la vie.Us expriment peut-être ainsi la meilleure part de son espérance, Cahiers du Centre de Recherche en Civilisation canadienne-française NOUVEAUTÉS: #\t3 : Nelligan et la musique \u2014 par Paul Wyczynski 15 x 22 cm.150 pages, prix : $4.00 #\t4 : Contes et nouvelles au Canada français \u2014 par John Hare 15 x 22 cm.194 pages, prix : $3.75 ÿ 5 : La vie littéraire du Canada français \u2014 par Jean Ménard 15 x 22 cm.256 pages, prix : $4.50 En vente aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Canada K1N 6N5 189 LES LIVRES L\u2019Église souterraine.Coll.« Mise en question » (Collection publiée par le centre IDOC), 5.\u2014 Gembloux, J.Duculot, 1970, 18,5 cm.211 pp.Ce livre contient treize textes d\u2019auteurs différents, dont onze sont des communications faites au symposium de l\u2019Eglise souterraine ( « Underground Church » ) à Boston College, en avril 1968.On y rencontre les noms bien connus de Malcolm Boyd, Rocco Caporale et Emile Pin.Ces réflexions sur le phénomène de l\u2019Eglise souterraine sont réparties sous quatre chefs: ses griefs,^ ses objectifs, sa portée sociologique et théologique et, sous forme de question, son caractère de menace ou de promesse.Le terme « Underground Church » est l\u2019équivalent américain de ce qu\u2019on appelle ailleurs les communautés de base, petites communautés, communautés sauvages, spontanées, informelles, églises libres, etc.Le terme américain est le fruit d\u2019un hasard de la publicité; l\u2019idée de clandestinité qu\u2019il évoque ne convient pas nécessairement à tous les cas.Aussi, l\u2019ensemble des études réunies ici reflète-t-il toutes les tendances qui s\u2019expriment à l\u2019intérieur de ce mouvement aujourd\u2019hui international dans l\u2019Eglise, depuis la tendance la plus révolutionnaire et la plus contestatrice jusqu\u2019à la tendance la plus soucieuse de maintenir la communion avec l\u2019organisation paroissiale et l\u2019autorité hiérarchique.Ce livre donne donc un tableau assez complet de la problématique générale dans laquelle se situe le phénomène des communautés de base (selon l\u2019expression la plus connue ici) et aidera à comprendre ce dernier.Ce livre sera utile à ceux que la connaissance de ce mouvement intéresse et qui ont à choisir parmi des titres de plus en plus nombreux sur ce sujet.En collaboration: One Church, Two Nations ?Edited by Philip LeBlanc, O.P., and Arnold Edinborough.\u2014 Don Mills, Ontario (55 Barber Greene Road), Longmans Canada, 1968, 196 pp., 23.5 cm.Comme tous les ouvrages renfermant un assemblage d\u2019articles divers par différents auteurs, celui-ci contient du bon et du moins bon.On a groupé ces articles en trois parties: 1.Backgrounds to Our Present Discontents, 2.The Particular Discontents of Quebec, 3.Battle Ground or Common Ground?Quant aux auteurs, tantôt ils parlent d\u2019œcuménisme, tantôt de nationalisme canadien, tantôt de la possibilité ou de la nécessité d\u2019unir l\u2019un et l\u2019autre, voire d\u2019utiliser l\u2019un au profit de l\u2019autre.Je n\u2019admets pas, pour ma part, la véracité de l\u2019affirmation faite par l\u2019éditeur: \u201cFrom the time of the English Conquest to the present day, the greatest divisive factor in Canadian life has been religion.\u201d Je suis, par contre, pleinement d\u2019accord avec le professeur Ramsay Cook, lorsqu\u2019il signale, avec la Commission royale d\u2019enquête sur le Bilinguisme et te Biculturalisme, que la religion n\u2019a rien à faire avec la crise actuelle qui divise tes Anglo-Canadiens et tes Canadiens fran- çais.Je lui sais gré d\u2019avoir rappelé le mot du cardinal Bégin à propos des écoles franco-ontariennes, en 1917: \u201cLa cause immédiate, principale, de nos troubles scolaires, c\u2019est moins 1e gouvernement anglo-protestant de l\u2019Ontario qu\u2019un groupe d\u2019ecclésiastiques hostiles à l\u2019influence française et désireux d\u2019établir sur tes ruines de cette influence leur propre domination.\u201d Un article dépare cette série d\u2019essais: celui de Laurier LaPierre, \u2018The Clergy and the Quiet Revolution\u201d.L\u2019A., qui semble vivre encore à l\u2019époque de Maurice Duplessis, y accumule tous tes poncifs et clichés anticléricaux qui circulaient alors.Selon lui, l\u2019efficacité du ministère de l\u2019Education dépend encore du bon vouloir de l\u2019épiscopat québécois; il dénonce la Fédération des Collèges classiques comme \u201cthe most conservative and reactionary instrument of clerical domination\u201d; l\u2019avenir lui paraît sombre parce que l\u2019Eglise refuse d\u2019admettre que son rôle et sa fonction ont changé considérablement depuis la Réforme! C\u2019est à se demander si cet auteur est au courant de ce qui s\u2019est passé au Québec depuis dix ans! Richard Arès.1 Jacques Chênevert.Paul Winniger: La vanité dans l\u2019Eglise.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1968, 164 pp.18 cm.Réquisitoire soutenu et fortement documenté contre tout ce qui est honneurs, décorations, titres, vêtements de luxe et dignités dans l\u2019Eglise.Selon l\u2019A., cette dernière a emprunté à la société civile tous ces colifichets, mais alors que la société civile se démocratisait et tes abandonnait peu à peu, l\u2019Eglise tes a maintenus, même s\u2019ils apparaissent de plus en plus démodés.L\u2019A.écrit: \u201cDe même qu\u2019à l\u2019insu de leurs porteurs ou contre leur gré, tes vanités révèlent une anthropologie, de même elles donnent à l\u2019Eglise, qu\u2019on 1e veuille ou non, un visage: ce n\u2019est pas celui du Christ.Certes, l\u2019homme cultivé explique par l\u2019histoire ces superfétations; il y est même favorable, car elles lui rappellent un long passé appelé \u201ctraditions\u201d.Mais cette perspective est étrangère au peuple; il attend entre l\u2019Eglise et l\u2019Evangile une concordance raisonnablement visible.\u201d Sur bien des points tes attaques de M.Winninger sont fondées et touchent juste.Les réformes qu\u2019il réclame font partie du nécessaire renouveau de l\u2019Eglise; d\u2019ailleurs, Paul VI a déjà commencé à réduire l\u2019ampleur de ces \u201cvanités\u201d, surtout dans tes vêtements et tes titres.Richard Arès.la force de l\u2019argent au service de l\u2019homme et de son épanouissement h°rP, mm ARTS SCIENCES SPORTS LOISIRS ÉCONOMIE 15EB Banque Canadienne Nationale 190 RELATIONS ta p^yc^^Traatfque, tïokMcïméë âstïmn »'* ~K«% fc> * 'i' > \u2022 v< ^:M\\M * & \u2022 w«» «bfo 'V%?0£>* \u2022 \u2022\u2022\u2022«.\u2022 ' ÿ>3P>Y/>;r->^-.N\\
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