Relations, 1 septembre 1971, Septembre
[" PAKISTAN-OTTAWA MONTRÉAL NUMÉRO 363 SEPTEMBRE 1971 ¦ prudence ou complicité ?ÉCOLE vs LIBERTÉ?¦ à l\u2019occasion de la rentrée scolaire SAINTE-SCHOLASTIQUE ¦ .là où on parle de participation DOSSIER-SYNODE ¦ les prêtres - la justice dans le monde - la « loi fondamentale » *3fit) *0! 039305 A0>31S #H0 9ttZ 038305 Où S1NVN3I39N3 S30*dü00 S/V r\t3NS3HOOO àOO *W \u2014relations_________________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ : Jean Laurin et associés, représentants pour la publicité nationale et locale: 1411, rue Crescent, suite 406.Tél.: 845-6243.numéro 363 septembre 1971 SOMMAIRE Éditorial RELATIONS aujourd\u2019hui \u2014 1941-1971: 30e anniversaire 227 Éducation Culture, contre-culture .et éducation \u2014 table ronde avec la participation de Pierre Angers.230 Politique internationale Prudence ou complicité ?\u2014 la crise pakistanaise et l\u2019attitude du gouvernement canadien .\t.Albert Beaudry 235 Oecuménisme Unité de l\u2019Église et unité de l\u2019humanité \u2014 compte rendu de la réunion de « Foi et Constitution », à Louvain Gérard Vallée 237 Problèmes socio-politiques québécois Un réseau à bâtir .Yves Vaillancourt 239 Sainte-Scholastique \u2014 .là où on parle de participation Fernand Gauthier 240 Dossier \u2014 synode 1971 Si j\u2019allais au synode.Jacques Chênevert 243 Après le synode, quels prêtres ?.Julien Harvey 245 La justice dans le monde.Irénée Desrochers 247 Billets La fête des autres.Paul Fortin 238 Lettre ouverte de M.Trudeau au président Nixon René Champagne 242 Chroniques Littérature: Jean-Marie Poupart: entre la tendresse et la rage.Gabrielle Poulin 251 Cinéma : Une psychanalyse de l\u2019homme d\u2019ici ?\u2014 le cinéma québécois à la télévision de Radio-Canada, été 1971 Yves Lever 253 Ouvrages reçus.254 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques : Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE TU*\tC O N O M I E MUTUELLE D'ASSURANCE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129\t\u2014 Tél: 844-2050 DRUMMONDVILLE - GRANBY - J0LIETTE - LAVAL - L0NGUEUIL MONTRÉAL - OTTAWA - QUÉBEC - SHERBROOKE Export A au RÉGULIÈRES ET \"KING\u201d 226 RELATIONS relations aujourd\u2019hui 1941-1971 : 30e anniversaire ÉDITORIAL RELATIONS paraît depuis trente ans.Le fait ne mérite pas, de soi, plus qu\u2019une rapide mention.Belle occasion, toutefois, de reformuler nos objectifs, de vous faire part de nos projets, de nos ambitions, de nos espoirs.Le Québec sous « le choc du futur » Depuis deux ou trois ans surtout, le Québec vit, lui aussi, sous « le choc du futur ».D\u2019une part, des aspirations, appelées à grandir encore avec les développements de la technologie et de l\u2019information, ne s\u2019expriment plus tout bonnement, mais crient au secours.Elles sont fondamentalement volonté de plus grande autodétermination, non seulement au plan proprement politique, mais aussi, plus largement, au plan social et culturel, au plan de la vie tout entière de la société d\u2019ici: le Québec veut choisir et faire son avenir.D\u2019autre part, à l\u2019encontre de ces aspirations qui dérangent les certitudes et les intérêts de certains, une répression multiforme s\u2019organise.La crise que nous traversons présentement \u2014 et qui est crise de civilisation à l\u2019échelle de la planète \u2014 ne tient pas au seul fait d\u2019une évolution trop rapide; elle vient de ce que cette évolution rapide accroît constamment la violence du choc entre les aspirations profondes des hommes \u2014 d\u2019ici comme d\u2019ailleurs \u2014 et les graves insuffisances de l\u2019ordre social.Il nous faudra revenir sur ce diagnostic, pour le préciser \u2014 travail que le présent numéro amorce déjà, dans les domaines, notamment, de l\u2019éducation et de la vie ecclésiale.Nous nous contenterons ici de dégager quelques axes majeurs du sous-développe-ment collectif, culturel tout autant qu\u2019économique ou politique, dont un Québec plus conscient qu\u2019autrefois ambitionne de sortir: sous-développement d\u2019une économie incapable d\u2019enrayer le chomâge, sous-développe-ment d\u2019une politique sociale impuissante à établir la sécurité du revenu pour tous les citoyens, sous-développement d\u2019une liberté politique qui paralyse un peuple tout entier dans la transformation de ses structures sociales désuètes et inadaptées.Cette aspiration québécoise, qui s\u2019exprime de plus en plus clairement et s\u2019est exaspérée, au cours des dernières années, dans des octobres de plus en plus durs, n\u2019est pas \u2014 comme on le laisse parfois entendre \u2014 pur narcissisme, repliement sur soi, étroite « québécitude »: la transformation rapide et radicale des structures sociales dans le monde « développé », note Helder Camara, est un pré-requis de la lutte efficace contre le sous-développement dans le Tiers monde.Et RELATIONS là-dedans ?Appartenant à cette collectivité du Québec qui cherche à établir un nouveau type de société démocratique en inventant, à son usage, de nouvelles formes d\u2019autodétermination, RELATIONS entend faire sa part dans cet effort de renouveau.L\u2019équipe des rédac- SEPTEMBRE 1971 227 teurs partage avec bien d\u2019autres groupes, chez nous, le souci de certaines valeurs fondamentales qui polarisent aujourd\u2019hui les recherches, les projets et les engagements en vue de l\u2019humanisation de la vie dans notre société.Avec eux, nous prenons conscience du devoir d\u2019acharnement que nous impose le souci de la justice pour tous dans la lutte pour la libération.Avec eux, nous travaillerons à l\u2019implantation chez nous d\u2019un type de société démocratique apte à maintenir et à promouvoir la liberté envers et contre tous les totalitarismes publics ou privés, d\u2019une société qui fasse droit aux aspirations les plus légitimes et les plus profondes de l\u2019homme.Avec eux, nous contesterons tous les systèmes qui cherchent à étouffer ou réprimer ces appels en imposant, de force ou de ruse, des idéologies souvent « bien habillées », mais foncièrement ordonnées au maintien des privilèges et à la défense des intérêts particuliers.RELATIONS, depuis quelques mois déjà, a délibérément mis l\u2019accent sur la libération comme voie de promotion des valeurs de justice et de liberté, comme voie d\u2019élaboration et de mise en œuvre d\u2019un projet pour le Québec.Cet effort sera poursuivi.La critique : une fonction sociale indispensable Seules des transformations audacieuses, œuvres d\u2019une créativité déjà libérée ou en voie de libération, permettront l\u2019élaboration et la mise en œuvre de ce projet québécois.Malgré tous les progrès accomplis, il faut donc refuser de privilégier comme a priori le droit établi et le statu quo de l\u2019ordre social, \u2014 lequel peut devenir un désordre établi, \u2014 pour travailler à une réforme en profondeur de notre société.Avec un respect positif du droit et de ses principes les plus fondamentaux, avec un respect positif, aussi, de nos institutions démocratiques si fragiles et si peu enracinées dans nos traditions, il faut favoriser la prise en charge par divers groupes de citoyens de leurs intérêts collectifs; il faut travailler avec eux à la recherche et à la mise en place de structures et d\u2019institutions aptes à assurer une plus réelle et plus large autodétermination.Avec réalisme, il faut promouvoir un type de société capable de « porter » les conflits, de les résorber en progrès, tout en cherchant à éviter, par souci d\u2019économie des ressources et des énergies, la violence et l\u2019expérimentation sauvage.Et l\u2019on pourrait allonger presque indéfiniment cette liste des tâches qui, pour une revue qui ne veut pas se retrancher « sur ses arrières », mais, au contraire, contribuer efficacement à un projet de société plus juste, s\u2019avèrent de première importance.Ici encore, il faudra préciser ces tâches et leurs modalités d\u2019accomplissement.Pour l\u2019instant, nous nous contenterons de signaler un aspect de notre sous-développe-ment collectif, qui tient à la sous-alimentation spirituelle d\u2019un peuple comme déraciné et entraîné dans le ressac d\u2019une révolution culturelle mettant en question la foi héritée de ses pères.Et notre Église, qui prêche si bien aux « hommes de bonne volonté », devra, pour avoir tant soit peu de crédit et même pour avoir droit de parole, appliquer à sa propre vie la fonction critique qu\u2019elle se reconnaît, pour achever d\u2019abord en elle-même les « transformations audacieuses et profondément novatrices » dont elle parle quand elle s\u2019adresse « au monde ».Puisqu\u2019elle est une Église dans le monde.\u2014 Le caractère propre de RELATIONS, « revue publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus »* nous fait un devoir de pareille insistance.Comme croyants québécois, nous croyons toujours avoir droit de parole ici, droit et devoir, surtout, de dialoguer avec ceux qui ne partagent pas notre foi et notre vision de l\u2019homme et de son espérance.Un instrument Nous voudrions que RELATIONS soit, parmi d\u2019autres, un instrument de cette libération à laquelle aspirent le Québec et le monde tout entier.Pour cela, la revue devra continuer de participer, bien entendu, à la formation, l\u2019affermissement et la maturation de l\u2019opinion publique.Plus précisément, elle 228 RELATIONS devra présenter des analyses rigoureuses de ces situations et structures sociales qu\u2019il faut dénoncer parce qu\u2019elles empêchent ou retardent l\u2019autodétermination d\u2019un peuple; elle devra, s\u2019insérant résolument dans le réseau des personnes et des groupes engagés dans l\u2019action socio-politique, appuyer les revendications des plus pauvres et des plus défavorisés \u2014 devenus plus conscients de leurs droits en même temps que du fait qu\u2019ils sont constamment bafoués \u2014 et travailler avec eux à l\u2019élaboration de programmes d\u2019action.Au risque de frôler parfois l\u2019utopie et de se le faire reprocher, plutôt que d\u2019accepter l\u2019enchaînement à une réalité trop dure pour trop de nos frères.Dénoncer les manipulations, démasquer les équivoques et les opportunismes qui entravent le processus de libération en cours chez nous; soutenir les idées, groupes, mouvements et programmes d\u2019action qui favorisent ce processus: RELATIONS, nous l\u2019espérons, pourra être utile et travailler avec quelque efficacité au « recto » et au « verso » de cette unique tâche qui canalise chez nous les énergies les plus créatrices.La spécificité du rôle de RELATIONS tiendra encore largement à son inspiration chrétienne, que nous n\u2019avons pas l\u2019intention de camoufler.L\u2019Évangile est message de libération; il fut et demeure source de motivation pour les rédacteurs.Souvent implicite, \u2014 ce qui ne veut pas dire inexistante ou inopérante, \u2014 cette inspiration chrétienne sera explicitée lorsqu\u2019il paraîtra utile de manifester l\u2019enracinement évangélique de nos options.L\u2019Évangile, croyons-nous, peut aider au discernement des engagements opportuns.Mais, plus encore, RELATIONS voudrait tenter d\u2019élucider peu à peu, à même l\u2019action et pour la nourrir ou la stimuler, l\u2019articulation entre la foi chrétienne et les engagements socio-politiques.Cela, au service des chrétiens, même révolutionnaires, engagés dans divers types d\u2019action socio-politique et qui sentent parfois le besoin de semblables éclaircissements (cf.Relations, mai et juin 1971); au service aussi des chrétiens trop peu sensibilisés aux exigences de leur foi à cet égard.RELATIONS ne pourra jouer ce rôle d\u2019instrument efficace que si la revue demeure libre et indépendante, refuse de se mettre au service exclusif d\u2019un groupe particulier, d\u2019un parti, d\u2019une secte.Comptant contribuer à la recherche commune par une confrontation loyale des opinions diverses, RELATIONS voudrait être chez nous un carrefour, un lieu de rencontre \u2014 particulièrement, mais non exclusivement pour les chrétiens, \u2014 de ceux avec qui nous partageons maintes préoccupations.Le dialogue est déjà instauré au sein de l\u2019équipe des rédacteurs: celle-ci, à l\u2019intérieur de la communion de pensée et d\u2019orientation que le présent éditorial a voulu exprimer de la façon la plus claire possible, reflète à sa façon le pluralisme des options socio-politiques dans notre milieu.Ce dialogue devra se développer et s\u2019élargir avec la participation des lecteurs et de personnes directement engagées dans des tâches concrètes de « conscientisation » populaire, d\u2019animation sociale, d\u2019éducation, etc.Difficultés et espoirs Cette confrontation, à peine amorcée, amène déjà nos lecteurs \u2014 heureusement \u2014 à exercer à notre égard leur fonction critique.D\u2019aucuns trouvent que, revue d\u2019avant-garde, RELATIONS ne l\u2019est quand même pas assez; en général, ils nous tiennent des propos sereins .et leurs critiques rejoignent fréquemment celles que nous nous adressons à nous-mêmes.D\u2019autres s\u2019inquiètent de ce que RELATIONS « parte à l\u2019aventure »; leurs critiques sont parfois violentes.Certains, troublés par les tensions inhérentes à toute recherche, ne nous pardonnent pas de n\u2019être pas infaillibles et de devoir parfois tâtonner en avançant.Publier RELATIONS, même après trente ans, demeure une aventure, oui, mais exaltante.Voulant collaborer à l\u2019élaboration d\u2019un projet de société plus libre et à son instauration, les rédacteurs doivent à la fois ressourcer leur propre espérance et aider à susciter ou ressusciter celle des autres \u2014 cette espérance qui est « courage de dire, coûte que coûte: là où le non-sens abonde, le sens surabonde.L\u2019espérance, c\u2019est de lire ainsi notre époque » (Paul Ricœur).RELATIONS.SEPTEMBRE 1971 229 -À l\u2019occasion de la rentrée scolaire- Culture, contre-culture.et éducation \u2014 table ronde RELATIONS avec la participation de Pierre Angers Le 26 juin 1971, l\u2019équipe de RELATIONS rencontrait Pierre Angers pour échanger avec lui sur la situation présente du Québec au plan socio-culturel et, plus précisément, au plan de l\u2019éducation.La publication du numéro de septembre coïncidant avec la rentrée scolaire, l\u2019occasion semble bonne de faire part aux lecteurs de RELATIONS des points majeurs qui ont retenu l\u2019attention des participants de cette table ronde.Le P.Pierre Angers, qui a accepté de participer à cette table ronde, est connu des lecteurs de RELATIONS; ceux-ci auront d\u2019ailleurs tôt fait de se rendre compte, en parcourant les quelques pages qui suivent, que les propos échangés se situent dans le prolongement de ceux tenus par le P.Angers, il y a un an (cf.Relations, juillet-août 1970), sur le thème « Révolution culturelle et éducation ».G.Dussault : Selon moi, il importe de noter dès le départ que ce que l\u2019on appelle généralement « la culture », quand on dit de quelqu\u2019un qu\u2019il a de la culture ou qu\u2019il n\u2019en a pas, a été élaboré au cours des siècles \u2014 des scribes de Sumer jusqu\u2019aux universités modernes \u2014 par une caste de privilégiés (ceux qui savaient lire !) dont il faut bien prendre conscience qu\u2019elle a toujours gravité autour du pouvoir .maintenu par l\u2019épée ou le napalm.Cela ne lui enlève pas tout mérite: il faut lui reconnaître, notamment, celui d\u2019avoir amené l\u2019homme d\u2019Occident à poser les problèmes en termes universels; celui, également, d\u2019avoir rendu possible une compétence technique \u2014 capacité de connaître les phénomènes et d\u2019en modifier le cours.Mais il faut reconnaître aussi ses limites: elle cons- M.Marcotte : Une certaine tradition culturelle, dans laquelle ont baigné les gens de mon âge, me paraît avoir favorisé, chez bon nombre, ce que j\u2019appellerais une double aliénation: dans le temps et dans l\u2019espace.Dans le temps, d\u2019abord, en ce sens que ce qui, souvent, intéresse et émeut l\u2019homme « cultivé », c\u2019est, plus que le présent, le passé, même le plus lointain; et aussi l\u2019avenir, dans lequel on espère vaguement voir ressurgir un certain art de vivre, assez suranné, dont le présent semble avoir perdu la recette.Dans le monde trépidant d\u2019aujourd\u2019hui, braqué sur l\u2019organisation et l\u2019efficacité, manquent ces zones de solitude, de silence, de gra- titue une culture parmi bien d\u2019autres, axée peut-être de façon trop marquée sur la maîtrise technique du monde et, surtout, trop étroitement reliée aux intérêts d\u2019un groupe particulier.De sorte qu\u2019il faut relativiser cette « culture » traditionnelle qui charrie avec elle ses idéologies, au service des intérêts souvent mesquins d\u2019une caste qui entend ne pas perdre ses privilèges.Et il me semble qu\u2019on met ici le doigt sur l\u2019une des causes majeures de l\u2019actuelle crise de l\u2019éducation chez nous: malgré la démocratisation de l\u2019école et de l\u2019université, c\u2019est-à-dire malgré l\u2019élargissement de l\u2019accessibilité des études même « supérieures », on a voulu continuer de transmettre cette culture de caste, culture étrangère aux masses populaires depuis, sans doute, le paléolithique ! tuité, de nonchalance, dont, pour s\u2019intérioriser, la vie ne peut se passer.De là, je le confesse, mon intérêt spontané pour les manifestations moins désordonnées de la « contre-culture » : il y a là, dans une critique légitime, le germe d\u2019une contestation prophétique d\u2019un monde \u2014 notre « société de consommation » \u2014 qui sacrifie l\u2019être à l\u2019avoir.Dans la mesure, croissante, où la culture de notre époque, véhiculée par les écoles, les journaux, les livres, les mass media, s\u2019ordonne prioritairement à préparer, dans les générations montantes, ou à consommer, chez les aînés, l\u2019intégration de tous à ce monde inhumain, comment ne pas se sentir en désaccord avec elle ?Il ne s\u2019agit pas de bouder le progrès des sciences et des techniques, progrès qui s\u2019inscrit dans la ligne du destin de l\u2019homme et contribue à sa libération, mais de prendre conscience que ce progrès, jusqu\u2019ici, a trop servi 1 \u2019homo faber et pas assez Yhomo sapiens.Avec le résultat que le nouveau savoir a détruit les valeurs anciennes sans réussir, dans bien des cas, à en susciter de nouvelles pour les remplacer.D\u2019où, pour le moment, l\u2019extrême confusion des pensées et des conduites, l\u2019impossibilité pratique de recréer un semblant d\u2019unanimité autour des objets les plus importants de la vie personnelle et collective, la tendance à chercher dans la médiocrité \u2014 le plus petit commun dénominateur \u2014 la solution de problèmes qui ne peuvent plus être situés dans une vision du monde partagée par le grand nombre.Dans cette optique, il m\u2019arrive de me demander si nous n\u2019assistons pas aujourd\u2019hui à une sorte de dégradation ou de dissolution de la culture occidentale à laquelle, pour être de notre temps, nous prêtons \u2014 trop libéralement peut-être \u2014\tla main.Aliénation dans l\u2019espace, également, en ce sens qu\u2019un certain type de culture \u2014\tabstraite et livresque \u2014 à laquelle nous avons eu l\u2019occasion naguère de mordre à trop belles dents, a nourri chez certains leur propension à prêter plus d\u2019attention aux idées, au style, à la beauté formelle qu\u2019aux faits, au vécu, aux personnes, à l\u2019« homme d\u2019ici»: Quebec is not where the Action is.J.Harvey : Le bouleversement culturel qu\u2019on vient de décrire m\u2019amène souvent à me poser les questions suivantes: s\u2019agit-il là d\u2019une véritable mutation culturelle ?ou d\u2019une simple décadence ou d\u2019une sorte de dislocation de la culture ancienne ?ou d\u2019un changement sociologique au niveau des « porteurs de la culture », journalistes et animateurs sociaux relayant éducateurs et médecins dans la tâche de transmission d\u2019une culture foncièrement inchangée ?ou, encore, du choc provoqué dans la conscience de l\u2019hom- Depuis les scribes de Sumer jusqu'aux universités modernes : culture et aliénation 230 RELATIONS me par la soudaine simultanéité des richesses culturelles de la planète ?On pourrait avancer la thèse, dans la ligne de cette dernière hypothèse, que l\u2019anthropologie est en voie de remplacer l\u2019histoire comme discipline régulatrice de la vie (que l\u2019on pense à l\u2019Expo \u201967) et que cela explique pour une bonne part le déséquilibre des pensées, attitudes et comportements dans une collectivité qui n\u2019a pas encore apprivoisé tant de révélations nouvelles sur l\u2019homme et qui n\u2019a pas eu le temps d\u2019accoutumer les regards et les cœurs au déploiement simultané de semblable variété.Technologie vs humanisme?M.Marcotte : Me frappe surtout, quant à moi, le fait que l\u2019école soit orientée trop exclusivement vers la maîtrise technologique de l\u2019univers et l\u2019acquisition, à cette fin, d\u2019un savoir utile, sans grand souci de la signification humaine de cette maîtrise technologique.Ce n\u2019est pas pour rien que le mouvement hippie a dû tenter d\u2019élaborer une nouvelle sagesse ou un nouvel art de vivre, en marge du savoir organisé et de la culture officielle: l\u2019homme ne vit pas seulement de pain.Il suffit de se référer, par exemple, à la chanson contemporaine pour percevoir l\u2019ampleur \u2014 le caractère universel \u2014 de cette protestation.P.Angers : Il n\u2019est pas facile d\u2019analyser une réalité vivante aussi complexe et mouvante que celle de la « révolution culturelle » avec des schèmes qui sachent la respecter et qui se refusent à la réduire à tel ou tel de ses aspects.Il me semble important de distinguer ici entre la technologie elle-même et l\u2019usage qui en est fait, en fonction d\u2019intérêts particuliers qui peuvent être fort mesquins, par les tenants du pouvoir \u2014 économique, politique ou autre.Car c\u2019est le « pouvoir » qui, dans notre monde technologique, amène à sacrifier l\u2019être à l\u2019avoir dans la poursuite de finalités trop étroitement liées à certains intérêts.Et une autre distinction m\u2019apparaît dès lors importante: le pouvoir, à bien des égards, est aux USA et non au Québec, de sorte que, à ce niveau de l\u2019avoir dont on a parlé, Quebec is not where the Action is, d\u2019accord; mais, au plan de l\u2019être, le Québec vit présentement, selon moi, une expérience de découverte de soi qui le situe where the Action is \u2014 et il s\u2019agit ici d\u2019une action fort importante.Le phénomène mériterait d\u2019être analysé plus rigoureusement que je ne puis le faire ici.Je me contenterai d\u2019évoquer quelques-unes de ses manifestations: a) la « conscientisation » et la communauté vécues dans l\u2019une des régions du Lac Saint-Jean grâce à l\u2019expérience \u2014 qui se poursuit \u2014 de la TV communautaire; b) la prise en charge de leurs SEPTEMBRE 1971 intérêts et de leurs problèmes par certains groupes de citoyens de Sainte-Scholastique et d\u2019ailleurs \u2014 prise en charge qui, en certains cas, a forcé les gouvernements (le pouvoir, donc) à « reculer »; c) la fête populaire inventée \u2014 et non planifiée en haut lieu \u2014 de la dernière Saint-Jean, dans le Vieux-Montréal \u2014 fête dont le gouvernement (pouvoir) municipal et les forces policières avaient comme pressenti la force redoutable; d) certaines expérimentations faites, notamment à Trois-Rivières, par des éducateurs soucieux d\u2019attention aux personnes et à leur dynamisme de créativité \u2014 avec ce que cela implique comme prise de conscience au niveau de l\u2019être et comme volonté d\u2019être; e) la permanence, chez nous, de ce que j\u2019appellerais un artisanat spontané et qui s\u2019avère étonnamment créateur (nous sommes tous, en un sens, des artisans et chaque famille québécoise a ses recettes de bonne cuisine raffinée ! ).On pourrait allonger indéfiniment la liste de ces manifestations innombrables de créativité: une source semble jaillir du sol, irrépressible.Pour exprimer la chose autrement: on ne nous a jamais « eus » complètement, on n\u2019a jamais réussi à nous éteindre.Il m\u2019apparaîtrait important que RELATIONS entreprenne un jour d\u2019analyser cette prise de conscience, au niveau de l\u2019être, présentement en cours au Québec.Le mouvement, me semble-t-il, touche moins les milieux des « élites traditionnelles » que les milieux populaires, ceux où l\u2019on n\u2019a rien à perdre et tout à gagner \u2014 car il faut bien reconnaître que la défense inavouée de certains intérêts paralyse la créativité ou l\u2019inventivité dans la classe dite bourgeoise, à laquelle nous appartenons.Je le répète: on ne nous a jamais « eus » totalement, malgré la force de contrôle social d\u2019une école qui fait main basse sur les enfants dès l\u2019âge de six ans .M.Marcotte : Je reconnais bien volontiers, et avec joie, la présence dans notre milieu québécois de toutes ces relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, des études sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tFamille \u2022\tQuestions nationales et constitutionnelles \u2022\tPolitique internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tTravail et problèmes économiques \u2022\tAffaires sociales \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.Périodiquement, RELATIONS publie des dossiers plus élaborés ou même des numéros spéciaux.Mentionnons, au cours de 1970 et 1971 : \u2022\tQuébec 1960-1970 \u2014 bilan et prospective (décembre 1969) \u2022\tLe bill 62 et la confessionnalité de l\u2019école (février 1970) \u2022\tL\u2019animation sociale (mai 1970) \u2022\tLa révolution culturelle et l\u2019éducation (juillet-août 1970) \u2022\tLa sécularisation de la société québécoise (série d\u2019articles parus dans divers numéros) \u2022\tLa politique québécoise avant et après avril 1970 (articles parus dans trois numéros) \u2022\tLe mariage et le divorce (décembre 1970) \u2022\tLa technologie au service de l\u2019éducation : le Projet Multi-Média (février 1971) \u2022\tLa justice au Québec \u2014 un défi à relever (avril 1971) \u2022\tL\u2019université moderne : milieu d\u2019acculturation ou centre de contestation ?(juillet-août 1971) Plusieurs de ces dossiers sont utilisés par les professeurs et les étudiants pour la préparation de séminaires et de travaux de recherche.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750 Formule d\u2019abonnement au verso pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.231 manifestations de créativité que vous venez d\u2019évoquer.Mais il me semble que cette créativité est menacée d\u2019être étouffée par les nécessités de l\u2019existence (il faut gagner sa vie !) et par l\u2019invasion \u2014 visible surtout, peut-être, à Montréal \u2014 d\u2019impératifs étrangers aux exigences des personnes d\u2019ici et de la collectivité d\u2019ici: les pouvoirs (l\u2019Etat et l\u2019Industrie) commandent aujourd\u2019hui les savoirs d\u2019avant-garde et dominent ainsi l\u2019évolution culturelle québécoise comme de l\u2019extérieur.P.Angers : L\u2019entreprise d\u2019étouffement qui vient d\u2019être évoquée n\u2019est pas caractéristique de l\u2019expérience québécoise: il suffit de voir comment, aux USA, les détenteurs du pouvoir traitent les noirs, la presse, toutes les forces qui peuvent les mettre en question.Je demeure, quant à moi, convaincu que la créativité libérée sera la plus forte.Mais aussi qu\u2019il nous faudra entrer résolument, comme collectivité, dans l\u2019ère technologique \u2014 ce qui est loin d\u2019être accompli.J.Harvey : Dans le contexte global de la présente discussion, je me pose, à propos de l\u2019école, certaines questions jaillies de constatations d\u2019ordres assez divers.1.\tL\u2019empire romain avait mis au point ce que l\u2019on peut appeler une formule d\u2019esclavage sélectif : on préparait et spécialisait de bons esclaves, qui seraient utiles à la collectivité \u2014 scribes, médecins, poètes, etc., laissant pour compte les « autres », les « inutiles ».L\u2019école ne remplit-elle pas aujourd\u2019hui, au service de notre société, une fonction analogue de sélection et de préparation d\u2019esclaves spécialisés ?N\u2019exploite-t-on pas l\u2019école, jusqu\u2019à un certain point, comme un vaste marché d\u2019esclaves ?2.\tLes « inutiles » ou les « laissés pour compte » \u2014 l\u2019empire romain a expérimenté cela aussi \u2014 ne sont pas sans causer de sérieux problèmes dans une société: leur insatisfaction devient vite source d\u2019inquiétude pour ceux qui tiennent à l\u2019efficacité du fonctionnement social.Aussi importe-t-il de « récupérer » les marginaux.Mais vers quelle sorte de « récupération » de la jeunesse (marginale) sont orientées les opérations des pouvoirs ou des gouvernements (et notamment du gouvernement fédéral) dans le monde des étudiants et des jeunes en général \u2014 voyages organisés, auberges de la jeu- R.Champagne : On est souvent enclin à s\u2019attrister de la disparition progressive d\u2019une certaine culture: une culture savante, aristocratique, axée fondamentalement sur ce que j\u2019appellerai l\u2019humanisme littéraire.Mais il m\u2019apparaît que les diverses manifestations de créativité évoquées témoignent de la permanence, chez nous, de ce qu\u2019on pourrait appeler une culture sauvage, moins raffinée peut-être et certes moins savante que celle à laquelle nous étions habitués, mais profondément enracinée \u2014 les discours et comportements des jeunes en témoignent abondamment \u2014 dans de riches valeurs existentielles.Par ailleurs, il me semble que nous assistons avec quelque impatience au lent avènement d\u2019une nouvelle culture technologique ou d\u2019un nouvel humanisme technologique, qui sera une nouvelle sagesse informée à la fois par les valeurs préservées dans ce que j\u2019appelais la culture sauvage et par la maîtrise technologique rendue possible par le progrès scientifique.nesse subventionnées, échanges culturels favorisés, travail étudiant facilité par les programmes de Perspective-Jeunesse, etc.?S\u2019agit-il d\u2019une récupération de crainte ou d\u2019une récupération d\u2019amour ?Cherche-t-elle l\u2019étouffement des contestations même légitimes ?ou vise-t-elle à permettre l\u2019expression mieux articulée et plus constructive de ces contestations ?3.\tDes esclaves n\u2019ont guère besoin d\u2019apprendre à parler et il serait même périlleux pour un régime fondé sur l\u2019esclavage de permettre la maîtrise de cet instrument de conscience et d\u2019action autonome qu\u2019est le langage.Quel rôle l\u2019école joue-t-elle à ce niveau ?Est-il exact, comme le donnent à entendre bon nombre de professeurs, que l\u2019enseignement du français est devenu fort difficile à Montréal et qu\u2019on y assiste à un délabrement progressif du langage ?P.Angers : Les questions posées reflètent une perception de la réalité socio-culturelle du Québec et, plus précisément, de la réalité de l\u2019école qui m\u2019apparaît juste.Je me contenterai d\u2019apporter ici quelques considérations complémentaires : 1.Il faudrait reconsidérer le lien trop étroit, à mon avis, que l\u2019on a en quelque sorte institutionnalisé entre les enseignements des programmes de formation professionnelle et tel ou tel L'école et la culture des esclaves 232 RELATIONS emploi: il ne me semble pas que l\u2019hyperspécialisation soit particulièrement indiquée à une époque où les mutations sont à la fois si nombreuses et si rapides dans les divers champs de l\u2019industrie, des services et des autres entreprises humaines, si l\u2019on ne veut pas prendre le risque de préparer directement quelqu\u2019un à un emploi qui, dès sa sortie de l\u2019école, n\u2019existera peut-être plus ou sera du moins profondément transformé.Au rythme où les machines remplacent l\u2019homme aujourd\u2019hui, pour bien des tâches, il me semble important d\u2019assurer une plurivalence minimale de toute formation professionnelle.De plus, je crois que la question des modalités d\u2019apprentissage serait à réétudier: il n\u2019est pas sûr du tout que l\u2019école soit le meilleur lieu d\u2019apprentissage concret et direct de telle tâche ou de tel métier.La complémentarité école/travail pourrait être mise davantage à profit aux divers niveaux des programmes d\u2019enseignement, des horaires, des lieux d\u2019enseignement et d\u2019apprentissage proprement dit, etc.Il faudrait que l\u2019on puisse entrer à l\u2019école et en sortir selon ses besoins, avec grande souplesse et sans souci excessif des programmes trop structurés et des « crédits ».Une approche très empirique et même pragmatique aiderait ici grandement à redéfinir l\u2019école et son rôle.2.Une autre question qui mériterait d\u2019être examinée avec beaucoup d\u2019attention est celle des apprentissages clandestins faits à l\u2019école.On apprend, à l\u2019école, la lecture et l\u2019écriture, les mathématiques, la physique et la chimie, etc.\u2014 et bien d\u2019autres choses aussi qui demeurent le plus souvent au niveau de l\u2019implicite, comme la soumission.En apprenant à lire, par exemple, on peut apprendre l\u2019autonomie ou la soumission passive: tout dépend de l\u2019esprit qui préside à l\u2019apprentissage de la lecture et des attitudes éducatives qui en découleront tant chez les maîtres que chez les élèves ou étudiants (et qui influenceront à leur tour les programmes, les méthodes, l\u2019environnement éducatif, etc.).Apprendre à lire, ce peut être apprendre à entrer par soi-même dans l\u2019univers très riche que constitue notre héritage culturel et dans l\u2019immense réseau de relations établi par les journaux et les autres média.Semblablement, apprendre à parler, ce peut être apprendre à utiliser et à maîtriser progressivement cet instrument de connaissance de soi, de conscience et d\u2019expression qu\u2019est le langage \u2014 instrument qui permettra à l\u2019ouvrier de se tenir debout devant son patron parce qu\u2019il aura quelque chose SEPTEMBRE 1971 à lui dire qui vaut d\u2019être entendu.Mais apprendre à lire ou à parler, ce peut être aussi apprendre à répéter des \u201cphrases-types\u201d qui n\u2019expriment rien ni personne et qui ne sont là que pour refléter des « lois » (grammaticales) qui paraissent arbitraires et auxquelles il faut néanmoins se soumettre.Quels apprentissages clandestins ou « seconds » l\u2019école entend-elle favoriser ?Quelle sorte d\u2019hommes entend-elle former ?des esclaves ?des hommes libres et progressivement plus autonomes ?Une redéfinition du rôle de l\u2019école, à ce niveau infiniment plus important que celui des structures administratives, des programmes et des méthodes même, puisqu\u2019il touche à ce qui constitue l\u2019essence de l\u2019activité éducative, devrait amener une véritable révolution de l\u2019école \u2014 révolution qui aurait ses effets aux autres niveaux, celui des programmes, celui des méthodes, etc.3.Et ces considérations sur l\u2019apprentissage de la parole comme instrument de conscience et de liberté m\u2019amènent à parler plus explicitement de la troisième question posée et qui avait trait au délabrement de la langue et aux difficultés de l\u2019enseignement du français dans la région montréalaise.Il me semble normal qu\u2019on n\u2019ait pas le goût ni le désir de parler lorsqu\u2019on n\u2019a rien à dire; et il me semble fatal qu\u2019on n\u2019ait rien à dire quand on vit dans un milieu opprimant.De sorte que l\u2019apprentissage de la langue m\u2019apparaît impossible dans un contexte scolaire de type mécaniste comme celui qui prévaut actuellement; il ne me semble possible que dans un contexte scolaire fondé sur une conception organique de l\u2019éducation \u2014 selon que je l\u2019explicitais l\u2019an dernier dans l\u2019interview publiée dans Relations (juillet-août 1970).G.Bourgeault : Il faut d\u2019ailleurs reconnaître que nous sommes issus d\u2019un peuple de muets.Et cela tient, me semble-t-il, à la situation socio-politique dans laquelle a vécu et continue de vivre la collectivité québécoise: l\u2019acte de la parole est un acte d\u2019homme libre, maître de lui et désireux d\u2019entrer en relation avec quelqu\u2019un d\u2019autre pour partager quelque chose avec lui.Or l\u2019homme québécois n\u2019a guère expérimenté cette maîtrise \u2014 à tous les plans: socio-culturel, économique, politique, religieux \u2014 qui serait source de confiance en soi et de fierté et qui pourrait donner naissance à la parole.Le film de Dansereau, Faut aller parmi l\u2019monde pour le savoir, fait entendre des discours étonnamment corrects et fortement articulés: ils sont tenus par des Québécois qui, avec d\u2019autres, ont commencé de prendre en mains, pour les redresser, des situations dont ils ont été longtemps victimes, qui ont ainsi réappris la fierté.et qui ont comme retrouvé la parole \u2014 une parole qui coule de source.Y.Vaillancourt : De sorte que l\u2019action, en un sens, est le lieu du langage: c\u2019est l\u2019action qui provoque le choc libérateur de la parole.M.Marcotte : C\u2019est dire que, par une sorte de mouvement dialectique, la libération de l\u2019homme favorise la libération de la parole, laquelle, à son tour, contribue à la libération de l\u2019homme.Y.Vaillancourt : Selon un processus qui est déjà amorcé.Les prisonniers, d\u2019aveugles qu\u2019ils étaient, sont devenus conscients.De l\u2019esclavage à la liberté, le chemin sera certes long et la frustration sera longue encore avant que la prise en charge de soi-même ou l\u2019acquisition d\u2019un pouvoir réel soient des réalités vécues par des hommes libres; mais la conscientisation a déjà commencé de libérer l\u2019homme et sa parole, et elle est promesse de liberté.7 G.Dussault : Il demeure, en dépit de tous les beaux rêves, que l\u2019école, en fait, est utilisée par les tenants du pouvoir à divers niveaux ou dans divers ordres et que, à partir de préoccupations d\u2019ordre proprement culturel, on est amené à poser la question du pouvoir.Or nous vivons dans un monde militarisé (pensons aux budgets nationaux consacrés à la « défense » ou à la guerre ! ) et c\u2019est le Pentagone, par exemple, qui subventionne le plus abondamment, aux USA, la recherche en psychologie ! Ce qui relève de la libre créativité est sans doute toléré, dans notre monde: on peut toujours causer, ou chanter, ou tisser sa catalogne .Mais il faut que toutes ces activités, pour n\u2019être pas entravées par les pouvoirs, s\u2019exercent dans la zone du « pas sérieux », en marge de l\u2019important, en marge surtout de ce qui pourrait orienter la réalité socio-politique de la collectivité.J.Harvey : De sorte, par exemple, que Gilles Vigneault peut chanter bien librement, mais que sa chanson ne deviendra « efficace » que lorsque, comme collectivité, nous aurons réussi à 233 lier et articuler étroitement \u2014 comme semblent l\u2019avoir assez bien fait les Suédois \u2014 ce que nous pourrions appeler les sources vives qui alimentent notre artisanat et une réelle capacité technologique.G.Bourgeault : Il me semble que cette articulation souhaitée entre \u2022 le jaillissement d\u2019une certaine créativité spontanée et un réel pouvoir technologique et politique est déjà amorcée et que, pour illustrer la thèse ici avancée, le phénomène Gilles Vigneault n\u2019est pas sans rapports avec l\u2019entreprise de la Manie et l\u2019expérience PQ.Nos meilleures réussites étaient encore, il n\u2019y a pas si longtemps, au plan économique, les autoneiges Bombardier et, au plan politique, la révolution tranquille d\u2019une « équipe du tonnerre » cherchant à faire oublier Maurice Duplessis sans trop y réussir.Et voilà que, soudaine- ment, la chanson a surgi chez nous et que Gilles Vigneault, avec d\u2019autres, a donné aux Québécois ce que j\u2019appellerais volontiers un lieu de définition qui pourrait leur être à la fois source et tremplin pour une prise en charge d\u2019eux-mêmes à tous les niveaux.C\u2019est cela qui m\u2019apparaît profondément sérieux \u2014 et pas marginal du tout \u2014 dans le jaillissement d\u2019une créativité collective en voie de se libérer.P.Angers : L\u2019essor rapide de la chanson québécoise et sa vigueur me paraissent, à moi aussi, révéler la richesse du sol où elle se trouve enracinée.Et c\u2019est pourquoi la chanson m\u2019apparaît porteuse d\u2019avenir.Sans doute la liberté est-elle toujours une force fragile; et pourtant ! Pourtant, les milliards du Pentagone et toute sa puissance militaire déployée n\u2019ont pas réussi à réduire la noblesse nationale du Vietnamien .L\u2019intrusion des pouvoirs vs la nécessaire liberté de l\u2019espace éducatif J\u2019ajouterai cependant qu\u2019il faut tout mettre en œuvre pour écarter les pouvoirs \u2014 et surtout les conflits de pouvoir \u2014 du champ éducatif.Car l\u2019éducation ne peut s\u2019accomplir vraiment que lorsque le champ est vraiment libre pour l\u2019interaction des personnes, interaction qui ne doit pas être paralysée ou entravée par l\u2019intervention des pouvoirs.Or il m\u2019apparaît que tel n\u2019est pas toujours le cas chez nous ! et que bien des luttes qui opposent, par exemple, le ministère de l\u2019Education et les commissions scolaires, ou le groupe des « parents catholiques » et d\u2019autres associations, sont des luttes de pouvoir et non des entreprises d\u2019élucidation et de structuration orientées au développement des personnes.L\u2019espace éducatif doit être structuré, c\u2019est trop évident, et la permissivité pure et simple n\u2019a pas donné et ne saurait donner de meilleurs résultats que l\u2019oppression systématique; mais il doit être structuré par des finalités proprement éducatives dont l\u2019obtention est impossible sans un respect positif et entier de la liberté.Dans l\u2019espace éducatif structuré, il y a place pour l\u2019exercice d\u2019expertises orientés vers l\u2019obtention des fins poursuivies; il n\u2019y a pas de place pour l\u2019intrusion du pouvoir et des influences étrangères.J.Harvey : Considérez-vous comme apparentées à une intrusion de ce type certaines formes de politisation/endoctrinement exercées dans les écoles ou certaines utilisations qu\u2019on y a faites du petit manuel de Léandre Bergeron, par exemple, et qui ont fait dire par je ne sais trop qui que l\u2019endocrinement politique avait remplacé, à l\u2019école, l\u2019ancienne catéchèse ?P.Angers : Oui, dans la mesure où semblables interventions ont été faites sur le mode de l\u2019endoctrinement.Car l\u2019endoctrinement est une tentation constante de l\u2019école \u2014 et ce sera sans doute un piège dans la mise en œuvre de Multi-Média, je le signale en dépit du fait que je sois profondément d\u2019accord avec la philosophie qui a inspiré le projet, \u2014 qui croit plus facile de faire entrer dans la tête d\u2019un autre des convictions préfabriquées ou de conditionner à des attitudes et comportements préajustés, que d\u2019aider à mieux voir, à analyser, à comprendre pour, finalement, amener l\u2019autre à agir de façon autonome \u2014 et donc, c\u2019est possible dès le départ et c\u2019est le « risque » pris, de façon différente de celle que l\u2019on voudrait.J.Harvey : De sorte que, selon vous, la véritable « tradition » dont l\u2019éducateur a la responsabilité est celle de la liberté.P.Angers : Oui.Et, simultanément, l\u2019apprentissage des instruments nécessaires ou utiles à l\u2019exercice de cette liberté dans la société.Culture, école.et « société juste » I.Desrochers : Votre dernière observation m\u2019amène à exprimer certaines préoccupations qui sont aussi pour moi, en partie, des inquiétudes.Il me semble qu\u2019une lacune fréquente de la « culture » de certaines élites vient de ce que les exigences sociales \u2014 au sens le plus large du terme \u2014 lui sont étrangères.Pour moi, cette culture dite « bourgeoise » est une fausse culture \u2014 et dangereuse \u2014 précisément parce qu\u2019elle ne se soucie pas vraiment, de façon efficace, du chômage, de la guerre, de la famine, etc.; elle cherche à endormir la conscience sociale, à la distraire.A cet égard, on a eu raison de la considérer comme un « opium du peuple » auquel on donne, à l\u2019occasion et par miettes, du pain, des jeux, un peu de théâtre et de musique .La vraie culture est celle qui ouvre à la prise de conscience des problèmes sociaux (chômage, guerre, etc.) et qui sait susciter le dynamisme créateur et l\u2019engagement tenace dans une utilisation de la technologie éclairée par les apports complémentaires des diverses sciences sociales (dont l\u2019économique !).La vraie culture est celle qui, poussant à l\u2019action, suscite l\u2019animation sociale et l\u2019organisation politique.Elle est ce qui permet à l\u2019homme de se libérer des esclavages du chômage, de la faim, de la misère, de l\u2019impuissance.Comment l\u2019école peut-elle faire accéder à cette vraie culture, qui apparaît intrinsèquement liée à la liberté et orientée vers elle, en respectant la liberté, sans endoctriner parce que ce serait menacer précisément cette liberté que l\u2019on entend servir ?Question difficile .et tâche plus difficile encore.Le pain des pauvres est plus important que la musique et la poésie de l\u2019homme « cultivé » ; la maîtrise d\u2019instruments efficaces pour l\u2019obtention de ce pain est plus importante encore pour l\u2019homme que le pain lui-même, qui, autrement, peut venir à manquer; la liberté est plus importante encore pour l\u2019homme que la maîtrise technologique.Car l\u2019homme peut tolérer la faim \u2014 même, en ce sens, insupportable; il ne peut accepter que lui soit enlevée la liberté, qui est possibilité pour se le procurer.De cela surtout, l\u2019école et les éducateurs doivent être conscients, dans leur tâche de « promotion culturelle»; je remercie le P.Angers de nous l\u2019avoir vigoureusement rappelé.234 RELATIONS Supposons qu\u2019aux prochaines élections le Parti québécois soit porté au pouvoir à l\u2019unanimité du vote populaire, qu\u2019ensuite les négociations avec Ottawa traînent en longueur jusqu\u2019à ce que le gouvernement fédéral « sauve l\u2019unité de la nation » en faisant appel à l\u2019armée .Prudence ou complicité?\u2014 la crise pakistanaise et l\u2019attitude du gouvernement canadien -Albert Beaudry *- Le Bengale libre En décembre dernier, lors des premières élections vraiment démocratiques tenues au Pakistan depuis la formation du pays en 1947, la Ligue Awa-mi (le parti nationaliste bengali dirigé par le cheik Mujibur Rahman) remportait 167 des 169 sièges attribués au Pakistan oriental, et la majorité absolue au parlement fédéral (310 sièges).Son programme: non pas la sécession, mais la création d\u2019un état autonome du Bengale au sein de la Fédération pakistanaise.Pourtant, après l\u2019euphorie de la victoire, c\u2019est l\u2019échec des discussions entre le chef de l\u2019état pakistanais, Yahya Khan, et les nouveaux élus qui provoque la mutinerie des éléments extrémistes de la Ligue, l\u2019intervention de l\u2019armée pakistanaise et la déclaration de l\u2019indépendance du Bengla Desh par Mujibur Rahman (26 mars).Depuis, la guerre civile fait rage, plus meurtrière encore que le raz-de-marée qui, en novembre, faisait 200,000 victimes.Si la Ligue Awami est parvenue à rallier l\u2019opinion publique bengali, c\u2019est que les habitants du Pakistan oriental ont l\u2019impression d\u2019être exploités par leurs « compatriotes » de l\u2019ouest.Jugez vous-mêmes: \u2022\tle revenu moyen est cinq fois plus élevé au Pakistan occidental; \u2022\tpourtant, c\u2019est le jute, cultivé au Pakistan oriental (70% de la production mondiale), qui forme la * Nouveau membre du comité de rédaction.principale source des revenus de l\u2019ensemble du pays; \u2022\tainsi, pour l\u2019année 1969-70, le Pakistan oriental a fourni 50% des exportations du pays, mais n\u2019a touché que 30% des importations; \u2022\t80% des familles rurales bengalis possèdent moins de 3 acres, mais 22 grandes familles du Pakistan occidental contrôlent 80% des actifs bancaires et 70% des assurances; \u2022\tl\u2019ouest est moins peuplé, plus industrialisé et pourvu d\u2019un meilleur système routier, et cependant la majeure partie de l\u2019aide au développement et des projets gouvernementaux restent au Pakistan occidental; \u2022\tenfin, est-il besoin de rappeler le peu d\u2019empressement de l\u2019administration centrale à acheminer les secours vers le Bengale sinistré, lors du cataclysme de l\u2019automne dernier ?Le PAKISTAN formé de territoires autrefois intégrés à l\u2019Empire des Indes, indépendant depuis 1947, est l\u2019état musulman (capitale: Islamabad) le plus important en étendue et en population.Le pays comprend deux provinces, séparées par plus de 1,000 milles de territoire indien: capitale: superficie: population: langues: religions: Le BENGALE La plaine formée par les vallées du Gange et du Brahmapoutre et leurs deltas est habitée par 117,000,000 de Bengalis, héritiers de l\u2019une des cultures les plus riches de l\u2019Asie (le poète Rabindranath Tagore appartient à la littérature bengali).Au moment de la création de l\u2019état pakistanais, on a divisé le Bengale entre l\u2019Inde et le Pakistan en fonction de la religion de ses habitants.\u2022\tLe Bengale occidental (capitale: Calcutta) est un état de la Fédération indienne; il regroupe 42,000,000 de Bengalis, en majorité hindous.\u2022\tLe Bengale oriental correspond à la province du Pakistan oriental: pour la Ligue Awami, c\u2019est maintenant le Bengla Desh.le Pakistan occidental Lahore 310,000 mi.ca.50,000,000 h.(Pendjabis, Pathans, Sindhis, Baloutches) l\u2019ourdou musulmane (98%) le Pakistan oriental Dacca 55,000 mi.ca.75,000,000 h.(Bengalis) le bengali musulmane (82%) et hindoue (14%) SEPTEMBRE 1971 235 Un conflit international ?La réaction violente du gouvernement central et de l\u2019armée (90% de Pendjabis, à peine 1% des officiers sont bengalis) a, du reste, confirmé le bien-fondé des revendications de la Ligue; la dictature d\u2019Islamabad a tenté de déguiser en « guerre sainte » son intervention brutale à l\u2019est: la révolte des Bengalis s\u2019expliquerait tout simplement par la corruption de la population musulmane sous l\u2019influence de la minorité hindoue ! L\u2019armée a donc entrepris d\u2019« islamiser » le Pakistan oriental.L\u2019islamisation n\u2019est, en fait, qu\u2019une colonisation par la terreur et une vaste tentative pour acheter les Bengalis musulmans en utilisant comme appât les biens des Bengalis de religion hindoue.La population affolée n\u2019a d\u2019autre recours que l\u2019exil.Depuis le début d\u2019avril, plus de huit millions de Pakistanais ont quitté leur pays pour chercher refuge en territoire indien: troupeau terrifié, cortège interminable, c\u2019est au rythme de 30 à 40,000 chaque jour qu\u2019ils traversent la frontière.Et on parle de mousson, on nous dit que les pluies saisonnières emportent les installations de secours, détruisent les services sanitaires et accroissent les risques d\u2019épidémie dans une population déjà affaiblie par la faim et la maladie.Mais les images que nous transmettent la télévision et les grands magazines réussissent mal à nous faire saisir l\u2019ampleur d\u2019un tel mouvement de population et ses conséquences; car la misère des réfugiés et l\u2019effort international entrepris pour la soulager ne constituent encore qu\u2019une partie du problème: le plus grand nombre de ces malheureux s\u2019est dirigé vers l\u2019état du Bengale occidental et sa capitale, Calcutta, de sorte que cette mégapole de quelque sept millions d\u2019habitants a vu se former à sa périphérie une ceinture de camps regroupant cinq millions de personnes.Il ne faudrait pas croire que la formation d\u2019un Haut-commissariat pour les réfugiés et l\u2019intervention de l\u2019Organisation mondiale de la santé ont complètement libéré le gouvernement indien de toute charge financière.On estime, au contraire, qu\u2019il en coûte à l\u2019Inde jusqu\u2019à un million de dollars par jour pour héberger les fugitifs: ce sont les plans de développement et les fonds de réserve en cas de famine qui disparaissent ainsi.En dépit de ces sommes, le problème de l\u2019acheminement et de la distribution des secours reste aigu: des témoins nous assurent qu\u2019il y a toujours pénurie de vivres et de médicaments dans les camps; le personnel médical doit parfois voler les remèdes qui lui sont indispensables .Et la bolée de riz (300 gr.) que l\u2019on distribue quotidiennement à ces millions d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants ne résout pas leur condition aliénante: on sait quelle situation impossible ont engendrée les camps de Palestine.Pour une économie fragile comme l\u2019est celle de l\u2019Inde, le poids est trop lourd.Faut-il s\u2019étonner, alors, de voir monter l\u2019agressivité des masses et la nervosité du gouvernement ?Au Bengale occidental, la crainte de voir leur emploi menacé pousse les plus défavorisés à manifester leur hostilité aux nouveaux venus; quant aux autorités, la perspective de difficultés économiques accrues et de graves conflits sociaux leur fait prêter l\u2019oreille aux spécialistes militaires qui répètent qu\u2019une guerre contre le Pakistan (comme celle de 1965) coûterait moins cher à l\u2019état que l\u2019entretien des réfugiés pendant six mois.Jusqu\u2019à présent le gouvernement de Madame Gandhi n\u2019a pas reconnu officiellement la sécession du Bengale oriental, et l\u2019accord signé conjointement par les ministres des affaires extérieures de l\u2019Inde et de l\u2019U.R.S.S.insiste sur l\u2019urgence d\u2019une solution politique (== diplomatique) à la crise pakistanaise.Toutefois, parce qu\u2019elles empêchent le rapatriement des réfugiés, la poursuite de ce qui est devenu une véritable guérilla sur la territoire du Pakistan oriental, les escarmouches répétées à la frontière indo-pakistanaise, et l\u2019annonce par le gouvernement d\u2019Islamabad du procès de Mujibur Rahman continuent de faire monter la tension entre les deux pays.Aussi longtemps que le gouvernement pakistanais s\u2019obstinera à imposer l\u2019ordre par la terreur et refusera de parlementer avec le représentant élu du peuple bengali, la menace d\u2019un conflit international, envenimé par la rivalité sino-russe, continuera de planer sur le sous-continent indien.M.Sharp et la fierté nationale Lorsqu\u2019un conflit intérieur risque d\u2019engendrer un affrontement international, il cesse d\u2019être de « juridiction interne » pour concerner toutes les nations soucieuses de préserver la paix; lorsqu\u2019on bafoue l\u2019expression de la volonté populaire et qu\u2019on recourt à la violence pour réduire un peuple au silence, un gouvernement démocratique ne peut demeurer indifférent, et quand la répression dégénère en massacre, au point que certains observateurs ont pu parler de génocide, la prudence devient suspecte.Bien sûr, aucun pays n\u2019a à décerner de certificats de bonne conduite politique, et l\u2019on comprend que certaines expériences malheureuses au Congo et au Viêt-Nam incitent le ministère des affaires étrangères à refuser pour le Canada le rôle d\u2019« homme-à-tout-faire international ».Mais, dans les circonstances, il serait plus que normal que M.Sharp donne suite aux principes énoncés dans le livre blanc qu\u2019il présentait à la Chambre, l\u2019an dernier : La politique étrangère la plus appropriée dans l\u2019avenir en sera une.qui donne aux Canadiens la fierté et le respect de leur personnalité nationale, des valeurs que leurs pays défend, du sens des responsabilités nationales qui sont les leurs, et de la qualité de la vie au Canada.1 Or, sur le plan strictement politique, mis à part les secours financiers et matériels que le public et le gouvernement ont fournis, qu\u2019a fait le gouvernement canadien à propos du Pakistan ?\u2022 Il a bien imposé un embargo sur toutes les expéditions d\u2019armements à destination du Pakistan; et pourtant, n\u2019eût été la vigilance d\u2019un comité d\u2019appui au Bengla Desh et la pression de l\u2019opinion publique, le « Padna » aurait sans doute quitté le port de Montréal 1.Politique étrangère au service des Canadiens, Ottawa, 1970, p.34.236 RELATIONS =Oecuménisme=\t-\t.\u2014\t-\t= Unité de l\u2019Église et unité de l\u2019humanité \u2014 compte rendu de la réunion de « Foi et Constitution », à Louvain avec sa cargaison de matériel militaire.Curieuse façon d\u2019appliquer un embargo ! \u2022\tLe 16 juin dernier, pressé par l\u2019opposition, le ministre des affaires étrangères devait reconnaître que, à la suite des accusations de génocide portées contre le Pakistan, le Canada n\u2019avait entrepris aucune démarche officielle auprès des Nations-Unies ou du gouvernement pakistanais.Mais, comme pour compenser la passivité du gouvernement canadien, il ajoutait que la meilleure solution serait « bien entendu, qu\u2019on accorde aux gens qui ont été élus aux récentes élections au Pakistan la responsabilité de gouverner ce pays, en particulier le Pakistan oriental » 2.Excellent principe, que le premier ministre devait néanmoins oublier quelques semaines plus tard: \u2022\ten effet, quand Islamabad eut fait savoir que le cheik Mujibur Rahman serait jugé à huis clos devant un tribunal militaire, M.Trudeau fit appel à la générosité et à l\u2019humanité de Yahya Khan: c\u2019est qu\u2019il faut beaucoup de générosité pour acquitter « Mujib » du « crime d\u2019avoir remporté les élections au Bengale oriental » (sén.Edward Kennedy) ! \u2022\tAu début de juiii, trois députés fédéraux, MM.Brewin (NPD) et Macquar-rie (PC), qui sont les porte-parole officiels de leurs partis sur les questions internationales, et M.Georges Lachance (L), vice-président du comité permanent de la Chambre sur les affaires extérieures et la défense nationale, proposaient de se rendre sur place pour visiter les camps de réfugiés et prendre contact avec les personnalités politiques des deux pays impliqués dans la crise.Contrairement aux recommandations des trois députés, qui invoquaient l\u2019exemple britannique, le gouvernement canadien a refusé de défrayer leur voyage, de sorte que ce sont les gouvernements de l\u2019Inde et du Pakistan qui ont dû « inviter » à leurs frais les trois parlementaires ! \u2022\tMais surtout, aucune pression économique n\u2019a été exercée par le Canada, soit directement, soit par l\u2019intermédiaire de la Banque mondiale de développement, pour contraindre le gouvernement pakistanais à mettre un terme à ses « opérations de police » au Bengale.Jusqu\u2019à présent, M.Sharp, il n\u2019y a vraiment pas de quoi être fier ! Enfin ! la session reprend le 7 septembre .\t\u2014\u2014 2.Débats de la Chambre des communes, le 16 juin 1971: 6775.par Gérard Vallée * La réunion plénière régulière de la Commission de « Foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Eglises, qui s\u2019est tenue à Louvain (Belgique) du 2 au 13 août, fut le lieu de plusieurs « primeurs ».Pour la première fois, des théologiens catholiques participaient, comme membres de la Commission, à une réunion de cette aile théologique du Conseil œcuménique; le fait que la réunion se tint non seulement à Louvain, centre connu pour sa tradition académique catholique, mais, plus encore, dans les murs du collège des Jésuites de Louvain-Héverlee, rappelait à ceux qui auraient pu l\u2019oublier la présence catholique.C\u2019est le cardinal Suenens qui prononça l\u2019allocution d\u2019ouverture.C\u2019était \u2014 seconde « primeur » \u2014 la première réunion de la Commission depuis l\u2019Assemblée du Conseil œcuménique, à Uppsala, en 1968 (la dernière réunion de la Commission remontant à 1967).L\u2019urgence de l\u2019engagement social des Eglises, soulignée à Uppsala, et de leur participation à la solution des problèmes actuels dans la Société, n\u2019a pas été remise en question à Louvain.Bien sûr, on a pu constater un certain « retour de vague » à ce sujet, si on tient compte de certaines réticences théologiques devant les ambiguïtés de l\u2019engagement social.Mais cette tension est inévitable: autant il est difficile de justifier théologiquement l\u2019action concrète des Eglises dans la société, autant cette action constitue un impératif qui se trouve en rapport essentiel avec l\u2019Evangile.C\u2019était, de plus, la première fois que la Commission, ayant choisi comme thème principal « L\u2019unité de l\u2019Eglise et l\u2019unité de l\u2019humanité », participait par là au travail d\u2019une étude en cours.On sait que « Foi et Constitution » patronne de nombreuses études théologiques sur des problèmes reliés à l\u2019unité des églises.L\u2019étude qui fournit son thème à la réunion de Louvain avait * D.Th.(Münster), l\u2019A.est actuellement professeur de théologie à Dalat (Viêt-Nam).été inaugurée en 1967 et se continuera encore quelque temps, cherchant à comprendre l\u2019unité de l\u2019Eglise dans le contexte plus large de l\u2019unité de l\u2019humanité.Une Église des six continents Sous ce thème général, la réunion de Louvain travailla, peut-on dire en gros, en trois moments.D\u2019abord, le thème fut présenté en plénum aux quelque deux cents participants venus des six continents, qui entendirent aussi un rapport des activités de la Commission depuis 1967.Puis, l\u2019assemblée se divisa en cinq sections, dont chacune s\u2019était vu confier un aspect du thème général : l\u2019unité de l\u2019Eglise et la lutte pour une société plus juste, l\u2019unité de l\u2019Eglise et la rencontre avec les religions vivantes, l\u2019unité de l\u2019Eglise et la lutte contre le racisme, l\u2019unité de l\u2019Eglise et les handicapés dans la société, l\u2019unité de l\u2019Eglise et les différences culturelles.Ainsi, la « méthode inter-contextuelle » choisie invitait à réfléchir sur la tâche de l\u2019Eglise dans des situations concrètes où son unité est mise à l\u2019épreuve et doit être manifestée.Si l\u2019Eglise doit être le signe d\u2019une véritable communion dans ce monde divisé, vision qui était à la base des discussions de Louvain, il reste à le montrer dans des contextes où les divisions sont le plus menaçantes.Les sections eurent ainsi à se demander, d\u2019une part, comment notre intelligence commune de l\u2019unité de l\u2019Eglise se trouve éclairée, approfondie ou mise en question par notre expérience de situations où les hommes sont divisés par des différences raciales, culturelles, idéologiques, etc.; d\u2019autre part, comment notre vision de l\u2019unité de l\u2019Eglise influence notre comportement concret dans ces situations.Cette approche contextuelle du thème général reflète l\u2019attention toujours plus grande accordée, dans la commission théologique du Conseil œcuménique, aux problèmes surgissant des circonstances historiques et qui sont de caractère, disons, anthropologique.SEPTEMBRE 1971 237 LA FÊTE DES AUTRES Il y eut, enfin, le travail en cinq comités, constitués à nouveau des mêmes participants, cette fois groupés différemment.Chacun des comités devait d\u2019abord s\u2019occuper d\u2019un ou deux rapports sur les études menées depuis 1967 (il y en eut douze: sur l\u2019autorité de la Bible, sur le concile de Chalcé-doine, sur le baptême et l\u2019Eucharistie, sur le témoignage commun et le prosélytisme, etc.) et était invité à fournir une évaluation générale du travail accompli dans ces études, à en tirer les conséquences pour l\u2019orientation du mouvement œcuménique et, en particulier, de « Foi et Constitution ».De plus, chaque comité devait examiner une des questions majeures se posant actuellement au mouvement « Foi et Constitution » : par exemple, la possibilité d\u2019une déclaration commune de notre foi, la re-formulation des buts du mouvement œcuménique, la pratique de l\u2019inter communion (à ce sujet, il ne sera plus possible, après Louvain, de dire que ce sont les théologiens qui dressent des obstacles à l\u2019intercommu-nion), la possibilité de tenir un « concile authentiquement universel », les nombreuses négociations en cours en vue d\u2019union d\u2019églises, etc.L\u2019intention de ces dernières discussions, dont le programme avait été dressé par le Comité exécutif de la Commission, était de sonder l\u2019opinion des membres sur l\u2019orientation des travaux de la Commission dans les années à venir et de fournir à celle-ci le mandat nécessaire à son action.Bilan sommaire : crédit et débit Il serait trop long de dire en détail le résultat de toutes ces discussions: il faudra se reporter aux comptes rendus officiels qui paraîtront d\u2019ici quelques mois.Disons qu\u2019un agenda aussi chargé fait vite perdre l\u2019espoir de voir progresser vers une solution tangible les nombreux problèmes qui se posent au mouvement œcuménique.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas le but de réunions comme celle de Louvain.L\u2019intention en est plutôt de fournir aux églises-membres l\u2019occasion de s\u2019informer et de se sensibiliser aux questions actuelles.Le mouvement œcuménique demeure un mouvement d\u2019élite qui, de façon paradoxale, n\u2019atteint pas encore toute l\u2019élite des églises, encore moins la « base ».A cet égard il est navrant de constater comment l\u2019information (transmise sur- tout par les nombreuses publications de Genève) avait peu circulé entre 1967 et 1971, même parmi les participants à la rencontre de Louvain.Mais c\u2019est précisément pour se mettre à jour et se soumettre à ce processus d\u2019information qu\u2019ils étaient venus à Louvain.Nous nous contenterons de faire une observation générale sur la problématique de la réunion de Louvain.L\u2019évolution de la société moderne ajoute, de façon évidente, au besoin des églises de se rapprocher et d\u2019affirmer leur identité.D\u2019autre part, on observe aussi que les églises sont toujours davantage amenées à s\u2019occuper de problèmes « séculiers » et à y engager des énergies, au point qu\u2019on ne sait plus trop bien où se trouvent les « frontières » réelles de l\u2019Eglise et qu\u2019on a recommandé à la Commission de réfléchir à ce problème de façon neuve.Malgré cette dernière tendance, ceux qui auront participé à la réunion de Louvain retireront cependant une tout autre impression: cette assemblée était, au fond, « cléricale » : elle était composée exclusivement de chrétiens croyants, dont plusieurs responsables d\u2019une église et professeurs de théologie.Si le monde a fourni, à cette rencontre de « Foi et Constitution », une bonne partie de son ordre du jour, celui-ci a souvent été traité en un langage et selon des approches étranges même pour des étudiants en théologie qui se meuvent dans une université moderne.Car c\u2019est la foi elle-même qui aujourd\u2019hui fait problème.Les questions « théologiques » qui se posent sur la place publique sont radicales et fondamentales; elles touchent au contenu même de l\u2019Evangile et à ses chances d\u2019être pris au sérieux.Mais de telles questions eurent peu de place à Louvain.Peut-être serait-il opportun, comme certains l\u2019ont suggéré, de faire participer aux travaux de la Commission quelques « non-chrétiens » ou quelques « humanistes ».On retiendra du congrès la détermination des églises à s\u2019occuper des questions qui intéressent la société moderne.Car, après tout, les églises ont peut-être quelque chose de particulièrement pertinent à dire et à faire dans rétablissement, à l\u2019échelle du monde, d\u2019une communauté capable de faire droit aux allégeances les plus diverses.16 août 1971.Vous avez déjà vu, vous aussi, au soleil des prés, tous ces grains gonflés et d\u2019un peu d\u2019or endimanchés ?Ils sont la Fête du Travail en un coin de champ étalée.Ils sont le blé joyeux longtemps attendu et portant, dès son arrivée, le repos à l\u2019espérance des humains.Ils sont le froment en attente, offert à la faim de chacun.Ils sont, en chemin, le pain flottant au gré du vent.Dans quelque temps la bonne odeur quittera la chaleur des fours et, parcourant les rues, répandra la nouvelle du pain nouveau dans les alentours.A mes pas, aux pas de tous au grand air parfumé, à ma fenêtre aussi peut-être, ce sera une fois encore la Fête du Travail, encore une fois rendue possible par l\u2019épuisement des autres.Le spectacle de la moisson levée est splendide aux yeux ouverts, il est magnifique de promesses à l\u2019appétit présentées, mais combien plus enrichissant pour le cœur, quand on le contemple avec les yeux fermés ! Il faut se recueillir, en effet, pour entendre Dieu répondre à la prière quotidienne de ses enfants, et le voir leur offrir le fruit de la terre bénie par lui; il faut se recueillir pour peser l\u2019effort de l\u2019homme à l\u2019ouvrage, porter avec lui l\u2019écrasement de la peine, requise pour garantir l\u2019ascension patiente du blé et sa transformation en pain nouveau pour ma table.Pour garantir l\u2019ascension en moi de l\u2019amour de Dieu et du prochain, il faut fermer les yeux et prendre conscience du prix de mes commodités, payées par les autres.Pendant que je contemplais la moisson levée, le défilé de tous les travailleurs obscurs,^ anonymes hier, aujourd\u2019hui et demain, éblouissait mes yeux fermés, et je pensais: mon pain, c\u2019est celui des autres, mon pain et tout le reste dont je suis le bénéficiaire.Sans le travail de tous ceux-là je ne pourrais rien, pas même me reposer, sans la fatigue des autres ! Et de plus en plus, toujours derrière mes yeux fermés, la conviction sortait de l\u2019ombre et s\u2019inscrivait en pleine lumière: la Fête du Travail, c\u2019est la Fête des Autres.J\u2019ai pensé à tous ceux-là qui se dépensent pour des frères inconnus, dont je suis; à tous ceux-là qui sont payés, non par moi, mais encore par les autres.Quand j\u2019ai rouvert les yeux, le champ m\u2019a paru différent.Un message, sorti de je ne sais où, flottait au gré du vent et parlait à mon attention éveillée: « Les autres, c\u2019est ta vie, comme le blé est celle du pain; ce qu\u2019ils sont pour la tienne, tu devrais l\u2019être pour la leur aussi, à la façon du blé.Le moindre grain, en effet, supporte l\u2019entier du pain en soutenant son voisin; remplis de même ton petit rôle de présence à l\u2019ensemble, en servant de soutien à tes plus voisins.Apporte ta joie à l\u2019entourage; la joie donnée, c\u2019est du pain pour le cœur des autres, et si tu en fournis le grain, la joie des autres sera le pain du tien ».Un épi solitaire, fût-il d\u2019or, ne fait pas la fête au champ ! Si chacun le comprend et fait sa part, il y aura de l\u2019agrément parmi les hommes; et le travail sera plus facile, s\u2019il est accepté en vue de la Fête des Autres.Paul Fortin.238 RELATIONS Un réseau a par Yves Vaillancourt Depuis une dizaine d\u2019années, spécialement dans les quartiers ouvriers de Montréal et les régions défavorisées du Québec, tranquillement, mais sûrement, une profonde inquiétude s\u2019exprime.Une nouvelle conscience politique est en train de se développer.Plusieurs symptômes en témoignent: surgissement, un peu partout de « comités de citoyens », de «maisons du chômeur », de «maisons du quartier », de coopératives de production et d\u2019alimentation; occupation des locaux du bien-être social à la Pointe-Saint-Charles et à Longueuil; utilisation de la « télévision communautaire » au Lac Saint-Jean et à Rouyn; intérêt porté à des cas-types comme Cabano, Marsoui, Saint-Michel-des-Saints, Chibougamau.Autant d\u2019initiatives, d\u2019événements et de lieux qui renvoient à un même processus de conscientisation, à la dimension du Québec, dans les milieux populaires.Et, dans la mesure où elle porte sur un vécu constitué de dépendance, de marginalité et d\u2019humiliation, cette conscientisation devient explosive.Elle pousse au constat du caractère injuste \u2014 parce qu\u2019essen-tiellement anti-populaire \u2014 d\u2019un système économique orienté vers la maximalisation des profits de quelques-uns, au détriment des besoins de la majorité; elle inculque la soif de la libération.Des « politisés chrétiens » Or, parmi les Québécois qui sont impliqués dans le processus de conscientisation populaire, il y en a qui sont aussi des chrétiens.Dans les projets d\u2019animation sociale et d\u2019organisation communautaire en cours à Montréal, à Hull, à Saint-Jérôme, à Longueuil, dans le Bas Saint-Laurent, etc., il y a une portion de l\u2019Eglise qui « se mouille ».Le « manifeste » des 19 curés gaspésiens, en novembre dernier, a porté ce fait devant l\u2019attention de l\u2019opinion publique.En fait, ce type d\u2019expérimentation était déjà en cours depuis longtemps chez nous, quoique sous des formes plutôt anonymes.Pour s\u2019en tenir à la seule région de Montréal, disons que, depuis la fin de l\u2019Expo 67, le nombre de « curés » \u2014 au sens large ! \u2014 désireux de s\u2019identifier aux aspirations et aux luttes de la classe ouvrière, n\u2019a pas cessé de croître; significatifs, parmi d\u2019autres, des faits comme l\u2019engagement des Fils de la Cha- bâtir rité dans le Sud-Ouest et de certains vicaires dans le Mile-End, les migrations de Sainte-Croix, de Jésuites, etc., « descendus de la montagne » pour prendre logement à Saint-Henri, à la Pointe-Saint-Charles, dans le Centre-Sud, dans Maisonneuve, etc.Et il n\u2019y a pas que des « curés » ! Contentons-nous de mentionner la contribution valable de la J.O.C.à la promotion de la conscience populaire, grâce à ses actions menées auprès des chômeurs.Ici, j\u2019avance une hypothèse-, une nouvelle catégorie de chrétiens est en train d\u2019émerger au Québec.Appelons-les « politisés chrétiens » \u2014 je ne dis pas chrétiens faisant de la politique ou parlant de politique ! Ces politisés chrétiens sont plus nombreux qu\u2019ils ne le pensent.Ils se connaissent peu entre eux.Ils sont aux prises avec un double isolement: ils se sentent seuls dans l\u2019Eglise, face à ceux qui ne partagent pas leur conscience politique; ils se sentent seuls dans la société, face à ceux qui ne partagent pas leur conscience chrétienne.Au plan de leur vécu, ils savent que c\u2019est l\u2019Evangile qui les pousse à s\u2019identifier de plus en plus radicalement aux opprimés.Mais le temps et les conditions leur manquent pour faire une réflexion un peu articulée sur cette expérience.En un sens, c\u2019est heureux: les faits ont plus de poids que les belles théories.Par ailleurs, le peu de réflexion approfondie de nombreux politisés chrétiens les laisse fragiles face aux résistances qu\u2019ils peuvent rencontrer tant au niveau ecclésial qu\u2019au niveau politique.Isolement vs solidarité L\u2019isolement, l\u2019inarticulation et la fragilité des politisés chrétiens revêtent un caractère d\u2019autant plus dramatique que l\u2019expérience de radicalisation qu\u2019ils vivent est presque toujours accélérée et les oblige à faire face à des questions radicales: Peut-on demeurer solidaire des plus pauvres sans s\u2019opposer aux structures sociales qui font les pauvres, à la classe bourgeoise qui profite de ces structures, aux politiciens inféodés aux intérêts des possédants ?Peut-on utiliser le marxisme comme outil d\u2019analyse de la réalité so- ciale ?Que répondre aux Marchand, Tessier et Bienvenue qui voudraient désamorcer l\u2019action sociale des « politisés curés » en les invitant à demeurer dans leur sacristie ?Comment se situer dans cette longue histoire des collusions entre le pouvoir politique et le pouvoir ecclésiastique ?.Si la description que je viens de proposer est juste, on partagera peut-être la question suivante: le moment n\u2019est-il pas venu de bâtir un réseau de solidarité entre les politisés chrétiens d\u2019ici ?N\u2019est-il pas urgent d\u2019établir des lignes de communication entre les nombreux chrétiens engagés dans l\u2019expérience d\u2019une nouvelle prise de conscience politique, afin de liquider les résidus d\u2019un vieux christianisme support du statu quo et de promouvoir l\u2019articulation et la diffusion d\u2019un christianisme de libération ?L\u2019Eglise québécoise n\u2019aurait-elle pas besoin, comme le syndicalisme, de son « deuxième front » ?Certes, pas question, ici, de ressusciter quelque organisation de type confessionnel ou de déraciner les politisés chrétiens de leur milieu vital.Dans leur action, ils travaillent en étroite solidarité avec des non-chrétiens.C\u2019est heureux ! Mais cette communion dans la lutte laisse intact le besoin vital pour les politisés chrétiens de se sentir solidaires, de partager leurs certitudes et leurs questions.Négliger ce besoin, c\u2019est enlever la chance à une réalité riche de promesses de se transformer en ligne de vie et enlever à une multitude -de croyants la nourriture nécessaire à leur espérance.L\u2019Eglise québécoise est enceinte de chrétiens inédits, « agents de libération », audacieux, voire révolutionnaires.Il faut favoriser l\u2019accouchement.J\u2019ai commencé, depuis quelques mois, à Montréal et à l\u2019extérieur, à rencontrer certains politisés chrétiens.Ma conviction n\u2019a fait que s\u2019approfondir: une réalité nouvelle et riche de promesses est en cours.Avec tous ceux qui investissent déjà, il faut favoriser cette vie.Relations entend donner une voix au vécu et aux questions des politisés chrétiens.SEPTEMBRE 1971 239 Sainte-Scholastique \u2014 .là où on parle de participation par Fernand Gauthier *- La situation Depuis déjà deux ans et demi, un projet de développement planifié est en voie de réalisation dans la région de Sainte-Scholastique: c\u2019est le projet du Nouvel Aéroport International de Montréal (NAIM).\u2022\tDès le mois de juin 1969, Pierre Eliot Trudeau est venu annoncer à la population locale que l\u2019aspect humain serait considéré comme prioritaire dans l\u2019aménagement du territoire exproprié; il voulait alors que soit considéré comme significatif le geste qu\u2019il posait en venant sur les lieux mêmes du projet pour inaugurer un bureau d\u2019information, et non pas pour ouvrir le chantier des travaux.\u2022\tDès les premières semaines ayant suivi l\u2019annonce du projet NAIM, une question fondamentale devait être résolue par les quelque 2,500 familles expropriées, avant d\u2019inventer des solutions adaptées au nouveau contexte de vie qui leur serait imposé: ils devaient savoir combien de temps ils pourraient demeurer sur le territoire exproprié, et à quelles conditions ils pourraient continuer à habiter ou exploiter certaines parties de ce territoire.L\u2019importance de cette question sera mieux saisie si l\u2019on considère que, sur 138 milles carrés (88,000 acres) de terrain exproprié, seulement 28 milles carrés (18,000 acres) seront utilisés pour l\u2019aéroport lui-même.\u2022\tDepuis l\u2019été 1969, des éléments d\u2019exposition visant à faire la publicité du projet ont été érigés sur les lieux, dans le village de Sainte-Scholastique, par les agents d\u2019information du gouvernement fédéral.Un bureau d\u2019informa- \u2022\tConseiller technique du Comité des expropriés de la Ville de Sainte-Scholastique, l\u2019A.poursuit des études doctorales en psychologie sociale communautaire, à Boston College.tion du gouvernement fédéral et une roulotte d\u2019information du gouvernement provincial ont vu défiler des milliers de gens inquiets.A ces bureaux, certains employés se sont acharnés à faire entendre aux échelons supérieurs les suggestions et les plaintes des citoyens touchés par l\u2019expropriation.Depuis la fin d\u2019août 1971, on présente, au bureau local du gouvernement fédéral, une carte du territoire où est spécifié le type d\u2019utilisation des sols qui sera possible dans les différents secteurs de la région expropriée.Ce plan intérimaire fait état des contraintes connues qui découleront de l\u2019opération de l\u2019aéroport.\u2022\tAu bureau qui fut ouvert par les soins du gouvernement provincial, durant l\u2019été 1970, on tenta, durant un certain temps, de grouper les fonctionnaires de différents ministères, selon les problèmes les plus fréquemment mentionnés par les gens qui y défilaient; jusqu\u2019à la fermeture de ce bureau, au printemps 1971, on se félicita d\u2019avoir réussi à faire travailler de concert des fonctionnaires qui n\u2019avaient pas l\u2019habitude de ce genre de travail.On était satisfait aussi d\u2019avoir pu rapprocher la bureaucratie provinciale de la population locale.\u2022\tGrâce à l\u2019initiative de citoyens qui se préoccupent de l\u2019avenir de leur région, il s\u2019est formé, sur le territoire du projet NAIM, un comité de citoyens qui réunit des représentants des différents groupes de travailleurs et des diverses localités de la nouvelle ville de Sainte-Scholastique.Ce Comité des expropriés s\u2019est donné pour tâche d\u2019animer la population expropriée pour qu\u2019elle prenne en charge son propre développement; il veut enrayer les mouvements de départs inutiles et il prend les moyens nécessaires pour permettre à la population du territoire de tirer parti des changements entraînés par le projet de l\u2019aéroport.Le Comité des expropriés reçoit depuis trois mois, en plus des contributions faites par des citoyens, une subvention qui lui parvient, par l\u2019entremise de la Ville de Sainte-Scholastique, du ministère des Affaires municipales.\u2022 Le député du comté des Deux-Montagnes, le ministre Jean-Paul L\u2019Allier, a déjà manifesté qu\u2019il encourage une initiative telle que celle du Comité des expropriés.Du côté de l\u2019équipe d\u2019aménagement du gouvernement fédéral, Pierre Levasseur, directeur des services de soutien au BANAIM (Bureau d\u2019aménagement du nouvel aéroport international de Montréal), a accepté d\u2019établir des procédures stables de communication et de collaboration avec le Comité des expropriés.Plus récemment, on est parvenu à organiser des lignes de communication directes avec les autorités provinciales de l\u2019aménagement au S AT RA (Service d\u2019aménagement du territoire régional aéroportuaire); Paul Laliberté, directeur du SATRA, a posé des gestes concrets pour faciliter l\u2019établissement de ces lignes de communication.Telle est, dans ses grandes lignes, la situation à laquelle les citoyens de la région du NAIM doivent faire face.Ils ont devant eux, comme interlocuteurs ayant autorité sur les organismes gouvernementaux: un ministre, quelques hauts fonctionnaires, des planificateurs qui dirigent les bureaux d\u2019aménagement.Parmi ces gens qui ont le pouvoir de prendre des décisions influençant l\u2019avenir des citoyens de la région, il n\u2019y en a qu\u2019un qui a été élu, et l\u2019influence du ministre L\u2019Allier sur les plans d\u2019aménagement lui vient plus de son poste de ministre que de celui de député élu.A toutes fins pratiques, toutes les autres structures politiques qui jouaient autrefois comme moyen de représentation et de participation peuvent maintenant être considérées comme inexistantes.240\tRELATIONS Des citoyens-ressources sans outils Les citoyens de la région du NAIM possèdent encore le dynamisme créateur qui leur a permis d\u2019aménager leur territoire pour qu\u2019il devienne l\u2019une des régions agricoles les plus prospères du Québec.Ils ont maintenant à assimiler, au centre de leur région, un complexe aéroportuaire, avec toutes les retombées que cela implique.Ils ont besoin d\u2019outils nouveaux pour travailler sur ce problème lui-même nouveau.A Sainte-Scholastique comme ailleurs, dès que des groupes de citoyens réagissent fortement devant les initiatives ambiguës de spécialistes en aménagement, il semble que la pente naturelle, du côté des planificateurs, soit de considérer ces groupes comme s\u2019ils voulaient bloquer le développement de leur région: ils les regardent comme des éléments de la population qui « critiquent pour critiquer », comme des individus non-représentatifs qui veulent soulever la population, ou encore comme des gens trop bornés pour saisir l\u2019ampleur des transformations bénéfiques dont leur territoire sera l\u2019objet.Pour faire participer une population, comme ressource principale, à un projet de développement, il ne suffit pas d\u2019en mesurer les variables démographiques; il est évident que les facteurs humains mesurés sont d\u2019un tout autre ordre que l\u2019ensemble des autres facteurs dont on tient compte dans un plan d\u2019aménagement.Les personnes qui habitent un territoire où un projet de développe- ment est en cours sont toutes intéressées à apprendre et sont toutes créatrices de solutions nouvelles pour les problèmes nouveaux rencontrés; ceci n\u2019est pas le cas pour tous les minéraux, les végétaux et les animaux dont les planificateurs mesurent certaines caractéristiques qui leur apparaissent utiles.Parfois, à entendre parler certains amé-nagistes, on croirait qu\u2019ils sont les seuls à appartenir à l\u2019espèce humaine, c\u2019est-à-dire seuls capables de réfléchir et seuls capables de créer.Plutôt que d\u2019essayer de comprendre le sens de leur question, on accuse facilement d\u2019irréalisme ceux qui exigent une information sur des plans qui ne sont pas encore terminés et sur lesquels une armée d\u2019experts travaille d\u2019arrache-pied.Si c\u2019est un outil qu\u2019ils recherchent pour mieux travailler, il est bien insuffisant de leur répondre que le dossier n\u2019est pas encore prêt, comme on le ferait à un bureaucrate insistant.Si on traitait la population comme une ressource créatrice, on lui expliquerait pourquoi l\u2019information nécessaire n\u2019est pas encore disponible, on lui dirait quels sont les nouveaux éléments dont on doit tenir compte dans le plan d\u2019aménagement.Evidemment, cette information ne peut se présenter de façon aussi aguichante qu\u2019un dossier final, dont l\u2019auteur tirera peut-être grand prestige : c\u2019est une information qui tiendra plus de l\u2019instrument de travail que de l\u2019élément d\u2019exposition.Les citoyens et les aménagistes sont des ressources non coordonnées Pour le moment, malgré la bonne volonté manifeste de certains, il y a conflit, au projet du Nouvel Aéroport, entre les ressources des aménagistes et les ressources de la population.Dans les initiatives des organismes gouvernementaux, qu\u2019elles aient été prises par des groupes provinciaux ou fédéraux, l\u2019accent fut toujours mis sur la solution des problèmes de la population par des employés du gouvernement.Généralement, on prend certains moyens pour s\u2019informer des problèmes de la population, même si, le plus souvent, on privilégie les informateurs dont le langage est plus directement assimilable par les planificateurs; puis, après avoir parlé de participation, on donne la solution au problème tel qu\u2019on l\u2019a compris.Jamais il n\u2019est question, en pratique, de traiter les citoyens autrement que comme des problèmes ou comme des informateurs sur la situation; on ne sait pas traiter les citoyens comme des ressources créatrices, aptes à élaborer des solutions réalistes.Favoriser la participation, pour les aménagistes du projet NAIM, veut dire concrètement s\u2019adjoindre des informateurs locaux qui pourront aussi transmettre à la population les solutions trouvées par les experts.Il est encore difficile, pour un groupe de citoyens comme le Comité des expropriés, d\u2019être accepté pour ce qu\u2019il est.On le voit souvent comme un groupe de vendeurs qui se sont réunis pour obtenir davantage de la vente de leurs biens.Il faudrait bien comprendre que c\u2019est l\u2019autorité fédérale qui a défini la situation de tous les propriétaires de la région expropriée comme étant celle de vendeurs.Cette définition a sans doute force légale aujourd\u2019hui, mais elle est loin d\u2019être exacte et exhaustive, et elle induit en erreur les aménagistes désireux de savoir trop rapidement à qui ils ont affaire quand ils discutent avec des groupes de citoyens comme le Comité des expropriés.Les personnes qui n\u2019attendaient qu\u2019un acheteur comme le gouvernement fédéral pour vendre et quitter le territoire ont accepté le projet du NAIM avec la satisfaction d\u2019un vendeur bien payé.Ce sont les citoyens qui veulent vivre sur le territoire et qui veulent développer la région qui ont des problèmes: ce sont eux qui sont groupés dans le Comité des expropriés.Ils voient mieux que certains experts les problèmes de développement de la région; ils acceptent de travailler à leur solution, et tiennent à le faire, parce que ce sont leurs problèmes et parce qu\u2019ils auront à vivre avec les solutions qui seront apportées.Les véritables priorités des autorités fédérales dans la région de Sainte-Scholastique, telles qu\u2019elles se manifestent dans les actions entreprises par elles, sont de construire l\u2019aéroport et de maximaliser l\u2019usage des terrains; et non de régler des problèmes humains, dont les solutions, trop souvent, entreraient en conflit avec les buts principaux que l\u2019on poursuit.Par ailleurs, il est important, pour les citoyens qui vivent une situation comme celle qui existe dans la région de Sainte-Scholastique, d\u2019avoir accès facilement à un niveau de gouvernement pour lequel l\u2019aspect humain serait prioritaire.Les autorités provinciales, responsables de l\u2019aménagement de la région, auraient profit à rendre plus efficaces leurs relations avec les groupes de citoyens qui manifestent une certaine initiative.SEPTEMBRE 1971 241 Quelques exigences pour une participation efficace Certaines orientations peuvent être ici soulignées, qui aideraient tout groupe ou service gouvernemental désireux de permettre et de faciliter la participation de la population dans la région de Sainte-Scholastique.1° Première exigence:\tconsidérer l\u2019interlocuteur local pour ce qu\u2019il est, sans lui imposer des attitudes qu\u2019il n\u2019a pas, comme, par exemple, celle d\u2019un vendeur astucieux.Même si l\u2019approche est bienveillante, une telle erreur sur l\u2019identité des personnes ne peut que provoquer des interférences qui réduisent l\u2019efficacité des communications.2° Pour les agents gouvernementaux : se considérer comme des pourvoyeurs d\u2019outils vis-à-vis des groupes locaux qui sont les premiers intéressés au développement de leur région.Ils devraient comprendre que, pas plus qu\u2019eux, les comités de citoyens n\u2019aiment s\u2019installer dans la critique négative ou dans la formulation continuelle de reproches; les agences gouvernementales devraient être équipées pour faciliter la créativité des groupes locaux, plutôt que de tenter de résoudre leurs problèmes malgré eux.3° Finalement, il faudrait qu\u2019une agence gouvernementale, pour laquelle l\u2019aspect humain serait prioritaire, ne craigne pas d\u2019être audacieuse dans les moyens qu\u2019elle emploierait pour atteindre ses buts.Il n\u2019est pas encore certain que la participation démocratique soit compatible avec la planification à long terme telle qu\u2019elle se développe, entre autres, dans la région de Sainte-Scholastique: ce problème, qui commence à surgir dans différentes régions du Québec, comme ailleurs dans d\u2019autres pays, ne fera que s\u2019accentuer dans les prochaines années.Avant d\u2019accepter la défaite, comme certains planificateurs le font déjà, il faudrait avoir employé des moyens aussi perfectionnés que ceux que les aménagistes utilisent dans la construction d\u2019un aéroport ou d\u2019un barrage hydro-électrique.Certains citoyens de la région de Sainte-Scholastique; qui essaient de prendre en charge leur propre développement, sont capables de faire des suggestions sur la façon dont on pourrait, à cette fin, faire usage d\u2019instruments comme l\u2019ordinateur ou la télévision en circuit fermé.Des besoins essentiels, comme celui d\u2019une information continue et rapide sur les variables considérées par les planificateurs, avant que celles-ci ne déterminent des options de développement, ou d\u2019autres besoins, comme celui de communications rapides entre des comités locaux et une population éparpillée sur un vaste territoire, ne provoqueraient pas des problèmes insolubles pour des comités de citoyens s\u2019ils recevaient l\u2019appui technique d\u2019une agence gouvernementale efficace.Comme philosophie de base supportant leur action, des agents gouvernementaux qui s\u2019avanceraient dans cette voie pourraient s\u2019inspirer avantageusement d\u2019un rapport soumis au ministre de l\u2019Education par l\u2019équipe de l\u2019Opération Départ (Montréal) (Service des études et projets, Direction générale de l\u2019éducation permanente, mars 1971).On y verrait peut-être encore plus clairement qu\u2019un groupe humain qui est en situation de développement peut très bien être considéré comme un groupe plein de ressources faisant un apprentissage important.Il n\u2019y a pas de raccourci qui permette à un groupe humain de trouver comme abruptement solution à ses problèmes.Les experts qui veulent régler les problèmes des autres sans devenir eux-mêmes des « facilitateurs » ne peuvent être considérés comme utiles, dans la découverte de solutions, que par d\u2019autres experts ayant des vues aussi courtes.Si de telles conditions se prolongent, la population tentera sûrement de trouver d\u2019autres moyens pour agir efficacement sur son devenir.23 août 1971.\t¦mMi LETTRE OUVERTE DE M.TRUDEAU AU PRÉSIDENT NIXON \u2014 billet de René Champagne Ottawa, 23 août 1971.Mon cher Dick, Je remontais d\u2019une plongée dans l\u2019Adriatique lorsqu\u2019on m\u2019a appris tes récentes décisions concernant le dollar américain.J\u2019ai replongé tout de suite: sous l\u2019eau, les poissons étaient affolés par la présence d\u2019un requin.Je suis descendu très profond, « creux, creux », comme on dit au Québec.En revenant à la surface, j\u2019ai aperçu Margaret, ma femme, toute blême \u2014 elle me croyait en difficulté \u2014 et je lui ai crié: « Honey, fais tes p\u2019tits; on rentre à Ottawa.» \u2014 « Voyons, Pierre, m\u2019a-t-elle répondu, tu le sais bien: ça ne presse pas encore ! » Que ça presse ou pas, j\u2019ai décidé de t\u2019écrire pour te faire connaître clairement ma position en tant que chef du gouvernement canadien.Je ne me suis pas laissé intimider par les séparatistes québécois, en octobre dernier; je n\u2019aurai pas peur des USA.Nous aussi, nous avons notre dollar.Si, 24 heures après réception de la présente lettre, le gouvernement américain n\u2019exempte pas le Canada de la surtaxe de 10%, mon pays.se considérera en état de guerre avec son voisin du sud.Les mesures de guerre suivantes seront prises sur le champ et resteront en vigueur tant que l\u2019ordre ne sera pas rétabli: 1.\tL\u2019internement de tous les citoyens américains demeurant ou ayant demeuré au Canada et soupçonnés de vouloir ou d\u2019avoir voulu renverser l\u2019Etat canadien.2.\tL\u2019occupation par l\u2019armée felquiste du Québec, au nom du gouvernement canadien, des Etats du Maine et du Vermont.3.\tLe blocage systématique par les gars de Lapalme, agissant au nom du gouvernement canadien, de la route de l\u2019Alaska.4.\tL\u2019interdiction aux joueurs de hockey canadiens de participer aux joutes de la Ligue Nationale, mieux connue sous le nom de NHL.5.\tLa construction, aux frais du Trésor américain, d\u2019une « muraille de chine » entre nos deux pays.Ces mesures exceptionnelles, que seule justifie une situation d\u2019une exceptionnelle gravité, ne seront levées que lorsque le président des USA viendra à résipiscence (cf.Dictionnaire Larousse).Edgar et Jean-Luc te saluent.Margaret trouve que tu exagères.A bon entendeur, salut ! Pierre.P.S.Pour te montrer que nous n\u2019avons pas envie de rigoler, je t\u2019expédie cette lettre C.O.D.242 RELATIONS Synode 1971 \u2014 dossier 1.Qu\u2019est-ce que le synode ?Que peut-on en attendre ?En quoi nous inté-resse-t-il?Qu\u2019y feront nos évêques?Etc.Autant de questions qu\u2019aborde Jacques Chênevert, en introduction au présent dossier.Celui-ci traite ensuite des deux grands thèmes qui feront l\u2019objet des discussions au synode 1971 : 2.Le sacerdoce ministériel \u2014 Quels prêtres aurons-nous après le synode ?Vers quelles prises de position concernant leur statut et leur rôle nous orientent les récents bouleversements de la révolution culturelle ?Questions et propositions de Julien Harvey.3.La justice dans le monde \u2014 Que dira et, surtout, que fera le synode à cet égard ?Quels sont les risques majeurs du synode en ce domaine ?Les discussions conduiront-elles à de nouvelles impasses ou à de neuves orientations ?Interrogations et suggestions de Irénée Desrochers.1.Si j\u2019allais au synode.\u2014 billet.aller-retour par Jacques Chênevert Je n\u2019ambitionne pas l\u2019épiscopat.Néanmoins, en réfléchissant à l\u2019approche du synode épiscopal, je me suis laissé aller naïvement à imaginer quels seraient mes sentiments si j\u2019avais à m\u2019y rendre comme délégué des évêques et des églises de mon pays.Sceptique Un certain scepticisme a d\u2019abord émergé.Un synode, est-ce vraiment si important pour les chrétiens ?Ceux-ci ne l\u2019estiment-ils pas plutôt passablement inutile, sans effet, sans impact ?Attendent-ils tellement de cette réunion « sénatoriale » ?Vaut-il la peine d\u2019assister pendant un mois ou plus à des sessions et palabres ecclésiastiques, entre administrateurs et technocrates de la réligion catholique, prisonniers d\u2019une problématique cléricale et des soucis du pouvoir ?Peut-on espérer que ce soit là où les vrais problèmes, concernant les prêtres et la justice dans le monde, seront repérés, là où ils seront définis en termes pertinents, percutants, abordés sans détours « politiques » ?Peut-on espérer qu\u2019il en sorte des solutions qui atteignent les racines de ces problèmes ?Et si, par miracle, le synode y parvenait, quelle en sera la suite, puisque l\u2019actuel synode épiscopal n\u2019est que consultatif et épisodique, puisque le pape reste seul maître après Dieu, puisque la curie romaine, finalement, se retrouve toujours seule en place, après un synode comme après un concile ?Alors, pourquoi aller au synode ?Ne faut-il pas être plongé dans le « système » et aveuglé par lui pour croire à l\u2019utilité du synode ?Moins sceptique Mais pareil scepticisme n\u2019est peut-être pas tout à fait réaliste.Peut-être trahit-il un sens trop court de ce type d\u2019institution internationale et de la manière concrète dont, à ce niveau, les idées et les projets font lentement leur chemin.Dans cette perspective plus positive, chaque participant ne peut-il faire quelque chose pour que le synode soit utile, pour qu\u2019il ne s\u2019enferme pas dans une idéologie inavouée, pour que son langage et ses actes rejoignent efficacement le réel ?Moi, si j\u2019allais au synode, comment pourrais-je y apporter une contribution de cette nature ?J\u2019essaierais de partir très bien préparé.Outre la connaissance des documents officiels, fournis par le secrétariat du synode et par la conférence épiscopale canadienne, il me faudrait une information étendue, puisée dans une consultation directe auprès de ceux que les questions à l\u2019étude concernent et recueillie à travers des réseaux qui représentent plusieurs tendances.Mais je ne serais pas seulement un porte-parole: sur la base de cette information, je devrais arriver à Rome avec des opinions déjà précises.Si j\u2019allais au synode, il me semble (.c\u2019est plus facile en imagination !) que je serais résolu à parler avec une liberté et une franchise totale: il faut appeler un chat un chat, même dans l\u2019église et, si possible, même en latin.C\u2019est encore la meilleure façon de se comprendre.C\u2019est le langage qui convient entre frères, comme le sont tous les évêques, y compris l\u2019évêque de Rome et compte tenu de son rôle propre.J\u2019aurais alors à l\u2019esprit le souvenir de Paul et de Pierre à Antioche (Ga 2: 11-14): cette rencontre et ce langage sans protocole ont plus fait pour la liberté de la foi que tous les baisemains et autres obséquiosités.SEPTEMBRE 1971 243 Pas trop discret C\u2019est un fait, je partirais avec beaucoup de prévention contre les manipulations dont un organisme comme le synode peut faire l\u2019objet, de la part des personnages les plus influents et les plus habiles du Vatican.Prévention qui est peut-être passion ou préjugé (un évêque n\u2019en est pas nécessairement libéré), mais sentiment dont je ne puis quand même me départir.C\u2019est pourquoi, si j\u2019allais au synode, je partirais avec l\u2019intention bien ferme de ne respecter le secret qu\u2019avec modération et de recourir à la puissance démocratique des moyens de communications sociales (cf.la récente instruction pastorale sur ce sujet1), pour faire con- Si j\u2019allais au synode, j\u2019aurais le privilège d\u2019avoir entre les mains le projet de loi fondamentale de l\u2019église, ce document secret dont on a pourtant beaucoup parlé récemment (cf.Relations, No 362, p.201; Le Devoir, 26 juillet 1971, pp.4-5; 27 juület 1971, p.4 ).J\u2019y porterais une attention toute particulière, puisqu\u2019il semble faire courir à l\u2019église le risque d\u2019effacer le meilleur de Vatican II, de discréditer l\u2019autorité de Rome auuprès d\u2019un grand nombre de catholiques et de faire fondre la confiance que les milieux œcuméniques ont pu développer récemment à l\u2019endroit de celle-ci.C\u2019est pourquoi, même si l\u2019ordre du jour du synode ne prévoit pas un examen de ce projet, je considérerais extrêmement important de réclamer 1.\tA mettre en parallèle avec l\u2019affaire de la revue « Il Regno », en Italie: cf.ICI, n° 387 (1er juillet 1971), p.27 et n° 388 (15 juillet 1971), p.7.2.\tSollicitude en vertu de laquelle un évêque doit toujours, en particulier, « promouvoir toute activité commune à l\u2019église entière, spécialement celle qui tend à accroître la foi et à faire briller aux yeux de tous les hommes la lumière de la pleine vérité » (Lumen gentium, n° 23).Certains textes de Vatican II prennent parfois, selon les circonstances, des sons (et des sens) inattendus .3.\tDans la pratique actuelle de l\u2019église, on fait souvent d\u2019un homme (i.e.d\u2019un clerc.) un évêque parce qu'on veut en faire un cardinal ou un préfet de congrégation romaine.La théologie de l\u2019épiscopat sous-jacente à cette pratique n\u2019est pas, comme on sait, à l\u2019abri de toute critique.naître à l\u2019ensemble de l\u2019église ce qui se dit au synode, ce qui se fait et, le cas échéant, ce qui se trame.J\u2019aurais alors la conviction d\u2019accomplir un devoir, le devoir de rendre compte à ceux que je sers et que je représente, i.e.les évêques et les églises de mon pays.Toute proportion gardée, n\u2019y a-t-il pas autant de manœuvres et de combines humaines à dénoncer et à déjouer dans l\u2019église que dans les autres sociétés ?Une presse compétente joue un rôle capital dans ce service de la liberté, de la justice et de la vérité (cf.la presse américaine et les documents secrets du Pentagone).Il faut aider cette presse à faire son travail.une critique poussée de l\u2019ecclésiologie qui inspire cette loi fondamentale.Il faudrait réclamer, en outre, une critique également poussée de l\u2019interprétation qu\u2019y reçoit l\u2019histoire des institutions ecclésiastiques romaines et latines.Une telle réclamation serait tout à fait normale; elle serait une forme d\u2019exercice de cette responsabilité majeure dont tout évêque est chargé.A titre de membre du collège épiscopal, en effet, chaque évêque participe pour sa part au « pouvoir suprême et plénier sur toute l\u2019église » (Lumen gentium, No 22) et il est tenu, « par une disposition et un commandement du Christ, d\u2019avoir pour toute l\u2019église une sollicitude qui, sans s\u2019exercer par un acte de juridiction, contribue considérablement au bien de l\u2019église universelle » {ibid.No 23 )2.Enfin, toujours au sujet de cette même loi fondamentale, j\u2019exigerais que le synode reçoive des éclaircissements vérifiables sur les origines, apparemment assez troubles, de ce document controversé, qu\u2019il soit informé complè- tement du sort qu\u2019a connu ce projet de loi et du destin qu\u2019on lui réserve, qu\u2019il ait la liberté, au besoin, de faire le procès du procédé suivi en cette affaire.Le synode revu et corrigé Si j\u2019allais au synode, j\u2019aimerais bien, enfin, que celui-ci ne se termine pas sans faire sa séance d\u2019auto-critique.Celle-ci devrait porter, sans doute, sur l\u2019assemblée de cette année, sur la qualité de son travail et de sa procédure.Mais elle devrait aussi aller plus en profondeur et remettre en question certains points de la constitution qui régit le synode lui-même, i.e.la lettre apostolique Apostolica sollicitudo du 15 septembre 1965 (cf.Relations, No 342, oct.1969, pp.261-263).Le synode, en effet, est une institution qui touche de trop près au principe théologique, voire dogmatique, de la collégialité épiscopale pour qu\u2019il demeure aussi juridiquement limité et dominé par le pouvoir papal.L\u2019épiscopat est plus important que le cardinalat et que la charge de préfet d\u2019une congrégation romaine 3.Le catholicisme de l\u2019église ne redeviendra pleinement réel que le jour où l\u2019équilibre entre la papauté et le collège épiscopal sera rétabli en Occident.Le synode d\u2019évêques constitue un moyen efficace de rétablir et de maintenir cet équilibre; il parviendra à jouer ce rôle vital dans la mesure où on le rendra plus conforme à l\u2019ecclésiologie qui fonde son institution.Mais puisque je n\u2019irai pas au synode., il ne me reste qu\u2019à faire confiance à ceux qui y seront.Parmi ceux-ci, il ne faudrait pas oublier de compter l\u2019Esprit saint, qui souffle où il veut et qui mène parfois où on ne voudrait pas aller .7 août 1971.OPÉRATION 12012 2,000 abonnements nouveaux Utiliser la formule d\u2019abonnement, page 232.La fameuse « loi fondamentale » 244 RELATIONS 2.Après le synode, quels prêtres?\u2014 le prêtre au synode romain de 1971 par Julien Harvey Lorsqu\u2019un changement profond dans la culture rejoint l\u2019Eglise, il est normal que les plus durement touchés soient ses « permanents », ceux qui ont consacré leur vie entière à son service.Les prêtres sont actuellement la presque totalité de ces « permanents ».Déjà le Concile, quoique sur le tard, avait pressenti cette crise et avait consacré deux documents entiers à la formation et au ministère des prêtres.Documents valables, mais trop souvent abstraits.Si bien que la crise a continué à se faire sentir, dans trois directions : a) diminution rapide des vocations (alors Chaque fois que l\u2019Eglise se penche sur une question qui touche réellement la vie, le débat devient passionné et l\u2019objectivité, difficile.On l\u2019a vu lors de la publication de Humanœ vitœ.Au cours de la présente année, la préparation du synode a soulevé des débats analogues.Le secrétariat du synode a d\u2019abord recommandé une enquête auprès des conseils presbytéraux et même auprès de tous les prêtres, ce qui a amené beaucoup de prises de position, de documents d\u2019orientation, en particulier dans les milieux où les associations de prêtres sont plus actives, comme aux Etats-Unis.Des mouvements contestataires ont amorcé des manifestations plus spectaculaires.La Commission internationale de théologie, par ailleurs, a proposé au secrétariat un document Au fond, nous ne savons pas encore trop bien, au plan du vécu, ce qu\u2019est un synode de l\u2019Eglise universelle.Celui qui s\u2019ouvrira fin septembre est seulement le troisième depuis son institution.Certains le perçoivent implicitement comme un concile et souhaitent, par conséquent, qu\u2019il se place sur le terrain dogmatique et fasse progresser la définition de la foi.D\u2019autres, au contraire, qu\u2019en dix ans la population catholique de l\u2019Europe et des deux Amériques a augmenté de 108 millions, le nombre absolu de prêtres de ces trois continents a commencé à diminuer depuis 1969), b) le flot continu d\u2019abandons du ministère (on estime actuellement à 14,000 le nombre connu de ceux qui ont quitté), c) enfin, tensions persistantes chez les prêtres demeurés actifs dans le ministère.Tout ceci invitait à reprendre la question dans un synode, malgré le risque de replier une fois de plus l\u2019Eglise sur elle-même et sur des problèmes cléricaux.de travail, document que le secrétariat a jugé bon de remplacer par un autre texte (Le sacerdoce ministériel, Rome, 1971), quitte à voir ensuite la Commission publier son propre projet (Le ministère sacerdotal, Paris, 1971).Ces débats, et les divergences d\u2019opinion qu\u2019ils reflètent, ne doivent pas étonner: lorsque la vie est touchée, la réaction est vitale.Mais ils constituent un avertissement: le synode devra réaliser quelque chose de sérieux s\u2019il veut demeurer une institution « croyable ».On sait qu\u2019il n\u2019a d\u2019autre pouvoir que de faire des recommandations.C\u2019est déjà quelque chose, pourvu que ses recommandations soient rédigées dans un esprit de liberté, de réalisme et d\u2019efficacité.le considèrent comme une assemblée occasionnelle, chargée de composer en équipe une encyclique ou une exhortation pastorale.En réalité, le synode se situe entre ces deux positions: il a d\u2019abord pour fonction d\u2019assurer l\u2019adaptation au niveau de la vie concrète, il doit assurer périodiquement la rénovation concrète d\u2019un domaine ou l\u2019autre de la vie chrétienne.Et comme il est bref, environ un mois, il doit s\u2019orienter vite, sélectionner les problèmes urgents et arriver à des recommandations précises après une justification très sobre.Or il semble que, actuellement, la tentation de certains groupes soit, malgré la volonté du pape, de noyer le synode dans l\u2019inefficacité, de l\u2019empêcher de brouiller l\u2019eau tranquille des congrégations romaines.Dans le concret, cela voudrait dire que le synode ne recommande au Pape que ce qu\u2019il désire à l\u2019avance se faire recommander.Si cela devrait se produire en octobre, tant pour le sacerdoce que pour la justice sociale, ce serait dommage pour l\u2019Eglise.Il doit sortir du synode autre chose qu\u2019une exhortation qui rappelle les documents conciliaires.On doit y recommander des décisions, même coûteuses.Un nœud de problèmes théologiques et de problèmes vitaux Pour ce qui a trait au sacerdoce, les documents préparatoires ont tenté de déblayer le terrain au niveau des principes évangéliques impliqués.Certains problèmes apparaissent plus fondamentaux, mais il faut avouer qu\u2019il faudrait, dans certains cas, des années de recherche pour les éclairer.Je songe, en particulier, à des questions comme le « caractère » sacerdotal, l\u2019origine évangélique de la distinction entre évêque et prêtre, la délimitation des tâches spécifiquement sacerdotales dans le ministère concret, le lien spécifique du prêtre à l\u2019évêque, la collégialité du presbyte- Une préparation difficile Le point de départ est décisif SEPTEMBRE 1971\t245 rium et son lien à la collégialité épiscopale.Il serait dommage que le synode s\u2019attache à ces problèmes pendant longtemps, car il s\u2019y perdrait, n\u2019ayant ni le pouvoir ni les ressources d\u2019un concile.Ceci n\u2019est pas dit pour recommander au synode de prendre une voie irrationnelle.Mais pour suggérer de prendre d\u2019abord la voie du courage, en se servant surtout de l\u2019expérience vécue, de la spiritualité vécue, de l\u2019attente des fidèles.En réalité, les problèmes vitaux impliqués sont peu nombreux, mais débattus depuis si longtemps et avec tant de passion qu\u2019on peut les croire inextricables ou condamnés à être résolus par la vie, par le fait accompli.Les mémoires préparatoires les réduisent à quelques-uns : le discernement des vocations au ministère, la préparation des ministres, leurs tâches, leur style de vie.C\u2019est, en fait, à ce niveau que la révolution culturelle heurte de front les prêtres.Certains voudraient aborder ce nœud de problèmes vitaux à partir de la spiritualité sacerdotale à rénover; d\u2019autres, au niveau des structures du ministère; d\u2019autres, au niveau du style de vie concrète des prêtres.Et il y a là un problème essentiel: il faut trouver l\u2019angle à partir duquel les autres problèmes deviendront solubles.Personnellement, après trois ans de travail sur la question, j\u2019en suis venu à penser que l\u2019opinion publique, celle de beaucoup de prêtres et de laïcs, a raison et que c\u2019est à partir de la question du célibat que les autres problèmes pratiques posés au synode, concernant le sacerdoce, deviendront solubles.Une clé offerte par le secrétariat Dans son document de travail, le secrétariat souhaite qu\u2019on considère au synode l\u2019ordination « d\u2019hommes d\u2019âge mûr qui auront présenté au milieu des leurs le témoignage d\u2019une vie sainte dans leur foyer et leur profession » (Sect, pratique, IV, 2).Cette recommandation est faite seulement pour les cas où aucun autre recrutement ne serait possible.Cependant, elle nous ramène du coup au centre du problème, à la description du prêtre que nous offrent les épitres pastorales (1 Tim.3,1-13; 5,17-22; 2 Tim.2,22-26; Tit.1,5-9).Un prêtre est avant tout un homme de Dieu, un chrétien exemplaire qui a prouvé pendant assez longtemps qu\u2019il peut vivre sa foi dans la vie concrète, avec fidélité et charité efficace.Puisque l\u2019Evangile devient ainsi visible dans sa vie, c\u2019est normalement lui que la communauté chrétienne recherchera pour représenter officiellement devant elle le Seigneur, pour témoigner de sa Parole au triple niveau de sa vie, de sa prédication et des sacrements.L\u2019ordination viendra alors sanctionner ce charisme de leadership de la communauté.Cela est on ne peut plus traditionnel.Par-delà plus de dix siècles de sélection des candidats dès le jeune âge par des spécialistes de la vocation hâtive, de sélection des seuls candidats qui affirment avoir reçu le charisme du célibat pour le Royaume et, il faut l\u2019ajouter, de sélection des seuls candidats masculins.Je ne crois pas que cette proposition du secrétariat soit le fruit d\u2019une sorte de retour inconscient à un fondamentalisme biblique, mais bien de l\u2019action de l\u2019Esprit dans le monde de ce temps.Ce que le croyant recherche dans le ministre d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est un exemple de vie chrétienne et un leadership apostolique; ceci assuré, il ne se préoccupe plus guère de ce que ce ministre soit un clerc formé aux disciplines universitaires, de ce qu\u2019il soit un célibataire témoignant par sa vie sans descendance de la présence du Royaume.Ceci ne veut nullement diminuer la valeur du témoignage par le célibat: il aura toujours sa place dans l\u2019Eglise, il a pour lui l\u2019exemple du Christ, de Paul et de millions de prêtres, de religieux et de religieuses depuis le début de l\u2019Eglise.Mais il semble clair qu\u2019il ne peut plus être le principe de sélection des ministres.Et il serait injuste de voir là une décadence: des valeurs seront parfois perdues, mais d\u2019autres seront récupérées, lorsque les valeurs chrétiennes complémentaires du mariage et du célibat seront vécues par les prêtres.Ceci dit, quatre problèmes Dans presque toutes les études préparatoires au synode, on considère quatre cas: a) celui des adultes mariés qui seraient ordonnés; b) celui des candidats actuels au sacerdoce, les séminaristes; c) celui des prêtres qui ont renoncé au ministère et souhaiteraient y revenir; d) celui des prêtres célibataires actuels.Je crois que le synode devra aborder les quatre cas à partir du principe sous-jacent à la proposition du secrétariat: la qualité de la vie chrétienne concrète du ministre souhaité.a)\tEn ce qui concerne les adultes mariés, que le discernement soit fait comme le recommande saint Paul: présentation par la communauté chrétienne, variété de la formation, du niveau social et économique, enracinement dans le milieu, formation catéché-tique sérieuse, dons de leadership requis chez un constructeur de communauté.Et qu\u2019on ne se fie pas seulement à l\u2019âge avancé pour déterminer la maturité.b)\tQu\u2019on applique le même critère aux séminaristes, de façon progressive, mais ferme: que l\u2019ordination ne soit que rarement autorisée à l\u2019âge minimum actuel (24 ans, cf.CIC, n.975); qu\u2019on revienne plutôt à des critères que proposait déjà le pape, Sirice, en l\u2019an 385; 35 ans pour le sacerdoce, 45 ans pour l\u2019épiscopat.Cela voudra dire, concrètement, que l\u2019étudiant en théologie qui vient tout juste de terminer ses études collégiales devra se préparer aussi à un autre métier qu\u2019il exercera, dans le célibat ou dans le mariage, pendant plusieurs années.Cela veut dire, également, que le « grand séminaire » changera profondément de visage, n\u2019accueillant plus qu\u2019un petit nombre de jeunes.Il devra concentrer ses efforts sur la formation des adultes et assurer, par des cours du soir, des sessions, et à l\u2019aide du tutorship, la formation théologique et pastorale des futurs ou nouveaux ministres exerçant une autre profession.c)\tPour les prêtres qui ont déjà obtenu une dispense de leurs obligations et se sont mariés, la tradition de l\u2019Eglise est sévère à leur endroit.Actuellement, plusieurs voudraient revenir à une discipline plus souple.Aucun autre critère ne me semble ici valable que celui qui a été précédemment énoncé: si un prêtre a quitté le ministère, s\u2019est marié, il devra prouver par plusieurs 246 RELATIONS années de vie chrétienne la qualité de son témoignage chrétien, après quoi il pourra être réadmis au ministère si une communauté chrétienne le demande.d) Enfin, pour les prêtres actuels, qui sont la très grande majorité, mais qui s\u2019interrogent, que faire ?La National Federation of Priests\u2019 Councils, qui représente 60% des 59,000 prêtres américains, demandait en mars dernier, par un vote très majoritaire (près de 90%), la liberté d\u2019un nouveau choix pour le mariage ou le célibat pour tous les prêtres actuels.Personnellement, je ne vois pas bien comment l\u2019Eglise pourrait déclarer simplement nulle une promesse, éventuellement un vœu, faite avec sincérité et, normalement, avec lucidité et maturité suffisantes et ce, globalement ou à l\u2019échelle de la planète.Que ceux d\u2019entre eux qui jugent en conscience devoir maintenant opter pour le mariage demandent d\u2019être relevés du ministère, que le synode réclame que tout élément humiliant ou dégradant soit écarté du processus de dis- pense, que ces prêtres prouvent ensuite la qualité de leur témoignage chrétien dans la vie conjugale et familiale.Ils On pensera sans doute que j\u2019envisage avec trop d\u2019optimisme un virage considérable dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Mais il m\u2019apparaît inévitable.Il est déjà trop tard, comme pour Humarue vitæ, pour réaffirmer le statu quo.Et cela, moins au niveau des départs du ministère qu\u2019à celui du recrutement et des besoins nouveaux de la communauté chrétienne.De plus, aucune autre démarche ne me semble pouvoir revaloriser le célibat de ceux qui opteront librement pour lui.Enfin, les plus jeunes que nous sont beaucoup plus prêts à accepter un tel virage que les prêtres et fidèles d\u2019âge mûr.Si le synode a le courage d\u2019aborder d\u2019emblée cette question, marginale en pourront alors, après quelques années, revenir au ministère si une communauté les demande.soi, mais centrale comme démarche, les autres questions pratiques seront solubles: engagement politique du prêtre, subvention et gagne-pain du prêtre, spiritualité sacerdotale, ministère à temps partiel, et même ordination de femmes.Les conséquences de telles décisions, qui me semblent nécessaires, seront très considérables.Un élément concret et indispensable permettra de faire progressivement et de façon sage le passage d\u2019une situation à l\u2019autre: la fidélité des prêtres actuels à leur option personnelle pour le ministère exercé dans le célibat.10 août 1971.Un virage considérable 3.La justice dans le monde \u2014 les risques du synode par Irénée Desrochers Un document de travail sur le deuxième point à l\u2019ordre du jour du synode, « La Justice dans le monde » (daté du 20 avril 1971), n\u2019a été expédié à toutes les conférences épiscopales du monde que vers la mi-mai; donc à peu près en même temps qu\u2019était publiée (le 15 mai) la Lettre de Paul VI au cardinal Maurice Roy, président de la Commission pontificale Justice et Paix, à l\u2019occasion du 80e anniversaire de Rerum Novarum.1.L\u2019introduction déclare que le problème de la justice dans le monde est le problème « central » de la société mondiale d\u2019aujourd\u2019hui.Après avoir décrit la situation réelle de la justice, la conscience accrue des droits humains, l\u2019oppression des hommes et des peuples et les efforts pour promouvoir la justice, le texte présente une réflexion sur la justice à la lumière de l\u2019Evangile, puis quelques enseignements de l\u2019Eglise sur le droit au développement et sur le rôle de SEPTEMBRE 1971 Ce document de 30 pages n\u2019était pas destiné à une publication officielle.Il devait cependant circuler, pour fins de consultation.Les journaux ont donc pu en parler; mais le texte même est à peu près inconnu du grand public.Dans son ensemble, en tant qu\u2019il formule certains principes d\u2019action, c\u2019est un bon instrument de travail, même si de nombreuses critiques à ce niveau lui seront adressées L l\u2019éducation et de l\u2019action pour la réalisation de la justice dans le monde.Enfin, avant de s\u2019achever sur une parole d\u2019espérance, il dessine des orientations pour l\u2019action, touchant la diffusion du message social chrétien, le témoignage que les membres de l\u2019Eglise doivent en offrir dans leur vie, un nouvel effort d\u2019éducation effective à la justice et la promotion d\u2019actions concrètes de solidarité en faveur de la justice.Plusieurs passages bien frappés mériteraient d\u2019être cités.Mais il est important de réfléchir sur les risques pratiques découlant de la façon dont ce texte aborde, à l\u2019usage des évêques, le problème de la justice dans le monde.Quand le problème concret est envisagé dans son véritable cadre historique, au moment où, notamment, est lancée par l\u2019ONU la « deuxième décennie pour le développement » (1971-1980), on peut s\u2019interroger sur Yaction des évêques eux-mêmes.Le document, en effet, donne nettement l\u2019impression d\u2019être presque uniquement orienté vers l\u2019action des laïcs.De ce point de vue, il court le risque de n\u2019apporter à peu près aucune pensée nouvelle.Le texte, par ailleurs, se veut une synthèse.Mais s\u2019il fallait que le synode des évêques ne présente au monde, comme déclaration finale, qu\u2019une synthèse semblable, même abondamment retouchée, ce ne serait toujours qu\u2019un tissu de généralités, 247 reprises de Gaudium et Spes, de plusieurs encycliques et textes déjà connus.L\u2019impression de répétition, dans l\u2019abstrait, ne serait pas heureuse.De telles déclarations de principes exigent que les évêques eux-mêmes exercent leur fonction prophétique en posant des gestes, en agissant, au lieu de seulement parler de l\u2019action.Après tout, le synode n\u2019est pas un concile; il devrait en grande partie être orienté, de façon pratique, autant, sinon plus, vers des propositions concrètes d\u2019actions à poser par les évêques que vers la composition de textes théoriques.D\u2019autant plus que les évêques auront eu relativement peu de temps pour étudier un document aussi vaste et que les délégués à Rome en auront peu pour le discuter pendant le court mois que durera le synode.Trop peu, si l\u2019on tient compte de l\u2019attrait du premier point à l\u2019ordre du jour, les problèmes du sacerdoce ministériel.Le synode doit donner l\u2019impression d\u2019avancer, de pousser plus loin.Or c\u2019est surtout sur le plan de l\u2019action qu\u2019il peut le faire.L\u2019action des évêques Le problème pratique du synode au sujet de la justice dans le monde, c\u2019est celui de la crédibilité de ce qu\u2019il déclarera.A moins d\u2019une action propre aux évêques, insérée dans l\u2019action collective de l\u2019Eglise, le synode risque de décevoir.Or le document n\u2019est pas orienté dans ce sens.D\u2019où le danger que les évêques se laissent enfermer dans le cadre du texte, plutôt que de songer à Yexécution en mettant d\u2019emblée en cause leur propre action.De ce point de vue, la meilleure citation du document est peut-être la suivante, à condition de l\u2019appliquer aux évêques: L\u2019Eglise pourra faire tous les plus grands efforts en vue de défendre la vérité de son message, si elle ne l\u2019authentifie pas par un amour engagé par l\u2019action, ce message chrétien risque de ne présenter pour l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui aucun signe de crédibilité (n.46).On ne dit pas ici: les chrétiens; mais: l\u2019Eglise.L\u2019Eglise, dans son action collective reliant ensemble, dans une même communauté, l\u2019action des chrétiens et le leadership des évêques exercé à travers leur propre action pastorale.Nous en donnerons plus loin quelques exemples.Dans sa lettre au cardinal Roy, Paul VI soulignait que « le passage de l\u2019économique au politique s\u2019avère nécessaire »; ü pressait donc les chrétiens de s\u2019engager dans l\u2019action politique.Mais quelle est la relation, non pas seulement entre la foi et l\u2019engagement politique, mais entre l\u2019Eglise elle-même et la vie politique ?Il ne suffit pas de dire, dans une formule négative, qu\u2019on « ne doit pas attendre de l\u2019Eglise hiérarchique qu\u2019elle apporte des solutions techniques toutes faites » (doc., n.23).Il faut parler de l\u2019Eglise dans son ensemble, comme unité incluant les évêques, et donc leur appliquer les textes suivants, en songeant aux conséquences pratiques possibles: Le Synode encouragera un engagement vital des communautés d\u2019Eglise dans des programmes d\u2019action pour promouvoir la justice (doc., n.53 b).Le Synode rappellera à la communauté des chrétiens et à ses guides spirituels de lever leur voix de façon prophétique et courageuse chaque fois que l\u2019exige la justice (doc., n.52 c).L\u2019Eglise ne doit pas craindre d\u2019élever sa voix et de s\u2019engager chaque fois que les puissants intimident les faibles (doc., n.26).L\u2019un des problèmes à étudier est l\u2019effet politique du silence et des omissions dans les cas où il faudrait parler.Le souci de s\u2019abstenir \u2014 pour « éviter de faire de la politique » \u2014 fait qu\u2019en pratique, l\u2019abstention est souvent un appui accordé au désordre établi.La fonction prophétique est alors absorbée par la fonction politique.Le souci de la diplomatie (fût-ce celle des conférences épiscopales ou celle de la Se-crétairerie d\u2019Etat au Vatican) suscite le danger de manœuvrer contre l\u2019oppression sans dénoncer les oppresseurs, et d\u2019entrer dans le labyrinthe des compromis avec les pouvoirs politiques et les puissances d\u2019argent.Voilà, au dire d\u2019un théologien sociologue, l\u2019une des formes les plus subtiles de la « sécularisation » dans l\u2019Eglise.En pratique, pour élever la voix, il faut toucher à des cas concrets et précis.Ce que le document de travail ne fait pas.Les évêques, au synode, devraient le faire, .comme certains d\u2019entre eux, d\u2019ailleurs, l\u2019ont déjà fait.Le cardinal Roy, dans son message du 19 novembre 1970 au secrétaire général de l\u2019ONU, sur la deuxième décennie pour le développement, fait des rappels historiques précis, entre dans une certaine analyse, touche à une résolution concrète (rés.2626, XXV) de l\u2019Assemblée générale des Nations-Unies et manifeste une forme d\u2019engagement en appuyant une série de politiques.La Commission française Justice et Paix a présenté, le 19 mai 1971, des observations concernant la coopération de la France avec les pays en voie de développement dans le Vie Plan français, et fait une analyse critique du Plan à ce point de vue.Au Pérou, 44 évêques viennent de se réunir; d\u2019après l\u2019agence Noticias Aliadas (Lima, 18 août 1971), « l\u2019Eglise péruvienne proposera au synode que soit dénoncée la pseudo-neutralité des pays qui, par leur système bancaire, favorisent la fuite, l\u2019accumulation et la protection de capitaux, et réalisent une politique qui appauvrit les pays en voie de développement ».Tout cela, c\u2019est du concret.On pense à l\u2019action d\u2019un évêque comme Helder Camara.Réfléchissant sur les formes concrètes de l\u2019intervention de l\u2019Eglise en semblables domaines, les évêques ne pourront oublier les paroles que le cardinal Roy adressait à la Ve assemblée générale de la Commission pontificale Justice et Paix, en septembre 1970: C\u2019est la crainte qui nous emprisonne dans les positions que nous tenons, qui nous empêche de reconnaître l\u2019injustice et de la stigmatiser et qui nous raccommode à une situation établie et donc qui nous rend aveugles à ses désordres.Les évêques latino-américains, dans leur célèbre déclaration à Medellin, en 1968, et les évêques délégués à la 6e réunion « interaméricaine » des évêques de toutes les Amériques, à Mexico, en mai dernier (des délégués canadiens y assistaient), ont déjà jugé bon de dire publiquement: ce sont les évêques qui, les premiers, ont besoin d\u2019être « conscientisés ».A cette réunion interaméricaine, ils ajoutaient: Les évêques doivent être audacieux et, même s\u2019ils ne sont pas d\u2019accord avec tous les points de vue des prêtres radicaux, dialoguer avec eux, dans une amitié qui leur reste conservée.Un des meilleurs moyens pour les évêques délégués au synode d\u2019exercer leur action sera de s\u2019intéresser directement au fonctionnement et au destin de la Commission pontificale Justice et Paix, à laquelle, fort étrangement, le document de travail préparatoire ne fait absolument aucune allusion.248 RELATIONS La Commission pontificale Justice et Paix Dans l\u2019application du principe de la collégialité, les délégués seront pourtant sur leur propre terrain: cette Commission, ce sont les évêques de Vatican II qui l\u2019ont demandée.De plus, elle n\u2019est pas une commission entièrement constituée de laïcs: la présence des évêques, soit comme membres, soit comme consultateurs, y est très forte.Enfin, présidée par un cardinal, elle a un évêque comme vice-président, et des clercs comme secrétaire et vice-secrétaire.En l\u2019instituant, le 6 janvier 1967, Paul VI parlait de la nécessité pour l\u2019Eglise « d\u2019adapter ses structures » aux temps nouveaux.Aux structures que sont les corps intermédiaires de l\u2019Eglise, telle cette commission, il faut appliquer « le principe de subsidiarité » auquel Paul VI, à la fin du synode de 1969, se disait favorable.Ce principe, sans nuire à une coordination utile, exige l\u2019exercice d\u2019une bonne mesure d\u2019autonomie.Un des rôles des évêques est donc de s\u2019intéresser vivement aux activités de cette Commission.Justice et Paix finit, cette année, sa première période expérimentale de cinq ans.A sa 6e assemblée générale, qui se tiendra à Rome immédiatement avant l\u2019ouverture du synode, elle va L\u2019institution de commissions nationales a été sollicitée par la Commission pontificale dès le début de son existence.Le cardinal Roy disait d\u2019elles, au synode de 1969: Elles doivent être, à partir des Conférences épiscopales, les signes et les instruments de l\u2019engagement de toute l\u2019Eglise locale, du Peuple de Dieu dans son ensemble \u2014 hiérarchie, clergé, religieux et religieuses et, particulièrement, laïcat \u2014 au service du développement, de la justice et de la paix.Officiellement, il existe environ 70 commissions nationales Justice et Paix dans le monde.Une trentaine seulement seraient actives.Celle de France s\u2019est prononcée sur le 6e Plan; celles de la Belgique et du Danemark ont fait la critique de certaines politiques du Marché commun européen dommageables aux pays du Tiers monde; celle de l\u2019Angleterre a approuvé le projet « sign-in » invitant le gouvernement à fournir, à telle échéance, une aide au Tiers monde équivalant à un pour cent du revenu national.s\u2019efforcer de faire le bilan de ses activités et s\u2019interroger sur son avenir.A cause de tensions entre la Commission et la Curie vaticane, particulièrement la Secrétairerie d\u2019Etat, des rumeurs circulent sur les dangers qu\u2019elle court touchant l\u2019efficacité et l\u2019autonomie de son action future.Réunis au synode, les évêques doivent se renseigner sur les problèmes d\u2019opération auxquels la Commission doit faire face, examiner le bilan établi, faire eux-mêmes une évaluation, analysant les points faibles comme les points forts.Ses interventions sont-elles efficaces, hésitantes, tardives ?Son autonomie, suffisante ?Pour mieux appuyer l\u2019action de la Commission, le synode pourra faire au Pape une proposition concrète pour assurer une liaison étroite entre cette Commission et le Conseil des évêques rattaché au secrétariat permanent du synode, en suggérant, par exemple, des mesures précises affectant la structure de la commission synodale permanente.Ce travail fait, le synode sera prêt à indiquer à la Commission ce qu\u2019il croit être les priorités pour son action future et à l\u2019encourager à « un engagement vital ».Des observateurs sérieux reprochent aux commissions nationales d\u2019avoir été, jusqu\u2019ici, rarement prophétiques.Le synode fournira l\u2019occasion d\u2019examiner leurs difficultés, de stimuler leur volonté de relancement et d\u2019encourager les évêques des pays « développés » à se prononcer sur la valeur de la participation de leur propre pays à la réalisation de la justice dans le monde.Le Canada ne semble pas très avancé dans le développement d\u2019une commission nationale Justice et Paix.Il est vrai que, en mars 1968, nos évêques ont lancé « l\u2019Organisation catholique canadienne pour le Développement et la Paix », qu\u2019ils désiraient voir collaborer avec la Commission pontificale Justice et Paix.Mais « Développement et Paix » n\u2019a pas le même mandat qu\u2019une commission nationale Justice et Paix.Les évêques le sentaient bien, qui inscrivirent à l\u2019ordre du jour de leurs assemblées, en septembre 1968 et en avril 1969, le projet de « la commission nationale Justice et Paix ».Mais, pendant que le président de la Commission pontificale, un Canadien, parcourait l\u2019Amérique latine pour discuter avec les conférences épiscopales de la possibilité d\u2019établir des commissions nationales, sa propre conférence épiscopale, la CCC, n\u2019arrivait pas à clarifier ses intentions.L\u2019embarras des évêques canadiens, semble-t-il, tenait au fait que, dans leur pensée, « Développement et Paix », conjointement avec la Ligue canadienne pour le développement, fondée en mars 1970, et dont les activités présentes sont peu connues, remplissait peut-être le rôle d\u2019une véritable commission nationale Justice et Paix.Néanmoins, le Conseil d\u2019administration de la CCC a fini par décider, au milieu de 1970, qu\u2019une commission nationale existerait au Canada.Provisoirement, elle semble se réduire au personnel même de l\u2019Office d\u2019action sociale de la CCC (sections française et anglaise), chargé de se tenir en rapport avec la Commission pontificale à Rome.Le synode est l\u2019occasion de se demander quel sera l\u2019avenir du nouvel organisme.L\u2019affirmation très nette dans le document de travail (n.5) « du droit de chaque peuple à sa libération et à son développement » (quelle doit être ici la définition exacte du mot « peuple » ?) est de nature à attirer l\u2019attention d\u2019une partie importante du public canadien.La lettre collective des évêques canadiens à l\u2019occasion du centenaire de la Confédération, en avril 1967, ne parlait encore que d\u2019« autonomie ».L\u2019évolution du Canada et du Québec depuis quatre ans et la menace que représentent certaines opinions extrémistes au sujet de l\u2019usage de la force armée, dans l\u2019hypothèse d\u2019une option libre du Québec en faveur de l\u2019indépendance, reposent le problème en termes non seulement d\u2019autonomie, mais du droit en principe pour le peuple du Québec à Vautodétermination, quelle que soit l\u2019hypothèse pratique envisagée.Le mot « autodétermination » a déjà été utilisé par les évêques du Canada, mais pas encore ici pour ici.Dans une lettre au ministre des Affaires extérieures, M.Mitchell Sharp, en septembre 1968, le président de la CCC, Mgr Alexander Carter, en parlant de la guerre au Viêt-Nam, de la guerre civile survenue au Nigéria-Biafra, et de l\u2019invasion de la Tchécoslovaquie, soutenait le principe de « garantir aux peuples le droit à l\u2019autodétermination selon leurs aspirations propres ».Il s\u2019agit à présent de savoir si, au regard de l\u2019épiscopat canadien, le même principe est applicable chez nous.Les commissions nationales Justice et Paix SEPTEMBRE 1971\t249 D\u2019autres silences: les œcuménismes Il est extrêmement curieux que le document préparatoire au synode ne fasse aucune mention valable de l\u2019aspect œcuménique du problème de la justice.A l\u2019échelle mondiale, il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un Comité conjoint sur la Société, le Développement et la Paix (Sodepax), où se rencontrent les représentants de la Commission pontificale Justice et Paix et ceux du Conseil œcuménique des Eglises.Le secrétariat mixte est à Genève.Un représentant de Sodepax sera présent à la 6e assemblée générale de la Commission pontificale, à Rome, en septembre.Les manifestations œcuméniques dans ce domaine se multiplient à l\u2019échelle nationale dans plusieurs pays.Il convient que le synode mette en lumière et encourage de façon réaliste un effort œcuménique aussi important.Une autre forme d\u2019œcuménisme a concrètement une extrême importance; il s\u2019agit de ce qu\u2019on appelle parfois « l\u2019œcuménisme séculier », permettant de rejoindre tous les hommes de bonne volonté dans les institutions « séculières ».Dans le domaine des relations de justice entre les hommes et les nations, les institutions internationales et l\u2019ONU sont au tout premier plan.Le document pré-synodal paraît beaucoup trop discret à leur sujet; il parle furtivement des « pouvoirs temporels », des « organismes internationaux » et d\u2019une future « autorité mondiale » nécessaire.Mais on ne sent pas assez que, dans le cadre historique où se déroule vraiment l\u2019action, les auteurs du document ont voulu tenir compte de l\u2019importance de l\u2019ONU pour évaluer son action concrète.De la « deuxième décennie pour le Développement » lancée par l\u2019ONU, pas un mot.Et pourtant, la Commission pontificale Justice et Paix présentera aux délégués au synode une étude établissant un « bilan critique » à ce sujet.La rumeur court d\u2019un conflit entre la Se-crétairerie d\u2019Etat du Vatican, plutôt portée à louer l\u2019ONU par souci d\u2019entretenir avec elle de bonnes relations diplomatiques, et la Commission pontificale, qui est prête à faire une analyse critique de l\u2019action de l\u2019ONU et de ses membres.On sait que, en pratique, certains régimes politiques injustes reçoivent un soutien économique, ce qui en amène plusieurs à considérer l\u2019ONU comme « l\u2019establishment des establishments ».La colère des années 70 Le synode de 1971 doit procéder méthodiquement, au plan de l\u2019action.En s\u2019interrogeant d\u2019abord sur les suites données aux propositions faites au synode précédent, en 1969, par le cardinal Terence Cooke, de New York, et approuvées à peu près à l\u2019unanimité, au sujet d\u2019un fonds mondial pour le progrès des pays pauvres, à établir conjointement par toutes les conférences épiscopales du monde, et au sujet des suggestions que la Commission pontificale Justice et Paix pourrait faire.Puis, en écoutant intensément, de façon privilégiée, les évêques du Tiers monde, qui sont la voix de millions de pauvres, la voix de Dieu.En évaluant ensuite le travail des commissions Justice et Paix, en cherchant des réponses pratiques à leurs problèmes, en leur fixant des priorités dans un programme d\u2019action assez précis.Enfin, dans une déclaration finale, probablement beaucoup plus brève que le document préparatoire, en faisant part au grand public des gestes posés dans l\u2019ordre d\u2019une action concrète et précise.Barbara Ward, économiste de réputation mondiale, a publié, sous les auspices de la Commission pontificale Justice et Paix dont elle est membre, un petit livre intitulé The Angry Seventies.Sa conclusion, quant aux chrétiens, est vigoureuse: « La crise des années 70 est de l\u2019ordre des faits; les ressources et les politiques pour s\u2019occuper de cette crise sont aussi du même ordre; mais l\u2019empressement des hommes à comprendre que se rue sur nous la catastrophe et à agir à temps relève du grand royaume des faits qui n\u2019existent pas .Dans ce climat général d\u2019indifférence, le chrétien n\u2019émi-ne pas encore comme prophète et catalyseur.» Les chrétiens qui doivent exercer un leadership dans le monde des institutions séculières entendront-ils à temps, dans la décennie qui commence, la voix de ces millions d\u2019hommes en colère ?25 août 1971.ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ Revue d\u2019animation \u2022\tPremier numéro en février 1970.\u2022\tParaît huit fois par année: février, mars, avril, mai, septembre, octobre, novembre et décembre.\u2022\tChaque numémo constitue un dossier.Cette formule d\u2019un dossier par numéro est un des principaux facteurs de l\u2019originalité de la revue.Dossiers déjà parus : \u2022\tLa politisation \u2022\tL\u2019école, dans un cercle vicieux ?\u2022\tL\u2019éducation sexuelle \u2022\tLa drogue et les jeunes \u2022\tL\u2019Establishment \u2022\tLe conflit des générations \u2022\tL\u2019éducation en milieu défavorisé \u2022\tLa publicité \u2022\tL\u2019étudiant pré-universitaire \u2022\tQuel Dieu est mort ?\u2022\tL\u2019éducation permanente \u2022\tLes mythes québécois Dossiers à paraître, de septembre à décembre 1971 : \u2022\tLa langue \u2022\tLe travail d\u2019été des étudiants \u2022\tLa vie étudiante \u2022\tLes communications sociales Des témoignages nombreux prouvent l\u2019intérêt que suscite Education et Société.L\u2019abonnement : $4.00 Le numéro :\t$0.60 Prix spécial pour plusieurs abonnements ou plusieurs numéros à la même adresse.ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal 351.Tél.: 387-2541 250 RELATIONS Jean-Marie Poupart: entre la tendresse et la rage par Gabrielle Poulin Ce jeune auteur (il doit avoir vingt-quatre ans maintenant) a déjà publié trois romans: Angoisse Play en 1968 1 2 3 4, Que le diable emporte le titre en 1969 2 et Ma tite vache a mal aux pattes en 19703, trois romans que la critique a accueillis avec réticence, voire avec défiance.Pour Jean Basile, le dernier roman de Jean-Marie Poupart, « s\u2019il veut être un roman puzzle, est d\u2019abord et avant tout un roman-détresse.Au fond », ajoute le chroniqueur littéraire du Devoir, « ce que l\u2019on a envie de dire à Jean-Marie Poupart, c\u2019est: « N\u2019écrivez plus puisque ça ne vous amuse pas d\u2019écrire » 4.» Réginald Martel, pour sa part, doute « qu\u2019une œuvre ainsi amorcée, par l\u2019intérieur des mécanismes de la création, gagne en sincérité, en efficacité, en beauté5 ».Mais Jean-Marie Poupart a « sa petite idée » à lui sur la critique en général et sur les critiques en particulier: « Le critique a toujours le mérite imbécile de se prendre au sérieux.Il n\u2019a d\u2019ailleurs souvent que celui-là.» (67.)6 En voilà un qui sait aller au-devant des coups et qui, une fois l\u2019armée des critiques rangée en bataille, saura se faire invincible parce que inattaquable par les armes traditionnelles.Un roman préfabriqué Ecrire un roman, pour Jean-Marie Poupart, n\u2019a pourtant rien de bien mystérieux ni de bien secret.Il passe l\u2019hiver à faire des fiches et il écrit l\u2019été : « je passe les fiches en revue et j\u2019écris 7.» Méthode universitaire que les étudiants en histoire connaissent bien, voire les étudiants de littérature qui préparent des dissertations.Qui, parmi les critiques, en qui veille très souvent, comme chacun le sait, un professeur pourra résister à la tentation d\u2019écrire sur la copie de l\u2019élève Poupart, en gros caractères rouges: VOUS ETES TROP ESCLAVE DE VOS FI- 1.\tCol.\t«\tLes\tRomanciers\tdu\tJour\t», R-32.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1968,\t110 pp., 20 cm.2.\tCol.\t«\tLes\tRomanciers\tdu\tJour\t», R-46.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1969,\t147 pp., 20 cm.3.\tCol.\t«\tLes\tRomanciers\tdu\tJour\t», R-64.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1970,\t244 pp., 20 cm.4.\t« La tite vache de Jean-Marie Poupart », dans le Devoir, 31.10.70:12.5.\t« Trois temps de nos lettres actuelles », dans la Presse, 7.11.70:D2.6.\tDorénavant, les chiffres entre parenthèses renverront, comme ici, aux pages de Ma tite vache a mal aux pattes.7.\t« Un jeune, Jean-Marie Poupart: du roman-cinéma au spectacle », dans le Devoir, 14.9.68:12.CHES.Sans doute est-ce oublier qu\u2019on ne doit pas « corriger » un roman comme on corrige une dissertation ou même un article de critique littéraire et que, si l\u2019on ne peut écrire une dissertation comme l\u2019on écrit un roman, rien ne s\u2019oppose à ce que l\u2019on écrive un roman comme l\u2019on écrit une dissertation.Il est fini le temps où l\u2019on pouvait cerner, résumer, définir, \u2014 j\u2019allais dire défier, \u2014 un roman.C\u2019est le roman maintenant qui est un défi jeté au lecteur et qui devient bientôt, pour qui ose relever ce défi, une épreuve au sortir de laquelle le téméraire verra le monde sous une lumière nouvelle ou, peut-être au contraire, enveloppé de ténèbres plus épaisses.La part de la tendresse Ma tite vache a mal aux pattes échappe d\u2019abord à toute tentative de résumé traditionnel: ce n\u2019est pas une histoire, même pas un roman par lettres, même si chacun des chapitres commence par une date, v.g.: « Ailleurs déjà \u2014 Montréal, six mai, il pleut.» et un appel, v.g.: « * Marie (l\u2019abandon difficile, toi, mon amour) », puis s\u2019achève par une salutation, v.g.: « *Très peu de tendresse désavouée, vraiment très peu.», et une signature, toujours la même: « Frédéric ».Ce cadre « traditionnel » procure à l\u2019esprit du lecteur des moments de repos, très brefs, il est vrai, mais dont il sait gré à l\u2019écrivain.Car, paradoxalement, les appels, qui sont habituellement les formules les plus conventionnelles et les plus artificielles de toute lettre, renferment ici une très grande densité poétique: \u2022\tMarie (l\u2019aplomb malléable, toi, folle vierge, mon amour) (19); \u2022\tMarie (frissonnant et précaire amour, toi, femme énoncée) (31); \u2022\tMarie (toi qui es LA CONSCIENCE DANS L\u2019ABANDON et qui approuves d\u2019un signe de tête), TOUT TALC la prise de la parole \u2014 une poussière de bavardage.(79); \u2022\tMarie (mes débauches momentanées, toi qui vis parmi les arbres chétifs, mon amour), (101); \u2022\tMarie (la madrée, tu rêves d\u2019un mur sans ces nervures crépues, mémoire vive, femme blanche, mystère meurtri), (111); etc.Il faut relire ces débuts de chapitres à la suite les uns des autres, quitte à avoir l\u2019envie de les « remettre » sur fiches.Que dis-je, ces débuts de chapitres ?C\u2019est le roman entier qu\u2019il faut relire comme on lit et relit un poème.Si la tendresse éclate au commencement de chaque lettre et sourd ici et là parmi les aphorismes, les tableaux, les récits de rêves, les souvenirs, elle parvient à la fin de chaque lettre teintée de tristesse comme si, d\u2019avoir traversé ces évocations d\u2019un monde brutal, tricheur ou tout simplement condamné au temps, l\u2019avait alourdie, « aggravée ».Avant de signer ces lettres, l\u2019écrivain éprouve le besoin de clarifier ou de purifier un univers trouble, aussi son salut n\u2019est-il plus une étreinte comme l\u2019était son appel, mais une pirouette dans laquelle il se dégage de celle qu\u2019il aime, des réalités qui, évoquées dans le corps de la lettre, menacent la tendresse parce qu\u2019elles alimentent la rage.Dans cette pirouette, Pierrot essaie de refaire son équilibre et de retrouver sa liberté: \u2022\tTrès peu de tendresse désavouée, vraiment très peu.(17); Turlututu chapeau pointu, mon amour.(30); \u2022\tJ\u2019ai la bouche pleine de pissenlits pouilleux \u2014 je cherche les mots \u2014 le pollen a perdu le nord \u2014 j\u2019étouffe \u2014 chute et rechute \u2014 brutalité au beau fixe.(36); \u2022\tDu bout de sa cigarette, elle.Cesse de brûler les mégots dans le cendrier, bon Dieu de bon Dieu ! (43); \u2022\tVoilà qui termine pour aujourd\u2019hui la chronique des mal-pognés que nous sommes.(163); \u2022\tExcuse-moi, je me sens à dormir debout, tiens, ça prend un drôle de sens, c\u2019t\u2019affaire-là, tourlou, viens.(198.) Le lecteur-témoin Qui est-elle cette interlocutrice dont la présence est constante tout au long du roman, cette Marie à qui le romancier dit « toi », dont il regrette de ne pouvoir parler puisque c\u2019est à elle qu\u2019il s\u2019adresse (77) ?Peu importe, puisqu\u2019il y aura toujours pour Frédéric quelqu\u2019un qui lira ses lettres et que, dès lors, ce « toi » existera toujours: « Tu sais bien qu\u2019il faut camoufler (bluffer ?), que c\u2019est cela la littérature.Je ne suis pas un homme d\u2019âge mûr.Tu n\u2019es pas Marie Bashkirtseff.Tu es plus droite et pourtant.Chanceler.(7).Tu ne ressembles pas au personnage historique de M.B.Frédéric ne colle pas à moi.Peu importe puisque l\u2019artifice est trouvé et que c\u2019est le seul auquel j\u2019accepte d\u2019avoir recours.» (8.) Dès lors, le lecteur semble justifié de lire ces lettres comme si elles lui étaient adressées, de se croire « courtisé », de ressentir vivement les hauts et les bas des relations Frédéric-Marie comme si elles étaient des relations écrivain-lecteur.L\u2019auteur, lui, a l\u2019avantage de mener le jeu SEPTEMBRE 1971\t251 puisqu\u2019il a la parole: lucide, il prévient les objections du lecteur-témoin; patient, il essuie ses sautes d\u2019humeur; tenace, il ne dévie pas un instant de son projet initial.« * Listen Bashkirtseff -» les problèmes d\u2019écriture, je les liquide en bloc \u2014 j\u2019ai besoin d\u2019en parler sans chercher à faire des phrases \u2014-tant pis si c\u2019est long, ennuyeux, lassant, si on n\u2019y trouve aucun intérêt, tant pis si je déraille, si je me répète, si je me contredis .Mais cette réserve s\u2019adresse si peu à la Bashkirtseff qui y trouvera son dû (puisqu\u2019elle le cherche).» (167.) Réginald Martel avait raison d\u2019écrire que Jean-Marie Poupart « se regarde écrire tandis que d\u2019autres écrivains, dans une farouche ferveur, écrivent, tout simplement, et signent chaque fois leur effacement8.» Mais est-il vrai que, ce faisant, il « s\u2019ancre dans un domaine relativement réduit » ?Les miroirs, que je sache, n\u2019ont jamais rétréci les dimensions d\u2019un univers, et c\u2019est à travers un jeu complexe de miroirs que se déroule le roman de Jean-Marie Poupart.Non seulement, en effet, Frédéric se regarde-t-il écrire, mais il se regarde se regardant écrire.Son roman devient un véritable miroir-gigogne où bientôt le lecteur lui-même est emprisonné et condamné, lui aussi, à se regarder lire et à être vu lisant par le romancier qui, habilement, fait\ttourner\tles miroirs: «\trr)\tJe crois en cette chose: c\u2019est quand on est tous deux face à face que j\u2019apprends à écrire \u2014 tout le reste n\u2019est qu\u2019entraînement, entraînement indispensable mais entraînement quand même, ss) Frédéric n\u2019est pas (n\u2019est plus) un homme capable de rester longtemps seul \u2014 ne\tserait-ce que du côté\tde\tla stimulation à l\u2019écriture, il ne peut se satisfaire de ce\tqu\u2019il trouve en lui: ON\tSE COGNE TROP VITE CONTRE LES PAROIS MOLLES DE LA SPHERE INTERIEURE.» (174-175.) Jean-Marie Poupart a eu raison de faire confiance à\t« l\u2019autre\t» devant lui,\tcar\tle domaine restreint ne tarde pas à s\u2019élargir, les miroirs à voler en éclats et à libérer ceux qu\u2019on avait d\u2019abord pris pour des reflets: Marie, Guillaume, Marthe, Cathelène et tous ceux qui accepteront pour un moment d\u2019entrer dans l\u2019espace du roman: \u2022\tTu peuples par jeu notre distance \u2014 plus elle est grande, plus nous devenons nombreux et tactiles.Je t\u2019affleure totalement depuis si longtemps déjà.(49); \u2022\tAPPROCHE INTERIEURE: MARIE TU ES CELLE QUI MARCHES EN CORTEGE.DEMAIN, NOUS COURRONS A FOULEES LENTES, L\u2019UN A L\u2019AUTRE.(184.) Et tout est ferveur Qu\u2019y a-t-il, en somme, dans le roman de Jean-Marie Poupart ?C\u2019est à chacun de le découvrir.U roman fait à partir de fiches, soit ! mais qui est traversé d\u2019un bout à l\u2019autre par une intense ferveur qui sait se faire tendresse, mais, souventes fois aussi, ressemble à de la rage: « Poursuivre la contestation du littéraire mais non plus par le biais intellectuel qui rend l\u2019entreprise comme piégée, avortée, dérisoire.Ma rage a consisté jusqu\u2019ici à faire le jeu de l\u2019écriture traditionnelle.» (46.) « Marie, branchée sur ma rage stimulante car il faut bien 8.« Trois temps de nos lettres actuelles », dans la Presse, 7.11.70:D2.l\u2019admettre, ma ferveur est enragée.» (174.) « Je ne tiens pas à faire une œuvre gaie \u2014 il faut que ce soit une œuvre fervente \u2014 si la ferveur n\u2019accouche que du malaise, tant pis.» (175.) Frédéric se refuse aux concessions qui changent la tendresse en mollesse et la rage en haine.L\u2019écriture est pour lui ce monde où peuvent s\u2019affronter tendresse et rage sans s\u2019annihiler: « Il ne s\u2019agit pas d\u2019écrire coûte que coûte mais de faire s\u2019affronter divers mondes encombrants.Tout est là.» (58.) La dualité a toujours été pour poètes et romanciers la source d\u2019inspiration par excellence: le bien le mal, la mort la vie, le vrai le faux, le noir le blanc, le haut le bas.Chacun, dans ce monde de contraires, tentait de rétablir l\u2019harmonie: c\u2019était, comme on dit, la transfiguration poétique, le pouvoir créateur du romancier et tant d\u2019autres clichés qui ont cours dans la critique littéraire.Pour les surréalistes, il s\u2019agissait de déterminer le point suprême où tous ces contraires cessent d\u2019être perçus contradictoirement.L\u2019œuvre de Jean-Marie Poupart doit échapper à ces jugements tout faits et en quelque sorte universels, comme elle échappe aux normes traditionnelles du roman.Il nous reste à lui souhaiter les critiques qu\u2019elle mérite, qui sachent pénétrer « l\u2019œuvre avec application assoiffée qui la laisse fuir revenir selon son caprice qui la laisse se révéler dans sa nudité la critique acte d\u2019amour orgasme ».{Angoisse Play, 104.) Mais le meilleur critique sera encore le lecteur-témoin, le lecteur complice qui sait si bien, lui aussi, qu\u2019il n\u2019y a rien à biffer, que «Tout DOIT RESTER DIT».(244.) La rage et la tendresse se partagent le cœur de Frédéric; elles traversent son roman et rejoignent le lecteur qui devra les sauvegarder ensemble toutes les deux.Rage et tendresse se partagent déjà d\u2019ailleurs les lecteurs de Jean-Marie Poupart et c\u2019est sans doute pourquoi, au Québec, à l\u2019endroit de ce jeune auteur, un courant de ferveur est en train de naître.Gustave Thils: Choisir les évêques ?Elire le pape ?Col.« Réponses chrétiennes », 13.\u2014 Gembloux, Duculot; Paris, Lethiel-leux; 1970, 96 pp., 18.5 x 13 cm.Ce petit livre prend un peu l\u2019allure d\u2019un pamphlet.A partir d\u2019une déclaration du cardinal Daniélou sur l\u2019unité de l'église et sur le mode actuel d\u2019élection du pape et de nomination des évêques, G.Thils s\u2019emploie à rectifier ce que cette déclaration comporte d\u2019excessif, voire d\u2019erronné.Sur l\u2019unité, l\u2019A.met en garde contre un recours abusif à cet argument de la part de ceux qui cherchent par là à freiner les changements envisagés par d\u2019autres dans l\u2019église.L\u2019objet principal du livre, comme l\u2019indique son titre, porte cependant sur la double question du choix des évêques et de l\u2019élection du pape: la nomination des évêques revient-elle de droit au pape et l\u2019élection du pape au collège des cardinaux ?L\u2019A.répond par un résumé de ce que l\u2019histoire de l\u2019église enseigne à ce sujet.Sur ce point comme sur tant d\u2019autres, on voit que la centralisation romaine est allée croissante; mais ce fait juridique, en partie justifiable, ne crée pas pour autant une exigence théologique telle qu\u2019on doive s\u2019en tenir absolument et à jamais aux prescriptions du droit canon actuel.L\u2019histoire montre que l\u2019ensemble des communautés locales a longtemps participé au choix de son évêque et que, selon les cas, l\u2019archevêque (métropolite) ou le patriarche était autonome dans la nomination des évêques.De même, dans le cas du pape, le mode d\u2019élection a connu diverses formes de participation.L\u2019A.ne veut pas défendre telle ou telle façon particulière de procéder dans ces élections et il se montre conscient des difficultés et des risques inhérents à tout système.Son propos est de faire comprendre, à la faveur de l\u2019histoire, que l\u2019église a beaucoup de liberté dans cette question et que l\u2019on peut envisager des procédés d\u2019élection plus communautaires que le présent système, sans « attenter directement à la structure même de l\u2019église », contrairement à ce que prétend le cardinal Daniélou au sujet de l\u2019élection du pape par le collège des cardinaux.Jacques Chênevert.Viennent de paraître ANACRÉON, LE JEUNE par Jean-Luc Mercié 15 x 22 cm, 196 pages, 60 illustrations \u2014 Prix: $5,75 TRAVAUX DU 8° COLLOQUE INTERNATIONAL DE DROIT COMPARÉ tenu à Ottawa du 27 au 29 août 1970 15 x 22 cm, 322 pages \u2014 Prix: $5,00 QUANTITATIVE AND QUALITATIVE GEOGRAPHY LA NÉCESSITÉ D\u2019UN DIALOGUE (Travaux du colloque de géographie) 15 x 23 cm, x-216 pages \u2014 Prix: $4,00 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Canada K1N 6N5 252 RELATIONS CINÉMA: Une psychanalyse de l\u2019homme d\u2019ici?\u2014 le cinéma québécois à la télévision de Radio-Canada, été 1971 par Yves Lever quelques premières œuvres : \u2022\tJean-François-Xavier de .(M.Audy) \u2022\tMon enfance à Montréal.(J.Chabot) \u2022\tQuestion de vie (A.Théberge) \u2022\tStop (J.Beaudin) \u2022\tAinsi soient-ils (Y.Patry) \u2014 Productions ONF.Sans doute ne faut-il pas assassiner Mozart.Mais .Les quelques fanatiques du cinéma québécois \u2014 dont je suis \u2014 avaient pu voir l\u2019hiver dernier au Verdi quelques premières œuvres de jeunes cinéastes québécois.Malgré une immense sympathie, l\u2019enthousiasme n\u2019était pas très fort.Le Festival du cinéma canadien1 de la télévision d\u2019Etat nous les a présentés, avec quelques autres, pendant l\u2019été.Ces premières œuvres ont donc eu une chance inespérée; pouvoir, peu de temps après leur création, rencontrer dans sa totalité la collectivité à laquelle elles sont destinées.Selon tous les commentaires que j\u2019ai reçus, il semble bien que cette première prise de contact d\u2019un nouveau style de cinéma avec le public n\u2019ait pas été un grand succès.Pourquoi ?Je pense qu\u2019il faut laisser de côté les excuses trop faciles: que la télévision trahit ce genre de cinéma (selon moi, il serait plutôt bien adapté à la technique mosaïque de la télévision), ou que le public n\u2019est pas encore prêt à recevoir ce cinéma.Si on a vu toutes ces premières œuvres, on a pu remarquer des convergences qui expliquent bien des choses.Des films d\u2019une originalité certaine La première remarque qu\u2019on doit faire, c\u2019est que ces premières œuvres manifestent le talent évident des cinéastes.Chaque fois, on est frappé par leur sens de l\u2019image: ils sont peut-être les premiers, ici, à réellement utiliser le langage des images.Pour eux, c\u2019est la représentation par l\u2019image qui compte avant tout, et le support des paroles, de la musique et des bruits doit se réduire au minimum, fournir un accompagnement discret plutôt que d\u2019accentuer les significations ou de donner une nouvelle interprétation.Cela requiert une certaine virtuosité dans la composition des images pour faire disparaître les objets inutiles et conférer une signification à l\u2019ensemble des éléments retenus.Cette virtuosité, on la retrouve dans 1.En deux étés, ce festival du cinéma canadien, qui se veut une rétrospective de tout ce qui se fait de bon au pays, n\u2019a pas encore trouvé de place pour des œuvres aussi importantes que Le mépris n\u2019aura qu\u2019un temps (Lamothe), Saint-Jérôme (Dansereau), Going down the road (She-bib), Un pays sans bon sens (Perreault), etc.Censure politique ?chacun des films, au moins à certains moments.Elle est particulièrement remarquable dans le réalisme de la chambre vide de Question de vie, dans l\u2019onirisme général de Jean-François-Xavier de ., ou dans les jeux de cache-cache de Stop.Ici, il faut aussi féliciter les équipes techniques de l\u2019O.N.F.qui ont fait de l\u2019excellent travail.Au niveau des intrigues, on est aussi très heureux de constater un souci constant de sortir des sentiers battus.Refus d\u2019un cinéma de consommation facile.Refus de raconter des belles histoires où l\u2019on tombe si facilement dans la mièvrerie.Refus des clichés caricaturaux divisant les bons et les méchants.Refus de jouer sur la sensiblerie par la dramatisation des situations.Plutôt, la présentation de situations peu ou pas explorées jusqu\u2019ici, la recherche de symboles nouveaux pour représenter l\u2019imaginaire québécois, l\u2019invention d\u2019un nouveau style de montage.De même, si on ne peut éviter les grands thèmes universaux qui sont la vie et la mort, l\u2019amour, l\u2019érotisme, le travail, le conflit des générations, on doit toujours essayer d\u2019en dévoiler des aspects inédits.Les jeunes cinéastes traitent ces thèmes non plus seulement dans leurs formes concrètes d\u2019expérience vécue, mais surtout dans leur force de création d\u2019un univers imaginaire.Dans chacune de ces œuvres nouvelles, la caméra creuse l\u2019univers mental de l\u2019homme québécois pour tenter de mettre à jour la structure organisatrice profonde de ses rêves, de ses mythologies, de ses espérances, de ses frustrations, de ses complexes et de ses obsessions.Pris tous ensembles, ces films sont en quelque sorte une psychanalyse de l\u2019homme d\u2019ici.C\u2019est un terrain où il est bon de voir s\u2019ouvrir des pistes de recherche.Le mieux est souvent l\u2019ennemi du bien S\u2019il est bon pour de jeunes auteurs de sortir des sentiers battus et de créer du neuf, il n\u2019est peut-être pas bon de trop s\u2019en écarter, surtout au cinéma, car on fait alors face à deux dangers: ou bien on s\u2019« écarte » (s\u2019égare) et se fourvoie dans des recherches stériles, ou bien on s\u2019avance trop loin pour que d\u2019autres, faute de points de repère, puissent nous suivre et, à la limite, on ne trouve plus personne qui ait le goût de s\u2019aventurer sur ces nouveaux terrains.Je pense que les jeunes cinéastes ont trop méconnu ces deux dangers; ils se sont enfoncés dans un hermétisme où il est impossible de les suivre.Pour chacun des films, on est d\u2019abord enthousiasmé, puis l\u2019intérêt se perd progressivement jusqu\u2019à ce qu\u2019on soit franchement ennuyé.Je dirais qu\u2019ils sont tous ratés dans leur deuxième moitié: certains, parce qu\u2019ils progressent trop vite et d\u2019une façon désordonnée; les autres, parce qu\u2019ils ne progressent pas.On pourra m\u2019objecter que ce critère de la progression est un critère traditionnel dépassé et non-opératoire pour ce genre de film; personnellement, je crois qu\u2019on ne peut pas plus l\u2019éviter dans la culture mosaïque et « en largeur » que dans la culture traditionnelle linéaire qui se voulait « en profondeur ».Qu\u2019on fonctionne par approximations successives (ou élargissement) ou par approfondissement du sujet, il faut toujours aller plus loin.1.Pour la progression désordonnée, nous avons par exemple Mon enfance à Montréal, Question de vie et Stop.Dans les trois cas, on est d\u2019abord séduit par la création d\u2019un univers filmique authentique et le ton juste de la position du « problème ».Puis, tout se gâte.\u2022\tMon enfance à Montréal montre bien l\u2019arrivée en ville de l\u2019enfant et de son père, les difficultés du paternel pour trouver une situation décente.Par les images, s\u2019amorce une ébauche d\u2019explication du système capitaliste qui crée une telle situation de chômage.Mais, tout à coup, nous voilà rendus au milieu des projections psychanalytiques de l\u2019enfant; et le film se termine abruptement par un retour aux parents, dans une séquence s\u2019apparentant à un ballet onirique.Impossible de s\u2019y retrouver.\u2022\tC\u2019est presque la même chose pour Question de vie.Par touches successives, on découvre la vie d\u2019une ouvrière abandonnée par son mari et faisant péniblement vivre ses trois enfants avec un travail abrutissant d\u2019opératrice de machine à coudre.Malgré une expérience assez douloureuse de solitude, elle semble se porter assez bien.Mais encore là, soudainement, son appartement SEPTEMBRE 1971 253 OUVRAGES REÇUS est vidé de tous ses meubles (par une compagnie de finance ?) et on la retrouve dans une « maison de santé ».Deus ex machina, un psychiatre fait une vague lecture de sa crise et on la replace sur une machine à coudre « pour retrouver contact avec la réalité ».Le film s\u2019achève ainsi, au moment où il devrait commencer.\u2022 Stop commence aussi très bien: les jeux de cache-cache entre le mari et sa femme, ainsi que les flash-back sur l\u2019enfance du mari, donnent un rythme enlevant et original à une histoire qui aurait pu être aussi cucu qu'Un homme et une femme.Mais on passe bientôt à une représentation compliquée des complexes et des obsessions, érotiques surtout, du mâle.Le rythme se perd complètement, on ne retrouve plus le fil conducteur à travers la série d\u2019images et l\u2019histoire se termine en queue de poisson.2.Pour Jean-François-Xavier de .et Ainsi soient-ils, c\u2019est l\u2019inverse qui se passe: on n\u2019a plus une progression désordonnée, on ne voit simplement pas de progression du tout.Les quinze premières minutes donnent toute la « substance » du film et rien d\u2019important ne se passe par après.Les images changent légèrement, mais leur structure significative ne fait que répéter celle des premières images en une redondance qui devient vite ennuyante.C\u2019est particulièrement le cas pour Jean-François-Xavier de.: après la scène des masques et la première vision du cercueil, tout est répétition.Dans les deux cas, on dirait que les cinéastes ont manqué de souffle.Soit qu\u2019ils bifurquent dans un autre genre et empruntent un autre style, dans le désir de trop en mettre, soit qu\u2019ils se répètent à l\u2019ennui, leurs films ont tous l\u2019air de films ratés.Ce n\u2019est pas surprenant, alors, si le spectateur « décroche », si bienveillant soit-il.Peut-être aussi qu\u2019il n\u2019a pas bien compris ce qui se passe sur l\u2019écran ?Alors, l\u2019acculturation demandée est trop forte et c\u2019est un autre défaut cinématographique.\t¦¦¦ \t \t \t \t Un cinéma pour qui ?Car pour qui fait-on des films ?Cette question, Perreault, de la Presse, la posait aux jeunes réalisateurs, en janvier dernier.La réponse générale était à peu près celle-ci: « Un public latent qu\u2019il faut créer.» Quel serait ce public ?Ce n\u2019est sûrement pas celui de l\u2019Initiation ou de Patton; et c\u2019est dommage, car c\u2019est sûrement à ce public-là que ces films feraient le plus de bien ! Ce n\u2019est pas non plus celui des films de Perreault, de Dan-sereau ou de Lamothe, qui font une analyse poussée, quoique « comprenable », des structures sociales oppressives et proposent des changements; si ces films ne peuvent trouver place dans les circuits commerciaux, ils trouvent quand même des structures d\u2019accueil très étendues avec l\u2019animation sociale et les associations populaires.Alors que reste-t-il ?Un public réduit d\u2019intellectuels un peu nébuleux et les collègues du métier, qui, c\u2019est bien connu, se réunissent assez facilement en une « société d\u2019admiration mutuelle ».Ceux-là seuls peuvent se payer, culturellement ou économiquement, une session périodique de psychanalyse ! Ils restent cependant les seuls à profiter de ce gâteau culturel, pendant que les pourvoyeurs d\u2019aliénation collective continuent tout bonnement leur travail.Tout le monde est d\u2019accord quand on dit que c\u2019est manifester un souverain mépris des classes populaires que de leur offrir un cinéma de consommation et de facilité.Par ailleurs, je pense qu\u2019on leur manifeste aussi un certain mépris quand on refuse de leur parler un langage cinématographique qu\u2019elles comprennent et qu\u2019on leur demande de « s\u2019élever » tout d\u2019un coup au niveau de culture où on a réussi à se hisser (?) soi-même.On peut rester « pur » dans son engagement et créer une foule de nouveaux langages intéressants, mais finalement, on ne communique plus avec personne.Le public de masse ne passera pas, du jour au lendemain, de Valérie à Chambre Blanche.L\u2019acculturation, cinématographique comme de tout le reste, est un processus long et progressif, dont on ne peut brûler les étapes.Cela, les jeunes cinéastes d\u2019ici l\u2019oublient trop facilement.On ne peut leur reprocher de vouloir faire de leurs premiers films des oeuvres fortes et personnelles, mais, voilà, leurs œuvres restent trop .personnelles et ils en gardent seuls la clé.Si, par leurs créateurs et leur univers filmique, ces premières œuvres constituent bien une représentation de l\u2019homme d\u2019ici, elles ne sont pas encore un cinéma pour l\u2019homme d\u2019ici, du moins tel qu\u2019il existe actuellement.Ce sont pourtant les deux conditions dont dépend la vitalité du cinéma québécois.Une partie de notre cinéma d\u2019analyse socio-politique les a déjà remplies et a pu faire une percée assez large dans le public, mais je doute que celui de la psychanalyse puisse répéter ce succès.Ppssst.Si vous n\u2019avez pas encore vu Le Martien de Noël (B.Gosselin), ne le ratez pas.Surtout, amenez vos enfants: ils pourront vous l\u2019expliquer._______________________ Barker, A.J.: Pearl Harbor.Un stupéfiant désastre.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale» (Marabout), 15.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 190 pp.Beaupère, René: La Trame de l\u2019œcnménisme.\u2014 Paris, les Editions œcuméniques, 1971; 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Idéologies au Canada français, 1850-1900.« Histoire et sociologie de la culture », 1.Ouvrage publié sous la direction de Fernand Dumont, Jean-Paul Montminy, Jean Hamelin.\u2014 Québec, PUL, 1971, 327 pp.En collaboration :\tPour vous, qui est Jésus- Christ ?Col.« Foi vivante », 136.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 188 pp.En collaboration : Réaliser.Problèmes politiques, économiques et sociaux.\u2014 Lyon, Ed.du Chalet, 1971, 9 fascicules de 16 pages.Etudes françaises, 7/3 (août 1971): Marcel Dugas et son temps (Numéro spécial).\u2014 Montréal, PUM,\t1971, pp.235-324.Flamand, Jacques: La Fonction pastorale.Ministère et sacerdoce au delà de l\u2019ecclésiologie de Vatican 11.\u2014 Paris, Ed.de l\u2019Epi, 1971, 78 pp.Gignac, Rodrigue: Opale (Poèmes).\u2014 Québec, Ed.de l\u2019Hôte.Grelot, Pierre: De la mort à la vie éternelle.Col.« Lectio divina », 67.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 276 pp.Hébert, Jacques: Blablabla du bout du monde.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 277 pp.Jacob, Edmond: Le Dieu vivant.Col.«Foi vivante », 137.\u2014 Neuchâtel, Delachaux et Nies-tlé, 1971, 124 pp.Jukes, G.: Koursk.Le choc des blindés.Col.« Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale » (Marabout), 14.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 189 pp.Ladouceur, Pierre: L\u2019Escalade.Roman.\u2014 Les Editions K, 1971, 183 pp.Lanctôt, Gustave: L\u2019Administration de la Nouvelle-France.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 177 pp.Mason, D.: U-Boat.Loup des mers.Col.«Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale » (Marabout), 13.Québec, Kasan Ltée, 1971, 186 pp.Micro Robert: Dictionnaire du français primordial.\u2014 Paris, S.N.L.\u2014 Le Robert, 1971, 1211 pp.254 RELATIONS MîiîJhiw.) ainmales d ' , 'v\ti
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